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1723, 03
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LE
MERCURE
DE MARS 1723 .
QUE COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais .
GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , au Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT, Quay des Auguſtins, à la
defcente du l'ont - neuf , à la Croix d'Or.
M DC C. XXIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
L
AVIS .
'ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.

On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Le prix eft de 30. fols.
25
LE
MERCURE
DE MARS 1723 .
********** XXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LA PAUVRETE .
ODE
I.
U'à ton triste abord tout fremiffe ,
Dangereux écueil du devoir ,
Pauvreté , fource d'injustice
Mere aveugle du defeſpoir ,
Les foins dévorans , la faim blême ,
L'ennui , la douleur , la mort même
Accompagnent tes pas pervers ,
A ij Crains
42.6
MERCURE
LE
Crains ma Mufe qui te menace ,
Victime de fa noble audace ,
Tu vas rentrer dans les enfers .
2 .
Du plus haut faîte de la gloire ;
Dieux quel mortel vois je tomber !
Chûte étrange ! puis- je le croire ?
Je vois le fage fuccomber ,
Des plaifirs les fauffes délices ,
Dans la noire route des vices ,
Ont- elles entraîné fon coeur ,
Non , c'est l'inconftante Déeffe ,'
Du même coup fa main traîtreffe
Sape fa force & fon bonheur.
3.
Tranquille au fein de l'abondance',

Il regnoit fur fes paffions ,
La fageffe , la temperance ,
Seule guidoient les actions ,
Plus de ces vertus admirables ,
Depuis qu'il a des miferables
Eprouvé le fort rigoureux :
Helas ! quel changement extrême ,
Surpris il fe cherche en lui même ,
Et n'y trouve qu'un malheureux.
Mais
DE
MARS 17237 427
4.
Mais d'où naît la divine yvreffe ,
Dont tout à coup je ſuis épris ,
Eft-ce le beau feu du Permeffe
Qui vient échauffer mes efprits ,
Ouy , je le fens, Phebus m'inſpire,
Ce Dieu puiffant armé ma lyre ,
Contre ce monftre détesté ,
Ses nourriffons dans l'indigence
Irritent fa jufte vengeance
Contre l'affreufe pauvreté.
5.
Loin d'ici fentimens frivoles
Par le Zenoniſme vantez ,
Vous ne donnez que des paroles ,
Où trouver des réalitez ?
Comme un éclair perçant la nue ,
Brille & s'échape à nôtre vûë ;
Au moment qu'il nous ébloüit ,
Telle la conftancë ftoïque ,
Chimere de l'école antique ,
Se diffipe & s'évanoüit .
6.
Silence.... quel confus murmure 7
Ofe interrompre més accens ,
A iij
J'entens
428 LE MERCURE
J'entens du portique parjure
Les Sophifmes éblouiflans ,
Taifez - vous , Rheteurs plein d'adrefle
Vainement contre la richeffe ,
Tonnent vos déclamations
Le luxe , la magnificence ,
Heureux fruits de vôtre opulence
Démentent vos inftructions.
7.
A ce bruit que de voix plaintives
Quels foupirs ! quels gemiffemens ,
Mes oreilles font attentives ,
La pitié penetre mes fens ;
Quel eft le fujet de vos larmes
Venez- vous calmer vos allarmes &
Dans mon fein verfez vos douleurs ,
Eft-ce affez que je les partage ?
Faut il que je ne vous foulage
Qu'en mêlant mes pleurs à vos pleurs
8 .
Jadis , Titus inconfolable
Voyoit difparoître à regret ,
Le jour que fa main fecourable
N'avoit marqué d'aucun bienfait .
Ah Ciel quelle eft la peine affreufe ,
D'une
DE MARS 1723 . 429
D'une ame vraiment genereuſe ,
Qui voit couler fes plus beaux ans ,
Dans la neceffité fatale
De ne fe montrer liberale
Que par des defirs impuiffans.
9.
Des amis autrefois fans nombre
Suivoient nôtre profperité ,
Ils ont difparu comme l'ombre
Avec nôtre felicité .
Fortune , leur ingratitude
De tous tes coups eft le plus rude
Nôtre coeur en eft abatu ,
Mais jufques où va leur malice ,
Pour juftifier ton caprice ,
Els attaquent nôtre vertu .
10 .
Toi qui difpenfe les richeffes ,
Plutús , ouvre-moi tes trésors ,
Viens couronner par tes largeffes.
Les prémices de mes accords ;
D'un intereft vil & fordide ,
Ne part point l'ardeur qui me guide ,
Mes fentimens font genereux ,,
A iiij.
Tu
430 LE MERCURE
Tu te dois à ma noble inftance ,
Je n'éxige ton affiftance
Que pour aider les malheureux.
Par M. Ricaud de Marfeille.
TROISIEME Lettre de M.... fur la
traduction Françoise de Denis
d'Halicarnaffe.
A
Près ce qui eft dit du P. le Jay
dans les Memoires de Trevoux du
mois de Janvier dernier , que vous avez ,
fans doute, lûs , Monfieur , je n'ofe prefque
plus vous faire part de mes obfervations
critiques fur fon Denis d'Halicarnaffe.
On y fait de ce traducteur & de fa
traduction l'éloge le plus magnifique. "
C'est à regret que les Auteurs de ces Memoires
nomment fon ouvrage , verfion on
traduction ; ce n'eft point , felon eux , un
langage Grec rendu en langage François ;
c'est l'expreffion immediate des pensées de
Denis d'Halicarnaffe , la conformité du
François avec le Grec n'eft point celle
d'une copie à l'original , mais celle d'une
copie avec l'autre copie.
Ils trouvent dans la reffemblance de
l'Ecrivain Auteur , & de l'Ecrivain Traducteur
DE MARS 1723 . 431
teur la raifon de la parfaite reffemblance
entre les deux ouvrages. On prend , difent-
ils , plus aifément un Auteur quand
on tient de fon genie & de fon caracteres
on rend heureusement les penfees de celui
dont exprime déja les moeurs , & d'imitateur
fidele on devient avec moins d'effort
un fidele interprete . Sur ce pied , continuent
les Journaliſtes , Denis d'Halicarnaffe
, homme folide & vrai , fage & judicieux
, laborieux & infatigable , exact
& appliqué , vif & éloquent , amateur
des Lettres , a trouvé fon veritable Traducteur
, & il n'est pas étonnant qu'il l'ait
fi long-temps attendu .
Il falloit en effet que Denis d'Halicarnaffe
pour avoir un interprete François
tel que le P. le Jay , attendît qu'il eût plâ
à Portus de le traduire en Latin. Le P. le
Jay laiffe aux Sçavans de métier lefoin de
s'acharner à l'original Grec pour lui , attaché
fortement à fon guide Latin il ne
l'abandonne pas un moment ; auffi la conformité
de la traduction Françoiſe avec le
Grec, n'eft point celle d'une copie à l'original
, mais celle d'une copie avec l'autre copie:
ce font les Journalistes qui parlent .
Je vous ai raporté dans mes Lettres
précedentes plufieurs paffages qui montrent
évidemment que le Traducteur ne
s'eft trompé en beaucoup d'endroits , que
Αν pour
432
LE MERCURE
·
pour n'avoir confulté que le Latin. Je
vais y en ajoûter encore quelques- uns .
Livre 2. pag. 159. & 166. de la traduction
Françoife : les Vierges deftinées à
la garde du feu facré , remplifoient le
cinquième ordre. On les appelloit Veftales
, du nom de la Déeffe Vefta , à laquelle
ROMULUS avoit bâti le premier un
Temple dans Rome , & avoit confacré un
certain nombre de Vierges pour faire les
fonctions des facrifices .. Quelquesuns
affurent que 1 : Temple de Vefta fut
bâti par Romulus .... Mais ceux- là mêmes
.... paroiffent n'avoir pas fait affez
d'attention , ni à la ſtructure du Temple
tel que nous le voyons aujourd'hui , ni aux
Vierges qui le deffervent. Certainement on
ne peut dire que Romulus ait dedié jamais
à Vefta le lieu où l'on garde le feu facré.
La preuve en est évidente , puifque ce lien
eft au- delà de l'ancienne Rome , qu'on appelle
Quarrée, & qui fut bâtie par Romu-
Lus. POUR le Temple où tout le monde vemit
honorer la Déeff , il n'eft POINT
D'AUTEURS qui ne le placent dans le
plus bel endroit de Rome , & perfonne ne
le met hors des murs . Selon le Pere le Jay ,
Romulus fut le premier qui bâtit à Rome
un Temple de Vefta : felon le texte
Grec, pag. 120. 1. 25. & 26. ce fut Numa,
& non pas Romulus , cela cft évident.
DE MARS 1723. 433

dent. Dans la derniere phrafe de la traduction
Françoife tout le raifonnement
de l'Auteur Grec eft détruit , le voici .
Quelques- uns affurent que le Temple de
Vefta fut bâti par Romulus ; mais ils
n'ont pas fait affez d'attention à ce qu'ils
avancent. Romulus n'a jamais dedié à
Vefta le Temple où l'on conferve le feu facré.
La preuve en est évidente , car ce
lieu eft hors de l'ancienne Rome , qu'on
appelle Quarrée , & qui fut bâtie par
Romulus. Or tous , c'eft- à - dire tous les
Fondateurs des Villes , & non pas tous les
Auteurs ou Hiftoriens ) placent le Temple
commun de Vesta dans le plus bel endroit
de LA VILLE ( qu'ils bâtiffent , & non
pas dans le plus bel endroit de Rome ) &
perfonne ne le met hors des murs . Romulus
ne bâtit donc point le Temple que
nous voyons aujourd'hui ; car ce Temple
eft hors de l'enceinte de Rome quarrée ;
cela me paroît évident par ce qui précede
& par ce qui fuit dans l'Auteur Grec..
Ce n'eft pas que la phrafe Latine de Portus
, prife en elle- même , & feparément
de ce qui l'accompagne , ne puiffe avoir
le fens que lui donne le P. le Jay ; la voici
, Vesta verò communis Templum in
præftantiffimo totius urbis loco fermè omnes
locare folent , & nemo extrà mania .
Mais confrontez - la avec l'original , com-
Avj parez
+
434 LE MERCURE
parez-la avec ce qui précede , vous ver→
rez que Portus donne à ce mot , verò ,
non le fens de nôtre pour François , mais
de la conjonction or ; & qu'il s'en fert ici
par élegance en la place d'atqui , qui
marque la mineure dans un Syllogifme.
Rendons à Denis d'Halicarnaffe fon raifonnement
en mettant l'argument en forme.
Le Temple de Vefta eft hors de l'enceinte
de Rome quarrée que Romulus
bâtit. Or on place ordinairement le Temple
de Vefta dans le plus bel endroit de
la Ville qu'on bâtit. Ce ne fut donc point
Romulus qui bâtit le Temple de Veſta ;
il ne fut donc érigé que par Numa après
qu'on eut enfermé dans l'enceinte de Rome
l'endroit où ce Temple eft fitué.
pu-
Il eft certain par Tite , Live , par Plutarque
, par Denis d'Halicarnaffe , l . z .
p. 165. 166. & 167. de la traduction Fran-
Coife , que les Saliens dans leurs fêtes
bliques portoient une épée à leur côté, une
lance ou une baguette à leur main droite ,
& à leur gauche un bouclier pareil à celui
des Thraces. Parmi ces boucliers que
portoient les Saliens , il y en avoit un
qu'on difoit être defcendu du Ciel . Il
fut trouvé, à ce qu'on affure, dans le Palais
de Numa , fans que perfonne l'y eut
mis , & qu'on en eut jamais vû de pareil
dans l'Italie ce qui fit croire aux Romains
DE MARS 17237 435
par
mains que c'étoit un prefent des Dieux.
Numa pour lui faire honneur
lui faire honneur , le faifoitporter
dans la Ville les jours de Fêtes
l'élite de la jeuneffe , & pour en celebrer
la memoire , faifoit tous les ans des facrie
fices . Les Prêtres des Curétes parmi les
Grecs fe fervoient autrefois de femblables
boucliers dans leurs facrifices. Les
Saliens parmi les Romains étoient à peir
près ce qu'avoient été les Curetes , &
danfoient au fon de la flute. Leurs dan
fes , fi nous en croyons les anciens Auteurs
, & le bruit que formoit le choc de
leurs boucliers , étoient de l'invention des
Curetes. Ces danfes des Curetes furent
adoptées parmi les ufages des Romains
& reçûes avec beaucoup d'honneur . Le
Cirque , le Theatre & les fpectacles où
elles eurent place , en font des preuves
évidentes. Dans ces fortes de divertiffemens
, continue le Pere le Jay dans fa
traduction Françoiſe , on voit une troupe
de jeunes gens vêtus de riches habits , le
cafque en tête , l'épée au côté , & des
PALMES à la main , paffer en revûë....
Tout cet appareil me paroît une Image naturelle
des anciens Saliens. Cette derniere
phrafe m'a embaraffé. Si les Saliens
toient le cafque en tête , l'épée au côté ,
& des boucliers à la main , pourquoi dans
l'appareil des divertiffemens , cette jeuporneffe
436
LE
MERCURE
neffe qui étoit une Image des Saliens
avoit- elle des palmes au lieu de boucliers ,
puifqu'elle portoit comme les Saliens le
cafque en tête , & l'épée au côté. J'ai
eu recours à l'Auteur Grec , pag. 125.
1. 42. & j'ai trouvé qu'au lieu de palmes ,
il leur donne veritablement des boucliers,
Hapua . Vous vous perfuadez fans doute
que c'eft encore Portus , qui par quelque
mot ambigu a trompé le P. le Jay. Point
du tout , ce n'eft point Pottus , c'eſt ſon
Imprimeur , qui au lieu de parmas a mis
palmas. Quand on veut traduire un Au
teur Grec , & qu'on n'entend pas la langue
en laquelle il a écrit , il faudroit au
moins confulter exactement les verfions
Latines , & les comparer enfemble , afint
de redreffer l'une par l'autre ; lorfqu'on
n'en confulte qu'une , on eft en danger
d'en copier les fautes , même jufqu'aux
fautes d'impreffion . Si le Pere le Jay avoit
eu recours à la traduction Latine de Gelenius
, il y
oit trouvé PARMAS au
lieu de PALMAS , page 130. ligne 41 .
de l'édition de Sylburge ; je n'ai point
celle de Lapus ; mais je fuis perfuadé
qu'il y auroit trouvé la même choſe , ou
quelque autre mot équivalent.
Dans le 2. tom. livre 6. pag. 63. ligne
27. &c . Appius Claudius , le plus zelé
partifan de la Nobleffe , déclame dans
( le
DE
MARS 1723 437
le Senat contre le peuple. Pour détourner
les Senateurs de fe reconcilier avec
les Plébeiens mécontens , qui s'étoient
retirez fur le Mont Sacré , il fait voir
qu'il n'y a point d'apparence qu'ils ofent
venir attaquer ouvertement la Nobleffe.
Nous fommes maîtres , dit-il , de leurs
femmes , de leurs peres & meres , & de
toute leur parenté , & il ne tiendra qu'à
nous de les égorger en leur préſence , s'ils
ont l'audace de nous attaquer , & de leur
faire connoître qu'ils doivent s'attendre
eux-mêmes à un pareil traitement. S'ils
Sçavoient que nous fuffions dans cette difpofition
, ne doute pas qu'ils ne miſſent
bas les armes , & qu'ils ne vinffent en
pleurs implorer notre clemence , prêt à ſe
foumettre à telles conditions qu'il nous plairoit
de leur impofer. LES LIAISONS
DU SANG SONT BIEN FORTES
ET LES PLUS MUTINS NE PEUVENT
SE RESOUDRE A OVBLIER
CES LIAISONS. Je doute
fort qu'en cet endroit la traduction Fran
çoife foit l'expreffion immediate des penfees
de Denis d'Halicarnaffe. Le mot
Grec avdynas ne fignifie point liaifons du
fang, mais neceffité . Appius dit dans le
Grec qu'une neceffité auffi dure ( que celle
de voir égorger à fes yeux ce que l'on a
de plus cher ) eft extrême & capable ,
"
Non438
LE
MERCURE
non-feulement d'abatre les coeurs les plus
fiers , mais encore de les aneantir. La penfée
de la traduction eft donc toute du
P. le Jay , & elle lui eft venue immediatement
du Latin de Portus , où l'on voit
le mot neceffitates , qui quelquefois fignifie
liaifons du fang , mais plus fouvent
neceffité. C'eft en ce dernier fens que Portus
l'a mis ici , comme la fuite de la
phrafe le prouve manifeftement. Car que
voudroient dire ces expreffions , quofvis
arrogantes animos frangere & penitùs dejicere
poffunt , fi le mot , neceffitates , qui
eft le nominatif ne fignifioit , ainfi que
le mot Grec , dure neceffité. C'est ce qu'à
bien fenti le P. le Jay , qui ayant changé
le fens de neceffitates , s'eft vû contraint
par une fuite neceffaire de changer
auffi celui des mots qui y ont rapport.
Quelle difference, je vous prie, entre cette
phrafe , les plus mutins ne peuvent fe réfoudre
à les oublier , & ces termes Latins
fi énergiques , quofvis arrogantes animos
frangere & penitùs dejicere poffunt.
Sous le Confulat de Geganius & de
Minucius , il y eut à Rome une grande
difette. On envoya des Ambaffadeurs à
Cumes & en Sicile pour faire des provifions
de bled. Ceux qui étoient allez à
Cumes , furent arrêtez par Ariftomedus ,
Tyran de Cumes , à la follicitation des
éxilez
DE MARS 17230 439
exilez de Rome qui s'étoient réfugiez avec
Farquin dans cette Ville ; mais ils trouverent
le moyen de s'échaper , abandonnant
au Tyran leurs chevaux , leur équipage
& l'argent qu'ils avoient apporte
de Rome pour acheter du bled , I. 7. p .
r13 . de la traduction . Ceux qu'on avoit
députez en Sicile réuffirent mieux : ils
revinrent en Italie , chargez d'une gran
de quantité de grains , pag. roz. leur cargailon
étoit de cinquante mille muids de
bled , dont ils avoient en la moitié à trèsvil
prix , & le refte étoit unprefent du Roy
DE SYRACUSE , qui même avoit fait
les frais du transport , pag. 121. Les Am
baffadeurs QU'ON AVOIT ENVOYEZ
EN SICILE , continue le Traducteur
, pag. 138. ligne 22. & qui ame-·
noient à Rome les bleds , dont ARISTODEMUS
faifait prefent au peuple Ros
main , & c. Dans ce recit , quelque court
qu'il foit , il y a trois groffes fautes contre
le texte de Denys d'Halicarnafle &
contre l'Hiftoire. 1º Ce bled n'étoit point
un prefent du Roy de SYRACUSE , mais
de Gelon , fils de Dinomene , Tyran de
Gela , par la pag. 101. de la traduction ,
& par la 2. remasque du Pere le Jay fur
le livre 7. pag. 8. d'ailleurs le Grec ne
dit pas que ce bled eut été envoyé par le
Roy DE STRACUSE , mais fimplement
par
་ ་
440 LE MERCURE
par le Roy ou par le Tyran ,
par le Tyran , fans déter
miner fi c'étoit de Syracufe ou d'une autre
Ville , pag. 417. ligne avant derniere.'
20 Le Traducteur dit dans fa derniere
phrafe ; les Ambaffadeurs qu'on avoit
envoyez en Sicile , & c. le Grec porte au
contraire les Ambaffadeurs que le Tyran
envoyoit de Sicile à Rome , & qui apportoient
le prefent qu'il avoit fait aux Romains
, p. 429. lig . 29. & 30. de l'édition
d'Angleterre . 3 ° Ce n'étoit point Ariftodemus
, mais Gelon qui avoit fait ce prefent
, puifque , comme nous l'avons déja
vû dans ce qui précède , Ariftodemus ,
Tyran de Cumes avoit maltraité les Ambaffadeurs
qui s'étoient adreffez à lui ,
& que cet Ariftodemus n'étoit pas Tyran
de Sicile , mais de Cumes , Ville d'Italie
auffi ne lit-on pas dans le Grec Arif
todemus , mais fimplement le Tyran.
:
Ο
per
Denis d'Halicarnaffe s'affure par luimême
une conftante fuperiorité de réputation
parini les Doctes de profonde litterature
, difent Mrs les Journaliltes de Trevoux.
Il est un monde entier d'autres
fonnes , dont l'eftime n'honoreroit pas
moins la memoire de Denis d' Halicarnaffe,
& l'auroit lui-même flatté davantage : ce
font une infinité d'honnêtes gens fans Grec,
connoißeurs neanmoins par genie , lecteurs
par goût , studieux fans befoin , C
Sçavans
DE MARS 1723. 441
fçavans fans le fçavoir : ils ne connoiffent
que de nom Denis d'Halicarnaße ,
fon Grec le leurrend inacceffible : aujourd'hui
l'on produit Denis d'Halicarnaffe
dans ce nouveau monde. Un interprete
également bienfaiteur & du public & de
l'Auteur , acquiert tout à coup à celui- ci
un nombre innombrable d'honorables admirateurs
, qui l'eftimeront par tout fon
merite perfonnel d'Hiftorien & d'écrivain.
Mais ce nouveau monde de gens fçavans
à qui le Grec eft inconnu , que penferat'il
du Denis d'Halicarnaffe François ?
que dira- t'il , quand il y trouvera des
contradictions vifibles par la feule lecrure
de la traduction Françoife. Ce monde
entier de lecteurs par goût , de connoiffeurs
par genie , lira fans doute Denis
d'Halicarnaffe avec application. Il fe
fouviendra d'avoir lû au commencement
du livre 7. qu'Ariftodeme éroit Tyran
de Cumes , Ville d'Italie , qu'il fit arrê
ter les Ambaffadeurs des Romains qui
s'étoient adreffez à lui pour acheter du
bled , que ceux- ci trouverent le moyen
de s'échaper , abandonnant au Tyran
leurs chevaux , leur argent , en un mot ,
tout leur équipage , & qu'ils revinrent à
Rome dévalifez , fans apporter aucune
provifion de grains ; il lira enfuite dans
le même livre que les Ambaffadeurs qu'on
avoit
442 LE MERCURE
avoit envoyez en Sicile amenerent a
Rome les proviſions dont Ariftodemus
leur avoit fait prefent : la traduction luidira
dans un endroit que ces provifions
étoient un prefent du Roy de Syracufe
dans l'autre que c'étoit un prefent de
Gelon , Roy de Gela , & la remarque du
Traducteur lui prouvera que Gelon à
qui ces Ambaffadeurs s'étoient adreffez ,
étoit alors Roy de Gela , & non pas de
Syracufe. Comment accordera- t'il ces
contradictions ? Les rejettera- t'il fur l'Auteur
Grec ou fur le Traducteur ? Si c'eft
fur le Traducteur , ces connoiffeurs ne
pourront pas fe perfuader que Denis
d'Halicarnaffe dit trouvé fon veritable
Traducteur , il leur paroîtra étonnant
qu'il l'ait fi long - temps attendu. Denis
Halicarnaffe , diront-ils , homme foli de
& vrai , fage & judicieux , laborieux &
infatigable , exact & appliqué , ne demandoit
pas une main liberale à répandre
des contradictions dans fon Hiftoire ;
il est étonnant qu'il n'ait fi long- temps
attendu que pour être ainfi défiguré. Si
ees lecteurs au contraire rejettent les
contradictions fur l'Auteur Grec , le
Traducteur ne lui aura donc pas acquis
tout à coup un nombre innombrable d'admirateurs
qui l'eftimeront par tout fon merite
perfonnel d'Hiftorien & d'écrivain :
1
il
DE MARS 1723. 4.4€
il lui aura plutôt acquis le mépris du pu
blic on rejettera le Denis d'Halicarnaffe
François comme un Auteur qui fe
contredit , qui bâtit en Italie une Ville
appellée Tyrrhenie , qui fonde de plein
droit une Ville appellée Moloffie dans
l'Epire , dont la chronologie & la narration
fe détruiſent elles - mêmes d'une page
à l'autre , qui ne fe fouvenant pas d'avoir
dit en trois ou quatre endroits de
fon premier livre , que Rome fut bâtie
par Romulus 432. ans après la ruine de
Troye , l'a fait bâtir dans le même livre
450. après le renversement de cette Ville
de l'Afie , comme je l'ai prouvé par ma
feconde lettre inferée dans le Mercure
de Fevrier enfin on s'étonnera qu'un
Hiftorien auffi peu exact que le paroît le
Denis d'Halicarnaffe François , ait pu
s'aſſurer une conſtante fuperiorité de réputation
parmi les Doctes de profonde litterature
; on s'en étonnera , dis-je , pour
peu qu'on fe perfuade qu'il a trouve fon
veritable Traducteur , qui tient de fon genie
& de fon caractere , qui a rendu beureufement
les penfees de celui dont il exprimoit
déja les moeurs , & qui d'imitateur
fidele eft devenu avec moins d'effort
un fidele interprete. Non , Monfieur , on
ne rejettera point fur Denis les contradictions
de fon Traducteur. Le public
eftime ra
444
LE MERCURE
eftimera toûjours l'original , il en attendra
une autre copie Françoife qui eſt açtuellement
fous preffe ; copie faite , à ce
que l'on affure , non fur une copie Latine
, mais fur l'original Grec. Il ne méprifera
pas non plus le Latin de Portus
fon premier copifte ; mais pour le fecond
copilte , qui a même copié les taches
que le temps ou la negligence des Imprimeurs
ont ajoutées à la copie de Portus
, qu'il en faffe ce qu'il voudra , je le
lui abandonne. Je fuis , Monfieur , &c.
و
SONNET
DE MARS 1723 .
446
SONNET fur le fujet & fur les boutsrimez
propofez dans le Mercure du
mois de Septembre dernier.
O
N eft long- temps couché , dit le com-
Proverbes
mun
C'est au lit de la mort que plus fot qu'un Oi-
Son
Foifon, Le Pecheur apperçoit des crimes à
Et fes égaremens auffi nombreux que l'herbe.
>
En vain il chante alors les Pfeaumes de Malherbe
Son ame eft allarmée , & rompant fa Cloifon ,
Elle quitte le monde yvre de fon Poifon ,
Ouvrant les yeux trop tard , ah! le fatal Adverbe.
Combien d'iniquitez fortiront de fon Sac,
Dès qu'il aura paffé l'inévitable
bac ,
Heureux s'il eût toûjours conduit une Charruë.
Fier & hautain Pecheur maintenant un Grillon
La lumiere t'a luit , pourquoi par ta bévë ,
Ne t'en eft-tu fervi que comme un Papillon.
DISSERTA446
LE MERCURE
DISSERTATION
SUR LES CINQ MARIAGES
DE ROBERT ,
SURNOMME LE PIEUX ,
ROY DE FRANCE.
Par M. de Camps , Abbé de Signy .
Os Hiftoriens modernes , même
N quelques-uns des contemporains
qui ont écrit, ex profeffo , la vie du Roy
Robert , je veux dire , Glabre Raoul &
Helgaude Fleuri , ne lui donnent que deux
femmes , quoiqu'il foit affez probable
qu'il ait été marié cinq fois. Sa premiere
femme , fi nous en croyons l'Interpolateur
de la Cronique de Tours , fut la Reine
Blanche , veuve de Louis V. Roy de
France , dernier de la feconde race. Cette
Cronique a été écrite en 1220. par Jean
Moine de Marmoutier , & on y lit ces
mots.
Anno Othonis XIV. & Hugonis Regis
IX.obiit Hugo Capet Rex Francorum , anno
Domini
DE MARS 1723. 447
Domini 997. & Regni IX: cui fucceffit
Robertus
filius ejus , qui quondam
futurus Rex relictam Ludovici
defponfaverat.
Cod. MS. bibl . Petav. 143. nunc Regia
9853. fol. 119. v. col . 1 .
Le Roy Louis V. par fon Teftament
du 21. May 987. ordonna que la Reine
Blanche , fa très - chere époufe feroit Reine
après la mort ; & qu'après le temps
prefcrit par les Loix , & reglé par les Canons
, elle épouferoit le Roy futur , c'eſtà-
dire , le jeune Prince , fils de Hugue
Prince des François .
Voluit præterea , ut dilectiffima conjux
fua Blanca regnum , fi ante illam decefferit
, adipifcatur , & poft tempus legibus
Jure Canonico conftitutum , matrimonio
copuletur Regi futuro , juveni fcilicet
Principi filio Hugonis Principis Francorum
.
Bely. Mem. mf. ferv . à l'Hift . Bibl. du Roy
fous le n° 9609.
Gervais de Tilbury , Maréchal du
Royaume d'Arles , & depuis Chanoine
de Rheims , dans le livre des merveilles
du monde , qu'il compofa pour délaffer
l'efprit de l'Empereur Othon IV. &
qu'il intitula Oria Imperatoris , remarque
auffi que le Roy Louis V. fit jurer au
Prince Hugue , qu'après le jour prefcrit
par les Loix , celui qui devoit jouir de
B for
448 LE MERCURE
fon Royaume & de fon Domaine , épou
feroit Blanche , fa veuve.
Sub praftiti facramenti fide Hugonem
obteftans ut poft datum legibus diem ducat
in uxorem Blanchiam , regno fuo potiturus
& Dominio .
Du Chefne , Hift. Franc. T. 3. p. 370.
Auteuil , Hift. des Miniftres d'Etat , p . 51
Cela s'accorde parfaitement au futurus
Rex , dont il eft parlé dans la Cronique
de Tours , & dans le Teftament de
Louis V.
Ce mariage fut non- feulement ordonné
par le Roy Louis V. mais même executé
après la mort ; car il feroit affez
difficile que l'on ne l'eut pas mis à execution
, après les fermens faits non -feulement
par Hugue , comme le raporte Gervais
de Tilbury , mais même après que
la Reine Blanche , le Prince Robert ,
Richard , Duc de Normandie , & les autres
Grands du Royaume , qui fe trouverent
dans le Palais de Compiegne à la
mort du Roy Loüis V. l'eurent auffi juté
folemnellement , en prefence du Roy
mourant , comme on l'apprend du Teftament
dont je viens de parler.
Que omnia ( s'en eft une des claufes )
à primoribus regni obfervarijuffit. Accepitque
facramentum dilectiffima conjugis
fua Blanca Regina , itemque Hugonis
Principis
DE MARS 1723. 449
Principis Francorum Roberti & aliorum
Primatum Regni.
D'ailleurs l'execution de ce mariage
eft marquée expreffement dans Gervais
de Tilbury , en ces termes :
Sepulto Rege cum pietate & reverentia
Regi debita , Hugonides Blanchiam fub
tempore & ordine Canonico duxit folemniter.
C'est ainsi que l'on trouve ce paffage
dans les manufcrits originaux des Otia
Imperialia , qui font en Angleterre , quoique
du Chefne ait mis dans fon édition
Hugo pour Hugonides , ce qui a donné
occafion à quelques ramafleurs de Fables ,
de dire que Hugue Capet époufa Blanche.
C'est ainsi que le P. Labbe de la
Compagnie de Jefus traite ces Auteurs
ignorans & avec raifon , puifque Hugue
Capet étoit alors marié à la Reine Adelaide
qui le furvêquit incontestablement
de plufieurs années . D'ailleurs il eft conftant
que le Roy Robert a été appellé Hugonides
, c'eft -à - dire fils de Hugue , &
ce nom lui eft donné par Aimoin de
Fleury , fon contemporain.
Labb. in Tabl. Geneal. de la 3. lignée des
Rois de France , art . 16. p . 40 .
Aim . mirac. S. Bened . Lib. 3. cap. 8.
La Reine Blanche , veuve du Roy
Louis V. étant peu connue de nos mo-
Bij dernes ,
450
LE MERCURE
dernes , il n'eft pas inutile de raporter ici
tout ce qu'en difent nos Croniqueurs.Gla
bre Raoul parle d'elle fans exprimer fon
nom .
?
د ر
د و
و ر
ود
elle ne
,, Le Roy Lothaire , dit- il , l'amena de
l'Aquitaines mais comme elle vit que
le jeune Louis n'étoit Louis n'étoit pas un Prince
auffi accompli que fon pere ,
fongea qu'à fe feparer de lui ; & comme
elle avoit infiniment d'efprit , elle
lui perfuada d'aller avec elle dans fon
,, pays , lui promettant , qu'appuyée des
droits d'heredité qu'elle y avoit , elle l'y
feroit reconnoître. Auffi- tôt ( continue
le même Auteur ) qu'elle fut arrivée
dans fon pays , elle quitta le jeune Roy,
fon époux , pour s'attacher à fes pa-
,, rens. Ce qui étant raporté au Roy Lothaire
, il fuivit fon fils jufqu'au fond de
l'Aquitaine, & le ramena.
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?
د ر
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Glab Hift. fui temp . 1. 1. cap . 111. du
Chefne T. 4. P. S.
( Lotharius Rex Ludovico filio fu )
adduxit ab Aquitanis partibus uxorem ,
qua cernens videlicet Juvenem patre minus
fore induftrium , ut erat ingenio callida
, elegit agere divortium , monuitque
illum filte , ut fimul , de qua advenerat
redirent Provinciam fcilicet jure hæredita
rio fibi fubdituram. Ille quoque non intelligens
mulieris aftutiam , ut monitus
fuerat
DE
MARS 1723. 4SI
fuerat,ire paravit. Ad quam dum veniffent,
relinquens eum mulier , fuis adhafit. Cumque
patri nuntiatum fuiffet profequens fi
lium ad fe reduxit. *
La Cronique de S. Maillezais , ou de
S. Maiffant en Poitou , finie en 1041 .
dit que la femme de Louis fe nommoit
Blandine .
Labbe , Bibl . mf. t. 2. p . 203.
Ifte puer adhuc Blandinam accepit
uxorem .
Une petite Cronique écrite fous le regne
de Henry I. dit Hlotarius genuit
Hludouicum , qui adhuc puer Blanchiam
cepit in uxorem.
Dacher. & Mabill. act. SS . Ord. S. Be
ned. fac. v. p . 771 .
La Cronique de Verdun , écrite l'an
1102. par Hugue , Abbé de S. Pierre de
Flavigny en Bourgogne parle auffi de ce
mariage en ces termes :
Ex qua ( Emma Lotharius Rex ) fufcepit
filium Ludovicum , qui adhuc Puer
Blanciam duxit uxorem .
Cron. Vird. part . 1. Labbe Bibl. mf. t . v .
P. 137 .
Les manufcrits interpolez du fragment
d'une Hiftoire de France , qui fut
écrite l'an 1110. & que Pithou a miſe au
jour fur un manufcrit de l'Abbaye de
* Vaffebourg dit qu'elle étoit fille du Roy de
Navarre.
B iij Saint
452
LE MERCURE
S. Florent- fur- Loire , dit que la Reine
Blanche fe nommoit auffi Blandine .
Nonnulli adhuc Puerum ( Ludovicum ).
Blanchiam vel Blandinam accepiffe uxorem
tradunt.
Annal. & Hift. Franc. fcript. Coætanci XII . -
Pithoei , p . 414. du Chefne , t . 2. p . 632 .
Enfin ce mariage fe trouve encore marqué
dans la fuite des Rois de France ,
dreffée fous le regne de Louis le Gros
& tranfcrité à la fin d'une Hiftoire Ecclefiaftique
d'Anaftafele , Bibliothequaire
dans les manufcrits de Thou.
Lotharius genuit Ludovicum , qui Blan-
'dinam accepit uxorem.
Dominici varia antiquitatis monumenta ad
calcem Anfberti familia redivivæ edita , p . 30.
Le Roy Louis , furnommé le jeune ,
mourut le 21. May 987. La mort de ce
Prince fut fubite , comme l'a remarqué le
MoincJean, Auteur de la Cronique de l'Abbaye
de Beze , lequel vivoit en 1129.& 1135 .
Ludovicus filius ( Lotharii Regis }
fucceffii qui immatura adolefcens præven
tus morte deftitutum proprio hærede Francorum
reliquit Regnum."
Antiq. Eefvenf. Abbat. Cron, mf. Codex
Bibl . Petau 646. nunc Regiæ 9854. fol . 61.
La jeuneffe duPrince empêcha de croire
que fa mort fut paturelle , & cette mort
imprévue fit foupçonner qu'il avoit été
empoisonné , comme l'ont remarqué divers

DE MARS 1723. 453
vers Auteurs , entr'autres le Croniqueur
de Maillezais , ou de S. Maiffant.
Revertens ( dit- il ) ab Aquitania Rex™
( Ludovicus ) veneno à Regina fuâ adultera
extinctus eft , Ludovicumque reliquit,
qui uno tantum anno regno fupervivens ,
&ipfe potu malefico necatus eft.
Iabb. Bibl . mf. t. 2. p. 203.
Celui qui a écrit la Tranflation de
S. Genoul , dit auffi que le Roy Louis
fut empoisonné
.
Cujus fcilicet Lotharii Regis filius
Ludovicus uno tantum anno fupervivens ,
& ipfe potu malefico periit.
Vita S. Genulf. Confeff. lib. 20. cap . 26.
Joann. à Bofco, Bibl . Floriac. p. 52. du Chefne,
t. 2. p. 464. vitæ SS. Januarii Bolland &
Henfchen t. 2. p , Ic4 . col . 2. Dacheri &
Mabill act . SS. Ord . S. Bened . fæc . 4. part .
2. p . 226.
La même chofe eft raportée dans le
fragment d'une Hiftoire de France qui
finit en mo.
Succeffit ( Lothario Regi ) Ludovicus
filius ejus , bujus profapia Regalis Rex
ultimus , qui apud Compendium patre defuncto
, fublimatur in regno . Hic adolef
cens imma ura præventus morte deftitutum
proprio barede Francorum principatum ,
ut pote expers conjugii dereliquit.
Annal. & Hift. Franc. fcript . Coetanei XII.
Pithei , p. 414. du Chefne , t. 2. p. 632 .
Biiij
La
454 LE MERCURE
La mefintelligence qui avoit été entre
le Roy & la Reine , & le mépris qu'elle
avoit pour lui a fait regarder cette Princeffe
comme l'Auteur de ce poifon. C'eft
ainfi qu'en parle Aimar de Chabanais ,
Religieux de l'Abbaye de S. Cibar d'Angoulême
, lequel finit fa Cronique en
1029.
Filiumque ( dit- il ) ( Lotharius Rex )
reliquit Ludovicum , qui uno tantum anno
fupervivens , & ipfe potu maleficii à fuæ
conjuge Blanca nomine eft necatus.
LAbb . Bibl . mf. t . 2. p. 167.
La Reine étoit alors très bien avec fon
époux , & ce Prince l'aimoit tendrement;
mais fur ces fortes d'affaires , comme remarque
de Cordemoi , on en ignore toûjours
plus qu'on n'en fçait. Dans le fond
elle ne l'aimoit pas . Elle voyoit bien qu'il
ne feroit jamais auffi grand Prince que
fon pere , patre minus fore induftrium ,
& comme elle avoit de l'efprit , ut erat
ingenio callida , & qu'elle menoit ce
Prince comme elle vouloir , elle lui perfuada
fans doute d'ordonner fon mariage
avec Robert , fur lequel elle avoit fes
vûës. C'étoit un Prince accompli , comme
nous l'apprenons du portrait qu'un an
cien Hiftorien nous en a laiffé , & de ce
vers d'Adalberon , Evêque de Laon.
Glab. 1. 1. cap. 111. du Cheſne , t . 4. p. 5.
Forma
DE MARS 1723. 455
Forma fuper cunctos nobis fpeciofa vi-
'detur.
Carm Adelber . Epifc. Laud. ad Rob . Reg .
Franc. ab Adrian . Valef. editum & nobis
illuftratum , p . 140.
Ce Prince n'avoit alors que dix-fept
ans , étant né l'an 970. & il étoit le préfomptif
heritier de la Couronne à la
mort du Roy Hugue .
Quoiqu'il en foit leur mariage fut fait
avant le Sacre & le Couronnement du
Roy Robert , qui fut couronné à Orleans
le 30. Decembre 987.
La Cronique de Tours interpolée , dit
que le Roy Robert époufa Blanche , n'étant
alors que futur Roy.
Cui ( Hugoni Regi Francorum ) fucceffit
Robertus filius ejus , qui quondam
futurus Rex relictam Ludovici defponfaverat.
Codex mf. Bibl. Petav. 143. nunc Regiæ
9853. fol. 29. v. col . 1 .
Cela convient à ce que dit Gervais de
Tilbury , que le Roy Robert l'époufa
avec folemnité dans le temps preſcrit par
les Canons.
"
Du Chen. t . 3. p . 370. Auteuil , Hift . des
Miniftres d'Etat , p . 51 .
Le mariage de Blanche & de Robert
ne dura pas long- temps , & il paroît
qu'elle mourut dès l'année fuivante , fans
avoir eu aucun enfant des deux Rois fes
époux.
Bv Le
456
LE MERCURE
Le fecond mariage du Roy Robert eft
avec la fille du Saint Empire de Conftantinople.
Le nom de cette Princeffet
nous eft inconnu ; mais Gerbert a confervé
foigneufement les demandes de
cette Princeffe , qui en furent faites aux
Empereurs de Conftantinople , Flavius
Bafile , le jeune , & Flavius Conftantin
X: du nom , furnommez tous deux Porphirogenites
par Hugue , Roy de France
, pere du Roy Robert Bafile & Conf
tantin étoient freres , mais on ne fçauroit
dire de qui la Princeſſe , femme de Robert
étoit fille , quoiqu'un. Auteur de ce
temps ait decidé qu'elle étoit fille de
Conftantin . Ces deux Princes commencerent
à regner fur la fin de l'an 975. &
ne moururent que dans le fiecle fuivant ,
Bafile au mois de Decembre 1025. &
Conftantin au mois de Novembre 1028-
Voici comme eft conçue la lettre que le
Roy Hugue écrivit à ces deux Empereurs
pour leur demander la fille du S. Empire
pour fon fils Robert.
* Du Bouchet, orig. de la maif. de Franc. part.
2. ch. XI. p . 237.
Gab. Epift. CXI . Joan. Baptift. Maffon ,
p. 51. du Chefne append . ad t . 2. p . 815. Papiry,
Maffon, Annal Franc. lib . 3. p. 205. & 206.
Befly , preuv. de l'Hift. des Comtes de Poitou
& Ducs de Guyenne , ch. 15. p. 270 .
piry
DE MARS 1723 . 457
Hugue par la Grace du Seigneur , Roy
des François à Bafile , & à Conſtantin
Empereurs Orthodoxes.
"C
c
La Nobleffe de vôtre fang & la gloire
de vos grandes actions nous engagent
, & nous forcent même à vous ai- "
mer ; car vous êtes de ces Princes ,
dont l'amitié doit être regardée comme "
la chofe du monde la plus précieuſe. “
Ce ne font point vos Royaumes , ni vos
richeffes qui nous font rechercher une "
fi fainte amitié , & une alliance auſſi “
avantageule. Ce n'eft que dans la vûë "
de vous rendre maître de tout ce qui "
eft en nôtre difpofition , & fi la propofition
que nous vous faifons vous eft "
agréable , elle ne manquera pas de pro -"
duire de grands avantages. En effet "
quand nous nous oppoferons au Gau- "
lois * & au Germain , l'Empire Ro- "
main n'aura rien à craindre pour fes
frontieres , & afin que ces avantages
puiffent durer toûjours , n'ayant qu'un “
fils unique que nous avons fait couron- "
ner Roy , & ne pouvant trouver un
parti convenable à caufe de l'affinité "
Le Gaulois ni le Germain n'attaquera pas
les frontieres de l'Empire Romain , etenim nobis
obftantibus nec Gallus , nec Germanus fines
laceffet Romani Imperii .
On appelloit alors Gaulois les habitans du
Royaume de Lothaire.

B vj qui
458
LE
MERCURE
و ر
د و
""
ود
>>
qui eft entre nous & les Rois nos vois
fins , nous vous deman lons avec une
finguliere affection la fille du Saint
Empire. Si vos Serenitez écoutent ces
demandes avec plaifir , qu'elles nous
faffent fçavoir leur volonté par leurs
Lettres Imperiales , ou par des perfonnes
fures , afin que nous accompliffions
par des Ambaffadeurs dignes
de vous les chofes contenues dans
>, vos Lettres .
ور
و ر
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""
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>
Le filence des Hiftoriens qui ont écrit
la vie du Roy Robert , fur ce mariage
pourroit faire douter de fon accompliffement
; mais ont- ils parlé des deux autres
premiers mariages de ce Prince ? On en
trouve cependant quelques veftiges , & il
femble que le mariage de la Princeffe
fille aînée du Roy Hugue avec Romain ,
fils de l'Empereur Conftantin , fut conclu
en même temps . Jean Zonare parle
de ce mariage.
Imperator ( Conftantinus autem defuncta
nuru fua Regis Francorum Hugonis
filia , de alia filio Romano defpondenda
cogitans , uxorem ei dat.
Zonara Monach magni antea vigilum Præfecti
& primi à fecretis annales à du Cange ,
editæ, lib. 1. n. 21. t. 2....jp . 194. col. 1.
Sur ces entrefaites Arnoul IL du nom
furnommé lejeune , Marchis & Monarque
>
DE MARS 1723 459
que des Flamans ( ou pour parler plus
felon nôtre temps ) Comte de Flandres
étant mort le 23. Mars 989. le Roy Robert
époufa Rofelle , fa veuve. Elle étoit
fille de Berenger III. du nom Roy d'Italie.
Voici comme l'Auteur de la vie de
par
S. Berton , écrite
ordre de l'Abbé
Folcard , vers l'an 1032. parle de cette
alliance.
Cujus ( Balduini fcilicet Barbati ) ma ±
ter Rofalla filia fuit Berengarii Regis Ita
lia que poft mortem Arnulfi Principis
Roberto Regi Francorum nupfit , & Su
fanna dicta mutato nomine Regina re
gnavit.
Vita S. Bertulfi , Confeff. à Surio edita
cap. 33. t . 1. vitæ SS . ad quintum Februarii.
Cette alliance eft encore prouvée par
une ancienne fuite des Comtes de Flana
dres , compofée vers l'an 1160. dans la
quelle je trouve ces mots :
Arnulphus junior Comes , Rofalla con
jux ejus imo Regina .
Series Comit . Fland. Gradu v . cod . Bibl .
Reg. 9087. fol. 7. v.
Une genealogie manufcrite l'appelle
Sufanne , fille du Roy des Lombards.
Aubert le Mire dit qu'elle fut mariée
avec Robert , fils de Hugue Caper , Roy.
de France ; mais il ajoûse mal - à- propos.
qu'elle ne mourut que l'an 1003. & le.
Pa
460 LE MERCURE
P. Labbe a mieux rencontré , en difant
qu'elle doit être morte avant l'an 95$.
LAbbe, v . tabl . genealog. des Comt . de Fland.
ch. V. p. 499:
Le Roy Robert fe trouvant libre par
la mort de la Reine Rofelle ou Sufanne ,
convola en quatrièmes nôces avec Berte
de Provence.
Ce mariage fut fait après la mort dú
Roy Hugue Capet . Car Arnoul Archevêque
de Rheims ne fut abfous & rétabli
qu'en 997. par les foins du Roy Robert,
qui vouloir par là faire ratifier par
Pape fon nouveau mariage.
le
Leo Romanus Abbas , ut abfolvatur
obtinuit ob confirmandum Senioris mei
Regis Roberti novum conjugium.
Gerb. Epift. n. 159. Joann . Baptift . Maffon .
Archid . de Codom . editionis , p. 70. du Chefne
, Append. ad t . 2. p . 816.
C'eft ainfi qu'en parle Gerbert , Archevêque
de Rheims , dans une lettre
qu'il écrivit à la Reine Adelaïde. Leur
mariage fut caffé dans la fuite , parce que
Berte le trouva parente du Roy , & qu'elle
étoit fa Commere.
Non ex horruit ( dit Helgaude Flenri
) ( Robertus Rex ) facinus copulationis
illicita dum commatrem & fibi confanguinitatis
vinculo nexam duxit uxorem.
Epitom . Vita Rob. Regis Chen. t. 4. p. 69.
Les
DE MARS 1725. 461
Les Auteurs ont parlé differemment de
l'année de la diffolution de ce mariage.
DuBouchet, origine de lá maiſon de France
dit que ce fut l'an 995. le P. Labbe
l'an 997. ou le fuivant. Bely veut que
ç'ait été l'an 998. mais quelques autres fe
contentent de dire indéterminement que
ç'a été avant l'an 1000. Helgau deFleuri dit
que c'eft après les preffantes & longuesremontrances
d'Abbon , Abbé de Fleuri-.
fur- Loire; lequel fut tué en Gafcogne le 13.1
Novembre 1004. Le Roy Robert la nomme
fa femme dans une Charte pour l'Abbaye
des Foffez , aujourd'hui˚ S. Maur
La vie du Comte Burchard écrite. l'an-
1058. par Odon , Religieux de l'Abbaye
des Foffez , dit que le Roy Robert donna
une Charte en faveur de cette Abbaye .
Pag. 118. III. Tableau Genealog de la 3.
lignée de nos Rois , cap. 17. p . 41 .
1
Bely , Hift. des Comtes de Poitou , pag. 52.
& 53.
Helgau , Epitom. vitæ Rob. Reg. du Cheſne
1. 4. p: 70.
Mabill. de re diplom . p. 297.
Hortante Regis clementiam ejus genitrice
Adelaide, & ejus conjuge Regina
Berta anno Incarnationis Verbi 998. anno
vero Roberti Regis decimo fub die decima-
tertia Calendarum Maiarum.
Hift.
Du Breuil , fuplem. des Antiq . de Paris , Du
Chefne , t . 4 p. 118 & 119. Rouillard ,
de Melun , p. 652. 653.
La
262 LE MERCURE
La même vie dit encore que le Roy
Robert confirma à l'Abbaye de S. Maur
an don fait par Ermenfroi , Chevalier.
Sua matris Adelaidis , uxorifque Berta
fuggeffionibus.
Du Breuil , ibid. Cheſne , p . 119. Roüillard ,
pag. 655.
La Charte eft dans le Cartulaire de
S. Maur. Elle eft donnée à Paris l'an
1000. XII. année du regne de Robert.
Anno Incarnationis Chrifti millefimo
indictione 12. anno vero regni incliti Regis
Roberti 12. feliciter.
On a une Charte de la même Berte
pour le Monaftere de Bourgueuil , par
Taquelle elle , Thibaud & Eudes fes fils ,
& Agnès fa fille , confirment le don des
Aleux de Coudre & de Longueville dans
le pays d'Evreux , fait à l'Abbaye de
Bourgueuil par la Comteffe Emme.
Datum Blefis Castro menfe Septembri
anno Incarnationis M. I. five Roberti Regis
X.
Le mariage ne fut caffé qu'en 1002 .
Berte ne laiffa pas de fe donner après fa
répudiation le titre de Reine , mais le Roy
depuis ne la traita plus de Reine . Le Roy
aimoit Berte , & il eut de la peine à ſe
réfoudre de la quitter même après fon
excommunication . Pierre Damien & l'Aureur
du fragment de l'Hiftoire de France
qui
DE MARS 1723 463
ai finit au Roy Philippe 1. difent que
le Roy ne la répudia qu'après qu'elle fut
accouchée d'un monftre. Une Cronique
des Geftes des François , qui finit en
1214. la nomme Bertrade.
Robertus ( porte- t'elle ) Rex Francorum
ducit uxorem nomine Bertradam , fed quia
propinqua erat , eam excommunicationis .
metu coactus dereliquit , & Conftantiam
puellam ob fua pulchritudinis immenfitatem
agnomine Candidam duxit uxorem .
Damianus dicit ex prima genuiffe filium'
anferino collo.
Befly , preuv. de l'Hift . des Comtes de Poi
tou & Ducs de Guyenne , ch. 16. p. 296. & 297.
Le Roy après avoir répudié Berte , ne
fongea plus qu'à fe marier pour une cinquième
fois. Il voulut en avoir une du
pays d'Arles.
Hugonides Rolbertus ( dit Aimoin de'
Fleuri ) uxoriam inire copulam jamdudum
mente tractans , & ab Arelatenfium '
partibus affumere fibi conjugem volens .
Aim . Floriac. mirac . S. Bened . lib. 2. cap. 8.
Joann. à Bofco Bibl . Floriác. p. 127.
Helgau de Fleury parle de Guillaume ,
pere de cette Princeffe. Une Cronique
de la Bibliotheque Fetau , dit qu'elle'
étoit fille de Guillaume , Comte d'Arles.
Epitom. vitæ Rob. Reg. du Chefn . t. 4.
P. 64.
Duxit autem Rex Robertus Conftantiam
464
LE MERCURE
tiam filiam Vuilelmi Comitis Arelatenfis.
Robert Hubert , preuv. du chap . 8. des anriq.
Hift . de S. Aignan d'Orleans , p . 19.
Le fragment de l'Hiftoire de France
finiffant à la mort de Philippe I. dit que
pere de la Reine Conftance étoit Comte
de Toulouſe .
le
Hic ( Robertus Rex ) in fuum afcivit
conjugium filiam Vuilelmi Tolofani Comitis
nomine Conftantiam , cognomento
Candidam ftrenuam fane puellam & Suo
nomine dignam.
Pithocus , du Chefne , t. 4. p. 85 .
Mais Glabre Raoul dit qu'elle étoit
parente de Hugue , Evêque d'Auxerre ,
fils de Lambert , Comte de Chalons .
Accepit autem fupradictus Rex illius
cognatam nomine & animo Conftantiam
inclitam Reginam , filiam videlicet Vvilelmi
Prioris Aquitania Ducis .
Hift. fui temp. 1. 3. c. 11. du Cheſne , t. 4 .
p. 26.
La vie de Saint Mayeul parle auffi de
cette Princeffe.
Dans la difgrace de Conftance , elle
fe retira en Gascogne . Robert alla fur la
pour la recevoir. Aimoin dans la
vie de Saint Abon parle de Guillaume
Loire
en 1004:
Guillelmus Sanctionis filius Burdegalenfium
Comes , ac totius Gafconia Dux.
F Ch. 16
II
DE MARS 1723 . 465
11 parle ailleurs d'un Vuilelmus Comes
Tholofanus.
Quant à l'année du mariage de Robert
& de Conftance , Glabre Raoul * femble
le placer après la mort de Henry , Duc
de Bourgogne , & pendant la guerre faite
en Bourgogne par le Roy Robert . Elle
n'avoit pas en effet encore épousé Robert
aumois d'Aouft de l'an 1001. car la Comteffe
Adalaxe , fa mere , donnant à l'Abbaye
de Montmajoux quelques biens
dans la Vallée d'Olliere , avec le Comte
Guillaume fon fils , & filia fua Conftan
tia , on trouve dans cette Charte la foufcription
de Conftance.
Act . SS. S. Berred . Mabill. & Ruin. fæc.
6. pref. 1. part.
Signum Adalax Comitiffe & filii in
Vuilelmi Comitis & filia fua Conftantia
qui hanc Cartam facerejußerunt.
Cette Charte eft dattée.
In -menfe Augusto , regnante Rodulpho
Rege, indictione 14.
Cette Indiction vient pour la premiere
fois depuis la mort de Conrad , pere de
Rodolphe l'an 1001. Conftance étoit
donc alors dans la maifon paternelle , &
n'avoit pas encore époufé Robert..
Aimoin dit que Robert penfa longtemps
à ce mariage.
Ch . 10.
Moriens
466
LE
MERCURE
Moriens autem ( Hugo Rex ) Roberto
filio Monarchiam fui reliquit Principa
tus. Hugonides Rolbertus uxoriam inire
copulam jamdudum mente tractans , &
ab Arelatenfium partibus affumere fibi
conjugem volens , exercitam congregat
fponfa jamjamque advertanti occurfurus.
Dum ergo iter agens exercitus ulterioren
ripam teneret.
y. Annal. de Baronis , t . 2. Aim. Floriac.
Murac. S. Bened lib . 2. cap . 127. Dubois Bibl
Floriac. p. 127.
Ce mariage peut encore fe fixer par
la naiffance du Prince Hugue le Grand
leur fils aîné. Il fut fait Roy en 1017.
Glabre Raoul dit qu'il avoit près de dix
ans.
Erat autem idem Puer fermè decennis
Baluz. mifett . t. 2. p . 307.
Hiftoria fui temp. lib. 3. cap . 9. du Cheſne
Hift. Franc. t . 4. p. 36.
Il vint donc au monde l'an 1007. II
mourut en 1026. n'ayant pas 20. ans , &
il faut, comme l'ont remarqué les PP.Mabillon
& Ruinart , corriger le mot de
Terdenis , qui fe trouve dans l'épitaphe
que Glabre Raoul lui compoſa , à la follicitation
des Religieux de l'Abbaye de
Cluny , & lire :
Annis florebat mundo Juvenilibus.
Bis denis minus excreverat duobus.
Regnorum
DE MARS 1723. 467
Regnorum lumen Hugo Regum maximus .
Mabill. & Ruin . A &t . SS. Ord . S. Bened.
fac. Bened. 6. præf. 1. partis V. Glab . Rad
lib. 3. c. 9 p. 36.
En effet l'épitaphe de ce jeune Roy
composé par Gerard d'Orleans pour être
mis fur fon tombeau , le trouva dans un
manufcrit de la Bibliotheque Petau , &
porte qu'il mourut Puer.
Celtiberi lacrymant , te Regem Roma
petebat.
Omiferande puer ! fed tumulatus hic es:
Belly. cap. 15. p. 300. du Chefae , to 4.
pag. 79.
D'ailleurs Odoran , Moine de Saint
Pierre- le- Vif de Sens, dit qu'il étoit Parvulus
, lorfque Robert alla à Rome. Ce
fut l'an 1012. au commencement du Pon
tificat de Benoît VIII. II . fut accompa
gné dans ce voyage par Ingel ran ou Angelran
, qui fut fait à fon retour Abbé de
Centoul.
Tranfl . SS. Saviani & Potentiani c. 26. Mabill.
& Ruin. Act . SS . S. Bened , fæc. vi . part,
I. p . 154 .
Dacheri , fpicil. t . 2. p. 544.
Lorſque le Roy Robert alla à Rome
pour faire valider fon mariage , il n'avoit
pas encore renoncé à Berte , fa quatrième
femme , quoiqu'il l'eut repudiée longtemps
auparavant ; il laiffa Conftance en
France , mais Berte le pourfuivit dans fon
yoyage , dans l'efperance qu'à la faveur
કેંદ
T
468 LE MERCURE
de quelques gens de Cour, qui étoient dans
fes interefts , elle pourroit obtenir duPape
d'être repriſe par le Roy. Odoran , Moine
de S.Pierre-le- Vif de Sens dans l'Hiftoire
de la Tranflation des Saints Savinien
& Potentien , raporte toutes ces
particularitez , & ajoûte que la Reine
Conftance demeura avec le Prince Hugue
fon fils dans le Château de Teil , & qu'elle
fut confolée par une vifion de S. Savinien
qui lui dit.
Conftans efto Conftantia , quia Deo propitio
liberata es ab imminenti triftitia.
Helgau de Fleury dit que par allufion
fur ce nom , une perfonne avoit fait ce
vers.
Conftans & fortis , qua non Conftantin
ludit.
Epitom. vitæ Rob . Regis. Du Cheſn . t . 4 .
pag. 66.
Mais pour revenir à Odoran de Saint.
Pierre-le- Vif, il faut remarquer & rapor
ter ici fes propres paroles :
Dum quodam tempore Robertus Rex
Romam peteret , & Conftantia Regina una
cum filio Hugone parvulo Tillo remaneret.
Quod ut Berta Regina dudum caufa
confanguinitatis à Rege repudiata comperit
, profecuta eft eum fperans fe favenribus
ad hoc quibufdam Aulicis Regis
juffu
DE MARS 1723
469
juffu Apoftolico reftitui Thoro Regio
unde Conftantia Regina timens fe amoveri
à Regio Latere , inenarrabili detinebatur
marore.
Tranfl . SS . Saviniani & Potentiani , c. 26.
Mabill. & Ruinart A&t . SS . Ord . S. Bencd .
fæc. 6. part. I. p. 264.
L'AGREABLE
$70 LE MERCURE
L'AGREABLE BUVEUR ,
Sonnet en bouts-rime , Acroftiches propofez
dans le Mercure de Janvier
dernier.
Lorfqu'à table je mets fix bouteilles Acu ,
Je m'inquiete peu comme va la
Le Bourgogne me plaît , le champagne
m'
armites
rrite ,
Sans eux à mes chagrins , je n'eus point survécu.
Par l'amour autrefois je fus fouvent aincu ,
Mais à prefent ce Dieu d'aimer envain
m'
Pour le dompter , laquais , verfe de ce
jus ,
Un verre contre lui me fervira d'
Viens , charmante liqueur , fouffre
que je te
~nvite
< ite ,
tcu.
Saife ;
Je ne puis avec toy qu'être fort à mon iſe ,
the
Je folâtre , je ris , je dis une
Mon efprit cft en paix , mon ame eft
en
Loin d'ici , loin de moi la beauté fi
banfon
Chantée
dantée ,
Amis , vive Silene , & fon cher nourrifon.
M. Ch. D. L. Col. de Verdun fur Meufe.
AUTRE
DE MARS 1723. 471
zkakakakakakakakak
C
AUTRE SONNET
Sur les mêmes rimes.
' Eft être fou que vouloir par Acu,
Finir un vers , paffe encor pour Marmite,
On le peut bien , mais ce qui plus m' irrite,
C'est ce vilain , ce maudit Survêcu .
Doncques mieux vaut me confeffer vaincu,
A vous le dez , Grimauds, on vous invite
A ce fonnet , travaillez , allons
Au moins mauvais je fais don d'un
Dans l'entre-temps fur ce joly mot
Je vais , Iris , faire ne vous dépl
vite,
éau.
baiſe
aiſe ,
Quelque couplet d'amoureufe Chanfon
Vous en ferez ſur mon ame en chantée
Et de N.... la mufe tant vantée ,
Prés de ma fleur vous femblera du Soni
B... à L...
C EX:
472 LE MERCURE
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux
Auteurs du Mercure , par M. Leeiffer,
Docteur en Philofophie , en Medecine
& en Droit , Profeßeur en Philofophie
à Helmstedt.
V
2. vol.
Ous parlez , Meffieurs , dans vôtre
Mercure du mois de May dernier
pag. 154. d'une piece finguliere ,
écrite en caracteres inconnus qui font
gravez dans vôtre Livre. Je ne vous dirai
point le contenu de cette écriture , n'en
ayant pas affez de connoiffance , faute de
Dictionnaire. La Piece vous paroît fort
ancienne , j'ofe vous affurer , Meffieurs,
que la langue qui fe fert aujourd'hui de
ces caracteres , eft bien ancienne , mais
les caracteres ne le font pas , ils font
fans doute , Malabariques ; & pour en
être convaincus vous n'avez qu'à confulter
les Auteurs qui ont donné des Alphabets
de diverfes Langues , & la traduction
de l'Oraifon Dominicale , auffi en
plufieurs Langues ; lifez encore les Voyages
de Baleus , qui nous a donné l'Abregé
d'une Grammaire Malabarienne. De
plus , Bartholomé Ziegenbal en a fait
imprimer une fort ample à Halle il y a
environ quatre ans , & on en imprime acque
tuellement
DE MARS 1723. 473
> tuellement un Dictionnaire. Au refte
Meffieurs , la matiere de la feuille dont
vous avez donné les caracteres au public ,
n'eft ni d'écorce d'arbre preparée , ni de
toile enduite d'une certaine gomme ou
vernis. Ce font des feuilles de Palmier
enduites d'une certaine huile qui fait que
les Lettres gravées deviennent noires ,
de blanches qu'elles étoient auparavant
quoique le refte foit jaunâtre. Enfin ,
Meffieurs , j'aurai l'honneur de vous dire
que j'ai un Livre en cette Langue , & en
ces mêmes caracteres , il eft compofé de
44. feuilles ou planches , dont chacune
a deux trous comme la Piece dont vous
avez parlé , qui fervent à les enfiler , &
à les lier ; je pourrai vous les communifi
vous le defirez : ce Livre conquer
tient des Problêmes Phyfiques & Mathematiques.
Je fuis , &c .
و
A Strasbourg, ce 19. Decembre
1722.
J
Quoique ce que M. Leeiffer nous fait
l'honneur de nous écrire fur les caracteres
en queftion , nous paroiffe plaufible , &
digne de fon érudition , nous ne fçaurions
encore convenir que ces caracteres
foient Malabariques , parce que nous
avons actuellement de l'écriture de Malabar
entre les mains fur du papier , & avec
de l'encre ordinaire , qui nous paroît
Cij toute
474 LE MERCURE
>
toute differente des caracteres que nous
avons fait graver. Nous voyons auffi quelque
difference entre les feiiilles du Livre
de M. Leeiffer par la defcription qu'il
nous en fait , & la piece dont nous avons
l'original . Pour décider fi cette differen- "
ce eft réelle ou feulement apparente , &
pour juger enfin de nôtre Piece d'écriture
prétendue Malabarique , par celle que
poffede le fçavant Profeffeur , il faudroit
faire la comparaifon des deux originaux , &
pour cela que M.Leeiffer voulut bien nous
communiquer une feuille de fon Livre
ce que nous efperons de fa politeffe & de
fon amour pour les Lettres. Nous nous
fervirons de cette occafion pour dire que
M. de Fourmont , Profeffeur au College
Royal , croit nos caracteres gravez , Tonquinois
, & que M. Barout de la Bibliotheque
du Roy , originaire d'Alep , &
l'un des plus fçavans dans les Langues
Orientales , les croit Indiens , nous ayant
afſuré avoir vû à Alep des Indiens Lettrez
, qui y étoient venus joindre la caravanne
de la Meque , lefquels avoient des
Livres entiers écrits en ces mêmes caracteres
fur une pareille matiere , & avec
les feüillets percez comme celui que nous
avons entre les mains.
A
DE MARS 1723. 475
kakakakakakakakakakakakak
A Madame la Ducheffe d'Hanovre , en
lui envoyant le premier jour de l'An
une Cabane ppoouurr des Serins de Canarie
que S. A. aime beaucoup .
P
Our vous faire ma cour , & vous offrir des
voeux ,
Permettez , augufte Ducheffe ,
Qu'à ce nouvel an je m'adreffe
A vos petits Serins que vous aimez le
micux ;
Ils trouveront dans cette cage ,
Même fort & même avantage
Dont ils joüiffoient autrefois
Par le merite de leur voix ,
Et le credit de leur plumage ,
Au Luxembourg Palais des Rois ,
Et fous les yeux d'une digne Ducheſſe
Dont ils ont gagné la tendreffe
Par les accords de leur doux chants ,
L'hyver va leur fembler plus beau que le
printemps ,
A l'abri des vents de l'orage ,
Ils croiront être en un bocage ,
C ïïj
Ils
476
LE MERCURE
Ils ne verront que de beaux jours ;
Ils trouveront par préferance
Dans tous leurs befoins l'abondance ,
La liberté dans leurs amours ,
Et le loifir d'aimer toûjours.
Petits oifeaux de Canarie
Que vôtre fort eft beau , qu'il eft digne d'en
vie !
Ah ! fi je pouvois habiter
Avec vous dedans cette cage ,
J'emprunterois votre ramage,
Et l'on ne m'entendroit chanter
Que mon adorable Duchefle ,
Dont le nom , le fang , la vertu
Prefentent à mon coeur fans ceffe
La Princeffe que j'ai perdu .
AVERTISSEMENT fur la Lettre
éerite de Caën , qui eft dans le Mercure
de Janvier , page 41. au sujet de la
Maifon de Percy.
L'Normandie a été étonnée qu'on ait
'Auteur affure que la Nobleffe de
dit dans la Gazette de France du 19. Decembre
DE MARS 17237 477
cembre dernier que par la mort de Me Elifabeth
de Percy Northumberland , Ducheffe
de Sommerfet , & Dame- d'Honneur
de la feuë Reine d'Angleterre Anne
, la Maifon de Percy étoit entierement
éteinte , vû qu'il en refte encore
une branche confiderable dans cette Province
, & il ajoûte qu'il peut mieux que
perfonne corriger cette erreur par la connoiffance
particuliere qu'il a de cette Maifon.
Il fe prévaut fur tout du fecond tome
de l'Hiftoire Genealogique de la Maifon
de Harcourt ; mais s'il en avoit bien -
lû la page 1915. il y aúroit vû
que la Maifon
de Percy d'Angleterre avoit fini dès le
douziéme fiecle par Agnès de Percy, heritiere
de fa branche , qui époufa Joffelin
de Louvain , frere d'Adele, feconde fem
me de Henry I. Roy d'Angleterre , que
ce Prince releva le nom de Percy , &
que c'eft de lui que defcendoient les
Comtes & Ducs de Northumberland
ancêtres de la Ducheffe de Sommerfet .
L'Auteur auroit auffi trouvé la même
chofe dans l'Angleterre de Cabden dans
le Monafticum Anglicanum , dans le Baronage
d'Angleterre , & dans beaucoup
d'autres Ecrivains Anglois ; ainfi on n'a
que la verité dans la Gazette ,
puifque
cette Maifon de Percy d'Angleterre
étoit fortie de celle des anciens Ducs de
C iiij
dit
"
Lothier
478
LE
MERCURE
Lothier ou de Baffe Lorraine , & qu'elle
n'avoit rien de commun avec l'ancienne
Maiſon de Percy Normande qu'une alliance
faite avec elle il y avoit fix cens
ans.
M
SUR LA MAJORITE
'DU RO Y.
FABLE ALLEGORIQUE.
Inerve dès long temps favorifoit Ithaqué;
Empruntant de Mentor & le nom & les
traits ,
Elle guidoit les pas du jeune Thelema que ,
Vers le terme de fes fouhaits.
Enfin l'abandonnant à la propre fageffe
Elle lui montre Ithaqué à travers mille flots ;
Et prenant à les yeux l'éclat d'une Déeffe
D'un air tendre elle dit ces mots .
Vous pouvez déformais tout regler par vous
même
'Achevez cette route , & vous êtes au port.
Prenez le gouvernail , allez , le Ciel vous aime,
Et vous prepare un heureux fort .
Mes
DE MARS 1723. 479
Mes yeux toûjours ouverts ont prévenu l'orage.
Sans ceffe men Egide offroit un prompt fecours
,
Voulez-vous échapper aux dangers .du naufrage
?
Sur le Vaiffeau veillez toûjours.
Dans nos courfes combien nous fut il falutaire
De faifir à
propos les précieux moments ?
Thelemaque , on devient Pilote temeraire ,
Quand on fe livre à tous les vents.
Pour ces Ifles , où regne une molleffe oifive ,
Vertueux aujourd'hui vous marquez de l'horreur
.
Eloignez-vous toûjours de leur funefte rive ,
Et devenez en la terreur.
Qu'au faite des grandeurs vôtre humble coeur
adore
Le Dieu du Ciel , l'effroy des coupables hu
mains ,
Son Empire s'étend du Couchant à l'Aurore ,
Le fort des Rois eft dans fes mains .
Prince , vous commencez de hautes deſtinées ,
Les vents à vous fervir vont devenir conftans.
Les vertus , qui chez vous devancent les années
Promettent des jours éclatans.
Ifle de Calipfo & celle de Chypre
Cv L'aban
480 LE MERCURE
L'abandonnerez-vous , Décffe bienfaifante ?
De vos fages confeils fon jeune âge a befoin.
Servez encor de guide à fa vertu naiffante ,
La Grece attend ce nouveau foin.
Ouy : vous lui prêterez un fecours invifible ;
Vous vous cachez à lui , mais pour le proteger,
A vos avis fecrets le trouvant plus fenfible ,
Vous fçaurez mieux le diriger.
DU CROS , D. L. C. D. J.
ACTE DE LA MAJORITE
DU ROY ,
Séant en fon Lit de Justice.
N ne nous fçaura , fans doute , pås
mauvais gré , à l'occafion de l'Acte
folemnel qui vient de fe paffer au Parle
ment, le Roy y tenant fon Lit de Juftice ,
de rappeller ici quelques traits de nôtre
Hiftoire , fur le temps de la Majorité des
Rois , & fur les dernieres Regences.

Jufqu'à Charles V. il n'y a rien eu de
bien fixe , pour le temps auquel nos
Rois devoient être cenfez majeurs , les
uns l'ayant été plutôt , les autres plus
tard.
DE MARS 1723. 481
tard . Les Auteurs ont fort varié là- deffus.
Du Tillet a écrit que la Majorité des
Rois de France commençoit à 15. ans ,
Mezeray à 20. du Puy à 21. & le Bret
à 23. accomplis.
Charles V. furnommé le Sage , prévoyant
les malheurs qui pouvoient arriver
, de l'incertitude fur l'âge auquel fon
fils & fes fucceffeurs pourroient être reconnus
majeurs , rendit un Edit perpetuel
& irrevocable , par lequel il declara
qu'à l'avenir les Rois de France ayant
atteint l'âge de 14. ans prendroient en
main le gouvernement de leur Etat , recevroient
la foy & hommage de leurs fujets
, & qu'ils feroient reputez majeurs
comme s'ils avoient 25. ans. Cet Edit
daté de Vincennes , au mois d'Aouft
1374. regiftré au Parlement , le même
Roy y tenant fon Lit de Juftice le 26.
May 1375. avança la majorité de nos
Rois ; mais ce fut Charles VI. fon fils
qui la fixa pour toûjours par fa Declaration
du mois de Janvier 1392. dans la
quelle , après avoir ordonné de la Regence
, fa mort avenant , pour durer jufques
à ce fon fils aîné fut entré au
quatorziéme an de fon âge , il ordonnat
qu'alors on lui feroit inceffamment les
hommages & fermens , en prefence de
Les Tuteurs , & par fes Tuteurs mêmes .
G vj
que
Pour
482 LE MERCURE
Pour les Regences , nous ne remonte
rons pas plus haut que les deux derniers
Rois , prédeceffeurs de S. M. pour rappeller
quelques traits d'Hiftoire qui foient
de nôtre fujet.
Le Roy Louis XIII . né le 27. Septembre
1601. parvint à la majorité le 28 .
Septembre 1614. & vint le 2. Octobre
fuivant tenir fon Lit de Juftice au Parlement.
Il y declara qu'il étoit majeur ,
remercia la Reine fa mere des foins qu'elle
avoit pris pendant fa Regence , & reçût
les hommages des Princes du Sang , Pairs
de France & Grands Officiers de la
Couronne. Cette ceremonie n'avoit encore
été pratiquée que par Charles IX.
qui la fit à Rouen ; furquoi le Parlement
de Paris avoit fait quelques remontrances.
Mais comme le dit Pierre du Puy
dans fon Traité de la Majorité de nos
Rois , & des Regences du Royaume , page
121. l'on pouvoit fort bien fe difpenfer de
cette ceremonie , perfonne en France ne
pouvant ignorer le jour de la naissance
de fon Roy , & le jour que la loy le declare
majeur.
La même ceremonie fut obfervée lorſque
le feu Roy Louis XIV. né le 5. Septembre
1638. Après avoir été fous la
Tutelle & la Regence de la Reine fa
mere , Anne d'Autriche , depuis le 18 .
Mai
DE MARS 1723. 483
Mai 1643. qu'elle avoit été declarée Regente
en Parlement , fon fils qui étoit
Roy depuis le 14. du même mois vint au
Parlement le 7. Septembre 1651. &
après y avoir declaré qu'il étoit majeur, &
qu'il gouverneroit dorénavant le Royaume
par lui- même , en laiffant la Reine fa
mere à la tête de fes confeils , il y fit enregiſtrer
des Declarations contre les Duels
& contre les Blafphemateurs . Il s'étoit
rendu au Palais en cavalcade qui fut des
plus lefte , & des plus fuperbes que l'on
eut vû. Il y avoit plus de 700. Seigneurs,
tous magnifiquement habillez. On peut
voir les Relations qui en furent données
alors.
Louis XV . aujourd'hui , heureuſement
regnant , né le Samedi 15. Fevrier 1710.
eft monté fur le Thrône le premier Sep
tembre 1715. fous la Tutelle & Regence
de Philippe , Duc d'Orleans , petit- fils
de France , fon grand oncle . Cette Re
gence qui appartenoit à ce Prince, comme
au plus proche Prince du Sang que le
Roy eut en France , fut declarée en Parlement
le 2. Septembre 1715. & publiée
le 12. du même mois , le Roy y tenant
fon Lit de Juftice . Cette minorité eft la
troifiéme qu'on ait vûë confecutivement
en France depuis l'an 1610. on ne- parle
point de la Regence que la France vit
hors
484 LE MERCURE
hors du temps des minoritez en 1667.
& en 167 2. lorfque le Roy Louis XIV.
laiffa Marie- Therefe d'Autriche , Regente
, avec un Confeil , durant les Campagnes
de Flandres & d'Hollande .
On appelle Lit de Juftice , la féance
folemnelle du Roy au Parlement . Il fe
tient ordinairement dans la Grand'Chambre
du Parlement de Paris , qui eft la
Cour des Pairs ; mais lorfqu'il plaît au
Roy de le tenir ailleurs , il le convoque
où bon lui femble . Les Officiers du Parlement
font en Robbes rouges . Les Prefidens
avec leurs Mortiers & Manteaux ,
& le Greffier avec fon épitoge . Quand le
Roy vient à fon Parlement fans tenir un
Lit de Juftice , les Officiers du Parlement
ne font vêtus que de Robbes noires
à l'ordinaire.
Nous avons parlé dans le dernier Mercure
, pag. 382. & fuivantes du voyage
du Roy à Paris , de la marche & du cortege
de S. M. en allant au Parlement y
tenir fon Lit de Juftice pour l'Acte de fa
Majorité , de fon retour au Palais des
Thuilleries , des complimens que le Roy
y reçût , des réjouiffances faites ce jourlà
, & c. Nous allons prefentement fuppléer
au défaut des inftructions & des
memoires que nous n'avions point alors
&
DE MARS 1723 485
& apprendre à nos Lecteurs ce qui s'elt
paffé dans l'augufte & folemnelle affemblée
du Lit de Juftice , tenu le 22. Fe
vrier 1723.
Le Roy Louis XV. féant en fon Lit
de Juftice dans la Grand Chambre du
Parlement de Paris , étoit placé dans un
Thrône fous un haut Dais , en habit &
Manteau violet , fans plumes à fon chapeau
, à caufe du deüil de Madame. Toute
fa fuite étoit aufli en del . On voyoit à ſes
pieds , le Vicomte de Turenne , Frederic-
Maurice-Cafimir de la Tour d'Auvergne,
Grand Chambellan (a);
(a) On trouve dans plufieurs Auteurs que
lorfque le Roy tient fon Lit de Justice ,
le Grand Chambellan eft couché à fes
pieds. Du Tillet dans fon Recueil des
Rois de France , raporte l'origine de cette
prérogative en ces termes : c'eft au ſujet
de Pierre de Villebeon , Seigneur de Bagneux
, mort au Port de Tunis en 1270.
Meffire Pierre , Grand Chambellan du
Roy S. Louis , fut enterré à S. Denis aux
pieds de fon maître , en la maniere qu'il
gifoit à fes pieds dès fon vivant , & de ce
eft demeuré , que quand le Roy tient fon
Lit de Justice & Thrône Royal, le Grand
Chambellan eft couché à fes pieds & eft
ce lieu eftimé rang honorable. A
486
LE
MERCURE
A droite fur un tabouret au bas des
dégrez du Siege Royal , Charles de Lorraine
, Comte d'Armagnac, Grand Ecuyer
de France , portant au col l'épée de parement
du Roy dans le fourreau. La garde
de cette épée eft d'or , couverte de
fleurs-de-lys . Le fourreau & le baudrier
de velours bleu , femé de fleur - de - lys
d'or. Les boucles du ceinturon ou baudrier
font auffi d'or.
A gauche , fur un banc au deffous des
Pairs Ecclefiaftiques , dont nous parlerons
bien - tôt, le Duc d'Harcourt , Fransois
; le Duc de Villeroy , Nicolas de
Neuville ; le Marquis d'Ancenis , Paul-
François de Berbumes Charoft , Capitaines
des Gardes du Corps du Roy , & le
Marquis de Courtenvaux , Commandant
les Cent Suiffes de la Garde.
Plus bas , fur le petit degré par lequel
on defcend dans le parquer ; le Comte
d'Efclimont ; de Bullion de Bonnelles ,
Prevoft de Paris , tenant un bâton blane
en la main.
3
Dans une chaire à bras , couverte de
F'extremité du tapis de velours violet ,
femé de fleurs-de- lys , fervant de drap
de pied au Roy , au même lieu où eft le
Greffier- en - Chef du Parlement aux audiences
publiques ; le Garde des Sceaux
de France , M. Jofeph - Jean- Baptifte Flew
rian
DE MARS 1723 487
riau d'Armenonville , vêtu d'une Robbe
de velours violet , doublée de fatin cramoify.
A la droite du Roy fur les hauts Sieges
, le Duc d'Orleans , Philippe de
France. Le Duc de Chartres , Louis
d'Orleans. Le Duc de Bourbon , Loüis
Henry de Bourbon , Prince de Condé. Le
Comte de Charolois , Charles de Bourbon
Condé. Le Comte de Clermont ,
Louis de Bourbon- Condé. Le Prince de
Conti , Louis Armand de Bourbon , Prine
ces du Sang. Le Comte de Toulouſe
Louis Alexandre de Bourbon , Prince legitimé.
-
Sur le refte du banc , & fur deux autres
qu'on avoit mis en avant , les Ducs
d'Ulez , Jean - Charles de Craßol.. De
Montbafon , Charles de Rohan. De Sully,
Maximilien-Henry de Bethune. De Luynes
, Charles- Philippe d'Albert. De Brif
fac , Charles-Timoleon- Louis de Coffé. De
Richelieu , Louis - François - Armand de
Vvignerot du Pleffis . De la Rochefoucault
, François. De la Force , Henry-
Jacques - Nompar de Caumont. De Rohan ,
Louis de Rohan- Chabot. De Piney , Charles-
François- Frederic de Montmorancy-
Luxembourg. D'Eſtrées , Loüis- Armand.
De Grammont de Louvigny , Antoine-
Louis- Armand. De la Meilleraye , Paul-
Jules
488
LE MERCURE
Jules de la Porte- Mazarini . De Villeroy,
Louis -François- Anne de Neuville. De
Mortemar , Louis de Rochechouard. De
S. Agnan , Paul- Hipolyte de Beauvillier.
De Gefvres- Trefmes , François - Joachim-
Bernard Potier. De Coiflin , Henry- Charles
du Cambout. D'Aumont, Louis d'Aumont
de Rochebaron. De Charoft, Armand
de Bethune. De Villars , Louis Hector ,
Maréchal de France . De Fitz - James , de
Bervick , Jacques , Maréchal de France.
De Chaulnes , Louis - Augufte d'Albert
d'Ailly. De Rohan - Rohan , Hercule-
Meriadet de Rohan. De Joyeufe, Louis de
Melun. D'Hoftein - Tallard , Marie-Jofeph.
De Villars , Louis Antoine de Brancas.
De Roüannois - la - Feüillade , Louis
Vicomte d'Aubuffon De Valentinois ,
Jacques François- Leonor Grimaldy. De
Nivernois , Philippe-Jules-François Mazarini
- Mancini. De Biron , Charles-
Armand de Gontaud. De Levi - Charlus
, Charles- Eugene. De la Valliere ,
De la Baume- le- Blanc , Pairs
Laïcs. Ces trois derniers ont été reçûs
dans la féance du Lit de Justice .
Au bout du troifiéme banc le Gouverneur
de Paris , François - Bernard Potier-
Trefmes.
A la gauche du Roy , aux hauts fieges
l'Archevêque Duc de Rheims , ArmandDE
MARS 1723. 489
and-Jules de Rohan. L'Evêque , Comte
de Beauvais , François - Honnorat- Antoine
de Beauvillier- Saint- Aignan . L'Evêque
, Comte de Châlons' Nicolas de
Saulx Tavannes . L'Evêque , Comte del
Noyon , Charles - François de Châteauneuf
de Rochebonne. Pairs Ecclefiaftiques.
و
Sur ce qui reftoit du banc , les Maréchaux
, d'Eftrées , Victor- Marie. D'Huxelles
, Nicolas- Châlons du Blé . De Teffé ,
René- Sire de Fronlay. De Tallard , Camille
, Duc d'Hoftun de la Baume. De
Matignon , Charles - Augufte Goyon. De
Bezons , Jacques Bazin. De Montelquiou
, Pierre de Montefquion d'Artagnan
, venus avec le Roy.
Sur le band ordinaire de Mrs les Prefidens
, lorfqu'ils font au Confeil . Melfire
Jean Antoine de Mefmes , Chevalier
, Premier Prefident , Mrs Potier ,
d'Aligre , de Lamoignon , Portail , Amelot
, le Peletier , de Longueil , de Maupeou
& Chauvelin , Prefidens .
Dans le parquet fur deux tabourets
audevant de la chaire de Monfieur le
Garde des Sceaux , à droite le Marquis
de Dreux , Grand Maître , & à gauche
M des Granges , Maître des Ceremonies .
. Dans le même parquet , à genoux devant
le Roy , deux Huiffiers Maffiers de
la Chambre du Roy , tenant leurs Maffes
490
LE MERCURE
2.
fes d'argent doré , & fix Herauts d'Ara
mes.
A côté droit , fur deux bancs couverts
de tapis de fleurs - de- lys , les Confeillers
d'Etat & les Maîtres des Requêtes , venus
avec M. le Garde des Sceaux en robbes
de fatin noir.
les
Sur les trois bancs ordinaires , couverts
de fleurs-de- lys , formant l'enceinte
du Parquet , & fur le banc du premier
& du fécond Barreau , du côté de la cheminée
, les Confeillers ' d'honneur
quatre Maîtres des Requêtes en robbes
rouges , les Confeillers de la Grand'-
Chambre , les Prefidens des Enquêtes &
des Requêtes.
Confeillers d'Honneur .
,
Mrs Croizet , de Fortia , de Gaumont,
Meliand.
Maitres des Requêtes.
Mrs de Gourgues , Berrier , Carré , le
Coq.
Prefidens des Enquêtes & Requêtes .
Mrs Gilbert , Lambert , Bochard , Fri-
Zon , Chevalier , Vallier , Poncet , Roland
, le Feron , Henault , Lambert , Bertier
, Moreau , du Tillet , de Fourci ,
Turgot , Roujault , Feydeau .
ConDE
MARS 1723 . 491.
Confeillers de la Grand Chambre,
Mis Huguet , Cochet , de Montagnac';
le Feron , Brayer , Chaffepot, Morel , de
la Porte , Ferrand , de Paris , Cadeau
Doublet , Pucelle , Canaye , de Vienne,
Lucas , Gautier , de S. Martin , Pallu
Menguy, le Boindre , Joifel , de la Guilleaumie
, le Begue , Robert , Genoud
Roujault , P. de Vienne.
Confeillers d'Etat.
Mrs d'Argouges , Amelot , l'Abbé Bignon
, le Peletier des Forts , le Comte du
Luc , Fagon , Bauyn d'Angervilliers ,
de Harlay , l'Abbé Petit de Rayanes , le
le Marquis de Silly.
Maîtres des Requêtes.
,
Mis de Morangis , Bernard , Bignon ,
de Voyer d'Argenfon , Talhouet , le Pe
letier de Beaupré,
Sur un banc en entrant , vis - à - vis de
Mr les Prefidens , Mrs Phelypeaux de
la Vrilliere , Phelypeaux de Maurepas
& le Blanc , Secretaires d'Etat .
Sur trois autres bancs , à gauche , dans
le Parquet , vis- à- vis les Confeillers d'Etat
, le Comte de Matignon , Chevalier
de l'Ordre & l'Abbé de Pompone ,
Chancelier de l'Ordre , Mrs de Villars
>
de
492 LE MERCURE
و
de Fervacques , d'Arpajon , de Segur
de Gaffé , d'Aubigné , de Creffy , de
Grancey, Gouverneurs de Provinces ; Mis
de Laffay, de Tavanes , de Segur , d'Ambres
, de Maillebois , de la Fare , de Verac,
de Beaune, de Tiugry, d'Estaing , de
Fimarcon , Lieutenans Generaux des Provinces
, le fieur de Barres , Baillif d'Eftampes
; les bancs n'en ayantpû contenir
un plus grand nombre.
Enfuite fur un fiege à part , le fieur
Bellot , Baillif du Palais .
A côté de la forme où étoient les Secretaires
d'Etat , Maître Roger- François
Gilbert de Voifins , Greffier en Chef, revétu
de fon Epitoge , un Bureau devant
lui couvert de fleurs- de-lys , à fa gauche,
le fieur Dufranc , l'un des principaux
Commis au Greffe de la Cour , fervant en
la Grand'Chambre en robbe noire, un Bu
reau devant lui .
Sur une forme derriere eux , les Secre
taires de la Cour.
Sur une autre forme derriere les Secre
taires d'Etat , le Grand Prevôt de l'Hôtel
Louis de Boucher , Marquis de Sourches
. Le premier Ecuyer du Roy , Jacques
de Beringhen , & quelques autres
principaux Officiers de la Maiſon du
Roy.
Le premier Huiffier en fa chaire, à l'entrée
du Parquet. En
DE MARS 1723. 493
En leurs places ordinaires les Chambres
affemblées au bout du premier Barreau
jufqu'à la lanterne du côté de la cheminée
avec les Confeillers de la Grand'
Chambre & les Prefidens des Enquêtes
& Requêtes.
>
Gens du Roy.
Maître Guillaume de Lamoignon ,
'Avocat.
Maître Guillaume - François Joly de
Fleury , Procureur General.
Maître Pierre Gilbert de Voifins
Avocat.
Maître Henri-François de Paule Dagueffeau
, Avocat.
Dans le furplus des barreaux des deux
côtez , & fur quatre bancs qui avoient
été ajoûtez de nouveau derriere le der
nier barreau du côté de la cheminée , tant
pour remplacer les places données aux
Confeillers de la Grand'Chambre & Prefidens
des Enquêtes & Requêtes , que
pour augmenter le nombre des places or
dinaires , les Confeillers des Enquêtes &
Requêtes ; Mrs Jacquier , le Fevre , Aubry
, Delpech , de Vrevin , le Boulenger
, le Vaffeur , Daverdoing , de Lagny,
de Mefgrigny , Heron , Nigot , Maynon,
de Rollinde , Couftard , Simonnet , le
Moine , Soullet , Lorenchet, Bence , Duport,
1494 LE MERCURE
t
Fort , Depleurs , de Tourmont , de Goef-
Lard , Nau , Pinon , Gon , Cofte , Drouin,
Aniffon , Pinon , Brofforé , Dumas , Fraguier
, Maiffat , Neyret , de Monthulé ,
Severt , Lambelin , Cadeau , Coignet
Fornier , Rolland , Noblet , le Rebours ,
Benoife , Robert , Tubeuf , Boutet , Fermé
, de Blair , Alexandre , Pineau , Henin
, Rullault , le Febvre , Duprat , de
Louvancourt , Racine , Pajot , le Mée ,
Dabos , Carré , Clement, le Clerc , Themé
, de Fieubet , Roullier , Nicolay , de
Lataignant , Dumans , de Chavaudon .
de la Mouche , le Maffon , Dupré , de
Baize , Chaillon , Charlet , Bernard ,
Danez , Renouard , Berthelot , Pajot-
Boucher , Loifeau , Roullier , de Paris
Mefnard , Chabenat , Berthier, le Clerc,
d'Aligre , Roffignol , Seguier , de Paris ,
de la Michodiere , de Lefpine , de Maulnory
, Huault , le Maiftre , Henin , Moreau
, Pallu , le Gendre , le Pileur , de
Lamoignon , de Bragelongne , Langloi ;
Briçonnet , de la Briffe , Pafquier , Anjorant
, Nouet , le Bas , Darmaillé , Barillon
, Girardin , Aubry , le Riche, Crozat
,
>
,
de Vougny , Boutin , Pellot , Rouffel
, Parent , Guillet , Guyot , Salabery
Barré , Levefque , Moufle , Maffon , le
Boindre , Arnaud , Camus , de Feriol ,
Trudaine , de Machault , de Lamoignon ,
Talon,
DE MARS 1723. 495
Talon , Rouillé , de Montaran , de la
Bourdonnaye , Nigot , Dagueffeau ,
Ogier
"
Dans la Lanterne , du côté du Greffe ,
la Ducheffe de Ventadour , ci - devant
Gouvernante du Roy , l'ancien Evêque
de Frejus , Précepteur du Roy , & plu
fieurs autres perfonnes de qualité.
Dans la Lanterne , du côté de la che
minée , les Ambaffadeurs .
Sur quelques bancs du même côté , les
Envoyez, les Refidens, & quelques Etrangers
de diftinction.

Toutes les Chambres affemblées en la
Grand'Chambre du Parlement , en rob- --
bes & chapperons d'écarlatte, Meffieurs
les Prefidens revétus de leurs manteaux,
tenans leurs mortiers à la main , attendans
la venue du Roy , fuivant fon Mandement
du feiziéme Fevrier , pour tenir
fon Lit de Juftice ; les Officiers des
Gardes du Corps faifis des Portes du Parlement
le Grand -Maître des Ceremo.
nies vint fur les dix heures & demie
avertir que le Roy étoit à la fainte Chapelle.
Ont été députez pour aller le re
cevoir & falüer de la part de la Compagnie
, Meffieurs les Prefidens Potier, d'A
figre, de Lamoignon & Portail , & Meffts
Huguet , le Feron , Brayer & Chaffepot,
D Laïcs
496 LE MERCURE
Laïcs , & Meffieurs Cadeau & Mandat
Clercs, Confeillers en la Grand Chambre,
lefquels l'ont conduit en fon lit de Juſti
ce , Meffieurs les Prefidens marchans à
fes côtez , Meffieurs les Confeillers der
riere lui , & le premier Huiffier entre les
deux Huifiers-Maffiers du Roy.
Le Roy étoit précedé de Monfieur le
Duc d'Orleans , du Duc de Chartres ,
du Duc de Bourbon , du Comte de Cha
rollois , du Comte de Clermont , dụ
Prince de Conti , Princes du Sang , &
du Comte de Toulouſe , Prince legitimé,
qui ont pris leurs places , traverlant le
parquet devant eux avoient marché les
Maréchaux de France ci-deflus nommez,
qui avoient pris place , paffant par- deſfous
la Lanterne du côté du Greffe.
Les Chevaliers de l'Ordre , Gouver
neurs & Lieutenans Generaux des Provinces
ci- deffus nommez , ayant pris peu
avant place fur trois bancs dans le Par-
..quet du côté du Greffe , pour éviter la
confufion , quoiqu'ils n'ayent droit que
d'accompagner le Roy , & d'entrer à fa
fuite , étant mandez .
Après le Roy , entra M. Fleuriau d'Armenonville,
Garde des Sceaux , lequel pric
place en un fiege à bras , placé aux pieds
du Roy , couvert de l'extrêmité du même
tapis de velours violet femé de fleursdeDE
MARS 1723. 497
de-lys , qui fervoit de tapis de pied au
Roy , & un Bureau devant lui : Avec
lui plufieurs Confeillers d'Etat & Maîtres
des Requêtes , qui fe placerent fur
deux bancs dans le Parquet devant les
bas fiegés , au-deffous des Pairs Laïcs.
Le Roy s'étant affis & couvert , M.
le Garde des Sceaux dit par fon ordre ,
que Sa Majesté commandoit que l'on prît
féance. Après quoi le Roy ayant ôté &
remis fon chapeau , dit :
Meffieurs , je fuis venu en mon Parlement
, pour vous dire que fuivant la Loy
de mon Etat , je veux deformais en prendre
le gouvernement.
Monfieur le Duc d'Orleans s'étant levé
, & enfuite s'étant raffis & demeuré
découvert , prit la parole , & dit au
Roy.
SIRE ,
Nous fommes enfin arrivez à ce jour
heureux , qui faifoit le defir de la Nation
, & le mien. Je rends à un peuple
paffionné pour fes Maîtres , un Roy dont
les vertus & les lumieres ont prévenu l'âge
, & lui répondent déja de fon bon◄
heur.
Dij
Je
498 LE
MERCURE
Je remets à Vôtre Majefté le Royaume
auffi tranquille que je l'ai reçû , &
j'ofe le dire , plus affuré d'un
repos durable
qu'il ne l'étoit alors.
J'ai tâché de reparer ce que de longues
guerres avoient apporté d'alteration
dans les Finances , & fi je n'ai pû encore
achever l'ouvrage , je m'en confole
par la gloire que vous aurez de le confommer.
J'ai cherché dans vôtre propre maiſon .
une alliance pour Vôtre Majefté , qui en
fortifiant encore les noeuds du Sang entre
les Souverains de deux Nations puiffantes
, les liât plus étroitement d'interêts
l'une à l'autre , & affermît leur tranquil,
lité commune .
?
J'ai ménagé les droits facrez de vôtre
Couronne , & les interêts de l'Eglife ,
que vôtre pieté vous rend encore plus
chers que ceux de vôtre Couronne .
J'ai hâté la ceremonie de vôtre Sacre
¿
pour augmenter , s'il étoit poffible , l'amour
& le refpect de vos fujets pour vôtre
perfonne , & leur en faire même une
religion.
Dieu a beni mes foins & mon travail
& je n'en demande d'autre récompenſe à
Vôtre Majefté que le bonheur de fes peuples
. Rendez - les heureux , SIRE , en
les gouvernant a vec cet efprit de fageffe
&
DE MARS 1725. 499
& de juftice , qui fait le caractere des
grands Rois , & qui , comme tout nous le
promet , fera particulierement le vôtre.
Le Roy répondit.
Mon Oncle , je ne me propoſerai jamais
d'autre gloire que le bonheur de
mes Sujets , qui a été le ſeul objet de vôtre
Regence. C'est pour y, travailler avec
fuccès , que je defire que vous préfidiez
après moi à tous mes Confeils , & que je
confirme le choix , que j'ai déja fait par
vôtre avis , de M. le Cardinal du Bois ,
pour premier Miniftre de mon État. Vous
entendrez plus amplement quelles font
mes intentions , par ce que vous dira M.
le Garde des Sceaux .

M. le Duc d'Orleans s'eft enfuite levé,
& s'étant approché du Roy , ayant fait
une profonde inclination en figne d'hommage,
& bailé la main du Roy , le Roy
s'eft levé , & l'a embraffé des deux côtez
& immediatement après , Mrs. le
Duc de Chartres , le Duc de Bourbon ,
le Comte de Charollois , le Comte de
Clermont , le Prince de Conti , Princes
du Sang , & le Comte de Toulouſe ,
Prince legitimé , ont fait de leurs places
une profonde inclination au Roy , & en
D iij même
300 LE MERCURE
même temps & de la même maniere
M. le Garde des Sceaux , les Pairs Ecclefiaftiques
& Laïcs , les Maréchaux de
France , & generalement tous ceux qui
avoient pris féance , ont fait , de leurs
places , la même profonde inclination .
M. le Garde des Sceaux étant enfuite
monté vers le Roy , agenouillé à fes pieds,
& defcendu , remis en fa place , affis &
couvert , ayantfait figne que chacun pou
voit fe couvrir , a dit.
MESSIEURS ,
Vous venez d'entendre de la bouche
du Roy , qu'il a atteint l'âge , où confor
mément à nos Loix , il doit gouverner
fon Royaume par lui -même ; le premier
Acte qu'il fait de fon autorité eftde reconnoître
les fervices que Monfieur le
Duc d'Orleans lui a rendus pendant fa
Regence , & de lui en demander la continuation
, Sa Majefté ne pouvoit recompenfer
plus dignement que par une confiance
entiere , un defintereffement auffi
parfait , que celui qui a reglé toutes les
démarches de ce Prince.
Dépofitaire de l'Autorité Royale , il
n'a fongé qu'à en remplir les devoirs
Four le bien commun de l'Etat , fans fe
proDE
MARS 1723. Sor
propofer d'y trouver pour lui-même aucun
autre avantage .
Bien different de tant de Princes ambitieux
, qui chargez comme lui de ce facré
dépôt , ne s'en font fervis que pour
s'affurer dans la fuite une autorité ufurpée
, & pour ne laiffer aux Rois Majeurs
, que le titre de la Puiffance dont
ils fe confervoient toute la réalité ; qui
de toutes les Places , & de toutes les Charges
d'un Royaume diftribuées dans les
vûës d'une politique perfonnelle , fe font
fait autant de creatures , & pour mieux
dire , autant de fujets dérobez au Souverain
.
Monfieur le Duc d'Orleans a mis fa
Grandeur à s'oublier lui - même , à êtrutile
autant qu'il l'a pû , fans fonger à fet
rendre neceffaire au- delà des temps marquez
pour fon adminiſtration ; à la quicter
fans avoir pris aucun nouveau titre ,
& n'en remporter que la gloire & la fidelité
de fes fervices , à remettre enfin
le dépôt tel qu'il lui avoit été confié .
En quel état étoit le Royaume lorſqu'il
en prit l'adminiftration ? que de maux à
reparer au-dedans ! que de précautions !
que de fûretez à prendre au dehors !
Nous venions de perdre un Roy , dont
la vie nous cachoit ou nous adoucifloit nos
malheurs , mais dont la mort nous les dé-
D iiij couvrit,
502 LE MERCURE
couvrit , & nous les fit fentir dans toute
leur étenduë.
Cet enchaînement de fuccès & de revers
, qui avoient fait briller tour à tour
la moderation & la conftance de Louis
le Grand , avoit auffi par le befoin frequent
des reffources , épuifé les finances
de l'Etat , le credit étoit perdu , les expediens
ufeż , la confiance anéantie.
Les remedes ordinaires ne paroiffoienz
pas fuffifans à des maux extrêmes ; on
tente toutes fortes de voyes ; on yange
le peuple malheureux de l'opulence de
quelques particuliers : mais cette efpece
de vengeance ne le foulage point ; Papparence
d'un projet plus folide en fait
tenter l'execution ; la Nation s'y porte
avec ardeur ; la confiance renaît , le credit
s'ouvre : mais le defir d'un bonheur
trop prompt & immoderé , force & précipite
un arrangement qui devoit être
conduit avec plus de lenteur , & renfermé
dans certaines bornes.
On eft reduit à revenir à des remedes
plus lents ; on eft obligé de s'avouer que
des maux produits par cinquante ans de
guerre ne peuvent le guerir en un jour ;.
l'ancienne finance avoit fes inconveniens ;
il faut les reformer fans renoncer à ce
qu'elle pouvoit avoir d'utile .
L'ordre établi dès l'année 1716. y avoit
déja
DE MARS 1723 . 503
déja pourvû , & cet ordre confirmé par
diveries operations dans la regie des revenus
du Roy , en a rendu le recouvrement
fimple & facile. Tout ce qui eft levé
fur les peuples commence à être reparti
avec plus d'égalité ; il rentre fans interverfion
dans les coffres du Roy ; il
n'en fort qu'avec regularité , pour multiplier
la circulation & l'abondance dans
toutes les Provinces . Enfin l'effet de cette
adminiſtration fe trouve déja ſi avantageux
, que la premiere année de la Majorité
du Roy peut être comparée à la
plus heureufe du memorable Regne de
Louis XIV.
Les revenus du Roy égalent aujourd'hui
les dépenfes & les charges de l'Etat
. Les vexations fur les peuples , & les
induës joüiffances des exacteurs publics
font abolies ; on voit augmenter la culture
des terres ; les Arts & les Manufactures
fe perfectionnent , & l'accroiffement
du Commerce dofine au Royaume
l'avantage de la balance fur les Étrangers.
Si l'experience d'un petit nombre d'années
produit déja des effets fi fenfibles ,
qui font dûs à la prudence & aux lumieres
de Monfieur le Duc d'Orleans , que
n'a-t'on pas droit d'attendre d'une plus
longuefuite de temps toûjours dirigée par
fes confeils. D Y Ce
504 LE MERCURE
Ce n'étoit pas affez de reparer au-dedans
le defordre des Finances , il falloit
en même temps prévenir au- dehors les
guerres qui en renverſent tout l'arrangement
, & les épuifent au milieu même
des fuccès : & c'eft le deffein que conçût
Monfieur le Duc d'Orleans , malgré les
obftacles prefque invincibles qui le préfentoient.
La Minorité des Rois eft la faifon des
orages ; un Royaume alors plus foible
excite l'avidité des Puiffances voifines ,
& l'inquietude des propres fujets ; lesmoindres
prétentions deviennent des titres
; la foi des Traitez les plus folemnels
eft une foible barriere contre les deffeins
ambitieux ; fouvent les Alliez les
plus fideles croyent remplir tous leurs
devoirs en demeurant fimples fpectateurs.
Nous étions d'autant plus menacez , que
la gloire du dernier Regne avoit allarmé
nos voifins , & que fi les fuccès des armes
pendant le cours des trois dernieres
guerres avoient rendu leurs projets inutiles
, les anciennes jaloufies qui les avoient
fait naître , pouvoient n'en être que plus
vives.
Monfieur le Duc d'Orleans mit fa gloire
à fuivre & à perfectionner le grand
ouvrage que Louis XIV. avoit déja commencé
; il ſe regarda comme ſubſtitué à l'execution
DE MARS 1723. 505
xecution de fes derniers defirs : ce fut
pour lui une loi facrée , de rendre invio-
Table ce qu'il avoit fait pour la Paix , &
felon les voeux de ce grand Prince , de la
rendre ,generale.
Il n'employa au lieu des artifices politiques
, que la raifon même , la force de
l'interêt commun bien expofé , cette
franchife des grandes ames qui fe fait toûjours
fentir , parce qu'elle eft naturelle" ;
& il calma heureufement les foupçons
que les conjonctures avoient fait renaître
ou qu'elles flattoient d'un plus grand
fuccès.
De nouvelles alliances formées au nom
de Sa Majefté , ont confervé la tranquil
lité au - dehors , elles ont jetté les fondemens
d'un repos durable ; & s'il a fouffert
quelque legere alteration par la neceffité
d'arrêter le cours des deffeins d'un
Miniftre ambitieux , ce nuage s'eft bientôt
diffipé , & les noeuds facrez qui nous
uniffent fi étroitement aujourd'hui avec
l'Espagne , ont entierement effacé un trif
te fouvenir.
Enfin , loin que l'éclat du Trône ait
rien perdu de fes avantages pendant la
Minorité , Sa Majefté s'eft acquis une
nouvelle gloire par le fuccès de fes offices
en faveur des Alliez de fa Couronne.
C'est dans la fuite de ces fages Projets,
D vj que
506 LE
MERCURE
que Monfieur le Duc d'Orleans a recon
nu la capacité du Miniftre qu'il avoit
chargé de l'execution . Inftruit par les
évenemens à ne pas accorder trop facile
ment fa confiance , il ne la lui à donnée
qu'après les épreuves les plus difficiles ,
couronnées par les plus grands fuccès . Et
les mêmes motifs déterminent aujourd'hui
le Roy à confirmer le choix qu'il
avoit déja fait de fon premier Miniftre .
Les foins de la Paix n'occupoient pas
feuls Monfieur le Duc d'Orleans , tous les
genres de difficultez lui étoient deftinez
pour en triompher.
Il falloit calmer les troubles de l'Eglife
; ces troubles qui avoient refifté à l'au
torité de Louis XIV . qu'on ne fçauroit
diffiper par la force , & que la raifon entreprend
inutilement d'appaifer. Difpu
tes , negociations , conferences , infinuations
, Monfieur le Regent n'y a rien
épargné. Il a oppofé une conftance inébranlable
aux difficultez fans ceffe renaiffantes
du faux zele ou de l'interêt , & il
a crû enfin ne pouvoir mieux amener la
Paix qu'en la préparant par le filence ,
après avoir toutefois mis à couvert les
Droits facrez de la Couronne & les Liberrez
du Royaume.
Vous en étes , Meffieurs , les Dépofitaires
, le Roy vous a confié cette portion
DE
MARS 1723 .
tion de fon autorité , ufez- en avec la fermeté
que vôtre conſcience exige , & avec
la moderation & le refpect que merite cette
matiere.
Apportez à tous vos devoirs la même
attention & la même exactitude ; fouvenez-
vous que vous êtes Juges quand
vous avez à punir les crimes , ou à rendre
à chacun ce qui lui eft dû ; mais n'ou .
bliez pas l'honneur que vous avez d'être
Sujets d'un auffi grand Roy , quand il
vous fait fçavoir fes volontez..
Que ne doit- on pas attendre de fon Regne
! quel plus beau naturel pouvoit être
cultivé par de meilleurs Maîtres !
Le grand Prince qui a prefidé à fon
éducation , les Perfonnages refpectables
chargez de fa conduite & de fon inftruction
, l'ont enrichi à l'envi de toutes les
vertus Royales & Chrétiennes.
Déja ce jeune Monarque , impatient
d'exercer ces vertus , & capable de tout
le ferieux des affaires, a devancé le
temps
où il devoit s'en occuper , & on le voit
attendre les heures qu'il a confacrées à
s'inftruire des matieres les plus graves &
les plus importantes du Gouvernement ,
avec l'impatience & la vivacité que fon
âge ne donne d'ordinaire qu'aux amuſe--
mens.
Monfieur le Regent ne s'eft pas
contenté
5089 LE MERCURE

tenté de fe refufer à tout ce que des vûës
perfonnelles & intereffées pouvoient lui
préfenter dans le cours d'une adminiftration
auffi longue , & où les occafions font
fi frequentes. Il a fait plus ; il a prévenu
le jour où le Roy devoit gouverner
par lui - même , & auffi defintereffé fur
les connoiffances que fur tout le refte ,
il s'eft empreffé de les lui communiquer
fans reſerve.
Je ne vous cacherai rien , SIRE ,
lui a -t'il dit , pas même mes fautes ;
c'eft ainfi qu'il appelle tout ce qui n'a
pas réüffi pour le bonheur du Royaume.
Il lui a fait connoître ce qu'il devoit
àfon peuple ; il l'a entretenu des grands
principes du Gouvernement ; il lui a dit
la Paix eft le fouverain bien des Etats ;
que
que les guerres ne font juftes que quand
elles font inévitables : il l'a accoûtumé à
décider fur les affaires qui fe font préfentées.
Enfin , il a cherché à mettre le Roy
en état de n'avoir befoin que de lui-même
, avec autant d'attention , que les aures
, dans de pareilles circonftances' , en
avoient eu à fe rendre neceffaires.
Et ce font là , Meffieurs , les dignes
fujets de la reconnoiffance dont le Roy
lui-même donne aujourd'hui l'exemple à
toute la Nation .
Après
4
DE MARS 1723 .
Sog
Après quoi , M. le premier Prefident ,
& tous Ms les Prefidens & Confeillers
découverts , ont mis le genoüil en terre 3 ·
M. le Garde des Sceaux leur a dit , le
Roy ordonne que vous vous levicz , ce
qu'ayantfait , M. le premier Prefident de--
bout & découvert , a dit.
SIRE ,
La joye qui fuccede à l'inquietude que
nous a cauté l'indifpofition de vôtre Ma--
jefté , eft fi grande , que nous ne trouvons
point d'expreffions qui répondent
aux fentimens de nos coeurs.
Vô-
Les marques éclatantes que vos peuples
ont donné de leur amour pour
tre Majefté , peuvent feules lui faire connoître
l'effet que fait en eux le moment
de vôtre Majorité , & le rétabliffement -
de vôtre fanté.
Nous pouvons lui dire qu'Elle tient en
fa main tous les cours , & qu'elle joüit
dès ce moment du plus doux fruit & dus
trefor le plus precieux quepuiffe procurers
le regne le plus long.
Sinous nous fentans engagez plus étroitement
queperfonne à ne vivre que pour
Elle , c'eft par notre conduite que nous
la prions de juger de ce que nous penfons,
STO LE MERCURE
fons , plutôt que par nos paroles.
Prêts à lui rendre compte dans le dernier
détail , & de ce que nous avons
fait , & de ce que nous n'avons pas fait ;
s'il nous étoit échapé quelques fautes ,
nous ferions les premiers à les dépofer
dans le fein paternel de Vôrre Majefté ,
& nous fommes bien fûrs qu'il n'y auroit
rien que la pureté des intentions , & les
circonftances des temps ne fuffent capables
de lui juftifier .
Un Prince Augufte , également diftingué
par la profondeur de fa penetration ,
par la fuperiorité de fes lumieres , par la
douceur de les moeurs , & par une affabilité
qui rendroit aimable le plus fimple
particulier , remet aux mains de Vôtre
Majefté les rênes de l'Etat dans une pro
fonde paix qu'il a ménagée par des foins
infatigables avec tous les Etats voifins .
La connoiffance de l'ancienne Police ,
qui foûtient ce grand Royaume depuis
tant de fiecles contre tous les efforts étrangers
, les arrangemens domeftiques , & le
ménagement des efprits , feront , SI RE,
les occupations & les heroïques amufe→
mens de vôtre jeuneſſe .
Vôtre Majefté trouvera , fi elle le veut,
affez de fecours pour la feconder dans cet
objet , mais qu'elle nous permette de lui
dire , que cet objet en lui- même dépend
de

DE MARS 1723. SIK
de fon coeur , & qu'Elle feule peut y cultiver
l'humanité , la tendreffe pour les autres
hommes , la candeur & la bonté ,
neceffaires à fon bonheur & au nôtre.
fi
Nous ofons lui offrir en nôtre particulier
, ce que nous feuls pouvons peut- être
lui promettre fans mêlange , & fans autre
reſerve que celle qu'impofe le refpect
; ce qu'on peut promettre de plus
utile au Souverain , & de plus onefeux
au Sujet qui le procure , c'eft , SIRE ,
la connoiffance de la verité .
Nous ne nous fentons agitez d'autre interêt
que de celui de Vôtre Majefté , &
de votre Etat Nous croyons pouvoir
nous en vanter à la face de l'Univers ; &
fi Vôtre Majefté veut y prendre quelque
confiance , Elle trouvera que les Sujets
les plus courageux , font toûjours les
plus effentiellement foumis à leur Roy.
Mais elle nous permettra de lui dire ,
qu'ils ne lui font utiles , qu'autant qu'ils
font écoutez , & qu'avec les plus pures intentions
du monde , il n'y a que la liberté
de l'approcher & de le faire entendre ,
qui les mette en état de n'avoir d'égards
& d'attention que pour fon fervice & pour
fa perfonne.
Ce fervice eft , SIR E , l'unique objet
de nos voeux , & nous n'avons befoin,
pour en remplir librement toute l'étendue
St2
LE , MERCURE
due , que de l'affurance de ne vous pas
déplaire.
Nous nous en acquitterons avec des
foins redoublez , & en vous jurant en toute
occafion la même fidelité dont nous avons
toûjours ufé envers les Rois vos prédeceffeurs
, & envers vôtre Majefté jufques
à ce jour , nous ferons tout notre bonheur
de la gloire d'avoir rempli un fi grand
engagement ; & nôtre tranquillité fera
fondée fur le témoignage que nôtre confcience
nous rend , que nous en fommes
pleinement penetrez , & uniquement oceupez.
1
M. le Premier Prefident , ayant fini fon
difcours , M. le Garde des Sceaux remonté
vers le Roy, le genoüil en terre , ayant pris
l'ordre du Roy pour l'enregistrement de fes
Provifions , redefcendu , remis en fa place
& couvert , a dit.
Le Roy m'ayant fait l'honneur de me
pourvoir de l'Etat & Office de Garde
des Sceaux de France , vacant par le decès
de M. d'Argenfon , Sa Majefté or.
donne que lecture foit faite par le Greffier
de fon Parlement des Provifions
qu'elle m'en a fait expedier .
Lefdites Lettres de Provifions ayant
été
DE MARS 1723 ST3
été remiſes en même temps ès mains du
Greffier du Parlement par le fieur de
Montalais , l'un des Secretaires de M. le
Garde des Sceaux , il en a fait lecture
debout & découvert : après quoi M. le
Garde des Sceaux , a dit aux Gens du
Roy qu'ils pouvoient parler.
dit
Les Gens du Roy fe font mis à genoux's
& M. le Garde des Sceaux , leur ayant
que
le Rey ordonnoit qu'ils se levaf
fent, ils fe font level, & Maître Guillau
me de Lamoignon , portant la parole , ils
ont conclu à l'enregistrement defdites Let
tres de Provifions.
M. le Garde des Sceaux remonté au
Thrône , ayant pris l'ordre du Roy, le ge
nouil en terre , a été aux opinions , à Monfieur
le Duc d'Orleans , à Meffieurs , le
Duc de Chartres , le Duc de Bourbon , le
Comte de Charollois , le Prince de Conti
Princes du Sang , à M. le Comte de Touloufe
, Prince legitimé , à Ms les Pairs
Laics qui étoient du même côté, à M les
Pairs Ecclefiaftiques , Maréchaux de
France , Prefidens de la Cour , Confeillers
d'Etat , Maîtres des Requêtes , Prefidens
des Enquêtes & des Requêtes , & Confeil
lers de la Cour.
Puis remonté vers le Roy , defcendu
remiss
51 4
LE MERCURE
remis en fa place & couvert , a prononcé.
Le Roy féant en fon Lit de Juftice , a
ordonné & ordonne , que les Proviſions
de la Charge. de Garde des Sceaux de
France , dont lecture a été faite , feront
enregistrées au Greffe de fon Parlement
pour être executées felon leur forme &
reneur.
Enfuite il eft remonté au Trône du Roy
& a pris l'ordre dudit Seigneur Roy pour
la reception des trois nouveaux Pairs.
Remis en fa place & couvert , il a dit.
Le Roy ayant jugé à propos d'honorer
le Marquis de Biron , le Marquis de Levy
, & le Marquis de la Valliere , de la
dignité de Duc & Pair de France , &
fon Parlement ayant déja procedé à l'enregiftrement
des Lettres que Sa Majeſté
leur a fait expedier à cet effet , & au juge
ment de leurs informations , Sa Majefté
ordonne qu'ils feront prefentement re
çûs , & prendront place après avoir prêté
le ferment accoutumé.
Puis ayant dit qu'on fift entrer le Marquis
de Biron , ledit Marquis ayant quitté
fon épée entre les mains du premier Huiffier
, paffe au premier Barreau debout &
découvert , il a prononcé.
Le
DE
MARS 1723. SIS
Le Roy féant en fon Lit de Juftice , a
ordonné & ordonne , que vous ferez reçû
en la qualité & dignité de Duc de Biron,
Pair de France , en prêtant le ferment
accoutumé .
Puis après le ferment prêté en la maniere
ordinaire , il lui a dit , qu'il prie
place après M. le Duc de Nivernois , ce
qu'il a fait , après avoir repris ſon épée,
Voici la formule du ferment.
Vous jurez & promettez de bien &
fidellement fervir , affifter & confeiller le
Roy en fes hautes & importantes affaires,
& prenant féance en la Cour , rendre la
juftice aux pauvres , comme aux riches ,
garder les Ordonnances , tenir les déliberations
de la Cour Secretes , & en tout
vous comporter comme un bon , fage ,
vertueux & magnanime Pair de France
doit faire.
Puis ayant fait entrer fucceffivement le
Marquis de Levy & le Marquis de la
Valliere , il leur a prononcé l'Arreft de
Leur reception , & fait prêter le fera
ment comme cy- deffus , & leur a dit de
prendre place. Sçavoir , au Duc de Levy
après le Duc de Biron , & au Duc de la
Valliere
516 LE MERCURE
Valliere après le Duc de Levy , ce qu'ils
ontfait après avoir repris leurs épées .
Enfuite M. le Garde des Sceaux eft remonté
au Trône , & le genouil en terre , a
pris l'ordre du Roy pour l'enregistrement
de l'Edit des Duels , & defcendu , affis
& couvert , après avoir fait ouvrir les
portes ,
a dit.
Le Roy ayant fait ferment le jour de
fon Sacre & Couronnement de renouveller
les Edits & Ordonnances des Rois
fes prédéceffeurs pour la prohibition des
Duels , a crû ne pouvoir trop tôt remplir
cette obligation , & a jugé qu'une
Loy auffi fage & auffi neceffaire pour la
confervation de la Nobleffe de fon Royaume
, étoit auffi la plus digne de fes pre
miers foins . Pour cet effet , Sa Majesté a
fait expedier un Edit , lequel confirmant
tous ceux des Rois fes prédeceffeurs , y
ajoûte quelques difpofitions qui lui ont
paru neceffaires pour en affurer l'execution.
Sa Majefté ordonne que lecture en foir
faite par le Greffier de fon Parlement.
L'Edit
ayant été remis au Greffier
du
Parlement
par le Secretaire
de M. le Garde
des Sceaux
, il en a fait lecture
debout
&
deconvert
, & enfuite
M. le Garde
des
Sceaux
DE MARS 1723. 517
Sceaux a dit aux Gens du Roy qu'ils pouvoient
parler.
Auffi-tôt les Gens du Roy s'étant mis à
genoux , M. le Garde des Sceaux leur a
dit, que le Roy ordonnot qu'ils fe levasfent,
& s'étant levez ils ont dit debout &
découverts , Maître Guillaume de Lamois
gnon portant la parole.
SIRE ,
Lorfqu'à l'exemple du feu Roy vôtre
Augufte Bifayeul , nous voyons Vôtre
Majefté confacrer les premiers momens
de la Majorité à l'accompliffement du
Vau folemnel qu'Elle a fait aux pieds
des Autels , de renouveller & de faire
obferver exactement les Ordonnances de
fon Royaume fur la défenfe des Duels ,
nous ne pouvons que former des préfa
heureux pour vos peuples de la fageffe
de vôtre Gouvernement.
ges
Quel bonheur pour les François de
trouver dans le coeur de leur jeune Monarque
les fentimens heroïques qui ont
fait leur jufte admiration dans le plus
grand de leurs Rois , & quelle reconnoiffance
ne devons-nous pas au Ciel ,
après nous avoir enlevé tant de Princes ,
objets de nos plus douces efperances , de
nous avoir dedommagé de ces pertes , en
*nous
18 LE MERCURE
nous donnant dan: le fucceffeur de Louis
le Grand , un dgne fucceffeur de fes
vertus.
Continuez , SIRE , à marcher fur des
traces fi glorieufts ; vôtre heureux naturel
vous y invite , l'éducation que vous
avez reçûë perdant vôtre jeune âge vous
y conduit , & l'experience vous en fera.
bien- tôt connoftre les avantages.
Elle vous apprendra que c'eft la juftice
qui affermit le Trône des Rois , & non
point l'éclat exterieur de l'appareil qui
l'environne , que la conduite du Souverain
eft la premiere Loy des Sujets &
que l'exemple du Monarque a fur eux
plus de pouvoir que la feverité de fes
Ordonnances ; qu'une égalité d'ame toûjours
parfaite , toûjours guidée par la
prudence & par la moderation , un courage
toûjours ferme & inébranlable ,
mais temperé par la clemence & par la
bonté , font des qualitez neceffaires aux
Princes pour leur attirer l'amour des
peuples , & qu'il n'eft point d'autorité
plus flateufe pour un grand Roy , ni plus
folidement établie
celle qui
, que qui s'étend
fur les coeurs Salomon s'affit fur le Trône
de fon pere , il plut à tous tone
Ifraël lur obéit.
,
Que le Ciel ne ceffe jamais de répandre
les plus abondantes behedictions fur
un
3
DE MARS 1723. 519
un Prince qui nous donne de fi grandes
efperances que le nombre de fes années
furpaffe celles de fon prédeceffeur , &
que fes jours foient comptez par les profperitez
dont ils feront accompagnez .
Vôtre pieté , SIRE , & vôtre attachement
à la Religion de vos Peres , dont
Vous nous donnez déja tant de preuves ,
Rous affurent que nos voeux feront écoutez
, & que le Ciel fera defcendre fur
vous un elprit de fageffe & d'intelligence
fuperieure , qui éclairant toutes vos actions
, vous apprendra à gouverner vos
peuples en paix & en juftice , à démêler
la verité à travers les nuages de la flatterie
& des adulations intereffées , &
vous inftruirá de l'ufage que vous devez
faire de vôtre autorité.
Au défaut de l'experience que l'âge
n'aura pû encore vous acquerir , quelles
reffources vôtre Majefté ne trouverat'elle
pas dans les lumieres du Prince à
qui le dépoft du Gouvernement a été confié
depuis la mort du feu Roy , & qui
merite fi juftement que vôtre Majeſté
l'honore de fa confiance.
Nous fommes redevables à fes foins &
à fes travaux de la tranquillité du Royaume
pendant vôtre Minorité & nous
avons vû de nos jours ce que nos peres
n'avoient point jufques ici connu ; une
E Regence
520 LE MERCURE
Regence exempte de troubles .
Il ne s'eft pas borné à procurer le
le repos
de l'Etat pendant le cours de fon adminiftration
, il a porté plus loin fes vûës ;
& voulant par l'alliance qu'il a preparée
à vôtre Majefté , refferrer des noeuds facrez
, que des interefts mal entendus
avoient effayé de rompre , il a tellement
cimenté la paix & l'union dans l'Europe,
qu'il n'eft pas à craindre que de long
temps aucune diffenfion puiffe y donner
atteinte.
Vôtre Parlement , SIRE , chargé de
rendre la Juftice en vôtre nom renouvellera
fon ardeur & fon zele pour s'acquitter
dignement de cette importante
fonction , nous nous diftinguerons toùjours
par les exemples finguliers que nous
donnerons à vos peuples de l'attachement
inviolable qu'ils doivent avoir pour
vôtre facrée perfonne , & nous efperons
meriter la bienveillance de vôtre Majefté ,
par notre foumiffion , par nôtre fidelité
& par nos fervices .
SIRE , nous requerons qu'il plaife à
vôtre Majefté féant en fon Lit de Juftice
, d'ordonner que fut le repli de l'Edit,
dont nous venons d'entendre la lecture ,
il foit mis qu'il a été lû & publié , vôtre
Majefté féant en fon Lit de Juftice , &
regiftié au Greffe de la Cour , pour être
executé
DE MARS 1723. 521
executé felon fa forme & teneur , que
copies collationnées en feront envoyées
aux Baillages & Senéchauffées du Ref
fort , pour y être pareillement lû , publié
& enregistré ; enjoint à nos Subftituts
d'y tenir la main , & en certifier la
Cour a mois.
Enfuite M. le Garde des Sceaux monté
au Trône du Roy , après avoir mis le ge
nouil en terre , a été aux opinions dans l'or
dre cy-deffus marqué.
Puis remonté vers le Roy , redefcendu ,
remis en fa place , & couvert , a prononcé.
Le Roy féant en fon Lit de Juftice ,
a ordonné , & ordonne , que fon Edit
concernant les Duels , fera enregistré au
Greffe de fon Parlement , & que fur le
repli dudit Edit , il fera mis , que lecture
en a été faite , & l'enregistrement ordonné
; ce requerant fon Procureur General ,
être le contenu en icelui executé fe-
Ion fa forme & teneur , & copies collationnées
envoyées aux Bailliages & Senéchauffées
du Reffort , pour y être pareillement
lû , publié & enregistré ; enjoint
aux Subftituts de fon Procureur General
d'y tenir la main , & d'en certifi.r
la Cour au mois . Signé , GILBERT .
pour
Après quoi le Roy eft forti dans le même
ordre qu'il étoit entré.
E ij EDIT
522 LE MERCURE

EDIT DU ROY,
CONTRE LES DUELS.
Donné à Versailles au mois de Fevrier 1723 .
OUIS , par la grace de Dieu Roy de France
& de Navarre : A tous prefens & à venir ,
Salut. Les Rois nos prédeceffeurs n'ont rien
eu plus à coeur que d'abolir dans ce Royaume
le pernicieux ufage des Duels , également contraire
aux Loix de la Religion & au bien de
leur Eftat . Le Roy Henry IV. donna pour cet
effet plufieurs Edits & Declarations , dont les
difpofitions furent non-feulement confirmées ,
mais confiderablement étendues par le Roy
Louis XIII . fon fucceffeur. Le feu Roy nôtre
très-honoré Seigneur & Bifayeul y a pourvû
encore plus efficacement par les differents
Edits & Declarations qu'il a donnez fur cette
matiere pendant le cours de fon Regne , &
fon Edit notammest par du mois d'Aouft 1679.
& fes Declarations du 14. Decembre de la
même année , & du 28, Octobre 1711 , & Nous
avons cru qu'étant parvenu à nôtre Majorité ,
Nous devions , en fuivant un auffi grand
exemple , porter nos premiers foins à confirmer
des Loix auffi fages & auffi neceffaires pour.
la confervation de la Nobleffe , qui eft le plus
ferme appuy de nôtre Royaume , & que la fu
reur des Duels ne pourroit qu'affoiblir inutilement
pour l'Etat C'eft dans la vue d'accomplir
un deffein fi important , que lors de no-

tre
DE MARS´ 17234
123.
tre Sacre & Couronnement Nous avons juré
par le grand Dieu vivant , que nous n'exempterions
perfonne de la rigueur des peines ordonnées
contre les Duels. Et comme l'experience
a fast connoître qu'il n'y a point de Loy
fr préciſe nifi fimple que l'on ne trouve le
moyen d'éluder , pour prévenir déformais les
fauffes interpretations que l'on s'eft déja effor
cé de donner à quelques articles de l'Edit du
mois d'Aouft 1679. contre les intentions du
feu Roy & les nôtres , nous avons jugé à pro
pos d'y ajoûter quelques nouvelles difpofitions
qui ont paru neceffaires ; enforte qu'à
F'avenir ceux qui oferoient contievenir à cette
Loy , ne puiffent échapper à la jufte punition
qu'ils auront meritée . A ces cauſes , & autres
grandes confiderations à ce nous mouvans , de
l'avis de nôtre Confeil , & de nôtre certaine
fcience , pleine puiffance & autorité Royale
nous avons dit , ftatué & ordonné , difons
ftatuons , & ordonnons , voulons & nous plaît
ce qui fuit.
Article premier.
Ies Ordonnances des Rois nos prédeceffeurs
, & notamment l'Edit du feu Roy du
mois d'Aouft 1679. & fes Declarations des 14.
Decembre de la même année , & 28. Octobre
1711. fur le fait des Ducls , feront executez en
tous leurs points , felon leur forme & teneur.
de
II. Voulons conformément à l'article XVIII.
dudit Edit du mois d'Aouft 1679. que tous Gentils-
hommes , Gens de guerre , & autres nos
fujets , ayant droit de porter des armes ,
quelque qualité & condition qu'ils fo'ent , entre
lefquels il y aura eu querelle & démêlé ,
pour quelque fujet que ce foit , dont l'un ou
E iij l'autre
1324 LE MERCURE
l'autre puiffe fe croire offenſé , foient tenus
refpectivement d'en donner avis à nos Couſins
les Maréchaux de France , ou autres Juges du
point d'honneur , pour y être par eux pourvû
fuivant l'éxigence des cas.
III. Si ceux qui auront eu querelle ou démêlé
dont ils n'auront point donné avis à nos
Coufins les Maré haux de France , ou autres
Juges du point d'honneur , fe rencontrent &
en viennent à un combat , voulons que fur la
preuve de ladite querelle , ils foient également
punis de mort , comme coupables du crime de
Duel
IV. Et au cas qu'ils euffent donné avis de
leur querelle à noflits Coufins les Maréchaux
de Fiance , ou autres Juges du point d'honneur
, s'il y a preuve d'aggreffion de part ou
d'autre , & qu'il foit clairement juftifié que la
rencontre n'a point été prémeditée , l'aggreffeur
feul fera puni de mort , pourvû que celui
qui aura été attaqué , foit demeuré dans les
termes d'une legitime défenſe.
V. Ordonnons que l'Edit du mois de Decembre
1704. portant établiffement de peines contre
les Officiers de Robbe , & autres qui ufe.
ront de voyes de fait ou outrages défendus par
les Ordonnances ; enfemble les Reglemens des
22. Aouſt 1653 , & 22. Aouft 1679. faits de
l'ordre exprès du feu Roy par nos Coafins les
Maréchaux de France , pour les fatisfactions
& réparations d'honneur , feront pareillement
executez felon leur forme & teneur .
VI. Ceux qui feront prévenus du crime de
Duel par notorieté , ne pourront être renvoyez
abfous qu'après un plus amplement informé
d'une année , pendant lequel temps ils tiendront
prifon.
VII.
DE MARS 1723. 525
VII. Enjoignons à tous Officiers de nos Juf
tices ordinaires , même à tous Prevofts de
noflits Coufins les Maréchaux de France , ou
leurs Lieutenans , à peine d'interdiction , d'informer
des querelles , outrages , infultes &
voyes de fait dont ils auront avis ou connoiffance
par quelque voye que ce foit , & d'envoyer
leurs procès verbaux & informations à
nofdits Coufins les Maréchaux de France ,
pour être par eux procedé contre les coupables
fuivant la rigueur de no redit Edit , & conformément
aufdits Reglemens .
Vill. Et attendu que les peines portées par
lefdits Reglemens n'ont pas été jufqu'à prefent
fuffifantes pour arrêter le cours de fem
blables defordres , enjoignons à nofuits Coufins
les Maréchaux de France , & autres Juges du
point d'honneur , dé prononcer fuivant l'exigence
des cas , telles peines qu'ils aviferont audelà
de celles portées par lefdits Reglemens ; &
voulons que celui qui en aura frappé un autre
dans quelque cas ou circonftance que ce foit ,
foit puni par dégradation des Armes & de Nobleffe
perfonnelle , & quinze ans dé prifon
après lequel temps , il n'en pourra fortir qu'en
vertu de nos ordres expediez fur l'avis de noldits
Coufins les Maréchaux de France.
IX . Et afin que nos fujets foient encore plus
affurez de nos intent.ons fur l'execution des
difpofitions contenues au prefent Edit , & en
ceux des Rois nos prédeceffeurs , Nous jurons
& promettons en foy & parole de Roy , en
renouvellant le ferment que Nous avons déja
fait lors de nôtre Sacre & Couronnement , de
n'exempter à l'avenir aucune perfonne pour
quelque caufe & confideration que ce puiffe
être , de la rigueur du prefent Edit & des
E
j
préce5.2.6
LE MERCURE
précedens , & qu'il ne fera par Nous accorde
aucune remiffion , pardon ni abolition à ceux
qui fe trouveront prévenus dudit crime de
Duel . Défendons très expreffement à tous Princes
& Seigneurs près de Nous , d'employer aucunes
prieres ou follicitations en faveur des
coupables dudit crime , fur peine d'encourir
nôtre indignation . Proteftons derechef , que
ni en faveur d'aucun Mariage de Prince ou
Princeffe de notre Sang , ni pour les naiffances
des Princes & Enfans de France qui pourront
arriver durant notre regne , ni pour
quelqu'autre confideration generale ou particuliere
que ce puiffe être , Nous ne permettrons
fciemment être expedié aucunes Lettres contraires
à nôtre prefente volonté . SI DONA
NONS , &c.
Lû & publié , le Roy étant en fon Lit de
Justice , & enregistré en consequence de l'Arreſt
de ce jour , ouy ce requerant le Procureur
General du Roy , pour être executé felonfa forme
& teneur, & copies collationnées d'icelui envoyées
aux Bailliages & Senéchaußées du reffort
, poury être pareillement lû , publié & enregistré
; enjoint aux Subftituts de fon Procureur
General d'en certifier la Cour au mois , ce
vingt-deuxième Fevrier mil fept cent vingt- trois,
Signé , GILBERT.
*
POUR
DE MARS 1723. 527
MMMMMMMMM MM MMMMMMM
POUR le jour du Mariage de M. le
Comte de Nancey , fils de M. le Marquis
de la Châtre , avec Mle de Nico
lai , fille de M.le Premier Preſident de
la Chambre des Comptes.
Sous
EPITHALAME
Ous les loix de l'Hymen , époux foyez
heureux ,
Tout concourt au bonheur d'une union fi belle,
Ce Dieu qui favorife & les Ris & les Jeux ,
Les raffemble en ce jour , au Plaifir les appelle,
Et du feu le plus pur fait briller ſon flambeau ,
L'Amour pour contempler de l'époufe nouvelle,
Les graces , les beautez , dignes d'une immor
telle ,
A dévoilé fes yeux , & quitté fon bandeau ,
11, croit voir Venus même , & la prendroit
pour elle ,
Mars paisible à l'époux guerrier ,.
Pour les temps de conquête
Referve le laurier ,
Et cedant à Themis qui prefide à la fête,
Offre à l'époux galant le myrthe aimé des Dieux!
E v Couple
528
MERCURE
LE
Couple illuftre & charmant , rempliffez tous
nos voeux ,
Puiffe au bout de neuf mois , la prudente
Lucine ,
Procurer par fes foins un terme fortuné
Et prefider au premier né
premier for
De la pofterité que le Ciel vous deftine.
MOREAU DE MAUTOUR.
MMMWVKY YYYYYMWYNN YOYOY(3
CONJECTURES fur une petite
Statuë d'Albatre trouvée à Narbonne.
Par M. de Lafont , Chanoine de Saint
Sebastien de la même Ville.
I de Nattung en
y a quelque temps qu'un Artifan
fon , fit la découverte d'une Statuë d'Albatre
qui pouvoit avoir environ fix pouces
'de hauteur , les jambes qui lui manquent
comprifes.
Comme il me paroît affez difficile de
donner une explication sûre , & hors des
atteintes de la critique de ce morceau
d'antiquité , j'ai crû devoir l'expofer aux
yeux des fçavans pour fçavoir leurs fentimens.
En attendant ils me permettront
de

+
DE
MARS 1723. 529
de leur propofer mes conjectures qui
font , que felon toutes les apparences ce
doit être la figure d'un député des Romains
ou de P. Cornelius Scipio Nafica
qui porte la Statue de Cybele , & voici
furquoi je me fonde.
Cybele que
les anciens
ont reveré
comme la Mere des Dieux avoit plufieurs
noms , entre autres
celui de Peffinunte
qui lui avoit été donné , fuivant la remarque
de Danet dans fon Dictionnaire
.
des Antiquitez
Grecques
& Romaines
ou de la Ville de Peffinus , ou bien felon
Herodien , dont le paffage fera raportécy-
après d'un champ de Phrygie
, dans
lequel on prétendoit
que fa Statue étoit
tombée du Ciel , ou enfin d'un lieu appellé
Peffinus
qui fervoit aux Phrygiens
pour celebrer
la fête , car c'étoit dans la
Phrygie
que cette Déeffe avoit fon Temple
& fes bois facrez , fuivant le témoiguage
de Strabon
Geograp . lib. 10. de
Diodore de Sicile lib. 1. de Catule dans
ce vers
Simul ite
fequimini ,
Phrygiam
ad domum
Cybeles , Phrygia
ad nemora Dea , & d'un grand nom-
Bre d'autres
Auteurs.
Cela pofé , nous lifons dans Herodien
que les Romains ayant appris de l'Oracle
que s'ils pouvoient parvenir à tranfporter
E
vj
530 LE MERCURE
à Rome la Déeffe Peffinunte , leur Empire
s'éleveroit au plus haut dégré de grandeur
, envoyerent des députez en Phrygie
pour en faire la demande , & que la
Statue leut fut auffi- tôt accordée , fur ce
qu'ils furent reconnus pour être des defcendans
d'Enée qui étoit Phrygien . ( a )
Le même Hiftorien raconte que c'étoit
une tradition dans le païs que la Statuë
de la Déeffe Peffinunte étoit tombée du
Ciel , qu'on ne fçavoit point de quelle
matiere elle étoit compofée , ni par quel
ouvrier elle avoit été faite , mais qu'on y
étoit perfuadé que ce n'étoit point un
ouvrage de la main des hommes. Il ajoûte
que l'endroit où elle étoit tombée du
Ciel avoit été appellé , de cette chûte ,
Peffinunte , ( b) & c'est pour cette raifon
que Ciceron l'appelloit auffi l'hofpice &
le domicile de la Mere des Dieux , Peffi-
(a ) Mifi in Phrygiam legati funt petitum Deo
fimulacrum , quod quidem facilè conceffum eft
confanguineos fe dictantibus , atque oriundos
ab Area Phryge Herodian. lib. 1. commodus .
(b) Ipfum igitur fimulacrum Coelitus , ut
aiunt , demißum neque quâ fit materiâ neque
à quo fabricatum artifice fatis conftat , neque
plane hominum manibus creditur factum , hoc
igitur decidiffe calitus ferunt in quemdam Phrygria
agrum cui nomen Peffinunti à cafu ejus fimulacri
factum putant. Ibi enim à principio
Compamige. Herod. fuprà
nuntem
DE MARS 1723 53.0
nuntem ipfum fedem Domiciliumque Matris
Deorum. Cicer. de Refponf.
Herodien ne marque point quelle étoit
la figure de cette Statue , ni les Symboles
qui la diftinguoient ; mais nous apprenons
d'Arnobe , que ce n'étoit qu'une
petite pierre , brute & informe ( c'est- àdire,
fans aucune reffemblance humaine )
inégale dans fes angles , plus longue que
large , & d'une couleur enfumée tirant
fur le noir , & après cette defcription il
ajoûte , Eh ! qui croira que cette pierre de
couleur noirâtre qu'on a tirée de la terre
fans qu'il y paroiffe aucune fenfibilité a
été pourtant la Mere des Dieux . (a)
Ovide a dit auffi en parlant de cette
Statuë :
En Moles nativa , loco res nomina fecit ,
Appellant faxum , pars bona Montis ea
eft. Faft. 1. 5. v. 150.
Tite- Live lui a donné de même le nom
de pierre dans le recit qu'il fait de l'Ambaffade
des Romains pour avoir cette
Statuë. Et il nous apprend qu'Attale qui
(a) Lapis quidem non magnus , ferri manu
hominis fine ulla impreffione qui poßet coloris
- fumi atq. atri angulis prominentibus inequalis
&c.... & quis hominum credit terrâ ſumptum
lapidem fenfu agitabilem nullo , fuliginei coloris.
atque atri corporis Deûmfuiße matrem. Arnob,
Contragentes. 1. 8.
532
LE MERCURE
regnoit alors en Afie , ayant reçu favo
rablement les Députez , les conduisit à
Peffinunte dans la Phrygie , & qu'il leur
remit la pierre facrée , que les habitans
du pays difoient être la Mere des Dieux ,
en ordonnant qu'elle fût portée à Rome.
Is legatos comites accepios Peffinuntem
in Phrygiam deduxit , facrumque iis
lapidem quem Matrem Deum incola effe
dicebant tradidit , ac deportare Romam
juffit. Tit. Liv. lib. 29. cap. 2 .
Ovide, qui a fait un beau détail de cette
députation , dit qu'Attale refufa d'abord
la Statue aux Romains ; mais ce peut être
une fiction du Poëte , pour avoir lieu d'étendre
& d'embellir fa narration en faifant
parler la Deeffe. Quoiqu'il en foit
tous les Auteurs qui ont traité ce fujet
conviennent unanimement que la Statuë
fut transferée à Rome ; mais ils ne font
pas tous d'accord fur le temps , non plusque
fur certaines circonftances. Varron
& Tite- Live ( a ) difent qu'elle y fur
reçue le 12. d'Avril fous le Conſulat de
M. Cornelius Cethegus & de P. Sempronius
Tuditanus . Rofin ( Antiq. Rom. l.
1. ch. 4. ) prétend que ce fut l'année
d'auparavant , fous le Confulat de P. Cor
(a ) Varro , de Ling. Latin.
Tit. Liv.l. 29. cap. 14.
nelius
DE
MARS ` 1723. 533
melius Scipio , dit l'Africain , & de P.
Licinius Craffus . Et Aurelius Victor ( de
viris illuft . cap. 47. ) fait cette reception
plus ancienne de 15. à 16. ans , voulant
que ce fut lorfqu' Annibal ravageoit l'Italie
, c'est - à - dire , vers l'an de Rome 533 .
ou 534. Et à ce propos il raconte , que
dans le temps qu'on faifoit monter la Statuë
par le Tibre , le vaiffeau qui la portoit
s'étant arrêté , fans qu'il fût poffible
aux Matelots de le faire avancer la Veftale
Claudia , qu'on avoit accufée fauffement
d'incefte , fe fervir de cette occafion
pour faire éclater fon innocence , &
qu'ayant adreffé fes voeux à la Deeffe ,
elle entraîna le vaiffeau avec fa feule:
ceinture , & le fit ainfi aborder vers Ro
me , où la Statuë fut portée chez Scipion
Nafica , qui avoit la reputation d'un
homme de bien , pour y être en dépôt ,
juſqu'à ce qu'on lui eût bâti un Tem--
ple.
>
Plufieurs anciens Auteurs (4 ) ont fait
mention de cette avanture de la Veftale.
Ovide l'a celebrée dans fes Vers ( Faft
( a ) Diodor. Sicul. l. 4.
Solin. cap. 7.
Herodot. l. 1. Commodus.
S. Aug. de Civit . Dei l. 10. cap. 16.
Tertull. in apologet..
Minut. Felix in Octavio.
Sil. Ital. de bello Punico . lib. 17.
lib..
534
LE MERCURE
lib. 4. ) Properce en dit auffi un mot;
mais Tite- Live raconte la chofe un peu
differemment. Selon lui , P. Cornelius
Scipio Nafica reçut ordre d'aller à Oftie
avec toutes les Dames Romaines , audevant
de la Statuë , de la tirer du vaiffeau
, & de la faire porter par ces Dames.
Il s'acquitta de fa commiffion , &
la Statue fut remife premierement dans
les mains des plus qualifiées , du nombre
defquelles , continuë- t'il , étoit Claudia
Quinta , dont la reputation , auparavant
douteuſe , fut rétablie par cet acte de religion.
Des mains de celle- ci la Statuë
paffa dans celles des autres Dames , &
ainfi fucceffivement des unes aux autres,
jufqu'à ce qu'elle fut arrivée à Rome.
Quoique tous ces divers témoignages
ne foient pas uniformes en tous points , il
en refulte pourtant , que la Statuë que
l'homme porte entre fes bras , doit être
celle de Cybele , parce qu'elle n'eft
qu'une pierre informe , telle que les Anciens
l'ont décrite. Ce qui me le perfuade
encore mieux eft la petite figure
qu'on a gravée fur cette même pierre ,
laquelle tient dans fa main droite une
branche d'arbre, d'où pendent deux pommes
qui felon toutes les apparences ,
font des pommes de pin , figure au refte
qui fut fans doute tracée par le même
"
Sculpteur
DE MARS 1723 S35
Sculpteur qui fit l'ouvrage , parceque
perfonne nepût douter que c'étoit la Sta
tue de Cybele , telle qu'elle avoit été
tranfportée de Phrygie. Ĉar tout le monde
fçait que le Pin étoit un arbre confacré
à Cybele , & l'on ignore encore
moins l'avanture du beau Phrygien qui
y donna lieu ; auffi dans la plupart des
reprefentations qui ont été faites de cette:
Deelle fous une figure humaine , & dont
on trouve plufieurs images dans les Antiquitez
du celebre Boiffard . On remarque
que le Pin , ou les fruits de cet arbre
font les fymboles qui les caracteriſent .
Quant à l'homme qui tient la Statue
de Cybele dans fes mains , il y a auffi
lieu de croire , par tous les paffages rapportez
ci-deffus , que ce doit être , ou
l'un des Romains envoyez en Phrygie
pour la demander , ou P. Cornelius Scipio
Nafica , qui fut chargé de faire les
honneurs de fon entrée dans Rome , &
de la garder en dépôt , jufqu'à ce qu'on
lui eut élevé un Temple.
J'aurois pû rapporter un plus grand
nombre d'autoritez pour appuyer mon
opinion , mais celles- ci m'ont paru fuffifantes
, & je fouhaite que mes conjectures
puiffent paffer dans l'efprit des Sçavans
pour un jugement décifif.
A Narbonne ce 24 Juin 1722.
M.
536 LE MERCURE
,
M. de la Font , Chanoine de l'Eglife
de faint Sebaftien de Narbonne , Au
teur de la Differtation qu'on vient de lire
s'attache depuis long-temps avec
beaucoup d'ardeur , à la recherche des
monumens antiques de cette ville . Il
écrit à un de fes amis, qu'il a déja recueilli
près de fix cens Infcriptions latines dans
les maisons des particuliers ou autour
des remparts , avec un grand nombre de
figures & bas- reliefs , qui feront inferez
dans un ouvrage qu'il eft prêt d'achever ,
& qui aura pour titre Narbonne ancienne
, ou fon origine & fon progrès , fa
fplendeur & fon Gouvernement , fa def
cription & fa Religion , fes funerailles &
fes monumens dans l'Antiquité. Hiftoire
tirée des Auteurs & des marbres anciens,
enrichie de Differtations curieufes , qui
font un corps d'Antiquite7 Romaines . Ćet
Ouvrage fera en trois volumes in 4. ou
infolio , fuivant les caracteres dont on fe
fervira .
L'Auteur a fait auffi des Notes fur la
belle Infcription qui eft à Narbonne ,
concernant le voeu & la confecration de
P'Autel d'Augufte , lefquelles il compte
de donner feparément de fon grand Ouvrage.
SIXAIN ,
DE MARS 1723. 537
SIXAIN.
E plaindrai toujours le Rival
JD'un Amant riche & liberal
D'un Amant riche & liberal ,
Quand on gémit auprès des Belles ,
Les foupirs ne fe comptent pas ,
Mais quand on répand des ducats ,
Ils font comptez des plus cruelles .
POMPE FUNEBRE
de S. A. S. Madame la Princeffe .
M
Adame la Princeffe , Anne Palatine
de Baviere , veuve de Henri-
Jules de Bourbon , premier Prince du
Sang , mourut le 23. Fevrier 1723. à une
heure & un quart après midi .
Le Roy ayant ordonné qu'on lui rendît
les honneurs dûs à une premiere Princeffe
du Sang , fon corps fut expofé fur
fon lit de mort , avec dix - huit chandeliers
d'argent autour , & une credence
aux pieds , où étoient une Croix , quatre
chandeliers & un benitier d'argent.
Ses aumôniers fe mirent à la droite au
chever
338 LE MERCURE
chevet fur des ployans , Me d'Iliers , faifant
la fonction de Dame d'Honneur , fè
mit à gauche au chevet fur un ployant ,
& Mlies de Guytaut , Filles d'Honneur ,
auffi fur des ployans en retour ; les Femmes
de chambre derriere elles fur une
forme. Du côté des Aumôniers furent
placez M. de Cardelan , Chevalier
d'Honneur , & les Gentilshommes de la
Princeffe enfuite de l'Aumônier , fix.
Prêtres de faint Sulpice d'un côté , & fix
Cordeliers de l'autre , affis fur des for
mes , la face tournée vers le corps . commencerent
à pfalmodier.
5.
Elle refta en cet état jufques au Mercredi
450 Mars au foir , qu'elle fut ouverte
& embaumée . Son corps fut mis dans
un cercueil de plomb , & celui de plomb.
dans un de bois , couvert de velours noir,
avec une Croix de moire d'argent , & une
plaque de cuivre fur l'un & l'autre cercueil
, où étoit gravé.
Ici eft le corps de très - haute , très -puiffante
& très-excellente Princeffe , Anne
Palatine de Baviere , veuve de très - haut,
trés - puiffant & très - excellent Prince ,
Henri- Jules de Bourbon , premier Prince
du Sang , décedée le 23. Fevrier 1723 .
âgée de 74. ans 11. mois 10. jours.
Son
DE MARS 1723. 539
Son coeur fut mis dans un coeur de
plomb , & celui ci dans un de vermeil où
étoit gravé.
Ici eft le coeur , &c.
Les entrailles furent mifes dans un ba
il de plomb , & celui de plomb dans un
de bois , couvert de velours noir croifé dé
moire d'argent avec la même infcription ..
Le cercueil , la boëte du coeur , & celle
des entrailles refterent dans la même
chambre jufques au Samedi matin 27 .
Fevrier , qu'ils furent transferez dans la
chambre de parade , par huit Valets de
Chambre , précedez de l'Aumônier &
des Prêtres de faint Sulpice.
Le cercueil fut placé fur un eftrade de
trois degrez , & couvert d'un poile de
velours noir croifé de moire d'argent ,
garni d'une large bordure d'hermine , aux
armes de Bourbon & de Baviere. Des
Cordeliers pfalmodioient autour .
Au- deffus de l'eftrade étoit un dais de
velours noir , à piliers & crépine d'argent
, armoiriez für les pentes , & croiſe
de moire d'argent au fond & au doffier
& des écuffons dans les quatre coins .
L'eftrade étoit chargé de 80. chandeliers
d'argent ; la chambre foncée de noir
haut & bas à deux lez de velours , garpis
d'écuffons , fix grandes armoiries
540
LE MERCURE
fix girandoles chargées de bougies , & deux
Autels vers les pieds de l'eftrade , avec des
paremens de velours croilé de moire haut
& bas , de fix chandeliers & d'une Croix
d'argent. Sur le cercueil étoit à la tête
la Couronne d'or , pofée fur un carreau
couvert d'un crêpe , & au milieu du cercueil
, le coeur auffi couvert d'un crêpe.
. La grande porte de l'Hôt. étoit tenduë
de noir , à deux lez de velours armoiriez ;
toute la cour l'étoit jufqu'au to &t ; deux
lez de velours avec une grande armoirie
fur la porte du perron ; tout le de
gré & huit grandes falles ou chambres ,
faifant tout le tour du corps de logis , tenduës
de noir , avec des lez de velours ,
armoiriez fur les portes.
Dans la chambre de parade il y avoit
deux formes arrêtées , qui fervoient de
barriere avec un paffage au milieu . Le
benitier étoit aux pieds de l'eftrade . Deux
Herauts d'Armes , affis chacun fur un tabouret
, les Aumôniers , les Dames &
les Officiers placez comme dans la chambre
du trépas.
Plufieurs Dames de qualité fe rendirent
au petit Luxembourg , pour être de
garde dans la chambre alternativement
pendant le temps du dépôt ; fçavoir ,
Meldames de Carman , de Montboiffier ,
de Flamarin , de Biffi , de la Riviere , >
de
DE MARS 1723 . $ 45
de Paumy , de Croifly , d'Ancezune , du
Pleffis- Châtillon , de Tianges , de Peyre,
de Pont & de Saillant.
Sx Prêtres de la Paroiffe & fix Cordeliers
pfalmodioient jour & nuit.
M. le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris , vint le 27. Fevrier fur
les trois heures , avec les Chanoines de
Nôtre- Dame donner de l'Eau - benite .
Les Auguftins du grand Convent , vin
rent le même jour & les jours fuivans , le
Curé de faint Sulpice , les Carmes de la
Place Maubert , les Benedictins , & les
Jacobins de la rue S. Jacques , & douze
Jefuites de la Maiſon Profeffe , de même
que les Capucins .
Le Dimanche 28. il fut dit un grand
nombre de Meffes aux Autels preparez
dans la chambre..
A midi & demi M. le Comte de Charolois
vint avec plufieurs Gentils- hommes
, en manteau à queue traînante ,
portée par fon Ecuyer , il fut reçû à la
defcente du caroffe , non - feulement par
les Officiers de la Princeffe , mais par
Ms le Comte de Blanzac , le Marquis
de Royes & le Marquis de Carman , &
conduit à la falle de defcente où les Offciers
des Ceremonies le vinrent prendre
pour le conduire à la chambre de parade
; la Dame- d'Honneur , les Fillesd'Honneur
542 LE MERCURE
d'Honneur , & les Femmes de Chambre
s'avancerent au devant de lui dans la
piece joignante. Le Roy d'Armes lui
prefenta l'afperfoir , un autre Heraut le
carreau , il fut enfuite reconduit à fon
caroffe par les Gentils - hommes & les
parens.
Sur les trois heures vingt Archevê
ques ou Evêques vinrent jetter de l'eaubenite.
>
Le foir du même jour vers les fept
heures , les entrailles furent portées à
S. Sulpices deux Valets de Chambre
prirent le baril qu'ils mirent dans un ca-
Foffe de deuil precedé de fix Valets de
Pieds avec des flambeaux , & dans ce
caroffe monterent l'Aumônier , & deux
Gentils - hommes ; le Curé de S. Sulpice
avec grand nombre de Prêtres les reçût
à la porte de l'Eglife , & marcha devant
jufques à la porte de la Chapelle où elles
furent miles .
Le Lundi premier Mars à neuf heures
du matin vint l'Univerfité , le Recteur à
la tête.
A onze heures M. le Comte de Tou-
Loufe avec un manteau à queue traînante ,
& il fut reçû comme M. le Comte de
Charollois.
A onze heures & demie M. de Remont
, Introducteur des Ambaffadeurs
' amena
DE MARS 1723 . 543
1
amena le Nonce & les Ambaffadeurs
d'Eſpagne , de Sardaigne & de Malthe .
A midi & demi le Parlement vint ,
M. le Premier Prefident à la tête .
La Chambre des Comptes vint enfuite
, & la Cour des Aydes.
Le Corps de Ville , M. le Prevoft
des Marchands à la tête.
Les Treforiers de France.
La Cour des Monnoyes.
Sur les 3. heures & demie Mlle de
Charolóis , & Mle de la Roche -fur -Yon
furent reçûës comme les Princes du Sang;
elles étoient en mantes , portées par des
Gentils - hommes , leurs Ecuyers leur
donnant la main.
M. le Duc de Chartres årriva dans le
même temps , il fut reçû comme M. le
Comte de Charolois .
Le Mardi deuxième Mars , M. le Prin
ce de Conti vint fur les 3. heures & demie
, il fut reçû comme M. le Duc de
Chartres & M. le Comte de Charolois .
M. le Comte de Clermont vint le 3 .
Mars , & fut reçû comme M. le Duc de
Chartres , M. le Comte de Charolois ,
& M. le Prince de Conti.
Pendant tous ces jours le Grand - Maître
& le Maître des Ceremonies s'y font
trouvez par ordre du Roy.
Enfin le 3% Mars vers les fept heures
F du
544 LE MERCURE
du foir le corps fut porté au Convent des
Carmelites , fuivi de Mela Ducheffe
qui étoit accompagné de Madame la
Princeffe de Guyfe , & de Meſdames de
Royes , de Montboiffier , & de plufieurs
Des de fa maifon , & de celle de Me la
Princeffe , Mlle de Brionne devoit auffi
accompagner S. A. S. mais une incommodité
confiderable qui lui furvint l'empêcha
de fe trouver à la Ceremonie.
Le corps fut preſenté aux Religieufes
par M. l'Evêque d'Auxerre , qui fit un
difcours , auquel M. l'Abbé Vivans , Superieur
de la Maifon répondit , & le
corps fut inhumé dans le caveau que
Me la Princeffe avoit choifi de fon vivant
pour fa fepulture.
*******************
N
PREMIERE ENIGME.
Ous fommes un nombre de foeurs ;
Toutes à peu prés du même âge ,
Qui ne craignons pas les voleurs
De boürfe , ni de pucelage .
Nous logcons fous le même toit
Et vivons toûjours en concorde ,
Ne fouffrant pour quoi que ce foit ,
Jamais entre nous de difcorde.
L'on
DE
MARS 1723.
545
L'on ne fçauroit nous feparer ,
Et chaffer de nôtre demeure ,
A moins que de nous en tirer
Avec une force majeure.
L'un des grands plaifirs de la vie ,
Sans nous feroit fort imparfait ,
Sans nous , à la belle Silvic ,
Al manqueroit un grand attrait.
SECONDE ENIGME.
CHoifi
Hoifi par beaucoup de raifons ,
Je fers de couverture , & de fenêtre enſemble ,
Dans de certains païs plus d'un époux en trem
bie ,
Lorfque je fuis dans leurs maifons ;
Ami lecteur , que vous en femble ?
Ne vous ai-je jamais porté de coup au coeur ?
Sans vous y comparer , le foldat déferteur
Eft au nombre de ceux que mon afpect étonne;
Et quand mon maître m'abandonne ,
La réſolution n'en eft point fans terreur .
Fij
TROI546
LE
MERCURE
J
TROISIEME ENIGME.
E fuis beaucoup plus vieux qu'Herode ,
4
J'étois jadis plus à la mode ,
Souvent entre deux fers l'on riſque à me rôtir
Et je ne fuis plus bon maintenant qu'à bouillir.
Il eft cent bons endroits, ou quand l'on me dés
couvre ,
Je fais broncher le plus fort appetit ,
Il m'importe très peu d'être grand ou petit ,
Je me trouve par tout , & fouvent dans le
Louvre.
Je fuis en tous païs fous plus d'une couleur ,
Enfin je veux un jour, moins en tous lieux qu'en
France ,
Malgré reproche & réſiſtance
Reprendre mon credit , & ma premiere odeur,
Le mot des Enigmes du dernier mois
font la Quenouille , la Taupe & le Chapean.
NOUVEL
DE. MARS 17237 547
******************
NOUVELLES LITTERAIRES.
I
DES BEAUX ARTS , & c.
NSTRUCTION fur les difpofitions
Penitence & d'Euchariftie , tirée de l'Ecriture
fainte , des SS . Peres , & c. pour
fervir de conduite à ceux qui en approchent
fouvent. Vol . in 12. 4. édition ,
Paris , chez Desprez, rue S. Jacques .
LA LOGIQUE , ou l'Art de penfer , 6.
édition , vol . 12. à Paris , chez le même.
MORALE CHRETIENNE , rapportée
aux inftructions que Jefus- Chrift nous a
données dans l'Oraifon Dominicale , 7.
édition , à Paris , idem in 4 .
HISTOIRE des Sacres & Couronnemens
de nos Rois faits à Rheims , à commencer
par Clovis jufqu'à Louis XV.
avec un recueil du Formulaire le plus
moderne , qui s'obſerve aux Sacres &
Couronnemens des Rois de France ; contenant
toutes les Prieres , Ceremonies &
Oraifons , le tout tiré d'Auteurs fideles .
Fiij
Par
548 LE MERCURE
Par M. R. C. à Rheims , chez R. Florentin
& F. Godard , Libraires , 1722. in
12. de 378.pages .
RELATION & DISSERTATION fur
la Pefte du Gevaudan , dédiées à M. le
Maréchal de Villeroy. A Lyon , de l'Imprimerie
de Pierre Valery , & fe vend à
Paris chez J: Jombert , ruë neuve de
Richelieu , près la Sorbonne , 1722. in
12. de 188. pages .
LA MUSIQUE Theorique & Pratique
dans fon ordre naturel ; nouveaux
principes par M... A Paris , chez J. B.
C. Ballard , 1722 .
PROJET de taille tarifiée , pour faire
ceffer les maux que caufent en France les
difproportions reconnues dans les repartitions
de la taille arbitraire . Par M.
l'Abbé de S. Pierre. A Paris , ruë S. Jacques
, chez Emeri , fils , Quay des Auguftins
, chez Saugrain l'aîné , & chez
P. Martin , 1723. in 4.
NOVUS MEDICINE CONSPECTUS ,
& c. Nouvelle Idée de la Medecine , & c.
avec un Traité de la Pefte , & c. A Paris,
chez G. Cavelier , ruë S. Jacques , 1722.
2. vol. in 12.
TRAITE
DE MARS 1723. $ 49
,
TRAITE' des Contrats de Mariage
Contenant un Recueil des maximes les plus
approuvées pour les regler & les dreffer
avec précaution , & les claufes differentes
dont ils peuvent être compofez , fuivant
l'ufage des Coûtumes de France &
du Droit écrit pratiqué en ce Royaume.
2. édition revue , corrigée & augmentée.
A Paris , au Palais , chez D. Beugné ,
1722. in 12. de 682. pages .
François Chaugniou , Libraire à Amfterdam
, imprime le Babillard , en François
& en Hollandois , en 4. vol . in 12 .
Ouvrage traduitde l'Anglois de Mrs Addifon
& Steele.
,
LETTRE au Docteur Freinde , montrant
le danger & l'incertitude d'inferer
la petite verole. Par Guillaume Vvagstaffe,
Docteur en Medecine membre du
College des Medecins & de la Societé
Royale , & c. A Londres , chez T. Payne,
à la Couronne d'or , dans Pater - Nofter-
Rovu. 1722. in 8. pp . 45.
REFLEXIONS fur l'Hiftoire des Juifs ,
fur la ruine de leur Republique , fur le
Meffie , & fur l'incredulité de ce peuple
, & c . 2. vol . in 12. A la Haye , chez
Jean Neaulme.
Fi
ANEC550
LE MERCURE
ANECDOTES ou Hiftoire fecrette de
la Maifon Ottomane. 2. vol. in 12. en
quatre parties, d'environ 250. pages chacune.
A Amfterdam , par la Compagnie
des Libraires, 1722 .
REFLEXIONS de M. Beffinis Medecin
de Montpellier , fur la differtation de
M. de Peftaloffi , Medecin de Lyon , laquelle
a remporté le prix de l'Académie
Royale de Bordeaux' pour l'année 1722 .
A la Haye, brochure in 12. de 101. pages.
DISSERTATIONS fur le culte que les
Grecs & les Romains ont rendu à Antinous
, Favori de l'Empereur Adrien , &
à Comus , le Dieu de la Joye , des Plaifirs,
des Ris , des Feftins & des Bals . Par
M. de Riencourt , Avocat en Parlement.
A Paris , chez E. Ganeau , Libraire , ruë
S. Jacques 1723. in 4. de 78. pages.
Ces deux Differtations ne font qu'un
effai , & un commencement de toutes les
autres Differtations qu'a faites cet Auteur
, furut ce qui a fait l'objet de
de l'idolâtrie des payens . Cet Ouvrage
a été vû & approuvé par M. l'Abbé Richard
, Cenfeur Royal dès l'année 1718.
par ordre de M. d'Argenfon , Garde des
Sceaux. M. de Riencourt a toûjours differé
de le faire imprimer. Le public en
eft.
DE MARS 17237
eft redevable à M. l'Abbé Richard , toûjours
zelé pour enrichir laRépublique des
Lettres. Cet Abbé veut bien fe rendre
auffi garant de la promeffe qu'a faite
l'Auteur de publier une curieufe Differtation
fur la fortune.
Difcours prononcez dans l'Académie
Françoife le jeudi 25. de Fevrier 1723 .
à la reception de M. l'Abbé Houtteville ,
brochure in 4. de 19. pages . A Paris
chez Jean Baptifte Coignard 1723 .
Les Peres de l'Eglife nous ont appris
que tout ce qu'il y avoit de réel & de
Phyfique dans la nature venoit de Dieu ;
que l'éloquence étoit bonne en elle - même
, & qu'ainfi l'on pouvoit lire les Auteurs
profanes pour y puifer des expreſfions
que l'on pût enfuite employer à des
ufages plus faints. On ne doit donc pas
être furpris que l'Auteur du livre de la
Religion prouvée par les faits loue dans
fon difcours les tendres Paftorales de M.
de Fontenelle , les Tragedies & les Comedies
de ces derniers temps , & les autres
ouvrages profanes de nos plus illuftres
Académiciens .
Ce difcours eft écrit avec la même
éloquence que M. l'Abbé Houtteville
nous a fait paroître dans fon grand ouvrage
de la Religion prouvée par les faits .
Fv Nous
552
LE
MERCURE
Nous allons rapporter ici quelques traits
de ce difcours .
En entrant dans cette illuftre Compagnie
Vous avez tous reconnus que l'honneur d'y
être admis épuifoit la plus vive reconnoiffance.
Lors même que la vôtre s'expliquoit
avec tant de grace , vous reprochiez
encore à l'esprit de feconder mal vos fentimens
. Au milieu de ces tours inefperez
qui varioient fi noblement un hommage
tant de fois rendu , vôtre éloquence modefte
fe plaignoit à ceux qu'elle venoit remercier
, de lui avoir enlevé ce qu'elle
auroit dû leur dire. Quelle doit donc être
ma peine à moi qui n'apporte parmi
vous qu'un coeur penetré de la grace que
vos fuffrages m'accordent.
La vraye reconnoiffance que vous exigez
de ceux que vous adoptez , eft de fe
rendre plus parfaits .... Je fuis docile &
encore dans l'âge des leçons , fenfible aux
charmes de l'étude , avide de connoître ,
épris des grands modeles ; & quand je
defefpere d'en être le rival , glorieux au
moins d'en être le difciple . Quel avantage
pour moi de les trouver , parmi ceux
dont je deviens le confrere ! Ce titre que
je prononce avec tranfport va donc me
donner droit à vos connoiffances , m'affo
cier à vos lumieres , & m'ouvrir tous vos
tréfors . J'aime à parcourir déja les fecours
DE MARS 1723. 553
cours qui me font deſtinez , & les richeffes
qui m'attendent. Ici me ſeront
confiez les plus intimes fecrets de l'art.
Vous m'infpirerez ce goût du beau , ce
difcernement exquis & judicieux , ce
choix délicat , ce naturel gratieux &
doux cette aimable & délicieuſe fimplicité
, ce caractere de fublime & de
force , qui dans les divers genres mettent
le prix aux productions de l'éloquen ce ;
vous m'apprendrez à fentir ce qu'elle
avouë , & ce qu'elle reprouve , ce qui eft
dans le vrai , ce qui n'eft qu'impofant
, & c .
>
Après cette peinture de l'éloquence
de l'Académie , M. l'Abbé Houtteville
paffe à l'éloge du Cardinal de Richelieu :
cet homme encore plus loüable qu'il n'a
été loué ne renferma pas fes vûës dans les
courtes limites du prefent , il fçût prévoir
& arranger de loin. Lors même qu'il faifoit
agir les refforts de la plus profonde
politique , qu'il reculoit nos frontieres ,
&c. Au milieu de ces penibles veilles , il
fongeoit à vous , Meffieurs , & il y fon-.
geoit comme à la plus noble , & à la plus
durable portion de fa gloire : il avoit élevé
nôtre Monarchie à la hauteur des plus
grands Empires de l'Univers. Mais nous
cedions encore le pouvoir de la parole , &ª
c'est à vous qu'il voulut qu'un jour la
France
F vj
554
LE MERCURE


France pût difputer de genie avec Athe
& avec Rome. Enfuite il fait voir
que les Académiciens ont rempli les eſperances
de ce grand Cardinal , & qu'ils
ont furpaffé les Auteurs les plus fameux.
de l'Antiquité. En moins d'un fiecle vos
heureux travaux nous ont reproduit des
Sophocles , des Euripides , que toutes
les nations traduifent à l'envi , un autre
Homere a parlé vôtre langue avec la
fageffe de Virgile. C'eft la vertu ellemême
qui l'inftruit à former les Rois.
Ses pures leçons raviffent l'autre &
l'harmonie poëtique de fa proſe enchante
l'oreille.... Theocrite & Virgile fe font
fait entendre parmi nous . Ce font les mê- .
mes Bergers , mais leurs concerts font
plus élegants , plus tendres , & ils choififlent
mieux les fujets de leurs chanſons.
......... Je ne fuis point étonné qu'après la
perte de Seguier , fi capable d'effuyer vos
premieres larmes , vôtre protecteur ait été
celui de l'Eglife & des Rois . Il falloit
le plus grand homme fut à la tête de
la plus brillante compagnie de l'Europe ,
que vous marchaffiez ensemble à l'im·
mortalité. Louis par les exploits qu'il vous
donnoit à celebrer. Vous par le foin de
les tranſmettre à l'avenir , & de les lui
rendre croyables. Vous avez chanté les
victoires d'un regne fi fecond en prodiges,
que
ع ب
aujourDE
MARS 1723 555
aujourd'hui s'ouvre une carriere nouvelle
à vos talens. Un jeune Roy que la Provi
dence tenoit en réserve pour perpetuer
l'honneur de fa race , prend les rênes de
fon Empire , & commence l'exercice de ce
vafte pouvoir qu'il a reçû de fes ancêtres.
Heritier de leurs vertus autant que de
leur Couronne ; tout nous flate de retrouver
en lui la pieté folide de fon pere......
& pourquoi donnerions-nous des bornes
à nos efperances ? ...... Graces à la fageffe
du Prince , digne dépofitaire du Sceptre ,
une tranquille paix regne fur nous , &
toute l'Europe en reffent les douceurs.....
L'Eglife de France voit s'éteindre chaque
jour les conteftations nées d'un zele
contraire...... un Miniftre defoccupé de
lui -même , & feulement ambitieux pour la
gloire de fon Maître , enfante , execute
les plus nobles , les plus utiles deffeins . Genie
penetrant , fublime , fort , & plus
grand que fa fortune , habile dans l'art de
faire ceder aux feules forces de la raison
ceux qui pourroient réfifter à toute autre
puiffance. De l'éloge de M. le Cardinal
du Bois , M. l'Abbé Houtteville paffe à
celui de M. l'Abbé Maffieu dont il remplit
la place. Voilà , Meffieurs , dit- il ,
fous quels aufpices va commencer le nouveau
regne. Approuvez que je cede à
l'impatience de loiier bien- tôt avec vous
les
.
556 LE MERCURE
les grands évenemens qu'il préfage , &
qu'au moins par cette ardeur je tente d'adoucir
les regrets que vous donnez à
celui dont j'occupe la place. Je croi le
voir cet homme vrai fimple , modefte ,
orné feulement de fa vertu & des richeffes
de fon fçavoir , & c. Ce difcours eft
fort éloquent plein de traits vifs , & furtout
de tranfitions heureuſement amenées .
M. l'Abbé Mongin , Directeur de
l'Académie répondit avec beaucoup de
nobleffe & d'éloquence , fon difcours merite
d'être lû tout entier .
Le fieur Chevillard , le pere , Hiftoriographe
de France , & Genealogifte du
Roy, qui nous a donné une Carte du Sacre
du Roy , annoncée dans le Mercure du
mois de Novembre 2. vol . nous vient de
donner une addition à ladite Carte , qui
doit être collée en bordure autour de
celle qui a été annoncée. Cette grande
Carte eft difpofée de cette maniere , les
armes du Roy font au milieu avec les
ornemens Royaux , furmontez d'une Colombe
qui tient en fon bec la Sainte
Ampoulle , au côté droit font les Princes
reprefentans les anciens Ducs & .
Comtes , Pairs feculiers , & à gauche les
Pairs & Comtes Ecclefiaftiques . Au
milicu , & fous les armes du Roy font
celles
DE MARS 1723. S$7
celles de l'Archevêque de Rheims confacrant
, qui eft à côté des Evêques de
Soiffons & d'Amiens , Diacre & Sous-
Diacre , proche defquels font placésles
Cardinaux de Rohan , Grand Au
mônier , & du Bois , principal Miniftre
d'Etat , au deffous font les grands Officiers
de la Couronne titulaires , & reprefentans
les Maréchaux de France qui
ont porté les honneurs , les Seigneurs
qui ont porté les Offrandes , & ceux qui
ont été chercher la Sainte Ampoule , &
qui ont fervi d'ôtages. Au bas eft placé
au milieu le Prince Charles de Lorraine
, Grand Ecuyer qui a porté la queuë
du Manteau Royal , & qui eft accofté à
droit des deux Capitaines des Gardes du
'Corps. Le premier pour la Garde Ecoffoife,
& le fecond celui de quartier , de
l'autre côté le Colonel du Regiment des
Gardes Françoifes , & le Capitaine des
Cent Suiffes de la Garde du Roy ; au
deffous font placées le Grand- Maître des
Ceremonies , le Maître , & l'Aide des
Ceremonies. Toute cette premiere Carte
eft couverte du grand Manteau Royal ,
fommé de la Couronne de Charlemagne.
L'adition eft compofée de cette maniere
, au haut il y a pour titre Sacre du
Roy Louis XV. reprefenté en Armoiries
fuivant l'ancien usage d'élever nos Rois .
Sur
553
LE MERCURE
>
Sur le Pavois à leur intronifation aus
deux côte , deux Cartouches qui rempliffent
un difcours de l'idée de l'Auteur
qui la porté à raporter le Sacre en Armoiries
, à la tête & dans le milieu font les
Armes de la Province de Champagne ,
celle de la Ville de Rheims , de l'Archevêché
, du Chapitre & de l'Univerfité
, au-deffous les Armes de l'Abbaye
de Saint Remy , dépofitaire de la Sainte
Ampoulle , accompagnée des Armes des
quatre Barons de cette Abbaye , entourée
d'un cordon noir , d'où pend la Croix
de la Sainte Ampoulle , portée par les
Barons ; aux deux côtez font placez M.
le Prince de Rohan , Gouverneur de la
Province , & M. le Comte de Grand-
Pré , Lieutenant General ; dans les intervales
, entre les Cartouches , font placées
24. écuffons fur deux branches d'olivier
des Armes de la Ville de Rheims , audeffus
defquels eft la devife de la Ville ,
Dieu en foit garde lefquels écuffons font
ceux des Magiftrats , Echevins , & principaux
Officiers de Rheims qui ont rendu
leurs refpects au Roy , à la tête deſquels
étoit le Gouverneur de la Province
qui prefenta les clefs à S. M. avec le
Lieutenant General , lefquels Officiers
ont auffi fervi au feftin Royal.
Sous ces reprefentations font placées
Madame
DE MARS 1723. 557
Madame la Duchefe de Lorraine , les
Princes & Princeffes , fes enfans , les
Princes étrangers , Ambaffadeurs & Introducteurs
des Ambaffadeurs , qui ont
affifté à cette augufte ceremonie , les Ducs,
Pairs & Maréchaux de France qui y ont
affifté fans fonction .
Sur les deux colonnes qui accoftent la
premiere feuille imprimée font les quatre
Evêques qui ont chanté les Litanies ,
après lefquels font deux Chanoines nommez
par le Chapitre pour affifter l'Archevêque
de Rheims dans fes fonctions
& enfuite le Doyen qui a complimenté
le Roy au nom du Chapitre , le Chantre
-
& Sous Chantre font auffi de fuite
après lefquels font les Chanoines qui ont
affifté à la Meffe folemnelle , en qualité
de fix Diacres , deux Procedans & quatre
Affiftans , fix Sous- Diacres , deux
Procedans , & quatre Affiftans , les Acolites
, Semenier , Fabricien , tous Cha-.
noines , le Recteur , & le Chancelier de
l'Univerfité , enfuite l'Evêque de Metz ,
premier Aumônier du Roy , le Maître de
la Chapelle & Oratoire , le Confeffeur
& 6. Aumôniers de Sa Majefté ; & comme
ces deux colonnes approchent le
plus prêt du Roy , des Princes affiftans
& reprefentans , & des grands Officiers
de la Couronne , on y a placé ceux qui
affiftent
م ا ق ه
LE MERCURE
affiftent ordinairement , & qui fe trouvent
le plus proche du Roy , fçavoir le
Gouverneur , & Sous- Gouverneur de Sa
Majefté , les premiers Gentils-hommes de
la Chambre, premier Valet & Huiffiers de
la Chambre , Gardes de la Manche , Herauts
- d'Armes , avec les Armes & habits
de Ceremonies.
Au bas de la premiere Carte imprimée
font quatre rangs d'Armoiries , dans le
premier defquels font placées celles des
Cardinaux , Archevêques , Evêques &
Agens du Clergé qui ont affifté au Sacre
fans y avoir de fonction ; enfuite font
celles des Officiers des Gardes du Corps,
& des Cent Suiffes , du Colonel du Regiment
des Gardes Suiffes , puis celles du
premier Ecuyer , du Capitaine des Gardes
de la Porte , du Grand Prevoft , &
du Grand Maréchal des Logis ; ces Armoiries
font fuivies de celles des Secre
taires d'Etat , des Confeillers d'Etat , des
Maîtres des Requêtes , & des Secretaires
du Roy qui y ont tous affifté par ordre
de Sa Majefté ; enfin on a placé celles
du Grand Pannetier , & du Grand
Echanſon , du Grand Ecuyer Tranchant,
du premier Maître- d'Hôtel , & du Maître
- d'Hôtel ordinaire , avec les marques
& ornemens qui conviennent à chacun.
de ces Officiers .
Les
DE MARS 1723. Sor
"
Les
ouvrages du celebre Jacques Callot
font en fi grande eftime dans le monde
, & fi recherchez , qu'on a crû rendre
fervice au public de lui en propofer
un Recueil le plus complet qu'il a été
poffible. Cela a paru d'autant plus utile
& même neceffaire , que les Originaux
de ce fameux Graveur font devenus rares
, & qu'il s'eft gliffé parmi ces oeuvres
une infinité de copies , fi adroitement
contrefaites , qu'elles trompent les plus
habiles connoiffeurs.
On eft en état de remedier à cet inconvenient
& de fatisfaire le public , en
lui donnant plus de mille pieces origi
nales de cet illuftre Auteur en trois volumes
, grand in folic , & du plus beau papier
d'Auvergne .
Le fieur Fagnani qui donne ce Recueil
eft poffeffeur des planches originales de
Callot , elles ont paffé dans les mains de
celles de Meffieurs Sylveftre , qui les
avoient eu immediatement de la veuve
de Jacques Callot .
Le premier volume contiendra toutes
les pieces de devotion , comme la Paffion
de Nôtre - Seigneur , de trois fortes de
grandeur ; le Nouveau Teftament , l'Enfant
prodigue , la vie de la Sainte Vierge
& fon triomphe , les Martyres des Apôtres
, le Maffacre des Innocens , le Martyro
562
LE
MERCURE
tyre de Saint Sebaftien , les Saints de
Pannée , les Penitentes , la tentation de
Saint Antoine , la Theſe.
Le fecond volume contiendra toutes
les autres pieces , comme les Miferes de
la guerre , grandes & petites , le Caroufel
de Nancy , la Foire de Florence , le
fiege de Breda , les deux vûës du Pont-
Neuf , les Exercices Militaires , le Combat
de Veillane , le Feu d'artifice fait à
Florence , les Varie Figure , ou differentes
figures , les Caprices , les Gueux &
Tous les Grotefques , fupplicium fceleri
franum , le Parterre de Nancy , la gran
de Chaffe , les Monnoyes , une Defcente
dans l'Ile de Rhé .
Le troifiéme voulume fera compoſe
des principales pieces , tant de devotion
que d'autres fujets , accompagnées de riches
& magnifiques bordures , ornée de
tout ce qui peut avoir rapport au fujet ,
& inventées par les plus habiles deffinateurs
, comme Meffieurs Oppenord Surintendant
des bâtimens de fon Alteffe
Royale Monfeigneur le Duc d'Orleans ,
le Clerc , le Chevalier Rottier , Vaffay
& gravées par les plus habiles Graveurs ,
comme Meffieurs Simoneau , Tardieu ,
& autres ; ce qui forme autant detableauxmagnifiques
qui n'ont point encore paru,
dont on continue à graver les bordures
&
DE MARS 1723.
563
& ornemens , le tout en grand papier.
On donnera ces trois volumes l'un
après l'autre de fix mois en fix mois , &
les Soufcriptions fe feront de même
pour donner aux pays étrangers le temps
& la facilité de foufcrire. La Soufcrip
tion fera ouverte depuis le premier Mars
de cette prefente année mil fept cens
vingt-trois , jufqu'à la fin du mois d'Aouſt
prochain.
La premiere Soufcription fera de foixante
quinze , & lorfqu'on délivrera le
premier volume en blanc , on donnera
cent cinquante livres , lorfqu'on délivrera
le fecond , on donnera cent cinquante
autres livres , & lorfqu'on délivrera
le troifiéme , on donnera foixantequinze
livres , la Soufcription entiere
etant de quatre cens cinquante livres .
Les perfonnes qui n'auront pas foufcrit
, & voudront avoir ces trois volumes
de Callot , les acheteront fix cens
livres. Celui qui voudra payer en entier
la Soufcription pour les trois volumes ,
ne payera que quatre cens livres , au lieu
de quatre cens cinquante .
Les Soufcriptions feront reçûës chez
le fieur Fagnani , qui demeure à Paris ,
rue de Grenelle , près Saint Eustache
vis-à-vis la rue des deux Ecus .
Les curieux pourront voit chez ledit
fieur
$64
LE MERCURE

fieur tous ces ouvrages originaux de Callot
. Il commencera à délivrer le premier
volume au mois de Decembre prochain ,
& ainfi des autres volumes de fuite.
Le fieur Fagnani pourra après cet ouvrage
donner par une autre Soufcription
les Ouvages d'Eftienne la Belle , dont il
a les planches auffi originales, en un volume
grand in folio , au nombre de plus
de trois cens pieces , & auffi les Ouvra
ges d'Ifraël Sylveftre , en quatre volumes
, grand in folio , au nombre d'envizon
mille pieces.
Le fieur Daudet , Geographe , vient de
faire paroître deux nouvelles planches
de la ceremonie du Sacre du Roy , dont
la premiere reprefenté le moment que
S. M. va prêter le ferment du Royaume,
immediatement après l'arrivée de la Sainte
Ampoule , & la feconde fon intronifation
, lorfque le Roy paroît fur le Trône
, élevé fur le Jubé de l'Eglife Metropolitaine
de Rheims. Il paroît une troifiéme
planche du même Auteur , reprefentant
le moment où le Roy reçoit les
Onctions Sacrées . Cette derniere planche
eft décorée d'un profil en perfpec-.
tive de l'interieur de l'Eglife de Rheims.
Ces Eftampes fe vendent chez l'Auteur ,
rue des Foffez Montmartre , & chez
Mortain ,
DE MARS 1723 .
565
Mortain aux belles Estampes , Pont
Nôtre- Dame , à Paris , 1722 .
>
Le fieur Coignard vient de publier un
fecond volume des Oeuvres de S. Bafile le
Grand. Nous avons rendu compte dans
nos precedens Mercures de cette nouvelle
édition , que l'Eglife devra aux foins , &
à l'érudition du R. P. D. Julien Garnier,
Benedictin de l'Abbaye de S. Germain
des Prez. L'Auteur travaille au troifiéme
& dernier volume.
Le 24. Janvier dernier , l'Académie
des Anonimes à Liſbonne , tint fa premiere
Conference . Le Docteur Barthe
mi- Laurent Gufman , Membre de l'Académie
Royale de l'Hiftoire , en fit l'ouverture
par un difcours très - éloquent ;
& le 3. du mois paflé la même Académie
tint la feconde Affemblée , pour entendre
la lecture d'une Differtation du Docteur
Manuel Dias de Lima , fur l'Hiftoire
naturelle des Baleines.
Dans la derniere conference de l'Académie
Royale de l'Hiftoire , le Prefident
du jour declara , que le Roy de Portugal
avoit nommé Académiciens furnumeraires
, Dom André Mello de Caftro , Com
te de Galveas , fon Ambaffadeur extraordinaire
866
LE
MERCURE
dinaire à Rome , & Dom Louis d'Acun
ha , chargé de fes affaires à la Cour de
France. On lut dans la même feance diverfes
Differtations , tant fur l'ancienneté
de la ville de Gitavia , & la verité du
premier Concile de Braga , que fur l'origine
de la veneration des peuples pour
l'image miraculeufe de Nôtre- Dame des
Açores une defcription hiftorique &
geografique des Domaines poffedez en
Afie par la Couronne de Portugal : un
Catalogue hiftorique , genealogique &
critique des Reines de Portugal & de
leurs enfans , & des remarques fur l'établiffement
du College des Carmes de
Coimbre , & fur la fondation des Religieufes
du même ordre.
SPECTACLES.
E 25. de l'autre mois on à reprefenté
fur le Theatre François la petite Comedie
des Paniers du fieur le Grand .
Comme nous avons déja parlé de cette
piece dans le fecond Volume du mois
de Novembre dernier , en donnant la
defcription de la fête de Chantilly , nous
n'en dirons rien davantage.
Aut
DE
MARS 1723 567
Au commencement de ce mois il a pa
Tu un nouvel Acteur comique fur le mê
me Theatre , qui a été applaudi. Le ficut
Aimand , dont nous parlons , a joué divers
rôles des fieurs de la Torilliere &
Poiffon , le public a paru le goûter das
vantage dans les rôles du premier.
Nous avons déja dit, que le 11. Fevrier
les Comediens François ont repreſenté
pour la pren iere fois la Tragedie de Nitetis
. Cette piece a été reçûe avec beaucoup
d'applaudiffemens. M. Danchet , l'un
des quarante de l'Académie Françoiſe ;
a lieu d'en efperer un grand fuccès. Le
fujet de cette Tragedie eft pris dans Herodote
: voici à peu près ce qu'en dit ce
celebre Hiftorien.
Cambifes , fecond fils de Cyrus , & fon
fucceffeur au Thrône des Perfans , envoya
demander à Amafis , Roy d'Egypte
, fa fille Nitetis en mariage. Amafis ,
craignant qu'il ne lui fit pas l'honneur de
l'époufer , mais qu'il fe contentât feulement
d'en faire fa concubine , le trompa,
& lui envoya une fille d'Apriès , fon prédeceffeur
, fous le nom de Nitetis , fa
propre fille. Cette Princeffe prefentée à
Cambifes , l'avertit de la tromperie d'Amafis
, fe fit connoître à ce fils de Cyrus
pour fille d'Apriès , & lui demanda
vengeance du fang de fon pere , que cet
G ufur.
568
LE
MERCURE
ufurpateur avoit indignement répandua
Ce fut là le veritable motif de la guerre
que Cambifes declara à Amafis. Herodote
ajoûte , qu'Amafis étoit déja mort
lorfque Cambiles arriva en Egypte avec
une puiflante armée , & ne parle plus de
Nitetis . Ce fut proprement fur Plammenite
, fils d'Amafis , que Cambifes remporta
cette fameule victoire , qui unit
l'Empire des Egyptiens à celui des Per
fans . M. Danchet a fait dans cette Hiftoire
les changemens que fa fable exigeoit
de lui ; c'eft un privilege des Auteurs
dramatiques , qu'il ne faut pas leur con
tefter ; tout ce qu'on peut leur demander
, c'eſt d'en uler fobrement. M. Danchet
n'en a pas abufé , & a porté le fcrupule
jufqu'à inferer dans fa piece des
traits hiftoriques dont il auroit pû ſe paſfer.
Nous les remarquerons en paffant
dans l'extrait que nous allons donner de
La Tragedie.
ACTEURS.
CAMBISES
fieur Baron:
Roy des Perfes , Le
LA VEUVE d'Apriès, La Dlle Dú
elos.
NITETIS , fille d'Apriès , La Dile
le Couvreur.
AMA:
DE MARS 1723. 569
AMASIS , Roy d'Egypte , le fieur le
Grand.
PSAMMENITE , fils d'Amafis , Le
fieur Q. du Frefne.
PHANE'S , Seigneur Egyptien , Le
fieur Quinaut.
ARSANE , Seigneur Egyptien.
THIAMIS , Confident de Pfammenite.
PHASIMENE, Ambaffadeur de Cambife
, auprès du Roy d'Ethiopie.
La Scene eft dans Memphis , Capitale
Egypte.
ACTE I.
Phanès , Arfane.
Dans la premiere Scene , Phanès apprend
à Arfane , dont il vient de brifer
les chaînes , que Cambiles , fi's de Cy.
rus , eft maître de Memphis & de toute
l'Egypte. Cette expofition a paru trèsélegante
, & furtout très- fenfée , parcequ'elle
eft faite à un homme , qui ayant
toûjours été prifonnier , depuis la mort
d'Apriès jufqu'à la défaite d'Amaſis ,
n'a pu être inftruit de ce qui s'eft paffé .
Elle eft un peu chargée , mais les fpectateurs
en tirent un avantage , c'eſt d'y
trouver beaucoup de traits d'hiftoire
Gij tels
570 LE MERCURE
tels font le paffage des deferts de l'Aª .
rabie malgré la difette d'eau , & le barbare
maflacre des enfans de I hanès ,"
dont le Roy d'Egypte fit couler le fang .
dans une coupe. L'Auteur a épargné
l'horreur qu'auroit donné ce fang avalé
par ceux qui l'avoient répandu , il s'eft
contenté de leur faire tremper leurs
traits dans ce fang innocent . Ce dernier
trait d'hiftoire recité par Phanès , prepare
à voir jouer à ce malheureux pere ,
un plus grand rôle que celui que le Poëte
lui donne; ce perfonnage facrifie fa vengeance
à Cambifes , pour des raiſons que
nous verrons dans la fuite.
SCENE II.
Cambife , Phanès , Arfane , Suite de
Cambife.
Cambile renouvelle à Phanès la promeffe
qu'il lui a faite de vanger la mort
de fes enfans & de fa femme. Il donne
ordre qu'on cherche parmi les priſonniers
, ou parmi les morts , un guerrier
qui lui a fauvé la vie dans la bataille
qu'il vient de gagner , & marque fon caractere
par ces deux Vers,
Dieux
DE MARS 17 *3 . 171
Dieux! je fuivrai vos loix quand il faudra punir
;
Mais pour recompenfer , j'aime à les prévenir.
SCENE III .
Pfammenite & les Acteurs de la Scene
précedente.
On hene Pfammenite chargé de fers
devant Cambife. Ce Roy le reconnoît
pour le guerrier qui lui a fauvé la vie. Il
brife fes fers , & lui promet de le venger
de la tyrannie d'Am fis , que tous les gens
de bien , tels que lui , doivent dérefter.
Plammenite le fait reconnoître pour le
fils de ce même Amafis , qu'il dévoue à
fa vengeance ; il appuye fur- tout fur Nitetis
fa foeur , & la prie de le prendre lui
feul pour victime. Cambife furpris de
trouver le fils du tyran dans celui qui lui
a fauvé la vie , le raffure par ces deux
Vers.
A l'égard d'Amafis vous pouvez l'afſurer ,
Qu'en faveur d'un tel fils il peut tout eſperer .
Voilà ce que la reconnoiffance infpire
d'abord à Cambiſe ; mais on verra dans le
quatriéme Acte que l'amour en ordonnera
autrement.
G üj Pfamme372
LE MERCURE
SCENE IV .
Pfammenite , Thyamis .
Pfammenite , parlant à Thyamis , à qui
feul il confie tous les fecrets de fon coeur,
fait connoître aux fpectateurs qu'il aime
fa foeur Nitetis , & compte cet amour
inceftueux pour le plus grand de fes malheurs.
Il fouhaite la mort , pour celler
de vivre coupable .
ACTE I I.
Cambife , Phanès.
Cambile fait entendre à Phanès qu'il
n'eft plus en état de lui tenir parole fur
la vengeance qu'il lui a promiſe , attendu
qu'il aime Nitetis , qu'il vient de voir
dans le Temple d'Ifis , où elle étoit allée
implorer le fecours de cette Divinité protectrice
des Egyptiens . Phanès lui fait
un facrifice de la vengeance ; par là il
ceffe d'être un des principaux Acteurs de
la piece , & ne devient , pour ainfi dire ,
qu'un fimple confident .
SCENE II. .
On vient avertir Cambife , qu'une
femme , qu'on a trouvée dans les prifons
du Château qu'on vient de forcer , demande
DE M AIR S 1723. $73
mande à lui être prefentée ; Cambife or
donne qu'on l'amene devant lui .
SCENE III.
La Veuve d' Apriès , & les Acteurs de la
Scene précedente.
La Veuve d'Apriès demande vengeance
de la mort d'Apriès , Phanès la reconnoît
pour fa Reine ; Cambife lui promet
de la fatisfaire , & ordonne à Phanès
de la faire reconnoître. Cambiſe fe
retire ; & Phanès , voyant approcher
Amafis & Pfammenite , prie la Veuve
d'Apriès d'éviter la prefence de fes ennemis,
SCENE IV.
Amafis , Pfammenite.
Pfammenite affure Amafis de la clemence
de Cambife . Amafis ne refpire
que vengeance & que perfidie , il apprend
à Pfammenite que Cambife aime
Nitetis , & lui ordonne de porter fa foeur
à l'époufer , à condition qu'il renoncera
au Trône des Egyptiens ; Pfammenite
s'oppose à un deffein fi fatal à fon amour,
& prétexte le veritable interêt qui le fait
agir , de la honte dont ils auroient à rou
gir pour Nitetis , qui deviendroit l'ef-
G iiij
clave
574 LE MERCURE
clave & non l'époufe de Cambife . Cela:
oblige Amafis à lui reveler un fecret qu'il
n'a jamais dit à perfonne : c'eft que Nitetis
eft fille d'Apriès , & qu'il leur importe
peu que la fille de leur ennemi ſoit
- deshonorée .
SCENE V.
Pfammenite.
Pfammenite ne fe trouve pas moins malheureux
, pour n'être plus le frere de Nitetis
, il devient le fils du meurtrier de.
fon pere . Il finit cet Acte fans fçavoir
quel parti prendre.
,
ACTE III .
Pfammenite , Thyamis.
1
Pfammenite ordonne à Thyamis d'aller
avertir Nitetis qu'il fouhaite lui parler.
Dans le monologue de la feconde Scene
, Pfammenite eft irrefolu fur ce qu'il
doit dire à Nitetis .
SCENE III.
Pfammenite , Thyamis .
Thiamis vient dire à Pfammenite , que
Nitetis avoit prévenu fon deffein , &
qu'elle s'avance. Plammenite , toûjours
irrefolu
DE MARS 1723. 575
19
irrefolu , la veut éviter. Thiamis en
eft furpris , & lui demande la caufe de
fa fuite ; mais Pfammenite le prie de le
difpenfer de lui apprendre un fecret , qui
eft le feul qu'il lui ait jamais caché .
SCENE I V.
Pfammenite , Nitetis.
Pfammenite declare fa paffion à Nitetis
; elle en témoigne de l'horreur , &
le veut fuir comme un monftre . Pfammenite
lui apprend qu'il n'eft pas fi coupable
, puifqu'elle n'eft point fa Tour. Il
ne veut pas en dire davantage ; mais elle
le preffe , & lui ordonne de lui apprendre
de qui elle eft fille. Pfammenite y
refifte autant qu'il lui eft poffible , & exprime
fa refiſtance par ce beau Vers qui
a frappé tout le monde.
Je n'ai que cet inftant pour n'être point haï ,
Il trahit enfin le fecret de fon pere ,
& apprend à Nitetis qu'elle eft fille d'Apriès.
Nitetis prend dès cet ir ftant tous
les fentimens que doit avoir une fille d'Apriès
pour un fils d'Amafis. Plammenite
fe retire defefperé.
Dans la cinquiéme Scene , Nitetis feule
, balance entre ce qu'elle doir à Plàmmenite
& ce qu'elle doit à Apriès. Le
Gy der576
LE MERCURE
dernier devoir l'emporte dans fon coeur ;
elle jure la perte d'Amafis.
SCENE V I.
La Veuve d'Apriès , Nitetis.
La Veuve d'Apriès appercevant la fille
d'Amafis , veut fe retirer ; Nitetis l'arrête
& lui demande le fujet de fes larmes;
la Veuve d'Apriès lui dit qu'elle cherche
le tombeau du plus grand Roy qui ait regné
fur l'Egypte . Elle fe fait connoître
pour l'époule d'Apriès ; Nitetis connoît
par là que c'eft à la mere qu'elle parle ,
& voyant qu'elle regrette une fille
qu'on lui enleva quand on la jetta dans
une prifon affreufe , & qui auroit été ſa
confolation dans fes plus grands malheurs
; elle fe jette à les pieds , en lui
difant :
Madame , dans vos bras daignez la recevoir.
pas Cette reconnoiffance , qui n'avoit
produit beaucoup d'attendriffement dans
les premieres repreſentations , a été beaucoup
plus goûtée dans la fuite , par la maniere
pathetique dont elle a été joüée.
La mere & la fille fe confirment dans le
deffein de venger Apriès , & vont confulter
fon ombre fur fon tombeau .
ACTE
DE MARS 1723. $77
ACTE IV.
Cambife , Phafimene.
·fe
Phafimene apprend à Cambife , que les
Ethiopiens marchent contre lui , pour
courir Amafis , leur allié . Cambiſe avoit
déja parlé dans le fecond Acte de la députation
de ce Perfan vers le Roy d'Ethiopie
, dont Phafimene fait un portrait
affez beau à Cambife , mais que bien des
gens ont trouvé hors d'oeuvre.
SCENE II.
Cambife , Nitetis.
Cambife , croyant toûjours Nitetis fille
d'Amafis , lui promet d'épargner for
pere. Nitetis lui demande le fang d'Amafis
Cambile furpris de voir une fille
demander la mort de fon propre pere , ne
fçait que penfer d'une priere fi peu attendue.
Nitetis lui apprend enfin qu'elle
eft fille d'Apriès. Cambife lui promet
de venger fon pere fur Amafis ; mais il
lui demande grace pour Pfammenite .
Nitetis y confent mais cependant on
trouve que Cambife manque de foy à
Pfammenite, à qui il a promis dans le premier
Acte , de fauver la vie à fon pere .
Cette circonftance dégrade le caractere
Gvj de
578
LE MERCURE
de ce Roy des Perfans , & rend en luf
l'amour plus fort que la reconnoiffance .
Cambile declare fa paffion à Nitetis ,
qui en reçoit l'aveu avec beaucoup d'indifference
, n'étant occupée que de fa
vengeance.
SCENE III.
Nitetis , Pfammenite.
Pfammenite vient apprendre à Niteris
qu'elle a recouvré une mere.Nitetis lui répond
qu'elle en eft déja inftruite, & qu'elles
ont mêlé leurs larmes. Ces dernieres pa
roles font connoître à Pfammenite que lefecret
d'Amafis eft revelé. Il s'en plaint
à Nitetis , qui lui répond qu'il n'a pas
dû prétendre qu'elle en pût faire un myftere
à fa mere. Pfammenite ſe reproche
la trahifon dont il s'eft noirci envers fon
pere. Nitetis lui apprend les veritables
fentimens de fon coeur. Elle lui dit , que
dès fa . plus tendre enfance elle a eftimé
fes vertus ; & que fi elle avoit pû ceffer
d'être fa foeur , fans avoir un pere à venger
, elle auroit peut - être paffé de l'amitié
jufqu'à l'amour. Elle lui déclare qu'elle
n'aime point Cambife ; mais que fi elle
ne pouvoit obtenir la vengeance d'Apriès
qu'en lui donnant fa main , elle ne balanceroit
pas à l'acheter à ce prix . Elle fort ,
&
DE MARS 1723 .
379
& laiffe Plammenite dans la derniere.
confternation .
Dans la Scene fuivante ce Prince eft
agité de remords & accablé de douleur.
SCENE V.C
Amafis , Pfammenite.
Cette Scene a paru la plus belle de la
Tragedie. Amafis reproche à Pfamme
mite l'infidelité qu'il lui a faite , en lui
revelant un fecret qui lui coûtera l'Empire
& la vie. Pfammenite le jette à fes
pieds & lui demande la mort. Il lui declare
fon amour pour Nitetis , & impute
fon crime à cette malheureufe paffion.
Amafis lui répond avec indignation , qu'il
laiffe à fon rival le foin de le punir de fon
hymen qui fe prepare dans le Temple..
Il l'invite ironiquement à en aller ordonner
la fête lui- même ; Pfammenite fe livre
à fa jalousie , dont Amafis ne manque
pas de profiter , en lui faifant entendre
qu'il ne tient qu'à lui d'être heureux , de
fe conferver la Princeffe , & de lui conferver
le trône. Plammenite ſe livrant à
ces paroles feduifantes , lui demande ce
qu'il faut faire ; Amafis lui apprend que
de fideles amis raffemblez autour du Pa-
Fais , n'attendent qu'un chef pour éclater
; que Cambile n'eſt pas encore tranquille
380 LE MERCURE
,
quille poffeffeur du Trône d'Egypte , &
que quand même il remporteroit la victoire
fur les Ethiopiens , avec qui il en est
actuellement aux mains , il ne feroit pas
hors de tout peril . Il lui dit enfin de fe
joindre à lui , de lui applanir la fortie du
Palais par des foûterrains inconnus à ſes
ennemis & d'aller attendre Cambiſe
pour lui donner la mort. Pfammenite
Fremit à cette demande. Il reprefente à
Amafis que Cambiſe a brifé fes fers , &
Jui a donné toute fa confiance , & qu'il
mourra plutôt que de lui manquer de
foy. Amafis tranfporté de colere , quitte
ce fils trop vertueux , & lui défend de le
fuivre. Plammenite marche fur les pas
de fon
pere , après avoir prié les Dieux de
ne pas permettre qu'il trahiffe fa vertu.
ACTE V.
Cet Acte fe paffe prefque tout entier
en plaintes & en recits jufqu'à la derniere
Scene, qui a paru très-touchante. La
Veuve d'Apriès & Niteris fa fille , font
incertaines fur le fort de Cambiſe , qui
eft attaqué par les Ethiopiens ; Arfa
ne vient leur annoncer qu'Amafis eft
encore plus à craindre que les Ethio
piens qu'il eft forti du Palais fui
vi de Pammenite. Nitetis raffure fa mere
du côté de ce Prince , dont la vertu
lui
DE MARS 1713:
-
Jul eft connue. Enfin Phanès , tout allarmé
du peril où il vient de voir Cambiſe
leur apprend qu'Amafis lui auroit donné
la mort, fi Pfammenite ne l'en cat garanti
en le couvrant de fon corps , Ben recevant
lui- même le coup mortel qui lul
étoit deftiné. Il ajoûte qu'Amaſis s'eft tué
de defefpoir. Cambife arrive , fuivi de
Plammenite mourant. Ce Prince lui apprend
qu'il étoit fon Rival ; il dit tendrement
à Niteris, que ne pouvant afpirer
à fon Hymen , il a dû chercher la mort,
& qu'il a du moins la confolation d'avoir
fauvé le feul époux qui foit digne d'elle.
Cette Tragedie a été reprefentée avec
le même fuccès jufqu'au Vendredy 12. de
ce mois. Le lendemain jour de la clôture
du Theatre on repreſenta à l'ordinaire la
Tragedie de Polyeucte avec un très grand
concours , le fieur Quinaut fit entre les
deux pieces le diſcours fuivant.
MESSIEURS ,
Le tribut annuel que nous sommes ex
poffeffion de vous rendre à chaque clôture
de Theatre , n'étant qu'une foible expreffion
de la vive reconnoiffance dont nous
fommes penetrez , plus vos bontez éclatent
pour nous moins nous nous trouvons en
état de nous en acquiter.
Elle
382 LE MERCURE
avez
Elles ne font pas le feul fruit de nos
foins , ces bonte dont vous nous
comblez pendant le cours de cette année
les Auteurs y ont trop de part pour n'y pas
entrer tout au moins de moitié.
"
Les nouveautez se font fuccedées prefque
fans interruption , & fi toutes n'ont
pas été auffi heureuses que le Nouveau
Monde & Nitetis , vous n'avez pas laiffé
de recevoir Bazile & Quitterie avec une
diftinction qui doit animer l'Auteur à
remplir les brillantes efperances que fon
coup d'effai vous a fait concevoir. Je
paffe fous filence d'autres pieces , dont les
unes vous ont paru dignes de vôtre atten
tion , & les autres ne vous ont pas abfolument
rebutez.
cile
que
C'est beaucoup , Meffieurs , dans un
fiecle auffi éclairé , & j'ofe dire auſſi diffile
nôtre le goût ne fut jamais fi
épuré qu'il l'est aujourd'hui s rien n'échappe
aux yeux d'un public , dont les jugemens
font des regles feures.
Mais plus ce public a de penetration
& de jufteffe , plus nous avons befoin de
fon indulgence. Je vous la demande ,
Meffieurs , cette indulgence pour les Auteurs,
& pour nous ; nous fommes fi étroitement
liez d'interefts , que nos caufes
font les mêmes. Nous faifon entr. nous
un commerce de talens reciproques , que
ن م
nouss
DE MARS 1723. 583
ous tâchons de fortifier par les lumieres
que vous nous prêtez.
Mais où m'emporte mon žele ! ne nous
accordez- vous pas tous les jours ce que je
viens de vous demander ? oйy , Meſſieurs,
vous defavoüez hautement ces fourdes pratiques
qui attentent fur vos plaifirs , &
nous vous avons vûs cent fois impoferfi
Lence à des voix féditieufes que l'envie
fufcitoit contre le merite naißant.
Il ne me refte donc , Meffieurs , qu'à
vous demander la continuation de vos
bonte , & qu'à vous aẞeurer de la profonde
foumiffion avec laquelle nous recevrons
toûjours vos décifions . Nous vous
en avons donné des preuves dans toutes
nos nouveaute . Nous avons fupprimé
dans une feconde reprefentation ce qui vous
avoit déplut dans la premiere , & les Auteurs
vous en ont avoüez .
Les pieces que vous avez honorées de
vos fuffrages n'étoient pas les feules que
nous avions preparées , Ines de Caftro
& le Faux- Sincere devoient paroître far
la Scene ; le temps a donné des bornes à
nôtre Zele ; mais vôtre fatisfaction n'est que
differée. Nous n'avons interrompu les reprefentations
du Nouveau Monde que
pour vous le redonner , fuivi d'une nowvelle
Comedie du même Auteur , qui a
pour titre le Divorce de PAmour & de la
Raifon
584
LE MERCURE
Raifon. Nous ne negligerons aucun des
agrémens , dont cette piece eft fufceptible
Enfin , Meffieurs , le congé que nous allons
prendre de vous fera moins un délaffement
pour nous qu'une nouvelle application à
meriter l'honneur de vos prefences.
On doit donner à l'ouverture du Thea
tre la Tragedie nouvelle d'Ines de Caftro
de M. de la Mothe de l'Académie Françoife.
L'Académie Royale de Mufique a
continué les reprefentations de Pirithous
( dont nous avons donné l'Extrait dans le
dernier Journal ) jufqu'au 9. de Mars
qu'on a reprefenté l'Opera de Perfée
pour des Acteurs , comme cela fe prati
que toutes les années avant la clôture du
Theatre , la Dile Antier y a chanté la
Cantate de Zephire & Flore , miſe en
mufique par le Geur Bourgeois , & la.
Dile Prevoft a danfé à la fin de l'Opera
la Mufette , piece de fimphonie de M.
Campra , ajoutée à fon Ballet des Ages ,
reprefenté en 1718. On a donné le même
divertiffement le Samedi 13. pour la
clôture du Theatre.
On a donné pour la clôture du Thea
tre à l'Hôtel de Bourgogne , la Surprife
de l'Amour , & le Serdeau des Theatres.
Le fieur Lelio a fait un compliment Italien
aux Spectateurs. EX
DE MARS 2017234
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Venife
au mois de Fevrier dernier.
Q
Uoique les Acteurs qui reprefen
tent l'Opera qu'on joüe fur le Theatre
de S. Chrifoftome foient affez bons ;
& que les décorations & les habits foient
magnifiques , il n'eft point goûté. On a
trouvé le Poëme & la Mufique également
mauvais. Les deux autres Opera qu'on a
reprefentez à S. Angelo & S. Moyfe ont
eu un peu plus de fuccès. Ce n'eft plus
M. Grimani qui conduit ce dernier Opera
, ce font huit autres perfonnes , dont
quatre font Nobles Venitiens ; fçavoir ,
Mu Pifani , Mocenigo , Marin & Zenobio.
Les deux troupes de Comediens de
S. Luc & de S. Samuel ont beaucoup
d'applaudiffement , fur tout ces derniers.
Il est arrivé un malheur lors d'une des
premieres reprefentations de l'Opera de
S. Chrifoftome , un coup de fifflet donné
mal-à - propos , caufa la chute d'une machine
pleine d'Acteurs & de Danfeurs
laquelle defcendoit & devoit fe joindre à
une qui fortoit du Theatre. Il n'y eut
perfonne de tué , mais plufieurs ont été
bleffées & fort effrayées. Cet accident
bouleverfa la Scene , & troubla-le Spectacle
586
LE MERCURE
cle par des cris perçans On n'a fû remet
tre cette Machine en état que 15. jours
avant la clôture du Theatre , ce qui a
fait grand tort aux Entrepreneurs.
*************
NOUVELLES ETRANGERĖS .
De Conftantinople , ce 24. Janvier 1723 .
R le Marquis de Bonac , Ambaf-
Mfadeur de France à la Porte , alla
ces jours paffez à l'audience du Grand
Vifir pour le plaindre du mauvais traitement
qu'on fait depuis peu à quelques
Confuls François des Iles de l'Archipel.
Les Cadis de Smirne & de Metelni
avoient , fous des prétextes frivoles , obtenu
un ordre du Grand Seigneur qui
défendoit la traite des grains vers les
Royaumes des Chrétiens . La Porte a été
informée que cette défenſe ne fet voit qu'à
enrichir ces Cadis qui fe faifoient donner
des prefens pour permettre la fortie des
grains ; ainfi le Grand Seigneur pour remedier
à ce defordre vient de permettre
Ini-même la fortie des grains des Ports de
l'Archipel , à la charge de payer un droit
de fortie de cinq Paras ou fols de ce pays
fur chaque mefure de bled de vingtdeux
DE MARS 1723 .
587
deux à vingt- trois livres pefant .
Le Gouverneur de Babilone a mandé
au Grand Vifir que toute la nation Perfane
avoit declaré le fameux Miriveits
Chef des Rebelles , Souverain du Royaume
de Perfe , & que cet heureux ulurpa
teur avoit fait mallacrer le vieux Sophi ,
& les deux fils aînez , & que le troifiéme
s'étoit fauvé vers les frontieres , accompagné
d'un petit nombre de Perfans affectionnez
à la famille Royale. On ne peut
pas cependant ajoûter une foy entière à
cette nouvelle ; toutes celles qui font venuës
de Perfe depuis la révolution ont fi
fort varié , qu'il faut attendre une confirmation
de ce dernier évenement pour en
être parfaitement affuré .
On a reçû depuis des lettres qui paroiffent
confirmer la nouvelle de la mort
du Roy de Perfe & de fes deux fils , &
qui ajoûtent que Miriveits s'eft fait proclamer
fous le nom de Mahomet , & qu'il
a rétabli le premier Miniftre qui avoit
été dépoffedé , à caufe de l'intelligence.
qu'il entretenoit avec les Rebelles .
On continue avec celerité l'armement
des vaiffeaux de gueries qui doivent compofer
la flotte que le Grand Seigneur a
réfolu de mettre en mer au Printemps
prochain.
On a repreſenté au Grand Vifir de la
part
$88
38 LE MERCURE
part du Senat de Mofcovie que la ders
niere campagne du Czar ne devoit inquieter
, ni la Porte , ni le Kan des Tartares,
à qui on n'avoit prétendu caufer aucum
dommage , & que Sa Majefté Czarienne
n'avoit point eu d'autre objet
dans fon expedition fur les frontieres de
Perfe , que de réduire les Rebelles du
Royaume.
Le Prince , Chef des Tartares du Da
guheftan a obtenu la protection de la Porte
, & le Grand Seigneur lui a envoyé un
Capigi- Bacha , avec caractere d'Envoyé
extraordinaire qui lui a porté trente mille
féquins d'or , un fabre enrichi de dia
mans & divers autres prefens.
L
De Moscou , ce 10. Fevrier.
,
Es bataillons des Gardes qui ont fervi
la derniere campagne doivent arriver
bien-tôt ici , & le Czar envoya pour
les remplacer deux mille hommes qui
doivent s'embarquer à Reſcht. On débite
que le Prince Galitzin ou le General
Allart , aura le Commandement de ces
troupes , & de celles qui font restées fur
les bords de la mer Cafpienne. Il y a
une bande compofée de plus de neuf cens
voleurs qui court les campagnes , conduite
par un Colonel Mofcovite Réformé
,
DE MARS 1723 . 589
mé , ils ont brûlé & pillé déja quelque
Village ; on en a arrêté trente-fix qui
ont été executez , ainfi que quelques faux
Monnoyeurs pris dans le même temps.
On équipe à Petersbourg , & à Cromf
lot plufieurs vaiffeaux , & plufieurs fregates
qui doivent fervir à exercer les
matelots dès que la faifon y fera conve
nable .
On a appris avec joye par des lettres
du Major General Henning qui a écrit
d'Actus ou Urrus , lieu fitué à deux cens
Wrftes de Toboski , qu'il y avoit trouvé
des Mines de Cuivre très- abondantes
& qu'il alloit y faire bâtir un Fort pour
Jes garder . On a fait partir des Ingenieurs
pour ajoûter de nouveaux ouvrages aux
fortifications de Defbent.
Le 3. Fevrier l'Envoyé extraordinaire
du Grand Seigneur arriva dans un Village
près de cette Ville , où il refta juſ❤
qu'au 6. qu'il fit fon entrée. Sa fuite n'énombreuſe.
Le jour de fon audience
n'eft pas encore marqué.
toit
pas
La flotte qu'on équipe à Cromſlot
fera de trente- fix vaiffeaux de guerre ,
feize fregates & cent cinquantes galeres.
On a publié depuis peu des défenfes trèsfeveres
de vendre aux étrangers les rifda.
les , avec lefquelles ils doivent payer les
droits d'entrée.
De
$90
LE MERCURE
De Stokolm , le 19. Fevrier.
E 28. Janvier on fit au bruit des
timbales & des trompettes la publication
de la Diette des Etats du Royaume
, & le premier de Fevrier les Dépu
tez du Clergé , de la Nobleffe , des Bourgeois
& des payfans s'affemblerent dans
La Salle des Nobles , où M. de Creutz
leur fir un difcours qui fut fuivi de l'élection
d'un Maréchal de la Diette. Le
Baron de Lagerberg , Lieutenant General,
& Prefident de la Chambre du College
fut élû à la pluralité de 325. voix
contre 315. il fut prefenté au Roy fuivant
la coutume par quatre Députez . Le deux
du même mois vingt-quatre Députez allerent
au nom des quatre Etats complimenter
Sa Majefté. On a donné ordre
aux Officiers des Regimens de Cavalerie
qui font en garnifon dans cette Ville
de faire marcher d'heure en heure une
patrouille de vingt- cinq cavaliers pour
entretenir la tranquillité publique pendant
les xEtats feront affemblez .
que
Le 4. Fevrier les quatre Etats du Royaume
firent l'ouverture de leur affemblée
en prefence du Roy ; le Comte de Horn ,
Prefident de la Chancellerie y parla au
nom de Sa Majefté , dont les propofitions
furent
DE MARS 1723. 595
furent lûës par M. Bark , Secretaire d'Etat
; elles contenoient une récapitulation
de tout ce qui s'eft palle dans la derniere
Affemblée , & une exhortation aux Etats
de travailler à trouver des moyens de rétablir
le Royaume dans fon ancienne
fplendeur . Le Baron de Lagerfberg ,
Maréchal de la Nobleffe , l'Evêque de
Linckoping , Prefident du Clergé , le
Bourguemeftre Bing , Prefident des Députez
des Villes , & celui des payfans ,
haranguerent le Roy felon leur rang. Le
cinq on commença à nommer des Commiffaires
pour examiner les differentes
affaires , fur lesquelles l'Affemblée doit
déliberer , & le lendemain elle choifit
ceux qui doivent être du Comité ſecret.
Les Etats ont nommé des Comitez pour
preparer ce qui doit être décidé,
On ne parle plus de l'armément d'une
Aotte , ainfi que le bruit s'en étoit répandu
; mais on leve des recruës pour rendre
les Regimens complets , & on va faire
paffer quelques troupes dans le grand Duché
de Finlande , dont le Roy veut changer
les garnifons.
M
De Vienne , ce 1. Mars.
R Jofeph de Faborn , Confeiller
Imperial eft parti le trois Fevrier
H
pour
392 LE MERCURE
pour aller à Prague marquer les loge
mens des Seigneurs & Dames qui font
nommez pour faivre leurs Majeftez Imperiales
dans leur voyage. On a envoyé
les lettres ordinaires d'invitation à l'Electeur
de Treves , Evêque de Breslau , au
Cardinal de Schreftembach , Evêque
d'Olmus , & au Cardinal d'Althan ,
Prevoft d'Alten Bufalau , tous trois Prevofts
perpetuels de la Chapelle Royale
de Bohéme , pour fe trouver au Couronnement
de l'Empereur & de l'Imperatrice
; mais comme l'Archevêque de Prague
en doit faire la Ceremonie , on ne
croit pas que l'Electeur de Tréves , ni
ces deux Cardinaux s'y trouvent , parce
qu'ils ne voudroient pas lui ceder le pas.
Le Roy de Pruffe comme Chef de la
Maifon de Brandebourg s'eft fait declarer
Tuteur du jeune Prince hereditaire
de Brandebourg Anfpach pour avoir la
garde & regie de fes Etats , malgré les
prétentions des Etats de Franconie , des
Evêques de Bamberg , de Wirtfbourg
& d'Eichtet , & du Grand Maître de
l'Ordre Teutonique .
Le 14. Fevrier on fonna toutes les cloches
de la Ville pour les Vigiles des morts ,
qui furent chantées l'après -midy dans
F'Eglife Aulique des Auguftins Déchauf
fez , pour le repos de l'ame de Madame ,
Ducheffe
DE MARS 1723
593
Ducheffe Douairiere d'Orleans ; leurs
Majeftez Imperiales , accompagnées des
Archiducheffes , du Nonce du Pape ,
des Miniftres étrangers , & des Seigneurs
& Dames de la Cour y affifterent , de
même qu'au Service folemnel qui fut celebré
le lendemain dans la même Eglife ;
l'Evêque de Neuftadt y officia pontificalement
, étant affifté des Abbez , Prélats
de Sweltel , des Benedictins Ecoffois , de
Sainte Dorothée de Monferrat , & de
Getweig. Le Maufolée & la Pompe funebre
étoient des plus magnifiques.
Le 24. Fête de Saint Mathias l'Archevêque
de Vienne reçut le Pallium avec
une Pompe digne de cette augufte Ceremonie.
On écrit de Coppenhague qu'on y
avoit arrêté des Officiers Mofcovites fufpects
, & qu'on équipoit une efcadre de
douze vaiffeaux de guerre , de quatre
fregates , & d'une galiotte à bombes.
Lo
De Londres , ce 13. Mars.
E 15. Fevrier le Roy accorda un
nouveau furfis à l'execution de l'Avocat
Layer jufqu'au 22. du même mois,
& les fieurs Kelly , prifonniers d'Etat
furent conduits de la Tour à Whitehall ,
où ils furent interrogez par le Comité
particulier du Confeil.
Hij On
594
LE MERCURE
On a publié le même jour une Proclamation
promettant cent livres sterling
de récompenfe à ceux qui découvriront,
ou feront arrêter quelqu'un des vagabonds
qui courent le Comté de Southampton,
fous le nom de la focieté des Noirs , &
qui font contribuer les payfans , en les
menaçant de ruiner leurs maifons & de
brûler leurs recoltes.
Le 22. on conduifit à la Cour du Banc
du Roy l'Avocat Layer , où fa condamnation
à mort fut confirmée , & le jour
de fon execution fixé au fept Avril pro,
chain.
On leve des foldats dans les Provinces
pour augmenter les troupes du Roy
de 40c0. hommes , & cette augmentation
fera reparties fçavoir , quatre hommes
par compagnie de Cavalerie , ſeize
par compagnie de Dragons , neuf dans
celles des Gardes à pied , & feize dans
celle de l'Infanterie ordinaire.
L
De la Haye , ce 15. Mars,
Es Etats de Hollande & de Weftfrife
ont confenti dans leur derniere ſéance
à fournir des fonds pour équiper une efcadre
qui puiffe arrêter les courſes des
Corfaires de Barbarie dans la Meditertannée,
"
On
DE MARS 1723 599.
On a fait une réponſe affez vive au
memoire qui a été preſenté à l'Affemblée
des Etats Generaux par le Réfident du
Roy de Dannemark , pour demander le
payement de ce qui eft dû aux troupes
Danoifes qui ont fervi pour la République
pendant la derniere guerre , & on
y rappelle les obligations que la Couronne
de Dannemark peut avoir à l'Amiral
Ruitter , Commandant la flotte Hollandoife
qui la fecourut autrefois contre les
Suedois ; le bruit court auffi que le Con
feil d'Etat a réfolu de demander un dédommagement
des frais que l'Amiral
Tromp fit par ordre de l'Etat , lorfqu'il
commandoit la feconde flotte , qui fut
envoyée au fecours des Danois .
Le Roy d'Angleterre a fait affurer leurs
Hautes Puiffances qu'il emploieroit ſes
bons offices auprès de l'Empereur , pour
empêcher l'établiffement de la nouvelle
compagnie de commerce dans la Flandre
Autrichienne.
Cependant les Directeurs en font nommez
voici leurs noms , le Baron de
Cloors , les fieurs Defprecht , de Koning,
Prioli , Malcampo , Sounes , & un négociant
de Bruges.
L'Evêque de Munfter déterminé par
les repréſentations des Etats Generaux a
enfin confenti à l'accommodement du
Hiij grand
596
LE
MERCURE
grand procès intenté depuis l'année 1646.
par les Comtes de Bentheim.
On écrit de Bruxelles que les Affſemblées
des Directeurs dé la nouvelle compagnie
des Indes Orientales & Occidentales
doivent fe tenir d'abord à Anvers
pendant les trois premieres années , &
enfuite à Bruges & à Gand .
L
De Madrid , ce 4. Mars.
E 14. Fevrier la Princeffe d'Orleans
arriva fur les fix heures du foir à
Bruftrago où étoient depuis le 12. le Roy,
la Reine , le Prince & la Princcile des
Afturies , & l'Infant Don Carlos ; elle
fut reçûë & embraffée à la defcente du
Carroffe par leurs Majeftez Catholiques ,
& de- là conduite dans fon appartement,
où elle foupa avec l'Infant Don Carlos.
Le 15.
leurs Majeftez Catholiques revinrent
en cette Ville avec le Prince & la
Princeffe des Afturies , le 16. la Princeffe
d'Orleans y arriva avec l'Infant
Don Carlos , & le 17. leurs Majeſtez
Catholiques , accompagnées de toute la
famille Royale , & fuivies des Grands du
Royaume , & des Dames de la Cour , fe
rendirent en grande ceremonie à l'Eglife
de Notre Dame d'Atocha , où le Te
Deum fut chanté en actions de graces de
l'heureuſe
DE MARS 1723. $97
l'heureuſe arrivée de la Princeffe , future.
époufe de l'Infant Don Carlos. Les ruës
qui conduifent du Palais à cette Eglife
étoient magnifiquement tapillées , & rems
plies d'une multitude prodigieufe de peuple
qui étoit accouru de tous côtez pour
voir la Princeffe . A leur retour au Palais
leurs Majeftez Catholiques pafferent par
la grande place pour voir l'illumination
d'un Theatre piramidal , & à plufieurs
gradins qu'on y avoit élevé. La même
nuit , la precedente & la fuivante il y
eut des feux , des illuminations , & d'autres
marques de réjouiffances dans toutes
les rues de la Ville.
Le 28. Fevrier M. le Chevalier d'Or
leans , Grand Prieur de Francé prit poffeffion
de la Grandeffe que le Roy Catholique
lui a accordée , ayant pour parain
le Duc d'Arco .
D
De Lisbone , ce 12. Fevrier.
Epuis le 19. Janvier jufqu'au 25 .
du même mois il eſt entré dans le
port de cette Ville quatorze vaiffeaux
François chargez de differentes Marchandifes
, quarante- fept Anglois , vingtdeux
Hollandois eſcortez par un vaiffeau
de guerre , & quelques autres de Suede ,
de Dannemark & de Hambourg.
H iiij
On
398
LE
MERCURE
On écrit de la Ville de Braga que
6. Janvier dernier fur les fix heures du
foir on avoit vû dans l'air , auprès de la
Montagne de Falperra un globe de feu
ayant la direction du Sud au Nord qui
avoit demeuré élevé fur l'horifon pendant
quatre minuttes ou environ.
Il y a eu à Faros dans le Royaume des
Algarves un tremblement de terre auffi
violent que celui dont on a parlé il y a
quelque temps.
De Rome , ce 24. Fevrier.
E 24. Janvier il y eut une Congreparticuliere
de Cardinaux,
Poccafion des plaintes des Ecclefiaftiques
de l'Ile de Minorque , contre l'Officier
Anglois qui y commande .
Le 25. on a expedié la difpenfe pour
le mariage de l'Infant Dom Carlos avec
la Princeffe d'Orleans .
Le 26. le Prince Chreftien - Ulric de
Wirtemberg- Ochs, abjura les erreurs du
Lutheranifme entre les mains du Cardinal
de Cienfuegos , en prefence du R. P.
Lucini , Commiffaire general du faint
Office , & le 27. jour auquel ce Prince
entroit dans fa 33. année , il reçut le Sa
crement de Confirmation des mains du
même
DE MARS 1723. $99
même Cardinal , ayant le Cardinal Salerno
pour Parrain .
Sa Sainteté a permis à la Banque du
Saint-Elprit , de prêter à trois pour
cent , les cent cinquante mille écus que
le Grand- Maître de Malthe lui a demandez
.
Le Pape a fait faire quelque changement
dans le ftile des Bulles , pour les fujets
nommez aux Benefices confiftoriaux
du Royaume de Naples , parceque leConfeil
Collateral de ce Royaume , refuſoit
de les mettre à execution , à caufe que le
titre du Roy de Naples n'y étoit pas expreffément
inferé .
aaaaaaaaaaa
, DIGNITEZ
BENEFICES,
& Charges des Pays Etrangers .
Allemagne.
Adame la Ducheffe de Kendale ,
M qui eft née Baronne de Schvilembourg
, a été élevée par l'Empereur à la
dignité de Princeffe de l'Empire.
Le Comte Charles - François de Clari ,
Grand Veneur de Bohéme , & le Comte
François - Winceflas de Trautmansdorff ,
ont prêté ferment le 22. Fevrier en qualité
de Confeillers d'Etat.
Hv Angle600
LE MERCURE
Angleterre.
Le Lord Percival , & le Lord Guillaume
Befborough , ont obtenu du Roy le
titre de Vicomtes d'Irlande. Le premier,
fous le titre de Canturch , dans le Comté
de Corck , l'autre , fous celui du Fort
de Duncannon , dans le Comté de Wexfort.
Le Lord Tanham a obtenu la Charge
de Gentilhomme de la Chambre , qui
vaquoit par la mort du Comte de Bufte,
l'un des feize Pairs d'Ecoffe .
4
Le Capitaine Charles Strickland a été
fait Contre- Amiral de l'Efcadre bleuë.
M. Henry Temple a été fait Baron &
Vicomte d'Irlande fous le titre de
Mount- Temple , dans le Comté de Sligo
, & de Vicomte de Palmefton dans le
Comté de Dublin.`
la
M. le Comte de la Lippe , a reçu de
part du Roy de Pruffe , l'Ordre de
l'Aigle noire , par les mains du Baron
de Wallenrodt , Envoyé de Sa Majefté
Pruffienne .
Italie.
Le Baron Bocacci a obtenu du Pape la
Charge de Capitaine des Côtes.
M. Charles - Marie Lomellini a été facré
Evêque d'Ajazzo , dans l'Eglife de
faint
#
DE MARS 1723. 601
faint Nicolas des Peres Somafques à Rome
, par le Cardinal Spinola de fainte
Agnès , Secretaire d'Etat , affifté de l'Archevêque
de Lariffe , & de celui de Cefarée
.
L'Evêque de Ternifo a été nommé à
l'Evêché de Breſcia , vacant par la démiffion
du Cardinal Barbarigo , nouvel
Evêque de Padouë.
L'Archevêque de Corfou a été nommé
à l'Evêché de Ternifo.
Le R. Pere Quirini , Benedictin , a
été nommé à l'Archevêché de Corfou.
MORTS , BAPTES MES .
& Mariages des Pays Etrangers .
و
R Wolfling , Miniftre du Duc
M de Wirtemberg , eft mort à Vien-
,
ne en Autriche le 30. Janvier dernier .
Madame Eleonore- Barbe de Thun ,
veuve d'Antoine Florian Prince de
Lichtenftein , Grand- Maître de la Maifon
de l'Empereur , eft morte à Vienne ent
Autriche le 28. de Fevrier .
Mademoiſelle Marie - Jofephe -Therefe
Lichtenſtein , fille du feu Prince Maxi .
milien- Jacques- Maurice de Lichtenftein ,
de Nicolfberg, Duc de Tropau en Silefie ,
H vj
eft
602 LE
MERCURE
eft morte à Vienne en Autriche le 14. Fevrier
, dans la dix-feptiéme année de fon
âge , étant née le 27. Novembre 1706.
Elle étoit promile au Prince de Dietrichstein.
M. Jacques Littleton , Membre du
Parlement d'Angleterre , & Vice- Amimiral
de l'Efcadre rouge , eft mort à Londres
le 16. Fevrier.
La Ducheffe Douairiere de Grafton
mere du Duc de Grafton , Viceroy d'Irlande
, eft morte à Londres le 18. Fevrier
; elle avoit épousé en fecondes nôces
le Chevalier Thomas Hanmer , Membre
du Parlement pour le Comté de
Suffolk .
Le Lord Allington , Seigneur Irlandois
, eft mort à Londres le 22. Fevrier
paffé , dans la quatre-vingt - deuxième année
de fon âge , fans avoir pris d'allian--
ce. Le Duc de Sommerfet , l'un de fes
plus proches parens , herite de la plus
grande partie de fes biens.
La Ducheffe Doüairiere de Medina-
Sidonia eft morte à Madrid ; elle étoit
fille du feu Comte Donnat .
Le Marquis François Bichi , ci - devant
Protonotaire Apoftolique, & le dernier des
neveux du Cardinal de ce nom , a époufé
à Rome le 8. Feyrier la feconde fille
du Marquis Corfini.
La
DE MARS 1723. 603
La Princeffe de Galles eft accouchée à
Londres d'une Princeffe le 5. Mars à 8.
heures & demie du foir.
Le Comte d'Albemarle époufa le 4
Mars à Caufan , près de Reading en Angleterre,
la Demoiſelle Anne Lenox, fille
du Duc de Richemond .
Le Chevalier Chriftophle Wren eft
mort à Londres le 8.- Mars âgé de quatre-
vingt- douze ans ; il étoit Survoyeur
general des Bâtimens du Roy ; c'est lui
qui a bâti l'Eglife Cathedrale de faint
Paul , & la plupart des Eglifes de Londres
, qui furent brûlées dans le grand incendie
de 1666.
La Comteffe Doüairiere de Stanhope
fille de M. Pitt , eft morte le 7. Mars à
Kenfington en Angleterre.

TT
604
LE
MERCURE
JOURNAL DE PARIS .
E 12. de ce mois l'Univerfité fit fa
LE
Proceffion generale en l'Eglife des
Invalides .
Tout le monde fçait que l'Univerfité de
Paris par fon inftitution eft dans l'ufage de
faire quatre Proceffions par an , aux mois
d'Octobre , Decembre , Mars , & Juin.
Elles font annoncées plufieurs jours auparavant
, & le lieu de la Station indiqué
par un Mandement du Recteur , affiché
dans Paris. Le jour de la Proceffion étant
venu , les fept Compagnies qui compofent
l'Univerfité ; fçavoir , les Facultez
de Theologie , des Droits , de Medecine ,
& les quatre Nations de France , de Picardie
, de Normandie & d'Allemagne ,
qui forment la Faculté des Arts , s'affemblent
à 8. heures du matin dans le Cloître
des Mathurins , lieu ordinaire des
affemblées de l'Univerfité ; d'où elles
partent pour fe rendre en l'Eglife de la
Station. Là fe dit une Meffe folemnelle ,
celebrée toûjours par un Docteur en
Theologie . Un Predicateur choifi par le
Recteur y prêche , & y prêche , & par un droit particulier
à l'Univerfité ; c'eft l'unique fermon
DE MARS 1723. 605
mon qui fe faffe ce jour- là dans Paris
avant midy.
L'objet ordinaire que l'Univerfité fe
propofe dans ces Proceffions eft de prier
pour le bien de l'Eglife & de l'Etat , pour
l'extirpation des herefies , pour la confervation
de la perfonne du Roy , & de toute.
la Famille Royale . Dans celle - ci elle a
joint à ces motifs generaux de Prieres ,
un motif particulier , qui a été , de remercier
Dieu de ce qu'il a conduit heureuſement
S. M. jufqu'au temps marqué par
les Loix de l'Etat pourgouverner le Royaume
par elle-même , & lui demander la continuation
de fes graces pour fa Perfonne
Sacrée.. C'eft ce motif qui la déterminée
à choifir pour le lieu de la Station l'Eglife
des Invalides . Elle a cru que le Roy
étant l'objet principal de fes Prieres en
cette occafion , elle ne pouvoit les faire
en un lieu plus convenable qu'en cette
Eglife Royale , monument de la pieté &
de la magnificence du feu Roy Louis
XIV. & confacrée à Dieu fous l'Invocation
du Saint Roy Louis IX . Elle a conté
d'ailleurs pouvoir utilement s'édifier
de l'exemple des pieux Guerriers , qui
habitent cette Maifon Royale , & pour
nous fervir de la penfée de M. le Recteur
dans fon Mandement , l'Univerfité par
fon établiffement étant particulierement
destinée
606 LE MERCURE
deftinée à défendre les droits facrez de ta
Couronne & du Royaume , rien n'étoit plus
propre pour animer fon zele fur ce devoir
effentiel , que la vûë de ces genereux Citoyens
qui portent continuellementfur leurs
perfonnes des témoignages autentiques de
la fidelité avec laquelle ils ont fervi le
Roy & défendu l'Etat.
Le Roy ayant accordé à l'Univerfité la
permiffion de faire fa Proceffion aux Invalides
, voulut qu'elle y fut reçûë d'une
maniere convenable au titre honorable
qu'elle porte de Fille aînée du Roy. Les
foldats étoient fous les armes , rangez en
haye des deux côtez le long des cours ,
leurs Officiers à leurs têtes , les tambours
batans aux champs . M. le Gouverneur
des Invalides reçur le Recteur à la Porte
de l'Eglife. S. E. Monfeigneur le Cardinal
de Noailles , Docteur de la Faculté
de Theologie & Provifeur de Sorbonne
officia pontificalement . Plufieurs autres
Prélats , non moins recommandables par
leurs vertus Epifcopales , que refpectables
par leurs noms illuftres , affifterent à
toute cette Ceremonie. Ils fe font fait.
un plaifir de donner en cette occafion.
cette marque de leur Religion envers
Dieu , de leur zele envers le Roy , &
de leur affection pour l'Univerfité , leur
mere commune . Et même l'ufage ancien
de
DE MARS 1723. G07
de l'Univerfité étant de donner une petite
retribution à ceux de fes Suppôts.
qui affiftent à ces Ceremonies , & un de
fes Statuts portant qu'elle fe donnera auſſe
aux honnêtes gens qui s'y trouveront, quoiqu'étrangers
, vir boneftus ne prætereatur,
Monſeigneur le Cardinal de Noailles , &
les autres Prélats , auffi bien que M. le
Gouverneur & l'Etat Major , ont bien
voulu permettre que l'on obfervât ce_
Statut à leur égard. Après la Meffe ont
chanta le Te Deum en action de grace.
Enfuite la Proceffion retourna aux Mathurins
, où l'on diftribua deux pieces
de vers latins fur la Majorité , l'une de
M.. Thiberge , Regent au College du
Pleffis , l'autre de M. Fromentin , Regent
au College de Montaigu . Il s'en
étoit diftribué quelques jours auparavant
plufieurs autres dans l'Univerſité ſur le
même fujet.
Peut- être ne fera- t'on pas fâché de
voir ici l'ordre & la marche des Proceffions
de l'Univerfité .
La Croix eft portée par un Religieux
Auguſtin , accompagné de deux autres
Religieux du même Ordre , portant
chandeliers.
Enfuite font appellez pour marcher fe
lon leur ordre,
Les Cordeliers. Les Auguftins. Les
Carmes. Les Jacobins ,
Les
608 LE MERCURE
Les Maîtres en Robbe noire avec leur
Chaperon.
Six Religieux Benedictins du Prieuré
Royal de Saint Martin des Champs en
Aubes & Chappes , précedez de quelques
autres Religieux avec l'habit de leur
Ordre , & de quelques Ecclefiaftiques
en Surplis & Chappes : ce qui forme le
Choeur.
Les Bacheliers en Medecine en Robbe
noire , avec un Mantelet noir frangé.
d'Hermine , précedez du fecond Maflier ,
de la Faculté en Robbe noire.
Les Bacheliers en la Faculté des Droits.:
Les Bacheliers de Licence en Theolo
gie , en Souranne & long manteau recouvert
d'une fourure , fans collier , précedez
du fecond Appariteur de la Faculté
en Robbe noire.
Les Regens d'Honneur en la Faculté
des Arts , vêtus d'une Robbe Herminée
blanc & gris , comme celle des Electeurs
de l'Empire
.
>
A leur tête les quatre Procureurs des
Nations , vêtus de femblables Robbes
& précedez chacun du fecond Maffier
de leur Nation .
Les Docteurs en Medecine en Soutannes
noires fous leurs Chappes rouges
recouvertes d'Hermine , comme celle des
Cardinaux , précedez de leur premier
Maffier
DE MARS 1713. 602
Maffier vêtu d'une Robbe bleuë fourrée
de blanc .
Les Docteurs en la Faculté des Droits ,
en Robbes rouges avec leur. Chaperon
rouge bordé d'Hermine , précedez de
leur Maffier habillé de violet.
Les Docteurs en Theologie pareillement
en fourure ornée d'un Collier , &
en Robbe noire ou violette avec un Bonnet
de même , précedez de leur premier
Appariteur , qui porte une Robbe de drap
violet fourrée de blanc.
M. le RECTEUR en Robbe violette,
& Mantelet Royal , avec la Bourfe ou
Efcarcelle de Velours violet garni de
glands & de galons d'or , & le Bonnet
noir , précedé des quatre premiers Maffiers
des quatre Nations de la Faculté des
Arts.
Après le Recteur fuivent immediatement.
Les Syndic & Greffier de l'Univerfité
en Robbe rouge herminée , de même
que le Receveur pareillement en Robbe
rouge herminée , s'il eft Regent d'Honneur
en la Faculté des Arts .
Enfin la Proceffin eft fermée par
Les Libraires- Imprimeurs. Les , Papetiers
. Les Parcheminiers. Les Ecrivains.
Les Relieurs . Les Enlumineurs . Jurez
de l'Univerfité .
Les Grands Meffagers Jurez de l'Univerfité
310 LE MERCURE
verfité précedez de leur Clerc , lequel
porte une Robbe de couleur de Rofe fethe
& une Tunique , fur laquelle font les
Armes de l'Univerfité , en forme d'un
Heraut d'Armes , ayant un Bâton Royal
d'azur , femé de fleur- de - Lys d'or.
Lorfque le Recteur va à l'Offrande il
eft toûjours précedé des 14. Maffiers
tant des trois Facultez que des quatre
Nations.
,
Nous avons parlé dans le Mercure du
mois de Janvier dernier , page 189. de
P'Operation que M. de la Peyronie fit à
M. le Duc de Lorraine ; mais comme
cet article n'a pas toute l'exactitude que
le public eft en droit d'exiger de nous ,
nous allons la rectifier d'autant plus volontiers
, que nous aurons occafion de
parler de la generofité de ce Prince & de
l'habileté de celui qui la gueri . Le Roy
ayant ordonné dans le mois de Decembre
dernier à M. de la Peyronie , fon premier
Chirurgien en furvivance de M. Maréchal
, d'aller faire l'operation de la fiftule
à M. le Duc de Lorraine , il partit ſur le
champ pour ſe rendre à Nanci ; il trouva
à fon arrivée que la maladie étoit
très-confiderable ; cependant l'operation
fut faite fi à propos , & avec tant d'adreffe
& d'habileté , qu'elle eut tout le
Luccès
DE MARS 1723. 618
fuccès qu'on pouvoit en attendre. M. de
la Peyronie donna enfuite tous ces foins
au malade , & ne partit pour revenir à
la Cour , que lorfqu'il fut entierement
hors de tout danger.
Comme M. de la Peyronie a l'honneur
d'être premier Chirurgien du Roy ,
il n'auroit eu garde de prendre de l'argent
fi on lui en avoit offert , & fon Alteffe
Royale connoiffoit trop fa délicateffe
pour lui en offrir , il l'obligea feulement
à accepter un diamant de prix
qu'il lui donna. Me la Ducheffe de Lorraine
fait actuellement travailler à fon
portrait pour lui en faire prefent. Pluhieurs
Princes de la maifon de Lorraine
& les principaux Seigneurs de la Cour ,
fenfibles à la guerifon de fon Altefſe Røyale
, donnerent auffi à M. de la Peyronie
des Porcelaines Magnifiques , & la Ville
de Nanci fit broder fur une bourfe de
velours bleu , fes Armes & celles de
M. de la Peyronie , qu'elle lui donna
avec deux cens jettons d'argent , prefent
qu'elle a accoutumé de faire aux perfonnes
confiderables , & à ceux qu'elle veut
diftinguer. La liberalité du Prince ne fe
borna pas là ; la veille du départ de M.
de la Peyronie , il lui envoya le brevet
d'une penfion de cinq mille livres n'ayant
pû l'obliger de l'accepter , par la raifon
que
612. LE MERCURE
que nous avons dite . M. le Duc de Lorraine
adreffa le brevet à fon Envoyé , à
qui il ordonna de prier le Roy d'engager
M. de la Peyronie à l'accepter . Sa Majefté
après avoir loué la conduite de fon
premier Chirurgien lui ordonna de prendre
cette penfion.
C'eft ainfi que M. le Duc de Lorraine
& toute la Cour fignalerent leur generofité
& leur reconnoiffance pour une
perfonne que fes talens , fon habileté &
fon adreffe ont conduit de fi bonne heure .
à la premiére place.
Nouvelles Entrées chez le Roy.
Entrées familieres.
Monfieur le Duc d'Orleans . Le Duc de
Chartres. Le Duc de Bourbon. Le Comte
de Charolois . Le Comte de Clermont. Le
Prince de Conti . Le Comte de Toulouſe .
Le Cardinal du Bois. La Ducheffe de
Ventadour. Le Duc de Charoft.
Grandes Entrées.
Le Grand Chambellan. Les 4. premiers
Gentil- hommes de la Chambre. Le
Grand- Maître de la Garderobe. Les
Maître de la Garderobe. Le premier Valer-
de- Chambre de quartier. Le premier
Valet de Garderobe de quartier . Les Garçons
DE MARS 1723. 613
çons
de la Garderobe. Le Cravattier. Le
Tailleur . Ms Dodart , Maréchal , la
Peyronie, Blouin. L'Apotiquaire de quartier.
L'Horlogeur de quartier. Le fieur
Maréchal , fils . Le fieur Bon-temps , cadet.
Le fieur Mouret . M la Nourrice . M.
L'ancien Evêque de Fréjus . M. le Duc de
Lauzun. M. de Chamarante. Le Maréchal
de Villars. Le Maréchal de Berwik .
Le Marquis de la Sale. Le Duc d'Antin .
C
Premieres Entrées.
M. de Beringhen , pere. Les Lecteurs.
Les Secretaires du Cabinet. Les fieurs
le Febvre & de S. Difant . Fontanieu . Les
Apotiquaires. Le Porte- Chaife d'affaires.
Un Officier de Fourriere. Le fieur
Boudin. Le fieur Teret. Le fieur Falconnet.
Le fieur Helvetius. Le fieur La Foffe,
Chirurgien ordinaire. Le Marquis Do
pere. Le Marquis d'Ancenis . Le Marquis
de Prie. Mrs de Saumery , pere &.
fils . Le Baron de Breteüil . L'Abbé de
Vaubrun. Le Duc de Villeroy . Le Duc
de Rets. Le Marquis d'Alincourt. Le Marquis
de Bellifle.
Entrées du cabinet.
Ceux qui auront les Entrées familieres
, & ceux que le Roy fera appeller
perfonne n'y ayant droit par naiffance ,
ni par Charge.
Les
314
LE MERCURE
Les 4. Gentil- hommes de la Minche }
auront les Entrées de la Chambre.
On n'a point obfervé de rang ni de préféance
dans la lifte qu'on vient de lire.
Le Chapitre de l'Eglife Royale de
Dreux fit faire le Mardi deuxième du
prefent mois un Service folemnel pour
le repos de l'ame de feuë S. A. S. Madame
la Princeffe , Comteffe de Dreux ,
Dame & Patrone de l'Eglife , qui étoit
tendue en grand deüil , le poile , & la
tenture chargée d'Ecuffons aux Armes
de Baviere & de Condé. Le Mauſolée y
étoit fort magnifique ; la Meffe y fut
celebrée par leur Doyen & chantée par
la Mufique de ladite Eglife , au milieu
de laquelle l'Oraifon Funebre fut prononcée
avec beaucoup d'éloquence &
d'onction , par M. Bourgeois , Chanoine,
& principal du College Royal de Dreux .
Toutes les Paroiffes , tous les Corps , tant
reguliers que feculiers s'y trouverent,
On apprend de Turin que la Princeffe
de Piemont y accoucha d'un Prince
le 7. de ce mois , auquel le Roy de
Sardaigne a donné le nom de Duc d'Aofte
, il fut baptifé quelques heures après
fa naiffance , & nommé Victor- Amedée.
Theodore. Etant tenu fur les fonds par
le
DE MARS 1723 . 615
le Marquis de la Pierre , Grand Chambellan
, au nom du Prince de Sultzbach ,
& par la Princeffe de la Citerne , premiere
Dame-d'Honneur de la Reine , au nom
de la Ducheffe Doüairiere de Savoye.
Les mêmes lettres portent que la Princeffe
de Piemont mourut cinq jours après
d'une groffe fiévre , & de plufieurs autres
accidens , dont fon accouchement
fut fuivi. Elle fut faignée du pied , &
elle reçut les Sacremens le 12. jour de
fa mort. Cette Princeffe fe nommoit Anne-
Chriftine- Loüife , née le
5.
Fevrier
1704. Elle étoit fille du Prince Theodore
Palatin de Sultzbach , & de Marie-
Eleonore- Amelie de Heffe Reinfels. Elle
fut mariée le 15. Mars de l'année derniere
au Prince de Piémont.
Le 12. de ce mois de Mars . Me Loüife-
Magdelaine le Blanc , époufe de M.
Efprit Juvenal de Harville des - Urfins
Marquis de Trainel , Colonel du Regiment
de Dragons d'Orleans , eft accouchée
d'un garçon qui a été ténu fur les
Fonds de Baptême le 13. du même mois
dans l'Eglife Paroiffiale de Verfailles , par
M. Claude le Blanc , Miniftre & Secretaire
d'Etat de la guerre , & par Mad.
Conftance de Harville- Palaileau , Marquife
de Pomponne. L'enfant a été nom-
I mé
616 LE MERCURE
mé Claude - Conftance Juvenal. C'eft
Monfeigneur Cefar le Blanc , Evêque
dAvranches qui a fait la ceremonie du
Baptême.
Le 21. de ce mois , Dimanche des Rameaux
, le Roy , accompagné de Monfieur
le Duc d'Orleans , du Duc de Chartres
, & du Duc de Bourbon , affifta dans
la Chapelle du Château de Verſailles , à
la Benediction des Palmes , qui fut faite
par l'Abbé Tefniere , Chapelain de la
Chapelle de Mufique. Il en prefenta une
à S. M. qui affifta à la Proceffion , & qui
après l'Evangile alla adorer la Croix .
Après la Proceffion , le Roy entendit la
Grande Melle par le même Chapelain ,
chantée par la Mufique. L'après - midy
S. M. entendit le Sermon du Pere d'Ardenne
, de la Doctrine Chrétienne , &
enfuite les Vêpres.
Le 24. le Roy entendit dans la même
Chapelle l'Office des Tenebres , qui fut
chanté par la Mufique.
Le 25. jour du Jeudy Saint , le Roy
entendit dans la Grande Salle des Gardes,
le Sermon de la Cêne de l'Abbé de Montalet
de Villebreüil , Chanoine & Archidiacre
de Provins dans la Metropolitaine
de Sens , Abbé de N. D. de Balerne
après quoi le Cardinal de Rohan , Grand
Aumônier
DE MARS 1723. 617
Aumônier de France fit l'Abfoute. S. M
lava enfuite les pieds à 12. pauvres , & le
fervit à table . Le Duc de Bourbon à la
tête des Maîtres-d'Hôtel , précedoit le
Service. Les plats furent portez par Monfieur
le Duc d'Orleans , le Duc de Chartres
, le Comte de Charolois , le Prince de
Conti , le Comte de Toulouſe , & les
principaux Officiers de S. M. enfuite le,
Roy le rendit à la Chapelle du Château ,
où il entendit la Grande Meffe , & aſſiſta
à la Proceffion. L'après-midy le Roy entendit
les Tenebres dans la même Chapelle.
4.
Le Mars le Roy fut fe promener à
Marly , & à la mailon de Me de Cavoye,
que M. de la Farre , Capitaine des Gardes
de Monfieur le Duc d'Orleans a loué ,
il y reçut S. M.
Le 6. le Roy fut à la chaffe du vol au
bout du canal .
Le 7. le Roy alla après fon dîner voir
fon cabinet des Medailles . S. M. y fut
reçûë par M. l'Abbé Bignon.
Le 8. le Roy fut fe promener à Trianon
, & S. M. prit le divertiffement de
la chaffe du Daim.
Le même jour le Roy accorda une
penfion de 1000. liv . au fieur Antoine
Concierge de l'Hôtel des Ambaffadeurs
extraordinaires , & Porte- Arquebufe du
Lij Roy,
618
LE MERCURE
Roy , qui a eu l'honneur de montrer à
tirer à S. M.
Le 11. le Roy fut fe promener
à Meudon
, & le 14. à Marly , pour voir la Ma
chine.
Le 7. de ce mois le Roy , accompagné
de Monfieur le Duc d'Orleans entendit
dans fa Chapelle de Verfailles la Meffe
chantée par la Mufique , & entendit l'après-
midy la Prédication du R. Pere
d'Ardenne , de la Doctrine Chrétienne .
Le neuf Sa Majefté donna audience
à M. Maffei , Nonce ordinaire du Pape ,
& à Don Patricio Lawlés , Ambaffadeur
ordinaire du Roy d'Espagne , où ils furent
conduits par M. de Remond , Introducteur
des Ambaffadeurs. Le même jour
le Roy accorda une audience particuliere
au Marquis de Rangoni , Envoyé extraor
dinaire du Duc de Modene , qui fit des
complimens à Sa Majefté fur la mort de
Madame. Il eut enfuite audience particuliere
de M. le Duc d'Orleans fur le même
fujet , où il fut conduit par le même
Introducteur.
Le Grand- Maître de la Religion de Mal .
the a rendu un Decret le onze du mois de
Janvier dernier, & il eft ordonné à tous les
Chevaliers qui ont atteint l'âge de dixneuf
ans , & qui n'ont pas commencé ou
fait
DE MARS 1723. 619
fait leurs caravanes, de fe rendre à Malthe
dans le courant du mois de May prochain.
Il eft mort à Château- Vilain , en Champagne
le 7. Fevrier , un Sergent des troupes
du Roy , nommé Nicolas Samfon
âgé de cent ans & dix mois. Il étoit né
le onze Avril mil fix cens vingt - deux.`
Le Dimanche de la Paffion , quatorze
de Mars , le Roy accompagné de Monfieur
le Duc d'Orleans entendit la Meffe
chantée par fa Mufique dans la Chapelle
du Château de Verfailles le même jour ,
& le dix- fept fuivant Sa Majefté entendit
le Sermon du R. Pere d'Ardenne de la
Doctrine Chrétienne .
On a appris par des lettres de Nilmes
que le vingt-fix Fevrier le R. Pere de
Combet , Jefuite, avoit prononcé un Difcours
latin, fort éloquent, fur la Majorité
du Roy , en prefence des Etats de la Province
de Languedoc , affemblez dans
cette Ville .
Meffire François Dreux d'Aix , Comte
de la Chaife , Capitaine des Gardes de
la Porte du Roy , en furvivance du Marquis
de la Chaife , fon pere , eft mort à
Paris le douze Mars dans la quinziéme
année de fon âge.
Meffire Jean - Etienne Coürfon , Lieutenant
General des Armées du Roy , &
I iij Colonel
620 LE MERCURE
Colonel d'un Regiment Suiffe , eft mort
en cette Ville le vingt-fept du mois dernier.
Le 20. de ce mois le grand procès qui
étoit entre M. de Real , Grand Senéchal
de Forcalquier , & les heritiers de M. le
Roux de Provence a été jugé définitivement
, à un des Bureaux du Conſeil à
l'avantage du premier.
Le Roy a accordé une penfion de
800. livres au fieur Bafire , Garçon ordinaire
de la Chambre du Roy , & une de
5oo. liv. au fieur Bafire , fils , auffi Garçon
ordinaire de la Chambre , en furvivance.
Le fieur Mouret , Porte- Malle
ordinaire du Roy , a auffi obtenu une
penfion de 800. liv.
>
Le 18. de ce mois l'Evêque Duc de
Laon a fait faire un Service folemnel
dans fon Eglife Cathedrale de Laon ,
pour le repos de l'ame de MADAME.
Les trois portes de l'Eglife , & toute la
nef, depuis le haut jufqu'en bas , étoient
tendues de drap noir , avec des lez de
velours , chargez des Armes de la Princeffe.
La façade du Jubé étoit décorée
de même , jufqu'à la hauteur de la gallerie
, avec de grandes Armoiries , &
dans le fond de l'Autel un grand fujet
hiftorié qui reprefentoit allegoriquement
les principales vertus de MADAME.
Le
DE MARS 1923. 621
Le Catafalque étoit élevé fur 4. marches
dans le Choeur , fous un Dais de
velours à frange d'argent , avec un grand
poile de velours herminé , orné de grandes
Armoiries brodées. Une Couronne
de France étoit pofée fur un carreau de
velours , couverte d'un crefpe ; le tout
entouré d'une très grande quantité de
chandeliers d'argent avec des cierges ,
ainfi que l'enceinte de l'Autel.
Cette pompe funebre a été très-augufte
& très-bien ordonnée . L'Evêque de
Soiffons y affifta avec M. Orry de Vignory
, Maître des Requêtes , Intendant
de la Province , avec un grand concours
de Nobleffe , & Mrs les Officiers
du Prefidial , en Robes de ceremonie ,
ainfi que ceux de l'Election , du Grenier
à Sel , de la Ville & du Duché - Pairie.
Les Communautez Seculieres & Regu- .
lieres y furent auffi invitées . L'Oraifon
funebre fut prononcée avec beau
coup d'éloquence & d'onction par le
Pere Catelan , Jefuite . La Mufique fut
très-nombreuſe & très- bien executée. Le
Clergé étoit compofé de 130. Ecclefiaftiques
, tant Chanoines que Chapelains.
M. l'Evêque de Laon fit diftribuer beaucoup
d'argent aux pauvres après le Service.
Dame Marie-Magdelaine de Ferriol ,
Liiij. foeur
622 LE MERCURE
foeur de M. de Ferriol , Baron d'Argental
, qui avoit été Ambaffadeur du Roy
à la Porte Ottomane , dont il a été fait
mention dans le Mercure du mois de
Novembre dernier 1722. & où il eſt
parlé de l'origine de cette famille , a peu
furvêcu M. fon frere , étant morte le
27. Fevrier dernier âgée de foixantecinq
ans ; elle étoit époufe de M. Jofeph
Blondel , Confeiller- Secretaire du
Roy , Maifon , Couronne de France
& de fes Finances , honoraire , cy- devant
Commiffaire de la Marine , Conful
de France à Smirne & Pays de Natolie
, & Tréforier General des Bâtimens
& Jardins de Sa Majefté . Elle a laiffé
un fils unique M. Auguftin Blondel de
Gagny qui a été Moufquetaire du Roy.
Dame Marie- Angelique Favre , veuve
de feu M. Guillaume de Thierfault ,
Confeiller du Roy en fes Confeils , Doyen
des Confeillers du Grand Confeil , mourut
le quatre de ce mois âgée de 74.
ans elle étoit fille de M. Louis Favre ,
Chevalier Baron de Dampmard , Sous-
Doyen de la Grande Chambre du Parlement
de Paris , & frere de M. Jean Fa- .
vre , auffi Baron de Dampmard , mort
en 1715. Doyen de la feconde Chambre
des Enquêtes du Parlement de Paris . La
famille de Favre , qui eft originaire de
Dauphiné
DE MARS 1723. 623
Dauphiné a donné plufieurs Confeillers
au Parlement de Grenoble . Elle eft alliée
à celle de Nefmond , de Befons , de
Doujat , de le Noir , de Gobelin & de
tout ce qu'il y a de plus illuftre dans la
Robe.
Dame Marie-Magdelaine le Clerc de
Leffeville , époufe de M. Claude- François
Pellot , Chevalier Comte de Trenieres
, ancien Maître des Requêtes , eft
morte à Paris le 22. de ce mois , dans la
63. année de fon âge.
M. de Modene , Chef- d'Eſcadre des
Armées Navalles , eft mort à Toulon le
28. du mois paffé.
François de Granges.de Surgeres ,
Marquis de Puiguyon & de la Flocilliere,
Lieutenant General des Armées du Roy,
Grand- Croix de l'Ordre de S. Louis
eft mort à Paris le 21. du mois paffé ,
âgé de 74. ans.
Il avoit épousé Françoife de la Caffaigne
, dont il a eu Louis de Granges de
Surgeres , tué à la bataille de Spire ,
étant Capitaine de Cavalerie dans le Regiment
de Bourgogne. Jeanne Françoife
de Surgeres , mariée à Gilles - Charles de
Granges , fon coufin , Capitaine de Vaiffeau
du Roy , mort à l'ifle Royale , &
Henriette- Elifabeth de Granges de Sur--
Ly geres ,
424
LE MERCURE
geres ,
mariée à M. Alfonfe de Lefcure
M. de Puiguyon avoit commencé à
fervir en 1672. la même année il fit une
compagnie de Cavalerie , & en 1673. il
fe trouva au fiege de Maftrick .
En 1674. il fut du détachement qui
alla joindre le Maréchal de Bellefons au
fiege de Navagne. Enfuite il fe trouva à
la bataille de Senef , & en 1675. à celle
de Turkeim .
Il fit la campagne fuivante en Allemagne
, & fut au combat de Altheneim.
Il fit auffi la campagne en Allemagne
en 1676. En 1677. il fut détaché avec
le Comte de la Mothe- Houdancourt pour
forcer les poftes & gardes des ennemis
retranchez à Huningue.
Après avoir repaflé le Rhin il fe trouva
à l'affaire de Coefberk , & au fiege de
Fribourg.
Er 1680. il fut au blocus de Luxembourg
, pendant lequel il commanda dans
le pofte & Château d'Afpeld .
En 1684. il fe trouva au fiege de Luxembourg.
Il fit la campagne de 1689. dans l'armée
de Flandres , à la fin de laquelle le
Roy le fit Lieutenant Colonel du Regiment
de Cavalerie de Vaillac , où il ne
reſta qu'un an , & eut le Regiment de
Cavalerie de Vandeuvre , auquel il donna
le nom de Puiguyon.
DE MARS 1723. 625
En, 1692. il fut au fiege de Namur.
Dans la campagne de 1693. il fut à la
bataille de Nervinde , où fon Regiment
fe diftingua. En cette confideration le
Roy lui donna celui de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , & le fit Chevalier
de l'Ordre de S. Louis .
Il fit la campagne de 1694. en Flandres
dans l'armée commandée par Monfeigneur
le Dauphin .
L'année fuivante il fit la campagne
dans la même armée , & l'hyver après le
Roy le fit Brigadier.
Il fervit dans l'armée qui étoit fur la
Sambre au commencement de la
gne de 1696 .
campa
En 1701. il paffa la campagne dans le
pays de Luxembourg.
En 1703. le Roy lui donna une com
million pour commander la Cavaleriedans
l'armée commandée par le Maréchal
de Tallard , avec les mêmes prérogatives
du Colonel General . Il fuivit ce
Maréchal qui alla faire lever le fiege de
Traerback , & delà il paffa en Alface. I
fe trouva au fiege de Briffac , & à celur
de Landaw. 11 fut auffi à la bataille de
Spire , où il fut dangereufement bleffe
de plufieurs coups de fabre. Son fils unique
& le fieur de S. Laurent , fon neyeu
, furent tuez auprès de lui à la tête
I vj
de
626 LE MERCURE
de leurs compagnies . Le Roy le fit Ma
réchal de Camp , & l'employa fur la
Mofelle ; il fit la campagne de 1704. A
la fin de cette campagne le Roy l'envoya
commander l'hyver à Tirlemont , & ſur
la frontiere de Brabant.
Il fit la campagne de 1705. en Flan
dres.
L'hyver fuivant il fut employé à Mas
lines. Lorfque l'armée étoit raffemblée
fur la baffe Deule , fous les ordres de
M. le Duc de Vendôme , qui pendant
que les ennemis affiegeoient Menin
envoya M. de Puiguyon à Comines
pour en foutenir le pofte & les lignes.
Après la prise de Menin il fortit de Comines
, & alla à Lille pour commander
les troupes reftées fur cette frontiere , &
empêcher l'établiffement des contributions.
Le Roy l'employa au même lieu
pendant l'hyver.
En 1707. il fit la campagne dans la
même armée , & l'hyver fuivant le Roy
continua de l'employer à Lille.
En 1708. il fervit dans la même armée
commandée par Monfeigneur le Duc de
Bourgogne. Au commencement du mois
de Juin de cette année Sa Majeſté le fit
Lieutenant General de fes armées.
A la fin de Septembre fuivant M. le
Duc de Vendôme l'envoya dans le Poldre
DE MARS 1723. 627
dre de Santfort, près Oftende, avec quinze
bataillons , cinq efcadrons de Dra
gons , & huit pieces de canon , & enfuite
il lui donna ordre de prendre un détachement
de fon camp , & d'aller affieger
Lesfingue , occupé par les Anglois ,
..ce qu'il executa malgré les inondations..
-
Sa Majefté l'envoya à Ypres pour y
commander pendant l'hyver. Il en fortit
à la fin de May 1709. pour mener les
troupes à l'armée qui s'affembloit en Artois.
Il refta commandant un camp fepa
ré jufqu'au mois d'Aouft.
Il avoit acquis l'eftime de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne , qui n'avoit
pas changé de fentimens , étant devenu
Dauphin. On en voit des preuves
dans les lettres que ce Prince lui a fait
l'honneur de lui écrire. Il en a auffi reçû
de pareilles de Monfeigneur le Duc
d'Orleans par les penfions qu'il lui avoit
procurées fur l'Ordre de S. Loiiis , &
une de 6000. liv. fur le Tréfor Royal
Le Roy a donné après la mort une penfion
de 4000. liv . à fes trois petits- fils ,
qui font , le Marquis de Puiguyon , Capitaine
de Cavalerie au Regiment de Bre .
tagne , l'Abbé de Puiguyon , & le Comte
de Mauleon .
On ne raporte ici les actions de M. le
Marquis de Puiguyon qu'en abregé , le
livre
828 LE MERCURE
"
livre de l'Hiftoire Genealogique de la
maifon de Surgeres en Poitou , faite par
M. Louis Viala , Prêtre . Prieur de Montournois
, en fait un détail étendu , ainfi
que de fa genealogie , dont il raporte
des titres depuis 903. bien fuivis.
On ne peut rien ajoûter à la maniere
defintereffée , avec laquelle M. le Marquis
de Puiguyon a fervi le Roy dans
fes armées , & dans les commandemens ,
dont Sa Majesté l'avoit bien voulu ho
norer les preuves qu'il en a données
dans toutes les occafions lui ont fait meriter
avec les autres bonnes qualitez qu'il
avoit d'ailleurs , l'eftime de tous ceux qui
l'ont connu , & l'ont fait regretter , particulierement
dans la Province où tout
le monde avoit de la veneration pour lui.
La Bibliotheque des Philofophes , &
des Sçavans , anciens & modernes , par
M. Gautier , eft en vente chez Cailleau ,
Place de Sorbonne ; ce font deux vol.
in octavo. Nous en parlerons plus amplement.
Il paroît un Programme pour la nouvelle
Traduction de l'Hiftoire d'Espagne
de Mariana , par M. l'Abbé de Vayrac
Nous en parlerons plus au long.
Les actions de la Compagnie des Indes
font au 31. de ce mois à 170. liv.
ARRESTS
DE MARS 1723. 627
XXXXXXXXXXXXXXX
ARRESTS ET DECLARATION.
RREST du Confeil d'Etat du Roy , du 9,
Fevrier , qui nomme des Commiffaires
pour pro eder à la liquidation des fommespayées
par ceux qui ont acquis le droit de
Franc - Sallé , en execution de la Declaration du
11. Aouft 1705. fupprimé par Arreſt du 14.
May 1720.
AFevrier,qui nomme
Et le fieur Paffelaigue pour Greffier de la
Commiffion.
ARREST du 16. Fevrier , qui ordonne que
les Receveurs des Droits des Fermes de Sa Majefté
, dont les Offices font fupprimez , rece
vront leurs rembourfemens en quittances de finance
portant intereft à deux pour cent , ainfi
que les autres Officiers fupprimez , à la charge
qu'à l'égard de ceux defdits Receveurs qui no
rapporteront point de certificats pour juſtifier
qu'ils ne doivent rien de leur manicment ,
nouvelles quittances de finance qui leur feront
délivrées , demeureront affe & ées au payement
de leurs debets , fi aucuns fe trouvent fur leurs
comptes , ainfi que l'étoient les Offices dont le
remboursement leur fera fait , & c .
les
DECLARATION du Roy du 18. Fevrier ,
registrée en Parlement le 26. portant défenſes
aux Sujets du Roy , qui ont fait profeffion de la
Religion Prétendue Reformée , de vendre du
rant le temps de trois années , à compter du
12. Mars prochain , les biens immeubles qui
leur appartiennent , ou l'univerfalité de leurs
meubles
830
LE MERCURE
meubles & effets mobiliaires , fans avoir obtent
Ia permiffion de S. M. & c.
ARREST du 23. Fevrier , par lequel Sa
Majefté ordonne que la Foire fe tiendra à Beau
caire le 22. Juillet prochain & les années fuivantes
, au même jour , avec les mêmes privileges
& franchiſes dont la Ville de Beaucaire
a coûtume de jouir pendant la tenue de ladite
Foire ; Sa Majefté revoquant à cet effet les défenfes
portées par l'Arreft du 17. May 1721.
& c.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du 26.
Fevrier , qui ordonne que les Receveurs Generaux
des Finances , des Domaines , & autres
Comptables feront tenus , dans fix mois ,
de
faire convertir en quittances comptables les
Recepiffez des Caiffiers du Trefor Royal , fur
l'exercice de 1720. & exercices anterieurs . Que
dans un an , à compter du jour de la publication
du prefent Arreft , lefdits Comptables fe
ront tenus de convertir en quittances comptables
lefdits Recepiffez pour les exercices 1721.
& 1722 Que les Traitans d'affaires extraordi◄
naires feront pareillement tenus de faire convertir
, dans deux mois , lefdits Recepiffez fur
l'exercice 1722. & anterieurs . Et qu'à l'avenir
tous les Recepiffez des Caiffiers du Trefor
Royal , feront convertis en quittances compa
tables , dans un an , du jour qu'ils devront être
entierement acquittez.
ARREST du 28. Fevrier , qui proroge le
delay accordé pour faire proceder à la liquidation
des Offices & Droits fupprimez avant
Le premier Janvier 1722. jufques au dernier
Mars
DE MARS 1723. 63.8
Mars prochain , & pour le remboursement jufques
au dernier Aviil auffi prochain : Et à
l'égard des Proprietaires des Offices & Droits
fupprimez depuis ledit jour premier Janvier
1722. Sa Majesté a ordonné & ordonne qu'ils
feront tenus de faire proceder à ladite liquida
tion , & recevoir ledit remboursement dans fix
mois , à compter du premier Mars prochain ,
faute dequor & lefdits délais paffez , les Proprietaires
defdits Offices & Droits feront dé
chûs de toutes liquidations & tous rembour
femens.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , du 8.
Mars , qui ordonne que dans deux mois pour
tout délay , à compter du jour de la Publication
, les recepiffez des Directeurs des Mon
noyes qui font dans le public , ou entre les
mains des Treforiers , Receveurs generaux &
autres Comptables & particuliers , feront rapportez
au ficur Eftrang , Caiffier de la corref
pondance des Monnoyes pour la Compagnie
des Indes , qui en payera la valeur ; firon &
faute par les porteurs defdits Recepiffez de les
rapporter dans ledit délay , & inclui paffé , ils
demeureront nuts & de nulle valeur .
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du 15 .
Mars , qui caffe un Arreft de la Cour des Monnoyes
de Paris du 3. Mars ; & ordonne la confif
cation des anciennes efpe, es faifies par les Commis
des Fermes Unies , fur la nommée Sufanne
Bourdin , moitié au profit de S. M. & l'autre
moitié au profit des Commis .
ARREST du 22. Mars , par lequel le Roy
a accordé à la Compagnie des Indes le Privile
go
632 LE MERCURE

ge de la vente exclufive du tabac, pour en jor
ainfi qu'en ajoui ou dû jouir du Verdier , à pre--
fent Fermier general de lad. vente excluſive , à
commencer la joiffance dudit Privilege au premier
Octobre prochain.
ARRES I du 23. par lequel Sa Majefté ordonne
, que par les Commiffaires de fon Confeil
, qui feront rommez à cet effet , il fera
paffé à la Compagnie des Indes ua Contrat d'aliénation
, à titre d'Engagement , des Droits
compofans le Domaine d'Occident , moyennant
& pour demeurer quitte par Sa Majesté
de la fomme de trois millions trois cens trentetrois
mille trois cens trente- trois livres fix
fols huit deniers : A la charge par ladite Compagnie
, d'acquitter les charges affignées fur
payer les appointemens
des Gouverneurs , Intendans & Officiers éta◄
blis dans fon étendue , enfemble la folde des
Troupes qui y font entretenues.
ledit Domaine. Et de
ARREST du 24. par lequel le Roy ordon
ne qu'à l'avenir , & à commencer au dix Avril
prochain , la Compagnie des Indes fera gouvernée
& adminiftrée par un Confeil compofé
d'un Chef , d'un Prefident & de vingt Confeillers
, dont fix choifis dans le nombre des Officiers
du Confeil de Sa Majefté , quatre dans
celui des Officiers de Marine , & dix entre les
perfonnes les plus inftruites au fait du Commerce
d'un Procureur general ; d'un Secretaire
general , & d'un Greffier. Ledit Confeil
fera rommé le Confeil des Indes , & tiendra fa
feance à Paris dans l'Hôtel de la Compagnie
des Indes , connoîtra de tout ce qui peut concerner
l'adminiſtration & la conduite des affaires
de ladite Compagnie , enfemble du Domaine
d'Occident que S. M. a alicné, par forme d'engagement
DE
MARS 1723 . 633
gement à ladite Compagnie Ledit Confeil fera
partagé en deux Bureaux, dont le premier fera
compofé du Chef , du Prefident & des dixConfeillers
choifis entre les Officiers du Confeil de
S. M & les Officiers de Marine ; & le 2. Bureau
fera compofé defd. Confeillers choifis parmi les
perfonnes inftruites au fait du Commerce . Lefdits
deux Bureaux s'affembleront feparément
ou conjointement , fuivant la nature des affaires
, & en la forme qui fera prefcrite par
les
Reglemens qui feront arrêtez par ledit Confeil
. Sa Majefté a fixé le Dividende qui fera
diftribué aux Actionnaires de ladite Compagnie
pour l'année 1722. à la fomme de cent
livres par Action , qui fera prife fur les fonds
qui ont été à ce deftinez par Sa Majeſté , indépendamment
des profits du Commerce de ladice
Compagnie . Et à l'égard du Dividende
Pour l'année prefente 1723 & les fuivantes
Sa Majefté a refolu d'accorder dans le courant
de la prefente année differens privileges & autres
avantages à ladite Compagnie , au moyen
defquels le Lividende pourra être porté à la
fomine de 150. 1. par Action , indépendamment
des benefices du Commerce . Veut Sa Majesté
que la moitié dudit Dividende pour l'année
1722. foit payée aufdits Actionnaires par les
Caiffiers qui feront établis par ledit Confeil , à
commencer au quinze Avril prochain , & l'au
tre moitié à commencer au premier Juillet ,
en obfervant pour le payement le N ° des Actions
. Le payement dudit Dividende ſera fait
dans la fuite par demie année à commencer
au premier Janvier & premier Juillet de chaque
année. Les diftributions des fommes provenantes
des profits du Commerce , feront rea
glées par ledit Confeil ,,dans les termes les plus:
conve
>
634
LE MERCURE
convenables au Commerce de ladite Compa
gnie. Sa Majefté ordonne qu'il en fera ufé pour
P'ordre des Séances dans ledit Confeil , de la
même maniere qu'il en eft ufé dans toutes les
Compagnies Superieures du Royaume ; Enforte
que ce qui déterminera la Seance de chacun
de ceux qui compoferont ledit Confeil ,
fera le titre qu'il aura dans ledit Conteil , ou
entre ceux qui auront un titre égal , l'ordre de
nomination pour cette premiere fois , & enfuite
l'ordre de reception dans ledit Confeil ; le
tout fans avoir égard & fans préjudicier aux
rangs & prééminences de chacun de ceux qui
compofent ledit Confeil par tout ailleurs que
dans l'Affemblée dudit Confeil . Sa Majefté a
nommé & choifi le fieur Cardinal Dubois principal
Miniftre , pour remplir la place de Chef
dudit Confeil ; Pour remplir celle de Preſident,
le fieur Dodun , Controlleur general des Fiinances
; Pour celles de Confeillers du premier
Bureau , les fieurs Fagon , Confeiller d'Etat &
au Confeil Royal des Finances , de Fortia ,
Confeiller d'Etat , du Guay Trouin , Chef
d'Efcadre , Angran , Maître des Requêtes , de
Camilly , Capitaine de Vaiffeau , Fontanieu ,
Maître des Requêtes , Rouillé , auffi Maître
des Requêtes , de Fayet , Capitaine de Fregate,
Rochepierre , Capitaine de Fregate , &
Perenc de Moras , Maître des Requêtes. Pour
celles de Confeillers du fecond Eureau - les
fieurs Baillon de Blampignon , Raudot , Cafta
gnier , Duché , de la Boulaye , Godeheu , Hardancourt
, le Cordier , Fromaget & Deshayes ;
Pour Procureur general le fieur le Febvre de la
Planche ; Pour Secretaire general le fieur de
Caligny; & pour Greffier le fieur Faroüard .

-
,
APPRO
APPROBATION.
des Sceaux le Mercure du mois de Mars
17-3. & j'ai crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion. A Paris le 2. Avril 1723.
de Garde
HARDION,
TABLE.
A Pauvreté , Ode.
Troifiéme Lettre fur la traduction
Françoife de Denis d'Halicarnaffe . 330
Sonnet , Bouts - rimez..
445
Differtation fur les cinq mariages de
Robert , furnommé le Pieux , Roy de
France , par M. l'Abbé de Camps . 446
L'Agreable Buveur , Sonnets en boutsrimez.
479
Vers à la Ducheffe d'Hanovre .
Fable fur la Majorité du Roy .
Roy , & c .
& Ca
Lettre fur les caracteres inconnus.
Avertiffement fur la maiſon de Perci. 476
Lit de Juſtice , Acte de la Majorité du
Difcours de Monfieur le Duc d'Orleans ,
480
497
Du
471
473
478
Du Garde des Sceaux , &c .
500
Du Premier Prefident.
509 De l'Avocat General .
Edit contre les Duels.
517
Epithalame .
522
527
trouvée à Narbonne.
528
557
Conjectures fur une Statuë d'albâtre ,
Sixain.
Pompe funebre de Me la Princeffe. ibid.
Enigmes.
Nouvelles Litteraires , & c.
544
547
Difcours prononcez à l'Académie Françoife.
SSI
Ouvrages de Callot . Recueil , &c. 561
Académies étrangères .
Extrait de la Tragedie de Nitetis.
Spectacles.
Nouvelles étrangeres.
verfité aux Invalides.
565
566
568
586
Journal de Paris , Proceffion de l'Uni-
604
Nouvelles Entrées chez le Roy. 612
Accouchement & mort de la Princeffe
de Piémont.
Service fait à Laon.
614
620
Arreſts. 627
Errata de Fevrier.
P
Age 236. ligne 18. Octobre , lifez
Decembre .
Page 237. ligne premiere, Morintra , li
fez Morintru.
Page 240. ligne 5. & qui , ôtez &.
Page 267. ligne 9. Virgiles , lifez Vi
gile.
Page 280. ajoûte au refte.
Page 286. ligne 17. ont , lifez que n'en
avoit.
Page 331. premiere ligne , Nititis , life
Nithetis.
Page 335. ligne 3. du bas , Paquet , life
Paquetti.
Page 317. ligne 4. du bas , cap , lifez
cape.
Page 373. ligne 15. honorée , lifez honoré.
Page 377. ligne 2. du bas
lifez Dardene .
> dardert ,
Page 398, ligne 2. du bas , mépris , liſex
méprife.
Page 401. ligne 3. du bás , Rumart ,
lifez Ruinart.
Page 416. ligne premiere , abregé , ajoûtez
de.
La figure doit regarder la page 528
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & dans les
Pays étrangers .
Lyon , chez Plaignard , Libraire.
Marſeille chez Carry.
Montpellier , chez les freres Faures.
Touloufe , chez la veuve Tene.
Bayonne , che Etienne Labottiere.
Bordeaux , chez la Veuve Labottiere, & fils.
Charle Labottiere , l'aîné , vis- à- vis la Bour
fe , ibid
Rennes , chez Vattar.
Nantes , chez ulien Maillard.
Idem , cheq Verger.
Saint Malo , hez la Mare.
Poitiers , chez Faucon.
Xaintes , chez Delpech.
Blois , chez Maffon.
Orleans , chez Rouzcau ..
La Rochelle , chez Desbordes.
Angers , chez Fourreau .
Tours , chez Gripon ,
Caen , chez Cavelier.
Rouen , chez la Veuve Herault.
Le Mans , chez Pequiacau .
Chartres , chez Feltil .
Châlons , chez Seneuze.
Troye , chez Loüilleror .
Rheims , chez Godard .
Dijon , chez la veuve Armil .
Beauvais , chez Courtois
Abbeville , chez Dumefail.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le