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LE
MERCURE
DE
JUILLET 1723 .
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVFLIER , fils , rue
S. Jacques , au Lys d'Or.
Chez ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT, Quay des Auguftins, à la
defcente du Pont -ncuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
L'A
A VIS .
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis -à-vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
tes perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Le prix eft de 30. fols.
LE
MERCURE
DE
JUILLET 1723 .
XXXX
PIECES
FUGITIVES
en Vers & en Profe..
ODE
܀
B.D
De M. *** fur la perte de fon épouse
morte en accouchant de fon premier
enfant.
Ieux ! quel eft ce defordrê extrême ,
D Qui tient tous mes fens agitez
Je ne me connois plus moi-même ,
J'erre incertain de tous côtez.....
Ainfi qu'Orphée , ainfi qu'Alcide ,
Courons où mon amour me guide
A ij
+
1
Def2
LE MERCURE
Defcendons fur les fombres bords ;
Mais n'y demandons pas la grace ,
Qu'obtint le Chantre de la Thrace
Par fes harmonieux accords .
Je veux que ma douleur müette
Manonce au féjour tenebreux ,
Je veux qu'elle foit l'interprete
De més tourmens les plus affreux
Que les barbares Eumenides
Sufpendent leurs traits homicides ,
En voyant mon coeur dans les fers ;
Je veux que Pluton s'attendriffe ,
Et que lui-même m'applaudiffe
D'avoir paffé juſqu'aux Enfers.
Je veux..... mais quelle nuit foudaine
M'anonce l'empire des morts ,
Caron ..... ah ? c'eſt lui qui me mene ,
Déja je touche d'autres bords ;
Déja la nuit , & l'épouvante ,
Et l'horreur que l'Enfer enfante
Viennent ſe preſenter à moi ,
Partout regne un morne ſilence ,
De Pluton je fens la prefence :
Approchons , c'eſt lui , je le voy.
Souffre
DE JUILLET 1723 .
Souffre l'audace qui m'amene
Dans l'impenetrable féjour ;
Dieu des Enfers , tu vois ma peine ,
Tu vois juſqu'où va mon amour ;
La Parque à me nuire attentive ,
àn
Vient d'enrichir ta noire Rive ,
D'une épouſe chere à mes yeux ;
Permets qu'à côté de ſon ombre ,
Je refte en ce Royaume fombre
Privé de la clarté des Cieux.
Sous de favorables aufpices ,
Quand l'Himen & l'amour d'accord ,
Nous faifoient goûner des délices ,
Que les Dieux ignorent encor ;
Ees Dieux qui nous portoient envie ,
Du parfait bonheur de fa vie ,
Jurerent d'arrêter le cours ;
Et pour déguifer leur colere ,
Lui donnant le doux nom de mere .
Fermerent fes yeux pour toûjours.
O fort cruel , fort homicide ,
Sort qui fis toûjours mon tourment ,
Sort, dans la fureur qui te guide ,
A iij Frappe4
LE MERCURE
Frappe- moi moins cruellement ;
Que fi le deſtin implacable ,
Pour me rendre plus miferable ,
Pour elle avoit fait une loi ,
Sans en changer l'ordre fuprême ,
Comme fur une autre elle- même ,
Il pouvoit l'accomplir fur moi.
Quel affreux objet ſe preſente !
Qu'entends -je ? quels gemiffements , ………..
Ah ! ce font ceux
que
Radamante
Livre chaque jour aux tourmens ;
Je vois Ixion , & Tantale ,
Avec une douleur égale
Perdre le fruit de leurs travaux ;
Mais tous ces illuftres coupables
Seroient encor plus miſerables ,
S'ils pouvoient reffentir mes maux.
Puifqu'un Arreft irrevocable
Ne me permet aucun eſpoir ;
O Divinité redoutable !
Pluton , qu'on ne peut émouvoir ,
Soulage le mal qui me preſſe ,
Permets du moins à ma tendreffe
Avant
DE JUILLET 1723 .
Avant que de quitter ces lieux ,
De voir cette épouſe fidelle ,
Et de m'acquitter envers elle
Du tribut qu'éxigent ſes yeux.
Quel est l'éclat qui m'environné ?
Le Dieu répond- t'il à mes voeux ,
Ouy cette lueur qui m'étonne
M'affure d'un fuccès heureux ,
C'en eſt fait , je ſens que je quitte
Le noir rivage du Cocitte
Pour voir celui du doux Lethé ;
Je l'apperçois déja j'y touche},
Et la compagne de ma couche
S'offre à mon oeil tout transporté.
Ombre, ornement de cette Rive ,
Objet des maux que je reffens ,
Epouſe, de ma voix plaintive ,
Ecoute les triftes accens :
Pour penetrer le fombre empire ,
De l'amour qui toûjours m'inſpire ,
J'emprunte l'aile & le flambeau ,
Pour te prouver dans ce licu même ,
A iiij
Qit'é6
LE MERCURE
Qu'époux conftant, toûjours je t'aime ,
Quoique dans l'horreur du tombeau.
Trompons le Dieu des antres fombres ,
Mourons..... mais qu'entends je ? quel bruit ,
Que vois-je !
que d'horrible's ombres .
Ah ! je retombe dans la nuit
Je fens que le deftin contraire ,
Qui fait l'excès de ma miſere
Me force de quitter ces lieux ;
Adieu , chere ombre que j'adore ,
L'eſpoir de te revoir encore ,
M'adoucit la clarté des Cieux,
,
SUITE de la Réponse aux Critiques de
la Traduction de Denys d'Halicarnaſſe
de Grec en François .
JR
nn
E vous ai promis , Monfieur ,
prompt & fidele fervice , s'il vous
plaifoit d'honorer d'une replique ma Réponfe
à vos Lettres de Janvier & de Fevrier
, fi vous ne repliquez point encore ,
au moins vous vous faites annoncer , &
vôtre foumiffion eft publiée dans les curiofitez
fçavantes du mois de May. Engagé
DE JUILLET 1723 . 7
gagé feulement à vous fuivre , je vais audevant
; & j'offre encóre pour matiere à
vôtre Replique ma réfutation de vôtre.
morceau de Critique de l'ordinaire de
Mars ; elle tournoit autour de quatre articles
, qui font 1 ° . Le Fondateur d'un
Temple de Vefta. 2 ° . Un prefent de
bled envoyé de Sicile à Rome. 3°. Le fens
du mot aváguas ou neceffitates . 4 ° . Le
Bouclier appellé Parme en Grec. Entrons
dans chacune , & par ordre.
Dans la premiere queftion où il s'agit
'd'un Fondateur du Temple de Veſta ,
Vous attaquez le P. le Jay fur le fond ,
& fur la preuve ; fur le fonds , voici vôtre
décifion : " felon le P. le Jay Ro- "
mulus eft le premier qui bâtit à Rome "
un Temple de Vefta : felon le texte "
Grec, pag. 120. lig. 26. ce fut Numa , “
& non pas Romulus . Cela eft évident "
fur la preuve voici vôtre cenfure : "
dans la derniere phrafe de la Traduc- "
tion Françoiſe tout le raiſonnement de "
l'Auteur Grec eft détruit. La premiere
difficulté regarde un fait ; & la feconde
un raifonnement , vous prétendez qu'en
l'un & en l'autre point on a erré par trop
de credulité envers le Latin , voilà toute
la matiere du premier article.
و د
Dans un endroit où le texte Grec indique
quelqu'in , ne nomme perfonne ,
A v
le
LE MERCURE
›
le P. le Jay a nommé Romulus ; vous
le lui imputez à faute , & vous nommez
Numa comme vous , Monfieur , le Traducteur
auroit évité la faute , & nommé
Numa , fi comme vous il avoit copié la
verfion Latine , le feul interprete Latin a
nommé quelqu'un ; & il ne nomme que
Numa ; avouez donc que fi le P. le Jay
a pris ici l'un pour l'autre , Romulus
pour Numa , c'eft faute d'avoir comme
vous copié le Latin de l'édition de Sylburge
, page 125. ligne 10. venons au
point ; vôtre propofition , Monfieur , que
ce fut Numa , & non pas Romulus ,
qui le premier bâtit à Rome ( vous deviez
dire aux Romains Ρωμαιοις ) un
Temple de Vefta , permettez - moi de le
dire , eft fauffe trente fois chez Denys
d'Halicarnaffe. Selon cet Hiftorien avant
le Regne de Numa , Romulus avoit bâti
pour les Romains , non pas un Temple
de Veft , mais trente de compte fait ,
c'eft-à -dire un édifice pour chacune des
trente Curies , le Latin conforme au Grec,
porte Vefta in unâ quâque triginta Curiarum
extructo Templo , pag. 121. ligne
19. & 20. C'eft donc Romulus , Monfieur
, comme le P. le Jay l'a écrit , &
non pas Numa , comme vous l'affurez
qui a bâti pour les Romains le premier
Temple de Vefta. L'origine de vôtre mé
compte ,
DE
JUILLET -1723 .
9
compte , Monfieur , c'eft que vous avez
crû qu'en cet endroit Denys d'Halicarnaffe
recherche le Fondateur du premier
Temple de Vefta , au lieu qu'il n'eft queftion
que du Fondateur d'un certain Temple
de Vefta qui fubfiftoit alors , premier
, ou non fous le titre de commun
Temple de Veſta , fpecialiter Templi hujus
quod nunc extat , pag. 12. ligne 4
Diftinguez donc , Monfieur , s'il vous
plaît , deux fortes de Temples de Veſta ,
Temples particuliers , & pour chaque
Curie idias oparpur Eslas. ibid. ligne
27. Temple commun , & pour tout Rome
κοινὴν Πάντων μίαν ibid . κοινῆς ἱερὸν
Eslas , ligne 9. & 18. Romulus bâtit ces
Temples particuliers , & le P. le Jay a
pû dire que " ce fut Romulus qui le "
premier bâtit pour les Romains un Temple
de Vefta ; Numa fans les démolir
bânt le Temple commun , c'eft lè fentiment
que Denys d'Halicarnaffe établit
dans fa Differtation , page 121. ligne 26.
Il ne dit donc point , Monfieur , ce que
vous lui faites dire , que ce fut Numa, "
& non Romulus qui bâtit le premier à "
Rome un Temple de Vefta ,,, il dit que
Romulus ayant déja bâti pour les Ro
mains trente Temples de Vefta , Numa
bâtit à l'ufage de tout Rome , non le premier
Temple de Vefta , il y en avoit déja
A vi trente ,
10 LE MERCURE
4 trente,, mais ce Temple de Vefta , qui au
temps que Denys écrivoit , fubfiftoit encore.
On y eft ailément trompé , Monfieur
, ( c'eft vôtre phraſe ) comme vous
venez de l'être , lorfqu'on ne confulte
que le Latin , & il échape facilement ,
comme il vient de vous échaper de confondre
le Temple particulier avec le Temple
commun , à moins qu'on ne s'attaché
avec affez de religion au texte Grec pour
obferver par quels noms differens , les
differens Temples y font diftinguez , &
que l'Auteur Grec affecte de ne marquer
les Temples particuliers , que par le nom
general de Temples de Vefta , ou d'édifices
deftinez au culte de Vefta Eslar ,
Ta's E'sias , & qu'il réferve pour le Tem
ple commun les noms qui expriment une
confecration , póy : ou à moins , Mon- iepóv
fieur , qu'on ne remarque dans le Tra
ducteur Latin , auquel on s'en raporte ,
( & il paroît que vous vous en raportez
à celui de Sylburge , ) une pareille atten
tion à n'appeller qu'e Edes les Temples
particuliers , & à réſerver Templum pour
le Temple commun & confacré zrn
Vous pourrez dire , Monfieur . qué
quoiqu'il foit évident que par un mécompte
plein d'autres mécomptes , vous avez
appliqué au premier Temple de Vefta cé
que Denys d'Halicarnaffe n'a dit que du
comDE
JUILLET 1723 . If
,
commum Temple de Vefta , qui fubfiftoit
alors , & qui étoit bien éloigné d'être le
premier ; il refte toûjours que le P. le
Jay , contraire au Latin , a traduit par
Romulus , le mot avròs qui ſe rapporte
રે
Numa , pag. 120. ligne 25. & 26. &
que par conféquent il contredit fon Auteur.
Oüy , Monfieur , l'interprete a
contredit fon Auteur ; le P. le Jay a contredit
Denys d'Halicarnaffe , & il le fal
loit bien , puifque Denys d'Halicarnaffe
fe contredit lui - même , je vous mets au
fait de vôtre affaire.
Au fujet de la conftruction , & de la
confecration du Temple de Vefta , je dis
du Temple commun , & qui étoit à l'ufage
de toutes les Curies Romaines , les
Historiens étoient partagez du temps de
Denys d'Halicarnaffe , & il n'étoit point
auffi évident que vous le dites " que Numa
, & non pas Romulus en fut le Fondateur.
Profperce dans toute fon élegie
edu 4 livre , attribuë manifeftement
toute cette inftitution à Romulus : Ciceron
donne à la fondation Royale du
Temple , du tit , & des Veftales , la même
antiquité dans Rome qu'à Rome mêmei,
qu'à la Royauté , qu'au Regne de
Romulus , quod facrificium tam vetuftum
eft quam hoc veftalius quod à Regibus
aquale buic urbi accepimus , livre de
Haruf
4€
12 LE MERCURE
Harufpicum refponfis . On peut dire que
dans la Differtation même de Denys
d'Halicarnaffe , ou la caufe de Romulus
nuëment expofée , combat feule contre
l'Avocat de Numa , Romulus y paroîtl'emporter
en effet long- temps après
Denys & Tite-Live , Plutarque écrivoit
dans la vie de Romulus que ce Prince
paffoit pour l'inftituteur des Prêtreffes
& de tout le culte de Vefta , quoique
quelqu'uns en fiffent , dit- il , l'honneur à
Numa. Vous voyez , Monfieur , que felon
de très bons Auteurs , Romulus étoit
ce fondateur , & ce confecrateur que nous
cherchons ; fuivant d'autres Auteurs c'étoit
Numa , livre 2. § . LXV . Denys
d'Halicarnaffe a été de l'un & de l'autre
fentiment. Il fait Numa Fondateur pour
conclufion de fa Differtation , pag. 121.
c'eft fur quoi vous dites que
" cela eft
évident ,, mais il en avoit donné à Romulus
au 13. du même livre 2. & le texte
y eft formel ; là parmi les inftitutions
de Romulus , on lit qu'outre les Tem
, ples particuliers de chaque Curie , un
,, Temple de Vefta commun à toutes les
Curies avoit été confacré fur le moL
, dele des Prytanées ,, pag. 9o. ligne
30. c'eft dire , Monfieur , que le P. le
Jay a repeté que Romulus avoit bâti ce
Temple & cette contradiction que vous
trou
DE JUILLET 1723. IS
*
trouviez entre le P. le Jay & Denys d'Halicarnaffe
; la voilà bien marquée dans le
texte Grec entre Denys d'Halicarnaffe
& Denys d'Halicarnaffe lui-même. L'adoucir
cette contradiction palpable , &
dans la neceffité où l'on fe trouve en traduifant
de la faire dévorer au lecteur , ne
la lui prefenter qu'amenée & préparée ,
c'eft tout le fervice que l'interprete peut
rendre au lecteur , àl'Auteur , & à luimême.
Le Pere le Jay s'acquitte de ce
devoir , & vous le lui reprochez , c'eſt
tout l'état de nôtre difficulté. Le P. le
Jay fent qu'une contradiction fubite
choque neceffairement le lecteur , offenſe
la raiſon , & tout à coup l'indifpofe , ou
envers le Traducteur , s'il croit que l'Auteur
ne peut être faux , ou envers l'Auteur
s'il croit que le Traducteur n'a pû
falfifier. Il a vû ce que le goût fait voir,
qu'il pouvoit par un menagement fans infidelité
parer à ces inconveniens fi effentiels
, en ne montrant aux lecteurs le
changement de Denys d'Halicarnaffe
qu'après que Denys d'Halicarnaffe les y
aura préparez par une Differtation étu
diée , & exprès inferée en cet endroit :
il a faifi cet expedient , & il ne nous
laiffe appercevoir que Denys a paffé
d'un fentiment à un autre fentiment
de Romulus à Numa , qu'après qu'il
3
nous
$4 LE MERCURE
nous a conduits fur les pasde Denys
d'Halicarnaffe dans tout le chemin
qui le mene d'une opinion à la pensée
contraire , il faut avouer qu'un Traducteur
qui fe livre, ainfi aux bienféances les
plus exquifes de l'art , ayant contre lui le
premier coup d'oeil qui dirige le jugement
du Novice , ne doit s'attendre à
être applaudi que des fins connoiffeurs
celui ci peut déformais , Monfieur , l'ef
perer de vous.
Examinons prefentement , fi comme
vous le dites , Monfieur , tout le raifonnement
de l'Auteur Grec eft détruit dans
la derniere phraſe de la Traduction Fran .
çoife du P. le Jay.
و د
و ر
و د
Denys d'Halicarnaffe qui contre fon
ancienne opinion foutient déformais que
Romulus n'a jamais dédié à Veſta le
Temple , où l'on conferve le feu facré ,
en apporte la preuve en ces termes : " ce
lieu eft hors de l'ancienne Rome qu'on
appelle quarrée , qui a été bâtie par
Romulus ; ,, or , ajoûte- t'il , & c'eft
fur cette propofition que vous nous arrêtez
. " Tous placent le Temple commun
de Vefta dans le plus bel endroit de la
Ville , & perfonne ne le met hors des
murs : veut il dire , tous les Hiftoriens
placent le commun Temple de
Vefta dans le plus bel endroit de la Ville
Co
ر و
de
*
DE JUILLET 1723. 15
de Rome , où tous les Fondateurs de Villes
placent le Temple commun de Vefta
dans le plus endroit de leur Ville ? Le
texte foit dans le Grec , foit dans les
verfions de Portus , & de Gelanius ne
rejette ni l'un ni l'autre fens ; vous attribuez
l'un à Denys d'Halicarnaffe ; le P.
le Jay lui avoit attribué l'autre dans fa
Traduction ; lequel de vous deux doit
être cenfé avoir attrapé l'original , &
rencontré la veritable penfée de l'Auteur
? Celui , dites- vous , & j'en conviens,
qui aura fait le mieux raiſonner Denys
d'Halicarnaffe ; or , reprenez - vous ,
tout le raifonnement de l'Auteur Grec "
eft détruit dans la derniere phrafe de la "
Traduction Françoife . ,, Mon fentiment
eft , Monfieur , le raifonnement de Denys
d'Halicarnaffe eft chez le P. le Jay une
démonftration , chez vous une conjecture :
voilà felon le Pere le Jay le raifonnement
de Denys d'Halicarnaffe. Suivant les Hif
torieus ce Temple n'eft bâti que depuis
que fon emplacement eft le plus beau
quartier de Rome ; or fous Romulus cet
emplacement loin d'être dans le plus beau
quartier de Rome , n'étoit pas dans Rome
, mais hors des murs , puifqu'il eft
hors de Rome la quarrée , ou de l'en
ceinte lui donna Romulus : donc ce que
Temple n'a point été bâti du temps
de
Romu$
16 LE MERCURE
:
Romulus. Je dis que ce difcours quoiqu'il
nene foit pas dans la forme menaçante
d'un Squelette Logicien entre les entraves
de l'Atqui , & de l'Ergo , eſt une
démonſtration achevée en matiere d'Hif
toire pour le vôtre , vous le produisez
bien pofé fur fon affuft : " Rendons ,
dites -vous , à Denys d'Halicarnaffe fon
,, raifonnement en mettant l'argument
», en forme ; mais vous le chargez
trop , & tout Logicien s'écriera , il y a
quatre termes , vous faites raiſonner ainfi
Denys d'Halicarnaffe : " le Temple de
در
"
"
و د
"S
Vefta eft hors de l'enceinte de Rome
», quarrée , que bâtit Romulus ; or les
Fondateurs placent ordinairement le
,, Temple de Veſta dans le plus bel en-
5, droit de la Ville qu'ils bâtiffent : ce ne
,, fut donc point Romulus qui bâtit le
, Temple de Veſta . Vous aviez dans
l'efprit un Temple de Vefta , fitué hors
des murs de Rome la quarrée , qui eft
celle que Romulus a bâtie , n'a point été
bâti par Romulus ; or eft-il que ce Temple
commun de Veſta que nous voyons ,
eft fitué hors des murs de Rome quarrée,
qui eft Rome bâtie par Romulus : donc
ce Temple commun n'a point été bâti par
Romulus : & comme l'adverfaire ne manqueroit
pas de rejetter vôtre premiere
propofition , vous la prouviez ainfi .
Tous
DE JUILLET 1723 .
17
Tous les Fondateurs des Villes placent "
le Temple de Vefta dans le plus bel “
endroit de la Ville qu'ils bâtiffent . ,, Donc
Romulus n'aura point placé hors la Ville
qu'il bâtiffoit le Temple commun de Vefta
. Mais mettre ces propofitions en forme
n'eft point les mettre en force ; on a beau
en faire un argument , on ne parvient
point à en faire un raifonnement , tout
l'édifice porte fur un fondement ruineux,
& même ruiné qui eft ce principe reprouvé
par vous- même. Romulus a fait
certainement ce que font ordinairement
. les Fondateurs des Villes : felon vous tous
les Fondateurs de Villes bâtiffent un Temple
commun à Veſta , & le bâtiffent dans
le plus bel endroit de leur Ville , ſelon
vous Romulus n'a bâti nul Temple de
Vefta , & ce qui s'en enfuit , il n'a point
bâti un Temple de Veſta au plus bel endroit
de fa Ville , puifque felon vous , c'eſt
Numa qui a bâti le premier Temple de
Vefta à Rome , donc felon vous , ce qui
eft pourtant contradictoire à vôtre principe
, Romulus n'a point fait même à
l'égard du Temple de Vefta , ce que pratiquent
ordinairement les Fondateurs des
Villes , donc tout le raifonnement que
vous prêtez à Denis d'Halicarnaffe porte
à faux ; & pour avoir bien raifonné il faut
qu'il s'en tienne au raifonnement du P.
le
18 LE MERCURE
le Jay. Quand on vous pafferoit ce prin
cipe dont vous prouvez vous même la
fauffeté , vous ne pourriez en conclure que
Romulus n'a point bâti ce Temple de
Vefta , qui eft hors des murs de l'ancienne
Ville , ou de la Ville quarrée . Car on
aura toûjours droit de vous dire qu'il eſt
vrai-femblable que Romulus prévoyant ,
fans doute , que cette Ville nailfante
s'aggrandiroit , & voulant mettre le Temple
de V efta à perpetuité dans le plus bel
endroit de la Ville de Rome , felon la
coutume de tous les Fondateurs de Villes ,
il avoit bâti ce Temple en un lieu hors
des murs de Rome quarrée , qu'il jugeoit
devoir être le plus bel endroit de la Ville
future , dont il formoit le plan en fon
idée , vôtre principe fe tourne donc contre
vous , & afin que le Temple de Veſtà
occupât le plus bel endroit de Rome ,
( c'eft vôtre principe ) Romulus l'aura
bâti hors des murs de Rome quarrée ,
qui eft ce que vous niez ? " Le raifonne-
,, ment de l'Auteur Grec n'eft donc point
>> détruit , mmaaiiss ééttaabbllii ,, dans la derniere
phrafe du P. le Jay. Il s'éclipfe , & le
perd dans vôtre inrerpretation.
I I.
"""
Le mot Grec avdynai , fignifie , dit le
P. le Jay, ne fignifie point , dites vous
la
DE
JUILLET 1723 . 19
›
сс
la liaifon du fang. Elle vient ( cette liai-.
fon du fang ) c'est vous qui parlez , elle
vient immediatement du Latin de Portus ,
où l'on voit neceffitates , qui quelquefois
fignifie liaison du fang. Je renonce , Monfieur
, à faire ici le dénombrement de toutes
les contradictions de vôtre Critique :
tous les mots qui la compofent s'entrechoquent
vous ne faites que dire , & vous
dédire ; felon vôtre cenlure " la penſée
de la Traduction eſt toute du P. le Jay : ,,
non " elle lui eft venue immediatement
du Latin de Portus , où l'on voit "
neceffitates , non , & le P. le Jay
ayant changé le fens de neceffitates , s'eft "
vû contraint par une fuite neceffaire de "
changer auffi celui des mots qui y ont "
rapport ,,,
& de traduire au rebours du
Latin , c'eft à- dire , Monfieur , que fe-
Jon vous , la penfée eft toute du P. le
Jay , & nullement du P. le Jay , toute
prife du Latin , toute contraire au Latin.
J'excufe , Monfieur , un homme fenfé ;
comment pourriez- vous , fans vous contredire
, contredlre & critiquer le bon
fens ? Mais je prétens contre vôtre Critique
, que le mot Latin neceffitates , & le
terme Grec drága , qui lui répond , fignifient
ici également , ou également ne
fignifient point les liaifons du fang , &
,
ce
1
20 LE MERCURE
;
ce que nous appellons parenté , & affi¬
nité. Neceffitates , & même neceffitas ſe
trouve rarement dans les monumens de
la bonne Latinité pour liaison du fang
quoiqu'en dife Aulugelle qui voudroit
que neceffitas & neceffitudo euffent précifement
même force , & même valeur
au contraire avanain , qui eft le même
qu'ávágun & ávágnes , fignifie ces liaifons
de parenté , d'affinité chez Herodote
, & cet Hiftorien parlant d'un mariage
conclu pour cimenter un traité , a
dit que fans une auffi forte liaison avev
avanáns igupñs , & une auffi étroite allian
ce , les conventions ne font point affez
affermies. Les Auteurs qui font d'un
même pays , font cenfez parler un même
langage : Herodote & Denys font tous
deux d'Halicarnaffe , le P. le Jay en bòn
Critique a donc pû juger , que puifqu'Herodote
d'Halicarnaffe exprimoit
par váyan les liaiſons du fang , Denys
d'Halicarnaffe avoit bien pû employer
dans le même fens le même mot , c'eſt-àdire
avanas pour liaifon du fang , de
maniere que les liaifons du fang de la
Traduction Françoiſe peuvent venir directement
du Grec de Denys d'Halicar--
malle ἀνάγκαι , fans qu'il foit beloin de
les faire venir du mot Latin de Portus
neceffiDE
JUILLET 1723 . 21
neceffitates , & c'eft fur le Grec , non
d'après le Latin que le P. le Jay a traduit
cet endroit de Denys d'Halicarnaffe
comme tout le refte. J'ajoûte à l'ordi-
Daire que c'est vous qui en ce même e--
droit avez abandonné le Grec , & fuivi
le Latin. Rappellons le trait d'Hiftoire
une populace mutinée avoit pris les armes
; le Senat déliberoit fur les moyens ,
de les réduire Appius Claudius propoſe
de les menacer d'égorger à leurs yeux
leurs meres , leurs femmes , leurs enfans,
il conclut par dire " de telles extrêmitez
ébranlent , font mourir les projets les "
plus audacieux ,, ce que vous . lui faites.
dire de ce tour particulier : " une ne- "
ceffité auffi dure eft extrême , & capa- " ;
ble , non- feulement d'abattre les coeurs
les plus fiers , mais encore de les aneantir
,, en verité , Monfur , nôtre Appius
Claudius , s'il avoit parlé de la forte
feroit bien un fecond Appius Claudius
Caudex , non au fens qu'un autre Appius
Claudius porta depuis ce furnom ; mais au
fens que vous pouvez lire dans Terence . <<
beaut , 5. 1. 4. une neceffité auffi dure c
eft extrême : c'eft-à-dire une neceffité
auffi dure eft très -dure ; l'Epiphoneme
eft énergique ; tout le Senat fut fans
doute émû quand il comprit qu'une ne-
""
ceffité
4
22 LE MERCURE
1
ceffité auffi dure eft très - dure : uné nea
ceffité , pourquoi une : le Grec pour renforcer
l'Epiphoneme accumule pluriels
fur pluriels δείναὶ γὰρ αἱ τοιαι δὲ ἀνάγ-
xa :pour glacer l'energie , vous réduitez
tout prefqu'à riens une : une quoy ? une
neceffité , quelle neceffité donc vous
vous attendiez à la queſtion : " la neceffité
, dites-vous de voir égorger à
, les yeux ce qu'on a de plus cher ; ,,
mais , Monfieur , faites- y réflexion ces
mutins n'étoient point dans une neceffué
de voir égorger , & qui plus eft , de voir
égorger à leurs yeux ce qu'ils avoient de
plus cher : il ne tenoit qu'à eux de s'en
préferver ; ils n'avoient pour cela qu'à
faire leur devoir , & à reconnoître l'autorité
legitime ; Appius qui ne propoſoit
de les menacer de voir égorger même ( à
leurs yeux ) ce qu'ils avoient de plus
cher qu'afin qu'ils fe foumiffent pour éviter
ce defaftre , comptoit bien qu'ils l'éviteroient
, loin de l'envifager comme un
mal inévitable , & comme une neceffité
c'étoit un mal dont on menaçoit , mais ce
n'étoit point une neceffité , vous auroit
dit Seneque le Philofophe plus fenfément
qu'il ne le dit dans fon Epitre 12. " malum
eft in neceffitate vivere , fed in neceffitate
vivere neceffitas nulla eft. ,, La
و د
necefDE
JUILLET 1723.
23
neceffité où Appius Claudius les vouloit
amener , ce n'étoit point , Monfieur
celle de voir égorger à leurs yeux ce
qu'ils avoient de plus cher
دو
c'étoit au
contraire la neceffité de fe foûmettre , de
peur de voir égorger à leurs yeux ce qu'ils
avoient de plus cher or la neceffité de
le foûmettre à l'autorité fouveraine n'eft
point une neceffité fi dure qu'elle foit extrême
, & dont Appius Claudius eut pû
dire. " Une neceflité auffi dure eft ""
extrême , & capable , non- feulement <<
d'abattre les coeurs les plus fiers , mais “
encore de les aneantir. ,, Ces deux mots
de vôtre Traduction que vous donnez
pour modele comprennent donc deux infidelitez
, dont l'une eft un contre- fens :
& la phraſe " une neceflité auffi dure eft
extrême ,,, eft un Epiphoneme froid , une
fentence platte , une expreffion fans penfée
vous pourfuivez , " & capable
39
non-feulement d'abattre les coeurs les "
plus fiers , mais encore de les aneantir ; ,,
entendez-vous , Monfieur , une noble
fierté & parlez-vous de coeurs qui foient
fiers par grandeur d'ame ? en ce cas vous
ne prenez point la penfée d'Appius : il
n'avoit garde d'honorer d'une fi belle épitete
un vil peuple revolté contre fa patrie
, ni de chercher à abatt e
beaucoup
B moins
1
24
LE MERCURE
moins à anéantir par une neceffité auffi
dure & extrême des cours noblement fiers;
vos coeurs fiers le font- ils par ferocité ?
que ne leviez - vous l'équivoque ? & dans
cette fuppofition ne vous fuffit il pas &
à Appius , qu'abattus ils ne foient plus
fiers ni feroces , pourquoi voulez - vous
de plus , qu'anéantis ils ne foient plus
cours ? Vous me direz que je dois adreffer
ma remontrance à Appius qui parle ,
ou à Denys d'Halicarnaffe qui raconte ;
non à vous , Monfieur , qui êtes leur interprete
je continuë de vous l'adreffer
Monfieur , parce que ce n'eft ni Appius ,
ni Denys d'Halicarnaffe qui a dit , " une
neceffité auffi dure eft extrême , & capable
, non- feulement d'abattre les
,, coeurs les plus fiers ; mais encore de
les anéantir ,,, ce n'eft point -là une
Traduction du Grec. " On y eft aisément
trompé,,, Monfieur , ( c'eft vôtre diction)
lorfqu'on ne confulte que le Latin de
Portus , & ces termes Latins fi énergiques
, quos vis arrogantes animos frangere
penitùs dejicere poffunt , vous
ont donné l'idée de cours abattus que
vous pouviez anéantir. Mais au lieu de
ces coeurs ( animos ) le texte Grec ne
vous abandonne que des λογισμοὺς qui
font quelquefois des raifonnemens , quelquefois
des fupputations , quelquefois ,
و ر
و ر
و ر
"
comme
DE JUILLET 1923 . 25
comme ici des projets , des deffeins , des
entrepriſes , mais nulle part , ni jamais
des cours. Anéantiffez , Monfieur , dans
vôtre Traduction ces coeurs qui ont
anéanti dans la Traduction le λογισμόν ,
appellé en François le raifonnement , &
le bon fens. Je fuis , & c..
Nous donnerons la fuite de cette Réponse
dans le Mercure du mois prochain.
SONNET EN BOUTS RIMEZ
Par M. M..... de Blois .
L
Oin de nous Apollon & fa docte Cabale ,
Que n'en coute -til pas pour lui payer Tribut ?
L'un dont la bile noire en fatyres s'
Profcrit , delà les Mers va chercher fon
Exhale
>
Salut.
L'autre avec fon Heros * dans un obfcur Dedale ,
Egare fa raiſon , & ne voit plus fon
Celui- ci du Theatre entend par
Envoyer de fes vers l'Auteur à
But.
Int ervale
Belzebut.
Ma foi ! qui rime eft fou , ce n'eft point Paradoxes
Le Poëme Epique.
Bij
Dans
25 · LE MERCURE
Dans la lifte d'Erafme un chercheur d'Equinoxe,
Près de lui n'eft cotté qu'au fecond
Numero.
Quand il feroit merveille un chicaneur le Sape ,
Il altere les droits ou du Prince , on du
Enfin pour les travaux qu'attrape-t'il ?
Pape ;
Zero
CALCUL de l'Eclipfe du 22. May 1724.
par M. Pitot.
Lufieurs Aftronomes ont déja donné
Pleurs Calculs de cette Eclipfe ; mais
comme il eft important qu'une même
Eclipfe foit calculée par differens Aftronomes
, differentes methodes , & differentes
tables , pour voir dans le temps de
l'obfervation celui qui a le mieux rencontré
, & juger par là fi fa methode &
fes tables meritent la préference. C'eſt
ce qui m'a porté à donner ici mon Calcul
de la grande Eclipfe du 22. May
1724. pour l'Obfervatoire Royal , à Paris
, comme l'endroit où les obfervations
pourront être les plus exactes.
Le commencement fera à
Le milieu à
La fin à
du foir.
b.
5 59 m.
6 h . 55 m . 31 fec.
7 h. 48 m. 40, fec.
La
DE JUILLET 1723 27
La durée de
I h. 49 m. 40 fec.
La grandeur de l'Eclipfe fera de 11
doigts 57 m.
La partie du difque ou du bord du So
leil qui fera vûë aura 65. degrez 58. minutes
.
Cependant l'on ne recevra que la mille
trois cens cinquante- fixiéme partie des
rayons du Soleil.
Il y a long-temps que l'on n'a vû à
Paris une Eclipfe de cette grandeur , il
fe peut même paffer plufieurs ficcles fans
qu'il en arrive de femblable.
L'ombre de la Lune traverfera la France
, & aura de largeur 27. lieuës communes
, ou de 25. au degré ; elle formera
une Ellipfe un peu irreguliere , à caufe
de la convexité du Globe de la Terre ,
qui coupera le Cône de l'ombre plus ou
moins obliquement.
Comme dans le temps de cette Eclipfe
le demi- diamêtre apparent de la Lune ,
fera plus grand que celui du Soleil d'une
minutte 16. fecondes , les endroits de la
Terre , où le centre de l'ombre paſſera
auront l'Eclipfe centrale avec demeure
dans l'ombre.
›
Le chemin que fera le centre de l'ombre
avec une grande rapidité , depuis le
moment qu'il touchera le Globe Terreftre
, juſqu'au moment qu'il le quittera
B iij fera
28 LE MERCURE
fera de 3416. lieuës , paffant par l'Amerique
Septentrionale , la Mer du Nord ,
les parties Meridionales de l'Irlande &
de l'Angleterre , au milieu de la France ,
& en Savoye. Cela en 2. heures 54. minutes
.
Voici les Villes de la France où l'Eclipfe
fera totale , avec le temps du milieu
de l'Eclipfe à chacunes des Villes.
Bayeux à
Avranche à
Caën à
Lifieux à
Séez Centrale à
Alençon à
Evreux à
Chartres à
Vendôme à
Orleans à
Fontainebleau à
Cône à
Montargis à
Sens à
La Charité à
du foir.
6 h. 41 m. 20 fec.
6 h . m . 39 SI fec,
6 h . 44 m.
6 h. 48 m.
6 h . 49 m .
6 h. 48 m. so fec.
6 h . jo m.
6 h . 51 m.
6 h . 40 m.
6 h . 52 m .
6 h. 54 m. 45 fec.
6 h .
56 m.
6 h. 55 m . 30 fec.
6 h. 59 m .
6 h. 58 m.
Auxerre à 6 h.
59 m . 50 fec .
Autun à
7
h. 2 m.
Châlon à
7
h .
5 m.
Ma con à
7h.
5 m. 30
fec.
4
Dijon à
Dole à
7h . 7 m.
7 h. 12 m .
Salins
DE JUILLET 1723 . 29
(
Salins à
Genève à
"
Laufane à
7 h . 13 m.
7 h. 14 m.
7 h. 14 m. 30 fec.
Le Sonnet qui fuit nous a été envoyé
de Hollande ; il eft de M. Potin qui l'a
fait à l'occafion de celui de M. de la
Mothe , inferé dans le Mercure du mois
d'Avril , au fujet de fa Tragedie d'Inès
de Caftro.
SONNET EN BOUTS RIMEZ .
CHer la Motte , il eſt vrai qu'à l'aveugle Ca-
Il eft dur de payerun injufte
Mais fouffre contre toi que fa bile s'
bale ,
Tribut
Exhale ,
Pour les vers fans critique , il n'eſt point de Salut.
Tes fuccès redoublez font pour elle un Dedale ;
Qui la fait chaque jour éloigner de fon
" But
S'il n'eſt à fon dépit au moins quelqu'Intervale ,
Elle fe donnera bien-tôt à
Réüffir en tout genre ,
Belzebut.
étonnant Paradoxe ,
Cependant plus égal que ne l'eſt l' Equinoxe ,
Numero.
Toûjours le meilleur lot tombe à ton
Ne craint point les Rivaux , ni le temps
Biiij
qui tout
Sape ,
Au
30 LE MERCURE
Au Parnaffe on te voit ce qu'à Rome elt le Pape,
Et tes cenfeurs fifflez , ni font que des Zero.
La piece qu'on va lire eft d'autant plus
curieufe , & digne d'être rendue publique,
qu'elle a échapé aux recherches du Pere
Mabillon , & des autres Editeurs des Oeuvres
de S. Bernard. Nous en gardons avec
foin l'original écrit en vieux caracteres
fur du velin , qui nous est tombé entre les
mains , pour le communiquer aux Sçavans
, &c .
L'EPISTRE contenant l'enfaignement
d'un Pere de famile, envoyée de Monſeigneur
Saint Bernard à ung noble Che
valier , dit Remond du Chateau- Ambroife.
IRE , vous me demandés doctrine
Sale
de la maniere comme plus utilement
doit la chofe domefticque & familliaire
eftre gouvernée , & comme les Peres de
famile doivent fe gouverner , à laquelle
demande tellement vous donne reſponſe .
Que combien que les étas de toutes chofes
mondaines , & auffi iffues de toutes
negoces foient fubjectes à fortunes , ce
nonobftant la reigle de vivre ne doit pas
Far crainte de telle fortune eftre obmife
ne délaiffée. Eſcoutez
"
DE JUILLET 1723 31
. Efcoutez donc , & entendez que fi en
voftre maifon les defpens & revenues font
égaulx , la fortune non premeditée pourra
l'eftat de voftre dicte maifon deftruire ;
l'eftat du negligent fait la maifon eftre
ruyneufe . Que effe de la negligence dû
Gouverneur de maifon fors ung grand feu
en icelle enlume & enflamme .
Enquerez donc diligemment la dili
gence & le
propos de ceulx qui ont l'adminiftration
de vos biens . Car c'eſt moinsde
honte à cellui qui fe apourit , & n'eft
pas encor poure , fe abftenir que de fe
laiffer & permettre choir & trebucher
en poureté , c'eft grande providence fouvent
revoir vos chofes , & comme elles
font.
Penfez du menger , & auffi du boire
de vos beftes parce qu'elles peuvent avoir
fain , & rien ne demandent , nâces fumptueufes
apportent dommage fans honneur.
La defpenfe faicte pour chevalerie eft
honorable, la defpenfe faicte pour fes
amys eft bien raifonnable , la defpenfe
faite pour les prodigues eft perdue.
Nourriffés de groffe viande vôtre famile
, & non pas de délicate ; cellui qui
c'eft une fois aggourmandé , bien à pene
fe changera julques à la mort. Gourmandie
eft vile & orde pourriture de la per-
B v
fone
32 LE MERCURE
"
fone negligentement & pareffeufement
vivant ; mais temperance fait la perfone
joyeuſe prudentement folicit....... & en
tous fes affaires bien dilligente.
Faictes que gourmandife ait procès &
queftion contre la bourfe , & vous donnez
bien en garde duquel ferez l'Advocat
, & fi vous eftes conftitué le juge
entre eulx deux le plus fouvent , non
pas tousjours donnez pour la bourfe Sentence
, car gourmandie ne prenne en fa
caufe que par defirs & affections qui font
tefinoins non jurez , mais la bourfe a probations
évidentes , quand le coffre eft vuyde
, an cellier on ny voit goutte , au
garnier on ny voit grain. A donc vous
jugez mal contre gourmandie quand la
bourfe eft liée par avarice , car jamais
avarice bien ne jugera entre la bourſe &
gourmandie. Que effe que l'avaricieux
finon une perfone qui eft de foy - mefmes
homicide ? Que effe que avarice ? c'eſt
crainte de poureté , c'eft une mifere qui
fait la perfone tousjours vivre pourement.
Si vous avez habondance de blez pourtant
ne defirez la charté , car celui qui
ayme charté appete eftre homicide des
poures , vendés voftre blé quand il eft à
uffifant prix fans attendre que les poures
* Façon de parler en nôtre langue qui paroiffoit
n'avoir aucun fens , & qui eft éclaircie ici.
ne
DE JUILLET 1723. -33
fins
ne puiffent l'achater , vendez à vos voipour
moindre prix combien que au
cuns d'iceulx foient vos ennemis : cellui qui
eft ennemi n'eft pas tousjours vaincu ou
furmonté par glaive.... Mais le plus fouvent
par fervice ou benefice , fi vous avez
ung ennemy foyez foigneux en vous gardant
de luy & vous gardez bien de con
verfer avec gens eftrangiers. Penfez tousjours
que l'ennemy fubtil confidere foigneufement
toutes les voies de fon enneiny
la fiebleffe ou debilité de voſtre ennemy
ne le rend pas avec vous paifible ains
feulement fait treuves avec vous pour aucuns
temps. Si vous étes affeuré que voftre
ennemy ne penfe pas ce que penfez ,
vous vous expofez à danger & bien grand
peril .
Quand de la chafteté de vos femmes
fi elles font aucunement fufpectes mieux
vault que de ce vous foyez ignorant , car
s'il advient que congnoiffez le peché de
voftre femme, il ne fera Medecin qui de ce
vous puiffe jamais garir . Ouyr parler des
autres mauvaiſes femmes pourra en vous
mitiger la douleur que aurez de la voftre.
Le noble coeur & hault ne fe enquiert pas
des chofes que les femmes fonts plus facilement
chaftirés voftre femme de parole
que de bafton , femme ancienne qui eft
Jubrique Anihilera grandes richeffes , &
B
vj
fi
34 LE MERCURE
哈
fi la loy le permettoit on la devroit vive
enterrer.
Quant aux veftemens vous devez no
ter que robes fumptueufes font probations
de petit fens , veftemens exceffivement
prétieux font toft aux voifins te
dieux. Mettez pene de êttre plaifant à
tout le monde par voftre bonté non pas
par habits ou veftemens exteriores. Femme
qui eft bien veftuë , & ce nonobftant
veult & demande nouveaux veftemens
n'eft pas en chafteté conftante. De vos
amys tenez que celluy qui donne fes biens
eft plus grand amy que celluy qui fe
offre , d'amys en parolle eft bien grande
multitude ; ne reputez pas ceulx être vos
amis , qui en prefence vous donnent
loüange ; fi vous donnés confeil à voſtre
amy ne querez pas lui complaire , mais
à raifon , & dictes en confeillant il m'eft
ainfi advis , & non pas préciſement il
faut ainfi ou ainfi faire , car il advient
qu'on eft plus fouvent reprins s'il vient
mal du confeil qu'on aura donné que
qu'on foit loué quand bien en advient.
J'ai entendu que plaifans mondains &
flatteurs aucunes foys vous vifitent , par ce
notez ce qui enfuit , celuy qui fes biens
defpenfe à telles gens , de brief efpoufera
poureté , dont le fils fera nommé dériſion .
Si les dicts joyeux des plaiſans mondains
Vous
DE JUILLET 1723. 37
vous plaifent , faingnés ny entendre , mais
à autre choſe penfer , car le ris & esjouiffement
en telles parolles eft pour eulx
aucun ....... Les inftrumens des plaifans
mondains defplaitent à Dieu . Que
effe que ung plaifant mondain , autre
chofe que une perfone qui avec foy porte
homicide. Entendez des ferviteurs & notez
bien que les ferviteurs qui font de cueur
hault , fier & eflevé, doivent eftre chaffez
& mis hors de voftre maifon , ainsi que
ennemys futurs & à advenir. Chafez
hors de voſtre mailon le ferviteur qui
vous complaift en mauvaiſes operations
fi voftre ferviteur ou voyfin vous louient
en prefence refiftez leur prefentement ,
car fi vous diffimulez.ad ce faire , ils penfent
bien vous avoir deceu. Aymez le ferviteur
qui a crainte & paour de faillir
tout & autant que s'il étoit vôtre fils .
Si vous propofés édifier maifon ad ce
foiés incliné par neceffité , & non par
envieufe volunté , car l'appetit de édifier
ne ceffe point en édifiant , grande &
defordonnée convoytife de édifier fou
vent fait vendre après les édifices tous.
parfaicts & boutſe vuide font la perfone
très- prudente , mais c'eft trop tard . Si
vous voulez aucune chole vendre gardezvous
de vendre partie de voftre heritaige
, mieulx vault fouffrir griefve pene
que
36 LE MERCURE
que vendre fon patrimoine , mieulx eft
vendre une partie de fa terre que a rentes
Le obliger.
Vous n'avez demandé la maniere comme
l'on doit ufer de vin , fçachez que
celluy qui en diverfité & habondance de
vin garde fobrieté eft ung Dieu en terre.
La perfone yvre ne fait rien droictement
fors quand il trebuche en la fange . Si
vous avez trop beu fuyez compaignie ,
querez le dormir pluftoft que le parler ;
l'yvrongne qui en parlant fe excufe appertement
fon yvrongnye accufe , jeures
gens doivent ignorer le vin .
Des Medecins fuyez le Medecin
plain de ſcience non experimenté , fuyez
le Medecin qui eft yvrongne , gardezvous
du Medecin qni veult en vous experimenter
, comme il pourra de femblable
maladie les autres garir.
Laiffez aux Clercs & Roynes les petits
chiens , les chiens qui font bonnes gardes
doftel vous font bien utiles .
Levryers & autres chiens de chaffe
couftent plus qu'ils ne rapportent de
prouffit à la mailon.
Si vous avés des enfans ne les faites
difpenfater de vos biens.
pas
Aucun pourroit demander & faire telle
queſtion .
Que proufitera la doctrine de bien vivre
DE JUILLET 1723 . 37
vre fi fortune eft au contraire , entendez
que t'ay veu la folie des pareffeux qui vivent
fans doctrine ayans leur totale confidence
à fortune , vray eft qu'il advient
à aucuns par fortune ce qu'ils demandent
, mais celui qui bien garde la bonne
doctrine à tard le plaindra de fortune.
Car dilligente do&rine & fortune à peine
jamais conviennent enfemble , mais
pareffe & infortune fouvent font unies
l'une avec l'autre le parcffeux fe attend
avoir en tous les affaires fecours de Dieu ,
lequel a commandé que on veille en ce
monde , par quoy il eft expedient que
veilez , & que voftre defpenfe foit moindre
que voftre revenu.
parelle
Vieileffe s'approche de vous en laquelle
mieulx vault le mettre en la main de Dieu
que de voftre filz , par voftre teftament
mandez premier fatisfaire à voz fervices
que fonder obitz ne commettés pas voftre
ame à ceulx qui vous ayment charnellement
, mais à ceulx qui craingnent Dieu,
& ayment voftre falut. Difpofez de vos
biens avant voftre maladie . La maladie
fait....
Le fens fait voir que cette Lettre eft fur fa
fin , laquelle fin eft cependant défectueule par le
déchirement du feuillet qui la contenoit , &
On n'avoit point encore vû de Lettre Françoife
de S. Bernard , écrite en vieil ſtile. On garde feu-
Boutsમુઠ્ઠ
LE MERCURE
Bouts-rimez propofez dans le Mercure
& remplis par M. Dimbert , Principal
du College de Bar-fur- Aube.
L
'Avare eft hydropique a dit un vieux Proverbe,
Quant à moi je le tiens plus bête qu'un Oiſon,
D'avoir , fans en ufer , des tréſors à
Foifon ,
Tréfors entre les mains à prifer moins que l'Herbe
O toy , d'or affamé , va confulter
Pour ne plus adorer la fecrette
Ou de ton ame gît le funeſte
Malherbe ,
Cloifon ,
Poifon,
Tu mourras tôt ou tardprend garde à cet Adverbe.
Sac
Il faut avoir garni diligemmen: fon
Avant que de paffer pour toûjours le grand Bac ,
Ne mettons point les Boeufs derriere la Charruë.
Moins menager le temps que Sigale & Grillon ;
En préferant la terre au Ciel , quelle
C'eſt fe brûler helas ! comme le
Bévûë !
Papillon.
lement quelques Sermons François de ce dévot
Pere dans la Bibliotheque des RR. Peres Feuillans
de la rue Saint Honoré.
REPONSE
DE JUILLET 1723. 35
REPONSE de l'Auteur du Roffignol
Bà l'Epître qui lui eft adreffée
!
dans le Mercure de Juin.
' Ay reçû , ma très- chere Soeur , l'Epître
que vous m'adreflée en réponſe
de mon Roffignal , qui fe reconnoît bien
inferieur à un ouvrage de cette force ;
les gens d'efprit & de condition y trouvent
fur toutes chofes cet air noble &
élevé , quoiqu'en expreffions fimples &
naturelles , qui a toûjours fait le caractere
des Ecrivains du premier Ordre.
Je ne veux pas vous en dire davantage,
crainte de tomber dans le défaut que vous
me reproché fi délicatement , je n'entreprens
pas non plus de vous faire une réponfe
dans les formes , je rifquerois trop
du côté de l'amour propre , qui n'eft déja
que trop terraffe par la belle Epître .
Vous vous contenterez , s'il vous plaît ,
de cinq ou fix Pleaumes traduits en vers
François , que je vous envoye , non pas
pour payer vôtie ouvrage , qui eft impayable
; mais comme un petit effai d'une
grande entrepriſe , que j'ai faite dans
ma folitude , fur lequel je vous prie de
me dire vôtre fentiment ; je fuis refté à
moitié
40 LE MERCURE
moitié chemin du Pleaume so. comme
vous verrez , par une efpece de migraine,
qui m'a fait fufpendre toute forte application.
Et par furcroît de regale , qui fera auffi
une furabondance d'excufe pour moi , je
me fuis avifé de faire avant - hier une
chûte qui m'a démis le pied gauche , accident
fâcheux qui me caufe des douleurs
incompatibles avec les occupations ferieufes.
I J'allois finir ici cette Lettre lorfque
j'ai été arrêté par une avanture la plus
étrange du monde , je croi que fans mon
pied malade je me ferois jetté par les fenêtres
un mort , ma bonne foeur , oüy
un mort , j'en tremble encore , a pris la
peine de venir de l'autre monde , & de
s'apparoître à moi pour le fujet que vous
:
allez voir.
Ce mort , eft le bon-homme Clement
Marot , dont j'ai autrefois tant aimé les
ouvrages , lequel après m'avoir r'affeuré
de la peur de fon apparition un peu brufque
, m'a dit qu'il venoit en qualité d'ami
, pour m'apprendre que vôtre Epitre
avoit déja fait grand bruit dans les
Champs Elifiens , & qu'on l'avoit lûë
avec applaudiffement en pleine affemblée
des Poëtes François , où préfidoit le
grand Corneille : il a ajoûté que Santeüil
•
de
DE JUILLET 1723. 47
de S. Victor avoit été prié par l'aflemblée
de l'habiller à la Romaine pour en regaler
Virgile , & l'élite des Poëtes Latins ,
& que M. Menage s'eft volontairement
offert d'en faire une Ode Grecque avec
le fecours d'Anacreon fon ami , › pour
la
prefenter
à Homere
, qui
en ferà
part
aux
beaux
efprits
de
fa
nation
; qu'enfin
le
5
Taffe
, &
Lopé
de
Vega
avoient
déja
commencé
de
la traduire
en
leur
langue
pour
faire
plaifir
aux
Italiens
, &
aux
Efpagnols
curieux
de l'autre
monde
. 11 eft cependant arrivé un petit inci
dent , dit Marot , qui a caufé quelque
bruit dans l'affemblée ; ce Quinaut que
M. Boileau a fi peu menagé dans fes Satyres
, s'eft avifé de critiquer un endroit
de vôtre Epître , lequel eft , felon lui ,
hors d'oeuvre , & contient même une
efpece de galimatias en expreffions fort
brillantes. C'eft depuis le 61 vers jufqu'au
75 fans parler d'une rime qui eft
infoutenable.
D'abord tout le monde a voulu berner
Quinaut , & une troupe de rimailleurs
qui ont été de ſon ſentiment ; mais
comme le Cid même a été critiqué , M.
Corneille a trouvé bon que la chofe fus
examinée devant lui par des connoiffeurs
non fufpects.
Moliere un des premiers opinans a pris
hautes
42 LE MERCURE
hautement vôtre parti , & a fait un docte
commentaire fur la prétendue ambiguité,
qui rend ce que vous voulez dire plus
clair que le jour. Et à l'égard de la rime
en queftion , Mlle de Scuderi a fait un
difcours admirable , non pas pour la garantir
bonne , mais pour montrer que les
grands genies peuvent quelquefois le difpenfer
des regles communes , & prendre
quelque licence , à l'exclufion des Ecrivains
vulgaires , fans compter que la rime
n'eft rien , en comparaifon des choſes
plus effentiellement neceffaires à la perfection
de toute bonne Poëfie , & elle a
fini par une citation de Boileau , qui dit
dans fon Art Poëtique.
La rime eſt un Efclave , elle doit obéïr.
> -
Toute l'affemblée a fuivi ces deux décifions
, & a de nouveau applaudi à vôtre
Epître , dans le temps que le pauvre
Quinaut étoit fifflé par Momus qui
s'eft trouvé-là , je ne fçai comment , avec
toute fa fuite , & que Scarron eft venu
en clopinant , qui lui a malignement enlevé
la perruque par derriere , ce qui l'a
rendu encore plus rifible , & plus confondu.
Ici Marot a fait mine de vouloir dif
paroître , mais fur la priere que je lui ai
faite de me donner un petit plat de fon
métier
DE JUILLET 1723. 43
€
métier , pour fervir de réponse à vôtre
Epître , il a bien voulu me dicter ce Rondeau
après avoir un peu ruminé.
Par Apollon inventeur de la Lyre ,
Pere des vers , & maître du bien dire ,
Je fais ferment ô trop gentille foeur ,
Que je honnis le langage flatteur ,
Autant , & plus que l'amere fatyre.
Un cajoleur me fait fouffrir martyre ,
Si que voudrois entendre un jour profcrire ,
De tout écrit ce commerce impofteur ,
Par Apollon
Mais ne fe peut que mon efprit n'admire ,
Sublimes vers , que tout mortel doit lire ,
Befoin n'étoit d'en taire le faifeur ,
Trop bien fe voit fans être connoiffeur ,
Que tu me fis tant doccte Epître écrire ,
Par Apollon.
Voilà par où Marot a fini fon entretien
; car il s'eft éclipfé un moment après.
J'oubliois de vous dire qu'il m'a fort
grondé fur mon entrepriſe des Pfeaumes,
ajoûtant que c'étoit affez que lui , &
Theodore de Beze les euffent eftropiez ,
fans que je m'en mélaffe. Je fuis , & c.
SONNET
44
LE MERCURE
SONNET en Bouts - Rime .
Omme un rat l'eft d'un chat , comme un
chat l'eft d'un Comm
Chien ,
Je fuis traité de toi , cruelle , & fans Scrupule ,
Je languis fans repos , tu m'as ravi le
Mien ,
Moins trifte étoit Cartouche en fa noire Cellule *.
Mes regards inquiets , mon air , mon Entretien ,
De ma raiſon bien - tôt tout prédir la Bafcule ,
Moi, dont l'efprit égal , & le fage
Auroitpû défier la plus juſte
Maintien ,
Pendule.
Le produit de mes foins ne vaut pas un Bouchon :
Sage je t'aurois dû fuïr à Califourchon ,
L'efpoir qui me trompoit n'eſt qu'une Babiole.
Heureux qui de vertus armé fous un Camail ,
"Préfervant fa raiſon de cette
Cabriole ,
Ennemi du beau fexe , en eft l' Epouventail.
LA
DE JUILLET 1723. 45
akakakakakakakakakikikakk*
LA LETTRE qui fuit nous eft venuë
de Blois , Pais de la politeffe & de la
pureté de la Langue Françoife . Nous
faifons excufe à l'Auteur d'avoir tant
tardé à la publier.
MONSIEUR ,
L'occafion qui me procure le plaiſir
de vous écrire fans être peut être connu
de vous , eft l'impreffion du Mercure de
tous les mois , pour vous prier de vouloir
bien marquer dans la commune & ordinaire
maniere , qu'il vous a été donné avis
par le fieur J. Ourry , l'un des Maîtres
Apotiquaires de Blois , qu'il a mis au
jour en manufcrit depuis un mois ou environ
, qui eft une traduction ayant pour.
titre les Odes d'Horace , traduites en '
François avec des Remarques , tant Hiftoriques
que Geographiques pour l'intelligence
de l'ouvrage , par J. Ourry.
"
Lequel il a fait voir à tout ce qu'il y a
de perfonnes de Lettres , & qui peuvent
paffer pour avoir de l'efprit & du goût
qui lui en ont tous donné beaucoup de
louanges , & l'ont affuré qu'il n'avoit
encore
46 LE MERCURE
1
encore rien paruë qui fut plus felon l'efprit
de l'Auteur & plus agreable à lire.
Comme il n'y a encore que les quatre
Livres des Odes , l'Auteur travaille ' actuellement
à faire le Livre des Epodes .
& peut-être y joindra-t'il encore quelque
autre ouvrage , après quoi il fe déterminera
à l'impreffion , fi fes amis lui
confeillent.
>
Voilà , Monfieur , dequoi il s'agit , je
vous prie de vouloir bien ne pas manquer
de me donner quelque place dans le premier
Mercure , par des raifons qui me
font importantes , tout ce que je puis
vous dire , c'est qu'encore qu'il faye peu.
à un Auteur de faire lui-même l'éloge de
fon travail , que neanmoins fans trop de
prévention , je puis vous affurer qu'il eſt
imprimé bien des ouvrages moins agreables
, & moins utils au public que celuilà
, du refte vous pouvez vous informer
à quelques fçavans , foit dans l'Etat Ecclefiaftique
, foit dans l'Etat Seculier , il
y en a fuffisamment qui pourront en rendre
leur témoignage fi ils le veulent bien.
J'ai payé le port de la Lettre , fi il vous
revient quelque chofe à vôtre égard
pour votre peine vous n'aurez que de me
le faire fçavoir , j'y fatisferai avec plaifir
. Je fuis , Monfieur , vôtre très -humble
& très-affectionné ferviteur. Signé , J.
Ourry.
L
1
DE JUILLET 1723. 47
J
Ourry. A Blois , ce 25. Avril 1722 .
Mon adreffe eft à Blois , au bout de la
rue des Carmelites .
Les Vers qu'on va lire font d'une Dame
de qualité , qu'on connoît depuis longtemps
par le brillant & la délicateffe de
fon efprit, & par quantité d'ouvrages
d'un gout exquis..
Q
RONDEAU REDOUBLE' .
Uel changement : qu'il m'eft grief , beau
Sire ,
Plus n'ay d'efprit , il eft en defarroy ;
Quand vers jadis je defirois écrire ,
Vers auffi tôt ſe preſentoient à moi.
Si de mon chef Sonnet balade envoi
Cuide tirer , force m'eft de le dire ,
Las ! Men ne vient ne pense que ny quoy ,
Quel changement ! qu'il m'eſt grief, beau Sire !
De m'ébaudir fi par fois je defire ,
Langueur furvient qui me rappelle à ſoy ,
Meshui vis fous fon maudit Empire , que
Plus n'ay d'efprit , il eft en defarroy.
Tout pourpenfé , je devine pourquoi ,
Don de rimer loin de moi fe retire ,
C Du
48 LE MERCURE
Du tendre amour je fubiffois la loy ,
Quand vers jadis je defirois écrire.
Mieux qu'Apollon l'Enfançon les inſpire ,
Chetive , helas ! je puis en faire foy ;
Quand j'aimois bien , pour conter mon
martyre ,
Vers auffi - tôt fe prefentoient à moi.
Ramentevant cettuy temps je foupire ,
Mais banniffons ce dangereux efmoy ,
Raifon qui prend cure de me conduire ,
Mere d'ennui je m'abandonne à toi.
Quel changement !
DISCOURS Phifique & Hiftorique
fur la pefanteur de l'Air.
Des Experiences en general.
Là
Es Experiences de Phifique fervent
à nous faire connoître la nature ,
autant que nos foibles lumieres font capables
de la connaître. Comme la nature
dans fes operations les plus variées agit
toûDE
JUILLET 1723. 49
toûjours par des regles uniformes , les
experiences nous devoient ces regles , on
confulte la nature , & on la fait parler ,
pour ainfi dire , par les experiences. Les
raifonnemens qui ne font fondez
que fur
des fpeculations , ne font prefque jamais
vrais que par hazard , fur tout quand il
s'agit de Phifique . Au lieu qu'il eft rare
qu'on fe trompe quand on ne raiſonne
que d'après l'experience , auffi n'eft - ce
que par cette voye que les Phificiens
modernes ont acquis tant de connoiffan
ces , que les anciens Philofophes n'avoient
pas feulement apperçûës.
Il est vrai que les experiences & les
réflexions qu'elles nous fourniffent ne
nous donnent que quelques dégrez de
plus de connoiffance , & que nous arrivons
toûjours à un point qui n'eft plus à
la portée de nos lumieres , mais c'eft toûjours
un avantage que d'avoir des connoiffances
que les autres hommes n'ont
pas , & de porter la vûë de l'efprit fur
un objet , auffi loin qu'elle peut naturellement
aller.
*
Il n'y a point de Phificien qui connoiffe
parfaitement les caufes & les
effets ; le plus habile eft feulement celui
qui eft le plus inftruit du détail des differens
dégrez de liaifon qu'il y a entre un
effet & un autre , celui qui voit une men-
Cij tre,
1
50 LE MERCURE
› & qui fçait que l'aiguille fe meût ;
à caufe du rapport qu'elle a avec des
rouës , & que les roues fe meuvent , parce
qu'elles font liées avec un reffort , celui-
là , dis-je , a plus de connoiffance que
celui qui ignore cet enchaînement , &
celui qui fait qu'il y a une autre matiere
qui fait mouvoir le reffort en paffant
à travers de fes pores en a encore davantage
; mais pourquoi cette matiere eſtelle
, elle - même en mouvement ? C'eſt
peut-être ici le point où nos connoiffances
font bornées .
Quand on eft arrivé à un certain point
de connoiffance , l'ufage le plus raifonnable
que l'on puiffe faire de fon eſprit.
C'eft de fentir qu'on manque de motifs
pour aller plus loin , mais les hommes ont
bien de la peine à fe tenir dans fes juftes
bornes , les uns livrez à leur imagination
ofent donner des raifons de tout. Les .
autres accoutumez à une forte d'indépendance
d'efprit , refufent de fe rendre à ce
qui eft plus conforme à la maniere dont
la nature fe conduit ; il eft vrai qu'on ne
doit point adopter les fyftêmes qui n'ont
de réalité que dans l'imagination de leurs
Auteurs , mais auffi quand la cauſe que
l'on allegue d'un effet n'eft point contraire
aux regles uniformes de la nature ,
& que de plus elle fert à expliquer tous
les
DE JUILLET 1723 .
G
les effets femblables , & à réloudre toutes
les objections , il faut avoiier que
ces effets ne dépendent point de cette
caufe , celle dont ils dépendent , & qu'on
ne connoît point , a bien de la reffemblance
avec celle que l'on croit connoître.
Les experiences les plus amufantes , &
les plus utiles font celles qui regardent
l'air , la pierre d'Aiman , la lumiere , &
les couleurs , les differentes fermentations
des liqueurs , & c. Mais afin que
l'utilité fe joigne avec l'amulement , il
eft bon de faire préceder les experiences
par quelques réflexions qui nous mettent
en état d'en bien comprendre la caufe.
Après quoi l'on doit s'appliquer à bien
concevoir la conftruction de chaque machine
, dont or fe fert pour l'experience,
afin qu'ayant une idée bien nette de l'effet
, on puiffe plus aifément en penetrez
la cauſe.
De l'Air.
L'Air eft une matiere fluide qui environne
le Globe Terreftre , & que tous
les animaux refpirent .
Les parties de l'Air ne font point affez
preffées les unes fur les autres pour avoir
la folidité qui renvoye les rayons de lumiere
à nos yeux , & qui fait qu'un corps
eft apperçû.
C iij Ainfi
52 LE MERCURE
Ainfi nous ne voyons point l'Air , du
moins quand il eft dans fa fituation naturelle
, mais nous le fentons par la refpiration
, par un fimple mouvement de
la main par le vent , & par plufieurs autres
effets .
>
Il y a une matiere plus fubtile encore
que l'Air , où nagent , pour ainfi dire ,
toutes les planettes de notre tourbillon.
Cette matiere ſubtile , bien differente
de l'Air , circule fans ceffe dans cet efpace
immenfe qui eft depuis le centre de ce
tourbillon jufqu'à la circonference.
Ainfi il faut d'abord s'imaginer au deffus
de l'Air qui nous environne , une circonference
ou region de matiere ſubtile
toute feule , enfuite une circonference
d'Air penetré par la matiere fubtile ,
aprés quoi le trouve le Globe Terreftre ,
qui lui même eft penetré de l'Air & de
la matiere fubtile , avec cette difference
pourtant que la matiere fubtile fe fait par
tout un paffage , au lieu que l'Air qui eft
plus groffier ne trouve pas toujours des
pores affez ouverts pour entrer dans chaque
partie des corps particuliers.
La region de l'Air qui enveloppe la
terre s'appelle Atmoſphere du Grec
ATμuos , qui fignifie vapeur , Air , & de
papa , qui fignifie un rond ; une Sphere,
Atmoſphere fe prend donc pour toute la
cirDE
JUILLET 1723. 53
1
circonference de l'Air qui environne le
Globe Terreftre.
On divite l'Atmoſphere en trois regions
, la haute , la moyenne , & la baffe .
On ne peut point déterminer au jufte
de combien de lieuës la haute region de
l'Air eft élevée au - deffus de la furface de
la Terre ; mais on croit communément
pe- par les fupputations qu'on fait fur la
fanteur de l'Air , que cette hauteur eft
de 15. ou 20. lieuës , & qu'au delà il n'y
a plus que de la matiere fubtile .
La moyenne region eft celle où s'élevent
les nuages , elle eft environ deux
lieuës au- deffus de nous, quoique les nuages
defcendent quelquefois plus bas en cer
tains temps , par leur propre pefanteur.
L'Air y eft plus fubtil que celui que
nous refpirons
, les hommes
qui ont voulu
monter au- deffus de certaines
montagnes
,
hautes
d'environ
deux lieuës y font morts.
Il y a une hiftoire
de trois Espagnols
qui
voulurent
monter fur une montagne
, appellée
le Pain de Sucre au Pic de Ténérife
, qui eft une des Ifles Canaries
, ils
y moururent
, on en verra lá raifon dans
les experiences
.
te >
Il fait extrêmement froid dans la hau-
& dans la moyenne region de l'Air ,
& c'eft pourquoi en Eté même , il tombe
de la grêle qui n'eft qu'une eau gêlée .
C iiij
La
34
LE MERCURE
La raiſon de ce froid eft que le fimple
paffage des rayons du Soleil ne fuffit
pas pour exciter une chaleur bien fenfible
, au lieu que plus bas les rayons
du
Soleil font réfléchis par les parties groffieres
de l'Air , & d'ailleurs ces parties
font plus propres pour recevoir , & pour
exciter le mouvement neceffaire à la chaleur.
La baffe region de l'Air eft celle où
nous refpirons , & où s'élevent les oiſeaux.
On fait plufieurs experiences fur l ' Air ,
elles font très - curieufes & très - utiles ,
mais pour les bien entendre il faut faire
les remarques fuivantes.
1º Les parties de l'Air ne font point
preffées les unes fur les autres , comme le
font celles des corps folides ; ainfi on le
confidere comme un amas de petites parties
branchuës & détachées qui laillent
une efpace entr'elles, tel eft , par exemple ,
un amas de pelotons de laine , ou bien
une éponge.
2° Les trous de l'éponge , & les efpaces
qui font entre les poils de la laine
font remplis par l'Air , car il n'y a point
de vuide dans la nature , de même l'efpace
qui eft entre les parties de l'Air ,
eft rempli par la matiere fubtile qui cft
toûjours en mouvement , & qui paffe à
travers de tous les corps.
3 ° L’Air
DE JUILLET 1723 .
55
3L'Air eft un corps , ainfi on ne peut
faire entrer un autre corps dans l'efpace
qu'il occupe , qu'à mesure que l'Air en
fort.
4° L'Air eft Hiquide , c'eft - à - dire , que
les parties qui le compofent fe feparent
aifément les unes des autres , & ſe meu
vent en tout fens .
5 L'Air eft tranfparent , c'eft- à- dire ,
que la lumiere paffe facilement en ligne
droite à travers de fes pores.
6° L'Air peut être condenſé & rarefié ,
il peut être condenfé , c'eft à - dire , que
dans un espace donné , on peut y faire
entrer , & y contenir plus de matiere propre
d'Air qu'il n'y en avoit auparavant.
It peut être rarefié , c'est - à- dire , que
dans le même efpace il peut y avoir moins
de pelotons d' Air qu'il n'y en avoit avant
la rarefaction .
On condenſe l'Air dans un balon ,
dans une veffie , dans l'Arquebuze à
vent , & c.
On rarefie l'Air dans une ventoufe.
Les particules du feu qu'on y allume paffent
avec force entre les rameaux de l'Air,
les écartent , & les font fortir , le peu
de rameaux d'Air qui reftent dans la ventoule
font moins proches les uns des autres
, il y a moins de matiere propre d'Air,
""& c'est ce qu'on appelle rarefaction .
Cy 70%
56 LE MERCURE
7° L'Air eft élastique , c'eft à - dire ,
qu'il a la proprieté de reffort , élastique.
vient du Grec haw , qui fignifie repouffer,
ainfi une éponge après qu'elle a été refferrée
fe remet dans le même état où elle
étoit auparavant , l'Air & là matiere
fubtile entrent avec précipitation dans les
petits trous de l'éponge , & la remettent
dans l'état où elle étoit avant fa compreffion.
De même après que l'Air a été
condenfé , la matiere fubtile paffant avec
rapidité entre les rameaux de l'Air leur
fait faire effort pour s'élargir , & fe remettre
dans l'état ordinaire. C'eft cet
effort qu'on appelle vertu élastique , ou
proprieté de reffort.
8° L'Air eft pefant , un balon enflé
pefe plus que celui qui ne l'eft pas , plus
on fait entrer d'Air dans le balon , plus
il pefe , donc chaque partie d'Air eft per
fante , puifque le tout pefe d'autant plus
qu'il a un plus grand nombre de parties .
Puifque chaque partie d'Air eft pefante
, il s'enfuit que la maffe entiere de
l'Air eft auffi pefante.
Comme l'Atmosphere de l'Air n'a
qu'une certaine étendue , auffi la pefanteur
de l'Air eft bornée , ainfi , qu'on le
voit par les experiences.
Si nous ne fentons point le poids de
l'Air , c'eft qu'il nous preffe également
. de
DE
JUILLET
1723. 57
de toutes parts , c'eft ainfi que ceux qui
font dans l'eau n'en fentent pas le poids
parce qu'ils en font par tout également
preffez.
>
Plus l'Air eft proche de la terre , plus
il eft pefant , ou ce qui eft la même chofe
, plus la colomne d'air eft longue , plus
elle eft
pefante.
>
Si on affembloit un grand monceau de
laine de la hauteur de plufieurs toifes , fil
arriveroit que cette maffe fe comprimeroit
d'elle- même par fon propre poids
la portion de laine qui feroit à la baze
feroit plus comprimée que celle qui feroit
au milieu , il y auroit toûjours moins de
compreffion à mesure qu'on
remonteroit ,
de même l'Air eft plus pefant au bas
d'une tour qu'au milieu , & plus pefant
au milieu qu'il ne l'eft au haut de la tour.-
Les anciens
Philofophes ont fçû comme
le peuple , qu'un balon enflé étoit
plus pefant que lorfqu'il n'étoit pas enflé
, mais ils n'ont tiré aucune
confequence
de ce fait , & quoiqu'on trouve quelques
paffages qui peuvent faire croire
qu'ils ont fçû que l'Air étoit pefant , il
ne paroît pas qu'ils ayent fait aucun ufage
de ce principe dans la Phifique , tous
les effets naturels qui font produits par
la pefanteur de l'Air , ils les attribuoient
à l'horreur du vuide , comme fi la nature
C vj
étoit
38 LE MERCURE
étoit fufceptible de paffions.
C'eft un Jardinier d'Italie vers le milieu
du 17e fiecle qui a donné lieu à toutes
les découvertes qui fe font faites depuis
environ So. ans fur la pefanteur de
l'Air.
Ce Jardinier fit conftruire un corps
de Pompe d'environ 40. pieds de haut ,
& il fut fort étonné de voir que l'eau ne
montoit avec le Pifton de la Pompe que
jufqu'à une certaine hauteur , & qu'ainfi
fa Pompe ne produifoit point l'effet qu'il
s'en étoit promis . Il en avertit Galilée ,
fameux Mathematicien du Duc de Florence
, ce Mathematicien qui avoit plus
de goût pour l'Aftronomie , que pour ces
fortes d'experiences , fe contenta d'obſerver
que dans les Pompes l'eau ne fuit le
Pifton que jufqu'à une certaine hauteur ,
d'où il conclut que la nature n'avoit
horreur du vuide que jufqu'à cette hauteur-
là.
En 1643. Toricelly , auffi Mathematicien
du Duc de Florence , & fucceffeur
de Galilée , fit plus d'attention fur l'experience
de la Pompe.
Il prit un tuyau de verre de la hauteur
de 4. pieds , fermé par un bout , & ouvert
par l'autre , il mit contre terre le
bout fermé , & verfa par l'autre du vifargent
dans le tuyau , enfuite mettant le
pouce
DE JUILLET 1723 :
pouce fur le bout ouvert , il renverfa le
tuyau , & le mit par ce bout- là dans un
vafe plein de vif- argent , il retira le pouce
qui bouchoit le bout du tuyau renverfé
, afin que le vif-argent du tuyau communiquât
avec le vif- argent du baffin
alors le vif- argent qui étoit dans le tuyau
defcendit à une certaine hauteur.
3
Il varia fon experience , tantôt en
mettant de l'eau , au lieu de vif- argent ,
tantôt en mettant moitié eau , & moitié
vif-argent , & les effets étoient differens .
Toricelly communiqua fon experience
à quelques Philofophes , & comme on
n'avoit point encore trouvé la machine
Pneumatique , & qu'il reftoit un vuide
apparent entre le vif- argent & le bout
fermé du tuyau , cette experience fut
appellée l'experience du vuide.
Le Pere Merlenne , Minime de Paris;
fameux difciple de Décartes , fut le premier
en France qui eut connoiffance de
l'experience de Toricelly , il en donna
part à M. Petit , Intendant des Fortifications
, & très- habile Philofophe , celui
ci le communiqua à M. Pafchal ,
dont le pere étoit alors Intendant à Rouen .
M. Pafchal & M. Perit firent enfemble
à Rouen en 1646. l'experience de
Toricelly. M. Pafchal fit conftruire un
tuyau de 46. pieds de haut , fermé hermetique
Бо LE MERCURE
metiquement par un bout pour voir juſqu'à
quelle hauteur l'eau étoit foutenuë ,
& ils trouverent qu'elle fe foutenoit à la
hauteur de 32. pieds.
L'horreur du vuide fut la feule raifon
qu'on donna d'abord de ces experiences ,
M. Pafchal dit pourtant qu'il fe défioit
de cette raiſon , mais en 1647. il fut
averti que Toricelly foupçonnoit que
l'horreur du vuide n'étoit pas la caufe de
ces effets , puifque l'eau & le vif- argent
fe foutenoient à des hauteurs differentes ,
mais que ce pouvoit bien être la pefanteur
de l'Air. M. Pafchal réïtera les experiences,
& eninventa de nouvelles pour
verifier cette penſée , & enfin il la trouva
veritable , & la juftifia fi bien , qu'on
n'en doute plus aujourd'hui , & qu'on lui
en donne communément l'honneur de
l'invention .
En effet , lorfqu'on renverfe le tuyau
plein de vif argent par le bout ouvert
dans un baffin où il y a auffi du vif argent,
& que le vif argent du tuyau & celui
du baffin fe communiquent , l'Air exterieur
qui pele fur le vif-argent du baffin ne pefe
point fur celui qui eft dans le tuyau , parce
que le bout d'en haut eft bouché exactement
, mais le vif argent du tuyau y
eft foutenu par la preffion de l'Air fur le
vif argent du baffin , & fait une espece
de
DE JUILLET 17237
de contre -poids , avec l'Air exterieur ,
il en eft foutenu jufqu'à la hauteur de
27. pouces , en forte que fi le tuyau eft
plus haut de 27. pouces , l'efpace qui fe
trouve en dedans depuis le haut du tuyau
jufqu'au vif- argent n'eft rempli que de
matiere fubtile.
Quoique le vif- argent foit ordinairement
foutenu dans le tuyau , jufqu'à la
hauteur de 27. pouces , cette hauteur
varie pourtant felon que l'Air eft plus
ou moins pelant , & c'eft ce qui a donné
licu au Baromêtre , dont nous parlerons
dans la fuite.
Si le tuyau étoit d'une hauteur fuffifante
, & qu'au lieu de vif-argent on y
mit de l'eau , elle feroit foutenuë juſqu'à
32. pieds , car l'eau eft 14. fois plus legere
que le vif argent.
Si le bout d'en haut du tuyau étoit
fermé de telle forte qu'on pût -faire un
trou , ne fut ce qu'avec une aiguille , la
colomne d'Air qui feroit au-deffus de ce
trou , entrant dans le tuyau , & pefant
fur la liqueur , la remettroit de niveau
avec celle du baffin .
Environ 20. ans après ces découvertes
M. Otto - Guerik , Bourguemeftre de
Magdebourg inventa une machine pour
pomper l'Air , cette machine a été
fectionnée par M. Boyle , Anglois
perc'eft
62 LE MERCURE
c'eft lui qui l'a publiée , & qui en eft
regardé comme l'inventeur , on l'appelle
la machine de Boyle , la machine du vuide
, ou machine Pneumatique du Grec
TVEUμa , qui fignifie Air fubtil , elle a été
rendue plus fimple , & plus commode
par les Phifi ciens de nos jours , nous en
ferons la defcription dans les experiences.
Il n'y a point d'experience fur l'Air
par
qu'on ne puiffe expliquer aifément les
réflexions qu'on vient de faire , ces experiences
font des plus importantes de la
Phifique , & nous ont appris bien des ſecrets
de la nature que nos peres ont
ignorez.
LETTRE en Vers , écrite à M. l'Abbé....
le jour de Saint Pierre dernier ;
jour de fa Fête › par M. B... D.
L. B.
Ajourd'hui que c'eft vôtre Fête ,
Je voudrois par un chant nouveau,
Celebrer un jour fi beau ;
Mais c'eft en vain que je m'apprête
Et veux tenailler mon cerveau ;
Depuis long-temps ma mufe oifive ,
Me
DE JUILLET 1723
Me refufe fon chalumeau ,
Et ne fouffre plus que j'écrive ,
Venez un inftant au fecours
Abbé , qui favori des graces ,
Les voyez toûjours fur vos traces ,
Ainfi que dans tous vos difcours.
Quel prefent en effet vous faire ,
Si ce n'eft quelques complimens
C'est mon prefent ordinaire ,
Vous le fçavez ; depuis long- temps
Par une rigueur importune >
Le Dieu Plutus & la fortune ,
Quoique fans raifon , je le croi ,
Ont fait divorce avecque moi.
Si j'ofois chanter vôtre gloire ,
J'aurois un beau champ à courir,
Et me verrois à difcourir
Sur un peu plus d'une victoire.
Themis, qui dès vos premiers ans,
Par vôtre voix fe fit entendre ,
Et vous choifit pour la défendre ,
Me fourniroit d'illuftres chants.
Couvert d'une pourpre éclatante ,
On
64
LE
MERCURE
On vous verroit citant les loix.
Je peindrois à vos pieds l'injuftice tremblante ,
Et la difcorde aux abois.
Si quittant cette peinture
Je traçois un deffein nouveau ,
Par vous on verroit l'impoſture ,
Dans l'affreufe nuit du tombeau .
"La Religion fecouruë ,
La verité perçant la muë ,
Dont on la veut environner ;
Et dans vos fçavans exercices ,
La vertu triomphant des vices ,
Viendroit enfin vous couronner.
Que dis- je ! où me conduit un tranſport témeraire
,
Pourrai -je fuffire à ces traits ?
Mais vôtre gloire a tant d'attraits ,
Que ma bouche a peine à fe taire.
D'un pinceau plus délicat ,
Elle doit être le partage ;
Entreprenant un tel ouvrage ,
Je craindrois d'en ternir l'éclat .
En fouhaits mon coeur qui s'exhale ,
Youdroit feulement s'exprimer;
ན་མ་ བ་ལ་ཨ
Mais
DE JUILLET 1723 . 65
Mais qui fçaura vous eſtimer ,
N'en fera point qui vous égale.
******************
STATUE du Roy , érigée dans la Ville,
de Bapaume.
Mde la Ville de
Bapaume , fit éri-
R le Feullon , Ingenieur en Chef
ger le 19. Avril dernier , par les ordres
de M. le Marquis d'Asfeld , Lieutenant
General des Armées du Roy , & Directeur
General des Fortifications , une Statue
à S. M. fur un pied d'eftal , élevé fur
le bord du baffin d'une Fontaine , fituée
devant l'Hôtel de Ville . La ceremonie
fe fit avec toutes les marques de refpect
& de joye , qui convenoient en pareille
occafion. L'Etat Major , le Bailliage , les
Magiftrats en Corps , précedez des Compagnies
d'Archers & Arbalêtriers , allerent
au devant de la Statue du Roy , &
& l'accompagnerent jufqu'au lieu , où
elle devoit être élevée , au fon des Cloches
, des Tambours , & de toutes fortes
d'inftrumens , mêlez des plus vives accla
mations du peuple .
· Cette Statue faite d'une très belle
pierre blanche , qui approche fort du
marbre
36 LE MERCURE
marbre , par le fieur Dhuez , membre de
l'Académie de Sculpture de Rome , établi
dans la Ville d'Arras , Elle eft de 4 .
pieds & demi de hauteur , qui eft la hauteur
même du Roy ; elle reprefente S. M.
en pied , le Sceptre en main , avec lequel
le Roy femble montrer deux tuyaux
qui fortant du piedeſtal , fourniffent la
meilleure eau du monde ; trésor d'autant
plus eftimable pour la Ville de Bapaume ,
que les eaux y étoient très- rares , & trèsmauvaifes.
C'eit aux foins de M. le Feullon
, que l'on eft redevable de l'avantageufe
découverte de cette Fontaine , fon
heureux génie , & fon habileté pour l'Hydroftatique
, comme pour la guerre ,
le
déterminerent il y a quelque temps
( après quelques obfervations ) à faire
creufer à une demie lieuë de la Ville ,
jufqu'à 15. pieds de profondeur ; il y découvrit
deux anciens baffins , dont on
n'avoit point de connoiffance . Il prit
auffi-tôt les mefures les plus juftes pour
tranfporter dans la Ville ce tréfor inconnu
depuis fi long- temps , malgré l'élevation
de la place , les puits étant de 140 .
pieds de profondeur ; de forte qu'au lieu
des eaux mauvaiſes & falées , dont on
étoit obligé d'ufer autrefois , on a l'avantage
à prefent d'avoir au milieu de la
Ville , des eaux douces , & d'autant plus
agreables ,
DE JUILLET 1723. 67
agreables , que , que M. le Feullon vient de les
rendre memorables par la Statue du Roy,
qu'il y a fait placer , & qui en fera un
ornement augufte & des plus durables .
On a oublié de dire que les
principaux
ornemens de la Statue , comme le Collier
des Ordres du Roy , le Sceptre , les Armes
, &c. font dorez. Depuis l'érection
de cette Statue on a compofé quelques,
infcriptions , pour être gravées fur le
piedestal . Nous ne mettons ici que les
deux principales .
L'An de Grace M. DCC XXIII .
De Louis XV. Roy de France & de
Navarre , le xiv . de fon âge.
De fon Regne le vii.
De fon Sacre , & de fa Majorité le 1.
En perpetuelle memoire.
De l'infigne bonté de ce Monarque
pour la Ville de Bipaume.
M. le Marquis d'Asfeld , Lieutenant
General des Armées du Roy , Surintendant
des Fortifications , fit pofer fur ce
Piedestal le xix . d'Avril , la Statuë Pedeftre
de S. M. C'eſt à ſa liberalité Royale
, & aux foins du fieur le Feullon , l'un
de fes Ingenieurs ordinaires en Chef en
cette Ville , qui en a fait la découverte
qu'on eft redevable de l'eau délicieufe
que nous fournit cette Fontaine , contre
toute efperance. Fontaine à jamais ici
memo68
LE MERCURE
memorable tant par , l'extrême befoin
qu'on y
avoit de bonnes eaux , que par
l'éclatant ornement , que donne à nôtre
principale place la Statuë d'un fi augufte
Roy. Vive le Roy.
Que fluis hic non es natura munus amica ›
Lympha recens , votis ufque petita meis .
Sed mihi , quod toties natura noverca negabat.
Munifica praftas , Rex Lodoice manu .
Fac , ô fumme Deus , tanto pro munere regnet »
Par Atavo Lodoix , ac fuperare queat.
SUR la mort de Quine , Chienne de
Q
Me V...
Uine n'eft plus , dans l'efpece Canine ,
On ne vit rien de plus charmant que Quine,
Quine au minois fin & joly ,
Au corps mignon doux & poly ;
Qui faifoit avec tant de graces ,
Ses petits tours de paffes paffes.
Pour obéir elle buvoit ,
Du vin tout autant qu'on vouloit ,
Ne prenoit rien fur les affiettes ,
Donnoit au caffé les ferviettes ,
Etoit
DE
JUILLET 1723 . 69
Etoit nette comme un denier
Ouvroit elle- même la porte ,
Faifoit parfaitement la morte ,
Apportoit corbeille & panier ,
Et des pacquets auffi gros qu'elle ,
Prenoit ou bougie ou chandelle ,
Toute allumée entre fes dents ;
Connoiffoit les honnêtes
gens ,
Careffante aux amis , mais toute fa tendreſſe
Etoit pour fa feule maîtreffe.
Vous donc qui d'un air obligeant ,
De me le remplacer avés quelque penſée ,
Ne cherchés point à me faire un preſent ,
Quine jamais ne fera remplacée.
On doit expliquer le mot des Enigmes
du mois paffé , par le Violon , l'Enigme ,
la Superficie.
PRE70
LE MERCURE
真真
PREMIERE ENIGME
UN bon Roy gouvernoit en paix
Ses aimables , fes chers fujets.
Au temps que le Soleil fortit de la balance ,
Il ordonna fans bleffer l'équité ,
Que toute la pofterité
De celle qui l'avoit tous les ans allaité ,
Mourroit malgré fon innocence.
Les impitoyables foldats
Coupent avec leurs coutelas >
A ces nombreux enfans le filet de la vie .
Leur paffion n'eft affouvie ,
Qu'en faifant de ces morts chaque jour un amas,
Le Roy qui vient lui-même avec fon équipage ,
Meſurant fa joye au carnage ,
Avec de curieux regards ,
Voit des ruiffeaux de fang couler de toutes parts.
Suivant une vieille ordonnance ,
On enferme ce fang dans un gros
chefne creux >
D'où fouvent on le tire après un an ou deux ,
En figne de réjoüiſſance
SECONDE
JUILLET 1723. 71
M
SECONDE ENIGME.
Uette dans les bois , j'ay pû paffer ma vie,
Après que par un coup fatal ,
Un affaffin me l'a ravie
Avec un plaifir fans égal.
On me ranime enfin auſſi-tôt que l'on jouë ,
Ou qu'on danfe dans le hameau
Mais franchement je vous avoue ,
Que quand en moi l'on cherche un agrément
J
nouveau ,
Selon le caprice d'Ariſte ,
Mon air gay fouvent devient trifte.
TROISIEME ENIGME.
E
pars d'un lieu fecret , & celui qui m'attend
Eft dans l'incertitude & dans l'impatience ,
Comme jepuis le rendre un homme très-content,
Je puis pareillement fruftrer ſon eſperance.
Tout eft bizarre en moi , je fais rire & pleurer ,
J'infpire de l'amour , & fait naître la haine ,
Je brouille les amans , & les fait ſoupirer ,
Aux uns je fais plaiſir , aux autres de la peine ,
Avant que de me voir on eft dans des tranfports ;
D Mais
72 LE MERCURE I
Mais fi-tôt qu'on ma vûe un chacun m'abandonne
,
Et par l'effet cruel des plus malheureux forts ,
Je fuis antanție , & ne plaît à perfonne,
CHANSON.
CElcbrezs Elebrez, charmante Mufette ,
La jeune Eris, & fon heureux retour.
Ses appas vont encore embellir nos retraites ,
Que de nouveaux traits pour l'amour !
Celebrez , & c.
XX : XXXX
NOUVELLES LITTERAIRES.
DES BEAUX ARTS , & c.
ISCOURS PRONONCEZ dans
l'Académie Françoife , le Mardy
22. Juin 1723. à la reception de M. le
Comte de Morville , Secretaire d'Etat ,
ayant le département de la Marine , cydevant
Ambaffadeur du Roy en Hollande
, & fon Plenipotentiaire au Congrez
de
mante Musette,
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te, La jeune Iris etsonheu
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72
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22.
Cot
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dev
de
DE JUILLET 1723. 73
de Cambray. A Paris , chez J. B. Coignard
, rue S. Jacques , in 4° de 14. pag.
Nos Lecteurs nous fçauroient fans doute
très-mauvais gré de ne donner qu'un
extrait du Difcours de M. le Comte de
Morville ; tout en eft fi élegant , qu'on
n'en fçauroit rien retrancher fans ôter
des beautez ; d'ailleurs il eft auffi court
qu'il eft fimple & fublime. Le voici tel
que ce digne Académicien l'a prononcé
le jour qu'il vint prendre féance à l'Académie
Françoife , à la place de feu M.
l'Abbé de Dangeau.
MESSIEUR
ESSIEURS ,
On ne peut connoître la veritable
gloire , & ignorer de quel prix eft une
place dans l'Académie Françoife . Souffrez
que je me flatte de fentir toute la
valeur de l'une & de l'autre , & par confequent
toute l'étendue de la grace que
vous me faites aujourd'hui . Dans le cominerce
que j'ay eu avec les Etrangers ,
jay veu quelle étoit la réputation de vôtre
Compagnie. J'ay veu combien vos
travaux pour nôtre Langue ont réülli
& quelle domination vous lui avez donnée
fur toutes les autres . Dans les Cours
"
Dij de
74 LE MERCURE
de l'Europe , les Miniftres des differentes
Puiffances s'accordent naturellement
à ne negocier qu'en François ; les jaloufies
ceffent à cet égard , & l'on commence
par rendre à la Nation cet hommage
d'autant plus flatteur , qu'il eft volontai
re. Qu'auroient efperé deplus, & le grand
Cardinal de Richelieu , lorfqu'il forma
vôtre établiffement , & le Chancelier
Seguier , lorfqu'il le fouftint après lui 2
Auroient - ils même ofé porter fi loin
leurs efperances ? Vous avez conquis l'Europe
autant que l'efprit la peut conquerir.
De tous ceux qui ont compofé vôtre
Compagnie , aucun n'a jamais mieux.comnu
que celui auquel j'ay l'honneur de .
fucceder , & les avantages de nôtre Langue
, & l'importance de les étendre de
plus en plus. M. l'Abbé de Dangeau né
avec l'efprit du monde le plus droit , le
plus précis , le plus capable de répandre
par tout des lumieres , ne crût point dégrader
fes talens , en les appliquant du
moins autant à la Grammaire Françoiſe ,
qu'à d'autres matieres plus élevées. 11
avoit principalement en vûë les Etrangers
, à quiil vouloit adoucir un travail
penible , ennuyeux , prefque infini . 11
eft vrai qu'ils ne s'en rebutoient pas ,
tant ils font perfuadez qu'il faut acheter,
DE JUILLET 1723 . 75
à quelque prix que ce foit , le plaifir de
vous lire & de vous entendre.
Je fens dans ce moment, MESSIEURS,
un reproche que vous me faites en vous
mêmes ; je vous attribuë trop la gloire de
nôtre Langue vôtre zele pour Loüis le
Grand en murmure ; j'en conviens , vous
n'avez fait qu'aider par vos écrits , à ce
qu'a fait ce Monarque par fes victoires ,
par fes conquêtes ,, ppaarr l'éclat de tout fon
regne ; & ces écrits mêmes dont toute la
louange femble vous appartenir , ne font
ils pas dûs , ou à fes actions qui vous
ont fourni de grands fujets , ou à fes bienfaits
qui vous ont animez ? On a voulu
parler la Langue d'une Nation qu'il rendoit
fi brillante par la valeur , & par
Fefprit ; & ce qui ne reconnoiffoit pas
fon empire , reconnoifloit celui d'une
* Académie qu'il protegeoit , & qu'il infpiroit.
Son regne va fe continuer fous fon Aud
gufte Petit- fils. Nous ne l'affeurons pas
fur la foy du fang , quelquefois trompeufe
, mais fur la foy des mêmes vertus ,
qui déja fe dévelopent en lui , & fur les
foins qu'un grand & digne Prelat prend
de les cultiver . Les premiers momens de
fa Majorité ont été marquez par le plus
grand ouvrage de la fageffe des Souverains
, par des choix éclairez . Il n'a
D iij. point
76 LE MERCURE
point voulu que le Prince qui lui emet
toit le gouvernail , l'abandonnât ; il ly
fait affeoir auprès de lui ; & fes jeunes
mains affermies par ce fecours , peuvent
enfemble mouvoir tout , & contenir tout.
Il a confervé dans la dignité de premier
Miniftre , qu'on regardoit comme abolie
depuis un temps , par la difficulté ou
le peril de la remplir , un génie rare ,
fublime , qui reprefente à toute la France
vôtre fondateur , & qui eft ici vôtre confrere.
,
Que ne vous dois - je point , MESSIEURS
d'avoir fait tomber fur moi
vôtre choix , prefque dans le même temps.
Mon abfence ne vous a pas empêché do
vous fouvenir de l'empreffement que j'ai
toûjours témoigné pour le meriter ; &
vous avez bien voulu prendre mes defirs
pour des talens. Vous exprimez trop bien
les fentimens , pour ne vous y pas connoître
; & j'efpere au moins m'acquitter
par là , de tout ce que vous avez fait
pour moi.
Après que M. le Comte de Morville
eut achevé fon Difcours , M. Malet
Directeur de l'Académie lui répondit. Il
commença le fien par une modefte défiance
de fes forces , après quoi en parlant
de feu M. l'Abbé de Dangeau , il
dit
que cet illuftre Academicien n'auroit
DE JUILLET 1723 .
ל ד
vien perdu de ja gloire , fi M. le Direc
teur avoit prefidé , vôtre reception , pourfuit
il en s'adreffant à M. le Comte de
Morville , fe feroit faite avec plus d'éclat;
& toute l'aſſemblée auroit remporté
une plus haute idée de cette compagnie ,
quand on auroit vû un Maréchal de France
également né pour l'éloquence , & pour
·les grandes actions occuper ici la
ici la premiere
place. On voit affez que c'eft de M. le
Maréchal de Villars que M. Malet veut
parler. De ce premier " hommage qu'il
rend au merite de l'illuftre confrere ,
9 dont il remplit la fonction il palle
à celui qu'il doit à la memoire de M.
l'Abbé de Dangeau ; il le prend d'abord
dans fa plus grande jeuneffe fous
le nom de Marquis de Courcillon , il le
fuit en Suede & en Pologne , où il eut
l'honneur de combattre fous le grand Sobieski.
L'herefie des derniers fiecles , ajoûte-
t'il , étant devenue la Religion de fes
·Peres , il crût appercevoir dans cette pro
fane nouveauté des précipices que la prévention
de l'éducation lui avoit jufques
alors cache , & travaillant à éclaircir
fes doutes , il eut des conferences avec la
plupart des Docteurs de l'Europe. M. l'Abbé
Boffuet , qui fut depuis Evêque de
Meaux arracha le bandeau fatal quifermoit
fes yeux à la verité.
D iiij
M.
78 LE MERCURE
M. Malet finit le portrait de M. l'Abbé
de Dangeau par ce beau trait. C'étoit
un de ces genies qui trouvent tout en euxmêmes
; qui ne s'inftruisent que par leurs
propres réflexions ; qui imaginent & qui
perfectionnent ; qui ne fuivent pas les regles
, mais qui les font. Delà il paffe au
grand Armand , Fondateur de l'Acadé
mie Françoife , d'où il prend occafion de
loüer l'illuftre Cardinal qui le remplace
doublement voici comme il s'y prend.
Si nous commençons à nous perfuader qu'il
eft encore quelque ame privilegiée qui
puiffe partager avec le Cardinal de Richelieu
, la gloire des grandes actions qu'il
a operées dans le miniftere , du moins ,
nous devons l'avouer , perfonne ne pourra
partager la gloire qu'il merite pour ce
qu'il a fait enfaveur de la langue Frangoife,
Cet éloge le conduit à celui de
Louis le Grand , fans qu'il forte de fon
fujet. Il fait voir que telle a été la destinée
des langues de n'être jamais arrivées à leur
entiere perfection , que fous le regne
certains Princes , qui ont fait l'étonnement
l'honneur de leur fiecle tels ont été ,
dit-il , Philippe , parmi les Grecs , Augufte
parmi les Latins , & Louis leGrand
parmi les François . Cette heureufe découverte
tourne également à la gloire de l'Académie
, & à celle de fon protecteur de
triomphante memoire.
نم
de
Nous
1
DE
JUILLET 1723.
79
Nous ferions trop longs fi nous mettions
ici tous les traits dont ce difcours eft orné.
Nous nous contenterons d'y ajoûter encore
les juftes loiianges que M. Malet donne
à M. le Comte de Morville. Venez , lui
dit-il , venez nous communiquer vos lumieres
, & profiter des nôtres . Venez nous montrer
ces qualitez que nous admirons en vous
depuis fi long- temps . Un amour , un goût
pour les belles lettres , une éloquence naturelle
, qui plaît d'autant plus , qu'il y a
moins d'art. Une conception vive pour les
matieres les plus élevées , une facilité mer
veilleuse pour les exprimer , une heureufe
abondance de raifons & de paroles pour
perfuader, une affiduité au travail , & fi je
l'ofe dire , une avidité à remplir les devoirs
d'homme de lettres & de Magiftrat
.
LES OEUVRES DE FRANÇOIS
VILLON. A Paris 1723. de l'Imprimerie
d'Antoine. Urbain Couftelier , in 8 ° de
112. pages pour les Oeuvres de Villon
& de foixante- quatre pour les Repues
Franches , le Franc Archer de Bagnolet.
Le Dialogue de M's de Mallepaye & de
Baillevant , fans y comprendre une efpece
de Preface de Clement Marot aux
Lecteurs , & un avis du nouvel Editeur
& fans les deux Tables , l'une dés pieces
entenues dans ce volume , & l'autre des
Dy familles
80 LE MERCURE
familles de Paris , nommées dans les deux
Teftamens de Villon .
J
La nouvelle édition de ce Poëte François
, qui vivoit du temps de Louis XI.
eft plus complette , & en meilleur ordre
que les precedentes ; on y trouve nonfeulement
les notes de Clement Marot
mais on y en a ajoûté de nouvelles qui
viennent de bonne main ; outre que les
anciennes éditions de Villon étoient trèsrares
, il falloit recourir à toutes ces éditions
pour avoir tout ce qui nous reſte de
ce Pocte ou de les difciples ; celle - ci les
reprefente toutes avec beaucoup d'exactitude.
On peut affurer les curieux de
ces fortes d'ouvrages qu'elle a été executée
avec une attention & une propreté
qui ne fe font pas rencontrées depuis
long- temps dans nos impreffions de
Paris.
,
On prepare dans la même Imprimerie
une nouvelle édition des Oeuvres de
Jean Marot , pere , de Clement Marot
Les Poëfies de Coquillart , de Cretin , &
de plufieurs autres anciens Poëtes François
, paroîtront avant la fin de cette
année.
Le même Imprimeur nous fait efperer
une nouvelle édition du Roman de la
Rofe , avec des notes pour l'intelligence
des mots anciens ; elle fera ornéede gravures,
DE JUILLET 1723. 81
vures , tirées d'après les miniatures d'un
des plus magnifiques manufcrits de ce
fameux Roman .
Pour mettre le lecteur en état de juger
du merite , & du caractere de ces Poëfies
nous allons donner un morceau pris
dans la premiere partie de ce Recueil , &
un de la feconde .
Balade des Dames . du temps .
Dletes- moy , ou; ne en quel pays ,
Eft Flora la belle Romaine ,
Archipiada , ne Thais ,
Qui fut fa coufine germaine ?
Echo parlant quand bruit on maine
Deffus riviere , ou fus étan ,
Qui beaulté eut trop plus que humaine ?
Mais où font les neiges d'Antan ?
Où eft la très -fage Helois ?
Pour qui fut châtré ( & puis Moine }
Pierre Efbaillart à Saint Denis ,
Pour fon amour eut cet effoyne ,
Semblablement où eft la Royne ,
Qui commanda que Buridan
Fut jetté en ung fac en Seine ,
Mais où font les neiges d'Antan p
D vj
La
82
LE MERCURE
$
La Royne blanche comme ung lys
Qui chantoit à voix de Sereine ,
Berthe au grand pied , Bietris , Allys ,
Harembouges qui tint le Mayne ,
·
Et Jehanne la bonne Lorraine ,
Que Anglois brûlerent à Rouen
Où font- ils , Vierge fouveraine?
Mais où font les neiges d'Antan ?
>
Prince n'enquerez de Sepmaine ,.
Où elles font , ne de c'eſt an
Que ce refrain ne vous remaine ,
Mais où font les neiges d'Antan ?
P
Autre Ballade.
Laifant affez & des biens de fortune ,
Ung peu garni , me trouvay amoureux
Voire fi bien , que tant aymay fortune ,
Que nuit & jour j'en étois langoureux ;
Mais tant y a que je fus fi heureux ,
Que moyenant vingt écus à la rofe ,
Je fis cela que chacun bien fuppofe ;
Alors je dis connoiffant ce paffage ,.
Au fait d'amour babil eft peu de chofe ,
Riche amoureux a toûjours l'avantage.
Or
DE JUILLET 1723 .
Or eft ainfy que durant ma pecune ,
Je fus traité comme amy précieux ,
Mais toft après fans dire chofe aucune ,
Cette vilaine alla jetter les yeux
Sur un vieillard riche , mais chaffieux ,
Laid & hideux , trop plus qu'on ne propofe ,
Єe nean moins il en jouit ſa poſe ,
Dont moy confus voyant un tel ouvrage.
Deffus ce texte allay bouter en glofe ,
Riche amoureux a toûjours l'avantage.
Or elle a tort , car noyfe , ny rancune .
N'eut onc de moi , tant lui fus gracieux ,
Que s'elle eut dit , donne moi de la Lune ,
J'euffe entrepris de monter juſque aux Cieux,'
Et nonobftant , fon corps tant vicieux ,
Au fervice de ce vieillart expoſe ,
Dont ce voyant , un Rondeau je compoſe ;'
Que lui tranfmets , mais en pou de langage:
Me refpond franc , pouvreté te dépofe ,
Riche amoureux'a toûjours l'avantage.
Prince tout bel trop mieux parlant qu'Oofe
Si vous n'avez toûjours bourfe d'écloſe ,
Vous abufez , car Meung Docteur très-fage.
›
Nons
84 MERCURE LE
Nous a décrit , que pour cüeillir la rofe ,
Riche amoureux a toûjours l'avantage.
LA VIE DE L'IM PERATRICE
ELEONOR , mere de l'Empereur Regnant
. A Paris , chez J. Jombert , ruë de
Richelieu près la Sorbonne . Claude Laboniere
, rae S. Jacques , & L. A. Thomelin
, Place de Sorbonne , in 12. de 294 .
pages , fans y comprendre , l'Epître à
I'Infante-Reine , la Preface , & c.
M. Lemoine , Docteur de Sorbonne
Approbateur de ce Livre , dit que la vie
de cette Augufte Princeffe eft , un parfait
modele de Religion , de pieté & de toutes
les vertus Chrétiennes , capable d'édifier
toute la Catholicité , & qui engagera
tous ceux & celles qui liront cette
admirable vie , à benir le Seigneur de
nous avoir donné de nos jours un exemple
fi éminent de Sainteté fi grande dans
une Imperatrice & une Reine , qui fidele
à la grace , a fçû joindre à une dignite
fi fublime , & fi éclatante , dont elle
remplit parfaitement & conftamment
tous les devoirs , les Actes les plus Heroïques
du Chriftianifme le plus exact
& le plus ac ompli.
I
Cet ouvrage et écrit avec feu avec
nobleffe , poliment , élegamment , &
foutenu
DE JUILLET 1723 85
foutenu par tout. On y trouve une relation
exacte du dernier fiege de Vienne ,
& beaucoup d'Anecdotes des troubles
de Hongrie.
LE JE NE SAI Quor , par M. Cartier
de S. Philip , à la Haye , chez Jean
Neaulme , 2. vol. in 12. 1723.
> а
"C
M. Cartier de S. Philip dédie cet Ouvrage
àM. de Cruiningen , Grand Baillif
de Muiden , Naerden , Weefop , & c. Ce
Seigneur qui aime les Belles Lettres
été d'un grand fecours à nôtre Auteur
pour la compofition de fon Recueil, diviſé
en quatre Parties. La I. contient 61. Articles
, la II . 36. la III . 43. & la IV. 31 .
La I. traite des Etudes en general general , "
la II, des Predicateurs , la III. de Mas
tieres détachées , & la IV. du Mariage..
On verra d'un coup d'oeil , dit l'Auteur
, dans la Table , les Articles qu'on
touche dans chacune de ces Parties. II "
y a par tout des choſes anciennes &
nouvelles , tant en Vers qu'en Profe. "
Et pour me conformer au goût du pu
blic , qui veut être inftruit & diverti "
tour à tour , j'ai en quelque forte fait "
violence au mien , qui depuis que je "
reflechis , me porte plus fortement au "
ferieux qu'au badin , à l'utile qu'à l'agreable.
66
LE MERCURE
و و
د و
و ر
"'
ble. Je crois n'avoir cité de
fi
gueres
penfées d'autrui , qui n'en valuffent la
,, peine. Pour celles que j'ai tirées en
affez grand nombre de mon fonds ,
elles trouveront
auffi des Approba-
,, teurs , fi elles le meritent , ou de judi-
,, cieux & de charitables
Cenfeurs ,
l'on juge par cet effai , que je fois hom-
,, me à m'animer par l'éloge , & à me
foumettre
à la critique . Le Latin que
je cite en plufieurs endroits , intereffera
,, les Lecteurs qui l'entendent
, & ceux
qui ne l'ont point appris , en trouveront
par tout l'explication
.
33
"
و ر
3'5'
Nôtre Auteur remercie enfuite quelques
-uns de fes amis , qui outre les avis
qu'ils lui ont donné fur fon Amuſement,
(a) y ont contribué encore de leur
fonds par des morceaux en Profe & en
Vers qu'il a tiré de leurs Ouvrages , &
par d'autres morceaux tout nouveaux
dans l'un & dans l'autre genre , qu'ils lui
ont communiqué. Il leur fait honneur de
leurs productions . " Conduite , dit il ,
,, que j'ai tenuë auffi jufqu'au fcrupule à
L'égard de ce que j'ai recueilli d'ail-
ور
"" leurs.
(a) C'est le nom qu'il donne lui -même àfon
Livre.
"
→ Des Ouvrages d'autrui quand on fait un On-
., vrage ,
Et
DE JUILLET 1723. 87
Et qu'aux yeux du Public' on vient à l'étaler ,
A proprement parler , "
Cette façon d'agir n'eft pas un brigandage ,
" Aux Auteurs prendre ainfi , ce n'eſt pas les “
voler , "
و ر
C'eft les renouveller. *
се
1
Enfin , M. Cartier demande deux gra
ces à fes Lecteurs fur les morceaux de fa
façon. " La 1. de ne me fçavoir pas
mauvais gré de la force & de la har- "
dieffe , avec lefquelles je m'énonce
fur les chofes que j'ai crû mauvaiſes. "
On ne peut m'en blâmer avec fonde- "
ment , qu'en cas que j'outre trop les "
matieres. La 2. qu'on ne faffe pas application
de mes caracteres à tels ou à ce
tels individus , au ſujet defquels on "
pourroit certainement fe tromper. Le "
monde eft rempli de perfonnes fujettes "
aux défauts que je cenfure ; & ce font "
toutes ces perfonnes que je me fuis propofé
de confondre , ou plutôt de re- "
dreffer , & non pas nommément une ❝
feule, "
<<
Nous allons extraire ou indiquer fimplement
de chaque Partie quelques-uns
des morceaux , Profe & Vers qui entrent
dans le Je ne fçai quoi . Commençons par
* Le Chevalier de Cailly.
ce
1
"
88
7
LE MERCURE
ce Sonnet , tiré de l'Article 5. de la I.
Partie , de M. Potin , l'un des amis de
nôtre Auteur.
Agrémens de l'efprit , dont nôtre orgueil s'enivre
,
Nous vous eſtimons plus que vous ne meritez
A bien aprecier vos frivoles beautez ,
Ce n'eſt qu'un vain honneur , heureux qui s'en
délivre.
Pour bien tourner des Vers , pour fçavoir faire
un Livre ,
Les beaux efprits fouvent n'en font pas mieux
rentez ,
Et de mille ennemis ces talens redoutez
N'offrent que des lauriers , dont on ne fçauroit
J
vivre ,
C'est trop payer l'efprit de l'immortalité .
Encor fi réservée à nôtre vanité ,
Nos veilles , nos travaux , en étoient de feurs
gages ;
Mais dupes des defirs que flattent les neuf Soeurs ,
De tel qui croyoit voir applaudir fes Ouvrages ,
L'amour propre gémit fous le poids des Cenfeurs.
Dans l'Article feize M. Cartier fait
voir le ridicule de ceux qui étant devenus
riches renoncent à l'étude. Delà nous
paffons à l'Article vingt- neuf où nôtre
Auteur
DE JUILLET 1723 .
85
Auteur répond aux difficultez de la
Nobleffe contre les études. Il réduit ces
difficultez à cinq. Les Lettres font fort
avilies par l'ordre des perfonnes qui s'y
adonnent. On devient craffeux & impoli
par les Lettres. Elles portent à la Pedanterie.
On ne fait pointfortune par les Lettres.
On veut s'avancer dans l'Epée. Copions
la réponſe de nôtre Auteur à la derniere
de ces difficultez .
On veut s'avancer dans l'Epée. Je "
diftingue. On veut s'avancer dans l'E- "
pée , ou par inclination , ou par l'hon- "
neur qu'on y attache préferablement “S
aux Lettres . "
<<
1 Si l'on fe fent le coeur Martial ,
il faut fuivre fon naturel , puifqu'on ne
réüffit jamais dans ce qu'on entreprend,
lorfqu'on le fait par contrainte. Mais «
quelles lumieres ne doit pas avoir un "
bon General d'Armée , par exemple ? “
Il ne doit rien ignorer de l'Hiftoire An- "
cienne & Moderne de tous les peuples "
un peu belliqueux . Il doit fçavoir à “
fonds la Geographie , & plufieurs parties
des Mathematiques. Quel jugement
n'éxige pas encore la conduite “
d'une Armée ? Et quelle moderation ne❝ .
faut- il pas , pour exercer avec dignité
cet emploi fi brillant , fi envié ? Or je
pofe en fait qu'on s'en acquittera toû- "
СС
Сс
"c
<<
jours
90
LE MERCURE
jours très- mal fans étude & fans celle
en particulier de la Religion. D'ailleurs
ne parvient pas à ce pofte qui veut,
» ou qui s'en eft rendu capable.
"
,
la
» 2° On veut s'avancer dans l'Epée ;
» par l'honneur qu'on y attache préfe .
» rablement aux Lettres . La queftion eft
tout au moins problêmatique , à l'examiner
à la balance de la raison . Un
Philofophe Moderne , (a) qui a fçû
joindre l'Epée à la Plume , porte lui-
»même ce jugement de la premiere de
ces Profeffions . Bien dit-il , que
» coutume & l'exemple faffent eftimer le
» Métier de la Guerre comme le plus no-
» ble de tous pour moi qui le confidere
en Philofophe , (b) je ne l'eftime
» qu'autant qu'il vant & même j'ai
»bien de la peine à lui donner place entre
les Profeffions honorables , voyant que
l'oifiveté & le libertinage font les deux
principaux motifs , qui y portent au-
»jourd'hui la plupart des Hommes . C'eſt
» ce qu'affure encore l'Abbé de S. Real
» dans fon Difcours fur la Valeur , à M.
» l'Electeur de Baviere. Mais pour ne
donner tout-à-fait gain de cauſe à
o
"
20
»
pas
,
(a) Descartes , Lettre 118.
(6) Ceci eft d'autant plus remarquable que
Defcartes étoit aufli Gentilhomme."
Def
DE JUILLET 1723. 91
Defcartes , ni fans dire non plus avec «
Ciceron qui porta auffi les Armes , qu'el .
les doivent le ceder aux Lettres , «
Cedant arma toga , concedant laurea «
lingua.
и
Avoüons que , vú le fâcheux état des «<
chofes , (a) ces deux Profeffions font «
auffi neceffaires au monde l'une que se
l'autre ; & que ceux qui les exercerent «
avec honneur , & avec diftinction , me- «
riterent également l'immortalité qu'on «
leur a donnée. «
Nôtre Auteur parcourt , dans l'Arti- «
cle fuivant , les qualitez neceffaires à ce
ceux qu'on éleve aux emplois .
Il prouve dans les Articles 46. & «
401. que les études ne font pas
pour tout le monde.
faites GS
Voici le contenu de l'Article 59.
Une Dame qui fe piquoit d'avoir «
beaucoup lû , m'en donna un jour cette «
preuve. Comme je la trouvai dans fa «
chambre avec un Livre à la main , je «
lui demandai quel Livre elle lifoit ? «
Cette fçavante fille , qui depuis s'eft fait «
traduire en femme , me répondit , que e
c'étoit un Livre Synonyme . Moi qui ne «
pouvoit croire qu'une perfonne qui avoit e
tant lû pût faire une pareille faute ,
(a) Je parle de la fatale neceffité des Armes .
C6
autre92
LE MERCURE
>>
» autrement que par inadvertance ,
» réïterai ma demande , à quoi elle répondit
de même que la premiere fois.
» Enfin pour m'éclaircir entierement du
fait , je la priai de m'expliquer le mot
» Synonyme , dont je feignois d'ignorer
» la fignification. Cette Dame me dit har-
» diment , & fans aucun préambule
» qu'un Livre Synonyme étoit un Livre
où le nom de l'Auteur n'étoit point marqué.
Ne pouvant alors plus douter de
»l'ignorance de la Dame , je fis le Doc-
» teur à mon tour & je lui appris la
» difference qu'il y a entre Synonyme
» qu'elle difoit , & Anonyme qu'elle de-
"
"
» voit dire.
>
M. Cartier après avoir allegué dans
l'Article 10. de la II. Partie le fentiment.
du P. Gisbert , & de l'Abbé de Villiers
fur les trop frequentes citations que certains
Predicateurs font dans leurs Sermons
, il continuë de la forte .
» Il eft donc des occafions où l'on doit
citer les Peres , & d'autres Auteurs ;
» mais il le faut faire toûjours avec choix ,
» & avec difcernement ; enforte qu'on
» n'offre à l'esprit de fes Auditeurs que
» des endroits qui foient dignes de leur
» attention. Mais quelle pitié !
23 Il en eft qui d'un goût , d'un efprit de tra-
>> vers ,
ComDE
JUILLET 1723. 93
Compi'ant pour prêcher cent paffages divers , ' ,
Appliquez à tranfcrire , à piller un volume ,
De l'or qu'il leur fournit ne prennent que
cume. " *
<<
=
Féce
Si l'on ne peut pardonner cette affec- ce
tation à un Prédicateur , dont on eft c
feur qu'il a compilé dans les originaux , «
les paffages qu'il nous cite , que ne «
penfera-t'on pas de celui , qui n'ayant «
pas même eu le temps de lire & de
mediter avec foin l'Ecriture , & fon ce
Systême , remplit cependant à tort & «
à travers fes Sermons de fentimens des ce
Rabbins , des Peres Grecs & Latins , «
des Commentateurs Anciens & Mo- «
dernes , des Hiftoriens Ecclefiaftiques ce
& Prophanes , & des Philofophes de «
tous les temps , & de toutes les fectes , «
dont certainement il n'a jamais vû les «
Ouvrages que par le dos ; mais dont il ce
a trouvé des lambeaux dans fon Syſte
me , dans fes Commentaires , ou dans «
d'autres Livres François ou Latins affez
communs , & qui fourniroient à qui
que ce foit qui entendroit ces deux Lan- ce
gues , & qui jetteroit les yeux fur ces c
Livres , la même occafion de paroître
fçavant à très peu de frais ? J'Epargne «
* L'Abbé de Villiers.
сс
сс
c6
co
ce
94 LE MERCURE
» ce Prédicateur , & tous ceux qui lui
» reſſemblent , en fupprimant ce que j'en
» ai ſouvent oui dire , & penfé moimême.
Veritez & bons mots en Vers , tirez
de l'Article 33.
Anacreon plus que Sexagenaire ,>
Et Lycidas d'un âge preſque égal ,
Dans leurs moeurs à mon gré ne s'accordoient
pas mal.
Renonçant l'un & l'autre à la fageffe auftere ,
Ils chantent la Déeſſe adorée à Cythere.
Sur l'avenir pleins de fecurité,
Leur fageffe eft la volupté ,
L'indolence leur caractere ,
Et Bacchus leur Divinité.
Mais une double difference
Rend ces deux illuftres divers ;
Anacréon faifoit des Vers ,
Et Lycidas prêche la Temperance.
Sa feule longueur nous êmpêche de
copier ici l'Ode fur la fauffe , & fur la
veritable grandeur , adreffée à M. Laugier
de Taffy , par M. Potin . Cette Ode
fait le fujet du s. Article.
* III. Partie.
11.
DE JUILLET 1723. 95
Il blâme avec rafon & avec force
la coutume de plufieurs Bourgeois de
Hollande , lefquels quand ils donnent à
manger , font tenir un Domeftique à la
porte ; afin d'obliger leurs convives à
payer , en fortant , le repas qu'ils viennent
de prendre. *
Reffemblance entre le Tabac en poudre &
l'Amour , tirée de l'Article 39.
Du Tabac , de l'Amour , chacun eft entêté ,
Le Soldat & l'Abbé , la Coquette & la Prude ,
Par le bel air d'abord on s'y trouve porté ,
Ce bel air du plaifir eft bient eſcorté ,
Le plaifir devient habitude ,
Et l'habitude enfin devient neceffité. M. V * E**
Si M. Cartier fe livre ici à la bagatelle
, en faveur du Public , qui , comme
il l'a remarqué dans la Preface , vent
être inftruit & diverti tour à tour , il
donne auffi de fort bonnes leçons aux
deux fexes fur le mariage. Pour ne pas
pouffer trop loin cet extrait , nous renverrons
les curieux à fes leçons. Copions
ou indiquons quelques unes des Pieces
en Vers les plus nouvelles , que nôtre
Auteur a inferées dans la premiere Partie
de fon Je ne sçai quoi.
* Article 27.
E Nous
૩ LE MERCURE
Nous avons déja fait uſage de la Cântate
de M. de la Grange, intitulée la Belle
Hollandoife , Cantate qui fait ici la mariere
du 18. Article. Au refte M. de la
Grange a fait une autre Cantate , intitulée
Dédale , qu'on trouve dans l'Article 16.
de la Partie III. de ce même Recüeil.
L'Epithalamifte mal récompenfe de fes
peines , par M. L** D * T**.
Dans un Païs jadis peuplé par des pêcheurs , "
Où font gens que l'on dit prudens , de bonnes
moeurs
Fût un fçavant faiseur d'Epithalames ,
Flatteur de fon métier ( quand il s'agit des Dames,
Conviendroit-il de citer leurs défauts ?
Et combien d'hommes vrais nigauds >
Avec du bien fur tout fe plaifent qu'on les flattes
Ce Poëte indulgent pour qui graiffe la patte ,
Fût inftruit que l'Hymen devoit au premier jour
Refferrer des noeuds que l'Amour
Avoit formez long-temps d'avance ,
Efperant bonne récompenſe
Du couple, riche des parens ,
>
Qui poffedoient les premiers rangs ,
Il chanta l'Amant & l'Amante,
Une
DE JUILLET 1723 .
97
.
Une Epithalame brillante ,
Vantoit leurs belles qualitez ,
Souhaits heureux de tous côtez .
Les Dieux des Eaux , les Tritons , les Nayades ,
Nymphes , Syrénes , & Dryades ,
Venoient tous fur la ſcene , & faifoient galamment
,
Au couple heureux leur compliment.
L'Auteur s'en applaudit , & fait mettre fous
preffe
L'ouvrage plein de politeffe ;
On prend un exemplaire , & l'ayant honoré
D'un couvert de papier doré ,
S'empreffe d'en faire l'offrande.
Mais que fa furprife fut grande !
Bien loin de recevoir un fac d'argent ou d'or ,
Et des remercimens encor >
L'encens fut rejetté. Qu'est- ce que l'on veut dire ?
Dirent nos Amoureux . Eft -on dans le délire ?
L'Auteur qui fait parler Nayades & Tritons ,
N'a qu'à porter ailleurs ſes tons :
Son encens nous paroît inutile à la fête
Chacun les mêmes mots repete ,
L'écrit eft promené de l'un à l'autre bout ,
Eij
On
98 LE MERCURE
(
On n'y trouve , ni fel , ni goût.
On le berne. Il n'eſt pas juſqu'à la chambriere ,
Qui ne le life avec la cuifiniere ,
Et puis de s'en mocquer. Je conclus de ceci ,
Deux points évidens, les voici :
Que tout Auteur qui rend Apollon mercenaire
Merite ce falaire.
Pourquoi vouloir flatter les gens ,
Et fans les confulter , les barbouiller d'encens >
J'ajoûte qu'on ne peut trop louer la fageffe
De cet Amant & de cette Maitreffe ;
C'eſt aux Auteurs une belle leçon ,
Batave rarement fe prit à l'hameçon ,
Et ne troqua fon or pour de belles paroles ,
Encor moins pour des fariboles.
Avez -vous des effets comment eft le cours ? tant,
Hé bien tout auffi - tôt vous aurez du comptant ,
Argent de caiffe , ou bien argent de Banque ;
Pour des écrits flatteurs , ce n'eſt pas ce qui man
que ,
On en a fait fouvent pour un morceau de pain .
La longueur de cet extrait nous empêche
de mettre ici un morceau de
Poëlie , contenant l'éloge du Thé ; mais
pêélie ,contenant
nos
DE JUILLET 1723 .
وو
nos Lecteurs n'en feront pas privez , nous
le donnerons une autre fois.
LES AMANS IGNORANS , Comedie ,
reprefentée par les Comediens Italiens ,
&c. A Paris , chez la veuve Gilleaume.
Quay des Auguftins 1723. in 12. de 115 .
pages.
,
eut
Certe Piece qui fut d'abord repreſentée
au mois d'Avril 1720. eft de M. Autreau ,
déja connu par plufieurs autres Comedies
de fa compofition qui ont eu beaucoup
d'applaudiffemens furtout fon
Naufrage au port à Langlois ,
une grande réüffite , & a fixé , à ce
qu'on prétend , les Comediens Italiens à
Paris. C'eft la premiere Piece Françoife
qu'ils y ont reprefentée. Celle - ci plût
beaucoup au Public dans fa nouveauté ,
& on la voit encore tous les jours avec
plaifir. Nous allons tâcher de mettre nos
Lecteurs en état d'en juger par l'extrait
que nous en allons donner.
ACTEUR S.
Pantalon , Noble Venitien.
Mario , fils de Pantalon , Amant de
Flaminia.
Lelio , Ami de Pantalon , pere de Flaminia.
E iij
Fati
700 LE MERCURE
Fatime , Amante de Mario.
Flaminia , fille de Lelio.
Bertoldo , Jardinier , Concierge de la
Maifon des champs de Pantalon.
Argentine , feconde femme de Bertoldo .
Nina , fille aînée de Bertoldo , Amante
d'Arlequin.
Gianetta , fille cadette de Bertoldo.
Arlequin , Chevrier dans le Village ;
fils de Braccolino , Laboureur , mais qui
ne paroît point.
Violette , femme de Trivelin , Barbier
du Village.
Trivelin , mary de Violette.
Balordino , Nourriffier de Flaminia ;
Tabellion d'un Village prochain.
Barbanera , Corfaire Turc.
Troupe de Vendangeurs & de Vendangeufes
.
·
Troupe de Soldats Turcs.
Un Traiteur , & fes gens ,
G
Garçons
d'Office , de Cuifine , Servantes & Marmitons.
ACTE I.
Trivelin feul ouvre la Șcene, chargé de
faire tenir une lettre du Seigneur Mario
à la Signora Fatima fon Amante. Il
attend l'occafion favorable
pour s'acquitter
de fa commiffion , malgré les foins
de Bertoldo , Jardinier- Concierge de la
maiDE
JUILLET 1723 .
Jor
maifon des Champs de Pantalon ; ce
Pantalon eft pere de Mario , & c'eft luimême
qui a mis cette belle eſclave ſous
la garde de Bertoldo pour empêcher que
fon fils ne la voye.
SCENE II.
Bertoldo , Trivelin.
que
L'on
C'eft ici une Scene purement d'expofition.
L'Auteur a imaginé une maniere'
d'expofer très -finguliere & très - neuve..
Trivelin conte toutes les avantures de
Fatime à Bertoldo par maniere d'acquit
, comme s'il les avoit apprifes de luimême
en beuvant bouteille. Bertoldo a
beau lui protefter qu'il lui fait dire des
chofes qu'il n'a jamais fçûës ; Trivelin
lui répond avec Hippocrate , que le vin
fait dire ce l'on fait, & ce que
ne fçait pas. Nota , que Trivelin eft Chirurgien
, Apotiquaire, & Medecin ; &
qu'ainfi Laphorifme eft bien en place. Il
ajoûte que Pantalon fçait tout le miftere
des Amours de Mario & de Fatime , &
que c'eft pour dégoûter fon fils de cette
avanturiere , qu'il l'a envoyée dans cette
maiſon des champs , pour la faire bien
travailler , & pour lui riffoler le teint .
Bertoldo lui répond en jurant , qu'il ne
peut fçavoir cette derniere circonftance
E iiij que
TOZ LE MERCURE
que de fa femme à qui il rompra les bra,
elle lui parle de fa vie. Bertoldo quitte
brufquement Trivelin , fous prétexte
d'aller recevoir le Seigneur Pantalon qui
doit venir en fa maifon des champs.
SCENE III.
Fatime , Trivelin.
Trivelin n'eft pas plus avancé pour
rendre fa lettre qu'il l'étoit en arrivants
mais le fort lui amene la perfonne à qui
cette lettre eft deſtinée , c'eft la Signora
Fatime qui fait d'abord connoître fa fituation
& fon caractere par cet à parte :
je fuis partis d'Alger pour devenir Sultane
à Conftantinople , & me voilà Payfane
dans un Village d'Italie ; mais j'en
fuis partie pour devenir esclave à jamais ,
me voila libre pour toujours. Fortune,je
t'en rends grace ; laiffe - moi ma liberté ;
c'est tout ce que je te demande. L'Auteur
la fait d'abord parler ainfi pour preparer
ce qu'elle doit faire dans le cours de la
Piece. Elle aime Mario ; mais elle aime
la liberté , qu'elle craint de ne pas trouver
dans l'Hymen que fon Amant lui
propofe. C'eft une perfonne fage qui pré.
fere un établiffement modefte & tranquille
à une fortune éclatante , mais d'autant
plus expofée au trouble. Elle lit tout
bas
DE JUILLET 1723. 103
bas la lettre que Trivelin lui remet de la
part de Mario . Trivelin paroît furpris de
l'indifference affectée avec laquelle elle
lit cette lettre . Elle lui ouvre fon coeur
en ces termes : Non , je ne fuis pas affez
ingrate pour hair Mario , il m'a tirée d'ef
clavage's il a même en la generofité de ne
me point ôter les pierreries , dont on m'avoit
ornée pour plaire au Grand Seigneur
il eft riche & de qualité , il m'aime &
veut m'époufer , moi qui n'étois qu'une efclave
, & qui ne fuis peut être que la fille
d'un Rayfan. Qu'arriveroit- il de cela ?
qu'au lieu d'être efclave à Conftantinople ,
je le ferois à Venife . Voilà un raiſonnement
qui continue à établir le caractere
dont nous venons de parler. Mario- n'a
pas fait un grand effort , en laiffant à une
perfonne aimable , & qui doit lui avoir
plû du premier regard , des pierreries
⚫ dont on l'avoit ornée ; mais ces pierreries
ne font pas là pour rriieenn , & l'Auteur ne
les y a mifes , que parce qu'elles doivent
fervir à faire reconnoître l'Efclave, & c'eſt
en quoi l'Auteur eft très- loüable. Fatime
fait entendre à Trivelin qu'elle aime
mieux pour fon repos , & pour conferver
fa liberté , n'époufer qu'un fimple Payſan
qu'elle peut enrichir en lui apportant
fes pierreries en dot. Tout ce que Trivelin
peut obtenir d'elle en faveur de M₁-
,
Εν
rio,
104 LE MERCURE
rio , c'eft qu'elle lui faffe un mot de rêponſe
, elle fort pour lui écrire.
SCENE I V.
Trivelin feul.
Trivelin réflechit fur tout ce que Fatime
vient de lui dire . Il trouve fon
compte dans la derniere réfolution qu'elle
a prife. Il n'a plus rien à craindre de
la part de Pantalon , homme vindicatif
& puiffant , qui ne manqueroit pas de le
punir d'avoir fervi fon fils dans une intrigue
de cette nature ; au lieu que Fatime
époufant un Payfan dans fon Village
, c'eft pour lui , Chirurgien , Medecin-
& Apotiquaire , une pratique de plus ,
& en plus d'une maniere ; ouy , conclut
il , un Payfan eft mieux fon fait & le
mien.
ACTE V.
Arlequin , Trivelin.
Arlequin arrive en révant à ſon amour
pour la belle Nina auffi innocente que
Tui. Trivelin en le voyant paroître , forme
la réfolution de le charger de la lettre
que Fatime va écrire pour Mario. La
neceffité de faire tenir cette lettre par
Arlequin n'eft pas fondée' , chofe à laquelle
l'Auteur ne manque guere , & qui
n'étoit
DE JUILLET 1723 . 105
n'étoit pas difficile à imaginer. Paffons.
Trivelln engage Arlequin à fe charger
de cette lettre , par la promeffe qu'il lui
fait d'un beau prefent , dont il pourra
faire part à fa chere Nina , après un pe
tit inbraglio que la lettre , le prefent ,
Mario , Fatime , & Nina font dans l'efprit
d'Arlequin ; il promet tout fans y
rien comprendre , comme il fait dans
toutes les pieces. Qu'importe , pourvû
qu'il nous en revienne du plaifir ?
Dans la fixiéme Scene Arlequin en
attendant le retour de Trivelin , qui eft
allé chercher la lettre en queftion , rêve
à fes amours. Il s'ennuyé de ne point
voir Nina ; & pour faire diverfion à fon
chagrin , il tire une rape , un bilboquet ,.
il demande s'il n'y a perfonne qui veuille
jouer avec lui au biribi , & tout cela
eft affaifonné de traits convenables aux
moeurs du temps.-
SCENE V I. & VII..
Arlequin , Nina , Fatime.
Dans la premiere de ces deux Scenes ,
Arlequin & Nina ne font que préluder
de tendreffe & d'ignorance. Le lecteur
juge bien que ce font ici les Amans igno-.
rans qui donnent le titre à la Comedie..
Fatime furvient à l'autre Scene . La
E- vj, naïve.
106 LE MERCURE
naïveté d'Arlequin , picquant fa curios
fité , l'oblige à fe cacher pour entendre
cette nouvelle maniere de faire l'amour
fans le connoître . Rien n'eft mieux traité
que cette Scene , c'eft la fimple nature
qui parle ; mais avec tant de force que .
Fatime en oublie Mario pour quelque
temps , & femble . prendre de l'amour
pour Arlequin . Ce changement paroitroit
un peu brufqué, s'il n'eftoit preparé , par
ce que nous avons remarqué dans les Scenes
precedentes. Fatime fe fait voir aux
deux Amans dans un endroit de la Scene ,
ou , furpris de leur maladie reciproque ,
ils croyent qu'on a jetté un fort fur eux.
Remettez- vous , leur dit - elle , remettezvous
, mes enfans ; non , vous n'êtes point
enforcellez. Ily a long- temps queje vous
écoute , j'ai entendu vôtre maladie ; là
confolez- vous , j'ai des fecrets pour vous
en délivrer. Elle leur apprend que cette
maladie s'appelle amour , maladie qui
prend ordinairement dans la jeunelle .
Elle congedie Nina , fous prétexte que
fa mere la demande , & demeure feule
avec Arlequin.
SCENE IX.
Fatime , Arlequin.
Fatime
promet à Arlequin de le guerir
de
DE JUILLET 1723. 107
de fa maladie , & de lui faire voir une
épreuve de fon remmede en la perſonne
de Mario atteint du même mal . Les foulagemens
dont elle lui parle pour cette
maladie , font des lettres , des rendezvous
, des fentimens , des raccommodemens,
& c. Arlequin compte tous ces ingrediens
par fes doigts , & fe prepare à s'en fervir
en temps & lieu. Fatime le charge d'aller
porter à Mario la réponſe qu'elle vient
de lui faire. Elle lui annonce qu'il verra
Mario commencer par bailer cette lettre,
figne d'une prochaine guerifon ; ce baiſer
fera fuivi d'un rendez- vous , & du miftere
dautant que Mario viendra la trouver
, déguisé en Payfan ; tout cela augmente
la furpriſe d'Arlequin , & l'envie
qu'il a de mettre en pratique la premiere
leçon qu'on vient de lui donner pour
guerir. Arlequin fort pour s'acquitter de
la commiffion que Fatime vient de lul
donner .
;
SCENE X.
Fatime , Trivelin un peu après.
que
Cette Scene entre 'Fatime & Trivelin
ne contient autre chofe l'aveu que
Fatime lui fait de l'envie qu'elle a d'a
voir un mari tel qu'Arlequin , elle fe flatte
de détruire un amour qui eft plutôt un
befoin du coeur qu'un fentiment fondé
fur
108 LE MERGURE
fur l'eftime . Trivelin lui annonce la
prochaine
arrivée de Pantalon , Seigneur du
Village , qui emmenant fon fils Mario à
Venile , facilitera le deffein qu'elle a formé
de fe marier avec Arlequin.
SCENE XI.
Fatime , Nina.
Cette Scene eft encore parfaitement
au fujet. Fatime interroge Nina fur fa
maladie ; Nina lui répond les plus jolies
naïvetez du monde. Fatime lui propofe
pour remede le mariage, ou l'abfence ; elle
ne veut ni de l'un , ni de l'autre , à cauſe ,
dit- elle , qu'elle voit que les gens mariez
ne fe font plus de niches , ne fe donnent
plus de coups de poing , & pour l'abfence
, elle ne peut fe réfoudre à ne voir
plus fon cher Arlequin , ce qui le feroit
plutôt mourir que le mal même , dont
on lui propoſe la gueriſon.
SCENE XII.
Fatime , Arlequin , Mario un peu après.
Arlequin dit à Fatime que Mario à
reçû la lettre qu'elle l'avoit chargé de
fui rendre , qu'il l'a bailée comme elle
lui avoit prédit , & qu'il vient effayer
du miftere , du rendez-vous , des faveurs
bonneDE
JUILLET 1723. 100
honnêtes , &c. Arlequin fe retire pour
obferver Mario de loin , & prendre fa
feconde leçon . Mario vient. Fatime rab
bat fa joye , en lui difant qu'elle ne veut
pas l'époufer , quoiqu'elle trouve fa fortune
dans cet établiffement. Mario n'oublie
rien pour diffiper la crainte que lui
infpire l'humeur violente de Pantalon ;
Fatime , craignant qu'il ne faffe quelque
éclat qui deceleroit fon traveftiffement
lui laiffe quelque rayon d'efperance . Mario
fe jette à fes pieds , & lui baiſe la
main ; Arlequin obferve tout , & entendant
Mario qui dit me voilà l'homme du
monde le plus content , vous effacez tous
mes chagrins ; je fuis gueri , bon , dit
Arlequin à part , il eft gueri , il eft gueri
SCENE XIII. & XIV.
Fatime , Mario , Trivelin , Arlequin
Ces Scenes font des plus plaifantes , &
des plus convenables au Theatre Italien .
Trivelin oblige Mario & Fatime à s'en
fuir par la nouvelle qu'il leur donne de
l'arrivée de Pantalon . Arlequin fe rappellant
tout ce que Mario a fait pour guerir
, demande une lettre à Trivelin , comme
un des ingrediens de la recette. Trivelin
e doute que c'eſt - là une des balour
deries d'Arlequin ;, & pour s'en divertir
jufqu'au
110 LE MERCURE
juſqu'au bout , il lui donne une lettre qu'il
a reçûë d'un de fes malades. Arlequin le
prie de vouloir bien la porter à Nina , &
lui dit , que cela produira le rendez - vous,
le miftere , les faveurs honnêtes , & finalement
la guerifon. Trivelin confent à
tout pour le donner la Comedie. Nina
vient , Arlequin fe retire & fe couvre le
nez de fon manteau pour faire le miſtere.
Il copie Mario , Trivelin prefente la
lettre à Nina qui n'y trouve autre chofe
qu'une felle copieufe , dont un malade
inftruit Trivelin. Arlequin demande à
Nina, fi elle n'eft point guerie, elle lui dit
que non , & ne le trouvant gueris ni l'un
ni l'autre , ils concluent qu'il leur faut
d'autres temedes. L'arrivée de Pantalon
pere de Mario , & de Berroldo , pere
d'Arlequin les oblige de fe retirer.
SCENE X V.
Pantalon , Bertoldo.
,
Pantalon dit à Bertoldo qu'il eft trèscontent
de lui , que fes vendanges vont
bien , que ce qu'il a appris de la réfſolution
de Fatime lui rend le coeur joyeux ,
& qu'il veut que chacun s'en reffente .
Voilà ce qui fonde le divertiffement de ce
premier Acte Il roule fur la vendange .
Nous avons été un peu long jufqu'ici ,
parce
DE JUILLET 1723 . IIr
parce que le fujet le demandoit . Nous
allons traiter ce qui refte d'une maniere
plus fuccinte .
ACTE II.
Dans la premiere Scene Violette , Violette
, femme de Trivelin , foupçonne fon
mari d'infidelité , & fe cache pour obferver
tout ce qui concerne ſa jaloufie.
SCENE I I.
Nina , Gianetta , Violette cachée .
Nina demande à Gianetta fa petite
foeur , beaucoup moins ignorante qu'elle,
des nouvelles de ce qui fe paffe dans le
logis. Gianetta après l'avoir raillée fur fon
innocence , lui apprend que leur pere &
leur belle- mere parlent de la marier ;
Nina lui demande avec qui ; Gianetta lui
répond , qu'elle n'a pas ofé tout écouter
de
peur d'être apperçue , & lui dit d'al
ler écouter elle - même. Nina fort pour
aller écouter.
SCENE III.
Violette , Gianetta.
Violette veût tirer les vers du nez à
Gianetta , au fujet de fon mari . Gianetta
plus fine qu'elle lui efcamotte un fichu
fur
172 LE MERCURE
fur la promeffe qu'elle lui fait de lui ap
prendre où eft Trivelin , & après avoir
reçû le fichu , elle lui dit en s'enfuyant
qu'il eft dans fa chemiſe.
SCENE IV.
Fatime , Trivelin peu après ;
Violette cachée.
Fatime vient chercher Trivelin pour
fçavoir de lui ce qu'il a fait auprès de
Braccollino , pere d'Arlequin . Trivelin
arrive , & lui apprend que Braccolino a
accepté avec plaifir la propofition qu'il
lui a faite de fa part ; mais il lui dit qu'il
doute fort qu'Arlequin confente auffi facilement
que fon pere au mariage propofé.
Fatime lui dit qu'Arlequin eft fi bête
qu'il donnera fans peine dans le piege
qu'elle va lui tendre. Trivelin prie Fatime
de lui faire voir Argentine à qui il a
befoin de parler , Fatime le lui promet ;
Violette qui a tout entendu de l'endroit
où elle étoit cachée , vient brufquement.
& veut devifager Fatime qui fe fauve
promptement. Elle laiffe le mari & la
femme aux prifes , & va fe cacher. Trivelin
fait la paix avec Violette , aux conditions
qu'il fera fidelle à l'avenir , &
que de fon côté elle ne dira rien de
tout ce qu'elle a entendu.
SCE
DE JUILLET 1723. 113
SCENE V.
Fatime revient , & Arlequin peu après.
Arlequin dit à Fatime que
telequin
naturelfon
remede
ne vaut rien ; Fatime lui en indique un
autre qui eft le mariage qui guerit l'a
mour à coup feur. Elle explique à Arlequin
ce que c'eft que le mariage , & furtout
elle appuye fort fur le feftin de la
nôce & du lendemain .
lement gourmand goûte fort ce dernier
remede , & s'y tient. Le deffein de Fati
me eft d'engager Arlequin à l'épouſer
elle-même , fous prétexte de lui appren
dre tout ce qu'il doit faire en époulant
Nina . La bêtife d'Arlequin authoriſe
cette fourberie qui feroit trop groffiere
pour tout autre .
SCENE V I.
Lelio , Pantalon , Fatime.
Pantalon prefente Fatime à Lelio for
ami intime , & lui apprend que c'eſt cette
fille qui veut époufer Arlequin par une
adreffe qu'elle a imaginée. Fatime promet
cette Comedie à Lelio , pour diffiper
les chagrins que lui a caufez la nouvelle
qu'il a reçûë de la mort de fa femme
& de fa fille. Cette nouvelle lui a été
donnée
Is 4 LE MERCURE
donnée par un Tabellion , appellé Balorz
dino , pere nourriffier de fa défunte fille .
Balordino vient , & tout vieux qu'il eſt
il demande en mariage Nina qu'il vient
de voir. Pantalon dit à Fat me , que ce
mariage vient à propos pour la débarraffer
d'une Rivale , dont Arlequin n'ef
que trop amoureux .
SCENE VII.
Mario , Violette.
Violette malgré la promeffe qu'elle a
faite à Trivelin de ne rien dire de ce
qu'elle a entendu de l'endroit où elle
étoit aux écoutes , apprend à Mario le
deffein de Fatime. L'Auteur fonde cette
petite perfidie fur la peur que la jalouſe
Violette a que Trivelin ne mitonne Fati
me comme une bonne fortune , qui ne
fçauroit lui manquer quand elle aura
épousé un homme auffi bête qu'Arlequin.
Mario jure que Trivelin lui payera cette
fourberie. Violette le prie de fe contenter
de lui donner quelques coups de bâton
pour la vanger de ceux qu'il lui donne
quelquefois.
SCENE
DE JUILLET 1723. 115
SCENE VIII.
Mario , Arlequin paré ridiculement.
Mario n'oublie rien pour détourner
Arlequin du mariage , & , pour y réüfſir,
il lui en apprend tous les inconveniens ;
il lui dit enfin que Fatime , fous prétexte
de lui faire époufer fa chere Nina , veut
l'engager à l'épouſer elle - même .
SCENE I X.
Mario , Arlequin , Nina.
Nina toute allarmée annonce à Arlequin
qu'on veut l'obliger à époufer ce vilain
de Tabellion , nommé Balordino . Arlequin
entre par dégrez dans une fi grande
fureur qu'il veut battre Mario qu'il
prend pour Balordino. Il ne refpire que
vangeance. Mario & Nina l'emmènent .
SCENE X.
Balordino , Arlequin un moment après :
Balordino s'applaudit de fon prochain
mariage avec Nina , Arlequin qui revient
, & l'entend , le roffe.
SCENE
X16 LE MERCURE
SCENE X I.
Pantalon , Lelio .
C'est ici une Scene de preparation à
la Cataſtrophe. Pantalon avoue de bonnefoy
à Lelio qu'il eft fi chariné de la
vertu de Fatime , qu'il ne feroit nulle
difficulté de la donner à fon fils Mario ,
pour peu qu'elle fut d'une condition
plus proportionnée à la leur. Il parle
d'un enlevement dont elle l'a entretenu,
& il a de la peine à comprendre que les
Turcs puiffent faire des courfes fi près
de Venile. Lelio lui dit que cela n'eft pas
fi difficile qu'il le croit . Par-là l'Auteur
apprend adroitement aux Spectateurs que
Fatime a été enlevée par des Turcs , &
qu'il fe peut faire qu'elle foit Venitienne.
SCENE XII.
J
Fatime , Pantalon , Lelio , Balordino.
Fatime parée pour la nôce demande à
Pantalon fi elle n'eft pas affez brave pour
un Païfan. Pantalon lui répond poliment
qu'elle meriteroit un meilleur fort. 11
affaifonne ce compliment d'un prefent
de nôces de mille écus , qu'elle refufe
genereufement , en le priant de donner
cette fomme à la pauvre Nina pour la
dédomDE
JUILLET 1723. 117
dédommager du vol qu'elle lui fait de
fon cher Arlequin. Cette noblefſſe de
fentimens frappe tellement Lelio qu'il
l'embraffe. En l'embraffant il découvre
une chaîne d'or dont elle vient de fe parer.
Il lui demande avec furpriſe de qui
elle tient ce bijou , elle lui répond que
le Corfaire Barbanera le lui mit au col ,
en l'envoyant à Conftantinople. Balordino
qui furvient , & qui a entendu une
partie de ce qu'on vient de dire , fe jette
aux pieds de Lelio , & lui avoue que Fatime
eft fa fille Flaminia que le Corfaire
Barbadiero avoit enlevée d'entre fes bras
avec cette chaîne , dont les chiffres doivent
la lui faire reconnoître ; il ajoûte
qu'il avoit mieux aimé lui dire qu'elle
étoit morte , que de lui apprendre qu'elle
étoit esclave , ou Mufulmane , Lelio embraffe
fa fille. Dans le même temps Barbanero
fuivi de Soldats Turcs arrive,
-Fatime qui le reconnoît dit à Lelio fon
pere , & à Pantalon de la laiffer faire ,
& de ne rien craindre. Elle fe fait connoître
à Barbanero , fon ancien patron ,
& fait fi bien qu'elle le fait ennivrer lui
& toute fa troupe , ce qui donne lieu au
divertiffement de ce fecond Acte. Nous
avions promis d'être fuccints mais la
multiplicité d'incidens ne nous l'a pas pérmis.
Nous allons effayer de tenir parole
dans le dernier . Аств
,
$18 LE MERCURE
ACTE II I.
Nous ne donnerons pas l'extrait de ce
dernier Acte , Scene par Scene. Il eſt
encore fi plein que la prolixité dans laquelle
nous fomines déja tombez malgré
nous feroit inévitable. Nous nous
contenterons donc de dire qu'Arlequin
& Nina perfiſtant dans leur dégoût pour
le mariage , l'Auteur a imaginé deux Scenes
où ils devoient voir les inconveniens ,
& les agrémens du mariage. Le public .
s'attendoit fans doute que les agrémens
l'emporteroient , & que par là Arlequin
& Nina feroient déterminez à s'époufer :
point du tour. La premiere Scene fe paffe
entre Bertoldo & Argentine. Elle eft
toute en inconveniens. La feconde qui eſt
entre Trivelin & Violette , commence
par les agrémens , & finit par les inconveniens.
C'eft un raccommodement fuivi
d'une nouvelle rupture ; de forte qu'Arlequin
& Nina font confirmez de plus en
plus dans la réfolution de ne fe point
marier. Par où font- ils donc déterminez
au mariage ? Par la feule curiofité de
fçavoir ce qui fe paffe dans le pays des
nôces , pays de l'invention de l'Auteur ,
pour donner une derniere fête. I's font
introduits dans ce pays inconnu par un
Tabellion , nommé Cornelio Cornetto ;
on
DE JUILLET 1723. 119
on peut juger du pays par le nom de l'introducteur.
Toutes les chanfons de la
fête finiffant par ces refrains alternatifs ,
ne vous mariez pas , & mariez - vous donc.
Mario époufe Fatime qui eft devenue
Flaminia , fille de Lelio , & Arlequin ſe
marie avec Nina , au grand contentement
de leurs peres , & des fpectateurs.
La De Silvia , & le fieur Thomaffin
joüent dans cette piece les perfonnages
de Nina & d'Arlequin , de la maniere du
monde la plus charmante.
NOUVEAU TRAITE' des Inftrumens
de Chirurgie les plus utiles , & de plufieurs
nouvelles machines qui font propres
pour les maladies des os , dans lequel
on examine leurs differentes parties ,
leurs dimenfions les plus commodes , leurs
ufages , & on fait fentir autant qu'il eſt
poffible , la vraye maniere de s'en fervir ,
fouvent fuivie de quelqu'obfervation Chirurgicale.
Ouvrage très - neceffaire aux
Chirurgiens , & très-utile pour les Couteliers
. Enrichi de Figures en Taille-
Douce , qui répondent à l'explication.
Par René- Jacques - Croiffant de Garengeot
, Chirurgien à Paris . Il fe vend à Paris
, au Palais , chez Pierre- Jacques Bienvenu
, au fecond Pillier de la Grand'-
Salle , à la Fortune , 1723 . le prix eft de
6. liv. F Ce
120 LE MERCURE
Ce Livre contient deux volumes indouze.
Dans le premier volume on y fait
mention de tous les inftrumens de Chirurgie
, qui font employez pour faire les
Operations qu'on a coutume de pratiquer
fur les parties molles , & le fecond volume
traite non- feulement des inftrumens
qui font utiles pour les Operations des
parties dures , mais encore de plufieurs
nouvelles machines qui ont été inventées
par les plus celebres Chirurgiens de Paris
, pour remedier aux tendons coupez ,
aux fractures des os , & à leur déboëtement
où diflocation .
On commence cet Ouvrage par divifer
les inftrumens en plufieurs claffes ,
afin de fuivre l'ordre du Traité d'Operations
de Chirurgie , que l'Auteur publia
il y a trois ans , & qui fut très-bien reçû
du public. On y rejette plufieurs inftrumens
inutiles & très-embaraffans ; mais
on ſubſtituë en leur place un grand nombre
d'inftrumens nouvellement inventez ,
& dont il n'a point encore été fait mention.
Mais comme on eft perfuadé qu'il eft
très- difficile de connoître les inftrumens ,
mêmes les plus fimples , par une defcription
verbale , on a jugé qu'il étoit trèsà
-propos d'y joindre des figures ; pour
cet effet on a fait fabriquer tous les inftrumens
DE JUILLET 1723. 121
mens que l'on décrit dans ce Traité , fuivant
la theorie que l'on en donne , puis
on les a fait graver en Taille douce fur
foixante planches , dont 35. font diftribuées
dans le premier volume , & 25.
dans le fecond.
Tous les inftrumens qui n'excedent
point cinq pouces deux lignes ,..yy font
dans leur grandeur naturelle ; mais tous
les autres font tirez au quarré , afin d'être
réduits dans l'eftampe à la grandeur
de s . pouces 2. lignes.
Dans le difcours particulier qu'on a
fait de chaque inftrument , on a tâché
d'en donner d'abord la connoiffance la
plus diftincte qu'il a été poffible ; on eft
enfuite entré dans la difcuffion de toutes
fes parties , fans oublier aucune des circonftances
propres à faire connoître le
jeu , la conftruction & la regularité de
fes dimenfions ; trois chofes dont il eft
tellement effentiel aux Chirurgiens d'ê
tre inftruits , que fans ces connoiffances ,
ils feront toûjours les victimes de la routine
& du caprice de la plupart des ouvriers
après quoi on parle de fes ufages
, on enfeigne la meilleure maniere
de s'en fervir , & on y joint quelquefois
des obfervations Chirurgicales .
Enfin l'Auteur termine fon ouvrage
par quelques regles touchant le choix des
Fij inftru122
MERCURE LE
inftrumens , la maniere de les conferver
dans leur bonté & dans leur propreté
& par l'explication des machines qu'on a
auffi fait graver.
On le trouve encore obligé d'avertir ,
qu'en décrivant les inftrumens qui conviennent
pour travailler fur les dents , on
s'eft fort étendu fur les operations qu'on
a coutume de faire à ces parties , afin
d'en inftruire les Chirurgiens de Province
, & de leur faire connoître la neceffité
de ce manuel ; ainfi l'on croit que
cet ouvrage eft abfolument neceffaire
non feulement aux Chirurgiens ; mais
encore aux Orfévres qui veulent fabriquer
les inftrumens qu'on a coutume de
faire en argent , & principalement à tous
les Couteliers , dont la plupart n'en connoiffent
pas la moitié , & ignorent les
perfections qu'ils doivent avoir .
>
LES CLEFS de la Philofophie Spagirique
, & c. par M. le Breton , Medecin
de la Faculté de Paris . A Paris , chez
Cl. Jombert , rue S. Jacques 1722. in
16. de 398. pages .
*
DES ORATEURS ; fçavoir fi les Modernes
font inferieurs aux Anciens , &
pourquoi , Dialogue attribué à Tacite ,
& par quelques autres à Quintilien , tra-
•
duit
DE
JUILLET 1723
123
'duit par M. Morabin . A Paris , chez
F. Fournier , ruë S. Jacques 1722. in 12.
de 262. pages.
QUESTIONS fur le concordat fait entre
Leon X. & François I. décidées par
les Conciles , Conftitutions Canoniques ,
Ordonnances , Arrefts , & autoritez des
Docteurs. Par M. Michel Duperray ,
ancien Batonier de M les Avocats. A
Paris , au Palais , chez D. Beugnié 1723.
2. vol . in 12 .
こ
VOYAGE fait à la Terre Sainte en
l'année 1719. contenant la defcription de
la Ville de Jerufalem , tant ancienne que
moderné avec les moeurs & les coutumes
des Turcs . A Paris , chez J. B.
Coignard , rue S. Jacques , vo . in 12.
,
1
SUITE nouvelle & veritable de l'Hif
toire & des avantures de l'incomparable
Dom Quichotte de la Manche , traduite
d'un manufcrit Efpagnol de Cide- Ha- .
met Benengely , fon veritable Hiftorien.
A Paris , chez P. Huet , au Palais
Chez le Clerc , Quay des Auguftins , &$
P. Prault , Quay de Gefores 1722. 2. vol .
in 12. de plus de 400. pages chacun ,
avec figures.
F iij TRAI
124 LE MERCURE
TRAITE' fur le partage des fruits des
Benefices entre les Beneficiers , & leurs
prédeceffeurs ou leurs Fermiers , & les
Charges dont ils font tenus. Par M.
Mich. du Perrey , Avocat. A Paris , au
Palais , chez D. Beugnié 1722. in 12. de
466. pages .
1
LES MEMOIRES DU COMTE DE
VOR DAC , General des Armées de
l'Empereur , où l'on voit tout ce qui
s'eft paffé de plus remarquable dans toute
l'Europe durant les mouvemens de la derniere
guerre ; les difgraces , les voyages ,
& les differentes fituations de ce Seigneur.
A Paris chez L. Dominique Vatel ,
Quay des Auguftins 1723. 2. vol . in 12 .
le 1. de 460. pages , le 2. de 445 .
Il y a plusieurs années que le premier
tome de ces Memoires , ou plutôt de ce
Roman a été donné au public . Cette
derniere édition eft augmentée d'un fecond
volume , qui par la varieté des incidens
, & la politeffe du ftile pourra
faire autant de plaifir que le premier.
M. Fiſcher d'Erlaken , premier Architecte
de l'Empereur , fait imprimer
à Vienne un grand & curieux Ouvrage :
c'eft une Architecture hiftorique en cinq
parties. La premiere fur les édifices des
1
Juifs ,
DE JUILLET 1723. 爨125
Juifs , des Egyptiens , des Syriens , des
Perfes & des Grecs. La 2. fur les bâtimens
des Romains , publics & particuliers
, facrez & prophanes. Cette partie
fera enrichie de beaucoup de monumens
qui ont échapé aux recherches des curieux
jufqu'à prefent. La 3. fur les bâtimens
des Arabes , des Turcs , des Sia-.
mois , des Chinois , des Japonois , & c.
La 4 contiendra des plans & des deffeins
de toutes fortes , de M. d'Erlaken . La s .
fera un Recueil d'Urnes , de Vales , &
autres curiofitez de cette efpece.
CHAISE A PORTEURS de nouvelle
conftruction, avec laquelle ils pourront facilement
porter une perfonne de V erfailles
à Paris , de Paris à Orleans ,. & faire
dix ou douze lieuës chaque jour . Inventée
par M. l'Abbé de Haute- Feüille , de
l'Academie Royale des Sciences.
De toutes les Voitures qui fervent au
tranfport des Hommes , dit M. de Haute-
Feuille dans un petit imprimé , il n'y en
a point de plus commode & de plus
agreable que celle des Chaifes à Porteurs.
Le feul défaut qu'elles ont , eft
que par leur moyen on ne peut faire une
longue traite , & qu'elles ne feryent que
pour les vifites , & aller d'un quartier
dans un autre. Le Roy , les Princes
Fiiij
tous
126 LE MERCURE
tous les grands Seigneurs de la Cour 3
ont intereft que cette nouvelle idée réüffiffe
, & d'en voir bien- tôt les Experiences.
M. de Houſtome , Chanoine de l'Eglife
Royale de S. Quentin , amateur
des beaux Arts , qui a donné des marques
de fon zele , lors du Sacre du Roy ,
par une illumination très - ingenieufe
dont il avoit décoré le frontifpice de
cette Eglife , s'eft encore diftingué la
veille de la Fête de S. Jean derniere ,
par une nouvelle illumination , a la gloire
de Sa Majefté , beaucoup plus confiderable
que la premiere ; outre une trèsgrande
quantité de lampes , dont toutes
fes fenêtres des maifons de la grande place
qui eft au devant de l'Eglife , étoient gar
nies . On avoit dreffé à l'extrêmiré de cette
place, vis-à- vis l'Hôtel de Ville, un grand
Corps d'Architecture , orné de 8. pilaf
tres d'ordre compofite , qui partageoient
trois grands Portiques , dont celui du
milieu beaucoup plus élevé que les autres,
étoit furmonté d'une brillante Couronne,
en amortiffement fur les portes collaterales
; on avoit difpofé des Tableaux chargez
d'infcriptions & dreffez fur'des focles,
d'un goût fingulier. 12. medaillons marquez
chacun d'un attribut où vertu Royale
&
DE JUILLET 1723. 127
,
le enrichiffoient les entre- colomnemens ;
fur les angles de la façade étoient élevées
des piramides d'une riche forme , &
très- brillantes , & toutes les parties de
cette structure lumineufe diftribuées
avec art , formoient un édifice des plus
reguliers & des plus gracieux ; un accompagnement
de luftres de cristal , y
donnoit auffi beaucoup d'éclat ; enfin au
milieu de tout cet appareil , on lifoit au
haut du frontispice dans un grand tableau
bordé de lumieres , cette infcription principale
: LUDOVICO XV. MAJORI RECENS
DECLARATO , PER PHILIPPUM
FELICIBUS AUSPICIIS AD IMPERIUM
INFORMATO .
Au-deffous de cette infcription on
avoit ajoûté ces deux vers , relatifs aux
attributs qui caracterifent les fouverains
reprefentez dans les Tableaux de la dé
coration :
Virtutes Regi affurgunt , utroque vo
canti.
Confilium fpondent , quid non jam
Gallia fperet?
L'Académie des Jeux Floraux à Tou
foufe diftribuera le 3. May 1724. let
prix de l'éloquence qui a été réſervé cette
année , & celui de l'année prochaine. L'e'
fujet donné eft que , la feule vertu pent
rendre l'homme heureux . F v Le
128 LE MERCURET
Le 13. May dernier , M. Jofeph d'A
cunha Brochado lut dans l'affemblée de
l'Académie Royale de l'Hiftoire à Lif
bonne , le Difcours préliminaire qu'il a
compofé , pour mettre à la tête de la
collection des traitez de Paix , aufquels
le Royaume de Portugal a eu part.
Explication de la premiere Enigme
du Mercure de May dernier.
Cher Diogene , appui ſolide ,
Tu me conduis , fans filet ni bâton ,
Ta lanterne me fert de guide ,
Et je n'irai pas à tâton .
Eclaire-moi dans ces lieux fombres ,
Où l'on ne va point fans flambeau ,
En te fuivant malgré les ombres
Je ne puis manquer le Tonneau.
Par M. D. P. Ya de Vaifon
L'Eglife & la Republique des Lettres
ont fait une grande perte en la perfonne
de M. Claude Fleury , Prêtre , Prieur
d'Argenteuil , cy- devint Confeffeur ¡ du
Roy, l'un des quarante de l'Académie
Françoife , mort à Paris le 16. de ce mois
dans fa 83 année. Il avoit été fous- Precepteur
des Enfans de France , & il étoit
très
DE JUILLET 1723 . 129.
très-recommandable par fa pieté , & par
fa profonde érudition . Ses principaux
Ouvrages font le Catechifme Hiftorique
& l'Hiftoire de l'Eglife qu'il a continuée
jufqu'au Concile de Conftance.
Le 20. de ce mois M. Nericaut des
Touches , & M. l'Abbé Dolivet , ont
été élus à l'Académie Françoife pour
remplir les places de feu Ms de Capif
tron & de la Chapelle.
SPECTACLES.
Es Comediens François ont remis au
Theatre fur la fin de l'autre mois ,
la Comedie des Femmes Sçavanies , de
M. de Moliere , qui n'avoit pas été
jouée depuis plufieurs années , & que
le Public a vue avec plaifir.
Cette excellente Piece fut reprefentée
dans la nouveauté au mois de Mars 1672 .
fur le Theatre du Palais Royal. L'Auteur
y joüoit lui- même le principal rôle
de Chrifalte , les fieurs Baron Arifte , la
Grange Clitandre , la Thorilliere , pere ,
Triffotin , du Croily Vadius. Pour les
Actrices , Philaminte , le fieur Hubert
Belije , la Dile Villeaubrun , Armande
F vj
la
.130 LE MERCURE
la Dle de Brie , Henriette , la D'le Mož
liere , Marine , une fervante de M. de
Moliere qui portoit ce nom , &c. après
la mort de Moliere , la piece fut joüée
par les fieurs de Rofimont , Hubert , la
Grange, Dauvilliers , Guerin , du Croify
, Verneuil , & par les Dilles Guerin
de Brie , du Pin , de la Grange & Beauval.
Aujourd'hui les principaux rôles
font remplis par les fieurs de la Torilliere
, Quinaut , Dangeville , Lavoye , Fontenay
, &c. & par les Diles Dangevillle ,
du Breuil , Labat , la Motte & la Dame
des Hayes , & c.
L'admirable Auteur de cette Piece
une des plus regulieres de fa compofition,
& peut- être la feule qui fe dénoue heureufement
, n'ignoroit pas qu'il doit y
avoir un caractere principal dans un Poëme
de cette efpece , puifqu'il l'a fi excellemment
pratiqué dans fa Comedie da
Milantrope, comme nous le dirons bientôt.
Dans la Piece dont nous parlons , Moliere
en ufe d'une maniere à faire de
fortes impreffions , & où toute la fineffe
de l'art eft employée . Il donne le même
caractere à plufieurs perfonnages , mais
en differens dégrez & d'une maniere
variée. Il y en a trois , une mere fçavante
,
→
impeDE
JUILLET 1723. 137
Imperieuſe , altiere , une fille fçavante ,
précieuſe & affectée ; & enfin une tante
abſolument extravagante , avec la même
oftentation de fçavoir . Il introduit enfuite
un Poëte doucereux , qui ne lit fes
productions avec applaudiffement qu'au
près de nos fçavantes , & qui eft par touc
ailleurs , de fes Vers fatigans , lecteur infatigable.
Ce Poëte a pour compagnon
un autre verificateur , tout farci des anciens
, groffier & brutal dans ſes manieres
. L'Auteur relevé toutes ces nuances
d'un fçavoir ridicule , par la fimplicité
d'un mary bourgeois , par l'efprit naturel
d'une fille cadette , ennemie de toute
affectation , par le bon fens d'un amant
honnête homme , & par la naïveté d'une
fervante villageoife . Ces deux manieres
de ridiculifer le mauvais fens , fe font fentir
dans plufieurs Pieces de Moliere , où
il s'attache à plaire aux gens de bon goût,
& où il ne s'abaiffe pas au- deffous de fon
génie , pour s'attirer les applaudiffemens
de la fotte multitude , comme il a fait
quelquefois dans fes autres Pieces . Mais
il faut convenir auffi , que par un autre
art qui n'eft pas moins admirable , ce
Poëte fait fouvent en forte que le contraire
du principal caractere , & des caracteres
fubordonnez , caufent & débroüillent
l'intrigue , fans aucun autre
fecours.
132 LE MERCURE
fecours. Ce qui arrive toûjours d'une telle
maniere , que la vertu & le bon fens
triomphent , & que le vice & l'extrava
gance , déchûs de leur efpoir , font expofez
à la honte & à la rifée.
Quelques juftes éloges que nous puiffions
donner à cette piece ; & quoique
tout le monde foit perfuadé aujourd'hui
de ce qu'elle vaut , elle eut pourtant le
fort du Bourgeois Gentil - homme , à fa
premiere reprefentation , & tomba prefque
tout-à - fait , n'ayant prefque été , pour
ainfi dire , goûtée de perfonne , jufqu'à ce
que le Roy l'ayant vûë une feconde fois
en parla favorablement ; alors cette Piece
qui avoit paru trop feche aux courti
fans , leur parut depuis admirable comme
elle l'eft en effet.
L'Abbé Cotin , dit M. Bayle dans fes
réponſes aux queſtions d'un provin. tom.
1. qui n'avoit été déja que trop expolé
au mépris public , dans les Satyres de M.
Defpreaux , tomba entre les mains de
Moliere , qui acheva de le ruiner de réputation
, en l'immolant fur le Theatre
à la rifée de tout le monde. Après les
premieres repreſentations de la Comedie
des Femmes Scavantes , il fut fi confterné
de ce rude coup , qu'il fe regarda , &
qu'on le confidera comme frappé de la
foudre.
Trifte
DE JUILLET 1723. 131
Trifte jaces lucis evitandumque bidental .
Perfius Sat. 2. v. 27.
Il n'ofoit plus fe montrer , fes amis
l'abandonnerent , ils fe firent une honte
de convenir , qu'ils euffent eu avec lui
quelques liaiſons , & à l'exemple des
courtilans qui tournent le dos à un favori
difgracié ; ils, firent femblant de ne pas
connoître cet ancien Miniftre d'Apollon,
& des . foeurs , proclamé indigne de fa
Charge , & livré au bras feculier des
Satyriques.
Je crois qu'on le trompe , ajoûte M.
Bayle , quand on dit qu'une querelle de
Moliere , avec l'Auteur reprefenté fous le
perionnage de Triffotin a donné lieu
aux applications. Bien des gens ont crû
que ce fut plutôt la querelle qu'eut M.
Menage avec M. Cotin , au fujet de
Mil de Scuderi . On en voit le détail
dans un petit livre de 37. pages , intitulé
la Menagerie , que l'Abbé Cotin dédia
à Mademoifelle . On peut voir dans la
fuite du Menagiana , que la Scene où
Vadius fe brouille avec Triffotin , parce
qu'il critique le Sonnet fur la fièvre,
qu'il ne fçait pas être de Triffotin , s'eft
paffée veritablement chez M. B. & que
ce fut M. D. qui l'a donna à Moliere. y
Le
$34
LE MERCURE .
Le fuccès étonnant de la Tragedie
d'Inès de Caftro , dont les reprefentations
font toûjours auffi nombreufes que
le premier jour , retarde encore la prepremiere
reprefentation de la Comedie
nouvelle du Divorce de l'Amour , que les
Comediens du Roy ont promiſe.
L
L'OPERA.
E Ballet nouveau des Fêtes Grecques
& Romaines a été reprefenté
pour la premiere fois fur le Theatre de
l'Opera , le Mardy 13. Juillet.
Les paroles font de M. Fuzelier , &
la Mufique de M. Collin de Blamont
Surintendant de la Mufique du Roy.
Ce Ballet eft compofé d'un Prologue ,
& de trois entrées.
Le Prologue fe paffe devant le Temple
de Memoire dans une place décorée des
Statues des Illuftres dans tous les gentes,
où font raffemblez tous les Eleves d'Erato
, Mufe de la Mufique. Clio , Muſe
de l'Hiftoire , les invite à travailler fur
les fujets qu'elle leur fournira Erato fe
défend d'abord de fe charger d'un travail
fi épineux , elle est enfin déterminée
par Clio , & propofe à fes Eleves de fuivre
les intentions de la Múfe de l'Hiftoire.
;-
Erato
•
DE JUILLET 1723. 133
Vous
Erato à fa fuite.
Soutenez un choix glorieux ,
que cherit la Seine & que le Tibre admire
Vous enchantez par vôtre lire ,
Et les Palais des Rois , & les Temples des Dieux.
En celebrant l'amour vous lui donnez des armes >
Il triomphe quand vous brillez.
Les Roffignols au Printemps raffemblez
Ne chantent pas plus tendrement fes charmes ,
En celebrant l'amour vous lui donnez des armes
Il triomphe quand vous brillez.
Apollon arrive & confeille aux deux
Mufes de ne pas rifquer de Spectacle
nouveaux fans le fecours de Terpficore .
Erato & Clio déferent à fon fentiment ;
la Mufe de la Danfe , reprefentée par
Me Prevoft vient à la tête de tous fes Eledifferemment
habillez & caracterifez.
Apollon & Erato celebrent ſes talens
dans une Cantate , dont elle exprime
les chants & les fimphonies , tant par fes
pas que par les attitudes .
ves ,
Cantate.
Apollon & Erato.
Quelle Danfe vive & legere !
Les
135
MERCURE
LE
Les jeux , les ris vous fuivent tous.
Mufe brillante auprès de vous ,
On voit plus d'amours qu'à Cithere.
Erato .
Yous peignez à nos yeux les tranſports des Amans,
Les tendres foins , la flatteufe efperance ;
Le deſeſpoir jaloux , la cruelle vengeance ,
Tous vos pas font des fentimens.
Apollon.
Zephire vole fur vos traces ,
Plus vif que dans les plus beaux jours.
Vos pas enviez par les graces ,
Sont applaudis par les amours.
Apollon & Erato reprennent le Rondeau
, dont les deux derniers Vers font
repetez par le choeur ,& le Prologue finit.
Les fujets des entrées font pris dans
I'Hiftoire , & c .
La Mufe Lirique , dit l'Auteur dans
fon avertiffement , n'avoit jusqu'à preſent
tire fes Poëmes que de la Chronique des
Amadis , de l'Ariofte , des Metamorphofes
d'Ovide , du Taffe , & d'autres femblables
Auteurs . La France n'a encore
foumis que la Fable à la Mufique , l'Italie
DE JUILLET 1723 . 137
lie plus hazardeufe a placé dans fes Opera
les évenemens de l'Hiftoire ; les Scarlatti
& les Buononcini ont fait chanter des
les Corneilles Heros & les Racines que
auroient fait parler.
Les jeux Olimpiques font celebrez
dans la premiere entrée . Alcibiade en eft
le Heros ; la fameule Afpafie & Timée
Reine de Sparte y paroiffent toutes les
deux , la premiere comme Amante aimée
, & la feconde comme Amante trahie
d'Alcibiade . Dans la premiere Scene
Timée expofe fon infortune dans un Monologue.
Sa confidente arrive , & lui reproche
la trifteffe où elle fe livre , tandis
que toute la Grece affemblée ſur les
rives du Fleuve Alphée , applaudit à la
victoire de fon amant , qui a remporté le
prix de la courfe des Chars. Timée lui
répond ,
Pour jouir d'un moment tranquille
J'errois feule dans ce féjour ;
Je cherche en vain la paix dans ce charmant azile
Helas ! les tendres coeurs trouvent par tout l'amour.
Enfuite elle apprend à Zelide fa
confidente , la trahiſon d'Alcibiade , qui
avance un inftant après , fuivi d'Amintas
fon confident . Alors Timée fe cache
pour J
138 LE MERCURE
pour entendre les difcou.s malgré le confeil
de Zelide qui lui dit :
Il eft dangereux d'écouter
Les fecrets d'un coeur infidelle.
On rifque d'y trouver quelque offenfe nouvelle
De fon crime il vaut mieux douter.
Il eft dangereux d'écouter
Les fecrets d'un coeur infidelle.
Dans la feconde Scene Alcibiade inftruit
Amintas de fa nouvelle paffion pour
Afpafie . Amintas combat le goût que fait
éclater pour l'inconftance le Difciple peu
obéiffant de Socrate , qui juftifie la legereté
par des maximes que lui dicte fon
humeur volage. En voici un échantillon .
Mon coeur fait pour l'indépendance ,
Neglige la fidelité ,
Et je trouve dans l'inconſtance
L'image de la liberté.
De la Divinité l'encens et le partage ,
Les foupirs font l'hommage
Qu'exigent de beaux yeux ;
Gardons-nous de former des chaînes éternelles ,
On doit encenfer tous les Dieux ,
On doit aimer toutes les belles.
L'Aud
DE JUILLET 1723. 139
L'Auteur dit dans fon avertiffement
qu'il n'a pas travesti Alcibiade en Hiros
de l'Aftrée , & qu'il eft fi connu par fes
amours volages, qu'on n'auroit pû en faire
un amant fidele , fans démentir groffierement
les plus graves Hiftoriens . Il ajoûte
que cette peinture exacte de la legereté
d'Alcibiade ne déplaira peut- être pas aux
inconftans de notre fiecle , & qu'ils ne
feront pas fâche de trouver leur modele
dans la refpectable antiquité.
,
Timée qui a entendu le fyftême du coeur
d'Alcibiade , ſe montre tout d'un coup à
fes yeux avec la colere d'un amante abandonnée
, & certaine de fon malheur.
Elle fait de vains efforts pour convertir
fon infidele , & emprunte tantôt le lan-
= gage de l'Amour , & tantôt celui de la
Fureur. Alcibiade démafqué prend le
parti d'avouer fon caractere , & ne fe
donne .pas la peine de le juſtifier : calmez
, dit-il , à Timée.
Calmez ce dépit éclatant ,
Vôtre courroux m'eft favorable ;
Plus on fe plaint d'un inconftant ,
Plus on le fait paroître aimable.
A la fin de cette Scene , on entend un
bruit de Trompettes qui annonce le Triomphe
d'Alcibiade , Timée le retire outrée
de
140
LE MERCURE
I
de defefpoir , & Afpafie environnée d'une
troupe aimable de jeunes Grecques
apporte à fon amant la Couronne d'Olivier
, unique prix des vainqueurs des jeux
Olimpiques. Le divertiffement eft compofé
des danles d'Athlettes , de la
Lutte , & de la courfe. Et la Scene fe
paffe devant le Temple de Jupiter Olimpien
dans l'Elide.
La premiere entrevûë de Marc- Antoine
& de Cléopatre , fur les bords du
Fleuve Cydnus dans la Cilicie , forme le
fujet de la deuxième entrée. Dans la Scene
d'expofition , Antoine paroît amateur
de la gloire , occupé des foins de la guerre
& des interefts de Rome , enfin tel qu'il
étoit avant d'avoir vû l'aimable Reine
d'Egypte qui caufa tous fes malheurs , &
qui le détourna du chemin de la verţu
Heroïque. Dès que Cléopatre le montre
à fes regards , il eſt délarmé , il oublie
qu'elle vient par fon ordre répondre aux
accufations intentées contre elle , & adreffées
au Senat , le Juge devient fon amant.
Cléopatre l'aborde avec la coqueterie artificieufe
qui la caracterifoit . Elle eft
efcortée par fa Cour habillée en Baccantes
, & en Egipans , occupez à celebrer
la Fête de Baccus . Antoine fe piquoit de
reffembler à ce Dieu , & Cléopatre fe
fert de cet entêtement fi détaillé dans
Plutarque
1
DE JUILLET 1723. 14t
Plutarque , pour réduire celui qui devoit
la condamner . Les Baccanales terminent
la deuxième & derniere Scene de cette
entrée , & conftituent le divertiffement.
Les Saturnales font feftées dans la
troifiéme entrée ; on n'en dénombrera
pas ici toutes les loix , & tous les ufages
qui font amplement expliquez dans les
Dialogues de Lucien. On obfervera feulement
que pendant cette Fête les Efciaves
joüiffoient à Rome du privilege de
manger à la table de leurs maîtres , &
que la familiarité banniffoit en tous lieux
la fubordination. Tibule Chevalier Romain
, celebre par des ouvrages galans ,
eſt amoureux de Delie , parente de Mecene
, favori d'Augufte , & fe traveftit
en Efclave pour approcher de l'objet
qu'il aime fans être connu . Dans la Scene
d'expofition le fujet s'explique d'abord
par les vers fuivans.
Plautine , Confidente de Delie.
'L'Eſclave qui toûjours fe prefente à vos yeux ,
Quoy , le fidele Arcas eft le tendre Tibule ?
De ie.
Ouy , le feu qui pour moi le brûle ,
Sous ce déguiſement l'attire dans ces lieux.
C'eſt un projet de ſa délicateſſe ,
1
Avant
542 LE MERCURE
Avant de laiſſer voir l'excès de fon ardeur ,
Il vouloit penetrer le fecret de mon coeur,
Réfolu d'immoler ſa flâme à ma tendreffe ,
Si les foins d'un Rival découvroient le bonheur.
Dans le reste de la Scene Delie
expofe
comment elle a découvert le fecret de
Tibule , qui penfe n'être pas connu d'elle ,
& attend fous l'habit d'Efclave le moment
favorable pour declarer fon amour
& fon traveftiffement à peine a- t'elle
expliqué fa fituation que Tibule paroît
fous le nom d'Arcas. Elle projette auffitôt
de l'intriguer par une feinte confidence
, & lui parle comme à un Efclave
empreffé , dont elle a remarqué le zele.
Pour prix de vôtre foy , dit - elle , je
veux vous découvrir ce qui fe palle dans
mon ame.
;
Cette confiance allarme extrêmement
Tibule, Delie joüit malicieuſement de fon
trouble , & le tourmente en lui expliquant,
fans le nommer, la tendreffe qu'elle
reffent pour lui- même. Elle lui demande
fon fecours , & le charge de la fervir
dans les amours ; elle lui apprend que
Mecene approuve le choix qu'elle a fait ;
enfin Tibule defefperé éclate & menace
Delie d'immoler fon rival heureux : craignez
, dit-il.
CraiDE
JUILLET 1723 . 143
Craignez que je n'immole à ma jufte fureur ,
Le trop heureux objet de vôtre tendre ardeur.
Delie.
Pourrez-vous immoler Tibule ?
Tibule étonné d'entendre fon nom ,
marque fa furprife & fa joye : Delie lui
annonce que Mecene confent à leur Himen
, & la fête des Saturnales fe celebre
par les deux amans avec la tranquillité
de l'amour nouvellement heureux . On
fert dans ce divertiffement l'antidote des
maximes du volage Alcibiade. Les Bergers
, en peignant l'âge d'or , font le portrait
des coeurs & des amours du fiecle
de Rhée.
Le public ne fera peut être pas ennuyé
de trouver ici quelques particularitez qui
concernent le Ballet Heroïque des Fêtes
Grecques & Romaines . Cet ouvrage
avoit été compofé pour être reprefenté
fur le Theatre du Louvre , par les ordres
de feu M. le Duc d'Aumont , Premier
Gentilhomme de la Chambre , de qui la
memoire doit être refpectée par les Arts ,
les Sciences , & les talens , que fon goût
fuperieur formoit & protegeoit . L'Auteur
animé par l'honneur d'amufer le
Roy , qui dans ce temps le vouloit bien
embellir de pompeux fpectacles , en dai-
G gnant
144 LE MERCURE
J
ト
gnant s'y mêler lui - même , avoit imaginé
de l'amener dans un divertiffement fous
un nom digne d'un auffi grand Prince..
Ainfi la difpofition des Scenes des Saturnales
étoit differente de celle qui paroît
aujourd'hui fur le Theatre de l'Opera .
Mecene favori d'Augufte donnoit dans
fa maifon de Campagne une Fête à fon
Maître qui l'étoit de l'Univers. Le Roy
auroit figuré Augufte dans les danfes des
Illuftres Romains unis aux Bergers des
bords du Tibre pendant les Saturnales.
Les premieres Scenes étoient deffignées
de maniere que Mecene faifoit le dénouement
tel qu'il fuit , en arrivant à la fin
de la Scene entre Tibule & Delic.
Mecene.
On vient de m'annoncer qu'Augufte va paraître,
A mes defirs ardens Cefar a répondu.
Nous verrons nôtre aimable maître ,
Se mêler à nos jeux fans être confondu.
Que tout reffente fa prefence.
Il faut
que
devant lui tous les coeurs foient heu
reux ,
Cet inftant doit offrir à Tibule amoureux ,
De fes tendres foupirs la jufte récon penſe ,
Qu'il fçache que l'Himen doit couronner les feux.
Après
DE JUILLET 1723. 145
Après quelques Vers chantez par De-
Me & Tibule fur le bonheur de leur amour,
un prélude annonçoit l'arrivée d'Augufte.
Mecene.
Augufte approche , allons lui marquer nôtre zele,
Hâtons - nous de le voir , avançons nos plaifirs.
Le Theatre changeoit & reprefen toit
les Jardins de Mecene illuminez . Augufte
avançoit , accompagné de la jeuneffe
Romaine , & fe plaçoit fur un Trône
de Fleurs . Les Bergers & les Bergeres
appellez par Mecene venoient le mêler à
la cour d'Augufte , & profiter de la liberté
des Saturnales .
Mecene aux Bergers .
Quel fpectacle pour vous ! ne formez plus de
voeux ,
Innocens favoris de Saturne & de Rhée ,
Vous n'aurez jamais vu leur memoire honorée
Par un Prince plus digne d'eux.
Il defcend de fon rang fuprême >
Et vient de nos plaiſirs éternifer le cours ;
Saturne peut- il mieux celebrer tes beaux jours
Qu'en nous les ramenant lui - même.
Cette allegorie avoit paru d'autant
plus heureuſe qu'Augufte dès la plus ten
Gij
dre
146 LE MERCURE
dre enfance , s'étoit diftingué comme le
Roy par des connoiffances , & des talens
fuperieurs à fon âge , & qu'il n'étoit pas
neceffaire de blefler la Chronologie pour
établir la jufteffe de cette application.
Le Prologue qui auroit precedé ces
trois entrées fur le Theatre des Thuilleries
étoit convenable à la dignité du lieu ,
& à la Majefté du premier Acteur de la
Fête . Comme on avoit efperé que cette
piece feroit reprefentée dans le temps de
la Majorité du Roy , on avoit peint allegoriquement
cette grande ceremonie , en
choififfant pour fujer du Prologue le moment
où Apollon prend pour la premiere
fois les rênes du Char de la lumiere . Tous
les peuples du Monde témoins charmez
de cet augufte évenement , l'auroient celebré
par des Fêtes variées , & qui auroient
admis le Contrafte qu'il faut dans
la danfé , & dans les habillemens , quand
on veut occuper avec magnificence , &
avec plaifir les yeux des fpectateurs .
Voici la diftribution des rôles à l'Opera .
Mile Antier reprefente dans le Prologue
Erato , Mufe de la Mufique ; dans la
deuxième entrée Cléopatie , Reine d'Egypte
; & dans la troifiéme, Delie, Amant'
de Tibule. Mile le Maur dans le Prologue
fait le perfonnage de Clio , Mufe de
l'Hiftoire , & dans la premiere entrée
celui
DE JUILLET 1723 147
celui de Timée , amoureufe d'Alcibiade.
Mile Ermanfe jouë Afpafie dans la pre
miere entrée. M. Thevenart reprefente
Apollon dans le Prologue , Alcibiade
dans la premiere entrée , & Marc- Antoine
dans la feconde. M. Muraire jouë
le rôle de Tibule ; Mile Julie eft Confidente
de Timée ; M. Tribou , Confident
d'Alcibiade ; Mile Souris , Confidente
de Delie.
Le public a paru très - fatisfait du choix
des Acteurs & de leur execution , fes
applaudiffemens difent plus que toutes les
louanges qu'on pourroit leur donner ici.
A l'égard de l'ouvrage , quoique le fuccès
de la premiere reprefentation ait été
fort brillant , on ne veut point s'ingerer
d'en prophetiſer la fuite. L'Auteur en
garde contre les apparences flateuſes ,
attendra fe déterminer fur ce qu'il pour
doit penfer de fa réüffite que le temps
l'ait confirmée.
Theatre Italien.
Le 5. de ce mois les Comediens Italiens
ont repreſenté fur le Theatre du Palais
Royal une Piece nouvelle Italienne
en trois Actes , intitulée les Amans Dupés
; il y a apparence qu'elle a été faite à
Paris , & en très -peu de temps , tout fon
Giij merite
148 LE MERCURE
merite ne confifte qu'en un continuel jeu
de Theatre , qui occafionne toutes les
Scenes de la Piece , qui n'a proprement
point d'intrigue marquée . On voit feulement
que Pantalon , Lelio , Arlequin , &
Scaramouche font amoureux de Colombine,
& qu'ils s'en difputent la conquête ,
le Docteur en eft auffi amoureux ; mais
avec plus de raiſon , puifque Colombine
eft fa gouvernante & fous fa tutelle , &
qu'il en veut faire fa femme , celle- ci
trouve pourtant le moyen de donner la
préference à Lelio , & de fe défaire de
fes autres Amans. Le mariage de Lelio
& de Colombine fait le dénouement &
la fin de la Piece.
On a remarqué une plaifanterie d'Ar¬
lequin dans une Scene entre lui & Scaramouche
; ils font femblant de fe chercher
avec empreffement , armez d'une
épée chacun , pour ſe battre , à l'occafion
de Colombine. Scaramouche trouve
enfin Arlequin qui a grand peur de voir
fon rival réfolu de fe battre ; Scaramouche
qui eft auffi poltron que l'autre , dit
à Arlequin en l'abordant , qu'il y a au
moins deux heures qu'il le cherche , pour
moi ( lui répond Arlequin ) je puis t'affeurer
qu'il y a auffi long - temps que je
te fuis.
On joiia après cette Piece la petite
ComeDE
JUILLET 1723. 1.49
Comedie de Parodie , qui a été faite à
l'occafion de l'Opera de Pirithous , de
Nitetis , & d'Inès de Caftro ; nous en
avons donné un extrait abregé dans nôtre
Journal du mois de May. Ces deux Pieces
furent honorées de la prefence de
Monfieur le Duc , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans.
On voit trois Acteurs nouveaux de
puis quelques mois dans la Troupe du
Roy , ce font le fieur Poiffon , fils , cadet
du fieur Poiffon , fi connu & ſi aimé
du public , le fieur Dubreuil & le fieur
Armand.
akakakakakak
NOUVELLES E'TRANGERES
De Turquie du 10. Juin 1723 .
Es nouvelles ont long-temps varié
L fujet de la prife d'Ifpahan . Mais
enfin on a reçû à Alep des lettres de
Baffora de differentes dattes , qui marquent
toutes que la Capitale de Perſe s'étoit
rendue au Rebelle Miriveits le 23.
Octobre dernier avec le Sophi qui s'y
étoit renfermé , & que les Européens
avoient été traitez fort humainement par
le vainqueur. G iiij
Le
150 LE MERCURE
Le deux Avril le Capitan Bacha declara
à M. Colier , Ambaffadeur des Etats
Generaux à Conftantinople , que les Algeriens
n'étoient pas encore difpofez à
entrer en negociation pour le renouvellement
de la paix avec les Hollandois ;
que le Grand Seigneur leur avoit envoyé
par un Aga de nouveaux ordres de fe
conformer aux intentions de la Porte.
On dit que la Porte eft très - difpofée
à maintenir la paix avec tous les voifins
& qu'elle veut même s'employer à terminer
les differens , entre le Czar & Miriveits
. Cependant le Grand Seigneur a
donné ordre aux Gouverneurs d'Afoph
& de Bender , de faire fortifier ces deux
places. Les biens immenfes que le dernier
Bacha du Caire avoit amaffez par fes
malverfations , & qui ont été cauſe de ſa
mort, ont été apportez à Conftantinople
, & mis dans le tréfor du Grand Seigneur
, on les fait monter à deux millions "
de Piaftres.
O
De Petersbourg, ce is . Juin.
N avoit publié une Ordonnance
qui enjoignoit aux negocians de
payer les droits d'entrées de leurs Marchandifes
, auffi -tôt qu'elles feroient débarquées
; mais fur les remontrances qui
ont
DE JUILLET 1723 ISI
ont été faites à ce fujer par les Miniftres
des Cours , que cette Ordonnance intereffoit
le Czar , l'a fupprimée , & les chofes
reftent dans le même état où elles
étoient avant la publication.
La réponſe favorable du Grand Sei
gneur , & fon confentement à attendre
pendant un certain temps que le Czar
prenne une réfolution certaine fur la confervation
des conquêtes qu'il fit l'année
derniere vers les frontieres de Perfe , font
efperer que le differend entre ces deux
puiffances fera inceffamment accommodé.
On -mandé de Mofcou qu'on y avoit
publié le huit May un nouveau Decret ,
par lequel il étoit ordonné de retenir
pour cette année feulement le quart des
appointemens de tous les Officiers , tant
Civils que de Guerre , & qu'on y parloir
auffi de lever une taxe confiderable , fous
le nom de don gratuit, tant fur le Clergé
que fur les Seigneurs Mofcovites. On
mande auffi de la même Ville que le feu
avoit pris dans un de fes quartiers , &
qu'outre plufieurs maiſons qui avoient été
brûlées , l'incendie avoit confumé l'Hô
tel de la Chancellerie , avec plufieurs Titres
& Archives , ainfi que la plus grande
partie du Palais du Czar .
Tous les Regimens d'Infanterie qui
ont paffé l'Hiver dans les environs de
Ον Smo752
LE MERCURE
Smolensko & de Nowogrod font arrivez
près de Mofcou ; ils y doivent faire quelque
féjour , & défiler enfuite vers le
Volga où des bâtimens legers les attendent
pour les defcendre jufqu'à Aftracan .
On doit tranfporter auffi dans la même
Ville un grand nombre de canons que le
Czar a fait fondre l'Hiver paffé à Olonits
. Plufieurs vaiffeaux Marchands qui
font actuellement dans le Port de cette
Ville , ont reçû ordre de n'en point fortir
fans une permiffion expreffe , & les
Capitaines qui les commandent apprehendent
qu'on ne les veuille employer à tranf
porter des troupes pour l'expedition que
le Czar medite.
Le 11. Juin on amena ici de Sleutelbourg
au fon des Trompettes & des Timballes
, & au bruit de plufieurs falves
d'Artillerie , le premier bâtiment de forme
étrangere qui a été conftruit en ce
pays .
LE
De Stokolm , ce 3. Juillet.
E 9. Júin les deux Payfans arrêtez
pour avoir voulu exciter le Corps
des Bourgeois à fe declarer en faveur de
la Souveraineté , furent condamnez par.
l'Affemblée des Etats , l'un au pain & à
l'eau pendant un mois , & à être renfermé
enfu, te pour trois ans dans la Fortereffe
DE JUILLET 1723. 153
reffe de Maeftrand ; l'autre au pain & à
l'eau pendant quinze jours feulement ,
fans autre peine ; mais à condition que
ni l'un ni l'autre ne pourront dorénavant
être députez à aucune Aflemblée
des Etats. Le 11. le Corps de la Nobleffe,
le Clergé & les Bourgeois députerent
aux Paylans pour leur faire fçavoir qu'ils
leur avoient renvoyé l'execution du jugement
, rendu contre les deux députez
de leur Corps , avec la liberté d'en moderer
la peine , s'ils le jugeoient à propos;
les Payfans envoyerent auffi - tôt remercier
les trois autres Etats de leur generofité
, & leur firent dire , que quoique
leurs confreres euffent été juſtement condamnez
, ils croyoient cependant qu'on
pouvoit moderer la peine prononcée contre
eux , que le plus coupable ne feroit
que quinze jours au pain & à l'eau , &
l'autre huit jours feulement , & qu'ils les
obligeroient de venir remercier les Etats
de cet adouciffement ; ce qui a été approuvé
par le Corps de la Nobleffe.
L'Amiral Spar que le Roy a envoyé
à Carelferoon , a reçû ordre d'y preffer
l'armément d'un certain nombre de vaif
feaux que Sa Majefté a jugé à propos de
mettre en Mer cette année .
On écrit de Coppenhague que le Czar
avoit écrit au Roy de Dannemark pour
Gvj l'affu
154
LE MERCURE
l'affürer qu'il ne mettroit fa flotte en
Mer que pour exercer fes Officiers de
Marine & fes Matelots , qu'il n'en devoit
prendre aucun ombrage , & que Sa
Majefté Czarienne efperoit que le Roy
donneroit une réponſe favorable fur le
Memoire fon Miniftre lui avoit prefenté,
pour le faire reconnoître Empereur
de toute la Ruffie. Ces mêmes lettres ajoûttent
que le Roy de Dannemark avoit
déja répondu à ce Miniftre, qu'il ne pouvoit
fe déterminer fur cet article qu'après
la réfolution de l'Affemblée des États
du Royaume de Suede .
que
Le 29. le Roy de Suede & les Etats
affemblez ont accordé au Czar le titre
d'Empereur de toute la Ruffie , & au
Duc d'Holftein celui d'Alteffe Royale .
De Coppenhague , ce 27. Juin.
N écrit de Dantzic qu'on avoit
renforcé les troupes qui font à
Weiffelmunde pour mettre cet important
paffage à couvert de toute furprife ; on y
a auffi envoyé de l'Artillerie.
J
M. de Goés , Envoyé Extraordinaire
des Etats Generaux a fait au Roy des
reprefentations au fujet des contributions
extraordinaires qu'on a levées depuis
quelque temps fur les Hollandois
établis
DE JUILLET 1723 155
- 1
établis dans l'Ile de Nordstrand , quoiqu'ils
en duffent être exempts , fuivant le
traité fait autrefois avec la Maifon de
Gottorp , & confirmé depuis , tant par
le Roy Chriftian V. que par le Roy regnant.
La Sentence de mort rendue contre
le Major General Coyet qu'on avoit
dit commuée en un banniffement perpe
tuel , fera executée inceffamment , fon
épouſe qui étoit venue folliciter en ſa faveur
eft retournée dans le Sconen.
On mande de Dantzic que . les Ma
giftrats de Thorn avoient mis depuis peu
un droit d'entrée fur toutes les marchandifes
qu'on y tranfporte de cette Ville ,
dont le Senat par reprefailles avoit réfolu
d'établir un impôt de fix florins fur
chaque quart de Froment , de quatre flo-
Fins fur chaque quart de Seigle , & d'un
florin & demi fur chaque fac de laine
qui iront de Thorn à Dantzic.
On a appris de Varfovie que le Grand
Maréchal de l'Armée de la Couronne
faifoit défiler des troupes pour la feureté
des côtes de la Pruffe Polonoife , & qu'il
y avoit un autre détachement en marche
pour aller camper fur les frontieres du
Grand Duché de Lithuanie. On apprend
auffi que quelques troupes de l'Armée
de la Couronne avoient arrêté vers les
frontieres de Hongrie une vingtaine de
vaga
156 LE MERCURE
vagabonds qu'on croyoit être du nombre
des incendiaires , qui ont commis tant de
defordres dans ces derniers temps.
De Vienne , ce 8. Juillet.
E dix Juin le Comte Jean Maurice
LeBlanckenhein - Manderskeidt ,
Evêque de Neuftadt , & Chanoine de
Cologne & de Strasbourg , fondé de procuration
du Cardinal de Rohan , Evêque
de - Strasbourg , & Prince de l'Einpire
, reçût de l'Empereur avec les ceremonies
ufitées l'inveftiture des Fiefs unis
à cet Evêché , & qui relevent de l'Empire.
Le feize fuivant M. Chriſtien , Augufte
de Berkentien , Envoyé Extraordinaire
, & Plenipotentiaire du Roy de
Dannemark , reçût des mains de l'Empereur
l'inveftiture du Duché de Holſtein,
& des autres Pays , relevans de l'Empire
qui y font incorporez.
Le dix -huit M. le Baron de Huldemberg
, fils de l'Envoyé du Roy d'Angleterre
pour l'Electorat de Brunswich Hanovre
, Confeiller de Juftice , & Gentilhomme
de la Chambre de l'Evêque de
Lubec , reçût au nom de cet Evêque l'inveftiture
des Fiefs de cet Evêché.
Le 19. vers les huit heures du matin
leurs Majeftez Imperiales , accompagnées
des
#
DE JUILLET 1723.
457
*
des Archiducheffes leurs filles , & des
principaux Seigneurs de la Cour , partirent
du Palais de cette Ville pour ſe rendre
à Prague. Le
Le Comte de Harrach , Grand Ecuyer
de la Haute Autriche , le Comte de Paar,
Grand- Maître de la Maifon de l'Impe
ratrice Amelie , le Comte de Khevenhuller
, le Comte de Daiin , le Comte
de Vels , l'Archevêque de Vienne , le
Comte de Vurnibrand , le Comte de Sailern
, le Baron de Petfchowitz tous
Confeillers d'Etat ordinaire , & M. Managhetta
, Confeiller Imperial Aulique
qui ont été chargez des affaires des Pays
hereditaires de l'Empereur , pendant l'abfence
de Sa Majefté Imperiale , fe font
affemblez pour la premiere fois le 25 .
Juin.
›
On a depuis eu avis que leurs M. F.
étoient heureufement arrivées à Prague ,
& qu'elles y avoient fait leur entrée publique
le 30. de l'autre mois.
Le Comte de Gundacker de Staremberg
, partit de Vienne le 27. pour por
ter à Prefbourg le refultat des déliberations
des Etats d'Hongrie , que l'Empereur
a ratifié avant fon départ , & pour
feparer l'Affemblée , qui ayant commencé
au 29. Juin 1722. a déja compté au
Royaume 1400000. florins de frais extraordinaires.
758
LE MERCURE
De Londres , ce 16. Juillet.
Es Lords Jufticiers ayant reçû avís
Lde Larrivée du Royde la Grande
Bretagne en Hollande , fe font affemblez
pour la premiere fois le 21. Juin , & ils
continueront de travailler aux affaires publiques
tous les Mardy & Jeudy de chaque
femaine. Els tinrent un Grand Confeil
d'Etat le 8. de ce mois , dans lequel
la prorogation du Parlement fut continuée
jufqu'au 24. Aouft prochain.
Le 29. Juin le Docteur Atterbury ,
cy-devant Evêque de Rocheſter , fut conduit
de la Tour au bord de la riviere ,
où il entra dans un batteau de l'Amirauté
, qui le conduifit au vaiffeau de
Guerre , qui a été équipé pour le conduire
à Oftende. La fille de ce Prélat ,
M. Moriffe , fon gendre , & plufieurs do .
meftiques s'embarquerent avec lui pour
le fuivre dans les Pays Etrangers . Ils ont
débarqué à Calais le 2. Juillet , la Mer
s'étant trouvée trop agitée fur les côtes
de Flandres.
Le 28. Juin après- midi le feu prit
dans un Magafin , près de la maison de la
Compagnie des Indes ; il fut entierement
confumé , ainfi que trois maifons voifines,
& quelques autres Magafins , où il
Y
DE JUILLET 17237 IST
y avoit beaucoup de Marchandifes
, appartenantes
à divers Intereffez au Commercè
de Turquie. On compte que le
dommage caulé par cet incendie , monte
à plus de cent cinquante mille livres
fterlings.
Le premier Juillet les Lords Jufticiers
s'affemblerent
à Cockpitt , où ils tinrent
Confeil d'Etat pour la premiere fois depuis
le départ du Roy.
Les trois Regimens des Gardes à pied
campent à Hydepark , & on en a fait
partir trois détachemens
un pour la
Tour , l'autre pour Hamptoncourt
,
le troifiéme pour Windfor.
و
&
Le Vicomte de Bullingbrook
arriva le
6. Juillet au foir à Batter fea , 'Maifon du
Lord S. Jean , fon pere , fituée à quelques
milles de cette Ville , cù il doit refter
incognito jufqu'au retour du Roy , qu'il
doit remercier du pardon que lui a accor
dé Sa Majesté.
L
De la Haye , ce 12. Juillet.
E dix -huit Juin à huit heures du
matin le Roy d'Angleterre
débarqua
à Helvoetfluys
, & fe rendit à bord
d'un Yacht des Députez de Hollande ,
qui le conduifit jufqu'au Vaart , vis - àvis
de Viane , où Sa Majefté arriva le
dixa
160 LE MERCURE
dix-neuf à neuf heures du matin.
Les Etats Generaux doivent inceffamment
faire publier un Placard pour
faire
défenſe aux fujets de la République de
prendre aucun intereft dans la Compagnie
de Commerce que l'Empereur a deffein
d'établir dans les Pays-bas , & de s'engager
au fervice de cette Compagnie , ou
d'aucune focieté particuliere de négotians
qui auroient deffein d'envoyer des vaiffeaux
dans les Ports , fituez fur les limites
des Octrois accordez aux Compagnies
d'Orient & d'Occident de ce Pays .
Ce Placard porte contre les contrevenans
la peine de banniffement à perpetuité
des terres de la République , & celle
de confifcation de leurs biens. M. Hamel
Bruyninx , Envoyé des Etats Generaux à
la Cour de Vienne, a mandé que l'Empereur
n'avoit point encore fait de réponſe
pofitive au fujet du Memoire qu'il avoit
prefenté contre cet établiffement , parce
qu'il attend les inftructions que le Marquis
de Prié a été chargé de fournir fur
cette affaire.
On apprend de Bruxelles que le Docteur
Atterbury , cy- devant Evêque de
Rocheſter , y étoit arrivé , d'où il doit
aller à Aix- la- Chapelle.
De
DE JUILLET 1723. 262
D: Lisbone , ce 18. Juin.
Dieril eft entre dans le Port de cette
Epuis le 24. jufqu'au 30. May der
Ville , trois Navires François , 24. Navires
Anglois , avec deux Paquebots de
la même nation & fix Hollandois. Il en
eft forti un François , huit Anglois , deux
Hollandois & un Hambourgeois , & il y
a actuellement dans la riviere 17. Bâtimens
François , 81. Anglois , 13. Hollan
dois , 4. Suedois , 1. Danois , 4. Hambourgeois
, & 3. Eſpagnols.
On a appris par des lettres du 16. Noë
vembre & du 12. Decembre dernier ;
écrites de la nouvelle Colonie du Sacrement
que le Colonel Antoine- Pierre Vafconcellos
avoit pris poffeffion de fon Gou
vernement le 14. Mars precedent .
Le 8. de ce mois le Roy donna audience
au Reverend Pere Narciffe Gregoire,
Evêque d'un des principaux fieges de
l'Afie Mineure , qui a depuis quelque
temps été racheté des Turcs par le Marquis
de Bonac , Ambaſſadeur de France à
Conftantinople. Cet Evêque qui a été ELclave
pendant plufieurs années , fur les
Galeres Turques , avec 13. Religieux de
l'Ordre de S. Antoine Abbé , dont il
eft auffi , voyage dans les Cours Chré
tiennes
162 LE MERCURE
tiennes pour raflembler les aumônes neceffaires
à payer la
freres.
rançon
de fes con-
De Madrid , ce 7. Juillet.
N écrit de Cadix qu'on y avoit
Oreçá fix cens mille pieces de huit
provenant de l'argent qui a été débarqué
il y a quelques mois à Portovendres
qu'on en attendoit une pareille fomme
que la Flotille qu'on étoit occupé à char
ger ne devoit partir que le 15. Juin ,
qu'elle ne feroit compofée cette année
que de fix Bâtimens , & que Don Baltazar
de Guevara en devoit avoir le commandement.
On écrit de Barcelone que l'Efcadre
Espagnole , commandée par le Marquis
de Mari avoit paffé à la vûe des côtes de
France , qu'on croyoit qu'elle avoit fait
route vers Portolongone , où elle doit
porter des vivres & des recruës , & que
Je Gouverneur de Barcelone avoit reçû
ordre de faire marcher trois Regimens
d'Infanterie du côté de Malaga.
›
On apprend d'Alicante que le 15. du
mois dernier Don Philippe Waure Enfeigne
dans la Compagnie de Don Charles
Bis , Capitaine dans le Regiment de
Flandres , Infanterie , étant de garde avec
12. foldats de même Regiment , dans un
pofte
DE
JUILLET 1723. 163
pofte nomine de Las Mofcas , au Cap de
Palos , il avoit découvert à la pointe du
jour dix- huit Maures qui venoient à lui .
Qu'auffi - tôt fes foldats ayant mis la bayonnette
au bout du fufil , s'étoient couchez
le ventre à terre que les Maures étant
à la demie portée de leurs armes , ces foldats
avoient fait une décharge , dont
quelques -uns avoient été tuez ; mais que
dans le temps que l'Officier Elpagnol s'avançoit
pour les attaquer , il avoit été
invefti par deux autres partis de 40. hommes
chacun qui avoient débarqué à l'abri
d'une Coline , & lui ôtant tous les moyens
de fe retirer , lui avoient fait prendre une
réfolution defefperée ; qu'après s'être
courageufement défendu près de quatre
heures , il étoit mort de fes bleffures : qué
fix de fes foldats s'étoient fait un paſſage
, & avoient eu le bonheur de fe faules
fix autres n'ayant pû ver , mais que
les fuivre , à caufe de leurs bleffures
avoient été faits efclaves,
De Portolongone , ce 6. Juin.
Es deux Bataillons du Regiment de
Cordoue , & le fecond de celui de
Burgos qui font en garnifon dans cette
place, ayant befoin de quelques recruës ,
& n'en pouvant fi- tôt efperer d'Eſpagne ;
le
164 LE MERCURE
1
le Confeil de guerre chargea il y a quel
que temps des Officiers de differentes
nations d'en lever à Rome , à Livourne,
& dans d'autres places d'Italie. Plufieurs
de ces nouveaux foldats étant arrivez
comploterent entre eux de tuer le Gouverneur
, & les Officiers de la garniſon
de cette place , de la piller , de fe fauver
enfuite dans les Bâtimens qui étoient dans
le Port . Pour executer ce barbare def
fein , ils choifirent entre eux un Chef &
des Officiers , mais comme ils n'étoient
pas en affez grand nombre , ils furent
obligez d'attirer dans leur confpiration
d'autres foldats de differentes nations du
nombre, defquels ce fut un nommé Pierre
Corrada , natif de Milan , & foldat dans
le Regiment de Cordouë , qui rendit
compte à fon Capitaine de tout ce qui fe
tramoit contre le fervice de Sa Majefté
Catholique. Sur cet avis on arrêta le 19.
Avril dernier ceux qu'il avoit dénoncez ,
& après avoir fait les informations neceffaires
, huit des plus coupables furent
condamnez ; fçavoir , quatre à être pendus
, & leurs têtes expofées dans les principaux
endroits de la Ville , trois aux Galeres
, & un à être fuftigé ; les autres
complices moins coupables qui étoient
environ au nombre de cent , ont été condamnez
à travailler aux ouvrages de la
place ;
.
DE
JUILLET 1723 .
165
Place ; ils ont cependant confervé leur
rang dans les Compagnies , mais le port
des armes leur a été défendu. Le Roy
d'Eſpagne a récompenfé la fidelité du
foldat Milanois , & l'a fait fous- Lieutenant..
De Rome , ce 2. Juillet.
Lambaffadeur d'obeden
E 30. May le Marquis Sachetti ;
de Parme , alla à l'audience publique du
Pape , & muni de pouvoirs fuffifans , promit
& jura fidelité & obéiffance à fa
Sainteté. Il alla auffi faire une vifite folemnelle
au Magiftrat du Peuple Romain.
Son cortege fut très - nombreux , il fut accompagné
par 14. Prélats de la premiere
confideration , & il trouva au Capitole le
Magiftrat au milieu de toute la Nobleſſe,
& d'un grand nombre de Prélats Romains
. Il lui fit un difcours Latin qui
fut fort applaudi , & auquel le Comte
Carpegna répondit . Le Magiftrat lui doit
rendre
inceffamment la vifite , comme
cela s'eft toûjours pratiqué dans tous les
cas où la Maifon Souveraine de Parme
a eu occafion de faire par fes Ambaffadeurs
cette civilité au Senat , & à la
Nobleffe de cette Ville , dont elle tire
fon origine.
La Ville de Bologne à enfin obtenu de
l'Em166
LE MERCURE
l'Empereur la permiffion d'ouvrir un Canal
pour conduire dans le Pô les eaux
du Torrent qui inondoient fouvent les
campagnes ; mais la République de Venife
, le Duc de Modene & la Ville de
Ferrare qui fe trouvent intereflez à ne
pas laiffer détourner ces eaux , doivent
former leur oppofition pour empêcher
l'execution du projet des Boulonois .
La Reine de Pologne ayant fait con
noître qu'elle étoit difpolée à embraffer
la Religion Catholique , le Cardinal de
Salerne a été prié de l'aller déterminer ;
il doit fe rendre à Drefde , chargé de
lettres du Cardinal d'Althan , Viceroy
de Naples , & du Cardinal Albani Camerlingue.
Les Penfionnaires du Seminaire Romain
, & ceux du College Clementin ,
qui font ordinairement compofez de la
meilleure Nobleffe d'Italie , d'Eſpagne
& d'Allemagne , & entre lefquels il y a
toûjours eu conteftation pour le pas , ont
eu une femblable difpute le 6. Juin à la
promenade, hors la porte del Popolo ; il y
à eu du fang répandu , & cette querelle
devient confiderable par l'intereft qu'y
prennent la famille de ces penfionnaires.
De
DE
JUILLET 1723. 167
De Venife , le 28. Juin.
Lcher une
Ordonnance ,
E Magiftrat de la fanté a fait afficoncernant
le rétabliffement du Commerce avec les
Provinces Meridionales de France . On
apprend de Naples que le Vice-Roy y
a fait la même choſe .
Suivant les derniers avis de Naples
de Romanie , les peuples fort mécontens
du gouvernement des Turcs , ont
tenté de le fouftraire à leur domination ;
mais le Bacha qui y commande ayant été
inftruit de leur deffein , a fait approcher ,
des troupes qui le font faifies des plus difpofez
à la revolte.
On a appris de Conftantinople que le
Grand Seigneur avoit fait cefler les préparatifs
de guerre ,
fa flotte alloit
être inceffamment défarmée.
&
que
D'Hanover , le 26. Juin.
22. Juin vers les dix heures du
Loir le Roy d'Angleterre arriva en
parfaite fanté à Herrenhafen , aux acclamations
réiterées d'une grande multitude
de peuples qui fe trouva fur fon
paffage ; Sa Majefté embraffa le Prince
Frederic , fon petit-fils , qui étoit allé au
H devant
168 LE MERCURE
devant d'elle . Le Roy doit fe repoſer
dans ce Château pendant quelques jours ,
pour aller enfuite prendre les eaux à Pyrmout.
DIGNITEZ , BENEFICES,
& Charges des Pays Etrangers.
M&
Mofcovie.
R Stambke qui en 1720. étoit
envoyé du Duc d'Holftein à la
Cour de Ruffie , a été nommé pour fucceder
à toutes les Charges & Emplois de
feu M. Hefpen , Confeiller privé du
Duc d'Holftein .
Le Commandeur Sinaiwin a obtenu la
Direction de l'Amirauté , & des équipages
qu'avoit l'Amiral de Kruys.
Allemagne.
M. Charles Menghen de Hordes &
de Callemberg , Colonel Commandant
du Regiment de Cuiraffiers du Prince
de Modene, a été fait Baron de l'Empire,
pour récompenfe des fervices rendus à la
Maifon d'Autriche , tant par cet Offcier
que par fes ancêtres originaires du
Duché de Weftphalie.
Don
DE JUILLET 1723. 169
Don Jean Vafques de la Puentes , Comte
de Pinos , & Colonel de Cuiraffiers , a
obtenu de Sa Majefté Imperiale la Compagnie
des Gardes Royales du Royaume
de Sicile.
M. le Comte François Ferdinand de
Kinski a été nommé par l'Empereur à la
Charge de Grand- Chancelier du Royaume
de Bohéme , vacante par la mort du
Comte Leopold Jofeph de Seilck.
M. le Comte Theodore François de
Pilier , Commandant du Regiment des
Cuiraffiers de Mercy, que l'Empereur fit
il y a quelque temps Sergent General de
Camp , a obtenu le Commandement de
la Fortereffe de Segedin , vacant par la
mort de M. le Comte de Herbeſtein.
Le Prince Georges de Heffe - Caffel a
éré fait Lieutenant General des Armées
du Roy de Pruffe.
Angleterre.
Le Lord Waldgrave , petit- fils natu
rel du feu Roy Jacques II . qui s'est fait
Proteftant depuis quelques temps , a obtenu
la Charge de Gentil - homme de la
Chambre , vacante par la mort du feu
Duc de Richemond .
"
Le fils aîné de M. Walpole , Chancelier
de l'Echiquier , a été créé Baron
de la Grande Bretagne , & la furvivance
Hij
du
170 LE MERCURE
du Titre a été donnée à fes deux freres
puînez , & après leur mort , à leur pere.
Espagne.
Don Pedro Caffado , fils aîné du Mar
quis de Monteleon , Ambaffadeur du Roy
d'Efpagne auprès des Etats Generaux , a
été nommé Confeiller au Confeil des
Indes avec exercice.
M. le Comte de Las Torrés , Capitai
ne General des Armées du Roy d'Eſpagne
, a été nommé par Sa Majesté Ĉatholique
à la Vice- Royauté de Navarre,
Don Alphonfe Roldam , Religieux de
S. Bazile a été nommé à l'Evêché de
Guamanga au Perou.
Le Docteur Don Alexis de Roxas
Eyêque de S. Jacques au Chili , à celui
de la Ville de Pas , de la Province de
Los-Charchay.
Le R. Pere Don Jofeph de Efquivel ,
Dominiquain , Coadjuteur de l'Archevêque
de Seville , à celui de S. Jacques au
Chili.
Italie.
M. Michel Hercules d'Aragona , Evê,
que de Mileto , M. Loüis Forni , Evêque
de Reggio, & M. Dominique Condolmero
, Evêque de Lefin en Dalmatie
, ont été facrez à Rome le 23. May
dernier
DE JUILLET 1723. 171
"
dernier dans l'Eglife de Sainte Marie fur
la Minerve , par le Cardinal Urfini , Archevêque
de Benevent , affifté de l'Archevêque
d'Apamée , & de l'Evêque de
Caftallaneta.
M. Jerôme Balbi , cy-devant Gouver
neur des Galeaffes à Venife , a été élû
Gouverneur des Forçats , à la place de
M. Jacques Boldu , qui a été fait Capitaine
du Golfe.
L'Abbé del- Maro , cy - devant Envoyé
extraordinaire du Roy de Sardaigne , à
la Cour d'Espagne , a été nommé Viceroy
de Sardaigne , qu'avoit le Baron de
S. Remy.
M. le Marquis Corfini , Envoyé extraordinaire
du Grand Duc , à la Cour
de France , a obtenu la Compagnie des
Cuiraffiers de la Garde qu'avoit le feu
Duc de Salviatti à Florence.
*******************
y
MORTS . BAPTES MES ;
& Mariages des Pays Etrangers.
E Corps du feu M. Hefpen , Con-
Lfeiller Privé du Duc d'Holftein , fur
enterré le 19. May avec une grande Pompe,
dans l'Eglife de S. Alexandre , à trois
lieuës de Peterſbourg ; le Czar , le Duc
d'Holſtein,
Hij
72 LE MERCURE
d'Holftein , les Miniftres Etrangers , &
prefque tous les Seigneurs de la Cour af
fifterent à ce convoy.
Le 7. Juin l'Empereur figna à Vienne
le Contrat de Mariage du Comte Ignace
de Hohenfeld , Chambellan de la
Clef d'Or , & Sergent Major de la Garde
du Corps , avec la Comteffe Elizabeth
de Stadel , Premiere Dame d'Hon
neur de la Chambre de l'Imperatrice .
Le 18. le Comte Othon , Ignace Hohenfeld
, Chambellan de la Clef d'Or
Confeiller au Confeil de la Guerre , &
Sergent Major des Gardes du Corps ,
époufa à Laxembourg Madame la Comteffe
Marie Elizabeth de Staeld , Premiere
Dame d'Honneur de la Chambre de l'Imperatrice
; la Ceremonie fut faite par
l'Archevêque de Vienne , affifté du Curé
de la Cour , en prefence de leurs Majef
tez Imperiales.
Le 16. Juin l'Empereur & l'Imperatrice
affifterent incognito dans leur Chapelle
à Vienne , à la Ceremonie du Mariage
de M. Jean de Marchefi , Membre
du Senat de Mantouë , avec Mlle Marie-
Therefe Menthen , Dame d'Altenbefen ,
- & l'une des Dames de la Chambre de
l'Imperatrice.
M. le Comte Charles de Guldenſtiern ,
Senateur du Royaume de Suede , & Prefident
DE JUILLET 1713. 173
fident de la Cour Royale de Stokolm ,
eft mort dans cette Ville le 19. Juin ,
âgé de 75. ans.
Le 20. Juin le corps du feu Duc de
Richemond , fut apporté au Palais de
Weſtminſter à Londres , où il fut mis en
dépoft dans la Chambre de Jerufalem
& le lendemain il fut inhumé avec beaucoup
de magnificence dans la Chapelle,
de Henry VII. & plufieurs Chevaliers
de l'Ordre de la Jarretiere affifterent à
fon Convoy , dont le deuil fut mené par
le Duc de Grafton.
M. Jean Malmeftroon , Suedois , natif
de Stokolm, après s'être fait inftruire par
le R. Pere Jean Pereira de l'Ordre de
S. Dominique fait folemnellement
abjuration des erreurs du Lutheraniſme ,
à Vianna en Portugal , le 16. du mois de
May dernier , Féte de la Pentecôte ,
ayant pour parrain le Comte de Villa
Verde , Meftre de Camp General &
Gouverneur de la Province de Minho.
Dona Thereſe Boronie , époufe de Don
Carlo Albani , Prince de Soriano , eft
accouchée à Rome le 9. Juin d'un fils
qui doit être tenu fur les Fonts de Baptême
par le Chevalier de S. Georges.
Dona Catherine Zeffrina Salviatti ,
époufe du Connétable Colonne , eft accouchée
à Rome d'un fils le 11. Juin .
Hiiij JOUR174
LE MERCURE
***************
JOURNAL DE PARIS.
E féjour de la Cour à Meudon , où
le Roy & l'Infante- Reine joüiffent
d'une parfaite fanté , y attire un grand
concours , & l'on ne fçait pas encore
quand Sa Majefté retournera à Verfailles.
Il y a très- fouvent chaffe de Cerf au
Bois de Boulogne , tantôt avec l'équipage
de M. le Duc , tantôt avec celui de M.
le Prince de Conti , & le Roy paroît fort
goûter ce penible amuſement.
Le Prince Eugene de Savoye a écrit à
M. le Duc de Bouillon , pour lui faire
des complimens de condoleance fur la
mort de la Princeffe Sobieski qu'il devoit
époufer , & le feliciter fur le futur
Mariage du Prince de Turenne fon fils.
M. le Cardinal , Premier Miniftre a
été malade & dangereufement , fans que
la maladie l'ait empêché de fe livrer entierement
aux importantes affaires qui
l'occupent , fon Eminence jouit à preſent
d'une meilleure fanté.
Le 1. de ce mois M. le Marquis de la
Vrilliere remit une Lettre de cachet à
M. le Blanc , par laquelle le Roy lui ordonnoit
de fe retirer. Ce Miniftre partit
le
DE JUILLET 1723. 175
le lendemain pour Doux ,
Château ap.
partenant au Marquis de Trenel , fon
gendre , fitué à 16. lieuës de Paris en
Brie.
M. de Breteiiil , Commandeur , Preveft
& Maître des Ceremonies des Ordres
de Sa Majefté , & Intendant de la
Generalité de Limoges , a été nommé par
le Roy Secretaire d'Etat de la Guerre.
Le 3. de ce mois il prêta ferment de fidelité
entre les mains du Roy. On lui a
remis tous les titres & papiers concernant
ce Miniftere , & il a été inftallé aux:
Invalides le 15 par Monfieur le Duc
d'Orleans. Il y tiendra le Confeil tous les
Jeudis , & donnera audience les Vendredis
chez lui à Paris , dans fon Hôtel
rue Vivienne..
39
L'Abbé Clement , Confeiller au Grand
Confeil , & l'un des Commiffaires du Viafa
fut arrêté chez lui le 8. de ce mois ,
& conduit à la Baftille..
M. de la Pierre Talhoüet , M. dess
Requêtes , & M. l'Abbé Clement , dont
on vient de parler , ont été decretez .
Madame la Ducheffe de Montaigu ,,
fille du feu Duc deMarleborough eft ar
rivée à Paris , dans le deffein de fe ren
dre enfuite à Montpellier où l'air eft très
favorable aux perfonnes attaquées de la
maladie particuliere aux Anglois ,, &
Hiv qu'ils.
176
LE
MERCURE
qu'ils appellent Confomption .
M. le Comte de Maurepas , Secretaire
d'Etat a eu la petite Verole , fans aucun
accident dangereux , & en eft parfaitement
gueri .
M. O Bryan , Brigadier Irlandois au
fervice du Roy d'Espagne , & Gouverneur
de Malaga , étant arrivé à Montpellier
au commencement du mois de
May dernier , pour s'y faire traiter d'une
maladie qui le faifoit fouffrir depuis plus
d'un an , fans que les Medecins en euffent
pû découvrir la caufe , ceux de
Montpellier ayant trouvé qu'il avoit la
pierre, réfolurent de lui faire l'Operation ,
ce qui fut executé le 12. Jain on lui
tira une pierre qui pefoit quatre onces
& demie il ne vêcut que quatre jours
après l'Operation , qui ne fut pourtant
pas caufe de fa mort , puifque fon corps
ayant été ouvert on remarqua qu'il avoit
les parties internes gâtées .
M. le Maréchal Duc de Villars a été
nommé Grand d'Eſpagne de la premiere
Claffe, par Sa Majefté Catholique.
On affure que le Roy a accordé à
Madame de Bourbon , Abbeffe de Saint
Antoine des Champs , dins le Fauxbourg
S Antoine , le Privilege de faire
tenir une Foire dans ce Fauxbourg , pareille
à celle de S. Germain & de Saint
Lau
DE JUILLET 1723. 177
Laurent , qui commencera le lendemain
de Quasimodo , & finira la veille de la
Pentecôte.
On a appris que la Ville de Châteaudun
dans le Blaifois , avoit été prefque
entierement réduite en cendres ; plus dé
2000. maifons y ont été confumées , il y
a peri fept ou huit habitans. On n'a pas
pû fçavoir de quelle maniere le feu avoit
pris.
Le Roy vient d'ordonner que l'on ra➡
commodat les routes de la Foreft de Saint
Germain en Laye , pour y pouvoir coutir
le Cerf l'Hiver prochain.
payer
On commença le 1. de ce mois à
dans PHôtel de la Compagnie des Indes,
les Dividendes des 48. mille Actions
les 6. derniers mois de l'année 1722 .
le payement fera continué jufqu'au 20.
Decembre prochain , par égales portions
dans chaque mois , & dans chaque fepour
maine.
Le 4. de ce mois le 7. & le 9. le Roy
alla fe promener à la Muette , S. M. courut
enfuite le Cerf dans ie Bois de Boulogne,
avec les chiens de M. le Duc & de
M. le Prince de Conti..
Le 15. le Roy prit auffi le même divertiffement
avec les Chiens du Prince
de Turenne ; la chaffe dura jufqu'à neuf
heures & demie du foir.
H vj Le
178 LE MERCURE
Le 17. le Roy chaffa le Dain , avec
les chiens du Duc de Louvigni.
Le: 18. le Roy fut fe promener à Vanves
chez M. le Duc .
L'Abbaye Reguliere Conventuelle , &
Elective de S. Nicolas d'Arrouaife , près
Bapaume en Artois , Ordre de S. Auguftin
, vacante par le decès de Don Sabine
Dambrines , dernier Titulaire ,` a
été donnée par le Roy à M. le Cardinal
de Gefvres , Archevêque de Bourges.
La Fête de S. Jean- Baptifte , Patron
de M. le Curé de S. Sulpice , fut celebrée
dans fa Communauté d'une maniere
qui merite l'attention du public. On tira
dès le matin quantité de Boëtes devant le
Prefbytere , & le foir un grand nombre
de fufées annoncerent un feu d'Artifice
qui fut tiré au même lieu ; mais le plus
fingulier de la Fête fut un foupé que M.
le Curé donna à près de trois cens ouvriers
, qui travaillent au nouveau Bâtiment
de cette Paroiffe . Le bouquet qu'ils
lui avoient donné la veille fut l'occafion
de ce regale , qu'il ne pût leur faire que
le premier de Juillet , jour de l'octave ,
à caufe des Fêtes . & des jours d'abſtinence
& de jeune , qui fuivirent la Fête
de S. Jean - Baptiste..
On dreffa dans les allées du jardin de
la Cominunauté de longues tables , où
l'on
4
DE JUILLET 1723. 179
,
y
Fon plaça les ouvriers quatre à quatre.
On fervit par chaque bande une piece
de rôti , deux entrées avec une falade
& une bouteille de vin à chacun . Il
avoit au milieu du jardin une table ronde
de quatorze couverts pour les Infpecteurs
, & autres Officiers qui conduiſent
les travaux ; elle fut abondaminent fervie
, & avec de très- bon vin, M. le Curê
fut prefent à tout le repas ; il y dit le Benedicite
& les Graces. Plufieurs perfonnes
de diftinction furent prefentes à ce
regale , attirées par la fingularité du fpec
tacle ; toutes les fenêtres des maifons voifines
, qui donnent fur ce jardin , étoient
remplies de monde , & il y en avoit juf
ques fur les toits..
XX
MORTS & MARIAG ES.
L
E 28. de l'autre mois M. François
Pierre de Bretagne , Confeiller du
Roy au Parlement de Bourgogne , Seigreur
d'Orin , mourut âgé de 35 ans .
Le même jour M. Robert Lefchaffier,
Confeiller de la Grande- Chambre du
Parlement de Paris , mourut dans fa 87
année..
M. Claude Thyard , Comte de Biffy
neveu
180
LE MERCURE
neveu du Cardinal de ce noin , Sous-
Lieutenant de la Compagnie des Chevaux
-Legers Dauphins , mourut à Paris
de la petite Verole , le 2. de ce mois ,
âgé d'environ 35. ans.
M. Henry- Louis de la Grange d'Arquiaen
, mourut à Paris le même jour ,
& fut inhumé dans l'Eglife de l'Abbaye
de S. Germain des Prez . Il étoit fils de
Meffire Paul- François de la Grange , Comte
d'Arquiaen , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , Capitaine de Vaiffeau
du Roy , Lieutenant pour Sa Majesté au
Gouvernement General du Pays d'Aunys
, Gouverneur de Sainte Croix , &
Commandant au Cap François , aux côtes
de S. Domingue , & de Dame L.....
de Marigny. Ce jeune Seigneur , âgé ſeulement
de feize ans & demi , étoit neveu
de la Reine de Pologne , époufe du grand
Sobieski , & de la Marquile de Bethune,
toutes deux filles du Marquis de la Grange
d'Arquiaen, Chevalier des Ordres du
Roy , depuis Cardinal , & c.
Le cinq M. Thomas de Montmorin
de Saint Herem , fils de M. l'Evêque
d'Aire , Prêtre Docteur de Sorbonne ,
Abbé de Bonnevaux , député de la Province
d'Auch à l'Affemblée generale du
Clergé , eft mort à Paris de la petite Verole
, âgé de vingt-neuf ans , & a été
inhumé
DE JUILLET 1723. 181
inhumé dans l'Eglife de Sorbonne.
- Me Catherine de Guifcard , époufe de
LLoouuiiss - MMaarriiee dd''AAuummoonntt , Duc d'Aumont
, Pair de France , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy , Brigadier
de fes Armées , Gouverneur des Ville
& Citadelle de Boulogne , & Pays Boulonnois
, mourut à Auteuil le 9. de ce
mois , âgée de 35. ans .
M. Mederic Charton , Prêtre , Docteur
& Sénieur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne , Doyen de la Faculté de
Theologie , & Sous- Penitencier de l'Eglife
de Paris , eft mort le 16. de ce mois
dans fa 89 année.
M. Louis- Armand , Duc d'Eftrées ,
Pair de France , Marquis de Coeuvres ,
de Themines & de Cardaillac , Comte de
Nanteuil , Vicomte de Soiffons , Baron
de Gourdon , cy- devant Gouverneur de
Lifle de France & du Soiffonois , & des
Villes & Citadelles de Laon , Noyon &
Soiffons , & de Dommes en Quercy , eft
mort fubitement à Paris , le même jour ,
âgé de 41. ans. Il étoit arriere- petit- fils
de François Annibal , premier Duc d'Eftrées
, Pair & Maréchal de France , & de
Marie de Bethune , & fils de François
Annibal Duc d'Eftrées , Pair de France ,
& de Dame Magdelaine de Lyonne. Le
Duc d'Eftrées qui vient de mourir avoit
prêté
182 LE MERCURE
prêté ferment au Parlement le 24. Janvier
1723. il avoit épousé en 1707. Dame
Diane Adelaïde-Philippe Mancini ,
fille de Philippe-Jules Mancini , Duc de
Nevers , & de Dame Diane- Gabrielle
de Damas Thianze.
Nous venons d'obferver que le Maréchal
d'Eftrées , qui fut le premier Duc de
ce nom, avoir époufé Marie de Bethune ;
cette Dame, fille de Philippe de Bethune' ,
Comte de Selles , & de Charoft , Chevalier
des Ordres du Roy, &c . qui a donné
naiffance au fecond Duc d'Eftrées , au
Maréchal d'Eftrées , pere de M..le Maréchal
d'Eftrées d'aujourd'hui , & au Cardinal
d'Eftrées , fut une des plus belles ,
des plus vertueufes , & des plus fpirituelles
perfonnes de fon temps ; elle étoit
née à Rome durant l'Ambaſſade du Comte
de Bethune , fon pere , & mourut fubitement
en l'année 1628. n'étant âgée
que de 26. ans , regrettée de toute la
France pour les grandes & rares qualitez.
Un fameux Poëre compofa à cette occafion
des Vers que nous nous faifons un
plaifir de rapporter ici ; ils font noblement,
& en peu de mots l'hiftoire de cette
illuftre Dame , qui a été la mere de plufieurs
Grands Hommes.
Paucis te volo , fta parum , Viator »
Ecce hoc fub tumulo cubo Maria ,
DE JUILLET 1723. 183
Maria illa propago de Bethuna
Et conjux Herois peritioris ,
Vere Franca , fed urbis orta Roma ;
Pallas me pia cum facrâ Suada
Cunctis artibus affabrè polivit ,
Ac Cypris mihi detulit decorem ,
Verum vix talamum meum beards
1fic ter Deus ipfe nuptiarum ,
Quando me Lachefis ferox ab ulnis
Cari conjugis extulit repentè.
Le Maréchal d'Eftrées , ſon époux .
qui avoit quitté une année auparavant
cette mort , le nom de Marquis de Coeu
vres , en recevant le Bâton de Maréchal ,
prit depuis deux autres alliances ; la premiere
en 1634. avec AnneHabert deMontmort
, dont il eut un fils tué en 1656. au
fiege de Valenciennes , & une fille mariée
au Prince de l'Iflebonne , & la feconde
en 1663. avec Gabrielle de Longueval de
Manicamp , dont il n'eut point d'enfans.
Dès l'année 1648. le Marquifat de Cauvres
avoit été érigé en Duché & Pairie ,
fous le nom d'Eftrées en fa faveur , & de
fes defcendans mâles ; mais il ne fit enregiftrer
les Lettres Patentes au Parlement
que le 15. Decembre 1663. & il
mou184
LE MERCURE
mourut en l'année 1670. dans un âge
très- avancé. Par le decès qui vient d'arriver
du quatriéme Duc d'Eltrées, la Duché
& Pairie de ce nom paffe à M. le Maréchal
d'Eftrées , déja revêtu de plufieurs
grandes Charges & Dignitez .
La Maiſon d'Eftiées porte écartelé au
premier & dernier d'argent , freté de fable
de 6. pieces , au chef d'or , chargé de
trois merlettes de fable , qui eft Estrées ;
au fecond & troifiéme d'or , au lion d'azur
lampaffé , & couronné de gueules , qui
eft Cauchie.
M. Leonor de Pracomtal , Chevalier ,
Marquis de Pracomtal , Sous- Lieutenant
des Chevaux- Legers de la Garde du Roy,
& Lieutenant pour S. M. dans les Provinces
de Nivernois & Donziois , fils
Mineur de M. Armand de Pracomtal ,
Chevalier , Marquis de Pracomtal , Lieu
tenant General des Armées du Roy ,
Gouverneur de Menin , & de Dame Catherine-
Françoiſe de Mornay de Montchevreuil
, a époufé le 15. de Juillet
Dile Catherine Boucher d'Orfay , fille
mineure de M. Charles Boucher , Chevalier
, Seigneur d'Orfay , Confeiller du
Roy en fes Confeils , Me des Requêtes
Honoraire de fon Hôtel , Intendant pour
Sa Majefté de la Province de Dauphiné,
& de feuë Dame Catherine le Grain.
M.
DE JUILLET 1723. 185
M. François Perry , Chevalier Seigneur,
Comte de S. Ouant , fils de Ifaac
Perry , Chevalier- Seigneur , Marquis de
la Chauffie , de Montmereau & Saint
Ouant , Seigneur des Chaftellenies de
Vitrac- Roffignol , & de Dame Anne de
Rochechouard , a époufé Dile Maric-
Anne Gabrielle Frottier , fille mineure
de M. Benjamin Loüis Frottier , Chevalier
- Seigneur , Marquis de la Cofte Meffelierre
, Lieutenant de Roy au Gouver
nement de la Province de Poitou , Seigneur
des Oufches & de la Foreft , Deffé ,
Vaution , Mauchandy , & Champeaux
de la Chatellenie de Château- Garnie
& c. & de Dame Elizabeth Olive
Saint George Verac .
EDIT ,
186 LE MERCURE
EDITS , DECLARATIONS,
A
ARRESTS , & c.
Rrefts du Confeil d'Etat du Roy, des 30 Sep-
Patentes fur iceux , données à Verſailles le 4 May
1723. Regiſtrées en la Cour des Aydes le 12 Juin
audit an. Portant deffenfes à tous Juges qui connoiffent
des Droits des Fermes de mettre en liberté
les Coupables & Complices de rebellion & voyes.
de fait qui feront arrêtés dans l'inftant d'icelles
qu'après l'inftruction & jugement définitif, & en
d'appel de la part du Fermier , qu'après le jument
dudit appel.
EDIT du Roy , donné à Verfailles au mois de
Mars 1713. Regiftré en Parlement le 28 May fuivant.
Portant création d'un Office de Greffier
Confervateur triennal des Saifies &Oppofitions
du Tréfor Royal.
ARREST du Confeil du 6 Avril 1723. Qui caffe
& annulle un jugement rendu en dernier reffort
par le fieur de Ruols , Confeiller en la Cour des
Monnoyes de Lyon, & tout ce qui a été fait avant
& depuis le dit jugement , au fujet des abus & malverfations
commiſes en la Monnoye de Montpellier
, & commet les Maitres des Requêtes actuellement
de fervice aux Requêtes de l'Hôtel ,
pour connoître defdites malverfations , à l'effet de
quoi toutes les Minutes des Procedures & Procés
verbaux
DE
JUILLET 1723. 187
baux fur lefquels ledit jugement a été rendu ,
eront remifes au Grette.
ARREST du Confeil du 12 Avril 172 3. & Lettres
Patentes fur icelui. Données à Verſailles le 4 May
1723. Registrés en la Cour des Aydes les Juin
1723. Portant reglement pour les Procedures qui
doivent être obfervées a l'occafion de la verification
des échantillons du faux Sel , trouvé dans les
Maifons des Particuliers lors des viſites domiciliai–
res.
ARREST du Confeil , du 19 Avril 1723. qui
preferit la forme dans laquelle les Parties prenantes
des Etats & Rentes de fa Majeſté , pourront
fournir à leurs Treforiers, Receveurs ou Pa curs
des Copies certifiées de leurs Quittances de Capitation.
ARREST du 26 Avril 1723. qui ordonne
que
le nommé Hebert, Maréchal à Suzannecourt, reftituera
une fomme de foixante livres , par lui confignée
pour une Infcription de faux dont il a été
débouté ; contre un Procès verbal de faifie , d'un
Muid de Vin trouvé chez lui , d'excedent à fon
inventaire.
ARREST du 3 May 1723.qui déboute le nommé
Tinvin de fon oppofition à l'Arreft du 1 May
1722. par lequel il a été condamné au payement
de l'Annuel , des Vins qu'il a fait convertir en
Eau de Vie dans la Brulerie de la veuve Hamelin ;
& condamne en outre ledit Tinyin au coût de
l'Arrêt .
ARREST du 3 May 1723. qui ordonne que
pendant dix années , à commencer du 1 Janvies
17241
188 LE MERCURE
1724. les Morues , tant vertes que féches , & les
Huiles qui proviendront de la Peſche des Sujets de
Sa Majefté , à l'Ifle Royale , appellée cy - devant
l'Ifle dé Cap -Breton , demeureront déchargées dans
tous les Ports du Royaume, tant de l'Ocean que de
la Méditerranée & à Ingrande, de tous droits d'entrée
des cinq groffes fermes.
•
ARREST du 3 May 1723 , qui fait tres expreffes
deffenſes à tous Orfévres & autres perfonnes de
quelque qualité & condition qu'elles foient , dë
jetter aucunes matieres d'or & d'argent en barres
ou lingots , qu'elles n'ayent été bien braffées ; enforte
que lefdites matieres foient uniformes dans
toutes les parties defdites barres & lingots , à peine
de confifcation defdites matieres, de trois mille
livres d'amande , & d'être procedé extraordinairement
contre ceux qui auront fondu frauduleufe
ment lefdites barres ou lingots d'or ou d'argent.
DECLARATION du Roy , du 5 May 1723.Regiftrée
en Parlement le s Juin , portant que lesAcquereurs
des Quittances de finances produifant interêts,
pourront obtenir des Lettres de ratification
au grand Sceau , & que les creanciers des Proprietaires
defdites Quittances formeront leurs oppofitions
pour conferver leurs droits entre les mains
des Confervateurs des hypoteques fur les rentes &
augmentations de gages.
LETTRES PATENTES fur Arrêt , données
à Versailles le 22 May , regiftrées à la Cour des
Aydes le 17 Juin , qui ordonnent qu'à l'avenir les
vins de la Loire fortans des cinq groffes Fermes ,
quoique deftinez pour les Ifles , acquitteront les
droits de fortie ordinaires.
Lettres
DE
JUILLET 1723.- 189
· LETTRES PATENTES fur Arrêt , qui fixent
à quatre livres les droits d'entrée fur chaque cheval
, poulain , jument , mule & mulet, venant [de
Bretagne & autres Provinces mentionnées au Tarif
de 1664.Données à Verfailles le 12 May 1723 .
regiſtrées à la Cour des Aydes le 17 Juin.
ARREST du 25 May , qui décharge du Droit
de Controlle les Quittances qui feront données
au Tréfor Royal pour raifon des Rembourſemens,
faits par le Roy , de la nature de ceux énoncez en
l'Arrêt.
ORDONNANCE du Roy , du 29 May , portant
permiffion de Faucher les Foins avant la
faint Jean , dans toute l'étendue du Royaume ,
même dans le Parc de Verfailles & autres Maifons
Royales , fans en demander aucune permiſſion aux
Seigneurs , aux Capitaines des Chaffes & autres
Officiers.
ARRESTS des 26 Janvier & 31 May 1723. Le
premier évoqué & renvoye pardevant Monfieur
I'Intendant de Dijon les Inftances portées tant en
l'Election de Langres, qu'au Parlement de Dijon,
pour donner fon avis au fujet des Eaux de Vie de
marc de Raiſin , fabriquées par les nommez Brocard
& Pacot, par contravention à la Déclaration
du 24 Janvier 1713. Et le fecond confifque les
Eaux de Vie & Uftanciles fur eux faifies , & les
condamne chacun en trois mille livres d'amende .
ARREST du 31 May ,qui déboute Thomas Sandrin
& autres Marchands de Salines à Pontoife , de
leur Requefte, & ordonne l'execution d'une Senzence
du Grenier à Sel de ladite Ville ; qui les
condamne
1
190 LE MERCURE
J.
condamne chacun en trois cens livres d'amende
& en la confifcation des Salines fur eux faifies ,
faute d'en avoir fait déclaration avant l'enlevement
du Batteau dans lequel elles font venuës.
ARREST du 31 May , qui ordonne que la ville
de Rochechouard & autres lieux y mentionnez
dépendans de la Province de Poitou , feront repu
tez étrangers à l'égard des droits des cinq groffes
Fermes , & fupprime le Bureau de Rochechouard.
ARREST du même jour , qui réduit à trois
jours les délais pour les pourfuites & procedures
dont Simon Camery eft chargé pour le recouvrement
reftant à faire des taxes de la Chambre de
Juſtice.
ARREST du même jour , qui ordonne
que les
Saifies réelles faites à la requête de Simon Ĉamery,
chargé des pourfuites neceffaires pour le recouvrement
des taxes de la Chambre de Juftice , feront
enregistrées , quoiqu'il y en ait de precedentes, &
à l'exclufion de toutes autres ; fauf que les faifies
réelles anterieures feront converties en oppofitions
à celles du fieur Camery.
ARREST du même jour , concernant les Ren.
tes du Clergé.
ARREST du même jour , concernanr la liquidation
de la Finance , & le remboursement des
Offices de Receveurs provinciaux & diocefains du
Clergé , & leurs Contrôleurs , fupprimez par Arre
du 25 Octobre 1719 .
ARREST du même jour , qui révoque la permillion
DE JUILLET 1723. 191
miffion cy-devant accordée , de faire le commerce
de Levant par le Port de Cette.
DECLARATION du Roy, donnée à Verſailles
le 31 May , regiftrée en Parlement le 17 Juillet ,
concernant les anciennes rentes du Clergé , par
laquelle Sa Majefté a reglé , fixé & réduit les rentes
de l'Hôtel de Ville de Paris, dont le payement
des arrerages eft affigné fur le Clergé de France ,
fur le pied du denier quarante du capital pour chacune
année , compofée de douze mois , à
mencer du premier Janvier 1724 , fuivant les états
qui feront arrêtez au Confeil , ainfi qu'il fera par
Sa Majesté ordonné ; auquel effet Elle a maintenu
& confirmé les proprietaires defdites rentes en la
jouiffance d'icelles conformement & jufqu'à concurrance
de la reduction aux charges & conditions
énoncées en ladite Déclaration .
com-
Sa Majesté a auffi fixé & réduit fur le même
pied du denier quarante du capital , les revenus
des finances des Offices de Payeurs & Controlleurs
Triennaux & Quatriennaux defdites rentes & des
taxations hereditaires y attribuées ; fupprimés par
Edit du mois de juillet 1654. qui n'ont point été
rembourrées , quoique les Liquidations en ayent
été faites dans le Confeil de Sa Majestés ayant
été ordonné par ledit Edit qu'il en feroit conftitué
des rentes , & que cependant les proprietaires
jouiroient des gages & taxations defdits Offices ,
lefquels ont été en confequence payez & employez
dans la dépenfe des comptes des Payeurs ' en exercice
, au chapitre des gages des Officiers. Sa Majesté
n'entend neanmoins comprendre dans la
difpofition du prefent article , les augmentations
de Gages attribuez aufdits Payeurs par Edit du
mois d'Avril 1640 , lefquelles demeureront rédaites
au denier cinquante , & c.
I Lettres
192
LE MERCURE
LETTRES PATENTES fur Arreſt , portant dé.
fenfes au Fermier de la marque d'or & d'argent
d'appofer fon poinçon de charge fur les ouvrages
que celui de la Maiſon commune des Orfévres
n'ait été préalablement appliqué. Données à Ver.
failles le 3 Juin 1723 , regiftrées à la Cour des Aydes
le 5 Juillet.
ARREST du 7 Juin 1723 , qui caffe une Sentence
des Elûs de Bourgancuf , en ce qu'elle ordonné
que les droits de Jauge & Courtage feront
payez feulement par les Voituriers & Marchands
conduifans du Vin , Eaux de Vie & autres boiffons
des païs redimez dans ladite Election , & par ceux
qui en fortiront pour aller dans lefdits païs redimez
; ordonne l'execution & enregiſtrement en
ladite Election , de la Declaration du 10 Octobre
1689. & en confequence , que lesdits droits feront
levez conformement à icelle ; & fait deffenſes aufdits
Elûs d'apporter à l'avenir aucune modification
aux Edits , Declarations & Arrelts ; & leur
enjoint d'en ordonner l'execution purement &
fimplement à l'inftant qu'ils leur ferontprefentez,
à peine de privation de leurs Offices.
ARREST du même jour , qui caffe une Sentence
des Flus d'Angers & confifque cent quatrevingt
livres pefant de Toiles de Chollet , excedant
la déclaration faite par le nommé Venault,
au Bureau des droits des Cloifons d'Angers , établis
au Pont de Cée , & le condamne en cent livres
d'amende .
ARREST du 7 Juin 1723 , qui déboute le nommé
Laville , Procureur à Cognac , de fon oppofition
à l'Arreft du 15 May 1722. & ordonne que
la
DE JUILET 1723. 193
la porte de communication de fa maifon à celle
de Marguerite Laville fa foeur , Caba.etiere de ladite
Ville , fera murée à fes frais .
ARREST du 7 Juin 1723 , qui ordonne que les
Communautez fupprimées fur les Ports , Quais &
Halles de la Ville de Paris , & leurs creanciers ,qui
n'ont point encore receu leur rembourſement en
rentes fur l'Hôtel de Ville , feront rembourfez en
rentes fur les Tailles.
LETTRES PATENTES fur Arreſt , données
à Meudon le 7 Juin 172 3 , enregistrées en la Chambre
des Comptes le 17 du même mois , concernant
les ventes & adjudications des Bois de Verſailles ,
Marly & dépendances.
ARREST du 7 Juin , qui ordonne que les gages.
attribuez aux Offices Municipaux , rétablis par
l'Edit du mois d'Aouft 1722 , affignez fur les revenus
& octrois des Villes , feront payez aux Acquereurs
defdits Offices.
Et où lesdits Offices n'ont pas été levez , lef- ›
dits gages feront payez à Martin Girard , jufques
à ce qu'ils foient levez.
DECLARATION du Roy , en interprétation
des Edits concernant les Invalides de Marine des
mois de May 1709. Mars 1713. & Juillet 1720 ,
donnée à Meudon le 9 Juin 1723 , registrée en
Parlement le 12 Juillet fuivant.
la
ARREST du 14 Juin 1723 , qui ordonne que
les Aluns d'Italie & du Levant , qui entrerontpar
voye de Marſeille , payeront les mêmes droits
de trois livres du cent pefant , qui fe payent aux
entrées des cinq Groffes Fermes , en execution de
I j
de
194 LE MERCURE
de l'Arreſt du 14 Aouft 1714 , & ce nonobſtant
l'Arreft du 18 May 1720 , qui fupprime les droits
du tiers-fur-taux & quarantiéme de Lyon .
ARREST du 14 Juin 1723 , qui révoque les per
miffions cy-devant accordées aux Négocians du
Royaume, de faire paſſer à Cadix , à Génes , à Livourne
& à Naples , directement des Ifles Françoifes
de l'Amerique , des Marchandiſes du crâ
defdites Illes.
ARRESTS des premier Decembre 1722 & 14
Juin 1723 .
Le premier caffe une Sentence des Elûs d'Amiens
; condamne les nommez de Flocq & de
Saint-Germain chacun en cinquante livres d'amende
pour leur refus de fouffrir les Inventaires ;
leur enjoint & aux autres habitans de la Paroiffe
de la Croix-au- Bailli , de les fouffrir à l'avenir &
de payer les droits de fubvention , & deffend aufdits
Elus de rendre à l'avenir de pareilles Sentences
, à peine d'interdiction & de cinq cens livres
d'amende .
Et le fecond déboute lesdits de Flocq & habitans
de leur oppofition au premier Arreft ; & .
pour le nouveau refus de la part dudit de Flocq &
autres , de fouffrir les Inventaires , les condamne;
fçavoir, ledit du Flocq en cent livres d'amende
, & les autres en cinquante livres chacun & au
coût de l'Arreſt .
LETTRES PATENTES , qui ordonnent l'adjudication
de l'entretien des Ponts & Chauffées de
la Forêt de Compiegne. Données à Meudon le 18
Juin 1723 , registrées en Parlement le 8 Juillet
fuivant.
Lettres
DE JUILLET 1723. 195
LETTRES PATENTES , données à Meudon
le 18 Juin 1723 , regiſtrées en Parlement le 8 Juillet
, qui ordonnent plufieurs amenagemens dans
la Forêt d'Amboife .
la
ARREST du 21 Juin 1723 , au fuiet des tranfpofitions
de Barrieres , conftructions de Bureaux
& murs de Clôture , ordonnées être faites pour
feureté des Entrées de Paris ; depuis l'encoignure
du Laiffez -pafler du Roulle , jufqu'à celle du clos
faint Lazare ; tant par Charles Cordier chargé
de la Regie des Fermes Generales, que par les Proprietaires
des Marais , depuis le Bureau de la Ville-
Lévêque jufqu'au Château des Porcherons , & de
puis la Barriere de Notre -Dame de Lorette , jufqu'a
celle de la Voirie , fur l'alignement à main
droite , du côté du Boullevart ; & dont les nerita
ges font entre les Barrieres contigues & aboutiffans
aux deux rues des Portes blanches & Coquenard
; qui ordonne que les deniers & avances qui
feront neceflaires pour parvenir à la conftruction
du Mur , Barrieres & Bâtimens à la charge de la
Ferme , feront avancez par ledit Cordier , qui en
fera remboursé par le Fermier qui lui fuccedera, &
fucceffivement de Bail en Bail ; & qui contient
plufieurs autres difpofitions.
ARREST du même jour , qui caffe une Sentence
des Elûs de Caen , confifque les Cidres & Uftanciles
faifis en Champ de Foire fur le nommé
Corderain , Chaircuitier à Caen , furpris vendant
en détail fans déclaration & fans avoir du vin ou
boiffon en cave , & le condamne en cent livres
d'amende.
>
DECLARATION DU ROY , concernant les
· 1 iij Jurifdictions
196 LE MERCURE
Jurifdictions Confulaires . Donnée à Meudon le 26
Juin 1723 , regiſtrées en Parlement le 8 Juillet .
ARREST du 28 Juin 1723. Portant que les
Contrats de Mariage paffez à Paris , & dans les
lieux de la réfidence de la Cour , feront contrôlez
dans le mois .
ARREST du même jour , qui ordonne qu'il ne
fera fait par le Garde de fon Tréfor-Royal aucuns
rembourfemens d'Offices , Droits ou autres , de
quelque nature que ce puiffe être , qu'en rapportant
par ceux qui demanderont lefdits rembourfemens,
des Certificats des Greffiers - Conſervateurs
des Saifies & Oppofitions du Trefor-Royal.
ARREST du même jour , qui ordonne que toutes
les Manufactures de Toiles & Etoffes de Fil &
de Cotton de toutes couleurs , mêlées de foye &
autres matieres , fous le nom de Toiles rayées &
à Carreaux , Siamoifes , Fichus , Stinkerques , ou
fous telle autre dénomination que ce foit,qui font
établies dans les Villes, Bourgs & lieux de la Province
de Normandie' ; à l'exception de celles établies
dans la Ville & Fauxbourgs de Rouen &
Bourg de Dernetal, cefferont tout travail ; à commencer
au premier Juillet de chaque année , juf
qu'au quinze de Septembre inclufivement,
ARREST du 30 Juin 1727 , qui proroge jufqu'au
dernier Septembre prochain , le terme fixé
par celui du quinze Mars dernier , pour le payement
des Droits des Changeurs aux frais de Sa
Majeſté.
ARREST du premier Juillet 1713. qui proroge
pendant un mois le délay accordé par l'Arreft du
27.
DE
JUILLET 1723. 197
27 Avril dernier, aux Officiers des Bureaux des Finances
des Generalitez du Royaume , pour payer
le Droit annuel de leurs Offices.
ARREST dus Juillet 1723 , qui renouvelle les
deffenfes cy-devant faites de l'Introduction dans
le Royaume , & du commerce , port & ufages des
Etofes des Indes , de la Chine & du Levant, ainfi
que les Toilles peintes & autres , venant deſdits
pais.
ARREST du 21 Juillet 1723 , publié le même
jour , concernant les Monoyes , par lequel le Roy
ordonne ce qui fuit :
ARTICLE PREMIER.
Qu'a commencer du jour de la publication du
prefent Arreft les Louis d'Or fabriquez & reformez
en execution de l'Edit du mois de Septembre
1720. n'auront plus cours dans les payemens que
pour la fomme de quarante-quatre livres , & les
doubles & demi Louis à proportion .
I I.
Ordonne Sa Majefté , que les Efpeces d'Argent
continueront d'avoir cours fur le même pied qu'elles
l'ont à prefent , & qu'il ne fera pareillement
rien changé à la valeur des matieres d'Or & d'Argent,
Efpeces non reformées & Monnoyes étrangeres
qui refteront & demeureront fixées fur le
même pied qu'elles le font aujourd'hui .
III.
Veut Sa Majesté, qu'en portant par les particu
liers aux Hôtels des Monnoyes un huitième en
certificats de liquidation , & fept huitièmes en matieres
d'or & d'argent ou efpeces non reformées ,
la valeur du totalleur foit payée comptant dans
lefdits Hôtels des Monnoyes, en efpeces fabriquées
I i
ou
198 LE MERCURE
ou reformées en execution de l'Edit du mois de
Septembre 1720.
IV.
Les Matieres d'Or & d'Argent, Efpeces non réformées
ou étrangeres qui feront portées aux Hôtels
desMonnoyes avec un huitiéme en Certificats
de Liquidation, y feront reçûës fur le pied que le
marc d'Or & d'Argent eft actuellement fixé dans
le public; & les Louis d'Or de vingt- cinq au marc,
& les Ecus de dix au marc , fabriquez en execution
de l'Edit du mois de May 1718 , y feront reçus
à la piece fur le pied de 36 livres le Louis &
de fix livres l'Ecu, les demis, les quarts & les fixiémes
d'Ecus à proportion .
ས .
A l'égard de ceux qui porteront aux Hôtels des
Monnoyes des Matieres d'Or & d'Argent , Efpeces
non reformées ou étrangeres , fans aucune partie
de Certificats de Liquidation , lefdites Efpeces &
Matieres continueront d'y être reçues fur le pied
de 945 liv. le marc des anciens Louis a convertir ,
ou de l'Or du titre de vingt deux carats , & les autres
Matieres ou Efpeces d'or à proportion : Et de
foixante- trois livres le marc des anciens Ecus à
convertir, ou de l'Argent du titre de onze deniers,
& les autres Matieres ou Efpeces d'argent à proportion.
Et les Louis d'or de vingt- cinq au marc
& Ecus de dix au marc, fabriquez en execution de
l'Edit du mois de May 1718 y feront reçûs à la
piece , à raifon de trente fept livres feize fols le
Louis d'Or, & de fix livres fix fols l'Ecu , les demis,
les quarts & les fixiémes à proportion .
V I.
Ordonne Sa Majefté qu'à commencer du jour
de la publication du preſent Arreſt , les Sols de
vingt-cinq deniers n'auront plus cours que pour
vingt-quatre deniers , &c .
Arreft
DE JUILLET 1723. 199
ARREST du 17. Juillet , par lequel le Roy
Ordonne que dans trois mois pour tout délai de
la datte du prefent Arreft , tous les Billets exiftans,
des Tréforiers Generaux & particuliers de l'Extraordinaire
des Guerres , procedans des Exercices
anterieurs à la prefente année , en quelques
mains qu'ils foient , feront reprefentez à Paris
aux Sieurs de la Salle & de la Riviere , Contrôleurs
nommez par les Etats de Diftribution des
30. Decembre 1722. & 17. du prefent mois , pour
être par eux reconnus , verifiez & paraphez , &
être enfuite procedé au payement de ceux qui fe
trouveront compris dans ledit Etat de Diſtribution
dudit jour 17. du prefent mois , dans les
termes & en la forme portée par ledit Etat : &
à l'égard de ceux qui ne fe trouveront pas com→
pris dans ledit Etat , les Porteurs d'iceux feront
tenus , en les reprefentant , d'en remettre aux
Sieurs de la Salle & de la Riviere , des Copiesfidelles
, au pied defquelles les Porteurs feront tenus
de certifier qu'ils leur appartiennent , & à
quel titre; pour für lefd . Copies, être enfuite pour-
να
par Sa Majesté au payement defdits Billets ,
par un troifiéme & dernier Etat de Distribution
qui fera arrêté à cet effet ; tous lefquels Billets
demeureront nuls , faute d'avoir été reprefentez
dans ledit temps , &c.
1
a
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , du 26
Juillet, Qui ordonne que les Proprietaires & Porteurs
des Billets d'Emprunt de la Compagnie des
Indes , de szo. & 52. Louis d'Argent , échûs au
29. Novembre 172. & ceux de 36. Louis & demy
d'Argent , échûs le 10. Janvier 1722. feront
tenus de les remettre dans le premier Octobre prochain
pour tout délai , au Garde du Tréfor Royal
en exercice ; à l'effet d'être lefdits Billets par lui
1 v con200
LE MERCURE
convertis en Quittances de Finance , portant intereft
à deux pour cent , faute de quoi & ledit
délai expiré , leſdits Billets demeureront nuls &
de nulle valeur.
SUPPLEMENT.
E Roy a accordé aux Etats du Du-
Lchéde Bourgogne , la premiere Pairie
du Royaume , l'établiſſement d'une
Faculté de Droit , Civil François & Canon
; on a donné les Chaires à de trèshabiles
Profeffeurs pour enfeigner dans ces
Ecoles qu'on veut rendre celebres . Elles
s'ouvriront à Dijon , Capitale de cette
Province , au mois de Novembre prochain.
Les gens qui viendront y étudier trou- ,
veront toutes fortes de commoditez , la
Ville de Dijon étant très- bien bâtie , les
habitans doux & polis , le climat agrea
ble , les Livres à bon marché , & toutes
fortes de bons vins en abondance.
SENTIMENS d'un Spectateur François
, fur la nouvelle Tragedie d'Inès de
Caftro brochure in 89 de 14. pages
avec approbation , fans nom d'Auteur ,
ni d'Imprimeur.
Cet ouvrage a paru affez bien écrit , &
le
DE
JUILLET 1723 . 201
le public le trouveroit plus eftimable , s'il
étoit moins partial. Il femble que l'Anonyme
en veut à tous les Auteurs en general
, & à l'Auteur d'Inès en particulier.
Il convient que jamais le goût des ouvrages
d'efprit n'a été fi generalement répandu
, & cependant il conclut qu'il y a
plus d'empreffement dans le public que de
talent dans les Auteurs . Les Auteurs font
donc bien malheureux d'être les feuls à
qui il refufe ce qu'il accorde à tout le
monde. Mais fi felon ce nouvel Ariftaque
les ouvrages d'aujourd'hui font fi
mediocres , d'où vient que ce public , plus
éclairé qu'il ne fut jamais , les recherche
avec tant d'empreffement ? c'eft, dit nôtre
Cenfeur , qu'on y voit luire quelque étincelle
du feu qui anima les grands hommes
du fiecle de Louis XIV. N'eft- ce pas là
le langage d'un homme ouvertement declaré
contre les Auteurs . Nous lui rendons
plus de juftice , & nous convenons
qu'il y a d'affez bonnes chofes dans le
plan qu'il fait d'Inès de Caftro ; mais
nous ne pouvons lui paffer fa mépriſe
pour ne pas nous fervir d'un autre terme.
Il fait adreffer à Alphonfe , ce que Dom
Pedro ne dit qu'à part , à la fin du fecond
Acte ; il avance encore fans fondement
qu'Inès meurt empoisonnée fur le Theatre ,
fans qu'on s'informe de ceux qui lui ont
denné
I vj
202 LE MERCURE
donné le poifon, &fans qu'on dife le moindre
mot de Conftance & de fa mere . Alphonfe
ne fait- il pas entendre aux Spectateurs
qu'il foupçonne la Reine de l'empoifonnement
, quand il dit qu'il voit
trop la perfide main qu'il faut qu'il
puniffe : Inès ne fait - ellepas une efpece de
teftament de inort en faveur de Conftance
, quand elle prie Dom Pedro de couronner
tant d'amour & tant de vertu ? La
méprife dont nous venons de parler ne
peut donc être excufée en aucune façon ;.
mais un Spectateur en titre d'office qui
declare à la tête de fon ouvrage , qu'il fait
fa principale occupation d'étudier les hommes
doit s'inftruire mieux lui - même
avant que de prétendre inftruire les autres
. Au refte les portraits qu'il fait des
Acteurs ont été trouvez affez juftes ; l'idée
qu'il donne de leur juge , c'est- à- dire,
du parterre , a paru auffi jolie que vraye.
Voici comme il parle au fujet des battemens
de mains excitez par un bel éclat de
voix : le parterre est une machine qui fë
remuë plutôt , quand on la frappe bien
fort , que quand on la frappe avec juf
teffe. Ce petit ouvrage finit par un tiffu
d'invectives contre l'Auteur d'Inès ; à
Dieu ne plaife que nous en foyons les échos.
و
On
DE
JUILLET 1723 203
On écrit de Londres du 15. de ce
mois , qu'on a découvert depuis peu dans
le Bois de Nord. Cray , près de Bexley ,
dans le Comté de Kent, un feu fouterain
qu'on fuppofe être caufé par quelques
mines de fouffre que la grande chaleur
a fait fermenter , & que les habitans
du pays en font fort confternez ,
parce que le feu a gagné la racine des
arbres , & qu'on eft occupé à y voiturer
de l'eau de tous les environs , pour tâcher
de l'éteindre .
On mande auffi que M. Heuchman ,
Regent du College de Chefter , avoit
trouvé depuis peu dans les ruines d'un
vieux bâtiment , nommé la Maifon du
Chapitre , le corps de Hugues , dit le
Loup , premier Comte de Chefter , mort
au commencement du 12 ° fiecle , & qui
étoit paffé en Angleterre avec Guillaume
le Conquerant , fon oncle. M. Heuchman
a remarqué que ce corps avoit été
envelopé dans du cuir , & enfermé en
fuite dans un cercueil de pierre. Le crane
& les os lui ont paru bien confervez
ainfi que les bandeletres qui avoient été
mifes pour les empêcher de fe détacher
dans les endroits des jointures.
Le 28 May dernier le P. Raphael
Bluteau remit dans l'Affemblée de l'Adémie
20 $
LE MERCURE
démie Royale de l'Hiftoire à Lisbonne ,
à l'examen des Cenfeurs Royaux , 5. volumes
in folio manufcrits , contenant les
augmentations qu'il a faites à fon Dictionnaire.
Il demanda auffi qu'on lui permit
de prendre le titre d'Académicien ,
à la tête de fes ouvrages.
On mande de Rome que le Pape a
fait confulter les Puiffances Catholiques
fur la propofition que le Grand Seigneur
a faite de figner une Tréve avec le Grand-
Maître de Malthe , S. S. ne voulant fe
déterminer que fur leurs avis . Et que le
Duc de Baviere a fait demander au Pape
un Bref d'Eligibilité à l'Evêché de Liege
pour l'Evêque de Munfter , fon fils ,
qui eft déja Coadjuteur de Cologne .
On apprend de Bruxelles que l'Otroy
que l'Empereur a accordé pour l'établiffement
d'une Compagnie de Commerce
dans les Pays - Bas , fut publié le 19. de
ce mois. Les Directeurs de cette Compagnie
ont fait afficher qu'ils ouvriroient
leurs livres le 11. Aouft prochain pour
recevoir les foufcriptions de ceux qui
fouhaitent d'y prendre interefts.
On apprend auffi qu'on a publié l'Acte ,
par lequel l'Empereur a declaré qu'à défaut
DE JUILLET 1723 205
faut d'heritiers mâles la fucceffion de fes
Pays hereditaires , échoira premierement
aux Archiducheffes fes filles ; en fecond
lieu aux Archiducheffes fes Niéces , filles
de l'Empereur Jofeph ; en troifiéme lieu
aux Archiducheffes fes foeurs, & enfin à
tous les defcendans & heritiers de l'un &
de l'autre fexe , l'ordre de Primo-geniture
confervé. Nous donnerons cet acte dans
fon entier .
Le 24. de ce mois les Comediens Italiens
ouvrirent leur Theatre de la Foire
Saint Laurent par trois Picces , dont la
premiere eft intitulée le Triomphe de la
Folie , la feconde le Bois de Boulogne , &
la troifiéme Agnès de Chaillot. La premiere
a été trouvée paffable , la feconde
mauvaife , & la troifiéme bonne. Nous
en allons donner un petit extrait de chacune.
Le Triomphe de la Folie.
L'Auteur de cette Piece a voulu parodier
par avance , une Comedie annoncée
par les Comediens François , qui a
pour titre le Divorce de l'Amour & de la
Raifon. La Raifon ouvre la Scene par un
Dialogue qu'elle fait avec Mercure , à
qui elle demande des nouvelles de l'Amour
qui l'a abandonnée , fans lui dire
pourquoi . Mercure lui apprend qu'il a
fuivi
207 LE MERCURE
fuivi fon infidele époux dans tous les
differens Royaumes où il a été , & de- là
il prend occafion de parler de fes progrès
felon les genies des nations , dont il a
entrepris de triompher . Cette Scene a
paru fort ingenieufe , bien écrite , & femée
de jolis traits . L'Amour patoît dans
la feconde Scene , il fe mocque de la
Raifon , & plaifante fur la bizarrerie de
leur union , qui avoit banni les plaifirs
dont fa Cour avoit toûjours été formée
avant ce mariage fait en dépit du bon
fens. La Folie furvient , elle brocarde la
Raifon fur nouveaux frais , elle la chaffe ,
& ordonne à fa riante fuite de chanter &
de danfer . Le Vaudeville a paru affez
joly ; en voici un couplet adreffé au pargerre
.
Sur nous la critique ennemie
Verferoit envain fon poiſon
Le parterre a trop de genie
Pour nous condamner fans raiſon,
II Il approuve toûjours le bon ,
Bon , bon bon , bon
23
Et par fois ,
Lon , lon ,
En faveur d'un zọn , zon , zon
zon ,
Il paffe une folie.
Le
DE JUILLET 1723. 207
1
Le Bois de Boulogne.
Cette feconde Piece a été generalement
defapprouvée à la premiere reprefentation
, & elle a été retranchée dès la
quatrième. Pantalon & le Docteur par
le fecours d'une vieille tante qu'ils avoient
mis dans leurs interefts avoient engagé
leurs jeunes Maîtrelles , niéces de cette
fecourable tante , à fe trouver au Bois de
Boulogne , où une collation les attendoit
Arlequin & Trivelin , valets de
Lelio & de Mario leurs jeunes Amans ,
avoient comploté de concert avec les jeunes
Amans & les jeunes Maîtreffes , une
fourberie par laquelle ils puffent defabufer
la vieille tante , trop prévenue en fi
veur des vieux Amans , de la bonne opinion
qu'elle avoit conçûë de leur vertu :
cette fourberie n'eft autre que celle de
Pourceżygnac , des vendanges de Surefne,
& de vingt autres farces à peu près femblables.
Cette reffemblance n'a pas peu
contribué au mauvais fuccès de la Piece
en queſtion ; à quoi il faut ajoûter le déraifonnable
qui y regne dès le commen.
cement. L'Auteur oublie tout d'un coup
d'où il eft parti les jeunes Amans , &
fur- tout Arlequin & Trivelin , quoiqu'ils
foyent inftruits de ce qui a obligé les deux
niéces à le trouver au Bois de Boulogne
:
leur
ܫ
208 LE
MERCURE
leur parlent , le reproche à la bouche , &
la jaloufie dans le coeur. Paffons à la
troifiéme Piece qui a été fi
generalement
approuvée , qu'Agnès de Chaillot ne promet
pas moins de fuccès qu'Inès de Caf
tro. Il fuffit de dire qu'on rit autant à la
premiere , qu'on pleure à la derniere.
Voici l'extrait de certe heureufe parodie.
ACTEURS.
Le Baillif de Chaillot , le fieur . Domique.
Agnès de Chaillot , Servante du Baillif,
la D Flaminia .
1
Pierrot , fils du Baillif, la Dlle Silvia
en Garçon.
La Baillive de Chaillot , la Dile la
Lande.
L'Ambaffadeur de Goneffe , le fieur
Pacquetti.
Le Bedean de Chaillot , le fieur Thomáffin.
Le Magifter, le fieur Pacquetti.
Deux autres Confeillers.
Troupe d'habitans de Chaillot pour la
noce d'Agnès & de Pierrot.
AGNE'S DE CHAILLOT
Comme nous avons donné un extrait
de la Tragedie d'Inès de Caftro , le Lecteur
nous permettra de l'y renvoyer . Il y
trouvera , à peu de choſe près , le même
arrange
DE JUILLET 1723. 209
arrangement , & le même fond de Scenes,
changées de grand Tragique en bas Comique.
Le Baillif de Chaillot veut marier ,
fon fils avec la fille de fa femme , ce fils
s'appelle Pierrot , & cette fille eft nommée
Conftance , l'un nous reprefente Don
Pedro , fils de Don Alphonfe , & l'autre
tient lieu de Conftance , foeur du Roy de
Caftille. Pierrot a remporté le prix del'Arquebufe
, comme Don Pedro a triomphé
des Mores . Agnès eft fervante du
Baillif de Chaillot , comme Inès eft fujetre
du Roy de Portugal , & Damed'Honneur
de la Reine , l'Ambaſſadeur
de Goneffe , pays natal de la Baillive de
Chaillot vient feliciter le Baillif au nom
de tout Goneffe, fur le prix de l'Arquebule
que fon fils a remporté , & fur le mariage
de ce même fils avec Conftance. Cette
derniere ne paroît pas dans la Piece , &
la raison qu'on en donne , c'eft qu'on
peut bien s'en paffer. L'Auteur veut faire
fentir par là que ce perfonnage n'étoit
pas moins inutile dans la Tragedie d'Inès,
en quoi le plus grand nombre croit qu'il
fe trompe. Les principaux incidens de la
Tragedie font amenez dans la parodie ,
d'autant plus naturellement que la Tragedie
eft très- fimple , & par là très- parodiable.
En effet , quoi de plus facile que
de faire venirPierrot , l'épée à la main, pour
déliΣΤΟ
LE MERCURE
délivrer Agrès de la perfecution de la
Baillive. Cetre voye de fait met le Baillif
dans la neceffité de punir Pierrot &
Agnès. Il aflemble fon Confeil pour en
déliberer ; ce Confeil eft compofé de
quatre per onnages , dont il y en a deux
muets comme dans la Tragedie ; ces perfonnages
font le Bedean , le Magifter , le
Carrillonneur , pour le quatriéme nous en
avons oublié la qualité ; mais le Lecteur
fe paffera bien de la fçavoir. Le Bedeau
eft Rival de Pierrot , & ne laiffe pas
de conclure à la grace. Le Magifter a
obligation de la vie au Criminel , & ne
laifle pas de conclure au Mififfipi. Le
Carrillonneur & fon compagnon opinent
du bonnet comme les deux Confeillers
muets de la Tragedie . Le Baill f condamne
fon fils , & dit à ceux qui ont opiné
du bonnet ou par leurs larmes ;
€
Et vous n'êtes ici que pour orner la
Scene.
Pour Agnès elle eft condamnée à la
Salpetriere. Avant cette condamnation le
Baillif a fait un Monologue dans le goût
de celui d'Alphonfe , prêt à condamner
fon fils. Ce Monologue eft ce qu'il y a
de plus travaillé & de plus ingenieux
-dans la piece ; en voici deux traits .
Puniffons, Pardonpons. Soyons dur.
- Soyons tendre , & c .
Non ,
DE
JUILLET 1723. 211
Non , Baillif , vous en aurez menti.
Enfin , Agnès voyant que fon cher époux
va être envoyé au Mififfipi , vient fe jetter
aux pieds du Baillif. Elle lui apprend que Pierrot
eſt ſon mari , & lui raconte comiquement
comment il le devint. Le Baillif n'en eft que
plus furieux ; mais toute fa colere fe defarme
à la vûë de quatre enfans de Pierrot & d'Agnès
qu'on lui amene. Ces quatre enfans ha-
Billez en enfans trouvez , fe jettent à fes pieds
avec Agnès leur mere,& l'attendriffent ; ce qui
fait dire au Bedeau : voici la Scene des mouchoirs,
Tous les Acteurs tirent de leurs poches
des ferviettes & des napes. On peut juger facilement
que tout le monde rit à ce burlefque
fpectacle. Le Baillif ne peut tenir contre le
nouveau pathetique de cette Scene ; il pardonne
à Pierrot , qu'il envoye chercher , il
embraffe Agnès , qu'il accepte pour fa bru.
Agnès fent tout à coup des atteintes de douleur
qui furprennent le Baillif. Il croit que
c'eft un effet de la vengeance de fa femme.
Il croit que c'eft un effet de la vengeance de
La femme . Agnès lui dit avec un cri des plus
aigus . Seigneur j'ai la colique. Pierrot vient ,
& trouvant fa chrere Agnès mourante , il veut
fe tuer. On lui arrache l'épée des mains . Il fe
jette aux pieds d'Agnès , & voyant que fes
plaintes ne lui font d'aucun fecours , il la
reffufcite avec un peu d'eau de la Reine d'Hongrie
, affaifonnée de quelques , foupirs & de
quelques baifers. Voilà quelle eft cette Piece
dont ont fait tant de bruit. On ne doit pas
être furpris du fuccès , l'Auteur d'Inès fembloit
le prévoir quand il dit dans fon Ode
à l'Académie Françoife , en parlant des Panegyrites.
Art
212 M LE MERCURE
Art merveilleux , prodige étrange
Ils nous plûrent par la loüange .
Source ordinaire de l'ennuy.
>
La fatyre eut bien moins de peine .
A flatter la malice humaine ,
Avide des affronts d'autrui.
ARREST du 28. Juillet , qui ordonne que
dans le premier Novembre prochain les porteurs
de Certificats de Liquidations feront
tenus de les placer dans les débouchemens indiquez
, & que faute par lefdits porteurs de
les y placer dans ledit temps de trois mois .
lefdits Certificats de Liquidation demeureront
huls & de nulle valeur , &c.
J
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur
le Garde des
Sceaux le Mercure du mois de Juillet , & j'ay
crû qu'on pouvoit en permettre l'impreffion.
A Paris , le 3. Aouft 1723.
HARDION.
TABLE
Des Principales Matieres.
IECES Fugitives , Ode ,
PRéponse aux Critiques de la Traduction
de Denys d'Halicarnaffe . 6
Sonnet
Sonnet en Bouts- Rimez.
2F
Calcul de l'Eclipfe qui doit arriver au mois de
May 1724.
Sonnet.
Epître de S. Bernard.
Bouts-Rimez .
Réponse à l'Auteur du Roffignol.
Sonnet.
Lettre écrite de Blois.
Rondeau redoublé par M D.
26
29
30
38
39
44
45
47
Difcours Phyfique & Hiftorique fur la pefan-
Lettre en Vers , écrite à M. l'Abbé.
teur de l'Air.
Statue du Roy , érigée à Bapaume.
Vers fur la mort d'une Chienne.
Enigmes.
Chanfon.
48
62
65
68
69
72a
NOUVELLES LITTERAIRES. Difcours du
Comte de Morville , & c.
Les Oeuvres de F. Villon , & c.
La vie de l'Imperatrice Eleonor , & c.
Le Je ne fçai quoi , &c.
Les Amans Ignorans , Comedie.
ibid.
79
Nouveau Traité des Inftrumens de Chirurgie,
&c.
Memoires du Comte de Verdac , &c.
Architecture Hiftorique , &c.
84
85
99
119
124
ibid.
125
126
127
118
Chaife à Porteurs de nouvelle couftruction ,
& c.
Illumination à S. Quentin.
Académies , & c.
Mort de l'Abbé Fleury.
SPECTACLES, les Femmes Sçavantes , & c.
129
Balet des Fêtes Grecques & Romaines. 134
Theatre Italien. 147
Nouvelles Etrangeres . 149
DigniDignitez
, Charges des Pays Etrangers . 168
Morts , Baptêmes & Mariages.
Journal de Paris.
171
174
Regal donné par le Curé de S. Sulpice aux
Ŏuvriers du nouveau bâtiment.
Morts & Mariages.
Edits , Declarations , Arrefts.
178
179
186
Supplement, Faculté de Droit établie à Dijon.
200
Extrait de la Critique de la Tragedie d'Inès
de Caftro.
Feu fouterrain en Angleterre.
ibid.
203
Foire S. Laurent , extrait de la Parodie d'Agnès
de Chaillot. 205
Errata de Juin.
Page 1120. lign. 9. Sornettes , lifez Sor- nette.
Page 1162. ligne 4. refide , lifez réſiſte.
P
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 39. ligne 5. vous m'adreffée , lifez,
que vous m'avez adreffée.
Page 83. ligne . du bas , qu'ooofe , lifez
qu'Orofe..
Page 117. ligne 14. Barbadiere , lifez Barbanero
.
Page 146. ligne du bas , amant , lifez amante,
L'air noté doit regarder la page 72.
MERCURE
DE
JUILLET 1723 .
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
( GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVFLIER , fils , rue
S. Jacques , au Lys d'Or.
Chez ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT, Quay des Auguftins, à la
defcente du Pont -ncuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
L'A
A VIS .
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis -à-vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
tes perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Le prix eft de 30. fols.
LE
MERCURE
DE
JUILLET 1723 .
XXXX
PIECES
FUGITIVES
en Vers & en Profe..
ODE
܀
B.D
De M. *** fur la perte de fon épouse
morte en accouchant de fon premier
enfant.
Ieux ! quel eft ce defordrê extrême ,
D Qui tient tous mes fens agitez
Je ne me connois plus moi-même ,
J'erre incertain de tous côtez.....
Ainfi qu'Orphée , ainfi qu'Alcide ,
Courons où mon amour me guide
A ij
+
1
Def2
LE MERCURE
Defcendons fur les fombres bords ;
Mais n'y demandons pas la grace ,
Qu'obtint le Chantre de la Thrace
Par fes harmonieux accords .
Je veux que ma douleur müette
Manonce au féjour tenebreux ,
Je veux qu'elle foit l'interprete
De més tourmens les plus affreux
Que les barbares Eumenides
Sufpendent leurs traits homicides ,
En voyant mon coeur dans les fers ;
Je veux que Pluton s'attendriffe ,
Et que lui-même m'applaudiffe
D'avoir paffé juſqu'aux Enfers.
Je veux..... mais quelle nuit foudaine
M'anonce l'empire des morts ,
Caron ..... ah ? c'eſt lui qui me mene ,
Déja je touche d'autres bords ;
Déja la nuit , & l'épouvante ,
Et l'horreur que l'Enfer enfante
Viennent ſe preſenter à moi ,
Partout regne un morne ſilence ,
De Pluton je fens la prefence :
Approchons , c'eſt lui , je le voy.
Souffre
DE JUILLET 1723 .
Souffre l'audace qui m'amene
Dans l'impenetrable féjour ;
Dieu des Enfers , tu vois ma peine ,
Tu vois juſqu'où va mon amour ;
La Parque à me nuire attentive ,
àn
Vient d'enrichir ta noire Rive ,
D'une épouſe chere à mes yeux ;
Permets qu'à côté de ſon ombre ,
Je refte en ce Royaume fombre
Privé de la clarté des Cieux.
Sous de favorables aufpices ,
Quand l'Himen & l'amour d'accord ,
Nous faifoient goûner des délices ,
Que les Dieux ignorent encor ;
Ees Dieux qui nous portoient envie ,
Du parfait bonheur de fa vie ,
Jurerent d'arrêter le cours ;
Et pour déguifer leur colere ,
Lui donnant le doux nom de mere .
Fermerent fes yeux pour toûjours.
O fort cruel , fort homicide ,
Sort qui fis toûjours mon tourment ,
Sort, dans la fureur qui te guide ,
A iij Frappe4
LE MERCURE
Frappe- moi moins cruellement ;
Que fi le deſtin implacable ,
Pour me rendre plus miferable ,
Pour elle avoit fait une loi ,
Sans en changer l'ordre fuprême ,
Comme fur une autre elle- même ,
Il pouvoit l'accomplir fur moi.
Quel affreux objet ſe preſente !
Qu'entends -je ? quels gemiffements , ………..
Ah ! ce font ceux
que
Radamante
Livre chaque jour aux tourmens ;
Je vois Ixion , & Tantale ,
Avec une douleur égale
Perdre le fruit de leurs travaux ;
Mais tous ces illuftres coupables
Seroient encor plus miſerables ,
S'ils pouvoient reffentir mes maux.
Puifqu'un Arreft irrevocable
Ne me permet aucun eſpoir ;
O Divinité redoutable !
Pluton , qu'on ne peut émouvoir ,
Soulage le mal qui me preſſe ,
Permets du moins à ma tendreffe
Avant
DE JUILLET 1723 .
Avant que de quitter ces lieux ,
De voir cette épouſe fidelle ,
Et de m'acquitter envers elle
Du tribut qu'éxigent ſes yeux.
Quel est l'éclat qui m'environné ?
Le Dieu répond- t'il à mes voeux ,
Ouy cette lueur qui m'étonne
M'affure d'un fuccès heureux ,
C'en eſt fait , je ſens que je quitte
Le noir rivage du Cocitte
Pour voir celui du doux Lethé ;
Je l'apperçois déja j'y touche},
Et la compagne de ma couche
S'offre à mon oeil tout transporté.
Ombre, ornement de cette Rive ,
Objet des maux que je reffens ,
Epouſe, de ma voix plaintive ,
Ecoute les triftes accens :
Pour penetrer le fombre empire ,
De l'amour qui toûjours m'inſpire ,
J'emprunte l'aile & le flambeau ,
Pour te prouver dans ce licu même ,
A iiij
Qit'é6
LE MERCURE
Qu'époux conftant, toûjours je t'aime ,
Quoique dans l'horreur du tombeau.
Trompons le Dieu des antres fombres ,
Mourons..... mais qu'entends je ? quel bruit ,
Que vois-je !
que d'horrible's ombres .
Ah ! je retombe dans la nuit
Je fens que le deftin contraire ,
Qui fait l'excès de ma miſere
Me force de quitter ces lieux ;
Adieu , chere ombre que j'adore ,
L'eſpoir de te revoir encore ,
M'adoucit la clarté des Cieux,
,
SUITE de la Réponse aux Critiques de
la Traduction de Denys d'Halicarnaſſe
de Grec en François .
JR
nn
E vous ai promis , Monfieur ,
prompt & fidele fervice , s'il vous
plaifoit d'honorer d'une replique ma Réponfe
à vos Lettres de Janvier & de Fevrier
, fi vous ne repliquez point encore ,
au moins vous vous faites annoncer , &
vôtre foumiffion eft publiée dans les curiofitez
fçavantes du mois de May. Engagé
DE JUILLET 1723 . 7
gagé feulement à vous fuivre , je vais audevant
; & j'offre encóre pour matiere à
vôtre Replique ma réfutation de vôtre.
morceau de Critique de l'ordinaire de
Mars ; elle tournoit autour de quatre articles
, qui font 1 ° . Le Fondateur d'un
Temple de Vefta. 2 ° . Un prefent de
bled envoyé de Sicile à Rome. 3°. Le fens
du mot aváguas ou neceffitates . 4 ° . Le
Bouclier appellé Parme en Grec. Entrons
dans chacune , & par ordre.
Dans la premiere queftion où il s'agit
'd'un Fondateur du Temple de Veſta ,
Vous attaquez le P. le Jay fur le fond ,
& fur la preuve ; fur le fonds , voici vôtre
décifion : " felon le P. le Jay Ro- "
mulus eft le premier qui bâtit à Rome "
un Temple de Vefta : felon le texte "
Grec, pag. 120. lig. 26. ce fut Numa , “
& non pas Romulus . Cela eft évident "
fur la preuve voici vôtre cenfure : "
dans la derniere phrafe de la Traduc- "
tion Françoiſe tout le raiſonnement de "
l'Auteur Grec eft détruit. La premiere
difficulté regarde un fait ; & la feconde
un raifonnement , vous prétendez qu'en
l'un & en l'autre point on a erré par trop
de credulité envers le Latin , voilà toute
la matiere du premier article.
و د
Dans un endroit où le texte Grec indique
quelqu'in , ne nomme perfonne ,
A v
le
LE MERCURE
›
le P. le Jay a nommé Romulus ; vous
le lui imputez à faute , & vous nommez
Numa comme vous , Monfieur , le Traducteur
auroit évité la faute , & nommé
Numa , fi comme vous il avoit copié la
verfion Latine , le feul interprete Latin a
nommé quelqu'un ; & il ne nomme que
Numa ; avouez donc que fi le P. le Jay
a pris ici l'un pour l'autre , Romulus
pour Numa , c'eft faute d'avoir comme
vous copié le Latin de l'édition de Sylburge
, page 125. ligne 10. venons au
point ; vôtre propofition , Monfieur , que
ce fut Numa , & non pas Romulus ,
qui le premier bâtit à Rome ( vous deviez
dire aux Romains Ρωμαιοις ) un
Temple de Vefta , permettez - moi de le
dire , eft fauffe trente fois chez Denys
d'Halicarnaffe. Selon cet Hiftorien avant
le Regne de Numa , Romulus avoit bâti
pour les Romains , non pas un Temple
de Veft , mais trente de compte fait ,
c'eft-à -dire un édifice pour chacune des
trente Curies , le Latin conforme au Grec,
porte Vefta in unâ quâque triginta Curiarum
extructo Templo , pag. 121. ligne
19. & 20. C'eft donc Romulus , Monfieur
, comme le P. le Jay l'a écrit , &
non pas Numa , comme vous l'affurez
qui a bâti pour les Romains le premier
Temple de Vefta. L'origine de vôtre mé
compte ,
DE
JUILLET -1723 .
9
compte , Monfieur , c'eft que vous avez
crû qu'en cet endroit Denys d'Halicarnaffe
recherche le Fondateur du premier
Temple de Vefta , au lieu qu'il n'eft queftion
que du Fondateur d'un certain Temple
de Vefta qui fubfiftoit alors , premier
, ou non fous le titre de commun
Temple de Veſta , fpecialiter Templi hujus
quod nunc extat , pag. 12. ligne 4
Diftinguez donc , Monfieur , s'il vous
plaît , deux fortes de Temples de Veſta ,
Temples particuliers , & pour chaque
Curie idias oparpur Eslas. ibid. ligne
27. Temple commun , & pour tout Rome
κοινὴν Πάντων μίαν ibid . κοινῆς ἱερὸν
Eslas , ligne 9. & 18. Romulus bâtit ces
Temples particuliers , & le P. le Jay a
pû dire que " ce fut Romulus qui le "
premier bâtit pour les Romains un Temple
de Vefta ; Numa fans les démolir
bânt le Temple commun , c'eft lè fentiment
que Denys d'Halicarnaffe établit
dans fa Differtation , page 121. ligne 26.
Il ne dit donc point , Monfieur , ce que
vous lui faites dire , que ce fut Numa, "
& non Romulus qui bâtit le premier à "
Rome un Temple de Vefta ,,, il dit que
Romulus ayant déja bâti pour les Ro
mains trente Temples de Vefta , Numa
bâtit à l'ufage de tout Rome , non le premier
Temple de Vefta , il y en avoit déja
A vi trente ,
10 LE MERCURE
4 trente,, mais ce Temple de Vefta , qui au
temps que Denys écrivoit , fubfiftoit encore.
On y eft ailément trompé , Monfieur
, ( c'eft vôtre phraſe ) comme vous
venez de l'être , lorfqu'on ne confulte
que le Latin , & il échape facilement ,
comme il vient de vous échaper de confondre
le Temple particulier avec le Temple
commun , à moins qu'on ne s'attaché
avec affez de religion au texte Grec pour
obferver par quels noms differens , les
differens Temples y font diftinguez , &
que l'Auteur Grec affecte de ne marquer
les Temples particuliers , que par le nom
general de Temples de Vefta , ou d'édifices
deftinez au culte de Vefta Eslar ,
Ta's E'sias , & qu'il réferve pour le Tem
ple commun les noms qui expriment une
confecration , póy : ou à moins , Mon- iepóv
fieur , qu'on ne remarque dans le Tra
ducteur Latin , auquel on s'en raporte ,
( & il paroît que vous vous en raportez
à celui de Sylburge , ) une pareille atten
tion à n'appeller qu'e Edes les Temples
particuliers , & à réſerver Templum pour
le Temple commun & confacré zrn
Vous pourrez dire , Monfieur . qué
quoiqu'il foit évident que par un mécompte
plein d'autres mécomptes , vous avez
appliqué au premier Temple de Vefta cé
que Denys d'Halicarnaffe n'a dit que du
comDE
JUILLET 1723 . If
,
commum Temple de Vefta , qui fubfiftoit
alors , & qui étoit bien éloigné d'être le
premier ; il refte toûjours que le P. le
Jay , contraire au Latin , a traduit par
Romulus , le mot avròs qui ſe rapporte
રે
Numa , pag. 120. ligne 25. & 26. &
que par conféquent il contredit fon Auteur.
Oüy , Monfieur , l'interprete a
contredit fon Auteur ; le P. le Jay a contredit
Denys d'Halicarnaffe , & il le fal
loit bien , puifque Denys d'Halicarnaffe
fe contredit lui - même , je vous mets au
fait de vôtre affaire.
Au fujet de la conftruction , & de la
confecration du Temple de Vefta , je dis
du Temple commun , & qui étoit à l'ufage
de toutes les Curies Romaines , les
Historiens étoient partagez du temps de
Denys d'Halicarnaffe , & il n'étoit point
auffi évident que vous le dites " que Numa
, & non pas Romulus en fut le Fondateur.
Profperce dans toute fon élegie
edu 4 livre , attribuë manifeftement
toute cette inftitution à Romulus : Ciceron
donne à la fondation Royale du
Temple , du tit , & des Veftales , la même
antiquité dans Rome qu'à Rome mêmei,
qu'à la Royauté , qu'au Regne de
Romulus , quod facrificium tam vetuftum
eft quam hoc veftalius quod à Regibus
aquale buic urbi accepimus , livre de
Haruf
4€
12 LE MERCURE
Harufpicum refponfis . On peut dire que
dans la Differtation même de Denys
d'Halicarnaffe , ou la caufe de Romulus
nuëment expofée , combat feule contre
l'Avocat de Numa , Romulus y paroîtl'emporter
en effet long- temps après
Denys & Tite-Live , Plutarque écrivoit
dans la vie de Romulus que ce Prince
paffoit pour l'inftituteur des Prêtreffes
& de tout le culte de Vefta , quoique
quelqu'uns en fiffent , dit- il , l'honneur à
Numa. Vous voyez , Monfieur , que felon
de très bons Auteurs , Romulus étoit
ce fondateur , & ce confecrateur que nous
cherchons ; fuivant d'autres Auteurs c'étoit
Numa , livre 2. § . LXV . Denys
d'Halicarnaffe a été de l'un & de l'autre
fentiment. Il fait Numa Fondateur pour
conclufion de fa Differtation , pag. 121.
c'eft fur quoi vous dites que
" cela eft
évident ,, mais il en avoit donné à Romulus
au 13. du même livre 2. & le texte
y eft formel ; là parmi les inftitutions
de Romulus , on lit qu'outre les Tem
, ples particuliers de chaque Curie , un
,, Temple de Vefta commun à toutes les
Curies avoit été confacré fur le moL
, dele des Prytanées ,, pag. 9o. ligne
30. c'eft dire , Monfieur , que le P. le
Jay a repeté que Romulus avoit bâti ce
Temple & cette contradiction que vous
trou
DE JUILLET 1723. IS
*
trouviez entre le P. le Jay & Denys d'Halicarnaffe
; la voilà bien marquée dans le
texte Grec entre Denys d'Halicarnaffe
& Denys d'Halicarnaffe lui-même. L'adoucir
cette contradiction palpable , &
dans la neceffité où l'on fe trouve en traduifant
de la faire dévorer au lecteur , ne
la lui prefenter qu'amenée & préparée ,
c'eft tout le fervice que l'interprete peut
rendre au lecteur , àl'Auteur , & à luimême.
Le Pere le Jay s'acquitte de ce
devoir , & vous le lui reprochez , c'eſt
tout l'état de nôtre difficulté. Le P. le
Jay fent qu'une contradiction fubite
choque neceffairement le lecteur , offenſe
la raiſon , & tout à coup l'indifpofe , ou
envers le Traducteur , s'il croit que l'Auteur
ne peut être faux , ou envers l'Auteur
s'il croit que le Traducteur n'a pû
falfifier. Il a vû ce que le goût fait voir,
qu'il pouvoit par un menagement fans infidelité
parer à ces inconveniens fi effentiels
, en ne montrant aux lecteurs le
changement de Denys d'Halicarnaffe
qu'après que Denys d'Halicarnaffe les y
aura préparez par une Differtation étu
diée , & exprès inferée en cet endroit :
il a faifi cet expedient , & il ne nous
laiffe appercevoir que Denys a paffé
d'un fentiment à un autre fentiment
de Romulus à Numa , qu'après qu'il
3
nous
$4 LE MERCURE
nous a conduits fur les pasde Denys
d'Halicarnaffe dans tout le chemin
qui le mene d'une opinion à la pensée
contraire , il faut avouer qu'un Traducteur
qui fe livre, ainfi aux bienféances les
plus exquifes de l'art , ayant contre lui le
premier coup d'oeil qui dirige le jugement
du Novice , ne doit s'attendre à
être applaudi que des fins connoiffeurs
celui ci peut déformais , Monfieur , l'ef
perer de vous.
Examinons prefentement , fi comme
vous le dites , Monfieur , tout le raifonnement
de l'Auteur Grec eft détruit dans
la derniere phraſe de la Traduction Fran .
çoife du P. le Jay.
و د
و ر
و د
Denys d'Halicarnaffe qui contre fon
ancienne opinion foutient déformais que
Romulus n'a jamais dédié à Veſta le
Temple , où l'on conferve le feu facré ,
en apporte la preuve en ces termes : " ce
lieu eft hors de l'ancienne Rome qu'on
appelle quarrée , qui a été bâtie par
Romulus ; ,, or , ajoûte- t'il , & c'eft
fur cette propofition que vous nous arrêtez
. " Tous placent le Temple commun
de Vefta dans le plus bel endroit de la
Ville , & perfonne ne le met hors des
murs : veut il dire , tous les Hiftoriens
placent le commun Temple de
Vefta dans le plus bel endroit de la Ville
Co
ر و
de
*
DE JUILLET 1723. 15
de Rome , où tous les Fondateurs de Villes
placent le Temple commun de Vefta
dans le plus endroit de leur Ville ? Le
texte foit dans le Grec , foit dans les
verfions de Portus , & de Gelanius ne
rejette ni l'un ni l'autre fens ; vous attribuez
l'un à Denys d'Halicarnaffe ; le P.
le Jay lui avoit attribué l'autre dans fa
Traduction ; lequel de vous deux doit
être cenfé avoir attrapé l'original , &
rencontré la veritable penfée de l'Auteur
? Celui , dites- vous , & j'en conviens,
qui aura fait le mieux raiſonner Denys
d'Halicarnaffe ; or , reprenez - vous ,
tout le raifonnement de l'Auteur Grec "
eft détruit dans la derniere phrafe de la "
Traduction Françoife . ,, Mon fentiment
eft , Monfieur , le raifonnement de Denys
d'Halicarnaffe eft chez le P. le Jay une
démonftration , chez vous une conjecture :
voilà felon le Pere le Jay le raifonnement
de Denys d'Halicarnaffe. Suivant les Hif
torieus ce Temple n'eft bâti que depuis
que fon emplacement eft le plus beau
quartier de Rome ; or fous Romulus cet
emplacement loin d'être dans le plus beau
quartier de Rome , n'étoit pas dans Rome
, mais hors des murs , puifqu'il eft
hors de Rome la quarrée , ou de l'en
ceinte lui donna Romulus : donc ce que
Temple n'a point été bâti du temps
de
Romu$
16 LE MERCURE
:
Romulus. Je dis que ce difcours quoiqu'il
nene foit pas dans la forme menaçante
d'un Squelette Logicien entre les entraves
de l'Atqui , & de l'Ergo , eſt une
démonſtration achevée en matiere d'Hif
toire pour le vôtre , vous le produisez
bien pofé fur fon affuft : " Rendons ,
dites -vous , à Denys d'Halicarnaffe fon
,, raifonnement en mettant l'argument
», en forme ; mais vous le chargez
trop , & tout Logicien s'écriera , il y a
quatre termes , vous faites raiſonner ainfi
Denys d'Halicarnaffe : " le Temple de
در
"
"
و د
"S
Vefta eft hors de l'enceinte de Rome
», quarrée , que bâtit Romulus ; or les
Fondateurs placent ordinairement le
,, Temple de Veſta dans le plus bel en-
5, droit de la Ville qu'ils bâtiffent : ce ne
,, fut donc point Romulus qui bâtit le
, Temple de Veſta . Vous aviez dans
l'efprit un Temple de Vefta , fitué hors
des murs de Rome la quarrée , qui eft
celle que Romulus a bâtie , n'a point été
bâti par Romulus ; or eft-il que ce Temple
commun de Veſta que nous voyons ,
eft fitué hors des murs de Rome quarrée,
qui eft Rome bâtie par Romulus : donc
ce Temple commun n'a point été bâti par
Romulus : & comme l'adverfaire ne manqueroit
pas de rejetter vôtre premiere
propofition , vous la prouviez ainfi .
Tous
DE JUILLET 1723 .
17
Tous les Fondateurs des Villes placent "
le Temple de Vefta dans le plus bel “
endroit de la Ville qu'ils bâtiffent . ,, Donc
Romulus n'aura point placé hors la Ville
qu'il bâtiffoit le Temple commun de Vefta
. Mais mettre ces propofitions en forme
n'eft point les mettre en force ; on a beau
en faire un argument , on ne parvient
point à en faire un raifonnement , tout
l'édifice porte fur un fondement ruineux,
& même ruiné qui eft ce principe reprouvé
par vous- même. Romulus a fait
certainement ce que font ordinairement
. les Fondateurs des Villes : felon vous tous
les Fondateurs de Villes bâtiffent un Temple
commun à Veſta , & le bâtiffent dans
le plus bel endroit de leur Ville , ſelon
vous Romulus n'a bâti nul Temple de
Vefta , & ce qui s'en enfuit , il n'a point
bâti un Temple de Veſta au plus bel endroit
de fa Ville , puifque felon vous , c'eſt
Numa qui a bâti le premier Temple de
Vefta à Rome , donc felon vous , ce qui
eft pourtant contradictoire à vôtre principe
, Romulus n'a point fait même à
l'égard du Temple de Vefta , ce que pratiquent
ordinairement les Fondateurs des
Villes , donc tout le raifonnement que
vous prêtez à Denis d'Halicarnaffe porte
à faux ; & pour avoir bien raifonné il faut
qu'il s'en tienne au raifonnement du P.
le
18 LE MERCURE
le Jay. Quand on vous pafferoit ce prin
cipe dont vous prouvez vous même la
fauffeté , vous ne pourriez en conclure que
Romulus n'a point bâti ce Temple de
Vefta , qui eft hors des murs de l'ancienne
Ville , ou de la Ville quarrée . Car on
aura toûjours droit de vous dire qu'il eſt
vrai-femblable que Romulus prévoyant ,
fans doute , que cette Ville nailfante
s'aggrandiroit , & voulant mettre le Temple
de V efta à perpetuité dans le plus bel
endroit de la Ville de Rome , felon la
coutume de tous les Fondateurs de Villes ,
il avoit bâti ce Temple en un lieu hors
des murs de Rome quarrée , qu'il jugeoit
devoir être le plus bel endroit de la Ville
future , dont il formoit le plan en fon
idée , vôtre principe fe tourne donc contre
vous , & afin que le Temple de Veſtà
occupât le plus bel endroit de Rome ,
( c'eft vôtre principe ) Romulus l'aura
bâti hors des murs de Rome quarrée ,
qui eft ce que vous niez ? " Le raifonne-
,, ment de l'Auteur Grec n'eft donc point
>> détruit , mmaaiiss ééttaabbllii ,, dans la derniere
phrafe du P. le Jay. Il s'éclipfe , & le
perd dans vôtre inrerpretation.
I I.
"""
Le mot Grec avdynai , fignifie , dit le
P. le Jay, ne fignifie point , dites vous
la
DE
JUILLET 1723 . 19
›
сс
la liaifon du fang. Elle vient ( cette liai-.
fon du fang ) c'est vous qui parlez , elle
vient immediatement du Latin de Portus ,
où l'on voit neceffitates , qui quelquefois
fignifie liaison du fang. Je renonce , Monfieur
, à faire ici le dénombrement de toutes
les contradictions de vôtre Critique :
tous les mots qui la compofent s'entrechoquent
vous ne faites que dire , & vous
dédire ; felon vôtre cenlure " la penſée
de la Traduction eſt toute du P. le Jay : ,,
non " elle lui eft venue immediatement
du Latin de Portus , où l'on voit "
neceffitates , non , & le P. le Jay
ayant changé le fens de neceffitates , s'eft "
vû contraint par une fuite neceffaire de "
changer auffi celui des mots qui y ont "
rapport ,,,
& de traduire au rebours du
Latin , c'eft à- dire , Monfieur , que fe-
Jon vous , la penfée eft toute du P. le
Jay , & nullement du P. le Jay , toute
prife du Latin , toute contraire au Latin.
J'excufe , Monfieur , un homme fenfé ;
comment pourriez- vous , fans vous contredire
, contredlre & critiquer le bon
fens ? Mais je prétens contre vôtre Critique
, que le mot Latin neceffitates , & le
terme Grec drága , qui lui répond , fignifient
ici également , ou également ne
fignifient point les liaifons du fang , &
,
ce
1
20 LE MERCURE
;
ce que nous appellons parenté , & affi¬
nité. Neceffitates , & même neceffitas ſe
trouve rarement dans les monumens de
la bonne Latinité pour liaison du fang
quoiqu'en dife Aulugelle qui voudroit
que neceffitas & neceffitudo euffent précifement
même force , & même valeur
au contraire avanain , qui eft le même
qu'ávágun & ávágnes , fignifie ces liaifons
de parenté , d'affinité chez Herodote
, & cet Hiftorien parlant d'un mariage
conclu pour cimenter un traité , a
dit que fans une auffi forte liaison avev
avanáns igupñs , & une auffi étroite allian
ce , les conventions ne font point affez
affermies. Les Auteurs qui font d'un
même pays , font cenfez parler un même
langage : Herodote & Denys font tous
deux d'Halicarnaffe , le P. le Jay en bòn
Critique a donc pû juger , que puifqu'Herodote
d'Halicarnaffe exprimoit
par váyan les liaiſons du fang , Denys
d'Halicarnaffe avoit bien pû employer
dans le même fens le même mot , c'eſt-àdire
avanas pour liaifon du fang , de
maniere que les liaifons du fang de la
Traduction Françoiſe peuvent venir directement
du Grec de Denys d'Halicar--
malle ἀνάγκαι , fans qu'il foit beloin de
les faire venir du mot Latin de Portus
neceffiDE
JUILLET 1723 . 21
neceffitates , & c'eft fur le Grec , non
d'après le Latin que le P. le Jay a traduit
cet endroit de Denys d'Halicarnaffe
comme tout le refte. J'ajoûte à l'ordi-
Daire que c'est vous qui en ce même e--
droit avez abandonné le Grec , & fuivi
le Latin. Rappellons le trait d'Hiftoire
une populace mutinée avoit pris les armes
; le Senat déliberoit fur les moyens ,
de les réduire Appius Claudius propoſe
de les menacer d'égorger à leurs yeux
leurs meres , leurs femmes , leurs enfans,
il conclut par dire " de telles extrêmitez
ébranlent , font mourir les projets les "
plus audacieux ,, ce que vous . lui faites.
dire de ce tour particulier : " une ne- "
ceffité auffi dure eft extrême , & capa- " ;
ble , non- feulement d'abattre les coeurs
les plus fiers , mais encore de les aneantir
,, en verité , Monfur , nôtre Appius
Claudius , s'il avoit parlé de la forte
feroit bien un fecond Appius Claudius
Caudex , non au fens qu'un autre Appius
Claudius porta depuis ce furnom ; mais au
fens que vous pouvez lire dans Terence . <<
beaut , 5. 1. 4. une neceffité auffi dure c
eft extrême : c'eft-à-dire une neceffité
auffi dure eft très -dure ; l'Epiphoneme
eft énergique ; tout le Senat fut fans
doute émû quand il comprit qu'une ne-
""
ceffité
4
22 LE MERCURE
1
ceffité auffi dure eft très - dure : uné nea
ceffité , pourquoi une : le Grec pour renforcer
l'Epiphoneme accumule pluriels
fur pluriels δείναὶ γὰρ αἱ τοιαι δὲ ἀνάγ-
xa :pour glacer l'energie , vous réduitez
tout prefqu'à riens une : une quoy ? une
neceffité , quelle neceffité donc vous
vous attendiez à la queſtion : " la neceffité
, dites-vous de voir égorger à
, les yeux ce qu'on a de plus cher ; ,,
mais , Monfieur , faites- y réflexion ces
mutins n'étoient point dans une neceffué
de voir égorger , & qui plus eft , de voir
égorger à leurs yeux ce qu'ils avoient de
plus cher : il ne tenoit qu'à eux de s'en
préferver ; ils n'avoient pour cela qu'à
faire leur devoir , & à reconnoître l'autorité
legitime ; Appius qui ne propoſoit
de les menacer de voir égorger même ( à
leurs yeux ) ce qu'ils avoient de plus
cher qu'afin qu'ils fe foumiffent pour éviter
ce defaftre , comptoit bien qu'ils l'éviteroient
, loin de l'envifager comme un
mal inévitable , & comme une neceffité
c'étoit un mal dont on menaçoit , mais ce
n'étoit point une neceffité , vous auroit
dit Seneque le Philofophe plus fenfément
qu'il ne le dit dans fon Epitre 12. " malum
eft in neceffitate vivere , fed in neceffitate
vivere neceffitas nulla eft. ,, La
و د
necefDE
JUILLET 1723.
23
neceffité où Appius Claudius les vouloit
amener , ce n'étoit point , Monfieur
celle de voir égorger à leurs yeux ce
qu'ils avoient de plus cher
دو
c'étoit au
contraire la neceffité de fe foûmettre , de
peur de voir égorger à leurs yeux ce qu'ils
avoient de plus cher or la neceffité de
le foûmettre à l'autorité fouveraine n'eft
point une neceffité fi dure qu'elle foit extrême
, & dont Appius Claudius eut pû
dire. " Une neceflité auffi dure eft ""
extrême , & capable , non- feulement <<
d'abattre les coeurs les plus fiers , mais “
encore de les aneantir. ,, Ces deux mots
de vôtre Traduction que vous donnez
pour modele comprennent donc deux infidelitez
, dont l'une eft un contre- fens :
& la phraſe " une neceflité auffi dure eft
extrême ,,, eft un Epiphoneme froid , une
fentence platte , une expreffion fans penfée
vous pourfuivez , " & capable
39
non-feulement d'abattre les coeurs les "
plus fiers , mais encore de les aneantir ; ,,
entendez-vous , Monfieur , une noble
fierté & parlez-vous de coeurs qui foient
fiers par grandeur d'ame ? en ce cas vous
ne prenez point la penfée d'Appius : il
n'avoit garde d'honorer d'une fi belle épitete
un vil peuple revolté contre fa patrie
, ni de chercher à abatt e
beaucoup
B moins
1
24
LE MERCURE
moins à anéantir par une neceffité auffi
dure & extrême des cours noblement fiers;
vos coeurs fiers le font- ils par ferocité ?
que ne leviez - vous l'équivoque ? & dans
cette fuppofition ne vous fuffit il pas &
à Appius , qu'abattus ils ne foient plus
fiers ni feroces , pourquoi voulez - vous
de plus , qu'anéantis ils ne foient plus
cours ? Vous me direz que je dois adreffer
ma remontrance à Appius qui parle ,
ou à Denys d'Halicarnaffe qui raconte ;
non à vous , Monfieur , qui êtes leur interprete
je continuë de vous l'adreffer
Monfieur , parce que ce n'eft ni Appius ,
ni Denys d'Halicarnaffe qui a dit , " une
neceffité auffi dure eft extrême , & capable
, non- feulement d'abattre les
,, coeurs les plus fiers ; mais encore de
les anéantir ,,, ce n'eft point -là une
Traduction du Grec. " On y eft aisément
trompé,,, Monfieur , ( c'eft vôtre diction)
lorfqu'on ne confulte que le Latin de
Portus , & ces termes Latins fi énergiques
, quos vis arrogantes animos frangere
penitùs dejicere poffunt , vous
ont donné l'idée de cours abattus que
vous pouviez anéantir. Mais au lieu de
ces coeurs ( animos ) le texte Grec ne
vous abandonne que des λογισμοὺς qui
font quelquefois des raifonnemens , quelquefois
des fupputations , quelquefois ,
و ر
و ر
و ر
"
comme
DE JUILLET 1923 . 25
comme ici des projets , des deffeins , des
entrepriſes , mais nulle part , ni jamais
des cours. Anéantiffez , Monfieur , dans
vôtre Traduction ces coeurs qui ont
anéanti dans la Traduction le λογισμόν ,
appellé en François le raifonnement , &
le bon fens. Je fuis , & c..
Nous donnerons la fuite de cette Réponse
dans le Mercure du mois prochain.
SONNET EN BOUTS RIMEZ
Par M. M..... de Blois .
L
Oin de nous Apollon & fa docte Cabale ,
Que n'en coute -til pas pour lui payer Tribut ?
L'un dont la bile noire en fatyres s'
Profcrit , delà les Mers va chercher fon
Exhale
>
Salut.
L'autre avec fon Heros * dans un obfcur Dedale ,
Egare fa raiſon , & ne voit plus fon
Celui- ci du Theatre entend par
Envoyer de fes vers l'Auteur à
But.
Int ervale
Belzebut.
Ma foi ! qui rime eft fou , ce n'eft point Paradoxes
Le Poëme Epique.
Bij
Dans
25 · LE MERCURE
Dans la lifte d'Erafme un chercheur d'Equinoxe,
Près de lui n'eft cotté qu'au fecond
Numero.
Quand il feroit merveille un chicaneur le Sape ,
Il altere les droits ou du Prince , on du
Enfin pour les travaux qu'attrape-t'il ?
Pape ;
Zero
CALCUL de l'Eclipfe du 22. May 1724.
par M. Pitot.
Lufieurs Aftronomes ont déja donné
Pleurs Calculs de cette Eclipfe ; mais
comme il eft important qu'une même
Eclipfe foit calculée par differens Aftronomes
, differentes methodes , & differentes
tables , pour voir dans le temps de
l'obfervation celui qui a le mieux rencontré
, & juger par là fi fa methode &
fes tables meritent la préference. C'eſt
ce qui m'a porté à donner ici mon Calcul
de la grande Eclipfe du 22. May
1724. pour l'Obfervatoire Royal , à Paris
, comme l'endroit où les obfervations
pourront être les plus exactes.
Le commencement fera à
Le milieu à
La fin à
du foir.
b.
5 59 m.
6 h . 55 m . 31 fec.
7 h. 48 m. 40, fec.
La
DE JUILLET 1723 27
La durée de
I h. 49 m. 40 fec.
La grandeur de l'Eclipfe fera de 11
doigts 57 m.
La partie du difque ou du bord du So
leil qui fera vûë aura 65. degrez 58. minutes
.
Cependant l'on ne recevra que la mille
trois cens cinquante- fixiéme partie des
rayons du Soleil.
Il y a long-temps que l'on n'a vû à
Paris une Eclipfe de cette grandeur , il
fe peut même paffer plufieurs ficcles fans
qu'il en arrive de femblable.
L'ombre de la Lune traverfera la France
, & aura de largeur 27. lieuës communes
, ou de 25. au degré ; elle formera
une Ellipfe un peu irreguliere , à caufe
de la convexité du Globe de la Terre ,
qui coupera le Cône de l'ombre plus ou
moins obliquement.
Comme dans le temps de cette Eclipfe
le demi- diamêtre apparent de la Lune ,
fera plus grand que celui du Soleil d'une
minutte 16. fecondes , les endroits de la
Terre , où le centre de l'ombre paſſera
auront l'Eclipfe centrale avec demeure
dans l'ombre.
›
Le chemin que fera le centre de l'ombre
avec une grande rapidité , depuis le
moment qu'il touchera le Globe Terreftre
, juſqu'au moment qu'il le quittera
B iij fera
28 LE MERCURE
fera de 3416. lieuës , paffant par l'Amerique
Septentrionale , la Mer du Nord ,
les parties Meridionales de l'Irlande &
de l'Angleterre , au milieu de la France ,
& en Savoye. Cela en 2. heures 54. minutes
.
Voici les Villes de la France où l'Eclipfe
fera totale , avec le temps du milieu
de l'Eclipfe à chacunes des Villes.
Bayeux à
Avranche à
Caën à
Lifieux à
Séez Centrale à
Alençon à
Evreux à
Chartres à
Vendôme à
Orleans à
Fontainebleau à
Cône à
Montargis à
Sens à
La Charité à
du foir.
6 h. 41 m. 20 fec.
6 h . m . 39 SI fec,
6 h . 44 m.
6 h. 48 m.
6 h . 49 m .
6 h. 48 m. so fec.
6 h . jo m.
6 h . 51 m.
6 h . 40 m.
6 h . 52 m .
6 h. 54 m. 45 fec.
6 h .
56 m.
6 h. 55 m . 30 fec.
6 h. 59 m .
6 h. 58 m.
Auxerre à 6 h.
59 m . 50 fec .
Autun à
7
h. 2 m.
Châlon à
7
h .
5 m.
Ma con à
7h.
5 m. 30
fec.
4
Dijon à
Dole à
7h . 7 m.
7 h. 12 m .
Salins
DE JUILLET 1723 . 29
(
Salins à
Genève à
"
Laufane à
7 h . 13 m.
7 h. 14 m.
7 h. 14 m. 30 fec.
Le Sonnet qui fuit nous a été envoyé
de Hollande ; il eft de M. Potin qui l'a
fait à l'occafion de celui de M. de la
Mothe , inferé dans le Mercure du mois
d'Avril , au fujet de fa Tragedie d'Inès
de Caftro.
SONNET EN BOUTS RIMEZ .
CHer la Motte , il eſt vrai qu'à l'aveugle Ca-
Il eft dur de payerun injufte
Mais fouffre contre toi que fa bile s'
bale ,
Tribut
Exhale ,
Pour les vers fans critique , il n'eſt point de Salut.
Tes fuccès redoublez font pour elle un Dedale ;
Qui la fait chaque jour éloigner de fon
" But
S'il n'eſt à fon dépit au moins quelqu'Intervale ,
Elle fe donnera bien-tôt à
Réüffir en tout genre ,
Belzebut.
étonnant Paradoxe ,
Cependant plus égal que ne l'eſt l' Equinoxe ,
Numero.
Toûjours le meilleur lot tombe à ton
Ne craint point les Rivaux , ni le temps
Biiij
qui tout
Sape ,
Au
30 LE MERCURE
Au Parnaffe on te voit ce qu'à Rome elt le Pape,
Et tes cenfeurs fifflez , ni font que des Zero.
La piece qu'on va lire eft d'autant plus
curieufe , & digne d'être rendue publique,
qu'elle a échapé aux recherches du Pere
Mabillon , & des autres Editeurs des Oeuvres
de S. Bernard. Nous en gardons avec
foin l'original écrit en vieux caracteres
fur du velin , qui nous est tombé entre les
mains , pour le communiquer aux Sçavans
, &c .
L'EPISTRE contenant l'enfaignement
d'un Pere de famile, envoyée de Monſeigneur
Saint Bernard à ung noble Che
valier , dit Remond du Chateau- Ambroife.
IRE , vous me demandés doctrine
Sale
de la maniere comme plus utilement
doit la chofe domefticque & familliaire
eftre gouvernée , & comme les Peres de
famile doivent fe gouverner , à laquelle
demande tellement vous donne reſponſe .
Que combien que les étas de toutes chofes
mondaines , & auffi iffues de toutes
negoces foient fubjectes à fortunes , ce
nonobftant la reigle de vivre ne doit pas
Far crainte de telle fortune eftre obmife
ne délaiffée. Eſcoutez
"
DE JUILLET 1723 31
. Efcoutez donc , & entendez que fi en
voftre maifon les defpens & revenues font
égaulx , la fortune non premeditée pourra
l'eftat de voftre dicte maifon deftruire ;
l'eftat du negligent fait la maifon eftre
ruyneufe . Que effe de la negligence dû
Gouverneur de maifon fors ung grand feu
en icelle enlume & enflamme .
Enquerez donc diligemment la dili
gence & le
propos de ceulx qui ont l'adminiftration
de vos biens . Car c'eſt moinsde
honte à cellui qui fe apourit , & n'eft
pas encor poure , fe abftenir que de fe
laiffer & permettre choir & trebucher
en poureté , c'eft grande providence fouvent
revoir vos chofes , & comme elles
font.
Penfez du menger , & auffi du boire
de vos beftes parce qu'elles peuvent avoir
fain , & rien ne demandent , nâces fumptueufes
apportent dommage fans honneur.
La defpenfe faicte pour chevalerie eft
honorable, la defpenfe faicte pour fes
amys eft bien raifonnable , la defpenfe
faite pour les prodigues eft perdue.
Nourriffés de groffe viande vôtre famile
, & non pas de délicate ; cellui qui
c'eft une fois aggourmandé , bien à pene
fe changera julques à la mort. Gourmandie
eft vile & orde pourriture de la per-
B v
fone
32 LE MERCURE
"
fone negligentement & pareffeufement
vivant ; mais temperance fait la perfone
joyeuſe prudentement folicit....... & en
tous fes affaires bien dilligente.
Faictes que gourmandife ait procès &
queftion contre la bourfe , & vous donnez
bien en garde duquel ferez l'Advocat
, & fi vous eftes conftitué le juge
entre eulx deux le plus fouvent , non
pas tousjours donnez pour la bourfe Sentence
, car gourmandie ne prenne en fa
caufe que par defirs & affections qui font
tefinoins non jurez , mais la bourfe a probations
évidentes , quand le coffre eft vuyde
, an cellier on ny voit goutte , au
garnier on ny voit grain. A donc vous
jugez mal contre gourmandie quand la
bourfe eft liée par avarice , car jamais
avarice bien ne jugera entre la bourſe &
gourmandie. Que effe que l'avaricieux
finon une perfone qui eft de foy - mefmes
homicide ? Que effe que avarice ? c'eſt
crainte de poureté , c'eft une mifere qui
fait la perfone tousjours vivre pourement.
Si vous avez habondance de blez pourtant
ne defirez la charté , car celui qui
ayme charté appete eftre homicide des
poures , vendés voftre blé quand il eft à
uffifant prix fans attendre que les poures
* Façon de parler en nôtre langue qui paroiffoit
n'avoir aucun fens , & qui eft éclaircie ici.
ne
DE JUILLET 1723. -33
fins
ne puiffent l'achater , vendez à vos voipour
moindre prix combien que au
cuns d'iceulx foient vos ennemis : cellui qui
eft ennemi n'eft pas tousjours vaincu ou
furmonté par glaive.... Mais le plus fouvent
par fervice ou benefice , fi vous avez
ung ennemy foyez foigneux en vous gardant
de luy & vous gardez bien de con
verfer avec gens eftrangiers. Penfez tousjours
que l'ennemy fubtil confidere foigneufement
toutes les voies de fon enneiny
la fiebleffe ou debilité de voſtre ennemy
ne le rend pas avec vous paifible ains
feulement fait treuves avec vous pour aucuns
temps. Si vous étes affeuré que voftre
ennemy ne penfe pas ce que penfez ,
vous vous expofez à danger & bien grand
peril .
Quand de la chafteté de vos femmes
fi elles font aucunement fufpectes mieux
vault que de ce vous foyez ignorant , car
s'il advient que congnoiffez le peché de
voftre femme, il ne fera Medecin qui de ce
vous puiffe jamais garir . Ouyr parler des
autres mauvaiſes femmes pourra en vous
mitiger la douleur que aurez de la voftre.
Le noble coeur & hault ne fe enquiert pas
des chofes que les femmes fonts plus facilement
chaftirés voftre femme de parole
que de bafton , femme ancienne qui eft
Jubrique Anihilera grandes richeffes , &
B
vj
fi
34 LE MERCURE
哈
fi la loy le permettoit on la devroit vive
enterrer.
Quant aux veftemens vous devez no
ter que robes fumptueufes font probations
de petit fens , veftemens exceffivement
prétieux font toft aux voifins te
dieux. Mettez pene de êttre plaifant à
tout le monde par voftre bonté non pas
par habits ou veftemens exteriores. Femme
qui eft bien veftuë , & ce nonobftant
veult & demande nouveaux veftemens
n'eft pas en chafteté conftante. De vos
amys tenez que celluy qui donne fes biens
eft plus grand amy que celluy qui fe
offre , d'amys en parolle eft bien grande
multitude ; ne reputez pas ceulx être vos
amis , qui en prefence vous donnent
loüange ; fi vous donnés confeil à voſtre
amy ne querez pas lui complaire , mais
à raifon , & dictes en confeillant il m'eft
ainfi advis , & non pas préciſement il
faut ainfi ou ainfi faire , car il advient
qu'on eft plus fouvent reprins s'il vient
mal du confeil qu'on aura donné que
qu'on foit loué quand bien en advient.
J'ai entendu que plaifans mondains &
flatteurs aucunes foys vous vifitent , par ce
notez ce qui enfuit , celuy qui fes biens
defpenfe à telles gens , de brief efpoufera
poureté , dont le fils fera nommé dériſion .
Si les dicts joyeux des plaiſans mondains
Vous
DE JUILLET 1723. 37
vous plaifent , faingnés ny entendre , mais
à autre choſe penfer , car le ris & esjouiffement
en telles parolles eft pour eulx
aucun ....... Les inftrumens des plaifans
mondains defplaitent à Dieu . Que
effe que ung plaifant mondain , autre
chofe que une perfone qui avec foy porte
homicide. Entendez des ferviteurs & notez
bien que les ferviteurs qui font de cueur
hault , fier & eflevé, doivent eftre chaffez
& mis hors de voftre maifon , ainsi que
ennemys futurs & à advenir. Chafez
hors de voſtre mailon le ferviteur qui
vous complaift en mauvaiſes operations
fi voftre ferviteur ou voyfin vous louient
en prefence refiftez leur prefentement ,
car fi vous diffimulez.ad ce faire , ils penfent
bien vous avoir deceu. Aymez le ferviteur
qui a crainte & paour de faillir
tout & autant que s'il étoit vôtre fils .
Si vous propofés édifier maifon ad ce
foiés incliné par neceffité , & non par
envieufe volunté , car l'appetit de édifier
ne ceffe point en édifiant , grande &
defordonnée convoytife de édifier fou
vent fait vendre après les édifices tous.
parfaicts & boutſe vuide font la perfone
très- prudente , mais c'eft trop tard . Si
vous voulez aucune chole vendre gardezvous
de vendre partie de voftre heritaige
, mieulx vault fouffrir griefve pene
que
36 LE MERCURE
que vendre fon patrimoine , mieulx eft
vendre une partie de fa terre que a rentes
Le obliger.
Vous n'avez demandé la maniere comme
l'on doit ufer de vin , fçachez que
celluy qui en diverfité & habondance de
vin garde fobrieté eft ung Dieu en terre.
La perfone yvre ne fait rien droictement
fors quand il trebuche en la fange . Si
vous avez trop beu fuyez compaignie ,
querez le dormir pluftoft que le parler ;
l'yvrongne qui en parlant fe excufe appertement
fon yvrongnye accufe , jeures
gens doivent ignorer le vin .
Des Medecins fuyez le Medecin
plain de ſcience non experimenté , fuyez
le Medecin qui eft yvrongne , gardezvous
du Medecin qni veult en vous experimenter
, comme il pourra de femblable
maladie les autres garir.
Laiffez aux Clercs & Roynes les petits
chiens , les chiens qui font bonnes gardes
doftel vous font bien utiles .
Levryers & autres chiens de chaffe
couftent plus qu'ils ne rapportent de
prouffit à la mailon.
Si vous avés des enfans ne les faites
difpenfater de vos biens.
pas
Aucun pourroit demander & faire telle
queſtion .
Que proufitera la doctrine de bien vivre
DE JUILLET 1723 . 37
vre fi fortune eft au contraire , entendez
que t'ay veu la folie des pareffeux qui vivent
fans doctrine ayans leur totale confidence
à fortune , vray eft qu'il advient
à aucuns par fortune ce qu'ils demandent
, mais celui qui bien garde la bonne
doctrine à tard le plaindra de fortune.
Car dilligente do&rine & fortune à peine
jamais conviennent enfemble , mais
pareffe & infortune fouvent font unies
l'une avec l'autre le parcffeux fe attend
avoir en tous les affaires fecours de Dieu ,
lequel a commandé que on veille en ce
monde , par quoy il eft expedient que
veilez , & que voftre defpenfe foit moindre
que voftre revenu.
parelle
Vieileffe s'approche de vous en laquelle
mieulx vault le mettre en la main de Dieu
que de voftre filz , par voftre teftament
mandez premier fatisfaire à voz fervices
que fonder obitz ne commettés pas voftre
ame à ceulx qui vous ayment charnellement
, mais à ceulx qui craingnent Dieu,
& ayment voftre falut. Difpofez de vos
biens avant voftre maladie . La maladie
fait....
Le fens fait voir que cette Lettre eft fur fa
fin , laquelle fin eft cependant défectueule par le
déchirement du feuillet qui la contenoit , &
On n'avoit point encore vû de Lettre Françoife
de S. Bernard , écrite en vieil ſtile. On garde feu-
Boutsમુઠ્ઠ
LE MERCURE
Bouts-rimez propofez dans le Mercure
& remplis par M. Dimbert , Principal
du College de Bar-fur- Aube.
L
'Avare eft hydropique a dit un vieux Proverbe,
Quant à moi je le tiens plus bête qu'un Oiſon,
D'avoir , fans en ufer , des tréſors à
Foifon ,
Tréfors entre les mains à prifer moins que l'Herbe
O toy , d'or affamé , va confulter
Pour ne plus adorer la fecrette
Ou de ton ame gît le funeſte
Malherbe ,
Cloifon ,
Poifon,
Tu mourras tôt ou tardprend garde à cet Adverbe.
Sac
Il faut avoir garni diligemmen: fon
Avant que de paffer pour toûjours le grand Bac ,
Ne mettons point les Boeufs derriere la Charruë.
Moins menager le temps que Sigale & Grillon ;
En préferant la terre au Ciel , quelle
C'eſt fe brûler helas ! comme le
Bévûë !
Papillon.
lement quelques Sermons François de ce dévot
Pere dans la Bibliotheque des RR. Peres Feuillans
de la rue Saint Honoré.
REPONSE
DE JUILLET 1723. 35
REPONSE de l'Auteur du Roffignol
Bà l'Epître qui lui eft adreffée
!
dans le Mercure de Juin.
' Ay reçû , ma très- chere Soeur , l'Epître
que vous m'adreflée en réponſe
de mon Roffignal , qui fe reconnoît bien
inferieur à un ouvrage de cette force ;
les gens d'efprit & de condition y trouvent
fur toutes chofes cet air noble &
élevé , quoiqu'en expreffions fimples &
naturelles , qui a toûjours fait le caractere
des Ecrivains du premier Ordre.
Je ne veux pas vous en dire davantage,
crainte de tomber dans le défaut que vous
me reproché fi délicatement , je n'entreprens
pas non plus de vous faire une réponfe
dans les formes , je rifquerois trop
du côté de l'amour propre , qui n'eft déja
que trop terraffe par la belle Epître .
Vous vous contenterez , s'il vous plaît ,
de cinq ou fix Pleaumes traduits en vers
François , que je vous envoye , non pas
pour payer vôtie ouvrage , qui eft impayable
; mais comme un petit effai d'une
grande entrepriſe , que j'ai faite dans
ma folitude , fur lequel je vous prie de
me dire vôtre fentiment ; je fuis refté à
moitié
40 LE MERCURE
moitié chemin du Pleaume so. comme
vous verrez , par une efpece de migraine,
qui m'a fait fufpendre toute forte application.
Et par furcroît de regale , qui fera auffi
une furabondance d'excufe pour moi , je
me fuis avifé de faire avant - hier une
chûte qui m'a démis le pied gauche , accident
fâcheux qui me caufe des douleurs
incompatibles avec les occupations ferieufes.
I J'allois finir ici cette Lettre lorfque
j'ai été arrêté par une avanture la plus
étrange du monde , je croi que fans mon
pied malade je me ferois jetté par les fenêtres
un mort , ma bonne foeur , oüy
un mort , j'en tremble encore , a pris la
peine de venir de l'autre monde , & de
s'apparoître à moi pour le fujet que vous
:
allez voir.
Ce mort , eft le bon-homme Clement
Marot , dont j'ai autrefois tant aimé les
ouvrages , lequel après m'avoir r'affeuré
de la peur de fon apparition un peu brufque
, m'a dit qu'il venoit en qualité d'ami
, pour m'apprendre que vôtre Epitre
avoit déja fait grand bruit dans les
Champs Elifiens , & qu'on l'avoit lûë
avec applaudiffement en pleine affemblée
des Poëtes François , où préfidoit le
grand Corneille : il a ajoûté que Santeüil
•
de
DE JUILLET 1723. 47
de S. Victor avoit été prié par l'aflemblée
de l'habiller à la Romaine pour en regaler
Virgile , & l'élite des Poëtes Latins ,
& que M. Menage s'eft volontairement
offert d'en faire une Ode Grecque avec
le fecours d'Anacreon fon ami , › pour
la
prefenter
à Homere
, qui
en ferà
part
aux
beaux
efprits
de
fa
nation
; qu'enfin
le
5
Taffe
, &
Lopé
de
Vega
avoient
déja
commencé
de
la traduire
en
leur
langue
pour
faire
plaifir
aux
Italiens
, &
aux
Efpagnols
curieux
de l'autre
monde
. 11 eft cependant arrivé un petit inci
dent , dit Marot , qui a caufé quelque
bruit dans l'affemblée ; ce Quinaut que
M. Boileau a fi peu menagé dans fes Satyres
, s'eft avifé de critiquer un endroit
de vôtre Epître , lequel eft , felon lui ,
hors d'oeuvre , & contient même une
efpece de galimatias en expreffions fort
brillantes. C'eft depuis le 61 vers jufqu'au
75 fans parler d'une rime qui eft
infoutenable.
D'abord tout le monde a voulu berner
Quinaut , & une troupe de rimailleurs
qui ont été de ſon ſentiment ; mais
comme le Cid même a été critiqué , M.
Corneille a trouvé bon que la chofe fus
examinée devant lui par des connoiffeurs
non fufpects.
Moliere un des premiers opinans a pris
hautes
42 LE MERCURE
hautement vôtre parti , & a fait un docte
commentaire fur la prétendue ambiguité,
qui rend ce que vous voulez dire plus
clair que le jour. Et à l'égard de la rime
en queftion , Mlle de Scuderi a fait un
difcours admirable , non pas pour la garantir
bonne , mais pour montrer que les
grands genies peuvent quelquefois le difpenfer
des regles communes , & prendre
quelque licence , à l'exclufion des Ecrivains
vulgaires , fans compter que la rime
n'eft rien , en comparaifon des choſes
plus effentiellement neceffaires à la perfection
de toute bonne Poëfie , & elle a
fini par une citation de Boileau , qui dit
dans fon Art Poëtique.
La rime eſt un Efclave , elle doit obéïr.
> -
Toute l'affemblée a fuivi ces deux décifions
, & a de nouveau applaudi à vôtre
Epître , dans le temps que le pauvre
Quinaut étoit fifflé par Momus qui
s'eft trouvé-là , je ne fçai comment , avec
toute fa fuite , & que Scarron eft venu
en clopinant , qui lui a malignement enlevé
la perruque par derriere , ce qui l'a
rendu encore plus rifible , & plus confondu.
Ici Marot a fait mine de vouloir dif
paroître , mais fur la priere que je lui ai
faite de me donner un petit plat de fon
métier
DE JUILLET 1723. 43
€
métier , pour fervir de réponse à vôtre
Epître , il a bien voulu me dicter ce Rondeau
après avoir un peu ruminé.
Par Apollon inventeur de la Lyre ,
Pere des vers , & maître du bien dire ,
Je fais ferment ô trop gentille foeur ,
Que je honnis le langage flatteur ,
Autant , & plus que l'amere fatyre.
Un cajoleur me fait fouffrir martyre ,
Si que voudrois entendre un jour profcrire ,
De tout écrit ce commerce impofteur ,
Par Apollon
Mais ne fe peut que mon efprit n'admire ,
Sublimes vers , que tout mortel doit lire ,
Befoin n'étoit d'en taire le faifeur ,
Trop bien fe voit fans être connoiffeur ,
Que tu me fis tant doccte Epître écrire ,
Par Apollon.
Voilà par où Marot a fini fon entretien
; car il s'eft éclipfé un moment après.
J'oubliois de vous dire qu'il m'a fort
grondé fur mon entrepriſe des Pfeaumes,
ajoûtant que c'étoit affez que lui , &
Theodore de Beze les euffent eftropiez ,
fans que je m'en mélaffe. Je fuis , & c.
SONNET
44
LE MERCURE
SONNET en Bouts - Rime .
Omme un rat l'eft d'un chat , comme un
chat l'eft d'un Comm
Chien ,
Je fuis traité de toi , cruelle , & fans Scrupule ,
Je languis fans repos , tu m'as ravi le
Mien ,
Moins trifte étoit Cartouche en fa noire Cellule *.
Mes regards inquiets , mon air , mon Entretien ,
De ma raiſon bien - tôt tout prédir la Bafcule ,
Moi, dont l'efprit égal , & le fage
Auroitpû défier la plus juſte
Maintien ,
Pendule.
Le produit de mes foins ne vaut pas un Bouchon :
Sage je t'aurois dû fuïr à Califourchon ,
L'efpoir qui me trompoit n'eſt qu'une Babiole.
Heureux qui de vertus armé fous un Camail ,
"Préfervant fa raiſon de cette
Cabriole ,
Ennemi du beau fexe , en eft l' Epouventail.
LA
DE JUILLET 1723. 45
akakakakakakakakakikikakk*
LA LETTRE qui fuit nous eft venuë
de Blois , Pais de la politeffe & de la
pureté de la Langue Françoife . Nous
faifons excufe à l'Auteur d'avoir tant
tardé à la publier.
MONSIEUR ,
L'occafion qui me procure le plaiſir
de vous écrire fans être peut être connu
de vous , eft l'impreffion du Mercure de
tous les mois , pour vous prier de vouloir
bien marquer dans la commune & ordinaire
maniere , qu'il vous a été donné avis
par le fieur J. Ourry , l'un des Maîtres
Apotiquaires de Blois , qu'il a mis au
jour en manufcrit depuis un mois ou environ
, qui eft une traduction ayant pour.
titre les Odes d'Horace , traduites en '
François avec des Remarques , tant Hiftoriques
que Geographiques pour l'intelligence
de l'ouvrage , par J. Ourry.
"
Lequel il a fait voir à tout ce qu'il y a
de perfonnes de Lettres , & qui peuvent
paffer pour avoir de l'efprit & du goût
qui lui en ont tous donné beaucoup de
louanges , & l'ont affuré qu'il n'avoit
encore
46 LE MERCURE
1
encore rien paruë qui fut plus felon l'efprit
de l'Auteur & plus agreable à lire.
Comme il n'y a encore que les quatre
Livres des Odes , l'Auteur travaille ' actuellement
à faire le Livre des Epodes .
& peut-être y joindra-t'il encore quelque
autre ouvrage , après quoi il fe déterminera
à l'impreffion , fi fes amis lui
confeillent.
>
Voilà , Monfieur , dequoi il s'agit , je
vous prie de vouloir bien ne pas manquer
de me donner quelque place dans le premier
Mercure , par des raifons qui me
font importantes , tout ce que je puis
vous dire , c'est qu'encore qu'il faye peu.
à un Auteur de faire lui-même l'éloge de
fon travail , que neanmoins fans trop de
prévention , je puis vous affurer qu'il eſt
imprimé bien des ouvrages moins agreables
, & moins utils au public que celuilà
, du refte vous pouvez vous informer
à quelques fçavans , foit dans l'Etat Ecclefiaftique
, foit dans l'Etat Seculier , il
y en a fuffisamment qui pourront en rendre
leur témoignage fi ils le veulent bien.
J'ai payé le port de la Lettre , fi il vous
revient quelque chofe à vôtre égard
pour votre peine vous n'aurez que de me
le faire fçavoir , j'y fatisferai avec plaifir
. Je fuis , Monfieur , vôtre très -humble
& très-affectionné ferviteur. Signé , J.
Ourry.
L
1
DE JUILLET 1723. 47
J
Ourry. A Blois , ce 25. Avril 1722 .
Mon adreffe eft à Blois , au bout de la
rue des Carmelites .
Les Vers qu'on va lire font d'une Dame
de qualité , qu'on connoît depuis longtemps
par le brillant & la délicateffe de
fon efprit, & par quantité d'ouvrages
d'un gout exquis..
Q
RONDEAU REDOUBLE' .
Uel changement : qu'il m'eft grief , beau
Sire ,
Plus n'ay d'efprit , il eft en defarroy ;
Quand vers jadis je defirois écrire ,
Vers auffi tôt ſe preſentoient à moi.
Si de mon chef Sonnet balade envoi
Cuide tirer , force m'eft de le dire ,
Las ! Men ne vient ne pense que ny quoy ,
Quel changement ! qu'il m'eſt grief, beau Sire !
De m'ébaudir fi par fois je defire ,
Langueur furvient qui me rappelle à ſoy ,
Meshui vis fous fon maudit Empire , que
Plus n'ay d'efprit , il eft en defarroy.
Tout pourpenfé , je devine pourquoi ,
Don de rimer loin de moi fe retire ,
C Du
48 LE MERCURE
Du tendre amour je fubiffois la loy ,
Quand vers jadis je defirois écrire.
Mieux qu'Apollon l'Enfançon les inſpire ,
Chetive , helas ! je puis en faire foy ;
Quand j'aimois bien , pour conter mon
martyre ,
Vers auffi - tôt fe prefentoient à moi.
Ramentevant cettuy temps je foupire ,
Mais banniffons ce dangereux efmoy ,
Raifon qui prend cure de me conduire ,
Mere d'ennui je m'abandonne à toi.
Quel changement !
DISCOURS Phifique & Hiftorique
fur la pefanteur de l'Air.
Des Experiences en general.
Là
Es Experiences de Phifique fervent
à nous faire connoître la nature ,
autant que nos foibles lumieres font capables
de la connaître. Comme la nature
dans fes operations les plus variées agit
toûDE
JUILLET 1723. 49
toûjours par des regles uniformes , les
experiences nous devoient ces regles , on
confulte la nature , & on la fait parler ,
pour ainfi dire , par les experiences. Les
raifonnemens qui ne font fondez
que fur
des fpeculations , ne font prefque jamais
vrais que par hazard , fur tout quand il
s'agit de Phifique . Au lieu qu'il eft rare
qu'on fe trompe quand on ne raiſonne
que d'après l'experience , auffi n'eft - ce
que par cette voye que les Phificiens
modernes ont acquis tant de connoiffan
ces , que les anciens Philofophes n'avoient
pas feulement apperçûës.
Il est vrai que les experiences & les
réflexions qu'elles nous fourniffent ne
nous donnent que quelques dégrez de
plus de connoiffance , & que nous arrivons
toûjours à un point qui n'eft plus à
la portée de nos lumieres , mais c'eft toûjours
un avantage que d'avoir des connoiffances
que les autres hommes n'ont
pas , & de porter la vûë de l'efprit fur
un objet , auffi loin qu'elle peut naturellement
aller.
*
Il n'y a point de Phificien qui connoiffe
parfaitement les caufes & les
effets ; le plus habile eft feulement celui
qui eft le plus inftruit du détail des differens
dégrez de liaifon qu'il y a entre un
effet & un autre , celui qui voit une men-
Cij tre,
1
50 LE MERCURE
› & qui fçait que l'aiguille fe meût ;
à caufe du rapport qu'elle a avec des
rouës , & que les roues fe meuvent , parce
qu'elles font liées avec un reffort , celui-
là , dis-je , a plus de connoiffance que
celui qui ignore cet enchaînement , &
celui qui fait qu'il y a une autre matiere
qui fait mouvoir le reffort en paffant
à travers de fes pores en a encore davantage
; mais pourquoi cette matiere eſtelle
, elle - même en mouvement ? C'eſt
peut-être ici le point où nos connoiffances
font bornées .
Quand on eft arrivé à un certain point
de connoiffance , l'ufage le plus raifonnable
que l'on puiffe faire de fon eſprit.
C'eft de fentir qu'on manque de motifs
pour aller plus loin , mais les hommes ont
bien de la peine à fe tenir dans fes juftes
bornes , les uns livrez à leur imagination
ofent donner des raifons de tout. Les .
autres accoutumez à une forte d'indépendance
d'efprit , refufent de fe rendre à ce
qui eft plus conforme à la maniere dont
la nature fe conduit ; il eft vrai qu'on ne
doit point adopter les fyftêmes qui n'ont
de réalité que dans l'imagination de leurs
Auteurs , mais auffi quand la cauſe que
l'on allegue d'un effet n'eft point contraire
aux regles uniformes de la nature ,
& que de plus elle fert à expliquer tous
les
DE JUILLET 1723 .
G
les effets femblables , & à réloudre toutes
les objections , il faut avoiier que
ces effets ne dépendent point de cette
caufe , celle dont ils dépendent , & qu'on
ne connoît point , a bien de la reffemblance
avec celle que l'on croit connoître.
Les experiences les plus amufantes , &
les plus utiles font celles qui regardent
l'air , la pierre d'Aiman , la lumiere , &
les couleurs , les differentes fermentations
des liqueurs , & c. Mais afin que
l'utilité fe joigne avec l'amulement , il
eft bon de faire préceder les experiences
par quelques réflexions qui nous mettent
en état d'en bien comprendre la caufe.
Après quoi l'on doit s'appliquer à bien
concevoir la conftruction de chaque machine
, dont or fe fert pour l'experience,
afin qu'ayant une idée bien nette de l'effet
, on puiffe plus aifément en penetrez
la cauſe.
De l'Air.
L'Air eft une matiere fluide qui environne
le Globe Terreftre , & que tous
les animaux refpirent .
Les parties de l'Air ne font point affez
preffées les unes fur les autres pour avoir
la folidité qui renvoye les rayons de lumiere
à nos yeux , & qui fait qu'un corps
eft apperçû.
C iij Ainfi
52 LE MERCURE
Ainfi nous ne voyons point l'Air , du
moins quand il eft dans fa fituation naturelle
, mais nous le fentons par la refpiration
, par un fimple mouvement de
la main par le vent , & par plufieurs autres
effets .
>
Il y a une matiere plus fubtile encore
que l'Air , où nagent , pour ainfi dire ,
toutes les planettes de notre tourbillon.
Cette matiere ſubtile , bien differente
de l'Air , circule fans ceffe dans cet efpace
immenfe qui eft depuis le centre de ce
tourbillon jufqu'à la circonference.
Ainfi il faut d'abord s'imaginer au deffus
de l'Air qui nous environne , une circonference
ou region de matiere ſubtile
toute feule , enfuite une circonference
d'Air penetré par la matiere fubtile ,
aprés quoi le trouve le Globe Terreftre ,
qui lui même eft penetré de l'Air & de
la matiere fubtile , avec cette difference
pourtant que la matiere fubtile fe fait par
tout un paffage , au lieu que l'Air qui eft
plus groffier ne trouve pas toujours des
pores affez ouverts pour entrer dans chaque
partie des corps particuliers.
La region de l'Air qui enveloppe la
terre s'appelle Atmoſphere du Grec
ATμuos , qui fignifie vapeur , Air , & de
papa , qui fignifie un rond ; une Sphere,
Atmoſphere fe prend donc pour toute la
cirDE
JUILLET 1723. 53
1
circonference de l'Air qui environne le
Globe Terreftre.
On divite l'Atmoſphere en trois regions
, la haute , la moyenne , & la baffe .
On ne peut point déterminer au jufte
de combien de lieuës la haute region de
l'Air eft élevée au - deffus de la furface de
la Terre ; mais on croit communément
pe- par les fupputations qu'on fait fur la
fanteur de l'Air , que cette hauteur eft
de 15. ou 20. lieuës , & qu'au delà il n'y
a plus que de la matiere fubtile .
La moyenne region eft celle où s'élevent
les nuages , elle eft environ deux
lieuës au- deffus de nous, quoique les nuages
defcendent quelquefois plus bas en cer
tains temps , par leur propre pefanteur.
L'Air y eft plus fubtil que celui que
nous refpirons
, les hommes
qui ont voulu
monter au- deffus de certaines
montagnes
,
hautes
d'environ
deux lieuës y font morts.
Il y a une hiftoire
de trois Espagnols
qui
voulurent
monter fur une montagne
, appellée
le Pain de Sucre au Pic de Ténérife
, qui eft une des Ifles Canaries
, ils
y moururent
, on en verra lá raifon dans
les experiences
.
te >
Il fait extrêmement froid dans la hau-
& dans la moyenne region de l'Air ,
& c'eft pourquoi en Eté même , il tombe
de la grêle qui n'eft qu'une eau gêlée .
C iiij
La
34
LE MERCURE
La raiſon de ce froid eft que le fimple
paffage des rayons du Soleil ne fuffit
pas pour exciter une chaleur bien fenfible
, au lieu que plus bas les rayons
du
Soleil font réfléchis par les parties groffieres
de l'Air , & d'ailleurs ces parties
font plus propres pour recevoir , & pour
exciter le mouvement neceffaire à la chaleur.
La baffe region de l'Air eft celle où
nous refpirons , & où s'élevent les oiſeaux.
On fait plufieurs experiences fur l ' Air ,
elles font très - curieufes & très - utiles ,
mais pour les bien entendre il faut faire
les remarques fuivantes.
1º Les parties de l'Air ne font point
preffées les unes fur les autres , comme le
font celles des corps folides ; ainfi on le
confidere comme un amas de petites parties
branchuës & détachées qui laillent
une efpace entr'elles, tel eft , par exemple ,
un amas de pelotons de laine , ou bien
une éponge.
2° Les trous de l'éponge , & les efpaces
qui font entre les poils de la laine
font remplis par l'Air , car il n'y a point
de vuide dans la nature , de même l'efpace
qui eft entre les parties de l'Air ,
eft rempli par la matiere fubtile qui cft
toûjours en mouvement , & qui paffe à
travers de tous les corps.
3 ° L’Air
DE JUILLET 1723 .
55
3L'Air eft un corps , ainfi on ne peut
faire entrer un autre corps dans l'efpace
qu'il occupe , qu'à mesure que l'Air en
fort.
4° L'Air eft Hiquide , c'eft - à - dire , que
les parties qui le compofent fe feparent
aifément les unes des autres , & ſe meu
vent en tout fens .
5 L'Air eft tranfparent , c'eft- à- dire ,
que la lumiere paffe facilement en ligne
droite à travers de fes pores.
6° L'Air peut être condenſé & rarefié ,
il peut être condenfé , c'eft à - dire , que
dans un espace donné , on peut y faire
entrer , & y contenir plus de matiere propre
d'Air qu'il n'y en avoit auparavant.
It peut être rarefié , c'est - à- dire , que
dans le même efpace il peut y avoir moins
de pelotons d' Air qu'il n'y en avoit avant
la rarefaction .
On condenſe l'Air dans un balon ,
dans une veffie , dans l'Arquebuze à
vent , & c.
On rarefie l'Air dans une ventoufe.
Les particules du feu qu'on y allume paffent
avec force entre les rameaux de l'Air,
les écartent , & les font fortir , le peu
de rameaux d'Air qui reftent dans la ventoule
font moins proches les uns des autres
, il y a moins de matiere propre d'Air,
""& c'est ce qu'on appelle rarefaction .
Cy 70%
56 LE MERCURE
7° L'Air eft élastique , c'eft à - dire ,
qu'il a la proprieté de reffort , élastique.
vient du Grec haw , qui fignifie repouffer,
ainfi une éponge après qu'elle a été refferrée
fe remet dans le même état où elle
étoit auparavant , l'Air & là matiere
fubtile entrent avec précipitation dans les
petits trous de l'éponge , & la remettent
dans l'état où elle étoit avant fa compreffion.
De même après que l'Air a été
condenfé , la matiere fubtile paffant avec
rapidité entre les rameaux de l'Air leur
fait faire effort pour s'élargir , & fe remettre
dans l'état ordinaire. C'eft cet
effort qu'on appelle vertu élastique , ou
proprieté de reffort.
8° L'Air eft pefant , un balon enflé
pefe plus que celui qui ne l'eft pas , plus
on fait entrer d'Air dans le balon , plus
il pefe , donc chaque partie d'Air eft per
fante , puifque le tout pefe d'autant plus
qu'il a un plus grand nombre de parties .
Puifque chaque partie d'Air eft pefante
, il s'enfuit que la maffe entiere de
l'Air eft auffi pefante.
Comme l'Atmosphere de l'Air n'a
qu'une certaine étendue , auffi la pefanteur
de l'Air eft bornée , ainfi , qu'on le
voit par les experiences.
Si nous ne fentons point le poids de
l'Air , c'eft qu'il nous preffe également
. de
DE
JUILLET
1723. 57
de toutes parts , c'eft ainfi que ceux qui
font dans l'eau n'en fentent pas le poids
parce qu'ils en font par tout également
preffez.
>
Plus l'Air eft proche de la terre , plus
il eft pefant , ou ce qui eft la même chofe
, plus la colomne d'air eft longue , plus
elle eft
pefante.
>
Si on affembloit un grand monceau de
laine de la hauteur de plufieurs toifes , fil
arriveroit que cette maffe fe comprimeroit
d'elle- même par fon propre poids
la portion de laine qui feroit à la baze
feroit plus comprimée que celle qui feroit
au milieu , il y auroit toûjours moins de
compreffion à mesure qu'on
remonteroit ,
de même l'Air eft plus pefant au bas
d'une tour qu'au milieu , & plus pefant
au milieu qu'il ne l'eft au haut de la tour.-
Les anciens
Philofophes ont fçû comme
le peuple , qu'un balon enflé étoit
plus pefant que lorfqu'il n'étoit pas enflé
, mais ils n'ont tiré aucune
confequence
de ce fait , & quoiqu'on trouve quelques
paffages qui peuvent faire croire
qu'ils ont fçû que l'Air étoit pefant , il
ne paroît pas qu'ils ayent fait aucun ufage
de ce principe dans la Phifique , tous
les effets naturels qui font produits par
la pefanteur de l'Air , ils les attribuoient
à l'horreur du vuide , comme fi la nature
C vj
étoit
38 LE MERCURE
étoit fufceptible de paffions.
C'eft un Jardinier d'Italie vers le milieu
du 17e fiecle qui a donné lieu à toutes
les découvertes qui fe font faites depuis
environ So. ans fur la pefanteur de
l'Air.
Ce Jardinier fit conftruire un corps
de Pompe d'environ 40. pieds de haut ,
& il fut fort étonné de voir que l'eau ne
montoit avec le Pifton de la Pompe que
jufqu'à une certaine hauteur , & qu'ainfi
fa Pompe ne produifoit point l'effet qu'il
s'en étoit promis . Il en avertit Galilée ,
fameux Mathematicien du Duc de Florence
, ce Mathematicien qui avoit plus
de goût pour l'Aftronomie , que pour ces
fortes d'experiences , fe contenta d'obſerver
que dans les Pompes l'eau ne fuit le
Pifton que jufqu'à une certaine hauteur ,
d'où il conclut que la nature n'avoit
horreur du vuide que jufqu'à cette hauteur-
là.
En 1643. Toricelly , auffi Mathematicien
du Duc de Florence , & fucceffeur
de Galilée , fit plus d'attention fur l'experience
de la Pompe.
Il prit un tuyau de verre de la hauteur
de 4. pieds , fermé par un bout , & ouvert
par l'autre , il mit contre terre le
bout fermé , & verfa par l'autre du vifargent
dans le tuyau , enfuite mettant le
pouce
DE JUILLET 1723 :
pouce fur le bout ouvert , il renverfa le
tuyau , & le mit par ce bout- là dans un
vafe plein de vif- argent , il retira le pouce
qui bouchoit le bout du tuyau renverfé
, afin que le vif-argent du tuyau communiquât
avec le vif- argent du baffin
alors le vif- argent qui étoit dans le tuyau
defcendit à une certaine hauteur.
3
Il varia fon experience , tantôt en
mettant de l'eau , au lieu de vif- argent ,
tantôt en mettant moitié eau , & moitié
vif-argent , & les effets étoient differens .
Toricelly communiqua fon experience
à quelques Philofophes , & comme on
n'avoit point encore trouvé la machine
Pneumatique , & qu'il reftoit un vuide
apparent entre le vif- argent & le bout
fermé du tuyau , cette experience fut
appellée l'experience du vuide.
Le Pere Merlenne , Minime de Paris;
fameux difciple de Décartes , fut le premier
en France qui eut connoiffance de
l'experience de Toricelly , il en donna
part à M. Petit , Intendant des Fortifications
, & très- habile Philofophe , celui
ci le communiqua à M. Pafchal ,
dont le pere étoit alors Intendant à Rouen .
M. Pafchal & M. Perit firent enfemble
à Rouen en 1646. l'experience de
Toricelly. M. Pafchal fit conftruire un
tuyau de 46. pieds de haut , fermé hermetique
Бо LE MERCURE
metiquement par un bout pour voir juſqu'à
quelle hauteur l'eau étoit foutenuë ,
& ils trouverent qu'elle fe foutenoit à la
hauteur de 32. pieds.
L'horreur du vuide fut la feule raifon
qu'on donna d'abord de ces experiences ,
M. Pafchal dit pourtant qu'il fe défioit
de cette raiſon , mais en 1647. il fut
averti que Toricelly foupçonnoit que
l'horreur du vuide n'étoit pas la caufe de
ces effets , puifque l'eau & le vif- argent
fe foutenoient à des hauteurs differentes ,
mais que ce pouvoit bien être la pefanteur
de l'Air. M. Pafchal réïtera les experiences,
& eninventa de nouvelles pour
verifier cette penſée , & enfin il la trouva
veritable , & la juftifia fi bien , qu'on
n'en doute plus aujourd'hui , & qu'on lui
en donne communément l'honneur de
l'invention .
En effet , lorfqu'on renverfe le tuyau
plein de vif argent par le bout ouvert
dans un baffin où il y a auffi du vif argent,
& que le vif argent du tuyau & celui
du baffin fe communiquent , l'Air exterieur
qui pele fur le vif-argent du baffin ne pefe
point fur celui qui eft dans le tuyau , parce
que le bout d'en haut eft bouché exactement
, mais le vif argent du tuyau y
eft foutenu par la preffion de l'Air fur le
vif argent du baffin , & fait une espece
de
DE JUILLET 17237
de contre -poids , avec l'Air exterieur ,
il en eft foutenu jufqu'à la hauteur de
27. pouces , en forte que fi le tuyau eft
plus haut de 27. pouces , l'efpace qui fe
trouve en dedans depuis le haut du tuyau
jufqu'au vif- argent n'eft rempli que de
matiere fubtile.
Quoique le vif- argent foit ordinairement
foutenu dans le tuyau , jufqu'à la
hauteur de 27. pouces , cette hauteur
varie pourtant felon que l'Air eft plus
ou moins pelant , & c'eft ce qui a donné
licu au Baromêtre , dont nous parlerons
dans la fuite.
Si le tuyau étoit d'une hauteur fuffifante
, & qu'au lieu de vif-argent on y
mit de l'eau , elle feroit foutenuë juſqu'à
32. pieds , car l'eau eft 14. fois plus legere
que le vif argent.
Si le bout d'en haut du tuyau étoit
fermé de telle forte qu'on pût -faire un
trou , ne fut ce qu'avec une aiguille , la
colomne d'Air qui feroit au-deffus de ce
trou , entrant dans le tuyau , & pefant
fur la liqueur , la remettroit de niveau
avec celle du baffin .
Environ 20. ans après ces découvertes
M. Otto - Guerik , Bourguemeftre de
Magdebourg inventa une machine pour
pomper l'Air , cette machine a été
fectionnée par M. Boyle , Anglois
perc'eft
62 LE MERCURE
c'eft lui qui l'a publiée , & qui en eft
regardé comme l'inventeur , on l'appelle
la machine de Boyle , la machine du vuide
, ou machine Pneumatique du Grec
TVEUμa , qui fignifie Air fubtil , elle a été
rendue plus fimple , & plus commode
par les Phifi ciens de nos jours , nous en
ferons la defcription dans les experiences.
Il n'y a point d'experience fur l'Air
par
qu'on ne puiffe expliquer aifément les
réflexions qu'on vient de faire , ces experiences
font des plus importantes de la
Phifique , & nous ont appris bien des ſecrets
de la nature que nos peres ont
ignorez.
LETTRE en Vers , écrite à M. l'Abbé....
le jour de Saint Pierre dernier ;
jour de fa Fête › par M. B... D.
L. B.
Ajourd'hui que c'eft vôtre Fête ,
Je voudrois par un chant nouveau,
Celebrer un jour fi beau ;
Mais c'eft en vain que je m'apprête
Et veux tenailler mon cerveau ;
Depuis long-temps ma mufe oifive ,
Me
DE JUILLET 1723
Me refufe fon chalumeau ,
Et ne fouffre plus que j'écrive ,
Venez un inftant au fecours
Abbé , qui favori des graces ,
Les voyez toûjours fur vos traces ,
Ainfi que dans tous vos difcours.
Quel prefent en effet vous faire ,
Si ce n'eft quelques complimens
C'est mon prefent ordinaire ,
Vous le fçavez ; depuis long- temps
Par une rigueur importune >
Le Dieu Plutus & la fortune ,
Quoique fans raifon , je le croi ,
Ont fait divorce avecque moi.
Si j'ofois chanter vôtre gloire ,
J'aurois un beau champ à courir,
Et me verrois à difcourir
Sur un peu plus d'une victoire.
Themis, qui dès vos premiers ans,
Par vôtre voix fe fit entendre ,
Et vous choifit pour la défendre ,
Me fourniroit d'illuftres chants.
Couvert d'une pourpre éclatante ,
On
64
LE
MERCURE
On vous verroit citant les loix.
Je peindrois à vos pieds l'injuftice tremblante ,
Et la difcorde aux abois.
Si quittant cette peinture
Je traçois un deffein nouveau ,
Par vous on verroit l'impoſture ,
Dans l'affreufe nuit du tombeau .
"La Religion fecouruë ,
La verité perçant la muë ,
Dont on la veut environner ;
Et dans vos fçavans exercices ,
La vertu triomphant des vices ,
Viendroit enfin vous couronner.
Que dis- je ! où me conduit un tranſport témeraire
,
Pourrai -je fuffire à ces traits ?
Mais vôtre gloire a tant d'attraits ,
Que ma bouche a peine à fe taire.
D'un pinceau plus délicat ,
Elle doit être le partage ;
Entreprenant un tel ouvrage ,
Je craindrois d'en ternir l'éclat .
En fouhaits mon coeur qui s'exhale ,
Youdroit feulement s'exprimer;
ན་མ་ བ་ལ་ཨ
Mais
DE JUILLET 1723 . 65
Mais qui fçaura vous eſtimer ,
N'en fera point qui vous égale.
******************
STATUE du Roy , érigée dans la Ville,
de Bapaume.
Mde la Ville de
Bapaume , fit éri-
R le Feullon , Ingenieur en Chef
ger le 19. Avril dernier , par les ordres
de M. le Marquis d'Asfeld , Lieutenant
General des Armées du Roy , & Directeur
General des Fortifications , une Statue
à S. M. fur un pied d'eftal , élevé fur
le bord du baffin d'une Fontaine , fituée
devant l'Hôtel de Ville . La ceremonie
fe fit avec toutes les marques de refpect
& de joye , qui convenoient en pareille
occafion. L'Etat Major , le Bailliage , les
Magiftrats en Corps , précedez des Compagnies
d'Archers & Arbalêtriers , allerent
au devant de la Statue du Roy , &
& l'accompagnerent jufqu'au lieu , où
elle devoit être élevée , au fon des Cloches
, des Tambours , & de toutes fortes
d'inftrumens , mêlez des plus vives accla
mations du peuple .
· Cette Statue faite d'une très belle
pierre blanche , qui approche fort du
marbre
36 LE MERCURE
marbre , par le fieur Dhuez , membre de
l'Académie de Sculpture de Rome , établi
dans la Ville d'Arras , Elle eft de 4 .
pieds & demi de hauteur , qui eft la hauteur
même du Roy ; elle reprefente S. M.
en pied , le Sceptre en main , avec lequel
le Roy femble montrer deux tuyaux
qui fortant du piedeſtal , fourniffent la
meilleure eau du monde ; trésor d'autant
plus eftimable pour la Ville de Bapaume ,
que les eaux y étoient très- rares , & trèsmauvaifes.
C'eit aux foins de M. le Feullon
, que l'on eft redevable de l'avantageufe
découverte de cette Fontaine , fon
heureux génie , & fon habileté pour l'Hydroftatique
, comme pour la guerre ,
le
déterminerent il y a quelque temps
( après quelques obfervations ) à faire
creufer à une demie lieuë de la Ville ,
jufqu'à 15. pieds de profondeur ; il y découvrit
deux anciens baffins , dont on
n'avoit point de connoiffance . Il prit
auffi-tôt les mefures les plus juftes pour
tranfporter dans la Ville ce tréfor inconnu
depuis fi long- temps , malgré l'élevation
de la place , les puits étant de 140 .
pieds de profondeur ; de forte qu'au lieu
des eaux mauvaiſes & falées , dont on
étoit obligé d'ufer autrefois , on a l'avantage
à prefent d'avoir au milieu de la
Ville , des eaux douces , & d'autant plus
agreables ,
DE JUILLET 1723. 67
agreables , que , que M. le Feullon vient de les
rendre memorables par la Statue du Roy,
qu'il y a fait placer , & qui en fera un
ornement augufte & des plus durables .
On a oublié de dire que les
principaux
ornemens de la Statue , comme le Collier
des Ordres du Roy , le Sceptre , les Armes
, &c. font dorez. Depuis l'érection
de cette Statue on a compofé quelques,
infcriptions , pour être gravées fur le
piedestal . Nous ne mettons ici que les
deux principales .
L'An de Grace M. DCC XXIII .
De Louis XV. Roy de France & de
Navarre , le xiv . de fon âge.
De fon Regne le vii.
De fon Sacre , & de fa Majorité le 1.
En perpetuelle memoire.
De l'infigne bonté de ce Monarque
pour la Ville de Bipaume.
M. le Marquis d'Asfeld , Lieutenant
General des Armées du Roy , Surintendant
des Fortifications , fit pofer fur ce
Piedestal le xix . d'Avril , la Statuë Pedeftre
de S. M. C'eſt à ſa liberalité Royale
, & aux foins du fieur le Feullon , l'un
de fes Ingenieurs ordinaires en Chef en
cette Ville , qui en a fait la découverte
qu'on eft redevable de l'eau délicieufe
que nous fournit cette Fontaine , contre
toute efperance. Fontaine à jamais ici
memo68
LE MERCURE
memorable tant par , l'extrême befoin
qu'on y
avoit de bonnes eaux , que par
l'éclatant ornement , que donne à nôtre
principale place la Statuë d'un fi augufte
Roy. Vive le Roy.
Que fluis hic non es natura munus amica ›
Lympha recens , votis ufque petita meis .
Sed mihi , quod toties natura noverca negabat.
Munifica praftas , Rex Lodoice manu .
Fac , ô fumme Deus , tanto pro munere regnet »
Par Atavo Lodoix , ac fuperare queat.
SUR la mort de Quine , Chienne de
Q
Me V...
Uine n'eft plus , dans l'efpece Canine ,
On ne vit rien de plus charmant que Quine,
Quine au minois fin & joly ,
Au corps mignon doux & poly ;
Qui faifoit avec tant de graces ,
Ses petits tours de paffes paffes.
Pour obéir elle buvoit ,
Du vin tout autant qu'on vouloit ,
Ne prenoit rien fur les affiettes ,
Donnoit au caffé les ferviettes ,
Etoit
DE
JUILLET 1723 . 69
Etoit nette comme un denier
Ouvroit elle- même la porte ,
Faifoit parfaitement la morte ,
Apportoit corbeille & panier ,
Et des pacquets auffi gros qu'elle ,
Prenoit ou bougie ou chandelle ,
Toute allumée entre fes dents ;
Connoiffoit les honnêtes
gens ,
Careffante aux amis , mais toute fa tendreſſe
Etoit pour fa feule maîtreffe.
Vous donc qui d'un air obligeant ,
De me le remplacer avés quelque penſée ,
Ne cherchés point à me faire un preſent ,
Quine jamais ne fera remplacée.
On doit expliquer le mot des Enigmes
du mois paffé , par le Violon , l'Enigme ,
la Superficie.
PRE70
LE MERCURE
真真
PREMIERE ENIGME
UN bon Roy gouvernoit en paix
Ses aimables , fes chers fujets.
Au temps que le Soleil fortit de la balance ,
Il ordonna fans bleffer l'équité ,
Que toute la pofterité
De celle qui l'avoit tous les ans allaité ,
Mourroit malgré fon innocence.
Les impitoyables foldats
Coupent avec leurs coutelas >
A ces nombreux enfans le filet de la vie .
Leur paffion n'eft affouvie ,
Qu'en faifant de ces morts chaque jour un amas,
Le Roy qui vient lui-même avec fon équipage ,
Meſurant fa joye au carnage ,
Avec de curieux regards ,
Voit des ruiffeaux de fang couler de toutes parts.
Suivant une vieille ordonnance ,
On enferme ce fang dans un gros
chefne creux >
D'où fouvent on le tire après un an ou deux ,
En figne de réjoüiſſance
SECONDE
JUILLET 1723. 71
M
SECONDE ENIGME.
Uette dans les bois , j'ay pû paffer ma vie,
Après que par un coup fatal ,
Un affaffin me l'a ravie
Avec un plaifir fans égal.
On me ranime enfin auſſi-tôt que l'on jouë ,
Ou qu'on danfe dans le hameau
Mais franchement je vous avoue ,
Que quand en moi l'on cherche un agrément
J
nouveau ,
Selon le caprice d'Ariſte ,
Mon air gay fouvent devient trifte.
TROISIEME ENIGME.
E
pars d'un lieu fecret , & celui qui m'attend
Eft dans l'incertitude & dans l'impatience ,
Comme jepuis le rendre un homme très-content,
Je puis pareillement fruftrer ſon eſperance.
Tout eft bizarre en moi , je fais rire & pleurer ,
J'infpire de l'amour , & fait naître la haine ,
Je brouille les amans , & les fait ſoupirer ,
Aux uns je fais plaiſir , aux autres de la peine ,
Avant que de me voir on eft dans des tranfports ;
D Mais
72 LE MERCURE I
Mais fi-tôt qu'on ma vûe un chacun m'abandonne
,
Et par l'effet cruel des plus malheureux forts ,
Je fuis antanție , & ne plaît à perfonne,
CHANSON.
CElcbrezs Elebrez, charmante Mufette ,
La jeune Eris, & fon heureux retour.
Ses appas vont encore embellir nos retraites ,
Que de nouveaux traits pour l'amour !
Celebrez , & c.
XX : XXXX
NOUVELLES LITTERAIRES.
DES BEAUX ARTS , & c.
ISCOURS PRONONCEZ dans
l'Académie Françoife , le Mardy
22. Juin 1723. à la reception de M. le
Comte de Morville , Secretaire d'Etat ,
ayant le département de la Marine , cydevant
Ambaffadeur du Roy en Hollande
, & fon Plenipotentiaire au Congrez
de
mante Musette,
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te, La jeune Iris etsonheu
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72
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22.
Cot
aya:
dev
de
DE JUILLET 1723. 73
de Cambray. A Paris , chez J. B. Coignard
, rue S. Jacques , in 4° de 14. pag.
Nos Lecteurs nous fçauroient fans doute
très-mauvais gré de ne donner qu'un
extrait du Difcours de M. le Comte de
Morville ; tout en eft fi élegant , qu'on
n'en fçauroit rien retrancher fans ôter
des beautez ; d'ailleurs il eft auffi court
qu'il eft fimple & fublime. Le voici tel
que ce digne Académicien l'a prononcé
le jour qu'il vint prendre féance à l'Académie
Françoife , à la place de feu M.
l'Abbé de Dangeau.
MESSIEUR
ESSIEURS ,
On ne peut connoître la veritable
gloire , & ignorer de quel prix eft une
place dans l'Académie Françoife . Souffrez
que je me flatte de fentir toute la
valeur de l'une & de l'autre , & par confequent
toute l'étendue de la grace que
vous me faites aujourd'hui . Dans le cominerce
que j'ay eu avec les Etrangers ,
jay veu quelle étoit la réputation de vôtre
Compagnie. J'ay veu combien vos
travaux pour nôtre Langue ont réülli
& quelle domination vous lui avez donnée
fur toutes les autres . Dans les Cours
"
Dij de
74 LE MERCURE
de l'Europe , les Miniftres des differentes
Puiffances s'accordent naturellement
à ne negocier qu'en François ; les jaloufies
ceffent à cet égard , & l'on commence
par rendre à la Nation cet hommage
d'autant plus flatteur , qu'il eft volontai
re. Qu'auroient efperé deplus, & le grand
Cardinal de Richelieu , lorfqu'il forma
vôtre établiffement , & le Chancelier
Seguier , lorfqu'il le fouftint après lui 2
Auroient - ils même ofé porter fi loin
leurs efperances ? Vous avez conquis l'Europe
autant que l'efprit la peut conquerir.
De tous ceux qui ont compofé vôtre
Compagnie , aucun n'a jamais mieux.comnu
que celui auquel j'ay l'honneur de .
fucceder , & les avantages de nôtre Langue
, & l'importance de les étendre de
plus en plus. M. l'Abbé de Dangeau né
avec l'efprit du monde le plus droit , le
plus précis , le plus capable de répandre
par tout des lumieres , ne crût point dégrader
fes talens , en les appliquant du
moins autant à la Grammaire Françoiſe ,
qu'à d'autres matieres plus élevées. 11
avoit principalement en vûë les Etrangers
, à quiil vouloit adoucir un travail
penible , ennuyeux , prefque infini . 11
eft vrai qu'ils ne s'en rebutoient pas ,
tant ils font perfuadez qu'il faut acheter,
DE JUILLET 1723 . 75
à quelque prix que ce foit , le plaifir de
vous lire & de vous entendre.
Je fens dans ce moment, MESSIEURS,
un reproche que vous me faites en vous
mêmes ; je vous attribuë trop la gloire de
nôtre Langue vôtre zele pour Loüis le
Grand en murmure ; j'en conviens , vous
n'avez fait qu'aider par vos écrits , à ce
qu'a fait ce Monarque par fes victoires ,
par fes conquêtes ,, ppaarr l'éclat de tout fon
regne ; & ces écrits mêmes dont toute la
louange femble vous appartenir , ne font
ils pas dûs , ou à fes actions qui vous
ont fourni de grands fujets , ou à fes bienfaits
qui vous ont animez ? On a voulu
parler la Langue d'une Nation qu'il rendoit
fi brillante par la valeur , & par
Fefprit ; & ce qui ne reconnoiffoit pas
fon empire , reconnoifloit celui d'une
* Académie qu'il protegeoit , & qu'il infpiroit.
Son regne va fe continuer fous fon Aud
gufte Petit- fils. Nous ne l'affeurons pas
fur la foy du fang , quelquefois trompeufe
, mais fur la foy des mêmes vertus ,
qui déja fe dévelopent en lui , & fur les
foins qu'un grand & digne Prelat prend
de les cultiver . Les premiers momens de
fa Majorité ont été marquez par le plus
grand ouvrage de la fageffe des Souverains
, par des choix éclairez . Il n'a
D iij. point
76 LE MERCURE
point voulu que le Prince qui lui emet
toit le gouvernail , l'abandonnât ; il ly
fait affeoir auprès de lui ; & fes jeunes
mains affermies par ce fecours , peuvent
enfemble mouvoir tout , & contenir tout.
Il a confervé dans la dignité de premier
Miniftre , qu'on regardoit comme abolie
depuis un temps , par la difficulté ou
le peril de la remplir , un génie rare ,
fublime , qui reprefente à toute la France
vôtre fondateur , & qui eft ici vôtre confrere.
,
Que ne vous dois - je point , MESSIEURS
d'avoir fait tomber fur moi
vôtre choix , prefque dans le même temps.
Mon abfence ne vous a pas empêché do
vous fouvenir de l'empreffement que j'ai
toûjours témoigné pour le meriter ; &
vous avez bien voulu prendre mes defirs
pour des talens. Vous exprimez trop bien
les fentimens , pour ne vous y pas connoître
; & j'efpere au moins m'acquitter
par là , de tout ce que vous avez fait
pour moi.
Après que M. le Comte de Morville
eut achevé fon Difcours , M. Malet
Directeur de l'Académie lui répondit. Il
commença le fien par une modefte défiance
de fes forces , après quoi en parlant
de feu M. l'Abbé de Dangeau , il
dit
que cet illuftre Academicien n'auroit
DE JUILLET 1723 .
ל ד
vien perdu de ja gloire , fi M. le Direc
teur avoit prefidé , vôtre reception , pourfuit
il en s'adreffant à M. le Comte de
Morville , fe feroit faite avec plus d'éclat;
& toute l'aſſemblée auroit remporté
une plus haute idée de cette compagnie ,
quand on auroit vû un Maréchal de France
également né pour l'éloquence , & pour
·les grandes actions occuper ici la
ici la premiere
place. On voit affez que c'eft de M. le
Maréchal de Villars que M. Malet veut
parler. De ce premier " hommage qu'il
rend au merite de l'illuftre confrere ,
9 dont il remplit la fonction il palle
à celui qu'il doit à la memoire de M.
l'Abbé de Dangeau ; il le prend d'abord
dans fa plus grande jeuneffe fous
le nom de Marquis de Courcillon , il le
fuit en Suede & en Pologne , où il eut
l'honneur de combattre fous le grand Sobieski.
L'herefie des derniers fiecles , ajoûte-
t'il , étant devenue la Religion de fes
·Peres , il crût appercevoir dans cette pro
fane nouveauté des précipices que la prévention
de l'éducation lui avoit jufques
alors cache , & travaillant à éclaircir
fes doutes , il eut des conferences avec la
plupart des Docteurs de l'Europe. M. l'Abbé
Boffuet , qui fut depuis Evêque de
Meaux arracha le bandeau fatal quifermoit
fes yeux à la verité.
D iiij
M.
78 LE MERCURE
M. Malet finit le portrait de M. l'Abbé
de Dangeau par ce beau trait. C'étoit
un de ces genies qui trouvent tout en euxmêmes
; qui ne s'inftruisent que par leurs
propres réflexions ; qui imaginent & qui
perfectionnent ; qui ne fuivent pas les regles
, mais qui les font. Delà il paffe au
grand Armand , Fondateur de l'Acadé
mie Françoife , d'où il prend occafion de
loüer l'illuftre Cardinal qui le remplace
doublement voici comme il s'y prend.
Si nous commençons à nous perfuader qu'il
eft encore quelque ame privilegiée qui
puiffe partager avec le Cardinal de Richelieu
, la gloire des grandes actions qu'il
a operées dans le miniftere , du moins ,
nous devons l'avouer , perfonne ne pourra
partager la gloire qu'il merite pour ce
qu'il a fait enfaveur de la langue Frangoife,
Cet éloge le conduit à celui de
Louis le Grand , fans qu'il forte de fon
fujet. Il fait voir que telle a été la destinée
des langues de n'être jamais arrivées à leur
entiere perfection , que fous le regne
certains Princes , qui ont fait l'étonnement
l'honneur de leur fiecle tels ont été ,
dit-il , Philippe , parmi les Grecs , Augufte
parmi les Latins , & Louis leGrand
parmi les François . Cette heureufe découverte
tourne également à la gloire de l'Académie
, & à celle de fon protecteur de
triomphante memoire.
نم
de
Nous
1
DE
JUILLET 1723.
79
Nous ferions trop longs fi nous mettions
ici tous les traits dont ce difcours eft orné.
Nous nous contenterons d'y ajoûter encore
les juftes loiianges que M. Malet donne
à M. le Comte de Morville. Venez , lui
dit-il , venez nous communiquer vos lumieres
, & profiter des nôtres . Venez nous montrer
ces qualitez que nous admirons en vous
depuis fi long- temps . Un amour , un goût
pour les belles lettres , une éloquence naturelle
, qui plaît d'autant plus , qu'il y a
moins d'art. Une conception vive pour les
matieres les plus élevées , une facilité mer
veilleuse pour les exprimer , une heureufe
abondance de raifons & de paroles pour
perfuader, une affiduité au travail , & fi je
l'ofe dire , une avidité à remplir les devoirs
d'homme de lettres & de Magiftrat
.
LES OEUVRES DE FRANÇOIS
VILLON. A Paris 1723. de l'Imprimerie
d'Antoine. Urbain Couftelier , in 8 ° de
112. pages pour les Oeuvres de Villon
& de foixante- quatre pour les Repues
Franches , le Franc Archer de Bagnolet.
Le Dialogue de M's de Mallepaye & de
Baillevant , fans y comprendre une efpece
de Preface de Clement Marot aux
Lecteurs , & un avis du nouvel Editeur
& fans les deux Tables , l'une dés pieces
entenues dans ce volume , & l'autre des
Dy familles
80 LE MERCURE
familles de Paris , nommées dans les deux
Teftamens de Villon .
J
La nouvelle édition de ce Poëte François
, qui vivoit du temps de Louis XI.
eft plus complette , & en meilleur ordre
que les precedentes ; on y trouve nonfeulement
les notes de Clement Marot
mais on y en a ajoûté de nouvelles qui
viennent de bonne main ; outre que les
anciennes éditions de Villon étoient trèsrares
, il falloit recourir à toutes ces éditions
pour avoir tout ce qui nous reſte de
ce Pocte ou de les difciples ; celle - ci les
reprefente toutes avec beaucoup d'exactitude.
On peut affurer les curieux de
ces fortes d'ouvrages qu'elle a été executée
avec une attention & une propreté
qui ne fe font pas rencontrées depuis
long- temps dans nos impreffions de
Paris.
,
On prepare dans la même Imprimerie
une nouvelle édition des Oeuvres de
Jean Marot , pere , de Clement Marot
Les Poëfies de Coquillart , de Cretin , &
de plufieurs autres anciens Poëtes François
, paroîtront avant la fin de cette
année.
Le même Imprimeur nous fait efperer
une nouvelle édition du Roman de la
Rofe , avec des notes pour l'intelligence
des mots anciens ; elle fera ornéede gravures,
DE JUILLET 1723. 81
vures , tirées d'après les miniatures d'un
des plus magnifiques manufcrits de ce
fameux Roman .
Pour mettre le lecteur en état de juger
du merite , & du caractere de ces Poëfies
nous allons donner un morceau pris
dans la premiere partie de ce Recueil , &
un de la feconde .
Balade des Dames . du temps .
Dletes- moy , ou; ne en quel pays ,
Eft Flora la belle Romaine ,
Archipiada , ne Thais ,
Qui fut fa coufine germaine ?
Echo parlant quand bruit on maine
Deffus riviere , ou fus étan ,
Qui beaulté eut trop plus que humaine ?
Mais où font les neiges d'Antan ?
Où eft la très -fage Helois ?
Pour qui fut châtré ( & puis Moine }
Pierre Efbaillart à Saint Denis ,
Pour fon amour eut cet effoyne ,
Semblablement où eft la Royne ,
Qui commanda que Buridan
Fut jetté en ung fac en Seine ,
Mais où font les neiges d'Antan p
D vj
La
82
LE MERCURE
$
La Royne blanche comme ung lys
Qui chantoit à voix de Sereine ,
Berthe au grand pied , Bietris , Allys ,
Harembouges qui tint le Mayne ,
·
Et Jehanne la bonne Lorraine ,
Que Anglois brûlerent à Rouen
Où font- ils , Vierge fouveraine?
Mais où font les neiges d'Antan ?
>
Prince n'enquerez de Sepmaine ,.
Où elles font , ne de c'eſt an
Que ce refrain ne vous remaine ,
Mais où font les neiges d'Antan ?
P
Autre Ballade.
Laifant affez & des biens de fortune ,
Ung peu garni , me trouvay amoureux
Voire fi bien , que tant aymay fortune ,
Que nuit & jour j'en étois langoureux ;
Mais tant y a que je fus fi heureux ,
Que moyenant vingt écus à la rofe ,
Je fis cela que chacun bien fuppofe ;
Alors je dis connoiffant ce paffage ,.
Au fait d'amour babil eft peu de chofe ,
Riche amoureux a toûjours l'avantage.
Or
DE JUILLET 1723 .
Or eft ainfy que durant ma pecune ,
Je fus traité comme amy précieux ,
Mais toft après fans dire chofe aucune ,
Cette vilaine alla jetter les yeux
Sur un vieillard riche , mais chaffieux ,
Laid & hideux , trop plus qu'on ne propofe ,
Єe nean moins il en jouit ſa poſe ,
Dont moy confus voyant un tel ouvrage.
Deffus ce texte allay bouter en glofe ,
Riche amoureux a toûjours l'avantage.
Or elle a tort , car noyfe , ny rancune .
N'eut onc de moi , tant lui fus gracieux ,
Que s'elle eut dit , donne moi de la Lune ,
J'euffe entrepris de monter juſque aux Cieux,'
Et nonobftant , fon corps tant vicieux ,
Au fervice de ce vieillart expoſe ,
Dont ce voyant , un Rondeau je compoſe ;'
Que lui tranfmets , mais en pou de langage:
Me refpond franc , pouvreté te dépofe ,
Riche amoureux'a toûjours l'avantage.
Prince tout bel trop mieux parlant qu'Oofe
Si vous n'avez toûjours bourfe d'écloſe ,
Vous abufez , car Meung Docteur très-fage.
›
Nons
84 MERCURE LE
Nous a décrit , que pour cüeillir la rofe ,
Riche amoureux a toûjours l'avantage.
LA VIE DE L'IM PERATRICE
ELEONOR , mere de l'Empereur Regnant
. A Paris , chez J. Jombert , ruë de
Richelieu près la Sorbonne . Claude Laboniere
, rae S. Jacques , & L. A. Thomelin
, Place de Sorbonne , in 12. de 294 .
pages , fans y comprendre , l'Epître à
I'Infante-Reine , la Preface , & c.
M. Lemoine , Docteur de Sorbonne
Approbateur de ce Livre , dit que la vie
de cette Augufte Princeffe eft , un parfait
modele de Religion , de pieté & de toutes
les vertus Chrétiennes , capable d'édifier
toute la Catholicité , & qui engagera
tous ceux & celles qui liront cette
admirable vie , à benir le Seigneur de
nous avoir donné de nos jours un exemple
fi éminent de Sainteté fi grande dans
une Imperatrice & une Reine , qui fidele
à la grace , a fçû joindre à une dignite
fi fublime , & fi éclatante , dont elle
remplit parfaitement & conftamment
tous les devoirs , les Actes les plus Heroïques
du Chriftianifme le plus exact
& le plus ac ompli.
I
Cet ouvrage et écrit avec feu avec
nobleffe , poliment , élegamment , &
foutenu
DE JUILLET 1723 85
foutenu par tout. On y trouve une relation
exacte du dernier fiege de Vienne ,
& beaucoup d'Anecdotes des troubles
de Hongrie.
LE JE NE SAI Quor , par M. Cartier
de S. Philip , à la Haye , chez Jean
Neaulme , 2. vol. in 12. 1723.
> а
"C
M. Cartier de S. Philip dédie cet Ouvrage
àM. de Cruiningen , Grand Baillif
de Muiden , Naerden , Weefop , & c. Ce
Seigneur qui aime les Belles Lettres
été d'un grand fecours à nôtre Auteur
pour la compofition de fon Recueil, diviſé
en quatre Parties. La I. contient 61. Articles
, la II . 36. la III . 43. & la IV. 31 .
La I. traite des Etudes en general general , "
la II, des Predicateurs , la III. de Mas
tieres détachées , & la IV. du Mariage..
On verra d'un coup d'oeil , dit l'Auteur
, dans la Table , les Articles qu'on
touche dans chacune de ces Parties. II "
y a par tout des choſes anciennes &
nouvelles , tant en Vers qu'en Profe. "
Et pour me conformer au goût du pu
blic , qui veut être inftruit & diverti "
tour à tour , j'ai en quelque forte fait "
violence au mien , qui depuis que je "
reflechis , me porte plus fortement au "
ferieux qu'au badin , à l'utile qu'à l'agreable.
66
LE MERCURE
و و
د و
و ر
"'
ble. Je crois n'avoir cité de
fi
gueres
penfées d'autrui , qui n'en valuffent la
,, peine. Pour celles que j'ai tirées en
affez grand nombre de mon fonds ,
elles trouveront
auffi des Approba-
,, teurs , fi elles le meritent , ou de judi-
,, cieux & de charitables
Cenfeurs ,
l'on juge par cet effai , que je fois hom-
,, me à m'animer par l'éloge , & à me
foumettre
à la critique . Le Latin que
je cite en plufieurs endroits , intereffera
,, les Lecteurs qui l'entendent
, & ceux
qui ne l'ont point appris , en trouveront
par tout l'explication
.
33
"
و ر
3'5'
Nôtre Auteur remercie enfuite quelques
-uns de fes amis , qui outre les avis
qu'ils lui ont donné fur fon Amuſement,
(a) y ont contribué encore de leur
fonds par des morceaux en Profe & en
Vers qu'il a tiré de leurs Ouvrages , &
par d'autres morceaux tout nouveaux
dans l'un & dans l'autre genre , qu'ils lui
ont communiqué. Il leur fait honneur de
leurs productions . " Conduite , dit il ,
,, que j'ai tenuë auffi jufqu'au fcrupule à
L'égard de ce que j'ai recueilli d'ail-
ور
"" leurs.
(a) C'est le nom qu'il donne lui -même àfon
Livre.
"
→ Des Ouvrages d'autrui quand on fait un On-
., vrage ,
Et
DE JUILLET 1723. 87
Et qu'aux yeux du Public' on vient à l'étaler ,
A proprement parler , "
Cette façon d'agir n'eft pas un brigandage ,
" Aux Auteurs prendre ainfi , ce n'eſt pas les “
voler , "
و ر
C'eft les renouveller. *
се
1
Enfin , M. Cartier demande deux gra
ces à fes Lecteurs fur les morceaux de fa
façon. " La 1. de ne me fçavoir pas
mauvais gré de la force & de la har- "
dieffe , avec lefquelles je m'énonce
fur les chofes que j'ai crû mauvaiſes. "
On ne peut m'en blâmer avec fonde- "
ment , qu'en cas que j'outre trop les "
matieres. La 2. qu'on ne faffe pas application
de mes caracteres à tels ou à ce
tels individus , au ſujet defquels on "
pourroit certainement fe tromper. Le "
monde eft rempli de perfonnes fujettes "
aux défauts que je cenfure ; & ce font "
toutes ces perfonnes que je me fuis propofé
de confondre , ou plutôt de re- "
dreffer , & non pas nommément une ❝
feule, "
<<
Nous allons extraire ou indiquer fimplement
de chaque Partie quelques-uns
des morceaux , Profe & Vers qui entrent
dans le Je ne fçai quoi . Commençons par
* Le Chevalier de Cailly.
ce
1
"
88
7
LE MERCURE
ce Sonnet , tiré de l'Article 5. de la I.
Partie , de M. Potin , l'un des amis de
nôtre Auteur.
Agrémens de l'efprit , dont nôtre orgueil s'enivre
,
Nous vous eſtimons plus que vous ne meritez
A bien aprecier vos frivoles beautez ,
Ce n'eſt qu'un vain honneur , heureux qui s'en
délivre.
Pour bien tourner des Vers , pour fçavoir faire
un Livre ,
Les beaux efprits fouvent n'en font pas mieux
rentez ,
Et de mille ennemis ces talens redoutez
N'offrent que des lauriers , dont on ne fçauroit
J
vivre ,
C'est trop payer l'efprit de l'immortalité .
Encor fi réservée à nôtre vanité ,
Nos veilles , nos travaux , en étoient de feurs
gages ;
Mais dupes des defirs que flattent les neuf Soeurs ,
De tel qui croyoit voir applaudir fes Ouvrages ,
L'amour propre gémit fous le poids des Cenfeurs.
Dans l'Article feize M. Cartier fait
voir le ridicule de ceux qui étant devenus
riches renoncent à l'étude. Delà nous
paffons à l'Article vingt- neuf où nôtre
Auteur
DE JUILLET 1723 .
85
Auteur répond aux difficultez de la
Nobleffe contre les études. Il réduit ces
difficultez à cinq. Les Lettres font fort
avilies par l'ordre des perfonnes qui s'y
adonnent. On devient craffeux & impoli
par les Lettres. Elles portent à la Pedanterie.
On ne fait pointfortune par les Lettres.
On veut s'avancer dans l'Epée. Copions
la réponſe de nôtre Auteur à la derniere
de ces difficultez .
On veut s'avancer dans l'Epée. Je "
diftingue. On veut s'avancer dans l'E- "
pée , ou par inclination , ou par l'hon- "
neur qu'on y attache préferablement “S
aux Lettres . "
<<
1 Si l'on fe fent le coeur Martial ,
il faut fuivre fon naturel , puifqu'on ne
réüffit jamais dans ce qu'on entreprend,
lorfqu'on le fait par contrainte. Mais «
quelles lumieres ne doit pas avoir un "
bon General d'Armée , par exemple ? “
Il ne doit rien ignorer de l'Hiftoire An- "
cienne & Moderne de tous les peuples "
un peu belliqueux . Il doit fçavoir à “
fonds la Geographie , & plufieurs parties
des Mathematiques. Quel jugement
n'éxige pas encore la conduite “
d'une Armée ? Et quelle moderation ne❝ .
faut- il pas , pour exercer avec dignité
cet emploi fi brillant , fi envié ? Or je
pofe en fait qu'on s'en acquittera toû- "
СС
Сс
"c
<<
jours
90
LE MERCURE
jours très- mal fans étude & fans celle
en particulier de la Religion. D'ailleurs
ne parvient pas à ce pofte qui veut,
» ou qui s'en eft rendu capable.
"
,
la
» 2° On veut s'avancer dans l'Epée ;
» par l'honneur qu'on y attache préfe .
» rablement aux Lettres . La queftion eft
tout au moins problêmatique , à l'examiner
à la balance de la raison . Un
Philofophe Moderne , (a) qui a fçû
joindre l'Epée à la Plume , porte lui-
»même ce jugement de la premiere de
ces Profeffions . Bien dit-il , que
» coutume & l'exemple faffent eftimer le
» Métier de la Guerre comme le plus no-
» ble de tous pour moi qui le confidere
en Philofophe , (b) je ne l'eftime
» qu'autant qu'il vant & même j'ai
»bien de la peine à lui donner place entre
les Profeffions honorables , voyant que
l'oifiveté & le libertinage font les deux
principaux motifs , qui y portent au-
»jourd'hui la plupart des Hommes . C'eſt
» ce qu'affure encore l'Abbé de S. Real
» dans fon Difcours fur la Valeur , à M.
» l'Electeur de Baviere. Mais pour ne
donner tout-à-fait gain de cauſe à
o
"
20
»
pas
,
(a) Descartes , Lettre 118.
(6) Ceci eft d'autant plus remarquable que
Defcartes étoit aufli Gentilhomme."
Def
DE JUILLET 1723. 91
Defcartes , ni fans dire non plus avec «
Ciceron qui porta auffi les Armes , qu'el .
les doivent le ceder aux Lettres , «
Cedant arma toga , concedant laurea «
lingua.
и
Avoüons que , vú le fâcheux état des «<
chofes , (a) ces deux Profeffions font «
auffi neceffaires au monde l'une que se
l'autre ; & que ceux qui les exercerent «
avec honneur , & avec diftinction , me- «
riterent également l'immortalité qu'on «
leur a donnée. «
Nôtre Auteur parcourt , dans l'Arti- «
cle fuivant , les qualitez neceffaires à ce
ceux qu'on éleve aux emplois .
Il prouve dans les Articles 46. & «
401. que les études ne font pas
pour tout le monde.
faites GS
Voici le contenu de l'Article 59.
Une Dame qui fe piquoit d'avoir «
beaucoup lû , m'en donna un jour cette «
preuve. Comme je la trouvai dans fa «
chambre avec un Livre à la main , je «
lui demandai quel Livre elle lifoit ? «
Cette fçavante fille , qui depuis s'eft fait «
traduire en femme , me répondit , que e
c'étoit un Livre Synonyme . Moi qui ne «
pouvoit croire qu'une perfonne qui avoit e
tant lû pût faire une pareille faute ,
(a) Je parle de la fatale neceffité des Armes .
C6
autre92
LE MERCURE
>>
» autrement que par inadvertance ,
» réïterai ma demande , à quoi elle répondit
de même que la premiere fois.
» Enfin pour m'éclaircir entierement du
fait , je la priai de m'expliquer le mot
» Synonyme , dont je feignois d'ignorer
» la fignification. Cette Dame me dit har-
» diment , & fans aucun préambule
» qu'un Livre Synonyme étoit un Livre
où le nom de l'Auteur n'étoit point marqué.
Ne pouvant alors plus douter de
»l'ignorance de la Dame , je fis le Doc-
» teur à mon tour & je lui appris la
» difference qu'il y a entre Synonyme
» qu'elle difoit , & Anonyme qu'elle de-
"
"
» voit dire.
>
M. Cartier après avoir allegué dans
l'Article 10. de la II. Partie le fentiment.
du P. Gisbert , & de l'Abbé de Villiers
fur les trop frequentes citations que certains
Predicateurs font dans leurs Sermons
, il continuë de la forte .
» Il eft donc des occafions où l'on doit
citer les Peres , & d'autres Auteurs ;
» mais il le faut faire toûjours avec choix ,
» & avec difcernement ; enforte qu'on
» n'offre à l'esprit de fes Auditeurs que
» des endroits qui foient dignes de leur
» attention. Mais quelle pitié !
23 Il en eft qui d'un goût , d'un efprit de tra-
>> vers ,
ComDE
JUILLET 1723. 93
Compi'ant pour prêcher cent paffages divers , ' ,
Appliquez à tranfcrire , à piller un volume ,
De l'or qu'il leur fournit ne prennent que
cume. " *
<<
=
Féce
Si l'on ne peut pardonner cette affec- ce
tation à un Prédicateur , dont on eft c
feur qu'il a compilé dans les originaux , «
les paffages qu'il nous cite , que ne «
penfera-t'on pas de celui , qui n'ayant «
pas même eu le temps de lire & de
mediter avec foin l'Ecriture , & fon ce
Systême , remplit cependant à tort & «
à travers fes Sermons de fentimens des ce
Rabbins , des Peres Grecs & Latins , «
des Commentateurs Anciens & Mo- «
dernes , des Hiftoriens Ecclefiaftiques ce
& Prophanes , & des Philofophes de «
tous les temps , & de toutes les fectes , «
dont certainement il n'a jamais vû les «
Ouvrages que par le dos ; mais dont il ce
a trouvé des lambeaux dans fon Syſte
me , dans fes Commentaires , ou dans «
d'autres Livres François ou Latins affez
communs , & qui fourniroient à qui
que ce foit qui entendroit ces deux Lan- ce
gues , & qui jetteroit les yeux fur ces c
Livres , la même occafion de paroître
fçavant à très peu de frais ? J'Epargne «
* L'Abbé de Villiers.
сс
сс
c6
co
ce
94 LE MERCURE
» ce Prédicateur , & tous ceux qui lui
» reſſemblent , en fupprimant ce que j'en
» ai ſouvent oui dire , & penfé moimême.
Veritez & bons mots en Vers , tirez
de l'Article 33.
Anacreon plus que Sexagenaire ,>
Et Lycidas d'un âge preſque égal ,
Dans leurs moeurs à mon gré ne s'accordoient
pas mal.
Renonçant l'un & l'autre à la fageffe auftere ,
Ils chantent la Déeſſe adorée à Cythere.
Sur l'avenir pleins de fecurité,
Leur fageffe eft la volupté ,
L'indolence leur caractere ,
Et Bacchus leur Divinité.
Mais une double difference
Rend ces deux illuftres divers ;
Anacréon faifoit des Vers ,
Et Lycidas prêche la Temperance.
Sa feule longueur nous êmpêche de
copier ici l'Ode fur la fauffe , & fur la
veritable grandeur , adreffée à M. Laugier
de Taffy , par M. Potin . Cette Ode
fait le fujet du s. Article.
* III. Partie.
11.
DE JUILLET 1723. 95
Il blâme avec rafon & avec force
la coutume de plufieurs Bourgeois de
Hollande , lefquels quand ils donnent à
manger , font tenir un Domeftique à la
porte ; afin d'obliger leurs convives à
payer , en fortant , le repas qu'ils viennent
de prendre. *
Reffemblance entre le Tabac en poudre &
l'Amour , tirée de l'Article 39.
Du Tabac , de l'Amour , chacun eft entêté ,
Le Soldat & l'Abbé , la Coquette & la Prude ,
Par le bel air d'abord on s'y trouve porté ,
Ce bel air du plaifir eft bient eſcorté ,
Le plaifir devient habitude ,
Et l'habitude enfin devient neceffité. M. V * E**
Si M. Cartier fe livre ici à la bagatelle
, en faveur du Public , qui , comme
il l'a remarqué dans la Preface , vent
être inftruit & diverti tour à tour , il
donne auffi de fort bonnes leçons aux
deux fexes fur le mariage. Pour ne pas
pouffer trop loin cet extrait , nous renverrons
les curieux à fes leçons. Copions
ou indiquons quelques unes des Pieces
en Vers les plus nouvelles , que nôtre
Auteur a inferées dans la premiere Partie
de fon Je ne sçai quoi.
* Article 27.
E Nous
૩ LE MERCURE
Nous avons déja fait uſage de la Cântate
de M. de la Grange, intitulée la Belle
Hollandoife , Cantate qui fait ici la mariere
du 18. Article. Au refte M. de la
Grange a fait une autre Cantate , intitulée
Dédale , qu'on trouve dans l'Article 16.
de la Partie III. de ce même Recüeil.
L'Epithalamifte mal récompenfe de fes
peines , par M. L** D * T**.
Dans un Païs jadis peuplé par des pêcheurs , "
Où font gens que l'on dit prudens , de bonnes
moeurs
Fût un fçavant faiseur d'Epithalames ,
Flatteur de fon métier ( quand il s'agit des Dames,
Conviendroit-il de citer leurs défauts ?
Et combien d'hommes vrais nigauds >
Avec du bien fur tout fe plaifent qu'on les flattes
Ce Poëte indulgent pour qui graiffe la patte ,
Fût inftruit que l'Hymen devoit au premier jour
Refferrer des noeuds que l'Amour
Avoit formez long-temps d'avance ,
Efperant bonne récompenſe
Du couple, riche des parens ,
>
Qui poffedoient les premiers rangs ,
Il chanta l'Amant & l'Amante,
Une
DE JUILLET 1723 .
97
.
Une Epithalame brillante ,
Vantoit leurs belles qualitez ,
Souhaits heureux de tous côtez .
Les Dieux des Eaux , les Tritons , les Nayades ,
Nymphes , Syrénes , & Dryades ,
Venoient tous fur la ſcene , & faifoient galamment
,
Au couple heureux leur compliment.
L'Auteur s'en applaudit , & fait mettre fous
preffe
L'ouvrage plein de politeffe ;
On prend un exemplaire , & l'ayant honoré
D'un couvert de papier doré ,
S'empreffe d'en faire l'offrande.
Mais que fa furprife fut grande !
Bien loin de recevoir un fac d'argent ou d'or ,
Et des remercimens encor >
L'encens fut rejetté. Qu'est- ce que l'on veut dire ?
Dirent nos Amoureux . Eft -on dans le délire ?
L'Auteur qui fait parler Nayades & Tritons ,
N'a qu'à porter ailleurs ſes tons :
Son encens nous paroît inutile à la fête
Chacun les mêmes mots repete ,
L'écrit eft promené de l'un à l'autre bout ,
Eij
On
98 LE MERCURE
(
On n'y trouve , ni fel , ni goût.
On le berne. Il n'eſt pas juſqu'à la chambriere ,
Qui ne le life avec la cuifiniere ,
Et puis de s'en mocquer. Je conclus de ceci ,
Deux points évidens, les voici :
Que tout Auteur qui rend Apollon mercenaire
Merite ce falaire.
Pourquoi vouloir flatter les gens ,
Et fans les confulter , les barbouiller d'encens >
J'ajoûte qu'on ne peut trop louer la fageffe
De cet Amant & de cette Maitreffe ;
C'eſt aux Auteurs une belle leçon ,
Batave rarement fe prit à l'hameçon ,
Et ne troqua fon or pour de belles paroles ,
Encor moins pour des fariboles.
Avez -vous des effets comment eft le cours ? tant,
Hé bien tout auffi - tôt vous aurez du comptant ,
Argent de caiffe , ou bien argent de Banque ;
Pour des écrits flatteurs , ce n'eſt pas ce qui man
que ,
On en a fait fouvent pour un morceau de pain .
La longueur de cet extrait nous empêche
de mettre ici un morceau de
Poëlie , contenant l'éloge du Thé ; mais
pêélie ,contenant
nos
DE JUILLET 1723 .
وو
nos Lecteurs n'en feront pas privez , nous
le donnerons une autre fois.
LES AMANS IGNORANS , Comedie ,
reprefentée par les Comediens Italiens ,
&c. A Paris , chez la veuve Gilleaume.
Quay des Auguftins 1723. in 12. de 115 .
pages.
,
eut
Certe Piece qui fut d'abord repreſentée
au mois d'Avril 1720. eft de M. Autreau ,
déja connu par plufieurs autres Comedies
de fa compofition qui ont eu beaucoup
d'applaudiffemens furtout fon
Naufrage au port à Langlois ,
une grande réüffite , & a fixé , à ce
qu'on prétend , les Comediens Italiens à
Paris. C'eft la premiere Piece Françoife
qu'ils y ont reprefentée. Celle - ci plût
beaucoup au Public dans fa nouveauté ,
& on la voit encore tous les jours avec
plaifir. Nous allons tâcher de mettre nos
Lecteurs en état d'en juger par l'extrait
que nous en allons donner.
ACTEUR S.
Pantalon , Noble Venitien.
Mario , fils de Pantalon , Amant de
Flaminia.
Lelio , Ami de Pantalon , pere de Flaminia.
E iij
Fati
700 LE MERCURE
Fatime , Amante de Mario.
Flaminia , fille de Lelio.
Bertoldo , Jardinier , Concierge de la
Maifon des champs de Pantalon.
Argentine , feconde femme de Bertoldo .
Nina , fille aînée de Bertoldo , Amante
d'Arlequin.
Gianetta , fille cadette de Bertoldo.
Arlequin , Chevrier dans le Village ;
fils de Braccolino , Laboureur , mais qui
ne paroît point.
Violette , femme de Trivelin , Barbier
du Village.
Trivelin , mary de Violette.
Balordino , Nourriffier de Flaminia ;
Tabellion d'un Village prochain.
Barbanera , Corfaire Turc.
Troupe de Vendangeurs & de Vendangeufes
.
·
Troupe de Soldats Turcs.
Un Traiteur , & fes gens ,
G
Garçons
d'Office , de Cuifine , Servantes & Marmitons.
ACTE I.
Trivelin feul ouvre la Șcene, chargé de
faire tenir une lettre du Seigneur Mario
à la Signora Fatima fon Amante. Il
attend l'occafion favorable
pour s'acquitter
de fa commiffion , malgré les foins
de Bertoldo , Jardinier- Concierge de la
maiDE
JUILLET 1723 .
Jor
maifon des Champs de Pantalon ; ce
Pantalon eft pere de Mario , & c'eft luimême
qui a mis cette belle eſclave ſous
la garde de Bertoldo pour empêcher que
fon fils ne la voye.
SCENE II.
Bertoldo , Trivelin.
que
L'on
C'eft ici une Scene purement d'expofition.
L'Auteur a imaginé une maniere'
d'expofer très -finguliere & très - neuve..
Trivelin conte toutes les avantures de
Fatime à Bertoldo par maniere d'acquit
, comme s'il les avoit apprifes de luimême
en beuvant bouteille. Bertoldo a
beau lui protefter qu'il lui fait dire des
chofes qu'il n'a jamais fçûës ; Trivelin
lui répond avec Hippocrate , que le vin
fait dire ce l'on fait, & ce que
ne fçait pas. Nota , que Trivelin eft Chirurgien
, Apotiquaire, & Medecin ; &
qu'ainfi Laphorifme eft bien en place. Il
ajoûte que Pantalon fçait tout le miftere
des Amours de Mario & de Fatime , &
que c'eft pour dégoûter fon fils de cette
avanturiere , qu'il l'a envoyée dans cette
maiſon des champs , pour la faire bien
travailler , & pour lui riffoler le teint .
Bertoldo lui répond en jurant , qu'il ne
peut fçavoir cette derniere circonftance
E iiij que
TOZ LE MERCURE
que de fa femme à qui il rompra les bra,
elle lui parle de fa vie. Bertoldo quitte
brufquement Trivelin , fous prétexte
d'aller recevoir le Seigneur Pantalon qui
doit venir en fa maifon des champs.
SCENE III.
Fatime , Trivelin.
Trivelin n'eft pas plus avancé pour
rendre fa lettre qu'il l'étoit en arrivants
mais le fort lui amene la perfonne à qui
cette lettre eft deſtinée , c'eft la Signora
Fatime qui fait d'abord connoître fa fituation
& fon caractere par cet à parte :
je fuis partis d'Alger pour devenir Sultane
à Conftantinople , & me voilà Payfane
dans un Village d'Italie ; mais j'en
fuis partie pour devenir esclave à jamais ,
me voila libre pour toujours. Fortune,je
t'en rends grace ; laiffe - moi ma liberté ;
c'est tout ce que je te demande. L'Auteur
la fait d'abord parler ainfi pour preparer
ce qu'elle doit faire dans le cours de la
Piece. Elle aime Mario ; mais elle aime
la liberté , qu'elle craint de ne pas trouver
dans l'Hymen que fon Amant lui
propofe. C'eft une perfonne fage qui pré.
fere un établiffement modefte & tranquille
à une fortune éclatante , mais d'autant
plus expofée au trouble. Elle lit tout
bas
DE JUILLET 1723. 103
bas la lettre que Trivelin lui remet de la
part de Mario . Trivelin paroît furpris de
l'indifference affectée avec laquelle elle
lit cette lettre . Elle lui ouvre fon coeur
en ces termes : Non , je ne fuis pas affez
ingrate pour hair Mario , il m'a tirée d'ef
clavage's il a même en la generofité de ne
me point ôter les pierreries , dont on m'avoit
ornée pour plaire au Grand Seigneur
il eft riche & de qualité , il m'aime &
veut m'époufer , moi qui n'étois qu'une efclave
, & qui ne fuis peut être que la fille
d'un Rayfan. Qu'arriveroit- il de cela ?
qu'au lieu d'être efclave à Conftantinople ,
je le ferois à Venife . Voilà un raiſonnement
qui continue à établir le caractere
dont nous venons de parler. Mario- n'a
pas fait un grand effort , en laiffant à une
perfonne aimable , & qui doit lui avoir
plû du premier regard , des pierreries
⚫ dont on l'avoit ornée ; mais ces pierreries
ne font pas là pour rriieenn , & l'Auteur ne
les y a mifes , que parce qu'elles doivent
fervir à faire reconnoître l'Efclave, & c'eſt
en quoi l'Auteur eft très- loüable. Fatime
fait entendre à Trivelin qu'elle aime
mieux pour fon repos , & pour conferver
fa liberté , n'époufer qu'un fimple Payſan
qu'elle peut enrichir en lui apportant
fes pierreries en dot. Tout ce que Trivelin
peut obtenir d'elle en faveur de M₁-
,
Εν
rio,
104 LE MERCURE
rio , c'eft qu'elle lui faffe un mot de rêponſe
, elle fort pour lui écrire.
SCENE I V.
Trivelin feul.
Trivelin réflechit fur tout ce que Fatime
vient de lui dire . Il trouve fon
compte dans la derniere réfolution qu'elle
a prife. Il n'a plus rien à craindre de
la part de Pantalon , homme vindicatif
& puiffant , qui ne manqueroit pas de le
punir d'avoir fervi fon fils dans une intrigue
de cette nature ; au lieu que Fatime
époufant un Payfan dans fon Village
, c'eft pour lui , Chirurgien , Medecin-
& Apotiquaire , une pratique de plus ,
& en plus d'une maniere ; ouy , conclut
il , un Payfan eft mieux fon fait & le
mien.
ACTE V.
Arlequin , Trivelin.
Arlequin arrive en révant à ſon amour
pour la belle Nina auffi innocente que
Tui. Trivelin en le voyant paroître , forme
la réfolution de le charger de la lettre
que Fatime va écrire pour Mario. La
neceffité de faire tenir cette lettre par
Arlequin n'eft pas fondée' , chofe à laquelle
l'Auteur ne manque guere , & qui
n'étoit
DE JUILLET 1723 . 105
n'étoit pas difficile à imaginer. Paffons.
Trivelln engage Arlequin à fe charger
de cette lettre , par la promeffe qu'il lui
fait d'un beau prefent , dont il pourra
faire part à fa chere Nina , après un pe
tit inbraglio que la lettre , le prefent ,
Mario , Fatime , & Nina font dans l'efprit
d'Arlequin ; il promet tout fans y
rien comprendre , comme il fait dans
toutes les pieces. Qu'importe , pourvû
qu'il nous en revienne du plaifir ?
Dans la fixiéme Scene Arlequin en
attendant le retour de Trivelin , qui eft
allé chercher la lettre en queftion , rêve
à fes amours. Il s'ennuyé de ne point
voir Nina ; & pour faire diverfion à fon
chagrin , il tire une rape , un bilboquet ,.
il demande s'il n'y a perfonne qui veuille
jouer avec lui au biribi , & tout cela
eft affaifonné de traits convenables aux
moeurs du temps.-
SCENE V I. & VII..
Arlequin , Nina , Fatime.
Dans la premiere de ces deux Scenes ,
Arlequin & Nina ne font que préluder
de tendreffe & d'ignorance. Le lecteur
juge bien que ce font ici les Amans igno-.
rans qui donnent le titre à la Comedie..
Fatime furvient à l'autre Scene . La
E- vj, naïve.
106 LE MERCURE
naïveté d'Arlequin , picquant fa curios
fité , l'oblige à fe cacher pour entendre
cette nouvelle maniere de faire l'amour
fans le connoître . Rien n'eft mieux traité
que cette Scene , c'eft la fimple nature
qui parle ; mais avec tant de force que .
Fatime en oublie Mario pour quelque
temps , & femble . prendre de l'amour
pour Arlequin . Ce changement paroitroit
un peu brufqué, s'il n'eftoit preparé , par
ce que nous avons remarqué dans les Scenes
precedentes. Fatime fe fait voir aux
deux Amans dans un endroit de la Scene ,
ou , furpris de leur maladie reciproque ,
ils croyent qu'on a jetté un fort fur eux.
Remettez- vous , leur dit - elle , remettezvous
, mes enfans ; non , vous n'êtes point
enforcellez. Ily a long- temps queje vous
écoute , j'ai entendu vôtre maladie ; là
confolez- vous , j'ai des fecrets pour vous
en délivrer. Elle leur apprend que cette
maladie s'appelle amour , maladie qui
prend ordinairement dans la jeunelle .
Elle congedie Nina , fous prétexte que
fa mere la demande , & demeure feule
avec Arlequin.
SCENE IX.
Fatime , Arlequin.
Fatime
promet à Arlequin de le guerir
de
DE JUILLET 1723. 107
de fa maladie , & de lui faire voir une
épreuve de fon remmede en la perſonne
de Mario atteint du même mal . Les foulagemens
dont elle lui parle pour cette
maladie , font des lettres , des rendezvous
, des fentimens , des raccommodemens,
& c. Arlequin compte tous ces ingrediens
par fes doigts , & fe prepare à s'en fervir
en temps & lieu. Fatime le charge d'aller
porter à Mario la réponſe qu'elle vient
de lui faire. Elle lui annonce qu'il verra
Mario commencer par bailer cette lettre,
figne d'une prochaine guerifon ; ce baiſer
fera fuivi d'un rendez- vous , & du miftere
dautant que Mario viendra la trouver
, déguisé en Payfan ; tout cela augmente
la furpriſe d'Arlequin , & l'envie
qu'il a de mettre en pratique la premiere
leçon qu'on vient de lui donner pour
guerir. Arlequin fort pour s'acquitter de
la commiffion que Fatime vient de lul
donner .
;
SCENE X.
Fatime , Trivelin un peu après.
que
Cette Scene entre 'Fatime & Trivelin
ne contient autre chofe l'aveu que
Fatime lui fait de l'envie qu'elle a d'a
voir un mari tel qu'Arlequin , elle fe flatte
de détruire un amour qui eft plutôt un
befoin du coeur qu'un fentiment fondé
fur
108 LE MERGURE
fur l'eftime . Trivelin lui annonce la
prochaine
arrivée de Pantalon , Seigneur du
Village , qui emmenant fon fils Mario à
Venile , facilitera le deffein qu'elle a formé
de fe marier avec Arlequin.
SCENE XI.
Fatime , Nina.
Cette Scene eft encore parfaitement
au fujet. Fatime interroge Nina fur fa
maladie ; Nina lui répond les plus jolies
naïvetez du monde. Fatime lui propofe
pour remede le mariage, ou l'abfence ; elle
ne veut ni de l'un , ni de l'autre , à cauſe ,
dit- elle , qu'elle voit que les gens mariez
ne fe font plus de niches , ne fe donnent
plus de coups de poing , & pour l'abfence
, elle ne peut fe réfoudre à ne voir
plus fon cher Arlequin , ce qui le feroit
plutôt mourir que le mal même , dont
on lui propoſe la gueriſon.
SCENE XII.
Fatime , Arlequin , Mario un peu après.
Arlequin dit à Fatime que Mario à
reçû la lettre qu'elle l'avoit chargé de
fui rendre , qu'il l'a bailée comme elle
lui avoit prédit , & qu'il vient effayer
du miftere , du rendez-vous , des faveurs
bonneDE
JUILLET 1723. 100
honnêtes , &c. Arlequin fe retire pour
obferver Mario de loin , & prendre fa
feconde leçon . Mario vient. Fatime rab
bat fa joye , en lui difant qu'elle ne veut
pas l'époufer , quoiqu'elle trouve fa fortune
dans cet établiffement. Mario n'oublie
rien pour diffiper la crainte que lui
infpire l'humeur violente de Pantalon ;
Fatime , craignant qu'il ne faffe quelque
éclat qui deceleroit fon traveftiffement
lui laiffe quelque rayon d'efperance . Mario
fe jette à fes pieds , & lui baiſe la
main ; Arlequin obferve tout , & entendant
Mario qui dit me voilà l'homme du
monde le plus content , vous effacez tous
mes chagrins ; je fuis gueri , bon , dit
Arlequin à part , il eft gueri , il eft gueri
SCENE XIII. & XIV.
Fatime , Mario , Trivelin , Arlequin
Ces Scenes font des plus plaifantes , &
des plus convenables au Theatre Italien .
Trivelin oblige Mario & Fatime à s'en
fuir par la nouvelle qu'il leur donne de
l'arrivée de Pantalon . Arlequin fe rappellant
tout ce que Mario a fait pour guerir
, demande une lettre à Trivelin , comme
un des ingrediens de la recette. Trivelin
e doute que c'eſt - là une des balour
deries d'Arlequin ;, & pour s'en divertir
jufqu'au
110 LE MERCURE
juſqu'au bout , il lui donne une lettre qu'il
a reçûë d'un de fes malades. Arlequin le
prie de vouloir bien la porter à Nina , &
lui dit , que cela produira le rendez - vous,
le miftere , les faveurs honnêtes , & finalement
la guerifon. Trivelin confent à
tout pour le donner la Comedie. Nina
vient , Arlequin fe retire & fe couvre le
nez de fon manteau pour faire le miſtere.
Il copie Mario , Trivelin prefente la
lettre à Nina qui n'y trouve autre chofe
qu'une felle copieufe , dont un malade
inftruit Trivelin. Arlequin demande à
Nina, fi elle n'eft point guerie, elle lui dit
que non , & ne le trouvant gueris ni l'un
ni l'autre , ils concluent qu'il leur faut
d'autres temedes. L'arrivée de Pantalon
pere de Mario , & de Berroldo , pere
d'Arlequin les oblige de fe retirer.
SCENE X V.
Pantalon , Bertoldo.
,
Pantalon dit à Bertoldo qu'il eft trèscontent
de lui , que fes vendanges vont
bien , que ce qu'il a appris de la réfſolution
de Fatime lui rend le coeur joyeux ,
& qu'il veut que chacun s'en reffente .
Voilà ce qui fonde le divertiffement de ce
premier Acte Il roule fur la vendange .
Nous avons été un peu long jufqu'ici ,
parce
DE JUILLET 1723 . IIr
parce que le fujet le demandoit . Nous
allons traiter ce qui refte d'une maniere
plus fuccinte .
ACTE II.
Dans la premiere Scene Violette , Violette
, femme de Trivelin , foupçonne fon
mari d'infidelité , & fe cache pour obferver
tout ce qui concerne ſa jaloufie.
SCENE I I.
Nina , Gianetta , Violette cachée .
Nina demande à Gianetta fa petite
foeur , beaucoup moins ignorante qu'elle,
des nouvelles de ce qui fe paffe dans le
logis. Gianetta après l'avoir raillée fur fon
innocence , lui apprend que leur pere &
leur belle- mere parlent de la marier ;
Nina lui demande avec qui ; Gianetta lui
répond , qu'elle n'a pas ofé tout écouter
de
peur d'être apperçue , & lui dit d'al
ler écouter elle - même. Nina fort pour
aller écouter.
SCENE III.
Violette , Gianetta.
Violette veût tirer les vers du nez à
Gianetta , au fujet de fon mari . Gianetta
plus fine qu'elle lui efcamotte un fichu
fur
172 LE MERCURE
fur la promeffe qu'elle lui fait de lui ap
prendre où eft Trivelin , & après avoir
reçû le fichu , elle lui dit en s'enfuyant
qu'il eft dans fa chemiſe.
SCENE IV.
Fatime , Trivelin peu après ;
Violette cachée.
Fatime vient chercher Trivelin pour
fçavoir de lui ce qu'il a fait auprès de
Braccollino , pere d'Arlequin . Trivelin
arrive , & lui apprend que Braccolino a
accepté avec plaifir la propofition qu'il
lui a faite de fa part ; mais il lui dit qu'il
doute fort qu'Arlequin confente auffi facilement
que fon pere au mariage propofé.
Fatime lui dit qu'Arlequin eft fi bête
qu'il donnera fans peine dans le piege
qu'elle va lui tendre. Trivelin prie Fatime
de lui faire voir Argentine à qui il a
befoin de parler , Fatime le lui promet ;
Violette qui a tout entendu de l'endroit
où elle étoit cachée , vient brufquement.
& veut devifager Fatime qui fe fauve
promptement. Elle laiffe le mari & la
femme aux prifes , & va fe cacher. Trivelin
fait la paix avec Violette , aux conditions
qu'il fera fidelle à l'avenir , &
que de fon côté elle ne dira rien de
tout ce qu'elle a entendu.
SCE
DE JUILLET 1723. 113
SCENE V.
Fatime revient , & Arlequin peu après.
Arlequin dit à Fatime que
telequin
naturelfon
remede
ne vaut rien ; Fatime lui en indique un
autre qui eft le mariage qui guerit l'a
mour à coup feur. Elle explique à Arlequin
ce que c'eft que le mariage , & furtout
elle appuye fort fur le feftin de la
nôce & du lendemain .
lement gourmand goûte fort ce dernier
remede , & s'y tient. Le deffein de Fati
me eft d'engager Arlequin à l'épouſer
elle-même , fous prétexte de lui appren
dre tout ce qu'il doit faire en époulant
Nina . La bêtife d'Arlequin authoriſe
cette fourberie qui feroit trop groffiere
pour tout autre .
SCENE V I.
Lelio , Pantalon , Fatime.
Pantalon prefente Fatime à Lelio for
ami intime , & lui apprend que c'eſt cette
fille qui veut époufer Arlequin par une
adreffe qu'elle a imaginée. Fatime promet
cette Comedie à Lelio , pour diffiper
les chagrins que lui a caufez la nouvelle
qu'il a reçûë de la mort de fa femme
& de fa fille. Cette nouvelle lui a été
donnée
Is 4 LE MERCURE
donnée par un Tabellion , appellé Balorz
dino , pere nourriffier de fa défunte fille .
Balordino vient , & tout vieux qu'il eſt
il demande en mariage Nina qu'il vient
de voir. Pantalon dit à Fat me , que ce
mariage vient à propos pour la débarraffer
d'une Rivale , dont Arlequin n'ef
que trop amoureux .
SCENE VII.
Mario , Violette.
Violette malgré la promeffe qu'elle a
faite à Trivelin de ne rien dire de ce
qu'elle a entendu de l'endroit où elle
étoit aux écoutes , apprend à Mario le
deffein de Fatime. L'Auteur fonde cette
petite perfidie fur la peur que la jalouſe
Violette a que Trivelin ne mitonne Fati
me comme une bonne fortune , qui ne
fçauroit lui manquer quand elle aura
épousé un homme auffi bête qu'Arlequin.
Mario jure que Trivelin lui payera cette
fourberie. Violette le prie de fe contenter
de lui donner quelques coups de bâton
pour la vanger de ceux qu'il lui donne
quelquefois.
SCENE
DE JUILLET 1723. 115
SCENE VIII.
Mario , Arlequin paré ridiculement.
Mario n'oublie rien pour détourner
Arlequin du mariage , & , pour y réüfſir,
il lui en apprend tous les inconveniens ;
il lui dit enfin que Fatime , fous prétexte
de lui faire époufer fa chere Nina , veut
l'engager à l'épouſer elle - même .
SCENE I X.
Mario , Arlequin , Nina.
Nina toute allarmée annonce à Arlequin
qu'on veut l'obliger à époufer ce vilain
de Tabellion , nommé Balordino . Arlequin
entre par dégrez dans une fi grande
fureur qu'il veut battre Mario qu'il
prend pour Balordino. Il ne refpire que
vangeance. Mario & Nina l'emmènent .
SCENE X.
Balordino , Arlequin un moment après :
Balordino s'applaudit de fon prochain
mariage avec Nina , Arlequin qui revient
, & l'entend , le roffe.
SCENE
X16 LE MERCURE
SCENE X I.
Pantalon , Lelio .
C'est ici une Scene de preparation à
la Cataſtrophe. Pantalon avoue de bonnefoy
à Lelio qu'il eft fi chariné de la
vertu de Fatime , qu'il ne feroit nulle
difficulté de la donner à fon fils Mario ,
pour peu qu'elle fut d'une condition
plus proportionnée à la leur. Il parle
d'un enlevement dont elle l'a entretenu,
& il a de la peine à comprendre que les
Turcs puiffent faire des courfes fi près
de Venile. Lelio lui dit que cela n'eft pas
fi difficile qu'il le croit . Par-là l'Auteur
apprend adroitement aux Spectateurs que
Fatime a été enlevée par des Turcs , &
qu'il fe peut faire qu'elle foit Venitienne.
SCENE XII.
J
Fatime , Pantalon , Lelio , Balordino.
Fatime parée pour la nôce demande à
Pantalon fi elle n'eft pas affez brave pour
un Païfan. Pantalon lui répond poliment
qu'elle meriteroit un meilleur fort. 11
affaifonne ce compliment d'un prefent
de nôces de mille écus , qu'elle refufe
genereufement , en le priant de donner
cette fomme à la pauvre Nina pour la
dédomDE
JUILLET 1723. 117
dédommager du vol qu'elle lui fait de
fon cher Arlequin. Cette noblefſſe de
fentimens frappe tellement Lelio qu'il
l'embraffe. En l'embraffant il découvre
une chaîne d'or dont elle vient de fe parer.
Il lui demande avec furpriſe de qui
elle tient ce bijou , elle lui répond que
le Corfaire Barbanera le lui mit au col ,
en l'envoyant à Conftantinople. Balordino
qui furvient , & qui a entendu une
partie de ce qu'on vient de dire , fe jette
aux pieds de Lelio , & lui avoue que Fatime
eft fa fille Flaminia que le Corfaire
Barbadiero avoit enlevée d'entre fes bras
avec cette chaîne , dont les chiffres doivent
la lui faire reconnoître ; il ajoûte
qu'il avoit mieux aimé lui dire qu'elle
étoit morte , que de lui apprendre qu'elle
étoit esclave , ou Mufulmane , Lelio embraffe
fa fille. Dans le même temps Barbanero
fuivi de Soldats Turcs arrive,
-Fatime qui le reconnoît dit à Lelio fon
pere , & à Pantalon de la laiffer faire ,
& de ne rien craindre. Elle fe fait connoître
à Barbanero , fon ancien patron ,
& fait fi bien qu'elle le fait ennivrer lui
& toute fa troupe , ce qui donne lieu au
divertiffement de ce fecond Acte. Nous
avions promis d'être fuccints mais la
multiplicité d'incidens ne nous l'a pas pérmis.
Nous allons effayer de tenir parole
dans le dernier . Аств
,
$18 LE MERCURE
ACTE II I.
Nous ne donnerons pas l'extrait de ce
dernier Acte , Scene par Scene. Il eſt
encore fi plein que la prolixité dans laquelle
nous fomines déja tombez malgré
nous feroit inévitable. Nous nous
contenterons donc de dire qu'Arlequin
& Nina perfiſtant dans leur dégoût pour
le mariage , l'Auteur a imaginé deux Scenes
où ils devoient voir les inconveniens ,
& les agrémens du mariage. Le public .
s'attendoit fans doute que les agrémens
l'emporteroient , & que par là Arlequin
& Nina feroient déterminez à s'époufer :
point du tour. La premiere Scene fe paffe
entre Bertoldo & Argentine. Elle eft
toute en inconveniens. La feconde qui eſt
entre Trivelin & Violette , commence
par les agrémens , & finit par les inconveniens.
C'eft un raccommodement fuivi
d'une nouvelle rupture ; de forte qu'Arlequin
& Nina font confirmez de plus en
plus dans la réfolution de ne fe point
marier. Par où font- ils donc déterminez
au mariage ? Par la feule curiofité de
fçavoir ce qui fe paffe dans le pays des
nôces , pays de l'invention de l'Auteur ,
pour donner une derniere fête. I's font
introduits dans ce pays inconnu par un
Tabellion , nommé Cornelio Cornetto ;
on
DE JUILLET 1723. 119
on peut juger du pays par le nom de l'introducteur.
Toutes les chanfons de la
fête finiffant par ces refrains alternatifs ,
ne vous mariez pas , & mariez - vous donc.
Mario époufe Fatime qui eft devenue
Flaminia , fille de Lelio , & Arlequin ſe
marie avec Nina , au grand contentement
de leurs peres , & des fpectateurs.
La De Silvia , & le fieur Thomaffin
joüent dans cette piece les perfonnages
de Nina & d'Arlequin , de la maniere du
monde la plus charmante.
NOUVEAU TRAITE' des Inftrumens
de Chirurgie les plus utiles , & de plufieurs
nouvelles machines qui font propres
pour les maladies des os , dans lequel
on examine leurs differentes parties ,
leurs dimenfions les plus commodes , leurs
ufages , & on fait fentir autant qu'il eſt
poffible , la vraye maniere de s'en fervir ,
fouvent fuivie de quelqu'obfervation Chirurgicale.
Ouvrage très - neceffaire aux
Chirurgiens , & très-utile pour les Couteliers
. Enrichi de Figures en Taille-
Douce , qui répondent à l'explication.
Par René- Jacques - Croiffant de Garengeot
, Chirurgien à Paris . Il fe vend à Paris
, au Palais , chez Pierre- Jacques Bienvenu
, au fecond Pillier de la Grand'-
Salle , à la Fortune , 1723 . le prix eft de
6. liv. F Ce
120 LE MERCURE
Ce Livre contient deux volumes indouze.
Dans le premier volume on y fait
mention de tous les inftrumens de Chirurgie
, qui font employez pour faire les
Operations qu'on a coutume de pratiquer
fur les parties molles , & le fecond volume
traite non- feulement des inftrumens
qui font utiles pour les Operations des
parties dures , mais encore de plufieurs
nouvelles machines qui ont été inventées
par les plus celebres Chirurgiens de Paris
, pour remedier aux tendons coupez ,
aux fractures des os , & à leur déboëtement
où diflocation .
On commence cet Ouvrage par divifer
les inftrumens en plufieurs claffes ,
afin de fuivre l'ordre du Traité d'Operations
de Chirurgie , que l'Auteur publia
il y a trois ans , & qui fut très-bien reçû
du public. On y rejette plufieurs inftrumens
inutiles & très-embaraffans ; mais
on ſubſtituë en leur place un grand nombre
d'inftrumens nouvellement inventez ,
& dont il n'a point encore été fait mention.
Mais comme on eft perfuadé qu'il eft
très- difficile de connoître les inftrumens ,
mêmes les plus fimples , par une defcription
verbale , on a jugé qu'il étoit trèsà
-propos d'y joindre des figures ; pour
cet effet on a fait fabriquer tous les inftrumens
DE JUILLET 1723. 121
mens que l'on décrit dans ce Traité , fuivant
la theorie que l'on en donne , puis
on les a fait graver en Taille douce fur
foixante planches , dont 35. font diftribuées
dans le premier volume , & 25.
dans le fecond.
Tous les inftrumens qui n'excedent
point cinq pouces deux lignes ,..yy font
dans leur grandeur naturelle ; mais tous
les autres font tirez au quarré , afin d'être
réduits dans l'eftampe à la grandeur
de s . pouces 2. lignes.
Dans le difcours particulier qu'on a
fait de chaque inftrument , on a tâché
d'en donner d'abord la connoiffance la
plus diftincte qu'il a été poffible ; on eft
enfuite entré dans la difcuffion de toutes
fes parties , fans oublier aucune des circonftances
propres à faire connoître le
jeu , la conftruction & la regularité de
fes dimenfions ; trois chofes dont il eft
tellement effentiel aux Chirurgiens d'ê
tre inftruits , que fans ces connoiffances ,
ils feront toûjours les victimes de la routine
& du caprice de la plupart des ouvriers
après quoi on parle de fes ufages
, on enfeigne la meilleure maniere
de s'en fervir , & on y joint quelquefois
des obfervations Chirurgicales .
Enfin l'Auteur termine fon ouvrage
par quelques regles touchant le choix des
Fij inftru122
MERCURE LE
inftrumens , la maniere de les conferver
dans leur bonté & dans leur propreté
& par l'explication des machines qu'on a
auffi fait graver.
On le trouve encore obligé d'avertir ,
qu'en décrivant les inftrumens qui conviennent
pour travailler fur les dents , on
s'eft fort étendu fur les operations qu'on
a coutume de faire à ces parties , afin
d'en inftruire les Chirurgiens de Province
, & de leur faire connoître la neceffité
de ce manuel ; ainfi l'on croit que
cet ouvrage eft abfolument neceffaire
non feulement aux Chirurgiens ; mais
encore aux Orfévres qui veulent fabriquer
les inftrumens qu'on a coutume de
faire en argent , & principalement à tous
les Couteliers , dont la plupart n'en connoiffent
pas la moitié , & ignorent les
perfections qu'ils doivent avoir .
>
LES CLEFS de la Philofophie Spagirique
, & c. par M. le Breton , Medecin
de la Faculté de Paris . A Paris , chez
Cl. Jombert , rue S. Jacques 1722. in
16. de 398. pages .
*
DES ORATEURS ; fçavoir fi les Modernes
font inferieurs aux Anciens , &
pourquoi , Dialogue attribué à Tacite ,
& par quelques autres à Quintilien , tra-
•
duit
DE
JUILLET 1723
123
'duit par M. Morabin . A Paris , chez
F. Fournier , ruë S. Jacques 1722. in 12.
de 262. pages.
QUESTIONS fur le concordat fait entre
Leon X. & François I. décidées par
les Conciles , Conftitutions Canoniques ,
Ordonnances , Arrefts , & autoritez des
Docteurs. Par M. Michel Duperray ,
ancien Batonier de M les Avocats. A
Paris , au Palais , chez D. Beugnié 1723.
2. vol . in 12 .
こ
VOYAGE fait à la Terre Sainte en
l'année 1719. contenant la defcription de
la Ville de Jerufalem , tant ancienne que
moderné avec les moeurs & les coutumes
des Turcs . A Paris , chez J. B.
Coignard , rue S. Jacques , vo . in 12.
,
1
SUITE nouvelle & veritable de l'Hif
toire & des avantures de l'incomparable
Dom Quichotte de la Manche , traduite
d'un manufcrit Efpagnol de Cide- Ha- .
met Benengely , fon veritable Hiftorien.
A Paris , chez P. Huet , au Palais
Chez le Clerc , Quay des Auguftins , &$
P. Prault , Quay de Gefores 1722. 2. vol .
in 12. de plus de 400. pages chacun ,
avec figures.
F iij TRAI
124 LE MERCURE
TRAITE' fur le partage des fruits des
Benefices entre les Beneficiers , & leurs
prédeceffeurs ou leurs Fermiers , & les
Charges dont ils font tenus. Par M.
Mich. du Perrey , Avocat. A Paris , au
Palais , chez D. Beugnié 1722. in 12. de
466. pages .
1
LES MEMOIRES DU COMTE DE
VOR DAC , General des Armées de
l'Empereur , où l'on voit tout ce qui
s'eft paffé de plus remarquable dans toute
l'Europe durant les mouvemens de la derniere
guerre ; les difgraces , les voyages ,
& les differentes fituations de ce Seigneur.
A Paris chez L. Dominique Vatel ,
Quay des Auguftins 1723. 2. vol . in 12 .
le 1. de 460. pages , le 2. de 445 .
Il y a plusieurs années que le premier
tome de ces Memoires , ou plutôt de ce
Roman a été donné au public . Cette
derniere édition eft augmentée d'un fecond
volume , qui par la varieté des incidens
, & la politeffe du ftile pourra
faire autant de plaifir que le premier.
M. Fiſcher d'Erlaken , premier Architecte
de l'Empereur , fait imprimer
à Vienne un grand & curieux Ouvrage :
c'eft une Architecture hiftorique en cinq
parties. La premiere fur les édifices des
1
Juifs ,
DE JUILLET 1723. 爨125
Juifs , des Egyptiens , des Syriens , des
Perfes & des Grecs. La 2. fur les bâtimens
des Romains , publics & particuliers
, facrez & prophanes. Cette partie
fera enrichie de beaucoup de monumens
qui ont échapé aux recherches des curieux
jufqu'à prefent. La 3. fur les bâtimens
des Arabes , des Turcs , des Sia-.
mois , des Chinois , des Japonois , & c.
La 4 contiendra des plans & des deffeins
de toutes fortes , de M. d'Erlaken . La s .
fera un Recueil d'Urnes , de Vales , &
autres curiofitez de cette efpece.
CHAISE A PORTEURS de nouvelle
conftruction, avec laquelle ils pourront facilement
porter une perfonne de V erfailles
à Paris , de Paris à Orleans ,. & faire
dix ou douze lieuës chaque jour . Inventée
par M. l'Abbé de Haute- Feüille , de
l'Academie Royale des Sciences.
De toutes les Voitures qui fervent au
tranfport des Hommes , dit M. de Haute-
Feuille dans un petit imprimé , il n'y en
a point de plus commode & de plus
agreable que celle des Chaifes à Porteurs.
Le feul défaut qu'elles ont , eft
que par leur moyen on ne peut faire une
longue traite , & qu'elles ne feryent que
pour les vifites , & aller d'un quartier
dans un autre. Le Roy , les Princes
Fiiij
tous
126 LE MERCURE
tous les grands Seigneurs de la Cour 3
ont intereft que cette nouvelle idée réüffiffe
, & d'en voir bien- tôt les Experiences.
M. de Houſtome , Chanoine de l'Eglife
Royale de S. Quentin , amateur
des beaux Arts , qui a donné des marques
de fon zele , lors du Sacre du Roy ,
par une illumination très - ingenieufe
dont il avoit décoré le frontifpice de
cette Eglife , s'eft encore diftingué la
veille de la Fête de S. Jean derniere ,
par une nouvelle illumination , a la gloire
de Sa Majefté , beaucoup plus confiderable
que la premiere ; outre une trèsgrande
quantité de lampes , dont toutes
fes fenêtres des maifons de la grande place
qui eft au devant de l'Eglife , étoient gar
nies . On avoit dreffé à l'extrêmiré de cette
place, vis-à- vis l'Hôtel de Ville, un grand
Corps d'Architecture , orné de 8. pilaf
tres d'ordre compofite , qui partageoient
trois grands Portiques , dont celui du
milieu beaucoup plus élevé que les autres,
étoit furmonté d'une brillante Couronne,
en amortiffement fur les portes collaterales
; on avoit difpofé des Tableaux chargez
d'infcriptions & dreffez fur'des focles,
d'un goût fingulier. 12. medaillons marquez
chacun d'un attribut où vertu Royale
&
DE JUILLET 1723. 127
,
le enrichiffoient les entre- colomnemens ;
fur les angles de la façade étoient élevées
des piramides d'une riche forme , &
très- brillantes , & toutes les parties de
cette structure lumineufe diftribuées
avec art , formoient un édifice des plus
reguliers & des plus gracieux ; un accompagnement
de luftres de cristal , y
donnoit auffi beaucoup d'éclat ; enfin au
milieu de tout cet appareil , on lifoit au
haut du frontispice dans un grand tableau
bordé de lumieres , cette infcription principale
: LUDOVICO XV. MAJORI RECENS
DECLARATO , PER PHILIPPUM
FELICIBUS AUSPICIIS AD IMPERIUM
INFORMATO .
Au-deffous de cette infcription on
avoit ajoûté ces deux vers , relatifs aux
attributs qui caracterifent les fouverains
reprefentez dans les Tableaux de la dé
coration :
Virtutes Regi affurgunt , utroque vo
canti.
Confilium fpondent , quid non jam
Gallia fperet?
L'Académie des Jeux Floraux à Tou
foufe diftribuera le 3. May 1724. let
prix de l'éloquence qui a été réſervé cette
année , & celui de l'année prochaine. L'e'
fujet donné eft que , la feule vertu pent
rendre l'homme heureux . F v Le
128 LE MERCURET
Le 13. May dernier , M. Jofeph d'A
cunha Brochado lut dans l'affemblée de
l'Académie Royale de l'Hiftoire à Lif
bonne , le Difcours préliminaire qu'il a
compofé , pour mettre à la tête de la
collection des traitez de Paix , aufquels
le Royaume de Portugal a eu part.
Explication de la premiere Enigme
du Mercure de May dernier.
Cher Diogene , appui ſolide ,
Tu me conduis , fans filet ni bâton ,
Ta lanterne me fert de guide ,
Et je n'irai pas à tâton .
Eclaire-moi dans ces lieux fombres ,
Où l'on ne va point fans flambeau ,
En te fuivant malgré les ombres
Je ne puis manquer le Tonneau.
Par M. D. P. Ya de Vaifon
L'Eglife & la Republique des Lettres
ont fait une grande perte en la perfonne
de M. Claude Fleury , Prêtre , Prieur
d'Argenteuil , cy- devint Confeffeur ¡ du
Roy, l'un des quarante de l'Académie
Françoife , mort à Paris le 16. de ce mois
dans fa 83 année. Il avoit été fous- Precepteur
des Enfans de France , & il étoit
très
DE JUILLET 1723 . 129.
très-recommandable par fa pieté , & par
fa profonde érudition . Ses principaux
Ouvrages font le Catechifme Hiftorique
& l'Hiftoire de l'Eglife qu'il a continuée
jufqu'au Concile de Conftance.
Le 20. de ce mois M. Nericaut des
Touches , & M. l'Abbé Dolivet , ont
été élus à l'Académie Françoife pour
remplir les places de feu Ms de Capif
tron & de la Chapelle.
SPECTACLES.
Es Comediens François ont remis au
Theatre fur la fin de l'autre mois ,
la Comedie des Femmes Sçavanies , de
M. de Moliere , qui n'avoit pas été
jouée depuis plufieurs années , & que
le Public a vue avec plaifir.
Cette excellente Piece fut reprefentée
dans la nouveauté au mois de Mars 1672 .
fur le Theatre du Palais Royal. L'Auteur
y joüoit lui- même le principal rôle
de Chrifalte , les fieurs Baron Arifte , la
Grange Clitandre , la Thorilliere , pere ,
Triffotin , du Croily Vadius. Pour les
Actrices , Philaminte , le fieur Hubert
Belije , la Dile Villeaubrun , Armande
F vj
la
.130 LE MERCURE
la Dle de Brie , Henriette , la D'le Mož
liere , Marine , une fervante de M. de
Moliere qui portoit ce nom , &c. après
la mort de Moliere , la piece fut joüée
par les fieurs de Rofimont , Hubert , la
Grange, Dauvilliers , Guerin , du Croify
, Verneuil , & par les Dilles Guerin
de Brie , du Pin , de la Grange & Beauval.
Aujourd'hui les principaux rôles
font remplis par les fieurs de la Torilliere
, Quinaut , Dangeville , Lavoye , Fontenay
, &c. & par les Diles Dangevillle ,
du Breuil , Labat , la Motte & la Dame
des Hayes , & c.
L'admirable Auteur de cette Piece
une des plus regulieres de fa compofition,
& peut- être la feule qui fe dénoue heureufement
, n'ignoroit pas qu'il doit y
avoir un caractere principal dans un Poëme
de cette efpece , puifqu'il l'a fi excellemment
pratiqué dans fa Comedie da
Milantrope, comme nous le dirons bientôt.
Dans la Piece dont nous parlons , Moliere
en ufe d'une maniere à faire de
fortes impreffions , & où toute la fineffe
de l'art eft employée . Il donne le même
caractere à plufieurs perfonnages , mais
en differens dégrez & d'une maniere
variée. Il y en a trois , une mere fçavante
,
→
impeDE
JUILLET 1723. 137
Imperieuſe , altiere , une fille fçavante ,
précieuſe & affectée ; & enfin une tante
abſolument extravagante , avec la même
oftentation de fçavoir . Il introduit enfuite
un Poëte doucereux , qui ne lit fes
productions avec applaudiffement qu'au
près de nos fçavantes , & qui eft par touc
ailleurs , de fes Vers fatigans , lecteur infatigable.
Ce Poëte a pour compagnon
un autre verificateur , tout farci des anciens
, groffier & brutal dans ſes manieres
. L'Auteur relevé toutes ces nuances
d'un fçavoir ridicule , par la fimplicité
d'un mary bourgeois , par l'efprit naturel
d'une fille cadette , ennemie de toute
affectation , par le bon fens d'un amant
honnête homme , & par la naïveté d'une
fervante villageoife . Ces deux manieres
de ridiculifer le mauvais fens , fe font fentir
dans plufieurs Pieces de Moliere , où
il s'attache à plaire aux gens de bon goût,
& où il ne s'abaiffe pas au- deffous de fon
génie , pour s'attirer les applaudiffemens
de la fotte multitude , comme il a fait
quelquefois dans fes autres Pieces . Mais
il faut convenir auffi , que par un autre
art qui n'eft pas moins admirable , ce
Poëte fait fouvent en forte que le contraire
du principal caractere , & des caracteres
fubordonnez , caufent & débroüillent
l'intrigue , fans aucun autre
fecours.
132 LE MERCURE
fecours. Ce qui arrive toûjours d'une telle
maniere , que la vertu & le bon fens
triomphent , & que le vice & l'extrava
gance , déchûs de leur efpoir , font expofez
à la honte & à la rifée.
Quelques juftes éloges que nous puiffions
donner à cette piece ; & quoique
tout le monde foit perfuadé aujourd'hui
de ce qu'elle vaut , elle eut pourtant le
fort du Bourgeois Gentil - homme , à fa
premiere reprefentation , & tomba prefque
tout-à - fait , n'ayant prefque été , pour
ainfi dire , goûtée de perfonne , jufqu'à ce
que le Roy l'ayant vûë une feconde fois
en parla favorablement ; alors cette Piece
qui avoit paru trop feche aux courti
fans , leur parut depuis admirable comme
elle l'eft en effet.
L'Abbé Cotin , dit M. Bayle dans fes
réponſes aux queſtions d'un provin. tom.
1. qui n'avoit été déja que trop expolé
au mépris public , dans les Satyres de M.
Defpreaux , tomba entre les mains de
Moliere , qui acheva de le ruiner de réputation
, en l'immolant fur le Theatre
à la rifée de tout le monde. Après les
premieres repreſentations de la Comedie
des Femmes Scavantes , il fut fi confterné
de ce rude coup , qu'il fe regarda , &
qu'on le confidera comme frappé de la
foudre.
Trifte
DE JUILLET 1723. 131
Trifte jaces lucis evitandumque bidental .
Perfius Sat. 2. v. 27.
Il n'ofoit plus fe montrer , fes amis
l'abandonnerent , ils fe firent une honte
de convenir , qu'ils euffent eu avec lui
quelques liaiſons , & à l'exemple des
courtilans qui tournent le dos à un favori
difgracié ; ils, firent femblant de ne pas
connoître cet ancien Miniftre d'Apollon,
& des . foeurs , proclamé indigne de fa
Charge , & livré au bras feculier des
Satyriques.
Je crois qu'on le trompe , ajoûte M.
Bayle , quand on dit qu'une querelle de
Moliere , avec l'Auteur reprefenté fous le
perionnage de Triffotin a donné lieu
aux applications. Bien des gens ont crû
que ce fut plutôt la querelle qu'eut M.
Menage avec M. Cotin , au fujet de
Mil de Scuderi . On en voit le détail
dans un petit livre de 37. pages , intitulé
la Menagerie , que l'Abbé Cotin dédia
à Mademoifelle . On peut voir dans la
fuite du Menagiana , que la Scene où
Vadius fe brouille avec Triffotin , parce
qu'il critique le Sonnet fur la fièvre,
qu'il ne fçait pas être de Triffotin , s'eft
paffée veritablement chez M. B. & que
ce fut M. D. qui l'a donna à Moliere. y
Le
$34
LE MERCURE .
Le fuccès étonnant de la Tragedie
d'Inès de Caftro , dont les reprefentations
font toûjours auffi nombreufes que
le premier jour , retarde encore la prepremiere
reprefentation de la Comedie
nouvelle du Divorce de l'Amour , que les
Comediens du Roy ont promiſe.
L
L'OPERA.
E Ballet nouveau des Fêtes Grecques
& Romaines a été reprefenté
pour la premiere fois fur le Theatre de
l'Opera , le Mardy 13. Juillet.
Les paroles font de M. Fuzelier , &
la Mufique de M. Collin de Blamont
Surintendant de la Mufique du Roy.
Ce Ballet eft compofé d'un Prologue ,
& de trois entrées.
Le Prologue fe paffe devant le Temple
de Memoire dans une place décorée des
Statues des Illuftres dans tous les gentes,
où font raffemblez tous les Eleves d'Erato
, Mufe de la Mufique. Clio , Muſe
de l'Hiftoire , les invite à travailler fur
les fujets qu'elle leur fournira Erato fe
défend d'abord de fe charger d'un travail
fi épineux , elle est enfin déterminée
par Clio , & propofe à fes Eleves de fuivre
les intentions de la Múfe de l'Hiftoire.
;-
Erato
•
DE JUILLET 1723. 133
Vous
Erato à fa fuite.
Soutenez un choix glorieux ,
que cherit la Seine & que le Tibre admire
Vous enchantez par vôtre lire ,
Et les Palais des Rois , & les Temples des Dieux.
En celebrant l'amour vous lui donnez des armes >
Il triomphe quand vous brillez.
Les Roffignols au Printemps raffemblez
Ne chantent pas plus tendrement fes charmes ,
En celebrant l'amour vous lui donnez des armes
Il triomphe quand vous brillez.
Apollon arrive & confeille aux deux
Mufes de ne pas rifquer de Spectacle
nouveaux fans le fecours de Terpficore .
Erato & Clio déferent à fon fentiment ;
la Mufe de la Danfe , reprefentée par
Me Prevoft vient à la tête de tous fes Eledifferemment
habillez & caracterifez.
Apollon & Erato celebrent ſes talens
dans une Cantate , dont elle exprime
les chants & les fimphonies , tant par fes
pas que par les attitudes .
ves ,
Cantate.
Apollon & Erato.
Quelle Danfe vive & legere !
Les
135
MERCURE
LE
Les jeux , les ris vous fuivent tous.
Mufe brillante auprès de vous ,
On voit plus d'amours qu'à Cithere.
Erato .
Yous peignez à nos yeux les tranſports des Amans,
Les tendres foins , la flatteufe efperance ;
Le deſeſpoir jaloux , la cruelle vengeance ,
Tous vos pas font des fentimens.
Apollon.
Zephire vole fur vos traces ,
Plus vif que dans les plus beaux jours.
Vos pas enviez par les graces ,
Sont applaudis par les amours.
Apollon & Erato reprennent le Rondeau
, dont les deux derniers Vers font
repetez par le choeur ,& le Prologue finit.
Les fujets des entrées font pris dans
I'Hiftoire , & c .
La Mufe Lirique , dit l'Auteur dans
fon avertiffement , n'avoit jusqu'à preſent
tire fes Poëmes que de la Chronique des
Amadis , de l'Ariofte , des Metamorphofes
d'Ovide , du Taffe , & d'autres femblables
Auteurs . La France n'a encore
foumis que la Fable à la Mufique , l'Italie
DE JUILLET 1723 . 137
lie plus hazardeufe a placé dans fes Opera
les évenemens de l'Hiftoire ; les Scarlatti
& les Buononcini ont fait chanter des
les Corneilles Heros & les Racines que
auroient fait parler.
Les jeux Olimpiques font celebrez
dans la premiere entrée . Alcibiade en eft
le Heros ; la fameule Afpafie & Timée
Reine de Sparte y paroiffent toutes les
deux , la premiere comme Amante aimée
, & la feconde comme Amante trahie
d'Alcibiade . Dans la premiere Scene
Timée expofe fon infortune dans un Monologue.
Sa confidente arrive , & lui reproche
la trifteffe où elle fe livre , tandis
que toute la Grece affemblée ſur les
rives du Fleuve Alphée , applaudit à la
victoire de fon amant , qui a remporté le
prix de la courfe des Chars. Timée lui
répond ,
Pour jouir d'un moment tranquille
J'errois feule dans ce féjour ;
Je cherche en vain la paix dans ce charmant azile
Helas ! les tendres coeurs trouvent par tout l'amour.
Enfuite elle apprend à Zelide fa
confidente , la trahiſon d'Alcibiade , qui
avance un inftant après , fuivi d'Amintas
fon confident . Alors Timée fe cache
pour J
138 LE MERCURE
pour entendre les difcou.s malgré le confeil
de Zelide qui lui dit :
Il eft dangereux d'écouter
Les fecrets d'un coeur infidelle.
On rifque d'y trouver quelque offenfe nouvelle
De fon crime il vaut mieux douter.
Il eft dangereux d'écouter
Les fecrets d'un coeur infidelle.
Dans la feconde Scene Alcibiade inftruit
Amintas de fa nouvelle paffion pour
Afpafie . Amintas combat le goût que fait
éclater pour l'inconftance le Difciple peu
obéiffant de Socrate , qui juftifie la legereté
par des maximes que lui dicte fon
humeur volage. En voici un échantillon .
Mon coeur fait pour l'indépendance ,
Neglige la fidelité ,
Et je trouve dans l'inconſtance
L'image de la liberté.
De la Divinité l'encens et le partage ,
Les foupirs font l'hommage
Qu'exigent de beaux yeux ;
Gardons-nous de former des chaînes éternelles ,
On doit encenfer tous les Dieux ,
On doit aimer toutes les belles.
L'Aud
DE JUILLET 1723. 139
L'Auteur dit dans fon avertiffement
qu'il n'a pas travesti Alcibiade en Hiros
de l'Aftrée , & qu'il eft fi connu par fes
amours volages, qu'on n'auroit pû en faire
un amant fidele , fans démentir groffierement
les plus graves Hiftoriens . Il ajoûte
que cette peinture exacte de la legereté
d'Alcibiade ne déplaira peut- être pas aux
inconftans de notre fiecle , & qu'ils ne
feront pas fâche de trouver leur modele
dans la refpectable antiquité.
,
Timée qui a entendu le fyftême du coeur
d'Alcibiade , ſe montre tout d'un coup à
fes yeux avec la colere d'un amante abandonnée
, & certaine de fon malheur.
Elle fait de vains efforts pour convertir
fon infidele , & emprunte tantôt le lan-
= gage de l'Amour , & tantôt celui de la
Fureur. Alcibiade démafqué prend le
parti d'avouer fon caractere , & ne fe
donne .pas la peine de le juſtifier : calmez
, dit-il , à Timée.
Calmez ce dépit éclatant ,
Vôtre courroux m'eft favorable ;
Plus on fe plaint d'un inconftant ,
Plus on le fait paroître aimable.
A la fin de cette Scene , on entend un
bruit de Trompettes qui annonce le Triomphe
d'Alcibiade , Timée le retire outrée
de
140
LE MERCURE
I
de defefpoir , & Afpafie environnée d'une
troupe aimable de jeunes Grecques
apporte à fon amant la Couronne d'Olivier
, unique prix des vainqueurs des jeux
Olimpiques. Le divertiffement eft compofé
des danles d'Athlettes , de la
Lutte , & de la courfe. Et la Scene fe
paffe devant le Temple de Jupiter Olimpien
dans l'Elide.
La premiere entrevûë de Marc- Antoine
& de Cléopatre , fur les bords du
Fleuve Cydnus dans la Cilicie , forme le
fujet de la deuxième entrée. Dans la Scene
d'expofition , Antoine paroît amateur
de la gloire , occupé des foins de la guerre
& des interefts de Rome , enfin tel qu'il
étoit avant d'avoir vû l'aimable Reine
d'Egypte qui caufa tous fes malheurs , &
qui le détourna du chemin de la verţu
Heroïque. Dès que Cléopatre le montre
à fes regards , il eſt délarmé , il oublie
qu'elle vient par fon ordre répondre aux
accufations intentées contre elle , & adreffées
au Senat , le Juge devient fon amant.
Cléopatre l'aborde avec la coqueterie artificieufe
qui la caracterifoit . Elle eft
efcortée par fa Cour habillée en Baccantes
, & en Egipans , occupez à celebrer
la Fête de Baccus . Antoine fe piquoit de
reffembler à ce Dieu , & Cléopatre fe
fert de cet entêtement fi détaillé dans
Plutarque
1
DE JUILLET 1723. 14t
Plutarque , pour réduire celui qui devoit
la condamner . Les Baccanales terminent
la deuxième & derniere Scene de cette
entrée , & conftituent le divertiffement.
Les Saturnales font feftées dans la
troifiéme entrée ; on n'en dénombrera
pas ici toutes les loix , & tous les ufages
qui font amplement expliquez dans les
Dialogues de Lucien. On obfervera feulement
que pendant cette Fête les Efciaves
joüiffoient à Rome du privilege de
manger à la table de leurs maîtres , &
que la familiarité banniffoit en tous lieux
la fubordination. Tibule Chevalier Romain
, celebre par des ouvrages galans ,
eſt amoureux de Delie , parente de Mecene
, favori d'Augufte , & fe traveftit
en Efclave pour approcher de l'objet
qu'il aime fans être connu . Dans la Scene
d'expofition le fujet s'explique d'abord
par les vers fuivans.
Plautine , Confidente de Delie.
'L'Eſclave qui toûjours fe prefente à vos yeux ,
Quoy , le fidele Arcas eft le tendre Tibule ?
De ie.
Ouy , le feu qui pour moi le brûle ,
Sous ce déguiſement l'attire dans ces lieux.
C'eſt un projet de ſa délicateſſe ,
1
Avant
542 LE MERCURE
Avant de laiſſer voir l'excès de fon ardeur ,
Il vouloit penetrer le fecret de mon coeur,
Réfolu d'immoler ſa flâme à ma tendreffe ,
Si les foins d'un Rival découvroient le bonheur.
Dans le reste de la Scene Delie
expofe
comment elle a découvert le fecret de
Tibule , qui penfe n'être pas connu d'elle ,
& attend fous l'habit d'Efclave le moment
favorable pour declarer fon amour
& fon traveftiffement à peine a- t'elle
expliqué fa fituation que Tibule paroît
fous le nom d'Arcas. Elle projette auffitôt
de l'intriguer par une feinte confidence
, & lui parle comme à un Efclave
empreffé , dont elle a remarqué le zele.
Pour prix de vôtre foy , dit - elle , je
veux vous découvrir ce qui fe palle dans
mon ame.
;
Cette confiance allarme extrêmement
Tibule, Delie joüit malicieuſement de fon
trouble , & le tourmente en lui expliquant,
fans le nommer, la tendreffe qu'elle
reffent pour lui- même. Elle lui demande
fon fecours , & le charge de la fervir
dans les amours ; elle lui apprend que
Mecene approuve le choix qu'elle a fait ;
enfin Tibule defefperé éclate & menace
Delie d'immoler fon rival heureux : craignez
, dit-il.
CraiDE
JUILLET 1723 . 143
Craignez que je n'immole à ma jufte fureur ,
Le trop heureux objet de vôtre tendre ardeur.
Delie.
Pourrez-vous immoler Tibule ?
Tibule étonné d'entendre fon nom ,
marque fa furprife & fa joye : Delie lui
annonce que Mecene confent à leur Himen
, & la fête des Saturnales fe celebre
par les deux amans avec la tranquillité
de l'amour nouvellement heureux . On
fert dans ce divertiffement l'antidote des
maximes du volage Alcibiade. Les Bergers
, en peignant l'âge d'or , font le portrait
des coeurs & des amours du fiecle
de Rhée.
Le public ne fera peut être pas ennuyé
de trouver ici quelques particularitez qui
concernent le Ballet Heroïque des Fêtes
Grecques & Romaines . Cet ouvrage
avoit été compofé pour être reprefenté
fur le Theatre du Louvre , par les ordres
de feu M. le Duc d'Aumont , Premier
Gentilhomme de la Chambre , de qui la
memoire doit être refpectée par les Arts ,
les Sciences , & les talens , que fon goût
fuperieur formoit & protegeoit . L'Auteur
animé par l'honneur d'amufer le
Roy , qui dans ce temps le vouloit bien
embellir de pompeux fpectacles , en dai-
G gnant
144 LE MERCURE
J
ト
gnant s'y mêler lui - même , avoit imaginé
de l'amener dans un divertiffement fous
un nom digne d'un auffi grand Prince..
Ainfi la difpofition des Scenes des Saturnales
étoit differente de celle qui paroît
aujourd'hui fur le Theatre de l'Opera .
Mecene favori d'Augufte donnoit dans
fa maifon de Campagne une Fête à fon
Maître qui l'étoit de l'Univers. Le Roy
auroit figuré Augufte dans les danfes des
Illuftres Romains unis aux Bergers des
bords du Tibre pendant les Saturnales.
Les premieres Scenes étoient deffignées
de maniere que Mecene faifoit le dénouement
tel qu'il fuit , en arrivant à la fin
de la Scene entre Tibule & Delic.
Mecene.
On vient de m'annoncer qu'Augufte va paraître,
A mes defirs ardens Cefar a répondu.
Nous verrons nôtre aimable maître ,
Se mêler à nos jeux fans être confondu.
Que tout reffente fa prefence.
Il faut
que
devant lui tous les coeurs foient heu
reux ,
Cet inftant doit offrir à Tibule amoureux ,
De fes tendres foupirs la jufte récon penſe ,
Qu'il fçache que l'Himen doit couronner les feux.
Après
DE JUILLET 1723. 145
Après quelques Vers chantez par De-
Me & Tibule fur le bonheur de leur amour,
un prélude annonçoit l'arrivée d'Augufte.
Mecene.
Augufte approche , allons lui marquer nôtre zele,
Hâtons - nous de le voir , avançons nos plaifirs.
Le Theatre changeoit & reprefen toit
les Jardins de Mecene illuminez . Augufte
avançoit , accompagné de la jeuneffe
Romaine , & fe plaçoit fur un Trône
de Fleurs . Les Bergers & les Bergeres
appellez par Mecene venoient le mêler à
la cour d'Augufte , & profiter de la liberté
des Saturnales .
Mecene aux Bergers .
Quel fpectacle pour vous ! ne formez plus de
voeux ,
Innocens favoris de Saturne & de Rhée ,
Vous n'aurez jamais vu leur memoire honorée
Par un Prince plus digne d'eux.
Il defcend de fon rang fuprême >
Et vient de nos plaiſirs éternifer le cours ;
Saturne peut- il mieux celebrer tes beaux jours
Qu'en nous les ramenant lui - même.
Cette allegorie avoit paru d'autant
plus heureuſe qu'Augufte dès la plus ten
Gij
dre
146 LE MERCURE
dre enfance , s'étoit diftingué comme le
Roy par des connoiffances , & des talens
fuperieurs à fon âge , & qu'il n'étoit pas
neceffaire de blefler la Chronologie pour
établir la jufteffe de cette application.
Le Prologue qui auroit precedé ces
trois entrées fur le Theatre des Thuilleries
étoit convenable à la dignité du lieu ,
& à la Majefté du premier Acteur de la
Fête . Comme on avoit efperé que cette
piece feroit reprefentée dans le temps de
la Majorité du Roy , on avoit peint allegoriquement
cette grande ceremonie , en
choififfant pour fujer du Prologue le moment
où Apollon prend pour la premiere
fois les rênes du Char de la lumiere . Tous
les peuples du Monde témoins charmez
de cet augufte évenement , l'auroient celebré
par des Fêtes variées , & qui auroient
admis le Contrafte qu'il faut dans
la danfé , & dans les habillemens , quand
on veut occuper avec magnificence , &
avec plaifir les yeux des fpectateurs .
Voici la diftribution des rôles à l'Opera .
Mile Antier reprefente dans le Prologue
Erato , Mufe de la Mufique ; dans la
deuxième entrée Cléopatie , Reine d'Egypte
; & dans la troifiéme, Delie, Amant'
de Tibule. Mile le Maur dans le Prologue
fait le perfonnage de Clio , Mufe de
l'Hiftoire , & dans la premiere entrée
celui
DE JUILLET 1723 147
celui de Timée , amoureufe d'Alcibiade.
Mile Ermanfe jouë Afpafie dans la pre
miere entrée. M. Thevenart reprefente
Apollon dans le Prologue , Alcibiade
dans la premiere entrée , & Marc- Antoine
dans la feconde. M. Muraire jouë
le rôle de Tibule ; Mile Julie eft Confidente
de Timée ; M. Tribou , Confident
d'Alcibiade ; Mile Souris , Confidente
de Delie.
Le public a paru très - fatisfait du choix
des Acteurs & de leur execution , fes
applaudiffemens difent plus que toutes les
louanges qu'on pourroit leur donner ici.
A l'égard de l'ouvrage , quoique le fuccès
de la premiere reprefentation ait été
fort brillant , on ne veut point s'ingerer
d'en prophetiſer la fuite. L'Auteur en
garde contre les apparences flateuſes ,
attendra fe déterminer fur ce qu'il pour
doit penfer de fa réüffite que le temps
l'ait confirmée.
Theatre Italien.
Le 5. de ce mois les Comediens Italiens
ont repreſenté fur le Theatre du Palais
Royal une Piece nouvelle Italienne
en trois Actes , intitulée les Amans Dupés
; il y a apparence qu'elle a été faite à
Paris , & en très -peu de temps , tout fon
Giij merite
148 LE MERCURE
merite ne confifte qu'en un continuel jeu
de Theatre , qui occafionne toutes les
Scenes de la Piece , qui n'a proprement
point d'intrigue marquée . On voit feulement
que Pantalon , Lelio , Arlequin , &
Scaramouche font amoureux de Colombine,
& qu'ils s'en difputent la conquête ,
le Docteur en eft auffi amoureux ; mais
avec plus de raiſon , puifque Colombine
eft fa gouvernante & fous fa tutelle , &
qu'il en veut faire fa femme , celle- ci
trouve pourtant le moyen de donner la
préference à Lelio , & de fe défaire de
fes autres Amans. Le mariage de Lelio
& de Colombine fait le dénouement &
la fin de la Piece.
On a remarqué une plaifanterie d'Ar¬
lequin dans une Scene entre lui & Scaramouche
; ils font femblant de fe chercher
avec empreffement , armez d'une
épée chacun , pour ſe battre , à l'occafion
de Colombine. Scaramouche trouve
enfin Arlequin qui a grand peur de voir
fon rival réfolu de fe battre ; Scaramouche
qui eft auffi poltron que l'autre , dit
à Arlequin en l'abordant , qu'il y a au
moins deux heures qu'il le cherche , pour
moi ( lui répond Arlequin ) je puis t'affeurer
qu'il y a auffi long - temps que je
te fuis.
On joiia après cette Piece la petite
ComeDE
JUILLET 1723. 1.49
Comedie de Parodie , qui a été faite à
l'occafion de l'Opera de Pirithous , de
Nitetis , & d'Inès de Caftro ; nous en
avons donné un extrait abregé dans nôtre
Journal du mois de May. Ces deux Pieces
furent honorées de la prefence de
Monfieur le Duc , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans.
On voit trois Acteurs nouveaux de
puis quelques mois dans la Troupe du
Roy , ce font le fieur Poiffon , fils , cadet
du fieur Poiffon , fi connu & ſi aimé
du public , le fieur Dubreuil & le fieur
Armand.
akakakakakak
NOUVELLES E'TRANGERES
De Turquie du 10. Juin 1723 .
Es nouvelles ont long-temps varié
L fujet de la prife d'Ifpahan . Mais
enfin on a reçû à Alep des lettres de
Baffora de differentes dattes , qui marquent
toutes que la Capitale de Perſe s'étoit
rendue au Rebelle Miriveits le 23.
Octobre dernier avec le Sophi qui s'y
étoit renfermé , & que les Européens
avoient été traitez fort humainement par
le vainqueur. G iiij
Le
150 LE MERCURE
Le deux Avril le Capitan Bacha declara
à M. Colier , Ambaffadeur des Etats
Generaux à Conftantinople , que les Algeriens
n'étoient pas encore difpofez à
entrer en negociation pour le renouvellement
de la paix avec les Hollandois ;
que le Grand Seigneur leur avoit envoyé
par un Aga de nouveaux ordres de fe
conformer aux intentions de la Porte.
On dit que la Porte eft très - difpofée
à maintenir la paix avec tous les voifins
& qu'elle veut même s'employer à terminer
les differens , entre le Czar & Miriveits
. Cependant le Grand Seigneur a
donné ordre aux Gouverneurs d'Afoph
& de Bender , de faire fortifier ces deux
places. Les biens immenfes que le dernier
Bacha du Caire avoit amaffez par fes
malverfations , & qui ont été cauſe de ſa
mort, ont été apportez à Conftantinople
, & mis dans le tréfor du Grand Seigneur
, on les fait monter à deux millions "
de Piaftres.
O
De Petersbourg, ce is . Juin.
N avoit publié une Ordonnance
qui enjoignoit aux negocians de
payer les droits d'entrées de leurs Marchandifes
, auffi -tôt qu'elles feroient débarquées
; mais fur les remontrances qui
ont
DE JUILLET 1723 ISI
ont été faites à ce fujer par les Miniftres
des Cours , que cette Ordonnance intereffoit
le Czar , l'a fupprimée , & les chofes
reftent dans le même état où elles
étoient avant la publication.
La réponſe favorable du Grand Sei
gneur , & fon confentement à attendre
pendant un certain temps que le Czar
prenne une réfolution certaine fur la confervation
des conquêtes qu'il fit l'année
derniere vers les frontieres de Perfe , font
efperer que le differend entre ces deux
puiffances fera inceffamment accommodé.
On -mandé de Mofcou qu'on y avoit
publié le huit May un nouveau Decret ,
par lequel il étoit ordonné de retenir
pour cette année feulement le quart des
appointemens de tous les Officiers , tant
Civils que de Guerre , & qu'on y parloir
auffi de lever une taxe confiderable , fous
le nom de don gratuit, tant fur le Clergé
que fur les Seigneurs Mofcovites. On
mande auffi de la même Ville que le feu
avoit pris dans un de fes quartiers , &
qu'outre plufieurs maiſons qui avoient été
brûlées , l'incendie avoit confumé l'Hô
tel de la Chancellerie , avec plufieurs Titres
& Archives , ainfi que la plus grande
partie du Palais du Czar .
Tous les Regimens d'Infanterie qui
ont paffé l'Hiver dans les environs de
Ον Smo752
LE MERCURE
Smolensko & de Nowogrod font arrivez
près de Mofcou ; ils y doivent faire quelque
féjour , & défiler enfuite vers le
Volga où des bâtimens legers les attendent
pour les defcendre jufqu'à Aftracan .
On doit tranfporter auffi dans la même
Ville un grand nombre de canons que le
Czar a fait fondre l'Hiver paffé à Olonits
. Plufieurs vaiffeaux Marchands qui
font actuellement dans le Port de cette
Ville , ont reçû ordre de n'en point fortir
fans une permiffion expreffe , & les
Capitaines qui les commandent apprehendent
qu'on ne les veuille employer à tranf
porter des troupes pour l'expedition que
le Czar medite.
Le 11. Juin on amena ici de Sleutelbourg
au fon des Trompettes & des Timballes
, & au bruit de plufieurs falves
d'Artillerie , le premier bâtiment de forme
étrangere qui a été conftruit en ce
pays .
LE
De Stokolm , ce 3. Juillet.
E 9. Júin les deux Payfans arrêtez
pour avoir voulu exciter le Corps
des Bourgeois à fe declarer en faveur de
la Souveraineté , furent condamnez par.
l'Affemblée des Etats , l'un au pain & à
l'eau pendant un mois , & à être renfermé
enfu, te pour trois ans dans la Fortereffe
DE JUILLET 1723. 153
reffe de Maeftrand ; l'autre au pain & à
l'eau pendant quinze jours feulement ,
fans autre peine ; mais à condition que
ni l'un ni l'autre ne pourront dorénavant
être députez à aucune Aflemblée
des Etats. Le 11. le Corps de la Nobleffe,
le Clergé & les Bourgeois députerent
aux Paylans pour leur faire fçavoir qu'ils
leur avoient renvoyé l'execution du jugement
, rendu contre les deux députez
de leur Corps , avec la liberté d'en moderer
la peine , s'ils le jugeoient à propos;
les Payfans envoyerent auffi - tôt remercier
les trois autres Etats de leur generofité
, & leur firent dire , que quoique
leurs confreres euffent été juſtement condamnez
, ils croyoient cependant qu'on
pouvoit moderer la peine prononcée contre
eux , que le plus coupable ne feroit
que quinze jours au pain & à l'eau , &
l'autre huit jours feulement , & qu'ils les
obligeroient de venir remercier les Etats
de cet adouciffement ; ce qui a été approuvé
par le Corps de la Nobleffe.
L'Amiral Spar que le Roy a envoyé
à Carelferoon , a reçû ordre d'y preffer
l'armément d'un certain nombre de vaif
feaux que Sa Majefté a jugé à propos de
mettre en Mer cette année .
On écrit de Coppenhague que le Czar
avoit écrit au Roy de Dannemark pour
Gvj l'affu
154
LE MERCURE
l'affürer qu'il ne mettroit fa flotte en
Mer que pour exercer fes Officiers de
Marine & fes Matelots , qu'il n'en devoit
prendre aucun ombrage , & que Sa
Majefté Czarienne efperoit que le Roy
donneroit une réponſe favorable fur le
Memoire fon Miniftre lui avoit prefenté,
pour le faire reconnoître Empereur
de toute la Ruffie. Ces mêmes lettres ajoûttent
que le Roy de Dannemark avoit
déja répondu à ce Miniftre, qu'il ne pouvoit
fe déterminer fur cet article qu'après
la réfolution de l'Affemblée des États
du Royaume de Suede .
que
Le 29. le Roy de Suede & les Etats
affemblez ont accordé au Czar le titre
d'Empereur de toute la Ruffie , & au
Duc d'Holftein celui d'Alteffe Royale .
De Coppenhague , ce 27. Juin.
N écrit de Dantzic qu'on avoit
renforcé les troupes qui font à
Weiffelmunde pour mettre cet important
paffage à couvert de toute furprife ; on y
a auffi envoyé de l'Artillerie.
J
M. de Goés , Envoyé Extraordinaire
des Etats Generaux a fait au Roy des
reprefentations au fujet des contributions
extraordinaires qu'on a levées depuis
quelque temps fur les Hollandois
établis
DE JUILLET 1723 155
- 1
établis dans l'Ile de Nordstrand , quoiqu'ils
en duffent être exempts , fuivant le
traité fait autrefois avec la Maifon de
Gottorp , & confirmé depuis , tant par
le Roy Chriftian V. que par le Roy regnant.
La Sentence de mort rendue contre
le Major General Coyet qu'on avoit
dit commuée en un banniffement perpe
tuel , fera executée inceffamment , fon
épouſe qui étoit venue folliciter en ſa faveur
eft retournée dans le Sconen.
On mande de Dantzic que . les Ma
giftrats de Thorn avoient mis depuis peu
un droit d'entrée fur toutes les marchandifes
qu'on y tranfporte de cette Ville ,
dont le Senat par reprefailles avoit réfolu
d'établir un impôt de fix florins fur
chaque quart de Froment , de quatre flo-
Fins fur chaque quart de Seigle , & d'un
florin & demi fur chaque fac de laine
qui iront de Thorn à Dantzic.
On a appris de Varfovie que le Grand
Maréchal de l'Armée de la Couronne
faifoit défiler des troupes pour la feureté
des côtes de la Pruffe Polonoife , & qu'il
y avoit un autre détachement en marche
pour aller camper fur les frontieres du
Grand Duché de Lithuanie. On apprend
auffi que quelques troupes de l'Armée
de la Couronne avoient arrêté vers les
frontieres de Hongrie une vingtaine de
vaga
156 LE MERCURE
vagabonds qu'on croyoit être du nombre
des incendiaires , qui ont commis tant de
defordres dans ces derniers temps.
De Vienne , ce 8. Juillet.
E dix Juin le Comte Jean Maurice
LeBlanckenhein - Manderskeidt ,
Evêque de Neuftadt , & Chanoine de
Cologne & de Strasbourg , fondé de procuration
du Cardinal de Rohan , Evêque
de - Strasbourg , & Prince de l'Einpire
, reçût de l'Empereur avec les ceremonies
ufitées l'inveftiture des Fiefs unis
à cet Evêché , & qui relevent de l'Empire.
Le feize fuivant M. Chriſtien , Augufte
de Berkentien , Envoyé Extraordinaire
, & Plenipotentiaire du Roy de
Dannemark , reçût des mains de l'Empereur
l'inveftiture du Duché de Holſtein,
& des autres Pays , relevans de l'Empire
qui y font incorporez.
Le dix -huit M. le Baron de Huldemberg
, fils de l'Envoyé du Roy d'Angleterre
pour l'Electorat de Brunswich Hanovre
, Confeiller de Juftice , & Gentilhomme
de la Chambre de l'Evêque de
Lubec , reçût au nom de cet Evêque l'inveftiture
des Fiefs de cet Evêché.
Le 19. vers les huit heures du matin
leurs Majeftez Imperiales , accompagnées
des
#
DE JUILLET 1723.
457
*
des Archiducheffes leurs filles , & des
principaux Seigneurs de la Cour , partirent
du Palais de cette Ville pour ſe rendre
à Prague. Le
Le Comte de Harrach , Grand Ecuyer
de la Haute Autriche , le Comte de Paar,
Grand- Maître de la Maifon de l'Impe
ratrice Amelie , le Comte de Khevenhuller
, le Comte de Daiin , le Comte
de Vels , l'Archevêque de Vienne , le
Comte de Vurnibrand , le Comte de Sailern
, le Baron de Petfchowitz tous
Confeillers d'Etat ordinaire , & M. Managhetta
, Confeiller Imperial Aulique
qui ont été chargez des affaires des Pays
hereditaires de l'Empereur , pendant l'abfence
de Sa Majefté Imperiale , fe font
affemblez pour la premiere fois le 25 .
Juin.
›
On a depuis eu avis que leurs M. F.
étoient heureufement arrivées à Prague ,
& qu'elles y avoient fait leur entrée publique
le 30. de l'autre mois.
Le Comte de Gundacker de Staremberg
, partit de Vienne le 27. pour por
ter à Prefbourg le refultat des déliberations
des Etats d'Hongrie , que l'Empereur
a ratifié avant fon départ , & pour
feparer l'Affemblée , qui ayant commencé
au 29. Juin 1722. a déja compté au
Royaume 1400000. florins de frais extraordinaires.
758
LE MERCURE
De Londres , ce 16. Juillet.
Es Lords Jufticiers ayant reçû avís
Lde Larrivée du Royde la Grande
Bretagne en Hollande , fe font affemblez
pour la premiere fois le 21. Juin , & ils
continueront de travailler aux affaires publiques
tous les Mardy & Jeudy de chaque
femaine. Els tinrent un Grand Confeil
d'Etat le 8. de ce mois , dans lequel
la prorogation du Parlement fut continuée
jufqu'au 24. Aouft prochain.
Le 29. Juin le Docteur Atterbury ,
cy-devant Evêque de Rocheſter , fut conduit
de la Tour au bord de la riviere ,
où il entra dans un batteau de l'Amirauté
, qui le conduifit au vaiffeau de
Guerre , qui a été équipé pour le conduire
à Oftende. La fille de ce Prélat ,
M. Moriffe , fon gendre , & plufieurs do .
meftiques s'embarquerent avec lui pour
le fuivre dans les Pays Etrangers . Ils ont
débarqué à Calais le 2. Juillet , la Mer
s'étant trouvée trop agitée fur les côtes
de Flandres.
Le 28. Juin après- midi le feu prit
dans un Magafin , près de la maison de la
Compagnie des Indes ; il fut entierement
confumé , ainfi que trois maifons voifines,
& quelques autres Magafins , où il
Y
DE JUILLET 17237 IST
y avoit beaucoup de Marchandifes
, appartenantes
à divers Intereffez au Commercè
de Turquie. On compte que le
dommage caulé par cet incendie , monte
à plus de cent cinquante mille livres
fterlings.
Le premier Juillet les Lords Jufticiers
s'affemblerent
à Cockpitt , où ils tinrent
Confeil d'Etat pour la premiere fois depuis
le départ du Roy.
Les trois Regimens des Gardes à pied
campent à Hydepark , & on en a fait
partir trois détachemens
un pour la
Tour , l'autre pour Hamptoncourt
,
le troifiéme pour Windfor.
و
&
Le Vicomte de Bullingbrook
arriva le
6. Juillet au foir à Batter fea , 'Maifon du
Lord S. Jean , fon pere , fituée à quelques
milles de cette Ville , cù il doit refter
incognito jufqu'au retour du Roy , qu'il
doit remercier du pardon que lui a accor
dé Sa Majesté.
L
De la Haye , ce 12. Juillet.
E dix -huit Juin à huit heures du
matin le Roy d'Angleterre
débarqua
à Helvoetfluys
, & fe rendit à bord
d'un Yacht des Députez de Hollande ,
qui le conduifit jufqu'au Vaart , vis - àvis
de Viane , où Sa Majefté arriva le
dixa
160 LE MERCURE
dix-neuf à neuf heures du matin.
Les Etats Generaux doivent inceffamment
faire publier un Placard pour
faire
défenſe aux fujets de la République de
prendre aucun intereft dans la Compagnie
de Commerce que l'Empereur a deffein
d'établir dans les Pays-bas , & de s'engager
au fervice de cette Compagnie , ou
d'aucune focieté particuliere de négotians
qui auroient deffein d'envoyer des vaiffeaux
dans les Ports , fituez fur les limites
des Octrois accordez aux Compagnies
d'Orient & d'Occident de ce Pays .
Ce Placard porte contre les contrevenans
la peine de banniffement à perpetuité
des terres de la République , & celle
de confifcation de leurs biens. M. Hamel
Bruyninx , Envoyé des Etats Generaux à
la Cour de Vienne, a mandé que l'Empereur
n'avoit point encore fait de réponſe
pofitive au fujet du Memoire qu'il avoit
prefenté contre cet établiffement , parce
qu'il attend les inftructions que le Marquis
de Prié a été chargé de fournir fur
cette affaire.
On apprend de Bruxelles que le Docteur
Atterbury , cy- devant Evêque de
Rocheſter , y étoit arrivé , d'où il doit
aller à Aix- la- Chapelle.
De
DE JUILLET 1723. 262
D: Lisbone , ce 18. Juin.
Dieril eft entre dans le Port de cette
Epuis le 24. jufqu'au 30. May der
Ville , trois Navires François , 24. Navires
Anglois , avec deux Paquebots de
la même nation & fix Hollandois. Il en
eft forti un François , huit Anglois , deux
Hollandois & un Hambourgeois , & il y
a actuellement dans la riviere 17. Bâtimens
François , 81. Anglois , 13. Hollan
dois , 4. Suedois , 1. Danois , 4. Hambourgeois
, & 3. Eſpagnols.
On a appris par des lettres du 16. Noë
vembre & du 12. Decembre dernier ;
écrites de la nouvelle Colonie du Sacrement
que le Colonel Antoine- Pierre Vafconcellos
avoit pris poffeffion de fon Gou
vernement le 14. Mars precedent .
Le 8. de ce mois le Roy donna audience
au Reverend Pere Narciffe Gregoire,
Evêque d'un des principaux fieges de
l'Afie Mineure , qui a depuis quelque
temps été racheté des Turcs par le Marquis
de Bonac , Ambaſſadeur de France à
Conftantinople. Cet Evêque qui a été ELclave
pendant plufieurs années , fur les
Galeres Turques , avec 13. Religieux de
l'Ordre de S. Antoine Abbé , dont il
eft auffi , voyage dans les Cours Chré
tiennes
162 LE MERCURE
tiennes pour raflembler les aumônes neceffaires
à payer la
freres.
rançon
de fes con-
De Madrid , ce 7. Juillet.
N écrit de Cadix qu'on y avoit
Oreçá fix cens mille pieces de huit
provenant de l'argent qui a été débarqué
il y a quelques mois à Portovendres
qu'on en attendoit une pareille fomme
que la Flotille qu'on étoit occupé à char
ger ne devoit partir que le 15. Juin ,
qu'elle ne feroit compofée cette année
que de fix Bâtimens , & que Don Baltazar
de Guevara en devoit avoir le commandement.
On écrit de Barcelone que l'Efcadre
Espagnole , commandée par le Marquis
de Mari avoit paffé à la vûe des côtes de
France , qu'on croyoit qu'elle avoit fait
route vers Portolongone , où elle doit
porter des vivres & des recruës , & que
Je Gouverneur de Barcelone avoit reçû
ordre de faire marcher trois Regimens
d'Infanterie du côté de Malaga.
›
On apprend d'Alicante que le 15. du
mois dernier Don Philippe Waure Enfeigne
dans la Compagnie de Don Charles
Bis , Capitaine dans le Regiment de
Flandres , Infanterie , étant de garde avec
12. foldats de même Regiment , dans un
pofte
DE
JUILLET 1723. 163
pofte nomine de Las Mofcas , au Cap de
Palos , il avoit découvert à la pointe du
jour dix- huit Maures qui venoient à lui .
Qu'auffi - tôt fes foldats ayant mis la bayonnette
au bout du fufil , s'étoient couchez
le ventre à terre que les Maures étant
à la demie portée de leurs armes , ces foldats
avoient fait une décharge , dont
quelques -uns avoient été tuez ; mais que
dans le temps que l'Officier Elpagnol s'avançoit
pour les attaquer , il avoit été
invefti par deux autres partis de 40. hommes
chacun qui avoient débarqué à l'abri
d'une Coline , & lui ôtant tous les moyens
de fe retirer , lui avoient fait prendre une
réfolution defefperée ; qu'après s'être
courageufement défendu près de quatre
heures , il étoit mort de fes bleffures : qué
fix de fes foldats s'étoient fait un paſſage
, & avoient eu le bonheur de fe faules
fix autres n'ayant pû ver , mais que
les fuivre , à caufe de leurs bleffures
avoient été faits efclaves,
De Portolongone , ce 6. Juin.
Es deux Bataillons du Regiment de
Cordoue , & le fecond de celui de
Burgos qui font en garnifon dans cette
place, ayant befoin de quelques recruës ,
& n'en pouvant fi- tôt efperer d'Eſpagne ;
le
164 LE MERCURE
1
le Confeil de guerre chargea il y a quel
que temps des Officiers de differentes
nations d'en lever à Rome , à Livourne,
& dans d'autres places d'Italie. Plufieurs
de ces nouveaux foldats étant arrivez
comploterent entre eux de tuer le Gouverneur
, & les Officiers de la garniſon
de cette place , de la piller , de fe fauver
enfuite dans les Bâtimens qui étoient dans
le Port . Pour executer ce barbare def
fein , ils choifirent entre eux un Chef &
des Officiers , mais comme ils n'étoient
pas en affez grand nombre , ils furent
obligez d'attirer dans leur confpiration
d'autres foldats de differentes nations du
nombre, defquels ce fut un nommé Pierre
Corrada , natif de Milan , & foldat dans
le Regiment de Cordouë , qui rendit
compte à fon Capitaine de tout ce qui fe
tramoit contre le fervice de Sa Majefté
Catholique. Sur cet avis on arrêta le 19.
Avril dernier ceux qu'il avoit dénoncez ,
& après avoir fait les informations neceffaires
, huit des plus coupables furent
condamnez ; fçavoir , quatre à être pendus
, & leurs têtes expofées dans les principaux
endroits de la Ville , trois aux Galeres
, & un à être fuftigé ; les autres
complices moins coupables qui étoient
environ au nombre de cent , ont été condamnez
à travailler aux ouvrages de la
place ;
.
DE
JUILLET 1723 .
165
Place ; ils ont cependant confervé leur
rang dans les Compagnies , mais le port
des armes leur a été défendu. Le Roy
d'Eſpagne a récompenfé la fidelité du
foldat Milanois , & l'a fait fous- Lieutenant..
De Rome , ce 2. Juillet.
Lambaffadeur d'obeden
E 30. May le Marquis Sachetti ;
de Parme , alla à l'audience publique du
Pape , & muni de pouvoirs fuffifans , promit
& jura fidelité & obéiffance à fa
Sainteté. Il alla auffi faire une vifite folemnelle
au Magiftrat du Peuple Romain.
Son cortege fut très - nombreux , il fut accompagné
par 14. Prélats de la premiere
confideration , & il trouva au Capitole le
Magiftrat au milieu de toute la Nobleſſe,
& d'un grand nombre de Prélats Romains
. Il lui fit un difcours Latin qui
fut fort applaudi , & auquel le Comte
Carpegna répondit . Le Magiftrat lui doit
rendre
inceffamment la vifite , comme
cela s'eft toûjours pratiqué dans tous les
cas où la Maifon Souveraine de Parme
a eu occafion de faire par fes Ambaffadeurs
cette civilité au Senat , & à la
Nobleffe de cette Ville , dont elle tire
fon origine.
La Ville de Bologne à enfin obtenu de
l'Em166
LE MERCURE
l'Empereur la permiffion d'ouvrir un Canal
pour conduire dans le Pô les eaux
du Torrent qui inondoient fouvent les
campagnes ; mais la République de Venife
, le Duc de Modene & la Ville de
Ferrare qui fe trouvent intereflez à ne
pas laiffer détourner ces eaux , doivent
former leur oppofition pour empêcher
l'execution du projet des Boulonois .
La Reine de Pologne ayant fait con
noître qu'elle étoit difpolée à embraffer
la Religion Catholique , le Cardinal de
Salerne a été prié de l'aller déterminer ;
il doit fe rendre à Drefde , chargé de
lettres du Cardinal d'Althan , Viceroy
de Naples , & du Cardinal Albani Camerlingue.
Les Penfionnaires du Seminaire Romain
, & ceux du College Clementin ,
qui font ordinairement compofez de la
meilleure Nobleffe d'Italie , d'Eſpagne
& d'Allemagne , & entre lefquels il y a
toûjours eu conteftation pour le pas , ont
eu une femblable difpute le 6. Juin à la
promenade, hors la porte del Popolo ; il y
à eu du fang répandu , & cette querelle
devient confiderable par l'intereft qu'y
prennent la famille de ces penfionnaires.
De
DE
JUILLET 1723. 167
De Venife , le 28. Juin.
Lcher une
Ordonnance ,
E Magiftrat de la fanté a fait afficoncernant
le rétabliffement du Commerce avec les
Provinces Meridionales de France . On
apprend de Naples que le Vice-Roy y
a fait la même choſe .
Suivant les derniers avis de Naples
de Romanie , les peuples fort mécontens
du gouvernement des Turcs , ont
tenté de le fouftraire à leur domination ;
mais le Bacha qui y commande ayant été
inftruit de leur deffein , a fait approcher ,
des troupes qui le font faifies des plus difpofez
à la revolte.
On a appris de Conftantinople que le
Grand Seigneur avoit fait cefler les préparatifs
de guerre ,
fa flotte alloit
être inceffamment défarmée.
&
que
D'Hanover , le 26. Juin.
22. Juin vers les dix heures du
Loir le Roy d'Angleterre arriva en
parfaite fanté à Herrenhafen , aux acclamations
réiterées d'une grande multitude
de peuples qui fe trouva fur fon
paffage ; Sa Majefté embraffa le Prince
Frederic , fon petit-fils , qui étoit allé au
H devant
168 LE MERCURE
devant d'elle . Le Roy doit fe repoſer
dans ce Château pendant quelques jours ,
pour aller enfuite prendre les eaux à Pyrmout.
DIGNITEZ , BENEFICES,
& Charges des Pays Etrangers.
M&
Mofcovie.
R Stambke qui en 1720. étoit
envoyé du Duc d'Holftein à la
Cour de Ruffie , a été nommé pour fucceder
à toutes les Charges & Emplois de
feu M. Hefpen , Confeiller privé du
Duc d'Holftein .
Le Commandeur Sinaiwin a obtenu la
Direction de l'Amirauté , & des équipages
qu'avoit l'Amiral de Kruys.
Allemagne.
M. Charles Menghen de Hordes &
de Callemberg , Colonel Commandant
du Regiment de Cuiraffiers du Prince
de Modene, a été fait Baron de l'Empire,
pour récompenfe des fervices rendus à la
Maifon d'Autriche , tant par cet Offcier
que par fes ancêtres originaires du
Duché de Weftphalie.
Don
DE JUILLET 1723. 169
Don Jean Vafques de la Puentes , Comte
de Pinos , & Colonel de Cuiraffiers , a
obtenu de Sa Majefté Imperiale la Compagnie
des Gardes Royales du Royaume
de Sicile.
M. le Comte François Ferdinand de
Kinski a été nommé par l'Empereur à la
Charge de Grand- Chancelier du Royaume
de Bohéme , vacante par la mort du
Comte Leopold Jofeph de Seilck.
M. le Comte Theodore François de
Pilier , Commandant du Regiment des
Cuiraffiers de Mercy, que l'Empereur fit
il y a quelque temps Sergent General de
Camp , a obtenu le Commandement de
la Fortereffe de Segedin , vacant par la
mort de M. le Comte de Herbeſtein.
Le Prince Georges de Heffe - Caffel a
éré fait Lieutenant General des Armées
du Roy de Pruffe.
Angleterre.
Le Lord Waldgrave , petit- fils natu
rel du feu Roy Jacques II . qui s'est fait
Proteftant depuis quelques temps , a obtenu
la Charge de Gentil - homme de la
Chambre , vacante par la mort du feu
Duc de Richemond .
"
Le fils aîné de M. Walpole , Chancelier
de l'Echiquier , a été créé Baron
de la Grande Bretagne , & la furvivance
Hij
du
170 LE MERCURE
du Titre a été donnée à fes deux freres
puînez , & après leur mort , à leur pere.
Espagne.
Don Pedro Caffado , fils aîné du Mar
quis de Monteleon , Ambaffadeur du Roy
d'Efpagne auprès des Etats Generaux , a
été nommé Confeiller au Confeil des
Indes avec exercice.
M. le Comte de Las Torrés , Capitai
ne General des Armées du Roy d'Eſpagne
, a été nommé par Sa Majesté Ĉatholique
à la Vice- Royauté de Navarre,
Don Alphonfe Roldam , Religieux de
S. Bazile a été nommé à l'Evêché de
Guamanga au Perou.
Le Docteur Don Alexis de Roxas
Eyêque de S. Jacques au Chili , à celui
de la Ville de Pas , de la Province de
Los-Charchay.
Le R. Pere Don Jofeph de Efquivel ,
Dominiquain , Coadjuteur de l'Archevêque
de Seville , à celui de S. Jacques au
Chili.
Italie.
M. Michel Hercules d'Aragona , Evê,
que de Mileto , M. Loüis Forni , Evêque
de Reggio, & M. Dominique Condolmero
, Evêque de Lefin en Dalmatie
, ont été facrez à Rome le 23. May
dernier
DE JUILLET 1723. 171
"
dernier dans l'Eglife de Sainte Marie fur
la Minerve , par le Cardinal Urfini , Archevêque
de Benevent , affifté de l'Archevêque
d'Apamée , & de l'Evêque de
Caftallaneta.
M. Jerôme Balbi , cy-devant Gouver
neur des Galeaffes à Venife , a été élû
Gouverneur des Forçats , à la place de
M. Jacques Boldu , qui a été fait Capitaine
du Golfe.
L'Abbé del- Maro , cy - devant Envoyé
extraordinaire du Roy de Sardaigne , à
la Cour d'Espagne , a été nommé Viceroy
de Sardaigne , qu'avoit le Baron de
S. Remy.
M. le Marquis Corfini , Envoyé extraordinaire
du Grand Duc , à la Cour
de France , a obtenu la Compagnie des
Cuiraffiers de la Garde qu'avoit le feu
Duc de Salviatti à Florence.
*******************
y
MORTS . BAPTES MES ;
& Mariages des Pays Etrangers.
E Corps du feu M. Hefpen , Con-
Lfeiller Privé du Duc d'Holftein , fur
enterré le 19. May avec une grande Pompe,
dans l'Eglife de S. Alexandre , à trois
lieuës de Peterſbourg ; le Czar , le Duc
d'Holſtein,
Hij
72 LE MERCURE
d'Holftein , les Miniftres Etrangers , &
prefque tous les Seigneurs de la Cour af
fifterent à ce convoy.
Le 7. Juin l'Empereur figna à Vienne
le Contrat de Mariage du Comte Ignace
de Hohenfeld , Chambellan de la
Clef d'Or , & Sergent Major de la Garde
du Corps , avec la Comteffe Elizabeth
de Stadel , Premiere Dame d'Hon
neur de la Chambre de l'Imperatrice .
Le 18. le Comte Othon , Ignace Hohenfeld
, Chambellan de la Clef d'Or
Confeiller au Confeil de la Guerre , &
Sergent Major des Gardes du Corps ,
époufa à Laxembourg Madame la Comteffe
Marie Elizabeth de Staeld , Premiere
Dame d'Honneur de la Chambre de l'Imperatrice
; la Ceremonie fut faite par
l'Archevêque de Vienne , affifté du Curé
de la Cour , en prefence de leurs Majef
tez Imperiales.
Le 16. Juin l'Empereur & l'Imperatrice
affifterent incognito dans leur Chapelle
à Vienne , à la Ceremonie du Mariage
de M. Jean de Marchefi , Membre
du Senat de Mantouë , avec Mlle Marie-
Therefe Menthen , Dame d'Altenbefen ,
- & l'une des Dames de la Chambre de
l'Imperatrice.
M. le Comte Charles de Guldenſtiern ,
Senateur du Royaume de Suede , & Prefident
DE JUILLET 1713. 173
fident de la Cour Royale de Stokolm ,
eft mort dans cette Ville le 19. Juin ,
âgé de 75. ans.
Le 20. Juin le corps du feu Duc de
Richemond , fut apporté au Palais de
Weſtminſter à Londres , où il fut mis en
dépoft dans la Chambre de Jerufalem
& le lendemain il fut inhumé avec beaucoup
de magnificence dans la Chapelle,
de Henry VII. & plufieurs Chevaliers
de l'Ordre de la Jarretiere affifterent à
fon Convoy , dont le deuil fut mené par
le Duc de Grafton.
M. Jean Malmeftroon , Suedois , natif
de Stokolm, après s'être fait inftruire par
le R. Pere Jean Pereira de l'Ordre de
S. Dominique fait folemnellement
abjuration des erreurs du Lutheraniſme ,
à Vianna en Portugal , le 16. du mois de
May dernier , Féte de la Pentecôte ,
ayant pour parrain le Comte de Villa
Verde , Meftre de Camp General &
Gouverneur de la Province de Minho.
Dona Thereſe Boronie , époufe de Don
Carlo Albani , Prince de Soriano , eft
accouchée à Rome le 9. Juin d'un fils
qui doit être tenu fur les Fonts de Baptême
par le Chevalier de S. Georges.
Dona Catherine Zeffrina Salviatti ,
époufe du Connétable Colonne , eft accouchée
à Rome d'un fils le 11. Juin .
Hiiij JOUR174
LE MERCURE
***************
JOURNAL DE PARIS.
E féjour de la Cour à Meudon , où
le Roy & l'Infante- Reine joüiffent
d'une parfaite fanté , y attire un grand
concours , & l'on ne fçait pas encore
quand Sa Majefté retournera à Verfailles.
Il y a très- fouvent chaffe de Cerf au
Bois de Boulogne , tantôt avec l'équipage
de M. le Duc , tantôt avec celui de M.
le Prince de Conti , & le Roy paroît fort
goûter ce penible amuſement.
Le Prince Eugene de Savoye a écrit à
M. le Duc de Bouillon , pour lui faire
des complimens de condoleance fur la
mort de la Princeffe Sobieski qu'il devoit
époufer , & le feliciter fur le futur
Mariage du Prince de Turenne fon fils.
M. le Cardinal , Premier Miniftre a
été malade & dangereufement , fans que
la maladie l'ait empêché de fe livrer entierement
aux importantes affaires qui
l'occupent , fon Eminence jouit à preſent
d'une meilleure fanté.
Le 1. de ce mois M. le Marquis de la
Vrilliere remit une Lettre de cachet à
M. le Blanc , par laquelle le Roy lui ordonnoit
de fe retirer. Ce Miniftre partit
le
DE JUILLET 1723. 175
le lendemain pour Doux ,
Château ap.
partenant au Marquis de Trenel , fon
gendre , fitué à 16. lieuës de Paris en
Brie.
M. de Breteiiil , Commandeur , Preveft
& Maître des Ceremonies des Ordres
de Sa Majefté , & Intendant de la
Generalité de Limoges , a été nommé par
le Roy Secretaire d'Etat de la Guerre.
Le 3. de ce mois il prêta ferment de fidelité
entre les mains du Roy. On lui a
remis tous les titres & papiers concernant
ce Miniftere , & il a été inftallé aux:
Invalides le 15 par Monfieur le Duc
d'Orleans. Il y tiendra le Confeil tous les
Jeudis , & donnera audience les Vendredis
chez lui à Paris , dans fon Hôtel
rue Vivienne..
39
L'Abbé Clement , Confeiller au Grand
Confeil , & l'un des Commiffaires du Viafa
fut arrêté chez lui le 8. de ce mois ,
& conduit à la Baftille..
M. de la Pierre Talhoüet , M. dess
Requêtes , & M. l'Abbé Clement , dont
on vient de parler , ont été decretez .
Madame la Ducheffe de Montaigu ,,
fille du feu Duc deMarleborough eft ar
rivée à Paris , dans le deffein de fe ren
dre enfuite à Montpellier où l'air eft très
favorable aux perfonnes attaquées de la
maladie particuliere aux Anglois ,, &
Hiv qu'ils.
176
LE
MERCURE
qu'ils appellent Confomption .
M. le Comte de Maurepas , Secretaire
d'Etat a eu la petite Verole , fans aucun
accident dangereux , & en eft parfaitement
gueri .
M. O Bryan , Brigadier Irlandois au
fervice du Roy d'Espagne , & Gouverneur
de Malaga , étant arrivé à Montpellier
au commencement du mois de
May dernier , pour s'y faire traiter d'une
maladie qui le faifoit fouffrir depuis plus
d'un an , fans que les Medecins en euffent
pû découvrir la caufe , ceux de
Montpellier ayant trouvé qu'il avoit la
pierre, réfolurent de lui faire l'Operation ,
ce qui fut executé le 12. Jain on lui
tira une pierre qui pefoit quatre onces
& demie il ne vêcut que quatre jours
après l'Operation , qui ne fut pourtant
pas caufe de fa mort , puifque fon corps
ayant été ouvert on remarqua qu'il avoit
les parties internes gâtées .
M. le Maréchal Duc de Villars a été
nommé Grand d'Eſpagne de la premiere
Claffe, par Sa Majefté Catholique.
On affure que le Roy a accordé à
Madame de Bourbon , Abbeffe de Saint
Antoine des Champs , dins le Fauxbourg
S Antoine , le Privilege de faire
tenir une Foire dans ce Fauxbourg , pareille
à celle de S. Germain & de Saint
Lau
DE JUILLET 1723. 177
Laurent , qui commencera le lendemain
de Quasimodo , & finira la veille de la
Pentecôte.
On a appris que la Ville de Châteaudun
dans le Blaifois , avoit été prefque
entierement réduite en cendres ; plus dé
2000. maifons y ont été confumées , il y
a peri fept ou huit habitans. On n'a pas
pû fçavoir de quelle maniere le feu avoit
pris.
Le Roy vient d'ordonner que l'on ra➡
commodat les routes de la Foreft de Saint
Germain en Laye , pour y pouvoir coutir
le Cerf l'Hiver prochain.
payer
On commença le 1. de ce mois à
dans PHôtel de la Compagnie des Indes,
les Dividendes des 48. mille Actions
les 6. derniers mois de l'année 1722 .
le payement fera continué jufqu'au 20.
Decembre prochain , par égales portions
dans chaque mois , & dans chaque fepour
maine.
Le 4. de ce mois le 7. & le 9. le Roy
alla fe promener à la Muette , S. M. courut
enfuite le Cerf dans ie Bois de Boulogne,
avec les chiens de M. le Duc & de
M. le Prince de Conti..
Le 15. le Roy prit auffi le même divertiffement
avec les Chiens du Prince
de Turenne ; la chaffe dura jufqu'à neuf
heures & demie du foir.
H vj Le
178 LE MERCURE
Le 17. le Roy chaffa le Dain , avec
les chiens du Duc de Louvigni.
Le: 18. le Roy fut fe promener à Vanves
chez M. le Duc .
L'Abbaye Reguliere Conventuelle , &
Elective de S. Nicolas d'Arrouaife , près
Bapaume en Artois , Ordre de S. Auguftin
, vacante par le decès de Don Sabine
Dambrines , dernier Titulaire ,` a
été donnée par le Roy à M. le Cardinal
de Gefvres , Archevêque de Bourges.
La Fête de S. Jean- Baptifte , Patron
de M. le Curé de S. Sulpice , fut celebrée
dans fa Communauté d'une maniere
qui merite l'attention du public. On tira
dès le matin quantité de Boëtes devant le
Prefbytere , & le foir un grand nombre
de fufées annoncerent un feu d'Artifice
qui fut tiré au même lieu ; mais le plus
fingulier de la Fête fut un foupé que M.
le Curé donna à près de trois cens ouvriers
, qui travaillent au nouveau Bâtiment
de cette Paroiffe . Le bouquet qu'ils
lui avoient donné la veille fut l'occafion
de ce regale , qu'il ne pût leur faire que
le premier de Juillet , jour de l'octave ,
à caufe des Fêtes . & des jours d'abſtinence
& de jeune , qui fuivirent la Fête
de S. Jean - Baptiste..
On dreffa dans les allées du jardin de
la Cominunauté de longues tables , où
l'on
4
DE JUILLET 1723. 179
,
y
Fon plaça les ouvriers quatre à quatre.
On fervit par chaque bande une piece
de rôti , deux entrées avec une falade
& une bouteille de vin à chacun . Il
avoit au milieu du jardin une table ronde
de quatorze couverts pour les Infpecteurs
, & autres Officiers qui conduiſent
les travaux ; elle fut abondaminent fervie
, & avec de très- bon vin, M. le Curê
fut prefent à tout le repas ; il y dit le Benedicite
& les Graces. Plufieurs perfonnes
de diftinction furent prefentes à ce
regale , attirées par la fingularité du fpec
tacle ; toutes les fenêtres des maifons voifines
, qui donnent fur ce jardin , étoient
remplies de monde , & il y en avoit juf
ques fur les toits..
XX
MORTS & MARIAG ES.
L
E 28. de l'autre mois M. François
Pierre de Bretagne , Confeiller du
Roy au Parlement de Bourgogne , Seigreur
d'Orin , mourut âgé de 35 ans .
Le même jour M. Robert Lefchaffier,
Confeiller de la Grande- Chambre du
Parlement de Paris , mourut dans fa 87
année..
M. Claude Thyard , Comte de Biffy
neveu
180
LE MERCURE
neveu du Cardinal de ce noin , Sous-
Lieutenant de la Compagnie des Chevaux
-Legers Dauphins , mourut à Paris
de la petite Verole , le 2. de ce mois ,
âgé d'environ 35. ans.
M. Henry- Louis de la Grange d'Arquiaen
, mourut à Paris le même jour ,
& fut inhumé dans l'Eglife de l'Abbaye
de S. Germain des Prez . Il étoit fils de
Meffire Paul- François de la Grange , Comte
d'Arquiaen , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , Capitaine de Vaiffeau
du Roy , Lieutenant pour Sa Majesté au
Gouvernement General du Pays d'Aunys
, Gouverneur de Sainte Croix , &
Commandant au Cap François , aux côtes
de S. Domingue , & de Dame L.....
de Marigny. Ce jeune Seigneur , âgé ſeulement
de feize ans & demi , étoit neveu
de la Reine de Pologne , époufe du grand
Sobieski , & de la Marquile de Bethune,
toutes deux filles du Marquis de la Grange
d'Arquiaen, Chevalier des Ordres du
Roy , depuis Cardinal , & c.
Le cinq M. Thomas de Montmorin
de Saint Herem , fils de M. l'Evêque
d'Aire , Prêtre Docteur de Sorbonne ,
Abbé de Bonnevaux , député de la Province
d'Auch à l'Affemblée generale du
Clergé , eft mort à Paris de la petite Verole
, âgé de vingt-neuf ans , & a été
inhumé
DE JUILLET 1723. 181
inhumé dans l'Eglife de Sorbonne.
- Me Catherine de Guifcard , époufe de
LLoouuiiss - MMaarriiee dd''AAuummoonntt , Duc d'Aumont
, Pair de France , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy , Brigadier
de fes Armées , Gouverneur des Ville
& Citadelle de Boulogne , & Pays Boulonnois
, mourut à Auteuil le 9. de ce
mois , âgée de 35. ans .
M. Mederic Charton , Prêtre , Docteur
& Sénieur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne , Doyen de la Faculté de
Theologie , & Sous- Penitencier de l'Eglife
de Paris , eft mort le 16. de ce mois
dans fa 89 année.
M. Louis- Armand , Duc d'Eftrées ,
Pair de France , Marquis de Coeuvres ,
de Themines & de Cardaillac , Comte de
Nanteuil , Vicomte de Soiffons , Baron
de Gourdon , cy- devant Gouverneur de
Lifle de France & du Soiffonois , & des
Villes & Citadelles de Laon , Noyon &
Soiffons , & de Dommes en Quercy , eft
mort fubitement à Paris , le même jour ,
âgé de 41. ans. Il étoit arriere- petit- fils
de François Annibal , premier Duc d'Eftrées
, Pair & Maréchal de France , & de
Marie de Bethune , & fils de François
Annibal Duc d'Eftrées , Pair de France ,
& de Dame Magdelaine de Lyonne. Le
Duc d'Eftrées qui vient de mourir avoit
prêté
182 LE MERCURE
prêté ferment au Parlement le 24. Janvier
1723. il avoit épousé en 1707. Dame
Diane Adelaïde-Philippe Mancini ,
fille de Philippe-Jules Mancini , Duc de
Nevers , & de Dame Diane- Gabrielle
de Damas Thianze.
Nous venons d'obferver que le Maréchal
d'Eftrées , qui fut le premier Duc de
ce nom, avoir époufé Marie de Bethune ;
cette Dame, fille de Philippe de Bethune' ,
Comte de Selles , & de Charoft , Chevalier
des Ordres du Roy, &c . qui a donné
naiffance au fecond Duc d'Eftrées , au
Maréchal d'Eftrées , pere de M..le Maréchal
d'Eftrées d'aujourd'hui , & au Cardinal
d'Eftrées , fut une des plus belles ,
des plus vertueufes , & des plus fpirituelles
perfonnes de fon temps ; elle étoit
née à Rome durant l'Ambaſſade du Comte
de Bethune , fon pere , & mourut fubitement
en l'année 1628. n'étant âgée
que de 26. ans , regrettée de toute la
France pour les grandes & rares qualitez.
Un fameux Poëre compofa à cette occafion
des Vers que nous nous faifons un
plaifir de rapporter ici ; ils font noblement,
& en peu de mots l'hiftoire de cette
illuftre Dame , qui a été la mere de plufieurs
Grands Hommes.
Paucis te volo , fta parum , Viator »
Ecce hoc fub tumulo cubo Maria ,
DE JUILLET 1723. 183
Maria illa propago de Bethuna
Et conjux Herois peritioris ,
Vere Franca , fed urbis orta Roma ;
Pallas me pia cum facrâ Suada
Cunctis artibus affabrè polivit ,
Ac Cypris mihi detulit decorem ,
Verum vix talamum meum beards
1fic ter Deus ipfe nuptiarum ,
Quando me Lachefis ferox ab ulnis
Cari conjugis extulit repentè.
Le Maréchal d'Eftrées , ſon époux .
qui avoit quitté une année auparavant
cette mort , le nom de Marquis de Coeu
vres , en recevant le Bâton de Maréchal ,
prit depuis deux autres alliances ; la premiere
en 1634. avec AnneHabert deMontmort
, dont il eut un fils tué en 1656. au
fiege de Valenciennes , & une fille mariée
au Prince de l'Iflebonne , & la feconde
en 1663. avec Gabrielle de Longueval de
Manicamp , dont il n'eut point d'enfans.
Dès l'année 1648. le Marquifat de Cauvres
avoit été érigé en Duché & Pairie ,
fous le nom d'Eftrées en fa faveur , & de
fes defcendans mâles ; mais il ne fit enregiftrer
les Lettres Patentes au Parlement
que le 15. Decembre 1663. & il
mou184
LE MERCURE
mourut en l'année 1670. dans un âge
très- avancé. Par le decès qui vient d'arriver
du quatriéme Duc d'Eltrées, la Duché
& Pairie de ce nom paffe à M. le Maréchal
d'Eftrées , déja revêtu de plufieurs
grandes Charges & Dignitez .
La Maiſon d'Eftiées porte écartelé au
premier & dernier d'argent , freté de fable
de 6. pieces , au chef d'or , chargé de
trois merlettes de fable , qui eft Estrées ;
au fecond & troifiéme d'or , au lion d'azur
lampaffé , & couronné de gueules , qui
eft Cauchie.
M. Leonor de Pracomtal , Chevalier ,
Marquis de Pracomtal , Sous- Lieutenant
des Chevaux- Legers de la Garde du Roy,
& Lieutenant pour S. M. dans les Provinces
de Nivernois & Donziois , fils
Mineur de M. Armand de Pracomtal ,
Chevalier , Marquis de Pracomtal , Lieu
tenant General des Armées du Roy ,
Gouverneur de Menin , & de Dame Catherine-
Françoiſe de Mornay de Montchevreuil
, a époufé le 15. de Juillet
Dile Catherine Boucher d'Orfay , fille
mineure de M. Charles Boucher , Chevalier
, Seigneur d'Orfay , Confeiller du
Roy en fes Confeils , Me des Requêtes
Honoraire de fon Hôtel , Intendant pour
Sa Majefté de la Province de Dauphiné,
& de feuë Dame Catherine le Grain.
M.
DE JUILLET 1723. 185
M. François Perry , Chevalier Seigneur,
Comte de S. Ouant , fils de Ifaac
Perry , Chevalier- Seigneur , Marquis de
la Chauffie , de Montmereau & Saint
Ouant , Seigneur des Chaftellenies de
Vitrac- Roffignol , & de Dame Anne de
Rochechouard , a époufé Dile Maric-
Anne Gabrielle Frottier , fille mineure
de M. Benjamin Loüis Frottier , Chevalier
- Seigneur , Marquis de la Cofte Meffelierre
, Lieutenant de Roy au Gouver
nement de la Province de Poitou , Seigneur
des Oufches & de la Foreft , Deffé ,
Vaution , Mauchandy , & Champeaux
de la Chatellenie de Château- Garnie
& c. & de Dame Elizabeth Olive
Saint George Verac .
EDIT ,
186 LE MERCURE
EDITS , DECLARATIONS,
A
ARRESTS , & c.
Rrefts du Confeil d'Etat du Roy, des 30 Sep-
Patentes fur iceux , données à Verſailles le 4 May
1723. Regiſtrées en la Cour des Aydes le 12 Juin
audit an. Portant deffenfes à tous Juges qui connoiffent
des Droits des Fermes de mettre en liberté
les Coupables & Complices de rebellion & voyes.
de fait qui feront arrêtés dans l'inftant d'icelles
qu'après l'inftruction & jugement définitif, & en
d'appel de la part du Fermier , qu'après le jument
dudit appel.
EDIT du Roy , donné à Verfailles au mois de
Mars 1713. Regiftré en Parlement le 28 May fuivant.
Portant création d'un Office de Greffier
Confervateur triennal des Saifies &Oppofitions
du Tréfor Royal.
ARREST du Confeil du 6 Avril 1723. Qui caffe
& annulle un jugement rendu en dernier reffort
par le fieur de Ruols , Confeiller en la Cour des
Monnoyes de Lyon, & tout ce qui a été fait avant
& depuis le dit jugement , au fujet des abus & malverfations
commiſes en la Monnoye de Montpellier
, & commet les Maitres des Requêtes actuellement
de fervice aux Requêtes de l'Hôtel ,
pour connoître defdites malverfations , à l'effet de
quoi toutes les Minutes des Procedures & Procés
verbaux
DE
JUILLET 1723. 187
baux fur lefquels ledit jugement a été rendu ,
eront remifes au Grette.
ARREST du Confeil du 12 Avril 172 3. & Lettres
Patentes fur icelui. Données à Verſailles le 4 May
1723. Registrés en la Cour des Aydes les Juin
1723. Portant reglement pour les Procedures qui
doivent être obfervées a l'occafion de la verification
des échantillons du faux Sel , trouvé dans les
Maifons des Particuliers lors des viſites domiciliai–
res.
ARREST du Confeil , du 19 Avril 1723. qui
preferit la forme dans laquelle les Parties prenantes
des Etats & Rentes de fa Majeſté , pourront
fournir à leurs Treforiers, Receveurs ou Pa curs
des Copies certifiées de leurs Quittances de Capitation.
ARREST du 26 Avril 1723. qui ordonne
que
le nommé Hebert, Maréchal à Suzannecourt, reftituera
une fomme de foixante livres , par lui confignée
pour une Infcription de faux dont il a été
débouté ; contre un Procès verbal de faifie , d'un
Muid de Vin trouvé chez lui , d'excedent à fon
inventaire.
ARREST du 3 May 1723.qui déboute le nommé
Tinvin de fon oppofition à l'Arreft du 1 May
1722. par lequel il a été condamné au payement
de l'Annuel , des Vins qu'il a fait convertir en
Eau de Vie dans la Brulerie de la veuve Hamelin ;
& condamne en outre ledit Tinyin au coût de
l'Arrêt .
ARREST du 3 May 1723. qui ordonne que
pendant dix années , à commencer du 1 Janvies
17241
188 LE MERCURE
1724. les Morues , tant vertes que féches , & les
Huiles qui proviendront de la Peſche des Sujets de
Sa Majefté , à l'Ifle Royale , appellée cy - devant
l'Ifle dé Cap -Breton , demeureront déchargées dans
tous les Ports du Royaume, tant de l'Ocean que de
la Méditerranée & à Ingrande, de tous droits d'entrée
des cinq groffes fermes.
•
ARREST du 3 May 1723 , qui fait tres expreffes
deffenſes à tous Orfévres & autres perfonnes de
quelque qualité & condition qu'elles foient , dë
jetter aucunes matieres d'or & d'argent en barres
ou lingots , qu'elles n'ayent été bien braffées ; enforte
que lefdites matieres foient uniformes dans
toutes les parties defdites barres & lingots , à peine
de confifcation defdites matieres, de trois mille
livres d'amande , & d'être procedé extraordinairement
contre ceux qui auront fondu frauduleufe
ment lefdites barres ou lingots d'or ou d'argent.
DECLARATION du Roy , du 5 May 1723.Regiftrée
en Parlement le s Juin , portant que lesAcquereurs
des Quittances de finances produifant interêts,
pourront obtenir des Lettres de ratification
au grand Sceau , & que les creanciers des Proprietaires
defdites Quittances formeront leurs oppofitions
pour conferver leurs droits entre les mains
des Confervateurs des hypoteques fur les rentes &
augmentations de gages.
LETTRES PATENTES fur Arrêt , données
à Versailles le 22 May , regiftrées à la Cour des
Aydes le 17 Juin , qui ordonnent qu'à l'avenir les
vins de la Loire fortans des cinq groffes Fermes ,
quoique deftinez pour les Ifles , acquitteront les
droits de fortie ordinaires.
Lettres
DE
JUILLET 1723.- 189
· LETTRES PATENTES fur Arrêt , qui fixent
à quatre livres les droits d'entrée fur chaque cheval
, poulain , jument , mule & mulet, venant [de
Bretagne & autres Provinces mentionnées au Tarif
de 1664.Données à Verfailles le 12 May 1723 .
regiſtrées à la Cour des Aydes le 17 Juin.
ARREST du 25 May , qui décharge du Droit
de Controlle les Quittances qui feront données
au Tréfor Royal pour raifon des Rembourſemens,
faits par le Roy , de la nature de ceux énoncez en
l'Arrêt.
ORDONNANCE du Roy , du 29 May , portant
permiffion de Faucher les Foins avant la
faint Jean , dans toute l'étendue du Royaume ,
même dans le Parc de Verfailles & autres Maifons
Royales , fans en demander aucune permiſſion aux
Seigneurs , aux Capitaines des Chaffes & autres
Officiers.
ARRESTS des 26 Janvier & 31 May 1723. Le
premier évoqué & renvoye pardevant Monfieur
I'Intendant de Dijon les Inftances portées tant en
l'Election de Langres, qu'au Parlement de Dijon,
pour donner fon avis au fujet des Eaux de Vie de
marc de Raiſin , fabriquées par les nommez Brocard
& Pacot, par contravention à la Déclaration
du 24 Janvier 1713. Et le fecond confifque les
Eaux de Vie & Uftanciles fur eux faifies , & les
condamne chacun en trois mille livres d'amende .
ARREST du 31 May ,qui déboute Thomas Sandrin
& autres Marchands de Salines à Pontoife , de
leur Requefte, & ordonne l'execution d'une Senzence
du Grenier à Sel de ladite Ville ; qui les
condamne
1
190 LE MERCURE
J.
condamne chacun en trois cens livres d'amende
& en la confifcation des Salines fur eux faifies ,
faute d'en avoir fait déclaration avant l'enlevement
du Batteau dans lequel elles font venuës.
ARREST du 31 May , qui ordonne que la ville
de Rochechouard & autres lieux y mentionnez
dépendans de la Province de Poitou , feront repu
tez étrangers à l'égard des droits des cinq groffes
Fermes , & fupprime le Bureau de Rochechouard.
ARREST du même jour , qui réduit à trois
jours les délais pour les pourfuites & procedures
dont Simon Camery eft chargé pour le recouvrement
reftant à faire des taxes de la Chambre de
Juſtice.
ARREST du même jour , qui ordonne
que les
Saifies réelles faites à la requête de Simon Ĉamery,
chargé des pourfuites neceffaires pour le recouvrement
des taxes de la Chambre de Juftice , feront
enregistrées , quoiqu'il y en ait de precedentes, &
à l'exclufion de toutes autres ; fauf que les faifies
réelles anterieures feront converties en oppofitions
à celles du fieur Camery.
ARREST du même jour , concernant les Ren.
tes du Clergé.
ARREST du même jour , concernanr la liquidation
de la Finance , & le remboursement des
Offices de Receveurs provinciaux & diocefains du
Clergé , & leurs Contrôleurs , fupprimez par Arre
du 25 Octobre 1719 .
ARREST du même jour , qui révoque la permillion
DE JUILLET 1723. 191
miffion cy-devant accordée , de faire le commerce
de Levant par le Port de Cette.
DECLARATION du Roy, donnée à Verſailles
le 31 May , regiftrée en Parlement le 17 Juillet ,
concernant les anciennes rentes du Clergé , par
laquelle Sa Majefté a reglé , fixé & réduit les rentes
de l'Hôtel de Ville de Paris, dont le payement
des arrerages eft affigné fur le Clergé de France ,
fur le pied du denier quarante du capital pour chacune
année , compofée de douze mois , à
mencer du premier Janvier 1724 , fuivant les états
qui feront arrêtez au Confeil , ainfi qu'il fera par
Sa Majesté ordonné ; auquel effet Elle a maintenu
& confirmé les proprietaires defdites rentes en la
jouiffance d'icelles conformement & jufqu'à concurrance
de la reduction aux charges & conditions
énoncées en ladite Déclaration .
com-
Sa Majesté a auffi fixé & réduit fur le même
pied du denier quarante du capital , les revenus
des finances des Offices de Payeurs & Controlleurs
Triennaux & Quatriennaux defdites rentes & des
taxations hereditaires y attribuées ; fupprimés par
Edit du mois de juillet 1654. qui n'ont point été
rembourrées , quoique les Liquidations en ayent
été faites dans le Confeil de Sa Majestés ayant
été ordonné par ledit Edit qu'il en feroit conftitué
des rentes , & que cependant les proprietaires
jouiroient des gages & taxations defdits Offices ,
lefquels ont été en confequence payez & employez
dans la dépenfe des comptes des Payeurs ' en exercice
, au chapitre des gages des Officiers. Sa Majesté
n'entend neanmoins comprendre dans la
difpofition du prefent article , les augmentations
de Gages attribuez aufdits Payeurs par Edit du
mois d'Avril 1640 , lefquelles demeureront rédaites
au denier cinquante , & c.
I Lettres
192
LE MERCURE
LETTRES PATENTES fur Arreſt , portant dé.
fenfes au Fermier de la marque d'or & d'argent
d'appofer fon poinçon de charge fur les ouvrages
que celui de la Maiſon commune des Orfévres
n'ait été préalablement appliqué. Données à Ver.
failles le 3 Juin 1723 , regiftrées à la Cour des Aydes
le 5 Juillet.
ARREST du 7 Juin 1723 , qui caffe une Sentence
des Elûs de Bourgancuf , en ce qu'elle ordonné
que les droits de Jauge & Courtage feront
payez feulement par les Voituriers & Marchands
conduifans du Vin , Eaux de Vie & autres boiffons
des païs redimez dans ladite Election , & par ceux
qui en fortiront pour aller dans lefdits païs redimez
; ordonne l'execution & enregiſtrement en
ladite Election , de la Declaration du 10 Octobre
1689. & en confequence , que lesdits droits feront
levez conformement à icelle ; & fait deffenſes aufdits
Elûs d'apporter à l'avenir aucune modification
aux Edits , Declarations & Arrelts ; & leur
enjoint d'en ordonner l'execution purement &
fimplement à l'inftant qu'ils leur ferontprefentez,
à peine de privation de leurs Offices.
ARREST du même jour , qui caffe une Sentence
des Flus d'Angers & confifque cent quatrevingt
livres pefant de Toiles de Chollet , excedant
la déclaration faite par le nommé Venault,
au Bureau des droits des Cloifons d'Angers , établis
au Pont de Cée , & le condamne en cent livres
d'amende .
ARREST du 7 Juin 1723 , qui déboute le nommé
Laville , Procureur à Cognac , de fon oppofition
à l'Arreft du 15 May 1722. & ordonne que
la
DE JUILET 1723. 193
la porte de communication de fa maifon à celle
de Marguerite Laville fa foeur , Caba.etiere de ladite
Ville , fera murée à fes frais .
ARREST du 7 Juin 1723 , qui ordonne que les
Communautez fupprimées fur les Ports , Quais &
Halles de la Ville de Paris , & leurs creanciers ,qui
n'ont point encore receu leur rembourſement en
rentes fur l'Hôtel de Ville , feront rembourfez en
rentes fur les Tailles.
LETTRES PATENTES fur Arreſt , données
à Meudon le 7 Juin 172 3 , enregistrées en la Chambre
des Comptes le 17 du même mois , concernant
les ventes & adjudications des Bois de Verſailles ,
Marly & dépendances.
ARREST du 7 Juin , qui ordonne que les gages.
attribuez aux Offices Municipaux , rétablis par
l'Edit du mois d'Aouft 1722 , affignez fur les revenus
& octrois des Villes , feront payez aux Acquereurs
defdits Offices.
Et où lesdits Offices n'ont pas été levez , lef- ›
dits gages feront payez à Martin Girard , jufques
à ce qu'ils foient levez.
DECLARATION du Roy , en interprétation
des Edits concernant les Invalides de Marine des
mois de May 1709. Mars 1713. & Juillet 1720 ,
donnée à Meudon le 9 Juin 1723 , registrée en
Parlement le 12 Juillet fuivant.
la
ARREST du 14 Juin 1723 , qui ordonne que
les Aluns d'Italie & du Levant , qui entrerontpar
voye de Marſeille , payeront les mêmes droits
de trois livres du cent pefant , qui fe payent aux
entrées des cinq Groffes Fermes , en execution de
I j
de
194 LE MERCURE
de l'Arreſt du 14 Aouft 1714 , & ce nonobſtant
l'Arreft du 18 May 1720 , qui fupprime les droits
du tiers-fur-taux & quarantiéme de Lyon .
ARREST du 14 Juin 1723 , qui révoque les per
miffions cy-devant accordées aux Négocians du
Royaume, de faire paſſer à Cadix , à Génes , à Livourne
& à Naples , directement des Ifles Françoifes
de l'Amerique , des Marchandiſes du crâ
defdites Illes.
ARRESTS des premier Decembre 1722 & 14
Juin 1723 .
Le premier caffe une Sentence des Elûs d'Amiens
; condamne les nommez de Flocq & de
Saint-Germain chacun en cinquante livres d'amende
pour leur refus de fouffrir les Inventaires ;
leur enjoint & aux autres habitans de la Paroiffe
de la Croix-au- Bailli , de les fouffrir à l'avenir &
de payer les droits de fubvention , & deffend aufdits
Elus de rendre à l'avenir de pareilles Sentences
, à peine d'interdiction & de cinq cens livres
d'amende .
Et le fecond déboute lesdits de Flocq & habitans
de leur oppofition au premier Arreft ; & .
pour le nouveau refus de la part dudit de Flocq &
autres , de fouffrir les Inventaires , les condamne;
fçavoir, ledit du Flocq en cent livres d'amende
, & les autres en cinquante livres chacun & au
coût de l'Arreſt .
LETTRES PATENTES , qui ordonnent l'adjudication
de l'entretien des Ponts & Chauffées de
la Forêt de Compiegne. Données à Meudon le 18
Juin 1723 , registrées en Parlement le 8 Juillet
fuivant.
Lettres
DE JUILLET 1723. 195
LETTRES PATENTES , données à Meudon
le 18 Juin 1723 , regiſtrées en Parlement le 8 Juillet
, qui ordonnent plufieurs amenagemens dans
la Forêt d'Amboife .
la
ARREST du 21 Juin 1723 , au fuiet des tranfpofitions
de Barrieres , conftructions de Bureaux
& murs de Clôture , ordonnées être faites pour
feureté des Entrées de Paris ; depuis l'encoignure
du Laiffez -pafler du Roulle , jufqu'à celle du clos
faint Lazare ; tant par Charles Cordier chargé
de la Regie des Fermes Generales, que par les Proprietaires
des Marais , depuis le Bureau de la Ville-
Lévêque jufqu'au Château des Porcherons , & de
puis la Barriere de Notre -Dame de Lorette , jufqu'a
celle de la Voirie , fur l'alignement à main
droite , du côté du Boullevart ; & dont les nerita
ges font entre les Barrieres contigues & aboutiffans
aux deux rues des Portes blanches & Coquenard
; qui ordonne que les deniers & avances qui
feront neceflaires pour parvenir à la conftruction
du Mur , Barrieres & Bâtimens à la charge de la
Ferme , feront avancez par ledit Cordier , qui en
fera remboursé par le Fermier qui lui fuccedera, &
fucceffivement de Bail en Bail ; & qui contient
plufieurs autres difpofitions.
ARREST du même jour , qui caffe une Sentence
des Elûs de Caen , confifque les Cidres & Uftanciles
faifis en Champ de Foire fur le nommé
Corderain , Chaircuitier à Caen , furpris vendant
en détail fans déclaration & fans avoir du vin ou
boiffon en cave , & le condamne en cent livres
d'amende.
>
DECLARATION DU ROY , concernant les
· 1 iij Jurifdictions
196 LE MERCURE
Jurifdictions Confulaires . Donnée à Meudon le 26
Juin 1723 , regiſtrées en Parlement le 8 Juillet .
ARREST du 28 Juin 1723. Portant que les
Contrats de Mariage paffez à Paris , & dans les
lieux de la réfidence de la Cour , feront contrôlez
dans le mois .
ARREST du même jour , qui ordonne qu'il ne
fera fait par le Garde de fon Tréfor-Royal aucuns
rembourfemens d'Offices , Droits ou autres , de
quelque nature que ce puiffe être , qu'en rapportant
par ceux qui demanderont lefdits rembourfemens,
des Certificats des Greffiers - Conſervateurs
des Saifies & Oppofitions du Trefor-Royal.
ARREST du même jour , qui ordonne que toutes
les Manufactures de Toiles & Etoffes de Fil &
de Cotton de toutes couleurs , mêlées de foye &
autres matieres , fous le nom de Toiles rayées &
à Carreaux , Siamoifes , Fichus , Stinkerques , ou
fous telle autre dénomination que ce foit,qui font
établies dans les Villes, Bourgs & lieux de la Province
de Normandie' ; à l'exception de celles établies
dans la Ville & Fauxbourgs de Rouen &
Bourg de Dernetal, cefferont tout travail ; à commencer
au premier Juillet de chaque année , juf
qu'au quinze de Septembre inclufivement,
ARREST du 30 Juin 1727 , qui proroge jufqu'au
dernier Septembre prochain , le terme fixé
par celui du quinze Mars dernier , pour le payement
des Droits des Changeurs aux frais de Sa
Majeſté.
ARREST du premier Juillet 1713. qui proroge
pendant un mois le délay accordé par l'Arreft du
27.
DE
JUILLET 1723. 197
27 Avril dernier, aux Officiers des Bureaux des Finances
des Generalitez du Royaume , pour payer
le Droit annuel de leurs Offices.
ARREST dus Juillet 1723 , qui renouvelle les
deffenfes cy-devant faites de l'Introduction dans
le Royaume , & du commerce , port & ufages des
Etofes des Indes , de la Chine & du Levant, ainfi
que les Toilles peintes & autres , venant deſdits
pais.
ARREST du 21 Juillet 1723 , publié le même
jour , concernant les Monoyes , par lequel le Roy
ordonne ce qui fuit :
ARTICLE PREMIER.
Qu'a commencer du jour de la publication du
prefent Arreft les Louis d'Or fabriquez & reformez
en execution de l'Edit du mois de Septembre
1720. n'auront plus cours dans les payemens que
pour la fomme de quarante-quatre livres , & les
doubles & demi Louis à proportion .
I I.
Ordonne Sa Majefté , que les Efpeces d'Argent
continueront d'avoir cours fur le même pied qu'elles
l'ont à prefent , & qu'il ne fera pareillement
rien changé à la valeur des matieres d'Or & d'Argent,
Efpeces non reformées & Monnoyes étrangeres
qui refteront & demeureront fixées fur le
même pied qu'elles le font aujourd'hui .
III.
Veut Sa Majesté, qu'en portant par les particu
liers aux Hôtels des Monnoyes un huitième en
certificats de liquidation , & fept huitièmes en matieres
d'or & d'argent ou efpeces non reformées ,
la valeur du totalleur foit payée comptant dans
lefdits Hôtels des Monnoyes, en efpeces fabriquées
I i
ou
198 LE MERCURE
ou reformées en execution de l'Edit du mois de
Septembre 1720.
IV.
Les Matieres d'Or & d'Argent, Efpeces non réformées
ou étrangeres qui feront portées aux Hôtels
desMonnoyes avec un huitiéme en Certificats
de Liquidation, y feront reçûës fur le pied que le
marc d'Or & d'Argent eft actuellement fixé dans
le public; & les Louis d'Or de vingt- cinq au marc,
& les Ecus de dix au marc , fabriquez en execution
de l'Edit du mois de May 1718 , y feront reçus
à la piece fur le pied de 36 livres le Louis &
de fix livres l'Ecu, les demis, les quarts & les fixiémes
d'Ecus à proportion .
ས .
A l'égard de ceux qui porteront aux Hôtels des
Monnoyes des Matieres d'Or & d'Argent , Efpeces
non reformées ou étrangeres , fans aucune partie
de Certificats de Liquidation , lefdites Efpeces &
Matieres continueront d'y être reçues fur le pied
de 945 liv. le marc des anciens Louis a convertir ,
ou de l'Or du titre de vingt deux carats , & les autres
Matieres ou Efpeces d'or à proportion : Et de
foixante- trois livres le marc des anciens Ecus à
convertir, ou de l'Argent du titre de onze deniers,
& les autres Matieres ou Efpeces d'argent à proportion.
Et les Louis d'or de vingt- cinq au marc
& Ecus de dix au marc, fabriquez en execution de
l'Edit du mois de May 1718 y feront reçûs à la
piece , à raifon de trente fept livres feize fols le
Louis d'Or, & de fix livres fix fols l'Ecu , les demis,
les quarts & les fixiémes à proportion .
V I.
Ordonne Sa Majefté qu'à commencer du jour
de la publication du preſent Arreſt , les Sols de
vingt-cinq deniers n'auront plus cours que pour
vingt-quatre deniers , &c .
Arreft
DE JUILLET 1723. 199
ARREST du 17. Juillet , par lequel le Roy
Ordonne que dans trois mois pour tout délai de
la datte du prefent Arreft , tous les Billets exiftans,
des Tréforiers Generaux & particuliers de l'Extraordinaire
des Guerres , procedans des Exercices
anterieurs à la prefente année , en quelques
mains qu'ils foient , feront reprefentez à Paris
aux Sieurs de la Salle & de la Riviere , Contrôleurs
nommez par les Etats de Diftribution des
30. Decembre 1722. & 17. du prefent mois , pour
être par eux reconnus , verifiez & paraphez , &
être enfuite procedé au payement de ceux qui fe
trouveront compris dans ledit Etat de Diſtribution
dudit jour 17. du prefent mois , dans les
termes & en la forme portée par ledit Etat : &
à l'égard de ceux qui ne fe trouveront pas com→
pris dans ledit Etat , les Porteurs d'iceux feront
tenus , en les reprefentant , d'en remettre aux
Sieurs de la Salle & de la Riviere , des Copiesfidelles
, au pied defquelles les Porteurs feront tenus
de certifier qu'ils leur appartiennent , & à
quel titre; pour für lefd . Copies, être enfuite pour-
να
par Sa Majesté au payement defdits Billets ,
par un troifiéme & dernier Etat de Distribution
qui fera arrêté à cet effet ; tous lefquels Billets
demeureront nuls , faute d'avoir été reprefentez
dans ledit temps , &c.
1
a
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , du 26
Juillet, Qui ordonne que les Proprietaires & Porteurs
des Billets d'Emprunt de la Compagnie des
Indes , de szo. & 52. Louis d'Argent , échûs au
29. Novembre 172. & ceux de 36. Louis & demy
d'Argent , échûs le 10. Janvier 1722. feront
tenus de les remettre dans le premier Octobre prochain
pour tout délai , au Garde du Tréfor Royal
en exercice ; à l'effet d'être lefdits Billets par lui
1 v con200
LE MERCURE
convertis en Quittances de Finance , portant intereft
à deux pour cent , faute de quoi & ledit
délai expiré , leſdits Billets demeureront nuls &
de nulle valeur.
SUPPLEMENT.
E Roy a accordé aux Etats du Du-
Lchéde Bourgogne , la premiere Pairie
du Royaume , l'établiſſement d'une
Faculté de Droit , Civil François & Canon
; on a donné les Chaires à de trèshabiles
Profeffeurs pour enfeigner dans ces
Ecoles qu'on veut rendre celebres . Elles
s'ouvriront à Dijon , Capitale de cette
Province , au mois de Novembre prochain.
Les gens qui viendront y étudier trou- ,
veront toutes fortes de commoditez , la
Ville de Dijon étant très- bien bâtie , les
habitans doux & polis , le climat agrea
ble , les Livres à bon marché , & toutes
fortes de bons vins en abondance.
SENTIMENS d'un Spectateur François
, fur la nouvelle Tragedie d'Inès de
Caftro brochure in 89 de 14. pages
avec approbation , fans nom d'Auteur ,
ni d'Imprimeur.
Cet ouvrage a paru affez bien écrit , &
le
DE
JUILLET 1723 . 201
le public le trouveroit plus eftimable , s'il
étoit moins partial. Il femble que l'Anonyme
en veut à tous les Auteurs en general
, & à l'Auteur d'Inès en particulier.
Il convient que jamais le goût des ouvrages
d'efprit n'a été fi generalement répandu
, & cependant il conclut qu'il y a
plus d'empreffement dans le public que de
talent dans les Auteurs . Les Auteurs font
donc bien malheureux d'être les feuls à
qui il refufe ce qu'il accorde à tout le
monde. Mais fi felon ce nouvel Ariftaque
les ouvrages d'aujourd'hui font fi
mediocres , d'où vient que ce public , plus
éclairé qu'il ne fut jamais , les recherche
avec tant d'empreffement ? c'eft, dit nôtre
Cenfeur , qu'on y voit luire quelque étincelle
du feu qui anima les grands hommes
du fiecle de Louis XIV. N'eft- ce pas là
le langage d'un homme ouvertement declaré
contre les Auteurs . Nous lui rendons
plus de juftice , & nous convenons
qu'il y a d'affez bonnes chofes dans le
plan qu'il fait d'Inès de Caftro ; mais
nous ne pouvons lui paffer fa mépriſe
pour ne pas nous fervir d'un autre terme.
Il fait adreffer à Alphonfe , ce que Dom
Pedro ne dit qu'à part , à la fin du fecond
Acte ; il avance encore fans fondement
qu'Inès meurt empoisonnée fur le Theatre ,
fans qu'on s'informe de ceux qui lui ont
denné
I vj
202 LE MERCURE
donné le poifon, &fans qu'on dife le moindre
mot de Conftance & de fa mere . Alphonfe
ne fait- il pas entendre aux Spectateurs
qu'il foupçonne la Reine de l'empoifonnement
, quand il dit qu'il voit
trop la perfide main qu'il faut qu'il
puniffe : Inès ne fait - ellepas une efpece de
teftament de inort en faveur de Conftance
, quand elle prie Dom Pedro de couronner
tant d'amour & tant de vertu ? La
méprife dont nous venons de parler ne
peut donc être excufée en aucune façon ;.
mais un Spectateur en titre d'office qui
declare à la tête de fon ouvrage , qu'il fait
fa principale occupation d'étudier les hommes
doit s'inftruire mieux lui - même
avant que de prétendre inftruire les autres
. Au refte les portraits qu'il fait des
Acteurs ont été trouvez affez juftes ; l'idée
qu'il donne de leur juge , c'est- à- dire,
du parterre , a paru auffi jolie que vraye.
Voici comme il parle au fujet des battemens
de mains excitez par un bel éclat de
voix : le parterre est une machine qui fë
remuë plutôt , quand on la frappe bien
fort , que quand on la frappe avec juf
teffe. Ce petit ouvrage finit par un tiffu
d'invectives contre l'Auteur d'Inès ; à
Dieu ne plaife que nous en foyons les échos.
و
On
DE
JUILLET 1723 203
On écrit de Londres du 15. de ce
mois , qu'on a découvert depuis peu dans
le Bois de Nord. Cray , près de Bexley ,
dans le Comté de Kent, un feu fouterain
qu'on fuppofe être caufé par quelques
mines de fouffre que la grande chaleur
a fait fermenter , & que les habitans
du pays en font fort confternez ,
parce que le feu a gagné la racine des
arbres , & qu'on eft occupé à y voiturer
de l'eau de tous les environs , pour tâcher
de l'éteindre .
On mande auffi que M. Heuchman ,
Regent du College de Chefter , avoit
trouvé depuis peu dans les ruines d'un
vieux bâtiment , nommé la Maifon du
Chapitre , le corps de Hugues , dit le
Loup , premier Comte de Chefter , mort
au commencement du 12 ° fiecle , & qui
étoit paffé en Angleterre avec Guillaume
le Conquerant , fon oncle. M. Heuchman
a remarqué que ce corps avoit été
envelopé dans du cuir , & enfermé en
fuite dans un cercueil de pierre. Le crane
& les os lui ont paru bien confervez
ainfi que les bandeletres qui avoient été
mifes pour les empêcher de fe détacher
dans les endroits des jointures.
Le 28 May dernier le P. Raphael
Bluteau remit dans l'Affemblée de l'Adémie
20 $
LE MERCURE
démie Royale de l'Hiftoire à Lisbonne ,
à l'examen des Cenfeurs Royaux , 5. volumes
in folio manufcrits , contenant les
augmentations qu'il a faites à fon Dictionnaire.
Il demanda auffi qu'on lui permit
de prendre le titre d'Académicien ,
à la tête de fes ouvrages.
On mande de Rome que le Pape a
fait confulter les Puiffances Catholiques
fur la propofition que le Grand Seigneur
a faite de figner une Tréve avec le Grand-
Maître de Malthe , S. S. ne voulant fe
déterminer que fur leurs avis . Et que le
Duc de Baviere a fait demander au Pape
un Bref d'Eligibilité à l'Evêché de Liege
pour l'Evêque de Munfter , fon fils ,
qui eft déja Coadjuteur de Cologne .
On apprend de Bruxelles que l'Otroy
que l'Empereur a accordé pour l'établiffement
d'une Compagnie de Commerce
dans les Pays - Bas , fut publié le 19. de
ce mois. Les Directeurs de cette Compagnie
ont fait afficher qu'ils ouvriroient
leurs livres le 11. Aouft prochain pour
recevoir les foufcriptions de ceux qui
fouhaitent d'y prendre interefts.
On apprend auffi qu'on a publié l'Acte ,
par lequel l'Empereur a declaré qu'à défaut
DE JUILLET 1723 205
faut d'heritiers mâles la fucceffion de fes
Pays hereditaires , échoira premierement
aux Archiducheffes fes filles ; en fecond
lieu aux Archiducheffes fes Niéces , filles
de l'Empereur Jofeph ; en troifiéme lieu
aux Archiducheffes fes foeurs, & enfin à
tous les defcendans & heritiers de l'un &
de l'autre fexe , l'ordre de Primo-geniture
confervé. Nous donnerons cet acte dans
fon entier .
Le 24. de ce mois les Comediens Italiens
ouvrirent leur Theatre de la Foire
Saint Laurent par trois Picces , dont la
premiere eft intitulée le Triomphe de la
Folie , la feconde le Bois de Boulogne , &
la troifiéme Agnès de Chaillot. La premiere
a été trouvée paffable , la feconde
mauvaife , & la troifiéme bonne. Nous
en allons donner un petit extrait de chacune.
Le Triomphe de la Folie.
L'Auteur de cette Piece a voulu parodier
par avance , une Comedie annoncée
par les Comediens François , qui a
pour titre le Divorce de l'Amour & de la
Raifon. La Raifon ouvre la Scene par un
Dialogue qu'elle fait avec Mercure , à
qui elle demande des nouvelles de l'Amour
qui l'a abandonnée , fans lui dire
pourquoi . Mercure lui apprend qu'il a
fuivi
207 LE MERCURE
fuivi fon infidele époux dans tous les
differens Royaumes où il a été , & de- là
il prend occafion de parler de fes progrès
felon les genies des nations , dont il a
entrepris de triompher . Cette Scene a
paru fort ingenieufe , bien écrite , & femée
de jolis traits . L'Amour patoît dans
la feconde Scene , il fe mocque de la
Raifon , & plaifante fur la bizarrerie de
leur union , qui avoit banni les plaifirs
dont fa Cour avoit toûjours été formée
avant ce mariage fait en dépit du bon
fens. La Folie furvient , elle brocarde la
Raifon fur nouveaux frais , elle la chaffe ,
& ordonne à fa riante fuite de chanter &
de danfer . Le Vaudeville a paru affez
joly ; en voici un couplet adreffé au pargerre
.
Sur nous la critique ennemie
Verferoit envain fon poiſon
Le parterre a trop de genie
Pour nous condamner fans raiſon,
II Il approuve toûjours le bon ,
Bon , bon bon , bon
23
Et par fois ,
Lon , lon ,
En faveur d'un zọn , zon , zon
zon ,
Il paffe une folie.
Le
DE JUILLET 1723. 207
1
Le Bois de Boulogne.
Cette feconde Piece a été generalement
defapprouvée à la premiere reprefentation
, & elle a été retranchée dès la
quatrième. Pantalon & le Docteur par
le fecours d'une vieille tante qu'ils avoient
mis dans leurs interefts avoient engagé
leurs jeunes Maîtrelles , niéces de cette
fecourable tante , à fe trouver au Bois de
Boulogne , où une collation les attendoit
Arlequin & Trivelin , valets de
Lelio & de Mario leurs jeunes Amans ,
avoient comploté de concert avec les jeunes
Amans & les jeunes Maîtreffes , une
fourberie par laquelle ils puffent defabufer
la vieille tante , trop prévenue en fi
veur des vieux Amans , de la bonne opinion
qu'elle avoit conçûë de leur vertu :
cette fourberie n'eft autre que celle de
Pourceżygnac , des vendanges de Surefne,
& de vingt autres farces à peu près femblables.
Cette reffemblance n'a pas peu
contribué au mauvais fuccès de la Piece
en queſtion ; à quoi il faut ajoûter le déraifonnable
qui y regne dès le commen.
cement. L'Auteur oublie tout d'un coup
d'où il eft parti les jeunes Amans , &
fur- tout Arlequin & Trivelin , quoiqu'ils
foyent inftruits de ce qui a obligé les deux
niéces à le trouver au Bois de Boulogne
:
leur
ܫ
208 LE
MERCURE
leur parlent , le reproche à la bouche , &
la jaloufie dans le coeur. Paffons à la
troifiéme Piece qui a été fi
generalement
approuvée , qu'Agnès de Chaillot ne promet
pas moins de fuccès qu'Inès de Caf
tro. Il fuffit de dire qu'on rit autant à la
premiere , qu'on pleure à la derniere.
Voici l'extrait de certe heureufe parodie.
ACTEURS.
Le Baillif de Chaillot , le fieur . Domique.
Agnès de Chaillot , Servante du Baillif,
la D Flaminia .
1
Pierrot , fils du Baillif, la Dlle Silvia
en Garçon.
La Baillive de Chaillot , la Dile la
Lande.
L'Ambaffadeur de Goneffe , le fieur
Pacquetti.
Le Bedean de Chaillot , le fieur Thomáffin.
Le Magifter, le fieur Pacquetti.
Deux autres Confeillers.
Troupe d'habitans de Chaillot pour la
noce d'Agnès & de Pierrot.
AGNE'S DE CHAILLOT
Comme nous avons donné un extrait
de la Tragedie d'Inès de Caftro , le Lecteur
nous permettra de l'y renvoyer . Il y
trouvera , à peu de choſe près , le même
arrange
DE JUILLET 1723. 209
arrangement , & le même fond de Scenes,
changées de grand Tragique en bas Comique.
Le Baillif de Chaillot veut marier ,
fon fils avec la fille de fa femme , ce fils
s'appelle Pierrot , & cette fille eft nommée
Conftance , l'un nous reprefente Don
Pedro , fils de Don Alphonfe , & l'autre
tient lieu de Conftance , foeur du Roy de
Caftille. Pierrot a remporté le prix del'Arquebufe
, comme Don Pedro a triomphé
des Mores . Agnès eft fervante du
Baillif de Chaillot , comme Inès eft fujetre
du Roy de Portugal , & Damed'Honneur
de la Reine , l'Ambaſſadeur
de Goneffe , pays natal de la Baillive de
Chaillot vient feliciter le Baillif au nom
de tout Goneffe, fur le prix de l'Arquebule
que fon fils a remporté , & fur le mariage
de ce même fils avec Conftance. Cette
derniere ne paroît pas dans la Piece , &
la raison qu'on en donne , c'eft qu'on
peut bien s'en paffer. L'Auteur veut faire
fentir par là que ce perfonnage n'étoit
pas moins inutile dans la Tragedie d'Inès,
en quoi le plus grand nombre croit qu'il
fe trompe. Les principaux incidens de la
Tragedie font amenez dans la parodie ,
d'autant plus naturellement que la Tragedie
eft très- fimple , & par là très- parodiable.
En effet , quoi de plus facile que
de faire venirPierrot , l'épée à la main, pour
déliΣΤΟ
LE MERCURE
délivrer Agrès de la perfecution de la
Baillive. Cetre voye de fait met le Baillif
dans la neceffité de punir Pierrot &
Agnès. Il aflemble fon Confeil pour en
déliberer ; ce Confeil eft compofé de
quatre per onnages , dont il y en a deux
muets comme dans la Tragedie ; ces perfonnages
font le Bedean , le Magifter , le
Carrillonneur , pour le quatriéme nous en
avons oublié la qualité ; mais le Lecteur
fe paffera bien de la fçavoir. Le Bedeau
eft Rival de Pierrot , & ne laiffe pas
de conclure à la grace. Le Magifter a
obligation de la vie au Criminel , & ne
laifle pas de conclure au Mififfipi. Le
Carrillonneur & fon compagnon opinent
du bonnet comme les deux Confeillers
muets de la Tragedie . Le Baill f condamne
fon fils , & dit à ceux qui ont opiné
du bonnet ou par leurs larmes ;
€
Et vous n'êtes ici que pour orner la
Scene.
Pour Agnès elle eft condamnée à la
Salpetriere. Avant cette condamnation le
Baillif a fait un Monologue dans le goût
de celui d'Alphonfe , prêt à condamner
fon fils. Ce Monologue eft ce qu'il y a
de plus travaillé & de plus ingenieux
-dans la piece ; en voici deux traits .
Puniffons, Pardonpons. Soyons dur.
- Soyons tendre , & c .
Non ,
DE
JUILLET 1723. 211
Non , Baillif , vous en aurez menti.
Enfin , Agnès voyant que fon cher époux
va être envoyé au Mififfipi , vient fe jetter
aux pieds du Baillif. Elle lui apprend que Pierrot
eſt ſon mari , & lui raconte comiquement
comment il le devint. Le Baillif n'en eft que
plus furieux ; mais toute fa colere fe defarme
à la vûë de quatre enfans de Pierrot & d'Agnès
qu'on lui amene. Ces quatre enfans ha-
Billez en enfans trouvez , fe jettent à fes pieds
avec Agnès leur mere,& l'attendriffent ; ce qui
fait dire au Bedeau : voici la Scene des mouchoirs,
Tous les Acteurs tirent de leurs poches
des ferviettes & des napes. On peut juger facilement
que tout le monde rit à ce burlefque
fpectacle. Le Baillif ne peut tenir contre le
nouveau pathetique de cette Scene ; il pardonne
à Pierrot , qu'il envoye chercher , il
embraffe Agnès , qu'il accepte pour fa bru.
Agnès fent tout à coup des atteintes de douleur
qui furprennent le Baillif. Il croit que
c'eft un effet de la vengeance de fa femme.
Il croit que c'eft un effet de la vengeance de
La femme . Agnès lui dit avec un cri des plus
aigus . Seigneur j'ai la colique. Pierrot vient ,
& trouvant fa chrere Agnès mourante , il veut
fe tuer. On lui arrache l'épée des mains . Il fe
jette aux pieds d'Agnès , & voyant que fes
plaintes ne lui font d'aucun fecours , il la
reffufcite avec un peu d'eau de la Reine d'Hongrie
, affaifonnée de quelques , foupirs & de
quelques baifers. Voilà quelle eft cette Piece
dont ont fait tant de bruit. On ne doit pas
être furpris du fuccès , l'Auteur d'Inès fembloit
le prévoir quand il dit dans fon Ode
à l'Académie Françoife , en parlant des Panegyrites.
Art
212 M LE MERCURE
Art merveilleux , prodige étrange
Ils nous plûrent par la loüange .
Source ordinaire de l'ennuy.
>
La fatyre eut bien moins de peine .
A flatter la malice humaine ,
Avide des affronts d'autrui.
ARREST du 28. Juillet , qui ordonne que
dans le premier Novembre prochain les porteurs
de Certificats de Liquidations feront
tenus de les placer dans les débouchemens indiquez
, & que faute par lefdits porteurs de
les y placer dans ledit temps de trois mois .
lefdits Certificats de Liquidation demeureront
huls & de nulle valeur , &c.
J
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur
le Garde des
Sceaux le Mercure du mois de Juillet , & j'ay
crû qu'on pouvoit en permettre l'impreffion.
A Paris , le 3. Aouft 1723.
HARDION.
TABLE
Des Principales Matieres.
IECES Fugitives , Ode ,
PRéponse aux Critiques de la Traduction
de Denys d'Halicarnaffe . 6
Sonnet
Sonnet en Bouts- Rimez.
2F
Calcul de l'Eclipfe qui doit arriver au mois de
May 1724.
Sonnet.
Epître de S. Bernard.
Bouts-Rimez .
Réponse à l'Auteur du Roffignol.
Sonnet.
Lettre écrite de Blois.
Rondeau redoublé par M D.
26
29
30
38
39
44
45
47
Difcours Phyfique & Hiftorique fur la pefan-
Lettre en Vers , écrite à M. l'Abbé.
teur de l'Air.
Statue du Roy , érigée à Bapaume.
Vers fur la mort d'une Chienne.
Enigmes.
Chanfon.
48
62
65
68
69
72a
NOUVELLES LITTERAIRES. Difcours du
Comte de Morville , & c.
Les Oeuvres de F. Villon , & c.
La vie de l'Imperatrice Eleonor , & c.
Le Je ne fçai quoi , &c.
Les Amans Ignorans , Comedie.
ibid.
79
Nouveau Traité des Inftrumens de Chirurgie,
&c.
Memoires du Comte de Verdac , &c.
Architecture Hiftorique , &c.
84
85
99
119
124
ibid.
125
126
127
118
Chaife à Porteurs de nouvelle couftruction ,
& c.
Illumination à S. Quentin.
Académies , & c.
Mort de l'Abbé Fleury.
SPECTACLES, les Femmes Sçavantes , & c.
129
Balet des Fêtes Grecques & Romaines. 134
Theatre Italien. 147
Nouvelles Etrangeres . 149
DigniDignitez
, Charges des Pays Etrangers . 168
Morts , Baptêmes & Mariages.
Journal de Paris.
171
174
Regal donné par le Curé de S. Sulpice aux
Ŏuvriers du nouveau bâtiment.
Morts & Mariages.
Edits , Declarations , Arrefts.
178
179
186
Supplement, Faculté de Droit établie à Dijon.
200
Extrait de la Critique de la Tragedie d'Inès
de Caftro.
Feu fouterrain en Angleterre.
ibid.
203
Foire S. Laurent , extrait de la Parodie d'Agnès
de Chaillot. 205
Errata de Juin.
Page 1120. lign. 9. Sornettes , lifez Sor- nette.
Page 1162. ligne 4. refide , lifez réſiſte.
P
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 39. ligne 5. vous m'adreffée , lifez,
que vous m'avez adreffée.
Page 83. ligne . du bas , qu'ooofe , lifez
qu'Orofe..
Page 117. ligne 14. Barbadiere , lifez Barbanero
.
Page 146. ligne du bas , amant , lifez amante,
L'air noté doit regarder la page 72.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères