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LE
MERCURE
DE
FEVRIER 1723 .
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVFLIER , au Palais.
GUILLAUME
CAVELIER
, Fils , ruë S. Jacques , au Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'image Saint
André , Place de Sorbonne..
NOEL PISSOT, Quay des Auguftins , à la
defcente du Pont- neuf , à la Croix d'Or.
M DC C. XXIII
Avec Approbation & Privilege du Roi.
1
L
A VIS .
ADRESSE generale pour toutes
hofes eft à M. MOREAU
Commis au Mercure , chez M. le Com
mifaire le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Poſte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent
* celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Le prix eft de 30 fols.
213
LE
MERCURE
DE FEVRIER 1723 .
********** XXXXXXXXXXXX
胖胖糕糕
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
A M. LE CARDINAL DU BOIS ,
Premier Miniftre.
T
EPISTRE.
OY pour qui la fortune a mis bas
fon bandeau ,
Quitte pour un moment ton penible,
fardeau ,
Et fouffrant que ma mufe ôte à ta vigilance
Un loifir occupé du bonheur de la France ,
Dis- moy du vrai merite, & la marque & le prix:
A ij Dis214
LE MERCURE
1
Dis-moi par quel effort les fublimes efprits ,
Sortant , ainfi que toy , de la route ordinaire.
Se tracent un chemin ignoré du vulgaire .
Chacun en fa faveur follement entêté ,
Se fait de fon merite une divinité ,
Et s'inclinant aux pieds de fa trompeuſe idole .
Amoureux Ixion l'encenfe & la cajole .
L'un dans fon cabinet , general & foldat ,
Penfe valoir Condé , Turenne ou Catinat :
L'autre feul à fon gré , prudent & politique ,
Plaint au fonds de fon coeur l'ignorance pu
blique ,
S'eftime de l'état l'inébranlable effieu ,
Veut t'égaler enfin & paffer Richelieu .
Tel fait d'un faux éclat fa gloire favorite
Et fur fon équipage arbore fon merite ,
Tel de fes hauts emplois redevable à ſon fang ,
Prend pour lui les honneurs qu'on défere à fon
rang .
Enrichi des tréfors de Rome & de la Grece ,
Ce fçavant s'applaudit de fa vaine richeffe ;
Un autre plus heureux compte dans fon tréfor,
Des talens en efpece , & des vertus en or.
C'eſt ainſi qu'à l'abri d'un voile heteroclite ,
Tous
DE
FEVRIER 1723 . 215
Tous penfent dans leur fein receler le merite.
Que je plains leur abus ! cependant à les voir
Prôner l'un fon courage , & l'autre fon fçavoir,
Celui ci fa grandeur , celui- là ſa naiſſance ,
Ne les croiroit- on pas les pivots de la France ?
Laiffons - les enyvrez de leur propre beauté ,
Nourrir d'un vain encens leur folle vanité .
Le merite eft hors d'eux , & non dans leur
perfonne :
Otez-leur un moment ce qui les environne ,
+
La Nobleffe de l'un , de l'autre les tréfors ,
De tous la folle erreur , & les pompeux dehors
;
Qu'alors mis en plein jour leur merite équivoque
™,
De cent fauffes vertus marquera bien l'époque
Cherchons pour nous guider un veftige plus fur,
Et tirons du creufet le merite tout pur.
11 brille en un efprit , dont la perçante vûë ,
Peut d'un état entier parcourir l'étenduë ,
Qui va toûjours au but , qui fait ſuivre de près
L'entrepriſe , le plan , les moyens , le ſuccès ,
Entend , fans s'émouvoir , fremir la noire envie,
Aux populaires bruits n'a point l'ame affervie ,
Voit d'un regard perçant, fuit d'un pas affuré ,
A iij
De
216 LE MERCURE
動
De fes vaftes projets l'espace mefuré ,
Un fens droit , en un mot, qu'un feu vif affaifonne
,
Que l'art forme & polit , que la nature donne,
Eft, comme je l'ai peint, fans flatter le portrait,
Le Symbole & le fceau du merite parfait .
Non , qu'à la Cour des Rois je renferme ce titre,
Le merite eft logé fous le cafque & la Mitre ,
Bouillant dans les combats , plus tranquille au
Senat ,
Roy , Miniftre , Guerrier , Docteur , Abbé
Prélat ,
Le merite par tout étale fes merveilles ,
Et parmi les Colberts il produit des Corneilles.
Toujours indépendant même dans ton employ,
S'il prend un nouveau luftre , il ne le doit qu'à
toy.
Ecarté quelquefois d'une gloire importune ,
Naime à fe cacher dans une humble fortune ,
Quelquefois plus brillant il ſe montre aŭ grand
jour ,
Et foutient avec toy les regards de la Cour.
Je conclus qu'en tout rang , à Paris comme à
Rome ,
Un fens exquis & droit forme feul un grand
homme.
Voilà
DE FEVRIER 1723 . 217
Voilà le vrai merite & le tréfor qu'envain
Diogene chercha la lanterne à la main.
Aux mortels en effet de ce preſent ſi rare
La nature en tout temps fembla fe rendre avare.
Très peu cheris du Ciel , veritables Heros ,
Apportent en naiffant des vertus fans défauts .
Heureux qui dans fon vol & fa marche rapide,
A pour but le dévoir , & l'équité pour guide.
Connois -tu ce miniftre infatigable , actif ,
Enflammé par un zele auffi ſage que vif ,
Qui preft à couronner fon heureufe entrepriſe,
Oblige à le benir , & l'Etat & l'Eglife ?
La reffource attentive & docile à fes loix ,
Semble pour le fervir n'attendre que fon choix,
Sans qu'il doive au hazard foumis à fa prudence,
De fes refforts cachez la profondeur immenfe ,
Sûr dans fa politique , habile en fes traitez ,
On le voit à fon gré fléchir les volontez .
Un merite fi vrai peut avec avantage ,
De foi-même en ces vers reconnoître l'image ;
ma main tremblante ébauche le
Tableau ,
Mais non
Ne t'en rapporte point à mon foible pinceau ,
Ta pourpre parle affez , & vaut feule un éloge,
A iiij Sans
218 LE MERCURE
Sans l'en croire pourtant fouffie que j'inter
roge ,
Miniftres éclairez , Rois , Princes , Potentats ,
Defarmez par tes foins que ne diroient - ils pas ?
Croy- moi, laiffe plutôt parler la pâle envic ,
Tout bas elle en dit plus qu'ici je n'en public.
Son utile fureur contrainte à t'admirer ,
Achevera ces traits que j'ofois effleurer ,
Et nos derniers neveux ,en goûtant d'âge en âge,
Les fruits de ta prudence , & ceux de ton courage
,
Diront qu'au plus haut rang le merite placé ,
Fut encore dans toy trop peu récompenſé.
XXXXXXXXX
SECONDE LETTRE de M...fur
la traduction Françoise de Denis
d'Halicarnaffe.
Uifque vous êtes content , Monfieur,
P de ma premiere Lettre , inféréedans
le dernier Mercure , & que vous me témoignez
que les paffages de la traduction
qui y font relevez vous ont réjoüii , je
vais continuer l'examen du premier Livre.
Je n'y trouve plus de Villes de nouvelle
DE FEVRIER 1723. 219
velle fondation , ni des Provinces changées
en Villes , ni des voyageurs qui mettent
a la voile pour aller, par terre , ni le
milieu d'une Province changé en mer Mediterrannée
pour y faire voguer des peuples
qui partent de Theffalie pour aller à
Dodone. Mais en récompenfe le traduc
teur vous donnera des Grecs pour des
Barbares , des Sacrifices pour des Prêtreffes
, des Villes tranfplantées par un
feul coup de plume , à cent ftades de
leur ancienne fituation , & c. Si ces Metamorphofes
ne font pas très-frequentes
n'en foyez point furpris , l'imagination
la plus feconde s'épuife enfin après de
grands efforts , & ne peut pas
mens produire des effets fi merveilleux ..
Je garderai dans cette Lettre la même
exactitude que dans la premiere , & les
paffages que je rapporterai feront citez
page pour page , & ligne pour ligne
tant de la traduction Françoife , que de
l'édition Grecque- Latine d'Angleterre ,
dont le Pere le Jay s'eft fervi..
à tous mo-
"'
Dans la premiere phrafe de l'Epitre
Dedicatoire c'est le plus ancien des Auteurs
de l'Hiftoire Romaine que j'ai l'hon
neur de prefenter à vôtre Majefté , & c. Il
s'agit de Denis d'Halicarnaffe qui donna
fon Hiftoire au commencement de la 193 .
Olympiade , vers l'an de Rome , 745
Av
pag..
220 LE MERCURE
pag. 3. de l'édition Grecque- Latine , l. 36.
37. & 38. Polybe entre les Grecs , &
une infinité d'Auteurs parmi les Latins
avoient déja écrit d'Hiftoire de Rome
long- temps avant Denis d'Halicarnaffe .
Ainfi je ne comprens pas comment le traducteur
a pû l'appeller le plus ancien des
Auteurs de l'Hiftoire Romaine.
Dans la Preface , pag. 8. 1. 22. & c.
des 20. livres ( de Denis ) ..... les neuf
derniers qui renferment tout ce qui ſe paſſa
jufqu'à l'an ( de Rome ) 480. font peris
par l'injure des temps . L'Auteur Grec
conduifoit fon Hiftoire jufqu'à la 3. année
de la 128 Olympiade , c'eft- à - dire
jufqu'au commencement de la premiere
guerre Punique , dans le Grec & dans le
Latin , pag. 7. 1. 7.. & 9. & par confequent
jufqu'à l'an de Rome 487. Cela
eft certain , & tout le monde en convient.
Livre 1. pag. 5 ·¸ 1. 2. des Auteurs
connus
ont rempli leurs hiftoires
de ces mêmes ca-
Lomnies
en faveur
des GRECS
. On lit
dans le Grec en faveur des ROIS BARBARES
. Tout le monde fçait que dans
les anciens
Auteurs
il y a autant de difference
entre les Grecs & les Barbares
>
que nous en mettons
aujourd'hui
entre
les Turcs & les François. Je ne vois pas
comment
le traducteur
a pû les confondre.
Pag.
DE FEVRIER 1723 . 221
Pag. 14. 1. 29. Quelques-unes ( des
anciennes Villes des Aborigines ) fubfiftoient
encore de mon temps , & n'étoient
éloignées de Rome que d'une journée . La
traduction marque affez clairement que
toutes celles qui fubfiftoient encore du
temps de Denis d'Halicarnaffe , n'étoient
qu'à une journée de Rome. Mais le Grec
dit feulement que de toutes celles qui
fubfiftoient encore , les moins éloignées
de Rome en étoient à une journée , pag .
11. 1. 27. & 28.
T
Pag. 17. 1. 23. 24. & 25. Les Aborigines....
bâtirent plufieurs Villes , & entre
autres.... celle des Tiburtins , dont la Ville
en partie a confervé jufqu'ici le nom de
Sicilion. La SICILE fut long- temps le
theatre de la guerre. Dans le Grec , pag.
13. 1. 40. & c. il n'eft point parlé de la
Sicile au contraire il s'agit de la guerre
des Aborigines contre les Sicules , peu
ples d'Italie , & cette guerre fe fit en
Italie.
Pag. 18. l . 16. & c. Ils ( les Pelafgiens)
habiterent ce pays l'efpace de cinq generations....
Mais ils en furent chaffez par
les Curetes & les Léléges.... & par plu
fieurs autres habitans du Parnaffe. ILS
marcherent tous fous la conduite de Deucalion.
Ce dernier ILS fe rapporte naturellement
aux Pelafgiens dans la traduc-
A vj
tion
222 LE MERCURE
tion Françoife. Il doit neanmoins fe ráp
porter felon le Grec aux Curetes , aux
Léléges , & aux habitans du Parnaffe qui
combattoient fous les enfeignes de Deucalion
...
Page 45. 1. 30. & 31. La feconde generation
après le départ d' Hercule , vers la
quarante- cinquième
année. On lit dans le
Grec , pag. 35. 1. 13. & 14. vers la cinquante-
cinquième
année.
Dans la même pagel . 33. Latinus regnoit
fur les Aborigines depuis quarantecinq
ans. Selon le Grec , pag. 35. 1. 16.
Latinus étoit dans la trente- cinquième
année de fon regne.
Page 50. ligne derniere , & page 51
1. 3. Ils prirent terre à la Peninfule qu'on
nomme Pallene ..... ils éleverent un Temple
à Venus fur l'un des Promontoires de
life. Ce fut en la Peninfule de Pallene
qu'ils érigerent ce Temple à Venus . Or
Pallene pouvoit - elle être en même temps
Ifle & Peninfule ?
Pag. 26. 1. 37. Ce fut environ 60. ans
avant le fiege de Troye que la nation des
Pelafgiens commença à tomber. Le Grec
dit p. 20. 1. 39. ce fut vers la deuxième
generation avant le fiege de Troye. Je fçai
que plufieurs Auteurs prennent une generation
pour un certain nombre d'années
; mais le Pere le Jay dans fes remarques
DE
FEVRIER 1923. 223
›
ques fur le premier livre , p. 1. 2. III ,
IV. & v. a fait une ample differtation
pour prouver que generation dans Denis
d'Halicarnaffle n'a jamais fignifié un certain
nombre d'années. Je fuis furpris que
dans ce paffage il ait fubftitué 6. ans
au lieu de la deuxième generation , & je
ne vois pas pourquoi il a plutôt mis 60.
ans que 65. ou 70. ans . En effet , il eft
certain par Denis d'Halicarnaffe , felon
la traduction même du Perele Jay , p
31. 1. 23. & 24. que quelque temps Pelaf- aprés
( non- feulement que la nation la nation
giens eut commencé à tomber , mais mê
me après que la plûpart fe furent difperfez
en differens pays ) une autre flotte de
Grecs aborda en Italie , foixante ans on
environ avant la guerre de Troye. Les
Pelafgiens commencerent donc à tomber,
& furent même difperfez prefque tous
plus de 60. ans avant la guerre 'de Troye
de
Page 29. 1. 7. Tentamide fut pere
Nanas fous le regne de Pelafge , & c . le
Grec dit p. 22. 1. 33. Tentamide fut pere
de Nanas . Sous le regne de celui - ci , ( c'eftà-
dire de ce Nanas , & non pas de Pelafge
, dont il eft parlé trois lignes aupa
ravant. Cela eft évident par le texte de
Denis d'Halicarnaffe , & par la fuite de
Phiftoire.
Pag. 30. 1. 28. je ne croi pas auffi que
les
224
LE MERCURE
Les Tyrrheniens ayent eu jamais de Colo=
nie chez les Lydiens . Le Grec dit p. 23 .
1. 35. & 36. je ne croi pas non plus que
les Tyrrheniens foient une Colonie des Lýdiens
; ce qui eft bien different . Jamaisaucun
Auteur n'a prétendu que
les Tyrtheniens
euffent envoyé ou établi des
Colonies chez les Lydiens. Mais plu
fieurs ont crû que les Lydiens en avoient
fondé en Italie , que les Tyrrheniens tiroient
leur origine de Lydie , & qu'ils
avoient pris leur nom de Tyrrhenus , fils
d'Atis , Prince des Lydiens , felon Denis
dans la traduction même du Pere le Jay ,
P. 27. 1. 23. 24. 25. 26. & c..
\
Page 41. 1. 31. On ajoûte que toute la
nation demanda à Hercule avec de gran
des inftances qu'il lui fût permis de renouveller
chaque année les honneurs divins ,
qu'elle avoit en l'avantage de lui rendre
avant tous les autres , & de lui facrifier à
la maniere des Grecs un jeune Taureau
qui n'eût point encore porté le jong , & afin
que ces facrifices lui fuffent plus agreables
, ils l'engagerent à choisir lui- même
deux des plus Nobles familles , qui ſeroient
proposées à cette folennité , & qui
apprendroient de lui les ceremonies avec
tefquelles il vouloit être honoré. Hercule
fit choix pour ces fonctions des Potitiens
des Pinariens . Il y a ici un contrefens
,
DE FEVRIER 1723 . 225
fens , & la traduction Françoiſe attribue
à la nation ce qui eft dit d'Hercule . Il
falloit traduire , felon le Grec , p. 32. 1. 17.
18. &c. On ajoûte qu' Hercule pria la nation
avec de grandes inftances de lui renouveller
chaque année les honneurs divins
qu'elle lui avoit rendus avant tous les autres
..... & afin que ces facrifices lui fuffent
plus agreables , il choifit lui -même,
deux des plus illuftres familles ; fçavoir
les Poutiens & les Pinariens , qu'il prepofa
à cette folennité , & qui apprirent de
Lui les ceremonies Grecques avec lefquelles
il vouloit être honoré.
revcrée
la
Page 52. l. 12. 13. 14. 15. & 16, je tire
un autre témoignage du Temple de Venus,
bâti à Ambrace , & d'un Autel dédié à
Enée proche du petit Theatre , fur lequel
eft une Statue qui le reprefente , & qui eft
par
DES SACRIFICES que les
naturels du pays nomment Amphipoles ; à
marge il y a une note fur le not Am
phipoles , en ces termes ; ainfi appellez
de la Ville d'Amphipolis fur les frontieres
de la Thrace , & c. 1º le Grec p. 40. l . 216
ne donne point le nom d'Amphipoles aux
Sacrifices , mais feulement aux Prêtreffes
qui les faifoient . 20 Je ne voi pas qu'il
foit befoin de faire venir le nom d'Amphipoles
d'une Ville de Thrace ; c'eſt un
mot qui a la racine dans la langue Grec
que.
226 LE20 MERCURÉ
que. πολέω fignife tourner , αμφιπολέω
tourner autour ; delà fe forme aμpizoλos
qui fignifie Miniftre , celui ou celle qui
eft occupée à quelque ouvrage ou fonction.
Homere Iliad. 3. & 24. Odyff..
24. & Athenée , 1. 6. fe font fervis du
mot d'Amphipole dans cette fignification ,
& je ne croi pas qu'ils l'euffent emprunté
d'Amphipolis , Ville de Thrace .
le
Page 68. 1. 32. Albe fut démolie fous
regne de Tullus Hoftilius , parce qu'elle
prétendoit l'emporter fur Lavinium . Il vouloit
dire fur Rome. Le Grec porte fur fa
Colonie , p . 52. 1. 42. & 43. qui étoit
Rome , & non pas Lavinium. Cela eft
évident par le troifiéme livre , dans la
traduction même du Pere le Jay , depuis
la page 208. jufqu'à 222 .
Page 73. 1. 19. & 20. Aventinus , qui
a donné fon nom à l'une des fept Colines
qui entourent Rome . Il vouloit dire à
Pune des fept Colines qui font dans l'enceinte
de Rome. Cela eft clair , & par le
Grec , p . 56. 1. 33. & par l'hiftoire.
Pag. 58. 1. 32. 33. &. 34. Rome fut bâtie
deux fois , la premiere quelque temps
après la guerre de Troye , la feconde
QUATRE CENS CINQUANTE
ANS après. Le Grec dit p. 58. 1. 29 .
quinze generations , & non pas 450. ans ,
après la premiere fondation . Comment le
traducteur
DE FEVRIER 1723. 227
Fraducteur peut-il mettre 450. ans atr
lieu de quinze generations , lui qui prétend
que generation dans Denis d'Halicarnafle
n'a jamais fignifié un certain
nombre d'années . Mais paffons lui d'avoir
oublié ce qu'il a dit dans fa remarque
fur les generations , p. 1. 1. IT
IV. & v. Accordons lui , même contre
fon fentiment , & contre ce qu'il a prou
vé , que generation dans Denis d'Halicarnaffe
fignifie quelquefois un nombre
d'années déterminé , & voyons comment
il a pû évaluer quinze generations à quatre
cens cinquante ans . Il donne donc 30.
ans à chaque generation , puifque quinze
fois 30. font 450. Mais comment prouvera-
t'il qu'une generation faifoit précifement
30. ans ? Du moins ce n'eft pas le
fentiment le plus univerfellement reçû
des Hiſtoriens , & Herodote qui a été
fuivi en cela par S. Clement Alexandrin
donne 33. ans 4. mois à une generation s
en forte que 3. generations font 100. ans .
Mais paffons encore au traducteur l'évaluation
de ces 15. generations à 450. ans :
il devoit donc avertir par une note qu'en
cet endroit il abandonnoit fon premier
fentiment , dans lequel il prend generation
pour la fucceffion des Princes ou des
chefs des familles , & non pas pour un
nombre d'années déterminé. D'ailleurs il
devoit
228 LE MERCURE
ledevoit
fpecifier dans fa traduction fi ces
450. ans après , s'entendent de 450. ans
après la prife de Troye , ou après la premiere
fondation , comme le marque
Grec, De quelque maniere qu'il l'entende
, il ne peut encore fe tirer d'embarras.
Si ce fut 450. ans après la premiere fondation
, comme le dit le Grec , Rome
aura donc été fondée en dernier lieu par
la Colonie des Albains plus de 432. ans
après le fac de Troye , ce qui eft contre
le fentiment de Denis d'Halicarnaffe. Si
ce fut 450. ans après la ruine de Troye ,
c'est encore tout de même. Voyez , Monfieur
, dans quelles abfurditez on fe jette,
quand on coupe & taille fur un Auteur
qu'on ne fuit pas pié à pié , & que l'on
fe donne la liberté de mettre une expreffion
pour une autre , fans examiner fr
elle s'accorde avec le fentiment de l'Hif
torien qu'on traduit.
Page 90. 1. 33. ces deux enfans ( Remus
& Romulus ) furent envoyez à Gabies
, petite Ville du Mont Palatin. Le
Grec dit p . 69. 1. 39. & 40. Gabies
Ville qui n'est pas fort éloignée du Mont
Palatin . Il a plù au traducteur de la placer
fur ou près le Mont Palatin , quoiqu'elle
fût à moitié chemin de Rome à
Preneste , à cent ftades de Rome , felon
Denis d'Halicarnaffe
, 1. 4. pag. 323 .
ligne
DE FEVRIER 1723. 229
ligne 20. de la traduction Françoife.
Je ne finirai point encore aujourd'hui
le premier livre. Ce fera pour la troifiéme
lettre , ou peut- être pour la quatriéme
car fi je veux defcendre dans un détail
exact de tous les endroits qui m'arrêtent
il m'en fournit beaucoup. En attendant
puifque vous avez encore de la peine રે
Vous perfuader que la traduction Françoife
fuit plutôt le Latin de Portus que
le texte Grec , j'ajoûterai quelques paffages
, qui joints à ceux que vous avez déja
vûs dans ma premiere lettre , ne contribueront
pas peu à vous en convaincre.
Au refte , ne foyez pas furpris fi je ne
vous en donne point une grande foule .
Portus a beaucoup travaillé la traduction,
Latine ; il la faite très-literale , & trèsexacte
, fuivant toûjours le Grec pié à
pié. Ainfi c'eft beaucoup de trouver dans
le Denis d'Halicarnaffe François quelque
dixaine de paffages fautifs pour avoir pris
le Latin de Portus dans un ſens contraire
au texte Grec.
,
Page 78. 1. 16. Voilà ce que les écri
vains rapportent du temps où Romé fut
bâtie , & ce que j'ai VEU en partie DE
MES YEUX. On lit dans le Latin de-
Portus hac igitur funt que de tempore,
quo conditafuit Roma.... partim tradiderunt
fcriptores.... partim mihi quoque
SUNT
༣༣༠ LE MERCURË
SUNT VISA. Pour entrer dans le fens
de la traduction Françoife , 1 il ne faut
point confulter le Grec , car vous y trou
veriez un verbe , p . 60. l . 26. qui ne fignifie
pas voir de fes propres yeux. 2 °
Pour peu que vous faffiez attention à ce
qui precede , vous verrez qu'il s'agit de
fupputations d'années , & de témoignages
des anciens Auteurs , & vous ferez
forcé de rendre , non-feulement le Grec ,
mais
phra core le mot Latin vifa
, par çette
phrase ; voilà ce que je penfe moi-même ,
& non pas voilà ce que j'ai vû de mes
yeux .
Page 38. 1. 20. & 21. Le Conful Ro
main fe difculpa de ces reproches &
protefta que LE SENAT n'avoit en au
cune part à la réfolution des jeunes Ro
maines qui s'étoient fauvées du camp des
Tyrrheniens , aufquels on les avoient don
nées en ôtage. Le Grec porte p. 290 .
14. que les Romaines avoient pris cette
réfolution fans l'ordre des peres , ce qui
s'entend , je croi , des peres de ces filles .
Mais on lit dans le latin in juffu patrum ,
& parce que patres fignifie quelquefois
tes Senateurs , on peut croire qu'il s'agit
ici du Senat .
Vous verrez La peu près la même choſe
1. 3. p. 176. 1. 1. ce fut Herfilie , dit la
traduction Françoile , qui perfuada aux
femmes
DE .. 230 FEVRIER 1723.
femmes de fa nation d'aller en députation
AU SENAT des Sabins en faveur de
leurs maris. Il me paroît , felon le Grec ,
qu'elles allerent en députation vers leurs
peres ; car elles étoient filles des Sabins .
Mais le Latin ad Il eft facile
porte patres .
de s'y tromper , & l'on fuppofe aifément
que le confeil des Sabins étoit compoſe
de Senateurs qui s'appelloient patres ,
même que chez les Romains .
de
Au même livre 5. p. 391. cinq lignes
avant la fin : Valerius établit fon camp a
quelque diftance de l'ennemi fur les bords
du Teveron qui PREND SA SOURCE
d'une Ville qu'on appelle Tibur. La tom
bant d'une montagne avec impetuofité , il
va fe répandre entre les terres des Romains
& des Sabins. Le Latin dit, p. 293. l . 30 .
ad Anienem fluvium , qui ex urbe , que
Tibur vocatur, præceps & cum impetu
alto faxo labitur. On peut s'y méprendre
fi l'on ne fçait pas d'ailleurs que le Teveron
a fa fource bien au-delà de Tibur,
& que fa cafcade eft à la fortie de cette
Ville ; on peut , dis-je , s'y méprendre ,
à moins qu'on ne pefe bien les termes
Grecs.
de
Page 393. 1. 25. &c. devant la maison
de Valerius eft un taureau d'airain : on
y entre par un Vestibule , dont les portes
exterieures font toujours ouvertes , contre
Pufage
232
LE MERCURE
P
;
P'ufage ordinaire de tous les édifices , tant
publics que particuliers. Le Grec dit
294. 1. 46. & 47. & p. 295. 1. 1. & 2.
Les portes de la maifon de Valerius , devant
laquelle eft un Taureau d'airain
font les feules qui s'ouvrent en dehors , contre
l'ufage ordinaire de tous les édifices de
Rome , tant publics que particuliers . Voici
la traduction de Portus : bujus donus
ed quam ftat Taurus aneus value fola ;
præter morem omnium Romanarum adium
iam publicarum quam privatarum
in exteriorem partem aperiuntur. On
y eft trompé quand on ne fuit pas
Grec mot à mot , ou qu'on ne fe fouvient
pas d'avoir lû dans Plutarque , in publicola
, un paffage qui fert à expliquer celui-
ci Cer Hiftorien pofterieur à Denis
d'Halicarnaffe dit que les Romains accorderent
à Valerius Publicola le droit
d'avoir des portes qui ouvriffent fur la
ruë , afin que toutes les fois qu'il les ouvriroit
il empietât fur le public qui lui
avoit tant d'obligations.
le
Paffons aux remarques du traducteur .
Voici celle qui fe prefente la premiere à
mes yeux. Elle eft à la page xvI . Elide
ou Elée est une Province , laquelle fait partie
du Peloponese ; elle se nomme aujourd'hui
Morée , nom commun à tout le Peloponefe
; elle eft fituée entre l'Achaie , la
Meffinie
DE FEVRIER 1723. 233
à
ces
Meffinie & l'Arcadie. Elide eft aussi une
Ville Maritime de l'Afie dans l'Eolie :
c'eft de cette Ville dont parle Denis d'Halicarnaffe.
Cette remarque qui eft la premiere
du fecond livre , fe rapporte
paroles de la traduction Françoife , 1. 2.
P. 99. 1. 20. 21. & 22. la plupart de ces
Grecs qui demanderent leur congé à
Hercule pour s'établir en Italie ) étoient
Epéens ils avoient abandonné Elide
( IR ) Leur patrie après qu' Hercule eût
renversé cette Ville. Or il eft certain par
Denis d'Halicarnaffe que la patrie de ces
Epéens étoit Elide dans le Peloponnese ,
& non pas Elide , Ville de l'Afie dans
' Eolie , p. 34. nº 26. l . 4. 5. 6. 12. 13.
& c. de la traduction même du Pere le
Jay , quelques - uns de ceux qui avoient
Suivi Hercule dans fes conquêtes , demanderent
leur congé , & l'obtinrent..... la
plupart de ces Grecs étoient Peloponnefins
, Phenates , ou Epéens nez dans Elide
, p. 63. 1. 20. 21. &c. les Epéens & les
Phenates , qui fervirent Hercule dans fes
expeditions militaires , ou plus conformément
au Grec , p . 48. 1. 33. de l'édition
d'Angleterre , les Peloponnefiens , fçavoir
Les Epéens & les Phenates qui fervirent
Hercule dans fes expeditions militaires.
Cette note du traducteur eft donc directement
contraire à Denis d'Halicarnaffe.
Enfin
234 LE MERCURE
Enfin , Monfieur , je referve pour une
autrefois plufieurs autres remarques , &
je paffe à la chronologie marginale de la
traduction Françoife. Elle eft copiée mot
pour mot de l'édition Grecque - Latine
d'Angleterre ; elle en tranfcrit les fautes
d'impreffion , & en ajoûte encore d'autres.
Mais je ne m'étendrai pas fur cette
matiere . Feuilletez feulement depuis la
page 3. du tome 2. de la traduction Fran-
Coife jufqu'à la page 23. vous y trouverez
Olymp . 72. au lieu de 71. depuis la
page 23. jufqu'à la page 34. vous verrez
Olymp. 72. au lieu de 71 . 71. depuisla
ge 34. jufqu'à la 40. vous lirez Olymp.
3 au lieu de 4 Confultez enfuite l'édition
Grecque- Latine depuis la page
328. jufqu'à 360. à l'errata , vous trouwerez
ces fautes corrigées par l'Editeur
d'Angleterre . Vous chercherez envain les
mêmes corrections dans le traducteur
François , du moins je n'ai pû les y trouver.
Je fuis , Monfieur , &c.
pa-
La Fable qui fuit nous vient de Toudoufe
, elle eft de Mle de Caftanede qui
n'a pas encore 16. ans. Cette jeune Muſe
eft fille de Me de Farbelle de Monziac
qui eft fort diftinguée fur le Parnaſſe
Toulouzain.
LES
DE FEVRIER 1723. 235
*******************
LES CIGNES
ET LES GRENOUILLES.
D
FABLE.
Es Grenouilles voyant des Cignes en honneur
,
Avoient le coeur rempli d'amertume & d'ai
greur ;
Car chez la gent de l'Empire aquatique ,
L'envie exerce un pouvoir tyrannique ,
Er du bonheur d'autrui l'on y fait fon malheur,
Tout comme parmi nous ; donc au fond de
leur coeur ,
Nos Grenouilles fentant le poifon de l'envie ,
En ces termes un jour éclata leur douleur :
O temps ! ô moeurs ! aucun admirateur,
A nous montrer ne nous convie ,
Et de ces Cignes-cy l'on a l'ame ravie ;
Qu'eft-ce donc nôtre chant vaut fans doute le
leur.
Seroit- ce par hazard l'éclat de leur blancheur ;
Qui d'un chacun leur attire l'hommage ?
Que faifons- nous ? fans tarder davantage
B D'un
236 LE MERCURE
D'un noir limon il faut les barboüiller
Si- tôt dit , fi -tôt fait , elles s'en vont fouiller
Jufqu'au fond de leur marécage ,
S'y rempliffent de fange , & viennent la vomir
Sur les Cignes , au temps qu'ils penfoient à
dormir.
Mais eux fans s'allarmer d'une pareille injure,
Pour fe venger ,
Vont fe plonger.
Dans le criftal d'une onde pure ,
Et reparoiffent à l'inſtant
Tout auffi blancs qu'auparavant.
Que cette fable en leçons eft fertile !
Mais fur tout elle doit apprendre aux envieux ,
Que ce n'eft point chofe facile ,
D'attacher au merite un vernis odieux.
LETTRE écrite de la Ferté fous -Jouarre,
le 18. Octobre 1722. à M. P... Sur un
fait auffi interreffant quefingulier.
Sach
pour les faits
Cachant vôtre curiofité
extraordinaires , Monfieur, je me fais un
plaifir de vous mander ce qui vient d'arriver
dans une des carrieres de la Montague
DE FEVRIER 1723. 237
gne de Morintra , Paroiffe d'Ufly , Diocéfe
de Meaux . Quoique vous ayez lû
quelque chofe d'approchant dans les voyages
de Miffon , il y a telles circonftances
dans cet évenement qui vous paroîtront
encore plus intereffantes .
Pour plus d'intelligence il faut que
vous fçachiez que cette carriere étoit
compofée de deux chambres profondes
de 18. toifes , dont la premiere étoit longue
de 16. fur dix de large , & la feconde
beaucoup plus grande.
Le Mardy 1. de ce mois , fur les deux
heures après midi , quatre hommes " travaillant
à tirer des pierres à plâtre , la
voute de la feconde chambre vint à s'ébouler
, & ensevelit fous fes ruines un des
ouvriers , nommé Eftienne Celier , pendant
que les trois autres qui étoient à
portée de fe jetter dans la premiere , en
furent quittes pour la peur. Le foir comme
ils déploroient le fort de leur camarade
, quelqu'un s'avila de dire que peutêtre
il n'étoit pas mort , & qu'il falloit
defcendre dans la carriere pour s'en éclaircir
; c'eft ce qu'ils executerent fur le
champ ; & ayant frappé avec un marteau
du côté qu'ils jugerent que pouvoit être
ce malheureux , ils furent réjouis d'entendre
qu'on leur répondoit par un bruit
femblable. Ils réfolurent auffi- tôt de s'qu-
Bij vrir
238 LE MERCURE
vrir un paffage jufqu'à lui , après s'être
orientez du mieux qu'il leur fut poffible,
L'entreprife n'étoit pas aifée , puifqu'il
falloit miner la veine de terre , qui fe
trouve d'ordinaire entre deux lits de pierres
, que cette veine n'avoit qu'un pied
de haut , que le mineur étoit obligé d'être
couché fur le dos , & qu'un feul pouvoit
travailler à la fois. L'efperance de
fauver leur camarade les fit paffer pardeffus
toutes ces difficultez ; mais ils
n'eurent pas creufés . pieds , que le grand
bruit que fit la voute de la premiere
chambre les effraya tellement qu'ils abandonnerent
tout , & s'enfuirent au plus
vite. Ils y retournerent cependant le
Mercredy matin , & voyant que tout
étoit dans le même état , ils fe remirent
à l'ouvrage , après s'être affurez fi leur
homme étoit encore en vie ; mais la même
frayeur les mit en fuite une feconde
fois.
M. de Formont de Villiers, Curé du lieu
où cetaccident étoit arrivé , ne l'apprit que
fur le midy ; ce qui le lui avoit fait ignorer
jufqu'alors, c'eft que tous ces ouvriers
font du Limon , Hameau de la Paroiffe
de la Ferté-fous -Joüarre. Sa charité l'engagea
auffi- tôt à apporter tous fes foins
à la délivrance de ce pauvre homme . Il
court le Hameau , exhorte & preffe les
habitans
DE FEVRIER 1723. 239
habitans de retourner à l'ouvrage . Mais
ils étoient tous fi intimidez , les uns de ce
qu'ils avoient vû , & les autres de ce
qu'ils avoient apris , que les preffantes
exhortations du zelé Paſteur furent
inutiles. Cependant un Plâtrier qui heureufement
vint à paffer par- là , dit qu'il
vouloit vifiter cette carriere ; fa réfolution
encouragea les autres , les autres , ils le fuivirent
, ils firent plus , ils continuerent les
travaux . Cette nuit & le jour fuivant ils
les avancerent environ de 20. pieds , ils
eurent même la joye d'entendre parler
feur camarade , qui leur apprit qu'il fe
fentoit peu bleffé, que fon plus grand mal
venoit du froid qu'il recevoit des pierres
qui étoient fur fes jambes , qu'il n'avoit
de libre qué fon bras gauche , dont il
s'étoit fervi pour répondre au fignal , en
frappant d'une pierre qu'il avoit trouvée
par hazard fous fa main. L'ouvrage alloit
affez bien , ce pauvre malheureux les dirigeant
de la voix , & leur enfeignant où
il falloit travailler ; mais malheureuſement
les voutes firent un nouveau bruit,
on entendit un craquement qui donna
l'allarme plus forte que jamais , & tout
s'enfuit.
Le Vendredy matin le Curé défolé
'de ce qu'on laiffoit ainfi un homme enterré
tout vivant , les pria de le defcen-
Bij
dre
240 LE MERCURE
?
le
dre dans la carriere , pour qu'il pût aller
du moins le confeffer ; il n'obtint cela
qu'avec peine. Ils le deſcendirent par
puits d'une autre carriere , qui communiquoit
à celle- ci, & qui leur paroiffoit trop
dangereufe pour s'y expofer davantage .
Quelques- uns déterminez par l'exemple
plein de zele & d'ardeur de M. le Curé ,
le fuivirent ; après que fes guides lui eurent
fait traverfer tous ces lieux fouterrains
, il parvint enfin à la chambre fatale
, il l'examina avec foin , & ne trouva
pas que le danger fut auffi grand qu'on ſe
l'imaginoit , c'eft ce qu'il ne pût leur perfuader
. Ils le fuivirent cependant juſqu'à
l'ouverture de la mine ; d'où ayant appellé
le patient par fon nom , ce pauvre
homme leur fit des reproches de ce qu'ils
l'abandonnoient , ajoûtant qu'il fe portoit
affez bien , & qu'il fe fentoit le coeur encore
affez bon. Le Pafteur le raffura , lui
dit qu'on alloit chercher des ouvriers
pour le délivrer , qu'il étoit le Curé d'UL
fy , qui venoit le confoler dans fa trifte
fituation , qu'il l'exhortoit à demander
pardon à Dieu , & à ſe diſpoſer à recevoir
l'abfolution qu'il lui donneroit , dès
qu'il pourroit avoir quelque marque de fa
contrition ; il entendit répondre , mais
fans diftinguer les paroles . Le bon Curé
fe gliffa dans la mine , mais à peine y
fut
DE FEVRIER 1723. 241
fut-il que les ouvriers crierent , fauvonsnous
, voilà que tout abîme : le Curé
effrayé fe dépêcha d'abfoudre fon penitent
pour fe retirer au plutôt . Mais il ne
fut pas peu embarraffé au fortir de la
mine de le trouver fans guide , & fans lumiere.
Il fe démêla du mieux qu'il pûc
de ce labyrinte , en fuivant la voix des
fuyards. Etant remonté il ne pût obtenir
d'eux qu'ils redefcendiffent , quelques
prieres , quelques promeffes qu'il leur fit,
& il pafla ainfi le refte du Vendredy à
faire des démarches inutiles.
Enfin le Samedy matin il lui vint des
ouvriers qu'il avoit envoyé chercher à une
lieuë & demie delà , qui l'aflurerent qu'ils
ne quitteroient point l'ouvrage , qu'ils ne
fuffent parvenus à délivrer ce déplorable
infortuné. Pour les entretenir dans ces
bonnes difpofitions , il leur promit une
bonne récompenfe , leur fit fournir en
abondance du pain , du vin , de l'eau - devie
, du tabac , & autres provifions , &
fit mettre des étais aux endroits les plus
dangereux ; le travail fut très- opiniâtré ,
chaque ouvrier croyant à tout moment
joindre ce pauvre homme , parce qu'on
l'entendoit parler , comme s'il étoit fort
près , quoiqu'il y eut bien 40. pieds de
diftance. Ce qui le faifoit paroître fi proche
, c'eft qu'il y avoit au deffus de leurs
Bij
têtes
242 LE MERCURE
têtes une fente au travers de la pierre
qui communiquoit du lieu où étoient les
ouvriers à l'homme engagé , & fervoit
comme d'un porte-voix. Cette fente eft
ordinaire dans ces fortes de carrieres , &
fe nomme feuillée par les gens du métier .
Le Dimanche matin ils eurent peur de
s'être éloignez de leur homme , parce
que fa voix fembloit venir de derriere
eux , mais ils ſe raffurerent , ayant confideré
qu'en avançant , la feuillée devenoit
fi étroite qu'elle pouvoit caufer cet
effet , en quoi ils ne fe tromperent pas
car fur le midy le pauvre homme dit
qu'il voyoit de la lumiere , & environ
une heure après on apperçût fon bras
gauche , ce qui les remplit tous de joye ;
auffi- tôt de main en main on lui fit tenir
quelque liqueur pour le conforter . La
certitude qu'on eut de le fauver fit hâter
le travail avec une nouvelle ardeur. Cependant
on fut encore une bonne heure
à le pouvoir dégager entierement. Alors .
un des ouvriers paffa derriere lui pour le
pouffer , pendant qu'un autre pardevant
le traînoit le long de la mine qu'on avoit
faite , qui pouvoit avoir 70. pieds de long,
trois & demie de large fur un de haut.
Ils l'amenerent ainfi jufqu'à l'ouverture ,
où le Curé le reçût entre fes bras pleurant
de joye , & l'exhortant à remercier
Dieu
DE FEVRIER 1723. 243
Dieu d'une délivrance fi miraculeuse ,
ayant paffé cinq jours entiers dans cette
cruelle fituation.
Après lui avoir fait boire quelque peu
de vin , ils l'amenerent au puits de la carriere
, & le monterent par la corde , un
komme le tenant fur fes genoux ; de-là
on le tranfporta dans la cabane du Plâtrier
, où on lui donna tous les fecours
poffibles, & fur les trois heures on le porta
au Limon , lieu de fa demeure , mais
avec beaucoup de peine , le grand air luiétant
devenu infupportable ; le foir la fiévre
le prit qui lui a duré huit jours avecquelque
relâche de temps en temps .
Sa plus grande foibleffe eft dans les
jambes , où il ne fent point de chaleur
il n'a pas même fenti quelques coups de
lancette qu'on lui a donné aux pieds . Les
Medecins croyent que de fix mois il ne
fera en état de travailler.
Il dit que fon plus grand tourment
avoit été la foif & le froid de fes jambes ,
qui malheureuſement étoient nuës , qu'il
n'eft rien forti de fon corps que de l'u
rine , qu'il defiroit ardemment de pouvoir
boire , mais que fa fituation ne le lui
permettoit pas , & qu'il ne fe foutenoit
que par l'efpoir d'être retiré. Je fuis
& c.
By Nours
244 LE MERCURE
Nous ajoûtons ici avec plaifir que tou
tes les circonstances d'un fait auffi extraordinaire
que celui que l'on vient de
lire , nous ont été confirmées par une
Lettre que nous a fait l'honneur de nous.
écrire M. de Formont de Villiers , Jam--
plon , Curé d'Uffy , dattée dudit lieu
d'Uffy le 31. Janvier dernier. Nous.
voyons auffi par cette Lettre que ce bon-
Paſteur n'a moins de modeftie , que
de charité , car on diroit de la manierequ'il
s'oublie lui- même , en nous écrivant
qu'il n'a prefque point eu de part à un
évenement , dont le fuccès a été fi heureux
, & qui eft cependant dû à fon ardente
charité , fuivie de la benediction
du Seigneur .
pas
LA FORTUNE RECONCILIE'E
avec le merite .
N jour que les Dieux affemblez ,
UN
Tenoient leur Confeil de Regence ,
Mercure revenant de France
Les trouva triftes & troublez ,
De ce que Déeffe fortune ,
Plus fantafque que n'eſt la Lune ,
Se
DE
FEVRIER 1723.
245
Se livrant à mauvais fujets ,
Comme au Nain fit jadis Joconde ,
Dérangeoit leurs plus beaux projets
Pour le gouvernement du monde :
Calmez- vous , leur dit il , efperez tout bonheur,
J'apporte une bonne nouvelle ,
Fortune connoît fon erreur ,
Et veut à l'avenir , au merite fidele
Reparer, s'il fe peut, ce qu'elle a fait de mal
Du Bois , Miniftre & Cardinal
Nous eft garant de fa promeffe ,
Qu'à vos foucis , Seigneur , fuccede l'allegreffe,
En lui fe trouvent joints l'efprit & le talent
Damboife & Richelieu pour le gouvernement,
Et la France , & l'Europe , & tout cet hemif,
phere
Refpe&teront fon miniftere ,
Appliqué , profond , prévoyant ,
Toûjours actif , toûjours prudent
Philippe par ce choix couronne fa Regence ,
L'ordre remis dans la Finance ,
Et tout bien reglé dans l'Etat ,
Par les ordres du Prince , & les foins du Prélat ,
B vj Seront
246 LE MERCURE
Seront des monumens à l'éternelle gloires; x
Du Prince & du Miniftre au Temple de Me
moire ;
Ainfi parla le Dieu courier ,
Dieu du genie & de prudence
Et mettant auffi - tôt le pied à l'étrier ,
Près nôtre Cardinal revint en diligence.
LETTRE de M. le Lieutenant de Roy3
de la Ville de Chaalons , en Cham
pagne , écrite à M. le Maire de la Vills
de Troyes , à l'occafion du Sacre du
Roy.
MONSIEUR ;
轩
J'ai vu dans le Mercure du mois dè
Novembre dernier , page 85. le compliment
que vous avez fait au Roy le jour
de fon Sacre , j'ai été furpris d'y lire que
vous dites la Ville de Troyes , Capitale
de Champagne , titre d'honneur qui ne
vous appartient pas , mais à la Ville de
Chaalons ; la Ville de Rheims : feule pourroit
avoir quelque prétexte , quoique
mal - fondé, de nous contefter cet avantage,
parce que du temps des Romains cette
Ville
DE FEVRIER 1723. 247
Ville étoit fans contredit la Capitale de
Ia Gaule Belgique , dont les Villes de
Troyes & de Chaalons faifoient parties ;
il est vrai que depuis dans les temps que
les Comtes de Champagne ont été Souverains
, Troyes étoit la Capitale de leur
Comté ; mais alors les Villes de Chaalons
& de Rheims n'en faifoient pas partie ,
il n'y a plus à prefent de Comtes de
Champagne Souverains , plus [de peuples
Romains , ni de Gaule Belgique , tous
les habitans font confondus fous un même
Gouvernement, donc la Ville de Chaalons
eft devenue la Capitale , comme je
yous le prouverai - cy- après.
Vous me permettrez de vous dire ,
Monfieur , que vous deviez fupprimer
cette qualité dans votre compliment , ou
du moins ne le pas rendre public , afin
d'éviter les conteftations , qui ne peuvent
être que defagreables ; j'en ai ufé de la
forte , quoique j'euffe été bien fondé de
donner ce titre à nôtre Ville , comme
vous le verrez dans le compliment que..
j'ai eu l'honneur de faire au Roy en cette
occafion , étant à la tête de mes confreres
les députez ; je ne le rends pas public
dans la vue de vous contefter le prix de
l'éloquence ; mais feulement pour faire.
connoître aux Lecteurs que c'eft fans fondement
que vous vous y êtes attribué
une
"
248 LE MERCURE
une qualité & un titre qui ne vous font
pas dûs , & qui appartiendroient plutôt
à là Ville de Rheims qu'à la vôtre , s'ils
ne nous étoient pas dévolus , puifque
F'Auteur qui a écrit la relation du Sacre
du Roy qu'on trouve dans ce même Mercure
page 66. ligne 2. a donné à la Ville
de Rheims le titre de Capitale du gouvernement
de Champagne , ce qui détruit
vôtre prétention ; & fi la Ville de
Chaalons pouvoit ceder ce titre , ce qu'elle
eft fort éloignée de faire , ce feroit en
faveur de la Ville de Rheims , & non
pas de Troyes.
Il s'agit donc de vous faire connoître
que la Ville de Chaalons eft à
prefent la Capitale de la Champagne ,
quoiqu'elle fo inferieure en grandeur
au nombre de fes habitans , & en richelfes
aux Villes de Troyes & de Rheims ,
ce qui ne leur donne pas pour cela
plus de dignité à nôtre préjudice , &
ne peut détruire les principales marques
d'honneur dont la Ville de Chaalons
eft décorée . Chaalons eft aujourd'hui le
Siege de la Generalité de la Province , où
eft le magafin general des armes , & des
munitions de guerre ; elle eft le féjour
ordinaire de Mrs les Intendans ; & lorfque
les Generaux d'armée font en Champagne
, leur réfidance eft à Chaalons ,
ainfi
DE FEVRIER 1723. 249
}
ainfi que celle de Mrs les Gouverneurs de
la Province ; c'eft ce que j'ai déja prouvé
dans les memoires hiftoriques de la Province
de Champagne que j'ai donné au
public en 1721. tome 1. page 236. &
393. Le Roy Henry III . par fa Lettre du
26. Mars 1589. que j'ay rapportée , page
238. donne à la Ville de Chaalons , ce
titre de Ville principale de la Province
de Champagne , ce qui eft la même chofe
que Ville Capitale , ainfi tout ce que
vous pourrez alleguer d'anterieur à la
décifion de ce Prince ne feroit d'aucune
confideration ..
Vous n'ignorez pas , Monfieur , que
le Roy transfera l'Hôtel de la Monnoye
de vôtre Ville en celle de Chaalons , ce
que Sa Majefté ne fit pas fans de juftes
raifons ; le Roy y établit auffi une Cham--
bre de fon Parlement de Paris , & il y a
peu de Villes qui puiffent fe vanter comme
la nôtre d'une fidelité inviolable à
fes Rois , qui n'a jamais reçû d'atteinte,
ainfi que je l'ai avancé dans mon compliment
fait au Roy. Quittez donc , Monfieur
, je vous en conjure , une prétention
peu fondée , & vivons , s'il vous plaît,.
en paix , & en bonne intelligence. Je fuis
très-parfaitement , & c .
fi
Compliment que M. Baugier, Lieutenant
de
4
LE MERCURE
de Roy , & de la Ville de Chaalons }
a eu l'honneur de faire au Roy à la tête
des Députez de la même Ville , le jour
du Sacre de S. M.
SIRE ,
Les Députez de la Ville de Chaalons:
profternez aux pieds de vôtre Majefté ,
viennent lui témoigner leur joye de la
voir au jour éclatant de fon Sacre , la
gloire & la magnificence qui l'accompa
gnent , donnent à vôtre Majefté la fupe
riorité au deffus de tous les Monarques
de la terre ; c'eft, Sire, ce qui fait l'objet
de nos admirations , & nous procure
P'honneur de fouhaiter à vôtre Majefté
un regne long & glorieux , en l'affurant
de notre fidelité inviolable , dont nos
ayeux ne fe font jamais départis , & qui
fera toûjours profondement gravée dans
nos coeurs.
HHHHHHHHHXX.
Bouts rime propofez dans le Mercure de
Septembre dernier , fur les égaremens
du Pecheur.
L
E Pecheur égaré ( pour parler en Proverbe, Y.
A moins de jugement qu'un miferable Oiſons
I
DE FEVRIER 1723 . 258
diffipe fes jours & fes biens à Foifon,
Et pour un vain plaifir mange fon bled en Herbe,
Quand il effaceroit & Racan & Malherber
Eatre la bête & lui très mince eft la Cloifon ;
On voit du moins la Brute abhorrer fon Poifon,
L'homme dit à demain , c'eſt toûjours fon Adverbe.
Malheureux , qu'attends- tu ? qu'enveloppé
d'un Sac ,
Bac
Le fatal Nautonnier te paffe dans fon
Où tout eft confondu , le Sceptre & la Charruë;
Va plutôt te cacher comme un petit Grillon.
Crains , gémis , reconnois l'excès de ta Bévûë,
Si tu ne veux avoir le fort du
AUTRE
A
SONNET.
Fapillon
L'impie , a dit le Sage , & dans plus d'un
Proverbe,
fon ame meurt comme meurt un
>
Croit que
Oifon;
A ce compte , plaifirs , vin , femmes à Faifon,
B
Il faut se réjouir tandis qu'on eft en Herbe:
Que n'ai - je les talens de Segrais , de Malherbes
Je peindrois vivement cette affreufe
Où l'ame du Pecheur pleine defon
Brûle éter nellement fans appel de
Cloifon,
Poifony
l'Adverbs.
Envain
252
LE MERCURE
Envain tireroit- on quelque piece dur
Aucune n'eft de mife , ayant paffé le
Saty
Bac
Alors tout eft égal , le Sceptre & la Charruë,
Un Roy plus brave enfin que ne le fut * Gril
Lon
S'il commettoit le mal par goût , non par Bévûë,
Il vaudroit mieux pour lui qu'il fut né Papillon.
A Quia ex nihilo nati fumus , & post hoe
erimus tanquam non fuerimus. Sap . cap . 2 .
verf. 2 .
B Venite ergo & fruamur bonis quafunt , &
atamur creatura tanquam in juventute ćeleriter.
C. ibid. verf. 6.
* Brave renommé fous le regne d'Henry IV.
LETTRE & Remarques fur la Bibliotheque
Chartraine .
J
' Ai reçû , Monfieur , les livres que
vous m'avez adreffez , parmi lefquels
j'ai trouvé la Bibliotheque Chartraine du
Pere Dom Jean Liron , dont on m'avoit
déja parlé ; j'ai donné mes premiers momens
de loifir à la lecture de ce livre ;
mais je vous avoue que je n'en ai pas eu
toute la fatisfaction que le titre me promettoit
, & qu'on devoit attendre d'un
Religieux de la Congregation de Saint
Maur
L'Auteur
DE FÉVRIER 1923. 255
L'Auteur fait aifément connoître qu'il
a ramaffé indiftinctement tous les memoires
qui lui ont été adreflez , fans s'être
mis en peine de les verifier. Cela paroît
principalement à l'article de Dulorens
, page 146. lorfqu'il parle de l'impreffion
de fon Commentaire fur les Coutumes
de Chartres , de Dreux , & de
Chateauneuf.
Ce livre a , dit - il , été imprimé in- quar
to , à Chartres , mais je n'ai pas remarqué
fi c'est en 1545. ou un fiecle plûtard .
Je vous laille à penfer fi un pareil doute
cft pardonnable à un Bibliothecaire ;
ce Commentaire a été imprimé en 1645.
chez Michel Georges , Imprimeur à Chartres
, Jacques Dulorens , qui en eft l'Auteur
étoit homme d'une érudition confommée.
Jean le Feron , à la page 150. eft mis
à tout hazard au rang des Auteurs Chartrains
, parce qu'il a appris qu'il y a à
Chartres une famille de ce nom. 11 eft
certain que Jean le Feron , dont le P.
Liron veut parler , fercit honneur à la famille
dont il le voudroit tirer , & à la
Ville de Chartres même , s'il étoit vrai
qu'il en fut originaire ; mais la verité
doit l'emporter fur tous autres égards.
Jean le Feron , dont l'Auteur parle , eft
d'une famille confiderable de Paris , qui
n
*254
LE MERCURE
n'a ni liaiſon , ni raport aux Ferons de la
Ville de Chartres , qui tirent leur origi
ne de Blaife Feron , Procureur au Prefidial
de Chartres , natif du Bourg de
Combre au Perche , qui s'établit à Chartres
vers l'an 1575.
Le peu d'exactitude de l'Auteur paroît
particulierement en l'article de Claude
de Sainctes , Evêque d'Evreux , page
202. Après avoir parlé de ce S. Prélat ,
comme il le merite , il femble s'attacher
à ternir fa memoire , qui eft en benediction
dans les Diocéfes de Chartres & d'Evreux
; cela vient de ce que nôtre Religieux
a compilé fans choix tout ce qui a
été dit de ce grand Evêque , l'ennemi le
plus redoutable des Calviniftes & de
leurs adherans .
L'hiftoire de M. de Thou à pû le
préparer à croire tout ce qu'il a écrit
contre la memoire de ce Prélat , & le
Dictionnaire de Bayle qu'il a copié mot
pour mot , l'yla fans doute déterminé ;
ce font les fources d'où le Pere Liron a
tiré les expreffions dont il caracteriſe un '
Evêque qui eft mort en odeur de Sainreté.
Pour vous éclaircir ce point , &
vous prémunir contre les impreffions que
pourroient faire fur vous les autoritez de
M. de Thou & de M. Bayle , il eft bon
que vous obferviez que M. de Thou pa
roît
DE FEVRIER 1723. 255
roit favorable au parti Huguenot qui
foutenoit alors les interefts d'Henry IV.
Pour M. Bayle vous fçavez qu'il fai
foit profeffion du Calvinisme , & qu'il
s'eft declaré ouvertement contre la Religion
Catholique .
Il eft vrai que les Heretiques enlevetent
de Louviers l'Evêque d'Evreux , &
qu'ils le traiterent indignement, parce qu'il
ne voulut point fe retracter de ce qu'il
avoit prêché contre leur Secte , mais il
n'y a jamais eu que des Auteurs Heretiques
qui ayent avancé qu'il fût capable
de foutenir la Doctrine pernicieuſe que
Le Pere Liron lui imputes le manufcrit
dont parle cet Auteur n'a jamais paru ,
& n'eft qu'une chimere , M. de Sainctes
a marqué en toute occafion des fentis
mens fort oppofez.
Il n'y a qu'à lire fes ouvrages on y
trouvera qu'on ne peut jamais s'éloigner
de l'obéïffance deue aux Souverains.
Le Cardinal de Bourbon n'avoit pas
un grand credit dans ces temps-là, il n'étoit
certainement pas en état de fauver
un criminel de leze- Majefté , comme le
prétend le Pere Liron ; ce Cardinal étoit
lui- même détenu prifonnier , à la garde
du fieur de la Boulaye. Ainfi il n'y a pas
d'apparence que ce foit lui qui ait fauvé
M. de Sainctes du fupplice. Il faut plutôt
convenir ,
256 LE MERCURE
convenir , comme il eft vrai , que les
Heretiques dont ce bon Prélat étoit le
fleau , ne purent jamais trouver de Juges
affez corrompus pour le faire mourir juridiquement
; c'eft ce qui les détermina
à fe fervir du poifon dont il eft mort
comme je l'ai appris de plufieurs memoires
de ce temps- là , & par l'épitaphe
même qu'on lit encore à Verneuil au
côté droit de l'Autel de la principale
Eglife , où le coeur du S. Prélat a été dépofé.
Claude de Sainctes nâquit à Chartres.
Comme les Montolons , & d'autres
perfonnes confiderables , dont les Genealogies
font au College de Boiffy ) Cantienne
Bouguier , fa mere , defcendoit de
Michel Chartier.
L'Auteur à la page 178. nomme Joachim
Delportes , frere de Philippe Defportes
, ce fait n'eft pas vrai ; Philippe
Delportes n'avoit qu'un frere nommé Tybault
, Grand Audianciers je fuis en état
de le prouver par des titres autentiques .
A la page 218. il dit que Philippe
Delportes nâquit d'une famille pauvres
je ne fçai où il a pris de pareils memoires .
L'Abbé Philippe Defportes étoit fils
de Philippe Defportes & de Marie Edeline,
des plus aifez Bourgeois de la Ville de
Chartres , qui outre la dépenfe qu'ils firent
pour l'éducation de leurs enfans ,
leur
DE
FEVRIER 1723. 257
leur laifferent un bien affez confiderable
pour le temps ; il a été Chanoine de
Chartres en 1583. mais il ne conferva pas
long - temps ce Benefice.
Article de Regnier , Poëte François ,
page 221. Regnier , dit - il , étoit fils
d'un Tripotier de Chartres & neveu du
celebre Defportes , Abbé de Tyron ; je
fuis fâché que le Pere Liron ne foit pas
mieux inftruit de l'hiftoire de fa patrie,
il ne s'en feroit pas raporté comme il a
fait aux premieres éditions du Dictionnaire
de Morery , d'où il a tiré cet article
, qui a été corrigé dans la derniere
édition .
Cependant vous trouverez bon que je
vous détrompe fur ce fait hiftorique qui
pourroit paffer pour conftant dans la pofterité
, s'il n'étoit relevé dans un fiecle
où la famille de ce fameux Chartrain eft
encore fort connuë.
?
Mathurin Regnier , Poëte Satyrique ,'
étoit fils de Jacques Regnier , Bourgeois
de Chartres , & de Simone Delportes ,
foeur de l'Abbé Delportes , dont je vous
ai déja parlé ; il nâquit le 21. Decembre
1573. comme on le voit par les Regiftres
de la Paroiffe de S. Saturnin de la Ville
de Chartres , & comme il eft écrit dans
le Journal de Jacques Regnier , fon pere.
Le contrat de mariage de Jacques Regnier
258
LE MERCURE
gnier avec Simone Delportes , paffé devant
Amelon , Notaire à Chartres les
Janvier 1573. juftifie que cette famille
étoit des plus notables de la Ville.
En 1595. Jacques Regnier fut élû Echevin
de la Ville de Chartres .
Cette circonftance feule démontre qu'il
n'étoit point un Maître de Tripot , puifque
ces fortes de gens ne font point admis
dans les Charges Municipales , non
plus que les artifans & les gens du commun.
Au mois de Janvier de l'année 1597 .
il fut député à la cour en qualité d'Echevin
pour quelques affaires publiques ;
il mourut à Paris , & fut inhumé dans
l'Eglife de S. Hilaire du Mont le 14.
vrier 159.7.
Fe
11 laiffa trois enfans , Mathurin le
Poëte , dont eft queftion , Antoine qui
fut Confeiller. Elû en l'Election de Chartres
, & Marie qui époufa Abdenago de
la Palme , Officier de la Maifon du Roy.
Antoine Regnier époufa De Anne
Godier. Le Contrat de mariage fut paffé
devant Fortais , Notaire à Chartres ; on
y voit encore les titres de la plus notable
Bourgeoifie
Jacques Regnier leur pere étoit fils de
Mathurin Regmer , Bourgeois , qui étoit
fils d'un Pierre Regnier , bon Marchand
DE FEVRIER 1723. 259
chand de la Ville de Chartres .
>
Mathurin Regnier le Poëte , fut reçû
Chanoine de Chartres le 30. Juillet 1609 .
mais fon humeur ne lui permit pas de
fixer fa réfidence à Chartres , niˇde vivre
auffi regulierement que des Chanoines
font obligez de faire. Il quitta donc
ce Benefice , il en avoit plufieurs , & une
penfion de 2000. liv. fur l'Abbaye des
Vaux de Cernay.
Il mourut à Rouen le 22. Octobre
1613. fes entrailles furent enterrées dans
l'Eglife de la Paroiffe de Sainte Marie
Mineure , & fon corps qui fut mis dans
un cercueil de plomb , fut porté dans
l'Abbaye de Royaumont , à neuf lieuës
de Paris.
Il faut neanmoins pour la fatisfaction
de l'Auteur , & de ceux qu'il a copiez,
vous avouer , Monfieur , que ce qui a
contribué à faire paffer Mathurin Regnier
pour le fils d'un Tripotier , c'eſt
que Jacques Regnier , fon pere , qui étoit
un homme de joye & de plaifirs , fit bâtir
un Tripot derriere la place des Halles de
Chartres , qui s'appella toûjours le Tripor
Regnier , ce Tripot ne fubfifte plus .
Voilà fans doute ce qui a donné lieu de
traiter Regnier de Tripotier , fon humeur
fatyrique y a peut- être contribué , parce
que ces fortes de genies , enclins à la mé-
C difance
E
260 LE MERCURE
difance , ne manquent gueres d'ennemis ,
Je m'apperçois que ma lettre eft déja
trop longue , une autre fois je vous entre
tiendrai plus briévement . Je fuis , &c .
A Chartres ce 1. Novembre 1722 .
Si l'Auteur de ces Remarques en fait
de nouvelles fur cette matiere , en continuant
la critique de la Bibliotheque
Chartraine , nous le prions , & en même
temps toutes les perfonnes qui nous feront
l'honneur de nous addreffer des Memoires
, de les abbreger autant qu'il fera
poffible , de ne les point charger de faits
qui ne foient exactement conftatez , &
d'obferver que ces faits ne terniffent pas
la memoire des morts d'une grande réputation
, ou puiffent faire de la peine à
leurs defcendans . Nous prions auffi de
prendre garde à la diction , qui doit
être correcte & Françoife , pour nous
épargner du temps & de la peine , & aux
Auteurs des memoires défectueux par
quelqu'un de ces endroits le chagrin de
les voir fupprimer , & d'avoir travaillé
inutilement pour le public.
ERGASILE
DE FEVRIER 1723. 261
************************
ERGASILE en belle humeur , Sonnet fur
les bouts rimez acrostiches , propofe
dans , le dernier Mercure.
Ans le vin , mes amis , on eft bien-
S Ans tột
Dûffions-nous par plaifir trinquer
dans la
Ne fouffrons pas qu'à fec nôtre gofier
s'
Beuvons tant qu'à la foif nous ayons
Un ennemi par terre eft à demi
Acui
armite
Arrite ,
Ca
urvécu.¸
Saincu
Ce tonneau dans la cave à boire nous ✩nvite ,
Parbleu le pot eft vuide , hola ! remonte Nête ,
Bon , te voilà , mon fils , tient pour
toi cet
Ah ! ma chere bouteille , helas !
que je vous
Quand je fuis avec vous , tatigué ,
que j'ai d'
cu.
waife ,
Life!
t
Allons , quelqu'un de vous , dites une hanfon,
Non , paix , de mes glous glous la
chûte eft en Ohantée,
De Lully la Mufique autrefois fi
Cantée ,
N'eut rien dont la douceur approchât
de ce
cson.
Cij
SUITE
2.62 LE MERCURE
XXX XXXXXXXXX:XXX
SUITE des Remarques fur le fyftême de
M. l'Abbé de Camps , touchant l'origine
de la Maifon de France , & fès
prérogatives qui font dans le Mercure
du mois de Decembre 1720. laquelle
fuite regarde les deux nouveaux écrits
que cet Abbé avoit donné encore fur ce
fujet dans le Mercure de Novembre.
Lpreminarques étoient
Es remarques précedentes étoient les
M. l'Abbé Buchet , pour entrer dans fon
Mercure du mois paflé ; mais elles ont
*
* Feu M. l'Abbé Bucher , Auteur alors du
Mercure, les avoit entre les mains dès le commencement
du mois d'Octobre 1720. car s'il y
eft fait auffi mention des nouvelles pieces que
M. l'Abbé de Camps fit encore inferer dans le
Mercure de Novembre de cette année- là , c'eſt
par une addition à laquelle l'Auteur de ces
Remarques n'a eu aucune part , & qu'un tiers
fans fon confentement , s'eft crû en droit de
faire. Cette fuite , où il répond aux deux nouvelles
pieces , devoit leur être jointe dans le
Mercure de Decembre de la même année , ayant
été affez tôt compofée pour cela ; mais M.
l'Abbé Buchet fut obligé de la remettre pour
le Mercure de Janvier 1721. à caufe de la multitude
des matieres qu'il avoit à donner , & il
en avertir le public à la page 69, de ce Merété
DE FEVRIER 1723 263
été remiſes pour celui - ci , M. l'Abbé de
Camps ayant fouhaité que deux pieces
qu'il avoit encore à donner fur le même
fujer contre le R. P. Daniel paruffent auparavant
, & comme j'y ai trouvé des
preuves nouvelles , à l'égard du titre de
très- Chrétien , & de l'origine de nos Rois
de la troifiéme race qui font deux des
articles de fon fyftême , je profite du
moins de l'occafion de faire auffi deffus
quelques réflexions pour mettre les
fonnes , que je ne pourrai fatisfaire , plus
en état de me refuter , fi elles jugent que
je le merite , car c'eft ici une cauſe commune
dans laquelle tout fçavant François
doit s'intereffer. Je commence par le pre
mier de ces deux écrits qui eft fur le titre
de très -Chrétien .
Premiere Partie.
per-
Il ne s'agit pas avec M. l'Abbé de
Camps de fçavoir fi les Rois de France
pris en general ont toûjours été les plus
zelez protecteurs de l'Eglife , & ceux
dont elle a receu des fervices plus importans
, ni s'ils ont été en cela fortement
cure de Dezembre. Cependant elle ne parut
point non plus dans l'autre Mercure , ni dans
les fuivans . L'Auteur pour profiter de ce délar
a eu foin de la revoir , & de la rendre la plus
exacte qu'il lui a été poffible.
C iij fecon ,
264
LE
MERCURE
fecondez des Princes de leur fang & de
toute la nation , ni enfin fi leur Royaume
n'eft pas celui , où la Religion fleurit
davantage , foit pour les moeurs , foit
pour la doctrine , foit pour la difcipline .
C'eft ce qui ne fera jamais contefté que
par des ignorans dans l'Hiftoire , ou comine
il le dit fort bien , par des envieux de
la gloire des François ; mais ce qui eft
feulement en queftion avec ce fçavant
Abbé, eft la prétention qu'il a, que depuis
» le Baptême de Clovis , le titre de très-
» Chrétien a été tellement inhérent , &
attaché au Sang de France , qu'il n'y a
>> eu que des Rois qui ont fuccedé à ce
grand Monarque , & les Princes iffus
» du même fang par mâles , aufquels ik
» ait été donné par une diftinction parti-
» culiere , à l'exclufion de tous les au-
" tres Princes de la Chrétienté , même
de ceux qui ont pour meres des filles
de la Maifon de France , & qu'il n'y a
pas d'exemple , que ceux à qui les Papes
peuvent l'avoir donné , pour exci-
» ter leur Religion , ou leur courage, leur
» ayent declaré en même temps que ce
titre leur étoit hereditaire & à leur
pofterité , comme les Saints Pontifes ,
» & les Conciles même l'ont declaré en
» faveur de ces Monarques , & des Prin-
» ces de leur fang.
ל כ
Voilà
DE T
FEVRIER 1723. 265
Voilà la propofition de M. l'Abbé de
Camps dans fes propres termes , & qu'il
faut ici examiner. Ce fera de la maniere
qu'il juge lui- même neceffaire
pour découvrir
la verité , c'est-à- dire , ayant toй-
jours le flambeau de la critique devant
les yeux , ce qui eft très-jufte .
Je fuis déja convenu dans mes premie
res Remarques que la Declaration des Papes
& des Conciles dont il parle , & que
j'ai de mon côté fortifié de celle d'un
Ambaffadeur de Charles VII . prouve
démonftrativement que le titre de très-
Chrétien étoit deflors * attaché à la
Couronne de France ; mais il ne s'enfuit
nullement delà , qu'il y fût uni par le
merite & la grace du Baptême de Clovis ,
* Cependant ces preuves n'ont fait aucune
impreffion au P. Daniel , car dans la troifiéme
édition de fon hiftoire de France , qui paroît
depuis peu , il affure encore au tome 1. page 21.
que c'eft Louis XI. qui rendit le titre de très-
Chrétien propre à la perfonne de nos Rois de concert
avec le Pape Paul II . Mais comme on le
verra ci- après , ce Monarque le defavouë , reconnoiffant
lui même que ce font les Rois fes
Predeceffeurs qui ont acquis ce titre , & il eft
fimplement vrai que Paul II . eft le premier des
Souverains Pontifes , qui ait promis folemnellement
de fe conformer toûjours , ainfi qu'il le
devoit , à l'ufage déja bien établi à cet égard ,
qui eft ce que cet habile Hiftorien auroit
mieux fait d'obferver avec moi.
C iiij parce
266 LE MERCURE
parce qu'ils ont pû s'exprimer , comme
ils ont fait,fans remonter fi haut , & d'ailleurs
quand ils l'auroient dit expreffement
, ce n'auroit été que fur des conjectures
qui ne feroient aucune foi , n'étant
pas foutenues de témoins de ce pre- .
mier temps. Or M. l'Abbé de Camps
n'en produit point avant le xv . fiecle ,
ou la fin du xiv . le plus ancien eft Nicolas
de Clemengis mort en 1437. & encore
n'a -t'il pas cité l'endroit où l'on
trouve le témoignage de cet Auteur , afin
qu'on pût le verifier .
Naturellement les titres honorifiques
font communs pour tous ceux à qui ils
peuvent convenir , & il n'y a que l'ufage
qui puiffe les rendre diftinctifs , & particuliers.
Ainfi les noms d'Illuftriffime , de
Nobiliffime , de Sereniffime , de très -glorieux
, très- Pieux , très - Bon , très - Clement
Ortodoxe
, de Catholique
, d'aimé
de
Dieu , de très-Chrétien
, & autres fem- blables
ont été donnez
aux Rois & aux
Empereurs
, felon qu'on les a eftimez
, ou qu'on a tâché de leur plaire. Meffieurs
de Sainte Marthe
,affez favorables
à M. l'Ab
bé de Camps
, difent tome 1. page 8. de leur Hiftoire
Genealogique
de la Maiſon
de France , que celui de très - Chrétien
, dont on avoit relevé
la dignité
des Empereurs
Conftantin
le Grand , Gratien
Arcadius
DE FEVRIER 1723. 267
& Honorius , fut depuis particulierement
refervé aux Rois de France , qu'il leur fut
propre & annexé à leur qualité Royale
fur le declin de l'Empire ; mais ils fe trompent
beaucoup . Car les Papes continuerent
toûjours d'en honorer les Empereurs,
d'Orient , lors même qu'ils n'étoient plus
fous leur domination . Le P. Daniel a déja
cité Virgile pour Juftinien I. j'ajoûte
S. Gregoire Livre 5. Lettre 16. & Livre
7. Lettre 48. pour Maurice & Livre
4. Lettre 3.2. pour fa dignité Imperiale
, veftri Chriftianiffimi culmen Imperii
; Leon II . Lettre 2. pour Conftantin
Pogonate , Nicolas I. Lettre 14.
Theodora , femine de Theophile
& Leure 15. pour Michel ; Adrien II .
& le quatrième Concile de Conftantinople
de l'an 869. pages 980. 1084. 1151.
1169. & 1242. de l'édition du P : Labbe
pour Bazile enfin Jean VIII . Lettres
9. & 251. pour le même Bazile Conftantin
, Leon & Alexandre fes fils , ce
qui va jufqu'au temps , où nos Rois de la
feconde race commençoient auffi euxmêmes
à decliner.
pour
;
Il a pareillement été fort ordinaire de
donner le titre de très- Chrétien aux Rois
d'Espagne , & la haine de Janfenius leur
ujet contre nos Monarques , à caufe du
ecours qu'ils donnoient aux Hollandois,
Cy luii
268 LE MERCURE
Jui en a fait ramaffer plufieurs exemples
dans le xx1. Chapitre de fon fameux livre
, intitulé Mars Gallicus. Recarede eft
honoré de ce nom par le Concile de Tolede
de l'an 597. par celui de Barcelone
de l'an 598. & par Jean Abbé de Biclar,
fon contemporain Auteur d'une Chroniqué
. Silebut , mort en 621. C'eſt auffi
dans quelques anciens écrivains , de mêine
que Chintilla dans un Concile tenu
én 638. par des Evêques d'Espagne & dela
Gaule Narbonnoife , & Ervige dans
une lettre du Pape Paul I. à Quirice
Evêque de la nation . Jean VIII . a fait.
encore le même honneur à Alfonfe le
Grand , felon la remarque du P. Daniel
( ce que Mathieu Paris a auffi imité fur
Fan 1237. pour Ferdinand III qu'il appelle
mal Alfonfe , ainfi que je l'ai obfervé
dans l'autre écrit , où j'ai de plus fait
voir que cet Hiftorien , que M. l'Abbé de
Camps juge dans fa differtation du Mercure
de Janvier 1720. page 8. être trèscroyable
fur ce point , attefte femblablement
que Henry III. Roy d'Angleterre
a été auffi appellé très - Chrétien , & quelquefois
en concurrence avec nôtre Roy
S. Luis . ) Le même Pape Jean VIII , a
encore qualifié de ce nom Michel , Roy
des Bulgares dans fa lettre 77. qui commence
par ces termes , Chriftianiffi no
Regi
DE FEVRIER 1723. 269
Regi apoftolatus nostri mittentes epiftolam
. Enfin Arnoul Archidiacre de
Seez , depuis Evêque de Lifieux , diftin-.
gue par cette même qualité l'Empereur
Lothaire II. dans fon invective contre
Gerard Evêque d'Engoulême , qui eft
au 2. tome du Spicilege , pendant qu'il
y releve par celle de Catholique nôtre
Roy Louis le Gros , & Henri I. Roy
d'Angleterre , Chriftianiffimum Princi- :
pem Lotharium , cap. 7. Catholicus Princeps
Rex Francorum Ludovicus cap. 5.
Ainfi il eft conftant que ce titre de Très-
Chrétien étoit fort en ufage , avant & depuis
la converfion de Clovis , pour
les
Souverains de tout pays , qui étoient devenus
enfans de l'Eglife : & il ne refte
donc plus qu'à voir fi la maniere dont il
eft employé pour nos Monarques de la
premiere Race , iffus de Clovis , donnet
droit de foutenir qu'il étoit inherent à
Leur fang exclufivement à tous les autres
Princes fideles.
و
و
M. l'Abbé de Camps s'appuye fur ce
que Romain écrivant à Childebert
Roy d'Auftrale , le traite de Chrétienté
dans le même fens qu'on traite aujour
d'hui les Rois de Majefté , Chriftianitas
regni veftri , ce que faint Gregoire a fait
aufli à l'égard de Thierry , de Theutbert,
fils de ce Monarque , & de fa mere la
C vj
fa270
LE MERCURE
S
fameufe Brunehaud ; mais ce Saint n'ufe
t- il pas du même terme pour l'Empereur
Maurice & Theotifte fon coufin , livre
Lettres 17. & 63. comme encore pour
Theodelinde , Reine des Lombards , livre
7. lettre 42. Boniface V. ne s'en fertil
auffi dans fa 3.
pas
Lettre pour Edelbur
ge , Reine d'Angleterre ; & Honoré I.
dans fa 5. lettre pour le Roy Eduin , fon
mari? l'Empereur Maurice a appelléTrès-
Chrétien le même Roy Childebert ; n'a- til
pas auffi de fon côté été qualifié de ce .
nom par faint Gregoire & s'imaginerat'on
qu'il ne le donnoit pas au Monarque
François , dans la même fignification
qu'il le recevoit du Souverain Pontife ?
qu'il ne cherchoit point par cette loüange
, comme faint Gregoire , à exciurfa
Religion & provoquer fon courage , quoique
La lettre tende toute là , mais fimplement
pour reconnoître qu'un tel titre lui
appartenoit à fon exclufion . C'eft là affurément
ce qui n'eft pas naturel , & on
ne fe perfuadera jamais que l'Eglife eut
tout d'un coup affecté aux Rois d'une feu
le nation , un titre dont elle auroit coûtume
d'honorer auffi les Rois des autres nations.
Mais , dit M. l'Abbé de Camps , Clovis
fe trou va le feul Roy Très - Chrétien &
le feul veritablement Catholique de toute
l'Eu
DE
FEVRIER 1723 . 27
l'Europe , outre qu'au témoignage de
faintAvit , il n'y avoit pas de Province
dans l'occident qui ne für redevable aux
François de fon falut.
Il eft vrai qu'il n'y avoit pas alors d'au
tre Roy Catholique dans l'Occident 5
les Rois Goths & Bourguignons , qui
étoient les maîtres de la meilleure
par
tie , ayant eu le malheur d'avoir été in--
fectez de l'Arianifme , quoique la plúpart
des peuples de leur obéillance fuffent
demeurez Catholiques ; & il eft
très -vrai encore que la converfion do :
Clovis fut proprement par fes fuites la
deftruction de cette herefie parmi eux.
Mais on croyoit pourtant en ce tempslà
dans l'Occident , que l'Orient avoit
dans Anaftafe un Empereur Catholiques
quoique favorable aux Eutychiens , &
c'eft faint Avit qui l'affure auffi , & à!
Clovis mêine , en le felicitant fur fon Bap
tême. Car il lui dit que les Latins n'avoient
plus à envier aux Grecs d'avoir
un Prince de leur croyance , & qu'ils
avoient alors le même avantage depuis
qu'il avoit embraffé la foi , ce qui fuffit
pour montrer que les Papes qui ont dépendu
de lui & de fes fucceffeurs jufqu'au
huitiéme fiecle , n'ont pas dû fon
ger à attacher exclufivement à cet Empereur
le titre de Très- Chrétien aux Rois
de
"
272 LE MERCURE
>
de France , du moins tandis que ces maî →
tres étoient Catholiques : Gaudeat ergo
quidem Grazia habere Principem legis
noftræ , fed non jam qua tanti muneris do- .
no fola mereatur illuftrari , quod non defit
& reliquo orbi claritas fua . Siquidem
in occiduis partibus in Rege non novo
novi jubaris lumen effulgurat. Epift. 41 .
Il eft bon , en paffant , de faire attention
à ces mots in Rege non novo : par lef
quels faint Avit marque pofitivement ,
que les Ancêtres de Clovis étoient auffi
des Rois car en difant qu'il n'étoit pas
un nouveau Roy , c'étoit dire , qu'il étoit
Roy par fa naiffance & fon extraction
& c'eft ce qu'il avoit déja donné affez à
entendre par cet autre endroit de la même
lettre , où il affure que Clovis , en
abandonnant la Religion de fes peres ,
ne tenoit plus d'eux que la nobleffe ,
& que s'il leur étoit fedevable de ce
qu'il regnoit fur la terre , il avoit de fon
côté la gloire d'apprendre à fes defcendans
à regner avec lui dans le ciel . De
toto prifca originis ftemmate fola nobilitate
contenti , quicquid omnis poteft faftigium
generofitatis ornare , profapia veftra
à vobis voluiftis exurgere. Habetis bonorum
autores , voluiftis effe meliorum ;
refpondetis proavis quod regnatis in faculo
, inftituiftis pofteros , quod regnatis
in calo.
Au
DE FEVRIER 1723. 273
Au refte , M. l'Abbé de Camps a cru
pouvoir s'aider du teftament de S. Remy
, que j'ai rejetté comme au moins
très-alteré , dans lequel ce Monarque eft
appellé Très - Chrétien . Le P. le Cointe
n'en a pas penſé autrement , mais il as
donné fur l'an 533. après Marlot , un fecond
teftament de ce Saint , beaucoup
plus court , où le titre de Très - Chrétien
ne fe trouve point , ni les faufletez qué
j'ai repriſes dans le premier. M. Baillet
a pourtant raifon de fe défier auffi de celui-
là , & fi je le laiffe tel qu'il eft, ce n'eft
que parce qu'il me fuffit qu'il détruife le
plus étendu , dont M. l'Abbé de Camps.
eft obligé de démontrer l'autenticité , s'il
ne confent pas de l'abandonner.
J'en dis encore autant de la chartre du
même Clovis , dont M. l'Abbé de Camps
fe prévaut auffi. Elle cft pour S. Jean
Abbé de Reomay , que ce Monarque appelle
fon Patron , & où reconnoiffant que
c'étoit à fes prieres qu'il devoit plufieurs
de fes victoires , il lui accorde en la premiere
année de la Chrétienté , dans fon
domaine de Bourgogne , du côté de Tonnerre
, autant de terre qu'il en pourroit
parcourir en un jour monté fur fon âne,
fuo afino fedens. Cette chartre , qui eft
en original dans la Chambre des Comptes
de Bourgogne , eft fignée de Clovis ,
1
quis
1274 LE MERCURE
qui eft appellé dans cette fignature
très- vaillant ou très- courageux , fortiffimus,
& celui qui la prefenta à ce Monarque
à figner , le nommé Clovis le
Grand. A la verité , le P. le Cointe l'a
inferée dans fes Annales fur l'an 496. fans .
en faire aucune cenfure ; mais le P. Ma--
billon n'a ofé la faire valoir fur les fiennes
, quoiqu'il ne s'y montre pas fort difficile
fur la matiere. Il eft convenu dans
fa Diplomatique , page 16. que quelquesuns
la jugent fauffe & ceft du côn
té de ces derniers que je me range fans
crainte de me tromper , qui eft ce que
M. l'Abbé de Camps ne manquera pas
de faire auffi , quand il pourra fe refoudre
d'examiner un pareil acte , le flambeau
de la critique devant les yeux , felon qu'il
s'y eft obligé.
Il feroit inutile de m'étendre davantage
fur les preuves pour les Rois de la
premiere race car après tous les exemples
que j'ai rapportez , il eft bien évident
qu'on ne les a appellez Très - Chrétiens
, que de la même maniere qu'on faifoit
les Empereurs & les Rois d'Elpagne
de leur temps , puifqu'aucun Ecrivain
de ce même temps , n'a dit que ce
titre leur fut hereditaire exclufivement
aux autres Monarques , ni inherent à leur
Lang, qui eft la regle qu'il nous a luimême
DE FEVRIER 1723. 275
ême donnée pour pouvoir le reconnoître
.
·
Les fervices des premiers Rois de la
feconde Race pour l'Eglife , font fi
grands & fi éclatans , qu'affurément ces
Princes n'ont pas eu beſoin du merite du
Baptême de Clovis , pour être fouvent
qualifiez Très -Chrétiens par les Papes ,
qui en reffentoient les plus puiffans effets
car ceux- ci épuifoient volontiers
alors toutes leurs graces fpirituelles en
faveur de ces Monarques , par reconnoiffance
des temporelles qu'ils recevoient
d'eux ; & puifqu'on ne trouve point non
plus dans tant d'actes qui restent de ce
temps - là , que le titre de Très- Chrétien
appartient aux Rois Carliens exclufivement
aux autres Souverains , qui étoient
auffi enfans de l'Eglife , avec qui au contraire
les Papes le leur faifoient partager.
Il eft donc encore jufte de croire , qu'on
ne le leur donnoit auffi que pour louer
leur Religion , & les entretenir dans le
zele qu'ils montroient pour elle. Ainfi
ce font donc les Rois de la troifiéme Ra
ce , qui ont la gloire d'avoir rendu ce titre
propre à leurs perfonnes & à leur
couronne , par la continuité & l'impor
tance de leurs fervices & de leurs bienfaits
pour l'Eglife , lefquels ont enfin forcé
les peuples de l'Europe à les reconnoître:
276 LE MERCURE
noître fous le feul nom de Rois Tres
Chrétiens.
J'ai dit dans mes Remarques précedentes
, que les fameufes Croisades qu'ils entreprirent
au douzième & treiziéme ficcles
, y donnerent principalement lieu ,
& je me fuis fondé fur ce que M. l'Abbé
de Camps n'a pû trouver d'exemples
de Rois , qu'on ait honoré de ce titre
dans la feconde Race , depuis l'Empereur
Arnoul , mort en 899. & dans cette
troifiéme Race jufqu'à Louis le jeune ,
qui le premier d'entr'eux fe croifa pour la
Terre- Sainte , & qu'il executa en 1147.
car à l'égard du Roy Robert , trifayeul
de ce Prince , qu'il cite auffi , outre qu'il
ne fuffiroit pas pour établir fon fentiment
, il y a toute apparence qu'il n'a
point en cela d'Auteur contemporain
pour garent , puifqu'il n'en a indiqué aucun
, au lieu qu'il a eu foin d'en donner
pour les autres Princes.
Il eft certain qu'il n'y a jamais eu
d'actions de Religion plus éclatantes
& qui ayent fait plus d'honneur aux
François , que , que les guerres faintes pour la
délivrance du tombeau de Jefus-Chrift.
Toutes les Nations de l'Occident y combattirent
en quelque forte fous leurs
enfeignes , d'où vient encore aujourd'hui
qu'elles ne font connues dans le Levant
que
DE FEVRIER 1723 277
que fous le nom de Francs , ce que M.
de Camps a , je crois , auffi obfervé en
quelque endroit. On regarda ces guerres
comme ordonnées de Dieu ; ceux qui
s'y confacroient étoient appellez les foldats
de Jefus- Chrift , Chrifti milites , la
volonté fervoit de cri dans les batailles ,
Deus vult , il étoit cenfé être lui- même
leur General , & par cette raifon Guibert
, Abbé de Nogent , qui écrivit la
relation de la premiere de ces guerres ,
l'intitula les geftes de Dieu par les François
, Gefta Dei per Francos . Trois de nos
Rois , comme je l'ai dit , s'y diftinguerent
infiniment , fçavoir , Louis le jeune,
Philippe Augufte & faint Louis. La gloire
que Philippe y acquir , eft même apparemment
ce qui lui fit mettre fur fa
monnoye d'or , autour de la croix [ qui
étoit l'étendart facré de cette fainte milice
, & que chaque foldat portoit fur
fon habit , comme font encore aujour
d'hui les Chevaliers de Malthe , qui continuent
ces guerres ] , la belle legende ,
que tous les fucceffents ont religieufement
confervée jufqu'à prefent , & qui
a tant de rapport avec une telle expedition
, Jefus- Chrift vainc , Jefus Chrift
regne , Jefus- Chrift commande . Chriftus
vincit , Chriftus regnat , Chriftus imperote
278 LE MERCURE
rat. Car il eft le premier d'entre eux
Il eft bon de remarquer , qu'on voit par
les
monnoyes que M. le Blanc a fait graver ,
qu'on s'eft attaché long temps pour cette legende
, à deux regles qui n'étoient point indifferentes.
La premiere étoit de ne la mettre que fur la
monnoye d'or, pour marquer davantage l'eftime
qu'on en faifoit , & on ne la trouve fur
des monnoyes d'argent que depuis Louis XII.
de.
La feconde regle étoit , que la monnoye que
l'on honoroit de cette legende , eut dans le
champ le figne de la Croix , afin qu'on connûti
que c'étoit avec cette arme que jJefus Chrift
vainquoit , regnoit & commandoit , ce qui donnoit
un très beau fens. Ce n'eft auffi
que
puis Louis XII . qu'on a mis quelquefois l'Ecu
de France en 1 place , & actuellement nous
n'avons aucune monnoye courante , ni d'or , në
d'argent avec ce divin figne , qui neanmoins y
brilla dès après la converfion de Clovis . Ainfi
dos Monetaires modernes n'entendent nullement
en cela l'avantage & la gloire particu
liere des Rois Très- Chrétiens . La même chofe
eft arrivée pour le Sit nomen Domini bene
dictum , qu'on voit fur les monnoyes de Fran
ce depuis Philippe le Bel , & qui n'a commencé
à être mis fans la Croix que fous Charles
IX. Ce fymbole indiquoit qui étoit le Sei
gneur dont le nom devoit être beni . Cependant
il feroit aifé de le joindre à l'Ecu de France,
quand celui - ci eft accompagné d'une le
gende chrétienne. L'un & l'autre étoient fort'
bien alliez dans la derniere monnoye d'or de
Louis XV. qui a été fupprimée , la Croix de
Malthe qui y étoit figurée , contenant les trois
qui
DE FEVRIER 1723. 279
qui l'ait employée . * S. Louis , qui en-
-
Reurs de lys dans fon centre , & on voit encore
une monnoye d'or de François I. où l'Ecu de
France eft auffi pofé d'une bonne maniere fur
une Croix. D'autre part , c'étoit encore une
faute dans quelques monnoyes depuis Henri
III. qu'on y eut mis contre l'ancien ufage, d'un
côté le nom du Prince avec la Croix , & d'autre
côté le nom du Sauveur avec l'Ecu de France
, comme fi Jeſus- Chrift & le Roy avoient
changé d'armes .
Enfin on a fort mal à propos abregé fous
Charles IX la premiere des legendes ci- deffus ,
ce qui en a diminué beaucoup la grace & la
nobleffe. En effet , qui ne trouve pas plus de
grace , de force & de fublimité dans cette majeftueule
repetition du nom de Jefus Chrift ,
& dans cette belle gradation qui manifeſte tour
le fruit de la victoire , Chriftus vincit , Chriftus
regnat , Christus imperat, que non pas dans
ces mêmes paroles ainfi reduites ! Chriftus regnat
, vincit , imperat , quoique pour les rendre
plus harmonieufes on ai changé le vincit
de place. D'ailleurs la tranfpofition de ce mot
fait que cette legende eft fauffe , qui eſt à
quoy on ne fait , ce femble , point d'attention
, & ce qui feul demanderoit qu'on rétablit
l'ancienne legende. Le Sauveur n'a pas regné
avant que de vaincre , tout comme il n'a
pas commandé avant que de regner , & ce
n'a été qu'après qu'il a été pleinement victorieux
du Prince du monde , que fon Pere l'a
mis en poffeffion de fon Royaume , & qu'il
aété obéi .
* A la verité elle eft fur une monnoye d'or,
que M, le Blanc attribue en doutant à Louis
treprit
280 LE MERCURE
treprit deux de ces guerres , fut fait prifonnier
dans la premiere , & mourut de
maladie contagieufe dans la feconde , pour
ne rien dire de Robert Comte d'Artois
fon frere , qui fut tué dans celle- là , ni de
Jean Comte de Nevers , fon fils bienaimé
, qu'il avoit vû en celle- ci emporté
avant lui par la même maladie . Philippe
le Hardi , qui regna enfuite , &
Pierre Comte d'Alençon fes autres fils
l'y avoient auffi accompagnez , de même
que Charles Roy de Sicile fon frere.
Louis VIII. fon pere , avoit de fon côté
été le chef d'une Croifade contre les heretiques
Albigeois , qui lui avoit pareillement
coûté la vie , autre forte de guer
re fainte , qui n'étoit pas d'une moindre
efficace pour meriter & foutenir le nom
le jeune , mais il eft affez évident que cette
monnoye n'eft au plus que de Louis VIII . fon
petit fils , à en juger par le caractere , & peutêtre
n'eft elle même que de Louis Hutin , quoiqu'il
n'y foit pas appellé Roy de Navarre.
Ce qui me le feroit prefumer de Louis VIII.
eft l'Ecu femé de fleurs de lys qui s'y trouve,
& qui eft conforme au conti efcel de ce Monarque
, dont la figure eft dans le du Til'et &
dans la Diplomatique du P. Mabillon . S. Louis
fon fils donna pourtant auffi le même contrefeel
aux Regens du Royaume en 1270 , quoifon
contrefcel ordinaire n'eut qu'une fleurde
lys. V. la majorité du Roy de Dupuy page
24.
que
de
DE FEVRIER 1723. 281
de Très-Chrétien. Or ce nom étant le même
que celui d'amateur de Jefus - Chrift ,
qui eft donné en fa place à Conftantin
Pogonate par le Pape Leon II . & à Charlemagne
par Leon III . Amatori Dei &
Domini noftri Jefu Chrifti , puifque , felon
l'Evangile , il n'y a point de plus
grande preuve d'amour , que de donner
la vie pour fes amis , ne fut il pas fort naturel
d'appeller fouvent Très -Chrétiens les
Rois de France , qui facrifioient ainfi dans
ces guerres leurs richelles , leurs fujets
& leurs propres perfonnes pour Jefus-
Chrift & puifque ce nom n'eft effectivement
devenu plus commun pour eux
que depuis les mêmes guerres , les Rois
de leur Race n'en ayant auparavant été
honorez que très - rarement , n'eft - il pas
encore fort naturel de fuppofer , comme
je fais , qu'elles en font la principale
caufe.
Auffi n'a ce été encore qu'affez longtemps
après , que ce titre à été reconnu
pour
leur être hereditaire exclufivement
à tous les autres Souverains , & je ne fçai
s'il refte pour cela de preuve anterieure à
la lettre de plufieurs Princes du Sang મે
Charles VI . que Juvenal des Urfins a
rapportée dans fa Chronique fur l'an
1410. mais qui neanmoins fait voir qu'il
étoit déja regardé comme ancien , puis
६
qu'ils
282 LE MERCURE
qu'ils le croyoient principalement fondé
fur la vertu de leur Sacre. Ils y atteftent
que Charles , comme Roy de France ,
étoit oint & confacré fi dignement , que
du faint Siege de Rome & de toutes Ñations
& Royaumes Chrétiens , il étoit renu
& appellé Roy Très - Chrétien , & fingulierement
renommé en adminiftration de
vraye juftice.
Enfin il ne faut que l'inftitution de
Louis XI. à Charles VIII . fon fils , que
M. l'Abbé de Camps cite dans le Mercure
de Janvier 1720. page 5. pour montrer
qu'on ne croyoit pas alors commelui ,
que le titre de Trés- Chrétien fut annexé
à la Couronne depuis le grand Clovis
, puifque ce Prince dit : Que plufieurs
des Rois fes predeceßeurs avoient été fi
trés-grands victorieux & vaillans , qu'ils
l'avoient acquis , tant en mettant , & reduifan
à la bonne Foy Catholique plufieurs
grands pays , & diverfes nations
habitées par les infidelles , en extirpant
les herefies & vices du Royaume , & en
entretenant le faint Siege Apoftolique , &
la fainte Eglife de Dieu en leurs libertez
& franchifes , qu'en faisant plufieurs
autres beaux faits dignes de perpetuelle
memoire. Qui eft ce qui revient précisé .
ment à mon opinion , & ce que , comme
je l'ai obfervé dans l'autre écrit , eft infiniment
DE FEVRIER 1723. 283.
iment plus glorieux à ces Monarques
que s'ils en étoient feulement redevables
au premier d'entr'eux qui a embraffé la
foy.
Pour ce qui eft du droit des Princes du
Sang fur ce même titre , les nouvelles
preuves , par lefquelles M. l'Abbé de
Camps tâche de le foûtenir , ne fçauroient
arrêter perfonne. Ce fera bien toûjours
un fujet de les louer , & la nation
auffi , d'avoir aidé aux Rois à l'acquerir,
mais il n'appartiendra jamais qu'à ces
derniers , puifqu'il eft attaché à la Couronne
, qui ne fe divife point ; & cela eſt
fi vrai , qu'il pafferoit avec elle à quiconque
la porteroit , fi la famille Roya- .
le venoit à s'éteindre , ce que les prieres
& les voeux des bons François empêcheront
toûjours , s'il plaît au Seigneur. Si
donc , comme on l'a mandé à M. l'Abbé
de Camps , il eft dit dans des livres
d'Office des Eglifes de Provence écrits
des - 1422 . qu'on priera pour nôtre Roy
Duc & Comte très - Chrétien , pro Chrif
tianiffimo noftro Rege , Duce , Comite. Le
Comté de Provence , étant alors fous la
domination des Rois de Sicile , Ducs
d'Anjou ; ce n'aura été là qu'un éloge
pour eux , & non pas un titre. Eft ce que
le Roy d'Eſpagne Duc d'Anjou pourroit
aujourd'hui en qualité de Prince du
D Sang,
284 LE MERCURE
Sang joindre le titre de Très - Chrétien à
celui de Catholique , qui eft uni à fa Couronne
? c'eft fans doute ce que M. l'Abbé
de Camps n'accorderoit jamais , &
cependant il fera toûjours très- permis de
le qualifier Très - Chrétien dans les prieres
qu'on fera pour lui , & dans les louanges
qu'on publiera à fa gloire , parce
qu'alors ce ne fera pas plus un titre , que
fi on l'appelloit très- pieux ou très doux.
On peut même bien par cette feule raifon
refuter fur ce fujet une fanfaronnade
de l'Auteur duMars Gallicus , que j'ai déja
cité: car comme plufieurs Rois d'Efpagne
ont autrefois été appellez Catholiques
auffi bien que Très - Chrétiens , il veut
au chapitre 23. de ce livre, que ces Monarques
ayent abandonné le dernier de
ces titres aux Rois de France , pouvant
être auffi porté par des Princes hereti
ques , & qu'ils ayent retenu pour eux celui
de Catolique , qui renferme la plenitude
& la perfection du Christianifme , comme
s'ils avoient été auffi les maîtres de l'un
& l'autre titre. Mais il n'y a qu'à lui
répondre , que que les noms de Catholique &
de Très - Chrétien , n'étoient point encore
des titres quand on les donnoiɛ
aux Rois d'Espagne , que les Rois de
France étoient au contraire en poffeffion
de celui de Très - Chrétien , comme titre
longDE
FEVRIER 1723 . 285
long- temps avant que ces autres Monarques
euffent fongé à être diftinguez par
un femblable honneur , & que ceux - ci
furent obligez de fe contenter de celui
de Catholique qu'Alexandre VI . leur accorda
, n'ayant pû malgré toute la bonne
volonté de ce Pape pour eux en qualité
de leur fujet par la naiffance obtenir du
Saint Siege celui de Très - Chrétien , qu'ils
auroient bien voulu enlever aux Rois de
France , comme M. l'Abbé de Camps &
moi l'avons remarqué après le P. Mabillon,
Nous donnerons la fuite de ces Remarques
dans le prochain Mercure.
On a propofé dans une Ville de Province
un prix pour celui qui aura le
nieux rempli un Sonnet fur les bouts
rimez fuivans. A prendre tel fujet que
l'on voudra . En voici deux qui ont dû
Concourir du moins avec les meilleurs .
SONNET MORAL.
AMy,jehais , je fuis le monde & fa cabale,
Il éxige de nous trop de foins pour tribut ;
Sans que mon coeur jamais en vains defirs s'exbale
,
Dij
Je
2:86 MERCURE LE
Je cheris la retraite , & c'eft- là mon Salut.
Le monde eft un trompeur , il eft un vrai Des
dale ,
Qui prend mille détours pour venir à fon but,
11 féduit la raifon fans aucun intervale
?
Enfin pour nous tenter c'eft pis que Belſebuth ,
Le plaifir qu'il promet devient un paradoxe,
Quand l'homme à certain âge atteint fon équinoxe
Sape .
Dont les jours font marquez d'un trifte numero,
La mort vient à la fin qui de fa faux nous
Tout mortel fuit fa loy , fut- il Roy, fut il Pape,
Qu'est-ce que l'homme alors ? un neant , un zero®
AUTRE SONNET.
Ans ce monde on ne voit que brigue &
DA que
L'ambition y regne & reçoit pour
Sermens, complimens faux que chaque
Seulement par grimace on fe rend le
cabale,
tribut >
bouche
exhale
Salut.
Par bien plus de détours qu'en eut onc Dedale,
On forme des projets , on parvient à fon but ,
De la vie à la mort fans laiffer d'
On s'expofe à la fin en proye à
Mais on fe croit heureux, étrange
intervale,
Belfebuth
paradoxe ,
Le
DE FEVRIER 1923. 287
Le printemps de nos jours n'a qu'un foible équi-
Le Cicl en a bien - tôt fixé lé
noxe ,
numero ,
Le temps qui confond tout , & nous mine &
nous Sape ,
Devenez riche ou gueux . , Soyez Roy , foyez
Pape ,
Helas ! tout calculé , l'homme eft moins qu'un
Zero
LETTRE de M. Fuzelier à Madame
la Comteffe de **
V
Ous voulez , Madame , que je vous
inftruiſe dans vôtre campagne , de
l'effet qu'a produit à Paris le defaveu de
la Comédie du Nouveau Monde , & de
celle de l'Oracle de Delphes , que j'ai
inferé dans le Mercure de Decembre dernier.
Vous pouvez vous imaginer que les
perfonnes raisonnables m'ont fait l'honneur
de me croire , dès que j'ay cité fon
Eminence , Monfeigneur le Cardinal du
Bois pour garand de ma fincerité , quant
aux beaux efprits analifeurs , ils ont bien
de la répugnance à fe dédire . Au fonds
leur fituation eft defagréable. Il eft triſte
pour eux d'avoir fait depuis cinq mois
tant de dépense en argumens pour prouver
feulement que leur goût eft auffi faux
Diij que
288 LE MERCURE
que leur Logique . Ils font auffi fâchez
de s'être mépris , que fi cela ne leur arrivoit
pas tous les jours fur des matieres
bien plus importantes , & bien plus dignes
d'attention que les deux Comedies
qui les ont occupez fi long temps . L'excès
de leur orgueil ne fçauroit s'accommoder
des réparations qu'ils doivent à la
verité , & cependant il n'y a plus à reculer
, il faut qu'ils conviennent de la foibleffe
de leur jugement.
Je comptois , Madame , vous envoyer
une critique du Nouveau Monde , & cela
n'eut pas été difficile , il n'y avoit qu'à
écouter le public & écrire ; mais il y
en a une dans le Mercure de Janvier
dernier que vous pouvez lire ; je vous
dirai pourtant que l'Auteur de cette Cris
tique me paroît fouvent trop favorable
à l'ouvrage qu'il cenfure : vous vous en
appercevrez ; je ne peux furtout lui paffer
l'éloge qu'il prodigue à la Scene de la
Coquette . L'Auteur du Nouveau Monde
prétendoit dans cette Scene expofer le
Tableau de la Coquetterie naiffante , &
non encore dévoilée à la jeune beauté
qui la pratique fans la connoître ; il a même
choisi l'âge le plus tendre pour executer
fon idée , & pour donner plus de
vrai femblance au caractere qu'il veut
peindre.
Cepen
DE FEVRIER 1923 .
289
Cependant cette Scene qui paroît parfaite
dansfon genre à l'Auteur de la Critique
du Nouveau Monde , n'a pas un
feul coup de pinceau qui parte des mains
de la nature. Rien n'y eft fentiment , tout
y eft réflexion , & quelle réflexion en-
⚫core ! une réflexion raffinée , & quelque
fois outrée. Un ftile qui loin d'être inge
nument coquet , fe montre paré , nonfeulement
des ornemens , mais encore
des affiquets de l'éloquence. L'Auteur
du Nouveau Monde devoit- il amener
une Coquette novice fur la Scene pour débiter
le langage d'une Métaphyfique ga
lante & trop fleurie ; ainfi tous les Madrigaux
qu'il a raffemblez dans cet endroit-
là me paroiffent hors de leur place.
La Coquette naiffante devoit être Coquette
fans le fçavoir ; elle ne devoit
point être fi exactement informée de ce
qui conftitue la gloire de fon état , & deş
prérogatives brillantes qui y font attachées
. C'étoit à elle à laiffer échaper des
traits de Coquetterie , & à Mercure à
les définir.
Je vous envoye , Madame , un remerciment
que j'ai fait pour Monfeigneur
le
Cardinal au fujet de la permiffion que
S. E. a bien voulu m'accorder
de citer
fon nom dans l'écrit l'obftination
du
préjugé a arraché de moy. J'y joins un
D iiij
que
autre
190
LE MERCURE
autre remerciment que j'ai addreffè à
Monfeigneur l'ancien Evêque de Fréjus,
Precepteur du Roy qui a daigné m'honorer
de fa protection dans une affaire qui
m'intereffoit. Je fouhaite que ces deux
pieces de vers meritent vôtre fuffrage ,
& je le fouhaite moins par vanité que
par reconnoillance .
A. S. E.
MONSEIGNEUR
LE CARDINAL DU BOIS ,
PREMIER MINISTRE ,
REMERCIMENT.
MAA Mufe , il faut complimenter
L'Illuftre Cardinal , qui dans les champs de
France
Cultive avec tant de prudence
L'Olive qu'il a fçû planter.
Que ne lui dois tu pas ? il a pris ta défenfe
Contre le préjugé malin ,
Qui d'anonimes vers t'imputoit la licence ;
Signale ta reconnoiffance ,
Celebre les projets refpectez du deftin
Soumis
DE
FEVRIER 1723. 291
Soumis à fon obéiſſance , }
Auffi profond qu'Offat avec plus d'élegance ,
Du Bois fous un regne plus doux
Nous rend de Richelieu le goût & la fcience ;
Mais arreftons , que faifons-nous ?
Ne l'importunons point par un difcours trop
ample
Abregeons nôtre hommage , étouffons nos
accens ,
Son Palais eft ùn nouveau Temple ,
Où l'on doit prier fans encens :
Au droit de le loüer , il faut que l'on déroge ,
Mufe , reçois fes dons , admire & ne dis rien ,
Un moment lui fuffit pour te faire du bien ,
Mais il n'a pas le temps d'écouter ſon éloge,
A MONSEIGNEUR
•
L'ANCIEN EVESQUE DE FREJUS,
PRECEPTEUR DU ROY ,
REMERCIMENT
Rejus , quand ta bonté me promet fon¹
fecours ,
Ne crois pas de mon coeur fupprimer les dif
cours 2
D v Je
292
MERCURE LE
Je fçais que la reconnoiffance
Eft la feule vertu que tu veux près de toy
Condamner au filence ;
Mais je ne fuivrai pas cette modeſte loy ,
Le doux efpoir que je fonde.
Sur ton glorieux appuy ,
Doit pour mon intereft éclater aujourd'hui ,
Ton merite épuré , ta pieté profonde
Met le prix le plus rare à ta moindre faveur ,
Un bienfait de Fréjus eft toûjours un honneur.
LETTRE DU ROY écrite à M. le
Cardinal de Noailles , Archevêque de
Paris , pourfaire chanter le Te Deum
dans l'Eglife de Notre Dame , en
actions de graces de la ceſſation de la
contagion dans le Royaume.
Mo
-
On Coufin , lorfque la pefte attaqua
la Provence avec une fureur
qui fembloit ne devoir rien épargner , je
tremblai pour tous mes fujets menacez
ou d'une mort la plus prompte de toutes,
& la plus cruelle dans fes circonftances ;
ou d'une extrême diminution de leurs
fortunes par la ceffation entiere du commerce
, ou au moins du fpectacle affreux
d'une
DE FEVRIER 1723 293
'd'une défolation qui pouvoit devenir generale
; mais les ordres que mon oncle le
Duc d'Orleans , Regent , a donnez par
tout avec toute la vigilance , & toute la
fageffe neceffaire , ont arrefté le progrès
d'un mal fi funefte . Dieu a beni fes foins ;
il a récompenſé le zele heroïque des Evêques
& de tous les Ordres du Clergé ;
il a écouté les prieres des ames pures &
innocentes , & elles ont obtenu qu'il retirât
de deffus nos têtes l'un des plus
terribles fleaux de fa colere. Le mal contagieux
, qui en défolant une Province
répandoit la terreur dans tout le reste du
Royaume , eft entierement ceffé ; mes
voifins ne peuvent plus regarder mes frontieres
avec frayeur ; les François , qui fe
craignoient eux -mêmes les uns les autres,
font délivrez de cette pernicieuſe crainte
; & il ne nous refte plus qu'à rendre
graces à Dieu de s'être laiffé fléchir , &
d'avoir bien voulu ne nous punir , ou ne
nous éprouver que par des calamitez pafi
fageres. Mon intention étant donc de remercier
le Ciel de fa clemence , & pour
en attirer de nouvelles benedictions , je
vous fais cette Lettre de l'avis de mon
oncle le Duc d'Orleans Regent , pour
vous dire de faire chanter le Te Deum
dans l'Eglife Metropolitaine de ma bonne
Ville de Paris , au jour & à l'heure que
D vj
le
294
LE MERCURE
le Grand- Maître ou le Maître des Ceremonies
vous dira de ma part. Je lui
ordonne d'y convier mes Cours , & ceux
qui ont coûtume d'y affifter. Sur ce je
prie Dieu qu'il vous ait , mon Coufin ,
en fa fainte & digne garde. Ecrit à Verfailles
le huitiéme Fevrier 1723. Signé ,
LOUIS. Et plus bas ,
PHELY PEAUX .
akakakakakakakakakakakakak
A Madame la Marquise de Joyeuſe
au premier jour de l'an 1723-
E temps qui court , & qui s'envole
Frend toujours en courant quelque chofe fur
nous ,
C'eft un affaffin qui nous vole
Par un art infenfible & doux ,.
Sans nous déchirer il nous ufe ,
Et nous devore enfin tandis qu'il nous amuſe ,
C'eft ainfi qu'il nous traite tous ;
Mais le temps devant vous , immortelle Joyeuſe
Ne vat que d'une aîle flateuſe ;
Il s'arrête , & jamais il n'a rien pris fur vous.
Vôtre beau Printemps dure encore ,
Et l'on voit chaque jour éclore ,
dans
DE FEVIER 1723 295
Dans vos yeux & dans vos difcours
Des fleurs qui dureront toûjours
En dépit du regne de Flore ,
L'ardeur de vôtre coeur entretient vôtre été,
Et vôtre abondance l'automne
Pour l'hyver où tout eſt glacé ,
Il n'a place en vôtre perfonne
Que par la neige & les frimats ,
Dont il couvre à plaifir vôtre fein & vos brasa
Le mot de la premiere Enigme du
mois paffé eft l'Oreille , celui de la feconde
eft le Melon , & celui de la troi--
fiéme eft la Banniere.
PREMIERE ENIGME.
Ans devoir me vanter d'un deftin fort heu
S Ans reux
Je me trouve fouvent à côté d'une femme ,
A
Qui d'un même mouvement d'ame ,
M'embraffe , me careffe , & me fait les doux
yeux ,
M'outrage , me déchire , & fe fait un merite
De me priver de tous mes ornemens
Pour en parer à mes dépens
Us
396 LE MERCURE
Un nombre d'avortons que je traîne à ma fuite g
Je parois rarement à la Ville , à la Cour ;
La vanité m'en a bannie ;
Aux Dames du grand air je ne fais point envies
L'hiftoire dit pourtant qu'un jour,
Un Heros près de fa Clelie .
Me fit fervir de trophée & d'atour
A fon amoureufe folie.
SECONDE ENIG ME.
Vant de fçavoir qui je fuis ,
Lecteur, admire en moi la bizarre nature .
J'étois blanche quand je nâquis
Enfuite j'ai paffé , fans avoir rien acquis ,
A la couleur la plus obfcure.
J'occupe une vafte maiſon ,
Où je fuis fans comparaiſon ,
Plus à l'étroit qu'un mort étendu dans la biere
C
Malgré cela je ne puis gucre ,
Lorfque j'ai besoin d'aliment ,
Le prendre qu'en me promenant ,
Le travail m'eft hereditaire ,
Qui croiroit que dans cet état ,
D'un
DE FEVRIER 1713. 297
D'un ruftique mortel j'excitafle l'envie ;
Il en veut fi fort à ma vie ,
Qu'il fe fait de ma mort un triomphe d'éclat
Le pis eft que de lui je ne puis me défendre ;
Car tel eft mon malheureux fort ,
Que plus je cherche à fuir la mort ,
Plus je travaille à me laiffer furprendre-
TROISIEME ENIGME R
Quoique
Voique je fois enfant de chair &
d'os ,
Je ne fuis point fujet à la voye ordinaire ,
Je fortis en naiffant du ventre de ma mere
Après m'avoir engendré par le dos .
L'arc en-ciel n'a point tant de couleurs diffe
rentes
Que j'en porte fur moi par tout où l'on s'en fert,
Je fuis blanc , je fuis noir , rouge , gris , jaune
& vert ,
Et chaque couleur a fes raifons pertinentes .
L'une affigne l'honneur qu'on doit à la vertu
L'autre aux brigands annonce l'infamie,
J'en ai pour diftinguer certains états de vie ,
Suivant que le caprice , ou Ferdre l'a voulu.
Je
198 LE MERCURE
Je n'ai ni foi , ni loi ; fi je vais à l'Eglife ,
Ce n'eft que pour tenir compagnie aux mortels,
Car tandis qu'à prier leur pieté s'épuiſe ,
Je tourne le dos aux Autels.
M
CHANSON.
E feroit-il permis de dire
Sans attirer vôtre couroux ,
Que pour vos beaux yeux je foupire ,
Et que je n'adore que vous.
Mon coeur penetré de tendreffe ,
Prétend vous cherir à jamais ,
Si ce fincere aveu vous bleffe
N'en accufez que vos attraits.
Lorfque l'on voit briller vos charmes ,
Peut-on garder la liberté ?
Sans balancer on rend les armes ,
A vôtre naiffante beauté ;
L'amour qui pour vous s'intereffe ,
Dans vos beaux yeux choifit fes traits ::
Si ce fincere , &c.
en accufez , &c.
DE FEVRIER 1923.
Fevrier4. Bordier
Me serex Couroux,..
Me Ser
Couroux ,
Que peda
DE FEVRIER 1923. 299
Je mets mon bonheur à vous plaire ,
Approuvez mon extrême ardeur ,
Jamais aucune autre Bergere
Ne triomphera de mon coeur.
Si vôtre fevere fageffe
Blâme mes fentimens fecrets ,
Iris , fi mon amour vous bleſſe ,
N'en accufez que vos attraits.
NOUVELLES LITTERAIRES,
DES BEAUX ARTS , & c.
H
ISTOIRE GENERALE D'ESPA
GNE depuis le commencement de
la Monarchie jufqu'à prefent , tirée de
Mariana , & des Auteurs les plus celebres.
Ouvrage enrichi d'un grand nombre
de figures en taille-douce , neuf volumes
in 12. A Paris , rue S. Jacques ,
chez Guillaume Cavelier , fils , près la
Fontaine S. Severin , au Lys d'Or 1723 .
Tout ce qui eft capable d'exciter «
l'attention d'un Lecteur curieux , fe «
trouve raffemblé dans l'Hiftoire Gene- «
rale d'Eſpagne , foit par raport à fon ce
antiquité , foit par raport à la varieté es
des
300 MERCURE LE
1
"
ور
des faits dont elle eft embellie ; car
» on y trouve avec la verité , le même
agrément que dans les Hiftoires inven-
» tées à plaifir. Tant de révolutions & de
changemens de domination fous des
peuples barbares & non policez , four-
» niffent une infinité de faits qui fur-
25 prennent , qui réjoüiffent , & qui inſtruifent
agréablement le lecteur. Nous
ajoûterons à cette expofition que deux
Ecrivains de réputation font les Auteurs
de cette Hiftoire ; fçavoir , M. l'Abbé
du Pin qui l'a commencée , & M. l'Abbé
de Bellegarde qui l'a conduite jufqu'à nô•
tre temps. Nous n'entrerons dans aucun
détail fur une matiere auffi vafte , les
bornes & la varieté de nôtre Journal ne
fçauroient nous le permettre , nous don
nerons feulement à nos lecteurs une idée
generale de chaque volume .
Le 1. contient l'origine de cette Monarchie
juſqu'au temps que l'Espagne a
été fubjuguée par les Romains , les Goths,
& les Maures. Dans le 2. on voit les malheurs
que caufa le partage de l'Espagne
en differens Etats . Le 3. comprend les
differentes guerres entre les Caftillans &
les Grenadins , avec l'Hiftoire de Tamerlan
, Empereur des Tartares & Mogols .
Le 4. contient la guerre d'Italie , la ruine
de la faction Angevine , & les commen-
›
cemens
DE FEVRIER 1723. 302
temens du regne de Ferdinand & d'Ifabelle.
s . volume , fuite du regne de Ferdinand
& d'Ifabelle , l'expulfion des
Maures de l'Espagne , & la conquête du
Royaume de Grenade. Le 6. vol . nous
donne l'Hiftoire du Concile de Latran
& parle des guerres de Navarre & du
Milanois . Dans le 7. on voit les commencemens
du regne de Charles d'Autriche,
les commencemens du Lutheraniſme , &
le regne de Philippe II . Le 8. contient
les regnes de Philippe III. de Philippe
IV . & de Charles II. Le 9. enfin comprend
le regne de Philippe V. jufqu'à
prefent.
Cet ouvrage fe trouve auffi au Palais ,
chez le Gras , & dans la rue S. Jacques
chez Giffard , Moreau & Huart , le prix
eft de trente livres pour volumes
dont le moindre eft de 500. pages.
les 9. **
RECREATION'S LITTERAIRES,
ou Recueil de Poëfies , & de Lettres ,
avec l'Hiftoire de Zamet Barcais , par
M. de L *** chez la veuve Boudot ,
ruë S. Jacques , au Soleil d'Or, & chez
Huart , lejeune, au bon Pasteur.1 . vol.
in 12. 1723 .
' Eft un mélange curieux de pieces
C'gitive
Il les dédie à un de fes amis , homme de
Lettres
1
'LE MERCURE
t
Lettres , M. Durey d'Harnoncour , Rea
ceveur General des Finances. Tout y paroît
être écrit de bonne main . Il femble'
que l'Auteur , qui n'a pas voulu fe
nommer , étoit le chef d'une Académie ,
dans laquelle il étoit obligé toutes les femaines
de prononcer un Difcours Critique
fur l'Hiftoire , & ce qu'il donne¨ici ,
n'eft comme il le dit lui- même , que les
agréables amuſemens d'un homme de
Lettres qui cherchoit à fe diftraire de
temps en temps d'une étude ferieufe . En
écrivant à Madame la Marquife.de ........
page 154. il lui confeille de laiffer fuivre
à Mile fa fille le penchant qu'elle a aux
belles Lettres . » J'aurois crû , lui dit - il ,
qu'une Dille à douze ans étoit plus ſen-
» fible , même fans le vouloir , à certai
» nes impreffions du coeur , qu'à des fentimens
fi épurez de la raifon ; mais je
fuis ravi , que le coeur ne lui ait encore
» rien dit , ou qu'elle n'en ait point com-
" pris lelangage , & je vous confeille de
lui laiffer un goût , qui du moins duranť
quelque temps la garantira des irruptions
du temperamment. Une fille ,
n'en déplaife à vôtre fexe , eft un fruit
» bien délicat , & qui ne tenant à l'arbre
qui l'a produit que par des filets extrê
mement déliez , lui échape fouvent , &
tombe , fi j'oſe ainfi parler , au premier
fentiment
לכ
גנ
4
DE FEVRIER 1723 . 303
- ce
CE
"
fentiment de maturité. Si la vertu peut «
être appellée une beauté de l'ame , com- «
me la beauté une yertu du corps , on c
peut dire , que dans les jeunes perfonnes
, il en eft de l'une comme de l'autre, «
& que l'harmonie des traits interieurs ce
Le dérange même plus aifément , que «
celle de ceux qui brillent au dehors ... ce
Ainfi , Madame , continue- t'il , laiffez ce
Mlle de ... fe livrer tant qu'elle voudra «
au panchant qu'elle paroît avoir aux ce
fciences & aux belles Lettres . Plus elle «
s'y appliquera , moins elle aura lieu de
fe craindre elle-même .... S'il eft vrai
que tôt ou tard le fang & les paffions
entraînent , je foutiens qu'ils font moins &
faire de chemin à un efprit cultivé par «
les belles Lettres , qu'à un efprit brute
& negligé. Celui-là a des reffources , ce
l'autre n'a pas. L'amour dérobe , «
il est vrai , du temps à l'étude ; mais le
plaifir qu'on trouve à l'étude coupe ce
plus d'une fois les ailes à l'amour. L'Au- «e
teur prouve par l'exemple de quelques
femmes fçavantes , que l'érudition ne «
fçauroit avoir un mauvais effet dans «
l'ame des perfonnès du beau fexe. Quand e
Me de Scuderi', dit-il , a traité les ma- es
tieres galantes , elle l'a fait avec tant ce
d'emportement , qu'on eut dit qu'elle «
avoit fait toutes les preuves en amour . «
que
«
Сс
66
"
Сереп-
304 LE
MERCURE
23
Cependant la paffion n'a jamais enflâme
en elle , que la feule imagination , &
quoique de ce lieu , où elle regnoit en
maîtreffe , il n'y ait pas grand chemin
» jufqu'au coeur , elle n'a ofé defcendre
plus bas. Les bornes étoient plantées ,
une auftere vertu les avoit pofées , &
fe tenoit toûjours auprès pour les défendre.
En parlant de Me la Comtelle
de la Suze , & de Me Deshoulieres , il
dit , quel ftile d'amour plus Aeuri &
plus leger, quel feu , quelle paffion , quel
» defordre même dans leurs écrits ? mais
nil en étoit de la tendreffe qu'elles y ont
répandue , comme de la beauté de la
plupart des femmes , qui confifte plus
s dans les mines & dans les façons , que
dans les traits. Leur coeur , leur efprit,
tout étoit fait en elles pour l'apparence
» de l'amour , & rien n'y étoit fait pour
l'ufage. Pour achever de donner quelidée
de ce Livre. On raportera ici
un ou deux traits des pieces de Poëfie
qu'on y trouve. L'Auteur fait entrer fort
agréablement la Critique des Paniers des
femmes dans une petite Hiftoire qu'il raconte,
page 207.
»
que
22
Vous fçavez qu'autrefois n'en pouvant plus
d'Ahan
La petite mignone
De Latone
Defiroit
DE FEVRIER 1723. 305
Defiroit fe laver dans les eaux d'un étang ,
Elle ôte fon panier
fon corfet & fa mante ....
Son panier ! je me trompe , elle n'en avoit point,
Un cotillon alors bien étroit & bien joint ,
Sans ornemens , fans nulle fente ,
Des femmes de ces temps receloit les beautez ,
Chacune n'occupoit qu'un terrein fort honnête ,
On ne les mefuroit que des pieds à la tête ,
Et non par l'ampleur des côtez .
Si quelquefois par avanture
Fillette avoit befoin d'élargir fa ceinture ,
Que faire ? elle l'élargiffoit ,
Et de fon malheur rougiffoit.
Auffi chaque homme alors avoit la main plus
sûre ,
Quand une femme il choififoit , & c.
11 dit en écrivant à M. le Marquis de
S.... page 300 .
Quel coeur n'eft fait pour la tendrefle
Elle naît avec nous , nous fuit dans tous
les temps.
Elle est l'écueil de la jeuneffe ,
Et trop fouvent le foible des vieux ans ,
Quand un coeur jeune eft encor fage ,
Ah !
Bör
LE MERCURE
Ah ! ce n'eft point , qu'il n'ait affez vécu;
Mais c'eft que l'amour le menage ,
Pour être quelque jour plus fûrement vaincu
Il y a à la fin de ce livre une hiftoire
galante , intitulée Hiftoire de Zamet Bar-
Cais . Elle est très- agreable par elle-même,
& le ftile en eft aifé , naturel & plein
de feu.
Le fieur Boiffon , Ingenieur du Roy ;
a fait imprimer une feuille volante , qui
contient la propofition qu'il a faite , de tirer
un Canal autour de Paris pour l'éle
vation des eaux , depuis l'Arcenal juſqu'à
la Savonnerie près Chaillot , & l'utilité
qu'on tirera de ce Canal : en voici
les principaux atticles . 1. Če Canal ra
fraîchi jour & nuit , & toûjours plein
d'eau , nettoyera les égouts , & c, ce qui
empêchera les maladies populaires. 2 ° .
Hy aura divers ports fur ce Canal pour
la décharge & le débit des marchandifes
, &c. avec des abbreuvoirs pour les
chevaux . 3 ° . Les eaux du Canal feront
auffi bonnes que celles de la Seine . 4° .
Un nombre confiderable de bateaux &
de marchandiſes y feront mis à l'abri des
glaces par l'emplacement des éclufes ,
&c. . Par l'ouverture de ces écluses ,
on
DE FEVRIER 1723. 307
on empêchera les inondations qui caufent
des dégats dans certains quartiers de
Paris . 6. Ce Canal fervira de barriere
contre les fraudeurs des droits du Roy.
7°. Ce Canal toûjours plein de fix pieds
d'eau , aura huit toifes de large fur toute
la longueur du circuit de cette moitié de
la ville , avec des chemins de côté &
d'autre bordez d'arbres , ce qui formera
un double cours , & donnera à Paris un
nouvel agrément qui ne fe trouve en aucune
autre ville de l'Europe.
Enfin la conftruction de ce Canal donnera
la facilité d'établir quatre tuëries
pour les Bouchers dans des quartiers convenables
, avec des robinets pour fournir
de l'eau en abondance , & c. on parviendra
ainfi à nettoyer toute la ville des infections
que caufent ces tuëries , & c .
>
Le fieur Cordier , feul poffeffeur du fecret
des Peaux divines , avertit le public
qué les calotes faites des mêmes peaux ,
gueriffent tous maux de tête les plus inveterées
, & de quelque caufe qu'ils puiffent
provenir , comme abfcès , fluxions
rhumatifmes , coups ou contre- coups ;
qu'elles attirent le fang qui peut s'être
extravafé dans la tête , par chute ou par
quelque autre accident ; & qu'elles gue.
riffent les migraines , éblouiffemens
E étour308
LE MERCURE
étourdiffemens , vapeurs , bourdonnemens
& tintemens d'oreille ; enfin la
furdité , &c .
T Par le moyen d'une tranſpiration douce
& commode , elles attirent les eaux
âcres qui tombent ordinairement fur les
yeux , fur le coeur , dans la poitrine , &t
fur les autres parties du corps.
Les peaux divines gueriffent l'apoplexie
, & font excellentes pour les paralyfies
nouvellement formées , pour toutes
fortes de rhumatifmes , les goutes , les
goutes fciatiques , pour les maux de reins,
maux de côté & d'eftomac ; pour les
groffeurs , les dartes vives , les boutons
& rougeurs , que l'on peut avoir fur telle
partie du corps que ce foit. Elles font
bonnes pour les enflures , meurtriffeures ,
bleffures , ulceres & humeurs froides.
Comme les peaux divines font refolutives
& attractives , leur principale vertu
eft de fondre les humeurs malignes ,
glaitenfes & coagulées qui font entre
cuir & chair : elles adouciffent & fortifient
en même temps les nerfs & les mufcles
; & fans faire aucune ouverture ni
cicatrice elles rendent , par le moyen de
la tranfpiration , la peau plus blanche &
plus belle encore qu'auparavant l'appli
cation .
On
peut , felon fon incommodité , fe
faire
DE
FEVRIER 1723. 309
faire faire des camifolles , des gants &
des chauffons de peaux divines ; & fi ,
lorfque l'on eft attaqué de la petite verole
, on avoit foin de s'envelopper de
ces peaux, on fe garentiroit fûrement des
fuites fâcheufes qui en refultent , parceque
, par le moyen de la tranfpiration ,
elles font fortir le venin qui eft caufé par
le fang
corrompu
Le fieur Cordier fournit un memoire
exact de la maniere avec laquelle on doit
fe fervir des peaux divines , qui peuvent
fe conferver plus de vingt ans , fans per
dre leurs vertus ni qualitez : & pour la
commodité publique , il a établi des Bu
reaux où l'on diftribue les mêmes peaux'
divines ; fçavoir à Lyon , chez le fieur
Thomas , Marchand , grande ruë Merciere
: à Rouen , chez le fieur Maugy
rue des Juifs , aux Armes de France : à
Caën , chez la veuve du fieur Laye , Marchande
Epiciere , tuë faint Jean , proche
la porte Millay: à faint Malo , chez le
fieur Defroziers , Marchand , devant la
grande Porte : à Rennes , chez le fieur
de la Vigne , Marchand , à côté du Palais
: à Nantes , chez le fieur Meziers ,
Marchand à la Foffe : à la Rochelle , chez
le fieur Merle , Marchand , & à Dijon ,
chez le fieur Papillon ,
Marchand, proche
l'Eglife Notre- Dame.
,
Eij Le
310 LE MERCURE
Le fieur Cordier demeure à Paris , chez
le fieur Metas , Marchand Epicier , an
haut de la rue de la Coutellerie & de la
Vannerie , vis-à- vis la ruë de faint Jacques
de la Boucherie , au premier appar-.
tement.
Extrait d'une Lettre écrite d'Avignon le
14. Janvier 1723.
On vient d'établir dans cette ville une
nouvelle Académie de Mufique , fous le
titre d'Académie des beaux Arts ; elle
eft déja compofée de près de cent Académiciens.
Son Excellence Monfeigneur
de Gonteri , Archevêque d'Avignon ,
Prelat , qui joint aux plus éminentes
yertus , un goût exquis & univerfel pour
les beaux Arts , a bien voulu s'en declarer
le Protecteur , & honorer de fa prefence
le premier concert public que cette
Académie naiflante donna le Samedy
deuxième du prefent mois de Janvier ;
plufieurs Dames s'y trouverent fur des
billets diftribuez par les Académiciens
fuivant les Reglemens , ce qui rendit
l'Aflemblée fort brillante ; on chanta le
Prologue de Roland , & pour Motet le
Pleaume Deus nofter refugium & virtus ,
c. de M. Campra avec la Cantate
>
des
DE FEVRIER 1723 : 311
des Femmes du même Auteur. Le concert
finit par une autre Cantate , ouvrage
de deux Académiciens , dont l'un a
compofé les paroles , & l'autre la Mufique
, qui fut fort goûtée.
On imprime à Amfterdam chez Balthafar
Lakeman, Libraire , les Oeuvres diverfes
de M. Racine , fils , in 8. où le trouve
fon Poëme fur la Grace.
›
Traité hiftorique des principales Foires
du Royaume : leur origine & leur
progrès , les privileges & prérogatives
dont elles jouiffent , les principales marchandifes
qu'on y vend ; les talens que
quelques particuliers y font valoir . Ēnfemble
, des jeux populaires , des anciennes
fêtes baladoires , des fpectacles ,
pieces de theatre , farces , parodies en
vaudeville , fcenes comiques & burlefques
en chants & en recits , ornées de
danfes , de chanſons & de fymphonies.
Et des fauts perilleux , des danfeurs de
corde & voltigeurs , combats d'hommes
& d'animaux , exercices furprenans de
force & d'adreffe. Des marionettes ,
joueurs de gobelets , operateurs , faltim
banques , bâteleurs &c.
C'est un projet d'ouvrage qu'on nous
prie de publier.
C'eſt un ancien droit de la ville de
E iij Nantes,
312 .LE MERCURE
,
Nantes , de faire frapper des jettons pour
conferver la memoire des Maires électifs :
on a rétabli ce droit , à l'occafion de l'élection
de M. Mellier pour Maire de cette
ville en 1720. Il eft Treforier de France
, General des Finances en Bretagne
Chevalier des Ordres Royaux Militaires
& Hofpitaliers de Nôtre Dame de
Mont Carmel & de S. Lazare de Jerufalem
, Maire & Colonel de la Milice
Bourgeoile de la Ville & Faux -bourgs
de Nantes , & Prefident du Bureau de
fanté de la même Ville .
·
La Mairie de Nantes a été établie
par
Edit du mois de Janvier, 1559. portant
établiffement d'un Corps & Communauté
, pour y être choiſi un Maire d'année
en année, avec attribution des mêmes
privileges & prééminences attribuées aux
Maires de la ville d'Angers , qui font entr'autres,
de nobleffe pour eux & pour leur
pofterité , tel & femblable dont jouiffent
les autres nobles du Royaume. 3
Par Arreft du Confeil du 10. Janvier
1721. il eft ordonné , que le Maire de
Nantes fera le fervice durant deux ans
fauf à le continuer , s'il eft jugé neceffaire
, qu'en confequence il ne fera procedé
qu'au premier jour de May 1722.
à l'élection d'un nouveau Maire : Veut
Sa Majefté que les Maires qui auront
fervi
DE FEVRIER · 1723 . 313
fervi deux ans , joüiffent des privileges
& exemptions attribuées aux anciens
Maires de ladite ville , fans qu'elles puiffent
nuire ni préjudicier aux privileges
& immunitez , dont lefdits Maires ont
droit de jouir , foit à cauſe de leurs qualitez
perfonnelles , ſoit en vertu des Offices
dont ils fe trouveront revêtus .
Le premier May 1722. M. Mellier a
été continué Maire par élection , dans
l'Affemblée generale des Corps de ladite
Ville cette élection a été confirmée
par Sa Majesté .
FesArmes de la Ville de Nantes. Les Armes de Mr. Mellier.
i 2
Л
M-
Ο
De la Mairie de Mr Gerard-
Mellier Genal des finances Chev
de l'Ordre de St Lazare
Nostro florebit
amore .
On á frappé à cette occafion le jetton
que voicijoù d'un côté font les armes de la
E iiij.
ville
314 LE MERCURE
ville de Nantes , avec ces mots au- def
fous , de la Mairie de M. Mellier , General
des Finances , Chevalier de l'Ordre
de S. Lazare ; & de l'autre côté , les
armes de M. Mellier , avec cette deviſe,
NOSTRO FLOREBIT AMORE.
******************
SUITE DES MEDAILLES DU ROY.
Lici a
*
E Medaillon , dont nous donnons
ici la repreſentation , a 27. lignes de ·
diametre ; on y voit le Roy & l'Infante
en regard , avec cette legende françoi
fe LOUIS XV. ROY , DE FRANCE
ET DE NAVARRE. MARIE - ANNEVICTOIRE
INFANTE D'ESPAGNE .
Et dans l'Exergue Arriere petit-fils &
arriere petite-fille de Louis le Grand.
Pour revers , les Armes de la Ville au
haut de la Medaille , & cette infcription
au-deffous. FESTE A L'HOSTEL
DE VILLE , honorée de la prefence de
Louis XV. & de Marie- Anne- Victoire,
Infante d'Espagne , le 10. de Mars M.
DCC. XXII . Meffite Pierre- Antoine de
Caftagneres , Marquis de Châteauneuf,
Prevôt des Marchands ; Jacq. Denis ,
Ch. A. Chauvin , Jacq . Rouffel , Antoine
Sautreau , Echevins . Nic, Guill . Moreau
3
ANNE
VICTOIK
NCE
ET
DE
NAVARRE
-MARIE
LEBLANC
ESPAGNE
ARRIERE PETIT FILS ET ARRIERE PETITE FILLE
DE
LOUIS LE GRAND
FÊTE A
DE VILLE
DE LA
LHOTEL
HONOREE
PRE SENCE
DE LOUIS XV.ETI
DE MARIE ANNE VICTOIRE
INFANTE DE SPAGNE
LE IO DE MARS. 1722
MESSIREPIERREANTOINED
ECASTAGNERE
MARQUIS DE CHATAUNEUF
PREVOT DES MARCHANDS .
JAQ.DENIS. CH. L. CHAUVIN
JAQ ROUSSEL ANT SAVTREAU
ECHE VINS 1
NIC . GUILL.MORIAU
PR . ET
AV DU ROY ET DE LA VILLE
JB JUL TAIBOUT GREFIER
JAC BOUCOT RECEVEUR
LA VILLE DE PARIS
3
୮
DE FEVRIER 1723. 315
"
reau , Pr . & Av. du Roy de la Ville. J.
B. Jul . Taitbout , Greffier , Jacq . Boucot
, Receveur . Et dans l'Exergue , LA
VILLE DE PARIS .
Montalant , Libraire à Paris , ayant
deffein de faire réimprimer la notice des
Gaules de feu M. de Valois , ouvrage
également curieux & utile , exhorte les.
Sçavans à vouloir bien lui communiquer
les reflexions , les remarques & les corrections
qu'ils peuvent avoir fur ce livre.
On en fera l'ufage qu'on fouhaitera
, en nommant même , s'ils le veulent,
ceux qui lui auront adreffé quelque memoire.
Comme on veut tâcher de rendre
cette édition la plus parfaite qu'il fe puiffe
, on n'oubliera rien de ce qui peut
éclaircir l'ancienne Geographie de la Gaule
, & on efpere que les remarques qu'on
trouvera dans cette édition avec les cartes
, pourront faire deux volumes in fol..
L'Académie Royale de l'Hiftoire à
Lifbonne , a élû le Marquis de Valence
pour remplir la place vacante par le décès
du Comtede Monfanto , & s'eft chargé
de continuer l'hiftoire de l'Evêché de
Portalegre qu'il avoit commencée ; fon
élection a été approuvée & confirmée:
par le Roy , fuivant les Statuts , avant
Ey que
316 LE
MERCURE
que d'être rendue publique.
Le 23. Decembre
dernier , cette Académie
tint en prefence de Sa Majesté
Portugaife
, fa premiere Affemblée
de la
troifiéme année de fon établiſſement
. Le
Marquis d'Alegrette
fit à l'occafion du
renouvellement
des Cenfeurs Royaux ,.
un difcours très- éloquent , après lequel:
M. Jofeph d'Acunha
Brochando
prononça
, fuivant l'ufage , l'éloge du feu
Comte de Monfanto..
CONSIDERATIONS CHRETIENNES
fur la mort , avec une préparation pour
fe difpofer chaque année à bien mourir ,
&c. 3. édition , vol . in 12. à Paris , che
Desprez, ruë S. Jacques..
LES OEUVRES de feu noble Scipion
du Perier , Ecuyer , Doyen de Mrs les
Avocats du Parlement de Provence , divifées
en deux tomes. A Toulouse , auxdépens
du fieur Caranove , ruë S. Rome,
& fe vendent à Paris chez Th. le Gras ,,
au Palais 1721. in 4. 2. vol..
RELATION hiftorique de la Pefte de
Marſeille en 1720. A Cologne , chez Pier
re Marteau 1721. in 12. de 512. pages..
COMMENTAIRE LITTERAL abregé
fur
DE FEVRIER 1723. 317
fe ,
fur tous les livres de l'ancien & du nouveau
Teftament , avec la verfion françoipar
le R. P. Dom Pierre Guillemin ,
Religieux Benedictin , de la Congregation.
de faint Vanne & de faint Hy dulphe.
A Paris , chez Emery , rue faint Jacques ;
Saugrain , l'aîné , & P. Martin , Quay
des Auguftins , 1721. in 8. 3. vol. qui
contiennent la Genefe & l'Exode , le Levitique
, les Nombres & le Deuteronome.
L'Auteur promet 8.ou 9. volumes
de la fuite de cet Ouvrage , qu'on pourra
regarder comme l'abregé du. Čommentaire
litteral du P. Dom Aug. Cal
met , imprimé en 25. vol. in 4.
VOYAGE d'Espagne à Bender , contenant
un détail de ce qu'il y a de plusconfiderable
à Conftantinople , & ent
d'autres endroits de l'Empire Othoman ,
&c. AParis , chez P. Huet , au Palais ,
& P. Prault , fur le Quay de Gêvres.
1722. in 12. de 244 pages .
LA VIE DE S. BERNARD , Arche
vêque de Vienne . Par le P. Charles Fleu
ry-Ternal , Jefuite . A Paris , chez And .
Cailleau , Place de Sorbone. 1722. vol.
in 12. de 240. pages.
TRAITE DES JARDINS ,, par
par le
E vj
hieur
318 ELE
MERCURE
feur Sauffay , Jardinier de S. A. S: Madame
la Princeffe de Condé à Anet . A
Paris chez N. Simart rue S. Jacques ,
koala / 17 22.2in 12. pp. 230.
LETTRES EDIFIANTES & curieuſes,
écrites des Miffions Etrangeres par quel -
ques Miffionnaires de la Compagnie de
Jefus , quinziéme Reciieil , à Paris , chez
Nicolas le Clerc , rue S. Jacques , 1722 .
418. pages.
THEORIE de nouveaux Thermometres
, & de nouveaux Barrometres , de
toutes fortes de grandeurs , dont la fenfi
bilité peut être double de la hauteur ,
quoique marquée dans le même tuyeau
perpendiculaire & par la même liqueur.
Par M. Gauger, Avocat en Parlement ,
& Cenfeur Royal des livres. A Paris , chez -
Quilleau , ruë Galande. 1722. brochure
in 12. de 39. pages , avec figures .
LA MORALE du Nouveau Teftament
, partagée en reflexions chrétiennes
pour chaque jour de l'année , à l'ufage
des Seminaires & des autres Communautez
Regulières. A Paris , chez J. B. De-
Lefpine , rue S. Jacques , 1722. 4. vol.
in 12.
TRAITE"
DE FEVRIER 1723. 319
TRAITE DE L'HARMONIE reduite
à fes principes naturels , par M. Rameau,,
Organifte de la Cathedrale de Clermont en
Auvergne. A Paris , chez Ballard , 1722 .
in 4. de 432. pages , fans la Preface , le
le Supplement & les Tables .
ELEMENS DE GEOMETRIE de Mon
feigneur le Duc de Bourgogne . Nouvelle
édition , revûë , corrigée & augmentée
d'un Traité des Logarithmes . Par
M. de Malefieu , avec l'introduction à
l'application de l'Algebre , à la Geometrie
. A Paris , chez Ganeau , Dupuis' &
Rondet , rue S. Jacques , 1722. in 8. de
4.00 . pages.
A DISSERTATION fur les Semi - Ar
riens , dans laquelle on défend la nouvelle
édition de S. Cyrille de Jerufalem ,
contre les Auteurs des Memoires de Trévoux.
A Paris , chez Jacques Vincent ,
ruë. S. Severin , 1722. in 12. pp . 139.
LA COMTESSE DE VERGI, nouvelle
Hiftoire galante & tragique. Par M.
L. C. D. V. A Paris , chez J. Pepingué.
Quay des Auguftins , 1722. L'Auteur a
tiré le fond de ce Roman de la foixante-
dixiéme nouvelle des contes & nous
velles de la Reine Marguerite .
DIST
20
LE MERCURE
DISSERTATION fur l'origine des François
, où l'on examine s'ils defcendent des
Tectofages , ou anciens Gaulois établis
dans la Germanie. A Paris , chez J.Vin◄
cent , rue Saint Severin , 1722 in 124
PP. 76.
LES OEUVRES DE FRANÇOIS M'ALHERBE
, avec les obfervations de M.
Menage , & les remarques de M. Chevreau
fur les Poëfies . AParis , chez les
freres Barbon , ruë S. Jacques , 1722. 3 .
vol. in 12.
IDE'E GENERALE DE L'ECONOMIE
ANIMALE , & obfervations fur la petiteverole.
Par M. Helvetius , Confeiller-
Medecin du Roy , Docteur- Regent de la
Faculté de Medecine de Paris , Medecin-
Inspecteur general des Hôpitaux de
Flandres , de l'Academie Royale des Sciences.
A Paris , aux dépens de Rigaud ,
Directeur de l'Imprimerie Royale. 1722 .
in 8. de 388. pages , fans la Preface &
les Tables.
6399
SPECDE
FEVRIER 1723. 320
SPECTACLES.
›
E 25. du mois dernier , l'Académie
Royale de Mufique , reprefenta pour
la premiere fois la Tragedie de Pirbitous.
Cet Opera , dont le Poëme eft de
M. de la Serre , & la Mufique de M.
Mouret a été reçu très - favorablement
du public , & on en efpere un grand fuccès
, dont le public attribue la meilleure
part au Muficien. L'interêt n'eft pas
bien chaud dans les principales Scenes ,
mais le plaifir eft bien vif dans les fêtes
dont cet Opera eft orné ; elles font toutes
des plus brillantes , & la fatisfaction
qui en refulte ne laiffe point de place à
l'ennui en voici l'extrait.
Prologue..
Le Theatre reprefente un lieu prépa
ré. L'Europe y paroît fur un thrône ;
elle eſt entourée des peuples les plus confiderables
de cette partie du monde , qui
forment les Choeurs chantans & danfans.
L'Europe invite les peuples que le Deſtin
a mis fous la puiffance , à jouir du repos
7
322
LE MERCURE
pos que la Victoire leur a procuré , ce
qui donne lieu aux chants & aux danſes
• dont cette fête eft compofée. Bellone
vient interrompre ces innocens plaiſirs ,
& animer tous les coeurs à la gloire qui
couronne les favoris de Mars. L'ardeur
martiale des peuples fe réveille à la voix
de Bellone ; ils font prêts à reprendre les
armes ; l'Europe en gemit ; mais voyant
que les tendres reproches qu'elle fait à
fes enfans , ne font pas capables de leur
faire changer de refolution , elle a recours
à Jupiter , & le preffe de lancer
la foudre fur ceux qui veulent rallumer
le flambeau de la guerre. Jupiter la ſert
mieux qu'elle ne demande. L'Amour &
l'Hymen defcendent des Cieux , & lui
annoncent que ce Maître des Dieux les
a chargez d'affurer à jamais le repos de
cette partie du monde , qui lui eft échûë
en partage , & que le beau noeud dont ils
vont unir les peuples de la Seine & du
Tage , éternifera cette heureufe paix
qui fait l'objet de fes plus chers defirs. Il
n'y a perfonne qui ne fente l'allegorie de
ce Prologue , & tout le monde convient
que le tout enfemble ne fait pas moins
d'honneur au Poëte qu'au Muficien .
Argument de la Tragedie.
>
Le fujet de la Tragedie de Pirithoüisy
eſt
DE FEVRIER 1723 . 3231
eft tiré du douziéme livre des Metamor
phofes d'Ovide. Pirithous , fils d'Ixion
prêt d'époufer Hyppodamie , invita les
Centaures à fes nôces ; Euryte , Chef de
ces monftres , moitié hommes , moitié
chevaux , enyvré de vin & d'amour , fe
jetta fur Hyppodamie pour la violer ;
Thefée s'oppola à cette infolence , & fit
tomber Euryte fous fes coups ; quelques
Auteurs font mourir Euryte de la main
même de Pirhytous , qui , à la tête des
Lapithes dont il étoit Chef , fit main
bafle fur tous les Centaures : cela n'empêche
pas que Thefée n'ait eu tout l'honneur
de cette victoire , & qu'il n'ait ajoûté
ces nouveaux monftres àtous ceux dont
l'hiftoire le fait triompher . Voilà ce qu'Ovide
a fourni à l'Auteur de la Tragedie
en queſtion ; il a puifé dans d'autres fources
pour faire fon plan . Le voici Acte
par Ace & Scene par Scene.
ACTE I.
Le Theatre repreſente les avenues d'un
bois , au fond duquel on voit un palais.
Scene 1 .
n
Pirithoüs s'adreffe au Soleil naiffant ,
& le prie d'être plus lent à éclairer le
malheur dont il eft menacé , par l'hy
men d'Euryte & d'hippodamie.
Scene
824 LE MERCURE
Scene 11:
Acmene vient annoncer à Pirithous
que fon malheur n'eft que trop certain ;
qu'Hippodamie eft dans les fers par les
enchantemens d'Hermilis , foeur de fon
rival . Il lui demande d'où vient qu'il
eſt venu ſe livrer fans défenſe au pouvoir
du barbare Eurite , Chef des Centaures.
Pirithous trouve l'excufe de fon impru
dence dans un fonge dont il a été épouvanté
; il a vû dans ce fonge le Dieu
Mars , dont il a autrefois negligé les autels
; qui l'a menacé d'une vangeance
horrible , dans laquelle Hippodamie lui
a paru devoir être confondue : il dit que
c'eft ce qui l'a fait voler à fon fecours avec
précipitation , en attendant que Thefée ,
fuivi de tous les Lapithes pût le joindre.
On a trouvé que ce ſonge auroit mieux
convenu à une femme qu'à un guerrier ,
tel que Pirithous. On auroit fouhaité
que la vangeance de Mars , qui fait le
noeud de la piece , fût un peu mieux établie
; on ne voit pas par quel motif un
Heros refufe de l'encens au Dieu de la
guerre , le figuré d'un pareil refus , net
pouvant tomber que fur la lâcheté. Pirithous
n'a jamais été acculé d'impieté
envers les Dieux. Il eft bien vrai qu'il a
fé aimer Proferpine , comme fon pere
Ixion
DE FEVRIER 1723. 325
Ixion a porté les voeux temeraires jufqu'à
Junon ; mais ces deux actions caracterifent
plutôt un audacieux qu'un impie . II
eft vrai que le pere de Pirithous , felon
quelques Interpretes d'Homere ,
و
n'ale
voit pas voulu reconnoître la divinité de
Mars ; il y a quelque apparence que c'eſt
là ce qui a engagé l'Auteur à fonder le
peril de fon Heros fur la colere de Mars ;
s'il n'avoit imputé le crime qu'à Ixion ,
Dieu vengeur
n'auroit pas dû être moins
irrité contre les Centaures que contre Pirithoüs
, puifqu'ils étoient fils d'Ixion
auffi- bien que lui ; cette obfervation peut
juftifier l'Auteur ;mais on a toûjours à lui
reprocher que la colere de Mars n'eft pas
affez établie .
Scene 111.
L'arrivée d'Euryte & d'Hermilis obli
ge Pirhytous à fe retirer & à fe cacher ,
pour prendre les mesures qui lui conviendront.
Ce frere & cette oeur font unis
d'interêts. Euryte aime Hippodamie , &
Hermilis aime Pirithoüs. L'amour de
cette Magicienne met les jours de Pirithous
en feureté . Elle confeille à fon frere
d'éprouver la douceur avant que
d'en ve
nir à la violence.
Scene
325 LE MERCURE
Scene IV .
Les Centaures conduifent Hippodamie'
& les Lapithes enchaînez auprès d'Euryte
; ce dernier exhorte Hippodamie
à confentir à un hymen qui doit rendre
la liberté à ces malheureux captifs ; &
fans attendre de réponſe , il ordonne aux
Centaures de chanter les plaifirs que l'Amour
lui apprête . Après la fête Eurytel
veut , comme Roy victorieux , obliger
Hippodamie à lui donner la main .
Scene V.
Pirithois , qui s'étoit tenu caché pendant
toute la fête , ne peut fouffrir la
violence que fon rival veut faire à fa Princeffe.
Il fe montre à Euryte , lui reproche
fa perfidie , & lui jure de ne point
abandonner Hippodamie . Euryte ordonne
à fes Centaures de lui donner la mort;
ce qui eft fur le point d'être executé ,
quand Hermilis couvre Pirithoüs d'un
nuage , & le dérobe par là à la fureur de
fes affaffins .
>
Scene VI.
Euryte s'emporte contre fa foeur Hermilis
, & lui fait un crime du fecours
qu'elle vient de prêter à fon ennemi &
fon rival. Hermilis lui répond , que
c'eft
DE FEVRIER 1723. 327
c'eft mieux
fervir fon amour
qu'elle
pour
a fauvé
Pirithous
; & que la douceur
eft toûjours
la route la plus feure pour aller
aux coeurs . Nous verrons
dans le fe cond Acte , quel eft le projet
d'Hermilis
; mais elle femble
ne promettre
que vengeance
par le duo qu'elle
chante
avec fon frere , & qui termine
le premier
Actes
le voiçi .
11 faut que la rigueur accable
Des coeurs qu'on a trop ménagez ,
Haine , dépit , fureur inexorable ,
Servez l'Amour , où le vengez.
Quoyque cette refolution
du frere &
de la foeur ne foit que conditionnelle
, eu
égard à ce qui la precede , on la croit
abfolue ; parce qu'elle termine ce premier
Acte ; & l'on a quelque raifon de le croire
ainfi.
ACTE II .
Le Theatre reprefente des jardins enchantez
par Hermilis.
Scene 1.
Pirithous fe plaint à Hermilis , de ce
qu'elle ne l'a fervi qu'à demi , puifqu'en
l'arrachant à la mort , il ne lui a pas fait
rendre fes armes. Hermilis lui fait entendre
, qu'elle fera elle -même fa plus feure
défenſe ,
328 LE MERCURE
défenſe , pourvû qu'il réponde à fon
amour . Pirithous lui dit qu'il fe rendroit
indigne de fes bontez s'il l'abufoft par
une fauffe efperance. Hermilis lui declare
qu'il a tout à craindre pour Hippodamie,
qu'elle va le lui envoyer , &
que c'eſt à
lui à la fauver , en la portant à répondre
à l'amour d'Eurite.
Scene 11.
Pirithous déplore fon deftin par rap
port au peril qui menace
Hippodamie , il
dit que
la mort n'eft pas le plus cruel des
maux qu'on lui prepare , & qu'il craint
que la fidelité
d'Hippodamie ne devienne
pour lui une fource éternelle de larmes ,
parce qu'elle lui coûtera la vie. On a trouvé
que ce n'eft pas affez pour un tendre
amant de promettre des pleurs à une Princeffe
qui doit mourir pour lui , & que ce
ne feroit pas trop que de mourir pour
elle , de regret , ou de defefpoir.
Scene 111.
Cette Scene entre Pirithous & Hippodamie
promet beaucoup d'intereft , rien
n'eft fi touchant que la fituation où ils fe
trouvent. L'Auteur n'a pas tenu tout ce
qu'il a femblé promettre. On trouve que
les fentimens
de part & d'autre pouvoient
être pouffez plus loin. Voici à quoi on
peut
DE FEVRIER 1723. 329
peut attribuer ce défaut ; c'eft qu'il ne
faut point mêler d'expofition dans une
Scene de fentiment. L'Auteur qui veut
fonder la vengeance de Mars , fait que
Pirithous attribue tous les malheurs à la
colere de ce Dieu dont il a negligé les
Autels . Il s'exprime ainfi au milieu de la
Scene en parlant à Hippodamie.
Je ne merite pas une fi tendre crainte ,
Des maux que vous fouffrez je fuis l'unique
auteur ,
----
Et c'eft en vous portant une mortelle atteinte
Que me pourfuit un Dieu vengeur.
Quoiqu'il y ait un fentiment délicat
dans ces quatre vers ils ne laiffent paş
d'avoir quelque chofe qui fent fon expofition
, & par-là ils font une efpece de
divifion au principal objet de la Scene
par un duo que les deux Amans addref
fent au Dieu Mars. Le dernier duo qui
termine la Scene eft plus touchant , parce
qu'il eft moins étranger au fujet dont il
s'agit. Une vapeur foudaine couvre les
deux Amans , & les dérobe à la vûë l'un
de l'autre le peril pour l'objet aimé
augmente , & donne lieu à un troifiéme
duo , dans lequel l'Auteur a eu l'adreffe
d'inferer ce vers qui ôte toute occafion
aux mauvaiſes plaifanteries.
;
Je me fens arrêter par d'invifibles
chaines
,
33.0 LE
MERCURE
L
Scene IV.
Eurite & Hermilis furviennent. Hermilis
dit à Eurite que ces deux Ainans
couchez fur des lits de gazon , à quelque
diſtance l'un de l'autre , font bien loin
de goûter les plaifirs du repos dont ils
paroiffent jouir. Eurite répond à fa four
qu'il porte en vie à leur deftin , & qu'ils
font trop heureux puifqu'ils s'aiment.
Hermilis ordonne aux efprits foumis à ſa
puiffance de fe transformer en fonges inquiets.
Cette invention fait également
honneur au Poëte & au Muficien . Le
Poëte a pris un milieu entre les fonges
agréables & les fonges funeftes d'Athis ,
& le Muficien a caracterifé ce nouveau
genre de fonges d'une maniere très- neuve
, & très- expreffive. La fêre roule fur
les maux que l'amour cauſe aux Amans ,
fur tout quand ils ont à trembler pour
P'objet aimé. C'eft dommage que le réveil
de Pirithous & d'Hippodamie ne
retrace point aux fpectateurs ce qu'ils ont
fenti pendant leur fommeil. Trois ou
quatre vers auroient fuffit pour empêcher
les critiques de dire que cette fête
ne produit rien. En effet , c'eft en vain
qu'Eurite & Hermilis preffent Pirithous
& Hippodamie de renoncer à leur amour,
ces deux Amans s'affermiffent dans le
deffein de s'aimer toûjours.
Dès
.
DE FEVRIER 1723. 331
Des cris feditieux annoncent l'arrivée
de Thefée , Hermilis dit que Minerve
s'intereffe pour lui , heureufement elle
eft Magicienne ; car autrement on ne
fçauroit qui lui a appris ce que Thefée
ne doit declarer que dans une des Scenes
fuivantes . Hermilis fe retire pour aller
confulter les enfers , & dit à Eurite qu'étant
Roy & Roy victorieux , c'eft à lui
à attendre que Thefée vienne lui rendre
fes devoirs. Theſée arrive & parle à Eurite
, plutôt en vainqueur qu'en fimple
mediateur ; cela a jetté quelque obfcurité
dans la piece ; on a crû que Thefée vainqueur
devoit s'affeurer d'Eurite , & le
charger des mêmes fers dont il a accablé
Pirithous par le feul droit de la victoire.
Cette obfcurité fe diffipe cependant dans
la Scene fuivante. Pirithous après avoir
remercié Théfée d'un fecours qu'il attendoit
de fon amitié , le preffe d'achever
fa vengeance fur Eurite . Thefée lui ré.
pond que Minerve' qui l'a conduit en ces
lieux , lui a défendu de rien entreprendre
contre Eurite , qu'il n'eut appaifé la
colere de Mars . Cette colere , comme nous
l'avons déja remarqué , fait le noeud de la
piece ; cependant le plus grand peril des
Amans pour qui on s'intereffe eft paffé .
Thefée favorifé de Minerve eft raffuré
contre les enfers armez par Hermilis.
F Comme
332 LE MERCURE
Comme nôtre Extrait n'eft déja que
trop long , nous n'entrerons pas dans un
détail methodique des trois Actes qui reftent
, il nous fuffira donc d'apprendre à
nos lecteurs que tout le troifiéme Acte eft
employé à appaifer Mars par un Sacrifice
offert à ce Dieu irrité contre Pirithous
, qui fur un oracle des plus équivoques
, Eurite fe trouble fans qu'on
fçache pourquoi : Voici l'oracle en queftion
.
Au pied du Mont Othris qu'on prepare un
feſtin ,
Qu'en liberté les deux peuples s'y rendent;
Sur l'Hymen où leurs Rois prétendent
Ce jour va declarer les decrets du deftin.
Peuples , ce jour finira vos allarmes ,
La paix va fucceder au tumulte des armes.
Ces deux derniers vers femblent de
trop. Apparemment l'Auteur les a mis
pour preparer la fête du cinquiéme Acte ,
qui a pour objet la Paix qui leur eft promile
par le Dieu Mars ; mais cela ne doit
donner aucune crainte à Eurite & à Hermilis
, ni aucune efperance à Pirithous &
à Hippodamie.
Dans le quatriéme Acte Hermilis armne
les enfers contre Pirithous & Hippodamie
, la difcorde fort de fon antre tenebreux
,
DE FEVRIER 1723. 333
breux , accompagnée de deux furies ; apparemment
elle tient lieu d'Erynnis , noùvelle
furie de la façon de l'Auteur , &
qu'il nomme ainfi au lieu de Megére.
Erynnis eft un nom generique qui convient
aux trois noires foeurs qu'on a toûjours
appellées de ces trois noms , Megere
, Tifiphone & Alecton . Hermilis
ordonne à la Difcorde d'exercer la fureur
contre les Lapithes . Nous avons tort de
dire qu'elle ordonne ; l'évenement nous
fera voir qu'elle ne fait que prier , puiſla
Difcorde n'en doit faire qu'à fa
que
tête.
Dans le cinquiéme & dernier Acte
Hippodamie fe livre aux douceurs de l'efperance
, quoiqu'on ne fcache pas fur quel
fondement , on ne laiffe pas de f prêter
aux beautez d'un recitatif mêlé d'aecompagnement
, dont l'Actrice & l'Orqueftre
s'acquitent parfaitement bien . Ce
chant où la melodie & l'harmonie preſident
également , eft fuivi d'une Fête de
Bergers un peu mieux fondée , puifque
c'eft fur la foy d'un Oracle qu'ils viennent
chanter la paix . Cette Fête est trèsgracieufe.
A l'approche de la catastrophe
Hermilis tremble pour fon amant , elle
implore la Difcorde en fa faveur , mais
cette indocile divinité fe rit de fa frayeur
& de fa priere , elle lui reproche fon
Fij
atten334
LE MERCURE
attendriffement par ces deux vers , qui
font des plus beaux de la piece .
Avec fi peu de fermeté
Doit-on invoquer les Furies.
Elle ajoûte , qu'il lui eft indifferent que
fon frere ou fon Amant periffe , & qu'elle
va achever fon ouvrage. Ce caractere de
la Diſcorde a paru affez beau , quoiqu'il
foit d'un très- mauvais exemple en fait de
Magie , où tout doit être foumis à la
toute-puiffance de la baguette. Ce qui en
fait la beauté , c'eft une verité morale
qui en refulte , dans le fens allegorique ,
qui eft que les paffions une fois lâchées
ne peuvent plus être retenues.
Dans le feftin ordonné par l'Oracle ,
les Lapithes font enfin vainqueurs , quelques
Centaures enlevent Hippodamie
pour la mettre au pouvoir d'Eurite . Ce
dernier eft tué de la main de Pirithous ,
conformement à l'hiftoire la plus generale
. Theſée tire Hippodamie des mains
de les raviffeurs , & là rend faine & fauve
à fon ami Pirithous ; Hermilis fe tuë
de defefpoir , & les deux Amans pour
qui on nous a intereffez , font d'autant
plus furs de leur bonheur › que Thefee
leur apprend que le Dieu Mars n'eft plus
irrité.
La
1
DE FEVRIER 17237 335
La Tragedie de Nithitis de M. Danchet
, de l'Académie Françoiſe , a été reprefentée
pour la premiere fois fur le
Theatre des Comediens du Roy , le 12 .
de ce mois , & a été fort applaudie. Les
reprefentations qu'on a donné depuis ont
marqué un très - grand fuccès , par l'empreffement
des fpectateurs , & par le
nombre de ceux qui n'ont pas pû y avoir
place.
Les mêmes Comediens ont reprefenté
fur le Theatre du Palais Royal le 22. de
ce mois la Tragedie de Romulus de M.
de la Mote , de l'Académie Françoiſe .
L'abondance des matieres qui font veritablement
du temps , ne nous permettent
pas de placer ici les extraits de la
Fragi - Comedie de Bazile & Quitterie
non plus que celui de la Tragedie nouvelle
de Nythetis ; mais s'ils ne peuvent
trouver place dans ce volume , ils paroîtront
furement le mois prochain.
Le 3. Fevrier les Comediens Italiens
ont donné une petite piece d'un Acte ,
qui n'eft compofé que d'une feule Scene,
joüée par 4. Acteurs feulement , qui font
Pantalon , Arlequin , Dominique en
Pierrot , & Paquets en Polichinelle. La
pięce eft en Vaudeville ; c'eſt là Critique
du Banquet des fept Sages , de M.
Fiij Delifle ,
1336
LE
MERCURE
Delifle , faite, à ce qu'on dit , par luimême.
Les mêmes Comediens ont joué par
extraordinaire le 8. fur le Theatre du
Palais Royal , Arlequin Muer par crainte.
Cette piece eft affez connue par le
plaifir qu'elle a fait dans fa nouveauté
ayant été jouée pour la premiere fois en
Decembre 1717. Arlequin y joue des
Scenes muettes à charmer.
Le 17. de ce mois on a reprefenté fur
le Theatre de l'Hôtel de Bourgogne , la
petite Comedie nouvelle du Serdeau des
Theatres , qui a beaucoup réüffi , & qui
attire un grand concours. C'eft une piece
prefque toute en Vaudeville dans le goût
de celles de l'Opera Comique , ornée de
traits de critique & de fatyre également
vifs & plaifans , fur les pieces nouvelles
qui ont paru cet hyver fur les Theatres
de Paris. Nous en pourrons donner un
extrait plus étendu .
Le 16. Fevrier les écoliers de Seconde
du College de Louis le Grand on reprefenté
une Tragedie , intitulée Aquilius
Florus .
Acteurs.
Augufte , Empereur.
Agrippa
DE
FEVRIER 1723 . 337
Agrippa , fon confident .
Aquilius , Senateur Romain .
Florus , fils d'Aquilius.
Procule , Lieutenant Colonel. '
Planeus , Capitaine des Gardes.
Gardes:
La Scene eft dans le Camp d'Auguſte ¿
proche Alexandrie:
Le fujet de cette Tragedie eft fimple ;
s'agit dans les deux premiers Actes
d'ordonner du fort d'Aquilius & de Florus
, fon fils , qu'on a fait prifonniers à la
bataille d'Alexandrie. Agrippa eft d'avis
de les faire mourir pour détruire les feuls
reftes du parti d'Antoine. Augufte , ne
pouvant fe réfoudre à les perdre tous
deux , ordonne qu'on les faffe tirer au
fort . A cet Arreft Florus demande inf
tamment qu'on le faffe mourir pour fau¬
ver les jours à fon pere.
Le troifiéme Acte ouvre par un combat
du pere & du fils à qui mourra l'un
pour l'autre , & dans le moment qu'on
les force à tirer au fort , Florus tombe
mourant , & declare que ne pouvant obtenir
la mort , il s'eft empoisonné pour
ne pas s'expofer à l'horreur de furvivre à
fon
pere. Aquilius defefperé de la generofité
de fon fils , fe tue après avoir menacé
Augufte de la colere des Dieux .
Fiiij Aftrée
,
333
LE
MERCURE
Aftrée , les Vertus & le Genie de la
France font le Prologue , qui eft à la
loüange du Roy & de Monfieur le Duc
d'Orleans.
Les Intermedes forment une petite
action feparée , dont voici le fujet. Hercule
, encore jeune , s'imagine voir deux
routes differentes , l'une de la vertu &
l'autre de la volupté. Après avoir balancé
entre- elles , il fait la premiere .
Silius Italicus a fait une belle defcrip
tion de ce fonge , qu'il attribue à Sapion
au 15. livré de fon Poëme.
La Mufique du Prologue & des Intermedes
eft de la compofition de M.
Elerembault , fi connu par fes belles
Cantates.
On mande de Londres que le 21. de
ce mois , le Roy d'Angleterre , accompagné
du Prince & de la Princeffe de
Galles , des jeunes Princeffes , & d'un
grand nombre de Seigneurs & Dames de
fa Cour , alla voir fur le Theatre du
Marché au Foin , le nouvel Opera Itaintitulé
Othon Roy de Germanie , où
la Signora Cozzani , nouvellement arrivée
d'Italie , chanta pour la premiere:
fois , & fut très- applaudie.
lien ,
1.
On apprend par les Lettres d'Alle
mague
DE FEVRIER 1723. 339
magne qu'on reprefenta à Vienne pour la
premiere fois devant Sa M. I. fur le petit
Theatre de la Cour , une Tragi- Comedie
en Mufique , intitulée Crefus Roi de ‚Lydie.
La Poëfie eft de M. Patiati , Poëte
de l'Empereur , & la Mufique de M.
Fran . Conti , Compofiteur de la Chambre
de S. M. I. Cette piece fut genera ,
lement applaudie.
Le 18. de l'autre mois le Theatre de
S. Barthelemi à Naples fut ouvert par la
reprefentation de l'Opera de Trajan , à
laquelle le Cardinal Viceroi affifta avec
grand concours de perfonnes de diftinction
.
9
Les Lettres de Turin portent que la
maladie de la Ducheffe Douairiere de
Savoye , qui avoit été à l'extremité
avoit fait fermer tous les Spectacles , qui ,
ont été r'ouverts le dix de l'autre mois , la
fanté de cette Princeffe étant beaucoup
meilleure.
TT
Fv NOUL
340
LE MERCURE
NOUVELLES ETRANGERES.
De Mofcou , ce 16. Janvier 1723.
Eurs Majeftez Czariennes font arri-
Lvées ici le 25.Decembre , & font
reftées dans une maifon du Fauxbourg
pour donner à la Ville le temps d'arranger
les préparatifs neceffaires pour la ma
gnifique entrée qu'on leur apprêtoit.
Cette pompeufe ceremonie s'eft paffée le
29. du même mois. Dès que le Czar & la
Czarine fe furent rendus à la premiere
porte dela Ville , on y falüa leurs Majeftez
par une décharge generale de toute l'artillerie
des ramparts . La Czarine entra la
premiere ; fon traineau étoit precedé par
une Compagnie de Cavalerie , il étoit
fuivi par les Pages , Officiers & Dames
de la Cour de cette Souveraine. Enfuite
marchoient fix chevaux de main des
Ecuries du Czar , richement caparaffonnez
, le Timballier , les Trompettes &
les Muficiens ordinaires de Sa Majesté
Czarienne, tous à cheval ; une Compagnie
des Grenadiers à cheval du Regiment de
Fréobrafinski entouroit un Officier
portant fur un couffin magnifique la clef
"
d'argent
DE
FEVRIER 1723. 341
d'argent que le Gouverneur de Defbent
prefenta l'Eté dernier au Czar , en lui
ouvrant les portes de cette Ville conquife
. Après cette Compagnie de Grenadiers
, ornez de bonnets avec des rubans
rouges & blancs , paroiffoit le Czar à
cheval , precedé d'un Ecuyer & de quatre
Pages & marchoient à la tête d'une
Compagnie d'Infanterie qui l'a toûjours
accompagné dans fon expedition de la
Mer Calpienne.
La marche étoit fermée par tous les
Regimens de la garnifon de Mofcou . Let
Czar étant arrivé devant l'Hôtel du
Prince Menzicof defcendit de cheval au
bruit d'une feconde falve de toute l'artillerie
& y dîna . La Czarine continua
fa marche. L'après - midy le Czar fe rendit
à l'Arc de Triomphe , qui fut élevé
Fannée derniere par ordre du Sinode Ecclefiaftique
, & qu'on avoit repeint ; d'un
côté il reprefentoit la Reine Efter , fe
profternant aux pieds du Trône du Roy
Affuerus qui lui prefente le Sceptre , &
* de l'autre côté il reprefentoit le Gouverneur
de la Ville de Defbent , prefentant
au Czar les chefs de cette Ville . On
voyoit auffi la Ville de Defbent avec
deux Renommées , l'une âgée & l'autre
jeune , voltigeantes dans les airs ; la premiere
tenoit dans fa main le portrait
d'Ale
F vj
342 LE MERCURE
d'Alexandre le Grand , avec cette inf
cription , fama vetus , & la feconde:
montroit celui du Czar avec ce mot latin
, fama nova. Sous la Ville de Defbent
on lifoit ce Chronographe.
StrV Xerat hanc fortls , tenet hanC feD
fortior UrbeM.
Là le Czar fut complimenté par le
Clergé en corps , qui lui offrit toutes fortes
de rafraîchiffemens , au bruit d'une
troifiéme falve de l'artillerie , qui fut fuivie
d'un beau concert de Mufique. Le
Duc d'Holftein vint au devant du Czar
qui defcendit de Cheval pour l'embraſſer,
& enfuite paffa au fecond Arc de Triomphe
, où il fut reçû par la Czarine Douairiere
, accompagnée de la Ducheffe
Doüairiere de Curlande , & de la Ducheffe
de Mekelbourg fes filles. Après
les complimens & félicitations leurs Majeftez
allerent defcendre à leur nouveau
Palais de Préobrafinski où elles réfideront
pendant leur féjour en cette
Ville , qui fera plus long qu'on ne l'avoit
penfé d'abord. On doute à prefent que
le Czar fe rende cette année à Petersbourg
, & ces doutes font fondez fur les
ordres qu'il a donnez pour la conftruction
de nouvelles barques de tranfport ,
& faire défiler des troupes
pour
و
du côté
d'AftraDE
FEVRIER 1723. 343
d'Aftracan , où on a dépêché de nouveaux
couriers , ainfi qu'au General des Cofa
ques.
L
De Varfovie , ce x. Fevrier.
>
'Envoyé du Roy de Prufle n'a pu
obtenir du Senat le paffage du Sel
de Hall par la Pruffe Polonoife l'Agent
de Dantfick s'y étant fortement
oppofé , & ayant reprefenté que cela feroit
un tort confiderable au commerce de
cette Ville Anfeatique.
M. Rodskowski , Agent du Czar , a
obtenu du Roy un decret qui remet en
poffeffion de leurs Eglifes les Chrétiens
Grecs établis dans ce Royaume , & il eft
occupé à en preffer l'execution .
Le neuf Janvier le Roy qui fembloit
ne devoir pas fi- tôt partir , monta en caroffe
pour retourner en Saxe ; auffi- tôt la
route de Dreide fur prife par les Mi
niftres Saxons , la Chancellerie Polonoife
& le Prince Dolorucki , Miniftre du
Czar. Le Nonce feul eft refté , & attend
des ordres de Rome qui fixent fon féjour,
ou à Drefde , ou à Varsovie.
Le Roy avant fon départ a exhorté les
Grands du Royaume d'engager les Nonces
de la prochaine Diette generale à n'y
donner leurs voix que felon leur ráng ,
& conformément à leurs inftructions ,
ne
$44 LE MERCURÉ
ne point troubler par des menaces & de
mauvaises conteftations les conferences
de l'Affemblée , à s'en remettre à la décifion
du Senat dans les cas où ils ne
pourroient s'accorder entr'eux ; de leur
expofer que s'il fe commettoit encore des
excès femblables à ceux de la derniere
Diette , il convenoit d'ordonner que les
auteurs fuffent privez de leur féance , &
punis fuivant les Conftitutions du Royaume
; & qu'enfin lorfque les exhortations
du Roy ne pourroient appaifer les defordres
, Sa Majefté devoit être autorifée à
prendre avec le Senat & fon Confeil les
mefures neceffaires & convenables pour
la pacification du Royaume , & l'accele
ration des affaires.
On mande de Caminieck que les Janiffaires
de Cocfin avoient refulé le nou
veau Commandant que la Porte avoit
deffein de leur envoyer , & que ce pofte
n'eft pas encore remplacé.
Les Lettres de Kiovie & de Bialacerkiou
apprennent que les Cofaques de ces
quartiers fe font affemblez pour reprimer
les courfes des Tartares .
Les Tribunaux Affefforiaux & les Diettes
particulieres de la Pruffe Polonoife
ne s'affembleront qu'après Pâques, à caufe
de quelques differens d'entre certains
Gentils- Hommes de la Province que
Grand
le
DE FEVRIER 1723 345:
Grand Tréforier de la Couronne veut
accommoder.
De Stokolm , le 23. Janvier.
E Commandant Mofcovite de Wi
Lbourg amaffe une très -grande quantité
de materiaux pour les transporter
vers les frontieres de la Finlande Suedoife.
On affure que l'intention du Czar eft
d'y faire conftruire plufieurs FortereЛles.
On écrit de Riga qu'il y eft arrivé des
ordres pour recruter tous les Regimens
Mofcovites qui font dans la Livonie &
dans le Duché de Curlande.
O
De Vienne , ce 1. Fevrier
N dit que pour terminer les diffe
rens de Religion des Princes de
l'Empire , l'Empereur a réfolu d'établir
une Commiflion Imperiale , qui fera principalement
compofée de l'Electeur de
Baviere , du Duc de Saxe- Gotha , & du
Landgrave de Heffe d'Armſtadt.
M. François Dona , Ambaffadeur de
la Republique de Venife confere fouvent
avec le Prince Eugene , au fujet de l'armement
extraordinaire qui fe prepare à
Conftantinople , d'où on a reçû avis que
le Grand Seigneur avoit fait demander à
M.
1
346 LE MERCURE
M.Diefling , Réfident de l'Empereur, fi Sa
Majefté Imperiale avoit quelques liaiſons
avec le Czar , & quelle étoit la nature de
fes engagemens &
que le Réfident avoit
répondu qu'il en écriroit à Vienne , &
qu'il communiqueroit à fa Hauteffe les
intentions de Sa Majesté Imperiale.
و
De Londres , ce 12. Fevrier.
E 19. Janvier on annonça avec de
Lgrandes precautions à la Princeffe
de Galles , qui eft avancée dans fa groffeffe
, la mort de Guillaume Frederic de
Brandebourg Margrave d'Anfback , fon
frere..
L'Evêque de Rochefter eft refferré plus
que jamais à la Tour , on a bouché une
fenêtre qui lui facilitoit la converſation
de fes amis , & fes domeftiques n'ont plus
de communication avec aucune perfonne
de la Ville. On affure pourtant que'
cet Evêque doit demander d'être élargi
en donnant caution , attendu qu'il eft
très -incommodé d'un mal d'eftomach
caufé par le défaut d'exercice.
L'Avocat Layer a obtenu le 29. Janvier
un nouveau furcis à fon execution
jufqu'au 15. Fevrier , & le 30. un Comité
des Communes nommé pour l'interroger
fur les complices , s'eft rendu à
ไล
DE FEVRIER 1723. 347
la Tour vers les deux heures après - midy,
& n'eft forti que fur les cinq heures du
foir.
De la Haye ce 14. Fevrier.
N mande de Bruxelles l'Ins
fant Dom Emanuel , frere du Roy
de Portugal y étoit arrivé le r2 . Janvier,
& y avoit été reçû par M. le Marquis
de Prié avec tous les honneurs dûs à fa
naiffance.
Les Etats de Hollande & de Weft
Frife déliberent avec affiduité fur les
états de la guerre de l'année courante &
travaillent à faire des fonds pour l'arme
ment d'une Eſcadre qui foit en état d'affurer
le repos du commerce de la Répu
blique dans la Mediterrannée. On compre
qu'elle fera compofée de quatre vaiffeaux
de quarante- quatre pieces de canon , trois
de cinquante - deux , qui feront choifis
dans les meilleurs voiliers de l'Etat.
On mande de Bruxelles que l'ordre
envoyé aux Amodiateurs generaux pour
augmenter les droits d'entrées fur toutes
les Marchandifes de France a été revo
qué , & qu'on ne les payera dorénavant
que fur le pied du Tarif de l'année 16702
De
548 LE MERCURE
L
De Lisbone ; ce 15. Janvier.
E 22. Decembre M. Mezzabarba 3
Patriarche d'Alexandrie , & Vicaire
Apoftolique aux Indes Orientales , & le
Pere Antoine de Magalhaens , Ambaſſadeur
de l'Empereur de la Chine , accompagné
d'un Mandarin , pour les dépêches
, eurent audience du Roy , de la
Reine & des Infans.
Le Viceroi des Indes Orientales François-
Jofeph de Sampago - Mello a forcé le
Prince d'Angarie à lui demander la paix ,
& à figner un traité très avantageux
pour la Couronne de Portugal.
-
Les Arabes ne font plus de courfes
depuis les trois batailles qu'ils perdirent
il y a deux ans contre le Comte d'Ericeira
, dernier Viceroi des Indes Orientales.
Le 27. Decembre dernier les Villes
de Portemaon , & de Villanova au Royaume
des Algarves , furent affligées d'un furieux
tremblement de terre , qui fit tomber
plufieurs pierres des principales
Eglifes , les Clocles de l'Eglife des Capucins
fonnerent d'elles - mêmes à Villanova,
& leur refectoire fut prefque entierement
tenverfé . Ce tremblement terrible a commencé
au Cap Saint-Vinçent , & s'eft fait
fentir
DE FEVRIER 1723. 349
1
fentir fucceffivement dans toutes les placés
de la Côte Meridionale du Royaume ,
furtout il a été confiderable à Albufeira,
Loulé , Faro , & Tavira , prefque tous
les édifices de cette derniere Ville ont
été abattus , & un grand nombre d'habitans
écrafez fous les ruines , la riviere
d'Accava qui y paffe a été à fec pendant
plufieurs heures , le dommage monte à
plus de cinq cens mille Cruzades .
De Madrid, ce 27. Janvier.
A Princeffe d'Orleans eft arrivée à
Yron le 26. Janvier , & on y a chanté
à ce fujet le Te Deum. Le 27. elle s'eft
mife en chemin pour arriver ici , & elle
eft arrivée à Burgos le fept Fevrier.
Les nouvelles du Siege de Ceuta font
fort bornes , le nouvel Evêque de cette
Ville y fait éclater un zele infatigable , ik
anime les foldats par fes difcours , & confole
ceux qui font bleffez dans les forties ,
par des exhortations pathetiques , & des
foins genereux. Don George Profper de
Verbon , l'un des Ingenieurs generaux
de Sa Majefté Catholique y eft arrivé le
14 .
Janvier , il a fait la vifite des Forts
qu'on a commencé depuis qu'on a forcé
les Maures de lever le fiege de cette place,
& il employe actuellement cinq cens
hommes
350 LE MERCURE
hommes pour les perfectionner.
La nuit du au 12. vingt - quatre
Grenadiers détachez de la garnifon , allerent
reconnoître une nouvelle ligne que
les Maures avoient faite pour communiquer
de leur droite à leur gauche , ils
fe font avancez , favorifez par l'obfcurité
de la nuit ju qu'à ces nouveaux travaux ,
& ont mis en fuite les travailleurs , & les
troupes qui les foutenoient.
La nuit du 12. au 13. le Commandant
de Ceuta a ordonné une fortie de quatrevingt-
fix Grenadiers du Regiment d'Elpagne
, fous les ordres du Capitaine Don
Ifidore Damien de la Siera , accompagnez
de quarante pionniers , & foutenus
par le refte des Grenadiers de la garnifon ,
& par l'artillerie de la place ; ce détachement
a percé jufqu'aux travaux , en a
chaffé les Maures , & a comblé la nouvelle
ligne fans réfiftance de la part des troupes
qui étoient dans les deux paralleles.
Le 23. Janvier vers les fept heures du
foir M. le Chevalier d'Orleans , Grand
Prieur de France arriva au Pardo. Il eut
audience du Roy , & lui rendit compte
de l'état de la fanté de la Princeffe d'Òrleans
, future époufe de l'Infant Don Carlos,
& des raifons qui ont retardé l'arrivée
de cette Princeffe qu'on attendoit fur la
frontiere dès le 30. Decembre dernier .
De
DE FEVRIER 1723.
3578
LE
De Rome, ce 20. Janvier.
E premier Janvier le Pape entendit
la Meffe dans fa chambre , & y com
munia . Le mauvais temps l'empêcha de
tenir Chapelle . Le Cardinal Perriri celebra
la Meffe au Quirinal , entonna le Te
Deum , & publia l'Indulgence Pleniere
en forme de Jubilé , pour remercier Dieu
de la ceffation du mal contagieux.
M. l'Abbé de Tencin , chargé des affaires
de France , a pris le grand deüil
pour la mort de Madame ' Ducheffe
Doüairiere d'Orleans.
›
Le Miniftre du Roy de Sardaigne a
commencé fa negociation pour l'accommodement
du differend de ce Prince avec
le faint Siege , & l'Empereur follicite de
nouveau la Bulle qu'il avoit déja fait demander
pour lever des decimes , & un
don gratuit fur tous les Benefices fituez
dans les Etats qu'il poffede en Italie , cela
n'eft pas encore déterminé.
MORTS,
352 LE MERCURE
XXXXXXXXXXXXXXX
MORTS , BAPTES MES ,
& Mariages des Pays Etrangers.
Adame Chriftine - Charlotte de
MWirtemberg épouſe de Guillaume-
Frederic, Margrave de Brandebourg-
Anfpach , eft morte le 7. Janvier dans
fon Château de Lecheimbach , âgée de
29. ans .
La Princeffe de Lobkowits eft accouchée
d'un fils à Prague en Bohéme .
Le fils aîné du fieur Marcus Mofes ,
Juif de Londres a abjuré le Judaïfme ,
& a été baptifé dans l'Eglife de fainte
Marie Axe , par le Chapelain de l'Evêque
de Londres.
M. le Duc de Manchefter doit épouſer
inceffamment à Londres la fille aînée du
Duc de Montagu , fa-proche parente.
Le fils du Marquis de Valence a été
baptifé à Liſbonne le premier Janvier ,
& nommé Miguel Jean- François de Portugal
, par Dom Nuno de Silva- Tellez ,
Deputé general du faint Office ayant
pour Parrain Ferdinand Tellez de Silva,
Marquis d'Allegrette , Confeiller au Confeil
d'Etat , & pour Marraine Donna Anna
de Lorena.
du
DE
FEVRIER 1723
45$
M. le Marquis de Ardales , fils aîné
du Comte de Teba , a époufé à Madrid
Donna Marie de Caftro , veuve du Marquis
de Malagon , & niéce du Comte de
Lemos.
Dom Roftain Cantelmi , Duc de Popoli
, Prince de Petorano , Grand de la
premiere Claffe , Chevalier des Ordres
du Roy Très- Chrétien , Grand- Maître
de la Maifon du Prince des Afturies ,
dont il étoit ci - devant Gouverneur , Capitaine
de la Compagnie Italienne des
Gardes du Corps de Sa Majefté Catholique
, & ci- devant Maître de l'Attillerie
du Royaume de Naples , eft mort
à Madrid le 16. Janvier , âgé de foixante-
douze ans.
M. le Comte Frederic- Erneft de Solfm
Wildenfels , Confeiller au Confeil d'Etat
de l'Empereur , fon premier Commiffaire
pour la recherche des biens Ecclefiaftiques
de la Ville de Wetflar , & depuis
24. ans Prefident Proteftant de la
Chambre Imperiale de la même ville , y
eft mort le 25. Janvier âgé de 52. ans .
M. le Duc del Grotaglie a épousé à
Naples M. fille du Prince Picolomini
della Vallo.
M. Nicolas Delphino , Procurateur
de faint Marc , eft mort à Venife le 23.
Janvier , âgé de foixante onze ans .
DI354
LE MERCURE
จ
DIGNITEZ , BENEFICÈS,
& Charges des Pays Etrangers.
L
Turquie.
E vieux Devied- Jerey a été rétabli
pour la troifiéme fois Kan des Tartakes
par le Grand Seigneur.
Pologne.
M. l'Abbé Wefel a été nommé par le
Roy à l'Evêché de Livonie , fur ' Îa démiffion
de M. Mantewffel , qui fut nommé
en 1720. à cet Evêché , & qui n'a pû
obtenir les Bulles de Rome,
Pruffe.
M. le Comte de Schwerin a été nommé
Chambellan de Sa Majefté Pruffienne
, & choifi pour être fon Miniftre à
Varfovie , à la place de fon frere le Major
General Schwerin,
Le Colonel Moofel a été fait Commandant
d'un nouveau Regiment de
Grenadiers , formé par Sa Majefté . Il a
été
DE FEVRIER 1723. 355
été auffi fait Major General . Le Roy a
reduit le nombre de fes Chambellans à
fix , qui font M. de Wikenitz , le Comte
de Schwerin , Canits , Sweinke , de Ridel
, & le Chevalier Ferrari.
Dannemark.
L'Amiral Barfus a obtenu quatre mille
écus de penfion pour récompenfe de ſes
longs fervices.
Allemagne.
Le Comte Jofeph - Dominique- François
Kilieu de Lamberg , Evêque de Seckaw
ou Sécovie , a été élû le 2. Janvier
Evêque & Prince de Paffau , à la pluralité
des voix .
M. Jean-Guillaume de Brookaufen
qui pendant près de vingt années a fervi
auprès du Prince Eugene de Savoye , en
qualité de Confeiller Imperial Aulique ,
à prêté ferment entre les mains de ce
Prince , pour la Charge de Referendaire
ordinaire du Confeil Imperial Aulique
de guerre , que l'Empereur lui a donnée
depuis la mort de M. d'Oettel .
M. le Marquis Jofeph de Villafors a été
fait par l'Empereur Confeiller de Cap &
d'Epée pour le Royaume de Naples.
G M.
856 LE MERCURE
M. le Comte de Cervellon a obtenu
même Dignité pour le Royaume de S.
cile.
M. le Comte de Zinzendorf a auffi ob.
tenu cette Dignité pour le Duché de
Milan.
Dom Ignace Perlongo- Bermudés , &
Dom Dominique de Almarta ont été
nommez Regens de Robe pour la Sicile.
Dom André Molina-a été nommé Sc
cretaire de la Sicile .
Dom Paul Bermudés a été nommé Secretaire
du Royaume de Naples .
Dom Francifco Verneda a été nommé
Secretaire du Duché de Milan.
Dom Antonio Ibannès de Buſtamente
a été nommé Secretaire du Sceau Royal.
- M. de la Pena a été nommé à l'Evêché
de Grigenti en Sicile,
Dom Diego Calagittra , originaire de
Palerme , a obtenu de Sa Majefté Im
periale l'Abbaye de faint Ange de Brolo
, auffi fituée en Sicile.
M. le Comte de Martinits a été nommé
Commiflaire Imperial , pour le yoyage
que l'Imperatrice doit faire aux bains
de Carelfbalt en Bohême..
Angleterre.
M.le Comte de Lincoln a été nommé
GouDE
FEVRIER 1723. 357
Gouverneur de la Tour de Londres , fur
la démiffion volontaire de M. le Comte
de Carlifle.
M. Thomas Burdet de Dimmore a obtenu
de S. Majefté Britannique le titre
de Baronet.
M. le Comte d'Herford , fils aîné de
M. le Duc de Sommerfet , a pris feance
dans la Chambre des Pairs , fous le nom
& titre d'Algernoon - Seymour Lord de
Percy , dont il a herité par la mort de
la Ducheffe de Sommerfet fa mere,
Portugal.
Dom Lopès d'Almeida , Receveur &
Procureur General de l'Ordre de Malthe,
eft nommé par des Patentes du Grand-
Maître , Grand- Chancelier & Chef des
deux Langues Caftillane & Portugaife.
Efpagne.
Le R. Pere Jofeph Pereto , General de
l'Ordre de la Mercy , a été nommé à l’Evêché
d'Almeria .
Dom François Xavier de Goyeneſche ,
Miniftre de Cap & d'Epée dans le Con
feil des Indes , a obtenu le rang d'ancienneté
dans cette place , à commencer dès
F'année 1708. datte de fa nomination à
Gij
cetto
358 LE MERCURE
.
cette Charge , dont pour des raifons particulieres
il n'avoit pas pris poffeffion
pendant plufieurs années.
Italie.
Mrs les Marquis Muti , Maffimi &
d'Arti , ont été nommez à Rome Confervateurs
du Peuple Romain , pour les
mois de Janvier , Fevrier & Mars.
Le Cardinal Barbarigo , nommé par
la Republique de Venile à l'Evêché de
Padoue , a obtenu l'agrément du Pape
qui a chargé cet Evêché de mille écus
de penfion , en faveur du Cardinal Priuli
, Evêque de Bergame.
Dans un Confiftoire fecret , tenu le 20.
Janvier , on propoſa ,
Dom Mutia Gaeta pour l'Evêché de
fainte Agathe des Goths , dans le Royaume
de Naples.
M. Charles Marie Lomelini pour I'Evêché
d'Ajazzo .
Dom Michel Herrera Efquiva , ci - devant
Evêque d'Oma , pour l'Archevêché
de Compostelle en Galice.
M. Jean Tarlo , Evêque de Kiow ,
pour l'Evêché de Pofnanie en Pologne .
M. le Baron Jean - Adolphe de Horde
, pour l'Evêché Titulaire de Flaniopolis
, & pour le titre de fuffragant d'Of
nabruck ,
Le
DE FEVRIER 1723. 359
Le R. Pere Dom Jofeph Rolfon , Benedictin
, pour l'Abbaye Reguliere de
Lobbé , Diocèle de Cambray.
M. Blonet de Camilly , Evêque de
Toul , pour l'Archevêché de Tours.
M. l'Abbé de Montmorin , pour le Ti
tre Epifcopal de Sidon , avec la Coadjutorerie
de l'Evêché d'Aire .
On donna le Pallium à la fin du Confif
toire , aux Archevêques de Tours , de
Vienne en Autriche , & de Compoſtelle
en Galice , & d'Antivari en Dalmatie.
M. Visconti a été fait Commiffaire ge-
Ineral des frontieres de l'Etat Ecclefiafti
que , avec pouvoir de juger les bandits en
dernier reffort.
Hollande
M. de Leew a prêté ferment dans l'Af
femblée des Etats Generaux , en qualité
de Deputé de la Province d'Utrect à l'Amirauté
de Roterdam .
Venife.
M. Jean Priuli , ci - devant Ambaffa
deur à la Cour de l'Empereur , a été élû
Procurateur de S. Marc.
Giij LET360
LE MERCURE
LETTRES PATENTES
Edit , Declaration , Arrefts .
ETTRÉS PÁTENTES fur Arreſt , don-
LEnées à Verfailles le 14. Decembre 1722.
regiftrées en la Chambre des Comptes le 12 .
Janvier fuivant , portant rétabliffement des
Receveurs Generaux des Finances dans les fongtions
de leurs Charges , & c.
DECLARATION du Roy , donnée à Verfailles
le 15. Decembre dernier , regiftrées en
Parlement le 12 Fevrier , portant que les Juges
& Confuls en Charge , auront feuls la connoiffance
, la décifion & le jugement des proces
& differends de leur competence. Et fait défenfes
aux Juges & Confuls anciens , de s'y
immifcer , s'ils n'y font expreffement & nommément
appellez par les Juges & Confuls qui
feront en Charge.
ARREST du Confeil d'Etat du 22. Decembre
1722. portant que les Commis à la Regie
& Recette des revenus des Benefices à la no
mination de S. M., les Fermiers & débiteurs
defdits revenus qui ont remis à la caiffe des
Economats des Billets de Banque pour des
fommes non encore reçûës , ni éîigibles avant
le 1. Novembre 1720 feront tenus de remplacer
lefdites fommes en efpeces , & c.
AUTRE du 29. dudit mois , qui ordonne
que les Directeurs des Comptes en Banque ,
établis
DE FEVRIER 1723. 361
6
établis dans les Villes des Provinces , remettront
dans qui zai e aux Directeurs des Monnoyes
les re epiffez qu'ils ont fournis pour raifon de
l'établiflement defdits comptes en Banque ; & c.
EDIT du Roy , donné à Verſailles au mois
de Janvier 17 : 3 . regiftré en Parlement le 12 .
Fevrier , portant fuppreffion des Offices d'Agens
de Change , établis dans la Ville de Paris.
Et creation de foixante nouveaux Offices d'Agens
de Change , Banque & Commerce dans
ladite Ville . Veut S. M. que la finance qui
fera reg¹ée pour lefdits Offices fuivant le rôle
qui en fera arrêté au Confeil , enfemble les
deux fols pour livre de ladite finance , foir
payée par les acquereurs defdits Offices , en
Contrats de rente fur la Ville , rentes Provinciales
, finances d'Offices fupprimez , & autres
creances de l'Etat liquidées , & c.
ARREST da 11. Janvier 1913. qui ordonne
que dans les ventes des Offices , meubles &
immeubles des particuliers , compris dans le
rôle de la capitation extraordinaire , en execution
de l'Arreft du 26. Octobre 1722. les fieurs
Commiffaires nommez par ledit Arrest pourront
ordonner que lesdites ventes feront faites
au total en effets royaux liquidez , ou non anpullez
, ou partie en effets fufdits , & partie
en argent , ou même la totalité en argent. Le
tout ainfi qu'il leur paroîtra plus convenable
fuivant l'éxigence des cas , & c.
ARREST du Confeil d'Etat du Foy du 19.
Janvier , qui ordonne l'execution des reglemens
generaux , concernant le nombre des Fils
& largeur des Serges , Cadis & autres efpeces
d'Etoffes,
G iiij AR362
LE MERCURE
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du
même jour , portant défenfes à tous Fabriquans
& Marchands d'Etamines , dont la Chaîne eft
compotée de laine blanche , & la Trame do
laine brune , de donner à ces Etoffes aucune
forte de teinture , appellée vulgairement
Av.nage.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du 26.
Janvier , qui ordonne que les Lieutenans de
Maite , les Avocats & Procureurs du Roy , &
autres Officiers Municipaux rétablis par l'Edit
du mois d'Aouft dernier , prêteront ferment
pardevant les Maires , & autres Officiers en
Charge , auffi rétablis par le même Edit ."
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du 26.
Janvier 1723. qui ordonne que les Villes &
Communautez ne pourront être admifes à rembourfer
, ni dép ffeder ceux qui feront adjudicataires
des Offices Municipaux . Permet aux
Vil es & Communautez d'en herir pour raifon
defdits Offices , Office par Office , fans que
leurs enche es puiffent eu pê her les particufiers
de furencherir ceux qu'ils auront deffein
d'a que ir , à la charge par lesdites Villes , en
cas qu'elles demeurent adjudicataires , de nom
mer au Roy un fujet , au nom duquel il fera
expedié des Lettres du grand Sceau. Et ordonne
que les Villes & Communautez qui voudront
conferver les Offices qu'elles auront ac
quis foient admifes au payement de l'annuel ,
au nom de celui auquel il aura été accordé des
Lettics , & c.
LETTRES Patentes du Roy , données à
Verſailles le 28. Janvier , concernant les Particuliers
DE FEVRIER 1723. 363
ticuliers qui amenent & voiturent à Paris des
Marchandifes & denrées , fujettes aux droits
qui y font fpecifiez , & qui indique les Portes
& Bureaux de recette par où ces Marchandiſes
doivent paffer , &c.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du 3r.
Janvier , qui proroge le délai pour le payement
du Preft & Annuel , pour les Officiers de
a Ville de Paris jufqu'au 15. Fevrier prochain ;
& pour ceux des Provinces jufqu'au premier
Mars auffi prochain .
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du
même jour , qui explique la perception du Tiers
en fus , ordonné être payé à chaque mutation
par tous les Officiers exceptez du Preft & de
P'Annuel par la Declaration du 9. Aouft 1722 .
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du même
jour , qui proroge jufques au dernier Fevrier
prochain inclufivement , le délai accorde
aux Comptables pour convertir les Recepiffez
des Caiffiers du Tréfor Royal en quittances .
Comptables.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du mê
me jour , qui nomme des Commiffaires pour
la Liquidation des Offices Municipaux , qui ont
été fupprimez par Edits des mois de Juin &
Aouft 1717. dont les fonctions en ont depuis
été faites par les proprietaires d'iceux , en vertu
d'Arrefts particuliers qui les ont rétablis moyennant
finance ou autrement ; & qui regle la
maniere dont ils feront rembourfez , & c .
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du mê-
Gv
me
364 LE MERCURE
me jour , qui proroge jufques au 15. Fevrier le
délai accordé aux Pourvûs & Proprietaires des
Offices & Droits fupprimez , pour faire proceder
à la Liquidation defdits Offices & Droits ;
& jufques au dernier Fevrier inclufivement ,
pour recevoir leur remboursement .
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , du 7 .
Fevrier , qui regle la forme en laquelle les Acquereurs
des Offices de Maire , créez & réta
blis par l'Edit du mois d'Aouft 1722. doivent
être reçûs & inftallez .
ARREST du Conſeil d'Etat du Roy , du même
jour , qui regle le payement des Gages &
axations attribuez aux Offices de Syndics des
Paroiffes & Greffiers des Rôles des Tailles ,
iétablis par l'Edit du mois d'Aouft 1722 .
ARREST du 14. Fevrier , qui ordonne que
les Pourvûs des Lettres de Maîtrifes qui feront
accordées en execution de l'Edit de création du
mois de Novembre dernier , feront reçûs par
les Juges pardevant lefquels les Maîtres de
pareils Arts & Métiers ont coûtume d'être reçus.
Veut Sa Majesté que les frais de Reception
foient moderez au tiers de ce à quoi ils
font fixez pour les Receptions ordinaires , tant
pour les Juges que pour les Procureurs du Roy,
Greffiers & autres ; de maniere cependant
qu'aucune Reception ne puiffe exceder dix livres
dans la Ville de Paris , & huit livres dans
des autres Villes du Royaume , pour tous frais
generalement quelconques.
BENEDE
FEVRIER 1723 .
365
९
*******************
BENEFICES donnez par le Roy.
L
' Evêché de Viviers , vacant par la
démiffion pure & fimple de M. Martin
de Ratabon , dernier titulaire , en faveur
de M. Eftienne- Jofeph de la Farre ,
Prêtre du Diocéfe de Paris , Docteur en
Theologie , à la charge de fept mille
livres de penfion annuelle & viagere
pour M. de Ratabon , à prendre fur les
fruits & revenus dudit Evêché . M. de la
Farre eft frere du Marquis de la Farre ,
-Chevalier de la Toifon d'Or , Capitaine
des Gardes du Corps de Monfieur le Duc
d'Orleans.
་
L'Abbaye Commandataire de Nôtre-
Dame de Mortemer , Ordre de Cîceaux,
Diocéfe de Rouen , vacante par la démiffion
pure & fimple de M. Jofeph de
la Farre , dernier titulaire , en faveur de
M. Martin de Ratabon , Evêque de Viviers
.
L'Abbaye Commandataire de S. Barthelemy
dans la Ville de Noyon , vacante
par la démiffion pure & fimple de M.
Eftienne Jofeph de la Farre , dernier
titulaire , en faveur de M. Martin de
Gvj Rata366
€
LE MERCURE
Ratabon ; Evêque de Viviers . *
Le Prieuré fimple de S. Felix dans la
Ville de Narbonne , vacant en regale
par le decès du fieur Jerôme Morel ,
dernier titulaire , en faveur du fieur Jeande
Caulet , Prêtre du Diocéfe de Touloufe
.
L'Abbaye Commandataire de Fontenay
, Ordre de Cîteaux , Diocéfe d'Autun
, vacante par le decès du fieur Manadot
du Precor , dernier titulaire , en
faveur du fieur Germain d'Aubenton ,
Chanoine de S. Quentin , à la charge de
1500. I. de penfion annuelle & viagere, à
prendre fur les fruits & revenus de ladite
Abbaye , pour le fieur Prix Hay , Chanoine
de l'Eglife Cathedrale d'Auxerre .
L'Abbaye Commandataire de Reflons,
Ordre de Premontré , Diocéfe de Rouen ,
vacante par le decès de M. Armand
Bazin de Bezons , dernier titulaire , en
faveur du fieur Dubos , Prêtre du Diocéfe
de ....
Le Roy nomma le 10 de ce mois
M. l'Abbé de Paris , Grand Vicaire
d'Orleans , Coadjuteur de M. l'Evêque-
* M. l'Evêque de Viviers s'eft démis de fon
Evêché enfaveur de M. de la Farre , au moyen
dequoi il s'est démis de fes deux Abbayes , en
faveur duditfieur Evêque, auquel il payera Sept
mille livres depenfion.
d'Orleans
DE FEVRIER 1723. 367
d'Orleans , fon oncle. Il eft frere de M.
de Paris , Capitaine aux Gardes , & Brigadier
des armées du Roy.
XXXXXXXXX XXXXXXXXX
JOURNAL DE PARIS.
E 21. du mois dernier la Princeffe
Ld'Orleans , Philippe- Elifabeth , def-
י
R
tinée pour époufer Don Carlos , fecond-
Infant d'Efpagne , étant arrivée à deux
lieues de Bayonne , où le dîné étoit preparé
, M. le Duc de Duras , Commandant
en Guyenne , chargé des pouvoirs
de S. M. pour la remife de cette Princeffe
aux Eſpagnols , alla audevant d'elle,
accompagné d'un grand nombre de Gentils-
hommes , & fuivi de fes Pages & livrées
, précedé de fes Gardes , tous vêrus
magnifiquement ; le M. de Vaudeüil,
Exempt des Gardes du Corps , qui commandoit
le détachement , ayant fait ap
procher le fieur Defgranges , Maître des
Ceremonies , pour prefenter M. le Duc
de Duras à la Princeffe , ce Duc lui fit
fon compliment ,, & la conduifit à Bayon
ne. Les Magiftrats de fa Ville la reçû
rent en Robbe & la complimenterent à
Ja porte du S. Efprit , au bout du Pont,
enfuite la Princeffe fe rendit au Palais
›
Epifcopal
368 LE MERCURE
•
de
Epifcopal au bruit de l'artillerie , où elle
reçûr les prefens de la Ville ; auffi-tôt un
Gentil -homme fut dépêché de la part
l'Infante , qualité que la Princeffe prit dès
ce jour , pour complimenter la Reine
Douairiere d'Efpagne , qui depuis plufieurs
années fait la réfidence en cette
Ville. La Reine envoya enfuite vers la
Princeffe fon Major- Dome pour la complimenter.
Le lendemain 22. la Princeffe reçût le
compliment du Corps de la Juftice , prononcé
par le Lieutenant General , après
quoy l'Infante le rendit à la Cathedrale fe
pour y entendre la Meffe , qui fut cele-
-brée par le Chapelain du Roy , après
avoir été complimentée à la porte de l'Eglife
par le Clergé , & avoir reçû l'Eau-
Benite. Après la Meffe l'Infante accompagnée
de Me la Ducheffe de Duras ,
Me la Ducheffe de Fitz- James , la Marquife
de S. Germain , fous- Gouvernante
fut en grand cortege vifiter la Reine d'Efpagne
, & l'après - dîné S. M. lui rendit
vifite .
Le lendemain 23. la Reine d'Eſpagne
fit plufieurs beaux prefens à la Princeffe ,
dont une partie étoit deftinée pour Don
Carlos. Pendant ces féjours , de même
que par toute la route, la Princeffe , comme
fille de France , fut fervie par les Offi
eiers
DE FEVRIER 1723. 369
ciers du Roy , & efcortée par un détachement
de 24. Gardes du Corps , d'un
Exempt , de deux Brigadiers , & de deux
fous- Brigadiers. De même les Cens Suiffes
, & Garde de la Prevôté de l'Hôtel ,
à proportion furent commandez pour
faire le fervice .
3
Le 24. les Actes de remife & de reception
de la Princeffe , ayant été convenus
entre M. le Duc de Duras Me
de Leffeville , Maître des Requêtes , Intendant
de la Province , chargé des pouvoirs
de Sa Majesté pour donner & recevoir
les Actes , & le jour de la remife
étant déterminé au vingt - fix l'Infante
partit de Bayonne , & arriva à Saint
Jean de Luz , au bruit de l'artillerie des
vaiffeaux ; cette Princeffe fut complimenrée
par les Bayles & Jurats , & les pre-
-fens de la Ville lui furent offerts en la
maniere accoutumée.
-
Le lendemain 25. il y eut féjour , pendant
lequel les habitans donnerent à la
Princeffe le divertiffement des Danfes
Bafques au fon des Tambourins .
Le 26. la Princeffe fe rendit à dix
heures du matin fur le bord de la riviere
de Bidaffoa qui fepare les deux Royaumes
de France & d'Espagne , & fut le
repoſer dans la maifon qui lui avoit été
deftinée , appellée Herrico- Ethia , auffitôc
370
LE MERCURE
tôt M. le Duc d'Offone , conduit. par M.
Defgranges , Maître des Ceremonies qui
F'étoit allé recevoir au Batteau , falua la
Princeffe , fe couvrit auffi bien que M. le
Duc de Duras , & complimenta l'Infante
de la part de S. M. C. & de Don
Carlos , & lui prefenta les prefens de
pierreries dont il étoit chargé. Après le
dîné M. le Duc d'Offone revint chargé
des pouvoirs de S. M. C. pour recevoir
la Princeffe . Me la Comteffe de Lemos ,
nommée pour être la Gouvernante, & autres
perfonnes de leurs fuites , & deftinées
pour le fervice de l'Infante fuivirent
le Duc d'Offone .
Les deux rivages étoient bordez d'Infanterie
& de Cavalerie en nonibre égal ,
d'équipages , & de chevaux de main , en
forte que cela formoit un très-beau coup
d'oeil , qui auroit encore été plus agréable
fi la ferenité du jour avoit répondu
aux foins qu'on s'étoit donné pour la propreté
des troupes , & pour la magnificence
de la fuite des équipages .
Toutes les perfonnes neceffaires &
nommées s'étant rendues dans la fale deftinée
pour remettre la Princeffe aux Elpagnols
, M. le Duc de Duras étant à la
droite de la Princeffe , M de Duras à fa
gauche , M. de Leffeville ayant fait lecture
de l'Acte de remife , & M. de la
Roche,.
DE FEVRIER 1723: 377
こ
Roche Secretaire de la Chambre du
Roy d'Espagne , chargé des pouvoirs de
Sa Majefté Catholique ayant auffi fair
lecture de l'Acte de reception , les fignatures
étant faites , & copies des pouvoirs
donnez de part & d'autre reciproquement
, M. & Me la Ducheffe de Duras ,
Me la Ducheffe de Fitz - James , & toute
cette Cour conduifit la Princeffe jufqu'à
la chaloupe , que les Efpagnols avoient
preparée pour le paffage de l'Infante ,
qui étant remife entre les mains de M.le
Duc d'Offone paffa à l'autre bord du
côté d'Espagne , où les équipages du Roy
d'Espagne l'attendoient pour la mener à
Iron , premier Bourg d'Espagne , d'où
'Infante partit le lendemain , tenant la
route de Madrid .
On apprend par une autre Lettre de
Bordeaux, qu'on avoit commencé de donner
à Bayonne le titre d'Infante , & de
Madame à Mademoifelle de Beaujolois ,
qu'elle arriva à l'Ile des Faifans le 26.
Janvier dernier , &c. & qu'en partant de
cette Ifle elle fit un compliment à tous
· les Officiers de la Maifon du Roy , &
les remercia de leurs bons fervices', en
leur donnant fa main à baiſer avec une
fermeté furprenante pour fon âge , pendant
que ces Officiers & les Dames fondoient
en larmes. Après fon départ la
Maifon
372 LE MERCURE
Maiſon du Roy vint coucher à S. Jean
de Luz , d'où l'on étoit parti le matin.
Le Roy d'Elpagne avoit envoyé des prefens
pour diftribuer à la fuite de la Princeffe.
La Ducheffe de Duras & la Du
cheffe de Fitz- James , fa fille, ont eu chacune
un portrait de S. M. Catholique ,
enrichi de Diamans , & le Duc de Duras
une épée d'or , ornée de Diamans . L'Exempt
, le Brigadier des Gardes du Corps,
l'Ecuyer du Roy , ont eu chacun une
épée d'or. Le Maître d'Hôtel , & le
Maître des Ceremonies , chacun un Diamant.
Le Contrôleur de la Maifon du
Roy une montre d'or . La Marquise de
S. Germain un beau Diamant. Les fix
femmes de Chambre chacune une montre
d'or. Lé refte des Officiers a été gratifié
en argent.
On apprend de Montargis que le 19 .
de ce mois on fit dans l'Eglife du College
des PP. Barnabites , un fervice folemnel
pour le repos de l'ame de feue
MADAME , auquel tous les Corps de la
Ville affifterent , le Pere de Chambre ,
Profeffeur de Rhetorique prononça l'Oraifon
Funebre avec applaudiffement.
L'Eglife qui étoit ornée d'un fuperbe
catafalque , & toute tenduë de noir aux
écuffons de MADAME , a été bâtie fous
l'invocation de S. Louis par les liberali
tez
DE
FEVRIER 1723 373
tez de feu S. A. R. Monfieur , frere
unique du Roy Louis XIV . en memoire
de la fameuse victoire qu'il avoit remportée
à Mont- Caffel le 11. Avril 1677%
S. A. R. Monfeigneur le Duc d'Orleans
a toûjours continué depuis les mêmes
liberalitez pour les embelliffemens
qu'on y a fait en differentes années , &
pour ceux qui restent à faite , feuë Madame
contribua auffi à l'édifice du College
qui fut rebâti en 1709 .
Le fieur Satin , Infpecteur General de
la Foreft de Montargis , dépendant des
Domaines de feuë S. A. R. Madame , qui
l'a pendant la vie honorée de fa protection
, & de qui il a reçû plufieurs bienfaits
, a fait auffi celebrer à fon intention ,
& pour donner des marques de fa reconnoiffance
, dans l'Eglife des PP . Recolets
de la même Ville le 26. Janvier
dernier , un Service folemnel où ont été
invitez tous les Officiers du Corps de la
Juftice.
Le 23. de ce mois les Jefuites du College
de Louis le Grand celebrerent la
Majorité du Roy . La Fête commença
par une illumination magnifique aux
quatre corps de logis , & à une guerite
fort élevée. On tira enfuite un feu d'artifice
, dont les pieces étoient d'autant
plus curieufes , qu'elles étoient la plûpart
374 LE MERCURE
part nouvelles , & d'un goût excellent.
MM . le Duc de la Tremoille , de Mor
temart , de Levi , les Comtes de Morville
, de Livri , de Vaffé , de Baudri , &
plufieurs autres penfionnaires fignalerent
leur zele pour Sa Majefté. Ils firent
illuminer leurs fenêtres avec un art extraordinaire
, à tirer divers feux d'artifice
parmi les acclamations du peuple &
le fon des Trompettes, Le lendemain le
P. Porée , l'un des Profeffeurs de Rethorique
prononça un difcours latin fur la
Majorité , avec cette éloquence que la
France admire depuis tant d'années dans
ce grand Orateur. L'affemblée étoit compofée
des Cardinaux de Rohan , de
Biffy , de M. le Nonce , de 30. Archevêques
ou Evêques , de M. le Maréchal
de Tallard , de plufieurs Magiftrats , &
de quantité d'autres perfonnes diſtinguées.
On diftribua des Poëfies Latines
& Françoiſes fur la Majorité , qui font
riantes & ingenieufes. Le foir l'illumination
recommença
& la Fête finit par
de nouveaux feux d'artifice , dont la varieté
réjouit les fpectateurs.
Sur la fin du mois de Janvier le Roy
donna la Croix de l'Ordre Militaire de
S. Louis à 32. Officiers de fes troupes
que leurs fervices reconnus rendoient dignes
de cette diftinction honorable .
11
DE FEVRIER 1723. 375
Il arrive tous les jours des accidens
funeftes , caufez par la fumée affaffine du
charbon , & les exemples frequens de ce
peril ne corrigent gueres . Le 20. Janvier
on trouva le matin trois domeftiques de
M. l'Evêque de Verdun étouffez dans
leur chambre, & les autres prefque morts :
une grande poële pleine de charbon
avoit fait tout ce ravage . Le même accident
eft arrivé chez le Miniftre de Portugal
, un domeftique trouve mort , &
deux autres fort malades , prouvent que
la malignité du charbon allumé n'eft que
trop certaine.
Le 30. Janvier le Comte d'Efclimont ,
Prevolt de Paris , depuis la mort de M.
fon pere , prêta ferment en cette qualité
au Parlement ; delà il fut inftallé dans
les differens Sieges du Châtelet , où il
prit féance avec les ceremonies attachées
à fa Charge. Ce fut M. de la Moignon ,
Prefident à Mortier , qui fit cette inſtallation
, accompagné de quatre Confeillers
de la Grand Chambre.
Le jour du fervice de feuë Madame ,
étant fixé au cinq de Février , le Marquis
de Dreux , Grand- Maître des Ceremonies
fe rendit au Palais , accompagné
de quatre Herauts d'Armes & des
Jurez Crieurs de Paris , pour inviter le
Parlement de fe trouver à S. Denis à
cette
376
LE MERCURE
:
cette pompeufe Ceremonie . Il y invita en
même temps les autres Cours Superieures,
delà il alla faire la même invitation au
Corps de Ville , au Châtelet , & à l'Univerfité.
Ce Service folemnel fut celebré à Saint
Denis le cinq Fevrier avec une grande
dignité . L'Eglife de l'Abbaye Royale
étoit ornée d'une magnifique décoration
funebre , conduite & compofêe par M.
Berin , Deffinateur du Roy , qui s'eft
cent fois diftingué dans ces ouvrages qui
demandent du genie du goût & de la
varieté.
L'illumination étoit bien entendue &
brillante par la quantité , & l'arrange
ment des lumieres .
tée
La Meffe fut celebrée pontificalement
par M. l'Archevêque d'Alby , & chanpar
la Mufique du Roy , que Sa Majesté
y avoit envoyée. Mademoiſelle de
Charolois , Mademoiſelle de Clermont
& Mademoifelle de la Roche-fur-Yon
Princeffes du Deüil , furent merées à l'Offrande
par le Duc de Chartres , le Duc
de Bourbon & le Comte de Clermont.
Après l'Offrande , l'Oraifon Funebre
fut prononcée par l'Evêque de Cler
mont qui trouva dans le merite & les vertus
de la Princeffe défunte une mariere
digne de fon éloquence . La Mufique du
Roy
DE FEVRIER 1723.' 377
Roy chanta le De profundis , dès que la
Meffe fut finie , & les ercenſemens furent
faits par l'Archevêque d'Alby
Officiant , & les Evêques de Montauban
, de Séez , de Senlis & d'Avranches
.
Les nouvelles de Turin nous apprennent
que la maladie de Madame Royale,
Ducheffe Doüairiere de Savoye étoit confiderablement
diminuée , & qu'on eſpe
roit que la fanté de cette Princeffe
roit le rétablir .
pour-
Le deux Fevrier jour de la Fête de la
Purification de la Sainte Vierge , le Roy
revêtu du Grand Colier de l'Ordre du
S. Elprit , accompagné de Monfieur le
Duc d'Orleans , du Duc de Chartres
du Duc de Bourbon , du Comte de Charolois
, du Prince de Conti , & precede
des Chevaliers Commandeurs , & Officiers
du même Ordre , fe rendit dans la
Chapelle du Château de Verſailles , ou
il affifta à la Benediction des Cierges , &
enfuite à la Proceffion , & à la grande
Meffe celebrée pontificalement par M.
l'Evêque de Mets , Prélat- Commandeur
de l'Ordre du S. Efprit. La Mufique du
Roy y chanta auffi- bien qu'à Vêpres ,
Paprès midy qui fuivirent la Prédication
du R. Pere Dardent de la Doctrine Chré
tienne , où Sa Majefté affifti .
Le
378 LE MERCURE
Le trois Fevrier M. Morofini , Ambaffadeur
ordinaire de la République de
Venife , eut audience particuliere du Roy,
& fit des complimens à Sa Majesté fur
la mort de Madame. Il fut conduit par
M. Remond , Introducteur des Ambif
fadeurs , de - là il fut conduit à celle de
Monfieur le Duc d'Orleans , par M. de
Marpré , Introducteur des Ambaffadeurs
auprès de fon Alteffe Royale.
Le Dimanche fept le Roy entendit
dans la Chapelle du Château de Vere
failles , la Meffe chantée par la Mufique ,
l'Evêque de Verdun y prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , en prefence
de Monfieur le Duc d'Orleans . A
la fin de la Meffe le Roy fe relevant de
fon Prie Dieu , eu une foibleffe qu'on
jugea être caufée par une plenitude . Le
Lundi après midy Sa Majefté eut la fiċvre
avec le friffon . Le Mardi au matin
on s'apperçut que la fiévre ne diminuoit
pas , on faigna le Roy , & peu de temps
après cette utile & heureufe faignée la
fiévre baiffa confiderablement . Le foir
dans le moment qu'on pouvoit craindre
un redoublement , le ventre s'étant ouvert
le Roy fut débarraffe de tout ce qui
caufoit fon indifpofition . Le lendemain
Mercredy Sa Majefté fut purgée avec un
fugcès fi entier que le pouls s'eft remis
dans
DE FEVRIER 1723. 379
dans fon état naturel. Depuis ce jour-là
le Roy jouit d'une fanté parfaite , & les
coeurs de fes fujets font tranquiles.
M. d'Herbigny , Maître des Requêtes
, & M. Feydeau de Brou , Maître des
Requêtes & Intendant de Bretagne , ont
été nommez Confeillers d'Etat , & ont
pris féance au Confeil le 11. Fevrier.
Le Duc de Charoft , Gouverneur de
Sa Majesté a été fort indifpofé d'une colique
violente , qui a commencé quelques
jours avant la maladie du Roy.
La nuit du deux au trois il y a eu une
maifon de brûlée à l'aîle du Pont Marię.
Cet accident eft arrivé par la joye indifcrette
d'un Fripier qui avoit gagné un
lot à la Loterie de S. Sulpice , & qui en
réjoiffance regaloit fes amis qu'il avoit
raffemblez dans la maison .
11 eft arrivé dans les Ports de l'Orient
& de Breft pour le compte de la Compagnie
des Indes cinq vaiffeaux qui ont
rapporté environ feize cens mille piaſtres
, & des Marchandiſes pour des fommes
confiderables.
On nous mande de Rifwich une mort
qui merite la place dans l'Hiftoire. C'eſt
la mort d'un foldat Cavalier , nommé
Jean- Ernelft Scholts qui a vêcu jufqu'à
cent quatorze ans dix mois & treize jours .
Il étoit né à Halle en Saxe le douze
H Mars
380
LE MERCURE
Mars 1608. Il avoit été Garde du Corps
de Guftave Adolphe , Roy de Suede ,
pere de la Reine Chriftine , & il s'étoit
trouve à la bataille de Lutfen , où ce
Prince fut tué le feize Novembre 1632 .
Depuis ce temps il avoit pris parti dans
les troupes de la République , & en 1672 .
il fut mis fur l'état des penfions ; il alloit
tous les ans recevoir à la Haye celle qui
lui avoit été accordée , & y alla encore à
pied au mois de Septembre dernier . On
remarque de lui que s'étant trouvé dans
l'Eglife Lutherienne de la Haye au Jubile
qui y fut celebré en 1617. pour la
réformation , il fe trouva encore à celui
qui s'y celebra le fiecle révolu en 1717.
Le 12. Fevrier on chanta dans l'Eglife
Metropolitaine
de Nôtre- Dame le Te
Deum ordonné par le Roy , pour rendre
à Dieu de folemnelles actions de graces
de la ceflation du mal contagieux , dans
les Provinces qui en ont été affligées.
M. le Cardinal a officié pontificalement
à ce Te Deum , qui fut chanté au
bruit du canon de la Ville. Le Clergé ,
le Parlement , la Chambre des Comptes,
la Cour des Aydes & le Corps de Ville ,
y affifterent en Robbe de Ceremonie , &
invitez de la part du Roy ,
le Garde des Sceaux , qui étoit accompagné
de plufieurs Confeillers d'Etat &
Maitres des Requêtes.
ainfi
que M.
Le
DE
FEVRIER 1723.
381
Le Roy qui jouit d'une fanté parfaitement
rétablie , parvint à fa Majorité
le feize Fevrier , & reçut les refpects &
les complimens de Monfieur le Duc d'Orleans
, des Princes & des Princeſſes du
Sang , & des Seigneurs de fa Cour . On a
-fuivi le jour de la Majorité du Roy les
-mêmes ceremonies qui ont été obfervées
à celle de Louis XIV. & prefentement
il n'y a plus que le lit de Sa Majesté
dans la baluftrade , on en a ôté le lit de
fon Gouverneur qui couche fur un lit du
Garde Meuble qu'on lui dreffe tous les
foirs au pied du lit du Roy. Le Premier
Valet de Chambre couche à fon ordinaire
dans la chambre de Sa Majeſté , &
un garçon ordinaire de la chambre veille
auffi fuivant l'ufage proche le lit du Roy.
Le 18, le Roy entendit dans la Chapelle
du Château de Verſailles la Meſſe
de Requiem , chantée par fa Mufique
pour l'anniverfaire de feu Monfeigneur
le Dauphin , pere de Sa Majefté , & l'après-
midy le Roy alla promener à Tríanon.
Le 13. le Roy fit Ducs & Pairs de
France le Marquis de Biron , le Marquis
de Levi , & le Marquis de la
Valliere. }
Le 16. jour de la Majorité du Roy
Sa Majefté accorda à M. le Marquis de
la Vriliere , Miniftre & Secretaire d'EHij
tat
382 LE
MERCURE
tat la furvivance de fa Charge , en faveur
de fon fils M. le Comte de S. Florentin
qui fera le dixiéme Secretaire d'Etat de
fon nom. Le même jour il prêta ferment
de fidelité entre les mains de Sa Majefté.
Le même jour 16. de Fevrier M. le
Marquis de Calviere , Exempt des Gardes
du Corps , a obtenu du Roy la Charge
d'Ecuyer ordinaire , vacante par la
mort de M. le Marquis de Ségrie.
Le 17. M. le Baron de Hop , Ambaſfadeur
ordinaire des Provinces- unies , cut
audience particuliere du Roy , où il fut
conduit par M. Remond , Introducteur
des Ambaffadeurs , qui le conduifit enfuite
à l'audience particuliere de Monfieur
le Duc d'Orleans .
Le 19. le Roy entendit dans la Chapelle
du Château de Verfailles la Meffe
de Requiem
chantée par fa Mufique
pour l'anniverfaire
de feue Madame la
Dauphine , mere de Sa Majesté.
,
Le 20. le Roy partit du Château de
Verfailles fur les deux heures après midy
pour le rendre au Palais des Thuilleries
à Paris , où Sa Majefté arriva vers les
cinq heures , au bruit des acclamations
de joye du peuple qui étoit accouru de
tous côtez dans la campagne & dans la
Ville pour joiiir d'une vue qui lui eft fi
chere. Monfieur le Duc d'Orleans , le
Duc
DE FEVRIER 1723. 183
·
> Duc de Chartres , le Duc de Bourbon
le Comte de Clermont , & le Prince de
Conti , accompagnoient le Roy dans fon
caroffe ; les Brigades de quartier des
Gens - d'armes & Chevaux- Legers de la
Garde , les détachemens des deux Compagnies
des Moufquetaires , & le Guet
des Gardes du Corps marchoient dans
leur rang devant & après le caroffe de
Sa Majefté. Le vol du Cabinet , commandé
par M. Forget précedoit immediatement
le caroffe de fuite: Le Roy accompagné
de Monfieur le Duc d'Orleans
entendit le lendemain dans fa Chapelle
du Louvre la Meffe chantée par fa Mufique
, & l'après-midy du même jour Sa
Majefté alla fe promener au Château de
la Mentte , où elle chaffa & tua 22. pieces
de gibier.
Le 22. jour de la tenue du lit de Juftice
de Sa Majefté , les Regimens des Gardes
Françoifes & Suiffes furent rangées
en haye de très- grand matin dans toutes
les rues par où devoit paffer le Roy en
allant au Palais. Le Parlement qui avoit
reçû les ordres de Sa Majefté , fe rendit de
très bonne heure en Robbe de Ceremonie
dans la Grand'Chambre. Les Ducs & -
Pairs Ecclefiaftiques & Laïcs , & tous
ceux qui ont droit d'affifter à cette augufte
ceremonie s'y trouverent , & pri-
H iij
rent
384 LE MERCURE
rent les places qui leur étoient deſtinées.
Le Roy partit du Palais des Thuilleries
fur les dix heures du matin , & voici
l'ordre de fa marche. Les deux Compagnies
des Moufquetaires avec leurs . Officiers
à leur tête , la Brigade de quartier
des Chevaux - Legers de la Garde , le
Comte de Montforeau , Grand Prevoft à
cheval , à la tête des Gardes de la Prevôté
de l'Hôtel . Le Marquis de Courtenvaux
à cheval , à la tête des Cent
Suiffes de la Garde , marchans deux à
deux , tambour battant & drapeau déployé.
Un caroffe du Roy occupé par les
Princes Charles de Lorraine , Grand
Ecuyer de France , le Prince de Turenne ,
Grand Chambellan de France , le Duc de
Trefmes , Premier Gentil-homme de la
Chambre , & autres principaux Officiers
de Sa Majefté ; les Pages de la Grande
& de la Petite Ecurie , le détachement
des quatre Chevaux- Legers de la Garde
marchant immediatement devant le caroffe
du Corps où étoit le Roy , accompagné
de Monfieur le Duc d'Orleans , du
Duc de Chartres , du Duc de Bourbon ,
du Comte de Charolois , du Comte de
Clermont & du Prince de Conti . Le
Duc d'Harcourt , Capitaine des Gardes
du Corps marchoit à cheval à la portiere
du caroffe , qui étoit environné de 24.
Valets
DE FEVRIER 1723. 385
Valets de Pieds , & fuivi immediatement.
par le Guet des Gardes du Corps ; la
marche étoit fermée par la Brigade de
quartier des Gens - d'armes de la Garde.
Le Roy monta par l'efcalier de la Sainte
Chapelle , il fut reçû à la porte , & complimenté
par M. l'Abbé de Champigny,
Tréforier, qui parut en habits pontificaux
à la tête de les Chanoines . Enfuite Sa
Majefté entra dans le Choeur , & y entendit
la Meffe dite par un de fes Chapelains
, & chantée par Sa Mufique &
celle de la Sainte Chapelle réunies.
Ե
Dès que le Parlement fut averti de
l'arrivée du Roy à la Sainte Chapelle , il
dénuta M. de Novion , M. d'Aliere . M.
de la Moignon & M. Portail , Prefidens
à Mortiers , & fix Confeillers pour alleg
recevoir Sa Majefté , & la conduire à la
Grand'Chambre.
Après la Melle le Roy partit de la
Sainte Chapelle , précedé de Monfieur
le Duc d'Orleans , du Duc de Chartres
du Duc de Bourbon , du Comte de Charolois
, du Comte de Clermont , du Prince
de Conti , & du Comte de Toulouſe.
Les quatre Prefidens à Mortier député
du Parlement pour aller recevoir le Roy,
étoient autour de Sa Majesté , ainfi que
les fix Confeillers , les deux Huiffiers de
la chambre du Roy portant kurs Maffes
HD mar
386 LE MERCURE
marchoient auprès de Sa Majesté , qui
étoit précedée immediatement par le Prin
ce Charles de Lorraine , Grand Ecuyer
de France , qui portoit l'Epée Royale
dans un foureau de velours violet , femé
de fleurs- de-lys d'or , ainfi
que le baudrier.
Le Roy étant arrivé à la Grand'-
Chambre , traverfa le Parquet , & alla
fe placer fous le dais dans fon Lit de
Juftice ; les Princes du Sang fe placerent
à la droite de Sa Majefté , le Prince
de Turenne , Grand Chambellan de
France , fe mit à fes pieds , & le Prince
Charles de Lorraine , Grand Ecuyer de
France , prit place à la droite du Roy ,
au bas des premiers degrez du Lit de
Juftice ; le Garde des Sceaux de France
, arrivé en même temps que le Roy
accompagné de plufieurs Confeillers d'Etat
& Maîtres des Requêtes , prit fa place
ordinaire. Le Roy parla le premier.
Monfieur le Duc d'Orleans parla après
le Roy , avec la facilité & la dignité qui
lui font particulieres ; & M. le Garde
des Sceaux fit un difcours qui expliqua
les intentions du Roy , après en avoir
demandé permiffion à Sa Majefté. Ce
difcours fut fuivi de l'ordre que donna,
le Roy , d'enregiſtrer des provifiohs de
l'Office de Garde des Sceaux de Fran-
*ce,
DE FEVRIER 1723. 387
ce , accordées à M. d'Armenonville dès
le 28. Fevrier de l'année derniere , de la
preftation de ferment , & de la reception,
des Ducs de Biron , de Levi & de la
Valliere , qui prirent feance en qualité
de Pairs de France . Le Lit de Juftice
finit par la lecture d'un nouvel Edit contre
les duels , qui fut fait par M. Gilbert
Greffier en Chef du Parlement . Dès qu'il
fut enregistré, le Roy fortit de la Grand'-
Chambre avec les mêmes Ceremonies &
le même ordre , qui avoient été obfervez
à fon arrivée au Parlement.
Le Roy monta en caroffe , & retourna
au Palais des Thuilleries avec le même
cortege qui l'avoit accompagné. Les
acclamations bruyantes & redoublées de
tout le peuple , qui rempliffoit en foule
les rues de fon paffage , témoignoient à
Sa Majefté la fatisfaction publique . On
tira le foir dans la Place de l'Hôtel de
Ville un feu d'artifice à neuf piliers ,
après les décharges des canons rangez fur
le Port au Charbon ; la face de l'Hôtel
de Ville fut illuminée dans toute fon étendue
, & les lumieres fuivoient les formes
de l'Architecture dans leur arrangement,
les feux de joye & les autres marques
de réjouiffance éclaterent enfuite
dans toutes les rues de la Ville .
2
Le 23. M. le Premier Prefident de
Hv Mêmes
388 LE MERCURE
1
Mêmes étant à la tête du Parlement , eut
l'honneur de complimenter le Roy au
Louvre fur fa Majorité , qui enfuite admit
à fon audience la Chambre des Comptes
, la Cour des Aydes , la Cour des
Monnoyes & le Corps de Ville , dont les
Chefs porterent la parole , & remplirent
un devoir qui les combloit de joye. L'après-
midi M. de Vertamont , Premier
Prefident du Grand Confeil , à la tête de
fa Compagnie , & l'Univerfité , eurent
l'honneur de complimenter le Roy fur le
même fujet , & M. l'Abbé Mongin , Directeur
de l'Académie Françoife , parla
avec une éloquence digne du Monarque
qu'il haranguoit , & du Corps celebre.
pour qui il portoit la parole. Ils furent
tous piéfentez à Sa Majefté par le Comte
de Maurepas , Secretaire d'Etat , &
conduits par le Marquis de Dreux ,
Grand- Maître des Ceremonies , & par
M. des Granges , Maître des Ceremo
nies.
Le même jour après- midi , les Gardes
des fix Corps des Marchands furent reçus
favorablement par le Roy , à qui le
Duc de Gêvres , Gouverneur de Paris ,
les préfenta
.
Voici
DE FEVRIER 1723. 389
Voici le Compliment fait à Sa Majeftë
par le fieurde Rofnel , Marchand Drapier
, portant la parole , à la tête des
fix Corps.
SIRE ,
Les fix Corps des Marchands de vôtre
Ville de Paris , viennent fe profterner
aux pieds de Vôtre Majefté , pour
lui marquer la part qu'ils prennent à la
joye univerfelle de vôtre Royaume. Ils
efperent , SIRE , que vôtre Majorité ,
en affurant le bonheur de vos Peuples ,
étendra fes graces fur le Commerce , &
qu'elle le verra fleurir dans le cours de
fon regne ,, par la protection que Vôtre
Majefté voudra bien lui accorder.
Madame Anne Palatine de Baviere
Princeffe Doüairiere de Condé , eft
morte à Paris le 23. Fevrier entre midi
& une heure. Elle étoit âgée de foixante
& quinze ans prefque accomplis , étant
née le 13. Mars 1648. Cette Princeffe illuftre
fon
par origine , une pieté fincere,
& les plus folides vertus , étoit fille aînée
d'Edouard , Prince Palatin , frere de
Charles Louis , Electeur Palatin , &
d'Anne de Gonzagues- Cleves. Elle fut
mariée le 11. Decembre 1663. à Henri-
Hvj Jules
390 LE MERCURE
Jules de Bourbon , troifiéme du nom ,
Prince de Condé , premier Prince du
Sang & Grand -Maître de France , qui
mourut le premier Avril 1709 .
Le 24. le Roy , accompagné de Monfieur
le Duc d'Orleans , entendit dans
fa Chapelle du Louvre la Meffe chantée
par la Mufique ; M. l'Archevêque de
Tours y prêta ferment entre les mains
de Sa Majefté , qui l'après - midi alla ſe
promener à fon Château de la Meutte
& tua 27. pieces de gibier . Le foir , à
fon retour , le Roy alla voir Madame la
Ducheffe Douairiere de Bourbon , Madame
la Princeffe de Conti , feconde
Doüairiere , Madame la Princeffe de
Conti , & Madame la Ducheffe du Mai-.
ne , au fujet de la mort de Madame la
Princeffe,Doüairiere de Condé . Madame
la Ducheffe de Brúnfwich - Hanover
foeur de la défunte Princeffe , fut auffi
vifitée par Sa Majesté.
Le 25. fur les deux heures après- midi ,
le Roy partit de fon Château des Thuileries
, pour retourner au Château de
Verſailles , où S. M. arriva fur les cinq
heures.
M. de Fortia , Confeiller d'honneur au
Parlement a été nommé par le Roy
Confeiller d'Etat de Semestre.
›
M. le Chevalier de Damas , Lieutenant
Ge
DE FEVRIER 1723. 398
General des Armées de Sa Majefté , a
obtenu le Gouvernement de Maubeuge
qui vacquoit depuis le 24. Septembre der
nier par la mort du Marquis de Ruffay ,
fon frere , Sous - Gouverneur de S. M.
Le 22. l'Académie Françoife , voulant
remplir la place de feu M. l'Abbé d'Angeau
, fit élection de M. le Comte de
Morville , Secretaire d'Etat , Ambaffa
deur de Sa Majefté auprès de la Repu
blique de Hollande , & Miniftre Plenipotentiaire
au Congrès de Cambray ,
choix digne de l'Académie , & qui eft
juftifié d'avance par le public.
Le 25. M. l'Abbé d'Houtteville fut reçu
dans la même Académie , à la place
vacante par la mort de M. l'Abbé Maf
fieu. Le Recipiendaire parla avec cette
éloquence vive & brillante qui lui a
fait franchir fi promtement le fentier épineux
du Temple de la gloire , & M. l'Ãþbé
Mongin , Directeur , répondit avec
applaudiffement.
,
Dans les réjoüiffances que les Jefuites
firent pour la Majorité du Roy , le 23 .
Fevrier au College de Louis le Grand ,
le Duc de la Tremoille , Premier Gentilhomme
de la Chambre de S. M. fe
diftingua par un feu magnifique , dont le
deffein étoit le Palais du Soleil . On ne
fera point en détail la defeription de ce
feui
392 LE MERCURE
feu ; les deux premiers Vers du fecond
livre des Metamorphofes d'Ovide en
donneront une idée aſſez juſte .
Regia folis erat fublimibus alta columnis ,
,
Clara micante auro flammafque imitante py◄
гора.
Le fronton du Portail de ce Palais étoit
chargé d'une devife , compofée d'une aiglette
prife des armes de la Tremoille ,
laquelle regardoit un foleil fortant de
Phorifon , avec ces mots pour ame , Ref
picit unum .
A toutes les fenêtres de l'appartement
de ce jeune Seigneur , il y avoit des trompettes
, des timbales & des hautbois , qui
joüerent des fanfares pendant tout le
feu .
*******
******
MORTS & MARIAGES.
Paul Arnaud , Chirurgien
Rordinaire du Roy & du Parlement ,
ancien Profeffeur- Demonftrateur en Chirurgie
, mourut à Paris le 23. Janvier
dernier , âgé de foixante & fix ans . Il
s'étoit fait connoître pendant fa vie de
tout le Royaume , même des Etrangers ,
par un merite diftingué , & par les hautes
DE FEVRIER 1723. 393
tes connoiffances qu'il avoit acquifes dans
fa profeffion. Il étoit fils du fieur Paul
Arnaud , Maître Chirurgien de Paris ;
C'est un des premiers qui ait mis l'art de
Chirurgie au point d'excellence où on
la voit aujourd'hui , ayant travaillé toute
fa vie à former d'habiles Chirurgiens ,
autant par la pratique des operations ,
que par les obfervations & les fçavantes
reflexions dont il a fait part au public
dans toutes les Ecoles de cette Ville deftinées
au progrès de l'art de Chirurgie.
& principalement dans celles du Jardin,
Royal des Plantes , où pendant 27. années
confecutives il a partagé , avec le celebre
M. du Verney , les foins & la gloire
de l'inſtruction des jeunes Chirurgiens ,
& développé les principes de fon art
avec cette naturelle élocution qui lui fais
foit rendre fenfible , même à ceux qui
n'étoient point de la profeffion , ce qu'el
le contenoit de plus difficile & de plus.
embaraffé. A ces rares talens il joignoit
une exacte probité & une parfaite droiture
de coeur ; c'eft pourquoi le Parlement
lui fit l'honneur de le defigner en
1710. pour remplir la place de l'un de
fes Chirurgiens ordinaires , à laquelle il
fut admis en 1712. après la mort de M.
Beffiere . En 1709. il fut un de ceux que
le Roy envoya pour avoir foin des. Of
ficiers
394 LE MERCURE
ficiers bleffez après la bataille de Malpla- ·
quet. Il lui fit l'honneur en 1715. de le
faire appeller à fa derniere maladie.
M. le Commandeur de la Carte
Grand - Prieur d'Aquitaine , eft mort au
commencement de Fevrier dans fa Commanderie
de Loudun.
M. François le Haguais , Confeiller .
d'honneur en la Cour des. Aydes , où il
avoit été ci- devant Avocat General , eft
mort à Paris le 23. Janvier , âgé de .
84. années . Son éloquence & fa probité
lui avoient acquis une très grande reputation
qui ne s'eft jamais démentie.
Madame Marie - Marguerite l'Hofte`,
veuve de M. Louis - François Hennequin
, Confeiller d'honneur , & Procureur
General au Grand Confeil , & qui
avoit été nommé le 7. Septembre 1691 .
pour remplir la place de Premier Prefident
de Normandie , eft morte le 26.
Janvier dans la foixante & quatorziéme
année de fon âge.
Dame Marie Bétaud , époufe de M.
Ferrand , Confeiller en la Grand '- Chambre
, mourut le 11. Fevrier . Elle avoit
époufé en premieres nôces Meffire Mathias
Poncer de la Riviere , Chevalier,
Comte d'Ablys , Maître des Requêtes ,
Prefident au Grand Confeil , mort en
1693. après avoir fervi le Roy pendant
plufieurs
* DE FEVRIER 1723. 395
>
,
plufieurs années avec beaucoup d'honneur
& de reputation , en qualité d'Intendant
dans les Provinces d'Alface , de
Berry & de Limofin. De cepremier Mariage
elle avoit eu trois enfans , fçavoir
fetië Dame Catherine Poncet de la Riviere
recommandable par la vertu ,
époufe de M. François Bouton , Comte
de Chamillý neveu du Maréchal de
France , de ce nom , ci- devant Ambaf
fadeur extraordinaire en Dannemarc
Lieutenant General des Armées du Roy,
Commandant pour Sa Majefté dans les
Provinces de Poitou , de Saintonge , &
dans le Pays d'Aunix , M. Pierre Poncet
de la Riviere , Comte d'Ablys , Prefident
au Parlement , Magiftrat auffi integre
qu'éclairé , & M. Michel Poncet
de la Riviere , Evêque d'Angers , fi
connu par fon efprit , fon érudition , fon
éloquence , fa pieté , fon zele , & toutes
les qualitez qui fondent le merite éminent.
M. Victor Alvarez , Prêtre , Prevôt
de Marizy , Comte de Monemont , eft
mort le 11. Fevrier , âgé de 62. ans.
M. François des Granges de Surgeres ,
Marquis de Puiguion , Commandeur de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis ,
Lieutenant General des Armées du Roy,
le 22. Fevrier , âgé de 5. ans.
Le
376 LE MERCURE
Le 9. de ce mois le Marquis de Maleiffye
, Seigneur de Mons en Poitou ,
Enfeigne de Vaiffeau , Lieutenant de Roy
de Compiegne , a époufé Mlle de Barillon
. Ces deux noms & d'une gut connus ,
condition diftinguée , l'un dans l'Epée &
l'autre dans la Robbe. M. le Marquis de
Maleiffye, pere de celui qui vient de fe
marier , étoit Capitaine aux Gardes , &
avoit eu fix de Mes fes peres & oncles
auffi Capitaines aux Gardes . Il y en avoit
eu un très- diftingué dans le fervice , &
Gouverneur de Pignerol du temps de
Louis XIII. Me fa meie fe nomme Anne
Barentin , fille de M. Barentin , Confeiller
de la Grand' - Chambre . niece de
M. le Prefident Barentin , & de Me de ;
Boiſdauphin , mere de feuë Me de Louvois.
Feu M. le Marquis de Maleiffye
avoit deux foeurs , dont l'une avoit époufé
M. le Marquis de Bully , & a été mere
de M. le Marquis de Bully d'aujour
d'hui , & de M la Marquile de Roncherolles
: l'autre eft Me la Marquise de
Sommery.
Mete de Barillon s'appelle Anne- Phil-:
berte , elles eft fille de M. de Barillon ,
Maître des Requêtes , qui a été Intendant
de Rouffillon , des Armées du Roy
en Catalogne , & enfuite de Navarre &
Bearnes & de Daine Anne Doublet , fon
épous
DE FEVRIER 1723. 397
éponſe. M. de Barillon , grand- pere de
cette Dlle a été pendant 12. ans Ambaffadeur
en Angleterre , elle a un frere aîné
qui eft Confeiller au Parlement , non encore
marié , & une foeur Bonne de Barrillon
, mariée à M. le Camus , Marquis
de Bligny.
SUPPLEMENT.
EXTRAIT d'une Lettre écrite par
M. de Camps , Abbé de Signy , à M.
du Cardonnoy , Confeiller Veteran au
Prefidial d'Amiens , le 25. Fevrier 1723.
›
Es Obfervations que je trouve , Mon-
Leur dans lalo que que nous avez
fait l'honneur de m'écrire le 13. de ce mois
au fujet des Remarques qu'un Anonyme
a fait inferer dans le Mercure de Decembre
dernier fur ma Differtation du Sacre
& du Couronnement de nos Rois depuis
Pepin le Bref , font très- judicieuſes.
Vous avez raifon d'être furpris autant
que je le puis être , qu'un Auteur qui
commence fes Remarques par dire , » que
» ce n'eft point par efprit de critique
» mais par un pur amour pour la verité
de l'Hiftoire , qu'il fe voit contraint
> d'avertir le Public des fautes qui fe
trou
368 LE MERCURÊ
→
trouvent dans cette Differtation , débutte
par en fuppofer une pour la combattre
, puifqu'ayant relû exactement ma
Differtation , vous n'avez trouvé nulle
part que j'aye feulement infinné que le
Sacre de nos Rois ne doit fe faire les
que
jours de Dimanche ou de Fête , comme
il le fuppofe car en effet , je ne l'ai pas
infinué. Je ne me ferois pas même contenté
de l'infinuer feulement ; mais je
l'aurois affeuré pofitivement , fi j'avois
crû que quelqu'un pût en douter.
Il en eft de même de la Ceremonie du
Sacre de nos Rois comme de celui des
Evêques , l'une & l'autre eft fi auguſte &
fi ſainte , qu'elles ne fe font , & ne doi
vest faire qu'un jour de Dimanche on
de Fete , aoins que pour quelque cir
conftance , il n'y ait une difpenfe qui per
mette de la faire un autre jour .
C'eft avec juftice que vous penfez que
la plupart des fautes que ce fçavant Anonyme
relève , ne font que quelques chiffres
obmis ou gliffez l'un pour l'autre.
par le Copiſte ou par l'Imprimeur dans
la compofition de fes planches , comme il
arrive fouvent dans le choix des Lettres
qu'on y employe . Car je ne les trouve
pas dans la minutte qui m'en eft restée.
Ce font des mépris qui arrivent même
affez fouvent à ceux qui écrivent leurs
propres
DE FEVRIER 1723 . 399
propres penfées , les habiles lecteurs fçavent
bien y fuppléer lorfqu'ils s'en apperçoivent
, & ne s'en font pas un objet de
critique. Je crois comme vous que celui
de l'Anonyme
a été de faire connoître au
Public qu'il fait un grand ufage de la
Chronologie
du Pere Labbe , où l'on
trouve ailément les Lettres Dominicales
& les autres jours de chaque femaine
dont on a beſoin .
4
Il y a dans ma Differtation d'autres.
fautes qui meritoient mieux que celles - là
d'être relevées ; il y a même des omiffions
fi confiderables , que je fuis réfolu d'en
donner une nouvelle édition . Si je ne
l'ai commencée qu'au Sacre de Pepin le
Bref , c'est que ceux qui m'y ont engagé
ne m'en demandoient pas davantage.
Mais en la faifant réimprimer je parlerai
du Sacre & du Couronnement des Rois ,
Les prédeceffeurs , autant que les Hiftoriens
contemporains nous en ont laiffé de
connoillance , pour lors j'aurai foin que
les mêmes fautes obfervées par ce Philalete
ne s'y trouvent pas . On doit flater
fon grand amour pour la verité de l'Hiftoire.
Cependant comme il me paroît que
vous préfumez qu'il pourroit avoir quelque
railon , & qu'effectivement je puiffe
m'être trompé fur le jour du Sacre du
Roy
400 LE MERCURE
Roy Robert , & fur l'âge du Prince
Hugues , fon fils aîné , je ne puis me difpenter
de m'expliquer avec vous fur l'un
& fur l'autre.
au 30.
Les Hiftoriens contemporains , & les
plus proches du temps ont varié fur le
jour du Sacre du Roy Robert. Quelquesuns
l'ont fixé au 30. Decembre de l'année
987. d'autres au premier Janvier jour
de la Circoncifion , & d'autres au 7. &
du même mois. Duchefne a adopté
le 30. Decembre. Il le prouve par le ferment
que le Roy Robert fit dans l'Eglife
de S. Martin de Tours , en datte du 31 .
Decembre pridie Calendas Januarii , &
de là on pourroit croire que le jour de
fon Sacre doit être reculé , & qu'il n'a
pû fe faire qu'en une des Fêtes de Noël ;
car il n'eft pas à préfumer que le Roy
Robert n'ayant été facré à Orleans que
le 30. Decembre ait pû fe rendre en un
feul jour en la Ville de Tours , qui en eſt
éloignée de trente- cinq lieues pour y
prêter le ferment raporté par Duchefne.
J'ai fait une affez longue Differtation
fur ces differentes époques que j'ai miſe à
la fin de la vie du Roy Robert . Je vous en
envoyerai une copie , fi vous le fouhaitez .
Vous verrez , Monfieur , que j'y ai raporté
les raifons qui m'ont déterminé au choix
de celle que j'ai fuivie , & à foutenir que
cette
DE FEVRIER 1723 . 401
cette Ceremonie fut faite dans l'Eglife
d'Orleans , & non dans celle de Rheims
contre le fentiment de Glaber , qui parlant
de la fucceffion legitime de Hugues
Capet à la Couronne & du Sacre du Roy
Robert , fon fils , dit liv . 3. ch. i .
Ita Francorum Regum fecunda deficiente
linea Regnum in tertiam eft tranflatum
, in qua Hugo filium fuum Robertum
fibi confortem egit regni , & benedici
fecit Remis Kalendis Januarii , &c.
Quant à l'âge du Prince Hugues , fils
aîné du Roy Robert & de Conſtance
d'Arles , fa cinquiéme femme , le même
Auteur Anonyme remarque , dites vous ,
qu'il lui femble que je me fuis trompé
& que pour le prouver il raporte ce
vers de Glaber.
Ter denis minus excreverat duobus .
Et conclud que qui de trois fois dix
ôte deux refte pour 23 .
Examinons donc enfemble , fi je ine
fuis trompé , vous êtes plus habile que
perfonne pour en juger.
Le Prince Hugues fut fait Roy en
1017. il mourut en 1026. n'ayant que 20.
ans , & il faut, comme l'ont remarqué les
- PP. Mabillon & Rumart, corriger le mot
Ter denis qui fe trouve dans l'Epitaphe
que cet ancien Auteur lui compola à la
follicitation
402 LE MERCURE
follicitation des Religieux de l'Abbaye
de Cluny , & lire.
Bis denis minus excreverat duobus , (a)
Regnorum lumen Hugo Regum maximus.
En effet un autre Epitaphe de ce jeune
Roy compofé par Gerard d'Orleans ,
pour être mis fur fon Tombeau , & qui
Je trouve dans un manufcrit de la Bibliotheque
Petau , porte qu'il mourut pucr.
Celtibery lacrymant , te regem Roma
petebat , (b)
O miferande puer , fed tumulatus
hic es.
D'ailleurs Odoran , Moine de S. Pierre
le Vif de Sens dit auffi chap. 25. de la
Tranflation des Saints Savinien & Potentien
, que le Prince Hugues étoit parvylus
, lorfque le Roy Robert alla à Rcme
pour faire valider fon mariage avec la
Reine Conftance . Ce fut l'an 1012. au
commencement du Pontificat de Benoît
YHI.
Il ajoûte que la Reine Conftance demeura
au Château de Teil avec le Prince
Hugues , fon fils , & qu'elle y avoit de
grandes inquietudes .
(a ) Aet . SS . Ord . S. Bened . fac. 4. Pref.
1. part.
(b) Bely Hiftoire des Comt. de Poit.c. 15. p.300.
Voici
DE FEVRIER 1723. 405
Voici les propres paroles.
Dum quodam tempore Robertus Rex Romam
peteret, & Conftantia Regina una
cum filio Hugove PARVULO Tillo
remaneret, quod ne Berta Regina dudum
caufa confanguinitatis à Rege repudiata
comperit profecuta eft eum ,
Sperans fe faventibus ad hoc quibufdam
Aulicis Regis juffu Apoftolico
reftitui Thoro Regio. Unde Conftantia
Regina timens fe amoveri a Regio latere
inenarrabili detinebatur marore..
Mais à propos de la Reine Conftance ,
cinquiéme femme du Roy Robert , je fuis,
furpris que le grand amour de l'Anonyme
pour la verité de l'Hiftoire , ne l'ait
pas fait appercevoir d'une faute effenrielle
que j'ai faite dans ma Differtation
en parlant de cette Princeffe. J'ai dit
qu'elle étoit fille de Guillaume II . Comite
d'Arles & de Provence , je devois dire
de Guillaume I. j'étois dans l'erreur , c'eft
le fçavant M. de Mazaugue qui me l'a
fait connoître par une lettre qu'il m'a
écrite à ce fujet.
Le divorce du Roy Robert avec Berte,
Ta quatriéme femme , le détail & les circonftances
de cette grande affaire ont été
raportez fi infidelement par nos Hiftoriens
les plus modernes , & avec tant de
partialité pour les Ultramontains , que je
I Luis
404 LE MERCURE
fuis réfolu de donner une Diſſertation
que j'ai faite fur ce que j'en ai trouvé
dans les Contemporains les plus exacts ,
imprimez ou manufcrits , & dans les actes
que j'en ai vu dans la feconde Capfule
des Archives du Château Saint Ange ,
qui concernent les affaires des François,
Au refte , Monfieur , je vous prie de
me donner quelque temps pour mettre en
ordre , & le plus en abregé qu'il me fera
poffible les Obfervations que vous me demandez
fur les Provinces qui ont compofé
le Royaume de Bourgogne Transjurave
, & d'Arles ou de Provence.
f
EXTRAIT de la Tragi- Comedie de
Bafile & Quitterie.
PROLOGUE.
I
L fe paffe entre trois Acteurs , le Mar-
I quis,le Baron & le Chevalier . La Scene
ouvre par un entretien entre le Marquis
& le Chevalier au fujet de la Tragi - Comedie
de Bafile , où l'Auteur prend oc
cafion de tourner en ridicule ces demi
beaux efprits , dont tout le talent eft de
vetiller fur les ouvrages d'efprit , & de
clabauder contre tout ce qui n'eft pas de
7
leur
DE FEVRIER 1723. 405
leur goût. Le Chevalier eft ici un fot gâté
par le commerce de ces Meffieurs , & le
· Marquis un homme raisonnable qui tâche
envain de lui ouvrir les yeux par
tout ce qu'on peut dire de plus fenfé fur
les ouvrages qui paroiffent en public.
Dans la feconde Scene le Baron entre,
& leur apprend qu'il fort d'une maifon
où il a entendu la lecture de la nouvelle
piece. On lui demande quel jugement piece.
l'affemblée en a porté , à quoi il répond
qu'elle a été reçûë de la maniere la plus
finguliere du monde , qu'elle a été trouvée
déteftable & excellente. Il explique
ce Paradoxe , en difant , que fi l'Auteur
retranchoit de fa Piece tout ce qu'on y a
critiqué , il n'en conferveroit pas dix
vers.Que fi au contraire tout ce qu'on y a
loüé fe trouve bon , elle eft excellente , &
qu'il n'y a pas dix vers à retrancher. Le
Marquis ne paroît point furpris de ce jugement
; & comme le Baron s'en étonne ,
il lui répond par une Fable , dont l'idée
a paru neuve , jufte & fort ingenieufe ..
Elle eft intitulée le Fleurifte : en voici le
fujet & l'abregé.
Un Fleurifte , charmé de fon parterre ,
invite tous les voifins à venir voir fes
fleurs à peine font- ils arrivez , que fe
promenant au milieu d'eux :
;
I ij CA
406 MERCURE LE
C'a , mes fleurs , leur dit- il , comment vous
Jemblent- elles ?
Le Roy dans fonjardin en a -r'il de plus belles &
N'êtes- vous pas charmez de leur vivacité?
Que dites-vousfur tout de cette bigarrure?
Pour moi , je vous l'avonë , ami de la nature
J'ai toujours été fou de la varieté ,
Selon moi , d'un parterre elle fait la beauté.
C'eft à peu près ainfi que. nôtre homme
babille , lorfqu'un de la compagnie
lui confeille d'en retrancher la Jonquil
le , celui- ci la Rofe , celui- là la Renoncu
le , &c.
Si bien que fi notre homme immoloit fans murmure
Ce qui bleffe chaque cenfeur ,
Il ne fauveroit pas des traits de la cenfure
Une pauvre petite fleur.
Le Fleurifte indigné , & c,
De voir par le détail fronder tout fon ouvrage.
S'emporte jufqu'à vouloir faucher toùt
fon jardin ,
Des caprices du goût admirez cet exemple.
Toutes les fleurs qui viennent d'être
condamnées par les uns , font à l'inftant
reclamées les autres
par
Enfin , pour abreger cette Hiftoire plaisante ;
Tel a frondé l'oeillet qui défend l'amarante
Tel contre celle ci parloit avec chaleur ,
Qui de l'oeillet profcrit devient le défenſeur
Si bien qu'en un moment cette nouvelle guerre
Du Fleuriste charmé rétablit le parterre .
"
ACTE
DE FEVRIER 1723 407
1
ACTE I.
Gamache ouvre la Scene avec Hircas ,
fon confident , en lui parlant de la forte .
Oui , l'on dit que Bafile à force d'impoftures,
A mis dans fon parti ce chercheur d'avantures ,
Qui , contre mon Himen , hautement irrité ,
De fes prétentions flate la vanité :
Jufques là qu'en public traitant de tirannie ,
Le noeud qui va m'unir au fort de Quitterie ,
Cet inconnu , dit- on , fe vante fierement ,
Dé lui faire époufer fon ancien amant.
Hircas l'exhorte à méprifer les projets
d'un fou , tel que Dom Quichotte , a
quoi il répond par ces vers qui fondent
le caractere du Chevalier de la Manche ,
Et c'eſt par la raifon qu'il a l'efprit bleffé ,
Que je crains de fa part quelque coup d'inſenſé.
D'ailleurs , je t'avouerai qu'à fon extravagance
Je l'ai vu ce matin mêler tant de prudence ,
Parler fi fenfément devant tous nos amis,
Que je crains qu'il ne tourne à fon gré les
efprits.
Enfin Gamache conclut , qu'il eft de
fon intereft de ménager un inconnu ,
qui pourroit troubler ſa nôce , en ſe mettant
à la tête du parti de Bafile.
Scene 1 I.
Sancho furvient , il dit à Gamache de
fe retirer , & de lui laiffer le temps d'agir
pour lui auprès de fon maître qui va
bien- tôt venir. Gamache le quitte , en lui
difant
I iij Pour
408 LE MERCURE
Pour vous récopenfer des foins que vous prenez,
A tous mes Cuifiniers les ordres font donnez .
Scene 111.
Sancho fait un court monologue où il
fe plaint de l'extravagance de fon mattre
, qui s'avife de vouloir traverser une
Fête , dont les apprêts lui promettent
une grande chere.
Scene IV.
Dom Quichotte arrive , & s'annonce
par cette complainte amoureuſe.
O Soleil de mes jours , ô Lune de mes nuits !
Quand prendras tu pitié de l'état où je ſuis ?
Sancho l'aborde , & pour le mettre
dans le parti de Gamache , il employe`,
d'abord fon éloquence gloutone.
N'allez pas époufer le parti de Bafile
Dont la cuifine eft froide , & l'amitié fterile .
Vive , vive l'amant dont le prodigue amour
Depeuple Colombier , garenne & baffe- cour.
Dom Quichotte.
Se peut -il qu'abfolu fur ton ame groffiere ;
Un terreftre plaifir l'occupe toure entiere , & c.
Ne prétendrois- tu pas, coeur chetif , ame lâche,
Que je me declaraffe en faveur de Gamache ?
Quand Bafile affligé m'offre une occafion
De remplir les devoirs de ma profeffion ,
Quoi ! fu cité du Ciel dans ce temps de licence,
Pour fervir de rampart contre la violence ,
Pour me tre le merite à l'abri de les traits ,
Pour redreffer les torts , pour punir les forfaits,
Penles-tu
DE
FEVRIER 1723. 409
Penfes tu que d'un pere écoutant l'avarice
D'un ceil indifferent je voye une injuftice ? & c..
Sancho mortifié des difcours de fon
maître les combat d'abord en faifant
valoir les droits d'un pere fur fes enfans.
Dom Quichotte répond fagement à Sancho
, en donnant de juftes bornes à l'autorité
des peres , & à l'obéïffance des enfans.
Il ajoûte enfuite que le merite doit
l'emporter fur l'intereft , à quoi Sancho
répond par cette tirade.
Vous me feriez damner en parlant de la forte,
Semble t'il pas , Monfieur , que mille honnê-,
tes gens .
N'enragent pas de faim avec tous leurs talens ?
Je fçai bien que vanté dans tout le voifinage ,
Bafile , par exemple , eft la fleur du Village ,
Qu'il eft jeune & bienfait , qu'il écrit , qu'il lit
bien
Qu'il parle comme un livre & qu'il n'ignore ,
rien ,
Que pour la danfe enfin , pour l'efcrime & la
lutte ,
Il ne faut pas, morbleu , qu'aucun le lui difpute,
Mais fans avoir ici deffein de l'outrager ,
Tout ce beau fçavoir là donne- t'il à manger ?
Pour voir comme on reçoit toutes ces gentil
leffes
Qu'il aille au cabaret , au marché fans efpeces ,
Avec tous ces talens du corps & de l'efprit,
Il ne trouveroit pas pour un fol de credit, & c.
Dom Quichotte lui impofe filencé ;
mais bien- tôt il s'échape , car l'entretien
I iiij venant
210 LE MERCURE
venant à tomber fur le beau fexe , dont
le Galant Chevalier prend le parti , il
enfile une tirade de proverbes.
N'en doutez point , la femme eft une vraye
attrape ,
pas ,
Vous croyez la tenir quand elle vous échape ,
Il faut toujours nager , & ne s'y fier
Un tien vaut beaucoup mieux que mille tu l'au
ras , & c .
Scene V.
Gamache efperant que les foins de San
cho auront rendu Dom Quichotte plus
traitable , vient lui parler accompagné
d'Hircas , fon ami. Le Chevalier le reçoit
fierement , en lui proteftant qu'il ne permettra
pas qu'il abufe en tyran de l'obéiffance
de Quitterie à quoi Hircas
répondant iimmpprruuddeemmmmeenntt ,, Dom Quichotte
leve la lance fur lui en le menaçant
ainsi ,,
;
Weillaque , ofes-tu bien pouffer ton infolen
ce , & c.
Et continuant d'extravaguer , il s'écrie,
Eh !
que
diroient de moi ces illuftres vangeurs,
Que jadis l'infortune avoit pour protecteur ,
S'ils voyoient de moir temps opprimer la foibleffe
?
Que diroient les Renauls , les Amadis de
Grece & c.
Gamache prend la parole , & tâche
de le ramener par la douceur , lui faifant
entendre
DE FEVRIER 1723 411
:
entendre qu'il ne fait point de violence
au coeur de Quitterie qu'il croit l'obte
nir d'elle- même , ainfi que de fon pere
A ces mots Dom Quichotte s'appaife , &
lui promet de n'être plus contraire à fes
feux , pourvû que Quitterie ne témoi
gne aucune répugnance à l'époufer ; ce
qu'il veut , dit-il , apprendre d'elle- mê
me. Gamache accepte le parti . Dom Quichotte
ravi de le trouver fi raiſonnable ,
femble tout à coup devenir un autre homme
par le difcours fenfé qu'il lui tient à
l'occafion de ces mariages d'intereſt our
l'amour n'a point de part.
Car combien de malheurs attachez au deftin ,
De ceux qu'unit fouvent un pouvoir inhumain ♬
Envain pour s'acquitter d'une trifte promeffe ,
La raison quelque temps leur tient lieu de
tendreffe ,
Victimes du devoir qu'ils refpectent d'abord
Pour s'aimer , pour le plaire , ils font un vain
effort
Le dégoût que bien tôt l'indifference amene ,
Fait naître dans leur coeur le mépris & la
haine , 7
De là ces repentirs dont ils font déchirez
Get oubli criminel des droits les plus facrez ,
Ces troubles journaliers , cette guerre inteftine
D'une famille en feu la honte & la ruine .
Il part avec Sancho pour
Iles fentimens de Quitterie.
Scene VI.
aller fçavoir
Gamache le felicite d'avoir acquiefcé
1 v à la
412 LE MERCURE
à la propofition de Dom Quichotte , per
fuadé que Quitterie eſt trop foumife aux
ordres de fon pere , pour ofer lui faire
un affront auffi grand que feroit celui de
retracter fa parole en un jour deſtiné pour
fa nôce ; ce qui d'ailleurs l'expoferoit à
un rigoureux traitement de la part de
Lictamon dont la ſeverité eft connue.
Scene VII.
Quitterie & Clarice furviennent . Gamache
leur parle imprudemment de Ba--
file. Quitterie paroît s'en offenſer , &
lui répond d'une maniere dont il ne fçauroit
abfolumenr fe plaindre ' , mais dont il
a lieu de s'allarmer ; elle le quitte en difant,
que c'étoit une de fes amies qu'elle
venoit chercher.
Scene V111.
Gamache allarmé de l'entretien qu'il
vient d'avoir avec fon accordée , prend
le parti de recourir à Lictamon qu'il fçait
être abfolu fur la volonté de fa fille. 11
fort plus amoureux que jamais..
ACTE II.
Lictamon témoigne à fa fille dans la
premiere Scene , combien il eſt charmé
que fa fage réponſe ait porté Dom Quichotte
à ne plus traverſer fon Himen avec
Gamache.
Scene 1 I.
Dom Quichotte apprend à Quitterie
qu'il
DE FEVRIER 1723. 413
•
qu'il vient de dire à Bafile de ne plus
compter fur fon fecours . Il fort avec Lictamon
pour aller raffurer Gamache , &
laiffe avec Quitterie Clarice qui furvient.
Scene 111.
Clarice apprenant de Quitterie qu'elle
a facrifié Bafile à Gamache , lui reproche
fa foibleffe . Quitterie fe retranche fur la
foumiffion qu'elle doit à fon pere , & s'excufe
par ces vers ,
N'ai- je été jufqu'ici foumife à fon empire ,
Que pour payer enfin fes bontez & fes foins ,
D'un affront dont ce jour auroit tant de témoins ?
Non , non , je n'ai pas dû lui faire cette offenfe ,
Sa gloire eft attachée à mon obéiffance.
Clarice la prie d'accorder au moins à
Bafile le moment d'entretien qu'il lui a
fait demander. Elle s'en défend , en lui
reprefentant le danger où cette complaifance
expoferoit la réputation , ajoûtant
que cette entrevûë ne feroit qu'aigrir
fa douleur & celle de Bafile , pour
qui elle ne peut s'empêcher de témoigner
une tendreffe extrême .
Scene IV.
Bafile arrive déguifé en Chevalier
errant , & la vifiere de fon cafque baiffée
, fuivi de Damon fous un habit d'Ecuyer,
avec un gros nez qui fert à le mieux
déguifer.
Bafile, pour fonder le coeur de fa maî-
I vj treffe
14
LE MERCURE
trelle l'aborde en accufant fon amant d'avoir
voulu troubler fon Himen avec Gamache
, & lui offre fon bras pour l'aller
punir. Quitterie qui ne reconnoit pas
Bafile fous l'habit de Chevalier , n'accepte
pas fon fecours , & s'allarme pour
les jours de fon amant qu'elle croit bien"
loin d'elle. Bafile continuant la feinte lul
dit ,
Pourquoi donc lui donner ces remarques d'a
mitié ?
Qui vous fait prendre foin de fes jours ?
Quitterie.
Bafile.
La pitié , & c
La pitié pour Bafile agit feule aujourd'hui !
Quitterie.
Oui , Monfieur , elle foule intercede pour luis
Bafile .
Vous ne l'aimez donc plus ? -
Quitterie.
Non , & c.
A ce mot Bafile fe découvre , & pour
raflurer la maîtreffe allarmée de le voir
devant elle , il dit à Clarice.
... Comme j'ay craint de paroître en ces lieux-
Sous un exterieur qui l'auroit offenfée ,
Dom Quichotte à propos s'offrant à ma pensée,
Je me fuis avifé de ce déguifement ,
Et nous avonss-jugé que cet habillement ,
Cette lance & fur tout cette efpece de cafques
Pour cacher mon amour étoit un heureux mafque
Enfuite
DE FEVRIER 1723. 415
*
Enfuite il attendrit fi bien ſa maîtreſſe
par tout ce que la paffion peut mettre en
ufage de plus fort & de plus touchant
* qu'enfin le devoir cedant à l'amour ,
elle donne les mains au ftratagême que
medite Bafile pour l'arracher à fon rival.
Sur le point de la quitter il lui dit ces
vers.
Mais fi , car du fuccès mon ame eft incertaine
Si j'allois échouer , adieu , qu'il te fouvienne
De dire quelquefois , en pleurant fur mon fort
Le jour de mon Himen fut celui de ſa mort.
Scene V. VI. & VIE
Quitterie furpriſe avec Bafile par
Dom
Quichotte & Sancho qui furviennent ,
contraint fa douleur & fes larmes ; elle
répond , toute troublée , à Dom Quichotte
qui lui demande pourquoi elles'en
ya ,.par ce vers
Excufez-moi , Monfieur , je ne le connois pas
Bafile ayant baiffé la vifiere de fon
cafque à l'afpect de Dom Quichotte , à
qui il a intereft de ne pas fe découvrir
eft obligé de s'arrêter , & de foutenir
le perfonnage de Chevalier errant qu'il
reprefente fous fon déguiſement , ce qu'il
fait avec fondement , ayant dit dans la
Scene precedente , en parlant de Dom
Quichotte.
A lire les Romans j'ai perdu trop de nuits
Pour ne pas l'abufer fous de pareils habits,
Il tire des Lettres de Quitteries
416
LE
MERCURE
Cette Scène eft comme un abregé
toute la Chevalerie errante. L'Auteur
a fçû y rafflembler avec art tout ce
que ce goût romanefque peut offrir
de plus ridicule & de plus réjouiffant ,
comme enchantemens , difpute fur la
beauté de fa Dame , défi , rodomontade
, invocation , &c. Voici quelques
vers qui feront voir de quel ton parlent .
nos Chevaliers.
1
Bafile.
Vous ne fçavez donc pas jufqu'où va la ven
geance
Des maudits enchanteurs que mon amour
offenfe , & c.
Sur ce vilage affreux , monument de leur rage,
D'un monftre épouvantable ils ont tracé l'image
,
En un mot , enchanté par leur pouvoir malin
Il eft méconnoiffable, & n'a plus rien d'humain ,
Dom Quichotte.
Car fi vous l'ignorez , ofer vous dire aimé
De l'objet le plus beau que le Ciel ait formé ,
C'eft faire une injuftice à la Dame que j'aime ,
Et contre fa beauté proferer un blafphême, & c.
Bafile embarraffé de Dom Quichotte ?
comme il le témoigne par cet à parte.
Tandis que mon amour exige ailleurs mes
foins ,
Ne puis je m'arracher au fou qui nous a joints
Le fâcheux embarras .
Se
DE FEVRIER 1723. 417
Se tire d'affaire en donnant adroitement
le pas à Dulcinée fur fa prétenduë
Dame, & les deux Chevaliers reconciliez
fortent chacun de fon côté après s'être
embraffez .
Au commencement de cette Scene la
furpriſe & les mouvemens de Dom Quichotte
, à l'afpect de Bafile en Chevalier,
font un coup de Theatre auffi agréable
que nouveau , & la frayeur de Sancho
en voyant l'effroyable nez de l'Ecuyer
prétendu, fait d'un autre côté un jeu plaifant
& fort comique.
Il faut remarquer que les Ecuyers font
fortis & rentrez pendant l'entrevûë &
les démêlez de leurs maîtres . On a confondu
trois Scenes , parce qu'elles roulent
toutes fur la Chevalerie.
Scene VIII. & IX.
Damon refte fur la Scene , & attend
Sancho pour le punir des foins qu'il s'eft
donnez pour Gamache. Lotfqu'il eft arrivé
il feint de vouloir l'engager dans un
combat , ce qui met la poltronerie de nôtre
Ecuyer dans tout fon jour. Damon fort
après lui avoir donné quelques gourmades.
Scene X.
Sancho fe felicitant d'en être quitte à fi
bon marché , va voir fi le dîner eft prêt ,
& fi on fe met en devoir de venir celebrer
la nôce,
ACTE
LE MERCURE
ACTE II I.
Dans la premiere Scene Gamache ravi
de toucher enfin au moment où il va poffeder
Quitterie , en témoigne fa joye à
Hircas , & s'applaudiffant de fon triom
phie fur Bafile, il lui demande, s'il eft vrai
que ce rival ait pouffé fon defefpoir juſ
ques à vouloir s'oter la vie.
Hircas
( main
Ouy , l'on dit hautement qu'un poignard à la
Bafile , fans Damon , s'alloit percer le fein ,
Que malgré les confeils , conftant dans fa foliey
IT conferve toûjours cette fatale envie , & c .
Cela
prepare
l'arrivée de Bafile mou
rant. Gamache eft enfuite furpris de ne
pas voir fes amis.
A la deuxième Scene on voit arriver
en habits de fête les amis de Gamache ,
qui après les avoir invitez à commencer
leur jeux , fort pour aller chercher fon
accordée.
Scene III. IV. V.
· Sancho arrive & fe mêle aux danfes
des Bergers qui lui font compliment fur
fon agilité. Ce qui donne lieu à un entretien
,où Sancho remplit parfaitement fon
caractere de babillard , leur débitant
mille extravagances fur fon gouvernement
prétendu , fur fa femme , fur fa
fille qu'il a en tête de faire Dame , fans
oublier le Grifon. Voici quelques vers de
cer
1
' DE &FEVRIER 1723.
cet entretien qui pourront faire juger du
refte .
Sancho.
Patience , attendons que le gouvernement
M'ait donné dans le monde un plusjilluftre rang
Que l'Ifle qui nous fait courir la pretentaine
Après quelque combat devienne mon aubeine ,
Car mon maître penfant à fe faire Empereur ,
Me fera tout au moins ou Comte , ou Gou
verneur.
Oh ! ce fera pour lors qu'à bon titre prifée ,
La fille de Sancho fe verra courtisée :
Que nos plus gros Fermiers , l'un de l'autre ja↳
loux ,
Oubliant leur fierté , lui feront les yeux doux?
Mais, dame , ce n'eft pas pour eux que le four
chauffe. & c.
Sancho fe retire & les Bergers reftent.
Scene V1.
Les accordez arrivent avec leur fuite
au fon des inftrumens. A peine.le divers
tiffement eft- il commencé , qu'il eft interrompu
par l'arrivée de Dom Quichot
re , fuivi de Sancho , qui vient leur ap
prendre le defefpoir de Bafile.
Dom Quichote.
Percé du coup mortel qu'il s'eft donné luimême
´,
Nous venons de le voir, O fpectacle touchant F
Luttant contre la mort dans un ruiffeau de fang.
S'il donne en cet état quelque figne de vie ,
Ce n'eft qu'en appellant fa chere Quitterie ;
Ll parle ambigument d'amour & de devoir ,
Et tout mourant qu'il eft il demande à la voir
1
Difant
420 LE MERCURE
Difant à fes amis qu'il attend de leur zele
Le plaifir de pouvoir expirer devant elle.
A ce recit , Quitterie ne peut retenir fes
larmes. Gamache s'en offenfe. Elle s'excule
en fe retranchant , fur le tort qu'une
pareille mort peut faire à fa reputation.
Scene V11.
Daphnis vient implorer la protection
de Dom Quichotte en faveur de Bafile ,
'dont il repete ici les dernieres paroles.
Va , Daphnis , m'a- t'il dit...
Je ne veux que la gloire en fortant de la vie ,
D'emporter au tombeau la foi de Quitterie ;
Trop heureux, fi pour prix d'un amour fi conf.
tant ,
Je puis me voir au moins fon époux un'inftant.
Gamache & Lictamon s'opposent à la
demande de Bafile. Dom Quichotte les
exhorte à la lui accorder , leur réprefentant
dans l'état où fe trouve ce Ber- que
ger , cette grace ne fçauroit nuire à Gamache.
Ils s'obſtinent à refufer ; Dom
Quichotte infiſte , & bien - tôt après s'emporte.
Lictamon & Gamache craignant
que les extravagances du Chevalier n'enhardiffent
les amis de Bafile à quelque
coup d'éclat , tirent Quitterie à part , &
lui difent , que pour appaifer ce fou , il
eft à propos qu'elle feigne d'époufer Bafile
; après quoy Lictamon dit à Dom
Quichotte.
Bafile
DE FEVRIER 1723 421
Bafile peut venir ; calmez vôtre ame émuë ;
A lui donner la main ma fille eft refoluë .
Scene V 111.
Bafile arrive appuyé fur fes amis . Il
foutient parfaitement le perfonnage d'un
amant qui va expirer aux yeux de la maîtreffe.
Quitterie toute troublée & fondant
en larmes , s'approche de lui. Bafile
lui tend la main , & en ferrant celle
de Quitterie , il l'engage à lui donner
veritablement ſa foi, en lui parlant ainfi :
O Dieux ! lorfque monfort devient digne d'envie
,
Faut-il que je me voye arracher à la vie.
Mais , dis - moi , car enfin , d'un retour fi flateur
Je voudrais être au moins redevable à ton coeur,
N'est- ce point à la mort dont l'approche me
glace ,
Que je dois aujourd'hui cette inutile grace ?
A ce trait de bonté que j'éprouve trop tard ,
Mon importunité n'a t'elle point de part ?
Me donnes -tu fans peine une main fi cherie.
Verrois je également couronner mon ardeur ,
Si je devois long temps furvivre à ce bonheur
Répons
Quitterie.
N'en doutes point ; tu le verras de même.
Bafile.
Finis donc ; & d'un mot rends mon bonheur
extrême :
Pour moi d'un tendre époux ravi de ta bonté ,
Je te jure l'amour & la fidelité.
Quitterie
**L LE MERCURE
Quitterie toute en larmes.
Je te jure à mon tour , & d'une ardeur égales
Lezele & l'amitié de la foi conjugale.
A ces derniers mots Bafile Te leve
Surpriſe de Gamache & de toute l'ACfemblée.
Bafile s'adreffant à Dom Quichotte.
Seigneur , qui feul ici connoiffez comme on
aime
Ne vous effenfez pas fi je vous ai deçu ;
Ce n'étoit pas mon fang que j'avois répandu
Dom Quichotte
Quoi !
"
Bafile.
Je me fuis flaté qu'auteur de cette rufe
L'amour auprès de vous me ferviroit d'excufe
Protegez fon triomphe .
En même temps il fe tourne vers Quit
terie , la priant de feconder fes voeux ,
& de confirmer fon hymen ; ce qu'elle
fait en lui difant :
Ne crains rien , me donnant un époux que j’eftime
,
Mon aveu le confirme & le rend legitime ;
Et fi ce n'eft affez pour t'affurer de moi ,
Approche, & derechef viens recevoir ma foi
Bafile.
Et derechef auffi daigne accepter la mienne.
Se tournant vers Gamache.
Romps , Gamache , à prefent une fi belle
chaîne.
Gamacher
DE FEVRIER 1723. 425
Gamache.
Non ,non , ce dernier trait m'ouvrant enfin les
усих ,
ر ت
Je cheris ta victoire , & j'en benis les Cieux.
Quitterie & Bafile fe jettent aux genoux
de Licamon , qui fe laiffant enfin
attendrir , approuve & confirme leur
mariage. Bafile invite fes amis à venir celebrer
fes nôces , & prie Dom Quichotte
de les honorer de la prefence.
Les Acteurs , qui ont rempli les principaux
rôles de cette Piece , font , fçavoir
, dans le Prologue les fieurs Quinaut
, Dangeville & le Grand le fils , reprefentans
le Marquis , le Chevalier &
le Baron ; & dans la Piece , Bafile , le
fieur Quinaut , Quitterie , la Dile le Couvreur
Gamache , le fieur Fontenai ,
Dom Quichotte , le fieur Quinaut du
Frefne ; Sancho , le fieur de la Torilliere
, Lictamon , le fieur de la Voye , &c.
Lés Dilles Lebat , Jouvenot , Lamotte &
le Grand , ont danfé dans la fête de la
noce , ainfi que le fieur Dangeville & fa
petite foeur , dont les talens pour la danfe
font tous les jours plus de plaifir au
public .
Cette piece a été interrompue par l'indifpofition
d'une Actrice . On la doit IC
prendre après Pâques .
L'Hiftoire
424
LE MERCURE
L'Hiftoire de l'Abbaye Royale de S. Germain
des Prez , qui a été annoncée au public par
foufcription dans le Mercure du mois de Juillet
dernier , qui en contient le plan , eft fort avancée
, tant pour l'impreffion que pour les gravures
. Le fieur Dupuis , Libraire , rue Saint
Jacques , qui a entrepris cet ouvrage , donne
avis au public qu'il ne recevra plus de
foufcriptions après le dernier jour du mois de
May de la prefente année 1723 .
Pour ne rien précipiter , & nous donner le
temps de recueillir , de verifier tout ce qui
s'eft dit & paßé à l'Acte de la Majorité , le Roy
féant dans fon lit de Justice , nous en renvoyons
la Relation exacte & détaillée au prochain Mercure
, afin de ne pas retarder le temps auquel
celui-ci doit paroître , ni le trop groffir.
JAY
APPROBATION.
Ay ld par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure du mois de Fevrier
1723. & j'ai crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion. A Paris le 5. Mars 1723 .
HARDION.
TABLE
P
Des principales Matieres.
IECES fugitives , & c . Epître au Cardinal
du Bois. 113
Seconde Lettre fur la traduction de Denis
d'Halicarnaffe. 118
Les Cignes & les Grenouilles , Fable. 235
Lettre au fujet d'un ouvrier qui a été enterré
pendant cinq jours , & c. 236
La fortune reconciliée avec le merite , Poëme.
244
250
Lettre écrite à l'occafion du Sacre du Roy. 246
Bouts rimez , sonnets , &c.
Remarques fur la Bibliotheque Chartraine . 252
Ergafile en belle humeur , bouts rimez . 261
Remarques fur le fyftême de M. l'Abbé de
Camps , touchant l'origine de la maifon de.
France & fes prerogatives.
Sonnets en bouts- rimez .
Lettre de M. Fuzelier à Me
2624
285
fur les Comedies
du Nouveau Monde , & l'Oracle de
Delphes & remercimens, au Cardinal du
Bois , & à l'ancien Evêque de Fréjus. 287
Lettre du Roy au Cardinal de Noailles , Te
Deum pour la ceflation de la pefte , & c. 292
Etrennes à la Marquife de Joyeuſe.
Enigmes .
294
295
NOUVELLES LITTERAIRES. Hiftoire generale
d'Espagne.
Recreations Litteraires.
Jettons frapez à Nantes , &c.-
299
301
Traité Hiftorique des Foires , & c. 3IL
313
314 Medaille du Roy.
SPECTACLES , Pirithous , Opera nouveau ,
& C 321
Tragedie d'Aquilas & Florus , reprefentée
les Ecoliers du College des Jefuites , & c. par
NOUVELLES ETRANGERES , & c.
Morts , mariages & naiffances des
336
349
pays étran
gers. 3.52
Charges , Benefices & Dignitez , &c. 354
360
365
Arrefts , Declarations , Edits , & c.
Benefices donnez par le Roy .
JOURNAL DE PARIS . Remife de la Prin
ceffe d'Orleans aux Efpagnols à l'ifle des
Te Deum pour la ceflation de la Pefte.
Faifans
Service de Madame à S. Denis,
Soldat mort âgé de 114 ans .
Lit de Juftice.
Morts & mariages.
Mort de Madame la Princeffe .
367
375
379
= 3.80
383
389
392
Supplement , Lettre écrite par M. l'Abbé e
Camps à M. du Cardonnay . 387
Extrait de la Tragi- Comedie de Bazile . 404
Errata du mois de Janvier.
PAge 3. lig. 7. du 6. poffedez , liſez poſſes dées.
Page 112. 1. 6. Beaumier , lifez Beaumur.
Abid, ligne 17. idem.
Fautes furvenues pendant l'impreffion
de ce Livre.
PAge 245. lig. 13. Seigneur , lifez Seis gneurs.
L'air noté doit regarder la page 298.
La Medaille du Roy doit regarder la p. 314
MERCURE
DE
FEVRIER 1723 .
QUA COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVFLIER , au Palais.
GUILLAUME
CAVELIER
, Fils , ruë S. Jacques , au Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'image Saint
André , Place de Sorbonne..
NOEL PISSOT, Quay des Auguftins , à la
defcente du Pont- neuf , à la Croix d'Or.
M DC C. XXIII
Avec Approbation & Privilege du Roi.
1
L
A VIS .
ADRESSE generale pour toutes
hofes eft à M. MOREAU
Commis au Mercure , chez M. le Com
mifaire le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Poſte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent
* celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Le prix eft de 30 fols.
213
LE
MERCURE
DE FEVRIER 1723 .
********** XXXXXXXXXXXX
胖胖糕糕
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
A M. LE CARDINAL DU BOIS ,
Premier Miniftre.
T
EPISTRE.
OY pour qui la fortune a mis bas
fon bandeau ,
Quitte pour un moment ton penible,
fardeau ,
Et fouffrant que ma mufe ôte à ta vigilance
Un loifir occupé du bonheur de la France ,
Dis- moy du vrai merite, & la marque & le prix:
A ij Dis214
LE MERCURE
1
Dis-moi par quel effort les fublimes efprits ,
Sortant , ainfi que toy , de la route ordinaire.
Se tracent un chemin ignoré du vulgaire .
Chacun en fa faveur follement entêté ,
Se fait de fon merite une divinité ,
Et s'inclinant aux pieds de fa trompeuſe idole .
Amoureux Ixion l'encenfe & la cajole .
L'un dans fon cabinet , general & foldat ,
Penfe valoir Condé , Turenne ou Catinat :
L'autre feul à fon gré , prudent & politique ,
Plaint au fonds de fon coeur l'ignorance pu
blique ,
S'eftime de l'état l'inébranlable effieu ,
Veut t'égaler enfin & paffer Richelieu .
Tel fait d'un faux éclat fa gloire favorite
Et fur fon équipage arbore fon merite ,
Tel de fes hauts emplois redevable à ſon fang ,
Prend pour lui les honneurs qu'on défere à fon
rang .
Enrichi des tréfors de Rome & de la Grece ,
Ce fçavant s'applaudit de fa vaine richeffe ;
Un autre plus heureux compte dans fon tréfor,
Des talens en efpece , & des vertus en or.
C'eſt ainſi qu'à l'abri d'un voile heteroclite ,
Tous
DE
FEVRIER 1723 . 215
Tous penfent dans leur fein receler le merite.
Que je plains leur abus ! cependant à les voir
Prôner l'un fon courage , & l'autre fon fçavoir,
Celui ci fa grandeur , celui- là ſa naiſſance ,
Ne les croiroit- on pas les pivots de la France ?
Laiffons - les enyvrez de leur propre beauté ,
Nourrir d'un vain encens leur folle vanité .
Le merite eft hors d'eux , & non dans leur
perfonne :
Otez-leur un moment ce qui les environne ,
+
La Nobleffe de l'un , de l'autre les tréfors ,
De tous la folle erreur , & les pompeux dehors
;
Qu'alors mis en plein jour leur merite équivoque
™,
De cent fauffes vertus marquera bien l'époque
Cherchons pour nous guider un veftige plus fur,
Et tirons du creufet le merite tout pur.
11 brille en un efprit , dont la perçante vûë ,
Peut d'un état entier parcourir l'étenduë ,
Qui va toûjours au but , qui fait ſuivre de près
L'entrepriſe , le plan , les moyens , le ſuccès ,
Entend , fans s'émouvoir , fremir la noire envie,
Aux populaires bruits n'a point l'ame affervie ,
Voit d'un regard perçant, fuit d'un pas affuré ,
A iij
De
216 LE MERCURE
動
De fes vaftes projets l'espace mefuré ,
Un fens droit , en un mot, qu'un feu vif affaifonne
,
Que l'art forme & polit , que la nature donne,
Eft, comme je l'ai peint, fans flatter le portrait,
Le Symbole & le fceau du merite parfait .
Non , qu'à la Cour des Rois je renferme ce titre,
Le merite eft logé fous le cafque & la Mitre ,
Bouillant dans les combats , plus tranquille au
Senat ,
Roy , Miniftre , Guerrier , Docteur , Abbé
Prélat ,
Le merite par tout étale fes merveilles ,
Et parmi les Colberts il produit des Corneilles.
Toujours indépendant même dans ton employ,
S'il prend un nouveau luftre , il ne le doit qu'à
toy.
Ecarté quelquefois d'une gloire importune ,
Naime à fe cacher dans une humble fortune ,
Quelquefois plus brillant il ſe montre aŭ grand
jour ,
Et foutient avec toy les regards de la Cour.
Je conclus qu'en tout rang , à Paris comme à
Rome ,
Un fens exquis & droit forme feul un grand
homme.
Voilà
DE FEVRIER 1723 . 217
Voilà le vrai merite & le tréfor qu'envain
Diogene chercha la lanterne à la main.
Aux mortels en effet de ce preſent ſi rare
La nature en tout temps fembla fe rendre avare.
Très peu cheris du Ciel , veritables Heros ,
Apportent en naiffant des vertus fans défauts .
Heureux qui dans fon vol & fa marche rapide,
A pour but le dévoir , & l'équité pour guide.
Connois -tu ce miniftre infatigable , actif ,
Enflammé par un zele auffi ſage que vif ,
Qui preft à couronner fon heureufe entrepriſe,
Oblige à le benir , & l'Etat & l'Eglife ?
La reffource attentive & docile à fes loix ,
Semble pour le fervir n'attendre que fon choix,
Sans qu'il doive au hazard foumis à fa prudence,
De fes refforts cachez la profondeur immenfe ,
Sûr dans fa politique , habile en fes traitez ,
On le voit à fon gré fléchir les volontez .
Un merite fi vrai peut avec avantage ,
De foi-même en ces vers reconnoître l'image ;
ma main tremblante ébauche le
Tableau ,
Mais non
Ne t'en rapporte point à mon foible pinceau ,
Ta pourpre parle affez , & vaut feule un éloge,
A iiij Sans
218 LE MERCURE
Sans l'en croire pourtant fouffie que j'inter
roge ,
Miniftres éclairez , Rois , Princes , Potentats ,
Defarmez par tes foins que ne diroient - ils pas ?
Croy- moi, laiffe plutôt parler la pâle envic ,
Tout bas elle en dit plus qu'ici je n'en public.
Son utile fureur contrainte à t'admirer ,
Achevera ces traits que j'ofois effleurer ,
Et nos derniers neveux ,en goûtant d'âge en âge,
Les fruits de ta prudence , & ceux de ton courage
,
Diront qu'au plus haut rang le merite placé ,
Fut encore dans toy trop peu récompenſé.
XXXXXXXXX
SECONDE LETTRE de M...fur
la traduction Françoise de Denis
d'Halicarnaffe.
Uifque vous êtes content , Monfieur,
P de ma premiere Lettre , inféréedans
le dernier Mercure , & que vous me témoignez
que les paffages de la traduction
qui y font relevez vous ont réjoüii , je
vais continuer l'examen du premier Livre.
Je n'y trouve plus de Villes de nouvelle
DE FEVRIER 1723. 219
velle fondation , ni des Provinces changées
en Villes , ni des voyageurs qui mettent
a la voile pour aller, par terre , ni le
milieu d'une Province changé en mer Mediterrannée
pour y faire voguer des peuples
qui partent de Theffalie pour aller à
Dodone. Mais en récompenfe le traduc
teur vous donnera des Grecs pour des
Barbares , des Sacrifices pour des Prêtreffes
, des Villes tranfplantées par un
feul coup de plume , à cent ftades de
leur ancienne fituation , & c. Si ces Metamorphofes
ne font pas très-frequentes
n'en foyez point furpris , l'imagination
la plus feconde s'épuife enfin après de
grands efforts , & ne peut pas
mens produire des effets fi merveilleux ..
Je garderai dans cette Lettre la même
exactitude que dans la premiere , & les
paffages que je rapporterai feront citez
page pour page , & ligne pour ligne
tant de la traduction Françoife , que de
l'édition Grecque- Latine d'Angleterre ,
dont le Pere le Jay s'eft fervi..
à tous mo-
"'
Dans la premiere phrafe de l'Epitre
Dedicatoire c'est le plus ancien des Auteurs
de l'Hiftoire Romaine que j'ai l'hon
neur de prefenter à vôtre Majefté , & c. Il
s'agit de Denis d'Halicarnaffe qui donna
fon Hiftoire au commencement de la 193 .
Olympiade , vers l'an de Rome , 745
Av
pag..
220 LE MERCURE
pag. 3. de l'édition Grecque- Latine , l. 36.
37. & 38. Polybe entre les Grecs , &
une infinité d'Auteurs parmi les Latins
avoient déja écrit d'Hiftoire de Rome
long- temps avant Denis d'Halicarnaffe .
Ainfi je ne comprens pas comment le traducteur
a pû l'appeller le plus ancien des
Auteurs de l'Hiftoire Romaine.
Dans la Preface , pag. 8. 1. 22. & c.
des 20. livres ( de Denis ) ..... les neuf
derniers qui renferment tout ce qui ſe paſſa
jufqu'à l'an ( de Rome ) 480. font peris
par l'injure des temps . L'Auteur Grec
conduifoit fon Hiftoire jufqu'à la 3. année
de la 128 Olympiade , c'eft- à - dire
jufqu'au commencement de la premiere
guerre Punique , dans le Grec & dans le
Latin , pag. 7. 1. 7.. & 9. & par confequent
jufqu'à l'an de Rome 487. Cela
eft certain , & tout le monde en convient.
Livre 1. pag. 5 ·¸ 1. 2. des Auteurs
connus
ont rempli leurs hiftoires
de ces mêmes ca-
Lomnies
en faveur
des GRECS
. On lit
dans le Grec en faveur des ROIS BARBARES
. Tout le monde fçait que dans
les anciens
Auteurs
il y a autant de difference
entre les Grecs & les Barbares
>
que nous en mettons
aujourd'hui
entre
les Turcs & les François. Je ne vois pas
comment
le traducteur
a pû les confondre.
Pag.
DE FEVRIER 1723 . 221
Pag. 14. 1. 29. Quelques-unes ( des
anciennes Villes des Aborigines ) fubfiftoient
encore de mon temps , & n'étoient
éloignées de Rome que d'une journée . La
traduction marque affez clairement que
toutes celles qui fubfiftoient encore du
temps de Denis d'Halicarnaffe , n'étoient
qu'à une journée de Rome. Mais le Grec
dit feulement que de toutes celles qui
fubfiftoient encore , les moins éloignées
de Rome en étoient à une journée , pag .
11. 1. 27. & 28.
T
Pag. 17. 1. 23. 24. & 25. Les Aborigines....
bâtirent plufieurs Villes , & entre
autres.... celle des Tiburtins , dont la Ville
en partie a confervé jufqu'ici le nom de
Sicilion. La SICILE fut long- temps le
theatre de la guerre. Dans le Grec , pag.
13. 1. 40. & c. il n'eft point parlé de la
Sicile au contraire il s'agit de la guerre
des Aborigines contre les Sicules , peu
ples d'Italie , & cette guerre fe fit en
Italie.
Pag. 18. l . 16. & c. Ils ( les Pelafgiens)
habiterent ce pays l'efpace de cinq generations....
Mais ils en furent chaffez par
les Curetes & les Léléges.... & par plu
fieurs autres habitans du Parnaffe. ILS
marcherent tous fous la conduite de Deucalion.
Ce dernier ILS fe rapporte naturellement
aux Pelafgiens dans la traduc-
A vj
tion
222 LE MERCURE
tion Françoife. Il doit neanmoins fe ráp
porter felon le Grec aux Curetes , aux
Léléges , & aux habitans du Parnaffe qui
combattoient fous les enfeignes de Deucalion
...
Page 45. 1. 30. & 31. La feconde generation
après le départ d' Hercule , vers la
quarante- cinquième
année. On lit dans le
Grec , pag. 35. 1. 13. & 14. vers la cinquante-
cinquième
année.
Dans la même pagel . 33. Latinus regnoit
fur les Aborigines depuis quarantecinq
ans. Selon le Grec , pag. 35. 1. 16.
Latinus étoit dans la trente- cinquième
année de fon regne.
Page 50. ligne derniere , & page 51
1. 3. Ils prirent terre à la Peninfule qu'on
nomme Pallene ..... ils éleverent un Temple
à Venus fur l'un des Promontoires de
life. Ce fut en la Peninfule de Pallene
qu'ils érigerent ce Temple à Venus . Or
Pallene pouvoit - elle être en même temps
Ifle & Peninfule ?
Pag. 26. 1. 37. Ce fut environ 60. ans
avant le fiege de Troye que la nation des
Pelafgiens commença à tomber. Le Grec
dit p. 20. 1. 39. ce fut vers la deuxième
generation avant le fiege de Troye. Je fçai
que plufieurs Auteurs prennent une generation
pour un certain nombre d'années
; mais le Pere le Jay dans fes remarques
DE
FEVRIER 1923. 223
›
ques fur le premier livre , p. 1. 2. III ,
IV. & v. a fait une ample differtation
pour prouver que generation dans Denis
d'Halicarnaffle n'a jamais fignifié un certain
nombre d'années. Je fuis furpris que
dans ce paffage il ait fubftitué 6. ans
au lieu de la deuxième generation , & je
ne vois pas pourquoi il a plutôt mis 60.
ans que 65. ou 70. ans . En effet , il eft
certain par Denis d'Halicarnaffe , felon
la traduction même du Perele Jay , p
31. 1. 23. & 24. que quelque temps Pelaf- aprés
( non- feulement que la nation la nation
giens eut commencé à tomber , mais mê
me après que la plûpart fe furent difperfez
en differens pays ) une autre flotte de
Grecs aborda en Italie , foixante ans on
environ avant la guerre de Troye. Les
Pelafgiens commencerent donc à tomber,
& furent même difperfez prefque tous
plus de 60. ans avant la guerre 'de Troye
de
Page 29. 1. 7. Tentamide fut pere
Nanas fous le regne de Pelafge , & c . le
Grec dit p. 22. 1. 33. Tentamide fut pere
de Nanas . Sous le regne de celui - ci , ( c'eftà-
dire de ce Nanas , & non pas de Pelafge
, dont il eft parlé trois lignes aupa
ravant. Cela eft évident par le texte de
Denis d'Halicarnaffe , & par la fuite de
Phiftoire.
Pag. 30. 1. 28. je ne croi pas auffi que
les
224
LE MERCURE
Les Tyrrheniens ayent eu jamais de Colo=
nie chez les Lydiens . Le Grec dit p. 23 .
1. 35. & 36. je ne croi pas non plus que
les Tyrrheniens foient une Colonie des Lýdiens
; ce qui eft bien different . Jamaisaucun
Auteur n'a prétendu que
les Tyrtheniens
euffent envoyé ou établi des
Colonies chez les Lydiens. Mais plu
fieurs ont crû que les Lydiens en avoient
fondé en Italie , que les Tyrrheniens tiroient
leur origine de Lydie , & qu'ils
avoient pris leur nom de Tyrrhenus , fils
d'Atis , Prince des Lydiens , felon Denis
dans la traduction même du Pere le Jay ,
P. 27. 1. 23. 24. 25. 26. & c..
\
Page 41. 1. 31. On ajoûte que toute la
nation demanda à Hercule avec de gran
des inftances qu'il lui fût permis de renouveller
chaque année les honneurs divins ,
qu'elle avoit en l'avantage de lui rendre
avant tous les autres , & de lui facrifier à
la maniere des Grecs un jeune Taureau
qui n'eût point encore porté le jong , & afin
que ces facrifices lui fuffent plus agreables
, ils l'engagerent à choisir lui- même
deux des plus Nobles familles , qui ſeroient
proposées à cette folennité , & qui
apprendroient de lui les ceremonies avec
tefquelles il vouloit être honoré. Hercule
fit choix pour ces fonctions des Potitiens
des Pinariens . Il y a ici un contrefens
,
DE FEVRIER 1723 . 225
fens , & la traduction Françoiſe attribue
à la nation ce qui eft dit d'Hercule . Il
falloit traduire , felon le Grec , p. 32. 1. 17.
18. &c. On ajoûte qu' Hercule pria la nation
avec de grandes inftances de lui renouveller
chaque année les honneurs divins
qu'elle lui avoit rendus avant tous les autres
..... & afin que ces facrifices lui fuffent
plus agreables , il choifit lui -même,
deux des plus illuftres familles ; fçavoir
les Poutiens & les Pinariens , qu'il prepofa
à cette folennité , & qui apprirent de
Lui les ceremonies Grecques avec lefquelles
il vouloit être honoré.
revcrée
la
Page 52. l. 12. 13. 14. 15. & 16, je tire
un autre témoignage du Temple de Venus,
bâti à Ambrace , & d'un Autel dédié à
Enée proche du petit Theatre , fur lequel
eft une Statue qui le reprefente , & qui eft
par
DES SACRIFICES que les
naturels du pays nomment Amphipoles ; à
marge il y a une note fur le not Am
phipoles , en ces termes ; ainfi appellez
de la Ville d'Amphipolis fur les frontieres
de la Thrace , & c. 1º le Grec p. 40. l . 216
ne donne point le nom d'Amphipoles aux
Sacrifices , mais feulement aux Prêtreffes
qui les faifoient . 20 Je ne voi pas qu'il
foit befoin de faire venir le nom d'Amphipoles
d'une Ville de Thrace ; c'eſt un
mot qui a la racine dans la langue Grec
que.
226 LE20 MERCURÉ
que. πολέω fignife tourner , αμφιπολέω
tourner autour ; delà fe forme aμpizoλos
qui fignifie Miniftre , celui ou celle qui
eft occupée à quelque ouvrage ou fonction.
Homere Iliad. 3. & 24. Odyff..
24. & Athenée , 1. 6. fe font fervis du
mot d'Amphipole dans cette fignification ,
& je ne croi pas qu'ils l'euffent emprunté
d'Amphipolis , Ville de Thrace .
le
Page 68. 1. 32. Albe fut démolie fous
regne de Tullus Hoftilius , parce qu'elle
prétendoit l'emporter fur Lavinium . Il vouloit
dire fur Rome. Le Grec porte fur fa
Colonie , p . 52. 1. 42. & 43. qui étoit
Rome , & non pas Lavinium. Cela eft
évident par le troifiéme livre , dans la
traduction même du Pere le Jay , depuis
la page 208. jufqu'à 222 .
Page 73. 1. 19. & 20. Aventinus , qui
a donné fon nom à l'une des fept Colines
qui entourent Rome . Il vouloit dire à
Pune des fept Colines qui font dans l'enceinte
de Rome. Cela eft clair , & par le
Grec , p . 56. 1. 33. & par l'hiftoire.
Pag. 58. 1. 32. 33. &. 34. Rome fut bâtie
deux fois , la premiere quelque temps
après la guerre de Troye , la feconde
QUATRE CENS CINQUANTE
ANS après. Le Grec dit p. 58. 1. 29 .
quinze generations , & non pas 450. ans ,
après la premiere fondation . Comment le
traducteur
DE FEVRIER 1723. 227
Fraducteur peut-il mettre 450. ans atr
lieu de quinze generations , lui qui prétend
que generation dans Denis d'Halicarnafle
n'a jamais fignifié un certain
nombre d'années . Mais paffons lui d'avoir
oublié ce qu'il a dit dans fa remarque
fur les generations , p. 1. 1. IT
IV. & v. Accordons lui , même contre
fon fentiment , & contre ce qu'il a prou
vé , que generation dans Denis d'Halicarnaffe
fignifie quelquefois un nombre
d'années déterminé , & voyons comment
il a pû évaluer quinze generations à quatre
cens cinquante ans . Il donne donc 30.
ans à chaque generation , puifque quinze
fois 30. font 450. Mais comment prouvera-
t'il qu'une generation faifoit précifement
30. ans ? Du moins ce n'eft pas le
fentiment le plus univerfellement reçû
des Hiſtoriens , & Herodote qui a été
fuivi en cela par S. Clement Alexandrin
donne 33. ans 4. mois à une generation s
en forte que 3. generations font 100. ans .
Mais paffons encore au traducteur l'évaluation
de ces 15. generations à 450. ans :
il devoit donc avertir par une note qu'en
cet endroit il abandonnoit fon premier
fentiment , dans lequel il prend generation
pour la fucceffion des Princes ou des
chefs des familles , & non pas pour un
nombre d'années déterminé. D'ailleurs il
devoit
228 LE MERCURE
ledevoit
fpecifier dans fa traduction fi ces
450. ans après , s'entendent de 450. ans
après la prife de Troye , ou après la premiere
fondation , comme le marque
Grec, De quelque maniere qu'il l'entende
, il ne peut encore fe tirer d'embarras.
Si ce fut 450. ans après la premiere fondation
, comme le dit le Grec , Rome
aura donc été fondée en dernier lieu par
la Colonie des Albains plus de 432. ans
après le fac de Troye , ce qui eft contre
le fentiment de Denis d'Halicarnaffe. Si
ce fut 450. ans après la ruine de Troye ,
c'est encore tout de même. Voyez , Monfieur
, dans quelles abfurditez on fe jette,
quand on coupe & taille fur un Auteur
qu'on ne fuit pas pié à pié , & que l'on
fe donne la liberté de mettre une expreffion
pour une autre , fans examiner fr
elle s'accorde avec le fentiment de l'Hif
torien qu'on traduit.
Page 90. 1. 33. ces deux enfans ( Remus
& Romulus ) furent envoyez à Gabies
, petite Ville du Mont Palatin. Le
Grec dit p . 69. 1. 39. & 40. Gabies
Ville qui n'est pas fort éloignée du Mont
Palatin . Il a plù au traducteur de la placer
fur ou près le Mont Palatin , quoiqu'elle
fût à moitié chemin de Rome à
Preneste , à cent ftades de Rome , felon
Denis d'Halicarnaffe
, 1. 4. pag. 323 .
ligne
DE FEVRIER 1723. 229
ligne 20. de la traduction Françoife.
Je ne finirai point encore aujourd'hui
le premier livre. Ce fera pour la troifiéme
lettre , ou peut- être pour la quatriéme
car fi je veux defcendre dans un détail
exact de tous les endroits qui m'arrêtent
il m'en fournit beaucoup. En attendant
puifque vous avez encore de la peine રે
Vous perfuader que la traduction Françoife
fuit plutôt le Latin de Portus que
le texte Grec , j'ajoûterai quelques paffages
, qui joints à ceux que vous avez déja
vûs dans ma premiere lettre , ne contribueront
pas peu à vous en convaincre.
Au refte , ne foyez pas furpris fi je ne
vous en donne point une grande foule .
Portus a beaucoup travaillé la traduction,
Latine ; il la faite très-literale , & trèsexacte
, fuivant toûjours le Grec pié à
pié. Ainfi c'eft beaucoup de trouver dans
le Denis d'Halicarnaffe François quelque
dixaine de paffages fautifs pour avoir pris
le Latin de Portus dans un ſens contraire
au texte Grec.
,
Page 78. 1. 16. Voilà ce que les écri
vains rapportent du temps où Romé fut
bâtie , & ce que j'ai VEU en partie DE
MES YEUX. On lit dans le Latin de-
Portus hac igitur funt que de tempore,
quo conditafuit Roma.... partim tradiderunt
fcriptores.... partim mihi quoque
SUNT
༣༣༠ LE MERCURË
SUNT VISA. Pour entrer dans le fens
de la traduction Françoife , 1 il ne faut
point confulter le Grec , car vous y trou
veriez un verbe , p . 60. l . 26. qui ne fignifie
pas voir de fes propres yeux. 2 °
Pour peu que vous faffiez attention à ce
qui precede , vous verrez qu'il s'agit de
fupputations d'années , & de témoignages
des anciens Auteurs , & vous ferez
forcé de rendre , non-feulement le Grec ,
mais
phra core le mot Latin vifa
, par çette
phrase ; voilà ce que je penfe moi-même ,
& non pas voilà ce que j'ai vû de mes
yeux .
Page 38. 1. 20. & 21. Le Conful Ro
main fe difculpa de ces reproches &
protefta que LE SENAT n'avoit en au
cune part à la réfolution des jeunes Ro
maines qui s'étoient fauvées du camp des
Tyrrheniens , aufquels on les avoient don
nées en ôtage. Le Grec porte p. 290 .
14. que les Romaines avoient pris cette
réfolution fans l'ordre des peres , ce qui
s'entend , je croi , des peres de ces filles .
Mais on lit dans le latin in juffu patrum ,
& parce que patres fignifie quelquefois
tes Senateurs , on peut croire qu'il s'agit
ici du Senat .
Vous verrez La peu près la même choſe
1. 3. p. 176. 1. 1. ce fut Herfilie , dit la
traduction Françoile , qui perfuada aux
femmes
DE .. 230 FEVRIER 1723.
femmes de fa nation d'aller en députation
AU SENAT des Sabins en faveur de
leurs maris. Il me paroît , felon le Grec ,
qu'elles allerent en députation vers leurs
peres ; car elles étoient filles des Sabins .
Mais le Latin ad Il eft facile
porte patres .
de s'y tromper , & l'on fuppofe aifément
que le confeil des Sabins étoit compoſe
de Senateurs qui s'appelloient patres ,
même que chez les Romains .
de
Au même livre 5. p. 391. cinq lignes
avant la fin : Valerius établit fon camp a
quelque diftance de l'ennemi fur les bords
du Teveron qui PREND SA SOURCE
d'une Ville qu'on appelle Tibur. La tom
bant d'une montagne avec impetuofité , il
va fe répandre entre les terres des Romains
& des Sabins. Le Latin dit, p. 293. l . 30 .
ad Anienem fluvium , qui ex urbe , que
Tibur vocatur, præceps & cum impetu
alto faxo labitur. On peut s'y méprendre
fi l'on ne fçait pas d'ailleurs que le Teveron
a fa fource bien au-delà de Tibur,
& que fa cafcade eft à la fortie de cette
Ville ; on peut , dis-je , s'y méprendre ,
à moins qu'on ne pefe bien les termes
Grecs.
de
Page 393. 1. 25. &c. devant la maison
de Valerius eft un taureau d'airain : on
y entre par un Vestibule , dont les portes
exterieures font toujours ouvertes , contre
Pufage
232
LE MERCURE
P
;
P'ufage ordinaire de tous les édifices , tant
publics que particuliers. Le Grec dit
294. 1. 46. & 47. & p. 295. 1. 1. & 2.
Les portes de la maifon de Valerius , devant
laquelle eft un Taureau d'airain
font les feules qui s'ouvrent en dehors , contre
l'ufage ordinaire de tous les édifices de
Rome , tant publics que particuliers . Voici
la traduction de Portus : bujus donus
ed quam ftat Taurus aneus value fola ;
præter morem omnium Romanarum adium
iam publicarum quam privatarum
in exteriorem partem aperiuntur. On
y eft trompé quand on ne fuit pas
Grec mot à mot , ou qu'on ne fe fouvient
pas d'avoir lû dans Plutarque , in publicola
, un paffage qui fert à expliquer celui-
ci Cer Hiftorien pofterieur à Denis
d'Halicarnaffe dit que les Romains accorderent
à Valerius Publicola le droit
d'avoir des portes qui ouvriffent fur la
ruë , afin que toutes les fois qu'il les ouvriroit
il empietât fur le public qui lui
avoit tant d'obligations.
le
Paffons aux remarques du traducteur .
Voici celle qui fe prefente la premiere à
mes yeux. Elle eft à la page xvI . Elide
ou Elée est une Province , laquelle fait partie
du Peloponese ; elle se nomme aujourd'hui
Morée , nom commun à tout le Peloponefe
; elle eft fituée entre l'Achaie , la
Meffinie
DE FEVRIER 1723. 233
à
ces
Meffinie & l'Arcadie. Elide eft aussi une
Ville Maritime de l'Afie dans l'Eolie :
c'eft de cette Ville dont parle Denis d'Halicarnaffe.
Cette remarque qui eft la premiere
du fecond livre , fe rapporte
paroles de la traduction Françoife , 1. 2.
P. 99. 1. 20. 21. & 22. la plupart de ces
Grecs qui demanderent leur congé à
Hercule pour s'établir en Italie ) étoient
Epéens ils avoient abandonné Elide
( IR ) Leur patrie après qu' Hercule eût
renversé cette Ville. Or il eft certain par
Denis d'Halicarnaffe que la patrie de ces
Epéens étoit Elide dans le Peloponnese ,
& non pas Elide , Ville de l'Afie dans
' Eolie , p. 34. nº 26. l . 4. 5. 6. 12. 13.
& c. de la traduction même du Pere le
Jay , quelques - uns de ceux qui avoient
Suivi Hercule dans fes conquêtes , demanderent
leur congé , & l'obtinrent..... la
plupart de ces Grecs étoient Peloponnefins
, Phenates , ou Epéens nez dans Elide
, p. 63. 1. 20. 21. &c. les Epéens & les
Phenates , qui fervirent Hercule dans fes
expeditions militaires , ou plus conformément
au Grec , p . 48. 1. 33. de l'édition
d'Angleterre , les Peloponnefiens , fçavoir
Les Epéens & les Phenates qui fervirent
Hercule dans fes expeditions militaires.
Cette note du traducteur eft donc directement
contraire à Denis d'Halicarnaffe.
Enfin
234 LE MERCURE
Enfin , Monfieur , je referve pour une
autrefois plufieurs autres remarques , &
je paffe à la chronologie marginale de la
traduction Françoife. Elle eft copiée mot
pour mot de l'édition Grecque - Latine
d'Angleterre ; elle en tranfcrit les fautes
d'impreffion , & en ajoûte encore d'autres.
Mais je ne m'étendrai pas fur cette
matiere . Feuilletez feulement depuis la
page 3. du tome 2. de la traduction Fran-
Coife jufqu'à la page 23. vous y trouverez
Olymp . 72. au lieu de 71. depuis la
page 23. jufqu'à la page 34. vous verrez
Olymp. 72. au lieu de 71 . 71. depuisla
ge 34. jufqu'à la 40. vous lirez Olymp.
3 au lieu de 4 Confultez enfuite l'édition
Grecque- Latine depuis la page
328. jufqu'à 360. à l'errata , vous trouwerez
ces fautes corrigées par l'Editeur
d'Angleterre . Vous chercherez envain les
mêmes corrections dans le traducteur
François , du moins je n'ai pû les y trouver.
Je fuis , Monfieur , &c.
pa-
La Fable qui fuit nous vient de Toudoufe
, elle eft de Mle de Caftanede qui
n'a pas encore 16. ans. Cette jeune Muſe
eft fille de Me de Farbelle de Monziac
qui eft fort diftinguée fur le Parnaſſe
Toulouzain.
LES
DE FEVRIER 1723. 235
*******************
LES CIGNES
ET LES GRENOUILLES.
D
FABLE.
Es Grenouilles voyant des Cignes en honneur
,
Avoient le coeur rempli d'amertume & d'ai
greur ;
Car chez la gent de l'Empire aquatique ,
L'envie exerce un pouvoir tyrannique ,
Er du bonheur d'autrui l'on y fait fon malheur,
Tout comme parmi nous ; donc au fond de
leur coeur ,
Nos Grenouilles fentant le poifon de l'envie ,
En ces termes un jour éclata leur douleur :
O temps ! ô moeurs ! aucun admirateur,
A nous montrer ne nous convie ,
Et de ces Cignes-cy l'on a l'ame ravie ;
Qu'eft-ce donc nôtre chant vaut fans doute le
leur.
Seroit- ce par hazard l'éclat de leur blancheur ;
Qui d'un chacun leur attire l'hommage ?
Que faifons- nous ? fans tarder davantage
B D'un
236 LE MERCURE
D'un noir limon il faut les barboüiller
Si- tôt dit , fi -tôt fait , elles s'en vont fouiller
Jufqu'au fond de leur marécage ,
S'y rempliffent de fange , & viennent la vomir
Sur les Cignes , au temps qu'ils penfoient à
dormir.
Mais eux fans s'allarmer d'une pareille injure,
Pour fe venger ,
Vont fe plonger.
Dans le criftal d'une onde pure ,
Et reparoiffent à l'inſtant
Tout auffi blancs qu'auparavant.
Que cette fable en leçons eft fertile !
Mais fur tout elle doit apprendre aux envieux ,
Que ce n'eft point chofe facile ,
D'attacher au merite un vernis odieux.
LETTRE écrite de la Ferté fous -Jouarre,
le 18. Octobre 1722. à M. P... Sur un
fait auffi interreffant quefingulier.
Sach
pour les faits
Cachant vôtre curiofité
extraordinaires , Monfieur, je me fais un
plaifir de vous mander ce qui vient d'arriver
dans une des carrieres de la Montague
DE FEVRIER 1723. 237
gne de Morintra , Paroiffe d'Ufly , Diocéfe
de Meaux . Quoique vous ayez lû
quelque chofe d'approchant dans les voyages
de Miffon , il y a telles circonftances
dans cet évenement qui vous paroîtront
encore plus intereffantes .
Pour plus d'intelligence il faut que
vous fçachiez que cette carriere étoit
compofée de deux chambres profondes
de 18. toifes , dont la premiere étoit longue
de 16. fur dix de large , & la feconde
beaucoup plus grande.
Le Mardy 1. de ce mois , fur les deux
heures après midi , quatre hommes " travaillant
à tirer des pierres à plâtre , la
voute de la feconde chambre vint à s'ébouler
, & ensevelit fous fes ruines un des
ouvriers , nommé Eftienne Celier , pendant
que les trois autres qui étoient à
portée de fe jetter dans la premiere , en
furent quittes pour la peur. Le foir comme
ils déploroient le fort de leur camarade
, quelqu'un s'avila de dire que peutêtre
il n'étoit pas mort , & qu'il falloit
defcendre dans la carriere pour s'en éclaircir
; c'eft ce qu'ils executerent fur le
champ ; & ayant frappé avec un marteau
du côté qu'ils jugerent que pouvoit être
ce malheureux , ils furent réjouis d'entendre
qu'on leur répondoit par un bruit
femblable. Ils réfolurent auffi- tôt de s'qu-
Bij vrir
238 LE MERCURE
vrir un paffage jufqu'à lui , après s'être
orientez du mieux qu'il leur fut poffible,
L'entreprife n'étoit pas aifée , puifqu'il
falloit miner la veine de terre , qui fe
trouve d'ordinaire entre deux lits de pierres
, que cette veine n'avoit qu'un pied
de haut , que le mineur étoit obligé d'être
couché fur le dos , & qu'un feul pouvoit
travailler à la fois. L'efperance de
fauver leur camarade les fit paffer pardeffus
toutes ces difficultez ; mais ils
n'eurent pas creufés . pieds , que le grand
bruit que fit la voute de la premiere
chambre les effraya tellement qu'ils abandonnerent
tout , & s'enfuirent au plus
vite. Ils y retournerent cependant le
Mercredy matin , & voyant que tout
étoit dans le même état , ils fe remirent
à l'ouvrage , après s'être affurez fi leur
homme étoit encore en vie ; mais la même
frayeur les mit en fuite une feconde
fois.
M. de Formont de Villiers, Curé du lieu
où cetaccident étoit arrivé , ne l'apprit que
fur le midy ; ce qui le lui avoit fait ignorer
jufqu'alors, c'eft que tous ces ouvriers
font du Limon , Hameau de la Paroiffe
de la Ferté-fous -Joüarre. Sa charité l'engagea
auffi- tôt à apporter tous fes foins
à la délivrance de ce pauvre homme . Il
court le Hameau , exhorte & preffe les
habitans
DE FEVRIER 1723. 239
habitans de retourner à l'ouvrage . Mais
ils étoient tous fi intimidez , les uns de ce
qu'ils avoient vû , & les autres de ce
qu'ils avoient apris , que les preffantes
exhortations du zelé Paſteur furent
inutiles. Cependant un Plâtrier qui heureufement
vint à paffer par- là , dit qu'il
vouloit vifiter cette carriere ; fa réfolution
encouragea les autres , les autres , ils le fuivirent
, ils firent plus , ils continuerent les
travaux . Cette nuit & le jour fuivant ils
les avancerent environ de 20. pieds , ils
eurent même la joye d'entendre parler
feur camarade , qui leur apprit qu'il fe
fentoit peu bleffé, que fon plus grand mal
venoit du froid qu'il recevoit des pierres
qui étoient fur fes jambes , qu'il n'avoit
de libre qué fon bras gauche , dont il
s'étoit fervi pour répondre au fignal , en
frappant d'une pierre qu'il avoit trouvée
par hazard fous fa main. L'ouvrage alloit
affez bien , ce pauvre malheureux les dirigeant
de la voix , & leur enfeignant où
il falloit travailler ; mais malheureuſement
les voutes firent un nouveau bruit,
on entendit un craquement qui donna
l'allarme plus forte que jamais , & tout
s'enfuit.
Le Vendredy matin le Curé défolé
'de ce qu'on laiffoit ainfi un homme enterré
tout vivant , les pria de le defcen-
Bij
dre
240 LE MERCURE
?
le
dre dans la carriere , pour qu'il pût aller
du moins le confeffer ; il n'obtint cela
qu'avec peine. Ils le deſcendirent par
puits d'une autre carriere , qui communiquoit
à celle- ci, & qui leur paroiffoit trop
dangereufe pour s'y expofer davantage .
Quelques- uns déterminez par l'exemple
plein de zele & d'ardeur de M. le Curé ,
le fuivirent ; après que fes guides lui eurent
fait traverfer tous ces lieux fouterrains
, il parvint enfin à la chambre fatale
, il l'examina avec foin , & ne trouva
pas que le danger fut auffi grand qu'on ſe
l'imaginoit , c'eft ce qu'il ne pût leur perfuader
. Ils le fuivirent cependant juſqu'à
l'ouverture de la mine ; d'où ayant appellé
le patient par fon nom , ce pauvre
homme leur fit des reproches de ce qu'ils
l'abandonnoient , ajoûtant qu'il fe portoit
affez bien , & qu'il fe fentoit le coeur encore
affez bon. Le Pafteur le raffura , lui
dit qu'on alloit chercher des ouvriers
pour le délivrer , qu'il étoit le Curé d'UL
fy , qui venoit le confoler dans fa trifte
fituation , qu'il l'exhortoit à demander
pardon à Dieu , & à ſe diſpoſer à recevoir
l'abfolution qu'il lui donneroit , dès
qu'il pourroit avoir quelque marque de fa
contrition ; il entendit répondre , mais
fans diftinguer les paroles . Le bon Curé
fe gliffa dans la mine , mais à peine y
fut
DE FEVRIER 1723. 241
fut-il que les ouvriers crierent , fauvonsnous
, voilà que tout abîme : le Curé
effrayé fe dépêcha d'abfoudre fon penitent
pour fe retirer au plutôt . Mais il ne
fut pas peu embarraffé au fortir de la
mine de le trouver fans guide , & fans lumiere.
Il fe démêla du mieux qu'il pûc
de ce labyrinte , en fuivant la voix des
fuyards. Etant remonté il ne pût obtenir
d'eux qu'ils redefcendiffent , quelques
prieres , quelques promeffes qu'il leur fit,
& il pafla ainfi le refte du Vendredy à
faire des démarches inutiles.
Enfin le Samedy matin il lui vint des
ouvriers qu'il avoit envoyé chercher à une
lieuë & demie delà , qui l'aflurerent qu'ils
ne quitteroient point l'ouvrage , qu'ils ne
fuffent parvenus à délivrer ce déplorable
infortuné. Pour les entretenir dans ces
bonnes difpofitions , il leur promit une
bonne récompenfe , leur fit fournir en
abondance du pain , du vin , de l'eau - devie
, du tabac , & autres provifions , &
fit mettre des étais aux endroits les plus
dangereux ; le travail fut très- opiniâtré ,
chaque ouvrier croyant à tout moment
joindre ce pauvre homme , parce qu'on
l'entendoit parler , comme s'il étoit fort
près , quoiqu'il y eut bien 40. pieds de
diftance. Ce qui le faifoit paroître fi proche
, c'eft qu'il y avoit au deffus de leurs
Bij
têtes
242 LE MERCURE
têtes une fente au travers de la pierre
qui communiquoit du lieu où étoient les
ouvriers à l'homme engagé , & fervoit
comme d'un porte-voix. Cette fente eft
ordinaire dans ces fortes de carrieres , &
fe nomme feuillée par les gens du métier .
Le Dimanche matin ils eurent peur de
s'être éloignez de leur homme , parce
que fa voix fembloit venir de derriere
eux , mais ils ſe raffurerent , ayant confideré
qu'en avançant , la feuillée devenoit
fi étroite qu'elle pouvoit caufer cet
effet , en quoi ils ne fe tromperent pas
car fur le midy le pauvre homme dit
qu'il voyoit de la lumiere , & environ
une heure après on apperçût fon bras
gauche , ce qui les remplit tous de joye ;
auffi- tôt de main en main on lui fit tenir
quelque liqueur pour le conforter . La
certitude qu'on eut de le fauver fit hâter
le travail avec une nouvelle ardeur. Cependant
on fut encore une bonne heure
à le pouvoir dégager entierement. Alors .
un des ouvriers paffa derriere lui pour le
pouffer , pendant qu'un autre pardevant
le traînoit le long de la mine qu'on avoit
faite , qui pouvoit avoir 70. pieds de long,
trois & demie de large fur un de haut.
Ils l'amenerent ainfi jufqu'à l'ouverture ,
où le Curé le reçût entre fes bras pleurant
de joye , & l'exhortant à remercier
Dieu
DE FEVRIER 1723. 243
Dieu d'une délivrance fi miraculeuse ,
ayant paffé cinq jours entiers dans cette
cruelle fituation.
Après lui avoir fait boire quelque peu
de vin , ils l'amenerent au puits de la carriere
, & le monterent par la corde , un
komme le tenant fur fes genoux ; de-là
on le tranfporta dans la cabane du Plâtrier
, où on lui donna tous les fecours
poffibles, & fur les trois heures on le porta
au Limon , lieu de fa demeure , mais
avec beaucoup de peine , le grand air luiétant
devenu infupportable ; le foir la fiévre
le prit qui lui a duré huit jours avecquelque
relâche de temps en temps .
Sa plus grande foibleffe eft dans les
jambes , où il ne fent point de chaleur
il n'a pas même fenti quelques coups de
lancette qu'on lui a donné aux pieds . Les
Medecins croyent que de fix mois il ne
fera en état de travailler.
Il dit que fon plus grand tourment
avoit été la foif & le froid de fes jambes ,
qui malheureuſement étoient nuës , qu'il
n'eft rien forti de fon corps que de l'u
rine , qu'il defiroit ardemment de pouvoir
boire , mais que fa fituation ne le lui
permettoit pas , & qu'il ne fe foutenoit
que par l'efpoir d'être retiré. Je fuis
& c.
By Nours
244 LE MERCURE
Nous ajoûtons ici avec plaifir que tou
tes les circonstances d'un fait auffi extraordinaire
que celui que l'on vient de
lire , nous ont été confirmées par une
Lettre que nous a fait l'honneur de nous.
écrire M. de Formont de Villiers , Jam--
plon , Curé d'Uffy , dattée dudit lieu
d'Uffy le 31. Janvier dernier. Nous.
voyons auffi par cette Lettre que ce bon-
Paſteur n'a moins de modeftie , que
de charité , car on diroit de la manierequ'il
s'oublie lui- même , en nous écrivant
qu'il n'a prefque point eu de part à un
évenement , dont le fuccès a été fi heureux
, & qui eft cependant dû à fon ardente
charité , fuivie de la benediction
du Seigneur .
pas
LA FORTUNE RECONCILIE'E
avec le merite .
N jour que les Dieux affemblez ,
UN
Tenoient leur Confeil de Regence ,
Mercure revenant de France
Les trouva triftes & troublez ,
De ce que Déeffe fortune ,
Plus fantafque que n'eſt la Lune ,
Se
DE
FEVRIER 1723.
245
Se livrant à mauvais fujets ,
Comme au Nain fit jadis Joconde ,
Dérangeoit leurs plus beaux projets
Pour le gouvernement du monde :
Calmez- vous , leur dit il , efperez tout bonheur,
J'apporte une bonne nouvelle ,
Fortune connoît fon erreur ,
Et veut à l'avenir , au merite fidele
Reparer, s'il fe peut, ce qu'elle a fait de mal
Du Bois , Miniftre & Cardinal
Nous eft garant de fa promeffe ,
Qu'à vos foucis , Seigneur , fuccede l'allegreffe,
En lui fe trouvent joints l'efprit & le talent
Damboife & Richelieu pour le gouvernement,
Et la France , & l'Europe , & tout cet hemif,
phere
Refpe&teront fon miniftere ,
Appliqué , profond , prévoyant ,
Toûjours actif , toûjours prudent
Philippe par ce choix couronne fa Regence ,
L'ordre remis dans la Finance ,
Et tout bien reglé dans l'Etat ,
Par les ordres du Prince , & les foins du Prélat ,
B vj Seront
246 LE MERCURE
Seront des monumens à l'éternelle gloires; x
Du Prince & du Miniftre au Temple de Me
moire ;
Ainfi parla le Dieu courier ,
Dieu du genie & de prudence
Et mettant auffi - tôt le pied à l'étrier ,
Près nôtre Cardinal revint en diligence.
LETTRE de M. le Lieutenant de Roy3
de la Ville de Chaalons , en Cham
pagne , écrite à M. le Maire de la Vills
de Troyes , à l'occafion du Sacre du
Roy.
MONSIEUR ;
轩
J'ai vu dans le Mercure du mois dè
Novembre dernier , page 85. le compliment
que vous avez fait au Roy le jour
de fon Sacre , j'ai été furpris d'y lire que
vous dites la Ville de Troyes , Capitale
de Champagne , titre d'honneur qui ne
vous appartient pas , mais à la Ville de
Chaalons ; la Ville de Rheims : feule pourroit
avoir quelque prétexte , quoique
mal - fondé, de nous contefter cet avantage,
parce que du temps des Romains cette
Ville
DE FEVRIER 1723. 247
Ville étoit fans contredit la Capitale de
Ia Gaule Belgique , dont les Villes de
Troyes & de Chaalons faifoient parties ;
il est vrai que depuis dans les temps que
les Comtes de Champagne ont été Souverains
, Troyes étoit la Capitale de leur
Comté ; mais alors les Villes de Chaalons
& de Rheims n'en faifoient pas partie ,
il n'y a plus à prefent de Comtes de
Champagne Souverains , plus [de peuples
Romains , ni de Gaule Belgique , tous
les habitans font confondus fous un même
Gouvernement, donc la Ville de Chaalons
eft devenue la Capitale , comme je
yous le prouverai - cy- après.
Vous me permettrez de vous dire ,
Monfieur , que vous deviez fupprimer
cette qualité dans votre compliment , ou
du moins ne le pas rendre public , afin
d'éviter les conteftations , qui ne peuvent
être que defagreables ; j'en ai ufé de la
forte , quoique j'euffe été bien fondé de
donner ce titre à nôtre Ville , comme
vous le verrez dans le compliment que..
j'ai eu l'honneur de faire au Roy en cette
occafion , étant à la tête de mes confreres
les députez ; je ne le rends pas public
dans la vue de vous contefter le prix de
l'éloquence ; mais feulement pour faire.
connoître aux Lecteurs que c'eft fans fondement
que vous vous y êtes attribué
une
"
248 LE MERCURE
une qualité & un titre qui ne vous font
pas dûs , & qui appartiendroient plutôt
à là Ville de Rheims qu'à la vôtre , s'ils
ne nous étoient pas dévolus , puifque
F'Auteur qui a écrit la relation du Sacre
du Roy qu'on trouve dans ce même Mercure
page 66. ligne 2. a donné à la Ville
de Rheims le titre de Capitale du gouvernement
de Champagne , ce qui détruit
vôtre prétention ; & fi la Ville de
Chaalons pouvoit ceder ce titre , ce qu'elle
eft fort éloignée de faire , ce feroit en
faveur de la Ville de Rheims , & non
pas de Troyes.
Il s'agit donc de vous faire connoître
que la Ville de Chaalons eft à
prefent la Capitale de la Champagne ,
quoiqu'elle fo inferieure en grandeur
au nombre de fes habitans , & en richelfes
aux Villes de Troyes & de Rheims ,
ce qui ne leur donne pas pour cela
plus de dignité à nôtre préjudice , &
ne peut détruire les principales marques
d'honneur dont la Ville de Chaalons
eft décorée . Chaalons eft aujourd'hui le
Siege de la Generalité de la Province , où
eft le magafin general des armes , & des
munitions de guerre ; elle eft le féjour
ordinaire de Mrs les Intendans ; & lorfque
les Generaux d'armée font en Champagne
, leur réfidance eft à Chaalons ,
ainfi
DE FEVRIER 1723. 249
}
ainfi que celle de Mrs les Gouverneurs de
la Province ; c'eft ce que j'ai déja prouvé
dans les memoires hiftoriques de la Province
de Champagne que j'ai donné au
public en 1721. tome 1. page 236. &
393. Le Roy Henry III . par fa Lettre du
26. Mars 1589. que j'ay rapportée , page
238. donne à la Ville de Chaalons , ce
titre de Ville principale de la Province
de Champagne , ce qui eft la même chofe
que Ville Capitale , ainfi tout ce que
vous pourrez alleguer d'anterieur à la
décifion de ce Prince ne feroit d'aucune
confideration ..
Vous n'ignorez pas , Monfieur , que
le Roy transfera l'Hôtel de la Monnoye
de vôtre Ville en celle de Chaalons , ce
que Sa Majefté ne fit pas fans de juftes
raifons ; le Roy y établit auffi une Cham--
bre de fon Parlement de Paris , & il y a
peu de Villes qui puiffent fe vanter comme
la nôtre d'une fidelité inviolable à
fes Rois , qui n'a jamais reçû d'atteinte,
ainfi que je l'ai avancé dans mon compliment
fait au Roy. Quittez donc , Monfieur
, je vous en conjure , une prétention
peu fondée , & vivons , s'il vous plaît,.
en paix , & en bonne intelligence. Je fuis
très-parfaitement , & c .
fi
Compliment que M. Baugier, Lieutenant
de
4
LE MERCURE
de Roy , & de la Ville de Chaalons }
a eu l'honneur de faire au Roy à la tête
des Députez de la même Ville , le jour
du Sacre de S. M.
SIRE ,
Les Députez de la Ville de Chaalons:
profternez aux pieds de vôtre Majefté ,
viennent lui témoigner leur joye de la
voir au jour éclatant de fon Sacre , la
gloire & la magnificence qui l'accompa
gnent , donnent à vôtre Majefté la fupe
riorité au deffus de tous les Monarques
de la terre ; c'eft, Sire, ce qui fait l'objet
de nos admirations , & nous procure
P'honneur de fouhaiter à vôtre Majefté
un regne long & glorieux , en l'affurant
de notre fidelité inviolable , dont nos
ayeux ne fe font jamais départis , & qui
fera toûjours profondement gravée dans
nos coeurs.
HHHHHHHHHXX.
Bouts rime propofez dans le Mercure de
Septembre dernier , fur les égaremens
du Pecheur.
L
E Pecheur égaré ( pour parler en Proverbe, Y.
A moins de jugement qu'un miferable Oiſons
I
DE FEVRIER 1723 . 258
diffipe fes jours & fes biens à Foifon,
Et pour un vain plaifir mange fon bled en Herbe,
Quand il effaceroit & Racan & Malherber
Eatre la bête & lui très mince eft la Cloifon ;
On voit du moins la Brute abhorrer fon Poifon,
L'homme dit à demain , c'eſt toûjours fon Adverbe.
Malheureux , qu'attends- tu ? qu'enveloppé
d'un Sac ,
Bac
Le fatal Nautonnier te paffe dans fon
Où tout eft confondu , le Sceptre & la Charruë;
Va plutôt te cacher comme un petit Grillon.
Crains , gémis , reconnois l'excès de ta Bévûë,
Si tu ne veux avoir le fort du
AUTRE
A
SONNET.
Fapillon
L'impie , a dit le Sage , & dans plus d'un
Proverbe,
fon ame meurt comme meurt un
>
Croit que
Oifon;
A ce compte , plaifirs , vin , femmes à Faifon,
B
Il faut se réjouir tandis qu'on eft en Herbe:
Que n'ai - je les talens de Segrais , de Malherbes
Je peindrois vivement cette affreufe
Où l'ame du Pecheur pleine defon
Brûle éter nellement fans appel de
Cloifon,
Poifony
l'Adverbs.
Envain
252
LE MERCURE
Envain tireroit- on quelque piece dur
Aucune n'eft de mife , ayant paffé le
Saty
Bac
Alors tout eft égal , le Sceptre & la Charruë,
Un Roy plus brave enfin que ne le fut * Gril
Lon
S'il commettoit le mal par goût , non par Bévûë,
Il vaudroit mieux pour lui qu'il fut né Papillon.
A Quia ex nihilo nati fumus , & post hoe
erimus tanquam non fuerimus. Sap . cap . 2 .
verf. 2 .
B Venite ergo & fruamur bonis quafunt , &
atamur creatura tanquam in juventute ćeleriter.
C. ibid. verf. 6.
* Brave renommé fous le regne d'Henry IV.
LETTRE & Remarques fur la Bibliotheque
Chartraine .
J
' Ai reçû , Monfieur , les livres que
vous m'avez adreffez , parmi lefquels
j'ai trouvé la Bibliotheque Chartraine du
Pere Dom Jean Liron , dont on m'avoit
déja parlé ; j'ai donné mes premiers momens
de loifir à la lecture de ce livre ;
mais je vous avoue que je n'en ai pas eu
toute la fatisfaction que le titre me promettoit
, & qu'on devoit attendre d'un
Religieux de la Congregation de Saint
Maur
L'Auteur
DE FÉVRIER 1923. 255
L'Auteur fait aifément connoître qu'il
a ramaffé indiftinctement tous les memoires
qui lui ont été adreflez , fans s'être
mis en peine de les verifier. Cela paroît
principalement à l'article de Dulorens
, page 146. lorfqu'il parle de l'impreffion
de fon Commentaire fur les Coutumes
de Chartres , de Dreux , & de
Chateauneuf.
Ce livre a , dit - il , été imprimé in- quar
to , à Chartres , mais je n'ai pas remarqué
fi c'est en 1545. ou un fiecle plûtard .
Je vous laille à penfer fi un pareil doute
cft pardonnable à un Bibliothecaire ;
ce Commentaire a été imprimé en 1645.
chez Michel Georges , Imprimeur à Chartres
, Jacques Dulorens , qui en eft l'Auteur
étoit homme d'une érudition confommée.
Jean le Feron , à la page 150. eft mis
à tout hazard au rang des Auteurs Chartrains
, parce qu'il a appris qu'il y a à
Chartres une famille de ce nom. 11 eft
certain que Jean le Feron , dont le P.
Liron veut parler , fercit honneur à la famille
dont il le voudroit tirer , & à la
Ville de Chartres même , s'il étoit vrai
qu'il en fut originaire ; mais la verité
doit l'emporter fur tous autres égards.
Jean le Feron , dont l'Auteur parle , eft
d'une famille confiderable de Paris , qui
n
*254
LE MERCURE
n'a ni liaiſon , ni raport aux Ferons de la
Ville de Chartres , qui tirent leur origi
ne de Blaife Feron , Procureur au Prefidial
de Chartres , natif du Bourg de
Combre au Perche , qui s'établit à Chartres
vers l'an 1575.
Le peu d'exactitude de l'Auteur paroît
particulierement en l'article de Claude
de Sainctes , Evêque d'Evreux , page
202. Après avoir parlé de ce S. Prélat ,
comme il le merite , il femble s'attacher
à ternir fa memoire , qui eft en benediction
dans les Diocéfes de Chartres & d'Evreux
; cela vient de ce que nôtre Religieux
a compilé fans choix tout ce qui a
été dit de ce grand Evêque , l'ennemi le
plus redoutable des Calviniftes & de
leurs adherans .
L'hiftoire de M. de Thou à pû le
préparer à croire tout ce qu'il a écrit
contre la memoire de ce Prélat , & le
Dictionnaire de Bayle qu'il a copié mot
pour mot , l'yla fans doute déterminé ;
ce font les fources d'où le Pere Liron a
tiré les expreffions dont il caracteriſe un '
Evêque qui eft mort en odeur de Sainreté.
Pour vous éclaircir ce point , &
vous prémunir contre les impreffions que
pourroient faire fur vous les autoritez de
M. de Thou & de M. Bayle , il eft bon
que vous obferviez que M. de Thou pa
roît
DE FEVRIER 1723. 255
roit favorable au parti Huguenot qui
foutenoit alors les interefts d'Henry IV.
Pour M. Bayle vous fçavez qu'il fai
foit profeffion du Calvinisme , & qu'il
s'eft declaré ouvertement contre la Religion
Catholique .
Il eft vrai que les Heretiques enlevetent
de Louviers l'Evêque d'Evreux , &
qu'ils le traiterent indignement, parce qu'il
ne voulut point fe retracter de ce qu'il
avoit prêché contre leur Secte , mais il
n'y a jamais eu que des Auteurs Heretiques
qui ayent avancé qu'il fût capable
de foutenir la Doctrine pernicieuſe que
Le Pere Liron lui imputes le manufcrit
dont parle cet Auteur n'a jamais paru ,
& n'eft qu'une chimere , M. de Sainctes
a marqué en toute occafion des fentis
mens fort oppofez.
Il n'y a qu'à lire fes ouvrages on y
trouvera qu'on ne peut jamais s'éloigner
de l'obéïffance deue aux Souverains.
Le Cardinal de Bourbon n'avoit pas
un grand credit dans ces temps-là, il n'étoit
certainement pas en état de fauver
un criminel de leze- Majefté , comme le
prétend le Pere Liron ; ce Cardinal étoit
lui- même détenu prifonnier , à la garde
du fieur de la Boulaye. Ainfi il n'y a pas
d'apparence que ce foit lui qui ait fauvé
M. de Sainctes du fupplice. Il faut plutôt
convenir ,
256 LE MERCURE
convenir , comme il eft vrai , que les
Heretiques dont ce bon Prélat étoit le
fleau , ne purent jamais trouver de Juges
affez corrompus pour le faire mourir juridiquement
; c'eft ce qui les détermina
à fe fervir du poifon dont il eft mort
comme je l'ai appris de plufieurs memoires
de ce temps- là , & par l'épitaphe
même qu'on lit encore à Verneuil au
côté droit de l'Autel de la principale
Eglife , où le coeur du S. Prélat a été dépofé.
Claude de Sainctes nâquit à Chartres.
Comme les Montolons , & d'autres
perfonnes confiderables , dont les Genealogies
font au College de Boiffy ) Cantienne
Bouguier , fa mere , defcendoit de
Michel Chartier.
L'Auteur à la page 178. nomme Joachim
Delportes , frere de Philippe Defportes
, ce fait n'eft pas vrai ; Philippe
Delportes n'avoit qu'un frere nommé Tybault
, Grand Audianciers je fuis en état
de le prouver par des titres autentiques .
A la page 218. il dit que Philippe
Delportes nâquit d'une famille pauvres
je ne fçai où il a pris de pareils memoires .
L'Abbé Philippe Defportes étoit fils
de Philippe Defportes & de Marie Edeline,
des plus aifez Bourgeois de la Ville de
Chartres , qui outre la dépenfe qu'ils firent
pour l'éducation de leurs enfans ,
leur
DE
FEVRIER 1723. 257
leur laifferent un bien affez confiderable
pour le temps ; il a été Chanoine de
Chartres en 1583. mais il ne conferva pas
long - temps ce Benefice.
Article de Regnier , Poëte François ,
page 221. Regnier , dit - il , étoit fils
d'un Tripotier de Chartres & neveu du
celebre Defportes , Abbé de Tyron ; je
fuis fâché que le Pere Liron ne foit pas
mieux inftruit de l'hiftoire de fa patrie,
il ne s'en feroit pas raporté comme il a
fait aux premieres éditions du Dictionnaire
de Morery , d'où il a tiré cet article
, qui a été corrigé dans la derniere
édition .
Cependant vous trouverez bon que je
vous détrompe fur ce fait hiftorique qui
pourroit paffer pour conftant dans la pofterité
, s'il n'étoit relevé dans un fiecle
où la famille de ce fameux Chartrain eft
encore fort connuë.
?
Mathurin Regnier , Poëte Satyrique ,'
étoit fils de Jacques Regnier , Bourgeois
de Chartres , & de Simone Delportes ,
foeur de l'Abbé Delportes , dont je vous
ai déja parlé ; il nâquit le 21. Decembre
1573. comme on le voit par les Regiftres
de la Paroiffe de S. Saturnin de la Ville
de Chartres , & comme il eft écrit dans
le Journal de Jacques Regnier , fon pere.
Le contrat de mariage de Jacques Regnier
258
LE MERCURE
gnier avec Simone Delportes , paffé devant
Amelon , Notaire à Chartres les
Janvier 1573. juftifie que cette famille
étoit des plus notables de la Ville.
En 1595. Jacques Regnier fut élû Echevin
de la Ville de Chartres .
Cette circonftance feule démontre qu'il
n'étoit point un Maître de Tripot , puifque
ces fortes de gens ne font point admis
dans les Charges Municipales , non
plus que les artifans & les gens du commun.
Au mois de Janvier de l'année 1597 .
il fut député à la cour en qualité d'Echevin
pour quelques affaires publiques ;
il mourut à Paris , & fut inhumé dans
l'Eglife de S. Hilaire du Mont le 14.
vrier 159.7.
Fe
11 laiffa trois enfans , Mathurin le
Poëte , dont eft queftion , Antoine qui
fut Confeiller. Elû en l'Election de Chartres
, & Marie qui époufa Abdenago de
la Palme , Officier de la Maifon du Roy.
Antoine Regnier époufa De Anne
Godier. Le Contrat de mariage fut paffé
devant Fortais , Notaire à Chartres ; on
y voit encore les titres de la plus notable
Bourgeoifie
Jacques Regnier leur pere étoit fils de
Mathurin Regmer , Bourgeois , qui étoit
fils d'un Pierre Regnier , bon Marchand
DE FEVRIER 1723. 259
chand de la Ville de Chartres .
>
Mathurin Regnier le Poëte , fut reçû
Chanoine de Chartres le 30. Juillet 1609 .
mais fon humeur ne lui permit pas de
fixer fa réfidence à Chartres , niˇde vivre
auffi regulierement que des Chanoines
font obligez de faire. Il quitta donc
ce Benefice , il en avoit plufieurs , & une
penfion de 2000. liv. fur l'Abbaye des
Vaux de Cernay.
Il mourut à Rouen le 22. Octobre
1613. fes entrailles furent enterrées dans
l'Eglife de la Paroiffe de Sainte Marie
Mineure , & fon corps qui fut mis dans
un cercueil de plomb , fut porté dans
l'Abbaye de Royaumont , à neuf lieuës
de Paris.
Il faut neanmoins pour la fatisfaction
de l'Auteur , & de ceux qu'il a copiez,
vous avouer , Monfieur , que ce qui a
contribué à faire paffer Mathurin Regnier
pour le fils d'un Tripotier , c'eſt
que Jacques Regnier , fon pere , qui étoit
un homme de joye & de plaifirs , fit bâtir
un Tripot derriere la place des Halles de
Chartres , qui s'appella toûjours le Tripor
Regnier , ce Tripot ne fubfifte plus .
Voilà fans doute ce qui a donné lieu de
traiter Regnier de Tripotier , fon humeur
fatyrique y a peut- être contribué , parce
que ces fortes de genies , enclins à la mé-
C difance
E
260 LE MERCURE
difance , ne manquent gueres d'ennemis ,
Je m'apperçois que ma lettre eft déja
trop longue , une autre fois je vous entre
tiendrai plus briévement . Je fuis , &c .
A Chartres ce 1. Novembre 1722 .
Si l'Auteur de ces Remarques en fait
de nouvelles fur cette matiere , en continuant
la critique de la Bibliotheque
Chartraine , nous le prions , & en même
temps toutes les perfonnes qui nous feront
l'honneur de nous addreffer des Memoires
, de les abbreger autant qu'il fera
poffible , de ne les point charger de faits
qui ne foient exactement conftatez , &
d'obferver que ces faits ne terniffent pas
la memoire des morts d'une grande réputation
, ou puiffent faire de la peine à
leurs defcendans . Nous prions auffi de
prendre garde à la diction , qui doit
être correcte & Françoife , pour nous
épargner du temps & de la peine , & aux
Auteurs des memoires défectueux par
quelqu'un de ces endroits le chagrin de
les voir fupprimer , & d'avoir travaillé
inutilement pour le public.
ERGASILE
DE FEVRIER 1723. 261
************************
ERGASILE en belle humeur , Sonnet fur
les bouts rimez acrostiches , propofe
dans , le dernier Mercure.
Ans le vin , mes amis , on eft bien-
S Ans tột
Dûffions-nous par plaifir trinquer
dans la
Ne fouffrons pas qu'à fec nôtre gofier
s'
Beuvons tant qu'à la foif nous ayons
Un ennemi par terre eft à demi
Acui
armite
Arrite ,
Ca
urvécu.¸
Saincu
Ce tonneau dans la cave à boire nous ✩nvite ,
Parbleu le pot eft vuide , hola ! remonte Nête ,
Bon , te voilà , mon fils , tient pour
toi cet
Ah ! ma chere bouteille , helas !
que je vous
Quand je fuis avec vous , tatigué ,
que j'ai d'
cu.
waife ,
Life!
t
Allons , quelqu'un de vous , dites une hanfon,
Non , paix , de mes glous glous la
chûte eft en Ohantée,
De Lully la Mufique autrefois fi
Cantée ,
N'eut rien dont la douceur approchât
de ce
cson.
Cij
SUITE
2.62 LE MERCURE
XXX XXXXXXXXX:XXX
SUITE des Remarques fur le fyftême de
M. l'Abbé de Camps , touchant l'origine
de la Maifon de France , & fès
prérogatives qui font dans le Mercure
du mois de Decembre 1720. laquelle
fuite regarde les deux nouveaux écrits
que cet Abbé avoit donné encore fur ce
fujet dans le Mercure de Novembre.
Lpreminarques étoient
Es remarques précedentes étoient les
M. l'Abbé Buchet , pour entrer dans fon
Mercure du mois paflé ; mais elles ont
*
* Feu M. l'Abbé Bucher , Auteur alors du
Mercure, les avoit entre les mains dès le commencement
du mois d'Octobre 1720. car s'il y
eft fait auffi mention des nouvelles pieces que
M. l'Abbé de Camps fit encore inferer dans le
Mercure de Novembre de cette année- là , c'eſt
par une addition à laquelle l'Auteur de ces
Remarques n'a eu aucune part , & qu'un tiers
fans fon confentement , s'eft crû en droit de
faire. Cette fuite , où il répond aux deux nouvelles
pieces , devoit leur être jointe dans le
Mercure de Decembre de la même année , ayant
été affez tôt compofée pour cela ; mais M.
l'Abbé Buchet fut obligé de la remettre pour
le Mercure de Janvier 1721. à caufe de la multitude
des matieres qu'il avoit à donner , & il
en avertir le public à la page 69, de ce Merété
DE FEVRIER 1723 263
été remiſes pour celui - ci , M. l'Abbé de
Camps ayant fouhaité que deux pieces
qu'il avoit encore à donner fur le même
fujer contre le R. P. Daniel paruffent auparavant
, & comme j'y ai trouvé des
preuves nouvelles , à l'égard du titre de
très- Chrétien , & de l'origine de nos Rois
de la troifiéme race qui font deux des
articles de fon fyftême , je profite du
moins de l'occafion de faire auffi deffus
quelques réflexions pour mettre les
fonnes , que je ne pourrai fatisfaire , plus
en état de me refuter , fi elles jugent que
je le merite , car c'eft ici une cauſe commune
dans laquelle tout fçavant François
doit s'intereffer. Je commence par le pre
mier de ces deux écrits qui eft fur le titre
de très -Chrétien .
Premiere Partie.
per-
Il ne s'agit pas avec M. l'Abbé de
Camps de fçavoir fi les Rois de France
pris en general ont toûjours été les plus
zelez protecteurs de l'Eglife , & ceux
dont elle a receu des fervices plus importans
, ni s'ils ont été en cela fortement
cure de Dezembre. Cependant elle ne parut
point non plus dans l'autre Mercure , ni dans
les fuivans . L'Auteur pour profiter de ce délar
a eu foin de la revoir , & de la rendre la plus
exacte qu'il lui a été poffible.
C iij fecon ,
264
LE
MERCURE
fecondez des Princes de leur fang & de
toute la nation , ni enfin fi leur Royaume
n'eft pas celui , où la Religion fleurit
davantage , foit pour les moeurs , foit
pour la doctrine , foit pour la difcipline .
C'eft ce qui ne fera jamais contefté que
par des ignorans dans l'Hiftoire , ou comine
il le dit fort bien , par des envieux de
la gloire des François ; mais ce qui eft
feulement en queftion avec ce fçavant
Abbé, eft la prétention qu'il a, que depuis
» le Baptême de Clovis , le titre de très-
» Chrétien a été tellement inhérent , &
attaché au Sang de France , qu'il n'y a
>> eu que des Rois qui ont fuccedé à ce
grand Monarque , & les Princes iffus
» du même fang par mâles , aufquels ik
» ait été donné par une diftinction parti-
» culiere , à l'exclufion de tous les au-
" tres Princes de la Chrétienté , même
de ceux qui ont pour meres des filles
de la Maifon de France , & qu'il n'y a
pas d'exemple , que ceux à qui les Papes
peuvent l'avoir donné , pour exci-
» ter leur Religion , ou leur courage, leur
» ayent declaré en même temps que ce
titre leur étoit hereditaire & à leur
pofterité , comme les Saints Pontifes ,
» & les Conciles même l'ont declaré en
» faveur de ces Monarques , & des Prin-
» ces de leur fang.
ל כ
Voilà
DE T
FEVRIER 1723. 265
Voilà la propofition de M. l'Abbé de
Camps dans fes propres termes , & qu'il
faut ici examiner. Ce fera de la maniere
qu'il juge lui- même neceffaire
pour découvrir
la verité , c'est-à- dire , ayant toй-
jours le flambeau de la critique devant
les yeux , ce qui eft très-jufte .
Je fuis déja convenu dans mes premie
res Remarques que la Declaration des Papes
& des Conciles dont il parle , & que
j'ai de mon côté fortifié de celle d'un
Ambaffadeur de Charles VII . prouve
démonftrativement que le titre de très-
Chrétien étoit deflors * attaché à la
Couronne de France ; mais il ne s'enfuit
nullement delà , qu'il y fût uni par le
merite & la grace du Baptême de Clovis ,
* Cependant ces preuves n'ont fait aucune
impreffion au P. Daniel , car dans la troifiéme
édition de fon hiftoire de France , qui paroît
depuis peu , il affure encore au tome 1. page 21.
que c'eft Louis XI. qui rendit le titre de très-
Chrétien propre à la perfonne de nos Rois de concert
avec le Pape Paul II . Mais comme on le
verra ci- après , ce Monarque le defavouë , reconnoiffant
lui même que ce font les Rois fes
Predeceffeurs qui ont acquis ce titre , & il eft
fimplement vrai que Paul II . eft le premier des
Souverains Pontifes , qui ait promis folemnellement
de fe conformer toûjours , ainfi qu'il le
devoit , à l'ufage déja bien établi à cet égard ,
qui eft ce que cet habile Hiftorien auroit
mieux fait d'obferver avec moi.
C iiij parce
266 LE MERCURE
parce qu'ils ont pû s'exprimer , comme
ils ont fait,fans remonter fi haut , & d'ailleurs
quand ils l'auroient dit expreffement
, ce n'auroit été que fur des conjectures
qui ne feroient aucune foi , n'étant
pas foutenues de témoins de ce pre- .
mier temps. Or M. l'Abbé de Camps
n'en produit point avant le xv . fiecle ,
ou la fin du xiv . le plus ancien eft Nicolas
de Clemengis mort en 1437. & encore
n'a -t'il pas cité l'endroit où l'on
trouve le témoignage de cet Auteur , afin
qu'on pût le verifier .
Naturellement les titres honorifiques
font communs pour tous ceux à qui ils
peuvent convenir , & il n'y a que l'ufage
qui puiffe les rendre diftinctifs , & particuliers.
Ainfi les noms d'Illuftriffime , de
Nobiliffime , de Sereniffime , de très -glorieux
, très- Pieux , très - Bon , très - Clement
Ortodoxe
, de Catholique
, d'aimé
de
Dieu , de très-Chrétien
, & autres fem- blables
ont été donnez
aux Rois & aux
Empereurs
, felon qu'on les a eftimez
, ou qu'on a tâché de leur plaire. Meffieurs
de Sainte Marthe
,affez favorables
à M. l'Ab
bé de Camps
, difent tome 1. page 8. de leur Hiftoire
Genealogique
de la Maiſon
de France , que celui de très - Chrétien
, dont on avoit relevé
la dignité
des Empereurs
Conftantin
le Grand , Gratien
Arcadius
DE FEVRIER 1723. 267
& Honorius , fut depuis particulierement
refervé aux Rois de France , qu'il leur fut
propre & annexé à leur qualité Royale
fur le declin de l'Empire ; mais ils fe trompent
beaucoup . Car les Papes continuerent
toûjours d'en honorer les Empereurs,
d'Orient , lors même qu'ils n'étoient plus
fous leur domination . Le P. Daniel a déja
cité Virgile pour Juftinien I. j'ajoûte
S. Gregoire Livre 5. Lettre 16. & Livre
7. Lettre 48. pour Maurice & Livre
4. Lettre 3.2. pour fa dignité Imperiale
, veftri Chriftianiffimi culmen Imperii
; Leon II . Lettre 2. pour Conftantin
Pogonate , Nicolas I. Lettre 14.
Theodora , femine de Theophile
& Leure 15. pour Michel ; Adrien II .
& le quatrième Concile de Conftantinople
de l'an 869. pages 980. 1084. 1151.
1169. & 1242. de l'édition du P : Labbe
pour Bazile enfin Jean VIII . Lettres
9. & 251. pour le même Bazile Conftantin
, Leon & Alexandre fes fils , ce
qui va jufqu'au temps , où nos Rois de la
feconde race commençoient auffi euxmêmes
à decliner.
pour
;
Il a pareillement été fort ordinaire de
donner le titre de très- Chrétien aux Rois
d'Espagne , & la haine de Janfenius leur
ujet contre nos Monarques , à caufe du
ecours qu'ils donnoient aux Hollandois,
Cy luii
268 LE MERCURE
Jui en a fait ramaffer plufieurs exemples
dans le xx1. Chapitre de fon fameux livre
, intitulé Mars Gallicus. Recarede eft
honoré de ce nom par le Concile de Tolede
de l'an 597. par celui de Barcelone
de l'an 598. & par Jean Abbé de Biclar,
fon contemporain Auteur d'une Chroniqué
. Silebut , mort en 621. C'eſt auffi
dans quelques anciens écrivains , de mêine
que Chintilla dans un Concile tenu
én 638. par des Evêques d'Espagne & dela
Gaule Narbonnoife , & Ervige dans
une lettre du Pape Paul I. à Quirice
Evêque de la nation . Jean VIII . a fait.
encore le même honneur à Alfonfe le
Grand , felon la remarque du P. Daniel
( ce que Mathieu Paris a auffi imité fur
Fan 1237. pour Ferdinand III qu'il appelle
mal Alfonfe , ainfi que je l'ai obfervé
dans l'autre écrit , où j'ai de plus fait
voir que cet Hiftorien , que M. l'Abbé de
Camps juge dans fa differtation du Mercure
de Janvier 1720. page 8. être trèscroyable
fur ce point , attefte femblablement
que Henry III. Roy d'Angleterre
a été auffi appellé très - Chrétien , & quelquefois
en concurrence avec nôtre Roy
S. Luis . ) Le même Pape Jean VIII , a
encore qualifié de ce nom Michel , Roy
des Bulgares dans fa lettre 77. qui commence
par ces termes , Chriftianiffi no
Regi
DE FEVRIER 1723. 269
Regi apoftolatus nostri mittentes epiftolam
. Enfin Arnoul Archidiacre de
Seez , depuis Evêque de Lifieux , diftin-.
gue par cette même qualité l'Empereur
Lothaire II. dans fon invective contre
Gerard Evêque d'Engoulême , qui eft
au 2. tome du Spicilege , pendant qu'il
y releve par celle de Catholique nôtre
Roy Louis le Gros , & Henri I. Roy
d'Angleterre , Chriftianiffimum Princi- :
pem Lotharium , cap. 7. Catholicus Princeps
Rex Francorum Ludovicus cap. 5.
Ainfi il eft conftant que ce titre de Très-
Chrétien étoit fort en ufage , avant & depuis
la converfion de Clovis , pour
les
Souverains de tout pays , qui étoient devenus
enfans de l'Eglife : & il ne refte
donc plus qu'à voir fi la maniere dont il
eft employé pour nos Monarques de la
premiere Race , iffus de Clovis , donnet
droit de foutenir qu'il étoit inherent à
Leur fang exclufivement à tous les autres
Princes fideles.
و
و
M. l'Abbé de Camps s'appuye fur ce
que Romain écrivant à Childebert
Roy d'Auftrale , le traite de Chrétienté
dans le même fens qu'on traite aujour
d'hui les Rois de Majefté , Chriftianitas
regni veftri , ce que faint Gregoire a fait
aufli à l'égard de Thierry , de Theutbert,
fils de ce Monarque , & de fa mere la
C vj
fa270
LE MERCURE
S
fameufe Brunehaud ; mais ce Saint n'ufe
t- il pas du même terme pour l'Empereur
Maurice & Theotifte fon coufin , livre
Lettres 17. & 63. comme encore pour
Theodelinde , Reine des Lombards , livre
7. lettre 42. Boniface V. ne s'en fertil
auffi dans fa 3.
pas
Lettre pour Edelbur
ge , Reine d'Angleterre ; & Honoré I.
dans fa 5. lettre pour le Roy Eduin , fon
mari? l'Empereur Maurice a appelléTrès-
Chrétien le même Roy Childebert ; n'a- til
pas auffi de fon côté été qualifié de ce .
nom par faint Gregoire & s'imaginerat'on
qu'il ne le donnoit pas au Monarque
François , dans la même fignification
qu'il le recevoit du Souverain Pontife ?
qu'il ne cherchoit point par cette loüange
, comme faint Gregoire , à exciurfa
Religion & provoquer fon courage , quoique
La lettre tende toute là , mais fimplement
pour reconnoître qu'un tel titre lui
appartenoit à fon exclufion . C'eft là affurément
ce qui n'eft pas naturel , & on
ne fe perfuadera jamais que l'Eglife eut
tout d'un coup affecté aux Rois d'une feu
le nation , un titre dont elle auroit coûtume
d'honorer auffi les Rois des autres nations.
Mais , dit M. l'Abbé de Camps , Clovis
fe trou va le feul Roy Très - Chrétien &
le feul veritablement Catholique de toute
l'Eu
DE
FEVRIER 1723 . 27
l'Europe , outre qu'au témoignage de
faintAvit , il n'y avoit pas de Province
dans l'occident qui ne für redevable aux
François de fon falut.
Il eft vrai qu'il n'y avoit pas alors d'au
tre Roy Catholique dans l'Occident 5
les Rois Goths & Bourguignons , qui
étoient les maîtres de la meilleure
par
tie , ayant eu le malheur d'avoir été in--
fectez de l'Arianifme , quoique la plúpart
des peuples de leur obéillance fuffent
demeurez Catholiques ; & il eft
très -vrai encore que la converfion do :
Clovis fut proprement par fes fuites la
deftruction de cette herefie parmi eux.
Mais on croyoit pourtant en ce tempslà
dans l'Occident , que l'Orient avoit
dans Anaftafe un Empereur Catholiques
quoique favorable aux Eutychiens , &
c'eft faint Avit qui l'affure auffi , & à!
Clovis mêine , en le felicitant fur fon Bap
tême. Car il lui dit que les Latins n'avoient
plus à envier aux Grecs d'avoir
un Prince de leur croyance , & qu'ils
avoient alors le même avantage depuis
qu'il avoit embraffé la foi , ce qui fuffit
pour montrer que les Papes qui ont dépendu
de lui & de fes fucceffeurs jufqu'au
huitiéme fiecle , n'ont pas dû fon
ger à attacher exclufivement à cet Empereur
le titre de Très- Chrétien aux Rois
de
"
272 LE MERCURE
>
de France , du moins tandis que ces maî →
tres étoient Catholiques : Gaudeat ergo
quidem Grazia habere Principem legis
noftræ , fed non jam qua tanti muneris do- .
no fola mereatur illuftrari , quod non defit
& reliquo orbi claritas fua . Siquidem
in occiduis partibus in Rege non novo
novi jubaris lumen effulgurat. Epift. 41 .
Il eft bon , en paffant , de faire attention
à ces mots in Rege non novo : par lef
quels faint Avit marque pofitivement ,
que les Ancêtres de Clovis étoient auffi
des Rois car en difant qu'il n'étoit pas
un nouveau Roy , c'étoit dire , qu'il étoit
Roy par fa naiffance & fon extraction
& c'eft ce qu'il avoit déja donné affez à
entendre par cet autre endroit de la même
lettre , où il affure que Clovis , en
abandonnant la Religion de fes peres ,
ne tenoit plus d'eux que la nobleffe ,
& que s'il leur étoit fedevable de ce
qu'il regnoit fur la terre , il avoit de fon
côté la gloire d'apprendre à fes defcendans
à regner avec lui dans le ciel . De
toto prifca originis ftemmate fola nobilitate
contenti , quicquid omnis poteft faftigium
generofitatis ornare , profapia veftra
à vobis voluiftis exurgere. Habetis bonorum
autores , voluiftis effe meliorum ;
refpondetis proavis quod regnatis in faculo
, inftituiftis pofteros , quod regnatis
in calo.
Au
DE FEVRIER 1723. 273
Au refte , M. l'Abbé de Camps a cru
pouvoir s'aider du teftament de S. Remy
, que j'ai rejetté comme au moins
très-alteré , dans lequel ce Monarque eft
appellé Très - Chrétien . Le P. le Cointe
n'en a pas penſé autrement , mais il as
donné fur l'an 533. après Marlot , un fecond
teftament de ce Saint , beaucoup
plus court , où le titre de Très - Chrétien
ne fe trouve point , ni les faufletez qué
j'ai repriſes dans le premier. M. Baillet
a pourtant raifon de fe défier auffi de celui-
là , & fi je le laiffe tel qu'il eft, ce n'eft
que parce qu'il me fuffit qu'il détruife le
plus étendu , dont M. l'Abbé de Camps.
eft obligé de démontrer l'autenticité , s'il
ne confent pas de l'abandonner.
J'en dis encore autant de la chartre du
même Clovis , dont M. l'Abbé de Camps
fe prévaut auffi. Elle cft pour S. Jean
Abbé de Reomay , que ce Monarque appelle
fon Patron , & où reconnoiffant que
c'étoit à fes prieres qu'il devoit plufieurs
de fes victoires , il lui accorde en la premiere
année de la Chrétienté , dans fon
domaine de Bourgogne , du côté de Tonnerre
, autant de terre qu'il en pourroit
parcourir en un jour monté fur fon âne,
fuo afino fedens. Cette chartre , qui eft
en original dans la Chambre des Comptes
de Bourgogne , eft fignée de Clovis ,
1
quis
1274 LE MERCURE
qui eft appellé dans cette fignature
très- vaillant ou très- courageux , fortiffimus,
& celui qui la prefenta à ce Monarque
à figner , le nommé Clovis le
Grand. A la verité , le P. le Cointe l'a
inferée dans fes Annales fur l'an 496. fans .
en faire aucune cenfure ; mais le P. Ma--
billon n'a ofé la faire valoir fur les fiennes
, quoiqu'il ne s'y montre pas fort difficile
fur la matiere. Il eft convenu dans
fa Diplomatique , page 16. que quelquesuns
la jugent fauffe & ceft du côn
té de ces derniers que je me range fans
crainte de me tromper , qui eft ce que
M. l'Abbé de Camps ne manquera pas
de faire auffi , quand il pourra fe refoudre
d'examiner un pareil acte , le flambeau
de la critique devant les yeux , felon qu'il
s'y eft obligé.
Il feroit inutile de m'étendre davantage
fur les preuves pour les Rois de la
premiere race car après tous les exemples
que j'ai rapportez , il eft bien évident
qu'on ne les a appellez Très - Chrétiens
, que de la même maniere qu'on faifoit
les Empereurs & les Rois d'Elpagne
de leur temps , puifqu'aucun Ecrivain
de ce même temps , n'a dit que ce
titre leur fut hereditaire exclufivement
aux autres Monarques , ni inherent à leur
Lang, qui eft la regle qu'il nous a luimême
DE FEVRIER 1723. 275
ême donnée pour pouvoir le reconnoître
.
·
Les fervices des premiers Rois de la
feconde Race pour l'Eglife , font fi
grands & fi éclatans , qu'affurément ces
Princes n'ont pas eu beſoin du merite du
Baptême de Clovis , pour être fouvent
qualifiez Très -Chrétiens par les Papes ,
qui en reffentoient les plus puiffans effets
car ceux- ci épuifoient volontiers
alors toutes leurs graces fpirituelles en
faveur de ces Monarques , par reconnoiffance
des temporelles qu'ils recevoient
d'eux ; & puifqu'on ne trouve point non
plus dans tant d'actes qui restent de ce
temps - là , que le titre de Très- Chrétien
appartient aux Rois Carliens exclufivement
aux autres Souverains , qui étoient
auffi enfans de l'Eglife , avec qui au contraire
les Papes le leur faifoient partager.
Il eft donc encore jufte de croire , qu'on
ne le leur donnoit auffi que pour louer
leur Religion , & les entretenir dans le
zele qu'ils montroient pour elle. Ainfi
ce font donc les Rois de la troifiéme Ra
ce , qui ont la gloire d'avoir rendu ce titre
propre à leurs perfonnes & à leur
couronne , par la continuité & l'impor
tance de leurs fervices & de leurs bienfaits
pour l'Eglife , lefquels ont enfin forcé
les peuples de l'Europe à les reconnoître:
276 LE MERCURE
noître fous le feul nom de Rois Tres
Chrétiens.
J'ai dit dans mes Remarques précedentes
, que les fameufes Croisades qu'ils entreprirent
au douzième & treiziéme ficcles
, y donnerent principalement lieu ,
& je me fuis fondé fur ce que M. l'Abbé
de Camps n'a pû trouver d'exemples
de Rois , qu'on ait honoré de ce titre
dans la feconde Race , depuis l'Empereur
Arnoul , mort en 899. & dans cette
troifiéme Race jufqu'à Louis le jeune ,
qui le premier d'entr'eux fe croifa pour la
Terre- Sainte , & qu'il executa en 1147.
car à l'égard du Roy Robert , trifayeul
de ce Prince , qu'il cite auffi , outre qu'il
ne fuffiroit pas pour établir fon fentiment
, il y a toute apparence qu'il n'a
point en cela d'Auteur contemporain
pour garent , puifqu'il n'en a indiqué aucun
, au lieu qu'il a eu foin d'en donner
pour les autres Princes.
Il eft certain qu'il n'y a jamais eu
d'actions de Religion plus éclatantes
& qui ayent fait plus d'honneur aux
François , que , que les guerres faintes pour la
délivrance du tombeau de Jefus-Chrift.
Toutes les Nations de l'Occident y combattirent
en quelque forte fous leurs
enfeignes , d'où vient encore aujourd'hui
qu'elles ne font connues dans le Levant
que
DE FEVRIER 1723 277
que fous le nom de Francs , ce que M.
de Camps a , je crois , auffi obfervé en
quelque endroit. On regarda ces guerres
comme ordonnées de Dieu ; ceux qui
s'y confacroient étoient appellez les foldats
de Jefus- Chrift , Chrifti milites , la
volonté fervoit de cri dans les batailles ,
Deus vult , il étoit cenfé être lui- même
leur General , & par cette raifon Guibert
, Abbé de Nogent , qui écrivit la
relation de la premiere de ces guerres ,
l'intitula les geftes de Dieu par les François
, Gefta Dei per Francos . Trois de nos
Rois , comme je l'ai dit , s'y diftinguerent
infiniment , fçavoir , Louis le jeune,
Philippe Augufte & faint Louis. La gloire
que Philippe y acquir , eft même apparemment
ce qui lui fit mettre fur fa
monnoye d'or , autour de la croix [ qui
étoit l'étendart facré de cette fainte milice
, & que chaque foldat portoit fur
fon habit , comme font encore aujour
d'hui les Chevaliers de Malthe , qui continuent
ces guerres ] , la belle legende ,
que tous les fucceffents ont religieufement
confervée jufqu'à prefent , & qui
a tant de rapport avec une telle expedition
, Jefus- Chrift vainc , Jefus Chrift
regne , Jefus- Chrift commande . Chriftus
vincit , Chriftus regnat , Chriftus imperote
278 LE MERCURE
rat. Car il eft le premier d'entre eux
Il eft bon de remarquer , qu'on voit par
les
monnoyes que M. le Blanc a fait graver ,
qu'on s'eft attaché long temps pour cette legende
, à deux regles qui n'étoient point indifferentes.
La premiere étoit de ne la mettre que fur la
monnoye d'or, pour marquer davantage l'eftime
qu'on en faifoit , & on ne la trouve fur
des monnoyes d'argent que depuis Louis XII.
de.
La feconde regle étoit , que la monnoye que
l'on honoroit de cette legende , eut dans le
champ le figne de la Croix , afin qu'on connûti
que c'étoit avec cette arme que jJefus Chrift
vainquoit , regnoit & commandoit , ce qui donnoit
un très beau fens. Ce n'eft auffi
que
puis Louis XII . qu'on a mis quelquefois l'Ecu
de France en 1 place , & actuellement nous
n'avons aucune monnoye courante , ni d'or , në
d'argent avec ce divin figne , qui neanmoins y
brilla dès après la converfion de Clovis . Ainfi
dos Monetaires modernes n'entendent nullement
en cela l'avantage & la gloire particu
liere des Rois Très- Chrétiens . La même chofe
eft arrivée pour le Sit nomen Domini bene
dictum , qu'on voit fur les monnoyes de Fran
ce depuis Philippe le Bel , & qui n'a commencé
à être mis fans la Croix que fous Charles
IX. Ce fymbole indiquoit qui étoit le Sei
gneur dont le nom devoit être beni . Cependant
il feroit aifé de le joindre à l'Ecu de France,
quand celui - ci eft accompagné d'une le
gende chrétienne. L'un & l'autre étoient fort'
bien alliez dans la derniere monnoye d'or de
Louis XV. qui a été fupprimée , la Croix de
Malthe qui y étoit figurée , contenant les trois
qui
DE FEVRIER 1723. 279
qui l'ait employée . * S. Louis , qui en-
-
Reurs de lys dans fon centre , & on voit encore
une monnoye d'or de François I. où l'Ecu de
France eft auffi pofé d'une bonne maniere fur
une Croix. D'autre part , c'étoit encore une
faute dans quelques monnoyes depuis Henri
III. qu'on y eut mis contre l'ancien ufage, d'un
côté le nom du Prince avec la Croix , & d'autre
côté le nom du Sauveur avec l'Ecu de France
, comme fi Jeſus- Chrift & le Roy avoient
changé d'armes .
Enfin on a fort mal à propos abregé fous
Charles IX la premiere des legendes ci- deffus ,
ce qui en a diminué beaucoup la grace & la
nobleffe. En effet , qui ne trouve pas plus de
grace , de force & de fublimité dans cette majeftueule
repetition du nom de Jefus Chrift ,
& dans cette belle gradation qui manifeſte tour
le fruit de la victoire , Chriftus vincit , Chriftus
regnat , Christus imperat, que non pas dans
ces mêmes paroles ainfi reduites ! Chriftus regnat
, vincit , imperat , quoique pour les rendre
plus harmonieufes on ai changé le vincit
de place. D'ailleurs la tranfpofition de ce mot
fait que cette legende eft fauffe , qui eſt à
quoy on ne fait , ce femble , point d'attention
, & ce qui feul demanderoit qu'on rétablit
l'ancienne legende. Le Sauveur n'a pas regné
avant que de vaincre , tout comme il n'a
pas commandé avant que de regner , & ce
n'a été qu'après qu'il a été pleinement victorieux
du Prince du monde , que fon Pere l'a
mis en poffeffion de fon Royaume , & qu'il
aété obéi .
* A la verité elle eft fur une monnoye d'or,
que M, le Blanc attribue en doutant à Louis
treprit
280 LE MERCURE
treprit deux de ces guerres , fut fait prifonnier
dans la premiere , & mourut de
maladie contagieufe dans la feconde , pour
ne rien dire de Robert Comte d'Artois
fon frere , qui fut tué dans celle- là , ni de
Jean Comte de Nevers , fon fils bienaimé
, qu'il avoit vû en celle- ci emporté
avant lui par la même maladie . Philippe
le Hardi , qui regna enfuite , &
Pierre Comte d'Alençon fes autres fils
l'y avoient auffi accompagnez , de même
que Charles Roy de Sicile fon frere.
Louis VIII. fon pere , avoit de fon côté
été le chef d'une Croifade contre les heretiques
Albigeois , qui lui avoit pareillement
coûté la vie , autre forte de guer
re fainte , qui n'étoit pas d'une moindre
efficace pour meriter & foutenir le nom
le jeune , mais il eft affez évident que cette
monnoye n'eft au plus que de Louis VIII . fon
petit fils , à en juger par le caractere , & peutêtre
n'eft elle même que de Louis Hutin , quoiqu'il
n'y foit pas appellé Roy de Navarre.
Ce qui me le feroit prefumer de Louis VIII.
eft l'Ecu femé de fleurs de lys qui s'y trouve,
& qui eft conforme au conti efcel de ce Monarque
, dont la figure eft dans le du Til'et &
dans la Diplomatique du P. Mabillon . S. Louis
fon fils donna pourtant auffi le même contrefeel
aux Regens du Royaume en 1270 , quoifon
contrefcel ordinaire n'eut qu'une fleurde
lys. V. la majorité du Roy de Dupuy page
24.
que
de
DE FEVRIER 1723. 281
de Très-Chrétien. Or ce nom étant le même
que celui d'amateur de Jefus - Chrift ,
qui eft donné en fa place à Conftantin
Pogonate par le Pape Leon II . & à Charlemagne
par Leon III . Amatori Dei &
Domini noftri Jefu Chrifti , puifque , felon
l'Evangile , il n'y a point de plus
grande preuve d'amour , que de donner
la vie pour fes amis , ne fut il pas fort naturel
d'appeller fouvent Très -Chrétiens les
Rois de France , qui facrifioient ainfi dans
ces guerres leurs richelles , leurs fujets
& leurs propres perfonnes pour Jefus-
Chrift & puifque ce nom n'eft effectivement
devenu plus commun pour eux
que depuis les mêmes guerres , les Rois
de leur Race n'en ayant auparavant été
honorez que très - rarement , n'eft - il pas
encore fort naturel de fuppofer , comme
je fais , qu'elles en font la principale
caufe.
Auffi n'a ce été encore qu'affez longtemps
après , que ce titre à été reconnu
pour
leur être hereditaire exclufivement
à tous les autres Souverains , & je ne fçai
s'il refte pour cela de preuve anterieure à
la lettre de plufieurs Princes du Sang મે
Charles VI . que Juvenal des Urfins a
rapportée dans fa Chronique fur l'an
1410. mais qui neanmoins fait voir qu'il
étoit déja regardé comme ancien , puis
६
qu'ils
282 LE MERCURE
qu'ils le croyoient principalement fondé
fur la vertu de leur Sacre. Ils y atteftent
que Charles , comme Roy de France ,
étoit oint & confacré fi dignement , que
du faint Siege de Rome & de toutes Ñations
& Royaumes Chrétiens , il étoit renu
& appellé Roy Très - Chrétien , & fingulierement
renommé en adminiftration de
vraye juftice.
Enfin il ne faut que l'inftitution de
Louis XI. à Charles VIII . fon fils , que
M. l'Abbé de Camps cite dans le Mercure
de Janvier 1720. page 5. pour montrer
qu'on ne croyoit pas alors commelui ,
que le titre de Trés- Chrétien fut annexé
à la Couronne depuis le grand Clovis
, puifque ce Prince dit : Que plufieurs
des Rois fes predeceßeurs avoient été fi
trés-grands victorieux & vaillans , qu'ils
l'avoient acquis , tant en mettant , & reduifan
à la bonne Foy Catholique plufieurs
grands pays , & diverfes nations
habitées par les infidelles , en extirpant
les herefies & vices du Royaume , & en
entretenant le faint Siege Apoftolique , &
la fainte Eglife de Dieu en leurs libertez
& franchifes , qu'en faisant plufieurs
autres beaux faits dignes de perpetuelle
memoire. Qui eft ce qui revient précisé .
ment à mon opinion , & ce que , comme
je l'ai obfervé dans l'autre écrit , eft infiniment
DE FEVRIER 1723. 283.
iment plus glorieux à ces Monarques
que s'ils en étoient feulement redevables
au premier d'entr'eux qui a embraffé la
foy.
Pour ce qui eft du droit des Princes du
Sang fur ce même titre , les nouvelles
preuves , par lefquelles M. l'Abbé de
Camps tâche de le foûtenir , ne fçauroient
arrêter perfonne. Ce fera bien toûjours
un fujet de les louer , & la nation
auffi , d'avoir aidé aux Rois à l'acquerir,
mais il n'appartiendra jamais qu'à ces
derniers , puifqu'il eft attaché à la Couronne
, qui ne fe divife point ; & cela eſt
fi vrai , qu'il pafferoit avec elle à quiconque
la porteroit , fi la famille Roya- .
le venoit à s'éteindre , ce que les prieres
& les voeux des bons François empêcheront
toûjours , s'il plaît au Seigneur. Si
donc , comme on l'a mandé à M. l'Abbé
de Camps , il eft dit dans des livres
d'Office des Eglifes de Provence écrits
des - 1422 . qu'on priera pour nôtre Roy
Duc & Comte très - Chrétien , pro Chrif
tianiffimo noftro Rege , Duce , Comite. Le
Comté de Provence , étant alors fous la
domination des Rois de Sicile , Ducs
d'Anjou ; ce n'aura été là qu'un éloge
pour eux , & non pas un titre. Eft ce que
le Roy d'Eſpagne Duc d'Anjou pourroit
aujourd'hui en qualité de Prince du
D Sang,
284 LE MERCURE
Sang joindre le titre de Très - Chrétien à
celui de Catholique , qui eft uni à fa Couronne
? c'eft fans doute ce que M. l'Abbé
de Camps n'accorderoit jamais , &
cependant il fera toûjours très- permis de
le qualifier Très - Chrétien dans les prieres
qu'on fera pour lui , & dans les louanges
qu'on publiera à fa gloire , parce
qu'alors ce ne fera pas plus un titre , que
fi on l'appelloit très- pieux ou très doux.
On peut même bien par cette feule raifon
refuter fur ce fujet une fanfaronnade
de l'Auteur duMars Gallicus , que j'ai déja
cité: car comme plufieurs Rois d'Efpagne
ont autrefois été appellez Catholiques
auffi bien que Très - Chrétiens , il veut
au chapitre 23. de ce livre, que ces Monarques
ayent abandonné le dernier de
ces titres aux Rois de France , pouvant
être auffi porté par des Princes hereti
ques , & qu'ils ayent retenu pour eux celui
de Catolique , qui renferme la plenitude
& la perfection du Christianifme , comme
s'ils avoient été auffi les maîtres de l'un
& l'autre titre. Mais il n'y a qu'à lui
répondre , que que les noms de Catholique &
de Très - Chrétien , n'étoient point encore
des titres quand on les donnoiɛ
aux Rois d'Espagne , que les Rois de
France étoient au contraire en poffeffion
de celui de Très - Chrétien , comme titre
longDE
FEVRIER 1723 . 285
long- temps avant que ces autres Monarques
euffent fongé à être diftinguez par
un femblable honneur , & que ceux - ci
furent obligez de fe contenter de celui
de Catholique qu'Alexandre VI . leur accorda
, n'ayant pû malgré toute la bonne
volonté de ce Pape pour eux en qualité
de leur fujet par la naiffance obtenir du
Saint Siege celui de Très - Chrétien , qu'ils
auroient bien voulu enlever aux Rois de
France , comme M. l'Abbé de Camps &
moi l'avons remarqué après le P. Mabillon,
Nous donnerons la fuite de ces Remarques
dans le prochain Mercure.
On a propofé dans une Ville de Province
un prix pour celui qui aura le
nieux rempli un Sonnet fur les bouts
rimez fuivans. A prendre tel fujet que
l'on voudra . En voici deux qui ont dû
Concourir du moins avec les meilleurs .
SONNET MORAL.
AMy,jehais , je fuis le monde & fa cabale,
Il éxige de nous trop de foins pour tribut ;
Sans que mon coeur jamais en vains defirs s'exbale
,
Dij
Je
2:86 MERCURE LE
Je cheris la retraite , & c'eft- là mon Salut.
Le monde eft un trompeur , il eft un vrai Des
dale ,
Qui prend mille détours pour venir à fon but,
11 féduit la raifon fans aucun intervale
?
Enfin pour nous tenter c'eft pis que Belſebuth ,
Le plaifir qu'il promet devient un paradoxe,
Quand l'homme à certain âge atteint fon équinoxe
Sape .
Dont les jours font marquez d'un trifte numero,
La mort vient à la fin qui de fa faux nous
Tout mortel fuit fa loy , fut- il Roy, fut il Pape,
Qu'est-ce que l'homme alors ? un neant , un zero®
AUTRE SONNET.
Ans ce monde on ne voit que brigue &
DA que
L'ambition y regne & reçoit pour
Sermens, complimens faux que chaque
Seulement par grimace on fe rend le
cabale,
tribut >
bouche
exhale
Salut.
Par bien plus de détours qu'en eut onc Dedale,
On forme des projets , on parvient à fon but ,
De la vie à la mort fans laiffer d'
On s'expofe à la fin en proye à
Mais on fe croit heureux, étrange
intervale,
Belfebuth
paradoxe ,
Le
DE FEVRIER 1923. 287
Le printemps de nos jours n'a qu'un foible équi-
Le Cicl en a bien - tôt fixé lé
noxe ,
numero ,
Le temps qui confond tout , & nous mine &
nous Sape ,
Devenez riche ou gueux . , Soyez Roy , foyez
Pape ,
Helas ! tout calculé , l'homme eft moins qu'un
Zero
LETTRE de M. Fuzelier à Madame
la Comteffe de **
V
Ous voulez , Madame , que je vous
inftruiſe dans vôtre campagne , de
l'effet qu'a produit à Paris le defaveu de
la Comédie du Nouveau Monde , & de
celle de l'Oracle de Delphes , que j'ai
inferé dans le Mercure de Decembre dernier.
Vous pouvez vous imaginer que les
perfonnes raisonnables m'ont fait l'honneur
de me croire , dès que j'ay cité fon
Eminence , Monfeigneur le Cardinal du
Bois pour garand de ma fincerité , quant
aux beaux efprits analifeurs , ils ont bien
de la répugnance à fe dédire . Au fonds
leur fituation eft defagréable. Il eft triſte
pour eux d'avoir fait depuis cinq mois
tant de dépense en argumens pour prouver
feulement que leur goût eft auffi faux
Diij que
288 LE MERCURE
que leur Logique . Ils font auffi fâchez
de s'être mépris , que fi cela ne leur arrivoit
pas tous les jours fur des matieres
bien plus importantes , & bien plus dignes
d'attention que les deux Comedies
qui les ont occupez fi long temps . L'excès
de leur orgueil ne fçauroit s'accommoder
des réparations qu'ils doivent à la
verité , & cependant il n'y a plus à reculer
, il faut qu'ils conviennent de la foibleffe
de leur jugement.
Je comptois , Madame , vous envoyer
une critique du Nouveau Monde , & cela
n'eut pas été difficile , il n'y avoit qu'à
écouter le public & écrire ; mais il y
en a une dans le Mercure de Janvier
dernier que vous pouvez lire ; je vous
dirai pourtant que l'Auteur de cette Cris
tique me paroît fouvent trop favorable
à l'ouvrage qu'il cenfure : vous vous en
appercevrez ; je ne peux furtout lui paffer
l'éloge qu'il prodigue à la Scene de la
Coquette . L'Auteur du Nouveau Monde
prétendoit dans cette Scene expofer le
Tableau de la Coquetterie naiffante , &
non encore dévoilée à la jeune beauté
qui la pratique fans la connoître ; il a même
choisi l'âge le plus tendre pour executer
fon idée , & pour donner plus de
vrai femblance au caractere qu'il veut
peindre.
Cepen
DE FEVRIER 1923 .
289
Cependant cette Scene qui paroît parfaite
dansfon genre à l'Auteur de la Critique
du Nouveau Monde , n'a pas un
feul coup de pinceau qui parte des mains
de la nature. Rien n'y eft fentiment , tout
y eft réflexion , & quelle réflexion en-
⚫core ! une réflexion raffinée , & quelque
fois outrée. Un ftile qui loin d'être inge
nument coquet , fe montre paré , nonfeulement
des ornemens , mais encore
des affiquets de l'éloquence. L'Auteur
du Nouveau Monde devoit- il amener
une Coquette novice fur la Scene pour débiter
le langage d'une Métaphyfique ga
lante & trop fleurie ; ainfi tous les Madrigaux
qu'il a raffemblez dans cet endroit-
là me paroiffent hors de leur place.
La Coquette naiffante devoit être Coquette
fans le fçavoir ; elle ne devoit
point être fi exactement informée de ce
qui conftitue la gloire de fon état , & deş
prérogatives brillantes qui y font attachées
. C'étoit à elle à laiffer échaper des
traits de Coquetterie , & à Mercure à
les définir.
Je vous envoye , Madame , un remerciment
que j'ai fait pour Monfeigneur
le
Cardinal au fujet de la permiffion que
S. E. a bien voulu m'accorder
de citer
fon nom dans l'écrit l'obftination
du
préjugé a arraché de moy. J'y joins un
D iiij
que
autre
190
LE MERCURE
autre remerciment que j'ai addreffè à
Monfeigneur l'ancien Evêque de Fréjus,
Precepteur du Roy qui a daigné m'honorer
de fa protection dans une affaire qui
m'intereffoit. Je fouhaite que ces deux
pieces de vers meritent vôtre fuffrage ,
& je le fouhaite moins par vanité que
par reconnoillance .
A. S. E.
MONSEIGNEUR
LE CARDINAL DU BOIS ,
PREMIER MINISTRE ,
REMERCIMENT.
MAA Mufe , il faut complimenter
L'Illuftre Cardinal , qui dans les champs de
France
Cultive avec tant de prudence
L'Olive qu'il a fçû planter.
Que ne lui dois tu pas ? il a pris ta défenfe
Contre le préjugé malin ,
Qui d'anonimes vers t'imputoit la licence ;
Signale ta reconnoiffance ,
Celebre les projets refpectez du deftin
Soumis
DE
FEVRIER 1723. 291
Soumis à fon obéiſſance , }
Auffi profond qu'Offat avec plus d'élegance ,
Du Bois fous un regne plus doux
Nous rend de Richelieu le goût & la fcience ;
Mais arreftons , que faifons-nous ?
Ne l'importunons point par un difcours trop
ample
Abregeons nôtre hommage , étouffons nos
accens ,
Son Palais eft ùn nouveau Temple ,
Où l'on doit prier fans encens :
Au droit de le loüer , il faut que l'on déroge ,
Mufe , reçois fes dons , admire & ne dis rien ,
Un moment lui fuffit pour te faire du bien ,
Mais il n'a pas le temps d'écouter ſon éloge,
A MONSEIGNEUR
•
L'ANCIEN EVESQUE DE FREJUS,
PRECEPTEUR DU ROY ,
REMERCIMENT
Rejus , quand ta bonté me promet fon¹
fecours ,
Ne crois pas de mon coeur fupprimer les dif
cours 2
D v Je
292
MERCURE LE
Je fçais que la reconnoiffance
Eft la feule vertu que tu veux près de toy
Condamner au filence ;
Mais je ne fuivrai pas cette modeſte loy ,
Le doux efpoir que je fonde.
Sur ton glorieux appuy ,
Doit pour mon intereft éclater aujourd'hui ,
Ton merite épuré , ta pieté profonde
Met le prix le plus rare à ta moindre faveur ,
Un bienfait de Fréjus eft toûjours un honneur.
LETTRE DU ROY écrite à M. le
Cardinal de Noailles , Archevêque de
Paris , pourfaire chanter le Te Deum
dans l'Eglife de Notre Dame , en
actions de graces de la ceſſation de la
contagion dans le Royaume.
Mo
-
On Coufin , lorfque la pefte attaqua
la Provence avec une fureur
qui fembloit ne devoir rien épargner , je
tremblai pour tous mes fujets menacez
ou d'une mort la plus prompte de toutes,
& la plus cruelle dans fes circonftances ;
ou d'une extrême diminution de leurs
fortunes par la ceffation entiere du commerce
, ou au moins du fpectacle affreux
d'une
DE FEVRIER 1723 293
'd'une défolation qui pouvoit devenir generale
; mais les ordres que mon oncle le
Duc d'Orleans , Regent , a donnez par
tout avec toute la vigilance , & toute la
fageffe neceffaire , ont arrefté le progrès
d'un mal fi funefte . Dieu a beni fes foins ;
il a récompenſé le zele heroïque des Evêques
& de tous les Ordres du Clergé ;
il a écouté les prieres des ames pures &
innocentes , & elles ont obtenu qu'il retirât
de deffus nos têtes l'un des plus
terribles fleaux de fa colere. Le mal contagieux
, qui en défolant une Province
répandoit la terreur dans tout le reste du
Royaume , eft entierement ceffé ; mes
voifins ne peuvent plus regarder mes frontieres
avec frayeur ; les François , qui fe
craignoient eux -mêmes les uns les autres,
font délivrez de cette pernicieuſe crainte
; & il ne nous refte plus qu'à rendre
graces à Dieu de s'être laiffé fléchir , &
d'avoir bien voulu ne nous punir , ou ne
nous éprouver que par des calamitez pafi
fageres. Mon intention étant donc de remercier
le Ciel de fa clemence , & pour
en attirer de nouvelles benedictions , je
vous fais cette Lettre de l'avis de mon
oncle le Duc d'Orleans Regent , pour
vous dire de faire chanter le Te Deum
dans l'Eglife Metropolitaine de ma bonne
Ville de Paris , au jour & à l'heure que
D vj
le
294
LE MERCURE
le Grand- Maître ou le Maître des Ceremonies
vous dira de ma part. Je lui
ordonne d'y convier mes Cours , & ceux
qui ont coûtume d'y affifter. Sur ce je
prie Dieu qu'il vous ait , mon Coufin ,
en fa fainte & digne garde. Ecrit à Verfailles
le huitiéme Fevrier 1723. Signé ,
LOUIS. Et plus bas ,
PHELY PEAUX .
akakakakakakakakakakakakak
A Madame la Marquise de Joyeuſe
au premier jour de l'an 1723-
E temps qui court , & qui s'envole
Frend toujours en courant quelque chofe fur
nous ,
C'eft un affaffin qui nous vole
Par un art infenfible & doux ,.
Sans nous déchirer il nous ufe ,
Et nous devore enfin tandis qu'il nous amuſe ,
C'eft ainfi qu'il nous traite tous ;
Mais le temps devant vous , immortelle Joyeuſe
Ne vat que d'une aîle flateuſe ;
Il s'arrête , & jamais il n'a rien pris fur vous.
Vôtre beau Printemps dure encore ,
Et l'on voit chaque jour éclore ,
dans
DE FEVIER 1723 295
Dans vos yeux & dans vos difcours
Des fleurs qui dureront toûjours
En dépit du regne de Flore ,
L'ardeur de vôtre coeur entretient vôtre été,
Et vôtre abondance l'automne
Pour l'hyver où tout eſt glacé ,
Il n'a place en vôtre perfonne
Que par la neige & les frimats ,
Dont il couvre à plaifir vôtre fein & vos brasa
Le mot de la premiere Enigme du
mois paffé eft l'Oreille , celui de la feconde
eft le Melon , & celui de la troi--
fiéme eft la Banniere.
PREMIERE ENIGME.
Ans devoir me vanter d'un deftin fort heu
S Ans reux
Je me trouve fouvent à côté d'une femme ,
A
Qui d'un même mouvement d'ame ,
M'embraffe , me careffe , & me fait les doux
yeux ,
M'outrage , me déchire , & fe fait un merite
De me priver de tous mes ornemens
Pour en parer à mes dépens
Us
396 LE MERCURE
Un nombre d'avortons que je traîne à ma fuite g
Je parois rarement à la Ville , à la Cour ;
La vanité m'en a bannie ;
Aux Dames du grand air je ne fais point envies
L'hiftoire dit pourtant qu'un jour,
Un Heros près de fa Clelie .
Me fit fervir de trophée & d'atour
A fon amoureufe folie.
SECONDE ENIG ME.
Vant de fçavoir qui je fuis ,
Lecteur, admire en moi la bizarre nature .
J'étois blanche quand je nâquis
Enfuite j'ai paffé , fans avoir rien acquis ,
A la couleur la plus obfcure.
J'occupe une vafte maiſon ,
Où je fuis fans comparaiſon ,
Plus à l'étroit qu'un mort étendu dans la biere
C
Malgré cela je ne puis gucre ,
Lorfque j'ai besoin d'aliment ,
Le prendre qu'en me promenant ,
Le travail m'eft hereditaire ,
Qui croiroit que dans cet état ,
D'un
DE FEVRIER 1713. 297
D'un ruftique mortel j'excitafle l'envie ;
Il en veut fi fort à ma vie ,
Qu'il fe fait de ma mort un triomphe d'éclat
Le pis eft que de lui je ne puis me défendre ;
Car tel eft mon malheureux fort ,
Que plus je cherche à fuir la mort ,
Plus je travaille à me laiffer furprendre-
TROISIEME ENIGME R
Quoique
Voique je fois enfant de chair &
d'os ,
Je ne fuis point fujet à la voye ordinaire ,
Je fortis en naiffant du ventre de ma mere
Après m'avoir engendré par le dos .
L'arc en-ciel n'a point tant de couleurs diffe
rentes
Que j'en porte fur moi par tout où l'on s'en fert,
Je fuis blanc , je fuis noir , rouge , gris , jaune
& vert ,
Et chaque couleur a fes raifons pertinentes .
L'une affigne l'honneur qu'on doit à la vertu
L'autre aux brigands annonce l'infamie,
J'en ai pour diftinguer certains états de vie ,
Suivant que le caprice , ou Ferdre l'a voulu.
Je
198 LE MERCURE
Je n'ai ni foi , ni loi ; fi je vais à l'Eglife ,
Ce n'eft que pour tenir compagnie aux mortels,
Car tandis qu'à prier leur pieté s'épuiſe ,
Je tourne le dos aux Autels.
M
CHANSON.
E feroit-il permis de dire
Sans attirer vôtre couroux ,
Que pour vos beaux yeux je foupire ,
Et que je n'adore que vous.
Mon coeur penetré de tendreffe ,
Prétend vous cherir à jamais ,
Si ce fincere aveu vous bleffe
N'en accufez que vos attraits.
Lorfque l'on voit briller vos charmes ,
Peut-on garder la liberté ?
Sans balancer on rend les armes ,
A vôtre naiffante beauté ;
L'amour qui pour vous s'intereffe ,
Dans vos beaux yeux choifit fes traits ::
Si ce fincere , &c.
en accufez , &c.
DE FEVRIER 1923.
Fevrier4. Bordier
Me serex Couroux,..
Me Ser
Couroux ,
Que peda
DE FEVRIER 1923. 299
Je mets mon bonheur à vous plaire ,
Approuvez mon extrême ardeur ,
Jamais aucune autre Bergere
Ne triomphera de mon coeur.
Si vôtre fevere fageffe
Blâme mes fentimens fecrets ,
Iris , fi mon amour vous bleſſe ,
N'en accufez que vos attraits.
NOUVELLES LITTERAIRES,
DES BEAUX ARTS , & c.
H
ISTOIRE GENERALE D'ESPA
GNE depuis le commencement de
la Monarchie jufqu'à prefent , tirée de
Mariana , & des Auteurs les plus celebres.
Ouvrage enrichi d'un grand nombre
de figures en taille-douce , neuf volumes
in 12. A Paris , rue S. Jacques ,
chez Guillaume Cavelier , fils , près la
Fontaine S. Severin , au Lys d'Or 1723 .
Tout ce qui eft capable d'exciter «
l'attention d'un Lecteur curieux , fe «
trouve raffemblé dans l'Hiftoire Gene- «
rale d'Eſpagne , foit par raport à fon ce
antiquité , foit par raport à la varieté es
des
300 MERCURE LE
1
"
ور
des faits dont elle eft embellie ; car
» on y trouve avec la verité , le même
agrément que dans les Hiftoires inven-
» tées à plaifir. Tant de révolutions & de
changemens de domination fous des
peuples barbares & non policez , four-
» niffent une infinité de faits qui fur-
25 prennent , qui réjoüiffent , & qui inſtruifent
agréablement le lecteur. Nous
ajoûterons à cette expofition que deux
Ecrivains de réputation font les Auteurs
de cette Hiftoire ; fçavoir , M. l'Abbé
du Pin qui l'a commencée , & M. l'Abbé
de Bellegarde qui l'a conduite jufqu'à nô•
tre temps. Nous n'entrerons dans aucun
détail fur une matiere auffi vafte , les
bornes & la varieté de nôtre Journal ne
fçauroient nous le permettre , nous don
nerons feulement à nos lecteurs une idée
generale de chaque volume .
Le 1. contient l'origine de cette Monarchie
juſqu'au temps que l'Espagne a
été fubjuguée par les Romains , les Goths,
& les Maures. Dans le 2. on voit les malheurs
que caufa le partage de l'Espagne
en differens Etats . Le 3. comprend les
differentes guerres entre les Caftillans &
les Grenadins , avec l'Hiftoire de Tamerlan
, Empereur des Tartares & Mogols .
Le 4. contient la guerre d'Italie , la ruine
de la faction Angevine , & les commen-
›
cemens
DE FEVRIER 1723. 302
temens du regne de Ferdinand & d'Ifabelle.
s . volume , fuite du regne de Ferdinand
& d'Ifabelle , l'expulfion des
Maures de l'Espagne , & la conquête du
Royaume de Grenade. Le 6. vol . nous
donne l'Hiftoire du Concile de Latran
& parle des guerres de Navarre & du
Milanois . Dans le 7. on voit les commencemens
du regne de Charles d'Autriche,
les commencemens du Lutheraniſme , &
le regne de Philippe II . Le 8. contient
les regnes de Philippe III. de Philippe
IV . & de Charles II. Le 9. enfin comprend
le regne de Philippe V. jufqu'à
prefent.
Cet ouvrage fe trouve auffi au Palais ,
chez le Gras , & dans la rue S. Jacques
chez Giffard , Moreau & Huart , le prix
eft de trente livres pour volumes
dont le moindre eft de 500. pages.
les 9. **
RECREATION'S LITTERAIRES,
ou Recueil de Poëfies , & de Lettres ,
avec l'Hiftoire de Zamet Barcais , par
M. de L *** chez la veuve Boudot ,
ruë S. Jacques , au Soleil d'Or, & chez
Huart , lejeune, au bon Pasteur.1 . vol.
in 12. 1723 .
' Eft un mélange curieux de pieces
C'gitive
Il les dédie à un de fes amis , homme de
Lettres
1
'LE MERCURE
t
Lettres , M. Durey d'Harnoncour , Rea
ceveur General des Finances. Tout y paroît
être écrit de bonne main . Il femble'
que l'Auteur , qui n'a pas voulu fe
nommer , étoit le chef d'une Académie ,
dans laquelle il étoit obligé toutes les femaines
de prononcer un Difcours Critique
fur l'Hiftoire , & ce qu'il donne¨ici ,
n'eft comme il le dit lui- même , que les
agréables amuſemens d'un homme de
Lettres qui cherchoit à fe diftraire de
temps en temps d'une étude ferieufe . En
écrivant à Madame la Marquife.de ........
page 154. il lui confeille de laiffer fuivre
à Mile fa fille le penchant qu'elle a aux
belles Lettres . » J'aurois crû , lui dit - il ,
qu'une Dille à douze ans étoit plus ſen-
» fible , même fans le vouloir , à certai
» nes impreffions du coeur , qu'à des fentimens
fi épurez de la raifon ; mais je
fuis ravi , que le coeur ne lui ait encore
» rien dit , ou qu'elle n'en ait point com-
" pris lelangage , & je vous confeille de
lui laiffer un goût , qui du moins duranť
quelque temps la garantira des irruptions
du temperamment. Une fille ,
n'en déplaife à vôtre fexe , eft un fruit
» bien délicat , & qui ne tenant à l'arbre
qui l'a produit que par des filets extrê
mement déliez , lui échape fouvent , &
tombe , fi j'oſe ainfi parler , au premier
fentiment
לכ
גנ
4
DE FEVRIER 1723 . 303
- ce
CE
"
fentiment de maturité. Si la vertu peut «
être appellée une beauté de l'ame , com- «
me la beauté une yertu du corps , on c
peut dire , que dans les jeunes perfonnes
, il en eft de l'une comme de l'autre, «
& que l'harmonie des traits interieurs ce
Le dérange même plus aifément , que «
celle de ceux qui brillent au dehors ... ce
Ainfi , Madame , continue- t'il , laiffez ce
Mlle de ... fe livrer tant qu'elle voudra «
au panchant qu'elle paroît avoir aux ce
fciences & aux belles Lettres . Plus elle «
s'y appliquera , moins elle aura lieu de
fe craindre elle-même .... S'il eft vrai
que tôt ou tard le fang & les paffions
entraînent , je foutiens qu'ils font moins &
faire de chemin à un efprit cultivé par «
les belles Lettres , qu'à un efprit brute
& negligé. Celui-là a des reffources , ce
l'autre n'a pas. L'amour dérobe , «
il est vrai , du temps à l'étude ; mais le
plaifir qu'on trouve à l'étude coupe ce
plus d'une fois les ailes à l'amour. L'Au- «e
teur prouve par l'exemple de quelques
femmes fçavantes , que l'érudition ne «
fçauroit avoir un mauvais effet dans «
l'ame des perfonnès du beau fexe. Quand e
Me de Scuderi', dit-il , a traité les ma- es
tieres galantes , elle l'a fait avec tant ce
d'emportement , qu'on eut dit qu'elle «
avoit fait toutes les preuves en amour . «
que
«
Сс
66
"
Сереп-
304 LE
MERCURE
23
Cependant la paffion n'a jamais enflâme
en elle , que la feule imagination , &
quoique de ce lieu , où elle regnoit en
maîtreffe , il n'y ait pas grand chemin
» jufqu'au coeur , elle n'a ofé defcendre
plus bas. Les bornes étoient plantées ,
une auftere vertu les avoit pofées , &
fe tenoit toûjours auprès pour les défendre.
En parlant de Me la Comtelle
de la Suze , & de Me Deshoulieres , il
dit , quel ftile d'amour plus Aeuri &
plus leger, quel feu , quelle paffion , quel
» defordre même dans leurs écrits ? mais
nil en étoit de la tendreffe qu'elles y ont
répandue , comme de la beauté de la
plupart des femmes , qui confifte plus
s dans les mines & dans les façons , que
dans les traits. Leur coeur , leur efprit,
tout étoit fait en elles pour l'apparence
» de l'amour , & rien n'y étoit fait pour
l'ufage. Pour achever de donner quelidée
de ce Livre. On raportera ici
un ou deux traits des pieces de Poëfie
qu'on y trouve. L'Auteur fait entrer fort
agréablement la Critique des Paniers des
femmes dans une petite Hiftoire qu'il raconte,
page 207.
»
que
22
Vous fçavez qu'autrefois n'en pouvant plus
d'Ahan
La petite mignone
De Latone
Defiroit
DE FEVRIER 1723. 305
Defiroit fe laver dans les eaux d'un étang ,
Elle ôte fon panier
fon corfet & fa mante ....
Son panier ! je me trompe , elle n'en avoit point,
Un cotillon alors bien étroit & bien joint ,
Sans ornemens , fans nulle fente ,
Des femmes de ces temps receloit les beautez ,
Chacune n'occupoit qu'un terrein fort honnête ,
On ne les mefuroit que des pieds à la tête ,
Et non par l'ampleur des côtez .
Si quelquefois par avanture
Fillette avoit befoin d'élargir fa ceinture ,
Que faire ? elle l'élargiffoit ,
Et de fon malheur rougiffoit.
Auffi chaque homme alors avoit la main plus
sûre ,
Quand une femme il choififoit , & c.
11 dit en écrivant à M. le Marquis de
S.... page 300 .
Quel coeur n'eft fait pour la tendrefle
Elle naît avec nous , nous fuit dans tous
les temps.
Elle est l'écueil de la jeuneffe ,
Et trop fouvent le foible des vieux ans ,
Quand un coeur jeune eft encor fage ,
Ah !
Bör
LE MERCURE
Ah ! ce n'eft point , qu'il n'ait affez vécu;
Mais c'eft que l'amour le menage ,
Pour être quelque jour plus fûrement vaincu
Il y a à la fin de ce livre une hiftoire
galante , intitulée Hiftoire de Zamet Bar-
Cais . Elle est très- agreable par elle-même,
& le ftile en eft aifé , naturel & plein
de feu.
Le fieur Boiffon , Ingenieur du Roy ;
a fait imprimer une feuille volante , qui
contient la propofition qu'il a faite , de tirer
un Canal autour de Paris pour l'éle
vation des eaux , depuis l'Arcenal juſqu'à
la Savonnerie près Chaillot , & l'utilité
qu'on tirera de ce Canal : en voici
les principaux atticles . 1. Če Canal ra
fraîchi jour & nuit , & toûjours plein
d'eau , nettoyera les égouts , & c, ce qui
empêchera les maladies populaires. 2 ° .
Hy aura divers ports fur ce Canal pour
la décharge & le débit des marchandifes
, &c. avec des abbreuvoirs pour les
chevaux . 3 ° . Les eaux du Canal feront
auffi bonnes que celles de la Seine . 4° .
Un nombre confiderable de bateaux &
de marchandiſes y feront mis à l'abri des
glaces par l'emplacement des éclufes ,
&c. . Par l'ouverture de ces écluses ,
on
DE FEVRIER 1723. 307
on empêchera les inondations qui caufent
des dégats dans certains quartiers de
Paris . 6. Ce Canal fervira de barriere
contre les fraudeurs des droits du Roy.
7°. Ce Canal toûjours plein de fix pieds
d'eau , aura huit toifes de large fur toute
la longueur du circuit de cette moitié de
la ville , avec des chemins de côté &
d'autre bordez d'arbres , ce qui formera
un double cours , & donnera à Paris un
nouvel agrément qui ne fe trouve en aucune
autre ville de l'Europe.
Enfin la conftruction de ce Canal donnera
la facilité d'établir quatre tuëries
pour les Bouchers dans des quartiers convenables
, avec des robinets pour fournir
de l'eau en abondance , & c. on parviendra
ainfi à nettoyer toute la ville des infections
que caufent ces tuëries , & c .
>
Le fieur Cordier , feul poffeffeur du fecret
des Peaux divines , avertit le public
qué les calotes faites des mêmes peaux ,
gueriffent tous maux de tête les plus inveterées
, & de quelque caufe qu'ils puiffent
provenir , comme abfcès , fluxions
rhumatifmes , coups ou contre- coups ;
qu'elles attirent le fang qui peut s'être
extravafé dans la tête , par chute ou par
quelque autre accident ; & qu'elles gue.
riffent les migraines , éblouiffemens
E étour308
LE MERCURE
étourdiffemens , vapeurs , bourdonnemens
& tintemens d'oreille ; enfin la
furdité , &c .
T Par le moyen d'une tranſpiration douce
& commode , elles attirent les eaux
âcres qui tombent ordinairement fur les
yeux , fur le coeur , dans la poitrine , &t
fur les autres parties du corps.
Les peaux divines gueriffent l'apoplexie
, & font excellentes pour les paralyfies
nouvellement formées , pour toutes
fortes de rhumatifmes , les goutes , les
goutes fciatiques , pour les maux de reins,
maux de côté & d'eftomac ; pour les
groffeurs , les dartes vives , les boutons
& rougeurs , que l'on peut avoir fur telle
partie du corps que ce foit. Elles font
bonnes pour les enflures , meurtriffeures ,
bleffures , ulceres & humeurs froides.
Comme les peaux divines font refolutives
& attractives , leur principale vertu
eft de fondre les humeurs malignes ,
glaitenfes & coagulées qui font entre
cuir & chair : elles adouciffent & fortifient
en même temps les nerfs & les mufcles
; & fans faire aucune ouverture ni
cicatrice elles rendent , par le moyen de
la tranfpiration , la peau plus blanche &
plus belle encore qu'auparavant l'appli
cation .
On
peut , felon fon incommodité , fe
faire
DE
FEVRIER 1723. 309
faire faire des camifolles , des gants &
des chauffons de peaux divines ; & fi ,
lorfque l'on eft attaqué de la petite verole
, on avoit foin de s'envelopper de
ces peaux, on fe garentiroit fûrement des
fuites fâcheufes qui en refultent , parceque
, par le moyen de la tranfpiration ,
elles font fortir le venin qui eft caufé par
le fang
corrompu
Le fieur Cordier fournit un memoire
exact de la maniere avec laquelle on doit
fe fervir des peaux divines , qui peuvent
fe conferver plus de vingt ans , fans per
dre leurs vertus ni qualitez : & pour la
commodité publique , il a établi des Bu
reaux où l'on diftribue les mêmes peaux'
divines ; fçavoir à Lyon , chez le fieur
Thomas , Marchand , grande ruë Merciere
: à Rouen , chez le fieur Maugy
rue des Juifs , aux Armes de France : à
Caën , chez la veuve du fieur Laye , Marchande
Epiciere , tuë faint Jean , proche
la porte Millay: à faint Malo , chez le
fieur Defroziers , Marchand , devant la
grande Porte : à Rennes , chez le fieur
de la Vigne , Marchand , à côté du Palais
: à Nantes , chez le fieur Meziers ,
Marchand à la Foffe : à la Rochelle , chez
le fieur Merle , Marchand , & à Dijon ,
chez le fieur Papillon ,
Marchand, proche
l'Eglife Notre- Dame.
,
Eij Le
310 LE MERCURE
Le fieur Cordier demeure à Paris , chez
le fieur Metas , Marchand Epicier , an
haut de la rue de la Coutellerie & de la
Vannerie , vis-à- vis la ruë de faint Jacques
de la Boucherie , au premier appar-.
tement.
Extrait d'une Lettre écrite d'Avignon le
14. Janvier 1723.
On vient d'établir dans cette ville une
nouvelle Académie de Mufique , fous le
titre d'Académie des beaux Arts ; elle
eft déja compofée de près de cent Académiciens.
Son Excellence Monfeigneur
de Gonteri , Archevêque d'Avignon ,
Prelat , qui joint aux plus éminentes
yertus , un goût exquis & univerfel pour
les beaux Arts , a bien voulu s'en declarer
le Protecteur , & honorer de fa prefence
le premier concert public que cette
Académie naiflante donna le Samedy
deuxième du prefent mois de Janvier ;
plufieurs Dames s'y trouverent fur des
billets diftribuez par les Académiciens
fuivant les Reglemens , ce qui rendit
l'Aflemblée fort brillante ; on chanta le
Prologue de Roland , & pour Motet le
Pleaume Deus nofter refugium & virtus ,
c. de M. Campra avec la Cantate
>
des
DE FEVRIER 1723 : 311
des Femmes du même Auteur. Le concert
finit par une autre Cantate , ouvrage
de deux Académiciens , dont l'un a
compofé les paroles , & l'autre la Mufique
, qui fut fort goûtée.
On imprime à Amfterdam chez Balthafar
Lakeman, Libraire , les Oeuvres diverfes
de M. Racine , fils , in 8. où le trouve
fon Poëme fur la Grace.
›
Traité hiftorique des principales Foires
du Royaume : leur origine & leur
progrès , les privileges & prérogatives
dont elles jouiffent , les principales marchandifes
qu'on y vend ; les talens que
quelques particuliers y font valoir . Ēnfemble
, des jeux populaires , des anciennes
fêtes baladoires , des fpectacles ,
pieces de theatre , farces , parodies en
vaudeville , fcenes comiques & burlefques
en chants & en recits , ornées de
danfes , de chanſons & de fymphonies.
Et des fauts perilleux , des danfeurs de
corde & voltigeurs , combats d'hommes
& d'animaux , exercices furprenans de
force & d'adreffe. Des marionettes ,
joueurs de gobelets , operateurs , faltim
banques , bâteleurs &c.
C'est un projet d'ouvrage qu'on nous
prie de publier.
C'eſt un ancien droit de la ville de
E iij Nantes,
312 .LE MERCURE
,
Nantes , de faire frapper des jettons pour
conferver la memoire des Maires électifs :
on a rétabli ce droit , à l'occafion de l'élection
de M. Mellier pour Maire de cette
ville en 1720. Il eft Treforier de France
, General des Finances en Bretagne
Chevalier des Ordres Royaux Militaires
& Hofpitaliers de Nôtre Dame de
Mont Carmel & de S. Lazare de Jerufalem
, Maire & Colonel de la Milice
Bourgeoile de la Ville & Faux -bourgs
de Nantes , & Prefident du Bureau de
fanté de la même Ville .
·
La Mairie de Nantes a été établie
par
Edit du mois de Janvier, 1559. portant
établiffement d'un Corps & Communauté
, pour y être choiſi un Maire d'année
en année, avec attribution des mêmes
privileges & prééminences attribuées aux
Maires de la ville d'Angers , qui font entr'autres,
de nobleffe pour eux & pour leur
pofterité , tel & femblable dont jouiffent
les autres nobles du Royaume. 3
Par Arreft du Confeil du 10. Janvier
1721. il eft ordonné , que le Maire de
Nantes fera le fervice durant deux ans
fauf à le continuer , s'il eft jugé neceffaire
, qu'en confequence il ne fera procedé
qu'au premier jour de May 1722.
à l'élection d'un nouveau Maire : Veut
Sa Majefté que les Maires qui auront
fervi
DE FEVRIER · 1723 . 313
fervi deux ans , joüiffent des privileges
& exemptions attribuées aux anciens
Maires de ladite ville , fans qu'elles puiffent
nuire ni préjudicier aux privileges
& immunitez , dont lefdits Maires ont
droit de jouir , foit à cauſe de leurs qualitez
perfonnelles , ſoit en vertu des Offices
dont ils fe trouveront revêtus .
Le premier May 1722. M. Mellier a
été continué Maire par élection , dans
l'Affemblée generale des Corps de ladite
Ville cette élection a été confirmée
par Sa Majesté .
FesArmes de la Ville de Nantes. Les Armes de Mr. Mellier.
i 2
Л
M-
Ο
De la Mairie de Mr Gerard-
Mellier Genal des finances Chev
de l'Ordre de St Lazare
Nostro florebit
amore .
On á frappé à cette occafion le jetton
que voicijoù d'un côté font les armes de la
E iiij.
ville
314 LE MERCURE
ville de Nantes , avec ces mots au- def
fous , de la Mairie de M. Mellier , General
des Finances , Chevalier de l'Ordre
de S. Lazare ; & de l'autre côté , les
armes de M. Mellier , avec cette deviſe,
NOSTRO FLOREBIT AMORE.
******************
SUITE DES MEDAILLES DU ROY.
Lici a
*
E Medaillon , dont nous donnons
ici la repreſentation , a 27. lignes de ·
diametre ; on y voit le Roy & l'Infante
en regard , avec cette legende françoi
fe LOUIS XV. ROY , DE FRANCE
ET DE NAVARRE. MARIE - ANNEVICTOIRE
INFANTE D'ESPAGNE .
Et dans l'Exergue Arriere petit-fils &
arriere petite-fille de Louis le Grand.
Pour revers , les Armes de la Ville au
haut de la Medaille , & cette infcription
au-deffous. FESTE A L'HOSTEL
DE VILLE , honorée de la prefence de
Louis XV. & de Marie- Anne- Victoire,
Infante d'Espagne , le 10. de Mars M.
DCC. XXII . Meffite Pierre- Antoine de
Caftagneres , Marquis de Châteauneuf,
Prevôt des Marchands ; Jacq. Denis ,
Ch. A. Chauvin , Jacq . Rouffel , Antoine
Sautreau , Echevins . Nic, Guill . Moreau
3
ANNE
VICTOIK
NCE
ET
DE
NAVARRE
-MARIE
LEBLANC
ESPAGNE
ARRIERE PETIT FILS ET ARRIERE PETITE FILLE
DE
LOUIS LE GRAND
FÊTE A
DE VILLE
DE LA
LHOTEL
HONOREE
PRE SENCE
DE LOUIS XV.ETI
DE MARIE ANNE VICTOIRE
INFANTE DE SPAGNE
LE IO DE MARS. 1722
MESSIREPIERREANTOINED
ECASTAGNERE
MARQUIS DE CHATAUNEUF
PREVOT DES MARCHANDS .
JAQ.DENIS. CH. L. CHAUVIN
JAQ ROUSSEL ANT SAVTREAU
ECHE VINS 1
NIC . GUILL.MORIAU
PR . ET
AV DU ROY ET DE LA VILLE
JB JUL TAIBOUT GREFIER
JAC BOUCOT RECEVEUR
LA VILLE DE PARIS
3
୮
DE FEVRIER 1723. 315
"
reau , Pr . & Av. du Roy de la Ville. J.
B. Jul . Taitbout , Greffier , Jacq . Boucot
, Receveur . Et dans l'Exergue , LA
VILLE DE PARIS .
Montalant , Libraire à Paris , ayant
deffein de faire réimprimer la notice des
Gaules de feu M. de Valois , ouvrage
également curieux & utile , exhorte les.
Sçavans à vouloir bien lui communiquer
les reflexions , les remarques & les corrections
qu'ils peuvent avoir fur ce livre.
On en fera l'ufage qu'on fouhaitera
, en nommant même , s'ils le veulent,
ceux qui lui auront adreffé quelque memoire.
Comme on veut tâcher de rendre
cette édition la plus parfaite qu'il fe puiffe
, on n'oubliera rien de ce qui peut
éclaircir l'ancienne Geographie de la Gaule
, & on efpere que les remarques qu'on
trouvera dans cette édition avec les cartes
, pourront faire deux volumes in fol..
L'Académie Royale de l'Hiftoire à
Lifbonne , a élû le Marquis de Valence
pour remplir la place vacante par le décès
du Comtede Monfanto , & s'eft chargé
de continuer l'hiftoire de l'Evêché de
Portalegre qu'il avoit commencée ; fon
élection a été approuvée & confirmée:
par le Roy , fuivant les Statuts , avant
Ey que
316 LE
MERCURE
que d'être rendue publique.
Le 23. Decembre
dernier , cette Académie
tint en prefence de Sa Majesté
Portugaife
, fa premiere Affemblée
de la
troifiéme année de fon établiſſement
. Le
Marquis d'Alegrette
fit à l'occafion du
renouvellement
des Cenfeurs Royaux ,.
un difcours très- éloquent , après lequel:
M. Jofeph d'Acunha
Brochando
prononça
, fuivant l'ufage , l'éloge du feu
Comte de Monfanto..
CONSIDERATIONS CHRETIENNES
fur la mort , avec une préparation pour
fe difpofer chaque année à bien mourir ,
&c. 3. édition , vol . in 12. à Paris , che
Desprez, ruë S. Jacques..
LES OEUVRES de feu noble Scipion
du Perier , Ecuyer , Doyen de Mrs les
Avocats du Parlement de Provence , divifées
en deux tomes. A Toulouse , auxdépens
du fieur Caranove , ruë S. Rome,
& fe vendent à Paris chez Th. le Gras ,,
au Palais 1721. in 4. 2. vol..
RELATION hiftorique de la Pefte de
Marſeille en 1720. A Cologne , chez Pier
re Marteau 1721. in 12. de 512. pages..
COMMENTAIRE LITTERAL abregé
fur
DE FEVRIER 1723. 317
fe ,
fur tous les livres de l'ancien & du nouveau
Teftament , avec la verfion françoipar
le R. P. Dom Pierre Guillemin ,
Religieux Benedictin , de la Congregation.
de faint Vanne & de faint Hy dulphe.
A Paris , chez Emery , rue faint Jacques ;
Saugrain , l'aîné , & P. Martin , Quay
des Auguftins , 1721. in 8. 3. vol. qui
contiennent la Genefe & l'Exode , le Levitique
, les Nombres & le Deuteronome.
L'Auteur promet 8.ou 9. volumes
de la fuite de cet Ouvrage , qu'on pourra
regarder comme l'abregé du. Čommentaire
litteral du P. Dom Aug. Cal
met , imprimé en 25. vol. in 4.
VOYAGE d'Espagne à Bender , contenant
un détail de ce qu'il y a de plusconfiderable
à Conftantinople , & ent
d'autres endroits de l'Empire Othoman ,
&c. AParis , chez P. Huet , au Palais ,
& P. Prault , fur le Quay de Gêvres.
1722. in 12. de 244 pages .
LA VIE DE S. BERNARD , Arche
vêque de Vienne . Par le P. Charles Fleu
ry-Ternal , Jefuite . A Paris , chez And .
Cailleau , Place de Sorbone. 1722. vol.
in 12. de 240. pages.
TRAITE DES JARDINS ,, par
par le
E vj
hieur
318 ELE
MERCURE
feur Sauffay , Jardinier de S. A. S: Madame
la Princeffe de Condé à Anet . A
Paris chez N. Simart rue S. Jacques ,
koala / 17 22.2in 12. pp. 230.
LETTRES EDIFIANTES & curieuſes,
écrites des Miffions Etrangeres par quel -
ques Miffionnaires de la Compagnie de
Jefus , quinziéme Reciieil , à Paris , chez
Nicolas le Clerc , rue S. Jacques , 1722 .
418. pages.
THEORIE de nouveaux Thermometres
, & de nouveaux Barrometres , de
toutes fortes de grandeurs , dont la fenfi
bilité peut être double de la hauteur ,
quoique marquée dans le même tuyeau
perpendiculaire & par la même liqueur.
Par M. Gauger, Avocat en Parlement ,
& Cenfeur Royal des livres. A Paris , chez -
Quilleau , ruë Galande. 1722. brochure
in 12. de 39. pages , avec figures .
LA MORALE du Nouveau Teftament
, partagée en reflexions chrétiennes
pour chaque jour de l'année , à l'ufage
des Seminaires & des autres Communautez
Regulières. A Paris , chez J. B. De-
Lefpine , rue S. Jacques , 1722. 4. vol.
in 12.
TRAITE"
DE FEVRIER 1723. 319
TRAITE DE L'HARMONIE reduite
à fes principes naturels , par M. Rameau,,
Organifte de la Cathedrale de Clermont en
Auvergne. A Paris , chez Ballard , 1722 .
in 4. de 432. pages , fans la Preface , le
le Supplement & les Tables .
ELEMENS DE GEOMETRIE de Mon
feigneur le Duc de Bourgogne . Nouvelle
édition , revûë , corrigée & augmentée
d'un Traité des Logarithmes . Par
M. de Malefieu , avec l'introduction à
l'application de l'Algebre , à la Geometrie
. A Paris , chez Ganeau , Dupuis' &
Rondet , rue S. Jacques , 1722. in 8. de
4.00 . pages.
A DISSERTATION fur les Semi - Ar
riens , dans laquelle on défend la nouvelle
édition de S. Cyrille de Jerufalem ,
contre les Auteurs des Memoires de Trévoux.
A Paris , chez Jacques Vincent ,
ruë. S. Severin , 1722. in 12. pp . 139.
LA COMTESSE DE VERGI, nouvelle
Hiftoire galante & tragique. Par M.
L. C. D. V. A Paris , chez J. Pepingué.
Quay des Auguftins , 1722. L'Auteur a
tiré le fond de ce Roman de la foixante-
dixiéme nouvelle des contes & nous
velles de la Reine Marguerite .
DIST
20
LE MERCURE
DISSERTATION fur l'origine des François
, où l'on examine s'ils defcendent des
Tectofages , ou anciens Gaulois établis
dans la Germanie. A Paris , chez J.Vin◄
cent , rue Saint Severin , 1722 in 124
PP. 76.
LES OEUVRES DE FRANÇOIS M'ALHERBE
, avec les obfervations de M.
Menage , & les remarques de M. Chevreau
fur les Poëfies . AParis , chez les
freres Barbon , ruë S. Jacques , 1722. 3 .
vol. in 12.
IDE'E GENERALE DE L'ECONOMIE
ANIMALE , & obfervations fur la petiteverole.
Par M. Helvetius , Confeiller-
Medecin du Roy , Docteur- Regent de la
Faculté de Medecine de Paris , Medecin-
Inspecteur general des Hôpitaux de
Flandres , de l'Academie Royale des Sciences.
A Paris , aux dépens de Rigaud ,
Directeur de l'Imprimerie Royale. 1722 .
in 8. de 388. pages , fans la Preface &
les Tables.
6399
SPECDE
FEVRIER 1723. 320
SPECTACLES.
›
E 25. du mois dernier , l'Académie
Royale de Mufique , reprefenta pour
la premiere fois la Tragedie de Pirbitous.
Cet Opera , dont le Poëme eft de
M. de la Serre , & la Mufique de M.
Mouret a été reçu très - favorablement
du public , & on en efpere un grand fuccès
, dont le public attribue la meilleure
part au Muficien. L'interêt n'eft pas
bien chaud dans les principales Scenes ,
mais le plaifir eft bien vif dans les fêtes
dont cet Opera eft orné ; elles font toutes
des plus brillantes , & la fatisfaction
qui en refulte ne laiffe point de place à
l'ennui en voici l'extrait.
Prologue..
Le Theatre reprefente un lieu prépa
ré. L'Europe y paroît fur un thrône ;
elle eſt entourée des peuples les plus confiderables
de cette partie du monde , qui
forment les Choeurs chantans & danfans.
L'Europe invite les peuples que le Deſtin
a mis fous la puiffance , à jouir du repos
7
322
LE MERCURE
pos que la Victoire leur a procuré , ce
qui donne lieu aux chants & aux danſes
• dont cette fête eft compofée. Bellone
vient interrompre ces innocens plaiſirs ,
& animer tous les coeurs à la gloire qui
couronne les favoris de Mars. L'ardeur
martiale des peuples fe réveille à la voix
de Bellone ; ils font prêts à reprendre les
armes ; l'Europe en gemit ; mais voyant
que les tendres reproches qu'elle fait à
fes enfans , ne font pas capables de leur
faire changer de refolution , elle a recours
à Jupiter , & le preffe de lancer
la foudre fur ceux qui veulent rallumer
le flambeau de la guerre. Jupiter la ſert
mieux qu'elle ne demande. L'Amour &
l'Hymen defcendent des Cieux , & lui
annoncent que ce Maître des Dieux les
a chargez d'affurer à jamais le repos de
cette partie du monde , qui lui eft échûë
en partage , & que le beau noeud dont ils
vont unir les peuples de la Seine & du
Tage , éternifera cette heureufe paix
qui fait l'objet de fes plus chers defirs. Il
n'y a perfonne qui ne fente l'allegorie de
ce Prologue , & tout le monde convient
que le tout enfemble ne fait pas moins
d'honneur au Poëte qu'au Muficien .
Argument de la Tragedie.
>
Le fujet de la Tragedie de Pirithoüisy
eſt
DE FEVRIER 1723 . 3231
eft tiré du douziéme livre des Metamor
phofes d'Ovide. Pirithous , fils d'Ixion
prêt d'époufer Hyppodamie , invita les
Centaures à fes nôces ; Euryte , Chef de
ces monftres , moitié hommes , moitié
chevaux , enyvré de vin & d'amour , fe
jetta fur Hyppodamie pour la violer ;
Thefée s'oppola à cette infolence , & fit
tomber Euryte fous fes coups ; quelques
Auteurs font mourir Euryte de la main
même de Pirhytous , qui , à la tête des
Lapithes dont il étoit Chef , fit main
bafle fur tous les Centaures : cela n'empêche
pas que Thefée n'ait eu tout l'honneur
de cette victoire , & qu'il n'ait ajoûté
ces nouveaux monftres àtous ceux dont
l'hiftoire le fait triompher . Voilà ce qu'Ovide
a fourni à l'Auteur de la Tragedie
en queſtion ; il a puifé dans d'autres fources
pour faire fon plan . Le voici Acte
par Ace & Scene par Scene.
ACTE I.
Le Theatre repreſente les avenues d'un
bois , au fond duquel on voit un palais.
Scene 1 .
n
Pirithoüs s'adreffe au Soleil naiffant ,
& le prie d'être plus lent à éclairer le
malheur dont il eft menacé , par l'hy
men d'Euryte & d'hippodamie.
Scene
824 LE MERCURE
Scene 11:
Acmene vient annoncer à Pirithous
que fon malheur n'eft que trop certain ;
qu'Hippodamie eft dans les fers par les
enchantemens d'Hermilis , foeur de fon
rival . Il lui demande d'où vient qu'il
eſt venu ſe livrer fans défenſe au pouvoir
du barbare Eurite , Chef des Centaures.
Pirithous trouve l'excufe de fon impru
dence dans un fonge dont il a été épouvanté
; il a vû dans ce fonge le Dieu
Mars , dont il a autrefois negligé les autels
; qui l'a menacé d'une vangeance
horrible , dans laquelle Hippodamie lui
a paru devoir être confondue : il dit que
c'eft ce qui l'a fait voler à fon fecours avec
précipitation , en attendant que Thefée ,
fuivi de tous les Lapithes pût le joindre.
On a trouvé que ce ſonge auroit mieux
convenu à une femme qu'à un guerrier ,
tel que Pirithous. On auroit fouhaité
que la vangeance de Mars , qui fait le
noeud de la piece , fût un peu mieux établie
; on ne voit pas par quel motif un
Heros refufe de l'encens au Dieu de la
guerre , le figuré d'un pareil refus , net
pouvant tomber que fur la lâcheté. Pirithous
n'a jamais été acculé d'impieté
envers les Dieux. Il eft bien vrai qu'il a
fé aimer Proferpine , comme fon pere
Ixion
DE FEVRIER 1723. 325
Ixion a porté les voeux temeraires jufqu'à
Junon ; mais ces deux actions caracterifent
plutôt un audacieux qu'un impie . II
eft vrai que le pere de Pirithous , felon
quelques Interpretes d'Homere ,
و
n'ale
voit pas voulu reconnoître la divinité de
Mars ; il y a quelque apparence que c'eſt
là ce qui a engagé l'Auteur à fonder le
peril de fon Heros fur la colere de Mars ;
s'il n'avoit imputé le crime qu'à Ixion ,
Dieu vengeur
n'auroit pas dû être moins
irrité contre les Centaures que contre Pirithoüs
, puifqu'ils étoient fils d'Ixion
auffi- bien que lui ; cette obfervation peut
juftifier l'Auteur ;mais on a toûjours à lui
reprocher que la colere de Mars n'eft pas
affez établie .
Scene 111.
L'arrivée d'Euryte & d'Hermilis obli
ge Pirhytous à fe retirer & à fe cacher ,
pour prendre les mesures qui lui conviendront.
Ce frere & cette oeur font unis
d'interêts. Euryte aime Hippodamie , &
Hermilis aime Pirithoüs. L'amour de
cette Magicienne met les jours de Pirithous
en feureté . Elle confeille à fon frere
d'éprouver la douceur avant que
d'en ve
nir à la violence.
Scene
325 LE MERCURE
Scene IV .
Les Centaures conduifent Hippodamie'
& les Lapithes enchaînez auprès d'Euryte
; ce dernier exhorte Hippodamie
à confentir à un hymen qui doit rendre
la liberté à ces malheureux captifs ; &
fans attendre de réponſe , il ordonne aux
Centaures de chanter les plaifirs que l'Amour
lui apprête . Après la fête Eurytel
veut , comme Roy victorieux , obliger
Hippodamie à lui donner la main .
Scene V.
Pirithois , qui s'étoit tenu caché pendant
toute la fête , ne peut fouffrir la
violence que fon rival veut faire à fa Princeffe.
Il fe montre à Euryte , lui reproche
fa perfidie , & lui jure de ne point
abandonner Hippodamie . Euryte ordonne
à fes Centaures de lui donner la mort;
ce qui eft fur le point d'être executé ,
quand Hermilis couvre Pirithoüs d'un
nuage , & le dérobe par là à la fureur de
fes affaffins .
>
Scene VI.
Euryte s'emporte contre fa foeur Hermilis
, & lui fait un crime du fecours
qu'elle vient de prêter à fon ennemi &
fon rival. Hermilis lui répond , que
c'eft
DE FEVRIER 1723. 327
c'eft mieux
fervir fon amour
qu'elle
pour
a fauvé
Pirithous
; & que la douceur
eft toûjours
la route la plus feure pour aller
aux coeurs . Nous verrons
dans le fe cond Acte , quel eft le projet
d'Hermilis
; mais elle femble
ne promettre
que vengeance
par le duo qu'elle
chante
avec fon frere , & qui termine
le premier
Actes
le voiçi .
11 faut que la rigueur accable
Des coeurs qu'on a trop ménagez ,
Haine , dépit , fureur inexorable ,
Servez l'Amour , où le vengez.
Quoyque cette refolution
du frere &
de la foeur ne foit que conditionnelle
, eu
égard à ce qui la precede , on la croit
abfolue ; parce qu'elle termine ce premier
Acte ; & l'on a quelque raifon de le croire
ainfi.
ACTE II .
Le Theatre reprefente des jardins enchantez
par Hermilis.
Scene 1.
Pirithous fe plaint à Hermilis , de ce
qu'elle ne l'a fervi qu'à demi , puifqu'en
l'arrachant à la mort , il ne lui a pas fait
rendre fes armes. Hermilis lui fait entendre
, qu'elle fera elle -même fa plus feure
défenſe ,
328 LE MERCURE
défenſe , pourvû qu'il réponde à fon
amour . Pirithous lui dit qu'il fe rendroit
indigne de fes bontez s'il l'abufoft par
une fauffe efperance. Hermilis lui declare
qu'il a tout à craindre pour Hippodamie,
qu'elle va le lui envoyer , &
que c'eſt à
lui à la fauver , en la portant à répondre
à l'amour d'Eurite.
Scene 11.
Pirithous déplore fon deftin par rap
port au peril qui menace
Hippodamie , il
dit que
la mort n'eft pas le plus cruel des
maux qu'on lui prepare , & qu'il craint
que la fidelité
d'Hippodamie ne devienne
pour lui une fource éternelle de larmes ,
parce qu'elle lui coûtera la vie. On a trouvé
que ce n'eft pas affez pour un tendre
amant de promettre des pleurs à une Princeffe
qui doit mourir pour lui , & que ce
ne feroit pas trop que de mourir pour
elle , de regret , ou de defefpoir.
Scene 111.
Cette Scene entre Pirithous & Hippodamie
promet beaucoup d'intereft , rien
n'eft fi touchant que la fituation où ils fe
trouvent. L'Auteur n'a pas tenu tout ce
qu'il a femblé promettre. On trouve que
les fentimens
de part & d'autre pouvoient
être pouffez plus loin. Voici à quoi on
peut
DE FEVRIER 1723. 329
peut attribuer ce défaut ; c'eft qu'il ne
faut point mêler d'expofition dans une
Scene de fentiment. L'Auteur qui veut
fonder la vengeance de Mars , fait que
Pirithous attribue tous les malheurs à la
colere de ce Dieu dont il a negligé les
Autels . Il s'exprime ainfi au milieu de la
Scene en parlant à Hippodamie.
Je ne merite pas une fi tendre crainte ,
Des maux que vous fouffrez je fuis l'unique
auteur ,
----
Et c'eft en vous portant une mortelle atteinte
Que me pourfuit un Dieu vengeur.
Quoiqu'il y ait un fentiment délicat
dans ces quatre vers ils ne laiffent paş
d'avoir quelque chofe qui fent fon expofition
, & par-là ils font une efpece de
divifion au principal objet de la Scene
par un duo que les deux Amans addref
fent au Dieu Mars. Le dernier duo qui
termine la Scene eft plus touchant , parce
qu'il eft moins étranger au fujet dont il
s'agit. Une vapeur foudaine couvre les
deux Amans , & les dérobe à la vûë l'un
de l'autre le peril pour l'objet aimé
augmente , & donne lieu à un troifiéme
duo , dans lequel l'Auteur a eu l'adreffe
d'inferer ce vers qui ôte toute occafion
aux mauvaiſes plaifanteries.
;
Je me fens arrêter par d'invifibles
chaines
,
33.0 LE
MERCURE
L
Scene IV.
Eurite & Hermilis furviennent. Hermilis
dit à Eurite que ces deux Ainans
couchez fur des lits de gazon , à quelque
diſtance l'un de l'autre , font bien loin
de goûter les plaifirs du repos dont ils
paroiffent jouir. Eurite répond à fa four
qu'il porte en vie à leur deftin , & qu'ils
font trop heureux puifqu'ils s'aiment.
Hermilis ordonne aux efprits foumis à ſa
puiffance de fe transformer en fonges inquiets.
Cette invention fait également
honneur au Poëte & au Muficien . Le
Poëte a pris un milieu entre les fonges
agréables & les fonges funeftes d'Athis ,
& le Muficien a caracterifé ce nouveau
genre de fonges d'une maniere très- neuve
, & très- expreffive. La fêre roule fur
les maux que l'amour cauſe aux Amans ,
fur tout quand ils ont à trembler pour
P'objet aimé. C'eft dommage que le réveil
de Pirithous & d'Hippodamie ne
retrace point aux fpectateurs ce qu'ils ont
fenti pendant leur fommeil. Trois ou
quatre vers auroient fuffit pour empêcher
les critiques de dire que cette fête
ne produit rien. En effet , c'eft en vain
qu'Eurite & Hermilis preffent Pirithous
& Hippodamie de renoncer à leur amour,
ces deux Amans s'affermiffent dans le
deffein de s'aimer toûjours.
Dès
.
DE FEVRIER 1723. 331
Des cris feditieux annoncent l'arrivée
de Thefée , Hermilis dit que Minerve
s'intereffe pour lui , heureufement elle
eft Magicienne ; car autrement on ne
fçauroit qui lui a appris ce que Thefée
ne doit declarer que dans une des Scenes
fuivantes . Hermilis fe retire pour aller
confulter les enfers , & dit à Eurite qu'étant
Roy & Roy victorieux , c'eft à lui
à attendre que Thefée vienne lui rendre
fes devoirs. Theſée arrive & parle à Eurite
, plutôt en vainqueur qu'en fimple
mediateur ; cela a jetté quelque obfcurité
dans la piece ; on a crû que Thefée vainqueur
devoit s'affeurer d'Eurite , & le
charger des mêmes fers dont il a accablé
Pirithous par le feul droit de la victoire.
Cette obfcurité fe diffipe cependant dans
la Scene fuivante. Pirithous après avoir
remercié Théfée d'un fecours qu'il attendoit
de fon amitié , le preffe d'achever
fa vengeance fur Eurite . Thefée lui ré.
pond que Minerve' qui l'a conduit en ces
lieux , lui a défendu de rien entreprendre
contre Eurite , qu'il n'eut appaifé la
colere de Mars . Cette colere , comme nous
l'avons déja remarqué , fait le noeud de la
piece ; cependant le plus grand peril des
Amans pour qui on s'intereffe eft paffé .
Thefée favorifé de Minerve eft raffuré
contre les enfers armez par Hermilis.
F Comme
332 LE MERCURE
Comme nôtre Extrait n'eft déja que
trop long , nous n'entrerons pas dans un
détail methodique des trois Actes qui reftent
, il nous fuffira donc d'apprendre à
nos lecteurs que tout le troifiéme Acte eft
employé à appaifer Mars par un Sacrifice
offert à ce Dieu irrité contre Pirithous
, qui fur un oracle des plus équivoques
, Eurite fe trouble fans qu'on
fçache pourquoi : Voici l'oracle en queftion
.
Au pied du Mont Othris qu'on prepare un
feſtin ,
Qu'en liberté les deux peuples s'y rendent;
Sur l'Hymen où leurs Rois prétendent
Ce jour va declarer les decrets du deftin.
Peuples , ce jour finira vos allarmes ,
La paix va fucceder au tumulte des armes.
Ces deux derniers vers femblent de
trop. Apparemment l'Auteur les a mis
pour preparer la fête du cinquiéme Acte ,
qui a pour objet la Paix qui leur eft promile
par le Dieu Mars ; mais cela ne doit
donner aucune crainte à Eurite & à Hermilis
, ni aucune efperance à Pirithous &
à Hippodamie.
Dans le quatriéme Acte Hermilis armne
les enfers contre Pirithous & Hippodamie
, la difcorde fort de fon antre tenebreux
,
DE FEVRIER 1723. 333
breux , accompagnée de deux furies ; apparemment
elle tient lieu d'Erynnis , noùvelle
furie de la façon de l'Auteur , &
qu'il nomme ainfi au lieu de Megére.
Erynnis eft un nom generique qui convient
aux trois noires foeurs qu'on a toûjours
appellées de ces trois noms , Megere
, Tifiphone & Alecton . Hermilis
ordonne à la Difcorde d'exercer la fureur
contre les Lapithes . Nous avons tort de
dire qu'elle ordonne ; l'évenement nous
fera voir qu'elle ne fait que prier , puiſla
Difcorde n'en doit faire qu'à fa
que
tête.
Dans le cinquiéme & dernier Acte
Hippodamie fe livre aux douceurs de l'efperance
, quoiqu'on ne fcache pas fur quel
fondement , on ne laiffe pas de f prêter
aux beautez d'un recitatif mêlé d'aecompagnement
, dont l'Actrice & l'Orqueftre
s'acquitent parfaitement bien . Ce
chant où la melodie & l'harmonie preſident
également , eft fuivi d'une Fête de
Bergers un peu mieux fondée , puifque
c'eft fur la foy d'un Oracle qu'ils viennent
chanter la paix . Cette Fête est trèsgracieufe.
A l'approche de la catastrophe
Hermilis tremble pour fon amant , elle
implore la Difcorde en fa faveur , mais
cette indocile divinité fe rit de fa frayeur
& de fa priere , elle lui reproche fon
Fij
atten334
LE MERCURE
attendriffement par ces deux vers , qui
font des plus beaux de la piece .
Avec fi peu de fermeté
Doit-on invoquer les Furies.
Elle ajoûte , qu'il lui eft indifferent que
fon frere ou fon Amant periffe , & qu'elle
va achever fon ouvrage. Ce caractere de
la Diſcorde a paru affez beau , quoiqu'il
foit d'un très- mauvais exemple en fait de
Magie , où tout doit être foumis à la
toute-puiffance de la baguette. Ce qui en
fait la beauté , c'eft une verité morale
qui en refulte , dans le fens allegorique ,
qui eft que les paffions une fois lâchées
ne peuvent plus être retenues.
Dans le feftin ordonné par l'Oracle ,
les Lapithes font enfin vainqueurs , quelques
Centaures enlevent Hippodamie
pour la mettre au pouvoir d'Eurite . Ce
dernier eft tué de la main de Pirithous ,
conformement à l'hiftoire la plus generale
. Theſée tire Hippodamie des mains
de les raviffeurs , & là rend faine & fauve
à fon ami Pirithous ; Hermilis fe tuë
de defefpoir , & les deux Amans pour
qui on nous a intereffez , font d'autant
plus furs de leur bonheur › que Thefee
leur apprend que le Dieu Mars n'eft plus
irrité.
La
1
DE FEVRIER 17237 335
La Tragedie de Nithitis de M. Danchet
, de l'Académie Françoiſe , a été reprefentée
pour la premiere fois fur le
Theatre des Comediens du Roy , le 12 .
de ce mois , & a été fort applaudie. Les
reprefentations qu'on a donné depuis ont
marqué un très - grand fuccès , par l'empreffement
des fpectateurs , & par le
nombre de ceux qui n'ont pas pû y avoir
place.
Les mêmes Comediens ont reprefenté
fur le Theatre du Palais Royal le 22. de
ce mois la Tragedie de Romulus de M.
de la Mote , de l'Académie Françoiſe .
L'abondance des matieres qui font veritablement
du temps , ne nous permettent
pas de placer ici les extraits de la
Fragi - Comedie de Bazile & Quitterie
non plus que celui de la Tragedie nouvelle
de Nythetis ; mais s'ils ne peuvent
trouver place dans ce volume , ils paroîtront
furement le mois prochain.
Le 3. Fevrier les Comediens Italiens
ont donné une petite piece d'un Acte ,
qui n'eft compofé que d'une feule Scene,
joüée par 4. Acteurs feulement , qui font
Pantalon , Arlequin , Dominique en
Pierrot , & Paquets en Polichinelle. La
pięce eft en Vaudeville ; c'eſt là Critique
du Banquet des fept Sages , de M.
Fiij Delifle ,
1336
LE
MERCURE
Delifle , faite, à ce qu'on dit , par luimême.
Les mêmes Comediens ont joué par
extraordinaire le 8. fur le Theatre du
Palais Royal , Arlequin Muer par crainte.
Cette piece eft affez connue par le
plaifir qu'elle a fait dans fa nouveauté
ayant été jouée pour la premiere fois en
Decembre 1717. Arlequin y joue des
Scenes muettes à charmer.
Le 17. de ce mois on a reprefenté fur
le Theatre de l'Hôtel de Bourgogne , la
petite Comedie nouvelle du Serdeau des
Theatres , qui a beaucoup réüffi , & qui
attire un grand concours. C'eft une piece
prefque toute en Vaudeville dans le goût
de celles de l'Opera Comique , ornée de
traits de critique & de fatyre également
vifs & plaifans , fur les pieces nouvelles
qui ont paru cet hyver fur les Theatres
de Paris. Nous en pourrons donner un
extrait plus étendu .
Le 16. Fevrier les écoliers de Seconde
du College de Louis le Grand on reprefenté
une Tragedie , intitulée Aquilius
Florus .
Acteurs.
Augufte , Empereur.
Agrippa
DE
FEVRIER 1723 . 337
Agrippa , fon confident .
Aquilius , Senateur Romain .
Florus , fils d'Aquilius.
Procule , Lieutenant Colonel. '
Planeus , Capitaine des Gardes.
Gardes:
La Scene eft dans le Camp d'Auguſte ¿
proche Alexandrie:
Le fujet de cette Tragedie eft fimple ;
s'agit dans les deux premiers Actes
d'ordonner du fort d'Aquilius & de Florus
, fon fils , qu'on a fait prifonniers à la
bataille d'Alexandrie. Agrippa eft d'avis
de les faire mourir pour détruire les feuls
reftes du parti d'Antoine. Augufte , ne
pouvant fe réfoudre à les perdre tous
deux , ordonne qu'on les faffe tirer au
fort . A cet Arreft Florus demande inf
tamment qu'on le faffe mourir pour fau¬
ver les jours à fon pere.
Le troifiéme Acte ouvre par un combat
du pere & du fils à qui mourra l'un
pour l'autre , & dans le moment qu'on
les force à tirer au fort , Florus tombe
mourant , & declare que ne pouvant obtenir
la mort , il s'eft empoisonné pour
ne pas s'expofer à l'horreur de furvivre à
fon
pere. Aquilius defefperé de la generofité
de fon fils , fe tue après avoir menacé
Augufte de la colere des Dieux .
Fiiij Aftrée
,
333
LE
MERCURE
Aftrée , les Vertus & le Genie de la
France font le Prologue , qui eft à la
loüange du Roy & de Monfieur le Duc
d'Orleans.
Les Intermedes forment une petite
action feparée , dont voici le fujet. Hercule
, encore jeune , s'imagine voir deux
routes differentes , l'une de la vertu &
l'autre de la volupté. Après avoir balancé
entre- elles , il fait la premiere .
Silius Italicus a fait une belle defcrip
tion de ce fonge , qu'il attribue à Sapion
au 15. livré de fon Poëme.
La Mufique du Prologue & des Intermedes
eft de la compofition de M.
Elerembault , fi connu par fes belles
Cantates.
On mande de Londres que le 21. de
ce mois , le Roy d'Angleterre , accompagné
du Prince & de la Princeffe de
Galles , des jeunes Princeffes , & d'un
grand nombre de Seigneurs & Dames de
fa Cour , alla voir fur le Theatre du
Marché au Foin , le nouvel Opera Itaintitulé
Othon Roy de Germanie , où
la Signora Cozzani , nouvellement arrivée
d'Italie , chanta pour la premiere:
fois , & fut très- applaudie.
lien ,
1.
On apprend par les Lettres d'Alle
mague
DE FEVRIER 1723. 339
magne qu'on reprefenta à Vienne pour la
premiere fois devant Sa M. I. fur le petit
Theatre de la Cour , une Tragi- Comedie
en Mufique , intitulée Crefus Roi de ‚Lydie.
La Poëfie eft de M. Patiati , Poëte
de l'Empereur , & la Mufique de M.
Fran . Conti , Compofiteur de la Chambre
de S. M. I. Cette piece fut genera ,
lement applaudie.
Le 18. de l'autre mois le Theatre de
S. Barthelemi à Naples fut ouvert par la
reprefentation de l'Opera de Trajan , à
laquelle le Cardinal Viceroi affifta avec
grand concours de perfonnes de diftinction
.
9
Les Lettres de Turin portent que la
maladie de la Ducheffe Douairiere de
Savoye , qui avoit été à l'extremité
avoit fait fermer tous les Spectacles , qui ,
ont été r'ouverts le dix de l'autre mois , la
fanté de cette Princeffe étant beaucoup
meilleure.
TT
Fv NOUL
340
LE MERCURE
NOUVELLES ETRANGERES.
De Mofcou , ce 16. Janvier 1723.
Eurs Majeftez Czariennes font arri-
Lvées ici le 25.Decembre , & font
reftées dans une maifon du Fauxbourg
pour donner à la Ville le temps d'arranger
les préparatifs neceffaires pour la ma
gnifique entrée qu'on leur apprêtoit.
Cette pompeufe ceremonie s'eft paffée le
29. du même mois. Dès que le Czar & la
Czarine fe furent rendus à la premiere
porte dela Ville , on y falüa leurs Majeftez
par une décharge generale de toute l'artillerie
des ramparts . La Czarine entra la
premiere ; fon traineau étoit precedé par
une Compagnie de Cavalerie , il étoit
fuivi par les Pages , Officiers & Dames
de la Cour de cette Souveraine. Enfuite
marchoient fix chevaux de main des
Ecuries du Czar , richement caparaffonnez
, le Timballier , les Trompettes &
les Muficiens ordinaires de Sa Majesté
Czarienne, tous à cheval ; une Compagnie
des Grenadiers à cheval du Regiment de
Fréobrafinski entouroit un Officier
portant fur un couffin magnifique la clef
"
d'argent
DE
FEVRIER 1723. 341
d'argent que le Gouverneur de Defbent
prefenta l'Eté dernier au Czar , en lui
ouvrant les portes de cette Ville conquife
. Après cette Compagnie de Grenadiers
, ornez de bonnets avec des rubans
rouges & blancs , paroiffoit le Czar à
cheval , precedé d'un Ecuyer & de quatre
Pages & marchoient à la tête d'une
Compagnie d'Infanterie qui l'a toûjours
accompagné dans fon expedition de la
Mer Calpienne.
La marche étoit fermée par tous les
Regimens de la garnifon de Mofcou . Let
Czar étant arrivé devant l'Hôtel du
Prince Menzicof defcendit de cheval au
bruit d'une feconde falve de toute l'artillerie
& y dîna . La Czarine continua
fa marche. L'après - midy le Czar fe rendit
à l'Arc de Triomphe , qui fut élevé
Fannée derniere par ordre du Sinode Ecclefiaftique
, & qu'on avoit repeint ; d'un
côté il reprefentoit la Reine Efter , fe
profternant aux pieds du Trône du Roy
Affuerus qui lui prefente le Sceptre , &
* de l'autre côté il reprefentoit le Gouverneur
de la Ville de Defbent , prefentant
au Czar les chefs de cette Ville . On
voyoit auffi la Ville de Defbent avec
deux Renommées , l'une âgée & l'autre
jeune , voltigeantes dans les airs ; la premiere
tenoit dans fa main le portrait
d'Ale
F vj
342 LE MERCURE
d'Alexandre le Grand , avec cette inf
cription , fama vetus , & la feconde:
montroit celui du Czar avec ce mot latin
, fama nova. Sous la Ville de Defbent
on lifoit ce Chronographe.
StrV Xerat hanc fortls , tenet hanC feD
fortior UrbeM.
Là le Czar fut complimenté par le
Clergé en corps , qui lui offrit toutes fortes
de rafraîchiffemens , au bruit d'une
troifiéme falve de l'artillerie , qui fut fuivie
d'un beau concert de Mufique. Le
Duc d'Holftein vint au devant du Czar
qui defcendit de Cheval pour l'embraſſer,
& enfuite paffa au fecond Arc de Triomphe
, où il fut reçû par la Czarine Douairiere
, accompagnée de la Ducheffe
Doüairiere de Curlande , & de la Ducheffe
de Mekelbourg fes filles. Après
les complimens & félicitations leurs Majeftez
allerent defcendre à leur nouveau
Palais de Préobrafinski où elles réfideront
pendant leur féjour en cette
Ville , qui fera plus long qu'on ne l'avoit
penfé d'abord. On doute à prefent que
le Czar fe rende cette année à Petersbourg
, & ces doutes font fondez fur les
ordres qu'il a donnez pour la conftruction
de nouvelles barques de tranfport ,
& faire défiler des troupes
pour
و
du côté
d'AftraDE
FEVRIER 1723. 343
d'Aftracan , où on a dépêché de nouveaux
couriers , ainfi qu'au General des Cofa
ques.
L
De Varfovie , ce x. Fevrier.
>
'Envoyé du Roy de Prufle n'a pu
obtenir du Senat le paffage du Sel
de Hall par la Pruffe Polonoife l'Agent
de Dantfick s'y étant fortement
oppofé , & ayant reprefenté que cela feroit
un tort confiderable au commerce de
cette Ville Anfeatique.
M. Rodskowski , Agent du Czar , a
obtenu du Roy un decret qui remet en
poffeffion de leurs Eglifes les Chrétiens
Grecs établis dans ce Royaume , & il eft
occupé à en preffer l'execution .
Le neuf Janvier le Roy qui fembloit
ne devoir pas fi- tôt partir , monta en caroffe
pour retourner en Saxe ; auffi- tôt la
route de Dreide fur prife par les Mi
niftres Saxons , la Chancellerie Polonoife
& le Prince Dolorucki , Miniftre du
Czar. Le Nonce feul eft refté , & attend
des ordres de Rome qui fixent fon féjour,
ou à Drefde , ou à Varsovie.
Le Roy avant fon départ a exhorté les
Grands du Royaume d'engager les Nonces
de la prochaine Diette generale à n'y
donner leurs voix que felon leur ráng ,
& conformément à leurs inftructions ,
ne
$44 LE MERCURÉ
ne point troubler par des menaces & de
mauvaises conteftations les conferences
de l'Affemblée , à s'en remettre à la décifion
du Senat dans les cas où ils ne
pourroient s'accorder entr'eux ; de leur
expofer que s'il fe commettoit encore des
excès femblables à ceux de la derniere
Diette , il convenoit d'ordonner que les
auteurs fuffent privez de leur féance , &
punis fuivant les Conftitutions du Royaume
; & qu'enfin lorfque les exhortations
du Roy ne pourroient appaifer les defordres
, Sa Majefté devoit être autorifée à
prendre avec le Senat & fon Confeil les
mefures neceffaires & convenables pour
la pacification du Royaume , & l'accele
ration des affaires.
On mande de Caminieck que les Janiffaires
de Cocfin avoient refulé le nou
veau Commandant que la Porte avoit
deffein de leur envoyer , & que ce pofte
n'eft pas encore remplacé.
Les Lettres de Kiovie & de Bialacerkiou
apprennent que les Cofaques de ces
quartiers fe font affemblez pour reprimer
les courfes des Tartares .
Les Tribunaux Affefforiaux & les Diettes
particulieres de la Pruffe Polonoife
ne s'affembleront qu'après Pâques, à caufe
de quelques differens d'entre certains
Gentils- Hommes de la Province que
Grand
le
DE FEVRIER 1723 345:
Grand Tréforier de la Couronne veut
accommoder.
De Stokolm , le 23. Janvier.
E Commandant Mofcovite de Wi
Lbourg amaffe une très -grande quantité
de materiaux pour les transporter
vers les frontieres de la Finlande Suedoife.
On affure que l'intention du Czar eft
d'y faire conftruire plufieurs FortereЛles.
On écrit de Riga qu'il y eft arrivé des
ordres pour recruter tous les Regimens
Mofcovites qui font dans la Livonie &
dans le Duché de Curlande.
O
De Vienne , ce 1. Fevrier
N dit que pour terminer les diffe
rens de Religion des Princes de
l'Empire , l'Empereur a réfolu d'établir
une Commiflion Imperiale , qui fera principalement
compofée de l'Electeur de
Baviere , du Duc de Saxe- Gotha , & du
Landgrave de Heffe d'Armſtadt.
M. François Dona , Ambaffadeur de
la Republique de Venife confere fouvent
avec le Prince Eugene , au fujet de l'armement
extraordinaire qui fe prepare à
Conftantinople , d'où on a reçû avis que
le Grand Seigneur avoit fait demander à
M.
1
346 LE MERCURE
M.Diefling , Réfident de l'Empereur, fi Sa
Majefté Imperiale avoit quelques liaiſons
avec le Czar , & quelle étoit la nature de
fes engagemens &
que le Réfident avoit
répondu qu'il en écriroit à Vienne , &
qu'il communiqueroit à fa Hauteffe les
intentions de Sa Majesté Imperiale.
و
De Londres , ce 12. Fevrier.
E 19. Janvier on annonça avec de
Lgrandes precautions à la Princeffe
de Galles , qui eft avancée dans fa groffeffe
, la mort de Guillaume Frederic de
Brandebourg Margrave d'Anfback , fon
frere..
L'Evêque de Rochefter eft refferré plus
que jamais à la Tour , on a bouché une
fenêtre qui lui facilitoit la converſation
de fes amis , & fes domeftiques n'ont plus
de communication avec aucune perfonne
de la Ville. On affure pourtant que'
cet Evêque doit demander d'être élargi
en donnant caution , attendu qu'il eft
très -incommodé d'un mal d'eftomach
caufé par le défaut d'exercice.
L'Avocat Layer a obtenu le 29. Janvier
un nouveau furcis à fon execution
jufqu'au 15. Fevrier , & le 30. un Comité
des Communes nommé pour l'interroger
fur les complices , s'eft rendu à
ไล
DE FEVRIER 1723. 347
la Tour vers les deux heures après - midy,
& n'eft forti que fur les cinq heures du
foir.
De la Haye ce 14. Fevrier.
N mande de Bruxelles l'Ins
fant Dom Emanuel , frere du Roy
de Portugal y étoit arrivé le r2 . Janvier,
& y avoit été reçû par M. le Marquis
de Prié avec tous les honneurs dûs à fa
naiffance.
Les Etats de Hollande & de Weft
Frife déliberent avec affiduité fur les
états de la guerre de l'année courante &
travaillent à faire des fonds pour l'arme
ment d'une Eſcadre qui foit en état d'affurer
le repos du commerce de la Répu
blique dans la Mediterrannée. On compre
qu'elle fera compofée de quatre vaiffeaux
de quarante- quatre pieces de canon , trois
de cinquante - deux , qui feront choifis
dans les meilleurs voiliers de l'Etat.
On mande de Bruxelles que l'ordre
envoyé aux Amodiateurs generaux pour
augmenter les droits d'entrées fur toutes
les Marchandifes de France a été revo
qué , & qu'on ne les payera dorénavant
que fur le pied du Tarif de l'année 16702
De
548 LE MERCURE
L
De Lisbone ; ce 15. Janvier.
E 22. Decembre M. Mezzabarba 3
Patriarche d'Alexandrie , & Vicaire
Apoftolique aux Indes Orientales , & le
Pere Antoine de Magalhaens , Ambaſſadeur
de l'Empereur de la Chine , accompagné
d'un Mandarin , pour les dépêches
, eurent audience du Roy , de la
Reine & des Infans.
Le Viceroi des Indes Orientales François-
Jofeph de Sampago - Mello a forcé le
Prince d'Angarie à lui demander la paix ,
& à figner un traité très avantageux
pour la Couronne de Portugal.
-
Les Arabes ne font plus de courfes
depuis les trois batailles qu'ils perdirent
il y a deux ans contre le Comte d'Ericeira
, dernier Viceroi des Indes Orientales.
Le 27. Decembre dernier les Villes
de Portemaon , & de Villanova au Royaume
des Algarves , furent affligées d'un furieux
tremblement de terre , qui fit tomber
plufieurs pierres des principales
Eglifes , les Clocles de l'Eglife des Capucins
fonnerent d'elles - mêmes à Villanova,
& leur refectoire fut prefque entierement
tenverfé . Ce tremblement terrible a commencé
au Cap Saint-Vinçent , & s'eft fait
fentir
DE FEVRIER 1723. 349
1
fentir fucceffivement dans toutes les placés
de la Côte Meridionale du Royaume ,
furtout il a été confiderable à Albufeira,
Loulé , Faro , & Tavira , prefque tous
les édifices de cette derniere Ville ont
été abattus , & un grand nombre d'habitans
écrafez fous les ruines , la riviere
d'Accava qui y paffe a été à fec pendant
plufieurs heures , le dommage monte à
plus de cinq cens mille Cruzades .
De Madrid, ce 27. Janvier.
A Princeffe d'Orleans eft arrivée à
Yron le 26. Janvier , & on y a chanté
à ce fujet le Te Deum. Le 27. elle s'eft
mife en chemin pour arriver ici , & elle
eft arrivée à Burgos le fept Fevrier.
Les nouvelles du Siege de Ceuta font
fort bornes , le nouvel Evêque de cette
Ville y fait éclater un zele infatigable , ik
anime les foldats par fes difcours , & confole
ceux qui font bleffez dans les forties ,
par des exhortations pathetiques , & des
foins genereux. Don George Profper de
Verbon , l'un des Ingenieurs generaux
de Sa Majefté Catholique y eft arrivé le
14 .
Janvier , il a fait la vifite des Forts
qu'on a commencé depuis qu'on a forcé
les Maures de lever le fiege de cette place,
& il employe actuellement cinq cens
hommes
350 LE MERCURE
hommes pour les perfectionner.
La nuit du au 12. vingt - quatre
Grenadiers détachez de la garnifon , allerent
reconnoître une nouvelle ligne que
les Maures avoient faite pour communiquer
de leur droite à leur gauche , ils
fe font avancez , favorifez par l'obfcurité
de la nuit ju qu'à ces nouveaux travaux ,
& ont mis en fuite les travailleurs , & les
troupes qui les foutenoient.
La nuit du 12. au 13. le Commandant
de Ceuta a ordonné une fortie de quatrevingt-
fix Grenadiers du Regiment d'Elpagne
, fous les ordres du Capitaine Don
Ifidore Damien de la Siera , accompagnez
de quarante pionniers , & foutenus
par le refte des Grenadiers de la garnifon ,
& par l'artillerie de la place ; ce détachement
a percé jufqu'aux travaux , en a
chaffé les Maures , & a comblé la nouvelle
ligne fans réfiftance de la part des troupes
qui étoient dans les deux paralleles.
Le 23. Janvier vers les fept heures du
foir M. le Chevalier d'Orleans , Grand
Prieur de France arriva au Pardo. Il eut
audience du Roy , & lui rendit compte
de l'état de la fanté de la Princeffe d'Òrleans
, future époufe de l'Infant Don Carlos,
& des raifons qui ont retardé l'arrivée
de cette Princeffe qu'on attendoit fur la
frontiere dès le 30. Decembre dernier .
De
DE FEVRIER 1723.
3578
LE
De Rome, ce 20. Janvier.
E premier Janvier le Pape entendit
la Meffe dans fa chambre , & y com
munia . Le mauvais temps l'empêcha de
tenir Chapelle . Le Cardinal Perriri celebra
la Meffe au Quirinal , entonna le Te
Deum , & publia l'Indulgence Pleniere
en forme de Jubilé , pour remercier Dieu
de la ceffation du mal contagieux.
M. l'Abbé de Tencin , chargé des affaires
de France , a pris le grand deüil
pour la mort de Madame ' Ducheffe
Doüairiere d'Orleans.
›
Le Miniftre du Roy de Sardaigne a
commencé fa negociation pour l'accommodement
du differend de ce Prince avec
le faint Siege , & l'Empereur follicite de
nouveau la Bulle qu'il avoit déja fait demander
pour lever des decimes , & un
don gratuit fur tous les Benefices fituez
dans les Etats qu'il poffede en Italie , cela
n'eft pas encore déterminé.
MORTS,
352 LE MERCURE
XXXXXXXXXXXXXXX
MORTS , BAPTES MES ,
& Mariages des Pays Etrangers.
Adame Chriftine - Charlotte de
MWirtemberg épouſe de Guillaume-
Frederic, Margrave de Brandebourg-
Anfpach , eft morte le 7. Janvier dans
fon Château de Lecheimbach , âgée de
29. ans .
La Princeffe de Lobkowits eft accouchée
d'un fils à Prague en Bohéme .
Le fils aîné du fieur Marcus Mofes ,
Juif de Londres a abjuré le Judaïfme ,
& a été baptifé dans l'Eglife de fainte
Marie Axe , par le Chapelain de l'Evêque
de Londres.
M. le Duc de Manchefter doit épouſer
inceffamment à Londres la fille aînée du
Duc de Montagu , fa-proche parente.
Le fils du Marquis de Valence a été
baptifé à Liſbonne le premier Janvier ,
& nommé Miguel Jean- François de Portugal
, par Dom Nuno de Silva- Tellez ,
Deputé general du faint Office ayant
pour Parrain Ferdinand Tellez de Silva,
Marquis d'Allegrette , Confeiller au Confeil
d'Etat , & pour Marraine Donna Anna
de Lorena.
du
DE
FEVRIER 1723
45$
M. le Marquis de Ardales , fils aîné
du Comte de Teba , a époufé à Madrid
Donna Marie de Caftro , veuve du Marquis
de Malagon , & niéce du Comte de
Lemos.
Dom Roftain Cantelmi , Duc de Popoli
, Prince de Petorano , Grand de la
premiere Claffe , Chevalier des Ordres
du Roy Très- Chrétien , Grand- Maître
de la Maifon du Prince des Afturies ,
dont il étoit ci - devant Gouverneur , Capitaine
de la Compagnie Italienne des
Gardes du Corps de Sa Majefté Catholique
, & ci- devant Maître de l'Attillerie
du Royaume de Naples , eft mort
à Madrid le 16. Janvier , âgé de foixante-
douze ans.
M. le Comte Frederic- Erneft de Solfm
Wildenfels , Confeiller au Confeil d'Etat
de l'Empereur , fon premier Commiffaire
pour la recherche des biens Ecclefiaftiques
de la Ville de Wetflar , & depuis
24. ans Prefident Proteftant de la
Chambre Imperiale de la même ville , y
eft mort le 25. Janvier âgé de 52. ans .
M. le Duc del Grotaglie a épousé à
Naples M. fille du Prince Picolomini
della Vallo.
M. Nicolas Delphino , Procurateur
de faint Marc , eft mort à Venife le 23.
Janvier , âgé de foixante onze ans .
DI354
LE MERCURE
จ
DIGNITEZ , BENEFICÈS,
& Charges des Pays Etrangers.
L
Turquie.
E vieux Devied- Jerey a été rétabli
pour la troifiéme fois Kan des Tartakes
par le Grand Seigneur.
Pologne.
M. l'Abbé Wefel a été nommé par le
Roy à l'Evêché de Livonie , fur ' Îa démiffion
de M. Mantewffel , qui fut nommé
en 1720. à cet Evêché , & qui n'a pû
obtenir les Bulles de Rome,
Pruffe.
M. le Comte de Schwerin a été nommé
Chambellan de Sa Majefté Pruffienne
, & choifi pour être fon Miniftre à
Varfovie , à la place de fon frere le Major
General Schwerin,
Le Colonel Moofel a été fait Commandant
d'un nouveau Regiment de
Grenadiers , formé par Sa Majefté . Il a
été
DE FEVRIER 1723. 355
été auffi fait Major General . Le Roy a
reduit le nombre de fes Chambellans à
fix , qui font M. de Wikenitz , le Comte
de Schwerin , Canits , Sweinke , de Ridel
, & le Chevalier Ferrari.
Dannemark.
L'Amiral Barfus a obtenu quatre mille
écus de penfion pour récompenfe de ſes
longs fervices.
Allemagne.
Le Comte Jofeph - Dominique- François
Kilieu de Lamberg , Evêque de Seckaw
ou Sécovie , a été élû le 2. Janvier
Evêque & Prince de Paffau , à la pluralité
des voix .
M. Jean-Guillaume de Brookaufen
qui pendant près de vingt années a fervi
auprès du Prince Eugene de Savoye , en
qualité de Confeiller Imperial Aulique ,
à prêté ferment entre les mains de ce
Prince , pour la Charge de Referendaire
ordinaire du Confeil Imperial Aulique
de guerre , que l'Empereur lui a donnée
depuis la mort de M. d'Oettel .
M. le Marquis Jofeph de Villafors a été
fait par l'Empereur Confeiller de Cap &
d'Epée pour le Royaume de Naples.
G M.
856 LE MERCURE
M. le Comte de Cervellon a obtenu
même Dignité pour le Royaume de S.
cile.
M. le Comte de Zinzendorf a auffi ob.
tenu cette Dignité pour le Duché de
Milan.
Dom Ignace Perlongo- Bermudés , &
Dom Dominique de Almarta ont été
nommez Regens de Robe pour la Sicile.
Dom André Molina-a été nommé Sc
cretaire de la Sicile .
Dom Paul Bermudés a été nommé Secretaire
du Royaume de Naples .
Dom Francifco Verneda a été nommé
Secretaire du Duché de Milan.
Dom Antonio Ibannès de Buſtamente
a été nommé Secretaire du Sceau Royal.
- M. de la Pena a été nommé à l'Evêché
de Grigenti en Sicile,
Dom Diego Calagittra , originaire de
Palerme , a obtenu de Sa Majefté Im
periale l'Abbaye de faint Ange de Brolo
, auffi fituée en Sicile.
M. le Comte de Martinits a été nommé
Commiflaire Imperial , pour le yoyage
que l'Imperatrice doit faire aux bains
de Carelfbalt en Bohême..
Angleterre.
M.le Comte de Lincoln a été nommé
GouDE
FEVRIER 1723. 357
Gouverneur de la Tour de Londres , fur
la démiffion volontaire de M. le Comte
de Carlifle.
M. Thomas Burdet de Dimmore a obtenu
de S. Majefté Britannique le titre
de Baronet.
M. le Comte d'Herford , fils aîné de
M. le Duc de Sommerfet , a pris feance
dans la Chambre des Pairs , fous le nom
& titre d'Algernoon - Seymour Lord de
Percy , dont il a herité par la mort de
la Ducheffe de Sommerfet fa mere,
Portugal.
Dom Lopès d'Almeida , Receveur &
Procureur General de l'Ordre de Malthe,
eft nommé par des Patentes du Grand-
Maître , Grand- Chancelier & Chef des
deux Langues Caftillane & Portugaife.
Efpagne.
Le R. Pere Jofeph Pereto , General de
l'Ordre de la Mercy , a été nommé à l’Evêché
d'Almeria .
Dom François Xavier de Goyeneſche ,
Miniftre de Cap & d'Epée dans le Con
feil des Indes , a obtenu le rang d'ancienneté
dans cette place , à commencer dès
F'année 1708. datte de fa nomination à
Gij
cetto
358 LE MERCURE
.
cette Charge , dont pour des raifons particulieres
il n'avoit pas pris poffeffion
pendant plufieurs années.
Italie.
Mrs les Marquis Muti , Maffimi &
d'Arti , ont été nommez à Rome Confervateurs
du Peuple Romain , pour les
mois de Janvier , Fevrier & Mars.
Le Cardinal Barbarigo , nommé par
la Republique de Venile à l'Evêché de
Padoue , a obtenu l'agrément du Pape
qui a chargé cet Evêché de mille écus
de penfion , en faveur du Cardinal Priuli
, Evêque de Bergame.
Dans un Confiftoire fecret , tenu le 20.
Janvier , on propoſa ,
Dom Mutia Gaeta pour l'Evêché de
fainte Agathe des Goths , dans le Royaume
de Naples.
M. Charles Marie Lomelini pour I'Evêché
d'Ajazzo .
Dom Michel Herrera Efquiva , ci - devant
Evêque d'Oma , pour l'Archevêché
de Compostelle en Galice.
M. Jean Tarlo , Evêque de Kiow ,
pour l'Evêché de Pofnanie en Pologne .
M. le Baron Jean - Adolphe de Horde
, pour l'Evêché Titulaire de Flaniopolis
, & pour le titre de fuffragant d'Of
nabruck ,
Le
DE FEVRIER 1723. 359
Le R. Pere Dom Jofeph Rolfon , Benedictin
, pour l'Abbaye Reguliere de
Lobbé , Diocèle de Cambray.
M. Blonet de Camilly , Evêque de
Toul , pour l'Archevêché de Tours.
M. l'Abbé de Montmorin , pour le Ti
tre Epifcopal de Sidon , avec la Coadjutorerie
de l'Evêché d'Aire .
On donna le Pallium à la fin du Confif
toire , aux Archevêques de Tours , de
Vienne en Autriche , & de Compoſtelle
en Galice , & d'Antivari en Dalmatie.
M. Visconti a été fait Commiffaire ge-
Ineral des frontieres de l'Etat Ecclefiafti
que , avec pouvoir de juger les bandits en
dernier reffort.
Hollande
M. de Leew a prêté ferment dans l'Af
femblée des Etats Generaux , en qualité
de Deputé de la Province d'Utrect à l'Amirauté
de Roterdam .
Venife.
M. Jean Priuli , ci - devant Ambaffa
deur à la Cour de l'Empereur , a été élû
Procurateur de S. Marc.
Giij LET360
LE MERCURE
LETTRES PATENTES
Edit , Declaration , Arrefts .
ETTRÉS PÁTENTES fur Arreſt , don-
LEnées à Verfailles le 14. Decembre 1722.
regiftrées en la Chambre des Comptes le 12 .
Janvier fuivant , portant rétabliffement des
Receveurs Generaux des Finances dans les fongtions
de leurs Charges , & c.
DECLARATION du Roy , donnée à Verfailles
le 15. Decembre dernier , regiftrées en
Parlement le 12 Fevrier , portant que les Juges
& Confuls en Charge , auront feuls la connoiffance
, la décifion & le jugement des proces
& differends de leur competence. Et fait défenfes
aux Juges & Confuls anciens , de s'y
immifcer , s'ils n'y font expreffement & nommément
appellez par les Juges & Confuls qui
feront en Charge.
ARREST du Confeil d'Etat du 22. Decembre
1722. portant que les Commis à la Regie
& Recette des revenus des Benefices à la no
mination de S. M., les Fermiers & débiteurs
defdits revenus qui ont remis à la caiffe des
Economats des Billets de Banque pour des
fommes non encore reçûës , ni éîigibles avant
le 1. Novembre 1720 feront tenus de remplacer
lefdites fommes en efpeces , & c.
AUTRE du 29. dudit mois , qui ordonne
que les Directeurs des Comptes en Banque ,
établis
DE FEVRIER 1723. 361
6
établis dans les Villes des Provinces , remettront
dans qui zai e aux Directeurs des Monnoyes
les re epiffez qu'ils ont fournis pour raifon de
l'établiflement defdits comptes en Banque ; & c.
EDIT du Roy , donné à Verſailles au mois
de Janvier 17 : 3 . regiftré en Parlement le 12 .
Fevrier , portant fuppreffion des Offices d'Agens
de Change , établis dans la Ville de Paris.
Et creation de foixante nouveaux Offices d'Agens
de Change , Banque & Commerce dans
ladite Ville . Veut S. M. que la finance qui
fera reg¹ée pour lefdits Offices fuivant le rôle
qui en fera arrêté au Confeil , enfemble les
deux fols pour livre de ladite finance , foir
payée par les acquereurs defdits Offices , en
Contrats de rente fur la Ville , rentes Provinciales
, finances d'Offices fupprimez , & autres
creances de l'Etat liquidées , & c.
ARREST da 11. Janvier 1913. qui ordonne
que dans les ventes des Offices , meubles &
immeubles des particuliers , compris dans le
rôle de la capitation extraordinaire , en execution
de l'Arreft du 26. Octobre 1722. les fieurs
Commiffaires nommez par ledit Arrest pourront
ordonner que lesdites ventes feront faites
au total en effets royaux liquidez , ou non anpullez
, ou partie en effets fufdits , & partie
en argent , ou même la totalité en argent. Le
tout ainfi qu'il leur paroîtra plus convenable
fuivant l'éxigence des cas , & c.
ARREST du Confeil d'Etat du Foy du 19.
Janvier , qui ordonne l'execution des reglemens
generaux , concernant le nombre des Fils
& largeur des Serges , Cadis & autres efpeces
d'Etoffes,
G iiij AR362
LE MERCURE
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du
même jour , portant défenfes à tous Fabriquans
& Marchands d'Etamines , dont la Chaîne eft
compotée de laine blanche , & la Trame do
laine brune , de donner à ces Etoffes aucune
forte de teinture , appellée vulgairement
Av.nage.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du 26.
Janvier , qui ordonne que les Lieutenans de
Maite , les Avocats & Procureurs du Roy , &
autres Officiers Municipaux rétablis par l'Edit
du mois d'Aouft dernier , prêteront ferment
pardevant les Maires , & autres Officiers en
Charge , auffi rétablis par le même Edit ."
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du 26.
Janvier 1723. qui ordonne que les Villes &
Communautez ne pourront être admifes à rembourfer
, ni dép ffeder ceux qui feront adjudicataires
des Offices Municipaux . Permet aux
Vil es & Communautez d'en herir pour raifon
defdits Offices , Office par Office , fans que
leurs enche es puiffent eu pê her les particufiers
de furencherir ceux qu'ils auront deffein
d'a que ir , à la charge par lesdites Villes , en
cas qu'elles demeurent adjudicataires , de nom
mer au Roy un fujet , au nom duquel il fera
expedié des Lettres du grand Sceau. Et ordonne
que les Villes & Communautez qui voudront
conferver les Offices qu'elles auront ac
quis foient admifes au payement de l'annuel ,
au nom de celui auquel il aura été accordé des
Lettics , & c.
LETTRES Patentes du Roy , données à
Verſailles le 28. Janvier , concernant les Particuliers
DE FEVRIER 1723. 363
ticuliers qui amenent & voiturent à Paris des
Marchandifes & denrées , fujettes aux droits
qui y font fpecifiez , & qui indique les Portes
& Bureaux de recette par où ces Marchandiſes
doivent paffer , &c.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du 3r.
Janvier , qui proroge le délai pour le payement
du Preft & Annuel , pour les Officiers de
a Ville de Paris jufqu'au 15. Fevrier prochain ;
& pour ceux des Provinces jufqu'au premier
Mars auffi prochain .
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du
même jour , qui explique la perception du Tiers
en fus , ordonné être payé à chaque mutation
par tous les Officiers exceptez du Preft & de
P'Annuel par la Declaration du 9. Aouft 1722 .
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du même
jour , qui proroge jufques au dernier Fevrier
prochain inclufivement , le délai accorde
aux Comptables pour convertir les Recepiffez
des Caiffiers du Tréfor Royal en quittances .
Comptables.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du mê
me jour , qui nomme des Commiffaires pour
la Liquidation des Offices Municipaux , qui ont
été fupprimez par Edits des mois de Juin &
Aouft 1717. dont les fonctions en ont depuis
été faites par les proprietaires d'iceux , en vertu
d'Arrefts particuliers qui les ont rétablis moyennant
finance ou autrement ; & qui regle la
maniere dont ils feront rembourfez , & c .
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du mê-
Gv
me
364 LE MERCURE
me jour , qui proroge jufques au 15. Fevrier le
délai accordé aux Pourvûs & Proprietaires des
Offices & Droits fupprimez , pour faire proceder
à la Liquidation defdits Offices & Droits ;
& jufques au dernier Fevrier inclufivement ,
pour recevoir leur remboursement .
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , du 7 .
Fevrier , qui regle la forme en laquelle les Acquereurs
des Offices de Maire , créez & réta
blis par l'Edit du mois d'Aouft 1722. doivent
être reçûs & inftallez .
ARREST du Conſeil d'Etat du Roy , du même
jour , qui regle le payement des Gages &
axations attribuez aux Offices de Syndics des
Paroiffes & Greffiers des Rôles des Tailles ,
iétablis par l'Edit du mois d'Aouft 1722 .
ARREST du 14. Fevrier , qui ordonne que
les Pourvûs des Lettres de Maîtrifes qui feront
accordées en execution de l'Edit de création du
mois de Novembre dernier , feront reçûs par
les Juges pardevant lefquels les Maîtres de
pareils Arts & Métiers ont coûtume d'être reçus.
Veut Sa Majesté que les frais de Reception
foient moderez au tiers de ce à quoi ils
font fixez pour les Receptions ordinaires , tant
pour les Juges que pour les Procureurs du Roy,
Greffiers & autres ; de maniere cependant
qu'aucune Reception ne puiffe exceder dix livres
dans la Ville de Paris , & huit livres dans
des autres Villes du Royaume , pour tous frais
generalement quelconques.
BENEDE
FEVRIER 1723 .
365
९
*******************
BENEFICES donnez par le Roy.
L
' Evêché de Viviers , vacant par la
démiffion pure & fimple de M. Martin
de Ratabon , dernier titulaire , en faveur
de M. Eftienne- Jofeph de la Farre ,
Prêtre du Diocéfe de Paris , Docteur en
Theologie , à la charge de fept mille
livres de penfion annuelle & viagere
pour M. de Ratabon , à prendre fur les
fruits & revenus dudit Evêché . M. de la
Farre eft frere du Marquis de la Farre ,
-Chevalier de la Toifon d'Or , Capitaine
des Gardes du Corps de Monfieur le Duc
d'Orleans.
་
L'Abbaye Commandataire de Nôtre-
Dame de Mortemer , Ordre de Cîceaux,
Diocéfe de Rouen , vacante par la démiffion
pure & fimple de M. Jofeph de
la Farre , dernier titulaire , en faveur de
M. Martin de Ratabon , Evêque de Viviers
.
L'Abbaye Commandataire de S. Barthelemy
dans la Ville de Noyon , vacante
par la démiffion pure & fimple de M.
Eftienne Jofeph de la Farre , dernier
titulaire , en faveur de M. Martin de
Gvj Rata366
€
LE MERCURE
Ratabon ; Evêque de Viviers . *
Le Prieuré fimple de S. Felix dans la
Ville de Narbonne , vacant en regale
par le decès du fieur Jerôme Morel ,
dernier titulaire , en faveur du fieur Jeande
Caulet , Prêtre du Diocéfe de Touloufe
.
L'Abbaye Commandataire de Fontenay
, Ordre de Cîteaux , Diocéfe d'Autun
, vacante par le decès du fieur Manadot
du Precor , dernier titulaire , en
faveur du fieur Germain d'Aubenton ,
Chanoine de S. Quentin , à la charge de
1500. I. de penfion annuelle & viagere, à
prendre fur les fruits & revenus de ladite
Abbaye , pour le fieur Prix Hay , Chanoine
de l'Eglife Cathedrale d'Auxerre .
L'Abbaye Commandataire de Reflons,
Ordre de Premontré , Diocéfe de Rouen ,
vacante par le decès de M. Armand
Bazin de Bezons , dernier titulaire , en
faveur du fieur Dubos , Prêtre du Diocéfe
de ....
Le Roy nomma le 10 de ce mois
M. l'Abbé de Paris , Grand Vicaire
d'Orleans , Coadjuteur de M. l'Evêque-
* M. l'Evêque de Viviers s'eft démis de fon
Evêché enfaveur de M. de la Farre , au moyen
dequoi il s'est démis de fes deux Abbayes , en
faveur duditfieur Evêque, auquel il payera Sept
mille livres depenfion.
d'Orleans
DE FEVRIER 1723. 367
d'Orleans , fon oncle. Il eft frere de M.
de Paris , Capitaine aux Gardes , & Brigadier
des armées du Roy.
XXXXXXXXX XXXXXXXXX
JOURNAL DE PARIS.
E 21. du mois dernier la Princeffe
Ld'Orleans , Philippe- Elifabeth , def-
י
R
tinée pour époufer Don Carlos , fecond-
Infant d'Efpagne , étant arrivée à deux
lieues de Bayonne , où le dîné étoit preparé
, M. le Duc de Duras , Commandant
en Guyenne , chargé des pouvoirs
de S. M. pour la remife de cette Princeffe
aux Eſpagnols , alla audevant d'elle,
accompagné d'un grand nombre de Gentils-
hommes , & fuivi de fes Pages & livrées
, précedé de fes Gardes , tous vêrus
magnifiquement ; le M. de Vaudeüil,
Exempt des Gardes du Corps , qui commandoit
le détachement , ayant fait ap
procher le fieur Defgranges , Maître des
Ceremonies , pour prefenter M. le Duc
de Duras à la Princeffe , ce Duc lui fit
fon compliment ,, & la conduifit à Bayon
ne. Les Magiftrats de fa Ville la reçû
rent en Robbe & la complimenterent à
Ja porte du S. Efprit , au bout du Pont,
enfuite la Princeffe fe rendit au Palais
›
Epifcopal
368 LE MERCURE
•
de
Epifcopal au bruit de l'artillerie , où elle
reçûr les prefens de la Ville ; auffi-tôt un
Gentil -homme fut dépêché de la part
l'Infante , qualité que la Princeffe prit dès
ce jour , pour complimenter la Reine
Douairiere d'Efpagne , qui depuis plufieurs
années fait la réfidence en cette
Ville. La Reine envoya enfuite vers la
Princeffe fon Major- Dome pour la complimenter.
Le lendemain 22. la Princeffe reçût le
compliment du Corps de la Juftice , prononcé
par le Lieutenant General , après
quoy l'Infante le rendit à la Cathedrale fe
pour y entendre la Meffe , qui fut cele-
-brée par le Chapelain du Roy , après
avoir été complimentée à la porte de l'Eglife
par le Clergé , & avoir reçû l'Eau-
Benite. Après la Meffe l'Infante accompagnée
de Me la Ducheffe de Duras ,
Me la Ducheffe de Fitz- James , la Marquife
de S. Germain , fous- Gouvernante
fut en grand cortege vifiter la Reine d'Efpagne
, & l'après - dîné S. M. lui rendit
vifite .
Le lendemain 23. la Reine d'Eſpagne
fit plufieurs beaux prefens à la Princeffe ,
dont une partie étoit deftinée pour Don
Carlos. Pendant ces féjours , de même
que par toute la route, la Princeffe , comme
fille de France , fut fervie par les Offi
eiers
DE FEVRIER 1723. 369
ciers du Roy , & efcortée par un détachement
de 24. Gardes du Corps , d'un
Exempt , de deux Brigadiers , & de deux
fous- Brigadiers. De même les Cens Suiffes
, & Garde de la Prevôté de l'Hôtel ,
à proportion furent commandez pour
faire le fervice .
3
Le 24. les Actes de remife & de reception
de la Princeffe , ayant été convenus
entre M. le Duc de Duras Me
de Leffeville , Maître des Requêtes , Intendant
de la Province , chargé des pouvoirs
de Sa Majesté pour donner & recevoir
les Actes , & le jour de la remife
étant déterminé au vingt - fix l'Infante
partit de Bayonne , & arriva à Saint
Jean de Luz , au bruit de l'artillerie des
vaiffeaux ; cette Princeffe fut complimenrée
par les Bayles & Jurats , & les pre-
-fens de la Ville lui furent offerts en la
maniere accoutumée.
-
Le lendemain 25. il y eut féjour , pendant
lequel les habitans donnerent à la
Princeffe le divertiffement des Danfes
Bafques au fon des Tambourins .
Le 26. la Princeffe fe rendit à dix
heures du matin fur le bord de la riviere
de Bidaffoa qui fepare les deux Royaumes
de France & d'Espagne , & fut le
repoſer dans la maifon qui lui avoit été
deftinée , appellée Herrico- Ethia , auffitôc
370
LE MERCURE
tôt M. le Duc d'Offone , conduit. par M.
Defgranges , Maître des Ceremonies qui
F'étoit allé recevoir au Batteau , falua la
Princeffe , fe couvrit auffi bien que M. le
Duc de Duras , & complimenta l'Infante
de la part de S. M. C. & de Don
Carlos , & lui prefenta les prefens de
pierreries dont il étoit chargé. Après le
dîné M. le Duc d'Offone revint chargé
des pouvoirs de S. M. C. pour recevoir
la Princeffe . Me la Comteffe de Lemos ,
nommée pour être la Gouvernante, & autres
perfonnes de leurs fuites , & deftinées
pour le fervice de l'Infante fuivirent
le Duc d'Offone .
Les deux rivages étoient bordez d'Infanterie
& de Cavalerie en nonibre égal ,
d'équipages , & de chevaux de main , en
forte que cela formoit un très-beau coup
d'oeil , qui auroit encore été plus agréable
fi la ferenité du jour avoit répondu
aux foins qu'on s'étoit donné pour la propreté
des troupes , & pour la magnificence
de la fuite des équipages .
Toutes les perfonnes neceffaires &
nommées s'étant rendues dans la fale deftinée
pour remettre la Princeffe aux Elpagnols
, M. le Duc de Duras étant à la
droite de la Princeffe , M de Duras à fa
gauche , M. de Leffeville ayant fait lecture
de l'Acte de remife , & M. de la
Roche,.
DE FEVRIER 1723: 377
こ
Roche Secretaire de la Chambre du
Roy d'Espagne , chargé des pouvoirs de
Sa Majefté Catholique ayant auffi fair
lecture de l'Acte de reception , les fignatures
étant faites , & copies des pouvoirs
donnez de part & d'autre reciproquement
, M. & Me la Ducheffe de Duras ,
Me la Ducheffe de Fitz - James , & toute
cette Cour conduifit la Princeffe jufqu'à
la chaloupe , que les Efpagnols avoient
preparée pour le paffage de l'Infante ,
qui étant remife entre les mains de M.le
Duc d'Offone paffa à l'autre bord du
côté d'Espagne , où les équipages du Roy
d'Espagne l'attendoient pour la mener à
Iron , premier Bourg d'Espagne , d'où
'Infante partit le lendemain , tenant la
route de Madrid .
On apprend par une autre Lettre de
Bordeaux, qu'on avoit commencé de donner
à Bayonne le titre d'Infante , & de
Madame à Mademoifelle de Beaujolois ,
qu'elle arriva à l'Ile des Faifans le 26.
Janvier dernier , &c. & qu'en partant de
cette Ifle elle fit un compliment à tous
· les Officiers de la Maifon du Roy , &
les remercia de leurs bons fervices', en
leur donnant fa main à baiſer avec une
fermeté furprenante pour fon âge , pendant
que ces Officiers & les Dames fondoient
en larmes. Après fon départ la
Maifon
372 LE MERCURE
Maiſon du Roy vint coucher à S. Jean
de Luz , d'où l'on étoit parti le matin.
Le Roy d'Elpagne avoit envoyé des prefens
pour diftribuer à la fuite de la Princeffe.
La Ducheffe de Duras & la Du
cheffe de Fitz- James , fa fille, ont eu chacune
un portrait de S. M. Catholique ,
enrichi de Diamans , & le Duc de Duras
une épée d'or , ornée de Diamans . L'Exempt
, le Brigadier des Gardes du Corps,
l'Ecuyer du Roy , ont eu chacun une
épée d'or. Le Maître d'Hôtel , & le
Maître des Ceremonies , chacun un Diamant.
Le Contrôleur de la Maifon du
Roy une montre d'or . La Marquise de
S. Germain un beau Diamant. Les fix
femmes de Chambre chacune une montre
d'or. Lé refte des Officiers a été gratifié
en argent.
On apprend de Montargis que le 19 .
de ce mois on fit dans l'Eglife du College
des PP. Barnabites , un fervice folemnel
pour le repos de l'ame de feue
MADAME , auquel tous les Corps de la
Ville affifterent , le Pere de Chambre ,
Profeffeur de Rhetorique prononça l'Oraifon
Funebre avec applaudiffement.
L'Eglife qui étoit ornée d'un fuperbe
catafalque , & toute tenduë de noir aux
écuffons de MADAME , a été bâtie fous
l'invocation de S. Louis par les liberali
tez
DE
FEVRIER 1723 373
tez de feu S. A. R. Monfieur , frere
unique du Roy Louis XIV . en memoire
de la fameuse victoire qu'il avoit remportée
à Mont- Caffel le 11. Avril 1677%
S. A. R. Monfeigneur le Duc d'Orleans
a toûjours continué depuis les mêmes
liberalitez pour les embelliffemens
qu'on y a fait en differentes années , &
pour ceux qui restent à faite , feuë Madame
contribua auffi à l'édifice du College
qui fut rebâti en 1709 .
Le fieur Satin , Infpecteur General de
la Foreft de Montargis , dépendant des
Domaines de feuë S. A. R. Madame , qui
l'a pendant la vie honorée de fa protection
, & de qui il a reçû plufieurs bienfaits
, a fait auffi celebrer à fon intention ,
& pour donner des marques de fa reconnoiffance
, dans l'Eglife des PP . Recolets
de la même Ville le 26. Janvier
dernier , un Service folemnel où ont été
invitez tous les Officiers du Corps de la
Juftice.
Le 23. de ce mois les Jefuites du College
de Louis le Grand celebrerent la
Majorité du Roy . La Fête commença
par une illumination magnifique aux
quatre corps de logis , & à une guerite
fort élevée. On tira enfuite un feu d'artifice
, dont les pieces étoient d'autant
plus curieufes , qu'elles étoient la plûpart
374 LE MERCURE
part nouvelles , & d'un goût excellent.
MM . le Duc de la Tremoille , de Mor
temart , de Levi , les Comtes de Morville
, de Livri , de Vaffé , de Baudri , &
plufieurs autres penfionnaires fignalerent
leur zele pour Sa Majefté. Ils firent
illuminer leurs fenêtres avec un art extraordinaire
, à tirer divers feux d'artifice
parmi les acclamations du peuple &
le fon des Trompettes, Le lendemain le
P. Porée , l'un des Profeffeurs de Rethorique
prononça un difcours latin fur la
Majorité , avec cette éloquence que la
France admire depuis tant d'années dans
ce grand Orateur. L'affemblée étoit compofée
des Cardinaux de Rohan , de
Biffy , de M. le Nonce , de 30. Archevêques
ou Evêques , de M. le Maréchal
de Tallard , de plufieurs Magiftrats , &
de quantité d'autres perfonnes diſtinguées.
On diftribua des Poëfies Latines
& Françoiſes fur la Majorité , qui font
riantes & ingenieufes. Le foir l'illumination
recommença
& la Fête finit par
de nouveaux feux d'artifice , dont la varieté
réjouit les fpectateurs.
Sur la fin du mois de Janvier le Roy
donna la Croix de l'Ordre Militaire de
S. Louis à 32. Officiers de fes troupes
que leurs fervices reconnus rendoient dignes
de cette diftinction honorable .
11
DE FEVRIER 1723. 375
Il arrive tous les jours des accidens
funeftes , caufez par la fumée affaffine du
charbon , & les exemples frequens de ce
peril ne corrigent gueres . Le 20. Janvier
on trouva le matin trois domeftiques de
M. l'Evêque de Verdun étouffez dans
leur chambre, & les autres prefque morts :
une grande poële pleine de charbon
avoit fait tout ce ravage . Le même accident
eft arrivé chez le Miniftre de Portugal
, un domeftique trouve mort , &
deux autres fort malades , prouvent que
la malignité du charbon allumé n'eft que
trop certaine.
Le 30. Janvier le Comte d'Efclimont ,
Prevolt de Paris , depuis la mort de M.
fon pere , prêta ferment en cette qualité
au Parlement ; delà il fut inftallé dans
les differens Sieges du Châtelet , où il
prit féance avec les ceremonies attachées
à fa Charge. Ce fut M. de la Moignon ,
Prefident à Mortier , qui fit cette inſtallation
, accompagné de quatre Confeillers
de la Grand Chambre.
Le jour du fervice de feuë Madame ,
étant fixé au cinq de Février , le Marquis
de Dreux , Grand- Maître des Ceremonies
fe rendit au Palais , accompagné
de quatre Herauts d'Armes & des
Jurez Crieurs de Paris , pour inviter le
Parlement de fe trouver à S. Denis à
cette
376
LE MERCURE
:
cette pompeufe Ceremonie . Il y invita en
même temps les autres Cours Superieures,
delà il alla faire la même invitation au
Corps de Ville , au Châtelet , & à l'Univerfité.
Ce Service folemnel fut celebré à Saint
Denis le cinq Fevrier avec une grande
dignité . L'Eglife de l'Abbaye Royale
étoit ornée d'une magnifique décoration
funebre , conduite & compofêe par M.
Berin , Deffinateur du Roy , qui s'eft
cent fois diftingué dans ces ouvrages qui
demandent du genie du goût & de la
varieté.
L'illumination étoit bien entendue &
brillante par la quantité , & l'arrange
ment des lumieres .
tée
La Meffe fut celebrée pontificalement
par M. l'Archevêque d'Alby , & chanpar
la Mufique du Roy , que Sa Majesté
y avoit envoyée. Mademoiſelle de
Charolois , Mademoiſelle de Clermont
& Mademoifelle de la Roche-fur-Yon
Princeffes du Deüil , furent merées à l'Offrande
par le Duc de Chartres , le Duc
de Bourbon & le Comte de Clermont.
Après l'Offrande , l'Oraifon Funebre
fut prononcée par l'Evêque de Cler
mont qui trouva dans le merite & les vertus
de la Princeffe défunte une mariere
digne de fon éloquence . La Mufique du
Roy
DE FEVRIER 1723.' 377
Roy chanta le De profundis , dès que la
Meffe fut finie , & les ercenſemens furent
faits par l'Archevêque d'Alby
Officiant , & les Evêques de Montauban
, de Séez , de Senlis & d'Avranches
.
Les nouvelles de Turin nous apprennent
que la maladie de Madame Royale,
Ducheffe Doüairiere de Savoye étoit confiderablement
diminuée , & qu'on eſpe
roit que la fanté de cette Princeffe
roit le rétablir .
pour-
Le deux Fevrier jour de la Fête de la
Purification de la Sainte Vierge , le Roy
revêtu du Grand Colier de l'Ordre du
S. Elprit , accompagné de Monfieur le
Duc d'Orleans , du Duc de Chartres
du Duc de Bourbon , du Comte de Charolois
, du Prince de Conti , & precede
des Chevaliers Commandeurs , & Officiers
du même Ordre , fe rendit dans la
Chapelle du Château de Verſailles , ou
il affifta à la Benediction des Cierges , &
enfuite à la Proceffion , & à la grande
Meffe celebrée pontificalement par M.
l'Evêque de Mets , Prélat- Commandeur
de l'Ordre du S. Efprit. La Mufique du
Roy y chanta auffi- bien qu'à Vêpres ,
Paprès midy qui fuivirent la Prédication
du R. Pere Dardent de la Doctrine Chré
tienne , où Sa Majefté affifti .
Le
378 LE MERCURE
Le trois Fevrier M. Morofini , Ambaffadeur
ordinaire de la République de
Venife , eut audience particuliere du Roy,
& fit des complimens à Sa Majesté fur
la mort de Madame. Il fut conduit par
M. Remond , Introducteur des Ambif
fadeurs , de - là il fut conduit à celle de
Monfieur le Duc d'Orleans , par M. de
Marpré , Introducteur des Ambaffadeurs
auprès de fon Alteffe Royale.
Le Dimanche fept le Roy entendit
dans la Chapelle du Château de Vere
failles , la Meffe chantée par la Mufique ,
l'Evêque de Verdun y prêta ferment
entre les mains de Sa Majefté , en prefence
de Monfieur le Duc d'Orleans . A
la fin de la Meffe le Roy fe relevant de
fon Prie Dieu , eu une foibleffe qu'on
jugea être caufée par une plenitude . Le
Lundi après midy Sa Majefté eut la fiċvre
avec le friffon . Le Mardi au matin
on s'apperçut que la fiévre ne diminuoit
pas , on faigna le Roy , & peu de temps
après cette utile & heureufe faignée la
fiévre baiffa confiderablement . Le foir
dans le moment qu'on pouvoit craindre
un redoublement , le ventre s'étant ouvert
le Roy fut débarraffe de tout ce qui
caufoit fon indifpofition . Le lendemain
Mercredy Sa Majefté fut purgée avec un
fugcès fi entier que le pouls s'eft remis
dans
DE FEVRIER 1723. 379
dans fon état naturel. Depuis ce jour-là
le Roy jouit d'une fanté parfaite , & les
coeurs de fes fujets font tranquiles.
M. d'Herbigny , Maître des Requêtes
, & M. Feydeau de Brou , Maître des
Requêtes & Intendant de Bretagne , ont
été nommez Confeillers d'Etat , & ont
pris féance au Confeil le 11. Fevrier.
Le Duc de Charoft , Gouverneur de
Sa Majesté a été fort indifpofé d'une colique
violente , qui a commencé quelques
jours avant la maladie du Roy.
La nuit du deux au trois il y a eu une
maifon de brûlée à l'aîle du Pont Marię.
Cet accident eft arrivé par la joye indifcrette
d'un Fripier qui avoit gagné un
lot à la Loterie de S. Sulpice , & qui en
réjoiffance regaloit fes amis qu'il avoit
raffemblez dans la maison .
11 eft arrivé dans les Ports de l'Orient
& de Breft pour le compte de la Compagnie
des Indes cinq vaiffeaux qui ont
rapporté environ feize cens mille piaſtres
, & des Marchandiſes pour des fommes
confiderables.
On nous mande de Rifwich une mort
qui merite la place dans l'Hiftoire. C'eſt
la mort d'un foldat Cavalier , nommé
Jean- Ernelft Scholts qui a vêcu jufqu'à
cent quatorze ans dix mois & treize jours .
Il étoit né à Halle en Saxe le douze
H Mars
380
LE MERCURE
Mars 1608. Il avoit été Garde du Corps
de Guftave Adolphe , Roy de Suede ,
pere de la Reine Chriftine , & il s'étoit
trouve à la bataille de Lutfen , où ce
Prince fut tué le feize Novembre 1632 .
Depuis ce temps il avoit pris parti dans
les troupes de la République , & en 1672 .
il fut mis fur l'état des penfions ; il alloit
tous les ans recevoir à la Haye celle qui
lui avoit été accordée , & y alla encore à
pied au mois de Septembre dernier . On
remarque de lui que s'étant trouvé dans
l'Eglife Lutherienne de la Haye au Jubile
qui y fut celebré en 1617. pour la
réformation , il fe trouva encore à celui
qui s'y celebra le fiecle révolu en 1717.
Le 12. Fevrier on chanta dans l'Eglife
Metropolitaine
de Nôtre- Dame le Te
Deum ordonné par le Roy , pour rendre
à Dieu de folemnelles actions de graces
de la ceflation du mal contagieux , dans
les Provinces qui en ont été affligées.
M. le Cardinal a officié pontificalement
à ce Te Deum , qui fut chanté au
bruit du canon de la Ville. Le Clergé ,
le Parlement , la Chambre des Comptes,
la Cour des Aydes & le Corps de Ville ,
y affifterent en Robbe de Ceremonie , &
invitez de la part du Roy ,
le Garde des Sceaux , qui étoit accompagné
de plufieurs Confeillers d'Etat &
Maitres des Requêtes.
ainfi
que M.
Le
DE
FEVRIER 1723.
381
Le Roy qui jouit d'une fanté parfaitement
rétablie , parvint à fa Majorité
le feize Fevrier , & reçut les refpects &
les complimens de Monfieur le Duc d'Orleans
, des Princes & des Princeſſes du
Sang , & des Seigneurs de fa Cour . On a
-fuivi le jour de la Majorité du Roy les
-mêmes ceremonies qui ont été obfervées
à celle de Louis XIV. & prefentement
il n'y a plus que le lit de Sa Majesté
dans la baluftrade , on en a ôté le lit de
fon Gouverneur qui couche fur un lit du
Garde Meuble qu'on lui dreffe tous les
foirs au pied du lit du Roy. Le Premier
Valet de Chambre couche à fon ordinaire
dans la chambre de Sa Majeſté , &
un garçon ordinaire de la chambre veille
auffi fuivant l'ufage proche le lit du Roy.
Le 18, le Roy entendit dans la Chapelle
du Château de Verſailles la Meſſe
de Requiem , chantée par fa Mufique
pour l'anniverfaire de feu Monfeigneur
le Dauphin , pere de Sa Majefté , & l'après-
midy le Roy alla promener à Tríanon.
Le 13. le Roy fit Ducs & Pairs de
France le Marquis de Biron , le Marquis
de Levi , & le Marquis de la
Valliere. }
Le 16. jour de la Majorité du Roy
Sa Majefté accorda à M. le Marquis de
la Vriliere , Miniftre & Secretaire d'EHij
tat
382 LE
MERCURE
tat la furvivance de fa Charge , en faveur
de fon fils M. le Comte de S. Florentin
qui fera le dixiéme Secretaire d'Etat de
fon nom. Le même jour il prêta ferment
de fidelité entre les mains de Sa Majefté.
Le même jour 16. de Fevrier M. le
Marquis de Calviere , Exempt des Gardes
du Corps , a obtenu du Roy la Charge
d'Ecuyer ordinaire , vacante par la
mort de M. le Marquis de Ségrie.
Le 17. M. le Baron de Hop , Ambaſfadeur
ordinaire des Provinces- unies , cut
audience particuliere du Roy , où il fut
conduit par M. Remond , Introducteur
des Ambaffadeurs , qui le conduifit enfuite
à l'audience particuliere de Monfieur
le Duc d'Orleans .
Le 19. le Roy entendit dans la Chapelle
du Château de Verfailles la Meffe
de Requiem
chantée par fa Mufique
pour l'anniverfaire
de feue Madame la
Dauphine , mere de Sa Majesté.
,
Le 20. le Roy partit du Château de
Verfailles fur les deux heures après midy
pour le rendre au Palais des Thuilleries
à Paris , où Sa Majefté arriva vers les
cinq heures , au bruit des acclamations
de joye du peuple qui étoit accouru de
tous côtez dans la campagne & dans la
Ville pour joiiir d'une vue qui lui eft fi
chere. Monfieur le Duc d'Orleans , le
Duc
DE FEVRIER 1723. 183
·
> Duc de Chartres , le Duc de Bourbon
le Comte de Clermont , & le Prince de
Conti , accompagnoient le Roy dans fon
caroffe ; les Brigades de quartier des
Gens - d'armes & Chevaux- Legers de la
Garde , les détachemens des deux Compagnies
des Moufquetaires , & le Guet
des Gardes du Corps marchoient dans
leur rang devant & après le caroffe de
Sa Majefté. Le vol du Cabinet , commandé
par M. Forget précedoit immediatement
le caroffe de fuite: Le Roy accompagné
de Monfieur le Duc d'Orleans
entendit le lendemain dans fa Chapelle
du Louvre la Meffe chantée par fa Mufique
, & l'après-midy du même jour Sa
Majefté alla fe promener au Château de
la Mentte , où elle chaffa & tua 22. pieces
de gibier.
Le 22. jour de la tenue du lit de Juftice
de Sa Majefté , les Regimens des Gardes
Françoifes & Suiffes furent rangées
en haye de très- grand matin dans toutes
les rues par où devoit paffer le Roy en
allant au Palais. Le Parlement qui avoit
reçû les ordres de Sa Majefté , fe rendit de
très bonne heure en Robbe de Ceremonie
dans la Grand'Chambre. Les Ducs & -
Pairs Ecclefiaftiques & Laïcs , & tous
ceux qui ont droit d'affifter à cette augufte
ceremonie s'y trouverent , & pri-
H iij
rent
384 LE MERCURE
rent les places qui leur étoient deſtinées.
Le Roy partit du Palais des Thuilleries
fur les dix heures du matin , & voici
l'ordre de fa marche. Les deux Compagnies
des Moufquetaires avec leurs . Officiers
à leur tête , la Brigade de quartier
des Chevaux - Legers de la Garde , le
Comte de Montforeau , Grand Prevoft à
cheval , à la tête des Gardes de la Prevôté
de l'Hôtel . Le Marquis de Courtenvaux
à cheval , à la tête des Cent
Suiffes de la Garde , marchans deux à
deux , tambour battant & drapeau déployé.
Un caroffe du Roy occupé par les
Princes Charles de Lorraine , Grand
Ecuyer de France , le Prince de Turenne ,
Grand Chambellan de France , le Duc de
Trefmes , Premier Gentil-homme de la
Chambre , & autres principaux Officiers
de Sa Majefté ; les Pages de la Grande
& de la Petite Ecurie , le détachement
des quatre Chevaux- Legers de la Garde
marchant immediatement devant le caroffe
du Corps où étoit le Roy , accompagné
de Monfieur le Duc d'Orleans , du
Duc de Chartres , du Duc de Bourbon ,
du Comte de Charolois , du Comte de
Clermont & du Prince de Conti . Le
Duc d'Harcourt , Capitaine des Gardes
du Corps marchoit à cheval à la portiere
du caroffe , qui étoit environné de 24.
Valets
DE FEVRIER 1723. 385
Valets de Pieds , & fuivi immediatement.
par le Guet des Gardes du Corps ; la
marche étoit fermée par la Brigade de
quartier des Gens - d'armes de la Garde.
Le Roy monta par l'efcalier de la Sainte
Chapelle , il fut reçû à la porte , & complimenté
par M. l'Abbé de Champigny,
Tréforier, qui parut en habits pontificaux
à la tête de les Chanoines . Enfuite Sa
Majefté entra dans le Choeur , & y entendit
la Meffe dite par un de fes Chapelains
, & chantée par Sa Mufique &
celle de la Sainte Chapelle réunies.
Ե
Dès que le Parlement fut averti de
l'arrivée du Roy à la Sainte Chapelle , il
dénuta M. de Novion , M. d'Aliere . M.
de la Moignon & M. Portail , Prefidens
à Mortiers , & fix Confeillers pour alleg
recevoir Sa Majefté , & la conduire à la
Grand'Chambre.
Après la Melle le Roy partit de la
Sainte Chapelle , précedé de Monfieur
le Duc d'Orleans , du Duc de Chartres
du Duc de Bourbon , du Comte de Charolois
, du Comte de Clermont , du Prince
de Conti , & du Comte de Toulouſe.
Les quatre Prefidens à Mortier député
du Parlement pour aller recevoir le Roy,
étoient autour de Sa Majesté , ainfi que
les fix Confeillers , les deux Huiffiers de
la chambre du Roy portant kurs Maffes
HD mar
386 LE MERCURE
marchoient auprès de Sa Majesté , qui
étoit précedée immediatement par le Prin
ce Charles de Lorraine , Grand Ecuyer
de France , qui portoit l'Epée Royale
dans un foureau de velours violet , femé
de fleurs- de-lys d'or , ainfi
que le baudrier.
Le Roy étant arrivé à la Grand'-
Chambre , traverfa le Parquet , & alla
fe placer fous le dais dans fon Lit de
Juftice ; les Princes du Sang fe placerent
à la droite de Sa Majefté , le Prince
de Turenne , Grand Chambellan de
France , fe mit à fes pieds , & le Prince
Charles de Lorraine , Grand Ecuyer de
France , prit place à la droite du Roy ,
au bas des premiers degrez du Lit de
Juftice ; le Garde des Sceaux de France
, arrivé en même temps que le Roy
accompagné de plufieurs Confeillers d'Etat
& Maîtres des Requêtes , prit fa place
ordinaire. Le Roy parla le premier.
Monfieur le Duc d'Orleans parla après
le Roy , avec la facilité & la dignité qui
lui font particulieres ; & M. le Garde
des Sceaux fit un difcours qui expliqua
les intentions du Roy , après en avoir
demandé permiffion à Sa Majefté. Ce
difcours fut fuivi de l'ordre que donna,
le Roy , d'enregiſtrer des provifiohs de
l'Office de Garde des Sceaux de Fran-
*ce,
DE FEVRIER 1723. 387
ce , accordées à M. d'Armenonville dès
le 28. Fevrier de l'année derniere , de la
preftation de ferment , & de la reception,
des Ducs de Biron , de Levi & de la
Valliere , qui prirent feance en qualité
de Pairs de France . Le Lit de Juftice
finit par la lecture d'un nouvel Edit contre
les duels , qui fut fait par M. Gilbert
Greffier en Chef du Parlement . Dès qu'il
fut enregistré, le Roy fortit de la Grand'-
Chambre avec les mêmes Ceremonies &
le même ordre , qui avoient été obfervez
à fon arrivée au Parlement.
Le Roy monta en caroffe , & retourna
au Palais des Thuilleries avec le même
cortege qui l'avoit accompagné. Les
acclamations bruyantes & redoublées de
tout le peuple , qui rempliffoit en foule
les rues de fon paffage , témoignoient à
Sa Majefté la fatisfaction publique . On
tira le foir dans la Place de l'Hôtel de
Ville un feu d'artifice à neuf piliers ,
après les décharges des canons rangez fur
le Port au Charbon ; la face de l'Hôtel
de Ville fut illuminée dans toute fon étendue
, & les lumieres fuivoient les formes
de l'Architecture dans leur arrangement,
les feux de joye & les autres marques
de réjouiffance éclaterent enfuite
dans toutes les rues de la Ville .
2
Le 23. M. le Premier Prefident de
Hv Mêmes
388 LE MERCURE
1
Mêmes étant à la tête du Parlement , eut
l'honneur de complimenter le Roy au
Louvre fur fa Majorité , qui enfuite admit
à fon audience la Chambre des Comptes
, la Cour des Aydes , la Cour des
Monnoyes & le Corps de Ville , dont les
Chefs porterent la parole , & remplirent
un devoir qui les combloit de joye. L'après-
midi M. de Vertamont , Premier
Prefident du Grand Confeil , à la tête de
fa Compagnie , & l'Univerfité , eurent
l'honneur de complimenter le Roy fur le
même fujet , & M. l'Abbé Mongin , Directeur
de l'Académie Françoife , parla
avec une éloquence digne du Monarque
qu'il haranguoit , & du Corps celebre.
pour qui il portoit la parole. Ils furent
tous piéfentez à Sa Majefté par le Comte
de Maurepas , Secretaire d'Etat , &
conduits par le Marquis de Dreux ,
Grand- Maître des Ceremonies , & par
M. des Granges , Maître des Ceremo
nies.
Le même jour après- midi , les Gardes
des fix Corps des Marchands furent reçus
favorablement par le Roy , à qui le
Duc de Gêvres , Gouverneur de Paris ,
les préfenta
.
Voici
DE FEVRIER 1723. 389
Voici le Compliment fait à Sa Majeftë
par le fieurde Rofnel , Marchand Drapier
, portant la parole , à la tête des
fix Corps.
SIRE ,
Les fix Corps des Marchands de vôtre
Ville de Paris , viennent fe profterner
aux pieds de Vôtre Majefté , pour
lui marquer la part qu'ils prennent à la
joye univerfelle de vôtre Royaume. Ils
efperent , SIRE , que vôtre Majorité ,
en affurant le bonheur de vos Peuples ,
étendra fes graces fur le Commerce , &
qu'elle le verra fleurir dans le cours de
fon regne ,, par la protection que Vôtre
Majefté voudra bien lui accorder.
Madame Anne Palatine de Baviere
Princeffe Doüairiere de Condé , eft
morte à Paris le 23. Fevrier entre midi
& une heure. Elle étoit âgée de foixante
& quinze ans prefque accomplis , étant
née le 13. Mars 1648. Cette Princeffe illuftre
fon
par origine , une pieté fincere,
& les plus folides vertus , étoit fille aînée
d'Edouard , Prince Palatin , frere de
Charles Louis , Electeur Palatin , &
d'Anne de Gonzagues- Cleves. Elle fut
mariée le 11. Decembre 1663. à Henri-
Hvj Jules
390 LE MERCURE
Jules de Bourbon , troifiéme du nom ,
Prince de Condé , premier Prince du
Sang & Grand -Maître de France , qui
mourut le premier Avril 1709 .
Le 24. le Roy , accompagné de Monfieur
le Duc d'Orleans , entendit dans
fa Chapelle du Louvre la Meffe chantée
par la Mufique ; M. l'Archevêque de
Tours y prêta ferment entre les mains
de Sa Majefté , qui l'après - midi alla ſe
promener à fon Château de la Meutte
& tua 27. pieces de gibier . Le foir , à
fon retour , le Roy alla voir Madame la
Ducheffe Douairiere de Bourbon , Madame
la Princeffe de Conti , feconde
Doüairiere , Madame la Princeffe de
Conti , & Madame la Ducheffe du Mai-.
ne , au fujet de la mort de Madame la
Princeffe,Doüairiere de Condé . Madame
la Ducheffe de Brúnfwich - Hanover
foeur de la défunte Princeffe , fut auffi
vifitée par Sa Majesté.
Le 25. fur les deux heures après- midi ,
le Roy partit de fon Château des Thuileries
, pour retourner au Château de
Verſailles , où S. M. arriva fur les cinq
heures.
M. de Fortia , Confeiller d'honneur au
Parlement a été nommé par le Roy
Confeiller d'Etat de Semestre.
›
M. le Chevalier de Damas , Lieutenant
Ge
DE FEVRIER 1723. 398
General des Armées de Sa Majefté , a
obtenu le Gouvernement de Maubeuge
qui vacquoit depuis le 24. Septembre der
nier par la mort du Marquis de Ruffay ,
fon frere , Sous - Gouverneur de S. M.
Le 22. l'Académie Françoife , voulant
remplir la place de feu M. l'Abbé d'Angeau
, fit élection de M. le Comte de
Morville , Secretaire d'Etat , Ambaffa
deur de Sa Majefté auprès de la Repu
blique de Hollande , & Miniftre Plenipotentiaire
au Congrès de Cambray ,
choix digne de l'Académie , & qui eft
juftifié d'avance par le public.
Le 25. M. l'Abbé d'Houtteville fut reçu
dans la même Académie , à la place
vacante par la mort de M. l'Abbé Maf
fieu. Le Recipiendaire parla avec cette
éloquence vive & brillante qui lui a
fait franchir fi promtement le fentier épineux
du Temple de la gloire , & M. l'Ãþbé
Mongin , Directeur , répondit avec
applaudiffement.
,
Dans les réjoüiffances que les Jefuites
firent pour la Majorité du Roy , le 23 .
Fevrier au College de Louis le Grand ,
le Duc de la Tremoille , Premier Gentilhomme
de la Chambre de S. M. fe
diftingua par un feu magnifique , dont le
deffein étoit le Palais du Soleil . On ne
fera point en détail la defeription de ce
feui
392 LE MERCURE
feu ; les deux premiers Vers du fecond
livre des Metamorphofes d'Ovide en
donneront une idée aſſez juſte .
Regia folis erat fublimibus alta columnis ,
,
Clara micante auro flammafque imitante py◄
гора.
Le fronton du Portail de ce Palais étoit
chargé d'une devife , compofée d'une aiglette
prife des armes de la Tremoille ,
laquelle regardoit un foleil fortant de
Phorifon , avec ces mots pour ame , Ref
picit unum .
A toutes les fenêtres de l'appartement
de ce jeune Seigneur , il y avoit des trompettes
, des timbales & des hautbois , qui
joüerent des fanfares pendant tout le
feu .
*******
******
MORTS & MARIAGES.
Paul Arnaud , Chirurgien
Rordinaire du Roy & du Parlement ,
ancien Profeffeur- Demonftrateur en Chirurgie
, mourut à Paris le 23. Janvier
dernier , âgé de foixante & fix ans . Il
s'étoit fait connoître pendant fa vie de
tout le Royaume , même des Etrangers ,
par un merite diftingué , & par les hautes
DE FEVRIER 1723. 393
tes connoiffances qu'il avoit acquifes dans
fa profeffion. Il étoit fils du fieur Paul
Arnaud , Maître Chirurgien de Paris ;
C'est un des premiers qui ait mis l'art de
Chirurgie au point d'excellence où on
la voit aujourd'hui , ayant travaillé toute
fa vie à former d'habiles Chirurgiens ,
autant par la pratique des operations ,
que par les obfervations & les fçavantes
reflexions dont il a fait part au public
dans toutes les Ecoles de cette Ville deftinées
au progrès de l'art de Chirurgie.
& principalement dans celles du Jardin,
Royal des Plantes , où pendant 27. années
confecutives il a partagé , avec le celebre
M. du Verney , les foins & la gloire
de l'inſtruction des jeunes Chirurgiens ,
& développé les principes de fon art
avec cette naturelle élocution qui lui fais
foit rendre fenfible , même à ceux qui
n'étoient point de la profeffion , ce qu'el
le contenoit de plus difficile & de plus.
embaraffé. A ces rares talens il joignoit
une exacte probité & une parfaite droiture
de coeur ; c'eft pourquoi le Parlement
lui fit l'honneur de le defigner en
1710. pour remplir la place de l'un de
fes Chirurgiens ordinaires , à laquelle il
fut admis en 1712. après la mort de M.
Beffiere . En 1709. il fut un de ceux que
le Roy envoya pour avoir foin des. Of
ficiers
394 LE MERCURE
ficiers bleffez après la bataille de Malpla- ·
quet. Il lui fit l'honneur en 1715. de le
faire appeller à fa derniere maladie.
M. le Commandeur de la Carte
Grand - Prieur d'Aquitaine , eft mort au
commencement de Fevrier dans fa Commanderie
de Loudun.
M. François le Haguais , Confeiller .
d'honneur en la Cour des. Aydes , où il
avoit été ci- devant Avocat General , eft
mort à Paris le 23. Janvier , âgé de .
84. années . Son éloquence & fa probité
lui avoient acquis une très grande reputation
qui ne s'eft jamais démentie.
Madame Marie - Marguerite l'Hofte`,
veuve de M. Louis - François Hennequin
, Confeiller d'honneur , & Procureur
General au Grand Confeil , & qui
avoit été nommé le 7. Septembre 1691 .
pour remplir la place de Premier Prefident
de Normandie , eft morte le 26.
Janvier dans la foixante & quatorziéme
année de fon âge.
Dame Marie Bétaud , époufe de M.
Ferrand , Confeiller en la Grand '- Chambre
, mourut le 11. Fevrier . Elle avoit
époufé en premieres nôces Meffire Mathias
Poncer de la Riviere , Chevalier,
Comte d'Ablys , Maître des Requêtes ,
Prefident au Grand Confeil , mort en
1693. après avoir fervi le Roy pendant
plufieurs
* DE FEVRIER 1723. 395
>
,
plufieurs années avec beaucoup d'honneur
& de reputation , en qualité d'Intendant
dans les Provinces d'Alface , de
Berry & de Limofin. De cepremier Mariage
elle avoit eu trois enfans , fçavoir
fetië Dame Catherine Poncet de la Riviere
recommandable par la vertu ,
époufe de M. François Bouton , Comte
de Chamillý neveu du Maréchal de
France , de ce nom , ci- devant Ambaf
fadeur extraordinaire en Dannemarc
Lieutenant General des Armées du Roy,
Commandant pour Sa Majefté dans les
Provinces de Poitou , de Saintonge , &
dans le Pays d'Aunix , M. Pierre Poncet
de la Riviere , Comte d'Ablys , Prefident
au Parlement , Magiftrat auffi integre
qu'éclairé , & M. Michel Poncet
de la Riviere , Evêque d'Angers , fi
connu par fon efprit , fon érudition , fon
éloquence , fa pieté , fon zele , & toutes
les qualitez qui fondent le merite éminent.
M. Victor Alvarez , Prêtre , Prevôt
de Marizy , Comte de Monemont , eft
mort le 11. Fevrier , âgé de 62. ans.
M. François des Granges de Surgeres ,
Marquis de Puiguion , Commandeur de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis ,
Lieutenant General des Armées du Roy,
le 22. Fevrier , âgé de 5. ans.
Le
376 LE MERCURE
Le 9. de ce mois le Marquis de Maleiffye
, Seigneur de Mons en Poitou ,
Enfeigne de Vaiffeau , Lieutenant de Roy
de Compiegne , a époufé Mlle de Barillon
. Ces deux noms & d'une gut connus ,
condition diftinguée , l'un dans l'Epée &
l'autre dans la Robbe. M. le Marquis de
Maleiffye, pere de celui qui vient de fe
marier , étoit Capitaine aux Gardes , &
avoit eu fix de Mes fes peres & oncles
auffi Capitaines aux Gardes . Il y en avoit
eu un très- diftingué dans le fervice , &
Gouverneur de Pignerol du temps de
Louis XIII. Me fa meie fe nomme Anne
Barentin , fille de M. Barentin , Confeiller
de la Grand' - Chambre . niece de
M. le Prefident Barentin , & de Me de ;
Boiſdauphin , mere de feuë Me de Louvois.
Feu M. le Marquis de Maleiffye
avoit deux foeurs , dont l'une avoit époufé
M. le Marquis de Bully , & a été mere
de M. le Marquis de Bully d'aujour
d'hui , & de M la Marquile de Roncherolles
: l'autre eft Me la Marquise de
Sommery.
Mete de Barillon s'appelle Anne- Phil-:
berte , elles eft fille de M. de Barillon ,
Maître des Requêtes , qui a été Intendant
de Rouffillon , des Armées du Roy
en Catalogne , & enfuite de Navarre &
Bearnes & de Daine Anne Doublet , fon
épous
DE FEVRIER 1723. 397
éponſe. M. de Barillon , grand- pere de
cette Dlle a été pendant 12. ans Ambaffadeur
en Angleterre , elle a un frere aîné
qui eft Confeiller au Parlement , non encore
marié , & une foeur Bonne de Barrillon
, mariée à M. le Camus , Marquis
de Bligny.
SUPPLEMENT.
EXTRAIT d'une Lettre écrite par
M. de Camps , Abbé de Signy , à M.
du Cardonnoy , Confeiller Veteran au
Prefidial d'Amiens , le 25. Fevrier 1723.
›
Es Obfervations que je trouve , Mon-
Leur dans lalo que que nous avez
fait l'honneur de m'écrire le 13. de ce mois
au fujet des Remarques qu'un Anonyme
a fait inferer dans le Mercure de Decembre
dernier fur ma Differtation du Sacre
& du Couronnement de nos Rois depuis
Pepin le Bref , font très- judicieuſes.
Vous avez raifon d'être furpris autant
que je le puis être , qu'un Auteur qui
commence fes Remarques par dire , » que
» ce n'eft point par efprit de critique
» mais par un pur amour pour la verité
de l'Hiftoire , qu'il fe voit contraint
> d'avertir le Public des fautes qui fe
trou
368 LE MERCURÊ
→
trouvent dans cette Differtation , débutte
par en fuppofer une pour la combattre
, puifqu'ayant relû exactement ma
Differtation , vous n'avez trouvé nulle
part que j'aye feulement infinné que le
Sacre de nos Rois ne doit fe faire les
que
jours de Dimanche ou de Fête , comme
il le fuppofe car en effet , je ne l'ai pas
infinué. Je ne me ferois pas même contenté
de l'infinuer feulement ; mais je
l'aurois affeuré pofitivement , fi j'avois
crû que quelqu'un pût en douter.
Il en eft de même de la Ceremonie du
Sacre de nos Rois comme de celui des
Evêques , l'une & l'autre eft fi auguſte &
fi ſainte , qu'elles ne fe font , & ne doi
vest faire qu'un jour de Dimanche on
de Fete , aoins que pour quelque cir
conftance , il n'y ait une difpenfe qui per
mette de la faire un autre jour .
C'eft avec juftice que vous penfez que
la plupart des fautes que ce fçavant Anonyme
relève , ne font que quelques chiffres
obmis ou gliffez l'un pour l'autre.
par le Copiſte ou par l'Imprimeur dans
la compofition de fes planches , comme il
arrive fouvent dans le choix des Lettres
qu'on y employe . Car je ne les trouve
pas dans la minutte qui m'en eft restée.
Ce font des mépris qui arrivent même
affez fouvent à ceux qui écrivent leurs
propres
DE FEVRIER 1723 . 399
propres penfées , les habiles lecteurs fçavent
bien y fuppléer lorfqu'ils s'en apperçoivent
, & ne s'en font pas un objet de
critique. Je crois comme vous que celui
de l'Anonyme
a été de faire connoître au
Public qu'il fait un grand ufage de la
Chronologie
du Pere Labbe , où l'on
trouve ailément les Lettres Dominicales
& les autres jours de chaque femaine
dont on a beſoin .
4
Il y a dans ma Differtation d'autres.
fautes qui meritoient mieux que celles - là
d'être relevées ; il y a même des omiffions
fi confiderables , que je fuis réfolu d'en
donner une nouvelle édition . Si je ne
l'ai commencée qu'au Sacre de Pepin le
Bref , c'est que ceux qui m'y ont engagé
ne m'en demandoient pas davantage.
Mais en la faifant réimprimer je parlerai
du Sacre & du Couronnement des Rois ,
Les prédeceffeurs , autant que les Hiftoriens
contemporains nous en ont laiffé de
connoillance , pour lors j'aurai foin que
les mêmes fautes obfervées par ce Philalete
ne s'y trouvent pas . On doit flater
fon grand amour pour la verité de l'Hiftoire.
Cependant comme il me paroît que
vous préfumez qu'il pourroit avoir quelque
railon , & qu'effectivement je puiffe
m'être trompé fur le jour du Sacre du
Roy
400 LE MERCURE
Roy Robert , & fur l'âge du Prince
Hugues , fon fils aîné , je ne puis me difpenter
de m'expliquer avec vous fur l'un
& fur l'autre.
au 30.
Les Hiftoriens contemporains , & les
plus proches du temps ont varié fur le
jour du Sacre du Roy Robert. Quelquesuns
l'ont fixé au 30. Decembre de l'année
987. d'autres au premier Janvier jour
de la Circoncifion , & d'autres au 7. &
du même mois. Duchefne a adopté
le 30. Decembre. Il le prouve par le ferment
que le Roy Robert fit dans l'Eglife
de S. Martin de Tours , en datte du 31 .
Decembre pridie Calendas Januarii , &
de là on pourroit croire que le jour de
fon Sacre doit être reculé , & qu'il n'a
pû fe faire qu'en une des Fêtes de Noël ;
car il n'eft pas à préfumer que le Roy
Robert n'ayant été facré à Orleans que
le 30. Decembre ait pû fe rendre en un
feul jour en la Ville de Tours , qui en eſt
éloignée de trente- cinq lieues pour y
prêter le ferment raporté par Duchefne.
J'ai fait une affez longue Differtation
fur ces differentes époques que j'ai miſe à
la fin de la vie du Roy Robert . Je vous en
envoyerai une copie , fi vous le fouhaitez .
Vous verrez , Monfieur , que j'y ai raporté
les raifons qui m'ont déterminé au choix
de celle que j'ai fuivie , & à foutenir que
cette
DE FEVRIER 1723 . 401
cette Ceremonie fut faite dans l'Eglife
d'Orleans , & non dans celle de Rheims
contre le fentiment de Glaber , qui parlant
de la fucceffion legitime de Hugues
Capet à la Couronne & du Sacre du Roy
Robert , fon fils , dit liv . 3. ch. i .
Ita Francorum Regum fecunda deficiente
linea Regnum in tertiam eft tranflatum
, in qua Hugo filium fuum Robertum
fibi confortem egit regni , & benedici
fecit Remis Kalendis Januarii , &c.
Quant à l'âge du Prince Hugues , fils
aîné du Roy Robert & de Conſtance
d'Arles , fa cinquiéme femme , le même
Auteur Anonyme remarque , dites vous ,
qu'il lui femble que je me fuis trompé
& que pour le prouver il raporte ce
vers de Glaber.
Ter denis minus excreverat duobus .
Et conclud que qui de trois fois dix
ôte deux refte pour 23 .
Examinons donc enfemble , fi je ine
fuis trompé , vous êtes plus habile que
perfonne pour en juger.
Le Prince Hugues fut fait Roy en
1017. il mourut en 1026. n'ayant que 20.
ans , & il faut, comme l'ont remarqué les
- PP. Mabillon & Rumart, corriger le mot
Ter denis qui fe trouve dans l'Epitaphe
que cet ancien Auteur lui compola à la
follicitation
402 LE MERCURE
follicitation des Religieux de l'Abbaye
de Cluny , & lire.
Bis denis minus excreverat duobus , (a)
Regnorum lumen Hugo Regum maximus.
En effet un autre Epitaphe de ce jeune
Roy compofé par Gerard d'Orleans ,
pour être mis fur fon Tombeau , & qui
Je trouve dans un manufcrit de la Bibliotheque
Petau , porte qu'il mourut pucr.
Celtibery lacrymant , te regem Roma
petebat , (b)
O miferande puer , fed tumulatus
hic es.
D'ailleurs Odoran , Moine de S. Pierre
le Vif de Sens dit auffi chap. 25. de la
Tranflation des Saints Savinien & Potentien
, que le Prince Hugues étoit parvylus
, lorfque le Roy Robert alla à Rcme
pour faire valider fon mariage avec la
Reine Conftance . Ce fut l'an 1012. au
commencement du Pontificat de Benoît
YHI.
Il ajoûte que la Reine Conftance demeura
au Château de Teil avec le Prince
Hugues , fon fils , & qu'elle y avoit de
grandes inquietudes .
(a ) Aet . SS . Ord . S. Bened . fac. 4. Pref.
1. part.
(b) Bely Hiftoire des Comt. de Poit.c. 15. p.300.
Voici
DE FEVRIER 1723. 405
Voici les propres paroles.
Dum quodam tempore Robertus Rex Romam
peteret, & Conftantia Regina una
cum filio Hugove PARVULO Tillo
remaneret, quod ne Berta Regina dudum
caufa confanguinitatis à Rege repudiata
comperit profecuta eft eum ,
Sperans fe faventibus ad hoc quibufdam
Aulicis Regis juffu Apoftolico
reftitui Thoro Regio. Unde Conftantia
Regina timens fe amoveri a Regio latere
inenarrabili detinebatur marore..
Mais à propos de la Reine Conftance ,
cinquiéme femme du Roy Robert , je fuis,
furpris que le grand amour de l'Anonyme
pour la verité de l'Hiftoire , ne l'ait
pas fait appercevoir d'une faute effenrielle
que j'ai faite dans ma Differtation
en parlant de cette Princeffe. J'ai dit
qu'elle étoit fille de Guillaume II . Comite
d'Arles & de Provence , je devois dire
de Guillaume I. j'étois dans l'erreur , c'eft
le fçavant M. de Mazaugue qui me l'a
fait connoître par une lettre qu'il m'a
écrite à ce fujet.
Le divorce du Roy Robert avec Berte,
Ta quatriéme femme , le détail & les circonftances
de cette grande affaire ont été
raportez fi infidelement par nos Hiftoriens
les plus modernes , & avec tant de
partialité pour les Ultramontains , que je
I Luis
404 LE MERCURE
fuis réfolu de donner une Diſſertation
que j'ai faite fur ce que j'en ai trouvé
dans les Contemporains les plus exacts ,
imprimez ou manufcrits , & dans les actes
que j'en ai vu dans la feconde Capfule
des Archives du Château Saint Ange ,
qui concernent les affaires des François,
Au refte , Monfieur , je vous prie de
me donner quelque temps pour mettre en
ordre , & le plus en abregé qu'il me fera
poffible les Obfervations que vous me demandez
fur les Provinces qui ont compofé
le Royaume de Bourgogne Transjurave
, & d'Arles ou de Provence.
f
EXTRAIT de la Tragi- Comedie de
Bafile & Quitterie.
PROLOGUE.
I
L fe paffe entre trois Acteurs , le Mar-
I quis,le Baron & le Chevalier . La Scene
ouvre par un entretien entre le Marquis
& le Chevalier au fujet de la Tragi - Comedie
de Bafile , où l'Auteur prend oc
cafion de tourner en ridicule ces demi
beaux efprits , dont tout le talent eft de
vetiller fur les ouvrages d'efprit , & de
clabauder contre tout ce qui n'eft pas de
7
leur
DE FEVRIER 1723. 405
leur goût. Le Chevalier eft ici un fot gâté
par le commerce de ces Meffieurs , & le
· Marquis un homme raisonnable qui tâche
envain de lui ouvrir les yeux par
tout ce qu'on peut dire de plus fenfé fur
les ouvrages qui paroiffent en public.
Dans la feconde Scene le Baron entre,
& leur apprend qu'il fort d'une maifon
où il a entendu la lecture de la nouvelle
piece. On lui demande quel jugement piece.
l'affemblée en a porté , à quoi il répond
qu'elle a été reçûë de la maniere la plus
finguliere du monde , qu'elle a été trouvée
déteftable & excellente. Il explique
ce Paradoxe , en difant , que fi l'Auteur
retranchoit de fa Piece tout ce qu'on y a
critiqué , il n'en conferveroit pas dix
vers.Que fi au contraire tout ce qu'on y a
loüé fe trouve bon , elle eft excellente , &
qu'il n'y a pas dix vers à retrancher. Le
Marquis ne paroît point furpris de ce jugement
; & comme le Baron s'en étonne ,
il lui répond par une Fable , dont l'idée
a paru neuve , jufte & fort ingenieufe ..
Elle eft intitulée le Fleurifte : en voici le
fujet & l'abregé.
Un Fleurifte , charmé de fon parterre ,
invite tous les voifins à venir voir fes
fleurs à peine font- ils arrivez , que fe
promenant au milieu d'eux :
;
I ij CA
406 MERCURE LE
C'a , mes fleurs , leur dit- il , comment vous
Jemblent- elles ?
Le Roy dans fonjardin en a -r'il de plus belles &
N'êtes- vous pas charmez de leur vivacité?
Que dites-vousfur tout de cette bigarrure?
Pour moi , je vous l'avonë , ami de la nature
J'ai toujours été fou de la varieté ,
Selon moi , d'un parterre elle fait la beauté.
C'eft à peu près ainfi que. nôtre homme
babille , lorfqu'un de la compagnie
lui confeille d'en retrancher la Jonquil
le , celui- ci la Rofe , celui- là la Renoncu
le , &c.
Si bien que fi notre homme immoloit fans murmure
Ce qui bleffe chaque cenfeur ,
Il ne fauveroit pas des traits de la cenfure
Une pauvre petite fleur.
Le Fleurifte indigné , & c,
De voir par le détail fronder tout fon ouvrage.
S'emporte jufqu'à vouloir faucher toùt
fon jardin ,
Des caprices du goût admirez cet exemple.
Toutes les fleurs qui viennent d'être
condamnées par les uns , font à l'inftant
reclamées les autres
par
Enfin , pour abreger cette Hiftoire plaisante ;
Tel a frondé l'oeillet qui défend l'amarante
Tel contre celle ci parloit avec chaleur ,
Qui de l'oeillet profcrit devient le défenſeur
Si bien qu'en un moment cette nouvelle guerre
Du Fleuriste charmé rétablit le parterre .
"
ACTE
DE FEVRIER 1723 407
1
ACTE I.
Gamache ouvre la Scene avec Hircas ,
fon confident , en lui parlant de la forte .
Oui , l'on dit que Bafile à force d'impoftures,
A mis dans fon parti ce chercheur d'avantures ,
Qui , contre mon Himen , hautement irrité ,
De fes prétentions flate la vanité :
Jufques là qu'en public traitant de tirannie ,
Le noeud qui va m'unir au fort de Quitterie ,
Cet inconnu , dit- on , fe vante fierement ,
Dé lui faire époufer fon ancien amant.
Hircas l'exhorte à méprifer les projets
d'un fou , tel que Dom Quichotte , a
quoi il répond par ces vers qui fondent
le caractere du Chevalier de la Manche ,
Et c'eſt par la raifon qu'il a l'efprit bleffé ,
Que je crains de fa part quelque coup d'inſenſé.
D'ailleurs , je t'avouerai qu'à fon extravagance
Je l'ai vu ce matin mêler tant de prudence ,
Parler fi fenfément devant tous nos amis,
Que je crains qu'il ne tourne à fon gré les
efprits.
Enfin Gamache conclut , qu'il eft de
fon intereft de ménager un inconnu ,
qui pourroit troubler ſa nôce , en ſe mettant
à la tête du parti de Bafile.
Scene 1 I.
Sancho furvient , il dit à Gamache de
fe retirer , & de lui laiffer le temps d'agir
pour lui auprès de fon maître qui va
bien- tôt venir. Gamache le quitte , en lui
difant
I iij Pour
408 LE MERCURE
Pour vous récopenfer des foins que vous prenez,
A tous mes Cuifiniers les ordres font donnez .
Scene 111.
Sancho fait un court monologue où il
fe plaint de l'extravagance de fon mattre
, qui s'avife de vouloir traverser une
Fête , dont les apprêts lui promettent
une grande chere.
Scene IV.
Dom Quichotte arrive , & s'annonce
par cette complainte amoureuſe.
O Soleil de mes jours , ô Lune de mes nuits !
Quand prendras tu pitié de l'état où je ſuis ?
Sancho l'aborde , & pour le mettre
dans le parti de Gamache , il employe`,
d'abord fon éloquence gloutone.
N'allez pas époufer le parti de Bafile
Dont la cuifine eft froide , & l'amitié fterile .
Vive , vive l'amant dont le prodigue amour
Depeuple Colombier , garenne & baffe- cour.
Dom Quichotte.
Se peut -il qu'abfolu fur ton ame groffiere ;
Un terreftre plaifir l'occupe toure entiere , & c.
Ne prétendrois- tu pas, coeur chetif , ame lâche,
Que je me declaraffe en faveur de Gamache ?
Quand Bafile affligé m'offre une occafion
De remplir les devoirs de ma profeffion ,
Quoi ! fu cité du Ciel dans ce temps de licence,
Pour fervir de rampart contre la violence ,
Pour me tre le merite à l'abri de les traits ,
Pour redreffer les torts , pour punir les forfaits,
Penles-tu
DE
FEVRIER 1723. 409
Penfes tu que d'un pere écoutant l'avarice
D'un ceil indifferent je voye une injuftice ? & c..
Sancho mortifié des difcours de fon
maître les combat d'abord en faifant
valoir les droits d'un pere fur fes enfans.
Dom Quichotte répond fagement à Sancho
, en donnant de juftes bornes à l'autorité
des peres , & à l'obéïffance des enfans.
Il ajoûte enfuite que le merite doit
l'emporter fur l'intereft , à quoi Sancho
répond par cette tirade.
Vous me feriez damner en parlant de la forte,
Semble t'il pas , Monfieur , que mille honnê-,
tes gens .
N'enragent pas de faim avec tous leurs talens ?
Je fçai bien que vanté dans tout le voifinage ,
Bafile , par exemple , eft la fleur du Village ,
Qu'il eft jeune & bienfait , qu'il écrit , qu'il lit
bien
Qu'il parle comme un livre & qu'il n'ignore ,
rien ,
Que pour la danfe enfin , pour l'efcrime & la
lutte ,
Il ne faut pas, morbleu , qu'aucun le lui difpute,
Mais fans avoir ici deffein de l'outrager ,
Tout ce beau fçavoir là donne- t'il à manger ?
Pour voir comme on reçoit toutes ces gentil
leffes
Qu'il aille au cabaret , au marché fans efpeces ,
Avec tous ces talens du corps & de l'efprit,
Il ne trouveroit pas pour un fol de credit, & c.
Dom Quichotte lui impofe filencé ;
mais bien- tôt il s'échape , car l'entretien
I iiij venant
210 LE MERCURE
venant à tomber fur le beau fexe , dont
le Galant Chevalier prend le parti , il
enfile une tirade de proverbes.
N'en doutez point , la femme eft une vraye
attrape ,
pas ,
Vous croyez la tenir quand elle vous échape ,
Il faut toujours nager , & ne s'y fier
Un tien vaut beaucoup mieux que mille tu l'au
ras , & c .
Scene V.
Gamache efperant que les foins de San
cho auront rendu Dom Quichotte plus
traitable , vient lui parler accompagné
d'Hircas , fon ami. Le Chevalier le reçoit
fierement , en lui proteftant qu'il ne permettra
pas qu'il abufe en tyran de l'obéiffance
de Quitterie à quoi Hircas
répondant iimmpprruuddeemmmmeenntt ,, Dom Quichotte
leve la lance fur lui en le menaçant
ainsi ,,
;
Weillaque , ofes-tu bien pouffer ton infolen
ce , & c.
Et continuant d'extravaguer , il s'écrie,
Eh !
que
diroient de moi ces illuftres vangeurs,
Que jadis l'infortune avoit pour protecteur ,
S'ils voyoient de moir temps opprimer la foibleffe
?
Que diroient les Renauls , les Amadis de
Grece & c.
Gamache prend la parole , & tâche
de le ramener par la douceur , lui faifant
entendre
DE FEVRIER 1723 411
:
entendre qu'il ne fait point de violence
au coeur de Quitterie qu'il croit l'obte
nir d'elle- même , ainfi que de fon pere
A ces mots Dom Quichotte s'appaife , &
lui promet de n'être plus contraire à fes
feux , pourvû que Quitterie ne témoi
gne aucune répugnance à l'époufer ; ce
qu'il veut , dit-il , apprendre d'elle- mê
me. Gamache accepte le parti . Dom Quichotte
ravi de le trouver fi raiſonnable ,
femble tout à coup devenir un autre homme
par le difcours fenfé qu'il lui tient à
l'occafion de ces mariages d'intereſt our
l'amour n'a point de part.
Car combien de malheurs attachez au deftin ,
De ceux qu'unit fouvent un pouvoir inhumain ♬
Envain pour s'acquitter d'une trifte promeffe ,
La raison quelque temps leur tient lieu de
tendreffe ,
Victimes du devoir qu'ils refpectent d'abord
Pour s'aimer , pour le plaire , ils font un vain
effort
Le dégoût que bien tôt l'indifference amene ,
Fait naître dans leur coeur le mépris & la
haine , 7
De là ces repentirs dont ils font déchirez
Get oubli criminel des droits les plus facrez ,
Ces troubles journaliers , cette guerre inteftine
D'une famille en feu la honte & la ruine .
Il part avec Sancho pour
Iles fentimens de Quitterie.
Scene VI.
aller fçavoir
Gamache le felicite d'avoir acquiefcé
1 v à la
412 LE MERCURE
à la propofition de Dom Quichotte , per
fuadé que Quitterie eſt trop foumife aux
ordres de fon pere , pour ofer lui faire
un affront auffi grand que feroit celui de
retracter fa parole en un jour deſtiné pour
fa nôce ; ce qui d'ailleurs l'expoferoit à
un rigoureux traitement de la part de
Lictamon dont la ſeverité eft connue.
Scene VII.
Quitterie & Clarice furviennent . Gamache
leur parle imprudemment de Ba--
file. Quitterie paroît s'en offenſer , &
lui répond d'une maniere dont il ne fçauroit
abfolumenr fe plaindre ' , mais dont il
a lieu de s'allarmer ; elle le quitte en difant,
que c'étoit une de fes amies qu'elle
venoit chercher.
Scene V111.
Gamache allarmé de l'entretien qu'il
vient d'avoir avec fon accordée , prend
le parti de recourir à Lictamon qu'il fçait
être abfolu fur la volonté de fa fille. 11
fort plus amoureux que jamais..
ACTE II.
Lictamon témoigne à fa fille dans la
premiere Scene , combien il eſt charmé
que fa fage réponſe ait porté Dom Quichotte
à ne plus traverſer fon Himen avec
Gamache.
Scene 1 I.
Dom Quichotte apprend à Quitterie
qu'il
DE FEVRIER 1723. 413
•
qu'il vient de dire à Bafile de ne plus
compter fur fon fecours . Il fort avec Lictamon
pour aller raffurer Gamache , &
laiffe avec Quitterie Clarice qui furvient.
Scene 111.
Clarice apprenant de Quitterie qu'elle
a facrifié Bafile à Gamache , lui reproche
fa foibleffe . Quitterie fe retranche fur la
foumiffion qu'elle doit à fon pere , & s'excufe
par ces vers ,
N'ai- je été jufqu'ici foumife à fon empire ,
Que pour payer enfin fes bontez & fes foins ,
D'un affront dont ce jour auroit tant de témoins ?
Non , non , je n'ai pas dû lui faire cette offenfe ,
Sa gloire eft attachée à mon obéiffance.
Clarice la prie d'accorder au moins à
Bafile le moment d'entretien qu'il lui a
fait demander. Elle s'en défend , en lui
reprefentant le danger où cette complaifance
expoferoit la réputation , ajoûtant
que cette entrevûë ne feroit qu'aigrir
fa douleur & celle de Bafile , pour
qui elle ne peut s'empêcher de témoigner
une tendreffe extrême .
Scene IV.
Bafile arrive déguifé en Chevalier
errant , & la vifiere de fon cafque baiffée
, fuivi de Damon fous un habit d'Ecuyer,
avec un gros nez qui fert à le mieux
déguifer.
Bafile, pour fonder le coeur de fa maî-
I vj treffe
14
LE MERCURE
trelle l'aborde en accufant fon amant d'avoir
voulu troubler fon Himen avec Gamache
, & lui offre fon bras pour l'aller
punir. Quitterie qui ne reconnoit pas
Bafile fous l'habit de Chevalier , n'accepte
pas fon fecours , & s'allarme pour
les jours de fon amant qu'elle croit bien"
loin d'elle. Bafile continuant la feinte lul
dit ,
Pourquoi donc lui donner ces remarques d'a
mitié ?
Qui vous fait prendre foin de fes jours ?
Quitterie.
Bafile.
La pitié , & c
La pitié pour Bafile agit feule aujourd'hui !
Quitterie.
Oui , Monfieur , elle foule intercede pour luis
Bafile .
Vous ne l'aimez donc plus ? -
Quitterie.
Non , & c.
A ce mot Bafile fe découvre , & pour
raflurer la maîtreffe allarmée de le voir
devant elle , il dit à Clarice.
... Comme j'ay craint de paroître en ces lieux-
Sous un exterieur qui l'auroit offenfée ,
Dom Quichotte à propos s'offrant à ma pensée,
Je me fuis avifé de ce déguifement ,
Et nous avonss-jugé que cet habillement ,
Cette lance & fur tout cette efpece de cafques
Pour cacher mon amour étoit un heureux mafque
Enfuite
DE FEVRIER 1723. 415
*
Enfuite il attendrit fi bien ſa maîtreſſe
par tout ce que la paffion peut mettre en
ufage de plus fort & de plus touchant
* qu'enfin le devoir cedant à l'amour ,
elle donne les mains au ftratagême que
medite Bafile pour l'arracher à fon rival.
Sur le point de la quitter il lui dit ces
vers.
Mais fi , car du fuccès mon ame eft incertaine
Si j'allois échouer , adieu , qu'il te fouvienne
De dire quelquefois , en pleurant fur mon fort
Le jour de mon Himen fut celui de ſa mort.
Scene V. VI. & VIE
Quitterie furpriſe avec Bafile par
Dom
Quichotte & Sancho qui furviennent ,
contraint fa douleur & fes larmes ; elle
répond , toute troublée , à Dom Quichotte
qui lui demande pourquoi elles'en
ya ,.par ce vers
Excufez-moi , Monfieur , je ne le connois pas
Bafile ayant baiffé la vifiere de fon
cafque à l'afpect de Dom Quichotte , à
qui il a intereft de ne pas fe découvrir
eft obligé de s'arrêter , & de foutenir
le perfonnage de Chevalier errant qu'il
reprefente fous fon déguiſement , ce qu'il
fait avec fondement , ayant dit dans la
Scene precedente , en parlant de Dom
Quichotte.
A lire les Romans j'ai perdu trop de nuits
Pour ne pas l'abufer fous de pareils habits,
Il tire des Lettres de Quitteries
416
LE
MERCURE
Cette Scène eft comme un abregé
toute la Chevalerie errante. L'Auteur
a fçû y rafflembler avec art tout ce
que ce goût romanefque peut offrir
de plus ridicule & de plus réjouiffant ,
comme enchantemens , difpute fur la
beauté de fa Dame , défi , rodomontade
, invocation , &c. Voici quelques
vers qui feront voir de quel ton parlent .
nos Chevaliers.
1
Bafile.
Vous ne fçavez donc pas jufqu'où va la ven
geance
Des maudits enchanteurs que mon amour
offenfe , & c.
Sur ce vilage affreux , monument de leur rage,
D'un monftre épouvantable ils ont tracé l'image
,
En un mot , enchanté par leur pouvoir malin
Il eft méconnoiffable, & n'a plus rien d'humain ,
Dom Quichotte.
Car fi vous l'ignorez , ofer vous dire aimé
De l'objet le plus beau que le Ciel ait formé ,
C'eft faire une injuftice à la Dame que j'aime ,
Et contre fa beauté proferer un blafphême, & c.
Bafile embarraffé de Dom Quichotte ?
comme il le témoigne par cet à parte.
Tandis que mon amour exige ailleurs mes
foins ,
Ne puis je m'arracher au fou qui nous a joints
Le fâcheux embarras .
Se
DE FEVRIER 1723. 417
Se tire d'affaire en donnant adroitement
le pas à Dulcinée fur fa prétenduë
Dame, & les deux Chevaliers reconciliez
fortent chacun de fon côté après s'être
embraffez .
Au commencement de cette Scene la
furpriſe & les mouvemens de Dom Quichotte
, à l'afpect de Bafile en Chevalier,
font un coup de Theatre auffi agréable
que nouveau , & la frayeur de Sancho
en voyant l'effroyable nez de l'Ecuyer
prétendu, fait d'un autre côté un jeu plaifant
& fort comique.
Il faut remarquer que les Ecuyers font
fortis & rentrez pendant l'entrevûë &
les démêlez de leurs maîtres . On a confondu
trois Scenes , parce qu'elles roulent
toutes fur la Chevalerie.
Scene VIII. & IX.
Damon refte fur la Scene , & attend
Sancho pour le punir des foins qu'il s'eft
donnez pour Gamache. Lotfqu'il eft arrivé
il feint de vouloir l'engager dans un
combat , ce qui met la poltronerie de nôtre
Ecuyer dans tout fon jour. Damon fort
après lui avoir donné quelques gourmades.
Scene X.
Sancho fe felicitant d'en être quitte à fi
bon marché , va voir fi le dîner eft prêt ,
& fi on fe met en devoir de venir celebrer
la nôce,
ACTE
LE MERCURE
ACTE II I.
Dans la premiere Scene Gamache ravi
de toucher enfin au moment où il va poffeder
Quitterie , en témoigne fa joye à
Hircas , & s'applaudiffant de fon triom
phie fur Bafile, il lui demande, s'il eft vrai
que ce rival ait pouffé fon defefpoir juſ
ques à vouloir s'oter la vie.
Hircas
( main
Ouy , l'on dit hautement qu'un poignard à la
Bafile , fans Damon , s'alloit percer le fein ,
Que malgré les confeils , conftant dans fa foliey
IT conferve toûjours cette fatale envie , & c .
Cela
prepare
l'arrivée de Bafile mou
rant. Gamache eft enfuite furpris de ne
pas voir fes amis.
A la deuxième Scene on voit arriver
en habits de fête les amis de Gamache ,
qui après les avoir invitez à commencer
leur jeux , fort pour aller chercher fon
accordée.
Scene III. IV. V.
· Sancho arrive & fe mêle aux danfes
des Bergers qui lui font compliment fur
fon agilité. Ce qui donne lieu à un entretien
,où Sancho remplit parfaitement fon
caractere de babillard , leur débitant
mille extravagances fur fon gouvernement
prétendu , fur fa femme , fur fa
fille qu'il a en tête de faire Dame , fans
oublier le Grifon. Voici quelques vers de
cer
1
' DE &FEVRIER 1723.
cet entretien qui pourront faire juger du
refte .
Sancho.
Patience , attendons que le gouvernement
M'ait donné dans le monde un plusjilluftre rang
Que l'Ifle qui nous fait courir la pretentaine
Après quelque combat devienne mon aubeine ,
Car mon maître penfant à fe faire Empereur ,
Me fera tout au moins ou Comte , ou Gou
verneur.
Oh ! ce fera pour lors qu'à bon titre prifée ,
La fille de Sancho fe verra courtisée :
Que nos plus gros Fermiers , l'un de l'autre ja↳
loux ,
Oubliant leur fierté , lui feront les yeux doux?
Mais, dame , ce n'eft pas pour eux que le four
chauffe. & c.
Sancho fe retire & les Bergers reftent.
Scene V1.
Les accordez arrivent avec leur fuite
au fon des inftrumens. A peine.le divers
tiffement eft- il commencé , qu'il eft interrompu
par l'arrivée de Dom Quichot
re , fuivi de Sancho , qui vient leur ap
prendre le defefpoir de Bafile.
Dom Quichote.
Percé du coup mortel qu'il s'eft donné luimême
´,
Nous venons de le voir, O fpectacle touchant F
Luttant contre la mort dans un ruiffeau de fang.
S'il donne en cet état quelque figne de vie ,
Ce n'eft qu'en appellant fa chere Quitterie ;
Ll parle ambigument d'amour & de devoir ,
Et tout mourant qu'il eft il demande à la voir
1
Difant
420 LE MERCURE
Difant à fes amis qu'il attend de leur zele
Le plaifir de pouvoir expirer devant elle.
A ce recit , Quitterie ne peut retenir fes
larmes. Gamache s'en offenfe. Elle s'excule
en fe retranchant , fur le tort qu'une
pareille mort peut faire à fa reputation.
Scene V11.
Daphnis vient implorer la protection
de Dom Quichotte en faveur de Bafile ,
'dont il repete ici les dernieres paroles.
Va , Daphnis , m'a- t'il dit...
Je ne veux que la gloire en fortant de la vie ,
D'emporter au tombeau la foi de Quitterie ;
Trop heureux, fi pour prix d'un amour fi conf.
tant ,
Je puis me voir au moins fon époux un'inftant.
Gamache & Lictamon s'opposent à la
demande de Bafile. Dom Quichotte les
exhorte à la lui accorder , leur réprefentant
dans l'état où fe trouve ce Ber- que
ger , cette grace ne fçauroit nuire à Gamache.
Ils s'obſtinent à refufer ; Dom
Quichotte infiſte , & bien - tôt après s'emporte.
Lictamon & Gamache craignant
que les extravagances du Chevalier n'enhardiffent
les amis de Bafile à quelque
coup d'éclat , tirent Quitterie à part , &
lui difent , que pour appaifer ce fou , il
eft à propos qu'elle feigne d'époufer Bafile
; après quoy Lictamon dit à Dom
Quichotte.
Bafile
DE FEVRIER 1723 421
Bafile peut venir ; calmez vôtre ame émuë ;
A lui donner la main ma fille eft refoluë .
Scene V 111.
Bafile arrive appuyé fur fes amis . Il
foutient parfaitement le perfonnage d'un
amant qui va expirer aux yeux de la maîtreffe.
Quitterie toute troublée & fondant
en larmes , s'approche de lui. Bafile
lui tend la main , & en ferrant celle
de Quitterie , il l'engage à lui donner
veritablement ſa foi, en lui parlant ainfi :
O Dieux ! lorfque monfort devient digne d'envie
,
Faut-il que je me voye arracher à la vie.
Mais , dis - moi , car enfin , d'un retour fi flateur
Je voudrais être au moins redevable à ton coeur,
N'est- ce point à la mort dont l'approche me
glace ,
Que je dois aujourd'hui cette inutile grace ?
A ce trait de bonté que j'éprouve trop tard ,
Mon importunité n'a t'elle point de part ?
Me donnes -tu fans peine une main fi cherie.
Verrois je également couronner mon ardeur ,
Si je devois long temps furvivre à ce bonheur
Répons
Quitterie.
N'en doutes point ; tu le verras de même.
Bafile.
Finis donc ; & d'un mot rends mon bonheur
extrême :
Pour moi d'un tendre époux ravi de ta bonté ,
Je te jure l'amour & la fidelité.
Quitterie
**L LE MERCURE
Quitterie toute en larmes.
Je te jure à mon tour , & d'une ardeur égales
Lezele & l'amitié de la foi conjugale.
A ces derniers mots Bafile Te leve
Surpriſe de Gamache & de toute l'ACfemblée.
Bafile s'adreffant à Dom Quichotte.
Seigneur , qui feul ici connoiffez comme on
aime
Ne vous effenfez pas fi je vous ai deçu ;
Ce n'étoit pas mon fang que j'avois répandu
Dom Quichotte
Quoi !
"
Bafile.
Je me fuis flaté qu'auteur de cette rufe
L'amour auprès de vous me ferviroit d'excufe
Protegez fon triomphe .
En même temps il fe tourne vers Quit
terie , la priant de feconder fes voeux ,
& de confirmer fon hymen ; ce qu'elle
fait en lui difant :
Ne crains rien , me donnant un époux que j’eftime
,
Mon aveu le confirme & le rend legitime ;
Et fi ce n'eft affez pour t'affurer de moi ,
Approche, & derechef viens recevoir ma foi
Bafile.
Et derechef auffi daigne accepter la mienne.
Se tournant vers Gamache.
Romps , Gamache , à prefent une fi belle
chaîne.
Gamacher
DE FEVRIER 1723. 425
Gamache.
Non ,non , ce dernier trait m'ouvrant enfin les
усих ,
ر ت
Je cheris ta victoire , & j'en benis les Cieux.
Quitterie & Bafile fe jettent aux genoux
de Licamon , qui fe laiffant enfin
attendrir , approuve & confirme leur
mariage. Bafile invite fes amis à venir celebrer
fes nôces , & prie Dom Quichotte
de les honorer de la prefence.
Les Acteurs , qui ont rempli les principaux
rôles de cette Piece , font , fçavoir
, dans le Prologue les fieurs Quinaut
, Dangeville & le Grand le fils , reprefentans
le Marquis , le Chevalier &
le Baron ; & dans la Piece , Bafile , le
fieur Quinaut , Quitterie , la Dile le Couvreur
Gamache , le fieur Fontenai ,
Dom Quichotte , le fieur Quinaut du
Frefne ; Sancho , le fieur de la Torilliere
, Lictamon , le fieur de la Voye , &c.
Lés Dilles Lebat , Jouvenot , Lamotte &
le Grand , ont danfé dans la fête de la
noce , ainfi que le fieur Dangeville & fa
petite foeur , dont les talens pour la danfe
font tous les jours plus de plaifir au
public .
Cette piece a été interrompue par l'indifpofition
d'une Actrice . On la doit IC
prendre après Pâques .
L'Hiftoire
424
LE MERCURE
L'Hiftoire de l'Abbaye Royale de S. Germain
des Prez , qui a été annoncée au public par
foufcription dans le Mercure du mois de Juillet
dernier , qui en contient le plan , eft fort avancée
, tant pour l'impreffion que pour les gravures
. Le fieur Dupuis , Libraire , rue Saint
Jacques , qui a entrepris cet ouvrage , donne
avis au public qu'il ne recevra plus de
foufcriptions après le dernier jour du mois de
May de la prefente année 1723 .
Pour ne rien précipiter , & nous donner le
temps de recueillir , de verifier tout ce qui
s'eft dit & paßé à l'Acte de la Majorité , le Roy
féant dans fon lit de Justice , nous en renvoyons
la Relation exacte & détaillée au prochain Mercure
, afin de ne pas retarder le temps auquel
celui-ci doit paroître , ni le trop groffir.
JAY
APPROBATION.
Ay ld par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure du mois de Fevrier
1723. & j'ai crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion. A Paris le 5. Mars 1723 .
HARDION.
TABLE
P
Des principales Matieres.
IECES fugitives , & c . Epître au Cardinal
du Bois. 113
Seconde Lettre fur la traduction de Denis
d'Halicarnaffe. 118
Les Cignes & les Grenouilles , Fable. 235
Lettre au fujet d'un ouvrier qui a été enterré
pendant cinq jours , & c. 236
La fortune reconciliée avec le merite , Poëme.
244
250
Lettre écrite à l'occafion du Sacre du Roy. 246
Bouts rimez , sonnets , &c.
Remarques fur la Bibliotheque Chartraine . 252
Ergafile en belle humeur , bouts rimez . 261
Remarques fur le fyftême de M. l'Abbé de
Camps , touchant l'origine de la maifon de.
France & fes prerogatives.
Sonnets en bouts- rimez .
Lettre de M. Fuzelier à Me
2624
285
fur les Comedies
du Nouveau Monde , & l'Oracle de
Delphes & remercimens, au Cardinal du
Bois , & à l'ancien Evêque de Fréjus. 287
Lettre du Roy au Cardinal de Noailles , Te
Deum pour la ceflation de la pefte , & c. 292
Etrennes à la Marquife de Joyeuſe.
Enigmes .
294
295
NOUVELLES LITTERAIRES. Hiftoire generale
d'Espagne.
Recreations Litteraires.
Jettons frapez à Nantes , &c.-
299
301
Traité Hiftorique des Foires , & c. 3IL
313
314 Medaille du Roy.
SPECTACLES , Pirithous , Opera nouveau ,
& C 321
Tragedie d'Aquilas & Florus , reprefentée
les Ecoliers du College des Jefuites , & c. par
NOUVELLES ETRANGERES , & c.
Morts , mariages & naiffances des
336
349
pays étran
gers. 3.52
Charges , Benefices & Dignitez , &c. 354
360
365
Arrefts , Declarations , Edits , & c.
Benefices donnez par le Roy .
JOURNAL DE PARIS . Remife de la Prin
ceffe d'Orleans aux Efpagnols à l'ifle des
Te Deum pour la ceflation de la Pefte.
Faifans
Service de Madame à S. Denis,
Soldat mort âgé de 114 ans .
Lit de Juftice.
Morts & mariages.
Mort de Madame la Princeffe .
367
375
379
= 3.80
383
389
392
Supplement , Lettre écrite par M. l'Abbé e
Camps à M. du Cardonnay . 387
Extrait de la Tragi- Comedie de Bazile . 404
Errata du mois de Janvier.
PAge 3. lig. 7. du 6. poffedez , liſez poſſes dées.
Page 112. 1. 6. Beaumier , lifez Beaumur.
Abid, ligne 17. idem.
Fautes furvenues pendant l'impreffion
de ce Livre.
PAge 245. lig. 13. Seigneur , lifez Seis gneurs.
L'air noté doit regarder la page 298.
La Medaille du Roy doit regarder la p. 314
Qualité de la reconnaissance optique de caractères