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LE
MERCURE
DE
JANVIER 1723 .
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , au Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'image Saint
André , Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT, Quay des Auguftins, à la
defcente du Pont - neuf , à la Croix d'Or.
M DC C. XXII.
Avec Approbation & Privilege du Roi .
L^
AVIS.
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
opic.
Le prix eft de 30. fols.
LE
MERCURE
DE
JANVIER 1723 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES
FUGITIVES .
en Vers & en Profe.
LA MAJESTE ET L'AMOUR .
L
FABLE .
A Majefté marchoit en pompeux
équipage ,
Et le timide Amour voloit à fes
côtez ,
Non , le Fils de Cypris , Dieu cruel & volage
Mais un Amour dont lé fuffrage
Fait des bons Rois autant de Deïtez
Tutelaire Genie à qui pour
appanage
Le Ciel donna jadis Princes , peuples , Citez .
A ij
Mais
MERCURE
Mais dédaignant fon voisinage ,
Bien -tôt la Majefté le prit fur le haut tons
( Rarement auſſi la voit- on
Vivre avec cet Amour fans haine & fans que
relle : )
Je fçaurois volontiers , dit- elle ,
Qui te rend fi hardi que d'ufurper mes droits
Regne fur le vil peuple , & laiffe- moi les Rois.
Ce petit Dieu frapé d'une atteinte mortelle ,
Confus , & murmurant tout bas,
Pour mieux punir fa rivale cruelle ,
Retournoit déja ſur ſes pas ,
Quand Minerve parut , & dit : qu'allez-vous
faire ?
Amour , Amour , ne fuyez pas ,
Et vous , Divinité trop fiere ;
Majefté , croyez en Pallas :
Gardez - vous de bannir un Dieu fi neceffaire .
Minerve dans l'inftant dreffe un traité de paix ,
Et pour un jeune Roy les unit à jamais.
QUEL ROY ? l'ignore t'on d'une grace.
nouvelle ,
Le populaire amour s'empreffa de l'orner ,
Tandis quefa rivale alloit le couronner ,
Et
DE
JANVIER 1723 .
3 .
Et grava d'une main fidelle
Ces mots fur le marbre & l'airain
Mots encor mieux tracez , François , dans vo
tre fein :
AMOUR ET MAJESTE ' TOUS DEUX D'ING
TELLIGENCE ,
ONT FORME' , L'UNE UN ROY , L'AUTRE
UN PERE A LA FRANCE.
P. BRUMOY , D. L. C. D. J.
REFLEXIONS fur la Relation qui
eft dans leprecedent Mercure , au fujet
d'une fille prétendue poffede.
A
Près avoir rapporté ce qui s'eft paffé
dans cette prétendue poffeffion , il
me refte à faire voir comment on peut
donner une explication naturelle à des
chofes auffi fingulieres , que celles qui
ont paru dans cette fille, & en plufieurs
autres qu'on a crû fauffement poffedez.
Tous ceux qui ont connoiffance de la
Phyfique fçavent qu'il y a dans le corps
humain un liquide très- fubtil , que les
uns nomment les efprits animaux , & les
autres le liquide nerveux , lequel fluent
dans les nerfs , les mufcles , les membra-
A iij
nes,
4
LE MERCURE 1
nes , & jufques dans les fibres des chairs ,
produit tous les mouvemens qui arrivent
au corps. Ce liquide qui procede de cet
qu'il y a de plus fubtil dans le fang , fe
filtre dans le cerveau , où il fe perfectionne
, & où il réfide plus abondamment
comme dans fon refervoir naturel ;
c'eft de ce refervoir qu'il coule dans les
diverfes parties des corps pour entretenir
dans quelques - unes , telles que le coeur
& les membranes du cerveau, 15 teres ,
obferve ;
les mouvemens reglez qu'on y
& dans les autres telles que les bras ,
les mains , les pieds , & c. les mouvemens
libres que la volonté fouhaite leur donner.
C'est ce liquide nerveux qui, à proprement
parler, eft ce qu'on appelle la nature
dans la conftitution du corps humain
en l'ame materielle & animale de l'homme.
C'eft à ce liquide que Dieu feul s'eft
engagé de donner & de communiquer des
mouvemens femblables à ceux qu'il pourroit
avoir , s'il étoit doüé d'intelligence ,
cette difpofition lui étant neceffaire pour
contribuer à la confervation du corps.
humain , comme il accorde le même privilege
à celui qui anime les corps
des
animaux ; aufquels animaux il veut bien
même d'ailleurs tenir lieu d'intelligence ,
pour diriger leurs actions , concourir à
leur confervation , & les rendre propres
aux
DE
JANVIER 1723 .
aux deffeins pour lefquels il les a créé ,
comme dans la vûë de former dans l'homme
l'union admirable de l'ame avec le
corps ; c'eft lui feul qui l'opere , en imprimant
dans l'ame les fentimens convenables
, à l'occaſion des mouvemens qui
arrivent au corps , & donnent des mouvemens
au corps , à l'occafion des defirs de
l'ame ; comme enfin pour conferver l'économie
du monde , c'eft lui feul qui
communique le mouvement à tous les
corps qui font mus. C'eft donc ce liquide
nerveux animé , pour ainfi dire , de Dieu
feul , qui obéit à la volonté de l'homme
pour produire les mouvemens libres du
corps ; & qui étant agité regulierement
de Dieu feul , fait le mouvement reglé
& naturel qu'on obferve dans le coeur ;
les arterés , & les membranes du cerveau.
qui
Pendant que ce liquide n'a rien qui le
trouble , & le dérange , il eft tranquile ,
& il fuit regulierement cette impreffion
que Dieu lui communique pour les mouvemens
naturels , comme il obéït de même
alors très -exactement aux differens
defirs de l'ame , pour former les mouvemens
volontaires , à peu près comme un
cheval docile fuit tranquilement l'impreffion
de la main de celui qui le imonte.
Mais dès le moment que ce liquide rencontre
quelque chofe qu'il lui eft par
A iiij
trop
LE MERCURE
trop oppofé dans les nerfs , & les muſcles
où il réfide , il s'agite de telle forte par.
l'impreffion que Dieu lui communique
qu'entrant dans une espece de fureur , il
devient ingouvernable , fi j'oſe ainfi parler
, à la volonté ; & fe jettant d'une maniere
turbulente dans differentes parties
du corps , il у cauſe des mouvemens non
naturels que l'ame n'a pas ordinairement
le pouvoir d'arrêter , quoiqu'elle en ait
le defir . C'eft de ce dérangement du liquide
nerveux que viennent les convulfions
, l'épilepfie , les vapeurs hifteriques
des femmes , le mal hypocondriaque , la
mélancolie , la folie , la manie.
Enfin , c'eft de cette même difpofition
du liquide nerveux que viennent égale
ment les fauffes poffeffions qu'on croit
venir du démon , des particules malignes ,
& comme veneneufes venant à fe gliſſer
dans la maffe de ce liquide comme autant
de petits éperons qui l'irritent
د
où il
s'agite tout à coup comme un cheval qui
échappe avec furie par quelque coup violent
qu'on lui donne , & alors , comme je
viens de dire , il produit les mouvemens
convulfifs , d'où naiffent les grandes agitations
qui paroiffent dans ceux qu'on
croit être poffedez , les bonds , les fauts
& les contorfions extraordinaires qu'on
leur voit faire , les forces fi furprenantes
qu'on
DE JANVIER 1723.
7
qu'on y remarque , ou par ce mauvais
mélange ces particules malignes n'irritant
pas fi brufquement ce liquide , mais l'inquiétant
feulement , il fe trouve alors
difpofé à faire fes explofions violentes par
la moindre chofe qui l'agite , comme un
cheval fougueux qui fe cabre & s'effarouche
étrangement par la moindre chofe
qui l'effraye ou qui le touche.
Or c'eft de cette derniere difpofition
du liquide nerveux , que tout ce qui réveille
dans les prétendus poffedez les
idées triftes & inquiétantes de leur poffeffion
, effrayant , pour ainfi dire , ent
même temps ce liquide difpofé de la forte
, il ne manque pas auffi- tôt de s'agiter
avec furie , & de produire des agitations.
violentes ; ce qui va fi loin , que fi ceux.
ou celles qui font dans cet état ont l'imagination
vive , & que ce mal leur dure
une espace de temps confiderable , ils
peuvent prendre l'habitude de réveiller
eux-mêmes ces idées quand il leur plaît ,
ce qui renouvelle auffi en même temps
leurs agitations convulfives ; à peu près.
comme une femme affligée de la
perte de
fon mari , renouvelle quand elle veut fes
gemiffemens & fes larmes , en remettant
dans fon efprit l'idée trifte de cette perte ,
de toute la vivacité qu'elle lui peut donner.
Deux fortes d'infirmitez produifent
ordi A v
8 LE MERCURE
ordinairement ces particules malignes qui
ont de fi furprenans effets , fçavoir , le dérangement
des regles des femmes , & le
mal hypocondriaque.
C'eft auffi à la premiere de ces deux
infirmitez qu'on doit attribuer tout ce qui
eft arrivé de plus extraordinaire à cette
fille , dont il eft ici queſtion . La fievre
qu'elle avoit euë ayant apporté quelque
dérangement dans fes regles , il s'en étoit
formé ce levain veneneux , qui produi →
foit ces agitations qu'on voyoit en elle ,
& de fois à autres ces mouvemens plus
forts qui l'agitoient davantage. Comme
faute de connoître que fon mal n'avoit
rien que de naturel , elle s'étoit mife dans.
l'efprit qu'elle étoit poffedée du démon ;
ç'en étoit affez , vû la difpofition où étoit
le liquide nerveux , pour renouveller les
exploſions de ce liquide toutes les fois .
qu'en elle- même elle donnoit la vivacité
requife à l'idée trifte & effrayante qu'elle
s'étoit formé de cette poffeffion , & de
ce qu'elle croyoit y avoir rapport. Voilà
pourquoi le mot de diable qu'elle entendoit
prononcer , les prieres qu'on faifoit
fur elle , les chofes faintes , ou qu'elle
croyoit telles qu'on lui faifoit toucher
l'agitoient fi violemment , pendant que
l'idée qu'elle confervoit pour la Communion
, fixant & comprimant le liquide
nerveux
DE JANVIER 1723.
و
nerveux , la tenoit dans une entiere tranquilité
ce qui fans doute ne feroit pas
arrivé , fi elle avoit eu connoiffance , que
d'autres poffedez avoient fait de grandes
contorfions avant que de recevoir la Sainte
Hoftie. Il n'eft que trop certain que ceux
qui font attaquez de vapeurs violentes ,
en peuvent renouveller les agitations , en
s'en retraçant vivement l'idée dans leur
imagination : cela paroît vifiblement dans
certains lieux de pelerinage , ou ceux qui
font tourmentez de ces fortes vapeurs ont
coutume d'aller , dans l'efperance d'y obtenir
leur guerifon ; car étant perfuadez
que ces lieux doivent faire de grandes impreffions
fur eux , ils n'y font pas plutôt
que leurs agitations recommencent cette
violence ; c'eft ce qui s'obferve dans l'Eglife
de l'Abbaye de Painpont , Diocéle
de Saint Malo , & cy- devant dans celle
de l'Abbaye de Saint Maurice , Diocéfe
de Quimpercorentin . Nous voyons par
une lettre inferée parmi les oeuvres d'Agobard
, Archevêque de Lion , donnée
au public par M. Balufe , que la même
chofe arrivoit au neuviéme fiecle dans
une Egliſe dédiée à Saint Firmin .
I
On en peut voir encore un exemple
dans Elizabeth Barton , native de la Province
de Ken , en Angleterre , qui vivoit
du temps de Henry VIII . laquelle après
A vj avoir
10 MERCURE LE
avoir été long- temps fujette aux convul→
fions provenantes de vapeurs , s'y accoutuma
fi bien à fe les procurer quand elle
vouloit , qu'elle s'en fervit pour contrefaire
la prophereffe ; mais ayant voulu
ufer de cette addreffe pour détourner ce
Prince de fon mariage avec Anne de Boulan
, & fa fourberie ayant été découverte
elle fut condamnée à être penduë.
י
J'ai vû moi-même une fille attaquée
des plus rudes vapeurs , qui fe les faifoit
venir au moment que je l'interrogeois fur
fon mal , pour m'en faire voir la violence,
& qui demeuroit tranquile toutes les
fois que j'affectois de lui parler d'autre
chofe . J'ai vu une autre femme , laquelle
vint exprès de trois quarts de lieues loin
de chez moi pour me faire connoître juſqu'où
alloit la violence de fes vapeurs ,
& qui fe les procura dès qu'elle fut entrée
dans ma maifon , me difant d'avance
que j'allois voir jufqu'à quel point elle
étoit tourmentée. L'on peut mettre dans
ce rang le Prêtre dont parle S. Auguftin,
qui fe mettoit en extafe quand il vouloit.
Qui eft- ce qui ignore que
bleurs & les phanatiques s'accoutument
naturellement à entrer dans des especes
d'entoufiafmes qu'ils croyent furnaturels ?
& quant à la direction du mouvement
particulier du liquide. nerveux dans cerles
tremtains
DE JANVIER 1923 . II
,
&
tains endroits , où il produit des agitations
convulfives , toutes les femmes fçavent
que leur imagination à ce pouvoir
puifque lorfqu'elles font enceintes
que ce liquide vient à fe mettre dans un
mouvement impetueux , à l'occafion de
quelque defir violent qu'elles reffentent ,
& qui pourroit marquer leur enfant , elles
en fixent l'impetuofité vers l'endroit
qu'elles veulent en y pofant la main .
Il ne faut donc pas être furpris fi la
fille dont je parle regloit fes mouvemens
convulfifs , & les renouvelloit felon fes
volontez fi elle les dérigeoit dans les
endroits qu'on lur indiquoit , & fi étant
dans cette difpofition , il lui fuffifoit de
comprendre ce que l'Exorcifte lui ordonnoit
pour l'executer à la lettre. Comme
elle avoit fort envie de juftifier la realiré
de fa poffeffion , dont elle étoit fortement
perfuadée , l'on peut croire qu'elle
obfervoit dans l'Exorcifte les divers tons
de fa voix , les moindres directions de
fes yeux ,
& peut-être même jufqu'aux
moindres changemens dans les traits de
fon vilage. Ne voit- on pas tous les jours
des fourds & muets qui comprennent
par ces feuls moyens ce qu'on veut leur
dire d'ailleurs la longue refiftance qu'elle
apportoit avant que d'obéïr , lui fervoit
encore beaucoup à découvrir mieux ce
qu'il
12 LE MERCURE
qu'il fouhaitoit d'elle , & pour rappeller
dans fa memoire les termes latins , dont
il s'étoit déja fervi , en lui commandant
de faire certaines chofes . Il eſt même à
préfumer que dans ces fortes de vapeursle
liquide nerveux contracte une diſpoſition
particuliere & convenable pour don
ner à l'ame une inclination pour deviner,
& une qualité propre à fe faire affez
jufte fur les moindres apparences , comme
par les vapeurs moderées du vin , il de--
vient ordinairement propre à donner plus
de brillans à l'efprit , & le defir interieur
de le faire paroître. Bien des choſes
femblent prouver que ce liquide prend
quelquefois naturellement cette difpofition.
Car , quoique ce que dit M. Vauvelle
touchant les fourberies qui fe pratiquoient
à Delphes dans les oracles qui
s'y rendoient , paroiffe fort vrai - femblable
, il eft pourtant certain , felon Diodore
de Sicile , que ces oracles n'y avoient
commencé , que parce qu'on s'étoit apperçû
que
la vapeur de la fameufe caverne
qui y étoit , portoit naturellement à
deviner ceux qui en étoient frappez , &
leur donnoit en même temps plus de difpofition
pour le faire.
Ne pourroit-on pas croire que c'étoit
par cette voye naturelle que Socrate devinoit
ce qui devoit lui être nuifible , &
fe
DE JANVIER 17237 13
fe portoit à l'éviter. Il paroît entrer luimême
dans ce fentiment , difant clairement
dans le Dialogue de Platon , intitulé
le Phædre , que l'ame peut natu
rellement deviner : O amice ( dit- il) etiam
anima quandam vaticinandi vim habet.
Il parloit ainfi comme en ayant l'experience
; car quoiqu'il donna le nom de
démon à ce qu'il devinoit en lui , ce qui
a donné lieu à plufieurs de croire qu'il
avoit un démon familier. On voit neanmoins
que par ce mot de démon , c'étoit
fon propre efprit qu'il entendoit ; puifqu'il
dit dans le Timée que Dieu nous a
donné la partie fuperieure pour nous tenir
lieu du démon. Auffi Marfille Ficin qui
a traduit Platon dans l'argument qu'il a
mis à la tête de l'Apologie de Socrate ,
dit qu'il y a tout lieu de croire que le
démon de Socrate n'étoit rien autre chofe
que fon propre efprit.
Montagne dans fes Effais , liv. 2. ch.
11. eft du même fentiment , également
comme M. Defcartes , tom. 1. de fes lettres
, lett. 15. à la Prin . Palat. ce qu'il
confirme par ce qui lui arrivoit à lui-même.
Enfin je dirai que je connois unet
femme de campagne , laquelle après avoir
eu l'efprit égaré quelque temps , étant
entrée dans la fuite chez des perfonnes
de ma connoiffance , lorfqu'elle fe reflentoit
14
LE MERCURE
toit encore de cette aliénation , caracte
rifa très-jufte l'humeur & le genie de
ceux qui y étoient prefens , fans qu'elles
les eut connus auparavant.
De tout ce que je viens de dire , il eft
aïfé de voir que ce qui furprend le plus
dans ceux & celles qui font attaquez de
vapeurs , foit hifteriques , foit hypocondriaques
, étant très- naturel , il eft facile
de s'y laiffer tromper , en attribuant au
démon ce qui n'eft que l'effet de ces fâcheufes
maladies. Auffi a- t'on fouvent
vû , & voit- on encore tous les jours plufieurs
perfonnes qu'on a crû , ou qu'on
croit poffedez , & qui ne l'ont jamais été.
Ne pourroit-on pas croire que Saint
Jean Chryfoftome lui-même s'y eft trom-
Lib. 1. pé à l'égard de fon ami Stagyre , lequel
de Prov. après avoir mené une vie de joye & de
jd.
plaifir dans le monde , s'étant tout à coup
retiré dans la folitude , où il fe plongea
brufquement dans une retraite la plus
refferrée , dans les jeûnes les plus rigou
reux , les veilles les plus continuelles , &
les mortifications les plus grandes , tomba
en confequence dans de grandes inquietudes
d'efprit , fe fentit attaqué de penfées
de defefpoir ; & enfin fon mal alla
jufqu'au point que de le faire tomber de
temps en temps , roulant les yeux , l'écume
lui fortant de la bouche , faiſant de
grands
DE JANVIER 1722. fj
grands cris , tremblant de tout le corps ,
& reftant privé de tout fentiment. Tour
ce détail rapporté par S. Jean Chryfoftome
ne paroît fans doute avoir été autre
chofe que des mouvemens convulfifs , &
épileptiques , qui avoient fuccedé à une
mélancolie hypocondriaque. Il eft vrai
que ce Saint ajoûte qu'un folitaire avoit
vû le démon en forme de pourceau qui
tourmentoit Stagyre , lors d'un de fes
accès ; mais il eft à remarquer que cette
vifion étant arrivée à ce folitaire pendant
la nuit , s'étant réveillé tout à coup épouventé
de l'accès où Stagyre étoit tombé ,
ayant l'efprit rempli de la realité de cette
poffeffion , & le corps épuifé de jeûne
& d'aufteritez , ce qui rend la verité de
. cette vifion fort incertaine.
Chacun fçait combien de gens furent
trompé , même au milieu de Paris , à la
fin du feiziéme fiecle par Marthe Broffier
, prétendue poffedée , & comment
le Medecin Marefcot preffé par l'Exorcifte
d'avoüer
que la poffeffion n'étoit que
trop réelle , vû les bonds & les fauts extraordinaires
& terribles qu'elle faifoit
pendant un exorcifme , quoiqu'il proteftat
toûjours du contraire , loin de changer
de fentiment , s'étant jetté tout d'un
coup à la gorge de cette fille , & comme
il étoit fort , l'ayant terraffée & arrêtée
aw
16 LE MERCURE
au même inftant , il fit voir par ce feul
fait à toute l'affemblée , qu'il n'y avoit
rien que de naturel dans cette prétenduë
poffeffion.
Si nous en croyons l'Auteur du Sorberiana
, l'Abbé Quillet en fit à peu près
de même aux fameufes Religieufes de
Loudun ; car le démon qu'on difoit poffeder
une des Religieufes , ayant dit lors
d'un Exorcifme , que fi quelque incredule
ofoit paroître le lendemain , il l'enleveroit
jufqu'à la voute de l'Eglife. Cet Abbé
s'y trouva exprès pour défier le démon
de tenir la parole ; mais la puiffance de ce
prétendu démon demeura alors fans effet.
Auffi bien des demeupas
gens ne font
rez perfuadez
de la realité de cette poffeffion.
On peut voir ce qu'en dit l'Auteur
de la vie du Pere Jofeph , Capucin
.
Il faut avouer qu'ayant lû dans le Mercure
François de l'année 1632. le procès
verbal qui en fut fait alors , & y ayant
vû que le Curé Urbain Grandier , qu'ont
en difoit l'Auteur , commençà cette Tragedie
en entrant la nuit dans les cellules
bien fermées de ces Religieufes , & leur
apparoiffant fous differentes figures pour
les porter aux plus grands defordres , cela
n'a pas contribué beaucoup à me faire
croire que ces poffeffions ayent été bien
certaines car il n'eft gueres à préfumer
que
DE
JANVIER 1723. $7
que Dieu veüille laiffer aux Magiciens le
pouvoir de penetrer ainfi dans les plus
faintes retraites , pour tâcher d'y corrompre
des perfonnes pieufes & innocen
tes ; fi cela étoit , qui eft- ce qui feroit à
couvert de l'iniquité de ces malheureux ?
Mais peut- on ignorer que quelquefois
des filles qui font enfermées dans un
Cloître , fouvent fans beaucoup de vocation
, font capables de bien des chofes 3
On en peut voir un exemple dans les lettres
fpirituelles de M. de Sainte Marthe
, ancien Confeffeur de Port- Royal
qui affure comme un fait dont il étoit
certain , qu'en une Abbaye qui ne nomme
pas , une Religieufe ayant paru poffedée
, & le démon declarant dans les Exor
cifmes qui furent faits qu'il fouhaitoit
qu'elle reftât Religieufe , parce qu'étant
entrée en Religion malgré elle , vû l'éloignement
qu'elle avoit pour tous les exercices
de la Communion , il comptoit
qu'elle feroit damnée , elle joiia , dit - il ,
fi bien fon perfonnage , qu'on la crût
poffedée , ce qui donna lieu d'obtenir un
Bref de la Cour de Rome qui annulloit
fesvoeux ; ce qui étoit fuivant toute apparence
l'unique fille de cette poffeffion
Il ajoûte que dans le même temps il prit.
auffi envie à une autre Religieufe de la
même Abbaye de faire auffi la poffedée ,
laquelle
18 LE MERCURE
laquelle fut pareillement exorcifée ; mais
comme l'autre ne fçût pas fi bien fe contrefaire
, fa fourberie étant découverte
elle fut miſe en penitence.
On peut juger delà combien il eſt neceffaire
d'examiner de près les perſonnes
qu'on dit être poffedées , particulierement
les filles & les femmes qui font
plus fujettes que les hommes à être attaquées
de vapeurs qu'on prend aifément
pour des véritables poffeffions. C'eſt à
quoi il femble que le Fils de Dieu a fait
attention , ayant affecté dans le grand
nombre de poffedez qu'il a délivré &
gueri , de faire remarquer plus d'hommes
que de femmes , afin qu'on pût moins
douter de la realité de leur poffeffion. Et
c'eſt ce que ceux qui ont écrit fur cette
matiere n'ont pas affez bien démêlé ,
faute d'une bonne Phyfique , & d'une le
gere teinture de la Medecine , ce qui
contribue beaucoup à faire tomber dans
l'erreur ceux qui ont de ces fortes de
perfonnes à examiner , & qui confultent
les livres de ces Auteurs ; car outre qu'ils
ont ramaffé fans diftinction ce qu'ils ont
appris touchant ceux qui ont paffé pour
poffedez , fans démêler s'ils l'étoient veritablement
, ou s'ils étoient feulement
attaquez de vapeurs , c'eft qu'ils ont
donné des principes très -faux pour juger
de
DE
JANVIER 1723. 19
>
de la verité des poffeffions ; comme lorf
que Delrio dit , qu'on connoît que c'eft
le démon qui agite ceux qu'on croit
poffedez , en leur faifant fentir l'odeur
de la fumée de foulfre , ou celle de la
ruë ou autres également fâcheufes ,
parce qu'elles calment fa fureur , dont il
apporte des raisons myftiques de fa façon ,
comme au contraire il dit que l'odeur
des rofes met le démon en fureur , ce qui
peut fervir à reconnoître fi la poffeffion
eft veritable , pendant que ceux qui ont
la moindre connoiffance de la Phyfique ,
& de la Medecine , fçavent que les corps
ne peuvent faire naturellement aucune
impreffion fur les démons , & que c'eft
propre des odeurs fâcheufes de calmer
les vapeurs , pendant que celles des rofes
les augmentent. Je croirois donc qu'il
n'y a pas de moyen plus inconteftable
pour s'affurer de la realité d'une poffeffion
, que lorfque ceux que l'on croit poffedez
parlent librement & aifément diverfes
langues à eux indubitablement inconnues
, ou lorfqu'on les voit réellemeng
élevez ou tranfportez en l'air.
le
SONNET
20 LE MERCURE
XXX :XXXXXXXXX: XXX
SONNET fur les bouts rimex donnez,
L
E Sage a beau prêcher par maint &
maint
Le rebelle pecheur auffi fot qu'un
proverbe.
oifon,
foifon
Ne voit pas le ferpent qui fe cache fous l'herbe.
Tandis qu'il croit avoir lumieres à
11 voit en vain la mort dans les vers de
Prête à brifer du corps la fragile
Il n'avale pas moins le funefte
Malherbe,
cloifon,
poison,
Et rit toûjours demain , ce dangereux adverbe.
Il dit du penitent , qui revêtu d'un Sac,
Du monde paffe l'eau fur un penible
Et lui paroît un loeuf qui traîne la
Pour lui toûjours errant ainfi que le
11 paffe chaque jour de bévuë en
Et perit dans le feu comme le
bac,
charruë.
grillon,
bévuë,
papillon
Autre Sonnet.
Ela fievre en chaud mal tombe
DEdit le
proverbe,
Le pecheur égaré , qui plus fot qu'un oifon,
Cherche
DE JANVIER 1723 . $21
foion Cherche de toutes parts les plaifirs à
Et fait aux libertins mmaanger fon bled en herbe.
Qu'il fçache fon Seneque auffi-bien
que
Les vices dans fon coeur ont fait une
Plûtôt que d'arracher ce dangereux
On pourroit en fix cas decliner un
Les folles paffions mettent fon ame au
Malherbe.
cloifon,
poiſon.
adverbe .
Sacs
bac,
Il eft plus fot , plus lourd , & plus peſant
qu'un
Toujours devant les boeufs il mene fa charruë,
Dans le monde eftimé moins qu'un petit
grillon,
Il va fans regarder la terrible bévuë,
Se brûler dans le feu comme le papillon
LETTRE de Monfieur... à Monfieur...
fur la nouvelle Traduction Françoise
de Denis d'Halicarnaſſe, du P. L. J.
J
E ne fuis pas furpris , Monfieur , de
vous voir fi content de vôtre nouvelle
acquifition des Antiquitez Romaines de
Denis d'Halicarnaffe , traduites en François
par un Auteur de reputation. Tout
contribue à vôtre fatisfaction , l'auteur même
& le Traducteur. Le premier vous apprend
22 LE MERCURE
prend mille chofes, qu'on ne fçait qu'imparfaitement
par la lecture des autres livres
. Il vous donne l'idée la plus nette
qu'on puiffe avoir des premiers fiecles de
l'Hiftoire Romaine. Il débrouille ce qu'il
ya d'embarraffé dans l'antiquité la plus
reculée. Il defcend dans un détail qui
fait plaifir. Il difcute en Critique habile
les faits rapportez par ceux qui ont
écrit avant lui , & après avoir examiné
les differentes opinions , il vous prefente
dans un fi beau jour ce qu'il y a de plus
vrai femblable , qu'il ne vous laiffe plus
rien à defirer. D'un autre côté , tout vous
prévient en faveur du Traducteur. Sa
reputation , celle de la Compagnie dont
il eft membre , plufieurs années employées
avec fuccès dans la Capitale du Royaume
, & dans le plus fameux College , à
profeffer la Rhetorique , font autant de
preuves de fa capacité ;, & l'on eft porté
à croire, que d'une main auffi habile , il
ne peut rien fortir que de parfait.
Cependant , Monfieur , permettez moi
de vous dire , qu'une partie de ces favorables
préjugez ne peuvent le foutenir ,
quand on compare la traduction avec l'original
. Son langage eft beau , je l'avouë.
On y remarque une agreable vivacité ,
beaucoup de brillant , un ftyle net , coulant
& leger , qui flatte l'oreille des Lecteurs,
DE JANVIER 1723 . 23
teurs. Mais je ne fçai fi ces qualitez font
les plus neceffaires à un Traducteur ,
dont le but n'eft pas de donner fes propres
penfées , mais de rendre en fa Langue
celles de fon original qu'il doit fuivre
exactement. Il faut de la lecture
quelque connoiffance de l'antiquité , &
un peu de fang froid , pour traduire un
Hiftorien auffi ancien que Denis d'Halicarnaffe
, dont fouvent l'on n'attrape la
penfée que par l'exacte comparaifon de
plufieurs endroits qui fervent à s'éclaircir
mutuellement .
,
Vous êtes en état par vous - même ;
Monfieur de juger de l'exactitude du
Pere le Jay , & de la fidelité dont il fait
profeffion dans fa Preface. Pour peu que
vous vouliez confulter le Grec , il vous
fera facile à entendre , avec le ſecours du
Latin qui eft à côté , dans l'Edition de
Sylburge , & dans celle d'Angleterre .
Pour vous faciliter neanmoins cette comparaifon
, je vous rapporterai quelques
morceaux de la Traduction Françoiſe ,
que j'ai verifiez fur le Grec & fur le Latin
de Portus . Vous y verrez , fi je ne me
trompe , que le Traducteur s'éloigne fouvent
de la penſée de fon Auteur , qu'il
retranche de l'original , qu'il y ajoûte même
des chofes qui y font contraires , &
qui combattent directement ce que nous
*
B fçavons
L
"
4
24 LE MERCURE
,
fçavons de l'Hiftoire Romaine par Denis
d'Halicarnaffe , & par d'autres celebres
Hiftoriens qu'il renverfe l'ordre des
temps par fa traduction trop libre ; que
dans fes notes il contredit manifeftement
le texte de fon Auteur , en voulant le
confirmer ou l'expliquer ; & qu'enfin
dans fa Chronologie marginale , qu'il
emprunte de l'Edition d'Angleterre , il a
copié jufqu'aux fautes d'impreffion , pour
n'avoir pas confulté l'errata qui eft à la
fin du premier Volume de cette Edition
Grecque- Latine .
Je commence par vous dire , Monfieur
, que mon deffein n'eft pas de faire
une critique exacte de cette traduction ,
Je ne l'ai pas luë entiere , & dans le peu
que j'en ai parcouru , je n'ai confronté
avec le Grec que les endroits qui m'ont
arrêté , & qui me paroiffoient contraires
à ce que je fçavois
déja
, ou de l'Hiſtoire
Grecque
, ou de l'Hiftoire
Romaine
,
par la lecture
des
Auteurs
, fur tout
par
Denis
d'Halicarnaffe
que
j'ai lû autrefois.
Ce n'eft
donc
ici qu'une
petite
ébauche
de critique
, ou plutôt
c'eſt
une
lettre
que
je vous
écris
, comme
au plus
intime
de mes
amis
, pour
vous
guerir
des
préventions
où je vous
vois
par
rapport
à cette
traduction
; preventions
qui peuvent
être
dangereufes
, non
feulement
parce
DE
JANVIER 1723. 25
ce que dans la perfuafion où vous étes de
la bonté de cet Ouvrage , vous employeriez
peut- être beaucoup de temps à en
réïterer la lecture ; mais encore en ce que
comptant fur la fidelité du Traducteur ,
Vous pourriez vous mettre dans la tête
plufieurs chofes directement contraires à
I'Hiftoire ancienne , dont vous voulez
vous inftruire plus à fond qu'on ne vous
l'a apprife dans vos Claffes. Les paffages
que je vais vous rapporter de la traduction
, font citez page pour page & ligne
pour ligne , tant de la Traduction Françoife
, que de l'Edition Grecque - Latine
d'Angleterre , dont le Traducteur s'eſt
fervi , comme il le dit dans fa Preface
p. 4. l. 11. 12. & 13. afin que vous puiffiez
les trouver avec moins de peine , &
que fans beaucoup chercher vous les compariez
avec le Grec ou avec le Latin.
P. 9. 1. 1. &c. Cette Ville maîtreße de
la terre & de la mer , aujourd'hui la
Capitale de l'Empire Romain , n'eût point
de plus anciens Habitans , que les Sicules
, peuple barbare , & né dans le pays où
Rome eft fituée. On ne fçauroit dire , fi
cette terre fut cultivée par
eux , on fi c'étoit un pays abandonné. La
premiere phrafe eft contradictoire à la
feconde , & la feconde détruit la premiere.
Celle- ci affure que les premiers
Bij habid'autres
avant
26 LE MERCURE
habitans de Rome furent les Sicules
celle- là dit au contraire qu'on ne fçait
pas fi Rome, ou le terrain où cette Ville
fut bâtie dans la fuite , étoit habité par
d'autres peuples avant les Sicules. Eft- ce
donc Denis d'Halicarnaffe qui fe contredit
lui-même d'une phrafe à l'autre ? non ,
fans doute : il est trop exact pour cela.
C'est le Traducteur , pour n'avoir pas
exprimé dans fa traduction un mot Gree
effentiel : voici le paffage entier felon le
Grec , p. 7. 1. 32. Cette Ville maîtreffe
de la terre & de la mer , aujourd'hui la
Capitale de l'Empire Romain , fut autrefois
habitée par les Sicules , peuple barbare,
né dans le pays où Rome eft fi
tuée. Ces Sicules font fes plus anciens habitans
DONT L'HISTOIRE FASSE MENTION
. Mais on ne sçauroit dire , fi cette
terre fut cultivée
par
d'autres avant
eux ou fi c'étoit un pays abandonné.
Vous voyez que la contradiction ceffe
auffi- tôt qu'on exprime dans le François
deux mots Grecs , qui répondent à ceuxti
de la Traduction Larine de Portus ?
primi omnium qui memoria funt proditi.
و
*
P. 17. 1. 21. & c. les Tellenenfiens , les
Ficulnenfiens , le Grec porte Tellêneis &
Ficolness P 17. l . 39. ce qui doit le rendre
en François par Ficulneens & Telleniens
de même qu'on dit Theffaloni
ciens
DE JANVIER 1923. 27
siens , Coloffiens , Philippiens , & non
pas Theffalonicenfiens , &c. Nous lifons
à peu près la même chofe , livre 3. På
242. l . 9. 10. & 11. il n'y eut que cinq
Villes , fçavoir , Clufe , Aretin , Volaterre
, Ruffellane & Vetulone , où le Traducteur
donne le nom d'Aretin à la ville
d'Aretie , & celui de Ruffelane à celle de
Ruffelle , peut- être parce que le, Latin &
le Grec portent p . 18. 1. 23. 24. & 25.
il n'y eut que cinq Villes ... fçavoir, les
Cluftens on Clufiniens , les Aretiens , les
Ruffellans , & c.
>
P. 19. ligne avant- derniere : les Abori
gines fortirent fur eux ( fur les Pelafgiens)
& les exterminerent du pays . Selon le
Grec p. 15. 1. 27. ils fortirent pour les exterminer
mais ils n'executerent pas leur
deffein au contraire dès que les deux
Armées furent en prefence , ils firent alliance
avec eux & leur donnerent une
partie de leurs terres auprès du Lac facré
, comme il paroît par la traduction
même du P. le Jay , p. 20. 1. 26. &c.
›
P. 14. 1. 33. & 4. chi les Aborigi
nes l'oiseau myfterieux s'appelloit enleur
Langue Pivert , en la nôtre ( c'est - à- dire
en Grec ) Dryocolapi : & à la mar-
.ge eft écrit Driocold . Le texte Grec,
p. 12. 1. 18. & 19. porte Dryocolás à
l'accufatif. Ne diriez- vous pas que le
B iij Tra28
LE MERCURE
!
Traducteur a crû que ce mot Grec étoit
de genre feminin de la feconde Declinai-_
fon comme Tip ? Sans cela , pourquoi
auroit il mis dans le texte de fa traduction
Dryocolapti plutôt que Dryocolaptis
, & à la marge Dryocolan & non .
pas Dryocolans ? car ce mot Grec eft
mafculin , de la premiere Declinaiſon , il
fait fon nominatif en as comme Anchisus,
& fon genitif en %.
P. 18. 1. 35. & c. le plus grand nombre
( des Pelafgiens ) vint par LA MEDITERRANEE
chercher un afile chez les
Dodoniens leurs parens. Les Pelafgiens
partoient de Theffalie pour aller à Dodone
, ce voyage peut fe faire par terre ;
pourquoi donc leur faire prendre un long
circuit par LA MEDITERRANE'E ? eftce
parce qu'on lit dans le Latin de Portus
PER LOCA MEDITERRANEA ? Le
Grec , p . 14. 1. 4. leur épargne les
frais dela navigation , & les fait arriver
à Dodone par le milieu des terres. En
effet , ils n'avoient point de vaiffeaux ,
puifque , obligez peu de temps après de
quitter le pays de Dodone pour obéin
aux ordres de l'Oracle qui les renvoyoit
en Italie , ils conftruifirent des vaiffeaux ,
felon le Pere le Jay même , p . 19. l . 1 .
2. 3. & 4. fur lefquels ils entrerent dans
la mer Jonienne , ou Ioniene , fil'on veut
fuivre
DE JANVIER 1723. 29
fuivre fon orthographe ; mais repouffez ,
ajoûte-t-il 1. 5. 6. 7. & 8. par un vent du
midi, ils furent portez à l'une des embouchures
du PAU : je crois qu'il falloit écrire
Pô , car PAU eft une Ville de France ,
& le Pô eft un Fleuve d'Italie.
P. 29. 1. 8. &c. Les Pelafgiens ... prirent
Crotone... Gette Ville fut long- temps
le fiege de la guerre. Enfuite ils BASTIRENT
LA VILLE qu'on nomme THYRRENIE.
La ville de Tyrrhenie ne fut
point bâtie par les Pelafgiens , & je n'ai
jamais connu de ville appellée Thyrrenie.
Nôtre Traducteur en eft le premier &
& le feul Fondateur. Il eft vrai que le
Latin de Portus dit , p. 22. l . 37. & 38.
hac belli fede ufi , eam qua nunc Tyrrhenia
vocatur condiderunt , ce qui rend mot à
mot les termes Grecs . Mais je ne vois pas
que cela fignifie qu'ils bâtirent une ville
nommée Tyrrhenie. Denis d'Halicarnaf
fe veut dire , que fe fervant de Crotone
comme d'une place d'armes , les Pelafgiens
envahirent le pays appellé Tyrrhenie,
qu'ils le peuplerent, & y bâtirent des
Villes. Il faut donc fous- entendre dans
le Grec ou zápar & non pas πόλιν
& le verbe Tirav fignifiera ils peu
plerent , & y bâtirent des Villes ; de
même qu'en parlant de l'Ile de Zacynthe
, p. 39. 1. 46. il dit que Za-
B iiij cynthe,
1
1
5
30 LE MERCURE
cynthe , fils de Dardanus & de Bateia .
en fut le Fondateur , xTins ; ce qui ne
fignifie pas qu'il ait conftruit & bâti
l'Ifle ; mais que la trouvant déja formée ,
il s'y établit & y fonda des Villes . Confultez
vôtre Scapula , & vous verrez
qu'on dit Tilav xúplu , fonder des
Villes dans un pays. Je ne comprens pas
pourquoi le Traducteur François écrit
prefque toûjours Thyrrenie & Thyrreniens
, au lieu de mettre l'h à la feconde
fyllabe.
Page 52. 1. 17. &c. d'Ambrace , en côtoyant
le rivage , Anchife conduifit la
flotte à Buthrote , tandis qu'Enée , avec
L'élite de fes troupes , en deux jours de chemin
, gagna Dodone pour y confulter l'O.
racle ... ils MIRENT enfuite A LA VOILE
, & ils rejoignirent leur flotte en quatre
jours. Le Grec dit , p. 40. 1. 22. & c.
qu'Anchife conduifit la flotte d'Ambrace
à Buthrote; qu'Enée & l'élite de ſes
troupes allerent en deux jours de chemin
( ce qui marque affez que ce fut par terre
) à Dodone ; qu'ils partirent enfuite de
Dodone , & qu'après quatre jours de
marche encore par terre ) ils rejoignirent
leur flotte Buthrote ; mais le Pere
le Jay aime la navigation .
P. 64. 1. 25. &c. Pour Dardanus il fonda
une Ville de fon nom dans la Troade ,
avec
DE JANVIER 1723. 31
DANUS
avec l'agrément de Teucer , qui lui donna
des terres dans la Teucrie , Province
de fon obéiffance. Phanodeme , qui a écrit
des antiquitex Attiques , & plufieurs autres
Hiftoriens avec lui , difent que DARRETOURNA
D'ATTIQUE en
Afie , & qu'il commanda dans le Bourg
de Xypete ; le Grec porte, p. 49. 1. 27.
28. &c. Pour Dardanus , il fonda une
Ville de fon nom dans la Troade , appellée
Teucrie , du nom du Roy Tencer , qui
lui donna des terres dans cette Province.
Phanodeme , qui a écrit des Antiquitéz
Attiques , & plufieurs autres Hiftoriens
avec lui , difent que celui- ci ) c'eſt- à dire
, TEUCER , & non pas DARDANUS )
étoit Prince du Bourg de Xypete ( dans
l'Attique ) & qu'il PASSA ( & non pas
RETOURNA ; car jufqu'alors il n'avoit
jamais été ) d'Attique en Afie. Il eft clair
que , felon le Grec , ce fut Teucer qui
paffa d'Attique où il étoit Prince du Bourg
de Xypete , en Afie où il donna le nom
de Teucrie à la Troade. Au contraire
felon le Pere le Jay , ce fut Dardanus qui
retourna en Afie , où par confequent if le
fait paffer pour la feconde fois . De plus
il n'eft pas poffible de diftinguer par l'arrangement
de la phraſe françoiſe , fi Xypete
étoit un Bourg de l'Afie ou de l'Attique
, quoique le Grec infinuë affez qu'il
Bv étoit
32
LE
MERCURE
étoit dans l'Artique. Au refte toutes ces
fautes me paroiffent excufables , fi l'on ne
confulte que le Latin de Portus . Voici
comment il traduit p. 49. 1. 27. & c.
Dardanus verò in ea que nunc Troas
appellatur , urbem fui nominis condidit .
agris ipfi à Rege Teucro datis , à quo
Regio illa Teucris eft dicta. Hunc autem
cum alii multi , tum etiam Phanodemus
Atticarum Antiquitatum fcriptor, ex Attica
in Afiam migraffe , Xypeteenfis pagi
principem fuiffe tradunt. On ne peut gueres
mieux rendre cette phrafe Latine que
l'a fait le traducteur François , excepté
Migraffe qu'il traduit par il retourna ‚ &
bunc qu'il rapporte à Dardanus , au lieu
de le rapporter à Teucer. Mais l'on n'eft
pas devin , & Portus n'ayant point marqué
dans fa traduction à quoi ce bunc
doit être rapporté , on ne peut diftinguer
fi ce fut Teucer ou Dardanus qui
paffa en Afie , & qui fut Prince de Xypete
, à moins qu'on ne confulte le Grec ,
ou qu'on ne fçache d'ailleurs par Strabon
, 1. 13. que Teucer étoit Prince d'un
Bourg de l'Attique , d'où il paffa en Afte.
P. 68. L. 22. La trentième année de
la fondation de Lavinium ..... ... Afcagne
bâtit Albe ...... où ilfit paffer tous les
LAURENTINS . Selon le Grec tous les
LAVINIENS , p. 52. 1. 34. dans les imprimez
,
DE JANVIER 1723. 33
primez ,
& dans les Mff. Je ne fçai
pourquoi
le Latin de Portus met les Laurentins.
Quoiqu'il
en foit , il eſt évident
& par ce qui précede , & par ce qui fuit,
qu'il ne s'agit pas ici des Laurentins
mais des Laviniens . Pour peu qu'on confulte
le Grec il eft impoffible
de s'y
tromper.
و
P. 74. L. 1. & 2. Cephalon de Gergithe
dit que Rome fut bâtie la feconde
ANNE'E après la guerre de Troyes. Portus
donne encore ici occafion de fe tromper
à ceux qui ne confultent que fon Latin
; car il traduit anno fecundo , quoique
le Grec porte conftamment fecunda generatione
, p. 57. 1. §. & dans les M.
& dans les imprimez ; ce qui ne peut
jamais fignifier la feconde année.
L. 8. & 10. de la même page : l'Ecrivain
qui aparlédes des Prêtreffes d'Ar-
Cos.... rapporte qu'Enée partit de Mo-
Loffie , & à la marge il remarque que Mo~
loffie eft une VILLE d'Epire. Le Grec
dit p. 57. l . 14. qu'Enée partit des Mo
Loffes , c'eft - à- dire , de Moloffre , ou dur
pays des Moloffes . En effet , je ne croi pas
qu'il y ait jamais eu de Ville appellée
Moloffie , quoique je connoiffe un pays
de
ce nom dans l'Epire. C'eft donc encore
ici une nouvelle Ville de la fondation du
Pere le Jay.
B vj
P. 88-
34 LE MERCURE
P. 88. 1. 15. Ce Berger ( Fauftule ) qui
craignoit que Romulus ne s'en rapportât
pas au fimple témoignage de Numitor. Le
Grec dit p. 67.1 . 48. & p. 68. l . 1. & 2.
ce Berger qui craignoit que Numitor ne
s'en rapportai pas au fimple témoignage de
Romulus. Il eft vrai qu'on lit dans le Latin
de Portus veritus enim ne Romulus .....
fidem Numitori.... non faceret, & j'avouë
que
faute de faire attention au Grec , &
à ce qui precede , on peut abfolument s'y
tromper , en prenant fidem non faceret
pour fidem non haberet.
Je m'apperçois que ma lettre n'eft déja
que trop longue ; je réſerve done pour
une autre fois environ trente pallages qui
me reftent encore du premier Livre ;
après cela je pafferai aux Livres fuivans ,
aux remarques , & à la Chronologie .
Mais voici deux endroits queje crains
d'oublier. Vous jugerez en les lifant, fi la
traduction a été faite fur le Grec.
Livre 5. p. 380. 1. 28. Caius Mucius,
furnommé CORDO , Romain d'une haute
naiffance , fit une action digne de memoire.
Il s'agit de Mucius à qui les Auteurs
Romains donnent ordinairement le furnom
de Scævola. Denis d'Halicarnaffe
l'appelle Kordos dans le Grec , p. 285.
1. 1. & 12. Portus s'eft avifé de mettre
ce furnom au datif , & de traduire par
élegance
DE JANVIER 1723. 35€
élegance Mucius cui CORDO cognomen
erat , au lieu de dire fimplement Mucius'
cognomento Cordus. Il eft facile de s'y
tromper lorfqu'on ne confulte pas le
Grec. Car Denis d'Halicarnaffe eft, je
croi , le feul , ou prefque le feul , qui parle
de ce furnom. On ne peut donc fçavoir
que par le Grec que Cordo eft un datif
qui vient du nominatif Cordus. Le Pere
le Jay eft excufable , & tout autre pourroit
également s'y méprendre .
P.
395 . 1. 5. avant la fin des Cavaliers
Sabins qu'on prit allantfaire du bois ,
confirmerent ce qu'avoit dit le Transfuge.
Le Latin dit p. 296. 1. 33. quidam equites
Sabinos captivos adduxerunt , quos ad
lignationem egreffos comprehenderant. Vous
voyez que le traducteur fuit fidellement
fon guide. Le Grec fignifie neanmoins que
quelques Cavaliers de l'armée Romaine
amenerent des prifonniers Sabins , qu'ils
avoient pris allant faire du bois. Mais le
Latin eft ambigu , il faudroit être devin
pour diftinguer fi equites le rapporte à
quidam ou à Sabinos , & l'on ne peut
fçavoir s'il eft à l'accufatif ou au nominatif
, à moins qu'on n'ait recours au
Grec. Je fuis , Monfieur , &c.
Le
36 LE MERCURE
LE FRUIT D'UN BON AVIS.
Fable par M de Farbelle de Monziac .
MEffire Armand poffedoit un gueret
Mauvais , mais mauvais Dieu le fçait ,
Non , il n'en fut jamais de pareil que je croye,
Au lieu de porter de bon grain ,
Il ne portoit que de l'yvroye ,
Telle recolte au feu devoit fervir de proye ;
Mais point , Meffire Armand en faifoit tout
fon pain.
Or vous jugez fi telle nourriture ,
Etoit bienfaifante pâture ,
Dès qu'il avoit mangé , la tête lui tournoit ,
Sur les pieds chancellans d'yvreffe ,
A grand peine il ſe foutenoit ,
Il n'en pouvoit plus de foibleffe ,
II begayoit , il perdoit la raiſon ,
Le pauvre homme à chacun faifoit compaffion,
Si bien qu'une ame charitable
Lui dit un jour , Meffire Armand,
Du pain d'yvroye à vôtre table !
Mieux
DE
JANVIER 1723 . 37
Mieux vous vaudroit vivre de gland
Oh ! croyez-moi , laiffez ce pain abominable ,
Et mangez moi du pain de bon froment
L'avis fans doute étoit fort falutaire ,
Oh ! ouy , mais les meilleurs avis
Ne font pas toujours ceux qui font le mieux
fuivis ,
L'inimitié par fois en eſt tout le ſalaire ,
Nôtre fable nous peut inftruire fur ce point ,
Armand fe mit fort en colere ,
Mais de pain il ne changea point.
**:***** XXXXXX-XX
DESCRIPTION d'un Enfant né d'une
figure extraordinaire & fans cerveau .
Lde la Flèche , dans le pays du Maine,
E 6. Mars 1722. il nâquir à la ville
un Enfant fans cerveau , & d'une figure
monftrueufe. M. Farcis , habile Chirurgiende
la même Ville , l'ayant diffequé avec
beaucoup d'attention , n'apperçut que la
bafe & la face du crane panchez fur le
devant de la poitrine. Ses yeux reffembloient
à ceux d'un Lievre ; l'extremité
du nez étoit baiffée fur la lévre fuperieure,
& de toute la tête les oreilles feules n'étoient
38
LE
MERCURE
toient point difformes. La baſe du crane
étoit feulement recouverte d'une fimple
membrane qui defcendoit jufques fur les
premieres vertebres du dos , & qui étoit
parfemée de quelques rameaux d'arteres ;
cette membrane étoit livide , & comme
une partie qui auroit été meurtrie , fans
aucune trace de cerveau , de cervelet ,
ni - de moëlle allongée . M. de Farcis rechercha
avec foin s'il n'y auroit point
quelques glandes , ou autres fupplemens
logez dans les deux petites cavitez qui
font depuis les apophizes pierreules juſques
au coronal , efpaces qui font occupées
par les lobbes moyens du cerveau ; mais
it trouva que ces cavitez n'étoient remplies
que d'une chaire ferme , dont la
ftructure n'avoit aucun raport à celle des
glandes qui filtrent l'efprit animal. Les
vertebres du côté n'étoient pas fermez
par derriere , n'ayant point d'apophizes
épineules , & par confequent aucune attache
de mufcle . Les nerfs brachiaux
étoient bien apparens depuis leur origine
jufqu'à leurs extremitez , & toutes les
autres parties du corps étoient naturellement
conformées jufqu'aux parties genitales
qui montroient clairement que c'étoit
un garçon .
La mere a porté cet enfant à terme , &
le fentit encore remuer douze heures
avant
DE JANVIER 1723 .
39
J
avant l'accouchement qui fut heureux
quoique l'enfant fut mort ; cette femme'
âgée de 27. à 28. ans , étoit hydropique
pendant cette derniere groffefle , & l'eft
encore actuellement.
Le même M. Farcis en faifant la démonſtration
de la route du chyle aux Jefuites
de la même Ville , après avoir démontré
les parties qui fervent à la chylification
, & paffé à celles qui fervent à
la purification du fang , fut furpris de
trouver le rein droit une fois plus grand
que le gauche , & de voir qu'au lieu d'une
chair ferme , il n'avoit qu'une membrane
, qui contenoit un vers large de trois
lignes environ , & long de deux pieds &
deux pouces
,
d'une couleur rouge ; lorfl'on
le prenoit , foit par la tête ou la
queue , il s'allongeoit plus d'une aune ,
& lorfque l'on le mettoit fur la table , il
reprenoit la longueur naturelle , il avoit
confommé toute la fubftance du rein..
que l'on le
Nous ajoûterons à ces deux Obfervâ
tions qu'on en trouve plufieurs de l'une
& de l'autre efpece dans les Journaux
des Sçavans , dans les Memoires de l'Académie
des Sciences , & dans les précedens
Mercures.
VERS
40 LE MERCURE
Jika ikitikk Jk akik kakakakak
VERS à Mle du V…….. qui avoit engagé
l'Auteur à lui donner un bouquet Te
jour de fa fête , compofe des plus belles
fleurs qu'il pourroit trouver. N'ayant
que du myrthe & du jafmin , il yjoignit
ces vers.
L
E Dieu d'Amour au jour de vôtre fête ,
Cherche par tout à vous faire un bouquet,
A l'embellir vainement il s'apprête ,
Peu trouvera de fleurs le Dieu coquet ;
Myrthe au furplus compofe fa guirlande ,
Jafmin encor vient ſe joindre à l'offrande ,
Item c'est tout , or n'ayez de couroux ,
Quoique ces fleurs ne foient que bagatelles ,
Mais permettez qu'Amour entre chez vous
Ce Dieu pourroit en cüeillir de plus belles.
Par M. de Rochamb ***
LETTRE
DE
JANVIER 1723. 41
LETTRE écrite de Caën le 28.
Decembre 1722 .
A Nobleffe de Normandie , Mon-
Lfieur , parmi laquelle la Maiſon de
Percy , tient de temps immemorial un
rang confiderable , a été étonnée , en
apprenant par la Gazette de France du
19. de ce mois , à l'article de Londres du
dix du courant la mort de Mc Elizabeth
de Percy , de la Maifon de Northumberland
, Ducheffe de Sommerfet , &
Dame d'Honneur de la feuë Reine Anne .
Stuard , qu'on ait dit , que par cette mort
la Maiſon de Percy étoit entierement
éteinte ; je puis mieux que perfonne corriger
cette erreur par la connoiffance particuliere
que j'ai de cette Maiſon , &
par ce que nous en ont confervé les Hiftoriens
des Maifons diftinguées de nôtre
Province. Il eft vrai que la branche de
Percy , d'où cette illuftre Dame étoit
fortie , eft à prefent éteinte par fa mort
en Angleterre , où des Seigneurs de cette
Maiſon , originaire de Normandie , &
qui fuivirent Guillaume le Conquerant
leur Duc, avec plufieurs Gentils- hommes
des plus qualifiez de cette Province, por
terent leur nom , mais elle fubfifte encore
dans la perfonne de Meffire Antoine
Guil
LE MERCURE
Guillaume de Percy , Chevalier- Baron
de Montchauvet, & Arclais , Seigneur de
Monchamps , du Halley , & autres lieux,
Commandeur de l'Ordre Militaire de
Saint Etienne en Toscane , où il fut réçû
avec permiffion & Brevet du feu Roy
au mois d'Octobre 1696. étant pour lors
auprès de feu M. Dupré , fon oncle , Envoyé
extraordinaire de Sa Majefté , lequel
après avoir foutenu pendant plus de 17.
ans , la dignité de fon caractere , & au
paravant dans plufieurs Cours d'Allema
gne pendant plus de quarante années ,
avec toute la probité & la capacité imaginables
, mourut à Florence au mois de
May 1709. Le Mercure du mois de Decembre
de l'année 1696. donna une exacte
relation de la reception d'Antoine Guillaume
de Percy dans l'Ordre Militaire
de S. Eftienne de Tofcane , qui fe fit
avec beaucoup de diftinction , & parla
en même temps de l'ancienneté des illuftrations
, & de la Nobleffe de la Maiſon
de Percy. Celui dont je parle eft maintenant
Chef du nom & des armes de cette
Maifon . Il a eu de feuë Dame Françoile
du Puy d'Igny , fon époufe , d'une Nobleffe
également ancienne , & diftinguée
par fes alliances , Charles- François- Marie
de Percy , reçû Chevalier du même
Ordre depuis trois ans ; le fecond tome
de
DE JANVIER 1723.
43
de l'Hiftoire Genealogique de la Maiſon
d'Harcourt parle très - avantageufement
de la Maifon de Percy , en rapportant
l'alliance de Robert de Harcourt avec
Marguerite de Percy , & c'eft à cet occafion
que cet Auteur donne en general ,
& en particulier la Genealogie de la Maifon
de Percy , jufqu'à Jean- Baptifte de
Percy , pere d'Antoine Guillaume.
La Terre de Monchamps , fituée en
Normandie , Diocéfe de Bayeux , eft
confiderable par fon étendue , & par fes
mouvances; elle eft contigue à la Baronie
de Monchauvet , & depuis 1429 ,
elle s'eft confervée en ligne directe dans
la Maifon de Percy , où elle étoit venuë
par le fecond mariage , de Meffire Guil-
Jaume de Percy , Chevalier - Seigneur des
Fiefs de Percy , de Soules , de Draqueville
, de Druiſau , des Efpeffes , d'Eſcaliers
, de Hurpin , & de Durefcüe , avec
Dame Marie de Crennes , fille de Meffire
Guillaume de Crennes , Chevalier ,
Bailly , & Gouverneur d'Evreux , & de
Dame Guillemette d'Anctoville , à qui
elle appartenoit. Il y a encore actuellement
à Malthe un Commandeur de Percy
de la même Maiſon , ancien Officier
de Marine , & M. l'Abbé de Percy , tous
deux auffi diftinguez par leurs qualitez
perfonnelles , que par l'ancienneté de
Leur Nobleffe ,
Le
44
LE MERCURE
Le fieur de Bras , Gentilhomme Normand,
rapporte dans fon Livre dés Antiquitez
de la Ville de Caën , l'acte de la
fondation de l'Abbaye Royale de Sainte.
Trinité , faite dans cette Ville au mois
de Juillet de l'an 1082. par la Reine
Mathilde. , femme de Guillaume le Conquerant
, Roy d'Angleterre , lequel fut
auffi le Fondateur de l'Abbaye de Saint
Eftienne de la même Ville , toutes deux
de l'Ordre de Saint Benoit ; & parmi les
Seigneurs les plus diftinguez de la Province
, qui eurent l'honneur de figner à
cet Acte avec toute la Famille Royale ,
il y nomme des premiers Hugues de
Percy.
La Dame Loüife- André de Percy :
foeur d'Antoine Guillaume eft aujourd'huy
Sous -Prieure de l'Abbaye de Sainte
Trinité , dont la fille de Guillaume le
Conquerant , & de la Reine Mathilde
fut la premiere Abbeffe. Cette Abbaye
n'a été gouvernée que par des Princeffes
de la Maiſon Royale , ou d'autres Maifons
de la premiere diftinction , Me de
Teffé , fille de M. le Maréchal de ce
nom qui en eft maintenant Abbeſſe , a
fuccedé à Me de Teffé , fa tante , dont
les rares vertus , & la pieté font en grande
veneration .
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , & c.
EPIGRAMME
DE JANVIER 1723. 45
jikakakakakakak::
EPIGRAMME
Contre les Poëfies licentienfes & fatiriques
U
d'un mauvais Auteur.
N fatirique Auteur , dont je tairai le nom.
Me lifoit l'autre jour d'un emphatique ton
Un Poëme infolent contenant neuf cent rimes ;
Femmes , filles , maris en étoient les victimes ,
Tout beau , point de chaleur , encor moins de
galop ;
Croyez moi , fupprimez huit cens vers , &
pour caufe ,
Comment huit cens ,
chofe ,
dit-il refteroit peu de
Ce fera , dis- je , encor cent fottifes de trop.
FESTE donnée à Poitiers le 17. Decembre
1722. par les Officiers du Roy , étant
à la fuite de Son Alteffe Royale Mademoiselle
de Beaujolois.
Es Officiers du Roy pour témoigner
Lla joye qu'ils pour
d'une fi augufte & fi aimable Princeffe ,
firent
46 LE MERCURE
firent élever une décoration au bout de
la principale allée du parterre de M. le
Lieutenant General de Poitiers , chez
qui étoit logée cette Princeffe , fur la
quelle étoient peintes fes armes , éclairées
par une grande quantité de lampions qui
en formoient le cartouche , & les ornemens
qui l'accompagnoient ; on lifoit au
deffous de cette illumination en gros caracteres
, DIE I NATALI , pour fignifier
que cette Fête étoit confacrée au
jour heureux de la naiffance de la Princeffe.
Cette devife étoit enfermée dans une
double bordure de lampions ; au couronnement
de la décoration il y avoit un
foleil , autour duquel étoient trois écuffons
de France , d'Efpagne & d'Orleans,
ornez de feuillages . Le parterre étoit
éclairé d'une grande quantité de terrines ;
fur les côtez de ce parterre étoient rangez
les trois compagnies uniformes de la
Ville avec tous les Officiers . Auffi - tôt
que la Princeffe parut à fon balcon tous
les canons tirerent , enfuite les trois compagnies
firent en même temps une falve
de moufqueterie au bruit des trompettes
& des tambours ; un moment après le
foleil qui étoit compofé d'artifice , fit paroître
avec beaucoup d'éclat les armoiries
qui l'entouroient. Une gerbe de fufées
volantes fembla ajoûter en même
temps
DE JANVIER 1723. 47
temps des étoiles au Ciel , & de plufieurs
ferpentaux fournit à la vûë un agreable
amulement. La droite & la gauche des
troupes fe joignirent , & formerent une
marche dans la principale allée du parterre
, & revinrent enfuite en bon ordre à
deurs poftes ; elles firent une 2e décharge
au bruit des tambours & des trompettes. ,
& les canons tirerent encore. Ces troupes
firent une feconde marche , & pafferent,
en traverfant la Cour , fous le balcon de
la Princeffe , & revinrent à leur place
faire une derniere décharge ; après quoi il
partit une feconde gerbe de fufées qui fit
un auffi bel effet que la premiere ; enſuite
les troupes défilerent , & tout le monde .
fortit du parterre pour laiffer à la Princeffe
le plaifir d'en voir l'illumination plus diftinctement.
Il avoit dans la cour où
y
tout le peuple étoit raffemblé deux fontaines
de vin , qui ne cefferent de couler
au deffous du balcon de la Princeffe. On
avoit placé une fimphonie qui joüa pendant
tout le temps que dura cette Fête
qui fut fuivie d'un grand fouper , où tous
les Officiers du Roy fe trouverent , M le
Coadjuteur de Poitiers , l'Intendant , &
tout ce qu'il y avoit de plus difting é
dans la Ville y affifterent, Il y eut trois
tables également bien fervies . M. Meſlier
, Maître d'Hôtel du Roy fit les hon-
C neurs
"
48 LE MERCURE
.
›
neurs de la premiere , M. Courtois , Contrôleur
, de la feconde , & M. du Val ,
de la tro fiéme. On y but refpectueufement
la fanté de la Princeffe , celle de
Me la Ducheffe de Duras , & celle de
Me la Ducheffe de Fitzjames . L'on bût
auffi la fanté de M de S. Germain ; ainfi
finit cette belle Fête qui a été honorée
des applaudiffemens de l'augufte Princeffe
, pour qui elle avoit été preparée ;
elle a eu la bonté d'en témoigner fa fatisfaction
aux Officiers du Roy qui l'ont
donnée , & qui n'ont eu que très- peu de
temps pour la preparer ; en forte que par
fon fuccès on aura de la peine à croire
qu'un feul jour l'ait vûë projetter , com-
-mencer , & entierement executer.
*******************
QUATRAINS
Pour la Marquife du Bec de Fréquienne,
fur l'air , &c,
G
Ueri e l'amoureuſe peine ,
Je bravois déja Cupidon ,
Quand parut l'aimable Fréquienne ,
Qui me fit bien changer de ton.
Je vis de fes yeux pleins de charmes ,
partir
DE
JANVIER 1723 .
49
Partir un trait fi penétrant ,
Que forcé de rendre les armes ,
Mon coeur fe foumit à l'inftant .
Dans cette charmante perfonne ,
On voit briller éminemment ,
Tout ce que la nature donne
De feu , de graces , d'enjouëment.
La fource de la politeffe
Chez elle ne tarit jamais ,
Et l'on admire ſa ſageffe ,
Autant que les jeunes attraits.
Sans le fecours de l'hyperbole ,
Dans les difcours tout plaît , tout rit ,
Et fouvent fa moindre parole
Dénote un vafte fond d'eſprit. ]
Il eft facile de comprendre
D'où lui viennent tant d'heureux dons ;
C'est qu'elle a l'honneur de deſcendre
De l'illuftre fang des Bignons.
Cij
LETTRE
LE MERCURE
LETTRE du Roy aux Etats Generaux
fur la mort de Madame.
Très-chers , grands amis , alliez &
confederez.
L
Es affurances que nous recevons en
toutes occafions de vos fentimens à
nôtre égard , ne nous permettent pas de
douter de la part que vous prendrez à la
douleur que nous reffentons de la perte
que nous venons de faire de nôtre tréschere
, & très- amée Bis - Ayeule & grande
tante , la Ducheffe Doüairiere d'Orleans
; fes vertus & la tendre amitié
qu'elle avoit pour nôtre Perfonne font
pour nous de juftes fujets de la regretter,
& nous fommes perfuadez que vous ferez
vivement touchez de fa mort. Nous vous
renouvellons , au refte , en cette occafion ,
les témoignages de l'affection . que nous
confervons pour vôtre République. Sur ce ,
nous prions Dieu qu'il vous ait , trèschers
, grands amis , allie & confederez,
en fa fainte & digne garde. Ecrit à Ver
failles le 11. Decembre 1722. vôtre bon
ami , allié & confederé . Signé , Louis ,
& plus bas le Cardinal du Bois,
ERGASILE
DE JANVIER 1723
3030 06:30 のもののもの
ERGASILE en belle humeur
à l'ouverture du Carnaval.
Bonts rimez, Acroftiches à remplir.
Ain
armité.
Trited
Sarvôch
Laincu.
nvite.
Lite.
by Cita
waise
Kife
.
Shanfon
hantée.
e antée.
77
C lij
LES
32 LE MERCURE
LES DEUX AMIS RIVAUX ,
EN
Hiftoire galante.
N arrivant à Toulouſe je fis connoiffance
avec un jeune homme à peu
pres de mon âge , iffu d'une des plus anciennes
familles de la Province ; mais
plus recommandable encore par fon merite
, que par la naiffance. Mon caractere
lui plûr , il me prévint par les empreffemens
de l'amitié la plus genereuſe . Je
plaidois contre un adverfaire puiffant ,' &
qui avoit une grande Charge à la Cour.
Les gens entêtez de la faveur , c'eſt - à- dire
, le plus grand nombre , prirent fon
parti il falloit bien s'y attendre , je n'avois
pour moi que les voeux fecrets &
timides de quelques perfonnes qui avoient
fçû connoître ma bonne cauſe , mais qui
étoient trop lâches pour la Mon
proteger.
ami feul fe declara ouvertement contre
l'autorité en faveur de la juftice ; il prit
fur fon compte le foin de voir , & d'inftruire
tous mes Juges, & il - me laiffa fimple
fpectateur des efforts de fa generofité
& de fon courage. Les bons offices qu'il
me rendit , & ma reconnoiffance refferrerent
DE
JANVIER 1723. 53-
terent fi bien nôtre union , qu'elle paffoit
en proverbe dans la Ville , & qu'elle nous
merita le nom de ces amis fabuleux , dont
on ne retrouve l'idée que dans les livres .
Après avoir rempli à mon égard les devoirs
honorables de l'amitié , il ne fe
montroit pas moins jaloux des devoirs
qui la rendent les délices du coeur ; je le
voyois tous les jours ; il répandoit fon,
ame devant moi , fes goûts , fes penchans,
fes plus intimes penfées , tout me fut dévoilé.
Il aimoit depuis quelque temps :
une Dille qui étoit venue à Toulouſe des
extremitez du Languedoc , & qui paffoit
les plus beaux jours de fa jeuneffe dans
un Convent ; elle avoit environ vingtdeux
ans. On ne vit jamais autant de
graces enfemble & d'efprit que dans cette
aimable perfonne ; un fonds de raifon
qu'on fouhaite inutilement à la plupart
des femmes , des talens cultivez que la
modeftie laiffoit à peine entrevoir des fentimens
délicats , une douce fierté , tels
étoient les charmes qui captivoient le
coeur de mon ami . Il me confia fa paffion
naiffante , & me pria de lui rendre toŭs
les fervices que l'amour peut le promettre
de l'amitié ; le plus important à fes yeux
étoit de l'écouter , & d'applaudir à des
bagatelles , à des riens amoureux mille
fois repetez ; je m'en acquitois avec une
Ciiij com-
1
$ 4
LE MERCURE
complaifance qui payoit peut- être avee
ufure toutes les peines qu'il s'étoit données
pour la pourfuite de mon procès. It
ne fe laffoit point de parler je ne me
laffois point de l'entendre. On n'a rien
de mieux à offrir à l'amour qui eft un
Vrai * recommenceur , qu'une paifible audiance.
Mon ami ne fut point content
qu'il ne m'eut conduit chez fa maîtreffe ;
il chercha en moi un témoin de fon bonheur
, il voulut que fon choix fut juftifié
par mes éloges : vanité d'amant que
je ne fervis que trop bien. Nous fûmes
au Convent , la Dile vint au Parloir.
Quoique nôtre entretien ne roulât que
fur
les affaires du temps , fur des nouvelles ,
& fur des chofes indifferentes , j'admiral
la délicateffe de fon efprit ; les abſurditez
qui fe difent en pareil cas augmenterent à
mes yeux le merite de fes judicieuſes ré- ´
flexions. Je connus qu'elle fçavoit ne
point prendre le ton du public ; & que
fur des fujets qu'on peut dire être gâtez
par le droit que tout le monde a d'y toucher
, elle penfoit auffi finement que fur
une matiere neuve , & qui n'auroit point
été infectée par les raifonnemens populaires
; elle parla peu & dit beaucoup.
A la fage liberté de penfer elle joignoit
Expreffion prise de M. de Bußy Rabutin »
*
&.c.
une
DE
JANVIER 1723-
une gracieuſe timidité , & les regards
pleins de douceur , & de vivacité , un ſon
de voix touchant , une politeffe dans les
manieres, qui avoit je ne fçai quoi de noble,
embelli ffoit les chofes qu'elle avoit à
dire. Mon ami la pria en finiflant la vifite
qui dura près de deux heures, de trouver
bon que je vinffe la voir fouvent ; elle
parut y confentir ; nous prîmes congé ,
& il me mena dans un jardin voiſin du
Convent que nous venions de quitter ,
pour m'entretenir à loifir de fa belle maîtreffe.
Je l'avois vûë , & il en fut plus
épris , comme fi fon coeur devoit payer
pour le mien ; il voulut prendre fur lui
tous les tranfports , aufquels il ne foup-
Connoit pas que je puffe refufer d'applau
dir. Sa tendreffe flattée par l'efpoir de
mon fuffrage , s'accrut de toute cefle dont
j'étois comptable : heureux fruit de la vanité
; elle nuit quelquefois à l'amour , mais
fouvent elle le favorife. Avez- vous connu ,
me dit-il , de Dle d'une beauté auffi piquante
, d'un efprit auffi folide , d'un caractere
auffi doux , d'une conduite auffi
fage quelle phifionomie ! quels traits !
fes yeux parlent , & pour peindre la fraî
cheur de fon teint & la fineffe de fes
fouris , je pourrois vous défier de trouver
des couleurs. Les expreffions les plus
par l'abus qu'on en fait , ne difent
Cy plus
fortes
56 LE MERCURE
plus rien ; & pour être devenues trop
communes , je me plains fouvent qu'elles
manquent aux vrais amans . Avez - vous
remarqué fa façon de penfer , quel accord
de bon fens & d'efprit ! comme elle
faifit , comme elle prefente ce qu'il y a
de mieux fur les fujets qu'elle traite !
c'eft toûjours la fleur de la raifon , &
malgré une érudition que j'ofe dire peu
commune, elle plaît , & fçait fe parer
des
graces naïves de l'ignorance. Ne vous
êtes vous point apperçû qu'à tant de
beauté & d'efprit vient encore fe joindre
une humeur riante , dont je puis vous
répondre › que l'égalité ne s'eft jamais
démentie , un goût de bienféance qui
lui apprend à menager l'amour propre
d'autrui , & à fi bien cacher le fren , qu'on
croiroit qu'elle n'en a point , qui fait que
dans le monde , où elle va rarement , à
la verité , on eft toûjours content d'elle,
& qu'on n'a point à lui pardonner ces
civilitez hautaines qui humilient ceux
qu'elles prétendent honorer , ou les airs
étourdis & folâtres qu'un âge mur n'a
pas honte quelquefois de dérober à l'enfance
, ou cette circonfpection fcrupuleufe
, les égards trop meditez qui peſent
fi fort dans le commerce ou cette fenfibilité
trop vive qui craint toûjours les
mépris , & qui les merite fans doute , tous
,
défauts
DE JANVIER 1723 .
57
•
défauts fiordinairement attachez à de certaines
bonnes qualitez, qu'on les a prefque
confondus avec elles . Mais avec tout cela
elle pourroit faire le malheur d'un coeur
tendre comme le mien voici quelque
chofe de préferable aux talens , & que
vous ne foupçonnez pas dans le fexe ;
c'eft qu'elle a de la fincerité & de la candeur
s'elle ne dit point comme les autres :
je fuis fimple & naïve , & incapable de
feindre; elle fe contente de l'être , &
inftruite de tout ce que les femmes ignorent
, elle ignore ce qu'elles fçavent tou
tes , je veux dire , le grand art de la coquetterie.
Ainfi je puis luy appliquer ce
qu'en badinant elle nous difoit de fa
rente , vertueufe fans art , & fage de
bonne foi , qu'elle ne reffemble ni à la
fine Galatée ( a ) qui fe cache derriere.
les Saules pour qu'on l'y trouve , ni à la
coquette Licinie ( b ) qui refufe un baifer
qu'elle veut qu'on lui raviffe , ni à l'artificieufe
Amarillis ( c ) qui negligemment
laiffe tomber fon bouquet pour donner
à fon amant le plaifir de le replacer ,
& de mal conduire la main .... Je ne pus
m'empêcher de l'interrompre , il falloit
bien faire finir l'éloge. En verité , lui
(a ) Virg. Eglog. 2 .
(b) Horat . Od. 7. liv. 3.
(c) Fontenelle Noel . paft. Egl . 7.
pa-
C vj dis -je,
58
LE MERCURE
dis-je , voilà de grandes louanges & de
bonnes critiques ; vous mêlez les unes
aux autres , fans doute , parce que les
qualitez placées à côté des défauts qui
leur font oppofez en deviennent plus
brillantes , & vous voulez vous aider
des avantages du contrafte ; mais il n'en
eft pas besoin pour me faire connoître
tout ce que vaut la Dile que nous venons
de quitter ; fes difcours vous ont prévenu
, & vous doivent prefque ôter l'efperance
de m'apprendre rien de nouveau
fur fon merite , dont ils me font les garants.
Il n'y a qu'un feul article auquel'
je ne fçaurois encore fouferire , & il me
femble que vous affurez bien pofitivement
que vôtre maîtreffe n'eft point coquette ;
prenez garde, elle eft jeune & belle' ; d'ailleurs
vous fçavez que le defir de plaire
eft auffi naturel au coeur humain que celui
de vivre. Au fonds , la coquetterie
n'eft qu'ua defir de plaire , fecouru , ou
peut être dirois je mieux , traverfé par la
diffimulation , & par l'artifice. Permet
tez moi donc, dans la fatale neceffité d'avoir
des défauts , de choisir celui-la pour
vôtre maîtreffe, ou que du moins j'attende
des preuves , & que je n'en juge point
fur la feule autorité d'un amant. Choifir
celui-la pour ma maîtreffe ! me répondit-
il , ne vaudroit- il pas mieux qu'elle,
(
eut
DE JANVIER 1713 .
out tous les autres enſemble. La coquetterie
eft plus éloignée du tendre amour
que l'indifference même. Y fongez- vous ,
ajoûta-t'il , & que vous ai -je fait pour
me condamner au fupplice d'aimer une
coquette ? La plus ingenieufe cruauté fe
vangeroit - elle mieux d'un ennemi. Vous
penlez fur la coquetterie , lui repliquai
je en homme bien amoureux , ce n'eft
point- là l'opinion commune ; ce monftre
qui vous fait peur , s'eft fi fort apprivoilé
parmi nous , qu'on eft prefque venu
à le regarder avec plaifir , & l'on commence
à ne craindre rien tant que le ferieux
d'un amour regulier . On fe crois
redevable à la coquetterie des femmes
qui nous délivre des gênes de la fidelité
& fournit une apologie à l'inconftance
qui confervant à un objet la précieuſe .
liberté de le donner à plufieurs , & à
plufieurs de s'unir au même , mêle, pour
ainfi dire , les coeurs en cent façons , &
multiplie les amours à l'infini, rétablit en
quelque forte le droit naturel , & fair
revivre le premier âge du monde. Je
n'euffe jamais imaginé , repartit mon ami,
que la coquetterie nous vint du fiecle
d'or 5 mais quoiqu'il en foit, la perfonne
du monde qu'il m'importe davantage de
ramener à l'opinion que j'ai là- deſſus ,
pas même befoin que je l'y ramene , & n'a
c'et
60 LE MERCURE
c'eft dans fon procedé toûjours fimple
& toûjours droit que j'ai puifé mes dégoûts
pour un manege fi méprifable. Rendéz-
lui donc juftice ; & pour vous mettre
plus à portée de l'eftimer , je ne vous demande
que de la voir , mais de la voir
fouvent , ainfi que nous en fommes convenus.
Je me prêterois volontiers , lui
dis-je , aux facilitez que vous m'offrez
pour la mieux connoître , fi cela pouvoit
Vous être utile ; mais dites - moi , je vous
prie , que tirerez-vous de mon affiduité
auprès d'elle , & à quoi vous fervira fur
tout l'adiniration qui doit en être le fruit.
J'efpere , me répondit- il , mettre à profit
les frequentes vifites qu'autorife l'entrevue
que je viens de vous ménager ;
elles vous apprendront à bannir pour
jours l'idée des femmes en general , qui
ne fçauroit être bonne ici ; & vous tournant
du côté de l'exception , peut être
unique , vous feront mefurer à des regles
faites exprès , les confeils que mon amitié
attend de la vôtre. Après un commerce
affidu , il vous fera permis de me faire
valoir à moi-même toute la folidité d'un
caractere , que vous aurez approfondi
& vous aurez le droit de me redire tout
ce que je vous dis aujourd'hui ; car il
peut arriver que j'en aurai beſoin . Dans
le cours d'une paffion traversée par les
toudifficulDE
JANVIER 1723 .
61
faiffe pas
difficultez , on ouvre fon coeur à des allarmes
qu'on reconnoît mal fondées ; & ce
coeur à qui feul il appartient d'allier les
contradictions les plus marquées , quelquefois
dans la plus grande certitude , ne
de douter ; vous calmerez le
mien par des fecours d'autant plus puiſ- .
fans , qu'ils feront d'ordinaire imperceptibles
; vous rendrez mon amour heureux5
Vous entrerez finement dans le fecret de
celle qui en eft l'objet ; il vous fera fa-:
cile d'interpreter au jufte les fentimens
dont elle le flatte ; enfin , ajoûta - t'il , en
vous priant d'accepter auprès d'elle la
droite & délicate fonction de confident,
je crois hâter l'accompliffement de l'ardent
defir que j'ai conçû d'unir fa deſtinée
à la mienne par la chaîne d'un doux
hymen. A ce mot je vis un nouveau feu
l'animer , & fon impatience s'accroître ,
avec des inftances redoublées qu'il appuyoit
fur les motifs les plus chers à l'amitié
; il me conjura de travailler à fon
bonheur ; je lui promis tous mes foins
& lui fçûs bon gré qu'il les fouhaitât ;
c'étoient des moyens de foulager ma reconnoiffance
, qui étoit comme accablée
du poids de fes bienfaits. Je tâchai de lui
infpirer de la confiance ; & fur la foi de
mon zele , j'ofai lui promettre un fuccès
favorable. La converfation finit à peu
près
62 LE MERCURE
à
près comme elle avoit commencé par un
portrait flatteur de fa maîtreffe . Mon
ami ne pouvoit quitter ce ton de loüange
, & l'amour lui prêta fa plus vive éloquence.
Je tins parole , je ne manquai
point de me rendre fouvent auprès de
l'aimable penfionnaire ; je tâchai de découvrir
quelles étoient fes difpofitions à
l'égard de mon ami ; il me parut qu'elle
avoit pour lui un goût naiffant , mais qui
n'étoit pas decide ; placée , pour ainfi
parler , fur les limites de l'amour & de
L'indifference , elle tenoit à tous les deux ,
& la paffion ne faifoit que préluder dans
fon coeur. C'étoit encore beaucoup ! de
fi favorables commencemens raportez
mon ami qui ne vouloit en croire que
mon témoignage , le comblerent de joye,
& il en tira un puiffant motif pour m'obliger
de nouveau à le féconder dans une
affaire qui ne nous invitoit pas moins
par
fa facilité que par les avantages.
Pour le fervir, ou pour lui plaire, il ne fe
paffoit point de jour que je n'allaffe au
Convent , chargé tantôt de rendre des
lettres , tantôt de concerter des entrevûës
, & de mille foins ferieufement frivoles
, que la tendre manie d'un amant
éxige fans ceffe. Je voyois la maîtreffe
plus que lui ; qu'en arriva- t'il ? C'eſt
qu'enfin j'en devins plus amoureux que
lui
DE JANVIER 1723 . 63
lai , ce font là les coups du traître amour.
Ne diroit-on pas qu'il eft avide du mer-
"veilleux ; en moins de rien il m'enflâme
pour un objet charmant , & adoré par
le plus fidele de mes amis , qui met en
moi tout fon efpoir. Quel concours de
circonftances cruelles ! & que l'amour
eft un grand maître dans l'art des fituations
! Il ne m'attaqua point à force ou
verte , ce fut à la faveur d'une affiduité
toûjours commandée par l'amitié qu'il fe
glilla dans mon coeur , & s'y cacha fous
le voile de l'eftime . Je donnai dans le
piege ; je ne fçûs point me défier du plai
fir qui avoit l'air du devoir , & déja la
paffion perfide me foumettoit à fes loix ,
quand je croyois n'obéïr qu'à celles d'une
probité fcrupuleufe. Après avoir été longtemps
la dupe de mon amour , je le reconnus
enfin en le prenant , pour ainfi dire
fur le fait. Un jour ( ce fut le plus cruel'
& le plus beau de mes jours , j'étois
feul avec la maîtreffe de mon ami ; fur
la fin d'une converſation animée , dont
j'aurois dû fentir , qu'il étoit moins le
fujet que le prétexte , elle eut envie de
chanter ; nous nous mîmes à parcourir
enfemble les Brunettes , & nous lifions au
même livre ; tout d'un coup , je ne fçai
comment j'interrompis un air affez tendre
que nous avions commencé , & je
m'en
64
LE MERCURE
menhardis jufqu'à imprimer fur fa belle
bouche un bailer , dont l'ardeur me fac
fentir les plus fecretes flâmes de l'amour.
On peut concevoir ,, mais on ne fçauroit
expliquer ce qui fe palla pour lors dans
mon ame ; également confus & charmé ,
fans pouvoir ravir un feul mot à mes fens
interdits , je pris le parti de me retirer
au plutôt , & j'eus à peine le temps d'appercevoir
le trouble de la Dille , à travers
un air de furprife dédaigneufe qu'elle fit
paroître. Revenu chez- moi , je doutai
d'abord fi tout ceci n'étoit point un rêve
de la nuit étoit- il poffible que je me
fufle oublié à ce point ? J'avois toûjours
vêcu dans une indifference fuperbe ; l'étude
de la fageffe occupoit mon loifer
des réflexions un peu moins communes
fur le jeu des paffions , la découverte de
quelque vieux préjugé , ou d'une verité
nouvelle , avoient été jufqu'à preſent toutes
mes bonnes fortunes ; falloit - il tour
d'un coup donner au monde le comique
fpectacle d'un Sage follement amoureux ?
Encore , s'il n'y avoit eu à perdre que pour
la Philofophie, me ferois-je confolé ; mais
l'amitié trahie portoit à mon coeur le
coup le plus rude , & je ne pouvois ſoutenir
la penfée d'être devenu le rival de
mon ami , d'un ami fi tendre , fi zelé
pour mes interefts , & qui m'avoit abandonné
DE JANVIER 1723 .
ی ر
2
donné les fiens avec une fi aveugle confiance.
De quel il pouvois - je voir ma
perfidie s'élever au niveau de fa generofité
, & mon ingratitude furpaffer fes
bontez ! Il fembloit que dans une feule
action j'avois pris à tâche de faire entrer
tous les crimes qu'on peut commettre en
fait d'amitié , & que j'en voulois à toutes
les vertus de l'honnête homme . Auffi
pour me tirer de ce trifte état plus digne'
encore de pitié que de blâme , ne ceffoisje
point d'invoquer à grands cris la rai
fon au fonds miferable reffource ! en
attendant toutefois qu'elle eut arraché
de mon coeur le trait fatal qui m'avoit
bleffé . Mes premiers defirs fe bornerent
à le cacher fi bien à tous les yeux ,
ceux même d'où il partoit , que ni la pe
netrante malignité du public , ni l'intereft
propre ne puffent jamais la découvrir.
Periffe la memoire de ma criminelle
foibleffe , ou que du moins un fecret inviolable
en dérobe éternellement la connoiffance
à mon ami , que tout le monde'
le fçache pourvû qu'il l'ignore . Ce timide
fouhait fut à peine formé qu'il fut démenti
, & d'abord après je fentis naître
en moi la réfolution de lui tout avouer ;
je la trouvai plus digne d'un bon coeur
il me parut que je ne pouvois me juftifier
qu'en m'accufant , qu'un aveu genereux
de
36 LE MERĈUR
E
de ma faute demanderoit grace pour elle,
*me remettroit un peu fur les voyes de la
probité & m'affranchiffant déformais
d'un emploi dangereux , me fauveroit
des horreurs d'une plus longue trahifon ,
& me rendroit peut - être à ma tranquille
Philofophie . J'accourois donc chez mon
ami pour lui donner une trifte revanche ,
& pour le faire mon confident , comme
j'avois été le fien . Lorfque je le vis paroître
dans ma chambre , j'oubliai dèslors
que j'allois le chercher , & mon premier
mouvement fut de le fuïr ; je ne
fçûs lui rien dire de ce que j'avois medité
, le courage me manqua tout-à fait ,
& j'appris par mon experience que l'amour
n'eft fort contre lui - même , que
lorfqu'on lui demande des projets , &c.
KKKKKKKKK¥¥¥¥¥¥
LA JEUNE FEMME EN COUCHE
J
CONTE.
Eune Tendron pour la premiere fois
Goûtoit des fruits amers de l'Hymenée ,
La pauvre enfant fe vit prefque aux abois ,
Quand' mit au jour fa trop chere lignée ;
Son compagnon qui la voyoit fouffrir ,
Par
DE JANVIER 1723 .
7
Par S. Jofeph , lui dit - il , je te jure ,
Que dans la fuite aimerois mieux mourir ,
Qu'ainfi te faire endurer la torture .
La Dame alors regardant fon époux ,
Lui repartit : ah ! pourquoi jurez vous ?
Quoi ! ce rien là , mon fils , vous effarouche ,
Je n'ai besoin de fi grande pitié ,
Las ! on m'a dit qu'à la feconde couche
Le mal n'étoit fi vif de la moitié .
Par M. de Rochamb...?
&
CORRECTIONS ET ADDITIONS
à la Relation des Ceremonies du Sacre
du Roy , & c . que nous avons donnée
dans le Mercure du mois de Novem
bre 1722.
Our l'exactitude des faits & des
P circonftances qui ont accompagné
les Ceremonies du Sacre & du Couronnement
du Roy , de celles qui ont ſuivi,
&c. Nous avons crû devoir ajoûter ce
petit Supplement à la Relation que nous
avons déja donnée , afin que nos lecteurs
puiffent être entierement inftruits de tout
ce qui s'eft paffé à Rheims pendant le
féjour
68 LE MERCURE
féjour que S. M. y a fait , & pendant le
voyage de la Cour , depuis fon départ de
Verfailles jufqu'à fon retour . Cela nous
a paru d'autant plus neceffaire , qu'on ne
fçauroit mettre dans un Journal tel que
celui- ci , qu'on fait toûjours avec précipitation
, tout l'ordre & l'arrangement
que les differentes matieres demanderoient
, fur tout pour l'ordre des temps ;
car des memoires qui devroient être employez
au commencement du livre ne
nous font quelquefois remis , que lorfqu'on
eft fur la fin de l'impreffion. Rien
ne paroît donc plus convenable que de
faire un fupplement , afin que le lecteur
ne, perde rien de ce qui doit l'inftruire ou
l'intereffer.
Le premier Village que le Roy trouva
fur la route en partant de Paris , fut la
Villette , dont la moitié eſt reputée Fauxbourg
de Paris , comme faifant partie du´
Fauxbourg S. Laurent , & par confequent
exempte de taille. L'autre moitié
eft taillable. La Seigneurie eft partagée
entre les P. de S. Lazare , les Religieux
de S. Denis , le Chapitre de N. D. de
Paris , les Religieux de Sainte Geneviéve
, & les Religieufes de l'Abbaye de
Sainte Perine , par les differens Fiefs que
chacun de ces Seigneurs poffede dans
cette Paroifle. L'Abbaye de Sainte Perine
DE JANVIER 1723. 69
fine , fituée dans ce lieu - là , fur le grand.
chemin , eft de fondation Royale , l'Abbeffe
eft à la nomination de S. M. c'eft
prefentement Me de Maifons , tante de
M. de Maifons , Prefident à Mortier au
Parlement de Paris , qui en eft Abbeffe,
La Communauté eft fort nombreuſe , ce
font des Chanoineffes Regulieres de
l'Ordre de S. Auguftin .
Le Roy vit fur la gauche le Village
d'Aubervilliers , qu'on appelle communement
N. Dame des Vertus , parce que
l'Eglife Paroiffiale , qui eſt deſſervie par
les PP. de l'Oratoire , eft dédiée à la
Sainte Vierge , & qu'elle eft celebre par
les pelerinages que le peuple de Paris y
fait journellement . Les Religieux de Saint
Denis en font Seigneurs.
Du même côté de la route , un peu
plus loin , on voit le Bourg de Gonneſſe ,
qui eft un Domaine du Roy. Ce lieu eft
habité par un grand nombre de Boulangers
, qui font ce pain fi renommé , par
La qualité & fa bonté , & qu'on apporte
en très- grande quantité à Paris tous les
Mercredis & Samedis . Ce Bourg eft
fort confiderable , il paye environ 30000.
livres de tailles , & autres impofitions.
La foule du peuple a été prefque égale
fur toute la route du Roy . On voyoit
les chemins & les campagnes remplis des
habitans
70 LE MERCURE
habitans des Provinces par lesquelles Sa
Majefté a paflé. Le concourt étoit encore
plus grand dans les Villes & les Villages,
fituez fur la route du Roy. S. M. paroiffoit
fenfible à l'empreffement des peuples
, & aux marques de leurs refpects
& de leur joye qui éclatoient fans ceffe .
Le difcours qu'on va lire fut prononcé
par l'Evêque de Soiffons , le Mardy 20 :
Octobre , le lendemain de l'arrivée du
Roy à Soiffons , lorfque S. M. entra
dans l'Eglife Cathedrale pour y entendre
la Meffe , le Prélat étoit en Chappe &
en Mitre.
SIRE ,
Les peuples s'empreffent d'accourir au
paffage de V. M. & de contenter tout en-
Temble leur curiofité & leur amour. Ils
vous prefentent leurs refpects comme à
leur maître , ils vous offrent leurs coeurs
comme à leur pere, ils donnent aux graces
qui brillent en vous les applaudiffemens
qu'elles entraînent , & ils fondent fur
tant de vertus que l'on voit croître en
vous avec l'âge , l'efperance de leur felicité.
Les Miniftres de Dieu ne cedent à
perfonne ces juftes fentimens ; mais ils
croyent vous devoir , SIRE , autre cho-
Le
que des refpects vulgaires , & des
applaudiffemens
DE
JANVIER 1723 .
71
applaudiffemens flateurs. Cette aimable
jeuneffe qui gagne les coeurs , inquiete
par fes charmes même , ceux qui fçavent
combien il eft facile d'en abufer. Ils
n'envifagent point fans quelque effroi
ce moment trop flateur qui approche où
V. M. jouira de ce droit , funefte à tant
de Rois jeunes , de pouvoir tout fans contrainte
.
Autour du Trône tout eft peril , parce
que tout eft orgueil , délices , pouvoir
abfolu & fi les hommes dans les plus
viles conditions , ont peine à réſiſter à
leurs paffions que l'autorité réprime
que fera-ce d'un Roy , homme comme les
autres , qui poffede lui-même cette aurorité
, & qui n'eft captivé que par fa
propre fageffe , à un âge où l'on connoît
peu cette fageffe auftere , & où on la
goûte encore moins ?
Les applaudiffemens nourriffent la vanité
; les délices amoliffent le coeur , l'indépendance
excite à tout ofer & à tout
faire ; les richeffes , loin de raffafier
par
leur abondance , nourriffent le fatal defir
d'en amaffer de nouvelles ; les plaifirs
laffent par leur multitude & l'on eft
tenté d'en réveiller le goût par des excès .
L'humeur fi fâcheufe dans les Rois qui
s'y livrent , écarte les confeils falutaires ,
& elle s'aigrit par les complaifances affiduës
,
>
D
72 LE MERCURE
·
duës ; la Aaterie bannit la verité , elle
rend odieux ceux qui l'annoncent , elle.
mafque les vices fous les noms même de
la vertu. C'est par ces moyens que les
Rois de la terre deviennent fouvent les
efclaves de leurs defirs : & ceux que
Dieu deftinoit à réprimer les paffions &
l'injuftice des autres , injuftes eux -mêmes
& paffionnez , fe font quelquefois les
tyrans des hommes , dont ils devoient
être les modeles & les peres.
Si une éducation fainte , des inclinations
genereuſes , une pieté tendre , une
docilité aimable , peuvent garantir un
Roy de tant de dangers , nous voyons ,
SIRE , en vous & autour de vous de quoi
nous raffurer . Le jeune Joas dans le Temple
fut- il ou mieux élevé , ou plus docile
: Mais c'eft à Dieu , qui vous a fait
Roy , à vous faire Saint , & à confirmer
dans la pieté par fa puiffance , un coeur
bien né , mais bien fragile.
Nous le lui demandons , SIRE , par
nos prieres affiduës : nous le lui demandons
plutôt que des fuccès & des profperitez.
Car pour un Roy pecheur , que
feroit- ce qu'une grande profperité , finon
un orgiicil plus grand , & des crimes impunis
vous allez le lui demander vous
même dans ce jour folemnel , où vous
recevrez l'onction fainte , & où vous
Vous
DE
JANVIER 1723.
73
vous lierez plus étroitement à vôtre Dieu
par ces feriens facrez , dont l'accom- :
pliffement décidera de vôtre falut & de
nôtre bonheur.
Nous unirons nos voeux à ces voeux
innocens que vôtre coeur lui offrira luimême.
Jugez , SIRE , de la ferveur de
nos prieres par nôtre inquietude ; & par
nôtre
inquiétude eftimez la meſure de
ôtre refpect , & de nôtre amour pour
a vraie gloire de V. M.
Avant que d'arriver à Filmes le Roy
paffa par la petite Ville de Brayne , qu'on
prétend être auffi ancienne que Soiffons.
LePrince deLambefc en eft Seigneur - Comte.
Ce Comté paffa à feu Me la Ducheffe
de Duras , après la mort du Comte de la
Mark fon pere. Elle le donna en dot à la
Princeffe de Lambefc , fa fille . Le Prince
de Lambefc avoit fait preparer toutes
fortes de rafraîchiffemens dans le Château
, avec une très - grande abondance
pour les Officiers de S. M.
Le Prince de Rohan , Gouverneur de
Champagne , accompagné du Marquis
de Grandpré , Lieutenant General de la
Province , & de quantité de Gentils - hommes
, étoit venu au devant de Sa Majeſté
jufqu'à Filmes , où il prefenta au Roy
quatre Députez de la Ville de Rheims ,
chargez des complimens & des refpects
Dij
de
74
LE MERCURE
de la Ville , & de recevoir les ordres de
de S. M. & c.
Le lendemain 22. Octobre , que le
Roy fit à Rheims l'entrée folemnelle
dont nous avons parlé , le Corps de Ville
en habit de ceremonie , tous les Officiers
& Notables Bourgeois , ayant chacun une
Fleur de Lys d'or brodée fur fon habit ,
à l'endroit du coeur , alla à cheval à la
rencontre du Roy jufques à près d'une
lieuë de la Ville. Ils étoient précedez de
leur Garde ordinaire , compofé de 40 .
cavaliers , avec des cafaques bleuës , liferées
de blanc ; deux trompettes marchoient
à la tête , huit Sergens de la Fortereffe
fort bien montez fermoient la
marche , leur habit étoit mi- parti de rouge
& de bleu , ayant les armes de la Ville
brodées en or fur les manches.
ge-
D'abord qu'on apperçut le Caroffe du
Roy , tout le Corps de Ville mit pied à
terre, & quand on fut à portée , le Prince
de Rohan les prefenta à S. M. M.Roland
, Lieutenant des habitans , ou Maire ,
la complimenta , après s'être mis à
noux , & lui prefenta les refpects des habitans
de Rheims . Après quoi le Prince
de Rohan & le Corps de Ville remonterent
à cheval pour fe rendre à la barriere
de la premiere porte de la Ville pour y
venir attendre le Roy , & luy preſenter
les
DE
JANVIER 1723. 75
les clefs , &c. Ces clefs , au nombre de
trois , étoient d'argent , les Armes de
France en formoient les têtes , avec une
Colombe tenant une fiole en fon bec , &c.
On affure que ces clefs appartiennent de
droit à l'Officier Ecoffois qui eft de quar
tier .
On nous a reproché de n'avoir pas expliqué
ce que c'étoit que le Porte Malle,
dont nous avons parlé en décrivant l'entrée
du Roy à Rheims ; nous ajoûterons
ici que c'eft un Officier de la Garderobe
de S. M. lequel monte à cheɣal , lorfque
le Roy va en campagne , pour fervir en
toutes occafions avec fa Malle , couverte
d'une houffe en broderie d'or , aux Armes
de S. M. Il porte dans cette Malle
toutes fortes de commoditez convenables
à l'habillement complet , comme habit ,
linge , Robbe- de - Chambre , bonnet
rubans , &c. Cet Officier , qui a la qualité
d'Ecuyer , eft monté à l'Écurie , & a
autant de relais que le Roy , pour le
pouvoir fuivre , & ne le point quitter.
Le fieur Mouret eft aujourd'hui Titulaire
de cette Charge.
Nous avons parlé bien fuccinctement ,
p. 84. de nôtre Relation , du magnifique
Soleil , dont le Roy a fait preſent à
l'Eglife de Rheims , nous n'avions alors
qu'une legere notion de cet excellent ou-
D iij vrage ,
76 LE MERCURE
vrage , dont nous allons donner une defcription
plus circonftanciée.
Nous remarquerons à cette occaſion
que l'Auteur du Journal de Verdun s'eft
trompé à l'article 3. du mois de Decem
bre dernier , en difant que ce Soleil étoit
enrichi de pierreries , & qu'il étoit fait
fur le modele de celui de Nôtre Dame
de Paris.
L'excellent ouvrier qui a executé ce
beau morceau d'après fes modeles , bien
loin de copier perfonne , paffe pour ne
s'êt e jamais repeté lui -même. On connoît
affez le génie fecond du fieur Germain
, qui traite l'Orfevrerie en habile
Sculpteur , & dont le pere employé avec
diftinction fous le regne de Louis le Grand ,
fe trouve fort bien remplacé par le fils ;
il a paffé une partie de fa vie à Rome à
étudier les plus beaux, reftes de l'antiquité
, & y à laiffé des monumens de ſes
études.
Ce Soleil , qui fans l'éclat emprunté
des pierres précieufes eft d'un prix ineftible
, pele , comme nous l'avons dit ,
cens vingt- cinq marcs ; la hauteur eft de
3. pieds 8. pouces , & fa bafe de 27. pouces
fur 18. de largeur. Elle porre deux
Anges , l'un reprefentant Saint Michel ,
Protecteur de la France , & de l'Ordre
de ce nom , offre à Dieu l'épée Royale ,
l'autre
DE JANVIER 1723 77
l'autre prefente la Couronne. Au milieu
s'éleve un focle , auquel eft aggraffé un
cartouche aux Armes de France , & de
l'autre côté un pareil cartouche , conte
nant l'infcription qu'on verra cy - deffous.
L'Arche d'Alliance eft repreſentée en
bas relief fur la face anterieure du pied
du Soleil , & à l'oppofite les pains de
propofition. Les attributs des Evangeliftes
font l'ornement des 4. angles . Sur ce
pied s'éleve une colomne de nuées , reprefentant
celle qui precedoit le peuple
de Dieu. On y voit les Symboles des
deux efpeces de l'Euchariftie , figurez
par des épis , & par des grappes. Le
S. Efprit , l'ame des actions faintes prefide
au haut de cette nuée , qui femble ſe
partager pour former une gloire d'Anges
& de Cherubins autour du Soleil , tout
éclatant de rayons .
On ne fçauroit donner qu'une idée
très- legere de l'execution de cet ouvra◄
ge. Les figures font vivantes , & d'un
fçavant goût de deffein . Les drapperies
fveltes & legeres . Les nuages fondus ,
& , pour ainfi dire , vaporeux & tranfparens
; les rayons lumineux ; les ornemens
accefloires
, menagez avec fagefle , les
fonds avec art. Tout y eft d'accord , &
lié enſemble par rapport à la compofition
generale. On diroit à examiner cha
Diiij que
78 LE
MERCURE
1
que objet en particulier , que la matiere
a changé de nature , pour en exprimer
le vrai caractère , & que la peinture d'intelligence
avec la fculpture lui ait prêté
l'effet de fes lumieres & de fes dégradations.
C'eft au fentiment des connoiffeurs
en quoi confifte le dernier degré de perfection
dans ces fortes d'ouvrages , dont
on doit la premiere invention au Cavalier
Bernin .
INSCRIPTION.
Louis XV. Roy de Fr. & de Nav.
Couronné à Rheims en la XIII. an. de
fon âge , & la VIII . de fon Reg. le
xxv. d'Octobre м. DCC . XXII . par
Armand Jule de Rohan , Archev. Duc
'de cette Ville 1. Pair de Fr. fit au jour
de fon Sacre ce don à l'Eglife de Rheims.
On avoit pris de grandes précautions à
Rheims pour prévenir la difette de toutes
fortes de denrées , entre autres chofes
on avoit fait des amas très - confiderables
de bois , de foin & de paille , & •
comme ces matieres font extrêmement
combuftibles , le Bailly , Lieutenant General
de Police de Rheims , rendit une
Ordonnance le 20. Aouft 1722. par laquelle
il étoit très - expreffement défendu
à toutes perfonnes , & fous tel prétexte
que
DE JANVIER 1723. 79
que ce puiffe être , de tirer dans les rues,
même dans les maifons , foit de jour ou
de nuit , aucunes armes à feu , petards ,
fufées , &c . même de faire aucun ufage
de la poudre à tirer , &c.
Ce n'étoit point affez que de procurer
l'abondance , il falloit encore empêcher
que les Marchands trop avides ne furvendiffent
leurs marchandiſes , à quoi le
Grand Prevoft de France pourvût par
une Ordonnance du 12. Octobre 1722 .
qui taxe les vivres & denrées de la Ville
de Rheims. Le Roy , Monfieur le Duc
d'Orleans , Regent , & les Confeils y
étant.
Sçavoir ,
Le pain blanc de pure fleur , cuit &
raffis , pefant 7. onces 1. fol.
Le pain bis de 14 onces 1. fol.
Il étoit enjoint à tous Boulangers de la
Ville & Fauxbourgs de Rheims , de te
nir leurs Boutiques garnies de pain , de la
qualité & du poids marqué. Permis aux
Boulangers des lieux circonvoifins d'apporter
du pain journellement pendant le
féjour du Roy , de la qualité & poids ,
&c. pareille permiffion fut donnée aux
Marchands de Vins , Bouchers , Chaircuitiers
, & c.
Le flacon du plus fin vin de Champagne
45. fols.
D v Le
80 LE MERCURE
Le flacon de vin de Bourgogne 40. f..
& des qualitez au deffous 30. f. & 20. f.
Le pot de vin de Rheims , contenant
3. chopines de Paris 20. f.
Le pot de vin mediocre 16. f. & le
petit vin 12. f.
pot de biere de Flandres 9. fols ,
Le
pot
celle du pays 6. f.
; La viande fçavoir , Boeuf , Veau &
Mouton 7. f. la livre.
Le lard à larder 7. f. la livre , le porc
frais 5. f.
Le beurre frais 10. f. la livre , le cent
d'oeufs so. f.
La livre de chandelle de la meilleure
qualité 11. f.
Le foin de la qualité requife , & défenſe
d'en amener , & d'en expofer d'autre
en vente 45. f. le quintal . La botte
pefant 20. liv. vendue dans le cabaret
compris l'attache 10. f.
Le cent de bottes de paille de froment
, pefant 10. à 12. liv. 15. liv. La
botte vendue dans le cabaret 3. f. 6. d.
Le feptier d'avoine de Champagne ,
contenant 8 boiffeaux , mefure de Paris ,
55. fols.
Le demi-quart ou boiffeau de Paris
vende au cabaret 8. f.
Défenſe aux Hôteliers & Cabaretiers
de faire payer l'attache des chevaux ,
lorfqu'ils
DE JANVIER 1723.
81
lorfqu'ils auront fourni le foin & l'avoine.
La corde de bois , compofée de 8. pieds
de longueur , fur 4. de hauteur 32. liv.
Le poinçon de charbon 3. liv. 10. f.
Il étoit enjoint par la même Ordonnance
à tous les habitans de faire reparer
& netoyer les cheminées de leurs maifons
, pour éviter les accidens du feu ,
& d'avoir chez eux des vaiffeaux pleins
d'eau , au moins jufqu'à la concurrence
de 4. fceaux , à peine d'amende arbitraire
contre ceux qui ne feroient point en état
de porter ce fecours en cas d'incendie .
Ordonne en outre de faire débaraſſer
la voye publique , balayer les rues tous
les jours à 7. heures du matin , & amonceler
les ordures & immondices pour être
enlevées , & c .
Tous les Hôteliers , Cabaretiers , Boulangers
, Bouchers , & autres Marchands
obligez d'avoir chez eux en lieu apparent
l'Ordonnance contenant le tau
des vivres & denrées , à peine de cent
livres d'amende. Lefdits Marchands tenus
de faire leur declaration au Greffe
de la Prevôté de l'Hôtel , de la Marchandife
qu'ils vendent , & du lieu où
ils s'établiffent , & c.
Par une autre Ordonnance du même
Grand Prevoft , du 24. Octobre 17 220
D vj il
82 LE MERCURE
il eft enjoint à toutes perfonnes de fair
balayer le devant de leurs maiſons , & les
tenir propres , notamment le jour de la
Proceffion de la Sainte Ampoule , & le
jour que le Roy ira en Cavalcade à Saint
Remy. Défenſe d'empêcher le paffage &
embarraffer les rues , &c. ordonne que
les rues foient tapiffées d'une maniere
décente & convenable , & défenſe à tous
habitans du Ban S. Remy , & autres ,
même aux habitans du Chefne le Populeux
, de porter aucunes armes , telles
qu'elles foient , &c.
Les quatre Seigneurs qui ont fervi dôtage
pour la Tranflation de la Sainte Ampoule
, & que nous avons nommez dans
nôtre Relation , reçûrent chacun une
Lettre de Cachet , dont voici la teneur.
M. le Marquis.... la puiffance Divine
qui m'a destiné à porter la Couronne de
mes ancêtres , n'ayant ceffé de me donner
des marques de fa protection , en confervant
mon Royaume dans une heureuse
tranquillité , j'ai crû ne devoir pas differer
à me mettre en état de feconder fes .
deffins , en recevant l'Onition Sacrée à
laquelle il a attaché les graces les plus
neceßaires aux Rois ; c'est pourquoi j'ai
réfolu de me rendre en ma Ville de Rheims
1: 25. du mois prochain pour la ceremo nie
de
DE JANVIER 1723. 83
de mon Sacre. Je defire qu'elle foit accomgnée
de tout ce que l'ancien ufage a introduit
de plus augufte pour fa folemnité ,
que vous affiftiez pour fervir d'ôtage.
de la Sainte Ampoule . Je vous fais cette
Lettre de l'avis de mon oncle le Duc d'Or
leans , Regent , pour vous en donner avis,
ne doutantpas que vous ne vous rendiez leditjour
près de moi .Je prie Dieu qu'il vous
ait , M. le Marquis ..... en fa fainte garde.
Ecrit à Versailles le 24. Septembre 17220
Signé , LOUIS , & plus bas Phelippeaux
, & au dos est écrit à M. &c..
Nous avons dit dans le premier volu→
me de nôtre Relation dur Sacre , & c . que
les ornemens Royaux , confervez dans le
Tréfor de S. Denis , furent portez à
Rheims par trois Religieux députez de
cette Abbaye , nous ajoûterons que ces
ornemens anciens , & les nouveaux qui
ont fervi à la ceremonie du Sacre , ayant
été remis aux mêmes Religieux , ils en
donnerent le recepiffé qu'on va lire.
Nous fouffigne , Grand Prieur & députez
Religieux de l'Abbaye Royale de
S. Denis en France pour affifter au Sacre
de S. M. Louis XV . Roy de France & de
Navarre , reconnoißons que M. George
René Binet , Ecuyer , Seigneur de Bois
Giroux , Confeiller du Roy en fes Confeils ,
Premier Valet de Garderobe de S. M, Cher
valier
84
LE
MERCURE
,
valier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
* Lieutenant de Roy de Châtillon - lez-
Dombes , & Capitaine de Cavalerie , nous
a remis cejourd'hui la Couronne , le Sceptre
la Main de Justice ' , l'Epée , les
Eperons de Charlemagne , & l'Agraffe
du Manteau Royal , tire du Trefor de
S. Denis., & par nous apportez à Rheims
pourfervir au Sacre & Couronnement de
S. M. De plus , ledit fieur nous a remis
le Manteau Royal , la Dalmatique , la
Tunique , la Camifole , & les Bottines qui
ont fervi cejourd'hui au Sacre de S. M.
pour le tout être reporté en ladite Abbaye
de S. Denis , & remis au Tréfor pour y
être gardé , fuivant la coutume pratiquée
en pareille ceremonie. Enfoi dequoi nous
avons figné & délivré la prefente décharge
audit fieur Binet. Fait à Rheims ce 25 .
Octobre 1722. fignez François Anceaume,
Grand Prieur , Fr. François de Faverolles,
Treforier & Député. Fr. J. Bapt. de Bourneuf,
Député.
En parlant des deux Huiffiers de la
Chambre du Roy , portant leurs Maffes,
nous avons dit , page 110. qu'ils étoient
vêtus de blanc. Il falloit dire qu'ils étoient
habillez d'un pourpoint de latin blanc ,
les manches tailladées à plufieurs étages ,
& la chemife bouffante
par ces ouvertures
; ayant les haut- de - chauffes auffi de
fatin
DE JANVIER 1722:
85
fatin blanc , retrouffez comme les chauffes
des Pages , avec le Manteau de pareille
étoffe , doublé de même . Le bas de chauffe
de foye gris de perle , les fouliers de velours
blanc , la toque de fatin blanc . Cha
cun de ces deux Huiffiers portoient une
Maffe d'argent doré , appuyant & pofant
contre leur épaule le haut de la Malle .
A l'endroit de la Communion du Roy,
le jour de fon Sacre , nous avons omis
les fonctions de deux Officiers de la Maifon
du Roy , qui font le Chef de Panreterie-
bouche , & le Chef d'Echanfonnerie-
bouche. Après que le premier eut mis
fa nape fur le fiege pliant , placé au milieu
du bas de l'Autel , qui fut étalée par
deux Clercs de Chapelle , le Chef d'Echanfonnerie
ayant au moment de la Communion
verfé un peu de vin dans une coupe,
pofée fur une fous-coupe , & en ayant
fait l'effai , il mit cette coupe entre les
mains du Marquis de Livri , Premier
Maître d'Hôtel , duquel le Celebrant la
prit , & la prefenta à S. M. qui en prit
quelques goûtes après la Communion , &
en même temps le Roy s'effuya la bouche
avec une ferviette frailée qui lui fut prefentée
par Monfieur le Duc d'Orleans
après l'avoir reçûë fur une affiette d'or
des mains du Chef de Panneterie - bouche.
La Compagnie des Chevaliers de l'Arquebufe
86 LE MERCURE
quebule de Rheims s'eft montrée plufeurs
fois au Roy dans fon état le plus
brillant , le jour de l'entrée de S. M. &
le jour de la Cavalcade. Tous ceux' qui
la compofent étoient richement parez
d'habits uniformes . Cette Compagnie eft
fort ancienne , & en réputation de beaucoup
d'adreffe dans l'exercice des armes
à feu.
En ráportant ce qui s'obferva lorfque le
Roy toucha les malades , page 202. nous
avons omis que trois Chefs du Gobelet
de la Maifon du Roy fe trouverent à
l'endroit où finiffoit le dernier rang des .
malades que S. M. toucha , avec trois
ferviettes mouillées differemment , qu'ils
renoient chacun entre deux affietes d'or
& dont le Roy fe lava les mains . La premiere
, imbibée de vinaigre , fut puelentée
par Monfieur le Duc d'Orleans , la
feconde , mouillée d'eau commune , par
le Duc de Chartres , & la troifiéme
trempée d'eau de fleur- d'Orange , par le
Duc de Bourbon .
像
5
En parlant des prifonniers délivrez
nous n'avons point ipecifiez les crimes
exceptez dans le pardon de S. M. & que
le Roy & fon Confeil ont trouvé irremiffibles
, fçavoir.
Les Duels.
Les vols de grands chemins.
Les
DEJANVIER 1723. 87
Les crimes de Leze- Majefté divine &
humaine .
Le Poifon .
La fauffe Monnoye
Le rapt & le viol.
Les incendies prémiditez.
Les affaffinats de guet- à- pend.
Les faux- fauniers & contrebandiers
en attroupement avec ports d'armes.
Ceux qui font condamnez à garder
prifon par ordre des Maréchaux de France.
Les fauffetez commifes par les Officiers
de Juſtice , & autres Officiers publics.
Les déferteurs.
Ceux qui font prifonniers pour amen
des au profit du Roy.
Lorfque leRoy vit à fon retour leTréfor
de S. Denis, S. M. confidera particulierement
une Agathe Onyce de la derniere
beauté, de figure ovale , large d'environ 5 .
pouces , fur laquelle eft gravée la figure
d'un Empereur Romain en bufte , avec
une cuiraffe à écailles , ce qui avec la
beauté du travail fait une fingularité remarquable.
Le Roy demanda fi le P. de
Montfaucon avoit parlé de cette piece
dans fon grand Recueil d'Antiquitez ; on
répondit à S. M. que ce Pere en parloit
dans la feconde édition de cet ouvrage ,
& qu'il croit que c'eft la figure de l'Empercur
88 LE MERCURE
pereur Probus , dequoi il donne des preus
ves , qu'il explique avec autant de netteté
que d'érudition .
La Couronne de Diamans qui a fervi
aux ceremonies du Sacre du Roy , dont
nous avons donné la defcription , eft trèsbien
gravée en taille- douce , & fe vend
chez le fieur Antoine , rue des Carmes
à l'Hôtel de Soiffons , à Paris ; ce qui
nous diſpenſe de la donner ici .
HYMNE A LA PARESSE ,
Par M. Deflandes.
Enez , adorable Pareſſe ,
Retranchez de mon coeur les foins & les
defirs ,
Sans vous , il n'eſt point de ſageſle ,
Il n'eft point de vertus , ni même de plaifirs .
Vos favorables foins , & toute vôtre addreffe
Ne tendent qu'à nous rendre heureux ,
Vous fçavez ajuſter nos voeux ,
A l'aimable Délicateffe ,
D'un fentiment voluptueux.
Les biens , que par vôtre art prodigue la
nature ,
Sont
DE JANVIER 1723. 89
Sont toûjours neufs , & rien ne peut nous les
ôter ;
Vous livrez à nos coeurs une richeffe fure ,
En nous accoutumant à ne rien ſouhaiter . En
Ainfi que de Themis , & du Dieu de la
guerre ,
Vôtre cour eft fertile en fages , en Heros ,
Qui d'eux feuls occupez , & dans un plein
repos , -
Comptent pour rien toute la terre ;
Qui regardent du port les foins tumultueux ,
Et les vaftes projets des mortels malheureux .
Guidé par tes confeils , trop utile Pareffe ,
Je connus tout le prix d'un fludieux loifir í
Mon coeur ne chercha point la brillante
cheffe ,
Moins jaloux d'amaffer que de fçavoir jouïr.
Delà vint mon humeur docile ,
Que les foins importuns troublerent rarement,
Amoureux d'un deftin tranquille ,
J'empruntai mes vertus de mon temperamment,
Et fans aller briquer un embarras illuftre ,
Peu connu je parvins à mon fixiéme luftre.
Odouce non- chalance to repos précieux !
Vous
90 LE MERCURE
Vous me faites goûter un fort délicieux ;
Vos charmes rafinez par une heureuſe addreffe,
Derident l'austere fageffe ,
Et tel paffle pour vertueux ,
Qui n'eft au fond que pareffeux.
*******************
DISCOURS prononcé dans l'Eglife
de S. Denis , en prefentant le Corps
de MADAM E. Par M. l'Abbé de
S. Geri de Magnas , Premier Aumônier
de MADAME.
CE
Ette femme forte que le Sage trouvoit
plus rare & plus précieuſe que
les perles que l'on va chercher jufqu'aux
extrêmitez de la terre , MONSIEUR , eut
le bonheur de la trouver , & nous avons
aujourd'hui le malheur de la perdre .
Mon Reverend Pere , comme au milieu
de vôtre profonde folitude , vous n'avez
pû ignorer que la vie de MADAME a
ajoûté un nouvel éclat aux Lys de la
France , nous venons vous apprendre que
fa mort a été un miracle de la grace.
Ici reprefentez- vous la premiere Princeffe
du Royaume , & la plus grande de
toute l'Europe , prête à rendre les derniers
DE JANVIER 1723. 98
7.
niers foupirs. A peine a- t'elle reçû le Sacrement
des mourans`, dont le feul арра
reil effraye prefque tcûjours les plus forts ,
qu'elle voit tomber à fes pieds fon cher
fils , fondant en larmes ; ce fils fi cheri
& defiré par tant de voeux , ce fils enri
chi de ces talens qui ont formé dans l'Antiquité
les Heros & les Sçavans , ce fils
enfin digne d'une telle mere. Ce fpectacle
qui devoit l'attendrir & lui faire fentir
toutes les horreurs de la niort , n'a
fervi qu'à nous donner de nouvelles preuves
de fa grandeur d'ame , & de fa fermeté
dans la Religion ; uniquement occupée
de cette Couronne immortelle ,
que Dieu ne réſerve qu'à ceux qui combattent
genereufement jufqu'à la fin ;
bien-loin de pleurer , elle entreprend
d'effuyer les larmes les plus juftes de fon
cher fils par cette Sentence qui devroit,
& mon Dieu , être à jamais gravée dans
le fond de nos coeurs vous pleurez, mon
cher fils , lui dit - elle , avez- vous crû
que j'étois immortelle ? Eh , ne fçavezvous
pas que le Chrétien ne doit fouhaiter
de vivre que pour apprendre à mourir !
Que reste- t'il , ô mon Dieu , pour achever
un fi grand facrifice , que de vous
être offert par des mains auffi pures ,
auffi innocentes que celles de ces illuftres
& faints Religieux , qui font une des plus
&
nobles
2 LE MERCURE
·
nobles portions du troupeu de Jefus
Chriſt .
Abregé de la vie de MADAME.
M
ADAME étoit fille de Charles-
Louis , Electeur Palatin du Rhin ,
&c. Il ne regarda pas comme une choſe
au deffous de lui de s'appliquer à l'éducation
de fes enfans ; il la crug le premier
devoir d'un pere. Il faut concevoir
les vertus de cet Electeur , vrai , grave ,
fevere , bon , & religieux pour connoître
les foins qu'il prit de fon enfance , & les
qualitez que les foins firent naître dans
l'ame de MADAME.
Demandée en mariage pour MONSIEUR
par Louis XIV. la condition
principale fut qu'elle embrafferoit la Religion
Catholique. L'ambition ni la legereté
n'eurent point de part à fon chan--
gement ; le refpect & la tendreffe qu'elle
confervoit pour Madame la Princeffe
Palatine , fa tante , qui étoit Catholique ,
• ne lui permirent pas de refufer l'linftruction
: elle écouta le Pere Jourdan , Jefuite
née avec cette droiture qui l'a fi
fort diftinguée pendant fa vie , elle ne réfifta
pas à la verité.
;
Elle fit abjuration à Metz , elle fut
épousée par M. le Maréchal Dupleffis :
MONDE
JANVIER 1723. 93
་
MONSIEUR vint au devant d'elle à
Chalons , le Roy la re çut à Villers - Coterets.
La verité a été le caractere particulier
de MADAME, elle a re gné dans fon
efprit par la jufteffe de fes penfées ; dans
fon coeur par la droiture de fes fentimens
; dans fes difcours , par la fincerité
de fes expreffions ; dans fes promefles ,
fa fidelité à les accomplir ; dans fes
actions par l'égalité de fa conduite , qui
a répondu aux bienféances de fon rang ,
aux devoirs de l'humanité , & aux maximes
faintes de la Religion.
par
On ne peut trop élever , trop loiier la
fidelité auftere , la tendreffe , la complaifance
qu'elle eut pour MONSIEUR :
pour les femmes , c'eft un modele.
Née avec un coeur genereux & tendre
, elle n'entendoit jamais le rec´t d'un
trifte évenement fans en être attendrie ,
jufqu'à verfer des larmes. Quelle dûc
être fa fenfibilité aux malheurs de fa Patrie
trop heureuſe , fi pour l'en délivrer
elle cut pû comme les Judiths & les
Efthers expofer la vie . Dieu éxigea d'elle
un facrifice infiniment plus grand d'immoler
toute fa tendreffe à la fidelité de
fon Roy. Unie à la France , fes ' interefts
furent les fiens , c'eft ce qui lui attira
l'eftime & la confiance de Louis XIV.
pour
94 LE MERCURE
pour les Princeffes Etrangeres ; quel
exemple !
Elle rendit à fes enfans l'éducation
qu'elle avoit reçûë de fon pere , elle les
forma pour le bonheur de l'Europe , elle
ne voulut pas même qu'ils reçuffent le
châtiment d'une main étrangere ; tous
les enfans de MONSIEUR furent les fiens.
La Reine d'Espagne & la Reine de Sardaigne
l'ont regardée comme leur mere ;
il y eut toûjours entre elles un commerce
de foins & de tendreffe. Ce qu'elle a
fenti pour Monſeigneur le Duc d'Or
leans & Madame la Duchefe de Lorraine
eft au-deffus de l'expreffion ; nous n'en
donnons point de marques particulieres ,
ceux qui l'approchoient fçavent que tɔut
parloit en elle , qu'elle fuffifoit à peine au
feul plaifir de les voir.
La conduite qu'elle a tenue à l'égard
de Mademoiſelle , aujourd'hui Abbeffe
de Chelles , fait connoître que fa ten .
dreffe pour fes enfans , quoiqu'extrême ,
n'en étoit pas moins raifonnable. Cette
Princeffe meritoit par les plus rares qualitez
l'amitié que MADAME lui prodiguoit
; elle formoit encore fon efprit &
fon coeur fur un fi grand modele ; mais
fidele aux attraits de la grace , dès qu'elle
connut les dangers attachez à fa naiffance
& à fon rang , elle partit de S. Cloud
મે
DE
JANVIER 1723.
95
à fix heures du matin pour Chelles. MADAME
furprife & irritée d'un départ li
précipité , impatiente d'en apprendre les
motifs , elle vint trouver Midemoiſelle
dans fa chere folitude. Du côté de fon
établiſſement , elle lui fit concevoir les
plus hautes efperances , l'affurant que
malgré la loi qu'elle s'étoit faite de ne fe
jamais mêler d'aucune negociation , elle
entreprendroit celle- ci avec d'autant plus
de chaleur , qu'elle avoit lieu de fe flater
d'un heureux fuccès. Du côté de fa ferveur
& de fon zele , elle lui repreſenta
que vouloir tendre à la plus grande perfection
, c'étoit fouvent pour les perfonnes
de fon âge une tentation très dangereufe
; que rien n'autorifoit plus le mépris
que le monde fait injuftement des Etats
les plus faints , que le relâchement de
ceux qui les embraffent ..
MADAME ne refufoit pas de conduire
la Victime à l'Autel , elle craignoit qu'un
Sacrifice qui devoit être perpetuel , ne
devint rebutant , que la Victime trop
tendre ne gemit enfin fous un glaive toûjours
levé , toûjours penétrant jufqu'au
coeur , pour y feparer ce qu'il y a de plus
fenfible & de plus féduifant. Mais la jeuneffe
fe refufa conftamment aux plaifirs,
la beauté parut fimple & negligée , la
délicateffe trouva des forces pour fouffrir .
E A
96
LE
MERCURE
A ces privations cruelles , MADAME
crut voir tomber du Ciel ce feu dévorant
, qui marque que la Victime eft
agreable au Seigneur ; elle ne voulut pas
lui refufer ce qu'il acceptoit par un figne
fi fenfible ; elle ne retarda plus l'appareil
du Sacrifice ; elle l'a vû fe perpetuer, &
confervant jufques à la mort une amitié,
tendre pour cette Princeffe , elle a montré
que la Religion avoit fait toute la prudence
de fes démarches , & la part qu ' elle
eut à ce Sacrifice ; auffi a- t'elle vû la puiffance
de fon fils s'affermir , & nous don❤
ner une paix plus aimable que la victoire ;
des Rois venir lui demander fes filles en
en mariage pour les heritiers de leurs
Etats ainfi le Sacrifice de la fille de
Jephté fit le falut d'Ifraël & la gloire de
fa maiſon.
Elle fut fi touchée de la mort de Mon-
SIEUR qu'elle forma le deffein de quitter
la Cour ; elle vint prendre congé de
Louis XIV . elle defiroit qu'il lui marquât
le lieu de fa retraite ; ce grand
Roy ne put fe confoler de la perte de
MONSIEUR , qu'en retenant MADAME
auprès de lui ; mais au milieu de la Cour ,
MADAME ne voyant plus celui à qui
feul elle avoit voulu plaire , elle renonça
aux parures & aux ornemens de fon
fexe , & de les pierreries ; elle fe fit un
fond
DE JANVIER 1723. 97
fond pour avoir la facilité de payer fes
Officiers.
MADAME ne vivoit point au hazard ,
elle s'étoit fait un plan de vie , elle s'étoit
choifi trois jours de la femaine pour la
meditation des Livres faints , elle fut
exacte à la priere du matin & du foir
elle lifoit fix chapitres de l'Ancien Teftament
, & trois du Nouveau ; fi elle étoit
interrompue dans une pratique fi fainte
le lendemain elle doubloit fa lecture , de
peur que la neceffité la plus jufte ne devint
une occafion de relâchement ; elle
s'étoit fait un devoir d'entendre la Meffe
tous les jours ; fes exercices , fes voyafes
maladies ne furent point pour
elle un prétexte pour s'en exempter , elle
communioit aux jours folemnels ; nous
étions édifiez des fentimens de Religion
qu'elle faifoit paroître.
ges ,
Le pauvre paroiffoit fans crainte devant
elle. Ce qu'elle deftinoit chaque
mois pour les plaifirs , dès le quatriéme
jour étoit confommé en charitez.
Epoule , elle fut fidelle ; mere , elle
fut tendre , Princeffe , elle facrifia tout
aux interefts de l'Etat veuve , elle ne
fongea plus à plaire ; Chrétienne , elle
remplit les devoirs de la Religion : ce
qu'elle a dû faire eft l'hiftoire de fa vie.
Le 2. du mois de May dernier elle
E ij joüiffoit
1
98 LE MERCURE
joüiffoit d'une fanté parfaite ; mais on
craignoit qu'elle ne retombât dans fes
affoupiffemens , qui nous avoient donné
des allarmes fi cruelles. Son premier
Medecin la preffa de fe laiffer faigner
elle eut un preffentiment que cette précaution
lui feroit funefte ; cependant elle
permit qu'on la faignât . Le Chirurgien
après l'avoir piquée fe fentit tout à coup
affoiblir , & tomba à ſes pieds ; fon bras
fut mal lié , elle perdit beaucoup de
fang.
Depuis cet accident , la fanté de MADAME
devint toûjours plus foible ; elle
prit fi peu de nourriture , que l'on s'ap- ,
perçût chaque jour qu'elle maigriffoit .
Languiffante , & déja preparée à mouir
, cependant déterminée d'entreprendre
le de Rheims , elle nous ap- Voyage
prit par fon exemple qu'on peut rifquer
la vie , mais jamais fon falut. La veille
de fon départ MADAME fe rendit à Saint-
Euftache , fa Paroiffe , elle y fit fes dé
votions avec le même recueillement , que
fi ç'eût été le moment décifif de fon éternité.
Elle partit le 12. Octobre , ne pou
vant refufer à la tendre amitié qu'elle eût
toûjours pour fon Roy , d'affilter à fon
Sacre ; elle le vit , & fut comblée de
joye.
Charmée d'avoir trouvé l'occafion de
donner
DE JANVIER 173. 99
donner les dernieres marques de fa tendreffe
à Madame la Ducheffe de Lorraine
, le plaifir qu'elle fit paroître de
la voir fuivie d'une famille auffi accomplie
, nous annonçoit un adieu tragique ;
cependant le moment du départ arrivé ,
Madame la Ducheffe de Lorraine parut
tout en pleurs , & MADAME la quitta
fans verfer une larme ? Occupée du Ciel,
elle ne jettoit plus des regards fur la terre
que pour y faire des Sacrifices .
De retour à Saint Cloud , fa maladie
augmenta , fes forces diminuerent , elle
fentoit des douleurs aiguës , fa foy fit fa
patience. Souffrant de fes maux , nous
voulumes la plaindre. Ah ! nous dit- elle ,
puifqu'il est juste que le pecheur fouffre en
cette vie ou en l'autre , il eft d'un infenfe
de ne pas s'estimer heureux de fouffrir en
cette vie.
Nous lui reprefentâmes pendant fon
voyage , & les derniers jours de fa vie
que fa fanté ne lui permettoit pas de venir
à fix heures du matin entendre la
Meffe dans des Eglifes de Campagne ,
qui la plupart font ouvertes aux vents &
aux brouillards de l'Automne où nous
étions , ni de fe tenir à genoux , fitua
tion où elle pouvoit à peine refpirer. Elle
nous répondoit : je fuivrai la maxime de
l'Evangiles pour fauver fon ame , il faut
Sçavoir la perdre.
E iij Enfin
100 LE MERCURE ?
Enfin le Reverend Pere de Liniere lul
annonça qu'il falloit mourir ; elle ne fut
point furprife , & fe difpofa fans trouble
à recevoir les derniers Sacremens . Elle
les reçût avec le recueillement & cette
tendre pieté qui nous avoit édifié tant
de fois.
Elle ne fut point agitée par cette foule
de penfées qui rendent la mort du pecheur
terrible ; la paix du coeur avec
toute la confiance qu'elle infpire , & toute
la grandeur qu'elle fait paroître , regna
dans fes actions & fes paroles..
On fit approcher MONSEIGNEUR le
Duc d'Orleans ; elle le vit tomber à fes
pieds . Nous craignions que ce fpectacle
ne lui fit fentir toutes les horreurs de la
mort il le craignit lui même , & fembla
fe refufer à fes embraffemens . Elle voulut
l'embraffer , & le benir ; elle ne s'arrêta
pas à ple rer un tel fils , elle entreprit
d'effuyer fes larmes Vous pleure
mon fils , lui dit-elle , avez vous crû que
j'étois im ortelle , & ne fçavez- vous pas
que le Chrétien ne doit fo thaiter de vivre,
que pour apprendre à mourir.
Rien de ce qu'elle alloit quitter ne lui
fut caché ; ce qu'elle eût de plus cher fe
montra à elle avec tout ce qui fait naître
le regret & la douleur. Madame la Ducheffe
d'Orleans vint recueillir fes dernieres
DE JANVIER 1723. ΤΟΥ
nieres paroles , comme autant de précieufes
fentences ; elle voulut que Monfeigneur
le Duc de Chartres fut témoin
d'une mort fi heroïque , moins pour l'admirer
, que pour lui apprendre qu'une
telle fin ne fçauroit être que le fruit
d'une femblable vie. MADAME les,
combla de benedictions ; que fon facrifice
nous parut grand ! fa force fit nôtre foibleffe
, fa chambre retentit de nos regrets.
& de nos cris.
Le Miferere , le Vers à Soye , & le
Dé à coudre , font les trois mots des
Enigmes du dernier mois,
MMMMMMMMY M¥¥¥KKK
PREMIERE ENIGME.
Par le P. P. M***
Quoique toujours faite en coquille ,
Je fers les gens de Cour comme le pelerin ,
Par moi l'adolefcente fille ,
Aux vices , aux vertus peut s'ouvrir le chemin,
On m'apporte en venant au monde ,
On me prête fans me quitter ,
Envain femme fâcheuſe gronde ,
E iiij
Le
3
102 LE MERCURE
Le bon mari fans moi ne s'en peut entêter.
L'on m'ouvre , l'on me ferme , & jadis dans la
Grece ,
Pour m'avoir fermée à propos ,
Un Heros triompha de la flateuſe addreffe ,
De cent monftres cruels qu'enfanterent les flots.
SECONDE ENIGME.
Rès de ma mere , & fujet au reproche
, PRès
Je me fens tout d'un coup par mon maître eng
·
lever ,
Et quand pour me faifir je le vois arriver ,
C'eft d'ordinaire avec fa cloche ;
Mais non content de mon cruel deftin ,
Et de me réduire à la taille ,
Quoique je n'aye pas la maille ,
Il me demande encor du vin ;
Mais malgré toute la furie
Et le fer tiré du foureau ,
Très fouvent toute fon envie
Ne trouve chez moi que de l'eau,
TROIDE
JANVIER 1723. 103
TROISIEME ENIGME.
N Tableau d'ordinaire eft toûjours attaché
, UN
On le change fort peu de place ,
Pour moi , foit qu'n pleuve , ou qu'il
glace ,
> En Ville , en campagne , au marché
On me voit très-fouvent parmi la populace ,
Pour me voir à plaifir l'Ecolier fort de Claffe,
Et celui qui me porte eft toûjours empêché ;
Mais ferme à fon devoir pour éviter reproche
11 s'attache à me conferver ,
Et pour mieux me faire obferver ,
J'ai pour lors le pied dans fa poche.
Q
AIR A BOIRE.
Uoi plenvra t'il toûjours ? implacable
deftin ,
Ceffez de declarer une éternelle guerre
A l'aimable Dieu du raifin ,
Voulez- vous inonder la terre ?
Ah ! fufpendez les eaux , faites couler dur vin..
Ev NOU
1104
LE
MERCURE
NOUVELLES LITTERAIRES.
DES BEAUX ARTS , & c.
LETTRE de Rabi Ifmaël Ben-
Abraham , Juif converti. T
A M. l'Abbé Houteville , furfon Livre,
intitulé la Religion Chrétienne , prouvée
par
faits . A Paris , chez Thibouft,
Place de Cambrai 1722. 205. pages
fans compter la Preface qui est de
XXVIII. pages.
O
N fe tromperoit fi l'on s'imaginoit
que l'Auteur de cette Lettre ne fe
déguite fous le voile d'un Juf converti ,
que pour faire valoir les raifons dont
Orobio & les autres Juifs fçavans foutiennent
leur incredulité contre le Chrif
tianifme. L'Auteur prétend feulement
faire voir , & cela avec beaucoup de menagement
que M. l'Abbé Houteville n'a
aucune connoiffance des Livres Juifs , &
qu'il ne les a jamais lûs .
Il impute les fautes où M. Houteville:
eft tombé au train commun des études
qui menent rarement à une connoiffance
approfon
DE JANVIER 1723. 105
се
CC
approfondie. Ilfe plaint qu'on n'apprend
pas la Langue Hebraïque dans les baffes
Claffes , comme on le fait , dit- il , en
Allemagne , & en Hollande. Il n'eft pas
rare de voir dans nos Colleges des jeunes
gens qui fçavent l'Hiftoire fabuleuſe ; «<
mais interrogez - les fur l'Hiftoire des
Hebreux , la plus ancienne du monde ; «
il n'y en a pas un qui puiffe répondre
fur quatre articles. Ce mal n'eft point
des derniers fiecles ; les premiers Pe- «
res de l'Eglife , dit - il , connoiffoient
le Judaïfine & fes Docteurs. «
peu
Un Juif fuit fes principes , lorsqu'il
donne à fes enfans dès l'âge la plus ten- «.
dre le Thoran , ou le Pentateuque à «<c
étudier ; un Mahometan ne s'écarte
point de ſes maximes , lorfqu'il prefente «
aux fiens un Alcoran. Les Chrétiens ce
feuls , & fur tout les Chrétiens d'Eu- «
rope , defcendus des Romains & des «
Grecs , ont voulu être leurs heritiers jufques
dans leurs Fables. La pofterité ne «
fera- t'elle point furprife , lorfqu'elle «
verra qu'après le gain d'une bataille , "
l'hiftoire d'aujourd'hui marque plutôt
une action de Mars , de Pallas ou de Ju- «e
piter , que les faits même dont il s'agit «
& les louanges qui en appartiennent au «e
veritable Dieu . Il y a même bien de
l'apparence qu'elle fera dans ce doute.c
E vj honteux:
CC
Ce
ce
C85
106 LE MERCURE
གམཆོག སུནབ|སཾཁོ
n
» honteux pour nous , fi effectivement
»nous n'étions point idolâtres & Chré-
» tiens tout enſemble . Si les Payens n'ont
» pas été chez les Juifs chercher de quoi
» honorer leurs conquerans , pourquoi
>> allons-nous chercher chez les Payens
» de quoi illuftrer les nôtres ? C'eft ce dé-
»faut primitif de nôtre éducation , pour-
» fuit toûjours l'Auteur,qui nous détour-
» ne d'étudier dans les fources les Dog-
» mes que la Religion nous enfeigne ;
» enfin les études telles qu'elles fe diri-
» gent dans la plupart des Colleges de
» l'Europe , font ou préjudiciables , oụ
» peu utiles , ou au moins indifferentes à
"la Religion. L'Auteur prétend en-
» fuite que M. Houteville ne parle pas
» affez fenfément , lorsqu'il veut nous
"
faire concevoir que les travaux de
» M. Pafchal auroient été profonds
» s'il avoit furvécu à fon deffein. La preu-
» ve du Cenfeur en eft fimple.. M. Paf-
» chal donna fur le champ dans des Myf
tagogies qui ne menent à rien ; & à
l'exemple de quelques Commentateurs
» peu inftruits , il marcha à des flam-
» beaux plus féduifans , que capables de
guider.Le principe des plus fages Theolegiens
, principe fûr , & inconteſtable
» à tout homme de bon fens , c'eft
2
"
ود
22
que
fenfu myftico non fit argumentatio . Pourquoi
.
DE JANVIER 1723. 107
氨
quoi donc M. l'Abbé Houteville vient- &
il nous dire froidement que cette Myl- «
tagogie renferme des déinonftrations ?
A propos de Mystagogie ce n'eſt qu'à «
regret , dit- il , que j'entends dire à
Saint Juftin que les Apôtres font les «
fonnettes de la Religion Kadavas, quia
in omnem terram exivit fonus eorum ; «
l'on Myſtagogiſe éternellement , les ce
difficultez réelles en font- elles plus ex- e
pliquées ? c'eft faute de bonnes raifons ce
que M. l'Abbé Houteville a donné dans ce
l'Anagogie , & il n'a pû en avoir de «
meilleures , parce qu'il n'avoit pas fait «<
les études convenables , telles que font «
la connoiffance des Langues pour tous «
les textes , la critique des Auteurs des «
differens peuples , & une Philofophie , «
c'est- à - dire , une Dialectique fans pré-
´vention . «
Après cette Preface l'Auteur commence
fa Lettre par les louanges qui font
dues à M. l'Abbé Houteville ; il critique
enfuite fon ftile , & dit qu'un homme
qui brave les Déïftes peut bien auffi
affronter la Langue Françoife.
Le Cenfeur blâme enfuite l'ordre du
Livre de M. Houteville , mais ce détail
nous meneroit trop loin .
Il prétend auffi qu'on trouve dans la
Synagogue des adverfaires difficiles à
defar108
LE MERCURE
M
defarmer , & que c'eſt un défaut du Livre
de la Religion prouvée que de n'en
point parler. Jufqu'à ce que ces Juifs
ayent paru fur le champ de bataille ,
dit- il , & tant que ce champ vous fera
» encore difputé
99
de vainqueur ?
+
, comment vous traiter
A l'égard des premiers Défenfeurs de
l'Eglife , les réflexions de M. l'Abbé
» Houteville devoient tomber fur les rai-
» fons que les Peres avoient employées
pour la défendre. Pourquoi donc , dit le
» Cenfeur depuis la p.69. jufqu'à la p. 79.-
"ne parlez - vous que de leurs connoiẞances
» inexactes fur la nature de l'efprit , que
de la préexiftence des ames , que des
» extafes des femmes Montaniftes, que du
» Millenarifme reçû unanimement par ces
premiers Peres ? On attendoit ici , dit
» le Cenfeur , quelques obfervations fenfées
fur leur maniere de raiſonner , par
exemple , fur l'ufage qu'ils avoient fait
des Livres des Sybilles , ou des Ora-
» cles , contre le Paganifme ; fur leurs
citations de l'Ecriture , frequentes ,
" mais quelquefois peu exactes contre la
Synagogue. Comme vous avez commencé
par Saint Juftin , voulez - vous ,
» M. que nous examinions en peu
mots ce que vous avez dit du Dialogue
de ce Pere avec Triphon. Ce Dialogue,
»
de
ditesDE
JANVIER 1723 100!
dites-vous , eft un des morceaux les plus
travaillez , & les plus didactiques qui
nous foient venus de la main des ancêtres :
il est raisonné , methodique , profond f
varié de je ne fçai combien de recherches
qui tendent toutes à prouver que Jeſus-
Chrift eft le liberateur promis ; toutes les
difficulte de la Synagogus y font expofees
& répondues avec force , & avec
clarté.
Si le Juif eft renverfe par le Dialogue c
de Saint Juftin avec Tryphon , dit le «
Cenfeur, il fuffifoit ou d'y renvoyer, ou «
de le traduire ; mais , M. pourfuit-il , nous co
ne vous croirons point ici , nous faifons &
une autre eftime de la Religion prou- «
vée , S. Juftin étoit un grand homme ; &
on l'avoue , mais vous ne nous dites «-
plus comme lui , que Jefus- Chrift eft
l'Ange apparu à Abraham , à Jacob , «
l'Ange de la Colomne de feu , & c. ce «
n'eft pas un article de votre Theologie
comme de la fienne , que toutes ces appa- ce
ritions font des preuves de la Trinité , «
vous ne croyez pas avec lui que le Juif «
qui a la foy en Jeſus - Chriſt eſt ſauvé ,
quoiqu'il obferve la loi. Jugeriez - vous «
encore comme lui , M. que lorfque nous «
lifons dans la Genefe , & in fanguine «
uva pallium fuum , cela veut dire , que fi
Jefus Chrift a du fang, il ne le tient point
ce
6
de
1
FFO LE MERCURE
>
de l'homme , parce que ce n'est point l'homme
mais Dieu qui fait croître la vigne ;
que lorfque Moyfe fit mettre des fonnettes
à la Robbe du Grand Prêtre de la Loy
il n'avoit en vûë que les Apôtres de Jefus-
Chrift. Si l'Agneau Pafchal a été la
figure de Jefus- Christ , c'est en tant qu'immolé,
& non pas en tant que rôti. M.
l'Abbé Houteville voudroit - il foutenir
avec S. Juftin que c'est en tant que mis
en broche ; telle eft encore la comparaifon
qu'il ajoûte fur l'âneffe & fur l'â
»non. A l'occafion des paroles de Jacob
» & de Zacharie , il eft dit dans Ifaïe ,
»panis dabitur & aqua ejus fidelis , Saint
» Juftin trouve là le pain & le vin Euchariftiques.
Que penfer , M. de ce vol
» qu'il reproche aux Payens d'avoir pris
» l'Hiftoire de Perfée fur la prédiction !
""
"
Ecce Virgo concipiet ; mais fur tout de
» ce crime , dont il accufe les Juifs d'a-
» voir rayé du texte Hebreu quantité de
•paffages , où Jefus Chrift étoit prédit
» comme Dieu & homme , comme pendant
» en Croix comme mourant , & c. une
» accufation de cette nature à faire contre
toute la Synagogue , & qui alloit
la convaincre de fourberie , ne meri-.
toit-elle pas qu'on ſe donnât la peine
» de confulter quelques exemplaires de
La Bible. Nous expliqueriez- vous com-
94
me
DE
JANVIER 1723. III
“
me S. Juftin , que in confpectu regis Af- w
fyriorum ( Ifaie , chapitre 7. ) s'entend t
d'Herodes ? Oferiez - vous nous affeurer ee
avec lui , que lorfque l'on parla de faire «
la verfion des Septantes , Ptolomée en «
écrivit à Herodes ? Nous mettriez- vous "
comme lui le Rama de Jeremie au nom ee
bre des Villes des Arabes ? Enfin adop- e
teriez -vous le Milleranifme qu'il fou- «
tient fi nettement ? Le retour de Jefus- 08
Chrift à Jerufalem fi clairement énoncé
? Vieilles erreurs que nos Myftiques e
ont tâchez vainement de relever , fans ee
bleffer la memoire de S. Juftin , votre «
éloge , M. eſt un éloge , & non pas une ee
critique , ni un jugement de fçavant. ce
Saint Juftin' ne nous donne aucune ob- e
jection des Juifs. Tryphon eft un audi- «
teur benevole , & fi vous prenez ce «
qu'il dit pour des objections
, j'ole «
vous dire que pour un homme
qui doit «e les combattre
, c'eft trop peu les con- noître
. «<
c
Le Cenfeur prétend que les anciens «
Peres , fi on en excepte S. Jerôme , ne «
connoiffoient pas affez le Judaifme . Il ce
ajoûte plufieurs autrès réflexions criti- «
ques contre M. Houteville , & fur tout “
fur le Thalmuld , mais il feroit trop
long de les fuivre ; nous remarquerons
feulement que cette Lettre eſt approu "
Co
vée
712 LE MERCURE
vée avec éloge , par M. l'Huillier' >
Cenfeur Royal des Livres.
L'ART de convertir le fer forgé en
acier , & l'art d'adoucir le fer fondu , ou
de faire des ouvrages de fer fondu auffi
finis que de fer forgé . Par M. de Reaumier
de l'Academie Royale des Sciences .
A Paris , chez M. Brunet , Grand ' Salle
du Palais 1722. vol. in 4. de 566. pp.
fans compter l'Epître Dedicatoire à
Monfieur le Duc d'Orleans , ' la Preface
& les Tables . Ce Livre eft orné de
quantité de planches , en taille- douce , gravées
d'une grande propreté , & dont la
compofition & le deffein font auffi utiles
pour l'ouvrage , qu'agréable à la vûë.
M. de Reaumier fe propofe dans cet
ouvrage deux chofes également curieufes
, & de plus infiniment utiles à l'Etat.
La premiere eft de convertir le fer forgé
en acier & la feconde d'adoucir le fer
fondu .
و
>
Il n'y a peut-être point de pays dans
le monde plus riche en mines de fer que
ce Royaume ; cependant faute de pouvoir
convertir le fer en acier fin nos
ouvriers font obligez d'acheter de l'étranger
l'acier fin qu'ils veulent mettre
en oeuvre. Cette neceffité où nos ouvriers
fe trouvent , fait fortir tous les ans du
Royaume
DE JANVIER 1723 , TIJ
Royaume des fommes confiderables.
L'ouvrage dont nous parlons remedie à
cet inconvenient. On y trouve un détail
exact de toutes les obfervations & operations
que l'Auteur a faites & tentées fur
le fer pour le faire parvenir à être excellent
acier . Cette partie de fon Livre qui
regarde l'acier , eft compofe de douze
memoires ou chapitres. La feconde partie
, qui contient l'art d'adoucir le fer
fondu , ou l'art de faire des ouvrages de
fer fondu auffi finis que de fer forgé , eft
compofée de fix memoires , dans lefquels
M. de Reaumier enfeigne à fondre le fer,
à jetter cette matiere fondue dans des
moules propres à faire prendre à cette
matiere la forme des ornemens les plus
compofez , & enfin à rendre au fer fortf
des moules le dégré de mole Te propre
être travaillé par la lime . Il refulte du
travail de M. de Reaumier que le public
pourra avoir pour quatre ou cinq piftoles.
en fer fondu , ce qui lui coutoit douze
ou treize cent livres en fer forgé.
à
EPITRES CHOISIES des Heroïdes
d'Ovide , traduites en vers françois par
M. Richer , Avocat au Parlement de
Normandie . A Paris chez Eftienne
Ganeau , rue S. Jacques. M. Richer fuit
dans fa Preface la louable coutume des
Traducteurs
و
114 LE MERCURE
Traducteurs qui donnent un détail des
raifons qui les ont engagées à ne pas toûjours
fuivre exactement les traces de l'Auteur
original . La traduction eft une carriere
épineufe qui arrête à chaque inſtant
les gens de Lettres qui ofent la tenter ;
on doit leur tenir compte de leurs entreprifes
qui font toûjours laborieufes , &
qui fouvent ne font pas fuivies de l'appròbation
des connoiffeurs , feule récompenfe
des travaux litteraires. Mais s'il
n'eft point de traduction qui ne foit difficile
, celle des Poëtes raffemble encore
plus d'obſtacles , le tour de la Poëfie
dans chaque langue étant plus oppofé
que celui de la Profe.
M. Richer rend raifon dans fa Preface
de toutes ces difficultez avec une
exactitude qui marque la netteté de fon
efprit. Nous ne donnerons point d'extrait
de ces Epîtres , ce feroit les défigurer
que de les abreger. Nous renvoyons
les lecteurs curieux au livre même où ils
feront fatisfaits de la douceur & de la
clarté de la verfication . M. Richer ne fe .
borne pas au merite de Traducteur ; il
nous donne dans le même volume des
Eglogues & des Fables , precedez d'un
difcours fur la Poëfie Paftorale.
M. Colin de Blamont , furvivancier de
M.
DE JANVIER 1723. Its
M. de Lully dans la Charge de Surintendant
de la Mufique de la Chambre
du Roy , dont il a exercé les fonctions
au Sacre de Sa Majefté , a fait graver
un Livre de Cantates de fa compofition ,
qui fe débitera rue S. Honoré , à la
Regle d'Or.
L'Auteur du Projet qu'on va lire nous
prie de le publier , pour fçavoir le fentiment
des gens éclairez fur fon ouvrage,
HISTOIRE DES BATAILLES les
plus memorables de terre & de mer , des
combats , campemens , marches & re
traites fingulieres . Enſemble , des fieges,
retranchemens , furpriſes & attaques confiderables
, & c . où l'on donne un précis
de ce qui s'eft paffé de plus remarquable
dans chacune de ces actions , chez les
anciens , & chez les modernes de toutes
nations
Cet ouvrage fera enrichi de remar
ques & d'obfervations critiques , de re
cherches curieufes , & de quantité d'Ef
tampes , & c.
Plan de l'Hiftoire d'Angleterre de M.
de Rapin Thoyras , qui doit s'imprimer
par foufcription en fept volumes in 4.
chez Alexandre de Rogiffart. Le Libraire
qui
116 LE MERCURE
qui s'eft chargé de cette grande entre
prife , en a publié un plan fort étendu
1
dont on vient de lire le titre. Nous n'en
rapporterons que l'effentiel , tout l'ouvrage
comprendra l'Hiftoire d'Angleter .
re , depuis la premiere invafion de Jules
Cefar dans la Grande Bretagne , juſqu'à
la fin du regne de Charles I. & contiendra
environ 5oo . feuilles , qui feront ſept
volumes d'une mediocre groffeur , ornez
de Cartes Geographiques , &c. Le prix.
fera pour ceux qui auront foufcrit , de
24. florins , monnoye courante de Hollande
, payables de la maniere qui fuic.
En foulcrivant 8. florins , lorfqu'on recevra
les deux premiers tomes 6. flotins ,
lorfqu'on recevra les tomes 3. & 4. cinq fl. :
lorfqu'on recevra les trois derniers vol.:
5. A. Ceux qui n'auront pas foufcrit ,
n'auront rien de l'ouvrage qu'après qu'il
fera entierement imprimé ; ils ne pourront .
point l'avoir en grand papier Royal ,
dont le prix pour les Soufcripteurs fera
de 36. flor. & ils payeront le papier ordinaire
32. flor. On recevra les foufcriptions
jufqu'au dernier jour de Fevrier .
1723. après quoi on n'en admettra plus
fous peine de 1000. flor, d'amende pour
les pauvres . Le Libraire promet que tout
l'ouvrage fera imprimé deux ans après
que le temps marqué pour recevoir les
"
foufcriptions
}
DE JANVIER 1723. 117
foufcriptions , fera expiré. Il donnera
les deux premiers Tomes à la fin de l'année
1723. pour le plus tard , les Tomes
2. & 3. fix mois après , & les trois der
niers volumes à la fin de l'année 1724.
On pourra foufcrire à la Haye chez
Alexandre de Rogiffart , qui doit imprimer
l'Ouvrage , & dans les autres Villes
de Hollande , chez les principaux
Libraires , où l'on trouvera le plan imprimé
, dans lequel il y a une lifte des Libraires
des Pays étrangers , chez lefquels
on pourra foufcrire. En France on foufcrira
, à Paris , chez Mariette , Jombert,
Emery , Saugrain , Martin , Coignard ,
Ganeau , Montalant ; Coutelier , Cavelier
fils , Etienne & Huart . A.Lyon
chez Aniffon, Pofuel & Certe . A Rouen ,
chez Caillloué & Machuel . A Rheims ,
chez Deffain , & à Lille , chez Danel.
LES SOUVERAINS DU MONDE , 4.
vol. in 8. à la Haye , par la Compagnie
des Libraires . C'eft une inftruction fur
l'état prefent de toutes les Maiſons Souveraines.
LA SYPHILIDE , ou le Poëme de la
Verole de Fracaftor . C'eft une réimpreffion
in 4. qui vient de paroître en Angleterre.
Honnoré
118 LE MERCURE
Honnoré & Chatelain , Libraires à
'Amfterdam , impriment , & vont donner
inceffamment au Public , l'Hiftoire
des Provinces Unies des Pays - Bas , par
M. le Clerc , à quoi l'on a joint les prin-.
cipales Medailles , &c. 2. vol. in fol .
HISTOIRE NATURELLE des curiofitez
les plus rares de la mer des Indes ,
contenant des poiffons , écreviffes & crabes
de diverses couleurs & figures extraordinaires
, deffinez & peints d'après
nature , & c. 2. vol. in fol. à Amfterdam,
chez L. Renard.
HISTOIRE DE LA MUSIQUE , fes
effets , & en quoi confifte fa beauté , chez
Jean Roger , à Amfterdam 1722. 4. vol.
in 12.
LA PRATIQUE des vertus chrétiennes
, nouvellement traduite de l'Anglois
en bon François , par M. du Bourdieu ,
in 8. à Londres , & fe vend à Amfterdam,
chez Jean Neaulme . On imprime une
troifiéme édition de ce Livre à Delft,chez
R. Boitet.
HISTOIRE DES JUIFS & des Peuples
voisins , depuis la décadence du
Royaume d'Ifraël & de Juda , juſqu'à la
mort
DE JANVIER 1723. 119
mort de Jefus- Chrift . Par M. Prideaux,
traduite de l'Anglois . A Amfterdam ,
chez H. Dufauffet 1722. 5. vol. 12.
Le même D. Dufauffet , Libraire ,
va imprimer par foufcription , les voyages
de M. de la Mortaye en Europe , en Afie,
& en Affrique , avec un grand nombre de
figures , en 2. vol . in fol.
Le même Libraire imprime auffi unTrai-
Philofophique fur la foibleffe de l'efprit
humain. Par feu M. Huet, Evêque d'Avranches
,in 12 .
Il imprime encore, l'Hiftoire & avantures
d'une fameufe Courtifane Efpagnole,
en 2. vol. in 12. avec figures. Et les Promenades
de M. de Clairenville , où l'on
trouve une vive peinture des paffions humaines
, avec des Hiftoires curieufes fur
chaque fujet. vol. in 12. avec fig.
LOTERIE de Tableaux des plus gran is
Maîtres , propofée par l'Académie
de Peinture de Verone .
L
•
1
'Académie de Verone , Ville celebre
& ancienne dans l'Etat de Venife ,
a raffemblé , & fair enchaffer fur un
des côtez de fa grande cour , dans une
belle difpofition , so . anciennes infcripqui
F tions
110 LE MERCURE
tions Grecques , 250. Romaines , & 30,
Bas - reliefs , en a encore un grand nombre
d'autres , tant Egyptiennes , Arabes , Latines
, que Tolcanes , eft follicitée , par
ticulierement par les Sçavans de France
& d'Angleterre , d'en recueillir une plus
grande quantité , pour en orner les autres
côtez de la cour , afin que les Antiquitez
les plus eftimées qui font difper
fées , ou cachées en tant d'endroits differens
, fe trouvent , s'il eft poffible , réünies
en un feul lieu , dont l'accès eft ouvert
à tout le monde , & dans une Ville
auffi frequentée des Etrangers .
L'Académie a donc refolu de fatisfaire
à de fi nobles empreffemens ; & pour contribuer
aux dépenfes exceffives qu'il faut
faire, tant pour le tranfport de ces Antiquitez
, que pour les placer d'une manie,
re convenable , & qui puiffe les garantir
des injures du tems , elle s'eft déterminée
à faire une Loterie de Tableaux choifis
& précieux , dont voici une lifte qui fera
fans doute plaifir aux Curieux , & furtout
aux amateurs de la Peinture .
Tableaux des anciens Maîtres.
Un beau Portrait du Giorgeon .
Une Vierge avec le petit Jefus & fainte
Catherine , du Titien , 24. pouces de
large
DE JANVIER 1723 121
large fur 12. de haut.
Une Madeleine penitente , de Paul Ve-.
ronefe.
Une Cene de Jefus- Chrift avec les Apôtres
, 6. pieds de large fur 4. Ce Tableau
eft de l'école de Paul Veronese.
Moyfe avec le Buiffon ardent dans une
nuit , avec plufieurs figures , de Jacques
Baffan , 5. pieds de large fur 3 .
Le Prophete Daniel dans la foffe aux
lions , avec quantité de figures , de Leandre
Baffan , 3. pieds en quarré.
Le Miracle de la multiplication des 5.
pains , de Jacques Palme , dit le Vieux
huit pieds & demi de large fur trois pieds ,
& demi.
>
Priere au Jardin , où l'on voit Jelus-
Christ foutenu par un Ange. Petit Tableau
de Jacques Palme , dit le Jeune.
>
La Refurrection de Nôtre Seigneur ,
avec des Anges & des Soldats épouvantez
6. pieds de large fur 4. du Tintoret.
Quelques Profeffeurs le difent de Giacomo
, & d'autres de Dominique Tintoret
fils de Jacques.
Un Portrait de Dominique Tintoret.
La Vierge avec le petit Jefus , 4. pieds
de large fur 3. de Jean Caroto . Quelquesuns
le croyent du vieux Palme ou de Pietro
Mera.
Une tête de femme au naturel , de Felix
Brufaforci. Fij Ta122
LE MERCURE
Tableau de deux pieds & demi en
quarré , reprefentant du gibier & des
fleurs , de Felix Daifiori .
Jofeph & la femme de Putiphar , avec
un petit demon tenant un Alambeau, d'Orbetto
.
Le Sauveur languiffant , foutenu par un
'Ange . On croit ce Tableau du Schidoni
ou du Correge.
• La Vierge avec le petit Jefus & deux
Saints
DeuxTableaux , l'un de Pietro de la Vec
chia , & l'autre du Bambini.
Deux autres Tableaux dont on ne connoît
pas les Auteurs.
Tableaux de Peintres de l'Académie de
Verone encore vivans .
Nôtre Seigneur & la Madeleine , quatre
pieds de large fur trois , de Baleftra
.
Le Martyre de faint Georges , d'après
Paul Veronefe , de la même grandeur
que l'original , qui a 13. pieds de haut
fur 9. de large , par Michel- Ange Brunato
.
Le maffacre des Innocens de 35. figures
, 4. pieds & demi de large fur 3. du
Marchefini, Venitien .
Sainte Therefe avec l'Enfant Jefus ,
TaDE
JANVIER 1723.
Tableau ovale , du Torrelli , de Boulogne.
Denis de Syracufe au milieu de fon
Ecole , ovale de 6. pieds , de Brentana .
L'Amour & Pfiché , 4. pieds de large
fur 3. de Jean Brunato .
Venus en Egyptienne , qui dit la bonne
avanture à Adonis & autres figures , 7 .
pieds de haut fur du Ferrantini , de
Milan .
S.
Païfage avec de petites figures , 4.
pieds de large fur 3. du Calza , de Milan.
Tous ces Tableaux font actuellement
expofez dans les appartemens de l'Académie
, afin que chacun puiffe juger de
leur valeur , & s'affurer s'ils font originaux
des Peintres qu'on vient de nommer
Le Comte Bambaldo Bambaldi , Prefident
de l'Académie ; le Comte Gomberto
Giufti , Gouverneur , le Marquis
Scipion Maffei , Confeiller ; le Comte
Bevilacqua , Cenfeur ; le Marquis Horace
Sagramofo , Treforier , & le Comte
Jean- Baptifte della Torre , Secretaire ,
tous Officiers de l'Académie , entrez en
Charge au mois de Mai 1722. s'obligent
en leurs propres & privez noms , & fe
le
rendent garants du fond de la Loterie ,
& de la fidelité avec laquelle elle fera ti-
Fiij rée,
124 LE MERCURE
rée. Ce qui fe fera publiquement en pre
fence d'un Notaire .
D'abord que la Loterie aura été tirée ,
on enverra par tout des liftes exactes des
numero qui auront gagné.
Chaque billet coutera un Philippo de
Milan , autrement dix Jules , ce qui revient
à fept livres de nôtre monnoye d'à
prefent.
Nous inftruirons plus particulierement
nos Lecteurs , du nom des Banquiers à
qui il faudra s'adreffer , & furtout ce qui
regarde cette Loterie , quand nous aurons
reçu les lettres de Verone que nous attendons.
M. de Vvoolhouse qui a enfeigné aux
Etrangers à Paris , l'Art d'Ophthalmiatrie
depuis plus de 25. années avec applaudiffement
) fe trouve obligé , pour
des taifons importantes , d'avertir qu'au
cun Etudiant en Medecine , ni en Chi-
Turgie n'apprend fous lui , l'art d'Ocu
life , fans que le College ou Cours entier
de la Pathologie & des operations ophthalmiques
, ne foit paraphé de la main
propre , muni du cachet des armes du
Sieur de Woolhoufe , & accompagnez
d'un certificat fur du parchemin timbrễ,
enregistrez & verifiez chez quelque Notaire
de Paris , avec une fpecification dê-
V
taillée
DE JANVIER 1722 125
taillée des differentes operations manuelles
apprifes & faites par l'éleve intereffé ;
& avec le nombre des démonftrations ge
nerales qu'il auroit vû faire , par le fieur
de Woolhoufe pendant combien de tems
l'Etudiant auroit frequenté les leçons
a miniftrations & panfemens du Profef
feur , & fans omettre aucune des autres
particularitez intereffantes des noms ,
nations & qualitez des Ecoliers & de leurs
camarades détude , pour prévenir toute
furprife.
M. de Woolhoufe fait au commencement
de chaque mois , une démonſtration
generale de 300. differens maux
d'yeux fur les vivans , où un Medecin &
Chirurgien fenfé peut apprendre la plus
grande partie de la Pathologie oculaire &
les erreurs des Auteurs ( tant anciens que
modernes ) qui ont publié quelques Ouvrages
fut ce fujet ; ce qui eft abfolument
impoffible d'apprendre ailleurs qu'à Paris
, pendant tout le cours de la vie d'une
perfonne la plus appliquée. C'eft delà
que chaque nation fourmille d'empiriques,
qui debitent bien cher leurs eaux & autres
petits fecrets hazardez. da
La Republique des Lettres a fait unet
très- grande perte en la perfonne de M.
Pierre Varignon , natif de Caën , Prêtre,
Lecteur en Philofophie Grecque & Lati-
Fiiij ne
126 LE MERCURE
ne au College Royal , Profeffeur en Ma
thematique au College Mazarin , Penfionnaire
de l'Académie Royale des Sciences
, Membre de la Societé Royale de Londres
& de l'Académie de Berlin . Il mourut
à Paris dans le College Mazarin , prefque
fubitement le 23. Decembre dernier, âgé
de 67. ans , regretté de tous les Sçavans
& de tous ceux qui le connoiffoient.
LaChaire de Profefleur enMathematique
au College Mazarin , vacante par la mort
de M.Varignon, a été donnée par le Grand
Maître de ce College à M. le Caron .
On apprend de Rome , que le premier
jour de l'an , le Cardinal Ottoboni donna
la fête qu'il a coûtumne de donner tous
les ans à l'Académie des Arcadiens. On
y recita divers Poemes , & on y chanta
une belle Cantate . L'Abbé Tencin , qui
eft Membre de cette Académie , & tous
les Miniftres Etrangers , avec les Prelats ,
affifterent à cette fête , qui fut honorée
de la prefence de neuf Cardinaux. Il y
eut des rafraîchiffemens en abondance.
L'Académie Royale de l'Hiftoire à
Lifbonne a élû pour Académicien Provincial
de la Marche , ou Province de Guimaraens
, le Docteur François Xavier de
Serra-Krafbeck , Chevalier , Gentilhomme
de la Maiſon du Roy , & Corregidor
pour S. M. dans la même Province .
DE
JANVIER 1723. 12.7
a
On examina dernierement à l'Académie
Royale des Sciences à Paris , le deffein d'un
nouveau Moulin à poudre , dont Meffieurs
les Académiciens trouverent la
conftruction très- ingénieufe, très - naturelle
& très-fimple . Cette machine eft de
l'invention de M. Fougeau de Moralec ,
Commiflaire ordinaire de l'Artillerie..
Cet Officier eft connu dans la Republique
des Lettres , par les découvertes qu'il
faites dans la Phyfique & dans l'Hydroftatique
, & les Differtations fur dif
ferens fujets , qu'il a données au Public ;
& fait voir en fa perfonne , qu'on peut ,
fans déroger à la qualité de bon Officier,
cultiver avec fuccès les Sciences & les
beaux Arts. Dans la vifite qu'il a faite
autrefois de quelques Moulins à poudre
en Flandre & en France , il a été furpris
, en examinant leur conftruction ,
qu'on n'ait pas remedié jufqu'à prefent
aux embrafemens inévitables , qui les détruiſent
fi fouvent , & font perir en mê
me tems tant de bons Ouvriers , que
plufieurs années de fervice avoient rendus
habiles à compofer la poudre. Le re
mede à tant de fâcheux accidens
lui a pas parû impoffible ; il l'a cherché,
& fe flatte de l'avoir trouvé , en inven--
tant le nouveau Moulin dont nous venons
de parler. Ce Moulin aura toute la
F v fim-
و ت
ne
128 LE MERCURE
fimplicité des anciens , fans en avoir les
défauts , & cela de particulier entr'au
tres-chofes , que nos rivieres venant à
s'enfler , par la chute extraordinaire des
pluïes , ou à fe glacer , ou qu'il faille
reparer les parties de ce Moulin , expofées
à l'eau , ou aux injures de l'air , il ne
perdra point de tems pour cela , puifque
des chevaux en feront jouer les batteries
avec un égal fuccès. Ajoûtons à cela ,
que les Ouvriers , qui n'entrent dans ces
Moulins qu'en tremblant & que l'ap
préhenfion continuelle qu'ils ontd'y perdre
la vie , à l'exemple de tant d'autres ,
empêche d'y faire tout ce que leur de
voir exige d'eux , employeront defor
mais , fans crainte , tout le tems neceffaire
pour bien façonner les poudres , qui
fe trouveront par - là beaucoup meilleu
leures , qu'elles n'ont été jufqu'à prefent.
J
Le 20. de ce mois , M. Crevier , l'un
des Profeffeurs du College de Beauvais
prononça un difcours Latin fur le Sacre
de Sa Majefté . Son deffein fut de montrer
, que le Sacre avoit appris au Roy à
commander , comme Dieu commanderoit,
s'il gouvernoit les peuples par lui-même, s
au peuple à obéir au Roy , comme il
obéiroit à Dieu même , fi Dieu lui commandoit
immediatement. Cette idée fi fo
lide
DE JANVIER 1722. 129
lide & fi chrétienne fut maniée par l'O--
rateur , avec autant de Religion que d'éloquence.
M. le Cardinal de Noailles ,
& plufieurs Prelats , le Parlement , Protecteur
du College de Beauvais ; & un
grand nombre de Sçavans de toute forte,
qui y affifterent , parurent également fatisfaits
, & du fujet , & de la maniere
dont il fut traité. On diftribua en même
tems plufieurs pieces de Poëfie La
tine .
L'Académie Françoife fait fçavoir au
Public , que le vingt- cinquième jour
d'Août prochain , Fête de faint Louis
elle donnera le prix d'Eloquence fondé
par M de Balzac , de l'Académie Francoife.
Le fujet fera , Que rien ne mar
que plus de juftice & de fageffe dans un
homme , que l'aveu qu'ilfait de fes faufuivant
ces paroles des Proverbes
chap. 18. verfet 17. Juftus , prior eft aceufator
fui. Il faudra que le Difcours ne
foit que de demi -heure de lecture tour
au plus , & qu'il finiffe par une courte
Priere à Jefus- Chrift .
tes ,
On ne recevra aucun Difcours fans
une Approbation fignée de deux Docteurs
de la Faculté de Theologie de Paris
, & y refidant actuellement. +
Le même jour elle donnera le prix de
Poëfie , fondé par M. de Clermont de
F vj
Ton130
LE MERCURE
Tonnerre , Evêque & Comte de Noyon,
Pair de France , & l'un des Quarante de
l'Académie Le fujer fera , La décence
& la dignité que le feu Roy LOUIS
XIV. mettoit dans toutes fes actions . Il
fera permis d'y joindre tel autre fujet de
louange que chacun voudra , fur quelques
actions particulieres du feu Roy
ou fur toutes enſemble , pourvû qu'on
n'excede point cent Vers. Et on y ajoûtera
une courte Priere à Dieu pour le
Roy , feparée du corps de l'Ouvrage ,
& de telle mefure de Vers qu'on voudra.
Toutes perfonnes feront reçûës à com
pofer pour ces deux Prix , hormis les
Quarante de l'Académie qui doivent en
être les Juges.
Les Auteurs ne mettront point leur
nom à leurs Ouvrages , mais une marque
ou paraphe , avec un paffage de l'Ecriture
Sainte , pour les Difcours de Pro
fe & telle autre Sentence qu'il leur plaira
, pour les Pieces de Poëfie .
Ceux qui prérendront aux Prix , font
avertis que les Pieces des Auteurs qui fe
feront fait connoître , ſoit pareux-mêmes,
foit par leurs amis , feront rejettées & ne
concourront point ; & que tous Meffieurs
les Académiciens ont promis de fe recufer
eux- mêmes , & de ne pas donner leurs fuffrages
DE JANVIER 1723 . 1st
frages pour les Pieces , dont les Auteurs
Teur feront connus.
Les Auteurs feront auffi obligez de
remettre leurs Ouvrages dans le dernier
jour du mois de Juin prochain , entre
les mains de M. Coignard , Imprimeur
ordinaire du Roy , & de l'Académie
Françoife , rue Saint Jacques , & d'en :
affranchir le port ; autrement ils ne feront
point retirez.
Son Eminence M. Le Cardinal dus
Bois fut reçu le 8. Janvier Académicien
honoraire de l'Académie des Infcriptions
& Belles Lettres.
On apprend de Portugal que le fujet
principal de la conference de l'Académie
Problématique de Setubal , du dernier
Septembre , fut cette propofition : Si le
Docteur de l'Eglife S. Jerôme travailla
plus en enfeignant comme Maître , qu'en
apprenant - comme difciple. L'alternative
fut foutenue par le Docteur Victorine ,.
Victoriano de Amaral , & par D. Jofeph
de Faria Arraes. Dans la conférence du
30. Novembre dernier , on y lût un beau
Poëme à la louange du Roy.
EXPLICA
132 LE MERCURE
*******************
EXPLICATION des Types & Legendes
des Jettons frapez le 1. Janvier 17 23 .
U
TRESOR ROYAL.
N petit bois de Laurier , Legende,
Stabit honos & gratia vivax. L'honneur
& la grace y feront toûjours attachez.
PARTIES CASUELLES .
Une pluye qui tombe fur un champ
couvert d'épis. Legende , Cafu fit dition
Sa chûte le rend plus abondant.
CHAMBRE AUX DENIERS .
Le jardin des Hefperides avec quel
ques arbres chargez de fruits , & un
Dragon qui en défend l'entrée. Legende
, Aurumque dapefque , c'eft de l'or &
des mets délicieux.
BATIMENS DU ROY.
Le Château de Verfailles.. Legende ,
Nunc quoque Regia Solis . C'eft auffi prefentement
le Palais du Soleil.
ORDINAIRE DES GUERRES .
Un Lyon couché. Legende , Continet
afpectu ,
JETTONS DE
CASU
II.
FIT
DITIOR
LUD .X
IV
PARTIES CASUELLES
1723 .
CONTINET
ASPECTU
ORDINAIRE DES GUERRES
1723 .
HCNOS
ET L'ANNEE 1723
GRATIA
TRESOR ROYAL ·
1723
REX
VIVA
CHRISTIA
ISSIMUS.
RUMQUE
HONOS
VI
REGIA
SOLIS
NUNC
DE
TOULOUZE
CRESCIT
L'ALEXA DE
BOURBON
C
ADMIRAL
DE
R
PROLE
MARINE .
1723
NOVA
BATINENS DU ROY
1723.
III .DAPES
QUE
CHAMBRE AUX DINTERS
1723 .
BELL
V.
PACIS
QUE
EXTRAORDINAIRE
DES GUERRES .
1723 .
GALERES
DES
LE
CHEVALIER
D'ORLEANS
TRE
SOLUTAS
DEUSDEDIT
GALERES .
1723-
1
DE JANVIER 1713. $33
afpectu, Son afpect le fait craindre.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES .
Un Laurier. Legende , Honos belli
pacifque , Honneur de la guerre & de la
paix.
MARIN E.
Un Arbre , du pied duquel fortent
plufieurs rejettons. Legende , Crefcit
prole nova. De nouveaux rejettons l'augmentent.
GALERES .
Les vaiffeaux d'Enée changez en Nim
phes de la Mer. Legende , Deus dedit
ire folutas. Un Dieu leur a permis d'aller
kibrement par tout..
સંકેત
SPECTA
134 LE MERCURE
akakakakakak
L
SPECTACLES.
Es Comediens François ont com→
mencé cette nouvelle année 1723-
par la repriſe de la Comedie du Nouveau
Monde qu'ils avoient donnée pour
la premiere fois le 11. Septembre 1722.
le fuccès de cette piece auroit du engager
l'Auteur à fe faire connoître ; cependant
il ne l'a pas jugé à propos pour des rai
fons qui ne nous font pas connuës , &
que nous n'entreprendrons pas de penetrer.
On a d'abord donné dix- huit repreſentations
de cette Comedie , dont
aucune ne s'eft démentie. On les a interrompnës
forcement , par l'abſence de
quelques- uns des principaux Acteurs , &
par celle de tous les Danfeurs qui furent
employez à la Fête de Chantilly , pendant
le féjour que le Roy y fit , à fon retour
de Rheims . La reprife n'a pas été
moins heureuſe ; on a revû le Nouveau
Monde avec le même plaifir , & les cinq
reprefentations qu'on vient d'en donner
ont été des plus complettes.
Comme certe piece n'a pas encore été
dans les regles , dont les Auteurs & lés-
Comediens font convenus entr'eux , c'eftà
dire
DE JANVIER 1723. 135
à-dire au deffous de cinq cens cinquante
livres de recette ; il y a apparence qu'elle
eparoîtra pour la troifréme fois.
Nous nous contentâmes le mois de
Septembre dernier d'en donner un extrait
, tel que trois reprefentations nous
avoient permis de le faire .
Mais l'Auteur anonyme de la lettre
critique fur la Tragedie d'Athalie , nous
en ayant envoyé une feconde fur la Comedie
du Nouveau Monde ; nous avons
crû faire plaifir au ppuubblliicc en l'inferant
dans ce Mercure , pour lui prouver que
nous fommes prêts de lui tenir parole
dès qu'on nous la tient. Voici la lettre en
queſtion.
Lettre critique fur la Comedie du Nouveau
Monde , addreffée aux Auteurs
du Mercure
Je ne doute point , Meffieurs , que fe
filence que j'ai gardé pendant trois ou
quatre mois , ne vous ait mis en quelque
défiance fur la promeffe que je vous avois
faite de continuer mes differtations , &
de vous les communiquer pour en faire
l'ufage qu'il vous plairoit. Cette défiance
étoit d'autant mieux fondée , que je ne
devois garder le filence que fur les pie
ces dignes d'être laiffées dans l'oubli , &
non
136 LE MERCURE
non fur celles qui auroient paru avec quelque
diftinction , & qui auroient fait une
certaine impreffion fur l'esprit des spectateurs
, ou des lecteurs : ce font les propres
termes , dont je me fuis fervi dans l'efpece
d'engagement que j'ai contracté
avec vous. Le fuccès de la Comedie du
Nouveau Monde a été affez brillant
pour tirer fon Auteur de l'exception injurieufe
, dont je viens de parler , & fa
piece a fait trop de plaifir au public ,
pour être rejettée de vôtre Mercure. Je
Jui aurois plutôt accordé la place qu'elle
y meritoit , fi elle avoit plutôt été imprimée
; vôtre prudence , Meffieurs , m'a
fervi de regle , vous n'en avez donné
qu'un fimple extrait , & vous vous referviez
fans doute à en parler plus amplement
après l'impreffion. Je vous ar
prévenus , le public y perdra ; mais j'ai
dû vous tenir parole , c'eft à vous encore
une fois à faire l'ufage qu'il vous plaira
de l'execution de ma promeffe. Au refte
je fuivrai ici les conditions que je me ſuis
impofées. Je critiquerai à charge & à
décharge , je louerai & blâmerai felon
que la matiere de ma differtation l'éxi -.-
gera , & l'on trouvera ici le même ordre
que j'ai fuivi dans ma lettre fur Athalie.
J'y ajoûterai même quelque chofe de
plus . La Preface que l'Auteur du Nouveau
DE JANVIER 1723. 137
eau Monde a mis à la tête de fa piece ,
& qui en eft l'apologie , me donnera lieu
d'entrer avec lui dans une difcuffion plus
précife , & ce qui en refultera fera une
efpece de jugement contradictoire . Je
rappellerai , chemin faifant , ce qu'il allegue
pour la défenfe , & le public déci
dera entre lui & moi.
Prologue du Nouveau Monde.
Je commence par rendre juſtice à l'Auteur.
Son Prologue eft plein d'efprit ,
élegant & bien verfifié. Je l'attaque
pourtant par un endroit que la plupart
des Auteurs Dramatiques n'approuvent
pas ; c'eft qu'il eft trop analogue à la piece
, il y entre de plein pied , & merite
plutôt le nom de premier Acte que
de
Prologue.
•
L'Auteur me paroît trop inftruit des
regles du Theatre dans fa Preface , pour
de foupçonner d'avoir ignoré celle- la' ; if
a fenti auffi bien que moi le défaut que
je lui reproche. Mais comme la fcene de
fon Prologue eft dans les Cieux , il n'a
pas crû qu'il lui fut permis de donner une
piece , dont le premier Acte fe pafferoit
dans un endroit , & les trois Actes dans
un autre. L'unité du lieu y auroit été
trop vifiblement bleffée ; de deux défauts
"
138 LE MERCURE
Il a évité le pire , mais celui qu'il a adopté
eft toûjours un défaut.
SCENE I.
Aftrée.
Aftrée fait un monologue , dans lequel
elle nous apprend que Jupiter fon pere
lui fait efperer fon retour fur la terre.
Les vers de cette fcene font affez bons ;
mais la fcene n'a pas laiffé de paroître
froide & ennuyeufe , par le ton le ton plaintif
qui y regne du commencement à la fin .
SCENE II .
Aftrée , Mercure.
Mercure commence d'égayer le Profogue
, il fort du confeil des Dieux ,
Aftrée lui demande avec empreffement
des nouvelles de ce qui s'y eft paffé à ſon
fujer. Mercure lui répond qu'il n'a rien
à lui annoncer , & la raifon qu'il en don
ne , c'eft qu'Apollon qui a parlé après
lui l'a endormi par la fadeur de fon plaidoyer.
Je ne fçais fi l'Auteur a eu quelqu'un
en vue dans la Satyre qu'il a mife
dans la bouche de Mercure contre Apol
lon ; mais il me paroît qu'il s'eft critiqué
lui-même , puifqu'il nous donne dans
toute la piece ce qu'il reproche à Apollon
, c'eft à - dire beaucoup plus d'efprit
que de raifon. Je
DE JANVIER 1722. 139
Je ne veux pas dire par-là qu'il ne lui
arrive quelquefois de raifonner affez bien,
mais qu'il me permette de lui dire en
paffant que ce n'eft pas là fon plus fort
peut-être que la grande regle , dont il
fait tant de bruit , qui eft de plaire , luj
fait negliger celles qu'il ne croît pas fi
importantes. Il a vû par experience qu'une
piece femée de traits , fait plutôt fortune
qu'une piece trop exactement fenfée
; mais on peut prendre un juſte milieu
entre ces deux excès , on n'en fera pas
moins aimé , & l'on en fera plus eftimé,
En effet , n'eft- ce pas choquer le bon
fens , que de faire une deſcription ſi détaillée
, de ce qui s'eft paffé dans le con
feil , après nous avoir dit en termes formels.
J'en dirois davantage ;
Mais j'ai de tout le refte une confuſe image ,
De legeres impreflions.
Voici comme il prouve cette confufion
d'images , & cette legereté d'impref
hion. C'eft Mercure qui parle.
Au nom de paffions l'Amour prend la parole
Il prétend maintenir ce pouvoir fouverain ,
Qui comprend l'un & l'autre pole ;
Jupiter le careffe , & le menace envain ,
Il
140
LE MERCURE
Il en eft plus opiniâtre ,
Plus Jupiter le preffe , & plus il ſe défend
Quand nôtre fuperbe Marâtre ,
Dans cette humeur acariâtre ,
Que vous lui connoiffez ) de colere étouffant ,
Je n'y puis plus tenir , dit- elle ,
Qu'on faffe taire cet enfant ,
Et qu'on le remette en tutelle.
Le refte de cette narration n'eſt pas
moins détaillé , & donne un démenti à
Mercure.
L'Auteur croit peut-être avoir préve
nu l'objection , en difant un peu auparavant.
Dans de certains momens de fommeil plus leger
Certains mots m'ont frapé.
Mais cette précaution n'eft pas fuffifante
, un fommeil leger peut laiffer attraper
quelques mots , mais non pas une
action fi fuivie , & il auroit beaucoup
mieux valu que Mercure n'eut du tout
point dormi , que de lui donner un demi
tommeil peu naturel .
SCENE
DE JANVIER 1723. 140
SCENE III.
Jupiter , Aftrée , Mercure.
Jupiter vient inftruire Aftrée de ce
que le confeil des Dieux a réfolu en fa
faveur. Il lui apprend qu'elle va regner
dans un nouveau Monde , dont les habitans
feront paîtris d'un limon plus pur
que celui que Promethee employa à la
formation des premiers hommes , & qu'enfin
ils feront l'ouvrage de Jupiter même,
Il charge Mercure de leur éducation
Mercure n'accepte cet emploi qu'à contre.
coeur , fondé fur le peu d'honneur
qué fes premiers Eleves lui ont fait. Jus
piter le raffure , en lui difant que ce Nouveau
Monde fera inacceffible aux paffions
qui ont perdu le premier. Mercure lui
répond que l'Amour qui vient d'expofer
fes droits en plein confeil n'en voudra jamais
démordre ; Aftrée fe joint à Mer-
& protefte à Jupiter fon pere ,
que fi l'Amour entre une fois dans le
nouvel Empire qu'il lui deftine , il y jettera
le defordre. Jupiter diffipe fa frayeur
en lui apprenant que l'Amour a juré par
le Styx de n'y entrer que de fon aveu.
Aftrée ne doute plus de fon bonheur
puifqu'il dépendra d'elle même . Mais
tout cela ne raffure
pas Mercure , il eſt
cure ,
toûjours
42
LE MERCURE
(
toûjours de mauvaiſe humeur, & la poufle
loin qu'il donne des foupçons à Jupiter
; de forte que ce Maître des Dieux
lui donne la Raifon pour compagne de
fon voyage dans le Nouveau Monde ,
& pour furveillante éternelle. Mercure
en témoigne fon dépit par un à parte , &
fait connoître dans un court monologue
le plaifir malin qu'il auroit , que le petic
fripon d'Amour jouât d'un tour à Jupiter.
Je ne puis difconvenir que le plan de
Jupiter në foit très - bon & très - ſenfé ,
mais l'Auteur le dérange dans la piece
comme nous l'allons voir.
ACTE I.
SCENE I.
Mercure , la Raifon.
Le Theatre reprefente le Nouveau
Monde , Mercure l'expofe par ces vers.
Des mains de Jupiter cette terre eft l'ouvrage,
On la voit tous les jours fe peupler d'habitans,
De l'un & l'autre fexe , & même de tour
âge ,
Quoique formez en même temps.
Je demande d'abord à l'Auteur à quoi
fert cette difference de fexe dans un
Monde,
DE JANVIER 1723. 1433
Monde , où l'Amour ne doit jamais entrer
. Inutilité de la part de Jupiter : mais
cela tourne au profit de l'Auteur ; il avoit
befoin des deux fexes pour faire fa piece.
Autre faute de Jupiter , ou plutôt de
l'Auteur: C'eft le germe des paffions que
la nature a jetté dans les coeurs des habitans
du Nouveau Monde. Qoi ? ces
hommes paitris d'un fi parfait limon ; ces
hommes , l'ouvrage de Jupiter même ,
ont pourtant en eux le germe de tous les
maux. J'avoue que l'Auteur couvre ce
défaut avec un art infini . Voici comment
il s'exprime par la bouche de Mercure :
Eh ! que fert à ce Nouveau Monde
Ce rempart de rochers , l'un à l'autre enchaínez
,
Et ce vafte espace de l'onde ,
Dont fes bords font environnez :
L'Amour qui ne voit rien que fon pouvoir
n'embraffe ,
A bien dû rire entre fes dents ,
De voir fortifier les dehors d'une place ,
Dont il occupoit les dedans.
Il nous attendoit de pied ferme ;
Ses traits, quoiqu'inconnus , étoient déja vain
queurs :
Des paffions dans tous les coeurs ,
G Li
144 LE MERCURE
La naturé a jetté le germe.
Ces vers ont je ne fçai quoi de brillant
, qui me fait prefque croire que l'Auteur
n'eft pas tout - à -fait fi déraisonnable ;
d'où je conclus qu'il n'eft rien de plus
dangereux que l'éloquence.
que
Examinons un peu par où on pourroit
excufer ce que je viens de blâmer. Ne
feroit- ce pas que l'Auteur fuppofe que
la nature eft plus forte que Jupiter même
; dautant qu'elle n'eft autre chofe
l'ordre que tous les Dieux enſemble
ont établi , & que cet ordre une fois
árrêté doit être invariable , & tient lieu
du deftin ? il en pourroit être quelque
chofe , & l'Auteur pourroit bien l'avoir
penfé avant moi . Mais cela n'excufera
pas Jupiter ; il a dû prévoir en formant
nouveaux habitans l'inconvenient
dont Mercure vient de parler , & s'épar
gner la façon d'un Nouveau Monde
qui tôt ou tard ne vaudroit pas mieux que
le premier.
ces
Toute cette Scene fe paffe en difficultez
de la part de Mercure ; & en craintes
bien ou mal fondées de la part de la
Raifon. Mercure & la Raifon le retirent
voyant venir Terfandre , & Carite qui
s'aiment fans fçavoir , comme dit Merni
comment, ni pourquoi. cure ,
SCENE
DE JANVIER 1723 , 145
pas .
SCENE I I.
Terfandre , Carite.
Terfandre témoigne à Carite , que
tout ce qu'il y a de plus brillant dans les
Lieux qu'ils habitent , n'eft pas capable de
le fatisfaire , & qu'il la trouve plus belle
que toutes ces fleurs qui naiffent fous
leurs Carite lui répond , que c'eſt
fans doute un effet de l'amitié que Mercure
leur infpire dans toutes fes leçons .
Elle convient que la même chofe fe paffe
dans fon coeur & que ces lieux fi charmans
auroient bien moins d'attraits à fes
yeux , fi elle n'y voyoit point Terfandre.
Cette conformité de fentimens fait foupçonner
à Terfandre que ce qu'ils fentent
l'un pour l'autre eft quelque chofe de plus
que cette amitié que Mercure leur vante.
tant. La raifon qu'il en donne , c'eft que
cette amitié dont Mercure leur fait d'éternelles
leçons, n'admet point de préference ,
au lieu que celle qu'ils ontl'un pour l'autre,
donne l'exclufion à toute autre liaiſon.
SCENE III.
Terfandre , Carite , Euphrofine.
Euphrofine apporte à Terfandre un
nid qu'elle vient de trouver dans un
buiffon , & le prie de lui dire ce que c'eft.
Gij Terfan146
LE MERCURE
Terfandre lui répond , que Mercure lui a
dit feulement que cela s'appelle un nid ;
mais qu'il ne lui en a pas fait connoître
l'ufage .
SCENE IV.
La Raifon & les Acteurs de la Scene
precedente.
La Raifon , qui dans la premiere Scene
nous a fait connoître qu'elle vouloit
toûjours obferver fes difciples , vient interrompre
la converfation de Terfandre ,
de Carite & d'Euphrofine , de peur que
ce premier , naturellement curieux , ne
la pouffe trop loin . Elle fait plus , elle le
fepare de ces deux filles, de peur qu'il ne
les gâte. Cette feparation qui afflige Terfandre
& Carite fait plaifir à Euphrofine,
La Raifon lui demande. le fujet de la
joye qu'elle témoigne ; elle lui répond,
que c'eft que Carite perdra plus qu'elle à
cette feparation , dont Terfandre eft fi
affligé . La Raifon connoît par là que lạ
jaloufie s'eft déja emparée du coeur d'Euphrofine
, & c'eft ce qui acheve de la déterminer
à feparer Terfandre de ces deux
Amantes fecretes .
SCENE V. ET VI..
Terfandre fe plaint à Mercure de la feverité
de la Raifon , Mercure apprenant
qu'un
DE JANVIER 1723 . 147
qu'un fimple nid eft la caufe de la punition
de Terfandre , dit dans un petit a parte
la Raifon gatera tout pour
être trop que
fevere.
Il faut avouer que l'Auteur a bien
pris foin de mettre Mercure dans fes intereſts.
Ce Dieu ne fait pas un pas , & ne
dit pas un mot qui ne foit à la décharge
de l'Auteur. C'est Mercure qui établit
les paffions dans le germe ; c'eft Mercure
qui fait entendre que Jupiter n'a pas le
fens commun ; c'eft Mercure qui condainne
toutes les démarches dela Raiſon ;
enfin , c'eft Mercure qui fait la piece ; de
forte que l'Auteur n'a plus qu'à mettre
fur chaque Scene cette couche de fard ,
dont il parle dans fon Prologue , pour
nous faire prendre le faux pour le vrai
le mauvais pour le bon , & le Sophifmet
pour l'argument en forme. Voici un
exemple de ce fard , dont dont il eft quef
tion : c'eft Mercure qui parle à Terfandrey
au fujet du defir immoderé de fçavoir.
Et c'eft pour vôtre feul repos , i
Que je veux vous ôter cette envie impru
dente ,
Ce defir de fçavoir eft une fiévre ardente
Qui vous confume jufqu'aux os ,
Croyez- moi , laiffez-là l'importune fciences
Giij
Un
748
LE
MERCURE
1
Un defir par un autre eft fans ceffe excité ,
Et ce n'eft que dans l'ignorance
Qu'on trouve la felicité .
Qui ne feroit tenté aprés , ce pompeu
& élegant éloge de l'ignorance , de brûler
tous fes livres , de renoncer à ſa raifon
, & de vouloir même oublier tout
ce qu'il a appris par tant de foins , & tant
de veilles. Cependant dequoi s'agit-il entre
Terfandre & Mercure ? d'un pauvre
petit nid que le hazard a fait trouver dans
un buiffon . L'Auteur me répondra que ce
nid ayant obligé la Raifon à feparer Terfandre
de Carite , lui perfuade qu'il renferme
quelque myftere. Je conviens qu'il
importe à Mercure de ne lui pas reveler
ce myftere ; mais cela n'engage pas ce
Dieu à lui vouloir perfuader que la
fcience eft un mal , & que l'ignorance
eſt un bien ; il y a un temperamment à
prendre & c'est ce jufte milieu qui
donne le veritable prix à toutes choles ;
ma's les gens d'efprit veulent employer
cet efprit par tout , & croyent avoir
perfuadé quand ils ont ébloui. Je m'arrête
un peu trop à ce premier. Acte , je
pafferai plus legerement fur ce qui nous
>
en refte à voir.
SCENE
DE
JANVIER 1723. 149
SCENE VII.
Mercure , Terfandre , Alcidamas.
Alcidamas entre fur la Scene en s'applaudiffant
, une malfue en main , d'avoir
répandu l'effroi par tout : c'eſt le
caractere le plus fauvage qu'on puiffe
nous donner. L'Auteur tâche de le juftifier
dans la Preface , en nous difant, qu'il
ne l'a donné tel que pour mieux faire
triompher l'Amour , & que d'ailleurs ce
penchant à faire du mal n'eft que trop
naturel aux hommes , puifqu'il regne
même dans les petits enfans. En verité
n'eft- ce pas nous donner un excufe la plus
fophiftique qui fût jainais ? Suppofe. t'il
qu'Alcidamas n'eft qu'un enfant , lui qui
ne fait de mal qu'avec connoiffance de
caufe , & pour le feul plaifir d'en faire ?
Voici comment il s'explique parlant à
Mercure :
Et comptez-vous pour peu de chofe
Le plaifir de faire du mal ?
Un enfant fent du plaifir à faire du
mal ; mais il le fait prefque fans le connoître
, ou du moins fans l'appretier . Alcidamas
quitte Mercure fort irrité contre
lui , & en fouhaitant qu'il fut mortel
pour tirer vengeance de la correction
G iiij qu'il
LE MERCURE
qu'il vient de lui faire. Mercure annonce
à Terfandre qu'Aftrée va defcendre des
Cleux , & lui ordonne de s'aller mettre à
la tê e de tous les habitans du Nouveau
Monde pour recevoir dignement la fille
du plus grand des Dieux .
,
Je ne dis qu'un mot de deux Scenes ,
qui font comme détachées de l'action
principale. Celle du Poëte eft très - mauvaife
auffi l'Auteu l'a-t'il retranchée
dès la premiere repreſentation , où elle
fut affez mal reçûë ; mais en revanche
celle de la Coquette me paroît parfaite
dans fon genre . J'avouë que cette coquetterie
dans le germe eft un peu trop pouffée
; mais il faut un peu charger en fait
de Comedie , fi l'on ne veut s'expofer à
ne plaire que mediocrement .
Aftrée arrive. Les Nymphes qui la fuivent
chantent la douceur de l'innocence
qui regnoit dans le fiecle d'or. Cela forme
le premier intermede qui n'a pas paru
à beaucoup près auffi picquant que le fecond
& le dernier.
Carite, les larmes aux yeux , vient implorer
la clemence d'Aftrée , pour un
erfant que des Dauphins ont fauvé de l'a
fureur des flots ; c'eft ici où la piece
commence à prendre couleur. Les fpectateurs
devinent que c'eft l'Amour
s'attendent à avoir du plaifir ; l'Auteur
qui
&
DE JANVIER 1723. FSI
qui leur en promet dès ce moment , leur
tient parole dans la fuite. Aftrée confent.
à fecourir cet enfant , & invite tous fes
nouveaux fujets à exercer
à fon exem
ple , les faints droits de l'hofpitalité.
ACTE I I.
SCENE I.
Mercure , la Raifon.
Mercure & la Raifon commencent le
fecond Acte comme ils ont commencé
le premier : c'eft un défaut que je
ne remarque qu'en pallant. Cette premiere
Scene eft une des plus hardies de
la piece , & par confequent une des plus
dignes de cenfure ; Mercure y montre un
fouverain mépris pour la Raifon , parce
qu'elle eft un peu trop allarmée de l'empreffement
avec lequel tous les habitans
du Nouveau Monde courent après l'enfant
qu'on vient de fecourir par l'ordre
d'Aftrée. Ce Dieu mordant & fatyrique
n'entreprend pas moins que de lui prouver
qu'elle raflemble tous les défauts , &
que, felon lui , elle devroit être bannie du
commerce des mortels. Il eft vrai , comme
l'Auteur le dit fort bien dans fa Preface:
que ce trait qu'il lâche contre elle
à bout portant, n'eft que conditionnel ,
& qu'après avoir dit.
Quiz
3.52
MERCURE LE
Ouy du commerce des mortels ,
La Raifon felon moi devroit être bannic ,
Il ajoûte fagement.
Quand elle veut regner avec trop de rigueur.
Mais que l'Auteur me permette ici de
lui demander quelle efpece de Raiſon
Jupiter a envoyé dans le Nouveau Monde
N'eft- ce pas celle que Mercure definit
fi bien par ces vers ?
Qu'est ce que la Raifon ? c'eft le flambeau de
l'ame ,
Qui lui fait difcerner & le bien & le mal ; 阚
Pour le premier il faut qu'elle s'enflâme
,
Qu'elle eft pour le dernier un dégoût fans
égal , & c .
Voilà quelle doit être la Raifon que
Jupiter a envoyée dans le Nouveau Monde.
Cependant celle à qui Mercure dit
des injures , eft toute differente de celle
qu'il définit. Voici les quatre vers qu'il
ajoûte :
Cependant en ces lieux , quel deffein eft le
vôtie ?
Vous voulez qu'on ne fçache rien .
Et comment fuir le mal. Comment aimer le
biene
Sans
DE JANVIER 1723. 153
Sans connoître ni l'un ni l'autre.
Il eſt tout évident qu'on ne fçauroit
aimer ni haïr ce qu'on ne connoît pas ;
doncques la Raifon qui ordonne deux
chofes impoffibles , eft fouverainement
déraisonnable ; doncques ce n'eft pas
celle que Jupiter a dû envoyer dans le
Nouveau Monde.
Cet argument de Mercure a quelque
chofe d'éblouiffant ; mais ce font de ces
chofes qu'il ne faut pas preffer. La réponſe
de la Raifon eft à peu près du
même ordre ; Mercure y paroît pourtant
embarraflé , & fe contente de dire.
Le temps réfoudra le problême.
Nous voilà débarraffez de tout ce
qu'il y a d'épineux ; ce qui nous refte à
voir eft femé de fleurs ; auffi a -t'il fait le
fuccès de la piece . L'Amour eft amené
par la Raifon devant Aftrée. Il témoigne
fon averfion pour elle ; Mercure lui paroft
aimable , il fe met fous fa protection
. Cela donne lieu à une Scene entre
cet enfant prétendu & Mercure , qui m'a
parue très fine . En effet l'enfant lub
parle d'une maniere , qu'il femble lui dire
Je fuis l'Amour , & cependant Mercure
le prend toûjours pour un enfant ordinaire.
Mercure ouvre enfin les
·
yeux , OLL
G vj
diz
IS4 LE MERCURE
du moins il fait entrevoir aux Spectateurs
, qu'il a de violens foupçons de la
verité.
La Scene qui fuit celle dont je viens
de parler n'eft pas moins délicate ; &
j'avoue qu'elle a quelque chofe de plus
picquant. L'enfant enfeigne les premiers
élemens de l'art d'aimer à Carite & à
Terfandre , & tout cela d'une maniere
fi ingenieufe de la part de l'Auteur ,
que les Spectateurs font grace à tout le
défectueux , qui a occafionné le plaifir
qu'il leur fait d'où je conclus , qu'il
faut paffer quelque chofe aux Auteurs ,
afin qu'ils nous faffent plaifir..
Mais je m'apperçois que je deviens l'Apologifte
de la Comedie du Nouveau
Monde , au lieu d'en être le Cenfeur ;
j'avoue ma foibleffe ; je fuis plus ſenſible
au bon qu'au mauvais ; cela ne m'empêche
pourtant pas de déclarer hautement;
qu'il y a beaucoup de défauts dans cette
Piece , furtout dans le premier Acte ,
quoique je le tienne mieux écrit
deux fuivans .
que
les
Enfin l'Amour fe fait connoître à Altrée
, à Mercure & à la Raifon . Cette
derniere ne peut foûtenir fa prefence ;
elle remonte dans les Cieux , Mercure y
vole après elle , pour la ramener dans ie
nouveau Monde ; mais avant que de
quitter
DE JANVIER 1723.
15. T
quitter Aftrée , il lui dit qu'il vient de
s'avifer d'un ftratag ême dont elle doit
beaucoup efperer .
ACTE IIF
Le ftratagême dont Mercure a parlé à
Aftrée , c'eft de marier l'Amour avec la
Raifon , rajeunie par Hebé , & embellie
par Venus. Quoique cela foit un peu tiré
, il ne laiffe pas de faire honneur à
l'imagination de l'Auteur. Je l'aurois défié
de dénotier fa piece fans ce dernier
expedient de Mercure. La jeune Raifont
paroît d'abord voilée , elle parle un nouveau
langage à l'Amour , qui ne laiffe
de l'outrager , en lui donnant les noms
injurieux , de vieille , laide , guenon. La
Raifon pardonne ces injures à fon aveuglement.
Voici comment elle s'exprime..
A ton erreur je les pardonne ;
pas
Apeine connois tu mon veritable nom :
Mais, guenon, vieille , laide ; apprens que ce lang
gage
Eft auffifaux qu'injurieux :
Ya , tu ne m'as jamais , jegagè,,
Regardée entre les deux yeux.
Le fens allegorique de ces deux der
niers Vers me paroît admirable. Enfin la
Raifon
156
LE MERCURE
Raifon leve fon voile au défi que l'Amour
lui en fait ; mais elle ne le leve .
qu'après avoir elle - même écarté le bandeau
qui couvre les yeux de l'Amour. A
peine l'Amour a-t'il vû la Raifon , qu'il
paroît frappé de fa beauté , & qu'il brûfe
de s'unir avec elle , autre fens allegorique
qui ne doit rien au précedent.
Quelques louanges que je donne ici à
P'Auteur , je ne fçaurois m'empêcher de
lui dire , qu'il a multiplié les êtres fans
neceffité. Pourquoi fait-il bleffer l'Amour
de fes propres traits la feule vûë
de la Raifon n'a - t'elle pas fuffi pour la
lui faire aimer la plaifanterie du contrat
qui fait peur à l'Amour , me paroît
tout- à-fait hors d'oeuvre ; elle a fait rire ;
mais c'eft tant pis pour les rieurs .
de
L'Amour bleflé de fes propres traits .
en voulant bleffer la Raiſon , lui demangrace
; Mercure qui furvient , ſe propofe
pour mediateur entr'eux ; muni d'un
plein pouvoir , il les marie ; & par cette
union de l'Amour avec la Raifon , il met
dans tout fon jour la verité Philofophique
que l'Auteur s'eft propofée , comme
il nous dit dans fa Preface ; fçavoir, que
les paffions n'étant nuifibles à l'homme que
par le mauvais ufage qu'il en fait , contribueroient
à fon bonheur , fi elles étoient
réglées par la Raison.
Je
DE JANVIER 1723. 157
Je ne vous en dis pas davantage , Mefheurs
, de peur que cette Differtation
étant trop longue , comme celle d'Athalie
, ne foit coupée en deux parties , de
même que la premiere l'a été. Vous me
ferez plaifir de la mettre toute entiere
dans un feul Mercure . J'ai l'honneur d'ê
tre , & c .
On a joué fur le même Theatre le 2-
de ce mois , la Tragedie de Cleopatre ,
ou la mort de Marc- Antoine , de M. de
la Chapelle , de l'Académie Françoiſe ,
Piece remife au Theatre , & que le Public
a vûe avec beaucoup de plaifir . Elle
fut reprefentée fur le Theatre de Guenegaud,
dans la nouveauté, au mois de Dey
cembre 1681. & jouée 19. fois.
›
·
Le 13. Janvier on a donné la premie
re reprefentation de la Tragi Comedie
, en Vers & en trois Actes , avec un
Prologue & un divertiffement à la fin ,
intitulée Bafile & Quitterie , par M.
Gautier , jeune homme , dont voici le
premier Ouvrage. Il a pris fon fujet dans
Dom Quichot , & l'a traité d'une maniere
trèsfenfee & très - methodique ; en forte
que ce Pceme pourroit bien faire honneur
à un Auteur d'une reputation déja
acquife par d'autres ouvrages , ce qui fait
beau158
LE MERCURE
beaucoup efperer des talens , du genie &
de la maniere d'écrire de M. Gautier. Le
Public a fait d'abord un accueil affez
diſgracieux à cette Piece ; mais ceux qui
ont porté des jugemens précipitez , chantent
la palinodie , & on lui rend tous les
jours plus de juftice. Nous en parlerons
plus au long.
Le 22. de ce mois , les mêmes Comediens
ont remis au Theatre la Tragedie
du Comte d'Effex , qui a fait très grand
plaifir au Public . Le fieur Baron & la Dile
Lecouvreur y ont reprefenté les principaux
rôles. Quoique cette Actrice jouë
celui de la Reine Elizabeth pour la premiere
fois , elle y brille extrêmement. La
D'le Labat a joué dans la même Piece le
rôle de la Ducheffe d'Irron avec applaudiffement.
Cette jeune Actrice a déja
joué quelques rôles d'amoureufes Comiques
avec beaucoup d'intelligence & de
nobleffe. Elle a chanté quelques Couplets
de chanfons dans la Comedie du Nouveau
Monde , & elle y a danfé avec beaucoup
de vivacité ..
L'Académie Royale de Mufique à ceffé
les reprefentations de Perfée , pour
donner l'Opera nouveau de Piritheus ,
dont nous parlerons le mois prochain.
Les
DE JANVIER 1723 . Is
Les Comediens Italiens ont reprefenté
le 15. de ce mois la Comedie nouvelle
Arlequin au banquet des fept Sages ,
par
l'Auteur de Timon . Cette Piece eft
en Profe en trois Actes , avec un Prologue
& des divertiffemens.
On apprend de Naples , que
que le 9. de
l'autre mois on reprefenta pour la premiere
fois , fur le Theatre de S. Barthelemi
, un Opera intitulé , Partenope , qui
attire un concours prodigieux de Spec--
tateurs .
NOUVELLES ETRANGERES .
De Conftantinople , ce 4. Novembre 17 22.
It
L paroît ici que les peuples , & furtout
les troupes , fouhaitent fort une
nouvelle guerre. La Porte fait de grands
préparatifs pour le Printemps prochain .
On ne fçait pas encore la deftination de
ces armemens immenfes ; on ne conjecture
pas que cela puiffe regarder la Ruffie,
le Czar n'ayant pas pouffé fort loin ſes
conquêtes dans fon expedition de la mer
Cafptenne , & n'ayant laiffé que peu de
troupes dans les places qu'il a foumiles .
On prétend même que fon Refident a
fait
160 LE MERCURE
*
fait connoître clairement au Grand Vifir
, que Sa Majefté Czarienne n'avoit
d'autre deffein , que de reduire
les Tartares du Dagheftan , & n'avoit
jamais pensé à aucune entreprife , qui,dût
donner de l'ombrage au Grand Seigneur
Depuis le retour d'Achmet- Aga , qui
avoit eté envoyé en Perfe , il y a euune
conference entre le Grand Vifir , le Mufty
, le Kiaya , & le Rei-Effendi , ou
Grand Trelorier , où le Refident de Ruffie
a été appellé , & a rendu raifon des
bonnes intentions de fon Prince .
Le Porte- Sabre du Grand Seigneur ,
eft à preſent fi favorifé de fon Souve
rain , qu'on croit qu'il lui donnera une
de fes filles en mariage.
Le Roy de Perfe a écrit une lettre de
reproches au Grand Seigneur , au fujer
du fecours qu'il lui refufe dans les malheurs.
Les Rebelles continuent le fiege
d'Ifpahan.
LE
De Mofcou , ce 6. Decembre.
Es troupes qui ont fuivi le Roy dans
on expedition de la mer Cafpienne ,
font de retour à Aftracan : elles ont reçu
des ordres pour tetourner dans leurs anciens
quartiers. On a envoyé un contre
ordre à celles qui avoient été mandées)
ds
DE JANVIER 1723. 167
de l'Ukraine . La declaration de Sa Majefté
Czarienne , pour faire prêter ferment
de fidelité & d'obéïffance à celui
qu'il lui plaira de nommer pour fon fucceffeur
, a été envoyée au Confiftoire de
l'Eglife Reformée des Hollandois établis
à Mofcou ; ils l'ont tous fignée , & prêté
le ferment requis . La nouvelle fonderie
de canons d'Olonitz a parfaitement
réiiffi , & on difpofe tout pour commencer
les autres établiffemens de Manufactures
, que le Czar a refolu de former dans
differentes Villes de fes Etats . On alaiffé
quinze cens hommes de garnifon dans
Derbent , avec ordre de conftruire une
fortereffe fur une hauteur qui commandela
Ville, qu'on appellera l'Exaltation de
fainte Croix .
On mande de Belgorad , que les Tartares
menacent cette Province d'une invafion
, apparemment pour en enlever les
habitans , fuivant leur coûtume.
,
Le Comte de Golofkin , Lieutenant
General des Armées du Czar , arriva
d'Aftraçan le 24. Novembre , chargé de
faire des recruës , & de rendre tous les
Regimens complets . L'Amirauté a reçu
de femblables ordres pour ce quila concerne
& on prépare à Petersbourg & à
Cronflot des armemens de immer confiderables
pour la campagne prochaine.
Les
162 LE MERCURE
Les Generaux Tubeskoy & Allard ont
reçu ordre de le mettre en inarche vers
F'Ukraine avec les troupes dont ils ont le
commandement.
Le Czar a accordé aux Hollandois
qui font établis à Riga , la permiffion d'y
bâtir une Eglife , & d'y tenir une Ecole
pour l'inftruction de leurs enfans.
De Varfovie , ce 1. Janvier.
Ous les Titres que le Roy a poûr-
Trus
vus de Charges & Benefices , vacans
dans le Royaume , ont prêté les
fermens ordinaires , à la referve du Referendaire
de la Couronne , qui a refu
fé le Palatinat de Kalisk . Quelques Grands
avoient propofé au Roy , de convoquer
la Dierte à cheval , mais Sa Majeſté l'a
refufée.
On expedie les Univerfaux pour l'Affemblée
des Diettes de relation. Le Grand
General de la Couronne & le Palatin de
Kiovie , devoient , pour une querelle particuliere
, fe battre à coups de piſtolet ;
mais ils ont été accommodez par le nouveau
Primat du Royaume , qui eft parti
pour Varmie , après avoir rendu vifite au
Nonce du Pape , qui a dreffé fes informations
de vie & moeurs , pour les envoyer
à Rome , à la Congregation de
de
DE JANVIER 1723. 16;
de l'examen des Evêques. On croit le
départ du Roy pour fon Electorat de Saxe
, differé jufqu'au Printemps prochain,
Le Commandant de Kaminieck a reçu
ordre de faire travailler aux fortifications
de cette Place , & on doit lui remettre
inceffamment les fonds neceffaires
pour achever ces travaux .
Ôn travaille à contenter provifionnellement
le Czar & le Roy de Pruffe , fur
les memoires préfentez par leurs Miniftres
, attendu que le differend dont il
eft queftion , ne peut fe terminer entie
rement que dans une Diette generale.
De Stokolm , le 17. Decembre.
Ous les Colleges fe font affemblez
déli-
Tdans la Salle des Nobles , pour
berer fur les affaires qui doivent être por
tées devant la prochaine Affemblée des
Etats du Royaume. On prétend que les
habitans de la campagne , qui ont droit
d'y députer , font dans la difpofition
d'offrir un pouvoir abfolu au Roy & à la
Reines mais que le Clergé ne partage.
point ces fentimens de profonde obéïlfance
. Les principales affaires , qui doivent
être traitées dans la Diette des Etats,
font les differens moyens propofez pour.
acquitter les dettes du feu Roy Charles
XII.
162 LE MERCURE
XII. tant celles contractées dans les Pays
étrangers , que dans l'interieur du Royaume
; ce qu'il conviendra faire pour regler
la fucceffion future à la Couronne
à quoi on fixera les troupes qu'il eft neceffaire
d'entretenir pour la défenſe du
Royaume ; quelles mefures on prendra
pour pouvoir affembler en huit jours une
Armée de vingt mille hommes , lorſqu'on
y fera contraint par des circonftances imprévûës
; décider s'il ne feroit pas convenable
d'avoir au Printemps prochain
une Efcadre de quinze vaiffeaux de
guerre
dans la mer Baltique , & confentir à
l'aliénation de certains Domaines appartenans
en Allemagne à la Couronne de
Suede , pour employer le prix de la vente
au payement des dettes de l'Etat.
De Vienne , ce 3. Janvier
'Empereur étant le 2. de Decembre
Làla chaffe du Sanglier , & s'étant
écarté des Seigneurs de la Cour , fut at
taqué par un de ces animaux , qui irrité ,
par des bleffures qu'il avoit reçues , mettoit
la vie de Sa Majefté Imperiale en
danger mais deux Cavaliers accoururent
à propos pour la garantir du peril ,
& tuerent le fanglier.
On débite que l'Empereur a refolu de
traiter
DE JANVIER , 1723 165
traiter dorénavant le Duc de Mexelbourg
avec plus de douceur , pour faciliter
l'accommodement de ce Prince avec
la Nobleffe de fes Etats .
On mande de Ratifbone , que le 10,
Decembre le College des Princes & Electeurs
de l'Empire , s'étoit affemblé extraordinairement
; qu'il avoit été arrêté
de remercier l'Empereur des foins qu'il
prenoit des interêts communs de l'Empire
, & qu'il confentoit à l'infeodation des
Etats de Parme & de Tofcane , pour l'In
fant d'Espagne Dom Carlos , au défaut de
fucceffeurs mâles , de chacune des deux
Maifons de Farnefe & de Medicis ; ainfi
rien n'empêchera deformais l'ouverture
du Congrès de Cambray , où l'on doit
traiter les points qui restent à regler entre
l'Empereur & le Roy d'Espagne
conformément à l'Article V. du Traité
de la quadruple alliance.
L'on affure que l'Empereur a confenti
d'accorder l'inveftiture des Duchez de
Brême & de Werden au Roy d'Angleterre
, comme Electeur de Brunswich.
Les Etats du Royaume de Bohéme ont
accordé un fubfide d'un million de Rifdales
, pour les frais du voyage de leurs
Majeftez Imperiales , & pour les reparations
de leur Palais de Prague , & les
Etats de la Baffe- Autriche ont confenti
de
166 LE MERCURE
de payer trois cens mille florins , deftinez
દે reparer les fortifications de Brifack &
de Fribourg
.
De la Haye ce 18. Janvier.
Es Etats de Hollande & de Veft-
Lphrife demeureront affemblez jufqu'au
23. de ce mois ; ils ont travaillé
dans leur affemblée à chercher des moyens
pour anéantir les taxes réelles , & perfonnelles
de l'année 1723. Mais on ne
croit pas que leurs bonnes intentions puiffent
reüffir , à caufe des difficultez qu'ils
ont rencontrées de la part de certaines
Villes.
Les Intefferez de la Compagnie des Indes
Orientales ont de frequentes conferences
, au ſujet des avis qu'ils ont reçûs
que l'Empereur avoit enfin confenti à
l'établiffement d'une nouvelle compagnie
des Indes à Oftende.
Le fieur de Chambery , chargé des
affaires de France , a remis aux députez
des Etats Generaux une lettre du Roy
très- Chrétien , où il leur fait part de la
mort de Madatne , Ducheffe Douairiere
d'Orleans , ſa bifayeule & grande tante.
Le lendemain leurs hautes Puiffances réfolurent
de répondre à cette lettre , &
de faire leur compliment de condoleance.
Les
DE JANVIER 1723. 167
Les Provinces de Hollande , de Zelande,
d'Utrect & d'Overiffel ont rejetté
la propofition d'élire pour leur Stathouder
le jeune Prince de Naflau Dich . Le
Roy de Suede a écrit depuis peu en ſa
faveur aux Etats Generaux.
Il y a eu ici le trois & le quatre Janvier
une tempête terrible , qui fit peric
trois navires à la hauteur de Scheveling,
& cinq près du Texel. Un bâtiment
Ecoflois échoüa fur les fables de Tesher .
On croit que le Paquebot d'Angleterre a
fait auffi naufrage près de Kerwich , où
on l'a vu dans un danger preffant , &
hors d'état de recevoir du fecours.
Les Etats de Hollande continuent
leurs déliberations fur l'état de guerre
qui a été communiqué aux Etats Generaux
par le Confeil d'Etat. On y propofe
de mettre les troupes de la République
fur un meilleur pied qu'elles ne font aujourd'hui
, de faire des fonds pour reparer
Nimegue , Zutphen , Doefbourg ,
Maft ick & Bofle-Duc , d'augmenter les
troupes de l'Etat , qui ne font compofées
que de trente- un mille fept cent quarante-
huit hommes , y compris deux
mille Suiffes à la folde de la République
Les Colleges des Amirautez refpectives
propofent auffi de rétablir la Marine.
H De
168 LE MERCURE T
De Londres , ce 15. Janvier.
E General Tafton alla le 17. Decembre
à la Tour faire la revûë des
foldats qui y font en garnifon ; on caffa
tous ceux qui avoient moins de cinq pieds
de hauteur , le Roy ayant declaré qu'il
n'en fouffriroit plus de cette taille dans
le Regiment de fes Gardes. Le 22. le
Roy tint un Confeil d'Etat , & numma
les Scherifs des Comtez du Royaume
pour l'année 1723 .
L'execution de mort de l'Avocat Leart
a été ſurfiſe d'abord jufqu'au deux , &
enfuite jufqu'au trente de Janvier prochain
. On compte qu'il découvrira tout le
myftere de la confpiration . On dit que fon
épouſe a déja remis au Lord Townſend
Secretaire d'Etat , une caffette de papiers
qui renferme tout le fecret des conjurez.
Les apparences font que ce criminel obtiendra
fa grace du Roy pour prix de fes
découvertes.
teret
,
On a faifi par Ordre de Milord Car-
Secretaire d'Etat , tous les exemplaires
d'un écrit , intitulé les avis du
Parnaffe pour le mois de Novembre ; on
en recherche l'Auteur.
M. Huwknis , Ingenieur de la Tour ,
doit partir inceffamment pour la Jamaïque
DE
JANVIER 1723. 169
que avec les quatre vaiffeaux qui doivent
y porter tout ce qui eft neceffaire pour
reparer le dommage caufé par la tempête
du mois d'Octobre dernier.
M. Erle , fameux Apoticaire de Londres
, s'eft coupé la gorge le jour de Noël,
& dans la même femaine fon exemple a
été fuivi par cinq autres perfonnes ennuyées
de la vie.
Suivant l'extrait des Regiftres des Paroiffes
de cette Ville , il eft né pendant
le courant de l'année derniere dix huit
mille trois cens trente - neuf enfans , & il
eft mort vingt- cinq mille fept cens cinquante
perfonnes.
De Lisbone , ce 22. Decembre.
E Tribunal de Relation rendit le
Lfept
Decembre une
Sentence qui
adjuge à la Ducheffe de Lafocas le titre
d'Alteffe , & les mêmes honneurs dont
joiiffoit dans le Royaume le feu Duc ,
fon époux. Le 8. le Prince du Brefil &
les Infans reçûrent dans la Chapelle de
la Reine l'habit du Tiers - Ordre de Saint
François , qui leur fut adminiftré par le
R. Pere Commiffaire General de l'Crdre
qui avoit été mandé pour cette ceremonie.
M. le Duc de Mendoça , Secretaire
Hij
d'Etat
170 LE MERCURE
d'Etat a eu le 9. Decembre une longue
conference avec l'Ambaffadeur d'Eipagne
, concernant quelques affaires de
Marine .
Les principaux de la Secte des Juifs
travaillent fecretement dans differentes
Provinces à faire des Profelites. L'Inqui
fition pour obvier à ce mal a fait arrêter
plufieurs perfonnes fufpectes .
L
De Madrid , ce 6. Janvier.
E Roy a ordonné que les Douanes ,
qui cy-devant étoient dans les Ports
& Places qui font frontieres du Royaume
de Navarre , de la Seigneurie de Biſcaye
& des Provinces de Guypufcoa , &
Alaba , feront rétablies dans les mêmes
Villes & Ports .
Le détachement des troupes de la Maifon
du Roy , nommé par Sa Majesté
pour aller fous les ordres du Duc d'Ollone
recevoir la Princeffe d'Orleans , future
époufe de l'Infant d'Efpagne Don
Carlos, partit de Madrid le 16: Decembre
pour fe rendre à Iron , fur la frontiere
de France , où cette Princeffe doit
arriver le trente du même mois.
La Princeffe des Afturies a été incommodée
pendant quelques jours d'une érefipelle
à la tête , mais fa fanté s'est trou-
νές
DE JANVIER 1723. 171
vée entierement rétablie après quelques
faignées.
On écrit de Barcelone que les troupes
qui ont campé pendant quelques femaines
aux environs de la Ville , en font
parties le 11. Decembre , fous l'escorte de
quatre vaiffeaux de guerre , & font paf
fées à Mayorque pour en relever l'ancienne
garnifon . Ces bâtimens ont été fort
tourmentez de la tempête , ainfi qu'on l'a
fçû depuis , & ont été contraints de relacher
dans un petit Port , près de Tarrágone.
Le 30. Decembre M. le Marquis de
Maulevrier , Ambaffadeur de France , fit
part à Sa Majefté Catholique de la mort
de Madame , Duchelle Douairiere d'Orleans
, bifayeule & grande Tante du Roy
très -Chrétien , & l'après- midy le Roy
ordonna à tous les Grands du Royaume ,
& aux Officiers des Maifons Royales de
prendre le grand deüil pour quatre mois.
De Rome , ce 30. Decembre.
A maladie de Sa Sainteté a eu des
Lamponesqui en ont fait craindredes
fuites fâcheufes. Le 5. Decembre le Pape
rendit une pierre, ce qui ne fit qu'en fouffrant
de grandes douleurs , qui continuerent
le fix , & furent accompagnées d'une
Hij fievre
172
LE MERCURE
fiévre violente. Ses Medecins ne lui trou
vent pas une circulation du fang aifée.
Le Cardinal de Belluga n'a pû encore , à
cauſe de cette maladie , obtenir fon audiance
de congé pour retourner en Eſpagne.
Sa Sainteté a fait venir M. Accoram
boni Sous- Dataire , qui en l'abſence du
Cardinal Corradini Dataire lui preſenta
plufieurs fuppliques qu'elle figna dans fon
lir. Le Pape n'a pas voulu permettre à ce
Cardinal de figner pour lui , pour ne pas
déroger à la Bulle d'Innocent XII . qui
ôte cette faculté au Cardinal Dataire. Sa
Sainteté refuſe conftamment de tenir un
Confiftoire dans fa chambre , dans l'efperance
d'être en état de le tenir bien-tôt
avec les formalitez ördinaires .
Le 9. Decembre le Profeffeur de Rhetorique
du College Románi prononça
dans la falle de ce College un très - beau
difcours fur le Sacre & Couronnement
du Roy très - Chrétien , qui fut entendu
par le Cardinal Ottoboni , protecteur des
affaires de France , accompagné d'un
grand nombre de Prélats & de Gentilshommes.
M. l'Abbé de Tanfin , chargé
des affaires de France , a loué le Palais
qu'occupoit la Princeffe des Urfins fur
la place des Saints Apôtres .
Les Venitiens qui prennent intereft à
l'affaire qui a occafioné tant de conteſtaDE
JANVIER 1723 . 175
tions entre les Boulonnois & les Ferrarois,
au fujet de la riviere du Reno , ont fait
prier le Pape d'y avoir égard dans fa décifion
. La fanté du Pape s'ameliore de
jour en jour. Sa Sainteté fit dans fa Chapelle
le 24. Decembre la benediction de
l'Eftoc & de l'Epée , & celebra enſuite
une Meffe baffe , tous les Officiers du Palais
y communierent. Le Cardinal Tanara,
Doyen du Sacré College , a complimenté
le Pape de la part des Cardinaux fur les
bonnes fêtes , & fur le rétabliffement de
fa fanté. L'Evêque de Munfter lui a envoyé
de Frife neuf beaux chevaux.
MORTS , BAPTES MES
& Mariages des Pays Etrangers.
Es deux fils du défunt Senateur &
Lee,Marsdu
,
&
boc ont épousé à Stokolm les deux filles
du General Baron Krevifts ; le Roy & la
Reine de Suede leur ont fait l'honneur
d'affifter à la celebration de leur mariage
le 8. Decembre 1722 .
• La Princeffe Wilhelmine Charlotte
plus jeune foeur du Roy de Suede , eſt
morte à Hefle- Caffel d'une courte maladie
, âgée de 28. années.
Hüj
La
176 LE MERCURE
La Princeffe de Schwartfemberg
époufe du Grand Ecuyer de l'Empereur ,
eft accouchée à Vienne le quinze Decembre
d'un Prince qui fut baptifé le ſoir
par l'Archevêque de cette Ville , &
nommé Jofeph Adam - Jean- Nepomucene-
François- de- Paule- Joachim- Thadée-
Abraham.
Don Rodrigués d'Acofta , fecond fils
'de Don Jean d'Acofta , premier Comte
de Souro , & Gouverneur de l'Ile de
Madere & du Brefil , cy- devant Viceroi
des Indes Orientales , eft mort à Liſbone
le 14. Novembre 1722 .
Dona Catherine de Menefés , Marquife
'de Marialva , veuve de Don Pierre- Louis
de Menelés , fecond Marquis de Marialva
, & fille de Don Rodrigue de Menefés
, Gentil-homme de la Chambre du
Roy de Portugal Don Pierre II . qui
étoit auffi Prefident des Requêtes du Palais
, & Commandeur de Idanha dans le
nouvel Ordre de Chrift , eft morte à
Lifbone le 18. Novembre 1722.
Don Gomes les Chacou- y- Orellana ,
Viceroi & Capitaine General du Royaume
de Navarre , eft mort à Pampelune le
neuf Decembre.
Don Camille Borghese , fils aîné du
Prince Borghefe a reçû de Vienne le
confentement de l'Empereur pour époufer
DE JANVIER 1723. 177
fer Dona Thereſe Colonna , foeur du
Connétable de ce nom.
La Ducheffe de Richemont eft morte
à Londres le 20. Decembre après avoir
été très-long- temps malade d'un Diabete.
Elle étoit fille aînée du feu Comte de
Cardigan ; elle avoit époufé en premieres
nôces le Lord Henry Bellafis de
Worlaby.
M. le Comte de Burford , & le Lord
Guillaume Beauclaire , fils de M. le Duc
de S. Albans , doivent épouſer à Londres
les deux filles du Chevalier Jean Werden.
Don Fernand de Norenho , Comte
de Moufento , Seigneur de Caftro - dairo ,
troifiéme fils de Don Loüis Alvarés de
Caftro , fecond Marquis de Cafcaés Alcaide
, Major de Guimaraens , Commandeur
de S. Sauveur de Valdren dans
l'Ordre de Chrift , & membre de l'Académie
Royale de l'Hiſtoire , eft mort à
Lifbone le 13. Decembre , univerſellement
regretté.
M. Ignace Ferrante , Aumônier fecret
du Pape , & Beneficier de l'Eglife de
S. Pierre , eft mort à Rome le 21. De--
cembre , fort regretté de Sa Sainteté .
H v DIGNE
178 LE MERCURE
ཡ
DIGNITEZ , BENEFICES,
& Charges des Pays Etrangers .
Pologne.
E General Poniatowski a obtenu la
Chargede GrandTreforier du Du
ché de Lithuanie.
M. Poninski a été élû Adminiftrateur
de l'Evêché de Pofnanie par le Chapitte
de cette Eglife Cathedrale.
Allemagne.
Le Comte Jean Amedée de Haleweil ,
cy-devant Capitaine dans le Regiment
du Prince de Beveren , a été nommé Sergent-
Major , en confideration des fervices
qu'il a rendus dans la derniere guerre
contre les Turcs.
M. le Comte Vinceflas , Albert de
Wurben, a pris féance au Confeil d'Etat ,
en qualité de Confeiller d'Etat ordinaire.
M. le Comte de Tshernim y a auffi
pris féance en la même qualité.
M. le Prince de Diefback , Comte de
l'Empire , a obtenu le Gouvernement de
Siracufe.
My
DE JANVIER 1723. 179
M. le Comte Sigifmond Rodolphe de
Wagenoperg a été fait Confeiller ordinaire
au Confeil d'Etat de l'Empereur.
Portugal.
Le R. Pere Antoine de Guadalupe ,
Religieux de l'Ordre de S. François de
la Province de Portugal , a été nommé
par Sa Majesté Portugaise à l'Evêché de
Rio-de-Janeiro .
Don Diego de Mendoça de Cofte-
Real , fils du Secretaire d'Etat de ce
nom , a été choifi pour aller à la Haye
avec le caractere d'Envoyé extraordinaire.
Espagne.
par
Don Thomas Jofeph de Montés , Archevêque
de Séleucie a été nommé
Sa Majefté Catholique à l'Evêché d'Oviedo
.
M. le Marquis de la Rofa a été nommé
Maiordome de Semaine de la Princeffe
d'Orleans , future époufe de l'Infant Don
Carlos.
Me la Comteffe de Lemus a été nommée
fa Camarera Maior , Me la Comteffe
de la Rofa , fa Dame d'Honneur .
M. le Comte de Montemor a été nommé
Gouverneur & Capitaine General de
La Catalogne. H vj
An180
LE MERCURE
Angleterre.
Le Lord Arundel de Terice en Cornwall
eft parvenu à l'âge de majorité , &
a pris féance dans la Chambre des Pairs.
M. le Comte d'Effex a prêté ferment
entre les mains du Roy de la Grande
Bretagne , en qualité de Lieutenant de Sa
Majefté au Comté d'Hertfort .
Italie.
Le Cardinal Conti , frere du Pape en
a obtenu une penfion de trois cens écus
Romains.
Les Cardinaux de Sainte Agnés , Corradini
& Olivieri en ont obtenu chacun
une de deux cens écus Romains.
M. l'Abbé Conti , neveu de Sa Sainteté
a été fait Camerier Secret partici
pant , & a obtenu un appartement au
Palais.
Hollande.
M. Frederic Batavadurus Tacis d'Amerongen
, a été nommé Commandant
de Maftich.
M. Henry de Montefe , General Maior
a été nommé Commandant de Tournay .
EDIT
DE JANVIER 1723. 18x
EDIT , ARRESTS , & c .
DIT du Roy , portant Creation & Etadans
toutes les Villes du Royaume , donné à
Ve failles au mois de Novembre 1722. Regiftré
en Parlement le 18. Janvier 1723. pat lequel
il eft dit ce qui fuit . Nous avons , en ( onfideration
de nôtre Avenement à la Couronne
& de nôtre Sacre , créé , érigé & établi
créons , érigeons & établiffons par le prefent
Edit , Huit Maîtriſes de chacun Art & Mêtier,
dans notre bonne Ville & Fauxbourgs de Paris
: fix dans chacune de nos Villes où il y a
Cour fuperieure ; Quatre dans celles où il y a
Préfidial , Bailliage ou Senechauffée ; Et deux
feulement dans toutes les autres Viles & autres
lieux de notre Royaume , où il y a Jurande
, pour y être pourvu par Nous , de telles
perfontes que Nou voudrons choifir , en Nous
Payant par eux la Finance , qui fera reglée
fuivant les Rolles qui en feront arrêtez en notre
Confeil , laquelle Finance fera par eux
payée en Contrats de Rentes fur la Ville ,
Rentes Provinciales , Finances d'Offices fupprimez
, & autres Creances de l'Etat liquidées.
Voulons que fur la Quittance de Finance qui
leur fera expeliée des fommes par eux payées,
il leur foit délivré toutes Commiffions neceffaires
, pour chacune defquelles il ne fera payé
que fix livres feulement ; En vertu defquelles
Commiffions , Nous entendons que les Pourvus
defdites Maîtrifes foient incontinent reçus
&
122 我LE MERCURE
payer
& inftallez par nos Baillifs , Senechaux , Prea
vôts , ou autres Juges à qui elles feront adreffées,
& qu'ils en jouiffent avec tels & femblables
droits , franchifes , libertez & privileges
dont jouiffent les autres Maîtres - jurez
defdits Mêtiers ,fans qu'ils foient tenus faire
aucun Chef d'oeuvre , ou experiences , ni fu .
bir aucun examen , payer banquets , droits de
Confrairies & de Boites , ni aucuns autres
droits , que les Jurez de chaque Mêtier ont accoûtumé
de prendre , & faire à ceux
qui veulent être reçus Maîtres , dont Nous les
avons exceptez & difpenfez , exceptons & difpenfons
par le prefent Edit : Faifons, très expreffes
inhibitions & défenſes à nos Baillifs ,
Senechaux & autres Juges , & aux Maîtres-
Jurez defdits Arts & Mêtiers , de recevoir &
admettre aucuns compagnons , foit apprentifs
ou fils de Maîtres , par Chefs-d'oeuvres ou autrement
, qu'au préalable lefdites Lettres de
Maîtrifes n'ayent été remplies , & les Pourvûs
d'icelles reçus & mis en poffeffion , ſous
peine de deux cens livres d'amende ; & s'il arrivoit
qu'il en fût reçu aucun au préjudice des
prefentes défenfes , voulons que les receptions
demeureront nulles & de nul effet , & que ceux
qui feront ainfi reçus , foient contraints de fermer
leurs boutiques , jufques après la reception
& paifible poffeffion de ceux qui auront été
par Nous pourvûs , aufquels Nous permettons
de mettre , & tenir fur rues , & en tels lieux
& endroits que bon leur femblera . Etaux , Ouroirs
& Boutiques garnies d'Outils & autres
chofes neceffaires pour l'ufage & exercice de
leurs Mêtiers , tout ainfi & de même maniere
que les autres Maîtres ayant fait Chefsd'oeuvres
& experiences . Voulons en outre
qu'en
DE JANVIER 1723. 183
qu'en vertu du prefent Edit ils foient appellez
en toutes Aflemblées & vifites , qu'ils puiffent
être Gardes & Jurez defdits Mêtiers , & qu'ils
jouiffent , leurs veuves & enfans aprés leurs déceds
, des mêmes facultez , privileges , franchifes
& libertez , dont jouiffent & ont droit de
jeüir les anciens Maîtres- jurez N'entendons
comprendre dans la prefente creation les Chirurgiens
, Apoticaires & Orfévres , que nous
en avons excepté & exceptons , & c.
ARREST du Confeil d'Etat du 29. Decembre
1722. par lequel le Roy , ayant égard à la Requête
du Chevalier de Eullion , Comte d'Efcli
mont , pourvu de la Charge de Prevôt de Paris,
ordonne qu'il fera reçu au payement du Droit
annuel de fadite Charge de Prevôt de Paris ,
fur le pied de fon ancienne évaluation , fans
être tenu de payer aucun prêt , dont Sa Majesté
Fa difpenfé pendant le courant du prefent Bail
feulement.
2
ARREST du 5. Janvier 1713. qui ordonne
que dans un mois , à compter du jour de la Publication
d'icelui , le Tréforier des Revenus
Cafuels , les Receveurs Generaux des Finances
Receveurs Generaux des Domaines &
Bois , les Traitans & autres Comptables du
Royaume , feront tenus de faire convertir en
Quittances Comptables les Recepiffez des Caiffers
du Tréfor Royal qu'ils ont retirez à leur
décharge , fur l'Exercice de 1722. & années
anterieures.
ARREST du 12. dud qui ordonne , que les
faifies faites ou à faire à la Requête du Sieu r
Turgy , pour raifon de l'execution du Rolle dw
15:
284
LE
MERCURE
15. Septembre dernier , des Biens Immeubles
& Offices des Particuliers compris audit Rolle,
feront registrées où beloin fera par les Sieurs
Commiffaires aux Saifies Réelles , les Sieurs
Garde Rones & autres , à l'exclufion de tou
tes autres faites ou à faire ; lefquelles fous quel
ques noms , & à la Requête de quelques perfon
nes que ce puiffe être , qu'elles fe trouvent faites,
leront & demeureront converties en Oppofitions
à celles faites ou à faire à la Requête dudit
Sieur Turgy , & c .
>
ARREST du 13. Janvier , qui ordonne que
les Droits Seigneuriaux qui font dûs par les
Acquereurs des Immeubles vendus fur les Particuliers
compris dans le Rolle arrêté au Confeil
le 15. Septembre 1722. feront payez par
les Adjudicataires defdits Liens , ou en total
dans les mêmes effets dans lefquel l'Adjudication
a été faite , ou fur le pied du Quart dudit
prix , en payant le quart en Efpe es , le tout
au choix & option des eigneurs ,
à qui lefdits
Droits Seigneuriaus feront dûs ; laquelle
option ils feront tenus de faire dans la huitaine
des offres qui leur feront faites par les Adjudicataires
, & c.
i
ARREST du 14. dud . au fujet des Particu
liers compris dans le Rolle de la Capitation
extraordinaire , arrêté au onfeil le 15. De embie
172 par lequel le Koy ordonne , que les
délais de la procedure , qui fe a faite pardevant
les Sieurs Conn.ffaires du Confeil , en
execu ion de l'Arrêt du 31.Octobre dernier qui
étoient reglez à huitaine par ledir Arrêt , cront
& demeureront reglez à trois jours pour
ceux qui font domiciliez à Paris ; & qu'à l'égard
DE JANVIER 1723. 185
gard de ceux qui font domiciliez dans les Provinces
, le délai fera augmenté fuivant la diftance
du lieu de leur domicile , à raifon d'un
jour par dix lieues , & de deux jours encore par
delà pour ceux qui font dans la diſtance de cinquante
lieues , de quatre jours pour ceux qui
font dans la diftance de cent lieuës ; & de fix
jours pour ceux qui font domiciliez à plus de
cent lieues de diftance de Paris.
ARREST du 15. Janvier , qui proroge le
délai pour le Payement du Preft & Annuel pour
les Officiers établis à Paris jufqu'au premier du
mois prochain, & jufqu'au 10.Fevrier pour ceux
des Provinces, à l'exception des Officiers établis
dans la Generalité de Metz & dans la Provenće
, pour lefquels ledit délai fera prorogé juſ→
qu'au 10. Fevrier prochain.
ARREST du 16. Janvier , qui ordonne que
lorfque quelque Particulier aura payé le prix
des Offices iétablis par l'Edit du mois d'Août
dernier , aucunes encheres ou furencheres ne
feront reçûës , qu'en confignant par les Encheriffeurs
ou furencheriffeurs la Finance principale
, le montant de l'enchere ou furenchere ,
& les deux fols pour livre.
ARREST du 19. Janvier , qui preferit
une forme particuliere pour le Controlle des
Contre- lettres & Declarations dans la Ville de
Paris , conformément à la Declaration du 29.
Septembre dernier .
ARREST du même jour , qui proroge jufqu'au
premier Avril prochain exclufivement ,
dans
1861 LE MERCURE
1
dans toute l'étendue du Royaume , le délai de
trois mois accordé par l'Article III . de la Declaration
du 29. Septembre 1722. pour le Controlle
, Infinuation & Sceau des Actes & Jugemens
qui n'ont point été controllez , infinuez
& feelfez dans les délais prefcrits par les
Reglemens.
ARREST du même jour , par lequel Sa Majefté
déclare les Officiers des Bureaux des Finances
n'être point compris dans l'exception
du Preft & Annuel , accordée par la Declara
tion du 9. Aouſt 1722. à ceux des Officiers de
fes Cours fuperieures qui y font nommément
exprimez ; Veut & entend Sa Majefé , que
conformément à ladite Declaration les Préfidens
& Confeillers des Cours fuperieures , les
Préfidens , Maîtres , Correcteurs , & Auditeurs
des Chambres des Comptes , les Avocats &
Procureurs Generaux & Greffiers en Chef defdites
Cours & Chambres , jouiffent feuls de
F'exemption du Preft & Annuel à cur accordée
par ladice Declaration , & aux Charges y
portées , fans qu'aucuns autres Officiers puiffent
prétendre jouir de ladite exemption , fous
prétexte qu'ils font du Corps defdites Cours &
Chambres qu'ils y ont entrée & féance
que les Officiers du Tribunal dont ils font
Corps , ont droit de jouir des privileges des
Cours fuperieurs , ou qu'ils font reputez faire
partie defdites Cours.
8188
JOURNAL
DE
JANVIER 1723. 187
JOURNAL DE VERSAILLES
& de Paris .
LES
Es Etats de la Province d'Artois
ont fignalé leur zele à l'occafion du
Sacre & Couronnement du Roy . Ils ont
fait chanter le Te Deum dans l'Eglife.
des RR. PP, Recollets de la ville d'Arras
; la Mufique de la Cathedrale s'y
rendit pour cette fainte ceremonie , &
M. l'Evêque d'Arras y officia pontificalement
. Tous les Commandans des Troupes
de la Garnifon , & tous les Magiftrats
de la Ville y affifterent.
Il y eut après le Te Deum un magnifique
repas , accompagné d'une brillante
illumination. Enfuite on tira un beau feu
d'artifice , au bruit des timbales & trompettes
, de la Moufqueterie & du canon
.
Le jour que M. le Duc de Gêvres a
été reçu à l'Hôtel de Ville de Paris , en
qualité de Gouverneur furvivancier de
M. le Duc de Trêmes fon pere . Son cortege
étoit en grand deüil ; il étoit préce
dé d'une douzaine de Suiffes en habitsnoirs
avec des pleureufes , de fa Compagnie
des gardes qui eft nombreuſe &
lefte
188 LE MERCURE
lefte , de fa livrée en deuil , au nombre
de trente domeftiques. Son premier caroffe
étoit chargé de fix Pages. Il fut recu
à l'entrée de l'Hôtel de Ville par M.
le Prevôt des Marchands , qui le conduifit
dans la grandeSalle & le harangua.
Il fut auffi harangué par M. Moriau ,
Avocat & Procureur du Roy de la Villé.
Il eut dans la même grande Salle trèsornée
, un magnifique repas aux dépens
de la Ville. La cour de l'Hôtel de Ville
& la Place de Greve , étoient occupées
par les Archers de Ville , fous les armes ,
avec timbales & trompettes. M. le Duc
de Gêvres , pendant fa marche , avoit fait
jetter de l'or & de l'argent au peuple ,
qui fut auffi charmé de fa politeffe infiniment
gracieufe que de fes liberalitez .
On diftribua aux fpectateurs dans la Place
de Greve , du pain , du vin , des langues
fourées , des cervelats & du jambon.
M. Morofini , Ambaffadeur ordinaire
de la Republique de Venife , arrivé à Paris
le 9. Decembre dernier , eut audience
particuliere du Roy le 30. du mêine
mois. Il y fut conduit par M. le Chevalier
de Sainctot Introducteur des Ambaffadeurs.
Le même jour cet Ambaffadeur eut à
Verfailles audience particuliere de Monfieur
DE JANVIER 1723 . 189
heur le Duc d'Orleans , Regent du
Royaume. Il y fut conduit par M. de
Marpré , Introducteur des Ambaffadeurs
auprès de Son Alteffe Royale.
La fanté de S. A. S. le Duc de Lorraine
eft parfaitement rétablie. L'operation
qui l'a guéri a été fort heureufe
, & M. de la Peronie a foutenu
dans cette occafion , la jufte reputation
qu'il doit à fon experience & à fa capacité
. Le Prince l'a recompenfé auffi genereufement
qu'il meritoit de l'être . Il
lui a fait preſent d'une fomme de cinquante
mille livres ; Madame la Ducheffe
de Lorraine , ravie du fuccès de fes
foins , lui a donné un beau ſervice de
vermeil doré , & la ville de Nancy a dif
tingué fon zele & fa reconnoiffance par
le don d'une bourſe d'or.
, Le premier jour du mois de Janvier
& de l'année 1723. le Roy reçut les complimens
& fouhaits de la Cour & de
Les peuples. Monfieur le Duc d'Orleans ,
Madame la Ducheffe d'Orleans , M. le
Duc de Chartres , & tous les autres Princés
& Princeffes du Sang Royal , allerent
, dans leur rang , faluer Sa Majesté;
enfuite M. de Châteauneuf, Prevôt des
Marchands , & les Echevins de la Ville
de Paris , s'acquitterent de ce devoir
ils furent conduits par M. le Marquis de
Dreux,
『9༦
LE MERCURE
Dreux , Grand- Maître des Ceremonies,
Le même jour , fête de la Circoncifion
, le Roy en habit & long inanteau
violet , & le Collier de l'Ordre pardeffus
, précedé des deux Huiffiers de la
Chambre , portans leurs Maffes , fe rendit
à la Chapelle du Château de Verfailles.
Sa Majefté étoit accompagnée de
Monfieur le Duc d'Orleans , M. le Duc
de Chartres , M. le Duc de Bourbon
M. le Comte de Charolois , M. le Prince
de Conti , & M. le Comte de Touloufe
, les Chevaliers , Commandeurs &
Officiers de l'Ordre du S. Efprit , en habits
& longs manteaux noirs , les Chevaliers
& Commandeurs avec leurs Colliers ,
& les Prelats Commandeurs , en Rochet
& en Camail , marchoient devant le Roy
en ordre de Ceremonie . M. l'Evêque de
Mets , Prelat Commandeur de l'Ordre,
celebra pontificalement la grande Meffe ,
qui fut chantée par la Mufique de Sa
Majefté. L'après - midi , le Roy entendit
les Vêpres dans fa même Chapelle .
Les Etats de Bretagne ont accordé una
nimement au Roy le don gratuit qui
avoit été demandé de fa part dans leur
derniere Affemblée , tenuë par M.le Maréchal
d'Etrécs.
Le même jour , M. de Remond , Introducteur
des Ambaffadeurs , alla
prendre
DE JANVIER 1723. 191
dre à leur Hôtel M. de Rolinville , Envoyé
extraordinaire du Duc de Lorraine
, & le conduifit à Verſailles dans un
Caroffe du Roy , où il eut fa premiere
audience publique de Sa Majefté , qu'il
complimenta fur la mort de Madame. Le
même Introducteur conduifit enfuite cet
Ambaffadeur chez Monfieur le Duc
d'Orleans . Après cette audience il fut
traité aux dépens du Roy & par fes
Officiers , & reconduit à Paris dans le
caroffe , de Sa Majefté , avec les Ceremonies
accoûtumées.
On mande de Cambray , que le Prince
Don Emanuel de Portugal y avoit été
regalé par M. le Comte de Vindifgrats ,
M. le Baron de Benterrieder , M. de S.
Conteſt , & M. le Comte de Morville ,
qui s'étoient tous fucceffivement efforcez
de lui marquer la joye que leur infpiroit
fa prefence , dans une Ville où les interêts
de l'Europe les raffemblent . Ces fêtes
magnifiques ont été embellies par les
agrémens des Dames du pays , & varié
par des concerts de Mufique Italienne &
Françoife. M. le Marquis de Beretti-
Landi n'a pas oublié dans cette occafion
fa magnificence ordinaire. Milord Polwart
& M. le Comte de San- Eftevan ont
rendu au Prince Dom Emanuel les mêmes
192 LE MERCURE
mes honneurs , & les Comediens de Cambray
lui ont donné le Cid de M. Corneille
, & l'Iphigenie de M. Racine.
Le 13. M. Martine , Envoyé extraordinaire
du Landgrave de Heffe Caffel
eut une audience particuliere du Roy , à
qui il donna part de la mort de la Princeffe
Guillelmine- Charlotte , fille du
Prince de Helle - Caffel , & foeur du Roy
de Suede . Cet Envoyé fut conduit à
l'audience du Roy par M. de Remond
Introducteur des Ambaffadeurs , & à
celle de M. le Duc d'Orleans , par M.
de Marpré , Introducteur des Ambaffadeurs
auprès de S. A. R.
,
>
Le R. P. de Lignieres , Confeffeur du
Roy & de feue Madame , a fait celebrer
un Service pour le repos de l'ame de cette
vertueule Princeffe dans la Maifon
Profeffe des RR. PP . Jefuites , qui y a
raffemblé un grand nombre de perfonnes
de diftinction , de l'Eglife , de l'épée
& de la robbe .
2
On mande d'Angers que Meffieurs les
Doyen & Chanoines de la Royale Eglife
de faint Martin de cette Ville , après
avoir fait quantité d'embelliffemens dans
leur Eglife , ont enfin fini leurs travaux ,
par
DE
JANVIER 1722. 193
*
par la conftruction de deux Autels de
marbre , d'un goût auffi magnifique qu'il
eft particulier , lefquels furent confacrez
le 11. Decembre dernier , par M. Michel
Poncet de la Riviere , Evêque d'Angers
, après en avoir été fupplié par Meffieurs
du Chapitre. Il fe tranſporta le
même jour fur les huit heures du matin
en l'Eglife de faint Martin , & y fut reçu
à la grande porte par M. Denis
Cadorau , Doyen , Docteur en Theolo
gie , qui , à la tête de fon Chapitre , lui
préfenta l'Eau - benîte , Eglife étoit pa
rée des plus belles tapifferies qu'on pût
trouver dans la Ville , & la ceremonie
fe fit avec toute la magnificence poffible.
Ce Chapitre eft recommandable , non
feulement pat fon antiquité , fes titres ,
droits & prééminences , mais encore plus
par l'honneur qu'il a d'avoir le Roy pour
premier Chanoine , & Sa Majefté préfen
tant à tous les Canonicats de la même
Eglife.
Le 8. de l'autre mois , Dame Marie-
Elifabeth de Cleves , époufe de M. Pierre-
Nolafque Couvay, Secretaire du Roy,
Chevalier de l'Ordre de CHRIST , &
Conful general de la Nation Portugaise
en France , accoucha d'un
garçon , qui
I
fut
194
LE MERCURE
fut tenu fur les Fonts de Baptême , dans
l'Eglife de faint Nicolas des Champs , les
13. du même mois , par le Prince Dom
Emanuel de Portugal , dont le merite
a fi fort éclaté en France pendant cinq
mois , fous le nom de Chevalier de Bor
celos , & par S. A. S. Madame la Ducheffe.
L'enfant fut nommé François-
Emanuel , du nom du Prince & de lạ
Princeffe qui l'avoient tenu .
A
Au retour de l'Eglife , M. Couvay invita
l'Infant à un magnifique fouper , qui
fur précedé d'un très- beau concert de
voix & d'inftrumens. On fervit une table
de douze couverts à quatre fervices
de vingt-un plats chacun. La profufion
n'ôta rien à la délicateffe des mets , &
le fruit fut des plus magnifiques , des
plus délicats & des mieux entendus . Les
conviez étoient le Prince de Portugal.
Dom Louis d'Avegna , Ambaffadeur &
Plenipotentiaire de Sa Majefté Portugaife
au Congrès de Cambray. Dom ....
d'Azevedo Coutinho , Envoyé extraor
dinaire de Sa Majesté Portugaiſe à la
Cour de France , l'Abbé de Mandoza ,
auffi Envoyé de S. M. Portugaife auprès
des Etats Generaux , le Prince Radze
wil , le Comte d'Arco , le Comte d'Erizejra
, Grand de Portugal , & ci - devant
Viceroy des Indes , le Comte de
Prade
DE
JANVIER 1723.
195
Prade , G,and de Portugal , & petit-fils
du Maréchal de Villeroy , le Comte de
Penos , le Marquis de Valparaizo , M.
de Sinzendorf, le Baron de Fonceca
chargé des affaires de l'Empereur à la
Cour de France , le Prince de Guiſe , le
Baron d'Eftain , & c.
Madame la Ducheffe devoit honorer
cette fête de fa prefence , mais le deuil
de la Cour pourla mort de Madame , l'en
empêcha .
Après le fouper on diftribua quantité de
boëtes de confitures feches.
M. Couvay ne borna pas fa magnificence
à cette fête , il en donna, une in
comparablement plus fuperbe au même
Prince la nuit du Lundi 21. du même
mois. Elle commença par un fouper
de vingt - cinq couverts , à trois fervices
de quarante - deux plats chacun.
Tous les conviez du jour du Baptême ,
s'y trouverent avec d'autres perfonnes de
la premiere diftinction. Rien n'égale la
fomptuofité de ce repas , non plus que
celle du Bal dont il fut fuivi. Il commen
ça à onze heures , & ne finit qu'à fix du
matin. Il y alla un nombre prodigieux
de mafques , des perfonnes les plus diftinguées
de la Cour & de la Ville,
Les Appartemens de l'Hôtel de Vic ,
qu'occupe M. Couvay, étoient illuminez
I ij par
196 LE MERCURE
.
par plufieurs luftres , girandoles & bras
dorez . Le devant du corps de logis , qui
donne fur la cour , étoit garni d'une multitude
de lampions , rangez avec un art
& une cimetrie fi admirable , que les fpectateurs
étoient ravis du bel effet qu'ils faifoient.
"
Sur les deux heures après miruit on
fervit une quantité prodigieufe de confitures
feches , de fruits & de glaces , qui
furent préfentées à diverfes repriſes , juf
qu'à la pointe du jour , que le Bal finit.
Ceux qui y affifterent , ne purent affez
en louer la fomptuofité , & de l'ordre qui
fut obfervé.
y
Le 26. de ce mois , l'Archevêque de
Rheims & le Duc de Luines , prêterent
ferment , & prirent feance au Parlement
en qualité de Ducs & Pairs de France .
L'Abbaye Reguliere Conventuelle &
élective de faint Jean de Valenciennes ,
Ordre des Chanoines Reguliers de faint
Auguftin , Diocefe de Cambray , vacante
par le decès du fieur Jerôme Thumerelle
, a été donnée au fieur Auguftin
Beauvillain , Religieux de ladite Abbaye,
l'un des trois Elûs par la Communauté ,
& préfentez au Roy .
L'Ab
DE JANVIER 1723. 197
L'Abbaye Reguliere de Notre - Dame
de Grofbofc , Ordre de Câteaux , Diocefe
d'Angoulême , vacante par le decès
du fieur Guenel , à qui le Roy l'avoit
donnée en Commande , à condition de
revenir en regle, en faveur de DomClaude
François Leoutre , Religieux de Citeaux ,
à la charge de cinq cens livres de penfion ,
pour le fieur Henri-Charles - André de
Bence , Clerc tonfuré du Dioceſe dé
Roüen .
On mande de Rome , que le premier
de ce mois le Cardinal Pereira celebra la
Meffe au Quirinal , où le mauvais temps
empêcha le Pape d'aller tenir Chapelle ,
il entonna enfuite le Te Deum , & publia
l'Indulgence pleniere en forme de Jubilé
, que S. S. a accordée pour remercier
Dieu de la ceflation du mal contagieux.
Selon quelques avis de Conftantinople ,
on y continuoit des préparatifs de guerre
avec toute la diligence poffible. Il y avoit
actuellement cinq nouvelles Sultanes en
chantier , & la Flotte que le Grand Seigneur
doit mettre en mer à l'ouverture
de la campagne , devoit être felon le
bruit public , de 120. galeres ou galiotes,
de 60. vaiffeaux de guerre , & de près
de 400. bâtimens de tranfport,fans comp-
I iij
ter
798 LE MERCURE ;
ter les navires que la Regence d'Alger
de Tripoli & de Tunis avoient ordre de
fournir , avec des provifions de guerre
& de bouche pour fix mois.
On apprend d'Oftende que le vaiffeau
deftiné pour Bengale en étoit parti le 7.
de ce mois avec M. Cobbe , qui va complimenter
le Grand Mogol de la part de
l'Empereur , & qui eft chargé de lui
prefenter le portrait de S. M. 1. & les
fix pieces de canon qu'elle lui envoye.
Suivant l'extrait des Regiftres des Paroiffes
de Londres , il eft né pendant le
courant de l'année derniere 18339. enfans
, & il eft mort 25750. perfonnes , &
à Vienne en Autriche , felon les regiftres
des Baptêmes & des Morts , il y eft
mort pendant le cours de la même année
4961. perfonnes , & il eft né 4417 , enfans.
XXX XXXXXXXXX XXX
-MORTS , MARIAGES , &c.
L
E 1. de l'autre mois la Dile Defbroffes
, Jeanne de la Ruë , veuve de
Jean le Blond , fieur Defbroffes , ek
morte âgée de 65, ans dans une petite terre
auprès
DE JANVIER 1722 . 199
auprès de Montargis
, qu'elle avoit achetée
en quittant la Confedie en 1718. C'étoit
une des plus excellentes
Comediennes
qui ait peut- être jamais été
pourles
caracteres
outrez . Perfonne n'oferoit fe
promettre
de reprefenter
fi au naturel , fi
naïvement
, & en même temps fi legerement
, ni fi vivement , un perfonnage
de
folle , de vieille coquette , ou autre de
cette efpece . Son heureux penchant pour
le comique lui fit abandonner
tous les
rôles ferieux , dans lefquels elle n'avoit
jamais trop réüffi , & pour lefquels elle
avoit pourtant été reçûë. Elle ne com
mença à plaire qu'après la retraite de la
Dile la Grange qui jouoit les mêmes ca
racteres comiques
.
François le Maffon des Rabines , Abbé
de S. Jean en Vallée , Ordre de S. Auguſtin
, Dioceſe de Chartres , & Aumônier
de S. A. R. Monfieur le Duc d'Or
leans eft mort le 1. de ce mois .
Dame Marie-Loüife -Adelaide de Rouvroy
, époufe de M. Nicolas de Bloetfiere
, Marquis de Vauchel , Meſtre dé
Camp de Cavalerie , & l'un des Lieutenans
du Roy de la Province de Picardie ,
eft morte à Paris le 5. de ce mois dans la
trente - cinquième année de fon âge.
I iiij
Dame
200 LE MERCURE
Dame Loüife Dubois , époufe de Mv
Jofeph Antoine d'Agueffeau de Valjoin,
Confeiller d'Honneur au Parlement de
Paris , decedée le 10. Janvier , âgée de
43. ans.
Anne Françoife , Comteffe de Merode
, veuve de M. Henry de Guenegaud
de Cazillac , Chevalier Marquis de Planfi
, Comte de Cezanne , decedée le 21 .
Janvier , âgée de 43. ans.
M. Claude Leon de Valbelle Meirarques
, Chevalier de Malthe , & Commandeur
de Palieres , eft mort le 30. du
mois dernier , dans fon Château de Beaugenci
, près Toulon , après une longue &
fâcheufe maladie. Il étoit frere du Marquis
de Valbelle , Lieutenant de Roy en
Provence , & oncle de M. de Valbelle ,
Enfeigne des Gendarmes de la Garde du
Roy. Il a été enterré dans la Chartreuſe
de Montrieux , fondée en l'an 1174.
Charles Henry de Lorraine , Prince
de Vaudemont & de Commercy , Chevalier
de la Toifon d'Or , cy - devant
General de la Cavalerie Efpagnole dans
les Pays-Bas , & Gouverneur du Milanois
, eft mort à Commercy dans la 84
année de fon âge. Il étoit fils de Charles
III.
DE JANVIER 1722. 201
1
*
III. Duc de Lorraine & de Beatrix de
Cufance , fa feconde femme. Il avoit
époufé le 27. Avril 1669. Anne- Elifabeth
, fille de Charles III. de Lorraine ,
Duc d'Elbeuf , morte le 5. Aouſt 1714 .
dont il avoit eu Charles Thomas , Prince
de Vaudemont , Colonel d'un Regiment
de Cuiraffiers de l'Empereur , mort à
Oftiglia en Italie le 11. May 1704. fans
avoir pris d'alliance.
Ler . Janvier Mre François Guillaume
Briçonnet , Chevalier Comte d'Autheiiil
, Confeiller du Roy en fa Cour de
Parlement , fils de feu M. Guillaume
Briçonnet , Chevalier- Comte d'Autheüil ,.
& autres lieux , Confeiller du Roy en
fes Confeils , Prefident aux Enquêtes du
Parlement , & de Dame Catherine Croizet
, a épousé à S. Euſtache De Marie
Cecile Mouffe de Champigny , fille de
M. Louis- François Mouffe, Ecuyer , Seigneur
de Champigny , & de Valence ,.
Confeiller du Roy , Trefotier General de
la Marine , & Honoraire du Marc d'Or,
& de Dine Françoife Angelique Chuppin .
Le 26. du même mois on celebra dans
la même Paroiffe le mariage de François
Rouffeau , fieur de Givonne , Conſeiller
du Roy en fes Confeils , Secretaire .
Iv Greffier
202 LE MERCURE
Greffier de fon Confeil d'Etat & Privé ,
fils de défunt Denis Rouffeau , Ecuyer-
Confeiller- Secretaire du Roy , Mailon ,
Couronne de France , & de fes Finances,
& de Dame Marie- Angelique le Brun
avec Dile Marie - Catherine Tauzié , fille
de feu M. Pierre Tauzié , Intendant des
Fortifications de Picardie , & de Dame
Anne- Catherine Pocquelin.
AVERTISSEMENT .
Ous avons déja donné divers aver-
Ntiffemens,qui contiennent des chofes
affez effentielles , pour engager ceux qui
font quelque cas du Mercure,de les lire. İl y
ena un dans notre premier volume du mois
deJuin 1721. Un autre dans celui du mois
de Novembre de la même année , & un au
mois de Janvier de l'année derniere : Nous
y renvoyons le lecteur pour les chofes dont
il eft bon qu'il foit inftruit.
Nous repeterons feulement ici une chofe
qu'on ne sçauroit trop dire au fujet des
noms propres , nous prions qu'on les écrivent
lifiblement , afin qu'ils ne paroiffent
pas défigurez. Nous prions auffi ceux qui
nous envoyent quelques pieces & memoires,
de les faire tranfcrire d'un caractere lifi
ble ,fur du papier d'une grandeur raison
. nable 2
DE JANVIER 1723. 203
nable, avec des marges , fans griffonnage ,
ni rature , & feparement les uns des aus
tres ; enforte que chaque morceau renfermant
une feule & même matiere , ait fa.
feuille où fon cayer feparé.
de
Nous avons donné fept volumes du
Mercure pour les fept derniers mois de
P'année 1721. ayant commencé au mois de
Juin de la même année à travailler à ce
livre. L'année derniere 1722. eft compofée
de 16. volumes , en y comprenant quatre
fupplemens des mois de Mars ,
May de Septembre & de Novembre. Ce
qui a donné lieu au premier de ces fupplemens
eft le Journal du voyage de l'In->
fante d'Espagne , depuis fon départ de
Madrid jufqu'à Paris , & celui de la
Princeffe d'Orleans , depuis Paris juſqu'à
Madrid , avec des Remarques Hiftoriques
fur les lieux fituez fur la route.
Ce fupplement contient auffi l'échange de
ces deux Princeffes , fait dans l'Ife des
Faifans : l'entrée folemnelle de l'Infante à
Paris ; la defcription des Arcs de Triom
phe, & des Fêtes données à l'occafion de
cet évenement. Le fupplement du mois de
May contient une Differtation Hiftorique
de M. l'Abbé de Camps fur le Sacre &
Couronnement des Rois de France , depuis
Pepin jufqu'à Louis XIV. Le fupple-
I vj
ment
204 LE MERCURE
ment de Septembre contient la Relation du
Siege de Montreuil , avec le plan , &c.
le fupplement de Novembre regarde le
Sacre & Couronnement du Roy , le Journal
de fon voyage à Rheims , la Relation
des fuperbes Fêtes données à S. M. à
Villers - Coterets , & à Chantilly , &c.
Nous fommes fâchez de ne pouvoir faire
ufage de plufieurs pieces de Poëfie latine
que nous avons reçûës , tant au sujet du
Sacre que für d'autres fujets , la plupart
de ces pieces étant trop longues , d'autres
peu correctes. La traduction en vers lyriques
du Pfeaume zo. n'a que le premier
de ces défauts. Nous avons d'ailleurs plufieurs
traductions du même Pfeaume , fans
compter celle de Buchanam , qui eft excellente
; nous affurons l'Auteur que nous
recevrons avec plaifir quelque ouvrage de
fa façon , moins étendu , & dont le sujet
foit plus neuf; nous l'invitons auffi à
nous envoyer les Réflexions Critiques fur le
Distionaire de M. Bayle qu'il nous afais
efperer.
Comme on ne peut pas tout fçavoir
exactement , ni être informé à fonds de la
plupart des évenemens nous prions de nous
veau ceux qui fçavent ce qui s'eft passé de
particulierdans chaque chofe qui peut inte →
reffer
DE JANVIER 1723 . 207
reffer le public , ou à laquelle l'amitié , ou
talliance peut faire prendre quelque part
de vouloir nous aider à donner l'exacte
verité des faits.
· Nous prions encore les perfonnes qui
veulent bien nous adreffer des memoires ,
de les abreger autant qu'il fera poffible
de ne les point charger de faits dont ils
ne foient pas bien fürs , & d'obferver que
ses. faits ne terniffent point la memoire des
morts , on ne puiffent defobliger les vivans.
Nous prions auffi qu'on prenne
garde à la diction qui doit être correcte
françoife , pour nous épargner de la
peine & du temps qui nous eft fort cher,
aux Auteurs des memoires défectueux
te chagrin d'avoir travaillé inutilement
pour le public.
Nous aurons toûjours les mêmes égards
pour les Auteurs qui ne veulent pas fe faire
connoître ; mais il feroit bon qu'ils donnaßent
une adreſſe , fur tout quand il s'agit
de quelque ouvrage qui, peut deman
der des éclairciffemens ; car fouvent faute
d'un tel fecours , des pieces nous demeu-.
rent entre les mains , fans pouvoir les faire
paroître. Nous ferions bien aife , en ce cas,
de mander, ou dire à quelqu'un les raifons
qui en retardent , ou qui en empêchent
L'impreffion
4
Of
206 LE MERCURE
On nous follicite de dire quelque chofe
des modes nouvelles , dont les anciens Mertures
faifoient mention cela peut faire
plaifir dans les Provinces , & dans les
Pays Etrangers. Nous exortons les Marchands
& les Ouvriers qui font intereſſez
à cet article de nous fournir des memoires
amples & précis , de ce qu'ils auront inventé
de nouveau fur la parure des "hommes
& des femmes , cela peut leur procurer
un débit avantageux.
La parfaite neutralité dans laquelle le
Mercure doit êtrefur les ouvrages d'esprit
nous oblige à inferer ſouvent divers morceaux
de critique mais fi quelque Auteur
attaqué a lieu de fe plaindre , et qu'il
veuille défendre fon ouvrage ,
dont on
n'aura pas bien pris le fens , nous infererons
dans le plus prochain Mercure , avec
la même impartialité , tout ce qu'il voudra
écrire pourfa défenſe , & ſans y rien changer,
pourvu qu'il le faffe avec la moderation
convenable.
Au reste nous nous ferons toûjours une
loy très -fevere de ne rien admettre d'injurieux
dans les critiques que nous ferons
obligez de rapporter , nous renfermant à
donner des cxtraits fidelles des Poemes
autres pieces & memoires , tâchantfeutement
à mettre dans tout leur jour les fentimens
du public , & des critiques les plus
cenfez
DE JANVIER 1723. 107
cenfez. Et fi malgré nôtre attention à cet
égard , il nous échapoit quelque chofe qui
fût pas dans l'exacte verité , ou qu'on
ent malpris le fens d'un ouvrage , on n'aura
qu'à nous le témoigner , nous ferons toûjours
prêts à nous retracter quand on nous
aura fait connoître notre erreur , & nous
ferons amplement & publiquement toutes
les reparations qu'il conviendra . Mais.
auffi qu'on ne trouve pas mauvais fi dans
quelques occafions nous ofons dire la verité
hardiment ,fans flaterie , & fans baffeße.
Nous employerons les lettres en chiffres,
& en figures , les hiftoires enigmatiques
Les questions à propofer , & les fujets de
planches à graver qui pourront intereffer
Putilité , ou la curiofité du public.
A l'avenir nous ferons fuivre les chiffres
qui marquent les pages du Mercure dans
tous les volumes qui fuivront celui- ci jufqu'au
mois de Decembre prochain , inclufivement
; enforte que la table generale
que nous donnerons à la fin de l'année fera
très -fimple , très-utile , & très- commode
pour mouverfur le champ toutes les diver
fes matieres qu'on voudra chercher dans
unefuite de Mercures.
› Nous avertiffons en finiffant que nous
ne ferons aucun ufage des enigmes qu'on
envoye , lorsque le mot qui les explique n'y
fera pas.
SUP
208
I
LE MERCURE
SUPPLEMENT.
E Marquis de Chamron , de l'illuftre
Maifon de Vichy , a témoigné fon
zele pour Sa Majefté , & fon attachement
pour la perfonne de Monfieur le Regent ,
par une fefte magnifique qu'il donna , à
l'occafion du Sacre du Roy , le 29. du
mois de Novembre 17220
Il avoit invité à cette fête toute la Nobleffe
des environs ; on commença par
un dîner magnifique , durant lequel plus
de deux cens hommes fous les armes f
rous vaffaux du Marquis de Chamron ,
marchans deux à deux au fon des tambours
& des haut- bois , défilerent en bon
ordre devant la fale du feftin , firent
leurs décharges , & s'allerent ranger autour
d'un fuperbe feu de joye qu'on
avoit dreffé au milieu d'une vafte terraffe .
Sur les trois heures après- midi toute la
compagnie fe rendit dans la Chapelle du
Château , où M. l'Abbé de Charlieu , à
la tête d'un Clergé nombreux , commença
les Vêpres ; lorfqu'elles furent finies ,
le Curé de Ligny , Paroiffe dépendante
du Marquifat de Chamron , prononça
un difcours éloquent , & enfuite l'Abbé
de Charlieu entonna le Te Deum ; pendant
DE JANVIER 1723 209
dant qu'on le chantoit on tira plufieurs
pieces de canon , & on fit une décharge
de toute la moufqueterie .
Après le Te Deum on vint fur la ter
raffe , où s'étoit affemblé un nombre pref
que infini de perfonnes de l'un & de l'au
tre fexe , tous habitans des terres du
Marquis de Chamron , qui entrefent
dans les vues de leur Seigneur par des
acclamations réïterées , & par des danfes
champêtres au fon des haut - bois , qui
durerent tout le refte du jour. On vuida
plufieurs tonneaux de vin . Les Gentil
hommes qu'avoit invité M. de Chamron
, ne dédaignerent pas de fe mêlér
parmi ce peuple , & de faire eux-mêmes
les honneurs de ces danfes ruftiques.
A l'entrée de la nuit on alluma le feu
d'artifice , & pendant que les fufées voloient
en l'air , on fit plufieurs décharges
de canons & de moufquererie.
La fête fut terminée par un fouper
abondant & délicat , qui dura bien avant
dans la nuit , & où l'on bût plufieurs fois
la fanté du Roy , & celle de Son Alteffe
Royale.
Le 27. Janvier les Comediens Italiens
ont joué fur le Theatre du Palais Royal
la Parodie de Perfée , dont nous avons
parlé dans nôtre precedent Journal ; cette
piece
210 LE MERCURE
piece a été précedée d'une autre Italien
ne en trois Actes , intitulée l'Heureuſe
Surprife ; c'eft la premiere piece que les
Comediens Italiens ont jouée à Paris fur
le Theatre du Palais Royal le 18. May
1716. & c.
%
On mande de Rome qu'on ouvrit le
28. Decembre dernier les Theatres de
Capranica & d'Alibert , par la reprefentation
de deux nouveaux Opera , intitu
lez Orefte & Cofroés:
On nous fait efperer une Medaille
dont nous donnerons la repreſentation fr
on nous tient parole. Elle a été frapée
depuis peu à Stokholm , & reprefente
d'un côté le Roy de Suede , avec la Legende
ordinaire , & au revers on voit une
femme appuyée fur une colonne , tenant
fur fon bras gauche une corne d'abondance
, & dans fa main droite un rameau
d'Olivier. On apperçoit dans l'éloigne
ment un Laboureur avec fa charruë ,
avec ces mots pour Legendé. FERRUM
SPLENDESCAT ARANDO. Que le fer
ne brille que pour labourer. On lit dans
l'Exergue , POSITIS ARMIS NYDASTIT
ANNO M. DCCXXI . La guerre
ceffe par la paix de Nystadi.
On
DE JANVIER 1723. 277
On écrit de Londres que le Roy d'An
gleterre a accordé au fieur Taylor un
privilege exclufif pour la fabrique d'une
Machine qu'il a nouvellement inventée
pour filer & teindre le fil .
En parlant des Emblêmes Heroïques
qui ornoient les décorations des portes
de la Ville de Rheims , lorfque le Roy y
fit fon entrée , nous avons oublié de
dire qu'elles font de la compofition de
M. de la Touche , Chevalier de l'Ordre
de Saint Lazare , qui étant un des dépu
tez que le Confeil de Ville envoya à Fif
mes pour complimenter le Roy , eut
l'honneur de prefenter à Sa Majefté la
defcription manufcrite de toutes les décorations
, avec les deffeins originaux de
fa main.
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure du mois de Janvier
1723. & j'ai crû qu'on pouvoit en permettre
J'impreffion, A Paris le 5. Fevrier 1713.
HARDION.
TABLE
412
TABLE.
IECES fugitives en vers & en Profe,
Pla Majefté & l'Amour , Fable . p . 1
Réflexions fur la Relation qui eft dans
le precedent Mercure , au fujet d'une
fille prétendue poffedée.
Sonnets en Bouts Rimez .
S
20
Lettre de M. à M. fur la nouvelle traduction
Françoife de Denis d'Halicarnaffe
du P. le Jay.
Le fruit d'un bon avis , Fable.
Defcription d'un enfant extraordinaire ,
né fans cerveau .
21
36
Vers fur un Bouquet .
37
Lettre fur la mailon des Peres
40
41
45 Epigramme.
Fête donnée à Poitiers par les Officiers
du Roy à la fuite de Mademoiſelle de
Beaujolors.
Quatrains .
1
idem
48
3650
Lettre du Roy aux Etats Generax fur
la mort de Madame .
Bouts rimez , acroftiches à remplit. fi
Les deux amis rivaux , Hiftoire Galante.
52
La jeune femme en couche , conte. 66
Corrections & additions à la Relation
du .
蒂
du voyage du Roy à Rheims , &c. 67
Difcours de l'Evêque de Soiffons au Roy,
70
Defcription du Soleil d'argent doré
dont le Roy a fait prefent à l'Eglife de
Rheims.
Taux des vivres & denrées à Rheims
& c.
Hymne à la Pareffe , Poëme .
75
79
88
Difcours prononcé en prefentant le Corps
de Madame .
Enigmes.
Chanfon notée.
90
181
103
NOUVELLES LITTERAIRES. Lettre
à l'Abbé Houteville fur la Reli
gion prouvée par les faits . 104
L'art de convertir le fer forgé en acier
& c.
?
112
Epitres choifies des Heroïdes d'Ovide
& c.
Hiftoire des Batailles , & c .
,
113
115
idem .
119
L'Hiftoire d'Angleterre par foufcription.
Loterie de Tableaux à Verone.
Moulin à poudre d'une conftruction nouvelle
de l'invention de M. Fougeau de
Morale.
127
Prix de l'Académie Françoife pour l'année
1723.
Jettons frapez au 1. Janvier 17 3.
129
132
Spectacles , Theatres François , &c. 134
Lettre
Lettre critique fur la Comedie du Nouveau
Monde.
Comedie nouvelle de Bazile & Quitterie
, & c .
135
157
L'Opera & la Comedie Italienne . 158
Nouvelles Etrangeres. 159
Morts , Mariages & Naillances des Pays
Etrangers.
173
Dignitez , Benefices , Charges , &c . 178
Edits , Arrefts , &c.
Journal de Paris .
Morts & Mariages.
181
187
198
Mort du Prince de Vaudemont . 200
Avertiffement. 202
Supplement. 208
Fantes à corriger dans le Mercure
de Decembre 1722.
Age 43. ligne 7. m'entendre, life
entendre.
Page 46. lig 23. peuples , ajoûtez , &c.
Page 47. lig. 6. vie du , life , mort du.
Page 88. lig. 3. Bailut , life Baillet .
Page 94. 1. 9. de l'ufage , lifez à l'ufage.
Page 110. lig. 1. imitant , life invitant.
Page 115. lig. 21. jette le plus , lifez
jette plus.
Page 122. lig. 1. pag. 41. effacez ces
mots.
งา
Page 126. lig. 10. feparer , lifez fe parer.
Page 134. lig. 2. huit d'ordre, lifez huit
colonnes d'ordre.
Page 130. derniere ligne , de cette année ,
lifez de l'année 17 23.
Page 140. lig. 20. les Dames , lifex les
Damoifelles.
Page 174. lig. 23. Tallegran , lifez Talleran
.
Idem lig. 6. du bas Dexxi , Deuil , lifez
d'Exideuil.
Page 192. derniere lig. Relation , ajoûte
du Sacre.
Fantes à corriger dans ce Livre.
Age 17. ligne 22. Communion , lis
fe Communauté .
1bid. lig. 29. fille , lifez but.
Page 2o. lig. 10. rit , lifez dit.
tbid. lig. 11. dit , life rit.
Page 36. lig. 2. M. de Farbelle , life
Me de Forbelle.
Page 38. lig. 17. chaire , lifez chair.
Page 47. lig. 2. du bas , Meflier , lifex
Meffier.
La Chanfon notée doit regarder la
page 103 .
La planche des Jettons de cette année
page 132 .
MERCURE
DE
JANVIER 1723 .
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , au Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'image Saint
André , Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT, Quay des Auguftins, à la
defcente du Pont - neuf , à la Croix d'Or.
M DC C. XXII.
Avec Approbation & Privilege du Roi .
L^
AVIS.
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment , quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
opic.
Le prix eft de 30. fols.
LE
MERCURE
DE
JANVIER 1723 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES
FUGITIVES .
en Vers & en Profe.
LA MAJESTE ET L'AMOUR .
L
FABLE .
A Majefté marchoit en pompeux
équipage ,
Et le timide Amour voloit à fes
côtez ,
Non , le Fils de Cypris , Dieu cruel & volage
Mais un Amour dont lé fuffrage
Fait des bons Rois autant de Deïtez
Tutelaire Genie à qui pour
appanage
Le Ciel donna jadis Princes , peuples , Citez .
A ij
Mais
MERCURE
Mais dédaignant fon voisinage ,
Bien -tôt la Majefté le prit fur le haut tons
( Rarement auſſi la voit- on
Vivre avec cet Amour fans haine & fans que
relle : )
Je fçaurois volontiers , dit- elle ,
Qui te rend fi hardi que d'ufurper mes droits
Regne fur le vil peuple , & laiffe- moi les Rois.
Ce petit Dieu frapé d'une atteinte mortelle ,
Confus , & murmurant tout bas,
Pour mieux punir fa rivale cruelle ,
Retournoit déja ſur ſes pas ,
Quand Minerve parut , & dit : qu'allez-vous
faire ?
Amour , Amour , ne fuyez pas ,
Et vous , Divinité trop fiere ;
Majefté , croyez en Pallas :
Gardez - vous de bannir un Dieu fi neceffaire .
Minerve dans l'inftant dreffe un traité de paix ,
Et pour un jeune Roy les unit à jamais.
QUEL ROY ? l'ignore t'on d'une grace.
nouvelle ,
Le populaire amour s'empreffa de l'orner ,
Tandis quefa rivale alloit le couronner ,
Et
DE
JANVIER 1723 .
3 .
Et grava d'une main fidelle
Ces mots fur le marbre & l'airain
Mots encor mieux tracez , François , dans vo
tre fein :
AMOUR ET MAJESTE ' TOUS DEUX D'ING
TELLIGENCE ,
ONT FORME' , L'UNE UN ROY , L'AUTRE
UN PERE A LA FRANCE.
P. BRUMOY , D. L. C. D. J.
REFLEXIONS fur la Relation qui
eft dans leprecedent Mercure , au fujet
d'une fille prétendue poffede.
A
Près avoir rapporté ce qui s'eft paffé
dans cette prétendue poffeffion , il
me refte à faire voir comment on peut
donner une explication naturelle à des
chofes auffi fingulieres , que celles qui
ont paru dans cette fille, & en plufieurs
autres qu'on a crû fauffement poffedez.
Tous ceux qui ont connoiffance de la
Phyfique fçavent qu'il y a dans le corps
humain un liquide très- fubtil , que les
uns nomment les efprits animaux , & les
autres le liquide nerveux , lequel fluent
dans les nerfs , les mufcles , les membra-
A iij
nes,
4
LE MERCURE 1
nes , & jufques dans les fibres des chairs ,
produit tous les mouvemens qui arrivent
au corps. Ce liquide qui procede de cet
qu'il y a de plus fubtil dans le fang , fe
filtre dans le cerveau , où il fe perfectionne
, & où il réfide plus abondamment
comme dans fon refervoir naturel ;
c'eft de ce refervoir qu'il coule dans les
diverfes parties des corps pour entretenir
dans quelques - unes , telles que le coeur
& les membranes du cerveau, 15 teres ,
obferve ;
les mouvemens reglez qu'on y
& dans les autres telles que les bras ,
les mains , les pieds , & c. les mouvemens
libres que la volonté fouhaite leur donner.
C'est ce liquide nerveux qui, à proprement
parler, eft ce qu'on appelle la nature
dans la conftitution du corps humain
en l'ame materielle & animale de l'homme.
C'eft à ce liquide que Dieu feul s'eft
engagé de donner & de communiquer des
mouvemens femblables à ceux qu'il pourroit
avoir , s'il étoit doüé d'intelligence ,
cette difpofition lui étant neceffaire pour
contribuer à la confervation du corps.
humain , comme il accorde le même privilege
à celui qui anime les corps
des
animaux ; aufquels animaux il veut bien
même d'ailleurs tenir lieu d'intelligence ,
pour diriger leurs actions , concourir à
leur confervation , & les rendre propres
aux
DE
JANVIER 1723 .
aux deffeins pour lefquels il les a créé ,
comme dans la vûë de former dans l'homme
l'union admirable de l'ame avec le
corps ; c'eft lui feul qui l'opere , en imprimant
dans l'ame les fentimens convenables
, à l'occaſion des mouvemens qui
arrivent au corps , & donnent des mouvemens
au corps , à l'occafion des defirs de
l'ame ; comme enfin pour conferver l'économie
du monde , c'eft lui feul qui
communique le mouvement à tous les
corps qui font mus. C'eft donc ce liquide
nerveux animé , pour ainfi dire , de Dieu
feul , qui obéit à la volonté de l'homme
pour produire les mouvemens libres du
corps ; & qui étant agité regulierement
de Dieu feul , fait le mouvement reglé
& naturel qu'on obferve dans le coeur ;
les arterés , & les membranes du cerveau.
qui
Pendant que ce liquide n'a rien qui le
trouble , & le dérange , il eft tranquile ,
& il fuit regulierement cette impreffion
que Dieu lui communique pour les mouvemens
naturels , comme il obéït de même
alors très -exactement aux differens
defirs de l'ame , pour former les mouvemens
volontaires , à peu près comme un
cheval docile fuit tranquilement l'impreffion
de la main de celui qui le imonte.
Mais dès le moment que ce liquide rencontre
quelque chofe qu'il lui eft par
A iiij
trop
LE MERCURE
trop oppofé dans les nerfs , & les muſcles
où il réfide , il s'agite de telle forte par.
l'impreffion que Dieu lui communique
qu'entrant dans une espece de fureur , il
devient ingouvernable , fi j'oſe ainfi parler
, à la volonté ; & fe jettant d'une maniere
turbulente dans differentes parties
du corps , il у cauſe des mouvemens non
naturels que l'ame n'a pas ordinairement
le pouvoir d'arrêter , quoiqu'elle en ait
le defir . C'eft de ce dérangement du liquide
nerveux que viennent les convulfions
, l'épilepfie , les vapeurs hifteriques
des femmes , le mal hypocondriaque , la
mélancolie , la folie , la manie.
Enfin , c'eft de cette même difpofition
du liquide nerveux que viennent égale
ment les fauffes poffeffions qu'on croit
venir du démon , des particules malignes ,
& comme veneneufes venant à fe gliſſer
dans la maffe de ce liquide comme autant
de petits éperons qui l'irritent
د
où il
s'agite tout à coup comme un cheval qui
échappe avec furie par quelque coup violent
qu'on lui donne , & alors , comme je
viens de dire , il produit les mouvemens
convulfifs , d'où naiffent les grandes agitations
qui paroiffent dans ceux qu'on
croit être poffedez , les bonds , les fauts
& les contorfions extraordinaires qu'on
leur voit faire , les forces fi furprenantes
qu'on
DE JANVIER 1723.
7
qu'on y remarque , ou par ce mauvais
mélange ces particules malignes n'irritant
pas fi brufquement ce liquide , mais l'inquiétant
feulement , il fe trouve alors
difpofé à faire fes explofions violentes par
la moindre chofe qui l'agite , comme un
cheval fougueux qui fe cabre & s'effarouche
étrangement par la moindre chofe
qui l'effraye ou qui le touche.
Or c'eft de cette derniere difpofition
du liquide nerveux , que tout ce qui réveille
dans les prétendus poffedez les
idées triftes & inquiétantes de leur poffeffion
, effrayant , pour ainfi dire , ent
même temps ce liquide difpofé de la forte
, il ne manque pas auffi- tôt de s'agiter
avec furie , & de produire des agitations.
violentes ; ce qui va fi loin , que fi ceux.
ou celles qui font dans cet état ont l'imagination
vive , & que ce mal leur dure
une espace de temps confiderable , ils
peuvent prendre l'habitude de réveiller
eux-mêmes ces idées quand il leur plaît ,
ce qui renouvelle auffi en même temps
leurs agitations convulfives ; à peu près.
comme une femme affligée de la
perte de
fon mari , renouvelle quand elle veut fes
gemiffemens & fes larmes , en remettant
dans fon efprit l'idée trifte de cette perte ,
de toute la vivacité qu'elle lui peut donner.
Deux fortes d'infirmitez produifent
ordi A v
8 LE MERCURE
ordinairement ces particules malignes qui
ont de fi furprenans effets , fçavoir , le dérangement
des regles des femmes , & le
mal hypocondriaque.
C'eft auffi à la premiere de ces deux
infirmitez qu'on doit attribuer tout ce qui
eft arrivé de plus extraordinaire à cette
fille , dont il eft ici queſtion . La fievre
qu'elle avoit euë ayant apporté quelque
dérangement dans fes regles , il s'en étoit
formé ce levain veneneux , qui produi →
foit ces agitations qu'on voyoit en elle ,
& de fois à autres ces mouvemens plus
forts qui l'agitoient davantage. Comme
faute de connoître que fon mal n'avoit
rien que de naturel , elle s'étoit mife dans.
l'efprit qu'elle étoit poffedée du démon ;
ç'en étoit affez , vû la difpofition où étoit
le liquide nerveux , pour renouveller les
exploſions de ce liquide toutes les fois .
qu'en elle- même elle donnoit la vivacité
requife à l'idée trifte & effrayante qu'elle
s'étoit formé de cette poffeffion , & de
ce qu'elle croyoit y avoir rapport. Voilà
pourquoi le mot de diable qu'elle entendoit
prononcer , les prieres qu'on faifoit
fur elle , les chofes faintes , ou qu'elle
croyoit telles qu'on lui faifoit toucher
l'agitoient fi violemment , pendant que
l'idée qu'elle confervoit pour la Communion
, fixant & comprimant le liquide
nerveux
DE JANVIER 1723.
و
nerveux , la tenoit dans une entiere tranquilité
ce qui fans doute ne feroit pas
arrivé , fi elle avoit eu connoiffance , que
d'autres poffedez avoient fait de grandes
contorfions avant que de recevoir la Sainte
Hoftie. Il n'eft que trop certain que ceux
qui font attaquez de vapeurs violentes ,
en peuvent renouveller les agitations , en
s'en retraçant vivement l'idée dans leur
imagination : cela paroît vifiblement dans
certains lieux de pelerinage , ou ceux qui
font tourmentez de ces fortes vapeurs ont
coutume d'aller , dans l'efperance d'y obtenir
leur guerifon ; car étant perfuadez
que ces lieux doivent faire de grandes impreffions
fur eux , ils n'y font pas plutôt
que leurs agitations recommencent cette
violence ; c'eft ce qui s'obferve dans l'Eglife
de l'Abbaye de Painpont , Diocéle
de Saint Malo , & cy- devant dans celle
de l'Abbaye de Saint Maurice , Diocéfe
de Quimpercorentin . Nous voyons par
une lettre inferée parmi les oeuvres d'Agobard
, Archevêque de Lion , donnée
au public par M. Balufe , que la même
chofe arrivoit au neuviéme fiecle dans
une Egliſe dédiée à Saint Firmin .
I
On en peut voir encore un exemple
dans Elizabeth Barton , native de la Province
de Ken , en Angleterre , qui vivoit
du temps de Henry VIII . laquelle après
A vj avoir
10 MERCURE LE
avoir été long- temps fujette aux convul→
fions provenantes de vapeurs , s'y accoutuma
fi bien à fe les procurer quand elle
vouloit , qu'elle s'en fervit pour contrefaire
la prophereffe ; mais ayant voulu
ufer de cette addreffe pour détourner ce
Prince de fon mariage avec Anne de Boulan
, & fa fourberie ayant été découverte
elle fut condamnée à être penduë.
י
J'ai vû moi-même une fille attaquée
des plus rudes vapeurs , qui fe les faifoit
venir au moment que je l'interrogeois fur
fon mal , pour m'en faire voir la violence,
& qui demeuroit tranquile toutes les
fois que j'affectois de lui parler d'autre
chofe . J'ai vu une autre femme , laquelle
vint exprès de trois quarts de lieues loin
de chez moi pour me faire connoître juſqu'où
alloit la violence de fes vapeurs ,
& qui fe les procura dès qu'elle fut entrée
dans ma maifon , me difant d'avance
que j'allois voir jufqu'à quel point elle
étoit tourmentée. L'on peut mettre dans
ce rang le Prêtre dont parle S. Auguftin,
qui fe mettoit en extafe quand il vouloit.
Qui eft- ce qui ignore que
bleurs & les phanatiques s'accoutument
naturellement à entrer dans des especes
d'entoufiafmes qu'ils croyent furnaturels ?
& quant à la direction du mouvement
particulier du liquide. nerveux dans cerles
tremtains
DE JANVIER 1923 . II
,
&
tains endroits , où il produit des agitations
convulfives , toutes les femmes fçavent
que leur imagination à ce pouvoir
puifque lorfqu'elles font enceintes
que ce liquide vient à fe mettre dans un
mouvement impetueux , à l'occafion de
quelque defir violent qu'elles reffentent ,
& qui pourroit marquer leur enfant , elles
en fixent l'impetuofité vers l'endroit
qu'elles veulent en y pofant la main .
Il ne faut donc pas être furpris fi la
fille dont je parle regloit fes mouvemens
convulfifs , & les renouvelloit felon fes
volontez fi elle les dérigeoit dans les
endroits qu'on lur indiquoit , & fi étant
dans cette difpofition , il lui fuffifoit de
comprendre ce que l'Exorcifte lui ordonnoit
pour l'executer à la lettre. Comme
elle avoit fort envie de juftifier la realiré
de fa poffeffion , dont elle étoit fortement
perfuadée , l'on peut croire qu'elle
obfervoit dans l'Exorcifte les divers tons
de fa voix , les moindres directions de
fes yeux ,
& peut-être même jufqu'aux
moindres changemens dans les traits de
fon vilage. Ne voit- on pas tous les jours
des fourds & muets qui comprennent
par ces feuls moyens ce qu'on veut leur
dire d'ailleurs la longue refiftance qu'elle
apportoit avant que d'obéïr , lui fervoit
encore beaucoup à découvrir mieux ce
qu'il
12 LE MERCURE
qu'il fouhaitoit d'elle , & pour rappeller
dans fa memoire les termes latins , dont
il s'étoit déja fervi , en lui commandant
de faire certaines chofes . Il eſt même à
préfumer que dans ces fortes de vapeursle
liquide nerveux contracte une diſpoſition
particuliere & convenable pour don
ner à l'ame une inclination pour deviner,
& une qualité propre à fe faire affez
jufte fur les moindres apparences , comme
par les vapeurs moderées du vin , il de--
vient ordinairement propre à donner plus
de brillans à l'efprit , & le defir interieur
de le faire paroître. Bien des choſes
femblent prouver que ce liquide prend
quelquefois naturellement cette difpofition.
Car , quoique ce que dit M. Vauvelle
touchant les fourberies qui fe pratiquoient
à Delphes dans les oracles qui
s'y rendoient , paroiffe fort vrai - femblable
, il eft pourtant certain , felon Diodore
de Sicile , que ces oracles n'y avoient
commencé , que parce qu'on s'étoit apperçû
que
la vapeur de la fameufe caverne
qui y étoit , portoit naturellement à
deviner ceux qui en étoient frappez , &
leur donnoit en même temps plus de difpofition
pour le faire.
Ne pourroit-on pas croire que c'étoit
par cette voye naturelle que Socrate devinoit
ce qui devoit lui être nuifible , &
fe
DE JANVIER 17237 13
fe portoit à l'éviter. Il paroît entrer luimême
dans ce fentiment , difant clairement
dans le Dialogue de Platon , intitulé
le Phædre , que l'ame peut natu
rellement deviner : O amice ( dit- il) etiam
anima quandam vaticinandi vim habet.
Il parloit ainfi comme en ayant l'experience
; car quoiqu'il donna le nom de
démon à ce qu'il devinoit en lui , ce qui
a donné lieu à plufieurs de croire qu'il
avoit un démon familier. On voit neanmoins
que par ce mot de démon , c'étoit
fon propre efprit qu'il entendoit ; puifqu'il
dit dans le Timée que Dieu nous a
donné la partie fuperieure pour nous tenir
lieu du démon. Auffi Marfille Ficin qui
a traduit Platon dans l'argument qu'il a
mis à la tête de l'Apologie de Socrate ,
dit qu'il y a tout lieu de croire que le
démon de Socrate n'étoit rien autre chofe
que fon propre efprit.
Montagne dans fes Effais , liv. 2. ch.
11. eft du même fentiment , également
comme M. Defcartes , tom. 1. de fes lettres
, lett. 15. à la Prin . Palat. ce qu'il
confirme par ce qui lui arrivoit à lui-même.
Enfin je dirai que je connois unet
femme de campagne , laquelle après avoir
eu l'efprit égaré quelque temps , étant
entrée dans la fuite chez des perfonnes
de ma connoiffance , lorfqu'elle fe reflentoit
14
LE MERCURE
toit encore de cette aliénation , caracte
rifa très-jufte l'humeur & le genie de
ceux qui y étoient prefens , fans qu'elles
les eut connus auparavant.
De tout ce que je viens de dire , il eft
aïfé de voir que ce qui furprend le plus
dans ceux & celles qui font attaquez de
vapeurs , foit hifteriques , foit hypocondriaques
, étant très- naturel , il eft facile
de s'y laiffer tromper , en attribuant au
démon ce qui n'eft que l'effet de ces fâcheufes
maladies. Auffi a- t'on fouvent
vû , & voit- on encore tous les jours plufieurs
perfonnes qu'on a crû , ou qu'on
croit poffedez , & qui ne l'ont jamais été.
Ne pourroit-on pas croire que Saint
Jean Chryfoftome lui-même s'y eft trom-
Lib. 1. pé à l'égard de fon ami Stagyre , lequel
de Prov. après avoir mené une vie de joye & de
jd.
plaifir dans le monde , s'étant tout à coup
retiré dans la folitude , où il fe plongea
brufquement dans une retraite la plus
refferrée , dans les jeûnes les plus rigou
reux , les veilles les plus continuelles , &
les mortifications les plus grandes , tomba
en confequence dans de grandes inquietudes
d'efprit , fe fentit attaqué de penfées
de defefpoir ; & enfin fon mal alla
jufqu'au point que de le faire tomber de
temps en temps , roulant les yeux , l'écume
lui fortant de la bouche , faiſant de
grands
DE JANVIER 1722. fj
grands cris , tremblant de tout le corps ,
& reftant privé de tout fentiment. Tour
ce détail rapporté par S. Jean Chryfoftome
ne paroît fans doute avoir été autre
chofe que des mouvemens convulfifs , &
épileptiques , qui avoient fuccedé à une
mélancolie hypocondriaque. Il eft vrai
que ce Saint ajoûte qu'un folitaire avoit
vû le démon en forme de pourceau qui
tourmentoit Stagyre , lors d'un de fes
accès ; mais il eft à remarquer que cette
vifion étant arrivée à ce folitaire pendant
la nuit , s'étant réveillé tout à coup épouventé
de l'accès où Stagyre étoit tombé ,
ayant l'efprit rempli de la realité de cette
poffeffion , & le corps épuifé de jeûne
& d'aufteritez , ce qui rend la verité de
. cette vifion fort incertaine.
Chacun fçait combien de gens furent
trompé , même au milieu de Paris , à la
fin du feiziéme fiecle par Marthe Broffier
, prétendue poffedée , & comment
le Medecin Marefcot preffé par l'Exorcifte
d'avoüer
que la poffeffion n'étoit que
trop réelle , vû les bonds & les fauts extraordinaires
& terribles qu'elle faifoit
pendant un exorcifme , quoiqu'il proteftat
toûjours du contraire , loin de changer
de fentiment , s'étant jetté tout d'un
coup à la gorge de cette fille , & comme
il étoit fort , l'ayant terraffée & arrêtée
aw
16 LE MERCURE
au même inftant , il fit voir par ce feul
fait à toute l'affemblée , qu'il n'y avoit
rien que de naturel dans cette prétenduë
poffeffion.
Si nous en croyons l'Auteur du Sorberiana
, l'Abbé Quillet en fit à peu près
de même aux fameufes Religieufes de
Loudun ; car le démon qu'on difoit poffeder
une des Religieufes , ayant dit lors
d'un Exorcifme , que fi quelque incredule
ofoit paroître le lendemain , il l'enleveroit
jufqu'à la voute de l'Eglife. Cet Abbé
s'y trouva exprès pour défier le démon
de tenir la parole ; mais la puiffance de ce
prétendu démon demeura alors fans effet.
Auffi bien des demeupas
gens ne font
rez perfuadez
de la realité de cette poffeffion.
On peut voir ce qu'en dit l'Auteur
de la vie du Pere Jofeph , Capucin
.
Il faut avouer qu'ayant lû dans le Mercure
François de l'année 1632. le procès
verbal qui en fut fait alors , & y ayant
vû que le Curé Urbain Grandier , qu'ont
en difoit l'Auteur , commençà cette Tragedie
en entrant la nuit dans les cellules
bien fermées de ces Religieufes , & leur
apparoiffant fous differentes figures pour
les porter aux plus grands defordres , cela
n'a pas contribué beaucoup à me faire
croire que ces poffeffions ayent été bien
certaines car il n'eft gueres à préfumer
que
DE
JANVIER 1723. $7
que Dieu veüille laiffer aux Magiciens le
pouvoir de penetrer ainfi dans les plus
faintes retraites , pour tâcher d'y corrompre
des perfonnes pieufes & innocen
tes ; fi cela étoit , qui eft- ce qui feroit à
couvert de l'iniquité de ces malheureux ?
Mais peut- on ignorer que quelquefois
des filles qui font enfermées dans un
Cloître , fouvent fans beaucoup de vocation
, font capables de bien des chofes 3
On en peut voir un exemple dans les lettres
fpirituelles de M. de Sainte Marthe
, ancien Confeffeur de Port- Royal
qui affure comme un fait dont il étoit
certain , qu'en une Abbaye qui ne nomme
pas , une Religieufe ayant paru poffedée
, & le démon declarant dans les Exor
cifmes qui furent faits qu'il fouhaitoit
qu'elle reftât Religieufe , parce qu'étant
entrée en Religion malgré elle , vû l'éloignement
qu'elle avoit pour tous les exercices
de la Communion , il comptoit
qu'elle feroit damnée , elle joiia , dit - il ,
fi bien fon perfonnage , qu'on la crût
poffedée , ce qui donna lieu d'obtenir un
Bref de la Cour de Rome qui annulloit
fesvoeux ; ce qui étoit fuivant toute apparence
l'unique fille de cette poffeffion
Il ajoûte que dans le même temps il prit.
auffi envie à une autre Religieufe de la
même Abbaye de faire auffi la poffedée ,
laquelle
18 LE MERCURE
laquelle fut pareillement exorcifée ; mais
comme l'autre ne fçût pas fi bien fe contrefaire
, fa fourberie étant découverte
elle fut miſe en penitence.
On peut juger delà combien il eſt neceffaire
d'examiner de près les perſonnes
qu'on dit être poffedées , particulierement
les filles & les femmes qui font
plus fujettes que les hommes à être attaquées
de vapeurs qu'on prend aifément
pour des véritables poffeffions. C'eſt à
quoi il femble que le Fils de Dieu a fait
attention , ayant affecté dans le grand
nombre de poffedez qu'il a délivré &
gueri , de faire remarquer plus d'hommes
que de femmes , afin qu'on pût moins
douter de la realité de leur poffeffion. Et
c'eſt ce que ceux qui ont écrit fur cette
matiere n'ont pas affez bien démêlé ,
faute d'une bonne Phyfique , & d'une le
gere teinture de la Medecine , ce qui
contribue beaucoup à faire tomber dans
l'erreur ceux qui ont de ces fortes de
perfonnes à examiner , & qui confultent
les livres de ces Auteurs ; car outre qu'ils
ont ramaffé fans diftinction ce qu'ils ont
appris touchant ceux qui ont paffé pour
poffedez , fans démêler s'ils l'étoient veritablement
, ou s'ils étoient feulement
attaquez de vapeurs , c'eft qu'ils ont
donné des principes très -faux pour juger
de
DE
JANVIER 1723. 19
>
de la verité des poffeffions ; comme lorf
que Delrio dit , qu'on connoît que c'eft
le démon qui agite ceux qu'on croit
poffedez , en leur faifant fentir l'odeur
de la fumée de foulfre , ou celle de la
ruë ou autres également fâcheufes ,
parce qu'elles calment fa fureur , dont il
apporte des raisons myftiques de fa façon ,
comme au contraire il dit que l'odeur
des rofes met le démon en fureur , ce qui
peut fervir à reconnoître fi la poffeffion
eft veritable , pendant que ceux qui ont
la moindre connoiffance de la Phyfique ,
& de la Medecine , fçavent que les corps
ne peuvent faire naturellement aucune
impreffion fur les démons , & que c'eft
propre des odeurs fâcheufes de calmer
les vapeurs , pendant que celles des rofes
les augmentent. Je croirois donc qu'il
n'y a pas de moyen plus inconteftable
pour s'affurer de la realité d'une poffeffion
, que lorfque ceux que l'on croit poffedez
parlent librement & aifément diverfes
langues à eux indubitablement inconnues
, ou lorfqu'on les voit réellemeng
élevez ou tranfportez en l'air.
le
SONNET
20 LE MERCURE
XXX :XXXXXXXXX: XXX
SONNET fur les bouts rimex donnez,
L
E Sage a beau prêcher par maint &
maint
Le rebelle pecheur auffi fot qu'un
proverbe.
oifon,
foifon
Ne voit pas le ferpent qui fe cache fous l'herbe.
Tandis qu'il croit avoir lumieres à
11 voit en vain la mort dans les vers de
Prête à brifer du corps la fragile
Il n'avale pas moins le funefte
Malherbe,
cloifon,
poison,
Et rit toûjours demain , ce dangereux adverbe.
Il dit du penitent , qui revêtu d'un Sac,
Du monde paffe l'eau fur un penible
Et lui paroît un loeuf qui traîne la
Pour lui toûjours errant ainfi que le
11 paffe chaque jour de bévuë en
Et perit dans le feu comme le
bac,
charruë.
grillon,
bévuë,
papillon
Autre Sonnet.
Ela fievre en chaud mal tombe
DEdit le
proverbe,
Le pecheur égaré , qui plus fot qu'un oifon,
Cherche
DE JANVIER 1723 . $21
foion Cherche de toutes parts les plaifirs à
Et fait aux libertins mmaanger fon bled en herbe.
Qu'il fçache fon Seneque auffi-bien
que
Les vices dans fon coeur ont fait une
Plûtôt que d'arracher ce dangereux
On pourroit en fix cas decliner un
Les folles paffions mettent fon ame au
Malherbe.
cloifon,
poiſon.
adverbe .
Sacs
bac,
Il eft plus fot , plus lourd , & plus peſant
qu'un
Toujours devant les boeufs il mene fa charruë,
Dans le monde eftimé moins qu'un petit
grillon,
Il va fans regarder la terrible bévuë,
Se brûler dans le feu comme le papillon
LETTRE de Monfieur... à Monfieur...
fur la nouvelle Traduction Françoise
de Denis d'Halicarnaſſe, du P. L. J.
J
E ne fuis pas furpris , Monfieur , de
vous voir fi content de vôtre nouvelle
acquifition des Antiquitez Romaines de
Denis d'Halicarnaffe , traduites en François
par un Auteur de reputation. Tout
contribue à vôtre fatisfaction , l'auteur même
& le Traducteur. Le premier vous apprend
22 LE MERCURE
prend mille chofes, qu'on ne fçait qu'imparfaitement
par la lecture des autres livres
. Il vous donne l'idée la plus nette
qu'on puiffe avoir des premiers fiecles de
l'Hiftoire Romaine. Il débrouille ce qu'il
ya d'embarraffé dans l'antiquité la plus
reculée. Il defcend dans un détail qui
fait plaifir. Il difcute en Critique habile
les faits rapportez par ceux qui ont
écrit avant lui , & après avoir examiné
les differentes opinions , il vous prefente
dans un fi beau jour ce qu'il y a de plus
vrai femblable , qu'il ne vous laiffe plus
rien à defirer. D'un autre côté , tout vous
prévient en faveur du Traducteur. Sa
reputation , celle de la Compagnie dont
il eft membre , plufieurs années employées
avec fuccès dans la Capitale du Royaume
, & dans le plus fameux College , à
profeffer la Rhetorique , font autant de
preuves de fa capacité ;, & l'on eft porté
à croire, que d'une main auffi habile , il
ne peut rien fortir que de parfait.
Cependant , Monfieur , permettez moi
de vous dire , qu'une partie de ces favorables
préjugez ne peuvent le foutenir ,
quand on compare la traduction avec l'original
. Son langage eft beau , je l'avouë.
On y remarque une agreable vivacité ,
beaucoup de brillant , un ftyle net , coulant
& leger , qui flatte l'oreille des Lecteurs,
DE JANVIER 1723 . 23
teurs. Mais je ne fçai fi ces qualitez font
les plus neceffaires à un Traducteur ,
dont le but n'eft pas de donner fes propres
penfées , mais de rendre en fa Langue
celles de fon original qu'il doit fuivre
exactement. Il faut de la lecture
quelque connoiffance de l'antiquité , &
un peu de fang froid , pour traduire un
Hiftorien auffi ancien que Denis d'Halicarnaffe
, dont fouvent l'on n'attrape la
penfée que par l'exacte comparaifon de
plufieurs endroits qui fervent à s'éclaircir
mutuellement .
,
Vous êtes en état par vous - même ;
Monfieur de juger de l'exactitude du
Pere le Jay , & de la fidelité dont il fait
profeffion dans fa Preface. Pour peu que
vous vouliez confulter le Grec , il vous
fera facile à entendre , avec le ſecours du
Latin qui eft à côté , dans l'Edition de
Sylburge , & dans celle d'Angleterre .
Pour vous faciliter neanmoins cette comparaifon
, je vous rapporterai quelques
morceaux de la Traduction Françoiſe ,
que j'ai verifiez fur le Grec & fur le Latin
de Portus . Vous y verrez , fi je ne me
trompe , que le Traducteur s'éloigne fouvent
de la penſée de fon Auteur , qu'il
retranche de l'original , qu'il y ajoûte même
des chofes qui y font contraires , &
qui combattent directement ce que nous
*
B fçavons
L
"
4
24 LE MERCURE
,
fçavons de l'Hiftoire Romaine par Denis
d'Halicarnaffe , & par d'autres celebres
Hiftoriens qu'il renverfe l'ordre des
temps par fa traduction trop libre ; que
dans fes notes il contredit manifeftement
le texte de fon Auteur , en voulant le
confirmer ou l'expliquer ; & qu'enfin
dans fa Chronologie marginale , qu'il
emprunte de l'Edition d'Angleterre , il a
copié jufqu'aux fautes d'impreffion , pour
n'avoir pas confulté l'errata qui eft à la
fin du premier Volume de cette Edition
Grecque- Latine .
Je commence par vous dire , Monfieur
, que mon deffein n'eft pas de faire
une critique exacte de cette traduction ,
Je ne l'ai pas luë entiere , & dans le peu
que j'en ai parcouru , je n'ai confronté
avec le Grec que les endroits qui m'ont
arrêté , & qui me paroiffoient contraires
à ce que je fçavois
déja
, ou de l'Hiſtoire
Grecque
, ou de l'Hiftoire
Romaine
,
par la lecture
des
Auteurs
, fur tout
par
Denis
d'Halicarnaffe
que
j'ai lû autrefois.
Ce n'eft
donc
ici qu'une
petite
ébauche
de critique
, ou plutôt
c'eſt
une
lettre
que
je vous
écris
, comme
au plus
intime
de mes
amis
, pour
vous
guerir
des
préventions
où je vous
vois
par
rapport
à cette
traduction
; preventions
qui peuvent
être
dangereufes
, non
feulement
parce
DE
JANVIER 1723. 25
ce que dans la perfuafion où vous étes de
la bonté de cet Ouvrage , vous employeriez
peut- être beaucoup de temps à en
réïterer la lecture ; mais encore en ce que
comptant fur la fidelité du Traducteur ,
Vous pourriez vous mettre dans la tête
plufieurs chofes directement contraires à
I'Hiftoire ancienne , dont vous voulez
vous inftruire plus à fond qu'on ne vous
l'a apprife dans vos Claffes. Les paffages
que je vais vous rapporter de la traduction
, font citez page pour page & ligne
pour ligne , tant de la Traduction Françoife
, que de l'Edition Grecque - Latine
d'Angleterre , dont le Traducteur s'eſt
fervi , comme il le dit dans fa Preface
p. 4. l. 11. 12. & 13. afin que vous puiffiez
les trouver avec moins de peine , &
que fans beaucoup chercher vous les compariez
avec le Grec ou avec le Latin.
P. 9. 1. 1. &c. Cette Ville maîtreße de
la terre & de la mer , aujourd'hui la
Capitale de l'Empire Romain , n'eût point
de plus anciens Habitans , que les Sicules
, peuple barbare , & né dans le pays où
Rome eft fituée. On ne fçauroit dire , fi
cette terre fut cultivée par
eux , on fi c'étoit un pays abandonné. La
premiere phrafe eft contradictoire à la
feconde , & la feconde détruit la premiere.
Celle- ci affure que les premiers
Bij habid'autres
avant
26 LE MERCURE
habitans de Rome furent les Sicules
celle- là dit au contraire qu'on ne fçait
pas fi Rome, ou le terrain où cette Ville
fut bâtie dans la fuite , étoit habité par
d'autres peuples avant les Sicules. Eft- ce
donc Denis d'Halicarnaffe qui fe contredit
lui-même d'une phrafe à l'autre ? non ,
fans doute : il est trop exact pour cela.
C'est le Traducteur , pour n'avoir pas
exprimé dans fa traduction un mot Gree
effentiel : voici le paffage entier felon le
Grec , p. 7. 1. 32. Cette Ville maîtreffe
de la terre & de la mer , aujourd'hui la
Capitale de l'Empire Romain , fut autrefois
habitée par les Sicules , peuple barbare,
né dans le pays où Rome eft fi
tuée. Ces Sicules font fes plus anciens habitans
DONT L'HISTOIRE FASSE MENTION
. Mais on ne sçauroit dire , fi cette
terre fut cultivée
par
d'autres avant
eux ou fi c'étoit un pays abandonné.
Vous voyez que la contradiction ceffe
auffi- tôt qu'on exprime dans le François
deux mots Grecs , qui répondent à ceuxti
de la Traduction Larine de Portus ?
primi omnium qui memoria funt proditi.
و
*
P. 17. 1. 21. & c. les Tellenenfiens , les
Ficulnenfiens , le Grec porte Tellêneis &
Ficolness P 17. l . 39. ce qui doit le rendre
en François par Ficulneens & Telleniens
de même qu'on dit Theffaloni
ciens
DE JANVIER 1923. 27
siens , Coloffiens , Philippiens , & non
pas Theffalonicenfiens , &c. Nous lifons
à peu près la même chofe , livre 3. På
242. l . 9. 10. & 11. il n'y eut que cinq
Villes , fçavoir , Clufe , Aretin , Volaterre
, Ruffellane & Vetulone , où le Traducteur
donne le nom d'Aretin à la ville
d'Aretie , & celui de Ruffelane à celle de
Ruffelle , peut- être parce que le, Latin &
le Grec portent p . 18. 1. 23. 24. & 25.
il n'y eut que cinq Villes ... fçavoir, les
Cluftens on Clufiniens , les Aretiens , les
Ruffellans , & c.
>
P. 19. ligne avant- derniere : les Abori
gines fortirent fur eux ( fur les Pelafgiens)
& les exterminerent du pays . Selon le
Grec p. 15. 1. 27. ils fortirent pour les exterminer
mais ils n'executerent pas leur
deffein au contraire dès que les deux
Armées furent en prefence , ils firent alliance
avec eux & leur donnerent une
partie de leurs terres auprès du Lac facré
, comme il paroît par la traduction
même du P. le Jay , p. 20. 1. 26. &c.
›
P. 14. 1. 33. & 4. chi les Aborigi
nes l'oiseau myfterieux s'appelloit enleur
Langue Pivert , en la nôtre ( c'est - à- dire
en Grec ) Dryocolapi : & à la mar-
.ge eft écrit Driocold . Le texte Grec,
p. 12. 1. 18. & 19. porte Dryocolás à
l'accufatif. Ne diriez- vous pas que le
B iij Tra28
LE MERCURE
!
Traducteur a crû que ce mot Grec étoit
de genre feminin de la feconde Declinai-_
fon comme Tip ? Sans cela , pourquoi
auroit il mis dans le texte de fa traduction
Dryocolapti plutôt que Dryocolaptis
, & à la marge Dryocolan & non .
pas Dryocolans ? car ce mot Grec eft
mafculin , de la premiere Declinaiſon , il
fait fon nominatif en as comme Anchisus,
& fon genitif en %.
P. 18. 1. 35. & c. le plus grand nombre
( des Pelafgiens ) vint par LA MEDITERRANEE
chercher un afile chez les
Dodoniens leurs parens. Les Pelafgiens
partoient de Theffalie pour aller à Dodone
, ce voyage peut fe faire par terre ;
pourquoi donc leur faire prendre un long
circuit par LA MEDITERRANE'E ? eftce
parce qu'on lit dans le Latin de Portus
PER LOCA MEDITERRANEA ? Le
Grec , p . 14. 1. 4. leur épargne les
frais dela navigation , & les fait arriver
à Dodone par le milieu des terres. En
effet , ils n'avoient point de vaiffeaux ,
puifque , obligez peu de temps après de
quitter le pays de Dodone pour obéin
aux ordres de l'Oracle qui les renvoyoit
en Italie , ils conftruifirent des vaiffeaux ,
felon le Pere le Jay même , p . 19. l . 1 .
2. 3. & 4. fur lefquels ils entrerent dans
la mer Jonienne , ou Ioniene , fil'on veut
fuivre
DE JANVIER 1723. 29
fuivre fon orthographe ; mais repouffez ,
ajoûte-t-il 1. 5. 6. 7. & 8. par un vent du
midi, ils furent portez à l'une des embouchures
du PAU : je crois qu'il falloit écrire
Pô , car PAU eft une Ville de France ,
& le Pô eft un Fleuve d'Italie.
P. 29. 1. 8. &c. Les Pelafgiens ... prirent
Crotone... Gette Ville fut long- temps
le fiege de la guerre. Enfuite ils BASTIRENT
LA VILLE qu'on nomme THYRRENIE.
La ville de Tyrrhenie ne fut
point bâtie par les Pelafgiens , & je n'ai
jamais connu de ville appellée Thyrrenie.
Nôtre Traducteur en eft le premier &
& le feul Fondateur. Il eft vrai que le
Latin de Portus dit , p. 22. l . 37. & 38.
hac belli fede ufi , eam qua nunc Tyrrhenia
vocatur condiderunt , ce qui rend mot à
mot les termes Grecs . Mais je ne vois pas
que cela fignifie qu'ils bâtirent une ville
nommée Tyrrhenie. Denis d'Halicarnaf
fe veut dire , que fe fervant de Crotone
comme d'une place d'armes , les Pelafgiens
envahirent le pays appellé Tyrrhenie,
qu'ils le peuplerent, & y bâtirent des
Villes. Il faut donc fous- entendre dans
le Grec ou zápar & non pas πόλιν
& le verbe Tirav fignifiera ils peu
plerent , & y bâtirent des Villes ; de
même qu'en parlant de l'Ile de Zacynthe
, p. 39. 1. 46. il dit que Za-
B iiij cynthe,
1
1
5
30 LE MERCURE
cynthe , fils de Dardanus & de Bateia .
en fut le Fondateur , xTins ; ce qui ne
fignifie pas qu'il ait conftruit & bâti
l'Ifle ; mais que la trouvant déja formée ,
il s'y établit & y fonda des Villes . Confultez
vôtre Scapula , & vous verrez
qu'on dit Tilav xúplu , fonder des
Villes dans un pays. Je ne comprens pas
pourquoi le Traducteur François écrit
prefque toûjours Thyrrenie & Thyrreniens
, au lieu de mettre l'h à la feconde
fyllabe.
Page 52. 1. 17. &c. d'Ambrace , en côtoyant
le rivage , Anchife conduifit la
flotte à Buthrote , tandis qu'Enée , avec
L'élite de fes troupes , en deux jours de chemin
, gagna Dodone pour y confulter l'O.
racle ... ils MIRENT enfuite A LA VOILE
, & ils rejoignirent leur flotte en quatre
jours. Le Grec dit , p. 40. 1. 22. & c.
qu'Anchife conduifit la flotte d'Ambrace
à Buthrote; qu'Enée & l'élite de ſes
troupes allerent en deux jours de chemin
( ce qui marque affez que ce fut par terre
) à Dodone ; qu'ils partirent enfuite de
Dodone , & qu'après quatre jours de
marche encore par terre ) ils rejoignirent
leur flotte Buthrote ; mais le Pere
le Jay aime la navigation .
P. 64. 1. 25. &c. Pour Dardanus il fonda
une Ville de fon nom dans la Troade ,
avec
DE JANVIER 1723. 31
DANUS
avec l'agrément de Teucer , qui lui donna
des terres dans la Teucrie , Province
de fon obéiffance. Phanodeme , qui a écrit
des antiquitex Attiques , & plufieurs autres
Hiftoriens avec lui , difent que DARRETOURNA
D'ATTIQUE en
Afie , & qu'il commanda dans le Bourg
de Xypete ; le Grec porte, p. 49. 1. 27.
28. &c. Pour Dardanus , il fonda une
Ville de fon nom dans la Troade , appellée
Teucrie , du nom du Roy Tencer , qui
lui donna des terres dans cette Province.
Phanodeme , qui a écrit des Antiquitéz
Attiques , & plufieurs autres Hiftoriens
avec lui , difent que celui- ci ) c'eſt- à dire
, TEUCER , & non pas DARDANUS )
étoit Prince du Bourg de Xypete ( dans
l'Attique ) & qu'il PASSA ( & non pas
RETOURNA ; car jufqu'alors il n'avoit
jamais été ) d'Attique en Afie. Il eft clair
que , felon le Grec , ce fut Teucer qui
paffa d'Attique où il étoit Prince du Bourg
de Xypete , en Afie où il donna le nom
de Teucrie à la Troade. Au contraire
felon le Pere le Jay , ce fut Dardanus qui
retourna en Afie , où par confequent if le
fait paffer pour la feconde fois . De plus
il n'eft pas poffible de diftinguer par l'arrangement
de la phraſe françoiſe , fi Xypete
étoit un Bourg de l'Afie ou de l'Attique
, quoique le Grec infinuë affez qu'il
Bv étoit
32
LE
MERCURE
étoit dans l'Artique. Au refte toutes ces
fautes me paroiffent excufables , fi l'on ne
confulte que le Latin de Portus . Voici
comment il traduit p. 49. 1. 27. & c.
Dardanus verò in ea que nunc Troas
appellatur , urbem fui nominis condidit .
agris ipfi à Rege Teucro datis , à quo
Regio illa Teucris eft dicta. Hunc autem
cum alii multi , tum etiam Phanodemus
Atticarum Antiquitatum fcriptor, ex Attica
in Afiam migraffe , Xypeteenfis pagi
principem fuiffe tradunt. On ne peut gueres
mieux rendre cette phrafe Latine que
l'a fait le traducteur François , excepté
Migraffe qu'il traduit par il retourna ‚ &
bunc qu'il rapporte à Dardanus , au lieu
de le rapporter à Teucer. Mais l'on n'eft
pas devin , & Portus n'ayant point marqué
dans fa traduction à quoi ce bunc
doit être rapporté , on ne peut diftinguer
fi ce fut Teucer ou Dardanus qui
paffa en Afie , & qui fut Prince de Xypete
, à moins qu'on ne confulte le Grec ,
ou qu'on ne fçache d'ailleurs par Strabon
, 1. 13. que Teucer étoit Prince d'un
Bourg de l'Attique , d'où il paffa en Afte.
P. 68. L. 22. La trentième année de
la fondation de Lavinium ..... ... Afcagne
bâtit Albe ...... où ilfit paffer tous les
LAURENTINS . Selon le Grec tous les
LAVINIENS , p. 52. 1. 34. dans les imprimez
,
DE JANVIER 1723. 33
primez ,
& dans les Mff. Je ne fçai
pourquoi
le Latin de Portus met les Laurentins.
Quoiqu'il
en foit , il eſt évident
& par ce qui précede , & par ce qui fuit,
qu'il ne s'agit pas ici des Laurentins
mais des Laviniens . Pour peu qu'on confulte
le Grec il eft impoffible
de s'y
tromper.
و
P. 74. L. 1. & 2. Cephalon de Gergithe
dit que Rome fut bâtie la feconde
ANNE'E après la guerre de Troyes. Portus
donne encore ici occafion de fe tromper
à ceux qui ne confultent que fon Latin
; car il traduit anno fecundo , quoique
le Grec porte conftamment fecunda generatione
, p. 57. 1. §. & dans les M.
& dans les imprimez ; ce qui ne peut
jamais fignifier la feconde année.
L. 8. & 10. de la même page : l'Ecrivain
qui aparlédes des Prêtreffes d'Ar-
Cos.... rapporte qu'Enée partit de Mo-
Loffie , & à la marge il remarque que Mo~
loffie eft une VILLE d'Epire. Le Grec
dit p. 57. l . 14. qu'Enée partit des Mo
Loffes , c'eft - à- dire , de Moloffre , ou dur
pays des Moloffes . En effet , je ne croi pas
qu'il y ait jamais eu de Ville appellée
Moloffie , quoique je connoiffe un pays
de
ce nom dans l'Epire. C'eft donc encore
ici une nouvelle Ville de la fondation du
Pere le Jay.
B vj
P. 88-
34 LE MERCURE
P. 88. 1. 15. Ce Berger ( Fauftule ) qui
craignoit que Romulus ne s'en rapportât
pas au fimple témoignage de Numitor. Le
Grec dit p. 67.1 . 48. & p. 68. l . 1. & 2.
ce Berger qui craignoit que Numitor ne
s'en rapportai pas au fimple témoignage de
Romulus. Il eft vrai qu'on lit dans le Latin
de Portus veritus enim ne Romulus .....
fidem Numitori.... non faceret, & j'avouë
que
faute de faire attention au Grec , &
à ce qui precede , on peut abfolument s'y
tromper , en prenant fidem non faceret
pour fidem non haberet.
Je m'apperçois que ma lettre n'eft déja
que trop longue ; je réſerve done pour
une autre fois environ trente pallages qui
me reftent encore du premier Livre ;
après cela je pafferai aux Livres fuivans ,
aux remarques , & à la Chronologie .
Mais voici deux endroits queje crains
d'oublier. Vous jugerez en les lifant, fi la
traduction a été faite fur le Grec.
Livre 5. p. 380. 1. 28. Caius Mucius,
furnommé CORDO , Romain d'une haute
naiffance , fit une action digne de memoire.
Il s'agit de Mucius à qui les Auteurs
Romains donnent ordinairement le furnom
de Scævola. Denis d'Halicarnaffe
l'appelle Kordos dans le Grec , p. 285.
1. 1. & 12. Portus s'eft avifé de mettre
ce furnom au datif , & de traduire par
élegance
DE JANVIER 1723. 35€
élegance Mucius cui CORDO cognomen
erat , au lieu de dire fimplement Mucius'
cognomento Cordus. Il eft facile de s'y
tromper lorfqu'on ne confulte pas le
Grec. Car Denis d'Halicarnaffe eft, je
croi , le feul , ou prefque le feul , qui parle
de ce furnom. On ne peut donc fçavoir
que par le Grec que Cordo eft un datif
qui vient du nominatif Cordus. Le Pere
le Jay eft excufable , & tout autre pourroit
également s'y méprendre .
P.
395 . 1. 5. avant la fin des Cavaliers
Sabins qu'on prit allantfaire du bois ,
confirmerent ce qu'avoit dit le Transfuge.
Le Latin dit p. 296. 1. 33. quidam equites
Sabinos captivos adduxerunt , quos ad
lignationem egreffos comprehenderant. Vous
voyez que le traducteur fuit fidellement
fon guide. Le Grec fignifie neanmoins que
quelques Cavaliers de l'armée Romaine
amenerent des prifonniers Sabins , qu'ils
avoient pris allant faire du bois. Mais le
Latin eft ambigu , il faudroit être devin
pour diftinguer fi equites le rapporte à
quidam ou à Sabinos , & l'on ne peut
fçavoir s'il eft à l'accufatif ou au nominatif
, à moins qu'on n'ait recours au
Grec. Je fuis , Monfieur , &c.
Le
36 LE MERCURE
LE FRUIT D'UN BON AVIS.
Fable par M de Farbelle de Monziac .
MEffire Armand poffedoit un gueret
Mauvais , mais mauvais Dieu le fçait ,
Non , il n'en fut jamais de pareil que je croye,
Au lieu de porter de bon grain ,
Il ne portoit que de l'yvroye ,
Telle recolte au feu devoit fervir de proye ;
Mais point , Meffire Armand en faifoit tout
fon pain.
Or vous jugez fi telle nourriture ,
Etoit bienfaifante pâture ,
Dès qu'il avoit mangé , la tête lui tournoit ,
Sur les pieds chancellans d'yvreffe ,
A grand peine il ſe foutenoit ,
Il n'en pouvoit plus de foibleffe ,
II begayoit , il perdoit la raiſon ,
Le pauvre homme à chacun faifoit compaffion,
Si bien qu'une ame charitable
Lui dit un jour , Meffire Armand,
Du pain d'yvroye à vôtre table !
Mieux
DE
JANVIER 1723 . 37
Mieux vous vaudroit vivre de gland
Oh ! croyez-moi , laiffez ce pain abominable ,
Et mangez moi du pain de bon froment
L'avis fans doute étoit fort falutaire ,
Oh ! ouy , mais les meilleurs avis
Ne font pas toujours ceux qui font le mieux
fuivis ,
L'inimitié par fois en eſt tout le ſalaire ,
Nôtre fable nous peut inftruire fur ce point ,
Armand fe mit fort en colere ,
Mais de pain il ne changea point.
**:***** XXXXXX-XX
DESCRIPTION d'un Enfant né d'une
figure extraordinaire & fans cerveau .
Lde la Flèche , dans le pays du Maine,
E 6. Mars 1722. il nâquir à la ville
un Enfant fans cerveau , & d'une figure
monftrueufe. M. Farcis , habile Chirurgiende
la même Ville , l'ayant diffequé avec
beaucoup d'attention , n'apperçut que la
bafe & la face du crane panchez fur le
devant de la poitrine. Ses yeux reffembloient
à ceux d'un Lievre ; l'extremité
du nez étoit baiffée fur la lévre fuperieure,
& de toute la tête les oreilles feules n'étoient
38
LE
MERCURE
toient point difformes. La baſe du crane
étoit feulement recouverte d'une fimple
membrane qui defcendoit jufques fur les
premieres vertebres du dos , & qui étoit
parfemée de quelques rameaux d'arteres ;
cette membrane étoit livide , & comme
une partie qui auroit été meurtrie , fans
aucune trace de cerveau , de cervelet ,
ni - de moëlle allongée . M. de Farcis rechercha
avec foin s'il n'y auroit point
quelques glandes , ou autres fupplemens
logez dans les deux petites cavitez qui
font depuis les apophizes pierreules juſques
au coronal , efpaces qui font occupées
par les lobbes moyens du cerveau ; mais
it trouva que ces cavitez n'étoient remplies
que d'une chaire ferme , dont la
ftructure n'avoit aucun raport à celle des
glandes qui filtrent l'efprit animal. Les
vertebres du côté n'étoient pas fermez
par derriere , n'ayant point d'apophizes
épineules , & par confequent aucune attache
de mufcle . Les nerfs brachiaux
étoient bien apparens depuis leur origine
jufqu'à leurs extremitez , & toutes les
autres parties du corps étoient naturellement
conformées jufqu'aux parties genitales
qui montroient clairement que c'étoit
un garçon .
La mere a porté cet enfant à terme , &
le fentit encore remuer douze heures
avant
DE JANVIER 1723 .
39
J
avant l'accouchement qui fut heureux
quoique l'enfant fut mort ; cette femme'
âgée de 27. à 28. ans , étoit hydropique
pendant cette derniere groffefle , & l'eft
encore actuellement.
Le même M. Farcis en faifant la démonſtration
de la route du chyle aux Jefuites
de la même Ville , après avoir démontré
les parties qui fervent à la chylification
, & paffé à celles qui fervent à
la purification du fang , fut furpris de
trouver le rein droit une fois plus grand
que le gauche , & de voir qu'au lieu d'une
chair ferme , il n'avoit qu'une membrane
, qui contenoit un vers large de trois
lignes environ , & long de deux pieds &
deux pouces
,
d'une couleur rouge ; lorfl'on
le prenoit , foit par la tête ou la
queue , il s'allongeoit plus d'une aune ,
& lorfque l'on le mettoit fur la table , il
reprenoit la longueur naturelle , il avoit
confommé toute la fubftance du rein..
que l'on le
Nous ajoûterons à ces deux Obfervâ
tions qu'on en trouve plufieurs de l'une
& de l'autre efpece dans les Journaux
des Sçavans , dans les Memoires de l'Académie
des Sciences , & dans les précedens
Mercures.
VERS
40 LE MERCURE
Jika ikitikk Jk akik kakakakak
VERS à Mle du V…….. qui avoit engagé
l'Auteur à lui donner un bouquet Te
jour de fa fête , compofe des plus belles
fleurs qu'il pourroit trouver. N'ayant
que du myrthe & du jafmin , il yjoignit
ces vers.
L
E Dieu d'Amour au jour de vôtre fête ,
Cherche par tout à vous faire un bouquet,
A l'embellir vainement il s'apprête ,
Peu trouvera de fleurs le Dieu coquet ;
Myrthe au furplus compofe fa guirlande ,
Jafmin encor vient ſe joindre à l'offrande ,
Item c'est tout , or n'ayez de couroux ,
Quoique ces fleurs ne foient que bagatelles ,
Mais permettez qu'Amour entre chez vous
Ce Dieu pourroit en cüeillir de plus belles.
Par M. de Rochamb ***
LETTRE
DE
JANVIER 1723. 41
LETTRE écrite de Caën le 28.
Decembre 1722 .
A Nobleffe de Normandie , Mon-
Lfieur , parmi laquelle la Maiſon de
Percy , tient de temps immemorial un
rang confiderable , a été étonnée , en
apprenant par la Gazette de France du
19. de ce mois , à l'article de Londres du
dix du courant la mort de Mc Elizabeth
de Percy , de la Maifon de Northumberland
, Ducheffe de Sommerfet , &
Dame d'Honneur de la feuë Reine Anne .
Stuard , qu'on ait dit , que par cette mort
la Maiſon de Percy étoit entierement
éteinte ; je puis mieux que perfonne corriger
cette erreur par la connoiffance particuliere
que j'ai de cette Maiſon , &
par ce que nous en ont confervé les Hiftoriens
des Maifons diftinguées de nôtre
Province. Il eft vrai que la branche de
Percy , d'où cette illuftre Dame étoit
fortie , eft à prefent éteinte par fa mort
en Angleterre , où des Seigneurs de cette
Maiſon , originaire de Normandie , &
qui fuivirent Guillaume le Conquerant
leur Duc, avec plufieurs Gentils- hommes
des plus qualifiez de cette Province, por
terent leur nom , mais elle fubfifte encore
dans la perfonne de Meffire Antoine
Guil
LE MERCURE
Guillaume de Percy , Chevalier- Baron
de Montchauvet, & Arclais , Seigneur de
Monchamps , du Halley , & autres lieux,
Commandeur de l'Ordre Militaire de
Saint Etienne en Toscane , où il fut réçû
avec permiffion & Brevet du feu Roy
au mois d'Octobre 1696. étant pour lors
auprès de feu M. Dupré , fon oncle , Envoyé
extraordinaire de Sa Majefté , lequel
après avoir foutenu pendant plus de 17.
ans , la dignité de fon caractere , & au
paravant dans plufieurs Cours d'Allema
gne pendant plus de quarante années ,
avec toute la probité & la capacité imaginables
, mourut à Florence au mois de
May 1709. Le Mercure du mois de Decembre
de l'année 1696. donna une exacte
relation de la reception d'Antoine Guillaume
de Percy dans l'Ordre Militaire
de S. Eftienne de Tofcane , qui fe fit
avec beaucoup de diftinction , & parla
en même temps de l'ancienneté des illuftrations
, & de la Nobleffe de la Maiſon
de Percy. Celui dont je parle eft maintenant
Chef du nom & des armes de cette
Maifon . Il a eu de feuë Dame Françoile
du Puy d'Igny , fon époufe , d'une Nobleffe
également ancienne , & diftinguée
par fes alliances , Charles- François- Marie
de Percy , reçû Chevalier du même
Ordre depuis trois ans ; le fecond tome
de
DE JANVIER 1723.
43
de l'Hiftoire Genealogique de la Maiſon
d'Harcourt parle très - avantageufement
de la Maifon de Percy , en rapportant
l'alliance de Robert de Harcourt avec
Marguerite de Percy , & c'eft à cet occafion
que cet Auteur donne en general ,
& en particulier la Genealogie de la Maifon
de Percy , jufqu'à Jean- Baptifte de
Percy , pere d'Antoine Guillaume.
La Terre de Monchamps , fituée en
Normandie , Diocéfe de Bayeux , eft
confiderable par fon étendue , & par fes
mouvances; elle eft contigue à la Baronie
de Monchauvet , & depuis 1429 ,
elle s'eft confervée en ligne directe dans
la Maifon de Percy , où elle étoit venuë
par le fecond mariage , de Meffire Guil-
Jaume de Percy , Chevalier - Seigneur des
Fiefs de Percy , de Soules , de Draqueville
, de Druiſau , des Efpeffes , d'Eſcaliers
, de Hurpin , & de Durefcüe , avec
Dame Marie de Crennes , fille de Meffire
Guillaume de Crennes , Chevalier ,
Bailly , & Gouverneur d'Evreux , & de
Dame Guillemette d'Anctoville , à qui
elle appartenoit. Il y a encore actuellement
à Malthe un Commandeur de Percy
de la même Maiſon , ancien Officier
de Marine , & M. l'Abbé de Percy , tous
deux auffi diftinguez par leurs qualitez
perfonnelles , que par l'ancienneté de
Leur Nobleffe ,
Le
44
LE MERCURE
Le fieur de Bras , Gentilhomme Normand,
rapporte dans fon Livre dés Antiquitez
de la Ville de Caën , l'acte de la
fondation de l'Abbaye Royale de Sainte.
Trinité , faite dans cette Ville au mois
de Juillet de l'an 1082. par la Reine
Mathilde. , femme de Guillaume le Conquerant
, Roy d'Angleterre , lequel fut
auffi le Fondateur de l'Abbaye de Saint
Eftienne de la même Ville , toutes deux
de l'Ordre de Saint Benoit ; & parmi les
Seigneurs les plus diftinguez de la Province
, qui eurent l'honneur de figner à
cet Acte avec toute la Famille Royale ,
il y nomme des premiers Hugues de
Percy.
La Dame Loüife- André de Percy :
foeur d'Antoine Guillaume eft aujourd'huy
Sous -Prieure de l'Abbaye de Sainte
Trinité , dont la fille de Guillaume le
Conquerant , & de la Reine Mathilde
fut la premiere Abbeffe. Cette Abbaye
n'a été gouvernée que par des Princeffes
de la Maiſon Royale , ou d'autres Maifons
de la premiere diftinction , Me de
Teffé , fille de M. le Maréchal de ce
nom qui en eft maintenant Abbeſſe , a
fuccedé à Me de Teffé , fa tante , dont
les rares vertus , & la pieté font en grande
veneration .
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , & c.
EPIGRAMME
DE JANVIER 1723. 45
jikakakakakakak::
EPIGRAMME
Contre les Poëfies licentienfes & fatiriques
U
d'un mauvais Auteur.
N fatirique Auteur , dont je tairai le nom.
Me lifoit l'autre jour d'un emphatique ton
Un Poëme infolent contenant neuf cent rimes ;
Femmes , filles , maris en étoient les victimes ,
Tout beau , point de chaleur , encor moins de
galop ;
Croyez moi , fupprimez huit cens vers , &
pour caufe ,
Comment huit cens ,
chofe ,
dit-il refteroit peu de
Ce fera , dis- je , encor cent fottifes de trop.
FESTE donnée à Poitiers le 17. Decembre
1722. par les Officiers du Roy , étant
à la fuite de Son Alteffe Royale Mademoiselle
de Beaujolois.
Es Officiers du Roy pour témoigner
Lla joye qu'ils pour
d'une fi augufte & fi aimable Princeffe ,
firent
46 LE MERCURE
firent élever une décoration au bout de
la principale allée du parterre de M. le
Lieutenant General de Poitiers , chez
qui étoit logée cette Princeffe , fur la
quelle étoient peintes fes armes , éclairées
par une grande quantité de lampions qui
en formoient le cartouche , & les ornemens
qui l'accompagnoient ; on lifoit au
deffous de cette illumination en gros caracteres
, DIE I NATALI , pour fignifier
que cette Fête étoit confacrée au
jour heureux de la naiffance de la Princeffe.
Cette devife étoit enfermée dans une
double bordure de lampions ; au couronnement
de la décoration il y avoit un
foleil , autour duquel étoient trois écuffons
de France , d'Efpagne & d'Orleans,
ornez de feuillages . Le parterre étoit
éclairé d'une grande quantité de terrines ;
fur les côtez de ce parterre étoient rangez
les trois compagnies uniformes de la
Ville avec tous les Officiers . Auffi - tôt
que la Princeffe parut à fon balcon tous
les canons tirerent , enfuite les trois compagnies
firent en même temps une falve
de moufqueterie au bruit des trompettes
& des tambours ; un moment après le
foleil qui étoit compofé d'artifice , fit paroître
avec beaucoup d'éclat les armoiries
qui l'entouroient. Une gerbe de fufées
volantes fembla ajoûter en même
temps
DE JANVIER 1723. 47
temps des étoiles au Ciel , & de plufieurs
ferpentaux fournit à la vûë un agreable
amulement. La droite & la gauche des
troupes fe joignirent , & formerent une
marche dans la principale allée du parterre
, & revinrent enfuite en bon ordre à
deurs poftes ; elles firent une 2e décharge
au bruit des tambours & des trompettes. ,
& les canons tirerent encore. Ces troupes
firent une feconde marche , & pafferent,
en traverfant la Cour , fous le balcon de
la Princeffe , & revinrent à leur place
faire une derniere décharge ; après quoi il
partit une feconde gerbe de fufées qui fit
un auffi bel effet que la premiere ; enſuite
les troupes défilerent , & tout le monde .
fortit du parterre pour laiffer à la Princeffe
le plaifir d'en voir l'illumination plus diftinctement.
Il avoit dans la cour où
y
tout le peuple étoit raffemblé deux fontaines
de vin , qui ne cefferent de couler
au deffous du balcon de la Princeffe. On
avoit placé une fimphonie qui joüa pendant
tout le temps que dura cette Fête
qui fut fuivie d'un grand fouper , où tous
les Officiers du Roy fe trouverent , M le
Coadjuteur de Poitiers , l'Intendant , &
tout ce qu'il y avoit de plus difting é
dans la Ville y affifterent, Il y eut trois
tables également bien fervies . M. Meſlier
, Maître d'Hôtel du Roy fit les hon-
C neurs
"
48 LE MERCURE
.
›
neurs de la premiere , M. Courtois , Contrôleur
, de la feconde , & M. du Val ,
de la tro fiéme. On y but refpectueufement
la fanté de la Princeffe , celle de
Me la Ducheffe de Duras , & celle de
Me la Ducheffe de Fitzjames . L'on bût
auffi la fanté de M de S. Germain ; ainfi
finit cette belle Fête qui a été honorée
des applaudiffemens de l'augufte Princeffe
, pour qui elle avoit été preparée ;
elle a eu la bonté d'en témoigner fa fatisfaction
aux Officiers du Roy qui l'ont
donnée , & qui n'ont eu que très- peu de
temps pour la preparer ; en forte que par
fon fuccès on aura de la peine à croire
qu'un feul jour l'ait vûë projetter , com-
-mencer , & entierement executer.
*******************
QUATRAINS
Pour la Marquife du Bec de Fréquienne,
fur l'air , &c,
G
Ueri e l'amoureuſe peine ,
Je bravois déja Cupidon ,
Quand parut l'aimable Fréquienne ,
Qui me fit bien changer de ton.
Je vis de fes yeux pleins de charmes ,
partir
DE
JANVIER 1723 .
49
Partir un trait fi penétrant ,
Que forcé de rendre les armes ,
Mon coeur fe foumit à l'inftant .
Dans cette charmante perfonne ,
On voit briller éminemment ,
Tout ce que la nature donne
De feu , de graces , d'enjouëment.
La fource de la politeffe
Chez elle ne tarit jamais ,
Et l'on admire ſa ſageffe ,
Autant que les jeunes attraits.
Sans le fecours de l'hyperbole ,
Dans les difcours tout plaît , tout rit ,
Et fouvent fa moindre parole
Dénote un vafte fond d'eſprit. ]
Il eft facile de comprendre
D'où lui viennent tant d'heureux dons ;
C'est qu'elle a l'honneur de deſcendre
De l'illuftre fang des Bignons.
Cij
LETTRE
LE MERCURE
LETTRE du Roy aux Etats Generaux
fur la mort de Madame.
Très-chers , grands amis , alliez &
confederez.
L
Es affurances que nous recevons en
toutes occafions de vos fentimens à
nôtre égard , ne nous permettent pas de
douter de la part que vous prendrez à la
douleur que nous reffentons de la perte
que nous venons de faire de nôtre tréschere
, & très- amée Bis - Ayeule & grande
tante , la Ducheffe Doüairiere d'Orleans
; fes vertus & la tendre amitié
qu'elle avoit pour nôtre Perfonne font
pour nous de juftes fujets de la regretter,
& nous fommes perfuadez que vous ferez
vivement touchez de fa mort. Nous vous
renouvellons , au refte , en cette occafion ,
les témoignages de l'affection . que nous
confervons pour vôtre République. Sur ce ,
nous prions Dieu qu'il vous ait , trèschers
, grands amis , allie & confederez,
en fa fainte & digne garde. Ecrit à Ver
failles le 11. Decembre 1722. vôtre bon
ami , allié & confederé . Signé , Louis ,
& plus bas le Cardinal du Bois,
ERGASILE
DE JANVIER 1723
3030 06:30 のもののもの
ERGASILE en belle humeur
à l'ouverture du Carnaval.
Bonts rimez, Acroftiches à remplir.
Ain
armité.
Trited
Sarvôch
Laincu.
nvite.
Lite.
by Cita
waise
Kife
.
Shanfon
hantée.
e antée.
77
C lij
LES
32 LE MERCURE
LES DEUX AMIS RIVAUX ,
EN
Hiftoire galante.
N arrivant à Toulouſe je fis connoiffance
avec un jeune homme à peu
pres de mon âge , iffu d'une des plus anciennes
familles de la Province ; mais
plus recommandable encore par fon merite
, que par la naiffance. Mon caractere
lui plûr , il me prévint par les empreffemens
de l'amitié la plus genereuſe . Je
plaidois contre un adverfaire puiffant ,' &
qui avoit une grande Charge à la Cour.
Les gens entêtez de la faveur , c'eſt - à- dire
, le plus grand nombre , prirent fon
parti il falloit bien s'y attendre , je n'avois
pour moi que les voeux fecrets &
timides de quelques perfonnes qui avoient
fçû connoître ma bonne cauſe , mais qui
étoient trop lâches pour la Mon
proteger.
ami feul fe declara ouvertement contre
l'autorité en faveur de la juftice ; il prit
fur fon compte le foin de voir , & d'inftruire
tous mes Juges, & il - me laiffa fimple
fpectateur des efforts de fa generofité
& de fon courage. Les bons offices qu'il
me rendit , & ma reconnoiffance refferrerent
DE
JANVIER 1723. 53-
terent fi bien nôtre union , qu'elle paffoit
en proverbe dans la Ville , & qu'elle nous
merita le nom de ces amis fabuleux , dont
on ne retrouve l'idée que dans les livres .
Après avoir rempli à mon égard les devoirs
honorables de l'amitié , il ne fe
montroit pas moins jaloux des devoirs
qui la rendent les délices du coeur ; je le
voyois tous les jours ; il répandoit fon,
ame devant moi , fes goûts , fes penchans,
fes plus intimes penfées , tout me fut dévoilé.
Il aimoit depuis quelque temps :
une Dille qui étoit venue à Toulouſe des
extremitez du Languedoc , & qui paffoit
les plus beaux jours de fa jeuneffe dans
un Convent ; elle avoit environ vingtdeux
ans. On ne vit jamais autant de
graces enfemble & d'efprit que dans cette
aimable perfonne ; un fonds de raifon
qu'on fouhaite inutilement à la plupart
des femmes , des talens cultivez que la
modeftie laiffoit à peine entrevoir des fentimens
délicats , une douce fierté , tels
étoient les charmes qui captivoient le
coeur de mon ami . Il me confia fa paffion
naiffante , & me pria de lui rendre toŭs
les fervices que l'amour peut le promettre
de l'amitié ; le plus important à fes yeux
étoit de l'écouter , & d'applaudir à des
bagatelles , à des riens amoureux mille
fois repetez ; je m'en acquitois avec une
Ciiij com-
1
$ 4
LE MERCURE
complaifance qui payoit peut- être avee
ufure toutes les peines qu'il s'étoit données
pour la pourfuite de mon procès. It
ne fe laffoit point de parler je ne me
laffois point de l'entendre. On n'a rien
de mieux à offrir à l'amour qui eft un
Vrai * recommenceur , qu'une paifible audiance.
Mon ami ne fut point content
qu'il ne m'eut conduit chez fa maîtreffe ;
il chercha en moi un témoin de fon bonheur
, il voulut que fon choix fut juftifié
par mes éloges : vanité d'amant que
je ne fervis que trop bien. Nous fûmes
au Convent , la Dile vint au Parloir.
Quoique nôtre entretien ne roulât que
fur
les affaires du temps , fur des nouvelles ,
& fur des chofes indifferentes , j'admiral
la délicateffe de fon efprit ; les abſurditez
qui fe difent en pareil cas augmenterent à
mes yeux le merite de fes judicieuſes ré- ´
flexions. Je connus qu'elle fçavoit ne
point prendre le ton du public ; & que
fur des fujets qu'on peut dire être gâtez
par le droit que tout le monde a d'y toucher
, elle penfoit auffi finement que fur
une matiere neuve , & qui n'auroit point
été infectée par les raifonnemens populaires
; elle parla peu & dit beaucoup.
A la fage liberté de penfer elle joignoit
Expreffion prise de M. de Bußy Rabutin »
*
&.c.
une
DE
JANVIER 1723-
une gracieuſe timidité , & les regards
pleins de douceur , & de vivacité , un ſon
de voix touchant , une politeffe dans les
manieres, qui avoit je ne fçai quoi de noble,
embelli ffoit les chofes qu'elle avoit à
dire. Mon ami la pria en finiflant la vifite
qui dura près de deux heures, de trouver
bon que je vinffe la voir fouvent ; elle
parut y confentir ; nous prîmes congé ,
& il me mena dans un jardin voiſin du
Convent que nous venions de quitter ,
pour m'entretenir à loifir de fa belle maîtreffe.
Je l'avois vûë , & il en fut plus
épris , comme fi fon coeur devoit payer
pour le mien ; il voulut prendre fur lui
tous les tranfports , aufquels il ne foup-
Connoit pas que je puffe refufer d'applau
dir. Sa tendreffe flattée par l'efpoir de
mon fuffrage , s'accrut de toute cefle dont
j'étois comptable : heureux fruit de la vanité
; elle nuit quelquefois à l'amour , mais
fouvent elle le favorife. Avez- vous connu ,
me dit-il , de Dle d'une beauté auffi piquante
, d'un efprit auffi folide , d'un caractere
auffi doux , d'une conduite auffi
fage quelle phifionomie ! quels traits !
fes yeux parlent , & pour peindre la fraî
cheur de fon teint & la fineffe de fes
fouris , je pourrois vous défier de trouver
des couleurs. Les expreffions les plus
par l'abus qu'on en fait , ne difent
Cy plus
fortes
56 LE MERCURE
plus rien ; & pour être devenues trop
communes , je me plains fouvent qu'elles
manquent aux vrais amans . Avez - vous
remarqué fa façon de penfer , quel accord
de bon fens & d'efprit ! comme elle
faifit , comme elle prefente ce qu'il y a
de mieux fur les fujets qu'elle traite !
c'eft toûjours la fleur de la raifon , &
malgré une érudition que j'ofe dire peu
commune, elle plaît , & fçait fe parer
des
graces naïves de l'ignorance. Ne vous
êtes vous point apperçû qu'à tant de
beauté & d'efprit vient encore fe joindre
une humeur riante , dont je puis vous
répondre › que l'égalité ne s'eft jamais
démentie , un goût de bienféance qui
lui apprend à menager l'amour propre
d'autrui , & à fi bien cacher le fren , qu'on
croiroit qu'elle n'en a point , qui fait que
dans le monde , où elle va rarement , à
la verité , on eft toûjours content d'elle,
& qu'on n'a point à lui pardonner ces
civilitez hautaines qui humilient ceux
qu'elles prétendent honorer , ou les airs
étourdis & folâtres qu'un âge mur n'a
pas honte quelquefois de dérober à l'enfance
, ou cette circonfpection fcrupuleufe
, les égards trop meditez qui peſent
fi fort dans le commerce ou cette fenfibilité
trop vive qui craint toûjours les
mépris , & qui les merite fans doute , tous
,
défauts
DE JANVIER 1723 .
57
•
défauts fiordinairement attachez à de certaines
bonnes qualitez, qu'on les a prefque
confondus avec elles . Mais avec tout cela
elle pourroit faire le malheur d'un coeur
tendre comme le mien voici quelque
chofe de préferable aux talens , & que
vous ne foupçonnez pas dans le fexe ;
c'eft qu'elle a de la fincerité & de la candeur
s'elle ne dit point comme les autres :
je fuis fimple & naïve , & incapable de
feindre; elle fe contente de l'être , &
inftruite de tout ce que les femmes ignorent
, elle ignore ce qu'elles fçavent tou
tes , je veux dire , le grand art de la coquetterie.
Ainfi je puis luy appliquer ce
qu'en badinant elle nous difoit de fa
rente , vertueufe fans art , & fage de
bonne foi , qu'elle ne reffemble ni à la
fine Galatée ( a ) qui fe cache derriere.
les Saules pour qu'on l'y trouve , ni à la
coquette Licinie ( b ) qui refufe un baifer
qu'elle veut qu'on lui raviffe , ni à l'artificieufe
Amarillis ( c ) qui negligemment
laiffe tomber fon bouquet pour donner
à fon amant le plaifir de le replacer ,
& de mal conduire la main .... Je ne pus
m'empêcher de l'interrompre , il falloit
bien faire finir l'éloge. En verité , lui
(a ) Virg. Eglog. 2 .
(b) Horat . Od. 7. liv. 3.
(c) Fontenelle Noel . paft. Egl . 7.
pa-
C vj dis -je,
58
LE MERCURE
dis-je , voilà de grandes louanges & de
bonnes critiques ; vous mêlez les unes
aux autres , fans doute , parce que les
qualitez placées à côté des défauts qui
leur font oppofez en deviennent plus
brillantes , & vous voulez vous aider
des avantages du contrafte ; mais il n'en
eft pas besoin pour me faire connoître
tout ce que vaut la Dile que nous venons
de quitter ; fes difcours vous ont prévenu
, & vous doivent prefque ôter l'efperance
de m'apprendre rien de nouveau
fur fon merite , dont ils me font les garants.
Il n'y a qu'un feul article auquel'
je ne fçaurois encore fouferire , & il me
femble que vous affurez bien pofitivement
que vôtre maîtreffe n'eft point coquette ;
prenez garde, elle eft jeune & belle' ; d'ailleurs
vous fçavez que le defir de plaire
eft auffi naturel au coeur humain que celui
de vivre. Au fonds , la coquetterie
n'eft qu'ua defir de plaire , fecouru , ou
peut être dirois je mieux , traverfé par la
diffimulation , & par l'artifice. Permet
tez moi donc, dans la fatale neceffité d'avoir
des défauts , de choisir celui-la pour
vôtre maîtreffe, ou que du moins j'attende
des preuves , & que je n'en juge point
fur la feule autorité d'un amant. Choifir
celui-la pour ma maîtreffe ! me répondit-
il , ne vaudroit- il pas mieux qu'elle,
(
eut
DE JANVIER 1713 .
out tous les autres enſemble. La coquetterie
eft plus éloignée du tendre amour
que l'indifference même. Y fongez- vous ,
ajoûta-t'il , & que vous ai -je fait pour
me condamner au fupplice d'aimer une
coquette ? La plus ingenieufe cruauté fe
vangeroit - elle mieux d'un ennemi. Vous
penlez fur la coquetterie , lui repliquai
je en homme bien amoureux , ce n'eft
point- là l'opinion commune ; ce monftre
qui vous fait peur , s'eft fi fort apprivoilé
parmi nous , qu'on eft prefque venu
à le regarder avec plaifir , & l'on commence
à ne craindre rien tant que le ferieux
d'un amour regulier . On fe crois
redevable à la coquetterie des femmes
qui nous délivre des gênes de la fidelité
& fournit une apologie à l'inconftance
qui confervant à un objet la précieuſe .
liberté de le donner à plufieurs , & à
plufieurs de s'unir au même , mêle, pour
ainfi dire , les coeurs en cent façons , &
multiplie les amours à l'infini, rétablit en
quelque forte le droit naturel , & fair
revivre le premier âge du monde. Je
n'euffe jamais imaginé , repartit mon ami,
que la coquetterie nous vint du fiecle
d'or 5 mais quoiqu'il en foit, la perfonne
du monde qu'il m'importe davantage de
ramener à l'opinion que j'ai là- deſſus ,
pas même befoin que je l'y ramene , & n'a
c'et
60 LE MERCURE
c'eft dans fon procedé toûjours fimple
& toûjours droit que j'ai puifé mes dégoûts
pour un manege fi méprifable. Rendéz-
lui donc juftice ; & pour vous mettre
plus à portée de l'eftimer , je ne vous demande
que de la voir , mais de la voir
fouvent , ainfi que nous en fommes convenus.
Je me prêterois volontiers , lui
dis-je , aux facilitez que vous m'offrez
pour la mieux connoître , fi cela pouvoit
Vous être utile ; mais dites - moi , je vous
prie , que tirerez-vous de mon affiduité
auprès d'elle , & à quoi vous fervira fur
tout l'adiniration qui doit en être le fruit.
J'efpere , me répondit- il , mettre à profit
les frequentes vifites qu'autorife l'entrevue
que je viens de vous ménager ;
elles vous apprendront à bannir pour
jours l'idée des femmes en general , qui
ne fçauroit être bonne ici ; & vous tournant
du côté de l'exception , peut être
unique , vous feront mefurer à des regles
faites exprès , les confeils que mon amitié
attend de la vôtre. Après un commerce
affidu , il vous fera permis de me faire
valoir à moi-même toute la folidité d'un
caractere , que vous aurez approfondi
& vous aurez le droit de me redire tout
ce que je vous dis aujourd'hui ; car il
peut arriver que j'en aurai beſoin . Dans
le cours d'une paffion traversée par les
toudifficulDE
JANVIER 1723 .
61
faiffe pas
difficultez , on ouvre fon coeur à des allarmes
qu'on reconnoît mal fondées ; & ce
coeur à qui feul il appartient d'allier les
contradictions les plus marquées , quelquefois
dans la plus grande certitude , ne
de douter ; vous calmerez le
mien par des fecours d'autant plus puiſ- .
fans , qu'ils feront d'ordinaire imperceptibles
; vous rendrez mon amour heureux5
Vous entrerez finement dans le fecret de
celle qui en eft l'objet ; il vous fera fa-:
cile d'interpreter au jufte les fentimens
dont elle le flatte ; enfin , ajoûta - t'il , en
vous priant d'accepter auprès d'elle la
droite & délicate fonction de confident,
je crois hâter l'accompliffement de l'ardent
defir que j'ai conçû d'unir fa deſtinée
à la mienne par la chaîne d'un doux
hymen. A ce mot je vis un nouveau feu
l'animer , & fon impatience s'accroître ,
avec des inftances redoublées qu'il appuyoit
fur les motifs les plus chers à l'amitié
; il me conjura de travailler à fon
bonheur ; je lui promis tous mes foins
& lui fçûs bon gré qu'il les fouhaitât ;
c'étoient des moyens de foulager ma reconnoiffance
, qui étoit comme accablée
du poids de fes bienfaits. Je tâchai de lui
infpirer de la confiance ; & fur la foi de
mon zele , j'ofai lui promettre un fuccès
favorable. La converfation finit à peu
près
62 LE MERCURE
à
près comme elle avoit commencé par un
portrait flatteur de fa maîtreffe . Mon
ami ne pouvoit quitter ce ton de loüange
, & l'amour lui prêta fa plus vive éloquence.
Je tins parole , je ne manquai
point de me rendre fouvent auprès de
l'aimable penfionnaire ; je tâchai de découvrir
quelles étoient fes difpofitions à
l'égard de mon ami ; il me parut qu'elle
avoit pour lui un goût naiffant , mais qui
n'étoit pas decide ; placée , pour ainfi
parler , fur les limites de l'amour & de
L'indifference , elle tenoit à tous les deux ,
& la paffion ne faifoit que préluder dans
fon coeur. C'étoit encore beaucoup ! de
fi favorables commencemens raportez
mon ami qui ne vouloit en croire que
mon témoignage , le comblerent de joye,
& il en tira un puiffant motif pour m'obliger
de nouveau à le féconder dans une
affaire qui ne nous invitoit pas moins
par
fa facilité que par les avantages.
Pour le fervir, ou pour lui plaire, il ne fe
paffoit point de jour que je n'allaffe au
Convent , chargé tantôt de rendre des
lettres , tantôt de concerter des entrevûës
, & de mille foins ferieufement frivoles
, que la tendre manie d'un amant
éxige fans ceffe. Je voyois la maîtreffe
plus que lui ; qu'en arriva- t'il ? C'eſt
qu'enfin j'en devins plus amoureux que
lui
DE JANVIER 1723 . 63
lai , ce font là les coups du traître amour.
Ne diroit-on pas qu'il eft avide du mer-
"veilleux ; en moins de rien il m'enflâme
pour un objet charmant , & adoré par
le plus fidele de mes amis , qui met en
moi tout fon efpoir. Quel concours de
circonftances cruelles ! & que l'amour
eft un grand maître dans l'art des fituations
! Il ne m'attaqua point à force ou
verte , ce fut à la faveur d'une affiduité
toûjours commandée par l'amitié qu'il fe
glilla dans mon coeur , & s'y cacha fous
le voile de l'eftime . Je donnai dans le
piege ; je ne fçûs point me défier du plai
fir qui avoit l'air du devoir , & déja la
paffion perfide me foumettoit à fes loix ,
quand je croyois n'obéïr qu'à celles d'une
probité fcrupuleufe. Après avoir été longtemps
la dupe de mon amour , je le reconnus
enfin en le prenant , pour ainfi dire
fur le fait. Un jour ( ce fut le plus cruel'
& le plus beau de mes jours , j'étois
feul avec la maîtreffe de mon ami ; fur
la fin d'une converſation animée , dont
j'aurois dû fentir , qu'il étoit moins le
fujet que le prétexte , elle eut envie de
chanter ; nous nous mîmes à parcourir
enfemble les Brunettes , & nous lifions au
même livre ; tout d'un coup , je ne fçai
comment j'interrompis un air affez tendre
que nous avions commencé , & je
m'en
64
LE MERCURE
menhardis jufqu'à imprimer fur fa belle
bouche un bailer , dont l'ardeur me fac
fentir les plus fecretes flâmes de l'amour.
On peut concevoir ,, mais on ne fçauroit
expliquer ce qui fe palla pour lors dans
mon ame ; également confus & charmé ,
fans pouvoir ravir un feul mot à mes fens
interdits , je pris le parti de me retirer
au plutôt , & j'eus à peine le temps d'appercevoir
le trouble de la Dille , à travers
un air de furprife dédaigneufe qu'elle fit
paroître. Revenu chez- moi , je doutai
d'abord fi tout ceci n'étoit point un rêve
de la nuit étoit- il poffible que je me
fufle oublié à ce point ? J'avois toûjours
vêcu dans une indifference fuperbe ; l'étude
de la fageffe occupoit mon loifer
des réflexions un peu moins communes
fur le jeu des paffions , la découverte de
quelque vieux préjugé , ou d'une verité
nouvelle , avoient été jufqu'à preſent toutes
mes bonnes fortunes ; falloit - il tour
d'un coup donner au monde le comique
fpectacle d'un Sage follement amoureux ?
Encore , s'il n'y avoit eu à perdre que pour
la Philofophie, me ferois-je confolé ; mais
l'amitié trahie portoit à mon coeur le
coup le plus rude , & je ne pouvois ſoutenir
la penfée d'être devenu le rival de
mon ami , d'un ami fi tendre , fi zelé
pour mes interefts , & qui m'avoit abandonné
DE JANVIER 1723 .
ی ر
2
donné les fiens avec une fi aveugle confiance.
De quel il pouvois - je voir ma
perfidie s'élever au niveau de fa generofité
, & mon ingratitude furpaffer fes
bontez ! Il fembloit que dans une feule
action j'avois pris à tâche de faire entrer
tous les crimes qu'on peut commettre en
fait d'amitié , & que j'en voulois à toutes
les vertus de l'honnête homme . Auffi
pour me tirer de ce trifte état plus digne'
encore de pitié que de blâme , ne ceffoisje
point d'invoquer à grands cris la rai
fon au fonds miferable reffource ! en
attendant toutefois qu'elle eut arraché
de mon coeur le trait fatal qui m'avoit
bleffé . Mes premiers defirs fe bornerent
à le cacher fi bien à tous les yeux ,
ceux même d'où il partoit , que ni la pe
netrante malignité du public , ni l'intereft
propre ne puffent jamais la découvrir.
Periffe la memoire de ma criminelle
foibleffe , ou que du moins un fecret inviolable
en dérobe éternellement la connoiffance
à mon ami , que tout le monde'
le fçache pourvû qu'il l'ignore . Ce timide
fouhait fut à peine formé qu'il fut démenti
, & d'abord après je fentis naître
en moi la réfolution de lui tout avouer ;
je la trouvai plus digne d'un bon coeur
il me parut que je ne pouvois me juftifier
qu'en m'accufant , qu'un aveu genereux
de
36 LE MERĈUR
E
de ma faute demanderoit grace pour elle,
*me remettroit un peu fur les voyes de la
probité & m'affranchiffant déformais
d'un emploi dangereux , me fauveroit
des horreurs d'une plus longue trahifon ,
& me rendroit peut - être à ma tranquille
Philofophie . J'accourois donc chez mon
ami pour lui donner une trifte revanche ,
& pour le faire mon confident , comme
j'avois été le fien . Lorfque je le vis paroître
dans ma chambre , j'oubliai dèslors
que j'allois le chercher , & mon premier
mouvement fut de le fuïr ; je ne
fçûs lui rien dire de ce que j'avois medité
, le courage me manqua tout-à fait ,
& j'appris par mon experience que l'amour
n'eft fort contre lui - même , que
lorfqu'on lui demande des projets , &c.
KKKKKKKKK¥¥¥¥¥¥
LA JEUNE FEMME EN COUCHE
J
CONTE.
Eune Tendron pour la premiere fois
Goûtoit des fruits amers de l'Hymenée ,
La pauvre enfant fe vit prefque aux abois ,
Quand' mit au jour fa trop chere lignée ;
Son compagnon qui la voyoit fouffrir ,
Par
DE JANVIER 1723 .
7
Par S. Jofeph , lui dit - il , je te jure ,
Que dans la fuite aimerois mieux mourir ,
Qu'ainfi te faire endurer la torture .
La Dame alors regardant fon époux ,
Lui repartit : ah ! pourquoi jurez vous ?
Quoi ! ce rien là , mon fils , vous effarouche ,
Je n'ai besoin de fi grande pitié ,
Las ! on m'a dit qu'à la feconde couche
Le mal n'étoit fi vif de la moitié .
Par M. de Rochamb...?
&
CORRECTIONS ET ADDITIONS
à la Relation des Ceremonies du Sacre
du Roy , & c . que nous avons donnée
dans le Mercure du mois de Novem
bre 1722.
Our l'exactitude des faits & des
P circonftances qui ont accompagné
les Ceremonies du Sacre & du Couronnement
du Roy , de celles qui ont ſuivi,
&c. Nous avons crû devoir ajoûter ce
petit Supplement à la Relation que nous
avons déja donnée , afin que nos lecteurs
puiffent être entierement inftruits de tout
ce qui s'eft paffé à Rheims pendant le
féjour
68 LE MERCURE
féjour que S. M. y a fait , & pendant le
voyage de la Cour , depuis fon départ de
Verfailles jufqu'à fon retour . Cela nous
a paru d'autant plus neceffaire , qu'on ne
fçauroit mettre dans un Journal tel que
celui- ci , qu'on fait toûjours avec précipitation
, tout l'ordre & l'arrangement
que les differentes matieres demanderoient
, fur tout pour l'ordre des temps ;
car des memoires qui devroient être employez
au commencement du livre ne
nous font quelquefois remis , que lorfqu'on
eft fur la fin de l'impreffion. Rien
ne paroît donc plus convenable que de
faire un fupplement , afin que le lecteur
ne, perde rien de ce qui doit l'inftruire ou
l'intereffer.
Le premier Village que le Roy trouva
fur la route en partant de Paris , fut la
Villette , dont la moitié eſt reputée Fauxbourg
de Paris , comme faifant partie du´
Fauxbourg S. Laurent , & par confequent
exempte de taille. L'autre moitié
eft taillable. La Seigneurie eft partagée
entre les P. de S. Lazare , les Religieux
de S. Denis , le Chapitre de N. D. de
Paris , les Religieux de Sainte Geneviéve
, & les Religieufes de l'Abbaye de
Sainte Perine , par les differens Fiefs que
chacun de ces Seigneurs poffede dans
cette Paroifle. L'Abbaye de Sainte Perine
DE JANVIER 1723. 69
fine , fituée dans ce lieu - là , fur le grand.
chemin , eft de fondation Royale , l'Abbeffe
eft à la nomination de S. M. c'eft
prefentement Me de Maifons , tante de
M. de Maifons , Prefident à Mortier au
Parlement de Paris , qui en eft Abbeffe,
La Communauté eft fort nombreuſe , ce
font des Chanoineffes Regulieres de
l'Ordre de S. Auguftin .
Le Roy vit fur la gauche le Village
d'Aubervilliers , qu'on appelle communement
N. Dame des Vertus , parce que
l'Eglife Paroiffiale , qui eſt deſſervie par
les PP. de l'Oratoire , eft dédiée à la
Sainte Vierge , & qu'elle eft celebre par
les pelerinages que le peuple de Paris y
fait journellement . Les Religieux de Saint
Denis en font Seigneurs.
Du même côté de la route , un peu
plus loin , on voit le Bourg de Gonneſſe ,
qui eft un Domaine du Roy. Ce lieu eft
habité par un grand nombre de Boulangers
, qui font ce pain fi renommé , par
La qualité & fa bonté , & qu'on apporte
en très- grande quantité à Paris tous les
Mercredis & Samedis . Ce Bourg eft
fort confiderable , il paye environ 30000.
livres de tailles , & autres impofitions.
La foule du peuple a été prefque égale
fur toute la route du Roy . On voyoit
les chemins & les campagnes remplis des
habitans
70 LE MERCURE
habitans des Provinces par lesquelles Sa
Majefté a paflé. Le concourt étoit encore
plus grand dans les Villes & les Villages,
fituez fur la route du Roy. S. M. paroiffoit
fenfible à l'empreffement des peuples
, & aux marques de leurs refpects
& de leur joye qui éclatoient fans ceffe .
Le difcours qu'on va lire fut prononcé
par l'Evêque de Soiffons , le Mardy 20 :
Octobre , le lendemain de l'arrivée du
Roy à Soiffons , lorfque S. M. entra
dans l'Eglife Cathedrale pour y entendre
la Meffe , le Prélat étoit en Chappe &
en Mitre.
SIRE ,
Les peuples s'empreffent d'accourir au
paffage de V. M. & de contenter tout en-
Temble leur curiofité & leur amour. Ils
vous prefentent leurs refpects comme à
leur maître , ils vous offrent leurs coeurs
comme à leur pere, ils donnent aux graces
qui brillent en vous les applaudiffemens
qu'elles entraînent , & ils fondent fur
tant de vertus que l'on voit croître en
vous avec l'âge , l'efperance de leur felicité.
Les Miniftres de Dieu ne cedent à
perfonne ces juftes fentimens ; mais ils
croyent vous devoir , SIRE , autre cho-
Le
que des refpects vulgaires , & des
applaudiffemens
DE
JANVIER 1723 .
71
applaudiffemens flateurs. Cette aimable
jeuneffe qui gagne les coeurs , inquiete
par fes charmes même , ceux qui fçavent
combien il eft facile d'en abufer. Ils
n'envifagent point fans quelque effroi
ce moment trop flateur qui approche où
V. M. jouira de ce droit , funefte à tant
de Rois jeunes , de pouvoir tout fans contrainte
.
Autour du Trône tout eft peril , parce
que tout eft orgueil , délices , pouvoir
abfolu & fi les hommes dans les plus
viles conditions , ont peine à réſiſter à
leurs paffions que l'autorité réprime
que fera-ce d'un Roy , homme comme les
autres , qui poffede lui-même cette aurorité
, & qui n'eft captivé que par fa
propre fageffe , à un âge où l'on connoît
peu cette fageffe auftere , & où on la
goûte encore moins ?
Les applaudiffemens nourriffent la vanité
; les délices amoliffent le coeur , l'indépendance
excite à tout ofer & à tout
faire ; les richeffes , loin de raffafier
par
leur abondance , nourriffent le fatal defir
d'en amaffer de nouvelles ; les plaifirs
laffent par leur multitude & l'on eft
tenté d'en réveiller le goût par des excès .
L'humeur fi fâcheufe dans les Rois qui
s'y livrent , écarte les confeils falutaires ,
& elle s'aigrit par les complaifances affiduës
,
>
D
72 LE MERCURE
·
duës ; la Aaterie bannit la verité , elle
rend odieux ceux qui l'annoncent , elle.
mafque les vices fous les noms même de
la vertu. C'est par ces moyens que les
Rois de la terre deviennent fouvent les
efclaves de leurs defirs : & ceux que
Dieu deftinoit à réprimer les paffions &
l'injuftice des autres , injuftes eux -mêmes
& paffionnez , fe font quelquefois les
tyrans des hommes , dont ils devoient
être les modeles & les peres.
Si une éducation fainte , des inclinations
genereuſes , une pieté tendre , une
docilité aimable , peuvent garantir un
Roy de tant de dangers , nous voyons ,
SIRE , en vous & autour de vous de quoi
nous raffurer . Le jeune Joas dans le Temple
fut- il ou mieux élevé , ou plus docile
: Mais c'eft à Dieu , qui vous a fait
Roy , à vous faire Saint , & à confirmer
dans la pieté par fa puiffance , un coeur
bien né , mais bien fragile.
Nous le lui demandons , SIRE , par
nos prieres affiduës : nous le lui demandons
plutôt que des fuccès & des profperitez.
Car pour un Roy pecheur , que
feroit- ce qu'une grande profperité , finon
un orgiicil plus grand , & des crimes impunis
vous allez le lui demander vous
même dans ce jour folemnel , où vous
recevrez l'onction fainte , & où vous
Vous
DE
JANVIER 1723.
73
vous lierez plus étroitement à vôtre Dieu
par ces feriens facrez , dont l'accom- :
pliffement décidera de vôtre falut & de
nôtre bonheur.
Nous unirons nos voeux à ces voeux
innocens que vôtre coeur lui offrira luimême.
Jugez , SIRE , de la ferveur de
nos prieres par nôtre inquietude ; & par
nôtre
inquiétude eftimez la meſure de
ôtre refpect , & de nôtre amour pour
a vraie gloire de V. M.
Avant que d'arriver à Filmes le Roy
paffa par la petite Ville de Brayne , qu'on
prétend être auffi ancienne que Soiffons.
LePrince deLambefc en eft Seigneur - Comte.
Ce Comté paffa à feu Me la Ducheffe
de Duras , après la mort du Comte de la
Mark fon pere. Elle le donna en dot à la
Princeffe de Lambefc , fa fille . Le Prince
de Lambefc avoit fait preparer toutes
fortes de rafraîchiffemens dans le Château
, avec une très - grande abondance
pour les Officiers de S. M.
Le Prince de Rohan , Gouverneur de
Champagne , accompagné du Marquis
de Grandpré , Lieutenant General de la
Province , & de quantité de Gentils - hommes
, étoit venu au devant de Sa Majeſté
jufqu'à Filmes , où il prefenta au Roy
quatre Députez de la Ville de Rheims ,
chargez des complimens & des refpects
Dij
de
74
LE MERCURE
de la Ville , & de recevoir les ordres de
de S. M. & c.
Le lendemain 22. Octobre , que le
Roy fit à Rheims l'entrée folemnelle
dont nous avons parlé , le Corps de Ville
en habit de ceremonie , tous les Officiers
& Notables Bourgeois , ayant chacun une
Fleur de Lys d'or brodée fur fon habit ,
à l'endroit du coeur , alla à cheval à la
rencontre du Roy jufques à près d'une
lieuë de la Ville. Ils étoient précedez de
leur Garde ordinaire , compofé de 40 .
cavaliers , avec des cafaques bleuës , liferées
de blanc ; deux trompettes marchoient
à la tête , huit Sergens de la Fortereffe
fort bien montez fermoient la
marche , leur habit étoit mi- parti de rouge
& de bleu , ayant les armes de la Ville
brodées en or fur les manches.
ge-
D'abord qu'on apperçut le Caroffe du
Roy , tout le Corps de Ville mit pied à
terre, & quand on fut à portée , le Prince
de Rohan les prefenta à S. M. M.Roland
, Lieutenant des habitans , ou Maire ,
la complimenta , après s'être mis à
noux , & lui prefenta les refpects des habitans
de Rheims . Après quoi le Prince
de Rohan & le Corps de Ville remonterent
à cheval pour fe rendre à la barriere
de la premiere porte de la Ville pour y
venir attendre le Roy , & luy preſenter
les
DE
JANVIER 1723. 75
les clefs , &c. Ces clefs , au nombre de
trois , étoient d'argent , les Armes de
France en formoient les têtes , avec une
Colombe tenant une fiole en fon bec , &c.
On affure que ces clefs appartiennent de
droit à l'Officier Ecoffois qui eft de quar
tier .
On nous a reproché de n'avoir pas expliqué
ce que c'étoit que le Porte Malle,
dont nous avons parlé en décrivant l'entrée
du Roy à Rheims ; nous ajoûterons
ici que c'eft un Officier de la Garderobe
de S. M. lequel monte à cheɣal , lorfque
le Roy va en campagne , pour fervir en
toutes occafions avec fa Malle , couverte
d'une houffe en broderie d'or , aux Armes
de S. M. Il porte dans cette Malle
toutes fortes de commoditez convenables
à l'habillement complet , comme habit ,
linge , Robbe- de - Chambre , bonnet
rubans , &c. Cet Officier , qui a la qualité
d'Ecuyer , eft monté à l'Écurie , & a
autant de relais que le Roy , pour le
pouvoir fuivre , & ne le point quitter.
Le fieur Mouret eft aujourd'hui Titulaire
de cette Charge.
Nous avons parlé bien fuccinctement ,
p. 84. de nôtre Relation , du magnifique
Soleil , dont le Roy a fait preſent à
l'Eglife de Rheims , nous n'avions alors
qu'une legere notion de cet excellent ou-
D iij vrage ,
76 LE MERCURE
vrage , dont nous allons donner une defcription
plus circonftanciée.
Nous remarquerons à cette occaſion
que l'Auteur du Journal de Verdun s'eft
trompé à l'article 3. du mois de Decem
bre dernier , en difant que ce Soleil étoit
enrichi de pierreries , & qu'il étoit fait
fur le modele de celui de Nôtre Dame
de Paris.
L'excellent ouvrier qui a executé ce
beau morceau d'après fes modeles , bien
loin de copier perfonne , paffe pour ne
s'êt e jamais repeté lui -même. On connoît
affez le génie fecond du fieur Germain
, qui traite l'Orfevrerie en habile
Sculpteur , & dont le pere employé avec
diftinction fous le regne de Louis le Grand ,
fe trouve fort bien remplacé par le fils ;
il a paffé une partie de fa vie à Rome à
étudier les plus beaux, reftes de l'antiquité
, & y à laiffé des monumens de ſes
études.
Ce Soleil , qui fans l'éclat emprunté
des pierres précieufes eft d'un prix ineftible
, pele , comme nous l'avons dit ,
cens vingt- cinq marcs ; la hauteur eft de
3. pieds 8. pouces , & fa bafe de 27. pouces
fur 18. de largeur. Elle porre deux
Anges , l'un reprefentant Saint Michel ,
Protecteur de la France , & de l'Ordre
de ce nom , offre à Dieu l'épée Royale ,
l'autre
DE JANVIER 1723 77
l'autre prefente la Couronne. Au milieu
s'éleve un focle , auquel eft aggraffé un
cartouche aux Armes de France , & de
l'autre côté un pareil cartouche , conte
nant l'infcription qu'on verra cy - deffous.
L'Arche d'Alliance eft repreſentée en
bas relief fur la face anterieure du pied
du Soleil , & à l'oppofite les pains de
propofition. Les attributs des Evangeliftes
font l'ornement des 4. angles . Sur ce
pied s'éleve une colomne de nuées , reprefentant
celle qui precedoit le peuple
de Dieu. On y voit les Symboles des
deux efpeces de l'Euchariftie , figurez
par des épis , & par des grappes. Le
S. Efprit , l'ame des actions faintes prefide
au haut de cette nuée , qui femble ſe
partager pour former une gloire d'Anges
& de Cherubins autour du Soleil , tout
éclatant de rayons .
On ne fçauroit donner qu'une idée
très- legere de l'execution de cet ouvra◄
ge. Les figures font vivantes , & d'un
fçavant goût de deffein . Les drapperies
fveltes & legeres . Les nuages fondus ,
& , pour ainfi dire , vaporeux & tranfparens
; les rayons lumineux ; les ornemens
accefloires
, menagez avec fagefle , les
fonds avec art. Tout y eft d'accord , &
lié enſemble par rapport à la compofition
generale. On diroit à examiner cha
Diiij que
78 LE
MERCURE
1
que objet en particulier , que la matiere
a changé de nature , pour en exprimer
le vrai caractère , & que la peinture d'intelligence
avec la fculpture lui ait prêté
l'effet de fes lumieres & de fes dégradations.
C'eft au fentiment des connoiffeurs
en quoi confifte le dernier degré de perfection
dans ces fortes d'ouvrages , dont
on doit la premiere invention au Cavalier
Bernin .
INSCRIPTION.
Louis XV. Roy de Fr. & de Nav.
Couronné à Rheims en la XIII. an. de
fon âge , & la VIII . de fon Reg. le
xxv. d'Octobre м. DCC . XXII . par
Armand Jule de Rohan , Archev. Duc
'de cette Ville 1. Pair de Fr. fit au jour
de fon Sacre ce don à l'Eglife de Rheims.
On avoit pris de grandes précautions à
Rheims pour prévenir la difette de toutes
fortes de denrées , entre autres chofes
on avoit fait des amas très - confiderables
de bois , de foin & de paille , & •
comme ces matieres font extrêmement
combuftibles , le Bailly , Lieutenant General
de Police de Rheims , rendit une
Ordonnance le 20. Aouft 1722. par laquelle
il étoit très - expreffement défendu
à toutes perfonnes , & fous tel prétexte
que
DE JANVIER 1723. 79
que ce puiffe être , de tirer dans les rues,
même dans les maifons , foit de jour ou
de nuit , aucunes armes à feu , petards ,
fufées , &c . même de faire aucun ufage
de la poudre à tirer , &c.
Ce n'étoit point affez que de procurer
l'abondance , il falloit encore empêcher
que les Marchands trop avides ne furvendiffent
leurs marchandiſes , à quoi le
Grand Prevoft de France pourvût par
une Ordonnance du 12. Octobre 1722 .
qui taxe les vivres & denrées de la Ville
de Rheims. Le Roy , Monfieur le Duc
d'Orleans , Regent , & les Confeils y
étant.
Sçavoir ,
Le pain blanc de pure fleur , cuit &
raffis , pefant 7. onces 1. fol.
Le pain bis de 14 onces 1. fol.
Il étoit enjoint à tous Boulangers de la
Ville & Fauxbourgs de Rheims , de te
nir leurs Boutiques garnies de pain , de la
qualité & du poids marqué. Permis aux
Boulangers des lieux circonvoifins d'apporter
du pain journellement pendant le
féjour du Roy , de la qualité & poids ,
&c. pareille permiffion fut donnée aux
Marchands de Vins , Bouchers , Chaircuitiers
, & c.
Le flacon du plus fin vin de Champagne
45. fols.
D v Le
80 LE MERCURE
Le flacon de vin de Bourgogne 40. f..
& des qualitez au deffous 30. f. & 20. f.
Le pot de vin de Rheims , contenant
3. chopines de Paris 20. f.
Le pot de vin mediocre 16. f. & le
petit vin 12. f.
pot de biere de Flandres 9. fols ,
Le
pot
celle du pays 6. f.
; La viande fçavoir , Boeuf , Veau &
Mouton 7. f. la livre.
Le lard à larder 7. f. la livre , le porc
frais 5. f.
Le beurre frais 10. f. la livre , le cent
d'oeufs so. f.
La livre de chandelle de la meilleure
qualité 11. f.
Le foin de la qualité requife , & défenſe
d'en amener , & d'en expofer d'autre
en vente 45. f. le quintal . La botte
pefant 20. liv. vendue dans le cabaret
compris l'attache 10. f.
Le cent de bottes de paille de froment
, pefant 10. à 12. liv. 15. liv. La
botte vendue dans le cabaret 3. f. 6. d.
Le feptier d'avoine de Champagne ,
contenant 8 boiffeaux , mefure de Paris ,
55. fols.
Le demi-quart ou boiffeau de Paris
vende au cabaret 8. f.
Défenſe aux Hôteliers & Cabaretiers
de faire payer l'attache des chevaux ,
lorfqu'ils
DE JANVIER 1723.
81
lorfqu'ils auront fourni le foin & l'avoine.
La corde de bois , compofée de 8. pieds
de longueur , fur 4. de hauteur 32. liv.
Le poinçon de charbon 3. liv. 10. f.
Il étoit enjoint par la même Ordonnance
à tous les habitans de faire reparer
& netoyer les cheminées de leurs maifons
, pour éviter les accidens du feu ,
& d'avoir chez eux des vaiffeaux pleins
d'eau , au moins jufqu'à la concurrence
de 4. fceaux , à peine d'amende arbitraire
contre ceux qui ne feroient point en état
de porter ce fecours en cas d'incendie .
Ordonne en outre de faire débaraſſer
la voye publique , balayer les rues tous
les jours à 7. heures du matin , & amonceler
les ordures & immondices pour être
enlevées , & c .
Tous les Hôteliers , Cabaretiers , Boulangers
, Bouchers , & autres Marchands
obligez d'avoir chez eux en lieu apparent
l'Ordonnance contenant le tau
des vivres & denrées , à peine de cent
livres d'amende. Lefdits Marchands tenus
de faire leur declaration au Greffe
de la Prevôté de l'Hôtel , de la Marchandife
qu'ils vendent , & du lieu où
ils s'établiffent , & c.
Par une autre Ordonnance du même
Grand Prevoft , du 24. Octobre 17 220
D vj il
82 LE MERCURE
il eft enjoint à toutes perfonnes de fair
balayer le devant de leurs maiſons , & les
tenir propres , notamment le jour de la
Proceffion de la Sainte Ampoule , & le
jour que le Roy ira en Cavalcade à Saint
Remy. Défenſe d'empêcher le paffage &
embarraffer les rues , &c. ordonne que
les rues foient tapiffées d'une maniere
décente & convenable , & défenſe à tous
habitans du Ban S. Remy , & autres ,
même aux habitans du Chefne le Populeux
, de porter aucunes armes , telles
qu'elles foient , &c.
Les quatre Seigneurs qui ont fervi dôtage
pour la Tranflation de la Sainte Ampoule
, & que nous avons nommez dans
nôtre Relation , reçûrent chacun une
Lettre de Cachet , dont voici la teneur.
M. le Marquis.... la puiffance Divine
qui m'a destiné à porter la Couronne de
mes ancêtres , n'ayant ceffé de me donner
des marques de fa protection , en confervant
mon Royaume dans une heureuse
tranquillité , j'ai crû ne devoir pas differer
à me mettre en état de feconder fes .
deffins , en recevant l'Onition Sacrée à
laquelle il a attaché les graces les plus
neceßaires aux Rois ; c'est pourquoi j'ai
réfolu de me rendre en ma Ville de Rheims
1: 25. du mois prochain pour la ceremo nie
de
DE JANVIER 1723. 83
de mon Sacre. Je defire qu'elle foit accomgnée
de tout ce que l'ancien ufage a introduit
de plus augufte pour fa folemnité ,
que vous affiftiez pour fervir d'ôtage.
de la Sainte Ampoule . Je vous fais cette
Lettre de l'avis de mon oncle le Duc d'Or
leans , Regent , pour vous en donner avis,
ne doutantpas que vous ne vous rendiez leditjour
près de moi .Je prie Dieu qu'il vous
ait , M. le Marquis ..... en fa fainte garde.
Ecrit à Versailles le 24. Septembre 17220
Signé , LOUIS , & plus bas Phelippeaux
, & au dos est écrit à M. &c..
Nous avons dit dans le premier volu→
me de nôtre Relation dur Sacre , & c . que
les ornemens Royaux , confervez dans le
Tréfor de S. Denis , furent portez à
Rheims par trois Religieux députez de
cette Abbaye , nous ajoûterons que ces
ornemens anciens , & les nouveaux qui
ont fervi à la ceremonie du Sacre , ayant
été remis aux mêmes Religieux , ils en
donnerent le recepiffé qu'on va lire.
Nous fouffigne , Grand Prieur & députez
Religieux de l'Abbaye Royale de
S. Denis en France pour affifter au Sacre
de S. M. Louis XV . Roy de France & de
Navarre , reconnoißons que M. George
René Binet , Ecuyer , Seigneur de Bois
Giroux , Confeiller du Roy en fes Confeils ,
Premier Valet de Garderobe de S. M, Cher
valier
84
LE
MERCURE
,
valier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
* Lieutenant de Roy de Châtillon - lez-
Dombes , & Capitaine de Cavalerie , nous
a remis cejourd'hui la Couronne , le Sceptre
la Main de Justice ' , l'Epée , les
Eperons de Charlemagne , & l'Agraffe
du Manteau Royal , tire du Trefor de
S. Denis., & par nous apportez à Rheims
pourfervir au Sacre & Couronnement de
S. M. De plus , ledit fieur nous a remis
le Manteau Royal , la Dalmatique , la
Tunique , la Camifole , & les Bottines qui
ont fervi cejourd'hui au Sacre de S. M.
pour le tout être reporté en ladite Abbaye
de S. Denis , & remis au Tréfor pour y
être gardé , fuivant la coutume pratiquée
en pareille ceremonie. Enfoi dequoi nous
avons figné & délivré la prefente décharge
audit fieur Binet. Fait à Rheims ce 25 .
Octobre 1722. fignez François Anceaume,
Grand Prieur , Fr. François de Faverolles,
Treforier & Député. Fr. J. Bapt. de Bourneuf,
Député.
En parlant des deux Huiffiers de la
Chambre du Roy , portant leurs Maffes,
nous avons dit , page 110. qu'ils étoient
vêtus de blanc. Il falloit dire qu'ils étoient
habillez d'un pourpoint de latin blanc ,
les manches tailladées à plufieurs étages ,
& la chemife bouffante
par ces ouvertures
; ayant les haut- de - chauffes auffi de
fatin
DE JANVIER 1722:
85
fatin blanc , retrouffez comme les chauffes
des Pages , avec le Manteau de pareille
étoffe , doublé de même . Le bas de chauffe
de foye gris de perle , les fouliers de velours
blanc , la toque de fatin blanc . Cha
cun de ces deux Huiffiers portoient une
Maffe d'argent doré , appuyant & pofant
contre leur épaule le haut de la Malle .
A l'endroit de la Communion du Roy,
le jour de fon Sacre , nous avons omis
les fonctions de deux Officiers de la Maifon
du Roy , qui font le Chef de Panreterie-
bouche , & le Chef d'Echanfonnerie-
bouche. Après que le premier eut mis
fa nape fur le fiege pliant , placé au milieu
du bas de l'Autel , qui fut étalée par
deux Clercs de Chapelle , le Chef d'Echanfonnerie
ayant au moment de la Communion
verfé un peu de vin dans une coupe,
pofée fur une fous-coupe , & en ayant
fait l'effai , il mit cette coupe entre les
mains du Marquis de Livri , Premier
Maître d'Hôtel , duquel le Celebrant la
prit , & la prefenta à S. M. qui en prit
quelques goûtes après la Communion , &
en même temps le Roy s'effuya la bouche
avec une ferviette frailée qui lui fut prefentée
par Monfieur le Duc d'Orleans
après l'avoir reçûë fur une affiette d'or
des mains du Chef de Panneterie - bouche.
La Compagnie des Chevaliers de l'Arquebufe
86 LE MERCURE
quebule de Rheims s'eft montrée plufeurs
fois au Roy dans fon état le plus
brillant , le jour de l'entrée de S. M. &
le jour de la Cavalcade. Tous ceux' qui
la compofent étoient richement parez
d'habits uniformes . Cette Compagnie eft
fort ancienne , & en réputation de beaucoup
d'adreffe dans l'exercice des armes
à feu.
En ráportant ce qui s'obferva lorfque le
Roy toucha les malades , page 202. nous
avons omis que trois Chefs du Gobelet
de la Maifon du Roy fe trouverent à
l'endroit où finiffoit le dernier rang des .
malades que S. M. toucha , avec trois
ferviettes mouillées differemment , qu'ils
renoient chacun entre deux affietes d'or
& dont le Roy fe lava les mains . La premiere
, imbibée de vinaigre , fut puelentée
par Monfieur le Duc d'Orleans , la
feconde , mouillée d'eau commune , par
le Duc de Chartres , & la troifiéme
trempée d'eau de fleur- d'Orange , par le
Duc de Bourbon .
像
5
En parlant des prifonniers délivrez
nous n'avons point ipecifiez les crimes
exceptez dans le pardon de S. M. & que
le Roy & fon Confeil ont trouvé irremiffibles
, fçavoir.
Les Duels.
Les vols de grands chemins.
Les
DEJANVIER 1723. 87
Les crimes de Leze- Majefté divine &
humaine .
Le Poifon .
La fauffe Monnoye
Le rapt & le viol.
Les incendies prémiditez.
Les affaffinats de guet- à- pend.
Les faux- fauniers & contrebandiers
en attroupement avec ports d'armes.
Ceux qui font condamnez à garder
prifon par ordre des Maréchaux de France.
Les fauffetez commifes par les Officiers
de Juſtice , & autres Officiers publics.
Les déferteurs.
Ceux qui font prifonniers pour amen
des au profit du Roy.
Lorfque leRoy vit à fon retour leTréfor
de S. Denis, S. M. confidera particulierement
une Agathe Onyce de la derniere
beauté, de figure ovale , large d'environ 5 .
pouces , fur laquelle eft gravée la figure
d'un Empereur Romain en bufte , avec
une cuiraffe à écailles , ce qui avec la
beauté du travail fait une fingularité remarquable.
Le Roy demanda fi le P. de
Montfaucon avoit parlé de cette piece
dans fon grand Recueil d'Antiquitez ; on
répondit à S. M. que ce Pere en parloit
dans la feconde édition de cet ouvrage ,
& qu'il croit que c'eft la figure de l'Empercur
88 LE MERCURE
pereur Probus , dequoi il donne des preus
ves , qu'il explique avec autant de netteté
que d'érudition .
La Couronne de Diamans qui a fervi
aux ceremonies du Sacre du Roy , dont
nous avons donné la defcription , eft trèsbien
gravée en taille- douce , & fe vend
chez le fieur Antoine , rue des Carmes
à l'Hôtel de Soiffons , à Paris ; ce qui
nous diſpenſe de la donner ici .
HYMNE A LA PARESSE ,
Par M. Deflandes.
Enez , adorable Pareſſe ,
Retranchez de mon coeur les foins & les
defirs ,
Sans vous , il n'eſt point de ſageſle ,
Il n'eft point de vertus , ni même de plaifirs .
Vos favorables foins , & toute vôtre addreffe
Ne tendent qu'à nous rendre heureux ,
Vous fçavez ajuſter nos voeux ,
A l'aimable Délicateffe ,
D'un fentiment voluptueux.
Les biens , que par vôtre art prodigue la
nature ,
Sont
DE JANVIER 1723. 89
Sont toûjours neufs , & rien ne peut nous les
ôter ;
Vous livrez à nos coeurs une richeffe fure ,
En nous accoutumant à ne rien ſouhaiter . En
Ainfi que de Themis , & du Dieu de la
guerre ,
Vôtre cour eft fertile en fages , en Heros ,
Qui d'eux feuls occupez , & dans un plein
repos , -
Comptent pour rien toute la terre ;
Qui regardent du port les foins tumultueux ,
Et les vaftes projets des mortels malheureux .
Guidé par tes confeils , trop utile Pareffe ,
Je connus tout le prix d'un fludieux loifir í
Mon coeur ne chercha point la brillante
cheffe ,
Moins jaloux d'amaffer que de fçavoir jouïr.
Delà vint mon humeur docile ,
Que les foins importuns troublerent rarement,
Amoureux d'un deftin tranquille ,
J'empruntai mes vertus de mon temperamment,
Et fans aller briquer un embarras illuftre ,
Peu connu je parvins à mon fixiéme luftre.
Odouce non- chalance to repos précieux !
Vous
90 LE MERCURE
Vous me faites goûter un fort délicieux ;
Vos charmes rafinez par une heureuſe addreffe,
Derident l'austere fageffe ,
Et tel paffle pour vertueux ,
Qui n'eft au fond que pareffeux.
*******************
DISCOURS prononcé dans l'Eglife
de S. Denis , en prefentant le Corps
de MADAM E. Par M. l'Abbé de
S. Geri de Magnas , Premier Aumônier
de MADAME.
CE
Ette femme forte que le Sage trouvoit
plus rare & plus précieuſe que
les perles que l'on va chercher jufqu'aux
extrêmitez de la terre , MONSIEUR , eut
le bonheur de la trouver , & nous avons
aujourd'hui le malheur de la perdre .
Mon Reverend Pere , comme au milieu
de vôtre profonde folitude , vous n'avez
pû ignorer que la vie de MADAME a
ajoûté un nouvel éclat aux Lys de la
France , nous venons vous apprendre que
fa mort a été un miracle de la grace.
Ici reprefentez- vous la premiere Princeffe
du Royaume , & la plus grande de
toute l'Europe , prête à rendre les derniers
DE JANVIER 1723. 98
7.
niers foupirs. A peine a- t'elle reçû le Sacrement
des mourans`, dont le feul арра
reil effraye prefque tcûjours les plus forts ,
qu'elle voit tomber à fes pieds fon cher
fils , fondant en larmes ; ce fils fi cheri
& defiré par tant de voeux , ce fils enri
chi de ces talens qui ont formé dans l'Antiquité
les Heros & les Sçavans , ce fils
enfin digne d'une telle mere. Ce fpectacle
qui devoit l'attendrir & lui faire fentir
toutes les horreurs de la niort , n'a
fervi qu'à nous donner de nouvelles preuves
de fa grandeur d'ame , & de fa fermeté
dans la Religion ; uniquement occupée
de cette Couronne immortelle ,
que Dieu ne réſerve qu'à ceux qui combattent
genereufement jufqu'à la fin ;
bien-loin de pleurer , elle entreprend
d'effuyer les larmes les plus juftes de fon
cher fils par cette Sentence qui devroit,
& mon Dieu , être à jamais gravée dans
le fond de nos coeurs vous pleurez, mon
cher fils , lui dit - elle , avez- vous crû
que j'étois immortelle ? Eh , ne fçavezvous
pas que le Chrétien ne doit fouhaiter
de vivre que pour apprendre à mourir !
Que reste- t'il , ô mon Dieu , pour achever
un fi grand facrifice , que de vous
être offert par des mains auffi pures ,
auffi innocentes que celles de ces illuftres
& faints Religieux , qui font une des plus
&
nobles
2 LE MERCURE
·
nobles portions du troupeu de Jefus
Chriſt .
Abregé de la vie de MADAME.
M
ADAME étoit fille de Charles-
Louis , Electeur Palatin du Rhin ,
&c. Il ne regarda pas comme une choſe
au deffous de lui de s'appliquer à l'éducation
de fes enfans ; il la crug le premier
devoir d'un pere. Il faut concevoir
les vertus de cet Electeur , vrai , grave ,
fevere , bon , & religieux pour connoître
les foins qu'il prit de fon enfance , & les
qualitez que les foins firent naître dans
l'ame de MADAME.
Demandée en mariage pour MONSIEUR
par Louis XIV. la condition
principale fut qu'elle embrafferoit la Religion
Catholique. L'ambition ni la legereté
n'eurent point de part à fon chan--
gement ; le refpect & la tendreffe qu'elle
confervoit pour Madame la Princeffe
Palatine , fa tante , qui étoit Catholique ,
• ne lui permirent pas de refufer l'linftruction
: elle écouta le Pere Jourdan , Jefuite
née avec cette droiture qui l'a fi
fort diftinguée pendant fa vie , elle ne réfifta
pas à la verité.
;
Elle fit abjuration à Metz , elle fut
épousée par M. le Maréchal Dupleffis :
MONDE
JANVIER 1723. 93
་
MONSIEUR vint au devant d'elle à
Chalons , le Roy la re çut à Villers - Coterets.
La verité a été le caractere particulier
de MADAME, elle a re gné dans fon
efprit par la jufteffe de fes penfées ; dans
fon coeur par la droiture de fes fentimens
; dans fes difcours , par la fincerité
de fes expreffions ; dans fes promefles ,
fa fidelité à les accomplir ; dans fes
actions par l'égalité de fa conduite , qui
a répondu aux bienféances de fon rang ,
aux devoirs de l'humanité , & aux maximes
faintes de la Religion.
par
On ne peut trop élever , trop loiier la
fidelité auftere , la tendreffe , la complaifance
qu'elle eut pour MONSIEUR :
pour les femmes , c'eft un modele.
Née avec un coeur genereux & tendre
, elle n'entendoit jamais le rec´t d'un
trifte évenement fans en être attendrie ,
jufqu'à verfer des larmes. Quelle dûc
être fa fenfibilité aux malheurs de fa Patrie
trop heureuſe , fi pour l'en délivrer
elle cut pû comme les Judiths & les
Efthers expofer la vie . Dieu éxigea d'elle
un facrifice infiniment plus grand d'immoler
toute fa tendreffe à la fidelité de
fon Roy. Unie à la France , fes ' interefts
furent les fiens , c'eft ce qui lui attira
l'eftime & la confiance de Louis XIV.
pour
94 LE MERCURE
pour les Princeffes Etrangeres ; quel
exemple !
Elle rendit à fes enfans l'éducation
qu'elle avoit reçûë de fon pere , elle les
forma pour le bonheur de l'Europe , elle
ne voulut pas même qu'ils reçuffent le
châtiment d'une main étrangere ; tous
les enfans de MONSIEUR furent les fiens.
La Reine d'Espagne & la Reine de Sardaigne
l'ont regardée comme leur mere ;
il y eut toûjours entre elles un commerce
de foins & de tendreffe. Ce qu'elle a
fenti pour Monſeigneur le Duc d'Or
leans & Madame la Duchefe de Lorraine
eft au-deffus de l'expreffion ; nous n'en
donnons point de marques particulieres ,
ceux qui l'approchoient fçavent que tɔut
parloit en elle , qu'elle fuffifoit à peine au
feul plaifir de les voir.
La conduite qu'elle a tenue à l'égard
de Mademoiſelle , aujourd'hui Abbeffe
de Chelles , fait connoître que fa ten .
dreffe pour fes enfans , quoiqu'extrême ,
n'en étoit pas moins raifonnable. Cette
Princeffe meritoit par les plus rares qualitez
l'amitié que MADAME lui prodiguoit
; elle formoit encore fon efprit &
fon coeur fur un fi grand modele ; mais
fidele aux attraits de la grace , dès qu'elle
connut les dangers attachez à fa naiffance
& à fon rang , elle partit de S. Cloud
મે
DE
JANVIER 1723.
95
à fix heures du matin pour Chelles. MADAME
furprife & irritée d'un départ li
précipité , impatiente d'en apprendre les
motifs , elle vint trouver Midemoiſelle
dans fa chere folitude. Du côté de fon
établiſſement , elle lui fit concevoir les
plus hautes efperances , l'affurant que
malgré la loi qu'elle s'étoit faite de ne fe
jamais mêler d'aucune negociation , elle
entreprendroit celle- ci avec d'autant plus
de chaleur , qu'elle avoit lieu de fe flater
d'un heureux fuccès. Du côté de fa ferveur
& de fon zele , elle lui repreſenta
que vouloir tendre à la plus grande perfection
, c'étoit fouvent pour les perfonnes
de fon âge une tentation très dangereufe
; que rien n'autorifoit plus le mépris
que le monde fait injuftement des Etats
les plus faints , que le relâchement de
ceux qui les embraffent ..
MADAME ne refufoit pas de conduire
la Victime à l'Autel , elle craignoit qu'un
Sacrifice qui devoit être perpetuel , ne
devint rebutant , que la Victime trop
tendre ne gemit enfin fous un glaive toûjours
levé , toûjours penétrant jufqu'au
coeur , pour y feparer ce qu'il y a de plus
fenfible & de plus féduifant. Mais la jeuneffe
fe refufa conftamment aux plaifirs,
la beauté parut fimple & negligée , la
délicateffe trouva des forces pour fouffrir .
E A
96
LE
MERCURE
A ces privations cruelles , MADAME
crut voir tomber du Ciel ce feu dévorant
, qui marque que la Victime eft
agreable au Seigneur ; elle ne voulut pas
lui refufer ce qu'il acceptoit par un figne
fi fenfible ; elle ne retarda plus l'appareil
du Sacrifice ; elle l'a vû fe perpetuer, &
confervant jufques à la mort une amitié,
tendre pour cette Princeffe , elle a montré
que la Religion avoit fait toute la prudence
de fes démarches , & la part qu ' elle
eut à ce Sacrifice ; auffi a- t'elle vû la puiffance
de fon fils s'affermir , & nous don❤
ner une paix plus aimable que la victoire ;
des Rois venir lui demander fes filles en
en mariage pour les heritiers de leurs
Etats ainfi le Sacrifice de la fille de
Jephté fit le falut d'Ifraël & la gloire de
fa maiſon.
Elle fut fi touchée de la mort de Mon-
SIEUR qu'elle forma le deffein de quitter
la Cour ; elle vint prendre congé de
Louis XIV . elle defiroit qu'il lui marquât
le lieu de fa retraite ; ce grand
Roy ne put fe confoler de la perte de
MONSIEUR , qu'en retenant MADAME
auprès de lui ; mais au milieu de la Cour ,
MADAME ne voyant plus celui à qui
feul elle avoit voulu plaire , elle renonça
aux parures & aux ornemens de fon
fexe , & de les pierreries ; elle fe fit un
fond
DE JANVIER 1723. 97
fond pour avoir la facilité de payer fes
Officiers.
MADAME ne vivoit point au hazard ,
elle s'étoit fait un plan de vie , elle s'étoit
choifi trois jours de la femaine pour la
meditation des Livres faints , elle fut
exacte à la priere du matin & du foir
elle lifoit fix chapitres de l'Ancien Teftament
, & trois du Nouveau ; fi elle étoit
interrompue dans une pratique fi fainte
le lendemain elle doubloit fa lecture , de
peur que la neceffité la plus jufte ne devint
une occafion de relâchement ; elle
s'étoit fait un devoir d'entendre la Meffe
tous les jours ; fes exercices , fes voyafes
maladies ne furent point pour
elle un prétexte pour s'en exempter , elle
communioit aux jours folemnels ; nous
étions édifiez des fentimens de Religion
qu'elle faifoit paroître.
ges ,
Le pauvre paroiffoit fans crainte devant
elle. Ce qu'elle deftinoit chaque
mois pour les plaifirs , dès le quatriéme
jour étoit confommé en charitez.
Epoule , elle fut fidelle ; mere , elle
fut tendre , Princeffe , elle facrifia tout
aux interefts de l'Etat veuve , elle ne
fongea plus à plaire ; Chrétienne , elle
remplit les devoirs de la Religion : ce
qu'elle a dû faire eft l'hiftoire de fa vie.
Le 2. du mois de May dernier elle
E ij joüiffoit
1
98 LE MERCURE
joüiffoit d'une fanté parfaite ; mais on
craignoit qu'elle ne retombât dans fes
affoupiffemens , qui nous avoient donné
des allarmes fi cruelles. Son premier
Medecin la preffa de fe laiffer faigner
elle eut un preffentiment que cette précaution
lui feroit funefte ; cependant elle
permit qu'on la faignât . Le Chirurgien
après l'avoir piquée fe fentit tout à coup
affoiblir , & tomba à ſes pieds ; fon bras
fut mal lié , elle perdit beaucoup de
fang.
Depuis cet accident , la fanté de MADAME
devint toûjours plus foible ; elle
prit fi peu de nourriture , que l'on s'ap- ,
perçût chaque jour qu'elle maigriffoit .
Languiffante , & déja preparée à mouir
, cependant déterminée d'entreprendre
le de Rheims , elle nous ap- Voyage
prit par fon exemple qu'on peut rifquer
la vie , mais jamais fon falut. La veille
de fon départ MADAME fe rendit à Saint-
Euftache , fa Paroiffe , elle y fit fes dé
votions avec le même recueillement , que
fi ç'eût été le moment décifif de fon éternité.
Elle partit le 12. Octobre , ne pou
vant refufer à la tendre amitié qu'elle eût
toûjours pour fon Roy , d'affilter à fon
Sacre ; elle le vit , & fut comblée de
joye.
Charmée d'avoir trouvé l'occafion de
donner
DE JANVIER 173. 99
donner les dernieres marques de fa tendreffe
à Madame la Ducheffe de Lorraine
, le plaifir qu'elle fit paroître de
la voir fuivie d'une famille auffi accomplie
, nous annonçoit un adieu tragique ;
cependant le moment du départ arrivé ,
Madame la Ducheffe de Lorraine parut
tout en pleurs , & MADAME la quitta
fans verfer une larme ? Occupée du Ciel,
elle ne jettoit plus des regards fur la terre
que pour y faire des Sacrifices .
De retour à Saint Cloud , fa maladie
augmenta , fes forces diminuerent , elle
fentoit des douleurs aiguës , fa foy fit fa
patience. Souffrant de fes maux , nous
voulumes la plaindre. Ah ! nous dit- elle ,
puifqu'il est juste que le pecheur fouffre en
cette vie ou en l'autre , il eft d'un infenfe
de ne pas s'estimer heureux de fouffrir en
cette vie.
Nous lui reprefentâmes pendant fon
voyage , & les derniers jours de fa vie
que fa fanté ne lui permettoit pas de venir
à fix heures du matin entendre la
Meffe dans des Eglifes de Campagne ,
qui la plupart font ouvertes aux vents &
aux brouillards de l'Automne où nous
étions , ni de fe tenir à genoux , fitua
tion où elle pouvoit à peine refpirer. Elle
nous répondoit : je fuivrai la maxime de
l'Evangiles pour fauver fon ame , il faut
Sçavoir la perdre.
E iij Enfin
100 LE MERCURE ?
Enfin le Reverend Pere de Liniere lul
annonça qu'il falloit mourir ; elle ne fut
point furprife , & fe difpofa fans trouble
à recevoir les derniers Sacremens . Elle
les reçût avec le recueillement & cette
tendre pieté qui nous avoit édifié tant
de fois.
Elle ne fut point agitée par cette foule
de penfées qui rendent la mort du pecheur
terrible ; la paix du coeur avec
toute la confiance qu'elle infpire , & toute
la grandeur qu'elle fait paroître , regna
dans fes actions & fes paroles..
On fit approcher MONSEIGNEUR le
Duc d'Orleans ; elle le vit tomber à fes
pieds . Nous craignions que ce fpectacle
ne lui fit fentir toutes les horreurs de la
mort il le craignit lui même , & fembla
fe refufer à fes embraffemens . Elle voulut
l'embraffer , & le benir ; elle ne s'arrêta
pas à ple rer un tel fils , elle entreprit
d'effuyer fes larmes Vous pleure
mon fils , lui dit-elle , avez vous crû que
j'étois im ortelle , & ne fçavez- vous pas
que le Chrétien ne doit fo thaiter de vivre,
que pour apprendre à mourir.
Rien de ce qu'elle alloit quitter ne lui
fut caché ; ce qu'elle eût de plus cher fe
montra à elle avec tout ce qui fait naître
le regret & la douleur. Madame la Ducheffe
d'Orleans vint recueillir fes dernieres
DE JANVIER 1723. ΤΟΥ
nieres paroles , comme autant de précieufes
fentences ; elle voulut que Monfeigneur
le Duc de Chartres fut témoin
d'une mort fi heroïque , moins pour l'admirer
, que pour lui apprendre qu'une
telle fin ne fçauroit être que le fruit
d'une femblable vie. MADAME les,
combla de benedictions ; que fon facrifice
nous parut grand ! fa force fit nôtre foibleffe
, fa chambre retentit de nos regrets.
& de nos cris.
Le Miferere , le Vers à Soye , & le
Dé à coudre , font les trois mots des
Enigmes du dernier mois,
MMMMMMMMY M¥¥¥KKK
PREMIERE ENIGME.
Par le P. P. M***
Quoique toujours faite en coquille ,
Je fers les gens de Cour comme le pelerin ,
Par moi l'adolefcente fille ,
Aux vices , aux vertus peut s'ouvrir le chemin,
On m'apporte en venant au monde ,
On me prête fans me quitter ,
Envain femme fâcheuſe gronde ,
E iiij
Le
3
102 LE MERCURE
Le bon mari fans moi ne s'en peut entêter.
L'on m'ouvre , l'on me ferme , & jadis dans la
Grece ,
Pour m'avoir fermée à propos ,
Un Heros triompha de la flateuſe addreffe ,
De cent monftres cruels qu'enfanterent les flots.
SECONDE ENIGME.
Rès de ma mere , & fujet au reproche
, PRès
Je me fens tout d'un coup par mon maître eng
·
lever ,
Et quand pour me faifir je le vois arriver ,
C'eft d'ordinaire avec fa cloche ;
Mais non content de mon cruel deftin ,
Et de me réduire à la taille ,
Quoique je n'aye pas la maille ,
Il me demande encor du vin ;
Mais malgré toute la furie
Et le fer tiré du foureau ,
Très fouvent toute fon envie
Ne trouve chez moi que de l'eau,
TROIDE
JANVIER 1723. 103
TROISIEME ENIGME.
N Tableau d'ordinaire eft toûjours attaché
, UN
On le change fort peu de place ,
Pour moi , foit qu'n pleuve , ou qu'il
glace ,
> En Ville , en campagne , au marché
On me voit très-fouvent parmi la populace ,
Pour me voir à plaifir l'Ecolier fort de Claffe,
Et celui qui me porte eft toûjours empêché ;
Mais ferme à fon devoir pour éviter reproche
11 s'attache à me conferver ,
Et pour mieux me faire obferver ,
J'ai pour lors le pied dans fa poche.
Q
AIR A BOIRE.
Uoi plenvra t'il toûjours ? implacable
deftin ,
Ceffez de declarer une éternelle guerre
A l'aimable Dieu du raifin ,
Voulez- vous inonder la terre ?
Ah ! fufpendez les eaux , faites couler dur vin..
Ev NOU
1104
LE
MERCURE
NOUVELLES LITTERAIRES.
DES BEAUX ARTS , & c.
LETTRE de Rabi Ifmaël Ben-
Abraham , Juif converti. T
A M. l'Abbé Houteville , furfon Livre,
intitulé la Religion Chrétienne , prouvée
par
faits . A Paris , chez Thibouft,
Place de Cambrai 1722. 205. pages
fans compter la Preface qui est de
XXVIII. pages.
O
N fe tromperoit fi l'on s'imaginoit
que l'Auteur de cette Lettre ne fe
déguite fous le voile d'un Juf converti ,
que pour faire valoir les raifons dont
Orobio & les autres Juifs fçavans foutiennent
leur incredulité contre le Chrif
tianifme. L'Auteur prétend feulement
faire voir , & cela avec beaucoup de menagement
que M. l'Abbé Houteville n'a
aucune connoiffance des Livres Juifs , &
qu'il ne les a jamais lûs .
Il impute les fautes où M. Houteville:
eft tombé au train commun des études
qui menent rarement à une connoiffance
approfon
DE JANVIER 1723. 105
се
CC
approfondie. Ilfe plaint qu'on n'apprend
pas la Langue Hebraïque dans les baffes
Claffes , comme on le fait , dit- il , en
Allemagne , & en Hollande. Il n'eft pas
rare de voir dans nos Colleges des jeunes
gens qui fçavent l'Hiftoire fabuleuſe ; «<
mais interrogez - les fur l'Hiftoire des
Hebreux , la plus ancienne du monde ; «
il n'y en a pas un qui puiffe répondre
fur quatre articles. Ce mal n'eft point
des derniers fiecles ; les premiers Pe- «
res de l'Eglife , dit - il , connoiffoient
le Judaïfine & fes Docteurs. «
peu
Un Juif fuit fes principes , lorsqu'il
donne à fes enfans dès l'âge la plus ten- «.
dre le Thoran , ou le Pentateuque à «<c
étudier ; un Mahometan ne s'écarte
point de ſes maximes , lorfqu'il prefente «
aux fiens un Alcoran. Les Chrétiens ce
feuls , & fur tout les Chrétiens d'Eu- «
rope , defcendus des Romains & des «
Grecs , ont voulu être leurs heritiers jufques
dans leurs Fables. La pofterité ne «
fera- t'elle point furprife , lorfqu'elle «
verra qu'après le gain d'une bataille , "
l'hiftoire d'aujourd'hui marque plutôt
une action de Mars , de Pallas ou de Ju- «e
piter , que les faits même dont il s'agit «
& les louanges qui en appartiennent au «e
veritable Dieu . Il y a même bien de
l'apparence qu'elle fera dans ce doute.c
E vj honteux:
CC
Ce
ce
C85
106 LE MERCURE
གམཆོག སུནབ|སཾཁོ
n
» honteux pour nous , fi effectivement
»nous n'étions point idolâtres & Chré-
» tiens tout enſemble . Si les Payens n'ont
» pas été chez les Juifs chercher de quoi
» honorer leurs conquerans , pourquoi
>> allons-nous chercher chez les Payens
» de quoi illuftrer les nôtres ? C'eft ce dé-
»faut primitif de nôtre éducation , pour-
» fuit toûjours l'Auteur,qui nous détour-
» ne d'étudier dans les fources les Dog-
» mes que la Religion nous enfeigne ;
» enfin les études telles qu'elles fe diri-
» gent dans la plupart des Colleges de
» l'Europe , font ou préjudiciables , oụ
» peu utiles , ou au moins indifferentes à
"la Religion. L'Auteur prétend en-
» fuite que M. Houteville ne parle pas
» affez fenfément , lorsqu'il veut nous
"
faire concevoir que les travaux de
» M. Pafchal auroient été profonds
» s'il avoit furvécu à fon deffein. La preu-
» ve du Cenfeur en eft fimple.. M. Paf-
» chal donna fur le champ dans des Myf
tagogies qui ne menent à rien ; & à
l'exemple de quelques Commentateurs
» peu inftruits , il marcha à des flam-
» beaux plus féduifans , que capables de
guider.Le principe des plus fages Theolegiens
, principe fûr , & inconteſtable
» à tout homme de bon fens , c'eft
2
"
ود
22
que
fenfu myftico non fit argumentatio . Pourquoi
.
DE JANVIER 1723. 107
氨
quoi donc M. l'Abbé Houteville vient- &
il nous dire froidement que cette Myl- «
tagogie renferme des déinonftrations ?
A propos de Mystagogie ce n'eſt qu'à «
regret , dit- il , que j'entends dire à
Saint Juftin que les Apôtres font les «
fonnettes de la Religion Kadavas, quia
in omnem terram exivit fonus eorum ; «
l'on Myſtagogiſe éternellement , les ce
difficultez réelles en font- elles plus ex- e
pliquées ? c'eft faute de bonnes raifons ce
que M. l'Abbé Houteville a donné dans ce
l'Anagogie , & il n'a pû en avoir de «
meilleures , parce qu'il n'avoit pas fait «<
les études convenables , telles que font «
la connoiffance des Langues pour tous «
les textes , la critique des Auteurs des «
differens peuples , & une Philofophie , «
c'est- à - dire , une Dialectique fans pré-
´vention . «
Après cette Preface l'Auteur commence
fa Lettre par les louanges qui font
dues à M. l'Abbé Houteville ; il critique
enfuite fon ftile , & dit qu'un homme
qui brave les Déïftes peut bien auffi
affronter la Langue Françoife.
Le Cenfeur blâme enfuite l'ordre du
Livre de M. Houteville , mais ce détail
nous meneroit trop loin .
Il prétend auffi qu'on trouve dans la
Synagogue des adverfaires difficiles à
defar108
LE MERCURE
M
defarmer , & que c'eſt un défaut du Livre
de la Religion prouvée que de n'en
point parler. Jufqu'à ce que ces Juifs
ayent paru fur le champ de bataille ,
dit- il , & tant que ce champ vous fera
» encore difputé
99
de vainqueur ?
+
, comment vous traiter
A l'égard des premiers Défenfeurs de
l'Eglife , les réflexions de M. l'Abbé
» Houteville devoient tomber fur les rai-
» fons que les Peres avoient employées
pour la défendre. Pourquoi donc , dit le
» Cenfeur depuis la p.69. jufqu'à la p. 79.-
"ne parlez - vous que de leurs connoiẞances
» inexactes fur la nature de l'efprit , que
de la préexiftence des ames , que des
» extafes des femmes Montaniftes, que du
» Millenarifme reçû unanimement par ces
premiers Peres ? On attendoit ici , dit
» le Cenfeur , quelques obfervations fenfées
fur leur maniere de raiſonner , par
exemple , fur l'ufage qu'ils avoient fait
des Livres des Sybilles , ou des Ora-
» cles , contre le Paganifme ; fur leurs
citations de l'Ecriture , frequentes ,
" mais quelquefois peu exactes contre la
Synagogue. Comme vous avez commencé
par Saint Juftin , voulez - vous ,
» M. que nous examinions en peu
mots ce que vous avez dit du Dialogue
de ce Pere avec Triphon. Ce Dialogue,
»
de
ditesDE
JANVIER 1723 100!
dites-vous , eft un des morceaux les plus
travaillez , & les plus didactiques qui
nous foient venus de la main des ancêtres :
il est raisonné , methodique , profond f
varié de je ne fçai combien de recherches
qui tendent toutes à prouver que Jeſus-
Chrift eft le liberateur promis ; toutes les
difficulte de la Synagogus y font expofees
& répondues avec force , & avec
clarté.
Si le Juif eft renverfe par le Dialogue c
de Saint Juftin avec Tryphon , dit le «
Cenfeur, il fuffifoit ou d'y renvoyer, ou «
de le traduire ; mais , M. pourfuit-il , nous co
ne vous croirons point ici , nous faifons &
une autre eftime de la Religion prou- «
vée , S. Juftin étoit un grand homme ; &
on l'avoue , mais vous ne nous dites «-
plus comme lui , que Jefus- Chrift eft
l'Ange apparu à Abraham , à Jacob , «
l'Ange de la Colomne de feu , & c. ce «
n'eft pas un article de votre Theologie
comme de la fienne , que toutes ces appa- ce
ritions font des preuves de la Trinité , «
vous ne croyez pas avec lui que le Juif «
qui a la foy en Jeſus - Chriſt eſt ſauvé ,
quoiqu'il obferve la loi. Jugeriez - vous «
encore comme lui , M. que lorfque nous «
lifons dans la Genefe , & in fanguine «
uva pallium fuum , cela veut dire , que fi
Jefus Chrift a du fang, il ne le tient point
ce
6
de
1
FFO LE MERCURE
>
de l'homme , parce que ce n'est point l'homme
mais Dieu qui fait croître la vigne ;
que lorfque Moyfe fit mettre des fonnettes
à la Robbe du Grand Prêtre de la Loy
il n'avoit en vûë que les Apôtres de Jefus-
Chrift. Si l'Agneau Pafchal a été la
figure de Jefus- Christ , c'est en tant qu'immolé,
& non pas en tant que rôti. M.
l'Abbé Houteville voudroit - il foutenir
avec S. Juftin que c'est en tant que mis
en broche ; telle eft encore la comparaifon
qu'il ajoûte fur l'âneffe & fur l'â
»non. A l'occafion des paroles de Jacob
» & de Zacharie , il eft dit dans Ifaïe ,
»panis dabitur & aqua ejus fidelis , Saint
» Juftin trouve là le pain & le vin Euchariftiques.
Que penfer , M. de ce vol
» qu'il reproche aux Payens d'avoir pris
» l'Hiftoire de Perfée fur la prédiction !
""
"
Ecce Virgo concipiet ; mais fur tout de
» ce crime , dont il accufe les Juifs d'a-
» voir rayé du texte Hebreu quantité de
•paffages , où Jefus Chrift étoit prédit
» comme Dieu & homme , comme pendant
» en Croix comme mourant , & c. une
» accufation de cette nature à faire contre
toute la Synagogue , & qui alloit
la convaincre de fourberie , ne meri-.
toit-elle pas qu'on ſe donnât la peine
» de confulter quelques exemplaires de
La Bible. Nous expliqueriez- vous com-
94
me
DE
JANVIER 1723. III
“
me S. Juftin , que in confpectu regis Af- w
fyriorum ( Ifaie , chapitre 7. ) s'entend t
d'Herodes ? Oferiez - vous nous affeurer ee
avec lui , que lorfque l'on parla de faire «
la verfion des Septantes , Ptolomée en «
écrivit à Herodes ? Nous mettriez- vous "
comme lui le Rama de Jeremie au nom ee
bre des Villes des Arabes ? Enfin adop- e
teriez -vous le Milleranifme qu'il fou- «
tient fi nettement ? Le retour de Jefus- 08
Chrift à Jerufalem fi clairement énoncé
? Vieilles erreurs que nos Myftiques e
ont tâchez vainement de relever , fans ee
bleffer la memoire de S. Juftin , votre «
éloge , M. eſt un éloge , & non pas une ee
critique , ni un jugement de fçavant. ce
Saint Juftin' ne nous donne aucune ob- e
jection des Juifs. Tryphon eft un audi- «
teur benevole , & fi vous prenez ce «
qu'il dit pour des objections
, j'ole «
vous dire que pour un homme
qui doit «e les combattre
, c'eft trop peu les con- noître
. «<
c
Le Cenfeur prétend que les anciens «
Peres , fi on en excepte S. Jerôme , ne «
connoiffoient pas affez le Judaifme . Il ce
ajoûte plufieurs autrès réflexions criti- «
ques contre M. Houteville , & fur tout “
fur le Thalmuld , mais il feroit trop
long de les fuivre ; nous remarquerons
feulement que cette Lettre eſt approu "
Co
vée
712 LE MERCURE
vée avec éloge , par M. l'Huillier' >
Cenfeur Royal des Livres.
L'ART de convertir le fer forgé en
acier , & l'art d'adoucir le fer fondu , ou
de faire des ouvrages de fer fondu auffi
finis que de fer forgé . Par M. de Reaumier
de l'Academie Royale des Sciences .
A Paris , chez M. Brunet , Grand ' Salle
du Palais 1722. vol. in 4. de 566. pp.
fans compter l'Epître Dedicatoire à
Monfieur le Duc d'Orleans , ' la Preface
& les Tables . Ce Livre eft orné de
quantité de planches , en taille- douce , gravées
d'une grande propreté , & dont la
compofition & le deffein font auffi utiles
pour l'ouvrage , qu'agréable à la vûë.
M. de Reaumier fe propofe dans cet
ouvrage deux chofes également curieufes
, & de plus infiniment utiles à l'Etat.
La premiere eft de convertir le fer forgé
en acier & la feconde d'adoucir le fer
fondu .
و
>
Il n'y a peut-être point de pays dans
le monde plus riche en mines de fer que
ce Royaume ; cependant faute de pouvoir
convertir le fer en acier fin nos
ouvriers font obligez d'acheter de l'étranger
l'acier fin qu'ils veulent mettre
en oeuvre. Cette neceffité où nos ouvriers
fe trouvent , fait fortir tous les ans du
Royaume
DE JANVIER 1723 , TIJ
Royaume des fommes confiderables.
L'ouvrage dont nous parlons remedie à
cet inconvenient. On y trouve un détail
exact de toutes les obfervations & operations
que l'Auteur a faites & tentées fur
le fer pour le faire parvenir à être excellent
acier . Cette partie de fon Livre qui
regarde l'acier , eft compofe de douze
memoires ou chapitres. La feconde partie
, qui contient l'art d'adoucir le fer
fondu , ou l'art de faire des ouvrages de
fer fondu auffi finis que de fer forgé , eft
compofée de fix memoires , dans lefquels
M. de Reaumier enfeigne à fondre le fer,
à jetter cette matiere fondue dans des
moules propres à faire prendre à cette
matiere la forme des ornemens les plus
compofez , & enfin à rendre au fer fortf
des moules le dégré de mole Te propre
être travaillé par la lime . Il refulte du
travail de M. de Reaumier que le public
pourra avoir pour quatre ou cinq piftoles.
en fer fondu , ce qui lui coutoit douze
ou treize cent livres en fer forgé.
à
EPITRES CHOISIES des Heroïdes
d'Ovide , traduites en vers françois par
M. Richer , Avocat au Parlement de
Normandie . A Paris chez Eftienne
Ganeau , rue S. Jacques. M. Richer fuit
dans fa Preface la louable coutume des
Traducteurs
و
114 LE MERCURE
Traducteurs qui donnent un détail des
raifons qui les ont engagées à ne pas toûjours
fuivre exactement les traces de l'Auteur
original . La traduction eft une carriere
épineufe qui arrête à chaque inſtant
les gens de Lettres qui ofent la tenter ;
on doit leur tenir compte de leurs entreprifes
qui font toûjours laborieufes , &
qui fouvent ne font pas fuivies de l'appròbation
des connoiffeurs , feule récompenfe
des travaux litteraires. Mais s'il
n'eft point de traduction qui ne foit difficile
, celle des Poëtes raffemble encore
plus d'obſtacles , le tour de la Poëfie
dans chaque langue étant plus oppofé
que celui de la Profe.
M. Richer rend raifon dans fa Preface
de toutes ces difficultez avec une
exactitude qui marque la netteté de fon
efprit. Nous ne donnerons point d'extrait
de ces Epîtres , ce feroit les défigurer
que de les abreger. Nous renvoyons
les lecteurs curieux au livre même où ils
feront fatisfaits de la douceur & de la
clarté de la verfication . M. Richer ne fe .
borne pas au merite de Traducteur ; il
nous donne dans le même volume des
Eglogues & des Fables , precedez d'un
difcours fur la Poëfie Paftorale.
M. Colin de Blamont , furvivancier de
M.
DE JANVIER 1723. Its
M. de Lully dans la Charge de Surintendant
de la Mufique de la Chambre
du Roy , dont il a exercé les fonctions
au Sacre de Sa Majefté , a fait graver
un Livre de Cantates de fa compofition ,
qui fe débitera rue S. Honoré , à la
Regle d'Or.
L'Auteur du Projet qu'on va lire nous
prie de le publier , pour fçavoir le fentiment
des gens éclairez fur fon ouvrage,
HISTOIRE DES BATAILLES les
plus memorables de terre & de mer , des
combats , campemens , marches & re
traites fingulieres . Enſemble , des fieges,
retranchemens , furpriſes & attaques confiderables
, & c . où l'on donne un précis
de ce qui s'eft paffé de plus remarquable
dans chacune de ces actions , chez les
anciens , & chez les modernes de toutes
nations
Cet ouvrage fera enrichi de remar
ques & d'obfervations critiques , de re
cherches curieufes , & de quantité d'Ef
tampes , & c.
Plan de l'Hiftoire d'Angleterre de M.
de Rapin Thoyras , qui doit s'imprimer
par foufcription en fept volumes in 4.
chez Alexandre de Rogiffart. Le Libraire
qui
116 LE MERCURE
qui s'eft chargé de cette grande entre
prife , en a publié un plan fort étendu
1
dont on vient de lire le titre. Nous n'en
rapporterons que l'effentiel , tout l'ouvrage
comprendra l'Hiftoire d'Angleter .
re , depuis la premiere invafion de Jules
Cefar dans la Grande Bretagne , juſqu'à
la fin du regne de Charles I. & contiendra
environ 5oo . feuilles , qui feront ſept
volumes d'une mediocre groffeur , ornez
de Cartes Geographiques , &c. Le prix.
fera pour ceux qui auront foufcrit , de
24. florins , monnoye courante de Hollande
, payables de la maniere qui fuic.
En foulcrivant 8. florins , lorfqu'on recevra
les deux premiers tomes 6. flotins ,
lorfqu'on recevra les tomes 3. & 4. cinq fl. :
lorfqu'on recevra les trois derniers vol.:
5. A. Ceux qui n'auront pas foufcrit ,
n'auront rien de l'ouvrage qu'après qu'il
fera entierement imprimé ; ils ne pourront .
point l'avoir en grand papier Royal ,
dont le prix pour les Soufcripteurs fera
de 36. flor. & ils payeront le papier ordinaire
32. flor. On recevra les foufcriptions
jufqu'au dernier jour de Fevrier .
1723. après quoi on n'en admettra plus
fous peine de 1000. flor, d'amende pour
les pauvres . Le Libraire promet que tout
l'ouvrage fera imprimé deux ans après
que le temps marqué pour recevoir les
"
foufcriptions
}
DE JANVIER 1723. 117
foufcriptions , fera expiré. Il donnera
les deux premiers Tomes à la fin de l'année
1723. pour le plus tard , les Tomes
2. & 3. fix mois après , & les trois der
niers volumes à la fin de l'année 1724.
On pourra foufcrire à la Haye chez
Alexandre de Rogiffart , qui doit imprimer
l'Ouvrage , & dans les autres Villes
de Hollande , chez les principaux
Libraires , où l'on trouvera le plan imprimé
, dans lequel il y a une lifte des Libraires
des Pays étrangers , chez lefquels
on pourra foufcrire. En France on foufcrira
, à Paris , chez Mariette , Jombert,
Emery , Saugrain , Martin , Coignard ,
Ganeau , Montalant ; Coutelier , Cavelier
fils , Etienne & Huart . A.Lyon
chez Aniffon, Pofuel & Certe . A Rouen ,
chez Caillloué & Machuel . A Rheims ,
chez Deffain , & à Lille , chez Danel.
LES SOUVERAINS DU MONDE , 4.
vol. in 8. à la Haye , par la Compagnie
des Libraires . C'eft une inftruction fur
l'état prefent de toutes les Maiſons Souveraines.
LA SYPHILIDE , ou le Poëme de la
Verole de Fracaftor . C'eft une réimpreffion
in 4. qui vient de paroître en Angleterre.
Honnoré
118 LE MERCURE
Honnoré & Chatelain , Libraires à
'Amfterdam , impriment , & vont donner
inceffamment au Public , l'Hiftoire
des Provinces Unies des Pays - Bas , par
M. le Clerc , à quoi l'on a joint les prin-.
cipales Medailles , &c. 2. vol. in fol .
HISTOIRE NATURELLE des curiofitez
les plus rares de la mer des Indes ,
contenant des poiffons , écreviffes & crabes
de diverses couleurs & figures extraordinaires
, deffinez & peints d'après
nature , & c. 2. vol. in fol. à Amfterdam,
chez L. Renard.
HISTOIRE DE LA MUSIQUE , fes
effets , & en quoi confifte fa beauté , chez
Jean Roger , à Amfterdam 1722. 4. vol.
in 12.
LA PRATIQUE des vertus chrétiennes
, nouvellement traduite de l'Anglois
en bon François , par M. du Bourdieu ,
in 8. à Londres , & fe vend à Amfterdam,
chez Jean Neaulme . On imprime une
troifiéme édition de ce Livre à Delft,chez
R. Boitet.
HISTOIRE DES JUIFS & des Peuples
voisins , depuis la décadence du
Royaume d'Ifraël & de Juda , juſqu'à la
mort
DE JANVIER 1723. 119
mort de Jefus- Chrift . Par M. Prideaux,
traduite de l'Anglois . A Amfterdam ,
chez H. Dufauffet 1722. 5. vol. 12.
Le même D. Dufauffet , Libraire ,
va imprimer par foufcription , les voyages
de M. de la Mortaye en Europe , en Afie,
& en Affrique , avec un grand nombre de
figures , en 2. vol . in fol.
Le même Libraire imprime auffi unTrai-
Philofophique fur la foibleffe de l'efprit
humain. Par feu M. Huet, Evêque d'Avranches
,in 12 .
Il imprime encore, l'Hiftoire & avantures
d'une fameufe Courtifane Efpagnole,
en 2. vol. in 12. avec figures. Et les Promenades
de M. de Clairenville , où l'on
trouve une vive peinture des paffions humaines
, avec des Hiftoires curieufes fur
chaque fujet. vol. in 12. avec fig.
LOTERIE de Tableaux des plus gran is
Maîtres , propofée par l'Académie
de Peinture de Verone .
L
•
1
'Académie de Verone , Ville celebre
& ancienne dans l'Etat de Venife ,
a raffemblé , & fair enchaffer fur un
des côtez de fa grande cour , dans une
belle difpofition , so . anciennes infcripqui
F tions
110 LE MERCURE
tions Grecques , 250. Romaines , & 30,
Bas - reliefs , en a encore un grand nombre
d'autres , tant Egyptiennes , Arabes , Latines
, que Tolcanes , eft follicitée , par
ticulierement par les Sçavans de France
& d'Angleterre , d'en recueillir une plus
grande quantité , pour en orner les autres
côtez de la cour , afin que les Antiquitez
les plus eftimées qui font difper
fées , ou cachées en tant d'endroits differens
, fe trouvent , s'il eft poffible , réünies
en un feul lieu , dont l'accès eft ouvert
à tout le monde , & dans une Ville
auffi frequentée des Etrangers .
L'Académie a donc refolu de fatisfaire
à de fi nobles empreffemens ; & pour contribuer
aux dépenfes exceffives qu'il faut
faire, tant pour le tranfport de ces Antiquitez
, que pour les placer d'une manie,
re convenable , & qui puiffe les garantir
des injures du tems , elle s'eft déterminée
à faire une Loterie de Tableaux choifis
& précieux , dont voici une lifte qui fera
fans doute plaifir aux Curieux , & furtout
aux amateurs de la Peinture .
Tableaux des anciens Maîtres.
Un beau Portrait du Giorgeon .
Une Vierge avec le petit Jefus & fainte
Catherine , du Titien , 24. pouces de
large
DE JANVIER 1723 121
large fur 12. de haut.
Une Madeleine penitente , de Paul Ve-.
ronefe.
Une Cene de Jefus- Chrift avec les Apôtres
, 6. pieds de large fur 4. Ce Tableau
eft de l'école de Paul Veronese.
Moyfe avec le Buiffon ardent dans une
nuit , avec plufieurs figures , de Jacques
Baffan , 5. pieds de large fur 3 .
Le Prophete Daniel dans la foffe aux
lions , avec quantité de figures , de Leandre
Baffan , 3. pieds en quarré.
Le Miracle de la multiplication des 5.
pains , de Jacques Palme , dit le Vieux
huit pieds & demi de large fur trois pieds ,
& demi.
>
Priere au Jardin , où l'on voit Jelus-
Christ foutenu par un Ange. Petit Tableau
de Jacques Palme , dit le Jeune.
>
La Refurrection de Nôtre Seigneur ,
avec des Anges & des Soldats épouvantez
6. pieds de large fur 4. du Tintoret.
Quelques Profeffeurs le difent de Giacomo
, & d'autres de Dominique Tintoret
fils de Jacques.
Un Portrait de Dominique Tintoret.
La Vierge avec le petit Jefus , 4. pieds
de large fur 3. de Jean Caroto . Quelquesuns
le croyent du vieux Palme ou de Pietro
Mera.
Une tête de femme au naturel , de Felix
Brufaforci. Fij Ta122
LE MERCURE
Tableau de deux pieds & demi en
quarré , reprefentant du gibier & des
fleurs , de Felix Daifiori .
Jofeph & la femme de Putiphar , avec
un petit demon tenant un Alambeau, d'Orbetto
.
Le Sauveur languiffant , foutenu par un
'Ange . On croit ce Tableau du Schidoni
ou du Correge.
• La Vierge avec le petit Jefus & deux
Saints
DeuxTableaux , l'un de Pietro de la Vec
chia , & l'autre du Bambini.
Deux autres Tableaux dont on ne connoît
pas les Auteurs.
Tableaux de Peintres de l'Académie de
Verone encore vivans .
Nôtre Seigneur & la Madeleine , quatre
pieds de large fur trois , de Baleftra
.
Le Martyre de faint Georges , d'après
Paul Veronefe , de la même grandeur
que l'original , qui a 13. pieds de haut
fur 9. de large , par Michel- Ange Brunato
.
Le maffacre des Innocens de 35. figures
, 4. pieds & demi de large fur 3. du
Marchefini, Venitien .
Sainte Therefe avec l'Enfant Jefus ,
TaDE
JANVIER 1723.
Tableau ovale , du Torrelli , de Boulogne.
Denis de Syracufe au milieu de fon
Ecole , ovale de 6. pieds , de Brentana .
L'Amour & Pfiché , 4. pieds de large
fur 3. de Jean Brunato .
Venus en Egyptienne , qui dit la bonne
avanture à Adonis & autres figures , 7 .
pieds de haut fur du Ferrantini , de
Milan .
S.
Païfage avec de petites figures , 4.
pieds de large fur 3. du Calza , de Milan.
Tous ces Tableaux font actuellement
expofez dans les appartemens de l'Académie
, afin que chacun puiffe juger de
leur valeur , & s'affurer s'ils font originaux
des Peintres qu'on vient de nommer
Le Comte Bambaldo Bambaldi , Prefident
de l'Académie ; le Comte Gomberto
Giufti , Gouverneur , le Marquis
Scipion Maffei , Confeiller ; le Comte
Bevilacqua , Cenfeur ; le Marquis Horace
Sagramofo , Treforier , & le Comte
Jean- Baptifte della Torre , Secretaire ,
tous Officiers de l'Académie , entrez en
Charge au mois de Mai 1722. s'obligent
en leurs propres & privez noms , & fe
le
rendent garants du fond de la Loterie ,
& de la fidelité avec laquelle elle fera ti-
Fiij rée,
124 LE MERCURE
rée. Ce qui fe fera publiquement en pre
fence d'un Notaire .
D'abord que la Loterie aura été tirée ,
on enverra par tout des liftes exactes des
numero qui auront gagné.
Chaque billet coutera un Philippo de
Milan , autrement dix Jules , ce qui revient
à fept livres de nôtre monnoye d'à
prefent.
Nous inftruirons plus particulierement
nos Lecteurs , du nom des Banquiers à
qui il faudra s'adreffer , & furtout ce qui
regarde cette Loterie , quand nous aurons
reçu les lettres de Verone que nous attendons.
M. de Vvoolhouse qui a enfeigné aux
Etrangers à Paris , l'Art d'Ophthalmiatrie
depuis plus de 25. années avec applaudiffement
) fe trouve obligé , pour
des taifons importantes , d'avertir qu'au
cun Etudiant en Medecine , ni en Chi-
Turgie n'apprend fous lui , l'art d'Ocu
life , fans que le College ou Cours entier
de la Pathologie & des operations ophthalmiques
, ne foit paraphé de la main
propre , muni du cachet des armes du
Sieur de Woolhoufe , & accompagnez
d'un certificat fur du parchemin timbrễ,
enregistrez & verifiez chez quelque Notaire
de Paris , avec une fpecification dê-
V
taillée
DE JANVIER 1722 125
taillée des differentes operations manuelles
apprifes & faites par l'éleve intereffé ;
& avec le nombre des démonftrations ge
nerales qu'il auroit vû faire , par le fieur
de Woolhoufe pendant combien de tems
l'Etudiant auroit frequenté les leçons
a miniftrations & panfemens du Profef
feur , & fans omettre aucune des autres
particularitez intereffantes des noms ,
nations & qualitez des Ecoliers & de leurs
camarades détude , pour prévenir toute
furprife.
M. de Woolhoufe fait au commencement
de chaque mois , une démonſtration
generale de 300. differens maux
d'yeux fur les vivans , où un Medecin &
Chirurgien fenfé peut apprendre la plus
grande partie de la Pathologie oculaire &
les erreurs des Auteurs ( tant anciens que
modernes ) qui ont publié quelques Ouvrages
fut ce fujet ; ce qui eft abfolument
impoffible d'apprendre ailleurs qu'à Paris
, pendant tout le cours de la vie d'une
perfonne la plus appliquée. C'eft delà
que chaque nation fourmille d'empiriques,
qui debitent bien cher leurs eaux & autres
petits fecrets hazardez. da
La Republique des Lettres a fait unet
très- grande perte en la perfonne de M.
Pierre Varignon , natif de Caën , Prêtre,
Lecteur en Philofophie Grecque & Lati-
Fiiij ne
126 LE MERCURE
ne au College Royal , Profeffeur en Ma
thematique au College Mazarin , Penfionnaire
de l'Académie Royale des Sciences
, Membre de la Societé Royale de Londres
& de l'Académie de Berlin . Il mourut
à Paris dans le College Mazarin , prefque
fubitement le 23. Decembre dernier, âgé
de 67. ans , regretté de tous les Sçavans
& de tous ceux qui le connoiffoient.
LaChaire de Profefleur enMathematique
au College Mazarin , vacante par la mort
de M.Varignon, a été donnée par le Grand
Maître de ce College à M. le Caron .
On apprend de Rome , que le premier
jour de l'an , le Cardinal Ottoboni donna
la fête qu'il a coûtumne de donner tous
les ans à l'Académie des Arcadiens. On
y recita divers Poemes , & on y chanta
une belle Cantate . L'Abbé Tencin , qui
eft Membre de cette Académie , & tous
les Miniftres Etrangers , avec les Prelats ,
affifterent à cette fête , qui fut honorée
de la prefence de neuf Cardinaux. Il y
eut des rafraîchiffemens en abondance.
L'Académie Royale de l'Hiftoire à
Lifbonne a élû pour Académicien Provincial
de la Marche , ou Province de Guimaraens
, le Docteur François Xavier de
Serra-Krafbeck , Chevalier , Gentilhomme
de la Maiſon du Roy , & Corregidor
pour S. M. dans la même Province .
DE
JANVIER 1723. 12.7
a
On examina dernierement à l'Académie
Royale des Sciences à Paris , le deffein d'un
nouveau Moulin à poudre , dont Meffieurs
les Académiciens trouverent la
conftruction très- ingénieufe, très - naturelle
& très-fimple . Cette machine eft de
l'invention de M. Fougeau de Moralec ,
Commiflaire ordinaire de l'Artillerie..
Cet Officier eft connu dans la Republique
des Lettres , par les découvertes qu'il
faites dans la Phyfique & dans l'Hydroftatique
, & les Differtations fur dif
ferens fujets , qu'il a données au Public ;
& fait voir en fa perfonne , qu'on peut ,
fans déroger à la qualité de bon Officier,
cultiver avec fuccès les Sciences & les
beaux Arts. Dans la vifite qu'il a faite
autrefois de quelques Moulins à poudre
en Flandre & en France , il a été furpris
, en examinant leur conftruction ,
qu'on n'ait pas remedié jufqu'à prefent
aux embrafemens inévitables , qui les détruiſent
fi fouvent , & font perir en mê
me tems tant de bons Ouvriers , que
plufieurs années de fervice avoient rendus
habiles à compofer la poudre. Le re
mede à tant de fâcheux accidens
lui a pas parû impoffible ; il l'a cherché,
& fe flatte de l'avoir trouvé , en inven--
tant le nouveau Moulin dont nous venons
de parler. Ce Moulin aura toute la
F v fim-
و ت
ne
128 LE MERCURE
fimplicité des anciens , fans en avoir les
défauts , & cela de particulier entr'au
tres-chofes , que nos rivieres venant à
s'enfler , par la chute extraordinaire des
pluïes , ou à fe glacer , ou qu'il faille
reparer les parties de ce Moulin , expofées
à l'eau , ou aux injures de l'air , il ne
perdra point de tems pour cela , puifque
des chevaux en feront jouer les batteries
avec un égal fuccès. Ajoûtons à cela ,
que les Ouvriers , qui n'entrent dans ces
Moulins qu'en tremblant & que l'ap
préhenfion continuelle qu'ils ontd'y perdre
la vie , à l'exemple de tant d'autres ,
empêche d'y faire tout ce que leur de
voir exige d'eux , employeront defor
mais , fans crainte , tout le tems neceffaire
pour bien façonner les poudres , qui
fe trouveront par - là beaucoup meilleu
leures , qu'elles n'ont été jufqu'à prefent.
J
Le 20. de ce mois , M. Crevier , l'un
des Profeffeurs du College de Beauvais
prononça un difcours Latin fur le Sacre
de Sa Majefté . Son deffein fut de montrer
, que le Sacre avoit appris au Roy à
commander , comme Dieu commanderoit,
s'il gouvernoit les peuples par lui-même, s
au peuple à obéir au Roy , comme il
obéiroit à Dieu même , fi Dieu lui commandoit
immediatement. Cette idée fi fo
lide
DE JANVIER 1722. 129
lide & fi chrétienne fut maniée par l'O--
rateur , avec autant de Religion que d'éloquence.
M. le Cardinal de Noailles ,
& plufieurs Prelats , le Parlement , Protecteur
du College de Beauvais ; & un
grand nombre de Sçavans de toute forte,
qui y affifterent , parurent également fatisfaits
, & du fujet , & de la maniere
dont il fut traité. On diftribua en même
tems plufieurs pieces de Poëfie La
tine .
L'Académie Françoife fait fçavoir au
Public , que le vingt- cinquième jour
d'Août prochain , Fête de faint Louis
elle donnera le prix d'Eloquence fondé
par M de Balzac , de l'Académie Francoife.
Le fujet fera , Que rien ne mar
que plus de juftice & de fageffe dans un
homme , que l'aveu qu'ilfait de fes faufuivant
ces paroles des Proverbes
chap. 18. verfet 17. Juftus , prior eft aceufator
fui. Il faudra que le Difcours ne
foit que de demi -heure de lecture tour
au plus , & qu'il finiffe par une courte
Priere à Jefus- Chrift .
tes ,
On ne recevra aucun Difcours fans
une Approbation fignée de deux Docteurs
de la Faculté de Theologie de Paris
, & y refidant actuellement. +
Le même jour elle donnera le prix de
Poëfie , fondé par M. de Clermont de
F vj
Ton130
LE MERCURE
Tonnerre , Evêque & Comte de Noyon,
Pair de France , & l'un des Quarante de
l'Académie Le fujer fera , La décence
& la dignité que le feu Roy LOUIS
XIV. mettoit dans toutes fes actions . Il
fera permis d'y joindre tel autre fujet de
louange que chacun voudra , fur quelques
actions particulieres du feu Roy
ou fur toutes enſemble , pourvû qu'on
n'excede point cent Vers. Et on y ajoûtera
une courte Priere à Dieu pour le
Roy , feparée du corps de l'Ouvrage ,
& de telle mefure de Vers qu'on voudra.
Toutes perfonnes feront reçûës à com
pofer pour ces deux Prix , hormis les
Quarante de l'Académie qui doivent en
être les Juges.
Les Auteurs ne mettront point leur
nom à leurs Ouvrages , mais une marque
ou paraphe , avec un paffage de l'Ecriture
Sainte , pour les Difcours de Pro
fe & telle autre Sentence qu'il leur plaira
, pour les Pieces de Poëfie .
Ceux qui prérendront aux Prix , font
avertis que les Pieces des Auteurs qui fe
feront fait connoître , ſoit pareux-mêmes,
foit par leurs amis , feront rejettées & ne
concourront point ; & que tous Meffieurs
les Académiciens ont promis de fe recufer
eux- mêmes , & de ne pas donner leurs fuffrages
DE JANVIER 1723 . 1st
frages pour les Pieces , dont les Auteurs
Teur feront connus.
Les Auteurs feront auffi obligez de
remettre leurs Ouvrages dans le dernier
jour du mois de Juin prochain , entre
les mains de M. Coignard , Imprimeur
ordinaire du Roy , & de l'Académie
Françoife , rue Saint Jacques , & d'en :
affranchir le port ; autrement ils ne feront
point retirez.
Son Eminence M. Le Cardinal dus
Bois fut reçu le 8. Janvier Académicien
honoraire de l'Académie des Infcriptions
& Belles Lettres.
On apprend de Portugal que le fujet
principal de la conference de l'Académie
Problématique de Setubal , du dernier
Septembre , fut cette propofition : Si le
Docteur de l'Eglife S. Jerôme travailla
plus en enfeignant comme Maître , qu'en
apprenant - comme difciple. L'alternative
fut foutenue par le Docteur Victorine ,.
Victoriano de Amaral , & par D. Jofeph
de Faria Arraes. Dans la conférence du
30. Novembre dernier , on y lût un beau
Poëme à la louange du Roy.
EXPLICA
132 LE MERCURE
*******************
EXPLICATION des Types & Legendes
des Jettons frapez le 1. Janvier 17 23 .
U
TRESOR ROYAL.
N petit bois de Laurier , Legende,
Stabit honos & gratia vivax. L'honneur
& la grace y feront toûjours attachez.
PARTIES CASUELLES .
Une pluye qui tombe fur un champ
couvert d'épis. Legende , Cafu fit dition
Sa chûte le rend plus abondant.
CHAMBRE AUX DENIERS .
Le jardin des Hefperides avec quel
ques arbres chargez de fruits , & un
Dragon qui en défend l'entrée. Legende
, Aurumque dapefque , c'eft de l'or &
des mets délicieux.
BATIMENS DU ROY.
Le Château de Verfailles.. Legende ,
Nunc quoque Regia Solis . C'eft auffi prefentement
le Palais du Soleil.
ORDINAIRE DES GUERRES .
Un Lyon couché. Legende , Continet
afpectu ,
JETTONS DE
CASU
II.
FIT
DITIOR
LUD .X
IV
PARTIES CASUELLES
1723 .
CONTINET
ASPECTU
ORDINAIRE DES GUERRES
1723 .
HCNOS
ET L'ANNEE 1723
GRATIA
TRESOR ROYAL ·
1723
REX
VIVA
CHRISTIA
ISSIMUS.
RUMQUE
HONOS
VI
REGIA
SOLIS
NUNC
DE
TOULOUZE
CRESCIT
L'ALEXA DE
BOURBON
C
ADMIRAL
DE
R
PROLE
MARINE .
1723
NOVA
BATINENS DU ROY
1723.
III .DAPES
QUE
CHAMBRE AUX DINTERS
1723 .
BELL
V.
PACIS
QUE
EXTRAORDINAIRE
DES GUERRES .
1723 .
GALERES
DES
LE
CHEVALIER
D'ORLEANS
TRE
SOLUTAS
DEUSDEDIT
GALERES .
1723-
1
DE JANVIER 1713. $33
afpectu, Son afpect le fait craindre.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES .
Un Laurier. Legende , Honos belli
pacifque , Honneur de la guerre & de la
paix.
MARIN E.
Un Arbre , du pied duquel fortent
plufieurs rejettons. Legende , Crefcit
prole nova. De nouveaux rejettons l'augmentent.
GALERES .
Les vaiffeaux d'Enée changez en Nim
phes de la Mer. Legende , Deus dedit
ire folutas. Un Dieu leur a permis d'aller
kibrement par tout..
સંકેત
SPECTA
134 LE MERCURE
akakakakakak
L
SPECTACLES.
Es Comediens François ont com→
mencé cette nouvelle année 1723-
par la repriſe de la Comedie du Nouveau
Monde qu'ils avoient donnée pour
la premiere fois le 11. Septembre 1722.
le fuccès de cette piece auroit du engager
l'Auteur à fe faire connoître ; cependant
il ne l'a pas jugé à propos pour des rai
fons qui ne nous font pas connuës , &
que nous n'entreprendrons pas de penetrer.
On a d'abord donné dix- huit repreſentations
de cette Comedie , dont
aucune ne s'eft démentie. On les a interrompnës
forcement , par l'abſence de
quelques- uns des principaux Acteurs , &
par celle de tous les Danfeurs qui furent
employez à la Fête de Chantilly , pendant
le féjour que le Roy y fit , à fon retour
de Rheims . La reprife n'a pas été
moins heureuſe ; on a revû le Nouveau
Monde avec le même plaifir , & les cinq
reprefentations qu'on vient d'en donner
ont été des plus complettes.
Comme certe piece n'a pas encore été
dans les regles , dont les Auteurs & lés-
Comediens font convenus entr'eux , c'eftà
dire
DE JANVIER 1723. 135
à-dire au deffous de cinq cens cinquante
livres de recette ; il y a apparence qu'elle
eparoîtra pour la troifréme fois.
Nous nous contentâmes le mois de
Septembre dernier d'en donner un extrait
, tel que trois reprefentations nous
avoient permis de le faire .
Mais l'Auteur anonyme de la lettre
critique fur la Tragedie d'Athalie , nous
en ayant envoyé une feconde fur la Comedie
du Nouveau Monde ; nous avons
crû faire plaifir au ppuubblliicc en l'inferant
dans ce Mercure , pour lui prouver que
nous fommes prêts de lui tenir parole
dès qu'on nous la tient. Voici la lettre en
queſtion.
Lettre critique fur la Comedie du Nouveau
Monde , addreffée aux Auteurs
du Mercure
Je ne doute point , Meffieurs , que fe
filence que j'ai gardé pendant trois ou
quatre mois , ne vous ait mis en quelque
défiance fur la promeffe que je vous avois
faite de continuer mes differtations , &
de vous les communiquer pour en faire
l'ufage qu'il vous plairoit. Cette défiance
étoit d'autant mieux fondée , que je ne
devois garder le filence que fur les pie
ces dignes d'être laiffées dans l'oubli , &
non
136 LE MERCURE
non fur celles qui auroient paru avec quelque
diftinction , & qui auroient fait une
certaine impreffion fur l'esprit des spectateurs
, ou des lecteurs : ce font les propres
termes , dont je me fuis fervi dans l'efpece
d'engagement que j'ai contracté
avec vous. Le fuccès de la Comedie du
Nouveau Monde a été affez brillant
pour tirer fon Auteur de l'exception injurieufe
, dont je viens de parler , & fa
piece a fait trop de plaifir au public ,
pour être rejettée de vôtre Mercure. Je
Jui aurois plutôt accordé la place qu'elle
y meritoit , fi elle avoit plutôt été imprimée
; vôtre prudence , Meffieurs , m'a
fervi de regle , vous n'en avez donné
qu'un fimple extrait , & vous vous referviez
fans doute à en parler plus amplement
après l'impreffion. Je vous ar
prévenus , le public y perdra ; mais j'ai
dû vous tenir parole , c'eft à vous encore
une fois à faire l'ufage qu'il vous plaira
de l'execution de ma promeffe. Au refte
je fuivrai ici les conditions que je me ſuis
impofées. Je critiquerai à charge & à
décharge , je louerai & blâmerai felon
que la matiere de ma differtation l'éxi -.-
gera , & l'on trouvera ici le même ordre
que j'ai fuivi dans ma lettre fur Athalie.
J'y ajoûterai même quelque chofe de
plus . La Preface que l'Auteur du Nouveau
DE JANVIER 1723. 137
eau Monde a mis à la tête de fa piece ,
& qui en eft l'apologie , me donnera lieu
d'entrer avec lui dans une difcuffion plus
précife , & ce qui en refultera fera une
efpece de jugement contradictoire . Je
rappellerai , chemin faifant , ce qu'il allegue
pour la défenfe , & le public déci
dera entre lui & moi.
Prologue du Nouveau Monde.
Je commence par rendre juſtice à l'Auteur.
Son Prologue eft plein d'efprit ,
élegant & bien verfifié. Je l'attaque
pourtant par un endroit que la plupart
des Auteurs Dramatiques n'approuvent
pas ; c'eft qu'il eft trop analogue à la piece
, il y entre de plein pied , & merite
plutôt le nom de premier Acte que
de
Prologue.
•
L'Auteur me paroît trop inftruit des
regles du Theatre dans fa Preface , pour
de foupçonner d'avoir ignoré celle- la' ; if
a fenti auffi bien que moi le défaut que
je lui reproche. Mais comme la fcene de
fon Prologue eft dans les Cieux , il n'a
pas crû qu'il lui fut permis de donner une
piece , dont le premier Acte fe pafferoit
dans un endroit , & les trois Actes dans
un autre. L'unité du lieu y auroit été
trop vifiblement bleffée ; de deux défauts
"
138 LE MERCURE
Il a évité le pire , mais celui qu'il a adopté
eft toûjours un défaut.
SCENE I.
Aftrée.
Aftrée fait un monologue , dans lequel
elle nous apprend que Jupiter fon pere
lui fait efperer fon retour fur la terre.
Les vers de cette fcene font affez bons ;
mais la fcene n'a pas laiffé de paroître
froide & ennuyeufe , par le ton le ton plaintif
qui y regne du commencement à la fin .
SCENE II .
Aftrée , Mercure.
Mercure commence d'égayer le Profogue
, il fort du confeil des Dieux ,
Aftrée lui demande avec empreffement
des nouvelles de ce qui s'y eft paffé à ſon
fujer. Mercure lui répond qu'il n'a rien
à lui annoncer , & la raifon qu'il en don
ne , c'eft qu'Apollon qui a parlé après
lui l'a endormi par la fadeur de fon plaidoyer.
Je ne fçais fi l'Auteur a eu quelqu'un
en vue dans la Satyre qu'il a mife
dans la bouche de Mercure contre Apol
lon ; mais il me paroît qu'il s'eft critiqué
lui-même , puifqu'il nous donne dans
toute la piece ce qu'il reproche à Apollon
, c'eft à - dire beaucoup plus d'efprit
que de raifon. Je
DE JANVIER 1722. 139
Je ne veux pas dire par-là qu'il ne lui
arrive quelquefois de raifonner affez bien,
mais qu'il me permette de lui dire en
paffant que ce n'eft pas là fon plus fort
peut-être que la grande regle , dont il
fait tant de bruit , qui eft de plaire , luj
fait negliger celles qu'il ne croît pas fi
importantes. Il a vû par experience qu'une
piece femée de traits , fait plutôt fortune
qu'une piece trop exactement fenfée
; mais on peut prendre un juſte milieu
entre ces deux excès , on n'en fera pas
moins aimé , & l'on en fera plus eftimé,
En effet , n'eft- ce pas choquer le bon
fens , que de faire une deſcription ſi détaillée
, de ce qui s'eft paffé dans le con
feil , après nous avoir dit en termes formels.
J'en dirois davantage ;
Mais j'ai de tout le refte une confuſe image ,
De legeres impreflions.
Voici comme il prouve cette confufion
d'images , & cette legereté d'impref
hion. C'eft Mercure qui parle.
Au nom de paffions l'Amour prend la parole
Il prétend maintenir ce pouvoir fouverain ,
Qui comprend l'un & l'autre pole ;
Jupiter le careffe , & le menace envain ,
Il
140
LE MERCURE
Il en eft plus opiniâtre ,
Plus Jupiter le preffe , & plus il ſe défend
Quand nôtre fuperbe Marâtre ,
Dans cette humeur acariâtre ,
Que vous lui connoiffez ) de colere étouffant ,
Je n'y puis plus tenir , dit- elle ,
Qu'on faffe taire cet enfant ,
Et qu'on le remette en tutelle.
Le refte de cette narration n'eſt pas
moins détaillé , & donne un démenti à
Mercure.
L'Auteur croit peut-être avoir préve
nu l'objection , en difant un peu auparavant.
Dans de certains momens de fommeil plus leger
Certains mots m'ont frapé.
Mais cette précaution n'eft pas fuffifante
, un fommeil leger peut laiffer attraper
quelques mots , mais non pas une
action fi fuivie , & il auroit beaucoup
mieux valu que Mercure n'eut du tout
point dormi , que de lui donner un demi
tommeil peu naturel .
SCENE
DE JANVIER 1723. 140
SCENE III.
Jupiter , Aftrée , Mercure.
Jupiter vient inftruire Aftrée de ce
que le confeil des Dieux a réfolu en fa
faveur. Il lui apprend qu'elle va regner
dans un nouveau Monde , dont les habitans
feront paîtris d'un limon plus pur
que celui que Promethee employa à la
formation des premiers hommes , & qu'enfin
ils feront l'ouvrage de Jupiter même,
Il charge Mercure de leur éducation
Mercure n'accepte cet emploi qu'à contre.
coeur , fondé fur le peu d'honneur
qué fes premiers Eleves lui ont fait. Jus
piter le raffure , en lui difant que ce Nouveau
Monde fera inacceffible aux paffions
qui ont perdu le premier. Mercure lui
répond que l'Amour qui vient d'expofer
fes droits en plein confeil n'en voudra jamais
démordre ; Aftrée fe joint à Mer-
& protefte à Jupiter fon pere ,
que fi l'Amour entre une fois dans le
nouvel Empire qu'il lui deftine , il y jettera
le defordre. Jupiter diffipe fa frayeur
en lui apprenant que l'Amour a juré par
le Styx de n'y entrer que de fon aveu.
Aftrée ne doute plus de fon bonheur
puifqu'il dépendra d'elle même . Mais
tout cela ne raffure
pas Mercure , il eſt
cure ,
toûjours
42
LE MERCURE
(
toûjours de mauvaiſe humeur, & la poufle
loin qu'il donne des foupçons à Jupiter
; de forte que ce Maître des Dieux
lui donne la Raifon pour compagne de
fon voyage dans le Nouveau Monde ,
& pour furveillante éternelle. Mercure
en témoigne fon dépit par un à parte , &
fait connoître dans un court monologue
le plaifir malin qu'il auroit , que le petic
fripon d'Amour jouât d'un tour à Jupiter.
Je ne puis difconvenir que le plan de
Jupiter në foit très - bon & très - ſenfé ,
mais l'Auteur le dérange dans la piece
comme nous l'allons voir.
ACTE I.
SCENE I.
Mercure , la Raifon.
Le Theatre reprefente le Nouveau
Monde , Mercure l'expofe par ces vers.
Des mains de Jupiter cette terre eft l'ouvrage,
On la voit tous les jours fe peupler d'habitans,
De l'un & l'autre fexe , & même de tour
âge ,
Quoique formez en même temps.
Je demande d'abord à l'Auteur à quoi
fert cette difference de fexe dans un
Monde,
DE JANVIER 1723. 1433
Monde , où l'Amour ne doit jamais entrer
. Inutilité de la part de Jupiter : mais
cela tourne au profit de l'Auteur ; il avoit
befoin des deux fexes pour faire fa piece.
Autre faute de Jupiter , ou plutôt de
l'Auteur: C'eft le germe des paffions que
la nature a jetté dans les coeurs des habitans
du Nouveau Monde. Qoi ? ces
hommes paitris d'un fi parfait limon ; ces
hommes , l'ouvrage de Jupiter même ,
ont pourtant en eux le germe de tous les
maux. J'avoue que l'Auteur couvre ce
défaut avec un art infini . Voici comment
il s'exprime par la bouche de Mercure :
Eh ! que fert à ce Nouveau Monde
Ce rempart de rochers , l'un à l'autre enchaínez
,
Et ce vafte espace de l'onde ,
Dont fes bords font environnez :
L'Amour qui ne voit rien que fon pouvoir
n'embraffe ,
A bien dû rire entre fes dents ,
De voir fortifier les dehors d'une place ,
Dont il occupoit les dedans.
Il nous attendoit de pied ferme ;
Ses traits, quoiqu'inconnus , étoient déja vain
queurs :
Des paffions dans tous les coeurs ,
G Li
144 LE MERCURE
La naturé a jetté le germe.
Ces vers ont je ne fçai quoi de brillant
, qui me fait prefque croire que l'Auteur
n'eft pas tout - à -fait fi déraisonnable ;
d'où je conclus qu'il n'eft rien de plus
dangereux que l'éloquence.
que
Examinons un peu par où on pourroit
excufer ce que je viens de blâmer. Ne
feroit- ce pas que l'Auteur fuppofe que
la nature eft plus forte que Jupiter même
; dautant qu'elle n'eft autre chofe
l'ordre que tous les Dieux enſemble
ont établi , & que cet ordre une fois
árrêté doit être invariable , & tient lieu
du deftin ? il en pourroit être quelque
chofe , & l'Auteur pourroit bien l'avoir
penfé avant moi . Mais cela n'excufera
pas Jupiter ; il a dû prévoir en formant
nouveaux habitans l'inconvenient
dont Mercure vient de parler , & s'épar
gner la façon d'un Nouveau Monde
qui tôt ou tard ne vaudroit pas mieux que
le premier.
ces
Toute cette Scene fe paffe en difficultez
de la part de Mercure ; & en craintes
bien ou mal fondées de la part de la
Raifon. Mercure & la Raifon le retirent
voyant venir Terfandre , & Carite qui
s'aiment fans fçavoir , comme dit Merni
comment, ni pourquoi. cure ,
SCENE
DE JANVIER 1723 , 145
pas .
SCENE I I.
Terfandre , Carite.
Terfandre témoigne à Carite , que
tout ce qu'il y a de plus brillant dans les
Lieux qu'ils habitent , n'eft pas capable de
le fatisfaire , & qu'il la trouve plus belle
que toutes ces fleurs qui naiffent fous
leurs Carite lui répond , que c'eſt
fans doute un effet de l'amitié que Mercure
leur infpire dans toutes fes leçons .
Elle convient que la même chofe fe paffe
dans fon coeur & que ces lieux fi charmans
auroient bien moins d'attraits à fes
yeux , fi elle n'y voyoit point Terfandre.
Cette conformité de fentimens fait foupçonner
à Terfandre que ce qu'ils fentent
l'un pour l'autre eft quelque chofe de plus
que cette amitié que Mercure leur vante.
tant. La raifon qu'il en donne , c'eft que
cette amitié dont Mercure leur fait d'éternelles
leçons, n'admet point de préference ,
au lieu que celle qu'ils ontl'un pour l'autre,
donne l'exclufion à toute autre liaiſon.
SCENE III.
Terfandre , Carite , Euphrofine.
Euphrofine apporte à Terfandre un
nid qu'elle vient de trouver dans un
buiffon , & le prie de lui dire ce que c'eft.
Gij Terfan146
LE MERCURE
Terfandre lui répond , que Mercure lui a
dit feulement que cela s'appelle un nid ;
mais qu'il ne lui en a pas fait connoître
l'ufage .
SCENE IV.
La Raifon & les Acteurs de la Scene
precedente.
La Raifon , qui dans la premiere Scene
nous a fait connoître qu'elle vouloit
toûjours obferver fes difciples , vient interrompre
la converfation de Terfandre ,
de Carite & d'Euphrofine , de peur que
ce premier , naturellement curieux , ne
la pouffe trop loin . Elle fait plus , elle le
fepare de ces deux filles, de peur qu'il ne
les gâte. Cette feparation qui afflige Terfandre
& Carite fait plaifir à Euphrofine,
La Raifon lui demande. le fujet de la
joye qu'elle témoigne ; elle lui répond,
que c'eft que Carite perdra plus qu'elle à
cette feparation , dont Terfandre eft fi
affligé . La Raifon connoît par là que lạ
jaloufie s'eft déja emparée du coeur d'Euphrofine
, & c'eft ce qui acheve de la déterminer
à feparer Terfandre de ces deux
Amantes fecretes .
SCENE V. ET VI..
Terfandre fe plaint à Mercure de la feverité
de la Raifon , Mercure apprenant
qu'un
DE JANVIER 1723 . 147
qu'un fimple nid eft la caufe de la punition
de Terfandre , dit dans un petit a parte
la Raifon gatera tout pour
être trop que
fevere.
Il faut avouer que l'Auteur a bien
pris foin de mettre Mercure dans fes intereſts.
Ce Dieu ne fait pas un pas , & ne
dit pas un mot qui ne foit à la décharge
de l'Auteur. C'est Mercure qui établit
les paffions dans le germe ; c'eft Mercure
qui fait entendre que Jupiter n'a pas le
fens commun ; c'eft Mercure qui condainne
toutes les démarches dela Raiſon ;
enfin , c'eft Mercure qui fait la piece ; de
forte que l'Auteur n'a plus qu'à mettre
fur chaque Scene cette couche de fard ,
dont il parle dans fon Prologue , pour
nous faire prendre le faux pour le vrai
le mauvais pour le bon , & le Sophifmet
pour l'argument en forme. Voici un
exemple de ce fard , dont dont il eft quef
tion : c'eft Mercure qui parle à Terfandrey
au fujet du defir immoderé de fçavoir.
Et c'eft pour vôtre feul repos , i
Que je veux vous ôter cette envie impru
dente ,
Ce defir de fçavoir eft une fiévre ardente
Qui vous confume jufqu'aux os ,
Croyez- moi , laiffez-là l'importune fciences
Giij
Un
748
LE
MERCURE
1
Un defir par un autre eft fans ceffe excité ,
Et ce n'eft que dans l'ignorance
Qu'on trouve la felicité .
Qui ne feroit tenté aprés , ce pompeu
& élegant éloge de l'ignorance , de brûler
tous fes livres , de renoncer à ſa raifon
, & de vouloir même oublier tout
ce qu'il a appris par tant de foins , & tant
de veilles. Cependant dequoi s'agit-il entre
Terfandre & Mercure ? d'un pauvre
petit nid que le hazard a fait trouver dans
un buiffon . L'Auteur me répondra que ce
nid ayant obligé la Raifon à feparer Terfandre
de Carite , lui perfuade qu'il renferme
quelque myftere. Je conviens qu'il
importe à Mercure de ne lui pas reveler
ce myftere ; mais cela n'engage pas ce
Dieu à lui vouloir perfuader que la
fcience eft un mal , & que l'ignorance
eſt un bien ; il y a un temperamment à
prendre & c'est ce jufte milieu qui
donne le veritable prix à toutes choles ;
ma's les gens d'efprit veulent employer
cet efprit par tout , & croyent avoir
perfuadé quand ils ont ébloui. Je m'arrête
un peu trop à ce premier. Acte , je
pafferai plus legerement fur ce qui nous
>
en refte à voir.
SCENE
DE
JANVIER 1723. 149
SCENE VII.
Mercure , Terfandre , Alcidamas.
Alcidamas entre fur la Scene en s'applaudiffant
, une malfue en main , d'avoir
répandu l'effroi par tout : c'eſt le
caractere le plus fauvage qu'on puiffe
nous donner. L'Auteur tâche de le juftifier
dans la Preface , en nous difant, qu'il
ne l'a donné tel que pour mieux faire
triompher l'Amour , & que d'ailleurs ce
penchant à faire du mal n'eft que trop
naturel aux hommes , puifqu'il regne
même dans les petits enfans. En verité
n'eft- ce pas nous donner un excufe la plus
fophiftique qui fût jainais ? Suppofe. t'il
qu'Alcidamas n'eft qu'un enfant , lui qui
ne fait de mal qu'avec connoiffance de
caufe , & pour le feul plaifir d'en faire ?
Voici comment il s'explique parlant à
Mercure :
Et comptez-vous pour peu de chofe
Le plaifir de faire du mal ?
Un enfant fent du plaifir à faire du
mal ; mais il le fait prefque fans le connoître
, ou du moins fans l'appretier . Alcidamas
quitte Mercure fort irrité contre
lui , & en fouhaitant qu'il fut mortel
pour tirer vengeance de la correction
G iiij qu'il
LE MERCURE
qu'il vient de lui faire. Mercure annonce
à Terfandre qu'Aftrée va defcendre des
Cleux , & lui ordonne de s'aller mettre à
la tê e de tous les habitans du Nouveau
Monde pour recevoir dignement la fille
du plus grand des Dieux .
,
Je ne dis qu'un mot de deux Scenes ,
qui font comme détachées de l'action
principale. Celle du Poëte eft très - mauvaife
auffi l'Auteu l'a-t'il retranchée
dès la premiere repreſentation , où elle
fut affez mal reçûë ; mais en revanche
celle de la Coquette me paroît parfaite
dans fon genre . J'avouë que cette coquetterie
dans le germe eft un peu trop pouffée
; mais il faut un peu charger en fait
de Comedie , fi l'on ne veut s'expofer à
ne plaire que mediocrement .
Aftrée arrive. Les Nymphes qui la fuivent
chantent la douceur de l'innocence
qui regnoit dans le fiecle d'or. Cela forme
le premier intermede qui n'a pas paru
à beaucoup près auffi picquant que le fecond
& le dernier.
Carite, les larmes aux yeux , vient implorer
la clemence d'Aftrée , pour un
erfant que des Dauphins ont fauvé de l'a
fureur des flots ; c'eft ici où la piece
commence à prendre couleur. Les fpectateurs
devinent que c'eft l'Amour
s'attendent à avoir du plaifir ; l'Auteur
qui
&
DE JANVIER 1723. FSI
qui leur en promet dès ce moment , leur
tient parole dans la fuite. Aftrée confent.
à fecourir cet enfant , & invite tous fes
nouveaux fujets à exercer
à fon exem
ple , les faints droits de l'hofpitalité.
ACTE I I.
SCENE I.
Mercure , la Raifon.
Mercure & la Raifon commencent le
fecond Acte comme ils ont commencé
le premier : c'eft un défaut que je
ne remarque qu'en pallant. Cette premiere
Scene eft une des plus hardies de
la piece , & par confequent une des plus
dignes de cenfure ; Mercure y montre un
fouverain mépris pour la Raifon , parce
qu'elle eft un peu trop allarmée de l'empreffement
avec lequel tous les habitans
du Nouveau Monde courent après l'enfant
qu'on vient de fecourir par l'ordre
d'Aftrée. Ce Dieu mordant & fatyrique
n'entreprend pas moins que de lui prouver
qu'elle raflemble tous les défauts , &
que, felon lui , elle devroit être bannie du
commerce des mortels. Il eft vrai , comme
l'Auteur le dit fort bien dans fa Preface:
que ce trait qu'il lâche contre elle
à bout portant, n'eft que conditionnel ,
& qu'après avoir dit.
Quiz
3.52
MERCURE LE
Ouy du commerce des mortels ,
La Raifon felon moi devroit être bannic ,
Il ajoûte fagement.
Quand elle veut regner avec trop de rigueur.
Mais que l'Auteur me permette ici de
lui demander quelle efpece de Raiſon
Jupiter a envoyé dans le Nouveau Monde
N'eft- ce pas celle que Mercure definit
fi bien par ces vers ?
Qu'est ce que la Raifon ? c'eft le flambeau de
l'ame ,
Qui lui fait difcerner & le bien & le mal ; 阚
Pour le premier il faut qu'elle s'enflâme
,
Qu'elle eft pour le dernier un dégoût fans
égal , & c .
Voilà quelle doit être la Raifon que
Jupiter a envoyée dans le Nouveau Monde.
Cependant celle à qui Mercure dit
des injures , eft toute differente de celle
qu'il définit. Voici les quatre vers qu'il
ajoûte :
Cependant en ces lieux , quel deffein eft le
vôtie ?
Vous voulez qu'on ne fçache rien .
Et comment fuir le mal. Comment aimer le
biene
Sans
DE JANVIER 1723. 153
Sans connoître ni l'un ni l'autre.
Il eſt tout évident qu'on ne fçauroit
aimer ni haïr ce qu'on ne connoît pas ;
doncques la Raifon qui ordonne deux
chofes impoffibles , eft fouverainement
déraisonnable ; doncques ce n'eft pas
celle que Jupiter a dû envoyer dans le
Nouveau Monde.
Cet argument de Mercure a quelque
chofe d'éblouiffant ; mais ce font de ces
chofes qu'il ne faut pas preffer. La réponſe
de la Raifon eft à peu près du
même ordre ; Mercure y paroît pourtant
embarraflé , & fe contente de dire.
Le temps réfoudra le problême.
Nous voilà débarraffez de tout ce
qu'il y a d'épineux ; ce qui nous refte à
voir eft femé de fleurs ; auffi a -t'il fait le
fuccès de la piece . L'Amour eft amené
par la Raifon devant Aftrée. Il témoigne
fon averfion pour elle ; Mercure lui paroft
aimable , il fe met fous fa protection
. Cela donne lieu à une Scene entre
cet enfant prétendu & Mercure , qui m'a
parue très fine . En effet l'enfant lub
parle d'une maniere , qu'il femble lui dire
Je fuis l'Amour , & cependant Mercure
le prend toûjours pour un enfant ordinaire.
Mercure ouvre enfin les
·
yeux , OLL
G vj
diz
IS4 LE MERCURE
du moins il fait entrevoir aux Spectateurs
, qu'il a de violens foupçons de la
verité.
La Scene qui fuit celle dont je viens
de parler n'eft pas moins délicate ; &
j'avoue qu'elle a quelque chofe de plus
picquant. L'enfant enfeigne les premiers
élemens de l'art d'aimer à Carite & à
Terfandre , & tout cela d'une maniere
fi ingenieufe de la part de l'Auteur ,
que les Spectateurs font grace à tout le
défectueux , qui a occafionné le plaifir
qu'il leur fait d'où je conclus , qu'il
faut paffer quelque chofe aux Auteurs ,
afin qu'ils nous faffent plaifir..
Mais je m'apperçois que je deviens l'Apologifte
de la Comedie du Nouveau
Monde , au lieu d'en être le Cenfeur ;
j'avoue ma foibleffe ; je fuis plus ſenſible
au bon qu'au mauvais ; cela ne m'empêche
pourtant pas de déclarer hautement;
qu'il y a beaucoup de défauts dans cette
Piece , furtout dans le premier Acte ,
quoique je le tienne mieux écrit
deux fuivans .
que
les
Enfin l'Amour fe fait connoître à Altrée
, à Mercure & à la Raifon . Cette
derniere ne peut foûtenir fa prefence ;
elle remonte dans les Cieux , Mercure y
vole après elle , pour la ramener dans ie
nouveau Monde ; mais avant que de
quitter
DE JANVIER 1723.
15. T
quitter Aftrée , il lui dit qu'il vient de
s'avifer d'un ftratag ême dont elle doit
beaucoup efperer .
ACTE IIF
Le ftratagême dont Mercure a parlé à
Aftrée , c'eft de marier l'Amour avec la
Raifon , rajeunie par Hebé , & embellie
par Venus. Quoique cela foit un peu tiré
, il ne laiffe pas de faire honneur à
l'imagination de l'Auteur. Je l'aurois défié
de dénotier fa piece fans ce dernier
expedient de Mercure. La jeune Raifont
paroît d'abord voilée , elle parle un nouveau
langage à l'Amour , qui ne laiffe
de l'outrager , en lui donnant les noms
injurieux , de vieille , laide , guenon. La
Raifon pardonne ces injures à fon aveuglement.
Voici comment elle s'exprime..
A ton erreur je les pardonne ;
pas
Apeine connois tu mon veritable nom :
Mais, guenon, vieille , laide ; apprens que ce lang
gage
Eft auffifaux qu'injurieux :
Ya , tu ne m'as jamais , jegagè,,
Regardée entre les deux yeux.
Le fens allegorique de ces deux der
niers Vers me paroît admirable. Enfin la
Raifon
156
LE MERCURE
Raifon leve fon voile au défi que l'Amour
lui en fait ; mais elle ne le leve .
qu'après avoir elle - même écarté le bandeau
qui couvre les yeux de l'Amour. A
peine l'Amour a-t'il vû la Raifon , qu'il
paroît frappé de fa beauté , & qu'il brûfe
de s'unir avec elle , autre fens allegorique
qui ne doit rien au précedent.
Quelques louanges que je donne ici à
P'Auteur , je ne fçaurois m'empêcher de
lui dire , qu'il a multiplié les êtres fans
neceffité. Pourquoi fait-il bleffer l'Amour
de fes propres traits la feule vûë
de la Raifon n'a - t'elle pas fuffi pour la
lui faire aimer la plaifanterie du contrat
qui fait peur à l'Amour , me paroît
tout- à-fait hors d'oeuvre ; elle a fait rire ;
mais c'eft tant pis pour les rieurs .
de
L'Amour bleflé de fes propres traits .
en voulant bleffer la Raiſon , lui demangrace
; Mercure qui furvient , ſe propofe
pour mediateur entr'eux ; muni d'un
plein pouvoir , il les marie ; & par cette
union de l'Amour avec la Raifon , il met
dans tout fon jour la verité Philofophique
que l'Auteur s'eft propofée , comme
il nous dit dans fa Preface ; fçavoir, que
les paffions n'étant nuifibles à l'homme que
par le mauvais ufage qu'il en fait , contribueroient
à fon bonheur , fi elles étoient
réglées par la Raison.
Je
DE JANVIER 1723. 157
Je ne vous en dis pas davantage , Mefheurs
, de peur que cette Differtation
étant trop longue , comme celle d'Athalie
, ne foit coupée en deux parties , de
même que la premiere l'a été. Vous me
ferez plaifir de la mettre toute entiere
dans un feul Mercure . J'ai l'honneur d'ê
tre , & c .
On a joué fur le même Theatre le 2-
de ce mois , la Tragedie de Cleopatre ,
ou la mort de Marc- Antoine , de M. de
la Chapelle , de l'Académie Françoiſe ,
Piece remife au Theatre , & que le Public
a vûe avec beaucoup de plaifir . Elle
fut reprefentée fur le Theatre de Guenegaud,
dans la nouveauté, au mois de Dey
cembre 1681. & jouée 19. fois.
›
·
Le 13. Janvier on a donné la premie
re reprefentation de la Tragi Comedie
, en Vers & en trois Actes , avec un
Prologue & un divertiffement à la fin ,
intitulée Bafile & Quitterie , par M.
Gautier , jeune homme , dont voici le
premier Ouvrage. Il a pris fon fujet dans
Dom Quichot , & l'a traité d'une maniere
trèsfenfee & très - methodique ; en forte
que ce Pceme pourroit bien faire honneur
à un Auteur d'une reputation déja
acquife par d'autres ouvrages , ce qui fait
beau158
LE MERCURE
beaucoup efperer des talens , du genie &
de la maniere d'écrire de M. Gautier. Le
Public a fait d'abord un accueil affez
diſgracieux à cette Piece ; mais ceux qui
ont porté des jugemens précipitez , chantent
la palinodie , & on lui rend tous les
jours plus de juftice. Nous en parlerons
plus au long.
Le 22. de ce mois , les mêmes Comediens
ont remis au Theatre la Tragedie
du Comte d'Effex , qui a fait très grand
plaifir au Public . Le fieur Baron & la Dile
Lecouvreur y ont reprefenté les principaux
rôles. Quoique cette Actrice jouë
celui de la Reine Elizabeth pour la premiere
fois , elle y brille extrêmement. La
D'le Labat a joué dans la même Piece le
rôle de la Ducheffe d'Irron avec applaudiffement.
Cette jeune Actrice a déja
joué quelques rôles d'amoureufes Comiques
avec beaucoup d'intelligence & de
nobleffe. Elle a chanté quelques Couplets
de chanfons dans la Comedie du Nouveau
Monde , & elle y a danfé avec beaucoup
de vivacité ..
L'Académie Royale de Mufique à ceffé
les reprefentations de Perfée , pour
donner l'Opera nouveau de Piritheus ,
dont nous parlerons le mois prochain.
Les
DE JANVIER 1723 . Is
Les Comediens Italiens ont reprefenté
le 15. de ce mois la Comedie nouvelle
Arlequin au banquet des fept Sages ,
par
l'Auteur de Timon . Cette Piece eft
en Profe en trois Actes , avec un Prologue
& des divertiffemens.
On apprend de Naples , que
que le 9. de
l'autre mois on reprefenta pour la premiere
fois , fur le Theatre de S. Barthelemi
, un Opera intitulé , Partenope , qui
attire un concours prodigieux de Spec--
tateurs .
NOUVELLES ETRANGERES .
De Conftantinople , ce 4. Novembre 17 22.
It
L paroît ici que les peuples , & furtout
les troupes , fouhaitent fort une
nouvelle guerre. La Porte fait de grands
préparatifs pour le Printemps prochain .
On ne fçait pas encore la deftination de
ces armemens immenfes ; on ne conjecture
pas que cela puiffe regarder la Ruffie,
le Czar n'ayant pas pouffé fort loin ſes
conquêtes dans fon expedition de la mer
Cafptenne , & n'ayant laiffé que peu de
troupes dans les places qu'il a foumiles .
On prétend même que fon Refident a
fait
160 LE MERCURE
*
fait connoître clairement au Grand Vifir
, que Sa Majefté Czarienne n'avoit
d'autre deffein , que de reduire
les Tartares du Dagheftan , & n'avoit
jamais pensé à aucune entreprife , qui,dût
donner de l'ombrage au Grand Seigneur
Depuis le retour d'Achmet- Aga , qui
avoit eté envoyé en Perfe , il y a euune
conference entre le Grand Vifir , le Mufty
, le Kiaya , & le Rei-Effendi , ou
Grand Trelorier , où le Refident de Ruffie
a été appellé , & a rendu raifon des
bonnes intentions de fon Prince .
Le Porte- Sabre du Grand Seigneur ,
eft à preſent fi favorifé de fon Souve
rain , qu'on croit qu'il lui donnera une
de fes filles en mariage.
Le Roy de Perfe a écrit une lettre de
reproches au Grand Seigneur , au fujer
du fecours qu'il lui refufe dans les malheurs.
Les Rebelles continuent le fiege
d'Ifpahan.
LE
De Mofcou , ce 6. Decembre.
Es troupes qui ont fuivi le Roy dans
on expedition de la mer Cafpienne ,
font de retour à Aftracan : elles ont reçu
des ordres pour tetourner dans leurs anciens
quartiers. On a envoyé un contre
ordre à celles qui avoient été mandées)
ds
DE JANVIER 1723. 167
de l'Ukraine . La declaration de Sa Majefté
Czarienne , pour faire prêter ferment
de fidelité & d'obéïffance à celui
qu'il lui plaira de nommer pour fon fucceffeur
, a été envoyée au Confiftoire de
l'Eglife Reformée des Hollandois établis
à Mofcou ; ils l'ont tous fignée , & prêté
le ferment requis . La nouvelle fonderie
de canons d'Olonitz a parfaitement
réiiffi , & on difpofe tout pour commencer
les autres établiffemens de Manufactures
, que le Czar a refolu de former dans
differentes Villes de fes Etats . On alaiffé
quinze cens hommes de garnifon dans
Derbent , avec ordre de conftruire une
fortereffe fur une hauteur qui commandela
Ville, qu'on appellera l'Exaltation de
fainte Croix .
On mande de Belgorad , que les Tartares
menacent cette Province d'une invafion
, apparemment pour en enlever les
habitans , fuivant leur coûtume.
,
Le Comte de Golofkin , Lieutenant
General des Armées du Czar , arriva
d'Aftraçan le 24. Novembre , chargé de
faire des recruës , & de rendre tous les
Regimens complets . L'Amirauté a reçu
de femblables ordres pour ce quila concerne
& on prépare à Petersbourg & à
Cronflot des armemens de immer confiderables
pour la campagne prochaine.
Les
162 LE MERCURE
Les Generaux Tubeskoy & Allard ont
reçu ordre de le mettre en inarche vers
F'Ukraine avec les troupes dont ils ont le
commandement.
Le Czar a accordé aux Hollandois
qui font établis à Riga , la permiffion d'y
bâtir une Eglife , & d'y tenir une Ecole
pour l'inftruction de leurs enfans.
De Varfovie , ce 1. Janvier.
Ous les Titres que le Roy a poûr-
Trus
vus de Charges & Benefices , vacans
dans le Royaume , ont prêté les
fermens ordinaires , à la referve du Referendaire
de la Couronne , qui a refu
fé le Palatinat de Kalisk . Quelques Grands
avoient propofé au Roy , de convoquer
la Dierte à cheval , mais Sa Majeſté l'a
refufée.
On expedie les Univerfaux pour l'Affemblée
des Diettes de relation. Le Grand
General de la Couronne & le Palatin de
Kiovie , devoient , pour une querelle particuliere
, fe battre à coups de piſtolet ;
mais ils ont été accommodez par le nouveau
Primat du Royaume , qui eft parti
pour Varmie , après avoir rendu vifite au
Nonce du Pape , qui a dreffé fes informations
de vie & moeurs , pour les envoyer
à Rome , à la Congregation de
de
DE JANVIER 1723. 16;
de l'examen des Evêques. On croit le
départ du Roy pour fon Electorat de Saxe
, differé jufqu'au Printemps prochain,
Le Commandant de Kaminieck a reçu
ordre de faire travailler aux fortifications
de cette Place , & on doit lui remettre
inceffamment les fonds neceffaires
pour achever ces travaux .
Ôn travaille à contenter provifionnellement
le Czar & le Roy de Pruffe , fur
les memoires préfentez par leurs Miniftres
, attendu que le differend dont il
eft queftion , ne peut fe terminer entie
rement que dans une Diette generale.
De Stokolm , le 17. Decembre.
Ous les Colleges fe font affemblez
déli-
Tdans la Salle des Nobles , pour
berer fur les affaires qui doivent être por
tées devant la prochaine Affemblée des
Etats du Royaume. On prétend que les
habitans de la campagne , qui ont droit
d'y députer , font dans la difpofition
d'offrir un pouvoir abfolu au Roy & à la
Reines mais que le Clergé ne partage.
point ces fentimens de profonde obéïlfance
. Les principales affaires , qui doivent
être traitées dans la Diette des Etats,
font les differens moyens propofez pour.
acquitter les dettes du feu Roy Charles
XII.
162 LE MERCURE
XII. tant celles contractées dans les Pays
étrangers , que dans l'interieur du Royaume
; ce qu'il conviendra faire pour regler
la fucceffion future à la Couronne
à quoi on fixera les troupes qu'il eft neceffaire
d'entretenir pour la défenſe du
Royaume ; quelles mefures on prendra
pour pouvoir affembler en huit jours une
Armée de vingt mille hommes , lorſqu'on
y fera contraint par des circonftances imprévûës
; décider s'il ne feroit pas convenable
d'avoir au Printemps prochain
une Efcadre de quinze vaiffeaux de
guerre
dans la mer Baltique , & confentir à
l'aliénation de certains Domaines appartenans
en Allemagne à la Couronne de
Suede , pour employer le prix de la vente
au payement des dettes de l'Etat.
De Vienne , ce 3. Janvier
'Empereur étant le 2. de Decembre
Làla chaffe du Sanglier , & s'étant
écarté des Seigneurs de la Cour , fut at
taqué par un de ces animaux , qui irrité ,
par des bleffures qu'il avoit reçues , mettoit
la vie de Sa Majefté Imperiale en
danger mais deux Cavaliers accoururent
à propos pour la garantir du peril ,
& tuerent le fanglier.
On débite que l'Empereur a refolu de
traiter
DE JANVIER , 1723 165
traiter dorénavant le Duc de Mexelbourg
avec plus de douceur , pour faciliter
l'accommodement de ce Prince avec
la Nobleffe de fes Etats .
On mande de Ratifbone , que le 10,
Decembre le College des Princes & Electeurs
de l'Empire , s'étoit affemblé extraordinairement
; qu'il avoit été arrêté
de remercier l'Empereur des foins qu'il
prenoit des interêts communs de l'Empire
, & qu'il confentoit à l'infeodation des
Etats de Parme & de Tofcane , pour l'In
fant d'Espagne Dom Carlos , au défaut de
fucceffeurs mâles , de chacune des deux
Maifons de Farnefe & de Medicis ; ainfi
rien n'empêchera deformais l'ouverture
du Congrès de Cambray , où l'on doit
traiter les points qui restent à regler entre
l'Empereur & le Roy d'Espagne
conformément à l'Article V. du Traité
de la quadruple alliance.
L'on affure que l'Empereur a confenti
d'accorder l'inveftiture des Duchez de
Brême & de Werden au Roy d'Angleterre
, comme Electeur de Brunswich.
Les Etats du Royaume de Bohéme ont
accordé un fubfide d'un million de Rifdales
, pour les frais du voyage de leurs
Majeftez Imperiales , & pour les reparations
de leur Palais de Prague , & les
Etats de la Baffe- Autriche ont confenti
de
166 LE MERCURE
de payer trois cens mille florins , deftinez
દે reparer les fortifications de Brifack &
de Fribourg
.
De la Haye ce 18. Janvier.
Es Etats de Hollande & de Veft-
Lphrife demeureront affemblez jufqu'au
23. de ce mois ; ils ont travaillé
dans leur affemblée à chercher des moyens
pour anéantir les taxes réelles , & perfonnelles
de l'année 1723. Mais on ne
croit pas que leurs bonnes intentions puiffent
reüffir , à caufe des difficultez qu'ils
ont rencontrées de la part de certaines
Villes.
Les Intefferez de la Compagnie des Indes
Orientales ont de frequentes conferences
, au ſujet des avis qu'ils ont reçûs
que l'Empereur avoit enfin confenti à
l'établiffement d'une nouvelle compagnie
des Indes à Oftende.
Le fieur de Chambery , chargé des
affaires de France , a remis aux députez
des Etats Generaux une lettre du Roy
très- Chrétien , où il leur fait part de la
mort de Madatne , Ducheffe Douairiere
d'Orleans , ſa bifayeule & grande tante.
Le lendemain leurs hautes Puiffances réfolurent
de répondre à cette lettre , &
de faire leur compliment de condoleance.
Les
DE JANVIER 1723. 167
Les Provinces de Hollande , de Zelande,
d'Utrect & d'Overiffel ont rejetté
la propofition d'élire pour leur Stathouder
le jeune Prince de Naflau Dich . Le
Roy de Suede a écrit depuis peu en ſa
faveur aux Etats Generaux.
Il y a eu ici le trois & le quatre Janvier
une tempête terrible , qui fit peric
trois navires à la hauteur de Scheveling,
& cinq près du Texel. Un bâtiment
Ecoflois échoüa fur les fables de Tesher .
On croit que le Paquebot d'Angleterre a
fait auffi naufrage près de Kerwich , où
on l'a vu dans un danger preffant , &
hors d'état de recevoir du fecours.
Les Etats de Hollande continuent
leurs déliberations fur l'état de guerre
qui a été communiqué aux Etats Generaux
par le Confeil d'Etat. On y propofe
de mettre les troupes de la République
fur un meilleur pied qu'elles ne font aujourd'hui
, de faire des fonds pour reparer
Nimegue , Zutphen , Doefbourg ,
Maft ick & Bofle-Duc , d'augmenter les
troupes de l'Etat , qui ne font compofées
que de trente- un mille fept cent quarante-
huit hommes , y compris deux
mille Suiffes à la folde de la République
Les Colleges des Amirautez refpectives
propofent auffi de rétablir la Marine.
H De
168 LE MERCURE T
De Londres , ce 15. Janvier.
E General Tafton alla le 17. Decembre
à la Tour faire la revûë des
foldats qui y font en garnifon ; on caffa
tous ceux qui avoient moins de cinq pieds
de hauteur , le Roy ayant declaré qu'il
n'en fouffriroit plus de cette taille dans
le Regiment de fes Gardes. Le 22. le
Roy tint un Confeil d'Etat , & numma
les Scherifs des Comtez du Royaume
pour l'année 1723 .
L'execution de mort de l'Avocat Leart
a été ſurfiſe d'abord jufqu'au deux , &
enfuite jufqu'au trente de Janvier prochain
. On compte qu'il découvrira tout le
myftere de la confpiration . On dit que fon
épouſe a déja remis au Lord Townſend
Secretaire d'Etat , une caffette de papiers
qui renferme tout le fecret des conjurez.
Les apparences font que ce criminel obtiendra
fa grace du Roy pour prix de fes
découvertes.
teret
,
On a faifi par Ordre de Milord Car-
Secretaire d'Etat , tous les exemplaires
d'un écrit , intitulé les avis du
Parnaffe pour le mois de Novembre ; on
en recherche l'Auteur.
M. Huwknis , Ingenieur de la Tour ,
doit partir inceffamment pour la Jamaïque
DE
JANVIER 1723. 169
que avec les quatre vaiffeaux qui doivent
y porter tout ce qui eft neceffaire pour
reparer le dommage caufé par la tempête
du mois d'Octobre dernier.
M. Erle , fameux Apoticaire de Londres
, s'eft coupé la gorge le jour de Noël,
& dans la même femaine fon exemple a
été fuivi par cinq autres perfonnes ennuyées
de la vie.
Suivant l'extrait des Regiftres des Paroiffes
de cette Ville , il eft né pendant
le courant de l'année derniere dix huit
mille trois cens trente - neuf enfans , & il
eft mort vingt- cinq mille fept cens cinquante
perfonnes.
De Lisbone , ce 22. Decembre.
E Tribunal de Relation rendit le
Lfept
Decembre une
Sentence qui
adjuge à la Ducheffe de Lafocas le titre
d'Alteffe , & les mêmes honneurs dont
joiiffoit dans le Royaume le feu Duc ,
fon époux. Le 8. le Prince du Brefil &
les Infans reçûrent dans la Chapelle de
la Reine l'habit du Tiers - Ordre de Saint
François , qui leur fut adminiftré par le
R. Pere Commiffaire General de l'Crdre
qui avoit été mandé pour cette ceremonie.
M. le Duc de Mendoça , Secretaire
Hij
d'Etat
170 LE MERCURE
d'Etat a eu le 9. Decembre une longue
conference avec l'Ambaffadeur d'Eipagne
, concernant quelques affaires de
Marine .
Les principaux de la Secte des Juifs
travaillent fecretement dans differentes
Provinces à faire des Profelites. L'Inqui
fition pour obvier à ce mal a fait arrêter
plufieurs perfonnes fufpectes .
L
De Madrid , ce 6. Janvier.
E Roy a ordonné que les Douanes ,
qui cy-devant étoient dans les Ports
& Places qui font frontieres du Royaume
de Navarre , de la Seigneurie de Biſcaye
& des Provinces de Guypufcoa , &
Alaba , feront rétablies dans les mêmes
Villes & Ports .
Le détachement des troupes de la Maifon
du Roy , nommé par Sa Majesté
pour aller fous les ordres du Duc d'Ollone
recevoir la Princeffe d'Orleans , future
époufe de l'Infant d'Efpagne Don
Carlos, partit de Madrid le 16: Decembre
pour fe rendre à Iron , fur la frontiere
de France , où cette Princeffe doit
arriver le trente du même mois.
La Princeffe des Afturies a été incommodée
pendant quelques jours d'une érefipelle
à la tête , mais fa fanté s'est trou-
νές
DE JANVIER 1723. 171
vée entierement rétablie après quelques
faignées.
On écrit de Barcelone que les troupes
qui ont campé pendant quelques femaines
aux environs de la Ville , en font
parties le 11. Decembre , fous l'escorte de
quatre vaiffeaux de guerre , & font paf
fées à Mayorque pour en relever l'ancienne
garnifon . Ces bâtimens ont été fort
tourmentez de la tempête , ainfi qu'on l'a
fçû depuis , & ont été contraints de relacher
dans un petit Port , près de Tarrágone.
Le 30. Decembre M. le Marquis de
Maulevrier , Ambaffadeur de France , fit
part à Sa Majefté Catholique de la mort
de Madame , Duchelle Douairiere d'Orleans
, bifayeule & grande Tante du Roy
très -Chrétien , & l'après- midy le Roy
ordonna à tous les Grands du Royaume ,
& aux Officiers des Maifons Royales de
prendre le grand deüil pour quatre mois.
De Rome , ce 30. Decembre.
A maladie de Sa Sainteté a eu des
Lamponesqui en ont fait craindredes
fuites fâcheufes. Le 5. Decembre le Pape
rendit une pierre, ce qui ne fit qu'en fouffrant
de grandes douleurs , qui continuerent
le fix , & furent accompagnées d'une
Hij fievre
172
LE MERCURE
fiévre violente. Ses Medecins ne lui trou
vent pas une circulation du fang aifée.
Le Cardinal de Belluga n'a pû encore , à
cauſe de cette maladie , obtenir fon audiance
de congé pour retourner en Eſpagne.
Sa Sainteté a fait venir M. Accoram
boni Sous- Dataire , qui en l'abſence du
Cardinal Corradini Dataire lui preſenta
plufieurs fuppliques qu'elle figna dans fon
lir. Le Pape n'a pas voulu permettre à ce
Cardinal de figner pour lui , pour ne pas
déroger à la Bulle d'Innocent XII . qui
ôte cette faculté au Cardinal Dataire. Sa
Sainteté refuſe conftamment de tenir un
Confiftoire dans fa chambre , dans l'efperance
d'être en état de le tenir bien-tôt
avec les formalitez ördinaires .
Le 9. Decembre le Profeffeur de Rhetorique
du College Románi prononça
dans la falle de ce College un très - beau
difcours fur le Sacre & Couronnement
du Roy très - Chrétien , qui fut entendu
par le Cardinal Ottoboni , protecteur des
affaires de France , accompagné d'un
grand nombre de Prélats & de Gentilshommes.
M. l'Abbé de Tanfin , chargé
des affaires de France , a loué le Palais
qu'occupoit la Princeffe des Urfins fur
la place des Saints Apôtres .
Les Venitiens qui prennent intereft à
l'affaire qui a occafioné tant de conteſtaDE
JANVIER 1723 . 175
tions entre les Boulonnois & les Ferrarois,
au fujet de la riviere du Reno , ont fait
prier le Pape d'y avoir égard dans fa décifion
. La fanté du Pape s'ameliore de
jour en jour. Sa Sainteté fit dans fa Chapelle
le 24. Decembre la benediction de
l'Eftoc & de l'Epée , & celebra enſuite
une Meffe baffe , tous les Officiers du Palais
y communierent. Le Cardinal Tanara,
Doyen du Sacré College , a complimenté
le Pape de la part des Cardinaux fur les
bonnes fêtes , & fur le rétabliffement de
fa fanté. L'Evêque de Munfter lui a envoyé
de Frife neuf beaux chevaux.
MORTS , BAPTES MES
& Mariages des Pays Etrangers.
Es deux fils du défunt Senateur &
Lee,Marsdu
,
&
boc ont épousé à Stokolm les deux filles
du General Baron Krevifts ; le Roy & la
Reine de Suede leur ont fait l'honneur
d'affifter à la celebration de leur mariage
le 8. Decembre 1722 .
• La Princeffe Wilhelmine Charlotte
plus jeune foeur du Roy de Suede , eſt
morte à Hefle- Caffel d'une courte maladie
, âgée de 28. années.
Hüj
La
176 LE MERCURE
La Princeffe de Schwartfemberg
époufe du Grand Ecuyer de l'Empereur ,
eft accouchée à Vienne le quinze Decembre
d'un Prince qui fut baptifé le ſoir
par l'Archevêque de cette Ville , &
nommé Jofeph Adam - Jean- Nepomucene-
François- de- Paule- Joachim- Thadée-
Abraham.
Don Rodrigués d'Acofta , fecond fils
'de Don Jean d'Acofta , premier Comte
de Souro , & Gouverneur de l'Ile de
Madere & du Brefil , cy- devant Viceroi
des Indes Orientales , eft mort à Liſbone
le 14. Novembre 1722 .
Dona Catherine de Menefés , Marquife
'de Marialva , veuve de Don Pierre- Louis
de Menelés , fecond Marquis de Marialva
, & fille de Don Rodrigue de Menefés
, Gentil-homme de la Chambre du
Roy de Portugal Don Pierre II . qui
étoit auffi Prefident des Requêtes du Palais
, & Commandeur de Idanha dans le
nouvel Ordre de Chrift , eft morte à
Lifbone le 18. Novembre 1722.
Don Gomes les Chacou- y- Orellana ,
Viceroi & Capitaine General du Royaume
de Navarre , eft mort à Pampelune le
neuf Decembre.
Don Camille Borghese , fils aîné du
Prince Borghefe a reçû de Vienne le
confentement de l'Empereur pour époufer
DE JANVIER 1723. 177
fer Dona Thereſe Colonna , foeur du
Connétable de ce nom.
La Ducheffe de Richemont eft morte
à Londres le 20. Decembre après avoir
été très-long- temps malade d'un Diabete.
Elle étoit fille aînée du feu Comte de
Cardigan ; elle avoit époufé en premieres
nôces le Lord Henry Bellafis de
Worlaby.
M. le Comte de Burford , & le Lord
Guillaume Beauclaire , fils de M. le Duc
de S. Albans , doivent épouſer à Londres
les deux filles du Chevalier Jean Werden.
Don Fernand de Norenho , Comte
de Moufento , Seigneur de Caftro - dairo ,
troifiéme fils de Don Loüis Alvarés de
Caftro , fecond Marquis de Cafcaés Alcaide
, Major de Guimaraens , Commandeur
de S. Sauveur de Valdren dans
l'Ordre de Chrift , & membre de l'Académie
Royale de l'Hiſtoire , eft mort à
Lifbone le 13. Decembre , univerſellement
regretté.
M. Ignace Ferrante , Aumônier fecret
du Pape , & Beneficier de l'Eglife de
S. Pierre , eft mort à Rome le 21. De--
cembre , fort regretté de Sa Sainteté .
H v DIGNE
178 LE MERCURE
ཡ
DIGNITEZ , BENEFICES,
& Charges des Pays Etrangers .
Pologne.
E General Poniatowski a obtenu la
Chargede GrandTreforier du Du
ché de Lithuanie.
M. Poninski a été élû Adminiftrateur
de l'Evêché de Pofnanie par le Chapitte
de cette Eglife Cathedrale.
Allemagne.
Le Comte Jean Amedée de Haleweil ,
cy-devant Capitaine dans le Regiment
du Prince de Beveren , a été nommé Sergent-
Major , en confideration des fervices
qu'il a rendus dans la derniere guerre
contre les Turcs.
M. le Comte Vinceflas , Albert de
Wurben, a pris féance au Confeil d'Etat ,
en qualité de Confeiller d'Etat ordinaire.
M. le Comte de Tshernim y a auffi
pris féance en la même qualité.
M. le Prince de Diefback , Comte de
l'Empire , a obtenu le Gouvernement de
Siracufe.
My
DE JANVIER 1723. 179
M. le Comte Sigifmond Rodolphe de
Wagenoperg a été fait Confeiller ordinaire
au Confeil d'Etat de l'Empereur.
Portugal.
Le R. Pere Antoine de Guadalupe ,
Religieux de l'Ordre de S. François de
la Province de Portugal , a été nommé
par Sa Majesté Portugaise à l'Evêché de
Rio-de-Janeiro .
Don Diego de Mendoça de Cofte-
Real , fils du Secretaire d'Etat de ce
nom , a été choifi pour aller à la Haye
avec le caractere d'Envoyé extraordinaire.
Espagne.
par
Don Thomas Jofeph de Montés , Archevêque
de Séleucie a été nommé
Sa Majefté Catholique à l'Evêché d'Oviedo
.
M. le Marquis de la Rofa a été nommé
Maiordome de Semaine de la Princeffe
d'Orleans , future époufe de l'Infant Don
Carlos.
Me la Comteffe de Lemus a été nommée
fa Camarera Maior , Me la Comteffe
de la Rofa , fa Dame d'Honneur .
M. le Comte de Montemor a été nommé
Gouverneur & Capitaine General de
La Catalogne. H vj
An180
LE MERCURE
Angleterre.
Le Lord Arundel de Terice en Cornwall
eft parvenu à l'âge de majorité , &
a pris féance dans la Chambre des Pairs.
M. le Comte d'Effex a prêté ferment
entre les mains du Roy de la Grande
Bretagne , en qualité de Lieutenant de Sa
Majefté au Comté d'Hertfort .
Italie.
Le Cardinal Conti , frere du Pape en
a obtenu une penfion de trois cens écus
Romains.
Les Cardinaux de Sainte Agnés , Corradini
& Olivieri en ont obtenu chacun
une de deux cens écus Romains.
M. l'Abbé Conti , neveu de Sa Sainteté
a été fait Camerier Secret partici
pant , & a obtenu un appartement au
Palais.
Hollande.
M. Frederic Batavadurus Tacis d'Amerongen
, a été nommé Commandant
de Maftich.
M. Henry de Montefe , General Maior
a été nommé Commandant de Tournay .
EDIT
DE JANVIER 1723. 18x
EDIT , ARRESTS , & c .
DIT du Roy , portant Creation & Etadans
toutes les Villes du Royaume , donné à
Ve failles au mois de Novembre 1722. Regiftré
en Parlement le 18. Janvier 1723. pat lequel
il eft dit ce qui fuit . Nous avons , en ( onfideration
de nôtre Avenement à la Couronne
& de nôtre Sacre , créé , érigé & établi
créons , érigeons & établiffons par le prefent
Edit , Huit Maîtriſes de chacun Art & Mêtier,
dans notre bonne Ville & Fauxbourgs de Paris
: fix dans chacune de nos Villes où il y a
Cour fuperieure ; Quatre dans celles où il y a
Préfidial , Bailliage ou Senechauffée ; Et deux
feulement dans toutes les autres Viles & autres
lieux de notre Royaume , où il y a Jurande
, pour y être pourvu par Nous , de telles
perfontes que Nou voudrons choifir , en Nous
Payant par eux la Finance , qui fera reglée
fuivant les Rolles qui en feront arrêtez en notre
Confeil , laquelle Finance fera par eux
payée en Contrats de Rentes fur la Ville ,
Rentes Provinciales , Finances d'Offices fupprimez
, & autres Creances de l'Etat liquidées.
Voulons que fur la Quittance de Finance qui
leur fera expeliée des fommes par eux payées,
il leur foit délivré toutes Commiffions neceffaires
, pour chacune defquelles il ne fera payé
que fix livres feulement ; En vertu defquelles
Commiffions , Nous entendons que les Pourvus
defdites Maîtrifes foient incontinent reçus
&
122 我LE MERCURE
payer
& inftallez par nos Baillifs , Senechaux , Prea
vôts , ou autres Juges à qui elles feront adreffées,
& qu'ils en jouiffent avec tels & femblables
droits , franchifes , libertez & privileges
dont jouiffent les autres Maîtres - jurez
defdits Mêtiers ,fans qu'ils foient tenus faire
aucun Chef d'oeuvre , ou experiences , ni fu .
bir aucun examen , payer banquets , droits de
Confrairies & de Boites , ni aucuns autres
droits , que les Jurez de chaque Mêtier ont accoûtumé
de prendre , & faire à ceux
qui veulent être reçus Maîtres , dont Nous les
avons exceptez & difpenfez , exceptons & difpenfons
par le prefent Edit : Faifons, très expreffes
inhibitions & défenſes à nos Baillifs ,
Senechaux & autres Juges , & aux Maîtres-
Jurez defdits Arts & Mêtiers , de recevoir &
admettre aucuns compagnons , foit apprentifs
ou fils de Maîtres , par Chefs-d'oeuvres ou autrement
, qu'au préalable lefdites Lettres de
Maîtrifes n'ayent été remplies , & les Pourvûs
d'icelles reçus & mis en poffeffion , ſous
peine de deux cens livres d'amende ; & s'il arrivoit
qu'il en fût reçu aucun au préjudice des
prefentes défenfes , voulons que les receptions
demeureront nulles & de nul effet , & que ceux
qui feront ainfi reçus , foient contraints de fermer
leurs boutiques , jufques après la reception
& paifible poffeffion de ceux qui auront été
par Nous pourvûs , aufquels Nous permettons
de mettre , & tenir fur rues , & en tels lieux
& endroits que bon leur femblera . Etaux , Ouroirs
& Boutiques garnies d'Outils & autres
chofes neceffaires pour l'ufage & exercice de
leurs Mêtiers , tout ainfi & de même maniere
que les autres Maîtres ayant fait Chefsd'oeuvres
& experiences . Voulons en outre
qu'en
DE JANVIER 1723. 183
qu'en vertu du prefent Edit ils foient appellez
en toutes Aflemblées & vifites , qu'ils puiffent
être Gardes & Jurez defdits Mêtiers , & qu'ils
jouiffent , leurs veuves & enfans aprés leurs déceds
, des mêmes facultez , privileges , franchifes
& libertez , dont jouiffent & ont droit de
jeüir les anciens Maîtres- jurez N'entendons
comprendre dans la prefente creation les Chirurgiens
, Apoticaires & Orfévres , que nous
en avons excepté & exceptons , & c.
ARREST du Confeil d'Etat du 29. Decembre
1722. par lequel le Roy , ayant égard à la Requête
du Chevalier de Eullion , Comte d'Efcli
mont , pourvu de la Charge de Prevôt de Paris,
ordonne qu'il fera reçu au payement du Droit
annuel de fadite Charge de Prevôt de Paris ,
fur le pied de fon ancienne évaluation , fans
être tenu de payer aucun prêt , dont Sa Majesté
Fa difpenfé pendant le courant du prefent Bail
feulement.
2
ARREST du 5. Janvier 1713. qui ordonne
que dans un mois , à compter du jour de la Publication
d'icelui , le Tréforier des Revenus
Cafuels , les Receveurs Generaux des Finances
Receveurs Generaux des Domaines &
Bois , les Traitans & autres Comptables du
Royaume , feront tenus de faire convertir en
Quittances Comptables les Recepiffez des Caiffers
du Tréfor Royal qu'ils ont retirez à leur
décharge , fur l'Exercice de 1722. & années
anterieures.
ARREST du 12. dud qui ordonne , que les
faifies faites ou à faire à la Requête du Sieu r
Turgy , pour raifon de l'execution du Rolle dw
15:
284
LE
MERCURE
15. Septembre dernier , des Biens Immeubles
& Offices des Particuliers compris audit Rolle,
feront registrées où beloin fera par les Sieurs
Commiffaires aux Saifies Réelles , les Sieurs
Garde Rones & autres , à l'exclufion de tou
tes autres faites ou à faire ; lefquelles fous quel
ques noms , & à la Requête de quelques perfon
nes que ce puiffe être , qu'elles fe trouvent faites,
leront & demeureront converties en Oppofitions
à celles faites ou à faire à la Requête dudit
Sieur Turgy , & c .
>
ARREST du 13. Janvier , qui ordonne que
les Droits Seigneuriaux qui font dûs par les
Acquereurs des Immeubles vendus fur les Particuliers
compris dans le Rolle arrêté au Confeil
le 15. Septembre 1722. feront payez par
les Adjudicataires defdits Liens , ou en total
dans les mêmes effets dans lefquel l'Adjudication
a été faite , ou fur le pied du Quart dudit
prix , en payant le quart en Efpe es , le tout
au choix & option des eigneurs ,
à qui lefdits
Droits Seigneuriaus feront dûs ; laquelle
option ils feront tenus de faire dans la huitaine
des offres qui leur feront faites par les Adjudicataires
, & c.
i
ARREST du 14. dud . au fujet des Particu
liers compris dans le Rolle de la Capitation
extraordinaire , arrêté au onfeil le 15. De embie
172 par lequel le Koy ordonne , que les
délais de la procedure , qui fe a faite pardevant
les Sieurs Conn.ffaires du Confeil , en
execu ion de l'Arrêt du 31.Octobre dernier qui
étoient reglez à huitaine par ledir Arrêt , cront
& demeureront reglez à trois jours pour
ceux qui font domiciliez à Paris ; & qu'à l'égard
DE JANVIER 1723. 185
gard de ceux qui font domiciliez dans les Provinces
, le délai fera augmenté fuivant la diftance
du lieu de leur domicile , à raifon d'un
jour par dix lieues , & de deux jours encore par
delà pour ceux qui font dans la diſtance de cinquante
lieues , de quatre jours pour ceux qui
font dans la diftance de cent lieuës ; & de fix
jours pour ceux qui font domiciliez à plus de
cent lieues de diftance de Paris.
ARREST du 15. Janvier , qui proroge le
délai pour le Payement du Preft & Annuel pour
les Officiers établis à Paris jufqu'au premier du
mois prochain, & jufqu'au 10.Fevrier pour ceux
des Provinces, à l'exception des Officiers établis
dans la Generalité de Metz & dans la Provenće
, pour lefquels ledit délai fera prorogé juſ→
qu'au 10. Fevrier prochain.
ARREST du 16. Janvier , qui ordonne que
lorfque quelque Particulier aura payé le prix
des Offices iétablis par l'Edit du mois d'Août
dernier , aucunes encheres ou furencheres ne
feront reçûës , qu'en confignant par les Encheriffeurs
ou furencheriffeurs la Finance principale
, le montant de l'enchere ou furenchere ,
& les deux fols pour livre.
ARREST du 19. Janvier , qui preferit
une forme particuliere pour le Controlle des
Contre- lettres & Declarations dans la Ville de
Paris , conformément à la Declaration du 29.
Septembre dernier .
ARREST du même jour , qui proroge jufqu'au
premier Avril prochain exclufivement ,
dans
1861 LE MERCURE
1
dans toute l'étendue du Royaume , le délai de
trois mois accordé par l'Article III . de la Declaration
du 29. Septembre 1722. pour le Controlle
, Infinuation & Sceau des Actes & Jugemens
qui n'ont point été controllez , infinuez
& feelfez dans les délais prefcrits par les
Reglemens.
ARREST du même jour , par lequel Sa Majefté
déclare les Officiers des Bureaux des Finances
n'être point compris dans l'exception
du Preft & Annuel , accordée par la Declara
tion du 9. Aouſt 1722. à ceux des Officiers de
fes Cours fuperieures qui y font nommément
exprimez ; Veut & entend Sa Majefé , que
conformément à ladite Declaration les Préfidens
& Confeillers des Cours fuperieures , les
Préfidens , Maîtres , Correcteurs , & Auditeurs
des Chambres des Comptes , les Avocats &
Procureurs Generaux & Greffiers en Chef defdites
Cours & Chambres , jouiffent feuls de
F'exemption du Preft & Annuel à cur accordée
par ladice Declaration , & aux Charges y
portées , fans qu'aucuns autres Officiers puiffent
prétendre jouir de ladite exemption , fous
prétexte qu'ils font du Corps defdites Cours &
Chambres qu'ils y ont entrée & féance
que les Officiers du Tribunal dont ils font
Corps , ont droit de jouir des privileges des
Cours fuperieurs , ou qu'ils font reputez faire
partie defdites Cours.
8188
JOURNAL
DE
JANVIER 1723. 187
JOURNAL DE VERSAILLES
& de Paris .
LES
Es Etats de la Province d'Artois
ont fignalé leur zele à l'occafion du
Sacre & Couronnement du Roy . Ils ont
fait chanter le Te Deum dans l'Eglife.
des RR. PP, Recollets de la ville d'Arras
; la Mufique de la Cathedrale s'y
rendit pour cette fainte ceremonie , &
M. l'Evêque d'Arras y officia pontificalement
. Tous les Commandans des Troupes
de la Garnifon , & tous les Magiftrats
de la Ville y affifterent.
Il y eut après le Te Deum un magnifique
repas , accompagné d'une brillante
illumination. Enfuite on tira un beau feu
d'artifice , au bruit des timbales & trompettes
, de la Moufqueterie & du canon
.
Le jour que M. le Duc de Gêvres a
été reçu à l'Hôtel de Ville de Paris , en
qualité de Gouverneur furvivancier de
M. le Duc de Trêmes fon pere . Son cortege
étoit en grand deüil ; il étoit préce
dé d'une douzaine de Suiffes en habitsnoirs
avec des pleureufes , de fa Compagnie
des gardes qui eft nombreuſe &
lefte
188 LE MERCURE
lefte , de fa livrée en deuil , au nombre
de trente domeftiques. Son premier caroffe
étoit chargé de fix Pages. Il fut recu
à l'entrée de l'Hôtel de Ville par M.
le Prevôt des Marchands , qui le conduifit
dans la grandeSalle & le harangua.
Il fut auffi harangué par M. Moriau ,
Avocat & Procureur du Roy de la Villé.
Il eut dans la même grande Salle trèsornée
, un magnifique repas aux dépens
de la Ville. La cour de l'Hôtel de Ville
& la Place de Greve , étoient occupées
par les Archers de Ville , fous les armes ,
avec timbales & trompettes. M. le Duc
de Gêvres , pendant fa marche , avoit fait
jetter de l'or & de l'argent au peuple ,
qui fut auffi charmé de fa politeffe infiniment
gracieufe que de fes liberalitez .
On diftribua aux fpectateurs dans la Place
de Greve , du pain , du vin , des langues
fourées , des cervelats & du jambon.
M. Morofini , Ambaffadeur ordinaire
de la Republique de Venife , arrivé à Paris
le 9. Decembre dernier , eut audience
particuliere du Roy le 30. du mêine
mois. Il y fut conduit par M. le Chevalier
de Sainctot Introducteur des Ambaffadeurs.
Le même jour cet Ambaffadeur eut à
Verfailles audience particuliere de Monfieur
DE JANVIER 1723 . 189
heur le Duc d'Orleans , Regent du
Royaume. Il y fut conduit par M. de
Marpré , Introducteur des Ambaffadeurs
auprès de Son Alteffe Royale.
La fanté de S. A. S. le Duc de Lorraine
eft parfaitement rétablie. L'operation
qui l'a guéri a été fort heureufe
, & M. de la Peronie a foutenu
dans cette occafion , la jufte reputation
qu'il doit à fon experience & à fa capacité
. Le Prince l'a recompenfé auffi genereufement
qu'il meritoit de l'être . Il
lui a fait preſent d'une fomme de cinquante
mille livres ; Madame la Ducheffe
de Lorraine , ravie du fuccès de fes
foins , lui a donné un beau ſervice de
vermeil doré , & la ville de Nancy a dif
tingué fon zele & fa reconnoiffance par
le don d'une bourſe d'or.
, Le premier jour du mois de Janvier
& de l'année 1723. le Roy reçut les complimens
& fouhaits de la Cour & de
Les peuples. Monfieur le Duc d'Orleans ,
Madame la Ducheffe d'Orleans , M. le
Duc de Chartres , & tous les autres Princés
& Princeffes du Sang Royal , allerent
, dans leur rang , faluer Sa Majesté;
enfuite M. de Châteauneuf, Prevôt des
Marchands , & les Echevins de la Ville
de Paris , s'acquitterent de ce devoir
ils furent conduits par M. le Marquis de
Dreux,
『9༦
LE MERCURE
Dreux , Grand- Maître des Ceremonies,
Le même jour , fête de la Circoncifion
, le Roy en habit & long inanteau
violet , & le Collier de l'Ordre pardeffus
, précedé des deux Huiffiers de la
Chambre , portans leurs Maffes , fe rendit
à la Chapelle du Château de Verfailles.
Sa Majefté étoit accompagnée de
Monfieur le Duc d'Orleans , M. le Duc
de Chartres , M. le Duc de Bourbon
M. le Comte de Charolois , M. le Prince
de Conti , & M. le Comte de Touloufe
, les Chevaliers , Commandeurs &
Officiers de l'Ordre du S. Efprit , en habits
& longs manteaux noirs , les Chevaliers
& Commandeurs avec leurs Colliers ,
& les Prelats Commandeurs , en Rochet
& en Camail , marchoient devant le Roy
en ordre de Ceremonie . M. l'Evêque de
Mets , Prelat Commandeur de l'Ordre,
celebra pontificalement la grande Meffe ,
qui fut chantée par la Mufique de Sa
Majefté. L'après - midi , le Roy entendit
les Vêpres dans fa même Chapelle .
Les Etats de Bretagne ont accordé una
nimement au Roy le don gratuit qui
avoit été demandé de fa part dans leur
derniere Affemblée , tenuë par M.le Maréchal
d'Etrécs.
Le même jour , M. de Remond , Introducteur
des Ambaffadeurs , alla
prendre
DE JANVIER 1723. 191
dre à leur Hôtel M. de Rolinville , Envoyé
extraordinaire du Duc de Lorraine
, & le conduifit à Verſailles dans un
Caroffe du Roy , où il eut fa premiere
audience publique de Sa Majefté , qu'il
complimenta fur la mort de Madame. Le
même Introducteur conduifit enfuite cet
Ambaffadeur chez Monfieur le Duc
d'Orleans . Après cette audience il fut
traité aux dépens du Roy & par fes
Officiers , & reconduit à Paris dans le
caroffe , de Sa Majefté , avec les Ceremonies
accoûtumées.
On mande de Cambray , que le Prince
Don Emanuel de Portugal y avoit été
regalé par M. le Comte de Vindifgrats ,
M. le Baron de Benterrieder , M. de S.
Conteſt , & M. le Comte de Morville ,
qui s'étoient tous fucceffivement efforcez
de lui marquer la joye que leur infpiroit
fa prefence , dans une Ville où les interêts
de l'Europe les raffemblent . Ces fêtes
magnifiques ont été embellies par les
agrémens des Dames du pays , & varié
par des concerts de Mufique Italienne &
Françoife. M. le Marquis de Beretti-
Landi n'a pas oublié dans cette occafion
fa magnificence ordinaire. Milord Polwart
& M. le Comte de San- Eftevan ont
rendu au Prince Dom Emanuel les mêmes
192 LE MERCURE
mes honneurs , & les Comediens de Cambray
lui ont donné le Cid de M. Corneille
, & l'Iphigenie de M. Racine.
Le 13. M. Martine , Envoyé extraordinaire
du Landgrave de Heffe Caffel
eut une audience particuliere du Roy , à
qui il donna part de la mort de la Princeffe
Guillelmine- Charlotte , fille du
Prince de Helle - Caffel , & foeur du Roy
de Suede . Cet Envoyé fut conduit à
l'audience du Roy par M. de Remond
Introducteur des Ambaffadeurs , & à
celle de M. le Duc d'Orleans , par M.
de Marpré , Introducteur des Ambaffadeurs
auprès de S. A. R.
,
>
Le R. P. de Lignieres , Confeffeur du
Roy & de feue Madame , a fait celebrer
un Service pour le repos de l'ame de cette
vertueule Princeffe dans la Maifon
Profeffe des RR. PP . Jefuites , qui y a
raffemblé un grand nombre de perfonnes
de diftinction , de l'Eglife , de l'épée
& de la robbe .
2
On mande d'Angers que Meffieurs les
Doyen & Chanoines de la Royale Eglife
de faint Martin de cette Ville , après
avoir fait quantité d'embelliffemens dans
leur Eglife , ont enfin fini leurs travaux ,
par
DE
JANVIER 1722. 193
*
par la conftruction de deux Autels de
marbre , d'un goût auffi magnifique qu'il
eft particulier , lefquels furent confacrez
le 11. Decembre dernier , par M. Michel
Poncet de la Riviere , Evêque d'Angers
, après en avoir été fupplié par Meffieurs
du Chapitre. Il fe tranſporta le
même jour fur les huit heures du matin
en l'Eglife de faint Martin , & y fut reçu
à la grande porte par M. Denis
Cadorau , Doyen , Docteur en Theolo
gie , qui , à la tête de fon Chapitre , lui
préfenta l'Eau - benîte , Eglife étoit pa
rée des plus belles tapifferies qu'on pût
trouver dans la Ville , & la ceremonie
fe fit avec toute la magnificence poffible.
Ce Chapitre eft recommandable , non
feulement pat fon antiquité , fes titres ,
droits & prééminences , mais encore plus
par l'honneur qu'il a d'avoir le Roy pour
premier Chanoine , & Sa Majefté préfen
tant à tous les Canonicats de la même
Eglife.
Le 8. de l'autre mois , Dame Marie-
Elifabeth de Cleves , époufe de M. Pierre-
Nolafque Couvay, Secretaire du Roy,
Chevalier de l'Ordre de CHRIST , &
Conful general de la Nation Portugaise
en France , accoucha d'un
garçon , qui
I
fut
194
LE MERCURE
fut tenu fur les Fonts de Baptême , dans
l'Eglife de faint Nicolas des Champs , les
13. du même mois , par le Prince Dom
Emanuel de Portugal , dont le merite
a fi fort éclaté en France pendant cinq
mois , fous le nom de Chevalier de Bor
celos , & par S. A. S. Madame la Ducheffe.
L'enfant fut nommé François-
Emanuel , du nom du Prince & de lạ
Princeffe qui l'avoient tenu .
A
Au retour de l'Eglife , M. Couvay invita
l'Infant à un magnifique fouper , qui
fur précedé d'un très- beau concert de
voix & d'inftrumens. On fervit une table
de douze couverts à quatre fervices
de vingt-un plats chacun. La profufion
n'ôta rien à la délicateffe des mets , &
le fruit fut des plus magnifiques , des
plus délicats & des mieux entendus . Les
conviez étoient le Prince de Portugal.
Dom Louis d'Avegna , Ambaffadeur &
Plenipotentiaire de Sa Majefté Portugaife
au Congrès de Cambray. Dom ....
d'Azevedo Coutinho , Envoyé extraor
dinaire de Sa Majesté Portugaiſe à la
Cour de France , l'Abbé de Mandoza ,
auffi Envoyé de S. M. Portugaife auprès
des Etats Generaux , le Prince Radze
wil , le Comte d'Arco , le Comte d'Erizejra
, Grand de Portugal , & ci - devant
Viceroy des Indes , le Comte de
Prade
DE
JANVIER 1723.
195
Prade , G,and de Portugal , & petit-fils
du Maréchal de Villeroy , le Comte de
Penos , le Marquis de Valparaizo , M.
de Sinzendorf, le Baron de Fonceca
chargé des affaires de l'Empereur à la
Cour de France , le Prince de Guiſe , le
Baron d'Eftain , & c.
Madame la Ducheffe devoit honorer
cette fête de fa prefence , mais le deuil
de la Cour pourla mort de Madame , l'en
empêcha .
Après le fouper on diftribua quantité de
boëtes de confitures feches.
M. Couvay ne borna pas fa magnificence
à cette fête , il en donna, une in
comparablement plus fuperbe au même
Prince la nuit du Lundi 21. du même
mois. Elle commença par un fouper
de vingt - cinq couverts , à trois fervices
de quarante - deux plats chacun.
Tous les conviez du jour du Baptême ,
s'y trouverent avec d'autres perfonnes de
la premiere diftinction. Rien n'égale la
fomptuofité de ce repas , non plus que
celle du Bal dont il fut fuivi. Il commen
ça à onze heures , & ne finit qu'à fix du
matin. Il y alla un nombre prodigieux
de mafques , des perfonnes les plus diftinguées
de la Cour & de la Ville,
Les Appartemens de l'Hôtel de Vic ,
qu'occupe M. Couvay, étoient illuminez
I ij par
196 LE MERCURE
.
par plufieurs luftres , girandoles & bras
dorez . Le devant du corps de logis , qui
donne fur la cour , étoit garni d'une multitude
de lampions , rangez avec un art
& une cimetrie fi admirable , que les fpectateurs
étoient ravis du bel effet qu'ils faifoient.
"
Sur les deux heures après miruit on
fervit une quantité prodigieufe de confitures
feches , de fruits & de glaces , qui
furent préfentées à diverfes repriſes , juf
qu'à la pointe du jour , que le Bal finit.
Ceux qui y affifterent , ne purent affez
en louer la fomptuofité , & de l'ordre qui
fut obfervé.
y
Le 26. de ce mois , l'Archevêque de
Rheims & le Duc de Luines , prêterent
ferment , & prirent feance au Parlement
en qualité de Ducs & Pairs de France .
L'Abbaye Reguliere Conventuelle &
élective de faint Jean de Valenciennes ,
Ordre des Chanoines Reguliers de faint
Auguftin , Diocefe de Cambray , vacante
par le decès du fieur Jerôme Thumerelle
, a été donnée au fieur Auguftin
Beauvillain , Religieux de ladite Abbaye,
l'un des trois Elûs par la Communauté ,
& préfentez au Roy .
L'Ab
DE JANVIER 1723. 197
L'Abbaye Reguliere de Notre - Dame
de Grofbofc , Ordre de Câteaux , Diocefe
d'Angoulême , vacante par le decès
du fieur Guenel , à qui le Roy l'avoit
donnée en Commande , à condition de
revenir en regle, en faveur de DomClaude
François Leoutre , Religieux de Citeaux ,
à la charge de cinq cens livres de penfion ,
pour le fieur Henri-Charles - André de
Bence , Clerc tonfuré du Dioceſe dé
Roüen .
On mande de Rome , que le premier
de ce mois le Cardinal Pereira celebra la
Meffe au Quirinal , où le mauvais temps
empêcha le Pape d'aller tenir Chapelle ,
il entonna enfuite le Te Deum , & publia
l'Indulgence pleniere en forme de Jubilé
, que S. S. a accordée pour remercier
Dieu de la ceflation du mal contagieux.
Selon quelques avis de Conftantinople ,
on y continuoit des préparatifs de guerre
avec toute la diligence poffible. Il y avoit
actuellement cinq nouvelles Sultanes en
chantier , & la Flotte que le Grand Seigneur
doit mettre en mer à l'ouverture
de la campagne , devoit être felon le
bruit public , de 120. galeres ou galiotes,
de 60. vaiffeaux de guerre , & de près
de 400. bâtimens de tranfport,fans comp-
I iij
ter
798 LE MERCURE ;
ter les navires que la Regence d'Alger
de Tripoli & de Tunis avoient ordre de
fournir , avec des provifions de guerre
& de bouche pour fix mois.
On apprend d'Oftende que le vaiffeau
deftiné pour Bengale en étoit parti le 7.
de ce mois avec M. Cobbe , qui va complimenter
le Grand Mogol de la part de
l'Empereur , & qui eft chargé de lui
prefenter le portrait de S. M. 1. & les
fix pieces de canon qu'elle lui envoye.
Suivant l'extrait des Regiftres des Paroiffes
de Londres , il eft né pendant le
courant de l'année derniere 18339. enfans
, & il eft mort 25750. perfonnes , &
à Vienne en Autriche , felon les regiftres
des Baptêmes & des Morts , il y eft
mort pendant le cours de la même année
4961. perfonnes , & il eft né 4417 , enfans.
XXX XXXXXXXXX XXX
-MORTS , MARIAGES , &c.
L
E 1. de l'autre mois la Dile Defbroffes
, Jeanne de la Ruë , veuve de
Jean le Blond , fieur Defbroffes , ek
morte âgée de 65, ans dans une petite terre
auprès
DE JANVIER 1722 . 199
auprès de Montargis
, qu'elle avoit achetée
en quittant la Confedie en 1718. C'étoit
une des plus excellentes
Comediennes
qui ait peut- être jamais été
pourles
caracteres
outrez . Perfonne n'oferoit fe
promettre
de reprefenter
fi au naturel , fi
naïvement
, & en même temps fi legerement
, ni fi vivement , un perfonnage
de
folle , de vieille coquette , ou autre de
cette efpece . Son heureux penchant pour
le comique lui fit abandonner
tous les
rôles ferieux , dans lefquels elle n'avoit
jamais trop réüffi , & pour lefquels elle
avoit pourtant été reçûë. Elle ne com
mença à plaire qu'après la retraite de la
Dile la Grange qui jouoit les mêmes ca
racteres comiques
.
François le Maffon des Rabines , Abbé
de S. Jean en Vallée , Ordre de S. Auguſtin
, Dioceſe de Chartres , & Aumônier
de S. A. R. Monfieur le Duc d'Or
leans eft mort le 1. de ce mois .
Dame Marie-Loüife -Adelaide de Rouvroy
, époufe de M. Nicolas de Bloetfiere
, Marquis de Vauchel , Meſtre dé
Camp de Cavalerie , & l'un des Lieutenans
du Roy de la Province de Picardie ,
eft morte à Paris le 5. de ce mois dans la
trente - cinquième année de fon âge.
I iiij
Dame
200 LE MERCURE
Dame Loüife Dubois , époufe de Mv
Jofeph Antoine d'Agueffeau de Valjoin,
Confeiller d'Honneur au Parlement de
Paris , decedée le 10. Janvier , âgée de
43. ans.
Anne Françoife , Comteffe de Merode
, veuve de M. Henry de Guenegaud
de Cazillac , Chevalier Marquis de Planfi
, Comte de Cezanne , decedée le 21 .
Janvier , âgée de 43. ans.
M. Claude Leon de Valbelle Meirarques
, Chevalier de Malthe , & Commandeur
de Palieres , eft mort le 30. du
mois dernier , dans fon Château de Beaugenci
, près Toulon , après une longue &
fâcheufe maladie. Il étoit frere du Marquis
de Valbelle , Lieutenant de Roy en
Provence , & oncle de M. de Valbelle ,
Enfeigne des Gendarmes de la Garde du
Roy. Il a été enterré dans la Chartreuſe
de Montrieux , fondée en l'an 1174.
Charles Henry de Lorraine , Prince
de Vaudemont & de Commercy , Chevalier
de la Toifon d'Or , cy - devant
General de la Cavalerie Efpagnole dans
les Pays-Bas , & Gouverneur du Milanois
, eft mort à Commercy dans la 84
année de fon âge. Il étoit fils de Charles
III.
DE JANVIER 1722. 201
1
*
III. Duc de Lorraine & de Beatrix de
Cufance , fa feconde femme. Il avoit
époufé le 27. Avril 1669. Anne- Elifabeth
, fille de Charles III. de Lorraine ,
Duc d'Elbeuf , morte le 5. Aouſt 1714 .
dont il avoit eu Charles Thomas , Prince
de Vaudemont , Colonel d'un Regiment
de Cuiraffiers de l'Empereur , mort à
Oftiglia en Italie le 11. May 1704. fans
avoir pris d'alliance.
Ler . Janvier Mre François Guillaume
Briçonnet , Chevalier Comte d'Autheiiil
, Confeiller du Roy en fa Cour de
Parlement , fils de feu M. Guillaume
Briçonnet , Chevalier- Comte d'Autheüil ,.
& autres lieux , Confeiller du Roy en
fes Confeils , Prefident aux Enquêtes du
Parlement , & de Dame Catherine Croizet
, a épousé à S. Euſtache De Marie
Cecile Mouffe de Champigny , fille de
M. Louis- François Mouffe, Ecuyer , Seigneur
de Champigny , & de Valence ,.
Confeiller du Roy , Trefotier General de
la Marine , & Honoraire du Marc d'Or,
& de Dine Françoife Angelique Chuppin .
Le 26. du même mois on celebra dans
la même Paroiffe le mariage de François
Rouffeau , fieur de Givonne , Conſeiller
du Roy en fes Confeils , Secretaire .
Iv Greffier
202 LE MERCURE
Greffier de fon Confeil d'Etat & Privé ,
fils de défunt Denis Rouffeau , Ecuyer-
Confeiller- Secretaire du Roy , Mailon ,
Couronne de France , & de fes Finances,
& de Dame Marie- Angelique le Brun
avec Dile Marie - Catherine Tauzié , fille
de feu M. Pierre Tauzié , Intendant des
Fortifications de Picardie , & de Dame
Anne- Catherine Pocquelin.
AVERTISSEMENT .
Ous avons déja donné divers aver-
Ntiffemens,qui contiennent des chofes
affez effentielles , pour engager ceux qui
font quelque cas du Mercure,de les lire. İl y
ena un dans notre premier volume du mois
deJuin 1721. Un autre dans celui du mois
de Novembre de la même année , & un au
mois de Janvier de l'année derniere : Nous
y renvoyons le lecteur pour les chofes dont
il eft bon qu'il foit inftruit.
Nous repeterons feulement ici une chofe
qu'on ne sçauroit trop dire au fujet des
noms propres , nous prions qu'on les écrivent
lifiblement , afin qu'ils ne paroiffent
pas défigurez. Nous prions auffi ceux qui
nous envoyent quelques pieces & memoires,
de les faire tranfcrire d'un caractere lifi
ble ,fur du papier d'une grandeur raison
. nable 2
DE JANVIER 1723. 203
nable, avec des marges , fans griffonnage ,
ni rature , & feparement les uns des aus
tres ; enforte que chaque morceau renfermant
une feule & même matiere , ait fa.
feuille où fon cayer feparé.
de
Nous avons donné fept volumes du
Mercure pour les fept derniers mois de
P'année 1721. ayant commencé au mois de
Juin de la même année à travailler à ce
livre. L'année derniere 1722. eft compofée
de 16. volumes , en y comprenant quatre
fupplemens des mois de Mars ,
May de Septembre & de Novembre. Ce
qui a donné lieu au premier de ces fupplemens
eft le Journal du voyage de l'In->
fante d'Espagne , depuis fon départ de
Madrid jufqu'à Paris , & celui de la
Princeffe d'Orleans , depuis Paris juſqu'à
Madrid , avec des Remarques Hiftoriques
fur les lieux fituez fur la route.
Ce fupplement contient auffi l'échange de
ces deux Princeffes , fait dans l'Ife des
Faifans : l'entrée folemnelle de l'Infante à
Paris ; la defcription des Arcs de Triom
phe, & des Fêtes données à l'occafion de
cet évenement. Le fupplement du mois de
May contient une Differtation Hiftorique
de M. l'Abbé de Camps fur le Sacre &
Couronnement des Rois de France , depuis
Pepin jufqu'à Louis XIV. Le fupple-
I vj
ment
204 LE MERCURE
ment de Septembre contient la Relation du
Siege de Montreuil , avec le plan , &c.
le fupplement de Novembre regarde le
Sacre & Couronnement du Roy , le Journal
de fon voyage à Rheims , la Relation
des fuperbes Fêtes données à S. M. à
Villers - Coterets , & à Chantilly , &c.
Nous fommes fâchez de ne pouvoir faire
ufage de plufieurs pieces de Poëfie latine
que nous avons reçûës , tant au sujet du
Sacre que für d'autres fujets , la plupart
de ces pieces étant trop longues , d'autres
peu correctes. La traduction en vers lyriques
du Pfeaume zo. n'a que le premier
de ces défauts. Nous avons d'ailleurs plufieurs
traductions du même Pfeaume , fans
compter celle de Buchanam , qui eft excellente
; nous affurons l'Auteur que nous
recevrons avec plaifir quelque ouvrage de
fa façon , moins étendu , & dont le sujet
foit plus neuf; nous l'invitons auffi à
nous envoyer les Réflexions Critiques fur le
Distionaire de M. Bayle qu'il nous afais
efperer.
Comme on ne peut pas tout fçavoir
exactement , ni être informé à fonds de la
plupart des évenemens nous prions de nous
veau ceux qui fçavent ce qui s'eft passé de
particulierdans chaque chofe qui peut inte →
reffer
DE JANVIER 1723 . 207
reffer le public , ou à laquelle l'amitié , ou
talliance peut faire prendre quelque part
de vouloir nous aider à donner l'exacte
verité des faits.
· Nous prions encore les perfonnes qui
veulent bien nous adreffer des memoires ,
de les abreger autant qu'il fera poffible
de ne les point charger de faits dont ils
ne foient pas bien fürs , & d'obferver que
ses. faits ne terniffent point la memoire des
morts , on ne puiffent defobliger les vivans.
Nous prions auffi qu'on prenne
garde à la diction qui doit être correcte
françoife , pour nous épargner de la
peine & du temps qui nous eft fort cher,
aux Auteurs des memoires défectueux
te chagrin d'avoir travaillé inutilement
pour le public.
Nous aurons toûjours les mêmes égards
pour les Auteurs qui ne veulent pas fe faire
connoître ; mais il feroit bon qu'ils donnaßent
une adreſſe , fur tout quand il s'agit
de quelque ouvrage qui, peut deman
der des éclairciffemens ; car fouvent faute
d'un tel fecours , des pieces nous demeu-.
rent entre les mains , fans pouvoir les faire
paroître. Nous ferions bien aife , en ce cas,
de mander, ou dire à quelqu'un les raifons
qui en retardent , ou qui en empêchent
L'impreffion
4
Of
206 LE MERCURE
On nous follicite de dire quelque chofe
des modes nouvelles , dont les anciens Mertures
faifoient mention cela peut faire
plaifir dans les Provinces , & dans les
Pays Etrangers. Nous exortons les Marchands
& les Ouvriers qui font intereſſez
à cet article de nous fournir des memoires
amples & précis , de ce qu'ils auront inventé
de nouveau fur la parure des "hommes
& des femmes , cela peut leur procurer
un débit avantageux.
La parfaite neutralité dans laquelle le
Mercure doit êtrefur les ouvrages d'esprit
nous oblige à inferer ſouvent divers morceaux
de critique mais fi quelque Auteur
attaqué a lieu de fe plaindre , et qu'il
veuille défendre fon ouvrage ,
dont on
n'aura pas bien pris le fens , nous infererons
dans le plus prochain Mercure , avec
la même impartialité , tout ce qu'il voudra
écrire pourfa défenſe , & ſans y rien changer,
pourvu qu'il le faffe avec la moderation
convenable.
Au reste nous nous ferons toûjours une
loy très -fevere de ne rien admettre d'injurieux
dans les critiques que nous ferons
obligez de rapporter , nous renfermant à
donner des cxtraits fidelles des Poemes
autres pieces & memoires , tâchantfeutement
à mettre dans tout leur jour les fentimens
du public , & des critiques les plus
cenfez
DE JANVIER 1723. 107
cenfez. Et fi malgré nôtre attention à cet
égard , il nous échapoit quelque chofe qui
fût pas dans l'exacte verité , ou qu'on
ent malpris le fens d'un ouvrage , on n'aura
qu'à nous le témoigner , nous ferons toûjours
prêts à nous retracter quand on nous
aura fait connoître notre erreur , & nous
ferons amplement & publiquement toutes
les reparations qu'il conviendra . Mais.
auffi qu'on ne trouve pas mauvais fi dans
quelques occafions nous ofons dire la verité
hardiment ,fans flaterie , & fans baffeße.
Nous employerons les lettres en chiffres,
& en figures , les hiftoires enigmatiques
Les questions à propofer , & les fujets de
planches à graver qui pourront intereffer
Putilité , ou la curiofité du public.
A l'avenir nous ferons fuivre les chiffres
qui marquent les pages du Mercure dans
tous les volumes qui fuivront celui- ci jufqu'au
mois de Decembre prochain , inclufivement
; enforte que la table generale
que nous donnerons à la fin de l'année fera
très -fimple , très-utile , & très- commode
pour mouverfur le champ toutes les diver
fes matieres qu'on voudra chercher dans
unefuite de Mercures.
› Nous avertiffons en finiffant que nous
ne ferons aucun ufage des enigmes qu'on
envoye , lorsque le mot qui les explique n'y
fera pas.
SUP
208
I
LE MERCURE
SUPPLEMENT.
E Marquis de Chamron , de l'illuftre
Maifon de Vichy , a témoigné fon
zele pour Sa Majefté , & fon attachement
pour la perfonne de Monfieur le Regent ,
par une fefte magnifique qu'il donna , à
l'occafion du Sacre du Roy , le 29. du
mois de Novembre 17220
Il avoit invité à cette fête toute la Nobleffe
des environs ; on commença par
un dîner magnifique , durant lequel plus
de deux cens hommes fous les armes f
rous vaffaux du Marquis de Chamron ,
marchans deux à deux au fon des tambours
& des haut- bois , défilerent en bon
ordre devant la fale du feftin , firent
leurs décharges , & s'allerent ranger autour
d'un fuperbe feu de joye qu'on
avoit dreffé au milieu d'une vafte terraffe .
Sur les trois heures après- midi toute la
compagnie fe rendit dans la Chapelle du
Château , où M. l'Abbé de Charlieu , à
la tête d'un Clergé nombreux , commença
les Vêpres ; lorfqu'elles furent finies ,
le Curé de Ligny , Paroiffe dépendante
du Marquifat de Chamron , prononça
un difcours éloquent , & enfuite l'Abbé
de Charlieu entonna le Te Deum ; pendant
DE JANVIER 1723 209
dant qu'on le chantoit on tira plufieurs
pieces de canon , & on fit une décharge
de toute la moufqueterie .
Après le Te Deum on vint fur la ter
raffe , où s'étoit affemblé un nombre pref
que infini de perfonnes de l'un & de l'au
tre fexe , tous habitans des terres du
Marquis de Chamron , qui entrefent
dans les vues de leur Seigneur par des
acclamations réïterées , & par des danfes
champêtres au fon des haut - bois , qui
durerent tout le refte du jour. On vuida
plufieurs tonneaux de vin . Les Gentil
hommes qu'avoit invité M. de Chamron
, ne dédaignerent pas de fe mêlér
parmi ce peuple , & de faire eux-mêmes
les honneurs de ces danfes ruftiques.
A l'entrée de la nuit on alluma le feu
d'artifice , & pendant que les fufées voloient
en l'air , on fit plufieurs décharges
de canons & de moufquererie.
La fête fut terminée par un fouper
abondant & délicat , qui dura bien avant
dans la nuit , & où l'on bût plufieurs fois
la fanté du Roy , & celle de Son Alteffe
Royale.
Le 27. Janvier les Comediens Italiens
ont joué fur le Theatre du Palais Royal
la Parodie de Perfée , dont nous avons
parlé dans nôtre precedent Journal ; cette
piece
210 LE MERCURE
piece a été précedée d'une autre Italien
ne en trois Actes , intitulée l'Heureuſe
Surprife ; c'eft la premiere piece que les
Comediens Italiens ont jouée à Paris fur
le Theatre du Palais Royal le 18. May
1716. & c.
%
On mande de Rome qu'on ouvrit le
28. Decembre dernier les Theatres de
Capranica & d'Alibert , par la reprefentation
de deux nouveaux Opera , intitu
lez Orefte & Cofroés:
On nous fait efperer une Medaille
dont nous donnerons la repreſentation fr
on nous tient parole. Elle a été frapée
depuis peu à Stokholm , & reprefente
d'un côté le Roy de Suede , avec la Legende
ordinaire , & au revers on voit une
femme appuyée fur une colonne , tenant
fur fon bras gauche une corne d'abondance
, & dans fa main droite un rameau
d'Olivier. On apperçoit dans l'éloigne
ment un Laboureur avec fa charruë ,
avec ces mots pour Legendé. FERRUM
SPLENDESCAT ARANDO. Que le fer
ne brille que pour labourer. On lit dans
l'Exergue , POSITIS ARMIS NYDASTIT
ANNO M. DCCXXI . La guerre
ceffe par la paix de Nystadi.
On
DE JANVIER 1723. 277
On écrit de Londres que le Roy d'An
gleterre a accordé au fieur Taylor un
privilege exclufif pour la fabrique d'une
Machine qu'il a nouvellement inventée
pour filer & teindre le fil .
En parlant des Emblêmes Heroïques
qui ornoient les décorations des portes
de la Ville de Rheims , lorfque le Roy y
fit fon entrée , nous avons oublié de
dire qu'elles font de la compofition de
M. de la Touche , Chevalier de l'Ordre
de Saint Lazare , qui étant un des dépu
tez que le Confeil de Ville envoya à Fif
mes pour complimenter le Roy , eut
l'honneur de prefenter à Sa Majefté la
defcription manufcrite de toutes les décorations
, avec les deffeins originaux de
fa main.
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure du mois de Janvier
1723. & j'ai crû qu'on pouvoit en permettre
J'impreffion, A Paris le 5. Fevrier 1713.
HARDION.
TABLE
412
TABLE.
IECES fugitives en vers & en Profe,
Pla Majefté & l'Amour , Fable . p . 1
Réflexions fur la Relation qui eft dans
le precedent Mercure , au fujet d'une
fille prétendue poffedée.
Sonnets en Bouts Rimez .
S
20
Lettre de M. à M. fur la nouvelle traduction
Françoife de Denis d'Halicarnaffe
du P. le Jay.
Le fruit d'un bon avis , Fable.
Defcription d'un enfant extraordinaire ,
né fans cerveau .
21
36
Vers fur un Bouquet .
37
Lettre fur la mailon des Peres
40
41
45 Epigramme.
Fête donnée à Poitiers par les Officiers
du Roy à la fuite de Mademoiſelle de
Beaujolors.
Quatrains .
1
idem
48
3650
Lettre du Roy aux Etats Generax fur
la mort de Madame .
Bouts rimez , acroftiches à remplit. fi
Les deux amis rivaux , Hiftoire Galante.
52
La jeune femme en couche , conte. 66
Corrections & additions à la Relation
du .
蒂
du voyage du Roy à Rheims , &c. 67
Difcours de l'Evêque de Soiffons au Roy,
70
Defcription du Soleil d'argent doré
dont le Roy a fait prefent à l'Eglife de
Rheims.
Taux des vivres & denrées à Rheims
& c.
Hymne à la Pareffe , Poëme .
75
79
88
Difcours prononcé en prefentant le Corps
de Madame .
Enigmes.
Chanfon notée.
90
181
103
NOUVELLES LITTERAIRES. Lettre
à l'Abbé Houteville fur la Reli
gion prouvée par les faits . 104
L'art de convertir le fer forgé en acier
& c.
?
112
Epitres choifies des Heroïdes d'Ovide
& c.
Hiftoire des Batailles , & c .
,
113
115
idem .
119
L'Hiftoire d'Angleterre par foufcription.
Loterie de Tableaux à Verone.
Moulin à poudre d'une conftruction nouvelle
de l'invention de M. Fougeau de
Morale.
127
Prix de l'Académie Françoife pour l'année
1723.
Jettons frapez au 1. Janvier 17 3.
129
132
Spectacles , Theatres François , &c. 134
Lettre
Lettre critique fur la Comedie du Nouveau
Monde.
Comedie nouvelle de Bazile & Quitterie
, & c .
135
157
L'Opera & la Comedie Italienne . 158
Nouvelles Etrangeres. 159
Morts , Mariages & Naillances des Pays
Etrangers.
173
Dignitez , Benefices , Charges , &c . 178
Edits , Arrefts , &c.
Journal de Paris .
Morts & Mariages.
181
187
198
Mort du Prince de Vaudemont . 200
Avertiffement. 202
Supplement. 208
Fantes à corriger dans le Mercure
de Decembre 1722.
Age 43. ligne 7. m'entendre, life
entendre.
Page 46. lig 23. peuples , ajoûtez , &c.
Page 47. lig. 6. vie du , life , mort du.
Page 88. lig. 3. Bailut , life Baillet .
Page 94. 1. 9. de l'ufage , lifez à l'ufage.
Page 110. lig. 1. imitant , life invitant.
Page 115. lig. 21. jette le plus , lifez
jette plus.
Page 122. lig. 1. pag. 41. effacez ces
mots.
งา
Page 126. lig. 10. feparer , lifez fe parer.
Page 134. lig. 2. huit d'ordre, lifez huit
colonnes d'ordre.
Page 130. derniere ligne , de cette année ,
lifez de l'année 17 23.
Page 140. lig. 20. les Dames , lifex les
Damoifelles.
Page 174. lig. 23. Tallegran , lifez Talleran
.
Idem lig. 6. du bas Dexxi , Deuil , lifez
d'Exideuil.
Page 192. derniere lig. Relation , ajoûte
du Sacre.
Fantes à corriger dans ce Livre.
Age 17. ligne 22. Communion , lis
fe Communauté .
1bid. lig. 29. fille , lifez but.
Page 2o. lig. 10. rit , lifez dit.
tbid. lig. 11. dit , life rit.
Page 36. lig. 2. M. de Farbelle , life
Me de Forbelle.
Page 38. lig. 17. chaire , lifez chair.
Page 47. lig. 2. du bas , Meflier , lifex
Meffier.
La Chanfon notée doit regarder la
page 103 .
La planche des Jettons de cette année
page 132 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères