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1723, 06
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LE
MERCURE
DE
JUIN 1723 .
QUE COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , fils , fils , rue
S. Jacques , au Lys d'Or.
Chez ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne .
NOEL PISSOT, Quay desAugutins , à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or.
MDCC.. XXIII.
-
Avec Approbation & Privilege du Roi.
ij
**************
AVERTISSEMENT
.
C
Omme la Table generale que nous
avons donnée de l'année entiere ,
dans le Mercure du mois de Decembre
dernier , nous a paru trop longue , nous
avons crû qu'il étoit plus à propos de
partager l'année en deux parties égales ,
& de donner une Table generale des
principales matieres tous les fix mois ,
la fin de Juin , & à la fin de Decembre.
રે
Nous avertiffons de nouveau que quelques
pieces qu'on reçoit font fi mal écrites
, qu'on ne peut en faire ufage ; nous
prions fur tout que les noms propres
foient écrits lifiblement , qu'on laiffe des
marges , && que les morceaux de Profe ou
de Poëfie foient mis feparement dans plufieurs
feuilles de papier , en forte qu'on
puiffe les feparer les uns des autres .
Pour les fautes qui peuvent fe trouver
quelquefois dans nôtre Journal , & qu'il
eft prefque impoffible d'éviter , quelque
attention que l'on ait , fur tout pour les
noms propres & les qualitez des gens de
diſtinction , nous offions aux perfonnes
qui s'y trouvent intereffées , ou qui ont
été oubliées , de corriger ce qui n'eſt pas
exact ,
AVERTISSEMENT.
iij
exact , en nous faifant remettre les éclair.
ciffemens neceffaires , pour rectifier les
noms propres mal écrits , les attributs
des Charges & Offices , & c .
Comme nous ne prétendons louer que
ce qui eft veritablement loüiable , nous
fommes obligez d'avouer que nous avons
été quelquefois furpris par des Memoires
qui contenoient des éloges qu'on a crû
finceres , & qui n'étoient qu'une ironie.
Plus en garde fur le blâme que fur les
loüanges , il eft aifé de donner dans le
piege ; mais nous nous ferons toûjours un
plaifir & un devoir d'éclaircir & de rendre
juſtice à la verité , quand on voudra
bien nous la faire connoître. Au furplus
le Lecteur judicieux fçait bien que nous
ne fçaurions être garants de tous les Memoires
qu'on nous envoye. Le temps trèslimité
que nous avons chaque mois pour
les examiner , ne peut pas toûjours les
rendre exempts de fautes.
Nous prions ceux qui par le moyen
de leurs correfpondances , reçoivent des
nouvelles d'Affrique , du Levant , de
Perfe , de Tartarie , du Japon , de la
Chine , des Indes Orientales & Occidentales
, & d'autres pays & contrées
éloignées , de vouloir nos en faire part ,
l'adre fle generale du Mercure . Ces nouvelles
peuvent rouler fur les guerres pre-
A ij
fentes
iv AVERTISSEMENT.
1
8
fentes des Etats voifins , leurs révolu
tions , & Traitez de paix & de Tréve ; les
Occupations des Souverains , la Religion
des peuples , leurs ceremonies , coûtumes
& ulages ; les productions de la nature
& de l'art , les Phénomenes , &c.
Dans les pieces qui contiennent la Critique
ou l'Apologie de quelque ouvrage
d'efprit , on doit confiderer que ce n'eſt
prefque jamais nous qui parlons ; ce font
ordinairement des morceaux qu'on nous
communique , & que nous raportons fans
partialité, & fans prédilection ; on n'ajoûte,
ni on ne retranche rien pour laiffer
en entier au public le droit & le plaifir
de juger & de conclure lui- même.
Nous prions les Auteurs de ne pas defaprouver
cette methode , n'ayant intention
de fatyrifer , ni de fâcher perfonne ;
moins encore d'attaquer les moeurs de
qui que ce foit. Nous renfermant précifement
à parler des ouvrages qui font entre
les mains de tout le monde , ou qui
ont été reprefentez publiquement. Encore
promettons - nous d'en faire l'examen avec
toute l'équité & la moderation poffible ,
& fans égard aux difcours peu mefurez,
& folides de quantité de gens qui
s'érigent en criques , & prétendent corriger
les autres , bien moins dans la vûë
de critiquer les ouvrages qu'ils attaquent,
peu
qu'à
AVERTISSEMENT. V
qu'à fin de faire parade d'un difcernement
, & d'un goût qui n'eft pas toûjours
bien sûr . Dans la Republique Litteraire ,
comme dans l'Etat civil , on doit fe gar
der de ces genies , qui fe croyant en droit
de dominer , décrient tout ce qui n'eft
pas marqué de leur fceau , c'eft à dire ,
pas
les ouvrages fur lefquels on ne les a pas
confultez , & dont ils n'ont pas prédit le
fort.
Au furplus le fuccès du Mercure étant
tel que le Public en paroît fatisfait en
France & dans les pays étrangers, cela engagera
les Auteurs à redoubler leur application
pour meriter fon approbation
& à fe donner de nouveaux foins pour
rendre ce livre encore plus agreable , par
la diverfité & le choix des matieres , afin
de fatisfaire tous les goûts differens . Pour
la Litterature on y trouvera toujours au
moins tous les titres des Livres qui s'impriment
à Paris, dans les autres Villes du
Royaume , & dans les Pays Etrangers ,
& on aura grande attention à ne pas laiffer
ignorer ce qu'il y aura de nouveau
fur les beaux Arts, & fur la Mechanique.
La galanterie permife & qui ne choque.
point les moeurs , ne fera point negligée,
en faveur des Dames & des jeunes gens ,
indépendamment de ce que fourniffent
fur cette matiere les pieces de Theatre ,..
A
iij
&
vj AVERTISSEMENT
& les Spectacles de Paris & d'ailleurs.
On n'épargnera pas les figures en tailledouce
, & on tâcherá d'employer les
meilleurs ouvriers , ce qui enrichira encore
le Mercure , & rendra plus fenfible,
& plus agreable les defcriptions détaillées
qu'on donne , & qui fans ce fecours
ne fe feroient pas affez bien comprendre.
Pour l'Etat politique & la Juſtice feculiere
& ecclefiaftique , on trouvera toûjours
dans le Mercure les nouveaux Edits
du Roy , Declarations , Lettres Patentes
& Arrefts du Confeil d'Etat , & les
diverfes Ordonnances , ainfi que les Arrefts
Notables du Grand Confeil , du
Parlement , & des autres Cours Superieures
les Sentences des Requêtes de
l'Hôtel & du Palais , du Châtelet , du
Prevoft des Marchands & de la Police ,
de l'Officialité , &c.
Il n'arrive que trop fouvent , nonobftant
les précautions que nous prenons
pour ne donner que des nouvelles fures ,
qu'on tombe dans le cas de faire revivre
des morts , d'en faire mourir d'autres qui
font pleins de vie , & qui meritent même
d'en joüir long- temps ; mais dans les
fautes que nous pouvons faire de cette
efpece nous avons toûjours quelques complices
qui font plus coupables que nous ,
à qui il eft prefque impoffible de n'errer
en
AVERTISSEMENT.
vij
en rien , dans la grande quantité de faits
que nous raportons , & que nous ne pou
vons pas tous verifier.
Nous prions quand on envoye des pieces
d'une certaine étendue , pour être mifes
dans le mois courant , de vouloir les
envoyer dès le commencement du mois ,
fans quoi on n'en pourra faire ufage que le
mois fuivant , parce que les Pieces Fugitives
qui compofent le premier article du
Mercure s'impriment dans les premiers
jours du mois.
Pour ne pas ennuyer le Public par des
repetitions , nous renvoyons à nos precedens
Avertiffemens. Ceux qui ont été mis
déja dans les divers tomes du Mercure
font bien plus neceffaires , & plus importans
à lire que dans les autres Livres ,
caufe du commerce actuel dans lequel
nous fommes avec le Public , & de quantité
de chofes que les divers évenemens
font naître , & dont il eft bon que les
lecteurs foient inftruits.
A iiij
LA
A VIS.
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M.
MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres on Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
-
Le prix eft de 30. fols.
1056
LE
MERCURE
DE
JUIN 1723 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
L'AMOUR FUGITIF ,
Imité de Mofchus .
CANTAT E.
Enus pleuroit un jour l'abfence de fon
fils ,
Cet enfant trop volage avoit quitté fa
mere ;
Qui pourroit exprimer la douleur de Cypris ??
Tranfportée auffi- tôt d'amour & de colere ,
Elle veut le chercher pour calmer fon chagrin,
A v Elle
1060 LE MERCURE
Elle attele à fon Char fes colombes timides ,
Qui voyoient fuïr les airs fous leurs aîles rapides,
Et leur dicte en ces mots fon ordre fouverain.
Volez , Venus vous preffe ,
Volez , oiſeaux charmans ,
Sarpaffez en viteſſe ,
La foudre vangereffe ,
Et l'haleine des vents.
L'amour fuit ma prefence ,
Il a quitté ces lieux ,
Cherchons avec conftance
Ce Dieu qui vous diſpenſe ,
Le Nectar précieux ,
Volez , & c . vents.
Elle s'arrête enfin fur les bords de la Seine ,
Séjour ordinaire des jeux ,
Et que l'amour fouvent choififfoit pour Domaine ,
Là déplorant l'excès de fon fort rigoureux ,
Elle crie aux paffans : ô mortels genereux !
Enſeignez-moi la retraite infidelle ,
Où s'eft caché l'amour rebelle ,
Ofez- vous me le refufer ?
Pour doux fruit de vos foins fur ma bouche adorable
,
DE JUIN 1723 . 1061
Vous cueillirez un aimable baifer ,
Ce Protée à vos yeux pourra fe déguifer ;
Mais je vais vous en faire un portrait veritable.
Ses yeux font couverts d'un bandeau ,
Qui cache leur ardeur extrême ,
Il porte
à la main un flambeau ,
Qui brûleroit le Soleil même.
Sur fon dos brille fon Carquois ,
J.
Rempli de fléches acerées ,
Pour fuffire à fes prompts exploits ,
Il eft armé d'aîles dorées.
En approchant de lui , craignez fon air flateur ,
Par une douceur feinte il voudra vous furprendre,
Avec de forts liens attachez l'Impoſteur ,
Et courez d'abord me le rendre ,
Pour calmer les tranfports de ma vive douleur.
Venus vôtre recherche eſt vaine ,
Vous ne verrez plus ce vainqueur ,
Il eft dans les yeux de Climene ,
Et peut-être auffi dans mon coeur.
11 a diffipé mes allarmes ,
En me captivant fous fa loi ,
A vj
Puiffe
1062 LE MERCURE
Puiffe cet enfant plein de charmes
Ne s'éloigner jamais de moi,
LETTRE écrite au R. P. H. fur l'explication
que le R. P. Daniel a donnée
d'une Medaille du Cabinet de M.
l'Abbé Fauvel , dans fon Hiftoire de la
Milice de France.
AVERTISSEMENT.
'Auteur de la Lettre fuivante avoit re-
Lnonce à la faire paroître , quoiqu'il
en fut preffé par des perfonnes habiles , &
que le R. P. Daniel qui en avoit eu communication,
eut dit qu'il y répondroit, fi on
l'imprimoit. Il avoit pris ce parti à cauſe
que ceux qui avoient promis de la rendre
publique , differoient depuis cinq mois
& qu'on affuroit alors que ce fçavant Jefuite
convenoit enfin de fa mépriſe .dans
l'explication de la Medaille dont il s'agit ,
& qu'il étoit refolu de la rectifier. Il s'attendoit
que ce feroit dans la nouvelle édition
de fon Hiftoire de France , qu'on eut
fur la fin de l'année derniere 1722. &
d'autant plus que caPere avoit vu dans
les Memoires de Trevoux du mois de Juil-
Let
DE MAY 17237 1063
let une Lettre du P. Buffier , fon confrere ,
à M. l'Abbé de Longuerue , où il étoit
auffi réfuté fur ce fujet. Mais on l'a averti
qu'il n'a témoigné en aucun endroitde cette
édition qu'il ait changé de fentiment fur
cette Medaille, & qu'il l'y attribuoit encore
à Charles VII. Comme il feroit utile.
qu'on fçût fur quelles raisons un homme fa
judicieux perfifte dans une opinion fi peu
vrai-femblable ; l'Auteur a crû qu'il étoit
bon de joindre fa lettre , qui eft la premiere
en datte , à celle du R. P. Buffier , afin
de l'engager à publier auffi fes preuves ,
cette Lettre contenant des remarques particulieres
qui ne font pas dans l'autre Lettre.
Mon Reverend Pere , je n'ai pas manqué
d'examiner avec attention la Medaille
que le R. P. Daniel a expliquée
dans fon Hiftoire de la Milice Françoi
fe , pour vous en dire mon fentiment ,"
ainfi que vous l'avez fouhaité. Elle eft
dans le premier volume , page 405. Vous
avez bien raifon de n'être pas tout-à- fait
content de ce que ce fçavant homme en
a dit , puifqu'il a abfolument pris le change
; & c'est ce que je vais vous faire voir
bien clairement. Je commence par vous
rapporter fon explication entiere.
Les Flançois , dit-il , qui étoient de "
cuir , couvroient les fancs du cheval ... "
Nos Rois les femoient de Fleurs- de- 66
Lys ,
1064
LE MERCURE
و ر
و د
و ر
و ر
د و
,, Lys , & quelquefois de quelques pieces
des Armoiries du pays conquis , témoin
ce curieux Medaillon de Char-
*
les VII. que j'ai tiré du Cabinet de
,, M. l'Abbé Fauvel , au revers duquel
,, on voit les Fleurs - de- Lys mêlées avec
des figures de Leopard fur les Flan-
,, çois de fon cheval de bataille , parce
,, que la Guyenne qu'il venoit de con-
», querir fur les Anglois portoit un Leopard
pour armes . Je mets d'autant plus
volontiers cette Medaille en preuve ,
qu'elle eft plus finguliere , & qu'il y a
», dans fes deux Infcriptions des allufions
dignes de remarque.
35
"
ور
و د
در
و ر
D'un côté eft ce Prince affis dans fon
,, Trône , tenant l'épée à la main , les
,, armes de France & de Guyenne écartelées
au pied du Trône. La Legende
,, du Medaillon font ces premieres paro-
,, les d'un Pfeaume , en lettres Gothiques.
Deus judicium tuum Regi da , & juftitiam
tuam filio Regis. Elles faifoient
allufion à ce que depuis Edouard III .
و د
ود
ور
Si le R. P. D. n'a que cet exemple , fa remarque
portera à faux , du refte, ce Medaillon , quoique
curieux , n'étoit pas fi inconnu qu'il penſe ,
car il fe trouve gravé , & fuffisamment bien expliqué
dans la France Metallique , ouvrage imprimé
dès 1636. ce que je n'ai , à la verité , découvert
que depuis cette Bettre. Le R. P. Buffier n'a
point fçû non plus qu'il eft dans ce vieux Livre.
a
qui
DE MAY 1723. 1065
و ر
و ر
و ر
و ر
ور
55 qui entreprit de difputer la Couronne
de France à Philippe de Valois , les
Rois d'Angleterre ne donnoient point
à nos Rois le titre de Roy , mais en
parlant d'eux dans leurs Manifeftes ,
& dans d'autres pareils Actes ne les
appelloient que Charles de France nô-
,, tre adverfaire de France , & c. Charles
VII . s'appliquant donc à foi - même
ces paroles du Pfalmifte , affecte de
declarer , que nonobftant les préten
tions des Anglois il étoit Roy , fils de
Roy , &
que fon pere avoit toûjours
ور
و ر
و د
Ces
و د
و د
و ر
و د
و ر
و د
و ر
و ر
و د
été Roy.
,, L'Infcription du Revers eft encore
,, plus remarquable . Ce Prince y eft re-
,, prefenté armé , l'épée à la main , ayant
,, en tête un cafque couronné , furmonté
d'une Fleur- de- Lys , & fur fon cheval
de bataille , hardé avec cette Infcrip-
,, tion , Deus , qui eft une espece d'invo-
,, cation , Carolus Maximus Aquitano-
,, rum Dux & Francorum Filius . On y
donne à Charles VII . le titre de Ma-
,, ximus , à caufe de la rapidité avec laquelle
il venoit d'enlever aux Anglois
toute la Normandie , & toute la Guyen-
,, ne . Mais la qualité qu'il fe donne de
fils des François , Francorum filius , eſt
fort particuliere & digne de réflexion .
Il y fait allufion à l'état où il fe
و ر
ر و
""
و و
و د
و د
trouva
5066
LE MERCURE
"
و د
و و
و د
,, trouva en 1420. à l'âge de dix huit
,, ans , quand il fut desherité par fon
,, pere , dont l'efprit étoit tout - à - fait
affoibli , & par fa mere Ifabeau de Baviere
, & que Henry V. Roy d'Angleterre
fut declaré Regent , & heritier
du Royaume de France. Alors il n'eut
point d'autre reffource que quelques
Seigneurs bons François , & quelques
Provinces au- delà de la Loire , quí
,, nonobftant la puiffance des Anglois
oferent fe declarer pour lui . Ils furent
,, comme les tuteurs de fa jeuneffe , &
ce fut par leur moyen qu'avec les temps
il reconquit tout le Royaume. Il fe
regarda comme leur pupille , & c'eſt ,
dis-je , à quoi il fait allufion par le titre
qu'il fe donne dans fon Medaillon de
Francorum Filius.
1
""
"
ود
"
و د
و د
"
Tels font, M. R. P. les fens myfterieux ,
& fi dignes de remarque , que renferme
cette Medaille au jugement du R. P.
Daniel . Je ne doute pas qu'il n'en ait encore
enrichi la troifiéme édition de fon
Hiftoire de France , qui eft déja fort avancée
, ayant promis dans fon avis au public
pour cette édition qu'il y mettroit
la même Medaille , qu'il dit être dans
le goût de ce temps- là , & il n'aura eu
garde de ne l'y paseaccompagner auffi de
toutes
DE MAY 1723. 1067
*
toutes ces réflexions. Cependant il ne
l'a point du tout comprifes quelque ingenieuſe
& recherchée que foit fon explication.
Elle ne fçauroit jamais être entenduë
d'un Roy de France , comme je vous
l'affurai dès que vous me fites l'honneur
de me parler de cette Medaille , & il auroit
été le premier à s'en appercevoir ,
fans toutes ces belles allufions , dont il
s'eft laiffé éblouïr .
En effet , comment fans cela un homme
fi penétrant , qui a étudié à fond le
caractere des Monarques François , & qui
a fi bien écrit leur Hiftoire , auroit - il pû
fe perfuader que Charles VII. qui regnoit
depuis 1422. & qui ne fe vit abfolument
maître de la Guyenne qu'en 1453
eut alors quitté le titre de Roy de France,
fe dire feulement Duc de cette Province
, à cause de cette conquête , & fils
des François , en memoire de ce que quelques
Seigneurs bons François auroient été
les Tuteurs de fa jeuneffe , il y avoit plus
de trente ans , fe regardant encore en ce
temps -là comme leur pupille , & de plus
qu'il eut écartelé les armes de la Couronne
de celles de ce Duché pour faire
- pour
Il l'a mife dans la feconde édition , qui
eft celle de Hollande que je n'avoit point vûë ;
mais c'eft fans aucun commentaire ; & il en a
fé de même dans la nouvelle édition .
* trophée
1068
LE MERCURE
,
trophée de cette feule conquête , fans
égard à toutes les autres Provinces qu'il
avoit auffi reprifes fur les Anglois .
Je fçai bien qu'on peut m'objecter que
quelques- uns de nos Rois depuis Charles
V. ont écartelé leurs armes, de celles
de Dauphiné fur des monnoyes de la
fabrique de cette Province , qu'ils y ont
pris le titre de Dauphins , qu'ils le prennent
même encore aujourd'hui dans les
Lettres , & les autres Actes qui concernent
ce pays , & que le Roy François I.
eft pareillement dit Duc de Bretagne
dans des monnoyes frapées en ce Duché.
Mais il n'y a aucune confequence à tirer
de ces faits. L'ufage pour le Dauphiné
vient de ce qu'il relevoit encore de l'Empire
, quand Charles V. en fut mis en
poffeffion , & François I. n'étoit même
que Duc ufufruitier de Bretagne , dont
la Reine Claude fa femme , & après elle
fon fils aîné furent les proprietaires . C'eft
ainfi que Louis le jeune fe qualifioit auffi
Duc de Guyenne , après en avoir épousé
l'heritiere , comme on le peut voir par fon
fceau qui eft dans la Diplomatique du
P. Mabillon , & il fut obligé de rendre
ce Duché à cette Princeffe , lorsqu'il fe
fepara enfuite d'avec elle , parce qu'il
n'étoit pas uni à la Couronne . Mais ce
n'eft plus cela , des que les Fiefs mouvans
de
DE JUIN 1725. 1069
de la Couronne s'y retrouvent joints , &
je ne vois qu'un exemple contraire qui
eft affez recent. C'est la monnoye qu'on
fabriqua en 1685. pour les pays conquis
en Flandres , où les armes de France
étoient écartelées de celles de Bourgogne
anciennes & modernes , quoique ce
ne fuffent point les armes de ces pays ,
& que Louis XIV. n'y prit point le titre
de Duc de Bourgogne. M. le Blanc dit
dans fen Hiftoire des Monnoyes de France
, qu'il ne croit pas qu'avant cela aucun
Souverain eût écartelé des armes de
fon Fief. Mais cela fe fit par des vûës ,
que je laiffe à démêler à ceux qui écriront
l'Hiftoire de ce grand Monarque.
Quoiqu'il en foit , aucun de ces Rois n'a
ômis fon titre de Roy , ni dans des Actes
, ni dans des Monnoyes , & c'eſt ſur
ce défaut effentiel que j'infifte contre
l'Hiftorien de la Milice Françoiſe à l'égard
de cette Medaille .
તે
·
J'ai encore à remarquer qu'il s'exprime
trop generalement , quand il dit que
les Rois d'Angleterre ne donnoient point
à nos Rois le titre de Roy , depuis Philippe
de Valois , à qui Edouard III. difputa la
Couronne de France ; mais qu'en parlant
d'eux dans leurs manifeftes , & dans d'autres
pareils Actes , ils ne les appelloient
que Charles de France , nôtre adverfaire
de France , & c.
Pre1070
LE MERCURE
Premierement cette derniere maniere
de parler peut même être employée à
l'égard des Princes reconnus pour Rois ,
puifque Henry V. Roy d'Angleterre
n'eft non plus appellé que nôtre adverfaire
d'Angleterre dans une Ordonnance
de Charles VI. du 9. Mars 1418. touchant
les Monnoyes que M. le Blanc a
citée page 295. Où bien il faudroit dire
que ces deux Monarques fe conteftoient
reciproquement le titre de Roy , & en fecond
lieu les Rois d'Angleterre ne s'appuyoient
point fur le prétendu droit d'Èdouard
III. pour n'appeller Charles VII .
que Charles de France ; mais fur ce qu'il
avoit été declaré indigne de regner par
fon propre pere , qui avoit inftitué pour
heritiers du Royaume le même Henry V.
& tous les deſcendans , en lui faiſant
époufer Catherine fa derniere fille. C'eft
ce qui eut quelque temps fon execution ,
de forte que Charles ne fut reconnu Roy
après la mort de fon pere , que dans un
coin de la France , le refte étant entre les
mains des Anglois , ou des mauvais François
leurs alliez , comme l'Auteur l'a obfervé.
*
* Le droit d'Edouard III. & celui de Henry
V. font parfaitement diftinguez dans les Monnoyes
de ce dernier Roy , & de Henry VI . fon
fils que M. le Blanc a données , pages 298. &
On
DE
JUIN 1723 1071
On peut bien avoir encore quelques
preuves pour Philippe de Valois , parce
que Edouard III . à qui il avoit été preferé
, & qui enfuite avoit été forcé de
lui faire hommage de tous les pays qu'il
tenoit dans le Royaume , s'entêta bientôt
après de fa premiere chimere. Il prit
auffi le titre de Roy de France , avec les
armes qu'il écartela de celles d'Angleterre
, & montra toûjours beaucoup d'animofité
contre ce Prince . Mais que lui
& les autres Rois d'Angleterre en ayent
ufé de la même maniere à l'égard des
fucceffeurs de Philippe , c'eft furquoi je
voudrois voir de bons Actes , quoique les
Monarques Anglois continuaffent , également
de fe qualifier Rois de France s'ils
avoient eu à le faire , ç'auroit été lorſ-
401. car dans celles du temps où Henry V. n'avoit
le droit d'Edouard il s'y difoit Roy
que
d'Angleterre de France , mettant le Royaume
de France le dernier : Henricus D. G. Rex
Anglia Francia , Dominus Hibernia ; mais
dans celles du temps où il eut fon propre droit
par fon traité fait avec Charles VI. qu'il croyoit
bien meilleur , il quitta le titre de Roy de France
, & prit celui d'heritier de ce Royaume. Henricus
Rex Anglia hares Francia . Pour Henry
VI. qui regna en France dès fa naiffance , il joignit
l'Ecu de France fimple à l'Ecu de France
écartelé d'Angleterre , & mit le Royaume de
France le premier dans l'Infcription , Henricus
D. G. Francia & Anglia Rex.
qu'ils
1072 LE MERCURE
qu'ils furent maîtres de la perfonne du
Roy Jean , qui devint leur prifonnier à
la bataille de Poitiers. Cependant on voit
dans Froiffard que le Prince de Galles qui
étoit le victorieux , le traita alors avec
tant de refpect , qu'il ne voulut jamais
s'affeoir à table avec lui le jour de fa prife
, content de l'y fervir , & affurément
on ne lui refufa point le titre de Roy
pendant qu'il demeura en Angleterre , &
Edouard lui -même le lui donna dans les
Actes du Traité de Bretigny pour la délivrance.
,
Il ne faut auffi que le furnom de France
qu'ils donnoient à Charles VII . pour
montrer qu'ils reconnoiffoient pareillement
Charles VI . pour Roy , puifque ce
furnom n'appartient qu'aux fils des Rois
de France , & que fans cela ils l'auroient
feulement appellé Charles de Valois. Mais
ils ne pouvoient pas même faire autrement
, puifqu'ils appuyoient leur droit
particulier contre lui fur le pouvoir que
Charles VI. avoit eu , felon eux , de le priver
de la Couronne , & de la leur transferer
; car cela étant , n'auroit- ce pas été
en eux une extravagance s'ils avoient voulu
nier qu'il fut fils de Roy , & que fon
pere cut toûjours été Roy. Bien plus , il eſt
remarqué dans la Chronique de Juvenal
des Urfins , qu'à l'entrevûë qui fe fit du
même
DE JUIN 1723. 1073
même Charles VI. & de Richard II.
Roy d'Angleterre en 1396. Richard vint
dans la tente de Charles , qu'il ne voulut
jamais prendre la droite fur ce Monarque
qui la lui offrit avec inftance , &
qu'il s'affit feulement à fa gauche , tant
il fongeoit peu à lui contefter fon titre
de Roy. Il fe fouvenoit , fans doute , que
Henry III . fon quatriéme ayeul , en avoit
ufé de même , felon Matthieu Paris en
1254. à l'égard de S. Louis cinquiéme
ayeul de Charles , qu'il étoit venu voir
à Paris.
Au refte , M. R. P. ce n'eft que par
furabondance que j'employe de ces fortes
de raifons contre l'explication que
j'attaque ; car pour la renverfer il fuffit
d'y oppofer la veritable explication , auprès
de laquelle elle ne fçauroit fe foutenir
, & la voici . Ce n'eft point Charles .
VII. qui eft reprefenté dans la Medaille ,
c'eft feulement fon fecond fils . Il m'a
fauté aux yeux , & auroit de même ſauté
aux yeux de l'Auteur , fans le charme
des allufions qui l'ont prévenu . Tout ce
qu'on y trouve lui convient , & enſemble
ne convient qu'à lui . Ne s'appelloit- il
pas auffi Charles ? N'étoit- il pas fils de
Roy ? Ne devint- il pas à la fin Duc de
Guyenne , & comme tel ne devoit - il pas
brifer les Armes de France , de celles de
се
1074
LE MERCURE
ce Duché en écartelure , tout comme les
Dauphins , quand il y en a , les écartelent
de celles de Dauphiné , & que les
Ducs de Bourgogne & de Bretagne que
nous avons vûs , les ont écartelées avec
celles de ces appanages ; le Roy feul pouvant
les porter pleines , felon les anciennes
regles des Armoiries .
Tout le reste de la Medaille ne s'ap
plique pas moins naturellement à nôtre
Charles , & d'autant plus qu'il eft le ſeul
Prince de fon nom , qui ait poffedé le
Duché de Guyenne . Loin que le titre de
Francorum Filius qu'on lui donne , puiffe
être attribué au Roy de France , il ne
fçauroit même l'être fans addition à fon
fils aîné , & il ne s'employe au fingulier
que pour les fils puifnez . Il ne doit pas
être traduit par Fils des François , mais
par fils de France , qui eft le terme
*
n'étant
fe
que
Fils de France fe dit , fans doute , par abregé,
au lieu de Fils de Roy de France ; & c'est pourquoi
Monfieur le Duc d'Orleans d'aujourd'hui ,
qui a confervé le nom de France , ( ce qu'aucun
Prince de fon degré n'avoit encore fait ,
dit feulement Petit- Fils de France ,
Petit- Fils de Roy de France . En effet, fi Fils de
France fignifioit fimplement Fils de l'Etat de
France , tous les Princes du Sang pourroient
prendre ce titre ; puifqu'en ce fens ils font tous
enfans de cet Etat , qui pour cette raiſon eft obligé
de les nourrir , & entretenir , comme deftid'ufage
DE JUIN 1723.
1075
d'ufage , tout comme Francorum Rex ne
fe traduit pas par Roy dés François ; mais
par Roy de France . C'eft ainfi que le titre
d'Infant d'Espagne , fans addition , ne ſe
donne non plus au fingulier , qu'aux fils
puifnez du Roy Catholique , & en tout
Etat affecté au fils aîné du Souverain" , on
n'oublie pas plus cette qualité d'aîné dans
les Actes , & les monumens publics , que
celle de Roy . On ne s'en difpenfe , que
là où elle a été enfin attachée à des appanages
, ou à d'autres titres , qui la font
également connoître. Ainfi en France, en
Espagne , en Angleterre elle eft ſuffifamnez
à regner dans leur rang au défaut de ceux
qui les précedent ; d'ailleurs le même Charles
qui eft dit Francorum Filius dans la Medaille de
la Milice , eft appellé tout au long Regis Francotum
Filius , dans un autre Medaille qui eft au premier
volume des Memoires de l'Académie des
Infcriptions & Belles - Lettres , ce qui montre évidemment
que ces deux expreffions font équivalentes
? Cette derniere Medaille eft auffi très finguliere.
D'un côté on voit le Prince, la Couronne
en tête , mettant comme un autre Samfon un
lion en pieces , ce qui pourroit Bien figurer les
avantages qu'il eut dès l'âge de dix-neuf ans fur
Louis XI . fon frere dans la guerre du bien public ,
& l'Infcription est Carolus Řegis Francorum Filius
Acquitanorum Dux. De l'autre côté eft une
Croix chargée d'un Ecuffon écartelé de France ,
&deGuyenne comme celui de la premiereMedaille,
& la Legende fait reconnoître par Charles qu'il
devoit à Dieu toute fa force, de même que Samfon,
B
>
ment
1076 LE MERCURE
ment marquée par les titres de Dauphin ;
de Prince des Afturies , & de Prince de
Galles. Et on eut même de la peine d'abord
à l'omettre , comme on le voit par
une Monnoye du premier Dauphin de
France , depuis Roy Charles V. qui eft
dans l'Hiftoire de M. le Blanc , avec cette
Infcription , Carolus Primogenitus Francorum
Regis Dalphinus Viennenfis .

L'épée que
Charles tient fur fon Trô
ne , eft l'épée Ducale de Guyenne
qu'il
avoit reçûe à fon Couronnement
, comme
le Symbole
de fa dignité ; car fi on y
prend garde , il eft reprefenté
dans le pre-
Domine Deus meus fortitudo mea & haus mea
tu es . L'Auteur de la France Metallique avoit
auffi vû cette Medaille , dont il raporte le côté
de Samfon, mais avec l'Infcription de l'autre côté,
& peut être par méprife . Du refte celui qui l'a expliquée
dans les Memoires de l'Academie a trouvé
extraordinaire que l'on y ait fait mention de cette
qualité de Fils de Roy de France , & il conjecture
, que c'étoit à l'imitation du celebre Edouard ,
Prince de Galles & de Guyenne , qui étoit dit
Fils ainé du Roy d'Angleterre , un fiecle auparavant
; mais il aura depuis pû apprendre, que l'ufage
des Grands a long- temps été de mettre au
nombre de leurs qualitez leur parenté avec le
chef de leur famille , pour fe mieux faire connoître
, & qu'il fubfifte toû ours dans la Maiſon
Royale pour les Princes du premier degré ; on a
encore bien des Actes où Monfieur Gafton eft
qualifié Oncle du Roy Louis XIV. & feù Monfieur,
Frere unique du même Roj.
mier
DE JUIN 1723. 1077
*

mier côté de la Medaille , tel qu'il étoit
après cette ceremonie , pour recevoir les
hommages du Clergé & du peuple ; c'eftà-
dire , étant fur le Trône avec un Dais
ou Pavillon au-deffus , la Couronne en
tête , & l'épée Ducale dans la main droite
, & je ne doute pas que cette Medaille
n'ait été faite pour conferver la memoire
de ce Couronnement. Prafentibus , Epif
copis , Comitibus , Baronibus , ac militibus
per minifterium Archiepifcopi de Altari
B. M. V. Ducatus Normannia gladium
fufcepit , receptaque fidelitate iam Cleri
quam Populi , &c. dit Matthieu Paris , en
parlant du Couronnement de Richard
Coeur de lyon comme Duc de Normandie
, fait à Rouen en 1189. & c'eſt- là
* C'eſt feulement en fuivant l'Auteur que je
regarde ce côté - là comme le premier. Ĉar je
croi qu'il ne doit paffer que pour le fecond , quoique
le plus digne , puifque le nom du Prince eft
de l'autre côté , & qu'on commence toûjours à
lire les Medailles par le côté où eft le nom ;
c'eſt ce qui eſt bien manifeſte par l'Infcription
du fceau de Guillaume le Conquerant , où d'un
côté il est à cheval comme Duc de Normandie ,
avec ce vers autour.
Học Normannorum Vvillelmum nofce patronum
.
Et de l'autre côté il eft fur le Trône comme
Roy d'Angleterre , avec cera utre vers pour Legende
.
Hoc Anglis Regem figno fatearis eumdem.
Bij
LE MERCURE
1078
ce qui fe fera auffi obſervé à Bordeaux en
1469. pour le nouveau Duc de Guyenne,
Le même Hiftorien remarque fur l'an
1199. que la Couronne Ducale de Norle
haut
mandie étoit ornée de rofes par
Circulum aureum habentem in fummitate
pergyrum rofulas aureas artificialiter
fabricatas
, & apparemment
qu'elle ne differoit
pas de celles des autres Duchez ,
de
de forte que ce font des rofes à peu
feüilles , aufquelles on a à la fin donné
la figure de trefles dans les Couronnes
Ducales. Celle de Charles dans la Medaille
, a , ce femble , des Fleurs-de-Lys ,
& le Graveur qui n'y a inis que des trefles
s'y eft, à mon avis , trompé,
Le Sceptre eft ce qui diftingue les Rois;
& c'eft pourquoi Arnoul , Evêque de
Lifieux , dit dans l'Epitaphe de Henry ,
fils de Guillaume le Conquerant , qu'en
Normandie , où il étoit feulement Duc ,
il ne portoit que l'épée , mais qu'en Angleterre
, où il étoit Roy , il portoit le
Sceptre.
Hic Gladium , Sceptra gerebat ibi.
Le Sceptre marque la fource de l'autorité
Royale , & l'épée n'eft que pour
l'execution de ce que cette autorité ordonne.
C'eft pourquoi elle eft confiée
aux Officiers Royaux , & lorfque nos
Rois tiennent leur lit de Juftice , c'eft le
ConnéDE
JUIN 1713 1079
Connétable , ou à fon défaut quelque autre
Grand Officier qui la porte , la tenant
haute à côté d'eux pour ſe montrer
toûjours prêt de s'en fervir au premier
commandement. Ainfi elle n'étoit
point un figne de fouveraineté dans la
main des anciens Ducs , Comtes , & autres
Seigneurs qui avoient le droit de
Haute Juftice fur leurs Vaffaux , appellé
par cette raifon pled de l'épée , placitum
Spate , & elle faifoit feulement connoître
qu'ils étoient les premiers Officiers du
Souverain , puifqu'ils en avoient l'exer
cice qui eft fi important. Leur Souveraineté
n'étoit que communiquée , non
plus que celle des Parlemens , & des autres
Cours Superieures , qui condamnent
à mort , fans qu'on puiffe fe pourvoircontre
leurs jugemens ; mais il eft pourtant
vrai qu'elle ne pouvoit pas leur être
ôtée.
Les Rois de France n'ont coûtume de
paroître, les armes à la main , que contre
leurs enneinis , & alors ces armes font
feulement celles que la loi naturelle leur
accorde , comme à tous particuliers pour
fe garentir d'injures , eux & leurs peuples.
Mais j'avoue neanmoins que dans
' Hiftoire de leurs Monnoyes par M. le
Blanc , on trouve quelques Rois depuis
Philippe de Valois , qui tiennent eux-
Biij mêmes
1080 LE MERCURE
.
mêmes l'épée de Juftice , les uns feule ,
& les autres avec le Sceptre , ou avec la
main de Juſtice , ce qui la fait bien reconnoîtré.
Et comme cette épée eft toûjours
le Symbole de la dignité Royale ,
là où le nom du Prince qui la porte eft
fuivi du titre de Roy , elle doit auffi être
toûjours feulement le Symbole de la dignité
Ducale , là où le Prince qui la tient
n'a que le titre de Duc joint à fon nom ,
qui eft ce qu'on remarque dans la Medaille
pour celui dont il s'agit.
*
L'Hiftoire ne reprefentant Charles ,
Duc de Guyenne , que comme un Prince
mediocrement diftingué par fon efprit &
par la valeur , je ne vois dans fa vie d'endroits
par où il ait pû meriter le titre
de Miximus , qu'il a dans la Medaille ,
que les ligues formées par les Grands du
Royaume contre Louis XI. fon frere ,
dans lesquelles il entroit toûjours avec
joye , & dont fa naiffance le faifoit le Chef.
Il devint par là très - redoutable à ce Monarque
, qui fut forcé dans la guerre du
Bien public , enfuite de la bataille de
Montlery , à lui accorder , & aux autres
Princes de fon parti tout ce qu'ils
voulurent pour mettre les armes bas .
C'est là effectivement ce qui devoit l'avoir
rendu très-fameux , furtout n'ayant
pas encore alors vingt-ans. Le genre de
mort
DE JUIN 1723 . 1081
·
mort par lequel il finit , montre encore
affez combien le Roy Louis l'apprehendoit
, auffi avoit - il de fon côté les Ducs
de Calabre , de Bretagne & de Bourbon,
les Comtes de Charolois , de Dunois , &
plufieurs autres Princes très puiffans.
D'ailleurs les Officiers ou les fujets d'un
frere unique du Roy & victorieux , qui
font frapper une Medaille à fa gloire
croyent-ils jamais le pouvoir trop élever?
& apparemment qu'ils font même les
feuls qui ayent honoré ce Prince de ce
titre de très- Grand . * Charles VII . a
feulement dans l'Infcription de fon tombeau
ceux de très -glorieux , victorieux ,
bien fervi.
,
Le verfet du Pleaume 71. qui fait la
premiere Legende de la Medaille eſt manifeftement
ce qui a plus contribué à jetter
l'Hiftorien de la Milice Françoiſe dans
l'erreur fur l'interpretation de cette Infcription
. Car comme il eft fort ordinaire
que la feconde partie des verfets des
Pleaumes exprime feulement en d'autres
termes la même chofe que la premiere
* Ce titre convient bien auffi à l'idée qu'ils
donnoient de ce Prince par l'autre Medaille ,
que j'ai citée dans une note precedente , où ils
comparent fa force à celle de Samfon , & après
cela peut- on être furpris qu'ils l'appellent très-
Grand dans cette Medaille- ci ?
B iiij par1082
LE MERCURE
1
partie , &
que cela peut être vrai de co
verfet- là ; il a cru qu'il falloit auffi l'expliquer
de cette maniere dans la Medaille
, en forte que le Roy pour qui on demande
à Dieu le don de jugement
fût le même que le Fils du Roy pour qui on demande
auffi le don de juftice , Deus judicium
tuum Regi da , & juftitiam
tuam
Filio Regis. Ce qui l'aura encore déterminé
pour ce fentiment
, eft qu'il voyoit
un Prince couronné
fur un Trône , &
fous un Dais , ce qui reffemble
bien à un
Roy. Mais il s'eft affurement
mépris ,
outre qu'il eft auffi affez probable , felon
de bons commentateurs
, que David à qui
on attribue
ce Pleaume
, s'y fera compris
avec Salomon fon fils , & les autres
defcendans
qui devoient regner après lui.
Ce qui s'étoit déja paffé entre Louis
XI. & Charles fon frere ne donnoit que
trop de fujet aux Auteurs de la Medaille
de defirer à l'un & à l'autre la vertu de
justice , qui leur étoit fi neceffaire pour
vivre en paix entre eux , & y faire vivre
les peuples. Loüis n'avoit aucune bonne
volonté pour Charles , il ne lui accordoit
d'appanage , que dans le deffein de le lui
ôter à la premiere occafion qu'il en pourroit
faire naître. Et Charles toûjours inquiet
ne fongeoit non plus qu'aux moyens
de le forcer à rendre fon état plus avantageux,
DE JUIN 1723. 1083
tågeux. Il n'avoit d'abord eu que le Duché
de Berry , enfuite il extorqua celui
de Normandie en 1465. par la guerre du
Bien public , & Louis qui l'y traverfa
auffi - tôt en gagnant les principaux Seigneurs
de la Province , fit arrêter dans
les Etats Generaux du Royaume , tenus
pour cela à Tours en 1468. qu'il le rendroit
comme trop important par fon voifinage
avec l'Angleterre. Il lui donna ,
ou plutôt il lui promit en la place les
Comtez de Champagne & de Brie ; mais
il ne tarda point à les trouver encore dangereux
entre les mains , parce qu'ils touchoient
le Duché de Bourgogne , dont le
Comte de Charolois , autre Prince encore
plus entreprenant que lui , avoit herité
par la mort de Philippe le Bon fon pere.
Enfin il le transfera dans la Guyenne en
1469. & Charles y mourut d'un poifon
très - violent en 1472. à l'âge de 25. ans
4. mois & 26. jours loriqu'il tramoit
une nouvelle ligue avec les Ducs de
Bourgogne & de Bretagne contre Loüis ,
qui cherchoit auffi de fon côté à lui enlever
encore ce dernier appanage , comme
l'obfervent les Sainte Marthe.
Les efprits de ces deux freres étant
donc fi mal difpofez l'un pour l'autre ,
les Auteurs de la Medaille n'employoientils
pas fort heureufement le verfet qu'ils
B.v. em
1084 LE MERCURE
empruntoient de l'écriture , lequel les
réüniffoit fi parfaitement , fi leur priere
étoit exaucée , & quelle autre vertu plus
propre que la juftice pour maintenir la
bonne intelligence qui paroiffoit être alors
entre ce Roy & ce fils de Roy , & dont
la continuation feroit devenue fi avantageufe
aux peuples , qui ne pouvoient que
beaucoup fouffrir de leurs frequentes divifions
? Deus judicium tuum Regi da , &
juftitiam tuam filio Regis.
Cette interpretation de la premiere
Infcription de la Medaille , eft ce qui
fait encore entendre le mot Deus , qui
commence auffi la feconde Infcription ,
& qui femble n'avoir point de liaiſon
avec les mots fuivans , Carolus Maximus
Aquitanorum Dux & Francorum filius.
Le R. P. Daniel dit que le nom de Dieu *
★ L'Auteur de la France Metallique raporte le
Deus de l'Infcription à Carolus , & l'explique
par Dominus ce qui pafleroit , fi cette Infcription
venoit de Payens; mais un très- fçavant homme
leve toute la difficulté , en convertiffant en
lettres initiales d'autant d'autres mots , les lettres
du mot Deus , & de la fyllabe rum du mot
Francorum , & en fuppofant que la Medaille a
été frapée par les feuls Gafcons du Duché de
Guyenne. Ainfi il lit l'Infcription de cette maniere
, que je laille aux Antiquaires à examiner.
Defendet enfe Vafcones os Carolus Maximus
Aquitanorum Dux & Francorum Regis vere
Magni filius.
eft
DE JUIN 1723. 1085
eft là une espece d'invocation ; mais je
croi de plus qu'il y fignifie la même cho
fe que gratia Dei ; car les Ducs prétendoient
alors poffeder leurs Etats par la
grace de Dien , auffi bien que les Rois ,
ce qui pouvoit venir de ce qu'ils étoient
pareillement couronnez d'une maniere
Religieufe par les Evêques , Dieu femblant
par là les mettre auffi lui -même en
poffeffion de leurs Duchez , & c'eft ce
qu'il venoit de faire dans le Couronnement
de Charles . Les peuples de Guyenne
reconnoiffoient donc devant Dieu par
ce mot, Deus, au vocatif , que
, que c'étoit luimême
qui leur avoit donné un Duc , & à
qui celui - ci devoit fa dignité. Il auroit , je
Favouë, été plus naturel de mettre le gratia
Dei ordinaire ; mais outre que
petition du mot, Deus ,pour le commencement
de cette feconde Legende , la rend
fymmetrique à la premiere , ce qui étoit
une beauté en ce temps là ; ce mot placé,
comme il eft , eft une enigme qui oblige
le lecteur à en chercher le fens , ce qui
étoit fort auffi du goût du même fiecle.
la re
D'ailleurs la politique pouvoit avoir
part à cette obfcurité , car il y a déja
bien du temps qu'on a perfuadé à nos
Rois qu'aucun Prince de leur Royaume
qu'elle que foit la dignité de fon fief , n'a
droit de s'en qualifier Seigneur par la
B vj gra1086
LE MERCURE
grace de Dieu , attendu qu'ils tiennent
tous leurs Fiefs de ces Monarques , &
que cette formule doit être refervée pour
ceux qui tiennent leur Couronne ſeulement
de Dieu . Alain Bouchard , vieux
Hiftorien de Bretagne , dit que Louis XI.
envoya à François II . Duc de Bretagne
Pierre de Morvillier fon Chancelier
pour
lui défendre de s'en fervir ; & quoique le
P. Lobineau s'infcrive en faux contre
cette défenſe , page 691. de la nouvelle
Hiftoire de ce pays , fur ce qu'il n'en a
trouvé aucun autre preuve , cependant il
avoue que les Officiers de ce Monarque
avoient touché quelque chofe de ce point
dans des Memoires qu'ils avoient dreffez
pour une affemblée , où ce Duc de Bretagne
devoit fe trouver , ce qui fuffiroit
toûjours pour montrer qu'une telle formule
étoit defagreable à Louis dans la
bouche de fes Hauts- Vaffaux , & que les
Auteurs de la Medaille auront pû la déguifer
, comme ils ont fait , & ne l'exprimer
qu'enigmatiquement pour éviter de
choquer un Roy , dont la haine étoit fi à
craindre .
C'est donc là M. R. P. la veritable explication
de cette Medaille , du moins
pour l'effentiel , & , comme vous voyez,
elle n'étoit pas difficile à trouver , puifqu'elle
eſt d'un Prince trés connu , & qui
Y
DE JUIN 1723. 1087
y eft caracterifé par tant de traits qui
font finguliers . J'ai pourtant encore à remarquer
que le R. P. Daniel n'a point
parlé de ce que ce Prince tient de la main
gauche fur fon Trône. Le Graveur y a
reprefenté les clous de nôtre Seigneur ***
mais c'eft feulement un papier roulé , c'eſtà-
dire , une requête, qui jointe à l'épée de
juftice qu'il a dans la main droite , fait connoître
qu'il eft de ce côté- là fur le Trônepour
juger les differens d'entre fes ſujets ,
& punir les malfaicteurs , comme il eft de
l'autre côté à cheval prêt à combattre
leurs ennemis pour les défendre. Je fuis
toûjours avec un fingulier refpect , &c.
ce 8. Janvier 1722..
** C'étoit , dit-on , pour le faire reffembler à
S. Louis , duquel il defcendoit , & apparemment
que c'étoit auffi afin qu'il parut mieux être Charles
VII. qu'au lieu de ces clous il a un Sceptre
terminé en Fleur-de-Lys dans l'Hiftoire de France
du R P Daniel , de l'édition de Hollande , où
l'on voit déja cette Medaille ; car ce Monarque
eft effectivement reprefenté de cette maniere dans
une de fes monnoyes données par M. le Blanc ,
il y tient l'épée de la main droite , & le Sceptre
avec la Fleur- de- Lys au bout de la main gauche
ce qui eft le veritable Symbole d'un Roy de Fran
ce , mais après ces deux Metamorphofes la requête
a enfin repris fa premiere forme dans la
nouvelle édition de la même Hiſtoire.
3
La
1088 LE MERCURE
LA RETRAITE D'ALCIPE.
OD E.
Ircis , je fuis hors de l'orage ,
Qui trouble la Cour fi ſouvent ,
Ma fanté qui faifoit naufrage
M'a contraint de changer de vent ;
J'ai pris une route contraire ,
Vers l'abri d'un port falutaire ,
Et fans plus tenter le deſtin ,
Je renonce au fort de mon âge ,
A tout ce qu'un plus long voyage
Promet, de gloire & de butin .
Retiré dans ma folitude ,
Que je ne puis affez cherir ,
Je paffe le temps à l'étude
De bien vivre , & de bien mourir ;
Je calcule loin de l'envie
Toutes les heures de ma vie ,
Sans efperance , ni gefir ,
Et tâchant à me rendre fage
J'en
DE JUIN 1723 . 1089
J'en commence l'apprentiffage ,
En ufant bien de mon loifir.
Je n'ai plus ici de jours fombres ,
Je ne fuis plus inquieté ,
Des foins qui comme noires ombres
Agitoient ma tranquilité ;
L'ennui ne rend plus mon teint blême ,
Je jouis à plein de moi-même ,
Sans époufer d'autre ſouci ,
Que celui de me bien connoître ,
Et l'art de complaire à mon maître
Ne me déguiſe point ici.
.
La grandeur n'eft jamais fans crainte
Les hommes , & les dignitez ,
Nous tiennent toûjours en contrainte ,
Et captivent nos libertez ;
Les plaifirs n'aiment point le faſte ,
Les Rois dans leur puiffance vaſte ,
Se ravallant pour en joüir ,
S'égalent à ceux qu'ils maîtriſent ,
Et les Dieux même le déguiſent
Quand ils fe veulent réjouir .
La
1090
LE MERCURE
La penible follicitude ,
D'aller toûjours theſauriſant ,
Nous tient dans une inquiétude ,
Qui nous dérobe le preſent ;
Nous fommes toûjours à la quête
Pour quelque nouvelle conquête ,
Et fans confiderer la fin
De tant de travaux inutiles ,
Plus nos campagnes
font fertiles ,
Plus nous apprehendons la faim.
Tircis, la plus grande richeffe.
Vient de menager fes defirs ,
Et dans le fein de la fageffe ,
Puifer de folides plaifirs ;
Qui defire eſt dans l'indigence ,
Et cette avare diligence
D'amaffer avec tant de foin
Qui tient nôtre ame à la torture ,
Si l'on confulte la nature ,
Nous tiranniſe fans befoin.
Me confiant en l'affiſtance
De la fouveraine bonté ,
Je
DE JUIN 1723 , 1097
Je foumets à fa providence ,
Mon efprit & ma volonté ;
Je reçois en paix & en joye ,
Chaque jour ce qu'elle m'envoye ,
Et penfant au dernier moment ,
Où mes fens fe doivent éteindre ,
Sans le defirer ni le craindre ,
Je m'y prepare conftamment.

ELOGE DE M. MALAVAL
François Malaval naquit à Marseille
le 17. Decembre 1627. Comme nous
n'entreprenons pas de donner ici l'Hiftoire
de fa vie , nous laiffons à ceux qui doivent
y travailler , le foin d'écrire tout ce
qui l'a rendu celebre , non- feulement dans
fa patrie , mais encore dans les pays étrangers
, où la réputation de fa vertu , & les
productions de fon efprit , l'ont rendu
recommandable , malgré fa vie retirée , &
la privation de la vûë , dont il perdit l'ufage
dès l'âge de neuf mois.
Dans le 4. fiecle de l'Eglife , on a vû
avec admiration un homme illuftre nommé
Dydime , privé de la vûë , que Saint
Jerôme
1092 LE
MERCURE
Jerôme , fon Difciple , appelle
l'Aveugle
clair- voyant. La vie de M. Malaval a des
caracteres fi reffemblans à celle de Dydime
, qu'on diroit que la puiffance , & la
bonté de Dieu , ont voulu
reproduire
dans Marſeille cet homine rare , dont la
Ville
d'Alexandrie , & tout le monde
Chrétien ont autrefois admiré
l'érudition
& la pieté.
Sans entrer dans un paralelle Hiftorique
qui paroît fi naturel entre ces deux
perfonnages , nous pouvons dire que M.
Malaval , privé prefque en naiffant de la
lumiere du jour , comme le fameux Dydime
, fentit naître avec l'ufage de la raifon
un defir preffant de s'appliquer à la
recherche de cette précieufe lumiere , qui
diffipe les tenebres de l'efprit . Quelque
difficile que foit à un homme aveugle le
moyen d'acquerir les fciences , on vit cependant
celui dont nous parlons s'y avancer
avec tant de progrès , qu'il parvint
en peu de temps par la meditation des
lectures qu'on lui faifoit à un dégré de
connoiffance très - rare parmi ceux même
qui s'y appliquent avec le plus de foin.
Comme fes études étoient mêlées de
frequentes prieres dans le temps que fon
elprit commençoit à briller parmi les
Philofophes , & les Theologiens , fon
coeur fe nourriffoit des ardeurs de la charité.
DE JUIN 1723. 1093
rité. Il fe fit alors le plan d'une vie parta
gée entre les plus folides pratiques de
pieté , & les ferieufes occupations du
cabinet.
gens
de
Toûjours appliqué , ou à l'Oraifon , ou
à l'étude , il devint bien-tôt dans Marfeille
, & dans la Province , un exemple
fingulier d'une pieté remplie d'onction ,
& on le confultoit déja de toutes parts
comme un Oracle. Son érudition brilla
fouvent dans les affemblées des
Lettres , s'expliquant fur toutes fortes de
fujets d'une maniere fi éclairée , qu'il ne .
pût cacher plus long- temps les talens ,
dont le Seigneur l'avoit favorifé. La réputation
de fes lumieres lui attira l'eftime
& la confiance des perfonnes les plus
diftinguées , par leur rang , & par leur
merite.
La celebre Chriftine Reine de Suede
l'honora de plufieurs de fes lettres , dans
lefquelles on voit des marques d'une confideration
toute finguliere. Le pieux &
fçavant Cardinal Bona n'eut pas plutôt
vû les productions de cet heureux genie,
qu'il lia avec lui un commerce de fcience
& d'amitié. Il lui obtint même du Pape
Clement X. la difpenfe finguliere de recevoir
la Clericature nonobftant fon
aveuglement.
>
Ce privilege de diftinction fut pour
lui
1094
LE
MERCURE
lui un grand motif de reconnoiffance;
car il le crut obligé de confacrer plus
particulierement fes veilles au fervice de
la Religion. On vit bien - tôt fortir de fa
plume plufieurs ouvrages de pieté . Car
fans parler de ceux qui font devenus publics
par l'impreffion , comme la vie de
S. Philippe Benifi , General de l'Ordre
des Servittes , des Poëfies Sacrées , des
vies des Saints , la pratique facile pour
élever l'ame à la contemplation , les lettres
Apologetiques adreffées à M. l'Evêque
d'Apt , dans lefquelles il démontre combien
fes fentimens font éloignez des erreurs
de Molinos , qu'il condamne avec
l'Eglife par une entiere foumiffion à fes
decrets , & c. Il y a dans fa Bibliotheque
qu'il a laiffée aux RR . PP . Feuillans de
Marſeille une grande quantité d'oùvrages
manufcrits , qui font autant de monumens
de fon érudition , de fa pieté , &
de fa parfaite foumiffion à toutes les dé.
cifions de l'Eglife : voici une lifte des
principaux.
Traité des ufages de la Doctrine Chrétienne
, & c.
Traité de l'Obligation de fanctifier le
Dimanche , &c.
Traité Latin intitulé , Delicia ubi explicatione
quorumdam articulorum Symboli
fides ftabilitur adversùs Deiftas , Gentides
, & aliquot Hæreticos, Traité
DE
JUIN 1723. 1095
Traité contenant des avis pour la cons
duite des Grands .
per-
Recueil de Lettres de pieté , & d'érudition
par lui écrites à differentes
fonnes depuis 1648. dont quelques- unes
font écrites en Latin. Parmi ces lettres
il y en a une écrite au feu Roy , & une
autre au Pape au ſujet de la condamnation
du livre de la pratique de la contemplation
, & de l'explication que M. Malaval
avoit donnée de fes fentimens fur cette
matiere , pour marquer fa parfaite foumiffion
à l'Eglife,
M. Malaval donna en effet un éclairciffement
au public qu'il envoya à prefque
tous les Prélats du Royaume , à la
Sorbonne , & à divers Generaux d'Ordres
, dans lequel après avoir expliquê
fes veritables fentimens , il refute toutes
les propofitions de Molinos condamnées
dans la Bulle d'Innocent XI. d'une maniere
qui lui attira l'approbation de tous
les gens de bien , & des amateurs de la
verité .
Lettre à un Curé du Diocéfe de Marfeille
contre la Neutralité en fait de Religion
.
On a auffi quantité de lettres écrites à
M. Malaval par des perfonnes de diftinc .
tion , comme du Cardinal Cibo , des
Evêques de Marfcille , de Vaifon , d'Agen
,
1096
LE MERCURE
gen , de Gap , de Sifteron , de Comin
ges , d'Apt , & de Graffe , & de plufieurs
autres perfonnes , tant Ecclefiaftiques
que feculieres , même de plufieurs Generaux
d'Ordre , comme de celui des Chartreux
, avec lequel il étoit dans une relation
particuliere , de celui des Feüillans
, & de celui des Dominiquains .
Enfin M. Malaval penetré des fentimens
de pieté & de Religion donna toute
fa vie des preuves de fon entiere foumif
fion à l'Eglife , il voulut même quelques
jours avant la mort en faire des protefta
tions publiques , tant par écrit que de vi
ve voix , qu'il renouvella furtout devant
la nombreuſe affemblée qui fe trouva dans
fa maifon le jour qu'on lui porta le Saint
Viatique. Il le reçut avec des marques de
la foi la plus vive , & de la plus ardente
charité. Il fut particulierement vifité , &
confolé dans fa derniere maladie. par M.
l'Evêque de Marfeille , & ce Prélat fi recommandable
par fes grandes qualitez ,
& par fes heroïques vertus , a bien voulu
rendre témoignage de la pieté finguliere
& de la pureté de la foi , dans laquelle
M. Malaval termina enfin fa carrière le
15. May-1719 . âgé d'environ 92. ans .
LE
DE JUIN 1723. 1097
LE ROUSSIN
FABLE.
OISIF .
UNvieux petit Rouffin , je ne fçais trop com F
Depuis long-temps vivoit dans certaine écurie,
En Chanoine , bon foin , bonne avoine , &
pourtant
Tout fon travail étoit d'aller dans la prairie ,
S'ébattre quelquefois deffus l'herbe fleurie ;
Quel fort pour un Rouffin ! or Dame oifiveté ,
Comme l'on fçait, de tout vice eſt la mere ,
Nôtre Rouffin qui n'avoit rien à faire ,
De tout vice fut infecté ;
Mais , furtout , il devint malfaiſant , indompté,
Le moins qu'on y penfoit , ce n'étoit que ruades,
Que coups de dents , que petarades .
Ni maître , ni valets , rien n'étoit reſpecté ,
Il laffa tout le monde à force d'incartades ;
Que fera donc ceci ? dit le maître en couroux
Ce maudit animal fe mocqu - t'il de nous ?
Je vois ce qui le perd , fi je n'ai la berluë ,
>
Le
1098 LE MERCURE
Le travail le rendra plus paifible & plus doux ,
Je veux que déformais il tire la charruë .
Ainfi parla le maître , & fit fort bien ,
Fi de quiconque ne fait rien .
LETTRE du R. P. de Grainville , Je--
fuite , fur les Medailles de fon Cabinet,
& qui manquent à celui du R. P.
Banduri.
MONSIEUR ,
Vous fouhaitez de fçavoir les Medailles
qui font dans mon Cabinet , & qui
ne le trouvent point dans le plus riche
de tous les Recueils de Medailles , je
veux dire celui que le R. P. Banduri
vient de donner au Public.
J'aurois bien de la peine à vous fatisfaire
, fi en vous fatisfaifant je pouvois
déplaire à ce Pere. Il parle de tout le
monde avec tant d'honnêteté , & il me
fait tant d'honneur en particulier , dans
fon fçavant & curieux Ouvrage , que je
ferois au defe por de manquer aux égards
qu'il merite. Mais puifque vous m'afleu
rez
DE JUIN 1723. 1099
rez qu'il ne trouvera pas mauvais qu'on
lui fourniffe de quoi enrichir fon admirable
tréfor , je me rends volontiers , & je
vous envoye une partie de ce que vous
me demandez. Je commence par une
belle Medaille Grecque d'Herennia Etrufcilla
, femme de Decius. La voici , EPEN
ETPYCKIAAA CEB . Tête de femme ,
fa tête , & les épaules couvertes. Moyen
bronze.
Revers.
ΕΠ ΑΥΡ ΑΠΦΙΑΝΟΥ ΤΟΥ Κ ΑΘΗ
NAIOY AP A MAION2r .
>
Sub Aurelio Aphiano & Athinao Archonte
Primo Majorum.
Jupiter eft debout au milieu de ce Revers
, on dit qu'il porte un Aigle fur la
main droite ; mais par ma Medaille qui
eft des mieux confervées , il me paroît
qu'il porte une groffe pierre , ou une
montagne , ce qui m'a fait penfer que
c'étoit un Jupiter Cafius , dont il eſt tant
parlé. On dit auffi que Jupiter tient de
la gauche une Hafte , mais feurement
c'eft un Sceptre , ou un bâton de commandement.
M. Vaillant lit ΤΟΥ ΑΘΗΝΑΙΟΥ ,
fils d'Athinæus . Le P. Banduri lit Tor-
ΚΕ ΑΘΗΝΑΙΟΥ , mais il y
dans mi
Medaille ΤΟΥΚ ΑΘΗΝΑΙΟΥ , & rien
davantage. M. Vaillant écrit MO1ONON
C fait
TIOD LE MERCURE
fait la penultiéme longue , il y a dans ma
Medaille MAIONON la penultiéme bréve
, & c'eſt ainti qu'écrivent les anciens ,
ce mot venant de AIMONOS , Aeuve
, ou Roy de ce pays qui s'appella autrefois
Almonia , & fut nommé depuis
Lydia.
TREBONIANUS GALLUS .
IMP. CÆS. C. VIB. TREB . GALLUS.
AUG. petit Bufte couronne de
Laurier. Moyen bronze.
Revers.
CONCORDIA AUGG. Le P. Banduri
nous prefente une Medaille de moyen
bronze qui a la même Legende , mais 1
la figure de fon revers eft affife , & la
figure de la mienne eft debout. 20 Sa figure
ne porte qu'une corne d'abondance,
la figure de la mienne porte une double
corne d'abondance. 3 Dans l'Exergue de
la fienne il y a S. C. qui eft dans le champ
de la mienne. Ces differences ne permettent
pas de dire que fa Medaille & la
mienne foient la même chofe , il n'a donc
point vû ma Medaille , qui en eft plus
finguliere.
Je pourrois ajoûter ici une autre Medaille
du même Trebonianus Gallus , en
argent , qui eft rare par fon Infcription de
SACVLLUM NOVVM. Mais que
deux
DE
JUIN 1723. 1101
deux gros points rendent bien plus rares .
A fon revers paroît un beau Temple , au
bas duquel , ou fi vous voulez , dans l'Exergue
, font deux gros points l'un proche
de l'autre . On trouve de gros points en
des Medailles Grecques pour fignifier le
prix d'une monnoye ; mais les Romains
ne les ont pas imitez dans leurs Medailles
d'argent , où ils n'ont mis qu'un X. ou
un Q. pour exprimer Denarius , ou Quinarius.
Que veulent donc dire ces deux
gros points fi bien placez dans cette Medaille.
J'aimerois mieux l'apprendre de
nos maîtres , que de préfumer l'appren
dre aux autres. Ceft affez pour moi que
cela rende ma Medaille finguliere & inconnue
au P. Banduri , foit que cela fignifie
que c'étoit la feconde fois qu'on
celebroit la fête du fiecle nouveau , cinq
ans après qu'on l'avoit celebrée fous
l'Empereur Philippe , foit qu'on ait voulu
marquer que cette fête étoit renouvellée
fous deux Empereurs , Trebonianus
Gallus ayant affocié Volufien fon
fils , à l'Empire , &c.
VOLUSIANUS .
IMP. CUAF GAL VEND , VO.
LVSIANO AUG . petit Bafte couronné
de
rayons.
Cij
Revers,
1102 LE MERCURE
Q.
Revers.
PAX AUGUS. figure de la paix debout
, & tenant à la main droite élevée
une branche d'Olivier , & à la gauche
une pique en travers. Il y a bien des
chofes à dire fur cette Medaille . 1º Le
P. Banduri remarque que l'Infcription
de fon revers la rend des plus rares. On
ne voit prefque point AUGUS pour
AUG . ou AUGUST . ou AUGUSTI ,
comme cela fe voit dans le revers de ma
Medaille. 2 L'Infcription de la tête de
la même Medaille la rend encore plus.
confiderable , parce qu'on ne lit point
autour de la tête d'aucun autre Prince
que Volufien , tant de noms differens
encore y a- t'il affez peu de Medailles ,
ou quelques furnoms fe lifent . 3 ° . Ce
qui rend cette Medaille bien plus précieufe
, & plus finguliere , c'eft le concours
de ces deux Infcriptions de la tête ,
& du revers , ce qui ne s'eft point encore
rencontré , fi l'on en croit le P. Bandui.
-4° Cette Medaille eft auffi confiderable
par un autre endroit , c'eft qu'on attribuë
à Volufien la gloire prétendue des victoires
de fon pere ; car Gallus après la
mort de Dece ayant fait la paix avec les
Sarmates , & ayant fouffert que ces Barbares
fe retiraffent glorieufement dans
leur pays chargez de butin , & emme-

nant
DE JUIN 1723. 1103
nant avec eux la plupart des Romains
qu'ils avoient fait captifs , il s'obligea encore
de leur payer tous les ans une penfion
honteufe , & ne laiffa pas de publier
qu'il avoit vaincu les Sarmates , & les
avoit forcez de s'enfuïr dans leurs terres
. Volufien ayant fecondé fon pere en
cette occafion , dès qu'il fut Empereur
on flata fa vanité en lui faifant porter le
nom des peuples que fon pere & lui prétendoient
avoir vaincus , & comme on
avoit écrit fur les Medailles de Septime
Severe PAR , AR , AD , c'eſt - à - dire ,
Parthicus , Arabicus , Adjabenicus , parce
qu'il avoit dompté les Partes , les
Arabes , &c. on grava fur quelques Medailles
de Volufien V A.F. GAL. VEND .
&c. c'eft- à - dire , Vandalicus , Finnicus ,
Gallendicus , Vendenicus , pour marquer
qu'il avoit vaincu ces Nations.
En effet , Ptolomée le Geographe
nous affeure que Carpi , Finni , Galendici
, Vendetii , étoient des peuples de
la Sarmatie d'Europe , ce qui me fait
naître une penſée que je foumets volontiers
au jugement des fçavans. L'Infcription
de ma Medaille eft très feurement
IM . C. VA. F. GAL. & c. on explique
d'ordinaire fe C. par Cæfari ou
Caio , je croirois qu'il feroit mieux´de
l'expliquer par Carpico , comme on ex-
Ciij plique
1104 LE MERCURE
p'ique F. qui fuit peu après par Finnico
car , pourquoi dans ce détail des nations
de Sarmatie vaincuës , oublier les Carpes ,
qui fe mettoient ordinairement à la tête
des autres Barbares de ce pays ? On les
redoutoit fi fort à Rome en ce temps- là ,
que l'Empereur Philippe les ayant repouffez
dans leurs limites, crût avoir remporté
fur eux une grande victoire , & en
fit faire une Medaille avec ces mots V ICTORIA
CARPICA . Il eft très- probable
qu'après la mort de Philippe ce peuple
feroce revint inonder le pays des Romains
; on les renvoya après avoir fait
une paix honteuse qu'on fit paffer pour
une victoire. Mais pourquoi , en nommant
tant de peuples , ne parleroit on point des
Carpes qu'on redoutoit plus que les autres
, & qui alors étoient plus prêts que
les autres à faire des irruptions ?
D'ailleurs n'y a -t'il pas quelque efpece
de cacophonie à dire Calari , ou Caio
Vandalico , Finnico Volufiano . Le pronom
, & le nom propre doivent- ils fe divifer
par des furnoms d'honneur ? Je ne
vois point cela dans nos Medailles , & j'y
vois mille fois le contraire. On a donc
raifon de lire ainfi cette Infcription, Imperatori
Carpico , Vandalico , Finnico Gallendico
, Vendenico Volufiano Augufto ,
& non pas Imperatori Caio Vandalico
Finnico Volufiano. VALE
DE JUIN 1723. 1103
VALERIANUS .
VALERIANUS P. F. AUG . petit
Bufte couronné de rayons , en argent.
Revers .
VICT. PARTICI . Une victoire éle
vant de la main droite une Couronne , &
de la gauche tenant une Palme , appuyant
le pied droit fur un captif. Valerien eft
ici appellé Particus , ce qu'on ne lit point
ailleurs , il s'eft pû faire cependant trèsfacilement
qu'on lui ait donné le nom
de Particus dans fon armée après quelque
victoire qu'il remporta contre les
Parthes ; & qu'on lui ait gravé des Medailles
avec ce même furnom. Car les
Hiftoriens témoignent qu'il eut quelques
avantages fur eux . Les Romains écrivoient
Particus auffi bien que Parthicus.
GALLIEN US .
Comme je fuis riche en Galliens , que
j'ai tiré de trois divers tré ors déterrez
depuis dix ou douze ans , j'ai un bon
hombre de fes Medailles que le P. Banduri
n'a point connuës , je n'en raporterai
que quelques- unes des plus extraordinaires
.
GALLIENUS
AUG. tête couronnée
de rayons.
C iilj Revers.
1106 LE MERCURE
3
Revers.
FELICI AET. Figure de femme debout
, à la main droite un caducée , &
appuyant le bras gauche fur une petite
colonne.
que
Je ne fuis pas furpris qu'il y ait bien
des Medailles où l'on vante le bonheur
de Gallien. Ce Prince a eu fes fuccès
auffi bien que fes malheurs. Il fe trouva
heureufement Empereur par le merite
& la valeur de fon pere. Il avoit reçû du
Ciel de belles qualitez naturelles l'on
a marquées dans fes Medailles , & particulierement
dans celles où Mercure paroît
au revers de Gallien avec ces mots.
DONA AUG. Il remporta jufqu'à neuf
victoires , & vainquit de braves Commandans
qui ſe revoltoient. On pouvoit
donc en certains temps loüier fon bonheur
dans fes Medailles ; mais comment
dire que cet Empereur ait joui d'un bonheur
éternel FÆLICI ÆT. lui qui a
été accablé de malheurs continuels , ou
enfin il a fuccombé. Eft ce par une eſpece
d'ironie , & pour reprocher à ce Prince
fes malheurs Et n'eft- ce point pour cela
que cette Medaille , eft fi rare que le P.
Fanduri n'en a point fait mention ? j'aime
mieux penfer que dans quelque heureux
fuccès on aura fait des voeux à la felicité
pour lui demander la continuation de fes
faveurs
DE JUIN 1723. 1107
faveurs, & que l'on frapa très -peù de ces
Medailles , parce que ce temps dura très-
GALLIENUS AUG . tête couronpeu.
née de
rayons.
Revers
JUNO REGINA. figure de femme
debout , tenant de la main droite une
Patere , & au- deffous un Paon , & s'appuyant
de la gauche fur une Hafte. Dans
le champ du même côté un P. Le P.
Banduri parlant d'un revers femblable
qu'il a trouvé dans quelques Medailles de
Claude le Gothique , dit qu'il eft trèscommun
dans les Medailles des Imperatrices
, cela eft vrai ; mais ma Medaille
prouve évidemment qu'il ne devoit pas
ajoûter que ce Revers ne s'eft jamais vâ
que dans le Revers de l'Empereur Clau
de ; il y a de l'apparence même qu'on ne
l'a gravé dans les Medailles de ce dernier
Prince , que parce qu'il étoit dansles
Medailles du premier. Je me fuis
imaginé autrefois qu'on n'avoit joint
ainfi Junon à Gallien , que par ironie ,
comme quand on avoit écrit à l'entour
de fa tête GALLIENE AUGUSTE,
pour lui reprocher que quelque puiffant
qu'il fut , il n'avoit qu'un courage de fem
me ; mais puifqu'on n'a pu faire ce reproche
à Claude le Gothique , qui a été un
des plus vaillans Princes du monde , l
Cy eft.
1C8
LE MERCURE
eft à préfumer , qu'on ne les a fait figưrer
tous deux avec Junon , que pour montrer
leur puiffance fans bornes , ou pour
marquer leur pieté à l'égard de cette
grande Déeffe.
GALLIENUS AUG. petit Bufte
couronné de rayons.
>
Revers.
·
LEG IIXX VIPVIF . un Capricorne
de droit à gauche. J'ai deux Medailles
de cette forte , l'une pafle pour être
de méchant argent , comme plufieurs autres
de ce Prince , & le P. Banduri l'appelle
très- rare. L'autre eft affurément de
bronze & très veritable , mais plus
grande & plus épaiffe que celle d'argent ,
& pourroit paffer pour être de la feconde
grandeur. C'eft particulierement cette
feconde Medaille que je prefente au public
, parce qu'elle ne fe trouve point ni
dans Occo, ni dans M. Vaillant , ni dans
le P. Banduri , & qu'on trouve très- peu
de ces legions de bronze , quoiqu'on en
trouve beaucoup d'argent ; car de grands
fçavans doutent fi par méprife on n'a
point écrit LEG IIXX au lieu de LEG
XXII . qui a auffi pour Type un Capricorne
. Ce doute n'eft pas bien fondé ,
puitque mes deux Medailles ont le même
Type & la même devife . Or on n'auroit
pas mal écrit par méprife dans deux coins,
&
DE JUIN 1723. 1109
& deux métaux differens. Je pourrois
faire paroître ici ma belle legion XIII
GEM parce qu'elle a IIII PIIII F. &
que les fçavans ne la citent que comme
ayant VIPVIF. car quand on voudroit
faire un V des deux premiers tirets de la
inienne , ce ne feroit pas la Medaille de
ces fçavans qui porte VIP. VIF. au lieu
qu'il faudroit lire dans la mienne VIIP
VIIF.
IMP. GALLIENUS PEAUG
GERM. une tête couronnée de rayons ,
en argent.
Revers:
ORIENS AUGG. le foleil debout
élevant la main droite , & tenant à la
gauche
un foüet. Cette Medaille eft finguliere
en ce que la tête qui eft gravée fur
la Medaille eft très - furement la tête de
Valerien , & non pas celle de Gallien ,
un coup d'oeil le perfuade , quoiqu'en
diſe l'Infcription ; ce qui eft d'autant
plus certain que la tête de l'un eft fort
differente de la tête de l'autre. Ainfi l'Infcription
eft trompeufe & la tête de la
Medaille dément fon Infcription . Comment
cela eft.il arrivé ? & pourquoi ?
eft- ce méprife ? eft- ce malice ? eft - ce hazard
? eft- ce deffein formé ? honni foit
qui mal y penfe , & qui croira que par
là on a voulu reprocher à Gallien que
pen- C vj
1110 LE MERCURE
pendant qu'il étoit dans la molleffe , &
les plaifirs à Rome , fon pere étoit dans
les fers en Orient. Le P. Banduri rapportant
une Medaille , dont le Revers , &
I'Infcription de la tête eft la même , diɛ
qu'elle a le vifage de Gallien . Cela peut
'être , parce qu'on a pû y faire une tête
de Gallien , mais cela n'empêche pas que
la mienne n'ait le vifage de Valerien , &
qu'elle ne foit une Medaille toute autre
que celle du P. Banduri .
GALLIENUS AUG . Bufte de Gallien
, fur la tête un Cafque couronné de
rayons , fur fes épaules une Cuiraffe , &
à la main un Javelot , en argent.
Revers.
MARTI PACIFE' . Mars armé , un
Cafque en tête , tenant de la main droite.
une branche d'Olivier , & portant de la
gauche un Bouclier , & une Lance un
peu de travers. Dans le champ au- deffous
du bras droit un P. Gallien n'a peut - être
point de Medaille plus belle que celle- ci .
Le P. Banduri n'en a point où ce Prince
porte une Couronne fur le Cafque , un
Javelot à la main avec cette devife au
Revers , MARTI PACIFE , & un P dans
le champ de la Medaille , quoiqu'il en
ait avec la devife MARTI PACIFER ,
& PACIFERO. N'y a - t'il point de
malice dans ceRevers ? n'avertit-on point
GalDE
JUIN 1723.
1117
Gallien qu'il aimoit trop la paix , ou une
vie déreglée , & qu'il prefente la paix
lorfqu'il prend les armes ?
GALLIENUS AUG. tête couronnés
de rayons , petit bronze .
Revers .
PUDICITIA , une femme affife tire
de la main droite fon voile fur fon vifage,
& de la gauche tient une Lance de travers,
dans l'Exergue un Q.Cette Medaille
& celle où leRevers eft FECUNDITAS
AUG. font des Medailles qui donnent
lieu de croire qu'on les a frapées pour
reprocher à Gallien fes defordres. La rareté
de ces Medailles font croire qu'elles
ont été faites à la dérobée . Le P. Banduri
les rapportent toutes deux, & les appellent
rariffimes , mais dans la premiere
de fes Medailles , la figure du Revers eft
debout , & fans aucune autre marque.
Dans la mienne la figure du Revers eft
affife , ce qui lui convient fort , avec un
Q. dans l'Exergue. Il y a dans le champ
de ma feconde Medaille auprès de ma
fecondité une L. qui ne paroît pas dans
celle du P. Banduri , peu de chofe dans
les Medailles très-rares peut les faire
paffer pour uniques.
GALLIENUS AUGG . tête couronnée
de rayons , petit bronze.
Revers
7112 LE MERCURE
Revers.
VENUS VICTRIX. figure de femme
debout , tenant un Cafque à la main
droite , & s'appuyant de la gauche fur
une Pique , une H dans le champ du
même côté . Le P. Banduri n'a point ce
Revers , quoiqu'il dife qu'il eft dans les
Medailles du jeune Gordien ; je ne fçai
fi c'eft dans le même efprit qu'on l'a gravé
dans les Medailles de ces deux Empereurs.
GALLIENUS AUG . tête couronnée
de rayons , petit bronze.
Revers.
VIRTVS AVG. Gallien armé s'appuye
de la main gauche fur une Pique,
& porte la main droite fur un Trophée
qu'il s'eft élevé , & qui a d'un côté un
Captif affis à terre , & de l'autre un Calque.
En verité cette Medaille merite bien
d'être connue , je m'étonne qu'elle n'ait
point encore paru , ni en argent , ni en
bronze dans aucun recueil , j'efpere qu'on
ne la méprifera pas à la premiere occafion .
GALLIENUS AUG. petit Bufte
couronné de rayons , en argent.
Revers.
VIRTUS MIL. un Soldat ſe tourne
à gauche , tenant de la main droite une
Pique , & de la gauche un Bouclier appuyé
contre terre , rien n'eft plus commun
DE JUIN 1723.
mun dans les Medailles de Gallien que
cette Legende VIRTVS AUG . & rien
n'eft plus rare que cette autre VIRTVS
MIL. On trouve la premiere au Revers
de la plupart des Empereurs , & près de
cinquante fois differente dans le feul Gallien
du P. Banduri ; mais on n'y trouve
pas une feule fois la feconde. D'où vient
cela ? eft- ce que la valeur doit être particulierement
dans le Commandant , &
de lui fe répandre dans les Soldats d'une
armée ? & qu'on a voulu infinuer , par
ma Medaille , très- rare , que c'étoit la
valeur des Soldats qui rendoient Gallien
genereux ?
J'ajouterois encore plufieurs autres
Medailles , même de Gallien , auffi bien
que des autres Empereurs , fi je ne craignois
de vous ennuyer ; j'aime mieux les
ré erver à un autre temps , fi cela peut
vous faire plaifir , & ne point déplaire
au R. P. Banduri. Je finis en lui prefentant
quelques Medailles reftituées par
Gallien , pour augmenter le nombre de
celles qu'il a apportées.
DIVO AVGVSTO . Tête couron
née de rayons.
Revers.
CONSECRATIO . Un Autel fur lequel
eft un feu allumé . Le P. Banduri
nous a donné une confecration d'Auguſte
par
1114
LE MERCURE
1
par Gallien , où eft un Aigle , mais il rie
nous a pas donné celle- ci où eft un Autel .
DIVO VESPASIANO. Tête couronnée
de rayons.
Revers.
CONSECRATIO. Un Autel où on
' allume du feu.
DIVO COMMODO. Tête couronnée
de rayons.
Revers.
CONSECRATIO . Un Autel où eft
du feu allumé.
DIVO ALEXANDRO. Tête coutronnée
de rayons .
Revers.
CONSECRATIO . Un Aigle à terre
pour s'élever au Ciel . éployant fes aîles
Je fuis , Monfieur , & c.
kkkkkkkkkkkk**
EGLOGUE qui a remporté le prix de
l'Academie des Jeux Floraux , de cette
année 1723. Par M. d'Eftadens , de
Toulouse.
SILVIE , DAPHNE'.
SILVIE.
M'Abandonner... l'ingrat... lui , dont la
vive ardeur ,
Et les foins affidus engagerent mon coeur :
Atten
DE JUIN 1723. rriz
Attendoit- il de moi l'aveu de ma foibleffe
Pour rompre fes fermens , & trahir ma tendreffe
DAPHNE'.
Il eft mort , ce Berger , fi tendre & fi charmant
,
Damon , de nos Hameaux , la joye & l'ornement,
A quels ennuis faut -il que fon trépas me livre ,
Si le Ciel irrité m'empêche de le fuivre ?
SILVIE.
Ne renouvelle point d'inutiles douleurs ;
Ou pour te confoler : compare nos malheurs :
Tirfis ne m'aime plus , & ce Berger perfide
A fa honte , à la mienne , eft épris de Doride ,
Je la vois chaque jour étaler fierement
La gloire de m'avoir enlevé mon Amant ,
Quel malheur eſt égal ?
DAPHNE'.
Ah !
que
dis- tu , Bergere ?
Tirfis vit , & Damon ne voit plus la lumiere !
J'ai perdu le Berger qui fit tous mes plaifirs ,
L'amour peut rendre encor le tien à tes defirs ;
Qu'un doux'efpoir fufpende , ou modere tes lar
mes ;
Peut-être avant la nuit , fenfible à tes allarmes ,
Tilfis
1.16 LE MERCURE
Tirfis à tes genoux rapportera
fon coeur ;
M'offres tu quelque eſpoir qui flate ma douleur ?
SILVIE.
Je reconnois , je plains , Daphné , ton infortune
;
Mais un Berger qui meurt fubit la loi commune ,
Les deſtins n'en ont pas affranchi le Berger ;
Il eft né pour mourir & non pas pour changer,
DAPHNE'.
Mais ce Berger épris d'une flâme nouvelle ,
Voudrois- tu qu'il fut mort , au lieu d'être infidelle
?
SILVIE .
Mort... que fçais-je ? .. j'entends ce Berger tous
les jours ,
>
Sous ces Hêtres chanter fes nouvelles amours :
Sorti pour mon malheur des lieux qui l'ont v
naître ,
Il devint mon Amant ( il le feignit peut-être )
Et moi , pour lui cacher le fecret de mon coeur
J'eus befoin du fecours d'une feinte rigueur ;
Une de fes chanfons publia ma victoire ,
J'ai honte d'en avoir confervé la memoire.
Un Oiseau qu'au Ducet a conduit fon deſtin į
Pour le rompre s'agite, & fe debat en vain .
Il
DE JUIN 1723. 1117
"
Il en ferre les noeuds , il y finit fa vie ;
Ainfi dans les liens de l'ingrate Silvie ,
Tirfis fait pour les rompre un inutile effort
Du pauvre Oiſeau , Tirfis éprouvera le fort.
Et lorfque mon aveu lui découvre mon ame
Tirfis rompt fes liens affuré de ma flâme ,
Et pour me confoler lorfqu'il manque de foi ,
Tu dis qu'il vit , il vit pour un autre que moi.
Mais ton Berger ravi par la Parque cruelle ,
Youdrois-tu qu'il vécut au prix d'être infidelle ?
DAPHNE'.
Infidelle... qui ? .... lui. Rien ne pouvoit jamais
Troubler de nos deux Coeurs la tendreffe & la
paix :
Puiffe-t'on voir plutôt les Printemps fans feüil- "
lage ,
Les Automnes fans fruits , les Troupeaux fans "
laitage ,
( Nous difoit-il fouvent ) que les Bergers fans "
foi , "
Que la fidelité foit leur premiere loi ,
r
Et du fidelle amour propofant des modelles , “
Qu'on cite les Bergers comme les Tourterelles.
SILV PE.
De ton Berger , Daphné , l'aimable fouvenir,
Sans
1718 LE MERCURE
Sans ceffe dans ces lieux te peut entretenir ,
Eh ! combien est -il doux lorſqu'ils te le rappelle
Jufqu'à fon dernier jour , fi tendre & fi fidelle ?
DAPHN E' .
Malheureux fouvenir de mon bonheur paflé ,
Pourquoi de mon efprit n'es - tu point effacé ?
Ne me rappelles plus ce Berger , fa tendreffe ,
Ces jours qui s'écouloient avec tant de viteffe ,
Et qui toûjours trop tôt nous feparant le ſoir
Nous laiffoient occupez du foin de nous revoir.
SILVIE.
Qu'aifement la fidelle & conftante Bergere
Croit fidelle & conftant le Berger qui fçait plaire ;
Doutois-je de Tirfis ? que de fois ce Berger
Me jura - t'il , qu'avant que fon coeur put chan
ger ,
,, Le Corbeau , frédonnant , pourroit dans ce
,, Boccage ,
,, Du tendre Roffignol défier le ramage ;
ور
Qu'on verroit les Brebis s'acharner fur les
,, Loups ,
,, Fondre fur l'Efpervier la Colombe en cour-
"" roux ;
Je l'aimois , je le crus ; helas ! dans la nature
Il n'eft rien de changé que le coeur du parjure.
DAPHNE
DE JUIN JUIN 1723. 1119
DAPHNE' .
Hé pourquoi l'aime-tu ? fon infidelité
Devroit guerir ton coeur juſtement irrité ;
Songe , que du Berger que tu peins fi coupable ,
Tes pleurs honorent trop la perte méprifable ;
Heureufe , que fon coeur paffé fous d'autres loix
Te mette en liberté de faire un autre choix
Change pour ton repos, Silvie, & pour ta gloire...
Je dois être toûjours fidelle à la memoire
D'un Berger , dont j'ai vû juſqu'à ſon dernier jour
Le coeur épris pour moi du plus ardent amour.
:
Qu'il ait dans le tombeau le coeur de la Bergere
,
Qui juſques au tombeau lui fut toûjours fi chere ;
Eh quel autre après lui pourroit plaire à mes
yeux ,
Si j'étois en état d'écouter d'autres voeux !
Je ne le verrai plus dans ce Bois folitaire ,
De nos feux innocens fecret dépofitaire.
Non , auprès de mon fort tout autre fort eſt
doux...
Qu'apperçois-je ? un Berger tourne fes pas vers
nous ;
C'eſt Tirſis ; oui , peut- être il te cherche , Silvie.
Va , voi , je pleurerai Damon toute ma vie.
SILVIE .
1120 LE MERCURE
SILVIE.
Il eſt avec Daride ! ah , fuyons ! ôtons leur
La douceur du plaifir que leur fait ma douleur.
EPISTRE
AM. de la R. pour réponse à fon Roffignol ,
piece inferée dans le dernier Mercure.
Q
U'un oifif conteur de fleurette
Me vante ma beauté , mon fçavoir , mon eſprit ,
Je regarde comme fornettes
Tout ce que ce conteur me dit >
Et je ne m'en fais point de fête.
Je fçai comme les gens galans
Commencent auprès d'une femme ;
Que le premier pas des amans ,
Pour gagner le coeur de leur Dame ,
Eſt de lui donner de l'encens.
Qu'un homme auprès de nous , qui n'a rien à
nous dire ,
Qui ſouvent ne nous connoît pas ,
Pour fuffire à pareil martyre
Nous
DE JUIN 1723. 1121
Nous vante fur l'efprit ; ou bien fur nos appas ,
Je lui pardonne , & même je l'admire.
Il fuppofe en cet entretien
Un fond qui ne lui coûte guere ,
C'eft nôtre vanité , puis il y met le fien ;
C'eſt le menfonge , & d'ordinaire
Ce font deux fonds de l'entretien vulgaire ,
Et ces deux fonds là ne font rien .
Pour une perfonne de tête ,
Ce leurre là n'eft pas nouveau ,
Elle fait que juger , de foy , du Demoiſea
Et n'eft pas une dupe prête
Pour fi groffier , & facile panneau ;
Pendant qu'une pauvre innocente
Croit bonnement ce qu'on lui dit ,
Qu'elle a de la beauté , du fçavoir , de l'efprit ,
Et ridiculement d'elle-même contente ,
Fait la fiere , & fe rend juge de tout écrit.
Je pardonne donc certe ruſe ,
Dont fe fert un adroit amant ;
Je pardonne à l'indifferent ,
Qui par ce moyen nous amuſe.
Nous portons juſtement la peine ,
De
7122 LE MERCURE
De nôtre fotte vanité ,
Quand nous avons trop de facilité ,
A croire pour chofe certaine
Les détours de la rufe , ou de l'honnêteté.
C'eſt ainfi qu'on agit de Paris jufqu'à Rome
Amans , ou gens indifferens ,
Et l'on a dit depuis long- temps
L'homme eft Loup à l'égard de l'homme.
Mais qu'un frere fçavant , de bon fens , de bon
coeur ,
Vienne dreffer un piege à mon amitié tendre ,
Et que je fois contrainte à me défendre
Contre l'impreffion d'un éloge flateur ,
C'est à quoi j'euffe crû ne devoir pas m'attendre
Je fçai que fur le ton plaiſant ,
J'ai quelque affez bonne faillie ,
On me flatte que dans ma vie
J'ai foutenu fort drôlement
Quelque difcrete raillerie .
Je fçai que j'écris joliment ,
Et qu'on a vû de moy paroître , .
Lettres d'un tour fi poli , fi galant ,
Qu'on les diroit de mân de maître.
Je
DE JUIN 1723 . 1123
Je ne crois pas devoir ici
Vous faire trop de confidence.
Pour vous épargner du ſouci ,
Je ne crois pas devoir auffi ,
Etaler trop d'indifference.
Je ne croi pas qu'on n'aime qu'une fois,
Ni que l'amour vienne de fimpatie ,
Moins encor que l'on faffe un choix , '
Dans lequel la raifon , la nature , & les lois
Tout fe trouve de la partie.
Il eft des preuves par écrit ,
Que je vous dis ce que je pene
J'en ai le coeur bien fort contrit ;
Mais pour parler en confidence ,
J'ai bien fenti ce que je vous ai diť.
Je lis fort rarement , & point du tout peut- être¿
Prefque tout livre m'eſt ſuſpect.
Je ne fçai ni Latin , ni Grec ,
Et lorfqu'on veut me trop connoître ,
Je me trouve bien - tôt à fec.
Jugez fur cette confidence ,
Si le Latin que vous citez ,
Si les Auteurs dont vous parlez
Ꭰ Sont
1124
LE MERCURE
Sont en pays de connoiffance , [
Ouss'ils font bien avanturez ??
Laiſſez-moi borner dans ma Sphere ,
Et ne m'expofez pas au fort du Roffignol ,
Qui pour avoir voulu trop faire ,
Fit une chute au lieu d'un vol. ut
Resumeme membe
t
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Marseille le premier Juin 1723 .
A Ville de Marfeille vous doit ;
Meffieurs , un remerciment de l'attention
finguliere que vous avez cuë fur
fes malheurs paffez , & fur fon heureuſe
délivrance ; attention que vous venez de
renouveller d'une maniere bien marquée
par la belle Medaille que vous avez fait
graver dans votre Journal du mois d'Avril
dernier , accompagnée d'une Differtation
digne du fujet. L'une & l'autre font
capables d'immortalifer ces évenemens ,
& la reconnoiffance de Marfeille envers
fon augufte Maître , & envers le grand
Prince , qui étoit alors dépofitaire de
l'autorité Royale . Je crois que nos Magiftrats
ne manqueront pas de faire les
plus vives , & les plus humbles inftances
DE JUIN 1723 .
1125
ces pour que cette Medaille foit inceffamment
frapée , & qu'elle merite d'entrer
dans la fuite de celles qui doivent
compoſer l'Hiftoire du Regne du
Roy .
L'Auteur de la Medaille , & de la
Differtation ne pouvoit les adreffer à perfonne
à qui cela convint mieux qu'à M.
Rigord , homme fi connu de tout le monde
, & fçavant par fon érudition , dont le
goût eft d'ailleurs exquis pour cette forte
de monumens , & qui s'eft fi fort fignalé
durant nos malheurs par un zele , & pir
un travail infatigable , qui a eu enfin tant
part à nôtre foulagement , & à nôtre
délivrance.
de
Comme on ne fçauroit trop récompenfer
le merite , je crois , Meffieurs , qu'on
ne fçauroit trop auffi publier la récompenfe
du merite , c'eft dans cet efprit
que je crois devoir vous apprendre que
d'abord après la ceffation de la peſte , il
a plû au Roy d'accorder à nôtre illuftre
compatriote des lettres de Nobleffe ,
qui font caufées fur les fervices paffez
dans la Marine , fur fon attachement à
l'étude des fciences & des Belles- Lettres ,
& en particulier fur les fervices rendus
dans Marfeille pendant la contagion , &
au commencement docette année le Roy
l'a nommé pour être reçû Chevalier de
l'Ordre de S. Michel . Dij Je
1126 LE MERCURE
Je profite , Meffieurs , de cette occa-,
fion pour vous affeurer que Marſeille
eft non - feulement entierement délivrée
depuis plus d'une année de toute cor
tagion , mais encore qu'elle eft autant ,
& plus peuplée qu'auparavant , chofe
affez étonnante ; car felon nos Memoires
les plus juftes , il eft mort dans la
Ville , ou dans fon territoire , environ
cinquante mille perfonnes , ce qu'il
faut atttibuer , après la benediction du
Seigneur , au concours de toutes fortes
de perfonnes que le commerce y attire
de toutes parts ; enforte qu'on peut prendre
à la lettre le fens de Maffilia Refurgens
, qui eft fur le revers de nôtre Medaille
, & pour une efpece de Prophetie
l'Infcription qui fut faite en l'année 1669.
à l'occafion de l'entrepriſe d'une nouvelle
enceinte de murailles , & de l'agrandiſſe- -
ment de cette Ville , Infcription gravée
fur la premiere pierre des fondemens ,
qui finit par ces mots : D. Providentia
aliquandiù jacere paffa eft , ut dejectio
viam fterneret ad gloria cumulum , త
fuis aucta difpendiis , inftar palma , Maſfilia
Florentior curvata refurgeret.
&
Au refte , pour ne rien épargner de tout
ce qui peut rendre à nôtre Ville fon ancien
luftre , & pour l'orner toûjours davantage
on n'oublie pas dans Marſeille
deux
DE JUIN 1723. 1127
deux projets , dont l'execution n'a été
fufpendue que par le malheur des temps ,
fçavoir l'érection d'une Statue Equeftre ,
en bronze , de Louis le Grand , dans une
place magnifique , fur les deffeins du faz
meux Pierre Puget & l'établiſſement
d'une Académie des Sciences , & des
Belles - Lettres . Je me fouviens qu'à l'occafion
de ce dernier projet , l'Auteur de
la Medaille de Marseille délivrée
>
, Xc.
fit imprimer une Piece qui fut fort goûtée
, & qu'on pouvoit intituler Marſeille
Sçavante , Ancienne & Moderne. Čette
Piece ne fe trouve que dans le Journal
de Trevoux du mois de Janvier 1717 .
mais elle y eft toute défigurée par la negligence
des Imprimeurs , qui ont maltraité
prefque tous les noms des fçavans ,
originaires de Marſeille , & qui ont fait
d'ailleurs des omiffions , & d'autres fau
tes confiderables . Nous ofons , Meffieurs,
tout ce que nous fommes ici de gens de
Lettres , vous demander la reparation de
ces fautes , en vous priant d'engager l'Auteur
de cet ouvrage de vouloir bien nous
le redonner complet , correct & parfait ,
foit dans vôtre Journal , foit ailleurs.
Je fuis , Meffieurs , & c .
D iij IRIS
1128 LE MERCURE
A IRIS pour accompagner le prefent d'un
Serin de Canarie.
Q
U'il eft doux de paffer fa vie ,
Auprès d'une jeune beauté
Aimable Serin que j'envie ,
Ton fort & ta felicité .
Que de baifers fur fon vifage ,
Tu vas ceüillir impunément ,
Pour toi feul , Iris, moins fauvage,
Préviendra ton empreffement.
De mille careffes piquantes ,
Naîtront mille plaifirs nouveaux.
Ah ! grands Dieux , ces douceurs charmantes
Sont-elles donc pour des Oiſeaux.
Belle , quel eft vôtre ſyſtême ,
Un animal obtient de vous .
Des careffes dont les Dieux même ,
S'ils les voyoient feroient jaloux .
Il faut montrer plus de ſageſſe ,
Je le foutiens , charmante Iris ;
Le fel des plaifirs en tendreffe ,
C'eſt d'en connoître tout le prix .
MEMOI
DE JUIN ( 1723. 1129
MEMOIRE
SUR LA MAISON
DE TILLIERES,
Pour fervir de Supplement à ce qui
en a été dit dans le dernier.
Mercure, p. 1100 .
Eux qui nous ont donné le petit
Memoire qui regarde la maifon de
Tillieres le Veneur , dont il eft parlé dans
le Mercure du mois de May dernier , à
l'occafion du mariage de Mile de Tillieres
avec M. le Comte de Manicamp , auroient
pû le rendre plus exact , en ajoûtant
feulement que Jean le Veneur , Evêque
& Comte de Lifieux , fut non - feulement
Cardinal & Grand- Aumônier de
France , mais encore Abbé du Bec , &
du Mont S. Michel , & Lieutenant General
au Gouvernement de Normandie.
Il mourut en l'année 1543. On voit en-.
core fon portrait aux vitres de l'Eglife
D iiij
de
1130 LE MERCURE
de l'Hôpital des Quinze Vingt , dont il
réforma les Statuts en qualité de grand
Aumônier.
De plus , Ambroise le Veneûr , frere
du Cardinal , dont nous venons de parler
, fut Doyen de la Cathedrale d'Evreux
, & puis élû Evêque de la même
Eglife en l'année 1511. laiffant ce Doyenné
à Gabriël le Veneur , fon frere.
Enfin , un autre Gabriel le Veneur, que
de P. Anfelme n'a pas connu , perit neveu
d'Ambroife , fut auffi élû Evêque d'Evreux
en 1532. n'étant âgé que de quatorze
ans .
L'Auteur du petit Memoire auroit pû
encore remarquer que Tanneguy le Veneur
, Comte de Tillieres , & c. Confeiller
d'Etat , Lieutenant General au Gouvernement
de Normandie , qui avoit
époufé Magdelaine de Pompadour , fut
fait Chevalier du Saint- Elprit en l'année
1582. Jacques le Veneur fon fils aîné fut
auffi fait Chevalier du Saint Eſprit en
l'année 1586. il avoit époufé Charlotte
Chabot , fille de Leonor Chabot , Grand
Ecuyer de France.
La Maifon de Tillieres le Veneur porte
d'argent à la bande d'azure , chargée
de trois Sautoirs d'or.
Nous prions les perfonnes qui nous
donneDE
JUIN 1723. 1131
donneront à l'avenir de pareils Memoires,
à l'occafion des mariages , des morts
&c. de ne pas oublier de marquer exactement
les Armes de la Maiſon dont il fera
queſtion,
XXXXXXXXXXXXYYYYEXYX
L
ELEGIE
A Madame la Marquise de.....
'Amour aux jeunes coeurs toûjours fi favo
rable
M'a fait fouvent jouir d'un fort afez aimable ,
Et mes tendres foupirs , pouffez d'un air diſcret
Ont fléchi la rigueur de plus d'un bel objet.
Je connois même encor quelques jeunes Bergeres,
Qui peut-être à mes voeux ne feroient pas feveres,
Si pour une beauté que je ne nomme pas ,
Mon coeur depuis long- tems ne foupiroit tout bas
Je n'ofe de fes traits marquer la reffemblance,
L'aveu d'un tendre amour eft pour elle une offenfe,
Et fi je dépeignois fes rémens divers ,
On pourroit la connoître aifément par mes vers.
D v H
7132
MERCURE LE
Il fuffit d'affurer que le fier Hippolite ,
Auroit été charmé d'un fi rare merite ,
Et que le Ciel en elle a par de doux accords
Joint la beauté de l'ame avec celle du corps.
Comment donc efperer qu'une heureuſe foibleſſe,
Pût être un jour le prix de ma vive tendreffe ;
Amour ne me viens point flater de cet eſpoir ,
Elle a trop de vertus pour trahir fon devoir.
Je n'attends rien de toi dans cette conjoncture ,
Et ta foeur eft pour moi d'un plus heureux augure.
Oui , Reine des beautez, fi vos charmes puiſſans
Ont fçû par leur éclat triompher de mes ſens ,
Si j'ai fenti pour vous ces atteintes fecretes ;
Dont les yeux font toûjours d'affurez interpretes ;
Si coupable d'un feu que vous n'avoüyez pas
J'ai langui , j'ai brûlé pour vos divins appas.
Ce crime eft naturel ; mais puiſqu'il vous offenſe,
Je veux l'enfevelir dans un profond filence ;
Plus d'amour j'y confens , mais du moins par pitié,
Répondez , je vous prie , à ma tendre amitié ,
Apprenez autrement que par la renommée
ཏི
Qu'elles font les douceurs d'aimer & d'être aimée.
Commençons l'un & l'autre un commerce fi
doux ,
DE
JUIN 1723.
1133
Je vous réponds de moi , répondez-moi de vous ;
Uniſſons nos deux coeurs de cette amitié tendre ,
Dont l'effet eft charmant , dont on ne peut trop
prendre ;
Faifons de nos fecrets un aimable entretien ,
Ouvrez-moi vôtre coeur , & difpofez du mien ;
De ma vivacité ne prenez point d'ombrage ,
Vous me verrez toûjours foumis , conftant &
fage ,
Sûr de vôtre amitié préferer fes douceurs ,
Et tout ce que l'amour m'en offriroit ailleurs.
D vj
NOU
1134
LE MERCURE
NOUVEAU Systême , propre à décou
vrir l'erreur des Philofophes , fur la
maniere dont ſe fait la vifion , établifur
les experiences du Pere Emanuel de Viviers
, Capucin de la Province de Touloufe.
les
Es experiences font , fans doute ,
moyens les plus feurs , pour découvrir
la verité dans les chofes qui concernent
la Phyfique ; c'eft par leurs fecours
que les vieilles erreurs fe diffipent , c'eſt
par - là qu'elle a pris un nouveau luftre
dans le dernier fiecle ; fans les curieuſes
recherches de l'efprit , la verité fe trouveroit
encore captive des faux préjugez ,
de l'entêtement , & de l'aveugle confiance
pour l'antiquité ; c'eft pour tâcher de
découvrir la verité qui doit être l'unique
objet de nos études , que j'ai eu recours
aux experiences. Parmi les découvertes
que ces mêmes experiences m'ont fournies
. Je place celles qui regardent la vifion
& la veritable maniere dont elle fe
fait en nous ; & comme la matiere en eſt
des plus curieufes , & des plus interreſfantes
de la Phyfique , j'ai crû devoir
faire part au public des differentes experiences
DE JUIN 1723 . 1135
riences que j'ai faites à ce fujet pour ma
propre inftruction.
C'est l'opinion commune des Philofophes
, que chaque objet que nous regardons
imprime fon Image feparée dans
chacun de nos yeux , & que ces deux
Images fe réüniffent enfuite en une feule ;
mais ils ne conviennent pas du lieu où ſe
fait cette réunion ; les uns veulent que ce
foit dans la Retine , Ariftote , & pref
que tous les Medecins ont enfeigné que
la réunion fe faifoit dans l'humeur Criftaline
; les Carthefiens qui regardent le
Cerveau comme le fiege de cette réunion ,
appuyent leur opinion fur les raifons fuivantes
; ils difent , qu'il y a une infinité de
petits Filamens rangez dans les Nerfs
Optiques , nommez Sympatiques , que le
nombre des uns eft égal à celui des autres
, que chacun d'eux correfpond à un
autre , & qu'enfuite les deux Images que
les objets ont imprimez fur les deux
Yeux font portez dans la partie interieure
du Cerveau par ces Nerfs Optiques , &
que là ces deux Images fe reüniffent en
une feule , le Cerveau étant l'organe immediat
de la vifion .
Les experiences fuivantes fe declarent
ouvertement contre ces differentes opinions
, & les rendent très- fufpectes d'erreur
, puiſqu'il en refulte que chaque objet
1136 LE MERCURE
ne
jet imprime fon Image diſtincte , & ſeparée
dans chaque Oeil , que ces deux
Images qui font réellement diftinctes
fe confondent point en une feule , & ne
fe réüniffent point , ni dans la Retine ,
ni dans le Cerveau , ni dans aucune partie
de l'Oeil interieur ; mais que la réünion
fe fait exterieurement , lorfque les
deux Yeux renvoyent fes rayons des Images
fur l'objet qui a fait l'impreffion ,
alors ces rayons fe réüniffent en un feul
point fur le même objet , & de fes deux
Images réunies en un feul point par le
renvoy qui en eſt fait ſe forme la viſion
de l'objet , & non dans aucune partie
interieure de l'Oeil .
Voici une experience qui prouve clairement
que les deux Images que les ob
jets impriment dans nos Yeux ne fe réüniffent
point dans la Retine.
Ayez une tête de Boeuf fraîchement
tué , faite une ouverture au derriere de
chacun des Yeux , ôtez toutes les membranes
qui les couvrent , excepté les Retines
, appliquez fes deux Yeux à deux
troux que vous aurez fait dans une chambre
bien fermée , où il n'y entre point de
jour , vous verrez que les Images des objets
de dehors fe trouveront peintes dans
chaque Retine fans fe confondre dans une
feule .
Νούς
DE JUIN 1723. 1137
Nous venons de voir que les deux impreffions
que les Yeux reçoivent ne ſe
réuniffent point dans la Retine , il eft impoffible
qu'elles fe réüniffent dans le Cerveau
, parce que les rayons qui font portez
de la Retine dans le Cerveau par réflexions
font deux angles d'incidence
dans deux plans differens , l'un pour
l'Oeil droit , & l'autre pour le gauche ,
il eft clair que fes deux plans n'ont rien
de commun entre eux , & que par confequent
l'objet doit être double dans le
Cerveau comme il eft dans la Retine ,
felon cet axiome que les angles de réflexions
font toûjours égaux aux angles
d'incidence.
Comme nous ne pouvons pas voir dans
les Yeux du Boeuf de quelle maniere les
Images des objets font portez de la Reti
ne dans le Cerveau , neanmoins il eft aifé
de faire des Yeux artificiels tous femblables
aux naturels pour voir ce qui s'y
paffe .
Faites deux vaiffeaux de carton de deux
pieds de long , & d'un pied de largeur ,
de la figure d'un Pallelograme rectan
gulaire , qui entrent l'um dans l'autre ,
comme les tuyaux d'une lunette de longue
vûë , vous ferez au vaiffeau inferieur
deux troux de figure ronde d'un pouce
de diamêtre qui foient paralelles , éloignez
1138 LE MERCURE
gnez l'un de l'autre d'environ deux pou
ces , qui reprefenteront les prunelles ,
mettez à chacune de fes ouvertures un
verre convexe Spherique d'environ deux
pieds & demi de foyer d'une même Sphe-
• re qui tiendront lieu des tuniques cornées
aux extrêmitez des bords du grand
vaiffeau , vous collerez un miroir plat de
glace, étamée inclinée au- dedans du vaiffeau
de 45. dégrez , qui tiendra lieu de la
Retine , pardeffus le miroir vous placerez
horizontalement une glace de verre
adoucie fans être polie , qui reprefentera
le Cerveau , cette glace doit être de la
grandeur & de la largeur du miroir , fes
extrêmitez feront pofées & collées au
bord d'en haut du miroir , & de la machine
qui en couvrira une partie vous
fermerez le refte du yaiffeau avec du carton
, enforte qu'il n'y entre point de lumiere
que par les ouvertures des oculaires
, vous aurez par ce moyen les deux
Yeux artificiels , dont je viens de vous
parler.
Pour fe fervir de cette machine il faut
la diriger fur quelque objet éclairé , vous
poufferez en dedans , ou retirerez en dehors
la piece du vaiffeau mobile cù font
les deux oculaires, jufques à ce que vous
voyez diftinctement les Images des objets
qui font au dehors peints fur la Retine ,
yous
DE JUIN 17237 1139
vous verrez qu'ils feront doubles & paralelles
comme vous les avez vûës dans la
Retine , à la réſferve qu'elles font droites
dans le Cerveau , & renverfées dans la
Retine.
Voici une nouvelle découverte que perfonne
, au moins que je fçache , n'a encore
remarquée. J'ai fait une petite ouverture
à côté des oculaires , où j'ai appliqué
un microſcope en lunette , j'ai vû une infinité
de rayons de lumiere de differentes
couleurs fe croifer , qui étoient portés
de la Retine dans le Cerveau , où
chaque rayon aboutiffoit dans des points
differens qui formoient tous enfemble les
deux Images de l'objet avec leurs couleurs
& leurs ombres , les Images qui
étoient renverfées dans la Retine s'alloient
redreffer dans le Cerveau , les
rayons qui partoient de chaque point de
la Retine abouti ffoient au même point du
Cerveau , & du Cerveau étoient renvoyez
fur la Retine , de forte qu'il y a une action
reciproque du Cerveau avec la Retinę;
il en eft de même de nôtre Oeil vers
l'objet .
Enfin ayant fait quantité d'autres experiences
pour pouvoir réunir les deux Images
dans une feule , j'ai toûjours vû l'objet
double , & qu'il eft impoffible que cette
réiinion puiffe fe faire dans aucune partie
inte୮
1140 LE MERCURE
interieure de l'Oeil , il faut donc qu'elle
fe falfe au dehors par le renvoy des deux
Images fur l'objet qui les a produites ;
ce que je m'en vais faire voir par une
experience inconteftable où tout le mon
peut fe convaincre de la verité
témoignage de fes Yeux.
de
par
le Voici
la machine
dont
on
peut
fe fervir
pour
connoître
l'erreur

font
tombez
les
Philofophes
jufqu'à
prefent
fur
cette matiere.
>
Cette machine que j'ai compofée , &
travaillée confifte en deux objectifs , deux
oculaires , & deux miroirs de métail
c'eft une lunette qu'on applique aux deux
Yeux , où l'on voit les objets par réflexion
, à fix grandes lieuës très - diftinctement
; deux perfonnes peuvent le voir en
même temps diamêtralement appofées
l'une à l'autre.
Experience.
Placez la machine à la direction de
F'objet que vous voulez appercevoir , pofez
vos Yeux fur les deux ouvertures de
la lunette , vous verrez en même temps
l'objet en deux differens endroits , c'est - àdire
, que l'Oeil droit voit celui qui eft à
gauche, & l'Oeil gauche celui qui eft à la
droite ; tenez toûjours vos Yeux fur l'ob-
, prenez de chaque main les tuyaux
jet , de
DE JUIN 1723. 1141
de vôtre lunette, faites les tourner doucement
, & en même temps , fçavoir celui
qui eft à la gauche , à la droite , & celui
qui eft à la droite , à la gauche , vous aurez
le plaifir de voir marcher les deux
objets qui vont fe mettre l'un fur l'autre
pour n'en faire qu'un feul , & ce qui eft
a remarquer l'objet paroît beaucoup plus
grand qu'il n'étoit avant la réunion.
Après des preuves fi évidentes l'on m'a
affuré de ne point craindre les critiques ,
c'eft dont je n'ofe me flater ; mais j'avoue
de bonne- foi qu'en les publiant je n'ai
point affez de fagacité , ni de penétration
pour croire pouvoir donner au public un
Syftême parfait , & que fi je le publie ,
c'eft particulierement dans le deffein que
fi les fçavans le trouvent digne de leur
attention , ils travailleront à le rendre utile
au public .
Approbation de M. Samedies , Maître ès.
Arts , & Profeffeur Royal en Medecine
de l'Univerfité de Toulouse .
Le nouveau Syfthême du R. Pere Emanuel
de Viviers , Capucin, qu'il a fait fur
la vifion , eft fondé fur des experiences
curicufes que nous mêmes avons vûës ,
examinées , & réiterées plufieurs fois avec
beaucoup de plaifir & de fatisfaction ;
nous rendon's témoignage de leur verité,
&
1142 LE MERCURE
& de leur exactitude , & ne doutons pas
qu'elles ne rendent certain & évident
un principe important de l'Optique ; les
amateurs de la verité ne peuvent lui refufer
de lui rendre la juftice qu'il merite ,
& c'est ce qui nous engage à lui donner
nôtre approbation , à Toulouſe ce 27 .
Septembre 22. SAMEDIES , Maître
ès Arts , Docteur & Profeffur Royal en
Medecine.
LA GRANDEUR DE DIEU
dans fes ouvrages.
ODE.
Qui a remporté le premier prix de l'Académie
des Jeux Floraux , le 3. May
1723. Par M. Tanevot , Secretaire de
M. le Couturier.
GRand Dieu , de ma raifon altiere
Où tend le vol impetueux ,
Quels font ces globes qui des Cieux
Parcourent l'immenfe carriere ?
Effrayans par leur nombre & leur vaſte grandeur ,
Ils rendent en tous lieux une vive fplendeur ,
D'un
DE JUIN 1723 1143
D'un cours immuable & rapide ,
Dans fon cercleprefcrit chaque corps ſe maintienti
Mais dans cet efpace fluide ,
Contre leur propre poids , quelle main les foutient
Une feconde ardeur imprime
Sa vertu dans tout l'Univers ,
Entre tous ces globes divers
Vient regner un aftre fublime.
Source vive de feux par lui-même il nous luit ,
Arbitre des faifons , du jour & de la nuit ;
Son cours feul en fait le
partage ,
Fatal à l'oeil qui perce en fon fein radieux ,
Il femble retracer l'Image
Du Dieu dont la fplendeur ſe refuſe à nos yeux .
Cet aftre fuit , les triftes ombres
Déja s'épandent en tous lieux ;
Mais le Ciel paré d'autres feux ,
Ote à la nuit fes voiles fombres.
Au celefte lambris tous ces feux ranimez ,
D'une main liberale y font par tout femez ,
Tel eſt l'émail de nos prairies ,
Et tandis que des Cieux le Soleil eft abfent ,
Ces
1144
LE MERCURE
Ces clartez douces & cheries.
Décorent du Seigneur le Thrône éblouiſſant.
Mais , ô précieux avantage !
De leur vafte & fublime employ ,
Qui fuis -je , Seigneur , & pourquoi
S'abaiffent- ils à mon ufage ?
D'un ordre invariable'ils marquent les climats ,
Le regne des zephirs , l'empire des frimats ,
Du voyageur ils font les guides ,
Apportant à leurs cours un efprit attentif ,
Sur le dos des plaines liquides ,
Le Nocher hazardeux fait voler fon Efquif.
Où fuir ? fur quel objet terrible
Viens-je de jetter mes regards ?
La mer s'éleve en boulevarts ,
Avec un fifflement horrible ;
}
Nôtre effort à fon cours nepeut rien oppofer ,
Quel obftacle impréveu vient pourtant de brifer
Sa vague fiere & menaçante ?
Cet élement reçoit un inviſible frein
Sa fureur eft obéiffante ,
Et fes flots écumeux fent rentrez dans ſon ſein .
JoüifDE
JUIN 1723. 1145
Jouiffez du fruit de mes veilles ,
O vous mortels qui m'écoutez ,
Du globe que vous habitez
J'oferay chanter les merveilles ;
Dans fon vafte contour tous ces fleuves errans
Quel fpectacle ! leurs eaux s'enfler de ces torrens
Formez des Pleyades fangeufes ,
Ou
quel'on voit tomber avec étonnement
De ces montagnes orageufes ,
Don't le front fourcilleux touche le firmament.
Cependant la terre feconde ,
Et foumise aux loix des faifons ,
Enfante ces riches moiflons
Qui font l'allegreffe du monde ;
Ici de clairs ruiffeaux , là d'épaifſes foreſts , `
Plus loin de blonds épics flottant fur les guerets ,
Dorent la furface des plaines ,
Et de l'aftre enflamé temperant les chaleurs ,
Les zephirs aux molles haleines ,
Font dans les champs voifins éclore mille fleurs.
La nature active & puiſſante
Prodigue par tout fobienfaits ,
Mortels , à vos ardens fouhaits
Une
and
1146 LE MERCURE
Une autre moiffon fe prefente ,
Sur ces rians côteaux favoriſez des Cieux ,
Se colore & meurit un fruit délicieux ,
Des faifons derniere richeffe ,
Au fecourable feu de fa douce liqueur ,
La frefle & débile vieilleffe , 102
De fes ans écoulez recouvre la vigueur,
Sur la terre un Eſtre domine ,
Image de fon Createur ,
Par un privilege flateur ,
Lui feul connoît fon origine ,
L'ordre & la fymetrie ont deffiné fon corps ,
L'activité , la force agitent les refforts ,
Tout enchante dans fa ſtructure ,
D'organes furveillans les ufages divers , ›
Dévoilent pour lui la nature ,
Et cet Eftre eft lui - même un ſecond univers
Dieu , qui par fa toute puiffance ,
De fimple argile le forma ,
D'un fouffle divin anima
Cet objet de fa complaifance ,
Homme , que de crets Dieu va te découvrir ,
A-t'on entendement lui-même il vient s'offrir ,
Sa
DE
1147 JUIN 1723 .
Sa bonté pour toi le decele ,
Elevant ton efpoir au celefte féjour ,
Il veut qu'à fes ordres fidele
Tu puiffes en l'aimant prétendre à ſon amoure
Tout ce qu'en fa noble ſtructure
L'univers prefente à nos yeux ,
L'Ocean , la terre & les Cieux ,

Montrent l'Auteur de la nature.
Ouvrages de fes mains ils doivent à ſes loix ,
De leurs Eftres divers l'arangement , le choix ,
La varieté , l'excellence,
Dieu de fes ennemis fera toûjours vainqueur ,
Tout dépofe pour fa puiffance ,
Et les yeux de l'impie ont démenti ſon coeur,
Cæli enarrant gloriam Dei.
XX:XXXXXXXXXXXXX
HORLOGE d'une nouvelle invention.
M
R Sully , Horloger Anglois , demeurant
à Versailles , ancien Directeur
de la Manufacture d'Horlogerie ,
qui y étoit ci- devant établie , a prefenté
le 17. Avril dernier , à l'Académie Roya-
E le
1148 LE MERCURE
le des Sciences , une Horloge d'une nouvelle
invention , qui a les proprietez fuivantes.
1° Les inégalitez des poids ou des refforts,
& toutes les inégalitez poffibles dans
les frotemens des rouës , n'y peuvent caufer
le moindre changement par rapport
au temps.
2º La chaleur & le froid qui dilate &
retrecit tous les métaux , qui changent la
force des refforts , & qui rendent plus
ou moins irregulieres toutes les Pendules,
& encore bien davantage toutes les Montres
portatives , ne pourront caufer la
moindre irregularité à cette Horloge.
3 ° L'inégalité de l'action de la pefanteur
, qui fuivant divers endroits du Globe
Terreftre , change confiderablement la
regularité du mouvement des meilleures
Pendules , ne porterà aucun changement
au mouvement de cette Horloge.
o
4 Ni les divers mouvemens d'un vaiffeau
en Mer , ni même d'un Caroffe ou
d'une Chaife de Pofte , ne peuvent déranger
fenfiblement la regularité de fon
mouvement ; on la peut tranfporter à
plaifir , & en un mot elle paroît avoir
toute la perfection des meilleures Pendufans
avoir aucun, de leurs inconveriens
ou défauts ; elle n'excede pas un
pied de Roy dans les plus grandes diles
,
menfions. Le
DE JUIN 1723. 1149
Le Roy a voulu voir cette utile Machine
, & l'Auteur a eu l'honneur d'en
expliquer à Sa Majefté les proprietez ,
en prefence des Princes , des Principaux
Seigneurs de la Cour , & de plufieurs fçavans
. S. A. R. Monfeigneur le Duc
d'Orleans l'a voulu voir en particulier ,
l'a examinée avec beaucoup d'attention ,
& en a témoigné publiquement fon approbation
. La plupart des Miniftres Etrangers
l'ont auffi vûe , ainfi que plufieurs .
Artiftes qui l'a trouvent ingenieufement
inventée.
Sa Majesté a donné dans cette occafion
une marque très -fenfible de fon inclination
à proteger les beaux Arts , en
ordonnant à M. Sully une gratification
confiderable auffi -tôt qu'elle eut vû &
goûté cette découverte.
Plufieurs perfonnes diftinguées par leur
qualité & leur goût pour les Arts , ayant
fouhaité avoir de ces Horloges des premiers
, l'Auteur a propofé une foufcription
pour un certain nombre , qui a été
auffi - tôt remplie , & il employe actuellement
tous les meilleurs ouvriers qui fe
prefentent à lui , pour les faire execu : er
en diligence , & dans la derniere perfection
.
Il a deffein de former une autre foufcription
, qui en apparence fera remplie
E ij
auffi
1150 LE MERCURE
auffi vîte que la premieré , nous en ſçaurons
dans peu les conditions , que nous
donnerons dans le Mercure du mois prochain.
M. Sully travaille à prefent à une de
ces Horloges pour le Roy , à une autre
pour Monfeigneur le Duc d'Orleans , &
à une troifiéme pour Meffieurs de l'Acacadémie
Royale des Sciences , qui a nommé
un de fes membres pour examiner
cette Machine. Il rendra publique la defcription
de fon invention , lorsque l'Académien
en aura portée fon jugement . En
attendant il expoſe fans réſerve à l'examen
des fçavans curieux , & même aux
plus habiles de fa profeffion celle qu'il a
déja faites.
LETTRE écrite de Meudon , par M,
de Foncemagne , le 15. Juin 1723.
MONSIEUR ,
Vous avez trop bien traité dans vôtre
Mercure du mois de Mars , la differtation
que j'eus l'honneur de lire à la derniere
Affemblée publique de l'Académie
des Belles - Letres , pour que je differe
plus
DE JUIN 1723
plus long- temps le remerciement que je
vous dois. J'ai été principalement touché
de vôtre attention à faire valoir la réponſe
obligeante que M. l'Abbé Bignon
avoit eu la bonté de faire à mon diſcours.
C'eft affurément avoir prefenté mon ouvrage
par fon beau côté.
J'ai imaginé une maniere de vous en
marquer ma reconnoiffance , que vous
trouverez bizarre ; je vous envoye , Monfieur
, des vers de ma façon , c'est -à - dire,
que j'en uſe avec vous , comme fi je vous
voulois du mal ; d'autant plus , car il faut
tout avouer , que ces mêmes vers font
les premiers que j'aye jamais ofé montrer.
Les coups d'effai en Poëfie font rarement
des chefs- d'oeuvres . Mais enfin il
plû à la Cour de m'ériger fubitement
en Poëte , & je n'ai pû réfifter au plaifir
d'apprendre cette nouvelle à la Ville
qui cependant pourroit bien ne pas avoir
la même indulgence que la Cour. Permettez-
moi donc d'ajóûter , pour faire
ma paix avec Paris , dont je n'ai point
encore pris l'attache , que fi les méchans
vers doivent être traitez dans la République
des Lettres comme crimes d'Etat ,
on doit auffi pardonner ce crime à qui
promet de n'en être coupable qu'une fois
dans fa vie. Je pourros dire pour achever
de me juftifier , que la tentation à laquelle
E iij j'ai
4
1152
LE MERCURE
j'ai fuccombé étoit fi preffante , qu'elle
fert elle-même d'excufe à ma foibleffe.
Je vous prie , Monfieur , d'en juger par
ce recit.
Un Singe cheri de M. le Comte de
Clermont étoit à l'agonie. Les convulfions
frequentes du mourant annonçoient
une mort prochaine . S. A. S. badina fur
la perte qu'elle alloit faire , & permit que
l'on en a badinât avec elle . Il fut propofé
de rendre avec ceremonie les deniers devoirs
au pauvre Singe ; on ne parloit
pas moins que d'un Convoy dans les formes
, d'un éloge funebre , & d'un Epitaphe.
Le Roy même voulut bien entrer
dans la plaifanterie qui paroiffoit amuſer
fa Cour , & il eut la bonté de dire qu'il
ne falloit pas oublier d'élever un Maufolée
qui éternifât le nom de Macary ; c'cft
ainfi que s'appelloit le Singe. Dans cette
circonftance M. le Comte de Clermont
me chargea de dreffer le billet d'invitation
qui devoit être envoyé à tous les
Seigneurs de la Cour pour les prier d'af
fifter aux funerailles du futur défunt. Je
vous le demande , Monfieur , pouvois je
n'être pas féduit par l'honneur que me
faifoit ce choix j'obéis. Les vers devoient
être faits dans la journée , car le
mourant , fuivant le raport de ceux qui le
foignaient , ne pouvoit aller loin , & on
ne
DE JUIN 1923. 1153
ne vouloit pas que fon ombre languit
long- temps fur les bords du Styx . Me
voilà donc Poëte à l'heure. Soit envie de
plaire au Prince qui m'avoit donné fes
ordres , foit facilité naturelle à faire en
peu de temps de méchantes chofes je
rimai d'une haleine , la Lettre Circulaire
que j'ai l'honneur de vous envoyer , &
qui pis eft , les trois Epitaphes qui y font
jointes. Ce nouveau travail étoit devenu
neceffaire ; Macaty , pour ne pas rendre
mes frais inutiles , avoit eu la complailance
de mourir au jour nommé. Quelqu'un
qui auroit été bien sûr de fon génie , s'en
feroit tenu à une feule Epitaphe ; pour
moi je cherchai à me fauver par le nombre
, & Vendredi au foir j'eus l'honneur
de prefenter le tout à M. le Comte de
Clermont. Ces vers le font répandus , les
copies s'en font multipliées ; je n'ofe croire
que cela prouve quelque chofe en leur
faveur. Enfin je les ai vûs imprimez ,
avant que je fçuffe qu'ils euffent été envoyez
à l'Imprimeur ; mais je n'y ai rien
gagné. J'ai reconnu depuis l'impreffion
mille negligences qui ne m'avoient point
choqué , quand j'aurois pû les corriger
& j'ai été bien moins furpris d'y trouver
alors tant de fautes , que je ne l'avois
été auparavant de nen voir aucune. Vous
avez l'ouvrage , Monfieur , tel qu'il eſt
forti
E iiij
7154 LE MERCURE
forti de ma plume , & tel que je ne l'aurois
peut- être pas laiffé , s'il m'eût été
permis d'obéir plus lentement. Mais ne
pouvant gueres me faire valoir que par le
merite de la celerité , il étoit naturel que
je m'en fiffe honneur , & je ne fçai d'ailleurs
fi en voulant faire mieux , je n'aurois
pas fait plus mal encore.
Si vous jugez à propos , propos , Monfieur
d'inferer ces vers tout défectueux qu'ils
font , dans vôtre Mercure , je vous fupplie
de vouloir bien raffurer le public ,
en l'avertiffant que cet effai ne lui annonce
point du tout un verfificateur nouveau ,
qui fonge à fe mettre fur les rangs. Qu'il
me pardonne ma premiere témerité , je
lui fauverai les rechûtes. J'ai l'honneur
d'être , & c.
LET
DE JUIN 1723. 1155
ME IMEIN CINCOME MINIME
LETTRE Circulaire à tous les Seigneurs
de la Cour , pour leur donner avis de
la mort du grand Macaty , Singe de
S. A. S. M. le C. D. C. & pour les
inviter à fa pompe funebre .
DE
*
E par Dragon , fidele amy ,
Et compere de Macaty.
A la refpectable jeuneſſe
Qui brille dans ce beau féjour ,
Et d'un Augufte Roy compofe ici la Cous
Salut : mais falur de triftefle.
Comme tout finit ici bas ;
Qu'il eft un moment fixe , où tout ce qui reſpire
Doit groffir de Pluton le fombre & vafte Empire ,
Quadrupedes , humains , Bergers & Pontentats ¿»
Qu'à ce fatal arreſt toute efpece afſervic
Subit la même Loy du fort ,
Et qu'en tout ce qui naît , le germe de la vie
Devient un principe de mort.
* Singe de M. de Liv , qui en qualité de
Legataire du défunt , fait les frais de l'Invi
tation.
E v Macaty,
1156
LE MERCURE
Macaty , né fujet à cette Loy fevere ,
Vient de payer le tribut neceffaire.
Macaty , Singe en ſon vivant ,
Mais Singe d'illuftre memoire ;
Singe , dont à jamais doit vivre ici la gloire ;
Singe courtois , Singe amusant ,
Délices d'une Cour fleurie ,
Singe , fleur de la Singerie ;
Singe fubtil , Singe badin ;
Faute de dents Singe benin ,
Singe enfin , qui de fon efpece
Avoit , fans les défauts , toute la gentilleffe .
Ce même Macaty n'eſt plus.
Mais du pauvre animal , fur la funefte rive
L'ombre encore errante & plaintive ,
Dédaignant des pleurs fuperflus ,
Exige feulement qu'on ſe hafte de rendre
Les derniers devoirs à fa cendre
Et demain par ordre du Roy ,
Pour foulager le mort , pour confoler fes mânes ,
On doit celebrer fon convoy ,
D'où feront exclus tous profanes.
Vous
DE JUIN 1723. 1157
Yous feuls habitans de la Cour ,
Dûment inftruits par ces prefentes ,
En habits noirs , mantes traînantes ,
Venez par vôtre hommage honorer ce grand
jour.
Sur-tout qu'une humble contenance ,
Interprête de vos douleurs ,
A travers un morne filence ,
Exprime aux yeux de tous ce que ſentent vos
coeurs :
Car , pour qu'aucun n'allegue excufe d'ignorance
Nous, Dragon, nous faifons très- expreſſe défenſe
A tout Courtisan invité ,
De venir en ces lieux , par un ris facrilege ,
Profaner du Convoy la noble gravité ,
Infulter au Défunt , & troubler fon cortege.
EPITAPHE
MAcaty , ce pauvre animal ,,
Victime du cifeau fatal ,
Eft mort à la fleur de fon âge
Macaty , qui fi jolimenta
Avoit fait , je ne fçai comment,
Un grand Prince à fon badinage.
E vj
Maca1158
LE MERCURE:
*
Macaty n'eft plus : quel dommage !
AUTRE.
J'ai vêcu ; ma courſe eſt finie.
Mais , tombant fous ces coups , je triomphe du
fort ;
Et me confole de ma mort
Par l'honneur dont elle eft fuivie.
Ce nouveau monument qui s'éleve à vos yeux ,
Par les foins de LOUIS , confacre ma memoire.
Les plus fameux Heros que celebre l'Hiſtoire
Trouveroient mon fort digne d'eux.
AUTR E.
Singe fans fourbe & fans malice ,
Singe de Cour fans artifice ,
D'un Prince que j'aimois favori fans hauteur
Son domeſtique fans baffeffe ,
Et fon complaifant fans fadeur ;
Je fçus , par mes talens , meriter ſa tendreffe -
Homme , de qui le lot fut , dit- on , la raiſon ,
Souffre que je te parle en maître ;
Mon portrait , utile leçon ,
T'apprend ce que tu devrois être.
}
NOV
DE JUIN 1723. 115
NOUVEAU Mandement de M.
l'Evêque de Marseille , aufujet
de la ceffation de la Pefte.
O
N nous écrit de Provence que M.
l'Evêque de Marseille , dont le zele
& la charité fe font fi fort fignalez pendant
la contagion , voulant engager fes
Diocéfains à ne pas perdre la memoire
des malheurs paffez , & des mifericordes
du Seigneur , leur reprefente d'une
maniere touchante dans un nouveau Mandement
, donné à Paris le 1. May dernier
, que dans ces temps infortunez ,
dans ces jours de tribulations , de deüil
& de larmes , ils eurent recours au Sacré
Cour de Jefus , enfuite d'un voeu folemnel
fait par les Magiftrats au nom de
toute la Ville ; que dès ce moment ils
commencerent à reffentir les effets de fa
bonté, & de fa mifericorde , & que la
Pefte cefla entierement. C'eft ce qui
obligea l'année derniere ce digne Prélat
d'ordonner une Proceffion generale dans
la Ville de Marſeille , qui doit être faite
tous les ans , en actions de graces de fa
délivrance le jour de la Fête du Coeur de
Jefus , & qui pour la premiere fois y a
été
1160 LE MERCURE
été faite cette année le 4. Juin en vertu
de ce dernier Mandement , par lequel il
elt encore ordonné que cette même année
feulement , & dans ce même jour , il foit e
fait une femblable Proceffion dans toutes
les Paroiffes du Diocéle , qui font hors
la Ville de Marfeille , ainfi que dans
tous les quartiers du Territoire , ce qui
a été exécuté avec beaucoup d'édification
; & pour rendre la ceremonie plus
folemnelle M. l'Evêque a obtenu du Pape
un Bref, en datte du 11. Janvier dernier
qui eft imprimé à la fin de fon
Mandement , par lequel Sa Sainteté
accorde à cette occafion une Indulgence
pleniere & generale pour tout le Diocéfe
, ce qui a attiré un grand concours
dans toutes les Eglifes deffignées par M.
de Marſeille , dans, lefquelles on peut
gaguer cette Indulgence.
On doit expliquer les trois Enigmes
du mois de May dernier par le Tonneau ,
la Samaritaine , le Procès.
PRE
DE JUIN 1723. 1161
109
***********
PREMIERE ENIGME.
J
'Ai l'ame droite & le corps tout luftré
Je ne fçaurois exciter de la haine .
Mon maître cependant me fait fouffrir la gêne ,
Entre quatre tirans qui tournent à fon gré.
Ils allongent à la torture
Mes membres fins & déliez .
Le cruel me fait dire en pareille pofture
Des chofes qu'il eft sûr que je ne fis jamais
Je jure , je me plains , je tremble , je foupire ;
Bien loin de l'adoucir , tout cela le fait rire ,
Et pour ne pas laiffer mon fupplice imparfait ,
Il me pend fans avoir merité le Gibet.
A
SECONDE ENIGME .
Utrement qu'un Prophete en fon divin
écrit ,
Je vous propofe des myfteres ,
Si vous fondez les fiens , la foi vous conduit
y
Sans le fecours de vos lumieres ;
Mais pour percer les miens il vous faut de l'efprit
Les deux dernieres Enigmes font de M. Lau-;
tereft de Bordeaux.
TROL
1172 LE MERCURE
TROISIEME ENIGME.
S Elon qu'il plaît à la nature ,
Je fuis flexible où je fuis dure ,
Je cede ou je réfide aux differens efforts ,
On me touche , on me voit , mon éxiſtence eft
fure ,
Quelquefois même on me mefure ,
Et cependant je ne fuis pas un corps.
Sans moi point d'objets dans le monde
Que l'oeil ou le toucher peut faire appercevoir ,
Regardez vers le Ciel , fur la terre ou fur l'Onde ,
Si vous ne me voyez vous ne pouvez rien voir.
Un efprit ftudieux qui fans ceffe médíte ,
Ne borne pas à moi fes deffeins curieux ,
Il faut que le fçavoir porte plus loin fes yeux ,
S'il veut acquerir du merite.
Lecteur , j'entre- voi l'embarras
Où te jette cette lecture ,
Ouvre les yeux tu me verras ,
Car je n'ai nulle couverture.
CHAN243
Ne
pourrepond à l'ar.

de

'DE JUIN 1723. 1163
MWKMa
N
CHANSON.
E pourray-je fortir des fers d'une infidelle ,
Qui répond à l'ardeur d'un rival odieux.
En vain je veux m'éloigner d'elle ,
Toûjours l'ingrate eft prefente à mes yeux.
Dieu du vin › pour finir ma peine ,
Calme les foins jaloux dont je fuis tourmenté.
Amour, pour moi forme une heureuſe chaîne,
Ou bien rends- moi ma liberté.
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Chrétienté , avec les caracteres , les aventures
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qui fe font diftinguez dans la fecte des
Sociniens. A Paris , chez F. Barois , ruë
de la Harpe 1723. in 4° de 650. pag.
L'EXPOSITION des Dogmes de la
Foy, & des principes de la Morale Chrétienne
, &c. A Toulouse , chez Pierre
Robert.
LE NOUVEAU & parfait Notaire
réformé fuivant les nouvelles Ordonnances
, contenant les Formules , Stiles &
Protocoles pour dreffer toutes fortes
d'Actes en matiere Civile & Beneficiale
; le nouveau Tarif du Contrôle des
Actes des Notaires , des Infinuations Laïques
& Ecclefiaftiques , avec les Edits ,

Decla
DE JUIN 1723. 1165
Declarations & Arrefts concernant les
fonctions des Notaires . Par M. Antoine
Bruneau , Avocat au Parlement de Paris.
A Paris , au Palais , chez Theodore le
Gras , au troifiéme Pillier de la Grande.
Salle , à L. Couronnée 1723. in 8º de
746. pages.
BIBLIOTHEQUE des Gens de Cour, ou
Mélange curieux des bons mots d'Henry
IV. de Louis XIV. de plufieurs Princes
& Seigneurs de la Cour , & autres perfonnes
illuftres ; avec un choix des bons
mots des anciens , & un affemblage amufant
de traits naïfs , Gafcons & Comiques
, de plufieurs petites pieces de Poëfies
& de penfées ingenieufes , propres à
orner l'efprit , & à le remplir d'idées vives
& riantes. Dédiée à M. le Chevalier
d'Orleans. Par M. Gayot de Pitaval ,
tome 3. in 12. de 542. pages , fans la Table
, & une Preface en Dialogue. A Paris,
au Palais , chez Th. le Gras 1723 .
ABREGE' nouveau & Methodique du
Blafon , pour apprendre facilement tout
ce qu'il y a de plus curieux & de plus
neceffaire en cette fcience . Nouvelle édition.
A Lyon , chez Th. Amaulry 1723
in 12. de 216. pages
LITS
1166 LE MERCURE
LETTRE de M. l'Abbé *** à M :
Houtteville , au fujet du Livre de la Religion
Chrétienne , prouvée par les faits.
A Paris , chez N. Piffot , Quay des Au
guftins 1722. in 12. de 460. pages.
SECRETS Concernant les Arts & Métiers.
A Paris , chez Cl. Jombert , Quay
des Auguftins 1723. nouvelle édition , in
8° de 611. pages.
CRITIQUE de l'Apologie d'Erafme ,
de M. l'Abbé Marfolier . Par .... A Paris
, chez Cl . Jombert , rue des Mathurins
, & J. M. Garnier , ruë, Galande.
RELATION HISTORIQUE du Theatre
Italien , depuis fon premier établiffement
à Paris en 1577. jufqu'à prefent ,
avec des Obfervations fur le merite & le
caractere des Auteurs , des Acteurs , &
pieces dont on donne un catalogue general
, où il fera parlé d'une troupe de
Comediens Efpagnols , établie à l'Hôtel
du petit Bourbon , après les mariages du
Roy Louis XIV . en 1660. avec l'Infante
d'Espagne .
L'Auteur de ce petit Ouvrage , prie
les curieux qui ont quelque chofe de particulier
fur cette mariere , de vouloir l'en
gratifier par le moyen de l'adreffe du
Mercure.
M.
DE JUIN 1723. 1167
M. Mathulon , natif de Lyon , Medecin
de l'Univerfité de Montpellier , a
propofé au Roy un mouvement extraordinaire
, qui doit avoir de très - grands
ulages , & qu'on peut , dit - il , appeller
mouvement par lui -même ou perpetuel.
Le principe dont il ſe ſert eft la chaleur
du Soleil , à laquelle on peut fubftituer
celle de notre feu , ou de quelques matieres
fermentatives . Il donnera au public
inceffamment la differtation qu'il a faite
à ce fujet , où il explique le mouvement
du tourbillon , le triple mouvement de la
terre , le flux & reflux de la mer , l'origine
des vents reguliers , le mouvement
de la feve , la circulation du fang , le jeu
des muſcles , & c. il y joindra la defcription
des differentes machines qui imitent
tous ces mouvemens.
Tant de découvertes à la fois ont d'abord
revolté les efprits , en forte que
l'Auteur a beaucoup de peine à être admis
à faire fa premiere experience. L'Académie
Royale des Sciences , à qui il a
été renvoyé paroît être fatisfaite .
Ces Ms ont actuellement entre les
mains l'extrait de la Differtation , dont
on vient de parler , & une petite machine
qui tourne lorqu'elle eft échauffée .
M. Mathulon a apliqué à M's de
Reaumur & Saulmun , membres de cette
Acadé
1168 LE MERCURE
mie , la ftructure & le jeu de cinq machines
deffinées , dont la premiere eft
celle qu'ils ont , la feconde tourne au Soleil
, la troifiéme imite le mouvement de
la leve , & joue le jour & la nuit , &
pendant que le Soleil eft couvert de
nuées , la quatriéme travaille par le poid
de l'air , la cinquiéme imite la refpiration.
Voici comme l'Auteur explique le
mouvement Diurne de la terre , il dit
d'abord que le Soleil eft placé au centre
de tous les corps , qu'un corps ne fçauroit
le mouvoir que fon équilibre ne foit
rompu ; que pour concevoir comment un
corps fe meut, continuellement , il faut
reconnoître fes poids mobiles , & une
caufe qui puiffe continuellement y faire
quelque changement. Les poids mobiles
de la terre , dit-il , font l'air & l'eau , la
cauſe qui y fait des changemens eft le
Soleil , & voici comment la terre prefente
continuellement un côté au Soleil ,
& par confequent une certaine quantité
d'air , qui venant à fe rarefier par la
chaleur , & exigeant plus d'efpace , décharge
ce côté de la terre pour charger
le côté oppofé , & comme ce côté oppofé
eft le plus éloigné du Soleil , qui eſt le
centre des corps , il faut qu'il s'en raproche
, la terre tour era donc , ce qu'elle
fera avec tout l'air qui l'environne qui
eft
DE JUIN 1723. 1169
eft le poid mobile qui fuffit le moupour
vement Diurne. La petite machine animée
qu'il laiffe entre les mains de M. de
Reaumur imite parfaitement , dit- il , ce
jeu , comme auffi le flux & reflux de la
mer.
On nous mande que fur la fin de l'autre
mois on découvrit à Pinan , en Languedoc
, près Montpellier , en creufant
la terre dans une vigne , un tombeau
dans lequel il y avoit deux Urnes avec
50. Medailles d'or de l'Empereur Adrien ,
ce qui fait croire que c'étoit le tombeau
de cet Empereur.
M. Thomas , Ingenieur a prefenté au
Roy depuis peu , un modele en petit ,
d'une Machine qu'il a inventée , pour remettre
à flot les vaiffeaux , & autres bâtimens
de mer enfablez , quelques grands
qu'ils foient.
Le mois paffé a été fatal aux Belles-
Lettres. La mort de M. de Campiſtron
que nous avons annoncée dans le dernier
Mercure a été fuivie de celle de M.
Jean de la Chapelle , natif de Bourges
cy- devant Receveur General des Finances
de la Rochelle , cretaire des Commandemens
de M. le Prince de Conti
l'un
1170 LE MERCURE
l'un des Quarante , & Sous- Doyen de
l'Académie Françoife , où il fut reçû en
1688. Il eft mort à Paris le 29. May ,
âgé d'environ 70. ans. M. de la Chapelle
en entrant dans le monde , fit connoître
fon génie , & le caractere de fon
elprit , par plufieurs Pieces de Theatre ,
qui lui acquirent beaucoup de réputation.
Il donna en 1713. les Amours de
Tibule en trois volumes in 12. & peu de
temps après les Amours de Catule dans
un pareil nombre de volumes .
Le R. P. Dom Jacques Bouillart ,
'Auteur de l'Hiftoire de l'Abbaye de Saint
Germain des Prez , que nous avons annoncée
au Public , nous a fait l'honneur
de nous écrire la Lettre qui fuit.
Je viens , Meffieurs , de lire dans le
Mercure du mois de May dernier les Remarques
d'un Auteur Anonyme für diverfes
explications que les PP. Mabillon
Ruinart ont données des Statues du
Grand Portail de l'Eglife de l'Abbaye
Royale de S. Germain des Prez, Quoique
ces Remarques paroiffent fçavantes , &
excitent l'attention des Lecteurs , je crois
que l'on peut y répondre pertinemment.
C'est ce que je tâcherai de faire dans
l'Hiftoire de l'Abbaye de S. Germain des
Prez , lorfque je parlerai de l'Eglife , &
que
DE JUIN 1723. 1171
que j'en ferai la deſcription . Je vous prie,
Meffieurs , d'en donner avis au public ,
& de me croire très - parfaitement , & c .
A Paris, ce 14. Juin 1723 .
On écrit de Tours du 5. de ce mois ,
que le même jour on avoit fait la clôture
du Chapitre General des Benedictins de
la Congregation de S. Maur , tenu felon
la coûtume dans l'Abbaye de Marmoutier,
que dans ce Chapitre le très R. P. Dom
Denis de Sainte Marthe avoit été confirmé
, & continué dans fa Charge de Superieur
General de la Congregation. , le
Chapitre lui ayant donné pour Affiftans.
le R. P. Dom François Anceaume , cydevant
Grand Prieur de l'Abbaye Royale
de S. Denis , & le R. P. Dom Jean-
Baptifte Guyon , cy- devant Abbé de Saint
Vincent du Mans , & pour Secretaire
Dom Jofeph Caftel , cy- devant Prieur de
l'Abbaye de Bourgeüil . Le R. P. Dom
Claude Dupré , cy - devant Abbé de Saint
Pierre de Sées & Vifiteur de la Pro--
vince de Normandie , a été fait Vifiteur
de la Province de France. Le R. P. Dom
Pierre Thibaut eft continué Grand Prieur
de l'Abbaye Royale de S. Germain des
Prez , & le R. P. Dom Pierre Richer ,
cy - devant Prieur de Corbie , élû Prieur
de S. Denis.
F * Le
1172
LE MERCURE
Le College des Medecins de Haerlem
a depuis quelque temps fait ériger dans
le jardin de Medecine de cette Ville une
Statuë de pierre de Laurens Cofter , qui y
trouva le premier l'Art de l'Imprimerie.
Plufieurs Poëtes ont en cette occafion
celebré la , memoire de Cofter , & entre
autres M. Clermont , Miniftre de l'E
glife Walonne , à Amfterdam , connu par
un grand nombre de belles pieces de Poëfie
Latine , a fait imprimer les vers que
vous allez lire.
In Statuam Laureatam , quàm Collegium
Medicum , fub Aufpiciis Ampliffinorum
Confulum civitatis Harlemenfis ,
Laurentio Coftero , viro Confulari ,
Typographia inventori primo , in Horto
Medico Harlemenfi erexit M. D.
CC. XXIII.
Q
Uam Statuam medio Medicorum cernis in
horto ,
Cofteri effigies eft rediviva fenis .
Ille Typographicæ patriâ Pater Artis in urbe ,
Diffundit nomen cuncta per ora fuum.
Laurenti meritam cedat Moguntia palmam ,
Ille tenet primum , quem tenet Alpha ,
* locum.
Lufus in primâ alphabeti literâ quam L.
Cofterus manu tenet.
Illius
DE JUIN 1723 .
1173
Illius Arte , Artes omnes , Linguæque renatæ ,
Et fparfa in mediâ lux nova nocte fuit.
Rottera cum Magnum Statuâ decoravit Eraſmum,
Expofitum medio , confpicuum ue foro ;
Tempus erat Statuam Coftero ponere dignam
Hanc Medici Statuam jam pofuêre Viro.
Ite ô Amftelia Harlemum fimul ite Camoenæ ,
Et mea ferte novis carmina cufa typis.
Laurentis viridi præcingite tempora lauro ,
Laurea Laurentem non nifi ferta decent.
Sic illi prifcum redeat decus , & nova fiat
Harlemum Mufis ara , columna , domus +
* Le Poëte s'exprime ainfi typis novis à cau-
Je qu'il a fait imprimer plufieurs exemplaires
de fes vers en Lettres d'or , invention nouvelle .
dont un Imprimeur d'Amfterdam eft l'Auteur.
On a expofé felon la coutume quantité
de Tableaux , des meilleurs Peintres ,
anciens & modernes , fur le Pont- neuf,
vis- à- vis la Statuë d'Henry IV . & dans
l'interieur de la Place Dauphine , le jour
de la grande & de la petite Fête- Dieu ,
qui ont attiré un grand nombre de curieux
, de connoiffeurs , & tous ceux qui
profeffent l'Art du deffein ; nous ne parlerons
que des Tableaux des Peintres
Fij mo1174
LE MERCURE
modernes , parmi lefquels le public a
trouvé que quelques jeunes Peintres de
l'Académie Royale de Peinture & Sculp
ture , ont fait des progrès fi étonnans
qu'on les fent mieux qu'on ne peut les
exprimer , & tels qu'ils font honneur à
l'Ecole Françoiſe .
>
,
On voyoit de M. le Moine , éleve de
M. Galoche , un grand fujet de Bataille ,
tiré de la Jerufalem délivrée du Taffe
dans le goût le plus Heroïque , & le plus
élevé , d'une ordonnance , d'une correction
, & d'un coloris admirable. Les deux
principales figures de cette grande compofition
, font Tancrede qui rend les armes
à Clorinde. Perfée prek à tuer le
Monftre Marin qui doit dévorer Andromede
, expofée fur un rocher . Un autre.
petit Tableau de Chevalet , du même Auteur
, où l'on voit Rebecca qui reçoit les
prefens qu'Ifaac lui envoye .
De M. Reftout , éleve & neveu de
feu M.Jouvenet , un fujet tiré des Metamorphofes
d'Ovide. C'eft Juron indignée
de voir Califto , qu'elle avoit changée
en Ourfe , placée au nombre des
Aftres par Jupiter. Elle prie Thetis &
l'Ocean de ne point recevoir ce nouvel
Aftre dans leurs eaux .
De M. Qudry , éleve de M. de Lar
gilliere , un grand Tableau de Chaffe
d'envi
DE JUIN 1723. 1175
d'environ 15. pieds de large fur dix , où
l'on voit un Cerf aux abois , pourfuivi &
affailly par onze chiens. Ce fujet eft traité
en grand maître. Il fait un effet furprenant
, auffi a - t'il trouvé bien des admirateurs.
Un Buffet , Tableau en hauteur
d'environ 8. pieds fur 6. C'eft une compofition
variée , extrêmement riche , &
d'une verité furprenante. Un Chien en
arreft fur deux Cailles , & c.
De M. Lancret , élève de feu M. Gillot
, & émule de feu M. Vateau , un Tableau
en petites figures qui reprefente le
Lit de Juſtice , tenu au Parlement à la
Majorité du Roy. Plufieurs autres petits
Tableaux du même dans un goût tout
à fait galant .
De M. Venlo deux Tableaux , dont
l'un reprefente un fujet tiré des Actes
des Apôtres , c'eft le boiteux gueri à la
porte du Temple par S. Pierre , & l'autre
une Galatée ſur les eaux .
M. Soria , natif d'Anvers avoit expofé
quelques Tableaux de lui qui ont
beaucoup plû , entre autres une Fruitiere ,
ou Vendeufe d'Herbes & de Legumes ,
un enfant attentif à voir voler un Papillon
, & c .
Le Portrait de M. le Cardinal du Bois,
Premier Miniftre , grand comme le naturel
, peint par M. Rigaud , fut auffi ex-
Fiij pofé.
1176 LE MERCURE
pofé. S. E. paroît affis en habit de Cardinal
, avec quelques attributs de fes
grandes Dignitez .
Dans l'ordre que nous avons tenu , en
parlant de ces Peintres , nous n'avons
pas prétendu regler leurs rangs , ni décider
pour le merite de leurs quvrages..
On nous prie de propofer aux Sçavans
la queftion fuivante. Pourquoi les
Chartes de l'onzième , & du douziéme
fiecle ne font point dattées.
On mande de Portugal que les Académiciens
appliquez , nouvellement établis
dans un des Fauxbourgs de Lisbonne
imitant l'Académie Problêmatique de
Setubal , employerent leur conference du
16. May dernier , à la lecture de deux
Differtations , compofées par Don Jofeph
de Caldera , & par Laurent de Anvereż
Pacheio- Corte Real , Chevalier de l'Ordre
de Chrift , pour & contre la propofition
fuivante fi la valeur est plus neceffaire
dans un "General la fcience
militaire.
L
que
E fieur Lionnet , qui a le fecret d'une
Pomade excellente & éprouvée ,
compofée de Remedes chimiques pour
guerir les Hemoroïdes , tant internes
qu'externes , dont on eft foulagé en moins
de
DE JUIN 1923. 1177
de vingt - quatre heures ; & qui guerit
auffi routes fortes de Dartres vives , ayant
obtenu la Permiffion de la débiter pour
en aider ceux qui font incommodez de
ces Maladies , dont il a gueri nombre de
perfonnes de diftinction , avertit le Public
que les pots feront cachetez de fon
cachet , & qu'ils feront de cinquante fols.
L'on donnera avec lefdits pots la maniere
de s'en fervir.
Cette Pomade fe conferve plufieurs
années . Ceux qui en auront befoin dans
les Provinces , pourront écrire audit fieur
Lionnet , qui leur fera tenir par la poſte
la quantité de pots qu'ils fouhaiteront, qui
leur feront rendus francs de port.
Il demeure à Paris , rue S. Denis , proche
S. Sauveur , à l'Epée Couronnée , an
coin de la rue Thevenot.
jkjkjkakakakakakakakakak
L
SPECTACLES.
E 9. de ce mois les petits Penfionnaires
du College de Louis le Grand
ont reprefenté THRASILAUS , ou le
Riche Imaginaire , Drame Comique du
P. D. C. J.
Le fujet de la Piece eft tiré du dou- ·
ziéme Livre d'Athenée , chapitre der-
Fiiij nier ,
1178 LE MERCURE
رگ
nier , où cet Auteur s'exprime ainfi , (elon
la verfion Latine de Noël Conti .
Trafilaus , fils de Prihodore , eut
un temps le cerveau bleffé de cette
étrange folie , que de s'imaginer que tous
les vaiffeaux qui entroient dans le port du
Pyrée étoient à lui . Il en tenoit regiftre ,
donnoit les ordres pour leur voyage , &
regloit tout ce qui les concernoit. Quand
ils abordoient à Athenes , il étoit auffi
transporté de joye , que l'auroit pû être
tout homme à qui ces vaiffeaux eufſent réellement
appartenu. A l'égard de ceux qui
avoient peri fur mer , il ne s'en mettoit
point en peines mais pour ceux qui arrivoient
à bon port , il en recevoit un plaifir
incroyable ; & dans cette agreable ima
gination , il menoit la vie du monde la
plus heureufe : jusqu'à ce que Criton fon
frere étant venu de Sicile , fe rendit maître
de fa perfonne , & le mit entre les
mains d'un Medecin qui le guerit de fa
folie. Il difoit , après fa guerifon , qu'il
n'avoit jamais paffe le temps fi agreablement
, que durant fa folie , n'ayant été durant
tout ce temps- là fujet à aucun chagrin,
& ayant au contraire toujours joni
d'une fatisfaction , & d'un bonheur inal
terable.
La Scene eft à Athenes dans une falle
de
DE JUIN 1723.
1179
de la maifon de Thrafilaus , qui eft entre
fon appartement , & celui de fon Frere.
Acteurs.
THRASILAUS , Riche Imaginaire ,
FRANÇOIS RICCOBONI , de Mantonë.
CRITON , Frere de Thrafilaus ,
PAUL LOUIS DE MORTE MAR , de
Paris.
GEROPHILE , Coufin de Thrafilaus
& de Criton ,
JEAN - GABRIEL RIQUET DE BONde
Toulouse . REPOS ,
NICANDRE , Ami des deux Freres
FRANÇOIS DAVID DE SENOZAN ,
de Lyon.
DION , Medecin de Thrafilaus ,
GABRIEL - CHARLES DE BAUDRY,
de Paris.
MENECRATE , Medecin Sicilien ,
PAUL- FRANÇOIS DE S. AIGNAN ,
de Paris .
SOSTHENE , Ami de Menecrate ,
MICHEL LE PELETIER DE S. FARGEAU
,
de Paris.
AGATHON , Fils de Thrafilans ,
CLAUDE MOREAU DE
TERRE ,
MONTAde
Paris.
GNATON , Parafite , & Facteur de
Thrafilaus ,
PAUL-VICTOR MELIAND , de Paris.
Fv GETA ,
1180 LE MERCURE
GETA , Valet de Thrafilaus ,
CHARLES SAVALETTE , de Paris?
DROMON , Valet de Criton ,
LOUIS -AUGUSTE DE PONS , de Pe
rigord.
CORAX , Valet de Gerophile ,
THYMBRON , Cuifinier de Thrafilaus
,
JEAN MICHEL LE LARGE D'EAUBONNE
DÆDULIDES , Architecte .
de Paris.
JACQUES D'OLGOROUKI , de
GRYPHON , Peintre ,
Mofcou.
JEAN-JACQUES DE MONTARAN ,
de Paris.
LYSIDOR , Maître de Mufique & de
Viole ,
MICHEL LE PELETIER DE S. FAR-
<
GEAU ,
II . MUSICIENS
chantans ,
de Paris.
RAYMOND Ro-
CHARD de Paris.
>
DENIS DE ROMIJ
GNY , de Paris.
TROUPE DE SYMPHONISTES.
茶茶
PARODE
JUIN 1723. 1181
PAROLES du Concert qu'on donne au
Riche Imaginaire dans le troifiéme
Acte .
PREMIER MUSICIEN.
Ve les prefens de la fortune
Q
Sont un charme doux & flateur ,
Sans elle il n'eft point de bonheur ,
Et la vie eft même importune.
Rien ne peut contenter un coeur
Que les prefens de la fortune.
SECOND MUSICIEN .
Que les prefens de la fortune
Sont un charme bien dangereux !
Suivis de mille foins fâcheux ,
Leur abondance eft importune :
Rien n'est moins propre à rendre heureux
Que les prefens de la fortune.
TOUS DEUX ENSEMBLE.
1. Elle merite tous
II. Elle eft indigne de nos voeux:
I.
Rien n'eft
S plus ?
II.
(reux.
moins
propre à rendre heur-
F vj
Que
1182 MERCURE LE
Que les prefens de la fortune.
I.
.Source de plaifirs ,
Els comblent nos defirs ,
Tout l'Univers leur rend hommage.
I F.
Source de chagrins ,
Leurs appas faux & vains
Nous entraînent dans l'esclavage.
I.
Ces prefens aux mortels toûjours fi précieux
Sont un gage certain de la faveur des
Dieux.
II.
Ces prefens aux mortels fouvent pernicieux
Sont moins une faveur qu'un châtiment
des Dieux.
I.
De la fortune en vain vous bravez la
puiffance.
I I.
De la fortune en vain vous vantez les
attraits. I,
DE JUIN 1713 . 1188
I.
Prife fes bienfaits.
II.
Craignez l'opulence .
TOUS DEUX ENSEMBLE.
II.
{
I. S En poffedant de grands
En méprifant de vains
De fon deftin on eft le maître ;
Sans embarras & fans efforts
I.
TI.
On est heureux quand on {
} trésors
vent
croit
l'être
Le fuccès prodigieux d'Inés de Caſtro
qui attire toûjours une grande foule au
Theatre François , a retardé le Divorce
de l'Amour & de la Raifon , piece nouvelle
, qui ne fera jouée que le mois prochain.
La Tragedie dont nous venons de
parler , fut reprefentée le 21. de ce mois
fur le Theatre du Palais Royal , en pre
fence de Monfieur le Duc & de Madame
la Ducheffe d'Orleans..
Le Roy a donné fur fa Caffette un
penfion de 300. liv . au fieur Guerin , ancien
Comedien d'une grande réputation,
qui eft paralitique depuis quelques années
, & âgé de 86. ans.
La
1184 LE MERCURE
La Dlle du Boccage , dont nous avons
parlé dans le precedent Mercure , a été
reçûë dans la Troupe du Roy.
L'Opera continue les reprefentations.
de Philomele.
Les Comediens Italiens ont reprefenté
le 12. de ce mois une piece nouvelle en
trois Actes , qui a pour titre Philomele ,
avec des agrémens , c'eft une Parodie de
l'Opera qu'on joiie actuellement . Le Public
n'a pas paru s'intereffer beaucoup à
cette nouveauté. La Dle Silvia qu'on
aime tant à voir dans ces fortes de pieces ,
& qui en fait ordinairement tout l'agré .
ment ni joue pas ; cette Piece fut precedée
de la petite Comedie Italienne du Sincere
à contre- temps , qui eft très bonne.
Elle a été faite à Paris par le fieur Lelio ,
& jouée pour la premiere fois le 17. Octobre
1717.
***kkkkkkkkkk
NOUVELLES E'TRANGERES.
De Petersbourg , ce 18. May 1723 .
Na ordonné aux Marchands de
Bled de mettre en vente les Bleds
qu'ils réfervoient dans leurs magaſins
afin que chaque famille puiffe faire fes
Provifions pour deux ans.
O mettre
Le
DE
JUIN 1723. 118 }
Le Réfident du Czar à Conftantinople
a envoyé ici un exprès , on n'a point
divulgué le fecret de les dépêches ; on
fçait leulement que depuis quelques jours
on a fait marcher des troupes pour renforcer
celles qui font dans l'Ukraine .
La Flote que le Czar a fait équiper
cette année , tant dans ce port que dans
ceux de Cronflot & de Revel eft de quarante-
trois vaiffeaux ; fçavoir , trois de
50. pieces de canon , quatre de 84. quatre
de 70. neuf de 64. un de 60. un de
54. neuf de so . deux de 48. deux de 36.
trois de 32. deux de 26. un de 21. un de
18. & un de 16. outre dix Galeres &
treize Prames ; les Prames font des bâtimens
propres pour les canaux. On embarque
une très grande quantité de grains
fur les bâtimens du nouveau canal , d'où
on les doit tranfporter à Mofcou , pour
les faire defcendre par le Wolga jufqu'à
Aftracan . Les trente bâtimens qu'on a
conftruits l'année derniere à Nifi Nowogrod
, & à Cafan doivent partir inceffamment
pour Aftracan .
On a appris que les Janiffaires qui
étoient dans l'Ukraine , & qui depuis un
mois ont pris la route de la frontiere des
Cofaques avoient été joints par ceux qui
ont paffé le Danube ; on ne craint pas
cependant leurs entreprifes de ce côté-là,
Ou
1186 LE MERCURE
où Sa Majefté Czarienne a près de quatre-
vingt mille hommes.
Les lettres de Conſtantinople portent
que Mirfam Aga , cy-devant Envoyé extraordinaire
de la Porte auprès de Sa Majefté
Czarienne y étoit arrivé le 17. Avril
dernier , que le 18. il avoit eu audience
du Grand Seigneur , en prefence du
Grand Vifir & du Caimacan . On écrit
auffi de la même Ville que l'Envoyé de
Miriveits avoit fait prefent au Grand Vifir
d'un fabre enrichi de diamins trouvé
dans le Tréfor du Roy de Perfe détrôné,
& qu'on dit avoir fervi autrefois au Roy
Abbus.
On mande par les mêmes Lettres que
le Grand Seigneur , fur la recommandation
de l'Empereur , avoit réduit à cent
mille ducats l'amende à laquelle il avoit
.condamné la République de Ragule.
Quelques Lettres de Turquie portent
que le 23. Octobre dernier la Ville d'Ifpahan
avoit enfin été obligée de fe rendre
à difcretion à Miriweits , avec le Sophi ,
& tous les habitans.
On débite que la Flote a reçû ordre
de fortir des ports le 26. May , & qu'elle
doit faire voile vers les côtes de Dannemarck
, commandé par le Czar lui même
, l'Amiral Apraxin devant aller paffer
quelques temps dans fes terres.
Les
DE JUIN 1723 . 1187
Les dernieres Lettres de Conftantinople
marquent , que le Grand Seigneur
a promis d'attendre pendant deux mois
la réponſe que la Hauteffe a demandée à
Sa Majefté Czarienne , fur la poffeffion
des Conquêtes qu'elle a faites l'année
derniere fur les frontieres de Perfe .
De Stokolm , ce 29. May.
On a publié une Ordonnance dattée
du 22. d'Avril qui permet à tous les
vaiffeaux François d'entrer librement dans
les ports de ce Royaume , à condition cependant
qu'ils ne viendront pas du Levant
, la quarantaine n'étant pas encore
pour ceux qui viennent directement de
ce pays- là .
Le Major General Arnold , Envoyé
du Roy de Dannemark a fait publier
auffi que le paffage du Sund feroit libre
pour toutes fortes de vaiffeaux indiftinctement
, & qu'on n'éxigeroit plus dorénavant
aucun certificat de fanté.
On eftime le dommage caufé par l'embrafement
du 12. May a plus de quinze
millions , & on foupçonne quelques malintentionnez
d'avoir mis le feu au Mou
lin qui a commencé l'incendie.
On a arrêté le 17. May par ordre des
Etats le Commiffaire Cofthof , & fix
autres
188 LE MERCURE
autres perfonnes que la voix publique
accufe , & le Roy a promis deux mille
ducats de récompenfe à celui qui pourra
faire connoître le veritable Auteur d'une
perte fi confiderable. On a auffi promis
mille ducats de récompenfe pour découvrir
celui qui a confeillé aux Payfans de
prefenter un Memoire au Corps des Bour
geois , pour les engager à faire rétablir
L'autorité Royale.
On a arrêté deux députez du Corps
des Payfans , qui ayant été nommez pour
être de la Commiffion qui doit juger les
perfonnes arrêtées il y a quelque temps ,
refuferent de prêter le ferment ordonné
par le dernier Reglement , & ce même
Corps a député au Roy , pour fupplier.
Sa Majefté d'accorder fa protection à ces
deux prifonniers , lorfque les trois autres
Corps du Royaume examineront cette
affaire.
Le 25. au foir il y eut ici un orage terrible.
Le Tonnerre tomba fur l'Eglife de
S. Jacques , dont le toit & les tours ont
été brûlées , auffi bien que les Ecuries de
la feuë Reine , fans la pluye & la grêle
qui tomberent en grande abondance la
Ville couroit rifque d'être entierement
confumée par les flâmes qui dévorerent
bien des maifons. Cette tempête a ravagé
le plat pays , & brûlé deux Eglifes ,
l'une
DE JUIN 1723. 1189
l'une à Selna , l'autre à Brenne.
On a publié une Ordonnance qui défend
de prendre aucuns droits fur les materiaux
qui doivent être employez à rebâtir
les maifons confumées par le dernier
incendie , & le Corps des Bourgeois
donnera douze mille Rifdales pour les
réparations de l'Eglife de Sainte Catherine.
De Leipfick , ce 27. May.
ONmandede Varfovie que le Grand
General de l'armée de la Couronne
y a reçû des Lettres du Bacha de Choczin
, qui l'affure que la République ne
doit rien craindre cette année de la part
des Turcs. On écrit de Berlin que le Roy
de Pruffe y a tenu depuis quelques jours
un Confeil de Cabinet fur les affaires de
la Religion , & qu'il y a été réfolu de ne
rien changer à ce qui a été décidé julqu'à
prefent , touchant l'affaire du Mo
naftete d'Haminerfleben ; ces Lettres
ajoûtent que le Czar fair folliciter le Roy
de Pruffe de ne point prendre part dans
l'affaire du Duc de Meckelbourg.
De
1190 " LE MERCURE
LE
De Vienne , ce 3. Juin.
E 20. May on publia une Ordonnance
du Confiftoire de l'Univerfité de
cette Ville , qui défend aux Ecoliers d'infulter
les Juifs qu'ils rencontreront dans
les ruës .
L'Empereur après avoir pris avis des
Electeurs & Princes intereffez au double
mariage des Princeffes Sobieski avec le
Duc de Bouillon , Grand Chambellan de
France , & le Prince de Turenne fon
fils , y a donné fon confentement le qua
torze May ; un Courier en a d'abord
porté la nouvelle à Ohlair en Silefie au
Prince Jacques Louis Sobieski , Pere de
ces Princeffes ; Mais avant fon arrivée la.
Princeffe Marie Cafimire l'aînée , qui
étoit deſtinée pour époufer le Duc de
Bouillon étoit morte le dix-huit . Cette
Princeffe étoit née le 20. Janvier 1695.
& elle étoit Dame de l'Ordre de la Croifade
, de la promotion du 3. May 1707 .
fes deux foeeurs puînées font Marie Charlotte
, née le 25. Novembre 1697. auſſi
Dame de l'Ordre de la Croifade & Marie-
Clementine , née en 1701. & mariée
en 1718. au Chevalier de S. Georges.
Le Confeil Aulique a pris cinq réfolutions
en faveur de la Nobleffe , & des
Etats
DE JUIN 1723. 1191
Etats du Duché de Meckelbourg qui doivent
s'affembler à Sternberg par ordre
de l'Empereur qui les a pris fous la protection
, & tous les Confeillers y feront
déchargez du ferment de fidelité qu'ils
ont prêté au Duc de Meckelbourg , à
moins que ce Prince ne fe foumette au
decret Imperial rendu contre lui il
quelques années.
y a
On a arrêté à Grats trois Incendiaires
qui ont avoué à la queftion qu'ils étoient
plus de trois cens , & qu'ils avoient formé
le deffein de mettre le feu aux quatre
coins de la Ville.
Les deux fils du Prince Ragotzi que
l'Empereur a fait élever en cette Ville
doivent bientôt partir pour l'Italie.
L'aîné va à Naples prendre poffeffion
d'un fief que Sa Majefté Imperiale lui a
donné avec le titre de Comte , l'autre
paffera en Sicile , où il aura auffi un Fief
avec titre de Marquis , & l'Empereur a
pourvû aux dépenfes de leur voyage.
1
On a reconnu la fauffeté des brúits
que les ennemis du Comte de Marfigli
avoient répandu ici contre ce General .
11 n'a point paffé à Conftantinople , il
ne s'eft point fait Mahometan comme on
Pavoit publié , il n'a eu aucune part au
prétendu complot des Gouverneurs d'Ancone
& de Sinigaglia , & l'on vient
d'appren1192
LE MERCURE
d'apprendre qu'après avoir paffé une partie
de l'Hyver en Hollande , il étoit retourné
à Boulogne , fa patrie.
On publia au commencement de ce
mois une Ordonnance de l'Empereur ,
qui défend de donner l'aumône à aucun
mendiant , fe diſant ruiné par l'incendie
de Bude , S. M. I. ayant pris des méfures
pour faire donner des fecours à ceux
qui ont veritablement eu part à ce malheur
.
L
De Londres , ce 17. Juin .
E 17. May la Chambre des Communes
fit la feconde lecture du Bill ,
qui a été dreffé pour empêcher les ſujets
du Roy de prendre aucun intereft dans
la nouvelle Compagnie de Commerce que
l'Empereur a deffein d'établir dans les
Pays Bas.
On a arrêté un homme qui fe dit le
Roy des Noirs , troupe de brigands qui
commettent de grands defordres dans les
Provinces , où ils font contribuer les Villages
, tuent les bêtes fauves , dégradent
les Forefts , & font tête aux troupes du
Roy. Ce chef des voleurs appellé Shofter
qui avoit été mis à la garde d'un meffager
d'Etat , fe fauva le 23. May au foir par
un trou qu'il fit au grenier , dans lequel
il étoit enfermé.
On
DE JUIN 1723. 1193
On prépare à la Tour trois trains d'artillerie
, l'un pour le Camp d'Hydepart,
l'autre pour Berwick , & le dernier
l'Oueft d'Angleterre.
pour
Les Communes ont paffé à la pluralité
de 180. voix contre -172 . le Bill portant
impofition de cent mille livres fterling
fur les terres des Catholiques de ce pays ;
mais elles ont rejetté la clauſe qui obligeoit
les Catholiques non - jurans d'Ecoffe
à faire enregistrer leurs noms &
leurs biens .

Après bien des délais le fieur Chriftophe
Lawyer a été executé à mort le 28.
May. Le même jour on donna la liberté
au fieur Jeffreys , Gentil- homme du pays
de Galles , & au fieur Mathieu Plunket ,
Sergent dans les Invalides de Plymouth.
L'Evêque de Rocheſter doit paffer incelfamment
dans les Pays Etrangers , le fieur
Moris fon gendre & fa femme ont obtenu
la permiffion de le fuivre , & de refter
avec lui quelques temps .
Les Seigneurs ont paffé fans aucun
changement le Bill de la taxe fur les terres
des Catholiques du Royaume.
Le 7. Juin le Roy fe rendit avec les
ceremonies ufitées à la Chambre des Pairs ,
& les Communes ayant été mandées , Sa
Majefté donna fon confentement Royal
à plufieurs Actes paffez par les deux
Cham1194
LE MERCURE
Chambres qu'elle remercia des meſures
qu'elles ont prifes pour la feureté du
Royaume , & pour la gloire, de fon gouvernement
; le Roy ayant ceffé de parler
, le Grand Chancelier prorogea par
fon ordre le Parlement jufqu'au 13. Juillet
prochain.
Le 8. le Duc de Nosfolk , le Lord
North & Grey , le fieur Denis Kelly &
le fieur Thomas Cockram , prifonniers
d'Etat qui étoient à la Tour, ont été élargis
fous caution .
Le pardon que le Roy a accordé depuis
peu au Vicomte de Bullingbrook ,
Secretaire d'Etat fous le Regne de la
feue Reine a été fcellé du grand Sceau
le 8 .
Le 14. de ce mois le Roy s'embarqua
à Greenwich vers les fept heures du
foir , & mit hier à la voile fur les hutt
heures du foir , le vent s'étant tourné au
Sud. Le Roy avant fon départ a donné
au Lord Waldgrave , petit- fils naturel
du feu Roy Jacques II . & qui s'eft fait
Proteftant depuis peu , la Charge de
Gentil- homme de la Chambre du feu Duc
de Richemond . S. M. Brit. a créé Baron
de la Grande Bretagne le fils aîné de M.
Walpoole , Chancelier de l'Echiquier ,
& la furvivance au titre a été donnée à
fes deux freres puînez , & après leur
mort
DE JUIN 1723. 1195
mort à leur pere. L'Evêque de Rochefter
fut déposé le 12. de tous fes Benefices
en vertu de l'Acte qui le condamne à
fortir du Royaume. Il ne partira pour
les Pays Etrangers que le 6.. Juillet , &
reftera prifonnier dans la Tour jufqu'au
jour de fon départ. Ses amis ont neanmoins
obtenu la permiffion de le voir , &
plufieurs perfonnes de diftinction contribuent
à lui fournir de quoi vivre hono
rablement dans le lieu qu'il choifira pour
fa retraite.
L
D: Lisbone , ce 20. May.
E 17. de ce mois la Flote deftinée
pour la Baye de tous les Saints , mit à
la voile ; elle eft compofée cette année de
feize Vaiffeaux Marchands , efcortez par
deux Vaiffeaux de Guerre. Il y a actuellement
dans le Port de cette Ville 18 .
Navires François , 63. Anglois , 10. Hollandois
, s . Hambourgeois , 4. Suedois
2. Efpagnols , & un Danois.
De Madrid , te 2. Juin.
Ldomance contre Pirreverence dans
E Roy a rendu depuis peu une Or
les Eglifes , & on es a envoyé des copies
dans les Diocéfes , avec injonction aux
G Evê1196
LE MERCURE
Evêques de tenir la main à l'execution.
Le Colonel Stanhope, Ambaſſadeur d'Angleterre
, dont la fanté ſe rétablit difficilement
, a écrit à Londres pour demander
fon rappel , & le bruit court que Sa Majefté
Britannique le lui a accordé .
On écrit de Cadix qu'on a commencé
d'y charger les Vaiffeaux qui doivent partir
pour les Indes Orientales , vers let
commencement du mois de Juillet prochain
. Ces Lettres ajoûtent qu'on avoit
fait publier que ceux qui porteroient volontairement
aux Hôtels des Monnoyes
des matieres d'or & d'argent qu'ils ont
reçûës par les derniers galions joüiroient
d'un benefice de fix pour cent.
On écrit de Ceuta que les Maures
avoient recommencé à pouffer leurs tranchées
, & que la garnifon de la place avoiť
été repouffée dans deux forties.
Le 29. le Roy fit Chevalier les trois
Infants , fes fils puînez , & leur donna
l'Ordre de la Toifon d'Or , en prefence
de tous les Chevaliers de cet Ordre , invitez
à cette ceremonie .
Les dernieres Lettres de Cadix portent
que le Marquis de Mary avoit mis à la
voile le 10. May avec les quatre Vaiffeaux
de Guerre & les deux Fregates qui compofent
l'Efcadre quale Roy a fait aimer
cette année pour croifer contre les Corfaires
de Barbarie. Оп
DE
JUIN 1723.
1197
On a donné des ordres pour faire équiper
quatorze ou quinze Vaiffeaux de Guer
re dans differens Ports de ce Royaume ,
& on a mandé à plufieurs Regimens de
s'affembler aux environs de Malaga .
LM
De Rome , ce 26. May.
E Pape arriva de la Catena le trois
May vers les cinq heures du foir.
Son retour fut celebré par la joye du
peuple , & par le concours de la No
bleffe qui fe trouva fur fon paffage. Sa
Sainteté a accordé aux habitans de la
petite Ville de Poli , & aux Vaffaux du
Fief de Guadagnola une exemption pour
dix années de tout ce qu'ils étoient obligez
de
payer par an à la Chambre Apoftolique
. Le Vicaire Apoftolique qui réfide
à Conftantinople a mandé que les
Turcs continuoient leur armément. Mais
qu'il ne croyoit pas qu'ils fuffent en état
de faire aucune entrepriſe cette année.
L'Empereur a donné à la Princeffe
Barberin l'inveftiture des terres que le
feu Prince Barberin fon pere poffedoit
dans le Royaume de Naples , ainfi le fils
naturel de ce Prince a perdu l'efperance
de s'en mettre en poffeffion en vertu des
Brefs favorables qu'il avoit obtenus de
Sa Sainteté.
Gij On
1198 LE MERCURE
On mande de Venife que le nouveau
Baile de la République auprès du Grand
Seigneur s'étoit embarqué fur l'Hydre
pour paffer à Conftantinople , d'où l'on
apprenoit que fa Hautefle a propofé une
tréve de trois ans au Grand Maître de
Malthe , & qu'elle doit faire partir inceffamment
un Agent avec vingt efclaves
Malthois pour commencer l'échange
des prifonniers faits de part & d'autre.
On dit que le Grand Maître a fait
au Pape de cette propofition qui doit être
examinée dans une Congregation particuliere
, & que comme il y a des exemples
de femblables traitez entre la Religion
de Malthe , & la Turquie , on ne
doute pas que Sa Sainteté n'approuve
cette tréve qui procureroit le calme à
l'Italie.
part
On mande encore de Venife que le
Lundy 24. May après- midi plufieurs Nobles
Venitiens donnerent un Regatte à
Venife , (a) compofé de quatre fortes de
Barques , la premiere de Batelets à une
rame , la feconde de Gondoles à une rame,
la troifiéme de Batelets à deux rames , &
la quatriéme de Gondoles à deux rames,
Il y eut un grand concours de Nobleffe
& de peuple à cette courfe , qui fut honorée
de la prefence du Prince & de la
Princeffe de Modone.
(a) Prix que l'on court avec les Barques.
DE JUIN 1723. 1199
DIGNITEZ , BENEFICES,
Charges des Pays Etrangers .
Allemagne.
R Charles de Gafchin ,
MChambellan de l'Empereur a été
nommé Confeiller au Confeil d'Etat.
M. le Baron de Deftrendt , Lieutenant
Colonel du Regiment de Bettendorf , a
obtenu le Commandement de la Fortereffe
de Brod fur la Save , vacante par
démiffion du Baron de Petrafch.
Don Marin Marie Carraccioli , Prince
d'Avellino , & le Comte Michel Defpaur
, Evêque de Roffa dans la Natolie,
ont été nommez Confeillers ordinaires au
Confeil d'Etat de l'Empereur.
Angleterre.
Le nouvel Evêque de Londres a été
élû Gouverneur de l'Hôpital de la Chartreuſe
.
Le Roy a nommé pour gouverner le
Royaume pendant fon féjour en Allemagne
l'Archevêque de Cantorbery , Primat
d'Angleterre , le Lord Parker ,
Grand Chancelier de la Grande Breta-
G iij gne ,
1200 LE MERCURE
"
gne ,
le Lord Carleton , Prefident du
Confeil , le Duc de Kingſton , Garde du
Sceau privé , le Duc d'Argile , Grand
Maître de la Maifon du Roy. Le Duc
de Newcaſtle , Grand Chambellan , le
Duc de Grafton , Viceroy d'Irlande , le
Duc de Roxburg , Secretaire d'Etat pour
l'Ecoffe , M. Walpole , premier Secretaire
de la Tréforerie , le Lord Townfend
, Secretaire d'Etat , le Lord Carwright
, auffi Secretaire d'Etat , & l'Evêque
de Londres.
M. le Comte de Godolphin a obtenu
la Charge de Premier Gentil-homme de
la Chambre , vacante par la mort du
Comte de Sunderland .
M. le Docteur Bradfort , Evêque de
Carlile a été nommé à l'Evêché de Rochefter
, & au Doyenné de Veſtminſter.
Le Docteur de Wang , Doyen de Glocefter
a été nommé Evêque de Carlile.
M. de S. André , membre de la Societé
Royale de Londres , & le plus celebre
Anatomiſte d'Angleterre , a obtenu
une Charge d'Anatomifte Royal , créée
en fa faveur.
Portugal.
Le R. Pere Jofeph de l'Expectation ;
Docteur en Theologic , & l'un des Qualificateurs
du Saint Office , a été élû
pour
DE JUIN 1723. 1201
pour Provincial
par les Religieux Trini
taires de Liſbone .
Le R. Pere Bernard de Caftel Branca
a été élû Abbé General par les Religieux
de Saint Bernard dans leur Chapitre , tenu
dans leur Monaftere Royal de Albaboca
; il étoit déja Abbé & Recteur du
College de Saint Bernard de Coimbre ,
Qualificateur du Saint Office , Grand
Chronologifte du Royaume , & l'un des
membres de l'Académie Royale de l'Hiftoire.
Il a exercé la Charge de Grand Aumônier
de Sa Majefté , & il a demeuré
treize ans à Rome pour la Beatification
de Donna Thereſe & Donna Sanche ,
Reines de Portugal.
Italie.
Le R. Pere Charles Lodi a été élû
General de l'Ordre par les Clercs Sommafques
, Congregation particuliere de
Clercs Reguliers qui doivent leur origine
à Jerôme Emiliani , Noble Venitien
dans leur Chapitre General , tenu à
Milan.
Le R. Pere Jean Chrifoftome Bertazzoli
a été élû dans le même Chapitre
leur Procureur General . Il étoit Recteur
du College Clementin de Rome.
M. Charles Antoine Donadoni , nouvel
Evêque de Sebenico en Dalmatie , a
Giiij
été
1202 LE MERCURE
été Sacré le 25. Avril dans l'Eglife des
Saints Apôtres par le Cardinal Gualtieri ,
affifté de l'Archevêque d'Apamée , & de
l'Evêque de Sarline.

Le R. Pere François Laurent de Saint
Laurent de Grofte , cy- devant Gardien
de la Terre Sainte , & depuis Vice-
Commiffaire General de l'Ordre de Saint
François , a été élû General de l'Ordre ,
le 15. May dans le Chapitre General
tenu au Monaftere d'Araceli. Le Pape a
affifté à cette élection , où il fe rendit
accompagné du Cardinal Paulucci , Vicaire
, du Cardinal Corfini , Protecteur
des Francifcains , & du Cardinal Conti
frere de Sa Sainteté.
Le 12. May le Pape tint au Palais du
Quirinal un Confiftoire , il propofa pour
le Pere d'Aragona , l'Evêché de Milets
dans la Calabre.
L'Abbé Loüis Forni , l'Evêché de
Reggio dans les Etats du Duc de Moidene
.
Le fieur Dominique Condolmero , Noble
Venitien , l'Evêché de Lefina en Dalmatie.
Dom Diegue Marfillo , cy- devant Archevêque
de Plata , l'Archevêché de
Lima , Ville Capitale du Perou.
Dom Jean de Necolalde pour l'Archeveché
de Plata.
Le
(
DE JUIN 1723.
1203
Le R. Pere François Elcandon Theatin
, l'Evêché de la Conception au Chili,
Le Cardinal Cienfuego propola pour
Dom Paul de Vilana Perla , qui a été Archevêque
de Brindifi dans le Royaume
de Naples , l'Archevêché de Salerno .
4
Le Cardinal Ottoboni Protecteur des
'Affaires de France , propofa pour le R.
Pere Leontre Religieux de l'Ordre de
Citeaux , l'Abbaye de Grofboc dans le
Dioceſe d'Angoulême.
M. l'Abbé Michel , l'Abbaye de Nôtre-
Dame de l'Eſcala- Dieu , après quoi
il préconifa M. l'Abbé de la Fare pour
l'Evêché de Viviers , & M. l'Abbé de
Vafcon pour celui d'Apt ; enfuite Sa
Sainteté accorda le Pallium pour l'Archevêque
de Lima & celui de la Plata.
MORTS, BAPTES MES
& Mariages des Pays Etrangers.
UN

N Juif nommé Simon Salomon
Crabat , a été baptifé à Vienne en
Autriche le 19. May jour de la Pentecôte
dans l'Eglife des Cordeliers. Il a été
tenu fur les Fonts Baptifmaux par le
Comte Louis- Thomas Raimond de Harrach
, Grand Ecuyer Hereditaire d'Autriche.
Gv Le
1204 LE MERCURE
Le Marquis Charles- Antoine- François
Acciaioli Torriglioni , époufa le 28.
May la Marquife Therefe Serlup , fille
unique du Marquis de ce nom. Le Cardinal
Barberin leur donna la Benediction
nuptiale.
M. Jean- Ignace Verpgi Baron de
Beintem , Confeiller & Medecin ordinaire
de l'Empereur , eft mort à Vienne
en Autriche le 1. Juin , âgé de foixante
& quinze ans.
On a baptifé dans la même Ville ,
dans l'Eglife des Francifcains un Juif
nommé Volf Moyfe Oppenhem , qui fut
tenu par le Prince de Capricio , Marquis
de Rofrano , Confeiller d'Etat Or
dinaire de l'Empereur.
> M. Charles Lenox , Duc de Richemond
, Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere
, eft nort le 7. Juin dans fon
Château de Goodvood au Comté de Suffex.
Charles Comte de Manh fon fils .
lui fuccede dans fes Biens & dans fes Titres.
M. Charles Townſend , fils aîné du
Vicomte de Townſend Secretaire d'Etat ,
a époufé à Londres la fille unique de
M. Harriffon , après avoir obtenu
du Roy d'Angleter une Charge de
Gentilhomme de fa Chambre , & avoir
pris place dans la Chambre des Pairs ,
fous
DE JUIN 1723. 1205
fous le Titre de Baron de Townſend de
Lynne dans le Comté de Nortfolk.
Le 3. de ce mois le Prince Hereditaire
de Saxe Eiſenach , épouſa à Berlin
la Princeffe fille aînée du Margrave Albert-
Frederic de Brandebourg , en prefence
de toute la Cour & des Miniftres
Etrangers. Après la Benediction Nuptiale
faite par M. Jablonfqui Miniftre de
la Cour , on fit une triple Salve de se .
pieces de Canon. Le Roy conduifit enfuite
la nouvelle époufée dans un appar
tement où l'on avoit dreffé une table de
20. couverts pour la Famille Royale.
Cette Princeffe fut placée entre le Roy
& le Prince fon Epoux qui étoit à fa
droite , & qui avoit à fon côté la Reine
les deux Princeffes Royales , la Margrave
Philippe & la Margrave Albert. Le
Roy avoit à fa gauche le Margrave Albert
, le Prince Royal , le Margrave
Chriftian Louis , le Prince de Deflau
le Prince Henry Frederic fils de la Margrave
Philippe , les trois Princes fils du
Margrave Albert , & les deux jeunes
Princes de Deffau. On avoit mis dans un
autre appartement une grande table pour
les Miniftres du Roy & pour ceux des
Puiffances Etrangeres , pour les Generaux
& les Colonels. Dans un troifiéme appartement
on avoit dreffé fept tables
G vj pour
1206
LE MERCURE
pour tous les autres Officiers & même
jufqu'aux Lieutenans & Enfeignes des
14. Bataillons & cinq Efcadrons qui ont
paffé en revûë. Il y avoit dans un quatriéme
appartement deux grandes tables
pour les Dames de diftinction qui avoient
été invitées . Toutes ces tables qui conte
noient 360. couverts , furent fervies avec
beaucoup de magnificence .
Cette Fête fut continuée les deux jours
fuivans avec la même fomptuofité . Il y
avoit au dernier feftin , deux tables en
forme d'une H & d'une S , qui fignifioient
Henry & Sophie , qui font les
noms des deux Epoux.
JOURNAL DE PARIS.
N
Ousfommes bien aiſes d'avertir qu'il
y a quelques erreurs à la page 981.
article trois du Journal de Paris du precedent
Mercure , au fujet d'un Courier
arrêté , &c. Tout cet article a été fait fur
des Memoires exacts , & nous prions
le Public de n'y avoir aucun égard.
pen
On a chargé aux Ports de l'Orient &
de Breft vingt- trois Vaiffeaux pour aller
dans la Colonie de la Compagnie de
France aux Indes. On a apperçu à la
hauteur
DE JUIN 1723. 1207
hauteur de Bourdeaux , de Nantes & de
Breft quelques Corfaires de Barbarie.
Quatre voleurs de la Compagnie du fameux
Cartouche qui étoient détenus dans
les prifons de la Conciergerie , ont trouvé
le fecret de fe fauver la nuit du feize au
17 du mois de May après avoir forcé une
grille de fer. On dit qu'on leur avoit
porté des limes dans du pain long. Le
nommé Belle humeurinfigne brigand étoit
de cette bande , ainfi qu'un Prêtre fcelerat
qui devoit être brûlé
pour fes impietez.
21
On mande de Madrid que la Reine
d'Efpagne a fait prefent à la Princeffe
des Afturies d'un étuy d'or garni de
Diamans , & à la Princefle d'Orleans
future épouse de l'Infant Dom Carlos
d'un autre femblable pour la matiere &
pour les enrichiffemens .
On écrit de Noyon que le Tonnerre
eft tombé fur l'Eglife Paroiffiale de la
Neuville , qu'il l'a entierement brûlée, de
même que le Prefbytere ; les Cloches de
cette Eglife ont été fondues par la foudre.
Le trente May M. Morofini Ambaſſadeur
Ordinaire de la Republique de Venife
, fit fon entrée publique ; M. le Ma
réchal de Matignon & M. de Remond
Introducteur des Ambaffadeurs allerent
le prendre dans le Caroffe du Roy au
Moi
1208 LE MERCURE
и

Monaftere de Picpus , d'où la Marché
partit dans l'ordre fuivant. Le Caroffe de
Î'Introducteur , celui de M. le Maréchal
de Montefquiou precedé de deux Ecuyers
à cheval , la fuite de l'Ambaffadeur à
cheval , la Livrée à pied , l'Ecuyer &
fix Pages à cheval , le Caroffe du Roy ,
ceux de Monfieur le Duc d'Orleans , de
Madame la Ducheffe d'Orleans , du Duc
de Chartres , de la Ducheffe de Bourbon.
Douairiere , du Duc de Bourbon , du
Comte de Clermont , de la Princeffe de
Conti Doüairiere , de la Princeffe de
Conti feconde Doüairiere , du Prince de
Conti , du Duc , de la Ducheffe du Maine,
du Comte de Toulouſe & du Cardinal
du Bois premier Miniftre , & enfin les
quatre Caroffes de l'Ambaffadeur. Dès
qu'il fut arrivé à fon Hôtel , il y fut
complimenté de la part du Roy par le
Duc de Gevres , premier Gentilhomme de
la Chambre de Sa Majesté , de la part de
Monfieur le Duc d'Orleans , par le Marquis
de Ségur , Maître de la Garderobe
de Son Alteffe Royale , & de la part de
Madame la Ducheffe d'Orleans , par le
-Marquis de faint Pierre fon premier
Ecuyer. Le premier jour de Juin le
Prince de Pont & M. de Remond Introducteur
allerent prendre l'Ambafladeur
en fon Hôtel , & le conduisirent
dans
DE JUIN 1723. 1200
dans le Caroffe du Roy à Verſailles , où
il eut fa premiere Audience publique de
Sa Majesté. Dans l'avant- Cour du Château
ce Miniftre trouva à fon paffage les
Compagnies des Gardes Françoifes &
Suiffes fous les Armes & les Tambours
-appellant ; dans la Cour les Gardes de
la Porte & ceux de la Prevôté fous les
Armes à leurs poftes ordinaires & fur
l'Escalier les Cent Suiffes en habit de
ceremonie , la Hallebarde à la main . En
dedans de la Salle des Gardes il fut reçu
par le Marquis d'Ancenis Capitaine
des Gardes du Corps , qui étoient en
haye & fous les Armes ; après l'Audience
du Roy , l'Ambaffadeur fut conduit
par M. de Remond à celle de Monfieur
le Duc d'Orleans ; & après avoir été traité
par les Officiers du Roy il fut reconduit
à Paris avec les ceremonies ufitées .
Il alla à toutes ces Audiences en Robe
conformément à l'ufage des Ambaffadeurs
de Veniſe .
Le 6. de Juin un Courier extraordinaire
apporta la nouvelle de la mort du Prince
Leopold Clement , fils aîné du Duc
de Lorraine , caufée par la petite Verole
de de ce mois à dix heures du matin
. Ce jeune Prince n'avoit que dixfept
ans , étant né le 25. Avril 1707. Le
onze M. de Rolinville Envoyé extraor
quatre
dinaire
ZIO LE MERCURE
dinaire du Duc de Lorraine , eut Audiena
ce particuliere du Roy , où il fut conduit
par M. de Remond Introducteur , & fit
part à Sa Majefté de cette mort. Il fut
conduit le même jour par le même Introducteur
pour le même fujet à l'Audience
de Monfieur le Duc d'Orleans , & le
Roy prit le deuil le treize .
Le quinze , Sa Majefté alla courir le
Cerf dans le bois de Boulogne , avec la
meute de M. le Prince de Conti.
Le trente- un May les Reverends Peres
de la Doctrine Chrétienne , tinrent dans
leur Maifon de faint Charles leur Chapitre
General , & ils élurent Superieur
General de leur Congregation le R. Pere
Griffon qui a déja joüi de cette Dignité.
Le quatre de Juin le Roy courut le
Cerf dans la Forêt de Marly , & alla le
même jour coucher au Château de Meudon
, où Sa Majefté doit féjourner quelque
temps.
Les Etats de Bearnqui jufqu'à prefent
n'avoient pas encore rendu le rs hommages
, & fait le Serment de fidelité qu'ils
doivent au Roy à fon Avenement à la
Couronne , s'acquitterent de ce devoir le
trente- un May. Ils furent conduits à
l'Audience par leMarquis deDreux , Grand
Maître des Ceremonies , & par M. Desgranges
Maître des Ceremonies , & prefentés
DE JUIN 1723. 1211
fentés à Sa Majefté par leDuc de Grammont
Gouverneur de la Province , &
par le Marquis de la Vrilliere Miniftre &
Secretaire d'Etat. La dépuration étoit
compofée de M. l'Evêque de l'Eſcar qui
porta la parole , de M. d'Efpalungue Baron
d'Arros , de M. de Navailles Baron
de Mirepoix , de M. le Vicomte de faint
Martin Abbé d'Orni , Députés de la Nobleffe
; de M. de Peberge Jurat de Morlès
, de M. d'Andonis Jurat d'Oleron ,
de M. de Latrille Jurat de Lambey , &
de M. de la Mothe Jurat de Bruges, Députés
du Tiers- Etat ; de M. le Baron de
Sus Syndic General , & de M. de Vitau
Caniton Secretaire en furvivance , & M.
de Day Treforier des Etats. Ils prêterent
ferment de fidelité au Roy qui leur promit
de les maintenir dans leurs privileges .
Le quatre Juin après midi , M. le Cardinal
premier Miniftre , alla tenir l'Affemblée
de la Compagnie des Indes .
On a fait jouer les Eaux à Marly pour
Madame la Palatine de Vilna , & à Verfailles
pour M. Morofini Ambaffadeur de
la Republique de Veniſe .
On doit repreſenter inceffamment un
Ballet Heroïque intitulé Les Fêtes Grecques
& Romaines . Les paroles font de M.
Fuzelier , & la Mufique eft de M. Collin
de Blamont Surintendant de la Mufi◄
que
1212 LE MERCURE
que de la Chambre du Roy. L'Auteur a
cherché une route nouvelle & a tiré fes
fujets de l'Hiftoire. On en parlera plus
amplement après la premiere Reprefentation.
On a prefenté au Roy le 9. de ce
mois un Poiffon extraordinaire , qu'on a
pris auprès de Dieppe ; on l'appelle un
Tigre Marin. Il eft gros comme un Veau
de trois à quatre mois , & long de plus de
cinq pieds, la tête pas extrêmement groffe,
avec deux mouftaches comme un Chat.
Il peſe 200. Il a deux pates affez courtes
, & une large queue qui lui fert de
nageoire. S. M. l'a fait porter à la Me.
nagerie , & on l'a mis dans un baffin fait
exprès pour les animaux amphibies , où
il y a une pente douce pour faciliter leur
fortie quand ils veulent aller brouter
l'herbe , &c. On le nourrit avec des
Anguilles & autres petits Poiffons , & on
efpere qu'on confervera cet animal qui eſt
auffi rare que curieux .
>
Le Roy a été plufieurs fois fe promener
à Venves , tres - belle maifon à M. le
Duc ; S. M. a auffi été à celle de Madame
la Princeffe de Conti à Iffy , auffi
bien qu'à Puteaux , chez M. le Duc de
Grammont , & à Clamart chez M. de
Champfenay , Premier Valet de Chambre
de S. M.
La
DE JUIN 1723. 1213
Le 18. de ce mois le Roy alla ſe promener
à la Muette. Le 19. S. M. courut
le Dain dans le Parc de Meudon. Le 20 .
à Clamar. Le 21. à la Muette. Le 22. au
bois de Boulogne , où S. M. chaffa le
Cerfavec l'Equipage du Prince de Conti.
Le 28. du mois dernier , M. de la Jonchere
, Treforier General de l'Extraordinaire
des Guerres , fut conduit à la Baſtille
par ordre du Roy.
XXXXXWWW¥ ¥¥¥¥¥¥¥¥K
RELATION de la prise de la Patrone
de Tripoly , par la Fregate faint
Vincent , commandée par le Chevalier
de Chambrai , le 13. May 1723. dans
les Eaux de la Pantellerie.
>
L
E Grand Maître ayant eu divers avis
de la courfe que faifoit un Vaiffeau
Turc , & une Tartane qui étoit ſa conferve
, entre le maretime & la Pantellerie,
& qu'ils avoient pris une Barque Genoife
& une Sicilienne chargées de Sel. Son
Eminence expedia dans le moment des
ordres par divers bâtimens à fes Vaiffeaux
qui efcortoient dans les Eaux de la Licante
, les bâtimens du transport du bled
pour Malte. Les ordres portoient d'aller
à la découverte de ces Corfaires , ce qui
fut
7214 LE MERCURE
>
fut executé fur le champ par le Vaiffeau
faint Jean & la Fregate faint Vincent
lefquels fe trouvans dans les Eaux de la
Pantellerie découvrirent à cinq lieuës
d'eux le 12. May un Vaiffeau & une Tartane.
Par la manoeuvre ils jugerent que
c'étoient les ennemis ; mais comme il
étoit déja fort tard , ils ne trouverent
pas à propos de les aller reconnoître . La
nuit étant furvenue , ils concerterent enfemble
que le Commandant navigeroit
vers la Lampedouze , & la Fregate continueroit
fa route fur la Sicile. A la pointe
du jour le Vaiffeau ennemi fe trouvant
éloigné de la Fregate de deux lieuës , fit
force de Voile fur elle en prolongeant fa
civadiere pour faire croire qu'il vouloit
l'aborder la Fregate dans ce moment fit
carguer fa grande Voile pour l'attendre
& l'ennemi s'étant approché a une lieuë
fit Pavillon Turc en tirant un coup de
Canon , & mit fon Pavillon. La Fregate
répondit par un autre coup de Canon
& mit fon Pavillon. L'ennemi l'ayant
reconnu revira de bord , & prit chaffe en
forçant de Voile. Alors la Fregate lui donna
chaffe , & l'ayant arrivé à 9. heures
du matin à portée de piftolet , le combat
commença vivement , & après quatre
heures d'un feu reciproque & continuel ,
l'ennemi fe rendit.
Le
DE JUIN 1723. 1215
Le feu a fort endommagé les deux
Vaiffeaux ; l'ennemi a été démâté de fon
grand mât & de fon artimon , & toute
fa mature de l'avant a été fracaffée , & la
Fregate a été extrêmement incommodée
dans fes manoeuvres & fa mature.
La Fregate a remorqué le Vaiffeau ennemi
qui eft la Patrone de Tripoli portant
Pavillon de Vice- Amiral , & eſt entrée
dans le Port de Malte le 16. May.
Cette Patrone avoit été donnée il y a
quelque temps par le Grand Seigneur au
Roy de Tripoly ; elle étoit fortie de ce
Port depuis vingt jours , ayant environ vingt_jours
400. hommes d'Equipage , quoiqu'elle
cut navigué autrefois avec 700. Elle
n'avoit pû en dernier lieu former cet
Equipage par le manque des gens dụ
païs.
Ce Vaiffeau est plus Navire que Fregate
, & eft percé pour 60. pieces de
Canon ; mais il n'en a que 48. montées
& 14. Pierriers de bronze fur le Gaillard.
Il s'y eft trouvé 267. Turcs , dont
20. bleffez mortellement , 33. Chrétiens
fains & faufs de differentes nations , le
refte de l'Equipage a été tué dans le combat.
Il n'eft mort des nôtres que 4. Matelots
, & 10. blefféz dangereufement.
La prife de ce Vaiſſeau n'eſt pas moins
avantageule à la Religion , que glorieufe
au
1216 LE MERCURE
Grand Maître ; car ce Vaiffeau qui eft
excellent Voilier , fortoit toutes les années
pour faire la courſe , au grand préjudice
des Chrétiens , & faifoit nombre
de prifes .
Ôn doit attribuer cet heureux fuccès
à la mifericorde de Dieu , qui a donné
au Chevalier de Chambrai une fi belle
occafion de faire éclater fa valeur & fon
experience. Son exemple a animé fon
Equipage , qui ne s'eft point démenti de
la bravoure qu'il a fait paroître dans toutes
les autres occafions.
9
La Tartane Turque conferve de cette
prife ayant toûjours refté en vûë pendant
le combat , fit route vers Tripoly ; le
Vaiffeau faint Jean ayant enfuite paru lui
donna chaffe , & après quelque temps
on entendit tirer huit coups de Canon s
c'eft ce que le Chevalier de Chambrai
affure. On a lieu d'efperer que le faint
Jean l'aura prife pour rendre l'action
complette.
ASSEMBLE'E DU CLERGE' .
' Affemblée Generale du Clergé de
L'France , tint faepremiere seance le
25. du mois de May dernier , à Paris
chez
DE JUIN 1723. 1217
chez l'Archevêque d'Aix , qui eft le plus
ancien des Prélats Députez . On lut la
Lettre du Roy du 24. Janvier dernier
adreffée aux Agens du Clergé pour la
Convocation de l'Affemblée Generale
dont voici la teneur.
T
DE PAR LE ROY.
ceux
RES CHERS ET BIEN AMEZ :
La permiffion que les Rois nos Predeceffeurs
ont depuis long - tems accordée
au Clergé de nôtre Royaume , de
s'affembler pour donner moyen à
qui le compofent de déliberer de leurs
affaires , ayant toûjours produit beaucoup
d'avantages au bien de leur fervice ; &
les raifons qui nous ont empêché de permettre
ladite Affemblée dans le tems ordinaire
ne fubfiftant plus , Nous voulons
bien à preſent leur accorder cette même
grace C'est pourquoy nous vous faifons
cette Lettre de l'avis de nôtre très - cher
& bien amé Oncle le Duc d'Orleans Regent
, pour vous dire que nous voulons
& entendons que l'Affemblée Générale
foit convoquée en nôtre bonne Ville de
Paris au vingt- cinquième jour du mois
de May prochain ; & que fuivant le devoir
de vos Charges vous en donniez
avis de nôtre part aux Archevêques de
nôtre
1218 LE MERCURE
rôtre Royaume , afin qu'ils ayent à con
voquer promptement leurs Affemblées
Provinciales ; & que ceux qui feront députez
pour l'Affemblée générale étang.
avertis , puiffent préparer les Memoires
de ce qui devra y être traité , & fe rendre
en nôtredite Ville de Paris au jour
cy- deffus défigné : Nous voulons de plus
que vous leur faffiez fçavoir que nôtre
intention eft que cette Affemblée ne puiffe
durer que le tems de deux mois , fuivant
les anciens Reglemens ; qu'il n'y ait que
deux Députez de chaque Province ; fçavoir
, un du premier & un du fecond
Ordre , fous quelque prétexte que ce
puiffe être ; & que les Reglemens qui
ont été faits par les Affemblées précedentes
, foient regulierement obfervez .
C'eft de quoy nous vous chargeons de les
avertir , fi n'y faites faute : CAR tel eft
nôtre plaifir . DONNE' à Verſailles le
vingt - quatriéme Janvier mil fept cent
vingt- trois. Signé , LOUIS ; Et plus
bas , PHELYPEAUX . Et au dos eft écrit :
A nos très- chers & bien amez les Agens
Généraux du Clergé de France .
Chaque Député remit aux Agens la
Procuration en vertu de laquelle il fe
prefentoit avec les pouvoirs de fa province.
Le Clergé de France eft compofé de
feize
DE JUIN 1723 1219
7
Teize Metropoles ou Provinces Ecclefiaftiques
: chacune de ces Provinces envoye
à l'Affemblée Generale un Archevêque
ou un Evêque , & un Député du fecond
Ordre , qui doit être au moins Soudiacre
, & qui doit avoir un Benefice dans
l'étendue de la Metropole qui lui donne
procuration .
Députez à la prefente Affemblée , fuivant
l'ordre des Provinces.
Province d'Aix.
M. Charles Gafpard - Guillaume de
Vintimille des Comtes de Marſeille Du
Luc , Archevêque d'Aix .
L'Abbé de Villeneuve Chanoine , Grand
Vicaire , & Official d'Aix.
Province de Narbonne.
M. René- François de Beauveau , Archevêque
de Narbonne.
L'Abbé Caulet de Granague , Abbé
de Chatrices , Aumônier du Roy , &
Grand Vicaire de Nantes.
Province de Bordeaux.
M. François - Elye de Voyer de Paulmy
d'Argenfon , Archevêque de Bordeaux
.
L'Abbé de la Cropte de Bourzac
Prieur de S. Sauveur d'Angoulême .
Province de Sens.
M. Denys - François Bouthilier de Chavigny
, Archevêque de Sens .
H L'Abbé
1220 LE MERCURE
L'Abbé de Beringhen , Archidiacre
& Grand Vicaire de Sens , Prevôt de
Pignans , & Abbé de Sainte Croix de
Bordeaux.
Province d'Ambrun.
M. Jean- François- Gabriel de Henin
Lietard , Archevêque d'Ambrun .
L'Abbé Michel , Chanoine d'Ambrun .
Province de Vienne.
1 M. Henry Ofwald de la Tour d'Au
vergne , Archevêque de Vienne .
L'Abbé de Roye la Rochefoucault
Abbé de Beauport & de Saint Romain
de Blaye.
Province de Lion.
M. François Madot , Evêque de Châlon
fur Saone.
L'Abbé Bouhyen de Savigny , Archidiacre
& Grand Vicaire de Langres .
Province de Paris .
M. Charles François des Montyers de
Merinville , Evêque de Chartres.
L'Abbé Le Normant , Chanoine de
Saint Honoré .
Province de Rouen.
M.Jean Le Normant,Evêque d'Evreux.
L'Abbé Le Berceur de Fontenay, Grand
Vicaire de Lizieux .
Province d'Alby.
M. Charles- Alexandre le Filleul de
Ja Chappelle Evêque de Vabres .

DE JUIN 1723. -1221
L'Abbé de Cotiolys , Abbé de Saint
Michel de Gaillac .
Province d'Auch.
M. Gabriel Olivier de Lubieres du
Bouchet , Evêque de Cominges.
L'Abbé Montmorin de Saint Herm ,
'Abbé de Bonnevaux .
Province de Reims .
M. François- Firmin Trudaine , Evêque
de Senlis.
L'Abbé de Sainte Hermine , Chanoine
& Grand Chantre de l'Egliſe de
Reims.
.
Province de Tours.
M. Louis Montheynard de la Vergne
de Trezzan , Evêque de Nantes.
L'Abbé Bloffac de la Bourdonnaye ,
Grand Vicaire de Treguyer.
Province de Toulouse.
M. Gabriel- Florent de Choifeul , Evêque
de S. Papoul .
L'Abbé de Choiſeul , Chanoine de
S. Michel de Caftelnau - Dary .
Province d'Arles.
M. François-Jofeph de Simianes de
Gordez , Evêque de S. Paul Trois - Châteaux
.
L'Abbé Forbin d'Oppede .
Province de Bourges.
M. Louis-Jacques de Chapt de Raſtignac
, Evêque de Tulles.
H L'Abbé
Hi
1222 LE MERCURE
L'Abbé de la Roche Aimon .
Ancien Agent du Clergé,
L'Abbé de Broglio , Abbé de Baume ,
des Vaux , de Cernay & du Mont Saint
Michel , qui a été nommé en l'année
1710. Agent par la Province d'Ambrun
, & en 1715. par la Province
d'Alby.
Nouveaux Agens du Clergé.
L'Abbé de Brancas Aumônier du
Roy , Doyen de Lizieux , Abbé de Saint
Pierre de Melun , nommé en 1720. par la
Province de Reims.
L'Abbé de Macheco de Premeaux
Abbé de S. Paul de Narbonne & de
Sainte Marguerite , nommé en 1720. par
la Province de Narbonne.
Les Provinces de Bourges & de Vienne
feront en tour de nommer les Agens
du Clergé en 1725 .
Le Samedy 29. May 1723.
L'Affemblée étant formée par la vali-
'dité des Procurations de tous les Députez
, ils prêterent ferment en la forme
ordinaire.
Ils choifirent enfuite les Prefidens.
Le Clergé ne reconnoît pour Prefidens
que ceux qu'il fe donne par fon choix :
la Dignité des perfonnes , ni la préeminence
des Sieges n'attribuent aucun droit
pour prefider : le nombre comme le choix
des
DE JUIN 1723 . 1223
des Prefidens , dépend de la détermination
de l'Affemblée .
Les Archevêques d'Aix & de Narbonne
, & les Evêques de Châlon fur
Saone & de Chartres , ont été nommez
Prefidens de l'Affemblée .
L'Abbé de Broglie ancien Agent , a
été nommé Promoteur , & l'Abbé de
Brancas a éte élû Secretaire .
.
Sur la propofition que l'Archevêque
'd'Aix fit de prier M. Cardinal Du Bois
Premier Miniftre de venir prefider à
l'Affemblée , toute la Compagnie applau.
dit & le nomma par acclamation. Les
Archevêques de Narbonne & de Vienne
, les Evêques d'Evreux & de Nantes ,
& les Abbez de Beringhen , de Roye , de
la Roche- Aimon & de S. Herm , furent
députez pour aller à Verſailles faire cette
priere à Son Eminence .
On regla le jour de la Meffe folennelle
du Saint- Eſprit au Lundy fuivant.
L'Archevêque de Narbonne fut prié
d'officier, & l'Evêque de Châlon de faire
le Sermon : l'Abbé de Brancas fut chargé
d'aller demander à cet effet la permiffion
neceffaire à M. le Cardinal de
Noailles Archevêque de Paris.
4
> L'Abbé de Macheco de Premeaux
fut envoyé à Verfailles pour recevoir
Jes Ordres du Roy fur le jour & l'heure
qu'il Hij
1224 LE MERCURE
qu'il plairoit à Sa Majesté de donner
audience à la Compagnie ; & pour demander
à Monfeigneur le Duc d'Orleans
, qu'il lui plut de recevoir enſuite
les refpects du Clergé.
Le Lundy 31. May 1723.
L'Archevêque de Narbonne fit le rapport
de l'accueil favorable & de la politeffe
avec laquelle les Députez avoient
été reçus de M. le Cardinal Du Bois ,
qui acceptoit la place de Prefident de
l'Affemblée .
L'Abbé de Premeaux rendit compte
du fujer de fon voyage à Verfailles : il
dit que le Roy avoit marqué l'heure de.
l'audience au Mercredy 2. Juin à neuf
heures & demie du matin , & que le
Clergé feroit reçu avec les honneurs ac
coutumez : Que Monfeigneur le Duc
d'Orleans donneroit le même jour audience
à la Compagnie fur le midy après
le Confeil ,
L'Abbé de Premeaux ajoûta : Que l'ont
expedieroit fuivant l'ufage , des Lettres ,
d'Etat pour les Députez qui en auroient
befoin .
L'Affemblée fe rendit dans le Choeur
de l'Eglife des Auguftins ; l'Archevêque
de Narbonne celebra la Meffe pontificalement.
Après l'Evangile , l'Evêque de
Châlon monta en Chaire ; il prit pouri
texte
DE JUIN 1723. 1225
que
texte ce Verfet du Pleaume 92. Teftimonia
tua credibilia facta funt nimis.
Il en fit l'application aux témoignages
& aux preuves éclatantes Dieu a
donné dans tous les temps de la Divinité
de la Foy & de la Religion Chrétienne
; il cita les principaux exemples
qui font répandus dans l'Ancien & le
Nouveau Teftament , & dans l'Hiftoire"
Ecclefiaftique ; ce fut fon premier Point ."
Dans le fecond , il refuta les objections
& les illuſions des impies & des liber-
. tins , qui combattent l'évidence de la
Religion plutôt par le dereglement de
leur coeur , que par l'aveuglement de
leur efprit. Il remplit une fi grande matiere
avec toute la folidité , la force &
l'éloquence qu'elle demande ; & les Auditeurs
ont reconnu dans ce Difcours
l'érudition & l'élevation de genie qu'ils
avoient admiré lorsque le même Prélat
prononça l'Oraifon Funebre du feu Roy
à l'Affemblée du Clergé de 1715.
Tous les Prélats & les Députez de
l'Affemblée communierent de la main de
l'Archevêque de Narbonne officiant.
Le Mercrely 2. Juin à Versailles.
Les Députez de l'Affemblée s'étant
rendus à Verfailles dans la Salle des Ambaffadeurs
, le Conte de Maurepas Secretaire
d'Etat , qui a le département du
Hij
Clergé
,
1226 LE MERCURE
Clergé , vint les avertir que le Roy
étoit prêt de leur donner audience : ils
allerent dans l'Appartement de Sa Majefté
, étant conduits par le Comte de
Maurepas , le Marquis de Dreux Grand
Maître des Ceremonies , & par M. Des
Granges Maître des Ceremonies. Les
Gardes du Corps étoient dans leur Salle
en haye , fous les armes , ayant leurs Brigadiers
à leur têre : les deux battans des
portes furent ouverts par les Huiffiers.
M. le Cardinal Du Bois premier Miniftre
& Prefident de l'Affemblée joignit la .
Compagnie dans la premiere Antichambre
du Roy , & il fe mit entre les Archevêques
d'Aix & de Narbonne ; l'Archevêque
d'Aix porta la parole. Après la
Harangue , M. le Cardinal Du Bois prefenta
& nomma au Roy les Prélats , les
Députez & les Agens du Clergé : ils furent
enfuite reconduits par les mêmes
perfonnes & avec les mêmes honneurs
dans la Salle des Ambaffadeurs.
TT
HARANGUE
DE JUIN 1723 1227
KKKKKKKKKK¥¥¥¥¥¥¥¥¥
HARANGUE faite au Roy à Versailles
par M. l'Archevêque d'Aix , Prefident
de l'Affemblée Generale du Clergé de
France le 2. Juin 1723 .
SIRE ,
Le Clergé de France le premier des
trois Etats de vôtre Royaume , vient
rendre fes hommages à V. M. & en im-:
plorer la protection .
Il ofe , SIRE , fe flatter de s'en être
toûjours montré digne , par la fidelité
conftante dont il a donné dans tous les
temps les preuves les plus éclatantes aux
Rois vos Predeceffeurs ; & V. M. le trouvera
également rempli du parfait deſir
de lui plaire.
Animé de l'efprit & du zele dû fage
Cardinal qu'il a choifi pour fon Prefident
, il fe prêtera aux befoins de l'Etat
avec empreffement , comme il vous expofera
avec confiance ceux de l'Eglife qui
demande un puiffant fecours , & qu'elle
ne peut attendre que de V. M.
Le grand Prince qui vous a remis le
Gouvernement du Royaume , après une
Hv glo1228
LE
MERCURE
glorieufe Regence , & qui par fa profonde
fagelle l'a maintenu en paix contre
les ennemis du dehors , n'a pas eu le temps
de réprimer abfolument l'inquietude de
quelques efprits qui le troublent au dedans
par leur opiniâtre reſiſtance à une
Loy de l'Eglife & de l'Etar :
C'eft une gloire que la Divine Providence
a refervé , SIRE , au temps de
vôtre Majorité , & à laquelle elle femble
vous avoir preparé par le fond de pieté
qui a éclaté en Vous dès l'enfance , &
qui a toujours pris de nouveaux accroiffemens
avec l'âge .
Toutes les autres qualitez éminentes
SIRE , que Vous avez reçues de la nature
, & que des mains également habiles .
& foigneufes ont fçu fi heureufement cultiver
, pourront vous rendre grand aux
yeux des hommes ; la Religion feule peut
vous rendre grand aux yeux de Dieu.
Solide & veritable grandeur , dont
doit être fur tout jaloux le Roy , qui ne
partage avec aucun Roy de la terre , le
glorieux Titre de Roy Tres- Chrétien.
C'eft principalement par fon zele pour
la pureté de la foy & les interêts de
Eglife , que l'incomparable Prince au- ›
quel vous fuccedez merita le Surnoi de :
Grand , & qu'il s'attira d'en haut cette
fuite de profperitez , qui ont diftingue
le plus long des Regues.
C'eft
DE JUIN 1723: 1229
1 C'eft principalement par la qu'il vous
fera glorieux , SIRE , de le faire revivre
en Vous.
C'est
par là que
vous
nous
confolerez
de la perte
de Vôtre
Augufte
Pere
, qui
promettoir
à la France
le plus
fage
, & le
plus
religieux
des Rois
.
Mais c'eft auffi à quoy V. M. fe trouve
engagée , par le Serment folennel qu'elle
a fait en recevant l'Onction Sainte.
Voilà , SIRE , le principal objet des
voeux que nous ne cefferons de former
pour vous , & ce qui fera de V. M. un
Roy felon le coeur de Dieu , & felon le
coeur d'une Nation auffi jaloufe de la Religion
de fes Peres , que fidele à ſes Princes
.
Sur le midy , le Marquis de Dreux
Grand Maître des Ceremonies , vint
prendre la Compagnie pour la conduire
chez Monfeigneur le Duc d'Orleans. Le
Marquis de la Fare Capitaine des Gardes
de S. A R. reçut l'Affemblée dans
la Salle des Gardes qui étoient en haye
fous les Armes . M. le Cardinal Du Bois"
fe joignit à la Compagnie dans l'Antichambre.
Le Marquis de Clermont & le
Marquis d'Armentieres conduifirent le
Clergé dans le goand Cabinet. Son A.
R. reçut la Compagnie debout & découvert.
Sa réponte à la Harangue de
Gvj l'Arche .
1230 LE MERCURE
vêque d'Aix fut remplie de termes qui
marquoient la protection , & la bienveillance
de S. A. R. pour le Clergé. Tous
les députez ayant été prefentez & nommez
à Monfeigneur le Duc d'Orleans
furent reconduits par les mêmes perfonnes
il y eut feulement cette differen
ce que le Marquis de Dreux s'étoit retiré,
lorfque le Marquis de la Fare avoit vou→
lu prendre la droite fur lui dans la Salle
des Gardes ; ce qui fut caufe que la compagnie
retourna fans garder de rangs , à
la Salle des Ambaffadeurs.
HARANGUE à Monfeigneur le Duc
d'Orleans par M. l'Archevêque
d'Aix.
MONSEIGNEUR ,
Nous venons avec empreffement porter
à V. A. R. les affurances de nos profonds
relpects , & c'eft avec joye que
nous nous acquittons en Corps d'un devoir
qu'éx ge vôtre augufte nailfance , &
rang que vous tenez . le
Nous n'y fommes pas moins engagez ,
Monfeigneur , par nôtre zele pour le bien
du Royaume , qui vous doit un repos
Feu connu dans le cours d'une longue
minorité ,
DE JUIN 1723: 1137
minorité , & dont vous avez fçû le faire
jouir par la profondeur & la fageffe de
vos confeils , avec un ſuccès jufqu'ici fans
exemple.
Que ne vous doit- il point encore ;
Monfeigneur , pour tous les glorieux foins
que vous prenez à lui former un Roy die
du Trône de fes Peres.
gne
Inftruit par V. A. R. dans le grand
art de Regner , nous le verrons redoutable
à fes ennemis , aimable à fes fujets
faire la gloire & le bonheur de la France.
Vous lui infpirerez fur tout , Monfeigneur
, l'amour de la paix , & vous lui
apprendrez ce que vous çavez fi parfaitement
, à la maintenir dans fes Etats ', en
faifant également refpecter l'autorité
Royale , & celle de l'Eglife.
Nous prierons fans ceffe le Seigneur ,
qu'en prolongeant les jours de V. A. R.
jufqu'aux temps les plus reculez , il veüille
combler de graces & de benedictions
un Prince , qui par fa bonté eft l'objet de
nôtre amour , & celui de nôtre admiration
par les vertus dont il eft rempli.
Tous les Députez furent invitez chez
M. le Cardinal , Premier Miniftre qui
les traita à dîner avec beaucoup de ma
gnificence.
La
1232 LE MERCURE
Le 4. Juin 1723.
L'Affemblée ayant été avertie de l'arrivée
de M.le Cardinal du Bois , Premier
Miniftre , députa fix Archevêques
qu Evêques , & fix Députez du fecond
Ordre pour aller le recevoir ; il étoit entré
dans l'Eglife des Auguftins , & il
faifoit fa priere dans le Sanctuaire. Les
Députez le joignirent à la porte de l'Eglife
qui donne du Cloître dans le Sanctuaire
, & ils le conduisirent dans la Salle,
it fe plaça comme Prefident au fauteuil
du milieu de la féance ; il prêta le feriment
ordinaire , étant debout & décou
vert , & ayant la main fur la poitrine ;
enfuite s'étant affis , il dit ,
MESSIEURS ,
J'ai atter du avec impatience le jour
ù je pouvois marquer à cette auguſte
Affemblée la vive reconnoiffance que je
fens de la grace que vous m'avez faite :
vous avez bien voulu m'affocier au Clergé
de France , & je fçai à combien de
merite , & à quelle gloire vous m'aſſociez
; mais j'ofe dire que ce qui eft fi glorieux
pour moi , l'eſt auffi l'eft auffi pour vousmême
vous auriez pû craindre un Miniftre
, qui , quoi qu'honoré du Sacerdoce
DE JUIN 1723. 19233

te cut pû être difpofé dans quelques occafions
à le facrifier à l'Empire ; ce penchant
n'eft que trop grand à croire les
interefts de l'un plus importans , & plus
preffans que ceux de l'autre ; mais vôtre
zele pour l'Etat ne vous a pas permis une
crainte qui pouvoit paroître legitime , &
en n'admettant dans l'interieur de vos
déliberations , vous prouvez de la manie
re la plus authentique la droiture & la
fincerité de vos intentions pour le fervice
du Roy. Je fens de mon côté à quoi
m'engage cette confiance ; il faut qu'un
Miniftre à qui le Clergé fait l'honneur
de ne le redouter pas , s'en rende digney
en redoublant fes foins pour les avantages
du Clergé tout ce que peut l'auro
rité du Miniftre' , je le dois à vos interefts
, ainfi loin que les devoirs dont j'étois
chargé , & ceux que vous m'impofez
de nòuveau viennent jamais à fe combattre
, la place que j'occupe dans l'Etat me
fournira les moyens de fatisfaire à celle
que vous me donnez dans l'Eglife ; je fuis
feur , Meffieurs , & je vous outrageroispar
le moindre doute , que vous ne me
donnerez à porter au Roy dans le cours
de cette Aflemblée que d'anciennes , our
plutôt d'éternelles preuves de l'attachement
des Eglifes du Royaume pour leur
protecteur, que des gages nouveaux &
certains
1234
LE
MERCURE
certains du dévouement du Clergé à la
Couronne , & de la tendreffe refpectueufe
pour la perfonne de Sa Majeſté , tandis
que je ne vous porterai que les précieules
affurances de l'attachement du
Roy à la Religion ; que fes maximes dont
il eft inftruit & penetré fur le refpect dû
au Sanctuaire fes fentimens en fa-
, que
veur de la plus illuftre portion de l'Eglife
univerfelle , que des témoignages de la
préference qu'il lui donne au deffus de
tous les autres objets de fon affection . Je
n'aurai rien ni de part ni d'autre à diffi
muler , ni à affoiblir , ni à exagerer : je
ne dois m'étudier qu'à être précis , & à
tranfmettre fi fidelement les fentimens du
Roy , & de fon Clergé , qu'il ne refte
aucun doute fur ce que le Souverain doit
attendre du zele & de la fidelité de fes
fujets , & fur ce que le Clergé peut efperer
de la Religion , de la prudence & de
l'affection du Roy.
L'Archevêque d'Aix témoigna à fon
Eminence la joye que la compagnie reffentoit
de fa prefence , les fentimens de
refpect que le Clergé avoit pour elle , &
les efperances qu'il concevoit de fa protection
& de fa bienveillance.
Le Secretaire lût la diftribution des
differens Bureaux , dans lefquels on examine
, & on difcute les affaires , dont
l'AffemDE
JUIN 1723 . 1235
1'Affemblée prend connoiffance.

On fit ſuivant l'ufage , la lecture des
Reglemens qui concernent les Affemblées
generales : on fixa l'heure des féances
, pour le matin depuis huit heures
jufqu'à midi , & après midi , depuis trois
heures & demie jufqu'à fept heures du
foir.
Le 8. Juin 1723.
Mrs le Pelletier des Forts & Fagon ;
Confeillers d Etat , & au Confeil Royal ,
M's le Comte de Maurepas , Secretaire
d'Etat & Dodun , Contrôleur General
des Finances , Commiffaires du Roy
allerent à l'Affemblée ; ils furent reçûs
l'Angle du Cloître , qui eft près de la.
porte du Sanctuaire , par quatre Archevêques
ou Evêques , & quatre Députez
du fecond Ordre ; ils fe placerent dans
des fauteuils adoffez au Bureau , vis- à- vis
les Prefidens .
Le Comte de Maurepas remit une Lettre
de Creance du Roy qui fur lûë par le
Secretaire .
M. le Pelletier des Forts , dit :
MESSIEURS,
Le Roy vous ayant affemblé dans la
Capitale de fon Royaume , nous ne pouyons
1236 LE MERCURE
vons être chargez d'une commiffion plus
agreable , & qui nous fit plus d'honneur
que de venir vous affeurer de fa part ,
de fon eftime & de fon affection pour le
premier Ordre de fon Etat.
Ces fentimens ont été infpirez à Sa
Majefté dès fon enfance par les perfonnes.
illuftres , chargées de fon éducation &
à mesure que la raifon s'eft dévelopée
dans ce jeune Monarque , un Prélat auffi
refpectable par fa capacité & par fa vertu
, que par fon amour fi defintereffé
pour la verité , n'a cellé de lut enfeigner
que la Religion eft la baze & le fondement
des Empires , & que l'amour des
peuples eft la plus grande force des Souverains.
Que ne pouvons nous pas attendre
Meffieurs , d'une fi heureufe éducation ,
& quelles , efperances l'Eglife de France
n'en doit- elle pas concevoir .
;
Il eſt le fils d'un pere que la pieté &
lės vertus rendoient fi digne de commander
le petit- fils d'un Prince dont nous
avons admiré la tendrelle. les
pour peuples
, & dont nous regretons encore la
bonté .
Enfin l'arriere- petit- fils du plus grand
de nos Rois , qui après avoir confommé
foixante années de don Regne à combattre
au dedans & au dehors les ennemis
de
DE JUIN 1723. 1237
de la Religion , a employé les derniers
inftans de la vie à donner à fon fucceffeur
ces fages confeils qui ont formé dans fon
ame les principes du plus folide , & du
plus équitable gouvernement.
Le grand Prince qui par la fuperio-,
rité de fon génie , autant que par
les
droits de fa naiffance , fut appellé à l'adminiſtration
de l'Etat pendant la minorité
, a commencé même avant le temps ;
de la majorité à expofer aux yeux du Roy
Te tableau des trois Ordres qui compofent
cette Monarchie.
D'un côté il lui a fait un portrait fidele,
des actions memorables , de la valeur , &
de l'intrepidité de cette genereufe Nobleffe
qui a tant de fois répandu fon fang
pour défendre nos frontieres & plus fou
vent encore pour les étendre , & Sa Majeſté
n'a pû le voir fans étonnement .
D'un autre côté il lui a reprefenté
l'affiduité & la neceffité indiſpenſable du
fervice des Magiftrats , qui n'épargnent,
ni leurs foins , ni leurs veilles pour entre-,
tenir la paix dans les familles , par une
fage application des Loix , fondement le
plus inébranlable des Etats , & l'amour
naturel du Roy pour la juftice s'en eft ,
augmenté .
Mais le point le plus effentiel de fes
inftructions a été le compte exact qu'ila:
rendu
1
7238 LE MERCURE
rendu à Sa Majefté de ce que doivent nos
Rois au premier Ordre de leur Royaume.
Il a été fecondé par les travaux d'un
Miniftre , chargé du poids immenfe des
affaires de l'Etat qui joint aux principes
d'une fage économie , fi neceffaire pour
maintenir le bon ordre au dedans , cette
vafte étenduë de lumieres & de connoiffances
avec laquelle il porte fi efficacement
fes vûës au dehors.
Sa Majesté eft parfaitement inftruite
Meffieurs , des fommes confiderables
dont le Corps du Clergé a ſecouru l'Etat
dans fes neceffitez les plus preffantes.
Elle connoît vôtre zele , & vôtre attachement
pour le bien de fon fervice.
Elle n'eft pas moins informée des lumieres
& du merite de chacun de ceux
qui compofent cette augufte Affemblée ,
des foins & de l'application continuelle
qu'ils
apportent pour inftruire les peuples
de leur devoir envers le maître des Rois,
& de leurs obligations envers leur Souverain
, & la fermeté avec laquelle l'illuf
tre Prélat que nous voyons à vôtre tête
vient de s'expofer aux perils les plus certains
pour le falut d'une grande Province
, eft une preuve fi éclatante , & fi finguliere
de fon zele , & de fa pieté , que
l'impreffion ne s'en effacera jamais de la
memoire de nôtre jeune Roy.
CA
DE JUIN 1723. 1239
Ce Prince eft à peine parvenu à la
Majorité , qu'il a crû devoir vous faire
part , Meffieurs , des difpofitions dans
lefquelles il prend les rênes du Gouver
nement.
Heritier du titre de Fils Aîné de l'Eglife
, il fent qu'il en contracte toutes les
obligations ; & Sa Majefté perfuadée
qu'elle trouvera en vous la même fidelité
dont vous avez donné des preuves fi conftantes
aux Rois fes prédeceffeurs , nous
commande de vous apporter les affurances
de fa parfaite confideration pour le
Clergé , de fon affection pour les membres
de cette illuftre Affemblée , & de fa
puiflante protection pour vos Eglifes.
L'Archevêque d'Aix , Prefident de
l'Affemblée répondit :
M ESSIEURS , URS ,
L'Affemblée reçoit avec un profond
relpect l'honneur qu'il plaît au Roy de
lui faire.
Les affurances de la continuation de fa
protection pour le Clergé , montrent
qu'il eft heritier de la pieté de fon auguſtė
Bifayeul , auffi bien que de fa Couronne
& nous affurent du même fonds de Religion
, qui a toûjouts animé le grand
Prince ,
1240 LE MERCURE
Prince , qui lui a donné le jour.
Cette pieté que nous voyons tous les
jours croître avec joye , Meffieurs , &
qui eft le fruit de l'heureufe éducation
qu'il a reçûë , fait nôtre esperance.
Quel avantage , en effet , ne doit point
attendre l'Eglife de France , du gouver
nement d'un Roy guidé par la Religion ,
& foutenu des avis du grand Cardinal
qu'il a mis à la tête de les Confeils.
Par là , Meffieurs , nous verrons fe cimenter
l'union fi neceffaire du Sacerdoce,
& de l'Empire ; nous les verrons fe prêter
mutuellement la main , pour faire
refpe&er l'une & l'autre puiffance.
il ne nous reftera alors qu'à jouir traṇ-
quillement dans nos Diocéfes de la paix
que le Ciel nous aura renduë , & benir
le Seigneur de nous avoir donné un Roy ,
qui édifie autant fon Eglife par fes exemples
, qu'il la foutient par fon autorité.
Nous avons , Meffieurs , un furcroit de
joye dans l'honneur que nous recevons aujourd'hui
, c'eft de voir qu'il nous foitporté'par
des perfonnes fi diftinguées par leur
vertu , leur merite , & les places importantes
que vous templiffez fi dignement.
Ufez , Meffieurs , nous vous en conju
rons , de l'accès , & de la confiance que
vous donnent auprès de S. M. ces mêmes
places, pour lui perfuader , que fi fa pieré
nous
DE JUIN 1723 . 1241
nous raffure , & nous confole, la Religion ,
dont nous fommes les premiers Miniftres ,
nous portera toûjours à lui être plus fidels
, & plus foumis que le refte de fes
fujets.
Les Commiffaires du Roy furent reconduits
par les mêmes perfonnes , &
dans le même Ordre , jufqu'à l'endroit
où ils avoient été reçûs .
Le 10. Juin 1723.
Les Commiffaires du Roy retourne
tent à l'Aſſemblée pour la demande du
don gratuit de 8. millions ; tout le paſſa
dans le même Ordre que la premiere fois.
Aprés la lecture de la Lettre de Creance
du Roy , M. le Pelletier des Forts dit :
MESSIE ESSIEURS ,
Lorfque nous eûmes l'honneur d'entrer
il y a quelques jours dans vôtre Affemblée
pour vous apporter au nom du Roy
les témoignages de fon eftime , & de fa
bienveillance pour le Clergé , nous vîmes
avec une fatisfaction extrême celle que
vous aviez de fuppléer à la foibleffe de
nos expreffions , par des idées proportion
nées à la Nobleffe des fentimens de celui
qui nous envoye.
Mais aujourd'hui que nous fommes
chargez
242 LE MERCURE
chargez de vous expofer les befoins de
l'Etat , & de demander une partie des
Lecours neceffaires pour le foulager ; nous
croyons , Meffieurs , que nous n'avons
qu'à vous rappeller vôtre amour fi naturel
pour le Roy, & vôtre affection tant
de fois éprouvée pour les fujets .
Vos dons doivent être proportionnez
à la fituation prefente des affaires du
Clergé , & nous n'avons garde d'éxiger
de vous de les mefurer fur les neceffitez
de l'Etat.
Le feu Roy n'avoit pû fe difpenfer de
contracter des dettes immenfes pour foutenir
pendant une longue fuite d'années
les guerres que lui avoit fufcitées la jaloufie
de toutes les puiffances de l'Europe
liguées contre lui .
Vous fçavez quel étoit l'épuifement
du Royaume pendant les dernieres années
de fon Regne , combien fa tendreſſe
pour les peuples le preffoit d'y remedier
& quels furent les regrets de ce grand
Prince dans les triftes inftants où les decrets
de la Providence rendirent toutes
fes mefures inutiles.
Monfieur le Duc d'Orleans n'a rien
oublié pour acquitter le Roy de cette
imp rtante obligation.
Il a maintenu par fa fageffe la tranquillité
dans toutes les Provinces du
Royaume ,
DE JUIN 1723.
7243
Royaume , & dans les Etats les plus dif
pofez à la troubler , il a fçû par fon habileté
menager differens traitez , dont il
a affuré l'execution par les alliances qu'il
a contractées .
Les premieres années de fa Regence
ont été employées à connoître , & enfuite
à diminuer les dettes de l'Etat .
Il a écouté avec une attention continuelle
, & examiné avec un travail affidu
, les differens expediens qui lui ont
été propofez pour y remedier ; il avoit
crû même pouvoir ceder au goût preſque
general de la nation pour en tenter
quelques- uns ; mais le Ciel en a bientôt
arrêté les fuccès trop précipitez .
Ceux qu'ont eu les recouvremens des
revenus du Roy font plus folides , Meffieurs
, ils ont paffez de beaucoup nos
efperances. L'application de chaque efpece
de recette à chaque differente nature
de dépenfe facilite & affeure le bon ordre
dans l'adminiſtration des Finances.
Mais il reste une partie confiderable
de dettes à payer , & le Roy ne peut
efperer d'y parvenir que par le concours
du zele , de la fidelité , & de l'affection
de tous les ordres de fon Royaume .
Vous en êtes le premier , Meffieurs ,
& vous vous êtes toûjours empieffez de
donner l'exemple aux deux autres , toutes
I1.
les
1244
LE MERCURE
les fois que l'occafion vous a été offerte
de plaire au Roy , & de fecourir l'Etat
par vos liberalitez.
Celle de huit millions que Sa Majeſté
nous ordonne aujourd'hui de vous demander
, pour être payée en differens termes
jufques à la prochaine Affemblée de
1725. doit être d'autant moins onereufe
au Clergé , que fes charges ont été confiderablement
diminuées par la réduction
au denier so . des Rentes dont il fe trouve
redevable.
D'ailleurs , Meffieurs , vous ne vous
êtes point aflemblez depuis 1715. & tout
le temps de la minorité s'eft non-feulement
écoulé , fans qu'il vous ait été demandé
aucuns fecours ; mais même M. le
Duc d'Orleans toûjours attentif à vos in
terefts , vous a délivré pendant la Regence
d'une multitude d'Officiers inuti-
Les infiniment à charge au Clergé.
Ceux qui ont été confervez ne joüiffent
plus de leurs gages ou augmentations
de gages qu'au denier so. & auffi-tôt que
Sa Majefté a été informée que l'effet des
differens Arrefts rendus en 1719. & 1720.
foit pour la fuppreffion des Charges , foit
pour le remboursement ou pour la réduction
des Rentes au même denier , avoit
été fufpendu par le réfiftance de quelques-
uns des Officiers & des Rentiers ,
elle
DE JUIN 1723 . 1245
elle a prévenu par la fageffe de fes décifions
les juftes reprefentations qu'auroit
pû lui faire le Clergé affemblé .
Elle a même fixé par une Declaration
authentique vôtre fituation. pour le paffé ,
& affuré l'Etat des Rentiers pour l'avenir
, en ce qui concerne les arrerages de
ces anciennes Rentes , dont l'incertitude
donnoit depuis fi long- temps lieu à tant
de remontrances & de conteftations .
Jugez , Meffieurs , par ces differens
avantages que le Roy vous a procuré depuis
qu'il eft parvenu à la Couronne , de
la tendreffe de les fentimens pour le Cler- .
gé ; mais jugez encore mieux de fa pieté,
par la protection avec laquelle il a foutenu
l'autorité du premier Ordre dans les
affaires de l'Eglife , & continuez en lui
accordant des fecours qu'exigent les befoins
indifpenfables de l'Etat , à lui donner
de nouvelles preuves de vôtre zele
& de vôtre refpectueule reconnoiffance.
L'Archevêque d'Aix , Prefident répondit
:
MESSI ESSIEURS ,.
Nous ne fommes pas moins fenfibles
aux témoignages de confiance que le Roy
nous donne , en nous faifant connoître
I ij
les
1246 LE MER CURE
les befoins de fon Etat , que nous le fûmes
, lorfque de fa part vous nous port âtes
les affurances de la continuation de
fa ' protection.
Sur quel Corps , à la verité , de fon
Royaume , Meffieurs, pourroit - il avec plus
de juftice mettre fa confiance, que fur celui
qui tient tout de la pieté , & de la liberalité
de fes Rois , & dont les Miniftres
obligez d'infpirer aux peuples la foumiffion
& l'obéiffance , doivent autant par
religion que par reconnoiffance leur en
donner l'exemple.
Nous connoiffons , Meffieurs, parfaite.
ment l'étendue de ces devoirs , & nous
ofons nous flater de les avoir rempli fans
menagement.
Les dons exceffifs & frequens faits au
feu Roy , pour l'aider à foutenir , & à
finir une guerre , qui intereffoit également
l'Eglife & l'Etat , en font une jufte
preuve , auffi bien que de notre zele .
Le defir ardent de nous remettre en
état de fuivre les mouvemens de ce même
zele , nous faifoit envifager la tranquillité
dont jouit le Royaume par les foins du
grand Prince qui nous a gouverné pendant
la Regence , comme un temps propre
à nous en fournir les moyens.
Nos dettes , Meffieurse, font toûjours
immenfes , & fi nous joüiffons de quelque
DE JUIN 1723.
1247 .
que foulagement par lafréduction de nos
Rentes , nous avons la douleur de voir
nôtre nouveau Clergé ruiné par les differentes
operations , que le feul befoin de
l'Etat à caufé. a
Par là nôtre credit eft affoibli , & le
Service Divin dans differens endroits prêt
faute à de fubfiftance pour les
manquer ,
Miniftres .
Dans cette trifte fituation , nous ne
pourrions offrir au Roy , qu'une impuiffance
réelle , fi le Clergé n'avoit en lui
un fonds inépuifable , que le defir de plaire
à S. M. & de la fervir nous fournira
toûjours .
L'Affemblée , Meffieurs, va fe mettre en
état de répondre à vôtre demande , elle va
pour cet effet tirer le rideau fur fes propres
miferes , pour n'envifager que le feul
bien qui nous tient le plus à coeur , &
que nous voulons nous conferver ; bien
que nous faifons confifter dans les bonnes
graces , les bontez , & la protection de
Sa Majesté.
Mais , Meffieurs , tandis que nous tirons
le rideau fur nôtre trifte fituation , ouvrez-
le , s'il vous plaît , au Roy , afin que
S.M. & fon Confeil connoiffe le veritable
état du Clergé , & combien un Corps
qui fe prêre toûjours avec tant de defin
tereffement , merite d'être menagé , pro-
I iij tege
1248 LE MERCURE
tegé & délivré de ces triftes contreventions
qui l'affligent , & qu'une fauffe jaloufie
de Jurifdiction n'enfante que trop
fouvent.
Les Commiffaires du Roy s'étant retirez
, l'Abbé de Broglie . Promoteur donna
les conclufions fur leur demande , &
J'A Temblée délibera d'accorder huit
millions de don gratuit , payables en quatre
termes .
Les Députez qui avoient reçû les Commilaires
du Roy , allerent leur faire le
rapport de la déliberation que l'Affemblée
venoit de prendre ; ils promirent d'en
rendre un compte fidele à S. M.
L'Archevêque d'Aix écrivit au Roy
pour l'informer du zele & de l'empreffement
avec lequel l'Affemblée s'étoit por
tée à fe conformer aux intentions de
S. M. La lettre fut portée par l'Abbé de
Brancas , qui rapporta la réponſe ſuivante
du Roy à l'Archevêque d'Aix .
M parfaite fatisfaction du témoigna
R l'Archevêque d'Aix , j'ai une.
ge que l'Affemblée du Clergé de mon
Royaume vient de me donner de fon zele
pour mon fervice ; je vois par la conduite
des Députez qui la compofent , que tou
tes les Provinces ont été animées du même
efprit , & également touchées des
befoins
DE JUIN 1723. 1249
befoins de l'Etat , & de l'envie que je fois
content d'elles . Rien n'étoit plus propre
à me faire connoître l'intereft que j'ai de
foutenir l'autorité , que le caractere &
la charité des Evêques leur donnent fur
mes peuples ; je fçai ce que vôtre exem
ple auroit pû faire fur les députez dans
cette occafion , s'ils en avoient eu befoin ;
mais fans rien diminuer de l'eftine & de
la confiance que je dois à vôtre fageffe
fi fouvent éprouvée ; vous ferez ravi que
je vous avouë que je ne puis aujourd'hui
m'appercevoir dans l'unanimité des fuffrages
, de ceux qui auroient voulu fe faire
remarquer , pui que tous les députez fe
font également diftinguez ; affurez - les du
gré que je leur fçais , auffi bien qu'à vous,
& que je fuis très- difpofé à leur donner
toutes les marques de protection qu'ils
defirer
peuvent pour l'avantage des Egli
fes de mon Royaume ; fur ce je prie Dieu
qu'il vous ait , M. l'Archevêque d'Aix ,
en fa fainte garde. A Meudon le 10. Juin
1723. figné , Louis ; & au dos eft écrit
à M. l'Archevêque d'Aix.
Les Commiffaires du Roy ont dîne
chez l'Archevêque d'Aix les deux jours
qu'ils font allez à l'Affemblée ; ce Prélat
a donné dans cette occafion comme dans
toutes les autres , des marques de fa magnificence.
I
iiij
Le
1250 LE MERCURE
E 22. de ce mois M. le Comte de
Morville , Secretaire d'Etat , fils de
M. le Garde des Sceaux , fut receu à
l'Académie Françoife , à la place de feu
M. l'Abbé Dangeau ; il prononça un
très-beau Difcours qui fut generalement
applaudi dans l'Affemblée qui étoit nom-
-breufe, & compofée de perfonnes illuftres .
M. Mallet , Chancelier , lui répondit au
nom de l'Académie.
******************綠茶
A M. Fagon , Confeiller au Confeil Royal .
VERS.
MEs premiers ans s'écoulerent en paix,
La fortune m'avoit fait grace ;
Mais helas ! fa faveur comme un ombre s'efface ,
De fa haine bien- tôt je reffentis les traits.
Par vous j'ai retrouvé la trace ,
D'un bien évanoüy qui caufoit mes regrets ;
Chaque inftant heureux que je paſſe ,
Eft l'ouvrage de vos bienfaits .
L'heureux loifir qui n'environne ,.
Par un hommage pur vous affure mon coeur ;
Je
DE JUIN · 1723 . 1251
Je vous dois ma fortune , & peut être l'honneur.
Eh ! quel courage ne s'étonne ,
Quand le deftin s'obftine à nous defefperer !
Cet amour de l'honneur qui doit nous inſpirer ,
L'heureuſe naiffance le donne ;
L'infortune peut l'alterer ;
Trop de richeffe ou d'indigence ,
Prepare à la vertu des écueils dangereux
Je puis couler mes jours au ſein de l'innocence ;
Le deftin que m'a fait vôtre coeur genereux ,
M'offre de richeffe & d'aifance ,
"
Trop peu pour m'égarer , affez pour être heureux .
Le nommé Cheret , qui étoit détenu
aux prifons du Fort - l'Evêque de puis quelques
mois , pour avoir diverti une fomme
confiderable d'effets , qui lui avoient été
confiez par plufieurs particuliers , fit rebellion
à Juftice dans la priſon le 11. de ce
mois ; en forte que quelques Archers tirerent
fur lui, & le tuerent. Il fut ordonné
par Sentence du Châtelet , confirmée
par Arreft du Parlement , que le cadavre
dudit Cheret feroit traîné fur la claye ,
& penduenfuite par les pieds en place de
Gréve , ce qui fut executé.
I v On
1252 LE MERCURE
On a eu avis d'Amfterdam que le Roy
d'Angleterre, parti le 14. de ce mois à 6.
heures du for de Londres , étoit arrivé
le 19. à 9. heures du matin en Hollande,
d'où S. M. B. continue fa route par
terre vers Hanover.
***************
MORTS & MARIAG ES.
N écrit de Vannes du 13e de ce
Omois ,que le jour d'auparavant la
De Julienne Gallior y étoit morte , âgée
de 130. ans paffez . Elle eft née dans la
Paroille de Merdrignac , Diocele de
S. Malo . Le Curé a dit n'avoir point de
Regiſtre affez ancien pour trouver fon
Extrait Baptiftaire. Elle a été mariée
deux fois , & n'a eu d'enfans que du
premier mariage,qui font morts. Elle mar
choit encore fans bâton , filoit du fil trèsfin
qu'on vendoit jufqu'à fix livres la li
vre. Elle a été quatre jours à l'agonie
& n'eft morte que d'une chute qu'elle fit.
en montant dans fa chambre à un troifiéme
érige cù elle demeuroit. Elle a confer
vé jufqu'à la fin beaucoup de fanté &
un efprit fort droit . Madame de Monquand
de la même Ville , actuellement
âgée de 98. ans , affure n'avoir jamais
connu
DE JUIN 1723. 1253
connu ladite Galliot que très-âgée.
Geoffroy de Valbelle , Meftie de Camp
de Cavalerie , premier Enfeigne des Gen.
d'aimes de la Garde ordinaire du Roy
fils unique de Colme de Valbelle , Marquis
de Rians , Seigneur de Metargues į
Cadarache , &c. Lieutenant de Roy de
Provence au Département d'Arles , &
de Marie - Therefe d'Oraifon , époufa le
premier de ce mois à Aix en Provence
Mademoiſelle de Sainte Tulle , fille unique
de Cofme - Maximilien - Louis -Jofeph
de Valbelle , Marquis de Tourvès ,
Comte de Sainte Tulle , &c . & de Da
me Anne- Marie de Demandols . Alphonfe-
Jofeph de Valbelle , cy - devant Aumônier
du Roy , Coadjuteur de Saint
Oiner , Oncle de la nouvelle mariée , a
fait la ceremonie .
1
M. Jean - François de Valderie de Lef.
cure , Evêque de Luçon , eft mort dans
fon Dioceſe.
M. Jacques Maboul , Evêque d'Alet ;
eft auffi mort dans fon Dioceſe .
M. Pierre-Armand Bloüin , Prêtre
Abbé des Abbayes Daniane & Saint
Sauveur Dobazine , eft mort à Paris le
7. de ce mois , âgé de 58. ans.
Le 8. Dame Catherine - Barbe de Tur
gis de Canteleu , Dame de la Ferté Fernelle
, de Longthui , &c. époufe de M.
I
vj
Bon
1254
LE MERCURE
Bonher de Caſtelu , Chevalier, Seigneur
Marquis de Saint Pierre , &c . Capitaine
des Gendarmes d'Anjou , eft morte le 8.
de ce mois , âgée de 25. ans.
Le même jour eft morte à Paris , dars
la quarante- deuxième année de fon âge ,
Dame Marie- Charlotte de Noailles
fille du Maréchal de Noailles , & épouse
de M. Malo Augufte , Marquis de Coetquen
, Comte de Combourg , Baron des
Baronies d'Aubigné & de Bonne - Fontaine
, Seigneur Châtelain d'Uzel , de la
Motte- Daunon , Gaugray , Godheu ,
Boulet , Pleffis - l'Epine , Maletroit , Dol,
&c. Lieutenant General des Armées du
Roy , Commandant dans les Pays &
Duché de Bretagne , Gouverneur des
Ville & Citadelle de Saint Malo.
Le 24 Dame Jeanne- Thereſe de Rocfeuille
, Epoufe de M. Ferdinand , Marquis
de Lunaty , Vifconti , Colonel de
la Garde Suiffe de S. A. R. de Lorraine ,
eft morte à Paris de la petite verole ,
âgée de 34. ans.
Dame Marie- Jeanne Barberic de Courteille
, Epoufe de M. Peirene de Saint
Cir , Gentilhomme ordinaire chez le
Roy , eft morte à Paris le 17. de ce mois ,
âgée de 23. ans.
M. Antoine-Nicolas Portail de Vaudreuil
, Confeiller du Roy en fa Cour
de
DE JUIN 17237 1255
de Parlement , & Commiffaire aux Requêtes
du Palais , fils de M. Portail Prefident
à Mortier , eft mort le 20. de la
petite verole , âgé de 21. ans.
M. Pierre-Jofeph Gon de Vaffigni ,
Chevalier , Confeiller du Roy en fes
Confeils , & Preſident en fa Cour des
Aydes , eft mert le 8. âgé de 62. ans .
Dame Marie- Suzanne Guyhou , veuve
de Paul Poiffon Bourvalais , Ecuyer
Confeiller , Secretaire du Roy , Maifon ,
Couronne de France & de fes Finances ,
eft morte le 9. âgée de 63. ans.
M. Henry- Philippe de Beaumont ,
Chevalier , Marquis de Prulay , Meftre
de Camp de Cavalerie , Sous- Lieutenant
des Gendarmes Dauphins , eft mort le
17. âgé de 31. ans .
J
APPROBATION.
'Ay lû par
ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux le Mercure du mois de juin , & j'ay
cru qu'on pouvoit en permettre l'impreffion
A Paris , le 3. Juillet 1722.
HARDION.
TABLE
1256
TABLE
GENERALE DES SIX PREMIERS
mois de l'année 1723 .
A
A Cadémie Françoife. Sujet des prix propofez.
129, Nomination 301. Reception. ibid. &
Des Sciences.
Des Infcriptions 131 .
De Peinture & Sculpture.
Des Arcadiens ; à Rome.
Problematique de Setubal.
D'Hiftoire, à Lifbone. 126. 315. 565. 768
Des Anonimes, à Liſbone.
Des Appliquez, à Liſbone. 963. 1037.1176
De Verone.
Des Sciences , à Petersbourg.
ssi . 1250
765
759
960
126
131
565
119
962
De Mufique , à Avignon .. 310
Agathe Onyce du Tréfor de S. Denis. 87
Age extraordinaire. 831.1252
Alexandre , Difcours fur fes conquêtes,
868
Angleterre , Hiftoire de ce Royaume.
Antinous , le culte qu'on lui a rendu .
IIS
550
Antiquitez de Narbonne. 128. 536. trouvées en
Portugal, 768. trouvées près de Montpellier.
Aquilius & Florus , Tragedie des Jefuites.
1169
Arlequin au Banquet des fept Sages , Comedie.
159. Critique.
Arles, v. France.
336
335
Arnaud,
Arnaud , fameux Chirurgien , fa mort.
Aubervilliers ( Village )
Avertillement des Auteurs du Mercure.
B.
69
ΖΟΣ
404
Afile & Quitteric, Comedie . 157.
Baten suites Londres en 1722. 169. 4
198
822
Vienne.
Baviere Conte de ) Ceremoni : de la Grandeffe
accordée à ce Prince,
Beaujolois ( la Princeffe de ) fon paffage en Eſpa
gne. 369.
596
Beringhen ( M. Jacques-Louis de ) fa mort. 1006
Bibliotheque Chartraine , remarques fur ce Livre.
Bibliotheque des Philofophes .
252
753
Bifloni ( Jean ) Comedien Italien , fa mort. 967
Bouquet à Mile du V.
Bourgogne , France.
40
Bouts rimez. zo . 51. 250. 261. 285. 445. 470.
688. 698. 699. 909. 924. 937. de M. de la
Mothe.
Brayne , petite Ville.
Bude entierement brûlée.
I
790
73
845
C.
CA
561
Allot ( Jacques ) fes ouvrages.
Campiftron ( Jean Galbert de fa mort. 1009 )
Camps ( Abbé de ) v. Sacre.
Canal propofé pour Paris.
.i. 306
Cantate , la belle Hollandoife . 927. l'Amour fugitif.
Caracteres inconnus.é
1059
2001 472
Carriere de Morintru , ouvrier qui y a été enterré
pendant cinq jours. 2.35.
Châlons
J
Châlons , fi cette Ville eft Capitale de Champă
gne. 246.
Chanfons. 48. 103. 298. 740. 947.
Chapelle ( Jean de la ) fa mort.
Charbon , la fumée en eft mortelle.
853
1163
1169
375
1176 Cha rtes qui ne font point dattées ,
Chrétien , en quel temps les Rois de France ont
pris le titre de très - Chrétien.
Cleopatre , Tragedie.
1
265
157
Clergé , Affemblée du Clergé. 1216. Lettre du
Roy à ce fujet.
Ce qui compofe cette Affemblée.
M. le Cardinal du Bois nommé Prefident.
1217
1218
1223
Ouverture de l'Affemblée. 1224
Harangue au Roy. 1227
A M. le Duc d'Orleans.
1230
Harangue de M. le Cardinal du Bois. 1232
De M. le Pelletier des Forts. 1235. 1241
1239. 1245
Réponses de l'Archevêque d'Aix.
Lettre du Roy à l'Archevêque d'Aix. 1248
Condé ( Me la Princeffe de Condé ) fa mort. 589.
fa
pompe funebre. 137. 614. fon éloge. 718
Conte , la jeune femme en couche 66. Contes
Tartares. v. Gueulette.
Cofroes , Opera.
Cofter Laurent ) inventeur de l'Imprimerie
1172. fa Statue élevée à Haérlem. ibid.
Courtenai ( Prince de ) fa mort
Cretus , Opera
2.1.0
f
1005
-339
Criminels qu'on a exceptez du pardon au Sacre.
Cybele Peffinunte.
StalDellort of
D
86
529
Acier , fon éloge à l'Académie des Infcriptions.
1759
Daniel ( Jefuite ) critiqué au fujet d'une Medaille
inlerée
inferée dans fon Hiftoire de la Milice Fran
çoife.
Davel condamné à mort , fa fermeté.
Declaration concernant les peinés & les
tions d'honneur.
Delrio critiqué .
Denis d'Halicarnaffe. v . le Jay.
Defbroffes , Comedienne , fa mort.
Diamant antique gravé.
Dictionnaire Heraldique.
1062
991
repara-
1018
19
198
925
957
Dictionnaire univerfel de la France , ancienne &
moderne.. 951
Duchefne a fait une faute qui en a jetté bien
d'autres en erreur.
Duels , Edit contre les Duels.
E.
449
5220
1114
1131
Enfant d'une figure extraordinaire. 37. Réfle-
Glogue de M. d'Eft Adens.
Elegie à la Marquiſe de....
xions fur ce Monftre.
Enigmes, 101. 295. 544. 738. 945.
734
1161
Entrée de leurs Majeftez Czariennes , à Moscou.
De la Princeffe de Beaujolois , à Bayonne.
Epigrame contre les Poëfies Satyriques.
Epitalame.
Epître en vers à M. le Cardinal du Bois .
A M. de la R. fur fon Roffignol.
Efpagne. v. Mariana.
3:40
367
45
527
2'3
1120
Eugene le Prince ) fon portrait gravé par Picard.
964
F
F.
Able , la Majefté & l'Amour 1. Le fruit d'un
bon avis. 36. Les Cignes & les Grenouilles .
25. fur la Majorité du Roy 473 Le Papillon
& la Violette. 731. La Linotte Coquette . 920.
Le Rouffin Oifif. 1097
Fer , l'art de le convertir en Acier. v. Reaumur.
Fête donnée à Poitiers. 45. A Cambrai . 191. A
Paris , par M. Couvai. 193. A Chamron . 208
La Fortune reconciliée avec le merite. 244
France , Souveraineté de cette Couronne fur les
Royaumes de Bourgogne Transjurane & d'Arles.
G.
635
Autier. v. Bibliotheque des Philofophes.
GS. Germain des Prez , diverfes explications
des Statues du Portail de cette Abbaye. 895.
1170
Gefvres ( le Duc de fa reception en qualité de
Gouverneur.
Gonelfe , Bourg.
Grenan ( Benigne ) fa mort.
Gueulette 740. & fuiv.
187
69
960
H.
Hautefeuille l'Abbé de ) v. Pendule.
Hiftoire Galante , les deux amis rivaux . 52
Horloge d'une nouvelle invention . 1147
Houteville ( l'Abbé de ) critiqué par Rabi Iſmaël .
Hymne à la Pareffe.
104
88
I.
1.
Dille fur la majorité du Roy.
Jettons de l'année 1723.
Incendie , Machine propre à l'éteindre.
713
132
962
Incendie de Bude. 841. De Stokolm . 1028. 1187
Ines de Caftro , Tragedie.
777
960 Joblot ( Louis ) fa mort.
L.
L
A double inconftance , Comedie.
La Mare
fon éloge.
771
Commiffaire de ) fa mort . 844.
Languedoc , Hiftoire de cette Province.
Laverne , Déeffe honorée par
La Villette , Village.
938
724
les Romains . 762
68
Legitimé , rangs & honneurs des Princes legiti
mez.
IOZÓ
394
Les Haquais ( François ) fa ort.
Le Jay , Critique de fa traduction de Denis d'Halicarnaffe.
21. 218. 430. 700. 910. Réponse .
948 Lettre du Roy fur la mort de Madame. so. fur
la ceffation de la pefte, au Cardinal de Noailles.
292
Ode de M. Foncemagne aux Auteurs du Mercure.
Lettre originale aux Auteurs du Mercure.
Loterie de Tableaux.
1150
922
119
=
M.
MAcaty
, Singe de M. le C. de Clermont
. 12. Invitation à fes funerailles. 1155.
Son Epitaphe. 1157. fuiv. Machine pour remettre
à flot les Vaiſſeaux enſablez.` 1169
Madaillan
Madaillan , origine de cette Maifon. TOYO
Majorité du Roy. 381. 383. 484. Tems de la Ma
jorité des Rois de France. 481. Difcours Latin
fur la Majorité du Roy.
766
Malaval François ) fon éloge & fes ouvrages.
· 1091
Mandement de l'Evêque de Marſeille au fujet de
la ceflation de la pefte. 1159
Mariana , traduit en François. 299. Autre traduction
de l'Abbé de Vayrac.
S. Martin d'Angers .
·745
1924
Matthieu , fon éloge à l'Académie des Inſcrip
tions . 761
Medailles du Roy. 314. 965. fur la pefte de Marfeille.
689. 1124 du P. de Grainville. 1098
Medecine Stalique.
Monftre. v. Enfant.
Moriniere ( Claude de ) v . Sciencé.
955
Morts , état des morts à Londres pendant l'année
1722. 169. à Vienne.
Moulin à poudre.
Mouvement extraordinaire.
Multiplians de Montpellier.
N.
Nantes , Origine de la Mairie.
Naples , Hiftoire de ce Royaume.
Nitetis , Tragedie .
Notitia Galliarum.
198
127
1167
995
311
0962
567
759
Le Nouveau Monde , Comedie. 134. Critiqué.
135. defavoüé & critiqué , par M. Fuzelier.
287.
Ο
O.
819
De , la pauvreté. 425. Sur la paix. 847. Le
jugement dernier. 876. La retraite d'Alcipe
.
cipe. 1088. La grandeur de Dieu dans les ouvrages.
Oeil , Maladies de l'Oeil .
1142
930
Opera de Venife. 585. Opera Italien qui doit
s'établir à Paris.
770
Oracle de Delpnes defavoué par M. Fuzelier . 819
Orette , Opera.
1
210
Orleans ( Madame d' ) fon éloge. 90. Abregé de
fa vie. 92. Son fervice à S. Denis . 3.75 . à Laon.
620.
Otages de la Sainte Ampoule.
Othon , Roy de Germanie , Opera.
989
82
338
Ovide , fes Heroïdes en vers François.
113
P. -
LEs Paniers,
Es Paniers , Comedie,
566
967
159
Parodie , Comedie aux Italiens.
Partenope , Opera.
Pendule nouvelle de l'Abbé de Hautefeuille. 958
Percy , particularitez fur cette Maiſon. 41.
Sainte Perine , Abbaye Royale.
Perfe Miriveits , Roy de Perfe. $ 87.
Phenomene apperçû à Bragance.
476
68
1186
768
Philomele , Opera, 770. Critique aux Italiens.
Piémont ( Princeffe de ) fa mort.
(
Pierre , Operation de la Pierre.
Pirithous , Opera . 158
Police obfervée à Rheims au tems du Sacre.
Forte-malle du Roy , ce que c'eſt,
1184
615
959
321
7:8
75
Poffeffion , réflexion fur les poffedez. 5. 6. poffeffion
de Loudun.
Protée, Statuë de Sebaftien Slodts.
16
960
Q:
, Vinaut , Comedien fon difcours à la
clôture du Theatre.
R.
R en
Apin Thoyras. v. Angleterre.
581
Reaumur , Art de convertir le fer en Acier.
Recreations literaires.
112
3ot
Regnier le Poëte n'eft pas fils d'un Tripotier. 257
Remerciment à M. le Cardinal du Bois. 290. à
M. l'ancien Evêque de Frejus.
Richer. v. Ovide.
Riencourt . v . Antinous .
291
Rigord fait Chevalier de S. Michel , ſon éloge ,
1125
Robert , Roy de France , combien il a eu de femmes,
S.
446
Acre de Louis XV. additions & corrections,
67. Difcours de M. Crevier fur ce Sacre . 129.
Quel jour doit fe faire le Sacre des Rois de
France.
Saintes ( Claude de Evêque d'Evreux.
397
Science qui eft en . Dieu , par M. de Moriniere.
Secouffe. v. Alexandre.
255
950
Serdeau des Theatres , Comedie aux Italiens . 336
818
Singe. v. Macaty.
Soiffons Evêque de ) fon difcours au Roy. 70
Soleil donné à l'Eglife de Rheims par le Roy. 75
༡༠
T.
T
T.
Ableaux. v. Loterie.Expofez à la Fête-Dieu.
1173
832
Terraffon ( Pere de l'Oratoire ) fa mort.
Terre , nouveau Syfteme du Globe de la Terre.
755
Theatre Anglois. 970. Flamand , Hollandois &
Allemand.
978 Thrafilaus ou le riche imaginaire , Comedie. 1177
Tigre Marin. 1212
Traducteur , les devoirs d'un bon traducteur. 949
Trajan , Opera.
Troyes , fi cette Ville eft Capitale de Champagne.
246.
V
Arignon ( Pierre ) fa mort.
Vayrac (Abbé de 2. Mariana .
Vergi la Comteffe de ) Hiſtoire
Tragique.
Vers trouvé dans les reins.
339
853
125
Galante &
319
39
Vers à la Marquife de Joyeuſe . 294. A la Ducheſſe
d'Hanovre . 475. fur l'Amour intereflé . s 7.
Sur le Rhume de Me du M.... 722. Sur la Majorité
du Roy. 864. Le Roffignol . 883. Réponse
à ces Vers. 1120. De M. de la Font à M. le
Comte de Morville. 893. Le Portrait du P.
Eugene. 964. A Iris en lui envoyant un Serin .
à M. Dagon.
Vieilletle extraordinaire.
1128. 1250
379
Vifion , nouveau Systême pour découvrir l'erreur
des Philofophes fur la maniere dont fe fait la
vifion.
Vivant ( Abbé ) fon éloge .
Viviers ( le P. Emanuel de ) v. Viſion.
1134
721
UniverUniverfité
, Proceffion du Recteur.
Urne , antique de Vefpafien.
Vvoolhoufe , avis qu'il donne au public,
Errata du mois de May dernier.
604
769
124
Age 888. lig. 1. te prête , lifez t'aprête.
Page 905. lig. derniere , tome 1. p. 169. lifez
tome 3. p . 121.
Page 939. lig.. furpris , lifez furprit.
Page 946. lig. 4. campagnes , lifez compagnes.
Page 975. fig. 10. juftice , lifez jufteffe .
Fage 1025. lig. 3. obfervoit , lifez obferveroit.
Page 1034. lig. Lefvveu , lifez de Vare.
Page 1044. lig.... Honfpech , lifez Hompeſch.
Fage 1100. lig. 20. Tilliers , lifez Tillieres .
Fautes furvenues pendant l'Impreſſion
de ce Livre.
3. lig. 3. du bas part ajoutez à.
PPage 1125. lig. 10. monde de fçavant , lifex
monde fçavant.
Page 1130. lig. 3. du bas d'azure , lifez d'azur.
Pag. 1166. lig. 18. & pieces , lifez & des pieces
L'air noté doit regarder la page 1163
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le