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1723, 04
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LE
MERCURE
D'AVRIL
1723 .
QUE COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVFLIER , au Palais .
GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , au Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT , Quay des Auguftins, à ' a
defcente du Pont- neuf , à la Croix d'Or.
M DC C. XXIII,
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
L'ADRESSE generale pour toutes
Cmis au Mercure , chez M. le Commifaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Le prix eft de 30 fols.
635
LE
MERCURE
D'AVRIL 1723 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Profe & en Vers.
De la Souveraineté de la Couronne de
France fur les Royaumes de Bourgogne
Transjurane , & d'Arles. Par
M. de Camps , Abbé de Signy .
C
' Eſt fans doute , Morfieur , ce
que vous avez lû fur les Royaumes
de Bourgogne Transjurane
, & d'Arles dans la Defcription
Hiftorique & Géographique de
la France ancienne & moderne , ( a ) page
268. jufqu'à la page 381. premiere par-
[a] Un vol. in fol. divifé en deux parties ,
contenant enfemble 776. pages.
A ij
tie .
636 LE MERCURE
tie , livre 3. que l'on a mile en vente
depuis quelques mois , qui vous engage
à
renouveller vos emprellemens ; quoique
mon Traité de la haute Souveraineté de
nos Rois fur les Royaumes de Bourgogne
Transjurane & d'Arles , même
pendant qu'ils ont été poffedez comme
biens hereditaires & fucceffifs par quelques
Empereurs d'Allemagne , foit déja
revêtu de l'approbation du Cenfeur , & .
prêt à mettre fous la preffe , je vous en
envoye un extrait , puifque vous le defirez
avec tant de vivacité . Je l'ai fait
court & fuccint , mais je crois que vous
y trouverez encore affez de preuves pour
être perfuadé qu'ils n'ont jamais été Fiefs
de l'Empire , non plus que les autres pays
que les Empereurs ont poffedé en deçà du
Rhin , & vous aurez lieu d'être furpris
qu'un Auteur qui ne manque pas d'érudition
, aaiitt pû répandre dans le Public
une opinion fi contraire à la verité , &
qu'Adrien Vallois le plus fçavant & le
plus judicieux de nos Hiſtoriens , a folidement
refutée depuis plus de 47. ans ,
Les Royaumes de Bourgogne Transjurane
& d'Arles ont toûjours été depuis
leur établiffement fous la Souveraineté
de nos Monarques . Je ne parle ici que du
dernier Royaume de Bourgogne. Vous
fçavez qu'il en a eu deux , l'un fondé par
Bolon
*
D'AVRIL 1723 . 637
Bofon en 879. & celui ci fut le Royau
me d'Arles .
L'autre fut commencé en 888. pár
Raoul I. & fut nommé le Royaume do
Bourgogne , outre Jou , ou Bourgogne
Transjurane.
L'un & l'autre furent unis vers l'an
926. & deflors ne formerent qu'un feul
& même Royaume de Bourgogne .
Ils furent tous deux fous la Souveraineté
de nos Rois , avant & après
leur union. Geofroi de Viterbe dit que
Bofon , ufurpateur du Royaume d'Arles
fit hommage à Eudes , Roy , Regent
& Adminiftrateur de la Couronne de
France en 888. & qu'il lui ceda les Villes
de Lyon & de Viviers : Geofroi a confondu
, puifque Bofon étoit mort dès l'an
887. ainfi on doit lire que Loüis , fils de
Bofon fit cet hommige en 888. au même
Eudes , car la ceffion de Lyon étant fure ,
l'hommage le doit être de même.
Lyon avoit été du Domaine & du
Royaume de Bofon : Aurelien , Archevêque
de Lyon fut un des Peres du Concile
de Mantale . (a) Boſon demeura même à
(a) Chen. t. I. p. 480 .
Sirm. Concil . Gall . t . 3.
Hift. Conful. de Lyon , par le P. Meneſtrier,
P. 251.
A iij
Lyon ,
638 LE MERCURE
>
Lyon , (a) & y expedia des Chartes . (b)
Louis l'Aveugle étoit maître de Lyon.
Il y fut couronné par le même Aurelien
(c) & il y demeura, air fi qu'il paroît par
la datte de fes Chartes . (d) Cependant
on voit qu'il ne poffede plus Lyon , &
P'on n'a pas encore découvert dans nôtre
Hiftoire , que nos Rois lui ayent fait la
guerre , ni lui ayent enlevé cette Ville ;
neanmoins on voit qu'ils la pofledent avec
fon Comté. Charles le Simple donna en
915. des terres fituées dans le Comté de
Lyon , & dans celui de Bourgogne , c'eſtà
- dire dans la Transjurane , & accorda
des exemptions de peages fur la riviere
du Doux , (e) quoique cette riviere eut
fon cours entier dans la Transjurane , ce
qu'il n'auroit pas fait , & ce qu'on ne
lui auroit pas demandé , s'il n'eut été le
Souverain de ce pays . Nous avons de fem
blables preuves pour Louis Doutremer
fon fils. ( f) Ce Monarque a fait quelque
féjour à Lyon. Nous en avons une preuve
(a ) Hift. Conful. de Lyon , p. 254.
(b) Baluz Capitul t . 2. col. 1505 .
Prev. de l'Hift de l'Abb. de Tournus, p. 235.
Prev. de Hift Conful. p . 37.
(c ) ouch bift. de Prov. p . 772.
Hift. de Lyon p. 255.
(d) Prev. de l'Hift. de Lyon , p . 37 ,
(e) Prev. de l'Hift. de Tournus , p. 173.
(f) Ibid.
dans
D'AVRIL 1723. 639
dans une de fes Chartes , dattée de la
Ville de Lyon de l'an 960. ( a ) Nous en
avons une femblable de Lothaire , dattée
dans la Ville de Lyon , de l'an 968. (b)
Enfin le même Roy Lothaire donna la
Ville de Lyon & fon Comté en dot à fa
foeur Mathilde , lorfqu'il la maria avec
Conrad , Roy de la Transjurane. ( c) Or
fi Conrard avoit été maître de Lyon , il
n'auroit pas reçû en dot , ce qu'il auroit
poffedé comme fon patrimoine , & Lothaire
n'auroit pas donné , ni pû donner
ce qui ne lui auroit pas appartenu. Sur
ces, faits autentiques & inconteſtables , je
reviens à mon premier fyftême , & je dis
avec Geofroi de Viterbe , que Loüis l'Aveugle
fit hommage à Eudes , Roy , Regent
, & Adminiftrateur de la Couronne
de France , & je palle à d'autres preuves
de la Souveraineté de nos Rois fur les
mêmes Royaumes de Provence & de
Bourgogne Transjurane.
Le même Eudes , Regent du Royaume
a été reconnu en cette qualité Roy
& Souverain de la Provence. J'ai
pour
(a ) Catel Hift. des Comt. de Touloufe, p. 92 .
(b) Baluz. apend. ad Marc. hitp. c. 108.
Col 890.
(c) Alberte Cron . ad an . 986.
Cron. Urfperg . ad an . 986.
Herm. Contract .
Golut , mem. de Bourg.
A iiij gatand
640 LE MERCURE
garand l'Infcription trouvée dans le Tom
beau de la Magdelaine , le fentiment &
les preuves fur ce fujet , raportées par
Bouche dans fon Hiftoire de Provence.
(a)
Charles le Simple qui fut Roy de tout
le Royaume après la mort du même Eudes
, nous a laiffé des preuves de fa Souveraineté
, & même de fa réfidence à
Vienne , Capitale du Royaume de Provence
, (b) dans des Chartes , dattées des
années 898. (c ) 901. & 904. ( d ) Nous le
voyons auffi réfider dans Turin en 899.
ce qui paroît par une de fes Chartes ,
données dans la même Ville , ( e ) que des
Sçavans veulent avoir été du Comté de
Provence.
Toutes ces réfidences de nos Rois dans
les Royaumes de Bourgogne Transjurane
& d'Arles , font ce me femble , les
preuves les plus convaincantes de leur
Souveraineté , fur tout quand on obſerve
que ces Princes n'y alloient pas comme
conquerans , dautant qu'ils n'avoient
alors aucune guerre contre les Rois de
Bourgogne , ni contre qui ce fut de ces
(a ) Bouch, Hift . de Prov . p. 777.
(A) Chorier , Hift . du Dauph p . 516.
( ) Catel , mem, du Langued . p . 772 .
( ) aluz . Capitul. col . 1525.
(e) Catel , mem. du Langued . p. 773.
quartiersD'AVRIL
1723. 641
quartiers-là. Je viens d'obferver que Charles
le Simple donna en 915. des terres
fituées dans le Lyonnois & dans la Franche-
Comté , & qu'il accorda des exemptions
de peages fur le Doux .
Si l'on palle au regne de Raoul , Roi,
Regent , & Adminiftrateur de la Couronne
de France pendant la priſon de
Charles le Simple , & la fuite de . Louis
d'Outremer , on trouvera d'autres preuves
de fait de la Souveraineté de la Couronne
de France fur les Royaumes de
Provence & de Bourgogne .
Conftantin Prince de Vienne , & l'un
des fils de Loüis l'Aveugle fit hommage
à Raoul pour fa Ville , & Comté de
Vienne , & en même temps lui remit
cette Ville, (a)
Le même Raoul ayant à remettre au
devoir quelques Grands du Royaume de
Lorraine , fit lever des troupes , tant
dans le Royaume de Bourgogne que dans
celui de France. ( b) Le même Raoul
rendant la juftice à fes fujers , fe faifoit
affifter par Giflebert , Comte de Bourgogne
ou Franche - Comté , comme par les
autres Vaffaux de la Couronne de Fran
ce. (c)
(a ) Bouch. Hift. de Prov , t . I. p. 734-
(6) Flod ad an . 923.
Alberic Con. ad an. 926.
A y Venons
642 LE MERCURE
Venons à Loüis d'Outremer : Conf
tantin Prince de Vienne lui fit hommage
de fa Ville & Comté de Vienne , (a) &
lui remit cette Ville. ( b) Ce qui fait voir
que la Ville & Comté de Vienne étoient
un , fief jurable & rendable de la Couronne
de France , & non terre de l'Empire.
6
Il amena des troupes à Sa Majesté ,
lorfqu'elle fe difpofoit à faire la guerre
en Aquitaine. (c)
J'ai déja raporté des preuves de la Souveraineté
du même Louis d'Outremer
fur Lyon & le Lyonnois . J'ai de même
obfervé que Lothaire donna Lyon & le
Lyonnois en dot à Matilde , fa foeur , &
j'ajoute que les Hiftoriens les plus paffionnez
pour l'indépendance
du Royaume
de
Bourgogne , ne peuvent ne peuvent
difconvenir
que
jufqu'à
ce mariage , nos Rois n'euffent
confervé la Souveraineté
fur les Villes &
pays qui font le long du Rhône , (d) &
il me femble que la Provence
& le Comté
de Bourgogne
s'y trouvent.
Si l'on defcend à la troifiéme branche
(a) Chen. Hift . de Fourg. 1. 2. ch. §5 . t. x.
P. 24
(b) Flod . ad an. 941 .
( ) Idem ad an. 951 .
1
(d) Golut , mem : du Comté de Bourg . 1.4
c. 28. p . 281 .
Hift. Conful. de Lyon, p. 290.
de
D'AVRIL 1723. · 643
"
de nos Rois , nous trouverons une continuation
de la Souveraineté de la Couronne
de France fur le Royaume de Bourgogne
Transjurane.
Hugue Capet écrit au Pape Jean XV.
que s'il veut venir en France , il l'ira recevoir
jufqu'à Grenoble , où fes prédeceffeurs
Rois de France avoient coûtume
de recevoir les Papes. ( a) Preuve de fait
qu'il falloit que Hugue Caper fut Souverain
dans Grenoble , n'étant pas d'ufage
qu'un Roy s'avance fi loin dans un
Royaume , dont il ne feroit point le maître
, pour une fimple honnêteté qu'il vouloit
rendre à ce Saint Pontife.
Le même Hugue Capet confirma en
989. à l'Abbaye de Tournus la poffelfion
de plufieurs terres , fituées dans le
Lyonnois , & la Franche- Comté failant
partie du Royaume de Bourgogne , &
l'exemption des peages fur le Doux . ( b)
Conceffion qui auroit été inutile , & qui
n'auroit pas été demandée , ni executée , fi
Hugue Capet n'avoit été reconnu pour
le Souverain du même Pays.
Paffons au regne du Roy Robert. Ce
Monarque tint plufieurs affemblées des
Etats de fon Royaume dans toute la Bour-
(a ) Chen. t 4. p. 113-
Marlot , Hift. de Reims , p. far
(b) Preuv.de l'Hift. de Tournus , p. 189%
A vj gogne
644 LE MERCURÉ
gogne & le Lyonnois. (a). Preuve qu'il en
étoit le Souverain. Othe Guillaume pric
& reçut en Fief fon Comté de Bourgogne
de Robert , Roy de France , contre
lequel il s'étoit revolté , ( b ) & quelques
années après fit confirmer par le même
Roy une donation faite à l'Abbaye de
S. Benigne de Dijon de quelques biens
qu'il tenoit en Fief de Sa Majefté , (c)..
& Othe ne tenoit que le Comté de Bourgogne
, où ces mêmes biens donnez fe
trouvent fituez .
Robert Roy de France mourut en
1031. le 20. Juillet , au point du jour
& Raoul dernier , Roy de Bourgogne
mourut le fix Octobre fuivant .
Ce fut alors que les Empereurs devinrent
Rois de Bourgogne , ce ne fut point
en qualité d'Empereurs , ce fut comme
Legataires univerfels de Raoul , & Raoul
ne donna point le Royaume à l'Empire
ni aux Empereurs , mais à Conrad , Roy
de Germanie , Empereur , & époux d'une
de fes nieces , fille de fa foeur , & à
Henry III. dit le Noir , fils de Conrad ,
(a) Gefta Epifc. Antiff. Labbe bibl. t. 1.
P. 450.
(b) Glab. lib. 3. c. 2.
Chen. t. 4. p . 25.
Cren Virdun . bibl . Labbeit. 1. p. 174.
(c) Perard. mem. pour la Bourg. pag . 170 .
& 171.
&
D'AVRIL 1723 649
& de cette niece de Raoul ; c'eft un fair
dont perfonne ne difconvient.
L'on fçait même que Raoul y fut pouf
fé , partie par la force ouverte , & partie
par argent , & c'est ce qu'avoüent fans
façon les Hiftoriens Allemans . (a) Raoul
fit en cela une injuftice criante ; car Berte
fa foeur & mere d'Eudes , Comte de
Champagne , étoit fon heritiere la plus
proche. Eudes Comte de Champagne
youlant maintenir fes juftes & legitimes
droits fur le Royaume de Bourgogne,
commença une guerre où il perdit la vie ;
(b) ainfi ce ne fut point comme Empefeur
que Conrad fut Roy de Bourgogne,
ce fut comme Legataire de Raoul , &
jufques alors l'Empire n'avoit eu aucun
droit fur le Royaume de Bourgogne , &
il n'en avoit été ni Fief , ni membre , ni
annexe , l'Hiftorien de Conrard eft forcé
d'en convenir.
Les Empereurs ne poffederent point le
Royaume de Bourgogne comme Empeseurs
, mais comme Rois proprietaires de
Bourgogne ; & nous voyons une Charte
de la Reine Ermengarde , veuve de Raoul
(a) Vipo in Vita Conrard . Dithin. Pron
liz. 7.
Cron. Othon. Frifing.
(b) Vipo in vita Conrard. ad an. 1037.
Alberic. Cron. ad an . 1037.
ILI.
646
LE MERCURE
III. dattée de l'année 1057. eodem anno
quo mortuus eft Henricus fecundus Imperator
, Rege Burgundia deficiente.
du nom
Cette Charte eft du mois d'Aouft
1057. Ce Henry II. Empereur étoit Henry
le Noir II . du nom & III .
Roy de Germanie. Il étoit mort le s
Octobre de l'année précedente. Ainfi
l'année de fa mort couroit encore aut
mois d'Aouft ; mais ce qui eft à obſerver
font les termes de Rege Burgundia
deficiente. Ces mots font connoître que
le Royaume de Bourgogne étoit trèsdifferent
de celui de Germanie , & des
terres de l'Empire ; car dès le moment
de la mort de Henry le Noir , fon fils
Henry le Grand lui fucceda au Royaume
de Germanie , ainfi lors de la Charte de
la Reine Ermengarde il y avoit près d'un
an que la Germanie & l'Empire avoient
un maître , & la Bourgogne n'en avoit
point encore. (a ) Il eft donc clair qu'elle
étoit diftincte & feparée de l'Empire . Golut
l'a bien remarqué , & en raporte des
preuves , qui font des foufcriptions de
Chartes , & fe fert de plus pour établir
cette verité , du témoignage d'Oton de
Frifinghen .
La divifion des Chancelleries fait encore
voir la divifion des Etats. Le Royau-
(a) Golut, mem, de Bourg. p . 287.
me.
D'AVRIL 1723
647
me de Bourgogne avoit fon Chancelier
indépendant en tout de celui de l'Empire.
Cette divifion paroît encore mieux
dans les proteftations de Renaud , Comte
de Bourgogne , & de Gerard Comte de
Macón ; l'Empire étoit forti des defcendans
de Conrard en 1115. & avoit paffé
par élection à Lothaire de Saxe Suplimbourg.
Ces deux Comtes refuferent de
le reconnoître pour Souverain , & foutinrent
que le Royaume de Bourgogne
étoit le propre de la maifon de Souabe ,
& cer Empereur donna & tranſporta les
droits qu'il pouvoit avoir fur le Royaume
de Bourgogne à Conrard , Comte de
Zeringhen en Souabe. Ce qui fait voir
qu'il regardoit le Royaume de Bourgogne
comme un Etat diftinct & feparé
& indépendant de l'Empire , & Conrard
& fes fucceffeurs Ducs de Zeringhen fe
dirent Rois de Bourgogne ; fans prétendre
que par- là ils euflent aucun droit fur
ce même Empire , ni fur l'Allemagne
auquel des Partifans de l'Empire , &
T'Auteur de la Defcription Hiftorique &
Geographique de la France ancienne &
moderne veulent qu'il fût attaché.
L'Empire étant rentré dans la maifon
de Souabe , alors les Empereurs de cette
maifon furent recornus pour les maîtres
du Royaume de Bourgogne , non comme
Empereurs
648 LE MERCURE
Empereurs , mais comme Rois proprie
taires de Bourgogne ayant les droits de
Contard le Salique , leur ayeul .
Lorfque l'Empire fortit entierement de
la maifon de Souabe par la mort de
Frederic II . & la revolte des Allemans
contre fon fils , le Royaume de Bourgo
gne ne fut point uni à l'Empire , & cela
par cette Loy & cette coûtume generale
de l'Empire qui eft , que les biens des
Princes qui parviennent à l'Empire ni
font point unis , ni par l'avenement de
ces Princes à l'Empire , ni par leur
mort ; & cet ufage n'a point été interrompu.
La maison de Souabe nous en
fournit un exemple. Son patrimoine lui
refta , lorfqu'elle defcendit du Trône
Imperial la premiere & la derniere fois ,
les biens qu'elle poffedoit en Allemagne
même ne lui furent point ôtez , elle les
conferva. I en fut de même des biens
qu'elle renoit hors l'Allemagne. L'on
fçait que les Royaumes de Naples & de
Sicile lui refterent , & jufqu'à prefent les
Empereurs n'ont point crû avoir des
droits fur ces Royaumes comme Empereurs
, pour avoir été poffedez par d'au
tres Empereurs qui les ont précedez .
Cela étant , pourquoi voudra - t'on ,
Monfieur , comme nos critiques le ditent,
que le Royaume de Bourgogne ait été
plus
D'AVRIL 1723 . 649
plus uni à l'Empire, pour avoir été poffedé
quelquefois par des Empereurs , que
ne l'ont été les Royaumes de Naples &
de Sicile auffi poffedez par des Empereurs,
& que les autres biens , que ces Empereurs
poffedoient dans l'Allemagne même?

L'on ne s'eft point encore avifé de dire
que le Royaume de Hongrie , quoique
poffedé depuis plufieurs fiecles par des
Empereurs , foit ni membre , ni Fief, ni
annexe de l'Empire , & l'Empereur re
gnant le regarde comme le propre de fa
maiſon , & comme un Royaume Souverain
, & indépendant de l'Empire.
La pofterité mafculine de la maifon de
Souabe s'éteignit entierement par
de Conrardin qui eut la tête tranchée à
Naples par les ordres de Charles de France
, Roy de Sicile , Comte d'Anjou &
de Provence le 27. Octobre de l'année
1269. (a)
la mort
On ne vit point paroître dans l'Allemagne
perfonne qui fe prétendit heritier
de cette maifon ; ainfi fes Fiefs furent
ouverts , partie fut ufurpée par le Comte
de Virtemberg , & par quelques Grands
du Duché de Souabe , Ulm , Aufbourg,
& quantité d'autres Villes fe rendirent
(a) Lefcriptio Victoria quam habuit Ecclefia
Romana & c.
Chen. t. v. p. 850.
libres
650
LE MERCURE
libres , & devinrent Imperiales ; le refte
des terres de la maifon de Souabe fut
donné quelque temps après par l'Empereur.
Rodolphe de Hapfbourg comme Souverain
& Suferain donna ces mêmes terres
à Rodolphe , fon fils aîné , qu'il fit
Prince de Souabe.
1
Conftance de Souabe , fille de Mamfroi
de Tarente , puis Roy de Sicile ,
femme de Pierre , dit le Cruel , Roy
d'Arragon , fe porta pour heritiere du
Royaume de Sicile , & on ne peut douter
qu'elle n'eut eu de legitimes droits à ce
Royaume , & à celui de Bourgogne , fi
la naiffance de fon pere eut été legitime ,
mais il n'y a perfonne qui ne fçache qu'il
étoit bâtard , ainfi n'étant point habile à
fucceder , on ne peut contefter que dès
ce temps- là la proprieté du Royaume de
Bourgogne ne foit revenue de droit à nos
Rois , & s'ils ne s'en font pas mis en
poffeffion , c'eft parce qu'ils ont eu quelques
raifons pour diffimuler leurs droits ,
ou qu'ils ont crû que cette réunion de fait
n'étoit pas neceffaire , puifque de droit ils
en étoient déja les hauts Souverains.
Si neanmoins on vouloit foutenir que
cette Princeffe eut pû & dû fucceder , ce
qui feroit contre toutes les Loix , on doit
obferver que le Roy Pierre, fon mary ,
&
D'AVRIL 1723 . 698
& elle ont perdu ce Royaume par forfaiture
contre nos Rois , qui en étoient les
hauts Souverains. Ce fut ce Pierre Roy
d'Arragon qui fit faire ces fanglantes Vêpres
Siciliennes , fi fameufes dans l'Hiftoire
, ce qui lui attira fur les bras les armes
de la France . Nôtre Roy Philippe
le Hardi mourut en lui faifant la guerre ,
pour le punir de cette felonie . Cela étant
on ne peut douter que par cette felonie
la proprieté du Royaume de Bourgogne
n'ait été acquife à nos Rois qui en étoient
déja les Souverains , quand même on
voudroit foutenir que Conftance eut été
habile à fucceder à ce même Royaume ,
ce qui auroit été contre les Loix . Ainfi je
repete que par la mort de Conrardin
arrivée le 27. Octobre 1269. la proprieté
du Royaume de Bourgogne revint de
droit à nos Rois , & quand on voudroit
foutenir que Conftance , fille de Mamfroy
, oncle paternel de Conrardin eut
été habile à fucceder , nonobftant la bâtardife
de Mainfroy , fon pere ,
la même
proprieté du Royaume de Bourgogne a
été réunie à la Couronne par la felonie de
cette Princeffe & de fon mari.
Il est vrai que nos Rois ne réunirent
pas de fait la proprieté du Royaume de
Bourgogne àà lleeuurr DDoommaaiinnee ,, foit qu'ils
diffimulaffent leurs droits , ou qu'ils ne
jugeaffent
652 LE MERCURE
1
jugeaffent pas que cette réunion fut ne
ceffaire , comme je viens de le dire , parce
que comme la proprieté de la maiſon de
Souabe ne confiftoit qu'en la Souveraineté
mineure ou regaliene fur le Royaume
de Bourgogne , cette Souveraineté
mineure ne donnoit à nos Rois aucun nouveau
droit dans ce Royaume , puifqu'ils
y avoient déja comme hauts Souverains
toute autorité , ce que je vais prouver.
Le Royaume de Bourgogne pour être
poffedé par des Empereurs , ne demeura
pas moins fous la Souveraineté de nos Rois ,
en voici des preuves de fait.
Conrard le Salique voulant fe faire
reconnoître Roy de Bourgogne , plufieurs
Grands Seigneurs lui refuferent l'hommage
, entr'autres Renaud I. Comte de
Bourgogne , & Gerard Comte de Vienne
, qui ne fe foumirent qu'en 1044. & ·
1045. (a)
Le premier foutint avec chaleur qu'il
ne tenoit fes Fiefs que de la France . Je
me perfuade que la même raifon obligea
le Comte de Vienne à ce refus , étant
feur, comme je l'ai obfervé, que le Comté
de Vienne étoit Fief de la Couronne de
France , tout cela fe paffa fous le regne de
Henry I. Roy de France .
(a) Herm . Contra&. Cron .
Chefne , Hift. de Bourg. t. 1. ch. 15. p. 518,
Ce
D'AVRIL 1723 653
Ce Prince faifant couronner fon fils
aîné , l'Evêque de Sion qui eft dans la
Bourgogne Transjutane fut preferft à cette
ceremonie , (a ) comme les autres Grands
du Royaume de France. Nous obfervons
que Philippe 1. confirma à l'Abbaye de
Tournus la poffeffion de plufieurs biens,
fituez delà la Saone dans le Lyonnois , &
la Franche - Comté , à l'exception des
peages fur le Doux. (b)
Le regne de Louis VII . eft plein de
preuves de la Souveraineté de la Couronne
de France dans le Royaume de
Bourgogne. Humbert de Baugé , Archevêque
de Lyon fut convoqué comme les
autres Grands pour affifter aux Etats qui
fe devoient tenir dans la Ville de Chartres.
Il s'en excufa fur des raifons très→
legitimes & très fortes , & de bien moindres
auroient fuffit pour ce temps là . (c )
Après la mort de Heraclius de Montboiffier
, Archevêque de Lyon , il y eut
un fchifme dans l'Eglife de Lyon. Prefque
tous ceux qui avoient droit d'élire
donnerent leurs voix à Dreux , Archidiacre
de la Cathedrale . Ce Prélat fut
trouver Frederic Empereur , commne Roy
proprietaire de Bourgogne pour approu
(a ) Cerem. Franc . t . p . 120.
(6 ) Prev . de l'Hift . de Tournus , p . 316 .
(c) Chen. t. 4. P. §35 •
ver
654 LE MERCURE
ver fon élection , & la fit confirmer par
l'anti -Pape Victor. Enfuite de cette confirmation
fix de ceux qui avoient des
fuffrages réels à l'élection , étant dans le
parti du Pape Alexandre , élurent pour.
Archevêque de Lyon l'Abbé de Pontigny.
(a ) Cette affaire fut portée devant
Louis VII. comme haut Souverain. L'Archevêque
Dreux , (b) & le Chapitre de
Lyon (c) écrivirent à Sa Majefté pour
lui rendre compte de la maniere dont la
chofe s'étoit paffée , & pour la fuplier de
leur rendre juftice en cette occafion , &
de faire ceffer le fchifme par fon autorité.
Il paroît auffi que l'Abbé de Pontigny
eut recours à Louis VII. en ce que
(d) & le Chapitre de Lyon fuplierent Sa
Majefté de ne pas croire ce que fes ennemis
pourroient dire au fujet de fon élection
, & d'une prétendue démiffion de
fes droits , qu'on publioit qu'il avoit donnée.
(e) Enfin l'Archevêque Dreux fut
dépoté , ce qui démontre combien Loüis
VII. étoit puiffant dans Lyon , comme
haut Souverain , & combien Frederic I.
qui n'en avoit que la Souveraineté mi-
(a ) Gall. Chrift. t. 1. p. 318. & 319.
(b) Chen. t. 4. p . 672 .
( ) Ibid. p . 672 .
(d) lid. p. 648 .
( ) Ibid p . 632. & 633.
Dreux
t
neure
D'AVRIL 1723 . 655.
neure & mouvante l'étoit peu ; car Dreux
s'étoit d'abord adreffé au même Frederic,
& s'étoit foumis à l'anti- Pape Victor ,
que Frederic protegeoit : la plûpart , &
prefque tous les Chanoines de Lyon étoient
dans fes interefts , comme nous l'apprenons
d'une lettre de l'Abbé de Clugny.
(a) Il étoit reconnu Archevêque par tous
ceux de fon Diocéfe , & en particulier
par les Comtes de Forefts , & le Seigneur
de Baujeu. (b) Enfin tous les Bourgeois
de Lyon étoient engagez dans le fchifme,
& tenoient par confequent pour le même
Archevêque Dreux , & pour Frederic
contre l'Abbé de Pontigny , élû Archevêque
, contre le Pape Alexandre , & contre
Louis VII . inême , protecteur de ce
Pape. Neanmoins la Souveraine puiffance
de Louis VII . fur la Transjurane paroît
principalement en ce qu'il maintient
l'élection de l'Abbé de Pontigny , toute
irreguliere qu'elle étoit ; il fait reconnoître
ce Prélat Archevêque de Lyon , quoique
tous ceux de la Ville fuffent dans un
parti contraire ; c'eſt à lui que les deux
élûs s'adreffent & non à Frederic I.
quoique celui- ci fut dans le voifinage, &
qu'il fut Roy , proprietaire du Royaume
de Bourgogne & d'Arles , dans lequel
(a) Ibid.
(b Ibid.

Lyon
€56 LE MERCURE
Lyon eft fitué. Enfin l'Archevêque de
Cantorberi écrivant à Louis VII. pour
lui apprendre que l'Abbé de Pontigny a
été lacré Archevêque de Lyon , lui dit
qu'il croit que ce Prélat fera toûjours fidele
à Sa Majefté , comme il eft jufte
qu'il le foit: (a)
Renaud de Beaugé , Seigneur d'une
partie de la Breffe , & du Bugei dans la
Bourgogne , ayant été attaqué par Gerard
, Comte de Macon , & par Imbert
de Beaujeu , favorifez de l'Archevêque
de Lyon , eut recours à Louis VII.comme
à fon Souverain , ſe foumit'à ſa juftice
, & s'engagea d'aller plaider devant-
Sa Majefté , ou devant fes Commiffaires
par tout où elle l'ordonneroit. (b) Enfin
pour rapporter les propres termes de ce
Comte au Roy , voici comme il s'exprime
: qu'il vous plaife donc , Monfeigneur ,
de venir en ce pays , parce que vôtre prefence
y eft très-neceffaire , tant pour le
bien des Eglifes que pour moi .
Je mettrai entre les mains de vôtre Majesté
mes Châteaux que je ne tiens de nul
autre, pour ne plus les tenir que d'elle. (c)
...
Le Sire de Breffe pouvoit- il dire pus
pofitivement qu'il étoit Vaffal de la Cou
( 1 ) Pag. 632. & 633 .
( ) Ibid. p. 704.
(c) Hift. Conful. de Lyon , p . 351,
ronne
D'A VRIL 1723 . 657
ronne de France , que fes terres étoient
fous la Souveraineté des Rois de France
qu'en difant à Louis VII . qu'il tient toutes
les terres de Sa Majefté . De plus il
nous fait connoître que toutes les Eglifes
de les pays & des environs étoient de
même fous la Souveraineté de la Couronne
de France , quand il dit que la prefence
de Sa Majesté est très - neceffaire
non-feulement pour lui Renaud de Beaugé
, mais auffi pour le bien des Eglifes
de ce pays.
Nous trouvons un grand nombre de
preuves de la Souveraineté de la Couronne
de France fut le Royaume de Bourgogne
fous Philippe Augufte , fils &
fucceffeur de Louis VII. La Ville de
Lyon eft dite du Royaume de Philippe
Augufte dans le Cartulaire de ce Monarque.
Celle de Befançon eſt auſſi qualifiée
de même dans un ancien registre des
Chartes qui appartenoit à M. d'Herouvalles
, & qui eft prefentement entre les
mains de M. Roullié , Confeiller d'Etat.
Nous avons un accord fait entre Henry
Roy des Romains & de Bourgogne
& Eudes III. Duc de Bourgogne , comme
Comte de Vienne & d'Albon , ou
Dauphin de Viennois . Cet accord eft
pour l'hommage que le Duc devoit al
Roy des Romains pour les Comtez d'Al-
B bon
658 LE MERCURE
bon & de Vienne qui étoient du Royaume
de Bourgogne , & dont Henry étoit
le proprietaire.
Le Roy des Romains qui parle feul
dans cet accord veut & con'ent que le
Duc Hugues le ferve à la guerre pour les
Comtez de Vienne & d'Albon , pour &
contre tous , excepté contre le Roy de France.
(a ) Réferve qui ne peut venir que de
la haute Souveraineté de la Couronne
de France fur ces deux Comtez .
Aimar de Poitiers ayant été inveſti en
180, des Comtez de Valence & de Die
par le Comte de Toulouſe , Philippe Augufte
confirma cette inveftiture , puis reçut
hommage de ce même Aimar pour
ces deux Comtez , qui étoient du Royaume
de Bourgogne . De plus le Roy remit
à ce Comte l'hommage du Comté de
Die. Preuve que ce Comté étoit ſous la
Souveraineté de la Couronne de France ,
(b) & le même Aimar fe trouve nommé
entre les Barons du Royaume de France
dans une lifte faite en ces temps -là . (c)
Enfin en l'an 1209. le même Philippe
( a ) Perard , pieces pour l'Hift. de Bourg,
P 260.
Traité de paix , édit. de Holland. p. 32 .
( b ) Chefne , Hift . de Lourg.
Preuve de la Genealog . des Comtes de Valentinojs
, p. 3. & 4.
(c) Cartul. de Philip . Augufte.
Augufte
D'AVRIL 1723. 659
Augufte lui accorde pour lui & fes heritiers
& fuccefleurs les privileges , dont
fes prédeceffeurs avoient joui jufqu'alors,
& la confirmation des péages qu'il levoic
fur fes terres , tant par eau que par terre.
Ces lettres qui fe trouvent copiées dans
un vidimus de l'an 1299. fait par un Notaire
d'Avignon nous apprennent que
Philippe Augufte levoit auffi des impôts
dans les Comrez de Valence , & de Die,
fituez l'un & l'autre dans le Dauphiné ,
& par confequent dans le Royaume de
Bourgogne Transjurane.
Lyon & le Lyonnois étoient auffi de
ce même Royaume de Bourgogne ; neanmoins
après l'échange fait du Comté de
Lyon par le Comte de Lyon & de Foreft.
avec l'Archevêque de Lyon , cet Archevêque
en demanda la confirmation à Sa
Majefté qui la lui accorda par des lettres
, dans lesquelles il le traite de fon
Vaffal , (a) & cet échange s'étoit fait du
confentement de Louis VII . comme nous
l'apprenons du Roy Philippe le Bel , ( b )
& du Chancelier de Nogaret , ( c) qui , à
la verité, ne nomment point le Roy qui a
donné ce confentement , mais il ne peut
(a) Preuv . de l'Hift. Conful . de Lyon , p . 39 .
( b) Ibid. p. 38. & 39.
(c) Preuve de differ. entre Boniface VIII. &
Philippe le Bel , p . 320,
Bij convenir
660
;
LE MERCURE
convenir qu'à Louis VII. qui regnoit
lorfque l'échange fe fit.
Le Chapitre de la Cathedrale de Lyon
avoit déja une fleur - de- lys dans fon fceau.
(a) Preuve qu'il reconnoiffoit le Roy
pour fon Souverain & fon protecteur .
L'Echevinage (a ) s'étant établi dans cette
Ville fous le regne de ce Monarque , l'on
mit des fleurs - de- lys dans le fceau commun
de la Ville. Ce qui prouve encore la
Souveraineté de la France dans Lyon.
La Provence étoit auffi du Royaume de
Bourgogne & d'Arles , néanmoins l'on y
voit briller la Souveraineté de la Couronne
de France.
L'herefie des Albigeois ayant infecté
une partie confiderable de cette Province
, le Pape Honoré II . pria le Roy
Philippe Augufte d'y donner ordre. Il fe
plaignit d'abord à ce Monarque , que ce
que Ton avoit commencé pour l'extirpation
des heretiques de cette Province ,
avoit été prefque entierement abandonné .
Il prie enfuite Sa Majefté de travailler ferieufement
à cette affaire , parce qu'elle
dépend d'elle feule , qu'elle lui eft particuliere
; enfin ce Pape remontre à Sa Majefté
qu'elle y eft particulierement intereffée
& obligée , parce que de droit , &
(a ) Hift. Conful . de Lyon , p . 365.
(b) La même , pag. 366.
felon
D'AVRIL 1723. 661
felon toutes les Loix , c'eft au Prince à
purger fon Royaume des mauvaiſes gens
qui s'y trouvent .
Attendens quod ad id etiam de jure
teneris ; cum Princeps teneatur malis hominibus
purgare terram fuam. ( a)
Le Pape Honoré ne pouvoit pas
dire
en termes plus formels , que la Provence
faifoit partie du Royaume de Philippe
Augufte , auffi le Moine de Vaux de Cernay
n'a
pas hefité de dire que ce Monarque
étoit le Souverain de toutes les terres
où il y avoit des Albigeois , & qu'elles
étoient de fon Royaume . (b ) La Provence
ou du moins la meilleure partie
étoit pleine de ces heretiques. Le fentiment
de ce Religieux a d'autant plus de
poids , qu'il étoit le témoin oculaire des
chofes qu'il écrivoit , & l'on a de plus
pour l'appuyer les lettres du même Pape
Honoré , adreffées à Philippe Augufte
qui nous démontrent que la Souveraineté
de ce Monarque s'étendoit , non-feulement
fur la Provence particuliere , mais
encore fur tout le Royaume de Provence
& d'Arles.
Le Pape Honoré II . accorda au Roy
Philippe Augufte le vingtiéme des revenus
Ecclefiaftiques dans toute l'étenduë
(a) Chen. t. 5. p . 896.
(b) Chen, t. S.
B iij du
662 LE MERCURE
du Royaume de France , & non ailleurs .
11 adreffa fa Bulle aux Prélats & Clergé
du Royaume de France. Archiepifcopis ,
Epifcopis & dilectis filiis Abbatibus per
Regnum Francia conftitutis . Il declare que
Philippe Augufte ne lui a demandé que
le vingtiéme , & dans fon feul Royaume.
Sane quod idem Rex per eafdem litteras
poftulavit ut de vicefima Regni fui ,
& il ne lui donne que le vingtiéme dans
tout fon Royaume feulement , excepté
dans les Provinces de Narbonne &
d'Auch .
Tota vicefima regni , Narbonenfi &
Auxitanenfi Provinciis duntaxat exceptis.
Ainfi Philippe Augufte ne demande, &
n'obtient que le vingtiéme des biens Ecclefiaftiques
de fon Royaume de France ,
le Pape le dit formellement dans fa Bulle
au Clergé de France , & dans fa Bulle au
Roy ; neanmoins ce vingtiéme s'étend fur
les Provinces Ecclefiaftiques d'Arles , de
Vienne , d'Ambrun , d'Aix en Provence,
c'eſt- à- dire fur toute la Savoye , la Provence
& le Dauphiné.
Ad hac quia in Arclat:nfi , Viennenfi,
Ebredunenfi & Aquenfi Provinciis pauci
funt , &c. (a)
Neanmoins ce vingtiéme ne doit s'é-
( a ) Epift Honor. pp . ad Clerum , Chen .
t. 4. p. 855 .
tendre
D'AVRIL 1723. 663
tendre que fur le feul Royaume de France.
Il faut donc conclure de toute neceffité
que ces Provinces étoient du Royaume
de Françe , & fous la Souveraineté
de nos Rois , & non terre de l'Empire.
Je ne difconviens point que ces mêmes
Provinces ne fiffent partie du Royaume
d'Arles , dont Frederic II. Empereur
étoit alors le Roy proprietaire , neanmoins
ce n'eft point lui que le Pape fupplie
d'exterminer les Albigeois , ce n'eft
point à lui que ce même Pape dit qu'il
eft de fon devoir , & qu'il eft obligé de
chaffer les Albigeois de fes terres. C'eft
à Philippe Augufte . Preuve que celui- ci
étoit reconnu le feul haut Souverain dans
tout ce Royaume , & que Frederic n'étoit
à ce fujet que ce que font aujourd'hui en
Allemagne les Souverains du fecond Ordre
, ou plutôt ce qu'ils étoient avant la
paix de Munfter ; car il ne faut pas s'imaginer
que Frederic fut déja excommunié
& declaré déchû de tous les Etats,
il étoit au contraire très- bien avec les
Papes , & ils le protegeoient d'une maniere
toute finguliere .
Le Roy Philippe Augufte eut pour
fucceffeur Louis VIII. fon fils. Son regne
qui fut très- court ne nous fournit pas un
grand nombre de preuves fur le Royaume
de Bourgogne ; neanmoins il y en a
B
iiij
quel664
LE MERCURE
quelques- unes. Ceux d'Avignon reconnurent
Louis VIII . pour leur Souverain,
puis ayant changé de conduite il punit
leur rebellion , & leur attachement à
l'herefie des Albigeois. (a) Il avoit auffi
donné le rendez- vous à fon armée dans
la Ville de Lyon . (b) Preuve qu'il y étoit
Souverain.
Venons au regne de Saint Loüis , fon
fils . Ce Saint Roy eut la Garde - Noble
de l'heritiere de Provence après la
mort de Berenger V. pere de cette Princeffe
, & puis la maria avec Charles de
France , Comte d'Anjou , frere de Sa Majefté
, & de fa pleine puiffance , & autorité
inveftit ce Comte du Comté de Provence
de l'avis de fon Confeil.
Anno quoque fub eodem liberata eft
filia Comitis Raimundi Provincia jam
defuncti cuftodia Regis Francorum .........
difponente igitur & fic volente Rege Francorum
cum fuo Confilio Collatus eft Comitatus
Provincia Carolo fratri Regis
Francorum natu minori. ( c)
S. Louis continua d'exercer la Souveraineté
de fa Couronne fur la Provence
après ce mariage , & cette inveftiture ;
(a ) Cron. Mag. Guillel. de Podio Laurent.
Chene. t. 5. p. 687. )
( ) Chen. t . 5. p. 287. & 655 .
() Marh . Parif. ad an . 1246.p. 473 .
l'on
D'AVRIL 1723. 665
l'on en trouve une preuve convaincante
dans une lettre du Pape Urbain à ce Saint
Roy. I fe plaint à Sa Majefté que les
Ecclefiaftiques de la Provence font fort
vexez & fort incommodez par les Baillifs
que Sa Majefté y tient , & elle la
fuplie de faire ceffer ces vexations , & luf
remontre que les Prélats de la Provence
ont toûjours été fort attachez à l'honneur
& à la défenſe du Royaume , qu'ils ont
contribué avec tout le zele & toute l'affection
poffible , aux frais des guerres
que Sa Majesté a été obligée de foutenir.
Qu'ils n'ont rien fait jufqu'à preſent
qui ait pû leur attirer les maux qu'on leur
fait , & il fuplie pour la feconde fois Sa
Majefté de faire finir au plutôt les affaires
que l'on fufcitoit à ces Evêques de
Provence & de ne plus fouffrir qu'on
les traînât de Parlement en Parlement
comme l'on faifoit depuis quelques années
, ce qui les confommoit en frais. (a)
Le Pape Urbain IV. pouvoit- il reconnoître
plus nettement que S. Louis étoit
le Souverain de la Provence , en dilant
que ce Saint Roy entretenoit des Baillifs
c'eft- à- dire des Gouverneurs dans ce même
pays que les Evêques & le refte du
Clergé de cette Province contribuoient
aux charges du Royaume de France :
(a) Chen. t. 5. p . 872.
By qu'ils
666 LE MERCURE
qu'ils étoient obligez de plaider aú Par
lement , où devant le Roy , & fi l'on y
joint encore la Garde Noble de l'heritiere
de Provence , & l'inveftiture det
cette Province accordée au Comte d'Anjou
, ne feront- ce pas autant de preuves
inconteftables que Saint Louis , comme
fes prédeceffeurs étoit le Souverain abfolu
du Comté , & dans le Comité de
Provence. Ce qui eft encore à obſerver
eft , que Frederic II . qui étoit alors le
Roi titulaire & proprietaire de la Bourgogne
ne fe plaint point du procedé de
Saint Louis ce qui fait voir qu'il ne
croyoit point que ce Monarque fit audelà
de ce qu'il pouvoit , & de plus Saint
-Louis reconnoiffoit auffi le même Frederic
pour Roy proprietaire de Bourgogne.
S. Louis étoit & agiffoit en Souverain
dans Lyon , il y décida des differens d'entre
l'Eglife & les Bourgeois , & quoiqu'il
ne décidât que comme arbitre par
une politique qui lui étoit ordinaire ,
neanmoins il ordonna en Souverain- l'execution
de fon jugement ; & de fon autorité
particuliere il fit renverser les
Tours & les autres fortifications que les
Bourgeois de Lyon avoient fait élever
pour leur défenſe. (a)
(a) Hift Conful. de Lyon , p . 374. Preuve
de l'Hit Conful . p . 5. & 6. Preuve dy differ.
d'entre Phil. le Bel avec Loniface VIII. p . 32.
D'A VRIL 1723. 667
Le Roy Saint Louis mourut le 25,
Aouft de l'année 1270. Philippe le Hardi
fon fucceffeur ſe rendit peu de jours après
à Lyon , & voyant que les differens
avoient recommencé entre le Chapitre
& les Bourgeois. ( Car pour lors le fiege
étoit vacant , ) il mit la juftice de Lyon
en fa main ; & la fit rendre en fon nom ,
& par fes Officiers. (a ) Il envoya enfuite
des Commiffaires qui terminerent au
moins pour un temps tous les differens
par Sentence du premier Aouft 1271. (b)
Pierre de Tarentaife fut élû Archevêque
de Lyon peu après. Il vint à la Cour
de France , prêta ferment de fidelité
pour la Regale. (c) Cela fait Sa Majeſté
envoya de nouveaux Commiffaires à
Lyon , qui jugerent fouverainement , &
au nom de Sa Majefté , les prétentions
du Chapitre & de l'Archevêque touchant
la haute , moyenne & baffe juftice
dans Lyon , l'adjugerent à l'Archevêque ,
lui défendant de la part du Roy , en vertu
du ferment de fidelité qu'il avoit prêté à
Sa Majefté , d'aliéner cette Juftice en
faveur de qui que ce fut . (d) Enfuite cés
Commiffaires lui firent remettre toute la
(a) Hift. Conful. de Lyon , p. 382 .
(b ) Preuv. de l'Hift . Conful. p. 9.
( ) La même , p. 11. Col. 2 .
& 19.
(d) ibid. p. 17.
B.vj
Juftice
668 LE MERCURE
Juſtice dans Lyon que le Roy avoit gar
dée jufqu'alors. (a)
ayant En 1274. le Pape Gregoire X.
convoqué un Concile à Lyon , le Roy
Philippe le Hardi y envoya des troupes
pour la garde du Concile , parce que dit
Nangis qui vivoit alors ; cette Ville étoit
du Royaume de Sa Majesté : (b) en effet
les Archevêques de Lyon étoient alors
regardez comme les autres Prélats du
Royaume , & leurs Majeftez les honoroient
de leurs Commiffions .
En 1280. Aimar de Roufillon , Archevêque
de Lyon , & Jean Comte de Forefts
étoient Commiffaires extraordinaires
pour la réformation de la Juftice dans
le Languedoc. ( c ) L'année precedente
Jean de Gascogne , Chanoine de Lyon
étoit honoré du même employ. (d) Je
paffe les réflexions que l'on peut faire fur
ces faits , qui font inconteftables. La brié
veté d'un extrait ne me le permettant pas ,
& je viens au regne de Philippe le Bel qui
fera le dernier que je parcourerai .
Dès la premiere année du regne de ce
Monarque nous voyons briller fon autorité
Souveraine dans Lyon , & peu de
(a ) Hift. Conful. de Lyon , p. 383 .
(b) Chen. t. 4. p. 528.
(c) Hift. Conful . de Lyon , p. 325.
(d) La même.
temps
D'AVRIL 1723. 669
temps après dans la Franche- Comté . Je
ne dis point que ce Monarque envoya
dès l'an 1285. Raoul de Torotte , Archevêque
de Lyon , fon Intendant en
Languedoc pour la réforme de la Juftice
: (a) qu'il arrêta ſouvent , & très -fouvent
les violences de l'Archevêque & du
Chapitre de Lyon contre les Bourgeois
de cette Ville , qu'il eut comme fes prédeceffeurs
Rois la haute Juftice , ou du
moins le reffort par appel dans Lyon &
le Lyonnois. (b) Qu'il établit un Gardia
teur dans Lyon . (c) Qu'il reçût les fermens
des Archevêques de Lyon qui furent
fous fon regne. (d) Qu'il érigea des terres
de l'Eglife de Lyon en Comté , (e) &
que tout cela fe paffa avant le temps qu'il
aquit la haute , moyenne & baffe Juftice
dans Lyon , mais je viens à des protefta
tions qui décident tout.
L'Archevêque & le Chapitre de Lyon
ayant fait un accord entre eux qui préju
dicioit (ƒ) à la tranquillité de la Ville
(a) Ibid:
(b) Hift. Conful. p . 394.
Preuv. de cette Hift. p. 17. 25. 102.
(c ) Hift. Conful. de Lyon , p. 397.
(d) Hift . Conful. de Lyon , p . 405•
Gall . Chrift. t 1. p. 326.
te) Preuve de l'Hift. Conful. de Lyon , p. 384
(f) iar acte du mois de Janvier 1307.
Preuve de l'Hift. Conful. de Lyon , p. 46,
de
670 LE MERCURE
de Lyon , les Bourgeois y formerent une
oppofition entre les mains des Officiers du
Roy à Lyon , & declarerent que toute
la Juftice de Lyon a toûjours appartenu
au Roy par appel , & par droit de reffort
que les Bourgeois de Lyon n'ont & n'ont
jamais eu d'autre Souverain que le Roy :
que Sa Majesté a toûjours eu un Juge
dans la Ville de Lyon pour les appels ,
& qu'il doit toûjours y en avoir un & c .
L'Archevêque & le Chapitre ayant fait
un accord avec le Roy , dans lequel tous
les Etats de la Ville & Comté de Lyon
étoient ou fe croyoient lezez , le Clergé,
la Nobleffe & le tiers Etat de cette Ville
& Comté de Lyon s'y oppoferent , & declarerent
(a ) que leurs Baronnies & terres
font fituées dans le Royaume de Fran-
» ce , & ont toûjours été fous la garde ,
» reffort & obéïffance entiere du Roy ,
» prefentement regnant , & de fes préde-
» ceffeurs Rois de France : qu'eux Ecclefiaftiques
Nobles & Bourgeois , & leurs
prédeceffeurs n'ont jamais reconnu ni
» reclamé d'autre Souverain pour le
temporel en ce qui concerne le reffort,
garde & Souveraineté , que les Rois de
France qu'eux & leurs fucceffeurs
» n'en auront ni réclameront jamais d'au-
'tre , fauf neanmoins les Fiefs & arriere-
(a) Par ate du 20, Octobre 1311.
"
53
Fiefs
D'A VRIL 1723 . 675

Fiefs que quelques - uns d'eux tiennent
du Chapitre & de l'Archevêque de «
Lyon , auxquels ils n'ont jamais été «
foumis pour ces Fiefs & arriere- Fiefs ce
en ce qui concerne le reffort , la garde-
& la Souveraineté ; qu'cux & leurs
prédecelleurs ont fervi le Roy regnant «
& fes prédeceffeurs Rois à la guerre e
pour la garde & défenſe du Royaume , «
qu'ils ont payé comme tous les autres «
fujets du Roy & de fa Couronne , les «
impofitions mifes pour la défenfe du «
Royaume , & qu'ils les ont laiffé lever «
par les Officiers de sa Majefté , & c . «
Peut-on trouver , Monfieur , des preuves
plus autentiques de la Souveraineté ,
non interrompuë de la Couronne de
France fur la Ville & le Comté de Lyon ,
bien que cette Ville & ce Comté fuffent
incontestablement du Royaume de Bourgogne
& de Provence , & je crois que perfonne
n'en peut difconvenir . Voici d'autres
preuves de la Souveraineté de la
Couronne de France fur le Dauphiné ,
Province du Royaume de Bourgogne.
En 1302. le Roy Philippe le Bel ordonna
à tous fes Vaffaux de lui délivrer
la moitié de leur vaiflelle d'argent pour
être monnoyée , & Sa Majefté la payoit
4. liv . 15. f. le marc. Cet ordre , eft
adreffé nommément au Dauphin de Vien-
Lois >
à
872
LE
MER
CURE
nois , & au Comte de Valentinois. ( a)
Le même Roy ayant ordonné au Prevoft
de Paris de laiffer paffer gratis les
Marchands qui menoient des vivres au
Camp d'Arras , adreffe le même ordre
au Dauphin. (b)
Le même Dauphin & fon fils font
mandez pour comparoître à l'arriereban
en 1304. & ils y comparoiffent. (c)
Les Comtes de Valence comparoiffent
de même à ceux de 1303. & 1304. (d)
& fourniffent pour leur contingent en
1303. cent hommes d'armes & 3000 .
Sergens. (e )
J'ai foutenú que les Actes paffez fous
le regne de Philippe le Bel dans la Franche-
Comté , font des preuves de la Souveraineté
majeure de Philippe le Bel dans
ce Comté .
J'ai pour appuyer mon fentiment des
preuves que j'ai déja alleguées , & d'autres
que je vais raporter ici :
Dans le Contrat de mariage d'entre la
fille du Comte de Bourgogne , & l'un
des fils du Roy , le Comte traite Sa Majeſté
de fon Souverain .
fa ) Reg. des Chart . côté 26. A&t . 35.
(b) Le même Acte 24.
() e de M. Colb. vol. 4. fol . 161. V
(4 ) e même.
(e ) Reg. des Chart, côté 25. Acte 116 .
Illuftriffimi
D'A VRIL 1723.
673
Illuftriffimi Principis & Domini noftri
Domini Philippi dei gratia Regis Francorum.
(a)
Ce Comte de Bourgogne fut Premier
Prefident au Parlement de Paris en 1302.
(b) felon l'ufage de ce temps- là , que ce
corps
avoit pour Prefident feculier un des
Barons du Royaume , mais il eſt à obſer.
ver que cette Préfidence n'étoit donnée
qu'aux Vaffaux de la Couronne , & non
à d'autres. Ce Comte paffa auffi le refte
de fes jours à la Cour de France , &
mourut à Melun. (c)
Ce Comte laiffa un fils nommé Robert
qui lui (d) fucceda fous la tutelle de Mahaud
d'Artois , fa mere . Il je üit du Comté
de Bourgogne , & fut reconnu Comte
de Bourgogne par les Rois de France
même , & (e) mourut fans enfans vers
l'an 1317. (f) & eut pour heritiere la
Princeffe Jeanne , ſa foeur , (g) au nom
de qui on veut que Philippe le Bel ait
joüit du Comté de Bourgogne , ce qui
(a ) Perard , p. 574.
(b) Golut , mem de Bourg. p. 464.
(c) Ibid. P. 465. & Hift. de Bourg . par du
Chen t. 1. p. 560.
(d) Golur , p. 470. & ſuiv.
(e ) Ibid. p. 474.
(f) Ibid. p. 474 .
(8) Ibib. p. 476. du Chene , Hift. de Bourg.
P. 161.
eft
674 LE MERCURE
eft vrai , mais neanmoins ce ne fut que
pour un temps , la Comtelle n'ayant eu
enfuite que quelques Seigneuries pour fa
dot jufqu'à la mort de fon frere , qu'elle
herita de tout . (a)
Philippe le Bel traite Jean de Bourgogne
, trere du Comte Ŏthe de Vaffal ,
& de fon Chevalier , ou plutôt d'homne
obligé de le fervir à la guerre , fidelis &
Miles . ( b)
Vous fçavez que le mot de fidelis eft
le même que celui de Feal , d'aujourd'hui,
termes dont les Rois & les Princes ne fe
fervent qu'avec leurs Vaffaux , dilectus
& fidelis , nôtre amé & Feal. Le Roy
convoque les Grands de Franche- Comté
à l'arriere-ban & aux Etats , & ils comparoiffent
à l'un & à l'autre , & comme
Vaffaux de la Couronne ; ce qui paroît
principalement par l'Acte qui fut dreſſé
ces Etats. Les Seigneurs s'engagerent
défendre le Roy pour & contre tous . ( c )
Il me femble que fuivant l'ufage commun
les Vaffaux ne s'engageoient point en ce
temps- là fans la claufe , pour contre
tous. Leur Seigneur immediat étoit toû-
[4] Golut
› P. 477.
à
[6 ] . Reg. des Chart. côté 15. A &te 36. &
Rec de Colb. vol . 5. fol. 111.
[ ] Differ, d'entre Philip . le Bel & Fonif.
VIII , p . 60.
jours
D'AVRIL 1723. 675
jours excepté mais la Souveraineté de
la Couronne de France fur la Franche-
Comté paroît encore mieux par diverfes
lettres de quelques Grands du Comté de
Bourgogne . Nous avons des lettres de
Simon de Montbeliard , Sire de Montroud
, de Jean de Vienne , Sire de Mirebeau
, d'Etienne d'Oifelier & de Guillaume
d'Argueüil , Ecuyers , par lefquelles
ils declarent que Jean de Châtillon
Sire d'Arlay , Renaud Comte de Montbeliard
, Jean de Bourgogne , Jean &
Gautier de Montfaucon , Jean , Sire de
Faucogné , Thibaud , Sire de Neuchatel
Humbert Sire de Clervaux , Gaucher
de Chateauvilain , Eudes Sire de Montferant
, Guillaume Site de Corcoudré ,
Jean d'Oifelet Site de Flaige , Chevaliers
, & Jean de Jou , Ecuyer ſe font
obligez envers le Roy Philippe le Bel
de garder , tenir & obferver les convenances
pour mettre fin à la guerre qu'ils
avoient faite dans fon Comté de Bourgogne
, & declarent être entrez dans la
foy & hommage lige de Sa Majesté ,
comme Roy de France & de fes fucceffeurs
Rois de France.
Nous Barons deffufdits avons promis
& promettons audevant dit nôtre Seigneur
le Roy , de entrer nous & nos hoirs
en fon hommage comme Roy de France,
&
676 MERCUR LE
& à fes fucceffeurs Rois de France. ( a)
Ces lettres font dattées du 8. Jain 1301 .
Voilà , ce me femble, une preuve de fait,
que les Francomtois reconnoiffoient les
Rois de France pour leurs Souverains ,
feulement à caufe de la Couronne de
France ; car comme je l'ai dit , le Comté
de Bourgogne n'avoit pas été cedé à
Philippe le Bel pour être uni à fa Couronne
, ni même pour être mis fous la
Souveraineté de fa Couronne , ce Comté
devoit être le propre de la fille du Comte
& de fon mari , & de leurs hoirs , cependant
il n'en eft fait ici aucune mention
. Les Francomtois reconnoiffent feulement
l'autorité de la Couronne ; mais
par un autre Acte du même jour les mêmes
Seigneurs Francomtois , & avec eux
Eftevenar Sire d'Oifelet , & Guillaume
'd'Arguetiil , auffi Comtois , promettent
d'executer ce que le Roy & fa Cour ordonneront
fur les hommages , aufquels
ils font obligez , à raiſon du Comté de
Bourgogne
.
»
Nous ..... faifons à tous , que comme
les hommages aufquels nous No-
» bles hommes & hauts Barons ..... &
» chacun de nous fommes , & promettons
être tenus pour raifon du Comté
[a ] Reg. des Chart. cotté 16. Act . 14. Rec .'
de Colb. vol. 5. fol. 59
de
D'AVRIL 1723. 677
ce
de Bourgogne faire & dépendre , nous «
voulons , octroyons , promettons loya- ce
lement & en bonne foy , que nos rai- «
fons oyes fans délai , nous ferons , ten- «
rons , garderons & accomplirons tout e
ce que très-excellent & puiffant Prince «
nôtre très- cher Seigneur Philippe par «
la grace de Dieu , Roy de France regar- ce
dera & dira par lui & fa Cour , &c. « (a)
- Voilà deux mouvancee , l'une à la Couronne
pour laquelle ces Seigneurs Francomtois
ont fait hommage , & l'autre au
Comte de Bourgogne , pour laquelle ils
promettent de faire ce que le Roy & fa
Cour ordonneront. Il n'en faut pas , ce me
femble davantage pour prouver que les
Comtois étoient arriere- Vaffaux du Roy,
comme Roy & à caufe de la Couronne ,
& qu'ils étoient fes Vaffaux , comine
ayant le Bail de la Comteffe de Bourgogue
, future époufe du fecond ou du
troifiéme fils de Sa Majesté.
Sur ces preuves de fait on voudrá bien
que je croye , que quand les Nobles de
la Franche Comté ont écrit à Charles VI.
en 1415. pour le plaindre de ce qu'il ne
les avoit pas appellez avec le Duc de
Bourgogne , leur Seigneur , à la guerre
contre les Anglois , ce n'étoit point un
[ a] Reg. des Chart. cotté 16. A&t . 15. vol .
5. fol. 63.
fimple
678 LE MERCURE
fimple compliment , mais une reconnoiffance
qu'ils y étoient obligez.
En effet , Charles VI . étoit reconnu
Souverain de la Franche- Comté , & regardoit
les peuples de cette Province
comme fes Vaffaux & fes fujets , & eux.
le fervoient comme leur Souverain &
leur Roy . Guillaume de Vergi , Archevêque
de Befançon étoit un des Confeillers
du Roy Charles VI . & un des Surintendans
de fes Finances . Nous l'apprenons
des lettres par lefquelles ce Monarque le
continua dans cette Charge , lorfqu'il en
priva Jean le Flamand & Jacques Hemond
, aufquels il fubftitua Philippe des
Effarts , & Jean Chanteprime . Dans ces
lettres qui font du 18. Aouft 1395. & qui ,
contiennent auffi un Reglement pour les
finances , le Roy Charles VI. traite cet
Archevêque de fon amé & féal , termes
dont les Rois ne fe fervent que quand ils
parlent à leurs fujets ; or fi l'Archevêque
de Belançon étoit fujet de Charles VI.
comme Archevêque de Befançon , il n'y
a pas lieu de s'étonner fi les Nobles de la
Franche -Comté regardent ce même Roy
comme leur Souverain. Ce Monarque
avoit herité cette Souveraineté du Roy
Charles V. fon pere , & ç'avoit été en
cette qualité qu'en 1364. ce même Charles
V. avoit donné les lettres au Duc de
BourgoD'AVRIL
1723. 679
Bourgogne fon frere par lefquelles il
promettoit de faire executer le decret de
I'Empereur Charles IV. touchant l'inveltiture
de la Bourgogne ; qu'enfin je repete
encore ici ce que j'ai déja avancé
ailleurs , & que je pourrai donner ciaprès
avec plus de preuves & de circonftances
, que le Comté de Montbeliard
étoit de la Franche Comté , parce que ,
comme je le viens de prouver , le Roy-
Philippe le Bel n'exerçoit point la Souveraineté
fur la Franche- Comté comme
bail de Jeanne , heritiere de Franche-
Comté , mais comme Roy de France , &
à caufe de fa Couronne.
ܝ
Une preuve inconteftable , que Philippe
le Bel étoit le Souverain de la Franche-
Comté par lui -même , & à cauſe de ſa
Couronne , & non comme ayant les droits
du Comte de Bourgogne & de la Danoifelle
de Bourgogne , fa fille , eſt que
Sa Majefté difpofe du Vicomté de Befançon
, droits , appartenances & dépendances
en faveur de Jean de Châlons , Sire
d'Atlay , fur lequel il l'avoit faifi. Il eft
bien vrai que Sa Majefté prend l'avis du
Comte de Bourgogne avant que de faire
cette donation ; mais elle ne le prend
que pour fçavoir , s'il étoit vrai que ce
Vicomté appartint
hereditairement à
Jean de Châlons , comme ce Seigneur le
prétendoit
680 LE MERCURE
prétendoit. Or Philippe le Bel ne difpofa
point de ce Vicomté comme Comte de
Bourgogne , ou comme chargé du bail
de l'heritiere de ce Comté , mais il en
difpofa comme Souverain abfolu de cette
Province ; car tout le monde fçait que
les Comtes de Bourgogne n'étoient point
les maîtres de la Ville de Befançon . Cette
Ville fe difoit Imperiale , à parler comme
on fait aujourd'hui , quoique ce foit inproprement
à l'égard de Befançon qui
n'a jamais été de l'Empire , mais feulement
du Royaume de Bourgogne ; quoiqu'il
en foir , la Ville de Belançon joüiſfoit
des mêmes droits dont jouiffent les
Villes Imperiales d'Allemagne qui fe
font rendues libres , & elle en joüiffoit
entierement du temps d'Othenin , Comte
de Bourgogne , & de Philippe le Bel , elle
n'a commencé d'en déchoir que fous les
Ducs de la feconde maifon de Bourgogne
, qui commencerent à s'approprier
le droit de Garde. La Maifon d'Autriche
conferva ce droit , mais la Ville demeura
en poffeffion de tous les autres jufqu'au
milieu du fiecle dernier que Ferdinand
III. l'en priva , & les tranfporta tous à
Philippe IV. Roy d'Eſpagne afin de
l'obliger à rendre Frankendal à l'Electeur
Palatin du Rhin qui devoit être mis
en poffeffion de cette place , en vertu
de
D'AVRIL 1723. 681
de la paix de Veftphalie conclue en 1648 .
ainfi ce n'eft que depuis ce temps- là que
ces Comtes de Bourgogne ont été Souverains
mineurs de Befançon .
Quand donc Philippe le Bel difpofe
du Vicomté de Belançon , auquel la
haute Juftice de cette Ville étoit attachée
, il en difpofe par le feul droit de
fa Couronne , auquel la haute Souveraineté
du Comté de Bourgogne appartenoit
, & non comme ayant le bail de
l'heritiere du Comté de Bourgogne , dautant
que les Comtes de Bourgogne n'avoient
point de droit de Souveraineté ſur
cette Ville. Philippe le Bel difpofa du Vicomté
de Besançon au mois de Mars 1302 .
comme nous l'apprenons de fes lettres
dattées de Paris , & confervées dans le
Tréfor des Chartes du Roy. (a)
Une preuve conftante que Philippe le
Bel fut le Souverain du Comté de Bourgogne
par la feule qualité de Roy de
France , & à caufe de fa Couronne , fe
tire de ce qu'on voit que cette Province
paroît auffi fous la Souveraineté des Rois
fes fucceffeurs , qui n'avoient aucun droit
apparent de poffeffion à la proprieté du
Comté de Bourgogne . Philippe le Bel
poffeda le Domaine utile du Comté de
[ a ] Reg. des Chart. depuis 1299. juſqu'en
C Bourgo
3307. n. 120,
682
LE
MERCURE
?
Bourgogne , feulement comme bail du
Prince Philippe le Long , fon fils puiſné.
Le même Philippe fut proprietaire du
même Comté pour en avoir époufé l'heritiere.
Il ne laiffa que des filles , l'aînée
s'appelloit Jeanne & fut Comteffe de
Bourgogne , & eut pour héritier Louis ,
Comte de Flandres , fils unique de Marguerite
de France , fa foeur puînée , & de
Louis Comte de Flandres , de Nevers &
de Rethel Philippe de Valois fucceffeur
des fils de Philippe le Bel , ne poffeda .
donc point la proprieté du Comté de
Bourgogne. Ce furent les coufins germains
& leurs filles , & s'il y exerça des
Actes de Souveraineté , ce ne fut donc
point comme proprietaire , parce qu'il
ne l'étoit pas , mais comme Souverain
par la feule qualité de Roy de France
& par le feul droit de fa Couronne .
La Souveraineté de Philippe de Valois
fur le Comté de Bourgogne paroît , en ce
que ce Monarque y avoit des Gouverneurs
. Guy de Châtillon , Seigneur de
la Ferre ou de Fay , & Henri de Vergi ,
Seigneur de Fouvens étoient Gouverneurs
de la Franche-Comté en 1335. pour Philippe
de Valois. (a)
De plus ce Monarque convoquoit le
[4] Chen. Hift. de Châtill . 1. 19. ch. 16.
8.597.
ban
D'AVRIL 1723. 683
ban & l'arriere-ban de cette Province.
Ce fut en vertu d'une de ces convocations
que les Nobles de Franche- Comté
fe rendirent à Amiens en 1337. le 16. de
Septembre , jour auquel le rendez- vous
étoit marqué , & fervirent en Flandres
fous le Comte d'Eu , Connétable de
France.
Les principaux Seigneurs Francomtois
qui fe rendirent à l'armée enfuite de cette
convocation , furent , fuivant les termes
du rôle de ceux qui fervirent en cette
occafion ,
Mre Jean de Châlons , Sire d'Arlay
Banneret , avec quatre Chevaliers Bacheliers
& 59. Ecuyers.
Mre Louis de Neuchatel , Banneret
avec quatre Chevaliers & quarante- cinq
Ecuyers.
Mre Gerard de Montfaucon , Banneret,
avec cinq Chevaliers & quarante- cinq
Ecuyers. (a)
J'ai tiré ce rôle du Compte de Jean.
le Mire , Treforier des Guerres depuis le
mois de Juin 1337. que la guerre commença
, jufqu'au mois de Fevrier 1338 .
que ce compte finit. L'original s'en conferve
à la Chambre des Comptes de Paris.
Par tout ce que je viens de raporter ,
[a ] Mon Hift. des guerres des François , an
1337. p. 129.
Ciji
6.84
LE MERCURE
il eft aifé de juger que les reprifes de
Fiefs qu'on allegue des Empereurs pour
la Franche- Comté , ne concluent rien en
faveur de l'Empire , puifque l'on convient
que les Empereurs étoient comme Rois
proprietaires de la Bourgogne Transjurane
, Souverains de la Franche - Comté, mais
d'une Souveraineté mineure , & fubordonnée
à celle de nos Rois , qui en étoient
les hauts Souverains .
Je repete que le Royaume de Bourgogne
ou d'Arles n'appartient pas à l'Empire
, ni aux Empereurs. J'ai fait voir cideffus
que Conrad y avoit quelque droit,
mais que c'étoit un bien de fa maiſon , &
non pas une portion de l'Empire . Les
Comptes de Champagne étoient les vrais
heritiers de Rodolphe III . D'ailleurs ce
Royaume chimerique n'a jamais exifté
que dans l'imagination de quelques Ecrivains
Allemans qui en ont voulu enfler
les titres de leurs Empereurs. Voyez ce
qu'en dit le Docte Valois dans fa Notice
des Gaules , pag. 107. col . 2.
Hoc igitur Regnum five Burgundia
five Regnum Arelatenfe dicatur , plane
imaginarium fuit, cum quale quantumque
fupra defcriptum eft , à nemine unquam
poffeffum eft.
Et pag. 108. col. 1.
Apparet igitur quod non jam femel di
20171
D'AVRIL 1723. 685
* ximus , Regnum iftud Arelatenfe triginta
fex civitatum , falfum , imaginarium ,
chimericum , atque à Germanis fcriptoribus
fictum , & à nullo unquam Regefuiffe
poffeffum.
Je conviendrai que s'il y a eu un Royau
mé d'Arles ou de Bourgogne , & fi ce
Royaume a appartenu à Raoul II . mort
en 1032. ce Royaume a dû paffer aux
Empereurs Contard le Salique , Henri III .
Henri IV . Henri V. Conrard III. Frederic
1. Henri VI. & Frederic II. Mais
quel droit pouvoient y avoir les Empereurs
qui ont fuccedé à Frederic II . puifqu'ils
ne fortoient pas de Conrard le Sa
lique , heritier de Raoul III . On diſtingue
encore jufqu'à prefent les biens Imperiaux
, d'avec les biens de la maifon
Imperiale. L'Empereur poffede les biens
de fa maiſon , comme Prince particulier.
Il n'a rien comme Empereur qu'un titre
qui lui donne fuperiorité fur les Princes
de l'Empire qui lui rendent hommage
qui lui fourniffent un contingent de troupes
pour leurs interefts , lui payent un
petit droit , appellé le mois Romain , &
lui obéiffent en certains cas. Il n'a pas de
terre comme Empereur , & fi la Couronne
Imperiale fortoit de l'augufte maiſon
d'Autriche qui la poffede depuis plus de
trois cens ans , les Royaumes de Bohéme
Ciij &
786 LE MERCURE
& de Hongrie , l'Archiduché d'Autriche
, & fes autres biens hereditaires ne
feroient pas regardez comme autant de
Fiefs de l'Empire , & ne pafferoient pas
aux Empereurs qui feroient mis à la place
de ceux de la maifon d'Autriche . Ce que
les Etats de la haute & baffe Autriche
convoquez au mois d'Avril 1720. ont
declaré fur cette grande fucceffion , eft
une nouvelle preuve que les Allemans
même nous fourniſſent de la verité de ce
que j'avance.
D'ailleurs Eudes II . Comte de Cham→
pagne devoit être preferé à Henri , fils
de l'Empereur Contard le Salique , à la
fucceffion de Raoul 111. Roy de Bourgogne
; car la mere d'Eudes , Comte de
Champagne , nommée Berte , foeur de
Raoul III. étoit four aînée de Gerberge,
mere de Gifele , femme de Conrard.
Auffi Eudes après la mort de Raoul voutut
fe mettre en poffeffion de cette fucceffion
, & comme le raporte Vippon
Auteur du temps , il fut reconnu par
l'Archevêque de Lyon , & par Geraud ,
Prince du Genevois. Conrard n'acheva de
Te faire reconnoître que par la force.
Caftrum ( je parle avec Vippon ) cum
fortiffinis militibus , Odonis munitum obfidens
, fex capit , & quos intus invenerat
, captivos duxit , cæteri fautores Odonis
D'AVRIL 1723. 687
nis boc audientes folo timore Cafaris fuge
runt. Quos perfecutus Cafar omninò exterminavit
de Regno.
Que l'on confulte la Cronique de Sigebert
fous les années 1035. 1036. Se
1037. l'Hiftoire de Glaber Raoul , lib . 3.
pag. 38. & le fragment de l'Hiftoire
des François , commençant au Roy Robert
, mife au jour par du Chêne dans
fa collection des Hiftoriens François ,
l'on ne fera plus furpris que j'aye avancé
que les Empereurs ont ufurpé le
Royaume de Bourgogne , & l'on ne dira
plus que c'eft à titre de fucceffion , &
non pas d'ufurpation que les Empereurs
d'Allemagne ont eu droit au Royaume
de Bourgogne , & l'on parlera plutôt
comme le Docte Valois dans fa Notice
des Gaules , pag. 108. col. 1 .
Vindicaverunt quidem fibi nullo jure
Regnum Arelatenfe Imperatores , Regef
que Germania , poft Rodulphi ignavi obi
tum. Sed maxima ex parte illud obtinere
non potuerunt , nec quidquam præter inane
nomen Imperii in Dalfinatu, Provinciaque
reliquerunt.
Le
688 LE MERCURE
aaaaaaaa
LE RICHE INSENSE' ,
SONNET
Sur les bouts - rime proposez.
Uiconque eft riche eſt tout , c'est le com
mun Proverbe ,
Quand il feroit cent fois plus bête qu'un Oifon,
On lui trouve aujourd'hui des talens à Foiſon ,
Les flateurs qui chez lui mangent fon bled en
Préferent fon efprit à celui de
Et devant fes défauts mettant une
Herbe .
Malherbe ,
Cloifon ,
S'enyvrent à long traits an dangereux Poiſon ,
Prenant le corps pour l'ombre , & le nom pour
l'Adverbe.
Mais d'abord qu'ils ont vu le fond du dernier
Adieu , mes bons amis , i's repaffent le
Et laiffent le croquant dételer fa
Sac ,
Fac ,
Charruë.
Alors le mafque tombe , & plus fot qu'un
Grillon ,
Il connoît , mais trop tard , ſa fatale Eévûë ,
Et voit que la fortune eft comme un Papilon .
MARPRIN.
OB
CIVES
SERVATO
SOROB
ROMA
MASSILIA RESURGENS,
M.DCC.XXII .
S.P.Q.M.
OPTIMO
ΜΑΣΣΑ
H
AIHTON
PRINCIPI
SOROS
MDCCXXID
D'AVRIL 1723.
689
MARSEILLE DELIVREE
DE LA PESTE.
Sujet d'une Medaille du Roy , propose
par M. de la Roque , dans une Lettre
écrite à M. Rigord , Subdelegué de
M. l'Intendant de Provence , à Mar
feille.
C
' Eft affez parler , Monfieur , de
Marfeille ancienne & payenne au
fujet de vôtre Infcription Grecque , &
des Medailles Grecques de cette Ville.
S'il prend encore envie à quelque Antiquaire
d'entrer en lice , & de m'attaquer
fur cette matiere , je lui declare qu'il combattra
feul. Ce n'eft pas la peine, difoit *
un de nos Maîtres en ce genre d'érudi
tion , de fe porter fur le pré pour des
mots bien ou mal avancez , & pour des
morts bien ou mal connus , qui ne nous
en fçauront aucun gré . Vous n'aurez
donc , Monfieur , rien ici d'Antique que
le deffein dont je vous ai parlé dans ma
derniere Lettre , de la plus nette , & de
la mieux confervée des Medailles , que
M. Spon .
Cv je
90 LE MERCURE
je poffede de l'ancienne Marſeille , deffein
que j'oubliai de joindre à cette Lettre
qui contient tout ce que j'avois à
vous dire fur ce fujet.
*
>
Je n'ai aujourd'hui en vûë que Marfeille
Chrétienne & moderne , Ville cydevant
des plus floriffantes de l'Europe
mais depuis humiliée fous la main du
Tout Puiffant , qui commence de fe relever
de fon abbatement , qui revient
pour ainfi dire , du milieu des ombres
de la mort , qui reffufcite enfin pour reprendre
peu à peu , comme nous l'efperons
, fa premiere fplendeur. J'ai vu
avec platfit les marques de la reconnoiffance
publique de vos Citoyens envers
le Ciel ; mais le Ciel ne s'eft-il point fervi
de plufieurs inftrumens humains pour
l'accompliflement de fes deffeins ? Oüy
fans doute , Monfieur , & vous fçavez
mieux que perfonne quels font les moyens.
que Dieu a employez pour operer vôtre
délivrance.
Vous convenez fur tout avec Marſeille,
& avec tout leRoyaume , queMONSIEUR
LE REGENT,au milieu des foins de la plus
glorieufe de toutes les Regences , à eu
fur cette Ville affligée une attention particuliere
, dont ies cffets accompagnez
Cette Lettre eft inferée dans le Mercure du
mois de Septembre 1722.
de
D'AVRIL 1723. 691
la benediction du Seigneur , ont fauvé la
plus importante partie de vos habitans.
Je fçai , Monfieur , que la reconnoiffance
de Marfeille , fecouruë
les orpar
dres du Roy , & enfin délivrée , eſt ſans
bornes ; mais je voudrois qu'un monument
public tranfmit à la pofterité la plus
reculée , ces bienfaits & cette reconnoiffance.
Je n'en vois pas de plus sûr & de
plus facile à executer , de plus convenable
à une Ville qui n'eft pas encore en
état d'ériger des Statues & des Arcs de
Triomphe , que celui de la Medaille ,
dont j'ai formé le projet , & dont vous
trouverez ici le * deffein .
Vous y verrez d'un côté la tête du
Roy avec la Legende ordinaire , LUDOVICUS
XV. D. G. FRAN. ET NAV.
REX , & de l'autre , Marſeille affligée
profternée & fuppliante fous, la figure
d'une femme , telle qu'on en voit dans
plufieurs Medailles Grecques & Romaines
, qui defignent des Provinces , ou des
Villes , & telle que l'Auteur de la Pharfale
fait paroître la Ville de Rome affi
gée & plaintive devant Jules Cefar.
* On a ajoûté un autre deffein à celui que
eft ici décrit . Cette varieté ne nuira point ,
& pourrafervir dans l'execution du projet.
C vi .ut
692 LE MERCURE
ut ventum eft parvi.Rubiconis ad
undas ,
Ingens vifa Duci Patria trepidantis imago,
Clara per obfcuram vulin mastiffima noctem
>
Turrigero canos effundens vertice crines
Cafarie lacera , nudifque aftare lacertis ,
Et gemitu permifta loqui , & c .
Le fleau qui affligeoit Marſeille eft
marqué par des Cyprés , Symbole de la
Mortalité , & la fituation maritime de
cette Ville , qui a donné lieu à ſon affliction
, eft caracterifée par une Galere , le
port de Marſeille étant d'ailleurs le féjour
ordinaire des Galeres du Roy. La
figure en pied de Monfieur le Regent paroît
devant Marſeille abbatuë & défolée
Le Prince femble écouter fa plainte ,
lui infpirer du courage , & la relever enfin
de fon abbatement . Ce font- là , Monfieur
> mes idées , qu'un habile burin
fçaura encore mieux rendre fenfibles ,
que mes paroles , en animant les deux
principales figures de la maniere que je
l'entends , & que vous le comprenez.
Comme le fujet eft grand & fimple
Tout enſemble , j'ai crû que l'Infcription
devoit répondre à cette noble fimplicité ;
je n'en trouve point de plus convenable
que celle- cy. OPTIMO PRINCIPI OB.
CIVES SERVATOS . Autoriſée , comme
Vous
D'AVRIL 1723
vous le fçavez , par de grands exemples.
de la meilleure Antiquité Romaine , en
ajoûtant dans l'Exergue MASSILIA RESURGENS
. C'eſt encore à l'imitation de
Roma Refurgens qu'on voit pour toute
Legende fur quelques Medailles de Veſpalien
, dans fefquelles l'Empereur paroît
relever la Ville de Rome , figurée par
une femme qui eft profternée à fes genoux.
Les Empereurs Romains ont eu , pour
la plûpart , de grands égards pour la Capitale
, & pour les principales Villes de
leur Empire , & ces Villes ont , pour ainfr
dire , immortalifé leur reconnoiffance par
des monumens publics , fur tout par les
Medailles. C'est dans cet efprit qu'une
très-belle Medaille Grecque d'Adrien a
été frappée à Alexandrie par les habitans
de cette fameufe Ville , en memoire de la
confirmation de leurs anciens privileges
par cet Empereur , qui leur en accorda
de nouveaux.
Adrien paroît debout fur le revers de
la Medaille , devant la figure d'une femme
, qui eft auffi debout , & qui en prenant
la main de fon bienfaiteur , femble
la lui baiſer.
Je finis ma deſcription par le bouclier
que j'ai mis auprès de la figure de nôtre
Ville. Vous fçavez , Monfieur , que cette
piece
694 LE MERCURE
piece n'eft prefque jamais omife fur les
monumens dont il s'agit ici , & j'ai crû
que rien ne convenoit mieux fur le bouclier
de Marfeille , que ces deux mots de
Ciceron SOROR ROMA , qui en caracterifant
plus particulierement Marfeille ,
font encore mieux fentir fon affliction
par la comparaiſon de ſes profperitez paffées
, avec les malheurs qui viennent de
l'accabler , c'eft comme fi elle difoit au
grand Prince , dont elle implore la pro
tection.
'Autrefois , tu le fçais , dans une paix profonde,
De mes Heros naiffans je formois la valeur ,
Ma gloire s'étendoit fur la Terre & fur l'Onde,
Et Rome qui donnoit des loix à tout le monde,
M'honoroit du nom de SA SOEUR.
Dans un temps moins heureux , mais toûjours
adorée ,
De l'Univers entier j'attirois les regards ,
Mon commerce fameux forçoit de toutes parts,
Les fieres nations d'aborder ma contrée .
Aujourd'hui fous le poids des plus affreux revers,
Je gémis , & c.
Au refte , Monfieur , fi cette Medaille
vient à être frapée , comme je l'efpere ,
&
D'AVRIL 1723.
695
& comme j'ofe dire que le fujet le merite
, ce fera la feconde Medaille de Marfeille
qui aura été frapée fous le regne de
nos Rois , & jugée digne d'entrer dans
leur Hiftoire.
La premiere le fut en l'année 1660.
On y voit d'un côté la tête de Louis le
Grand , avec cette Infcription. LUDOVICUS
XIV. REX CHRISTIANIS SIMUS
, & fur le revers le Port de Marfeille
avec fon embouchure , fermée d'une
chaîne , & les deux Citadelles , une
de chaque côté de cette entrée , & pour
Legende MASSILIA ARCE MUNITA .
Les Illuftres (a) Auteurs des Explications
Hiftoriques des Medailles , frapées fur
les principaux évenemens du regne du
feu Roy , nous apprennent qu'il fit bâtir
ces deux Boulevarts pour défendre la
Ville contre les attaques des étrangers
&
pour
affurer
le repos
des habitans
; ce
qui s'accorde
parfaitement
avec
l'Infcription
, qui fut gravée
fur la premiere
pierre
(b) des fondemens
de la principale
.
Citadelle
, laquelle
commence
par
ces
(a) Meffieurs de l'Académie Royale des Me
dailles & des Infcriptions.
(6) Cette premiere pierre fut pofée le 11.
Fevrier 1660. par Louis de Vendôme , Dụcde
Mercoeur , Gouverneur de Provence .
mots
193 LE MERCURE
mots , (a ) NE FIDELIS MASSILIA , &
& finit par par ceux-ci , LUDOVICUS XIV.
GALLORUM REX OPTIMATUM POPULIQUE
SECURITATI HAC
PROVIDIT .
ARCE
Je fouhaite , Monfieur , que vous goutiez
mon projet , qui ne fçauroit manquer
d'être applaudi dans Marſeille , délivrée
& reconnoiffante ; j'efpere enfin de le
voir executer par les ordres , & fous les
aufpices du Prince qui a eu tant de part
à cette délivrance .
(a) La Fidelité a toûjours été le cara& ere
particulier des Marfeillois. Fideliffimorum Maf
filienfium , & c. dit Ciceron en plus d'un endroit
. Lucain , I. 3. Illuftrat quos fola fides. Suivant
l'expreffion des Envoyez de Marſeille
dans leur harangue à Jules Cefar , & Cefar
luy- même après l'avoir fubjuguée ne peut pas
s'empêcher de la louer fur ce merite particu
lier , en difant de cette Ville , Fide melior quam
confilio. C'eft pour marquer cette fidelité que
Marſeille feule , contre l'ufage des autres Villes
du Royaume , qui ne prefentent à nos Rois que
des clefs d'argent , prefente toûjours des clefs
d'or , confiderant l'or comme le Symbole de la
fidelité . Paul de Fortia , Marquis de Piles , Gou
verneur des ifles de Marfeille , & depuis Gouverneur
Viguier de Marfeille , en preſenta de
pareilles au nom de cette Ville le 2. Mars
1660. au Roy Louis XIV. de glorieufe memoire.
L'Hiftoire remarque que ce grand Prince
eut la bonté de les rendre au Marquis de Piles ,
en lui difant , Piles , gardez-les , ellesfont bien
entre vës mains.
Je
D'AVRIL 1723 697
Je ferai cependant ravi de marquer en
cette occafion le zele que j'ai pour la
gloire & pour les interefts de ma Patrie ,
& en particulier de vous faire connoître
la parfaite confideration avec laquelle
j'ai l'honneur d'être , Monfieur , vôtre
, &c .
A Paris , ce 15. Decembre 1722.
ERGASI
698 LE MERCURE
kakakaka
ERGASILE EN BELLE HUMEUR ,
Bouts-rimez Acroftiches .
SONNE T.
Ettons en ce beau jour cent
Bouteilles Mr
Des plus friands morceaux rempliffons
la
Ne mangeons que des mets par qui
> cu ,
Karmite ,
la foif s' rrite ,
Toûjours au buveur d'eau livrogne
a
Survêcu
point
Amis , recommençons , je ne fuis
Ce vin délicieux à boire nous
Quoiqu'il puiffe coûter , qu'on nous
en donne
Dûffai je être réduit à mon dernier cu.
Bouteille mes amours trop heu-
Doux jus quand je te bois mon coeur
reux qui te
fe pâme d'
aife i
> ife ,
Je chante tes attraits par plus d'une hanſon.
Et dans le doux tranſport de mon
ame en
Chantée ;
Je quitterois
pour toy cette liqueur Cantée ,
Que verfe à Jupiterle cele te Echan Son
AUTRE
< aincu
nvite
< ite ,
D'AVRIL 1723. 699
AUTRE SONNET.
mis , vive Baccus , Cupidon eft cu ,
on tonneau l'a fait fuir , & près
de ma
e ris de fon couroux , je l'infulte
& ľ
Karmite ,
-rrite ,
es autels font détruits , je leur ai urvêcu
<if & brillant near , toi , par
qui j'ai aincu ,
ris à chaque instant à te quitter m'avite ,
ain plaifir qu'elle m'offre , & qui
paffe
trop
a eft il qu'avec toi je ne goute
à 15
< ite,
* cu ?
Woire eft tout mon fouci , ce flacon
que je
ffure mes plaifirs , & pour combler
mon
aife ,
>ife ,
hacun de fes glougous femêle à ma hanſon ,
Dent buveurs , Dieu du vin , ont ta
gloire
En peuple eft tout feumis à ta liqueur
'il faut plus , près de toi l'amour
n'eft que du
L'Ecu , Cabaret de réputation.
Ohantée ,
Cantée ,
Sol.
QUA
700
LE MERCURE
MMMMMMMMMMMMML
QUATRIE ME Lettre de M. fur la
traduction Françoise de Denis
d'Halicarnaffe.
Q
>
Uelle difference , Monfieur , entre
le jugement que Mes les Journalif
tes de Trevoux ont porté du Denis d'Haficarnaffe
du Pere le Jay , & l'idée qu'en
donnent les Lettres inférées dans les Mercures
de Janvier , de Fevrier & de Mars :
que peut- on penfer quand on voit paroître
dans le même temps , d'un côté l'éloge
le plus accompli d'un traducteur , & de
l'autre un grand nombre de fautes , qui
paroiffent prouver clairement que la traduction
eft fouvent contraire , & au Grec
de Denis d'Halicarnaffe , & au Latin de
Portus ; quoique le plus fouvent il fuive
le Latin pied à pied. Il eft facile , ce me
femble , de fe déterminer pour l'un de
ces deux jugemens fi oppofez. Il ne s'agit
que de lire avec attention & le Journal
& les Lettres. Celles- ci ne contiennent
aucun article qui ne foit accompagné
de fes citations ; on peut les verifier .
Je ne me fais point encore apperçû qu'il
y ait aucune citation fautive : quand il
s'en trouveroit quelqu'une où j'aurois
manqué
D'AVRIL 1723.
701
manqué de jufteffe & d'exactitude , tour
ce qu'on en pourroit conclure , c'eft que
je me ferois trompé , ( j'en fuis capable ; )
mais fi la plupart font exactes , il fera
toûjours conftant que la traduction eft
pleine de fautes. Quoiqu'il en foit , en
attendant que le Pere le Jay me faffe voir
en quoi j'ai manqué , & qu'il juſtifie les
endroits que j'ai relevez , ou qu'il en enrichiffe
fon errata , continuons l'examen
de fa traduction .
Vous avez vû dans ma premiere Lettre
qu'il a pris ces mots de la traduction de
Portus per loca mediterranea pour la mediterrannée.
Voici une faute à peu près
femblable , vous la trouverez dans le tome
2. page 121. ligne 16. ceux que les Romains
avoient envoyez DANS LES
PORTS DE LA MEDITERRANE'E
pour en amener du bled , rappor
terent de quoi remplir les greniers publics.
On lit dans la traduction de Portus , p.417 .
ligne 38 de l'Edition Grecque - Latine
d'Angleterre : nam & legati ad frusentum
coëmendum ab ipfis miffi , ex maritimis
& mediterraneis emporiis coëmptumn
frumentum in borrea publica aduexerunt s
c'eft - à- dire , ceux qu'on avoit envoyez
dans les Villes maritimes , & dans les
Villes fituées au milieu des terres , où l'on
- tcnoit marché , & c . παραθαλαττίων καὶ
μεσογείων
702- LE MERCURE
μεσογείων ἐμπορίων dans le Greci caf ou
les avoit envoyez dans l'Hetrurie , dans
la Campanie , dans le Pomentin , dont la
plupart des Villes étoient au milieu des
terres , à Cumes qui étoit proche de la
mer , & en Sicile , comme le dit expreffément
Denis d'Halicarnaffe , 1. 7. page
101. & 102. de la traduction Françoile.
Il eft vifible que le Pere le Jay a appliqué
l'adjectif Latin mediterraneus , à cette
étendue de mer que nous nommons la
Mediterranée. S'il avoit à expliquer cet
endroit de Ciceron , erat. 10. in verrem ;
amandat hominem. Quo ? Lilybaum fortaffe......
minime judices ..... quid igitur ?
quo putatis ? ad homines à piratarum metu
fufpicione alieniffimos , à navigando
rebufque maritimis remotiffimos : ad Čenturipinos
, homines maxime MEDITERRANEOS
, fummos aratores , qui nomen
nunquam timuiffent maritimi pradonis , &
celui- ci de Tite - Live , 1. 35. c. 26. prator
Achæorum , ficut terreftrium certaminum
arte quemvis clarorum imperatorum
vel ufu vel ingenio æquabat , ita rudis in
ve navali erat , Arcas , MEDITERRA
NEUS homo : fi , dis - je , il avoit à expliquer
ces deux paffages , ne feroit- ce
pas une chofe fort réjouiffante de lui entendre
donner à ces mots mediterraneus
B mediterraneos la même fignification
qu'à
D'AVRIL 1723.
703
qu'à ceux du Latin de Portus ? Car la
difference effentielle que mettent Ciceron
& l'Hiftorien Latin entre mediterraneus
, & navalis , maritimus , homines à
piratarum metu & fufpicione alieniffimos ,
à navigando rebufque maritimis remotiffi
mes , fummos aratores , homo rudis in re
navali , ne devroit pas plutôt l'arréter ,
que la diftinction clairement marquée dans
le Grec de Denis d'Halicarnaffe , & dans
le Latin de Portus entre emporiis maritimis
& mediterraneis emporiis. Ainfi rien ne
l'empêcheroit de tirer les Centuripins du
milieu de laSicile , où ils font felon l'Orateur
Latin , & felon la verité , pour les
placer fur les bords de la Mediterrannée,
Voulez - vous bien , Monfieur , que
nous fortions enfin de la Mediterranée
où nous a. conduit le Traducteur
au milieu des terres , pour avancer
tandis que nous fommes fur la Geographie
, ou fur l'Hydrographie , puifque
nous venons de parler de la mer , & des
ports de la Mediterranée , il faut vous
faire voir que fon imagination n'a pas
été entierement épuifée par la fondation
des deux Villes appellées Tyrrhenie &
Moloffie , dont je vous ai parlé dans ma
premiere Lettre. Voici une nouvelle Ville
qui paroît dans l'Italie . Le Conful Siccius
qu'on avoit envoyé contre les Volfques à
704 LE MERCURE
la tête de ce qu'il y avoit de meilleures
troupes parmi les Romains , fit irruption
dit ce fidelle interprete , tome 2. livre 8.
pag. 258. ligne 31. &c . dans les campagnes
DE VELITERNES , on Accius
Tullus , Chef des Volfques, s'étoit avancé.
Aviez-vous jamais entendu parler de
Veliternes ? Est - ce un Bourg , un pays ,
une Province , un Château , ou une Ville?
Vous chercheriez long- temps fans trouver
ce nom dans les Geographes , foit
anciens , foit modernes. Le Pere le Jay
plus habile qu'eux tous , va vous l'apprendre.
Il n'a point fait de remarque fur
cet endroit ; mais fa table des matieres ,
où il copie jufqu'aux fautes de fa traduction
, vous fervira d'éclairciffement ; Veliternes
, dit- il , dans cette table , Ville
du pays Latin , Campagnes de Veliternes
fameufes par la défaite des Volfques , livre
8. page 258. Peut-on rien demander
de plus précis ? Il vous dit que c'est une
Ville , qu'elle eft dans le pays Latin ; il
vous renvoye à la page de fa traduction
où il l'a fondée . Vous vous étonnez qu'il
ait pouffé fi loin fes re herches , parce
que vous ne voyez pas encore par quel
moyen il a fait une fi belle découverte ;
c'eft par le Latin de Portus ; voilà fon
guide , il le fuit fcrupuleufement ; c'eſtà
le canal par lequel le genie & le caractere
D'AVRIL 1723 705
teré de l'Auteur Grec a paffé en lui . Conful....
Siccius , dit ce Traducteur Latin
...... in VELITERUM agrum irruptionem
fecit. J'aurois crû que Veliternus
étoit l'adjectif formé de Velitre , qui eſt
une Ville des Volfques , & qu'il fignifloit
generalement tout ce qui appartient
à cette Ville : le texte Grec où on lit X-
ραν δυελιτρανῶν , le pays des Velitraniens
ne me laifloit lieu d'en douter , perfuade
que ce mot dérivoit de οίλιτρας
Velitres. Tout autre qui auroit confulté
le Grec , auroit crû la même choſe.
pas
>
Vous me répondrez fans doute que
nôtre traducteur ne fait pas de Veliternes ,
une Ville differente de Velitres ; que par
la fecondité ordinaire de fon efprit , il a
fçû donner deux noms à une feule &
même Ville ; que pour varier fes expreffions
, il la nomme tantôt par fon propre
nom de Velitres , tantôt Veliternes
de même qu'au livre 1. p. 17. 1. 21. au
livre 3. p. 242. ligne 9. 10. & 11. au
1. 8. p. 278. il a mis les Tellenenfiens ,
Les Ficulnenfiens , Aretin , Ruffellane , le
territoire de Vejentan , &c. au lieu des
Telleniens , des Ficulnéens , d'Aretie , de
Ruffelle & de Veies , & c. parce qu'il a
lû dans le Latin de Portus Tellenenfes ,
Ficulnenfes , Aretini , Ruffellani , agrum
Vejentanum , &c, Mais le Pere le Jay a
D préve
706 LE MERCURE
tin , &
prévenu vôtre réponſe , & s'eft affuré
conftamment la gloire d'être le premier
Fondateur de cette Ville , Après l'article
de fa table des matieres , où il vous dit
que Veliternes eft une Ville du pays Lam
les que campagnes de Veliternes
ont été fameuses par la défaite des Volfques
, avec cette exacte citation , livre 8 .
page 258. par laquelle il vous renvoye à
l'endroit que nous examinons , il ajoûte
à Linea que Velitres eft une Ville du
pays des Volfques . N'eft- ce pas la diftin
guer affez clairement de Veliternes ,
Ville du pays Latin ? En faut- il davantage
pour vous convaincre que le Latin
de Portus l'a conduit à la découverte de
cette Ville ? Si vous prétendez que.ce
n'eft pas à Portus qu'il l'a doit cette découverte
, mais que long -temps auparavant
il avoit pû la faire par la lecture de
Tite- Live , je ne contefterai point . Je
vous accorde volontiers qu'il n'y a pas de
plus fortes raifons pour faire de Veliternus
" ager & de Velitre deux Villes differentes
dans Denis d'Halicarnaffe ( l'une
fous le nom de Velitres dans le pays des
Volfques , l'autre fous celui de Veliternes
dans le pays Latin ) que pour diftinguer
les mêmes Villes dans Tite- Live . On
trouve en effet dans cet Hiſtorien Latin ,
Velitras , Veliternus ager , Veliternus papulus
D'AVRIL 1723. 707
:
>
pulus & Veliternos , 1l.. 2. c. 31. 1. 8. c. 12 .
& 14. de même qu'on lit dans Denis
d'Halicarnaffe Velitra , p. 174. lig. 15.
358. 1. 42. 412. 1. 8. Veliterni , felon le
Latin de Portus , ou Velitrany , felon le
Grec , p . 312. 1. 33. & Veliurnum agrum
dans ledit Latin , ou Velitnov Xcópar
dans le Grec , p. 513. 1. 12. qui eft l'endroit
fur lequel le Pere le Jay a fondé fa
Ville de Veliternes. Il femble même que
dans Tite- Live un'homme moins judicieux
qu'imaginatif peut plus aifément fe perfuader
que Veliterni conftitue une Ville
differente de Velitres , que dans Denis
d'Halicarnaffe , où pour peu qu'on jette
les yex fur le Grec , & qu'on fçache
feulement le lire , il eft plus facilè en
quelque façon de s'appercevoir que Velitrane
dérive de Velitre . C'eft pour cette
raifon que je vous laiffe le choix d'attribuer
la découverte du Pere le Jy , ou à
la traduction de Portus , ou à Tite - Live,
ou &c.
L'an de Rome , felon Caton 261. felon
Vargon 263. on élut pour Tribuns Lucius
Junius Brutus , Caius , Licinius , &
Caius Icilius Ruga , 1. 6. pag. 91. de la
traduction Françoife. On donna à ces cinq
Tribuns de la premiere création , deux
Subftituts qui furent appellez Ediles ,
page 92. l'année fuivante Spurius Icilius
D`ij exerçoit
708 LE MERCURE
exerçoit le Tribunat. Sicinnius & Brutus
, qui avoient introduit dans la Republique
le Tribunat , dont ils avoient
fait les premieres fonctions , étoient pour
Ediles , page 15. L'année d'après , fous
le Confulat de M. Minucius Augurinus
& d'Aulus Sempronius Atratinus , de la
fondation de Rome , felon Caton 263.
felon Varron 265. Brutus étoit encore
Edile avec Sparius Icilius Ruga , liv. 7.
page 127. les Tribuns , dit le Traducteur
, en continuant l'Hiftoire de cette
même année , donn nt ordre aux Ediles
de fefaifir de Marcius..... Lucius Junius
Brutus & Spurius Icilius Ruga qui étoient
en charge ( ou plus clairement qui étoient
Ediles , felon le Grec , page 422. lig. 3 .
& 4. ) s'avancent pour le prendre.......
Mais les Patrices font main- baffefur tous
ceux qui ofent approcher.... Le lendemain
les Tribuns fe rendent à la place publique.......
Ils affemblent le peuple & haranguent
contre les Patrices ..... Le Tribun
Sicinnius , page 136. declare Marcius
condamné à mort de la Sentence des Tribuns
, pour avoir rudement repouffé Les
Ediles , qui le jour precedent l'avoient
cité à comparoître .... Les Patrices .... s'oppofent
à l'execution de la Sentence .... Lucius
Junius Brutus , pourfuit de Pete le
Jay , cet orateur populaire QUI EXERCOIT
D'A VRIL 1723. 709
COIT POUR LORS LE TRIBUNAT
....... voyant l'embarras de Sicinnius
s'abouchefeul à feul avec lui , & c . Il eſt
évident par ce qui précede que Lucius
Junius Brutus étoit Edile , & non pas
Tribun , avec Spurius Icilius Ruga , le
jour que les Tribuns lui ordonnerent de
fe faifir de Marcius . Ce fut le lendemain ,
comme le marque expreffement l'Hiftorien
, felon la traduction Françoife , &
& felon le Grec , que ce même Brutus
s'aboucha feul à feul avec Sicinnius ; il
étoit donc encore alors Edile , du moins
je ne croi pas qu'on puiffe prouver qu'en
une nuit il eut paffé de l'Edilité au Tribunat.
Pourquoi donc le Pere le Jay lui
fait il exercer pour lors le Tribunat ? C'eft
qu'il a lû dans le Latin de Portus , page
418. ligne 17. Lucius Junius Brutus
popularis ille Concionator ac TRIBU
NUS plebis..... folus cum folo egit. Il y
a dans le Grec nazwyós . Ce mot fignifie
proprement
un homme
qui gagne
le
peuple
, qui le mene , qui le conduit
par
fes difcours
. Portus
l'a rendu
en Latin
par Tribunus
. C'eft en effet une épithete
qui peut convenir
aux Tribuns
qui haranguent
le peuple
, & qui le tournent
comme
ils veulent
; elle convient
auffi
aux Ediles , qui fouvent
s'entremettoient
dans les aflemblées
, & fe mêloient
de
Diij
faire
710 LE MERCURE
faire des difcours , de déclamer contre
les Senateurs , & de donner des avis dans
les conteftations qui s'élevoient entre les
Patriciens & les Plebeiens. Mais dans
l'endroit dont il s'agit , la qualité de De-,
magogue ne peut donner celle de Tribun
à Brutus , qui , comme je l'ai fait voir ,
n'étoit alors qu'Edile ou Subftitut des
Tribuns. C'eft encore le Latin de Portus
qui a trompé nôtre Traducteur . S'il s'étoit
adreffé à Gelenius , il auroit évité
cette faute ; car celui ci traduit fimplement
Lucius Junius Brutus , Concionator
ille , ce qui exprime fuffifamment le terme
Grec Sawjós. Portus qui paraphrafe
fouvent , a crû bien faire en exprimant
ce mot par les deux mots Latins
Concionator & Tribunus , qui quelquefois
font fynonymes , quelquefois ne le
font point : il s'eft trompé , & a trompé
le Pere le Jay.
Je n'en dirai pas davantage aujourd'hui
, Monfieur : ce que vous avez vû
jufqu'à prefent eft plus que fuffifant pour
faire voir que le Pere le Jay s'en eft tenu
au Latin de Portus , fans confulter le
Grec. Au refte il n'eft pas le feul qui ait
traduit en François un Auteur Grec fur
une traduction Latine. Polybe a été traduit
par Maigret fur le Latin de Perottus,
Evêque de Siponto , & par du Ryer fur
celu
1
D'A VRIL 1723. 711
celui de Cafaubon , comme l'a prouvé
Meibonius dans fon livre , de fabricâ
triremium : Herodien , par Boifguilbert ,
fur la verfion Latine de Politien. Philoftrate
, & plufieurs autres anciens Auteurs
ont auffi été traduits par Vigenere fur
le Latin ; & ce qui vous furprendra davantage
c'eft que M. d'Andilly dans fa
traduction de Jofeph, toute eftimée qu'elle
eft par plufieurs perfonnes , fuit volontiers
la verfion Latine de Gelenius , dont
il rend & augmente même les fautes : au
moins c'est l'idée qui m'en rette depuis
que je l'ai lûë , en la comparant d'un
bout à l'autre avec le texte Grec & le
Latin de Gelenius ; vous en trouveriez
des preuves , fi je n'en fouviens , dans
Bohus , Differtat. de teftim. Jofeph. de
Chrifto , & dans les fentimens de quelques
Theologiens d'Hollande fur l'Hiftoire
Critique de Rich. Simon lettre 4.
&c. Mais après que ces Traducteurs des
verfiors Latines ont été fi bien relevez ,
je fuis furpris que le Pere le Jay fe foit
hazardé à traduire fur le Latin , & à donner
fon livre fous le titre d'Antiquite
Romaines de Denis d'Halicarnaffe , traduites
DU GREC. J'admire la fincerité
de De Roziers , dans le titre de fon Dion
Caffius François , imprimé chez l'Angelier
: il ne fait point difficulté d'avoüer
D iiij qu'il
1
712
LE MERCURE
qu'il l'a traduit fur l'Italien de Leonice
no , & donne par confequent fa traduction
pour ce qu'elle vaut . Avec tout cela
je doute encore qu'entre tant de traductions
de cette efpece , il y en ait aucune ,
dont les Auteurs ayent fait paffer dans
leur ouvrage jufqu'aux fautes d'impreffion ,
(j'entends des fautes très- effentielles ) qui
s'étoient gliffées dans les traductions Latines
, où Italiennes , &c. qui leur tenoient
lieu d'original. Pourroit on y en trouver
une femblable à celle du Denis d'Halicarnaffe
François , qui met des palmes , au
lieu de boucliers entre les mains des Saliens
, parce que dans la traduction de
Portus on lit palmas pour parmas , comme
je vous l'ai fait remarquer par ma troifiéme
Lettre , inferée dans le Mercure du
mois de Mars ? Je fuis , Monfieur , &c.
SUR
D'AVRIL 1723. 713
******************
SUR LA , MAJORITE
D
DU ROY ,
IDYLLE.
CORYDON, TIRSIS.
CORYDON .
APHNIS regne fur nous , & dans cet
heureux jour
Nos Bergers , à l'envi , fignalent leur amour ;
Tirfis , le feul Tirfis , à fes douleurs en proye ,
Ne fent point le bonheur que le Ciel nous envoye
;
Qui peut rendre le calme à fes fens agitez ,
S'il devient infenfible à nos profperitez ?
TIRSIS.
Je fens ce que l'amour , & le devoir m'infpire,
Mais tout retrace encor nôtre dernier malę
heur , (a)
Ah Berger pouvons - nous accorder fur la
lyre ,
Des tranfports d'allegreffe , & des chants de
douleur ?
(a) La mort de Madame.
D v
CO714
LE MERCURE
CORYDON .
Ceffez de regretter le fort d'une immortelle ,
Ce champêtre féjour n'étoit pas digne d'elle; ( a)
Victoire regne aux Cieux j'ai vu changer en
feurs
Les funeftes Cyprès qui l'ont environnée ;
Pour prix de fes vertus les Dieux l'ont couronnée
;
Jeux , plaifirs , doux tranfports fuccedez à nos
Fleurs ;
Heureux Bergers ! chantons le Roy de nos
Fafteurs.
TIRSIS.
Ainfi que le Zephir qui fouffle dans nos plaines ,
Ton recit , Corydon , vient foulager mes peines :
Victoire regne aux Cieux , Daphnis dans nos
hameaux ,
Quel triomphe pour nous , Ciel ! quel bonheur
extrême !
Reprenons pour Daphnis nos tendres chalumeaux
,
Chantons , on dit toûjours affez bien quand on
aime ,
Que les Echos cent fois redifent à leur tour ,
Daphnis de nos cantons eft la gloire & l'amour .
( a) Saint Cloud..
COD'AVRIL
1723.
715
CORYDON.
Chantons Daphnis : chantons fes graces raviffantes
Qui de tous nos Bergers ont fçû gagner les
coeurs ,
Celebrons fes vertus naiffantes ,
Qui d'un Empire heureux préfagent les douceurs.
TIRSIS.
Pour regner fur les coeurs le Ciel l'avoit fait
naître ,
Ses aimables attraits l'auroient fait nôtre Roy :
Daphnis , plus en pere , qu'en maître ,
Guidé par l'amour feul nous donnera la loy.
CORY DO N.
La douceur de fes loix , Berger , fera pareille
A ce nectar délicieux
Dont on voit au Printemps , la diligente Abeille
Tirer des tendres fleurs fon tréfor précieux.
TIRSIS.
L'Abeille , de fon Roy , fait l'unique aſſurance,
Commeil veille pour elle , elle combat pour lui :
Nos Bergers font armez , Daphnis , pour ta défenfe
,
Comme tu fais leur gloire , ils feront ton appu
D vj
CO716
LE MERCURE
CORYDON.
L'éclat de ce beau jour ranime la nature ,
Une lumiere douce & pure .
Embellit nos heureux climats ,
Daphnis rend à nos champs leur riante peina
ture ,
Couronnens- le des fleurs qui naiffent fous fes
pas.
TIRSIS .
Que ces timides Aeurs , dont la beauté m'enchante
,
Me dépeignent bien la candeur
Del'aimable Berger , dont la gloire prefente ,
Ne peut alterer la douceur..
CORYDON.
Sous l'éclat de fa Couronne
La Grenade en fon fein porte un riche tréfor :
Quelque brillant que foit l'éclat qui t'environne
,
Cher Daphnis , tes vertus nous touchent plus
encor.
TIRSIS.
J'ay vu dans nos charmans Vergers
S'élever une fleur d'une beauté nouvelle ,
Le Tage la vit naître, (a) & la fleur immortelle
Plairoit moins au Rey des Bergers.
(a) L'Infante.
COP
D'AVRIL 1723. 717
CORYDON.
J'ay vû ce beau Lys , que l'Aurore
Cent fois dans nos Vallons a baigné de ſes
pleurs ;
Il ne fera jamais cüeilli des mains de Flore
Que pour la Reine des pafteurs.
TIRSIS.
L'Olivier croît fur nos montagnes ,
Seul il couronnera le front de mon Berger
11 a banni la guerre , & le fer étranger
Ne moiffonne plus nos Campagnes.
CORYDON.
Le front ceint des plus beaux lauriers ,
Afes fiers ennemis , Daphnis , fera connoître
Qu'il fçait combattre , & vaincre , & meritoit
de naître
Du fang des plus vaillans guerriers.
TIRSIS.
Ne craignons plus les orages ,
Vainqueur des fombres nuages , ( a)
Le Soleil fur fon char lance fes premiers feux
Quel éclat ! il promet le jour plus heureux.
(a ) La maladie du Roy.
co.
718 LE
MERCURE
1
CORYDON.
Que l'Aquilon dans nos plaines
Souffle fes bruyantes haleines ,
Que les vents déchaînez redoublent leur effort ;
Je vois l'Aftre brillant qui nous conduit au port.
FR. XAV. DE TILLY , D. L. C. D. J.
XX:XXXXXXXXXXXXX
VOICI LE DISCOURS que M. l'Evêque
d'Auxerre , dont le merite & la
capacité font fi connus , prononça en
prefentant le corps de Madame la Princeffe
, à M. Vivant , Chancelier de l'Univerfité
, & Superieur des Carmelites's
le 3. Mars 1723..
Lgion infpinsde
Es fentimens de reſpect que la Relipour
les Princes ne finiflent
point avec leurs jours , la foy d'un
autre vie fait honorer dans le tombeau ,
ceux que la plus haute naiffance , & les
plus grandes diftinctions de ce monde ont
rendus refpectables fur tout quand la
grandeur du rang qui paffe , a été foûtenu
par l'éclat de la vertu qui ne meurt jamais.
Voilà le fondement de la pieté Religieufe
D'AVRIL 1723. 719
gieufe que nous devons à Madame la
Princeffe , digne de regrets éternels. Elle
avoit reçû du Ciel un efprit droit & ſolide
, une ame genereufe & compatiflante
; élevée dans l'Abbaye de Maubuiſſon,
& formée à la vertu par cette augufte
Princeffe , qui fut le plus parfait modele
de la vie Religieufe , elle fut felon les
temps la confolation d'un Prince qui
étonna l'Univers , & qui fera à jamais
la gloire de la nation ; attachée refpectueufement
comme Sara à fon auguſte
époux , elle en obtint toute la confiance,
& en fut toûjours refpectée elle- même ,
affidue à la priere , occupée uniquement
de fes devoirs comme la femme forte ,
donnant fans relâche à ſes enfans la double
éducation des leçons & de l'exemple,
retirée dans fa cour comme Judith pendant
tous les jours de fa viduité , recommandable
fur tout par la crainte religieufe
du Seigneur , elle fut l'ornement de fa
maiſon , l'admiration du Royaume & la
joye de l'Eglife.
On voyoit toûjours en elle une noble
fimplicité , relevée encore par l'éclat de
la grandeur même qu'elle fembloit oublier
, fidelle à fes amis , elle fe les attachoit
la droiture de fon coeur ,
par
par la folidité de fes confeils , & ne
leur laiffoit à craindre que leur propre
inconftan-
&
720
LE MERCURE
inconftance , inacceffible à la flateries
elle n'aima que la verité , & l'aima jufqu'à
la mort ; fon Palais étoit une école
vertu & de fainteté , & le choix des
perfonnes qui l'approchoient étoient l'accompliffement
de ces paroles du Prophete
, Oculi mei ad fideles terra ut fedeant
mecum ; fa religion étoit pure , éclairée ,
agiffante , fa charité n'avoit point de
bornes , elle s'étendoit particulièrement à
cette multitude d'enfans infortune qui
paroiffent abandonnez de la Providence ,
& dont les fecours la rendoient la mere ;
les lévres de plufieurs l'ont benie , & les
oeuvres ont reçû des peuples le tribut de
louanges qui leur étoit dû ;
les grands & les puiffans de la terre ont
au- deffus d'eux un maître qui les juge ,
& comme les ames les plus pures ne font
pas à les yeux fans quelque tache , adreffous
nos prieres à ce Dieu faint & redoutable
, afin que fon humble fervante
trouve grace devant lui , & qu'elle en
obtienne une pleine reconciliation.
comme
L'innocence de fa vie , la Sainteté de
fa mort nous répondent qu'elle eft du
nombre de ces ames choifies , qui ont
merité pendant leur vie , que les fuffra=
ges de l'Eglife leur foient avantageux
après la mort.
Que nos larmes ne s'arrêtent pas uniquement
D'AVRIL 1723. - 721
quement fur une Princeffe qui eft entrée
dans une vie meilleure , élevons nos vûës
plus haut , confiderons par les yeux de la
foy toute la figure de ce monde qui paſſe,
apprenons à nous en détacher ; la plus
haute élevation n'eft pas une défenle
contre le tombeau , la vie la plus longue
eft enfin terminée , ne nous occupons .
donc que de cette Eternité redoutable où
tout aboutit.
Joignez aux prieres que vous allez
faire pour Madame la Princeffe , des
voeux pour fon augufte pofterité , demandez
à Dieu qu'il confirme les benedictions
qu'elles lui a laiffées en mourant ,
que le grand Prince , Chef de fa maiſon ,
fi recommandable par fon amour pour la
verité , pour la juftice , & pour le bien
de l'Etat , & par fon attachement à la
perfonne du Roy , reçoivent les récompenfes
promifes à l'homme jufte , qu'il
voye tous les jours frutifier dans le coeur
du Roy ces grands fentimens qu'il lui a
infpiré , & que le fruit de cette éducation
qu'il a dirigée puiffe être à jamais le
bonheur du Souverain & des peuples. Et
vous Prêtre du très- haut * fi refpectable
l'innocence
de vos moeurs, par la pureté
de vôtre foy , par vos travaux continuels
, par la ferveur de vôtre zele
par l'aufterité furprenante de vôtre vie ,
par
* M. Vivant. uniffez
722
LE MERCURE
uniffez vos prieres à celles de ces faintes
Epoufes de Jefus Chrift , la portion la
noble de fon églife , qui ont merité l'ef
time , la confiance , la tendreffe de Madame
la Princeffe , & d'être les dépofitaires
de ce précieux , mais trifte trélor .
VERS fur le Rhume de Mademoifeille
du M. M. de Rochan *
par
L
E Rhume un jour étant las de giter ,
Chez vieux grondeur ou chez vieille
édèniée ,
Tôt fur le champ fe mit à convoiter ,
Maifon qui fut de joye antidotée ,
Où pafferoit d'agreables momens ,
Or s'en va donc preparer
fes tourmens
Chez la D. M ** la trouve environnée
Des jeux , des ris qui lui faifoient la cour ,
Et dès qu'il eut la belle examinée ,
Crut qu'il devoit la lui faire à fon tour ,
Lui voyant lors fi gentille poitrine ,
Le drôle alla s'y nicher à l'inftant ,
Et quand devroit la fevere doctrine
Se chagriner de mon aveu galant ,
J'en cuffe fait peut-être tout autant
ER
D'AVRIL 1723. 723

En pareil cas , mais ce font lettres cloſes ,
Ne me faut point fur de fi belles chofes .
Trop expliquer , revenons au gaillard ;
Il fe trouva logé tant à fon aife ,
Que d'un bien tel n'auroit donné fa part
Pour choſe au monde , aufli ne vous déplaiſe
On avoit foin de le bien mitonner ,

Toûjours couvert d'une étoffe moëleuſe ,
Nourri de veau , de poulet , d'eau de ris ,
Sa vie étoit douce , tranquille , heureufe ,
Bien devoit - il en connoître le prix ;
Mais comme il eft brutal en fes careffes ,
Peu complaifant , dur envers fes maîtreffes ,
Arrive un jour qu'il vint par fiévre , & toux ,
A maltraiter cruellement la belle ,
>
Tant & fi fort qu'enfin la jouvencelle ,
Fit à fon tour exhaler fon couroux ,
Voulut d'abord le chaffer de chez elle
One le matois n'y pouvoir confentir
Il tenoit bon , ains fi tôt elle appelle
Dame faignée , alors nôtre rebelle
Trifte , confus fut forcé de fortir
Et de loger ailleurs fon repentir.
EXTRAIT
724 LE MERCURE
EXTRAIT du Memoire prefenté aux
Etats de Languedoc , fur l'Hiftoire
de cette Province.
Il y a déja plufieurs années que l'Affemblée
des Etats de Languedoc ayant formé
le deffein de faire travailler à l'Hiftoire
de la Province fur les meilleurs Auteurs
& fur les Titres les plus autentiques , pria
feu M. de la Berchere , Archevêque de
Narbonne de vouloir fe charger du fon
de choisir des ouvriers pour l'execution
de cette entrepriſe . Ce Prélat fit l'honneur
aux Superieurs de nôtre ( a ) Congregation
de leur en demander. Le choix
tomba d'abord fur deux Religieux de
merite , qui travaillerent utilement dans
la Province pendant quelques années ;
mais leur âge ou leurs emplois ne leur
ayant pas permis de continuer ce travail,
nos Superieurs jugerenr a propos de nous
(b) en charger , & nous prefenterent à ce
(a) La Congregation de S. Maur , Ordre de
Saint Benoît.
(b ) Ce font les RR. Dom Claude de Vie , &
Dom Jofeph Veffet , Auteurs de la nouvelle
Hiftoire de Languedoc , qui parlent dans ce
Memoire .
Prélat
D'AVRIL 1723. 725
Prélat qui eut la bonté de nous agréer .
Pour feconder fon zele , & nous accommoder
au goût du public , nous nous
proposâmes d'abord de commencer nôtre
travail par la recherche des Titres & des
Actes ; & poft diftinguer plus ailément
ceux qui étoient donnez au public , d'avec
ceux qui ne l'étoient pas , nous parcourûmes
avec foin tous les differens Auteurs
imprimez qui pouvoient nous fournir
des pieces pour nôtre Hiftoire.
A cette recherche fucceda celle des
Archives & des Cabinets des Particuliers.
Paris étant la Ville du Royaume où l'on
trouve des Manufcrits en plus grand nombre
, où l'on les communique avec plus
de facilité , & où l'on en connoît mieux
le merite, nous nous y fommes arrêtez par
ordre de feu M. de la Berchere , Archevêque
de Narbonne , & par celui de M.
de Beauvau , qui occupe aujourd'hui ſi
dignement fon Siege.
Comme ce n'eft pas un projet de nôtre
Hiſtoire que nous avons l'honneur de vous
preſenter , mais un compte que nous venons
vous rendre de nos recherches : nous
nous contentons de vous expofer ici fuccinctement
la nature des pieces qui doivent
lui fervir de preuves , de bafe & de
fondement ; & de vous faire remarquer ,
avec l'ufage qu'on en peut faire , les avan
tages.
726 LE MERCURE
tages qu'en doit tirer la Province en general
, & en particulier chacun des trois
Etats qui la compofent.
Ces pieces ou Titres , prefque tous anecdotes
, que nous avons pris fur des copies
autentiques ou fur les originaux mêmes ,
font un grand nombre de Lettres ou
Bulles des Papes fur divers fujets importans
qui regardent la Province ou fes
principaux membres.
Quelques Conciles des Evêques de Languedoc
, & divers Actes ecclefiaftiques .
Des érections d'Evêchez , des fondations
d'Abbayes ou Monafteres de l'un
& de l'autre fexe : monumens éternels de
la pieté de nos Rois , & de la liberalité
de nos Comtes .
L'établiffement de quelques Ordres
militaires , d'Hôpitaux , Univerſitez ,
A cadémies , Colleges , Foires , &c.
> Des Donations , Graces , Rémiffions
Privileges , Ordonnances , Lettres Paten
tes & Chartes de nos Rois de la feconde
& de la troifiéme race , accordées tantôt
aux Eglifes & aux Ecclefiaftiques , tantôt
à la Province ou à fes principales Villes .
Des Teftamens des Comtes , des Vicomtes
, & autres Seigneurs qui ont gouverné
la Province ; leurs Contrats de mariage ;
des Traitez de Paix , d'Alliance , de Partage
, de Conféderation , Négociations ,
Ambaffades , & c.
D'AVRIL 1723 . 727
Des Affociations & Traitez de Commerce
de plufieurs de nos Villes , foit
avec les Pays voi fins , foit avec les Etrangers
, & fur tout avec ceux du Levant &
d'Italie ; & les faits hiftoriques qui fe
font paffez dans les principales Villes de
la Province.
Des fermens de fidelité & des hommages
rendus ou par les Seigneurs de
Languedoc à nos Rois , ou par les Vaffaux
à leurs Seigneurs , ou par ces derniers
entre eux. Quantité de revûës ou Montres
des Senéchaux & des principaux
Seigneurs , qui feront connoître prefque
toute la Nobleffe de la Province , avec la
part qu'elle a eu dans les differentes guerres
du Royaume & des pays étrangers.
Des Procès verbaux des Affemblécs
des Etats generaux ou particuliers de la
Province , les Impofitions ou Subfides
qui y ont eu cours , les Droits , fes Privileges
, & l'ufage du Droit- écrit reconnú
& confirmé par des Lettres & Ordonnances
de plufieurs de nos Rois ; les differens
Ufages & Coûtumes de Languedoc
.
L'origine des differens Tribunaux
pour
l'adminiſtration de la Juftice , les fonctions
, droits & privileges des Magiftrats,
foit du Parlement , foit des autres Cours
fouveraines ou fubalternes ; les differens
chan728
LE MERCURE
changemens , creues & fuppreffion de
leurs Offices .
Des découvertes très - curieufes fur les
Templiers : fur l'héreſie & la guerre des
Albigeois , fur l'établiffement du redoutable
Tribunal de l'Inquifition , fur les
guerres & differens troubles arrivez dans
le Languedoc , principalement du temps
des Anglois , des Religionnaires & de la
Ligue.
Un grand nombre de Sceaux très- rares
de nos Comtes , Vicomtes , & autres
anciens Seigneurs de la Province : en un
mor , une infinité d'Actes , tant anciens
que modernes , que nous avons recueillis
ou en entier ou par extrait , & dont on
pourra fe fervir utilement pour dreffer
trois Cartes de la Province ; l'une pour
l'ancien temps , depuis les Romains julqu'à
la fin du regne des Wifigots ; l'autre
pour le moyen âge , depuis la feconde
race de nos Rois jufqu'à la fin du XIII .
fiecle ; & la troifiéme qui en reprefentera
l'état prefent , & c .
Comme ce n'eft pas ici le lieu de témoigner
nôtre reconnoiffance envers les differentes
perfonnes de diftinction & de
merite qui ont eu la bonté de nous communiquer
les Manufcrits qui regardent nôtre
Province , nous nous contenterons de
vous marquer ici les differentes Bibliothe-.
ques

D'AVRIL 1723. 729
ques où nous avons travaillé jufqu'à prefent.
Les plus celebres font celle du Roy ,
où nous trouvons tous les jours des fecours
infinis , foit dans fes Manufcrits
foit dans le précieux Recüeil des Titres
originaux de feu M. de Gagneres , foit
dans les Manufcrits & les Collections de
feu M. Baluze , dont le Roy 'vient de
l'enrichir.
Celle de M. Colbert , aujourd'hui de
M. le Comte de Seignelai , d'où nous
avons tiré cette quantité prodigieufe d'Actes
& de Titres qui font la plus grande
& la plus riche partie de nôtre Recüeil .
Celle de M. le Chancelier Seguier , aujourd'hui
de M. l'Evêque de Mets , dont
nous fommes les Dépofitaires , & où nous
trouvons tous les jours d'excellens morceaux
, furtout pour les derniers temps
de nôtre Hiftoire , & pour celui des troubles
& des mouvemens des Religionaires.
Celle de M. Foucault Confeiller d'Etat
, qui nous a fourni des copies des
Registres du Parlement de Toulouſe , &c .
Čelle de M. le Nain , Doyen des Confeillers
du Parlement de Paris , où l'on
nous a communiqué un ample recueil des
principales pieces qui font dans les anciens
Registres du Tréfor des Chartes
du Roy ou de la Chancellerie , depuis
E Saint
730 LE MERCURE
-
Saint Louis jufqu'à Charles IX.
Celle de S. Germain des Prez , à laquelle
nous fommes redevables de quantité
d'anciens monumens que feu nôtre.
Pere Dom Claude Etiennot avoit ramaffez
dans les Provinces.
Nous n'avons garde d'oublier le Tréfor
des Chartes du Roy & la Chambre
des Comptes de cette Ville. Le premier ,
que M. le Procureur General a eu la bonté
de nous communiquer avec la permiffion
du Roy , nous a fourni les Titres originaux
de la Couronne qui regardent la
Province , dont nous avons eu foin de
faire deffiner les Sceaux les plus rares &
les plus intereffans ; & l'autre nous a procuré
la connoiffance d'une infinité de faits
hiftoriques & anecdotes que nous avons
extraits de cinq à fix cens Regiftres des
comptes du Domaine des trois anciennes
Senéchauffées de la Province.
Voilà les fources où nous avons puifé
tout ce qui compofe nôtre Recueil . Il eſt
fi ample qu'il peut former plufieurs Volumes
In-folio . Nous efperons le groffir
par les recherches que nous nous propofons
de faire dans la Chambre des Comptes
de Montpellier & dans les autres Archives
de la Province , fi les Etats veulent
bien continuer de nous honorer de
leur protection ,
Le
D'AVRIL 1723 738
LE PAPILLON
ET LA VIOLETTE.
FABLE.
Papillon catreffant toutes les fleurs nou
velles ,
N'en trouvoit aucune à fon gré ,
Les unes étoient trop cruelles ,
Celles - ci manquoient de beauté .
Pour arrêter mon inconftance ,
}
La Rofe , difoit il , avoit affez d'appas , ( a )
Mais les rigueurs & mon impatience ,
Certainement ne s'accorderoient pas.
La Renoncule eft pleine d'elle-même , ( b )
Elle a toûjours mille raiſons
Pour maltraiter les Papillons ,
Pour elle auffi ma froideur eft extrême ,
Ce n'eft point- là ce que je veux .
Je ne puis fervir la Jonquille , (c).
Que quand je me fens amoureux ,
(a ) Fleur de la Difficulté.
(b) Fieur de la Fierté.
(c) Fleur de la Jouißance.
E ij
C'eft
732 LE MERCURE
C'est une belle fi docile ,
Que tout d'un coup elle appaiſe mes feux.
Toujours inconftant & volage ,
Ainfi raifonnoit Papillon ,
Il blâmoit tout fur fon paffage ,
Chaque fleur avoit fon lardon .
En voltigeant ainfi de fleurette en fleurette ,
Il apperçoit la Violette ,
Cachée à l'ombre d'un Ociller .
Auffi-tôt nôtre amant coquet ,
Sentant une flâme nouvelle ,
Aime , volle , & s'approche d'elle
Cette fleur lui paroît ſon fait ,
La fageffe & la modeſtie ,
Qui brillent fur la jeune fleur
Animent encor fon ardeur :
devient amoureux , & jufqu'à la folic .
Enfin il en eft enchanté ;
Il foupire , il s'agite , il fe plaint , il s'empreffe;
Plus on rebute fa tendreſſe ,
Plus il promet d'amour & de fidelité ;
A la fin à force de larmes ,
Ou plutôt à force de charmes ,
Son
D'AVRIL 17237 733
Son doux langage eft écouté.
L'on veut de la perfeverance ,
Il en promet en abondance ,
Deux bailers auffi - tôt en font la caution
L'on y répond , il renouvelle ,
Retour du côté de la belle ,
Promeffe d'aimer Papillon.
Notre amant n'étant plus volage
Ils reçûrent tous deux contens
On dit même que de leur âge
Cupidon ne fit qu'un Printemps.
>
Amans combien de difference ,
Entre vous & ce Papillon ,
Vous vous attachez fans prudence ,
Il aime avec réflexion.
Les graces lui font peu d'envie ,
C'est moins une vaine beauté
Qui fixe fa legereté ,
Qu'une timide modeftie .
M. Clement.
E iij
ME
734 LE MERCURE
MEMOIRE fur le Monftre né à la
Fleche.
Ous avons donné dans le Mercure
Ndu mois de Janvier dernier , page
venons
>
37. la Defcription d'un Monftre né à la
Fleche , & envoyé à Paris par M. Farcis,.
habile Chirurgien ; nous ajoûterons le
Memoire fuivant que nous .
de
recevoir fur le même fujet. Le Prefident
Roland , accompagné de M. Chirac
premier Medecin , & de M. Dumond ,
Chirurgien de fon Alteffe Royale , a eu
l'honneur de le prefenter à Monfieur le
Duc d'Orleans , à M. le Duc de Chartres
, & à un grand nombre de Seigneurs
de la Cour. La lecture du mémoire qui
regarde cet enfant monftrueux , a paru
faire plaifir , & fon Alteffe Royale eut la
bonté d'en témoigner fa fatisfaction à M.
le Prefident Roland . En effet l'évenement
eft affez fingulier ; on a trouvé peu
d'enfans qui ayent vêcu fans cerveau , encore
moins qui ayent vêcu fans cerveau
& fans cervellet , très- peu qui ayent pû
vivre fans avoir ni cerveau , ni cervellet
, ni. mcële allongée , c'eft ce qui eft
arrivé à l'enfant dont on parle.
>
Ce
D'AVRIL 1723. 735-
Ce monftre pourroit donner lieu à des
queftions curieufes qui regardent la Philofophie
, & même la Theologie. On
demanderoit d'abord quelle peut être la
caufe de ces étranges productions ? Eft - ce
un défaut dans la femence ? eft- ce un
effet de l'imagination de la mere ? eft- ce
l'afpect fubit de quelque animal femblable
à celui que le Monftre reprefente ?
eft-ce quelque autre accident ? Ces jeux
de la nature , pour parler le langage des
Anatomiſtes ouvrent un vafte champ
aux recherches de la Phyſique & de la
Medecine.
,
Où refidoit l'ame de cet enfant informe
? L'ancienne Philofophie ne fera pas
embaraffée pour la placer ; mais que diront
ceux qui mettent le fiege de l'ame
dans le cerveau ce fera pour eux une
neceffité de lui chercher une autre place
pour cette fois , & au grand dépit des
nouveaux Philofophes , il faudra admettre
une exception à la regle . Quel plaifir
pour le zelé Peripateticion ! quel triomphe
pour l'Ecole d'Ariftote .
Auroit- il été sûr de baptifer cette infortunée
creature , fi la mort ne l'avoit
pas enlevée avant qu'elle eut commencé
à voir le jour ? On baptife un Monftre
lorfqu'il a la tête & la poitrine de l'homme
, difent les maîtres de la morale ;
E iiij mais
736 LE MERCURE
mais ce feroit profaner le Sacrement , s'il
avoit la tête & la poitrine d'une bête.
Celui dont nous parlons n'étoit propre
ment ni dans l'un , ni dans l'autre de ces
deux cas : homme par la poitrine & par
le refte du corps , il approchoit de la bête
par la tête. Quel parti prendre auroiton
dû le baptifer fous condition . Comitolus
paroît le foutenir , Bonacina femble
y confentir ; d'un autre côté ce fentiment
a un grand nombre de contradicteurs.
Auroit- on dû differer fon baptême
jufqu'à ce qu'il eut donné quelques
fignes d'une ame raifonnable , ou que
quelque danger prochain de mort eut mis
dans l'obligation de le baptifer fans conditions
, c'eft ce que Navarre & plufieurs
autres penfent ; avançons un peu plus
avant dans cette importante matiere.
Que feroit- ce fi le Monftre avoit deux
têtes & deux poitrines , fi la partie fuperieure
prefentoit deux hommes , & la
partie inferieure un feul , tel étoit celui
dont Saint Auguftin fait mention dans
le 16. livre de la Cité de Dieu. Faudroitil
conferer deux baptêmes , l'un fans condition
, & l'autre fous condition ? s'il n'étoit
pas sûr que ce fut un double enfant,
c'eft le jugement de Saint Thomas. Que
feroit- ce fi le Monftre n'avoit qu'une tête
& une poitrine , tandis que les autres par
ties
D'AVRIL 1723 737
>
ties inferieures feroient doubles ? tels furent
ceux dont Baloidanus & Martinés
parlent; ne feroit- ce qu'une perfonne ? ne
faudroit-il qu'un baptême ? Soto le penſe.
Que feroit-ce fi le Monftre offroit une
tête & deux poitrines. Faudroit - il conferer
deux baptêmes , un fans condition
l'autre fous condition , Bonacina le veut
& cite pour appuyer fon fentiment le
fçavant Tolet. Que feroit- ce au contraire
file Monftre prefentoit deux têtes & une
poitrine , faudroit- il pareillement deux
baptêmes il n'y a pas à balancer fi l'on
écoute le College de Salamanque , l'un
fera donné fans condition fur la tête là
nieux formée , & l'autre fous condition
fur la tête la moins reguliere. Il eft bon
de fe faire fur cela des principes sûrs &
autorifez ; il feroit dangereux dans bien
des occafions de n'en pas avoir , tandis
que l'on feroit occupé à chercher une décifion
dans les livres , ou à confulter les
fçavans que l'on ne trouve pas toûjours à
fes côtez un malheureux enfant periroit
peut être privé d'un fecours que la
bonté Divine a établi pour tous les hom
mes.
Les Dents , le Froc , & les Cheveux 7
font les mots des trois Enigmes du mois
paflé.
E v PRE
738 LE MERCURE
PREMIERE ENIGME,
Ν
UNétranger me doit une vifite ,
Une ou deux fois l'an tout au moins,
Sans quoi les endroits où j'habite
Ont fouvent d'un malheur quantité de témoins;
D'ordinaire j'ai pour efcorte
Q
Du métal que le ſoldat porte ,
Je ne fuis point faite pour l'eau ,
·1
Quoi qu'à prefent je fois foft peu fans
glace ,
Et jamais quelque temps qu'il faffe
On ne me voit fans un manteau.
SECONDE ENIGME .
Ue de pas fuperflus , que de folles penſées ,
Nous caufons tous les jours à mille écervellez
, 1
Pendant des temps vainement écoulez ,
Pour nous faire tomber d'où nous fommes
hauffées ,
Qui s'en trouvent fouvent de très loin reculez;
Mais quand not fommes feparées !,
Qu'on
D'AVRIL 1723. 739
Qu'on nous prend par
montrées ,
honneur pour être mieux
Et qu'un Prince nous donne au milieu de fa Cour,
On parle de nous dans l'Hiftoire ,
Et l'on nous cherche pour la gloire
Comme on nous couroit pour l'amour.
TROISIEME ENIGME..
JE fuis le chef d'une famille ,
Qu'un efprit peu commun formá dans fon
leifir ,
On me rencontre aux champs , moins fouvent
qu'à la Ville ,
Des plus indifferens j'irrite le defir ,
Quoique né fans adreffe , & de taille legere ,
On ne me rejette jamais.
D'une figure affez propre à la guerre
Je conviens mieux en temps de paix ,
Je fuis de couleur blanche & noire >>
Les Dames refpectent mes droits ,
Je fuis même au deffus des Rois ;

Mais ce qui fait toute ma gloire ,
C'eft qu'un changement de couleur
N'altere jamais ma valeur.
E vj
CHAN
740 LE MERCURE
*******************
CHANSON.
B Acchus j'implore ton foecours ,
Cette jeune beauté , l'ingrate Celimene ,
Qui pendant fi long - temps me caufa tant de
peine ,
Change enfin , trahit nos amours
Viens finir ma langueur ,
Fais couler ton divin breuvage
Mais fais le penetrer tellement dans mon coeur,
Que je forte bien- tôt de ce dur esclavage.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX ARTS , & c..
L
ES MILLE ET UN QUARTD'HEURE
, Contes Tartares , dédiez à
Monfieur le Duc de Chartres , nouvelle
édition , revûë , corrigée & augmentée ,
ornée de figures en taille- douce , 3. vol. in
12. d'environ 400. pages chacun . Par
M. Gueulette , Subftitut de M. le Procu
reur du Roy. A Paris chez Saugrain
Mazuel
D'AVRIL 1723. 74.
Mazuel & Morin au Palais , chez le
Clerc Quay des Auguftins , & chez
Prault fur le Quay de Gefvres 1723 .
Cet ouvrage ayant été receu favorable
ment du Public en 1715. Les Libraires
ont engagé l'Auteur à en donner une feconde
édition , augmentée d'un volume.
Ils fe flatent que les nouvelles Hiftoires
qui y font contenues ne feront pas moins
de plaifir que celles des trois Boffus de
Dames Dalcouz , de Tacher & du Meunier
, qui dans la premiere édition ont
fait plaifir à beaucoup de gens de goût.
L'avanture du Bucheron & de la mort ,
à la page 313. du 2. tome , pourra donner
une idée des Contes Tartares , la voi
ci. Un pauvre Bucheron ne pouvant à
caufe de la pauvreté , fournir à la dépenfe
de la nourriture d'un enfant que le Ciel
venoit de lui donner , étoit forti de fa
maifon dans l'intention de l'aller expofer
aux bêtes feroces , ou de le jetter dans la
riviere , & de venir fe pendre enfuite ,
lorfqu'il rencontra la Mort à fon paffage.
Cette figure effrayante lui glaça les fens,
& ne fçachant quel parti prendre , il fe
difpofoit à la fuite lorfqu'elle l'arrêta par
le bras . Ton fils & toi , vous ne mourrez
pas , lui dit- elle , vôtre heure n'eft pas
encore venue . Le Bucheron fut un peu
raffuré par ces paroles , fa mifere extrê
me
742
LE MERCURE
me lui fit regarder la Mort avec un peu
moins de frayeur. Que voulez -vous que
je faffe fur la terre , lui dit- il , je ſuis
vieux & hors d'état de gagner ma vie
par une chûte qui m'a ôté toutes mes forces
? Ne t'embaraffe de rien , lui repliqua
la Mort , reporte ton enfant dans ta chaumiere
, & me reviens trouver ici ; le Bucheron
obéït , la Mort le conduifit dans
la plaine , elle lui montra dix ou douze
plantes , dont la vertu étoit encore inconnue
aux hommes ; elle lui enfeigna à
les employer , & l'affuta qu'avec ces fecrets
il feroit des cures fi merveilleufes ,
qu'en peu de temps il feroit reconnu
pour un Medecin très - celebre . Je veux
faire encore plus pour toi , pourfuivit
elle , afin que tes Arrefts de vie ou de
mort foient infaillibles , tu me trouveras
toûjours dans la chambre de tes malades ;
fi tu me vois au pied du lit , tu peux
áffurer hardiment que celui pour lequel
on t'aura envoyé chercher , ne mourra
pas de cette maladie , mais quand tu m'appercevras
au chevet , alors tous tes reme
des feront inutiles.
La Mort tint exactement parole au Bu→
cheron , il devint bien - tôt un Medecin recherché
, fes décifions étoient autant d'o-
'racles , & fes cures toutes miraculeufes ;
ainfi il devint riche en très- peu de temps.
V. Ma
D'AVRIL 1723 743
·
V. M. n'ignore pas que le grand Iskender
eut une maladie des plus perilleuſes,
on le foupçonnoit d'avoir été empoiſonné
, peut- être étoit- ce la verité , car le
Medecin Bucheron y ayant été appellé
pour éprouver la force de fes remedes ,
fur dans la derniere confternation de
trouver la Mort au chevet du lit de ce
Monarque. Il eut beau la prier de differer
de quelques années , l'inexorable fut
fourde à toutes les prieres . Il faut qu'il
me fuive , difoit- elle , n'entreprend point
de me fléchir ; chacun étoit furpris des
difcours du Medecin , & de ne voir per
fonne à qui il portât la parole on le regardoit
comme un fou , & l'on étoit prêt
de le chaffer avec ignominie , lorfque
parlant à l'oreille d'un des Efclaves d'Iskender
, il lui ordonna de prendre trois
de fes camarades , & avec eux de changer
brufquement le lit du Prince , de
maniere que le chevet fe trouvât du côté
du pied il fut obéï fur le champ , &
cela fut executé avec tant de promptitu
de , que fon adreffe fauva la vie au grand
Iskender. La Mort fut fi furpriſe de fe
trouver aux pieds du malade , lorfqu'elle
fe croyoit proche de fa tête , qu'elle ne
pût refufer au Medecin de lui tenir la
parole , & de fe retirer pour cette fois
feulement ; elle ui párdonna cette petite
W
trom
744 LE MERCURE
tromperie , avec défenfe d'y retourner
& ce Monarque guerit par les remedes
du Bucheron , qui en reçût une récompenfe
proportionnée à un li grand fervice.
Si nous ne craignions de trop allonger
cet extrait nous donnerions quelques autres
avantures qui nous ont paru interreffantes
, comme celle d'Akbeyas , fille
d'Abdalla Yonfonf , à la page 128. du
fecond tome. Ce que cette belle perfonne
raconte au Roy d'Ormus , qui vient de
lui fauver la vie , au moment qu'un Calender
alloit la faire jetter dans la mer
eft fort touchånt . Celle d'Aroun Arrefchid
& des deux pauvres de Bagdat , p
304. renferme une morale excellente ;
mais les bornes dans lesquelles nous devons
nous renfermer , ne nous permettent
pas de donner de tels morceaux dans leur
entier , & ce feroit les défigurer que de
les abreger.
M. Gueulette donna au public en 1712.
les foirées Bretonnes , toutes dans le goût
des Contes des Fées ; mais il ne borne pas
fes amuſemens à compoſer de ces fortes
d'ouvrages. Il a fait prefent aux Comediens
Italiens de plufieurs Pieces de Thea
tre de fa compofition ; entre autres d'Ar
lequin Pluton , qui eut beaucoup de fuccès
en 1719. & qui fut jouée devant le
Roy au Louvre. On le voit encore tous
les jours avec plaifir. Nov
D'AVRIL 1723 745
NOUVELLE TRADUCTION de l'Hif
toire Generale d'Eſpagne du Pere Jean
de Mariana ; continuée depuis le regne
de Ferdinand le Catholique jufqu'à prefent
, & enrichie d'un Commentaire
Hiftorique , Critique , Geographique, &
Politique , compolé fur des Actes originaux
, fur les ouvrages des meilleurs Auteurs
, tant anciens que modernes , notamment
fur les fçavantes remarques de
M. l'Abbé de Longuerue , dans lefquelles
on voit la veritable Epoque de l'Invafion
des Maures , le rétabliffement de la
Chronologie , & l'établiffement des diverfes
Dinafties qui ont partagé la domination
de l'Espagne pendant plufieurs
fiecles , felon le fentiment d'Ifidorus Pacenfis
, & des plus celebres Hiftoriens
Grecs , Latins , Efpagnols & Arabes.
Avec trente- deux Cartes , les portraits
de tous les Rois dont on écrira l'Hiftoire
, ceux de tous les grands hommes qui
fe font diftinguez en Eſpagne dans la profeffion
des armes , ddaannss llee gouvernement,
dans les fciences , & dans les Arts , &
un grand nombre de Medailles , & d'Infcriptions
, par M. l'Abbé de Vayrac
dix volumes in 4. propofez par Soufcription.
De tous les Hiftoriens modernes , Ma
riana , dit M. l'Abbé de Vayrac dans fon
Projet
746 LE MERCURE
Projet imprimé , eft fans contredit un de
ceux qui a été le plus applaudi , & le
plus critiqué par les fçavans ; ce qui fair
qu'il eft difficile de décider fainement fur
le merite , & fur les défauts de fon ouvrage
, dautant que quelques - uns l'ont
loué avec trop d'emphafe , & que les
autres l'ont critiqué avec trop peu de menagement.
Pour empêcher le Lecteur de
fe laiffer féduire par l'un ou par l'autre
de ces deux excès , on rapportera fuccinctement
ce que les plus zelez défenfeurs
de fa gloire ont dit pour en relever
l'éclat , & ce que les Antagoniſtes ont
écrit pour lui donner atteinte. Après
quoi M. l'Abbé de Vayrac dira fincerement
ce qu'il penfe , tant fur les uns ,
que fur les autres , & le précautionnera
également , & contre les louanges exceffives
qui lui ont été données , & contre
les fanglantes critiques qui ont été faites
contre lui ; eftimant que c'est la regle la
plus fure qu'un Ecrivain qui fe conduit
par les maximes d'une exacte neutralité
puiffe fuivre pour porter un jugement folide.
Conduite qui fera connoître que M.
l'Abbé de Vayrac agit de bonne foi ,
qu'il aime la verité , & qu'il ne cherche
à furprendre perfonne ; & afin de fe mettre
à couvert de l'injure , qu'on lui a , ditil
D'AVRIL 1723. 747
il , voulu faire , en lui attribuant l'odieux
caractere de Critique implacable . Il a
crû qu'après avoir rapporté les fentimens
des partifans de Mariana , il devoit leur
oppofer fix Critiques du premier Ordre,
qui le mettront en état de diffiper le faux
éclat dont on a paré cet Auteur depuis
fi long- temps , & de former un plan qui
convaincra tout homme qui aime la verité
, qu'il ne pouvoit rendre un plus grand
fervice aux gens de lettres , qu'en mettant
en évidence les fautes de celui qui
fait le fujet de fon application , & de fon
étude depuis tant d'années .
Des louanges outrées qu'on a données
à Mariana , & des fanglantes critiques
qui ont été faites contre lui ; c'eft toûjours
M. l'Abbé de Vayrac qui parle , il
fe forme dans l'efprit de ceux qui ne font
pas verfez dans l'Hiftoire d'Espagne , un
certain contrafte qui les met dans une inpuiffance
abfoluë de fe former une jufte
idée de cet Auteur ; les uns féduits par
les magnifiques éloges , dont les flateurs ,
ou les gens peu verfez dans l'Hiftoire
d'Espagne ont honoré fa memoire , le
tiennent pour infaillible ; les autres rebu
tez par les défauts qu'on lui attribuë ,
craignent de s'égarer en le fuivant , &
s'abftiennent de le lire .
Pour faire revenir les premiers des préjugez
748 LE MERCURE
jugez trop avantageux dans lefquels ils
font pour lui , & les feconds de l'éloignement
qu'ils font paroître pour fon Hiftoire
, nôtre Auteur a crû rendre un
grand fervice au public en expliquant fes
veritables fentimens.fur un Hiſtorien , qui
a fi long- temps partagé les fuffrages des
fçavans , & duquel il fait gloire d'être le
Traducteur & le Commentateur .
Depuis vingt ans occupé à traduire , à
corriger , à critiquer , à embellir , ou à
continuer l'Hiftoire de Mariana , il en a
fi bien connu toutes les beauteż , & tous
les défauts , qu'il a crû ne pouvoir mieux
la définir , qu'en difant qu'elle eft également
utile , & défectueule. Utile , en ce
qu'elle eft bien écrite , que le ftile en eſt
beau , noble , élegant , énergique , & c .
Défectueuse , en ce qu'elle renverſe entierement
la Chronologie pendant près
de treize cens ans , qu'elle eft pleine de
fables & de faits indignes de. la majeſté
de fon fujet , qu'elle contient des maximes
qui infultent divers Potentats de
l'Europe , & qui bleffent les droits facrez
de la Couronne de France. En un mot
M. l'Abbé de Vayrac établit pour principe
incontestable , que cette Hiftoire eſt
un de ces livres fondamentaux de Bibliotheque
, dont on ne peut gueres fe paffer,
mais qu'elle a abfolument befoin d'un
Com
D'AVRIL 1723. 749
Commentaire qui en corrige les défauts ,
& qui fupplée à ce qui y manque.
Il a donc rétabli la Chronologie dans
tous les endroits où elle avoit été renverfée
par Mariana. Il a autorisé ce que
Mariana avoit ayancé fans preuves , par
des Actes originaux par tous les Auteurs,
tant anciens que modernes , & fur tout
par les fçavantes remarques de M. l'Ab
bé de Longuerüe fur Ifidorus Pacenfis , &
fur plufieurs Hiftoriens Arabes qui ont
traité des affaires d'Efpagne. M. l'Abbé
de Vayrac a fait plus , il a ajoûté à ce que
Mariana a écrit , l'Hiftoire de tous les
Conciles qui ont été tenus en Espagne
comme faifant une partie effentielle du
gouvernement politique pendant plufieurs
fiecles ; celle de tous les Ordres militaires
, des Traitez de Paix , & des établif
femens faits par les Rois Catholiques ,
tant dans les Indes Orientales & Occidentales
, qu'en divers endroits de l'Europe
& de l'Affrique. Il a continué l'Hiftoire
de Mariana depuis le regne de Ferdinand
le Catholique jufqu'à prefent ,
c'eft-à-dire qu'il a écrit l'Hiftoire de Philippe
I. dit le Beau , de Charles V. &c.
& de Philippe V. à prefent regnant,
Pour donner plus de netteté à ſon fujet
, il a crû qu'il étoit à
propos de l'enrichir
de trente- deux Cartes , diftribuées
en
750 LE MERCURE
en trois âges , qui marquent tous les eyenemens
qui font arrivez dans la Peninfule
d'Efpagne depuis qu'elle a été habitée
, felon l'ordre fuivant.
Le premier âge contiendra neuf Cartes
, dont quatre feront generales , & cinq
particulieres.
La premiere des generales repreſentera
cette vafte Contrée fous les Phéniciens ,
fous les Phocéens , fous les Rhodiens ,
&c. La 2° fous les Cartaginois & fous les
Romains. La 3 fous les Romains feuls.
La 4 fous les mêmes Romains diviſée en
Taraconoife , en Betique , & en Lufitanique.
Les cinq particulieres la reprefenteront
divifée en cinq Provinces fous l'Empire
d'Adrien , fçavoir , en Taraconoiſe,
en Cartaginoife , en Betique , &c. . :
Toutes ces Cartes , tant les generales
que les particulieres feront ſubdiviſées en
autant de petites Contrées , qu'il y avoit
de differens peuples qui les habitoient , &
auront un raport direct à l'établiſſement
de toutes les Dinafties , & des Colonies
qui fe formerent , & qui partagerent la
domination de l'Efpagne dans ces fiecles
reculez.
Le moyen âge contiendra 3. Cartes ,
dont la premiere reprefentera l'Efpagne
dans le cinquiéme fiecle , foumife aux
RoD'AVRIL
1723. 751-
Romains , aux Goths , aux Sueves & c.
La 2 fous la domination des Maures ,
des Rois des Afturies , & c. La 3e fous
les mêmes Maures , & fous les Efpagnols
dans le onzième fiecle , & c .
Enfin l'âge moderne contiendra vingt
Cartes qui reprefenteront l'Espagne divifée
en deux Monarchies dans le cinquiéme
fiecle. Sçavoir , en celle d'Efpagne
proprement dite , & en celle de Portugal.
La premiere fera compofée de 3 .
Couronnes , dont deux feront formées de
divers petits Royaumes , & de quelques
Provinces , & la 3e d'un feul Royaume.
La premiere de ces 3. Couronnes fera
celle de Caftille ; elle fera compofée de
8. Royaumes , & de cinq Provinces qui
feront reprefentées par treize Cartes.
La feconde celle d'Arragon , laquelle
fera compofée de trois Royaumes , &
d'une Province .
La troifiéme contiendra le Royaume
de Navarre , & c.
La Monarchie de Portugal étant compofée
de deux Royaumes , qui font le
Portugal proprement dit , & l'Algarve ,
fera reprefentée par deux Cartes.
Par la diftribution de ces 32. Cartes le
Lecteur verra d'un feul coup d'oeil la fituation
& les limites de tous les Royaumes
, & des Provinces qui forment aujourd'hui
752 LE MERCURE
·
jourd'hui les deux Monarchies qui partagent
la domination de toute la Peninfule
d'Efpagne , la qualité de tous les
pays qui les compofent , la veritable
fition de tous les lieux qu'elles renferment
, & c.
po-
Conditions propofées aux Souferipteurs .
L'ouvrage contiendra dix gros volumes
in 4° que les Soufcripteurs payeront
80. liv. en petit papier , & 120. liv. en
grand papier. Les foufcriprions feront
ouvertes depuis le commencement d'Avril
de la prefente année 1723. juſqu'à la
fin du mois de Septembre de la même
année , après lequel temps perfonne ne
fera admis à foufcrire .
On payera 40 liv . en foufcrivant
pour le petit papier, 60. liv . pour le grand,
& pareille fomme en retirant l'exemplaire
en blanc. Ceux qui n'auront pas
foufcrit payeront 115. liv. chaque exeinplaire
en petit papier , & 160. liv. en
grand papier , fans aucune diminution .
Enfin on délivrera les exemplaires dans
deux ans , à compter du prefent mois
d'Avril.
Les Libraires de Paris qui délivreront
les reconnoiffances des foufcriptions , font
Michel- Eftienne David , Charles Hochereau
, Quay des Auguſtins , à la Providence
;
D'AVRIL 1723 . 753
dence , & au Roy David , & au Phenix.
André Cailleau , Place de Sorbonne ,
au coin de la rue des Maçons , à Saint
André.
Antonin Deshayes , & Chriftophe David
, rue S. Jacques , à l'Esperance , &
au nom de Jefus. Et André Morin
Grand'Salle du Palais , au S. Efprit.
LA BIBLIOTHEQUE DES PHILOSOPHES
, & des fçavans, anciens & modernes ,
avec les merveilles de la nature , où l'on
voit leurs opinions fur toutes fortes de
matieres Phyfiques , tous les fyftêmes
qu'ils ont imaginez fur l'Univers , &
leurs plus belles Sentences fur la morale ,
avec les nouvelles Découvertes des Aftronomes
. Par M. H. Gautier , Architecte ,
Ingenieur & Inspecteur des grands Chemins
, Ponts & Chauffées du Royaume . A
Paris , Place de Sorbonne , chez André
Cailleau , au coin de la rue des Maçons ,
à S. André 1723. 2. volumes in 8 °. Le
premier de 674. pages fans la preface ,
& la Table , & le deuxième de 649. pages
, avec figures.
Cet ouvrage eft un recueil de tout ce
que les fçavans ont penfé de bien & de
mal , de fçavant , & de ridicule fur tout
ce qui regarde non- feulement les actions.
humaines , mais encore toutes fortes de
F matieres
754
LE MERCURE
matieres de Phyfique , & de Metaphyfi
ques , que l'on trouve en un moment par
le moyen d'une table generale qui en indique
les divers fujets. Nôtre vie , dit
l'Auteur eft trop courte pour nous amufer
à feuilleter une infinité de volumes
afin de trouver les divers fentimens qu'on
expoſe aujourd'hui en racourci , & que
l'on trouve à l'inftant par ordre alphabetique
; ouvrage auquel il a travaillé depuis
25 ans en differens temps . Ce qu'il
ya de plus agreable dans la Bibliothe
que des Philofophes , & des fçavans ,
c'eft que toutes fortes de perfonnes peuvent
lire ce qu'elle contient. Les vieux
comme les jeunes , les femmes comme les
filles y trouvent chacun leur portrait
pour corriger leurs défauts , & fuivre ce
que la vertu nous infpire . Tout cela eft
egayé de temps en temps par des exemples
ou par de petits traits d'hiſtoire
qui font que la matiere , de feche & d'abftraite
qu'elle étoit chez les anciens , &
par la maniere dont l'Ecole l'a traitée juf
qu'aujourd'hui , devient agreable , & à la
portée d'un chacun ; on peut la quitter
quand on veut , & la reprendre en tout
temps par la varieté des fujets qui en
font trouver la lecture toûjours toute
nouvelle.
"
A la fin de l'ouvrage on trouve un
nouveau
D'AVRIL 1723. 755
le
nouveau fyftême du Globe de la Terre ,
par moyen duquel , & par des conjectures
', M. Beautier prétend démontrer
la matiere dont eft compofée la Terre.
Ce n'est qu'une croûte , dit- il , qui la
forme. Cette croûte n'a que 5392. toifes
d'épaiffeur. L'Atmoſphere au deffus , juf--
qu'à la fufpenfe des vapeurs , n'a que:
$ 705 . toifes , & le grand vuide qui eft.
dans le Globe de la terre , rempli d'un
air extrêmement fubtil, eft comparé à un
Globe d'environ 14. pouces de diametre,
dont l'envelope qui le formeroit ne feroit
pas plus épaiffe qu'une feuille de papier ; ..
le Grenetis , ou les inégalitez de cette
feüille formeroient le fommet de nos plus
hautes montagnes. Il fait voir la profon→
deur de toutes les Mers , explique le
prompt retour des Marées , & la maniere
aifée avec laquelle elles fe forment par
toute la Terre , & dans toutes les Mers,
le dedans de la croûte de la Terre
eft parfemée de plufieurs étendues de
Mers , tout comme celles de dehors , &
que les unes de ces Mers ont communications
avec les autres par des Euripes
ou par de grandes ouvertures de 3. à
400. lieues de large , qui forment la plûpart
des courans que ceux qui voyagent
fur Mer reconnoiffent très- fouvent , qui
font dériver les vaiffeaux , tantôt d'une
9 Fij Fij maniere ,
que
6
756 LE MERCURE
maniere , & tantôt d'une autre , & qui
forment les flux & reflux de la Mer ,
par où les eaux s'enfevcliffent en peu
d'heures , & retournent de même par les
diverfes preffions du tourbillon de la
Lune . Notre Auteur prétend rendre auffi
raifon par fon nouveau fyftême de la formation
de tous les corps inanimez , métaux
, mineraux , pierres de quelque nature
qu'elles foient , la formation des
montagnes , & c. Il n'y a , dit- il , que le
mouvement de la pierre d'Ayman qu'on
n'a pû expliquer jufqu'aujourd'hui qui
l'ait arrêté , & qui eft le noeud gardien
des Philofophes.
"
Par de nouvelles lettres que M. Gautier
a écrite , l'une fur l'origine de la
pefte , & les autres concernant les corps
animez , & leur dévelopement , iill prétend
faire voir, 1º au fujet de la pefte que
fa caufe n'a jamais été conçue par les anciens
, moins encore par les modernes
qu'elle vient fans qu'on fçache comment,
& qu'elle s'en retourne de même fans le
fecours des humains , il raporte ce qui lui
paroît le plus plaufible par de nouvelles
experiences. Pour ce qui regarde les corps
animez , il veut que c'est une erreur de
croire que les alimens ayant formé le
chyle , celui- ci fe puiffe jamais changer
en fang,
Adam ;
D'AVRIL 1723. 757
Adam , dit M. Gautier contenoit tous
les humains , tant ceux qui font venus jufqu'à
nous que ceux qui fortiront de nôtre
pofterité , &c. ces penfées , avec les
preuves que M. Gautier prétend donner
de tous ces differens fentimens , dont la
plûpart font autant nouveaux , qu'ils font
hardis & divertiffans , feront certaine
ment plaifir à quelques lecteurs.
On trouvera du même Auteur chez
ledit fieur Cailleau ,
Le Traité des Pants & Chauffées , in
8°. avec toutes les figures qui démontrent
leurs differentes parties , & c.
Traité de la conftruction des Grands
Chemins , où il eft parlé de ceux des Romains
, & de ceux des modernes , & c .
nouvelle édition augmentée de tous les
Edits , Declarations , Arrests , Reglemens
Ordonnances & Coutumes , concernant
cette matiere , in 8 ° . avec figures .
Hiftoire de la Ville de Nifmes & de
fes Antiquitez , in 8 ° . avec figures .
, CASIMIRI OUDINI Commentarius
de Scriptoribus Ecclefiæ Antiquis
&c. Traité des anciens Ecrivains Ecclefiaftiques
, & de leurs Ecrits , tant imprimez
que manufcrits , que l'on voit encore
dans les plus celebres Bibliotheques de
Fiij
l'Europe;
758 LE MERCURE
l'Europe, & dont il n'est point parlé dans
Bellarmin , Poffevin , Guillaume Cave , Lo
Elie Dupin , & les autres Auteurs qui
ont fait des Bibliotheques des Ecrivains
Ecclefiaftiques , avec des Differtations
où l'on traite de plufieurs opufcules des
anciens Auteurs Ecclefiaftiques , & plufieurs
autres matieres importantes. Par Cafimir
Oudin. A Leipfic , chez George
Weidmann 1722. & ſe vend à Paris chez
Montalant , 3. vol. in fol.
GOIFFONUM , id eft , Vermium &c.
La déroute des Goiffons , petits vers que
M. Goiffon , celebre Medecin de Lyon
veut établir pour caufe de la pefte. Par
M. Clifano Drani , Docteur en Medecine
, & c. ouvrage divifé en 4. Livres , &
traduit en Latin fur un manufcrit François
de l'Auteur , par M. Michel Erafme
Warnfch , Docteur en Medecine. A
Leipfic , chez Jean Drefda 1722. in 12 .
de 240. pages.
LE SERDEAU des Theatres , Comedie
par M. F. reprefentée fur le Theatre
de la Comedie Italienne , le 19. Fevrier
1723. A Paris , chez Guillaume Cavelier,
au Palais , & N. Piffot , Quay des Auguftins.
Le prix eft de 25. fols , in 8 °.
de 39. pages.
Le
D'AVRIL 1723 759
Le fieur de Montalant , Libraire à Paris
, étant dans le deffein de donner au
public une feconde édition du Notitia
Galliarum de feu M. de Valois , nous prie
de vouloir bien l'annoncer dans le Mercure.
Il exhorte les fçavans à lui communiquer
les réflexions , les remarques ,
& les corrections qu'ils auront fur cet
ouvrage , dont l'utilité eft connue de
tout le monde. Les nouvelles découvertes
qu'ont faites les PP. Benedictins , & dont
le détail fe trouve dans le Spicilege , dans
les Analectes , & dans le Tréfor du Pere
Martenne pourront fervir à augmenter
cet ouvrage , & on efpere qu'avec les
Remarques & les Cartes on fera deux volumes
in folio. On employera les memoires
qu'on recevra de la maniere que le
defireront ceux qui les remettront au
Libraire , & on les nommera même , s'ils
de fouhaitent. .
Le Mardi 6. Avril l'Académie des
Infcriptions & Belles Lettres tint à l'ordinaire
fon affemblée publique , M. de
Boze , Secretaire perpetuel ouvrit la
féance par la lecture de l'éloge de M.
Dacier , mort au mois de Septembre dernier.
Il n'eft pas poffible de donner en
extrait une piece fi remplie , on craindroit
d'affoiblir des traits qui peignent
Fiiij par760
LE MERCURE
.
parfaitement ce celebre Académicien. En
attendant que le public ait la fatisfaction.
de lire cet éloge dans les memoires de
l'Académie , on fe contentera de dire
que M. de Boze a parfaitement dévelopé
le caractere de l'efprit & du coeur
de M. Dacier , qu'il a fait connoître le
nombre & le merite de fes ouvrages , &
que la revûë qu'il en a faite , quoi qu'en
peu de mots, eft également exempte de la
fechereffe ordinaire des catalogues & de
l'enflure des panegyriques
.
M. l'Abbé Bignon , Prefident de l'Académie
fit remarquer à l'affemblée les
principales beautez d'un éloge , où M. de
Boze , fans qu'il y parut aucune affectation
avoit fait entrer celui de Me Dacier,
fon illuftre époufe , & avoit fait connoître
les ouvrages qu'ils avoient fait en
coinmun , & ceux qu'ils avoient fait chacun
en particulier , il releva fur tout un
endroit où M. de Boze avoit comparé
les ouvrages des fçavans du premier ordre
aux plus belles actions des, Heros ,
& qu'il fuffifoit d'annoncer les unes &
les autres , parce que tout ce qu'on pourroit
en dire demeureroit beaucoup au deffous
du merite de ces grands évenemens .
M. l'Abbé Boutard lût enfuite une
Ode Latine fur le Lit de Juftice , tenu
le Roy au Parlement , à l'occafion de par
La
D'A VRIL 1723. 761
fa Majorité. La defcription de cette ceremonie
, les engagemens que Sa Majesté
y avoit pris par raport aux duels, en font
la premiere partie ; le refte eft un de ces
antoufiafmes , où le Poëte fe tranſporte
dans les temps à venir , & y fait voir le
Roy , grand , jufte , bienfaiſant , & aimant
fon peuple , dont il fait la felicité.
M. l'Abbé Bignon répondit ingenieufement
, que le Roy difpenfoit les Poëtes
d'être Prophetes , puilque nous avions
dès- à- prefent le bonheur de voir les femences
des belles actions que les Poëtes
nous promettoient de fon Regne.
M. de Boze lût après cette Ode l'éloge
de M. l'Abbé Maffieu , mort peu
de jours après M. Dacier ; il parut par
la
lecture de ce fecond éloge que le pinceau
de M. de Boze eft toûjours heureux ; l'é
rudition de l'Académicien , fon exactitude
, la netteté de fon ftile , le foin qu'il ·
prenoit de travailler fes ouvrages , & les
Differtations qui ont été imprimées dans
les premiers Memoires de l'Académie, &
qui font encore en plus grand nombre
dans le 3. & 4. volume qui vont paroître
inceffamment , tout cela fut peint avec
beaucoup de jufteffe . Le caractere particulier
de M. l'Abbé Maffieu ne fut pas
oublié , on voit-là que c'étoit un Philo-
·ſophe défintereffé , plus étonné que cha
Fv grin
7762 LE MERCURE
grin de la perte de fon petit pecule , que
le dérangement arrivé dans la fortune
d'un de fes amis lui avoit malheureuſement
enlevés enfin il fit voir la part qu'il
avoit cu dans la derniere édition des Oeu
vres de M. de Tourreil , fon ami , qu'il
donna il y a deux ans en 2. vol . in 4. il
fit fentir tout le merite de la Preface qui
eft à la tête de cet ouvrage , & combien
J'éloquence mâle qui y regne part tout eft
éloignée du jargon ordinaire du fiecle
qui pourroit enfin corrompre le bon goût,
fides efprits folides ne donnoient de temps
en temps des modeles de la veritable
beauté du langage . M. l'Abbé Bignon fit
fur cet éloge les mêmes réflexions qu'on
vient d'inferer dans cet article.
M. de Fonfemagne , reçû depuis peu
à l'Académie fit fa premiere lecture fur
le culte que les Romains avoient rendu à
la Déeffe Laverne ; il fit voir d'abord
l'origine de cette Divinité , il parcourut
les differentes étimologies de fon nom ,
il fit l'énumeration de ceux qui étoient
fous la protection de la Déeffe ; les vo
Jeurs , les Marchands , les Plagiaires mê
mes , & un grand nombre d'autres parurent
dans ce diffamant catalogue . Il parla
enfuite du culte que les Romains lui ren
doient , des affemblées que la Confrairie
tenoit , non pas dans un Temple , comme
Moreri ,
D'AVRIL 1723. 763
Moreri , & quelques autres l'ont crû
fauffement , mais dans un bois qui étoit
près de Rome , lieu plus propre qu'un
Temple public à des ceremonies , oùl'ob
fcurité & la feureté étoient fi effentielles ;
enfin M. de Fonfemagne fait un paralelle
de la Déeffe Praxidice , honorée par les
Grecs , & fait voir en quoi elle pouvoit
convenir , & en quoi elle differoit de la
Déeffe des Larrons , dont l'origine eft
purement Romaine. M. l'Abbé Bignon
fit fentir la difficulté qu'il y avoit à faire
une auffi bonne & fçavante differtation
fur un fujet qui nnee ppaarrooiiffffooiitt pas d'abord
devoir fournir une matiere fi riche & fi
brillante , que l'affemblage de differentes
parties qui compofoient cette piece étoit
d'autant plus ingenieux que l'art y étoit
tout-à- fait caché , & que le ftile en étoit
pur & élegant ; enfin après avoir refumé
cette piece avec cette prefence d'efprit , &
cette penétration qui lui font faifir à une
premiere lecture , tout l'ordre & toute
la fubftance de ces fortes d'ouvrages , il
exhorta M. de Fonfemagne a continuer
fes travaux , & fit voir ce qu'on avoit à
efperer de ce premier debut.
2 M. Secouffe , Avocat au Parlement ,
reçû depuis M. de Fonfemagne termina
l'affemblée par la lecture d'une Differtation
fur les conquêtes d'Alexandre. A
F vj
764 LE MERCURE
ce titre ceux qui connoiffent la fin qu'on
fe propofe dans l'Académie , n'attendent
pas qu'on faffe l'hiftoire des actions de
ce Conquerant , tous les livres en ſont
remplis , auffi n'eft- ce pas là le deffein de
M. Secouffe , le but de fa Differtation elt
de faire voir que la conquête de la Perfe
étoit jufte , neceffaire & facile , & c'eſt
ce qu'il executa avec beaucoup d'érudition
; les Perfes avoient fouvent rompu
les traitez de paix qu'ils avoient faits
avec les Grecs , ils avoient fomenté les
rebellions , appuyé les partis , & cherchoient
par toutes fortes de voyes à les
affoiblir , étoit- il rien de plus jufte que
de faire la guerre à un peuple fi ambitieux
, & fi remuant ? Les Perfes avoient
porté plus d'une fois la guerre jufques
dans le fein de la Grèce , & l'avoient miſe
à deux doigts de fa perte , il fallut des
miracles de valeur pour les chaffer. Y
avoit- il rien de fi neceffaire que d'éloigner
une guerre fi dangereufe , en cherchant
fes ennemis dans leur propre pays ?
enfin la facilité de la conquête paroît
par le paralelle du courage , de la valeur,
& de la difcipline des troupes Grecques,
avec la moleffe des Perfes , & l'embarras
de leur armée . M. Secouffe étale dans les
preuves de ces trois articles les plus
beaux traits d'hiftoire de ce temps- là , &
détruit
D'AVRIL 1723 : 735
détruit l'idée que quelques Auteurs modernes
, & même quelques anciens on
voulu donner d'Alexandre , en le regardant
comme un jeune témeraire , dont le
fuccès feul avoit juftifié l'entrepriſe.
Après avoir conduit le Conquerant juf
ques dans la Sogdiane , où il étouffa la
revolte de Beffus qui avoit tué Darius.
M. Secouffe fait voir que la conquête des
Indes n'avoit pas les caracteres de celle
de Perfe , & qu'Alexandre n'y porta
fes.
armes que par cette fougue de valeur que
le veritable Heroïfme fçait moderer.
M. l'Abbé Bignon réfuma cette Dif
fertation , en fit fentir le merite , & après
avoir loiié la jufteffe d'efprit de M. Secouffe
, & la force de fes preuves , il fit
remarquer que le merite de fon Heros ne
l'avoit pas féduit ; & qu'après avoir loüé
fon entrepriſe fur la Perle , fi jufte , fi
neceflaire , & prefqu'immanquable , veu
le caractere des troupes d'Europe & d'Afie
, il le blâme de n'avoir pas fçû fe moderer
, & fait voir que cette nouvelle
conquête n'avoit auçun des motifs de la
précedente.
L'Académie Royale des Sciences r'ou
vrit fes Séances le Mercredi 7. Avril ,
M. de Fontenele , Secretaire perpetuel de
cette Académie , & Directeur pour cette
année
766 LE MERCURE
année , fit d'abord les éloges de défunts
Mrs Couplet & Mery , le premier Geo
metre , & le fecond Anatomifte ; enfuite
M. Vinſlou lût un memoire , dans lequel
il expliqua la Méchanique des Muſcles ,
dans des tours de forces très- furprenants ;
ces tours ont été executez dans la Foire
Saint Germain derniere par un Venitien.
Après la lecture de ce Memoire M. de
Fontenele fit l'éloge de feu M. Varignon,
Geometre du premier ordre , dont nous
avons annoncé la mort , avec quelques
particularitez de fa vie , dans le Mercure
du mois de Janvier dernier . L'affemblée
fe termina par la lecture d'un Memoire
de M. de Lagni , fur les connoiffances
que devroient avoir les chercheurs de la
quadratum du cercle.
Le 14. de ce mois M. Marin , Profeffeur
d'Humanitez au College du Pleffis ,
prononça une harangue Latine fur la Ma
jorité du Roy. Il fe propofa de montrer ,
1° Quel Roy promet à la France la maniere
dont S. M a paffé les premieres années
de fa vie. 2 ° Quel peuple promet au Roy
la maniere dont les François fe font conduits
durant la Minorité.
Pour déveloper cette double idée , il
n'eut point recours aux lieux communs
réfuge ordinaire des Panegyriftes , tour
fut
D'AVRIL 1723. 767
fut propre au fujet , le Roy fut vraiment
le Heros de la piece. L'heureux naturel
de S. M. annonce un grand homme. Son
éducation promet un grand Roy . Les exem
ples domestiques font efperer un Heros
parfait. Voilà ce qui remplit la premiere
partie ; pour la feconde , voici comme
elle fut traitée. Ce que S. M. a éprouvé
du peuple François avantfa Majorité lui
promet des fujets remplis de Fidelité &
d'Amour. La Fidelité s'eft constamment
foutenue durant tout le cours de la Minorité
, fans qu'aucun évenement ait jamais
pû l'alterer. L'Amour pour S. M s'eft
montré particulierement par la joye extrême,
& par la confternation univerfelle
qu'ont fait naître tour à tour dans le coeur
de tous les François les differentes fituations
, de fanté & de maladie , où le Roy
s'est trouvé.
Ce plan fheureufement conçû fut
très-heureufement executé. L'Orateur qui
s'étoit déja fait connoître au public par
plufieurs Ouvrages de Poëfie , & par plu
fieurs Difcours Latins , foutint parfaite
ment dans celui - ci , & fa propre réputation
, & celle du College du Pleffis ,
qui depuis long- temps paffe avec juftice
pour une excellente Ecole . Monfeigneur
le Cardinal de Noailles & plufieurs Prélats
; Meffieurs du Parlement , & un
grand
768 LE MERCURE
grand nombré de fçavans qui affifterent ä
cette action , parurent fort fatisfait. On
diftribua dans l'affemblée deux pieces de
-Vers Latins fur la Majorité , une Eclogue
de M. Piat , & une Ode de M. de Chantelou
, tous deux Profeffeurs au même
College.
On mande de Portugál qu'on a fait
depuis peu , à Braga & à Coimbre la découverte
de plufieurs Infcriptions , &
bas reliefs , qui feront d'un grand ſecours
pour fixer les époques de l'Hiftoire de
Portugal , & que le 6. Janvier dernier
on avoit apperçû à Bragance , fur les 7.
heures du foir , vers la côte Orientale de
la montagne de Babe , un globe de feu
de la grandeur apparente du Soleil , qui
après s'être foutenu quelque temps fur
l'horiſon , & y avoir répandu une trèsgrande
lumiere , s'étoit divifé avec effort
& grand bruit , en plufieurs parties qui
avoient difparu auffi- tôt.
Le 4. Fevrier dernier la Conference de
l'Académie Royale de l'Hiſtoire , à Liſbone,
fut employée à lire les Differtations de
MsJofeph Contador de Argote , deJofeph
de Couto - Peftana , & de plufieurs autres
Académiciens , chargez de faire certaines
recherches. Dans celle du 17. du même
mois le Pere Lucas de Sainte Catherine
(
fat
D'AVRIL 17237 789
O
fit lecture de fon premier Livre de l'Hiftoire
de Malthe ; le Docteur Manuel
Azevedo - Svarez apporta des copies de
divers états des Officiers de la Cour fous
les anciens regnes , tels qu'ils fe font trou
vez dans la Bibliotheque de la Chambre
d'Evora ; le Pere Manuel Gaetano de
Soufa , lût le commencement de fon Hif
toire Latine de Lisbonne , & le Docteur
Manuel Dias de Lima , prefenta les deux
Differtations qu'il a faites fur la fituation
la plus probable d'Ophir & d'Aurea
Cherfonefe.
On écrit de Rome que la fameufe Ur
ne de l'Empereur Vefpafien a été adjugée
au Comte Maziotti , dans la vigne
duquel elle fut trouvée l'année paffée en
fouillant la terre , M. Centi qui la lui
difputoit en qualité de proprietaire du
fond , a été condamné aux dépens de
l'inftance.
*
SPECTA
770
LE MERCURE
Li
SPECTACLES.
' Académie Royale de Mufique , fit
l'ouverture de fon Theatre le Mardi
6. Avril par la Tragedie de Pirithous ,
dont nous avons donné l'extrait dans le
Mercure de Fevrier. On fut obligé d'interrompre
les reprefentations de cette
piece le Jeudy , Vendredi , & Dimanche
fuivant , à caufe de l'indifpofition de
quelques Actrices. On a reprefenté pendant
ces trois jours l'Opera de Perfée .
On a repris Pirithoüs le Jeudy 15. Mlle le
Maure dont nous avons parlé dans nos
precedents Journaux , à joiié le rôle
d'Hipodamie avec l'applaudiffement de
tout le public .
On a remis au Theatre depuis le 27 .
de ce mois la Tragedie de Philomile
dont les paroles font de M. Roy , & la
Mufique de M. de la Cofte Cet Opera
fut reprefenté dans la nouveauté en 1705.
& repris en 1709.
Quelques Acteurs Italiens de l'Opera
de Londres doivent venir à Paris , &
donner douze reprefentations dans le
cours du mois de Juillet prochain , moyennant
.
D'AVRIL 1723: · 771
bant une fomme confiderable qui fera
prife fur la recette. Le furplus tournera
au profit de l'Académie qui ceffera fes
exercices pendant tout ce mois ; elle fournira
tout ce qui fera neceffaire pour les
repreſentations des Italiens , les ha
bits , les décorations , les Choeurs , les
Balets , les Symphonies , & c. Ceux qui
doivent partager la fomme promiſe ſont
au nombre de cinq perfonnes ; fçavoir ,
deux femmes , deux hautes Contes , &
un Concordant. On dit que le prix des
places fera augmenté d'un tiers , & qu'il
n'y aura point d'entrées franches.
Le 6. de ce mois les Comediens Italiens
ont auffi fait l'ouverture de leur
Theatre par une Comedie nouvelle , qui
a pour titre , la Double Inconftance. Cette
piece n'a pas paru indigne de la furpriſe
de l'Amour, Comedie du même Auteur
qui a fi bien concouru avec le Serdean
des Theatres , à attirer de nombreuſes
affemblées avant la clôture. On a trouvé
beaucoup d'efprit dans cette derniere , de
même que dans la premiere ; ce qu'on
appelle Metaphyfique de coeur y regne
un peu trop , & peut- être n'eft- il pas à
la portée de tout le monde ; mais les
connoiffeurs y trouvent de quoi nourrir
l'efprit ; nous n'en dirons ici que ce que
nous
772 LE MERCURE
nous pouvons avoir retenu dans une re
preſentation.
ACTEUR S.
Lelio , Roy ou Prince de..... Amant de
Sylvia.
Sylvia , Villageoife , amoureuse d'Arlequin.
Arlequin , Killageois , amoureux de
Sylvia.
Flaminia, Dame de la Cour de Lelio, &c.
ACTE I.
Un Officier du Palais de Lelio parle
à Sylvia en faveur de fon Maître , &
n'oublie rien pour flater fon coeur , de la
gloire de regner fur un grand Prince ;
elle ne penfe qu'à fon cher Arlequin à
qui on l'a injuftement arrachée , pour la
conduire dans une Cour qu'elle regarde
comme une affreufe prifon. Elle eft fi vive
dans fa paffion , qu'elle protefte qu'elle
fe donnera la mort fi on ne lui rend fon
fidelle Amant , pour qui feul elle eft capable
de brûler d'un amour qui durera
autant que fa vie . On fait entendre dans
une des Scenes d'expofition , que Lelio a
déja vû Sylvia dans fon Village , qu'il
lui a parlé de fon amour , fans lui découvrir
fon rang , ne voulant être aimé que
par raport à la perfonne , & qu'il n'a paru
D'AVRIL 1723 . 773
à les yeux que comme fimple particulier
depuis le jour qu'il l'a fait enlever . Le
defefpoir de Sylvia oblige Lelio à confentir
qu'on lui amene Arlequin. Flami
nia , Dame de la Cour , & Confidente.
du Prince , lui promet de tout tenter
pour ébranler la conftance de fon indigne
rival , fe flatant que fi Arlequin peut devenir
infidele , le dépit pourra porter
Sylvia à lui rendre le change. Arlequin
eft amené à la Cour du Prince , il demande
d'abord où eft fa chere Sylvia ;
une jeune Coquette gagnée par Flaminia
fe prefente à lui , & tâche de lui infpirer
de l'amour ; mais il la méprife à cauſe
qu'elle fait les avances. La Coquette ſe
retire affez mécontente de lui , & d'ellemême.
Sylvia arrive pleine d'impatience.
de voir fon Amant , la Scene eft tendre
& naïve de part & d'autre , ils jurent de
s'aimer éternellement. On vient avertir
Sylvia que fa mere vient d'arriver par
l'ordre du Prince , elle quitte Arlequin
avec quelque regret , quoique ce foit pour
fa mere. Arlequin qui paroît inconfolable
, de quelques momens d'abfence , s'en
trouve bien- tôt dédommagé par le recit
qu'on lui fait d'un fucculent repas qui
l'attend. Il avoue qu'après l'amour la
gourmandife eft fa paffion favorite , &
c'eft par là qu'on entreprend de lui faire
infen774
LE MERCURE
infenfiblement oublier Sylvia. Voilà à
peu près ce qui fe paffe dans le premier
Acte , nous ne répondons pas qu'il n'y ait
de nôtre part quelque tranfpofition dans
Farrangement des Scenes ; mais ce défaut
de memoire ne doit pas tirer à conſe
quence.
ACTE II.
Dans ce fecond Acte Arlequin & Sylvia
paroiffent d'abord un peu moins occupez
l'un de l'autre ; Arlequin ne parle
prefque que de la bonne chere qu'on lui
a faite , & Sylvia ne s'entretient à fon
tour que des beaux habits dont elle eft
parée. Flaminia les vient trouver , &
Faifant l'officieuſe , leur confeille de s'aimer
toûjours , quoiqu'on ofe entreprendre
pour les détacher l'un de l'autre ;
Arlequin eft charmé de la bonne volonté
de cette Dame , il lui promet fon amitié ,
& la premiere place dans fon coeur après
Sylvia. Flaminia qui commence à aimer
Arlequin , lui dit que ce qui l'a mife dans
fes interefts , c'est une parfaite reffemblance
qu'il a avec un Amant ou un
époux qu'elle a tendrement aimé , & dont
elle confervera la memoire jufqu'au tombeau..
Lelio de fon côté s'infinue dans
l'efprit de Sylvia , en lui offrant tout fon
credit auprès du Roy pour lui faire faire
des
D'AVRIL 1723. 775
des reparations par une Dame de la Cour
qui l'a infultée, en l'appellant innocente
& bête. Voilà de part & d'autre les premiers
pas vers l'inconftance qui fait le
fujet de la piece. On n'a pas trouvé toutes
les gradations exactement filées ; mais
il y en a affez pour conftituer un bon fecond
Acte. L'action a paru un peu trop
avancée avant que d'arriver au troifiéme
Lelio profitant des bonnes difpofitions
où il a trouvé Sylvia , lui a déjà décou
vert fon rang , elle a capitulé de maniere
à faire voir que la place étoit déja renduë
, & l'Auteur l'a bien fenti , puiſqu'il
a été obligé de mettre quelques Scenes
poftiches dans le troifiéme Acte , comme
nous l'allons voir.
Асте III.
Arlequin ayant befoin de dreffer un
placet pour un Confeiller d'Etat , le dicte.
à un Officier du Palais qui lui fert de
valet & de Secretaire. Il prend ici fon
caractere de Balourd. Le premier mot
qu'il dicte c'eft virgule. Il ne comprend
rien au titre de vôtre grandeur , & de-.
mande fi c'eſt à la taille qu'on mefure les
honneurs qu'on veut rendre, aux gens à
qui on écrit. L'Auteur n'auroit pas eu recours
à tous ces, ex propofito , s'il avoit eu
affez de matiere pour remplir fon troifiéme
976
LE
MERCURE
me Act . Lelio que Sylvia a chargé de
faire confentir Arlequin à fon mariage ,
vient lui declarer le deffein qu'il a d'époufer
Sylvia. Arlequin qui tient encore
un peu à fa chere Villageoife , parle en
homme qui y tient encore beaucoup . Lelio
a beau fe faire connoître pour le Roy,
il le traite d'injufte , & lui redemande
Sylvia avec tout le pathetique d'un coeur
qui n'eft nullement partagé. Cette Scene
auroit fait un plus grand effet fur les
fpectateurs, fi Arlequin leur eut paru uniquement
occupé de Sylvia . Le Roy en eft
fi attendri , que peu s'en faut qu'il ne lui
cede fa Maîtreffe. Cela n'empêche pas
qu'Arlequin n'ait une Scene affez rendre
avec Flaminia qui lui declare fon amour.
Il ne lui répond pas en Amant tout- àfait
déterminé à rompre fa premiere chaîne
; mais il n'eſt pas bien éloigné des difpofitions
que Flaminia lui fouhaite. Il
va chercher Sylvia par maniere d'acquit,
il la furprend enfin parlant d'amour au
Prince , il lui en fait des reproches , en
lui difant , qu'il a tout entendu ; elle lui
répond , qu'elle eft délivrée par- là de l'embarras
de le lui dire. Cette Scene fe termine
par un confentement reciproque de
rompre leur premiere chaîne , & d'en
prendre une nouvelle. Lelio époufe Sylvia
, & Arlequin fe marie avec Flaminia ;
cette
D'AVRIL 1723. 777
cette double inconftance eft celebrée par
une Fête qui finit la piece au gré des
fpectateurs. Le divertiffement eft compofé
d'un air Italien , & de quelques danfes
; d'un pas de deux entre autres danfé
par les Diles Flaminia & Sylvia , qui a
fait plaifir.
Le même jour les Come diens François
ouvrirent auffi leur Theatre par une nou
veauté , c'eft Inés de Caftro , Tragedie de
M. de la Motte , l'un des quarante de
l'Académie Françoife. Cette piece qui
avoit été destinée pour l'Hyver , a été
renvoyée au Printemps par le fuccès de
celles qui l'ont précedée ; l'Auteur ne l'a
donnée dans une faifon fi peu avanta
geuſe pour les Spectacles , que pour fatisfaire
à l'impatience que le public avoit de
la voir. L'attente generale n'a pas été
trompée , Inés à rempli la grande idée
qu'on s'en étoit faite fur la foy des connoiffeurs
qui en avoient entendu quelques
lectures ; elle a été interrompuë après la
feconde reprefentation par la maladie du
fieur Baron qui y a joué le principal rôle
d'une maniere raviffante ; mais on eſpere
que cette Piece reparoîtra avec le même
éclat. En voici un Extrait tel que deux
repreſentations nous ont permis de le
donner.
G Perfon778
LE MERCURE
Perfonnages.
Alphonfe , Roy de Portugal. Le fieur
Baron .
La Reine de Portugal , fille de Ferdinand
, Roy de Caftille. La Dile la Motte.
Don Pedro , Infant de Portugal , fils
d'Alphonfe. Le fieur du Frefne.
Conftance , Infante de Caftille . Mlle le
Couvreur.
Inés de Caftro , mariée en fecret à Don
Pedro. Mic Duclos .
Don Rodrigues , & Don Henriques
Grands de Portugal. Les fieurs Quinault
& Fontenay.
Deux autres Grands de Portugal , les
fieurs du Bocage & du Chemin.
L'Ambaffadeur du Roy de Caftille, Le
fieur le Grand.
La Scene eft à Lisbonne , Capitale du
Portugal dans le Palais d' Alphonfe.
ACTE I.
La Scene s'ouvre par Alphonfe avec
toute la Cour , hors fon fils Don Pedro. Il
expofe en peu de mots dequoi il s'agit ,
& fait entendre à la Reine , fon épouſe ,
que fon fils Don Pedro époufera dès ce
jour , Conftance , fa fille, & foeur du Roy
de Caftille.
SCENE
D'AVRIL 1723 . 779
SCENE II.
L'Ambaffadeur de Caftille , & les Acteurs
"de la Scene precedente.
Alphonfe affure l'Ambaffadeur de Caf,
tille dans fon audience de congé , que
l'alliance que les deux Couronnes attendent
avec une égale impatience , n'ayant
été differée que par l'expedition de Don
Pedro , fon fils , contre les Maures , va fe
confommer. Il excule l'absence de Don
Pedro , par la modeftie qui l'empêche de
fe trouver dans un lieu où l'on doit parler
de fa gloire. L'Ambaffadeur fe retire
pour aller porter cette heureufe nouvelle
au Roy fon Maître.
SCENE III.
Alphonfe , la Reine , Inés.
La Reine témoigne quelque défiance ,
fondée fur l'indifference que Don Pedro
témoigne pour une alliance qui doit faire
de bonheur de deux peuples ; Alphonfe
tâche de diffiper fes foupçons & fe retire ,
pour s'aller
occuper d'autres foins qui regardent
la felicité de fes fujets .
Gij
SCENE
780
LE
MERCURE
>
SCENE IV.
La Reine , Inés.
Inés qui s'eft toûjours tenuë derriere
la Reine comme l'une de fes Damesd'Honneur
, s'approche après la fortie du
Roy. La Reine lui fait part de fes défiances
fur Don Pedro. Comme elle eſt
de toutes les Dames de la Cour , celle à
qui l'Infant de Caftille parle plus fouvent
, & avec plus de confiance , elle lui
demande, fi elle ne s'eft point apperçûë de
quelque engagement de coeur que ce
Prince cache à toute la Cour. Inés lui
répond que ce fecret n'eft pas venu juſqu'à
elle. La Reine fait tomber tous les
foupçons fur elle-même , & lui jette la
terreur dans l'ame , par des menaces qui
lui doivent faire tout craindre de fon
reffentiment. On a trouvé cette découverte
du veritable motif de l'indifference
de l'Infant, un peu prématurée; mais l'Auteur
en tire un avantage , dont les Spectateurs
doivent lui tenir compte , c'eſt que
l'action s'échauffe d'abord par le peril ,
dont l'Heroïne de la Piece eft menacée .
SCENE
D'AVRIL 171 788
SCENE V.
Inés.
Inés réflechit douloureufement fur for
fort , & paroît dans une agitation qui
commence à intereffer pour elle .
SCENE V I..
Don Pedro , Inés.
Inés annonce à Dom Pedro les foupa
çons de la Reine. Dom Pedro en eft
épouvanté par rapport à fa chere Inés. Il
ła prie de permettre qu'il la mette en lieu
de feureté , n'ayant rien à craindre pour
lui-même. Elle n'y veut pas confentir ,
ne pouvant le réfoudre fe à l'abandonner au
couroux d'un Roy jaloux de fon autorité,
& à la fureur d'une belle- mere ambi
tieuse & outragée.
Inés rappelle à fon impetueux Amant
la promeffe qu'il lui fit , lorfqu'elle fe
donna à lui , de ne fortir jamais du devoir
de fujet envers fon pere & fon Roy. Cette
Scene eft très-touchante & finit ce premier
Acte d'une maniere à faire fouhaiter
le fecond , par un motif bien plus picquant
qu'un fimple intereft de curiofité.
Güj ACTz
28x LE MERCURE
ACTE II.
Le peu de reprefentations qu'on a don
nées de cette Tragedie ne nous ayant pas
fuffi , pour en pouvoir donner un Extrait
exactement détaillé , nous nous contenterons,
pour ne nous pas expofer à renverfer
l'ordre des Scenes , de rendre compte
de ce qui fait la matiere de chaque Acte .
pas
Dans ce fecond Acte Alphonfe demande
à Conftance , fille de la Reine , & deftinée
à Don Pedro , fon fils , fi ce n'eſt
elle , qui par quelque averfion fecrette
a rendu Don Pedro fi indifferent pour
un Hymen qui devroit le rendre le plus
heureux de tous les hommes . Conftance
ne croit pas pouvoir mieux fe difculper ,
qu'en avouant à Alphonfe que loin d'avoir
de l'averfion pour Don Pedro , elle
a pour lui une tendreffe que le devoir a
fait naître dans fon coeur , & que c'eft
parce qu'elle aime veritablement l'Infant
qu'elle ne veut point le contraindre. Le
caractere de cette Princeffe a paru des
plus aimables , & des plus intereffans
qu'on ait vûs fur la Scene Françoiſe ; mais
fa generofité ne produit pas fur l'efprit
du Roy l'effet qu'elle en avoit attendu .
Alphonfe en eft plus affermi dans la réfolution
de prefer un Hymen fi folemnellement
arrêté. Il fait entendre fes fuprêmes
D'AVRIL 1723. 783

prêmes loix à fon fils , dont le caractere
violent a de la peine à fe contenir . Il re
prefente àfon pere que les Princes feroient
bien malheureux , s'ils devenoient efclaves
de leurs peuples , jufqu'à leur facrifier
leur liberté ,. & fur tout celle des
coeurs , qui eft le premier droit que l'homme
acquiert en naiffant. Cela donne lieu
à Alphonfe de s'étendre fur ce que les
Rois doivent à leurs peuples , par des maximes
dont tous les Spectateurs font également
charmez , & qui font un honneur
infini à l'Auteur . La colere d'Alphonfe
augmente par ce que la Reine lui vient
annoncer. Elle lui apprend que l'Infant
aime Inés , & qu'elle eft convaincuë de
cet amour , par de fidelles témoins qu'elle
avoit chargez de les obferver . Inés veut
d'abord nier le crime dont on l'accufe ;
mais Don Pedro trouve fon amour trop
beau pour en faire le defaveu. Alphonfe
irrité ne refpire que vangeance. Il charge
la Reine du foin de retenir Inés auprès
d'elle , de peur qu'elle n'échappe à leur
commune indignation. Dom Pedro fremit
du peril de fon Amante , il craint tout
pour elle de la part d'une ennemie telle
que la Reine. Alphonfe lui ordonne de
fe retirer. l'Infant obéit , mais c'eft après
ayoir dit dans un à parte , qu'il craint de
revenir coupable ; ce fecond Acte a paru
G iiij un
784 LE MERCURE
un des plus beaux de la piece . Nous abregeons
ce qui reſte de peur d'être trop
longs.
ACTE III.
Alphonfe, foit pour éprouver Inés, foit
pour mettre fon fils dans la neceffité de
confentir à l'Hymen de Conftance, fait entendre
à Inés qu'en reconnoiffance des ſervices
que fon ayeul lui a rendu en élevant
fa jeuneffe , il veut l'établir avantageufement
, en lui faiſant époufer Don Rodrigues,
dont elle eft tendrement aimée . Inés
lui demande pour toute reconnoiffance
des fervices de fon ayeul , la liberté de difpofer
de fon coeur . Ce refus irrite le Roy :
il la menace de fon jufte reffentiment fi
elle n'obéità fes loix , & lui fait entendre
que fi elle ofoit jamais s'engager avec Don
Pedro , par un Hymen Clandeftin , rien
ne pourroit la fauver. Il ajoûte que c'eft
fon ayeul lui- même qui la porté à faire
cette loy qui condamne à la mort toute
fujette qui époufe l'heritier préfomptif
de la Couronne fans l'aveu du Roy. La
Reine furvient toute effrayée & annonce
a Alphonfe que fon fils à la tête de plufieurs
conjurez vient forcer le Palais .
Alphonfe furieux fort pour punir les mutins
& le chef. La Reine le fuit . Inés
refte feule dans la derniere confternation
Don
D'AVRIL 1723." 785
Don Pedro arrive , l'épée à la main, & la
conjure de le fuivre ; fa fcrupuleufe vertu .
n'y peut conſentir ; enfin le Roy revient
victorieux des mutins , il ordonne à fon
fils de rendre cette épée criminelle , s'il
n'aime mieux la plonger dans le fein de
fon pere. A ces mots Don Pedro laiffe
tomber fon épée aux pieds de fon pere ,
en déplorant la fatale neceffité où il s'eft
vû réduit d'être rebelle , ou de perdre
pour jamais fa chere Inés. Toutes ces
fituations qui arrivent coup fur coup fans
donner aux Spectateurs le temps de refpirer
, ont produit l'effet qu'elles devoient
produire tout le monde en a été
attendri , & le feul Alphonfe a paru
flexible , quoiqu'il ne fut pas moins tou
ché dans le fond du coeur. Don Pedro
eft arrêté , & fon pere fe détermine ,
quoiqu'à regret , à l'abandonner à la ri
gueur des loix..
ACTE IV.
in-
Alphonfe déplore fon fort. Il réflechit
fur toutes les bonnes qualitez de fon fils ,
le reſpect qu'il lui a témoigné , en mettant
les armes bas à fon approche , le fait
pancher du côté de la clemence ; mais le
crime de rebellion contre le Souverain
l'emporte far l'atte@driffement du pere
G. v TE
786
LE
MERCURE
Il veut bien pourtant lui pardonner encore
, à condition qu'il lui facrifiera fon
amour pour Inés , & qu'il confentira à
époufer Conftar ce pour dégager fa parole
Royale . Il propole ce dernier parti à
Don Pedro qui lui répond , que la mort
eft certaine fi fa grace n'eft qu'à ce prix.
Alphonfe le fait fortir , & ordonne qu'on
faffe entrer les Grands qui doivent le juger.
Don Rodrigues , quoique Rival de
Don Pedro conclut à la grace de ce
Prince , Don Henriques au contraire
conclut à la mort , quoique ce cher criminel
lui ait fauvé la vie dans la derniere
bataille qui s'eft donnée contre les Maures
; le filence & les pleurs des autres
Juges font entendre au Roy qu'il ne
fçauroit lui pardonner , fans donner atreinte
aux loix fondamentales de l'Etat.
Alphonfe prononce l'Arreft de mort ;
mais il ne peut s'empêcher de témoigner
fon indignation à la Reine , qui vient le
confirmer dans cette cruelle réfolution ,
au lieu de l'en détourner. La nouvelle de
la condamnation de Don Pedro étant parvenu
aux oreilles d'Inés '; elle juge qu'il
eft temps de reveler un fecret , dont la
connoiffance peut feule fauver fon cher
époux ; elle prie Conftance de lui obtenir
une audience du Roy. Conftance lui
promet tout & confnt, s'il le faut, à voir
fa
D'AVRIL 1723 787
fa rivale dans les bras de fon Amant ,
plutôt que de laiffer perir ce cher Prince.
Elle témoigne la même generofité
dans une Scene qu'elle a avec fa mere , à
qui pourtant elle cache prudemment ce
qu'elle vient de promettre à Inés . La
Reine ne pouvant infpirer fon reffentiment
à fa fille , lui protefte qu'elle prendra
foin malgré elle de fa vangeance , &
qu'elle doit le fier à elle de fes vrais intereſts.
ACTE
V.
Quoique ce cinquiéme Acte commence
par le même fond de Scene qui a terminé
le quatrième. L'Auteur a pris foin
de faire dire des chofes fi touchantes à
Conftance que cette reffemblance de fond
a prefque difparu à nos yeux . D'ailleurs
l'entretien de la Reine avec fa genereuſe
fille , part d'un principe tout- à - fait different.
La Reine fçait que le Roy a accordé
une audience à Inés , peut- être foupçonne-
t'elle fa fille de l'avoir demandée ,
& obtenue elle-même pour fa rivale ;
mais elle ne lui en fait rien connoître
elle fe contente de lui dire qu'Inés ne
jouira pas du bon office qu'on prétend lui
avoir rendu , & par là les Spectateurs de
vinent qu'elle s'eft déja vangée. Le Roy
vient , il fait connoître qu'il va entendre
G vj
Inés,
788
LE MERCURE
Inés , & fe flate en fecret qu'elle vient
lui promettre de porter Don Pedro à
époufer Conftance. Inés arrive bien - tôg
après , elle prie le Roy de permettre à un
de fes gardes d'executer un ordre fecret,
dont elle vient de le charger , le Roy y
confent. Inés n'oublie rien pour l'atten
drir en faveur de fon fils ; mais le trouvant
inflexible , elle lui confeffe enfin
que
fice Prince eft entré dans fon Palais
les armes à la main , ce n'a été ni pour
trahir fon pere , ni pour. fecourir fon
Amante ; mais pour fauver fon épouſe.
Au nom d'époufe le Roy lui fait entendre
qu'elle perira. Inés lui répond qu'elle ne
cherche pas à fe fauver , mais feulement
à fauver fon époux , dont le crime doit
être excufé par le devoir qui ne lui permettoit
pas de laiffer perir fa femme fans
la fecourir. Elle le prie tendrement de
cacher la mort à ſon époux , qui pourroit
ou devenir plus criminel , ou en mourir
de douleur. Alphonfe commence à
s'ébranler , l'arrivée des enfans de Don
Pedro & d'Inés acheve de fléchir fa dureté.
Inés leur ordonne de fe jetter à: fes
pieds avec elle pour obtenir la grace de
leur pere ; cette fituation à faire rire
quelques Spectateurs ; mais c'eft tant pis
pour les rieurs , les larmes des gens fenfez
ont condamné les ris des mauvais plai

fans
D'AVRIL 1723 789
fans . Alphonfe ne peut foutenir un fpeccle
fi attendriffant , il ordonne qu'on faſſe
venir fon fils , & qu'on lui annonce que
fon pere lui pardonne. Inés eft au comble
de la joye ; mais elle ne joüit pas longtemps
de fon bonheur , comme la Reine Fa
annoncé dès la premiere Scene. Cette
Princeffe fent les effets d'un poifon qu'an
lui a donné , elle ordonne qu'on faffe retirer
les enfans pour leur épargner la douleur
de la voir expirer. Don Pedro arrive
tranfporté de joye , & le jette aux pieds
de fon pere pour le remercier de fes bon
tez pour lui, & pour fa chere Inés. Le
Roy ne lui répond que par des foupirs &
par des larmes , il lui montre enfin Inés
mourante , ils entrevoyent tous deux la
main d'où le coup eft parti. Don Pedro
fe jette tout éperdu aux pieds d'Inés, qui
donne à la reconnoiffance les derniers
momens qui lui reftent. Elle prie Don
Pedro d'époufer Conftance comme la
feule Princeffe digne de lui , & le conjure
en même temps de ne jamais oublier la
malheureufe Inés. Elle meurt , Don Pe
dro veut le tuer ; mais Alphonfe lui retient
le bras , & lui arrache le fer qu'il.a
tourné contre fon fein . C'est ain que
finit cette Tragedie qu'on peut mettre au
rang des plus intereffantes , & des plus
pathetiques qui ayent paru fur notre
Theatre Ma
790 LE MERCURE
M. de la Motte ne préfumant pas affez
de lui- même , fut agité d'une vive inquiétude
fur le fuccès de fa piece , la veille
du jour qu'on devoit la reprefenter. Dans
une infomnie qu'il eut pendant la nuit
il remplit d'une maniere auffi ingenieuſe
que modefte , les Bouts - rimez qu'on va
lire.
"
SONNET.
Nſenſé , qu'ai je fait ? demain à la Cabale ,
Peut- être par ma chute il faut payer Tribut ,
Déja l'âpre critique en murmure s' Exale ,
Contre fes noirs deffeins où chercher mon Salut?
Dedale ? Quel fil me tirera de ce fâcheux
Me verrai-je demain près ou loin de mon But ?
Je ne fçai , mais helas ! durant tout l'Intervale,
Je fuis plus agité que ne l'est
Belzebut.
O gloire bruit flateur ! féduifant Paradoxe!
J'ai confumé pour toi l'un & l'autre Equinoxe ,
Fais qu'un lot fortuné tombe à mon Numero.
I
- Il faut que le public , où m'éleve , où me Sape,
S'il veut bien m'applaudir , je me tiens plus
qu'un Papes
Mais s'il va me fiffler , que deviens- je ? Zero.
La Dile Gautier a quitté la Coinedie ,
&
D'AVRIL 1723 . 793
& s'eſt retirée , à ce qu'on dit , dans une
Communauté.
Une jeune perfonne qui eft fort bien
faite , & qui a la voix & la prononciation
belle , a joué divers rôles de fervan
tes dans les Comedies de Tartuffe , des
Folies Amoureufes , de Democrite , & du
Médifant , dans lefquels elle a été extrê
mément goûtée. C'eft la fille du fieur du
Bocage , Comedien du Roy.
NOUVELLES E'TRANGERES.
De Conftantinople , ce 6. Mars 1723 .
que la flote du Grand Sei-
و
gneur ne mettra pas à la voile avant
de io. ou le 1. Avril prochain , & qu'elle
fera commandée par Mehemet- Effendi ,
Grand Treforier de l'Empire Ottoman
cy- devant Ambaffadeur extraordinaire à
la Cour de France . On dit que les Bachas
des places frontieres de la Dalmatie,
& de celles de l'Albánie ont reçû ordre
de tenir leurs troupes prêtes à marcher.
1 .
Une des femmes du Grand Seigneur
accoucha le 11. Mars d'un Prince qui fut
-nommé Sultan Numan ; il y eut des réjoiſſances
dans Ville , ainſi que dans
les
992
LE MERCURE
les Fauxbourgs de Pera & de Galata.
Le Grand Vifir a fait diftribuer aux
Miniftres Etrangers un Manifefte au fujet
de la derniere expedition du Czar fur
les frontieres de Perfe ; on y declare que
fa Hautelle ne peut fe difpenfer d'accorder
fa protection à Hagi Dannit , Prince
de Defbent , qu'elle lui a promis de le
rétablir dans fes Etats , & qu'ainfi on fe
flate que le Czar qui n'a d'autre intention
que de vivre en bonne intelligence avec
la Porte , rendra au Prince dépoffedé
fes Etats.
M
De Mofcon , ce 20. Mars.
R de Campredon , chargé des
affaires de France , eut audience
du Czar le 5. Fevrier , & lui fit part de
la mort de Madame , Bifayeule & grande
tante du Roy très- Chrétien . L'Envoyé
de la Porte a eu auffi une audience particuliere
, & on prétend qu'il a demandé
à Sa Majefté Czarienne quelle part elle
a déterminé de prendre dans les affaires
de Perfe , & le bruit court qu'il eft défendu
de parler à ce Miniftre fans la permiffion
de la Cour . On a appris par un
exprès d'Aftracan que Miriveits l'ufurpateur
étoit en route avec une armée confiderable
pour venir afeger Deſbent.
On
D'AVRIL 1723. 793
On á emprisonné à Brebazinski le Ba
ron de Scaffirof , Vice- Chancelier de Mofcovie
; on a mis le fcellé fur tous fes
effets , avec une garde dans fa maifon ,
d'où on a enlevé quatre coffres pleins de
papiers , & on lui a redemandé le cordon
de l'Ordre de S. André. M. de Piſterow
a été auffi arrêté & dégradé de fa Charge
de General Major , & de Chef du
Senat Militaire. On affure qu'il y a de
nouveaux Commiffaires nommez pour
inftruire leur procès , & que le Czar a
declaré qu'il vouloit prefider au jugement.
Le 13. l'Envoyé extraordinaire du Grand
Seigneur cut fa premiere audience publique
, qui fe fit avec de grandes cere
monies.
1
M. le Comte Apraxin , Amiral Gene
ral , & M. le Baron de Tohtoy , Confeiller
Privé étant arrivez d'Aftracan le
18. avec deux cens rebelles des environs
de Defbent , n'ont point paru à la Cour
depuis le 20. & depuis le même jour le
Prince Menzicof eſt aux arrefts dans fa
maiſon.
On a publié à fon de trompe un ordre
du Czar , qui enjoint fous peine de mort,
à tous ceux qui ont quelque chofe à dépofer
contre le Chancelier Scaffirof de le
faire dans un terme indiqué. Après leg
infor
794 LE MERCURE
informations faites, la Sentence de ce cri
minel d'Etat a été prononcée par le Czar
même le 23. Fevrier , le 26. on le conduifit
de la prifon à l'échaffaut qui avoit
été dreffé dans la cour du Château devant
la falle du Senat. Dans le moment
que l'Executeur alloit le fraper on lui.
annonça fa grace , & que la peine de mort
étoit commuée en un banniffement perpetuel
en Siberie , & fur le champ on le
fit partir en traîneau. Le premier Secretaire
du Senat a été dégradé & condamné
à être Copifte pendant un certain
temps , & le General Major Pifterow à
fervir comme fimple foldat , & à travailler
pendant deux ans aux fortifica
tions de Petersbourg. A l'égard de l'Amiral
Apraxin , des Princes Dolhorucki ,
du Prince Galitzin , ils n'ont été condamnez
qu'à des amendes pecuniaires.
Le 14. Mrs Sa Majefté Czarienne eft
arrivée à Petersbourg , & a d'abord vifité
le Chantier des Vaiffeaux , la Czarine
y arriva le 16. au foir avec le refte
des Seigneurs de la Cour , excepté M. le
Comte d'Ofterman à qui le Czar a donné
tous les emplois qu'avoit le Baron de
Scaffiref , il doit refter encore quinze
jours ici.
Le Prince Menzicoff a eu fa grace , en
cedant la Principauté de Plefcoff , & les
quinze
D'AVRIL 1723. 795
quinze cens familles de payfans , faifies
fur Mazeppa , General des Cozaques .
Ο
De Stokolm , ce 14. Mars.
le
N mande de Coppenhague que
6. Mars M. Paul Inel , cy- devant
Bailly de la Laponie Danoife avoit été
condamné à mort , convaincu d'avoir
voulu trahir fa patrie . Il avoit formé le
projet de livrer la Laponie Danoiſe , la
Norwegue , Helfingor & Gronembourg
à une puiffance étrangere ; ce projet avoit
été communiqué à M. Coyet , General
Major au fervice du Czar , & à M. le
Major Hafbing , attaché au Duc de
Holftein , qui refuſerent l'un & l'autre de
s'en mêler. On garde à vûë le Chancelifte
Privé , & le Secretaire de la Chambie
des Finances , qui , à ce qu'on prétend,
font les complices .
Le Corps des pay fans a fort infifté auprès
des trois autres Etats du Royaume
pour avoir des Députez dans le Comité
Secret , prétendant avoir eu ce privilege
dans les anciennes Affemblées , & notainment
dans celle de 1627. lorfque le Roy
Guftave Adolphe palla en Allemagne ,
n'y a point d'exemples pofterieurs qui
autorifent cette prétention , & jufqu'à
prefent elle a été refufée par les 3. Etats.
il
Les
796 LE MERCURE
Les Etats qui travaillent avec tant de
tranquilité & d'intelligence aux affaires
publiques , qu'on efpere que l'Affemblée
pourra fe féparer avant deux mois , ont
fait prier le Roy de faire remettre dans
la Chambre du Confeil la Couronne , le
Sceptre & les autres ornemens de fa
Royauté , qui depuis l'avenement de la
Reine à la Couronne , font reftez dans
un appartement du Palais dont leurs Majeſtez
ont la clef ; ce qui a été executé le
18. Mars en préſence de M. le Comte
Duben Maréchal de la Cour , & de quelques
autres principaux Officiers de la
Cour. Les Etats ont envoyé une Députa
tion au Roy pour l'en remercier & pour
l'affuter qu'ils avoient promis une récompenfe
de quatre mille ducats à quiconque
découvriroit les mal - intentionnez
qui avoient fait courir le bruit
que le gros
Rubi , joyau de la Couronne , avoit été
engagé dans les Pays étrangers pour une
fomme confiderable.
De Coppenhague , ce 1. Avril.
E 16. Mars , l'Envoyé du Roy d'An-
Lgleterre felicita le Roy de la part
de Sa Majefté Britannique , fur la découverte
de la Confpiration du Sieur
Paul Juel . Le General Coyet fon complice
D'AVRIL 1723. 797
plice fut conduit le 21. à la Citadelle
de Frederishaven , après avoir été inter
rogé par le Juge de la Commiffion . Lẹ
Major Horling accufé du complot , a
été mis en liberté , & on a envoyé des
ordres a Drunthem & dans d'autres endroits
de la Norwege pour y faire arrê
ter plufieurs perfonnes loupçonnées .
On travaille actuellement dans le Port
à faire équiper plufieurs Vaiffeaux de
guerre. Les Matelots qui les doivent
monter , arrivent de jour en jour de leurs
Provinces , où ils avoient eu permiffion
d'aller paffer l'Hyver. Il y a douze Vaiſfeaux
de ligne , quatre Fregates , quel,
ques Brûlots & plufieurs Prames .
On a reçu avis que le Prince Repnin
Gouverneur & Commandant General
pour le Czar en Livonie , faifoit de grands
magazins de bled tant à Riga que dans
plufieurs autres Places , & qu'il avoit
donné ordre aux Regimens Mofcovites
qui font en quartier dans la Province ,
de fe tenir prêts à marcher au premier
commandement. On a envoyé ordre ici
à tous les Capitaines de rendre leurs
Compagnies complettes pour le commen
cement du mois de May prochain,
De
798
LE
MERCURE
O
De Vienne , ce 30. Mars.
Na envoyé à l'Electeur de Cologne
un Refcript Imperial contre quelques
Ecclefiaftiques de l'Evêché de Liege .
Le 8. Mars le Comte de Harrach
Confeiller Aulique & Chambellan de
l'Empereur , partit en pofte pour
fe rendre
au Congrès de Cambray , avec commiffion
de Sa Majesté Imperiale.
Le 14. il arriva un Courier dépêché
par le Prince Alexandre de Wirtemberg
Gouverneur de Belgrade , qui a rapporté
que les Turcs avoient commencé de faire
des Courfes fur les Frontieres .
L'Empereur doit partir le fix ou le fept
d'Avril prochain pour Prefbourg ; Sa
Majefté Imperiale a envoyé un Mandement
à Prague pour annoncer aux quatre
Etats du Royaume de Bohême qu'Elle a
fixé le jour de fon Couronnement au cinq
Septembre prochain , & celui de l'Imperatrice
au 8. du même mois , leur enjoignant
d'envoyer leurs Députez dans la
Ville Capitale pour y renouveller les fermens
& rendre les hommages accoûtumez.
L'Empereur a fait affurer le Grand-
Maître de Malthe , le Pape & la Republique
de Venife qu'il leur donne roit du
fecours
D'AVRIL 1723. 799
fecours contre les Turcs ; on dit même
qu'il a promis de donner retraite dans les
Ports de la Mediterranée aux Vaiffeaux
que le Roy d'Elpagne a deſtinez aux
Maltois .
Les Magiftrats de Hambourg ont écrit
une lettre re pectueule à l'Empereur pour
lui faire accepter l'offre qu'ils ont fait
de donner l'Hôtel du feu Baron de Gorts
pour équivalent de celui qu'ils font obligez
de faire rétablir , & pour prier auffi
Sa Majefté Imperiale de leur permettre
de s'opposer à la conftruction d'une Chapelle
pour les Catholiques.
Ο
De Londres , ce 8. Avril.
Na diftribué aux Miniftres d'Etat
& aux Membres de la Chambre
des Communes des Exemplaires du raport
du Comité fecret , qui a été chargé d'e
xaminer les papiers fervant de preuves à
la derniere confpiration . On a trouvé dans
la poche d'un domeftique de l'Evêque de
Rochefter une lettre écrite de la main de
ce Prelat , & un Bil a été dreffé pour
lui infliger des peines , ainfi qu'à Geor
ges Kelly & au fieur Jean Plimket . On
a arrêté le 23. Mars le Docteur Jean
Friend fameux Medecin & Membre du
Parlement
, pour la Communauté de
Lancefton
500 LE MERCURE
Lanceſton dans le Comté de Cornuailles ,
& il a été conduit à la Tour avec le confentement
des Communes. Le même jour
on arrêta à Gravefende le fieur Guillaumé
Macrintosh , frere du Brigadier de
ce nom. Le Chevalier Emond Everard
Baronet & le fieur Harvey de Comb fe
font abfentez depuis que le raport du
Comité a été rendu public. On dit qu'on
a trouvé un projet de confpiration dans
les papiers du feu Comte de Sunderland.
On debite que ce projet indiquoit tous
les endroits de la Ville où les complices
devoient s'affembler pour y prendre des
armes qu'on devoit faire entrer dans des
batteaux chargez de charbon de terre .
Le Lord d'Orrery , l'un des prifonmiers
d'Etat , a été élargi le 25. Mars en
donnant caution , & a reçû les complimens
des principaux Seigneurs de la Cour.
Le nommé Thomet Concierge de la Societé
Royale a été arrêté , il recevoit les
lettres des conjurez fous des noms fuppofez
des Membres de la Societé. On a arrêté
auffi à Wincheſter le fieur Knap Miniftre
de Brandeau , qui avoit prononcé
dans un Sermon des invectives contre le
Gouvernement . L'Avocat Layer a encore
obtenu un furcis jufqu'au 14. May prochain.
Le Roy s'eft rendu le 2. Avril à la
Chambre
br
D'AVRIL 1723 . 801
Chame des Pairs , & y a donné fon confentement
Royal au Bill qui décharge la
Compagnie de la Mer du Sud des deux
millions de livres fterling qu'elle devoit
au Gouvernement , à celui qui a été paffé
pour faire obferver une exacte difcipline ,
& pour punir les mutins & deferteurs
& à plufieurs Bills particuliers.
De Ceuta , le 28. Février.
A Place le défend toûjours avec une
vigueur qui empêche les affiegeans
de faire aucun progrès , & qui ne leur
promet aucune efperance de fuccès . Le
25. Février Don François Ferdinand de
Rivadés Gouverneur de cette Ville , &
Don Georges Profper de Verbom Ingenieur
General , après avoir tenu Confeil
de Guerre avec les Officiers de la Garnifon
, refolurent le foir de faire une
fortie confiderable. Elle fut compofée de
2940. hommes divifez en quatre détachemens.
Le premier qui devoit fortir par
la droite étoit de 600. tant Grenadiers
que Fuziliers & de 240. Pioniers , commandez
par le Brigadier Don Jean Pacheco
- Porto - Carrero , Colonel du Regiment
de Murcio , & Don Vincent de Leon ,
Commandant du fecond Bataillon du
même Regiment ; la fecond qui devoit
H fe
802 LE MERCURE
le rendre au Puits de Chaffani étoit de
300. Grenadiers & 240. Pioniers , ayant
à leur tête Don Jean Clou de Guſman
Commandant du fecond Bataillon du
Regiment d'Espagne. Le troifiéme deftiné
à pénétrer dans les attaques des Maures
par l'endroit nommé l'Ovale , étoit
compofé de 250. Fuziliers & 160. Piohiers
, fous les ordres de Don Inace Soler
, commandant le nouveau Bataillon
qui a été réuni au Regiment de Barcelone
, & le quatrième de 280. Grenadiers
& de 160. Pioniers , commandez pa
Don Alvers de Meſa , Lieutenant Colonel
du Regiment de Portugal , eut ordre
de fortir par la hauteur de la Roche
qui eft à la gauche de la Ville. On garda
un corps de réferve pour foûtenir le détachement
qui en auroit befoin . Tous
les Pioniers furent commandez par Don
Jofeph de Caftro & Murga Lieutenant
Colonel à la fuite du Regiment de
Leon ; & chacun de leurs quatre détachemens
avoit à la tête un Ingenieur.pour
les diftribuer le long des lignes qu'ils auroient
à combler. Toutes ces Troupes
ainfi difpofées , s'affemblerent le foir du
même jour fur la place d'armes , & delà
fe rendirent aux poftes marquez pour
leur fortie. Alors toute l'artillerie fit
grand feu fur les wavaux des ennem s ,
,
&
D'AVRIL 1723. 803
& lorfque la Lune fut levée vers les onze
heures & un quart , les quatre détachemens
fe mirent en marche au fignal de
trois bombes qu'on jetta dans la ligne la
plus avancée des affiegeans ; celui qui
fortit par le centre étant le plus proche
de la tête de la tranchée , attaqua vigoureufement
les Travailleurs , & les chaffa
ainfi que les Troupes qui les foûtenoient ;
Don Jean Clou de Gufman prit fon poſte
au-delà de leur nouvelle ligne & du Puits
de Chaffaris. En même temps le Brigadier
Don Jean Pacheco & Don Vincent
de Leon arriverent avec leur détachement
à la tête de la ligne de los Colorados , qui
fermoit leur gauche par la Côte de la
mer du Ponant où étoit le plus grand feu
des ennemis. Malgré cela on les chaffa.
de leur ligne de communication , & on
s'en rendit maître ; comme ce poſte eft
élevé , on s'en fervit pour faire feu fur
toutes les autres lignes . Auffi - tôt que les
Troupes Efpagnoles eurent faifi tous les
poftes d'où les Maures pouvoient troubler
les Pioniers , on leur fit combler toute la
premiere ligne des ennemis , excepté l'endroit
nommé le réduit de los Colorados's
qui fervoit de retranchement aux Efpagnols
pendant le travail ; on abattit le
parapet avant de ſe retirer ; on rentra dans
la Ville à une heur & demie après mi-
Hij
nuit,
804
LE MERCURE
nuit , fans que les Maures
fiffent aucun
mouvement
pour fortir des lignes
où ils.
s'étoient
retirez
près de leur Camp. On a
perdu dans cette fortie 29. hommes
. On
y compte
le Lieutenant
Colonel
Don Alvaro
de Mefa , le Capitaine
Don François
Cernantés
, les Lieutenans
Don Manuel
de Santos & Don Domingo
de Puc .
On compte
parmi
les bleffez
, dont le
nombre
monte
à 134. Don Nicolas
Perés
, Don Joſeph
Linarés
, & Don Sebaftien
Lanos , Capitaines
, Don Antonio
Guttierés
, Don Pedro
Garcia
, Don Manuel
Luguardo
, Don Franciſco
Prucco
,
Don Pablo Diés , Don Sebaſtien
de Caftille
, & Don François
Albarafni
Lieutenans
, & deux Sous Lieutenans
. On
efpere
depuis
cette fortie que les nouvelles
fortifications
commencées
en 17 : 1.
feront
achevées
au commencement
d'Avril
, & que la Place fera en état de fe
défendre
avec une moins nombreuſe
gar
Rifon.
L
De Madrid , ce 1. Avril.
E Roy a accordé au Tribunal du
Confulat & de Commerce de l'Univerfité
de Cargadorés aux Indes , le
benefice des ports de lettres qui arriveront
tant par les huit Vaiffeaux d'avis
que

D'AVRIL 1725. 805
que ce Tribunal envoye tous les ans dans
les differens Royaumes des Indes , que
par les Vaiffeaux de guerre , Galions , Navires
marchands & autres Bâtimens de
quelque efpece qu'ils foient , & ce en confideration
des grands frais qu'on eft obligé
de faire pour l'entretien de ces huit
Vailleaux d'avis.
Le Roy a envoyé à Cadix les ordres
neceflaires pour faire délivrer aux particuliers
For & l'argent qui leur eft arrivé
par les derniers Galions , moyennant le
droit de cinq pour cent fur l'argent , &
de deux pour cent fur l'or , l'indult fur
les marchandiſes ayant été reglé à
portion .
pro-
On fait dans les Ports de l'Andaloufie
de grands préparatifs pour une nouvelle
expedition en Barbarie on veut abfolument
chaffer les Maures de devant
Ceuta.
De Rome , ce 24. Mars.
Na ceffé de parfumer les lettres qui
O venoient de France ; le bruit court
que l'Envoyé de Ragufe a obtenu de Sa
Sainteté la permiffion que fa Republique
demandoit pour lever douze mille
écus fur le Clergé de fon reffort .
On a examiné dans plufieurs Congregations
les differens moyens qui ont été
Hiij
pro-
"
1
806 LE MERCURE
propofez pour mettre l'Etat Ecclefiafti- •
que à couvert des entrepriſes de la Porte ;
mais tous les fentimens le font réunis à ne
tirer que quatre cens hommes de la Citadelle
de Ferrare & du Fort d'Urbin ,
pour les mettre dans les lieux les plus expofez
du Golphe Adriatique , & cependant
on doit envoyer les ordres à toutes
les Milices de fe tenir prêtes à marcher
au premier commandement.
MORTS, BAPTES MES ,
& Mariages des Pays Etrangers.
D
Onna Anne- Victoire Altieri , veuve
du Prince de Carbognano , eft
morte à Rome le cinq Mars .
M. le Duc d'Hamilton Brandon a
époufé en Ecoffe la fille du Comte de
Dundonal.
Le 28. Mars , la jeune Princeffe , fille
du Prince de Galles , nouvellement née
à Londres , y fut baptifée dans la Chapelle
du Palais de Leiceſter , & nominée
Marie , étant tenue fur les Fonts de Baptême
par le Lord Herbert , premier Gentilhomme
de la Chambre du Prince de
Galles , repréfentant le Prince Frideric ,
& par la Princeffe Anne fa fæeur , & la
PrinD'AVRIL
1723. 807
Princefle Royalle de Pruffe ; cette derniere
repréfentée par Me la Ducheffe de
Dorfet.
Don Martin Mafcarenhas , fecond
Marquis de Gonnea , fixiéme Comte de
Santa- Crus , neuviéme Seigneur de Lau
res , Confeiller au Confeil Royal de Sa
Majefté Portugaife & fon Major dome ,
eft mort à Liſbone le neuf Mars.
Don Sebastien d'Orega , Confeiller au
Confeil Royal de Caftille , eft mort à
Madrid , âgé de foixante-neuf ans.
MMMMMMMMKkkkkkkkk
DIGNITEZ , BENEFICES,
Charges des Pays Etrangers.
Allemagne.
le Comte de Nimptſch , Capi-
Maine General de la
Principauté de
Glogau , a pris féance au Confeil en qualité
de Confeiller d'Etat le 8. Mars.
M. le Comte Jofeph Leopold de Rofemberg
a pris féance en qualité de Confeiller
d'Etat le 17. Mars .
Angleterre.
M. Henry Grey a été élu Membre de
la Chambre des Communes pour la Ville
de Berwich, à la place du Vicomte de
Hij Ba796
LE MERCURE
Les Etats qui travaillent avec tant de
tranquilité & d'intelligence aux affaires
publiques , qu'on efpere que l'Affemblée
pourra fe féparer avant deux mois , ont
fait prier le Roy de faire remettre dans
la Chambre du Confeil la Couronne , le
Sceptre & les autres ornemens de fa
Royauté , qui depuis l'avenement de la
Reine à la Couronne , font reftez dans
un appartement du Palais dont leurs Majeftez
ont la clef ; ce qui a été executé le
18. Mars en préſence de M. le Comte
Duben Maréchal de la Cour , & de quelques
autres principaux Officiers de la
Cour . Les Etats ont envoyé une Députa.
tion au Roy pour l'en remercier & pour
l'affurer qu'ils avoient promis une récompenfe
de quatre mille ducats à quiconque
découvriroit les mal - intentionnez
qui avoient fait courir le bruit que le gros
Rubi , joyau de la Couronne , avoit été
engagé dans les Pays étrangers pour une
fomme confiderable.
De Coppenhague , ce 1. Avril.
Lgleterre felicita le Roy de la part
de Sa Majefté Britannique , fur la découverte
de la Confpiration
du Sieur
Paul Juel. Le General Coyet fon com-
E 16. Mars , l'Envoyé du Roy d'Anplice
D'AVRIL 1723. 797
plice fut conduit le 21. à la Citadelle
de Frederishaven , après avoir été interrogé
par le Juge de la Commiffion Le
Major Horling accufé du complot , a
été mis en liberté , & on a envoyé des
ordres a Drunthem & dans d'autres endroits
de la Norwege pour y faire arrê
ter plufieurs perfonnes loupçonnées .
On travaille actuellement dans le Port
à faire équiper plufieurs Vaiffeaux de
guerre. Les Matelots qui les doivent
monter , arrivent de jour en jour de leurs
Provinces , où ils avoient eu permiffion
d'aller paffer l'Hyver. Il y a douze Vaiffeaux
de ligne , quatre Fregates , quel,
ques Brûlots & plufieurs Prames.
On a reçu avis que le Prince Repnin
Gouverneur & Commandant General
pour le Czar en Livonie , faifoit de grands
magazins de bled tant à Riga que dans
plufieurs autres Places , & qu'il avoit
donné ordre aux Regimens Mofcovites
qui font en quartier dans la Province ,
de fe tenir prêts à marcher au premier
commandement. On a envoyé ordre ici
à tous les Capitaines de rendre leurs
Compagnies complettes pour le commen
cement du mois de May prochain,
De
808 LE MERCURE
Barrington , qui a été chaffé de la Chambre
pour avoir eu part aux malverſations
de la Loterie de Harbourg.
Portugal.
Les Docteurs Ferdinand Pirés Mouraon
, & François Pereira de Crus , Profeffeurs
és Loix dans l'Univerfité de Coimbre
, & les Docteurs Jean de Araujo ,
& Alexandre de Vafconcellos Lecteurs en
Droit Canon , ont été nominez par le Roy
Defembargadors de la relation de Porto.
Espagne.
Don Eftevan Marquis de Mari , a été
nommé par le Roy pour commander en
qualité de Vice- Amiral , l'Efcadre qui
doit croiſer au Printemps prochain contre
les Corfaires de Barbarie.
Le Duc de Popoli & le Comte de Baviere
ont pris poffeffion de la Grandeffe
le 7. & le 14. Mars.
Italie.
M. Muzio Gaeta , Evêque de fainte
Agate des Gots , dans le Royaume de
Naples , a été facré à Rome dans l'Eglife
de S. Ignace par le Cardinal Paulucci
Evêque d'Albano.
M. Nicolai Lana , l'un des Procureurs
du College Romain, a obtenu du Pape
la
D'AVRIL 17230
809
la Charge de Commiffaire General de la
Chambre Apoftolique , que ne pouvoit
plus remplir , à cauſe de fon grand âge ,
M. Jean Charles Piancartelli .
Dans un Confiftoire tenu au Quirinal
le is . Mars , Sa Sainteté a propoté :
Le Cardinal de Scomborn Evêque de
Spire , pour la Coadjutorerie de l'Evêché
de Conftance
M. Fortunat Morofini Evêque de Trevigny
& Suffragant du Patriarche d'Aquilée
, pour l'Evêché de Brefcia , vacant
par la demiffion du Cardinal Barbarigo ,
maintenant Evêque de Padouë .
Le R. P. Louis Marie de Dura , Dominicain
, pour l'Evêché de Caftellanetta,
dans la terre d'Otrante.
Le Comte Jofeph-Dominique François
Kilien de Lamberg , Evêque de Sécovie ,
pour l'Evêché de Paffau.
M. Thomas -Jofeph de Montés , Archevêque
de Séleucie , & ci . devant Chanoine
de Saint, Jean de Latran , pour
l'Evêché d'Oviedo , en Eſpagne.
M. Jean Tarlo , Evêque de Kiovie
fut
propofé par le Cardinal
Albani
de
faint
Clement
pour
l'Evêché
de Pofnanie
, dans la baffe
Pologne.
M. Felix Kretkouski fut préconife
pour l'Evêché de Culin .
Le Baron Jean Adolphe de Lordo
fut
810 LE MERCURE
fut proposé par le Cardinal de Cienfue
gos , chargé des affaires de l'Empereur ,
pour le Titre Epifcopal de Flaniopolis ,
avec celui de Suffragant de l'Evêché
d'Ofnabrug.
L'Abbé Bégon fut propofé par le Car
dinal' Ottoboni , chargé des affaires de
France , pour l'Evêché de Toul.
L'Abbé Ferrand de Coffey , pour l'Ab
baye de Mauzac , Ordre de S. Benoît ,
Diocèle de Clermont .
L'Abbé de la Ruë , pour celle de l'Ile-
Dieu , Ordre de Prémontré , Diocèle
de Rouen.
L'Abbé Chapin des Halles , fut enfuite
préconisé pour l'Abbaye de S. Germain
d'Auxerre.
Le R. P. Málifatre , Prieur Clauſtral
de l'Abbaye de Buzay , pour la Coadjutorerie
de l'Abbaye Reguliere de Chalocé
, Ordre de Citeaux , Diocèle d'Angers.
Venife.
Les Chevaliers Jean Garbni , Conf
tantin Corfci , & Jean - Baptifte Roffi ,
ont été nommez Capitaines des trois nouveaux
Vaiffeaux de guerre, le Triomphe
le Lion triomphant , & le S. Pierre d'Alcantara
.
Florence
D'AVRIL 1723. 811
Florence.
M. Marcei , Sergent Major, & frere du
Nonce du Pape à la Cour de France , a
obtenu du Grand Duc une Commanderie
de l'Ordre de S. Michel.
Milan.
Le Comte de Stampa a été fait Gou
verneur de Tortone .
Hollande.
M. Mauritius Deputé de Nort- Hollande
, a été nommé par les Etats Generaux
pour leur Ambaffadeur auprès du
Roy d'Eſpagne.
M. Van Cruynengen , a été nommé
pour remplacer M. Van - Boffelen , leur
Envoyé à la Cour d'Angleterre.
M. Vandemer a été nommé pour Envoyé
extraordinaire à Madrid.
M. le Baron de Fricsheim , a obtenu la
Charge de Colonel des Gardes à pied, va
cante par la mort de M. de Villate.
21
JOURNAL
812 LE MERCURE
JOURNAL DE VERSAILLES
& de Paris.
O
Na appris de Flandres qu'une troupe
de deferteurs de differentes nations
qui couroit & pilloit le pays , avoit
obligé de faire prendre les armes à plus
de soo. Villages des Diocéfes de Liege
& de Namur.
Le jour du Vendredy Saint , le Roy
entendit dans la Chapelle du Château
de Verſailles le Sermon de la Paffion du
R. P. d'Ardenne , de la Doctrine Chrétienne
; enfuite Sa Majefté affifta à l'Office
, & alla à l'Adoration de la Croix ;
& l'après - midi du même jour Elle affifta
aux Tenebres . Le lendemain 27. Mars ,
jour du Samedy Saint , le Roy revêtu du
grand Colier de l'Ordre du S. Elprit , &
accompagné du Duc de Bourbon , fe rendit
en cérémonie à l'Eglife de la Paroiffe,
où il communia par les mains du Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier de France,
après s'être confeffé au R. P. de Linieres
, Jefuite, Confeffeur de S. M. Etant
revenu au Château , le Roy y toucha un
grand nombre de malades. Le foir Sa Majefté
entendit les Complies & le Salut
chantez

D'AVRIL 1723 813

chantez par fa Mufique. Le jour de
Pâques M. l'ancien Evêque de Frejus celebra
pontificalement la Meffe , qui fuc
chantée par la Mufique du Roy, dans fa
Chapelle de Verfailles , Sa Majefté l'entendit
accompagnée de Monfieur le Duc
d'Orleans , M. le Duc de Chartres , &
M. le Comte de Clermont ; l'après - midi
M. l'ancien Evêque de Frejus officia auffi
pontificalement aux Vêpres que Sa Majefté
entendit , après avoir entendu la Predication
du R. Pere d'Ardenne. Le Roy
avoit le matin fait rendre les pains-benits
à la Paroiffe , qui furent prefentez en fon
nom avec les ceremonies ordinaires par
M. l'Abbé de Brancas , Aumônier de
Sa Majesté en quartier , & par un Maî
tre-d'Hôtel du Roy.
Le 30. de l'autre mois le Roy fut le
promener à Molinos , où S. M. fit faire
une batue de Lapins. Le lendemain le
Roy fut à S. Germain en Laye , accompagné
du Duc de Chartres & du Comte
de Clermont , S. M. vifita les appartemens
du Château , defcendit par le petit
Pont de la Reine dans le parterre du jardin
où elle fele promena .
Le 1. Avril le Roy s'alla promener
Meudon , parcourt les appartemens du
Château , & donna quelques ordres pour
le féjour que S. M. doit y aller faire.
Le
814 LE MERCURE
Le Dimanche 4. de ce mois le Roy,
accompagné de Monfieur le Duc d'Orleans
, entendit la Meſſe dans la Chapelle
du Château de Verſailles , chantée par
la
Mufique. Le fieur Campra , Maître de
la Mufique de la Chapelle qui entroit
en quartier , fit chanter un Motet de fa
compofition , qui fur applaudi de toute
la Cour. Le fieur Baftarón , fils , y chanta
un recit , & fa voix fut trouvée fi belle
que le Roy le reçût Muficien de fa Cha
pelle. C'eft une bafle- taille , ainfi que la
voix du fieur Baftaron , pere , qu'on entend
depuis fi long temps , & toûjours
avec plaifir dans la Mufique du Roy.
Le 27. de l'autre mois S. M. a accordé
des Lettres de Nobleffe à M. Antoine le .
Cadet , Garçon ordinaire de la Chambre
du Roy , cy- devant fon Porte- Arquebufe
. M. Antoine , l'aîné , Porte - Arquebuſe
du Roy , Concierge de la Chancelerié
de S. Germain , & Infpecteur de la Fo
refts de ce nom , a des Lettres de Nobleffe
que le feu Roylui accorda en 1704.
La famille d'Antoine eft connue à la Cour
depuis long- temps , elle eft attachée au
fervice de nos Rois , depuis le mariage
de Louis XIII. La mere de celui qui a
donné lieu à cet article eft actuellement
premiere femme de Chambre du Roy ,
après l'avoir été de Monseigneur le Duc
2
de
D'AVRIL 1723% 815
de Bourgogne , pere de S. M. & du
mier Duc de Bretagne.
pre-
Le 6. & le 13. de ce mois le Roy prit
le divertiffement de la chaffe du vol , &
les jours fuivans S. M. a été fe promener
à Molinos , à Meudon , à Marli , à Trianon
& c. ,
Les. de ce mois le Comte Maffei
cy-devant Viceroi de Sicile , nommé
par le Roy de Sardaigne pour complimenter
le Roy fur fa Majorité , fut prefenté
à Sa Majefté dans une audience
particuliere par le Comte de Vernon
Ambaffadeur du Roy de Sardaigne. Ces
deux Miniftres Etrangers furent conduits
à cette audience par M. de Remond , Introducteur
des Ambaffadeurs.
La fin du Carême a été marquée par
de tragiques évenemens , le trente Mars
la maîtreffe du Cabaret des deux Boules
fut trouvée noyée dans fon puits les deux
mains liées derriere le dos . Quatre jours
auparavant le fieur Jorry , Procureur au
Parlement fut affaffiné dans fa chambre
entre neuf & dix heures .du , foir. Ce
meurtre cruel par fes circonftances n'a
été découvert que le 28. Mars ; les Juges
qui fe font tranfportez dans la maison du
fieur Jorry n'ont trouvé d'abord que le
cadavre de fa fervante dans la cuifine
elle avoit une corde au col , dont elle
paroiffoit
816 LE MERCURE
paroiffoit avoir été ferrée , la gorge cou
pée , le vifage balaffré , un coup d'eftramaçon
fur la tête , & trois coups de fer
dans la poitrine ; on defcendit enfuite
dans la chambre du fieur Jorry , qui eft
au deuxième étage au deffous de la cui
fine ; après avoir fait enfoncer les portes,
on trouva fon cadavre avec un coup de
piftolet dans la gorge , chargé de perit
plomb , trois coups d'eftramaçon fur la
tête , & trois coups de points dans la poitrine.
Les cabinets du freur Jorry étoient
ouverts , ainfi que les tiroirs & une caffette
forcée qui renfermoft trente- huit
Loüis , douze demi- Loüis , & trois quarts
de Louis de Noailles , un Jacobus d'or ,
trente-fix ou trente- huit Louis Chevaliers
; de plus deux cens livres en toutes
fortes d'efpeces d'argent. On accufe le
nommé Ricoeur de ces deux affaffmars ,
& de ce vol ; il eft âgé de trente ans on
environ , haut de cinq pieds trois ou qua
tre pouces , la taille déliée , la jambe
fine , le vifage maigre , la barbe & les
fourcils noirs , une dent d'enhaut caffée
fur le devant , le regard fombre , les
vifs , le nez aquilin , le teint brun & hal- .
lé , les cheveux noirs frifez & demi creyeux
pez ; il eft vêtu d'un habit gris d'épine
brun , les manches du juſte - au corps
coupées à la Matelotte , il a la parole
lente
D'AVRIL 17231 817
lente & la voix très - claire ; il porte ordinairement
un grand couteau de chaſſe ,
& on lui a vû dans les mains un couteau
pliant à reffort , la lame très- longue & le
manche de corne de Cerf. Ce Ricoeur a
été Valet- de- Chambre du Marquis de
Blincourt , & du Comte d'Enin , Lieute-
Bant au Regiment du Roy , d'où il a
paffé depuis environ quatre mois au fervice
de M. Maclot , Grand- Maître des
Eaux & Forefts de Champagne , oncle
du Comte d'Enin .
Il eſt decretté par ordre de M. le
Lieutenant Criminel de Paris , & ceux
qui l'arrêteront, ou le feront prendre, auront
cinq cens livres de récompenfe. Depuis
ce meurtre il eft arrivé bien des circonftances
, qui font efperer qu'on en découvrira
inceffamment l'Auteur.
Le onze de ce mois le Roy , accompagné
de Monfieur le Duc d'Orleans , entendit
dans la Chapelle du Château de
Verſailles la Meffe chantée par la Muſique
, & le quatorze Sa Majefté entendit
fa Meffe de Requiem pour l'anniverſaire
de Monfeigneur .
Le même jour M. l'Abbé de Valbelles
de Tourves , nommé par le Roy Coadjuteur
de Saint Omer' , fut facré Evêque
d'Hieropolis in partibus. La ceremonie
fut faite dans l'Eglife du Noviciat des
Jefuites
818 LE MERCURE
Jefuites par leCardinal deRohan , Grand
Aumônier de France , affifté des Evêques
de Senlis & d'Avranches .
Le treize Don Patricio Lawles , Ambaffadeur
ordinaire du Roy d'Eſpagne ,
eut audience particuliere du Roy , & prefenta
à Sa Majefté le Comte de San - Etevan
, Ambaffadeur & Plenipotentiaire
de Sa Majefté Catholique au Congrès de
Cambray, qui complimenta le Roy fur
fa Majorité de la part du Roy d'Espagne.
Don Patricio Lawles eut enfuite audience
de Monfieur le Duc d'Orleans & de
Madame la Ducheffe d'Orleans , & prefenta
à leurs Alteffes Royales le Comte
de San Estevan , étant conduit de même.
qu'à l'audience du Roy par M. de Remond,
Introducteur des Ambaffadeurs.
Le même jour le même Introducteur conduifit
à l'audience particuliere du Roy
M. l'Abbé Landy , Envoyé Extraordinaire
du Duc de Parme , qui fir des complimens
à Sa Majefté für fa Majorité.
On'a imprimé le Serdeau des Theatres ,
Comedie d'un Acte qui a été reprefentée
avec un fuccès marqué fur le Theatre de
la Comedie Italienne. On la débite chez
les Libraires fuivans , Guillaume Cavelier
au Palais , Noël Piffot , Quay des Auguftins
, & N. Hochereau , à l'Arcade
du College des Quatre Nations. Le prix
eft
D'AVRIL 1723. 819
eft de vingt- cing fols . L'Auteur de cette
petite piece a été furpris de trouver dans
le Journal de Verdun , Avril 1723. page
238. un article qui le regarde , où l'Au
teur du Journal avance que M. Fuzelier
lui a envoyé un Memoire de fept pages
in-folio pour prouver qu'il n'a point fait
be Nouveau Monde & l'Oracle de Delphes.
If eft bon d'avertir ici le public que
ce Memoire de fept pages in-folio n'eft
autre chofe que le Defaven , inferé dans
le Mercure du mois de Decembre 1722 .
où il occupe feulement quatre pages &
demie dans un in- douze. On ne croit pas
que l'Auteur du Journal de Verdun ait
voulu plaifanter , en rifquant un fait de
cette nature ; il eft plus probable que
c'eſt une inattention de fa part , puifque
dans le même article qui eft fort court ,
il confond la deftinée du Nouveau Monde
, avec le fort de l'Oracle de Delphes.
Voici les termes , en parlant de ces deux
Comedies . Comme , dit-il , elles ont été
Supprimées prefqu'auffi- tôt qu'elles ont vữ
Le jour & c . Je ne donne que cette ligne
au public pour un échantillon de l'exactitude
du Journal de Verdun ; on peut
juger combien il eft fidelement inftruit
des détails particuliers , puifqu'il ignore
le Nouveau Monde a été joué long.
tems fans interruption forcée , & que cette
que
picce
820 LE MERCURE
piece a été vûë de tout Paris.
Le départ du Roy pour Meudon eft
fixé au 4. Juin . On allure que S. M. y
réfidera plus d'un mois , pour donner le
temps de faire quelques reparations au
Château de Verfailles , & nettoyer le
grand canal. Monfieur le Duc d'Orleans ,
les Princes du Sang & le Cardinal , Premier
Miniftre y auront chacun leur appartement
, de même que les Officiers du
Roy de quartier. L'Infante Reine reſtera
à Verfailles.
Le 29. du mois paffé Madame la Ducheffe
d'Orleans fut Maraine , & M. le
Duc de Chartres Parain des nouvelles
Cloches de la Paroiffe de Bagnolet , près
Paris.
On dit que le Duc de Wirtemberg a
deffein d'envoyer des troupes à Montbelliard
pour s'emparer de cet Etat , prétendant
en être devenu l'heritier la
par
mort du Duc de Wirtemberg- Montbelliard
, qui étoit de fa maiſon.
Le Confeil de Marine ayant ceffé par
la Majorité du Roy , S. M. a donné à
M. le Comte de Morville le département
de la Marine & des Galeres .
Le Comte de Rottembourg , ci-devant
envoyé du Roy à la Cour de Pruffe , a
été nommé Plenipotentiaire au Congrès
de Cambray , à la place du Comte de
Morville, Le
D'A VRIL 1723.
825
Le Comte de Baviere partit de Paris
au mois de Fevrier dernier pour fe rendre
à la Cour de Madrid , & y prendre poffeffion
de la Grandeffe. La Reine Douairiere
d'Espagne qui fait fa réfidence à
Bayonne envoya juſqu'à deux lieuës audevant
de lui fes caroffes avec fon Majordome
, accompagné du Commandant de la
Ville. Dès que le Comte de Baviere fut
arrivé à Bayonne , la Reine s'y rendit , lui
donna audience , le reçût avec toutes les
marques de diftinction & de bienveillance
poffible , & le regala d'un fuperbe repas
, lui & toute fa fuite. Le lendemain
il fut conduit à la maifon de plaifance où
Sa Majesté paffe une partie de l'année,
Là après l'accueil le plus gracieux , la
Reine pour lui témoigner d'une maniere
plus particuliere le cas qu'elle faifoit de
fon nom & de fa perfonne , ôta fon voile
pendant la converfation ; c'eft une marque
de diftinction que les veuves de Rois
Catholiques n'accordent que rarement.
Dans toutes les Villes & places d'Efpagne
par où il a paffé , on a annoncé
fon arrivée par la décharge du canon,
Il arriva à Madrid au commencement
de Mars , peu après il eut audience de
leurs Majeftez , & fut vifité de tout ce
qu'il y avoit de Grands à la Cour . Il a
toûjours tenu table puverte depuis fon
arrivée.
Le
822 LE MERCURE
il Y
Le 14. Mars il prit poffeffion des
honneurs de la Grandeffe ; jamais ceremonie
ne fut plus brillante , outre plufieurs
Cardinaux , le Nonce du Pape &
les principaux Officiers de la Couronne ,
avoit un concours de tous les Grands
du Royaume. La joye éclatoit viſiblement
fur le vifage des Seigneurs Eſpagnols
qui renouvelloient d'une maniere
fenfible leur refpect , & leur attachement
pour l'Electeur de Baviere , à la vûë de
ce Seigneur qui rappelle fi bien l'idée
des belles qualitez de ce grand Prince.
Le Duc de Bournonville lui fervit de
parain & le conduifit au Palais dans
fon caroffe , fuivant l'ufage. Un nombre
infini de Seigneurs receurent le Comte de
Baviere au bas de l'efcalier du Roy , &
le complimenterent. Les appartemens
étoient remplis de perfonnes de diftinction
, que la curiofité ou la bienveillance
y avoient attirées.
>
Sa Majefté Catholique fe rendit dans
le Sallon au fortir de la Meffe , & fe
plaça fous un Dais, les Grands à droite & à
gauche , furdeux colonnes . Le Comte de
Baviere entra, ayant à fa droite le Grand-
Chambellan , le Duc de Bournonville à
fa gauche , les Introducteurs à la tête ,
& une foulle de Seigneurs derriere.
La ceremonie comença par trois reverences
D'A VRIL 1723. 823
rences faites à differens intervales . Lorfqu'il
fut proche du fauteuil de S. M.
le Roy lui dit couvrez-vous. Après s'être
couvert il fit fon compliment , auquel
S. M. répondit en termes fort gracieux.
Cela fini le Comte de Baviere fe découvrit
, baila la main du Roy , prit place
à côté de S. M. à la tête de tous les
Grands , & le couvrit de même qu'eux tous .
Alors ils quitterent leurs places & accompagnerent
le Roy dans fon appartement
, d'où ils conduisirent le Comte
de Baviere chez la Reine où ſe fit la même
ceremonie que.chez le Roy.
Le repas que donna enfuite le Comte
de Bavière fut un des plus fplendides &
des plus fuperbes qu'on ait vûs. Plus de
80. Officiers de Cuiſine & d'Office y
avoient travaillé pendant huit jours .
Plufieurs couriers qu'on avoit dépêchez
jufqu'à la Mer , & en d'autres endroits
à 80. lieuës de Madrid pour chercher
par tout ce qu'il y avoit de rare &
d'exquis , ont tous heureufement executé
leur commiffion. Auffi la fête a- t'elle été
couronnée d'un applaudiffement univerfel.
La quantité & la délicateffe des mets ,
la beauté & l'arrangement des fervices
fembloit concourir à rendre le fuccès
complet.
Il y avoit trois tables , la premiere de
65.
824 LE MERCURE
65. couverts , à cinq fervices de cent onze
plats chacun. La feconde , dont M. de
la Cour , Envoyé extraordinaire de Baviere
faifoit les honneurs , étoit de 25 .
couverts , à cinq fervices de 48. plats
chacun , & la troifiéme deftée pour les
Gentils. Hommes du Comte de Baviere &
autres perfonnes de confideration n'étoit
gueres moins magnifique. Il y avoit en
abondance des plus fins vins de Bourgogne
, de Champagne , &c. & toutes fortes
de vins de liqueurs.. L'affemblée étoit
des plus refpectables & des plus auguftes .
On y voyoit des Cardinaux , le Nonce
du Pape , les Ambaſſadeurs ou Miniſtres
de toutes les Cours de l'Europe , les premiers
Officiers de la Couronne , & plus
de 50. Grands d'Efpagne. Ce qu'il y a
de flateur pour le Comte de Baviere ,
c'eft que plufieurs Grands qui ne vont
plus à ces fortes de ceremonies , s'y font
trouvez pour lui marquer leur confideration
particuliere. Auffi peut-on dire que
pendant fon féjour à Madrid il a enlevé .
tous les fuffrages d'une Cour , où regne
autant qu'en aucun lieu du monde la
penetration & le difcernement.
Le 10. de ce mois le Confeil de la Compagnie
des Indes fe tint pour la premiere
fois à Verfailles chez M. le Cardinal du
Bois , Premier Minire , & en fa prefence.
D'AVRIL 1723. 825
ee. S. E. donna enfuite un grand dîné à
tous les membres de ce Confeil.
Le 11. on commença à délivrer les
nouvelles Actions de la Compagnie des
Indes dans l'Hôtel de la Banque. On délivre
cent parties par jour dans chacun
des 8. Bureaux établis , & fuivant l'ordre
des Numero des Certificats de Liquidations
d'Actions. Ceux qui n'auront point
retiré leurs parties au jour indiqué , ne
pourront les avoir qu'à la fin de l'operation.
M. du Caila , Colonel du Regiment
de Cavalerie de la Reine , qui a été fait
Brigadier des Armées du Roy depuis
peu , eft d'une très- ancienne famille qui a
pris fon nom du Château de Baſchi ,
en Ombrie fur les bords du Tibre , à la
hauteur d'Orvieto. Il s'appelle François
de Baſchi , il eft frere puîné de Jean-
Louis de Bafchi , Colonel du même Regiment
, tué au combat de Caftiglione
dans le Mantoüan le 9. Septembre 1706.
& de Henry de Bafchi , Marquis de Pignan
, près de Montpelier , Baron de
Las- Ribes en Rouergue , marié le 12 .
Aouft 1720. avec Anne- Renée d'Eftrades
, fille de Geoffroy , Comte d'Eftrades
, Lieutenant General des Armées du
Roy , tué en Hongrie le 17. Aouft 1717 .
Henry de Bafchi , Seigneur de Rigols &
de
826 LE MERCURE
de Magdas , leur pere , marié avec Elifa
beth de Ricard , Dame de Las- Ribes ,
Sauffan , Pignan , &c. morte le 20. Septembre
1719. eft fecond fils de Charles de
Bafchi , Baron d'Aubaïs & du Caila , &
de Marguerite Cauffe , Dame de Rigols,
& de Magdas ; il avoit pour frere aîné
Lou's de Bafchi , Marquis d'Aubaïs ,
Baron du Caila , de Junas , & c. mort le
16. Juin 1703. qui_d'Anne Boiſſon , ſa
femme , qu'il avoit époufée le 4. Novem.
bre 1673. & qui mourut le 21. Mars 1685.
a laiffé Magdelaine de Baſchi , mariée le
12. May 1705. avec Jacques de Caffagnet
, Marquis de Fimarcon , Lieutenant
General des Armées du Roy , Commandant
en Rouffillon , Gouverneur de Villefranche
, & Charles de Bafchi , Marquis
d'Aubaïs , Baron du Caila , Junas , & c.
marié le s . Juin 1708. avec Diane de Rofel
, Dame de Cors , & de Beaumont , &
pere de Jean- François de Bafchi , né le
23. Decembre 1717 .
LISTE
D'AVRIL 1723.
829
kakakakakakak******
LISTE des Officiers qui ont été reçus par
le Roy , Chevaliers de Saint Louis
le 14. Avril 1723.
M
Rs de Silly , de la Cavalerie.
Le Marquis de Grancey , Lientenans
Generaux .
De Flamarini , Meftre de Camp , réformé
à la fuite du Regiment de Ri
chelieu.
De Lanty , Capitaine au Regiment ,
Meftre de Camp General , Cavalerie.
De Ryan , Capitaine au Regiment de
Lée.
De Rieumal , Capitaine Ayde- Major
du Regiment de la Marine.
De la Villette , Capitaine réformé au
même Regiment .
Dumas , Capitaine des Portes des Ville
& Citadelle de Montpellier.
De Grandval , cy- devant Capitaine
réformé au Regiment de Bigorre.
Gobert la Valonniere , Capitaine au
Regiment d'Eflandes .
Dumas , Capitaine au Regiment d'Auxerrois.
Dyo de Montperoux , Capitaine au
Regiment Royal, Gavalerie .
1
I ij
La
830 LE MERCURE
La Beraye , Capitaine au Regiment de
Rochepierre , Dragons.
D'Hugues , Meftre de Camp , réfor
mé , d'Infanterie.
Le Teneur , pere , Chevau - Leger de
la Garde .
Laffus , Capitaine au Regiment d'Orleans
, Infanterie .
De Villers , Capitaine au Regiment .
de Beaucour , Dragons.
De Cominge , Capitaine au Regiment
de Touraine.
De Rochepierre , Meftre de Camp de
Dragons.
Patrice Dundaffe , Capitaine au Regiment
de Lée.
Lambert , Capitaine du Bataillon de
Certamon , du Regiment Royal Artillerie.
De la Carnoye , l'aîné , Commiffaire
Provincial d'Artillerie.
De Marteville , Meſtré de Camp réformé
, au Regiment de Roye.
De Châteauneuf , Capitaine au Regiment
de Montconfeil .
De Maffias , auffi Capitaine audit Regiment.
De Raffetor de Canonville , Meftre
de Camp du Regiment de Brie.
Du Deffand de la Lande , Meftre de
Camp, réformé à da fuite du Regiment
de Champagne.
Le
D'AVRIL 1723. 831
(
Le Chevalier de Roncheres de Joffreville
, Meftre de Camp , réformé à la
fuite du Regiment de Germinon , Cavalerie.
De Vife , Lieutenant de Vaiffeau au
Département de Breft.
Robec de Pallieres , Lieutenant de
Vaiffeau , & Capitaine d'une Compagnie
Franche de la Marine dans le même
Département.
Panerié , Ilem.
De Colombe , Idem.
>
De Brimulle , Moufquetaire de la
miere Compagnie.
pre
De Charfay , Moufquetaire de la leconde
Compagnie.
Noiret , Idem.
Freville , Idem .
La Salle , Idem.
Le Mardi 20. de ce mois le Roy reçut
Chevalier de S. Louis le fieur Nicolas
de Caruel , âgé de cent onze ans & 6.
mois , étant né en 1612. Il eft natif de
Mauberfontaine , près de Rocroy ; il
commença à porter le Moufquet dans le
Regiment de Schulemberg à l'âge de 17.
ans , & après avoir fervi cinq ans en qualité
de Sergent , & deux en celle de
Lieutenant ; il obtint de Louis XIII.
Trifayeul de Sa Maefté une Compagnie
I ij
d'In832
LE MERCURE
d'Infanterie dans le Regiment de Namps,
la Commiffion qu'il raporte en original
eft dattée du 28. Janvier 1636. il a reçû
des bleffures confiderables , & a eu 9 .
enfans de deux mariages , fon troifiéme
fils a 70. ans. Cet Officier commandoit
en 1712. une partie des Milices de Chainpagne
, employée à la garde des Rivieres
; il monte encore à cheval , & fait
fept à huit lieues par jour. Il a toûjours
confervé fes cheveux. Le Roy lui a fait
payer tout ce qui lui étoit dû de fa penfon
, & lui a accordé une gratification
extraordinaire. 7
La Majorité de Strasbourg a été don
.née le 20. Mars dernier à M. de Saint
Victor , Lieutenant Colonel , réformé
d'Infanterie.
Le Roy accorde une penfion de soo
livres à M. Baudequin , Ecuyer Valer
de. Chambre ordinaire de S. M. Il eft
d'une très-ancienne famille de Paris , &
a toutes les qualitez pour meriter la gra
ce qu'il vient d'obtenir .
NAISD'AVRIL
17230 83
NAISSANCES , MORTS
L
Mariages .
A Marquife de Mailly eft accouchée
d'un fils , qui a été tenu fur les
fonts , par le Marquis de la Vrilliere &
la Ducheffe de Duras.
Louis d'Aumont de Rochebaron , Duc
d'Aumont , Pair de France , Premier
Gentil-homme de la Chambre du Roy ,
Chevalier & Commandeur des ordres de
Sa Majefté , Gouverneur de Boulogne
& du Boulonois , cy- devant Ambaffadeur
extraordinaire de France , en Angleterre
, eft mort dans fon Hôtel , à Paris ,
dans la cinquante- fixième année de fon
âge.
>
Dame Anne- Catherine- Henry- Touffaint
d'Heberville , époufe de M. Louis
de Bec- de - Liévres , Marquis de Cany ,
eft morte le 14. Mars , âgée de 2z . ans.
M. Pierre- Georges Dantraigues , Chevalier
, Seigneur de Mareüil le 22 .
Mars , âgé de 80. ans.
M. René Brandelis de Champagne
Marquis de Villaine & de la Varenne ,
Baron de Sainte Suzanne & de Saint
Roman , Seigneur de la Chardiere , du
I iiij
Mef832
LE MERCURE
4
Mefnil , &c. mort à Paris le 5. de ce mois,
âgé de 74. ans.
Le Pere Terraffon , Prêtre de l'Oratoire
, & grand Predicateur , eft mort le
25. Avril dans la Maifon des PP. de
P'Oratoire de la rue S. Honoré , nous
pourrons en parler plus au long dans nôtre
prochain Journal.
M, Gaetan de Thiene , Baron de
Rafay a époufé le 18. Mars Me Defgranges
, fille de M. Defgranges , Maître
des Ceremonies de France , M. de
Thiene eft de la maifon de Thiene , originaire
de Vicentin , qui a produit plufieurs
hommes illuftres , entre autres le
Cardinal de Thiene , fous Gregoire XI .
en 1369. La branche dont eft iffu celui
qui vient de fe marier , s'établit en Touraine
fous François I. dans la terre de
Rafay où il fait fa demeure.
LETTRES PATENTES ,
ARRESTS , & c.
RRESTS du Confeil d'Etat du Roy , dès
ARR29 Septembre 1722. & 2. Fevrier 1723 .
Portans que les Officiers des Greniers à Sel &
du Quait ouillon feront taxez d'Office , défendent
aux Collecteurs des Tailles de les comprendre
dans les Rôles & ordonnent que iefdits
D'AVRIL 1723 . 833
dits Officiers feront exempts de la Collecte defdites
Tailles , & de logement des gens de
Guerre.
DECLARATION du Roy , donnée à Verfailles
le 1. Mars 1723. registrée en la Cour des
Aydes le 17. Avril fuivant , concernant les peines
& amendes contre les Faux- Sauniers.
DECLARATION du Roy , du même jour ,
regiftrée en la Cour des Aydes ledit jour 17.
Avril , contre les Fraudeurs des droits de la
Ferme du Tabac .
ARREST du Confeil du 3. Mars , qui or
donne que les Interefts du Quart reftant à
rembourfer de la Finance des Offices de Payeurs
des Rentes , fupprimez par Arreft du Confeil
du 31. Aouft 1719 dont le payement avoit été
ordonné , à raison de trois pour Cent par autre
Arreft du s . Septembre fuivant , cefferont à
commencer du premier Janvier 1722. Et que
ceux defdits Payeurs qui n'ont pas encore été
rembourfez dudit Quart , pourront en faire la
converfion en Rentes au denier Quarante ,
créées par Edit du mois de Juin 1720. defquelles
Rentes la joüiffance commencera dudit jour
pren.ier Janvier 1722. & c.
ORDONNANCE du Roy , du 16. Mars
1723 Pour la levée & le Payement de quatre
Compagnies d'Infanterie qui doivent être employées
à la Garde des Inles de Bourbon & de
France , aux Indes Orientales.
ARREST du Confeil d'Etat du Foy , du 22.
Mars 1723. Qui ordonne que les Particuliers
I v
pola
834
LE MERCURE
)
porteurs des Quittances de Finance pour acqui
fition de Rentes ou d'Interefts , fur lesquelles
il aura été fait des Réductions , feront tenus
de les porter au Contrôle general des Finanees
, à l'effet d'être fait mention deſdites Réductions
fur les Originaux defdites Quittances &
fur les Regiftres du Contrôle , le tout fans
frais ; permet aux Acquereurs defdites Quittances
d'obtenir des Lettres de Ratification , &
aux prétendans Droit fur lefdites Quittances ,
de faire les oppofitions au Eureau des Hypotheques.
D
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , du 22.
Mais 1713 Qui fixe à Cinquante fix Mille le
nombre des Actions de la Compagnie des Indes
; & en confequence ordonne ce qui fuit.
ARTICLE PREMIER.
Que le nombre d'Actions à la charge de la
Compagnie des Indes , demeurera fixé à Cinquanie
fix Mille , au lieu de Cinquante mille à
quoi il avoit été réduit & limité l'Arreft
du 23. Novembre 1721. auquel Sa Majefté a
dérogé & déroge en ce qui y eft contraire à
la prefente difpofition.
II.
par
Qu'il fera inceffamment fait la quantité de
Quarante huit Mille Billers imprimez d'une
Action chacun , Numerotez depuis le N° 1.
jufques & compris le No 48000. Et la quantité
de Quatre vingt mille autres Billets auffi imprimez
d'un Dixiéme d'Action chacun , Numerotez
depuis le N° 1. jufques & compris le
N° 80000. Contenant leflites Actions & Diziémes
d'Actions les Repartitions des Eenefices
des
D'AVRIL 1723.
835
des années 1722. 1723. & 1714. chaque Repartition
divifée par fix mois , fuivant les deux
Modelles annexez à la Minute du preſent Arreft
; leſdites Actions & Dixièmes d'Aions
faifant enſemble la Totalité de Cinquante fix
mille Actions , fixée par l'Article premier du
prefent Arreft , à la charge de ladite Compagnie
des Indes.
I I I.
Sa Majesté a Commis & commet le fieur
Bille , à l'effet de figner pour ladite Compagnie
lefdites Actions & Dixièmes d'Actions ,
& pour en faire faire la délivrance en la maniere
qui lui fera prefcrite ; le fieur de Villecour
pour les Contrôler , & les fieurs de Clermont
, Malenfant , Duclozeau , Chabirand ,
Marotte & Fremyer > pour figner chacun
d'eux une des Six Repartitions ou Coupons ;
en forte que ledit fieur de Clermont fignera la
Repartition des fix premiers mois de l'année
1722. de chacune Action & Dixiéme d'Action
; le fieur Malenfant celle des fix derniers
mois de ladite année 1712. Le fieur Duclozeau
celle des fix premiers mois 1723. Le fieur Cha
birand celle des fix derniers mois de ladite
année 1723. Le fieur Marotte celle des fix premiers
mois 1724. Et le fieur Fremyer celle des
fix derniers mois de ladite année 1724.
I V.
Lefdites Actions & Dixiémes d'Actions , &
les fix Dividendes feront Timbrez d'un Sceau
aux armes de la Compagnie , dont l'Empreinte
jointe au prefent Arreft ne differe du Sceau ,
dont les anciennes Actions de ladite Compagnie
ont été timbrécs , que dans l'attitude des
fupports , fans que pour ce Sa Majefté air entendu
rien changer aux ormes qu'elle a accor-
I vj
de
836
LE MERCURE
*
dé à ladite Compagnie par fon Edit du mois
d'Aouft 1717. mais feulement diftinguer par .
cette difference le Timbre des nouvelles Actions
, de celui des anciennes ; & ce pour cette
fois feulement , laiffant à la Compagnie la liberté
d'en ufer par la fuite comme elle le jugera
à propos.
V.
Ordonne Sa Majefté que les Arrefts de fon
Confei des z. De embre 1720. & 10. Aouft
1721. qui ont annullé les Actions & Dixièmes
d'Actions anciennes non reprefentées au viſa ,
& celuy du 23. Novembre 1721. celles d'un feul
Timbre quoique vifées , feront executez felon
leur forme & teneur . Annulle d'abondant Sa
Majesté par le prefent Arreft , comme par les
precedens , toutes lefdites Actions & Dixiémes
d'Actions vifées ou non vifées , même celles
qui auroient été Liquidées & qui n'ont pas
été rapportées pour en retirer les Liquidations
, aux termes indiquez par les Arrefts des
14. Septembre & 28. Octobre 1722. & c.
ADDITION aux Nouvelles Etrangeres
& an Journal de Paris.
O
N mande de Mofcou que le Czar en eft
parti pour Petersbourg , nonobftant le
mauvais temps & les mauvais chemin le 8.
Mars , après l'audience de congé de l'Ambaffadeur
de la Porte , lequel eft parti le 6. Mars
pour retourner à Conftantinople . S. M.Czarienne
lui a donné parole qu'e'le n'entreprendroit
rien du côté des frontieres de Per'e qui peut
alterer la bonne intelligence qui re ne depuis
les derniers traitez ere la Porte & elle. La
D'AVRIL 1723. 837
Czarine partit le lendemain , & la Czarine
Douairiere avec la Ducheffe de Mekelbourg
partirent le 13. du même mois. Le Duc d'Holftein
eft parti peu de temps après , ainfi que les
Miniftres Etrangers , & tous les membres des
Colleges. On a des lettres de Petersbourg qui
marquent que la Czarine y étoit arrivée le 16.
Mars au bruit des falves du canon de la Fortereffe
& de l'Amirauté . Le Czar qui avoit été
à fa rencontre marchoit à côté de fon caroffe.
S.M. Czarienne a fait prefent au Prince Dolhorouki
, ci - devant Ambaffadeur à la Cour de
France , & employé prefentement au College
des affaires Etrangeres , du Palais , du Baron
de Schaffirof. "

Les mêmes lettres ajoûtent que le Czar étans
arrivé à Petersbourg fit venir le Prince fon
petit- fils , & qu'il l'embraffa avec de grandes
démonftrations de tendreffe , affcurant en mê
me temps le Gouverneur qui lui prefenta ce
Prince , qu'il étoit très content de les foins , &
qu'il les récompenferoit.
Les lettres de Conftantinople dus Mars
portent que le Sultan a fait affeurer le Prince
de Dagheftan , qu'il lui fourniroit les fecours
ne effaires , pour fe vanger des Georgiens qui
avoient favorifé l'entrée des Ruffiens dans leur
pays. On croit que la Porte pouria étendre fes
frontieres du côté d'Erzeron & de Babilone ,
quoiqu elle ait reconnu , à ce qu'on dit ,
Mirwels comme legitime poffeffeur de la Monarchie
de Perfe , qui avoit été gouvernée depuis
plufieurs fiecles par des Princes , Sectateurs
de la Loy d'Aly , Difciple de Mahomet ,
lequel ayant voulu innover fur la Religion de
fon maître , avoit introduit des fuperftitions
qui paroiffoient abominables aux Mahometans,
La
838 LE MERCURE
La Princeffe Royale de Danemark accoucha
le 31. Mars à Coppenhague d'un Prince qui
fut baptifé le premier Avril , & tenu fur les
fonds par le Roy qui lui donna le nom de Frederic.
Outre les falves de l'artillerie de la Ville,
de la Citadelle & des Forts , le Grand Maréchal
de la Cour , & le Grand Chancelier ont
donné chacun un magnifique feftin ſuivi d'un
bal , à l'occafion de cette naiffance.
On a depuis peu publié une Ordonnance qui
défend fous peine de mort aux Matelots de
fortir du Royaume pour entrer au ſervice d'aucun
Prince Etranger. On affure que l'Eſcadre
Danoife qu'on équipe fera compolée de 23.
vaiffeaux de ligne.
On mande de Vienne que le 28. de l'autre
mois la Ville de Bude fut prefque réduite en
cendres par un incendie , un magafin de poudre
ayant auffi fauté en l'air , & fait perir
plus de 200, perfonnes.
On apprend de Londres du 9. de ce mois
que le fieur Jean Plunket a été condamné par
la Chambre des Communes , fous le bon plaifir
du Roy , de fes heritiers & fucceffeurs , à une
prifon perpetuelle dans telle partie de l'Angleterre
qu'il plaira à S. M. avec confifcation de
tous fes biens , & peine de mort , comme en
cas de felonie , s'il entreprend de rompre fa
prifon . Le fieur George Kelly a été condamné
à la même peine le 13. de ce mois.
On apprend auffi que le Comte de Cadogan
& le Lord Lechmere , qui avoit pris querelle
en fortant de la Chambre des Pairs , fans qu'on
fçache à quelle occafion , fe bâtirent le 11. aa
foir dans le Parc de S. James , fans qu'aucun
des
D'AVRIL 1723 . 839
des deux ait été bleffé , ayant été feparen
promptement.
On a commencé à mettre fous les Balanciers
de la Monnoye de Londres les 300000 livres
fterlin en argent que le Royal Georges , vailleau
de la Compagnie de la mer du Sud a apportée
du Chilly.
Le 11. Mars la flote de Rio- Janeiro arriva
dans le Port de lifbonne après 89. jours de
navigation ; elle eft compofée de 15. navires
Marchands , eſcortez par la Nôtre- Dame des
Neceffitez & le Saint Laurent , vaiffeaux de
guerre. Elle apporte une grande quantité de
fucre , de cuir , de bois à bâtir & de differentes
Marchandifes.
On a appris de Berne que M. Davale , Major
des Milices du Pays de Vaux , avoit formé
le deffein de furprendre la Ville de Lauzane ,
& de la fouftraire de la domination de Berne ,
que M. Watteville Bourfier & haut Commandant
du même pays , avoir fait affembler
les Milices des environs , & qu'il eft entré dans
Lauzane avec 800. hommes qu'il a fait arrêter
le Major Davale , qu'il la fait enfermer les fers
aux pieds dans le Château , & que les troupes
que ce traître avoit introduites , fe font reti
reés auffi tôt qu'elles ont appris fon pernicieux
deffein
Les dernieres nouvelles de Petersbourg , postent
, que la Flotte qu'on équipe à Cronfat
& à Revel , fera compofée de 30. Vailleaux
de ligne , outre quelques Fregates , & 60. Galeres.
On dit que cette Flote n'ira en mer que
pour exercer les Matelots , comme l'année
derniere. Le Czar s'amufe à travailler lui- même
840
LE MERCURE
me à la conftruction d'un Vaiffeau de cont
pieces de Canon , & quelques autres moins
confiderables .
La Princeffe Marie Alexerna , foeur du promier
lit de S. M. Czarienne , mourut à Peterfbourg
le 20. Mars dernier, âgée de 60 , ans .
On écrit de Ștokolm , que la Nobleffe s'étant
affemblée en corps , le 6. de ce mois , avoit
réfolu que tout l'argent , qui proviendra à l'a
venir des confifcations , fera employé à bâtir
& entretenir deux Maiſons de correction , l'une
pour les hommes , l'autre pour les femmes.
On écrit de Londres , que la Compagnie da
Sud a envoyé à la Tour pour 300000. livres
fterlin de lingots d'argent , dont on doit frapper
des Efpeces ; elle doit recevoir inceffamment
cent cinq mille livres fterlin des biens confifquez
de Meffieurs Aiflabie & Craggs , qui
feront diftribuées aux Intereffez.
On mande de Suiffe , du 14. de ce mois , que
le Major Davel , âgé de 60. ans , prifonnier
chargé de fers dans le Château de lauzane
´qu'on a déja appliqué à la question , foûtient
que ce n'eft aucun fujet de mécontentement
qu'il ait eu en fon particulier , mais le feul
amour de fa Patrie , dont il von'oit readre le .
fort plus doux , qui l'a porté à cette hardie
entreprife : qu'il n'avoit point cu deffein de répandre
du fang , ni de faire au un mal à per-
Tonne qu'il n'a aucun complice , parce que
fa confience ne lui permettoit pas de faire
courir à perfonne le rifque qu'il vouloit bien
courir lui même ; & qu'il fe fattoit de trouver
peu de gens oppofez à ton projet , qu'il avoit
formé
D'AVRIL 1723 841
formé depuis quelques années , & qui tendoit
a affianchir entierement le Pays de Vaux , de
la domination de Berne , ou d'obliger au moins
le Scuverain à red reffer divers griefs , entr'autres
, la contrainte que l'on a exercée dans
l'affaire du Confenfus ; voulant , dit- il , marcher
fur les traces des anciens Suiffes de glorieufe
memoire , lorfqu'ils fecouerent le joug
de la Maifon d'Autriche Les chaînes dont il eft
chargé , qu'il regarde comme des chaînes d'or
qui lui font beaucoup d'honneur , & la vûe
de la mort , à laquelle il dit qu'il s'est dévoüé
de très- bon coeur , pour le bien de fes con patriotes
, ne l'empêchent pas de manger de bon
appetit , d'avoir un fommeil tranquile , &
d'être de bonne humeur.
On a appris de Bude , que l'incendie qui y
étoit arrivé le jour de Pâques dernier lur les
quatre heures après midi , avoit pris à la troifiéme
maiſon de la rue qui conduit à la porte
de Vienne. Le vent éteit fi violent qu'on n'y
pût donner aucun fe ours. Le feu fe co mu
niqua très- rapidement aux mai ons voisines ,
& en moins d'une heure , fe répandit fucceffivement
jufqu'à la Fortereffe qui a été pref
que réduite en cendres . Les flâmes n'ont épar
gné de ce côté là que le rang des maisons qui
va jufqu'au magazin inclufivement . Tout ce
qui eft depuis la perte de Vienne jufqu'à l'Arfenal
eft entierement brû¹é , ainfi que le College
des Jefuites & la Tour , où la flâme étoit
fi violente , que les Cloches en ont été fondue
, ae même que le magnifique Horloge qui
y étoit . L'Eglife des Carmes a eu le même fort ,
comme auffi la Maifon de Ville dont on a eu
le bonheur cependant de fauver les Archives
La
842 LE MERCURE
T
La défolation generale commença une heure
après , par les cris redoublez & horribles qu'on
entendit de toutes parts , lorsqu'on vit lauter
en l'air , avec un bruit épouventable , le Tourillon
qui étoit fur le Baſtion d'Albe - Royale ,
où il y avoit plus de 400. barils de poudre ,
& dont la ruine a entraîné celle d'une bonne
partie du Baftion. Toute la Fortereffe en a été
ébranlée; la Ville haute & la Ville baffe & jufqu'à
celle de Peft , qui eft de l'autre cô.é du
Danube , tout en a été dans une agitation qui
faifoit craindre une ruine totale. Les fenêtres
les portes , les cheminées fracaffées , ont été
les moindres fuites de cet accident. Les maifons
, les rues entieres en ont été reave fées.
Ce ne font par
tout que monceaux
de pierres
& de bois , & l'on ne fçauroit
dire combien
de
perfonnes
, qui paffoient
par là ont été enfevelies
fous ces . ruines .
L'Arſenal a auffi fauté en l'air avec toutes
les maifons & boutiques des environs , de même
que le magazin , où il y avoit quantité de
bombes , de carcaffes & de grenades chargées ,
ce qui a mis en grand peril l'autre Magazin
qui eft au pied de la colline dans la Ville baffe.
1 rois maifons qui en étoient tout proche , ont
été confumées par le feu , qui fut porté jufques
là. Cependant le Magazin a été conſervé ,
quoique la fecouffe eut fait tomber une grande
partie des murs de la Fortereffe .
Outre toutes ces Eglifes , Maiſons & autres
Edifices , la fâme a pareillement devoré les
Cazernes des Ouvriers en Artillerie & des Soldats
, de même que la maifon du Commandant ,
& tout le Corps de Garde d'Albe Royale ; de
forte qu'il n'eft resté entier que le Couvent &
l'Eglife des Francifcains , le Couvent des Religieufes
D'AVRIL 1723. 843
gieufes avec quelques maifons , le Château &
le grand Magafin à poudre qui eft fur le Baf
tion de S. Joleph
Le vent étoit fi furieux , qu'il emporta des
tuiles toutes brûlantes , qui font la plupart
de bois , jufques à la Ville de Peft , qui penfa
en être auffi embrazée , & les flâmes fe communiquerent
avec tant d'impetuofité , qu'il fug
impoffible de fauver que très peu de choſe. Le
Comte de Daun , Maréchal de Camp , & Commandant
de la Fortereffe y a perdu toute fa
vaiffelle d'argent , & prefque tous les meilleurs
effers , montant à plufieurs milliers de florins ,
de même que tous les Officiers qui ont vû perir
tout ce qu'ils poffedoient. On ne fçauroit encore
eftimer la perte du refte des habitans ; on
fçait feulement qu'il a peri deux foldats de la
garnifon , qu'il y en a dix bleffez à mort , 32.
qui ne le font que legerement , & dix qu'on
ne fçait ce qu'ils font devenus . Le Comte de
Daun , Capitaine du vieux Regiment de ce
nom eft du nombre des bleffez .
On écrit de Vienne que l'Empereur a donné
ordre de rafferber le plus d'ouvriers qu'il
fera poffible pour les envoyer à Bude pour y
reparer le dommage caufé par l'incendie. On
écrit auffi qu'il y a eu un embraſement confiderable
à Segelin , Ville de la haure Hongrie ,
& que celle d'Arrah a été entierement confumée
On attribuc ces accidens à une troupe de
vagabonds qui rodent dans le plat pays , &
dont trois ont été pris & conduits pieds &
mains liez à Vienne.
L'Empereur vient de rendre un Decret concernant
la fucceffion du feu Prince de Wirtemberg-
Montbeliart , par lequel le Comte de Sponeck
,
844
MERCURE
LE
neck , & fes defcendans font exclus pour tou
jours de cette fucceffion , & réduits à la penfion
qui leur a é é affignée par le feu Duc de Montbeiliart
, & par le Duc de Wirtemberg .
On écrit de Ceuta du 8. Avril , que depuis
la derniere fortie de la garnifon , les Maures
n'avoient pas encore commencé de reparer les
tranchées que les Espagnols ont comblées , ce
qui faifoit croi e qu'ils pourroient bien abandonner
pour un emps le fiege de cette place ,
d'autant plus qu'ils feront obligez de quitter
leur camp pour aller faire leur moiffon.
On mande de Naples du commencement de
Pautre mois , qu'il eft forti depuis peu d'une
caverne du Mont Vefuve un ferpent d'une
grandeur extrao dinaire , qui a caufé une telle
frayeur aux paysans des environs , qu'on a été
obligé de commander un certain nombre de
cavaliers pour le pourfuivre & le tuer .
M. de la Mare , le Doyen des Commiffaires
au Châtelet de Paris , auffi recommandable
par les écrits , que par fa probité & fes emplois
eft mort le 15. de ce mois âgé d'environ
81. ans. Nous attendons des Memoires pour
pouvoir donner quelques particularitez de la
vie & des ouvrages de cet illuftre défunt.
Le 15 de ce mois on commença à payer dans
l'Hôtel de la Compagnie des Indes le Dividende
de so livres par chaque Action , & de
S. livres par Dixiéme d'Action pour les 6. premiers
mois de 1722. ce payement fera continué
jufqu'au 4. Juillet prochain , qu'on commencera
D'AVRIL
1723. -
845
cera celui des fix derniers mois de la même
année.
Le nomraé Ricoeur , accufé d'avoir affaffiné
& volé le fieur Jory , dont nous avons donné
le fignalement plus haut , a été arrêté en
Normandie , auprès d'Alençon ; on le conduit
à Paris pour lui faire fon procès . Nous venons
d'apprendre qu'il eft arrivé aux priſons du
Châtelet , & qu'il a avoué lc double affaffinat
& le vol dont on l'accufe .
Nous fommes obligez de ronvoyer au mois
prochain quelques morceaux de Poëfies d'une
très -bonne main , qui n'ont pas pu trouver
ce dans ce Mercure , à cause de l'abondance des
matieres , ainsi que la fuite des Medailles du
Roy , celle de la Majorité de S. M. &c.
JA
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure du mois d' Avril
1723. & j'ai cru qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion. A Paris le 2. May 1723.
HARDION.
TABLE
846
XXXXXXXX
D
TABLE
E la Souveraineté de la Couronne de
France fur les Royaumes de Bourgogne
Transjuraue & d'Arles , par l'Abbé de
Camps.
Le Riche Infenfé , Sonnet.
688
Marfeille délivrée de la Pefte , Differtation &
Medailles en taille- douce.
Deux Sonnets en Bouts- rimez .
689
698
700
713
Quatriéme Lettre fur la Traduction Françoise
de Denis d'Halicarnaffe .
Idylle fur la Majorité du Roy .
Difcours fait par M. l'Evêque d'Averre en
prefentant le corps de Mad. la Princeffe 718
Vers fur le Rhume de Mademoiſelle de.... 722
Extrait du Memoire preſenté aux Etats de Languedoc
, fur l'Hiftoire de cette Province 724
Le Papillon & la Violette , Fable. 731
Memoire & réflexions fur un Monftre né à la
Fléche.
Enigines .
734
738
740
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , & c.
Contes Tartares .
Nouvelle Traduction de l'Hiftoire Generale
d'Espagne , par M. l'Abbé de Vayrac. 745
La Bibliotheque des Sçavans , Anciens &
753 Modernes .
Ouvertures des Academies Royales des Belles
Lettres & des Sciences , Difcours , Eloges,
Poëmes & Differtations lûës , & c.
Harangue fur la Majorité du Roy , prononcée
au College du Pleffis , extrait & c. 766
759
NouNouvelles
Litteraires des Pays Etrangers. 768
Specta ls , l'Opera.
Theatre Italien , la double Inconftance.
Theatre François , Inès de Caftro.
Sonnet de M. de la Motte,
770
771
クラス
790
Nouvelles Etrange es , de Conftantinople , de
Mefcou , de toκolm , de Coppenhague , de
Vienne , de Londres , de Ceuta , de Madrid .
de Rome , & c. 791
Journal de Verſailles & de Paris.
812
Le Comte de Baviere reçoit la Grandeſſe à
Madrid.
821
Chevalier de S. Loüis , âgé de 111. ans. 831
Naiffances , Morts , & Mariages ,
Arrests , & c.
831
832
Addition au Journal de Paris , & c. 836
P
Errata du mois de Mars .
Age 431. ligne .6 . dont exprime , lifez dont
on exprime.
Page 453. ligne 4. Ludovicus , lifez Lotharius.
Ibid. ligne 24. mo , lifez 1110 .
Page 458. ligne 15. des deux autres premiers ,
lifez du premier .
Page 466. ligne 10. Baronis , lifez Baronius.
Page 467. ligne 7. trouva , lifez t'ouve.
ibidem , ligne 18. l'an 1012. lifez l'an 1002 .
Page 472. ligne s Helmftedt , lifez Helmftadt.
Ibid. ligne 24. Balcus , lifez Baldæus .
Page 487. ligne 17. Craffol , lifez Cruffol.
Page 535 ligne premiere , parce que , lifez afin
que.
Page 138. ligne 16. 4. Mars , lifez 24. Fevrier.
Ibid.
bidem , figne 12. d'Auxerre , ajoutez , accom
pagné de M. le Curé de S Sulpice ea Etole &c.
A Farcle $ 57 . de la Table , lijez $37.
A 471. lifez 472. A 330, lifez 430. A 473 .
lifez 475. 427. liſex 429.
Fautès furvenues pen lant l'impreffion
de ce Livre.
Age 733. ligne 9 reçurent , lifez vê urent.
Page 741. ligne 11. Dames , lifez Damas.
Page 755. 1. 3. bautier , Lifez Gautier.
Page 770 ligne 18. Philomile , lifez Philomele.
Page 771 ligne 11. contes , lifez contre.
Page 816. ligne 11. points , lijex pointe.
La planche des Medailles doit regarder la
page 691 .
L'air noté doit regarder la page 740.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le