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Presentedby
John
Bigelow
to the
3550
Century
Association
XIM
Merce
Oct -
Dec
1722
~
MERCURE
LE
D'OCTOBRE 1722 .
QUE COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue
S. Jacques , au Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT Quay des Auguftins , à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXII.
Avec Approbation & Privilege du Roi .
THE NEW YORK
PUBLIC
LIBRARY
535136
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
100L ISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & dans les
Pays étrangers.
Lyon , chez Plaignard , Libraire .
Marfeille chez Carry.
Montpellier , chez les freres Faures.
Toulouſe , chez la veuve Tene.
Bayonne , chez Etienne Labottiere.
Bordeaux , chez la Veuve Labottiere , & fils.
Charles Labottiere , l'aîné , vis- à vis la Bourfe
, ibid.
Rennes , chez Vattar.
Nantes , chez Julien Maillard.
Saint Malo , chez la Mare.
Poitiers , chez Faucon .
Xaintes , chez Delpech.
Blois , chez Maffon .
Orleans , chez Rouzcau .
La Rochelle , chez Desbordes.
Angers , chez Fourreau.
Tours , chez Gripon .
Caën , chez Cavelier.
Rouen , chez la Veuve Herault,
Le Mans , chez Pequincau .
Chartres , chez Feltil.
Châlons , chez Seneuze.
Troye , chez Bouillerot.
Rheims , chez Godard .
Dijon , chez la veuve Armil.
Beauvais , chez Courtois
Abbeville , chez Dumefnil.
Soiffons , chez Courtois.
Amiens , chez le François , & chez Godard .
Arras , chez C. Duchamp .
Sedan , chez Renaud .
Metz , chez Colignon
Strasbourg , chez Doulleker.
Cologne, chez Meternik.
Francfort , chez J. L. Kaniq.
Berlin , chez Etienne .
Leipfic, chez Gledich.
Lille , chez Dancl .
Bruxelles , chez Tlerftevens.
Anvers , chez Verduffen .
La Haye , chez Rogiffard.
Amfterdam , chez Eernard, "
Roterdam , chez Vander Linden.
Londres , chez du Noyer.
Madrid , chez Aniffon .
Geneve , chez les freres de Tournes.
Turin , chez Reinflan.
Le prix eft de 30. fold
A ij
LA
A VIS.
?
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
Cette voye pour les faire tenir.
On prie très - instamment quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
Les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
LE
MERCURE
D'OCTOBRE 1722 .
XXXXXXXXXXXX :
PIECES
FUGITIVES ;
en Vers en Profe.
LE PLAISIR ET LA SAGESSE.
L
CONTE.
E folâtre Plaifir s'étoit mis en
chemin ,
Pour visiter les lieux de fon
domaine ,
Et de fon pied leger il arpentoit la plaine
Auffi vite qu'un trait échapé de la main :
Deflus fon dos une malette ,
Voituroit divers inftrumens
Propres aux divertiffemens ,
D
Une corde à danfer deffus
l'efcarpolette ,
Force palettes & volans ,
A iij
B
6 LE MERCURE
Cartes & dez fur tout , remedes excellens
Contre le fommeil létargique ,
Des mafques , des romans , des livres de mufi
que ;
Que fçai- je enfin ! tout l'attirail
Qui fert à détourner les hommes du travail .
Dans fon chemin il trouve la Sageffe ,
Qui meditoit au coin d'un bois :
Quoi , Malame , c'eſt vous ! c'eſt vous ? quelle
allegreffe !
Qu'avec douceur je vous revois !
Depuis l'âge d'or , ce me femble ,
On nous vit rarement enfemble :
Vous me fuyez , plaifir ... vous me gronde
toûjours ,
$ ageffe , fans cela vous feriez mes amours.
Tient -il à moi , dit l'Immortelle
Qu'entre nous deformais
L'amitié ne fe renous elle ?
Allons , jurons enſemble une ardeur mutuelle ,
Et ne nous féparons jamais :
Tous deux ainfi d'intelligence ,
Ils fe mettent à voyager ,
La nuit furvient , il faut chercher à fe loger
DE
SEPTEMBRE 1722. 7
Ils virent un Château d'affez belle apparence ,
Et refolurent de concert ,
D'aller chez le Seigneur demander le couvert.
Dans les routes de l'avenue ,
La Dame du Château prenoit alors le frais ,
Coquette , s'il en fût jamais ;
Ie folâtre Plaifir lui donna dans la vuë :
Bonne table , bon lit , tout lui fut préparé ;
La Sageffe fut mal reçûë ,
On l'envoya loger chez Monfieur le Curé ,
Où nous dirons par parenteſe ,
Qu'elle pafla la nuit affez mal à ſon aife ,
Dans un affez leger fommeil.
Du Plaifir pareffeux elle attend le réveil.
Il fort vers le midi des bras de fon hôteffe,
Et laiffa dans fa place une fombre trifteffe :
Voila le couple Pelerin ,
Qui fe raffemble encore & fe met en che
min,
Nulle malheureuſe aventure ,
Ne troubla leurs plaifans propos ,
Sur le point que la nuit ramene l'ombre obf
cure ,
¡A iiij
LE MERCURE
Autre Château fe prefente à propos :
C'étoit le féjour d une prude ,
Qui laffe du tracas mondain ,
Se plaifoit dans la folitude ;
Cette Dame parut , mais d'un abord fort rude
Repouffant le plaifir badin ,
A la feule Sageffe elle tendoit la main ;
Le Plaifir rebuté porta
fa laffitude
Au cabaret le plus prochain .
Quelle infortune eft donc la nôtrë ,
L
Dirent nos voyageurs au matin rafle nblez' ;
Il faut que des humains les eſprits foient trou
blez ,
Pour nous vouloir toûjours feparer l'un de l'autre
!
N'eft il point fous le ciel quelque féjour heu
reux ,
Où nous foïons reçûs tous deux ?
Contre le mauvais goût le beau couple s'em
porte ,
Et mécontent du gîte précedent ,
Va le foir fraper à la porte
De la féduifante f. ** *
Son extrême beauté , fa brillante jeuneſſe ,
Fromettoit au Plaifir un favorable acçüeit, -
D'OCTOBRE 1722.
9
Cette même raifon fit trembler la Sageffe ,
Que jeuneffe & beauté mirent fouvent en
deüil' :
Mais quelle furpriſe agreable
La fit changer de fentiment ?
Quand la belle d'un ris affable
Fit à tous deux ce compliment.
Venez , Plaifir , venez , Sageffe ,
Vous avez trouvé vôtre hôteffe :
J'aurai chez moi place & temps pour vous
deux :
Le Plaifir m'eſt utile & même neceffaire ,
Mais la Sageffe auffi n'a rien pour moi d'af
freux ,
Pourvû qu'abandonnant cette critique auftere,
Et cet air trop imperieux
Elle foit moins fevere ,
Et s'apprivoife avec les jeux.
J'efpere que dans ma retraite
J'affermirai vôtre union ;
Mais faifons un marché pour n'être pas fu
jette
A frequente difcuffion ::
Conditions fe font : nul n'ofa s'en défendres :
Chacun (bien entendu) mit quelque peu du fien ,,
A. v.
10 LE MERCURE
Faute de s'approcher , ou faute de s'entendre
On eft fouvent brouillé pour rien.
Qui plus des deux fur foi dût prendre ,
Je ne le dirai pas , chacun s'en trouva bien :
La Sageffe fut gaye , & le Plaifir modefte ,
Et dans fon propre appartement ,
Sans que jamais furvint nul altercas funeſte ,
La Dame pour toûjours fixant leur logement ,
La Sagefle eut le lit , le Plaifir tout le refte.
Tout le refte étoit grand , oui , mais tout bien
compté ,
J'en attefte la foi des hommes ,
Le Plaifir , au fiecle où nous fommes ,
N'eft pas toujours fi maltraité.
SUITE de la Lettre critique fur les Spectacles
, & des obfervations fur les
Tragedie d'Athalie.
ACTE II I.
Scene I. & 11.
Mathan , Nabal , Zacharie.
Ans ces deux Scenes il ne s'agit que
de la même chole ; Mathan deD'OCTOBRE
1722. II
mande au nom d'Athalie qu'on faſſe venir
Jofabet.
Scene 111.
Mathan , Nabal.
Mathan déploye ici fes plus fecrets
fentimens, &fe montre tel qu'il eft , c'eſtà-
dire , le plus méchant de tous les hommes.
Des aveus auffi honteux que ceux
qu'il fait à Nabal , ne font gueres vraifemblables
; mais ils font neceffaires au
Theatre , fans quoi on ne pourroit fçavoir
ce qui fe paffe dans le coeur de certains
Acteurs , qu'à la faveur du monologue
& de l'à parte , où l'on eft cenfé penler.
Il faut pourtant avouer à la gloire de
M. de Racine , que dans cette occafion
la neceffité theatrale eft rapprochée du
vrai - femblable autant qu'il eft poffible,
Nabal declare qu'il ne fert , ni le Dieu
des Hebreux , ni Baal , dautant qu'il eft
Ismaëlite ; un homme fans Religion , tel
que Mathan , peut- il confier plus feurement
fon fecret qu'à un homme neutre ?
d'ailleurs Nabal eft complice du crime
de Mathan , & affocié au fruit qui en reviendra
; feconde raiſon pour ne lui rien
cacher.
Au refte , je ne trouve rien de fi beau
en fait de caractere , que tout ce que no-
A vj
12 LE MERCURE
L
tre judicieux Auteur met ici dans la bou
che de Mathan. Cet apoftat expofe leg
motifs de fa déſertion ; la jaloufie &
l'ambition ont fait tout le crime. Il eft
perfuadé que Baal n'eft qu'un Dieu de
bois , dont les vers s'emparent tous les
jours ; mais la préference qu'on a don
née à Joad , quand ils ont été en concurrence
pour l'encenfoir , l'a déterminé
du côté d'une erreur , qui devroit lui
être plus utile que la verité ; il s'eft attaché
à la Cour ; il a flatté les paffions.
des grands . Voici comme il en parle luimême,
Vaincu par lui , j'entrai dans une autre care
riere ,
Et mon ame à la Cour s'attacha toute entiere.
J'appro hai par degrez de l'oreille des Rois ,
Et bien- tôt en oracle on érigea ma voix
Fétudiai leurs coeurs , je flattai leurs caprices
,
Je leur femai de fleurs les bords des précipi
ces ;
Près de leurs paffions , rien ne me fut facré ,
De mefure & de poids je changeois à leur
gré , & c.
Peut-on peindre avec de plus vives
couleurs , un ambitieux , un hypocrite ,
D'OCTOBRE 1722.
un flateur , & un fcelerat.
Enfin Mathan , aprés avoir expofé aux
yeux de Nabal tous les refforts qu'il a fait
joiier ' , pour porter Athalie à détruire le
Temple de Dieu , acheve fon portrait part
ces vers , qui me paroiffent des plus beauxde
la Tragedie :
Toutefois , je l'avoue , en ce comble de gloire;
Du Dieu que j'ai quitté , l'importune me
moire
Jette encor dans mon ame un refte de ter
reur ,
Et c'eft ce qui redouble & nourrit ma fu
reur.
· Heureux fi fur fon Temple achevant ma ven
geance ,
Je puis convaincre enfin fa haine d'impuif
fance ,
Et parmi le débris , le ravage & les morts,
Aforce d'attentats perdre tous mes remords.
Quel genie ! quel féu ! & en même tems
quelle jufteffe !
Scene IV .& V.
Jofabet , Mathan , Nabal , Jóad.
C'est ici que l'hypocrifie de Mathan eft
mife dans tout fon jour. Il étale la pureté
de fes intentions, il fait parade des prétendus
bons offices qu'il a rendus à Joad ; il
14
LE MERCURE
s'annonce en Miniftre de paix devant Jofabet;
cettePrinceffe a beau le démafquer ,
il ne perd rien de fa moderation , & Içait
renfermer dans le fond de fon coeur toute
l'alteration que lui peuvent caufer des
veritez fi mortifiantes . Il perfifte à demander
le jeune Eliacim , au refus duquel
il menace le Temple d'une ruine
totale . Les injures mêmes don't Joad le
vient accabler , ne femblent pas le déconcerter.
I eft vrai que foit par la longue
violence qu'il s'eft faite , foit par
un coup de la main de Dieu appefantie
fur lui , il paroît enfin frappé d'aveuglement,
& ne fçait par où fortir d'un lieu,
où un fecret vengeur le pourfuit.
Scene VI.
Joad , Jofabet.
Jofabet ayant appris à Joad les propofitions
que Mathan eft venu lui faire
de la part d'Athalie ; ce Grand- Prêtre
fe détermine à avancer le tems de la reconnoiffance
de Joas. Dans le cours de
S
cette Scene Jofabet tremblante
pour
Joas , ne fonge plus qu'à le fauver par
la fuite. Elle confeille à Joad de le mettre
fous la protection de Jehu ; mais fon
intrépide époux , qui a mis toute la confiance
en Dieu rejette ce timide conſeil ,
& lui répond que Jehu n'eft pas un diD'OCTOBRE
. 1722. 155
gne inftrument des deffeins du Seigneur &
Voici comme il en parle.
Jehu fur les hauts lieux enfin ofant offrir
Un témeraire encens que Dieu ne peut fouffrir,
N'a Pour fervir fa caufe, & vanger fes injures,
Ni le coeur affez droit , ni les mains affez pures
Scene VII.
Joad , Joſabet , Azarias fuivi de plufieurs
Levites & du Choeur.
Azarias , Chef des Prêtres & des Levites
apprend à Joad , que conformément à ſes
ordres il vient de fermer toutes les portes
du Temple. Il luy annonce que la crainte
a difperfé tout le peuple fidelle. Les
Choeur protefte ici qu'il eft prêt à fe facrifier
pour la gloire du Dieu d'Ifrael
ce qui porte Joad à dire.
Voilà donc quels vangeurs s'arment pour ta
querelle !
Des Prêtres , des enfans , & fagefle éternelle !
Ici le Grand- Prêtre entre dans une
Sainte fureur il prophetife même , quoique
l'écriture ne dife pas qu'il ait eu l'efprit
prophetique comme elle l'affeure de
fon fils Zacharie. M. de Racine fe fait
lui-même cette objection dans fa preface.
Mais qu'avoit- il à craindre fe feroit- on
jamais
LE MERCURE
jamais avifé de lui faire un crime d'une
pareille liberté.
Auffi n'eft- ce pas par cet endroit que
je prétends l'attaquer , je ne lui difpute
que la forme , & point du tout le fond .
Je fçais que l'efprit Saint fouffle où il
veut , mais je ne conviens pas de tout ce
que nôtre fcrupuleux Auteur avance
dans fa preface , pour juftifier la prétendue
liberté qu'il a prife , & les chants &
la fimphonie qu'il a inferée dans cette
prophetie : voici fes propres termes . Cette
Scene qui est une espece d'Epiſode amene
tres-naturellement la mufique , par la con
tume qu'avoient plufieurs Prophetes d'entrer
dans leurs Saints tranfporis au fon des
inftrumens.
En verité M. de Racine ne femble- t'il
pas vouloir nous perfuader que ce qu'il
appelle efpece d'Epiſode , eft une efpece
de faute , par le foin qu'il prend de l'excufer
le don de Prophetie doit- il être
fubordonné à des caufes auffi frivoles que
le peut ètre le fon d'un ou de plufieurs.
inftrumens quelques Prophetes ont annoncé
l'avenir au fon des harpes & des
Fyres qu'on portoit devant eux ; mais
s'enfuit-il delà que ces harpes & ces lyres
fuffent neceſſaires à leurs prédictions ?
M. de Racine s'autorife d'un exemple
encore plus fort & plus pofitif , en la
perfonne
D'OCTOBRE 1722.. 17
pir
perfonne d'Elifée qui confulté fur l'ave
par le Roy de Juda , & par le Roy
d'Ifraël , dit , adducite mihi pfaltem
comme fait Joad dans cette Scene , quand
il dit en parlant du Seigneur qui vient de
s'emparer de lui.
Levites de vos fons prêtez -moi les accords ;
Et de fes mouvemens fecondez les tranſports .
Ce fecours que Joad demande ici eft
fi peu neceffaire pour prophetifer, qu'il
vient de dire un peu auparavant ,
Eft ce l'efprit divin qui s'empare de moi ?
C'eſt lui- même , il m'échauffe , il parle , mes
yeux s'ouvrent ,
Et les fiecles obfcurs devant moi fe découvrent
Le voilà tout poffedé de Dieu , tout
échauffé , tout infpiré , & tout éclairé ,
qu'a t'il à faire des chants du Choeur , &
du frivole des inftrumens"?
Je ne fçais fi cette prophetie interrompue
par des couplets de chant & de fynx
phonie a produit un grand effet à Saint
Cyr ; mais je doute qu'elle y ait fait autant
de plaifir qu'elle en fair tous les
jours , dénuée de cette prétendue beauté,
& prononcée fans interruption.
En verité M. de Racine n'auroit il
pas
plutôt fait de nous avouer qu'il s'eft prêté
18 LE MERCURE
té malgré lui à un agrement poftiche
qu'on lui a demandé pour faire varieté ?
cependant il devoit d'autant plus s'y refufer
, qu'il s'en faut beaucoup , qu'il
ne foit auffi grand- maître en Lyrique
qu'en Dramatique . On en peut juger par
ces quatre vers qu'il faut chanter par un
choeur au fon des inftrumens.
Que du Seigneur la voix fe faffe entendre ,
Et qu'à nos coeurs fon oracle Divin ,
Soit ce qu'à l'herbe tendre ,
Eft au printemps la fraîcheur du matin.
Quelle difference ne fent-on pas entre
ces quatre vers , & ceux de la prophetic
de Joad En voici la fin.
Leve Jerufalem , leve ta tête altiere ,
Regarde tous ces Rois de ta gloire étonnez ,
Les Rois des natións devant toy profternez ,
De tes pas baifent la pouffiere ,
Les peuples à l'envi marchent à ta lumiere.
Heureux qui pour Sion , d'une fainte ferveur ,
Sentira fon ame embrasée !
Cieux répandez vôtre roſée ,
Et que la terre enfante fon Sauveur.
Eft-il rien de plus beau & de plus
oncteux
D'OCTOBRE 1922. r
oneteux que toute cette prédiction . Elle'
eft divifée en deux parties , l'une terrible
, & l'autre confolante. Cet Acte
finit par des ordres que Joad donne pour
faire reconnoître le jeune Eliacin , pour
Joas Roy de Juda , & fils d'Okofias.
ACTE IV. Scene premiere.
Joas , Jofabet , Zacharie , Salomith.
Quoique cette Scene ne foit qu'une pre
paration aux fuivantes , elle ne laiffe pas
d'être des plus intereffantes. Il y a quelque
chofe d'augufte & d'impofant dans
l'ordre , avec lequel on porte , & on arrange
fur une table le livre de la Loy , le
bandeau Royal , & l'épée de David .
Cette ceremonie étrangere aux yeux
du jeune Joas , l'oblige à en demander
l'explication à Jofabet . La Princeffe ne
peut s'empêcher de laiffer échapper quelques
fanglots , & quelques larmes en
ellayant le bandeau Royal fur le front
de ce cher enfant ; il s'en apperçoit , &
s'imaginant qu'on va le facrifier au Seigneur
, il fe dévonë à l'Autel avec une
conftance heroïque.
Scene II.
Joad , Joas.
A l'approche de Joad tout le monde
fo
20 LE MERCURE
fe retire , hors le petit Eliacin qui court
l'embraffer, tout en pleurs, pour lui demander
ce qu'on exige de lui. Le grand
Prêtre lui apprend qu'il eft temps de
s'armer d'une foy nouvelle , & de payer
au Seigneur ce qu'il lui doit. Il lui demande
ce que c'eft que le devoir d'un
Roy , & quel Roy il choifiroit pour modelle
, s'il avoit à regner . Joas donne la
preference à David. Joad charmé d'un ſi
beau choix , & voulant lui infpirer une
jufte horreur pour les méchans Rois , lui
nomme d'un ton d'indignation l'infidele
Joram , l'impie Okofias , Joas lui répond
fur le même ton par ce vers ,
Puiffe petir comme eux quiconque leur
reffemble.
Comme le jeune Eliacin doit bien tôt
trouver un Ayeul dans Joran , & un pere
dans Okofias ; il me femble que le grand
Prêtre n'auroit pas mal fait d'adoucir les
épithetes , & fur tout de retrancher celle
d'impie, qui conviendroit beaucoup mieux
à Achab , & à une infinité d'autres Rois;
qu'à Okofias , qui n'ayant regné qu'une
année n'a pas pû donner dans de fi grands
excès d'impieté.
L'Ecriture dit veritablement qu'il marcha
fur les traces de la maiſon d'Achab ,
& qu'il fit mal devant le Seigneur , mais
cela
D'OCTOBRE 1722.. 21
cela ne conftituë qu'un infidele , & non
pas un impie à exciter une indignation ,
telle que Joad la fait éclater par ces trois
mots adreflez à Joas. O mon pere ! ce qui
fait voir que Joad s'étoit fur tout attaché
à lui rendre odieux le nom de Joran , &
celui d'Okofias .
Je comprends bien que l'un étant fon
ayeul , & l'autre fon pere , l'exemple étoit
d'autant plus dangereux pour lui , que les
perfonnes luy étoient plus cheres , & je
crois que c'eft - là ce qui a porté M. de
Racine à charger les épithetes ; mais Joad
auroit dû les adoucir au moment qu'il va
découvrir à Joas qu'il eft petit- fils de l'un
& fils de l'autre .
Cette petite obfervation n'empêche pas
que je ne trouve cette Scene très- belle, &
très-touchante. Je ne puis retenir mes larmes
quand je vois le Grand Prêtre profterné
aux pieds de fon nouveau Roy. La
furpriſe de cet enfant n'eft pas moins inrereffante
, & je ne connois rien de plus
frappant fur lá fcene que de pareilles fituations
.
Scene 111.
Joas , Joad , Azarias , Ifmael , & les
trois autres Chefs des Levites .
Joad fait connoître aux Chefs des Levites
le Roy qu'il leur avoit promis , dans
la
LE MERCURE ·
la perfonne du petit Joas , fils d'Okofias.
Il employe ici une epithete plus douce ;
voici comment il s'exprime.
Dernier né des enfans du trifte Okofias.
Peu s'en faut que ce vers ne me falle
repentir de tout ce que je viens de dire
fur l'épithete d'impie. Je rends juftice à
l'Auteur , quand il s'agit d'infpirer l'hor.
reur il fe fert du terme d'impie , & il employe
celui de trifte quand il veut exciter
la pitié.
Au refte le deffein que le Grand - Prêtre
forme ici me paroît grand ; mais je
ne fçais s'il eft bien raifonnable. Il fe
propofe d'aller attaquer Athalie jufques
fur fon Thrône : avec quelles troupes ?
Avec des Prêtres , des Levites , & des
enfans , comme il la dit dans les Actes
precedens. Il fe flatte qu'à la vûë du jeune
Roy , tous les coeurs fortiront du profond
affoupiffement où ils font plongez. Ce
font là de belles idées ; mais on peut dire
de cela ce que le même Auteur fait dire
à Mythridate dans une pareille occafion .
être approuvez ,
Et
pour
De femblables projets veulent être achevez.
11 eft vrai que le Grand-Prêtre des
Juifs eft beaucoup mieux fondé que le
Roy de Pont. Il met fa confiance dans le
Dicu
D'OCTOBRE 1722. 23
Dieu des armées , comme il le dit par ce
vers .
Dicu fur les ennemis répandra la terreur.
Au lieu que Methridate ne met fon
efperance que dans fon defefpoir. Quoiqu'il
en foit , ces écarts d'imagination
pour n'être pas tout - à fait raisonnables ,
ne laiffent pas d'avoir beaucoup d'éclats
Un peu de dérangement échauffe la Scene
; au lieu qu'une exactitude qui va juſ
qu'au fcrupule degenere en langueur.
Après le brillant étalage de ce grand
projet , Joad ordonne aux Chefs des Levites
de jurer fur le Saint Livre de la Loi,
qu'ils vivront , combattront & mourront
pour leur nouveau maître, fi l'occafion s'en
prefente. Ce premier ferment étant fait il
en exige un autre du jeune Roy , à qui il
fait auparavant une leçon digne d'être
gravée dans les coeurs de tous les Rois ;
la voici.
De l'abfolu pouvoir vous ignorez l'yvreſſe ,
Et des lâches flateurs la voix enchantereffe.
Bien-tôt ils vous diront que les plus Saintes
loix , •
Maîtreffes du vil peuple, obéiffent aux Rois,
Qu'un Roy n'a d'autre frein que fa volonté
même ,
Qu'il doit immoler tout à fa grandeur fuprême,
Qu'aux
24
LE MERCURE
Qu'aux larmes , au travail le peuple eft con
damné ,
Et d'un fceptre de fer veut être gouverné ,
Que s'il n'eft opprimé , tôt ou tard il opprime .
Anfi de piege en piege , & d'abîme en abîme ,
Corrompant de vos moeurs l'aimable pureté,
ils vous feront enfin haïr la verité ,
Vous peindront la vertu fous une affreufe image,
Helas ! ils ont des Rois égaré le plus, fage.
Après une fi fage leçon le Grand - Prêtre
exhorte Joas à jurer à fon tour fur le
Saint Livre , qu'il fera toûjours favorable
aux bons , & contraire aux méchans , &
qu'il prendra Dieu pour juge entre le
peuple , & le Roy . Joas fait fon ferment
en ces deux vers :
Je promets d'obferver ce que la loi m'ordonne,
Mon Dieu puniffez moi fi je vous abandonne.
-
Scene IV. V. & VI.
Dans les dernieres Scenes de ce quacriéme
Acte , il ne s'agit que de prefenter
Joas à Jofabet, à Zacharie , &c. l'Auteur
a mis un vers prophetique dans la
bouche de Joad , pendant que Joas embraffe
Zacharie.
Enfans, ainfi toujours puiffiez - vous être unis.
J'appelle
D'OCTOBRE 1722. 25
J'appelle ce vers prophetique , quoiqu'il
femble ne renfermer qu'un fimple
fouhait. On ne fçait que trop que Joas fit
peritZacharie, & c'eft là fans doute ce que
M. de Racine a voulu faire preffentir . Je
crois pourtant qu'il auroit beaucoup
mieux fait de s'en tenir au prefent , fans
aller chercher dans l'avenir de quoi faire
perdre l'intereft qu'on prend en Joas.
En effet , quoique le fujet de cette Tragedie
foit très -beau, il faut convenir qu'il
feroit bien plus heureux , & plus intereffant
, fi l'on pouvoit ignorer que Joas fe
rendit enfin indigne des graces du Seigneur
en abandonnant cette même loi ,
dont il vient de jurer l'obfervation.
Dans la cinquième Scene un Levite
vient répandre la terreur , en annonçant
à Joad que le Temple eft invefti de Tyriens
, & qu'Athalie a fait charger de
fers Abner , l'unique efperance du peuple
fidele. Cette nouvelle allarme Jofabet
, mais Joad condamne fa frayeur
tâche de ranimer fon courage , & donne
rous les ordres neceffaires pour la défenſe
du Temple & du Roy. Paffons au dernier
Acte...
par
ACTE V.
Cet Acte fait un grand plaifir , tant
l'évenement qui eft au gré des fpecta-
B teurs,
26 LE MERCURE
teurs , que par la pompe du fpectacle.
Cependant j'ole dire que c'eſt celui
qui donne le plus de prife à la critique,
Voyons fi j'ai raifon de le croire.
Scene 1.
Zacharie , Salomith , le Choeur,
Zacharie raconte à Salomith , & au
Choeur ce qui vient de fe paffer dans la
ceremonie du Couronnement , & du Sacre
de Joas. Il finit fa narration par le
peril , dont ce jeune Roy , tous fes nouveaux
fujets , & le Temple même font
menacez.
Scene II.
Abner , Joad , Jofabet.-
Abner apprend à Joad qu'Athalie ne
l'a tiré de la prifon où elle le retenoit ,
que pour lui annoncer qu'elle va forcer
& brûler le Temple , fi l'on ne remet ente
fes mains le jeune enfant qu'elle a
déja demandé , & un prétendu tréfor
que David cacha autrefois dans le Saint
lieu. Le Grand- Prêtrene lui répond qu'en
termes équivoques au fujet de ce tréſor
faifant allufion au jeune Roy,
Ce jeu de mots me paroît peu féant à
la Majefté d'un Souverain Sacrificateur ,
tel que Joad . Mais ce qui me furprend
le plus , c'eft que Jofabet faififfant le mo
ment
D'OCTOBRE 1722. 27
ment où Abner paroît s'attendrir au fujet
du fang de fes Rois , pour faire entendre
tout bas à Joad qu'il feroir temps
de lui découvrir le fort de Joas , le Grand-
Prêtre lui répond qu'il n'eft pas encore
temps . Voici les vers en queſtion .
Jofabet.
Pour le fang de fes Rois vous voyez la tens
dreffe ,
Que ne lui parlez - vous ?
Joad .
Il n'eft pas temps Princeffe .
que
On .ne comprend pas pourquoi Joad
remet à un autre temps une confidence
qui ne ferviroit qu'à mettre encore mieux
Abner dans les interefts de fon Roy. M.
de Racine en fçait mieux la raifon
perfonne. Par ce filence hors de faiſon , il
a menagé un coup de furpriſe pour les
fpectateurs , mais ces agrémens de Theatre
ne doivent jamais être préparez aux
dépens du vrai & du vrai-femblable.
En effet , fi Abner fur une fimple promeffe
que Joad lui fait de lui declarer la
naiffance de cet enfant en prefence d'Athalie
, & de le faire juge entre cette
Reine & lui , protefte qu'il le prend déja
fous fon appuy , & qu'on n'a plus rien à
craindre , que n'auroit -il pas fait , fi on
Bij lui
28 LE MERCURE
lui eût appris fans détour , que ce même
enfant eft Joas , fils d'Okofias ?
On voit bien par tout ce que fait Joad
qu'il veut fe fervir d'Abner pour amener
Athalie dans le piege , & j'avoue que
c'eft là ce qui me paroît de plus defectueux
, & de plus revoltant dans la piece.
Scene III..
A peine Abner eft -il forti pour aller
chercher Athalie , & l'introduire dans
le Temple avec l'efcorte qu'il jugera à
propos , comme il en eft convenu avec
Joad , que ce Grand- Prêtre s'applaudit
par avance du fuccès de fon projet , je
n'ofe dire de fa fupercherie. Voici comment
il s'explique dès le commencement
de la Scene .
Grand Dieu voici ton heure , on t'amene ta
proye .
Je ne m'arrête point fur ce qu'il dit à
l'oreille à Ifmael , quoique le vers , précedant
, & la fuite femblent nous faire
préfumer , qu'il lui donne des ordres fecrets
contre les jours d'Athalie . Il fe
peut faire auffi qu'il ne faut que prendre
des précautions contre l'infidelité de cette
Reine , en cas qu'elle voulut prendre une
efcorre plus nombreufe que celle dont
elle doit convenir avec Abner. Les autres
D'OCTOBRE 1722.
tres ordres qu'il donne me paroiffent un
peu precipitez ; en effet il dit aux enfans.
Vous , enfans, preparez un Thrône pour Joas.
Et pour preparer ce Trône il ne leur
donne que quelques minuttes , puifque
nous allons bien- tôt voir Joas fur un
Trône magnifiquement orné , & difpofé
avec beaucoup d'art .
Scene IV.
Cette Scene n'a rien de fingulier.
Scene V.
Athalie , Joad , Abner , &c.
Athalie éclaté d'abord en injures contre
Joad . Elle lui dit qu'elle devroit lui ôter
une vie dont elle eft maîtreffe , mais
qu'elle veut bien fe contenter de ce qu'on
fui a promis. Voici les paroles.
Mais du prix que l'on m'offre , il faut me cone
tenter ,
Ce que tu m'as promis fonge à l'executer .
Cet enfant , ce tréfor qu'il faut qu'on me re
mette , où font ils
Jufques-là Athalie paroît ne vouloir
faire aucune infraction au traité. Il eft
vrai
que voyant paroître fur le Trône
Joas qu'elle prend toûjours pour Elia-
B iij
cin ,
30
LE
MERCURE
cin , elle prend une réſolution violente
contre lui , & qu'elle dit à Joad .
Ta fourbe à cet enfant , traitre fera funefte ,
D'un fantôme odieux , foldats , délivrez moy .
Voilà la feule infidelité d'Athalie qui
puiffe juftifier Joad . J'avoue de bonnefoy
que je ne me paye pas de cette raifon
, & que cela ne doit pas authorifer le
Grand- Prêtre à ordonner à la fin qu'on
lui donne la mort hors du Temple. Pour
Abner il me paroît qu'il joue en tout
ceci un fort mauvais perfonnage. Athalie
n'eft pas la derniere à le penfer. Voici ent
quels termes elle marque fon indignation.
Lâche Abner , dans quel piege às- tu conduit
mes pas ?
Athalie reconnoît enfin Joas par l'endroit
, dit- elle , où elle le fit frapper , par
le port & le gefte d'Okofias . Je ne veux
pas approfondir ces indices qui me pa-
Loiffent un peu frivoles , fur tout le gefte.
Je ne blâme point les imprécations que
cette Reine furieufe vomit contre Joas ,
' elles font dans la nature ; mais je ne voudrois
pas que les fouhaits d'une fi méchante
fenime fuffent des prédictions , que
l'hiftoire
Sainte
ne juftifie que une La verité
me paroît
déplacée paroît
déplacée
dans
une
bouche
impie
, & d'ailleurs
cette
trifte
verité
D'OCTOBRE 1722 . 37
verité ôte une bonne partie de l'intereft
qu'on vient de prendre en ce jeune Roy.
Je pourrois ajoûter ici quelques remarques
fur la verfification ; mais ma differ
tation n'eft déja que trop longue ; &
d'ailleurs les bons vers font en fi grand
nombre dans cette Tragedie qu'ils font
difparoître les mediocres , & même les
défectueux. Pour ce qui eft des Choeurs ,
comme l'ufage en eft aboli , tout ce qu'on
en pourroit dire ne contiendroit qu'une
érudition infructueufe . Je fuis , & c.
LETTRE en vers écrite à M. ľ Abbé
*** par M... en luy envoyant un
Myrthe pour la fête de Mue fa foeur.
H
Ier qu'une humide foirée ,
Sembloit exciter au repos ,
Je fentis que le Dieu Morphée
Répandoit fur moi fes pavots,
A peine fa douceur fateule ,
Se fut emparé de mes ſens ,
Que des ris la bande joyeuſe ,
Me mena dans des lieux charmans ;
Là d'une naiffante -ver ure
L'on pouvoit goûter l'agrement
15
Biiij
De
32
LE MERCURE
De ces lieux la fimple nature ,
Faifoit le plus rare ornement.
Ravi d'une telle aventure,
Je m'amufois à regarder ,
Lorfqu'une Nymphe fans pagure ,
D'un pas leger vint m'aborder :
Pourquoy montrer tant de pareffe ,
Me dit cette Nymphe en couroux
Pendant qu'ici chacun s'empreffe ,
A former les jeux les plus doux ?
On celebre aujourd'huy la fête ,
D'une des filles de l'amour
>
Sus donc, que rien ne vous arrête ,
Preparez vous à ce beau jour ,
Avec elle auffi - tôt j'avance ,
Et nous arrivâmes en peu ,
Dans un Palais dont l'apparence ,
Me le fit croire à quelque Dieu
D'abord fur un Tiône d'yvoire ,
Je vis une jeune beauté ,
>-
Mille amours fervoient à fa gloire ,
Les uns avec activité ,
Montroient en luttant leur adreffe ,
Les autres prenans leurs ébats ,
Folatroient
D'OCTOBRE 1722 .
33
Folatroient avec gentilleffe ,
Et formoient d'amoureux combats.
Forcé de rendre mon hommage ,
De Myrthe on m'offrit un branchage
Que je portois avec ardeur ,
Mais que ma ſurpriſe fut grande ,
Quand prêt de donner mon offrande ,
Je connus vôtre aimable foeur.
Quelque demon pèu favorable ,
Vint interrompre mon fommeil ;.
Et de ce Palais agreable ,
Tout difparut à mon reveil.
En vain me dira- t'on qu'un fonge ',,
N'eft qu'une douce illufion,
J'ai remarqué que ce menfunge
Devoit me fervir de leçon.
De cet arbriffeau jeune & tendre ,
Dont l'amour fut toûjours content ,
J'ai fait emplette au même inftant ,
Je l'envoye fans plus attendre ;
Mais crainte d'un refus fâcheux ,
Je veux ufer de ftratageme ,
Et pour que fon fort foit heureux ,'
Daignez le prefenter vous même,
B V
CERE
34
LE MERCURE
kkkkkkkk
CEREMONIE faite au Temple à la
reception de M. des Fougerais dans
l'Ordre de Chrift.
Ms.
R des Fougerais- Garnier , né à
S. Malo avec toutes les difpofitions
qui ont acquis à fes compatriotes la
réputation d'être les meilleurs hommes
de Mer qu'il y ait , a reçû le dernier
Dimanche d'Aouft de la prefente année
une jufte & brillante récompenfe du merite
qui le diftingue , principalement dans
genre dont je viens de parler.
le
Le Roy de Portugal lui fit donner le
premier de fes Ordres , qui eft celui de
Chrift . Sa Majefté Portugaiſe a déferé
en cela avec beaucoup de fatisfaction à
la reconnoiffance que M. le Comte d'E
riceira , ci - devant Viceroi des Indes ,
conferve à l'égard de M. des Fougerais ,
& qu'il lui a témoigné par tous les traits
de liberalité , & d'attention , dont ce Seigneur
eft plus capable que perfonne . Ce
Capitaine, qui a 32. ans , a déja fait plus
d'une fois le tour du Monde , & qui
dans fes longs voyages a été plus occupé
d'acquerir des connoiffances , que des
ich fles , fe trouva à l'Ile Bourbon
dans
D'OCTOBRE 1722 . 35
dans le temps que M. le Comte d'Eri
ceira venoit d'y effuyer un traitement digne
de toute l'avidité de deux Forbans
qui fe trouverent affez fuperieurs pour lui
enlever fon vaiffeau . La difgrace de fon
Excellence fe trouva adoucie par les manieres
du Commandant de l'Ifle , & par
celle de M. des Fougerais , qui de là a
ramené M. le Viceroi , & toute fa fuite
en France.
La ceremonie de la reception du nouveau
Chevalier fe fit au Temple en prefence
d'une illuftre affemblée. Son Excellence
Don Louis d'Acunha , Ambaffa-"
deur de Portugal , & Commandeur de
l'Ordre de Chrift , faifoit au nom de Sa
Majefté Portugaiſe la fonction de Grand-
Maître , aidé de M. l'Envoyé de Portugal,
auffi Commandeur , & de M. l'Abbé
de Mendonça , Prélat nommé par le Roy
de Portugal pour cette reception ; tout le
paffa avec beaucoup de dignité , & d'agrément
pour M. des Fougerais , que M.
l'Ambaffadeur mena dîner à fon Hôtel
pour cimenter encore la confraternité .
27
A
B vj
A
36 LE MERCURE
A M. le Prefident Denis , fur la mors:
de fon épouse.
ODE.
ON voudroit mourir au moment
Qu'on perd une épouſe qu'on aime ,
En effet c'eft cruellement
Perdre la moitié de foy même ,
Chagrin mortel que j'ai fenti ,
Mais enfin je pris mon parti',
Ainfi que moi prenez le vôtre ,
La vraye & parfaite amitié
Veut que lorsqu'on perd la moitié ,
On travaille à conferver l'autre.
Ceffez de pouffer plus avant
L'ennuy cruel qui vous dévore ,
Tandis que vous ferez vivant ,
La moitié d'elle vit encore ;
Quand vous marcheriez fur fes pas
Dans les tenebres du trépas ,
Vôtre mal n'en feroit pas moindre &
La mort par fes funeftes coups
Rompt l'union de deux époux ,
D'OCTOBRE 172. 37
Et ne peut jamais les rejoindre .
9 Sçachez que les efprits des morts
Tombez dans les demeures fombres j
Ne font que fautômes fans corps ,
Sous les noms de mânes & d'ombres.-
Ces vains & chimeriques noms ,
Qu'à tout hazard nous leur donnons , ›
N'ayant d'eux qu'une idée obfcure ,
Marquent des êtres confondus ,.
Et des fortes d'individus ,
Sans lieu , fans fexe , & fans figure:-
Où peut-on ſe déterminer ,
Dans ce nombre innombrable d'ames
Qui n'ont rien pour les difcerner ,
Et qui ne font hommes ni femmes
Yous nouvel ombre devenu ,
Comme les autres inconnu ,
Même à vôtre épouſe fidelle ,
Vous irez la chercher , helas !
Et vous ne la trouverez pas ,
Quoique vous foyez avec elle.
Nos fens corporels font diffous ,
Dès que nôtre vie eft paffée ,
Le feul efprit refte de nous' ,
Τ
38
LE
MERCURE
Et l'efprit n'eft que la penfée.
Vôtre épouſe penſe toûjours ,
Et de vos fideles amours
1
Se fait une idée éternelle.
Penfez comme elle , ô trifte époux !
Et vous la trouverez en vous ,
Ainfi qu'ellevous trouve en elle.
LETTRE éerite de Foulouse le 15, Septembre
1722. fur une abstinence furprenante
, par M. C. A. Docteur en
Medecine.
J'
'Ai vû , Meffieurs , avec plaifir , dans
vôtre Mercure du mois d'Août der
nier , que les Medecins envoyez par l'ordre
de M. le Duc de Lorraine , pour
examiner les effets finguliers que produifoient
une maladie extraordinaire d'une
jeune fille du Diocefe de Toul , s'étoient
mocquez de la credulité du peuple,
qui vouloit déja , pour ainfi dire, beatifier
cette jeune fille. On ne fçauroit affez s'étudier
à expliquer naturellement tout ce
qui fe paffe en nous. En effet , Meffieurs,
la maladie de cette fille m'a paru d'autant
moins furnaturelle , que j'ai été le
témoin d'une maladie bien plus extraordiD'OCTOBRE
1722.
*39
naire, & dont il eft bon que tous les Mede.
cins du Royaume ayent connoiffance. Je
vais la rapporter en peu de mots.Il y avoit
àToulouſe unGentil homme de diftinction,
qui a été quatre ans entiers , fans manger
autre chofe que du fromage de Roquefort
, & en petite quantité , n'en ayant
jamais mangé une demie - livre dans un
jour. 11 eft certain qu'il ne prenoit point
d'autre nourriture ; & ce qu'il y a de
plus furprenant , & que j'aurois de la peine
à croire , fi je n'en avois été le témoin
, c'eft que cette perfonne a reſté
fix mois , fix jours fans boire abfolument
d'aucune forte de liqueur , & fans être
alterée. Pendant tout ce temps -là , non
feulement elle n'a point eu de fievre
m.is elle n'a point eu d'émotion dans le
poulx. Le malade n'a point parû étonné
d'un tel accident . Cependant le fromage
excite la foif , & l'homme dont il eft
queſtion , a été , & eft encore un des plus
grands buveurs du Royaume. Je n'ai
rien lû dans le curieux & fçavant traité,
de prodigiofis inediis , de fi extraordi
naire , & j'avouerai que dans quarante
années que j'ai pratiqué la Medecine en
plufieurs pars , je n'ai rien vû qui tint
plus du prodige , trouvant ce cas encore
plus furprenant que celui de la jeune fille
de Lorraine , & je finirai pour vous fur40
LE MERCURE
prendre encore davantage, en vous difant;.
que la perfonne en queſtion , dont j'avois
Phonneur d'être Medecin, eft aujourd'hui.
entierement guerie qu'elle mange &.
boit à merveilles , &c. fans avoir jamais
voulu faire de remede. Je fuis , & c.
,
ODE
ANACREONTIQUE.
Par M. de R *** à Mlle ***。
Ourquoi , trop aimable Silvie ,
Perdre le temps de vos beaux jours
Et laiffer couler vôtre vie ,
Sans vouloir fuivre les amours;
Ecoutez la vive jeuneffe ,
Qui vous dit d'un air de couroux ,
Ne rejettez point la tendreffe ,
Infenfible ,, que faites- vous ?
Les plaifirs , les ris , & les graces ;
Vous préparent de doux momens ,
Laiffez les voler fur vos traces ,
Et fe mêler à vos amans.
D'OCTOBRE. 1722
Que vois-je ? la Raifon fevere
Vient d'affujettir vôtre coeur ,
1
Devez-vous dans l'âge de plaire','
Connoitre un fi trifte vainqueur ?
LETTRE de M. Fufelier à Madame la
Comteffe de ... aufujetde la Comedie
du Nouveau monde.
V
Ous n'êtes point , Madame , de
ces Comteffes imaginaires , à qui
Meffieurs nos Critiques modernes , rendent
au fujet des ouvrages nouveaux un
compte de leurs décifions , que perfonne
ne leur demande , & qu'on ne fe donne
pas trop la peine de verifier après qu'il
eft rendu. Ainfi je ne vous ferai point
ici d'ennuyeufe differtation , que par
politeffe vous daigneriez lire aux dépens
de vôtre fommeil , ou ce qui feroit bien
pis , aux dépens de quelque partie de
quadrille. Vous me demandez , Mada
me , fi je fuis l'Auteur du nouveau Monde
, & vous me le demandez bien ferieuſement
, vous me marquez qu'un long
fejour à la campagne , ne vous permet
pas de voir cette Comedie , & de juger
exactement de l'opinion qui me l'attri
bue , avec un acharnement qu'on fe gat
72 MERCURE LE
de bien d'avoir jamais pour la verité. Cet
te prévention me fait peut- être honneur,
mais fûrement elle n'en fait pas aux fai .
feurs d'analifes , qui prétendent trouver
dans cette piece mes penfées & mon ftile
; fi on les y trouve , c'eſt fûrement un
autre que moi qui les y a mis . 11 eft cer
tain, Madame, que je n'ai aucune part directe
ni indirecte à la creation du Nonveau
Monde. Je ne dois point entrete
nir une erreur qui ôteroit de fon prix à
cette piece , fi je l'avois faite , il n'eſt
pas jufte que l'Auteur pâtiffe de l'amitié
qu'ont pour moi les efprits exacts ,
qui fe font chargez benignement de m'a-
Vertif de mes fautes prévenus que je
fuis proprietaire incommutable du Nonveau
Monde , ils m'accufent de m'êrre
repeté fadement , ils citent quelques vers
& quelques traits de Momus fabulifte ,
qu'ils prétendent retrouver dans la Comedie
nouvelle , ils foûtiennent que tout
le fiftême en eft tiré des Dialogues des
Dieux ; or s'il étoit vrai que je fuffe Auteur
du Nouveau Monde , je ferois inexcufable
de m'être pillé moi- même , &
d'avoir exercé les mêmes rapines dans
les Dialogues des Dieux , que j'ai prefque
tous vû faire à leur ingenieux Auteur
; mais les reffemblances prétendues
qu'on allegue , ne deshonoreroient pas
D'OCTOBRE 2722. 43
de même l'Auteur du nouveau Monde ;' .
il est fort poffible qu'il n'ait jamais lû
les Dialogues des Dieux , il eft encore
plus poffible qu'il n'ait jamais vû ni lû
Momus fabulifte ; ainfi l'Auteur du nou
veau Monde a , fans doute , par Les propres
limites faifi des idées , qui fe rencontrent
dans les Dialogues des Dieux , & dans les
momens où la jeuneffe fe fera laffée de
corriger; il aura laiffé échapper à fa plume
quelques mauvaiſes expreffions qui
m'appartiennent. Vous ne devineriez jamais
, Madame , fur quoi eft fondé le préjugé
qui m'approprie le nouveau Monde
. Sur ce que l'Auteur ne fe montre
pas , & que cet incognito reffemble , diton
, parfaitement au myftere de ma con
duite , lorfque j'ai rifqué Momus fabulifte
fur la Scene , comme fi le bal n'étoit
pas ouvert à tous les mafques , &
s'il étoit impoffible qu'un autre s'avisât
de ſe déguiſer dans mon goût. Je pour
rois bien détruire ce frivole argument ,
je le voulois , & démontrer évidemment,
que j'avois , quand on reprefenta Momus
fabulifte , des raiſons de ne me pas
nommer , très -folides & très -indépendantes
de l'agrément du myftere ; mais
cela réveilleroit des difcuffions poëtiques
, qui regardent un Auteur que j'eftime,
& qui n'a pas befoin d'être mê
慈
fi
44 LE MERCURE
lé dans les caquets du nouveau Monder
Au refte , qu'on ne, faffe aucun commentaire
fur le defaveu que je fais de cette
Comedie ; dès qu'elle n'eft pas de moi ,
dois-je par ma mauvaife foi ravir à l'Auteur
, & fon bien & fa gloire ? Quant à
fon bien , je ne crois pas lui avoir fait
tort , & le Caiffier de la Comedie peut
dépofer en ma faveur ; quant à fa gloire
, je lui renvoye deux ou trois mille
complimens , finceres ou affectez , loiiangeurs
ou ironiques qu'on a bien voulu
me faire fur fa piece . Si l'Auteur du
nouveau Monde n'a pas eu d'autre motif
en fe cachant , que d'apprendre au juſte
ce qu'on penfoit de lui , je ne doute pas
qu'il n'ait eu fatisfaction , & j'efpere que
Fencens qu'il a reçû des connoifleurs ,
F'engagera à fe démafquer , & à m'affranchir
d'un rôlle qui eft plus penible
qu'on ne penfe. Rien n'eft plus mortifiant
que de s'entendre feliciter fur un
ouvrage qu'on n'a pas fait ; fi l'Auteur
ne fait pas imprimer fa Comedie, & ne fe
nomme pas , je croirai qu'il n'a pas trouvé
fon compte à fe cacher , & que fa
mafcarade ne lui aura pas donné tout le
plaifir qu'il en attendoit. Jufques-là ,
Madame, je fufpendrai mon jugement ,
& je ne ferai point de l'avis de quelques
frondeurs , qui affirment que la Come!
<
D'OCTOBRE 1722. 45
die du nouveau Monde , ne doit fon
fuccès qu'aux feules graces du jeune Acteur
qui joue le rôlle de l'Amour ; n'en
déplaife aux Critiques , quels que foient
les talens d'un Comedien , il ne peut ja
mais faire réüffir une piece également
vitieufe par le fonds & par la forme. Je
ne m'étendrai pas davantage fur ce fujet
ce font les affaires de l'Auteur du
nouveau Monde , & non pas les miennes
. Je finis , Madame ; mais je penſe
devoir vous mander la faillie d'un Cavalier
, qui m'a paru affez plaifante , quoi
qu'injufte dans fon application. J'étois
dans un lieu où ce Cavalier , qui me connoiffait
, & qui croyoit fermement dans
fon petit interieur , que j'étois l'artifan
du nouveau Monde , feignoit traîtreuſement
de croire fur ma parole que je n'en
étois pas l'Auteur, pour le donner le droit
de me bien turlupiner , fans que j'euffe
celui de m'en plaindre . Dans le moment
que le malin perfonnage affectoit de me
lcüer aux dépens de l'Auteur du nouveau
Monde , s'imaginant que je faifois
les frais de fa plaifanterie , il arriva une
Dame qui ne me connoiffoit pas ; elle
s'expliqua cordialement fur la Comedie
en question , &. fa cordialité fit un duo
de Critique avec la duplicité du Cavalier
, qui étoit bien content de lui , & fe
46 LE MERCURE
1
1
figuroit que Nature poëtique pâtiffoit furieufement
chez moi. Ah ! Monfieur , s'écria
la Dame , en finiffant le duo , ren
dez- moi raifon du fuccès de cette capilotade
de Metaphyfique manquée , pour
quoi va-t- on voir cela ? Ah ! Madame ,
lui répondit auffi tôt le Cavalier , en chantant
ce vers de Phaeton.
C'eft à l'Amour qu'il s'en faut prendre.
Auriez - vous jamais crû , Madame
qu'un vers de Quinaut pût devenir épigramme?
Je fuis , & c.
Les Vers qui fuivent font imitez de la
10. Ode du 1. Livre d'Horace , Tu ne
quafieris fcire nefas , &c. par M. Conti
de Clugny , qui les a faits pour détourner
un ami de fon application outrée à
l'étude de l' Aftrologie , & de la Chiromancie.
De nos jours , cher ami , les Dieux fixent le
nombre ,
Nul mortel ne peut voir dans ce myftere fom
bre ,
Ceffe donc de courir aux Aftrologues vains ,
Leur fcience ne peut qu'égarer les humains
Laiffe de l'avenir la recherche inutile ;
Qu'aux decrets éternels ton efprit foit do
cile ,
OCTOBRE 1722. 47
retranche de nos
Jupiter , quand il veut
jours ,
Jupiter , quand il veut , en prolonge le cours
C'eft en vain qu'on s'oppoſe à fon ordre im
muable ,
L'effort eft temeraire , & l'on fe rend coupa
ble :
Jouiffons du prefent , le temps eft précieux ,
Chaque inftant qui nous fuit , peut pous fers
mer les yeux.
TRADUCTION de la Réponse du Grand
Maître de Malthe & de fon venerable
Confeil , au Commandant de la
Flotte Othomane.
TRES EXCELLENT SEIGNEUR ,
La lettre que Vôtre Excellence nous a
fait rendre en datte du 28. Juin dernier,
a été lûë devant nôtre venerable Confeil
. Nous y avons admiré le zele du
Grand Seigneur , vôtre très - puiffant Monarque
, & nous avons loué le pieux deffein
qu'il a eu en envoyant V. Exc. dans
ces Mers , pour demander la reftitution
de tous les Efclaves Turcs qui font dans
cette Ifle & autres lieux de nôtre dépen
dance,
宮
LE
MERCURE
:
Votre Excellence fçaura , fans doute ,
que les loix de notre Inftitut , ne nous
engagent pas à faire des Efclaves , mais
à aflurer avec toutes nos forces maritimes
la navigation & le commerce des Chrétiens
; & s'il arrive qu'en faifant nos
courſes , nous rencontrions quelques Cor
faires , nous les faifons Efclaves , comme
ayant été pris felon les loix militaires &
comme le nombre des Pirates eſt infiniment
plus grand que celui des Chrétiens ,
qui font un commerce legitime , on ne
doit pas être furpris que nous ayons auffi
un très- grand nombre de ces Efclaves.
& qu'il ne furpaffe de beaucoup celui
des Chrétiens , qui peuvent être en vos
mains , & que nous fouhaiterions de tout
nôtre coeur de pouvoir racheter.
Nous vous affurons que la propofition
que vous avez faite de la part du Grand
Seigneur votre Maître , nous eft tout- àfait
agreable , & qu'elle excite en nous le
defir d'arriver à une même fin par rapport
aux Efclaves Chrétiens : mais comme
cette grande oeuvre de charité ne fe
peut faire fur le champ , & que la pratique
n'en eft poffible , qu'en fuivant les
moyens ordinaires reçûs parmi les Prin
ces de notre Communion , nous vous propofons
le rachat ou l'échange des uns &
des autres , comme étant la voye la plus
ufitée
LOCTOBRE 1722 . 49
ufitée & la plus commode.
Nous attendons avec impatience la réponſe
de Sa Hauteffe , & nous nous réjaüiffons
avec V. Exc. du choix qu'elle
a fait de vôtre Perfonne pour l'execution
d'un fi loüable Projet , pourvû qu'il foit
conduit à fa fin d'une maniere convenable.
Dieu vous ait en fa fainte garde.
Donné dans nôtre Couvent de Malte , le
2. Août 1722.
Bouts rimez.
Si d'un fage fameux on en croit le proverbe
Le pecheur qui s'abufe eft plus fot qu'un oifon .
Enyvré du plaifir il en prend à foifon ,
Qui paffent malgré lui comme la fleur de l'herbe,
Les belles paffions que nous vante Malherbe,
Entre le Ciel & lui mettent une cloison.
Du meilleur antidote il fe fait un poifon,
Et fur tous les devoirs prend le nom
Four
l'adverbe ;
Il ne penfe jamais qu'il faut trouffer fon - Sac,
Pour paffer fans retour l'inévitable.
1
bac.
Soit qu'il porte le fceptre ou meine la ckarrue,
Il paffe fes beaux jours comme fait le
Et les ayant paffez de bévûë en
grilon,
tévkë,
ILéprouve à la fin le fort du patillon.
C
So LE MERCURE
Voici la harangue faite au ' Cardinal du
Bois par l'Evêque de Soiffons , an
nom de l' Academie Françoife , que nous
ne pûmes pas donner le mois dernier.
MONSEIGNEUR ,
L'Academie Françoife vient vous préfenter
avec fes profonds hommages , les
voeux qu'elle fait pour votre Eminence,
& les efperances qu'elle fonde fur vôtre
élection. Formée fous les aufpices d'un
Cardinal premier Miniftre , elle en voit
avec plaifir reparoître l'image , & elle fe
flatte de voir bien- tôt dans la même dignité
les mêmes prodiges.
Si d'heureuſes alliances ménagées avec
habileté , la Religion protegée hautement
, la paix au dehors & au dedans
confervée au milieu des temps les plus difficiles
,, ont été jufques ici les fruits de
Yos confeils ; quels feront deformais
les fruits de vôtre miniftere. Puiffe vô-
> tre gloire , Monſeigneur croître de
jour en jour à proportion de vôtre pouvoir
Puiffions- nous trouver fans ceffe
dans vos entreprifes matiere à de nouveaux
éloges , & partager avec vôtre
Eminence l'immortalité que nous ambitionnons.
Heureux les hommes de Leg
D'OCTOBRE 1722. SE
tres , de trouver de grands Miniftres , dignes
de leurs éloges heureux eux- mêmes
Les grands Miniftres , de trouver dans les
éloges des hommes de Lettres,la gloire durable
qu'ils s'acquiérent par le bonheur du
peuple à ce titre. L'Academie fut digne
autrefois de la protection de l'illuftre Cardinal
, qu'elle ne fe laffe point de loüer :
Elle fe fatte de meriter encore vos bon
tez , Monſeigneur , de trouver en vous
un fecond Richelieu , & dans les grandes
actions , & dans les bienfaits , & d'être
engagée par admiration & par reconnoiffance
, à joindre vôtre nom à ce nom
qui lui eft fi cher.
L'Amour Laboureur , imité du Gree
de Mofchus.
L
És jeux ont un droit de nous plaire ,
Ils fuivent les tendres Amours ,
Ils charment le Dieu de Cithere ,
Quel bonheur s'il jouoit toûjours !
Un jour cet enfant plein de charmes ,
Exerça l'art de Laboureur ,
11itta fon flambeau , fes armes ,
Prompts miniftres de fa fureur.
Cij
LE MERCURE
11 accouple des boeufs paisibles ,
Armé de preffants aiguillons ,
Sous leurs efforts lents & pénibles ,
Se forment de nombreux fillons.
Il prend dans fon carquois aimable,
Les trefors dorez de Cerès ,
Sa main hardie & favorable
En feme auffi-tôt les guerets.
O toi ! maître abfolu du monde ,
Dit- il , en regardant les cieux ,
Répands une baleine feconde ,
Pour nourrir ce grain prétieux.
Ou devenu taureau toi même ,
A quelque Europe obéïffant :
Tu verras fous ma loi fuprême ,
Si mon joug eft encor pefant.
D'OCTOBRE 1922 . $3
•
REPONSE à la fuite des remarques
critiques fur les memoires hiftoriques.
de la Province de Champagne , inferée
dans le Mercure de Juin 1722. par
M. Baugier , Auteur de ces memoires .
D
>
Ans ma réponse à la premiere partie
de la critique en queſtion , réponſe
qui eft dans le Mercure de Juillet
1722. j'ay dit que je ne feroisè l'avenir
ni réponſe , ni replique , fi ce n'eft dans
le Supplement que je me difpofe de donner
au public ; mais j'ay réflechi que
fi la modeftie du critique l'engageoit de
cacher au public fon nom & fes qualitez
qui ne le font point à mon égard , l'intereft
de la verité demandoit de moy de
faire connoître les mépriſes . Je vais donc
le fuivre dans cette feconde partie de fa
critique.
Ce qu'il dit d'abord des Comtes &
'des Prélats ne donne aucune atteinte à ce.
que j'ay avancé , puifque j'ay établi la
preuve de la propofition , lorfque j'ay
dit tome 1. pag. 41. que les Prélats contribuerent
au grand évenement que je
rapporte , & page 45. j'ay dir qu'on lifoit
dans les Capitulaires de Charlemagne
qu'Ebon , Archevêque de Rheims fut
C iij
54
LE MERCURE
employé environ l'an 820. en qualité de
Miffus Dominicus pour reprimer les abus
des Comtes.
Le critique demande la preuve que
Louis le Debonnaire retrancha le luxe
des Ecclefiaftiques , & obligea les Prélats
qui étoient à la Cour de fe retirer dans
leurs Diocéfes , &c. il trouvera cette
preuve dans l'hiftoire de France , par Du
pleix , tome 1. page 425. Meferay après
plufieurs autres Hiftoriens dit la même
chofe dans la vie de ce Monarque fur
l'an 817.
Il ajoûte que j'avance fans bonne preuve
, page 69. que le Roy Raoul mourut
mangé de vermine ; il peut lire pour en
être convaincu l'abregé methodique de
l'hiftoire de France , compofée par ordre
du feu Roy Louis XIV . pour Monfeigneur
le Dauphin , par M. l'Abbé de
Brianville , qui, page 118. dit que Raoul
mourut à Auxerre rongé de vermine le
15. Janvier 936. Dupleix , tome 1. page
568. dir que Raoult mourut de la maladie
des poux , ce que nous appellons en
Medecine pedicularis morbus ou phihiriafis.
Il dit encore que j'ay mis entre les
Ducs de Champagne Grimoald , & qu'il
ne voit pas auffi pourq oi j'ay mis Ama-
1on entre ces Ducs. Il ne doit pas igno'
D'OCTOBRE 1722.
rer que lorfque Drogon mourut au printemps
de l'année 708. il n'avoit point de
fils en état de lui fucceder au Duché de
Champagne qui étoit trop confiderable
pour le laiffer paffer dans une autre maifon
. On lit dans l'hiftoire qu'après la
mort deDragon Papin,fon pere, établit fon
autre fils dans les Charges de Dragon ;
on peut donc avancer que Pepin fit fucceder
à ce Duché Grimoald , & que Gri
`moald étant mort fans enfans , fon neveu
Theodoaldui fucceda.
A l'égard d'Amalon je fuis furpris que
nôtre critique ait pû douter qu'il ait
été Duc de Champagne. Il n'a pas lû
apparemment Gregoire de Tours , Fauchet
, copiez par Morery , qui tous lui
donnent cette qualité , & raportent ainfi
que Dupleix , tome 1. page 185. la mort
de ce Duc de Champagne , telle que je
l'ay écrite , tome 1. page 28.
apparemment
Mon adverfaire avance que le Concile
d'Ingelhim commença le 7. & non le
premier Juin de l'an 948. comme je l'ay
dit page 88. il n'a pas lû
l'hiftoire de France , par le Pere Daniel ,
eftimée des veritables fçavans . Je l'invite
de la lire , & il y verra que ce Concile fe
tint le premier , & non le 7. Juin .
Il dit qu'il paroît très-faux , terme favori
du critique , à ceux qui ont eu com-
C iiij
56 LE MERCURE
munication des archives de S. Martin de
Tours , que Thibault le Tricheur ait eu
Gerbon pour pere , il devoit donc datter
& expliquer la teneur de ces titres , il y a
apparence qu'il ne les a pas vûs ; quoiqu'il
en foit , j'ay parlé fur ce fait après
M. Pithou dans fa Genealogie des Comtes
de Champagne. La critique ajoûte
que ce que j'ay dit des meurtres , & des
trahifons de Thibault n'eft pas mieux fondé
, parce que Dadou , & Guillaume
de
Jumieges
ne l'ont pas dit ; mais il fera
convaincu
de la verité des faits que j'ay
avancé , s'il veut bien lire l'hiftoire
de
Chartres
, intitulée
Parthenie
, par Novillard
, imprimée
en 1609. Il y verra
que Glaber
Rodulpha
, hiftorien
fort
proche
du temps de Thibaud
, dit que
» ce Comte étoit un fourbe , un traître ,
» & un trompeur
, qui avoit querelle
avec
» tout le monde, & furprenoit
un chacun ,
» & qui le nomme
Tribaldus
Tricator
»& Tribaldus
fallax. Traître & trompeur
, noms dignes de fes trahifons
&
de fes tromperies
, & il ajoûte que Glaber
rapporte
un trait de fa trahifon
& de
fon infigne
perfidie
, & décrit le meurtre
& affaffinat
execrable
commis
par
Thibaut , tel que je l'ay rapporté , p. 102 .
La critique demande qui eft le Foulques
qui époufa la foeur de Thibaut, dong
D'OCTOBRE 1722 . 57
je parle , tome 1. page 101. & il ajoûte
que tout ce que je dis de cette Comteffe
fent bien la fable. Je l'invite là deffus de
confulter l'hiſtoire de France par Meleray
; il y lira tome 2. de l'abbregé , page
295. qu'Alain Duc de Bretagne laiflà un
fils legitime encore au berceau , nommé
Dragon , qu'il declara fon heritier ; que
Thibaut , grand- pere maternel de cet
enfant en eût la tutelle , & fa mere la
garde de fa perfonne ; que cette Comteffe
s'étant remariée à Foulques , Comte
d'Anjou , ce Foulques , & non pas Thibaut
, fit mourir cet innocent , lui ayant
fait verfer de l'eau bouillante fur la tête.
Le critique prétend que ce que j'ay diť
de la fourberie de Chartres , page 101.
ne s'accorde pas avec la vie de Thibaut
le Tricheur , & c. Il devoit donc citer
l'Auteur de cette vie , & cotter l'endroit
de cette hiftoire ; mais fans attendre cette
preuve , je fuis perfuadé qu'il changera
de fentiment , s'il prend la peine de confulter
l'hiftoire de Chartres que j'ay citée ;
il y lira page 199. que quelques-uns prétendent
qu'Haftaing a été le premier
Comte Souverain de Chartres ; mais qu'il
n'en fut jamais Comte , & que ce ne fut
qu'un torrent qui ne fit que paffer ; que
l'Evêque en demeura toûjours Prince &
Seigneur temporel , jufques à ce que Thi
·
C V
58 LE MERCURE
baut le Tricheur s'en empara , fans neaninoins
que l'Evêque ait ceffé d'avoir le
titre de Prince & Comte de Chartres ,
ainfi que Thibaut , & fes fucceffeurs
qui joüiffoient feulement des droits de la
juftice , de la milice , & de quelques
droits cafuels.
Nôtre adverfaire donne à Haftaing le
titre de fameux , qui ne peut être entendu
dans le fens du critique qu'en bonne
part , je l'honore trop pour le contredire
en cette occafion , parce que quelques
biftoriens ont donné à Haftaing le titre
de Prince de Normandie , mais il me
permettra de lui dire que Glabert Rodulphus
, Rouillard , & autres hiftorien's
affurent qu'Haftaing , fameux felon lui,
étoit né de pauvres parens , d'un petic
village nommé Trancault, qu'il s'adonna
d'abord aux vols & brigandages , & fe
joignit enfuite à des goujats Normands
dont il devint Capitaine. Le critique
ajoûte que Thibaut ayant été défait , comme
je le dis , page 103. il ne fe fauva pas
à Evreux , mais droit à Chartres , fans
paffer par Evreux ; il lira au contraire
dans l'hiftoire de Chartres que j'ay citée
que Thibaut perdit la bataille , & s'enfuit
à Evreux. Il y lira auffi , page 407-
que 1 fils de Thibaut fut paffé au fil de
l'épée dans une fortie qu'il fit pendant le
D'OCTOBRE 1722 .
59
fiege de Chartres , ce qui détruit la critique
fur la mort de ce fils.
Il foutient que page 102. je prends la
riviere d'Epte pour la riviere de Dieppe
mais fans lui contefter fon fçavoir dans la
Geographie , il me permettra de lui demander
où il a trouvé une riviere , dite
de Dieppe. Cette Ville eft à l'embouchu
re de la petite riviere de Betane ou d'Arex
dans la Manche qui n'a qu'environ
7. lieues de longeur. On ne voit point
dans la carte de France cette riviere de
Dieppe ; mais bien la riviere Depte , qui
a fa fource dans la Normandie au pays
de Bray , & fe rend dans la Seine un
peu au deffus de Vernon . C'eft fur cette
riviere d'Epte , ainfi que ledit Meferay
après d'autres Auteurs , que s'eft paflé
l'évenement que je rapporte.
Le critique ajoûte que je ne devois pas
donner fans preuve , page 104. & 105.
les mauvaiſes qualitez de Thibaut à Eudes
ou Odon fon fils. Il trouvera cette
preuve dans l'hiftoire de Chartres , page
208. & fuivantes , cù l'Auteur lui donne
ces mauvaiſes qualitez avec la preuve ; if
affure de plus que Mahaut que je donne
pour premiere femme à Eudes , ou Odon
étoit fille , & non four , comme le critique
de Richard , Duc de Normandie .
Il prétend que ce que j'ay dit de Cou-
C vj
60 LE MERCURE
ci , page 105. ne regarde point Odon
fils de Thibaut ; mais il fe trompe , puifqu'on
lit dans M. Pithon , & autres
qu'Olderic , Archevêque de Rheims octroya
Couci à cet Odon pour contenter
fon avarice , & c.
Il remarque de plus qu'il y a une Charte
dans le 4. tome de Gallia Chriftiana ,
qui prouve qu'Eftienne , Comte de Troyes ,
n'eft pas mort avant l'an 1019. je ne vois
pas la raifon de cette obfervation , puifque
page 100. je remarque le temps de fa
mort en la même année 1019. Ilavance
encore qu'Odon , Comte de Champagne ,
eft mort le 15. Novembre 1037. Pithon
que j'ay fuivi , page 1. dit qu'il fut
renverfe mort le 17. Decembre 1037. Pour
un mois de difference , ce n'étoit pas la
peine d'attaquer l'autorité de M. Pithou.
Je n'ay pas dit qu'Eudes foit venu attaquer
Montrichard , comme le fuppoſe
le critique ; mais j'ay marqué fa défaite ,
page 106. telle que Dupleix , tome 2. page
32. & plufieurs autres hiftoriens l'ont
raportée.
Il demande où j'ay trouvé , comme je
l'ay dit , page 112. un troifiéme fils à Eudes
ou Odon , furnommé Hugues , à
qui le Roy Robert donna le Monaftere
de Marmoutier. Il le trouvera dans M.'
Pithou , qui cite pour preuve l'hiſtoire
D'OCTOBRE 1722 )
du Monaitere de Marmoutier. Ce critique
demande encore où j'ay trouvé ce
que j'ay dit , page 119. que Thibaut ne
pouvant obtenir du Roy de lui faire rendre
fon Comté de Champagne , il fe rendit
auprès de l'Empereur , & c. cette quel
tion eft captieufe . Comment le critique
a - t'il lû en cet endroit après le mot de
Comté , celui de Champagne qu'il a trouvé
bon d'ajoûter ? Il devoit plutôt dire
Comté de Touraine , dont il s'agiffoie ,
& qui n'étoit pas alors Duché en effet
j'ay dit que Thibaut ayant été fait prifonnier
il ne pût être délivré , qu'en aban
donnant au vainqueur la Touraine , & les
pays circonvoisins ; j'ay ajoûté que ce
Comte s'en plaignit fouvent au Roy , &
qu'il le preffa de lui faire rendre ce Comté,
ce qui ne peut être entendu que de la
Touraine , dont Thibaut demandoit la
reftitution , & non de la Champagne qu'il
poffedoit paisiblement . J'ay ajoûté que ce
Comte fe rendit auprès de l'Empereur ,
&c. Le critique trouvera la preuve de ces
faits dans Meferay , tome 2. page 448. &
dans Dupleix , tome 2. page 43 .
Je ne vois pas pourquoi le critique remarque
ce que le Pere Mabillon à écrit
de Saint Thibaut , mort en 1066. & de
Thibaut , Comte de Champagne , mort
l'an 1090. puiſque, page 122. je cite le
LE MERCURE
même Pere Mabillon , & je marque la
mort de ces Princes dans les années . Il
eft vrai qu'on lit page 125. qu'Henry fut
Archevêque de Vincheſter. Ce qui eſt
une faute de copifte , car je n'ignore pas
que Vinchefter eft un Evêché fuffragant
de l'Archevêché de Cantorbery ; mais
je ne conviens pas que ce Prélat mourut
en Angleterre , je foutiens au contraire
après M. Pithou , & d'autres Auteurs
qu'il mourut aveugle en 1172. dans l'Abbaye
de Cluny , dont il étoit Moine , &
où il s'étoit retiré après la mort d'Eftienne
, Roy d'Angleterre , fon frere , &
après avoir quitté fon Evêché environ l'an
1156. On ne trouve pas que depuis ce
temps- là il foit retourné , & mort en
Angleterre ,comme le veut nôtre critique.
Je n'ay pas dit , comme il le prétend ,
que le Roy Louis VII . vint à la Couronne
en 1136. Il eft vrai qu'en marge de
la page 139. il y a deux fois 1136. il eft
aife de juger d'abord que c'eft une faute
de l'Imprimeur qui a mis une feconde fois
1136. au lieu de 1137. A l'égard de l'incendie
de Vitry je l'ay mis après le Pere
Daniel en 1144. Meferay le met en 1143-
Le critique prétend encore que j'avance
d'un an l'affemblée de Vefelay
pour la croifade , & que Thibaut n'y
parut pas , c'eft pourtant le fentiment du
Pere Mainbourg.
D'OCTOBRE 1722. 63.
Je nie au critique d'avoir donné la
qualité de Grand Senéchal de France à
Henry , je l'ay donnée page 144. à Thibaut
le Bon , Comte de Chartres , frere
d'Henry , lequel Thibaut mourut felon
M. Pithou , comme je l'ay dit page 145
environ l'an 1201. au fiege d'Aere , autrefois
Ptolomaide. Mainbourg met le
commencement de ce fiege au r. Juin
1191. ce qui détruit la notte du critique
qui met le temps de fa mort en 1190. un
an avant le commencement de ce fiege ,
pendant lequel il mourut . Il dit auffi que
Marie de France ne mourut que l'année
qui fuivit la mort de fon fils. Je n'ay rien
avancé de contraire , puifque page 163 .
j'ay mis le decès d'Henry en 1197. & page
393. dans le chapitre des additions , &
des corrections , j'ay dit que Marie de
France , fa mere ,mourut de regret d'avoir
perdu fon fils aîné le 11. Mars 1198.
D
Il eft vrai que page 163. on a mis
Amaury pour Hugues ; mais je ne vois
pas pourquoi le critique obferve qu'Ifabelle
, veuve d'Henry , Comte de Cham
pagne époufa Amaury.
Il affure que s'il eft vrai , comme je l'ay
dit page 177. que Thibaut fit graver fes
chanfons fur le bronze , cela réjouira le
public , &c. Je fuis ravi d'avoir occafion
de le réjouir avec le public , en lui don
64
LE MERCURE
par
nant la preuve de ce fait , qu'il trouvera
dans l'hiftoire de la Minorité de S. Louis
Varillas , imprimée en 1697. Il y
lira que Thibaut fit graver ſes chanſons
fur le bronze , qu'on les mit en mufique ,
& le refte , comme je l'ay raporté. J'ay
vû la même chofe dans un manufcrit de
la Bibliotheque du Roy.
Le départ de Thibaut pour la croifade
eft comme je l'ay dit page 200. & 1238.
le Pere Daniel le dit de même , & non
en 1239. comme le veut le critique qui
ajoûte qu'Agnès de Beaujeu , feconde
femme de Thibaut IV. dont je parle page
203. mourut vers l'an 1231 , & que le
Royaume de Navarre vint à Thibaut en
1234. je n'ay rien avancé de contraire ;
mais j'ay dit après les hiftoriens Navarois
que cette Princeffe fut enterrée à
Pampelune , où apparemment fon corps
fut tranfporté , & non à Clervaux , où je
n'ay pas vû fon tombeau . On y voit celui
de Marguerite , Reine de Navarre , qui
eft proche le Grand Autel . Le critique
remarque que Marguerite de Bourbon ,
dont je parle page 204. eût 36000. liv.
en mariage , & non pas 360000. liv . il
eft aisé de voir que c'eſt une erreur du
copiſte qui a paffé dans l'impreffion .
Il dit que page 290. du 1. tome de
mes memoires , il faut mettre fept cens
D'OCTOBRE 1722. 69
mille hommes , au lieu de cent mille
ames. J'ay fuivi en cela M. Fleury , qui
dans fon Hiftoire Ecclefiaftique , tome
17. page 217. a mis cent mille ames ,
comment nôtre critique a- t'il pû croire
que fept cens mille hommes foient venus
pour voir l'execution dont il s'agiffoit ,
de quel endroit veut- il qu'ils foient ve
nus ? quelle étenduë de terrain auroit- il
fallu pour le contenir ? & c.
Ce que j'ay dit page 232. ne doit point
s'entendre du Comté de Chaalons ; inais
du Comté de Beauvais , comme je l'ay
dit p . 232. fur la foy d'un manufcrit que
j'ay combattu en même p. 233. comme
contraire à la verité de l'Hiftoire, en ce
qui regardoit le Comté de Chaalons.
Le critique ne convient pas du temps
de la fondation de l'Abbaye de Pruilly ,
dont je parle page 370. M. l'Abbé Bau
dran dans fon Dictionnaire hiftorique dit
qu'elle a precedé la fondation desAbbayes
de Clervaux & de Morimont , que la
Communauté de l'Abbaye de Citeaux ,
fondée en 1998. achepta la terre , &
commença cette fondation , & que Thibaut
, Comte de Champagne l'acheva.
Le critique prétend au contraire que
cette Abbaye a été fondée en 1118. contre
ce que j'ay raporté , & contre le fentiment
des Hiftoriens que j'ay citez , & fans
33 LE MERCURE
avoir égard aux difficultez qui naiſſent
de cette époque. Je conviens de bonne
foy que j'en ai trouvé de grandes pour
établir la filiation des Comtes de Champagne
, & qu'il eft mal- aifé d'accorder
les Chartes des fondations par ces Contes
, avec ce qui eft écrit de ces Princes.
par les differens hiftoriens.
la
Le Comte Etienne dont j'ai parlé page
123. ne portoit pas le nom d'Henri ,furnommé
Eftienne , comme on le lit page
123. mais feulement le nom d'Etienne ,
comme je l'ai remarqué . Dans le Chapitre
des corrections , page 392. ce Comte
Etienne eut quatre fils & une fille
nommée Alix , dont je parle page 125. Le
Critique qui en demande la preuve ,
rouvera dans la Table genealogique des
Comtes de Champagne par M. Pithou :`
mais il n'y trouvera pas qu'il ait eu plufieurs
filles , comme il l'avance fans preuve.
Pithou ajoûte que cette Alix époufa
Guillaume de Boulogne , frere de Godefroi
, & pere de Thierry , Duc de Lor
raine. Le Critique foûtient , fur le témoignage
de Chantereau le Fevre , qu'il
faut retrancher ce fait comme fabuleux,
& il ajoûte , qu'il eft honteux de renouveller
ces contes ; je fçai bien , nonobftant
la preuve que je viens de donner
de l'origine de l'augufte Maifon de LorD'OCTOBRE
1722. 69
faine , confirmée par un grand nombre
d'Hiftoriens , que ce fait eft contefté , &
qu'il y en a qui foûtiennent , que quelque
illuftre qu'ait été la Maifon de Boulogne
, celle d'Alface ne lui cede ni en
alliances , ni en ancienneté , & prétendent
prouver que la Maifon d'Alface eft
la fouche de la Maifon de Lorraine.
Nôtre Critique foûtient enfin , contre
ce que j'ai dit , page 368. que Provins ne
fe trouve point dans Cefar ; je referve
de répondre à fa Critique fur ce fujet
& fur quelques autres dans mon Supplément
, d'autant mieux que cette replique
n'eſt déja que trop étenduë ; j'obſerverai
feulement que ce que le Critique avance
contre le Pere Martenne , fçavant Bene
dictin , Auteur du Voyage Litteraire
que j'ai fuivi , eft de legere confequence
, & ne meritoit pas d'être imprimé .
Le Papier, les Billets & le Heriffon
font les vrais mots des Enigmes du Mercure
de Septembre. On doit expliquer par
la Gruë celle qui eft dans le Supplément
du même mois , contenant la Relation du
Siege de Montreuil.
68 LE MERCURE
KKKKKKKKK ¥¥¥¥¥¥¥¥¥
PREMIERE ENIGME.
IL n'eftpoint d'oifeau dans le monde ,
Auffi bien emplumé que moi ,
Je fuis toujours dans une paix profonde ,
Et ne puis voler haut d'un demi- pied de Roi .
J
SECONDE ENIGME.
E ne parle fouvent que par monofillabes ,
On m'accufe pourtant chez mainte nation ,
De manquer de difcretion :
Hollandois , Allemans , François , Lappons' ;
Arabes ,
M'entendent tous également ;
Il eft peu de mortels , qui dans quelque moment
,
Ne fe foient avec moi bercez d'une fornette ,
Divertis d'une chanſonnette ;
On me parle tant que l'on veut ,
Mais
pour me voir on nè le peut.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
YORK
RARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS,
AND
ITIONS.
Air a boire . bre 1722.
Noyons dans le bavons sans,
ג
D'OCTOBRE 1722 . 69
" TROISIEME ENIGME.
E triomphe à preſent de l'antique methode
Chez l'un &l'autre fexe on me voità la
mode.
- Liberale au commencement ,
On me broye , on m'écrafe , on hâte ma ruine ,
Par un bifare changement >
Quand je fuis douce , au feu fouvent on me defe
tine ;
Au faquin , à l'homme de bien ,
Je fuis également foûmife.
Je fers de contenance , & par fois d'entres
tien :
Même pour m'employer tel vendroit fa che
mile.
********
CHANSON.
Noyons
, dans le bon vin
Le fouci , la trifteffe,
Chantons buvons fans ceffe ,
Mocquons- nous du deftin :
Tin tin relin tin tin tin tin .
C'eſt dans ce jus divin
Qu'on puiſe la tendreffe
70
LE MERCURE
Plus j'en bois, plus j'adreffe
De voeux ma Catin :
Tin tin relin tin tin tin tin
Le verre en main ,
D'un fouverain ,
J'ay la richeffe ;
Mon bonheur eft certain :
Tin tin relin tin tin tin tin.
Deuxième couplet,
Puiffant Dieu du raiſin ,
Pere de la jeuneſſe ,
Soutien de la vieilleffe ,
Anime ce feftin :
Tin tin relin tin tin tin tin ,
Nous voici tous en train ,
Amis , point de foibleffe ,
Ne craignons point l'yvreffe ,
Buvons jufqu'au matin :
Tin tin relia tin tin tin tin
Verfe tout plein ,
Je veux fans fin ,
Plein d'al'egreffe ,
Chanter comme un lutin :
Tin tin relin tin tin tin tín .
D'OCTOBRE 1722. 71
NOUVELLES LITERAIRES,
DES BEAUX ARTS ,
LETTRES de M. l'Abbé ***
M. l'Abbé Houtteville , au fujet du Livre
de la Religion Chrétienne , prouvée
par les faits. A Paris , chez Piffot ;
Quay des Auguftins 1722. vol. in 12,
de 357. pages.
E Livre contient dix-huit Lettres;
1
Cuand on commence par en lire au
hazard quelques lignes , on eft d'abord
porté à chercher s'il y a quelque approbation,
& l'on trouve celle deM.Tourneli,
L'Auteur declare d'abord dans la premiere
Lettre que les fautes répanduës
dans le Livre , dont il fait la critique , ne
lui en font point entierement méconnoître
le prix , & que pour embrafler le parti
de ceux qui le cenfurent , il ne fort point
du rang
de ceux qui l'eftiment ; après cet
aveu repeté plufieurs fois dans la fuite , il
prend pour fujet de cette premiere Lettre
la maniere d'écrire de l'Auteur , fon
ftile ne lui paroît point fe raporter à fon
fujet . La matiere que M. Hotteville a
`traitée , demandoit une fimplicité éle
72 LE MERCURE
gante , une élocution grave , un ton modefte
& ferme , un ſtile net , fans affectation
, dégagé de termes éblouiffans , &c.
Or.c'eft juftement , dit le cenfeur , ce qu'il
a foigneufement évité , tantôt c'eft un
orateur pathetique , tantôt un Poëte enjoué
, un Metaphyficien riant , un Logi
cien fleuri , un hiftorien cadencé , un controverfifte
doucereux , un difputeur précieux
en un mot ,, un Theologien brillant.
Certainement l'Auteur ne sçauroit
dire comme S. Paul , non in perfuafibilibus
humana fapientia verbis ... Il affecte
de fe fervir de termes nouveaux & inconnus
, un fait inéclairci des idées inaliables
, une exiſtence maniable , un declarateur
fe déprevenir , &c. le cenfeur
avoue pourtant que cette maniere d'écrire.
trouve aujourd'huy des partifans . Ce font
ceux qui difent que le ftile de M. L. H.
charme , attache , rappelle. Qu'il faut
apprétier fur les dégrez d'impreffion qui
en naiffent , qu'il le prête au goût de fes
contemporains , il prend le ton du fiecle ,
il nous conduit au vrai par le beau . Il
eft neuf dans un fujet ufé , il pare , il
embellir une matiere livrée à des fpeculations
triftes , fon ftile poli, gracieux , dérobe
l'aufterité du fujet , il met dans l'intereft
de la Religion la curiofité du public
, &c . c'eſt ainfi que l'Auteur de ces .
Lettres
D'OCTOBRE 1722. 73
Lettres fe mocque d'une partie du public,
de ce public , dit- il , qui a applaudi à des
Tragedies difloquées , & à des Lettres
précieuſes & libertines . Et fi le goût de
critique , qui eft celui du fiecle , ne
devoit préferver les Lettres de la decadence
qui les menace , il feroit à craindre
, dit- il , qu'à force de prétendre avoir
de l'efprit , nous n'en euffions bien - tôt
plus.
La feconde Lettre parle de l'Epître
Dedicatoire , & du difcours préliminaire
de M. Hott. A l'égard de l'Epître Dedicatoire,
comme la clarté eft fouvent l'écüeil
du fublime , on ne doit point être furpris
de la difficulté qu'on a quelquefois
à comprendre certaines Phrafes de cette
Epître , par exemple, les titres éminens
qui vous environnent n'ont d'empire que
fur nos refpects .
Cependant le cenfeur louie extrémement
la prudence de M. Hott , d'avoir
confacré fon travail à un Prélat diftingué
qui a des yeux & des reffources
pour le merite.
A l'égard du difcours préliminaire ,
on comprenoit par le deffein que cette
Preface devoit contenir une Bibliotheque
exacte de tous les Apologiftes de la Religion
; mais on eft bien furpris , dit le cen-
Leur , de voir paffer fous filence les plus
D
74 LE MERCURE
fameux, par exemple, S. Athanafe , Theodoret
& c. & parmi les modernes le P.
Mauduit , le P. Lamy , & fur tout M.
Jaquelot .
A l'occafion de Tertullien , dont M.
H. loue l'imagination , le Cenfeur dit
que l'éloge de l'imagination fied mieux
à M. Hott qu'à tout autre ; vous la fervez
, dit-il , comme elle vous fert , &
vous fuyez avec raifon le vice d'ingratitude
reproché au P. Malebranche.
Mais que peut- on penfer d'un homme
( Tertullien ) qui foutenoit que l'ame
immortelle & incorruptible étoit un
corps , & avoit les trois dimenfions , &
qui fondoit fon fentiment fur la vifion
d'une prétenduë Sainte ?
Je n'approuve point , dit- il enfuite ,
que vous difiez que ce fut fa vertu qui le
fit tomber , quoique Philofophe fombre ,
dur & farouche , que fçai-je fi les charmes
de fa Prifeille ne le féduifirent point ?
Il n'y a pas un grand merite dans
une feverité outrée , qui pour l'ordinaire
n'eft que fpeculative. Ce qu'il y a de bizarre
, c'eft que le monde aime une doctrine
auftere , dont il haït fort la pratique
.
Mais il n'eft pas inutile d'obferver que
l'Auteur des Lettres eft fort furpris que
M. Hott ait avancé que depuis la chûte
D'OCTOBRE 1722 .
75
¿es Platonicicns modernes jufqu'au temps
de la prétendue réforme , les fideles ne
virent point d'ennemis s'élever contre
eux. Quoy donc dit le Cenfeur , comptez-
vous pour rien le progrès de Mahometifme
? Mahomet n'eft-il pas le plus
grand ennemi de Jefus- Chrift , & de fa
Religion ? ne l'a- t'il pas abolie dans ces
malheureufes contrées , où elle étoit autrefois
fi floriffante ? Il prétend auffi
dans le difcours critique & hiftorique
dont il s'agit, Lucilio Vanini , & les ouvrages
de Cardan , en dix volumes in folio,
ne devoient point être oubliez.
que
A l'égard de Spinofa nous prendrons.
la liberté de remarquer que l'Auteur des
Lettres fe trompe , quand il dit que les
Etats Generaux permettent que fes écrits
impies fe vendent publiquement , ils font
auffi peu permis en Hollande qu'ailleurs
& la feule infpection du titre le fait bient
voir ; il n'y a jamais ni le nom de l'Imprimeur
, ni même celui de la Ville où il
eft imprimé.
>
Ce feroit paffer les bornes dans lefquelles
nous devons nous contenir , que de
fuivre en détail ces 18. Lettres ; nous remarquerons
feulement ici que le but principal
que le Cenfeur fe propofe dans cet
ouvrage , c'eft de faire voir à M. H. que
Les railonnemens ne font point concluans,
Dij
76 LE
MERCURE
& que les objections qu'il fe fait demeu ;
rent dans toute leur force .
La derniere Lettre roule fur le fcandale
que le Cenfeur prétend qu'ont caufez
les difficultez que M. H. s'eft propofées
fans les bien réfoudre , à ce que dit le
Cenfeur.
Nous laiffons au lecteur à juger s'il réfoud
mieux celles qu'il fe propofe luimême
, & que M. H. avoit negligées .
Mais que
les unes & les autres foient
bien ou mal réfoluës , la verité triomphera
toûjours du menfonge ; & puifque
la foy eft un don de Dieu , & non pas une
conféquence de nos raifonnemens , puifque
les anciens Apologiftes de la Religion
n'ont fait valoir aucune des raisons que
nos Apologiftes modernes vantent le plus
aujourd'hui , il femble que le parti le
plus fage n'eft pas celui de vouloir convaincre
les incrédules par les raifonnemens
, & les difcours d'une fageffe toute
huraine. Non in perfuafibilibus humana
Sapientia verbis.
LE PRETRE MEDECIN , un difcours
Phifique fur l'établiffement
de la Medecine
, avec un traité du Caffé & du Thé
de France , par M. Aignan , in 12. chez
L. d'Houry , rue de la Harpe.
APHORISMES
D'HIPPOCRATE
D'OCTOBRE 1722. 77
rangez felon l'ordre des parties du corps
humain , avec des explications nouvelles,
Dufour , derniere édition , aug. chez le
même.
LE MEDECIN des Riches & des Pauvres
, ou la Decade de Medecine en
vers latins & françois , par le même Auteur
, & chez le même Libraire.
L'HOMME DE COUR , de Balthazar
Gracian , traduit de l'Efpagnol , & commenté
par M. Amelot de la Houffaye ,
fixième édition . A Paris chez Couterot ,
ruë S. Jacques , in 12.
INSTRUCTIONS CHRETIENNES
&
fur les mifteres de N. S. J. C. de la
Sainte Vierge , fur les Evangiles & Epîtres
de toute l'année , & fur les Fêtes des
Saints , augmentées d'un grand nombre
de fermons , de plufieurs additions ,
rangées felon l'ordre du Breviaire , avec
des tables des matieres très- amples , cinquiéme
édition , in 8. A Paris , chez Delaune
, ruë S. Jacques.
DESCRIPTION de la nouvelle Chapelle
du Roy à Verfailles , avec figures ,
vol . in 12. chez le même.
D iij
78 LE MERCURE
و
RELATION des differentes efpeces de
pefte que reconnoiffent les Orientaux
des précautions & des remedes qu'ils
prennent pour empêcher la communication
& le progrès , & de ce que nous
devons faire à leur exemple pour nous en
préferver , & nous en guerir. Par M•
l'Abbé Gaudereau , Prêtre Docteur en
Theologie , cy -devant Miſſionnaire Apoftolique
, & Conful de France en Perfe, & c.
A Paris, chez Quillau , rue Galande 1721 .
vol. in 12. p. 134.
OEUVRES DE M. DE TOURREIL ,
de l'Académie Royale des Infcriptions ,
& Belles- Lettres , & l'un des quarante
de l'Académie Françoife. A Paris , chez
Brunet, au Palais 1721. in 4. 2. vol.
On va donner au public en un volume
in 12. un Traité Hiftorique & Chronologique
du Sacre & Couronnement des Rois
& des Reines de France , depuis Clovis I.
jufqu'à prefent , & des autres Princes Souverains
de l'Europe , contenant vingt
Chapitres , dédié au Roy , par M. Mcnin
, Confeiller au Parlement de Metz .
En attendant que cet ouvrage paroiffe ,
on ne fera pas fâché de voir ici une partie
de l'Epître Dedicatoire qui a été vûë ,
& agréée par M. l'Evêque de Frejus , Pre
cepteur du Roy.
D'OCTOBRE 1722. 19
e
Puiffiez- vous , Sire , dit l'Auteur, en «`
recevant l'onction Sacrée , recevoir auffi «
la plenitude des graces qu'elle confere , «<<
puiffiez - vous avoir la pieté de S. Louis , «
la fageffe de Charles V. la bonté & lau
même affection pour vos peuples qu'a- «e
voit Louis XII . la valeur , le courage , «
& la fermeté d'Henry IV. la juftice de «
Louis XIII. la grandeur & la magna- «
nimité de Louis XIV. puiffiez -vous , «
Sire, en un mot , réunir en vous feul tous ce
les glorieux attributs que ces grands ce
Rois , dont vous defcendez , n'ont fait «
que partager. Mais vôtre Augufte per- «
fonne eft déja parée de toutes ces ver- <<
tus . Les heureufes inclinations que le c
Ciel donne à V. M. & qui ont paru dès CC
vôtre enfance , cultivées par les foins &
des perfonnes illuftres qui veillent à vô- ce
tre Royale éducation , fe dévelopent , «
& croiffent tous les jours. On découvre «
en vous tout ce que doit faire un Prince ce
accompli , tout nous annonce un regne
glorieux & fortuné , les premiers temps ce
en font des préfages heureux , & la Re. <<
gence du Prince , dont l'efprit fublime , te
accompagné de toutes les grandes qua- «<
litez , a raporté toutes fes vûës à la gloi- «
re de V. M. & au bien de la nation , «
affermit encore nôtre efperance. Il ne «<
nous refte donc , Sire , qu'à continuer «
D iiij
80 LE
MERCURE
nos prieres pour la durée d'un regne
» qui ne devroit jamais finir ; ce font les
voeux , Sire , de tous les ordres de vô--
tre Royaume , & particulierement de celuy
, & c.
و د
L'Approbation de M. l'Abbé- Richard ,
Cenfeur Royal , qui a fait l'examen de
ce Livre , en annonce le merite en ces
termes. » M. Menin , ddiitt-- iill , a rempli
» parfaitement l'idée de fon titre , toute
»la diftribution de l'ouvrage eft dans un
» grand ordre ; & ce qu'il y a de plus
loiiable , c'eft qu'il n'a rien avancé
qu'il n'ait prouvé par les autoritez des
» meilleurs Auteurs qu'il raporte. Ce n'eſt
pas une fimple defcription des ceremo-
» nies du Sacre , c'eft une explication cu-
>> rieufe de leur origine , & de leur pro-
>> grès , les recherches font pleines d'é-
>> rudition ; on y voit l'époque de l'éta
» bliffement de la Religion Chrétienne
» dans chacune des Monarchies de l'Eu-
>> rope ; & quoique la matiere de chaque
Chapitre ait pu fournir un volume en-
» tier , il les a réduits dans une très- petite
» efpace , fans rien omettre d'important ;
en forte que je puis affeurer Monfei-
>> gneur le Garde des Sceaux , que cet ou-
>> vrage merite d'autant plus d'être don-
>> né au Public que la lecture en fera utile
» & agréable dans tous les temps.
D'OCTOBRE 1722. 81
DISCOURS qui a remporté le prix
d'éloquence , au jugement de l'Académie
Françoife, en l'année 1722. par M. le Noble.
A Paris , chez Coignart , rue Saint
Jacques , in 4. de 32. pages .
Le fujet donné par l'Academie eft qu'il
vaut mieux être repris par un homme fage
, que d'être féduit par les flateries des
infenfez , fuivant ces paroles de l'Eccle--
fiafte , chap. 7. v . 6. Melius eft à fapiente
corripi , quam ftultorum adulatione decipi.
L'Académie Françoiſe n'eſt pas feulement
utile par les ouvrages des membres
illuftres qui la compofent , mais encore
par l'émulation qu'elle infpire à ceux qui
fe fentent affez de talens pour préten
dre à fes Couronnes . C'eft ce qui nous
enrichit de tant de pieces en profes , &
en vers qui feront à jamais un modele:
d'éloquence & de poëfie .
M. le Noble a eu cette année l'avan
tage fur d'illuftres rivaux ; fon diſcours
a remporté le prix ; nous allons en rap
peller ici quelques traits qui feront juger,
& de la folidité de fes raifonnemens , &
des graces qu'il fçait prêter à la verité.
$6
Il fait voir d'abord que rien n'eft plus
important pour nous que de bien placer
nôtre eftime & nôtre inclination , parce
qu'autant que nous accordonsl'un &
L'autre à quelqu'un, autant nous lui don--«
Dv
82 LE MERCURE
» nons d'empire fur nôtre ame , & d'in-
>> fluence fur nôtre vie .
» Mais quel eft le grand attrait qui nous
» lie à certains hommes plutôt qu'à tout
>> autre ? n'eft- ce pas prefque toûjours l'ef-
>> perance de trouver en eux des com-
כ
»
"
plaifances , des commoditez , des appuis
» pour nos paffions ? Ne fuyons- nous pas
>> au contraire tous ceux en qui nous ne
>> trouvons pas le même agrément , quelque
merite qu'ils ayent d'ailleurs ; ainfi
» les flateurs l'emportent , & nous laiffons
les fages , parce que ces hommes ,
>> amis de la raifon & de la verité , ofent
» voir & blâmer en nous tout ce qui eft
» oppofé à l'une & à l'autre. Mais la fla-
» terie ne peut être que funefte à ceux
» qu'elle féduit , & au contraire les avis
» des fages qui nous reprennent ne peu-
> vent que nous être falutaires.
כ כ
ל כ
ל כ
33
"
Le Aateur fonge à plaire , & en cela
> il reffemble à l'honnête homme ; car le
defir de plaire eft legitime , c'eft le pre-
» mier lien , & le plus doux par où la na-
> ture a voulu unir les hommes pour leur
» faire goûter enfemble le délicieux fen-
» timent de leur excellence , & en foûte-
>>nir les fondemens par des fecours mu-
» tuels de lumiere & de vertu ; mais ce
qui fait la difference du flateur , c'eft
» que l'envie qu'il a de nous plaire eft la
כ כ
ל כ
D'OCTOBRE 1722. 83
се
ce
feule regle des jugemens qu'il porte de «e
nous , & de tout ce qui nous regarde .
Il eſt évident dès - là que ce ne peut plus «
être qu'un homme infenfé & corrom- «
pu , confondant le bien & le mal fous
le nom d'agréable , n'ayant aucun reſpect
pour la vertu & la verité , d'autant ce
plus prêt de facrifier l'une & l'autre «
que malheureufement elles font bien ce
moins en poffeffion de plaire que le vice «
& le menfonge .
66
се
се
Le flateur fçait employer jufqu'aux
ronces & aux épines pour nous faire «
des guirlandes & des Couronnes . La con- ce
fufion & le defordre de nos idées , c'eft «
abondance & fublimité de genie ; nos ce
affectations font des fineffes délicates ; ce
nos petulances, des vivacitez aimables; «
nos indifcretions, des traits de franchiſe; «e
nos chicanes , des exactitudes ; nos pe- «
fanteurs , des précautions fenfées ; nos "
hauteurs , nos dedains , nos accueils infolens
, de juftes attentions à maintenir «
nos droits & nôtre rang ; nos inactions , «
& nos indolences , un détachément philofophique
des chofes d'ici - bas ; felon «
lui l'orgueil n'eft point orgüeil , c'eſt «
nobleffe d'ame , fentimens heroïques, ..
L'impieté , oüy l'impieté eft un merite «
aux yeux du flateur , c'eft une force
d'efprit fuperieure à des préjugez vul- «
ແ
ce
D vj
84
LE MERCURE
و ر འ
و ر
و د
53
و د
و ر
ود
و د
و ر
و ر
و د
و و
ر و
و د
و ر
و ر
gaires & frivoles : force d'autant plus
admirable que ces préjugez font ceux
du genre humain.
Il eft doux d'être loué & careffé ,
mais pouvons-nous goûter des loüanges
& des careffes telles que celles dont on
amuferoit des enfans , telles que le railleur
le plus impitoyable les employeroit
pour le jouer de nôtre fimplicité , telles
& plus terribles encore que les
embraffemens d'un malheureux peſtiferé
qui foufleroit dans nôtre fein le
venin mortel qu'il porte dans le fien.
Nous continuerons par le goût même
du bien de faire & de dire ce que la
flaterie nous aura fait croire excellent.
Elle nous aura caché un défaut , la
honte ne nous en fera plus rougir , la
prudence ne nous en fera plus un fujet
d'inquiétude , nous ne fongerons plus à
,, nous en défaire , elle nous aura prefenté
nos bonnes qualitez , comme des qualitez
éminentes , nôtre émulation endormie
ne fongera plus à les perfection-
,, ner , nous nous croirons tout ce que
,, nous devons être . Quel état d'aveugle-
,, ment & de peril !
"
3)
"s
و د
و و
و د
و ر
La raifon qui peche ne le fait du
moins fans repugnance , que parce
qu'elle trouve des approbations qui la
raffurent ; & qui eft- ce qui peut donner
1
D'OCTOBRE 1722.
(6
le-
65
ees approbations , finon les flateurs ? il
n'y a qu'eux qui puiffent donner au vi- “
ce le nom & les couleurs de la vertu . CO
Le flateur ne voit qu'avec envie dans "
ceux même qu'il paroît le plus aimer ,
l'abondance , le credit , les voluptez , le
fafte , la fuperiorité du rang , les agrémens
de l'autorité & de la réputation , "
il en dépouilleroit bien- tôt fes idoles , -
s'il le pouvoit faire impunément , & il “
le fait autant qu'il peut , en leur ven- "
dant fon encens & fes hommages , & c
en les méprifant du moins en fecret. "
68
La flaterie , malgré la groffiereté, l'im- "
prudence & la noirceur de fes féduc.. "
tions , ne laiffe pas de nous toucher , & "
de rous faire plaifir. Elle plaît du moins "
par le defir de plaire ; ce defir qu'il
nous paroît fi glorieux d'infpirer , & “ε·
dont il eft fi doux de recevoir des té- "
moignages , nous entraîne tous , & plus "
naïvement que le flateur. "
Son nom eft décrié , mais elle ne le
porte pas , & on confent aux noms pré- “
cieux qu'elle fe donne . "
σε
Que les Rois font à plaindre , eux "
qui prefque en poffeffion d'être regardez
comme des Dieux , font fi tentez
d'oublier qu'ils font des hommes , eux "
dont le rang déja ſi ſéduiſant par lui- «
même , convertit prefque tous ceux qui **
les approchent.
86 LE MERCURE
Le portrait que M. le Noble fait ici
de ceux qui flattent les Rois , & des
fuites funeftes de cette adulation , n'eft
le moins brillant de fon difcours.
pas
Ils lui diront qu'avec un coeur & un
» efprit comme le fien il ne peut être trop
» grand & trop puiffant pour le bonheur
» du monde ; ils lui feront croire que la
» prudence ne connoît point de milieu
entre une autorité qui fe foutient à
» quelque prix que ce foit , & une autorité
chancelante & méprifée.
93
>>
"}
58
Ainfi ils le forceront de ne connoître
plus d'autre grandeur que celle de la
puiffance & des richeffes. Il ne fongera
plus qu'à accroître cette grandeur au
» dehors & au dedans , il voudra être
un conquerant fameux & un Roy abfolu
, fans aucune autre regle que fes
,, defirs . Ainfi il ira d'un côté attaquer
» des voifins qui ne l'ont point offenfé
» & de l'autre il épuifera des fujets fide-
»les qui font toute fa force par leur
obéïlfance , & par leur fortune parti-
وو
ม
و ر
و د
و ر
و د
culiere..
Il ne voit & ne veut voir que fes
armées , fes gardes , fes frontieres , fes
tréfors , l'apparente foumiffion des
vaincus , la jufte obéïffance de fes fu-
,, jets , fes victoires & fes triomphes , fon
fafte & fes plaifirs ; il ne voit pas les
و ر
و د
D'OCTOBRE. 1722
89
larmes & le fang , qui font le prix de "
cette grandeur éblouiffante , il ne voit "
pas l'impatience naturelle & terrible , "
avec laquelle la raifon de tous les coeurs "
itritez contre lui s'anime à la
ce , & à le confondre . “
être
vengeanque
fu-
6.6
66
Mais ce n'eſt pas affez d'avoir mon- "
tré la flaterie ne peut
que
nefte à ceux qu'elle féduit , montrons
encore que les avis des fages ne peuvent
être qu'utiles à ceux qu'ils reprennent
, fi on en veut profiter.
66
ᏟᎶ
66.
16
Il est vrai qu'ils nous reprendront ,
& cette idée déja nous trouble. Mais "
par quelle raifon nous trouble- t'elle a "
C'eft en nous reprenant que ces hom- “
mes rares nous donnent des marques
du zele le plus utile à nos interefts . Ils "
veulent que nous nous corrigions de "*
nos défauts ; & qu'avons nous de plus
important à faire dans la vie ? Nos dé- "e
fauts corrigez ne fommes- nous pas heu- c
reux ; c'eft ce que M. le Noble fait
voir dans un détail qui merite d'être
lû & medité.
16
Il finit par une priere pour le Roy ,
fi naturellement amenée , qu'on ne fonge
point qu'elle eft prefcrite. Accordex"
lui ,Seigneur, le don de difcerner les hom- ce
més , accordez - lui l'amour le plus vif "
pour la verité , afin que les fages puif- "
*
88 LE MERCURE
fent toûjours la lui dire fans lui déplai
, re , & que le foufle impur de la flate-
,, rie n'arrête point le progrès des ver-
,, tus qu'ils ont cultivées dans fon coeur.
,,
و ر
"
EKTRAIT du difcours prononcé par
M. Farges de Polify , Avocat du Roy ,
le 26. Octobre 1722. à la rentrée du
Châtelet.
MRoy au Châtelet de Paris , & qui
le Nain , qui étoit Avocat du
eft à prefent Avocat General de la Cour
des Aydes , prouva l'année paffée trèsfolidement
, & très - élegamment l'importance
de bien commencer dans la profelfion
d'Avocat ; M. de Polify a voulu
établir , à fon tour , l'importance de bien
finir dans cette carriere brillante , mais
penible , & il a rempli ce deffein avec le
fuccès qui fuit toûjours la veritable éloquence.
Quoique ces difcours n'ayent
point ordinairement de divifion marquée,
la jufteffe de l'Orateur ne laiffe pas que
de la faire fentir aux auditeurs qui fçavent
entendre. On a remarqué dans le
difcours de M. de Polify qu'il rouloit
fur ces deux propofitions. 1. L'Avocat
peut bien finir, 2. l'Avocat doit bien finir.
D'OCTOBRE 1722 .
L'exorde intereffe d'abord en faveur de
Porateur ; la juftice qu'il rend au merite
de M. le Nain décele le fien . On eft difpofé
à croire , & à eſtimer celui qui en
poffedant des talens recommandables , ne
fonge qu'à exalter ceux des autres . Lâ
jaloufie accompagne la gloire auffi bien
que l'amour , & fous leur empire , il eft
rare d'être ami & rival.
Après le jufte éloge de M. le Nain ,
& des peintures vives de la neceffité où
font les Avocats de bien finir quand ils
ont bien commencé , l'orateur ajoûte unt
tableau paterique qui renferme les idées
les plus nobles & les plus éclatantes.
11 peint le temple de la gloire au fommet
d'une montagne efcarpée , pour nous
apprendre que c'eft la fin feule de la cariere
qui decide du merite des Athletes
dans toutes fortes de genres.
Ce tableau eft rempli de portraits generaux
de toutes les differentes efpeces
de voyageurs qui s'égarent , ou fe laffent
en allant au temple de la gloire ; c'est
après ces peintures que l'orateur qui fçait
les regles du contrafte , place le portrait
de M. le Lieutenant Civil. Enfuite M. de
Polify adreſſe la parole aux Avocats : 0
vous , dit- il , qui fur ces traces glorienfes
( de M. le Lieutenant Civil ) cherchez à
rendre vôtre nom immortel dans le Bar$
6 LE MERCURE
reau ; ne vous flatez point de cette eſpe
rance qu'une fin éclatante n'ait terminé
vôtre carieres C'est là que la gloire vous
attend pour couronner votre entreprise. Les
hommes , continue- t'il , foit envie , foit
prudence , attendent les dernieres années
de vôtre vie pour porter le jugement irres
vocable qui doit decider de vôtre reputation
chez la pofterité. Cette réflexion judicieufe
eft foutenue par une comparaifon
auffi jufte que brillante, comme, ajoûte
l'orateur , unfeul trait ne fait pas la beauté
, mais un affemblage heureux de tous les
traits proportionnez & mesure par les
mains de la nature même ; auffi perfuadeZvous
que la vraye gloire ne doit- être fondée
que fur un long tiffu de belles actions,
liées , foutenues , & enchaînées les unes
avec les autres .
C'eſt par de pareilles figures , toûjours
fenfées & bien annoncées que la Rhetorique
de l'orateur éclaire la raiſon fans lui
impoſer par des ornemens inutiles . Il ne
ceffe point de prouver les propofitions
par des argumens invincibles , & qui
n'en font pas moins forts pour être couverts
des Aeurs de l'éloquence . Il cite les
Orateurs Grecs & Latins qui ont vieilli
dans les travaux , il trouve parmi les François
des noms dignes d'être affociez aux
Démoftenes & aux Cicerons. Il encouraD'OCTOBRE
1722. 9F
ge la vieilleffe à la perfeverance dans la
profeffion laborieufe d'Avocat par l'exemple
des Magiftrats & des Jurifconfultes
de l'antiquité qui tiroient un nouveau
luftre de leurs cheveux blanchis
dans des peines utiles à leur patrie , les
Areopagites d'Athenes , & les Ephores
de l'Acedemone . C'eſt par ces citations
nobles & pompeufes qu'il anime les
Avocats à parvenir glorieufement à la fin
de leur courfe. Parmi toutes ces images
naïves , quoique magnifiques , on trouvera
le portrait de l'Avocat Conſultant
parvenu par fon merite & fon experience
au rang diftingué des Oracles de Themis.
* Que le guerrier , dit M. de Polify
combatte dontpour jouir de la paix , & ne
plus combattre. Que le Matelot après une
tongue & perilleuse navigation à travers
les tempêtes & les écueils , fe repofe tranquillement
dans le port. Que le voyageur
arrivé au terme de fa courfe goûte le plaifir
d'avoir fatisfait fa curiofité. Mais pour
l'Avocat il n'eft ni paix , ni trévé , ni
port , ni terme que celui de fes jours . .. .
Il doit toûjours travailler , car comme
l'experience accredite toûjours , & redou
ble la confiance , alors les cliens fe multiplient
avec les jours de l'Avocat. Il doit
fa profonde capacité au public , & fon
92 LE MERCURE
exemple aux jeunes Orateurs qui com
mencent la cariere qu'il finit.
Nous n'ofons pas donner un extrait
plus étendu d'un difcours que la memoire
d'un auditeur curieux des bons ouvrages
nous a tranfmis peut-être avec plus de
zele que d'exactitude , nous craignons
d'alterer les beautez de l'éloquence de
l'Orateur . Si on vouloit bien nous communiquer
les pieces que nous devons extraire
, les Auteurs y gagneroient , & le
public auffi.
On imprime chez Cailleau , Libraire ,
Place de Sorbonne , la Bibliotheque des
Philofophes & des Sçavans , tant anciens
que modernes , avec les merveilles de la
nature , où l'on voit leurs opinions fur
toute forte de matiere Phyfique. Comme
auffi tous les fyftêmes qu'ils ont pû imaginer
jufqu'à prefent , fur l'univers &
leurs plus belles Sentences fur la Morale,
& enfin les nouvelles découvertes les
que
Aftronomes ont faites dans les Cieux , in
8. 2. vol. avec figures , par M. Gautier,
Ingenieur & Infpecteur des Ponts &
Chauffées du Royaume..
On trouvera chez le même Libraire ,
Remarques fur divers endroits d'Italie ,
par M. Addiffon , pour fervir de fupplement
au voyage d'Italie de M. Miffon ,
in 12
D'OCTOBRE 1722. 93
Les Ouvrages de feu M. l'Abbé Boi
leau , Predicateur ordinaire du Roy , &
l'un des quarante de l'Academie Françoife
, fes Homelies fur les Evangiles du
Carême , in 12. 2. vol.
Ses Pensées Choifies fur differens fujets
.de Morales. Nouvelle édition augmentée
, in 12. Ses Panegyriques Choifis ,
in 12.
Ceux qui aiment à connoître les Auteurs
des ouvrages anonymes , & pfeudonymes
, & à être inftruits de l'Hiftoire
des gens de Lettres , nous fçauront bon
gré de l'article qui fuit .
On nous écrit de Londres que M. de
S. Jacinthe époufa dans cette Ville , au
mois de Juillet dernier , Mile de Marconnay
, fille d'un Gentilhomme de Poitou
, Major du Regiment de ..... au
fervice d'Angleterre. Le nouveau marié
eft auffi François d'auprès d'Orleans , &
fort diftingué dans la Republique des Lettres.
Le goût des voyages l'a éloigné de
la France depuis environ quatre ans . Son
pere fut Lieutenant Colonel du Regiment
d'Orleans ; pour lui il a fervi dans
le Regiment Royal Cavalerie , & il fut
fait prifonnier à Hoftech. Le celebre Mathanafius
eft forti de fa plume , il a fait
divers autres ouvrages , des Lettres à
34
LE MERCURE
M Dacier fur fon livre de la Corruption
du Goût , un premier tome de Menoires.
Literaires dont il promet la fuite. Il y a
beaucoup d'érudition dans tout ce qu'il
écrit , & un grand éloignement du Pedantifme.
On prétend qu'il a eu part à
l'Europe Sçavante , & on croit qu'il a
auffi fourni quelques morceaux d'une efpece
de Journal des Sçavans qui s'imprimoit
à la Haye il y a deux ou trois ans .
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Lyon
le 3. Septembre 1722 .
M
R le Maréchal de Villeroy , protecteur
de l'Académie des Beaux
Arts , établie dans cette Ville , affifta
hier aux Exercices Académiques , avec
M. l'Archevêque de Lyon , ce qui fic
venir à l'affemblée plufieurs perfonnes
des plus qualifiées de la Ville & des environs.
Les Académiciens aur nombre de
70. firent un concert des plus magnifique.
On y chanta des morceaux de l'Opera
d'Ajax , raffemblez par les foins de
M. B. l'un des Académiciens. Le Rôle de
Caffandre fut chanté par Me E *** l'une
des belles voix que nous ayons , & celui
de Corebe par M. M *** le jeune . Tous
les autres Rôles furent chantez par des
D'OCTOBRE 1722.
95
'Académiciens & des Académiciennes,
A la fin du concert on chanta le Dixit
Dominus de M. Campra , qui fut executé
avec toute la jufteffe imaginable. M. le
Maréchal parut fi.content qu'il accabla
d'honnêtetez tous les membres de l'Académie
, dont les principaux allerent le
lendemain le remercier de l'honneur qu'il
leur avoit fait. Il leur fit efperer qu'il les
honoreroit fouyent de fa prefence.
Les perfonnes qui executent le concert
de la place des Jacobins , établi
depuis peu d'années , continuent regulierement
leurs exercices. Ce concert
devient chaque jour meilleur , fur tout
depuis que plufieurs Académiciens de
l'Académie des Beaux Arts y ont été receus
. Ils vont également à l'un & à l'autre
concert , attirez par le feul plaifir de
la Mufique.
On nous écrit d'Orleans du 18. Septembre
qu'on vient d'imprimer des Reglemens
pour une Académie de Mufique
qui s'eft formée depuis un an dans cette
Ville , à l'exemple de celles de Lyon
de Marſeille , & autres Villes du Royaume.
Cette Académie doit fa naiffance à
quelques particuliers amateurs de la Mufique
qui s'affembloient fouyent pour executer
des concerts , pour donner quelque
98 LE MERCURE
forme à leurs affemblées ; ils s'adrefferent
à M. de Bouville , Intendant d'Orleans
, lequel après avoir pris l'avis du
Maire , des Echevins , & du Lieutenant
General de Police , leur donna fon approbation
, & la permiffion neceffaire
vers le mois de May de l'année derniere
1721.
Il y a de deux fortes d'Académiciens ;
fçavoir des honoraires , dont le nombre
eft fixé à cent , & des Concertans penfionaires
, dont l'Académie augmente ou
diminuë le nombre fuivant qu'elle le juge
à propos , & qu'elle en a befoin. On
donne un concert deux fois la femaine
le Lundy & le Vendredy , dans une trèsbelle
fale qu'un des Académiciens a fait
bâtir exprès dans fon Jardin. Les feuls
Académiciens y ont entrée , ils peuvent y
mener les Dames & les étrangers feulement
, tous les autres en étant exclus .
L'Académie a pris pour emblême une
Lyre , dont les fons femblent ébranler
des rochers , dont on voit des morceaux
fe feparer , formez à peu près comme ces
coeurs de Lys qui font dans les armes de
la Ville d'Orleans , & qu'on appelle improprement
des cailloux , & pour devife
ces mots , Saxa moventur.
On mande de Ratisbone que le Miniftre
D'OCTOBRE 1722. 97.
tre du Roy de Pruffe a communiqué à
la Diete de la part de ce Prince , les obfervations
de la part de la focieté des
Sciences de Berlin , fur le. Calendrier
Gregorien , auquel S. M. Pruffienne a
deffein de faire des corrections , à commencer
en 1724.
On apprend de Rome que le Duc de
Poli , frere du Pape , a fait écrire dans
les pays étrangers pour en faire venir des
livres fur toutes fortes de fciences , dont
- il veut former une bibliotheque publique
pour la commodiré des fçavans des differentes
nations qui font à Rome.
L'Abbé Camille Contarini , connu par
les hiftoires qu'il a données au public ,
eft mort à Venife fur la fin de l'autre
mois , dans un âge fort avancé.
Le Capitaine Pringle , Commandant
le Vaiffeau le Warburton , qui eft arrivé
en Angleterie depuis peu , venant
d'Autegoa , raporte qu'étant au vingttroifiéme
dégré de latitude , éloigné d'environ
lieues d'aucune terre , une fi
prodigieufe quantité de Papillons , fe
vint pofer fur les voiles, cordages , & autres
parties du vaiffeau , que tout en étoit
couvert. C'est un phénomene qu'on pro-
500.
E
98
LE
MERCURE
1.
pofe aux fçavans curieux à expliquer. Car
il eft affez difficile de comprendre comment
ces infectes ont pû venir de fi loin
& fubfifter.
L'Académie Royale de l'Histoire à Lif
bone , vient de donner un catalogue hiſtorique
, compofé par le Pere Lucas de
Sainte Catherine , Dominiquain , des
Portugais qui ont été Grands - Maîtres de
l'Ordre des Templiers , depuis fon origine
jufqu'à fon entiere abolition . Le P,
Jofeph Barbofa , auffi membre de cette
Académie , a promis de donner inceffamment
au public des tables chronologiques
, hiftoriques , & genealogiques des
Reines de Portugal , & de leur pofterité.
L'Académie Problematique de Setubal
a perdu le Docteur Paul Soarez de Gama
, l'un de fes Académiciens qui mourut
le 25. Juin dernier. Le Prieur Clement
Rodriguez de Montagna a prononcé
fon Oraiſon Funebre. La propofition
'fuivante , s'il eft plus dangereux de prodiguer
des bienfaits à un indigne qu'à
un ingrat , fut le fujet du problême, dont
l'alternative fut foutenue dans cette Aca
démie le , 1 . Juillet dernier .
Les Lettres de Lisbone ajoûtent qu'il
D'OCTOBRE 1722. 99
s'eft formé dans le grand Fauxbourg de
cette Ville une Académie de Medecine
chez M. Jofeph Gomis , Profelleur de
cette Science. L'ouverture s'en fit le 13 .
Aouft dernier par un difcours très- éloquent
qu'il prononça . Les Medecins qui
compofent cette Académie ont pris la
Sainte Vierge pour leur protectrice , fous
le nom de Nôtre- Dame de Grace , & ils -
font convenus de s'affembler tous les 15.
jours pour conferer fur la nature des ditferentes
maladies , & fur leurs remedes
les plus efficaces ; les Chirurgiens y font
auffi admis pour confulter fur ce qui regarde
leur art.
L'Académie Royale de l'Hiftoire , dont
nous venons de parler , s'aſſembla le 7.
de l'autre mois par ordre du Roy , dans
l'anti - chambre de la Reine , pour celebrer
l'anniverfaire de la naiffance de S.
M. Le Pere Don Manuel Caëtan de Soufa
, qui étoit Prefident de jour , prononça
un difcours très- éloquent , à la loiiange
de cette Princeffe , qui lui en témoigna
fa fatisfaction à la fin de l'affemblée. Celle
du 30. Aouft fut honorée de la prefence
du Roy , on y diftribua un livre nouveau
, compofé par M. Manuel de Azevedo-
Fortes , Chevalier Profez de l'Ordre
de Chrift , Brigadier d'Infanterie ,
E ij
S8C136
700 LE MERCURE
"
& Ingenieur Major du Royaume de
Portugal , fur la methode la plus facile ,
& la plus exacte de lever des cartesGeographiques
& Hydrographiques , & fur
la conftruction des inftrumens neceffaires
aux Ingenieurs , & aux Officiers de
Marine. Le Pere Jofeph de la Purification
, chargé de l'hiftoire des Ordres Militaires
du Royaume , communica enfuite
à l'affemblée un catalogue hiftorique
de celui de S. Benoît d'Avis , inftitué
en 1140. par Alfonfe , premier Roy
de Portugal , en memoire de la fameufe
journée de Biros , dans laquelle il remporta
une victoire complette fur l'armée
du Roy Maure Alboyach , qu'il chaſſa
depuis de la ville d'Evora en 1147 .
Enfin l'impreffion de l'Etat de la France
vient d'être terminée. Le P. Ange ,
Auguftin Déchauffé , qui en eft l'Auteur,
nous prie d'en donner avis au public . Il
auroit bien fouhaité avoir l'honneur de le
prefenter au Roy avant fon Sacre , d'autant
plus qu'il en a rapporté toutes les
ceremonies dans fon premier tome ; mais
l'activité des Imprimeurs n'a pas fecon
dé fes defirs. Il faut donc attendre que
Sa Majesté ait reçû fon exemplaire à fon
retour pour débiter cet ouvrage . On
n'auroit jamais crû qu'un pareil livre ,
D'OCTOBRE 1712 . 101
dont l'impreffion doit être brufquée , attendu
les changemens qui y furviennent
prefque journellement , dût être quatorze
mois fous la prefle. Il eft vrai que la
mort du fieur Garnier , qui étoit l'Imprimeur
, a caufé une fufpenfion de près
d'un mois ; après cela il n'a pas quelquefois
plû à ceux qui ont travaillé fous les
ordres de la veuve d'avancer befogne ,
quoique l'Auteur protefte ne les avoir jamais
fait attendre un feul inftant après fa
copie. Il fuplie donc le public de ne lui
point attribuer ces retardemens . M. de
Clairambault , Genealogifte des ordres
du Roy , eft témoin des impatiences que
l'Auteur a eu là - deffus . Tout l'ouvrage
eft de 131. feüilles d'impreffion , de 24.
pages chacune , diftribuées en cinq tomes
, le cinquiéme contient un ample
fupplement des quatre autres , & une table
alphabetique en 21. feuilles d'impreffion
, des matieres , des noms , des familles
, des Benefices Royaux , des terres &
des dignitez contenus dans tout l'ouvrage.
On a ajoûté dans cette table les changemens
qui furvenoient à mesure qu'on
l'imprimoit , & l'on a placé enfuite quelques
autres changemens qui n'étoient pas
arrivez à temps pour y être inferez. L'ouvrage
fera infailliblement en vente le len
demain de la S. Martin.
E iij
102 LE MERCURE
On donnera le mois prochain la fuite
des Medailles du Roy , & celles qu'on a
frapées pour le Sacre de S. M.
ડિિ
SPECTACLE S.
E 27. de l'autre mois les Comédiens
du Roy ont remis au Theatre la
Tragedie d'Ariane , de Tho . Corneille ,
où la Dle Duclos a extrêmement brillée
, à fon ordinaire , dans le principal
rôle ; ceux de Phédre , de Theſée & de
Pirithous ont été remplis par la De Dangeville
, & par les feurs Quinaut & le
Grand .
Le 2. Octobre , Rodogune , Tragedie
de P. Corneille , où la Dile Defrefne ,
nouvelle actrice , a joué le rôle de Cleopatre
avec applaudiffement. La Dile Duclos
& le fieur Baron y ont repreſenté les
rôles de Ro logune & d'Antiochus.
La même actrice a reprefenté le 19.
de ce mois , avec feu & intelligence , le
rôle d'Elif beth dans la Tragedie du
Comte d'Effex .
On continue les repreſentations des
Avantures du Camp d Porché Fontaine
dortnous avons donné l'extrait & les chanfons
dans le fupplement de l'autre mois.
D'OCTOBRE 1722.
103
On a interrompu celle du Nouveau Monde
, & les Comediens fe preparent à donner
bien- tôt la Tragedie nouvelle de M.
l'Abbé Nadal , intitulée Antiochus ou
les Machabées, reçûë depuis plus d'un an .
M. de la Mothe a lû depuis peu aux
Comédiens du Roy une Tragedie de fa
compofition , qui a été reçûe avec des
applaudiflemens mêlez de larmes de la
part des auditeurs. Elle eft intitulée , Ignez
de Caftro . Sujet tiré de l'hiftoire de Portugal
, dont voici le précis.
Don Alfonfe , dit le Brave , Roy de
Portugal , eur de Beatrix de Caftille ,
l'Infant Don Pedro , dont les amours cer
lebres troublerent la fin du regne d'Al,
fonfe. Il y avoit peu de Princes en Portugal
d'une plus grande efperance que
Don Pedro . Dès la jeuneffe il laiſſa voir
cet amour pour la juftice , & l'exactitude
qui lui acquit dans la fuite tant de repu
tation , & le furnom de Jufticier. Il
époufa en 1332. Dona Conftance Manuel
de Caftille , dont il eut plufieurs enfans.
Il y avoit auprès de cette Princeffe,
én qualité de Daine du Palais , une fille
de très - bonne maifon , nommée Dona
Ignez de Caftro , belle par excellence ,
& récommandable encore par fa douceur,
fon efprit , fa generofité , & fa naifance,
Ę iiij
104
LE MERCURE
car elle étoit alliée à la maifon Royale .
Le Prince en devint éperdument amou→
reux , & comme il étoit lui- même fort
aimable , il en fut aimé. La Princefle de
Portugal , fon époufe , étant morte en
1345. il époufa Dona Ignez en fecret ,
fçachant bien que le Roy n'auroit pas confenti
à ce mariage. Don Gil , Evêque de
Guarda & Eftienne Loüas , Maître de la
Garde- robe du Prince , furent les feuls
témoins qu'il y admit . Depuis ce tempslà
il entretint affez públiquement Dona
Ignez , & en eut deux fils , Don Juan ,
& D. Denis .
<
Soit que le Roy fe douta du mariage
au Prince , ou qu'il
voulut rompre ce
commerce , il propofa à Don Pedro de fe
Temarier , ce que celui - ci refufa de faire
avec beaucoup de fermeté. Le Roy &
fon Confeil ne trouverent point d'autre
expédient pour l'y réfoudre , que de fe
défaire de Dona Ignez Pacheco , Cuello
& Gonçale , trois Gentils-hommes du
Roy , prirent le temps que le Prince étoit
à la chaffe , & la poignarderent dans fon
Palais de Coimbre.
Don Pedro fit également éclater fes
regrets & fon reffentiment. Il fe revolta
d'abord contre fon pere , & vengea le
fang de Dona Ignez par le fer & par le
feu. S'étant enfuite reconcilié avec lui ,
D'OCTOBRE 1722 .
105
& lui ayant fuccedé en 1357 .. Il rendit
public le mariage qu'il avoit contracté
avec elle , fit exhumer fon corps , lui fit
mettre la Couronne fur la tête , lui fit
rendre par tous les Grands de l'Etat les
honneurs de la Royauté , & lui fit faire
des obfeques d'une magnificence extraordinaire.
Il perfecuta fes affaffins fans relâche
, viola même les droits de l'hofpitalité
pour les avoir en fa poffeffion , &
leur fit fouffrir les fuplices les plus horri .
bles. Il fit reconnoître le fils de Dona
Ignez , Infant de Portugal , & le fouvenir
d'une perfonne qui lui avoit été fr
chert , lui fit rejetter toutes les propofitions
de mariage qu'on lui offrit ; il eſt
vrai que la belle Dona Therefe Gallegon
entreprit de fecher fes pleurs , & qu'il en
eut dès l'année 1357. un fils qu'on nom
ma Don Juan , qu'il pourvut de la grande
Maîtriſe de l'Ordre d'Anis , le plus
confiderable de Portugal .
Les Comédiens ont auffi receu une Comédie
en trois actes , & en vers , qui a
pour titre l'Oracle de Delphes. L'Auteur
ne fe nomme point . Jamais l'incognito
n'avoit tant été en regne. Nous ne le
blâmons pas , il fait du bien à quelques
pieces par la curiofité qu'il excite.
E v
106 LE MERCURE
Les Comédiens Italiens ont repreſenté
pour la derniere fois le 6. de ce mois fur
leur Theatre du Fauxbourg S. Laurent ,
Belphegor & le Fleuve d'Oubli . Ils ont
r'ouvert leur Theatre de l'Hôtel de Bourgogne
le 9. par la Comedie d'Arlequin
Sauvage que l'Auteur a enrichie de quelques
Scenes nouvelles qui ont été fort
goûtées.
Les mêmes Comédiens ont donné le
18. une piece d'un acte en profe , intitulée
, Arlequin Officier au Camp de Porché-
Fontaine. Ce font des Scenes tirées
de differentes pieces de l'ancien Theatre
Italier . Il y a un divertiſſement à la fin
avec un Vaudeville.
L'Académie Royale de Mufique prepare
l'Opera de Perfée pour donner inceffamment
.
On reprefenta à Vienne le 30. Aouft
dernier fur le Theatre du Palais Imperial
, l'Opera de Nitocris , Reine d'Egypte
, qui avoit été preparé pour le jour de
la naiffance de l'Imperatrice.
Le même jour on reprefenta à Naples,
pour la même folemnité , fur le Theatre
du Palais , l'Opera de Bajazet
On apprend d'Angleterre que M.
HopD'OCTOBRE
1722 107
kins , Secretaire du Viceroi d'Irlande a
été nommé Intendant des Spectacles de
ce Royaume , à la place de M. Antoine
Tiryman , mort depuis peu.
ABRAHAM ET ISAAC , Tragedie
reprefentée au College d'Evreux le
4. Aouft dernier , par les Ecoliers du
même College.
Abraham .
ACTEUR S.
Ifaac , fils d'Abraham .
Iſmaël , fils d'Abraham.
Eliezer , Officier & confident d'Abra
ham .
Damas , fils d'Eliezer ,
d'Ifaac.
Pharés , confident d'Ifmaël.
Nachor , Officier d'Ifmaël.
confident
La Scene eft fur la montagne où Abraham
devoit facrifier.
SUJET.
Dieu ordonna à Abraham de lui facrifier
fon fils. Abraham pour executer fes
ordres le lui offrit en facrifice , âgé pour
lors de 37. ans. Ifaac porta lui-même les
inftrumens de fa mort ; mais il en fur délivré
, Dieu fe contentant de la volonté
de fon pere. Genese 22 .
E vj
108 LE MERCURE
ACTE I.
Ifaac part avec fon pere pour faire le
facrifice que Dieu avoit ordonné . Comme
il fçait que fon frere Ifmaël , qui avoit été
chaffé , eft près de l'endroit où l'on doit
faire le facrifice , il demande à le voir.
Abraham le lui accorde. Il envoye Eliezer
dire à Ifmaël qu'il veut lui parler
Ifmael vient , & en abordant Ifaac , il
lui reproche d'être la caufe de fes malheurs.
Ifaac veut fe juftifier , mais en
vain. Il s'en prend auffi à Sara & à Abraham.
Abraham lui fait connoître fon
erreur par des marques fenfibles de fa
Tendreffe , & fe retire. La retraite & le
voyage de fon pere le mettent en inquiézude
, & lui font fufpects. Ifaac fait en´
forte de diffiper fes faux foupçons ; mais
il ne fait que les augmenter & qu'exciter
fa colere. Nachor vient apprendre à
Ifinaël que fon pere doit le prendre pour
être la victime du facrifice qu'il avoit à
faire. Cette nouvelle l'irrite , jufqu'à lui
faire faire des menaces terribles . Ifaac en
eft troublé , & appréhende en même
temps pour fon frere. Déja il croît être
l'Auteur de fa mort mais Damas le
raffure.
D'OCTOBRE 1722. 105
ACTE I I.
Ifmael balance s'il doit tirer vengeance
des maux qu'il fouffre. Pharez l'en diffuade
, & lui remet devant les yeux l'énormité
du crime qu'il veut commettre.
Ifmaël rentre en lui même , & fufpend fa
.colere. Abraham vient retrouver ce fils
irrité , qui lui fait mille reproches. Il
lui dit qu'il ne le connoît plus pour fon
pere , malgré les marques d'amitié qu'il
en reçoit. Il attaque Haac l'épée à la›
main en preſence d'Abraham . Il menace
de le tuer , fi on ne lui explique la caufe
de ce voyage. Cette fureur jette Abraham
dans un étrange étonnement. Ifaac
eroit que ces menaces ne font que pour
l'éprouver ; ainfi il continue à l'affurer
de fon amour. Ifmaël n'en veut rien croire
, Ifaac pour le lui prouver , offre fa
vie pour le conferver. La haine d'Ifmaël
contre Abraham ne ceffe point. Eliezer
furvient , reproche à Abraham fa dureté
pour Imaël. Ce pere infortuné ne peut
fe réfoudre à faire mourir Ifaac .
ACTE III.
Eliezer remarque qu'Abraham eft
ébranlé fur ce qu'on lui remet devant les
yeux. Il croit déja qu'il ne penfe plus à
immoler Ifaac. Il penfe à trouver les
Ito LE MERCURE
moyens de le fauver. Il charge Damas
du foin de l'avertir d'éviter Abraham.
Ifaac affure Damas qu'il n'a rien à craindre
fur ce qu'il fçait d'Abraham. Damas
perfifte toujours dans fon incredulité.
Eliezer , fon pere , declare à Abraham.
qu'il va pourvoir à la fureté d'Ifaac que
rien ne peut intimider. Il attend tranquillement
fon pere qui l'exhorté à la
mort ; mais Ifaac l'exhorte & l'anime
lui- même , le confole , lui apporte le
glaive qui doit trancher le fil de les jours.
Abraham prêt de facrifier fon fils , entend
une voix du Ciel , accompagnée
d'éclairs & de tonnerre . Le glaive qu'il a
receu d'Ifaac lui tombe des mains. Plufieurs
viennent au fecours d'1faac , entre
autres Ifmaël , l'épée à la main , veut l'arracher
à fon pere ; mais il apprend que
Dieu eft fatisfait , fans répandre le fang
d'Ifaac. Il jette fon épée par terre , &
demande pardon à fon pere. Abraham
lui pardonne , embraffe fes enfans , &
leur recommande la fidelité à faire la volonté
du Ciel. Enfuite il fe trouble , il
parle en homme infpiré , & explique ce
Lacrifice myfterieux.
"
D'OCTOBRE 1922 .
PLAIDOYERS
Sur le partage des biens en Frances
E 28. d'Aouft les Rethoriciens du
College de Lois le Grand plaiderent
à l'ordinaire une cauſe en François ,
dont voici le fujer.
On fuppofe qu'un Prince étranger
ayant fait voyage en France , charmé des
loix de ce grand Royaume , veut regler
la jurifprudence de les Etats für ce modele.
Un feul point l'embaraffe , c'eſt le
partage des biens fur lequel l'ufage varie
dans plufieurs Provinces de France. Afin
de fe déterminer , le Prince invite quelques
Jurifconfultes François à plaider en
fa prefence pour les differens partages.
Le premier orateur fe declare en faveur
de l'égalité , il prétend que c'eft une loi
jufte & neceffaire . Il remonte d'abord à
la fource de la nature , & il voir dans les
premiers temps les freres cueillir indifferemment
fur le même arbre les fruits
que la terre leur offre. Cette loi fe trouve
gravée dans le coeur de toutes les nations
, & jufques dans les lieux où la
cupidité & la force ont introduit l'inégalité
, la voix de la nature fe fait entenΤΙΣ
LE MERCURE
و ر
و د
و ر
و د
و د
و د
dre , lorfque pour exprimer le partage
égal , elle crie qu'il faut partager en freres.
Mais la juftice de cette loi éclate fur.
tout , & par les devoirs communs des
peres envers leurs enfans , & par ceux des
enfans envers leurs peres. ,, Quoi , dit
, l'Orateur , un pere devra à fes enfans
,, les mêmes foins & le même amour , &
il ne leur devra pas le même heritage ?
Eft ce donc que les richeffes d'un pere
font plus précieufes que fon amour , &
fi l'inégalité a lieu , n'eft- il pas à craindre
que le fils maltraité ne fe croye
déchargé des obligations de fon frere ,
& ne s'imaging devoir proportionner
fon amour & fon refpect pour fon
pere aux biens qu'il en a reçû. Ici
l'Orateur declame vivement contre ces
peres injuftes qui affectent des prédilections
, qui environnent d'or & de pourpre
le berceau de l'aîné , tandis que la
mediocrité eft le partage du cadet , qui
font prodigues pour l'éducation du premier
, tandis que l'autre doit la perfection
de fes talens à la nature . ,, On en vient
quelquefois, ajoûte- il, jufqu'à faire tomber
fur lui les fautes de fon frere pour
tirer des pleurs du cadet une inftruction
,, qui ne coûte rien à l'aîné . Mais qu'il
arrive fouvent que des parens font fruf
trez de leur attente & punis de leur in-
,,
ر و د و
و ر
D'OCTOBRE 1722. N
Juftice , en accordant tout aux uns & refufant
tout aux autres ; ils rendent les premiers
plus mauvais , & les autres meil
leurs qu'ils ne penſent. Combien de fois
un cadet a - t'il recueilli les foupirs d'un
pere méprifé par un fils à qui il avoit
donné toute fa tendreffe , & prefque tout
fon bien .
La justice de l'égalité paroît donc évidente
, mais on croit l'inégalité neceffaite
pour foûtenir l'honneur , & procurer le
bonheur des familles ; & c'eft ce que l'Orateur
entreprend de détruire en peu de
mots. En effet , un jeune homme qui entre
dans le monde avec des biens immenfes
penſe bien moins à marcher dans
ła penible carriere de la gloire , que dans
le chemin femé ,de fleurs que la fortune
lui prefente , il s'endort dans les bras de
la moleffe , où il fe livre au luxe le plus
outré , & dégrade fa maiſon , en vendant
à des hommes nouveaux les terres & les
noms les plus illuftres. Ce jeune diffipateur
a donc été trop riche pour l'honneur
de fa maifon , au lieu que la me- "
diocrité lui auroit infpiré le defir , & "
laiffé le moyen de fe diftinguer autre- "
ment que par les richeffes. "
و د
Le bonheur des familles n'eft pas moins
attaché à l'égalité. Hé ! quelle union
pourroit fubfifter parmi des enfans quis
}
114 LE MERCURÉ
regarderoient toujours leur frere comme
un cruel raviffeur ; ils ne jetteroient jamais
les yeux fur ces fuperbes équipages ,
& fes lambris dorez qu'ils ne cruffent
voir autant de dépouilles qu'on leur auroit
injuſtement enlevées. La loi de l'éga
lité érant donc jufte & neceffaire peutelle
manquer d'avoir l'avantage fur toutes
les autres ?
Le fecond Jurifconfulre fe declare
contre le premier, & le troifiéme en plaidant
pour l'inégalité en faveur de l'aîné.
Le temps ne nous permet que d'ebaucher
fes raifons ; elles font fondées fur ce que
l'inégalité foutient une famille par les
grandes richeffes de l'un , & l'illuftre par
les nobles efforts des autres . Divifer les
biens d'une famille , c'eft en divifer les
forces , & du faîte de la gloire la préci
piter dans l'obfcurité ; laiffer à plufieurs
enfans une fortune égale & mediocre
c'elt anéantir la fubordination , & éteindre
l'émulation dans une famille , l'inégalité
eft donc neceffaire : or la nature
& la raifon femblent l'éxiger en faveur
de l'aîné. Il eft le premier dans l'ordre
de la naiffance , & il a été long temps le
feul en poffeffion de tout l'amour. ,, Que
's, l'on ouvre les livres Saints , dit ici l'O-
,, rateur , le doigt de Dieu y a tracé en
caracteres ineffaçables le droit d'ai-
›
D'OCTOBRE 1722.
heffe ;
66
que l'on confulte les annales de "
tous les temps , & de tous les peuples ,
on y verra les loix profanes s'accorder "
en ce point avec les loix facrées ; qu'on “
jette les yeux fur la plupart des Empires
, on y verra des cadets affis aux
pieds du Thrône de leur aîné. "
La raifon même dicte l'équité de cette
loi ; fi la mort enleve le pere & la mere
à une famille nombreuſe , le fils aîné fuccede
à leurs obligations ; il eft obligé
d'effuyer les larmes de fes freres , de les
élever , de les établir ; s'il a plus de part
aux travaux, n'en doit-il pas plus avoir à
la récompenfe ? Enfin fi l'on veut fçavoir
qui doit l'emporter de l'égalité ou de
l'inégalité , qu'on en juge par l'union que
nous avons vû regner parmi les enfans de
France , dont l'an devoit être le maître
des autres , & par les funeftes effets au
contraire que l'égalité produifit entre les
deux freres Eteocle & Polynice.
1
Le troifiéme qui paroît fur la fcene
n'employe que la voix de l'innocence &
de l'humanité , fans art & fans divifion ;
c'est en faveur du cadet qu'il parle contre
le préjugé & la coutume . " Plus avancez
en âge , les ainez font plus en état de "
parvenir, s'ils ne le font déja ; mais quelle "
reffouree refte à un cadet , s'il ne la "
trouve dans un ample heritage ? Souvent “
ཝ
$16 LE MERCURE
و د
و د
?
,, il a perdu fon pere dès le berceau , &
,, il n'a jamais donné le doux nom de me-
,, re qu'à des femmes étrangeres . A qui
,, s'adreffera- t'il ? à des tuteurs avides de
fon bien à un aîné qui lui refufe avec
dureté le neceffaire , parce que l'édu
cation d'un frere lui eft bien moins
;'> chere que fon luxe & fon plaifir , à des
, amis ? mais en connoît-il même le doux
,, nom , & a- t'il d'autres protecteurs que
55 ceux que fes larmes lui ont pu faire ?
ور
La nature fe declare donc ouvertement
pour le cadet. Envain prétend -on
nous oppofer les Oracles Sacrez ; combien
de fois ont- ils prononcé en faveur
du plus jeune . Jacob fut préferé à Elaü ,
David releva les ruines du Thrône d'Ifraël
, Jofeph arracha fa famille à la douleur
, & à l'indigence , & la couvrit de
gloire au milieu d'une terre barbare.
Benjamin fit toute la confolation d'un
pere attrifté par la mauvaiſe conduite de
les autres enfans ; & puifque les bienfaits
font une fuite naturelle de l'affection ,
les cadets n'ont-ils pas ordinairement
droit au meilleur partage ? ,, Au reſte
,, Meffieurs , je ne plaide pas feulement
,, pour les enfans mâles , mais encore
5, pour les foeurs cadettes. Leur état , leur
,, foibleffe , leur âge , tout parle en leur
faveur , puifque tout les écarte du che
D'OCTOBRE 1722 . 117
min de la fortune , il leur faut même s
acheter le droit de la folitude , fi elles
y font appellées ; & où en prendre le "
prix , fi un pere tendre & équitable ne
les favorife dans fon teftament ? "
❝
Enfin le dernier Orateur plaide la caufe
du pere & de la mere , plutôt que celle
des enfans ; il veut qu'ils n'ayent part
à l'heritage , qu'autant que les parens le
jugeront expédient , & il authorife fon
fentiment des loix de la nature , de la raifon
, de l'équité , de la coutume ; c'eft l'in
tereft des familles , dit-il , c'eft F'intereft
du public ; pouvez - vous , Meffieurs , nous
refuſer vôtre ſuffrage ? un pere a acquis
fes biens par fes foins & fes travaux , n'eſtil
pas jufte qu'il les difpenfe à fon gré ?
quoi il lui fera permis de diffiper fon
bien , & il ne pourra pas en difpofer en
faveur d'un fils qui merite fa tendreffe ?
des enfans font ingrats ou indociles , n'eftil
pas avantageux pour leur éducation d'être
retenus par la crainte , ou excités
Pefpoir le repos & la gloire des familles
dépend donc du choix des parens , auff
bien que l'intereft du public.
par
En effet , qui connoît mieux les talens
& le caractere des enfans que des parens
qui les ont fans ceffe fous les yeux ? c'eft
donc à eux à mettre un frein à la prodigalité
de celui- ci , & à exciter la libera€
18 LE MERCURE
lité de cet autre ; c'eſt à eux à mettre l'épée
entre les mains de ce jeune homme ,
que Mars appelle fous les étendarts , à
placer fur les lys celui qui a déja la gravité
& la prudence d'un Senateur , & à
concourir ainfi au bien de l'Empire par
l'harmonie de tous les Etats . ,, Je ne m'étonne
donc plus que le grand Empire
de la Chine autorile le choix des
,,
و ر
و د
و د
و ر
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ر ه د
و د
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dans le
parens
des biens entre les enpartage
fans ; qu'un Empereur Romain ait
cherché un fucceffeur dans une famille
étrangere , à l'exclufion d'un fils qu'il
jugeoit incapable de foutenir le poids
de l'Empire ; que cette loi ait paffé
jufqu'à nous fous le nom de droit
écrit , & fleuriffe de nos jours dans
les plus belles Provinces de France.
Au refte nous fommes difpenfés de refuter
, à leur exemple , les raifons de nos
Competiteurs , puifque nôtre cauſe renferme
toute la bonté dès leurs fans en
avoir les inconveniens . Le partage fera
égal ou inégal , fuivant l'égalité ou l'inégalité
de merite ; l'ainé fera l'heritier s'il
a foin d'être le premier en vertu , comme
il eft en naiffance ; cadet pourra lui
difputer l'heritage , s'il lui difpute en talens
& en probité ; pouvez - vous , Meffieurs
, ne pas decider en faveur d'une
caufe qui vous intereffe tant , puifque le
D'OCTOBRE 1722. 119
feul merite y a tout l'avantage,
Pendant qu'on prononçoit ces difcours
le Prince qui préfidoit à l'affemblée les
écoutoit avec une attention furprenante
pour faire pancher fon fuffrage vers le
parti qui lui paroîtroit le plus équitable,
Mais étrange effet de l'éloquence , s'é- “ ¶
crie-il , elle donne à tous les fujets "
qu'elle traite certaine couleur de verité "
qui fait illufion à l'efprit ; & j'ai vû “
croître mes doutes par les moyens mê- "
me que j'avois crû propres à les éclair- "
cir. " Il eſt donc obligé d'en appeller à
fes lumieres , & d'examiner les avantages
& les inconveniens de tous les partis
avec l'exactitude qu'exige l'importance.
de la loi qu'il doit porter.
L'égalité de partage eft avantageufe
aux particuliers , mais non pas à la famille
en general ; elle ne fait point de malheureux
, mais fait- elle un feul heureux ? elle
ne fçauroit illuftrer une condition mediocre
, & elle dégrade ſouvent une Noble
Famille. Un pere a de grands biens
& une Charge confiderable , il meurt
fans avoir reglé les affaires ; auffi - tôt on
partage les biens , on vend la Charge , &
la maiſon tombe de la fplendeur dans
l'obscurité.
L'inégalité fait plufieurs malheureux ,
& ne fait qu'un heureux ; c'eſt une loi
120 LE MERCURE
bien dure qui en dépouille plufieurs pour
enrichir un feul , elle porte la haine &
la jaloufie jufques dans le coeur des freres
, fi toutefois elle eft neceffaire pour
l'éclat & l'élevation des familles , l'introduira-
t'on en faveur de l'aîné ? Il femble
que la naiffance & l'ufage le favorifent ;
imais quelle douleur ! s'il n'a pas autant de
merite que le cadet , & s'il laifle déperir
une maiſon au lieu de l'élever par fon induftrie
, ou de la foutenir par fa fagefle
Helas ! dans les contrées où le droit d'aî
neffe eft établi , combien de fois feroiton
ravi que le cadet fut metamorphofé
en aîné.
Prétendons - nous donc favorifer le cadet
aux dépens de l'aîné : pourquoi non,
s'il le furpaffe en merite ? d'ailleurs le
danger où il eft de fe trouver fans appui ,
fans éducation , fans établiſſement follicite
nôtre compaffion ; mais auffi qu'il
eft dangereux de confier la fortune d'une
maifon à des mains trop foibles encore
pour la foutenir . Quelque portez d'ailleurs
que nous foyons à nous rendre les
protecteurs des orphelines , nous ne pouvons
nous réfoudre à tranſporter avec
elles les biens d'une maifon dans une famille
étrangere , où fouvent ils fe perdent
avec le nom & la memoire de la
bienfaictrice.
Enfin,
D'OCTOBRE 1722. I21
Enfin , déciderons nous en faveur du
choix du pere & de la mere ; cette loi
rend les enfans foumis & refpectueux ;
mais la crainte n'a- t'elle pas plus de part
à ces refpects que la tendreffe filiale , elle
donne de l'empire aux parens ? mais n'authorife-
t'elle pas leur caprice ? ils connoiffent
leurs enfans mieux que les étrangers
; mais le coeur d'une mere ne l'emporte-
t'il pas fouvent fur fon efprit ? combien
de fois le merite d'un fils cede - t'il
à la faveur d'un frere cheri ? D'ailleurs les
parens ne font ils jamais trompés par les
apparences , par un faux brillant , , par la
vivacité de la jeuneffe : que fçai -je ? par
leurs préjugez & leurs prédilections ; celui-
ci paroît lent au dehors , tandis que
fa raifon forme au dedans des réflexions
judicieufes ; celui- là bouillant & impetueux
acquiert avec l'âge une égalité admirable
, femblable à ces fruits amers qui
deviennent doux dans leur maturité ; cet
autre au contraire paifible & modeſte a
été lage trop tôt pour l'être long-temps .
Quelle fource feconde d'erreurs pour des
parens aveuglez ? & qu'on ne nous oppofe
pas le pouvoir abfolu que la loi Romaine
donnoit aux peres fur leurs enfans ; elle
étoit une fuite de cet empire fouverain
que le peuple fier exerçoit fur les nations
fubjuguées ; chaque particulier vouloit :
F
2
con122
LE MERCURE
conferver dans fa famille la domination
que la République avoit fur les Provin
ces foumiles.
Ainfi , après avoir meurement pefé , &
examiné toutes les raifons , nous voulons
que dans nos Etats le partage inégal ait
lieu dans les Maifons Nobles , que l'aîné
ait les deux tiers des biens , tant paternels
, que maternels , que
dernier tiers
Le partage également entre les cadets ;
qu'enfin les familles roturieres divifent
leurs biens en portions égales pour être
également diftribuées à tous les enfans ,
Nous établiffons l'inégalité parmi la Nobleffe
, parce qu'il eft à propos pour le
bien & la gloire de l'Etat , que les familles
diftinguées ayent non - feulement
dequoi foutenir leur rang , mais encore
dequoi s'élever & s'aggrandir ; rien ne
donnast plus de luftre à un Empire , &
ne fourniffant une reffource plus prefente
à fes befoins que l'éclat & l'opulence des
principaux membres ; au lieu que le même
bien public exige que les fujets d'un
Ordre inferieur fe bornent à la mediccrité
de leur Etat , pour y faire fleurir les
Arts & le commerce , dont la ruine feroit
inévitable , fi l'inégalité , les rendant
trop riches , ils venoient à s'élever , à ſe
mefurer avec les Nobles , ou même à les
effacer par une ridicule émulation de luxe
&
D'OCTOBRE 1722.. 123
& de fafte. Parmi les Nobles l'aîné foutiendra
la maiſon par l'opulence , & les
cadets lui donneront de l'éclat par leurs
vertus & leurs exploits ; parmi les roturiers
l'égalité bannira l'indigence & la
jaloufie , produira l'émulation & l'union
& les fera tous concourir à procurer l'abondance
, & à perfectionner les Arts .
Parmi les Nobles nous avons preferé l'aîné
, parce que dans le doute fi le cadet
aura plus de merite , nous jugeons à propos
de donner l'avantage à l'ordre de la
naiffance , & de décharger de l'odieux
d'une préference des parens qui doivent
également aimer leurs enfans , les aînez
font d'ailleurs plutôt en état de foutenir
le poids des affaires , & nous ne pouvons
prendre de plus feur modele que la loi
falique d'un Royaume , dont les fages
loix devroient regler les jugemens de tout
l'univers.
Cette décifion fut applaudie par le
fuffrage d'une affemblée nombreuſe &
choifie qui fe trouva avec plaifir à ces
fortes d'exercices ; on peut dire auffi qu'on
ne fçauroit affez en multiplier l'ufage
rien n'étant plus propre à former l'efprit
& le goût de ces jeunes acteurs , qui par
de pareils effais le preparent à être un
jour l'ornement du Barreau & la gloire,
de l'Etat,
Fij
NOU124
LE MERCURE
NOUVELLES E'TRANGERES .
De Turquie du 1. Septembre 1722.
Lfantinople fielle n'étoit
A tranquilité feroit parfaite à Confpas
troublée
par la maladie contagieufe qui paroît s'y
renouveller ; elle a même attaqué la fuite
de M. Popiel , Envoyé extraordinaire de
Pologne , qui a été obligé de fe retirer à
la campagne. Ce fleau renaiffant n'a pas
empêché le Grand Vifir de regaler fuperbement
le Grand Seigneur. Četre Fête
a été celebrée à la campagne , & a été
diftinguée par les magnifiques prefens que
le premier Miniftre a fait à fa Hauteffe.
On n'eft pas ici fans inquiétude au fujer
des mouvemens du Czar , & on a donné
des ordres aux Commandans des Troupes
Ottomanes fur les frontieres de ne rien
faire qui puiffe occafioner une rupture
avec la Ruffie. On a député un Agapour
porter fes ordres , & il s'eft abouché en
paffant avec le Kan des Tartares de la
Krimée pour lui recommander de ne fe
point mêler des affaires des Rebelles de
. Perfe , & des Tartares d'Ufbeck . On a
apris que le Czar avançoit du côté de la
Perfe ,
D'OCTOBRE 2722. 125
Perfe , & qu'il pourroit bien prendre
parti pour le Monarque détrôné .
Le Bacha de Babilone a affemblé trente
mille hommes , & eft en état de défenfe.
On n'a point de nouvelles de l'Eſcadre
Turque de la Mediterranée , depuis
qu'elle eft à l'anchre devant l'Ifle
de Zante , appartenant à la République
de Venife.
On a reçu quelques lettres d'Erivan
qui difent que le Sophi avoit trouvé le
moyen de former une nouvelle armé
qui , commandée par un de les fils , avoit
entierement défait les troupes de Miriveits
, & que ce fameux rebelle avoit été
réduit à prendre la fuite.
De Petersbourg, ce 6. Septembre.
ON
qu'un N mande de Mofcou
Courier y avoit été de Siberie en
quinze jours , il portoit des dépêches du
Czar au Major Hemnis. Ces lettres font
dattées de la Mer Cafpienne à quatrevingt
lieues d'Aftracan . Sa Majefté Czarienne
avance du côté de Tarki , fuivi de
toute fon armée , la Cavalerie par terre ,
& l'Infanterie par mer . On a coupé les
cheveux à tous les foldats , & on leur a
défendu de manger aucun fruit. Le Prin
ce Minfinski arrivant ici de l'armée , a
raporté que le rebelle Miriveits n'avoit
Fiij pas
126 LE MERCURE
pas
ofé attendre le Czar fur les bords de
la mer Cafpienne , & qu'il s'en étoit éloigné
. On a découvert à Aftracan une
confpiration contre le Czar , & quelques
Ecclefiaftiques qui y avoient eu part ont
été punis. Le Confeffeur du Prince Memikef
a été décapité par une Sentence
lu Synode , pour n'avoir pas dénoncé un
Ecclefiaftique qu'il fçavoit être complice
le cette confpiration . On a enfin reçû la
ouvelle du débarquement des troupes du
Czar à Tertzi & à Derbone , villes fituées
fur les bords de la mer Cafpienne ,
la premiere aux confins de la Circaffie
& l'autre dans la Province de Chirvan .
De Varsovie , ce 27. Septembre..
L
Es Diettes particulieres des Palatinats
ont affez bien réuffi Mais la
Diette particuliere de la grande Pologne,
affemblée à Strzoda dans le Palatinat de
Pofnanie a été troublée par un incident qui
demande une nouvelle convocation. Le
Comte de Mycieski , Porte Enteigne de
la Couronne , en fut élû Maréchal dès le
premier jour ( c'étoit le 24. Aouft. ) Mais
la Diette fut rompue dès le lendemain
par M. S korzeursky , qui protefta contre
tout ce qui pourroit être ftatué , à
caufe
que l'un des députez étoit ami du
Comte Radouski avec qui ce Gentilhomme
eft en procès .
Le
D'OCTOBRE 1722. 127
Le Czar a envoyé ordre au corps de
troupes qui eft dans l'Ukraine de fe rendre
a Aftracan , ce qui a fans doute fait
naître le bruit qui s'eft répandu que l'armée
Ruffienne avoit fouffert quelque
perte.
Les Diettes particulieres de Lublin , de
Plosko , de Czersko , ou de Maſovie , &
de Vifnie , fe font feparées fans conclufion
; on a envoyé de nouveaux ordres
pour faire raffembler les deux premieres.
Le Roy de Pruffe a envoyé ici un Miniftre
en faveur des Proteftans de ce
Royaume qui travaillent à s'affurer de
l'appuy dans la prochaine Dierte generale,
au cas que le Roy la puiffe affembler cette
année.
La Dierte de la grande Pologne , affemblée
pour la feconde fois à Srzeda , s'eſt
encore feparée fans élection de députez
par la proteftation de Loncki , l'un des
Gentils -hommes qui la compofoient.
De Stokolm , ce 27. Septembre.
Llement dans le port de Coppenhague
Es vaiffeaux Danois qui font actuelont
pris des provifions pour quinze jours,
& mettront inceffamment à la voile pour
aller obſerver les mouvemens de la flotte
du Czar , dont on n'eft point informé
depuis qu'elle a paru à la vue de Dantzic .
F iiij On
#28 " EE MERCURE
On a entierement rétabli les Mines de'
ce pays - ci , & les fujets du Roy en profiteront
, on a rejetté le Memoire des
étrangers qui fe prefentoient pour les
affermer.
Le 18. Septembre M. Rumpf , Réfident
des Etats Generaux , a prefenté aux
Senateurs un fecond Memoire pour le
payement des fept cens ' cinquante mille
florins , empruntez par le feu Roy Charles
XII . en 1702. fous le cautionnement
de la République.
On a publié ici une prolongation juſqu'au
premier Janvier prochain de l'exemption
des droits de Douane , accordée
aux vaiffeaux Hollandois.
De Coppenhague , ce 2.2 . Septembre.
L
Es fix vaiffeaux de Guerre qui avoient
eu ordre d'obferver les mouvemens
de la flotte du Czar ont été défarmez , &
le Capitaine Fontenay a eu ordre de refter
avec la Fregate à la rade de Bornholm
autant de temps que la faifon le permettra.
Le Major Ofcken a fait en prefence
de Sa Majesté Danoife quatre épreuves
confecutives d'une machine qu'il a inventée
pour éteindre le feu . Elle a parfaitement
réüffi fur un vieux vaiffeau de
guerre , où on avoit mis le feu.
La
D'OCTOBRE 1722 . 129.
La Regence de l'Electorat d'Hanover
a fait arrêter à Infpruck un Secretaire
d'ambaffade du Roy d'Angleterre qui ſe
fauvoit à Rome avec un négociant Italien
fon complice , ils font accutez de corref
pondance criminelle avec le Chevalier de
S. Georges .
La Colonie établie à Fridericia en Jutland
devient floriſſante , fur tout depuis
la publication des nouveaux privileges
qui lui ont été accordez , & le don qui,
lui avoit été fait par le Roy de deux cens
vingt jardins qui fe trouvent aux environs
de cette place.
De Vienne , ce 30. Septembre.
31. Aouft l'Empereur tint à la Fa-
LEB
vorite un Confeil fecret , qui fut fuivi
de la ceremonie de l'Octroy de l'inveftiture
du Duché de Deux - Ponts , au
Baron de Berh , Miniftre Plenipotentiaire
, & à M. Jean Albert Schum , Confeiller
& Agent du Prince Guſtave , Sa-
⚫muel , Leopold , Comte Palatin du Rhin,
& Duc de Deux -Ponts , depuis le 6. Janvier
1719. qu'il en prit polieffion après la
mort de Charles XII . Roy de Suede.
L
De Londres , ce 10."Octobre.
E Roy & le Prince de Galles ont
vifité l'Arfenal de Portmouth , où
F. v ilss
130 LE MERCURE
ils ont été reçûs & complimentez par
Mrs les Chevaliers Norris & Wager ,
Commiffaires de l'Amirauté. Le voyage
du Roy a été heureux , & accompagné
de benedictions des peuples , que Sa Majefté
a comblé de fes liberalitez auffi
bien que le Prince , fon fils.
,
que
-
La garnifon de la Tour qui n'étoit
de quarante foldats a été fortifiée de trois
ceas hommes détachéz du Camp de Hydepark.
M Morris , fille de l'Evêque de Rochefter
a prefenté req ête pour l'acceleration
du jugement du procès de fon
pere fort incommodé de la goutte , alle.
guant que la prifon redoubloit fa maladie
, m is cette requête a été rejetrée ainfi
que celles des fieurs Kelli & Ko kram ..
On a arrêté plufieurs particuliers , entre
autres le fier Drummont , Ecoffois ,
& le Capitaine Halftead , Gentil - hommet
du Comté de Lancaftre , qui avoit été
mis en liberté quelques jours auparavant.
On a repris le fieur Chriftophe Lair ,
Avocat de Temple- Bar qui s'étoit fauvé
de la maifon du Meffiger d'Etat qui
l'avoit fous fa garde , il a été interrogé &
conduit à la Tour pour crime de haute
trahifon . On a auffi arrêté fa femme à
Douvre avec des papiers de grande confequence
; on prétend qu'il étoit dépofitaire
D'OCTOBRE 1722 . 131
taire du fecret de la derniere confpiration.
Le Lord North - & - Gray a été arrêté à
fa maiſon de campagne , près d'Efping &
le Comte d'Orery a eu le même fort dans
la fienne , près de Windfor.
De Lisbone , ce 21. Septembre.
E Roy a fait publier une feconde
Ordonnance contre les Fraudeurs
de fes droits , attendu que la premiere
publiée le 6. Octobre 1705. ne les contenoit
pas dans le devoir qu'elle leur pref
crivoit. Cette Ordonnance défend à toute
perfonne de quelque qualité & condition
qu'elle foit d'aller à bord des Paquebots
& vaiffeaux Marchands , tant étrangers
du
que pays , fans une permiffion par
écrit du Contrôleur de la Doüane. Cette
Ordonnance défend auffi l'uſage des petits
canots nommez Carrayas , fous peine.
contre les contrevenans d'être releguez à
Maranhaon , de perdre leurs marchandifes
, & la moitié de leurs autres biens ,
dont le tiers appartiendra au dénonciateur
. Sa Majefté declare dans la même
Ordonnance qu'il ne fera accordé aucunes
lettres d'affurance à qui que ce foit ,
& que tous les privileges expediez juſ
qu'à prefent feront nuls , que tous ceux
qui porteront des Marchandifes , argent
ou autres effets fur les vaiffeaux , après
F vj qu'ils
132 LE MERCURE
qu'ils auront mis à la voile pour fortir de
la Barre fubiront les mêmes peines , ainſi
que les Capitaines , Pilotes , ou autres
Officiers de ces navires qui faciliteront
la contrebande. Les Confuls qui réſidenti
dans cette Ville pour les interefts de
differentes nations ont réfolu de faire des
remontrances au Roy fur cette Ordona
nance , & prétendent qu'elle eft contraire
à la liberté du commerce . Les Confuls .
Hollandois ont fait au Roy des reprefentations
qui l'ont déterminé à accorder
une diminution fur les droits d'entrée
du fel.
De Madrid , ce 30. Septembre
Efcadre Hollandoife eft entrée au
Port de Gibraltar le 13. Septembre >
pour faire de l'eau , & prendre des rafraîchiffemens
, elle en eft fortie quelques
jours après pour aller croiſer à la hau-·
reur de Salé. Le Gouverneur Anglois a
offert la retraite aux vaiffeaux de cette :
efcadre , fi le Contre- Amiral Grave`re->
çoit ordre d'hiverner fur les côtes d'Eſpagne.
Le Roy a ordonné , au fujet de la difficulté
faite par le Confeil de fanté de Malaga
, à un vaiffeau de l'efcadre de Hollande
, que par confideration pour les Etats-
Generaux , on n'obferveroit à l'égard de
leurs
}
D'OCTOBRE 1722. 153
leurs navires , que les mêmes formalitez
que la Republique fait pratiquer aveo
ceux de Sa Majefté. Le Cardinal d'Acunha
eft arrivé de Paris à Madrid lo
21. Septembre , il a eu l'honneur de baifer
la main à leurs Majeftez Catholiques
qui l'ont reçû avec des diftinctions gracieuſes.
L
De Rome , ce 24. Septembre.
E 27. Aouft les Siénois firent cele
brer un fervice folemnel dans leurs
Eglife Nationale de Sainte Catherine ,
pour le repos de l'ame du Grand- Maître
de Malthe Marc Antoine Zondodari
leur compatriote. L'Archevêque de Nicomedie
y celebra pontificalement la
Meffe où affifterent le Cardinal Zondodari
, frere du défunt , l'Ambaffadeur de
la Religion , le Commandeur Juftiniani ,
& tous les Chevaliers de l'Ordre.
聿
Le Cardinal Aquaviva chargé des
affaires du Roy d'Elpagne a fait part
Sa Sainteté de la conclufion du mariage
de l'Infant Don Carlos avec Mademoifelle
de Beaujolois , & lui a demandé les
difpenfes neceffaires pour ce mariage. Le
même jour M. l'Abbé Tevenin alla à
l'Audiance du Pape pour le même fujet ,
& remercia Sa Sainteté de l'Indult qu'elle
a accordé au Roy, très - Chrétien pour
nommer
134 LE MERCURE
nommer pendant fon regne à l'Archevêché
de Besançon , aux Benefices Confiftoriaux
de la Franche- Comté , & à ceux
de la Flandre & pays conquis. Le Roy
d'Efpagne a offert au Pape une efcadre
pour la défenſe de l'Italie contre les Turcs
s'ils arment contre elle le Printemps prochain
; cette offre faite par le Cardinal
Aquaviva a été accompagnée de la demande
d'un port pour fervir de retraite
aux vaiffeaux Efpagnols .
Le Cardinal Cienfuegos follicite au
nom de l'Empereur une Balle de la Croifade
fur le Royaume de Naples , & le
Duché de Milan femblable à celle qui a
déja été accordée à Sa Majefté Imperiale
fur les Benefices de la Sicile.
Le Prince Alderan de Maffa de Catara
a informé le Pape du deffein formé
par l'Empereur qui veut faire une place
d'armes de la capitale de cet Etat, y faire
entrer le nombre de troupes qu'il jugera
neceffaires pour fa confervation ' , & pour
en fermer les paffages.
DIGNITEZ ;
D'OCTOBRE 1722.
******jkjkjkjkjkjkjk
DIGNITEZ , BENEFICES,
& Charges des Pays Etrangers .
M
ALLEMAGNE.
>
R le Comte de Volkra a prêté fer
ment le premier Septembre à Vienne
entre les mains de M. le Comte de
Dietrichttein , Prefident de la Chambre
Aulique , pour la Charge de Prefident de
la Chambre Royale de Silefie que l'Empereur
lui a donnée , & qui vaquoit par
la mort de M. le Comte de Neidhard.
Le 14. Septembre jour de l'Exaltation
de Sainte Croix , l'une des Fêtes Titulaires
de l'Ordre de la Croifade , l'Imperatrice
Amelie , accompagnée de l'Archiducheffe
, fa fille , entendir dans la Maifon
profeffe des Jefuites la Meffe celebrée
Pontificalement par le Nonce du
Pape , & enfuite Sa Majefté Imperiale
fit une promotion de Chevaliers à qui
elle donna l'ordre de la Croifade.
Le Cardinal de Boffu d'Alface , Archevêque
de Malines prêta ferment le
15. Septembre entre les mains de l'Empereur
, en qualité de Confeiller ordinaire
au Confeil d'Etat ; M. Patachih a été
nominé par l'Empereur à l'Abbaye du
Saint136
LE MERCURE
"
Saint Efprit de Hrapko en Hongrie le
17. Septembre. M. l'Abbé Gentilotti a
été nommé Bibliothecaire de l'Empereur.
L'Empereur a nommé pour la Maiſon
de l'Archiducheffe Marie Amelie Futane
, Princeffe Electorale de Baviere .
M. le Comte de Dietrichftein , Majordome
Major , Madame la Comteffe de
Breuner , Premiere Dame du Palais.
Mesdames les Comteffes de Martinits ,
de Kuen , de Konigleg & Hardel , Dames
d'Honneur , & leur a donné à toutes la
clef d'or avant leur départ .
ANGLETERRE.
MTownend, & M. Jacob Acwood
Thomas Rudge , M. Ifaac
ont été faits Chevaliers par le Roy de la
Grande Bretagne.
M.le Colonel Churchil a obtenu le
Gouvernement de Plymouth , vacant par
la démiffion volontaire de M. Charles
Trelauney.
Madame la Comteffe d'Effex a été nommée
Dame de la Chambre de la Princeffe
de Galles , à la place de Madame la Comteffe
de Pembrock , morte depuis quelques
jours.
ESPAGNE
D'OCTOBRE 1722 37
ESPAGNE .
On Jean d'Herrera , Confeiller au
D Confeil du Roy Catholique , &
actuellement Auditeur de Rote à Rome
pour le Royaume de Caftille , a été nommé
a l'Evêché de Siguença .
Le Docteur Don Thomas Nunnes Florés
, Chanoine , Penitencier de l'Eglife'
Cathedrale de Salamanque , & Profefleur
en Droit de l'Univerfité de la même Ville ,
a obtenu de Sa Majefté la Charge d'Au
diteur de Rote à Rome , pour la Cou
ronne de Caftille..
NAISSANCES , MORTS ,
& Mariages des Pays Etrangers .:
M
R le Chevalier Vianego , Miniftre
de la Republique de Genes auprès
du Roy de Sardaigne , eft mort à Turin
le 15. Septembre . M. Nicolas Van Bambeck,
Bourguemeftre, Regent de la Ville
d'Amfterdam ; y eft mort prefque fubitement
d'une violente oppreffion de poitrine.
M. Hubert Rofenboon , Prefident du
Grand Confeil de Hollande , eft mort à
la Haye le premier Octobre.
>
Me la Comteffe Doiiairiere de Sunderland!
138
MERCURE LE
derland eft accouchée d'un fils pofthume
le 22.
Septembre.
Le Lord Parker , fils du Grand Chancelier
de ce nom époufa le 29. Septembre
Mile Lane , fille d'un des plus riches
négocians de Londres.
Don Henrique de Noronha , Grand
Veneur du Royaume de Portugal, Commandeur
de Pynheriro de Sainte Marie
de Azero de Saint Jacques de Santarem ,
des Maifons de Freyria , & de Sainte
Marie de Altos-Ceos de l'Ordre de Chriſt,
eft mort dans fa Maifon de campagne le
10. Aouft , & a été entérré le 3. à Lif
bone dans l'Eglife de Nôtre Dame de la
Conception. Don Diego Rangel de Macedo
Marchaon , Gentilhomme fervant
de la Maiſon du Roy de Portugal , &
Commandeur de Sainte Marine de Lisbone
de l'Ordre de Chrift , a époulé à
Lifbone Dona Antoinette Caetano de
Caftro , fille de Ferdinand Leite de Souza
, & Niece du Cardinal Pereira.
Me la Comteffe d'Obido elt accouchée
à Lifbone d'une fille , le 13. Septembre ,
& l'épouſe de Don Manuel de Sampayo
de Mello y eft accouchée quelques jours
auparavant d'un troifiéme fils.
ADDITION
D'OCTOBRE 19226 132
ADDITION aux nouvelles Etrangeres
L
Es dernieres lettres de Malthe por
tent que deux Galeres de la Religion
, nommées le S. Antoine & le Saint
Vincent , commandées par le Commandeur
Fabritio Franconi , Napolitain , &
par le Chevalier Maurice Antoine Solano
Piemontois , avoient depuis peu , près
les côtes de Sicile , pris deux Corfaires de
Tripoli , l'un de 16. canons , & de 60.
hommes d'équipage , l'autre de 12. cẩ-
nons , & de 150. hommes & qu'elles
n'avoient perdu dans le combat que deux
forçats de leur Chiourne .
>
Le 23. du mois paffe le Pape tint Confiftoire
au Quirinal , il y propofa l'Evêché
de Savone dans l'Etat de Genes pour
M. Marie , Auguftin , Spinola , Evêque
d'Ajazzo celui de Brugnette , fitué auffi
dans l'Etat de Genes , pour M. Nicolas
Leopold Lomellini , celui d'Hola dans la
. Calabre , pour M. Pierre- Alexis del .
Mayo , & celui de Tlaſcala , dans le Mexique
, pour M. Jean- Antoine de Lardizaval
, Chanoine de Salamanque . Le Cardinal
Aquaviva propofa l'Evêché de Guadalaxara
, dans l'Amerique Septentrionale
, pour M. Pierre de Tapis , actuellement
LE MERCURE
ment Evêque de Durango ; enfuite il préconila
M. Benoît Crefpo pour ce dernier
Evêché. Le Cardinal Cienfuegos propofa
l'Evêché de Caftel - à- Mare pour le
P.Savaftani , Religieux Reformé de l'Ordre
de S. François , l'Evêché Titulaire
de Tricala dans la Theffalie , pour le P.
Charles de Spinola , Capucin. Le titre
Epifcopal d'Utine en Afrique , avec celui
de Suffragant de Conftance , pour M.
François - Jean - Antoine de Siergenftein .
Il préconila enfuite le P. Jofeph Robſon,
Benedictin , pour l'Abbaye de S. Pierre
de Lobe , Dioce e de Cambrai. Le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires
de France , propofa l'A chevêché d'Albi
pour l'Archevêque de Tours ; l'Abbaye
d'Evron , Ordre de S. Benoît , Diocefe
du Mans , pour l'Abbé de Caftel de Crevecoeur
; celle de Valhonefte ou Felnie--
res , Ordre de Citeaux , Dioceſe de Clermont
, pour l'Abbé de Montmorillon .
Ce Cardinal préconifa auffi l'Abbé de
Montmorin , pour le titre Epifcopal de
Sidon , & pour la Coadjutorerie de l'Evêché
d'Aire ; l'Abbé Vallet, pour la Coadjutorerie
de l'Abbaye de S. Amand des
Prez , Ordre de S. Benoît , Dioceſe de
Tournay , & le P. Gros de Beller , pour
celle de l'Abbaye Reguliere de N. D. de
Chancelade , Ordre de S. Auguftin ,
Diocéle
D'OCTOBRE 1722 " 14
Dioceſe de Perigueux. A la fin du Confiftoire
, le Cardinal Alexandre Albani
ci-devant Cardinal Diacre , du titre de
S. Adrien , opta celui de Sainte Marie
in Cofnedin , qui vaquoit depuis le 6.
Juillet dernier que le Cardinal Annibal
Albani , fon frere , prit celui de S. Clement
, en paffant dans l'Ordre des Cardinaux
Prêtres .
Après que le Pape est accordé le Pallium
pour M. Pierre Scurra , Archevêque
de Durazzo , Sa Sainteté expofa par
un difcours auffi pathetique qu'éloquent,
le peril où fe trouve expofée l'Ile de
Malthe, par les préparatifs extraordinaires
que le Grand Seigneur a ordonné
pour le Printems prochain ; elle promit
d'envoyer des Brefs à tous les Princes de
la Communion Romaine , pour les enga-.
ger à fournir les fecours neceffaires dans
cette occurrence , à la Religion de Malthe
, & aux Provinces Maritimes de l'Efat
Ecclefiaftique, & elle exhorta chaque
Cardinal en particulier d'employer fes
bons offices auprès des Puiffances , dont
il est né fujet , & dont il eft chargé des
affaires.
On écrit de Milan que l'Empereur y
a envoyé soooo . écus qui doivent être
employez aux nouvelles fortifications que
S. M. 1. fait faire à Pizziglione ; qu'il
eft
142 LE MERCURE
eft déja arrivé beaucoup de recrues , que
le bruit court que l'Empereury doit faire
encore paffer dix à douze mille hommes
au Printems prochain , & que l'on travaille
actuellement à remplir les magafins
de Mantoue de bled , & d'autres
vifions neceffaires pour la nourriture de
cés troupes.
pro-
On écrit du Duché de Meckelbourg,
que les troupes de la Commiffion Imperiale
avoient ordre de bloquer les Villes
de Swerin & de Domitz , & que le bruit
y couroit que le Duc de ce nom avoit
receu à Dantzic , où il eft encore , des
dépêches qui lui font perdre l'efperance
d'être fecouru par le Czar , auffi - tôt qu'il
le croyoit.
On mande de Londres que la cavalerie
qui devoit décamper d'Hyde- Parc le 12 .
de ce mois reçût le même jour un contre
ordre , & l'on croit qu'elle n'ira loger
dans les maifons de Londres qui ont été
marquées pour elle , qu'après le retour
du Roy qui doit arriver le 16. pour faire le
20. l'ouverture du nouveau Parlement. Le
Comte d'Orrery & le Lord Nort- &- Grai,
qui ont été arrêtez depuis peu , font détenus
à la Tour comme criminels de hau--
te trahifon . Le fieur Nano , Irlandois , &
Miniftre de l'Eglife Anglicane , le noya
ces jours paffez en fe fauvant de la maifon
D'OCTOBRE 1722. 143
fon d'un Meffager d'Etat , chez lequel il
étoit prifonnier.
On a fait le 14. de ce mois l'élection
du Lord Maire de Londres . Le Chevalier
Gerard Conyers & le Chevalier
Pierre d'Elme , tous deux du parti deş
Whigs , s'étant trouvez avoir le plus
grand nombre de voix , la Cour des Aldermans
a choifi le premier pour remplir
cette Charge pendant le courant de l'année
prochaine.
Dans la derniere affemblée des Directeurs
de la Compagnie des Indes , on a
promis aux intereffez un devident de
quitre pour cent pour fix mois.
On mande de Francfort que la Princeffe
Jeanne Guilelmine de Naffau - d'Iftein
, époufe de Simon Henry Adolphe ,
Comte hereditaire de la Lippe d'Etmolde
, étoit accouchée d'une fille le 3. de
ce mois , & que la Princeffe Albertine-
Julienne de Naffau-d'Iftein , fa foeur
aînée , époufe du Prince hereditaire de
Saxe Eifenach , étoit morte quelques
jours après , dans la vingt- cinquieme année
de fon âge.
On apprend de Turin que le Prince
de Piémont eft prefentement Colonel dụ
Regiment de Dragons qui portoit le nom
de Piémont , & qu'on appellera déformais
le Regiment du Prince Royal . La
Cavalerie
LE MERCURE
1144
Cavalerie & les Dragons qui campent en-"
tre Carpenetto & le Château de la Loggia
, près Turin , le partagerent en deux
corps le 24. de l'autre mois pour donner
à ce Prince le fpectacle d'un combat ;
en commanda le premier , ayant fous lui
le Comte de Non & le Comte de Saint
Albans , Lieutenans Generaux . L'autre
fut commandé par le Marquis de Cavillac
, Lieutenant General , & parle Comte
Berghi. Ce combat dura 4 heures , le
Prince de Piémont s'y fit admirer par
les differens ordres qu'il donna très - àpropos.
>
On apprend de la Haye que Charles
le Vier , Libraire , y imprime par foulcription
en un vol. in 4. avec figures
HENRY IV . ou la Ligue , Poëme de
M. de Voltaire , avec des notes hiftoriques
& critiques , & des Anecdotes curicufes
, tirées de divers manufcrits , pour
fervir à l'intelligence du Poëme , & à
l'hiftoire de ce temps là.
On écrit de . Conftantinople que la
Porte Othomane faifoit faire de plus
grands préparatifs que jamais , pour fe
mettre en état de ne rien craindre du côté
de la Perſe.¨
On a appris de Vienne que le 27. du
mois dernier le Comte de Torring , Envoyé
extraordinaire , & Plenipotentiaire
de
D'OCTOBRE 1722 . 145
-
1
de l'Electeur de Baviere auprès de
l'Empereur , alla à l'audiance publique
de l'Empereur , auquel il fit la demande
, en ceremonie , de l'Archiducheffe
Marie Amelie pour le Prince Electoral
de Baviere , dont il prefenta le
portrait à cette Princeffe. Ce Miniftre fut
conduit au Palais de la Favorite , & reconduit
à fon Hôtel par le Comte d'Oropefa
, Chambellan de l'Empereur . Il
fit le foir luminer toute la façade de la
maifon qu'il occupe ; deux fontaines de
vin y coulerent pendant toute la nuit , &
il fit diftribuer un grand nombre de Medailles
d'argent , ayant d'un côté un A
& un B. entreláffez , & couronnez d'un
bonnet Electoral , avec cette legende ,
Felix Conjunctio, & fur le revers , fignatis
Pact . Conjug. inter fer. Princ. Elector
Bav. & fer. Reg. Princip . Hung. Bohem.
Archiduc. Auftria . An . M. DCC . XXII .
Le 3. de ce mois le même Comte de
Torring Jottembact , fe rendit au Château
de la Favorite pour affifter à l'acte
de renonciation aux droits fur les Etats
hereditaires de la Maifon d'Autriche >
qui fut figné avec preftation de ferment
, en prefence de L. M. Regnantes
, de l'Imperatrice Douairiere ,
de l'Archiducheffe Marie - Amelie
future époufe du Prince Electoral de Ba-
G viere ,
146 LE MERCURE
›
viere , lequel arriva le même jour en
pofte à Purckerftorff. Le 4. S. Alt . Ser,
arriva à Vienne, incognito , defcendit chez
M. l'Ambaffadeur , où il changea d'habit
; après quoi il parut en public , & fut
complimenté par l'Evêque de Funkkircher
, Comte de Neffelrot. Le Comte de
Dietricheſtein , Major - d'Homme - Major
de l'Archiducheffe Marie Amelie
l'Evêque de Neutal , Comte de Manders
cheud- Blanckenheim , & fon frere
Major-d'Homme - Major , & envoyé de
l'Electeur de Cologne à Vienne , fe rendirent
auffi auprès du Prince , de même
que le Comte de Mollart , Chambellan
de l'Empereur . Ils eurent l'honneur de
dîner avec S. A. S. qui à trois heures fe
rendit au Monaftere des Religieufes de
la Vifitation au Fauxbourg de Renweg ,
où étoit l'Imperatrice Doüairiere avec
l'Archiducheffe . Le Prince Electoral la
falua , & elle le gracieufa fort . Après
une converfation de plus de deux heures
le Prince prit congé de l'Imperatrice &
de l'Archiducheffe , avec de grandes mar
de tendreffe . Le foir M. l'Ambaffadeur
donna un fomptueux feftin , fuivi
d'un bal qui dura jufqu'à 5. heures du
matin. Le 5. on fit la ceremonie folemnelle
du mariage de l'Archiducheffe Marie-
Amelie avec le Prince Electoral Charles-
· ques
Albert
D'OCTOBRE 1722. 147
Albert Caetan de Baviere . L'Archevêque
de Vienne donna la Benediction Nuptiale
, affifté de quatre Prélats , & du
Curé de la Cour , en prefence de leurs
Majeftez Regnantes , de l'Imperatrice
Douairiere ; & des Archiducheffes. Les
Miniftres & la Nobleffe Imperiale &
Bavaroife , de même que les Dames de la
Cour & de la Ville , y ont paru avec leurs
habits de ceremonie. On entonna enfuite
le Te Deum au bruit des Trompettes , des
Timbales , & de l'artillerie des remparts.
Enfuite il y eut table ouverte, & une trèsbelle
ferenade . Le lendemain 6.de ce mois
L. M. I. & les nouveaux mariez affifterent
dans la Chapelle du Palais de la Favorite
, à la Meffe celebrée par l'Archevêque
deVienne , ils dînerent & fouperent
enfemble , & le foir ils virent la repreſentation
d'un feſtin Theatral en Mufique.
Vers le midy la Ser. époufe du Pr . Elect .
donna audiance au Comte d'Arrach , Chevalier
de la Toifon d'Or , & Maréchal
Provincial de la Baffe Autriche , de même
qu'aux trois plus anciens membres
de chaque Etat. Ce Maréchal prononça
une belle harangue , & offrit un pre ent
de nôce. La Princeffe les admis à lib
fer la main . Le Comte Thierheim , hmbellan
de l'Empereur , & Preſident de la
Haute Autriche , fit auffi un beau difcours ,
Gij accom
14.8 LE MERCURE
accompagné auffi d'un prefent , &
ces deux prefens confiftent , le premier
en une bourſe garnie de diamans , dans
laquelle il y avoit 4000. ducats d'or , &
l'autre eft à peu près de même. Le 7 .
après midy les Ser, époux partirent au
bruit des falves de l'artillerie pourMunick.
On apprend de Mofcou que le Czar
étoit parti de Terki , & qu'il s'étoit avan ,
cé avec l'armée jufqu'aux frontieres de la
Perfe , & que le jeune Prince Pierre , petit-
fils du Czar eft prefentement dans
cette Ville avec la Princeffe Natalie , fa
four. Le Czar a ordonné qu'on le nommât
le Grand Duc. Il lui a fait prefent
d'une Compagnie de 30. jeunes Livoniens
, à qui ce Prince fait faire tous les
jours l'exercice , fous les ordres d'un Seigneur
de la Cour , chargé de fon éducation.
On a publié il y a quelque temps
une Ordonnance qui défend fous des peines
très rigoureufes , de parler du feu
Prince hereditaire Alexis Petrowitz , &
qui ordonne à tous ceux qui ont encore
des exemplaires de l'hiftoire de ce Prince
infortuné , de les remettre aux Officiers
de la Chancellerie .
On mande de Madrid que Don Jofeph
Patinho doit aller par ordre de Sa
M. C. à Ferrol dans la Galice pour en
examiner le port ; le Roy ayant deffein
,
D'OCTOBRE 1722 . 149
fein, à ce qu'on affure , d'y tranſporter le
commerce de Cadix , tant parce que lés
vaiffeaux des Indes abregeoient leur route
de près de 300. lieuës , qu'à cauſe que
Ferrof étant plus près de Madrid de dix
lieuës , le tranfport de l'argent , & des
marchandifes de la flotte en deviendra
plus facile.
EXTRAIT d'une Lettre de Lisbone
du 22. Septembre.
L
E 17. de ce mois entré 7. à 8. heures
du foir D. J. de la Cueva , & Mendeça
, Capitaine d'Infanterie , fils de Don
Jean de la Cueva , Colonel du Regiment
d'Olivenza, & defcendant de Don
de la Cueva , Gouverneur pour les Efpagnols
en 1640. de la Fortereffe de Saint
Julien, près de Cafcaes , entrant chez les
Peres de l'Oratoire de Lifbone pour y
voir le Pere Martin de Barros , oncle de
ſa femme , qu'il avoit époufée depuis peu
de temps , & qui étoit foeur du Garde-
Mayor de la maifon des Indes , trouva à
la porte du Convent le Marquis Das
Minas , de l'illuftre maifon de Soufa , &
gendre de M. le Maréchal de Villeroy ,
qui parloit au Pere Pedro Alvarez, Il le
falua , en lui difant ferviteur de vôtre Excellence
, qui eft la qualité qu'on dori-
Giij
ne
150 LE MERCURE
1
ne en Portugal aux Grands. Le Marquis
qui avoit vêcu toute la vie de la maniere
du monde la plus unie , & qui n'affectoit
nullement les airs fcrupuleux d'un ceremonial
fatiguant , lui répondit fimplement
, je fuis votre ferviteur. La Cueva
choqué de ce que ce Seigneur ne lui avc
pas dit , je fuis ferviteur de votre Seigncurie
, qui eft le titre qu'on donne à
la Noblefle du fecond Ordre , & aux
perfonnes pourvûës de certains Emplois ,
entra dans le Cloître , fortit un moment
après , & ayant trouvé le Marquis aut
même endroit , lui dit d'un air infultant
ferviteur de votre Seigneurie. La difference
du falut ayant reveillé l'attention du
Marquis , il fuivit la Cueva , & l'ayant
atteint , il lui dit : * Marano , est - ce
que tu ne me connois pas ? A ces mots la
Cueva qui s'attendoit bien à cette queftion
, & qui avoit formé le deffein de fe
venger cruellement de ce que le Marquis
ne lui avoit pas donné de la Seigneurie ,
quoiqu'elle ne lui fut pas dûë , mit l'épée
à la main , & en donna deux coups au
Marquis , l'un dans le bas- ventre , & l'autre
dans la jambe , fans lui donner le temps
de fe défendre. Le Marquis , quoique mortellement
bluffe , & perdant tout fon
* Le terme de Marano répond à celui de ma
raud .
Lang
D'OCTOBRE 1722. ISI
fang faifit fon meurtrier , & l'auroit tué,
mais le Pere Pedro Alvarez étant furvenu
au bruit , lui cria : Seigneur, vous êtes preſt
à mourir, lâchez celui qui vous arrache
la vie , & pardonnez lui vôtre mort , fans
quoi vous ne devez efperer ni abfolution ,
ni falut. A la voix du Pere , le Marquis
faifant un genereux effort fur lui - même ,
facrifia fon reffentiment , lâcha le meurtrier
, en difant : je lui pardonne de bon
coeur , & ayant été porté dans le Convent
il y expira demi-heure après dans les fentimens
de la plus grande picté.
Le Roy ayant été informé de cet accident
en fut fi vivement touché , qu'outre
qu'il aimoit tendrement le Marquis Das
Minas , il donna fur le champ des marques
du defir efficace qu'il a de bannir de
fes Etats les affaffins , en ordonnant à tous
Ecclefiaft ques & Religieux , fous peine
de fon indignation de donner d'azile à la
Cueva , & à tous les Gouverneurs des
Ports & des Places frontieres de ne laiffer
fortir perfonne fans paffe- port . Et
pour mieux marquer encore combien il
détefte l'action infame de la Cueva , il a
fait publier un Decret , par lequel il promet
dix mille Croisades à celui qui le
prendra , ou qui le découvrira , & en
qui
cas qu'on ne le puiffe pas prendre , il
accorde à celui qui le tuera l'amniſtie de
Giiij tous
152
LE MERCURE
tous les crimes qu'il peut avoir commis
fans en excepter celui de leze- Majeſté-
Outre cela il a fait défendre à tous fes
Miniftres dans les Cours Etrangeres , da
lui donner azile ni fecours , fous peine
de défobéïfance .
-
1
On fait dans tout le Portugal des perquifitions
très exactes pour découvrir
cet aflaflin , jufques -là que le Duc de
Cadaval , Gouverneur de la Province de
l'Eftremadoure Portugaife , dans laquelle
la ville de Lisbone eft fituée , quoi qu'âgé
de 86. ans , monta à cheval , dès qu'il
apprit la mort tragique du Marquis Das
Minas , & marcha toute la nuit à la tête
des troupes qui font fous fes ordres .
Le 18. du même mois on fit un fervice
folemnel dans l'Eglife des Peres de
l'Oratoire fur le corps du Marquis , auquel
toute la Cour affifta , & le foir il
fut tranfporté à Acitaon de l'autre côté
du Tage , pour y être inhumé dans le
Tombeau de fes Ancêtres.
Don Louis d' Acuña , Ambaffadeur
extraordinaire , & Plenipotentiaire aux
Congrez de Cambray , a fait une differtation
à l'occafion de cet aflaffinat , qui
paffe pour un chef- d'oeuvre de fageffe ,
& de politique , qu'il a envoyée au Roy ,
fon maître , pour que Sa Majefté Portugaife
, ( qui à une grande déference pour
les
D'OCTOBRE 1722 . 1531
les avis de cet habile Miniftre , ) falle
une loi qui ferve de regle touchant les
meurtres qui fe commettront à l'avenir.
dans fes Etats. Si nous pouvons avoir une
copie de cet ouvrage nous en ferons part
au public dans le Mercure prochain , de
même que de toutes les circonftances qui
regardent la mort du Marquis Das Minas
, dont tout le Portugal pleure la perte.
M. le Comte de Prade , fon fils , qui
eft ici depuis quelque temps , & qui le
fait plus diftinguer à la Cour par fes
belles qualitez , que par l'éclat de la haute
naiffance , paroît inconfolable de la
mort de fon illuftre pere. Il eft auprès
de l'Infant Don Manuel , frere du Roy
de Portugal qui l'honore d'une amitié
finguliere..
¥¥¥¥¥¥¥¥¥ KKKKKKKKKE
JOURNAL DE PARIS..
R le Comte d'Albert Miniftre
Mde Baviere , auprès du Roy , a
fait faire ici des habits fuperbes pour le
mariage du Prince Electoral , & un caroffe
que la peinture & la fculpture ont:
pris foin d'embellir à l'envi l'une de
F'autre.
pris
M. le Commandeur d'Alpozzo qui fut
G. v.
arrêté
154
LE MERCURE
arrêté à Paffy le 18. Aouft par une méprí
fe puffable , & qui a été mis en liberté
en vertu d'un Arreft autentique , pourſuit
vivement la reparation de l'infulte qu'on
lui a faite , contre ceux qui peuvent y
avoir eu pit.
M. le Fevre de la Malmaifon , Confeiller
aux Requêtes du Palais , a été
non mé à la Charge de Confeiller d'Honneur
au Parlement , vacante par la mort
de M. Benoiſe .
M. le Comte de Toulouſe a choifi pour
Chef de fon Confeil M. Bidé de la
Grandville , M des Requêtes , & Confeiller
au Confeil de Marine.
M. Paris du Vernay , Seigneur de
Plaifance , près Nogent fur-Marne , a
/ acheté de M. le Marquis du Châtelet ,
Gouverneur de Vincennes , la Lieurenance
des Chaffes de Nogent , Neü lly,
Plaifance , Fontenay & Vignes de Montreau
.
Le Roy a accordé les premieres entrées
au Prince de Leon , au Marquis de Nefles
, & au Marquis de Gacé.
M. le Marquis de Crevecoeur a obtenu
la furvivance de la Charge de Premier
Ecuyer de Madame la Duchefe d'Orleans
, qui eft actuellement remplie par
M. le Comte de S. Pierre fon pere .
M. l'Abbé Vefnier a été chargé du
détail
•
D'OCTOBRE 1722 . 155
détail des Benefices avec fix mille livres
d'apointemens.
Le 7. Octobre M. Fofcarini & Mis
Tiepolo , Ambafladeurs Extraordinaires
de la République de Venife eurent audiance
de congé du Roy. Ils furent accompagnez
à cette audiance par M. le
Prince de Pons , & conduits par M. le
Chevalier de Sainctot , Introducteur des
Ambaffadeurs , qui avoient été les prendre
en leur Hôtel , à Paris , dans le caroffe
de Sa Majesté . A leur arrivée dans
l'avant- cour du Château de Versailles
ils trouverent fous les armes , les tambours
appellant , les Compagnies des Gardes
Françoiſes & Suiffes . Dans la Cour
les Gardes de la Porte , & ceux de la
Prevôté de l'Hôtel , auffi fous les armes
& à leurs poftes . M. des Granges , Maître
des Ceremonies les reçût au bas de
l'efcalier , lorfqu'ils y pafferent pour
fe
rendre à l'audiance . Les Cent Suiffes
étoient fur l'efcalier , la Hallebarde à la
main , & M. le Duc d'Harcourt , Capitaine
des Gardes du Corps les reçût à la
porte en dedans de la falle . Les Gardes
du Corps étoient rangez en haye , & fous
les armes. Le Roy reçût très- gracieuſement
les Ambaffadeurs , & à la fin de
l'audiance Sa Majefté fit M. Fofcarini ,
Chevalier , ainſi qu'il le pratique ordinai
G vj
rement
156 LE MERCURE
J
rement à l'égard des Ambaffadeurs de la
République de Venife. M. Tiepolo reçût
le même honneur du feu Roy Loüis
XIV. dans le temps de fon ambaffade en
France , qui fut en l'année 1707. Après
l'audiance du Roy les Ambafladeurs allerent
à celle de Monfieur le Duc d'Orleans
, & de Madame la Ducheffe d'Orleans
, conduits par M. le Chevalier de
Sainctot , qui enfuite les reconduifit à
Paris dans le caroffe du Roy .
Le Vendredy 9. Octobre M. Maffei ,
Archevêque d'Athenes , Nonce ordinaire
du Pape à la Cour de France , fit fon
entrée publique dans la ville de Paris.
M. le Prince de Guife & M. le Chevalier
de Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs
, allerent au Convent des Picpus
prendre M. le Nonce dans le caroffe
du Roy , & la marche commença dans
l'ordre fuivant . Le caroffe de l'Introducteur
, ceux du Prince de Guife , le Suiffe
du Nonce à cheval , fuivi de fes valetsde-
pied , vêtus d'une livrée jaune , couverte
fur toutes les coutures d'un large
velouté bleu , entouré de deux galons
d'argent , l'Ecuyer & les Pages du Nonce
habillez magnifiquement , & à cheval,
le card ffe du Roy , ceux de Madame , de
Monfieur le Duc d'Orleans , de Madame
La Duchelle d'Orleans , de M. le Duc de
Chartres,
,
D'OCTOBRE 1722. 157
Chartres , de Madame la Princeffe de
Condé , de Madame la Ducheffe de
Bourbon , Deüairiere , de M. le Duc de
Bourbon , de M. le Comte de Clermont,
de Madame la Princeffe de Conti , Doiiairiere
, de Madame la Princeffe de Conti',
feconde Douairiere , & de Madame la
Princeffe de Conti , de Madame la Ducheffe
du Maine , de M. le Comte de
Toulouſe , de M. le Cardinal du Bois ,
principal Miniftre , & enfin les caroffes
du Nonce. Dès qu'il fut arrivé dans fon
Hôtel M. le Duc de Villequier , premier
Gentilhomme de la Chambre de Sa Majefté
le complimenta de la part du Roy.
M. le Marquis du Pourpris , premier
Ecuyer de Madame , de la part de cette
Princeffe. M. le Chevalier de Conflans
premier Gentilhomme de la Chambre
de Monfieur le Duc d'Orleaus , fit les
complimens de la part de S. A. Royale.
M. le Marquis de S. Pierre , premier
Ecuyer de Madame la Ducheffe d'Orleans
parla pour cette Princeffe ; & le
onze le Nonce fut conduit à l'audiance
du Roy à Versailles , par M. le Prince de
Guife , & M. le Chevalier de Sainctot ,
avec les ceremonies accoutumées.
Madame eft partie le 13 de ce mois
pour Commerci , où elle doit trouver la
Ducheffe de Lorraine , fa fille , avec les
Princess
#58 LE MERCURE
Princes les enfans , d'où elle fe rendra à
Rheims .
Le Chevalier de Baviere a été fait
Grand d'Efpagne de la premiere Claffe .
Le Comte Davejan a obtenu la Sous-
Lieutenance de la premiere Compagnie
des Moufquetaires , vacante par le decès
du Marquis de Ruffey ; & le Comte du
Roure à acheté de M. de Forgeville
l'Enfeigne de cette Compagnie 40. mille
livres , outre 3000. liv. de penfion .
M. le Cardinal du Bois , principal Miniftre
, fut attaqué le mois dernier d'une
violente goute fciatique. Le Comte de
Belifle propofa à S. E. le fieur Porcheron
qui guerit il y a fix ans la Marquise de
Belifle , fa mere , d'une pareille maladie,
par le moyen d'une pommade , compofée
de fimples , approuvée par Mrs les premiers
Medecins & Chirurgiens du Roy ,
par Lettres Patentes de S M.
Les frictions de cette pommade ont operé
en moins de trois jours la guerifon
parfaite de M. le Cardinal.
& autorifée
Le fieur Porcheron demeure à Paris ,
rue du Petit Lyon , vis- à - vis la ruë des
Deux Portes .
Le 13. de ce mois le Roy & Monfieur
le Regent donnerent au Prince de Carency
, âgé de 17. ans , un Brevet de Colonel
de Cavalerie , quoiqu'il n'ait été que
cadet
D'OCTOBRE 1722. 159
cadet dans les Gardes du Corps. Mais à
la recommandation de Madame la Ducheffe
d'Orleans , dont il eft filleul , &
en confideration de ce que le Comte de la
Vauguyon , pere de ce Prince , eft le feul
qui le trouve heritier d'une des branches
de l'Augufte Maifon de Bourbon , par
Ifabeau de Bourbon , Princeffe de Carency,
Princeffe du fang , fa trifayeule ,
heritiere des Princes de Bourbon Carency
, & auffi en confideration des fervices
du Comte du Brontay , Lieutenant General
des armées du Roy , Colonel du Regiment
de Navarre , tué au ſiege de Tournay
, pere de ce Comte , & de ceux du
Marquis de S. Megrin , General des armées
du Roy en Catalogne , Capitaine
des Chevaux- Legers de la Garde du feu
Roy , fi éclatans que S. M. le fit enterrer
dans le Tombeau des Rois à S. Denis
duquel le Comte de la Vauguyon eſt neveu
, & feul heritier.
"'
Le Comte de la Vauguyon eft coúfin
iffu de germain du Cardinal de Noailles
& des Princeffes de Pons , & de Leon , &
de feus le Maréchal Duc de Vivonne ,
M´s de Thiange & de Montefpan , le
Duc de Grammont , la Princeffe de Monaco
, le Maréchal Duc de Noailles ,
la Marquife de Lavardin. La Comtelle
de la Vauguyon eft coufine iffue de
germaine
160 LE MERCURE
germaine du Prince de Guife , & cou
fine du Duc de Villars Brancas ; en
forte que le Prince de Carency fe trouve
au quatriéme dégré de tout ce qu'il y a
de plus Grand .
•
On a mis le Prince de Carency à la
fuite du Regiment du Prince de Lixen .
La feue Comteffe de Harcourt , fa grande-
mere , étoit iffue en ligne mafculine
de Jeanne de Quelen , mariée en 1442 .
au Seigneur du Cambout , foeur d'Olivier
de Quelen , Grand - Chambellan
Grand Maître de l'Artillerie , & des Arbaletiers
de Bretagne , Chevalier de l'Ordre
d'Orleans , dit du Porc- Epic en 1440.
auquel il falloit faire preuve de Nobleffe
de nom & d'armes de quatre generations,
d'Olive de Quelen , Abbeffe de Saint
George de Rennes , où on ne reçoit que
des Diles & de Jean de Quelen , troifiéme
du nom , Seigneur du Brontay , duquel
eft iffu en ligne maſculine le Comte
de la Vauguyon.
Voici une explication des deux premieres
Enigmes du mois paffé , qui nous
eft venue un peu trop tard , pour
, pour être
placée dans l'article ordinaire.
Quoy ? nous donner de l'encre noire ,
Auprès d'une boule d'yvoire ?
Mercure ,
D'OCTOBRE 1722. 161
Mercure , je vous le dis franc
C'eft nous mener du noir au blanc
On vendra en détail , après la S. Martin
, la Bibliotheque de feu M. de la
Cofte , Chanoine de l'Eglife de Paris
Elle confifte principalement en Bibles
Interpretes , Conciles , Peres de l'Eglife,
& Theologiens , & en Livres de Droit
Canonique , & d'Hiftoire Ecclefiaftique .
Le Catalogue de cette Bibliotheque fe
diftribue chez Charles Ofmont & Gabriel
Martin , Libraires , rue Saint Jacques.
MORTS ET MARIAGES.
D
Ame Elifabeth Godeffroy , épouse
de Meffire François Cefar de Roucy
, Comte de Siffone , eft morte le 23.
Septembre , âgée de foixante & dix ans ;
elle avoit épousée en premieres nôces
Meffire Jofeph du Charmoy , Capitaine
des Gardes de la Porte de feu Monfieur .
M. François de Boham , Maréchal des
Cimps & armées du Roy , & Gouver--
neur de Longhui , eft mort dans fon Gouvernement
, âgé de quatre-vingt -trois ans.
Meffire Claude Hatte de Chevilly ' ,
Lieutenant-General des armées du Roy ',
eft
162 LE MERCURE
eft mort le 25. Septembre , âgé de foixante
& dix - neuf ans , dont il en avoit
paffé foixante & deux au fervice de Sa
Majefté .
Dame Magdelaine Charlotte Baugier,
épouse de Meffire Nicolas le Camus , premier
Prefident en la Cour des Aydes ,
Commandeur , & cy- devant Prevoft ,
Maître des Ceremonies des ordres du
Roy , eft mort à Paris le 2. Octobre ,
âgée de vingt-fept ans.
Le 5. Octobre M. François- Vincent
le Beuf , ancien Ecuyer , Confeiller- Secretaire
du Roy , Maifon , Couronne de
France , & de les Finances , Premier
Commis de M le Chancelier le Tellier,
& les Marquis de Louvois , de Barbefieux
, & de Chamillart , mort âgé de
72. ans.
S
M. Jean-Jacques Bochard de Saron ,
Confeiller , Aumônier du Roy , Treforier
de la Sainte Chapelle Royale de
Vincennes , Abbé Commendataire de
l'Abbaye de Nôtre- Dame des Vertus , eft
mort le 7. , de ce mois âgé de 55. ans.
Le 22. M. Antoine de la Mouche ,
Chevalier - Seigneur de Beauregard , la
Chateigneraye , Thuilliere , & autres
lieux , Confeiller du Roy honoraire en fa
Cour de Parlement , & Grand'Chambre
d'icelle , âgé de 69. ans.
M.
D'OCTOBRE 1722. 163
M. de Montlezun- de - Bufca , Chevalier
de S. Louis , Capitaine de Fregates ,
depuis 1712. eft mort à Paris le 11. il
étoit frere de M. de Montlezun - de- Buf
ca , Enfeigne des Gardes du Corps de la
Compagnie d'Harcourt , Brigadier d'armée
, & Gouverneur d'Aigues- Mortes
tous deux fils de feu M. de Montlezunde-
Bufca , Lieutenant - General des armées
du Roy , & Gouverneur d'Aigues-
Mortes.
M. Eſtienne de Vallembras , Marquis
de Segrie , Ecuyer ordinaire du Roy
mort le 19. âgé de 65. ans , fans enfans
de N ... Pallu , foeur de M. Pallu , Sieur
du Ruau , Confeiller à la Grand Cham
bre du Parlement .
M. Melchior Reverffat de Celetz ,
premier Profident , & Doyen du Bureau
des Finances de la Generalité de Montpellier
, eft mort âgé de 92. ans fur la
fin du mois dernier , dans l'Abbaye de
Merçoire , Ordre de S. Bernard , à 4
lieues de Mandes en Gevaudan , dont la
Dame Heleine de Reverflat de Celetz ,
fa fille , eft Abbeffe.
M. Antoine de Ponte , Comte d'Albaret
, premier Prefident du Confeil ,
Superieur du Rouffillon , a épousé à Narbonne
le .... Septembre dernier , Marie
Therefe de Chef- de- Bien , fille unique
164
LE MERCURE
>
que , & heritiere de feu Jean-François de
Chef- de- Bien , Vicomte d'Armiflan
mort au fervice du Roy , étant Capitaine
des Grenadiers du Regiment de Piémont
, & de Lojiife de Chef- de- Bien , fa
coufine germaine
.
La famille de Chef- de- Bien , originaire
de Bretagne , s'eft établie en Languedoc
avant l'an 1542. Le Roy Louis XIV .
par fes Lettres Patentes de l'an 1651 .
érigea la terre d'Atmiſſan , circonſtances,
& dépendances , en titre , nom & dignité
de Vicomté , en faveur d'Henry - Renê
'de Chef- de -Bien , en confideration dé
fes fervices , & de ceux de feu fon pere ,
Jean- François de Chef- de- Bien , Sieur
d'Armiffan , qui en 1639. s'étoit fignalé
au combat de Leucate , où il avoit eu un
cheval tué fous lui , & avoit été eftropié
d'un coup de moufquet à une jambe
و
Le Comte d'Albaret eft originaire de
Piémont & de l'ancienne Maifon de
Ponte , dont il y a eu Perrin de Ponte ,
Grand - Maître de l'Ordre de S. Jean de
Jerufalem , mort en 1535. elle a donné
des Grands Croix aux Ordres des Saints
Maurice & Lazare , & des Chevaliers
de l'Annonciade. Eftienne de Ponte ,
Comte d'Albaret , a été fucceffivement ,
premier Prefident au Confeil Superieur
de Pignerol , Prefident à Mortier au Parlement
D'OCTOBRE 1722 . 165
>
lement de Rouen , puis premier Prefi
dent au Confeil Superieur de Rouffillon
Intendant de cette Province , & des armées
du Roy en Catalogne , Il s'eft démis
de la premiere Prefidence , en faveur
de fon fils , le Roy lui ayant accordé ent
même temps des lettres de furvivance
avec faculté de prefider en l'abfence de
celui- ci . Il étoit Avocat General au même
Confeil , dès l'an 1710. avoit été
pourvû de l'Office de premier Prefident,
en furvivance de fon pere , le 28. May
1718. & il a été inftallé ſur la nouvelle
démiffion le 31. May dernier. Il eft fils
de feue Marguerite de Biragues , des
Comtes de Vifque , & il avoit pour frere
aîné Jean- Emanuel de Ponte , Comte
d'Albaret , Colonel d'un Regiment Italien
de fon nom , à la tête duquel il fut
tué à la bataille d'Hoftet en 1704. fon
Regiment s'y fit hacher en pieces , plutôt
que de rendre les armes , de maniere
qu'il ne pût être rétabli .
Le 15. de ce mois M. Jean- François
Jobert , Chevalier , Comte de Château-
Morand , Lieutenant General des armées
du Roy , Commandeur de l'Ordre Militaire
de S. Loüis , fils de feu M. Anne
Jobert , Comte de Château - Morand ,
& de défunte De Françoiſe de Coftentin
de Jourville , a épousé Die Françoife Judith
$466 LE MERCURE
dith de Lopriac de Coermadeu , filte
mineure de Mre René de Lopriac , Marquis
de Coetmadeu , & de D Judith
Hieronime Rogon.
A VIS ,
EAU DE BEAUTE'.
A vingt livres la Bouteille .
Quique coste Eau ait été inconnuë julqu'aujourd'hui
dans toute la France , elle
a pourtant fait l'admiration de tout le beau
Sexe de l'Angleterre , de la Hollande & de
toutes les Cours d'Italie ; elle y a été goûtée ,
& a merité par les propres cffers d'être appellée
Eau de Beauté. Je ne doute cependant pas
qu'en Fran e il ne fe trouve quelques Seigneurs
qui en ayent dans les Cours Etrangeres connu
la valeur , pour peu qu'ils ayent eu de relations
avec le beau Sexe.
Cette Eau, quoique claire & brillante comme
l'eau de roche , eft cependant graffe , proprieté
extraordinaire d'une feule Simple affez rare ,
& a une odeur difficile à définir , qui fe perd en
féchant cette Eau n'eft autre chofe qu'une
compofition de Simples ; mais des plus rares ,
& des plus exquifes que la nature ait produites.
Voici fes proprietez & fes effets . Elle nourrit
la peau & lui donne un éclat de blancheur
parfait , conferve la délicateffe des traits ,
nime toutes les couleurs , & répand fur tous
les teins les plus fecs un air de fraîcheur , qui
eft égal , & auffi naturel que celui que fait le
rafang
D'OCTOBRE 1722. 167
fang le plus pur dans un corps le p'us fain . On
peut fans lui rien prêter , prouver par cent
exemples , que ceux qui en font ufage , ne
s'apperçoivent point que le nombre des années
puifle fétrir & diminuer la fraîcheur de leurs
teins & de la gorge , puifqu'ele en ôre toutes
les rides & rouffeurs qui proviennent de la fechereffe
du tein. Ce qui prouve que ce n'eft
point du fard , c'eft qu'il faut en faire uſago,
plufieurs jours avant d'en connoître aucuns
changemens ; mais lorsque vous ferez habituez
à vous en fervir de la façon qui fuit , vous connoîtrez
bien- tôt que c'eft le feul fecret qui eft
capable d'ajouter des charmes à la beauté , &
de la conferver juſqu'à la mort. Celles qui par
un fang âcre & mauvais fe voyent une peau
noire & livide , & un tein couvert de boutons ,
conviendront qu'il n'y a jamais eu de fecret en
donnant de la blancheur , en confervant les
traits , & ranimant toutes les couleurs , & faifant
reffentir aux teins , & à la gorge un air
de fraîcheur naturel , ôtant tous les boutons &
les rides , fans qu'il y en refte la moindre mar◄
que : il ne faut pas fe figurer que cette Eau ,
toute nerveilleufe qu'elle foit , opere toutes ces
qualitez fur le champ , il faut lui donner le
temps , & fe figurer qu'un Peintre , quelque
habile qu'il foit , ne rend parfait fon ouvrage
qu'avec le grand nombre de coups de pinceau
qu'il lui donne.
Voici la façon dont il faut s'en fervir. Le
foir en fe couchant , il faut verfer la valeur de
trois cueillieres de bouche de cette eau dans un
petit vale , & avec un linge ni trop gros , ni
trop fin , c'eft à- dire ,comme une groffe toile
d'Hollande ferrée , le tremper dans cette Eau ,
sen bien décraffer le vifage & la gorge , julqu'à
768 LE MERCURE
qu'à ce que vous fenticz dans le tein un peu de
chaleur , & alors vous cefferez pour un inftant,
& catuite avec le même linge retrempé , vous
vous en redécrafferez de la même façon plus
legerement , & vous ne vous fecherez point
d'aucun linge ; car la liqueur féche a un inftant
après , & vous vous coucherez.
Le matin vous vous en décrafferez de la même
façon , à la réferve que la feconde fois après
que la liqueur aura féché , vous vous paflerez
Legerement un linge fur le tein , comme fi vous
vouliez vous ôter de la poudre.
Les Dames qui portent du rouge , peuvent
tremper le pinceau dans une goute de cette Eau,
& s'en fervir à leur gré . Le rouge avec cette
eau ne mange point la couleur naturelle . Les
Dames connoîtront fur le champ l'éclat qu'elle
donne au rouge , puifqu'elle le pâlit de telle
façon , qu'elle le rend parfait couleur de chair .
Cet effet fe fait fur le champ , & les yeux le
diftinguent.
Cette Eau peut fe garder auffi long temps .
que l'on fouhaite , plus vieille elle eft , plus
elle fe purifie ; il ne faut point douter qu'au
Printems , Efté & Automne elle n'agiffe plus
puiffamment , puifque vous remarquerez qu é.
tant compofée de fimples , elle aura dans fa
fiole la même agitation qu'ont toutes les Simples
dans ces faifons chaudes .
Pour prouver une feconde fois que ce n'eft
point fard , vous n'avez qu'à mettre à la leffive
les linges , avec lefquels vous vous ferez décraffez,
vous verrez s'ils font tachez d'aucunes
couleurs . Les Dames qui portent du blanc , fi
elles veulent fe conferver les dents , & empêcher
la peau de fe rider , en uſeront de la même
façon , & avant de mettre du blanc , &
dans
D'OCTOBRE 1722. 169
dans la fuite elles pourront s'abstenir de mettre
du blanc , puifqu'il n'y a rien de fi pernicieux
pour la pcau & les dents.
Dans le temps que j'avois l'honneur d'appar
tenir à la Reine Anne , comme fon Parfumeur
& Diftilateur pour toutes les chofes neceflaires
à fa perfonne facrée , & que mon Eau lui é oit
connue & agréable par toutes fes bonnes qualiteż
& effets , je n'avois pas befoin de citer
dans mes manufcrits les differens effets qu'elle
operoit. Comme en France je n'intereffe aucune
Puiffance , & ne veut meriter leur P otection
que quand ils feront convaincus que mon Bau
eft la compofition la plus rare & la plus excellente
pour les proprietez que je lui donne
que tout ce qui a paru de rare & de bon dans
ces fortes, de fecrets. J'avois oublié dans mes
manufcrits l'utilité de fe fervir pour la petite
verolle de cette Eau ; ce qui vient d'arriver en
faveur de la petite Marquife de la Lande ,
m'oblige , m'étant permis de la nommer , d'en
inftruire cette grande Vil'e & les Provinces
étrangeres. La petite verolle ayant pris à cer
aimable enfant , âgé de douze ans au mois de
Mars paffé de cette année , elle en fut couverte
abondamment ; les fymptômes de cette maladie
fe pafferent à fon égard de la même façon
qu'aux autres ; mais étant hors de danger , &
n'ayant plus que les croutes fur le vifage , la
démangeai on qui accompagne la fin de cette
maladie , la fit fe cacher de fa Gouvernante
& fe gratta avec tant de force , qu'elle ſe mit
tout en fang. On effuya fon fang d'abord , & on
cut recours à mon Eau; & pendant l'espace de 3.
femaines de temps , on lui baffina le vifage cinq
fois par jour avec cette Eau tiede , en prefence
de fon Medecin , nommé M. Perraud , Medecin
H
·
de
1
170 LE MERCURE
ན་
de Montpellier , éleve de M. Chicoyne ,
Chancelier de la Faculté de Montpellier ; &
lorfqu'il n'y a plus eu de croûte ni enlevûre ,
qu'il n'y a plus refté que les rougeurs , on lui
lavoit le vilage à l'ordinaire , comme le manuf
-crit le Elle a ,
porte .
de l'aveu de tout le monde
, le plus beau tein , & la plus belle peau
que l'on puifle trouver , fans aucune maique
de petite veiolle ; rien n'eft égal à fa couleur ,
ni à la blancheur de fon tein : ce fait eft veri
table & approuvé. Je pourrois bien en citer
d'autres touchant tous les articles de ce memoire,
fi les Dames à qui cette Eau a fait plaifir fou
haitoient me le permettre ; mais je renvoye
tous ceux qui s'en ferviront à leurs décifions ,
après l'ufage d'une premiere bouteille.
Façon pour fe fervir de cette Eau pour la pe
tite verole ; quand les boutons ou croûtes com
mencent à fe fécher , il faut alors faire tiedir
cette Eau , & en baffirer la perfonne quatre à
cinq fois le jour & la nuit , lui appliquer un
linge fin plié en deux fur le vifage , & quand
toutes les croûtes feront tombées , vous vous
en fervirez à l'ordinaire .
Les Dames qui fe trouvent les yeux battus
par certaines indifpofitions , même les hommes
qui peuvent avoir reçû quelques coups de ferain,
n'ont qu'à s'en baffiner les yeux plufieurs
fois le même jour. Toutes ces épreuves ont été
verifiées pardevant M. d'Odard , après une
épreuve de fix femaines .
Dans les Imprimez précedens , la grandeur
de chaque bouteille a été énoncée fur le pied
de demie- chopine ; l'Imprimeur s'eft trompé ,
puifque les trois bouteilles font la pinte de
France , cette attention a été faite pour fe
rendre conforme aux mefures d'Angleterre , &
ne
D'OCTOBRE 1722. 171
ne point mettre de difference entre celles que
l'on envoye en Eſpagne , en Portugal , & au
tres Royaumes ; le prix eft de vingt livres la
Bouteille , prix bien modique , puifque de l'aveu
des Medecins qui l'ont approuvée & reglée
, conviennent que dans tout ce commerce
que j'ai établi en France , je ne gagne pas argent
de France quinze pour cent cependant
l'on me marque de France que le prix paroít
fort , que l'ei confidere la difference qu'il y a
entre les deux efpeces , l'on verra que l'on n'a
jamais rien vendu en France de fi excellent dans
ces fortes de compofitions , & à fi bon marché;
j'ofe dire après bien des Sçavans qui en ont
fait l'épreuve , s'étant auparavant de la é contre
, & en ayant voulu empêcher l'établiffement
, qu'il feroit difficile d'y mettre un prix ;
les effets qu'elle a fait en France , la diftingue
affez de toutes les autres communes compofitions
car a-t'on jamais vu une Eau , qui fans.
être fard , blanchiffe & nourriffe la peau , conferve
les traits , efface les rides , ôte les rouffeurs,
rougeurs , boutons & dartres , empêche
que les brûlures ne marquent la peau , & ne
faffent aucune cicatrice , fans caufer aucune
dou'enc ; en appuyant feulement des linges
trempez dans cette eau tiede & froide , quand
la brûlure vient en croûte. Il n'y a dans Paris
que le feul Bureau que je nomme ; la probité
de celui à qui je la confie , eft garand de la fidelité
avec laquelle elle eft diftribuée
Cette Eaufe vendra chez Mademoiselle d'Ardiac
, demeurant chez M. Roufelor , Marchand
Gantier, Parfumeur du Roy , Privilegié fuivant
la Cour , demeurant rue Tirechape , au
Gant de Paris .
L public eft averti de prendre garde où il
Hij
achepte
172 LE MERCURE
achepte l'Eau de Beauté , attendu qu'ily a des
perfonnes qui la contrefont , dont j'ay eu plu
fieurs plaintes , & m'ayant dit l'endroit où il
l'avoit acheptée , elle ne s'eft point trouvée la .
mienne,
Approbation de M. le premier Medecin
du Roy.
Nfes.Confeils, d'Etat & Privé , premier
Ous Confeiller ordinaire du Roy en tous
Medecin de Sa Majefté , Surintendant General
des Eaux , Bains & Fontaines minerales & medecinales
de France , SALUT. Sur les témoigna
ges de beaucoup de perfonnes de merite des.
bons effets de l'Eau , dite de BEAUTE , compofée
par le fieur Lambert , Parfumeur du Roy
d'Angleterre , pour ôter les boutons , rougeurs,
rouffeurs , tenir toujours le tein très - unis , &
blanchir la peau , garentir & empêcher d'être
marqué de la petite verole. Nous confentons
que ledit fieur Lambert , pour le bien du Public
la vende & diftribue , en connoiffant la
veritable compofition , après en avoir fait tou
tes les épreuves ftipulées dans ledit Memoire
qu'il donne au Public. Fn foy de quoy , nous
avons figné ces prefentes , que Nous avons fait
contrefigner par nôtre Secretaire , & à icelle
fait appeler le cachet de nos armes . Fait à Paris
au Château des Thuilleries , le Roy y
étant , ce douzième jour de Fevrier 1722 .
Signé , d'ODART.
Par M. le premier Medecin du Roy. La
SALLE
ARD'OCTOBRE
. 1722. 173
*******************
ARRESTS , ORDONNANCES ,
Declarations , & c.
A
RREST du Confeil d'Etat du
Roy du 10. Septembre 1722. qui
revoque la permiffion accordée aux habitans
des pays conquis , de tranfporter hors
du Royaume leurs bleds , fromens , orges
cu fucrions , fegles & avoines.
ARREST du 22. Septembre , qui
proroge jufqu'au premier Octobre 1723.
la moderation des droits , tant fur les
beurres & fromages venant des pays
étrangers , que fur ceux du crû du Royaume
, qui fe tranfportent d'une Province à
une autre.
ORDONNANCE du Roy du 23 .
Septembre , qui fixe à trente fols chaque
cheval de pofte fervant aux chaites à
deux , berlines , & autres voitures , & c.
DECLARATION du Roy du 29.
Septembre , concernant le Contrôle des
Actes des Notaires , & infinuations Laïques
.
H iij
AR174
LE MERCURE:
ARREST dudit jour , concernant la
joüiffance des arrerages des huit millions
de livres de Rentes perpetuelles , créées
fur les tailles , & autres impofitions ,
créées Edit du mois d'Aouft 1720.
par
ARREST du 30. Septembre , qui
proroge jufques au 1. Novembre 1722 .
le terme fixé precedemment au 1. Octobre
1722. en faveur des acquereurs des
Rentes viageres , créées fur les Aydes &
Gabelles par Edit du mois d'Aout 17 20.
pour jour des arrerages d'icelles du 1.
Janvier 1722 .
1720.
ARREST du 3. Octobre , qui fixe le
droit du Marc d'Or des Offices Municipaux
, rétablis par Edit du mois d'Aouſt
dernier.
ARREST dudit jour , qui ordonne
que ceux qui font compris dans les rôles
arrêtez au Confeil le 15. Septembre der
nier pour l'impofition , à titre de Supplement
de la Capitation extraordinaire , feront
reçûs à payer , le tout ou partie de
ladite impofition en certificats de liquidation
d'actions , fur le pied de 5000. liv.
l'action , & les dixièmes d'actions à proportion.
ARREST du même jour , qui fait
D'OCTOBRE 1722. 175
défenfes à Charles Cordier , & à tous au
tres chargez de la Regie des Domaines
du Roy , de chaffer ou d'affermer la
chaffe , conjointement ou feparement , fur
1 lefdits Domaines ; & à tous Fermiers
曩
& autres , fous prétexte de leurs baux ,
de tirer fur l'étendue defdits Domaines ,
& à tous roturiers de quelque qualité &
condition qu'ils foient d'y porter les ar
mes , à peine de soo. livres d'amende.
ARREST du 6. Octobre , qui ordonne
que dans deux mois pour tout dé ,
lai , les particuliers employez dans les
1ôles arrêtez au Confeil , en execution
de la Declaration du 18. Septembre 1716.
qui ont obtenu des Arrefts de décharge
ou de moderation de leurs taxes ,. feront
tenus de les reprefenter au fieur Olivier.
Et que ceux qui payeront ce qu'ils doivent
dans ledit délai de deux mois , feront
reçûs à le payer en effets Royaux ,
non annullez , & ledit temps paffé , ils
feront tenus de payer la totalité en efpeces.
ARREST du 10. Octobre , qui homme
des Commiffaires du Confeil pour le
recollement , & brûlement des papiers
du vifa , en execution de l'Arreft du 21.
Septembre dernier .
Hiiij AR176
LE MERCURE
ARREST dudit jour , qui proroge
jufqu'au dernier Novembre prochain , le
terme dans lequel les Officiers comptables
doivent remettre les billets de
banque , provenant des impofitions , ou
des fonds à eux remis pour les dépenfes de
leurs exercices . Et Ordonne que dans ledit
terme , lefdits billets feront remis au
Tréfor Royal .
ARREST du 23. Octobre donné à
Rheims , qui ordonne que les Engagiftes
des Domaines de S. M. feront tenus d'envoyer
chaque année , dans le courant du
mois de Decembre , à commencer du mois
de Decembre prochain , à M. le Contrôleur
General des Finances , un acte
figné d'eux , & de deux perfonnes connuës
, & paffé pardevant un Notaire
Royal , par lequel acte il fera certifié que
la fignature de l'Engagitte , y dénommé
eft veritable , & qu'il a comparu en perfonne
devant ledit Notaire , le jour même
de la datte dudit acte.
ARREST de la Cour du Parlement
du 14. Octobre , rendu contre 102. accufez
, complices de Louis Dominique
Cartouche , portant condamnation 'de
mort contre plufieurs , au foiiet , Aeur- delys
, galeres , banniffement , & plus amplement
D'OCTOBRE 1722. 177
plement informé contre aucuns .
AUTRE ARREST du 24. Octobre
, rendu contre 64. complices de Louis
Dominique Cartouche.
SUPPLEMENT.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Marfeille
aux Auteurs du Mercure le 15 .
Octobre 1722.
O
N vous fçait ici très-bon gré ,
Meffieurs , de l'attention que vous
avez eu dans vôtre dernier journal pour
la Ville de Marfeille , Ville cy- devant
déſolée , & préfentement fi heureuſement
délivrée du Aeau de la contagion , que
nous venons d'en rendre au Ciel de folemnelles
actions de graces , en vertu d'un
nouveau Mandement digne du fujet , &
de la pieté de nôt Evêque.
Nous fommes auffi très- obligez à M.
l'Abbé Frey de Neuville de fon Ode Allegorique
, dans laquelle il a fait entrer
d'une maniere également noble & énergique
, ce trifte événement , & l'éloge de
nôtre illuftre Prélat. Cette piece qui a
Ev ៩៩៩
178
LE
MERCURE
été univerfellement applaudie , & qui a
merité le prix de l'Academie de Caen ,
merite encore d'avoir une place dans nôtre
hiftoire.
Il manqueroit au refte quelque chofe
à nôtre reconnoiffance , que nous vous
prions de vouloir rendre publique , fr
nous laiffions échaper cette occafion d'apprendre
à vos lecteurs que le nom de
Frey eft déja diftingué dans la Republique
des Lettres. Jean ou Janus Frey ,
Gentilhomme originaire d'Allemagne , &
naturalifé François , fut Confeiller &
Medecin de la Reine Marie de Medicis.
Il fe rendit recommandable par fa grande
probité, & par fon profond fçavoir ;
fes ouvrages ont été publiez à Paris en
differentes éditions , dont la derniere eft
de l'année 1645. avec ce titre : Jani Cocilii
Frey , Doctoris Medici Facultatis
Parifienfis , necnon Philofophorum ejuf
dem Academia Decani , opera que reperiri
potuerunt in unum corpus collecta. Un
vol. in 8. 1645. Il y a encore de lui deux
traitez extrêmément curieux , qui font
devenus fort rares , & qui ne fe trouvent
point dans le Recueil de les oeuvres , le
premier eft fur les Druydes , & le fecond
a pour titre de Fatuis Feminis . Ceux qui
fouhaiteront de connoître plus à fond ce
fçavant homme , pourront lire ce qui le
regarde
D'OCTOBRE 1722. 179
regarde dans l'Hiftoire Univerſelle de
Charon Monceaux , & dans le Cefar Armorial
de Cefar de Grand - Pré .
Le même nom de Frey eft encore aujourd'huy
très- dignement porté par M....
Frey , Curé du Mefnilhue dans le Diocéfé
de Coutance , homme auffi diftingué
par les qualitez qui font un veritable Pafteur
, que par fon amour pour les lettres
& fur tout par la recherche , & la
connoiffance des antiques. Il eft petitfils
de Janus Frey.
>
Il y a de plus à Paris dans le College
de Louis le Grand les RR . PP . Frey &
de Neuville , freres , qui font honneur
au même nom par leur merite perfonnel ,
& par leurs talens . Ils font freres de M.
l'Abbé de Neuville , Auteur de l'Ode
fur Marſeille , & tous trois arriere - petitfils
du fameux Janus Frey , dont nous
venons de parler. Guy Patin , qui n'étoit
pas prodigue de loiianges , a fait de cet
illuftre un fort bel éloge en vers latins
& c. Je fuis , Meffieurs , & c.
ق ا ر ف
Nous venons de recevoir une autre
Lettre de Marfeille avec le Mandement
imprimé , dont il eft parlé cy- deffus , en
datte du 21. du mois de Septembre dernier
, dans lequel M. l'Evêque de Mar-
Voyez le Journal de Trevoux du mois de
Septembre 1713,
Hvj
feille
180 LE MERCURE
+
feille s'exprime ainfi . Enfin , mes trèschers
freres , vos craintes & vos allarmes
ont fini ; il n'y a plus de contagion , ni
d'apparence de contagion dans Marſeille,
ni dans fon territoire . Toutes les maladies
, de quelque nature qu'elles puiffent
être , y ont tellement ceffé depuis un
temps confiderable , & la fanté y eft fi
conftante , & fi parfaite , que les plus incredules
doivent être forcez de reconnoître
ici les effets de la puiffance , & de la
mifericorde infinie du Sacré Coeur de
Jefus , toûjours plein de bonté & de
compaffion pour les hommes , même ingrats
& pecheurs , &c .
Le Dimanche 27. du même mois le
Te Deum a été chanté dans la Cathedrale
de Marfeille , en actions de graces de la
ceffation totale de la contagion.
Le 22. de Septembre le Baillif de Langeron
, Lieutenant- General des armées
du Roy , Chef- d'Efcadre de fes Galeres ,
Commandant à Marseille , rendit une
Ordonnance , qui enjoint à tous les Commiffaires
Generaux de fe porter dans toutes
les boutiques des Marchands détailleurs
de leurs départemens , conjointement
avec les Commiffaires particuliers
de chaque quartier , d'y faire une recherche
exacte de toutes les marchandiſes fufceptibles
, & de les faire porter dans les
Greniers
D'OCTOBRE 1722. 181
greniers
& dans les appartemens les
plus élevez & les plus aërez , pour y
être déployez & étendus pendant quarante
jours. On fera la même choſe dans les
magafins des Marchands & Negocians ,
dans les Eglifes & Maifons Religieufes
, & c .
SUITE DES REMARQUES
fur les Memoires Hiftoriques de la
Province de Champagne.
me demandez , Monfieur , de
Vnouvelles Remarques fur les Me-
1
pas
moires deChampagne : & vous voulez que
je vous parle de la réponſe de l'Auteur de
ces Memoires : il n'eft diffificile de
vous fatisfaire là -deffus. Les Ecrits dont
il s'agit font fi défectueux , que j'y trou
ve toûjours quelque chofe de nouveau à
reprendre : cela n'eft point furprenant
norre Ecrivain n'a pas eu de bons guides.
Vous voyez par fa réponſe que c'eſt
un homme difficile , à qui il eft inutile
de communiquer , comme il le fouhaite ,
ce qu'on trouve à redire dans fon livre ;
il paroît toûjours prévenu du merite de
Dupleix , lors même qu'il voit plufieurs
volumes , qui prouvent que cet Hiftorien
s'eft
182 LE MERCURE
s'eft trompé fur une infinité de faits qui
regardoient l'Hiftoire de fon tems. Nộ-
tre Auteur ne devroit - il pas au moins
reconnoître , qu'à plus forte raifon Dupleix
aura pû fe tromper fur des tems.
plus éloignez de lui c'eft une chofe
prouvée qu'il s'eft effectivement trompé
très-fouvent ; il n'y a pour s'en convaincre
, fans un long examen , qu'à lire les.
fables que Dupleix rapporte après Anne
de Viterbe , qui les débite fous le nom
de Berofe : mais cela n'embarraffe point
M. Baugier. En effet , que deviendroient
fes écrits , s'il falloit abandonner Dupleix
, & les nouveaux Auteurs qu'il a
fuivis , fans examiner les Hiftoriens contemporains
& anciens ? Les contradic
tions , même les plus évidentes , n'embarraffent
pas davantage nôtre Auteur ; · il
les foûtient dans fa réponſe . On l'avoit
averti qu'il fe contredifoit , en difant ,
tome 1. page 1. que les campagnes de
fa Province font fertiles , & t. 2. p. 277.
que les plaines de ce même païs font un
terroir très- fec & très- fterile , & c. 11
s'imagine cependant répondre à cela :
eft - ce que campagnes & plaines ne font
pas fynonimes ? ces deux mots françois
ne répondent-ils pas au mot latin Campus
? Je n'ai déterminé ni la largeur , ni
la longueur de la Champagne ; tout ce
*
que
DE SEPTEMBRE 1722. 188
que je prétens , & ce que je dis à prefent
ouvertement , c'eft que nôtre Auteur confond
les degrez de latitude avec ceux de
longitude ; il fe contredit lui- même : c'eſt
à quoi i n'a cu garde de répondre. Au
lieu de cela il fe jette fur ce qui ne me
touche point ; qu'on ait la bonté de relire
mes Remarques , afin d'éviter des
repetitions inutiles : M. Baugier pourroit
alors me reprocher que j'employe mal
les grands talens qu'il remarque en moi,
Il n'eft pas jufte de reprendre dans les
Memoires de Champagne , ce qu'on trou
ve corrigé à la fin du volume : ainfi je
fuis fâché de n'avoir pas remarqué que
M. Baugier avoit mis dans fon Errata ,
qu'Oger d'Anglure vivoit fous Philipe
Augufte. L'Anacronisme eft donc corrigé
, mais la fable refte toûjours ; les Auteurs
imprimez rapportent cette Hiftoire
fi differemment , & d'allieurs ils font fi
éloignez du tems de Saladin , qu'on ne
peut faire aucun fonds fur eux , le nom
de cet Oger ne paroît feulement pas dans
les Auteurs contemporains & anciens
que Bongars nous a donnez dans fon gros
recueil , intitulé Gefta Dei per Francos.
On a d'ailleurs d'autres bons auteurs fur
les Croisades ; mais Oger d'Anglure n'y
paroît point. C'eft cependant dans ces
Auteurs , & non dans des Memoires nouveaux,
184 LE MERCURE
veaux , qu'on doit trouver l'Hiſtoire du
Seigneur d'Anglure . Tant que M. Baugier
n'aura que des nouveaux Auteurs
pour les guides , il eft inutile qu'il fe mette
en frais pour répondre à fes Criti
ques : il faut ou fe rendre , ou avoir
de bons garans ; il n'en a point pour le
fait dont je viens de parler , il en manque
auffi à l'égard des Armes de Champagne.
Faut-il l'accabler par une foule
d'Auteurs qui les marquent comme_je
l'ai fait qu'il confulte entr'autres Favin
, Palliot , de la Colombiere , du Val,
Monet , Menêtrier , Chevillard ; voilà
des Hiftoriens nouveaux , fur qui je ne
crains point de me fonder , parce qu'il
s'agit d'un fait fi nouveau , que je ne remonte
pas même jufqu'au tems de François
Premier : ainfi ce que l'Auteur des
Memoires dit des Armes de Champagne
, qui font à l'Hôtel de Ville de Châlons
, ne me regarde point ; je lui aban
donne l'Auteur qu'il cite pour lui ; il
a dans fon livre une faute d'impreffion ,
ou d'attention .
y
M. Baugier rejette comme une fable
ce qu'on a dit autrefois de la damnation
de Charles Martel : il a raifon ; mais
cette fable fait voir , avec d'autres autoritez
, qu'on peut lire dans du Chêne
tome 2. & dans les Peres le Cointe &
Pagi,
DE SEPTEMBRE 1722. 185
Pagi ,, que bien loin que le Clergé ait
donné à la Nobleffe des fruits decimables
, il fe plaignoit au contraire trèsfort
que Charles Martel donnât les biens
de l'Eglife à des Laïques .
Ce fut depuis la mort de ce Prince ,
que la Jurifdiction des Evêques augmenra
beaucoup on peut fe convaincre facilement
, en lifant les Capitulaires de
Charlemagne , de Louis le Débonnaire ,
& de leurs fucceffeurs , que la Jurifdiction
des Evêques , & que leur pouvoir
dans les affaires temporelles & fpirituelles
, étoient non feulement extraordinaires
, ce que M. Baugier avouë , mais encore
ordinaires . M. Petit- Pied a trèsbien
traitté & prouvé cela dans fon Livre
du Droit & des Prérogatives des Ecclefiaftiques
dans l'adminiftration de la
Juftice feculiere ; on peut auffi le confulter.
M. Baugier apprendra par ces Livres
, que les Evêques étoient du Confeil
ordinaire des Rois , dont je viens de
parler , & qu'ils y avoient le premier
rang fur les Seigneurs laïques , & qu'ainfi
on ne doit pas reduire les Prérogatives
de ces Prelats à l'emploi d'Envoyez
de nos Rois , appellez Miffi Dominici ,
ou Miffi Regales . Ce que j'ai dit de ces
fortes de Juges , en critiquant les Memoires
de Champagne , eft , ce femble
186 LE MERCURE
1
fi moderé , que nôtre Auteur , loin de
s'en fâcher , n'auroit dû fonger qu'à corriger
l'équivoque dont il s'agit .
on
M. Baugier reçoit comme veritable la
prétendue Relique du faint Nombril ,
& fa Tranflation , quoique M. de Noailles
, dernier Evêque de Châlons , l'ait
enlevée en 1707. aux Chanoines de nô
tre- Dame de la même Ville . Pour dé
fendre la verité de cette Relique , nôtre
Auteur raconte une coûtume de quelques
Juifs , qui confervent le Prépuce
de leurs enfans. Si Philon ou Joſeph
euffent parlé d'une telle coûtume ,
pourroit croire que les parens de Jefus-
Chrift auroient confervé cette partie de
fon Corps : mais cela prouveroit-il qu'elle
eût été transférée à Châlons ? Outre cela
il paroît par l'infcription du Reliquaire
de Notre-Dame , que rapporte
M. Baugier , qu'il ne s'agiffoit que du
Nombril de Jefus- Chrift : l'Auteur obligeroit
le Public de lui marquer le livre
où il a pris que quelques Juifs confertvoient
cette partie du corps de leurs enfans.
M. Simon , cité par nôtre Auteur ,
ne dit pas même que quelques Juifs confervent
le prépuce de leurs enfans .
Parlons d'une autre coûtume rappor
tée
par nôtre Auteur , après quelques
nouveaux Ecrivains ; Voici ce qu'en dit
l'Auteur ,
DE SEPTEMBRE 1722. 187
l'Auteur , tome 1. page 47. & c . L'Hif
toire remarque que depuis ce jour - là
( c'eft- à- dire , depuis le 25. Juin de l'année
huit cens quarante & deux , où ſelon
nôtre Ecrivain , le combat de Fonte
nay fe donna ) il y eut une coûtume établie
en Champagne , que le ventre , c'eftà-
dire , la mere annobliroit les enfans .
quoique nez d'un pere roturier . On croi
roit par cette expreffion , l'Histoire remarque
, qu'il auroit de bons témoins du
fait qu'il rapporte ; cependant il n'en
trouvera pour lui aucun qui foit digne de
foi , quoique nous en arons plufieurs qui
parlent de la journée de Fontenay : qu'il
ait la bonté de confulter M. du Chêne ,
tome 2. pages 370.387 . 548. & tom . 3 .
pages 198. 395. & c. L'Auteur peut fuivre
après ces autoritez fon cher Dupleix
; il trouvera dans ces Auteurs , que
fe 25. Juin de l'année huit cers quarante
& un , un famedi , Charles le Chauve &
'Louis Roi de Germanie , ou de la France
Orientale , gagnerent une bataille ,
qui fut fort fanglante , à Fontenay , contre
leur frere Lothaire . On n'y lit point
ce que dit Mezeray , qu'en cette journée
il perit cent mille hommes. Il n'y eft rien
dit non plus de la coûtume de Champagne
: que la mere annobliffoit ſes enfans
, quoique nez d'un roturier. En effet,
188 LE MERCURE
fet , y avoit-il plus de raiſon d'accorder
ce privilege à la Province de Champagne
plûtôt qu'à une autre ? voit-on dans
le carnage qui fe fit de part & d'autre
à Fontenay près d'Auxerre, plus de Champenois
que d'autres Francois ? Mais ce
qui montre que le fondement de cet annobliffement
ne vient que de l'imagination
, ou de l'ignorance de quelques Ecrivains
modernes , qui font même démentis
par des Auteurs de leur fiecle : c'eft
que la Coûtume dont on parle n'étoit
point particuliere à la Champagne. Il y
avoit anciennement en France deux fortes
de Nobleffes ; une de parage ou de
par le pere , & cette Nobleffe étoit abfolument
neceffaire pour être Chevalier .
L'autre étoit de par la mere , & cette
derniere Nobleffe étoit fuffifante pour
n'être point fujet à la fervitude , & pour
poffeder des fiefs , lefquelles chofes , dit
Philipe de Beaumanoir dans les Coutumes
de Beauvoifis , Vilain ne pueent pas
tenir. Monftrelet dit que , Jean de Montaigu
, Surintendant des Finances fous
Charles VI. étoit de Paris , & qu'il étoit
Gentilhomme de par fa mere ; les Coûtumes
d'Artois & de faint Mihel prou-
-vent que ces deux Nobleffes étoient ordinaires
en France. Il paroît par Gregoi
re de Tours , & par Aimoin , qu'elles y
étoient
D'CTOBRE 1722 . 189
étoient en ufage fous nos Rois mêmes de
de la premiere Race. L'Auteur des Memoires
de Champagne aura peut -être
lu dans Dupleix que Charlemagne fittenir
en 813. un Concile à Châlons , cela
lui aura fuffi , fans confulter quelque
bonne Hiftoire des Conciles , ou du Chêne
, tome 2. page 259. pour mettre ce Concile
à Châlons fur Marne. Dupleix , l'Au
teur favori de nôtre Ecrivain , met dans
les éditions de 1621. & 1627. le Concile
de 813. à Châlons , ce qui marque dans
le même Auteur Châlons fur Saône .
C'eft encore ou l'envie demefurée de
faire honneur à fa Province , ou au moins
un mauvais guide , qui a fait enlever à la
Bretagne par nôtre Auteur le B. Robert
d'Arbriffelle , pour le donner à la
Champagne : deux Auteurs contemporains
rapportez par Bollandus , prouvent .
que cet Instituteur de l'Ordre de Fontevraud
étoit Breton ; mais Defguerrois
le fait Champenois , cela a fuffià M. Baugier
pour le mettre dans fa table des perfonnes
illuftres par la fainteté de leur vie,
ou par de grandes actions qui ont pris
naiffance en Champagne. Nôtre Auteur
pouvoit remplir fon Catalogue de plufieurs
autres hommes illuftres qui font
veritablement nez dans cette Province ?
Entre ceux qui ne doivent pas être omis ,
j'ai
190 LE MERCURE
j'ai remarqué faint Frobert , Flodoard ,
Pierre de Celles , Frederic Morel , Paf- ·
ferat , le Moine , Ģerbais , les Peres le
Cointe , Ruinard , Martenne , du Molinet
, Anfelme , Paris , & Lallemant .
Il eft au refte furprenant que dans un
fiecle auffi éclairé que celui où nous vivons
, il fe trouve un Ecrivain qui publie
une Hiftoire , qui regarde des tems fort.
reculez , fondée fur l'autorité de Dupleix
& de Mezerais il eft encore plus .
furprenant , que cet Auteur ofe repliquer
avec hauteur , lorfqu'on lui prouve hon-.
nêtement qu'il fe trompe , en donnant les
idées des nouveaux Ecrivains , au lieu
d'un ouvrage fait fur des pieces ancien-:
nes & originales . Pour faire mieux fentir
cela aux perfonnes intelligentes , on
n'a qu'à lire dans Joinville , ou dans mes
Remarques , & enfuite dans Mezerai , &
dans les Memoires de Champagne , l'Hiftoire
d'Artaud de Nogent ; il fera facile
de fe convaincre par les propres yeux ,
que Mezerai ajoûte à Joinville , & que
M. Baugier ajoûte fes idées particulie
res à l'un & à l'autre ; par exemple ,
Mezerai ne parle point de l'emprifonnenent
d'Artaud mais M. Baugier fait
nettre ce Gentilhomme en prifon pour
cinq cens livres. Il n'étoit pas necellaire
d'employer les propres paroles de Joinvilles
D'OCTOBRE 1722. -191
ville ; mais il ne falloit rien ajoûter au
fens de cet Auteur. Il dit qu'Artaud fut
ferré étroitement par la Chappe, & preflé
fi vivement par le pauvre Gentilhomme ,
qu'il en tira soo. livres ; cela , dit- il ,
qu'il fût mis en prifon ? mais c'est trop
parler des Memoires de Champagne &
de leur défenſe ; attendons fans impatience
le Supplément que l'Auteur pro
met , Je fuis , Monfieur , &c .
Le 19. Septembre 1722.
On apprend de Conftantinople du 3.
Septembre , que l'Envoyé de Pologne a
déclaré au Grand Vifir , dans une audience
particuliere , qu'il n'étoit venu
que pour renouveller les affurances que
le Roy fon Maître n'avoit pour but que
de vivre en bonne intelligence avec la
Porte , & pour demander que les nouvelles
fortifications de Choczin fuffent
rafées , comme étant contraires au Trai
té de Carlowitz ; à quoi le Grand Vifir
répondit , que la Porte avoit la même
intention de vivre dans une parfaite
intelligence avec la Couronne de Pológne
; mais qu'à l'égard des fortifications
de Choczin , elles n'étoient nullement
faites dans aucune vûë d'inquieter par
là la Pologne , mais uniquement pour
avoir
192 LE MERCURE
avoir une Garnifon fur cette frontiere ;
pour empêcher les courfes des Mofcovites
; & que la Porte juge ces fortifications
fi neceffaires , qu'elle ne les fera
jamais rafer , à moins qu'elle n'y foit
contrainte par les armes. Surquoi l'Envoyé
de Pologne follicite fon audience
de congé pour s'en retourner . Les mêmes
Lettres ajoûtent , que les Georgiens,
ayant affemblé une armée de 40000.
hommes , ont chaffé les Perfans rebelles
de Schammachie ; & que la Porte a donné
ordre de radouber les vaiffeaux de la
flotte , & d'en conftruire trois autres.
Les dernieres Lettres de Ruffie portent
, que le Czar & la Czarienne étant
partis d'Aftracan par eau , fuivis de toute
l'armée , après avoir traverfé la Mer
Cafpienne , arriverent le 17. Août dans
le port d'Agraham , à douze lieuës d'Allemagne
en deçà de Terki . Le Czar le
mit enfuite en marche avec toute l'armée
vers ladite ville de Terki , fituée dans
la Province de Dagheftan , qui appartient
au Czar il y fut reçû avec de
grandes démonftrations de joye par tous
Les habitans qui lui firent de riches
prefens. Sa Majefté continua fa marche
deux jours après vers Derbent , accompagnée
de la Czarine & de touté fa fuite
, de même que de toute l'armée . Pen-
›
dant
D'OCTOBRE 1722 . 193
dant la marche & le féjour du Czar à Terki ,
on détacha le Brigadier Verterau avec 2000 .
Dragons & Colaques , pour s'avancer vers
Andreoff , Place fituée dans la même Province
de Dagheftan ; & comme les habitans refuferent
de fe foumettre , il les
attaqua , les
défit , & fit environ 5000. hommes prifonniers
de guerre , après quoi la Ilace fe tendit On
attend à tout moment la nouvelle de l'arrivée
du Czar à Derbent , qui n'eft qu'à trois ou
quatre journées de marche de Terki , & qui eft
dans la Province de Sciryan en Perfe.
On mande de Hambourg , que les Cofaques
étoient venus par terre joindre le Czar à Derbent
, & qu'ils y avoient apporté une fi grande
quantité de vivres , qu'il yen avoit affez pour
nourrir les troupes de Sa Majesté Czarienne
pendant plufieurs mois...
On mande auffi que l'ouverture de l'Affemblée
de la Diete generale s'eft faite à Varſovie
le s . de ce mois avec les ceremonies accoûtumées
. Le Comte Offolinski , Treforier
de la Couronne , a été élú Maréchal de la
Biete , avec un confentement unanime.
Les mêmes Lettres portent , qu'on écrit de
Berghen dans la Norvvege , que l'Efperance,
Vaiſſeau , qui en étoit parti au mois de Mai
1721. pour aller découvrir quelques ter es
inconnues du Groenlandt , en étoit revenu depuis
un mois , après avoir paffé l'hyver fous
le 67. degré 7. minutes de latitude) : que la
cargaifon qu'il a apportée , confiftoit en 28 .
tonneaux d'huile de baleine , 260. peaux de
chien de mer , & c. Que de 43. perfonnes qui
compofoient fon équipage , il n'en étoit mort
que deux que le Capitaine rapportoit que les
peuples des terres qù il a féjou né , font d'un
I .com194
MERCURE LE
"
commerce ailé ; que leurs moeurs font douces
que leur nourrituré confifte en chairs d'ani
maux du pays , & en chairs de poiffons qu'ils
font fecher au vent : qu'ils y jouiffent d'une
fanté parfaite qu'on y trouve communément
des vieillards de plus de cent ans que les
peuples fe retirent vers le 60. degré pendant
l'hyver , & que cette ſaiſon n'y eft pas plus rude
qu'à Berghen
Ön mande de Londres , que le Roy y eft arrivé
de Kinfington le 18. de ce mois. Le Chevalier
onyers fut élû Maire de Londres le 13 .
de ce mois , au grand contentement de la Cour
& des gens bien intentionnez,
Le Comte de Cadogan & M. de la Faye allerent
le 19. à la Tour ; ils y eurent une
Jongue conference avec le Sicur Laire , Avocat
. & le bruit courut le lendemain que ce
prifonnier avoit declaré tous les complices de
la derniere confpiration.
Les trois Compagnies des Gardes du Corps
& les Grenadiers à cheval , décamperent de
Hyde- Parc le 19. pour aller prendre les logemens
qu'on leur a marquez dans la liberté
de Westminster , & dans les environs du Pa-
Jais de S. James .
Le Lord Carteret , Secretaire d'Etat , a
écrit aux Directeurs de la Banque , & à
ceux de la Compagnie de la Mer du Sud ,
que le Roy avoit entierement découvert la
confpiration , & que Sa Majefté , ayant pris
toutes les mesures neceffaires pour la feuicié
publique , rien ne pouvoit les empêcher de
continuer leur commerce avec la même tranquillité
Cette lettre a calmé les Inquietudes
des in: erefféz , & les actions qui étoient tombées
au deflous de 85,font montées depuis à 89.
Un
D'OCTOBRE 1722. 195
Un Vaiffeau Anglois qui avoit été freté à
Lisbonne pour porter du bled à la Garniſon de
Mazagen , fur la côte d'Affrique , a été pris
par un Corfaire , qui après avoir fait pendre
le Capitaine Anglois par les pieds , a fait
emarquer l'équipage dans la chaloupe , &
l'a abandonné au gré des vents , lans lui donner
aucune provifion ; mais on a appris que
cet équipage, après 60. heures de navigation ,
avoit eu le bonheur d'arriver à l'ifle de faint
Michel .
On apprend de Lisbonne , qu'un Religieux .
arrivé depuis peu des Indes Orientales , a rapporté
que le Prince d'Angaria , feudataire de
la Couronne de Portugal , qui iefufoit depuis
long tems de rendre à Sa Majesté la foi &
hommage qu'il lui doit , ayant appris que Dom
François Jofeph Sainpayo , nouveau Viceroy,
de Goa , fe préparoit à l'aller attaquer dans
fes Etats , lui avoit envoyé un Ambaffadeur,
pour demander la paix , & qu'elle avoit été
conclue par un traité très avantageux au Roy
de Portugal & au commerce de- ce Royaume.
On a appris de Rome , que le 4. de ce mois,
M. André Cornaro , Ambaffadeur de la Re
publique de Venile , avoit reçû au Palais du
Quirinal , l'Ordre de l'Eperon d'or . Le Pape,
lui en donna la Croix ; le Duc de Poli , frere
de Sa Sainteté , lui ceignit l'épée , & les deux
Capitaines de la Garde lui mirent les éperons.
Quoique cette ceremonie ne lui donne pas le
droit de porter à Venife les marques d'honneur
de cet Ordre étranger , c'eft un ufage établi
parmi les Venitiens , que les Minifties de
la Republique ne reviennent jamais des quatre
grandes Ambaffades , fans en remporter le titre
de Chevalier,
I.ij. Le
196 LE
MERCURE
Le 9 de ce mois Don Emanuel , Infant de
Portugal arriva de la Cour de l'Empereur en
cette Ville , accompagné de M. le Marquis de
Villaparifo , Grand d'Espagne , & de M. le
Comte de Vafquez , gendie de M. de Perlat ,
Secretaire d'Etat de S. M. 1. C'eft le troifiéme
voyage que ce Prince fait à Paris , incognite
qu'il garde cette fois fous le nom de Chevalier
de Barcellos , une des principales terres de las
Mailón de Bragan e , devenue la tige de la
Maifon Royale de Portugal , depuis la proclamation
qui te fit en 1640. du Roy Don Jean IV.
ayeul de l'Infant .
Le but de lon voyage a été d'aſſiſter à la ce→
remonie du Sa re de Louis XV Outre que ce
Prince eft parfaitement bien fait , on ne peut
fé laffer d'admirer en lui un certain caractere
de grandeur , de majefté , & de politeffe qui le
rend auffi refpe &able qu'aimable . Son inclination
pour la guerre a quelque chofe de fi fingulier
, qu'il préfera le plaifir d'acquerir de lat
gloire au rifque d'encourir la difgrace du Roy
de Portugal , fon frere , en s'abfentant fecretement
de Sa Cour pour aller fervir en qualitédé
volontaire en Hongrie , où il ne fut pas
long- temps fans y donner des marques éclatantes
de fa valeur , & de fon intrepidité . Quoy
qu'il n'eut alors que 19. ans , il fe diftingua par
des actions qui marquoient une experience
confommée dans l'art militaire. Les Relations
du fiege de Belgrade en confacreront la memoire
à la pofterité.
L'Empereur fenfible au zele que ce Prince a
fait paroître pour fon fervice , l'a fait Major
General de fes troupes , & lui a affigné une
penfion convenable à un fils de Roy , qui fait
Revivre toute la gloire de fes ancêtres , qui
par
D'OCTOBRE 1722. 197
par fa haute réputation dédommage avantageufement
le Roy fon frere de fon abfence ,
& qui malgré le chagrin qu'il témoigne de ce
qu'il partit de Lifbone , fans prendre congé de
lui , ne laiffe pas d'applaudit en fecret à une
défobéiffance qui a eu des fuites fi glorieufes.
8
Le 14 il fit fa premiere vifite à Sa Majeſté ,
& à Monfeigneur le Regent. Ce fut fans cere
monie dans un des bofquets des jardins de Verfailles
, & comme par rencontre. Le Roy &
l'Infant s'embrafferent . Comme le Roy étoit
encore fort jeune la premiere fois que l'infant
Favoit vú , il le trouva fi parfait , qu'il fut fait
du plus vif fentiment d'admiration en l'abordant
, & il a avoué depuis confidemment à
ceux qui ont l'honneur de l'appro.her , qu'il
avoit été ébloui de l'éclat de fon augufte Phifionomie.
Cette furprife n'ôta pourtant rien à
lateauté de fon compliment. Il fut court , maisnoble,
& dans des termes qui marquoient la vivacité
de fon efprit , & fon refpect pour le
Roy. Après qu'il l'eut fini , l'un & l'autre fe
couvrirent , de même que Monfeigneur le Regent
, & M. le Comte de Clermont que S A R
prefenta à l'Infant , en lui difant , voilà M. le
Comte de Clermont , il porte prefentement le pe
tit colet , comme vous l'avez porté antrefais ,
mais bien- tôt il marchera fur vos traces. L'In
fant fenfible à la politeffe de Monfeigneur le:
Regent , lui répondit que M. de Clermont avoit
un trop bel exemple à fuivre en lui pour en
chercher un étranger. Un moment après l'Infant
prit congé du Roy , & alla rendre vifite àª
M. le Cardinal du bois. Depuis ce temps- là il
ne s'entretient que du bonheur qu'ont les François
d'obéir à un Roy auffi parfait que Louis'
XV.
L iij.
Nous
198 LE MERCURE
Nous parlerons dans le prochain Mercure de
l'effet qu'a produit le premier voyage que ce
Prince fit en France à l'égard de M. Couvay
Portugais d'origine , & Secretaire du Roy
Maiſon , Couronne de France & de fes finances
, & cet évenement nous donnera lieu de
faire part au public d'une très- belle Differtation
que M l'Abbé de Vayrac a faite fur l'inſtitution
de l'Ordre Militaire de Chrift , dont
M. Couvay a été fait Chevalier. /
On brûle au milieu de la Cour de la Banque,
dans une cage de fer d'environ huit à dix pieds
en carré tous les Regiftres , liaffes , extraits des
Notaires , & papiers qui ont fervi au vila , &
aux liquidations , en prefence des Maîtres des
Requêtes , nommez pour cet effet par le Roy.
Le Comte d'Epernon , petit fils du Duc
d'Antin époufe Mie de Montmoranci Luxem
bourg.
Le Chevalier de Pefé , Colonel du Regiment
du Roy époufe Me de Beringhen , fille de M.
Je Premier. Le Roy , Monfieur le Duc d'Orleans
, & les Princes du Sang ont figué à ſon
contrat de mariage.
L'Infante Reine n'a point quitté le féjour de
Verſailles pendant le voyage du Roy ; elle a cu
pour la garde un détachement de Gardes du
Corps , & un des Gardes Françoifes & Suiffes.
Les certificats & liquidations font à 23. pour
cent , & les actions à 900. liv.
On apprend de Cambray que le Comte.de
Merville , Ambaffadeur Plenipotentiaire de
France y étoit retourné le 14. de ce mois , que
Mylord Withworth , Ambaffadeur Plenipo entiaire
d'Angleterre , y avoit fait une magnifi
que entrée le 15. qu'il y avoit été falué de 40.
coups de canons , & que l'après-midy il avoit
été
D'OCTOBRE 1722. 199
été complimenté fur fon arrivée par tous les
Ambaffadeurs & Plenipotentiaires des autres
Puiffances .
On vicat de publier un Arreft du 26. de ce
mois , qui regle la maniere en laquelle on procedera
à la vente des effets de ceux compris
dans le rôle d'impofition , à titre de fupplement
de la capitation extraordinaire , arrêté au-
Confeil le 15. Septembre dernier , & qui n'y
oat pas fatisfait .
Autre Arreft du Confeil d'Etat du 28. Octo
bre , tenu à Rheims , qui proroge jufqu'au 1-
Janvier 1723. le délai accordé par l'Arreft du
30. Juin dernier aux Officiers des Maréchauf→
fées , Vie- Senéchauffées , & de Robbe - Courte; -
à l'effet de reprefenter leurs titres , & faire
P'oceder à la liquidation de leurs Offices.
Ordonne que ceux d'entre lefdits Officiers
qui ont obtenu des Ordonnances de liquidation
, & qui n'en ont pas retiré les expeditions ,
feroit tenus de le faire dans ledit délai , & d'en¹
faire l'emploi en quittance de finance , portant
intereft à deux pour cent , ou en acquifition
des Offices rétablis par l'Elit d'Aouft dernier ;
finon , & à faute de ce faire dans ledit temps
ils demeureront déchûs de leurs rembourſe
mens.
Revoque dès-à- prefent , à commencer da
1. Janvier prochain , la commiffion établie
pour la liquidation defdits rembourſemens.
Arreft du Confeil d'Etat dudit jour qui proroge
le délai porté par l'Arreft du 14. Septem
bre dernier pour rapporter les effets vilez , &
retirer les certificats de liquidation,
I iiij Dame
200 LE MERCURE
Dame Anne de Caumont de Laufun , Mar
quife de Belfunce , de Caftelmoron , & autres
lieux , eft morte le 6. O& obre dernier , en ſon
Château de Born en Agenois , âgée d'environ
81. ans . Cette Dame quoique d'un âge avancé ,
eft également regretté de tous ceux qui la connoifloient
par fa douceur , fon affabilité d'efprit
, fa candeur , & les autres vertus heroïques
qui fembloient être nées avec elle . Sa naiffance
& fon alliance étoient auffi diftinguées
que les éminentes qualitez ; elle étoit petite
niéce du Maréchal Duc de la Force , & foeur
cadette u uc de Laufun d'aujourd'hui . Ele
avoit épousée en 1668 M. Armand , Marquis
de Eellunce , Gouverneur & Grand Senéchal
d'Agenois & Condomois , aîné de la branche
cadette de la Maifon de Eelfunce , originaire
du Royaume de Navarre , où cette famille s'eft
toûjours confervée depuis plufieurs fiecles fur
un pied très illuftre , tant par les grandes actions
qui leur font comme hereditaires , que
par les dignitez importantes , & l'artache inviolable
qu'ils avoient fucceffivement confervé
auprès des anciens Rois de Navarre.
La Diẞertation Hiftorique de M. l'Abbé de
Camps , fur le Sacre & Couronnement des Rois
de France , depuis Pepin juſqu'à Louis XIV . fe
vend chez les mêmes Libraires qui débitent le
Mercure , ainfi que la Relation du iege du Fort
de Mon reuil , avec le pian gravé , ¿c.-
Nous donnerons par extraordinaire le mois
prochain la Relation ou Journal du voyage du
Roy à Rheims , avec la ceremonie de fon Sacre ,
defon Couronnement , du Feftin Royal , de la
Cavalcade à l'Abbaye de S. Remy , de la recep-
" tion
D'OCTOBRE 1722. 201
fion des Chevaliers de l'Ordre du S. Efprit , &c.
où il fera parlé des Grands Officiers de la Cou
ronne , de leurs fonctions . Enſemble des Fêtes,
Jeux , Divertißemens & Spectacles donnez à Sai
Majefté , à Villers Cotterets , & à Chantilly par
Monfieur le Duc d'Orleans , & par M. le Duc
de Bourbon. Le tout enrichi de remarques hiſto
fiques des lieux fituez fur la route du Roy , &c.
APPROBATION.
Ay la par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Supplément du Mercure du mois
Podobre , & j'ai cru qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion, A Paris le 2. Novembre
HARDION 1721.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES , en Vers & en Profe
Le Flaifir & la Sageffe Conte. page
Suite de la Lettre Critique fur les Specta les ,
& des Obfervations fur la Tragedie d'Athalie.
Lettre en vers en envoyant un bouquet.
10
31
Reception de M. des Fougerais dans l'Ordre de
Chriſt.
Ode :
Lettre fur une abftinence furprenante.
Ode
Anacreontique.
34
36
38
40
Lettre de M. Fuzelier , au fujet de la Comedie
du Nouveau Monde.
Vers imitez d'Horace.
-41
46
Réponse du Grand- Maître de Malthe au Commandant
de la flotte Othomane.
Bouts rimez.
Harangue faite au Cardinal du Bois.
47
49
So
L'amour Laboureur , imitation du Grec de
Mofchus. SI
Réponte de M. Baugier aux remarques critiques
fur les memoires de la Province de
Champagne.
Enigmes.
Chanfon.
53
68
69
Nouvel'es Litteraires des beaux arts , & c. 71
Lettres au fujet du Livre de la Religion ,
prouvée par les faits . idem .
Traité hiftorique & chronologique du Sacre
& Couronnement des Rois & des Reines de
France.
Difcours qui a remporté le prix d'éloquence à
Academic Françoife.
78
85
Difcours prononcé par M. Farges de Polify,
Avocat du i oy , à la rentrée du Châtelet.
Academies de Mufique de Lyon & d'Orleans ,
& c.
Academies de Portugal.
Spectacles , pieces nouvelles , & c.
Article des Colleges.
88
94
98
102
ΤΟΥ
Plaidoyers fur le partage des biens en France.
111
NOUVELLES
E'TRANGERES de Turquie,
de
Petefbourg , de Varfovie , de Stoxolm ,
de
Coppenhague , de Vienne , de Londres ,
de Lifbone , de Madrid , de Rome , & c. 124
Addition aux nouvelles étrangeres .
Mariage du Prince Electoral de Baviere . 144
Meurtre du Marquis Das Minas.
Journal de Paris.
Morts & mariages.
Avis , Eau de Eeauté.
Article des Arrefts , & c.
139
149
153
161
166
173
SUPLEMENT , extrait d'une Lettre de Marfeille.
177
Suite des Remarques fur les memoires hiftoriques
de Champagne.
182
Nouvelles de
Conftantinople & de Ruffic. 191
Errata de
Septembre 1722.
Age 25 vers penul . uſage , lifez l'uſage.
Page 44 ligne 2 envoyé , lifez envoyée.
Page 46 ligne 9 le nom , lifez ce nom.
Page 66 v. penul. Courones , lifez Courone.
Page 71 ligne 27 l'auroit , lifez l'auroient.
Page 72 ligue 11 Bajaget , lifez Bajazet ,
Page 116 v. 2 femmes , life femme.
Page 186 ligne 9 aprouvé , lifez éprouvé.
Page 221 ligne 19 Langou , lifez Langon.
Fautes à corriger dans le Supplement de
Septembre , contenant la Relation du
Siege du Fort de Montreuil , & c.
Age 26 lignes du bas , Reffous , lifez Reffons.
Page 48 lignes du bas , toures , lifez tourtes.
Fautes furvenues pendant l'impreffion
de ee Livre.
Age 17 ligne 19 du frivole , lifez du fon
frivole .
Page 18 ligne 7 faut , lifez fait.
Page 28 ligne du bas , faut , lifez fait.
Page 43 ligne 7 limites , lifez lumieres.
Page 6 ligne 2 du bas la , liſez le.
Page 62 ligne 15 près , lifez après .
Page 64 ligne 10 & , lifex en .
Page 66 ligne 16 nommé , lifez nommée.
Page 67 ligne du bas Billets , lifeg Billes
Page 76 ligne 6 du-bas un , lifez ou.
Page 77 ligne 3 Dufour , lifex Par Dufour.
La Chanfon doit regarder la page 69.
MERCURE
DE
NOVEMBRE 1722 .
JOURNAL
DU VOYAGE DU ROY
A RHEIMS .
Contenant ce qui s'eft paffé de plus remarquable
à la Ceremonie de fon Sa
cre , & de fon Couronnement , à la
Tranflation de la Sainte Ampolle , au
Feſtin Royal , à la Cavalcade , à l'inftallation
du Roy dans l'Ordre du
S. Efprit, &c .
Avec la Deſcription des Fêtes données à
S. M. à Villers- Cotterets , & à Chantilly
, par Monfieur le Duc d'Orleans ,
Regent , & par M. le Duc de Bourbon ;
& quelques Remarques hiftoriques de
M. l'Abbé de Vayrac , fur les lieux
qui ont été honorez de la prefençe du
Roy.
PREMIER VOLUME.
A PARIS ;
Chez les mêmes Libraires du Mercure
A VIS.
L
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
L'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Le prix eft de 30. folsa
LE
MERCURE
DE
NOVEMBRE 1722 .
I. Volume.
島のもの
JOURNAL
» Du Voyage du Roy à Rheims ,
contenant ce qui s'est passé de
plus remarquable à la Ceremonie
de fon Sacre , & de fon Couronnement
, &c.
L
E Sacre du Roy fournit tant
de chofes dignes de la curiofité
de toute la France , &
même de l'attention de toute
l'Europe , que ne pouvant les renferme t
toutes dans les bornes ordinaires du Mercure
, nous fommes indifpenfablement
1. Vol. A ij obli
4
LE MERCURE
obligez de donner une Relation particuliere
de ce qui s'eft paffé de plus remar
quable à cette occafion , depuis le départ
du Roy, julques à fon retourà Verfailles.
pour
Au refte, cette matiere eft d'elle- même
fi vafte , & fi majeftueufe , que bien loin
d'avoir recours aux ornemens du difcours ,
& aux figures hyperboliques , nous n'avons
rien tant à craindre que de ne pou
voir pas trouver des expreffions affez
fortes donner une idée juſte & parfaite
de la pompe , & de la magnificence
de ces auguftes Ceremonies , & de ces fuperbes
Fêtes. Si cet ouvrage peut meriter
quelques applaudiffemens ce ne fera
qu'à l'attention , & aux foins avec lefquels
nous avons recueilli des memoires , &
des inftructions , que nous les devrons .
S'il eft vrai , comme l'on ne fçauroit en
difconvenir , que le Sacre de nos Rois
foit une des plus auguftes Ceremonies que
la Religion & la politique ayent établies
pour rendre les Souverains plus refpectables
à leurs fujets , il faut demeurer d'accord
que Monfieur le Duc d'Orleans n'a
rien pegligé pour relever l'éclat de celui
de Louis XV. En effet , jamais la France
n'a vû facrer fon Roy avec plus de
magnificence & de tranquillité , tant domeftique
qu'étrangere. La paix qui depuis
long -temps calme toute l'Europe par
*
les
DE NOVEMBRE 1722. S
les foins & le fecours d'un génie fuperieur
qui a forcé des obftacles , & des
difficultez , qui autrefois auroient caufé
de longues guerres , a laiffé à toutes les
nations l'heureux loifir d'être les témoins
de cette augufte & refpectacle Ceremonie.
Cette paix aimable qui accompagne
la Régence la plus tranquille , & en même
temps la plus glorieufe qu'on ait jamais.
vûë dans ce Royaume , a raffemblé dans
Rheims tout ce qui pouvoit former le
plus pompeux ſpectacle de l'Univers .
C'eft-là qu'on a vû le Roy couvert
d'or , & de pierreries prefqu'ineftimables ,
effacer par fes graces naturelles tous les
charmes & le prix immenſe que donnent
aux diamans le luxe , & l'opinion. Le
Ciel a paru dans cette occafion vouloir
s'intereffer à la felicité de la terre , & le
Roy a joiii pendant prefque tout fon
voyage des plus beaux jours que l'Automne
puiffe donner .
Avant le départ du Roy , le Marquis
de Dreux , Grand-Maître des Ceremonies
, alla chez les Princes du Sang de la
part du Roy, pour les inviter de fe rendre
a Rheims le 25. Octobre , pour affifter
au Sacre de S. M. & pour y repreſenter
les anciens Pairs Laïcs du Royaume.
Le Roy écrivit à tous les Commandeurs
& Chevaliers de fes Ordres, de fe rendre .
1. Vol. A iij à
6 LE MERCURE
*
à Rheims pour affifter à la Ceremonie quí
fe devoit faire le lendemain de fon Sa
cre , lorfque S. M. prendroit l'habit de
Chef & Souverain Grand - Maître de
l'Ordre du S. Efprit. Le Cardinal de
Noailles fur fa¡Lettre d'invitation fuplia
S. M. de le difpenfer de ce voyage , à
cauſe de fon âge avancé. Le Roy lui
écrivit une feconde Lettre , par laquelle
Sa Majefté l'en difpenfa .
Le Roy fit expedier un Brevet à M.
d'Armenonville , Garde des Sceaux de
France pour reprefenter le Chancelier à
fon Sacre, à la place de M. Dagueffeau .
Les Confeillers d'Etat , & Maîtres des
Requêtes , nommez par M. le Garde des
Sceaux pour l'accompagner au Sacre , &
pour l'affifter dans les fonctions , au fujet
des graces que le Roy accorde , lors de
cette grande Ceremonie , partirent quelques
jours avant S. M. pour examiner les
procès des prifonniers renfermez dans les
prifons des Villes par où le Roy devoit
paffer en allant à Rheims . Ils avoient ordre
de faire un état de tous ceux qui n'y
font détenus que pour des affaires civiles,
& pour certains crimes , & de u'y point
compre les voleurs de grands chemins ,
affaflins , incendiaires , déferteurs , ni
les criminels de rapt & de viol , & c.
Les Miniftres des Puiffances Etran-
- geres
DE
NOVEMBRE 1722. 7
geres ont été invitéz aux Ceremonies du
Sacre , & au Feftin Royal . Ils ont eu le
Pour à Rheims comme les Princes du
Sang , c'eft- à- dire , qu'en marquant leurs
logemens à la craye , les Maréchaux des
Logis , & Fourriers du Roy ont mis fur
la porte de leurs appartemens pour M. un
tel , au lieu de mettre fimplement M. un tel.
Le Cardinal du Bois , Principal Mi.
niftre , & les autres Miniftres & Secretaires
d'Etat , le Garde des Sceaux , le
Contrôleur General des Finances , & les
Grands Officiers de la Maifon du Roy
partirent le même jour que S. M. Les
Ducs qui n'avoient point de fonction
marquée au Sacre ne s'y font point
trouvez.
M. de Clermont Tonnerre , Evêque
Duc de Langres , n'ayant pû affifter au
Sacre à caufe de fes infirmitez , le Roy
nomma à fa place M. de Fleury , ancien
Evêque de Frejus , Precepteur de S. M.
qui jouira pendant fa vie des honneurs
de Pair de France.
Le Prince de Turene , fils aîné du Duc
de Bouillon , receu en furvivance de la
Charge de Grand Chambellan , en a fait
toutes les fonctions au Sacre , à la place
de M. fon pere , refté à Paris incommodé
de la goute.
Madame
LE MERCURE
Madame étoit partie de Paris dès le
douze Octobre , preffée par l'attachement
qu'elle a pour fon augufte Famille,
& par l'envie de voir à Rheims Madame
la Ducheffe de Lorraine , fa fille , qui s'y
étoit rende avec les Princes & les
Princeffes les enfans . Madame n'avoit
écouté dins la tendre impatience , ni ſes
incommoditez , ni les Medecins qui ne
lui confeilloient pas d'entreprendre ce
voyage . On a payé bien cher les mouve
mens de fon amour maternel par les allarmes
qu'a jetté dans les efprits le redoublement
de fon mal à Rheims ; heureufement
fa fanté s'ett rétablie., & elle eft
revenue à S. Cloud en affez bonne fanté..
Elle y arriva le 3. Novembre à dix heures
du matin.
Quelques jours avant le départ du Roy
on a été en foule chez M. Rondet , Garde
des Bijoux de la Couronne , admirer
celle qui a fervi au Sacre de Sa Majefté ,
chargée de diamans & de perles d'un
prix infini , & arrangez avec un art , &
un goût égal à fa magnificence . Le devant
du cercle de cette fuperbe Couronne
qui eft à raye & doublée d'une calotte
d'une étoffe de foye à fleurs d'or ,
auffi couverte de diamans & de perles ,
étoit occupé par le fameux diamant ,
acheté pour le Roy par Monfieur le Duc
d'OrDE
NOVEMBRE 1722 .
P
勖
d'Orleans , au Capitaine Pitth , Anglois ,
& le fommet terminé par une double
fleur- de- lys étoit enrichi par le Sanffi ,
diamant moins grs , mais plus parfait o
que l'autre . La Couronne d'or a été travaillé
par M. Balin , fi connu par fon
habileté.
On
envoya à Rheims
le D'ais qui fervit
au Sacre de François
premier
, & celui
qui fervit
à celui
d'Henry
III. Inſtituteur
de l'Ordre
du S Elprit
. On s'en
eft fervi à la Ceremonie
de cet Ordre
>
lorfque
le Roy en prit l'habit
de Chef
& fouverain
Grand
- Maître
le lendemain
de fon Sacre. Tous les ornemens
·Royaux
dépofez
au Tréfor
de Saint
Denis
, ont été portez
à Rheims
par trois
Religieux
de cette
Abbaye
, dont
nous
parlerons
plus bas , lefquels
ont affifté
-au Sacre
, & ont même
eu l'honneur
d'affifter
au Feftin
Royal
, ayant
reſté
dans la falle
pendant
tout le temps qu'il
a duré , felon la permiffion
qui leur en
fut donnée
par une Lettre
de Petit
Cachet
, pour
recevoir
enfuite
les habits
Royaux
.
Les quatre Compagnies des Gardes du
Corps , les Compagnies des Gendarmes
& Chevaux- Legers de la Garde du Roy,
les deux Compagnies des Moufquetaires ,
& la Compagnie des Grenadiers à Che-
1.Vol . A y val
10 LE MERCURE
val, ſe rendirent au Camp devant Rheims,
par differentes routes , & y camperent le
18. Octobre. Les Officiers avoient deslogemens
marquez .
Les fix Bataillons des Gardes Françoifes
, à l'exception de 400. hommes
pour la garde du Roy , partirent de Paris
le 10. Octobre , & arriverent au Camp
devant Rheims le 18. en paffant par
Claye , Meaux , la Ferté - fous - Jouarre
Château-Thierry , où ils féjournerent ,
Dormans & Epernay. Les rations pendant
la route leur ont été diftribuées à
Claye & à Château - Thierry. Les Gardes
Suiffes ont pris une autre route , pour
éviter la confufion & l'embarras ; elles
fe font rendues à Louvres le 11 : Octobre
où elles ont campé , le 12. à Nanteüil ,
le 13. à la Ferté- Milon , où elles ont féjourné
, le 14. le 15. à Ouchy- le - Château
, le 16. à Fîmes , & le 17. au Camp
devant Rheims . Il y a eu auffi dans ce
Corps un détachement de 200. hommes
-pour monter la garde chez le Roy , &
un autre eft refté pour monter celle de
I'Infante Reine à Verfailles , commandé
par M. de Cartelle , Officier du Regiment
, nommé pour ce fervice par M.
le Duc du Maine . Le Roy a fait fournir
pendant la route , le pain , le bois & la
paille aux Soldats , & au Camp la viande
DE NOVEMBRE 1722 . II
de de plus. Les Officiers ont eu le fourage
pour leurs chevaux pendant tout le
voyage.
Le Camp a été commandé par M. le
Duc de Villeroy , qui a tenu des tables
fplendides pour les Officiers , où il y
avoit par jour jufqu'à deux cens couverts.
LeRoya difpenfé de ce voyage les Gentilshommes
au Bec de Corbin , pour éviter
la trop grande confufion d'Officiers
de fa Maiſon ; par la même raiſon
d'abreger la multiplicité des détails
la Nobleffe de Champagne à été difpenfée
auffi de faire une Députation à
Sa Majefté .
Nous nous flatons que les vers qu'on
va lire n'ennuyeront point , & qu'ils ne
feront point ici trop déplacez .
SUR LA PROVENCE AFFLIGEE.
Préfages heureux , tirez du Sacre &
du Couronnement du Roy
P
Euples accablez de miferes
Qu'un trifte fleau deſeſpere ,
Donnez quelque tréve à vos pleurs ,
Il n'eft plus de nouveaux malheurs .
Le calme fuccede à l'orage ,.
Et croyez en à mon préfage ,
1. Vols
A vi
LE MERCURE
Nos maux feront bien - tôt finis ,
Car on va couronner LOUIS.
*
Un bruit auffi faux que funefte,
Tait durer en ces lieux la pefte ,
Et par tout on nous croit perdus
Un jour les méchans confondus
Cefferont d'exercer leur rage ,
Et croyez-en à mon préfage ,
Nos maux feront bien- tôt finis ,
Caron va couronner LOUIS .
Quoique l'Avare nous defole ,
Que le Monopoleur nous vole ;
Et que l'ignorant Affaffin ,
Nous porte la mort dans le fein
Nous échaperons le naufrage ,
Et croyez en à mon préſage ;
Nos maux feront bientôt finis ,
Car on va couronner LOUIS..
11 eft vrai que l'argent nous manque ,
Bruits répandus par des gens malintens
sionnez.
Mais
DE
NOVEMBRE 1922. 意象
Mais nous voyons commerce & Banque ,
Déja reprendre un libre cours
Ayons en Dieu nôtre recours
"
Les Rois font ici ſon image
Et croyez-en à mon préfage ,
Nos maux feront bien- tôt finis
Car on va couronner LOUIS.
Son Prédeceffeur fut grand homme
Les Heros de Grece & de Rome , ¦-
Par lui furent tous effacez
Si fes beaux exploits font paffez
Nous en verrons bien davantage s
Et croyez en à mon préfage,
Nos maux feront bien tôt finis ;.
Car on va couronner LOUIS.
Par les foins d'un augufte Prince ,
Nous avons vû nôtre Province ,
Secouruë en tous fes befoins ;
Ce font autant d'heureux témoins ,
Qui nous annoncent le bel âge ม
* Attention de Monfieur le Regent fur lw
Provenco durant la peste,
14
MERCURE LE
Etcroyez-en à mon préfage ,
Nos maux feront bien- tôt finis
Car on va couronner LOUIS.
Que les vices les plus horribles ,
Que les monftres les plus terribles ,
Rentrent dans le fond des enfers ,
La vertu va les mettre aux fers ;
Ils ne feront plus de ravage ,
Er croyez- en à mon préfage ,
Nos mauxferont bien tôt finis,
Car on va couronner LOUIS
La Foy , la Paix & la Juſtice ,
Triomphent deformais du vice ,
Les méchans feront abbatus :
Puifque mille & mille vertus
Sont d'un jeune Roy le partage $
Et croyez-en à mon préfage ,
Nos maux feront bientôt finis
Car on va couronner LOUIS .
B. JULLIEN
Marseille ce 8. Octobre 1722
DE'-
DE NOVEMBRE 1722 .
DEPART DU ROr.
A Majefté partit de Verſailles le 16+
du mois d'Octobre fur les deux heures
après midi , accompagné dans fon caroffe
de M. le Duc de Chartres , de M.
le Duc de Bourbon , de M. le Comte de
de Clermont , de M. le Prince de Conti
, & de M. le Duc de Charoft , fon
Gouverneur . Il étoit précedé par les détachemens
des Gendarmes , des Chevaux-
Legers de la Garde , des deux Compagries
des Moufquetaires , les Commandans
à leur tête , & fuivi du Guet des
Gardes du Corps. Le Vol du Cabinet ,,
qui fuit Sa Majefté dans fes voyages ,
marchoit devant fon caroffe. * Il arriva
au Palais des Thuileries vers les cinq
'heures du foir , au milieu des acclama
tions d'une foule innombrable de peuple ,,
qui étoit accouru de toutes parts , pour
marquer la joye qu'il avoit de revoir Sa
Majefté dans la Capitale de fon Royaume.
* On appelle Vol du Cabinet , l'équipage des
chiens des oifeaux , que conduisent des
Officiers de la Fauconnerie du Cabinet du Roy,
dont M. Jean-Claude Forget eft Capitaine ge
neral.
Monfieur
16 LE MERCURE
"
Monfieur le Duc d'Orleans , qui fe
promenoit depuis long- temps dans le
jardin des Thuilleries , pour être à portée
de faifir le moment de l'arrivée de Sa
Majefté , fe rendit promptement au
bas de l'efcalier du Château des Thuilleries
dès qu'il apperçut dans la cour
l'avant - garde de la marche. Le Roy
monta dans fon appartement , où il fut
complimenté fur fon voyage , & ſe difpofa
pour partir le lendemain .
,
Le 17. le Roy entendit la Meſſe à 9 .
heures du matin , dans la Chapelle du
Château des Thuilleries , dîna à 10 .
heures préciſes , & partit à onze. Pendant
toute la route , en allant & en revenant
, Sa Majesté a toûjours dîné avanť
de monter en caroffe. La marche fut
femblable à celle du jour précedent , les
mêmes détachemens de la Maifon du
Roy , qui avoient accompagné Sa Majefté
depuis Verfailles , précedoient &
fuivoient le caroffe , dans lequel étoit le
Roy , accompagné de Monfieur le Duc
d'Orleans , du Duc de Chartres , du
Duc de Bourbon , du Comte de Clermont
, du Prince de Conti , & du Duc
de Charoft , fon Gouverneur. Toutes
les rues de Paris , qui conduifent à la
Porte faint Martin , & les chemins
bien avant dans la campagne , étoient
rem
DE NOVEMBRE 1722. 17
templis d'une affluence prodigieufe de
perfonnes de tout âge & de tout fexe ,
qui par des acclamations continuelles &
d'autres démonftrations de joye , témoignoient
la fincerité de leurs voeux , pour
obtenir du Ciel , qu'il continuât de répandre
fur la Perfonne Sacrée de SaMajefté
les plus heureufes influences , & que
fon Sacre fût l'heureux préfage d'un Regne
auffi long que glorieux . Le Roy alla
coucher à Dammartin.
و
DAMMARTIN eft un Bourg confiderable
, fort ancien & honoré du titre de
Comté. 11 eft fitué à fept lieues de Paris
, entre faint Denis , Gonnelle , Montmorency
& Louvres , fur une hauteur ,
dans cette partie de l'Ile de France , que
les Geographes appellent la Goëlle en Parifis
, pour la diftinguer d'une autre contrée
du Pays d'Artois qui porte le même
nom. On prétend que Goëlle eft un serme
Celtique , qui fignifie terre legere.
Il feroit à fouhaiter que les Etymolo
giftes nous euffent donné la veritable origine
du nom de DAMMARTIN : mais
par malheur ils conviennent fi peu entre
eux fur cet article , que l'illuftre Hadrien
de Valois , à qui la Republique des
Lettres eft redevable de tant de curieu-
Les recherches , après avoir examiné dans
fes fçavantes Notices fur les Gaules , tout
ce
18 LE MERCURË
ce que les Anciens ont dit touchant la
dérivation de ce nom , femble n'adopter
le fentiment d'aucun des Auteurs qu'il
cire , & laiffe la queſtion indécife , tant
il trouve de difficulté à la décider .
"
» Lambert d'Ardres , dit ce profond
Scrutateur de l'Antiquité , qui a écrit
l'Hiftoire des Comtes de Guines , appelle
DAMMARTIN , le Domaine du
Seigneur Martin , & donne à Albert
le titre de Comte de ce Domaine :
Lambertus Ardenfis , qui de Comitibus
" Gifnarum fcripfit , Dominium Domini
Martini vocat, & Albertum de Dominio
» Martini Comitem . n Quelques autres ,
( continue- t- il ) attribuent à ce lieu le
nom de Fortereffe du Seigneur Martin,
→ ce qui revient preſque au même ſens :
» Alii Caftrum Domini Martini nuncupant.
Ily a des Modernes , pourfuit-
´il , qui font dériver la premiere fyllabe
de DAMMARTIN du mot latin Do-
»mino , duquel ils forment Domnum , &
" de Domno , Dom , qu'ils transforment
en Dam , de forte qu'en ajoûtant le
nom propre de Martin , ils compo-
» fent celui de DAMMARTIN : Noftri
» enim ex Domino Domnum , ex Demno
Dom & Dam fecerunt.
»
Cette derniere dénomination eft d'ausant
plus naturelle , qu'elle fe trouve autoriDE
NOVEMBRE 2722. 17
forifée par deux actes ; l'un en françois
de l'an 1298. & l'autre en latin de l'an
1304. inferez dans les preuves de la Ge
nealogie de la Maifon de Vergy , compo
fée par André Du Chefne. Le premier
eft une Déclaration de Philipe le Bel ,
Roy de France , par laquelle ce Mo
narque rend témoignage que JEAN de
Dommartin a donné en mariage fa fille
MAHAUT à HENRY de Vergy ; & lo
fecond , l'extrait d'un Arrêt du Parlement
, qui commence par ces mots : Cum
Joannes nuper Domni Martini , ce qui
prouve clairement qu'il y a 422 , ans que
cet endroit s'appelloit DOMMARTIN ;
& que par la fuite des tems , Dom a été
changé en Dam , conformément à ce que
dit M. de Valois . Cependant ce grand
Hiftorien affure , que Guillaume le Breton
, dans le quatrième Livre de fa Philipide
, donne à RENAUD le titre de Comte
du Seigneur Martin , ce qui ne s'accorde
pas tout-à-fait à l'Arrêt que nous
venons de rapporter, In libro quarto Philipidos
Domini Martini Comes REGINALDUS
appellatur à Vvillelmo Brittone
, fi ce n'eft qu'on fuppofe avec le
même M. de Valois , que dans les Chartes
des Monafteres , le nom de Prieuré
du Seigneur Martin eft attribué à DAм-
MARTIN , in Polytychis Monafteriorum
Prie
( 16 LE
MERCURE
Prioratus de Domino Martino in Goëla
memoratur. Quoiqu'il en foit , il faut
qu'anciennement DAMMARTIN fut un
lieu d'une grande diftinction , puiſque le
même le Breton l'appelle un Noble Châtean
, dont les richeйles immenfes furent
enlevées par les ennemis
Nobile Caftellum rebus fpoliatur opimis.
Nous avons déja dit que
DAMMARTIN
eft honoré du titre de Comé. Il nous
refte à prefent à parler de fon antiquité ,
du rang que fes Comtes ont occupé dans
l'Etat , de leurs alliances , & des differentes
Maiſons dans lesquelles il eft entré.
Le premier Comte de DAMMARTIN ;
dont nous ayons une connoiffance parfaite
, eft un nommé MANASSE's , qui vivoit
au commencement de l'onzième fiecle
, & qui foufcrivit en 1028. avec plufieurs
autres Grands du Royaume , à la
Charte de confirmation , que le Roy Robert
accorda à l'Abbaye de Coulombs ,
tous les dons qui lui avoient été faits par
ROGER , Evêque de Beauvais , & par
OLDORIC , Evêque d'Orleans . Quelques
Hiftoriens le font auffi Comte de
Beauvais mais ils n'accufent pas plus
jufte que ceux qui prétendent , qu'un
de
nommé
DE NOVEMBRE 1722 2 %
nommé Lancelin ait pris la qualité de v
Comte de Dammartin en 1013. auffi - bien
que
Pre
,
de Beauvais , n'y ayant aucun Acte
qui juftifie que l'un ni l'autre ait poffedé
le Comté de Beauvais en tout ni en partie
, ni qui donne le moindre lieu de croicelui
de Dammartin ait apparteque
hu à Lancelin , du moins pouvons - nous
affurer que quelque foin que nous nous
Lyons donné pour avoir des preu
ves de ces deux faits , nous n'avons pû
trouver aucun Auteur qui en faffe mention
, fi ce n'eft un Confeiller du Préfi.
Fidial de Beauvais , qui en 1704. mit au
jour quelques Remarques , fous le titre
de Supplement à l'Histoire de Beauvais,
aufquelles on peut donner plutôt le nom
de Rapsodies que de toute autre chofe ,
fant elles font mal digerées & deftituées
ãe fondement & d'autoritez , encore ne
donne- t- il à Lancelin que la qualité de
Cafatus Ecclefia Belvacenfis , qui ne convenoit
qu'à des vaffaux , qui étoient tenus
à des fervices & à des devoirs envers
Eglife, à cause de leurs Fiefs, ou de leurs
manoirs , moins ferviles , à la verité , que
ceux dont étoient chargez les fujets que le
Droit appelleMancipia & fervi Ecclefia .
Le Comte MANASSE'S fut tué au
fiege de la ville de Bar en 1037. & laiſſa
de fa femme , dont le nom a été inconnu
€2
LE
MERCURE
nu à tous les Genealogiftes , HUGUES I.
du nom , Comte de Dammartin , qui en
1075. reftitua à l'Abbé de faint Lucien ,
le Prieuré des Bulles qu'il avoit ufurpé ,
confentit que GOSCELIN l'Enfant, fon
neveu , fit donation au même Abbé du
Fief de Haucourt , ainfi qu'il eft prouvé
par le Pere Mabillon , dans fa Diplomatique
, page 586. & en 1081. il donna ,
du confentement de Guy , Evêque de
Beauvais , & de RAYDE , fa femme ,
l'Eglife de faint Leu-fur- Oye , dite de
Serans , aux Religieux de Cluny , &
fonda la même année le Prieuré d'Efferens.
Il mourut peu de temps après , &
laiffa trois fils & deux filles , fçavoir ,
PIERRE , BASILE HUGUES II. du
nom , ADELE & EUSTACHIE .
3
HUGUES II . du nom , fucceda à fon
pere au Comté de Dammartin , & fe
maria avec ROTHWILDE , de laquelle il
eut ALBERIC I. du nom , lequel prit alliance
avec CLEMENCE de Bar , veuve
de Renaud , Comte de Clermont en Beauvoifis
, & fille de Renaud , Comte de .
Bar, & de Gile de Vaudemont , laquelle
étant morte , il fe remaria avec AMICIE
de Beaumont , Comteffe de Leicef
tre en Angleterre
fille de Robert ,
Comte de Beaumont & de Leiceftre ,
dit aux blanches. mains , & de PetroDE
NOVEMBRE. 1722 .
2}
tronille de Grand- Mefnil , & veuve de
SIMON III. du nom , Comte de Montfort
, de laquelle il ne laiffa point d'enfans
. C'étoit un Seigneur d'un merite
très - diftingué , & fi eftimé du Roy
Louis VII. qu'en 1155. il le fit Chambrier
de France , pour reconnoître
les fervices importans qu'il en avoit
reçûs. Il mourut environ l'an 1181. & .
laiffa de fa premiere femme ALBERIC
II. du nom , qui lui fucceda au Comté
de Dammartin , qui époufa une Dame ,
appellée MAHAUT , dont les Genealogiftes
ne rapportent pas le nom de famille.
Il mourut l'an 1200. & laiffa deux
enfans & trois filles , fçavoir ,
RENAUD
,
SIMON , ALIX , AGNE'S & CLEMENCE
de Dammartin.
RENAUD I. du nom
fucceda au
Comté de Dammartin , & fe maria en
premieres nôces avec Marie de Chatillon
, fille aînée de Guy , Seigneur de
Chatillon , II du nom, & d'Alix de
Dreux , qu'il répudia pour époufer Ide,
fille aînée , & principale heritiere de
Matthieu de Flandres , Comte de Boulogne
, lors veuve de Gerard , Comte de
Gueldres , & de Bertoul , Duc de Zerengen
, dont elle n'avoit pas eu d'enfans.
De cette derniere femme il n'eut
qu'une fille appellée Mahaut 2º, de ce
nom,
24
LE MERCURE
nom , Comteffe de Boulogne , à caufe
de Marie de Boulogne , fon ayeule maternelle
. Elle fut accordée en 1201. à
Philipe de France , dit Hurepel , ou le
Rude , fils du Roy Philippe- Augufte, &
d'Agnès de Meranie , qui mourut en 1233 .
fans laiffer qu'une fille unique , appellée
Jeanne , Comteffe de Boulogne , de Cler
mont & d'Aumale. Elle fut accordée par
un Traité paffé au mois de Decembre de
l'année 1236. à Gaucher de Chatillon
Seigneur de Montjay , de faint Aignan ,
&c. & l'époufa en 1245. mais elle mourut
fans pofterité en 1251 .
Dès l'année 1235. Mahaut , fa mere ,
avoit pris une feconde alliance avec
l'Infant Dom Alfonfe de Portugal , qui
la répudia en 1246. pour épouler Doña
Beatrix , fille naturelle de Dom Alfonfe
X. Roy de Caftille , par le fecours duquel
il obtint le Royaume de Portugal,
après avoir fait déclarer Dom Sanche
II. fon fiere , incapable de regner , dans
une Affemblée generale des Etats generaux
. Ce divorce fut caufe , que le Pape
Alexandre IV. jetta fur le Portugal un
interdit , qui ne fut levé qu'après la mort
de la Comteffe Mahaut , qui arriva en
1260. felon le fentiment de Juftel , mais
du Cange a prouvé que cet Hiftorien s'eft
trompé , & qu'elle mourut en 1258. En
1233-
DE NOVEMBRE 1722 . 25
1233. elle avoit fait hommage au Roy
faint Louis du Comté de Boulogne , qu'elle
poffedoit du chef de fa mere.
Avant que d'aller plus avant , il eſt
important de parler des alliances que
prirent les autres enfans d'ALBERIC II.
Comte de Dammartin , dautant qu'elles
nous doivent fervir de regle , pour faire
voir les changemens qui furviendront
dans la fuite , touchant les defcendans de
cette illuftre Maiſon.
SIMON de Dammartin devint Comte
Aumale & de Ponthieu , par le mariage
qu'il contracta avec Marie , Comtelle
de Ponthieu , de laquelle il eut
JEANNE , Comtefle de Ponthieu & d'Aumale
, qui époufa le Roy Dom Ferdinand
de Caftille , & de Leon - 1II . du
ROM . AGATHE , qui fut mariée à Jean ,
Vicomte de Chatelleraud. PHILIPPE >
qui époufa en premieres nôces Raoul II.
du nom Comte d'Eu & de Gaines ,
après la mort duquel elle fe remaria avec
Raoul II. du nom , Seigneur de Coucy ,
de Marle & de la Fere ; & en troifiémes
nôces elle prit alliance avec Othon
III. du nom , Comte de Gueldres & de
Zuphen , furnommé le Boiteux. Elle vivoit
encore en 1277. & Marie de Ponthien
alliée avec Jean II . du nom ,
Comte de Roucy.
›
>
1. Vol. B
26 LE MERCURE
Des trois foeurs de Simon , Comte de
Dammartin, ALIx qui étoit l'aînée époufa
Jean , Seigneur de Trie , & de Mouchy
en Beauvoifis. AGNE's fut mariée avec
Guillaume , Seigneur de Fiennes , & CLEMENCE
avec Jacques de Saint Ormer.
Du mariage d'Alix de Dammartin
& de JEAN II. de Trie , nâquirent Mathien
de Trie qui fuit , Enguerand nommé
avec fes freres dans la ratification
qu'ils firent de la donation , confentie par
leur beau-frere à l'Abbaye du Parc - aux-
Dames. Renaud de Trie , Seigneur de
Fontenay , ayeul de Mathieu de Trie ,
Maréchal de France , qui fit la tige des
Seigneurs de Fontenay . Bernard de Trie,
dont on ne trouve que le nom . Catherine
de Trie , mariée avec Guillaume le jeune,
Seigneur de Caenton , & Jeanne de Trie ,
femme de Robert Bertrand.
MATHIEU de Trie , Seigneur dudit
licu , & de Moucy , ayant fuccedé au
Comté de Dammartin par la mort de la
Comteffe de Boulogne , fa coufine , il en
prit le nom & les armes , ce qui lui attira
un grand procès avec le Comte de Saint
Paul , dont il vint à bout à fon avantage.
L'Abbé & les Religieux de Marcheraoul
lui cederent tout ce qu'ils prenoient fur
la terre de Moucy , avec le Moulin de
Marquemont , & en échange il leur donna
DE NOVEMBRE 1722. 27
du
conna
au mois de Decembre 1259.
fentement de fa femme , & de fes enfans,
neuf muids de bleds évaluezà 25. livres,
à prendre fur les habitans de Moucy.
jufqu'à ce qu'il leur eut affigné un autre
fonds en quelque autre endroit. Outre
cela il leur donna encore 12. liv. de
rente pour la fondation d'une Chapelle.
en leur Eglife . En 1275. il plaidoit contre
la Dame de Sailleville pour la mouvance
d'une Terre qu'il prétendoit être
tenuë de celle de Moucy. L'année fuivante
il ceda à Anfau le Vicomte , & à
Jean , dit SaraZin , Chambellan du Roy,
l'ufage que la Comtelle de Boulogne lui
avoit donné dans la Foreft de He , Par
Arreft de l'an 1267. il fut maintenu dans
la Haute - Juftice de faTerre & Châtelainie
de Moucy , & des Ficfs en dépendans
, que les Officiers du Roy lui difputoient
, & mourut en 1275. Il avoit
epoufé Marfilie de Montmorancy , fille
de Mathieu III . du nom , Sire de Montmorancy
, & de Jeanne de Brienne , de
laquelle il eut un fils , mort jeune. Philippe
de Trie qui étoit l'aîné , tige des
Seigneurs du Pleffis -Bellebault , & de
Mareuil. Jean , Comte de Dammı in
qui fuit. Thibaut , Seigneur de Serif› n=
taine , & de Moucy , & Simon de Tric ,
Seigneur de Gouvieux , Doyen de l'EI.
Vol. Bi glife
28 LE MERCURE
glife Collegiale de Mortaing.
JEAN I. du nom , Comte de Dammartin
, Sire de Trie & de Moucy , fut prefent
à l'échange que fit fon pere avec
l'Abbé & les Religieux de Marcheraoul
en 1259. & donna du vivant de fon pere
à l'Abbaye de Froimont au mois d'Aouft
1264. pour le repos de l'ame d'Ermen
garde, la premiere femme , tous les acquets
qu'il avoit faits aux environs de la Terre
de du Pleffis , avec la cinquième partie
de ce qu'il y poffedoit , s'en refervant
neanmoins l'ufufruit fa vie durant. Il
vendit au mois de Septembre 1265. certaines
terres labourables qui en étoient proches
, & de la Foreft de He , & fur les
conteftations qu'il eut avec les Religieux
de cette Abbaye au fujet de l'ufage qu'il
leur demandoit dans leurs bois , il en tranfigea
au mois d'Avril 1268. & en 1271 .
Après la mort de fon frere SIMON , le
Bailly de Senlis le pourfuivit pour l'obliger
à rendre foy & hommage de la Terre
de Gouvieux , & il y fut condamné en
1275. Dans la fuite ayant fuccedé au Comté
de Dammartin , il confirma & augmenta
la donation que fon pere avoit fait
à l'Abbaye de Bonport , pour le repos de
l'ame de fon frere qui y fut enterré , traita
au mois d'Octobre 1273. avec Bernard
de Trie, fon neveu, des Terres qu'il avoit
dans
DE NOVEMBRE 1722 . 29
dans le Boullonnois , lui en donna d'autres
en Beauvoifis , & promit de faire
ratifier par fa femme , & par fes enfans
du premier lit, le contrat d'échange. Cela
n'empêcha pourtant pas qu'ils n'euffenc
des conteftations enfemble fur ce fujet en
1280. & il fut condamné à garantir ce
qu'il avoit cedé au préjudice des oppofi
& des droits de l'Abbé & des Religieux
de Froimont .
tions ,
Lorfque Pierre d'Alençon alla au fecours
de Charles de France , Roy de Sicile
en 128 2. contre les Siciliens qui s'étoient
revoltez , il fut un de ceux qui
l'accompagnerent , & fe diftingua pour
le fervice de ce Prince par fa valeur . A
fon retour il eut procès avec l'Evêque de
Beauvais en 1290. qui lui demandoit
la reftitution de certaines Terres , qu'il
difoit avoir été ufurpées fur un de fes predeceffeurs
, appellé Foulques de Dammartin
, par Lancelin de Dammartin , fon
pere .
Il fervit le Roy Philippe le Bel dans la
guerre de Flandres , & fut tué à Mons en
Puelle le 18. Aouft 1304. Il avoit épousé
en premieres nôces Ermangarde de .....
de laquelle il eut des enfans , dont on n'a
pas de connoiffance. En fecondes nôces il
prit alliance avec YOLANDE de Dreux
Dame de Saint Aubin & de Dun au pays
1. Vol. B iij
de
30 LE MERCURE
de Caux , fille de Jean I. du nom , Comte
de Dreux , & de Marie de Bourbon , fa
femme. Renaud , Comte de Dammartin
qui fuit. Philippe de Trie , Treforier de
l'Eglife de Beauvais , qui vivoit encore
en 1328. & avoit la tutelle de Jean de
Trie , fon frere . Mahaut de Trie , mariée
à Paris au mois de Septembre 1298. avec
Henry de Vergy II . du nom , Senéchal
de Bourgogne , Seigneur de Fonvens &
d'Autrey, auquel elle apporta 900. liv.
de rente affifes fur la Terre de Saint Aubin
en Normandie , qui dans la fuite furent
tranfportées en 1304. fur les Terres
de Gouvieux & de Trie. Elle affifta en
1309. au mariage de Renaud , Comte de
Dimmartin , fon neveu , & Jean de Trie
Seigneur de Moucy , Senéchal de Touloufe
à d'Albigeois , qui eut de trèsgrands
procès contre le Comte de Dammartin
, fon frere , au fujet de la Terrede
Moucy qui lui avoit été adjugée pour
48 o. liv . & dont il avoit été mis en poffeffion
par le Bailly de Senlis l'an 1310 .
Il vendit à l'Abbaye de Saint Lucien de
Beauvais un cens qu'il prenoit fur un
moulin qui appartenoit aux Religieux de
cette Abbaye , fitué dans le lieu d'Athon,
& en 1315 le Roy Louis H tin confirma
cette vente par fes Lettres Patentes . Il
joüiffoit par fa femme fur les moulins >
&
DE
NOVEMBRE 1722 . 31
-
& fur les Halles de la ville de Rouen d'un
certain revenu provenant de la fucceffion
d'Ou lart de Chambly , qui lui fut contefté
, mais il en eut main-levée en 1323.
Etant Senéchal de Toulouf , il accorda
en 1324. certains Privileges aux habitans.
de la nouvelle Baftide de Trie , dans la
Senéchauffée de Touloufe. La même année
le Roy lui fit payer une fomme de
4180. liv. pour les provifions & muni- ;
tions qu'il avoit fourni à la ville de Touloufe
l'année precedente. Il fervit dans
la guerre de Gascogne fous Mathieu de
Trie , Maréchal de France , fon parent ,
avec fix Ecuyers , depuis le 23. Juin jufqu'au
24. Aouſt 1326. & mourut au com →
mencement de l'année 1327. Il avoit
époufé N.... de Chambly , dont il laiffa
trois fils & trois filles mineurs ; fçavoir,
Mathieu de Trie , Seigneur de Moucy ,
qui plaidoit fous la Tutelle de fa mere à
la fin de la même année 1327. contre
l'Evêque de Beauvais , & contre Jean ,
Comte de Dammartin , fon coufin , en
l'année 1328. procès qui fe perpetua longtemps
, puifqu'il plaidoit encore en 13 0.
& 1351. contre la veuve du même Comte
Jean de Dammartin . Il mourut peu avant
l'an 1360. Renaud de Trie , mort avant
1350. Yolande de Trie , nommée dans des
Arrefts de 1335. & 1338. avec les freres.
I. Vol B iiij pour
D
32 LE MERCURE
pour la repriſe du procès qu'ils avoient
contre le Comte de Dammartin. Eleonore
de Trie , veuve en 1356. de Robert de Saint
Clerc , Seigneur du Pleffis , & Jean de
Trie , Chanoine de l'Eglife de Moucy`.
puis Archidiacre de Chalons , qui eut un
grand procès avec la Dame du Pleffis ,
fa foeur en 1356. pour le Fief d'Atigny
, de la fucceffion de Philippe de
Trie , Treforier de l'Eglife de Beauvais ,
leur oncle. Etant devenu Seigneur de
Moucy par la mort de fes freres , il tranfigea
le 24. Janvier 1360. avec Glifes de
Soyecourt , Seigneur de Moy , qui avoit
eu le don du Roy du rachat de la Terre
de Moucy , & auquel il demandoit celui
de la Terre de Moy . Deux ans après il fit
donation de la Terre de Moucy à Renaud ·
de Trie , dit Patrouillart , Seigneur du
Pleffis , fon parent , & à défaut d'hoirs à
Mathieu de Trie , dit Lothier , Seigneur
de Serifontaine , s'en réſervant neanmoins
la joüiffance fa vie durant . Il ceda au Roy
une fomme de 700. liv. qui lui étoit dûë
de la rente qu'il prenoit fur les moulins ,
& fur les Halles de Rouen , en confideration
de l'amortiffement qu'il obtint au
mois de Juillet 1364. de 50. liv . de rente
en certains heritages , fituez dans Domremy
.
RENAUD I. du nom , fucceda au
Comte
DE
NOVEMBRE 1722. 33
Comté de Dammartin , & fut fait Chevalier
en 1313. par le Roy Philippe le Bel,
avec plufieurs Princes & Grands Seigneurs
du Royaume. Il eut de grands
démêlez avec Jean de Trie , fon frere , au
fujet de la Terre de Moncy qui durerent
encore long-temps après la mort , arrivée
en 1319. Il avoit époulé Philippe de
Beaumont , qui eut la garde de fes enfans.
De ce mariage nâquit Renaud II . du
nom , qui par un traité paffé à Vincen--
nes le 16. Juillet 1319. prit alliance avec
Police , dite Hipolyte de Poitiers , fille :
aînée d'Aymar , Comte de Valentinois ,
& de Sybille de Baux. Il plaida pendant.
les mois de Decembre de cette année , &.
de Janvier de 1320. tant pour lui , que:
pour fon frere & fa four , contre Jean
de Trie , Seigneur de Moucy , & contre
Raoul de Chantilly. Il mourut en 1327 .
& n'ayant pas laiffé de pofterité , Jean
de Trie , fon frere , lui fucceda au Comté:
de Dammartin.
JEAN II. du nom , Comte de Dammartin
, pourſuivit vivement le procès·
que fon pere & fon frere avoient foutenu :
contre le Seigneur de Moncy & fes heritiers
. Le Roy lui fit don du Travers de
Gouvieux en 1332. en récompenfe der
l'hommage du Fief de Theron nne , à Paris
, & de celui de Coye à Luzarches . I
Bv époufa 1.Vol.
34
LE MERCURE
épcufa Jeanne de Sancerre , à laquelle
Louis de Sancerre , fon frere , pour fatisfaire
au traité de fon mariage , ceda
300 liv . de rente à prendre fur cellequ'il
avoit au Tiéfor Royal , & qui fut
confirmé par llee RRooyy au mois de Janvier
1330. Il eut de fon mariage Jacqueline de
Lammartin , qui prit alliance en 1330 .
avec Jean de Chatillon , & mourut en
1337. & Charles , Comte de Dammartin ,
qui fut émancipé en 1338. Il fe trouva
au mois de Juin de l'an 1358. avec trois-
Chevaliers , & dix- huit Ecuyers de fa
Compagnie à l'Oft de Breteuil en Normandie
, & la même annéè à la Bataille:
de Poitiers , en laquelle il demeura prifonnier
du Comte de Salisbury , & fut:
conduit en Angleterre . Pour en fortir
il tranfporta au Connétable de Fiennes le
13. Novembre 1360. fes Terres de Capy
& de Bafeque en échange de celle de Marrot,
file au Comté de Salisbury , en Angleterre
, que le Connétable avoit cedé
au Comte de Salisbury , en diminution
de fa rançon. Il y retourna en 1364. &
s'y foutint avec éclat , au moyen des .
fommes confiderables que le Roy lui fit
tenir. En étant revenu le Roy le commit
le 25. Juin de la même année pour convoquer
la Nobleffe du Diocéfe de Paris ,
& la mener dans fa Compagnie contre les
Bretons ,
DE NOVEMBRE 1722 . 35
Bretons , fous les ordres de Bertrand du
Guefclin. En 1367. Sa Majesté le retint
encore pour le fervir dans fes guerres
avec 50. hommes d'armes , fix Chevaliers,
& neuf Ecuyers à 5o. 1. par mois outre fes
gages. Il eut l'honneur de tenir au mois de
Decembre de l'année 1368. fur les Fonsde
Baptême le Roy Charles VI . avec let
Maréchal de Montmorancy . Au mois de
Fevrier 1373. le Roy lui accorda , & à
fes Officiers , la connoiffance des Nobles
de fes Terres , & l'année fuivante ill
tranfigea en fa prefence au Bois de Vincennes
avec le Connétable de Fiennes , aw
fujet des Terres qu'il lui avoit tranfportées
, qui étoient de plus grand revenu
que celles qu'il avoit cedées en Angle
terre , & en retira la Terre de Capy , l'Etang
de Gouvieux , & la rente de 2000. 1 .
que ce Connétable prenoit à vie fur le
Tréfor Royal
Il avoit épousé Jeanne d'Amboiſe ,
Dame de Nefle & de Montdoubleau , fille
aînée d'Ingerger , Seigneur d'Amboise &
de Marie de Flandres , Dame de Nefle
& de Montdoubleau , de laquelle il ne
laiffa que Blanche , Comtefle de Dammartin,
Dame de Nefle , mariée à Charles
, Seigneur de la Riviere , qui retira
avec elle la Terre de Mondonbleau que ,
fa mere avoit venduë. Etant morte fans
1.Volo
B
vj
en36
LE MERCURE
&
enfans , le Comté de Dammartin échus
aux defcendans de Jacqueline de Dammartin
, la tante. Jean de Fayel , Vicomte
de Breteuil le poffeda peu de temps ,
étant mort fans enfans , Marie de Fayel ,
fa foeur & fon heritiere , mariée à Renaud
de Nanteüil , Seigneur d'Acy qui
fuivoit le parti de Charles Dauphin , Duc
de Touraine , ce qui fut caufe qu'il n'en
peutjouir à caule que le Roy Charles VI..
en fit don à Antoine de Vergy , Seigneur
de Champlite , comine ayant droit
à caufe de Jean de Vergy , fon pere
petit- fils de Mahaut de Dammartin , lequel
droit fut confirmé depuis par Jean
Duc de Belfort , au nom de Henry VI ..
Roy d'Angleterre , qui demeura maître.
de Paris & des lieux circonvoifins après.
la mort du Roy Charles . Cependant.
Comme quelques zelez défenseurs des
droits Royaux foutenoient que ce Comté
appartenoit à Hnry , Roy d'Angleterre ,
par forfaiture & confifcation , le Procureur
General du Parlement le faifit fur
Antoine de Vergy a 1 mois de Septembre.
1425. ce qu'Antoine ne pouvant fouffrir
fans fe plaindre , il prefenta Requête au
Roy Henry , par laquelle il le fupplia
d'avoir égard , tant au droit qu'il avoit
fur le Comté qu'à la foy & hommage
qu'il en avoit rendus , & aux grands fervices
DE NOVEMBRE 1722 37"
vices qu'il avoit rendus à l'Etat , & de
lui accorder tout le droit de proprieté &
de Seigneurie que Sa Majefté y pouvoit
avoir par forfaiture ou confifcation
quoi le Roy Henry ayant égard , lui accorda
par fes Lettres Patentes , données
à Paris le 26. Juillet 1427. tant pour lui:
que pour fes defcendans , tout le droit
qu'il pouvoit avoir fur ledit Comté , à
quelque titre que ce put être ; de fortes
que dans la fuite Antoine de Vergy prit le
nom & les armes de Comte de Dammar:
ce que tin , & les porta jufqu'à ce que le Dan--
phin de France , étant parvenu à la Couronne
fous le nom de Charles VII . le dépoü
lla du Comté , & le donna à Marguerite
de Nanteuil , fille de Renaud de
Nanteuil , Seigneur d'Acy & de Marie
de Fayel , qui le porta en mariage à Antoine
de Chabannes qui fuit.
Chevalier ANTOINE de Chabannes
des Ordres du Roy , Senéchal de Car
caffonne , Bailly de Trayes , & Grand-
Maître de France , na quit en 1411. & fut
élevé Page auprès du Comte de Vantadour
& du Seigneur de la Hire. En 1424.
ilfe trouva à la bataille de Verneuil , où
il fut fait prifonnier. Ayant recouvré la
liberté il continua à fervir dans toutes les
occafions qui fe prefenterent , & fe trouva
au Siege de Gergean , au combat de
Pafay
38 MERCURE 1 LE
Pafay en 1429. & au Siege de Compiegne
en 1430. En 1432. il fut établi Capitaine
de la Ville & Château de Creil , d'où il
fit plufieurs courfes fur les ennemis , &
dans une action il prit le bâtard de Saint
Pol & leSeigneurd' Humieres , qui lui paye- .
rent une groffe rançon . Il fe trouva à la
prife de Meulan en 1435. executa une
entreprife qu'il avoit projettée fur Saint
Denis, & paffa en Normandie , où il prit
Harfleur , & plufieurs autres places. Il
mena en 1437. en Cambrefis , & en Hainault
la Compagnie , qu'on furnomma la
Compagnie des Ecorcheurs , fe mit enfuite
au fervice du Comte de Vaudemont , qu'il
quitta à la follicitation du Duc de Bourbon.
Après avoir fait fon accord au mois
d'Aouft 1438. il alla avec le Connétable
au Siege de la ville à Marché de Meaux
en 1439. Il tint le parti du Dauphin du
temps de la Praguerie , & refta avec lui
après fon accommodement. Il le fuivit en
1442. à la prife de Pontoise & de Dieppe,
& en 1444. vers Bafle , ou dans une rencontre
il défit un gros bataillon de Suifles.
Depuis le Roy le retint à fon fervice , le
mit au nombre de fes Penfionnaires , lui
donna la Charge de Grand Pannerier en
1447. & lui fit de grands biens. Il eut la
garde de Jacques Cou , lorfqu'il fut fait
prifonnier , des biens duquel il ent les
Terres
१
DE
NOVEMBRE 1722. 30
Terres de Saint Fargeau , & autres du
pays de Puyfiye qu'il le fit adjuger pour
certaine fomme , dont il obtint le don . Il
eut encore le premier jour d'Avril de
l'année 1453. la Terre de Blancafort en
Guyenne comme appartenante à fa
femme après qu'elle eut été repriſe fur les
ennemis. Il fut envoyé en 1455. avec le
Maréchal de Loheac en Roüergue pour
reduire les Places qui y tenoit le Comte
d'Armagnac , & en récompenfe de fes
fervices , il en obtint quelques- unes , fut:
fait Senéchal de Carcaffonne en 1456. &
Lieutenant General de l'armée envoyée
en Dauphiné après que le Dauphin fe fut
retiré en France , & il fe rendit maître de
tout le pays , ce qui caufa depuis fa difgrace
. Car après que le Roy Louis XI.
fut parvenu à la Couronne , il le fit arrê
ter à la pourfuite de fes ennemis , & con--
duire au Louvre , où il fut deux ans , pen--
dant lefquels fon procès lui fut fait , &
par Arreft du 20. Aouſt 1463. il fut condamné
à un banniffement , & d'aller demeurer
à Rodés. Ses biens furent confifquez
& donnez au Seigneur de Nantouil
let , à l'exception de ceux qui furent rendus
aux heritiers de Jacques Cour. Au
lieu de lui faire tenir fon ban , il fut mis
à la Baftille , d'où il fe fauva le 12. Mars
1464. fe retira en Bretagne , embraffa le
parti
400
LE MERCURE
parti des Princes liguez , fous le prétexte
du bien public , fuivit enfuite celui du
Duc de Normandie ; & s'étant accommodé
avec le Roy , il rentra dans tous fes
biens & dans toutes les Charges , & le
23. Avril 1467. il fut fait Grand-Maître
de France , & Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel . Il mena la même année.
un fecours aux Liegeois , qui étoient en
guerre avec le Duc de Bourgogne , &
quelque temps après il fut envoyé en Ambaflade
avec le Legat du Pape , en Bretagne
, vers le Duc de Normandie , frere
du Roy , où par fon moyen il y eut une
Tréve pour faciliter l'affemblée des Etats
de Tours , où tout fut pacifié. En 1469 .
il eut le commandement de l'armée que
le Roy envoya en Armagnac , avec laquelle
il réduifit tout ce pays à l'obéïſfance
du Roy , auprès duquel il fe rendit
au voyage que ce Prince fit en Picardie
, & en Artois. Il obtint de lui
en 1470. partie de la confifcation des
Terres du Comte d'Armagnac. En 1472-
il jetta du fecours dans Beauvais , affiegé
par le Duc de Bourgogne , alla joindre
enfuite le Connétable au pays de Caux
pour s'oppofer aux Bourguignons
l'année fuivante il fut député à Senlis
la negociation de la paix avec le Duc de
Bourgogne. Quelques années après le Roy
, &
pour
lui
DE NOVEMBRE 1722. 47
lui donna les Capitaineries d'Harfleur , de
Montivelier , & de Château-gaillard , &
enfin le Gouvernement de Paris , où il
mourut âgé de 77. ans le 25. Decembre
1488: 11 eft enterré au milieu du Chour
de l'Eglife de Dammartin , où il avoit
fondé fix Prebendes , & pareil nombre
dans l'Eglife de Saint Fargeau au mois de
Decembre 1483.
Il avoit époufé au mois de Septembre
1439. Marguerite de Nanteuil , Comteffe
de Dammartin , fille' unique & heritiere
de Renaud de Nanteuil , Seigneur d'Acy'
& de Marie Fayel , Comteffe de Dammartin
& de Breteuil. Le Duc de Bourbon
lui engagea le 22. Juillet 1440. pour
dix mille écus la Châtellenie de Chauveroche
, dont il tranfigea le 13. Janvier
1447. & changea fa Terre de Blancafort
avec le Roy pour celle de Gournay , fur-
Marne , & autres qu'il fit unir au Comté
de Dammartin le 12. Janvier 1463. Il eut
de fon mariage Jean de Chabannes , Comte
de Dammartin qui fuit. Jacqueline de
Chabannes , Dame d'Onchain , femme de
Claude- Armand , Comte de Polignac ,
morte fans enfans. Il eut encore un fils
naturel , nommé Jacques , qui mourut le
12. Janvier 1489 .
JEAN de Chabannes , Comte de Dammartin
porta en 1470. du vivant de fon
pere.
9
42 LE MERCURE
༡
pere la qualité de Seigneur de Saint Far
geau , fous laquelle il recevoit une penfion
du Roy en 1485. Les 18. Janvier
1488. & 14. Jillet 1498. il fit hommage
pour fon Comté de Dammartin , & de
les autres Terres . Il époufa en premieresnôces
Marguerite de Calabre , fille naturelle
de Nicolas d'Anjou , Duc de Calabre
& de Lorraine, & en fecondes nôces il prit
alliance avec Suzanne de Bourbon , Comteffe
de Rouffillon , & Dame de Montpenfier
, fil'e aînée de Louis , Bâtard de Bour
bon , Comte de Rouffillon , Amiral de
France , laquelle étant veuve en 1503. elle
obtint délai pour faire hommage du Comté
de Dammar in. Du premier lit vint
Anne de Chabannes , Comtelle de Dammartin
qui n'avoit que trois ans lorfque
fon pere la fit émanciper le 23. Janvier
1488. Elle époufa en 1496. Jacques de
Coligny, Seigneur de Chatillon fur - Loing,
Prevoft de Paris , dont elle n'eut point
d'enfans . Du fecond il eut Antoinette de
Chabannes Dame de Saint Fargeau
mariée avec René d'Anjou , Seigneur de
Mezieres ; & Avoye de Chabannes , Comteffe
de Dammartin , émancipée par fon
pere le 19. Juin 1500. n'ayant encore que
fept ans . Elle fut mariée en premieres
nôces avec Efrond de Prie , Seigneur de
Bufançais , puis avec Jacques de la Tri-
›
mouille
DE
NOVEMBRE 1722. 43
2
mouille , Seigneur de Bommiers , & en
troifiémes nôces avec Jacques de Brifay
Seigneur de Beaumont , Lieutenant du
Roy en BBoouurrggooggnnee , avec lequel le 20%
Janvier 1532. elle vendit la moitié du
Comté du Rouffillon à Blanche de Tournon
, veuve de Jacques de Coligny , Seigneur
de Chatillon-fur- Loing , Dame
d'Honneur de la Reine de Navarre , &
donna le Comté de Dammartin à Frangoife
d'Anjou , la parente , en faveur du
mariage qu'elle contracta avec Philippe
de Boulainvilier , duquel mariage nâquirent
Philippe de Boulainvilier , Comte
de Farquemberge , René , Perceval , &
Anne de Boulainvilier , lefquels vendirent
le Comté de Dammartin à Anne de
Montmorancy , Connétable de France, par
trois contrats , l'un de l'an 1554. le fecond
de l'an 1556. & le troifiéme de l'an
1561. furquoi il y eut un très- grand procès
entre eux , Ondard Philippe & Jean
de Rambures , leurs freres uterins , à caufe
du transport qu'ils firent des droits &
prétentions qu'ils avoient fur ce Comté à
François de Lorraine , Duc de Guife.
Mais après plufieurs plaidoiries le Duc
de Montmorancy fut maintenu dans la
paifible poffeffion du Comté de Dammarin,
& il a demeuré dans fa maiſon jufqu'en
1632. qu'il fut confifqué au profit du
Roy
44 LE MERCURË
Roy , par Arreft du 3. Octobre qui con
damna Henry II . du nom à avoir la tête
coupée pour crime de felonie , & uni au
Domaine de la Couronne , de même que
Chantilly , Gouvieux , & leurs dépendances
, par Lettres Patentes du mois de Mars
1533. Le Roy y établit un Bailliage , auquel
il unit les Juftices particulieres de
Mory , de Saint Memes , de Saint Supleix
& de Vivans.
Pendant le regne de Louis XIII . let
Comté de Dammartin demeura uni à la
Couronne après fa mort , la Reine Anne
d'Autriche , Regente , en fit don au
Prince de Condé, & comme ce don auroit
pû être revoqué , dans le Traité des
Pyrenées , il fut folemnellement confirmé
par un Article qui porte formellement
, que Louis de Bourbon , Prince
de Condé , fera rétabli dans tous les
biens qu'il poffede en France , à quelque
titre qu'il les ait acquis.
Il y a à Dammartin un Prieuré de
l'Ordre des Prémontrez , deffervi par un
Prieur , affifté de deux autres Prêtres ,
fous l'invocation de faint Jean - Baptifte.
Il y a auffi une Eglife Collegiale , dédiée
à Nôtre- Dame , dont le Chapitre
eft compofé de fix Chanoines & d'un
Doyen. Prés de la Collegiale eft un Hôpital
pour les malades , & hors de l'entrée
DE
NOVEMBRE 1722. 45
trée du Bourg , du côté de Paris , on
trouve une Maladrerie de faint Lazare ,
où l'on dit une Meffe toutes les femaines.
De l'autre côté , près du grand chemin
qui conduit à Nanteuil & à Soiffons , font
les reftes du fameux Château de Dammartin
, dont il eft tant parlé dans les -
Hiftoires , & dont la vûë , auffi- bien
que
celle du Bourg , n'eft limitée d'aucun cộ-
té. On compte à Dammartin 349. feux.
Le 18. Octobre le Roy partit de Dam
martin , après avoir entendu la Mefle
& arriva d'affez bonne heure au Châreau
de Villers - Coterets , qui appartient
à Monfieur le Duc d'Orleans . S. A. R.
avoit fait préparer ce Château pour y recevoir
Sa Majefté , qui fut faluée à fon
arrivée de douze pieces de canon & de
cent boëtes , qui firent plufieurs déchar
ges.
VILLERS - COTERETS eft une petite
Ville,ou, pour parler plus jufte, une groffe
Bourgade de l'Ile de France , dans le
Duché de Valois , dont il fait une partie
confiderable. Elle eft environnée d'une
vafte foreft de trois côtez. Anciennement
ce n'étoit qu'un vieux Château ,
qu'on appelloit la Male- Maifon , à caufe
qu'il étoit bâti au milieu de la forêt ,
& qui fervoit de retraite à une troupe de
voleurs , qui s'y tenoient cachez pour détrouffer
46 LE MERCURE
2
trouffer les paffans. Laurent Bouchel ,
Avocat au Parlement , dit dans le premier
article de fon Commentaire , fur le
premier titre des Coûtumes de Senlis ,
que dans cette forêt , que les Latins appellent
Reffia ou Retia , il y avoit , non
loin de l'endroit où eft bâti Villers - Coterets
, une Tour fort élevée , appellée la
Tour de Heaumon , habitée par un Seigneur
, nommé Auger le Danois . Elle
étoit appellée ainsi , parce qu'elle étoit
fituée dans l'endroit le plus éminent de
toute la foreft. Les Romanciers prétendent
que cette Tour fût un Palais des
Fées , & qu'un redoutable Geant y fit fa
demeure. Mais comme nous traitons
d'une matiere très- ferieufe , qui n'a pour
but que l'inftruction ou la curiofité du
public , nous n'avançons ce fait que comme
une fable , qu'on croit que Nicolas
Bergeron , Avocat au Parlement de Paris
, bel efprit du feiziéme fiecle , & natif
de Bethift , au Duché de Valois , inventa
pour divertir Marguerite de Valois
, Reine de Navarre , & enfuite de
France , qui fe plaifoit extrêmement à
ces fortes de contes , & à laquelle le Duché
de Valois fut donné pour partie de
fon deüire. Laiffant donc à part tout ce
qui ne peut qu'amufer fans inftruire ,
nous ne nous attacherons qu'à ce qu'il y
a
DENOVEMBRE 1722. 47
a de plus ferieux , de plus pofitif , &
de plus remarquable touchant Villers-
Coterets.
Les chofes les plus dignes de la curiofité
de nos Lecteurs , font l'étymologie
du nom de Villers - Coterets , & la maniere
dont cet endroit eft devenu une partie
affez confiderable de l'Apanage des
Enfans de France.
Le nom primitif de Villers - Coterets
eft Vilers -Col-de- Rets , lequel fe forma
par corruption de Vilier- cotte- de Rets ,
derivé du Latin Villaris ad collum Rhetia
. Dans la fuite , la corruption augmentant
de plus en plus , les uns l'appellerent
Villers - Cotrès ou Villers-Coterets
, n'étant pas encore bien decidé , s'il
faut prononcer l'un ou l'autre de ces
deux noms modernes . Quoiqu'il en foit , il
eft conftant que cet endroit tire fon nom
de la fameuſe forêt de Rets ou Retz , qui,
felon la fupputation du fçavant Bouchel,
contient ving- fept mille arpens de terrain
, dont il y en a au moins dix mille
de haute- futaye , un buiffon , appellé de
Aigle , de toute forte de bois d'environ
Axx mille arpens , & le refte en taillis ,
graines , bruyeres ou terres incultes .
On pourroit raconter une infinité de
chofes curieufes qui regardent le pays de
Valois , dans lequel Villers - Coterets cft
fitué;
LE MERCURE
,
fitué , mais comme cette narration nous
meneroit trop loin & que nous nous
fommes bornez uniquement à rapporter
ce qu'il y a de plus effentiel , nous nous
contenterons de dire que le Valois fic
partie du Domaine de la Couronne de
France , fous la premiere Race de nos
Rois , & que vers le temps d'Hugues
Capet , il en fut feparé , & poffedé par
un Hebert ou Herbert , Comte de Vermandois
, dont Hugues le Grand époufa
la fille appellée Alix , & par ce mariage
il devint Comte de Valois.
و
Raoul , fils aîné de Hugues le Grand,
lui ayant fuccedé , prit le titre de Seigneur
de Valois , comme il paroît par
deux Actes Fun de l'an 1133. qui
prouve qu'il étoit Grand - Maître de la
Maifon de Louis le Gros , & l'autre de
1135. qui fait voir qu'en cette qualité il
fit un accord avec l'Abbé & les Religieux
de faint Jean des Vignes lez- Soiffons
, au fujet de quelques conteftations
qu'ils avoient enfemble. Après avoir reparé
les ruines d'une Abbaye , qui depuis
ce temps- là eft appellée Restauré
dans les vieux titres , il mourut en 1151.
fans laiffer de pofterité.
Quoique par la Loi d'Appanage le
Valois dût être réuni à la Couronne
neanmoins Philippe d'Alface , Comte de
FlanDE
NOVEMBRE 1722. 49
Flandres , qui avoit époufé Elifabeth ,
foeur de Raoul , ufurpa la Seigneurie de
Valois , & donna un petit dédommagement
à Eleonore , foeur de fa femme ,
ainſi qu'il eſt juſtifié par Meyer dans les
Annales de Flandres , qui rapporte le
fait en ces termes , fous l'année 1158.
Philippus Elfatius Comitatum Valen
fium, qui & Crifpacenfis , Comitatum Ambianorum
, Belcanas , quas ipfe traditur
exædificaße, cum aliis multis munitiffimis
locis adiit.
En 1177. Louis VIII . dit le jeune
faire connoître à Philippe d'Alface, pour
que les Comtez de Vermandois & de
Valois appartenoient au Domaine de fa
Couronne , en ceda la joüiffance à Thibaud
de Crefpy , Sieur de Nery & de
Saintines. Cependant quelque tems après ,
ayant marié Philippe- Augufte , fon fils ,
avec Ifabeau , fille du Comte d'Hainaut
, il fut convenu que pour recompenfe
du Comté d'Artois , que cette
Princeffe apportoit en mariage , les Comtez
de Vermandois & de Valois , dont
Philippe d'Alface ne joüiffoit que comme
de bien dotal de fa femme , lui feroient
cedez en proprieté & à perpetuité
, ce que Philippe - Auguste ne voulut
pas effectuer , lorfqu'il fut parvenu à la
Couronne.
C Phi- 1. Vol.
150
LE MERCURE
Philippe d'Alface irrité du refus de Philippe-
Augufte , voulut en avoir raifon par
la force des armes ; mais ayant appris
que
que ce Monarque s'étoit mis à la tête
de fon armée , qu'il venoit à lui
pour le
combattre , & qu'il étoit déja arrivé à
Amiens , il demanda la paix , qui lui fuc
accordée par un Traité , qui fut conclu
en 1184. à condition qu'il le contentercit
de la fimple joüiffance de faint Quentin &
de Peronne, & qu'il reftituëroit tout le
refte du Vermandois & du Valois .
En la même année 1184. Eleonore ,
foeur d'Elifabeth , femme de Philippe
d'Alface , qui étoit morte fans enfans
prétendit au Comté de Valois , en quali
té d'heritiere de fa défunte foeur , & prit
le nom de Dame de Valois ; elle fit même
une fondation d'un Canonicat dans
l'Eglife de faint Thomas de Crefpy , &
donna au Chapitre cinq muids de bled a
prendre fur les moulins de Valois , &
deux journées de pêche fur l'étang d'Antilly
, ce qui marque qu'elle en avoit la
jouiffance , dans laquelle elle fut pourtant
troublée par Philippe- Auguste , qui
plaida vivement contre elle jufqu'en 1191.
qu'ils pafferent une tranfaction , par laquelle
le Roy lui ceda certains biens pour
tous les droits qu'elle pouvoit prétendre
fur le Valois ; & pour plus grande feureté
DE NOVEMBRE 1722. 51
reté cette tranfaction fut ratifiée en 1194.
de forte que par voye de rançon , ou
pour parler plus jufte , par reverfion , le
Valois fut incorporé au Domaine Royal ,
qui devint l'Appanage de Jean Tristan ,
troifiéme fils de faint Louis en 1268 .
ainfi qu'il eft rapporté par M. de Sainte-
Marthe , dans leur Hiftoire Genealogi .
que de la Maifon de France. Mais étant
mort avant le Roy fon pere , fans laiffer
d'enfans d'Yolande de Bourgogne , Com-.
teffe de Nevers , cette Terre revint au
Domaine Royal , & fut donnée en Appanage
à Charles, fils de Philippe le Hirdy
en 1282. à titre de Comté , qu'il
prefera à tous les autres titres car au
lieu qu'il avoit accoûtumé de s'appeller
auparavant Charles , fils de France , Comte
d'Alençon , de Chartres , d'Anjou , &c.
il ne s'appella prefque jamais dans la
fuite que Sire , Seigneur & Comte de Valois
, dautant que c'étoit fon vrai Domaine
legitime & patrimonial.
Ce Comté lui tenoit tant à coeur ,
qu'il faifoit de fon Château de Villers-
Coterets fon principal fejour , le convertiffant
de Male-Maifon , qui étoit fon ancien
nom , dit le fçavant Bouchel , enheureufe
demeurance , en laquelle il avoit fon
Concierge , & un Châtelain à Viviers ,
qui étoient tous deux les Maîtres &
Cij des 1. Vol.
52
LE MERCURE
Gardes de fes Bois . Ce fut lui qui fie
édifier dans la forêt , le Monaftere de
Fontaine Notre-Dame , de l'Ordre des
Chartreux, communément appellé Bourg-
Fontaine. Il lui accorda de grands privileges,
& fit de grands biens à toutes les
Eglifes de fon Comté , notamment à la
Chapelle de fon Château de Villers - Coterets
, à laquelle , de concert avec la
Comteffe fa femme , il donna dix muids
de bled , comme il paroît par un Acte
du Regiftre , appellé Olim , d'un Parle
ment tenu fous le Roy Philippe le Har
dy ,fon pere , l'an 1272. dans lequel on
lit ces paroles : Comes & Comitiẞa Valefia
dederunt adfundationem Capella domus
fue de Villaribus- Colli - Retii , decem
modios frumenti.
Il feroit inutile de dire , que ce Prince
a été le Chef & la fouche de la Maifon
Royale de Valois , qui a donné de
fi grands Rois à la France. Mais il fera
bon d'obferver qu'il avoit tant de prédilection
pour le Comté de Valois ,que
dans le partage qu'il fit de fon vivant en
1316. de tous les biens entre les enfans
il voulut que Philippe , qui étoit l'aîné ,
eût le Valois avec tous fes acquets , s'en
refervant feulement l'ufufruit fa vie durant.
Philippe , fon fils , étant parvenu à la
CouDE
NOVEMBRE 1722 . 53
Couronne de France , après avoir cedé à
fes freres tous les biens que feu fon pere
avoit laiffez , à la referve du Comté de
Valois , l'unit pour toûjours à fa Couronne
voulant qu'il ne pût jamais en
être détaché , que pour fervir d'Appana
ge aux enfans de France .
Le Roy Jean , fon fils , fe plaifoit fi
fort à Villers- Coterets , qu'il y faifoit ſon
fejour la plus grande partie de l'année.
Il appelloit ordinairement la forêt de
Rets fon defert. Philippe , fon frere , ayant
eu le Comté de Valois en Appanage en
1366. après que fon frere eut été fait
Dauphin , n'avoit pas de plus grand
plaifir , que d'y aller fe divertir avec la
Comteffe Blanche , fon époufe . Après
fa mort , la Comteffe fon époufe prit la
qualité de Ducheffe de Valois , quoique
la Terre n'eût pas été érigée en Duché
, du moins il ne paroît aucun A&e
qui prouve qu'elle le fût ; & felon toutes
les apparences , elle ne le fut qu'en 1406 .
en faveur de Louis , fecond fils du Roy
Charles V. & frere unique de Charles
VI. auquel elle fut donnée en Appanage
de même que le Duché d'Orleans . C'eſt
à ce Prince que Villers- Coterets , & tant
d'autres lieux du Duché , doivent toute
leur fplendeur . Uniquement occupé à
les embellir , on auroit dit qu'il étoit in-
1. Vol. C iij
diffe54
LE MERCURE
different fur tout le refte de fon patri
moine , & les Hiftoriens affurent qu'il
projettoit d'y faire les plus belles chofes
du monde , lorsqu'il fut affaffiné
en 1407. par ordre de Jean , Duc de
Bourgogne.
Louis , Duc de Valois , laiffa deux fils,
Charles & Jean , defquels font forties
les deux auguftes Maifons d'Orleans &
d'Angoulême ; mais les menées des Bourguignons
& des Anglois , eurent tant de
pouvoir fur l'efprit du Roy Charles VI .
Prince foible & fans jugement , que tous
les biens de Louis , Duc d'Orleans & de
Valois , furent confifquez en 1411. par
un Arrêt . Mais en 1412. ils furent tous
reftituez à Charles . Cependant toutes les
Terres du Duché de Valois étoient entre
les mains du Comte de faint Paul , ou
de quelques autres Seigneurs , qui , abufant
de la fimplicité du Roy , & des defordres
que l'ambition des Grands avoit
introduits dans l'Etat , s'en emparerent
& ruinerent toutes les places à
l'envi les uns des autres , & firent tant
que Charles ne put pas les en debufquer ,
& il ent le mortel déplaifir de voir que
fes fujets , malgré l'attachement qu'ils.
avoient pour lui , furent contraints d'obéir
à Henri , Roy d'Angleterre , foi.
difant heritier & Regent en France ,
LieuDE
NOVEMBRE 1722 . SS
Lieutenant General pour les Rois Charles
VI. & Charles VII.
Cependant Charles ne laiffoit pas de
porter le nom de Duc de Valois , & après
que les Anglois eurent été chaffez de
France , Valentine de Milan , fille de
Jean Galeaffe & d'Ifabelle de France , fa
mere , comme tutrice & adminiftratrice
du bien de fes enfans , fut mife en poffeffion
du Duché de Valois , & s'y main
tint jufqu'à ce que fon fils Charles eut
recouvré fa liberté , après avoir été 25.
ans prifonnier entre les mains des Anglois.
De retour dans fes Etats , il fit alliance
avec Marie , fille du Duc de Clede
laquelle il eut Louis d'Orleans ,
qui parvint à Couronne de France , fous
le nom de Louis XII. & de Pere du
peuple.
Charles VII. faifoit tant de cas du Duché
de Valois , qu'il en fit porter le nom
à deux filles naturelles qu'il avoit , &
qu'il aimoit tendrement .
Louis XII. n'ayant qu'une fille unique
, refolut de la marier avec François.
I. fils de Charles , Comte d'Angoulême ,
fon coufin germain ; & en confideration
de ce futur mariage , il lui donna le Duché
de Valois ; & comme il étoit mineur
, Loüife de Savoye , fa mere , le tint
pour lui depuis 1498. jufqu'à fa majorité.
C iiij
1. Vol. Le
36 LE MERCURE
Le Roy Louis XII . étant mort fans en
fant mâle , François I. lui fucceda , & le
Duché de Valois fut réüni à la Couronne.
Cependant le nouveau Roy confer
va tant d'affection pour ce Duché , que
dès l'an 1514. il s'appliqua à le decorer
& à l'embellir par des établiffemens de
foires & de marchez . En 1530. il fit faire
de grandes reparations au Château de
Villers- Coterets , où il alloit fouvent prendre
le plaifir de la chaffe. Enfuite il en
donna le Gouvernement à Madame fa
mere , & enfuite à Madame de Taillebourg,
fa tante , s'en refervant pourtant
le titre & la jurifdiction , qu'il ne ceda
jamais , & le tranfmit à Henri II. fon
fils aîné , après la mort duquel il fut remis
à Catherine de Medicis , ſa veuve ,
pour partie de fon doüaire , laquelle le
remit quelque tems avant fa mort entre
les mains du Roy , fon fils , qui dans la
la fuite le donna pour dot à Marguerite
de Valois , fa foeur , & femme d'Henri
Roy de Navarre , & finalement de France.
Cette Princeffe en joüit pendant fa
vie , & après fa mort il fut réuni à la
Couronne , & donné en Appañage à Gafton
de France , frere unique du Roy
Louis XIII. lequel étant mort fans enfans
mâles , il fut donné par le Roy
LouisXIV. à Philippe de France, fon frere
DE NOVEMBRE 1722 . 57
re unique, auquel Philippe d'Orleans , Regent
de France , a fuccedé.
Villers- Coterets ne contient qu'environ
400. feux. Il y a Prevôté Juftice Royale
non reffortiffante , Maîtrife particuliere
, Capitainerie de chaffes. Du refte ,.
l'endroit eft fort agréable , & abondant.
en tout ce qui peut contribuer aux douceurs
de la vie.
Arrivée du Roy à Soifons.
Le Roy arriva de Villers - Coterets à
Soiffons le 19. Octobre fur les trois heures
après midi. Le Comte d'Evreux , Gouverneur
de l'Ile de France , & en particulier
de la ville de Soiffons & du Soiffonnois
, qui étoit allé au- devant de Sa
Majefté , le trouva à la porte de la Ville
, fuivi de 30. de fes Gardes , riche
ment habillez & très bien montez . Il fe
mit à la tête du Corps de Ville , pour
en préfenter les clefs au Roy.
D'abord que Sa Majefté parut , l'artillerie
fit trois décharges , le Corps de
Ville mit un genou à terre , & préfen
ta les clefs dans un baffin de vermeil - doré
, foûtenu d'un côté par le Gouverneur,
& de l'autre par M. Jean Levêque
Maire de Soiffons , qui complimenta le
Roy.
L-Vol.
9"
Cy Sax
LE MERCURE
Sa Majesté alla defcendre au Palais:
Epifcopal , où elle trouva l'Evêque de
Soiffons en fortant de fon caroffe , qui
le conduifit dans les appartemens qui lui
avoient été préparez . Le Roy reçût peu
de temps après les refpects du Chapitre
de la Cathedrale , le Prevôt portant la
parole. Le Corps de Ville , le Préfidial ,
les Treforiers de France & l'Election ,
furent enfuite admis à complimenter S.
M , après avoir été préfentez avec les
Ceremonies ordinaires. Le Corps de
Ville préfenta en même temps quatredouzaines
de bouteilles de vin de Cham--
pagne au Roy fuivant l'ufage. Après
quoi il alla faluer Monfieur le Duc d'Orleans
, Regent , les Princes du Sang &
les Miniftres , aufquels il préfenta auffi
du vin de Champagne.. Il y eut le foir
de grandes illuminations dans toutes les
ruës , ainfi que le lendemain . Au refte ;
il n'a pas tenu aux habitans de Soiffons,.
de fire au Roy une Entrée plus-brillan--
te & plus felon leur coeur ; mais le Marquis
de Dreux , Grand- Maître des Ceremonies
, leur expliqua les intentions de-
Sa Majefté , en leur prefcrivant de fa
part de ne point mettre la Bourgeoilie
fous les armes , ni de faire aucune Entrée
marquée , le Roy en difpenfant la Ville
pour cette fois feulement..
Le
DE
NOVEMBRE 1722. 19
Le 20. Sa Majesté féjourna à Soiffons,
où l'on tint divers Confeils . Sur les dix
heures Sa Majesté entendit la Meffe dans
le Choeur de l'Eglife Cathedrale , à la
porte de laquelle Sa Majefté fut reçûë
& complimentée par M. l'Evêque , a la
tête du Chapitre. Après la Meffe le Roy
retourna à l'Evêché , & l'Académie de
Soiffons eut l'honneur de complimenter-
Sa Majefté , le Directeur portant la pa
role . Ces Meffieurs avoient à leur tête
le Marêchal d'Etrées , l'un des 40. de :
l'Académie Françoife , & Protecteur de
celle de Soiffons
L'après- midi le Roy apperçut quelques
- uns de fes Pages fur le haut de la
tour de la Cathedrale , & S. M. eut la
curiofité d'y monter , quoiqu'elle foit
élevée de 355. marches. Le Roy , fuivi
de M. le Duc de Bourbon , & de quantité
de Seigneurs de fa Cour , jouit pen--
dant quelque temps des differens points
de vûë que lai donnoit cette grande éle
vation , & trouva la fituation de la Ville
de Soiffons fi belle , que Sa Majesté
ordonna qu'on lui en levât le plan.
•
""
Le Roy alla enfuite fepromener à l'Aь--
baye de S. Paul , à un quart de lieuë der
la Ville . S. M. entra dans le Monaſtere
& reçut les refpects de Madame de faint
Luc , Abbeffe, âgée de 90. ans , qui dit au
G vj..
1.Vol. Roy
60 LE MERCURE
1
Roy qu'il étoit le troifiéme Roy qu'elle
avoit l'honneur de fluer. Elie pria enfuite
S. M. de lui accorder le francpour
fa mailon , ce que le Roy lui
accorda fur le champ.
fa é
Sa Majefté vint après à l'Abbaye
Royale de Nôtre - Dame , où Madame de
F.efque , qui en eft Abbeffe , la reçut &
la complimenta à la tête de la Communauté
, en dehors de la porte du Choeur
où le Roy entra. On chanta le Te Deum
en mufique , après lequel S. M. fortit ,
& alla à l'Abbaye de faint Jean des Vignes
, où les Religieufes le reçurent en
Chappes à l'entrée de leur Eglife , & le
conduifirent dans leur Choeur , où elles
chanterent le Domine fulvum fac Regem :
le Roy entra enfuite dans leur Mailon
& peu de temps après s'en retourna à
J'Evêché où Sa Majefté arriva à
heures.
>
quatre
A l'entrée de la nuit toute la Ville fut
illuminée , comme elle l'avoit été la veille.
Le 21. le Roy entendit la Melle dans
la Chapelle du Palais Epifcopal , déjeuna
enfuite & partit à dix heures , au bruic
de trois falves de l'artillerie de la Ville.
Le Comte d'Evreux , à la tête du Corps
de Ville en robbe , eut encore l'honneur
de faluer le Roy , lorfque Sa Majeſté
monta en caroffe . Ce Seigneur a tenu
plufieurs
DE NOVEMBRE 1722.
plufieurs tables fervies avec autant de délicateffe
que d'abondance ; fon"Hôtel
Fut illuminé avec goût , & fa magnificence
a paru en tout dans cette occaſion.
pa-
Ce feroit ici la place de quantité de
remarques curieufes fur les antiquitez de
Soiffons ; mais la crainte de trop interrompre
le fil de ce Journal , & de nous
écarter trop de nôtre principal fujet
nous les fait renvoyer à un autre endroit.
Le Roy coucha à Filmes le 21. C'eſt
une petite Ville affez jolie dans le Rhemo:
s. Elle eft fituée fur les confins de
FIle de France , un peu au - deffous
du conflent de la Nore & de la Vefle ,
entre les Villes de Rheims & de Soiffons ,
à fix lieues de la premiere de ces deux:
Villes. On dit que près des murailles de
cette Ville on voir une groffe pierre ,
qui fert de bornes aux Evêchez de Rheims,
de Laon & de Soiffons , & que c'eft pour
cette raison que dans les anciens titres ,
Filmes fut appellée en Latin fines , c'eſtà-
dire , bornes , limites , frontieres , & que
dans la fuite de fines on forma par corruption
le mot fima , duquel celui de
Fines derive. Le Geographe Sanfon prétend
que Fifmes foit le Bibrax des Anciens
, mais il donne de fi foibles raiſons,
pour appuyer fon opinion , qu'on ne croic
pas que les curieux foient obligez de la
fuivre. Fifmes
LE MERCURE
Fifmes n'eft remarquable que par une
Eglife fort ancienne , dédiée à fainte Maere
, Martyre , dans laquelle deux Conciles
ont été tenus . Le premier le 2. Avril
de l'année 881. & auquel Hincmar , Archevêque
de Rheims , préfida en qualité
de Metropolitain de la Gaule Belgique.
On trouve les Actes de ce Concile dans
l'hiftoire de l'Eglife de Rheims , composé
par le fçavant Marlot, en 2. vol. in folio .
Le fecond fut convoqué l'an 935. contre
les détenteurs des biens Ecclefiaftiques ,
& contre les deftructeurs des Eglifes. Il
étoit compofé de fept Evêques feulement :
ces deux Conciles font appellez Concilia
ad fines apul fanctum Macram.
La Ville de Fifmes n'a rien qui merite
que nous en faffions mention . Nous ajoû
rerons feulement un petit mot qui ne déplaira
peut- être pas.
Le Roy Henri le Grand , paffant un
jour par la petite Ville de Filmes , Ja
ques Villain , Maire de la Ville , le harangua
fi brièvement & en fi bons termes
, que le Roy en fut très content , &
voulut fçavoir fon nom . Voilà un nom
qui ne vous convient point , lui dit ce
grand Prince , je veux qu'à l'avenir vous
foyez nommé Bilain , je fuis né en Gal
cogne , & le changement de l'V en B
eft de ma façon. Les defcendans de ce
Maire.
DE
NOVEMBRE 1722. 539-
Maire Jaques Vilain , s'appellent encore
aujourd'hui du nom de Bilain , depuis
cette avanture , qui fe répandit incontinent.
Le Roy pourſuivant la route,fut ha--
rangué le lendemain par un autre Maire
de petite Ville , lequel ne dit autre chofe
à Sa Majefte que ces mots : Sire , touts
comme à Fifmes , & nous fommes les plus
fidelesfujets , & c . de V. M. Le Roy fit
encore plus charmé de cette harangue.
que de la premiere , & loia fort le harangueur.
ENTREE DU ROY
A RHE. I M S..
A MAJESTE arriva à Rheims les
22. Octobre vers les deux heures
après midi , aux acclamations redoublées
d'un peuple ravi de voir fon Souverain
, qui unit fi parfaitement ce qui
fait aimer , & ce qui fait refpecter . 11:
trouva fur fon paffage une foule innombrable
de François & d'Etrangers de
toute forte d'états , d'âges & de conditions
, que la curiofité avoit attirez , pour
voir les auguftes Ceremonies de fon Sa--
cre..
64 LE MERCURE
ere. Parmi les perfonnes du premier ordre
, qui avoient le même motif , nous
devons diftinguer Madame la Ducheffe
de Lorraine , avec les Princès & les
Princeffes fes enfans , le Prince Don
Emanuel , frere du Roy de Portugal , le
Duc de la Mirandole , le Prince de
Waldeik , le Duc de Liria , & quantité
d'autres Princes & Seigneurs étrangers.
Le Roy étant arrivé à une demi - lieuë
de Rheims , il trouva les Troupes de fa
Maifon , qui étoient campées près de la
Ville, ainfi que les Regimens des Gardes
Francoifes & Suiffes , fous les ordres de
M. le Duc de Villeroy , Capitaine des Gardes
du Corps , lequel avoit établi le
quartier general au Village de Montreuil
fous Rheims , qui étoient rangées
en bataille fur fon paffage , & les mêmes
Troupes accompagnerent Sa Majesté
dans fon Entrée .
Le Prince de Rohan , Gouverneur de
Champagne , accompagné du Marquis
de Grandpré , Lieutenant General de la
Province , alla an- devant de Sa Majefté,
à la tête du Corps de Ville , des autres
Magiftrats , précedez des Archers de la
Garde de M le Lieutenant , & de beaucoup
de notables Bourget is .
On avoit fait dreffer , tant à la Barriere
,
DE NOVEMBRE 1722. 65
riere , qu'à la Porte de Vefle , & auprès
de la grande Place de l'Eglife Metropolitaine
, des Arcs de triomphe ,
dont les emblêmes & les infcriptions
avoient rapport à la Ceremonie du Saere
du Roy , & à la joye univerfelle que
fa prefence caufoit à la Ville. Ces Arcs
de triomphe étoient gardez par les Bour
geois , qui étoient fous les armes .
La Ville de Rheims , empreffée de
témoigner à fon Souverain par toutes forde
moyens , combien elle le tient honorée
de fa prefence , a fait , fous la conduite
de fes Magiftrats , tous fes efforts
pour élever à la gloire du Roy , des
monumens où les Etrangers puiffent
voir des marques éclatantes de la fidelité
& de l'attachement de fes fujets , &
où l'on découvre en même temps des
images de la grandeur & de la vertu du
Roy. Tout ce que l'Architecture , la
Peinture & la Sculpture , fecouruës de
la Poëfie , ont pê inventer pour fatisfaire
à ce deffein , a été employé.
Le Prince de Rohan prefenta au Roy
les clefs de la Ville , qui étoient d'argent,
dans un baffin de vermeil doré . S. M. fit
fon entrée fur les trois heures après - midy
dans l'ordre fuivant . La marche fut devancée
par les Gardes & les Pages de M.
le Prince de Rohan , qui avoit fait une
dépense
(
66 LE MERCURE
dépenfe éclatante pour recevoir le Roy
dans la Capitale de fon Gouvernement, &
pour celebrer un fi beau jour. Les détachemens
des Chevaux- Legers , & des deux
Compagnies des Moufquetaires qui avoient
fuivi le Roy pendant fon voyage , mar
choient à la tête du cortege ; ils étoient
fuivis d'un caroffe du Duc de Char
tres , deux de Monfieur le Duc d'Orleans ,
dans lefquels étoient les principaux Officiers
de S. A. R. un Caroffe du Roy , le
vol du Cabinet , & le Porte-Male du
Roy. Un autre Caroffe de S. M. dans
lequel étoient le Prince Charles de Lorraine
, Grand Ecuyer de France , le Prin
ce de Turene , Grand Chambellan , let
Duc de Villequier , Premier Gentilhomme
de la Chambre , & les principaux Officiers
de la Maifon de S. M. enfuite les Pages
de la grande & de la petite Ecurie ,
quatre Chevaux- Legers , avec un de leurs
Officiers marchoient immediatement devant
le Caroffe du Roy. S.M. étoit accompagné
dans fon magnifique Caroffe , dans
lequel elle étoit montée à demi -lieuë de
Rheims , de Monfieur le Duc d'Orleans ,
du Duc de Chartres , du Duc de Bourbon
, du Comte de Clermont , du Prin
ce de Conti , & du Duc de Charroft ,
Gouverneur de S. M. Le Duc d'Harcourt
, Capitaine des Gardes du Corps
en
DE
NOVEMBRE 1722. 67
en quartier , étoit à cheval à la portiere
du Caroffe , autour duquel marchoient
24. Valets- de-pied.
Le Prince de Rohan & le Marquis de
Grandpré marchoient à cheval , & à cố-
té du Caroffe de S. M. Le Marquis de
Dreux , Grand- Maître des Ceremonies ,
& M. des Granges , Maître des Ceremonies
marchoient enfuite . Le Guet des Gardes
du Corps qui avoit accompagné le
Roy fur la route , étoit fuivi par celui
des Gendarmes qui fermoit cette marche.
Les troupes de la Maifon du Roy
que nous avons dit cy- deffus être rangées
en bataille à fon paffage , défilerent
enfuite voici l'ordre dans lequel elles
marcherent , le fabre à la main . Les Gre--
nadiers à cheval , les quatre Compagnies
des Gardes du Corps , les deux Companies
des Moufquetaires , la Compagnie
des Chevaux- Legers & celle des Gendarmes
de la Garde fermoit la marche.
Le premier Arc fous lequel Sa Majefté
palla , étoit dreffé à la Barriere de
la Porte de Vefle , il étoit compofé de
verdure , & orné de feftons de fleurs ;,
deux Amours paroiffoient en haut , apportans
un Cartouche chargé de l'Ecude
France , & où la joye publique , empruntant
les termes d'Horace , exprimoitt
68 LE MERCURE
thoit au Roy que fa prefence a de tels
charmes pour les peuples qu'il en veut
bien honorer , qu'il leur femble que tout
embellit dans la nature , & que le Soteil
même brille d'un nouvel éclat.
Vultus ubi tuus
Affulfit populo , gratier it dies
Et foles melius nitent.
"
Horace lib. 4. Odarum.
Deux Statues , dont l'une reprefentoit
la ville de Rheims , & l'autre la riviere
de Vefle , étoient polées contre les Corps
d'Architecture ruftique qui formoient
la premiere entrée , & fervoient de baſe
à l'Arc de Verdure.
La ville de Rheims avec une Couronne
de Tours , & tenant un Sceptre d'une
main , montroit de l'autre la reprefentation
des Arcs de Triomphe de Jules Ce
far , dont elle conferve des reftes précieux
, laquelle repreſentation étoit à fes
pieds avec l'Ecu de fes Armes. Par cette
action elle témoignoit au Roy fes veritables
fentimens renfermez dans ce diftique
qu'on lifoit fur le Piedeſtal qui portoit
fa figure.
Quid veteres referam titulos , quid Cafaris
Arcus !
Tu decus omne meum , tu mihi Cafar
eris.
De
DE NOVEMBRE. 1722 .
69
=
De mon antiquité monumens précieux ,
Qui de Cefar vainqueur confervez la memoire,
Je ne vous vante plus , Louis vient en ces
lieux ,
Louis eft mon Cefar , mon triomphe & ma
gloire.
La Nayade de la Vefle couronnée de
fleurs & de rofeaux , mollement appuyéẹ
fur fon Urne , quoique peu celebre entre
les rivieres de France , paroiffoit neanmoins
ne rien envier aux plus grands fleuves
, ayant l'honneur de voir Louis XV.
fur fon rivage , c'est ce qu'expriment ces
deux vers qui fe lifoient au pied de cette
Statuë.
Emula fequanicis jam defluo vidula
Nimphis ,
Littore dum præfens ftas , Lodoice
meo.
Tous mes voeux ne tendoient qu'à vous voir
fur mes bords ,
De mon Urne , fans vous l'eau couloit avec
pcine ,
Prince , vous y venez , & dans d'heureux tranf
ports ,
J'ofe me comparer aux Nimphes de la Seine.
LE RETOUR DE L'AGE D'OR,
La
70
LE MERCURE
La Ville avoit pris le retour de l'Age
d'Or pour le fujet des décorations de la
premiere Porte , delirant marquer au
Roy combien fon augufte prefence lui
procuroit de plaifir & de gloire , afin
auffi d'exprimer à S. M. quelle eft l'idée
que les peuples ont conceu de fon Gouvernement.
Une Montagne percée formoit l'Arc
élevé au devant de cette Porte ; fur fon
fommet defcendoit un nuage qui portoit
les trois fymboles particuliers à l'Age
d'Or ; Aftrée drapée de blanc , ornée
d'un manteau bleu , couronnée de fleurs
& d'Olivier , dont elle tenoit un rameau
à la main , y paroiffoit au milieu de l'abondance
, & de l'innocence ; une troupe
d'enfans , figurans les jeux & les ris voloit
au devant , dévelopoit un grand rouleau
où étoient écrites ces paroles : Redeunt
Saturnia Regna , & annonçoit aux
François que le regne de Louis XV. aura
Les mêmes agrémens; en effet , que ceux que
l'imagination des Poëtes a attribué au regne
de Saturne.
La joye univerfelle du Royaume étoit
exprimée dans l'attitude de quatre figures
qui en marquoient les quatie parties
principales. Cibele y reprefentoit les
Villes , un Fleuve , les rivieres , Cerés le
plat pays , les forefts , & les montagnes
y
DE
NOVEMBRE 1722. 7 *
y étoient figurées par Faune , qui en eft
le Génie Tutelaire.
Afin que la joye parut parfaite de quelque
côté qu'on l'envifageât , on avoit
peint des Enfans pris pour les Génies de
ces Divinitez , lefquels avec des feftons
de fleurs & de fruits s'empreffoient d'embellir
la décoration naturellement ruftia
que , & de preparer la terre à recevoir
Aftrée que le Ciel lui envoyoit en faveur
de nôtre jeune Monarque.
Ces idées font non - feulement priſes
dans la Poëfie profane , mais la Poëfie
Sacrée des Pleaumes paroît encore les
autorifer. Les montagnes dans les Livres
Saints reprefentent les grandes Villes
telle que Rheims , ce qui avoit déterminé
à en choisir une pour faire le Corps
de l'Arc de Triomphe. L'on trouvera
l'explication naturelle des autres figures
dans ces paroles tirées du Texte Sacré ,
ainfi adaptées au fujet.
Ludovico XV. regnante , pacem Domini
fufcipient montes ,
ubertate campi
replebuntur , flumina plaudent manu , gaudebunt
civitates terra , & exultatione colles
accingentur.
Sous le regne de Louis XV. l'on verra
la realité de ce que la Peinture s'eft efforcée
de reprefenter dans ce monument de la
joie publique. Les montagnes recevront la
paix
72
LE MERCURE
paix du Seigneur , les champs comblez des
Benedictions du Ciel produiront des biene
en abondance , les rivieres marqueront
leurjoye d'une maniere fenfible , le calme
regnera dans les Villes , & les Collines
feront environnées de plaifirs. Ce qui fignifie
dans un fens moins figuré , que le
fage gouvernement de Louis XV. affirera
une paix durable à fes peuples , pendant
laquelle s'appliquant à l'Agriculture , ils
s'enrichiront de la recolte des biens de la
terre , que la navigation fera fleurir le
commerce , que l'exacte obfervance des
Loix établira dans les Villes le regne de
l'innocence, qui y ramenera lesplaifirs , &
que par tout enfin on verra des marques
éclatantes de l'opulence , & de la fatisfaction
qui caracteriferont le regne de
Salomon , dont nous avons lieu de croire
que le Roy imitera la douceur & la fageffe.
L'ARC DE MINERVE.
Un Corps d'Architecture d'Ordre Corinthien
étoit élevé au devant de la principale
Porte de Vefle , l'entablement foutenoit
un attique , fur lequel étoit polé
un fronton qui fervoit de repos à une figure
de Minerve . Quelques enfans à fes
côtez repreſentoient les Arts aufquels elle
prefide , & lui aidoient à découvrir une
tapilferie
DE NOVEMBRE 1722 . 73.
tapifferie de fa façon , pour décorer ce
monument d'une repréfentation allegorique
du regne de Louis XV . Ce Prince
y étoit reprefenté affis fur un Trône
auquel la Juftice d'un côté , & de l'autre
la verité fervoient d'appuy ; l'innocence
dans un paifible repos étoit peinte aux
pieds de la Juftice , & la Charité fe
voyoit auprès de la Verité qui terraffoit
la flaterie.
Sur le dernier dégré du Trône près
de la perfonne du Roy , l'on découvroit
la Religion qui tenoit ouvert le Livre de
la Loy , fur lequel S. M. portoit la main
& les regards ; à fa droite étoit la Prudence
qui prefide à fes confeils.
Sur les nuages peints au deffus du
Trône , paroiffoit l'alliance de la Victoi
re & de la Paix qui s'uniffent en faveur
du Monarque , la Felicité Celefte répandoit
fur fa tête une douce rofée , fymbole
de l'Onction Sacrée , & des dons
divins qui y font attachez ; d'un autre
côté la Felicité Terreftre diftribuoit des
fruits , des fleurs , & des Medailles aux
Genies des Arts & des Vertus qui s'empreffoient
de les recevoir ; la bordure de
cette tapifferie étoit compofée des Attributs
des Vertus comme de la maſſuë
d'Hercule pour la Force , d'un Caducée
pour la Paix , d'un Autel pour la Pieté ,
1. Vol.
,
>-
D d'un
74
LE MERCURE
d'un Serpent pour la Prudence , & ainfi
du refte.
Le Portrait de Monfieur le Duc d'Or
leans fe voyoit fur une Medaille dans la
bordure fuperieure , avec cette Infcription
.
Hoc VIRTUTIS OPUS .
Pour marquer les foins que fon A. R.
a pris pour former un grand Roy en la
perfonne de LOUIS XV.
Trois Devifes enrichiffoient cette mêla
premiere avoit pour me bordure
corps un Oranger couvert de fleurs , &
chargé de fruits & pour ame.
DAT , SPONDET QUE.
Il
donne , & il promet.
La feconde étoit un Epi de Froment
avec ces mots.
IN PUBLICA COMMODA CRESCIT .
Il croît pour le bien public.
La troifiéme étoit un Sep de Vigne
chargé de Raifins , avec ces paroles .
HINC GAUDIA SUR GUNT.
Source féconde de Plaifirs.
Une femme vêtuë en Reine reprefentoit
la France , & paroiffoit faifie d'admiraDE
NOVEMBRE 1722. 75
,
miration , en confiderant l'ouvrage de
Minerve , le Temps acheve de le lui découvrir
, dans l'action d'étendre le pan
de la tapifferie qui étoit encore roulé.
Minerve étant le plus riche Symbole
de la Sageffe ; les Sçavans , & les
Poëtes nous la reprefentant comme une
Déeffe fçavante dans les Arts qui dépendent
du deffein l'on a ſuppoſe
qu'elle contribue à la Fête publique ,
en expofant un de fes plus beaux ouvrages
, dont Louis XV. lui a fourni le fujet
ce qui fignifie fans figure : que le
regne de ce Prince fera l'ouvrage de la
Sageffe , dont il a puifé les principes dans
l'éducation que lui ont donné les plus
grands genies de fon fiecle , fous la conduite
de Monfieur le Regent , dont on
voyoit le Portrait dans la bordure ; ainfi
fa juftice protegera l'innocence , fon amour
pour la verité éloignera la flaterie de fon
Trône , en y donnant un libre accès aux
prieres & aux remontrances de fes fujets.
Sa pietéfolide & tendre le rendra attentif
aux Commandemens du Seigneur , & conduit
par la Prudence , toutes fes démarches
feront veritablement celles d'un Roy
très- Chrétien , pacifique & vaillants il
fçaura unir la paix à la Victoire , & l'excellence
de fon goût naturel lui fera répandre
fes bienfaits fur les Arts & fur les ver-
1. Vol. Dij tus
>
74
LE MERCURE
d'un Serpent pour la Prudence , & ainfi
-du refte .
Le Portrait de Monfieur le Duc d'Orleans
fe voyoit fur une Medaille dans la
bordure fuperieure , avec cette Infcription
.
HOC VIRTUTIS OPUS.
Pour marquer les foins que fon A. R.
a pris pour former un grand Roy en la
perfonne de Louis XV .
Trois Devifes enrichiffoient cette même
bordure la premiere avoit pour
corps un Oranger couvert de fleurs , &
chargé de fruits & pour ame .
DAT , SPONDET QU E.
Il donne , & il promet.
La feconde étoit un Epi de Froment
avec ces mots.
IN PUBLICA COMMODA CRESCIT .
Il croît pour le bien public.
La troifiéme étoit un Sep de Vigne
chargé de Raifins , avec ces paroles .
HINC GAUDIA SURGUNT.
Source féconde de Plaifirs.
Une femme vêtuë en Reine reprefentoit
la France , & paroiffoit faifie d'admiraDE
NOVEMBRE 1722. 75
miration , en confiderant l'ouvrage de
Minerve , le Temps acheve de le lui découvrir
, dans l'action d'étendre le pan
de la tapifferie qui étoit encore roulé.
que
Minerve étant le plus riche Symbole
de la Sageffe ; les Sçavans , & les
Poëtes nous la reprefentant comme une
Déeffe fçavante dans les Arts qui dépendent
du deffein , l'on a fuppofé
qu'elle contribue à la Fête publique
en expofant un de fes plus beaux ouvrages
, dont LOUIS XV. lui a fourni le fujet
ce qui fignifie fans figure : que le
regne de ce Prince fera l'ouvrage de la
Sageffe , dont il a puifé les principes dans
l'éducation Lui ont donné les plus
grands genies de fon fiecle , fous la conduite
de Monfieur le Regent , dont on
voyoit le Portrait dans la bordure ; ainfi
fa juftice protegera l'innocence , fon amour
pour la verité éloignera la flaterie de fon
Trône , en y donnant un libre accès aux
prieres aux remontrances de fes fujets.
Sa pietéfolide & tendre le rendra attentif
aux Commandemens du Seigneur , & conduit
par la Prudence , toutes fes démarches
feront veritablement celles d'un Roy.
très -Chrétien , pacifique & vaillant ; il
fçaura unir la paix à la Victoire , & l'excellence
de fon goût naturel lui fera répandre
fes bienfaits fur les Arts &fur les ver-
Dij tus I. Vol. ,
7.6
MERCURE LE
tus , afin d'exciter l'emulation , & d'entretenir
l'ardeur qui doit faire éclore des prodiges
à fa gloire. Pour marquer qu'avec
le temps la France découvrira encore
d'autres merveilles dans la vie de fon
Roy , le vieillard aîlé , qui en eft le Symbole
, acheve de manifefter à cette heureufe
Patrie l'ouvrage curieux de Minerve.
de
L'Oranger avec les fleurs & les fruits,
marque que le Roy ne fe contente pas
donner de magnifiques efperances , figurées
par les fleurs , mais que déja il met
fes peuples en état de goûter les précieux
fruits de fon éducation.
L'Epi de Froment fignifie qu'il croît
pour faire l'abondance , & la felicité publique.
Le Sep chargé de raifins , apprend
que de même que la joye fe répand dans
les campagnes , lorsque la vigne montre
des fignes certains d'une heureufe vendange
, de même la joye eft univerfelle
dans la France. Louis XV. fortifiant
par toutes fes actions & fes paroles l'idée
qu'il a fait concevoir d'un gouvernement
accompli
Au deffous de la tapifferie , immediatement
fur le Portique , on lifoit cette
Infcription.
LUDO
DE NOVEMBRE 1722. 79
LUDOVICO XV.
Francia & Navarra Regi Chriftianiffimo.
SPET PATRIE.
In Auguftâ Remorum Bafilica
De lapfo coelitus chrifmate
Confecrando
Regis David gloriam
Salomonis fapientiam
Dies plenos s
Vias pulchras ,
Et femitas pacificas
Exultans
precatur
Senatus populufque Remenfis.
Ce qui fignifie que les Magistrats &
les habitans de la ville de Rheims font des
voeux dans les tranfports de leur joye̟ »
afin qu'il plaife au Très - Haut d'accorder
à Louis XV. Roy de France &
de Navarre , la gloire du Roy David ,
la fageffe de Salomon , une longue vie ,
des entreprises heureuſes , & un esprit pacifique
, dans lajournée fainte & memorable
de fon Sacre.
Aux côtez de cette Infcription étoient
deux bas reliefs feints fur l'attique , le
premier repreſentoit le Roy armé à l'antique
, marchant au Temple de la Gloire,
la vertu le conduifoit , & lui montroit les
1. Vol. Dij Buftes
78 LE MERCURE
2
Buftes des fameux Bourbons qui en ornoient
le frontifpice ; les vices font terraffez
, ou fuyent devant lui , Minerve le
couvre de fon bouclier & Hercules
affomme à coups de maffue ceux de ces
monftres qui font des efforts pour ſe relever
; l'on avoit mis dans la bouche de
la vertu ces paroles qu'Enée dit à fon
fils au 12. liv . de l'Eneide .
Sis memor & te animô repetentem exempla
tuorum ,
Te Pater..... & Avunculus excitet.......
Prince fouvenez- vous de ce qu'ont fair
les Heros de vôtre Augufte Sang, &repaffant
dans votre efprit leurs grandes actions
, laiffez- vous toucher par les exemples
de vatre Pere & de vôtre Oncle.
Dans l'autre bas relief LOUIS XV.
paroiffoit dans l'interieur du Temple de
la Gloire , où la vertu lui montre la place
qu'il occupera entre les plus grands
Rois, c'eft ce que porte l'Infcription tirée
de Virgile.
Permiſtus Heroas & ipfe videbitur illis.
Virg. Bucoliques..
Les Medaillons pendans entre les Pilaftres
, reprefentoient ce qui doit combler
nos voeux , en rendant LOUIS XV.
le pl heureux & le plus glorieux Prince
de l'Univers. La
DE NOVEMBRE 1722 . 79
La ceremonie de fon Sacre étoit reprefentée
fur le premier avec cette Infcription
, Nonfecit taliter omni nationi , pour
exprimer la grace fpeciale que le Ciel
accorda autrefois à la France en faveur
de S. Remy , fon Apôtre , & du premier
de les Rois Chrétiens , & aujourd'huy en ›
particulier , en luy donnant pour Roy
Louis XV.
L'impofition des mains que le Roy.
fait aux pauvres qu'il guerit des Ecroüelles
, étoit peinte fur le fecond , où on
lifoit , Salvos faciet filios pauperum.
Sur le troifiéme l'on voyoit le Roy au
milieu de la Juftice & de la Paix qu'il
à fe donner la main avec ce paf- engage
fage : In diebus ejus orietur Juftitia &
abundantia Pacis .
Dans le quatriéme , le Roy tenant un
flambeau mettoit le feu à un monceau
d'armes ; ce trait du Pleaume étoit écrit
à l'entour Confringet axma , & fcuta
comburet igni.
Dans le cinquième , il recevoit les Ambaffadeurs
& les Prefens des Puiflances
Etrangeres , l'Infcription porte , Videbunt
omnes populi gloriam ejus.
Dans le fixiéme , le Roy tenant le vice
abbatu fous fes pieds , regardoit au
deffus de fa tête le nom de Dieu dans un
triangle lumineux , & fembloit luy ad-
D iiij
dreffer
80 LE MERCURE
dreffer cette priere que l'on y lit : Da
Imperium Puero tuo . C'eft celle que font
avec lui tous les François , dont le bonheur
, & la gloire dépendent de la grandeur
de leur Roy,
Les fujets que l'on voit traitez dans lesquatre
Camayeux qui font à la
porte de
S. Denis , prefentent encore à l'efprit
des fpectateurs de nouvelles & d'agreable
idées du regne de Louis XV .
Dans le premier , à main droite , qui
porte pour Infeription , Erunt altera bella,
les Amours enlevent du Temple de Mars
les armes deftinées aux fieges & aux combats
, ils badinent avec les cafques & les
çuiraffes , les épées terribles dans les
mains des guerriers , deviennent des inftrumens
de leurs plaifirs , ils ne chargent
les canons que pour exprimer la joye publique
par des falves redoublées , les
Trompettes & les Tambours qui fervoient
à augmenter l'ardeur des combattans
, font employez par ces Enfans aux
ufages les plus grácieux , & ne fervent
plus que pour animer leurs jeux & leurs
divertiffemens .
Dans le fecond ', où font ces mots ,
Laurus concedat Oliva , la Paix vient ex-.
citer les Amours à détruire le regne de
la guerre , attentifs à fa voix , ils coupent
un Bois de Lauriers confacrez au Dieu
Mars ,
1.
DE NOVEMBRE 1722.
81
Mars , tous s'empreffent d'enlever à fes
favoris les occafions de fe fignaler aux
dépens du repos public , les uns font
avec des arbres déja abatus , les préparatifs
d'un feu de joye , & les autres plantent
à la place l'Olive & le Mirte , Symbole
de Paix & d'Amour ,' ce qui fait allufion
à la Paix heureufement affermie entre
la France & l'Espagne par le mariage:
de Louis XV . avec l'Infante- Reine
& les autres alliances que viennent de
contracter les Maifons Royales de ces.
deux Etats..
Le flambeau de la difcorde éteint , &
le regne de la paix affuré, le Roy LOUIS
XV. ne penfe qu'à confirmer le bonheur
de fon peuple , en faifant fleurir les Loixs
il entretient pour cet effet un commerce
également heureux avec toutes les vertus
, & remet fon épée entre les mains
de la Juftice ; c'est ce qui eft reprefenté
par le troifiéme Camayeu que l'on voit
à main gauche avec cette legende , Contempto
leges Marte tuebitur.
Dans le quatriéme où eft écrit , Martis
opus mutabit amor , l'on voit un monument
fuperbe élevé à la gloire du Dieu
des combats. Les Amours craignans
que fa vûë n'enflâme le courage du jeu
ne Roy, & ne trouble leur tranquillí
té, en le portant aux actions guerrieres ,.
1. Vola
D`v s'em
82 LE MERCURE
s'empreffent d'en changer les décorations ,
ils enlevent la Statue de Mars de la niche
où elle étoit , pour y fubftituer celle
de la Paix . Ils changent les entrelas de
Palmes de branches de chêne & de lauriers
en des Feftons de fleurs ; ils mettent let
feu aux Trophées , dont il étoit orné ;
qelques uns le pinceau à la main , d'autres
les cifeaux , tracent les Chiffres du
Roy , & de l'Infante Reine ; deux Couronnes
unies , un Caducée au milieu de
deux cornes d'abondance , & d'autres
Symboles de Concorde à la place des re
pielentations militaires , dont la Piramide
qui termine ce monument étoit chargée
au deffus de cette Piramide l'on voit
un Soleil levant qui fait le corps de la
devile du Roy : c'eft aux rayons de cet
aftre que les Amours allument leursflan.
beaux pour marquer que femblable
au Solei!, dont la lumiere fuccede aux
tenebres de la nuit , le Roy diffipant les
horreurs de la guerre , faisant par tout
éclater fes vertus , fera la felicité de fon
peuple , & les délices de l'Univers.
Au deffus de ces reprefentations embellies
de Feftons de fleurs , qui frapent
par leur agréable varieté , l'on avoit placé
un grand Cartouche où l'on apperce
voit le Génie de la Gloire qui defcend
du Ciel , & vient pofer fur un Autel à
l'antiDE
NOVEMBRE 1722 . 83
l'antique le portrait de nôtre Monarque ,
ce vers étoit écrit à l'entour.
PRESENTI TIBI MATUROS LARGIMUR
HONORES .
Hor . Epif
Le Roy ayant paffé fous les Arcs de
Triomphe traverfa la grande ruë du
Fauxbourg de Vefle , occupée par les
Regimens des Gardes Françoifes & Suiffes
qui étoient en haye , & fous les armes
jufqu'à la porte de l'Eglife Metropolitaine
, où S. M. alla defcendre , au bruit
des acclamations de tout le peuple , &
au fon de toutes les Cloches .
Le Roy y fut reçu par l'Archevêque
Duc de Rheims , revêtu de les habits-
Pontificaux , à la tête du Chapitre , &
affifté des Evêques de Soiffons , de Châ
lons , de Laon , de Senlis , de Beauvais
d'Amiens & de Noyon , fes fuffragans ;.
ces Prélats étoient en Chappe & en Mitre
, & les Chanoines en Chappe .
Le Roy fe mit à genoux à la porte porie de
l'Eglife , & après que l'Archevêque de :
Rheims lui eut prefenté de l'eau - benite ,
que S. M. eut bàifé le Livre des Evangiles
, porté par un Chanoine en habit
de Diacre , elle fut complimentée par
l'Archevêque .
&
Le Clergé retourna en Proceffions dans :
L-Vol.- D vj le
84
LE
MERCURE
le Choeur , où le Roy étant entré après
les Evêques , & conduit par deux d'entr'eux
, il alla fe placer fur un Prie- Dieu
dreffé au milieu du Choeur fous un Dais.
S. M. affifta au Te Deum qui fut chanté
au bruit de plufieurs falves de l'artillerie
& de la Moufquetairie de la Ville.
Pendant ce Cantique on apporta de la
Sacriftie un magnifique Soleil d'argent
doré du poids de 125. marcs , dont le
Roy faifoit preſent à l'Eglife de Rheims.
Monfieur le Duc d'Orleans l'ayant reçû
des mains du Duc de Villequier , Premier
Gentilhomme de la Chambre , le
prefenta à S. M. qui le pofa fur l'Autel .
Γ
Après la benediction le Roy fe retira
dans les appartemens du Palais Archiepiſcopal
, qui avoient été ornez des plus
belles tapifferies de la Couronne , & des
meubles les plus précieux . S. M. y reçût
auffi- tôt les refpects du Chapitre , l'Abbé
Bachelier , Doyen , & député par le
Chapitre pour cette fonction , portant la
parole. Le Corps de Ville prefenta enfuite
les prefens de la Ville au Roy , qui
reçût le même jour les complimens du
Prefidial & de l'Election . L'Univerfité
eut auffi l'honneur de complimenter Sa
Majefté , M. Girard , Recteur , portant
la parole.
Monfieur le Duc d'Orleans occupa
dans.
DE NOVEMBRE 1722. 85
dans le même Palais un appartement ,
qui lui avoit été préparé , où S. A. R.
fut complimentée. Le Cardinal du Bois
fut auffi complimenté .
Le Roy fut encore harangué par les
Maire & Echevins de la Ville de Troyes,
préfentez par M. le Prince de Rohan
Gouverneur de la Province . Le Sieur
Gouault , Maire , portant la parole , s'ex--
prima ainfi
SIRE ,
Ce font les Députez de la Ville de
Troyes , Capitale de vôtre Province de
Champagne , qui , profternez aux pieds
de V. M. viennent au jour de fon Sa
cre , lui jurer une fidelité inviolable , &
l'affeurer de leurs voeux , pour que fon
Regne foit plus long , & auffi glorieux
que celui de Louis XIV. d'heureuſe memoire
, l'illuftre Bifayeul de Vôtre Majeſté.
Les mêmes Députez allerent enfuite à
l'audience de S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans , de Madame ; & chez S. E.
M. le Cardinal du Bois.
Le 23. au matin , Madame la Ducheffe
de Lorraine alla rendre vi fite au Roy.
Peu de temps après . Sa Majesté monta
en caroffe , accompagnée de Monfieur le
Duc
86 LE MERCURE
Duc d'Orleans , du Duc de Chartres ,
du Duc de Bourbon , du Comte de Charolois
, du Comte de Clermont , du Prince
de Conti , du Duc de Charoft , fon
Gouverneur , & fuivi des principaux Seigneurs
de fa Cour , & alla entendre la
Melle dans l'Eglife de faint Nicaife , qui
fut celebrée par un Chapelain de S. M.
& chantée par fa Mufique . Le Pere Dom
François Rhedon , Benedictin , Viſiteur
de la Province de France , eut l'honneur
de recevoir le Roy à la porte
de
P'Eglife , à la tête de 80. Religieux , tous
en chappe. Après la Meffe S. M. voulut
voir un pilier ou arc-boutant de cette
Eglife , qui , par un effet fingulier , tremble
quand on fonne une des moyennes
cloches de la tour de l'Abbaye.
*
L'après midi le Roy alla à l'Abbaye de
faint Pierre-aux-Nores , voir MADAME,
qui étoit arrivée à Rheims dès le 18. de
ce mois. Madame la Ducheffe de Lorraine
, qui étoit avec MADAME , alla
recevoir S. M. & lui préfenta les trois
Princes & les deux Princeffes de Lorraine,
qui étoient venus incognito à Rheims,
pour affifter à la Ceremonie du Sacre.
Le 24. de ce mois le Roy , accompa-
* Voyez le Mercure d'Août 1721 .
page 62.
gné
DE NOVEMBRE 1722. 87
gné de Monfieur le Duc d'Orleans , des
Princes du Sang , du Duc de Charoft ,
& fuivi de toute la Cour , retourna à l'Eglife
de l'Abbaye de faint Pierre , où Sa
Majefté entendit la Meffe , pendant laquelle
l'Archevêque d'Albi , prêta ferment
de fidelité en prefence de Monfieur
le Duc d'Orleans.
M. l'Archevêque de Rheims , qui
étoit depuis quelque temps dans cette
Ville , avoit fait publier un Mandement:
au fujet du Sacre , qui merite d'être in--
feré ici..
MAN DE MENT
de Monfieur l'Archevêque de Rheims ...
-
་
SC
CC'
ce
66.
Armand Jules de Rohan , par la
grace de Dieu , & c... Le Roy nous a
fait l'honneur de nous informer , mese
très - chers Freres , quefon intention eſt
de fe faire facrer dans nôtre Eglife Metropolitaine
le 25. du prefent mois
d'Octobre. Nous ne pouvions mieux
commencer les fonctions de nôtre miniftere
, par une Ceremonie plus glo- ce
rieufe & plus importante : rien ne pou- «
voit nous flatter davantage , pour la ce
premiere occafion où nous vous faifons ...
entendre nôtre voix , que d'avoir à vous ce
annoncer une nouvelle fi avantageuſe.c
CC
૪. LE MERCURE
» à tout le Royaume , & fi intereffante
pour vous en particulier . Quelle joye
» à toute la France , d'apprendre qu'on
» va fceller du fceau de la Religion la
» fidelité & l'obéïffance qu'elle doit à
>> fon Roy ! que c'eſt à la face même des
» Autels que Sa Majefté veut lui répon-
» dre de la protection , & y reconnoî-
» tre l'autorité facrée que Dieu lui don-
>> ne pour le bien & la défenfe de fes
» fujers ! Quelle gloire pour vous , mes
très -chers Freres , que ces Actes fo-
» lemnels fe faffent dans le propre fanc-
» tuaire de vôtre foi ! & par le minifte-
» re de celui que Jesus- Chrift a établi
» pour être le Pafteur de vos ames ! rap-
>> pellez -vous le fouvenir de ce jour heu-'
» reux , où un de vos faints Pontifes fit
>> connoître au grand Clovis la verité de
» l'Evangile , & où vous vêtes couler de
» vôtre propre fource cette eau féconde
qui purifia le Prince & fes fujets. C'est
לכ
ל כ
ל כ
encore au milieu de vous qu'on vient
2 chercher l'onction fainte , dont Dieu
» a voulu qu'on confacrât le Prince
» qu'il a établi fur fon heritage ; ce font
> vos propres Miniftres qu'on choiſit
» pour être les témoins de l'alliance que
Sa Majefté fait avec fon peuple, & vous
» en devez vous-même refter les dépofitaires
que n'avez- vous donc pas à
အ
faire,
DE NOVEMBRE 1722
"
68'
faire , pour vous préparer à une Ceremonie
, à laquelle vous avez tant de «
part concouréz avec nous de tout «
vôtre coeur , pour obtenir l'effufion de «
cette grace interieure , dont nôtre con- w
fecration ne fera que la figure , afin de «
rendre le Prince , qui recevra cette onc- «
tion , d'autant plus agreable aux yeux
deDieu, qu'il eft refpectable à ceux des «
hommes : le coeur du Roy eſt dans la «
main du Seigneur : c'eft par le Tout- «
puiffant que les Souverains regnent : de- "
mandons lui , qu'après avoir formé nôtre
jeune Monarque felon fon efprit , il ce
le confirme de plus en plus dans les «
heureux principes , qui lui ont été infpirez
par l'augufte Prince , qui est dé- c
pofitaire de fon autorités que l'amour «
de l'Eglife , le zele pour la défendre , «
& y maintenir la pureté de la foi , "
croiffent avec les années ; qu'à l'exem- «
ple de Salomon , il préfere la fageffe
à l'éclat du Trône , que la juftice & "
l'équité , le bonheur des peuples & la «
tranquillité du Royaume reglent tou- «
tes les démarches , & qu'il foit l'heri- «
tier des vertus des Rois fes prédeceſ.
feurs , & furtout du feu Roy , fon au- «e
gufte Bifayeul , comme il l'eft de leurs «
droits Samuel fanctifia par des fa- «
crifices la Ville où Saül fut confacré ce
Ce
сс
ce
ce
Roy
'LE MERCURE
»
Roy d'Ifraël , & ne le fit même re-
» connoître publiquement qu'après
→ avoir immolé de nouveau des hofties
pacifiques ; le même Prophete indi-
» qua un facrifice folemnel dans la vil-
» le de Bethléem , pour y confacrer Da--
» vid , & ce ne fut qu'après plufieurs
"
prieres , & l'oblation des holocauftes
" que fe fit l'onction de Salomon dans
» l'affemblée de tout le peuple..
23
A ces cauſes , après en avoir con-
» feré avec nos venerables Freres les Pre-
" vôt , Doyen , Chantre , Chanoines &
» Chapitre de nôtre Eglife Metropoli-
23
ne , nous ordonnons de jeûner le Sa-
" medi 24, du prefent mois d'Octobre ,
dans toute l'étendue de nôtre Diocefe
22
comme aux autres jours de jeûne , qui
"font d'une obligation univerfelle dans
toute l'Eglife .
99
"
"
Ordonnons pareillement à tout Prêtre
Seculier & Regulier de nôtre Dio
" cele , exempts & non exempts , de di-
" re chacun en particulier une Meffe ;
" à tous les Ecclefiaftiques & à tous les
Religieux qui ne font pas Prêtres , à
toutes les Religieufes , & aux Filles
" de Communauté feculiere , de participer
une fois au Corps & au Sang de
" Jefus- Chrift dans le Sacrement de
l'Euchariftie , fuivant les intentions ci-
"
deffus
DE
NOVEMBRE 1722 .
9
,
cc'
deffus marquées ; exhortons les Fi- «
deles de l'un & de l'autre fexe de ce
nôtre Diocefe à faire des prieres
particulieres dans cet efprit , & qu'a- «
près les Vêpres , dans toutes les Egli- «
fes de nôtre Dioceſe on chante le «
Pleaume Exaudiat avec l'Oraifon «
pour le Roy , & pareillement de- se
puis la reception de nôtre Mande- «
ment , jufqu'au 1. Novembre pro- «
chain. Donné à Rheims le 6. Octobre «
1722.c
Préparatifs du Sacre , & difpofition de
l'Eglife , & c.
Tout le monde fçait que la ville de
Rheims a l'avantage depuis plufieurs fie
cles , d'être le lieu deftiné pour le Sacre
de nos Rois. C'eft un ufage qui s'eft éta
bli , en confideration de ce que Clovis,
le premier Roy Chrétien , y a été autre.
fois inftruit & baptifé par faint Remi.
C'eft là que les Rois de France viennent
avec une pompe digne de leur Majefté ,
& de la fainteté de la Ceremonie , recevoir
l'onction des mains de l'Archevêque.
L'Eglife de Notre-Dame , Metropo
litaine de Rheims , deſtinée à la Ceremonie
du Sacre & du Couronnement de
Louis
52 LE MERCURE
Louis XV. avoit été préparée avec une
pompe & une magnificence extraordinaire
; elle étoit tenduë jufqu'à la voûte
des plus belles tapifferies de la Couronne.
Le grand Autel étoit paré d'un or→
nement de drap d'argent galonné d'or ,
& chargé des armes de France & de Navarre
en broderie . Le Roy en avoit fait
prefent à l'Eglife de Rheims , ainfi que
des Chappes & autres ornemens qui
étoient d'êtoffe d'or & d'argent , garnis
de points d'Espagne. Les marches de
l'Autel & le refte du Choeur étoient couverts
de tapis . A quelque diftance , &
vis-à- vis de l'Autel , on avoit élevé un
dais de velours violet , femé de fleurs- delys
d'or en broderie , fous lequel étoit un
Prie-Dieu couvert d'un grand tapis , qui
étoit auffi de velours violet , de même
que le fauteuil placé fur l'eftrade du
Prie- Dieu . Les fieges ou formes , fur
lefquels devoient être placées toutes les
perfonnes qui avoient quelques fonctions ,
ou qui étoient invitées à cette auguste
Ceremonie , étoient auffi couverts de
velours violet brodé de fleurs - de - lys.
Au milieu du Jubé , qui étoir auffi
magnifiquement orné que le refte de l'Eglife
, on avoit élevé un dais de velours
violet , fous lequel étoit le trône où le
Roy devoit être affis après fon Sacre.
Sur
DE NOVEMBRE 1722. 93
Sur le bord du trône étoitun Prie Dieu,
couvert , comme celui du Choeur , d'un
riche tapis de velours violet , femé de
feurs-de- lys d'or , ainfi que des bancs qui
› étoient aux deux côtez du Trône , & fur
lefquels les Pairs Ecclefiaftiques & Laïques
devoient être placez . Au bas du
Prie-Dieu étoient deux fieges , un à droite
pour le Grand Chambellan de France,
& l'autre à gauche pour le premier Gentilhomme
de la Chambre, Sur une efpece
de plate-forme avancée entre les deux
efcaliers , par lefquels on montoit au Trône,
on avoit placé un fiege pour le Con,
nêtable , & plus avant , près l'appui de
la plate- forme , deux fieges , l'un à droi
te pour le Garde des Sceaux , repreſentant
le Chancelier de France , & l'autre
à gauche pour le Grand- Maître de la
Maiſon du Roy. A la droite du Jubé
on avoit dreffé un Autel fous un dais
pour y dire une Meffe baffe pendant la
Meffe du Choeur. Vis - à- vis & de l'autre
côté du Jubé , étoient deux fieges , l'un
près du banc des Pairs Laïques , pour le
Duc de Charoft , Gouverneur du Roy ;
l'autre plus avancé du côté du Choeur ,
pour le Prince Charles de Lorraine ,
Grand Ecuyer de France , qui devoit por
ter la gueue du manteau Royal .
Les deux efcaliers qui avoient été conf,
truits
94
LE MERCURE
1
ftruits aux deux côtez de la porte du
Choeur , pour monter au Trône du Roy ,
étoient couverts de tapis , dont le milieu
étoit femé de fleurs- de- lys d'or & le
devant du Jubé , du côté du Choeur ,
étoit orné d'un tapis de velours violet ,
auffi brodé de fleurs -de - lys d'or.
›
Entre les piliers des deux côtez du
Choeur , & au- deffus des chaifes des
Chanoines , qui étoient auffi parées de
tapis femez de fleurs- de- lys d'or , on
avoit élevé des galeries en amphithea
tre , pour placer des perfonnes de diftinction.
Il y avoit auffi Ly des amphitheatres élevez
aux deux côtez de l'Autel , & là
étoient deux tribunes , l'une à la droite
deſtinée pour MADAME , & l'autre à la
gauche pour le Nonce du Pape , & pour
les Ambaffadeurs invitez à la Ceremo.
nie.
La Mufique avoit fon amphitheatre
élevé derrière l'Autel , & à la gauche
étoit un pavillon fous lequel le Roy devoit
fe reconcilier avant la Communion.
On a employé 12000. toifes de bois à
tous ces échafauts , galeries , amphitheatres
, &c. & on prétend qu'il y avoit 8000.
aulnes courantes de tapifferie tenduë.
Toutes les Chapelles étoient magnifiquement
ornées. On avoit expofé les Châffes ,
conDE
NOVEMBRE 1722 .
95
contenant les Reliques les plus précieufes
, comme le Chef de S. Louis , donné
par le Roy Lou's XIII. quand il fut facré
, la Châffe de faint Remy , de vermeil-
doré , pefant cent marcs , & celle
de faint Marcel , fans compter divers riches
ornemens d'or & d'argent garnis de
diamans & d'autres pierres précieuſes.
Comme la Ceremonie du Sacre devoit
commencer de très bonne heure , on
avoit éclairé l'Eglife par un nombre prodigieux
de bougies , difpofées avec art
dans des luftres , des girandoles , des
bras , & c.
Peu de temps avant le départ du Roy
de Verfailles , les Religieux de faint Denis
reçûrent une Lettre de cachet , qui
leur ordonnoit de porter à Rheims pour
le Sacre de S. M. les ornemens Royaux
qu'on a coûtume d'y porter , & dont ils
font les dépofitaires ; fçavoir , la Couronne
de Charlemagne , le Sceptre , l'Epée
, les Eperons , la Main de Juftice de
cet Empereur , avec l'agraffe de fon Manteau
Royal.
La députation des Religieux de l'Abbaye
de faint Denis , étoit compofée de
Dom François Anceaume , gránd Prieur ,
qui a un droit à cette Ceremonie , Dom
Urfin Duraut , & Dom Vincent Márclaud.
Pour feureté des chofes qu'ils
por
96 LE MERCURE
toient , ils furent eſcortez en allant &
-en venant par M. de la Grange , Exeme
des Gardes du Corps de la Compagnie de
Noailles , & par deux Gardes de la même
Compagnie.
>
Le refte des vêtemens qui devoient
fervir au Roy comme la camifole
de fatin rouge , qui eft ouverte à
tous les endroits où l'on doit faire les
onctions , les botines , la tunique , la dalmatique
& le manteau Royal , furent
portez à Rheims par les ouvriers qui les
ont faits , & furent délivrez aux mêmes
Religieux par les Officiers de la Garderobe
de Sa Majefté , à l'exception de la
camifole , qui fut portée dans l'appartement
du Roi , pour l'en revêtir avant
qu'il allât à l'Eglife.
Le jour du Sacre , dès le grand matin
, les Religieux porterent à l'Eglife
dans un coffre fait exprès , tous les ornemens
& les habits Royaux , qu'ils poferent
fur une crédence , dreffée un peu au- de- là
du coin de l'Autel , du côté de l'Evangile
, près de laquelle il y avoit un banc
pour les trois Religieux , dont la face devoit
être tournée vers le Trône du Roy.
Ils rangerent tout fur l'Autel en cet
ordre. Vers le milieu de l'Autel , la Couronne
de Charlemagne ; du côté de l'Evangile
, le fceptre & la main de Juftice,
DE
NOVEMBRE 1722.
ce, du même côté le Manteau Royal , &
par deffus le Manteau Royal , la Dalmafique
, la Tunique , l'Epée de Charlemagne
avec le Fourreau , les Eperons pardeffus
, & fur le tout les Bottines.
Le Pere Prieur étoit revêtu d'une Aube
, & les deux autres Religieux étoient
en froc ou habit d'Eglife .
M. Dulin , Peintre de l'Académie
Royale a été choifi pour affifter à toutes
les ceremonies du Sacre , du Couronnement
, du Feftin Royal , &c. pour les
deffiner avec préciſion , & enfuite en
faire des cartons qui feront executez en
tapifferies aux Gobelins .
Par ce que nous venons d'expofer on
pourra juger de l'éclat & de la pompe
dont l'Eglife de Rheims , déja très magnifique
par elle-même étoit décorée. Ce
qui, joint à la richeſſe des habits , & des
ornemens Pontificaux & Sacerdotaux ,
aux habits Royaux , à ceux des Pairs Laïques
, des grands Officiers de la Couronne
, des Seigneurs & Notables , dont
cette augufte Affemblée étoit compofée
produifoit une fplendeur majestueufe , &
un éclat qui faififfoit d'étonnement & de
refpect : l'imagination peut à peine fe le
repreſenter , mais la parole ne peut l'exprimer.
L. Vola
E Veille
98 LE MERCURE
VEILLE DU SACRE .
Le 24 Octobre après midy , le Roy
fe rendit à l'Eglife Metropolitaine pour
affifter aux premieres Vêpres du Sacre.
S. M. fut reçûë à la porte de l'Eglife ,
par l'Archevêque Duc de Rheims
Chappe & en Mitre , à la tête du Chapitre
, & affifté des Evêques , fes fuffragans
, auffi en Chappes & en Mitre . Le
Roy alla enfuite fe placer au milieu dụ
Choeur , fur un Prie - Dieu qui avoir été
dreffé. Le Roy avoit Monfieur le Duc
d'Orleans , le Duc de Bourbon & le
Comte de Clermont à fa droite , le Duc
de Chartres , le Comte de Charolois &
le Prince de Conti étoient à fa gauche.
Le Duc de Charoft , Gouverneur de S.
M. & fes principaux Officiers étoient
derriere fon fauteuil. Le Cardinal de Rohan
, Grand Aumônier de France , étoit
à la droite du Prie- Dieu , & les Cardinaux
de Biffy , du Bois , & de Polignac, à
la gauche . Les Archevêques de Touloufe
, de Bordeaux , de Sens , d'Alby , l'Evêque
de Toul , nommé à l'Archevêché
de Tours , & les Evêques de Metz , de
S. Omer , de Chartres , de Verdun , de
Rennes , de Blois , de Nevers , de Saint
Papoul , de Troye , de Cifteron , d'Avranches
, du Puy & de Leictoure , in-
Vitez
DE NOVEMBRE 1722. 99
vitez
par le Roy à fe trouver à la Ceremonie
de fon Sacre , étoient placez au
près de l'Autel à la droite , & les places
de l'autre côté étoient occupées par les
Seigneurs de la Cour. L'Archevêque de
Rheims fe plaça dans la premiere haute
chaife à droite , les Evêques de Soiffons,
de Laon , de Beauvais , & de Chaalons ,
Occupetent les quatre fuivantes du même
côté. Les Evêques de Noyon , d'Amiens ,
& de Senlis , fe mirent dans les hautes
chaifes du côté gauche , les autres chaifes
des deux côtez érant occupées par les
Chanoines , tous en Chappes , & les baffes
par les Prêtres & les Chapelains habituez
de l'Eglife.
L'Archevêque de Rheims entonna les
Vêpres de la Dedicace de l'Eglife Metropolitaine
, dont on celebroit l'Octave,
& elles furent continuées par la Mufique
du Roy , & par celle de la Metropolitaine.
Après les Vêpres , M. Poncer de la
Riviere , Evêque d'Angers , prononça un
fort beau Sermon fur les Ceremonies du
Sacre. Ce Prélat connu par fon éloquence
prit fon texte du 1. Liv. des Rois
ch. 16. verf. 13. Tulit ergo Samuel cornu
olei , & unxit eum ... & directus eft
Spiritus Domini à die illâ in David ,
deinceps. Samuel prit donc la corne pleine
d'huile , & il le Sacra ..... Depuis ce
1. Vol. E ij temps-
, >
ن م
1.00 LE MERCURE
"
temps- là l'Esprit du Seigneur fut toû
jours en David.
La Prédication finie , le Roy fortit de
l'Eglife avec les mêmes ceremonies qui
avoient été observées lorfqu'il y étoit entré.
Quand il fut rentré à l'Archevêché
S. M. s'y confeffa au Pere de Lignieres
fon Confeffeur.
JOUR DU SACRE
L'Eglife de Rheims étoit difpofte de
la maniere que nous avons dite , lorfque
les Chanoines , tou s en Chappes y entrerent
le Dimanche 25. Octobre vers les
fix heures du matin ; ils occuperent les
hautes chaifes , à l'exception des quatre
premieres de chaque côté qu'ils laifferent
vuides , pour les quatre Chevaliers de
l'Ordre du S. Elprit qui devoient porter
les offrandes , & pour les quatre Barons
ou ôtages de la Sainte Ampoule. On
commença Primes , pendant lefquelles
M. l'Archevêque de Rheims , qui avoit
été prendre à la Sacriftie fes habits Pontificaux
, vint à l'Aurel , précedé du
Chantre , du Sous Chantre , en Chappe ,
avec chacun fon bâton d'argent , des
Evêques de Senlis , de Verdun , de Nantes
& de S. Papoul , en Chappe & en
Mitre qui devoient chanter les Litanies
l'Evêque
d'Amiens Sous-Diacre > , &
l'Evê-
>
DE
NOVEMBRE 1722. for
,
l'Evêque de Soiffons , Diacre , en Mitre,
marchoient enfuite . L'Archevêque de
Rheims les fuivoit , affifté de deux Chanoines
de l'Eglife de Rheims , en Chappe
& nommez par le Chapitre pour les
ceremonies. Après la reverence à l'Autel
l'Archevêque de Rheims s'affit dans la
chaiſe qui lui avoit été preparée , vis - àvis
le Prie Dieu du Roy, ayant le vifage
tourné vers le Choeur . Les Evêques de
Soiffons & d'Amiens fe placerent à fes
côtez , & les Evêques de Senlis , de Verdun
, de Nantes & de S. Papoul , fe placerent
au côté droit de l'Autel.
Les Cardinaux , les Archevêques &
les Evêques invitez , & arrivez quelque
temps auparavant , avoient été conduits à
leurs places avec les ceremonies accoutumées
.
Les Cardinaux de Rohan , de Biffi ,
de Gefvres , du Bois , & de Polignac , en
Rochet , & revêtus de leur Chappe de
Cardinal , étoient affis fur une forme placée
au deffus , & un peu moins avancée
que le banc des Pairs Ecclefiaftiques.
Les Archevêques de Touloufe , de
Bordeaux , de Sens , d'Alby , l'Evêque
de Toul , nommé à l'Archevêché de
Tours , & les Evêques invitez que nous
avons déja nommez , en Rochet , & en
Camail violet , étoient fur des formes
1. Vol.
E iij derriere
102 LE MERCURE
derriere le banc des Pairs Ecclefiaftiques
Les Abbez de Brancas & de Premeaux
, Agens du Clergé , étoient affis
après les Evêques.
L'Abbé de Valbelle , Coadjuteur nommé
à l'Evêché de S. Omer , & les Abbez
Milon , de la Vieuville , d'Argentré
, de Froulay , Caulet & de Pezé ,
tous Aumôniers du Roy , en Rochet &
en Manteau noir , étoient derriere les
Archevêques & Evêques . On avoit confervé
les autres places pour les Chanoines
qui devoient fervir à l'Autel , en qualité
de Procedans ou d'Affiftans.
3.
Les formes qui étoient au deffous de
celles des Prélats , étoient occupées par
Ms Amelot , Bignon de Blanzy , le Pelletier
des Forts , l'Abbé de Pompomne ,
le Comte du Luc , & M d'Angervilliers ,
d'Argenfon , de Harlay & Dodun , Contrôleur
General des Finances , tous Con-.
feillers d'Etat , & par M d'Herbigny ,
Bernard , de la Granville , Orry , de Valtan
, de Fontanieu , de Thalhoër , d'Ombreval
, de Vanolles , & le Pelletier ,
Maître des Requêtes , invitez d'affifter
au Sacre , ils étoient tous en Robe de ceremonie.
Les Secretaires du Roy qui
avoient été invitez de fe trouver au Sacre
par Lettre de cachet du 24. Septembre
dernier députerent fix d'entre eux ; fçavoir
DE NOVEMBRE 1722. 103
voir , Mr Noblet Doyen , Perrin , Poil
fon & le Noir , Syndics , Archambault
& Carpot , anciens. Ils eurent féance
dans cet ordre , à droite du côté de l'Epître
fur un banc qui étoit derriere celui
des Maîtres des Requêtes. Ils étoient vêtus
de longues Robes à manches pendantes
, de Satin noir , doublées de même , &
coëffez d'un bonnet ou toque de velours ,
chargée d'un cordon d'or .
Les Pairs Ecclefiaftiques étant arrivez
en Chappe & en Mitre fe placerent fur
feur banc du côté de l'Epître .
Les Maréchaux d'Eftrées , de Teffe
& d'Uxelles , qui devoient porter dans
la ceremonie la Couronne , le Sceptre &
la main de Justice , fe placerent fur un
banc appellé des honneurs , derriere celui
des Pairs Laïques.
Le Marquis de la Vrilliere , le Comte
de Maurepas & M. le Blanc , Secretaires
d'Etat , occuperent un banc feparé , qui
étoit au déffous & plus reculé que celui
des trois Maréchaux de France , dont nous
venons de parler.
Les Maréchaux de Matignon & de
Bezons fe placerent fur une forme derriere
le banc des Honneurs. D'autres Seigneurs
fe mirent auprès d'eux , fur la même
ligne , & fur les autres bancs , où étoient
les principaux Officiers de S. M.
I. Vol.
E iiij
Le
104 LE MERCURE
Le Nonce du Pape , & les Ambaffa
deurs d'Efpagne , de Sardaigne & de Malthe,
invitez à la Ceremonie , furent conduits
en la maniere ordinaire , à leur tribune
, dans laquelle le Chevalier de Sainctot
& M. de Remond , Introducteur des
Ambaffadeurs, le mirent auprès d'eux fur
la même ligne. Le refte de la tribune fut
occupé par un grand nombre de Princes
& de Seigneurs Etrangers.
MADAME , accompagnée de Madame
la Ducheffe de Lorraine , le rendit auffi
dans fa tribune , l'Infant Don Emanuel ,
frere du Roy de Portugal , qui étoit venu
, incognito , à Rheims , pour affiſter à
la Ceremonie du Sacre , & les Princes &
Princeffes de Lorraine , gardant auffi
l'incognito , étoient auprès de MADAME.
pour
Les Pairs Ecclefiaftiques étoient affis
dans l'ordre qui fuit ; l'Evêque Duc de
Laon , en perfonne , l'Evêque Duc de
Langres , excufé caufe de maladie ,
reprefenté par M. l'Evêque de Châlons ,
l'Evêque Comte de Beauvais , en perfonne
, l'Evêque Comte de Châlons , reprefenté
par M. l'Evêque de Noyon , &
l'Evêque Comte de Noyon , reprefenté
par M. l'ancien Evêque de Frejus. On ne
compte pas ici l'Archevêque Duc de
Rheims , le premier de tous , que fa qualité
d'Officiant place differemment dans
la. Ceremonie. On
ļ
DE NOVEMBRE 1722. , 105
: On n'a pas fuivi dans cette occafion le
ceremonial ordinaire , qui eft, que quand
il manque un Pair , les autres montent
au rang l'un de l'autre juſques au dernier ;
mais l'Evêque de Beauvais , qui fuivant
cet ufage auroit reprefenté l'Evêque Duc
de Langres , a mieux aimé garder fon
rang de premier Comte & Pair Ecclefiaftique
, qui l'affocie à l'Evêque de Laon ,
* dans les fonctions honorables du Sacre,
dont nous parlerons bien- tôt.
Sur les 7. heures les Pairs Laïques arriverent
du Palais Archiepifcopal , &
ayant été reçûs avec les ceremonies accoutumées
; après les reverences ufitées
dans les grandes ceremonies , ils fe pla--
cerent fur la forme qui leur étoit prépa
rée du côté de l'Evangile.
Ils étoient vêtus d'une vefte d'étoffé
d'or qui leur defcendoit jufqu'à mi - jambe
, avec une ceinture d'or , & pardeffus
, un Manteau Ducal de drap violet ,
doublé & bordé d'hermines , ouvert fur
l'épaule droite , leur collet rond étoit:
auffi d'hermines . Ils portoient tous une
Couronne de vermeil doré fur un bon
net de fatin violet. Monfieur le Duc
d'Orleans reprefentant le Duc de Bour-
* L'Evêque de Laon devient en cette occafion
premier Duc & Pair Ecclefiaftique , parce
que l'Archevêque de Rheims officie.
1. Vol.
B. V. gogne ,
106 LE MERCURE
gogne , le Duc de Chartres repreſentant
le Duc de Normandie, & le Duc de Bourbon
reprefentant le Duc d'Aquitaine ,
avoient la Couronne Ducale. Le Comte
de Charolois reprefentant le Comte de
Touloufe , le Comte de Clermont reprefentant
le Comte de Flandres , & le Prince
de Conti reprefentant le Comte de
Champagne , avoient des Couronnes de
Comte. Monfieur le Duc d'Orleans , le
Duc de Bourbon & le Prince de Conti
étoient diftinguez par le collier de l'Ordre
du S. Efprit , qu'ils avoient fur leurs
Manteaux.
Peu de temps après les Pairs Laïques
& Ecclefiaftiques s'étant approchez de
l'Archevêque de Rheims , convinrent de
députer l'Evêque Duc de Laon , & l'Evêque
Comte de Beauvais , pour aller
querir le Roy. Ces deux Prélats font de
temps immemorial , eux & leurs reprefentans
en poffeffion de cette députation .
Il en eft parlé dès le temps de Charles
V.
Les deux Evêques ayant auprès d'eux
deux Enfans de Choeur en Chappe , portant
chacun un Chandelier , avec un cierge
allumé , & un troifiéme revêtu de
même , portant le benitier , fe mirent en
marche , précedez du Marquis de Dreux,
Grand-Maître des Ceremonies . Tous les
ChaDE
NOVEMBRE 1722. 107'
Chanoines en Chappe marchoient devant.
La mufique au milieu des deux
files , qui étoient terminées par le Chantre
, & le Sous- Chantre. Ils pafferent par
la gallerie découverte de 14. pieds de
large , conftruite depuis le Portail de
l'Eglife , jufqu'à la grande falle de l'Ar- ,
chevêché , & étant arrivez à la porte de
la Chambre du Roy , le Chantre ( M.
l'Abbé de Sainte Hermine ) y frappa de
fon bâton d'argent. L'Evêque de Laon
dit qu'il demandoit Louis XV . le Prince
de Turenne , Grand Chambellan det
France répondit fans ouvrir la porte , le
Roy dort. Le Chantre frappa pour la feconde
fois , & le Grand Chambellan lui
fit la même réponſe , le Chantre enfin
ayant frappé à la porte une troifiéme fois-
& l'Evêque de Laon ayant dit nous demandons
Louis XV. que Dienu nous a
donné pour Roy , les portes de la chambre
furent ouvertes , le Marquis de Dreux
conduifit les deux Prélats auprès de S. M.
qu'ils faluerent très - profondement . Ils
étoient précedez du Chantre , du Sous-
Chantre , & de l'Enfant de Choeur
tant le benitier .
por
pa- Le Roy étoit couché fur un lit de
fade , il étoit vêtu d'une chemife de toile
d'hollande , & d'une longue camifole out
tunique de fatin cramoify , garnie de ga-
Evj
lonss L.-Vol.
108 LE MERCURE
lons d'or , & ouverte ainfi que la chemiſe
aux divers endroits où S. M. devoit recevoir
les onctions. Pardeffus cette camifole
le Roy avoit une robe de toile d'argent
, & fur la tête une toque de velour
noir , enrichie d'un cordon de diamans ,
avec un bouquet de plume , & une double
aigrette blanche , attachée par une
rofe de pierreries .
L'Evêque de Laon prefenta de l'eaubenite
au Roy, & après les Prieres accou →
tumées, il prit S. M. par le bras droit
l'Evêque de Beauvais le prit par le gauche
, & l'ayant foulevé, ces deux Prelats
le conduifirent à l'Eglife proceffionnellement
dans l'ordre qui fuit.
ARRIVE'E DU ROY A L'EGLISE..
Les Gardes de la Prevôté de l'Hôtel ;
le Comte de Montforeau , Grand Prevôr
à leur tête , commençoit la marche , &
précedoient le Clergé qui avoit accompagné
les deux Evêques députez . Les
Cent Suiffes de là Garde dans leurs habits
de ceremonie marchoient enfuite ,
ayant à leur tête le Marquis de Courten--
vaux leur Capitaine , habillé de drap
d'argent avec un baudrier de même étoffe
brodée , un manteau noir doublé de drap
d'argent , & garni de dentelles , ainſi que
ces
DE NOVEMBRE 1722. 10S
ces chauffes trouffées , avec une toque de
velours noir , ornée d'un bouquet de
plumes. Le Lieutenant des Cent Suiffes
étoit vêtu d'un pourpoint , & d'un manteau
de drap d'argent avec une toque
de
même étoffe. Les haut-bois , les tambours
& les trompettes de la chambre venoient
après ; ils étoient fuivis des fix Herautsd'Armes
en habit de velours blanc , les
chauffes trouffées , garnie de rubans , avec
leur toque de velours blanc ; ils avoient
pardeffus leurs pourpoints & leurs manteaux
la cotte - d'armes de velours violet ,.
chargée des Armes de France en broderie,.
& le Caducée à la main . Les Cent Gentilhommes
de la Maiſon du Roy , dits An
Bec deCorbin qui paroiffoient à cette pom,
peule marche, leur Capitaine à leur tête,
ont été difpenfez d'affifter à cette ceremonie..
Le Marquis de Dreux , Grand -Maître
des Ceremonies , & le fieur des Granges,
receu en furvivance du fieur des Granges,
fon pere , dans la Charge de Maître des.
Ceremonies , marchoient après ; ils étoient
vêtus de pourpoints de toile d'argent , de
chauffes retrouffées de velours ras noir ,
coupé par bandes , ayant des capots de la
même étoffe , garnis de dentelles d'argent
avec une toque de velours noir
chargé de plumes blanches ; ils préces
doient
LE MERCURE
à
doient le Maréchal Duc de Tallard , le
Comte de Matignon , le Comte de Medavi
, & le Marquis de Goesbriant , Chevaliers
de l'Ordre du S. Efprit , deftinez
porter les Offrandes , vêtus d'un grand
manteau de l'Ordre . Le Maréchal Duc
de Villars reprefentant le Connétable ,
vêtu comme les Pairs Laïques , avec la
Couronne de Comte , de vermeil doré ,
marchoit après ; il avoit à fes côtez les
feurs Millet & de Varennes , Huiffiers
de la Chambre du Roy , vêtus de blanc
& portant leurs Mafles.
Le Roy paroiffoit enfuite , accompagné
du Duc de Charoft , fon Gouverneur ,
ayant à fa droite l'Evêque de Laon , & à
fa gauche l'Evêque de Beauvais . Le Prin
ce Charles de Lorraine , Grand Ecuyer
de France qui devoit recevoir la Toque
du Roy , lorfque la ceremonie éxigeroit
que S. Majefté fe découvrit , & qui étoit
nommé pour porter la queue du Manteau
Royal , marchoir après Sa Majesté ,
derriere laquelle fuivoient à droite ,
Duc de Villeroy , Capitaine des Gardes
du Corps , Commandant les Gardes Ecof
foifes , & à gauche , le Duc d'Harcourt,
Capitaine des Gardes en quartier ; ils
étoient vêtus d'habits ordinaires , mais
très magnifiques , ainfi que leurs Manteaux.
Le Roy étoit environné de fix Garle
des
DE
NOVEMBRE 1722. IFF
des Ecoffois , vêtus de fatin blanc , avec
leurs cottes d'armes en broderie pardeffus
leurs habits , la pertuifanne à la main .
M. d'Armenonville , Garde des Sceaux de
France , faifant les fonctions de Chancelier
de France , marchoit après le Roy.
Il étoit vêtu d'une Soutanne de fatin cramoily
و
& d'un grand Manteau d'écar-
Litte , avec l'épitoge retrouffée & fourrée
d'hermines , il avoit fur fa tête le mortier
de Chancelier , de drap d'or bordé d'hermines.
Le Prince de Rohan , faifant la
Charge de Grand- Maître de la Maifont
du Roy , portant fon bâton à la main
venoit enfuite , ayant à fa droite & fur la
même ligne , le Prince de Turenne, Grand
Chambellan de France , & à fa gauche ,,
le Duc de Villequier , Premier Gentilhomme
de la Chambre de S. M. ces trois
Seigneurs étoient vêtus comme Pairs Laiques
, ayant la Couronne de Comte fut
la tête , de vermeil doré. Les Gardes du
Corps fermoient cette marche , pendant
laquelle la Mufique chantoit des Verfets
& des Répons , & c .
Le Roy étant arrivé à l'Eglife par la
grande gallerie découverte qu'on avoit
ornée de tapifferies , les Gardes de la Prevôté
de l'Hôtel refterent à la porte , les
Cent Suiffes formerent une double haye
entre les barrieres , par lefquelles on traverſoit
TIZ LE MERCURE
verfoit la Nef, & les tambours , les hautbois
, & les trompettes fe mirent entre les
deux efcaliers qui montoient au Jubé . Le
Chantre commença le Pfeaume , Domine,
in virtute tuâ letabitur Rex , &c . qui fut
continué par les Muficiens en faux bourdon
, S. M. entrée dans le Choeur , fut
conduite par les Evêques de Laon & de
Beauvais au pied de l'Autel , où s'étant
mis à genoux l'Archevêque de Rheims
dit une Oraifon , après laquelle le Roy
fut conduit par les mêmes Evêques , au
fauteuil qui étoit fous le dais au milieu du
Choeur. Le Duc de Villeroy & le Duc
d'Harcourt fe placerent à la droite , & à
la gauche du fauteuil du Roy. Le Marquis
de Courtenvaux , qui avoit fuivi le
Roy dans le Choeur , prit fa place au côté
droit de l'eftrade , fur laquelle étoit S. M.
& les fix Gardes Ecoffois fe mirent plus
bas aux deux côtez du Choeur. Le Maréchal
de Villars avec les deux Huiffiers
de la Chambre , portant leurs Maffes à
fes côtez , fe plaça fur le fiege qui lui étoit
deftiné derriere le Roy , & à quelque
diftance. Le Garde des Sceaux prit place
derriere le Connétable , & à trois pieds
de diftance , le Prince de Rohan ayant
fon bâton de Grand- Maître à la main , fe
plaça fur un banc derriere le Garde des
Sceaux , & fur lequel le Prince de Turenne
,
DE
NOVEMBRE 1722. 113
ne fe mit• à la droite , & le Duc de
Villequier à la gauche. Le Prince Charles
de Lorraine demeura auprès & à la
droite du Roy : Le Duc de Charoft alla
fe placer fur un ſiege qui lui étoit deftiné
, devant le banc des Secretaires d'Etat
, & les quatre Chevaliers de l'Ordre
'du Saint- Efprit , nommez pour porter
les Offrandes , occuperent les quatre
premieres hautes chaifes du Choeur , du
côté de l'Epître.
On remarquera que les Pairs occupent
differentes places , felon les differens
temps de la Ceremonie , ainfi que
quelques Seigneurs & Officiers qui doivent
fuivre le Roy.
LA SAINTE AMPOULLE .
Pour ne pas interrompre le fil de la
narration des Ceremonies du Sacre , nous
devons dire ici en peu de mots ce qui
concerne cette huile celefte .
On appellefainte Ampoulle , une petite
phiole qui contient l'huile fainte qui
fert à facrer nos Rois ; on la garde précieuſement
dans l'Eglife de l'Abbaye de
faint Remy de Rheims , Ordre de faint
Benoît , & dans le tombeau même de
faint Remy. Hincmar , Archevêque de
Rheims , qui vivoit du temps de Char-
*
les
}
$14
LE MERCURE
les le Chauve , rapporte dans la vie de
ce grand Saint , que lorfque ce Prelat baptifoit
Clovis dans fon Eglife de Rheims ,
la foule qu'il y avoit auprès des Fonts
Baptifmaux , ne lui permettant plus de
faire apporter les faintes huiles pour faire
à ce Roy les Onctions ordinaires dans
les Ceremonies du Baptême , il parut tout
à coup une colombe blanche , apportant
du Ciel en fon bec une petite phiole pleine
d'huile , après quoi elle difparut.
Saint Remy s'en fervit dans cette occafion
, & le Roy Clovis en reçut la premiere
onction en l'année 496. avec 3000 .
François de fa fuite.
Les habitans de Chefne le Populeux ,
dit par corruption le Poüilleux , à fix ou
fept lieues de Rheims , fur le chemin de
Rhetel , ont voulu renouveller l'ancienne
conteftation , prétendant avoir la haquenée
avec tous les harnois & ornemens ,
fur laquelle la fainte Ampoulle a été
portée & rapportée par le Grand Prieur
de l'Abbaye de faint Remy , quoique
l'Abbaye prétende qu'elle lui appartient
de droit , les Religieux étant d'ailleurs
Seigneurs fuzerains & feodaux du lieu
de Chefne. Cependant les habitans de
Chefne , députez , felon la coutume ,
pour escorter la fainte Ampoulle , ont
fortement difputé leurs droits , mais on
leur
DE NOVEMBRE 1722. ITS
feur impofa filence. Ils prétendent que
leurs ancêtres reprirent la fainte Ampoulle
des mains des Anglois , qui avoient
pillé Rheims & le tréfor de faint Remy,
d'où ils croyent avoir le droit d'efcorter
ce faint dépôt ; mais Dom Marlot
dans fon Hiftoire de la Metropole de
Rheims , traite tout cela de fable , & dit
que fi les habitans de Chelne , avant le
Regne de Charles VII . avoient coûtumet
d'accompagner la fainte Ampoulle danst
cette Ceremonie , ce n'étoit qu'en qualité
de vaffaux de l'Abbaye de faint
Remy.
Enfin le Comte d'Estaing , & les Marquis
d'Alegre , de Beauvau & de Prie ,
nommez par le Roy pour conduire la
fainte Ampoulle , la garantir & fervir
d'ôtages , partirent du Palais Archiepifcopal
, en même temps que les Pairs
Laïques en fortirent , pour fe rendre à
l'Eglife Metropolitaine. Ils étoient conduits
par l'Aide des Ceremonies , & arriverent
à l'Abbaye de faint Remy. Après
avoit expliqué le fujet de leur miffion
, ils firent ferment dans l'Eglife de
faint Remy d'y reconduire la fainte Ampoulle
.
>
Elle fut portée en Proceffion par le Pere
Gaudart Grand Prieur de l'Abbaye
en Aube , avec une Etole & Chape d'étoffe
716 LE MERCURE
toffe d'or , monté fur un cheval blane
de l'Ecurie du Roy , mené par deux
Maîtres Palefreniers de la grande Ecurie.
Il étoit couvert d'une houffe d'es
, toffe d'argent richement brodée
& marchoit fous un dais de pareille
étoffe.
Il faut fçavoir qu'il y a quatre Terres
ou Fiefs , aux poffeffeurs deíquels le droit
d'accompagner la fainte Ampoulle , &
de tenir le dais fous lequel elle eft portée
, eft affecté . Ces Terres ou Fiefs font,
fuivant Marlot , dans fon Theatre d'honneur
, Terrier , Beleftre , de Louvercy
ou Savaftie , & Neuvify. Ceux qui en
font . Seigneurs , s'appellent Chevaliers
de la fainte Ampoulle. I n'y a eu que
trois de ces Seigneurs , vaffaux de l'Abbaye
de faint Remy , qui foient venus
pour remplir cette fonction de porter le
dais , fçavoir MM. de Romanie , Godet
, & de fainte Catherine. Ils étoient
vêtus de fatin blanc , & d'un manteau
de foye noire. Le quatrième ne s'y étant
pas prefenté , il a été remplacé par M.
Clignet , Bailly de l'Abbaye de faint
Remy.
Les Religieux Minimes , les Chanoines
de l'Eglife Collegiale de faint Timothée
, & les Religieux des Abbayes
de faint Remy & de faint Nicaife , en
aubes,
DE
NOVEMBRE 1722.
117
aubes , précedoient le dais , aux quatre coins
duquel marchoient à cheval les quatre
Barons ou ôtages , fçavoir MM. de Prie,
d'Eftaing , d'Alegre & de Beauvau .
Pour éviter toute conteftation , leur rang,
tel que nous venons de le dire , avoit été
tiré au fort , ainfi qu'il avoit été pratiqué
au Sacre du feu Roy. Ils étoient
précedez chacun par leur Ecuyer , portant
devant eux un Guidon chargé d'un
côté des Armes de France & de Na-
& de l'autre de celles de ces varre
,
Barons.
L'Archevêque de Rheims , averti par
le Maître des Ceremonies , de l'arrivée
de la fainte Ampoulle , s'avança jufqu'à
la porte de l'Eglife , avec tout le Clergé
pour la recevoir . Le Grand Prieur de
faint Remy , qui l'attendoit fous fon dais,
lui dit , en la lui préfentant : Monfeir
gneur , je mets entre vos mains ce précieux
Tréfor envoyé du Ciel au grandfaint
Remy pour le Sacre de Clovis , & des
Rois fes Succeffeurs : mais auparavant je
vous fupplie , felon l'ancienne coûtume ,
de vous obliger à me le remettre entre les
mains , après que le Sacre de notre grand
Roy LOUIS XV. fera fait. L'Archevêque
de Rheims reçut la fainte Ampoulle
, après avoir folemnellement promis
de la rendre il rentra enfuite dans le
Choeur
>
›
# 18
LE
MERCURE
Choeur précedé de tous les Chanoinės,
& continuant fa marche , il pofa la fainte
Ampoulie fur l'Autel , à côté duquel le
Grand Prieur & le Treforier de l'Abbaye
de faint Remy pritent. place ," & y
refterent pendant toute la Ceremonie ;
les trois Religieux de l'Abbaye de faint
Denis , qui avoient préparé fur l'Autel
les ornemens Royaux , dont nous avons
parlé , étoient vis- à- vis de l'autre côté
de l'Autel . Le Roy falua la fainte Ampoulle
, lorfque l'Archevêque de Rheims
la porta au grand Autel.
Les quatre Barons allerent fe placer
dans les quatre premieres chaifes des
Chanoines , du côté de l'Evangiles leurs
Ecuyers placez dans les chaifes baſſes ,
tenans toûjours leurs Guidons devant eux;
les Religieux des deux Abbayes de faint
Remy & de faint Nicaife , qui avoient
accompagné la fainte Ampoulle , fe retirerent
dans la Chapelle faint Nicolas , à
côté de la Nef , où ils attendirent leur
grand Prieur.
Toutes les Ceremonies du Sacre & du
Couronnement finies , les Prelats avec tout
le Clergé étant encore dans le Choeur , la
fainte Ampoulle fut remife entre les
mains du grand Prieur de faint Remy
par l'Archevêque de Rheims , qui la reporta
dans le même ordre , & avec les
nêmes
DE
NOVEMBRE . 1722. 119
mêmes Ceremonies , qu'elle avoit été apportée
à l'Abbaye de faint Remy , où elle
eft toûjours gardée. Les quatre Seigneurs
déja nommez , la reconduifirent
avec le même cortege , l'Aide des Ceremonies
marchant devant le dais. Lorfqu'ils
furent arrivez , le grand Prieur ,
le Treforier , les Religieux de l'Abbaye ,
& les deux Notaires qui avoient reçu
l'Acte , par lequel les Barons s'étoient
obligez de reporter la fainte Ampoulle ,
reconnurent l'avoir reçuë , & déchargerent
les ôtages de leur cautionnement.
Par ordre du Roy , la haquenée avec
fon caparaçon , & le refte du harnois ,
ainfi que les Bannieres des quatre Barons
, eft demeurée aux Religieux de faint
Remy , à qui S. M. a fait donner 600. livres
pour employer en ornemens.
Cette Proceffion paffa entre deux hayes
des Regimens des Gardes Françoiſes &
Suifles fous les armes , leurs Officiers à
la tête , qui n'avoient pas peu à faire à
contenir la foule du peuple. Toutes les
ruës depuis l'Abbaye de faint Remy jufqu'à
la Metropolitaine , étoient tendues
des tapifferies de la Couronne.
CERI120
LE MERCURE
CEREMONIE
DU SACRE .
Lorfque toute cette augufte Affemblée
fut placée , l'Archevêque de Rheims
préfenta de l'eau- benite au Roy , & à
tous ceux qui avoient pris feance pour la
Ceremonie. On chanta le Veni Creator ,
lequel fini , les Chanoines commencerent
Tierces , après lefquelles la fainte Ampoulle
fut apportée de la maniere que
nous avons dit , & pofée fur le grand
Autel .
Après quelques Oraifons , le Chanoine
Semainier commença Sexte , & pendant
cet Office l'Archevêque de Rheims
alla fe revêtir des ornemens neceffaires
pour dire la Meffe , il revint précedé
de douze Chanoines , dont les fix Diacres
étoient vétus de Dalmatiques , & les
fix Sous- Diacres de Tuniques. L'Archevêque
de Rheims , après avoir fait
les reverences ordinaires à l'Autel & au
Roy , s'approcha de Sa Majefté , qui
avoit à fes côtez les Evêques de L'aon &
de Beauvais ; il reçut du Roy pour toutes
les Eglifes fujettes à la Couronne ,
les promelles de protection , que Sa Majefté
prononça affife & couverte . Les
Evêques de Laon & de Beauvais fouleverent
enfuite le Roy de fon fauteuil ,
&
DE NOVEMBRE 1722. 12.1
& fuivant les anciennes formalitez , ils
demanderent le confentement de l'Af-
,
femblée & du Peuple. D'abord après
cette Ceremonic l'Archevêque de
Rheims reçut du Roy le ferment du
Royaume , & ceux de l'Ordre du Saint-
Efprit , de celui de Saint Louis , & de
l'obſervation de l'Edit contre les duels ,
que Sa Majefté prononça , tenant fes
mains fur les faints Evangiles qu'elle
baifa enfuite.
Traduction des Sermens.
→
Demande de M. l'Archevêque de Rheims
au Roy' pour l'Eglife .
Nous vous demandons que vous accordiez
à chacun de nous , & aux Eglifes
qui nous font confiées , la confervation
des Privileges Canoniques , une loi
équitable & lajustice , & que vous vous
chargiez de nôtre défenfe , comme un Roy
le doit à chaque Evêque , & à l'Eglife
qui lui eft confiée.
Promeffe du Roy.
Je vous promets de conferver à chacun
de vous aux Eglifes qui vous fant
confiées , les Privileges Canoniques , une.
1. Vol.
སྙ
F loi
122 LE MERCURE
loi équitable & la justice , & de vous
proteger & défendre autant que je le pourrai
, avec le fecours de Dieu , comme un
Roy eft obligé de le faire dans fon Royaume,
pour chaque Evêque & l'Eglife qui
lui eft confiée.
Serment du Roy pour le Royaume .
Je promets an nom de Jefus- Chrift au
Peuple Chrétien qui m'eft foumis.
Premierement de faire conferver en
tout temps à l'Eglife de Dieu la paix , par
le Pexple Chrétien.
>
D'empêcher toutes rapines & iniquitez
de quelque nature qu'elles foient.
De faire obferver la justice & la mifericorde
dans les jugemens , afin que Dieu,
qui eft la fource de la clemence & de la
mifericorde , daigne la répandre fur moi
&fur vous auſſi.
D'exterminer enticrement de mes Etats
tous les beretiques , condamne par l'Eglife
, toutes lefquelles chofes ci-deffus dites
, je confirme par ferment , qu'ainfi
Dienfesfaints Evangiles me foient en
aide,
Serment
DE NOVEMBRE 1722 .
123
Serment de Chef & fouverain Grand-
Maître de l'Ordre du Saint- Efprit
fait par le Roy Louis XV.
Nous , Louis , par la grace de Dieu ,
Roy de France & de Navarre , jurons
& voiions folemnellement en vos mains,
à Dieu le Createur , de yivre & mourir
en fa fainte foi , & Religion Catholique,
Apoftolique & Romaine , comme à un
bon Roy Très - Chrétien appartient , &
plutôt mourir que d'y faillir ; de maintenir
à jamais l'Ordre du Saint - Elprit ,
fondé & inftitué par le Roy Henri III.
fans jamais le laiffer décheoir , amoindrir
, ni diminuer tant qu'il fera en hôtre
pouvoir ; obferver les Statuts & Ordonnances
dudit Ordre entierement, felon
leur forme & teneur , & les faire
exactement obferver par tous ceux qui
font & feront ci- après reçus audit Ordre
&
, par exprès ne contrevenir jamais
, ni difpenfer ou effayer de changer
, ou innover les Statuts irrevocables
d'icelui.
Sçavoir eft , le Statut parlant de l'union
de la grande Maîtrife à la Couronne
de France ; celui contenant le nombre
des Carcinaux , Prelats , Commandeurs
& Officiers ; celui de ne pouvo'r
1. Vol. Fij tranf124
LE MERCURE
transferer la provifion des Commandes ,
en tout ou en partie à aucun autre , fous
couleur d'appanage , ou conceffion qui
puiffe être. Item , celui par lequel nous
nous obligeons , autant qu'à nous eft , de
ne pouvoir jamais difpenfer les Commandeurs
& Officiers reçus en l'Ordre , de
Communier & recevoir le précieux Corps
de Nôtre Seigneur JeſusChrift aux jours
ordonnez : comme femblablement celui,
par lequel il eft dit que Nous & tous
Commandeurs & Officiers ne pourront
être autres que Catholiques , Gentilshommes
de trois races paternelles , ceux
qui le doivent être. Item , celui par lequel
Nous nous ôtons tout pouvoir d'em
ployer ailleurs les deniers affectez au re.
venu & entreténement defdits Commandeurs
& Officiers , pour quelque caufe
& occafion que ce foit , & pareillement
celui auquel eft contenue la forme des
voeux , & obligation de porter toûjours
la Croix aux habits ordinaires , avec celle
d'or au col , pendante à un ruban de foye
de couleur bleue celefte , & l'habit aux
jours deſtinez . Ainfi , le jurons , voüions &
promettons sur la fainte vraye Croix , &
le faint Evangile touchez .
Serment
DE NOVEMBRE 1722. 12: 5
Berment de Chef & fouverain Grand-
Maître de l'Ordre Militaire de faint
Louis , fait par le Roy Louis XV.
le jour de fon Sacre le 25. Octobre
1722. après avoir fait celui de l'Ordre
du Saint-Efprit , où il a pris qualité
de Roy de France & de Navarre.
Nous jurons folemnellement en vos
mains , à Dieu le Createur , de maintenir
à jamais l'Ordre Militaire de faint
Louis ,, fondé & inftitué par le Roy
Louis XIV . de glorieufe memoire , nôtre
très honoré Seigneur & Bifayeul ,
& par Nous confirmé , fans jamais le
laiffer décheoir , amoindrir , ni diminuer
tant qu'il fera en nôtre pouvoir, obferver
, & faire obferver les Statuts & Ordonnances
dudit Ordre ; fçavoir , le Statut
d'union de la Grand'- Maîtriſe à la
Couronne de France , celui par lequel
fl eft dit que tous Grands - Croix
Commandeurs , Chevaliers & Officiers ,
ne pourront être autres que Catholiques,
Apoftoliques & Romains , & de n'employer
ailleurs les deniers affectez aux
revenus , entreténement & penfions defdits
Grands - Croix , Commandeurs, Chevaliers
& Officiers , pour quelques caufes
& occafions que ce foit , & de por
1. Vol.
و
Fij ter
126 LE MERCURE
"
ter la Croix d'or pendante à un ruban
de foye couleur de feu , ainfi le jurons &
promettons fur la fainte vraye Croix &
le faint Evangile touchez .
Nous n'avons pu encore recouvrer le *
» ferment pour l'obfervation des Edits contre
les duels. Nous ne manquerons pas
» d'en faire part au public , auffi - tôt qu'il
» fera parvenu jufqu'à nous.
Après ces fermens , l'Archevêque de
Rheims retourna à l'Autel , au bas duquel
le Roy fut conduit par les Evêques
de Laon & de Beauvais. Le Duc de
Villequier , Premier Gentilhomme de la
Chambre , lui ôta fa robe de toile d'argent
, qu'il remit au fieur de Nyert ,
Premier Valet de Chambre ; le Prince
Charles de Lorraine reçut la toque
la
remit au fieur Binet , Premier Valet de
Garderobe .
,
Le Prelat officiant recita enfuite quelques
Oraifons
pendant
lefquelles
le
Roy refta debout , la tête découverte
& vétu feulement de fa camifole de fatin
cramoifi. Sa Majefté fe remit enfuite
dans fon fauteuil qu'on avoit apporté ,
entre le Prie -Dieu & l'Officiant.
Le Prince de Turenne , Grand Chambellan
de France , chauffa au Roy des
bottines ou fandales de velours violet ,
femées
DE NOVEMBRE 1722. 127
femées de fleurs - de- lys d'or en broderie,
& Monfieur le Duc d'Orleans , reprefentant
le Duc de Bourgogne , mit à Sa
M jefté les éperons d'or , & il les lui ôta
dans le même inftant. L'Archevêque de
Rheims benit en même temps l'épée de
Charlemagne , qui étoit fur l'Autel avec
les autres ornemens Royaux ; il la ceignit
au Roy pardeffus fa camifole , &
l'ôta auffi en même temps ; enfuite l'ayant
tirée du foureau , il dit : Accipe bunc
gladium , &c. & la remit toute nuë entre
les mains de Sa Majefté , qui , après
l'avoir tenue pendant que l'on difoit l'Antienne
Confortare , & l'Oraifon qui la
fuit , la baila & l'offrit à Dieu , en la
remettant fur l'Autel . L'Archevêque de
Rheims la reprit & la rendit au Roy.
Sa Majefté la reçut à genoux , & la dé--
pofa entre les mains du Maréchal Duc de
Villars, faifant les fonctions de Conêtable,
qui la tint haute, la pointe levée , pendant
toutes les Ceremonies du Sacre , du Couronnement
& du Feftin Royal.
L'Archevêque Officiant étant retourné
à l'Autel , le Grand - Prieur de l'Abbaye
de faint Remy & le Tréforier ouvrirent
la fainte Ampoulle , qui étoit enfermée
dans une Châfe de vermeil - doré , enrichie
de pierreries . Ce Prelat mit de l'huile
de la fainte Ampoulle fur la patene
Fiiij d'or I. Vol. འ
128 LE MERCURE
d'or du Calice doS. Remy, qu'il mêla avec
dufaint Crême. Les Evêques de Senlis , de
Verdun , de Nantes & de faint Papoul s'avancerent
enfuite devant l'Autel , &
chanterent les Litanies pendant lefquelles
le Roy demeura profterné devant
l'Autel , fur un grand carreau de velours
violet femé de fleurs- de- lys d'or , l'Archevêque
de Rheims étoit auffi profterné
à la droite. Le Roy & l'Officiant fe
leverent lorfqu'on chanta le Verfet des
Litanies , Ut obfequium , &c. & l'Archevêque
de Rheims ayant fa Mitre fur
la tête , & fa Croffe à la main , dit les
trois Verfets qui fuivoient. Les Evêques
de Laon & de Beauvais , étoient debout
aux deux côtez du Roy , pendant qu'on
chantá les Litanies & les Prieres qui les
fuivent , lelquelles étant achevées , l'Archevêque
de Rheims fe plaça fur fa chaife
, & le Roy s'étant mis à genoux devant
lui , Sa Majefté reçut les onctions
en cet ordre : fur le fommet de la tête ,
fur la poitrine , entre les deux épaules ,
fur l'épaule droite , fur la gauche , à la
jointure du bras droit , & à celle du bras
gauche.
Ces fept onctions étant finies , l'Archevêque
de Rheims , & les Evêques de
Laon & de Beauvais refermerent les ouvertures
de la camifole & de la chemife
du
DE NOVEMBRE 1722. 129
du Roy ; & Sa Majefté s'étant levée ,
elle reçut des mains du Prince de Turenne
, la Tunique , la Dalmatique , & le
Manteau Royal de velours violet brodé
de fleurs- de- lys d'or , fouré & bordé
d'hermines. Le Roy fe remit enfuite à.
genoux devant l'Archevêque de Rheims,
qui lui fit la huitiéme onction fur la paûme
de la main droite , & la derniere fur
celle de la main gauche. Ce Prelat ayant
enfuite beni les gans & l'anneau , il donna
les gans à Sa Majefté , & lui mit l'an--
neau au quatriéme doigt de la maindroite
; après quoi il prit le: Sceptro
Royal fur l'Autel , & le mit dans la main:
droite du Roy & enfin la Main de
Juftice , qu'il lui mit dans la gauche.
>
COURONNEMENT.
Après ces Ceremonies , M. d'Arme
nonville , Garde des Sceaux , faiſant la
fonction de Chancelier de France , monta
à l'Autel , & fe mit du côté de l'Evangile
, le vifage tourné vers le Choeur,.
& appella les Pairs felon leur rang , en
la maniere que nous allons dire. Monfieur
le Duc d'Orleans , qui repréfentez:
le:
Duc de Bourgogne , préfentez - vous à
cet Acte ; Monfieur le Duc de Charres
, qui reprefentez le Duc de Nor-
1. Vol. E v mandie ,
130 LE MERCURE
1
mandie , préfentez - vous à cet Acte . I
employa la même formule pour appeller
les autres Pairs Laïques. Il appella enfuite
les Pairs Ecclefiaftiques en cet ordre.
Monfieur l'Evêque & Duc de Laon ,
préfentez - vous à cet Acte . Monfieur
l'Evêque & Comte de Chaalons , qui repréfentez
l'Evêque & Duc de Langres ,
préfentez-vous à cet Acte . Monfieur l'Evêque
& Comte de Beauvais , préfentezvous
à cet Acte. Monfieur l'Evêque &
Comte de Noyon , qui repréfentez l'E--
vêque & Comte de Chaalons , préfentez-
vous à cet Acte. Monfieur l'ancien
Evêque de Fréjus , qui repréfentez l'Evêque
& Comte de Noyon , préfentezyous
à cet Acte .
,
M. le Garde des Sceaux , ayant repris
fa place , & les Pairs s'étant
approchez du Roy l'Archevêque
Duc de Rheims prit fur l'Autel la grande
Couronne de Charlemagne , apportée
de l'Abbaye de faint Denis & aprèsen
avoir fait la benediction , il la mit fur
la tête du Roy , & les Pairs Laïques &
Ecclefiaftiques y porterent la main , pendant
que l'Archevêque Duc de Rheimsrecitoit
les Oraifons du Couronnement ..
,
INTRODE
NOVEMBRE 1722. 131
INTRONISATION.
Peu de temps après , le même Prelat
Officiant , prit le Roy par le bras droit,
& le conduifit en cet ordre au Trône élevé
fur le Jubé .
Les fix Herauts d'armes , qui étoient
reſtez au milieu du Choeur , commencerent
la marche , & s'arrêterent au bàs
des efcaliers qui conduifoient au Jubé.
Les Pairs Ecclefiaftiques monterent par
un efcalier qui étoit du côté de l'Epître,
les Pairs Laïques par celui du côté de
l'Evangile , & ils furent conduits avec les
Ceremonies accoûtumées.
Le Maréchal Duc de Villars , l'épée
nuë dans la main , & ayant à fes côtez
les deux Huiffiers de la Chambre , portant
leurs Maffes , marchoit devant le
Roy , qui avoit la Couronne de Charlemagne
fur la tête , & qui portoit en
fes mains le Sceptre & la Main de Juf
tice. Le Duc de Villeroi & le Duc
d'Harcourt , Capitaines des Gardes du
Corps , marchoient aux côtez de S. M.
la queue du Manteau Royal étoit portée
par le Prince Charles de Lorraine,
le Garde des Sceaux fuivoit le Roy ,,
& après lui marchoit le Prince de Rohan
, ayant à ſa droite le Prince de Tu-
1. Vol. F vj
renne,
132 LE MERCURE
renne , & à fa gauche le Duc de Ville
quier. Les fix Gardes Ecoffois , qui
avoient fuivi le Roy refterent fur les
degrez des efcaliers les plus proches du
Trône , trois de chaque côté. Les Pairs
Ecclefiaftiques & Laïques fe placerent
aux deux côtez du Trône , & les Grands
Officiers dans les places qui leur étoient
marquées. Les deux Capitaines des Gardes
du Corps fe tinrent fur la premie-
Fe marche de l'eftrade , à côté du fauteüil
de Sa Majesté.
Le Roy étant monté à fon Trône par
l'escalier du côté de l'Evangile , l'Archevêque
de Rheims le fit affeoir , & le tenant
toûjours par le bras droit , il recita
les Prieres de l'Intronifation . Après.
Lefquelles il quitta fa Mitre , fit une
profonde reverence au Roy , & le baifa
en difant : Vivat Rex in aternum , VIVE
LE ROY A JAMAIS . Les autres Pairs
Ecclefiaftiques & Laïques , ayant enſuite
baifé S. M. avec les mêmes Ceremonies
, fe remirent à leurs places , & les
Herauts d'armes monterent au Jubé..
Alors on ouvrit les portes de l'Eglife
& le peuple y entra en foule pour y voir
un fpectacle également faint & augufte ,
& en même temps la fplendeur & la
magnificence Royale dans fon plus grand
clar. Le Roy paroiffoit dans ce Trône
MaDE
NOVEMBRE 1722 133
Majestueux avec les graces naturelles qui
ne le quittent jamais , & qui rempliffent
les coeurs de tous fes fujets de fentimens
d'amour & de refpect . Sentimens qui fu
rent exprimez fur le champ par de gran
des acclamations , accompagnées des Fanfarres
, de divers Inftrumens militaires
& des cris de joye , dont l'Eglife retenriffoit.
99
Les Oifeleurs lâcherent enfuite un
grand nombre de petits oifeaux , qui
par le recouvrement de leur liberté , fi
gnifioient l'effufion des graces du Souve
rain , pour les prifonniers qui devoient:
être élargis , à l'occafion de cette Sainte
Ceremonie. L'Artillerie de la Ville celebra
auffi , & annonça cette grande folemnité
par plufieurs décharges , & les Regimens
des Gardes Françoiſes & Suiffes
qui étoient en bataille dans le Parvis , &
aux environs de l'Eglife , firent alors une
triple falve de leur moufquetairie.
Durant ces vives acclamations de Vive
le Roy , les Herauts d'armes diftribuerent
dans la Nef , & dans le Choeur une
grande quantité de Medailles d'or &
d'argent qui avoient été frapées pour ce
fujet , reprefentant d'un côté Louis XV.
en habits Royaux avec le Collier de l'Ordre
du S. Efprit , & la Couronne fur la
tête avec cette Infcription LUD . XV.
REX
134
LE MERCURE
REX CHRISTIANISSIMUS , pour revers
la Ceremonie du Sacre , prife dans
l'inftant même de l'Onction , avec cette
Legende , REX COELESTI OLEO UNCTUS
, le Roy oint de l'Huile Celeste , &
dans l'Exergue Remis XXV. Octob .
MDCCXXII. Cette Medaille a été frapée
de trois grandeurs differentes , nous
donnons ici la repréfentation de la plus
grande avec fon revers .
Les acclamations réïterées des peuples
l'emporterent bien - tôt fur tous les autres
bruits ; cependant le Te Deum fut chanté
par la Mufique du Roy , & continué par
l'orgue au fon de toutes les Cloches de la
Ville , & au bruit de l'Artillerie .
Après le Te Deum le Chantre & le
Sous Chantre entonnerent l'Introite qui
fut continué par la Mufique du Roy :
l'Archevêque de Rheims commença la
Meffe au Grand Autel , & en même
temps l'Abbé Guinaud , Chapelain de
S. M. commença une Meffe baffe à l'Au
tel du Jubé. L'Abbé Milon , Aumônier
du Roy prefenta l'eau-benite à S. M.
fuivant l'ufage. Après que l'Archevêque
de Rheims eut dit l'Oraifon de la Dedi
cace de l'Eglife , dont on celebroit l'Octave
, l'Evêque d'Amiens quitta fa Mitre,
& chanta l'Epître. L'Evangile fur chanté
par l'Evêque de Soiffons , après que
les
1
Medaille du Sacre :
XXV.
LUD
XV
.
REY
COELESTI
REX
CHRISTIANIS
OLEO
SSIMUS
UNCTUS
REMIS XXV. OCTOB
M.D.CC.XXII.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
i
DE NOVEMBRE 1722. 135
و
les Pairs Ecclefiaftiques eurent quitté
fleurs Mitres , les Pairs Laïques , leurs
Couronnes , & que Monfieur le Duct
d'Orleans, reprefentant le Duc de Bourgogne
eut ôté au Roy fa . Couronne
qu'il pofa fur le Prie- Dieu. A la fin de
l'Evangile Monfieur le Duc d'Orleans
reprit la même Couronne , & la remit
fur la tête du Roy . Les Pairs Ecclefiaftiques
reprirent auffi leurs Mitres , & les
Pairs Laïques leurs Couronnes .
Alors le Grand- Maître , le Maître ,
& l'Ayde des Ceremonies de Francedefcendirent
du Jubé , précedez des Herauts
d'Armes , qui étoient reftez au bas
des efcaliers ; & s'étant enfuite avancez
jufqu'au milieu du Choeur , ils firent
leurs reverences à l'Autel , au Roy , a
Madame , aux Cardinaux , au Clergé , &
aux Ambaffadeurs .
Après que le Marquis
de Dreux ,
Grand-Maître
des Ceremonies
, eut fair
une reverence
au Grand
Aumônier
de
France , ce Prélat alla porter au Roy l'Evangile
à baifer , étant precedé
du Grand-
Maître
, du Maître
, & de l'Ayde
des
Ceremonies
, & accompagné
de l'Evêque
de Soiffons
, Diacre , & d'un Chanoine
Diacre
qui portoit
le Livre des
Evangiles
, couvert
d'une Tavoyole
de
Satin blanc. Le Cardinal
de Rohan
arrivé
136
LE MERCURE
vé au bas de l'efcalier , du côté de l'Epître
, fit au Roy une premiere reverence
, il en fit une feconde au milieu de
l'efcalier , & une troifiéme enfin auprès
du Trône. Ayant enfuite prefenté le Livre
des Evangiles à baifer au Roy , il le
remit entre les mains du Diacre , & defcendit
après du Jubé par l'escalier du
côté de l'Evangile , en faifant les mêmes
reverences qu'il avoit faites en montant ;
& lorsqu'il fut arrivé près l'Autel , il fic
les reverences accoutumées en pareilles .
ceremonies.
OFFRAN DES .
Pendant qu'on chantoit l'Offertoire ,
& que l'Archevêque Officiant faifoit
POblation , le Roy d'Armes & les Herauts
allerent prendre fur les crédences
de l'Autel les offrandes qui y étoient pofées
, & les porterent fur des Tavoyoles
de fatin rouge , bordées de franges d'or
aux quatre Chevaliers de l'Ordre du S.
Efprit, nommez pour les porter , lefquels
partirent en même temps des quatre premieres
chaifes hautes du côté droit où ils
étoient placez , étant précedez des Herauts
& du Roy d'Armes , de l'Aide du
Maître & du Grand- Maître des Ceremonies
; le Maréchal de Tallard portoit
le
DE NOVEMBRE 1712. $37
fe vafe de vermeil doré rempli de vin
le Comte de Matignon portoit le pain
d'or , le Comte de Medavi portoit le pain
d'argent , & le Marquis de Goesbriant la
bourfe de velours cramoify en broderie
d'or , remplie de treize pieces d'or , femblables
aux Medailles du Sacre , diftri
buées au peuple pendant le Te Deum.
Ces quatre Chevaliers de l'Ordre te
nant les Offrandes , furent conduits par
le Grand -Maître , le Maître , & l'Aide
des Ceremonies au Trône du Roy , où
ils monterent par l'efcalier du côté de
' Evangile , & ils firent au bas , au milieu
, & au haut de l'efcalier les reverences
accoutumées. Le Roy ayant été ainf
invité d'aller à l'Offrande , S. M. defcendit
de fon Trône dans l'ordre fuivant;,
par l'escalier du côté de l'Epître .
Le Grand-Maître , le Maître & l'Aide'
des Ceremonies , toûjours précedez des
Herauts d'Armes , les 4. Chevaliers de
l'Ordre marchoient enfuite , & après eux,
le Grand - Maître de la Maifon du Roy
le Garde des Sceaux , le Connétable tenant
l'Epée , & ayant à fes côtez les deux
Huiffiers- Maffiers. Les Pairs Ecclefiaftiques
à la droite , & les Laïques à la gauche
, accompagnoient le Roy : S. M. portoit
dans fes mains le Sceptre & la Main
de Juftice , & avoit à fes côtez les deux
Capitaines
1 : 8 LE MERCURÉ
Capitaines des Gardes , & les fix Gardes
Ecoffois qui s'arrêterent vers le milieu du
Choeur. Le Grand Ecuyer de France
portoit la queue du Manteau Royal , le
Duc de Charoft , Gouverneur de S. M.
fuivoit le Roy , le Grand Chambellan &
le Premier Gentilhomme de la Chambie
étoient reftez dans leurs places iur le Jubé
, pour garder le Trône.
Le Roy arrivé à l'Aurel , où l'Archevêque
Officiant étoit affis , le vifage tourné
vers le Choeur , S. M. s'agencüilla , &
après avoir remis le Sceptre au Maréchal
de Tefé , & la Main de Juftice au Maréchal
d'Uxelles , le Roy ieçut la bourſe ,
le pain d'or , le pain d'argent , & le vaſe
rempli de vin des mains du Marquis de
Goefbriant , du Comte de Medavi , du
Comte de Matignon , & du Maréchal
Duc de Tallard. Sa Majefté les prefenta
enfuite à l'Archevêque de Rheims , lui
baifant la main à chaque Offrande qu'il
faifoit. L'Archevêque Officiant mettoit
ces Offrandes à mesure qu'il les recevoit
dans un baffin d'argent que les Marguilliers
de l'Eglife de Rheims tenoient à fon
côté gauche , ces riches Offrandes appartenant
à cette Eglife.
Cette Ceremonie étant finie leRoy reprit
le Sceptre & la Main de Juftice , &
retourna à fon Trône dans le même ordre
qu'il
DE NOVEMBRE 1722. ¥ 39
qu'il avoit obfervé en defcendant ; les
Pairs Ecclefiafiques monterent par l'efcalier
du côté de l'Epître , les Laïques
par celui du côté de l'Evangile ; ils reprirent
enfuite leurs places à la droite &
à la gauche du Trône de S. M. les qua
tre Chevaliers de l'Ordre furent reconduits
à leurs places par l'Ayde des Ceremonies.
Avant l'Offertoire de la Meffe du
Choeur , l'Abbé Milon , Aumônier du
Roy , avoit eu foin d'apporter du Jabé
fur le Grand Autel , le pain qui devoit
être confacré pour la Communion du
Roy , après en avoir fait l'effai un peu
avant la fin de la Meffe ; & après la benediction
donnée par l'Archevêque Offi
ciant , les Herauts d'Armes , & le Grand-
Maître , le Maître , & l'Ayde des Ceremonies
ayant fait les reverences ordinaile
Marquis de Dreux en fit une particuliere
au Grand Aumônier de France ,
qui fortit de la place , & alla recevoir du
Prélat Officiant le baifer de paix . Il monta
enfuité au Trône du Roy avec les mêmes
ceremonies qui avoient été observées l'orfqu'il
avoit porté l'Evangile à baiferà S. M.
S'étant alors approché du Roy , il lui
donna le baifer de paix , que les Pairs
Ecclefiaftiques & Laïques vinrent enfuite
recevoir de S. M. Elle l'accompa
res ,
gna
146 LE MERCURE
gna de ces graces qui lui font fi naturels
Fes , & que la folemnité du jour ſembloit
avoir encore augmentées . Pendant ce
temps - là le Cardinal de Rohan defcendit
du Jubé pour retourner à fa place
avec les mêmes ceremonies , & faiſant les
mêmes reverences qu'il avoit faites en montant
au Trône.
Communion du Roy, & fin des Ceremonies
du Sacre:
La Meffe étant achevée le Roy defcendit
de fon Trône pour aller communier
dans le même ordre que lorfqu'il étoit
allé prefenter les Offrandes ; le Grand
Chambellan de France , & le Premier
Gentilhomme de la Chambre , marchant
alors aux côtez du Grand- Maître de la
Maifon du Roy, S. M. étant arrivée à l'Aute
, Monfieur le Duc d'Orleans , reprefentant
le Duc de Bourgogne , lui ôta la
Couronne de Charlemagne , & la donna
à porter au Maréchal d'Eftrées. Le Roy
remit enfuite le Sceptre & la Main de
Juftice aux Maréchaux de Teffé & d'Uxelles
, & après s'être reconcilié fous le
Pavillon qui avoit été dreffé auprès du
Grand Autel du côté de l'Epître , Sa Majefté
le mit à genoux au bas de l'Autel .
L'Archevêque de Rheims donna l'abfolution
DE NOVEMBRE 1722. 14
lution au Roy , & le communia fous les
deux efpeces . La nape étoit tenue du côté
de l'Autel par le Cardinal de Rohan , &
par l'Evêque de Metz , Premier Aumônier
de S. M. & du côté du Roy , par
Monfieur le Duc d'Orleans , & par le
Duc de Chartres.
Après la Communion , le Roy ayant
repris la Couronne de Charlemagne
l'Archevêque Officiant la lui ôta , & lui
en mit une autre plus legere , enrichie
d'une prodigieufe quantité de Diamans ,
& autres pierreries de la Couronne , dont
nous avons déja parlé , & dont nous ef
perons donner une defcription plus étendue
, avec la reprefentation en Eftampe
La Couronne de Charlemagne fut remife
au Maréchal d'Eftrées , & le Roy
s'en retourna au Palais Archiepifcopal
dans l'ordre qui fuit.
La marche commençoit par les Gardes
de la Prevôté de l'Hôtel , reftez pendant
toute la Ceremonie à la porte de l'Eglife,
ayant le Comte de Montforeau , Grand
Prevôt de l'Hôtel , à leur tête , les Cent
Suiffes de la Garde marchant deux à deux
qui fuivoient le Marquis de Courtenvaux
leur Capitaine. Les haut-bois , tambours,
& trompettes de la Chambre , les Herauts
d'Armes , le Grand- Maître , & le Maître
des Ceremonies , les quatre Chevaliers
de
42 LE MERCURE
de l'Ordre du S. Eiprit qui avoient porté .
les Offrandes , le Maréchal d'Eftrées portant
la Couronne de Charlemagne fur
un carreau de velours violet , ayant à fes
côtez , les Maréchaux de Teffé & d'Uxelles
; les Pairs Ecclefiaftiques & Laïques
marchant à la droite , & à la gauche
du Roy , portant dans fes mains le
Sceptre & la Main de Juſtice , & précedé
du Maréchal Duc de Villars , tenant l'épée
de Connétable , les deux Huiffiers de
Ia Chambre du Roy portant leurs Maffes,
à fes côtez ; le Grand Ecuyer de France
portoit la queue du Manteau Royal ; le
Duc de Charoft , Gouverneur du Roy ,
marchoit auprés de S. M. qui étoit ſuivie
des Ducs de Villeroy & d'Harcourt ,
Capitaines de fes Gardes .
L'Archevêque de Rheims precedé de
fa Croix & de fa Croffe , & accompagné
de deux Chanoines Affiftans, en Chappes,
marchoit auprès du Roy , ainfi que les fix
Gardes Ecoffois. Le Garde des Sceaux
marchoit feule derriere , S. M. fuivi du
Grand- Maître de la Maifon du Roy , du
Grand Chambellan , & du Premier Gentilhomme
de la Chambre . Cette fuperbe
marche qui fe fit par la Gallerie découverte
, dont nous avons parlé , au bruit
des acclamations continuelles du peuple
qui rempliffoit le Parvis de l'Eglife , &
les
DE
NOVEMBRE 1722 .
143
les Cours de l'Archevêché , étoit fermée
par les Officiers des Gardes du Corps .
Le Roy arrivé dans fon appartement
fut deshabillé , & revêtu d'autres habits;
& s'étant enfuite repofé quelque temps
S. M. reprit fon Manteau Royal & fa
Couronne de Diamans ; elle remit le
Sceptre & la Main de Juftice aux Maréchaux
de Teflé & d'Uxelles. Les gans
& la chemiſe du Roy qui avoient touché
aux Onctions , furent remifes pour les
brûler , à l'Evêque de Metz , fon Premier
Aumônier.
La Mufique du Roy s'eft trouvée à la
Ceremonie du Sacre ; mais pour éviter la
trop grande durée des Offices , déja trop
longs par eux mêmes , & qui chantez par
la Mufique auroient pû fatiguer Sa Majefté
, tous les Pleaumes , Hymnes , Antiennes
& Cantiques ont été chantez en
plein-chant ou en faux - bourdon.
Malgré ce retranchement le Roy a
refté près de fix heures de fuite dans l'Eglife
, & fouvent même dans des fituations
très pen bles . Sa Majefté étoit difpenfée
par un Bref du Pape de commu.
nier à jeun , deux Maîtres d'Hôtel ordinaires
étoient chargez de prefenter un
bouillon au Roy qu'on tenoit tout prêt
dans un endroit pratiqué exprès fur le
Jubé , à quelque distance du Trône du
Roy ,
*44
LE MERCURE
Roy. S. M. ne le voulut point prendre ,
on lui reprefenta que l'Empereur Charlequint
n'en avoit pas fait de difficulté dans
une femblable Ceremonie , ainfi qu'on le
remarque dans l'Hiftoire de fa vie : Et
moy , répondit le Roy , j'aime mieux
qu'on life dans l'Hiftoire de la mienne que
je n'en ai point pris.
On avoit averti le Roy de l'ordre de
tout le Ceremonial , felon lequel pendant
la grande Melle du Sacre S. M. ne quitte
point la Couronne , que lorfqu'on chante
I'Evangile , auquel temps les Evêques
Affiftans quittent auffi leur Mitre ; enforte
que le Roy, felon ce Ceremonial , ne doit
plus quitter la Couronne , pas même à
l'élevation. S. M. dit : Les Evêques en
uferont comme ils jugeront à propos ; pour
moy je veux quitter ma Couronne à l'élevation
de la Sainte Hoftie. En effet ,
Monfieur le Duc d'Orleans , comme reprefentant
le Duc de Bourgogne, la lui
ôta , quoique l'ufage n'en foit pas encore
établi .
,
Les Ceremonies du Sacre finies , les
Religieux députez de l'Abbaye de Saint
Denis furent introduits dans l'antichambre
de l'appartement où le Roy fe
de habilloit , & y reçûrent tous les Habits
Royaux , tant ceux qu'ils avoient apportez
que ceux qui leur avoient été remis
dans
DE
NOVEMBRE 1722. 145
dans l'Eglife de Rheims avant le Sacre ,
avec la camifole de fatin rouge , &c. dont
ils donnerent leur recepiffé au premier
Valet de Chambre de Garderobe.
Après le Feftin Royal on leur remit les
autres Ornemens Royaux , avec le Manteau
Royal qu'ils ont apportez au Tréfor
de S. Denis , à l'exception de la Couronne
d'or
que le Roy avoit fur la tête
pendant ce feftin
Nous allons donner une defcription
fommaire de ces ornemens en faveur de
ceux qui ne les ont jamais vus , que nous
ornerons de quelques remarques hiftoriques.
La Couronne de Charlemagne eft celle
qu'il reçut à Rome de la main de Leon
III. Elle eft fermée à l'Imperiale , enrichie
de pierres précieufes & fort grande,
c'est pourquoy les Pairs la foutiennent
avec la main le jour du Couronnement
pendant que l'Archevêque recite les Pricres.
On employoit auffi anciennement
celle de Charles le Chauve , qui étoit d'un
prix ineftimable , mais ayant été enlevée
par les Ligueurs , on y a fubftitué celle
de S. Louis. Elle eft moins grande que
celle de Charlemagne ; mais en revanche
elle eft beaucoup plus magnifique , étant
enrichie de Topazes , de Saphirs , de Rubis
, d'Emeraudes , de Perles Orientales ,
1. Vol. Ꮐ
146
LE MERCURE
& principalement d'un très- excellent
Ruby Balay - Cabochon , fous lequel, ces
mots font écrits , de capillis Domini , de
Spinis Domini.
L'épée de Charlemagne , autrement
dite de S. Pierre , à caufe qu'il la reçût
du même Pape Leon III . dont la poignée,
les branches , & le pommeau font d'or
maffif , enrichis de pierres précieuſes
eft dans un fourreau de velours violet
garni de perles Orientales, Elle eft
appellée Jocofa en latin , à caufe de
la joye qu'infpire la folemnité du Sacre
, à laquelle elle eft employée. Guillau
me de Nangis dans la Relation qu'il fait .
du Sacre de Philippe le Hardy , l'appelle
Spata , terme fort ufité dans le fiecle où
il écrivoit. Le continuateur d'Aymoin
s'en fert lorfqu'il parle du Sacre de Louis
le Begue , & un Ordre Militaire d'Efpagne
en a pris fa dénomination : Ordo
Sancti Jacobi de Spata.
Au deffus du Sceptre de Charlemagne
eft la figure de cet Empereur en or. Il eft
affis dans un fauteuil orné de deux Lyons,
& de deux Aigles d'or ; il tient un Sceptre
& une pomme de même métail
avec une Couronne Imperiale fur la tête ,
au bout de laquelle eft une groffe Perle
Orientale . La figure de l'Empereur eſt
pofée fur un lys d'or , émaillé de blanç
au
4 DE NOVEMBRE 1722 . 147
"
au deffus d'un pommeau d'or , enrichi
de perles , avec cette Infcription gravée
derriere le fauteuil Sanctus Carolus
Magnus , Italia , Roma , Gallia ,
Germania. La fleur de lys & la figure de
l'Empereur font au bout d'un bâton d'or
de fix pieds moins deux pouces de haut ,
lequel le démonte en trois pieces.
Quelques écrivains peu inftruits ont dit
que la Main de Justice étoit d'yvoire, mais
ils fe font trompez , puifque conftamment
elle eft de Licorne. Elle eft placée au
bout d'un bâton d'or ; elle a au quatrième
doigt un Anneau d'or enrichi d'un beau
Saphir. Sous la Main eft un cercle à feuillage
enrichi de trois Grenats, de trois Saphirs
, & de douze Perles Orientales.
Au milieu du bâton eft un autre cercle à
feuillage orné de trois Grenats , d'ùn
Saphir , & de huit Perles. Au bas du
bâton eft un troifiéme cercle à feuillage
avec deux Grenats , deux Saphirs
, une belle Amatifte , & huit PerÎes
. Cette Main de Juftice eft appellée
Virga par le continuateur d'Aymoin , lorſqu'il
parle du Sacre de Louis VI . ce qui
prouve qu'elle étoit en ufage avant le
regne de Charles V.
Les éperons font d'or , ornez de. Grenats
; la verge eft femée de Fleurs- de-
I. Vol. G ij Ly ,
348 LE MERCURE
Lys d'or en champs d'Azur , ayant au
bout une pomme à feuillage garnie de
tiffu velouté , broché d'or . Les deux bou
cles font auffi d'or à tête de Lyon avec le
mordant de même.
L'agraffe fervant à tenir le Manteau
Royal eft une lozange d'or garnie au dedans
d'une Fleur- de- Lys d'or , enrichie
au milieu d'un rubi - balay à huit côtez . A
la pointe d'en haut de la fleur-de- lys eſt un
pareil ruby. Au deffus du premier , &
aux deux fleurons de la Fleur - de- Lys
font trois rubis - balays , en table , d'une même
grandeur,avec deux autres rubis à huit
côtez , & un à fix . Aux quatre coins
quatre beaux diamans; & furle bord neuf
groffes perles d'Orient , parfaitement
rondes .
•
Les fix Couronnes des Ducs & Pairs, &
des Comtes & Pairs , ainfi que les
quatre
autres des Seigneurs qui reprefentoient
au Sacre le Connétable , le Grand- Maître
de la Maifon du Roy , le Grand
Chambellan & le Premier Gentilhomme
de la Chambre , reftent à ceux qui les
ont portées . Les quatre dernieres font pareilles
à celles des Comtes & Pairs .
Dans le temps que l'Augufte Ceremonie
du Sacre fe faifoit à Rheims , toute
la Ville & tout le Diocéfe de Paris
étoient
DE
NOVEMBRE 1722 . 149
étoient en prieres au pied du très- Saint Sacrement
, expofé dans toutes les Eglifes
pour demander à Dieu une abondance de
graces & de benedictions fur la Perfonne
Sacrée de Sa Majefté , en vertu d'un
Mandement de M. le Cardinal de Noailles
, donné le 16. du prefent mois d'Octobre.
Vous fçavez , mes chers freres , dit ce
S. E. dans ce Mandement , que le Roy &
doit recevoir dans peu l'Onction Sainte , «
dont nos Rois très- Chrétiens font en «<<
poffeffion d'être confacrez depuis tant «
de fiecles. SA MAJESTE ' va reconnoître
au pied des Autels , que c'eſt «
de Dieu même qu'elle tient toute se
l'autorité & la puiffance dont elle jouit ce
par les droits de fa naiffance , & que «
c'eſt pour la gloire de ce même Dieu , «
& pour le bonheur de fes peuples que «
cette puiflance , & cette autorité doivent
être employées : tous les ordres du «
Royaume dans cette Sainte & Augufte
Ceremonie , au nom de tous les fujets , «
vont former pour leur Souverain les «
voeux que le refpect le plus fincere , & «
la plus inviolable fidelité , animez de
l'efprit de Religion , doivent infpirer.
Uniffez-vous à nous , mes chers freres ,
pour demander à Dieu , que nôtre Mo- «
marque , comme un Salomon pacifique ,
1. Vol.
G iij
се
co
C6
reçoive
1150
LE MERCURE
ور
כ כ
» reçoive d'en haut par l'Onction Sainte,
l'efprit de fageffe & de confeil , pour
» affurer pleinement dans fes Etats , pen-
" dant le cours de fon regne , la paix que
» le Prince dépofitaire de l'autorité Roya-
» le à maintenuë durant fa Regence ; qu'à
» l'exemple de S. Louis nous voyons croître
en lui de jour en jour l'attachement
au culte , & à la foy de fes peres , un
faint refpect pour la Religion , & ces
fentimens de pieté qui font l'heureux
fruit de l'éducation Chrétienne qu'il a
reçûë; qu'en marchant fur les traces de
" fon Augufte Bifayeul , il foit occupé
comme ce Prince Religieux , à faire
adorer celui par qui les Rois regnent ,
» & qui décide fouverainement du fort
des Empires ; que conformement aux
promeffes de fon Sacre , le zele pour la
juftice , & un amour tendre pour fes
» peuples , reglent toutes fes démarches
& qu'il regarde comme fa gloire la
plus folide , l'obligation de proteger
l'Eglife , & de faire refpecter fes loix
05
"
~ & c.
Comme l'Abbaye Royale de S. Germain
des Prez dépend immediatement
du S. Siege Apoftolique , on fit dans l'Eglife
Abbatiale la même Expofition du
Très - Saint Sacrement , les mêmes Prieres
& Salut , avec un grand concours de
Peu
DE NOVEMBRE 1722. 151
Peuples de ce diſtrict , & du Fauxbourg
S. Germain , en confequence d'un Man
dement donné le 23. du même mois par
le Reverend Pere Dom Pierre Thibault,
Grand Prieur de cette Abbaye , & Vicaire
General de Son Eminence M. le
Cardinal de Biffy , Evêque de Meaux ,
Abbé de S. Germain des Prez , & c.
ce
C&
Voici de quelle manière s'exprime le
Reverend Pere Grand Prieur , Vicaire
General. Demandons à Dieu qu'au «
moment que le Pontife prendra le vafe
rempli de l'Huile Sainte , & facrera Sa «
Majefté , l'efprit du Seigneur fe répande
fur fa Perfonne Sacrée , & que dès a
ce moment cet Efprit Saint foit toû- «
jours avec elle ; qu'il lui donne la fa- «
geffe & l'intelligence pour gouverner «
heureuſement fes peuples , la prudence
& la force pour les maintenir dans la «
paix , la fcience & la pieté , afin qu'il
foit inviolablement attaché au Culte de «
Dieu , qu'Imitateur de la Pieté même «
de Clovis , de la Sainteté de S. Loüis , ce
à l'exemple de fon Augufte Bifayeul , ce
il maintienne dans le Royaume la foy «
de fes Peres. Demandons à Dieu , com- «<
me ces Peuples fideles , dont parle l'E- «
criture , que la Bonté Divine donne ce
une longue vie à nôtre nouveau Salo- «
mon , qu'il rende fon nom encore plus
I. Vol.
co
૯
∞
Gjiij celebre
152
LE
MERCURE
»celebre que celui de fes Auguftes Pré-
» deceffeurs , & qu'il éleve fon Trône au
deffus du leur , & c.
que nous vous offri
PRIERE POUR LE ROY ,
Faite à la fin d'un Sermon prononcé le
jour du Sacre de S. M. par le R. P.
Begon , Prieur de l'Eglife de Mer , on
M.nars-la- Ville , près de Blois.
Eigneur , confervez nôtre Roy , Demine
, falvum fac Regem , écouteznous
toutes les fois
rons des voeux & des prieres pour fon
falut , pour fa fanté & pour la profperité
de fon regne & exaudi nos in die
quâ invocaverimus te. Parvenu par fon
Sacre au comble de la gloire humaine
que pouvons-nous de plus vous demander
pour lui finon de lui prolonger fes jours
pour rendre la felicité de fes peuples plus
folidement établie , qu'elle n'a jamais été,
& comme les biens de la grace font les
vrais & folides biens , nous ne cefferons
d'invoquer vôtre nom , & de vous fupplier
d'orner fon ame de toutes les vertus
chrétiennes , & d'en éloigner tous
les vices Faites , Seigneur , que ce jeune
Prince fi cher à fes fujets , ait pour vous la
même fcûmiffion que fes fujets ont pour
lui , que fon humilité foit auffi profonde
que
>
DE NOVEMBRE 1722. 153
сс
que fon Trône eft élevé : Faites , Seigneur,
qu'il n'ait point d'autres ennemis que
les
vôtres. Ce temps heureux , Seigneur , au
quel vous parlâtes à vos Prophetes , Samuel
, Natan & Gad, nous eft toûjours
prefent. Vous leur dites : j'ai choifi un «<<
homme plein de courage pour conduire ,
& défendre Ifraël , & je l'ai pris du mi- «<
lieu du peuple pour l'élever fur le Trône ; «
j'ai connu David mon ferviteur , d'un «
enfant j'en ai fait un Roy , il en a reçû «
l'Onction Sacrée de la main de Samuel , «<
ma protection ne lui manquera point , & «
mon bras le foutiendra toûjours ; fes en- «e
nemis ne pourront rien contre lui , & ne
lui feront aucun mal ; je ferai
fa feule «c
prefence les renverfera , & je frapperai «
de mort tous ceux qui le hafront , & qui
attenteront à fa vie , j'aurai toûjours de ce
la bonté pour lui , & fidele à mes pro- «<<
meffes , je rendrai fon Etat floriffant , & «
fon regne heureux ; fa puiflance & fon
empire s'étendront d'un côté jufqu'à la «
mer & de l'autre jufqu'à l'Euphrate ; il
aura recours à moi comme un enfant à
>
que
fon pere ; il me dira , Seigneur
, vous
כ כ
૯
૯
ce
ce:
CG
CC
êtes mon veritable êtes mon pere , vous
Dieu , & je vous dois le Trône & la vie ,
il fera le premier des Rois du monde , &
j'en ferai le plus puiffant Prince de l'Univers
; fa pofterité ne s'éteindra jamais ,
1. Vol. fa Gy
63
154
LE MERCURE
ל כ
fa maifon fubfiftera dans tous les ficcles
& fon Trône durera autant que les Cieux
& le Monde . Ce font , Seigneur , les promeffes
que vous avez faites autrefois à
David vôtre ferviteur , en le choiſiſſant
pour être Roy d'Ifraël : ce font ces mêmes
promeffes , dont vous honorez nôtre
jeune Monarque ; accompliffez - les , Seigneur
, en fa faveur , comme vous les
avez executez en faveur de David ; qu'il
foit comme ce jeune Prince la terreur de
fes ennemis , les délices de fon peuple
l'appui de nôtre Sainte Religion , en qua-
1 té de Fils aîné de l'Eglife , & que rempli
de zele & d'amour pour elle , il puiffe
avec autant de fondement que David
s'écrier Seigneur , j'ai aimé vôtre verité ,
complacui in veritate tuâ, je l'ai cherchée,
& j'ai employé toute ma puiffance pour
la faire aimer de mes peuples. Cette verité
Sainte , ô mon Dieu , ne peut lui venir
que de vous , défilez- lui les yeux ,
diffipez les tenebres de fon enfance , &
que ceux qui pourroient lui infpirer le
menfonge , foient éloignez pour toûjours
de fa Perfonne Sacrée. Digne heritier
des vertus de fon Augufte Bifayeul , qu'il
faffe de fes fujets de fideles Chrétiens
afin qu'en travaillant à leur fanctification
, il affure la ſienne ; & qu'après avoir
regné de longues années glorieufement
fur
DE NOVEMBRE 1722 . 155
fur la terre , il regne avec eux éternellement
dans le Ciel.
FESTIN ROYAL.
On avoit preparé cinq tables dans la
grande Salle du Palais Archiepifcopal ,
qui étoit très- richement meublée. Celle
du Roy fut dreffée devant la cheminée
vis-à- vis la porte de fon appartement ,
fur une eftrade élevée de quatre marches
, & fous un Dais de velours violet ,
femé de Fleurs- de - Lys d'or , où elle mangea
feule ; On avoit placé les tables des
Pairs Ecclefiaftiques & Laïques aux deux
côtez de la falle , à une diſtance égale de
l'eftrade du Roy. Au bout de ces deux
tables on en avoit dreffé encore deux autres
, une à droite pour le Nonce du Pape
, & les Ambaffadeurs conviez , & une
autre à gauche , pour le Grand Chambellan
, & autres Seigneurs , dont nous
parlerons. A gauche de la table du Roy
on avoit conftruit une Tribune d'où
Me la Ducheffe de Lorraine vit tout ce
qui fe paffa au Feftin , de même que plufieurs
autres Princes Etrangers qui y
étoient incognito.
.
Le Duc de Briffac , Grand Pannetier
de France , habillé d'une espece de vefte
d'étoffe d'or , & un manteau de même
1.Vol. G vj
qui
156
LE MERCURE
qui defcendoit jufqu'aux genoux , bordé
d'une dentelle d'or , fit mettre le couvert
du Roy ; il fe rendit enfuite au Gobelet,
& en apporta le cadenas de S. M. Il étoit
accompagné du Marquis de Lanmary ,
Grand Echanfon qui portoit la fou- coupe
, les verres & les Caraffes du Roy, & du
Marquis de la Chefnaye , lequel en qualité
de Grand Ecuyer - Tranchant porto t
la grande cueilliere , la fourchette & le
grand couteau ; leurs habits & manteaux
éroient de velours noir , & de drap d'or.
Le Grand Maître desCerémonies ayant
enfuite averti le Grand Maître de la Maifon
du Royque les viandes étoient prêtes ,
& S. M. ayant ordonné qu'on fervit , le
Prince de Rohan qui reprefentoit le
Grand - Maître fe rendit au lieu où on
avoit preparé les plats : peu de temps
après on apporta le premier fervice dans
l'ordre qui fuit.
Les haut- bois , les trompettes , & les
flutes de la chambre , joüant des fanfares,
étoient à la tête ; après eux marchoient
les Herauts d'Armes , le Grand - Maître
& le Maître des Ceremonies , "enfuite les
douze Maîtres d'Hôtel du Roy, marchant
deux à deux, avec leurs bâtons à la main,
puis le Maître d'Hôtel ordinaire , & le
Premier Maître d'Hôtel du Roy. Le
Prince de Rohan faifant la fonction de
GrandDE
NOVEMBRE. 1722. 17
Grand- Maître , tenant fon bâton , marchoit
immediatement devant ce fervice.
Le Grand Pannetier de France portoit l'e
premier plat , les autres étoient portez
douze Gentils- hommes fervans de S.
M. quatre Gardes du Roy précedoient, &
fuivoient ce fervice .
par
Le Grand Ecuyer - Tranchant rangea
les plats fur la table du Roy , les découvrit
enfuite , & en fit faire l'effai ; après
quoi il les recouvrit . Alors le Grand-
Maître précedé , comme nous venons de
le dire , étant allé avertir le Roy , Sa
Majefté le rendit à la falle du feftin danscet
ordre.
›
Les haut- bois , les trompettes , & les.
Antes de la chambre marchoient les
premiers , ils étoient fuivis des fix Herauts
d'Armes , du Grand- Maître , & du
Maître des Ceremonies , des douze Maftres
d'Hôtel , deux à deux , leurs bâtons
en main , du Maître d'Hôtel ordinaire ,
& du Premier Maître d'Hôtel ; enfuite
du Maréchal Duc de Tallard , des Comtes
de Matignon & de Medavi , & du
Marquis de Goesbriant , Chevaliers de
l'Ordre du S. Efprit qui avoient porté
les Offrandes . Ces Seigneurs étoient ſuivis
du Maréchal d'Eftrées , qui portoît
la Couronne de Charlemagne fur un carreau
de velours violet , & marchoit entre
158 LE MERCURE
tre les Maréchaux de Teffé & d'Uxelles,
& le Grand- Maître de la Maifon dủ Roy,
qui étoit pareillement entre le Grand
Chambellan & le Premier Gentilhomme
de la Chambre ; enfuite marchoit le Maréchal
Duc de Villars , reprefentant le
Connétable de France , portant l'épée nuë,
& ayant les deux Huiffiers de la Chambre
, portant leurs Maffes , à fes côtez.
Enfuite les Pairs Ecclefiaftiques & Laïques
marchoient aux deux côtez de Sa
Majefté ; de maniere qu'à côté du Roy ,
à droite , fe trouvoit l'Archevêque Duc
de Rheims , & à gauche Monfieur le
Duc d'Orleans , reprefentant le Duc de
Bourgogne les Ducs de Villeroy &
d'Harcourt , Capitaines des Gardes , &
le Duc de Charoft , Gouverneur du
Roy étoient auprès de Sa Majefté , les
fix Gardes Ecoffois marchoient fur les
aîles. Le Roy avoit la Couronne de Diamans
fur la tête , tenant le Sceptre & la
Main de Juſtice dans ſes mains . Le Grand
Ecuyer de France portoit la queue du
Manteau Royal . Cette marche étoit fermée
par le Garde des Sceaux de France
qui marchoit derriere Sa Majesté.
,
Le Roy étant arrivé à fa table , l'Archevêque
de Rheims la benit , en difant le
Benedicite. On pofa fur des carreaux de
velours violet , la Couronne de Charlemagne
DE NOVEMBRE 17227 139
Le
magne à un coin de la table , à droite , le
Sceptre & la Main de Juftice aux deux
Coins , à gauche. Les Maréchaux d'Eftrées,
de Teffé & d'Uxelles fe tinrent de bout
pendant tout le dîner , auprès des Honneurs
que chacun d'eux avoit portez .
Maréchal de Villars , tenant l'épée nuë ,
étoit placé devant la table , vis- à- vis le
Roy. Les fix Gardes Ecoffois , tenant
leurs hallebardes , étoient placez trois d'un
côté , & trois de l'autre de la table , aux
quatre coins de laquelle il y avoit quatre
Huiffiers , portant leurs Maffes d'argent
doré. Le Prince Charles de Lorraine prit
fa place derriere le fauteuil de S. M. aux
côtez duquel fe placerent les Ducs de
Villeroy & d'Harcourt. Le Prince de
Rohan en qualité de Grand- Maître fe
tint debout près de la table , à droite , &
prefenta la ferviette au Roy avant , &
après le dîner. Le Duc de Briffac , le
Marquis de Lanmary , & le Marquis de
la Chefnaye étoient placez devant la table
, vis-à-vis S. M. pour être à portée de
faire les fonctions de leurs Charges . Le
premier prefentant le pain , changeant les
affiettes , les ferviettes , & le couvert du
Roy , le fecond luy donnant à boire , &
allant lui-même chercher le vin & l'eau ,
dont il faifoit faire l'effai devant S. M.-
& le troifiéme deffervant les plats , approchant
ito LE MERCURE
prochant ceux dont le Roy fouhaitois
manger , & coupant les viandes .
La Nef d'or enrichie de diamans étoit
pofce fur la table , à droite, vers le coin le
plus éloigné de S. M. L'Abbé Milon ,
Aumônier du Roy fe tint toûjours auprès
pour l'ouvrir toutes les fois
Roy vouloit changer de ferviette .
,
que le
Les autres fervices de la table de S. M.
furent apportez par les Officiers de fa
Maiſon avec le même cortege que le
premier. Le bruit des fanfares fe faifant
entendre à chaque fervice . Le troifiéme
qui étoit le deffert fut fervi par le Duc
de Briffac , Grand Pannetier de France.
Les quatre autres tables de la falle du
feftin furent fervies immediatement après
que S. M. eut pris fa place. Alors les
Pairs Ecclefiaftiques & Laïques defcendirent
de l'eftrade , & s'allerent placer à
leurs tables , les premiers à droite , & les
derniers à gauche .
L'Archevêque Duc de Rheims avoit
debout derriere lui les deux Chanoines
Affiftans de la Melle , en Chappes , & deux
Ecclefiaftiques , en furplis , & auffi debout
, vis- à-vis , qui teroient fa Croix &
fa Croffe. L'Evêque Duc de Laon , l'Evêque
Comte de Châlons reprefentant
l'Evêque Duc de Langres , l'Evêque
Comte de Beauvais , l'Evêque Comte de
Noyon
DE
NOVEMBRE 1722. 161
Noyon , repréfentant l'Evêque Comte dé
Chaalons , & l'ancien Evêque de Frejus ,
repréfentant l'Evêque Comte de Noyon ,
étoient fur la même ligne que l'Archevêque
de Rheims , tous en Chappes & en
Mitre, comme à la Ceremonie du Sacre.
,
Les Evêques de Soiffons , d'Amiens ,
& de Senlis , Suffragans de l'Archevêque
de Rheims , placez dans le retour
de la même table vis-à - vis les trois
derniers Pairs Ecclefiaftiques , avoient
feulement le rochet , le camail violet &
le bonnet carré. Monfieur le Duc d'Orleans
, repréfentant le Duc de Bourgo
gne , occupoit la premiere place à la table
des Pairs Laïques ; le Duc de Char
tres , comme Duc de Normandie , le
Duc de Bourbon , comme Duc d'Aquitaine
, le Comte de Charolois , comme
Comte de Touloufe , le Comte de Clermont
comme Comte de Flandres , & lé
Prince de Conti , comme Comte de
Champagne , fe mirent aux cinq autres
places fur la même ligne ; ils avoient
les mêmes manteaux & veftes , dont ils
étoient vêtus pendant la Ceremonie ,
& avec la même Couronne fur la tête
M. Maſcei , Nonce du Pape , occupoi
la premiere place , du côté des fenêtres,
à la table des Ambaffadeurs ; l'Ambaffadeur
d'Espagne , Dom Patrizio Lawes ,
vis162
LE MERCURE
vis-à- vis de lui , l'Ambaffadeur de Saf
daigne , le Comte de Vernon , à côté du
Nonce , M. Hop , Ambaffadeur d'Hollande
, vis-à- vis , & le Bailli de Mêmes,
Ambaffadeur de la Religion de Malthe,
à côté de ce dernier. M. d'Armenonville
, Garde des Sceaux de France , faifant
la fonction de Chancelier , dans fes
habits de Ceremonie , éroit placé vis àvis
l'Ambaffadeur de Malthe ; & en.
fuite , fur la même ligne , le Chevalier
de Sainctot & M. de Remond , Introducteurs
des Ambaffadeurs , tous la tête
Couverte.
A la cinquiéme table , dite des Honneurs
, vis-à vis celle des Ambaſſadeurs ,
& au-deffous de celle des Pairs Laïques,
étoient placez fur la même ligne , le Prince
de Turenne , Grand Chambellan de
France , le Duc de Villequier , premier
Gentilhomme de la Chambre , MM. les
Duc de Tallard , Comtes de Matignon
& de Medavy , & Marquis de Goefbriant
, Chevaliers de l'Ordre du Saint-
Elprit , qui avoient porté les Offrandes ,
tous revêtus des mêmes habits qu'ils
avoient à la Ceremonie du Sacre.
On fe leva de table peu de temps après
qu'on eut fervi le fruit du Roy. Il eft à
remarquer que ces quatre dernieres ta
bles furent fervies par les Officiers du
Corps
DE NOVEMBRE 1722. 16
CAVALCADE.
Le 26. Octobre le Roy fit la Caval
cade folemnelle , pour aller entendre la
Meffe à l'Eglife Abbatiale de faint Re
my. Les Regimens des Gardes Françoi
fes & Suiffes étcient en haye , & occuperent
dès le matin les rues qui conduifent
du Palais Archiepifcopal à l'Abbaye
de faint Remy.
>
Le Roy partità dix heures du matin,
Cette pompeufe & brillante marche fe
fit dans l'ordre fuivant. La Compagnie
des Grenadiers à cheval , les Officiers à
leur tête , ainsi que des autres Compagnies
; les deux Compagnies des Moufqueraires
, la Compagnie des Chevaux-
Legers de la Garde les Gardes de la
Prevôté de l'Hôtel marchant à pied,
deux à deux , le Comte de Montforeau
Grand Prevôt de l'Hôtel , à cheval , à
leur tête. On voyoit enfuite plufieurs
Seigneurs de la Cour , parez des habits
les plus magnifiques , & montez fur des
chevaux de prix très - richement harnachez
. Nous ne pouvons pas marquer ici
bien exactement les noms de tous ceux
qui y affifterent ; nous allons feulement
nommer ceux qui font venus à nôtre connoiffance
, fans avoir égard à leurs rangs
&
266 LE MERCURE
& Dignitez. Meffieurs les Marquis d'A
lincourt, de Bezons, de Villars, de Croiffi,
de Trenel , de Maillebois ; les Comtes
de fainte Maure , de Rupelmonde , les
Chevaliers d'Harcourt , de Biron , de Pe
fé. On voyoit enfuite trois chevaux du
Roy , dont les magnifiques harnois étoien
couverts de caparaçons de velours bleu
brodez en or & en argent , menez er
main par des Palefreniers de l'Ecurie at
Roy , marchant à pied. Douze Pages à
cheval , fçavoir , fix de la Chambre , &
fix de la grande & petite Ecurie. Les
Trompettes de la Chambre , les Cent
Suiffes de la Garde , dans leurs habits de
Ceremonie , le Marquis dé Courtenvaux,
leur Capitaine , à cheval , à leur tête.
Plufieurs Marêchaux de France & Chevaliers
des Ordres du Roy , à cheval ,
fans obferver de rang entre eux ; le Prin
ce Charles de Lorraine , Grand Ecuyer
de France , marchant à cheval devant
Sa Majefté. Le Roy paroiffoit enfuite ,
vétu d'un habit de velours ruby , brodé
d'or , monté fur un cheval harnaché avec
la plus grande magnificence. Les rênes
étoient tenues par deux Ecuyers de Sa
Majefté quatre autres Ecuyers marchoient
à pied autour du Roy , qui avoit
à fes côtez les Ducs de Villeroy & d'Harcourt
, fes Capitaines des Gardes , à chevali
DE NOVEMBRE 1722 163
Corps de Ville , & par les notables Bourgeois
, en rabats , en habits & manteaux
noirs , ayant tous une fleur- de- lys appliquée
fur leur habit vers l'endroit du coeur,
& toutes ces tables fans en excepter
celle de Sa Majefté , aux dépens de la
ville de Rheims . Elles furent fervies dans
la derniere magnificence.
>
Ce Feftin Royal , dont l'ordre & la
fomptuofité firent l'étonnement de tous
ceux qui y étoient , fut conduit par les
foins de M. Felix , Contrôleur general
de la Maiſon du Roy , fur le zele & l'activité
duquel les Magiftrats de la ville de
Rheims s'étoient repofez dans cette occafion
fi importante. Il fut toûjours auprès
de la perfonne du Roy pendant tout
le Feftin .
Les vingt- quatre Violons de la Chambre
joüerent pendant le dîner du Roy, à
· la fin duquel l'Archevêque de Rheims
commença les Graces , qui furent pfalmodiées
par la Mufique du Roy ; après
quoi Sa Majefté fut reconduite à fonappartement
vers les deux heures après midi
, dans le même ordre & avec les mêmes
Ceremonies qui avoient été obfervées
en arrivant dans la falle du Feftin.
L'Archevêque de Rheims & les autres
Pairs Ecclefiaftiques retournerent à l'Eglife
, pour quitter leurs habits Pontificaux.
On
164 LE MERCURE
On avoit préparé trois tables dans le
falles de l'Hôtel de Ville de 18. cou .
verts chacune. Elles furent fervies ver.
les trois heures après midi. Le Maré
chal de Villars , répréfentant le Conhétable
, tint la premiere , où mange
tent le Prince de Rohan repréſentant le-
Grand-Maître , les Maréchaux de France
qui avoient porté les Honneurs , le
deux Capitaines des Gardes du Corps .
le Capitaine des Cent - Suiffes , le Grand-
Maître , & le Maître des Ceremonies .
Le Grand Pannetier & le Grand Echanfon
, le Grand Ecuyer - Tranchant , & le
Marquis de Livry , Premier Maître
d'Hôtel du Roy , y mangerent auffi.
Les quatre Barons , qui avoient reconduit
la fainte Ampoulle , tinrent la
feconde table , où plufieurs Seigneurs de
la Cour mangerent ; ces deux tables furent
fervies par les Officiers du Corps
de Ville , & par les notables Bourgeois,
avec autant de délicateffe que d'abondance.
Vers les fept heures du foir on dreffa
d'autres tables pour les Bourgeois &
Notables qui avoient fervi au feftin
Royal , ainfi qu'aux deux tables dont
on vient de parler.
CA
DE NOVEMBRE . 1722. 167
val ; les fix Gardes Ecoffois marchant à
pied fur les aîles ; le Duc de Charoft ,
Gouverneur de Sa Majefté , étoit derriere
elle , ainfi que le Prince de Turenne
, Grand Chambellan , le Duc de Vil
lequier , Premier Gentilhomme de la
Chambre , & le Marquis de Beringhen ,
reçu en furvivance du Marquis de Betinghen
fon pere , dans la Charge de Prémier
Ecuyer du Roy. Le Prince de Ro
han , Capitaine-Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde , & le
Duc de Chaulnes , Capitaine- Lieutenant
de celle des Chevaux - Legers de la Garde,
étoient auffi à cheval auprès de Sa Majefté
. M. le Duc d'Orleans , le Duc de
Chartres , le Duc de Bourbon , le Comte
de Charolois , le Comte de Clermont ,
& le Prince de Conti , marchoient à che
val après Sa Majefté . Monfieur le Duc
d'Orleans étoit accompagné du Marquis
de Biron , fon Premier Ecuyer , & du
Marquis de la Fare , Capitaine de fes
Gardes ; les Princes du Sang avoient chacun
auprès d'eux un de leurs premiers
Officiers. Les Officiers des Gardes du
Corps de quartier marchoient enfuite à la
tête du Guet des Gardes du Corps , fuivis
des quatre Compagnies. Cette fuperbe
marche étoit fermée par la Compagnie
des Gendarmes de la Garde du
Roy.
Le
168 LE MERCURE
Le Roy traverfa la grande rue , qui
- conduit à l'Abbaye de faint Remy , au
bruit des acclamations continuelles du
peuple , qui étoit accouru en foule de
toutes parts. Sa Majefté fut reçuë à la
porte de l'Abbaye par tous les Religieux
en Chappes , le Pere Dom Denis Gaudart
, grand Prieur de cette Abbaye , à
leur tête , complimenta le Roy en c
termes;
SIRE ,
Quelque grandeur & quelque éclat
qui environment ici Vôtre Majefté , la
Religion & la pieté y brillent encore infiniment
davantage. Ces deux vertus font
fi marquées fur tout l'interieur de vôtre
Perfonne facrée , qu'on s'apperçoit ailément
, que dans la Ceremonie de ce jour,
elle fuit moins la coûtume de fes auguftes
Prédeceffeurs
, que le mouvement du
coeur d'un Roy veritablement felon le
coeur de Dieu .
Par le miniftere d'un de fes dignes
Pontifes , il vous oignit hier , Sire ,
de fon Huile fainte , de ce Baume celefte,
accordé aux prieres de faint Remy , en
faveur du grand Clovis & de fes fucceffeurs
monument autentique des merites
de ce faint Prelat , précieux gage de fa
diving
DE NOVEMBRE 1722. 169
divine protection fur nos Rois , dont nous
avons l'honneur d'être les dépofitaires.
Aujourd'hui Vôtre Majefté paroît dans
ce S. Temple , où la foi la conduit pour
lauer le Seigneur dans fon admirable
don , pour honorer la précieuſe Relique
de fon fidele ferviteur , à qui vous êtes
redevable de la foi de vos peres , & pour
recueillir au pied de fon tombeaù les
fruits de fa puiffante interceffion . Dans
les difpofitions dignes du Fils aîné de
l'Eglife , quelle abondance de graces ne
recevrez- vous pas , Sire , & à quelle perfection
le Seigneur n'élevera- t'il pas tous
ces dons naturels que nous admirons dans
V. M. avec autant de joye que d'étonnement
?
la
Defcendu de tant de grands Rois , la
nature , Sire , veut réunir en vous ſeul ,
tous leurs merites particuliers , pour en
faire un Heros univerfel : élevation d'efprit
, grandeur d'ame , ardeur pour
gloire , penetrant pour le bien , prudence,
folidité , amour des beaux Arts , & toutes
les autres excellentes & heroïques
qualitez de vos glorieux Ancêtres , femblent
vous être tranfmifes comme à titre
de fucceffion ; qualitez dont les femences
ont paru dans V. M. dès fa plus tendre
enfance , qu'on a vû fe développer de
plus en plus , à mesure qu'elle a avancé
1. Vol. H en
170
LE MERCURE
en âge , & qu'un grand Prince , qui lui
eft encore plus attaché par les fentimens
& la tendreffe du coeur , que par les liens
& la proximité du fang , a fait cultiver
avec des attentions & des fuccès qu'on
ne peut exprimer , qu'en les comparant
à la fuperiorité de fon merite.
→
Les impreffions de la grace entées
pour ainsi dire , fur de tels avantages de
la nature , ne pourront que produire les
plus excellens fruits de la juftice chrétie
nne. Plein de la foi de l'Eglife , vous
en ferez , Sire , le très- zelé défenfeur. Penetré
de fes maximes , vous regnerez ainfi,
autant agreable à vôtre Dieu , que refpecté
& cheri de vos fujets.
Puiffe la durée d'un fi beau regne en
égaler le bonheur & la gloire. Ce font
les vocux, Sire, que nous ne cefferons jamais
de faire aux pieds des faints Autels ,
animez de tout le zele , & de toute l'ardeur
dont nous fommes capables . Nous
fupplions , Sire , très humblement V.
M. de vouloir bien les agréer , comane
des effets du très - profond refpect , de
la fidelité inviolable , de la foumiffion
parfaite que nous conferverons éternellement
pour elle , & leur accorder pour
ce Monaftere , l'un des plus favorifez de
vos illuftres Prédeceffeurs , l'honneur de
vôtre royale & fouveraine protection .
Le
DE NOVEMBRE 1722. 171
1
Le Roy fut enfuite conduit dans le
Choeur , où il entendit une Melle baffe ,
pendant laquelle fa Mufique chanta un
Motet.
Le Roy alla faire fa priere après la
Meffe , derriere le grand Autel , auprès
du Tombeau de faint Remy , dont on
avoit tiré la Châffe , pour la faire voir à
S. M. à qui ces Religieux montrerent
auffi la fainte Ampoulle,
Après cela les Troupes de la Maiſon
du Roy fe mirent en marche , & S. M.
retourna au Palais Archiepifcopal dans le
même ordre , & par le même chemin
où les Regimens des Gardes Françoiles
& Suiffes étoient reftez en haye & fous
les armes.
Le 27. Octobre le Roy alla entendre
la Melle à l'Eglife des Jefuites , pendant
laquelle les Muficiens de la Chapelle
chanterent un Motet. Sa Majesté
fut reçu à la porte , & complimenté
par le P. Robinet , Provincial. On lui
prefenta le Programme d'un divertiffement
, intitulé , les Oracles d'Apollon ,
rendus fur le Parnafe , à l'occafion du
Sacre du Roy Louis XV. Divertiffement
mêlé de Mufique & de Declamations
, que les Ecoliers de leur College
fe propofoient de reprefenter devant Sa
Majeſté ; mais la brièveté du fejour du
1. Vol
Hij
Roy
172
LE MERCURE
Roy à Rheims , l'a empêché d'affiſter à
ce divertiffement, en voici l'extrait :
Noms des Acteurs.
APOLLON.
LES MUSES.
L'IMPIETE'.
PREMIER & SECOND GENIĘ
DE LA FRANCE.
ARGUMENT.
Cette Piece commence par un Prologue
, qui invite le Roy à entendre ce
qu'Apollon & les Mufes vont prédire fur
la gloire de fon Regne.
Apollon & les Mufes ouvrent la Scene.
Ce Dieu , après avoir ordonné aux
neuf Soeurs , de préparer une fête charmante
pour le grand Roy , qui honore
de fa prefence des lieux où elles préfident
, les fait retirer , pour n'être pas
troublé dans le moment qu'il confultera
le deftin.
Les Mufes lui obéïffent ; le Dieu du
Parnaffe apoftrophe le Deftin , & le prie
de lui reveler le glorieux avenir qu'il referve
à Louis XV. Inftruit au gré de
fes fouhaits il rappelle les Mules , à
qui il ordonne de chanter les grands miracles
,
DE
NOVEMBRE 1722 . 173
facles que ce nouvel Aftre prépare à l'Univers
. L'Auteur fuppofe ici , que la feule
prefence d'Apollon a communiqué aux
Mufes , ce que le Deftin vient de lui infpirer.
Une Mufe prononce l'Oracle qui
fuit.
Une Mufe.
Dès fon auro ré
Il- fait éclore
Les plus beaux jours s
Puiffe la Parque ,
Pour ce Monarque ' ,
-Filer toûjours-
<
D'autres Mufes parlent à la gloire du
Roy , moitié oracle , moitié fouhait ,
comme on l'aura remarqué dans la précedente
Prophetie .
L'Impieté & la Difcorde troublées de
ces Oracles , qu'elles ont entendus du
fond des Enfers , viennent demander à
Apollon , fi ce grand Roy ne fera rien
pour elles. A une demande fi impertinente
, Apollon répond en ces termes :
Envain , Monftres temeraires ,
Vous vous flattez d'un fort plus doux ;
Les Deftins yous font contraires ;
I. Vol
Hitj
Tout
174 LE MERCURE
Tout vous annonce leur courroux.
Une Mufe répond à peu près fur le mêmeton,
& le Choeur confirme l'anathême,
qui les oblige à rentrer dans les Enfers
d'où elles font forties mal - à- propos.
Deux Genies de la France fuccedent à
l'Impieté & à la Diſcorde , & viennent
avec beaucoup plus de railon , demander
à Apollon quel fera le fort de la
France fous un grand Roy , inftruit par
un fi digne Regent. Voici comment le
premier Genie s'explique.
Pour les interêrs de la France ,
Grand Dieu , je viens te demander ,
Quel fera le bonheur , l'éclat , & la puiſance
3
Du jeune Roy qui va nous commander.
Inftruitpar un Heros & digne d'un Empire ,
Quels biens n'en peux- tu pas prédire,
Que n'en doit on point efperer ;
A la faveur de tes Oracles ,
Raconte-nous les grands miracles ,
Que cetre habile main femble nous prepa
rer &c.
Le ſecond Genie interroge Apollon ,
& commepour le piquer , lui demande,
DE NOVEMBRE 1722 .
175
s'il pourra garder le filence fur le fort de
Louis XV . tandis que tous les Sujets ,
charmez
des heureufes
prémices
de fon regne , prononçoient
hardiment
fur les
glorieufes
fuites qu'ils en attendoient
.
Voici comment
s'exprime
ce fecond Genie.
L'un frappé de fon zelé & de ſa pieté ,
Prédit que dans nos temps nous allons voir renaître
,
Ce fiecle heureux & fi vanté ,
Où la France , imitant le zele de fon Maître ,
Suivoit la voix de fon Pafteur ,
Èe n'avoit qu'un efprit, qu'un langage & qu'un
coeur.
Ce texte n'a pas befoin de Commen
taire .
Apollon répond aux deux Genies de la
France , d'une maniere à remplir leur attente.
Il invite le Roy à croître fous la
main qui le guide , & rend juftice en même
temps à la docilité de l'augufte Eleve
, & à l'habileté
du grand Maître , qui
lui apprend l'art de regner. Une Muſe
prononce
un nouvel Oracle , & une derniere
finit la piece par ces fix vers prophetiques
qu'elle adreffe à la France.
I. Vol
Hij
Heu175
LE MERCURE
Heureuſe France de ta gloire ,
Que de peuples feront jaloux ,
Si les deftins dans leur couroux
T'ont ravi des Heros fi chers à ta memoire
Un feul va les remplacer tous.
Cette Piece qui , comme nous l'avons
'dit cy devant , a commencé par un Prologues
finit par un Epilogue . L'acteur de
cet Epilogue dit très - ingenieufement à
Apollon , qu'on n'a pas beſoin de lire dans
les livres du Deftin . pour annoncer les
grands miracles que Loüis promet , &
que le fang dont il eft formé , fon coeur
& fon efprit qui fe manifeftant de jour
en jour , valent bien des Oracles. Apollon
& une Mufe complimentent le Roy
alternativement , & lui difent d'une maniere
très - galante , qu'un feul , mot d'approbation
, & un fouris gracieux de fa
part , leur paroiffent préferables à tous
les oracles des Dieux . La Mufique de
cette Piece eſt de la compoſition du ſieur
Barbey .
CEREMONIE DE L'ORDRE
DU SAINT ESPRIT.
Dès le Lundi 26. Octobre M. de Breteül
, Commandeur , Prevôt & Maître
des
DE
NOVEMBRE 1722. 177
'des Ceremonies des ordres du Roy , fit
affembler par ordre de Monfieur le Duc
d'Orleans , à trois heures après midy ,
tous les Commandeurs , Chevaliers &
Officiers de l'Ordre du S. E prit dans
l'appartement de S. A. R. pour déliberer
fur ce qui devoit être obfervé en la
Ceremonie , dans laquelle le Roy devoit
être receu Grand- Maître Souverain de
l'Ordre le lendemain. A l'iffuë de cette.
affemblée , M. de Breteuil qui avoit pris
foin de faire conferver & rétablir les amphitheatres
, les tribunes & les tentures
qui avoient fervi à la folemnité du Sacre,
fe rendit à l'Eglife Metropolitaine , pour
y donner les ordres convenables , pour
que l'Eglife où devoit fe paffer une fi
grande & fi augufte folemnité , fut parée
de fes plus beaux ornemens , & en
même temps pour y difpofer les places
& féances des affiftans.
Il eut foin de faire parer le Grand
Autel des ornemens de l'Ordre du Saint-
Efprit , & de faire mettre un Dais au
deffus. On éleva un autre Dais au deffus,
du Trône , fur lequel S. M. dévoit être
placé pendant Vêpres & Complies ; ce
Trône occupoit la premiere place à droite
, à l'entrée du Choeur , qui fut tendu
& paré de même que le Grand Autel ,
des ornemens de l'Ordre .
Hv Q'm
1. Vol.
1
178 LE MERCURE
On dreffa encore un Trône , & un Dais
pareil , près de l'Autel , du côté de l'Evangile
, attenant la tribune des Ambaffadeurs.
Ce Trône étoit auffi pour le Roy,
S. M. y devoit figner fon ferment, & recevoir
le Manteau & le Colier de l'Ordre
du S. Efprit. Les Ecuffons des Armes
du Roy , & de celles de tous les Chevaliers
prefens à la Ceremonie , furent mis
au deffus des ftales que chacun devoit
Occuper felon le rang de fa reception.
On difpofa à droite & à gauche les
bancs de ceux qui devoient affifter à cette
Ceremonie , à peu près de même que le
jour du Sacre . Toute la difference qu'il y
eut , c'eft qu'on en ôta plufieurs de ceux
qui fe trouverent du côté de l'Evangile ,
afin que les Chevaliers puffent avoir les
avenues libres au Trône du Roy , & que
les Officiers euffent plus de facilité à faire
leurs fonctions.
Le 27. Octobre après midy le Duc de
Chartres & le Comte de Charolois furent
reçûs Chevaliers de l'Ordre de S.Michel
par Monfieur le Duc d'Orleans . On
fçait que tous ceux qui font Chevaliers
du S. Efprit reçoivent l'Ordre deS . Michel'
avant que de recevoir celui du S. Elprit.
Nous dirons ici à l'occafion de cette
Ceremonie que l'Ordre de S. Michel fut
inftitué le premier Aouft 1469. par Leis
XII.
DE
NOVEMBRE 1722. 179
XI. en l'honneur de l'Archange S. Michel
, qu'il en fixa alors le nombre des
Chevaliers à trente - fix , qu'il y fit une
addition le 22 , Decembre 1476. & qu'enfin
le feu Roy l'augmenta jufques à cent,
fans y comprendre ceux qui font Chevaliers
du S. Efprit , ni les Etrangers.
Les Chevaliers de cet Ordre portoient
dans les Ceremonies un Collier d'or à
double coquilles , entrelaffées l'une avec
l'autre , & liées d'aiguillettes de foye , à
bouts ou forêts d'or . Le Roy François I.
changea ces aiguillettes en cordelieres ou
chainettes d'or. Au bas de ce Collier eft
une Medaille d'or , fur laquelle eft reprefenté
S. Michel combattant le Dragon.
Le même jour , vers les deux heures
après-midy , les Cardinaux , les Archevêques
& Evêques invitez à cette Cereremonie
étant arrivez en corps à la
porte. du Choeur de l'Eglife Metropolitaine
; ces Prélats furent reçûs & conduits
avec les ceremonies accoutumées , & ils
prirent leurs places fur les formes qu'on
leur avoit préparées près de l'Autel , du
côté de l'Epître. Les Cardinaux de Billy,
de Gefvres , du Bois & de Polignac , occuperent
le banc le plus avancé. Les Aumôniers
du Roy fe placerent fur leur forme
derriere les Evêques. Le Garde des
LoValo H. vj. Sceaux
180 LE MERCURE
Sceaux de France , en habit de ceremonie,
fe mit fur un fiege à bras , fans doffier , au
deffous des formes occupées par le Clergé.
Il étoit accompagné des mêmes Confeillers
d'Etat , & Mîtres des Requêtes
qui avoient affifté au Sacre , & qui fe
placerent fur les mêmes bancs qu'ils
avoient occupé le jour de cette Ceremonie.
Mr Noblet , Perrin , Poiffon , le
Noir , Archambaut & Carpot , Secretaires
du Roy , & députez de leur Com
pagnie , eurent auffi leur même féance que
le jour du Sacre , & leur banc étoit
derriere celui des Maîtres des Requêtes.
Les formes préparées du côté de l'Evangile
, vis- à-vis celles du Clergé & da
Confeil , furent prifes par les Principaux
Officiers de S. M. & les Seigneurs de fa
Cour. Madame la Ducheffe de Lorraine
fat prefente à cette Ceremonie , & occupa
la même tribune où elle avoit été pendant
le Sacre. Son A. R. avoit auprès
d'elle l'Infant Dom Einanuel , frere du
Roy de Portugal , & les Princes & Princeffes
de Lorraine qui ont gardé l'incognito
pendant tout le temps qu'ils ont
lejournés à Rheims . Le Nonce du Pape ,
& les Ambaffadeurs étoient placez dans
la tribune de l'autre côté ; les amphitheatres
qu'on avoit dreffez au deffus des ftales
des Chanoines , étoient occupez par un
grand
DE NOVE MBRE 1722. 10t
grand nombrede perfonnes de diftinction.
Tous les Commandeurs , Chevaliers
& Officiers de l'Ordre du Saint - Esprit ,
invitez , qui fe trouvoient à Rheims ,
revêtus du grand habit de Ceremonie de
l'Ordre , fe rendirent à l'appartement
du Roy fur les trois heures après -midy
& M. de Breteuil ayant averti S. M.
que tout étoit près pour la Ceremonie
le Roy ordonna qu'on le mit en marche,
& aufi- tôt les Gardes de la Prevôté de
l'Hôtel revêtus de leurs hoquetons , le
Comte de Montforeau , Grand Prevôt
de l'Hôtel, à leur tête, commencerent cette
marche par la galerie découverte , dont
nous avons déja parlé , & qui étoit tapiffée
du côté de l'Eglife, des plus riches
tapifferies de la Couronne , & ornée , à
gauche , de tapis à hauteur d'appuy. Enfuite
marchoient les Cent Suiffes de la
Garde en habits de ceremonie , tambour
battant , drapeau déployé , le Marquis
de Courtenvaux , leur Capitaine , à leur
tête ; les tambours , trompettes & fifres
des Ecuries du Roy , & les fix Herauts
d'Armes dans leurs habits de ceremonie ;
ils étoient fuivis du Sieur Chevard ,
Huiffier des Ordres du Roy , vêtu de ſon
habit de l'Ordre du S. Efprit , portant
la Maffe , & du Sieur Hallé , Heraut des
Ordres , habillé de même , qui marchoit
après.
182 LE MERCURE -
après . M. de Breteuil , Commandeur ;
Prevôt & Maître des Ceremonies marchoit
enfuite , ayant à fa droite M. Crozat
, Grand Tréforier , & à fa gauche
M. de Montargis , Secretaire des Ordres
du Roy. L'Abbé de Pompone , Chancelier
des Ordres du Roy , marchoit feul
derriere ces trois Officiers. Ils étoient
rous quatre revêtus de leurs habits , &
grand Manteau de Ceremonie de l'Ordre
du S. Efprit.
Le Comte de Charolois marchoit après,
& le Duc de Chartres enfuite , tous deux
en habits de Novice , d'étoffe d'argent
portant l'épée argentée, à fourreau blanc.
Les Chevaliers avec le grand Manteau
de l'Ordre , & le Collier pardeffus , ce
qui les diftingue des Officiers , fuivoient
deux à deux dans cet ordre. Le Marquis
de Goefbriant , ayant à fa droite le Comte
de Medavi , le Comte de Matignon &
le Maréchal d'Uxelles , les Maréchaux-
Ducs de Tallard & de Villars , les Maréchaux
de Teffé & d'Eftrées ; puis le
Prince de Conti , le Duc de Bourbon
& Monfieur le Duc d'Orleans , ces trois
Princes marchoient feuls , & feparément
l'un de l'autre.
Le Roy marchoit immediatement après
en habit de Novice , le Cardinal de Rohan
Grand Aumônier de France , &
l'Evêque
DE NOVEMBRE 1722. 183
l'Evêque de Metz , Premier Aumônier
de S. M. à fa droite , & à fa gauche le
Roy étoit fuivi des Ducs de Villeroy &
d'Harcourt , Capitaines de fes Gardes ,
du Duc de Charoft , fon Gouverneur , du
Prince de Turenne , Grand Chambellan ,
du Duc de Villequier , Premier Gentilhomme
de la Chambre , du Marquis de
Nefle , deſtiné à porter la queue du Man.
teau de S. M. & de plufieurs autres Grands
Officiers de la Couronne & de la Maifon
du Roy.. Ils étoient tous habillez magnifiquement.
Les Sieurs Millet & de Var
renne , Huiffiers de la Chambre avec
leurs habits de Ceremonie de fatin blanc,
portant leurs Maffes , & les fix Gardes-
Ecoffois , vêtus comme ils l'avoient été
au Sacre , marchoient aux deux côtez de
S. M. La marche fut continuée dans cer
ordre : au fortir de l'appartement du Roy
on fe couvrit , on alla par la galerie dé
couverte , & par le Grand Portail de
PEglife Metropolitaine , dont on traverfa
fans le découvrir , toute la Nef , laquelle
étoit bordée par les Gardes de la Prevôté
de l'Hôtel ,les Cent Suiffes , les tambours ,
les fifres , & les trompettes de la Grande
Ecurie. L'Huiffier & le Heraut , & les
quatre Grands Officiers de l'Ordre qui
marchoient après eux , fe découvrirent
en entrant dans le Choeur , vers le milieu:
duquel
18.4 LE MERCURE
duquel ils firent les reverences accoútumées
en pareille Ceremonie. Après quoi
ils allerent fe mettre vis- à- vis des tabourets
couverts des houffes de l'Ordre ,
placez au bas du Choeur en cette maniere.
Celui du Chancelier vis-à- vis le Trône
du Roy , à une certaine diſtance , ce-
Fui du Maître des Ceremonies , un peu
plus avant , entre celui du Grand Trefo
rier , à la droite , & celui du Secretaire,
à la gauche. Celui du Heraut étoit placé
feul , & plus avancé , celui de l'Huiffier,
prefque au milieu du Choeur.
Le Comte de Charolois y entra feul,
& après lui le Duc de Chartres , ils s'allerent
mettre vis - à- vis leurs places de
Novices , au bas du Choeur en entrant à
gauche , après avoir fait les reverences
ordinaires .
Les Chevaliers entrerent après dans
P'Ordre de la marche , firent les reverences
accoutumées , & fe rangerent au
bas de leurs places , où ils refterent juſqu'à
l'arrivée du Roy , lequel peu de
Temps après , étant entré dans le Choeur,
falua l'Autel ; & lorfqu'il fut monté ſur
fon Trône , placé à droite au bas du
Choeur, en entrant , les Chevaliers monterent
auffi dans leurs ftales , & les deux
Novices fe mirent aux places que nous
venons de dire qui leur étoient diftinées
au bas du Choeur.
,
DE NOVEMBRE 1722. 18
Le Cardinal de Rohan , en fa qualité
de Grand Aumônier de France , le mit
au deffous du Roy , dans l'une des ſtales
baffes ; l'Evêque de Metz , Duc de
Coiflin , Pair de France , & Commandeur
de l'Ordre , alla fe placer fur un
Banc dans le Sanctuaire , du côté de l'Epître.
Ce banc étoit immediatement après
le fauteuil de l'Archevêque de Rheims ,
Officiant, & un de ſes Affiftans , & il étoit
deftiné à être occupé par les Comman
deurs Ecclefiaftiques , s'il y en avoit en
d'autres que l'Evêque de Metz.
Les Ducs de Villeroy , d'Harcourt
Capitaines des Gardes du Corps , étoient
aux côtez du fauteiiil de S. M. auprès de
laquelle fe placèrent auffi le Duc de Charoft
, fon Gouverneur , le Grand Chame
bellan , le Premier Gentilhomme de la
Chambre , & le Marquis de Nefle. La
premiere place, à la droite du Roy , étoit
occupée par Monfieur le Duc d'Orleans,
ayant devant lui dans les baffes ftales M..
Louis de la Vergne de Montaynard de
Treffan , Evêque de Nantes fon Premier
Aumônier. Lorfque tout le monde eut
pris féance , les quatre Grands Officiers :
de l'Ordre , precedé du Heraut & de
PHuiffier , allerent vis- à- vis l'Autel recommencer
toutes leurs reverences , lef
quelles finies , ils retournerent à leurs
places ,
186
₹
LE MERCURE
places , où s'étant couverts comme l'etoient
le Roy , & tous les Chevaliers
M. de Brereüil , Maître des Ceremonies ,
precedé du Heraut & de l'Huiffier , fit
d'abord une reverence à l'Autel , & ent
vint faire une autre au Roy , pour fçavoir
fi S. M. fouhaitoit qu'on commençât
POffice. Il alla enfuite avertir l'Arche
vêque de Rheims , qui étoit en Chappe
& en Mitre , dans un fauteuil près de
l'Autel , du côté de l'Epître , affifté de
trois Chapelains de la Chapelle de Mu-
'fique du Roy , affis à ſes côtez , & de.
trois Clercs de la même Chapelle qui
étoient debout.
Les Vêpres commencerent auffi tôt ,
& furent chantées par les Muficiens de
la Chapelle de Mufique de S. M.
Avant qu'on chantât l'Hymne , le Maître
des Ceremonies precedé du Heraut ,
& de l'Huiffier , allà faire une reverence
au Roy pour l'avertit de le mettre à genoux
, & de fe découvrir , il fit la même
chofe au Magnificat pour avertir
S. M. de fe lever,
Les Vêpres finies , & l'Archevêque de
Rheims ayant dit l'Oraifon ,
dit l'Oraifon , les quatre
Grands Officiers de l'Ordre , precedez du
Heraut & de l'Huiffier , s'avancerent juſqu'aux
marches du Sanctuaire ; ils y commencerent
leurs reverences, après lefquelles
'ils
DE NOVEMBRE 1722. 187
is allerent fe placer fur l'eftrade du Trône
du Roy , élevé du côté de l'Evangile;
fçavoir , l'Abbé de Pompone , à la droite
du Trône , M. de Breteuil à la gauche
, M, Crozat , fur l'eftrade , après le'
Chancelier ; M. de Montargis , fur la
même eftrade , après le Maître des Ceremonies
; le Heraut & l'Huiffier , au bas
de l'Eftrade , le premier à droite , &
l'autre à gauche.
Pendant que ces Officiers fe plaçoient,
les Chevaliers defcendirent de leurs ftales
, & s'avancerent deux à deux jufqu'auprès
du Sanctuaire , fur lequel ils
monterent , après avoir fait leurs reve
rences , & fe placerent fuivant leur rang,
en obfervant que les plus élevezen dignité
fuffent le plus près du Trône.
>
Alors le Roy , qui avoit entendu les
Vêpres fur fon Trône , en defcendit , &
marcha vers l'Autel fuivi du Grand
Aumônier , des deux Capitaines des Gardes
, de fon Gouverneur , du Grand
Chambellan , du Marquis de Nefle , &
de plufieurs autres Grands Officiers de
fa Couronne & de la Maiſon , & préce
dé desdeux Huiffiers- Maffiers , & des fix
Gardes de la Manché.
Le Roy arrivé au pied du Sanctuaire ,
fit fes reverences , & monta enfuite à fon
Trône près de l'Autel. Dans ce moment
L'Ar188
LE MERCURE
l'Archevêque de Rheims quitta fa place,
on mit un fauteuil fur l'eftrade , vis -à - vis
S. M. & ce Prélat s'y étant venu affeoir,
demanda au Roy , s'il defiroit figner le
Serment de l'Ordre du Saint - Elprit
qu'il avoit fait à fon Sacre ? à quoi S. M.
ayant répondu qu'elle le fouhaittoit , M.
de Montargis , Secretaire , le lui préfenta
à figner , ainfi que la Profeffion de foi ,
écrite dans un Regiftre , où les Rois ,
Prédeceffeurs de S. M. & les Chevaliers
ont tous figné depuis l'Inftitution de
l'Ordre , & dans lequel le Roy ſigna
auffi.
Lorfqu'on reçoit un Chevalier de l'Ordre
du Saint- Elprit dans un païs étranger
, on y envoye ce Regiftre original ,
afin que le Chevalier y figne. Cela s'eft
toûjours obfervé ainfi . On en pourroit
citer beaucoup d'exemples , tels que ceux
du Roy de Pologne , Jean Sobielki , du
Prince des Afturies , & c.
Sa Majefté fe leva enfuite , ôta fa toque
, & la remir au Grand Aumônier ,
qui , en cette qualité , étoit placé entre
le Chancelier & le Treforier de l'Ordre.
Le Grand Chambellan , qui étoit derriere
le fauteuil du Roy , lui ôta fon
Capot de Novice , & Sa Majefté s'étant,
alors mife à genoux fur un carreau qu'on
avoit apporté , elle reçut des mains de
PAtDE
NOVEMBRE 1722. 189
l'Archevêque Officiant la Croix de l'Ordre
du Saint- Elprit , attachée à un cordon
bleu , que ce Prelat lui paffa au
.col .
Le Maître des Ceremonies de l'Ordre,
qui étoit au côté gauche du fauteuil du
Roy , lui mit enfuite le Manteau fur les
épaules , qu'il attacha ; alors l'Archevêque
de Rheims , ayant reçu le Collier
de l'Ordre des mains du Grand Trefoforier,
le mit au col de S. M. & lui
préfenta en même temps les Statuts &
Office de l'Ordre , avec un dixain ou
Chapelet , dont les grains font d'yvoire
piquez d'or , avec les chiffres & les ornemens
qui font au Collier. Ces Statuts ,
Offices & dixain avoient été remis à l'Archevêque
par le Sieur de Clairambault
Genealogifte des Ordres du Roy.
Cette Ceremonie finie , le Roy fe leva
, fe couvrit & fe remit dans fon fauteuil
. L'Archevêque de Rheims retourna
à fa place dans le Sanctuaire , & tous
les Chevaliers , chacun felon fon rang ,
vinrent baifer la main au Roy , comme
GRAND- MAISTRE SOUVERAIN DE
L'ORDRE. Les plus éminens en dignité
les premiers ; ils s'en retournerent enfuite
à leurs places. Les Officiers de l'Ordre
eurent auffi l'honneur de baifer la
main de Sa Majefté , & le remirent
dans '.
190 LE MERCURE
dans leurs places fur l'eftrade du Trône.
L'Archevêque Officiant entonna enfuite
le Veni Creator , qui fut continué par
les Muficiens de la Chapelle de Mufique
du Roy.
Pendant cette Hymne le Maître des
Ceremonies , précedé du Heraut & de
l'Huiffier , defcendit du Trône du Roy,
fit une reverence à S. M. & alla avertir
Monfieur le Duc d'Orleans , & le Duc de
Bourbon , qui devoient être Parains du
Duc de Chartres & du Comte de Charolois
, de les conduire au Trône du Roy;
il alla enfuite prendre ces deux Princes,
qui , comme Novices , étoient reſtez au
bas du Choeur , pendant qu'on avoit reçu
le Roy Grand-Maître Souverain de
l'Ordre. Ces deux Princes conduits par
Monfieur le Duc d'Orleans &
par
Duc de Bourbon , précedez de M. de
Breteuil , du Heraut & de l'Huiffier
étant arrivez au bas du Sanctuaire , firent
leurs reverences , monterent enfuite
fur l'eftrade du Trône , après avoir
fait , en y arrivant , une feconde reverence
à S. M.
le
Le Duc de Chartres & le Comte de
Charolois fe mirent à genoux fur des
carreaux devant le Roy , & lûrent le Serment
de l'Ordre qui leur fot prefenté par
le Secretaire , & ils le fignerent à genoux,
DE NOVEMBRE 1722. 192
noux , de même que la Profeffion de
foi écrite dans le Regiftre original , dont
nous venons de parler , le Chancelier de
POrdre tenant le Livre des Evangiles ,
ouvert fur les genoux du Roy pendant le
Serment.
Le Heraut de l'Ordre ôta à ces deux
Princes leur Capot de Novice ; le Grand
Treforier prefenta à Sa Majefté le Cordon
bleu , auquel étoit attachée la Croix
de l'Ordre , que le Roy leur mit au col
fur l'habit de Novice . Le Maître des Ceremonies
les revêtit du grand Manteau
de l'Ordre , & le Grand Treforier , ayant
préfenté le Collier à S. M. le Roy le
feur paffa au col fur le grand Manteau ,
en leur difant : Recevez -de nôtre main
Ae Collier de nôtre Ordre du benoît Saint
Efprit , & c. au nom du Pere , du Fils ,
& du Saint Efprit. Enfuite ces deux
Princes fe leverent , firent une reverence
au Roy , en defcendant du Trône , &
allerent fe placer dans le rang qu'ils devoient
occuper près l'Autel . Ces deux
Princes n'ont pas encore l'âge marqué
par les Staturs , mais on en difpenfe ceux
de leur rang , qui font ordinairement recus
après leur quinzième année.
.
Après cela le Maître des Ceremonies
ayant fait une reverence au Roy , les Of
ficiers , qui étoient demeurez fur l'eftrade
192 LE MERCURE
de près de S. M. s'avancerent jufqu'au
milieu du Choeur , vis-à-vis l'Autel , où
ils recommencerent leurs reverences
étant précedez du Heraut & de l'Huiffier
; ils reprirent enfuite les places qu'ils
avoient occupées pendant Vêpres. Le
Roy defcendit alors de fon Trône , &
fuivi de tous ceux qui l'y avoient accompagné
, s'arrêta devant le Sanctuaire , où
S. M. après avoir fait les mêmes reverences
qu'elle y avoit faites en arrivant,
retourna à fon Trône , qui étoit dreffé au
bas du Choeur .
On commença alors les Complies , qui
furent chantées par les Muficiens de la
Chapelle de Mufique du Roy , lefquel
les étant achevées les , quatre Grands
Officiers, marchans après le Heraut &
l'Huiffier , s'avancerent par le milieu du
Choeur , jufques vers le Sanctuaire , &
ils recommencerent leurs reverences ,
après lefquelles ils fe mirent en marche
pour reconduire le Roy dans fon appartement.
Les Chevaliers , après être defcendus
de leurs places , & avoir fait leurs
fuivirent les Grands Officiers
de l'Ordre , en gardant le même
rang , que lorsqu'ils étoient venus à l'Eglife
. Le Roy defcendit de fon Trône ;
& après avoir fait une reverence à l'Autel
, fe mit en marche , précedé & fuireverences
vi
DE
NOVEMBRE 1722. 193
vie des mêmes perfonnes , qui avoient eu
T'honneur de l'accompagner en arrivant.
Sa Majefté , en s'en retournant dans le
même ordre par la galerie découverte , au
Palis Archiepifcopal , étoit revêtue du
Collier & du grand Manteau de l'Ordre
du Saint - Esprit , dont la queue étoit portée
par le Marquis de Nefle. Les Commandeurs
, les Chevaliers , & les Officiers
de l'Ordre , en arrivant dans la
Chambre du Roy , fe rangerent en haye
à droite & à gauche , chacun fel n fon
rang & fa dignité , pour voir paffer Sa
Majefté ; ils le retirerent auffi tôt qu'elle
fut entrée dans fon . Cabinet .
L'Ordre du Saint- Efprit fut inftitué
par un Edit , donné à Paris au mois de
Decembre 1578. par Henri III . Roy de
France & de Pologne , pour marque d'une
éternelle pieté , & de la reconnoiffance
qu'il defiroit rendre à Dieu des bienfaits
qu'il en avoit reçus , furtout au jour de
la Pentecôte , auquel il avoit été élû Roy
de Pologne en 1573. & avoit fuccedé à
la Couronne de France , par le decès du ,
Roy Charles IX. arrivé le même jour de
la Pentecôte 30. May 1574-
Cet Ordre eft compofé ( fans compter
le Roy , qui en eft le Chef & fouverain
Grand - Maître ) de cent perfonnes ; fçavoir,
de quatre Cardinaux & de cinq Pre-
L. Vol.
I lats ,
194
LE MERCURE
lats , compris le Grand Aumônier de
France , de quatre - vingt - fept Chevaliers ,
& de quatre Grands Officiers , qui font,
le Chancelier , le Prevôt , Maître des Ceremonies
, le Grand Treforier , & le-
Greffier.
L'Eglife Metropolitaine de Rheims ,
où le font paffées toutes ces grandes Ceremonies
, avoit été ornée , comme nous
l'avons déja dit , des plus belles tapifferies
de la Couronne , & éclairée d'un
grand nombre de luftres & de girandoles.
Toute cette difpofition avoit été faite
fous les ordres , & par les foins du Duc
de Villequier , Premier Gentilhomme de
la Chambre du Roy , qui a fait éclater
par tout fon goût jufte & délicat , dans
la difpofition & arrangement de ces ma
gnifiques ornemens.
M. l'Archevêque de Rheims , attentif
à ce qu'exigent les differentes circonftances
des temps , & craignant que la Fête
de S. Simon & S. Jude , qui arrive le
28. d'Octobre , ne pût pas être obſervée
avec la décence convenable , & qu'on ne
pût pas fournir pour cette grande affluence
de peuple , que le Sacre du Roy avoit
attiré à Rheims , les alimens neceffaires
pour le jeûne & l'abftinence de la veille ,
remit
DE NOVEMBRE 1722. 195
remit , par fon Mandement du 17. Oc
tobre , cette Fête au Dimanche 8. Novembre
fuivant , & la Vigile au Samedi.
Le 28. Octobre les Cardinaux , les
Archevêques & les Evêques , qui avoient
été invitez au Sacre , s'affemblerent dans
la Chapelle du Palais Archiepifcopal
pour aller complimenter le Roy ; ils furent
conduits à l'Audience de S. M. avec
les ceremonies accoûtumées ; l'Archevêque
de Touloufe , qui devoit porter la
parole au nom du Clergé , marchoit entre
les Cardinaux de Rohan & de Biffy.
Le difcours que fit ce Prelat fut très élo-
Il remercia S. M. de la protecquent.
tion qu'elle avoit de tout temps accordé
à l'Eglife , & des nouvelles promeffes
qu'elle venoit encore de faire au Clergé
le jour de fon Sacre , de la lui continuer
à l'avenir.
Le même jour , le Roy alla entendre
la Mefle dans l'Eglife de l'Abbaye des.
Benedictines de faint Etienne , pendant
laquelle un Motet fut chanté par la Mufique
de S. M. La Meffe étant achevée ,
le Roy s'approcha de la grille , où l'Abbeffe
, accompagnée de la Coadjutrice ,
& de toutes les Religieufes , affura S. M.
de fes très- humbles refpects ; le Roy les
ayant à ſon tour allurées de fa protection ,
1. Vol.
I ij fe
196 LE MERCURE
1.
fe recommanda à leurs prieres.
L'après-midi , le Roy , accompagné
dans fon caroffe de Monfieur le Duc
d'Orleans , des ' Princes du Sang & du
Duc de Charoft , fou Gouverneur , fe
rendit au Camp formé près du chemin
de Châlons , entre Rheims & le Village
de faint Leonard , à trois quarts de lieuës
de la Ville , difpofé en cet ordre. Les
Gendarmes de la Garde du Roy , fermoient
la gauche , & fur la nême ligne ,
à droite , les Chevaux- Legers de la Garde
, les deux Compagnies des Moulquetaires
, les Gardes Suiffes , les Gardes
Françoifes , les quatre Compagnies des
Gardes du Corps fermoient la droite ,
au- delà defquelles , & fur la même ligne,
les Grenadiers à cheval étoient camp.z..
Sa Majesté monta à cheval , & fit la
revue des Troupes de fa Maifon , des
Regimens des Gardes Françoifes & Suiffes
, qui étoient en bataille ; le Roy commença
par la gauche , fuívi de tous les
Seigneurs de la Cour & étrangers fuperbement
montez. Les Grenadiers à
cheval , qui fermoient la droite , firent
differens mouvemers , tant à cheval qu'à
pied , avec tout l'ordre & toute la vivacité
offible , dont Sa Majefté parut t.ès- -
fatisfaite . Le Roy ordonna enfuite à
Les Troupes de rentrer dans le Can p.
Elles
DE
NOVEMBRE 1722 . 197
Elles fe rangerent en haye devant leurs
tentes , l'Infanterie en veftes & en bonnets
, fans armes , où le Roy les vit une
feconde fois.
Le Roy revint le long de la ligne , &
en defcendant de cheval , avant de remonter
dans fon caroffe S. M. trouva à
la tête du Camp les Officiers des Trou
pes de fa Maifon , qui avoient été nommez
Chevaliers de S. Louis , au nombre
de 40. tous à genoux , formans une enceinte
d'environ 15o . pas de tour , dans,
laquelle étant entré avec S. A. R. Mon
fieur le Duc d'Orleans , les Princes du
Sang , quelques Seigneurs , & MM . les
Ducs de Villeroy & d'Harcourt , fes
Capitaines des Gardes , M. le Blanc , Secretaire
d'Etat , ayant le département de.
la Guerre , Grand- Prevôt , Maître des
Ceremonies , & Grand- Croix de l'Ordre
de S. Louis , fit lever la main aux
Chevaliers qui devoient être reçus, lut
le Serment accoûtumé, & S. M. ayant
fon épée nuë à la main commença la reception
à l'ordinaire , par ceux des Gar
des du Corps , & continua de fuite. M.
de Sauroy Treforier general , Commandeur
de l'Ordre de S. Louis , cut
l'honneur en cette qualité de prefenter les
Croix à Sa Majefté , à mefure de la reception
des Chevaliers , que le Roy fit
1.Vol.
I iij
avec
1198
LE MERCURE
avec une grace fi majestueufe , qu'elle
donna encore plus d'éclat à cette Ceremonie
militaire , & de nouveaux , fujets
d'admiration à un nombre infini de perfonnes
, qui étoient accourues au Camp
de toutes parts .
Madame la Ducheffe de Lorraine , &
les Princes & Princeffes fes enfans s'y
étoient rendues dans les carolles de Madame
, ainſi que plufieurs Princes & Seigneurs
Etrangers .
M. le Duc de Villeroy , Lieutenant
General des Armées du Roy, & Capitaine
de ſes Gardes du Corps , qui a commandé
les Troupes de ce Camp , & qui ,
comme nous l'avons déja remarqué , a
donné pendant qu'il a duré , de grandes
preuves de fa magnificence , ne quitta
point Sa Majefté pendant la revuë , non
plus que durant la Ceremonie des Chevaliers
de faint Louis , dont voici la Lifte.
OFFICIERS
DE
NOVEMBRE 1722. 199
OFFICIERS DE LA MAISON
du Roy , qui ont été reçus Chevaliers
de l'Ordre Militaire de Saint Louis,
au Camp de Rheims , le jour de la revue
le 28. Octobre 1722.
Gardes du Corps.
Compagnie de Noailles.
Les Sieurs Lieautaud , Sondron , Fayet,
Gavarigne , Mangol , Foucault , Sous-
Brigadiers.
Compagnie de Villeroy.
Les Sieurs Beranger , Dandré , Didier,
Porte- Etendarts .
Compagnie de Charoft.
Les Sieurs Demontgermain , de Serviere
, Defmolieres , Rigaud . Sous - Brigadiers.
Defroches , Preffigny , Cadroy,
Bileyer , Porte- Etendarts & Gardes.
Compagnie d'Harcourt.
Grandpré , Campvallon , Daugerolles
, S. Laurent , Desfugeray , Dufay
1. Vol. Linij Ville200
LE MERCURE
"
Villebois , Sous-Brigadiers , Ramfray
Laurence , Porte- Etendarts.
Gendarmes de la Garde du Roy. 1
Barlaudiere , Dupaffy , Bailleul , Mouceaux
, Belleaux , Dounney , Dulac
Gendarmes.
Chevaux- Legers de la Garde du Roy.
De Fouronne , le Formiger , de Bortengle
, de Torfay , de Fommereux , d'Ecle
, de Bauquemarre , Chevaux - Legers .
Grenadiers à Cheval.
Le Chevalier du Blaizel , Maréchal
des Logis.
LE ROY TOUCHE LES MALADES
ATTAQUEZ DES ECROUELLES .
Le 29. Octobre le Roy alla en ceremonie
à l'Eglife de l'Abbaye de S. Remy
, pour y commencer devant la Châſſe
de S. Marcoul , une neuvaine que l'Abbé
d'Argentré , un des Aumôniers de
S. M. a continuée . Monfieur le Duc
d'Orleans , le Duc de Chartres , le Duc
de Bourbon , le Comte de Clermont , le
Prince
DE
NOVEMBRE 1722. 201
Prince de Conti , & le Duc de Charoft ,
Gouverneur du Roy accompagnoient Sa
Majefté dans fon Caroffe ; le Roy avoit
un Manteau de drap d'or avec le Collier
de l'Ordre du S. Efprit pardeffus. Tous
les Religieux s'étant trouvez en Chappe
à la porte de l'Eglife , y reçûrent S. M.
avec les ceremonies accoutumées . Après
que le Roy fut arrivé au Prie- Dieu
qu'on lui avoit preparé au milieu du
Choeur , le Grand Aumônier de France
commença une Meffe baffe , à laquelle
S. M. communia avec beaucoup de pieté;
Monfieur le Duc d'Orleans & le Duc de
Chartres tenoient la nappe du côté du
Roy , l'Abbé Milon & l'Abbé de la
Vieuville , Aumôniers de S. M. èn quar◄
tier , la tenoient du côté de l'Autel . La
Meſſe étant finie , le Roy alla faire fa
priere devant la Châffe de S. Marcoul
qu'on avoit apportée de Corbeny , &
pofée près de l'Autel du côté de l'Evan--
gile , & S. M. fe fit inferire à la tête du
catalogue des Confreres enrôlez fous le
nom de ce Saint . Après cette action de
pieté le Roy alla déjeûner dans une des
falles de l'Abbaye , ' avec le Duc de Chartres
, & le Comte de Clermont. Après le
déjeuner elle retourna à l'Eglife pour y
entendre une feconde Meffe qui fut dite:
par un Chapelain de la Chapelle de Mu--
Iv fique I. Vol.
202 LE MERCURE
fique du Roy , pendant laquelle les Mu
ficiens de cette Chapelle chanterent un
Motet.
, >
Après la Meffe le Roy paffa dans le
Parc de l'Abbé où Sa Majefté toucha
plus de deux mille malades des Ecroiielles
, lefquels étoient rangez dans les allées
du Parc. Les Gardes de la Prevôté de
l'Hôtel , les Cent Suiffes de la Garde ,.
les Gardes du Corps , & un grand nombre
de Seigneurs de la Cour precedoient
Sa Majefté. Les deux Huifiers de la
Chambre portant leurs Maffes , marchoient
immediatement devant le Roy
qui étoit entouré des fix Gardes Ecoffois.
M. Dodart Premier Medecin avec
plufieurs Medecins & Chirurgiens du
Roy , étoient devant S. M. qui avoit
à fes côtez les Ducs de Villeroy & d'Harcourt
, Capitaines de fes Gardes du
Corps. M. le Premier Medecin appuyoit
fa main fur la tête de chaque malade , en
même temps que le Duc d'Harcourt leur
tenoit les mains jointes ; le Roy décou →
vert , les touchoit en appliquant fa main
droite fur leurs vilages , & en prononçant
ces paroles , Dieu te guerife , le Roy te
touche. Le Grand Aumônier de France
fuivit toûjours S. M. & diftribua des
aumônes aux malades qui avoient été
touchez Après cette ceremonie auffi édifiante
DE
NOVEMBRE 1722 . 203
fiante que penible , & qui a fait admirer
la pieté du Roy. S. M. revint au Palais
Archiepifcopal .
Avant l'arrivée du Roy on avoit apporté
proceflionellement la Châlle de
S. Marcoul. Cette ceremonie fat trèsédifiante.
La Châffe devoit être portée
fur un brancard envoyé de la part du
Roy , & par des mulets richement caparaçonnez
à caufe de l'éloignement de
près de fix lieuës , mais les habitans du
lieu & des Villages circonvoifits , s'y
oppoferent , & voulurent l'apporter euxmêmes
fur leurs épaules . Ils choifirent
pour cela les plus notables d'entr'eux ,
fort proprement habillez , & ornez de
rubans & d'écharpes.
On fit une ſtation à Corbeffy , à deux
lieuës de Corbeny. La Châffe étoit accompagnée
des Religieux Benedictins de
S. Marcoul , aufquels fe joignirent à une
certaine diftance de Rheims ceux de
l'Abbaye de S. Thierry. Ils trouverent
au Fauxbourg de la Ville les Religieux
des deux Communautez de S. Remy &
de S. Nicaife qui la reçûrent à la portede
Mars , & enfuite la conduisirent tous
enfemble dans l'Eglife de S. Remy , où
elle fut déposée dans une Chapelle qui
porte le nom du Saint. Ainfi le Roy qui
devoit aller en pelerinage après fon Sacre
1. Vol.
I vj.
à
204
LE MERCURE
à S. Marcoul , a rempli dans Rheims
les devoirs de cette pieufe obligation. La
même choſe avoit été observée au Sacre
de Louis XIV . Un grand concours de
peuple des lieux circonvoisins , que les.
Maréchauffées avoient de la peine à contenir
, a toûjours fuivi la Proceffion depuis
fon départ de Corbeny jufqu'à:
Rheims .
Le Village de Corbeny eft dans le
Diocéfe de Laon ; le Monaftere des Benedictins
, où cette Châffe eft confervée,.
eft fort bien bâti ; ce lieu eft renommé par
les pelerinages qui s'y font par les malades
attaquez des Ecroüelles.
La Châfle de S. Marcoul a été donnée
pár Louis XI . on y voit les armes avec
la devife , justement.
DELIVRANCE DES PRISONNIERS .
Les Ceremonies du Sacre ont été terminées
par une abolition generale que le:
Roy a donnée aux criminels qui fe font
tro uvez dans les prifons de Rheims ; il
s'y en étoit rendu une très- grande quantité
de differens endroits du Royaume , &
des pays étrangers pour participer à cette
grace , qui ne s'eft pourtant pas étenduë.
jufqu'aux crimes énormes , tels que ceux
que nous avons déja fpecificz . Tous les
criminels.
DE NOVEMBRE 1722 201
criminels qui fe font prefentez , foit ceux
qui ont obtenu leur grace , foit ceux qui
He fe font pas trouvé dans un cas favorable
, ont eu un fauf-conduit de trois
mois.
Le Grand Aumônier de France eft en
poffeffion de ce qui regarde la délivrance
des prifonniers , qui fe fait de la part
du Roy , pour fon Joyeux avenement à
la Couronne ,. en faveur du Sacre des
Rois & Reines de France , de leurs mariages
, de leurs premieres entrées dans
Ales Villes du Royaume , pour la naiffance
des enfans de France , aux grandes Fêtes
annuelles aux Jubilez , au fujet de
quelque victoire ou conquête fignalée , &
pour d'autres occafions.
Le 29. Octobre le Cardinal de Ro
han , Grand Aumônier de France , en
Camail & en Rochet , affifté des Abbez
Milon & de la Vieuville , Aumôniers du
Roy, fe rendit aux prifons de Rheims, &
ayant fait affembler les prifonniers , qui.
devoient jour des graces que le Roy répand
à l'occafion de fon Sacre , au nom
bre de près de 700. il leur fit un difcours
très- pathetique , & très- éloquent ,,
pour les engager à meriter par leur conduite
la grace qui leur avoit été accordée.
S. E. leur apprit enfuite les ordres que.
S. M. avoit donnez pour faire expedier
gratiss
1206 LE MERCURE
gratis toutes leurs graces , &pour faire
fournir des fecours à ceux qui en avoient
beſoin pour retourner chez eux. Après
quoy toutes les portes des prifons s'ouvrirent
, le Cardinal de Rohan fortit
pour retourner à l'Archevêché , & il fut
fuivi de tous ces Prifonniers , qui tranſportez
de joye & de reconnoiffance , allerent
avec précipitation dans les Cours du
Palais Archiepifcopal , & le plus près
qu'ils purent de l'appartement de S. M.
ils y donnerent des marques de leur joye,
& de leur reconnoiffance par mille cris
redoublez de vive le Roy.
›
Après la délivrance des Prifonniers
Ms d'Herbigny , d'Ombrevalle de
Vanolles , & le Pelletier , Maîtres des
Requêtes qui avoient été nommez par
le Roy, pour examiner les informations
faites fur les differens crimes , & dont
quelques -uns furent exclus , comme nous
l'avons déja remarqué , du pardon accordé
par S. M. eurent l'honneur de la faluer
dans fon appartement , prefentez par
le Grand Aumônier de France , qui rendit
compte au Roy , du zele , de l'attention
& de l'affiduité avec lefquelles ils
avoient fait cette commiffion.
Le même jour29. Octobre S. M. reçût
à midi la vifite de Madame la Ducheffe de
Lorraine , & l'après-dîné le Roy alla à
l'Abbaye
DE NOVEMBRE 1722 207
l'Abbaye de S. Pierre voir cette Prins
ceffe qui partit le lendemain pour retourner
dans les Etats , avec les Princes &
les Princeffes fes enfans.
La piece qu'on va lire nous efttombée
entre les mains un peu tard ; mais elle
nous paroît inftructive , & effentielle à
la Relation du Sacre.
Procès Verbal de la Sainte Ampoulle ; ›
imprimé à Rheims après le Sacre
du Roy Louis XV.
C
Le Dimanche 25 Octobre Nous Rigobert
Clignet , Avocat au Parlement
Docteur & Profeffeur Royal en Droit
François , &c. accompagné du Me Jean-
Baptifte Barrois , auffi Avocat au Parlelement
, &c. de M Nicolas Hillet , auffi
Avocat au Parlement , &c. & affifté de
Me Jean Nouvelet , Notaire Royal audit
Rheims , nôtre Greffier fommes
tranfportez en l'Eglife de S. Remy.dudit
Rheims , pour recevoir le ferment
des Seigneurs qui doivent être envoyez
par S. M. très- Chrétienne Louis XV.
par la grace de Dieu , Roy de France &
de Navarré , arrivé en la ville de Rheims
le 2z. du prefent mois pour y être Sacré ,
lefdits Seigneurs devant fervir d'ôtages
pour feureté de la conduite de la fainte
Ampoulle
208 LE MERCURE
>
>
Ampoulle , en l'Eglife Metropolitaine 5
où S. M. doit être Sacré , & pour le
retour d'icelle en ladite Eglife de Saint
Remy , où étoient feroient comparus
Claude de Romance , Ecuyer Seigneur
de la Malmaifon , Terrier , Inaumont
&c. Officier au Regiment des Gardes ,
Jean- Baptifte Godet , Ecuyer Seigneur
de Soüaftre en partie , & François de
Gaftineau , Chevalier Seigneur de fainte
Catherine , Louvency Livry & de
Soüaftre en partie , Lieutenant-Colonel
du Regiment de Cambrefis , &c. tous
Chevaliers- Barons de la fainte Ampoulle
, à caufe de leurs Seigneuries de Terrier
& Soufre , en qualité de Vaſſaux
de fon Eminence Monfeigneur Philippe-
Antoine Gualterio , Prêtre Cardinal de
la fainte Eglife , & Abbé de S. Remy ,
qui nous auroient dit & remontré qu'en
leurfdites qualitez il leur appartenoit la
fonction de porter avec les autres Barons
les quatre bâtons du Dais ou Poële , fous
lequel ladite fainte Ampoulle doit être
portée & rapportée par le Reverend Pere
Dom Denis Gaudar , Grand - Prieur de
ladite Abbaye , & nous auroient requis
d'y être admis , étant pour ce revêtus
des habits de leur Chevalerie , & aux
offres de prêter le ferment , au cas requis ,
de ne point perdre de vûë ladite fainte
Ampoulle ,
DE NOVEMBRE 1722 . 109
Ampoulle , & d'employer toutes leurs
forces , & jufqu'à la perte de leurs vies ,
pour en procurer la confervation , & les
Chevaliers Barons de Belleftre & Neuvizy
n'étant comparus , nous aurions
donné défaut contre eux , fauf les conclufions
du Procureur Fifcal , pour ne
s'être par eux mis en devoir de faire lefervice
au cas requis , après quoi ledit
fieur de fainte Catherine auroit proteſté,
que s'étant prefenté pour faire le fervice
en qualité de Seigneur de Soüaftre , auffi
bien que ledit fieur Godet , il ne prendroit
la place du Seigneur de Belleftre ,
F'un des abfens , que fans préjudice à les
. droits , & fans que l'Ordonnance de M.
l'Abbé Tamizier , Grand-Vicaire de fon
Eminence , en datte du premier du pre
fent mois , donnée en execution de rôtre
Sentence du 18. Septembre dernier ,
pût lui´nuire ni préjudicier , de quoi nous
lui avons donné acte , & audit fieur Godet
de fes réponses au contraire. Avons
auffi donné acte audit R. P. Grand-
Prieur , & Religieux de S. Remy de l'oppofition
par eux prefentement formée , à
ce que lefdits fieurs de Terrier , Godet
& de Sainte Catherine foient admis à
porter le Pallium , fous lequel doit être
tranfportée la fainte Ampoulle , cette
fonction leur appartenant fuivant les anciens
210 MERCURE LE
ciens procès verbaux qu'ils nous ont reprefentez
, & après que lefdits fieurs
Chevaliers nous ont remontré au contraire
que leurs prédeceffeurs ou aucuns
d'eux ont eu l'honneur de porter le Dais
aux deux derniers Sacres de Louis XIII .
& LOUIS XIV. de glorieufe memoire ;
nous avons ordonné ſur ce , ouy le Prof
cureur Fifcal , que lefdits Chevaliers porteront
le Pallium au Sacre prefentement
à faire , & ce par provifion , & fans préjudice
aux droits des parties au principal;
enfuite dequoi lefdits fieurs de Romance ,
Seigneur de Terrier , Godet , & de fainte
Catherine , Seigneur de Soüaftre , revê
rus chacun de leur habit de Chevalerie ,
qui eft un Accoutrement de fatin blanc ,
avec un manteau d'étoffe de foye noire
fur lequel au côté gauche eft attachée
leur Croix de Chevalerie de la fainte Anpoulle
, broché de fin or & argent ,
orné chacun d'une écharpe de velours
blane , garnie de crépines & franges d'argent
, defquelles S. M. les a honorez &
gratificz , s'étant mis à genoux auffi bien
que nous , à qui appartient le droit de
porter le quatriéme bâton du Dais , en
Fabſence du Chevalier Baron de Neuvizy
défaillant , & au lieu duquel la quatriéme
écharpe nous a été délivrée , nous aurions
prêté le ferment , cy- deffus pref-
&
S
crit
DE NOVEMBRE 1722. 2774
erit entre les mains dudit fieur Grand-
Pricut , lequel auroit à l'inftant mis au
col de chacun de nous un ruban de foye
noire , au bout duquel pend la Croix d'or
dela Chevalerie , émaillée anglée , repre-
-fentant d'un côté une Colombe , ayant
au bec une fainte Ampoulle , foutenue
d'une main , & au revers l'Image de Saint-
Remy , Apôtre de la France , & Patron
de ladite Abbaye , enfuite ledit fieur
Grand-Prieur auroit donné ladite fainte
Ampoulle à baifer aufdits fieurs Chevaliers
, & à nous ; & quant à l'ordre à obferver
pour le port du Dais , a été dit par
nous que les deux bâtons de devant feront
portez par lefdits fieurs de Godet , & de
Sainte Catherine , & les deux de derriere'
par ledit fieur de Terrier , & par nous ,
& à l'inſtant avons été avertis qu'arrivoient
en ladite Eglife de S. Remy les Seigneurs
Comte de Beauveau Marquis
d'Alegre , Comte d'Eftain , & Marquis
de Prye , avec leurs Ecuyers devant eux ,
portant chacun un Guidon de taffetasblanc
chargé des Armes de France & de
Navarre d'un côté , & de celles defdits
Seigneurs de l'autre , envoyez par S. M
pour demeurer en ôtages en ladite Abbaye
, pendant que ladite fainte Ampoulle
feroit portée en ladite Eglife Metropolitaine
, & rapportée en celle de S. Remy,
•
>
lefdits
1
212 C
1
LE MERCURE
lefdits Seigneurs revêtus d'habits de drap
ou toile d'or , ornez de broderie , au devant
defquels ledit R. P. Grand- Prieur
revêtu de Chappe , précedé des Reli
gieux de ladite Abbaye , tous revêcus
d'Aubes , & fuivi de nous , nôtre Lieutenant
, Procureur Fifcal & Greffier .
étant allé , il auroit conduit lefdits Seigneurs
au Grand Autel de ladite Eglife ,
où le Livre de l'Evangile auroit été porté
par un defdits Religieux , auffi revêtu de
Chappe , qui auroit fait lecture à haute
voix de l'Evangile de ce jour , après quoi
ledit fieur Grand- Prieur , & nous Bailly
fuldits , aurions fait jurer par lefdits Seigneurs
, comme par effet ils ont juré , les
mains mifes fur ledit Livre des Evangi
les , qu'il ne feroit fait aucun tort à ladite
fainte Ampoulle , pour la confervation de
laquelle ils expoferoient leurs vies , &
auroient declaré qu'ils fe conftituoient
pleges cautions folidaires , & demeureroient
en ôtage en ladite Abbaye jufqu'à
ce que ladite fainte Ampoulle fut rapportée
en ladite Eglife de S. Remy , dequoi
auroit été drellé acte feparé des prefentes,
par Mes René Cuvillier , & Jean Nouvelet
, Notaires Royaux audit Rheims ,
que lefdits Seigneurs Otagers auroient
fignez fur le Grand Autel ; ce fait lesdits
Seigneurs Otagers auroient requis ledit
fieur
DE NOVEMBRE 1722. 213
fieur Grand- Prieur & Religieux & nous,
de conduire ladite fainte Ampoulle en
ladite Eglife Metropolitaine , pour plus
grande feureté d'icelle , ce qui leur auroit
été accordé après que le Procureur Fil
cal , fur ce oiiy , l'auroit ainfi confenti ,
enfuite dequoi auroit été marché pro
ceffionnellement en cet ordre .
Les RR. PP. Minimes précedez de
leur Croix , &de deux des Sergens de notre
Bailliage , puis les Chanoines & habituez
de l'Eglife Collegiale.de S. Thimothé
auffi précedez des deux Croix de l'Eglife
dudit S. Remy , & après eux ont luivi
les Religieux de ladite Abbaye , tous revêtus
d'Aubes , excepté les deux tenans
le Choeur , lefquels étoient revêtus de
Chappe , deux des Seigneurs Otagers ,
& leurs Ecuyers à cheval , tenans leurs
Guidons , ont marché aux deux côtez du
devant du Dais , fous lequel la fainte
Ampoulle étoit portée par ledit fieur
Grand- Prieur , pendue à fon col , & tombant
fur la Chappe , dont il étoit revêtu ,
monté fur une haquenée blanche , couverte
d'une houffe de toile ou drap d'argent
, frangée d'argent , fous le Dais où
Poële de pareille étoffe envoyez par S. M.
pour cet effet , icelui porté , comme nous
l'avons dit cy deffus , par lefdits Barons
Chevaliers de la fainte Ampoulle & nous,
ont
(
214
LE MERCURE
ont marché enfuite lefdits deux autres
Seigneurs Oragers à cheval avec leurs
Ecuyers portant leurs Guidons auffi aux
deux côtez de derriere ledit Dais , après
ont fuivi nôtre Lieutenant , Procureur
Fifcal & Greffier , précedez des deux Sergens
de fervice , & après eux les habitans
dudit Ban de S. Remy , qui ont eu la devotion
d'affifter avec le peuple à ladite
Proceffion , & ainfi a été portée ladite
fainte Ampoulle en l'Eglife Metropolitaine
de Rheims , par la rue dire Neuve
rue , laquelle & toutes les autres jufqu'en
ladite Eglife Metropolitaine étoient ornées
de tapifferies.
•
La Proceffion étant arrivée au devant
du Portail de ladite Eglife en l'ordre
cy-deffus , feroit ledit fieur Grand-Prieur
defcendu de cheval , & entré avec fa
Communauté , leſdits Seigneurs Otagers,
les trois Chevaliers de la fainte Ampoulle
, nous les autres Officiers dudit Bailliage
, & lefdits deux Notaires dans la Nef
de ladite Eglife , où étant, feroit defcendu
du Choeur , en ladite Nef Illuftriffime
& Reverendiffime Seigneur Monfeigneur
Armind Jules de Rohan de Guemenée ,
Archevêque Duc de Rheims , Premier
Pair de France , en habits Pontificaux ,
accompagné de plufieurs Prélats , pour
recevoir ladite fainte Ampoulle qui lui a
été
DE NOVEMBRE 1722. 215
été mife ès mains par ledit fieur Grand-
Prieur , après que ledit Seigneur a promis
en fa foi d'Archevê ue de remettre
icelle fainte Ampoulle ès mains dudit
fieur Grand- Prieur , ledit Sacre étant
achevé & accompli ce fait , ledit Seigneur
Archevêque s'eft mis fous le Poële
ou Dais avec ledit fieur Grand- Prieur
accompagné du Treforier de ladite Abbaye
, defdits Prélats , defdits Seigneurs
Otagers , & de leurs Ecuyers , le Poële
toûjours porté par lefdits Chevaliers de
la fainte Ampoulle & nous , & eft ainfi
rentré dans le Choeur , où lefdits Scigneurs
Otagers , leurs Ecuyers , lefdits
Chevaliers & nous , fommes reftez durant
la ceremonie du Sacre dans les places à
eux & à nous defignées , fçavoir , pour
les quatre Seigneurs Otagers , les quatre
premieres ftales du Choeur à gauche ,
pour les quatre Ecuyers les quatre ftales
au dellous , & pour les Chevaliers &
nous , derriere le Pere Prieur de S. Remy,
& le Treforier au côté droit de l'Epître,
fans abandonner de vue la fainte Ampoulle
, ni ledit fieur Grand- Prieur qui
s'eft placé avec le Treforier , joignant le
Grand Autel du côté de l'Epître , & le
Sacre accompli environ l'heure de midy,
auroit été par mondit Seigneur Archevêque
, la faiute Ampoulle remife ès mains
dudit
216 LE MERCURE
dudit fieur Grand- Prieur , à la vûë def
dits Seigneurs Oragers , Chevaliers de la
fainte Ampoulle , & de nous , enfuite dequoi
ledit fieur Grand- Prieur , accompagné,
comme dit eft , étant forti de l'Eglife
, & remonté fur fa haguenée de même
que lefdits Seigneurs Otagers , &
leurs Ecuyers fur leurs chevaux , eſt la
Proceffion retournée en l'Eglife de Saint
Remy dans le même ordre qu'elle en
étoit partie , fuivie d'une infinité de fideles
de toutes parts qui ont loüé & remercié
Dieu du S. Sacie du Roy accompli
par la divine bonté , & la Proceffion
arrivée en ladite Eglife de S. Remy , a
éé ladite fainte Ampoulle repofée dans le
tombeau , & près du corps de S. Remy ,
où il eft de coutume de la conferver , dequoi
lefdits Seigneurs Otagers & Chevaliers
, nous ayant requis acte , nous
leur avons octroyé , après neanmoins que
lefdits Seigneurs Otagers ont remis &
laiffé audit fieur Grand - Prieur les quatre
Guidons ou Bannieres portez par leurs
Ecuyers , pour demeurer en l'Eglife dudit
S. Remy , en perpetuelle memoire du
Sacre de S. M. Louis XV . & que lefdits
Chevaliers de la fainte Ampoulle ont pareillement
remis & laillé audit fieur
Grand Prieur le Dais ou Poële par eux
porté pour appartenir , & fervir d'orne
mens
DE NOVEMBRE 1722. 217
mens à ladite Eglife de S. Remy , & en
confequence du confentement du Procureur
Fifcal , nous avons lefdits Seigneurs
Otagers & Chevaliers de la fainte Ampoulle
, déchargez de leur fermens , &
fait aufdits Seigneurs Otagers main - levée
de leurs perfonnes quant à la haquenée.
qui a été donnée par S. M. elle a été mife
dans les Ecuries de ladite Abbaye , pour
appartenir aufdits Grand- Prieur & Re
ligieux , ainsi qu'il a été ordonné le jour
d'hier par S. M. & qu'il nous a été notifié
par fon Eminence Monfeigneur le
Cardinal Dubois , fon premier Miniftre,
dont & de tout ce que deffus , nous avons
dreffé & achevé nôtre prefent procès ver
bal que nous avons figné avec ledit fieur
Grand Prieur , lefdits Seigneurs Ota
gers , lefdits Chevaliers , nôtre Lieute
nant , Procureur & Greffier , les jour &
an que deffus environ une heure de
relevée , ainfi fignez en la minute F
Denis Gaudar , Grand- Prieur , le M. de
Prye, Elaing , Alegre , Beauveau, Dromance
, Godet , Sainte Catherine Cli
gnet, Barrois , Hillet & Nouvelet.
3
5
Les deux pieces qui fuivent nous ayant
été remifes un peu tard , nous n'avons pû ,
en les plaçant , obferver tout l'ordre &
Parrangement que nous aurions fouhaité.
LeVol
K Voici
218 LE MERCURE
Voici la defcription détaillée de la Cou
ronne de diamans , qui a fervi au Sacre
du Roy , que nous avons promife.
4 Le Bandeau ou Diadême de cette
fuperbe Couronne , eft bordé de deux fils
de Perles , & orné de huit pierres de differentes
couleurs , très- grandes & parfaites
, entre chacune defquelles font trois
diamans liez enfemble par des ornemens
Très- legers.
Huit fleurs- de- lys de diam anss'élevent
au-deffus de chacune des pierres de couleurs
qui font fur le Diadême , & huit
fleurons ou ornemens , compofez chacun
de trois pierres de diverfes couleurs & de
Trois diamans , font placez entre chaque
fleur-de- lys. Les teftes des huit fleurs de
lys font formées des diamans en tables appellez
Mazarins , les bras & corps de
de trois autres diamans , & les travers
font chacune d'un feul diamant de forme
longue.
Le gros diamant très-parfait , pefant
547. grains , appellé le Regent , acheté
pour le Roy par Monfieur le Duc d'Or
leans , fert à former le corps & la traver
fe de la fleur- de- lys du devant de la Cou
ronne.
Des huit fleurs- de-lys ci - deffus naiffent
huit branches , qui ferment la Couron→
ne , elles font ornées de diamans & de
t
pierres
*
DE 219 NOVEMBRE 1722.
pierres de diverfes couleurs .
Un fil de perles , accompagné de deux
rangs de petits brillants , fert à raffembler
les huit branches , & de bafe pour
la fleur-de- lys qui termine le deffus de la
Couronne.
Entre ces huit branches , & de l'endroit
où elles fe réüniffent, fortent 8. gros diamans
en pendeloques , qui forment com
me autant de nouvelles branches naiffantes
, & une espece de foleil , quand on
regarde la Couronne à vue d'oifeau.
Cette fleur-de - lys , qui domine für
toutes les autres , eft ifolée , la tête eft
ompofée d'un diamant en forme de poire
, nommée le Sancy , les bras & traverfes
font faits avec Teize diamans ,
adoffez & joints enfemble par de petits
ornemens , pour répondre à l'épaiffeur
du Sancy. La calotte eft de fatin violet ,
enrichie de 25. diamans , liez enſemble
par une broderie d'or très -legere.
Cet admirable ouvrage , monté à jour,
pefant environ 32. onces , a été exécuté
fous la conduite & fur les deffeins de M.
Rondé, fils , affocié avec M. Rondé fon
pere , pour faire toutes les fournitures de
pierreries dont le Roy a befoin , de la même
maniere qu'ont fait ci - devant les fieurs
de Montarfy , pere & fils , leurs oncle &
coufin , enforte que depuis plus de 70.
J Vol. Kij ans
110 MERCURE LE
ans cette famille eft honorée de lacon
fiance du Roy , & chargée des Pierreries
de la Couronne
Le même M. Rondé a été chargé de
porter cette Couronne à Rheims , & de
la rapporter à Paris. M. Duval le fils ,
Chevalier de faint Louis , Capitaine reformé
, à la fuite du Regiment de Lorraine
, Commandant la Compagnie d'Ordonnance
du Guet à cheval , l'a eſcorté
pendant le voyage , accompagné de fix
Cavaliers du Guet , par ordre de M. le
Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat..
Nous donnerons la reprefentation
en eftampe de certe Couronne ,
Toutes les dimenfions des differentes.
pierres qui la compofent , feront marquées
.
•
M. l'Evêque & Comte de Beauvais , Pair
deFrance, n'a pas été plutôt de retour dans
fon Diocefe,que pour remercier Dieu des
graces qu'il a répandues fur la Perfonne
Sacrée du Roy , à la Ceremonie de fon
Sacre & de fon Couronnement , il a
fait chanter le Te Deum folemnellement
dans fon Eglife Cathedrale , le Dimanche
22. Novembre , en vertu de fon Mandement
du 18. du même mois , par lequel
il eft ordonné que le Te Deum fera
auffi chanté dans toutes les Eglifes de la
Ville & du Dioceſe de Beauvais. Ce
C
Mande
DE NOVEMBRE 1722 .
221
66
e
Mandement eft digne de la pieté de fon
Auteur , & de la grandeur du fujet.
Puiffe ( dit M. de Beauvais , après avoir ce
parlé de Salomon ) la même fageffe , «
que le Seigneur avoit donnée à ce Roy «
pour préfider à fes confeils , conduire «
le nôtre dans toutes les entreprifes , &
ne l'abandonner jamais . Que cette pie- e
té tendre envers Dieu , dont il donne ce
déja de fi grandes preuves , le rende les
plus grand des Rois de la terre. Que de
fes jours on voye revivre l'abondance. «"
Qu'il foit la terreur de fes ennemis , &
les delices de fon peuple. Que comme ce
un autre David , il marche dans les
voyes du Seigneur . Qu'il foit felon fon
coeur , & qu'il cherche à lui plaire.
dans toute fa conduite. Que femblable
à Jolias , il protege & foutienne les Miniftres
du Dieu-vivant , &c . Et qu'après
avoir vécu fur la terre en RoyTrès-
Chrétien , & en Fils aîné de l'Eglife ,
il merite d'être couronné dans les te
Cieux d'une gloire immortelle. A CES «
CAUSES , pour nous conformer aux ce
intentions de S. M. qui nous
a fait ce
l'honneur de nous les marquer par une
lettre écrite de Rheims le 25. du mois
dernier; Nous ORDONNONS , & c. «
M. Petit de Montfleuri de Caen , a
fait l'Ode Pindarique qu'on va lire ,
1.Vol
Kiij 244
i
a
сс
ek
222 LE MERCURE
au fujet du Couronnement du Roy. Ily
a beaucoup d'enthoufiafine dans cette
piece lyrique , nous n'en mettrons ici que
quelques endroits , dont nous efperons .
que le Lecteur fera fatisfait . L'Auteur
n'aime pas à demeurer en place , il defcend
dans les enfers , & remonte fur la
terre , au gré de la divine fureur qui l'agite
d'abord , à la vue des fupplices deftinez
aux mauvais Rois ; il s'explique en
ces termes .
Je vois les fieres Eumenides ,
Les yeux de rage étincelans ;
J'entends fur leurs têtes perfides
Siffler mille horribles ferpens
Pluton au regardformidable
Affis fur un trône effroyable ,
Frappe mes yeux épouvantez ;:
Autour de lui volent les larmes ,
Les foins , les remords , les allarmes ,
Miniftres de fes cruautez.
Il ne s'arrête pas long- temps fur des ob
jets fi terribles ; il en envifage de plus
agreables , ce font les bons Rois , Peres
de leurs Peuples ; & tous les grands hommes
, qui ont fi bien merité de leurs contemporains
, & de la pofterité la plus reculée.
Voici comment il en parle.
Jy
DE NOVEMBRE 1722. 21
J'y vois ces hommes dont la Grece
Admire les écrits fçavans ,
Qui par leur profonde ſageffe ,
Seront vainqueurs de tous les temps
Ces braves & vaillans Alcides ,
Qui tous fagement intrepides ,
Furent le bouclier de Mars ;
Qui pour leur patrie allarmée ,
A la tête de leur armée
Braverent les derniers hazards.
De-là il paffe au Regne de Louis le
Grand, dont les faits inouiis lui donnent
occafion de parler des grands hommes qui
en ont été les témoins & les Panegyriftes.
De ce Regne fi glorieux , dont il regret
te la brieveté , quoique les années de fa
durée ayent été affez nombreufes ; il vient
à celui du digne petit Fils d'un fi grand
Roy. Il fe tranfporte à Rheims , il y
voit le Couronnement de Louis XV. il
felicite la France du bonheur dont elle
jouit ; & loüant fur tout le Roy pour
fon inviolable attachement au S. Siege ,
il le compare à l'arbre qui foutient la vi
gne , en ces termes :
Et femblable à cet arbre infigne ,-.
Qui foutenant la foible vigne,
Par
LE MERCURE
Par elle en revanche eft orné ,
Ainfi devenu plus illuftre ,
Sur lui rejaillira le luftre
Qu'à l'Eglife il aura donné.
Toutes les pompeufes Ceremonies dont
nous avons parlé , ont été celebrées à
Rheims avec beaucoup de fplendeur &
d'édification , & l'affluence prodigieufe de
François & d'Etrangers, qu'elles yavoient
attiré , n'y a cauſé ni defordre, ni difette,
il n'y eft pas même arrivé le moindre accident.
Les ordres avoient été donnez avec
une telle prévoyance , & fi ponctuelle
ment executez , que ceux qui ont été les
témoins de la confommation immenfe qui
s'eft faite à Rheims & fur la route , ne
peuvent ceffer d'admirer un fi bel ordre.
Les Etrangers furtout ne peuvent affez ſe
loüer des honnêtetez qu'on leur a faites,
& des attentions qu'on a euës à leur faire
trouver des logemens , des places , &
toutes fortes de cominoditez .
Le 30.Octobre,leRoy partit de Rheims
fur les dix heures , après avoir entendu lá
Meffe dans la Chapelle du Palais Archie
pifcopal . S. M. étoit accompagnée dans
fon caroffe de Monfieur le Duc d'Orleans,
du Duc de Chartres , du Duc de Bour
bon , du Comte de Clermont , du Prince
de Conti , & du Duc de Charoft ' , fon
Gouverneur. Les Brigades de quartier
des Gendarmes , & des Chevaux- Legers
"
de
DE NOVEMBRE 1722 :
225
de la Garde , les détachemens des deux
Compagnies des Moufquetaires , & le
Guet des Gardes du Corps , les Officiers
à leur tête , marchoient devant & après le
Caroffe duRoy dans leurs rangs ordinaires ...
S. M. fortit de la Ville au bruit des
acclamations du peuple , & de plufieurs
falves de l'artillerie des remparts le
Prince de Rohan , Gouverneur de la Province
de Champagne , à la tête du Corps
de ville , fe trouva au paffage du Roy.
Le même jour les troupes de la Mai
fon du Roy , & les Regimens des Gardes
Françoifes & Suiffes décamperent , &
reprirent la route de leurs quartiers .
Le vol du Cabinet a toujours marché
auprès du Caroffe du Roy pendant toure
la route . Il n'y a prefque pas de jour
qu'on n'ait volé des Pies ou des Corneilles.
Nous remarquerons ici une particularité
qu'il eft bon de ne pas omettre
c'eft lors du premier paffage de Sa Majefté
entre Filmes & Rheims , elle s'ar
rêta pour voir la chaffe du Chevreuil
que le Comte de Grand- Pré avoit fait
preparer en cette maniere. On avoit
planté à environ trois quarts de lieues de
Rheims une espece de petit bois artifi-
-ciel , & plus de 2000. payfans armez de
bâtons formoient une enceinte d'une bonne
demi-lieuë de circuit. La chaffe fe fre
dans
225 LE MERCURE
dans cette enceinte , elle dura environ un'
quart d'heure, & divertit beaucoup le Roy.
S. M. alla coucher à Filmes , elle en
partit le lendemain , & alla coucher à
Soiffons , où elle arriva à trois heures
après- midi , au bruit de trois falves de
l'artillerie . Le Corps de Ville en ' Robbe,
qui l'attendoit à la porte de la Ville eut
l'honneur de faluer le Roy , prefenté par
M. des Granges , Maître des Ceremo
nies. S. M. alla defcendre à l'Evêché où
elle fut reçûë à la portiere de fon Caroffe
par l'Evêque de Soiffons.
Le lendemain jour de la Fête de tous
les Saints , le Roy accompagné des Princes
du Sang , & des Grands Seigneurs
de la Cour , alla entendre la grande Melle
dans l'Eglife Cathedrale , chantée par
la
Mufique , l'Evêque de Soitlons y Ófficia
pontificalemert, & S.M.alla à l'Offrande.
Le même Prélat prêcha devant le Roy
Paprès-midy , & il Officia aux Vêpres
de la Fête , & aux Vigiles des Morts ,
aufquelles S. M. affifta . Le foir il y eut
de grandes illuminations par toute la
Ville , ainfi qu'il y en avoit eu la veille.
Le z . Novembre le Roy entendit la
Meffe dans la Chapelle du Palais Epifcopal
, déjeuna enfuite , & partir à dix heu
res pour Villers- Cotterets , au bruit detrois
falves de l'artillerie de la Ville.
Nous
DE NOVEMBRE 1722 . 227
Nous donnerons la fuite du Journal du
Voyage du Roy , avec les Relations des
Fêtes de Villers- Cotterets & de Chantilly ,
dans le fecond Volume de ce mois , qui eft
actuellement fous la preffe , & qui paroîtra
dans peu de jours.
On doit expliquer les trois Enigmes
du mois paffé par l'Oreiller , l'Echo &
Rape.
TABLE
Du premier volume de Novembre.
Réliminaires du Sacre du Roy , & c.
Vers fur le Sacre .
IS Départ du Roy & fon arrivée à Paris .
Son arrivée à Dammartin , & Remarques Hif
toriques fur ce lieu , & c . 17
Arrivée du Roy à Villers- Cotterets , & remarques
, & c.
T
Entrée & fejour du Roy à Soiffons.
Arrivée à F.fmes...
45
57
61
63
87
Entrée du Roy à Rheims , Arcs de Triomphe,
Harangues , & c.
Mandement de l'Archevêque de Rheims.
Préparatifs du Sacre , & difpofition de l'E
glife , & c.
Veille du Sacre.
Jour du Sacre & Couronnement.
Arrivée du Roy à l'Eglife.
De la Sainte Anpoulle.
Ceremonie du Sacre
Promeffes & fermens du Roy.
Son Couronnement.
[J
<
91
98
100
108
113
120
121
128
Offrandes.
1936
Communion du Roy , &c.
Ornemens Royaux.
Mandemens & prieres pour le Roy:
Feftin Royal.
140
145
149
155
Tables fervies à l'Hôtel de Ville de Rheims. 164
Cavalcade
Compliment du Prieur de S. Denis.
165
168
Revue du Roy , & reception de Chevaliers de
Saint Louis. -195
Le Roy touche les malades des Eeroüelles ,
& c.
Tranflation de la Châffe de S. Marcoul.
Délivrance des Prifonniers.
Procès verbal de la Sainte Ampoulle.
200
203 1
204
207
Defcription de la Couronne de Diamans , 218
Errata d'Octobre 1722 .
Age 10ligne 16 les , lifez la .
Tage 481.3 du bas , Communion, lifez Religion
.
Page 147 1. 28 admis , lifez admit.
Page 165 dern 1. Jourville , lifez Tourville.
Page 1841 du bas , damnation , lifez donation.
Page 198 1. 6 du bas , Merville , lifez Morville.
Fantes à corriger dans ce Livre:
Age 6 ligne 4 du bas , compre, lifez com
prendre.
Page 9 1.4 gris , lifez gros.
Page 87 1. 21 mieux , ôtez ce mot.
Page 110 1.5 d'un , lifez du.
Page 143 1. 16 trop , lifez tres.
Page 183 1. 25 , par les Gardes de la Prevôté
de l'Hôtel , Atez ces mots...
Page 189 1. 12 Strturs , lifez Statuts .
La Medaille du Sacre regarde la page 134.
MERCURE
LE
DE
NOVEMBRE 1722,
II. Volume.
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
A
PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , au Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne .
NOEL PISSOT Quay des Auguftins , à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & dans les
Pays étrangers.
Lyon , chez Plaignard , Libraire.
Marfeille chez Carry.
Montpellier , chez les freres Faures.
Toulouſe , chez la veuve Tene.
Fayonne , chez Etienne Labottiere .
lordeaux , chez la Veuve Labottiere , & fils.
Charles Labottiere , l'aîné , vis- à - vis la Boure
fe , ibid.
Rennes , chez Vattar .
Nantes , chez Julien Maillard.
Saint Malo , chez la Mare..
Poitiers , chez Faucon.
Xaintes , chez Delpech.
Blois , chez Maffon.
Orleans , chez Rouzeau .
La Rochelle , chez Desbordes.
Angers , chez Fourreau .
Tours , chez Gripon .
Caen , chez Cavelier.
Rouen , chez la Veuve Herault.
Le Mans , chez Pequincau.
Chartres , chez Feltil .
Châlons , chez Seneuze.
Troye , chez Bouillerot.
Rheims , chez Godard .
Dijon , chez la veuve Armil .
Beauvais , chez Courtois
Abbeville , chez Dumefnil.
Soiffons , beg Courtois.
Amiens , chez le François , & chez Godard.
Arras , chez C. Duchamp.
Sedan , chez Renaud.
Metz , chez Colignon
Strasbourg , chez Doulleker.
Cologne, chez Meternik .
Francfort , chez J. L. Kaniq.
Berlin , chez Etienne.
Leipfic , chez Gledich.
Lille , chez Danel .
Bruxelles , chez Tferftevens.
Anvers , chez Verduffen.
La Haye , chez Rogiffard.
Amfterdam , chez Bernard,
Roterdam , chez Vander Linden .
Londres , chez dụ Noyer.
Madrid , chez Aniffon.
Geneve , chez les freres de Tournes.
Turin , chez Reinffan ,
Le prix eft de 30. fols.
A i
La
A VIS .
'ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M OREAU
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis - à-vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment quand on.
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
·
LS
LE
MERCURE
DE NOVEMBRE 1722 .
II. Volume.
***** XXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES
,
en Vers & en Profe.
C
A LA JEUNE IRIS.
EPISTRE
.
Effe , charmante Iris , ceffe de fouhaiter
Des vers qu'Appollon me refufe ,
Et ne pense pas que ma muſe
Puiffe à prefent te contenter.
Je ne fuis plus , quoique tu faffes ,
Tel que j'étois dans mes beaux jours ,
Quand à la tête des amours
Je badinois avec les graces.
11. Vol.
A iij
C'eſt
LE MERCURE
C'eft alors que aurois chanté
Tous les charmes de ta beauté ,
Sur un ton fi doux & fi tendre ,
Que ton coeur par mes chants fe laiffang
émouvoir
Auroit prefqu'autant pris de plaifir à m'entendre
,
Que mes yeux en ont à te voir.
Cet heureux temps n'eft plus , excuſe ma foibleffe
,
Tout ce que je puis faire en l'état où je fuis ,
C'eft de combattre les ennuis ,
Que traîne avec foi la vicilleffe.
Mon efprit plus timide , & mon corps plus
pefant
Me font voir toute ma mifere ,
Je pleure le paffé , je me plains du prefent ,
Et l'avenir me defefpere.
Non , non , puifque mes cheveux gris
Ont fait fuir les jeux & les ris,
Il ne faut pas que je t'ennuie.
Quel agrement trouverois-tu
A m'entendre prêcher d'un ton de Jeremie ,
Qu'il n'eft aucun plaifir fur la fin de la vie ,
Que celui d'avoir bien vêcu ?
Cependant c'est ce que je penſe' ,
Et
DE NOVEMBRE 1722.
Et que chacun penſe à fon tour
Et que toi même enfin tu penferas un jour :
Heureufe , fi tu peux m'en croire par avance
Et fi dès aujourd'hui faiſant quelques efforts :
Un fentiment fi falutaire ,
T'arrache à des plaifirs qui ne dureront gueres,
Et qui fuivront mille remords .
黃椒: 黃椒椒京京博黃椒椒椒椒椒: 椒粉
ETABLISSEMENT
de l'Académie Royale de Lisbonne.
E 8. Decembre de l'année 1720. le
Reverend Pere Dom Manuel Gaetano
de Soufa , Clerc Regulier , Profef
feur en Theologie , examinateur des trois
Ordres Militaires , & du Prieuré de Crate
, du Confeil de Sa Majefté , fe rendit
au Palais Royal de la Maiſon de Bragance
, où quantité de fçavans de toutes fortes
d'Etats s'étoient affemblez par ordre
du Roy , aufquels il fit un difcours trèséloquent
qui contenoit en fubftance.
1° Que l'intention de Sa Majefté étoit
d'établir une Académie pour s'appliquer
à écrire l'Hiftoire de la Nation Portugaife
, & qu'elle vouloit que dès ce jourlà
il fe tint une conference ſur ce fujet.'
II. Vol.
A iiij 2° Que
LE MERCURE
2° Que comme jufqu'alors on n'avoir
qu'une notion très -confufe des faits hiftoriques
qui regardent le Portugal , à
cauſe qu'aucun Hiftorien n'a écrit en latin
fur cette matiere , elle vouloit remedier
à cet inconvenient , en ordonnant aux
Académiciens de compofer une Hiftoire
Portugaife en latin , laquelle feroit divifée
en Ecclefiaftique , & en feculiere ou
prophane.
Q
3 Que le 4. de Novembre elle lui
avoit fait l'honneur de lui demander fon
avis fur les moyens qu'il falloit prendre
pour executer cette importante entrepri
fe ; & qu'après une meure déliberation
il avoit été décidé qu'on commenceroit
par l'Hiftoire Ecclefiaftique , & qu'elle
feroit intitulée Lufitania Sacra.
4° Que le 7. du même mois il prefenta
un grand Memoire à Sa Majesté ,
dans lequel il lui expofa les moyens les
plus convenables pour parvenir promptement
à la fin glorieufe qu'elle le propofoit
, qu'il réduifit à deux . Sçavoir , de
faire raffembler tous les Manufcrits qui
pourroient fe trouver dans le Royaume ,
& de convoquer les plus habiles Ecrivains
; mais que pour cela il falloit interpofer
l'autorité Royale , tant pour faire
ouvrir les Archives publiques , que pour
obliger les fçavans de s'unir en corps
Académique.
DE NOVEMBRE 1722 .
୭
Académique. Surquoi Sa Majesté donna
ún Decret qui ordonne ce que l'on vient
de dire , lequel fut lû en pleine affemblée
par le Comte de Villar-Mayor.
5°. Qu'après avoir conferé avec plufieurs
perfonnes d'érudition fur le projet
de Sa Majefté , & les avoir trouvées
difpofées à contribuer de tout leur pouvoir
à le faire réüffir , il lui en avoit rendu
compte , & que fur fon rapport Elle
lui avoit dit que fon intention étoit qu'on
dreflât des Reglemens qui marquaflent
les obligations de chaque Académicien ,
par rapportà la difcipline de l'Académie,
lefquels furent redigez en 29. articles de
la maniere fuivante.
Statuts & Reglemens de l'Académie.
ARTICLE L
L'Académie fera compofée de cinquante
perfonnes fçavantes , de bonnes
vie & moeurs , de quelque état & condition
qu'elles foient , Ecclefiaftiques ou
Reguliers , pourvû qu'elles ayent les talens
neceffaires pour remplir les devoirs
d'Académiciens .
I I.
Parmi le nombre des Académiciens on
élira tous les ans le jour de la Conception
11. Vol.
A v de:
ΤΟ
LE MERCURE
•
de la Vierge un Directeur , quatre Cen
feurs ,
& un Secretaire , qui feront en
exercice pendant tout le cours de l'année,
à l'exception toutefois de la premiere année
, attendu que Sa Majefté a nommé
Directeur le Reverend Pere Manuel-
Gaetano , pour Cenfeurs les Marquis de
Fronteira , d'Abrantes , d'Alegrete , & le
Comte d'Ericeira , & pour Secretaire le
Marquis de Villar-Mayor.
pour
III.
Au bout de l'année on rendra compte
à Sa Majesté de tout ce qui fe fera paffédans
l'Académie , & on lui demandera
fon agrément pour proceder à une nouvelle
élection ..
IV .
L'Académie s'affemblera tous les quin
ze jours pour examiner les ouvrages des
Académiciens , & déliberer fur tout ce
qu'il y aura à faire.
V.
Outre les affemblées ordinaires , les
Directeurs pourront s'affembler lors , &
où bon leur femblera.
V I.
Les Affemblées fe feront regulierement
après
DE
NOVEMBRE 1722 . II
après-midy dans la falle deftinée pour
cela , aux heures marquées cy- après.
VI I.
Le Directeur prefidera aux Affemblées ;
& s'il venoit à s'abfenter pendant longtemps
, ou à mourir , l'Académie proce
dera à l'élection d'un autre Directeur par
voye de ferutin, & il exercera fon emploi
jufqu'au jour de la Conception fuivant.
V III.
Le Directeur propofera toutes les matieres
qu'il jugera à propos , & dans les
déliberations , chaque Académicien aura›
la liberté d'opiner , comme il lui paroîtra
convenable fans aucune contrainte ;
après quoi le Directeur recueillera lesfuffrages
, & tout fera reglé à la pluralité
des voix.
3-
I X.
Le Directeur pourra impofer filence ,
forfqu'il s'élevera des difputes trop vives , ›
rompre les feances , & faire les autres
fonctions de Prefident. Il fera tenu de
rendre compte à Sa Majefté , ou à celui
qu'elle propofera , de tout ce qui fe trai--
tera dans chaque conference. Il aura recours
à fa Royale protection pour l'obfer
vation des prefens Reglemens . Il occu-
11. Vol. A vi pera
12 LE MERCURE
pera la premiere place à la Table de l'A
cadémie , à la droite des. quatre Cenfeurs
qui lui doivent fucceder.
X.
Les quatre Cenfeurs , qui feront les
mêmes qui fuccederont au Directeur s'affieront
dans la forme fufdite , à la gauche
du Directeur de jour , & le Directeur ſe
trouvant abfent , le Cenfeur qui occupera
la place immediate après le Directeur,fera
fubftitué à fa place.
X I.
Les Cenfeurs pourront demander com
munication au Directeur des matieres quí
lui fembleront devoir être propofées .
XII.
Chaque femaine il y aura une Affemblée
particuliere dans l'endroit que le Directeur
trouvera plus convenable. Le Directeur
, les quatre Cenfeurs & le Secretaire
s'y trouveront , & y decideront à la .
pluralité des voix fur les matieres qui devront
être propofées à la prochaine Alfemblée.
XIII.
Indépendamment du Directeur on
pourra cenfurer les abus qui pourront
s'introduire
DE NOVEMBRE 1722 . 79
s'introduire contre les Reglemens de l'Académie
,de même que les Ecrits des Académiciens
, & ceux qu'on remettra à l'Académie.
XIV.
Tout ce qu'on aura reglé dans les conferences
particulieres fera communiqué à
l'Académie , où l'on décidera à la pluralité
des voix , &tout ce qui fera décidé:
fera infcrit dans le Regiftre de l'Académie
pour tenir lieu de loi Académique..
X V.
Le Secretaire fera perpetuel , & en cas
d'abfence des cinq Directeurs , ce fera
lui qui préfidera , avec pouvoir de nommer
un autre Secretaire à fa place . S'il
avoit quelque empêchement qui l'obligeât
de manquer aux Affemblées , il
pourra nommer un autre Secretaire pour
cette fois feulement. Mais s'il s'abfentoit
plufieurs fois , les Directeurs & les Cenfeurs
en nommeront un autre , & en cas.
de mort , toute l'Académie enfemble fera
l'élection d'un autreSecretaire par foruțin..
XVI.
Le Secretaire fera obligé de propofer
tout ce qui devra être écrit fur les livres :
dans le temps, de la conference , d'avertit
14
LE MERCURE
vant que
tir les Académiciens nouvellement élûs ?
d'écrire , & de répondre aux Lettres, ſuile
Directeur & les Cenfeurs le
trouveront à propos. Il aura des Livres
feparez , dars le premier defquels le Decret
de l'Inftitution de l'Académie , les
Reglemens , les ordres & les intentions
du Roy , les noms des Académiciens , &
autres Actes concernant l'Académie feront
infcrits . Dans le fecond on écrira tout ce
qui fe traitera d'important dans l'Acadé
mie , avec les principales raifons qui auront
été alleguées , marquant le nom de
ceux qui auront fourni quelques ouvra
ges , afin que de tout cela on forme l'hiftoire
de l'Académie. Le troifiéme fervirat
pour écrire les envois des Papiers , Actes
& Memoires qu'on tirera des Archives , ou
autres endroits. Le quatrième fera deſtiné
à enregistrer les Lettres que l'Académie
écrira , & les réponſes qu'elle fera . Dans
le cinquiéme on écrira les noms des Académiciens
, qu'on chargera chacun de
quelque étude particuliere , le jour qu'ils
devront rapporter ce qu'ils auront fait ,
les Livres qu'on confiera aux Académiciens
, ceux qu'on prétera à l'Académie.
Le Secretaire fera tenu de rendre ponctuellement
ceux qui auront été prêtez à
l'Académie , & de recouvrer ceux que
l'Académie aura prêtez . Il gardera un
profond
DE NOVEMBRE 1722. I's
profond fecret fur tout ce qui fera écrit
fur les Regiftres, à la reſerve toutefois de
ce qui devra être employé dans l'hiftoire.
Il fe chargera de tous les papiers appartenans
à l'Academie , les rangera en ordre ,,
dans les Archives de l'Academie , & en:
fera un Inventaire dans un Livre particu
lier.
XVIII.
Le nombre des Académiciens fera de
so. fans qu'il foit permis d'élire de furnumeraire
, à moins que ce ne foit par
ordre exprès du Roy , à l'exception tou--
tefois de ceux qui feront nommez dans
l'article XXIII.
XIX..
Les Academiciens affifteront ponctuel
lement aux Conferences , fans préference
de rang, Quand ils feront entrez , on commencera
à recueillir les fuffrages par le
rang qui fera à la droite du Directeur.-
Lorſqu'un Academicien aura quelque empêchement
, il en écrira au Secretaire.
Tous les Papiers qui feront remis au Secretaire
, feront écrits fur une feuille , --
avec une marge pour pouvoir les attacher.
Avec la permiffion du Directeur ,
on pourra rapporter verbalement ce qu'on
aura étudié pour plus grande brieveté & ~
facilité.
X X.
15 LE MERCURE
XX.
S'il vient à vacquer quelque place , il-
Y fera pourvû par voye de fcrutin , fous le
bon plaifir du Roy , l'Académie ne pouvant
admettre perfonne qui ne foit agréé
de Sa Majesté.
XXI.
Lorfque quelque Académicien mourra
, le Directeur nommera un de fes Collegues
pour faire l'Eloge du défunt , avec
l'abregé de fa vie , qui fera inferée dans
le Regiftre de l'Académie , pour être imprimée
dans la fuite dans l'hiftoire de l'Académie.
On recueillera les Livres & Papiers
qu'il aura laiffez , tant ceux qu'il
aura écrits , que ceux qui lui auront été
remis touchant l'Inftitution de l'Académie.
XXII.
Les Académiciens ne pourront faire
imprimer aucun Ouvrage fous le nom d'Académiciens
, fans être approuvé par l'Académie.
XXIII.
Il y aura des Académiciens Honoraires ,
dont le domicile fera établi dans les Diocéfes
du Royaume , & pays de Conquête ,
lefquels auront féance dans l'Académie ,
fans
DE
NOVEMBRE 1722. 1-
fans aucune diftinction lorfqu'ils fe trouveront
à Lifbone .
XXIV.
Depuis le premier de May jufqu'à la
fin de Septembre , l'Académie s'affemblera
à 4 heures le Dimanche , de quinże
en quinze jours feulement , & depuis
le premier d'Octobre jufqu'au dernier
d'Avril , elle s'affemblera à deux heures.
Elle ouvrira la féance dès que le Directeur
, & deux Cenfeurs feront arrivez ,
pourvû qu'il y ait douze Académiciens.
X X V.
Perfonne , de quelque qualité qu'elle
foit , ne pourra affifter aux conferences qui
-ne foit de l'Académie , fi ce n'eft qu'onait
quelque avis important à donner . Alors
le Directeur , & les Cenfeurs decideront
ce qu'ils trouveront à propos de faire.
Ceux qui feront admis en pareil cas , auront
féance parmi les Académiciens , mais
ils fe retireront dès qu'ils auront fait leurs
propofitions , & ils n'affifteront pas aux
déliberations de l'Académie.
XXVI,
Le Secretaire aura fous fes ordres les
Commis neceffaires pour écrire ce qu'il
leur ordonnera , & pour traduire tous les
memoires
LE MERCURE
Memoires . Il y aura un Portier qui fe
tiendra à la porte les jours que l'Acadé
mie s'affemblera , & les autres jours que
le Secretaire lui affignera . Les Commis &
le Portier feront payez fur les Revenus
que le Roy a accordez à l'Académie.
XXVII.
Il y aura un Imprimeur de l'Acadé
mie , qui imprimera promptement les
Feuilles , les Avis , Lettres circulaires , & autres
chofes que l'Académie lui ordonnera.
XXVIIE
Il y aura deux Affemblées publiques de '
l'Académie chaque année , qui feront les
jours de la naiffance du Roy & de la Reine.
On lira dans ces Affemblées les ouvrages
qui feront du reffort de l'Inftitution
de l'Académie . Ces deux Affemblées
ſe tiendront en la maniere , & dans l'endroit
qu'il plaira au Roy d'ordonner.
XXIX.
L'Académie aura un Sceau , duquel
elle fe fervira dans toutes les expeditions
Académiques. Il fera aux armes Royales,
au bas defquelles fera gravée la figure du
Temps, attachée avec des chaînes , & au
tour du Sceau on lira ces paroles, Sigillum
Academia hiftoria Lufitana . Elle aura
auffi
DE
NOVEMBRE 1722.
auffi une emblême qui reprefentera le fimulacre
du Temps , avec cette devife ,
reftituet omnia.
D
EPIST RE
A Monfeigneur l'Evêque de Laon ,
Jur le jour de fa Fête.
E toutes parts, grand Prélat, l'on s'apprête,
A vous offrir de l'encens & des voeux ,
Chacun cherche des fleurs dignes de vôtre tête,
Mais en eft-il en ces terreftres lieux ?
Le coeur à l'Eternel cut toûjours droit de plaire
C'eſt le feul don qu'il ne peut rejetter ,
Tel qu'eft le mien j'ofe le prefenter ,
Je puis dire qu'au moins fon langage eft fincere.
De vos bontez pour moy , monument précieux
Vôtre lettre obligeante anime mon audace ,
Et fi vous l'approuvez , content & glorieux ,
Par un fublime effor je pourrai tel qu'Horace,
M'élever jufques dans les cieux .
Quand les favoris d'Uranie
Offrent aux grands le tribut de leurs vers ,
Ils ont leur but , je fais tous les motifs divers ,
Qui
20 LE MERCURE
Qui dans l'occafion réveillent leur génie ,
L'intereft eft fouvent l'ame de leurs concerts ,
La coutume s'y joint , la baffe flaterie ,
Et fouvent c'eft tous trois , de ces motifs ram
pans , 1
A vous louer nul ne m'engage ,
Et fi j'ofe aujourd'hui vous offeir mon encens ,
Un fordide intereft n'en corrompt point l'hommage.
J'ai renoncé depuis fix ans,
Au vain éclat du monde, à fes fauffes promeffes;
Je méprife des biens tributaires du temps ,
Et veux que les vertus foient mes feulcs richeffes
:
C'eſt la premiere fois que j'ofe confier ,
Vôtre nom , vôtre éloge à ma timide plume ,
Un nom fi grand a droit de m'éfrayer,
Mais on ne dira pas que j'agis par coutume ,
Vous ne fçauriez non plus être flatté ,
Et pour vous bien louer quelque effort que l'on
faffe
,
Il faut laiffer parler la fimple verité ,
Elle vous loucra mieux que tout l'art du Par
naffe ,
C'eft elle qui dira que dans ce beau féjour , *
Le College de la Fléche en Anjon.
Où
DE
NOVEMBRE 1722 .
Où fous un même toît je goûtois l'avantage ,
De vous faire fouvent ma cour
Toutes vos actions m'étoient un feur préfage
De ce que vous feriez un jour ;
Vous infpiriez dèflors du refpect à l'envie
Sur votre front brilloit une aimable candeur ,
Et d'une illuftre Académic
Vous êtiez l'amour & l'honneur.
Témoin de vos progrès dans la noble carriere
Où Phoebus exerçoit ſes Athletes naiffans
Je les voyois bien loin demeurant en arriere ,
-X
S'épuifer pour vous fuivre en efforts impuiffansa
Paris vous vit depuis prenant un vol rapide
Percer dans les fecrets de la Divinité
Ainfi l'Aiglon d'un regard intrépide,
Du grand Aftre du jour contemple la clarté ¿
Des myfteres profonds de la Theologie ,
La Sainte horreur n'a point de tenebres pour
vous ,
De vos difcours fçavans la fublime énergie ,
Confond l'erreur & l'hydre expire fous vos
coups ; C
Oa ne la vit jamais d'une chûte fi prompte ,
Rentrer dans l'éternelle nuit ,
Vous
22 MERCURE LE
Vous parlez , tout fe rend , le front couvert de
honte ,
Le menfonge s'éclipſe , & la verité luit :
Pourfuivez, Grand Prélat , d'imitateur fidele ,
Du grand Saint que le Ciel vous donna pour
patron , *
Vous deviendrez un jour nôtre modele ,
Et vous montrez déja par vôtre zele
Que vous n'avez pas moins fes vertus que fon
nom .
Quelles font belles dans un âge ,
Qui , dit on, fut toûjours la faifon des plaifirs
Où le monde aveuglé rougit du nom de fage ,
Dans un rang où tout flatte , & prévient vos
defirs ,
Que dans vos Saints projets le Ciel vous fa
vorife ,
Que l'Enfer déchaîné n'en trouble point le
cours ,
Tel que nous vous voyons , enfin foyez toûjours
L'exemple des Prélats , la gloire de l'Eglife,
* Saint Charles Borromée.
Par le P. DE PONCY ,
Jefuite.
REMARDE
NOVEMBRE 1722 . 28
蛋蛋
REMARQUES critiques fur le Dictionaire
Hiftorique de M. Bayle , par
M. Jean Frederic Guib , Docteur en
Droit.
R Bayle affure dans la Rem. A de
M Part.
Apollinaris , qu'au défaut
d'Auteur ancien , il ne débite que fur la
foi des Auteurs modernes qui ont publié
des compilations d'Epigrammes , on de
Catalectes des anciens Poëtes , que cet
Apollinaris étoit natif de Carthage. Ce
fçavant homme ne s'eft pas reffouvenu
que l'Auteur de la vie de Virgile qu'on
attribue communément à Donat , Precepteur
de S. Jerôme , avoit écrit qu'Apollinaris
étoit Carthaginois. Cette vie
de Virgile eft certainement de quelque
antiquité , & je ne doute point que M.
Bayle ne fe fut autrement exprimé , fi par
un défaut de memoire qui n'eft que trop
ordinaire à ceux qui compofent des ou
vrages fur des matieres auffi diverfifiées
que l'eft fon Dictionaire Hiftorique , il
n'eut oublié qu'il eft fait mention d'Apollinaris
dans cette vie de Virgile.
Dans la Rem. C. de ce même article il
affirme qu'on a l'Epigramme qu'Apollinaris
24
LE MERCURE
:
naris compofa fur l'ordre que Virgile avoit
donné de brûler fon Eneide. La voici
ajoûte M. Bayle , ce n'est qu'un diftique .
Infelix alio cecidit prope pergamon
igne,
» Et pæne eft alio Troia cremata
rogo.
Ces vers -la font regretter la perte des
autres. Ce grand homme s'eft extrêmement
trompé lorsqu'il a crû que l'Epigramme
d'Apollinaris n'étoit qu'un diftique
, car on peut voir dans la vie de Vir
gile que je viens de citer les autres vers
dont M. Bayle regrette la perte. C'eſt
dommage que des fautes de cette nature
fe rencontrent dans un ouvrage auffi fçavant
, & auffi bien écrit que le Dictionaire
de cet illuftre Auteur. Rien ne marque
pourtant mieux la foibleffe de l'ef
prit humain . S'il avoit vêcu un peu plus
long- temps il n'auroit pas manqué fans
doute de les corriger lui- même , & d'ajoûter
en même temps à fon livre des
beautez que lui feul étoit capable de lui
donner. Lorfque la Republique des Lettres
perd des hommes comme M. Bayle ,
dont les ouvrages font deftinez à l'im
mortalité , elle fait des pertes irrepara
bles. Tel étoit le fentiment de feu mon
pere
DE NOVEMBRE 1722. 25
pere ( a ) Henry Guib , homme qui a
employé la plus grande & meilleure partie
de fa vie à l'étude des ſciences . Je lui
ai cüy dire très- fouvent que tous les Libraires
auroient dû porter le deuil , lorfque
M. Bayle mourut. Il admiroit la vafte
erudition qui eft répandue dans fon Dicnaire
Hiftorique , le ftile aifé , coulant
& inimitable, avec lequel les matieres lesi
plus épineufes y font écrites ; & il regar
doit comme un chef- d'oeuvre les nouvelles
de la République des Lettres , dont ce
fçavant homme à enrichi le public . Sui- !
(a) 11 nâquit à Nifmes le fixiéme Juin der
l'année mil fix cent cinquante - quatre , & le
dix-feptiéme May mil fix cent foixante quatorze
ibDreçut le bonnet de Locteur ès Droits, >
ayant deffein d'employer fes talens à la défenſe
de la veuve & de l'orphelin ; il fe fit recevoir
peu de temps après au nombre des Avocats poftulans
aux Parlemens de Grenoble & d'Orange,
& au Prefidial de Nifmes. Mais en l'anné mil
fix cent quatre-vingt - un fes amis le porterent
à remplir la chaire de Profeffeur en Eoquence.
au College de cette Ville , que le decès de fon
pere venoit de rendre vacante. La mort du Roi
d'Angleterre Guillaume III . Souverain de cette
Principauté, lui donna occafion de faire le Panegyrique
de ce Prince , & il eut l'avan age
d'avoir l'applaudiffement de tous les fça ans.
de cette Ville. En l'année il fept cent deux il
publia un Difcours à la louange de M. le Prince
de Conti , pere de fon Alteffe Sereniffime Luis
Armand de Bourbon qui porte aujourd'hui ave :
A II, Vol. B vant
26 LE MERCURE
vant lui il n'y avoit perfonne qui dans ce
genre de litterature eut pû écrire auffi
poliment , & auffi agréablement que cet
admirable Auteur , & il craignoit que ,
femblable à Homere , perfonne à l'avenir
ne peut atteindre au dégré de perfection
auquel M. Bayle étoit parvenu .
›
M. Bayle a oublié de parler dans l'art.
Hercule de la taille de l'Hercule , fils de
Jupiter & d'Alcmene . Il étoit de petite ,
ftature μορφον βραχὺς , f on en doit
croire Pindare dans l'Ode quatriéme de
fes Ifthmioniques. Ce qui étoit une particularité
d'autant plus remarquable , que
Pindare eft , à mon avis , le feul parmi
tant de gloire le grand nom de Conti . Il a
compofé encore la Preface , & c. que l'on voit
à la tête des décifions de Ranchin , imprimées
avec les notes de M Borrier En l'année mil
fept cent dix huit nôtre Univerfité ayam fair
imprimer fes Statuts , elle jugea à propos d'y
niettre à la tête un Poëme de 224 vers qu'il
avoit fait à la louange de feu nôtre Evêque
Jean Jacques d'Obeith Je ne fçaurois m'empêcher
d'apprendre au public qu'au revers du
titre de ces mêmes Statuts il y a dix- huit vers,
aufquels le Doyen de ros Avocats a fait mettre
fon rom comme s'il en étoit l'Auteur , quoique
M. l'Evêque & toute la Ville fçûffent que c'eft
Henry Guib qui les a compofez ; de forte qu'on
peut très-juftement dire à fon égard : Hos ego
verficulos feci , tulit alter honores . Il mourue
dans cette Ville le douziéme Aouft mil ſept cent
dix-neuf.
les
DE NOVEMBRE 1722. 27
les anciens qui en ait parlé , & que d'ail
leurs , la plupart des Heros , tant anciens
que modernes, ont auffi été de petite taille ,
comme il feroit aifé de le prouver fi cela
étoit neceffaire.
Dans la Rem. A de l'art. Meſtrezat
M. Bayle affure en parlant des Syndics de
la Republique de Genève, que cette Charge
eft des premieres de l'Etat. Je ſuis furpris
que ce fçavant homme ayant été à
Genéve , comme il paroît par ce qu'il a
écrit dans le texte de l'art. Priolo , ait
neanmoins parlé avec fi peu d'exactitude
des premiers Magiftrats de cette floriffante
République. Il falloit dire que la
Charge de Syndic eft la premiere de
l'Etat.
M. Bayle a fait un affez long article
fur M. le Pays , Auteur du livre intitulé
Amitie , Amours , & Amourettes . Mais
il n'a rien dit fur le temps de la naiſſance
de ce bel efprit. Pour fupléer ce qu'il a
omis à cet égard , je dois dire qu'il nâquit
en l'année nil fix cent trente- fix
comme M. le Pays l'a lui - même remarqué
à la page 423. de fon portrait qu'il
envoya à la Ducheffe de Nemours. Ainfi
M. le Pays étoit âgé de cinquante - quatre
ans lorfqu'il mourut.
•
A l'article du Medecin & Pete Thorius
,il eft un peu furprenant que M. Bayle
11. Vol. Bij air
28 LE MERCURE
ait oublié de remarquer que ce Medecin
mourut de la pefte en l'année 1629. &
que ce fut à Londres que cette cruelle
maladie l'emporta. Le temps & la maniere
dont font morts les perfonnes qui
ont paru avec quelque diſtinction dans le
monde, font des chofes que les curieux
fouhaitent de fçavoir , fur tout fi quelque
caufe extraordinaire les enleve . Il eft
donc étonnant que M. Bayle qui fe piquoit
de tant d'exactitude ait laiffé ignorer
à la pofterité une particularité auffi
remarquable de la vie du Poëte Thorius.
Par exemple , la curiofité des lecteurs eft
fatisfaite en lifant la vie de S. Loüis, de
voir que la pefte termina fes glorieux travaux
que Charles VII . Roy de France
mourut de faim ; que Philippe II . Roy
d'Espagne , le Philofophe Platon , de
même que plufieurs autres , font morts de
la maladie pediculaire ; que Georges Duc
de Clarence voulut finir fes jours dans
un tonneau de malvoifie ; que Charles le
Mauvais , Roy de Navarre,fut brûlé tout
vif dans un drap trempé dans de l'eaude-
vie où il s'étoit fait enveloper pour reparer
la chaleur naturelle que fes débauches
lui avoient fait perdre. Nous devons.
de la reconnoiffance aux Hiftoriens qui
nous apprennent ces fortes de particularitez
, car elle nous inftruit en même
;
temps
DE NOVEMBRE 1722. 29
temps qu'elles fatisfont la curiofité qui
eft naturelle à l'homme. Pour finir cet
article je me contenterai d'ajoûter, qu'un
Poëte nommé Robert Aythonus , fit des
vers fur la mort de Thorius ; ils ont été
imprimez dans le premier tome des delicia
Poëtarum Scotorum , page 61. & fuiv.
que
J'ay fait chercher , dit M. Bayle dans
une Remarque fur l'article 12. de fa differtation
fur les libelles diffamatoires , inferée
à la fin de fon Dictionaire Hiftori
que , j'ai fait chercher inutilement le livre
Gabriël Naudé intitula le Marfore
ou Dif ours contre les Libelles. Ilfutimprimé
à Paris..... je ne fçai en quelle année.
Ce livre de Naudé , dont M. Bayle
ignoroit le temps auquel il avoit été publé
, fut imprimé à Paris en l'année 1620 .
A Orange ce 3 Octobre 1722 .
HHHHHHHHI XX
L'E'GAREMENT DU PECHEUR.
SONNET
Sur les Bouts rimez propofez dans
le Mercure du mois de Septembre.
PEcheur,fuivant le fens d'un celebre Proverbé,
Ta fottife eft égale à celle d'un Oyfon ,
La fauffe volupté que tu goûte à foifon
Eft pire qu'un ferpent qui fe cache fous l'herbe.
II. Vol. B iij
Tan301
LE
MERCURE
Tantôt l'amour du jeu t'entraîne chez * Mal
Tantôt fous le réduit que
herbe
forme une cloiſon ,
Ta Lays te nourrit d'un infame
*
poison ,
Méprifant de l'honneur , & le nom , & l'Adverbe
1
Heureux le Penitent , qui revêtu d'un fac
*
Imitant Julien , fe fait pafleur de
Ou labourre la terre , & traîne la
Bacq ,
Charuë
Ses crimes l'euffent- ils noirci comme un Gril-
D'abord qu'il reconnoît fa fatale
Il devient auffi blanc qu'un petit
Aon
bévûe *
Papillon
Marchand de la Foire qui donne à jouer.
* S. Julien entreprit cet exercice par efprit de
penitence.
Autre Sonnetfur le même sujet.
TRop aveugle Pecheur tu ſoutiens ce Proverbe,
Ce bas monde te rend plus bête qu'un Oifon ,
Enyvré des faux biens qu'il te donne à foiſon ,
Tu ne réflechis pas qu'ils fechent comme l'herbe.
En efprit , je le veux , tu furpaffes Malherbe,
Tu tiens , comme Crefus , l'or fous mainte cloifon,
Tu
DE
NOVEMBRE 1722 . 31
Tu répands avec art le fel , ou le poiſon
Implacable cenfeur d'un verbe ou d'un Adverbe.
Mais fi tu ne mets pas d'autre piece en ton
Sac ,
Quand un jour il faudra paffer le trifte Bacq ,
Mieux il t'auroit valu manier la Charuë
Alors , trifte , confus , & noir comme un
Grillen
Que te reftera- t'il de ta folle
bévûë ?
Que d'avoir imité l'inconftant Papillon.
P
SUITE DU JOURNAL
N
Du boyage du Roy a Rheims.
mot
Ouspavons Ous avons donné dans le Premier
Volume du Mercure de ce mois , le
Journal du voyage du Roy , & fon retour
à Soiffons inclufivement ; nous avons
raporté les chofes remarquables qui fe
font paffées fur la route , depuis fon départ
de Verfailles l'entrée folemnelle
de Sa Majesté à Rheims , les ceremonies
de fon Sacre , & de fon Couronnement ,
la Tranflation de la fainte Ampoulle , le
Feftin Royal , la Cavalcade à l'Eglife
Abbatiale de S. Remy , la ceremonie des
Chevaliers du S. Efprit , &c. Il s'agit à
II. Vol.
Biiij preſent
·32 LE MERCURE
prefent de continuer ce Journal , & de
peindre à nos Lecteurs d'une maniere un
peu fenfible , les fuperbes Fêtes qui ont
été données au Roy à Villers- Cotterets ,
& à Chantilly. Nous n'entreprenons point
de faire fentir tout ce qu'elles avoient de
grand , de magnifique , & d'ingenieuſement
recherché ; ainfi nous ferions de
vains efforts pour en donner une jufte
idée à l'efprit qu'il ne peut recevoir que
des yeux.
2
11
FESTES DE VILLERS - COTTERETS .
Les Fêtes données au Roy, dans le Château de
donnéeserets
par Monfieur
le Duc d'Orleans , Regent du
Royaume , font un de ces fpectacles qui
frapent également , & ceux qui n'aplaudiffent
qu'à ce qui leur paroît être l'effet
-penible de Art , & ceux qui ne confultent
que la nature, quand ils admirent ce
qui les charme. On a été ébloui par
l'éclat , & par la varieté des objets , &
l'arrangement en a paru charmant.
Le Tableau le plus fuperbe , & le plus
neuf qu'on ait expofé aux yeux de Sa Majefté
dans ces Fêtes , a été l'image ennoblie
des Foires de S. Germain , & .de
S. Laurent ; image gaye & amufante par
le fonds , dont la forme a été embellie
par
DE
NOVEMBRE 1722. 33
par tout ce que le brillant des luftres , &
des illuminations , & la richeffe de la
décoration & des meubles ont pû fournir
de magnifique & de noble. Idée fimple
, & cependant vafte , qui renfermoit
tout ce qui flatte le goût , les yeux &
l'efprit ; fines patifferies , confitures &
liqueurs exquifes , bijoux travaillez &
précieux , jeux diverfifiez , & non appliquans
, Theatres ingenieux & Comiques ,
danfes galantes & bien imaginées ; mufique
gracieufe & legere , tout concouroit
à la fois pour divertir nôtre jeune Monarque.
Les fpectateurs même formoient
un des plus beaux ornemens de ce pompeux
spectacle . Cette idée fi riante & fi
heureuſe, eſt dûe à une grande Princefle
qu'on n'oſe nommer ici fans fon aveu ;
quoique le talent d'inventer des Fêtes
loin de deshonorer le rang & l'autorité
ait fouvent dans les fiecles les plus polis ,
illuftré des Heros déja fameux par des
triomphes . On a vû dans Rome florif
riffante des vainqueurs glorieux , des
politiques profonds , enfin des Peres de
la République , regler en même temps
les interefts de l'Etat , & la diftribution
des parties d'un grand fpectacle. Le pros
jet d'une Fête galante peut fort bien natre
dans un génie fuperieur . Le bon goût
n'eft pas incompatible avec la folidité de
II Vol.
B. v
J
l'efpric
34
LE MERCURE
l'efprit. Le Cardinal de Richelieu a prouvé
cette verité ; un exemple plus recent
nous la prouve aujourd'hui.
Qu'on ne s'attende donc pas à trouver
dans cette relation une copie parfaitement
reffemblante des divertiffemens , &
des fpectacles que nous décrirons. Ces
tableaux font trop brillans pour pouvoir
être copiez avec exactitude. C'eft le fort
des beautez éclatantes, de perdre toûjours
dans les portraits qu'on hazarde d'en
faire.
Le paffage du Roy par le Bourg de
Villers - Cotterets ayant été déterminé
M. le Duc d'Orleans donna ordre à M.
Oppenort, Directeur General de fes Bâtimens
& Jardins , de faire travailler au
rétabliffement du Château , & de le mettre
en état de recevoir Sa Majefté. On
connoît la capacité , & l'activité de M.
Oppenort. Les ordres de Monfieur le
Duc d'Orleans furent executez avec tant
de diligence , & en même temps avec tant
de précaution , que le Château de Vil-
-lers-Cotterets , quoiqu'inhabité depuis.
très-long-temps s'eft trouvé rétabli en
moins de quatre mois , & augmenté de
logen ens affez confiderables pour loger
toute la Cour , & contenir la nombreufe
affemblée qui devoit s'y rendre à la ſuite:
du Roy. Comme l'intention de S. A. R.
étoit
DE NOVEMBRE 1722. 35
étoit de faire tenir des tables ouvertes
non-feulement pour les perfonnes de diftinction
, & pour tous les acteurs de la
fête , mais encore pour tous les curieux.
qu'elle attireroit , il fut réfolu de conftruire
au pourtour exterieur de l'avantcour
du Château , des angards , appentis,
barraques , & tentes pour loger plus commodément
la foule de ces curieux , &
leur faire l'aprêt des viandes qu'on devoit
leur fervir. On conftruifit des logemens
pour fervir auffi de Corps de Garde aux
troupes de la Maifon du Roy.
*
Les Hôtelleries du Bourg , & les Cabarets
des environs pour fe conformer aux
ordres de Monfieur le Duc d'Orleans >
devoient recevoir & traiter tous les furvenans
, en veritables Chevaliers errans
& n'exiger que des politeffes pour payement.
Sancho Panfa n'eut point effuyé là
la douloureufe aventure de fon bernement
.
La vafte étendue des bâtimens du Châ
teau ne fuffifant pas pour dreffer le grand
nombre de tables qu'on devoit fervir , on
remedia à cet inconvenient par une quadruple
galerie longue de 25. toifes , &
large de 15. qui fut conftruite fur la terraffe
du jardin , à droite de la partie laterale
du Château. Cette galerie étoit couverte
de bannes de coutil , très- propre-
I. Vol.
B vj
ment
36 LE MERCURE
ment tapiffée, & éclairée de luftres & de
bras dorez . On y entroit par l'encoignu-
9
à droite de l'avant - cour. On a fervi
dans ces galeries grand nombre de tables,
avec une telle profufion qu'il n'y avoit
rien à deſirer ; les buffets de chaque table
étoient placez avec tant de fimetrie
que le tout parfaitement éclairé formoit
un fpectacle auffi agréable qu'étonnant.
Tout ce grand monde étoit fervi en même
temps , & fans interruption .
Les appartemens du Château & de
l'avant- cour étoient refervez pour le Roy,
les Princes & les Seigneurs de la Cour .
On logea dans la galerie de l'Orangerie
les Acteurs deftinez pour la Mufique
, & pour la danfe. Cette galerie étoit
parquetée , & la diftribution en étoit li
bien entendue , que tous les Muficiens &
Muficiennes , Danfeurs , Danfeuſes , &
Symphonistes de l'Opera y furent logez
fort commodement leurs chambres
étoient meublées très proprement , & avec
toutes fortes de commoditez .
Les Offices , cuifines & falles à manger ,
deftinées uniquement pour eux , étoient
tout auprès de leurs logemens , & conftruites
dans le jardin de l'Orangerie. La
communication de ce lieu là au Château
étoit aifée ; on y arrivoit par une belle
allée couverte en berceau , avec un dégagement
DE
NOVEMBRE 1722 . 37
gagement qui conduifoit à la grande ruë
du Bourg
.
Les Acteurs & Actrices de l'Opera au
nombre de 140. perfonnes , y compris la
Danfe & la Symphonie , ont été traitez
pendant fix jours dans l'endroit dont
nous venons de parler , par un Maîtred'Hôtel
, des Officiers & Garçons fervans
qui leur étoient affectez ; ils avoient
même leur vaifelle, & tout ce qui les concernoit
en particulier. Leur table formoit
un filet de 140. couverts ; elle étoit fervie
à trois fervices, dont le premier étoit de 20 .
potages de differentes façons & 40. entrées
. Le deuxième de 30. plats de rôts,
20. plats d'entremets , & 20. affiettes d'oranges
& falades. Le troifiéme de 25 .
corbeilles de fruit crud , 20. corbeilles de
confiture feche , & 25. compôtes . Ils ont
toûjours été fervis de même à dîner & à
fouper, en diverfifiant les potages , les entrées
, les viandes , & les entremets . Outre le
vin de Bourgogne & le vin de Champagne
, on leur donnoit à chaque repas tout
ce qu'ils demandoient en vins de liqueurs ,
liqueurs & Caffé. Dès le matin on leur
fervoit du Thé , du Caffé , & du Chocolat.
Avant que de raporter tous les plaifirs
que Monfieur le Duc d'Orleans a prefentez
au Roy, en revenant de Rheims , ilne
LE MERCURE
ne faut
pas oublier la reception qu'il fit
à Sa Majefté , lorfqu'elle coucha la premiere
fois à Villers - Coterêts le Diman.
che 18. Octobre.
On avoit rangé fur la croupe de la
butte de Tanleu , à la tête de l'avenuë
de Soiffons , douze pieces de canon &
cent boëtes. Le Roy entra au bruit de
cette artillerie & de ces boëtes , dans
le Bourg qu'il trouva illuminé , & palla
fous les Arcs de triomphe compofez de
feuilles , & parez de guirlandes & de
feftons de fleurs de la faifon , entrelaffez
de gros lampions . La place & les
grilles du Château étoient auffi couvertes
de ces ornemens champêtres , &
éclairez par un nombre infini de lumieres
auffi - bien que l'avant- cour , dont tou
tes les Architectures en étoient chantournées
. On ne laiſſa voir ce jour-là à Sa
Majefté , que ce qui ne pouvoit pas diminuer
l'agrément de la furprife dans la
fête qu'on lui préparoit pour fon retour.
Nous remarquerons que lors de ce premier
paffage du Roy à Villers- Coterêts ,
il y a eu autant de tables fervies le foir
à fouper , qu'il y en eut au retour de Sa
Majefté. Le Sieur Pefier , chargé du détail
de cette fête , avoit prévû à tous les
befoins , il avoit eu la précaution de faire
mettre dans la Garderobe de chaque apparteDE
NOVEMBRE 1728. 39
partement des pains de 4. livres, juſqu'au
nombre de 600. garnis de poulets gras ,
poulardes, pigeons, perdreaux & failans,
du vin de Bourgogne & du vin de Champagne.
N'oublions pas la précaution prife
le jour du départ de la Cour , pour la
commodité de ceux qui vouloient faire
alte. 600. pains de quatre livres garnis
comme les précedens , & 1800. bouteilles
de vin de Bourgogne & de Champagne
furent diftribuez à l'heure du départ.
comme Le Roy partit de Soiffons
nous l'avons dit dans le premier volume
de ce Journal le 2. Novembre , à dixheures
du matin . S. M. monta à cheval,
avant d'arriver à la Forêt de Villers- Cotérêts
, & après avoir joui quelque temps ,
de la beauté de la campagne , rentra dans >
fon caroffe.
Monfieur le Duc d'Orleans , qui s'étoit
rendu à Villers - Coterets en chaife
de pofte dès la veille , pour être plus à
portée de donner fes ordres , vint au devant
du Roy. S. ,M. arriva fur les
trois heures après midi , au bruit du canon
& des boëtes , par la grande avenuë
de Soiffons , qu'on avoit ornée dans tous
les intervales des arbres , de torcheres de
feüillée portant des pors à feu. L'avenue
de Paris , qui fe joint à celle- ci dans le
a
même:
(
40 LE MERCURE
même alignement , faifant enſemble une
étendue de près d'une lieuë , étoit decorée
de la même maniere.
Le Roy defcendit au bas de la terraffe,
qui regne le long du Château du côté
du jardin. Monfieur le Duc d'Orleans le
conduifit dans l'appartement qui lui avoit
été préparé.
>
Ce jour -là à midi on tira ún coup de
canon , c'étoit le fignal qui devoit avertir
les Hôtelleries du Bourg de Villers - Coterêts
& tous les Cabarets des environs
, de traiter gratis tous ceux qui ſe
préfenteroient à toutes les heures du jour
& de la nuit , pendant tout le fejour que
S. M. feroit au Château de Villers - Corerêts
. C'eſt au Lecteur à imaginer la
prodigieufe confommation qui s'eft faite
dans cette occafion , où il n'étoit queftion
que de boire & de manger , & où
les alimens de toute efpece n'ont point
manqué. Ce coup de canon fut tiré encore
à une autre intention ; il avertiffoit
auffi de ne vendre à qui que ce fût , ni
pain , ni vin , ni viande , fous des peines
très- rigoureuſes.
Après que le Roy fe fut repofé un peu
de temps , il parut fur le balcon qui donne
fur l'avant- cour du Château , où étoit
la fcene des premiers fpectacles qu'on lui
avoit préparez.
Cette
DE NOVEMBRE 1722 . 41
Cette avant- cour est très - vafte , tous
les appartemens bas étoient autant de cuifines
, offices & falles à minger ; & à
trois toifes de diſtance des aîles on avoit
élevé deux amphiteatres , longs de feize
toi es fur vingt pieds de hauteur , diftribuez
par arcades , fur un plán à pans coupez
& ifolé ; les gradins couverts de ta
pis , étoient placez dans l'intervalle des
avant- corps , & produifoient un objet
varić & gracieux. Les parois des amphitheatres
étoient revétus de fcüillées
qui contournoient toutes les architectures
des arcades , ornées de feftons & de
guirlandes , & éclairées de luftres char
gez de longs flambeaux de cire blanche.
Des lumieres arrangées ingenieuſement
fous differentes formes , terminoient ces
amphitheatres .. ?
Au milieu de l'avant- cour on avoit
conftruit entre les deux amphitheatres un
plancher , pour fervir aux exercices des
fauteurs , voltigeurs & danfeurs de corde
, en refervant autour de ce vafte plancher
, des efpaces très- larges pour le paffage
des caroffes , qui pouvoient y tourner
par tout avec une grande facilité. A
fix toifes des quatre encognures on avoit
établi quatre tourniquets à courir la ba
gue , peints & decorez d'une maniere
uniforme.za
Pour
42 LE MERCURE
Pour former une liaifon agreable entre
toutes ces parties , on avoit poté des
gueridons de feuillées chargez de lumieres
, qui conduifoient la vue d'un objet
à l'autre par des lignes droites & circulaires.
Ces gueridons fumineux étoient
placez dans un tel ordre , qu'ils laiffoient
toute la liberté du paffage.
Quand le Roy fut tur fon balcon , ayant
auprès de fa Perfonne une partie de fa
Cour , le reste alla occuper les fenêtres
du corps du Château , qui , auffi - bien que
les aîles , étoit illuminé avec une grande
quantité de lampions & de flambeaux de
cire blanche : ces lumieres rangées avec
art fur les differentes parties de l'archi
tecture , produifoient diverfes formes
agreables & une varieté infinie . }
L'arrivée de S. M. fur fon balcon , fut®
celebrée par l'harmonie bruyante de toute
la fimphonie , placée fur les amphi
theatres , & compofée des inftrumens les
plus champêtres & les plus éclatans : cat
dans cet orqueftre , qui réüniffoit un trèsgrand
nombre de violons , de hautbois &
de trompettes marines , on comptoiť
plus de quarante cors de chaffe. Les
tourniquets à courir la bague , occupez
par des Dames des lieux & des Châteaux
voifins de Villers - Coterêts , & par des Ca
valiers galans, divertirent d'abord le Roy.
Enfuite
DE
NOVEMBRE 1722.
4$$
"
Enfuite les danfeurs de corde commencerent
leurs exercices , au fon des violons
& des hautbois, fur une corde tenduë fur
le plancher , dont nous avons parlé ; &
dans les vuides de ce fpectacle , les trompettes
marines & les cors de chaffe fe
joignoient aux violons & aux hautbois ,
& jouoient les airs les plus gais. La joie
regnoit fouverainement dans toute l'affemblée'
, difperfée fur les amphitheatres,
& dans tous les efpaces pratiquez autour
du plancher des danfeurs de corde , leſquels
s'efforcerent de meriter l'honneur
qu'ils avoient de paroître dans une fi fuperbe
fête. Les fauteurs firent auſſi admirer
leur foupleffe & leur agilité.
و
Après ce divertiffement , le Roy voulut
defcendre dans cette avant- cour &
voir courir la bague de plus près , alors
les tourniquets furent remplis de jeunes
Princes & Seigneurs , qui briguerent
l'emploi d'amufer Sa Majefté , parmi lefquels
le Duc de Chartres , le Comte de
Clermont , le Grand - Prieur & le Prince
de Valdeik , le Duc de Retz , le Marquis
d'Alincourt , le Chevalier de Pefé
fe diftinguerent.
Après avoir été témoin de leur adref
fe , le Roy s'approcha de l'eftrade , où
les fauteurs firent divers fauts perilleux,
qui amuferent agreablement S. M. Elle
remonta
44
LE MERCURE
remonta enfuite dans les appartemens ;
& fit une partie de Berlan avec Monfieur
le Duc d'Orleans , le Duc de Bourbon
, la Maréchale d'Etrées & la Marquife
de Courtenvaux . La Cour fe parta
gea entre differens jeux : quand ils furent
finis , les Comediens Italiens donnerent
un impromptu comique , compofé des
plus plaifantes fcenes de leur Theatre ,
que le fieur Lelio r.ffembla , & qui réjoüirent
fort Sa Majesté . Les Laſſis d'Arlequin
donnerent le temps de préparer
l'illumination des Jardins & du Parc ,
qui fut des plus brillantes & des mieux
entenduës.
Les plus grands connoiffeurs dans l'art
du Jardinage , avouent que rien n'eſt ſi
fomptueux , & fi veritablement beau , que
l'ordonnance du Parc & des Jardins de
Villers -Coterêts
tant pour la varieté
des formes , que pour le grand goût qui
les caracterife toutes.
Les parterres des jardins , la grande
allée du Parc , & les deux qui font à
droite & à gauche du Château , furent
illuminez par une quantité prodigieufe
de pots à feu. Tous les compartimens ,
deffinez par lumieres , les , ne laiffoient
rien échapper de leurs agrémens particuliers.
Sa Majefté defcendit pour voir de plus
près
DE
NOVEMBRE 1722. 45
près l'effet de cette magnifique illumination.
Tout d'un coup l'attention generale
fut interrompue par le fon des hautbois
& des mufettes ; les yeux fe porterent
auffi- tôt où les oreilles avertiffoient
qu'il fe préfentoit un plaifir nouveau . On
apperçut au fonds du parterre , à la
clarté de cent flambeaux , portez par des
Faunes & des Satires , tout le cortege
d'une nôce de Village , qui s'approcha en
danſant de la terraffe fur laquelle le Roy ,
étoit. Le fieur Thevenard marchoit à la
tête de la troupe , portant un drapeau.
L'affemblée de cette Nôce ruftique étoit
compofée de danfeurs & de danfeufes de
l'Opera. Le Marié & la Mariće fe fignalerent
par les pas les plus recherchez, &
par les attitudes les plus galantes. A la
fineffe & à la legereté de leur danfe , il
ne fut pas difficile de reconnoître le fieur
Dumoulin quatrième , & l'incomparable
Mile Prevôt. Ce petit Ballet fut fuivi du
Louper du Roy & de fon coucher .
Après le fouper de S. M. on fervit la
table de Monfieur le Duc d'Orleans ; le
Duc de Chartres en tint une feconde
d'autres Princes , & les principaux Officiers
de S. A. R. en firent quantité d'autres
dans divers appartemens , & dans les
lieux dont nous avons déja parlé : elles
furent toutes fervies en même temps , &
avec
46
MERCURE LE
avec la même delicateffe dans l'ordre .
qui fuit.
4. Tables de 30. couverts chacune.
21. de 25. couverts .
12. de 12. couverts.
Sans y comprendre plufieurs autres tables
non reglées , pour des Seigneurs qui
vouloient manger dans leursdans
leurs appartemens.
Les 4. tables de 30. couverts ont été
fervies à quatre fervices chacune , & chaque
fervice compofé de 75. plats , compris
le filet dormant du milieu , qui confiftoit
en une grande machine , ou furtout
de vermeil doré dans le milieu, 2. grands
plats garnis de criftaux d'Angleterre ,
deux grandes jattes garnies de fleurs , &
deux autres plats garnis d'ornemens hiftoriez
, de fleurs & de figures , ces deux
derniers faits en fucre au caramel.
11 y avoit donc pour chacune de ces
tables 300. plats , fans y comprendre 12.
falades , 12. fauces , & 12. jattes d'oranges.
Ce qui fait pour ces 4. tables 1344.
plats ou jattes.
4.
Les 21. tables de 25. couverts furent
fervies pareillement à fervices , de 45.
plats chacune , compris les filets dormans,
compofez d'un furtout d'argent ou de
vermeil , & de deux grandes jattes de
fleurs. Ce qui faifoit 180. plats pour chaque
DE NOVEMBRE 1722. 47
que table , fans y comprendre 4. falades,
4. fauces & 4. affiettes d'oranges. Le
total de ces 21. tables compofoit 4032 .
plats ou jattes par chaque repas.
Les 12. tables de 12. couverts , fervies
à trois fervices , compofez de 13. plats à
chaque fervice , faifant 39. plats pour
chacune , fans y comprendre 2. falades ,
2. fauces , & 2. affiettes d'oranges. Ce
qui fait enſemble pour les 12. tables 540 .
plats pour chaque repas.
Nous avons calculé , qu'on a fervi fur
les 37. tables , dont nous venons de parler
, la quantité de 5916. plats à chaque
repas.
SECONDE JOURNE'E .
Chaffe du Sanglier.
Le Mardi 3. Novembre , une triple
falve de l'artillerie & des boëtes annonça'
le lever de Sa Majefté. Le Roy entendit
la Melle à dix heures dans la Chapelle
du Château , & defcendit enfuite de fon
appartement pour fe rendre à l'amphitheatre
, qui avoit été dreffé dans le Parc,
à la gauche du Château , où Sa Majeſté
devoit prendre le plaifir d'une chaffe de
Sanglier dans les toiles. Les Princes du
Sang , & les principaux Officiers de Sa
Ma48
LE MERCURE
Majefté le fuivirent. L'équipage du Roy
pour le Sanglier , commandé par le Marquis
d'Ecquevilly , qui en eft Capitaine ,
devoit faire entrer plufieurs Sangliers
dans l'enceinte qu'on avoit formée près du
jardin de l'Orangerie.
Pour placer le Roy & toute la Cour ,
on avoit conftruit trois galeries découvertes
dans la partie interieure de l'avenuë
, & fur fon alignement , à commencer
depuis la grille jufqu'à la contre- allée
du Parterre. La galerie du milieu préparée
pour le Roy , avoit 12. toifes de
longueur & 3. de largeur : on y montoit
fept marches par un efcalier à double
rampe , qui conduifoit à un repos , d'où
l'on montoit fept autres marches de
front , qui conduifoient fur le plancher.
Cette galerie étoit ornée de colones de
verdure, dont les entablemens s'uniffoient
aux branches des arbres de l'avenuë , &
formoient une architecture ruftique plus
convenable à la fête , que le marbre &
les lambris dorez . Cette union des entablemens
& des arbres reffembloit affez
à un dais , qui fervoit de couronnement
à la place du Roy. Le plancher étoit
couvert de tapis de Turquie , ainfi que
la balustrade. Un tapis de velours cramoify
, bródé de grandes crépines d'or ,
diftinguoit la place de Sa Majefté. Tout
le
DE
NOVEMBRE 1722. 49
Ye pourtour de cet édifice , & les rampes
des efcaliers , étoient revétus de feüillée
, avec un goûr qui marquoit un genie
capable d'embellir les chofes les plus
communes.
Aux deux côtez , & à neuf pieds de
diſtance de cette grande galerie , on en
avoit conftruit deux autres plus étroites
& moins élevées , pour le refte des fpectateurs
, qui ne pouvoient pas tous avoir
place fur la galerie du Roy. Ces deux
galeries étoient decorées de feüillage
comme la grande , & toutes les trois
étoient d'une charpente très- folide , &
dont l'affemblage avoit été fait avec des
précautions in finies , pour prévenir les
moindres dangers .
Dès que le Roy fut placé , on lâcha
l'un après l'autre cinq Sangliers dans les
toiles. Cette chaffe fut parfaitement belle.
Le Comte de Saxe , le Prince de
Valdeik , & quelques Seigneurs François ,
y firent éclater leur adreffe & leur intrepidité.
Ils entrerent dans les toiles armez
feulement d'un couteau de chaffe
& d'un épieu. Cer excrcice perilleux eft
fort ufité parmi les Seigneurs Allemans
.
Le Comte de Saxe accula plus d'un
Sanglier avec fon épieu . Le Roy en ayant
bleffé un d'un dard qu'il lui lança , le
'II. Vol. C Comte
50 LE
MERCURE
corps
Comte de Saxe l'arracha d'une main du
de l'animal , que fa bleffure_rendoit
plus redoutable , tandis que de l'autre
main , il en arrêta la fureur & les
efforts. Le même Comte de Saxe pourfuivit
enfuite & irrita extrêmement un
Sanglier , & quand fa rage fut pouffée
au dernier periode , il l'attendit apuyé
d'une main fur fon épicu , tenant dans
l'autre un couteau de chaffe qu'il enfonça
au milieu du front de ce furieux animal
, dans l'inftant où il fe lançoit fur
lui. Le Marquis de Barbançon , premier
Veneur de S. A. R. fit auffi connoître
par fa force & par fon adreffe
, que nos
Chaffeurs
ne cedent en rien aux Etrangers.
Cette chaffe , qui divertit beaucoup
S. M. & toute la Cour , dura juſqu'à
une heure après midi , que le Roi rentra
dans le Château , & dîna feul à fon grand
couvert , ſervi par les Officiers de fa
Mailon.
Toutes les tables pour les Princes , les
Seigneurs de la Cour , les Officiers de
la Maifon du Roy , & par la quantité
prodigieufe de gens de diftinction , qui
étoient à Villers- Coterêts , furent fervies
avec la même abondance & la même délicateffe
que le jour précedent.
Chaffe
DE
SI DE NNOVEMBRE 1722
Chaffe du Cerf.
Après le dîné , on donna au Roy le
divertiffement de la chaffe du Cerf , dans
l'enclos du Parc de Villers - Coterets ,
dont on avoit ôté les toiles qui avoient
fervi le matin à la chaffe du Sanglier..
Le Roy monta en caleche au bas de
la terraffe , accompagné du Comte de
Clermont & du Duc de Charoft , Gouverneur
de Sa Majefté. Monfieur le Duc
d'Orleans , le Duc de Chartres , le Duc
de Bourbon , le Comte de Charolois &
le Prince de Conti , à cheval , avec quantité
d'autres Seigneurs de la Cour , étoient
auprès de la caleche du Roy ; tous les
Princes du Sang , & plufieurs Seigneurs
en habit de challe de l'équipage du Roy
pour le Cerf.
Le Cerf fut chaffé pendant plus de
deux heures par la Meute du Roy , le
Comte de Touloufe , Grand- Veneur de
France , en habit uniforme , piquant à la
tête. Sa Majesté parcourut toutes les routes
du Parc. La chaffe paffa plufieurs
fois devant fa caleche , & le Cerf, après
avoir tenu très- long- temps devant les
chiens , alla donner de la tête contre une
grille , & fe tua.
Le Roy revint fur les cinq heures dans
11. Vol. Cij foa
52
LE MERCURE
appartement
, & changea d'habit pour
aller à la Foire .
fon
Cette chaffe fut fatale au Marquis de
Grancey , Lieutenant General des Armées
du Roy , Gouverneur de Dunkerque
, qui tomba de cheval , fe calla le
bras droit & fe démit l'épaule .
La Foire
Salle de la Foire.
que Monfieur le Duc d'Or
leans avoit fait préparer , avec la magnificence
dont nous avons déja dit quelque
chofe , étoit établie dans la cour interieu
re du Château , qui eft moins grande que
l'avant-cour dont nous avons parlé ; elle
eft quarrée & bâtie fur un deffein femblable.
C'eft-là qu'on a vu le plus fomptueux ,
& le plus brillant affemblage d'objets
magnifiques & amufans , que l'imagination
puille former . L'Architecture & la
Peinture y enchantoient la vue , la Mufique
y charmoit les oreilles , les liqueurs
& les friandifes les plus exquifes , y flattoient
le goût le plus delicat ; la Mufe
comiqué y réjouifloit l'imagination , les
faifeurs de tours & joueurs de gobelets
y piquoient la curiofité des uns , celle des
autres étoit attirée de boutique en boutique
par l'éclat des glaces & des meubles
DE
NOVEMBRE 1722.
53
}
bles ; on y prodiguoit les rubans , les bijoux
, & tout ce que l'opinion & la mode
embelliffent à nos regards : Enfin , on
peut dire , que la Foire du Château de
Villers- Coterets , a été le rendez-vous
des plaifirs & des jeux ; & que pas un
d'eux n'y a manqué.
Le Lecteur ne fera pas fâché de fe
promener dans cette Foire nouvelle , &
de l'admirer en détail,
On avoit laiffé de grands eſpaces tout
autour , entre les boutiques & le milieu
du terrain , qu'on avoit parqueté & élevée
feulement d'une marche , pour former
une falle de bal. Cette falle n'étoit
feparée de ces efpeces de rues que par une
banquette continue , couverte de velours
cramoify. Toute la cour qui renfermoit
cette foire , étoit couverte de fortes banes
, foutenues par des travées folides ,
qui fervoient encore à fufpendre vingtquatre
luftres qui éclairoient feulement
la falle (du bal , indépendammeut des
girandoles & des bras dorez , qui
étoient dans toutes les boutiques & fur
les theatres. Toutes ces pieces étoient or
nées d'une très - grande quantité de luftres
, & ces lumieres reflechies fur les
grands miroirs & trumeaux de glaces ,
étoient multipliées à l'infini.
On entroit dans cette brillante Foire ,
II. Vol. C iij par
$ 4 LE MERCURE
par quatre paffages fimetrifez , placez ati
quatre encognures , qui répondoient aux
efcaliers du Château. Ce lieu étant quarré
& plus long que large , les deux faces
plus étroites étoient remplies par deux
édifices , & les deux autres faces étoient
fubdivifées en boutiques , feparées au milieu
par deux petits Theatres .
En entrant de l'avant- cour dans la Foire
, on rencontroit à droite le Theatre
de la Comedie Italienne , qui rempliffoit
feul une des faces moins larges de la Cour.
Il étoit ouvert par quatre pilaftres peints
en marbre blanc , cantonnez de demi - colonne
, d'Arabesques & de Cariatides de
bronze doré, portant une corniche dorée
, d'où pendoit une pente de velours
à crépines d'or , chargée de feftons de
fleurs . Au-deffus regnoit un pié-deftal en
baluftrade de marbre blanc , à moulure
d'or , orné de compartimens, de rinceaux
de feuilles entrelaffées , & liées avec des
girandoles chargées de bougies.
On voyoit au haut de ce Theatre les
'Armes du Roy , groupées avec des guirlandes
de fleurs. Le Chiffre de S. M. figuré
par une double LL entrelaffée , paroiffoit
dans deux cartouches , qui conronnoient
les deux ouvertures faites aux
deux côtez du Theatre pour le paffage
des Acteurs ; ces deux paffages étoient
meuDE
NOVEMBRE 1722. 55
meublez d'une double portiere de damas
cramoily à crépines d'or , feftonans fur le
haut. Ce Theatre élevé feulement de
trois pieds du rez-de chauffée , reprefentoit
un Temple de Baccus , dans un
jardin à treillage d'or , couvert de vignes
& de raifins . On voyoit la ftatuë
du Dieu en marbre blanc , qu'environnoient
les Satires , lui préfentans leurs
hommages ces demi- Dieux étoient en
coloris.
Le Theatre Italien étoit occupé par
deux Acteurs & une Actrice , Arlequin,
Pantalon & Silvia , qui par des faillies
Italiennes , & des Scones réjouiffentes,
fçavoient diftraire les fpectateurs des
autres plaifirs qui les appelloient de toutes
parts . Continuons pourtant nôtre
promenade ; il eft impoffible de s'arrêter
ici autant qu'on voudroit , & que chaque
objet le merite.
La premiere boutique à droite , après
le Theatre Italien , étoit la Pâtiſſerie.
Avant que
de fpecifier chaque boutique,
il faut remarquer , pour comprendre la
magnificence de l'enfemble , qu'elles
étoient toutes feparées par deux pilaftres
de marbre blanc , de l'entre- deux defquels
fortoient trois bras , en hauteur , à
plufieurs branches , garnis de bougies juf
qu'au bas de la baluftrade. Ces pilaftres
II. Vol C iiij étoient
LE MERCURE
étoient cantonnez de colonnes & arabef
ques , portant des vafes de bronze doré ,
d'où paroiffoient fortir les orangers chargez
d'une quantité prodigieufe de fruit ,
& alignez fur les galeries , qui regnoient
fur tout l'édifice autour de la Foire.
•
Immediatement au-deffus des boutiques
, qui avoient environ huit pieds de
profondeur , & quinze à feize de hau-
Teur , regnoit tout
autour la baluftrade
dont nous avons parlé , à chaque
côté des orangers qui étoient deux
à deux , il y avoit une girandole garnie
de bougies en piramide , & entre chaque
groupe d'orangers & de girandoles,
il y avoit un ou plufieurs Acteurs &
Actrices de l'Opera , qui chanterent
dans le Choeur , fans fe déplacer , appuyez
fur la balustrade , mafquez en Domino
ou autre habit de bal , dont les couleurs
étoient très éclatantes , ce qui faifoit
un coup d'oeil fi furprenant , que
ceux qui l'ont vû , ont avoué qu'il étoit
impoffible d'en donner une jufte idée.
Chaque boutique étoit éclairée par
quantité de bras à plufieurs branches ,
& par deux luftres à huit bougies qui fe
fe repetoient dans les glaces ; à celles
qui étoient deftinées pour la bouche , il
y avoit de plus des buffets rangez avec
arts & garnis de girandoles. Toutes les
bou
'DE
NOVEMBRE 1722. 57
boutiques avoient pour couronnement uncartouche
, qui contenoit en lettres d'or
le nom du Marchand le plus connu de
la Cour , par rapport à la marchandiſe.
de la boutique. Les fupports des cartouches
étoient ornez des attributs , qui pouvoient
caracteriſer chaque negoce dans un
goût noble. Les Muficiens & Muficiennes
, Danfeurs & Danfeufes de l'Opera ,
vétus d'habits galans faits d'étoffes bril .
lantes , & cependant convenables aux
Marchands qu'ils reprefentoient , & diftribuoient
toute leur marchandife gratis.
•
Revenons à la boutique du Pâtiffier
qui étoit intitulée Godart. Elle étoit meublée
d'un cuir argenté le fonds feparé
au milieu par un trumeau de glace , laiffoit
voir dans fes côtez le lieu deftiné au
travail du métier , avec toutes les uftanciles
neceffaires . Me Thierry , Danfeuſe ,
repréfentoit la Pâtiffiere , elle avoit pour
garçons les fieurs Malterre & Javiliers,
le fils , qui , habillez de toile d'argent ,
& portant des clayons chargez de ratons
tout chauds , couroient fi vite les debi--
ter dans la Foire , qu'ils ne laiffoient pas
refroidir leur marchandiſe. Cette bouti
que étoit garnie de toute forte de pâtiſ
ferie fine .
La boutique fuivante avoit pour infcription
, Perdrigeon . Elle étoit meublée
H.-Vol.
Cov d'une
58 LE MERCURE
d'une tenture de brocatelle de Venife &
de glaces , & garnie de dragonnes brodées
en or & en argent , noeuds d'épées
& de cannes , ceinturons & bonnets brodez
richement. Les rubans de toutes
fortes de couleurs & d'or & d'argent , les
plus à la mode & du meilleur goût , y
pendoient en feftons de tous côtez . Le
Maître & la Maîtreffe de la boutique ,
étoient reprefentez par le Sieur Dumoulin
Danfeur , & par la Dle Rey , Danfeufe.
La troifiéme boutique étoit un Caffé ;
en lifoit dans le cartouche le nom de
Benachi. Elle étoit tenduë d'un beau
cuir doré , avec des buffets chargez de
tafles , foucoupes & cabarets du Japon
& des Indes , & de girandoles , de lumieres
qui fe repetoient dans les trumeaux.
Le Sieur Corbie & la De Julis,
Chanteur & Chanteufe , déguiſez en
Turc & Turqueffe , auffi . bien que le
Sieur Deshayes , Chanteur , qui leur fervoit
de garçon , diftribuoient le Caffé ,
le Thé & le Chocolat.
La quatriéme boutique, élevée en Theatre
d'Operateur , étoit infcrite , le Docteur
Barry. La forme de ce Theatre reprefentoit
une Place publique & les ruës
adjacentes. Scapui en Operateur , Trivelin
, fon garçon , le Sieur Paqueti en
aveugle , & la Dle Flaminia , femme de
l'O.
DE
NOVEMBRE 1722 .
59
l'Operateur , rempliffoient ce Theatre ,
& contrefaifoient parfaitement le manege
& l'éloquence des Arracheurs de
dents .
Après le Docteur Barry , on comptoit
la cinquiéme boutique , reprefentant un
Ridotto de Venife , & portant ce nom- làdans
fon infcription. Le meuble étoit de
velours , les trumeaux & les bougies n'y
étoient pas épargnez. Il y avoit là des tables
de Baffette & de Pharaon , tenuës
par des Banquiers bien en fonds , & toust
mafquez & habillez en Venitiens . C'étoient
des Courtifans , qui fe démafquerent
d'abord que le Roy parut dans la
boutique.
La fixiéme intitulé Du Creux & Baraillon
, avoit pour Marchande la Dile
Duval, Danfeuſe , & pour marchandiſe,
des mafques , des habits de bal , & des
Domino , de toutes les couleurs & de toutes
les tailles.
Dans la feptième , où étoient le Sieur
S. Martin & la De Souris , la cadette ,
en Allemand & Allemande , on montroit
un Tableau changeant , d'une invention ,
& d'une varieté très - ingenieufe ; & un
monftre fingulier ; c'étoit un veau vivant
, ayant huit jambes . Cette logé étoit
meublée de damas , & s'appelloit Cadet
Enfuite on tournoit , & on trouvoit la
II. Vol. face
C vj
60 LE MERCURE
face de la Cour oppofée à celle que
rempliffoit le Theatre de la Comedie
Italienne , décorée de la même ordonnance
dans les dehors ; le dedans figuroit
une fuperbe Boutique de Fayancier ,
meublée de damas cramoify , & toute
remplie de tablettes , chargées de cristaux
Fares & finguliers , & de porcelaines fines
, & des plus belles formes , tant de la
Chine que du Japon , & des Indes , qui
faifoient partie des lots que le Roy devoit
tirer. Le fieur Javilliers , pere & la
Dile Mangot en Hollandois & Hollandoife
occupoient cette riche Boutique, qui avoit
pour infcription Meffager.
La premiere Boutique après le Magafin
de Porcelaines , en tournant toûjours
à droite, étoit la loge des Joueurs de Gobelets
, habitée par eux-mêmes , & meublée
de drap d'or avec des glaces . Dans
le cartouche étoient les noms de Baptifte
& de Dimanche , fameux par leurs tours
& fubtilitez.
La feconde intitulée Lefgu & la Fre
naye , & dont des Officiers de Monfieur
le Duc d'Orleans faifoient les honneurs
étoit la bijouterie , meublée de moire
d'or , avec une pente autour relevée en
broderie d'or & ornée de glaces. Cette
Boutique étoit remplie de tout ce que l'on
peut imaginer en bijoux précieux , .expofez
DE
NOVEMBRE 1722. or
pofez fur des tablettes , d'autres étoient
renfermez dans des coffres de vernis de
la Chine , mêlez de curiofitez Indiennes .
La troifiéme portant le nom de Fredoc,
étoit l'Académie des jeux de dez , du beriby
& du hoca , meublée d'un
gros damas
galonné d'or .
La quatrième , & faifant face au Theatre
de l'Operateur étoit un jeu de Marionnettes
qui avoit pour titre Brioché.
La cinquiéme nommée Procope , étoit
meublée d'un cuir argenté , & ornée de
buffets , de trumeaux de glaces , & de girandoles
; elle étoit deftinée pour la diftribution
de toutes les liqueurs fraîches ,
& les glaces. Le fieur Buzeau en Armenien
, & la De Perignon en Armenienne
préfidoient à cette diftribution.
La fixiéme tenduë de brocatelle , s'appelloit
Breard. Le fieur Dumirail , Danfeur
en étoit le maître , & y débitoit les
Ratafia , Roffoli , & liqueurs chaudes
de toutes les fortes..
La derniere qui fe trouvoit dans l'encognure
, près du Theatre Italien , étoit
enfin intitulée M Blanche , & occupée
par les D'les Souris l'aînée & du Coudray,
Marchandes de dragées , & de toutes fortes
de confitures fines.
Un grand Amphitheatre paré de tapis,
& bien illuminé , regnoit tout le long ,
&
62 LE MERCURE
& au deffus du Theatre de la Comedie
Italienne , & étoit rempli par une quantité
prodigieufe d'excellens fymphoniſtes
de l'Opera , & de plufieurs autres .
Le deffus de la loge , intitulée Meffager,
fituée en face , étoit auffi couronné
par un femblable Amphitheatre où étoient
placez les Muficiens & Muficiennes
Danfeurs & Danfeufes qui n'avoient point
d'employ dans les Boutiques de la Foire.
Les uns & les autres habillez , & déguifez
en differens caracteres ferieux , galans
&
comiques .
La Gallerie ornée d'Orangers , & de
Girandoles , dont nous avons parlé , laquelle
avoit bien plus de profondeur aux
faces qu'aux aîles , fervoit comme de
baze &
d'accompagnement à ces deux
Amphitheatres , lefquels produifoient un
effet admirable & étonnant , lorsque la
vûë s'y portoit , après avoir parcouru
cette fuite de Boutiques brillantes , qui
par l'éclat de leurs ornemens , & de leurs
lumieres attiroient d'abord les yeux.
Le Roy en entrant , accompagné de
tous les Princes , & de toute fa Cour dans
ce lieu enchanté, s'arrêta d'abord auTheatre
de la Comedie Italienne , où Arlequin
, Pantalon & Silvia ne firent pas
des efforts inutiles pour divertir Sa Majefté
, qui s'étant renduë delà aux Marionnettes
,
DE
NOVEMBRE 1722. 65
rionnettes , & enfuite aux jeux , s'y amufa
quelque temps , & joua au hoca , &
au biriby. Après le jeu le Roy alla au
Theatre du Docteur Barry , Scapin commença
fa harangue , & Trivelin expliquoit
en François le diſcours , pendant
que Flaminia prefentoit au Roy dans un
mouchoir de foye , les raretez que lui
offroit l'Operateur. Le premier bijou ,
des tablettes garnies d'or , & d'un travail
fini , fut accompagné par Scapin de ce
difcours qu'il adreffa au Roy .
Voilà des tablettes qui renferment le
tréfor de tous les tréfors. Sa Majefté y trouvera
l'abregé de tous mes fecrets. Le papier
qui les contient eft incorruptible , & les
Secrets impayables .
La D Flaminia eut encore l'honneur
de prefenter deux autres bijoux au Roy ,
un cachet précieux , & d'une gravure
parfaite , compofé d'une groffe perle , &
d'une antique , avec un petit vafe d'une
pierre rare , & garni d'or. Scapin fit à
chaque prefent un commentaire dans la
maniere des vendeurs d'Orvietan . On
diftribua auffi aux Princes & aux Seigneurs
de la Cour des bijoux , cifeaux
d'or , étuis , flacons , cuifines , boëtes &
tabatieres , vaſes , couverts & caves auffi
d'or ; le Saltinbang faifoit toujours à chacun
un petit compliment comique dans
le
64.
LE
MERCURE
,
le ftile de ceux de fa profeffion pour vanter
l'ufage & les proprietez de ce qu'il
vendoit à fi jufte prix.
Sa Majefté quitta le Theatre de cet
Operateur , & continuant fa promenade
fit plufieurs tours dans la Foire , dont
les Marchands & les Marchandes faifoient
tous leurs efforts pour attirer le
Roy dans leurs boutiques , par leurs cris
& leurs empreffemens à offrir leurs Marchandifes.
Ces cris confus & redoublez
imitoient parfaitement en beau , ce qui
arrive à toutes les Foires. Tous les Theatres
redoubloient leurs Lazzis , quand
Sa Majefté paffoit devant eux ; enfin
après avoir été long- temps diverti par la
varieté des Spectacles , & des amuſemens
de la Foire , le Roy entra dans la Boutique
, intitulée Lefgu & la Frenaye , &
tira lui-même une Loterie , qui en terminant
la Fête effaça toute la
magnificence
qu'elle avoit étalée jufqu'à ce moment ,
par la quantité & la richeffe des bijoux ,
qui furent donnez par le fort à toute la
Cour , & à toute la fuite qu'elle avoit attirée
à Villers- Cotterets.
Tous les lots de la Loterie,
multipliez
chacun dans leur efpece, étoient écrits au
haut des pages d'un grand livre , contenant
fix cens feuillets. On nommoit d'abord
la perfonne pour qui on alloit tirer ,
enfuite
DE NOVEMBRE 1722. by
enfuite le Roy enfonçoit au hazard un
poinçon d'or entre les feuillets du grand
livre , on regardoit quel bijou étoit écrit
au haut de la feüille , on l'écrivoit fur un
petit billet avec le nom du gagnant qui
l'alloit chercher dans la boutique où il
devoit être. Si c'étoit une tabatiere ou un
étui d'or , on le lui délivroit dans la Boutique
même où fe tiroit la Loterie ; fi
c'étoit quelque porcelaine , il alloit la
prendre chez Meffager ; fi c'étoit un noeud
d'épaule brodé , ou quelque noeud d'épée
galant , il le recevoit chez Perdrigeon ,
& ainfi du refte . Dans les 600. lots il
y
avoit quantité de bijoux de prix , & d'un
travail extrêmement recherché , d'autres
de moindre valeur , & quelques- uns de
peu de confequence , pour donner lieu aut
hazard de traiter differemment ceux pour
lefquels le Roy tiroit.
Après que
S. M. eut tiré
les Prinpour
ces & Seigneurs
prefens
, ce qui dura
plus
d'une
heure
& demi
, le Roy tira
auffi pour
l'Infante
- Reine
, pour
Madame
la Ducheffe
de Vantadour
, Madame
la Ducheffe
de la Ferté , & autres
Dames
qui n'étoient
pas à la fête. Cette
Loterie
la plus fidele
qu'on
ait jamais
tirée,
occupa
Sa Majefté
jufqu'à
près de neuf
heures
du foir. Alors
le Roy paffa
fut le
parquet
de la falle du bal ,,, fituée
au milieu
66 LE MERCURE
lieu de la Foire , & fe plaça dans un fau
teüil vers le Theatre de la Comedie Ita
lienne , les Princes fe rangerent auprès
de Sa Majefté. Les banquettes couvertes
de velours cramcify qui entouroient cette
falle , fervoient de barriere aux fpectateurs.
La fymphonie placée fur l'Amphitheatre
que nous avons dit , commença
le divertiffement par une Ritournelle .
La Die Julie reprefentant Terpficore ,
accompagnée du fieur Pecourt , compofiteur
de toutes les danfes gracieufes &
variées , executées à Villers Cotterets &
du fieur Mouret qui avoit compofé tous
les airs de ces danfes , chanta ce recit au
Roy. On en voit l'air noté cy à côté.
કુ
P
TERPSICORE AU Rox.
Rince cheri des hommes & des Dieux ,
Tout retentit dans ces aimables lieux,
Du plaifir raviflant que ta prefence inſpire ,
Pour remplir fon attente , & combler tous fes
voeux ,
Terpficore aujourd'hui n'afpire ,
Qu'au fenfible plaifir de montrer à tes yeux ,
Les graces , les ris , & les jeux ,
Que les deftins ont mis fous fon empire .
Accourez , troupe riante ,
Voici
mbre 1722
200l. p.66.
Lenten
20
Prinns
ces aimables
lieua
Pour remplir son at...
Qu'au sensible plai..
弄
deQu'elle soitfidelle ou trai
es Quandje suis dans linBLIC
ASTOR
TLDEM
THE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
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ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
DE
NOVEMBRE 1722.
Voici vôtre plus heureux jour ,
Venez dans cette augufte Cour ,
Rien ne peut égaler vôtre gloire éclatante ,
Vous plairez à LOUIS dans ce charmant féjour,
N'en doutez point, Philippe vous préſente.
Les paroles de ce recit auffi bien que
le
chant font un impromptu du fieur Mouret
, qui eut un fuccès favorable , & fut
applaudi des auditeurs. On ne verra point
au fujet de cet ouvrage le Muficien fe
plaindre du Poete , ni le Poëte du Muficien
.
La fuite de Terpficore fe montra digne
d'être amenée par une Mufe. Deux Tambourins
Bafques fe mirent à la tête de l'a
danfe , un Tambourin Provençal fe rangea
au fonds de la falle , & on commença
un petit ballet fans chant , très- diverfifié
par les pas & les caracteres , la Dle Prevoft
& le fieur du Moulin en Bergere &
Berger, le fieur Laval en Matelot avec
la Dile Corail en Matelotte , les fieurs
Dumoulin en Polichinelle & en Arlequin .
Les fieurs Marcel & Dupré fe furpafferent
dans un fi beau jour ; enfin tous les
Danfeurs & Danfeufes de l'Opera fe fignalerent
à l'envi , en prefence de Sa
Majefté.
Dès
68 LE MERCURE
Dès que la danfe ceffa on entendit tout .
d'un coup un magnifique choeur en acclamations
, mêlé de fanfares , & chanté par
tous les Acteurs & Actrices mafquez , placez
fur deux Amphitheatres , & les deux
galeries qui les accompagnoient , ce qui
caufa une furprife très agréable. Ce
choeur d'une harmonie fçavante , eft de
la compofition du fieur Gervais , Surintendant
de la Mufique de Monfieur le
Duc d'Orleans. En voici les paroles qui
font de M. de la Motte de l'Académic
Françoiſe .
-
CHOEUR.
Trompettes , prêtez nous tout l'éclat de vos
fons ,
Fluttes de vos accords , prêtez - nous la tendreſſe,
Mufettes, mêlez- y la champêtre allegreffe ,
Que le Cor même anime vos chansons ,
Dans ce jour memorable ,
Faifons cent & cent fois dire à l'écho charmé,
Vive le Roy le plus aimable ,
Vive le Roy le plus aimé .
Après ce choeur le Roy alla fouper, & les
mafques s'emparerent de la falle du bal .
Enfuite on diftribua à ceux qui fe trouvoient
alors dans la Foire tout ce qui étoit
refté dans les Boutiques desMarchands qui
étoient
DE NOVEMBRE . 1722. 69
étoient fi abondamment fournies , qu'a
près que toute la Cour fut fatisfaite , it
s'en trouva encore grande quantité pour
contenter tous les curieux .
Jamais fête d'un fi ample détail n'a été
executée avec plus de fuccès. Le Roy a
trouvé à chaque inftant des plaifirs nouveaux
, d'une espece également magnifique
, & galante
Le fieur Perrot , Peintre de l'Acadé
mie Royale de Peinture a fait toutes les
décorations de la Foire, & de fes Theatres
avec cette élegance qui regne ordinairement
dans fes ouvrages. M. Oppenort
' qui avoit difpofé toute l'ordonnance de
cette fête , auffi ingenieufe que magnifique
, a répondu parfaitement aux intentions
de Monfieur le Duc d'Orleans
dont le goût fuperieur connoît le prix
de tous les talens : c'eft un éloge que de
travailler pour fon Alteffe Royale.
M. Duperier , fils , qui avoit eu ordre
de fuivre la Cour avec deux pompes , &
le nombre d'hommes neceffaires pour les
fervir en cas d'incendie , eut quelque occupation
à Villers- Corterets. Le feu pric
à cinq heures du foir dans le Château à
une cheminée au- deffus de l'appartement
du Marquis de Livry. Il gagnoit le comble
& la charpente ; mais les pompes fervies
à propos , arrêterent fon impetuofité
,
70 LE MERCURE
té , & la fête ne fut pas troublée un inftant
par cet accident.
Nous n'avons pas encore parlé des tables
qui étoient très- bien fervies pour les
Gardes du Corps , les Gendarmes , les
Chevaux- Legers , & les Moufquetaires ,
foit pour le Guet de la Garde du Roy ,
ou pour ceux qui quittoient leurs quar
tiers pour venir voir la fête. Les Gardes
de la Porte avoient auffi leurs tables ;
ainfi que les Gardes de la Prevôté de
l'Hôtel ; les Cent Suiffes avoient auffi la
leur. Pour ce qui eft des Gardes Fran-
Coifes & Suifles , ils avoient à manger
abondamment fous leurs tentes , & outre
cela on avoit foin de leur diftribuer tous
les matins , du tabac à fumer & à raper ,
des pipes , des rapes & de l'eau- de - vie.
Ils étoient encore les maîtres d'aller boire
& manger dans les cabarets , ainfi que
tous les gens d'équipages de la fuite de la
Cour , & tous les paffans.
La multitude infinie de bouches qu'il
falloit nourrir n'a point étonné l'habile
ordonnateur de tous ces fomptueux feltins
, & de tous ces repas , il avoit pourvû
à tout ; fa prévoyance & fa prefence d'efprit
, lui ont fait traiter des milliers de
perfonnes de tous états , avec autant d'aifance
, d'ordre , de propreté , de délicateffe
& d'abondance , que s'il n'y avoit
eu
t
DE NOVEMBRE 1722.- 74
eu à regaler qu'une douzaine de convives.
Les tables les plus communes ont été
fervies avec goût.
Outre les tables dont nous avons parlé,il
y avoit encore d'autres grandes tables fervies
; fçavoir , pour les Marchands de la
Foire , pour les Comediens Italiens , pour
des Sauteurs & Danfeurs de corde , pour les
joueurs de Marionnettes , pour les Tourneurs
des jeux de bague , & generalement
pour tous ceux qui fe prefentoient.
Nous ne parlons pas de plufieurs ta
bles fervies à Villers- Cotterets pendant
tout le temps que la Cour a refté à Rheims,
où tous les allans & venans étoient bien
reçûs.
Pour aider le lecteur à fe former une
idée de ce qui s'eft paffé à Villers- Cottes
rets , il ne nous fçaura peut être pas mauvais
gré , de lui donner ici un petit état
abregé de la conſommation qui s'y elt faite
pendant le féjour du Roy..
Premierement , cent millier huit cens
neuf livres pefant de groffe viande .
29045. pieces de volaille ou gibier.
3071. livres de jambons.
10552. livres de lard ou faindoux.
On a employé pour 14039. liv. 6. f.
de marée , & poiffons d'eau douce pour
varier les mets , & embellir le fervice. "
36464. oeuf , 6063. livres de beurre ,
fans
.7.2 LE MERCURE
fans y comprendre 600. livres de beurre
de Vanve.
150096. livres de pain.
Soooo . bouteille de vin de Bourgogne
& de Champagne.
200. muids de vin pour le commun.
800. bouteilles de vin du Rhin.
1400. bouteilles de cidre & bierre
d'Angleterre.
3000. bouteilles de vin de liqueurs , -
eau des Barbades , ratifia , & autres liqueurs.
Il s'eft confommé dans les Offices 8.
milliers de fucre , 2. milliers de caffé
1500. livres pefant de chocolat , fans
comprendre le thé. ·
65000. citrons ou oranges douces &
aigres , & limes douces. 800. grenades .
5oooo. poires & pommes de toute elpece.
150co, livres pefant de toutes fortes de
confitures.
Deux milliers de dragées fines qui ont
été diftribuées à la Foire.
4. milliers pefant de bougies .
La quantité des pieces de porcelaines
fines des Indes , du Japon , qui ont fervi
à dieffer le fruit crû & fec pour le deffert
, monte à 30000. pieces , & 20000.
pieces de cristal.
115000. verres ou caraffes.
Soooo,
DE NOVEMBRE 1722. 73
5oooo. pieces de vaiffelle d'argent ou
Vermeil.
3300. nappes pour les tables , les bufets
, les Offices , & c. & 900. douzaines
de fervietes.
On jugera de la quantité des Officiers
& Cuffiniers par le nombre de 2000 douzaines
de tabliers employez , &c .
Le 4. Novembre le Roy fut falué à
fon lever par l'artillerie & les boëtes ,
comme les jours precedens. Le bruit de
cette artillerie étoit remarquable , en ce
les échos de la foreft de Villers - Cotterets
le repetoient juſqu'à cinq & fix fois,
ce qui faifoit un effet auffi agreable que
fingulier.
que
Entre fix & fept heures du matin ,
on fit diftribuer pour les altes fix cens
pains de 4. livres, garnis de dindons , poulets
gras , poulardes , pigeons , perdreaux
& phaifans , avec 1800. bouteilles de vin
de Bourgogne & de Champagne.
Sa Majefté partit à huit heures du
matin , alla dîner à Frefnoy - le- Loir ,
& arriva à Chantilly à l'entrée de la
nuit.
FESTES DE CHANTILLY.
Chantilly eft un magrifique Château ,
fitué à 8. lieuës de Paris , fur la route de
11. Vol
-
D
Picardie
,
J
74
LE MERCURE
Picardie , qui appartient au Dúc de
Bourbon ; il eft bâti entre la Foreft de
ce nom , & celle d'Alatte dans une trèsheureuſe
fituation ; il eft orné de jardins
de toute espece , de parterres & d'allées
magnifiques , de canaux & de Fontaines
jailliflantes ; & enfin de tout ce que l'art
& la nature ont de plus heureuſement
recherché pour former un des plus beaux
lieux du monde. Ce feroit bien ici la place
de donner la defcription de cette fuperbe
maifon , de fes vaftes bâtimens , de fes
cours , de fon Parc , de fes bois , de fes
eaux , &c. Mais comme cela nous meneroit
fans doute trop loin , & nous écarteroit
en quelque façon de nôtre fujet
principal , nous réfiftons à l'envie de traiter
un fi beau fujet , mais nous ne le
perdons pas de vûë , & nous efperons de
fatisfaire aux engagemens que nous prenons
avec nos lecteurs , quand nous aurons
les inftructions & les memoires neceffaires.
M. le Duc de Bourbon , flaté de l'ef
poir de voir Chantilly honoré de la prefence
du Roy, à fon retour de Rheims
avoit donné fes ordres pour preparer les
plus galantes & les plus fuperbes feftes ,
& en même temps les divertiffemens les
plus agréables , les plus variez & les plus
exquis. Sa magnificençe ainfi que fon
zele
DE NOVEMBRE 1722.
75
zele & fon attachement pour Sa Majeſté,
ont éclaté par tout.
Le Roy arriva à Chantilly le 4. Novembre
à l'entrée de la nuit , accompagné
dans fon caroffe de Monfieur le Duc
d'Orleans , du Duc de Chartres , du
Comte de Clermont , du Prince de Conti
, & du Duc de Charoft , fon Gouverneur
, & efcorté par les détachemens des
Gendarmes & des Chevaux- Legers de la
Garde , par ceux des deux Compagnies
des . Moufquetaires , & par le Guet des
Gardes du Corps.
M. le Duc & M. le Comte de Charolois
, qui s'étoient rendus à Chantilly
dès la veille , allerent au devant de S. M.
jufques à l'entrée de la Foreft , par un
chemin fait exprès de Villers - Cotterets à
Chantilly. Ces Princes étoient accompagnez
de leurs principaux Officiers , &
des Gardes de Chaffes de la Capitainerie
Royale d'Alatte , & de celle de Chantilly
, leurs Officiers à leur tête. Quantité
de gens de livrée de M. le Duc portoient
des flambeaux .
Trois cens hommes des Regimens des
Gardes Françoiles & Suifles étoient rangez
en bataille , depuis la principale porte
du Château jufques au pont qui conduit
au petit parc. L'avenue qui fait face au
Château de près d'une lieuë de long étoit
11. Vol
Dij illuminée
•
76 LE MERCURE
illuminée par quantité de pots à feû , elle
conduifoit agréablement la vûë jufqu'à la
façade du Château , qui étoit auffi illuminée
depuis le haut jufqu'en bas , de la
maniere du monde la plus fuperbe , & la
plus ingenieufe . Toutes les encognures ,
les frifes , les corniches , les combles &
les arretiers étoient bordez de terrines ,"
& les portes , les fenêtres , & toute l'Architecture
étoit profilée de lampions .
Sur l'attique du bâtiment , & directement
au deffus de la principale porte ,
s'élevoit une grande piramide de lumi
res , qui ' faifoit un effet admirable , &
qu'on voyoit de plus de quatre lieuës.
Tout le pourtour de la place d'armes ,
au milieu de laquelle on voit la ftatuë
équestre de bronze du dernier Connétable
de Montmorency , qui fert de cour
au Château , étoit illuminé par des terrines
, de même que la grande allée du petit
pare , depuis la porte qui donne du
côté de Senlis , jufqu'à cette place .
La cour & la façade du Château furent
illuminez de la même maniere tous les
foirs , pendant le féjour que le Roy a fait
à Chantilly.
Sa Majesté arriva au Château au milieu
de ces brillantes clartez , & au bruit
de trois falves d'artillerie ; elle fut reçûë
dans le veſtibule , au bas du grand efcalier
fait
DE
NOVEMBRE 1722. $7
fait nouvellement par S. A. S. Madame
la Ducheffe de Bourbon , accompagnée
de Mademoiſelle de Clermont , & de plu
fieurs Dames de la Cour. On conduifit
le Roy dans l'appartement qu'on lui avoit
preparé , orné de tableaux des plus grands
maîtres , de riches tapifferies & de meubles
précieux.
On prefenta au Roy une collation ,
compofée de pois verds , & de quelques
affiettes de pêches , de prunes , de fraiſes,
& de bigarreaux auffi fleuris , & auffi
beaux que dans leur veritable faifon .
Après que S. M. fe fut repofée quel
que temps , elle vifita tout fon appartement.
Il y eut enfuite appartement &
jeux de toute efpece. A 8. heures le Roy
foupa feul à fon grand couvert , fervi par
les Officiers de fa Maiſon .
Monfieur le Duc d'Orleans fut conduit
par le Duc de Bourbon , & le Comte
de Charolois , au petit Château , contigu
au grand par un pont de pierre , fur
lequel on traverfe le foffé. S. A. R. occupa
l'appartement nouvellement reftauré
qui eft un des plus beaux de Chantilly
& remarquable pour avoir été plufieurs
fois occupé par feu Monfeigneur , fils
unique du Roy Louis XIV. & par Monfieur
le Dauphin , pere de S. M. l'Electeur
de Baviere l'a auffi plufieurs fois
11.Vol. D iij occupé.
78 LE MERCURE
occupé. On y voit la belle gallerie' ,
ornée de dix grands tableaux , repreſen
tans les conquêtes du Grand Condé ,
Louis II. du nom , commençant par le
fiege d'Arras en 1642. Nous ne ferons
point la defcription de ces peintures
quelque naturellement qu'elle fe prefente,
pour les raifons que nous avons déja dites
; mais nous ne pouvons nous empêcher
de dire un mot du fublime tableau'
qui termine cette gallerie , où l'on voit
employée l'allegorie la plus fine que l'efprit
humain puiffe produire. Le Prince
de Condé y eft repreſenté en pied , arrachant
la trompette de la Renommée , le
fefton voltigeant au deffus de la trompette
a ce mot, filear , les feftons au-def
fous portent, fecours de Valencienne 1656
conquête de Condé.
A l'autre côté du tableau l'hiſtoire avec
fa trompe , à laquelle eft entortillée un
fefton portant , quantum poenituit.
Dans le bis du tableau , c'eſt- à- dire , aux
pieds du Prince , font d'autres feftons
portant S. Guilain pris , Cambray fecouru
16 51 .
Combats de Bleneau , & de S. Antoine
1652.
Retraite d'Arras 1651. Rocroy pris
1653. Sainte Menehoult , Rethel , Château-
Portien , & Bar pris en l'année 1652-
A
DE NOVEMBRE 1922. 79
A côté de ces feftons , & dans le même
bas du tableau fe voit le Temps , la tête
panchée , tenant un livre où eft écrit , vie
duPrince de Condé , à fes pieds deux feuilles
déchirées de ce livre , fur lesquels
eft écrit. Et je fuis perfuadé que vous les
verrez fortir de leurs lignes pour vous combattre
avec un grand avantage , puisque
c'est un pofte d'Infanterie que vous voulez
occuper , & qu'ils en ont beaucoup plus
que nous ; & moi M. répondit Dom Juan
je fuis perfuadé que les ennemis n'oferont
feulement regarder l'armée du Roy Catholique.
Vous ne connoiffez pas M. de Turenne
, repliqua le Prince ; jamais homme
n'a fi bien fçû profiter des occafions ,
il est très-dangereux de faire des fautes
devant un fi grand Capitaine . Toutes les
raifons du Prince ne purent vaincre l'opiniâtreté
de Dom Juan , qui plus que
nul autre étoit enflé de la présomption ndturelle
aux Efpagnols . On fe mit donc en
marche , & on fe pofta à une lieuë des
lignes entre le canal de Furnes & la mer,
fur les Dunes , où la Cavalerie ne pouvoit
agir. Deux jours après le Prince ayant
été averti par les Gardes du Camp le 14.
Juin 1658. que l'on voyoit les ennemis fortir
de leurs lignes , il voulut faire un dernier
effort pour perfuader à Dom Juan de
mettre l'armée en feureté , nous avons ` en-
II. Vol. D iiij core
LE MERCURE
core le temps , lui dit- il , de faire paffer
nôtre Infanterie au- delà du canal , & de
nous retirer le long de l'Eſtran avec la Cavalerie.
Nous retirer , dit alors Dom Juan!
Oh , Monfieur , voici la plus belle Journée
, qui éclairera jamais les Armes d'Ef
pagne ; elle fera en effet fort heureuse à
l'Espagne , répondit le Prince , fi vous confentez
que nous nous retirions . Dom Juan
voulut abfolument donner la bataille , l'aïle
droite où étoient les Espagnols , fut d'abord
mife en déroute . Le Prince , qui avec
Les troupes , prefque toutes de Cavalerie ,
avoit la gauche , foutint long-temps l'effort
des ennemis mais enfin , il fut obligé
de ceder au nombre , & furtout à l'Infanterie
, dans un pays fort coupé , qui
l'enveloppa de tous côtez , &
Cette compofition eft la production
de l'imagination vive & brillante du feu
Prince de Condé Henri- Jules.
Sur les dix heures on fervit à fouper 8.
tables de ving- cinq couverts chacune , à
quatre fervices , avec une abondance &
une délicateffe merveilleuſes.
La premiere , dreffée dans la falle neuve
, fut tenue par Madame la Duchelle.
Monfieur le Duc d'Orleans étoit placé
entre cette Princeffe & Mademoiſelle de
Clermont ; on avoit mis un fauteuil à fa
place , qu'il refufa . Les Seigneurs &
Dames
DE
NOVEMBRE 1722. 8r
Dames de la Cour remplirent le reste des
places de cette table.
Le Duc de Bourbon fit les honneurs de
la deuxième table , dreffée dans la même
falle , où mangerent quantité de Dames
& de Seigneurs.
"
La troifiéme , dreffée dans la falle du
Taffe , ainfi nommée à caufe des tableaux
dont elle eft ornée , reprefentant la Jeru
falem délivrée , de ce Poëte , étoit tenue:
par le Comte de Charolois , où mangerent
le Duc de Chartres , le Prince de
Conti , le Grand - Prieur de France & autres
Seigneurs.
La quatrième , dans la même falle , par
le Comte de Clermont , où la plupart des
jeunes Seigneurs de l'âge de ce Prince
vinrent fe placer.
Les quatre autres tables fervies avec
la même fomptuofité , furent dreffées
dans les voûtes , qui font des apparte--
mens bas du Château , & qui font une
des principales curiofitez de Chantilly.
La premiere étoit pour divers Seigneurs.
Le Comte de Tavanes , Premier Gentil--
homme de la Chambre du Duc de Bourbon
en faifoit les honneurs. La deuxiéme
& la troifiéme étoient deftinées aux
Officiers des Gardes du Corps , des Gendarmes
& Chevaux - Legers de la Garde,.
des Moufquetaires , des Cent - Suiffes , &
11.-Vol. DV des
,
82 LE MERCURE
des Gardes Françoifes & Suiffes. La
quatrième étoit pour les Officiers de la
Chambre du Roy.
Outre ces tables , il en fut fervi quantité
d'autres avec la même magnificence .
Une chez le Cardinal de Rohan , où
mangerent le Cardinal du Bois , l'Evêque
de Frejus , le Garde des Sceaux ,
le Marquis de la Vrilliere , le Comte de
Maurepas , M. Dodun , & c.
Une chez M. Dodart , Premier Medecin
du Roy , où mangea le Pere de
Ligniere , Confeffeur du Roy , M. de
la Peyronie , Premier Chirurgien , les
Premiers Valets de Chambre & les Premiers
Valets de Garderobe du Roy , & c .
Une autre table pour les Pages du Roy,
des Princes & des Seigneurs de la Cour,
laquelle étoit renouvellée jufques à cinq
fois à chaque repas pour de nouveaux
convives , avec le même ordre de fervice.
Une autre table pour les Valets de
Chambre de la Cour , qui étoit renouvellée
comme la précedente . Nous net
parlons pas de quantité d'autres tables ,
fervies très proprement & très- abondamment
, pour tous ceux qui le préfentoient;
mais quelque quantité de tables qu'il y
eut à Chantilly , & que rien ne fut épargné
ni imprévû , il étoit cependant impoffible
de placer à des tables teglées tous
ceux
DE
NOVEMBRE 1722. 83
>
ceux qui fe préfentoient de nouveau.
Le parti qu'on prenoit alors , c'étoit de
leur delivrer , ou à leurs domeftiques ,
du pain , du vin , des plats , & tout ce
qui leur étoit neceffaire pour faire bonné
chere , avec quoi ils s'établiffoient où ils ,
pouvoient , les uns haut , les autres bas
ceux- ci en dehors du Château , les autres
en dedans. Et toutes ces tables volantesqui
fouvent , ne commençoient que par
deux convives s'augmentoient infenfiblement
, & devenoient très- nombreuſes , &
encore plus abondantes : car chaque convive
apportoit au moins fon plat.
>
On avoit établi dans les voûtes un of
fice abondamment garni , où l'on diſtribuoit
le Caffé , le Thé & le Chocolat
pour toute la Maiſon du Roy , des Princes
& des Seigneurs de la Cour , ainfi
que pour tous ceux qui en demandoient.
Le Sieur Bourlet étoit chargé de cette
diftribution . Il y avoit des Officiers prépofez
pour porter ces liqueurs dans les
appartemens des Dames & des Scigneurs.
Comme les Officiers du Château ne
fuffifoient pas , à beaucoup près , pour
la quantité de tables qu'on devoit fervit
, non plus que pour apprêter les viandes
, dont on devoit nourrir un fi grand
nombre de perfonnes , on avoit fait conf-
II. Vol.
D vj -truire
84
LE
MERCURE
1722
truire des barraques & des angars avec
des cheminées , pour fervir de cuifines
d'offices , de garde- mangers , &c. Un de
ces angars étoit deftiné pour la diftribution
du pain & du vin , un autre pour
le linge & la vaiffelle d'argent , & un
pour le Caffé , Thé , liqueurs & eaux de
vie , pour ceux qui ne pouvoient pas en
avoir dans les Offices du Château.
On avoit fait dreffer plufieurs grandes
tentes pour les Gardes Françoifes & Suiffes.
On diftribuoit tous les jours à chaque
Soldat deux livres de pain , trois
chopines . de vin , & environ deux livres
de viande toute cuite , fans compter le
tabac & l'eau- de - vie qu'on leur donnoit
dès le matin.
On fervoit aux Gardes du Corps du
détachement , dans une tente particuliere
, une table en potages , entrées , rôt ,
fruits , & c. avec du vin & des liqueurs
de toute forte.
Les Gardes de la Porte , de la Prevôté
de l'Hôtel & les Cent - Suiffes de la
Garde du Roy , étoient pareillement fervis
, ainfi que les Brigades des Maréchauffées
des environs de Chantilly.
Independamment des tables fervies dans
le Château , il y en avoit quantité d'autres
dehors. Sçavoir , une de vingt couverts
, chez M. Dumar , Gruyer , Infpecteur
DE
NOVEMBRE 1722 .
85
f
pecteur general de Chantilly , à laquelle
mangeoient les Deffinateurs , Architectes
& Ordonnateurs des Bâtimens & menus
Plaifirs.
Une table à l'Hôtel de Beauvais , près
la Paroiffe , pour les Menuifiers , Charpentiers
& autres Ouvriers.
Plufieurs tables à l'Hôtel de Limoges ,
où mangeoient & logeoient les Acteurs
& Actrices de l'Opera , de la Comedie
Françoife & Italienne , les Danfeurs ,
Symphoniftes , & c. qui ont été fervis avec
abondance & delicateffe ; & furtout beaucoup
de vin de Bourgogne & de Cham--
pagne , toutes forres de liqueurs chaudes
& froides. Il y avoit un Maître d'Hôtel
& des Officiers pour le fervice .
Une table. à Coye , Château dans la
forêt de Chantilly , qui a appartenu au
Preſident Roze , où étoient logez ceux
que l'Hôtel de Limoges n'avoit pas pû.
contenir.
Plufieurs tables à la Menagerie , pout
ceux qui devoient fervir aux fpectacles ,
feux d'artifice , &c. & pour diverfes
perfonnes qui y étoient logées .
Ceux qui étoient logez à la Verfine ,
Vineüil , S. Firmin , Verneuil , Avilly,
Claye , S. Leu , les Fontaines , & autres.
endroits circonvoifins , n'avoient point de
tables reglées ; mais ils avoient foin d'envoyer
86 LE MERCURE
voyer chercher au Château tout ce qui
leur falloit pour faire grande chere .
;
Le Duc de Bourbon ne fe contenta
point des précautions qu'il avoit fait
prendre , pour regaler fplendidement tout
le monde à Chantilly S. A. S. ordonna
à tous les Hôtelliers , fur la route de
Paris jufqu'au Château de Chantilly &
aúx environs , de ne rien prendre de tous
ceux qui logeoient ou mangeoient chez
eux , même pour les chevaux & équipa
ges , pendant le fejour du Roy à Chantilly
, voulant défrayer tous les paffans .
M. Deftin , Contrôleur general de la
Maiſon du Duc de Bourbon , a fi bien
executé les ordres de S. A. S. qui l'avoit
chargé de la direction generale de
cette fuperbe fête , & il avoit pris des mefures
fi juftes , qu'il a pourvû à tout , en
forte que rien n'a manqué pour la rendre
celebre. On fçait d'ailleurs que la
magnificence & le goût des Princes qui
ont habité cette maifon delicieufe , ont
déja éclaté plus d'une fois dans de pareilles
fêtes ; mais on peut dire que cette
derniere a été digne du Monarque pour
qui elle a été faite, & du grand Prince qui
l'a ordonnée.
DEUXIE'ME
DE
NOVEMBRE 1722.
87
DEUXIE ME JOURNE'E.
Le Jeudy . Novembre , le Roy entendit
la Meffe dans la nouvelle Chapelle
du Château ; S. M. monta en caleche
d'abord après , & alla fe promener dans
le Parc de Silvie , accompagnée du Duc
de Bourbon , du Comte de Charolois
du Comte de Clermont , & fuivie de
quantité de Courtifans.
Le Parc de Chantilly , pour le dire en
paffant , eft d'une beauté merveilleuſe , &
quoique l'art l'ait beaucoup embelli , il
femble cependant qu'il ne lui doive aucun
de fes agrémens . Les plaines , les
bois & les côteaux y offrent à la vûë les
plus agreables païlages du monde , où
les Chaffeurs trouvent toutes fortes de
gibier. Du côté où le terrain s'éleve en
côteau , on voit , comme dans une espece
de vallon , des caneaux & des prairies
dont ils font bordez , des calcades , des
parterres , des ifles & des petits bois , qui
font enfemble la plus delicieufe vûë que
l'imagination puiffe former. De l'autre
côté , on voit dans des lointains des maifons
ruftiques qui paroiffent au travers,
des arbres , des Villages & des lieux
champêtres , que la feule nature a pris
foin d'embellir.
›
On appelle Silvie , une efpece de Châ
teau
88 LE MERCURE
reau à quelque diftance de Chantilly,
qui , à ce qu'on prétend, a reçû ce nom
du Poëte Theophile , qui étoit attaché à
MM . de Montmorency , lequel l'a habité
long- temps , & où il a chanté & celebré
par quantité de vers , une beauté de
fon temps , qu'on n'a jamais connuë que
par le nom de Silvie.
Après la promenade , où le Roy parut
prendre beaucoup de plaifir , Sa Majel
té dîna dans fonappartement, fervie par
fes Officiers.
On fervit toutes les autres tables de la
maniere que nous avons dit.
PESCHE.
Après le dîner , on donna au Roy le
plaifir de la pêche. S. M. fut conduite
par le Duc de Bourbon , fur le bord du
canal , qui eft entre le Vertugadin & le
Château. On appelle Vertugadin , un demi
rond , ou efpece de fer à cheval , couvert
de gazon en glacis , & orné de divers
arbres taillez en piramide , qui s'élevent
infenfiblement jufqu'au haut de la
Côte .
Dès que le Roy arriva fur le bord du
canal , accompagné de la Ducheffe de
Bourbon , de Mademoiſelle de Clermont,
& fuivi de quantité de Dames & de Seigneurs,
DE
NOVEMBRE 1722. Sig
gneurs, on vit approcher de loin fur le canal
, une troupe de Divinitez des Eaux.
Thetis y paroiffoit dans une conque ma
rine , qui étoit d'un goût & d'une richef
fe admirable. Elle étoit précedée de Tritons
, qui , après avoir fonné plufieurs
fanfares, conduifirent la Déeffe jufqu'aux
pieds du Roy. Elle prefenta à S. M. une
ligne précieuſe , ornée de perles & de corail
, & deux petites boëtes faites de coquilles
très fingulieres , remplies d'appas
& d'hameçons
La Dlle Antier , premiere Actrice de
Academie Royale de Mufique , habillée
& coëffée d'une maniere qui caracte
rifoit parfaitement fon perfonnage , chan™™
ta au Roy les paroles qu'on va lire.
RECIT DE THE TIS .
Par les foins empreffez d'Eole ,
Je viens de traverser les mers ,
L'Ocean m'eft foumis de l'un à l'autre Pole ,
Et je partage avec vous l'Univers ;
Mais j'offre à vos plaifirs ce tribut de mes on
des ,
Que leurs hôtes trompez ; en-foule , à tous mod
mens ,
Viennent de leurs grottes profondes,
S'offrir à vos amuſemens ,
Après
90 LE MERCURE
Après ce recit on tira quelques coups de
filets, dans lefquels on prit une très - grande
quantité de poiffons , principalement
des carpes , fingulieres par leur groffeur
extraordiaire, & par la diverfité de leurs
couleurs. Cette pêche fe fit à la premiere
croifée du canal . Les Mariniers ayant
jetté leurs filets à l'embouchure de cette
efpece de golfe , les amenerent au bord
du canal avec leurs nacelles , ce qui fut
reïteré jufqu'à trois fois , & à chaque
fois les fanfares fe firent entendre.
Après ce divertiffement, qui parut amu
fer agreablement le Roy, S. M. defira voir
la Menagerie de Chantilly ; elle monta
dans fa caleche , fuivie de toute la Cour ,
traverfa le canal fur un pont de bois , &
le
parcourut en fe promenant dans toute
fa longueur , qui eft de près d'une lieuë.
Ce n'eft pas d'aujourd'hui qu'on a dit,
que Chantilly étoit un lieu enchanté , où
les plaifirs naiffoient à chaque inftant &
à chaque pas ; en effet , S. M. étant arrivée
à la Menagerie , y trouva un divertiffement
très- bien imaginé , & d'autant
plus agreable , qu'il étoit moins attendu.
Le Roy vifita d'abord très- curieufement
toutes les efpeces d'animaux fauvages
, qui font renfermez dans la Menagerie
, comme lions , leopards , ours ,
finges,
DE
NOVEMBRE 1922. 97
finges , &c. & entre les autres un tigre ,
une tigreffe , & unjeune tigre né à Chantilly.
Sa Majesté vifita enfuite les divers appartemens
de la Menagerie , & tous les
endroits qui pouvoient latisfaire fa curiofité
. La laiterie , la voliere des ortolans
les pigeons étrangers , les cicognes , les
autruches , les damoiſelles , l'oifeau royal,
les caftors & les oifeaux aquatiques , dont
les efpeces font innombrables , les fangliers
& marcaffins qu'on y nourrit &
qui font des petits , le canal des truites ,
& c .
Divertiffement de la Menagerie.
Lorfque le Roy fut entré dans la der
niere piece de la Menagerie , le Sieur Aubert
, de la Mufique du Duc de Bourbon
, reprefentant Orphée , placé fur une
efpece de theatre ingenieufement decoré
, attira par les fons enchantez de fon
violon , des animaux pareils à ceux que
S. M. venoit de voir , qui fortoient de
deux bofquets de laurier. C'étoient des
Sauteurs & Voltigeurs , parfaitement déguifez
en lions , tigres , leopards , ours ,
&c. lefquels imitoient d'une maniere
furprenante , non feulement la figure de
ces animaux , mais encore leur allure ,
leurs
LE MERCURÉ
leurs fauts , leurs cris ; tout d'un coup un
bruit éclatant de plufieurs cors de chaffe
, troubla tous ces animaux, & les épouventa
d'une maniere tout- à- fait divertiffante.
Des chiens pourfuivirent l'ours ,
qui , cherchant un azile , grimpa fur plu
fieurs arbres , & voltigeant de l'un à l'autre
, fe refugia fur une corde , qui donna
lieu à faire paroître la foupleffe & l'agi
lité du faux ours , tandis que fes camarades
faifoient divers tours & divers fauts,
avec une adreffe & une legereté admirable
, en confervant toûjours le caractere
des animaux qu'ils reprefentoient.
Ce divertiffement parut amufer trèsagreablement
le Roy , qui revint au Château
fur les cinq, heures ; & après avoir
refté environ úne heure dans fon appartement
, S. M. fe rendit à l'Orangerie
, pour y voir la reprefentation d'une
piece de theatre , mêlée de chant , de fymphonies
, d'entrées , de balets , &c.
LE
י
BALLET
DES VINGT-QUATRE HEURES.
AMBIGU COMIQUE.
Après ce que nous avons déja dit des
magnificences que le Duc de Bourbon a
fait
DE
NOVEMBRE 1722. 93
a
fait éclater dans les fêtes que S. A. S.
données au Roy , il s'agit ici de donner
une idée de ce qui regarde les Mufes qui
prefident aux Spectacles.
L'Orangerie de Chantilly qui regne
tout le long du parterre , avec une terraffe
magnifique , a 70. toifes de long , & 27.
pieds de large. C'eft- là qu'on avoit conftruit
un Theatre , & une Salle de Spectacles
, fur les deffeins du fieur Berin
Delfinateur ordinaire du Cabinet du Roy,
lequel en répondant à l'honneur que lui
faifoit le Prince qui l'a employé , avoit
encore un autre motif. C'eft que fon
pere , dont le génie univerfel , pour tout
ce qui regarde le deffein , & les ornemens
, eft connu de tout le monde , fut
chargé du même employ , & dans le mê
me lieu , en 1688. par feu Morfieur le
Prince , lorfque S. A. S. donna à Monfeigneur
le Dauphin ; fils de Leüis le
Grand , les Pompeufes & ingenieufes fêtes
dont on a tant parlé.
Le fieur le Grand , Comedien du Roy,
fut chargé de compofer un divertiffement
dans un goût propre à amufer le
Roy , & dans lequel les trois Theatres
de Paris fuffent employez . Enforte que
cette piece a été reprefentée par les Acteurs
& Actrices de l'Opera , de la Comedie
Françoile , & de la Comedie Italienne
.
94
LE MERCURE
lienne. Elle a été compofée , apprife & .
executée en trois semaines de temps .
La mufique qui a été très goûtée eft de
la compofition du fieur Aubert , dont
nous avons déja parlé , ordinaire de la
Mufique du Duc de Bourbon,
Les Ballets font de la compofition du
fieur Blondi , dont les talens font fi connus.
La Piece eft précedée du Prologue , qui
fuit dont les paroles font de M. *** Le
Theatre reprefente le lieu le plus agreas
ble de Chantilly.
1
: PROLOGUE.
UN CORIPHE'E .
Diades &Silvains , fortez de vos Forefts;
Nymphes des Eaux , quittez le fein de
P'Onde ;
Venez , à ces auguftes traits
Connoiffez le Maître du Monde .
la d'un jeune Dicu le port & les attraits.
! Que de majefté que de graces !
Son regard enchaîne les coeurs.
Doux Plaifirs volez fur fes traces ;
De fon nouvel Empire annoncez les douceurs.
TROUPE
DE NOVEMBRE 1722. 95
TROUPE DE PLAISIRS .
UN PLAISIR.
On en goûte déja les heureufes prémices ;
La Paix , la douce Paix , y fait regner les Jeux
De fon Peuple il eft les délices ;
Quel Regne fera plus heureux ?
LE CORIPHE'E.
Fortunez Habitans de ces belles Retraites ,
Celebrez ce jour glorieux ;
Il honore à jamais ces lieux.
Par vos chants & fur vos Mufettes ,
Rendez-lui de vos coeurs l'hommage précieux
Cet hommage eft aux Rois ce qu'eft l'encens
aux Dieux .
MARS.
Hé quoi ! fans m'appeller on fait ici des Fêtes?
Mars a- t'il pû le foupçonner ?
Dans les Jeux de Louis ainfi qu'en fes Con
quêtes ,
Je dois feul ordonner.
Taifez vous , timides Mufettes ,
Vous amoliffez mes Concerts ;
Eclatez bruyantes Trompettes ,
De vos fons rempliffez les airs.
Verez , brillez de tous vos charmes ,
Honneurs ,
96
MERCURE
LE
Honneurs , Gloire promife aux celebres Ex
ploits s
Non , non , ce n'eſt qu'au bruit des Armes
A frapper
l'oreille
des Rois .
Mais , que prétend la Paix ? faut- il qu'elle ra◄
viffe.....
LA PAIX.
Fille du Ciel , Mere de la Juftice ,
Je le fuis auffi des Plaifirs ;
De leurs doux chants que l'é ho retentiffe ;
Quelque gloire que Mars aux Heros garantifle,
Je dois être toûjours l'objet de leurs des
firs.
Fille du Ciel , Mere de la Juftice ,
Je le fuis auffi des Plaifirs.
Que toujours ces heureux climats
Des Jeux , des Ris foient les ailes ;
Que toûjours à ma voix dociles,
Ils y répandent leuis appas.
MINERVE.
Buyez , Mars , fuyez, loin de la tranquile France;
De ce Heros naiffant refpectez les Etats.
Les Vertus , les Talents , ont guilé fon enfance,
Si
DE NOVEMBRE 1722 . 97
Si des Voifins jaloux irritent fa ' puiffance
,
Un Laurier à la main la Gloire le devance
,
Vous ferez
Les
pas.
trop heureux de marcher fur
CHOEUR de Jeux , de Ris , & de
Plaifirs
Fortunez Habitans , & c.
LE CORIPHE'E.
Pour les Plaifirs d'un Roy dont les Vertus ai
mables ,
Nous affûrent des jours heureux ;
Pendant le temps qu'il daigne accorder à nos
Jeux ,
HEURES , partagez.vous en momens agreables.
Findu Prologue. 1
COMEDIE des Vingt- quatre Heures
Premiere Partie.
La nuit paroît fur fon Char , minuit
fonne , on entend le carillon des cloches
de Paris. Le fieur Manfienne reprefente
l'heure de minuit , & chante ces vers .
Au doux fon
De mon carillon
Lorfque tout fonmeille ,
II, Vol.
E L'Amour
28
LE
MERCURE
9
L'Amour fe réveille ,
Au doux fon
De mon carrillon .
Je n'endors que l'Amant Barbon ,
Le jeune a la puce à l'oreille ,
Au doux fon
De mon carrillon .
Les fix heures de la nuit , tenant une
cloche d'une main , & un marteau de l'autre
, danfent & fonnent à plufieurs repriſes.
Elles forment cette premiere Entrée
qui eft fuivie de trois autres ; fçavoir , de
Chauves- Souris , de Donneurs de Serenades
, & d'Oublieux ; le tout mêlé de
Scenes Comiques , & convenables à ce
qui peut fe paffer depuis minuit jufqu'au
matin.
Seconde Partie.
La Matinée.
L'Aurore paroît fur fon Char. C'eft
la De Dupré qui la reprefente : voici ce
qu'elle dit pour s'annoncer.
Ia nuit a fait place à l'Autore ,
Le Soleil qui me fuit vient embellir ces lieux ,
A fon divin afpect mille fleurs vont éclore ,
Qie
DE
NOVEMBRE 1722. 99
Que tout l'Univers adore
Le plus brillant des Dieux .
La premiere entrée eft composée d'Artifans
qui chantent en travaillant.
Dans la feconde, ce font des Maréchaux .
Deux Savetiers , deux Savetieres , &
leurs enfans forment la troifiéme, Entrée.
Un Marinier & une Mariniere . Un Boulanger
& une Boulangere font la
quatrième
& la cinquiéme ; & tous ces differens
Métiers réunis finiffent cette feconde
Partie , qui eft couronnée par ces
vers qui annoncent le Soleil levant , &
font allufion au Roy.
Aftre naiffant , brillez , commencez vôtre cours ;
Embrafez tous les cours de vos feux adorables ;
Brillez , puiffiez vous toûjours
Répandre en ces climats vos rayons favorables ;
Brillez , puiffiez- vous toûjours
Nous donner de beaux jours.
La Dile Autier , l'aînée , qui reprefentoit
le point du jour , a chanté ces fix
vers allegoriques , avec cette grace &
cette jufteffe qui lui font fi familieres.
11. Vol.
E ij
Troi100
LE MERCURE
Troifiéme Partie.
L'après - dînée.
L'heure de midy , la Dlle Julie.
Amans contens
Soyez conſtants ,
Ne changez jamais de demeures ,
Eftes-vous bien ? tenez- vous y ,
Et n'allez pas chercher midy
A quatorze heures .
Des Cuifiniers & des Patiffiers font
la premiere Entrée de cette troifiéme
Partie.
La bonne chere , le fieur Thevenard.
Quand midy fonne ,
Les Gafcons ne font pas au lit ,
Son carrillon leur donne
De l'appetit. ,
A l'odeur de la cuifine ,
Ils vont piquer les bons repas ;
Et leur devife n'eft pas ,
Qui dort dine .
Il ne faut
que
connoître le fieur Thevenard
pour juger qu'il a chanté ces fix
vers ,
DE NOVEMBRE 1722. ΤΟΥ
vers , avec tout le merite d'un excellent
Acteur , & que l'art & la nature y ont
été également employez.
Les Joueurs & les Joueufes compos
fent la premiere Entrée de cette troisiéme
Partie. Cette Entrée eft fuivie d'une petité
Comedie intitulée les Paniers , &
reprefentée par les Comediens François .
On en donnera un petit extrait à la fin
de ce plan , pour ne pas interrompre l'ordre
des Entrées .
Thalie reprefentée par la De Prevôt
a fuffi pour rempli avantageufement la
feconde Entrée .
Des Petits- Maîtres , & des Clers de
Procureurs , fifflant Thalie , & la contraignant
d'abandonner la Scene , forment
la troifiéme Entrée.
La quatriéme eft compofée de ces mêmes
fiffleurs , triomphant d'avoir trou- .
blé le fpectacle.
Les faillies heureufes , & les folies
agreables chaffant les fiffleurs , & ramenant
Thalie fur la Scene , terminent cetto
troifiéme Partie.
Quatriéme Partic.
La Soirée.
La Mufe Italienne reprefentée par le
fieur Thevenard , vient offrir l'agrément
11.Vol. E iij
de
102 LE MERCURE
+
de fes Jeux pour contribuer au plaifir de
Sa Majefté ; de forte que la Comedie
Françoife & l'Italienne rempliffent agreablement
ce qui refte des vingt- quatre heures
qui font le fujer de ce Balet.
Argument de la Comedie des Paniers.
Me de Prefané , femme auffi extraordinaire
par fon efprit & fes manieres , que
par fon équipage & fa façon de ſe mettre
, a une niéce nommée Ifabelle , dont
elle eft Tutrice , qui ne fait que de fortir
du Convent , & qu'elle voudroit contraindre
d'y rentrer par fes mauvais
traitemens , pour jouir des biens qu'elle
doit avoir en partage.
Un Cavalier nommé Valere , & un
Avocat appellé Sotinet , font également
Amoureux de cette jeune & aimable niéce
, ils fongent tous deux à l'infçû l'un
de l'autre à la tirer de cette espece d'efclavage
par un enlevement .
Comme Ifabelle eft toûjours fous les
yeux de Me de Prefané , & qu'il ne leur
eft pas facile de s'introduire chez cet
impitoyable Argus , le hazard fait qu'ils
s'avifent tous deux du même ftratagême ;
voici ce qui y donne occafion . Me de
Prefané eft entêtée de toutes les modes
nouvelles ; c'eft - là fon ridicule dominant,
& ce qui fait naître à chacun des deux
J
amans
DE
NOVEMBRE 1722. tos
amans le defir d'entrer furtivement chez
elle , fous un panier qu'on doit lui prefenter.
Me Vertugadin , & Me Friefrac ,
toutes deux Marchandes de Paniers , font
employées à l'enlevement medité , l'une
par Valere , & l'autre par Sotinot , fans
qu'aucun des deux Rivaux foupçonne
l'autre. Les deux Amoureux & leurs
Valets font introduits à la même heure
par M Vertugadin , & par Mc Friefrac
chez Me de Prefané. Valere plus heureux
ou mieux fervi que Sotinot enleve Ifabelle
; les deux Valets cachez fous des
Paniers fe reconnoiffent , & fe battent ;
Me de Prefané accourt au bruit. Elle eft
fort furpriſe de voir ce nouveau combat
de Panier à Panier , elle ne fçait qu'en
penfer ; mais elle eft bien-tôt miſe au fait
par fon portier qui vient lui annoncer
que deux autres Paniers font montez dans
un caroffe. Elle conçoit par là que fa niéce
a été enlevée. Le Valet de Valere luy confirme
ce qu'elle vient de foupçonner, & lui
affure queValere fon maître n'eft pas homme
à en mal ufer avec fa niéce Ifabelle ;
Sotinot témoin de cette converſation eft
fot comme le Panier , fous lequel il s'étoit
caché , & Me de Prefané conſent au
mariage de Valere & d'Iſabelle fur l'affurance
qu'on lui donne de la laiffer en
11. Vol. E iiij pleine
704
LE MERCURE
pleine jouillance des biens , dont elle eft
tutrice.
Sujet de la Comedie des Broüiileries.
Arlequin & Trivelin font amoureux
de Spinette ; mais n'étant aimez , ni l'un
ni l'autre , ils s'uniffent d'intereſts contre
Scapin qui la doit époufer. Comme le
mariage de Scapin avec Spinette dépend
de celui de Lelio & de Silvia, dont ils font
domeftiques , Arlequin & Trivelin iinaginent
comment ils pourront apporter
obftacle aux amours du maître de Scapin,
& de la maîtreffe de Spinette , qui font
comme on vient de le dire , Lelio & Sylvia.
Trivelin entreprend de brouiller les
parens , & Arlequin de femer la divifion
parmi les Amans mêmes , entre diverfes
fourberies dont ils fe fervent: Arlequin fait
accroire à Lelio qu'il a un Rival , & que
ce Rival eft actuellement caché chez Sylvia.
Lelio l'a fait venir pour s'en éclaircir,
& Arlequin travefti , moitié en Arlequin,
moitié en Petit- Maître , fait plufieurs
Lazzis qui trompent Lelio , paroiffant
Petit-Maître à fes yeux , & Arlequin aux
yeux de Sylvia. Il fe fert du même traveftiffement
pour éloigner Scapin de la
maifon de Spinette. Il lui donne des
coups de bâton comme Petit. Maître , &
feint de le mettre entre deux comme Arlequin.
DE
NOVEMBRE 1722.
lequin . Enfin Arlequin & Trivelin ayant
appris que Spinette a donné un rendezvous
nocturne à Scapin , ils fe propofent
chacun en fon particulier de troubler ce
tête à tête ; ils s'y trouvent tous deux
déguifez , fçavoir , Trivelin en Scapin , &
Arlequin en Spinette . L'obfcurité de la
nuit favorife leur deffein , & donne lieuà
une Scene très - plaifante. L'arrivée de
Lelio , & des autres Acteurs déconcerte
nos deux fourbes ; on apporte de la lumiere
, Arlequin & Trivelin font découverts
, & tous deux également furpris
& confus , avoüent toutes leurs fourbe--
ries ce qui réunit les Amans broüillez ,
& dénoue la piece.
و
Ces deux Comedies font affaifonnées
de couplets. Nous nous contenterons d'ens
mettre ici quelques- uns .
I
Couplets de la Comedie des Paniers.
Le fieur Dufresne.
Ris coëffée en chien barbet
Ceffera bien- tôt de me plaire , »
Quand elle met fon bagnolet ,
Elle reffemble à fa grand❜mere ,
Lorfqu'en Amant fenfé , je veux
Blâmer cette étrange méthode
II. Vol...
E v Elles
106 MERCURE LE
Elle répond , faifant des noeuds ,
11 faut fuivre la mode.
La Damoifelle Dufresne.
Autrefois de fes blonds cheveux ,
Celimene faifoit parure ;
Mais à prefent elle eft bien mieux
Ayant mis bas fa chevelure.
De cent mille brimborions ,
Sa tête aujourd'hui s'accommode ,
Peut-on fe paffer de ponpons
11 faut fuivre la mode.
La Damoiselle la Mothe.
Depuis un temps le Magiftrat
Met d'une galante maniere ,
En pretintaille fon rabat ,
Son Caftor à la Cavaliere ;
Nos Juges jufques aux barbons
Ne veulent point fentir le Code ,.
-Et nous difent pour leurs raifons ,
Il faut fuivre la mode .
La Prefidente au tein uſé
A fait recrépir ſon viſage ,
A
DE
NOVEMBRE 1722 .
107
A l'ombre d'un tignon frifé
Elle croit nous cacher ſon âge ;
Cette folle avec fon panier
A l'air du Coloffe de Rhodes ,
Et dit pour ſe juſtifier ,
11 faut fuivre la mode.
Le fieur le Grand.
De Manan me voilà Portier ,
Si de même toûjours j'avance ,
Je ferai bien - tôt Financier ,
Morgué que je ferai bombance ,
Au fond d'un biau caroffe affis ,
Je ferai comme une pagode ,
J'oubierai mes meilleurs amis ,
Il faut fuivre la mode.
Couplets de la Comedie des Broüilleries.
La Damoiſelle de Lâtre .
Qu'un vieux fonpirant à lunettes
S'amufe à me conter fleurettes ,
Je n'entends rien ,
Mais qu'un jeune galant foupire ,
Qu'il me regarde fans rien dire ,
Je l'entends bien.
II. Vol
Evj
D'es
108 LE MERCURE
Un Vieillard .
Des plaifirs que dans ma jeuneffe ,
L'Amour me prodiguoit fans ceffe ,.
Je ne fens rien :
Ce qu'il m'a laiffé de funefte ,
Rhumatisme , goutte & le refte
Je le fens bien.
Le fieur Dun.
A porter une rude chaîne ,
A languir près d'une inhumaine ,.
Je n'entends rien :
Trop de refiftance m'étonne ,
Mais quand l'heure du Berger foane
Je l'entends bien.
Arlequin.
Qu'à coups redoublez l'on m'éveille ,.
Pour mes creanciers je fommeille ,
* Je n'entends rien :
Quand c'eft de l'argent qu'on m'apporte;
Pour peu que l'on gratte à ma porte;
Je l'entends bien .
L'air noté des Couplers eft à la p. 66.
Cette Piece fut parfaitement bien reprefentée
; tous les Acteurs & Actrices
du Chant , du Recit & de la Danfe s'y
furpafferent , & firent extrêmement valoir
toutes les parties ingenieufes & variées
de ce fpectacle , auquel S. M. parut
DE
NOVEMBRE 1722. 100
rut prendre beaucoup de plaifir pendant
plus de deux heures qu'il dura.
Il étoit près de huit heures quand le
Roy revint au Château ; S. M. ne fut
pas peu furpriſe en fortant de l'Orangerie
, d'en trouver tout le parterre , ainfi
que celui du petit Château , illuminez
avec tout l'art imaginable , par une quantité
prodigieufe de pots à feu & de lampions
, dont la lumière étoit repetée dans
les baffins de ces parterres , & qu'on
voyoit à travers un grand nombre de
jets d'eau , ce qui la multiploit à l'infini
, & lui donnoit un brillant & un éclat
qu'on ne fçauroit décrire. Toute la Cour
fut frappée d'étonnement à la vûë de ce
magnifique fpectacle , qu'elle ne pouvoit
fe laffer d'admirer. La façade du Château
de ce côté-là , & le pont de la voliere
, étoient pareillement illuminez ; cette
ébloüiffante clarté fe faifoit voir à plus de
deux lieuës..
Le Roy joia au Lanfquenet dans la
galerie de fon appartement ; les Dames
& les Seigneurs de la Cour , qui n'avoient
pas ce jour- là l'honneur d'être de
fon jeu , joüerent à d'autres tables à tou
tes fortes de jeux : ces amufemens durerent
long - temps avant & après le fouper
& le coucher du Roy. La Ducheffe de
Bourbon fit prefent au Roy d'un rateau
d'o
110 LE MERCURE
d'or , dont le manche étoit enrichi de
diamans & de jafpe , pour tirer l'or &
l'argent fur la table du jeu , & d'un panier
des Indes garni d'or..
TROISIEME JOURNE'E.
Le Vendredy 6. Novembre , le Roy
monta en caroffe , après avoir entendu
la Mefle , & fut fe promener à la tête du
canal , au Château de Silvie & dans le
petit Parc ; la pluye obligea S. M. de
revenir au Château de bonne heure.
Le Roy voulant fatisfaire l'envie qu'il
avoit de chaffer dans la forêt de Chantilly
, monta en caroffe à midi , accom
pagné de Mademoiſelle de Clermont ,
de la Marquife de Bufc & de la Marquife
de Prie, vétuës de l'habit de l'équipage de
chaffe du Duc de Bourbon , pour monter
à cheval , & fuivi de plufieurs Seigneurs
à cheval , habillez de la même
livrée.
Le rendez- vous étoit au lieu nommé
la Table , qu'on dit être juftement le
milieu de la forêt de Chantilly . Cette
Table , qui peut fervir à des Altes de
chaffe , fait le milieu d'une étoile , d'où
partent douze grandes allées à perte de
vûë , toutes de près d'une lieuë de longueur.
Cette étoile , faifant un des plus
beaux
DE
NOVEMBRE 1722 . IN
beaux points de vuë qu'on puiffe imaginer
, eft l'ouvrage , dit- on , du Connéta
le de
Montmorency.
Le Roy étant arrivé , apperçut en
defcendant de caroffe , dans une grotte
de verdure , fous des portiques de feuillées
, Diane couchée avec les Nimphes
de fa fuite fur des lits de gazon. La
Dlle Julie , Actrice de l'Opera , qui reprefentoit
cette Déeffe , vint au-devant
de S. M. jufques fur le bord de fa grot
te , & lui chanta le recit fuivant.
La Déeffe de ces forêts
Jeune Heros , vous en cede l'empire ;
Recevez pour hommage , & mon arc & mes
traits ;
A venir comme vous dans mes antres fecrets ,.
Vainement tout mortel aſpire ;
Ils n'ont jamais reçu que le jeune Adonis ;
F'ai cru revoir les traits en vous voyant pag
roître ,
Mais mille autres appas en vous font réunis ;
Vous brillez d'un éclat qui m'annonce le Maî
tre ,
Qu'à ce peuple fi fortuné ,
La faveur des Dieux à donné.
Alors
}
112 LE MERCURE
Alors la Déeffe prefenta à Sa Majesté
fon arc & fon carquois , & fix de fes
Nymphes allerent , en danfant , met e à
fes pieds chacune un attribut de la chaffe,
après quoi Diane chanta ces Vers .
Chantez , Nymphes, chantez , Diane vous l'ordonne
;
D'Orphée imitez les accords ,
Que les Cerfs enchantez viennent au bruit des
Cors :
Vous , Arbres , imitez les Chênes de Dodone ;
Celebrez par de doux concerts ,
Le bonheur dont LOUIS va combler l'Univers.
Des voix & des inftrumens cachez
dans le bois , repeterent en choeur ces
derniers Vers. Tous les Seigneurs vétus
de l'habit de l'équipage du Cerf du
Duc de Bourbon comme nous l'avons
dit , fe mêlerent à la Cour de
Diane , ce qui fit un effet très- agreable.
Un Acteon ofa fe prefenter dans le fonds
de la grotte qui touchoit à la forêt , &
Diane irritée chanta.
.
Mais que vois- je ? quel temeraire !
Acteon dans ces lieux ?
Il faut punir fes regards curieux :
De
DE
NOVEMBRE 1722 113
De ma jufte colere ,
Qu'il éprouve le châtiment.
Le Choeur.
Dieux ! Acteon fe change en Cerf dans ce mo
ment.
Ce moment de metamorphofe fut le
commencement de la chaffe; & termina co
divertiffement , qui fut court , mais trèsbien
imaginé & très- vif. La chaffe dura
deux heures . Deux Cerfs furent pris affez
diligemment. Le Roy monta d'abord en
caleche , & enfuite à cheval ; S. M. fuivit
la chaffe dans toutes les routes.
La curée fe fit en arrivant à fept heu
res du foir , dans la cour du Château , à
la clarté des flambeaux , & au bruit des
fanfares que fonnoient les Princes & tous
les Seigneurs , vétus de l'habit de l'équi
page du Duc de Bourbon , ce qui diver
tit beaucoup S. M.
Après le débotté du Roy , S. M. joüa ,
& il y eut appartement , ainfi que les autres
jours , & un concert dans la petite
tour au bout de la galerie , où la Dile Minier
, Actrice de l'Opera , chanta la
Cantate d'Orphée avec ce goût de chant ,
& ces graces enjoüées qui lui font fi narurelles.
Toutes les tables furent fervies ce jourlà,
114 LE MERCURE
là , ainfi que le lendemain , en gras & en
maigre , dans la plus grande magnifi
cence .
QUATRIE ME JOURNE' E.
Le Samedy 7. Novembre , le Roy entendit
la Meffe à l'ordinaire dans la
Chapelle du Château . Sa Majefté des
voit aller tirer ; le Duc de Bourbonétoit
tout prêt à la conduire à la Canardiere
, qui eft un lieu fait exprès pour
la chaffe à tirer , & où l'on trouve ordinairement
une quantité prodigieufe de
toute forte de gibier ; mais le temps s'étant
mis à la pluye , cette partie fut rompuë.
L'après- midy S. M. alla avec plufieurs
Seigneurs & Dames au rendez- vous de
la chaffe du Cerf. Il y en eut deux de
pris , le dernier fut pourſuivi jufqu'à Armenonville
; S. M. ne put être prefente
à la mort.
Le Roy étant de retour auChâteau , en
vifita les voûtes , qu'on peut dire être un
chef-d'oeuvre de l'art ; elles regnent tout
autour de l'édifice , au rez de chauffée
du foffé.
Sur les cinq heures , S. M. fe rendit
dans la grande galerie ; où il y eut appartement
, jeux & concert dans la mê--
me
DE
NOVEMBRE 1722. Irf
me tour. Après la partie du Roy , les
Comediens Italiens repreſenterent devant
S. M. une piece intitulée , Arlequin &
Lelio , Valets du même Maître ; ces di
vertiffemens durerent jufqu'à huit heures
que le Roy fe mit à table.
Illuminations & feux d'artifice.
Dès l'entrée de la nuit on avoit illuminé
l'endroit des jardins , dont nous avons
déja parlé , connu fous le nom de Ver
tugadin. C'eft une colline qui s'éleve en
glacis , & qui forme un fer à cheval .
Au point de vûë , le plus convenable
de cette piece , c'eſt-à-dire , au milieu
du tournant , on avoit élevé fept portiques
de lumieres de 60. pieds de haut,
celui du milieu dominant fur les autres
de dix pieds ; la ligne circulaire étoit
continuée à droite & à gauche par des
Ifs ou pyramides de lumieres , qui fai
foient l'enceinte de tous les parterres de
P'un & de l'autre côté du Canal , dont
les bords étoient auffi marquez par de
femblables pyramides. Il y en avoit une
auffi fous chacune des arcades , & une qui
les feparoit l'une de l'autre , dont la bafe
étoit pofée entre les ceintres. L'arcade
du milieu étoit couronnée par une
efpece de luftre ou baldaquin , fous le-
C
quel
116 LE MERCURE
quel on voyoit le chiffre du Roy ; ce qui
faifoit une décoration très- refplendiffante
, & des plus magnifiques qu'on ait encore
vûes. Les deux parterres , & les
cinq baffins , dont chacun eft orné , étoient
auffi garnis de lumieres , dont l'éclat étoit
beaucoup augmenté par le brillant des
éaux jailliffantes de tous ces baffins.
Le Roy defcendit après fon fouper dans
la Cour du Connétable , & fut fe placer
fous un pavillon dreffé au haut du grand
efcalier , par lequel on defcend dans les
parterres , vis -à- vis la croifée du canal ,
d'où S. M. vit l'illumination & le feu
d'artifice. Elle étoit accompagnée de tous
les Princes & Seigneurs de la Cour , de
la Ducheffe de Bourbon , de Mademoi-
' felle de Clermont , de la Ducheffe de
Talard , de Mademoiſelle de Melun , &
des Dames de Bufc , d'Ancenis , de Nefle
, de Beaune , de Prie , de la Vrilliere ,
de Laffé , du Bellay , de Tarannes , & c.
›
Le feu d'artifice commença par le
bruit de 300. boëtes , qui fut fuivi de
celui de so. pieces de canon qui bordoient
le canal du côté du Château , & par un
nombre infini de fufées volantes du poids
de 20. livres chacune , qui à travers les
jets-d'eaux du parterre , & les illuminations
faifoient un effet admirable , & fe
repetoient dans les eaux paifibles des
trois bras du cána!. Après
DE
NOVEMBRE 1722. 11
Après cela on vit entrer de l'un & de
l'autre côté du grand canal , des vaiffeaux
& chaloupes en nombre égal qui donnerent
le fpectacle d'un combat naval , avec
tant de jufteffe & de précision qu'on n'a
jamais vu une plus parfaite imitation . Ces
petits bâtimens étoient remplis d'illuminations
& d'artifice ; ceux qui les montoient
étoient habillez , les uns en Turcs ,
les autres en Chinois .
En entrant dans le canal , deux chaloupes
Chinoifes fuivies de quantité
,
d'autres , commencerent le combat
par
des trompes , balons d'eau & d'air , fou
cades , fauciffons volans , fufées d'air &
d'eau , avec un feu prodigieux & continuel
qui rempliffoit l'air & le canal de
tant d'étincelles , & d'un feu fi vif , &
fi brillant que les trois élemens paroiffoient
confondus. Plufieurs monftres de
feu qui vomiffoient des flâmes de tous côrez
, couvroient le canal. Le combat continuoit
toûjours entre les deux flores
les bordées de canon étoient imitées par
l'artillerie dont nous avons parlé ; pendant
tout ce temps on voyoit partir des
milliers de fufées du centre du Vertugadin.
Enfin cet étincelant & brillant combat
fut terminé par deux Dauphins qui
parurent en face du pavillon du Roy,
remplis de toutes fortes d'artifices qui
produi
18
LE MERCURE
produifitent des flâmes impetueufes , &
des torrens de feu . L'air & l'eau parurent €
toûjours enflâmez ; il ſe formoit dans l'un
& l'autre élement divers combats par des
fufées qui fembloient fe pourſuivre , qui
quelquefois s'enfonçoient dans l'eau , &
la faifoient boüllonner , & qui après
avoir fait plufieurs tourbillons , en fortoient
pour en faire autant en l'air en fe
pourfuivant , fe plongeant , & fe replongeant
ainfi plufieurs fois dans les eaux dụ
canal , tandis
que d'autres artifices moins
confiderables , mais en bien plus grand
nombre , ferpentoient fur toute la furface
du canal . On n'a peut - être jamais vû tant
de fortes d'artifices , & en fi grande quantité
, produire des beautez fi variées , &
fi furprenantes .
Après le combat des chaloupes , on
apperçût preſque tout à coup , un corps
lumineux extrêmement élevé , & placé
un peu au- delà du canal , vis- à- vis le
grand portique ; c'étoit un foleil chargé
d'artifice d'une grandeur demefurée , qui
parut d'un brillant encore plus éclatant
que tout ce qu'on avoit vû juſqu'alors ,
& dont les rayons s'étendoient très - loin .
On lifoit autour du difque en grands ca
racteres de feu , cette ingenieufe devife ,
qui fait allufion au Roy , ORBIS AMOR ,
il est l'amour du monte.
Jamais
1
DE NOVEMBRE 1722. 119
Jamais lieu n'a été fi propre , ni hi
avantageux que celui - ci pour donner une
grande fête , les collines qui forment
le fer à cheval , qu'on appelle Vertuga
din , & qui s'élevant en pente douce jufqu'à
la hauteur d'environ 80. pieds , fervoient
de fonds à ce merveilleux tableau .
Dans le fond du tournant , entre les
grands portiques de lumieres & la coline
on avoit placé un nombre infini
de cailles d'artifice qui rempliffoient
l'air continuellement d'une clarté nouvelle
, & qui formoient des girandoles
, des pluyes de feu , & des milliers
d'étoiles. Le dernier partement , ou grande
girande qui termina ce pompeux (pectacle
, étoit compofé de 40. caiffes , contenant
cent douzaines de fufées qui tomberent
prefque toutes en pluye d'or , &
remplirent tous les fpectateurs d'étonnement
& d'admiration.
Ce feu d'artifice d'un goût tout nou
veau donné au milieu , & au travers de
toute l'illumination , dura près d'une
heure , & forma un fpectacle le plus
agreable , & le plus brillant qu'on puiffe
s'imaginer ; le Roy en parut très fatisfait .
- Toute la compofition de l'artifice eft:
du fieur Morel , Artificier du Roy , fur
les deffeins du fieur Berin , lequel a eu la
conduite , non-feulement du Theatre de
' Oran$
20 LE MERCURE
L'Orangerie dont nous avons parlé , mais
encore de la fêre, & de la Conque Marine
de Thetys fur le canal , du Theatre d'Orphée
,de la Grotte de Diane , ainſi que de
tous les habits de caractere qui ont éte
faits pour cette fuperbe fête.
Le Dimanche 8. Novembre le Roy
partit de Chantilly à 9. heures du matin
après avoir entendu la Meffe , au bruit
du canon ; & après avoir dîné à Ecoüan ,
Sa Majefté arriva à S. Denis fur les trois
heures après- midy. Le Bailly fuivi des
Officiers de Juftice , étant forti vingt pas
hors la porte de la Ville , eut l'honneur
de faluer Sa Majefté. Les Officiers de
Ville fe tinrent à la porte , où ils prefenterent
les clefs au Roy qui les reçût avec
bonté , & ne les rendit qu'à fon départ.
Le Roy defcendit de caroffe au
grand portail de l'Eglife . Quatre Religieux
, Prêtres , revêtus de Chappe , le
reçûrent fous un Dais magnifique , & le
conduifirent jufques fous l'Orge , où le
R. P. Dom François Anceaume , Grand-
Prieur de l'Abbaye lui prefenta l'Eau-
Benite entre deux Diacres , & S. M.
s'étant mile à genoux fur un carreau , il
lui fit baifer la précieufe Croix de Philippe
Augufte , le Grand- Prieur fit enfuite
au Roy un petit difcours , après lequel
les Chantres entonnerent un Répond
DE NOVEMBRE 1722. 124
pond
que la
Communauté
pourſuivit
en
rentrant
dans
le Choeur
, où elle оссира
les hautes
chaifes
. Sa Majefté
fut conduite
au Grand
Autel
, où elle fe mit à
genoux
fur un Prie
Dieu
preparé
au milieu
du
Prefbytere
. Les
Princes
& les
Seigneurs
de la Cour
étoient
tout
autour
de S. M. Les
Officiers
de l'Autel
fe placerent
des
deux
côtez
proche
l'Autel
,
tournez
vers
le Roy. Le Répond
finit
Les Chantres
commencerent
l'Antienne
de S. Denis
, & puis
celle
de S. Louis
.
Et le Superieur
ayant
dit les Oraiſons
le Roy
monta
à l'Autel
qu'il
conſidera
,
puis
fe mit
à genoux
pour
faire
fa priere
aux
SS. Martyrs
, Denis
, Ruftique
. &
Eleuthere
, dont
les Châffes
étoient
fur le
même
Autel
. Sa Majefté
defcendit
, &
fit la même
chofe
devant
la Châffe
de
S. Louis
, Roy
de France
, qui avoit
été
mife
fur une
credence
richement
parée
,
du côté
de l'Epître
.
>
Delà Sa Majesté fut conduite au bas
de la reprefentation du feu Roy , où s'étant
mife à genoux fur le Prie- Dieu prepare
, elle dit le De profundis.
Le Roy fouhaita enfuite de voir les
tombeaux , que le Maître des Ceremonics
de l'Abbaye eut l'honneur de luy montrer
, & de répondre aux diverſes demandes
de Sa Majesté , qui voulut voir
11. Vol. F auffi
122
MERCURE
LE
1
auffi ceux de Bertrand du Guefclin , &
de M. de Turenne .
Le Roy monta enfuite au Tréfor , où
Sa Majesté fut complimentée par le P.
Dom Denis de Sainte Marthe , Superieur
General des Benedictins de la Congregation
de S. Maur . Elle refta trois quarts
dheures à examiner , & à confiderer toutes
choſes avec beaucoup d'attention , &
de fatisfaction. Le Roy étant defcendu
du Tréfor repaffa par l'Eglife , fuivi des
Religieux , pour retourner à fon caroffe,
étant trop tard pour entrer dans le Monaftere
, où l'on avoit preparé à Sa Majefté
des rafraîchiffemens , avec toute lạ
propreté que
le peu de temps avoit permis.
Nous ajoûterons que le Roy en paffant
à S. Denis a imité les Auguftes Ancêtres
, qui tous , excepté Charles VI .
font venus à cette celebre Abbaye , au
retour de leur Sacre , pour mettre leurs
Perfonnes Sacrées , & leur Royaume
fous la protection des SS . Martyrs . Le
Roy Charles VI . dit Juvenal des Urfins ,
en fut empêché par mauvaiſes gens ,
& c.
Le Roy arriva à Paris fur les cinq
heures du foir , au bruit du canon de la
Baftille , & de la Ville. Sa Majefté étoit
accompagnée dans fon caroffe du Duc de
Chartres , du Duc de Bourbon , du Comte
DE NOVEMBRE 1722. 123
rte de Clermont , du Prince de Conti , &
du Duc de Charoft , fon Gouverneur. Le
Roy en arrivant , trouva hors la porte
de S. Denis le Corps de Ville , à là tête
duquel le Duc de Trefmes , Gouverneur
de Paris , & les Prevoft des Marchands
& Echevins eurent l'honneur de complimenter
S. M. fur fon heureux retour.
M. de Châteauneuf , Confeiller d'Etat ,
& Prevoft des Marchands qui portoit la
parole , ayant été prefenté au Roy , à la
portiere de fon caroffe , avec les ceremonies
accoutumées. Les refpects que le
Corps de Ville rendit au Roy , furent
fuivis des acclamations du peuple , au
bruit defquelles le Roy fe rendit au Palais
des Thuilleries. Sa Majesté étoit
accompagnée des troupes de fa Maifon
qui l'ont fuivi dans fon voyage , & les
rues qui conduifent du Fauxbourg de
S. Denis au Palais des Thuilleries , étoient
occupées par les Regimens des Gardes
Françoifes & Suiffes rangez en haye.
Le même jour le Roy accorda au Duc
de Gefvres le Gouvernement de Paris , en
furvivance du Duc de Trefmes , fon pere.
Le 9. au matin M. de Mefmes , Premier
Prefident du Parlement de Paris ,
eut l'honneur de complimenter le Roy ,
à la tête de fa Compagnie , fur fon heu- 1
reux retour. Les autres Cours Superieu-
11.Vol.
Fij
res ,
124 LE MERCURE
3
res , eurent auffi l'honneur de complimen
ter S. M. fçavoir ,
La Chambre des Comptes , M. de
Nicolaï , Premier Prefident , portant la
parole.
La Cour des Aydes , M. Ricard , Prefident
, portant la parole . *
+
Le Corps de Ville , M. de Châteauneuf
, Prevoſt des Marchands , portant la
parole.
Le Grand Confeil , la Cour des Monnoyes
, l'Univerfité , & l'Academie Françoife
, M. de Fontenelle, Directeur, portant
la parole.
Ils furent tous prefentez au Roy avec
* Le Premier & le fecond Prefidens de la
Cour des Aydes étant l'un & l'autre veufs depuis
peu , & ne pouvans à caufe de leurs deuils
faire fi- tôt des fonctions publiques , celle de
complimenter le Roy a été dévolue au Prefident
de Ricard , qui étoit су devant Confeiller
au Parlement de Dijon, mais qui eft originaire
de Provence , où l'aîné de fa famille poffede le
Marquifat de Ricard , terre érigée en ce titre ,
& fous ce nom pour récompenfe des bons fervices
de cette famille qui a donné des Confeillers
& Prefidens au Parlement d'Aix d'une in- .
tegrité parfaite , des Officiers à nos armées de
terre & de mer d'une grande valeur , & des
Chevaliers , Commandeurs , & Grand Croix à
l'ordre de S. Jean de Jerufalem, très -zelez pour ,
la gloire de la Religion.
: Les .
DE NOVEMBRE 1722. 125
les ceremonies ordinaires , par le Comte
de Maurepas , Secretaire d'Etat , & conduits
par le Marquis de Dreux , Grand-
Maître des Ceremonies , & par M. des
Granges , Maître des Ceremonies . Les
Chefs portans la parole eurent auffi l'honneur
de baifer la main du Roy.
Le même jour le Roy alla fur les cinq
heures au Palais Royal , où il vit de la
loge de Monfieur le Duc d'Orleans la
repreſentation de l'Opera de Perfée.
Le ro . fur les deux heures après - midy
le Roy partit du Palais des Thuilleries
pour retourner au Château de Verſailles.
Le Marquis de la Vrilliere , Secretaire
d'Etat a fait expedier par ordre du Roy ,
des lettres circulaires à tous les Archevêques
& Evêques , pour faire chanter le
Te Deum dans les Paroiffes de leurs Diocéfes
, dans la même intention.
Le 12. après- midy , le Te Deum ordonné
par le Roy pour
rendre à Dieu de
folemnelles actions de graces à l'occafion
de fon Sacre , fut chanté dans l'Eglife
Metropolitaine , avec les ceremonies accoutumées
. Le Clergé , le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aydes
, & le Corps de Ville qui avoient été
invitez de la part du Roy par le fieur des
Granges , Maître des Ceremonies , y affifterent
en Robes de Ceremonies , & à
II. Vol.
3 Fij
feurs
126 LE MERCURE
leurs places ordinaires , ainfi que le Gar
de des Sceaux , accompagné de plufieurs
Confeillers d'Etat & Maîtres des Requêtes
. Le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris officia pontificalement à
ce Te Deum , qui fut chanté au bruit du
canon de la Ville. Le foir il y eut dans la
Ville des feux , des illuminations , & autres
marques de réjoüiffance.
理
PREMIERE ENIGME.
Ous , Docteurs en Mathematiques,
Qui paffez les nuits & les jours
A chercher ici bas quelques caufes Phyſiques,
Pour en faire un fujet qui fe meuve toujours ,
Approchez, je le fuis , Vous, foudres de la guerre ,
Qui portez la terreur fur la mer , fur la terre
Si j'allois vous quitter , vous ne feriez plus rien.
Et vous autres foldats , ( ſoldats , felon Ovide)
Vos foins , & vos exploits n'ont rien que d'infipide
,
Si je ne fais pas vôtre bien.
Je celebre des grands & des Dieux les loüans
ges ;
Infenfible , muet , je raffemble les Anges ,
Si
DE
NOVEMBRE 1722.
127
Si ce n'eft moi , du moins c'eft chofe de mon
nom ;
Malgré tous ces talens rarement je fuis bon ,
Et moins bon à la Cour encor qu'à la campa
gne.
J'affifte aux jeux , il eft un meyen qui me gaa
`gne ;
Mais quand on m'a gagné l'on ne me peut avoir,
On peut me penetrer , mais on ne peut me voir ,
Ou bien fi l'on me voit tout auffi tôt j'expire
Comme le Bafilic. Adieu; c'eft trop t'en dire
AUTRE ENIGME.
Aux grands comme aux petits commode &
Le feu , la terre & l'eau concourent pour me
faire ,
Quelquefois inflexible , & quelquefois pliant ,
J'ai dans tous mes raports un corps bien different.
J'ai troublé quelquefois les plaifirs de la table ,
Quoique j'yfois fouvent à la place honorable ,
En repos par moi-mê ne : irrité , mes efforts
Détruiſent bien fouvent les vivans & les morts.
II. Vol
Fiiij NOU
128 LE MERCURE
NOUVELLES LITTERAIRES,
ET DES BEAUX ARTS.
Dai d'une nouvelle Methode , pour
ISSERTATION
préliminaire ou efexpliquer
les Auteurs de la Langue Latine
& de toute autre Langue ; & pour
la compofition des thêmes , à la faveur
d'une feule regle monofyllabique , foutenuë
de certains hieroglyphes qui foulagent
la memoire , & des accens ordinairesd'une
determination plus efficace que celle
qui eft en ufage. Le tout accompagné
d'une espece de demonftration proportionnée
à la capacité des moins intelligens
, Par M. l'Abbé Fremy. A Pa-
Tis , chez Ganeau & Barbou , ruë S. Jacques
, le Gras au Palais , & la Veuve
Ribou , Quay des Auguftins. 1722. Brocure
in 12. de 71. pages.
L'Auteur dit dans une note , page 27.
que les hieroglyphes qu'il propole , font
le charme fecret de l'etude , & qu'il n'y
a rien de plus flateur. Les grands & les
petits , pourfuit-il , les fpirituels & les
moins penetrans y trouvent à toute
heure une nouvelle occafion de fe feli-
,
citer
DE NOVEMBRE 1722. 129
*
ni
eiter d'avoir de l'efprit au-deffus du coinmun
, & d'attribuer fouvent à leur heureux
genie ce qui eft l'effet trompeur de
ces guides muets , qu'ils ne jugent pas
capables de tant de vertu , ou plutôt
qu'ils ne comptent pour rien . Cependant
ils répandent une fi grande clarté dans
chaque exercice d'interpretation , que les
Etudians conduits par eux , ne fçauroient
prendre le change , ni fur la nature ,
fur la fignification , ni fur tous les attributs
de chaque diction qui fe prefente.
Ils facilitent, la memoire à un tel
point , que le Difciple n'a pas plutôt expliqué
une page fuivant les regles de la
Methode , qu'il la peut reciter par coeur. lap
S'il compofe un thême fur la traduction
d'un Auteur qu'il n'aura point encore vû ,
ils le détermineront , lorfqu'il cherchera
fes mots dans un Dictionnaire , à pren
dre precifément ceux qui auront été employez
par cet Auteur , ce qui le mettra
par une heureufe neceffité dans l'habitude
de faire de beau Latin , lui donnera
Faiſance de pouvoir enfuite fe corriger
lui-même , en comparant fa compofition
avec le texte original . Ils dirigent fon efprit
à diftinguer le genie particulier des
deux Langues , & à prendre des idées
juftes des manieres de s'exprimer pro pres
à chacune enforte qu'il s'accoûtume in-
Jen
tothe Vol.
E v
130 LE MERCURE
fenfiblement à rendre les beautez lati
nes par d'autres beautez françoifes , &
reciproquement en quoi confifte , fi je
ne me trompe , tout le fin de l'explication
des Auteurs , & de la compofition
des thêmes . C'eſt le veritable moyen de
prévenir l'incongruité où tombent la plûpart
de ceux qui écrivent en latin. Ils
confondent les idiotifmes de leur Langue
maternelle avec ceux de la Romaine. Un
François remplit de gallicifmes fa compofition
latine ; un Allemand farcit la
fienne de germanifmes , ainfi des autres,
qui s'imaginent parler ou écrire en cette:
Langue , parce qu'ils fçavent éviter les
folecifines de la Grammaire , & aufquels
on peut adreffer cette penfée critique de
Quintilien : Aliud eft grammaticè , aliud
Latinè loqui.
LA FARCE de Maître Pierre Pathe
lin ; avec fon teftament à quatre Perfonnages
, nouvelle Edition. A Paris , chez
Antoine- Urbain Couftelier 1723.
L'Editeur de cette Piece auroit fans
doute fait beaucoup de plaifir au Public,
de lui donner en même temps le Pathelin
Pelletier , qu'on n'a jamais vû imprimé.
C'eft une Piece de Theatre du même
Auteur , qui exifte manufcrite dans.
le cabinet de quelques curieux .
L'E
DE
NOVEMBRE 1722. 131
>
L'ETAT DE LA FRANCE , contenant
les Princes , le Clergé , les Ducs & Pairs,
les Maréchaux de France , & les Grands
Officiers de la Couronne , & de la Maifon
du Roy ; les Chevaliers des Ordres
les Officiers d'Armée , tant fur terre que
fur mer , les Confeils , les Gouverneurs
des Provinces , toutes les Cours Superieures
du Royaume , les Generalitez &
Intendances , les Univerfitez & Académies
, & c. avec les noms des Officiers
de la Maiſon du Roy , leurs fonctions
gages & privileges ; la Maifon de Mademe
Infante , celle de Madame, de Monfieur
le Duc d'Orleans , Regent , & de
Madame la Ducheffe d'Orleans . Dédié
au Roy. A Paris , chez Cavelier , au Palais
1722. 5. vol . in 12. Par le Pere Ange,
Prêtre , Auguftin Déchauffé.
>
Cet Auteur nous prie d'avertir , qu'il
y a une faute d'impreffion à la page 6 19 .
du dernier Tome , où l'on a mis 26. pour
à la datte du jour que le Roy a reçu
le Collier de l'Ordre du Saint- Eſprit.
27.
RECUEIL des Actes , Titres & Memoires
concernant les affaires du Clergé
de France , augmenté d'un grand nombre
de pieces & d'obfervations fur la Difcipline
prefente de l'Eglife , divifé en
12. tomes , & mis en nouvel ordre , fui--
II. Vol.
F vj vant
132 LE MERCURE
vant la deliberation de l'Affemblée ge
nerale du Clergé du 29. Août 1705. tome
10. dans lequel on traite 1 °. des qualitez
requifes dans les Ecclefiaftiques pour
être pourvûs des Benefices , ce qui a donné
lieu d'entrer dans le détail des Graduez
& de leur droits . 2°. Des droits dont
le Pape eft en poffeffion dans la collation
des Benefices de France , tant de ceux
dont il jouit dans tout le Royaume , que
des ufages particuliers de la Province de
Bretagne , & de celles de la Legation
d'Avignon. 3. Des droits des Evêques
de France , fuivant les Maximes & la Ju--
rifprudence de nôtre fiecle dans la collation
, union , & autres difpofitions des
Benefices de leurs Diocefes . A Paris ,
chez Pierre Simon , Imprimeur du Clergé
de France , ruë de la Harpe , aux trois
Rois . 1722 .
On trouve chez le même Pierre Simon
le huitiéme tome défdits Memoires du
Clergé , divifé en deux parties in folio,
2. volumes.
L'Inftruction Paftorale de l'Affemblée
de 1713. & 1714. avec la Conftitution de
N. S. P. le Pape Clement XI. Brochure
in 4. enfemble.
Le Procès verbal de ladite Affemblée ;
in fol. un volume.
Le Recueil des Mandemens de Noffeigneurs
DE NOVEMBRE 17227 135
<
gneurs les Cardinaux , Archevêques &
Evêques du Clergé de France , pour l'acceptation
de la Bulle Unigenitus , in 4. um
volume.
Les Memoires prefentez par plufieurs
Cardinaux , Archevêques & Evêques , à
S. A. R. Monfieur le Duc d'Orleans ,
Regent du Royaume , à l'occafion des
entreprifes de quelques Univerfitez , Facultez
de Theologie , Chapitres & Cures.
Recueil des Arrêts de la Cour de Par
lement de Paris , rendus au Procès de
Louis- Dominique Cartouche & fes.complices
, à commencer par celui du 26. Novembre
1721. jufques & compris celui du
27. Octobre 1722. un vol. in 12 .
Jean- Baptifte Coignard & Denis Mariette
, Libraires à Paris , ont entrepris
une nouvelle Edition du grand Dictionnaire
Hiftorique , & c . de MORERI , en
fix volumes in folio, propofée par foulcriptions
, dont ils ont publié le projet
imprimé.
Ce Dictionnaire fe vendra 150. livres
en feuille , pour ceux qui n'auront pas
foufcrit , & aux Soufcripteurs roo . liv.
en blanc , dont ils donneront so. livres
en foufcrivant , & les 5o. livres reftantes
feront payées en leur fourniffant ledit.
Diction
134
LE MERCURE
Dictionnaire imprimé. Les foufcriptions
feront ouvertes depuis le 12. Novembre
1722. jufqu'au mois de Mars 1723. Les
Soufcripteurs s'adrefferont aufdits fieurs
Coignard & Mariette , qui s'engageront
écrit de leur fournir ce Dictionnaipar
re dans le courant de l'année 1724 .
Charles le Vier , Libraire à la Haye ,
vient de publier un projet , pour imprimer
par foufcription , HENRY IV . ou
LA LIGUE , POE ME HEROIQUE de M.
de Voltaire , in 4. grand papier Royal.
Ce Poëme eft divifé en neuf chants , à
la fin de chacun il y aura des Notes hiltoriques
& critiques , pour fervir à l'in- |
telligence du Poëme , & à l'Hiftoire de
ce temps-là.
Il y aura douze figures , où feront reprefentez
les principaux Chefs , & les
plus remarquables évenemens de la Ligue.
Elles feront deffinées par M de
Troye , Galloches & Coypel , & gravées
par les plus celebres Graveurs de
Paris &c. Le prix d'un Exemplaire
pour les foufcrivans , fera de dix florins ,
argent courant de Hollande , dont la
moitié en foufcrivant , & l'autre moitié
en recevant l'Ouvrage. On ne le vendra
pas moins de 15. florins à ceux qui n'auront
point foufcrit.
Les
4
1
DE NOVEMBRE 172. 135
Les foufcriptions feront ouvertes depuis
le zo. d'Octobre 17.22 . jufqu'au der
nier de Mars 1723. paffé lequel temps
on ne recevra plus .
On commencera l'impreffion le 1. d'Avril
1723. Elle fera achevée en fix mois ,
& l'on délivrera les Exemplaires aux
Soufcripteurs au commencement du
mois de Novembre de la même année .
Les foufcriptions fe feront , non feule
ment à la Haye , chez le fieur Vier ,.
mais encore à Paris & dans les Provin
ces de France , chez les principaux Li
braires , & dans les autres pays chez les
Libraires des principales Villes.
Le fieur Chevillard , pere , Hiftoriographe
de France , & Genealogifte du
Roy , vient de mettre auljour une feuille
du Sacre du Roy Louis XV. contenant
les noms , qualitez , Aries & Bla
fons des Princes , des Ducs Ecclefiaftiques
, des Grands Officiers de la Cou-
& autres qui ont fait des fonc
tions à cette augufte Ceremonie.
Il a mis auffi au jour une autre Carte
de deux feuilles collées enfemble , de tous
les Secretaires d'Etat par département.-
ly a vingt ans qu'il fit paroître une pareille
Carte de tous les Secretaires d'Eronne
,
tat
3 LE MERCURE
tat , lorfque le Roy Henri III. reduiſit
à quatre les Secretaires de fes finances;
dits depuis Secretaires d'Etat. Mais ils
y font rapportez cronologiquement , &
par dattes des temps , & des furvivances ,
comme le Public les a demandez , & par
département. Il a crû faire plaifir de les
faire graver de cette maniere. Il prepa
re quantité d'autres Ouvrages , qu'il efpere
mettre au jour incellamment , &
entr'autres fongrand Traité de Bla
fon , auquel il y a plus de 30. ans qu'il
travaille à amaffer ce qu'il a pû de ce
qu'il y a de plus rare , pour l'entiere per
fection de l'Art heraldique.
Il demeure an coin de la ruë neuve
Notre-Dame , à Paris. Ses principaux Ou
vrages font :
- L'Hiftoire Sainte de l'Ancien Teftament
en genealogie , 8. feuilles .
Les Papes depuis S. Pierre , 3 , f.
Les Empereurs & Imperatrices d'Oceident
, 2.f.
Les Rois & Reines de France , 2. f.
Les Regents & Regentes du Royau
me , 1. fr
Les Ducs & Pairs de France , 2. f.
Les Ducs & Pairs Ecclefiaftiques , 2.f.
Les Comtes & Pairs , 2. f.
Les anciens Ducs & Comtes feculiers ,
26. f.
Les
DE
NOVEMBRE 1722. 137
Les Connétables de France , 1.f.
Les Chanceliers de France , 2. f.
Les Maréchaux de France , 2. f.
Les Grands Amiraux & Generaux des
Galeres , 2. f.
Les Grands- Maîtres des Arbalatriers ,
& les Grands- Maîtres de l'Artillerie ,
2. f.
I.
Les Portes- Oriflames , & Colonels
Generaux , 1. f.
Les Grands Aumôniers de France , 1.f.
Les Grands- Maîtres de France , 1. f.
Les Grands Ecuyers de France 1. f.
Les Grands Chambellans , 1. f.
Les Chevaliers du S. Efprit , depuis
le Roy Henry III . 6. f.
›
Les Premiers Prefidens du Parlement
de Paris , 1. f.
Les Confeillers d'Etats , & Maîtres
des Requêtes , 1.fi
Les Secretaires d'Etat , 3. f.
Le 13. Novembre l'Academie des Belles
Lettres tint fon affemblée publique.
M. de Boze qui en eft le Secretaire , en
fit l'ouverture par l'éloge de M. Baudelor
, qui étoit mort dans le femeftre paffé.
Cet éloge , quoiqu'affez court , ne laiffa
rien à defirer fur les travaux Litteraires ,
& les autres circonftances de la vie de
cet illuftre Academicien. Mais ce qui
parut de plus agreable à l'affemblée , c'eft
que
138 LE MERCURÉ
que M. de Boze peignit parfaitement bien
le caractere de M. Baudelot , fa probité,
fa droiture , & fes autres qualitez perfonnelles
furent reprefentées avec des
traits fi reffemblans , qu'il n'étoit pas
poffible de ne pas reconnoître celui qui
faifoit le fujet de cet éloge , qui tout ingenieux
qu'il étoit avoit laiffé au coeur
une grande part dans la compofition de
cet ouvrage .
M. l'Abbé Bignon qui prefidoit à l'affemblé
, fit remarquer aux Auditeurs que
la modéftie de M. de Boze lui avoit fait
fupprimer ce qui le regardoit ; en effet,
M. Baudelot en laiffant à l'Academie fes .
livres , fes Medailles , & fon Cabinet
d'Antiques , a chargé M. de Boze de l'execution
de fon teftament , ayant bien i
jugé , comme le remarqua M. l'Abbé Bi. ↑
gnon , qu'il ne pouvoit choifir perfonne
qui joignit plus de droiture à une connoiffance
parfaite de l'antiquité.
M. l'Abbé Boutard , Penfionnaire de
PAcademie fit la lecture d'une Ode latine
fur le Sacre du Roy. C'eft une piece
toute Chrétienne , dans laquelle l'Auteur
décrit la plus Augufte , & la plus Sainte
Ceremonie. Il y parle de la Sainte Ampoulle
comme d'un prefent du Ciel , conformement
à la tradition , & du Sacre de
Clovis , qui après avoir été baptifé par
S. Remy
DE NOVEMBRE 1722 139
$. Remy au retour de la bataille de Tolbiac
reçût la Sainte Onction. Il n'oublie
pas les fleurs-de- lys qui furent apportées
à ce Prince par un Ange , avec l'Oriflamme
, ni la Couronne de Charlemagne
, gardée dans le Tréfor de S. Denis
pour le Couronnement de nos Rois . Mais
ce qu'il dit des effets de l'Onction merite
plus d'attention , comme étant tiré
de l'Ecriture Sainte , au livre des Rois
où le Prophete Samuel en répandant fur
la tête de Saul' l'Huile Sacrée , l'affeura
qu'il feroit transformé en un autre homme
, mutabere in alterum virum & à
Pégard du jeune David , qu'il feroit tout
d'un coup animé du Divin Efprit , diffiluit
in te Spiritus Domini . C'eſt à cette
Onction qu'il rappotte cette maturité de
jugement , cet air de gravité & de majefté
qui parurent dans la perfonne du
Roy le jour de fon Sacre. L'infufion du
S. Efprit le jour qu'il fut fait Chevalier
la proclamation publique , &c.
Le Poëte après avoir touché en paffant
les Ceremonies qui ont fuivi l'Onction
comme la Cavalcade faite à l'Abbaye de
S. Remy , la creation des Chevaliers , la
revûë des troupes , la délivrance des prifonniers
, les aumônes , & la guerifon desmalades
, & les applaudiffemens des peu
ples au milieu d'une fête fi magnifique , il'
excite
140 ÉÉ MERCURË
excite le Roy à en rendre de graces fo
femnelles de reconnoiffances au Maître
des Rois , & de fe fouvenir du voeu Sacré
de fon Augufte Trifayeul , en continuant
de refpecter la Mere de Dieu , fous
la protection de laquelle il a été mis avec
fon Royaume , & dans l'Eglife où il a
été facré ; il finit par les fermens que le
Roy fait à fon Sacre , de maintenir la Religion
Catholique dans fes Etats , & de
rendre la juftice à fes peuples , & dont il
lui rapelle la memoire , en lui faiſant ſentir
l'obligation étroite où il eft de les gar
der inviolablement , après les avoir prononcé
folemnellement àla face des Autels.
M. l'Abbé Bignon dit à M. l'Abbé
Boutard que les Ceremonies du Sacre de
nos Rois étoient fi auguftes , & fi faintes
en elles -mêmes , qu'on croiroit d'abord
qu'il y auroit de la temerité à entrepren
dre de les décrire dans une Ode , fi le
talent qu'a M. l'Abbé Boutard pour la
Poëfie Latine , & l'execution n'avoit fait
juger que perfonne ne pouvoit mieux
remplir que lui un pareil fujet.
M. de Pouilli reçû depuis peu à l'A
cademie , ouvrit fa carriere litteraire par
une differtation fur l'incertitude de l'Hif
toire des quatre premiers fiecles de la Ville
de Rome. Il recherche d'abord les caufes
DE NOVEMBRE 1722. 141
fes qui ont fait écrire tant de fables aux
Auteurs de cette Hiftoire . Ont - ils ajoûté
foi à ces fictions ? .ont- ils crû. que le merveilleux
feryiroit à illuftrer leur origine ?
qu plutôt n'ont- ils pas voulu fe jouer de
la credulité des hommes ; & fe flatant
d'une fuperiorité de genie , ils s'aplaudiffoient
en fecret du plaifir de faire croire
des chofes qu'ils ne croyoient pas euxmêmes
. Après ce petit prélude M. de
Pouilli entre dans le fond de fa matiere ,
il prouve par les témoignages de Denis
d'Halicarnaffe , de Plutarque , & de
quelques autres Auteurs que Timée ,
Hieronymus , & les autres Hiftoriens qui
ont les premiers écrit l'Hiftoire de Rome
n'ont vêcu qu'environ cinq cens ans
après fa fondation ; où avoient- ils puifé
tout ce qu'ils en rapportent comment la
tradition s'étoit - elle confervée parmi deşi
peuples qui ne marquoient fouvent leurs
années que par des clous qu'ils attachoient
aux murailles de leurs Temples ? Les fêtes
& les jeux confervoient, à la verité , le
fouvenir des évenemens les plus brillans ;
mais ces évenemens eux - mêmes font fouvent
mê¹ez de fables , comme ce qui regardoit
l'Hiftoire de Caftor & de Pollux
qui avoient paru dans un combat , le Pal-
Jadium , l'Hiftoire de Corvinus
En vain confultoit- on les livres des Pon-
& c.
tifes
142
LE MERCURE
tifes , puifqu'ils étoient remplis de fables
& d'évenemens incroyables. Ici l'Auteur
rappelle tout ce que les Hiftoriens rapportent
fur la naiffance fabuleufe de Romulus
& de Remus , fur l'Hiftoire de la
Louve qui les allaita , fur la fondation
du Capitole , & fur cette tête myfterieuſe
qu'on trouva dans les fondemens , & qui
fuivant les augures marquoit la durée de
leur Empire. Ne voit-on pas, ajoûta- t'il,
que les Romains étoient charmez de faire
croire que le Fondateur d'une Ville toute
guerriere devoit rapporter fa naiffance au
Dieu de la guerre . M. de Pouilli fait voir
enfuite les contradictions qui fe rencontrent
à tous momens entre les plus fameux
Hiftoriens ; Denis d'Halicarnale & Tite-
Live , fans parler des autre , fuivent for
vent des traditions tout - à -fait oppofées ,
& tel refuſe un ancien par des raifons
très- folides , pendant qu'un autre femble
le juftifier , en adoptant ce qu'il a raconté.
Enfin l'Auteur finit par un parallele
de quelques évenemens de l'Hiftoire Romaine
, & de l'Hiftoire Greque qui font
fi femblables , qu'on ne fcauroit s'empêcher
de croire qu'ils ne foient les mêmes.
Les Phrigiens racontoient dans le r
Hiftoire qu'il s'étoit ouvert un gouffre ,
dans lequel un de leurs Capitaines s'étoit
précipité pour donner la victoire à fon
parti ;
DE
NOVEMBRE 1722. 143
parti ; n'eftce pas le fondement
de l'Hif
toire de Curtius. On trouve de même
dans un fragment
de Demara un évenement
fi femblable
dans toutes ces circonf
tances , à l'Hiftoire
du combat des Haraces
& des Curiales
, qu'il eft impoffi
ble de ne pas avouer que c'eft- là où les
latins ont puifé ce qu'ils difent de leurs trois Heros , dont ils n'ont fait que changer
les noms ; on peut ajoûter même qu'ils
racontent cette Hiftoire d'une maniere
embroüillée
, qu'ils ne conviennent
pas même entre eux fi les Horaces étoient du
parti Romain , ou de celui des Albins.
M. l'Abbé Bignon dit à M. de Pouilli ,
que quoiqu'il eut paffé une partie de fa
vie dans la retraite connu de peu de
monde , fon érudition avoit neanmoins
percé l'obfcurité de fon cabinet , & on
voyoit avec plaifir que la piece qu'il ve
noit de lire dans cette affemblée juftifioit
le choix que l'Academie avoit fait de lui.
M. l'Abbé Bignon entra enfuite dans le
fond de la piece , & faifit avec cette jufteffe
d'efprit qui lui eft ordinaire , les
endroits les plus intereffans ; il n'oublia
pas le parallele que M. de Pouilli avoit
fait de quelques évenemens de l'Hiftoire
Greque , & de l'Hiftoire Romaine , &
conclud qu'il y avoit bien de l'apparence ,
que les Grecs ayant écrit avant les Romains
,
$ 44
LE MERCURE
mains , ils étoient les originaux , & que
les Auteurs Latins n'en étoient que les
copies . Enfin après avoir dit agreablement
que M. de Pouilli , en jettant dans
l'Hiftoire de ces anciens temps , ce Pyrrhonifme
qui la rend fi incertaine , fembloit
mettre les Sçavans au même niveau.
que les ignorans , il ajoûta que par là même
il confoloit bien les veritables Sçapuifqu'il
falloit l'être beaucoup
vans
pour fçavoir à quoi s'en tenir.
M. l'Abbé Sailler lût la traduction de
la feptiéme Olympique des Odes de Pindare
, faite par feu M. l'Abbé Maffieu. 1
Cette Ode eft adreffée à Diagoras de
Rhodes qui avoit remporté aux jeux
Olympiques le prix du Pugilat . Cette
Ode dit M. l'Abbé Maffieu dans l'argument
qui la precede , eft au jugement des
Sçavans une des plus belles de Pindare ,
& on la fit graver en lettre d'or dans le
Temple de Minerve . Ce beau feu qui
animoit ce grand Poëte y brille avec toute
fa vivacité , & on y remarque un ordre
& une liaiſon , que quelques critiques
de mauvaiſe humeur n'ont pas toûjours
trouvé dans toutes fes Odes. Diagoras qui
fait le fujet de cette piece étoit de Tyrin.
the. Son pere qui avoit tué dans un emportement
de colere un de fes parens ,
eut recours à l'Oracle , qui luy ayant
ordonné
DE
NOVEMBRE 1722. 145
ordonné de s'éloigner du lieu de ſa naitfance
, il fe retira avec fa famille dans
l'Ile de Rhodes .
Le fujet de l'Ode roule fur l'éloge de
Diagoras , & fur la beauté de l'Ifle où il
étoit venu s'établir. Le Poëte y fait entrer
avec un art merveilleux , tout ce qui ren
doit l'Ile de Rhodes recommandable .
Il raconte comment le Soleil s'étant plaint
aux autres Dieux qu'il n'avoit point eu
fon lot dans le partage du monde , cette
Ifle étoit fortie de la mer , & lui avoit
été donnée en appanage. Que ce Dieu y
ayant vû la Nymphe Rhodes en étoit dévenu
amoureux , & en avoit eu plufieurs
enfans. Il n'oublie pas cette puée lumineufe
qui parut fur cette Ifle , le jour de
la naiffance de Minerve , & cette pluye
d'or qui y tomba. Il parle enfuite de
l'induftrie des habitans , & de ce grand
nombre de Statues qu'ils avoient l'art
d'animer. Le Poëte fe jette enfuite fur les
louanges de Diagoras , & parle de tous
les combats , dans lefquels il avoit merité
des couronnes. L'éloge deDamagette, pere
-de Diagoras qui étoit fils d'Hercule, & celui
des enfans de ce celebre Atlete , vainqueur
comme lui dans les mêmes jeux ;
font auffi une partie confiderable de cette
Ode , dans laquelle on voit tout le feu de
II. Vol. G Pindare,
146 LE MERCURE
"
Pindare , c'èft-à - dire tout le merveilleux
de la Poëfie Lyrique.
Les remarques qui ſuivent la traduction
de l'Ode font fçavantes & recherchées
& il feroit à fouhaiter que M. l'Abbé
Maffieu eut fini cet ouvrage. Toutes
les Odes font traduites , mais il n'a laiffé
des remarques que fur un petit nombre ;
ce qui donna occafion à M. l'Abbé Bignon
d'exorter M. l'Abbé Sailler à fuivre
ce deffein , la grande connoiffance qu'il
a de la Langue Grecque , fon bon goûr
& fon érudition , le mettant fort en état
d'executer
ce projet.
Le 14. Novembre on fit l'ouverture
de l'AcademieRoyale des Sciences par une
affemblée publique. M. de Fontenelle
Secretaire perpetuel de cette Academie, ouvrit
la féance par l'éloge funebre de feu
M. d'Argenfon , Garde des Sceaux de
France , & loua ce grand homme , avec
fa délicateffe & fon eloquence ordinaire ;
il fit en particulier un portrait achevé de
la Magiftrature de Police , que ce Magiftrat
exerça pendant un fi grand nombre
d'années , avec l'applaudiffement du
public & l'admiration des Etrangers , &
fit voir que M. d'Argenfon avoit été un
homme de tous les talens , qui avoit rempli
tous les emplois qui lui avoient été
confiez , d'une maniere heroïque , & prefque
inimitable. L'Abbé
DE
NOVEMBRE 1722. 147
L'Abbé Terraffon lût enfuite une dif
fertation fur une Pendule nouvellement
inventée par le fieur le Bon de l'Academie
, Orlogeur , demeurant à la Place
Dauphine , à Paris.
Cette Pendule à un premier mouve
ment qui marque les aquations du Soleil ;
un fecond qui fait voir les differences
qu'il y a du temps moyen d'avec le temps
vrai du Soleil , & un troifiéme qui eft
celui des Etoiles fixes , qui fert à juſtifier
la précifion de l'équation fur le
moyen mouvement. Elle marque que la
difference de l'équation pour chaque jour
ne le fait pas dans le cours des 24. heures
, mais à tous les midis de la quantité
qui eft marquée à chaque jour du mois
fuivant les tables de l'Obſervatoire , dans
la connoiffance des temps , & cela dans
une figrande précision , que l'on comptejufques
à la feconde auffi bien que les
mouvemens des autres heures moyennes
& de l'accelleration des Etoiles fixes.
Tous ces changemens fe font par des
cadrans mobiles , que la fonnerie fait
mouvoir , afin que le mouvement ne foit
point alteré par la réfiftance qui en re-
Tulteroit.
On a démontré à l'Academie
que cette
Pendule fuivroit le mouvement vrai du
Soleil. Cela avoit été tenté
par beaucoup
11. Vol. Gij de
148 LE MERCURE
de perfonnes , foit en France', foit en Angleterre
, quelques uns le regardoient
comme impoffible.
-
La Pendule dont on parle a encore une
grande commodité , qui eft qu'elle fonne
a toutes les heures , fuivant ce que marquent
leurs aiguilles à chaque cadran ;
foit du temps moyen , ou du temps vrai
du Soleil . Mais comme il y a deux fortes
de temps , & que la Pendule ne fonne
qu'une fois pour chaque heure , on a menagé
une machine pour que l'on foit le
maître de faire fonner l'heure à volonté ,
pour l'un de ces deux temps ,
foit moyen
ou vrai.
Cette machine confifte en une rouë
que l'on tourne ou détourne. La Pendule
en queftion marque encore le lever & coucher
du Soleil , fuivant fon mouvement
vrai ; l'entrée du Soleil dans les douze
fignes du Zodiaque ; le tout par minutes
& fecondes. Nous donnerons dans le prochain
Mercure une explication plus éten
duë de cette Pendule.
Le même Auteur a fait auffi une Montre
d'une nouvelle conftruction , qui eft
d'une jufteffe furprenante.
M. Petit, autrefois Medecin à Namur ,
lût à fon tour une differtation fur les vegetations
falines , & fit voir à l'affemblée
plufieurs experiences très - curieufes qu'il
ayoit
DE
NOVEMBRE 1722. 149
avoit faites avec differens fels . Il prouva
que ce n'eft point à la preffion de l'air
que font dûes ces differentes operations ,
puifqu'elles fe font dans la machine
pneumatique , mais à la preffion même
des corps liquides entre eux.
M. l'Abbé Bignon réfuma tout ce qui
avoit êté lû dans cette affemblée , avec
fon éloquence ordinaire.
Le 19. Novembre le Cardinal du Bois ,
Premier Miniftre fut élû membre de l'Academie
Françoife tout d'une voix , &
dans l'affemblée de cette Academie , du
Jeudi 3. Decembre S. E. fut reçûë à la
place vacante par la mort de M. Dacier.
Ce Cardinal parla avec beaucoup d'éloquence
& de dignité , & M. de Fontenelle
, Directeur de l'Academie , qui lui
répondit , s'exprima très- éloquemment.
Nous parlerons plus au long de ces Difcours
& des Pieces de Poëfies qu'on a lûës
dans cette affemblée .
M. l'Abbé du Bos , membre de cette
'Academie , a été choisi pour être fon Secretaire
perpetuel , à la place de feu
M. Dacier.
Ce 25. Novembre le Pere Porée , Jefuite
, l'un des Profeffeurs de Rethorique
du College de Louis le Grand , prononça
une harangue latine très -éloquente
fur le Sacre du Roy. L'affemblée fut très-
11. Vol.
Grij nom150
LE MERCURE
nombreuſe en Cardinaux , Prélats , & auz
tres perfonnes de diftinction.
Le prix fondé à perpetuité par le Duc
de la Force , Pair de France , protecteur
de l'Academie Royale des Sciences & .
Arts , établie à Bordeaux , fe diftribuera
le 1. jour de May 1723. C'eft une Medaille
d'or de la valeur de 300. 1. Le fujet
du difcours que l'Academie propofe fous
le bon plaifir du Duc de la Force , eft
l'action du Bain & fes utilitez. Celui qui
donnera l'hypothefe la plus probable au
ra le prix . On demande que l'hypothefe
foit nouvelle , ou qu'elle foit appuyée de
nouvelles raifons , & de nouveaux éclairciffemens.
La piece ne doit pas paffer une
demie. heure de lecture.
On écrit de Lisbonne que l'Academie
Problematique de Setubal , examina dans
fon affemblée du 31. Aouft dernier , fi
c'est dans l'adverfité ou dans la prosperi
té , qu'il eft neceſſaire d'avoir un General
d'une plus grande valeur. Un de fes Academiciens
recita auffi dans la même féance
un Poëme à la loüange du Roy Don
Jedn II. qui tenoit pendant fon regne
un journal des actions remarquables de
fes fujets , pour pouvoir les récompenfer
avec juftice , & fans rien accorder à la
faveur.
Le
DE NOVEMBRE 1722. ISI
Le 22 , d'Octobre l'Academie Royale
de l'Hiftoire s'affembla dans la falle du
Palais , & le Marquis d'Abrantes qui prefidoit
› prononça un panegyrique trèséloquent
à la louange du Roy , qui honora
l'affemblée de fa prefence , & qui fic
diftribuer aux Academiciens les Medailles
que S. M. fit fraper lors de l'inftitu
tion de l'Academie. Après ce Panegyrique
, & la lecture de quelques Differta
tions Hiftoriques , les Academiciens furent
admis à baifer la main au Roy , à
la Reine & aux Infans.
On a appris d'Eſpagne que Don Antoine
Dongo Barnuevo , Bibliothecaire
de S. M. C. l'un l'Academie Royales Academiciens de
de Madrid, & Officier
d'Etat dans le Secretairerie des dépêches
univerſelles , fous les ordres du Marquis
de Grimaldo mourut le 1o . Octobre
dernier , âgé de 59. ans.
و
On mande de Londres que le fieur
Marc Mofes , arrivé depuis peu des Indes
, avoir prefenté au Roy d'Angleterre
un diamant de couleur d'émeraude
n'ayant pas le moindre défaut . On prétend
qu'il ne s'en eft jamais vû un pareil
en Europe.
Milord Carteret , Secretaire d'Etat ,
cy devant Ambaffadeur extraordinaire en
Suede , connu par fon amour pour.
les
II. Vol.
Gi lettres
1
152 LE MERCURE
fettres , & par la protection qu'il accorde
à tous les fçavans , a fait prefenter à l'Univerfité
d'Upfal le fameux Recueil de
Rymer en 16. volumes in folio , impreffion
de Londres . Ce Recueil compilé
fous les aufpices de la Reine Anne , &
imprimé aux dépens de Sa Majefté Britannique
, contient un très - grand nombre
de pieces importantes à l'Hiftoire , & à
la politique , non - feulement pour ce qui
regarde les trois Royaumes d'Angleterre,
mais encore la France , la Normandie
&c. Nous ajoûterons que le fçavant Rymer
n'a pas furvêcu long- temps à fon
travail , étant mort après avoir perdu la
vûë par la grande application qu'il avoir
donnée au déchiffrement des anciennes
Chartres de la Tour de Londres , où font
proprement les archives publiques d'Angleterre.
Ce Receüil n'eft compofé que de
pieces , dont les originaux font dans ces
mêmes archives.
Les Amateurs de Mufique font avertis
qu'au commencement de 1723. l'on finira
à Lyon l'impreffion du premier livre
des Sonates à Violon feul & baffe continue
du fieur Chamborn , ordinaire de
l'Academie des Beaux Arts de cette Ville.
Elles font dediées à M. le Maréchal Duc
de Villeroy ; c'eft la premiere fois que
l'on a gravé & imprimé de la Mufique
t
DE
NOVEMBRE 1722. 153
à Lyon ; l'Auteur en a obtenu le Privilege
de Sa Majesté ; il efpere que les Muficiens
trouveront du plaifir dans l'execution
de ces Sonates. Elles fe débiteront
à Paris , à Lyon , à Marſeille , à Rouen ,
à Bourdeaux , à Orleans , à Montpellier
, & c.
M. Delâtre Doby qui a fuccedé à
M. Dupuis dans la Charge d'Avocat General
au Grand Confeil , fut reçû dans
cette Charge le 9. de ce mois. Il fit à la
Compagnie un compliment latin , qui ne
démentit en rien les fçavans plaidoyers
qu'il a prononcez au Grand Confeil depuis
trois ans qu'il y portoit la parole
en qualité de Subftitut de M. le Procureur
General. M. Doby eut l'honneur le
même jour de complimenter S. M. fur
fon Sacre..
A l'ouverture des Audiances du Parlement
, M. Gilbert de Voifin , l'un des
Avocats Generaux , prononça un trèsbeau
difcours , & fit voir l'excellence de
la Profeffion d'Avocat , lorfqu'elle eft :
foûtenue des talens requis. Le Premier
Prefident répondit à ce difcours d'une
maniere pathetique , & exhorta les Avocats
à fuivre exactement les regles de leurétat.
Le même jour 23. Novembre M. Martineng
prononça une oraifon latine dans
II.Vola
Gv l'Ecole
154
LE MERCURE
l'Ecole de Medecine , il prouva que c'étoit
injuftement que l'on foupçonnoit en
general les Medecins d'irreligion .
Privilege accordé à M. Dibon ,
Chirurgien ordinaire du Roy.
Ejourd'hui quatorziéme du moisde
Septembremil fept cent vingt-deux,
le Roy étant à Verſailles , il lui a été repreſenté
par le fieur Roger Dibon , fon
Chirurgien ordinaire dans la Compagnie
des Cent Suiffes , qu'il poffede le reme
de le plus affuré , le plus doux , & le plus
efficace qui ait encore paru , pour guerir
parfaitement les maladies fecretes ; que
c'eft avec ce remede que le fieur Frechou
a fait une experience qui a fi bien réüſſi
fur une femme qui en étoit atteinte depuis
dix- huit ans , & que perfonne n'avoit
pû guerir , laquelle experience lui a
procuré l'avantage d'un Privilege ; &
comme c'eft l'expofant qui a ce remede
entre les mains , & qu'il eft en état de
fervir ceux qui peuvent être attaquez de
ces fortes de maladies , il a très - humblement
fuplié Sa Majefté de lui accorder
auffi la permiffion de s'en fervir pour l'atilité
du public. A quoi ayant égard , &
voulant favorablement traiter ledit fieur
Roger
DE
NOVEMBRE 1722. ISS
Roger Dibon
Sa Majefté , de l'avis
de Monfieur
le Duc d'Orleans
, Regent
, lui a permis & permet de fe fervir
dudit remede pour la guerifon des
maladies fecrettes & veneriennes
, tant
à Paris que par tout ailleurs , où bon
lui femblera ; faifant défenſes à toutesperfonnes
, de quelque qualité & condition
qu'elles foient , de lui caufer aucun
trouble ni empêchement
à cet égard,
& m'a à cet effet commandé
de lui en
expedier le prefent Brevet , qu'elle a
figné de fa main & fait contrefigner
par moi Confeiller- Secretaire d'Etat ,
& de fes Commandemens
& Finances..
Ainfi figné , Louis , & plus bas Phelypeaux
, avec paraphe.
>
****
II. Vol. G vj SPEC
156 LE MERCURE
L
kakakakakakakak JJJJ
SPECTACLE S.
E Theatre François attire toûjours
un grand concours de fpectateurs ;
les repreſentations y font fort nombreufes
& fort applaudies . La Dlle de Frefne
-la-Mothe , qui a joué en dernier lieu
le rôle de Leontine dans la Tragedie
d'Heraclius , vient d'être reçue dans la
Troupe des Comediens du Roy. La Dile
du Breüil y avoit été reçuë quelque temps
auparavant , & la Dile Jouvenot , qui
avoit quitté la Comedie , y eft rentrée.
En dernier lieu , la De Labat , qui joiia
quelques rôles avec applaudiffement l'année
paffée , y a auffi été reçuë.
L'Opera.
L'Académie Royale de Mufique , pour
ne pas priver le Public de Spectacles, pendant
que les principaux Acteurs ont été
occupez aux divertiffemens que Monfeur
le Regent & le Duc de Bourbon
ont donnez au Roy à Villers- Coterets &
à Chantilly , a fait chanter par les Acteurs
qui font reftez à Paris , differens
morceaux de Mufique choifis ; fçavoir ,
la
DE NOVEMBRE 1722. 157
fa Cantate de Democrite & d'Heraclite ,
mife en mufique par le fieur Battiſtin , at
été chantée par les fieurs Muraire & Dui
bourg ; on a reprefenté enfuite le Pourfeangnac
de M. de Lully , après quoi le
fieur Dubourg a chanté la belle Cantade
de Silene & Bachus de M. Campra. Le
Profeffeur de folie de M. d'Eftouche fut
joué enfuite , la Dile Tulou y chanta le
rôle de la Folie , il n'y a qu'elle d'Actrice
qui ait chanté dans ce divertiffement,
lequel ayant paru trop court aux fpectateurs
, on y ajouta le 3. Novembre l'Ac
te du Bal des Fêtes Venitiennes de M.
Campra , où eft la Scene du Maître à
chanter & à danfer , qui fut executée par
le fieur Muraire & Ranc ; ce premier y
chanta pour la clôture de tout le divertiffement
, une Ariette Italienne , qui
pour n'être pas nouvelle , n'en eft pas
moins belle ; on a donné le même divertiffement
le 5. & le 6. Novembre..
Le Lundy 9. on a donné la premiere
repreſentation de Perfée , que le Roy a
honoré de fa prefence . Sa Majefté fe ren
dit au Palais Royal à 5. heures , où Elle fut
reçue par Monfieur le Regent au bas de
l'efcalier, qui conduifit leRoy à la loge dø
Madame , où Sa Majefté fut placée entre
Monfieur le Duc d'Orleans & Madame
158 LE MERCURE
dame la Ducheffe d'Orleans. Les autres
principales loges furent occupées par les
Princes , Princeffes , & autres Seigneurs
de fa Cour.
Perfée avoit été reprefenté pour la premiere
fois à la Cour en 1682. & joüé enfuite
dans de differens temps ; la derniere
repriſe avant celle- ci a été en 1712.
Au refte , cet Opera a été parfaitement
bien remis. Les rôles de Cephée & de
Caffiope , Roy & Reine d'Etiopie , font
jouez par le fieur Dubourg & la Die Hermans
, celui de Merope , par la Dlle Anrier
, ceux de Perfée & de Phinée , par les
fieurs Muraire & Thevenard , & celui de
Mercure , par le fieur Guedon.
Le 11. Novembre , Fête de S. Martin,
on a fait l'ouverture des Bals , qu'on
donne tous les hyvers dans la Salle de
l'Opera. On y paye le prix ordinaire de
cinq livres par place. On interrompt ces
Bals pendant que durent les Avents .
On a appris de Vienne que le ' 4. No
vembre , jour de S. Charles , dont l'Empereur
porte le nom , on reprefenta devant
S. M. I. un nouvel Opera. Italien ,
intitulé , Scipion dans les Espagnes.
Theatre
DE NOVEMBRE 1722. ISS
The tre Italien .
Les Comediens Italiens , ayant été occupez
aux divertiſſemens dont nous avons
parlé , ont ceffé de jouer fur le Theatre
de l'Hôtel de Bourgogne dès le 29. Octobre
, & y ont reprefenté le même jour
la petite piece du Camp de Porché- Fontaine
, precedée de l'Amour Maître de
Langue. Ils ont r'ouvert leur Theatre le
10. Novembre par la repreſentation d'une
Comedie Italienne en trois Actes , qui
a pour titre , la Maison à deux portes ,
c'eft une Piece d'intrigue , qui a été fort
goûtée dans la nouveauté , lorfqu'elle fut
joüée en Juin 17162
Le 16. Novembre , les mêmes Comediens
ont reprefenté pour la premiere
fois , une petite Piece d'un Acte , de l'ancien
Theatre Italien , intitulée , la Fontaine
de Sapience , que les anciens Comediens
Italiens avoient jouée pour la
premiere fois en Juillet 1694
י
Les mêmes Comediens ont donné le
28. une Comedie en trois Actes , intitulée
le Lutin amoureux , qui n'avoit jamais
été repreſentée ici . Elle eft originairement
Italienne , connue fous le nom
de
160 LE MERCURE
de l'Efprit folet . On a traduit en françois
quelques Scenes Italiennes , qui onɛ
perdu de leurs graces & de leur jeu ;
mais cela eft bien reparé par la Dle Flaminia
, qui joue les trois quarts de la Piece
avec feu , entendement , & d'une maniere
qui fait plaifir ; furtout la Scene
de la Tirade , qui eft prife de l'ancien
Theatre de Gherardy , dans la Comedie
'de l'Homme à bonne fortune , de M. Renard.
On apprend de Venife , qu'on y a ouvert
à la fin d'Octobre le Theatre de
S. Moyfe , par la repreſentation d'un
Opera nouveau , intitulé les Heureu-
Les tromperies , & qu'on en preparoit
deux autres fur les Theatres de S. Jean
Chrifoftome & de S. Ange.
NOUDE
NOVEMBRE 1722. 161
XXXXXXXXXXXXX
: XX
NOUVELLES
ETRANGERES .
De Mofcon , ce 5. Novembre 1722.
Es dernieres Lettres d'Aſtracan
Ldattées du 9. Septembre >
marquoient
que le Czar y étoit attendu , &
qu'il devoit y refter aufli long- temps que
fa prefence y feroit convenable
, pour
faire les difpofitions
neceflaires pour l'execution
de fes projets , du côté de la
Mer Cafpienne. Et par des avis plus re- cens , on a fçu que S. M. Czarienne avoit
pris Derbent , où elle fe propofoit de former
un établiffement
principal.
On difoit encore , que M. Veteran ,
Brigadier des Armées de Ruffie , avoit
été envoyé du côté d'Andreof , dans la
Province de Dagheftan , à la tête d'un
détachement de deux mille Cofaques ; &
qu'après trois jours de fiege , il avoit
foumis cette Ville , & fait la Garniſon
prifonniere de guerre.
Les nouvelles de Derbent portent ,
que le Czar eft parti d'Aftracan pour
Akrahan , & que le Sultan Mahmud
ayant paru fur les montagnes avec dix
mille hommes , avoit été entierement défair
162 LE MERCURE 17223 --
fait par deux mille Cofaques , foûtenus
de quelque Cavalerie reglée , qui avoient
pourfuivi les ennemis jufques dans leurs
Bourgs & Villages , & même dans le
lieu de la refidence du Sultan , qu'on
avoit reduit en cendres.
Le Czar a mandé fes conquêtes & fa
route au Senat ces Lettres ont confir
mé la prife de Derbent , où on a trouvé
60. canons de bronze & 178. de fer
& une grande quantité de munitions de
guerre & de bouche.
On prétend toûjours que le Roy de
Perfe a demandé du fecours à Sa Majefté
Czarienne ; mais cela ne fe confirme pas
affez pour l'affirmer,
On a pris ici des précautions , pour
examiner la conduite de quelques Ecclefiaftiques
fufpectes au Gouvernement , &
de faire un mauvais ufage de tout ce qu'ils
peuvent penetrer des refolutions du Ĉonfeil
, incitez à cette perfidie , & par leur
dépravation , & par les penfions fecrettesqu'ils
reçoivent. Les Turcs ont pris des
ombrages des démarches du Czar , &
l'on affure qu'ils ont refolu de lui envoyer
un Aga , pour fçavoir fes intentions
fur la fuite de fes entrepriſes .
On debite à Conftantinople , que les
deux fils du Roy de Perfe follicitent
l'un
DE NOVEMBRE 1722% 163
l'un contre l'autre le fecours des Ottomans
, pour monter fur le trône de leur
pere , & le rebelle Miriveits deque
mande auffi la protection de la Porte
fous pretexte qu'il engagera les Perfans à
embraffer la Religion de Mahomet, & à
abjurer leur ſchifme.
On a reçu nouvelle de l'arrivée du
Czar à Aftracan , au retour de fon exper
dition de la Mer Cafpienne , dont on a
publié un journal très- circonftancié.
De Varfovie ce 14. Novembre.
N continue les Affemblées de la
Dicte generale . On a dans les premieres
Conferences reglé ce qui concernoit
les féances des Nonces , & les loge
mens qui leur font dûs. L'adminiftration
d'Oftrow , dont le Prince Sangursko s'empara
vers le temps de la derniere Diette
generale , qui fe fepara fans decider cette'affaire
, fut propofée par le Prince de
Radzivil , Porte-Epée du Grand Duché de
Lituanie. On a agité cette affaire pendant
plufieurs feances auffi-bien
que
celle du commandement des troupes , fans
rien déterminer fur l'une & fur l'autre.
و
M. le Comte de Denhoff , petit Gene-
- ral du Duché de Lithuanie , a obtenu l'agrément
du Roy , & a prêté ferment le
?
164
LE MERCURE
18. Octobre en qualité de Palatin de Po
toki.
Le 18. Oct. M. Swinfinski & M.Czerminski
, Nonces de la Diette generale ,
prirent querelle au fujet de l'affaire des
Generaux , & fe battirent le lendemain
à coups de fabre auprès d'Ujardon , Maifon
de plaifance du Roy. Ce duel caufa
beaucoup de defordre dans la chambre
des Nonces ; c'eft un crime capital . On
propofa dans la feance du zo. d'envoyer
une députation au Roy , pour lui demander
la grace de ces Nonces ; mais il n'y
eut rien de decidé ce jour là. Depuis ces
deputations l'affaire s'eft terminée heu
reuſement , tant auprès de Sa Majeſté
Polonoife , qu'auprès de la Chambre des
Nonces . Ces deux Seigneurs ont obtenu
leur grace , à condition que dès qu'ils
feroient gueris de leurs bleffures , ils
iroient remercier le Roy , le Senat & les
Nonces.
Le 28. Octobre il fut propofé un accommodement
fur l'affaire du commandement
des Troupes ; & quoique cette
ouverture ait eu beaucoup de partifans ,
elle n'a pas eu le fuccès que l'on efperoit
en cette occafion du concert du Comte
de Flemming & des Generaux de la Couronne.
Il n'y a encore rien de décidé ,
& toutes les feances jufqu'au 12. Novembre
DE
NOVEMBRE 1722
165
vembre inclufivement , fe font paffées en
conteftations , cela ne promet pas des
refolutions dans la feance prochaine , &
on s'attend prefque à voir finir la Diette,
fans qu'elle ait rien terminé au fujer de
la reftitution de la Curlande , fur les
affaires de la Livonie , fur la ratification
de la Paix avec la Suede , & fur les prétentions
du Czar , au fujet de la qualité
d'Empereur de toute la Ruffie,
De Stokolm ce 8. Novembre.
Mpublique de Hollande , a reçu une
R Rumpff , Resident de la Reréponſe
favorable au Memoire , preſenté
pour demander le principal & les intetêts
de certaines fommes dues aux Etats
Generaux par la Couronne de Suede , &
hypotequées fur les Douanes de Riga.
Cette Ville a été cedée au Czar par le
Traité de Nystadt ; mais l'article 12. de
ce Traité femble avoir reconnu ce droit
d'hypoteque , & on doit en écrire à Sa
Majefté Czarienne Le 24. Octobre
leurs Majeftez font revenues dans cette
Ville , & ont été reçus à Leliholm par
Tous les Senateurs & les Officiers de la
Chancellerie , ainfi que par tous les autres
notables , qui les ont complimentées
fur leur heureux retour.
De
366 LE MERCURE
De Vienne ce 15. Novembre.
M
R Langenbach , Confeiller Auli
que de l'Empire , qui a été nommé
Commiffaire dans le Palatinat par Sa
Majefté Imperiale , a ordre de fe rendre
inceffamment dans ce pays- là , pour y
faire executer le Mandement Imperial ,
rendu en faveur des Proteftans.
Il y a eu ici une grande fedition caufée
par des Garçons Cordonniers , qu'on n'a
pû appaifer qu'avec le fecours d'un Regiment
de Cavalerie & un d'Infanterie
qu'on a détachez de la Garnifon ; deux
des feditieux ont été executez.
Le Grand Seigneur a accordé au Hofpodar
Mauro Cordato un hattecheriff ou
brevet d'inveftiture de la Valaquie Turque
, pour en jouir fa vie durant. Ce
Prince a pris poffeffion de cette nouvelle
dignité le 27. Septembre dernier.
On mande du Duché de Mekelbourg,
que les Troupes de la Commiffion Imperiale
ont ordre de bloquer inceffamment
la ville de Domits , & que l'Offcier
qui y commande a envoyé un Courier
à Dantzik , pour en donner avis au
Duc de Mexelboug.
On apprend de Berlin , que le Roy de
Pruffe doit former un Camp de vingt
mille
DE NOVEMBRE 1722 167
mille hommes auprès de Guben , & le
long de l'Oder.
De la Haye ce 26. Novembre.
Late
#1
' Etabliffement projetté en Angle
terre de trois Compagnies nouvelles,
l'une pour la pêche de la Baleine l'au
tre pour celle du Hareng , & la dernie
re pour le commerce de Mafcovie , cauſe
ici de l'inquietude & des mouvemens .
Le Prince de Naffau- Diets a été reçu
nouvellement Statouder des Etats de
Gueldres , fous les conditions fuivantes ,
qu'il fera obligé de fuivre fous ferment,
io . La Religion Reformée , fuivant les
articles ftipulez dans le Synode de Dor-
-dreicht des années 1618. & 1619. 28. La
haute Regence demeurera à la Nobleffe
& aux Villes comme anciennement , &
le Starouder ne pourra s'arroger aucune
autorité. 3 °. Il n'aura , fous quelque prétexte
que ce puiffe être , aucune difpofition
des Charges politiques , ni commiffion
ou admiffion en qualité de membre
dans le corps de la Nobleffe , il ne
pourra non plus nommer les Magiftrats
-ni les dépofer. 4. Il fera tenu d'executer
toutes les conventions. & concordats
ci- devant faits , & de maintenir , & de
conferver les anciens privileges , libertez
J
&
168 LE MERCURE
& coûtumes concernant les Villes &
Garnifons. 5o. 11 fera auffi Amiral gene
ral de la Province . 69. Il ne pourra rien.
faire que par ordre , ou avec le confentement
des Etats Generaux , fans lequel
fon pouvoir & fa dignité cefferoient d'être
reconnus. 7. Il ne pourra confequemment
rien ordonner de contraire à
Acte de l'année 16:51 . 8 ° . Il fera Ca
pitaine & Adminiftrateur general des
Milices de la Province , & leur fera obferver
l'ordre & la difcipline ; il ne difpofera
en temps de paix , que des emplois
du feul Regiment de Cavalerie qu'il aura
à lui , & en temps de guerre , il n'au-
Era la difpofition des emplois, des autres
corps que pendant la campagne ; il
jouira en outre d'une penfion de fix mille
florins à prendre fur les revenus les
plus clairs de la Province , mais à la
charge d'obferver exactement toutes les
conditions preforites !
La Province de Gueldres a enfuite en
voyé des Deputez aux Etats d'Owerif
fel & d'Utrects , pour leur faire part des
-conditions qu'elles ont exigé du Prince
de Naflau Diets , en l'élifant pour Statouder
, & pour.les inviter de le reconnoître
en cette qualité aux mêmes condi
tions.
-
Di
DE
NOVEMBRE 1722 169
De Londres, ce 26. Novembre.
M
R Compton , Orateur du dernier
Parlement , a été propolé par le
Lord Stanhope , pour être encore l'Orateur
du nouveau , & agréé generalement
par les deux Chambres . Le Roy a approuvé
cette élection .
Le 22. Octobre la fufpenfion de la Loi
Habeas corpus fut acceptée pour une
année par la Chambre des Pairs &
celle des Communes. Ce Bill porte ,
que ceux qui font actuellement en prifon,
ou qui dans la fuite pourront y être mis
pour crime de haute trahifon , ne pourront
être admis à donner caution , que
par ordre du Confeil Privé. C'eft une
précaution prife au fujet de la confpiration
nouvellement découverte . Le Duc
de Norfolck a été arrêté à Bath le 1.
Novembre.
Le Grand Juré & les Jurez du Comté
d'Effex , alfemblez à Rumford le 2 .
Novembre , en vertu d'une Commiffion
particuliere du Roy , y ont entendu un
grand nombre de témoins , dépofans contre
le fieur Chriftophe Leorc , Avocat ,
prifonnier à la Tour. On a arrêté encore
quelques autres criminels de haute
trahison.
11, Vol.
H Le
170
LE MERCURE
Le grand Comité a accordé au Roy
un fubfide pour l'année 1723. Les Communes
ont accordé unanimement le 4.
Novembre le fubfide neceffaire , pour en-:
tretenir pendant les treize mois ordinai
res , dix mille hommes de troupes de
mer , à raiſon de quatre livres sterling.
par mois pour chaque homme.
La détention du Duc de Norfolk a
occafionné de nouvelles difcuffions , au
fujet de la fufpenfion de la Loi Habeas
corpus , qui fe font toutes terminées à l'avantage
du Gouvernement , & l'accufé ,
quoique premier Pair du Royaume , a été
conduit à la Tour.
On a expedié des ordres pour augmenter
les Compagnies du Regiment des
Gardes à pied , de huit hommes chacune.
Les Communes ont refolu en grand
Comité , de continuer l'impofition fur le
Malt ou grain germé , fur le Cidre & autres
boiffons , pendant l'année prochaine ,
pour fubvenir au payement du fubfide
accordé au Roy par le Parlement.
De Lisbonne, le 1. Novembre.
La Religion de Malthe , comman-
E 27. Septembre , trois Vaiffeaux de
M. le Bailly de Langon , Che- dez
par
yali
DE NOVEMBRE 1722 . 171
و
valier François , entrerent dans le port
de cette Ville avec cinquante autres
Chevaliers , qui eurent l'honneur de baifer
la main du Roy ; & après avoir fait
radouber leurs vaiffeaux aux dépens de
Sa Majefté , ils ont remis à la voile le 30.
pour continuer de croiser dans la Mediterranée
fur les Corfaires de la côte de
Barbarie ; mais les vents contraires les
ayant empêché de paffer la Barre , le
Bailly de Langon & fes Chevaliers eurent
audience de l'Infant Dom François,
Grand- Prieur de l'Ordre de Malthe en
Portugal , & le 2. Novembre ce Prince
alla voir le Commandant fur fon bord
qui l'y regala magnifiquement. Enfin
ils font partis le 9. avec un vent favorable
, & l'Infant Dom François leur
a fait l'honneur de les conduire au port,
& de les voir partir.
19
Le Cardinal d'Acunha eft arrivé à Elvas
, où il a été reçu avec tous les honneurs
militaires qu'on rend dans ce Royaume
aux Cardinaux . Cette Eminence a
eu l'honneur de baifer la main au Roy le
jour de l'anniverſaire de la naiffance de
Majefté.
11, Vol, H ij
De
172
LE MERCURE
L
De Madrid , ce 18. Novembre.
Es Galeres de Barcelone ont battu
& pris un Vaiffeau Corfaire de Barbarie
, & ramené une Pinque qu'il avoit
enlevée. Ce combat s'eft paffé auprès de
l'Ile de Maiorque .
Le Commerce de Gibraltar eft encore
interdit avec les côtes de Barbarie ;
cependant le Roy de Maroc eft difpofé
à faire la paix avec les Etats Generaux ,
On compte que l'Elcadre de ce Royaume
, qui , joint à celle des Etats Generaux
, croife fur la Mediterranée , rentrera
bientôt dans nos ports , la mer commençant
à devenir orageufe , & les rencontres
des Corfaires devenant plus rares.
En effet , on apprend que cette Efcadre
, commandée par Dom Antonio
Serrano , eft entrée le 4. Novembre dans
le port de Cadix , excepté le Conque
rant , commandé par le Capitaine Don
Dominique Juftiniani , qui s'eft rendu à
Barcelone , pour efcorter les Bâtimens
qui doivent tranfporter à l'Ifle de Maforque
la nouvelle Garnifon qu'on y envoye
, & en ramener celle qui doit être
relevée. L'Efcadre Hollandoife , qui croifoit
dans la Mediterranée , a jetté l'ancre
dans la Baye de Cadix le 23. Octobre
DE
NOVEMBRE 1722.
173
tobre , & le lendemain eft entrée dans
le port pour le radouber , d'où elle a
mis enfuite à la voile pour retourner en
Hollande.
L
De Rome , ce 12. Novembre.
E Reverend Pere Caffio eft arrivé des
Miffions de laChine , dont il a rendu
compte au Pape , qui attend M. Meſſabarba
, Vicaire Apoftolique , pour avoir
la confirmation du rapport de ce Reli→
gieux.
Le 15. Octobre , en vertù d'un Decret
de la Congregation de la Conſulte ,
qui s'étoit affemblée par ordre de Sa
Sainteté , on leva toutes les gardes qui
avoient été pofé aux portes de cette
Ville , pour prévenir la communication
du mal contagieux ; & les Lettres de Provence
& de Languedoc ne doivent plus
être parfumées ici que les deux ordinai
res prochains.
Chacun ici contribuë pour fournir du
fecours à la Religion de Malthé , les uns
en argent & les autres en bled.
On a trouvé chez un Notaire de la
Chambre Apoftolique un écrit cacheté &
figné du feu Prince de la Paleftrine , oùil
fait une declaration, qu'il n'eft pas fujet à
la Jurifdiction du Gouverneur de cette
11. Vol. H iij Ville,
174
LE MERCURE
Ville , en vertu des prérogatives de fa
Charge de Prefet de Rome , qu'il ne relevoit
que du Pape immediatement , & proteſte
contre tout ce qui pourroit être prononcé
contre lui par aucun Tribunal ; on a
remis cette declaration à M. le Cardinal
Barberin , frere de ce Prince , qui compte
s'en fervir pour faire biffer les Sentences
rendues contre le deffunt fon ftere
, au fujet de la levée de Soldats qu'il
avoit faite autrefois pour le Roy d'Elpagne
, & de l'ancienne affaire de Scarpaleggia.
L'Ambaffadeur de Malthe dans cette
Cour a reçu des dépêches du Grand-
Maître , avec ordre de faire avertir tous
les Chevaliers de l'Ordre , de fe tenir
prêts pour le rendre fle de Malthe ,
& de fupplier le Pape de hâter les fecours
pour la défenfe de cette Ifle , que
paroiffent menacer les armemens de la
Porte Ottomane . Cet Ambaffadeur a depuis
été mal reçu de Sa Sainteté , ce qui
fait préfumer qu'il s'en retournera inceffamment
à Malthe.
Le Gouverneur du Milanès a rappellé
toutes les gardes des frontieres , & rendu
les paffages libres-
MORTS
DE NOVEMBRE 1722. 175
XXXXXXXXXXXXXXX
MORTS ET NAISSANCES
des Pays Etrangers.
M
R le Comte Ulric - Felix Poppiel
de Lobcowits , Confeiller d'Etat
de l'Empereur , l'un de fes Chambellans ,
Prefident , Affeffeur Provincial de Juftice
, & Grand- Veneur du Royaume de
Bohéme , eft mort à Prague le 30. Sep.
tembre par un accident imprevû &
fingulier. En paffant dans la campagne ,
un arbre tombant d'une colline , abbatit
ce Seigneur qui étoit à cheval , & lui
caffa les bras & les jambes .
Madame la Duchelle del Vafto eft
morte en couches à Naples dans la 35. année
de fon âge.
Madame la Comteffe Doüairiere de
Saint- Jean , fit profeffion le 4. Octobre
à Liſbonne , dans le Monaftere de la Mere
de Dieu , en prefence du Roy de Portugal
, de la Reine & de toute la Cour.
Le Sermon y fut prononcé par le R. Pere
Alphonfe de Prazeres , Religieux de
l'Ordre de S. Benoît , qui a quitté le.titre
de Vicomte de Barbaceno , pour embraffer
l'Etat Monaftique.
Hij La II. Vol.
176 MERCURE LE
La fille du Comte de Saint-Jean , petite-
fille de la nouvelle Religieufe , fut
baptilée le même jour , & nommée Marie-
Anne Bernard .
ARRETS , &c.
ARREST Notable , rendu en faveur
de PERRINE BESNA RD , veuve
de Philippes Thomas , Ecuyer
Sieur de Beaupré , injuftement accufé
d'avoir affaffiné le Meunier de Bournan
& fa femme , nuitamment , dans
leur moulin , près Saumur , & de les
avoir volé.
CONTRE les Officiers de la Maréchauffée
de Saumur , qui ont condamné
ledit fieur de Beaupré en dernier reffortà
la question ordinaire, extraordinaire, &
à être rompu vif : ce qui a été executé
le 18. Aust 1714 .
NTRE PERRINE BESNARD , veuve de
E François-Philippe's Thomas , EcuyerSicur
de Beaupré , employé dans les Gabelles à Saumur
, tant en fon nom que commune en biens
avec
DE
NOVEMBRE 1722. 177
avec fon mari , que comine heritiere mobiliaire
de défunt Pierre- Thomas , Ecuyer fon fils , &
comme Tutrice naturelle de François Philippes
Thomas , Ecuyer fon autre fils , demandereffe
eren Requefte inferée en l'Arreft du Confeil
du 26. Novembre 1718. d'une part , &
Pierre le oeuf , Ecuyer , Confeiller du Roy ,
Prevoft des Maréchaux de France à Saumur
la veuve & heritiers du feu Sieur de Moffer ,
Lieutenant General de la Maréchauffée de Sau.
mur , Clement Vallet , Pierre d'Urffon , Sieur
d'Aubigny , Marc François Gigault , Sieur d'Etergé
, François Herault , Sieur de Boifbrard
Noël Prevoft , Confeiller en la Senechauffée
de Saumur , Guerin , Sieur de Villermur , Procureux
du Roy en la Maréchauffée de Saumur ,
Défendeurs d'autre part ; & encore entre ladite
veuve Beaupré ès noms & qualitez qu'elle
procede , Demandereffe aux fios de fa Requête,
inferée en l'Arreft du Confeil du 13. Septembre
1719. & affignation donnée en confequence ,
d'autre part ; & Jean Blondeau élû en l'Election .
de Saumur , Défendeur d'autre ; & encore entre
ladite veuve Beaupré , ès noms & qualitez,
Demandereffe aux fins de ladite Requefte , inferée
audit Arreft du Confeil du 13. Septembre
1719. & affignatton donnée en confequence ,
• d'autre part , & Anne Chefneau , veuve de
Charles le Roy , vivant Greffier de la Maréchauffée
de Saumur , Défendereffe , d'autre
part , fans que les qualitez puiffent nuire ni
préjudicier aux parties ; veu au Confeil d'Etat
Privé du Roy , & c . Et tout confideré . Le Foy
en fon Conícil , faifant droit fur l'Inftance ,
fans s'arrêter à la fin de non recevoit propofée
par les Officiers de Saumur , dont Sa Majesté
II. Vol. H v les
178
LE
MERCURE
les a débouté , a caffé & annullé les informa
tions commencées le trente Mars mil fept cent
quatolze , le decret de prife de corps décerné
contré Beaupré , les procedures faites depuis la
Sentence de competence , tous les jugemens interlocutoires
& le jugement diffinitif du dixhuit
Aouft de la même année , ordonne que
l'habit gris blanc , & le fufil dudit Beaupré
dépofez au Greffe de la Maréchauffée de Saumur
, feront rendus & reftituez à fadite veuve ;
à ce faire , tous Greffiers & autres Dépofitaires
contraints , quoi faifant déchargez : en confequence
, a condamné & condamne Sa Majefté
lefdits Officiers de Saumur folidairement en
tree mille livres de dommages & interefts
envers ladite veuve Beaupré & fon fils ; fçavoir
, le Loeuf , ci-devant Prevost de ladite Maréchauffée
, en deux mille cinq cens livres
Herault & Valette qui ont fait les fonctions
d'Affeffeurs , en chacun deux mille livres ; Gue
rin , Procureur du Roy , auffi en deux mille
livres. Les heritiers Mocet , Durfon , Gigault ,
Prevoft , tous Confeillers en la Senechauffée de
Saumur en chacun mille livres , & Blondeau
Gradué , en cinq cens livres. Condamne en
outre Sa Majesté , lesdits Officiers folidairement
en tous les dépens faits , tant au Parlement
qu'au Confeil , même en tous ceux qui
font refervez ; a déchargé & décharge lesdites
veuve Mocet & Leroy des affignations à elles
données au Confeil à la requête de la veuve
Beaupré , dépes à cet égard compenfez . Permet
Sa Majesté à ladite veuve de faire exhumer
fon mary , & de le faire enterrer à fes
fais en telle Eglife qu'elle voudra choifir : Et
ordonne que le prefent Arreft fera regiftré au
Greffe de la Maréchauffée de Saumur , lû ,
public
DE NOVEMBRE 1722. 179
publié & affiché par tout où befoin fera ; &
fur le furplus des demandes de ladite veuve
Feaupré a mis & met Sa Majefté les Parties
hors de Cour. Fait au Confeil d'Etat Privé du
Roy , tenu à Verfailles le neuf Septembre mil
fept cent vingt-deux.
ARREST du Confeil d'Etat , tenu à Soiffons
le 31. Octobre qui permet aux fujets du Royau .
me qui font redevables envers le particulier ,
compris dans le Rôle arrêté , & titre de fupplement
de capitation extraordinaire de s'acquitter
defdites fommes , en payant ès mains
du Prepofé au recouvrement dans les mêmes
effets ordonnez par l'Arreft du 29. Juillet 1722.
AUTRE du 1. Novembre qui modere à moitié
les droits des decrets volontaires des immeubles
, acquis depuis le 1. Septembre 1719.
jufqu'au dernier Octobre 1720 à condition par
les acquereurs des immeubles de payer lefdits
droits avant le premier Janvier prochain .
ARREST du Confeil d'Etat , tenu à Villers-
Cotterets le 3. Novembre , qui ordonne que les
précautions prefcrites par les Arrefts & Ordonnances
, pour les plombs qui doivent être
mis aux Balles & Ballots de Marchandiſes , &
aurres Effets , & les Certificats qui doivent les
accompagner , continueront d'être exactement
obfervées dans toute la partie du bas- Languedoc
, qui eft à la gauche de la Riviere d'Orbe ,
compris les Villes d'Agde , Beziers , Bederieux,
Ceilles , & autres qui font le long & endeçà de
Ladite Riviere , & auffi dans le Vivarais &
Velay , jufqu'aux Confins de l'Auvergne Foreft
& du Lyonnois ; & qu'à l'égard de l'autre
II. Vol.
H vj partie
180 LE MERCURE
partie du Languedoc , à la droite de la Riviere
d'O.be & Provinces voifines , toutes les Marchandis
qui en partiront pourront être tranf
portées d'une Ville à l'autre , & dans les Provinces
du Royaume , fans être plombées ni
accompagnées d'autres Certificats de Santé ,
que de ceux qui feront délivrez aux Voituriers
portant le nom de la Ville, ou lieu du départ &
le jour,avec la qualité & quantité des Marchandifes
qu'ils portent : Ordonne pareillement Sa
Majefté que les Bureaux établis dans les Villes de
Touloufe & Narbonnes , & autres qui pouroient
l'avoir été pour la vifite des Marchandifes
, feront pareillement levez ; faifant défenfes
aux Maires , Confuls , Officiers Munici
paux , & tous autres , de donner aucun trou
ble ni empêchement aux Voituriers qui pafferont
, munis de fimples Certificats cy- deflus
énoncez .
ARRET dudit jour , tenu à Villers Cotterets
, qui ordonne que les Notaires , Greffiers
& autres qui font dans le cas de contravention
, ou qui ont encouru la peine du triple
droit , & qui en confequence de l'Article III.
de la Declaration du 29. Septembre dernier
feront contrôler , fceller & infinuer les Actes
qui ne l'ont pas été , ou qui payeront le
Doit de Centiéme denier , dans le délai de
trois mois , à compter du jour de l'enregistrement
d'icelle , feront tenus de rembourfer en
même temps les f ais qui ont été precedemment
faits contre eux , fuivant qu'ils feront reglez
à l'amiable entre eux & les Commis à la Rezie
defdits Droits , ou en cas de conteftation , fuivant
la liquidation qui en fera faite par les
Sieurs Intendans & Commiffaires départis
dans
DE NOVEMBRE . 1722. 15%
dans les Provinces & Generalitez du Royaume
, ou leurs Subdeleguez .
ARREST du Confeil du 14. dudit mois , qui
ordonne que les Pourvûs & Proprietaires des
Offices & Droits fupprimez , qui n'ont point
encore reprefenté leurs Titres par evant les
Commiffaires députez , à l'effet d'en faire les
liquidations , feront tenus de le faire dans le
premier Fevrier de l'année prochaine , pour
tout délai , & fans efperance d'aucun autre ;
après lequel temps ils n'y feront plus reçûs ,
& demeuleront déchûs de toutes prétentions :
Veut pareillement sa Majefté que ceux dont
les Offices & Droits ont été liquidez ; & qui
jufqu'à prefent n'ont pas reçû les fonds deftinez
à leurs rembourfemens , enſemble ceux
dont les liquidations feront faites dans le délai
cy-deffus accordé , foient tenus d'en recevoir
le remboursement avant ledit jour premier Fevrier
prochain en quittances du Garde du Tréfor
Royal , po tant intereft au denier Cinquante
; & que faute de ce faire dans ledit délai
, ils en feront déchûs purement & fimplement
, fans efperance de retour ; & Sa Majesté
demeurera quitte & déchargée defdits rembourfemens.
ARREST du Confeil du 17. dudit mois ,
qui commet les Sieurs Fagon , de Machault &
d'Ormeflon , Confeillers d'Etat , & les Sieurs
Angran , Regnaud , Eignon , Fontanieu , Va
nolles , d'Aube , Meliand & Pinon d'Avor ,
Maîtres des Requêtes , pour proceder , au
nombre de cinq au moins , à la liquidation des
fommes dues aux Offi iers qui ont fait le rachat
du prêt & annuel de leurs Offices pour le
rembourfe
182 LE MERCURE
rembourſement , tant du principal de la Finance
par eux payée , que des interefts de ladite |
Finance , à compter de la datte des quittances
qui leur en ont été expediées jufqu'au dernier
Decembre de la prefente année , ainſi qu'il eſt
ordonné par la Declaration du 19. Aouft dernier
, & conformement à icelle à l'effet de
quoi les pourvus defdits Offices remettront inceffamment
lefdites quittances de Finance ès
mains du Sieur Pierre Chaftriot , Greffier des
Commiffions extraordinaires du Confeil , que
Sa Majesté a commis à cet effer , Greffier de
ladite Commiffion.
ARREST du 21. dudit mois , qui ordonne '
que lorfque par quelque enchere , les Provifrons
d'aucuns des Offices créez & rétablis par
l'Edit du mois d'Aouft dernier , ne pourront
être fcellées en faveur de ceux qui auront fait
le payement des droits de marc d'or defdits
Offices en ce cas les quittances dudit marc
d'or expediées en leur nom , vaudront comme
fi elles avoient été expediées au nom de ceux
qui obtiendront les Provifions defdits Offices ,
fans qu'il foit befoin d'aucun A&te de ceffion
ou tranfport , d'Arrefts particuliers , ni d'aucune
autre formalité : Sa Majefté validant à
cet effet lesdites quittances pour les premieres
Provifions feulement . Veut & ordonne Sa Majefté
qu'en vertu du prefent Arreft , & fans
qu'il en foit befoin d'autres , les premieres į
Provifions des Offices de Gouverneurs , lieutenans
de Rey , Majors . Maires , Lieutenans de
Maires , & autres Offices créez & rétablis par
Edit du mois d'Aouft 1722. foient expedices
& fcellées , en rapportant par l'Impetrant la
quittance du marc d'or , fous quelque nom
qu'il
DE
NOVEMBRE 1722 . 183
qu'il ait été payé ; & que celui qui aura été
pourvû , foit tenu en confequence de rembourfer
le montant du droit de marc d'or , à celui
par qui il aura été payé .
ne que
>
ARREST du 22. dudit mois , qui ordonl'Edit
du mois d'Aouft, 1722. fera executé
felon fa forme & teneur : veut en conféquence
Sa Majesté que le Garde du Trefor
Royal en exercice , reçoive les contrats de
rentes fur la Ville , rentes provinciales , & finances
d'Offices fupprimées & liquidées , de
ceux qui auront fait leurs foumiffions pour acquerir
aucuns des Offices créez & rétablis par
ledit Edit, Ordonne Sa Majefté qu'en fourniffant
par eux leurs quittances de rembourfement
& tous autres Actes néceffaires pour
l'extinction & fuppreffion entiere defdits contrats
, rentes & finances d'Offices , il leur fera
donné pour le Garde du Trefor Royal en exer.
cice , des recepiffez à la décharge du Treforier
General des revenus cafuels , fur la figance
des Offices de Gouverneurs , Lieutenans de
Roy , & Majors des Villes claufes du Royaume
, des Offices anciens , alternatifs & triennaux
de Maires , Lieutenans de Maires , Echevins
, Confuls , Capitouls , Jurats , Affeffeurs ,.
Secretaires Greffiers des Hôtels de Ville , &
leurs Controleurs , de ceux d'Avocats & Procureurs
du Roy deflits Hôtels de Ville , d'Archers
, Heraults , Hoquerons , Concierges ,
Gardes Meubles , & autres Valets de Ville , &
des Offices des Syndics des Paroiffes , & de
Greffiers des Rolles des Tailles , & autres impofitions.
AUTRE Arrêt du 22. dudit mois , qui
fait
184
LE
MERCURE
fait deffenfe à tous Maîtres des Coches , Ca
roffes & Meffageries , leurs Commis , Cochers
& Conducteurs , de fe charger de Vins , Eauxde-
Vie , & autres Liqueurs , qu'il ne leur foit
apparu du payement des droits de Courtiers-
Jaugcurs ; déclare en outre la faifie faite par
les Employez aux Hydes de la Ville de Poitiers
le 21. Aouft dernier , de fix barils d'Eaude-
Vie bonne & valable , & ordonne que ladite
Eau de Vie fera confifquée au profit de
Martin Gerard , & c.
ARREST du Confeil du 23. dudit mois ,
qui ordonne que ceux des Acquereurs des Offices
de Syndics des Paroiffes & Greffiers des
Rolles , qui ne voudront pas les exercer euxmêmes
, pourront les faire exercer par tels fujets
capables qu'ils jugeront à propos de choifir.
Ordonne Sa Majesté que fur la nomination
defdits Acque.eurs defdits Offices , il leur foit
expelié des Commiffions du Grand Sceau , pour
chacune defquelles il ne fera payé que la fomme
de fix livres pour le Sceau & l'honoraire
fans au un droit de Marc d'or , & d'Enregiftrement
defdites Provifions , conformément à
l'Edit du mois d'Aouft dernier .
ARREST du Confeil d'Etat du 8. De
cembre , par lequel Sa Majefté defirant , dans
les circonstances préfentes , établir une jufte
proportion entre le prix des Etofes noires ,
tant de Laine que de Soye , qui font venduës
dans Paris par les Marchands Drapiers &
Merciers , fait très expreffes défenfès à tous
Marchands Drapiers de vendre aucuns Draps
noirs au deffus des prix cy après ma qucz ;
fçavoir ,
Les
DE NOVEMBRE 1722. 185
Les Draps les plus fins des fabriques de Paignon
& de Rouffeau ,
29. liv.
Ceux des fabriques de Sedan , les plus beaux,
24. liv.
Et ceux des qualitez
inferieures
de la même
fabrique
de Sedan
, à proportion
.
Les Draps appellez de Berry , les mieux fabriquez
, 10. liv.
Ceux des qualitez inferieures à proportion .
Et à l'égard des Marchands Merciers , le
Foy leur fait pareillement défenſe de vendre
les Ras de Soye , appellez de Saint Maur , plus
de 14 liv. s . fols l'aune , lorfqu'elle eft du
poids de fix onces ; & celles defdites Etoffes
qui peferont moins de fix onces par aune , à
proportion de leur poids & qualité . Les Ras
dits de Saint Maur , compofez de Fleuret , à
12. liv. Paune les plus beaux , & les autres à
proportion . Ordonne de plus Sa Majefté aux
Ferandiniers de la Ville & Faubourg de Paris ,
de fe conformer , en ce qui les concerne , à la
difpofition de l'article précédent , à peine ,
tant contre les Marchands Drapiers & Merciers
que contre les Ferandiniers , de 3000. liv.
d'amende en cas de contravention , & de déchéance
de leur qualité ou Maîtrife , & c.
JOURNAL
186 LE MERCURE
JOURNAL DE PARIS .
L
E 29. d'Octobre 1722. le Duc d'Epernon
époufa Mile de Montmorency.
La ceremonie du mariage s'est faite
au Château de Mello par l'Abbé d'Aulin
, oncle du marié , en prefence du Curé
de la Paroiffe , & des parens des deux
cô: ez .
Mello communément appellé Marlon ,
eft une Baronnie très ancienne , à trois
lieues de Clermont en Beauvoiſis , qui
releve du Roy , & appartient au Duc de
Luxembourg. Elle a donné le nom à une
grande maifon éteinte il y a environ trois
cens ans . Celles de Nefles d'Offemont
auffi éteinte , de Montmorency , & de
Bourbon Condé , l'ont poffedée fucceflivement
; & elle eft rentrée dans celle de
Montmorency par la Princeffe de Meckelbourg
, foeur du Maréchal de Luxembourg
, pere du Duc de ce nom qui la
poffede aujourd'hui . Le Château qui eft
d'une belle conftruction , eft bâti fur une
hauteur qui commande plus de trois
lieues de pays. On y a fait depuis deux
ans beaucoup d'embelliffemens & d'augmentations.
Sa principale vûë donne fur
un
DE NOVEMBRE 1722. 187
un fond fort étendu , entrecoupé de bois ,
& de prairies , & arrofé de plufieurs
ruiffeaux formez par la petite riviere du
Terrain.
>
Un Bourg qu'on dit avoir eu autrefois
le titre de Ville , eft au bas du Château
& finit à un Village qui y tient nommé
Cires qui releve en partie de la Baronnie .
Il y a dans ce Bourg un Prieuré , un
Chapitre & un Couvent de Cordelieres .
Les Seigneurs de Mello ont fondé le
Prieuré & le Chapitre. Le Fondateur du
premier étant devenu Abbé de Vezelai
en Bourgogne , attacha à cette Abbaye
la nomination de ce Prieuré. Il y avoit
autrefois des Benedictins , mais il a été
fecularifé. On l'appelle le Prieuré de la
Magdelaine ; il a de grands droits , & a
dans fon enceinte une Eglife bien entretenue
, où l'on dit la Meffe trois fois
la femaine . L'Abbé de Veiffière connu
dans la République des Lettres , en eſt le
Titulaire.
3
Le Chapitre eft compofé de quatre
Chanoines , dont le Prieur de la Magdelaine
eft le premier. Il y a dans la Collegiale
une Chapelle qui fert de Paroiffe
pour le Bourg , dont le Curé eft auffi Chanoine.
Le Seigneur donne deux Canonicats
, & nomme à la Cure alternativement
avec les Religieux de S. Quentin
de Beauvais .
Les
188 LE MERCURE'
·
Les Religieufes du Couvent étoient
autrefois des Hofpitalieres ; mais on y a
mis il y a environ cent ans des Cordelieres.
La Superieure qu'on appelloit autrefois
la Mere Ancelle eft perpetuelle.
C'eft M. de Luxembourg qui la nomme.
Elle a le titre d'Abbeffe felon l'ufage de
l'Ordre de S. François à l'égard des Couvens
de Filles. Ce Monaftere dépend
pour le Spirituel du Provincial des Cordeliers
de la grande Province de France.
L'Abbeffe eft fille de M. Launay , Secretaire
du Roy , & Directeurs de la
Monnoye des Medailles .
Les perfonnes qui ont affifté à la Benediction
Nuptiale étoient du côté du
mari , le Duc & la Ducheffe d'Antin ,
l'Abbé d'Antin , la Marquise de Gondrin
, le Marquis de Gondrin , ſon ſecond
fils , & Me de Tourbes , & du côté
de la mariée les Ducs de Luxembourg ,
& de Montmorency , le Comte de Ligni ,
le Prince & la Princefle de Tingri , le
Duc d'Olonne , & les Marquifes de
Bellefonds , & de S. Germain Baupré.
Le 13. Novembre on fit avec les ceremonies
accoutumées l'ouverture du Parlement
; la Melle fut celebrée à la Chapelle
de la Grande Salle du Palais . M. le
Premier President , & les Chambres y
affifterent. La
DE
NOVEMBRE 1722. 189
9
La contagion ne regne plus à Orange
cette nouvelle a été rendue publique , &
confirmée par un memoire détaillé de
M. de Chaffe , Brigadier des armées du
Roy , Commandant pour Sa Majesté
dans la Principauté d'Orange , qui rend
un compte exact de la naiffance & du
progrès de cette maladie , auffi bien que
de fon entiere ceflation .
Le 15. le Roy accompagné de Monfieur
le Duc d'Orleans entendit la Meffe
chantée par fa Mufique dans fa Chapelle
du Château de Versailles .
Et le dix-huit M. Maffei , Archevêque
d'Athenes , Nonce ordinaire du Pape
eut audience particuliere du Roy. Il y
fut conduit par le Chevalier de Sainctot ,
Introducteur des Ambaffadeurs , qui le
même jour conduifit auffi à l'audiance
de Sa Majefté le Bailly de Mefmes
Ambaffadeur de la Religion de Malthe..
M. le Blanc , Secretaire d'Etat , a été
attaqué d'un violent rhumatifme , & en
a été gueri en peu de jours par le Sieur
Porcheron , qui demeure rue du Petit
Lyon , quartier S. Sauveur à Paris.
Le Roy a nommé pour fon Prédicateur
ordinaire le Pere la Place , du Grand
Couvent des Jacobins de la rue S. Jacques
, avec la penfion ordinaire.
Le Marquis de la Fare a reçû la Toifon
190 LE MERCURE
fon d'Or des mains de Montieur le Duc
d'Orleans , au nom du R y d'Elpagne.
L'Abbaye de Sainte Gloffinde , Ordre
de S. Benoît, dans la Ville de Metz , vacante
par le decès de la Soeur Hauteman ,
derniere Titulaire , a été donnée à la
Soeur Marguerite Hauteman de Baton
Religieufe dans l'Abbaye de Chelle.
Le 14. Novembre le Roy a accordé
6000. liv. de penfion à la Dame de Fontaine
Martel , par forme de gratification .
Le 22. Novembre M. de S. Conteſt ,
Premier Ambaffadeur Plenipotentiaire de
France au congrès de Cambrai , donna
une grande fête au fujet du Sacre &
Couronnement du Roy , & il y eut de
grandes réjoüiffances dans toute la Ville.
Le Te Deum fut chanté en Mufique dans
la Metropolitaine , où l'Archevêque de
Tours officia . On entendit à la fin trois
falves de l'artillerie de la Ville & de la
Citadelle , & le Regiment du Roy , Infanterie
fit trois décharges de Moulqueterie.
Le foir on alluma le feu qui avoit
été dreffé fur la place , & on tira grand
nombre de fufées , prefque toutes les
maifons aux environs étoient illuminées.
Plufieurs pilaftres & arcades de lampions ,
pofez fur le portique de l'Hôtel de Ville
faifoient un effet admirable , & c. Après
la Comedie , les Ambaffadeurs , les Dames
,
DE
NOVEMBRE 1722. 191
mes, & ceux qui avoient été invitez par M.
de S. Conteft, pafferent dans une galerie
préparée pour le bal. On danfa jufqu'à
onze heures qu'on fervit un magnifique
fouper. Outre la table des Ambaffadeurs
il y en avoit une autre de 60 , couverts.
Le bal recommença après le fouper , &
dura jufqu'à cinq heures du matin.
Le même jour on chanta le Te Deum
en mufique dans l'Eglife Royale de Saint
Quentin , à l'occafion du Sacre du R ›y.
Le Chapitre de cette Eglife , dont les
Rois de France font Fondateurs & pleins
collateurs , fignala fon zele par une illumination
ingenieufe qui couvroit tout le
grand portail , & qui y a brillé toute la
nuit , avec ces deux vers qui en expliquent
le fujet.
Unitum de calo monftrant hac lumina
Regem ,
Syderea , & terris defuper effe datum.
On écrit de Malthe que le Grand-
Maître avoit reçû plufieurs avis de Conf
tantinople qui affuroient tous que l'armément
confiderable que fait le Grand Seigneur
menaçoit l'Ifle de Malthe ' , & que
les Turcs avoient réfolu d'en former le
fiege ; la flotte preparée eft compofée de
cinquante vaiffeaux de guerre , & d'un
grand nombre de bâtimens de tranfport.
Sv;.
192 LE MERCURE
Sur ces nouvelles le Grand Maître a envoyé
ordre aux Grands Prieurs d'écrire à
tous les Chevaliers pour les avertir de fe
tenir prêts à partir à la premiere citation
que l'on attend inceffamment dans des
circonftances aufli preffantes.
La Diligence de Lyon a été arrêtée à
28. lieues de Paris par des voleurs qui
l'ont forcée de fe détourner du grand
chemin. Ils n'ont pas fait le carnage qu'on
avoit débité d'abord , ils ont tué feulement
un homme qui étoit dans le panier
& bleffé , le Cocher & le Poftillon qui
fe plaignoient un peu trop hautement
d'un cheval qu'on leur avoit fabré. Ils ont
fouillé & dépouillé les particuliers de
tout leur argent. Cette perte monte à
plus de trente mille livres .
Le Vendredi 20. Novembre on a fuppléé
les ceremonies du Baptême à Madeinoifelle
de Beaujolois , née à Versailles
le dix-huit Decembre 1714. La ceremo
nie fut faite dans la Chapelle du Palais
Royal par l'Evêque de Nantes , Premier
Aumônier de Monfieur le Duc d'Orleans ,
en prefence du Curé de S. Euftache , Paroille
de la P.inceffe baptifée. Elle a cu
pour parain le Roy d'Espagne , reprefenté
par Monfieur le Duc d'Orleans ,
& pour maraine la Reine d'Efpagne , reprefentée
par Madame la Ducheffe d'Orleans.
Le
DE
NOVEMBRE 1722. 193
Le même jour M. Mafcei , Archevêque
d'Athenes , & Nonce ordinaire du
Pape , eut audiance publique de Madame
la Ducheffe d'Orleans ; il y fut conduit
par M. de Marpré , Introducteur des
Ambaffadeurs , près de fon Alteffe Royale.
Le 22. le Roy entendit la Meffe chantée
Par fa Mufique dans fa Chapelle du
Château de Versailles , il y fut accompagné
par M. le Duc d'Orleans , & Sa
Majefté prit le 20. & le 24. le divertiffement
de la chafle du vol , accompagnée
du Duc de Bourbon , du Comte de Clermont
, & du Duc de Charoft , fon Gouverneur.
M. De la Lande , Sur- Intendant de la
Mufique de la Chambre du Roy , & rempliffant
lui feul très -dignement les quatre
quartiers de la Maîtrise de la Chapelle de
Sa Majefté , s'eft démis volontairement
de trois de ces quartiers , en faveur de
M. Gervais , Sur- Intendant de la Mufique
de Monfieur le Duc d'Orleans , de
M. Bernier , Maître de la Mufique de la
Sainte Chapelle de Paris , & de M. Campra
qui brille depuis long- temps , nonfeulement
par la compofition de Motets
chantez dans toute l'Europe , mais encore
par un grand nombre d'Opera que le public
a applaudis .
Le 25. Novembre Dom Patricio Law
II. Vol. I les
.
194
LE MERCURE
les , Ambaffadeur extraordinaire du Roy
d'Efpagne , chargé par fon Maître de
demander au Roy Mademoiſelle de Beaujolois
, fille de Monfieur le Duc d'Ofleans
pour Don Carlos , Infant d'Elpagne
, obtint à Verfailles fa premiere audiance
publique de Sa Majefté , le Prince
de Lambefc , & le Chevalier de Sainctot
, Introducteur des Ambaffadeurs allerent
prendre cette Excellence à l'Hôtel
des Ambaffadeurs dans le carroffe du
Roy, & la conduifirent à Verfailles . L'avant-
cour du Château étoit occupée par
les Compagnies des Gardes Françoiles &
Suiffes en haye & fous les armes , les tambours
appellans au paflage de l'Ambaſſadeur
; dans la cour les Gardes de la Porte
, & ceux de la Prevôté de l'Hôtel en
haye & fous les armes paroiffoient à leurs
poftes. Le Marquis de Dreux , Grand-
Maître des Ceremonies , & M. Delgranges
, Maître des Ceremonies , reçurent ce
Miniftre au bas de l'efcalier , qui étoit
gardé par les Cent- Suiffes en habit de
ceremonie , la hallebarde à la main.
Le Duc d'Harcourt , Capitaine d'une
Compagnie des Gardes du Corps , le recut
en dedans de leur Salle , où ils étoient
en haye & fous les armes .
De l'audience du Roy , Don Patricio
Lawles fut conduit à celle de Monfieur
le
DE
NOVEMBRE 1722.
le Duc d'Orleans & de Madame la Du-
£ 95
cheffe
d'Orleans , par le Chevalier de
Sainctot , & après toutes ces audiences,
l'Ambaffadeur & tous les
Gentilshommes
de fa fuite , furent traitez par les
Officiers du Roy.
L'après - midy les conventions du Mariage
de Don Carlos , Infant d'Efpagne,
avec la Princeffe Philippe - Elifabeth
d'Orleans, fille de Monfieur le Duc d'Or
leans , Regent du Royaume , furent fignées
dans l'Appartement du Cardinal
du Bois , Premier Miniftre , par cette
Eminence , par M. d'Armenonville , Garde
des Sceaux de France , M. le Pelletier
de la Houffaye , Confeiller d'Etat
ordinaire , & Chancelier de Monfieur le
Duc d'Orleans , & M. Dodun , Contrôleur
general des Finances , nommez
par Sa Majefté , & munis des pleins pouvoirs
requis dans cette occafion , & par
l'Ambaffadeur Extraordinaire du Roy *
d'Efpagne , qui delà fut recondut à
l'Hôtel des Ambaffadeurs , par le Chevalier
de Sainctot avec les ceremonies
.ordinaires.
›
Le lendemain 26. on le conduifit en-.
core à Versailles en obfervant tour le
ceremonial de la veille ; & après un dîner
fervi comme le precedent , l'Ambaffadeur
le rendit dans le Cabinet du Roy
II. Vol. I ij avoc
196 LE MERCURE
avec les formalitez d'ufage , fur, les cinq
heures du foir . Le Roy étoit dans fon
fauteüil , & avoit une table devant lui.
Monfieur le Duc d'Orleans étoit à la
droite de Sa Majefté , & tous les Princes
& Princeffes de la ' Maiſon Royale
occupoient dans le cercle leurs places
marquées. Don Patricio Lawles fit un
compliment au Ray après les reverences
prefcrites , & fe retira à la place qui lui
étoit deſtinée au bas du cercle. On lut
le Contrat de Mariage du Prince d'Efpagne
& de la Princeffe d'Orleans , qui
fut figné par le Ray, enfuite
par Monfieur
le Duc d'Orleans , par les Princes
& Princeffes de la Maiſon Royale , chacun
dans fon ráng. Le Cardinal du Bois ,
Premier Miniftre , figna fur la premiere
colonne, & l'Ambafladeur Extraordinai
re d'Espagne fur la feconde.
,
Le 29. premier Dimanche de l'Avent ,
le Roy
accompagné de Monfieur le
Duc d'Orleans , entendit dans la Chapelle
de fon Château de Verfailles , la
Meffe chantée par la Mufique , & l'après-
midy le Pere Boyer , Theatin, prêcha
devant Sa Majefté , qui fut enfuite
au Confeil de Regence.
La 2. Decembre , le Baron Hop , Ambafladeur
Ordinaire des Etats Generaux ,
cut audience particuliere du Roy , il y
fuc
DE NOVEMBRE 1722 . 197
fut conduit par le Chevalier de Sainctot ,
Introducteur des Ambaffadeurs.
,
&
Le premier Decembre , Mademoiſelle
de Beaujolois partit du Palais Royal ,
dans le Caroffe du Roy , accompagnée
de Madame la Ducheffe de Duras qui
doit la conduire fur la frontiere d'Eſpagne.
Cette Princeffe étoit fuivie d'un
détachement des Gardes du Corps , des
Caroffes & Officiers de la Maifon du
Roy , nommez pour l'accompagner ,
la fervir pendant fon voyage , & qui
avoient fuivi cette Princeffe , lorfqu'elle
partit de Verfailles pour venir à Paris.
Les principaux de ces Officiers font , M.
Meffier , Chevalier de S. Louis , Maître
d'Hôtel du Roy , M. Talon , Ecuyer
de Sa Majefté. M. Courtois , Contrôleur
de la Maifon du Roy , & c.
La Princeffe étoit encore accompagnée
dans fon caroffe , de Madame de
Saint-Germain , fa Sous- Gouvernante.
Elle fut conduite par Monfieur le Duc
d'Orleans & M. le Duc de Chartres ,
jufqu'au Bourg - la- Reine . La veille de fon
départ M. de Châteauneuf , Confeiller
d'Etat , & Prevôt des Marchands , lui
avoit preſenté au Palais Royal les complimens
de la Ville & les prefens accoûtumez
.
Jeudy 3. Decembre , un homme ,
Il. Vol.
I iij qu'on
198
LE MERCURE
.
qu'on dit être un des Voleurs qui avoit
attaqué la Diligence de Lyon , fut arrêté
fur les onze heures du matin auprès
de faint Euſtache ; il fut découvert dans
un Cabaret , où il déjeûnoit lui troifiéme
, & auffi -tôt invefti ; mais il fortit en
fe défendant avec vigueur , & paffa à
travers l'Eglife , où le faifoit la Proceffion
du S. Sacrement , l'épée nuë à la
main ; mais il fut pourfuivi avec tant de
diligence , qu'il fut arrêté un moment
après , au même endroit où d'abord on
l'avoit voulu prendre.
Le 7. Decembre , les Prevôt des Marchands
& Echevins , à la tête du Corps
de Ville , precedez des Colonel & Archers
de la Ville , allerent , par ordre
exprès du Roy , à l'Hôtel de l'Ambaffadeur
d'Espagne , & firent les complimens
de la ville de Paris , à Don Patricio
Lawles, Ambaffadeur Extraordinaire
du Roy d'Espagne, fur le Mariage de l'Infant
Don Carlos, avec la Princeffe Philippe
- Elifabeth d'Orleans , fille de Monfieur
le Duc d'Orleans , ce qui fut executé
avec les Ceremonies ordinaires , &
avec les prefens que la Ville a coûtume
de faire dans ces occafions .
Le Dimanche 6. Decembre , le Roy
donna à M. le Comte de Valbelle ; premier
Sous- Lieutenant des Gendarmes de
la
DE
NOVEMBRE 1722. 199
*
Garde , Brigadier d'Armée , l'Expectative
d'une place de Commandeur de
l'Ordre de S. Louis à quatre mille livres
de penfion .
Le Jeudy 10. Decembre , le Duc de
Gêvres fut reçu au Parlement en qualité
de Gouverneur furvivancier de la
Ville de Paris .
Le même jour , à deux heures aprèsmidy
, un Etranger , connu dans plufieurs
Cours d'Allemagne & du Nord ,
fit une épreuve pour éteindre les incendies
en prefence du Cardinal du Bois ,
premier Miniftre. On avoit conftruit
pour cet effet un édifice de charpente ,
rempli de matieres les plus combuftibles,
dans la place d'Armes de l'Hôtel Royal
des Invalides. On y mit le feu, & lorsqu'il
fut bien allumé , l'Etranger , qui attendoit
les ordres du Cardinal du Bois, & qui
tenoit fon fecret tout prêt , fit rouler
au milieu des flâmes , `un baril d'environ
douze pouces de diamettre fur une longueur
proportionnée , qu'on prétend être
rempli d'eau , & contenant dans fon milieu
une boëte de fer blanc, où étoit une
matiere qui devoit operer l'extinction
totale du feu ; de cette boëte partoit un
petit tuyau , dont l'extrêmité fe terminoit
à un des fonds du baril . Le bout
du tuyau étoit garni d'une méche , à la-
I iiij quelle
11. Vol.
200 LE MERCURE
quelle on mit le feu en lançant le baril .
Un moment après on entendit un bruit
fourd comme d'un petard. Toutes les
Hâmes , qui fortoient par les fenêtres &
les lucarnes de la cabane & qui furmontoient
le toit de plus d'une toife ,
s'éteignirent fubitement ; il parut à la
place une épaiffe fumée , qui étant diffipée
laiffa voir le débris de l'incendie
, avec quelque peu d'étincelles & de
feu , mais fans Aâme.
с
Après cette premiere operation , on fit
une feconde épreuve dans la cave d'une
petite maifon de la plaine de Grenelle
pleine de paille , de tonneaux fecs & de
bûches ; cette feconde operation réüffic
auffi parfaitement que la premiere.
Nous avons déja parlé plufieurs fois
de l'Auteur de cet important fecret dans
nos precedens Journaux ; il a fait de
pareilles épreuves en Saxe , en preſence
du Roy de Pologne , & devant le Cardinal
de Saxe Zeits , à la Diette de Ratifbonne
fur des bâtimens conftruits
de planches , contenant plufieurs chambres
, où le feu a été fucceffivement
éteint ; on en a auffi fait une épreuve à
Aufbourg dans un veritable incendie , où
le feu fut éteint dans plufieurs chambres
par
le fecours de femblables machines .
›
MORTS
DE
NOVEMBRE 1722. -201
******************
D
MORTS DE FRANCE.
,
·
Ame Marie de la Grange Triannon
époufe de Meffire Jean`
Edouard de l'Etoille , de Pouffemothe ,
Chevalier , Sire & Comte de Graville
Confeiller du Roy en fes Confeils , &
fecond Prefident en fa Cour des Aydes ,
decedée le 22. Octobre 1722. âgée de
70. ans.
Le 8. Novembre , Mre - Paul - Jofeph
de Combéfort , Prêtre , Docteur de Sorbonne
, Curé de N. D. de Bonnes- Nou - ´
velles , Abbé de S. Pierre de Maurs ,
âgé de 64. ans .
Le 26. Jofeph Robert , Abbé de Li
gnerac , âgé de plus de 80. ans.
M. Charles de Ferriol , Baron d'Argental
& de S. Ferriol , eft decedé à Pa
ris le 25. Octobre dernier dans la 70. année
de fon âge , dont il en a employé cinquante
au fervice de Sa Majefté , dans
fes Armées & dans les Negociations. H
a refidé pendant 20. années à la Cour
Ottomane, en qualité d'Envoyé & d'Am
baffadeur Extraordinaire , où il a fou
tenu fon caractere avec beaucoup de fermeté
, de dignité & de magnificence. En
11. Vol. l'année202
LE MERCURE
l'année 1709. où la difette fe fit fentir
dans toutes les parties du Royaume , M.
de Ferriol obtint de la Porte des Commandemens
pour faire charger un trèsgrand
nombre de Vaiffeaux de bleds ,
fans payer aucun droit ni frais , dans
tous les ports du Grand- Seigneur ; lefquels
Vaiffeaux arriverent fucceffivement
dans les Ports de Toulon & de Marfeille
, & porterent l'abondance , non feulement
dans les Villes maritimes de Provence
& de Languedoc , mais dans tout
le reste du Royaume. C'eſt le ſervice le
plus important que l'on pouvoit rendre
à l'Etat , dans la conjoncture &
la difette où il fe trouvoit. Il eft
mort fans pofterité , n'ayant qu'un frere
Prefident à Mortier au Parlement de
Mets , & une four , Abbeffe de l'Abbaye
Royale d'Annonay. Il a fait fes
deux neveux , qui portent fon nom , fes
legataires univerfels , dont l'un eft Lecteur
de Sa Majefté , & l'autre Confeiller
au Parlement de Paris . Il étoit fils
de M. Jacques de Ferriol , Confeiller
au Parlement de Mets , Commiffaire en
la Chambre de Juftice , établie en 1661..
& nommé Confeiller d'Etat. Son Bifayeul
Marc Antoine de Ferriol étoit
Maître des Requêtes fuivant fes lettres
de provifions en datte du 27. Septembre
1609. Le
DE NOVEMBRE 1722. 203
Le premier Novembre 1722. Meffire
François- Annibal Dumerle , Chevalier ,
Seigneur du Blambuiffon & autres
lieux .
,
Le 28. Octobre , Dame Catherine-
Madelaine de Verthamont , veuve de M..
Louis - François le Fevre de Caumartin
Chevalier, Seigneur de Boiffi , Argouges,
Meffi , &c . Confeiller d'Etat ordinaire ,
âgée de 80. ans.
M. de Reynold , Lieutenant General
des Armées du Roy , Colonel du Regiment
des Gardes Suiffes , & Grand-
Croix de l'Ordre de S. Loüis , eft mort
à Verfailles le 4. Decembre , âgé de plus.
de 80. ans.
Le 27 Novembre , Dame Loüife-
Françoife Bouthillier de Chavigny , veuve
de M. Philippe de Clerambaut , Comte
de Palluau , Marquis de l'Ifle de Boin ,
Baron de Rognac , Chevalier des Ordres
du Roy , Gouverneur de Berry , Maréchal
de France , ci- devant Gouvernante
des Enfans de France , mourut âgée de
89. ans.
MADAME , Elifabeth- Charlotte de
Baviere , Comteffe Palatine du Rhin ,
née le 7. May 1652. de Charles - Louis
de Baviere , Comte Palatin du Rhin
Electeur , & de Charlotte de Heffe ;
mariée à Mets le 6. Novembre 1671. à
11. Vol. MON
I vj,
91
204 LE MERCURE
MONSIEUR , Philippes de France , Duc
d'Orleans , de Valois , de Chartres , de
Nemours & de Montpenfier , frere unique
du Roy Louis XIV . eft morte au
Château de Saint Cloud le 8. Decembre
à quatre heures du matin , dans les fentimens
de la plus grande pieté.
Depuis fon retour de Reims , tous les
ren edes qu'on avoit fait prendre à Madame
n'avoient donné que de foibles eflperances.
Le s. Decembre on reconnut
que l'hydropifie étoit entierement formée :
Le même jour Madame entendit la Meffe
dans fa chambre , & communia par les
mains de l'Abbé de Saint Geri de Maignas
, fon premier Aumônier . L'aprèsmidi
le Roy fut voir cette Princeffe
qui fe trouva plus mal le foir , l'hydropife
s'étant entierement déclarée
Le 6. l'enflure augmenta confiderablement
, de même que le lendemain , que
Madame demanda l'Extrême- Onction
Elle recût ce Sacrement le 7. à onze
heures du matin , avec une parfaite connoiffance.
Sur le foir , cette Princeffe entra
dans l'agonie , qui dura jufqu'au lendemain
quatre heures du matin .
Monfieur le Duc d'Orleans n'a point
quitté Madame depuis qu'elle a paru en
danger. S. A. R. a donné des marques
fenfibles de la plus vive douleur Tout le
monde ,
DE NOVEMBRE 1722 205
monde connoît fon attachement & fa
tendreffe refpectueule pour Madame , &
les fentimens d'amitié filialle que cette
Princeffe avoit pour S. A. R.
Les approches de la mort n'ont point
démenti la fermeté & la pieté de cette
grande Princeffe. Elles ont paru jufqu'au
dernier moment ; & fes paroles
dictées par la Religion , ont extréme
ment édifié & attendri tous ceux qui les
ont entendues ; & enfin fon trepas n'a
fait verfer que des larmes fincères. Elle
avoit expreffément défendu qu'on fit
pour elle ces pompeufes ceremonies , qui
ne fervent fouvent qu'à faire revivre l'or
güeil des Grands du monde. Son corps.
n'a point été ouvert , ainfi qu'elle l'avoit
ordonné. Il fut porté à faint Denis let
jeudi au foir 10. Decembre , conduit par
le Marquis de Dreux , Grand Maître des
Ceremonies , & par M. des Granges ',
Maître des Ceremonies.
S. A. S. Mademoiſelle de Charolois
avoit été nommée par le Roy pour faire
les honneurs du Convoy. Cette Princeffe
étoit accompagnée des Ducheffes d'Humieres
& de Talard , de la Marquife de
Flamarin , de la Vicomteffe de Tavanes ,
& de Madame de Fondras - Château-
Tiers , Dame d'atour de Madame. La
Ducheffe de. Branças , fa Dame d'Hon
neur ,
266 LE MERCURE "
neur , ne ſe trouva point à cette trifte
ceremonie , parce qu'elle étoit malade .
Tous les Pages de la grande & de la petite
Ecurie du Roy , portant des flambeaux
, à cheval , accompagnerent le convoi
, où affifterent tous les Officiers de la
Maifon de Madame. Le Comte de Simiane
, fon Chevalier d'Honneur , le
Marquis du Poulpris , fon premier Ecuyer,
& le Comte d'Harling , Capitaine de fes
Gardes , étoient à la tête avec tous les
Officiers des Maifons de Monfieur le
Duc d'Orleans , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans , la Compagnie de fes
Gardes , & Gardes Suiffes , & c.
>
Le Convoi partit de Saint Cloud à 70
heures du foir , & arriva à Saint Denis à
onze. L'Abbé de Maignas , premier Aumônier
de Madame , fit un fort beau difcours
en préfentant le corps aux Peres
Grand Prieur & Religieux de l'Abbaye
de Saint Denis . Le Pere Anceaume
Grand Prieur , y répondit d'une maniere
très- éloquente .
On dit enfuite l'Office des Morts , &
d'abord qu'il fut fini , le corps fut mis
dans le caveau à côté de celui de feu
MONSIEUR , fon Epoux , avec les ceremonies
ordinaires .
La France regrette avec jufte raifon
une Princeffe qui faifoit fes délices , &
l'admi
DE NOVEMBRE 1722 207
f'admiration de toute l'Europe par fes
rares & éminentes qualitez , dont la prin
cipale étoit l'amour de la Religion , & la
pieté. Celles qui formoient fon caractere
particulier étoient la bonté de coeur , l'affabilité
, & un penchant naturel à faire
du bien . Heureufes les perfonnes de tout
rang & de toutes conditions , qui avoient
le bonheur de l'approcher , & d'en être
protegées , fur tout cellès que le merite
& la vertu diftinguoient particulierement.
Les veritables Sçavans , & les
gens de Lettre ont fait une perte particu
fiere . Cette augufte Princeffe les aimoit ,
les confideroit , & les protegeoit avec difcernement
, par les grandes connoiffances
qu'elle avoit de toutes les parties des
Belles Lettres , & fur tout des matieres
qui regardent la belle Antiquité. Son
goût particulier pour les Antiques avoit
rendu fon Cabinet l'un des plus riches ,
& des plus magnifiques du monde fçavant.
C'eft dans ce tréfor qu'on trouve
une fuite des plus complettes de Medailles
Romaines d'or , du haut & du bas
Empire , avec les revers les plus beaux &
les plus finguliers . Ajoûtons à ces veritez
celle qui fait fa veritable gloire , & qui
fera auffi fa récompenfe . Nous l'avons
apprife du Peuple confterné , qui en entendant
la nouvelle de fa mort , s'eft
écrié
208 LE MERCURE
écrié de toutes parts : Nous avons perdu
la mere des pauvres & des affligez , qui
faifoit notre confolation , notre joye , &c.
On trouvera dans le prochain Mercure
un petit Supplément au Journal du Voyage
du Roy à Reims , & aux ceremonies de
fon Sacre , &c. qui contiendra des additions
& des corrections , avec quelques
circonftances & quelques détails qui ne
laifferont rien à defirer à l'exactitude qu'on
peut exiger de nos foins , & de notre ap- ·
plication pour fatisfaire la curiofité du
Public fur une matiere fi intereffante.
SUPPLEMENT.
A MADAME DE B.
Qui avoit donné à l'Auteur un Ruban
H
de Canne.:
ler loin de Paris , fäifant trifte figure ;
Il me furvint une aventure .
Iris , fouffrez qu'en cet écrit ,
Ma Mufe en faffe le recit.
L'efprit plein de reconnoiffance
Du
DE NOVEMBRE 1722. 209
Du prefent dont vous même aviez fçû m'honorer
,
Je priois les neuf Soeurs de vouloir m'inſpirer -
Des vers dont l'heureufe éloquence
Marquât de vos bontez men vif reffentiment ;
J'y révois. Mon cheval marchoit non - chalamment
,
Lorfqu'affez près du moulin deJavelle .
Cupidon du bout de fon aîle ,
Me frappant affez brufquement ' ,
Me tira de ma rêverie .
Dou te vient, me dit- il , d'un ton de raillerie's
Cet air embarraffé , rêveur ,
Quel déplaifir peut attrifter ton coeur ?
Conte moi tes chagrins , tu fçais que je fuis
tendre ,
Qu'un coeur infortuné , de moi peut tout attendre.
1
Aucun chagrin ne me trouble aujourd'hui,
Lui dis-je , & fur mon front s'il paroît quelqu'ennui
,
El vient de quelques vers que ma timide veine
Ne donne aujourd'hui qu'avec peine.
Ce ruban en eft le ſujet . '
Que vois je , dit- il , quel objet ?
As -tu
210 MERCURE LE
As - tu donc dérobé la charmante ceinture
A
Qui de Venus fait la parure ?
coup feur ce ruban en faifoit le cordon.
Vous errez , dis je , à Cupidon ,
Je n'ai point volé vôtre mere ,
C'est une autre beauté que celle de Cytere
Qui m'a fait ce précieux don.
C'eſt Iris qui vous eft fi chere. •
Ha ! fi tu tiens d'Iris ce bijou plein d'appas ,
Reprit l'amour , je ne me trompois pas.
Ecoute , je voulus quand Iris vint au monde
La rendre égale à la fille de l'Onde.
Venus fans le fçavoir fervit à mon deffein ,
Et coupant fa ceinture , en jouant fur fon fein ,
On vit de la moitié ton Iris revêtuë ,
Ce ruban y pendoit, je m'en fouviens encor.
La Reine de Paphos défolée , éperduë
Pleura long- temps fon cher tréfor ,
Elle m'éxila de fa vûë ,
Mais enfin le trouvant encore affez d'attraits,
Elle fouffrit qu'Iris jouit de mes bienfaits.
C'eft ainfi par hazard que le Dieu de Cythere
,
De
DE NOVEMBRE 1722. 277
De vos appas Iris m'apprit tout le myftere ,
Mais il ne me laiffa dans nul étonnement.
Quand je vous contemplois avant cette aventure
,
Iris , je fçavois bien que la feule nature
Ne peut jamais produire un objet fi charmant.
ARREST du Confeil du 1. Decembre
, concernant ceux qui font employez
fur le rôle du 15. Septembre dernier à
titre de capitation extraordinaire , par lequel
S. M. ordonne que tous les Particuliers
, Fermiers , Locataires & Redevables
de ceux employez audit Rôle du 15.
Septembre dernier , entre les mains defquels
il aura été fait des faifies , feront
tenus de payer & vuider leurs mains , en
celles du fieur le Virloys , de tout ce
qu'ils fe trouvent leur devoir , & leur devront
à l'avenir , jufqu'à l'actuel payement
quoi faifant ils en demeureront
bien & valablement quittes & déchargez
envers ceux compris audit Rôle , & tous
autres ; finon veut Sa Majefté qu'ils y
puiffent être contraints , de même que
pour fes deniers & affaires.
APPRO
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le fecond Volume du Mercure du
mois de Novembre , & j'ai crû qu'on pouvoit
en permettre l'impreffion . A Paris le 12. Decembre
1721.
HARDION.
E
TABLE
du fecond Volume de Novembre.
PITRE en Vers ,
Etabliffement de l'Academie Royale
de Lisbonne ,
Epître à l'Evêque de Laon
7
19
Remarques critiques fur le Dictionnaire
de Bayle ,
Bouts- rimez propofez ,
23
29
Suite du Journal du Voyage du Roy ,
Fêtes de Villers - Cotterets ›
journée ,
Seconde journée , chaffe du Sanglier ,
Chaffe du Cerf,
La Foire ,
31
premiere
32
47
SI
52
66
Divertiffement & récit de Terpficore ,
I
Confommation faite à Villers - Cotterets ;
71
Fête faite à Chantilly , premiere journée
,
Seconde journée , Pêche ,
Divertiffement de la Menagerie ,
Balet des Vingt- quatre heures ,
Prologue ,
73
87
(9.1
92
Argumens & extraits de la Comedie des
Paniers , & de celle des Broüilleries ,
102
105
Couplets ,
Illumination du Parterre de l'Orangerie
,
109
110
Troifiéme journée , Chaffe du Cerf, &
Fête de Diane ,
Quatrième journée , Illuminations &
Feux d'artifice ,
115
120
Départ du Roy de Chantilly , & fon ar
rivée à Saint Denis ,
Arrivée du Roy à Paris , & à Verfailles
,
122
Te Deum chanté , & réjouiiffances faites
à Paris ,
Enigmes ,
125
126
NOUVELLES LITTERAIRES , &
des beaux Arts ,
Ouvertures des Academies ,
" 128
137
Academie des Sciences ; deſcription d'une
Pendule
Academic de Bordeaux ,
146
1.50
Academie de Portugal ,
SPECTACLES ,
ibid.
156 NOUVELLES ETRANGERES ,
161
175
176
186
Morts & Naiffances des Pays Etrangers ,
Arrêts ,
Journal de Paris ,
Mariage de l'Infant Don Carlos avec
Mademoiſelle de Beaujolois ,
Epreuve pour éteindre le feu ,
Morts de France .
Mort de MADAME ,
Supplement. Vers ,
195
199
201
205
208
ERRATA
du premier Volume de Novembre .
PA
Age 5. ligne 6. refpectacle , lifez
refpectable.
Page 9. ligne 1. au , lifez du.
Page 60. ligne 14. Religieufes , life Religieux.
Ibid , ligne 16. elles , life ils.
Page 63. fit , lifez fut.
Page 95. ligne penultiéme , duraut, lifez
durant.
Ibid. Marclaud , lifez Marcland .
Page 164. ligne 1. trois , lifez deux.
Page 168. ligne 15. l'interieur , life l'exi
terieur.
Page 169. 1. 11. les , lifez ces.
Ibid. ligne 23. penetrant , life penchant
Page 170. ligne 14. Penetré de fes maximes
, ajoûte , vous compterez pour
rien votre Royaume , le plus floriffant
qui foit fur la terre , au prix de celui
que vous efperez dans le Ciel . L'amour
de Dieu profondément gravé
dans votre coeur , vous conduira dans
la voye de fes Commandemens , dont
l'exacte obfervation eft au deffus de
l'Empire univerfel du monde , & vous
regnerez ainfi , Sire , & c. "
Page 189. ligne 14. d'yvoire piquez d'or,
lifez d'agathe.
Page 207. ligne du , lifez de.
Page 208. ligne 4. étoient , lifez étant.
Page 225. ligne 22. lers , lifez, que lors .
Nous croyons devoirfaire obferver une
faute qui fe trouve dans notre dernier Mercure
, où nous avons mis le Mandement de
7 M. l'Evêque de Beauvais après celui de
M. l'Evêque de Senlis , fans penfer que la
qualité de premier Comte & Pair Ecclefiaftique
dans la perfonne de M. de Beauvais
, exigeoit que nous lui donnaffions le
rang qui lui étoit dû.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 7. ligne 7. qui , lifez que.
Age 6. ligne 20. l'ennuye , lifez t'ennuye .
Page 11. ligne 12. d'operer , lifez d'opiner.
Page 19. derniere ligne ; motifs , ajoutez divers.
Page 31. ligne 8. ainfi , ôtez ce mot.
Page 38. ligne 12. feuilles , lifez feüillées.
Page 45. ligne 5. du bas , d'autres Princes & ,
ôtez ces mots.
Ibid. ligne 4. du bas , firent , lifez tinrent .
Page so. ligne 16. par , lifez pour.
Page 57 ligne 12. & , ôtez ce mot.
Page 58. ligne 3. du bas , Scapui , liſez Scapir.
Page 63. ligne 2. du bas , Staltinbang , lifez
Saltimbanque.
Page 68. ligne 5. fur deax , lifex fur les deux.
Page 83 ligne 6. du bas , les Officiers , lifez
les Offices .
Page 125. ligne 7. du , lifez au.
Page 137. ligne 6. Arbalatrier , lifez Arbas
lêtrier.
Page 143. ligne 5. Haraces & des Curiales ,
lifez Horaces & des Curiaces.
Le Traité Hiftorique & Chronologi
que du Sacre & Couronnement des Rois
des Reines de France , depuis Clovis
jufqu'à prefent , & de tous les Princes &
Souverains de l'Europe , &c . dont nous
avons déja parlé , fe vend à Paris chez
Bauche Pepingué , Quay des Air
guftins.
MERCURE
LE
DE
DECEMBRE 1722 .
QUE COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVALIER , au Palais .
GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue
S. Jacques , au Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'image Saint
André , Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT Quay des Auguftins, à la
defcente du Pont- neuf , à la Croix d'Or.
M DCC. XXII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
AVIS,
L'A
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M à M. MOREAU
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Le prix eft de 30. fols.
LE
MERCURE
DE
DECEMBRE 1722 .
PIECES FUGITIV ES
en Vers & en Profe.
ODE
SUR LE SACRE DU ROY.
Ccourez, peuples , Dieu lui même
A
S'intereffe à votre bonheur ,
Aujourd'hui fa bonté fuprême
Vous donne un Roy felon fon coeur :
Ciel quelle fplendeur l'environne !
Déja brille dans fa perfonne
Tout l'éclat de la Majefté ;
A ij
Sur
LE MERCURE
Sur le front du jeune Monarque ', ( )
Je vois la pieté qui marque
Le trait de la Divinité .
Offrons , à l'envi , nôtre hommage
Au plus cheri de tous nos Rois ;
Devoir , amour , tout nous engage amour , your
A vivre foumis à fes loix :
Louis , des bons Rois le modele , (b)
Veut aimer un peuple fidele ,
En pere tendre , & genereux ;
?
A peine il a le Diadême ,
Qu'atteftant la verité même
11. jure de nous rendre heureux .
O que la timide innocence
Doit efperer en fa bonté
H' fait ceder à la clemence ,
Les droits de l'exacte équité ;
Déja des victimes fans nombre , (c)
Approchoient du rivage fombre ,
Louis les arrache au trépas :
(a) L'Onction faite par M. l'Archevêque de
Rheims.
(b) Les Promeẞes.
(c) Les Prijonniers.
Senfible
1
DE DECEMBRE 1722.
Senfible à de juftes allarmes,
Ah , Prince ! en effuyant des larmes ,
Que de coeurs ne gagne-tu pas ?
Mais de quel glaive redoutable ( a)
}
Arme- t - on le bras de LOUIS ?. i..
Eft- il quelque tête coupable ?
Eft il encor des ennemis ? t
Va t- il fur les pas des Alcides ,
Rappeller leurs exploits rapides ,
Quel fang à nos yeux va couler....
Louis s'arme contre le crime , A
Le vice feul eft la victime
Que ce glaive doit immoler,
Qu'entends-je ? à ta voix menaçante (b) ?
Tout l'Enfer fremit de courroux ;
Mais que peut fa rage impuiffante
Contre d'inévitables coups
Tes fermens annoncent la foudre, at
Parle , tu vas réduire en poudre
•
Ces monftres que l'Enfer produit ;
Ceneft fait , leur troupe éperduë ,
(a) L'épée de Charlemagne .
T
(b) Les Sermens,
A iij
A
LE MERCURE
A ta parole , confondue ,
Rentre dans l'éternelle nuit.
Ainfi le Maître de la terre
Sçait faire reſpecter la loi ,
Il parle , au bruit de fon tonnerre'
Tout l'Univers tremble d'effroi :
A fa voix , la terre affermie ,
Se rit d'une mer ennemie ,
Et de tous fes fougueux affauts
Il écrit fa loy fur le fable ,
Et c'eft un Arreft immuable
Qui calme la rage des flots.
Tems heureux ! déformais l'impie
N'exhalera plus fes fateurs ;
L'orgueilleufe & fiere herefie
N'ofera fouffer les horreurs ;
On ne verra plus le blafphême ,
Bravant la majefté fuptême ,
Faire pâlir la verité P
Déja le fer brille , étincelle ,
Et d'une bouche criminelle
Punit l'affieufe impieté.
" "
Quoi !
DE
DECEMBRE 1722 .
Quoy ! du fond des Royaumes fombres
S'éleve un monftre audacieux ? (a)
Cent fois replongé dans les ombres
11 paroît encor à nos yeux ?
Point d'honneur ! chimere fatale
Ne viens plus d'une aideur brutale
Tirannifer de nobles coeurs :
Valeur funeſte à la Patrie !
Des vaincus la gloire eft flétrie ,
La mort eft le prix des vainqueurs.
Mais d'un jour fi rempli de charmes
N'allons pas troubler la douceur ,
Banniffons de vaines allarmes
A l'afpect de nôtre bonheur :
Sous de favorables aufpices
Nous goûtons déja les prémices
Du regne même de la paix :
Né pour la gloire de la France ,
PHILIPPE , c'eft à ta prudence
Que nous devons tous ces bienfaits .
Puiffe nôtre Augufte Monarque ,
L'exemple , un jour , des plus grands Rois ,
(a) Le Duel.
A iiij
Braver
$ LE MERGURE
Braver auffi long- temps la Parque
Qu'il aura le coeur des François :
MINISTRE , que Themis avouë ,
Frélat dont tout l'Univers louë
Les grands talens & les vertus ;
Si j'en crois ton zele fincere ,
Renaîtra fous ton Miniftere
Le doux empire de TITUS.
FRANC. XAY. DE TILLY , D. L. C. D. J
REMARQUES fur une Differtation
de M. de Camps , Abbé de Signy.
C
E n'eft point par efprit de critique,
mais par un pur amour pour la verité
de l'Hiftoire que je me vois contraint
d'avertir ici le public des fautes qui fe
trouvent dans la Differtation Hiftorique
du Sacre des Rois de France , inferée dans
le Supplement du Mercure de May 1722 .
L'Auteur qui y infinue que le Sacre de
nos Rois ne doit fe faire que les jours de
Dimanche ou de Fête , datte celui de
Pepin du 8. Juillet 754. Or l'on avoit
en cette année F. pour lettre Dominicale ,
le 8. Juillet échût par confequent un Lundy
DE DECEMBRE 1722.
'dy qui n'étoit pas Fête. La vraye datte eft
du Dimanche 28. Juillet. De plus ce Roy
ne mourut pas le 26. Septembre 768 .
comme l'écrit l'Auteur , mais le 24 .
Il nous embaraffe fort fur le chapitre
d'Eudes qu'il dit avoir été couronné à
Compiegne au mois de Janvier 887. c'eft ,
felon lui , fuivant le ftile ancien , puifqu'il
écrit plus bas que Eudes fut reconnu
Roy , Regent , & Adminiftrateur de la
Couronne durant la minorité de Charles
le Simple , vers l'Automne 887. & qu'ainfi
fa premiere année courut depuis l'Automne
de l'année 887. jufqu'à l'Automne
de l'année 888. Quand on dit qu'un
Prince a commencé fon regne vers l'Automne
, on eft difpofé à croire que ç'a été
vers le 22. Septembre. Mais comment
M. l'Abbé de Camps accordera-t'il cela
avec la Charte du même Eudes , confer
vée à Langres , dont on lui a envoyé une
copie exacte , par laquelle il affure avoir
été confirmé dans fon opinion . Cette
Charte eft dattée du 18. des Calendes de
Janvier 888. & la premiere année du red'Eudes
. Or fi ce Prince avoit été
proclamé Roy ou Regent dès le 227
Septembre 887. comme l'Auteur le prétend
, cette Charte du 15. Decembre 888.-
devroit necellairement être de la feconde:
année de fon regne. Si au contraire , om
gne
Av ne
10 LE MERCURE
ne commence à compter les années de ce
regne que du jour de fon couronnement
en Janvier 888. fuivant le ftile ufité aujourd'hui
, la datte de la Charte de Langres
fera fort jufte , & conforme à l'Indiction
VI. qui s'y trouve ; cette Indiction
ayant commencé d'être comptée dèsle
24. Septembre précedent , fuivant l'u
fage des Empereurs d'Occident.
On nous jette dans un autre embarras ,
lorfque l'on cite deux Chartes du même
Eudes , rapportées par M. Baluze ; elles
font toutes deux des Ides , c'eft à- dire du
13. de Juin 888. Indiction VI. Maiscomme
elles font de la feconde année du
regne d'Eudes , cette datte ne renverſet'elle
pas
le fyftême de l'Auteur de la
Differtation qui n'a fait commencer let
regne de ce Prince que vers le 22. Septembre
precedent ? D'un autre côté comment
la datte de la Charte de Langres
pofterieure de fix mois aux deux autres ,
porte - t'elle qu'elle eft de la premiere année
du regne d'Eudes. La queftion eft de
fçavoir furquoi doit tomber la datte de
l'année marquée dans cette Charte , out
fur le 1. Janvier 888. en fuppofant que
cette année aura commencé d'être comptée
dès le jour de Noël , ainfi que nos
bons Auteurs foutiennent qu'il fe pratiquoit
fous la race des Carlovingiens , témoin:
DE
DECEMBRE 1722 II
moin la datte du couronnement de Charlemagne
comme Empereur , que l'on met
au jour de Noël 801. qui n'étoit encore
que l'an 800. fuivant nôtre calcul prefent;
ou fi cette datte de 888. doit tomber fur
le 15. Decembre precedent 18. des Calendes
de Janvier . Je foutiens que cette
Charte de Langres eft dattée du IS. Decembre
888. J'en tire la preuve de l'Indiction
VII. qui y eft marquée . Cette
Indiction eft certainement celle de l'année
889. mais elle avoit commencé d'être
employée dès le 24. Septembre 888 .
fuivant l'ufage des Empereurs d'Occident.
De ce principe il faut conclure neceffairement
que la Charte de Langres
ayant été donnée la premiere année du
regne d'Eudes , les années de ce regne
n'ont dû commencer à être comptéesque
du jour du couronnement de ce Prince
en Janvier 888. fuivant le ftile ufité
dès ce temps-là dans l'Eglife Romaine ,
& que nous fuivons aujourd'hui ; par
confequent l'on s'eft trompé quand on a
dit que cette premiere année courut de--
puis l'Automne de l'année 887. juſqu'à
l'Automne de l'année 888.
J'ofe auffi fupplier nôtre Auteur qui a
tant recueilli de Chartes de nos Rois dénous
expliquer comment il
peut entendre
celle de Charles le Gras , en faveur de
A vj l'Eglife
12
LE MERCURE
l'Eglife de Gironne , rapportée auffi pas
Baluze. Elle eft du 1. Janvier , Indiction
VI. la feconde année de l'Empire de
Charles dans les Gaules. Suivant l'Indiction
elle doit être du 1. Janvier 888.
mais comment ce Prince qui avoit commencé
d'adminiftrer le Royaume immediatement
après la mort du Roy Carloman
, arrivée dès le 6. Decembre 884.
ne comptoit il au 1. Janvier 888. que la
feconde année de fon regne , ou fi l'on
veut de la Regence en France ? De plus
il étoit alors hors du Royaume , & même
avoit été dépofé de l'Empire au mois de
Novembre precedent .On ne peut être trop
en garde contre ces fortes d'actes. Quand
on les examine de près , l'on a de grandes
fufpicions contre leur authenticité . Les
fabricateurs d'anciennes Chartes ont fouvent
manqué d'exactitude pour bien faire
quadrer les dattes qu'ils y mettoient.
M. l'Abbé de Camps dit que Louis
d'Outremer fut facré le 20. Juin 936. &
ce fut le Dimanche 19. B. étoit la lettre
Dominicale. Il place auffi le Sacre de
Lothaire au 13. Novembre 954. & il
avoit été fait la veille qui étoit un Dimanche
, la lettre A. étoit la Dominicale.
Ce n'eft à chacun de ces Sacres qu'un
our de difference , mais on demande de
j'exactitude pour ces fortes d'époques.
Π
DE DECEMBRE 1722: I
Il y a auffi erreur à la datte du Sacre
du Roy Robert. On la met au 30. Janvier
987. vieux ftile. C'eût été un Lundy,
attendu la lettre Dominicale A. & cette
ceremonie s'étoit faite dès le Dimanche
. du même mois Fête de la Circoncifion
M. l'Abbé foutient que Hugues , fils
aîné du Roy Robert n'avoit que 18. ans
lorfqu'il mourut le 17. Septembre 1026.
& qu'ilétoit né par confequent l'an 1008.-
d'où il s'enfuit , dit- il , qu'on ne peut fi
xer la naiffance du Roy Henry , ſon frere
puîné , plutôt que l'an 1009. L'Auteur
appuye fon fentiment fur l'autorité de
Glaber , & marque l'endroit où fetrouve
La citation chez du Chefne , Tome IV.
des Hiftor. François , pag. 26. Mais il
me femble qu'il s'eft trompé ; car voici
comment Glaber s'exprime dans un feul
vers fur l'âge du Prince Hugues , lorf
qu'il mourut.
Ter denis minus excreverat duobus
Qui de trois fois dix ôte deux , refte.
pour 28..
Le Sacre de Philippe 1. fe fit le jour
de la Pentecôte l'an ro59 . cela eft certain
, mais cette Fête échût le 23. May
& non pas le 27. comme le porte la Differtation,
la lettre C. étoit la Dominicale.
و
M..
#4 LE MERCURE
M. l'Abbé place celui de Louis VI .
dit le Gros au jour de l'Invention de
S. Eftienne 3. Aouft 1106. double erreur,
cette ceremonie fur le Dimanche 2. Aouft
1108. Fête de S. Eftienne Pape , le D.
étoit la lettre Dominicale , & le pere de
ce Prince , du vivant duquel il n'avoit
pas été couronné , n'étoit mort que le
Mercredy precedent 29. Juillet.
La Reine Ifabelle , femme de Philippe
Augufte fut couronnée , nous dit-on , le
29. May jour de l'Afcenfion 1181. Dans
cette année où l'on avoit D. pour lettre
Dominicale , cette Fête échût le 14. May,
& le couronnement s'étoit fait l'année
precedente , au jour & Fête marquez
dans la Differtation . Il eft vrai que Rigord
a dit que ce fut le 1. Juin , Fête de
Afcenfion 1181. c'eft une erreur , tant
pour le jour que pour l'année. Il y a auff
un Anachronisme pour le Sacre de Saint
Louis on le met au lendemain de la Fête
de S. André 1226. & il avoit été fait la
veille de cette Fête 29. Novembre , premier
Dimanche de l'Avent , la lettre D.
étoit la Dominicale.
M. l'Abbé de Camps rapporte la naiffance
de Philippe II . au 20. Aouft 1175 .
c'est une erreur de 10. années. Ce Roy
nâquit la nuit du Samedy au Dimanche
22. Acuft 1165. s'il n'eut vû le jour qu'en
1175.
DE DECEMBRE 17227
1175. auroit- il pû être pere en 1187. que
fon fils nâquit ? Il y a double erreur fur
la naiffance de ce fils , qui fut le Roy
Louis VIII. on la place au Lundy 5
Septembre 1187. & ce fut le Jeudy 3 .
Septembre. On avoit D.pour lettre Dominicale
, & ce mois commença par un Mar
dy. Il eft vrai que Rigord a dit le 5+ mais
il n'a pas défigné le jour de la femaine.-
Le Differtateur a fuivi Guillaume de
Nangis , qui dans la vie du Roy Philippe
III. a placé le Sacre de ce Prince au
jour de l ' Affomption 1271. Mais comme ce
même Auteur a dit dans fa chronique que
·les ceremonies furent faites le lendemain
de laDécollation de S.Jean - Baptifte , c'eſtà
- dire le 30. Aouft , on demande à laquelle
de ces deux Epoques on doit s'en
tenir. Cette contradiction dans un Auteurs
contemporain , ( car ce Moine de S. Denis
mourut en 1302. ) vaut bien celle
d'Eginard au fujet du Sacre de Pepin, &
merite bien que M. l'Abbé de Camps fe
donne la peine de l'éclaircir , comme il
promet de faire obferver celles d'Eginard
dans une Differtation qu'il doit donner
au public.
On pourroit contefter à l'Auteur la
datte de la mort de Philippe III . y ayant
eu là - deffus divers fentimens ; les uns
Font placée au Dimanche avant la Saint
Michel
16 LE MERCURE
Michel 23. Septembre , d'autres au 21
Octobre . M. l'Abbé la met au 6. de ce
mois , & cite Nangis ; mais ce Religieux
n'a nullement marqué dans fes deux ouvrages
le jour auquel ce Prince mourut ,
la petite Chronique de S. Denis dit que
ce fut le 5. Octobre 1285. & cette datte
paroît la plus jufte. Quelques - uns ont
prolongé la vie de ce Prince jufqu'au 15 .
du même mois , mais pour les convaincre
d'erreur il ne faut que lire une Charte
rapportée par Perard , elle eft de Fhilippe
le Bel, fils & fucceffeur de Philippe
III. furnommé le Hardy , & eft dattée
de Narbonne le Mardy 9. Octobre 1285.
Ce Prince y dit qu'il la fcelle de fon
Sceau , dont il ufoit avant que d'être
parvenu au Gouvernement du Royaume ,
promettant de la faire fceller de celui de
la Couronne dès qu'il l'aura reçû .
La Differtation marque le Sacre de
Louis Hutin au 3. Aouft 1315. & ce fut
le Dimanche après l'Octave de l'Affomption
24. du même mois. Elle met celui
de Philippe V. le Dimanche après les
Rois 1316. c'eft vieux ftile . En effet ,
cette datte fe trouve dans un titre de la
Chambre des Comptes . Cependant tous
les Auteurs ont écrit que ce fut le Jeudy
6. Janvier Fête de l'Epiphanie. Enfin on
place le Couronnement de Charles IV .
au
DE
DECEMBRE 1722. 17
au 12. Fevrier 1321. c'eft vieux ftile , &
' eut été un Vendredy , car on avoit C.
pour lettre Dominicale. Mais la ceremo
nie s'en fit le Dimanche de la Quinqua
gefime 21. du même mois.
Nôtre Auteur dit que le Sacre de
Charles VI . fut le 25. Octobre 1380.
ç'eût été un Jeudy , d'autres ont dit le
28. quelques-uns d'après Froiffart ont
écrit le jour de la Touffains . Il y a erreur
chez cet ancien Chroniqueur , en ce qu'il
dit le Dimanche jour de la Touffains ,
car cette année là où l'on avoit le G. pour
lettre Dominicale , cette Fête échût un
Jeudy. La vraie datte eft le Dimanche'
dans l'Octave de tous les Saints 4. Novembre.
Il y a une faute d'impreffion
chez Marlot , où on lit le jour de la
Touffains 1381 .
L'Auteur auroit pû fixer le Sacre de
Charles VII. au Dimanche 17. Juillet
1429 fans dire fimplement au mois de
Juillet.
-Il est tombé fur le Sacre de Henry II
dans une erreur , dont il a l'obligation à
Godefroy. Celui- ci en faiſant imprimer
la Relation de cette ceremonie , où il eſt
dit que le Roy Henry II . arriva à Rheims
fe 25. Juillet 1547. qu'il affiſta le même
jour aux premieres Vêpres dans l'Eglife
Metropolitaine , & que le lendemain 26.
Fête
18 LE MERCURE
Fête de Sainte Anne il y fut facré , crût
devoir mettre une notte marginale à cer
endroit pour avertir que la Fête de Sainte
Anne échet le 28. Juillet , & au titre de
cette Relation , il mit que le Sacre s'étoit
fait le 28. Juillet. Ce qui induifit Godefroy
à erreur , c'eft qu'il demeuroit à
Paris où la Fête de la Mere de la Sainte
Vierge fe celebre ce jour-là , à caufe que
le 26. qui eft fon jour naturel eft occupé
dans ce Diocéle de la folemnité de la
Tranflation de S. Marcel , Evêque de
Paris. Mais par tout ailleurs on fait la
Fête de Sainte Anne , ( & autrefois avec
ceffation . d'oeuvres manuelles ) le 26.
Juillet.
Enfin on met ( pag . 100. ) le Sacre
d'Henry III. au 15. Fevrier 1575. & ce
fur le Dimanche de la Quinquagefime
13. de ce mois la lettre B. étoit la Dominicale.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXME
VERS adreffez à un jeune homme qu'on
veut détourner de la Poëfie.
ALeippe gueris-toi d'une vaine manie
Laiffe le froid Damis ennuyer fon lecteur,
Que de plus nobles foins occupent ton genie ,
C'eſt un mauvais métier que celui de rimeur.
Clicon
DE DECEMBRE 1722. 199
Cliton a fait un livre , on le prône , on l'admire,
La preffe en eft l'écueil il trouve maint cenfeur,
Le Libraire fe plaint , le Poëte foupire ,
C'eft un mauvais métier que celui de rimeur.
Il faut abfolument ramper avec Lucile ,
Ou bien de l'art des vers atteindre la hauteur ,
Le chemin en eft long , gliffant & difficile ,
C'eſt un mauvais métier que celui de rimeur.
1
Réüffi-tu , dèflors l'envie au front cinique ,
Fronde dans fes difcours , & l'ouvrage , &
l'Auteur ,
A tout moment en butte aux traits de la crí
tique ,
C'eft un mauvais métier que celui de rimeur.
Si Pegafe pour toi n'eft qu'un franc haridelle,
Comme il eft pour Clindor , fervile imitateur
Tu verras tes écrits habiller la canelle ,
C'eſt un mauvais métier que celui de rimeur.
Que fi ponr foulager ton indigence extrême,
Tu veux auprès des grands t'ériger en flateur ,
Tu pourrois bien dans l'an jeûner plus d'un
carême ,
C'eft un mauvais métier que celui de rimeur.
Apollon
10
LE
MERCURE
Apollon te promet beaucoup de renommée ;
Rien de plus vuide au fonds ; cet éclat impofs
teur
Ne peut guere affouvir une mule affamée ,
C'eſt un mauvais métier que celui de Rimeura
Tu chauffes le Cothurne , & parois fur la
Scene ,
Prends garde , le Public eft d'une étrange humeur
,
Pour lui plaire aujourd'hui , quelque foin que'
l'on prenne ,
C'est un mauvais métier que celui d'un imeur .
Mais non , & ton penchant te porte à la ſa
tyre ,
Penchant pernicieux , crois - moi , plus d'un Auteur
A fouvent payé cher le plaifirde médire ,
C'eſt un mauvaïs métier que celui de Rimeur.
Souffre
guide,
pour un moment que la raifon te
Et fans plus t'entêter d'un chimerique honneur,
A des amuſemens prefere un bien folide ,
C'eſt un mauvais métier que celui de Rimeur.
Par leP. de Poney ,Jef.
RELATION
DE DECEMBRE 1722. 21
kakakakakakakakakikik
RELATION de ce qui s'eft passé au fujet
d'une fille prétendue poff dée , avec
des reflexions fur les fauffes poffeffions.
V
être exor-
Ers la fin du Carême de l'année
derniere 1721. on amena à la ville
d'Eu , une fille , qui étoit fervante chez
le Meûnier du Village de Bailly - en- Riviere
, au Comté d'Eu , pour y
cifée , parce qu'on la difoit poffedée : les
perfonnes aufquelles on l'adreffa , ayant
voulu avoir mon fentiment , avant que
de proceder aux exorcifmes , me l'amenerent
, & voici l'état où je la trouvai.
Elle me parut âgée d'environ 24.ans,d'un
air trifte & abbatu , & dans une legere &
continuelle agitation , parlant d'une voix
entrecoupée & mêlée de frequens foupirs.
Je l'interrogeai fur fon mal , elle me dit,
que lorfqu'il venoit à redoubler , elle fentoit
d'abord un remuement dans le ventre
, & quelque chofe qui s'y élevoit avec
une espece de fautillement ; qu'enfuite
elle fe trouvoit oppreffée d'un ferrement
de poitrine & d'un étranglement à la
gorge ; après quoi il lui furvenoit un mal
de tête , qui étoit fuivi de mouvemens
convulfifs qui commençoient , tantôt
par
22 LE MERCURE
par un bras & tantôt par l'autre , ce qui
Te terminoit par une agitation violente de
tout le corps. Enfin il me fut dit par fa
maîtreffe qui l'accompagnoit , que toutes
ces incommoditez avoient fuccedé à une
frevre intermittente , dont la fille avoit
été attaquée.
:
Sur cet expofé , il me fut aifé de conclure
, & de dire hautement , que tous
ces fymptômes étoient les effets de fimples
vapeurs hifteriques affez ordinaires
aux femmes , & que le diable n'y avoit
aucune part. A ce mot la fille treffaillit ,
ce qu'elle faifoit , à ce qu'il me fut dit ,
autant de fois qu'elle l'entendoit prononcer.
Pour juftifier ce que j'avançois , je
pris deux petites boëtes , dans une delquelles
il y avoit des Reliques , & dans
autre du tabac je les lui prefentai l'une
après l'autre , & lui ayant donné adroitement
occafion de s'y tromper , il arriva
juſtement , que , croyant tenir dans ſa.
main celle où étoient les Reliques , elle
s'agita érrangement , fe jettant à terre ,
difant qu'elle n'en pouvoit plus tant elle
fouffroit de douleurs , quoiqu'il n'y eut
veritablement que du tabac dans cette
boëte , pendant qu'elle n'avoit pas fait la
moindre grimace , lorfqu'elle avoit tenu
dans fa main celle où étoient les Reliques.
Tous ceux qui étoient prefens ,
demeuDE
DECEMBRE 1722. 23
demeurerent parfaitement convaincus
qu'elle n'avoit effectivement que des vapeurs
, & qu'elle n'étoit aucunement poffedée
, ce qui fut caufe qu'on ne proceda
pas aux exorcifmes.
› Il n'en fut pas de même de la fille , de
fon maître & de fa maîtreffe , lefquelles,
quoiqu'on pût dire , perfifterent de croire
qu'elle étoit veritablement poffedée.
Ayant d'ailleurs trouvé un bon Curé de
leur voifinage , qui entra dans leur efprit,
elle fut enfin exorcifée en public & avec
éclat. L'Exorcifte interrogea d'abord le
prétendu demon , pour fçavoir par quel
moyen il étoit entré dans le corps de cette
fille . Ce prétendu démon répondit , que
c'étoit un valet , qui avoit demeuré avec
elle , qui l'avoit obligé d'y entrer , par
un verre de cidre qu'il lui avoit fait boire.
On demanda enfuite à ce demon
quel étoit fon nom . La fille continua de
répondre pour lui , qu'il s'appelloit Robert
le Diable , parce qu'ayant apparem
ment entendu parler de l'hiftoire fabuleufe
qui porte ce titre , elle croyoit que
c'étoit le nom de quelque demon , n'en
fçachant pas
d'autre.
Quoique cela feul dût fuffire aux perfonnes
tant foit peu intelligentes , pour
reconnoître la fauffeté de cette poffeffion ,
cela fervit au contraire beaucoup pour le
faire
24 MERCURE LE
faire croire indubitable. On y accourut
auffi - tôt de toutes parts , non feulement
des environs , mais de Roiien , de Neuchâtel
, de la ville d'Eu , & particulierement
de Dieppe , on publioit des prodiges
de cette poffeffion , la poffedée parloit
& entendoit le Latin , elle reveloit
les chofes les plus fecrettes & les plus inconnues
, elle renverfoit fix hommes des
plus robuftes.
Comme on ne parloit d'autre chofe
une perfonne , autant diftinguée par
naiffance ,,
que refpectable par fon merite
particulier , voulant s'inftruire par foimême
de tout ce qu'on en difoit , fou
haitta que je l'y accompagnafle avec quelques
autres perfonnes éclairées , nous fûmes
donc témoins de ces fameux exorcifmes
, quoiqu'avec peine : l'Exorcifte nous
regardant comme des incredules , ce qui
fut caufe qu'il ne nous fût permis d'y
être prefens , qu'à condition que nous y
garderions un grand filence.
Voici ce que nous obfervâmes. Les
prieres , les fignes de croix qu'on faifoit
fur cette fille , la Croix qu'on lui donnoit
à baifer , l'Eau-benîte qu'on jettoit
fur elle l'agitoient violemment , & elle
ne les touchoit qu'après de grandes &
de longues refiftances. Elle obéiffoit
neanmoins à la fin , quoiqu'à la verité on
ne
DE NOVEMBRE 1722. 25
ne lui commandât qu'en latin ; mais une
chofe furprenoit ; fçavoir , que pendant
qu'elle apportoit tant de refiſtance à toucher
la Croix , ou des Reliques , elle recevoit
la fainte Hoftie en communiant
fans la moindre agitation , & fans y apporter
aucune difficulté . Lorfque l'Exorcifte
commandoit au demon de paffer ,
foit dans le bras ou ailleurs , l'on y appercevoit
fouvent des mouvemens qui paroiffoient
convulfifs , & lors des plus grandes
agitations , s'il ordonnoit au demon
de fe taire en lui parlant latin , la fille ſe
tranquillifoit ordinairement au même inftant.
D'un autre côté , elle ne dit jamais
un mot latin: bien loin de cela , l'Exor--
cifte lui ayant commandé en cette langue
, d'une maniere très - intelligible & à
diverfes fois , de mettre fa main gauche
dans l'Eau - benîte , elle y mit fa droite ;
& ayant commandé également en latin au
demon de paffer dans les jointures des
doigts , il n'y obeït jamais , quelque inftance
qu'on pút lui faire.
Quant aux efforts violens qu'elle faifoit
contre ceux qui la tenoient , il ne nous
parut pas qu'il y eut rien qui furpaffât
la force naturelle qu'elle pouvoit avoir
à l'égard de ce que l'Exorcifte lui difoit
en latin , nous remarquâmes qu'il lui reperoit
prefque toûjours les mêmes com-
B man26
LE MERCURE
mandemens & en mêmes termes &
› que
les tons dont il ufoit , l'aidoient beaucoup
à lui faire entendre ce qu'il lui ordonnoit
de faire , de maniere que nous
tombâmes tous d'accord , qu'il n'y avoit
rien que de naturel dans tout ce manege.
On publia neanmoins quelque temps
après , qu'il s'étoit fait un autre exorcifme
, où il s'étoit paffé des chofes qui devoient
lever tous les doutes ; mais le tout
ayant été communiqué à feu M. Bazin
de Bezons, Archevêque de Rouen , il fit
défence de continuer ces Exorciſines , ne
voyant dans tout ce qui lui en fut rapporté
, aucune marque de veritable poffeflion .
Les Exorcifmes ceffez , la fille reprit
plus de tranquillité , & dormit plus douce .
ment la nuit. Il lui eft feulement refté
quelques legeres agitations , qui fe renouvellent
de temps en temps , à quoi ceux
qui font auprès d'elle contribuent beaucoup
, l'entretenant toûjours dans la même
penfée qu'elle eft poffedée.
LETTRE aux Auteurs du Mercure.
Vfieurs ,beaucoup de nouvelles , tout
n'aurez pas aujourd'hui , Mefroule
fur le Sacre où je n'ai pas été : &
je n'en préviendrai pas les relations fur
des
DE DECEMBRE 1722. 27
des rapports incertains .
On étale depuis quelque temps le portrait
de M. le Cardinal du Bois , au bas
duquel on lit ces vers .
Les dignitez dans ce Prelat
Brillent avec beaucoup d'éclat ;
Le Heros qui le favorife ,
Et qui cherit l'efprit foutenu du bon fens,
A voulu que l'Etat , auffi bien que l'Eglife ,
Profitaflent de fes talens.
Des gens d'efprit ont fort loiié celas
Pour moi , qui trouve bon tout ce qui eft
vrai , je n'ai point contredit . Mais outre
que dans ces fortes d'ouvrages il faut
une grande brieveté , celui dont il s'agit
eft fi commun , que je ne vois pas qu'on
en pût faire honneur aux Cardinaux
d'Amboife , de Richelieu & de Mazarin
, comme à M. le Cardinal du Bois .
Trouvez donc quelque chofe qui lui
foit propre , & l'exprimez en moins de
paroles c'eft l'objection que je me fuis
faite. Pour y répondre , voici ce que j'ai
rimé :
Le Miniftre que tu vois là ,
Entre ceux qu'admira la France
Bij Eft
28 MERCURE LE
Eft celui qui toujours avance ,
Et qui jamais ne recula.
Je ne me flatte point d'avoir fi bien
rencontré , qu'on ne puiffe mieux ; mais
j'ofe croire que fi S. E. pouvoit fouffrir
une loüange , & qu'elle daignât choisir
du quatrain ou du ſixain , je n'aurois pas
à craindre la comparaifon . Je ferois bien
aife de fçavoir fi vous étes de mon fentiment.
Je fuis , & c .:
LE TO UT
ET LA
J
PARTIE.
DIALOGUE.
La Partie.
E veux me feparer de toi , & tirer de
moi feule tout mon prix . Onpourroit
croire que je te dois tout ce que je vaux.
Le Tout.
Eft- ce que tu es jaloufe de me devoir
une partie de ton excellence ? mais quel
eft ton deffein ; & feras- tu lorique
que
DE DECEMBRE 1722. 29
ta feras ainfi feparée de moi ?
un
La Partie.
La belle demande vraiment je ferai
tout moi -même : je ferai indépendante.
>
Le Tout.
Oh ! fi tu le prends par là , il n'eſt
point de partie qui n'aye d'autres parties
, & qui par confequent ne foit un
tout confideré dans cette vûë ; mais
il faut voir fi ce tout n'eſt point fait pour
un tout plus excellent que lui . Tu auras
beau être ifolée , on verra toûjours que
tu es faite pour mmooii ,, qquuee ttuu eess déplacée,
& que tu n'es qu'une rebelle.
La Partie.
mais Tes raifons me convainquent
elles ne font pas affez fortes pour vaincre
cette envie , que j'ai de me feparer
de toi. Il me femble toûjours que
ferai heureuſe , fi …..
Le Tout.
Je veux te prendre par ton foible ; car
je vois bien que ce n'eft que la vanité qui
veur te faire feparer de moi : & bien ,
je te dirai que c'eft à toi , & à tes femblables
unies enfemble , que je dois tout
Bij
ce
30 LE MERCURE
"
ce que je fuis , c'eft vous autres , Mefde
moifelles les Parties , qui me formez , je'
nais de vôtre affemblage , je vous dois
tout ce que je fuis. Separez - vous , je ne
fuis plus. Tu vois donc bien que loin de
me prévaloir , je ne veux feulement que
t'engager à demeurer unie à tes femblables
pour ne pas perir moi- même.
La Partie.
Je vois que tu ramenes toutes chofes à
ton interêt.
Le Tout.
Mon intereft eft loüable , & n'a aucun
de ces défauts qu'on remarque dans
les interêts particuliers qui gâtent , qui
ruinent tout .
La Partie.
Oh je cherche le mien , moi , où je
le trouve. Lorfque nous ferons toutes
unies , nous ferons un tout admirable ;
j'en conviens ; mais trouve- t- on aujourd'hui
beaucoup de gens qui connoiffent
les beautez du tout enfemble ? il y a trop
de chofes à examiner à un tout . Les hommes
fe plaifent davantage à confiderer
une partie , ainfi leur eftime tombera
toute entiere fur moi. Après cela ai - je
tort de vouloir me feparer .
Le
DE
DECEMBRE 1722 . 31
Le Touts
Prends garde à ce que tu veux faire ,
tu pourrois bien , feparée de moi , être
très-méprifable & très-odieufe. Confide
re les parties du corps humain , unies
enfemble , elles font un tout , d'où refulte
cette beauté qui ravit les Dieux &
les hommes feparées , elles font horribles
à voir. Je donne de la beauté à ce
que tu peux avoir de defagreable , de diffonances
, je vous change en accords les
plus harmonieux ; mais d'ailleurs n'eft- ce
pas pour toi une plus grande fatisfaction,
de fçavoir tout ce que tu vaux unie avec
le tout , quoique moins eftimée ; que d'être
en plus grande eftime , & fçavoir en
toi-même que tu en vaux beaucoup moins ?
Le témoignage que tu te rends , n'eſtil
pas plus délicieux pour toi , que celui
que les hommes injuftes & prévenus peuvent
te rendre ?
La Partie.
C'eft-là du vieux langage ; aujourd'hui
on parle bien autrement ; mais venons au
fait . Sçais - tu que pour bien connoître
une chofe , les Philofophes difent qu'il
faut la divifer par fes parties. Comment
veux-tu donc que je fois connue unie avec
tol, puifqu'il faut au contraire qu'on nous
B iiij fepare
32 LE MERCURE
1epare pour être connus ?
Le Tout.
L'efprit de l'homme n'eft pas affez
éclairé pour me connoître d'une feule
vûë ; il faut qu'il fepare les parties , qu'il
les examine , qu'il les compare ; mais ce
n'eft que pour les unir enfuite, & en faire
un tout qui eft redevable ( je te l'ai déja
avoué ) à chaque partie , des beautez
qu'on remarque en lui ; car fes beautezne
font point l'ouvrage du caprice , ou du
hazard. Une heureufe faillie peut faire
quelquefois une partie ; mais le tout enfemble
eft l'ouvrage d'une fageffe profonde.
Que de proportions , que de rapports
, que d'harmonie dans un tout ! la
beauté d'une partie peut caufer quelque
plaifir ; mais celui qui comprend bien les
beautez du tout enfemble , eft comme
enyvré d'une joye toute divine. Tu dois
t'en rapporter au fentiment du tout qui te
parle ; crois-moi , demeure toûjours unie
à lui ; c'eft ainfi qu'on verroit regner un
ordre adinirable parmi les hommes , s'ils
avoient foin que toutes les parties fuffent
unies à leur tout , & c'eft ainfi que tout
homme feroit heureux , s'il regloit fi bien
toutes les actions , qu'elles fiffent entre
elles un tout harmonieux . Encore un coup,
fonge à ce que tu feras fi tu es toute feule;
DE DECEMBRE 1722. 33
le ; & confidere les avantages que tu retireras
de ton union avec moi . Vois , par
exemple , ce qui fait la puiffance d'un
Etat ; c'eft l'union des parties qui le compofent.
Si chaque particulier fe feparoit
pour être à lui feul , cet Etat fi beau , fi
refpecté , fi redoutable , cefferoit d'être
auffi- tôt ; ce ne feroit plus que des mem
bres épars , fans force , fans foûtien , &
qui n'auroient aucune liaiſon enſemble.
La Partie
Je découvre trop d'avantage à m'unir
à toi. J'y demeure donc attachée. Puiffent
toutes mes femblables ne te quitter
jamais , pour n'être toutes enfemble avec
toi qu'une même choſe.
Cette Piece eft de M. de Chanfierge ,
Auteur des avantures de Neoptoleme ,
qui doit prefenter au Roi un nouvel Ouvrage
, intitulé , l'Idée d'un Roy parfait
, où il eft traité de la veritable gran
deur , & des moyens de l'acquerir.
.
茶茶
By -Vers
34
LE MERCURE
1
XX:XXXXXXXXXXXXX
Vers fur Madame la Comteffe de Turbilly,
par M. de Rochamb ***
C
Es jours paffez avint par avanture ,
Qu'encertain licu fus conduit par l'amours
Là j'apperçus briller dans tout leur jour ,
Maintes beautez rares dans la nature ;
Bonne trouvai pour moi la conjoncture ,
Et n'eus de fort alors voulu changer ,
Mon coeur dût- il encourir du danger ;
De ces beautez j'étudiois les charmes,
Quand amour dit , vois qui tu veux aimer ,
Je lui ferai bien - tôt rendre les armes ,
Et tu n'auras de peine à la charmer ;
Lors s'apparut une jeune Déeffe ,
Qui trop pouvoit attirer la tendreffe ,
Son enjouement , fon air vif, fon efprit ,
Et mille appas aufquels mon coeur fe prit ,
Scurent d'abord faire éclater ma Al âme ;
C'eft celle ci , dis je , pour qui mon ame
Se fent éprife , or me chaud de fçavoir ;
Comme nommez cette belle immortelle ,
DE DECEMBRE 1722. 35
Car en ceci ne crois me decevoir ,
Divine elle eft , fon maintien le decele ,
Ouy , dit amour ; fon nom eft Turbilly ;
A ce nom là de nouveau treffaillis ,
Puis, dis au Dieu, la prens pour ma maîtr effe,
Seule elle va captiver ma tendreſſe .
Je le croi bien , reprit il plein d'émoi ,
Mais n'attend pas que tu puiffe lui plaire ,
Onc´n'a voulu fe foumettre à ma loi ;
Que fi j'eus pû la rendre moins fevere ,
Elle eut regné fur Paphos & Cithere ,
Et n'auroit fait d'heureux auftre que moi .
EXPLICATION d'une Pendule nouvellement
imaginée , pour marquer
exactement lesEquations du temps, prefentée
à l'Académie Royale des Sciences,
par M. le Bon, Horloger , demeu--
rant à Paris , PlaceDauphine.
C'est - à - dire , qu'elle marque le vrai mouvement
du Soleil , & les differences
qu'il y a chaque jour avec le mouvément
moyen , & avec celui des Etoiles
fixes pendant tout le cours de l'année.
Oeft bien conftruite , & qu'elle eft
N fuppofe d'abord que la Pendule
B vj
fem36
LE
MERCURE
femblable dans fon principe à celle
que
j'ai eu l'honneur de faire voir à l'Acadénie
, dans une pareille Affemblée .
Une partie de l'artifice fe fait par des
Cadrans mobiles que j'ai imaginez , &
que je vais expliquer , auffi - bien que la
machine qui les fait mouvoir , & leurs
aiguilles.
Le bord exterieur du grand Cadran ,
qui eft au bas de la Pendule , eft divifé
en 365. pour marquer tous les jours d'une
année & les douze mois.
Dans ce Cadran il y en a deux autres
concentriques , de 24 heures chacun
, dont un eft pour marquer le temps
vrai du Soleil , & l'autre pour marquer le
temps moyen.
On y voit auffi le Soleil qui marque fa
vraye heure , & qui fe leve & fe couche
chaque jour à la vraie heure qui convient
à Paris.
An deffus de ce grand Cadran , l'on a
placé trois autres Cadrans moyens & concentriques
, pour marquer les minutes ,
fçavoir , dans le plus grand font les mintes
du mouvement des Etoiles fixes . Dans
le fecond Cadran font les minutes du
temps moyen.Et dans le troifiéme font les
minutes du temps vrai du Soleil.
Dans l'enceinte des trois Cadrans à mirutes
, & tout au haut , on a placé trois
autres
DE DECEMBRE 1722 ; 57
autres petits Cadrans concentriques ,
pour marquer les fecondes , & chacun
de ces Cadrans a relation avec les Cadrans
à heures & minutes , qui ont le même
titre .
Le petit Cadran , qui eft au centre des
Cadrans à minutes , eft celui qui fert pour
faire fonner là Pendule à volonté , enmettant
fon éguille , comme font celles
d'un des trois mouvemens que Pon peut.
choifir comme on voudra..
Et afin de ne point alterer la jufteffe de
la Pendule , nous tirons toutes les forces.
dont nous avons befoin , du mouvement
qui fait aller la fonnerie.
Et comme la difference du temps vrai
au temps moyen , eft donnée chaquejour
à midi , dans la connoiffance des temps
faite par ordre de l'Académie , nous faifons
faire nos changemens à midi , &
cela jufqu'à la feconde précife.
Mais pour le changement du mouve
ment des Etoiles fixes , qui fest à juftifier
la verité de mon équation , j'ai jugó
le devoir faire depuis les huit heures du
matin , jufqu'à quatre du foir , afin qu'il
en coûtât moins de force au mouvement
de la fonnerie; & cette force étant diftribuée
en huit heures de temps , qui eft celui
du plus petit jour d'hiver où les
Etoiles ne font pas vifibles , tout fe trou-
,
Ve
38
( LE
MERCURE
ve en état , lorfque l'on peut faire les
obfervations fur les Etoiles fixes .
Pour le mouvement des éguilles , tant
des heures que des minutes & des fecondes
, il fe fait d'une maniere fort fimple ,
il n'y en a qu'une pour chacun des trois
Cadrans concentriques. , afin de ne pas
alterer la jufteffe de la Pendule qui n'a
qu'un feul poids , lequel ne defcend que
d'un demi-pouce , & le remonte prefque
continuellement.
Explication des pieces qui font mouvoir
les Cadrans , pour executer avec précifion
ce que nous venons de dire.
Sur l'arbre qui porte l'éguille qui
marque les jours de l'année , & qui ne
fait qu'un tour dans un an , il y a une plaque
de laton , dont la circonference eft
coupée en forme d'élipfe ( comme nous
le dirons ci- après ) contre le bord de laquelle
le bras d'une bafcule s'appuye
toûjours pour enfuivre les inégalitez , &
conduire un autre bras qui fe termine en
rouë dentée , & qui engréne dans une
rouë qui fait tourner , ou détourner les
Cadrans mobiles des minutes & des fecondes
de la quantité neceffaire , pour
marquer jufte la difference qui fe trouve
chaque jour entre le cadran fixe & le
mobiles
DE DÉCEMBRE 1722. 39
mobile ; la même bafcule a un autre bras
en portion de roue dentée qui engréne
dans une rouë , laquelle fait tourner , ou
détourner le Cadran mobile des heures
de la quantité précife , pour marquer la
difference qu'il y a chaque jour entre la
vraye heure , & celle qu'on appelle heure
moyenne..
Meffieurs les Geomettres fçavent qu'il
eft facile de déterminer les rayons & let
nombre des dents des rouës , dans un ra
rapport
précis , pour leur faire executer ce
que l'on fouhaitte.
Mais comme l'engrenage des rouës a
toûjours un peu de jeu , qu'il faut qu'elles
agiffent ici tantôt en tournant , &
quelquefois en détournant , pour remedier
à l'inconvenient qui pourroit arriver
de ce jeu , nous mettons fur l'arbre
de chaque Cadran mobile un petit poids,
qui fait que les dents font toûjours touchantes
du même fens qu'elles ont été
juſtifiées.
Maniere de tracer geometriquement la
courbe en espece d'élipfe queje viens
de propofer.
Divifez un cercle en 365. parties égales
, & tirez du centre à chaque divifion
des rayons ; divifez la longueur d'un de
ECS
40 LE MERCURE
ces rayons en 3730. parties , pour fervir
d'échelle ; prenez 1865. parties pour le
plus petit rayon de l'élipfe , qui répondra
au premier jour de Novembre , &
fera O'O " , cherchez dans la connoiffance
des temps pour chaque jour l'augmentation
par fecondes , & prenez autant
de parties que vous aurez trouvé de
fecondes , & les portez fur les rayons du
jour pour lequel vous cherchez ; & ainfi
de fuite , vous trouverez que le 10. de
Fevrier répondra à toute la longueur
d'un
rayon , & que vous aurez augmenté
depuis le premier Novembre
jufqu'au
10. Fevrier de 1865. parties , qui valent
chacune une feconde , & qui font
31. minutes 5. fecondes , en fuivant le
S.
même ordre ; mais en diminuant
, vous
trouverez
que le rayon , qui répondra
au 14. May , fera plus court que celui
du 10. Fevrier de 728. parties , qui font
12. minutes 8. fecondes , continuant
de
même en augmentant
chaque jour d'autant
de parties de vôtre échelle , que vous
aurez de fecondes jufqu'au 26. Juillet,
vous trouverez
le rayon de ce jour plus
long que celui du premier Novembre
de
1336. parties , qui font 22. minutes 15.
fecondes , & enfin en continuant
& diminuant
chaque rayon de ce qui feta marqué
pour chaque jour , vous aurez 365 .
points
DE
DECEMBRE 1722. 41
points marquez fur autant de rayons
par lefquels vous ferez paffer la courbe
que nous avons propofé .
Je ne donne point ici la démonſtration
de toute la méchanique de cette pendule
, je la réferve aux affemblées particu
lieres de l'Académie.
Je pourrai faire voir auffi une nouvelle'
Montre que j'ai imaginée , qui a été execurée
plufieurs fois , & qui eft d'une jufteffe
furprenante.
Les curieux pourront voir le tout chez
moi , où je me ferai un honneur de le leur
communiquer.
Le 3. Novembre M. le Duc de la Tremoille
, Premier Gentilhomme de la
Chambre du Roy envoya ces vers à
M. le Comte de Taillebourg , fils de
M.le Prince de Talmond ces deux
jeunes Seigneurs portent le nom de Charles
, & font tous deux au College des
Jefuites. Les vers font du Gouverneur
de M. le Duc de la Tremoille.
A propos , c'eft demain nôtre Fête , je penſe,
N'envoyez point de fleurs chez - nous,
Je n'en enverrai point chez-vous ,
Evitons , croyez- moi , la peine & la dépense ,
Qu'une
42
LE MERCURE
Qu'une amitié fincere uniffe nos deux coeurs ,
Comme le fang l'un à l'autre nous lie ,
Et tréve de ceremonie ,
Cela vaudra mieux que des fleurs .
LETTRE écrite par l'Auteur du Voyage
de Syrie , & du Mont - Liban à M....
fur un ariicle du Journal de Trevoux
du mois de Juillet 1722.
V
Ous me devez , Monfieur , un peu
plus de juftice que vous ne m'en
rendez ; vous me devez du moins celle
de ne pas juger de mon ouvrage , fans
en avoir fait une ferieufe lecture , ce que
faire encore par la contagion
, qui a interrompu tout le commerce
avec vôtre Province , vous ne connoiflez
mon livre , que par ce qui en eft dit dans
le Journal Litteraire de Trevoux.
vous n'avez
Prévenu par cette lecture vous trouvez
que je le fuis un peu trop en faveur de la
nation Maronite , & que j'ai entrepris de
contredire plufieurs Auteurs conliderables
pour donner à cette nation une origine
ancienne , & une creance Orthodoxe
qui n'a jamais varié. Vous me blâmez
fur tout de n'avoir pas déferé à l'autorité
de
DE
DECEMBRE 1722.
·
de Guillaume de Tyr , Auteur contemporain
, & témoin oculaire de ce qu'il
rapporte touchant les Maronites . Je paffe'
le refte de vôtre critique , qui eft cependant
fans aucun fondement , & vous allez
én convenir vous - même , fi vous voulez
bien m'entendre avec quelque attention ,
ce que j'ai à vous dire en fort peu de
mots pour ma défenſe .
Voici , Monfieur , d'abord comme j'ai
parlé en entreprenant de traiter la matiere'
qui regarde les Maronites dans le II . Tome
de mon Voyage , page 11. & fuivantes.
Il n'eft gueres de point d'hiftoire plus
embaraffé , & qu'on ait encore moins
éclairci que celui qui concerne le nom , <<
& l'origine des Maronites . D'un côté«
la plupart des Auteurs Latins qui ont
traité cette matière , difent des chofes
fort incertaines , fouvent oppofées les «
unes aux autres , & toûjours peu favo- «
rables à cette Nation , & de l'autre il «
s'eft trouvé des fçavans parmi les Ma- «
ronites , qui en défendant la tradition «
de leur Eglife , ont entrepris de refuter
ces Ecrivains , & de fubftituer à des «
faits qu'ils foutiennent être fabuleux , «
d'autres faits qu'ils donnent pour certains
& inconteſtables. Ainfi après avoir "
lû avec attention tout ce qui a été dit
au defavantage de cette Nation && ,
toutLE
MERCURE
tout ce qu'on a écrit en fa faveur , après'
avoir conferé fur le Mont- Liban avec
» le Patriarche , & avec les plus habiles
» d'entre les Maronites ; j'ai crû devoir
prendre le parti de ne rien dire de mon
chef , ni de décifif fur cette matiere ,
» & qu'il me fuffiroit d'expofer avec une
» exacte fidelité un précis de ce qui a
» été avancé de part && dd''aauuttrree ,, afin que
» les lecteurs intelligens à qui il
>> tient de juger, le puiffent faire avec une
» parfaite connoiffance.
appar-
Je puis , Monfieur , vous affurer que
j'ai exactement fuivi un plan qui m'a
paru fi raifonnable. J'ai d'abord donné
f'origine des Maronites fuivant les Auteurs
Latins , en mettant à leur tête Guillaume
, Archevêque de Tyr , Hiftorien
des Croifades , dont je rapporte le texte
fidelement traduit en nôtre langue ,
parce que c'eft le premier qui a parlé des
Maronites , & que tous ceux qui ont fuivi
, ne font prefque que les copiftes à cet
égard.
J'expofe enfuite fort fommairement
ce que les Maronites oppofent aux autoritez
des Auteurs Latins , & je découvre
en paffant une méprife du P. Noël Alexandre
, qui fur le fait des Maronites
s'appuye du témoignage de Timothée de
Conftantinople , témoignage que cet Auteur
DE DEGEMBRE 1722 .
45
teur Grec n'a pas rendu , & qu'il n'a pas
même pû rendre , comme il fera ailé ,
Monfieur , de vous en convaincre.
J'ai expofé affez brievement , comme
je viens de le dire , ce que les Maronites
oppofent en general aux Auteurs Latins ;
mais les defenfes de cette Nation le trouvent
écrites avec plus d'étendue dans la
fuite du même II . Tome de mon Voyage,
lorfqu'en execution de mon deffein , je
donne l'origine des Maronites , & un
abregé de leur hiftoire , felon les fçavans
de la même Nation ; après avoir declare
à mes lecteurs que tout ce que j'ai appris
au Mont Liban fur ce fujer , & que je
dois produire dans mon livre , eft à
près compris dans les deux ouvrages que
Faufte Nairon , fçavant Maronite , &
Profeffeur en Langue Syriaque au Collepeu
ge de la Sapience, a fait imprimer à Roine
en faveur de fa Nation , & dans les
lettres qu'il m'a écrites fur le même fujet
Ainfi , Monfieur , encore une fois , ję
n'ai rien dit de mon chef, & je n'ai pris
aucun parti dans cette fameufe conteſtation
, je dis fameufe , parce que le fond
en eft important , & que ce n'eft pas
d'aujourd'hui qu'elle eft formée entre des
fçavans d'un grand poids.
Il eſt donc lurprenant que dans le Journal
, que vous citez on renverfe mon
>
plan ,
46 LE MERCURE
on
plan , en me faifant prendre parti malgré
moi , & que dès le commencement
de l'article qui regarde mon livre
у declare que je prétens faire voir que
ces peuples ont toujours été fidelement attachez
à la Foi Catholique. Par l'extrait
que nous allons en donner , ajoûte l'Auteur
de cet extrait , on pourra juger s'il
y a réuſſi.
Non , Monfieur , fi on en juge par là ,
& en fuppofant l'entrepriſe , dont on me
charge , je n'ai du tout point réüffi. Je
pourrois ici vous demander fi cet Auteur
a mieux réüffi à défendre l'autorité de
Guillaume de Tyr, fur ce qu'il rapporte
touchant les Maronites ? Mais attendons
que vous ayez lû de fuite dans mon livre
toutes les défenfes des fçavans de cette
Nation contre l'autorité , dontje viens de
parler , vous ferez alors mieux en état de
juger cette question, & vous jugerez auff
fi ces expreffions qu'on lit dans le Journal.
Il prétend faire voir que ces peuples,
quoiqu'en dife M. , de la Roque , & c. Ne
déguifons rien , &c. Vous jugerez , disje
, fi ces expreffions , après ce que j'ai
cu l'honneur de vous expofer , nie conviennent
fort , moi qui , comme vous le
verrez , ne prétend rien , ne dis rien de
mon chef , & ne déguife affurément rien.
Je palle fur le refte de la critique pour
répondre
DE DECEMBRE 1722. 47
répondre à la demande que vous me faites
, fi j'ai rempli tout le titre de l'ouvrage
qui a été annoncé au public de quoi
6
vous doutez , parce que dans le Journal
en queftion , il n'eft fait mention ' ni de la
vie de M. de Chafteüil , ni de la vie du
Prince Junès Maronite . Je réponds, Monhieur
, que j'ai tenu parole à l'égard de
ces deux morceaux ; j'ofe ajoûter qu'ils
ont été bien reçûs. Les autres Journaux
en ont rendu compte , comme d'une matiere
curieufe & édifiante , & à propos
de Journal , les Auteurs de celui de Paris
ont fait deux extraits de mon ouvrage
, un extrait pour chaque volume , &
d'une maniere que j'ai tout lieu d'en être
fatisfait. Loin de fe mêler dans une conteftation
, dont je ne fuis que l'Hiftorien
& de rien mettre fur mon compte
ils rendent juftice à mon exacte neutralité.
Notre Auteur , difent- ils , a pris le
parti de ne rien dire là - deffus de fon chef ;
mais de rapporter ce qui a été dit de
& d'autre.
ler
part
A l'égard des Drufes & des Turcomans
, dont je fuis auffi engagé de par-
, parce qu'ils habitent le Mont - Liban
, comme les Maronites ; vous fçavez
déja par le Journal de Trevoux que je
Journal des Sçavans du 6. Juillet , & 10.
Loust 1922.
n'en
48 LE MERCURE
n'en ai encore rien dit , la matiere quí
regarde les Maronites in'ayant mené plus
Join que je ne penfois , & n'étant pas
même encore toute achevée de traiter ;
c'eft cependant mon intention d'executer
tout le plan que j'ai formé. J'ai dans mes
memoires , dont quelques- uns me font
nouvellement arrivez du Levant , de
quoi remplir un jufte volume de tout ce
qui me refte à dire des Maronites , & de
ce qui concernedes Drufes , & les Tur-
.comans.
Dans ce refte qui regarde les Maroni- ,
tes , je rapporterai avec la même fidelité
ce qu'on a écrit à leur defavantage depuis
mon retour de Syrie , outre ce que j'ai
rapporté dans le 2. vol . de mon ouvrage, I
& ce que les fçavans de cette Nation oppofent
à ces nouveaux écrivains , dont
quelques uns font de confideration comme
M. Simon , M. l'Abbé Renaudot ,
& M. Bayle. Le premierne les a pas plus
épargnez dans fon fupplement , à ce qu'il
avoit déja écrit des Maronites dans fon
hiftoire critique de la créance & des cou-
-tumes des Nations du Levant , qu'il avoit
fait dans fes remarques fur le voyage aú
Mont-Liban du P. Dandini de la Compagnie
de Jefus , & le fecond ne les a
gueres menagez dans fon traité de la perpetuité
de la Foy de l'Eglife Catholique ,
Iome
DE DECEMBRE 1722. 49
tome 4. La Coutume , dit- il , de celebrer
la Miffe en Syriaque eft obfervée par les
Maronites dépendans de l'Eglife Romaine,
auffi bien que par ceux qui en font feparez
par le fchifme , ou par l'herefie.
Ils s'étonnent avec raifon qu'un fi fçavant
homme ait ignoré qu'il n'y a pas
aujourd'hui un feul Maronite en quelque
contrée de l'Orient qu'il puiffe être , qui
ne foit bon Catholique Romain. Ils s'étonnent
moins de ce que M. Bayle a
écrit fur leur fujet , n'étant gueres inftruit
de ce qui les regarde , & ayant d'ail
kurs fes préjugez , & fes opinions à foutenir
contre la doctrine de l'Eglife Romaine
en general .
Ils font particulierement fort choquez
de ce qu'a écrit l'Auteur de la Turquie
Chrétienne , ouvrage imprimé à Paris en
1695. dans lequel il fait defcendre les
Maronites des Drufes même
gens qui
n'ont prefque aucune religion , & que
cet Ecrivain prétend être originairement
le refte des Chrétiens , qui aprés la conquête
de la Terre Sainte fur les Princes
Chrétiens , échaperent , dit-il , à la fureur
des Sarrazins fous le regne du fameux
Saladin , & fe retirerent dans les
montagnes du Liban , fans confiderer les
abfurditez qui naiffent de cette opinion
affez finguliere , & donnée fans aucun
C garant.
5o LE MERCURE
garant. La plus groffiere de ces abfurditez
eft toute démontrée dans l'Itineraire Hebreu
de Benjamin de Tudele , habile Juif
d'Espagne , lequel en parcourant la Syrie
au commencement du x . fiecle , trouva
les Drufes déja établis fur le Mont - Liban
, c'est-à - dire environ cent foixante
ans avant la premiere croifade , & plus
de deux cens trente avant le regne de
Saladin . Ce voyageur Juif , dont l'ouvra
ge eft fort défiguré dans les traductions
latines , fait des Drufes un portrait fi
reffemblant , qu'il eft impoffible de les
méconnoître dans ceux de cette nation ,
qui habitent encore aujourd'hui une partie
du Liban.
Je compte , Monfieur , d'abreger beaucoup
toute cette matiere contentieufe
mais j'efpere d'en dire affez pour contenter
les Lecteurs intelligens. L'Auteur qui
m'attaque dans le Journal y trouvera fur
tout la critique exactement expofée , &
pouffée encore plus loin ; il y trouvera
auffi des réponfes préciſes à les objections
outie celles qui font déja dans mon ouvrage
, & aufquelles il n'a pas fait attention
. L'autorité de Guillaume de Tyr
qui lui paroît , comme à vous , Monfieur ,
fi refpectable fur cette matiére , y fera
particulierement difcutée ; on y diftinguera
bien fans fon fecours ce qui peut
regarder
DE DECEMBRE 1722 .
SI
regarder le témoignage particulier de
cet Ecrivain , d'avec ce qu'il peut avoir
puifé d'ailleurs dans des fources fufpectes.
Et à l'égard de ce témoignage , l'Auteur
dont je viens de parler , y trouvera
la réponſe à la demande qu'il fait , page
1142. du Journal. Quelles recherches ,
dit-il , falloit-il faire pour apprendre ce
qui fe paffoit fous fes yeux ? &c. Et en
attendant j'aurai l'honneur de vous dire
que cette derniere expreffion me paroît un
peu hazardée ; car ceux qui font inftruits
pourront demander à nôtre Auteur comment
il entend que Guillaume de Tyr a
été le témoin oculaire de l'abjuration
dont il parle , faite entre les mains d'Aimeric
, Patriarche d'Antioche ; lui qui en
qualité de Metropolitain de Tyr , & de
Chancelier du Royaume de Jerufalem ,
réfidoit neceffairement dans l'une ou
dans l'autre de ces deux Villes ; or elles
font éloignées chacune d'environ cent
lieues d'Antioche , autrefois Capitale de
Syrie , & du Patriarchat d'Aimeric , ce
qui exclut formellement le témoignage
oculaire.
J'efpere enfin,, Monfieur , qu'après
avoir mis la derniere main à ce que je
prepare pour achever d'éclaircir cette
matiere , vous ne me trouverez pas prévenu
plus que de raifon en faveur de la Na-
Cij
tion
“ይ LE
MERCURE
rion Maronite, & vous reconnoîtrez qu'il
s'en faut beaucoup , que je n'adopte tout
ce que l'amour de la patrie a fait écrire
à quelques fçavans de cette nation. J'oubliois
de vous dire que vous trouverez
dans ce 3. volume l'état prefent de l'Eglife
& de la nation Maronite , la notice
exacte des Evêchez & des Monafteres
&c. & quelques defcriptions qui regardent
ou l'Hiftoire naturelle du Liban ,
ou des monumers d'antiquité qui s'y
trouvent , & qui n'ont pas pû entrer dans
les volumes precedens. Je fuis , Monfieur
, &c.
A Paris , ce premier Octobre 1722,
cxxxxxxx
LES VOEUX DE LA FRANCE
Sur le Sacre de LOUIS XV.
Oy qui tiens dans ta main le coeur de tous
les Rois ,
Qui les rends , quand tu veux , dociles à ta
voix ,
De nôtre Roy , Seigneur , éclaire la jeuneffe ,
Fais briller à fes yeux un rayon de ſageſſe ,
Qui faffe évanouir ces trompeufes couleurs ,
Dont le vice flatté fçait couvrir les horreurs:
Oubliant
DE DECEMBRE 1722. 33
Oubliant devant toy Féclat qui l'environne ,
I adore en tremblant la main qui le couronne ,
11 dépouille fon front d'un fafte imperieux ,
Et reconnoît qu'un Roy n'eft qu'un homme à
tes yeux .
Ses regards foutenus d'un augufte filence ,
Tiendront l'impieté muette en fa prefence
Puiffe du grand LOUIS l'auftere Majefté
E:re empreinte à jamais fur fon front redoutés
Qu'on fçache dans fa Cour qu'un mortel té
meraire ,
Ne peut braver le Ciel , fans ceffer de lui plaire,
Que la religion eft fa premiere loy ,
Et qu'attaquer fon Dieu , c'eft attaquer fon Roy.
Que la fraude & l'erreur fi long- temps med
nacées,
Dans leurs fombres détours demeurent terraffées
,
Puiffe t'il arracher le mafque féducteur.
Qui déguiſe les traits de leur noire fureur ;
Puiffe- t'il , étouffant une rage impuiffante ,
Porter le dernier coup à l'hydre renaiffante.
Qu'il foit fenfible , hamain , tendre pour Les
fujets ,
Et qu'à les rendre heureux il borne fes projets
Qu'ils
C iij
54
LE MERCURE
Qu'il connoiffe le prix des pleurs de l'inno
cence ;
Et qu'en les effuyant il montre fa puiffance.
Du merite oublié qu'il foit le défenfeur ,
Qu'il tire l'orphelin des mains de l'oppreffeur,
Que de l'humble vertu fon Trône foit l'azile
Qu'à l'abri de fon nom le pauvre foit tranquile,
Qu'il répande par tout l'abondance & la paix ,
Et qu'il puiffe compter fes jours par fes bienfaits
,
Qu'il ne faffe jamais éclater fon tonnerre ,
Qu'il foit plutôt l'amour que l'effroi de la
Terre.
Peut - être on lui dira que les fanglans exploits
Doivent éternifer la gloire des grands Rois ;
Qu'un Heros couronné par les mains de Bellonne
,
Ne voit jamais étrir l'éclat de fa couronne ;
Qu'il faut fuivre les pas des Monarques guer
riers ,
Et chercher dans le fang l'honneur & les lauriers.
Non , Prince , non toûjours la veritable gloire
N'eft pas pour les grands Rois le fruit de la
victoire ,
L'amour peut dans les coeurs dreffer des monumens
Que
DE DECEMBRE 1722 . 55
Que n'alterent jamais les injures des temps.
Du plus noble cizeau le temps détruit l'ouvrage
,
Ce qu'a tracé l'amour , paffera d'âge en âge.
Mais qu'entreprend-je ici , Prince , de t'enfeigner
?
Confidere , PHILIPPE , & tu fçauras regner.
Auffi grand qu'aucun Roy qu'ait jamais vu la
France >
Il a forcé l'Europe à craindre ton enfance.
PHILIPPE te dira , par quels fecrets refforts
Un Roy peut à fon gré tourner ce vafte corps.
Ecoute auffi la voix d'un Miniftre fidele ,
Tu trouveras dans lui le genie & le zele ;
Elevé par degrez au faîte des grandeurs ,
Son merite eft encore au deffus des honneurs.
Pour mille mauvais choix la fortune abhorrée
Aux yeux de l'univers va paroître éclairée ;
Elle laiffe ramper tous fes adorateurs ,
Et donne aux grands talens fes plus grandes
faveurs .
H. GRIFFET , D. L. C. D. J.
C iiij
PORTRAIT
LE MERCURE
********* KKKKKKKK
FORTRAIT d'une Dame de Rennes en
Bretagne , qui s'eft trouvée à la Fête
de Chantilly.
Milie a reçû en naiffant les princi
Epales qualitez dont une perfonne
de fon fexe puiffe être ornée , foit qu'on
la confidere du côté du corps , foit qu'on
la confidere de celui de l'efprit & du
coeur , elle eft fage , elle eft fpirituelle ,
& a l'efprit bien tourné , elle eft grande
& bien faite , fon air impofe fans la faire
foupçonner de fierté , fon vifage n'eft ni
rond , ni ovale , fon front eft uni & majeftueux
, les yeux font bien fendus ,
fes fourcils un peu épais , mais bien taillez
, fon nez eft fin & bien percé , les
dents font belles , ' & fon teint n'a beſoin
ni de rouge , ni de blanc pour plaire , fes
cheveux font de cette couleur favorite ,
je veux dire de ce blond cendré , fi propre
à faire regretter , qu'on ne fe coëffe
plus en cheveux ; fi cette mode revenoit,
je ne fçai qui pourroit lui difputer le
prix ; tout cela, en un mot, qui ne paroît
que mediocrement parfait , fait là plus
belle dormeufe que l'on puiffe voir , tout
parle en elle pour lors jufqu'à vous impofer,
DE DECEMBRE 1722.
57
و
pofer , fa gorge , fon bras , fa main , &
fa jambe , fans être de la premiere beauté,
font cependant très -fort au deffus des
paffables , fon pied cambré , & naturellement
bien tourné , n'aide pas peu à lui
donner cette démarche noble , & fans
affectation que en elle , chacun remarque
fes manieres font aifées ; mais entre les
mots libres qu'elle fe permet , l'agrément
ne l'emporte jamais fur la bienféance , &
Fon ne peut y donner la moindre explication
obfcene , ayant beaucoup de monde
, elle fçait mieux que perfonne parler
de ceux dont elle a lieu de fe plaindre
de maniere à meriter leur eftime ; le fon
de fa voix , quoiqu'elle graffaye un peu,
a tout l'agrément pollible ; elle parle jufte
, & en termes ordinaires , aufquels elle
donne une nouvelle grace , elle chante
& danfe très -proprement ; fa memoire
eft heureuſe , & la rend capable des affaires
du plus grand détail ; elle eſt dans
un pofte , dont beaucoup d'autres s'aquit
teroient comme elle ; mais elle fait voir
à tous qu'elle eft capable d'en occuper
un que mille autres ne pourroient remplir.
Il eft aifé, par exemple,de juger quel
talent elle auroit pour commander , par
la maniere dont elle éleve un jeune enfant
qui a beaucoup d'efprit ; elle l'infruit
fans prefque lui parler ; fés yeux
C v font
58
LE
MERCURE
font fes interpretes les plus ordinaires
fon égard ; & l'afcendant qu'ils ont fur
lui eft fi fort , qu'il leur obéit au moindre
figne , & ne témoigne d'autre empreffement
que de lui marquer fon refpect & fa
tendreffe. Quand elle fe trouve dans la
neceffité de parler d'elle- même , elle fçait
éviter l'écueil de la vanité , & de
cette modestie affectée , qui n'eſt pas
moins méprifable que la vanité même
& le tire de ce pas dangereux avec tout
l'avantage imaginable , fans qu'on ofe la
foupçonner d'y penfer ; elle foutient fes
interefts avec honneur , mais fans emportement
, fans paffion , & en termes fi
concertez , & fi convenables , qu'on ne
peut le trouver magvais ; fon difcernement
& fon experience font fans exemple
dans une perfonne à peine majeure ;
elle eft rangée , expeditive , ne s'embarraffant
de rien , n'embarraffant perfonne,.
& fçachant prendre fon parti ; c'eft à elle
qu'il eft ordinairement refervé de trouver
les expediens les plus propres & les
plus prompts ; il n'y a gueres de femmes
qui la connoiffent fans l'eft mer ,
quoique la plupart ne l'aiment pas à caufe
de fes talens ; cependant malgré cette jaloufie
elles la recherchent , & veulent
être avec elle le plus qu'elles peuvent. On
peut conjecturer delà de l'afcendant qu'elle
DE
DECEMBRE 1722. 59
a fur les efprits ; elle aime fa famille , &
particulierement une perfonne qui en eft
la plus proche avec une tendrelle fans
bornes. Perfonne ( après Madame D. L.
L. G. ) ne fait mieux les honneurs d'une
table qu'Emilie ; elle a un goût , & un
difcernement pour le fervice qui n'eſt pas
ordinaire , elle y joint un enjouëment
dont perfonne n'approche , des manieres
infinuantes , & une gayeté qui n'eft point
affectée , & qui fe répand fur les convives
, attentive , & prévenante à tout ce
qui leur peut faire plaifir fans partialité.
On pourroit oublier ici tout ce que je
viens de dire , en fe reffouvenant de fon
courage & de fon attachement pour fa
famille pendant l'incendie de fa Ville ;
on auroit plus de motifs qu'il n'en faut
pour l'aimer & l'eftimer infiniment. Ellet
fit dans cette calamité publique des
actions extraordinaires , & au deffus des
forces de fon fexe. Comme je lui croi
le coeur auffi bon que l'efprit , je croi
auffi pouvoir fans injuftice finir ce caractere
, en difant avec M. de la Bruyere,
qu'Emilie eft une très - aimable femme,
qui a toutes les qualitez d'un honnête
homme..
C vj ZEPHIRE
60 LE MERCURE
AS
ZEPHIRE ET LA ROSE ,
Fable , par M. Clement.
Z Ephir ,dans fon. humeur follette
Méprifoit la fidelité ,
Il careffoit chaque fleurette ,
*
Et toutes ſe plaignoient de ſa legereté.
Un jour au lever de l'Aurore,.
La Rofe parut à fes yeux ,
Elle ne faifoit que d'éclore ,
Son odeur montoit juſqu'aux Cieux.
Tendrement il s'approche d'elle :
Je fuis charmé de vos vives couleurs ,
Dit il , vous furpaffez les plus brillantes Acurs
Yous feule avez pouvoir de me rendre fidelles
La Rofe fe trouble à ces mots ,
En triomphant de l'inconftance ,
On lui donnoit la preference ,
L'amour propre eft flatté par des termes
beaux ;
Son amant lui paroiffoit tendre ,
Lorfque l'on eft aimable on fçait ſe faire aimer ,
Elle
DE
DECEMBRE 1722. 61
Elle n'attendoit pour se rendre ,
Qu'un ferment folemnel de ne la point quitter,
Zephire la rendit fatisfaite ,
Il en prit les Dieux à témoins ,
Et cette fleur en parut plus parfaite ,
Depuis qu'il lui donna fes foins.
Mais lorfque le printemps finiffant fa carriere .
Fit place aux chaleurs de l'efté ,-
La. Rofe vit ternir l'éclat de fa beauté ,
Et Zephire perdit fa fraîcheur toute entiere.
Il diſparut au bout de quelque temps ,
Ne pouvant fupporter l'abfence de fa belle ,
Et devenu tendre & fidelle ,
Il ne fe montra qu'au Printemps.-
KKKKKKKK¥¥¥¥¥¥¥¥¥¥
FRAGMENT d'une Lettre écrite à fen
Madame de la Sabliere , par M. Bernier
, Auteur de l'abregé de la Philor
Sophie de Gaffendi.
P ,
Affons maintenant , Madame , à une
autre matiere dûffions-nous faire
une Oilla poutrida , qu'importe pourvû
que cela vous tire un quart d'heure du
ferieux de vôtre. folitude ?. vous pourriez
Vous
62 LE MERCURE
vous fouvenir de ce que vous m'avez die
autrefois fur cette nouvelle divifion du
monde qui va fuivre, que c'étoit une penfée
à cultiver , & qu'il y auroit plaifir de
fçavoir fi ceux qui habitent le milieu de
l'Affrique , la terre Auftrale , & les autres
lieux qui nous font encore prefque
inconnus , feroient affez differens de nous
pour en faire une efpece ou race differente.
Divifion de la terre par les differentes efpeces
ou races d'hommes qui l'habitent,
de la beauté desfemmes , & c.
Les Geographes n'ont divifé jufqu'ici
la terre que par lleess ddiiffffeerreennss pays ou regions
qui s'y trouvent ; mais ce que j'ai
remarqué dans les hommes en tous mes
longs voyages m'a donné la penfée de la
divifer autrement. Car , quoique dans la
forme exterieure du corps , & principalement
du vilage les hommes foient prefque
tous differens les uns des autres , felon
fes divers cantons de terre qu'ils habitent ;
de forte que ceux qui ont beaucoup voya
gé peuvent fouvent , fans fe tromper , diftinguer
par là chaque nation en particu
lier j'ai neanmoins obfervé qu'il y a
fur tout 4 ou 5. efpeces ou races d'hondont
la difference eft fi notable
qu'elle peut fervir de jufte fondement à
une nouvelle divifion de la terre.
DE
DECEMBRE 1722. 63
Je comprens fous la premiere efpece ,
la France , l'Espagne , l'Angleterre , le
Dannemark , la Suede , l'Allemagne , la
Pologne , & generalement toute l'Europe
, à la réſerve d'une partie de la Mofcovie
on y peut encore ajoûter une partie
de l'Affrique , à prendre depuis les
Royaumes de Fez & de Maroc , Alger ,
Tunis & Tripoly jufques au Nil , de
même qu'une bonne partie de l'Aſie ,
comme l'Empire du Grand Seigneur
avec les trois Arabies , la Perfe toute entiere
, les Etats du Grand Mogol , let
Royaume de Golconde , celui de Vilapour
, les Maldives , & une partie des
Royaumes d'Arakan , Pegu , Siam , Sumatra
, Batant & Borneo ; car quoique
les Egyptiens , par exemple , & les Indiens
foient fort noirs , ou plutôt bazanez
cette couleur ne leur eft qu'accidentelle
, & ne vient qu'à caufe qu'ils
s'expofent au Soleil , puifque ceux qui fe
confervent , & qui ne font point obligez
de s'y expofer auffi fouvent que le peuple
, ne font pas plus noirs que beaucoup
d'Efpagnols ; il eft vrai que la plupart
des Indiens ont quelque chofe d'affez
different de nous dans le tour du vifage ,
& dans la couleur qui tire fouvent fur le
jaune , mais cela ne ſemble pas fuffilant
pour en faire une efpece particuliere ,
L
ου
bien
64 LE MERCURE
bien il en faudroit faire auffi une des
Efpagnols , une autre des Allemans , &
ainfi de quelque autre peuple de l'Europe.
Sous la deuxième efpece je mets toute
l'Affrique , excepté les côtes dont nous
venons de parler. Ce qui donne lieu de
faire une espece differente des Africains ,
ce font premierement leurs groffes lévres ,
& leurs nez écachez , en ayant fort peu
parmi eux qui ayent le nez aquilain , &
les lévres d'une groffeur mediocre. 2º La
noirceur qui leur eft effentielle , & dont
la cauſe n'eft pas l'ardeur du Soleil ,
comme on le penfe communément , puifque
fi l'on tranfporte un noir , & une
noire d'Affrique en un pays froid , leurs
enfans ne laiffent pas d'être noirs auffi
bien que tous leurs defcendans , jufques
à ce qu'ils fe marient avec des femmes
blanches. Il en faut donc chercher la nature
particuliere dans le fang , qui eft
neanmoins de la même couleur que pat
tout ailleurs. 3 ° Leur peau qui eft comme
huileufe , lice & polie , fi l'on excepte
les endroits qui font brûlez du Soleil.
4° Leurs trois ou quatre poils de
barbe. Leurs cheveux qui ne font pas
proprement des cheveux , mais plutôt
une efpece de laine qui approche du poil
de quelques-uns de nos barbets , & enfun
DE DECEMBRE 1722.
85
=
fin leurs dents plus blanches que l'yvoire
le plus fin , leur langue , & tout le dedans
de la bouche avec leurs lévres auffi rouge
que du corail.
>
La troifiéme efpece comprend une par
tie des Royaumes d'Arakan & de Siam ,
de l'Ifle de Sumatra & de Borneo , les
Philippines , le Japon , le Royaume de
Pegu , le Tunquin , la Cochinchine , la
Chine , la Tartarie qui eft entre la Chine
, le Gange & la Mofcovie ; l'Ufbek
le Turqueftan , le Zagatay , une petite
partie de la Mofcovie , les petits Tartares
& les Turkomans qui habitent le long
de l'Euphrate tirant vers Alep. Les habitans
de tous ces pays - là font veritablement
blancs ; mais ils ont ordinairement
de larges épaules , le vifage plat , le nez
écaché, & les yeux comme en ovale , &
qui viennent finir en pointe.
Les Lappons compofent la quatriéme
efpece , ce font de petits courtaux avec
de groffes jambes , de larges épaules , le
col court , & un vifage , je ne fçai comment
tiré en long, fort affreux , & qui
femble tenir de l'ours . Je n'en ai jamais
vû que deux à Dantzic ; mais felon les
portraits que j'en ai vû , & le raport qui
m'en a été fait par quantité de perfonnes
qui ont été dans le pays , ce font de vilains
animaux , des buyeurs d'huile de
poiffon
66 LE MERCURE
poiffon, qu'ils trouvent meilleur que toutes
les plus agreables liqueurs du monde.
Pour ce qui eft des Americains , ils
font, à la verité , la plûpart olivâtres , &
ils ont le vifage tourné d'une autre maniere
que nous , neanmoins je n'y trouve
point une affez grande difference pour en
faireune efpece particuliere & differente
de la nôtre.
Au refte , comme dans nôtre Europe
la taille , le tour du vilage , la couleur
& le poil font ordinairement fort diffe
rents , ainfi que nous l'avons dit , il en
eft de même des autres parties du monde
: car , par exemple , les Noirs du Cap
de Bonne Efperance, femblent être d'une
autre efpece que ceux du refte de l'Af
frique. Ils ont ordinairement plus petits
, plus maigres , plus laids de vifage ,
& très-vîtes à la courfe , aimans avec
paffion les charognes qu'ils mangent toutes
cruës , & dont ils entortillent les
boyaux autour de leurs bras & de leur
col , comme on voit ici quelquefois à
nos chiens de Bouchers , pour les manger
enfuite dans le befoin , beuvans de
l'eau de lamer quand ils n'en ont point
d'autre , & parlans un langage tout àfait
étranger , & prefque inimitable aux
Européens. Quelques Hollandois difent
qu'ils parlent Coq- d'Inde,
Co
DE DECEMBRE 1722 . 67
14
Ce
>
que je remarquai touchant la beau™
té des femmes , n'eft pas moins particulier
; il eft certain qu'il s'en trouve de
belles & delaides par tout , j'en ai vû de
très - belles en Egypte , qui me faifoient
fouvenir de la belle & fameufe Cleopâtre
, j'en ai auffi vû parmi les Noires
d'Affrique , quelques- unes de très belles
, & qui n'avoient point les groffes levres
& le nez écaché ; fept ou huit en
tr'autres , que je rencontrai en divers endroits
étoient d'une beauté fi furpre
nante , qu'elles effaçoient , à mon avis ,
la ftatue antique de Venus du Palais
Farnele ce nez aquilin , cette petite
bouche , les levres de corail , les dents
d'yvoire , les yeux grands & vifs , cette
douceur de vi age , ce fein & le refte
s'y trouvoient dans la derniere perfec
tion ; j'en ai vû à Moka plufieurs prefque
toutes nues qui étoient à vendre , & je
puis dire qu'il ne fe peut rien voir au
monde de plus beau mais elles étoient
extrémement cheres , car on les vouloit
vendre trois fois plus que les autres.
J'ai auffi vû de très-belles femmes dans
les Indes , & l'on peut dire que ce font
de belles femmes. Il y en a entr'autres
d'une certaine couleur qui tient tant foit
du jaune , qui font fort eftimées , &
que je trouvois auffi fort à mon gré : car
peu
ce
88 LE MERCURE
ce petit jaune eft vif & éclatant , & n'a
rien de ce vilain & livide pâle de la jauniffe
. Imaginez -vous une belle & jeune
fille de France , qui ne feroit que commencer
à avoir la jauniffe , & au lieu de
ce vilage malade , pâle , & de ces yeux
jaunâtres , abbatus & languiffans , donnez-
lui un vilage fain , doux , riant , &
de beaux yeux brillans , c'eft à peu près
l'idée que je puis vous en donner.
Les Indiens ont raifon de dire , qu'il
ne fe trouve point de belles femmes dans
le pays où il y a de méchantes eaux , &
où la terre n'eft pas abondante & fertile.
En effet , la bonté des eaux & celle
de la nourriture , contribuent fans doute
beaucoup à la beauté ; il n'eft pourtant
pas generalement vrai , que par tout
où ces deux qualitez fe rencontrent , les
femmes y foient toûjours belles . Cela
dépend encore , à mon avis , de quelques
autres conditions , qui font que la beauté
eft plus rare & difperfée par cantons;
elle ne vient donc pas feulement de l'eau,
de la nourriture , du terroir & de l'air,
mais auffi du fens & des humeurs qui
font particulieres à certaines races ou ef
peces.
Les femmes qui font fur le Gange
Abenarès , en defcendant vers Bengale ,
font generalement eftimées pour leur
beauté
DE
DECEMBRE 1722. 69
E
beauté, celles du Royaume de Kachemire
le font encore davantage car outre
qu'elles font blanches comme en Europe
, elles ont encore une douceur de vilage
& une taille admirable , auſſi eſt- ce
de là que viennent celles qui font à la
Cour du Mogol , & que tous les grands
Seigneurs ont auprès d'eux , il me fouvient
que , lorfque nous nous en retournâmes
de ce pays- là , nous ne voyons
autre chose que de petites filles dans des
efpeces de hottes , que des hommes portoient
fur leurs épaules au travers des
montagnes. Mais quoique celles de Lahor
foient brunes de même que le reste
des Indiennes, elles m'ont neanmoins femblé
plus charmantes que toutes les autres
; leur belle taille menue & dégagée,
avec la douceur de leur vifage , furpalfant
encore de beaucoup celle des Kachemiriennes.
On ne peut pas dire que les femmes naturelles
&originaires
de Perfe foient belles.
Cela n'empêche
pourtant pas que la ville
d'Ifpahan
ne foit remplie d'une infinité
de très belles femmes ,auffi bien que de
très-beaux hommes , à caufe de ce grand
nombre de belles Efclaves qui leur font
amenées de la Georgie & de la Circaffie.
LesTurcs
ontauffi grand nombre de très
belles femmes , parce qu'outre celles du
pays,
70
LE MERCURE
pays , qui ne font pas laides , ils ont les
beautez Grecques , dont vous avez ſi ſouvent
oui parler , & outre cela une quantité
prodigieufe d'Efclaves qui leur viennent
de la Mingrelie , de la Georgie &
de la Circaffie , ou de l'aveu de tous les
Levantins & de tous les voyageurs , fe
trouvent les plus belles femmes du monde
, auffi n'eft il pas permis à Conftantinople
aux Chrétiens & aux Juifs d'acheter
une Efclave de Circaffie , elles font refervées
les feuls Turcs. pour
MADRIGAL
En faveur de la fine & judicieufe
Plaifanterie.
UN
N plaifant fans défaut eft une piece rare ,
Jamais emporté ni bizarre ;
Dans ce qu'il dit , dans ce qu'il fait ,
Maître de fon humeur , d'un charmant caraetere
;
Il ne hazarde point de trait
Qui puiffe offenfer , ou déplaire.
Chez lui la raillerie eft contre verité ;
11 parle finement , mais toujours fans malice ,
Et s'il vous fait l'objet de fa vivacité ,
Un bon mot de fa part nous rend un bon offce.
DESDE
DECEMBRE 1722. 71
DESCRIPTION d'un Lit , travaillé en
plume en Angleterre , prefenté à Sa
Majefté Britannique par le nommé Noranand
Cani .
CE
E Lit eft fait de plumes de toutes
couleurs , lefquelles ne font ni coufues
ni collées ; mais travaillées dans l'étoffe
même , qui eft auffi mince , auffi legere
, & auffi maniable , & plus moëleufe
qu'un damas.
Ce
Ĉe Lit peut être tendu de 16. ou 18 .
pieds de haut ; le deffein , la compofition
& le coloris en font très- nouveaux,
Sa beauté eft infiniment au - deffus de
tout ce que la peinture & la broderie
ont jamais introduit de plus beau , tant
pour la vivacité des couleurs que pour le
luftre.
Chaque partie de ce Lit eft faite fur
differens deffeins , le fond femble être de
damas blanc & argent.
Chaque deffein cft compofé d'ornemens
, qui fervent de fupports à des vafes
de fleurs , à des fruits & à des guirlandes.
Il y a fix rideaux qui ont en tout 31 .
pieds de tour ,
Chaque rideau a une bordure de couleur
de pourpre, d'un pied de large,fur laquelle
regne
72 LE MERCURE
regne un branchage de fleurs nuancées
d'écarlate ; les pentes & les fouballemens
ont auffi une bordure de même
couleur , & garnie d'une frange trèsmagnifique.
Les quatre vafes qui font fur le haut
du Lit , & les coins des foubaflemens font
garnis de feftons de fleurs en relief; les
corniches font d'une fort belle fculpture,
& le rapportent aux bordures des
pentes .
Tout l'ouvrage eft compofé de plumes ,
& d'une invention toute nouvelle , jufqu'ici
fans exemple : c'eft un original ,
qui , felon toute apparence , n'aura jamais
de copie.
Au refte , l'idée qu'on pourra s'en former
fur cette courte defcription , fera
toûjours beaucoup au-deffous de la verité..
La durée & la vivacité des couleurs
l'emporteront fur toutes les étoffes du
monde , & feront à l'épreuve du temps.
La pouffiere ne fait que gliffer deffus &
ne s'y attache nullement.
On a été douze ans à faire ce chefd'oeuvre
inoui , à l'aide d'une infinité de
mains,
A S. A. R.
DE DECEMBRE 1722 . 73
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
!
A S. A. R. DOM EMANUEL
C
INFANT DE PORTUGAL.
IDILE MISE EN MUSIQUE.
Hantons le plus charmant des Dieux ,
Celebrons les faveurs qu'il s'empreffe à
répandre ;
Mais en voyant le Maître de ces lieux ,
Pardonne , Amour , fi l'on peut s'y mé
prendre ;
Qu'il eſt aiſé de vanter tes ardeurs ,
Sur ces bords embellis par l'augufte preſence,
Du Demi- Dieu qui regne dans nos coeurs!
L'éclat de fes vertus répond à fa naiffance ;
Au don de plaire , il joint la Gloire des Vainqueurs
;
Chanter fa Gloire , Amour , c'eft chanter ta
puiffance .
Aux Enfans du Dieu Mars l'adorable Cipris ,
Referve la moiffon d'une nouvelle Gloire
' ' ૐ
Des Favoris de la Victoire ;
Venus a toûjours fait fes plus chers favoris ;
Mieux qu'aucun des fujets de fon heureux Empire,
D La
74
LE MERCURE
Le Guerrier amoureux , goûte fa volupté ,
Et l'hommage que rend un Heros qui ſoupire ,
Eft celui dont l'Amour fe fent le plus flaté.
Les bruyantes Trompetes
N'intimident point nos hameaux ;
Les tranquiles Mufetes
Frappent tendrement les Ecos ;
Amans , fi l'incertitude
Vient combattre vos defirs ,
Cheriffez l'inquietude ,
Qui redouble vos plaifirs.
Sous l'Empire du Dieu des Armes ,
L'Amour conftant devient le moins heureux
;
Les foupçons , les vives allarmes ,
D'une abfence durable , enfans trop rigoureux,
De l'efpoir le plus cher nous dérobent les charmes
.
Quand la Paix regne avec le tendre Amour ,
Que fçauroit envier la Terre
A l'Immortel , au glorieux féjour ,
Du Dieu qui lance le Tonerre ?
La Paix t'invite , Amour , à defarmer
Les
DE
DECEMBRE 1722 .
75
Les Beautez les plus rebelles ,
Mais que les coeurs qui fçavent bien aimer
,
Puiffent feuls triompher d'elles.
Le Heros qui remplit en ce jour nos fouhaits ,
Du Superbe Ottoman reduit les murs en poudres
A fes regards charmans , au bruit de fes hauts
faits ,
On diroit qu'à l'Amour Mars a cedé fa foudre ,
Ou que l'Amour à Mars abandonne fes traits .
Voi la Gloire au milieu des Graces ,
PRINCE , elle- même ici vient te rendre aux
Amours ;
Toujours les ris , les jeux y volent fur tes traces
;
Les doux plaifirs t'y devancent toûjours :
Que la redoutable Bellone
Offre ailleurs à ton grand Coeur ,
La plus brillante Gouronne ,
Où puiffe afpirer un Vainqueur."
Dij
IDE'E
76 LE MERCUREIDE'E
DU CHRONO- GRAPHE.
C
'Eft un Emblême , ou une Devile
en Vers , ou en Profe , où il fe
trouve affez de Lettres Numerales , du
Chiffre Romain , pour indiquer l'Epoque
, ou l'Année , d'un fait , ou d'un
évenement.
Il fe trouve des Chrono - graphes en
Langue Latine & Françoile.
L'on a entendu dire qu'il y en avoit en
d'autres Langues , mais on n'ena pas vû .
Il fe trouve à Paris des Chrono - graphes
François , & même d'ancienne datte ,
Mais l'ufage en eft frequent dans quelques
Pays Etrangers .
On le fçait à l'égard de l'Allemagne
& des Pays- Bas .
L'on a entendu dire qu'il y en avoit en
Italie , en Sicile , en Hongrie , en Nortwege
, en Irlande , même en Syrie.
Autrefois les Lettres Numerales étoient
du même volume que celles du refte du
Chrono-graphe.
Mais la commodité a introduit de mettre
les Lettres Numerales , Initiales ou
Majufcules , dans le Chrono- graphe
dont le refte de la Devife eft d'un caractere
moins gros.
Comme
DE
DECEMBRE 1722. 77
Comme la difference que l'on fuit à
prefent , entre les I voyelles & les J
confonnes ; & entre les voyelles & les
V confonnes , n'eft pas fi ancienne que
l'ufage du Chrono - graphe , on les met
indifferemment dans le Chrono - graphe
pour Lettres Numerales .
Le Chrono-graphe Simple ne fournit
, dans une Devife , que l'idée de
l'Année .
1
Le Double prefente , non feulement
1'Année , mais encore le fait ou l'évenement.
Le Naturel place les Lettres Numerales
fi avantageufement , que la Lettre de
plus grande valeur eft la premiere , &
ainfi des autres.
De forte qu'en lifant les feules Lettres
Numerales , fans faire d'addition , on
connoît l'Année.
L'Additionné fouffre l'interverfion des
Lettres Numerales.
De forte qu'il ne fournit idée de
Année , que par un calcul.
L'Exact ne renferme pas d'autres Lettres
Numerales , que celles qui font élevées.
Le Libre tolere d'autres Lettres Numerales
, que celles qui font élevées.
L'ufage ne paroît s'en être introduit ,
que depuis que l'on a élevé les Numerales .
D iij Exem78
LE MERCURE
•Exemple d'un Chrono -graphe François ,
exact , double , & additionné.
L'on a vû ( en 1717. ) fur la Cloche
de l'Horloge du Palais , fabriquée en
1371.fix Vers,fondus en Lettres Gotiques,
dont les trois premiers contiennent le
Chrono graphe , & les trois derniers Vers
l'expliquent
1 : -unn
A la verité , les Lettres Numerales n'y
font pas élevées ; neanmoins , la commo
dité a donné lieu de les élever dans cette
copie.
CHARLES ROYS VOLT , EN C#
CLOCHER ,
CETTE NOBLE CLOCHE A CROCHER
;
FAITTE POUR SONNER CHACUNE
HEUR .
La date efdits trois Vers , d'affeur ;
Par Jean Jouvente fut moulée ,
Qui , de cet Art , ot renommée.
Calcul
DE
DECEMBRE 1722 .
79
C
L
U
Calcul de ce Chrono -graphe
100
so
5
L
50
C 100
C 100
So
C
100
100
L
So
C 100
L
So
C 100
C 100
C 100
U
$
C
C
U
U ,
ཙྪི༔ ཨཡ
1371
Exemple d'un Chrono -graphe Latin ;
double , additionné , & libre.
On l'a vû ( en 1717. ) infcrit en Lettres
Gotiques , fur une muraille , vis- à- vis la
petite Porte de la SteChapelle deBourges .
Ce Chrono- graphe indique l'Année de la
Dedicace , qui en fut faite le jour de Pâques
1405.
D iiij
Le
80 LE MERCURE
Les Lettres Numerales n'y font pas élevées.
ME DUX CONSTRUXIT BITHURICUS
, ATQUE DOTAVIT ;
ET PRESUL
ATTENDENS , ANNO PREJ
SENTE , SACRAVIT .
Il y a dans ce Chrono- graphe trois Lettres
Numerales muetes ; c'est- à- dire , qui
m'entrent pas dans le Calcul , D DD .
Calcul de ce Chrono-graphe.
M
1000
U
S
С
100
U
S
X. 10
I
I
I
I
V
S
I
I
C
U
U
V
U
L
C
100
V
I
1405
I
I
ཝཱ ཨ ཨ ཨཨ ཨ, ཏཾ ཨཨབྷ
L'on
DE
DECEMBRE 1722 . 8r
L'on a encore vû ( en 1717 ) un Chrono-
graphe , auffi en Gotiques , au- deſfus
d'une Porte ceintrée , haute de cinq
pieds & demi , & large de trois pieds
& un quart , couronnée d'un chapiteau ,
qui eft au rez de chauffée meridional de
la Chambre des Comptes de Paris ,
droite , en allant à l'Hôtel de Monfieur
le Premier Preſident.
à
Les Lettres Numerales de ce Chrono
graphe, font peintes en Or , & défignent
l'Année 1485 ; & les autres en Azur.
AU TEMPS DU ROI CHARLES LE
HUIT
CETHUI HOSTEL S'I FUT CONSTRUIT,
Quatre pouces au -deffous , eft écrit en
or, cette Explication.
Les Lettres d'Or dient l'Année:
Que l'Oeuvre fut commencée. Į
D v Calcul
$ 2 LE MERCURE
Calcul de ce Chrono-graphe
U
M
U
I
C 100
DEDLOHHPLOD ‒‒‒ DORA
I
I
издиндалиндиман
C 100
U
I
U
C
S
00
I
S
I
1485
Exemple d'un Chrono-graphe Latin ,
libre , double , naturel.
Il fe trouve à Paris , au frontifpice intericur
de l'Hôtel de Dauphiné , entre
les rues des Boucheries & des Quatre-
Vents , Paroiffe S. Sulpice : L'interieur
de cet Hôtel a été bâti en 1716. à la pla-
Co
DE
DECEMBRE 1722. 83
ce du Jeu de Paume de Dauphiné , par
M. Maillart.
De ce Chrono-graphe , d'un feul Vers ,
fur trois lignes , les Numerales élevées
font d'Or ; les autres Lettres font d'Azur
, le tout fur un Marbre noir,
EN MUTATA DOMUS ;
CANDESCIT PIX ,
VELUTI NIX ..
D'abord , il ne faut lire que les Let
tres Numerales élevées ; elles fourniffent
1716. M , D , C , C , X , V , I.
Enfuite il faut lire le Vers entier , y
compris les Lettres élevées.
"Sens moral de cette Devife , le Refpect an
dehors , la Paix au dedans.
Ci- devant c'étoit un Jeu de Paume:
fort noirci ; & à prefent , c'eft une Maifou
fort blanche.
Sens figuré de la Devife , où la Poix
marque le noir ; & la Neige le blanc.
Voici une Maifon changée du noir au
blanc
Exemple d'un Chrono - graphe exact
double , naturel.
Il fe trouve au frontispice exterieur du
même Hôtel , conftruit en 1717. fur la
rue des Boucheries , du côté de la rue
des Cordeliers ; il eft d'un feul Vers
D vj . gravé
$4
LE
MERCURE
grave fur un Marbre noir .
META DEE CARNE SACRA ESTO
PAX-QUE SIT INTRA .
En ne lifant que les Lettres élevées , on
trouve l'Année 1717 .
Enfuite on peut lire la Devife entiere,
y compris les Lettres élevées .
La Déeffe Carna eft marquée dans
Ovide, Faftuum, lib . 6. ad primum Junii,
Le mot de la premiere Enigme du Mois
paffé eft le Coeur , & celui de la feconde,
le Couteau de table..
XXX:XXXXXXXXX:XXX
N
PREMIERE ENIGME
E' d'un pere adultere & pourtant legi
time ;
Fruit innocent d'un double crime”,
Fils à la fois d'un Berger & d'un Roy ,
Et conçu fous le fac & fous le Diadême ,
Mon pere en engendra grand nombre comme
moi ,
De fes enfans je fuis le cinquantiéme :
Tant d'enfans ne pouvoient être de même hu
meur ,
Mes
DE
DECEMBRE 1722
85
Mes freres la plupart ont un air d'allegreffe ,
Quelques-uns -même un air vainqueure
J'en ai fix comme moi vouez à la triſteſſe ,
Et toûjours plongez dans le deuil ,
On m'entend chaque jour gemir près du cer+
cueil :
Dans plus d'un Tribunal appailant la juſtice,
Je plaide bien , & pourtant fans éclat :
C'eft quand du criminel on m'a fait le fupplice
,
Que je deviens fon Avocat
SECONDE ENIGME.
Ans le fein d'une vierge ayant pris mat
Dnaiffance,
Je change de nature à trois diverfes fois ,
Mes habits après moi font portez par les Rois
Quoiqu'ils craignent peu ma puiffance:
Er décorant les Dieux aiofi que les mortels ,,
Je fais de mon tombeau la pompe des Autels .
TROISIEME ENIGME.
E mille coups prefque tout tranf
DⓇ
percé,
Je me repofe au fond d'une corbeille
J'en fors & je me vois placé
Au bout de quelque chofe où je fais à mera
Beille ; Lày
86 MERCURE LE
Là , par le moyen de l'acier ,
Et de ce que faifoit Hercule auprés d'Omphale
,
Je pafferois un jour entier
A recommencer un ovale :
Là , d'un Amant precipité
Je punis la temerité ;
Enfin là , chaque inftant j'empêcherois les
Lelles ,
De recevoir des bleffures nouvelles ;
Mais les Belles ont trop d'emploi,
Pour fe fervir long temps de moi.
AIR SERIEUX.
CHarmante image de Climene ,
Qui, dans ces beaux deferts m'accompagnez
toûjours ;
C'eft à vôtre aimable fecours
Que je dois les plaifirs qui foulagent ma peine ,
Loin de l'objet que j'aime , helas ! il n'eft que
vous ,
Qui calmiez tous les maux que me fait ſon abfence
;
Vous m'offrez quelquefois des momens auffi
doux ,
Que me les donnoit fa prefence.
NOU.
DE DECEMBRE 1722. 87
NYYYYYYYYYYYYY
NOUVELLES LITTERAIRES,
R
ET DES BEAUX ARTS.
ECHERCHE du mouvement du fang
& des humeurs ; par Chaillou , 20
Edition , chez L. d'Houri , au S. Eſprit.
,
L'ART DE SAIGNER accommodé
à la circulation du fang , 2. Edition ,
chezle même.
DE LA FREQUENTE SAIGNE'E dans
les fievres , par Guyard , 2. Edition , chez
le même.
DE LA VERITABLE ET SOLIDE
PIETE' & de la Priere. Entretien fpirituel
. 3. Edition , in 12. A Paris , chez
Delaune , rue S. Jacques.
EXPLICATION des fept Sacremens
de l'Eglife , où il eft amplement traité
des promeffes & des obligations contractées
aux Saints Fonts de Baptême. Ouvrage
également utile aux Ecclefiaftiques
& aux Laïques. Par M. Beuvelet ,»
4 Edition in 8. chez le même.
DB
38
"
LE MERCURE' ·
DE LA DEVOTION A LA SAINTF
VIERGE , & du culte qui lui eft dû. 2 .
Edition. Par M. Bailut , in 12. Ibid.
LETTRE E'CRITE à M. Calvet ,
Confeiller Medecin du Roy, Profeffeur
& Doyen de l'Univerfité de Cahors ;
avec des obfervations fur la maladie peltilentielle
de Marfeille. Par M. Mailhis,
Confeiller- Medecin du Roy , Profeffeur
en la même Univerfité , député de la
Cour à Marfeille. A Lyon , chez les
freres Bruyffet , ruë Merciere , 1721 .
ENTRETIENS DE CICERON fur les
vrais biens & fur les vrais maux , traduits
par feu M. l'Abbé Regnier des
Marais , Secretaire de l'Académie Françoife
1721. A Paris , chez Mufier &
Barrois , in 12. de 443. pages.
TRAITEZ Concernant le Comté-Pairie
d'Eu , & fes ufages prétendus locaux
, avec les Ariêts du Parlement de
Paris qui les ont condamnez. Par M.
Louis Froland' , Avocat au Parlement. A
Paris , chez la veuve Charpentier, au Palais
1722. in 4. p. 332.
ANECDOTES du Miniftere du Comte
Duc d'Olivarès , tirées & traduites de
l'Italien
DE
DECEMBRE 1722 . ·89
༣
Italien du Mercurio Siry . Par M. de
Valdory. A Paris , chez Jean Mufier ,
Quai des Auguftins , & François Barrois
, ruë de la Harpe , 1722. pp . 429.
LES APOPHTEGMES , ou les belles
paroles des Saints. A Paris , chez Jean
Mariette aux Colonnes d'Hercule *
1721. in 12. pp . 387.
PROPRIETEZ & ufage de la Pierre
vulneraire , dite de Judée. A Paris ,
chez Imbert de Bats , rue de la Harpe ,
1722. in 4.
Cette furprenante Pierre guerit toutes
fortes de maux incurables , fi on en veut
croire l'Auteur de cet écrit..
DE'FENSE DE LA RELIGION CA
THOLIQUE Contre tous les ennemis , par
fes veritables principes , dans trois Entretiens.
Par M. Michel le Vaffeur, Prêtre
du Diocefe de Blois. z . Edition , augmenrée
& corrigée par l'Auteur. Avec une
réponſe à une lettre de M. Pictet , Miniftre
, Profeffeur en Theologie à Gene
ve , & Recteur de l'Académie de la mê
me Ville. A Paris , chez Pierre - Nicolas-
Lottin , ruë faint Jacques , 1721. in 12
PP Soo
ΤΑΞ
90 LE MERCURE
TABLEAU CHRONOLOGIQUE de
'Hiftoire univerſelle en forme de jeu . A
Paris rue S. Jacques , chez la veuve
Mongé 1722.
Le P. Buffier a fait quelques change.
mens dans les regles de ce jeu dans cette
feconde Edition , pour en faciliter encore
davantage la pratique , & en donner le
goût aux commençans.
METHODE generale pour tracer des
courbes rampantes de bois , propres à la
conftruction des Escaliers , tels qu'ils font
prefentement à la mode , & tels qu'on les
à faits dans les derniers & nouveaux bâ
timens à Paris ; avec plufieurs plans d'El-
Caners , pour fervir de modele dans les
occafions , fuivi de la defcription d'un
inftrument très- commode & très fimple,
pour décrire toutes fortes d'ovales , Ò
vrage utile aux Architectes , & furtout
aux Charpentiers , & autres Ouvriers
qui travaillent au bois. Composé par un
Gentilhomme de Bretagne. A Paris , chez
E. Ganeau , rue S. Jacques 1722. Bro
chure in 18. de 19. pages , fans la Prefa
ce & les planches .
LETTRES E'DIFIANTES & curieufes
écrites des Miffions Etrangeres par quelques
Millionnaires de la Compagnie de
Jefus ,
DE
DEBEMBRE 1722. gr
Jefus , 15. Recueil. A Paris , chez N. le
Clerc , rue S. Jacques 1722. in 12. de
418. pages.
2
MEMOIRE Concernant la prohibition
d'évoquer les decrets d'immeubles fituez
en Normandie , avec les Chartes , Edits ,
Declarations , Lettres Patentes , Réponfes
de nos Rois , Arrêts du Confeil , &
Arrêts du Parlement de Paris qui ont
établi & confirmé le Privilege de la Province.
Diverfes queftions mixtes qui en
dépendent , & des Arrêts qui les ont décidées.
Par M. Louis Froland , ancien
Avocat au Parlement. A Paris , chez M.
Brunet , au Palais , 1722. pp . 504. in 4
METHODE ABREGE'E & facile pour
apprendre la Geographie , &c. avec un
abregé de la Sphere. Par M. le François
, nouvelle Edition , vol. in 12. de
459. pages. A Paris , chez D. Hortemels ,
Place de Sorbonne , 1722.
LETTRE de M. Maugue , Confeiller
Medecin du Roy , Infpecteur general des
Hôpitaux de S. M. en Alface , fur l'opinion
de ceux qui prétendent que la
pefte eft caufée par des vers. A Strafbourg
, chez J. R. Doulffeker , Brochu
re in 12. pp. 11. 1721
EPIS
LE MERCURE
EPISTOLE ROMANORUM PONTI
FICUM , par le Pere Dom Courtant , in
fol. un vol. A Paris , chez Pierre Simon,
ruë de la Harpe.
Reflexions en forme de Prieres fur le
Saint Sacrifice de la Mele , par le Pere
Jacquier , de la Doctrine Chrétienne ,
in 12. un vol. chez le même.
Heures de l'ufage des Chevaliers de
l'Ordre de Nôtre- Dame du Mont- Carmel
, & de S. Lazare de Jerufalem , in
18. Idem.
Le Journal de la France , par M. l'Ab
bé Valerot , in 8. un vol. idem.
Memoires fur le fervice journalier de
I'Infanterie , par M. de Bombelles , Bri
gadier des Armées du Roy , in 12. deux
vol. idem.
Le Service journalier de la Cavalerie ,
par M. le Cocq-Madelaine , Lieutenant-
Colonel de Cavalerie , in 12. un vol.
idem.
DISSERTATION Apologetique des
remedes mis au jour par M de Reze,
&c. feconde Edition . A Paris, chez Louis
Coignard , rue du Plâtre , à l'Aigle d'or,
Brochure in 12. 1722.
MEMOIRE Apologetique , pour la Branche
aînée de la Maifon de Hornes , A
Paris,
DE DECEMBRE 1722.
95
Paris , chez Charles Huguier , rue Saint
Jacques , à la Sageffe , brochure in 8.,
1722.
INSTRUCTION CHRETIENNE fur
la maniere dont on doit le conduire dans.
le temps qui precede le Carême , & ſuṛ
les defordres du Carnaval. A Paris , che
Ph. Nic. Lottin , rue S. Jacques 1722 .
in 12. de 190. pages .
VOYAGES de François Coreal aux .
Indes Occidentales , contenant ce qu'il y
a vû de plus remarquable pendant fon
féjour depuis . 1666. jufqu'en 1697 , traduits
de l'Espagnol , avec une Relation de
la Guiane de Walter Rawleigh , & levoyage
de Narbrough à la Mer du Sud
par le Détroit de Magellan , &c. nouvelle
Edition , revûë , corrigée , & augmentée
d'une nouvelle découverte des .
Indes Meridionales , & des Terres Auftrales
, enrichie de figures . Tome I. à
Paris , chez André Cailleau , Place de Sorbonne
, & Noël Piffot , Quay des Auguftins,
à la defcente du Pont Neuf, à la.
Croix d'Or 17225
On
peut dire
les
livres
des
voyaque
ges font les Romans des Philofophes , on
y apprend l'Hiftoire, & les ouvrages de
la
94
LE MERCURE
la nature , on y voit les differens ufages
des peuples ; & malgré la varieté de leurs
coutumes , on y découvre toûjours l'ad--
mirable uniformité de la fource qui les a
fait naître , c'est- à- dire , les paffions humaines.
ود
Le voyage de Coreal né à Carthagene
en Efpagne , contient bien des chofes
» curieules. Je ne fuis point d'avis , dit
l'Auteur , d'imiter plufieurs voyageurs
qui pour trouver quelque chofe de nou-
» veau , ont inventé des plantes , des ani-
» maux , des hommes , des coutumes , &
33 des pays qui ne fe trouvent nulle part
33 que dans leur imagination. Mon deffein
en donnant cette Relation , eft de
» décrire exactement les chofes qui me
» paroiffent avoir été oubliées par les au-
» tres voyageurs , foit pour la fituation
des lieux , foit pour l'état prefent du
»
» pays.
C'eft en effet à quoi l'Auteur paroît
s'être fort attaché , il fait voir là mauvaife
conduite que les Espagnols ont gar
dée dans les Indes Occidentales par leur
avarice , qui leur a infpiré fi peu de menagement
, & tant de cruautez pour les
naturels du Pays. Il donne aufli divers
avis falutaires à ceux qui arrivent pour la
premiere fois dans ces climats.
Après avoir parlé de l'état des lieux ,
&c.
DE DECEMBRE 1722. 95
& c. de la fituation du l'ays , de l'avarice ,
& des malverfations des Efpagnols ,
l'Auteur s'attache beaucoup , & peutêtre
trop à décrire la conduite des femmes
, & celle des Ecclefiaftiques , & des
Religieux du nouveau Monde , c'eft fur
cette matiere , particulierement que nous
croyons pouvoir appliquer - le terme de
Roman dont nous nous fommes fervis >
au commencement.
L'Auteur prétend que les femmes Chrétiennes
ne font pas plus chaftes dans ces
pays- là que le font celles des Indiens.
celles du Mexique font , dit -il , vives &
agréables .
A l'égard des Prêtres Indiens , ils font,
dit-il , fourbes ou fanatiques.
C'eft , felon lui, une opinion affez commune
par toutes les Indes , qu'on jette
des charmes ou des forts fur les hommes,
les bêtes , &c. que le Diable les change
en bêtes , &c. J'avoue de bonne - foi que
j'ai été moi- même fort infatué de ces
croyances avant que d'en avoir été defabufé
par les Anglois .
L'Auteur parle auffi des Idoles , qui
étoient autrefois dans le Perou , & des
réponfes qu'elles rendoient à ceux qui les
confultoient ; ceux - ci , dit il , avoient
l'obligation de ces réponses à l'adreffe
des Prêtres Indiens , & cela faifoit valoir
le métier. II
96
LE
MERCURE
"3
39
Il y avoit auffi des Vierges dans le Temple
du Soleil , femblables aux Veftales
de l'ancienne Rome ; ces Veftales Indiennes
étoient gardées par des Prêtres
uniquement deftinez à cet emploi ,
» fi par malheur elles devenoient encein-
» tes , on les condamnoit à la mort , ૩
» moins qu'elles ne vouluffent faire fer-
» ment qu'elles devoient leur groffelle
aux influences du Soleil ; fecret infail-
» lible pour fauver la mere , l'enfant , &
» le Prêtre Indien , par le moyen duquel
le Soleil avoit daigné operer fur
» la Veftale
Pour ce qui eft des Prêtres Chrétiens,
l'Auteur , quoiqu'E'pagnol , ne paroît
pas affez les menager , il attaque leur
doctrine & leurs moeurs . Nous fommes
fort éloignez de croire tout le mal qu'il .
en dit.
L'HISTOIRE du Vieux & du Nouveau
Teftament , reprefentée avec des
figures , & des explications édifiantes ,
tirées des SS . Peres , pour regler les
moeurs dans toutes fortes de conditions ,
dédiée à Monfeigneur le Dauphin , par
feu M. le Maître de Sacy , fous le nom
du fieur de Royaumont , Prieur de Sombreval
, nouvelle édition , propofée par
Loulcriptions.
PROJET,
DE DECEMBRE 1722 .
97
PROJE T.
Cette Hiftoire de la Bible eft fi connuë
prefentement par le nombre d'éditions
qui fe font diftribuées par toute l'Europe,
que les Libraires manquans d'exemplaires ,
ont fait travailler depuis plufieurs années , à
faire graver un nouveau cours de planches
, au nombre de deux cens quatrevingt
, qui font faites pour orner ce livre.
On imprime actuellement cet Ouvrage
in- folio, fur du carré fin double d'Auvergne
, & avec un caractere neuf. On
tirera fept cens cinquante exemplaires
feulement , dont l'impreffion eft déja fort
avancée ; enforte que l'on fe trouve en
état de donner l'Ouvrage au Public au
mois de Juin de l'année 1723 .
On a crû que pour l'utilité du Public,
on pourroit fuivre l'exemple de plufieurs
autres Libraires , en propolant des Soufcriptions
en faveur de ceux qui voudront
saffurer par avance des exemplaires de
çette Hiftoire à un prix moderé , qui eſt
de trente livres en blanc , moitié de laquelle
fomme fera payée en foufcrivant ,
& l'autre moitié quand on retirera les
exemplaires.
Le prix de chaque exemplaire pour
ceux qui n'auront pas foufcrit fera de
cinquante livres en feuilles.
E
98 LE MERCURE
1 Les Soufcriptions feront ouvertes depuis
le premier Decembre 1722. jufqu'au
premier Fevrier 1723. après lequel temps
on ne recevra plus de Soufcriptions .
Ceux qui voudront foufcrire s'adrefferont
aux Libraires, indiquez ci -après ,
qui leur en donneront une reconnoiffance
fignée d'eux , avec promeffe de leur fournir
ledit livre au mois de Juin de l'année
1723. aux claufes & conditions portées
par le prefent Projet.
Les Libraires avertiffent que ceux qui
auront foufcrit feront tenus de retirer
leurs Soufcriptions dans tout le courant
de l'année 1723. à commencer du mois
de Juin de ladite année ; & faute par
eux de retirer leurs exemplaires dans ledit
temps , les avances qu'ils auront faitesferont
perdues pour eux , fans que leſdits
Libraires puiffent être recherchez pour
cet effet.
A Paris , rue S. Jacques , chez Jean
Villette , à la Croix d'Or , vis- à - vis la
rue des Mathurins . Chriftophle David ,
près la Fontaine S. Severin , au Nom de
Jefus.
Et Quay des Auguftins , chez Michel-
Fftienne David , à la Providence & au
Roy David.
On trouvera chez les Libraires énoncez
ci- deffus plufieurs feuilles imprimées
&
DE DECEMBRE 1722 .
tirées avec les figures , dont les Libraires
efperent que les particuliers feront
contens.
LES JOURNE'ES AMUSANTES , dédiées
au Roy par Me de Gomez , 2. vol .
in 12. tom . 1. p. 344. 2 ° tom. 344. A
Paris , chez Saugrain , au Palais , 1722.
Madame de Gomez ne pouvant être
utile à la gloire de Sa Majesté , par la
foibleffe de fon fexe , cherche dans les amufernens
de l'efprit , ce que la nature a refufe
à l'ardeur de fon zele , & fon deffein eft
de rappeller aux yeux de Sa Majesté les
traits les plus remarquables des Rois , &
des Heros de l'antiquité.
ن م
Six perfonnes unies par l'efprit & par
le coeur , ennuyées du tumulte d'une des
plus belles Villes de l'Europe , firent partie
de fe retirer pour quelque temps dans
une maison de campagne , & d'en relever
la rufticité par la pureté de leurs plaiſirs ,
& les productions de leur efprit. "
Telamont & Uranie , Orophane & Feficie
, Camille & Florinde font les Acteurs
que Me de Gomez fait parler .
Dans cette demeure champêtre étoit
un grand cabinet tapiffé depuis la corniche
jufqu'au lambris des livres des plus
tares , & les mieux choifis : c'étoit la
feule magnificence de cette maiſon. On
Eij s'étoit
100 LE MERCURE
s'étoit impofé pour loi d'aller paffer deux
heures chaque jour dans ce cabinet , &
de faire enfuite la critique de ce qu'on
auroit lû.
Au refte les leçons de vertu ne fone
point oubliées dans cet ouvrage , nonfeulement
par les préceptes , mais encore
par les exemples ; ce font des jeunes per-
Tonnes de different fexe , douées de toutes
les qualitez que la nature peut donner
aux mortels pour les rendre parfaits. Ils
étoient deftinez à s'unir par des liens
facrez , où chacun d'eux afpiroit avec
ardeur , fans être troublez par cette impatience
tumultueufe que donnent les
paffions ordinaires ; ils defiroient , dit
Me de Gomez, mais fans emportement , la
pudeur & la probité qui regloient leurs
Lentimens , regloient auffi leurs actions.
Soutenus par tant de vertu , ils alloient fe
promener fans danger dans un bois fom
bre , touffu , bien entretenu , rempli d'allées
folitaires & brillantes , qui les garentiffoient
de l'ardeur du Soleil.
Nous ne sçaurions rapporter les traits
les plus marquez , & les differentes Hiftoires
que ces perfonnes édifiantes fe -
racontent ; nous nous contenterons de
donner ici en abregé l'Hiftoire touchante
de Jean de Calais .
Un des principaux negocians de Ca-
1
lais
DE DECEMBRE 1722. IOI
Tais avoit un fils à qui il avoit donné toute
l'éducation neceffaire pour lui former
Fefprit & le corps ; il devint le plus
brave & le plus excellent homme de Mer
de fon temps. Il engagea fon pere à lui
équiper un vaiffeau , avec lequel il délivra
la côte d'un nombre infini de corfaires
qui faifoient mille brigandages dans
ces mers.
Ce jeune Heros fut porté un jour par
la tempête dans des mers inconnuës , où
il découvrit une Ifle , & ayant mis fa cha
loupe en mer , il aborda , lui huitième , au
bord d'un bois . Sa furpriſe fut extrême
de trouver ce bois taillé & coupé par
de belles allées ; il entend parler , il s'avance
, & voit trois hommes fuperbement
vêtus ; il leur demande s'il y a
fureté pour lui , & pour la troupe . Qui
que vous foyez , lui répondit celui qui
paroiffoit être au deffus des autres , apprenez
que vous êtes dans unEtat floriflant où
regne le Roy du monde le plus jufte , la fageffe
lui a dicté des loix , aufquelles il
s'eft lui- même foûmis , & dont l'obfervation
fait le bonheur de cet Empire .
Jean de Calais fut rempli de joye à ce
difcours ; mais étant entré dans la Capitale
de cette Ifle , il voit dans la place
publique le corps d'un homme déchiré
par les chiens. Cet objet le fit repentir de
E iij s'être
102 : LE MERCURE
s'être engagé fi avant ; mais il apprit que
ce malheureux fubifloit la peine de la loi,
qui ordonnoit que tous ceux qui mouroient
fans payer leurs dettes feroient jettez
aux chiens , à moins que des perfonnes
genereuſes ne les aquitaffent . Jean de
Calais touché de compaffion aquitta les
dettes de ce malheureux pour lui procurer
l'honneur de la fepulture , & ne fongea
plus qu'à établir un commerce utile
entre fon pays & cette Ifle fortunée .
Un foir il vit un vaiffeau qui venoit moüiller
auprès du fien , & il apperçût fur le
pont de ce vaiffeau deux Dames magnifiquement
parées qui fondoient en pleurs.
Il apprit que ce vaiffeau appartenoit à
un corfaire qui vouloit vendre ces deux
aimables perfonnes. Jean de Calais touché
de compaffion les achepta dans la
feule vûë de les délivrer de leur malheur ;
il leur dit qu'elles étoient libres , & qu'iln'avoit
d'autre deffein que de les rendre
à leurs parens , fans efpoir d'aucune rançon
: cependant il fut vivement touché de
la beauté de l'une d'entr'elles . Et comme
il étoit jeune , dit M. de Gomez , infinuant
, & fait pour plaire , il trouva
bien- tôt le chemin du coeur de celle qui
l'avoit charmé. Ils s'aimerent , ils fe le
dirent ; & ne confultant que la vivacité
de leurs fentimens , ils fe jurerent un
amour
DE DECEMBRE. 1722. 103
amour eternel , Jean de Calais affuré de
fon bonheur pria cette jeune beauté de
lui dire qui elle étoit , & par quel accident
elle étoit tombée entre les mains
du Pirate. Ma curiofité n'a aucun motif
defobligeant , lui dit -il , & qui que vous
foyez je ne trouve rien au deffus de vous.
La belle efclave accepta avec plaifir l'offre
de fa foi , & lui donna la frenne ; je fais
mon bonheur d'être unie à vous pour ja
mais , lui dit - elle , mais pour ma naiffance
, fouffrez que j'en faffe un myftere que
je trouve neceflaire au repos de ma vie .
Qu'il vous fuffife de fçavoir que je me
nomme Conftance , & que le Ciel ne
m'a pas fait naître indigne de vous. Je
dois me taire pour être à vous ; nôtre amour
exige de moi le filence , & je veux éloigner
de mon efprit tout ce qui pourroit
m'empêcher de fuivre un penchant plus
fort que ma raifon.
Jean de Calais étoit trop amoureux
pour preffer la belle Conftance après un
tel aveu; il lui promit de ne lui en plus
parler , & fans confulter d'avantage ils
s'unirent pour jamais.
L'heureux Jean de Calais , charmé de
poffeder Conftance , fe rembarqua avec
elle , & avec Ifabelle , fa compagne , &
le temps favorable le fit aborder lans peril
à Calais. Il y reçût les honneurs que
E iiij me104
MERCURE LE
meritoient fes actions heroïques , mais
quelle fut fa douleur de voir fon pere
defaprouver fon mariage ! Le recit hiftorique
de ce mariage irrita fon , courroux ,
& ce pere fevere ne pût pardonner à fon
fils d'avoir pris un engagement qui lui
paro ffoit fort au deffous de lui . Le vieillard
irrité bannit fon fils de fa maifon ,
& lui ordonna de ne plus paroître à fes
yeux. Jean de Calais fe retira avec Conftance
& Ifabelle dans une maison près
du port. Conftance malgré fon amour
fut fenfible aux mépris que le pere de fon
époux eut pour elle ; cependant elle ne fe
démentit point , & fut toûjours tendre
& fidelle, & à peine l'année de fon mariage
fur finie , qu'elle accoucha d'un
fils qui fit toute l'attention de fon époux
pendant plufieurs années qui fe pafferent,
fans qu'il pût attendrir fon pere. Ce pere
inflexible efperant que l'abfence & les
hazards feroient oublier Conftance à fon
fils , confentit à lui équiper un autre
vaiffeau , afin qu'il allât établir un commerce
éclatant avec les nations qu'il avoit
découvertes . L'armément fut bien-tôt
pret , & Jean de Calais ne pût voir approcher
le jour de fon départ , fans fentir
une douleur amere d'être obligé de
fe feparer d'une épouſe , & d'un fils qu'il
aimoit uniquement.
Après
DE DECEMBRE 1722.
105
Après bien des larmes répandues par
ces tendres époux , Conftance fe jetta aux
genoux de Jean de Calais , en le priant de
ne pas lui refufer deux graces qu'elle alloit
lui demander. Ce tendre époux lui jura
qu'il étoit prêt à lui tout accorder : Je
vous conjure donc , lui dit- elle , de me
faire peindre fur la poupe de vôtre vaiffeau
avec mon fils & ma chere Iſabelle.
Lorfque cela fera executé je vous dirai la
feconde grace que j'exige de vôtre tendreffe
. Les trois portraits furent faits par
les plus habiles Peintres. Enfin le temps
du départ étant venu , la genereuſe Conftance
accompagna fon époux jufqu'à fon
vaiffeau , & là, les yeux baignez de larmes:
accorde-moi , lui dit - elle , la derniere grace
que j'aye à te demander ; va , pars , &
tourne la prouë de ton vaiffeau du côté
de Lisbonne , & va moüiller le plus près
que tu pourras du Château de cette Ville;
c'eft-là que tu verras à quel point je t'ai--
me , & quel facrifice t'a fait mon amour .
Jean de Calais lui promit d'executer.ce
qu'elle fouhaitoit , & fa navigation ayant
été heureufe, il vint aborder directement
fous le Château de Lisbonne . Son arri
vée , & la beauté de fon vaiffeau attirerent
toute la Ville à fon bord .
Le Roy lui-même fentit exciter fa curiofité
par tout ce qu'on lui en dit ; il
E. y You--
106 LE MERCURE
voulut en juger par fes yeux ;
& jettant
les yeux fur les trois portraits , il reconnut
fa fille au portrait de Conftance , &
la fille du Duc de Cafcaës au portrait
d'Ifabelle. Le portrait feul de l'enfant lui
fut inconnu . La fuite de cette hiftoire eft
extrêmement
touchante. Le Roy ſenſible
à la vertu de Jean de Calais le reconnoît
pour fon gendre ; il envoye une flotte à
Calais avec le premier Prince de fon
fang pour aller querir fa fille. Ce Prince
autrefois amoureux
de Conftance , fille
unique du Roy de Portugal , ce Prince,
dis je , animé par fon amour , & par fon
ambition , précipite Jean de Calais dans
la mer. Qu'il en coûte de pleurs à la trop
fenfible Conftance !
Mais la vertu eft toûjours récompenfée.
Jean de Calais s'étoit fauvé à la nage
dans une le déferte . L'ombre du cadavre
, dont il avoit autrefois payé les dettes
, vint l'enlever , & le tranfporta à là
Cour du Roy de Portugal , dans le temps
que Conftance alloit être livrée à fon
rival.
PANEGYRIQUE DU ROY.
R l'Abbé d'Eftriché à prononcé.
le Panegyrique du Roy à l'Académie
DE DECEMBRE 1722. 107
démie Royale d'Angers , dont il eft digne
membre. Louis XV. montre déja les
vertus qui font le grand & le bon Roy ::
C'eft fur ces deux qualitez que l'Auteur
fonde fon éloge. La vraye grandeur confifte
dans la fageffe & dans le courage !
or quelles preuves le Roy ne donne t'il
pas tous les jours de l'une & de l'autre !
Que de lumieres ! point de fcience qui é
ne s'empreffe de lui reveler fes fecrets .
La Geographie le fait , pour ainfi dire , ce
devenir habitant de l'Univers ; l'hiftoi- t
re le rend en quelque forte contempo- ce
rain de tous les Heros ; la Philofophie
en fait un fage ; la morale, un honnête ce
homme ; la Religion , enfant du Ciel ; <<
la faine politique, les délices de la terre. «
La fageffe dans Louis eft foutenuë de
la magnanimité ; il la fait paroître par la
fermeté avec laquelle il a fupporté les
douleurs de fa maladie , & par les plai
firs qu'il prend aux exercices de Mars.
De tous les fpectacles qu'on lui offre de
toutes parts , rien ne lui plaît davantage
que la revue des troupes , la vifite des
Arfenaux , l'image des fieges & des combats
, la vûë des armes & le bruit du tonnerre
de la guerre ; à ces objets fon coeur
fe declare , & l'on reconnoît aisément le
jeune Achilles.
Prince, pour regner fagement,quel mai
E.vj.
tre
108 LE MERCURE
33
33
» tre n'auriez - vous pas eu en Louis le
Grand ! en lui la guerre a perdu un conquerant
, la paix un arbitre , les loix un
appui , la Religion un défenfeur , la
France fon plus grand Roy , l'Univers
fon Heros , & vous un modele.
» Mais vous l'avez heureufement retrou-
» vé dans le Prince , dépofitaire de l'autorité
Royale , dans ce Prince dont les
»feules connoiffances feroient plufieurs
» grands hommes , & dont les premiers
exploits ont fait un Heros.
C'eft par la bonté que les Rois approchent
le plus de la divinité ; cette vertu
éclate dans le deffein qu'ils ont de rendre
leurs fujets bons & heureux ; bons
par la Religion , heureux par la juſtice.
Or quel coeur plus religieux que celui
de Louis XV ! quel refpect dans les temples
! quelle docilité aux faintes leçons
que la Religion même verfe dans fon
ame ! cede-t'il en rien à la pieté de fon
pere , & au zele de fon prédeceffeur ? os
de quel poids un tel exemple ne doit- il
pas être 2
La Religion d'un Prince eft toûjours
accompagnée de la juftice , & de toutes
les vertus qui peuvent rendre les peuples
heureux. En faifant le merite du Prince,
elles font le bonheur des fujets. Un Roy.
felon le coeur de Dieu eft toûjours felon
les.
DE DECEMBRE 1722 . 109
Les defirs des peuples . Sur ce principe
Louis nous donne les plus belles efperan
ces , & nous fait luire les jours les plus
heureux toute fon attention eft occupée
à connoître les befoins des peuples , &
les moyens de les foulager ; il aime à
pardonner , & à rendre la justice fans
égard au rang & aux préeminences ; d'ans
le temps qu'il paroît ne fe preparer que
pour la guerre de peur d'être furpris , il
ne foupire qu'après la paix . Il veut être
fouverain & ami , Roy & Citoyen tout c
enfemble. Seur de faire le plaifir de ce
ceux qui le voyent , un bon Prince eft g
toûjours acceffible ; le Roy porte enco- «
re plus loin fa bonté , il eft populaire , «e
il aime à fe montrer , à faire entendre «<
fa voix aux peuples , & dans les acla- «
mations , dont le doux bruit retentit à
fes oreilles , c'eft moins l'applaudiffe- «
ment que la joye de fes fujets qui le «
charme , François , que vous êtes heu- «
reux de mefurer vôtre bonheur fur la fageffe
& la magnanimité , la Religion &
la juftice de vôtre Roy. Toutes les deux
parties font prouvées par des faits inconteftables
, & relevées par des tours dignes
de l'Orateur . Son ftile eft ferré &
ingenieux , fon élocution noble & élegantes
aucune beauté n'échape à la mair
habile qui a traité un fi grand fujet , &
сс
mous
ITO LE MERCURE
nous ne fçautions mieux fuppléer à l'extrait
où nous fommes bornez , qu'en imitant
le public à lire le Difcours entier.
On le trouve à Paris , chez Deluffeux
Imprimeur- Juré de l'Univerfité , ruë
S. Eftienne d'Egrès , à S. Auguftin .
Voici l'Extrait du Difcours latin fur le
Sacre du Roy , que le Pere Porée , l'un
des Profeffeurs de Rhetorique du Colle .
ge de Louis le Grand , prononça le 25.
de l'autre mois , en prefence d'une ailem .
blée nombreuſe & diftinguée.
L'Exorde roule fur le Triomphe de la
Religion , la joye des peuples , & les
fêtes champêtres que Monfieur le Duc
d'Orleans , Prince auffi populaire que
magnifique , donna à Villers - Cotterets ,
& le Duc de Bourbon à Chantilly , où
par les ordres de S. A. S. Diane avec fes
chaffeurs , Thetys avec fes filets , Vulcain
avec les feux , Momus avec les jeux,
Orphée avec fes chants , raffemblerent
les plus beaux fpectacles , & firent voir
que c'eft une gloire propre à la maifon
de Condé de tenir à fes gages les arts
pacifiques , auffi bien que les arts qui
concernent la guerre.
La premiere partie du Difcours renferme
les avantages que le Roy reçût à fon
Sacre , & la feconde les promelles qu'il
fit à fes peuples. Les
DE DECEMBRE 1722
Les Rois, dit l'Orateur , tirent un grand
éclat , & une grande vertu de l'Onction
de leur Sacre , & beaucoup de gloire de
leur Couronnement : c'eft fur ces deux
réflexions que la premiere partie eft appuyée.
Les Princes les moins Religieux
ont toûjours crû devoir emprunter de la
Religion leur éclat & leur dignité.
j
Ainfi les anciens Rois de Perfe & de
Rome le faifoient confacrer par les mains
des Pontifes & des Augures pour fe coneilier
le refpect & la veneration des peuples
, & fe donnoient enfuite en fpectacle
comme des demi Dieux. Quelle dignité
la vraye Religion n'a -t'elle donc pas dû
répandre fur la perfonne d'un Prince
dont la confecration ne cede en rien aux
plus faintes , & aux plus auguftes ? Les
Rois d'Ifraël étoient , à la verité , facrez
par des Prophetes ; Louis XV. l'a été par
les mains d'un des premiers Pontifes du
Royaume. Nouveau Samuel plus refpectable
encore par l'éclat de fes vertus
que par fa haute naiffance , & il a été
Sacré d'un Crême Saint qui répand la
vertu du Seigneur fur la tête des Papes
& des Evêques , d'un Baume que l'ancienne
tradition de nos peres , plus croya
ble qu'une critique recente , affure étre
miraculeux. Il a reçû l'Onction : Sainte ,
non feulement à la tête comme les Evê
ques
112. LE MERCURE
ques , aux mains comme les Prêtres , aux
bras & aux épaules comme les Empereurs
& les autres Rois ; mais encore au
& c. Onction plus précieufe que ,
celle des autres Rois de la terre . Enforte
qu'on lui peut appliquer particulierement
les paroles du Roy Prophete : Le Scigneur
a répandu fur vous un parfum de
joye qu'il n'a verfe fur la tête d'aucun de
vos femblables. * Grand Prince , reconnoiffez
aujourd'hui vôtre dignité , & concevez
les fentimens de la pieufe ambition
que la Religion vous infpire , que le Souverain
Pontife reconnoiffe une dignité
marquée au fceau de la Divinité , & qu'il
felicite l'Eglife d'avoir un pareil fils aîné,
que les Rois la reconnoiflent & vous honorent
, que les peuples la reconnoiffent ,
& vous obéiffent avec refpect , que toute
la terre reconnoiffe la dignité , & revere
la vertu de vôtre Sacre.
On peut juger de la vertu que reçoivent
les Rois Sacrez par la force avec
laquelle Saul terraffa les Ammonites ,
après fa confecration par les triomphes
de David fur fes ennemis , par la victoire
que Charles VII. arracha aux Anglois ,
par le pouvoir que nos Reis ont de gue.
Fir un mal incurable , & par plufieurs
* Unxit te Deus tuus oleo latitia pra confortibus
tuis.
autres
DE DECEMBRE 1722 113
*
ce
се
ev
autres merveilles que le Seigneur opere
en faveur de ceux qui apportent à l'Onction
les difpofitions de Louis XV. Auffi «
dans le temps que l'Eglife de Rheims «
raffemble ce qu'il y a de plus auguſté
en France , quelle pompe , & quelle «e
fête dans les Cieux ! Charlemagne ,
Louis le Saint , Louis le Jufte , Louis «
le Grand, & vous , Legion Sainte de Bourbon
, qui par l'innocence de vôtre âge «
ou l'éclat de vos vertus portez des dia- ce
dêmes plus brillans que ceux de vos «
defcendans , vous voulez affifter à un fi ce
agreable fpectacle , être témoins de la ce
fagelle qui couronne le front de Louis , «
de la force dont le Seigneur arme fon ce
bras , & fes épaules pour les rendre «
habiles à porter le faix d'un grand
Royaume , de la dexterité qu'il fait «
paffer en fes mains , pour manier avec se
adreffe les rênes de l'Empire , des «
differentes vertus qu'il fait couler dans ce
fon coeur à mesure qu'on verfe fur lui «
la liqueur Sainte. Quel plaifir pour vous
de voir la Religion attentive à former ce
un Roy felon le coeur de Dieu , & les «
defirs des peuples ! Quel plaifir de voir «
la France occupée à parer fon Roy des «
ornemens les plus précieux , & le pre- ce
fenter ainfi pour la premiere fois à la ce
veneration publique ! Elle imite la Nace
ture
214 LE MERCURE
»
ture qui à la naiffance du Printemps
ouvre les tréfors , fe pare de fes richel-
"ſes , & le couronne des plus belles fleurs
pour attirer la premiere attention des
» mortels.
Quel éclat & quelle gloire fel'e réjaillic
de toutes parts fur le front de Louis. LO
rateur la tire des differentes circonftances
, & du Theatre même de la ceremonie
de cette Ville , dont on ignore l'ori
gine ; & qui a vû & couronné plus de
Rois que la fuperbe Rome ! De cette Ville
qui pendant le Sacre étoit environnée de
legions auffi braves que brillantes, remplie
d'un nombre prodigieux d'Etrangers &
de François , décorée par les plus illuftres
Prélats de l'Eglife , les Grands du Royau
me , les Princes de cette augufte Mailen,
qui a déja regné plus de temps que la
here Rome. L'Orateur la tire des orne
mens de Chevaliers, de Prêtres , d'Epoux,
de Juge , dont on revêtit le Roy , pour
apprendre aux François les differens titres
de leur Prince, & aux Etrangers que
le Roy de France renferme en lui , feul
plufieurs auguftes caracteres. Mais il eft
temps, grand Prince, de recevoir le Sceptre
qui doit vous rendre le Pafteur & le pere
de vos peuples . Recevez la Couronne de
Charlemagne , dont vous retracerez les
vertus , la Couronne parfemée des lys de
la
DE DECEMBRE 1722. FTS
«
65
се
Ila France , dont vous ferez la gloire & le
bonheur. Hâtez- vous de monter fur un
Thrône , non dreffé par le hazard ou la
paffion , mais par les deffeins de Dieu &
le droit de vôtre naiffance , non fur un
Thrône ruineux & fragile comme celui
des Cefars , mais fur un Throne folide
où vos peres regnent depuis plus de 700.
ans ; montez & regnez plufieurs fiecles ,
regnez - y avec .....Il y eft placé , & le ce
' temps s'ouvre à mes yeux. Dieu ! quel
cortege ! que de vertus ! que d'exploits ! ce
de gloire ! de felicitez. Appro- «e
que que
chez , François , voyez la majeſté de ce «
front , la douceur de ce vilage. Ah !
que les ornemens de la Royauté con- c
viennent à la perfonne , mais que la per- «
fonne releve l'éclat de ces ornemens . Il ce
me femble voir un diamant précieux
enchaffé dans l'or le plus brillant , mais «
qui jette le plus d'éclat qu'il n'en peut «
recevoir de ce qui l'environne ; proſter.
nez -vous , que l'amour feul anime vos ce
hommages. Salüez vôtre maître , faites
retentir de toutes parts , Vive le Roy, le a
peuple repete ce cris d'allegreffe , les e
montagnes fe le renvoyent , les trom- e
pettes l'accompagnent , le bruit du ca- ce
non l'annonce , la terre , le Ciel y ap- "°
plaudit, & parmi le bruit confus de plu- ce
Geurs Nations differentes , toutes ne par- e
lent
Co
ce
116 LE MERCURE
»
lent que le même langage , Vive le
Roy , qu'il vive pour la gloire , qu'ïl
vive pour nôtre bonheur , qu'il vive
» plufieurs ficcles , pour communiquer
tant de biens à nos neveux , puiſqu'il
» ſera toûjours auffi fidele à remplir fes
promeffes , qu'il a été heureux dans les
avantages dontle Ciel l'a enrichi le jour
» de fon Sacre.
La feconde partie s'ouvre par les promeffes
que le Roy a faites à fes peuples.
Il a promis à fon Royaume tout ce que
le pere le plus tendre peut promettre à fa
famille. Il a promis aux Citoyens tout
ce que le Juge le, plus integre peut promettre
à fes Cliens . Il a promis à l'E .
glife de France tout ce que le Paſteur
le plus vigilant peut promettre à fon
troupeau .
Louis s'engage à être le pere de la Pa
trie , à gouverner fon Royaume , comme
fi ce n'étoit qu'une famille , à repri
mer toute violence , toute concuſſion ,
tout brigandage dans tous les ordres de
fon Etat , à ufer de toute fon autorité
pour empêcher que les Grands n'oppri
ment le peuple , que les petits ne fe lou
levent contre les grands , &c . Peut - être
ne fentons- nous pas tout le prix de ce
bienfait qui nous eft promis ; parce que
nous le goûtons déja fous le gouverne
ment
DE DECEMBRE 1722. 117
ment d'un Prince , qui a fçu faire reſpec
ter l'enfance du Roy ; qui dans une minorité
a confervé plus d'autorité que les
Princes les plus puiffans n'en ont peutêtre
jamais eu dans leurs profperitez ; qui
par l'étendue de fes lumieres , & par le
zele d'un Miniftre infatigable , conduit
les peuples avec une fageffe fi tranquille ;
qu'ils joiiiffent d'une profonde paix , fans
s'appercevoir des mouvemens fecrets qui
ont procuré leur repos.
Mais parce que la paffion a recours à
l'artifice quand elle ne peut réüffir par
la force ouverte ; qu'elle falfifie les loix.
quand elle ne peut les fouler aux pieds ;
Louis s'engage à être le Juge de fon
peuple , & à faire obferver l'équité & la
mifericorde dans tous les jugemens . On
le verra peut- être un jour , ainfi que le
plus faint de les ancêtres , au milieu de
la campagne comme dans un Palais , affis
fur le gazon comme fur un Tribunal , à
l'ombre des arbres comme fous un dais ,
prononcer les oracles de la juftice , & fe
montrer en même temps l'Avocat & le
Juge de fes peuples. Mais ce qu'il ne
pourra faire par lui-même , il le fera par
des hommes integres , qui tiendront ſa
place , qui jugeront en fon nom , & par
fon autorité , &c... Mais qu'entends - je!
Le Roy prononce un ferment redoutable,
118 LE MERCURE
i jure de ne pardonner jamais à quiconque
offriroit ou accepteroit le défi pour
un duel. Où eft donc la mifericorce ?
jamais elle n'éclata plus que dans ce fer.
ment. C'est être mifericordieux envers
fes Sujets , que de les fauver malgré eux,
& de les défendre contre un faux point
d'honneur par la crainte d'un fupplice
certain, & d'une veritable infamie . C'eft
être milericordieux envers les familles ,
que de les expofer à voir leurs appuis
tomber fous le glaive , & leurs efperances
s'éteindre dans leur propre fang ;
c'eft être mifericordieux envers fa
patrie,
que de lui conferver fa défenfe & fes
heros, en immolant quelques têtes coupa
bles ; c'eft être mifericordieux envers la
Nation Françoile , que de lui conferver
fa gloire , en lui infpirant de l'horreur
pour des combats fanguinaires , ignorez
ou déteftez par les Romains , ces vrais
braves qu'on ne peut foupçonner de
n'avoir pas connu , ou dé n'avoir pas aimé
la veritable valeur ; c'eft être mifericordieux
envers tous les âges & toutes
les Nations , que de leur donner dans
une ceremonie fainte , l'exemple d'un ferment
fi neceffaire, & qui va devenir hereditaire
à tous nos Rois ; c'eſt donc rendre
en quelque forte fa mifericorde generale
& éternelle.
Ua
DE
DECEMBRE 1722. 119
}
Un Prince qui a tant de bonté pour
fes peuples , peut- il manquer de zele
pour l'Eglife fa mere non , Louis lui
promet fes foumiffions , fes exemples
Les bienfaits , fa protection ; l'Eglife en
a befoin dans un temps d'impiete & de
libertinage ; elle a fes biens & fes revemus
particuliers , c'eft au Roy à en écarter
des mains profanes , & à empêcher
que l'avarice des defcendans nufurpe
les pieufes liberalitez des ancêtres ; l'Eglife
a fes droits & fes privileges , c'eſt
au Roy à les mettre à couvert de l'audace
& de l'envie. L'Eglife a fes armes
mais des armes qui n'étant pas fanguinaires
, ne font redoutables qu'aux perfonnes
vertueufes ; c'eft au Roy à procurer
que les méchans ' ne les declinent
pas , que les impies ne les méprifent pas 5
C'est au Roy , qui partage le Sacerdoce
& l'Empire , à concilier tellement la
puiffance Ecclefiaftique avec la civile ,
qu'elles ne prennent rien l'une fur l'autre
, qu'elles fe rencontrent fans fe heurter
, qu'elles fe touchent fans fe briſer,
que contentes de leurs bornes , elles s'accordent
& fe refpectent mutuellement.
&
C'eft ainfi que le fouverain Maître
de l'Univers regle les limites de la mer
& de la terre. La terre fouffre les
proches de la mer, connoît fes bornes , «
ap- «
&
120
MERCURE LE
» & fe retire après les avoir atteint ; airfi
» ces deux élemens s'approchent fans cel-
» fe fans fe mêler , & font d'un parfait
" accord , lors même qu'ils paroiflent ic
» combattre.
Enfin le Roy a formé les engagemens
les plus faints , & fa pieté les remplira;
il a juré de fi grandes chofes , que c'est
peu de regner à ce prix , mais fon courage
en triomphera ; il a juré de nous
rendre heureux , & fon amour lui en
fournira les moyens autant que fa puiffance
.
Il a juré d'exterminer & de chaffer
toute herefie de fon Royaume ; & fon
ferment ne fera pas vain. Dans le temps
que nos derniers Rois faifoient le même
ferment , l'herefie s'en mocquoit avec
in clence , & fe vantoit de rendre nos
Monarques parjures . Au moment qu'ils
juroient au pied des Autels , elle railembloit
fes forces , elle fe liguoit avec les
Princes Etrangers , conjuroit avec des
citoyens perfides & ambitieux , elle infultoit
le Prince jufques fur le Trône ,
&c. mais après avoir vû Louis le Grand
s'armer de la foudre pour executer ce
qu'il avoit juré , oppofer fes fermens aux
follicitations , méprifer les menaces de
l'herefie , fondre fur elle , renverfer fes
faux temples , & la forcer d'abandonner
UR
DE DECEMBRE 1722 . 121
un Royaume , où elle avoit dreffé tant
d'Autels , formé tant de ligues , levé tant
d'armées , livré tant de combats , répandu
tant de fang ; après avoir vû tous ces
exploits qui ont caufé fes malheurs , elle
a fremi , quand elle a entendu le ferment
de Louis XV . Elle a gemi , & détourné
fes regards de deffus la France ,
où elle fembloit vouloir chercher quelque
accès , & où elle n'a plus efperé de
trouver entrée fous un jeune Roy , qui
fera auffi fidele que religieux dans fes promeffes
. Qu'il vive donc pour les accomplir
, ce tendre Pere de la patrie ; ce Juge
favorable des peuples ; ce zelé Protecteur
de l'Eglife , qu'il vive encore une
fois , ce Roy augufte , aujourd'hui nôtre
efperance & nôtre amour , bien - tôt nôtre
gloire & nôtre bonheur.
Au refte , nous ne dirons rien ici de
l'Auteur , nous ajoûterons feulement pour
ceux qui ne le connoiffent que par les
éloquentes Oraifons funebres de nos Prin
ces , tant applaudies dans les Royaumes
voifins , qu'il eft peut-être encore plus
grand Poëte Dramatique qu'Orateur .
Pendant que l'Aflemblée fe formoit , on
diftribua des Poëfies Françoiles & Latines
fur le Sacre. La Poëfie Latine eft
riante & ingenieufe ; les Pieces Françoi-
Les font inferées dans ce Volume , p . 1 .
F p..
122 LE MERCURE
p. 41. & p. 52. Le foir il y eut une grande
illumination , & on tira un feu d'artifice
parmi les acclamations des Penfionnaires
.
DISCOURS prononcez dans l'Académie
Françoife le Jeudy 3. Decembre
1722. à la reception de Son Eminence
M. le Cardinal du Bois , premier Miniftre.
A Paris , chez Coignard , in
4. Premier Difcours , 3. pages. Second
Difcours , 11. pages .
Ce Difcours a été extrémement applaudi.
Il eft rempli de force & de dignité
; mais ce qui doit intereffer davantage
, c'eſt qu'il fait connoître un zele
ardent pour la felicité publique.
MESSIEURS ,
Je n'avois pas befoin de la reconnoiffance
que m'impofe aujourd'hui l'honneur
que vous me faites , pour donner
aux interêts de cette illuftre Compagnie
toute l'attention & tout le zele qu'elle
merite. Mon amour pour les Lettres a
prévenu dès long-temps en moi ce nouveau
DE DECEMBRE 1722. 123
yeau motif de fervice & d'attachement.
Vôtre établiffement , Meffieurs , eſt
une partie confiderable de la gloire d'un
grand Miniftre , dont vous me permettrez
de n'entreprendre l'éloge que par
mes efforts pour l'imiter.
Il prévit bien fans doute le fuccès de
fon Ouvrage , & tel en a été le progrès
& l'éclat , que nos Rois , après lui , fe
font refervé le titre de vôtre Protecteur ;
& que pour un fucceffeur de celui qui
vous a fondez , c'eft deformais un digne
objet d'ambition , que le titre de votre
Confrere.
Je le reçois aujourd'hui , ce titre flateur
, avec un plaifir fenfible. Je remplace
parmi vous un homme d'une vaſte
érudition , qui a enrichi la Langue des
plus précieufes dépouilles de l'antiquité ,
& qui , fidele interprete du plus judicieux
des Ecrivains , vient d'étaler à nos yeux
dans les vies des Hommes illuftres les
plus grands principes & les plus grands
exemples.
C'eſt à moi , dans la place où je fuis ,
d'en faire une étude ferieufe , d'y puifer ,
s'il m'eft poffible , dequoi juftifier le choix
du Prince à qui je dois tout , & les dignitez
& les lumieres mêmes ; dequoi feconder
avec fuccès les deffeins d'un jeune
Roy , deftiné par les inclinations , à re-
Fij montrer
124 LE MERCURE
montrer au monde toute la gloire de fon
augufte Bifayeul.
vous
Je m'eftimeraj heureux , Meffieurs , à
proportion que je meriterai une appro
bation d'auffi grand prix que la vôtre, &
que je fignalerai ma reconnoiffance pour
non feulement par mes foins pour
ce qui vous regarde , mais en procurant
de tous mes efforts la felicité publique ,
qui vous touche encore plus que vos avantages
particuliers.
Après que Son Eminence cut achevé
fon Difcours , M. de Fontenelles , Directeur
de l'Académie , lui répondit avec
les graces de cette éloquence qui lui font
fi naturelles . Il eft vrai , dit-il , car Vô - i
» tre Eminence pardonnera aux Mufes leur
" fierté naturelle , furtout dans un lieu où
" elles égalent tous les rangs , & dans un
"
"
jour où vous les enorgueillez vous - mê-
" me , s'il eft vrai que vous leur deviez de
"la reconnoiffance. Elles ont commencé
→ vôtré élevation , & vous ont donné les
premiers accès auprès du Prince , qui a
" fi bien fçu vous connoître. Mais ce grand
" Prince vous avoit acquitté lui- même envers
elles , par les fruits de fon heureufe
éducation , par l'étendue & la varieté
des lumieres qu'il a prifes dans leur
commerce , & par le goût quilui marque
"3
גכ
20
DE DECEMBRE 1722. 125
fi furement le prix de leurs diflerens Ou- »
vrages ; ainfi Monfeigneur , ce que "
vous faites maintenant pour elles eft une
pute faveur. 742
Сс
Co
Enfuite parlant de M. d'Acier , à qui
Son Eminence a fuccedé en la place d'Académicien
, « fon travail lui fut toûjours ce
commun avec fon . illuftre époufe , eſpece
de communauté inouie jufqu'à nos ce
jours. Attaché fans relâche aux grand, «
Auteurs de l'Antiquité Grecque & Romaine.
Admis dans leur familiarité à
force de veilles , il les faifoit revivre par c
mi nous , le's rendoit nos contemporains ;
& par un commerce plus libre & plus
étendu qu'il nous ménageoit avec eux , «
il enrichiffoit un fieele déja fr riche par «
lui-même. Il employoit une longue étu- .
de à penetrer les beautez de l'Antiquité,
un foin paffionné à les faire fentir , un
zele ardent à les défendre , toute fon ad- «
miration à les faire valoir , & l'exemple
feul de cette admiration fi vive , pouvoit «
ou perfuader ou ébranler les rebelles.
Ce
се
ca
Quel bienfait ne nous accordez- vous CA
pas en lui fuccedant vous éuffiez pû «
nous favorifer comme premier Miniftre ; «
mais un premier Miniftre peut- il jamais
nous favorifer davantage , que lorsqu'il
devient l'un d'entre nous ? les graces ne
partiront point d'une ,main, étrangere à
Fiij nôtre
ce
126 LE MERCURE
"
"nôtre égard , & nous y ferons d'autant
plus fenfibles , que vous nous les déguife-
"rez fous l'apparence d'un inte : êt commun.
" Auffi les applaudiffemens que nous vous
" devions,feront- ils deformais , non pas plus
"vifs , mais plus tendres , toute vôtre gloi-
"re eft devenue la nôtre , & dans nos An-
"nales particulieres , qui , auffi bien que
l'Hiftoire generale du Royaume , auront
"droit de feparer de vos actions & de vous
nous mêlerons à ce fentiment commun
"d'ambition , un fentiment de zele qui n'appartiendra
qu'à nous .
3
"
Il fait enfuite la peinture du Miniftere
& de la conduite d'un Miniftre habile ,
avec des traits qui perfuadent , que celui
qui décrit fi bien les qualitez d'un grand
Miniftre a lui-même des lumieres fuperieures
à celles des hommes ordinaires.
M. de Fontenelle nous apprend , en
finiffant , que depuis plus de trente ans
qu'il eft de l'Académie , il n'avoit jamais
été chargé de parler à aucun de ceux qui
ont été reçus après lui.
Le fort , dit- il, me refervoit à uneoccafion
finguliere , où les fentimens de mon
coeur puffent fuffire pour une fonction fi
noble .Vous vous fouvenez, Monfeigneur,
&que mes voeux vous appelloient ici longtemps
avant que vous y puffiez apporter !
tant de titres . Perfonne ne fçavoit mieux
Сс
&
que
DE DECEMBRE 1722. 127
« que moi , que vous y euffiez apporté ceux &
que nous préfererons toujours à tous les «
autres.
M. de la Mothe recita deux fables dans
la même féance , & M. Dancheť l'Ode
qu'on va lire.
AUX CITOYENS DE PARIS ,
fur le paffage du Roy par fa Ville
Capitale , au retour du Sacre.
OD E.
Prononcée à Sa Majesté , & recitée enfuite
dans l'Affemblée publique de
l'Académie , & c.
C
E jour à vos regards rend votre Augufte
Maître ,
Venez , accourez tous , Habitans de ces lieux ,
Les tranfports qu'en vos coeurs fa preſence fait
naître
Peuvent éclater à fes yeux .
Venez plus que jamais empreffez à lui plaire ,
Il s'eft à vôtre fort uni par de faints noeuds ,
Le ferment qui l'engage eft d'être vôtre Pere ,
Et de rendre vos jours heureux .
Fiij. Les
.128 LE MERCURE .
1
Les nouveaux dons des Cieux , fa bonté naturelle
,
Da plus doux avenir tout vous permet l'efpoir ,
Commencez à goûter , pour prix de vôtre zele,
Le charme fateur de le voir.
PRINCE , enfin ton retour a rempli nôtre at
tente ,
Il a dans tous les coeurs ramené les plaifirs ,
Telle aux Champs deſolez eſt la faifon naif
fante
De Flore & des jeunes Zephirs.
L'artifant qui te voit benit fa deſtinée ,
Il remporte en fon fein ton vifage tracé ,
Des penibles travaux d'une longue journée
Le fouvenir eft effacé.
Du plaifir de ta vûë une Mere attendrie
Te montre à fes enfans , & les larmes aux yeux ,
Leur dit : Vous le voyez l'espoir de la Pasrie
Où vous ont fait naître les Dieux.
Mes enfans , c'eft pour vous que son regne com
mence ,
Si je nepuis , helas ! voir un regne fi beau :
Vous vivrez trop heureux d'être fous fa pasisa
Lance ,
8
•
1
Je
DE
DECEMBRE 1722. 129
Je crains moins la nuit du tombeau.
Vousne m'y ferez point ouir de voix plaintives ,
La Probité , l'Honneur reprennent tous leurs
droits ,
Du terreftre féjour les Vertus fugitives
Reviennent fous l'appui des Loix.
Le coeur du Souverain ſera leur premier temple ,
Elles vont l'éclairer dans fes nobles projets :
Un Roy , qui des vertus eft lui- même l'exemple,
Les infpire à tous fes Sujets .
PRINCE , un Pere à fon tour , excite le cou
rage
D'un fils que fes leçons pour toi feul ont formé
Monfils , dit-il , ſervez dans l'ardeur de vôtre
âge
Un Royfi digne d'être aimé.
Au milieu des Lauriers , né d'un sang intre
pide ,
Si LOUIS eft contraint à livrer des combats,
Nôtre feul interêt lui fervira de guide ,
La Juftice armera fon bras .
fuivrefes Drapeaux mon amour vous convie ,
Que de vôtre devoirrien ne borne le cours ,
Fv Montrez
130
LE MERCURE
Montrez- vous toujours prêt à donner votre vie
On pourfa gloire , oupourses jours.
De ton peuple , GRAND ROY , c'eft l'image
fidele ,
Plein de la même ardeur j'ofe ici te l'offrir :
Quand il montre pour toi tant d'amour tant de
zele ,
Pourrois- tu ne le pas cherir.
Fais voir par des bienfaits d'éternelle durée ,
Que pour notre bonheur les deftins t'ont donné
:
Aime la Paix , les Arts ; de Saturne & de
Rhée
Rends-nous le fiecle fortuné.
L'ACADEMIE Royale d'Architecture
tint fon Affemblée publique au vieux
Louvre le 16. Novembre dernier , pour
la diftribution des prix , que le Roy fait
donner toutes les années. à deux jeunes
Architectes , du nombre de ceux que
l'Académie jage les plus capables pour
les meriter , & dont les defleins doivent
fuivre entierement le fujet qu'elle propoſe
deux mois auparavant ; celui de
cette année étoit un Arc de Triomphe.
Le fieur Chevautet , Architecte du Prin-
се
1
DE DECEMBRE 1722. 31
ce Charles de Lorraine , Grand Ecuyer
de France , & le fieur le Jolivet , font
ceux qui ont travaillé avec fuccès à ces
deffeins , lefquels furent prefentez à l'Académie
le jour de l'Affemblée , & examinez
avec foin par les Académiciens.
qui la compofoient. M. de Cotte , premier
Architecte du Roy , & Directeur
de l'Académie préfidoit le premier
Prix fut donné au fieur Chevautet , &
le fecond au fieur le Jolivet. Ces Prix
font de fort belles Médailles du Roy en
argent , avec des revers qui ont rapport à
'Hiftoire de Sa Majesté.
,
Voici en abregé la compofition de ces
deffeins , qui confiftent en Plans , Elevations
, Coupes & Profils , & ont chacun
environ quatre pieds de longueur.
Le premier deffein eft compofé de quatre
avant- corps fur le même allignement,
& ouverts par trois arcades. Un Ordre
Dorique en pilaftres fait la decoration
du bas , il eft furmonté d'un Attique regnant
autour de l'édifice ; il n'y a de
colonnes qu'à ces quatre avant- corps au
nombre de huit , fans compter les
deux des extrémitez & à plomb des
colonnes l'entablement eft furmonté de
figures , qui donnent à ce
autant de legereté que de magnifi
cence . Le milieu foutenu de ces deux
F vj avantmorceau
132 LE MERCURE
avant- corps , eft ouvert par 1Arc princi
pal , qui s'éleve de toute fa largeur audeffùs
de l'entablement ; la clef de cet
Arç , reprefentée par une confolle , foûtient
la corniche de l'Attique , qui termine
ce milieu par un fronton orné des
Armes de France , accompagnée de pluheurs
trophées , &c. & à côté de l'archivolte
du grand Arc , & au-deffous de
la corniche de l'Attique , font deux Renommées
tenans des couronnes de laurier
, & c .
Ce morceau eft couronné d'un amortiffement
en gorge , portant doubles focles
,fur lefquels font affifes des figures
d'enfant , qui reprefentent les Arts. Au
milieu eft un piedeſtal , fur lequel eft la
Statue du Roy en pied , tenant d'une
main un Bâton Roïal , & de l'autre la
main de Juftice.
Les deux Arcades , qui font à côté de
la partie du milieu , fe joignent aux avantcorps
des bouts de cet édifice par une
portion circulaire rentrante , elles font
acôtées de deux pilaftres de chaque côté ,
& à plomb des Arcades dans l'Attique ,
font deux bas - reliefs qui reprefentent
l'Hiftoire d'un côté , & la Peinture de
l'autre.
Les deux avant- corps du bout font terminez
au-deffus de l'Attique par un obe-
"
lifque
DE
DECEMBRE 1722. 133
lifque , couronné chacun d'une fleur- delys
, & accompagné par le bas d'un corcelet
, entouré de drapeaux , & de deux
cafques.
Ce morceau ouvert par les deux bouts
forme un paffage dans toute fon étenduë,
dont le milieu eft de figure octogone , &
la partie où fe rencontrent les arcades des
côtés , & du bout de cet édifice eft circulaire.
La face vûë par le bout faifoit elle
feule un arc de triomphe , par la maniere
dont elle eft ornée , & c.
Le fecond deffein eft compofé de trois
parties ; celle du milieu eft pour orner la
principale arcade , & les deux autres forment
deux pavillons qui terminent ce
morceau , & en même temps fervent d'accompagnement
au milieu. Pour menager
un repos , il y a entre ces pavillons & le
milieu , une arcade en arriere- corps de
chaque côté , de même décoration que
l'ordre du bas , accoftées de deux colom- ,
nes chacune..
Le milieu fort de deux avant - corps fur
l'arcade de renfoncement ; & pour rendre
cette partie plus mâle , les pavillonsdu
bout font moins faillans d'un avantcorps
chacun.
La façade eft ornée par le bas de 22 .
colomnes d'ordre compofé entier , portang
134
LE MERCURE
tant une balustrade fur fon entablement ,
& de huit d'ordre Corinthien au deffus ,
portant un acrotaire orné de poftes.
Les deux avant- corps principaux fou
tenus de feize colomnes , tant en haut
qu'en bas , font ouverts par un grand arc
qui s'éleve de toute fa largeur au deſſus
de l'entablement du premier ordre.
La distance du deffus de l'archivolte
au deffous de l'architrave de l'ordre Co
rinthien eft ornée de deux Renommées ,
pofées fur des nuages qui accompagnent
un aigle , qui reçoit dans fes flancs l'alliance
de la France & de l'Espagne , &
derriere font plufieurs drapeaux entourez
de lauriers , &c..
Les huit colomnes de l'avant -corps fu
perieur laiffent entr'elles deux efpaces au
premier ordre , & deux au fecond avec
des trophées qui caracterifent la paix &
la juftice . La corniche de cet avant- corps
termine l'ordre Corinthien par un fron- !
ton , orné d'un cartouche des armes de
France & de Navarre , accoftées de deux
rainceaux de palmes & de lauriers , pofant
fur des canons , hâches d'armes , & c.
Les huit colomnes de l'autre avantcorps
, dont dont quatre de chaque côté , haut
& bas, font groupées feulement , à celles
de l'ordre Corinthien , & accoftées de
drapeaux & boucliers au deflus de la
baluftrade
DE DECEMBRE 1722. 735
balustrade du premier ordre.
Les deux pavillons du bout élevez der
trois marches au deffus du pavé , font ouverts
par les deux faces principales , &
par le bout , & chaque face eft ornée
d'une arcade , avec deux colomnes de
chaque côté à plomb , defquelles au deffus
de la baluftrade font des corcelets
Couverts de cafques , & accompagnez de
trophées qui rendent ces pavillons d'autant
plus reguliers , que là fimplicité en
fait feule le principal ornement.
Ces pavillons font couverts chacun
d'une coupolle en dalles , terminée par
un globe où font les armes de France , &
au deffous de chaque pavillon eft un piedeftal
, portant une ftatue en pied , l'une
de Mars , & l'autre de Minerve.
pour
Nous n'entrerons point dans le détail
des coupes & profils de cet édifice
éviter la longueur , quoique ce foit ce
qu'il y a de plus achevé , & de plus intereffant
pour les connoiffeurs .
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Séez
le 30. Novembre 1722.
Lbaye de S. Martin de Séez , en Nor-
Es Religieux Benedictins de l'Ab
mandie , l'une des fix qui ont des Abbez
Reguliers ,
KG LE MERCURE
Reguliers , fignalerent hier leur zele at
fujet du Sacre du Roy . La ceremonie
qui avoit été annoncée dès le matin par
une falve d'artillerie commença à cinq
heures du foir par un Te Deum que les
Religieux , tous revêtus de chapes magnifiques
chanterent folemnellement autour
d'un grand bucher preparé dans la
grande cour du Monaftere , auquel le
R. P. Abbé en Croffe & en Mitre mit
le feu , au bruit des acclamations du peuple
, des tambours , des trompettes , des
haut - bois , & de l'artillerie & moufqueterie
de la Ville , une grande partie des
Bourgeois étoient fous les armes . Toutes
les fenêtres des bâtimens qui regnent autour
de cette cour , étoient parfaitement
bien illuminées. On tira en même temps
un nombre infini de fufées , on jetta de
l'argent au peuple, qui fut encore régalé de
plufieurs poinçons de vin défoncez , & c .
On nous écrit d'Orleans que l'Académie
de Mufique de cette Ville voulant
donner des marques publiques de fa joye
au fujet du Sacre du Roy , a fait chanter
le 13. Decembre dans la falle de l'Acadé
mie une Idyle , compofée par un des Académiciens
, & mile en Mufique par M.
Homet , Maître de Mufique de la même
Académie. Chaque Académicien eut la
liberté
DE DECEMBRE 1722. 137
liberté de faire entrer avec lui deux de
fés amis , & cette liberté limitée empêcha
la confufion , & rendit l'affemblée plus
brillante. Les Dames entrerent à l'ordi →
naire , & le concert fut executé avec tout
le fuccès poffible .
Nous croyons devoir annoncer au Public
que la Methode raifonnée pour apprendre
la Langue Latine , dont nous
avons parlé dans le Mercure du mois de
Sepembre , fe pratique avec fuccès chez
M. Venet , Maître de Penfion , qui demeure
au quartier de l'Eftrapade , vis- àvis
les murs de Sainte Geneviève au
coin de la rue des Poules . Chacun peut
en aller juger par foi- même.
>
La Bibliotheque de feu M. de la Cofte,
Docteur de Sorbonne , Chanoine de l'Eglife
de Paris , fe vendra en détail le 7.
Janvier 1723. & jours fuivans. Le Catalogue
imprimé en un vol. in 12. de 344 .
pages , fe diftribue depuis plus d'un mois
chez les fieurs Ofmont & Martin , Li
braires , rue S. Jacques. Cette Bibliotheque
eft compofée de plus de 4500.
volumes.
SUITE
738
LE MERCURE
િ *****- jikakakakakakak
SUITE DES MEDAILLES DU ROY,
avec l'explication des Types
& Legendes.
MEDAILLE XXIII.
E Roy & l'Infante en regard avec
une jeune vigne au pied d'un ormeau
qu'elle embraffe avec les pampres. Legende
, IN PUBLICA COMMODA CRESCENT
. Ils croîtront pour le bien public.
Exergue , M. D. CC . XXI .
{
XXIV.
Le Roy & l'Infante , avec la legende
ordinaire , &c. Revers , cette Infcription .
UTRIUSQUE IMPERII FELICITAS ,
dans le champ de la Medaille.
Nous donnerons dans les mois fuivans
la fuite de ces Medailles , une autre Medaille
nouvellement frapée du Sacre du
Roy , & les nouveaux jettons de cette
année.
•
•
W
SPEC
COM
XXIII.
NAV
REX.
LUD .
XV
.
FR.ET
MOD
A.VICT
HISP
INT
LUDOVICI MAGNI
PRONEPOTES.
CRESCENT
XXIIII
UTRIUSQUE
IMPERII
FELICITAS
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY .
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS,
1
1
"
DE
DECEMBRE 1722
139
L
SPECTACLE S.
>
E 16. & le 17. de ce mois le Thea
tre François après avoir été fermé 8 .
jours à caufe de la mort de MADAME
a donné deux nouveautez au public , la
premiere c'eft la Tragedie d'Antiochus
ou les Machabées , de l'Abbé Nadal , &
la feconde une Comedie Heroïque en
trois actes , en vers Alexandrins , intitulée
l'Oracle de Delphes , d'un Anonime ;
nous attendrons au mois prochain à parler
de la premiere pour en pouvoir donner
un extrait exact & étendu. Nous
allons cependant donner une legere idée
de l'autre , dont on a ceffé les reprefenta
tions , après avoir été jouée quatre fois.
Cette piece a été reçûe avec beaucoup
d'applaudiffemens . Elle a paru écrite
avec beaucoup d'exactitude & d'élegan ,
ce ; cependant elle n'a pas entierement
foutenu fa premiere réputation dans les
reprefentations fuivantes , qui n'ont pas
été auffi fuivies qu'on auroit crû , ce
qu'on peut attribuer au grand ferieux qui
regne dans tout le premier acte , & dans,
la moitié du fecond : on s'eft contenté
d'y prêter beaucoup d'attention. Le troi-,
fiéme
140 LE MERCURE
fiéme acte qui eft tout des plus vifs elt
une farce très - divertiffante , qui finit pås
une annonce très - flateuſe pour le parterre ;
auffi en a- t'il marqué fa reconnoiffance
par un applaudiffement , general : voici
un petit Extrait de cette piece.
ACTEURS ,
De l'Oracle de Delphes.
Le Roy de Delphes , le Sr du Frefne.
Artenice , la Dam. du Frafne.
Demophon , Miniftre , & crû pere
d'Artenice
,
le fieur Fontenay.
Amintor , Confident du Roy , le fieur
du Bocage.
Lychas affranchi du Roy de Delphes ,
Amant de Chloé , le fieur Quinault.
Chloé , fuivante d'Artenice , Amante
de Lychas , la Dame des Hayes.
Trois filles qui viennent confulter l'Oracle
pour differens motifs , les Damnes
Jouveneau , d'Angeville & du Breuil.
ACTI I.
Le Roy de Delphes dit à Amintor qu'il
craint de n'être pas aimé d'Artenice , &
qu'il n'attribue tous les égards que cette
aimable perfonne paroît avoir pour
qu'au refpect que fon rang lui impoſe. Il
déplore le fort des Rois , qui ne peuvent
lui
jamais
DE
DECEMBRE 1722, 141
17
jamais s'affeurer d'être aimés , par rapport
à eux-mêmes. Amintor combat cette
délicate crainte , qu'il trouve d'autant
plus injufte qu'elle n'eft pas fondée. Il le
flatte adroitement fur fon merite perfonnel
, qui n'a pas befoin de l'éclat de fa
couronne pour le faire aimer. Il impute
la feverité d'Artenice à l'orgueil de Demophon
, fon pere , qui ne lui infpire que
des moeurs fauvages pour joüir du plaifir
fecret de contredire fon maître . Demophon
vient annoncer au Roy qu'un Ambaffadeur
d'Argos doit arriver inceffamment
à Delphes , chargé de quelques ordres
de fon maître. Il exhorte ce Prince
à foutenir toûjours la gloire de fon Trône
, & fur tout à fe tenir toûjours en
garde contre le charme de la flatterie:
ces dernieres paroles qu'Amintor s'applique
l'obligent à demander à Demophon
qui font ces Aatteurs , dont il prétend
parler. Le Roy prévient les fuites d'une
converfation qui pourroit aller trop loin,
& leur impofe filence. Lychas entre brufquement
en fe plaignant de Chloé qu'il
accufe d'indifference. Le Roy croit qu'il
parle de l'indifference d'Artenice , &
prend pour lui-même toutes les plaintes
de Lychas. Chloé arrive fort à propos
pour débrouiller cet enigme , elle affuré
le Roy de la tendrefle d'Artenice , dont
elle
€42 . LE MERCURE
!
elle croit ne pouvoir douter. Artenice
vient , & ayant apperçû le Roy , elle
veut le retirer par refpect ou par timidité
, le Roy lui reproche fa froideur:
Une lettre qu'on lui apporte l'oblige à fe
retirer brufquement. Ce premier Acte finit
par un petit raccommodement qui ſe
fait entre Lychas & Chloé , précedé de
certaines conventions matrimoniales affez
peu édifiantes.
ACTE II .
Chloé réflechit fur la délicateffe de
Lychas , & prétend s'en divertir à fes dépens.
Le Roy paroît au fond du Theatre
parlant à l'oreille à Lychas , à qui il
donne quelques ordres fecrets . Le Roy
s'étant retiré , Lychas fier de la confidence
de fon maître , dont Chloé vient d'être
témoin Regarde cette petite maîtreffe
du haut de fa gloire , & lui die
d'un ton ironique qu'elle n'a qu'à lui
donner fon congé , quand il lui plaira ,
& qu'il trouvera fans peine à fe dédommager
ailleurs , Chloé lui répond à peu
près fur le même ron. Lychas fe retire
pour aller exécuter ce que le Roy vient
de concerter tout bas avec lui . Artenice
& Demophon entrent ; Demophon fait
entendre à Artenice qu'il faut quitter une
Cour , où fa prefence devient dangereute
par
DE DECEMBRE 1722.
1-143
par l'amour qu'elle a infpiré à fon maître.
Artenice frappée d'un ordre qui l'arrache
à ce qu'elle a de plus cher , fait un
aveu de fa foibleffe à Demophon. Ce fage
Miniftre lui dit qu'il s'en étoit déja appérçû
, quand il a pris la réfolution de
l'éloigner de Delphes . Il lui declare enfin
qu'il n'eft pas fon pere. Quoique certe
nouvelle connoiffance de fon fort dût la
difpenfer d'obéir à des ordres fi cruels
pour fon amour , elle ne laiffe pas de s'y
foumettre aveuglement . Le Roy vient
avec Amintor à qui il explique ce qui l'a
fait fortir fi brufquement dans le premier
Acte. C'eft une nouvelle que lui donne le
Roy d'Argos , & qui paroît tout - à - fair
inutile à la piece . Il parle d'une fille de
ce Roy , ou du Roy de Samos , que certains
troubles avoient fait difparoître dès
fon enfance , & que le Roy d'Argos affuroit
être actuellement à Delphes . Nous
venons de dire que cet incident paroît
inutile à la piece , ajoûtons quelque chofe
de plus ; il vient à contre-temps , &
il feroit plus naturel , & plus digne d'un
Miniftre auffi fage que Demophon , qu'il
eut éloigné fa propre fille du Thrône par
un parfait defintereffement. Mais il ne
peut fans une efpece d'injuftice faire
perdre une Couronne à une fille étrangere
, qui peut être en eft digne par
fa
naillance
144
LE MERCURE
nailfance , comme elle le merite déja par
fa beauté , & par fa vertu. Le dénouement
auroit été plus agreable après ce
grand ferieux qui regne dans cette Comedie
: nous allons venir à la petite pie
ce, ou plutôt à la farce. Le Lecteur fe
fouviendra , s'il lui plaît , que le Roy , au
commencement de cet Acte a donné des
ordres fecrets à Lychas : voici dequoi il
eft queftion. Le Roy pour apprendre s'il
eft aimé d'Artenice , & s'il en eft aimé
lui- même , & non pour fon rang ,
veut que la Pythie , dont il difpofe à fon
gré penetre dans le coeur d'Artenice par
quelque ftratagême , dont cette aimable
perfonne ne puiffe fe douter. Lychas eft
chargé de cette intrigue , mais il fait
plus qu'on n'a exigé de lui ; il double la
Pythie , il fe montre au Roy en habits
Sacerdotaux , & lui dit qu'il a fait publier
dans Delphes qu'Apollon va rendre heureux
tous ceux qui viendront le confulter:
nous allons voir ce que ce traveftiffement
produira,
pour
ACTE III.
Demophon annonce au Roy qu'il a
éloigné Artenice de fes Etats , pour la
punir de lui avoir infpité un amour fatal
à fa gloire. Le Roy vivement frappé
de cette nouvelle , s'emporte contre ion
Miniftre
DE
DECEMBRE 1722. 145
Miniftre , & fait courir après la maîtreffe.
Il fe retire à l'approche de la fauſſe
Pithie ; c'eft Lychas , comme on vient
de le dire ; il s'affied fur le facré trépié .
Trois ou quatre perfonnes viennent l'interroger
fur des motifs differens ; fçavoir,
une fille qui veut paffer pour coquette :
une jeune enfant qui veut être mariée
pour avoir des Amans , une troifiéme fille
ou femme qui veut être débarraffée
d'une foule d'adorateurs qui l'importunent.
La fauffe Pithie donne fon paquet
à chacune ; mais Chloé lui donne le fien ,
en lui apprenant qu'elle ne prétend pas
s'en tenir au feul Lychas , quand ils feront
mariez. Enfin Artenice vient à fon
tour ouvrir fon coeur à la Pythie , elle lui
fait entendre en termes très-intelligibles
& très- pathetiques , qu'elle n'aime que
le Roy , & qu'elle feroit plus heureuſe
de n'être qu'une fimple Bergere avec lui,
que d'être une grande Reine avec tout
autre. Le Roy , qui s'eft caché pour entendre
ce qu'Artenice dira à la Prêtreffe,
s'approche d'Artenice avec empreffement
, fe jette à fes pieds , & la prie
d'accepter fa main & la Couronne . Demophon
vient apprendre au Roy que fon
aimable maîtreffe eft cette même fille
du Roy de Samos , ou d'Argos , dont on .
a déja parlé. On n'avoit pas befoin de
G ce
146 LE
MERCURE
. ce nouvel incident pour dénoüer la piece,
Artenice n'étoit pas moins digne de regner
pour n'être que fille d'un fage Miniſtre ;
& puifque le Roy ne demandoit pour
l'époufer que la certitude d'en être aimé,
l'Auteur pouvoit bien fe parler de prendre
un filong détour pour arriver à une
fin où il pouvoit venir de plein pied , &
d'ailleurs il auroit évité la reffemblance
qu'on trouve entre ce dénouement , & celui
de la Comedie de Democrite. Lychas
époufe Chloé malgré la fâcheufe découverte
qu'il vient de faire de fon penchant
à coquetter ; il eft vrai que Chloé lui
fait entendre qu'elle l'avoit reconnu.
Quoiqu'il en foit Lychas fe confole de cet
aveu affecté ou veritable fur l'avantage
qu'il a de connoître le coeur de fa future
époufe , & de fçavoir du moins à quoi
s'en tenir.
L'Académie Royale de Mufique continue
toûjours les reprefentations de Perfée
qu'elle a repris le 17. Decembre , &
elle à donné deux reprefentations par extraordinaire
le 22. & le 26. du même
mois.
Les Comediens Italiens ont repris auffi
leurs reprefentations dès le 16. & ont
donné une piece nouvelle Françoife en 3.
A &tes
DE DECEMBRE 1722 . 147
'Actes , avec des agrémens , intitulée Ar
lequin Amoureux par enchantement : il
ya apparence qu'elle n'a pas été goûtée
du public , puifqu'on ne la jouée que
deux ou trois fois.
Le lendemain 18. ils ont joué la Parodie
de l'Opera de Perfée ; c'eft une piece ,
françoile en trois Actes , prefque toute en
Vaudeville, dans le goût des Opera Comiques
de la Foire.
Le 28. Novembre on reprefenta à Venife
pour la premiere fois , fur le Theatre
de S. Jean Chryfoftome , un nouvel
Opera , intitulé Romulus & Fabius ,
Gij
NOU.
148 LE MERCURE
** akakak kakkkkk
NOUVELLES ETRANGERES.
• De Conftantinople , ce 1. Novembre 17224
O
Na envoyé à Alexandrette un
vaiffeau de guerre , chargé d'armes
& de munitions , deftinées pour la Ville
de Babilone , & autres places frontieres
de la Perfe. On apprend de ce Royaume
que le rebelle Miriveits eft toûjours avec
fon armée à Julfa , Fauxbourg d'Ifpahan
, & que cette Capitale le défend
conftamment.
La rébellion excitée en Egypte aug
mente , & les negocians ont demandé à
la Porte une eſcorte extraordinaire pour
leurs caravanes . Depuis le départ du
Capigi Bacha , nommé pour aller à la
Cour du Czar avec l'interprette du Réfident
de Moſcovie , on a tenu plufieurs
nouveaux confeils , & réfolu de dépêcher
encore vers Sa Majefté Czarienne ,
le Tréforier de Mehemet Paſcia , cy - devant
Grand Vifir . On l'a chargé de reprefenter
que le Czar , en protegeant les
habitans du Dagueftan , & le Kan des
Tartares qui font fujets du Grand Seigneur
, agit contre le dernier traité fait
avce
DE DECEMBRE 1722. 149
avec la Porte ; ce nouvel exprèspartit le
20. Octobre pour fe rendre à Aftracan ,
il doit demander auffi qu'on interrompe la
conftruction des Forts que les Ruffiens
font bâtir le long de la Mer Cafpienne ,
& dans la Georgie ; ces établiſſemens
pouvant rompre l'intelligence entre les
deux Etats.
De Mofcou , ce 18. Novembre .
L
A Pofte qui avoit été établie entre
cette Ville & Aftracan
n'a ſubſiſté
que pendant quelque
temps .
Le vent d'Oueft qui regne depuis quelques
jours a fait refluer les eaux dans le
Golfe de Finlande , & la ville de Peterf
bourg eft à la veille d'une feconde inondation.
Le Czar accompagné de la Czarine &
de la Cour eft parti d'Aftracan pour revenir
en cette ville où on les attend avec
impatience. On croit que Sa Majesté
Czarienne paffera ici l'hyver , & cette
opinion eſt d'autant plus probable que le
College de Commerce qui étoit resté à
Peterſbourg pendant les expeditions de
la Mer Cafpienne , a ordre de fe rendre
auprès du Czar.
Il a depuis un mois fait publier un
Manifefte qui apprend aux fujets fideles
Giij du
150
LE MERCURE
du Roy de l'erle que les troupes de Ruf
fie ne le font avancées fur leurs frontieres
, que pour fecourir un Monarque
abandonné ; ce Manifefte exhorte les
foldats qui ont pris parti dans les troupes
du Rebelle Miriveits , à rentrer dans
leur devoir , & à ſe ſoumettre à la clemence
de leur legitime Souverain , &
menace de punir , & de traiter avec la rigueur
dûe aux traîcies , ceux qui refuferont
d'écouter des confeils fi falutaires.
Le Czar declare par cet écrit qu'un motif
fi jufte l'a déterminé dans fa derniere
campagne , & non le defir de profiter
des troubles d'un Royaume déchiré par
la rebellion.
De Varfovie , ce 4. Decembre.
T pendant la tenue de la Diette gene-
Ous les projets meditez avant &
rale n'ont pas réuffi . Après cent contef
tations , tant au fujet de la démiffion du
Comte de Flemming que fur d'autres
affaires importantes qui ont duré juſqu'au
feize Novembre , fans pouvoir être
terminées par aucune décifion tranquille
& unanime , le Maréchal de la Diette a
été obligé de congedier la Chambre des
Nonces , le terme prefcrit par les loix du
Royaume pour la tenuë d'une Diette generale
DE
DECEMBRE 1722.
nerale étant expiré. Les affaires indecifes
reſteront au même état juſqu'à la prochaine
Dietre qui ne fe tiendra que dans
deux ans. Les Nonces font retournez .
dans leurs Palatinats pour y rendre
te de ce qui s'eft paflé dans leurs affemblées.
comp-
Le Confeil des Senateurs s'affembla le
25. Novembre pour déliberer fur le
temps qui conviendra à la tenue des pétites
Diettes de Relation , fur la neceffité
de pourvoir à la fureté des frontieres , de
reparer les fortifications de Kaminieck ,
& des places de l'Ukraine , de remplir
les Arfenaux de Cracovie , & de Leo
pold , de munitions de guerre , & d'y
raffembler l'artillerie du Royaume ac
tuellement difperfée dans plufieurs Villes
depuis la derniere guerre.
Le Roy fe trouve à toutes les affemblées
des Senateurs qui examinent à prefent
les prétentions de la Margravey
Doüairiere Albertine fur le Duché de
Curlande , & le paffage libre par Elbing
pour tous les fels qui vont en Pruffe . Oncroit
que ces affaires feront remifes à la
Diette prochaine.
Giiij
De
152
LE MERCURE
De Coppenhague , ce 6. Decembre.
MR le Comte de Freytade , Miniftre
de l'Empereur follicite trèsvivement
auprès du Roy de Dannemark
pour qu'il abandonne à la déciſion de Sa
Majefté Imperiale , l'affaire de la fucceffion
du feu Duc de Holftein-Ploen , &
l'affaire de M. de Rantzau .
On prétend que Sa Majesté Danoiſe
a donné ordre pour faire équiper quinze
vaiffeaux de guerre au Printemps prochain
. Les Officiers de Marine qui ont
été choifis pour aller faire des levées de
Matelots dans les Provinces , ont reçû
ordre d'avancer leur départ.
Le Roy a nommé M. le Baron de
Moffan , Gentilhomme de la Chambre ,
& plufieurs autres Officiers de fa Maifon
pour aller à Pinemberg au devant de
la Margrave de Bareith , mere de la Princeffe
Royale , & pour lui faire rendre fus
La route les honneurs qui lui font dûs.
O
De Stokolm , ce 8. Decembre.
N établit en Suede par Lettres
Patentes du Roy des voitures publiques
fur le même pied que celles d'Allemagne
, & il eft déja part des chariots
de
4
DE
DECEMBRE 1722.
153
de pofte reglée entre la ville de Stokolm
& celle d'Upfal .
+
M. de Bertuchef , Miniftre du Czar
follicite toûjours fortement , & avec de
nouvelles inftances pour faire reconnoître
ce Prince en qualité d'Empereur de
Ruffie , & pour faire accorder au Duc
d'Holftein le titre d'Alteffe Royale.
De Vienne , ce 7. Decembre. -
E 17. Novembre on fit l'ouverture
Lde
l'Affemblée generale des Etats de
la Baffe Autriche avec les cere nonies
ordinaires. L'Empereur s'étant mis fur fon
Thrône , le Comte Philippe-Loüis de
Sinzendorf , Chancelier Aulique declara
les intentions de Sa M. I. enfuite l'Empereur
parla au Comte- Louis- Thomas-
Remond de Harrach , Maréchal Provincial
, & Colonel general de la Baſſe
'Autriche , qui répondit que les Etats recevoient
avec
reconnoiffance les marques
de bonté que leur témoignoit S. M. I.
qu'ils examineroient le memoire que
leur avoit été remis , & qu'ils s'efforceroient
d'y fatisfaire.
On travaille à reparer les fortifications
de Belgrade , que l'on croit menacée
d'un fiege , fuivant les avis du Refident
Imperial à
Conftantinople.
Gy Le
154
LE MERCURE
Le Comte de Cowentzal eft pártt
pour Munich , où il doit affifter à l'acte
folemnel de renonciation aux Etats hereditaires
de la Maifon d'Autriche que
le Prince & la Princeffe Electorale de
Baviere y doivent ſigner .
Le Réfident du Czar réitere fes follicitations
pour faire accorder à fon Prince
le titre d'Empereur de toute la Ruffic .
On écrit de Lugos , près de Belgrade,
que les Turcs conftruilent de nouveaux
Ouvrages dans les dehors de Widin , &
qu'il y étoit arrivé un renfort de Janiffaires.
Un parti de ces troupes ayant
paffé la riviere , a fait quelques courſes
dans les environs de Lugos .
L'affaire du Comté de Teckelbourg
attire toute l'attention de l'Allemagne.
La Chambre Aulique prétend connoître
de cette affaire ; la Chambre de Wetflar
qui en eft faifie depuis plufieurs années ,
foutient avoir le droit de la juger en
dernier reffort , & fes prétentions paroiffent
établies dans le memoire que le
Roy de Prusle a fait publier pour prover
la validité de fa caufe ; I Comtele
de Benthein- Steir fort doit fournir inceffamment
une réponse à ce memoire.
On écrit de Berlin que le Roy de
Prufle fait défiler les troupes du côté de
Welel , & vers le Comté de la Marte.
De
DE
DECEMBRE 1722. ISS
De Londres , cè 18. Decembre.
E 28. Novembre on apporta de la
part du Roy à la Chambre des Seigneurs
un écrit , intitulé Declaration de
Jacques III. Roy d'Angleterre , d'Ecoffe
& d'Irlande à tous fes bons fujets destrois
Nations ; on en fit la lecture , &
les Seigneurs declarerent cet écrit un
libelle injurieux à la Nation , & attentatoire
à la veritable autorité Royale , &
ordonnerent que les exemplaires imprimez
feroient brûlez par la main du Boureau
devant la Bourfe , en prefence des
Sher fs ; ces réfolutions furent communiquées
à la Chambre des Communes
qui les approuva . Le fieur Leare a été
declaré criminel de haute trahifon , &.
fa fentence lui a été prononcée le 5. Decembre.
Il est condamné à être pendu
fes entrailles brûlées , & fon corps coupé
en quatre quartiers pour être expofé ;
il doit être executé le 23. Decembre.
La Chambre des Communes en grand
Comité a résolu d'accorder au Roy un
fubfide de 82000. livres fterling pour la
paye des Officiers de Terre & de Mer
de l'année prochaine , & un autre de
84252. livres sterling pour ce qui refte à
payer de la prefente année.
Gvj
L'im
156
LE MERCURE
L'impofition d'une taxe extraordinaire
de 1000co. livres fterling fur les biens
des Catholiques du Royaume , a été réfolue
le 4. Decembre , & le Bill doit être
remis devant les Communes pour être
examiné.
5.
Le Decembre l'Infanterie décampa
d'Hydeparck ; on la mis neuf compagnies
en garnifon à la Tour , un nombre pareil
dans les barraques conftruites à la Savoye,
& le refte dans le Fauxbourg de Soultwark,
& autres endroits de la Ville , où ces
troupes peuvent être neceffaires pour contenir
les efprits remuans de la populace.
L
De Lisbone , ce 15. Novembre.
Es lettres d'Elvas & de Campo-
Maior , apprennent que le 26. Octobre
il y avoit eu dans la campagne entre
ces deux Villes une tempête fi furieufe
, que non-feulement elle avoit abattu
les maifons , mais encore déraciné les Oliviers
qui font la richeffe de ces pays- là.
Le 10. Novembre le Roy donna audiance
publique aux trois Ambaffadeurs
du Roy Tocafo , le plus puiffant des
fept Souverains de l'Ifle de S. Laurent .
Ils ont offert à Sa Majefté Portugaife
les ports & rades des Etats de leur Prin
ce , propies à la conftructon des Forts
nceffaires
籌
DE DECEMBRE 1722. 157
neceffaires pour
de ce Royaume .
le fuccès du commerce
De Madrid, ce 4. Decembre
• que
le ,
N mande du Mexique
Marquis de Valero , qui en eft Gouverneur
, avoit reduit fous l'obéïffance du
Roy quelques Nations Indiennes , nommées
Najarites ou Chilchemetes , que
leurs montagnes inacceffibles avoient jufqu'à
prefent gatenti du joug. On a conftruit
des forts dans ces montagnes, pour y
affurer la domination Efpagnole ; il ne
refte plus d'indépendant au Mexique que
la Nation des Tecualmes qui habitent le
long de la côte..
L
De Rome , ce 2. Decembre.
E 21. Novembre au matin , le Paper
eut un accès de fievré confiderable ;
avec des douleurs de nephretique. Sa
Sainteté prit des remedes , qui lui firent
jetter beaucoup de fable , cette évacuation
la foulagea infiniment ; cependant
le 23. le Pape eut un vomiffement qui
dura long- temps , & qui fut fuivi d'une
groffe fievre. Ces fimptomes dange
reux ont continué jufqu'au premier Decembre
, que la fanté de S S. a com
·
mencé
158 LE MERCURE
mencé d'être meilleure. Cette maladie
retarda toutes les affaires , & M. l'Abbé
Tenfin , chargé des affaires de Frann'a
pû obtenir encore l'audience qu'il
demandoit.
ce ,
Le Cardinal de fainte Agnès , Secretaire
d'Etat , a envoyé ordre à M. Paffionei
, Nonce du Pape auprés des Canrons
Suiffes , de fe rendre à Cambray
pour affifter au Congrès de la part de Sa
Sainteté.
De Venife , ce r. Decembre.
N travaille fortement à la conf-
Otruction de plufieurs nouvelles Galeres
, qui feront prêtes pour le Prin
temps prochain. L'Adigeeft chargé d'une
quantité prodigieufe de Barques , qui
amenent de Brefcia & de Bergame des
munitions de guerre pour cette Ville.
On écrit de Malthe , qu'on repare avec
une très-grande diligence toutes les fortifications
, & qu'au commencement de
Fevrier prochain , il y aura plus de cinq
cens pieces de canon en batterie. On doit
faire à la tête de l'Aqueduc un nouvel
ouvrage qui en défendra l'approche..
D:
DE DECEMBRE 1722. 159
L
De Turin , ce 1. Decembre.
A groffeffe de la Princeffe de Pié
mont eft declarée.
La communication
avec le Milanès eft
rétablie depuis trois ſemaines , & on dif
penfe de la quarantaine
toutes les perfonnes
qui viennent de ce pays -là , pourvû
qu'elles foient munies de certificats de
fanté . Ceux qui viennent de Suiffe &
du pays des Grifons , trouvent les mêmes
facilitez en obfervant les mêmes formalitez.
On efpere bien-tôt la même
permiffion
pour les Provinces de Franqui
ont été affligées du mal couta
gieux , & où il a entierement
ceffé.
akakakakakakakakak
DIGNITEZ BENEFICES
,
& Charges des Pays Etrangers.
POLOGNE
.
E Comte de Prebendow
, Palatin de
LLivonie
, a obtenu le Palatinat de
Mariembourg
en Pruffe , qui eft un des
plus puiffans du Royaume , tant par fes
revenus que par l'étenduë de fa Jurif
diction.
Le
160 LE MERCURE
Le Comte de Morſtein a obtenu le Palatinat
de Livonie.
M. Poicy , Caftelan de Wilna , &
Grand General de Lituanie , a été fait
Palatin de Wilna.
Le Prince Czartoriſchi a été fait Caftelan
de Wilna.
Le General Poniatoufki a été fait Podftoli
de Lituanie.
M. Szolderski a été fait Palatin de
Kalifch-
M. Poninski a été nommé Caſtelan de
Gnefne.
M. Szorafzewski a été nommé Caftelan
de Prifemenh..
M. Ominski , Grand Veneur de Kalifx
, a été nommé Caftelan de Zrcilwinski.
M. Poninski , Capitaine aux Gardes de
Ia Couronne , a été nommé Grand Veneur
de Kalisk.
M. Putinc a été nommé Caftelan de
Mffeiffanie.
M. Steki a été nommé Caftelan de
Kiovie.
M. Stempronski , Caftelan de Zurnow
.
Le Comte Offolinski , Caftelan de
Dzekow.
M. Czecskouski , Caftelan de Lina.
M. Lokoski , Caftelan de Dobrin .
M.
DE
DECEMBRE 1722. 13
M,Tarnowski , Caftelan de Slonym
M. Chartezeuki , Caftelan de Ripni .
M. Lafaski , Caftelan de Conari en
Cujavie .
Le Prince Radzivil , fils du Palatin
de Novogorod , Grand-Ecuyer- Tran
chant de Lituanie.
M. Radzinki , Caftelan de Czersko .
Le Comte Potoki , Evêque & Prince
de Warmie , a été nommé à l'Archevêché
de Gnefne , Primat du Royaume.
Le Comte Szembeк , à l'Evêché de
Warmie.
M. Fredo , Evêque de Chelm , à l'Evêché
de Premiftie .
M. Szniawki , Prevôt de Plozko ;
Prince de Siclaw , à l'Evêché de Plocko.
M. Tarlo , Evêque de Kiovie , à l'Evêché
de Pofnanie.
M. Orga , Evêque de Leopol , à l'E
vêché de Cujavie.
M. Krerkowski , Referendaire Eccle
fiaftique de la Couronne , à l'Evêché de
Culm .
L'Abbé Czapski à la Coadjutorerie de
Culm .
Le Prince Czartoriski , à la Prevôté
'de Ploko , à laquelle eft attachée la Principauté
de Siclun.
M. Godski , Suffragant de Pofnanie ,
à l'Abbaye de Paradis
M.
162 LE MERCURE
M. Rupnicwski , Evêque de Lucced=
tie , à l'Abbaye de Pokrziwink .
M. Gouricwki , Saffragın : de la Ruffie
Blanche , à l'Abbaye de Sulejou.
M. Koludski , à la Prevôté de Gefne.
M. Rordrarcwki , Abbé de Lublin , à
la Prevôré de Mickow. Il a auffi obtela
Charge de Referendaire Ecclefiaftique
de la Couronne .
M. l'Abbé Kidwanowki , à l'Abbaye
d'Obersko.
ALLEMAGNE.
M Glume Comte de Trautſon ,
Chambellan de l'Empereur.
M. Francefco- Venceflas- Michel , Tre
forier hereditaire du S. Empire , Burgra
ve de Reyneck , Comte de Sinzendorf ,
Echanion hereditaire de la haute Autriche.
M. le Comte Jean- Guillaume du Vurmbrandt
, Vice-Prefident du Confeil Imperial
Aulique , a prêté ferment en quali
té de Confeiller au Confeil d'Etat.
PORTUGAL.
Le Comte de Saint Jean à obtenu da
Roy le titre de Marquis de Tavora.
Le Marquis d'Abrantes a été élù par
L'A.
. DE DÉCEMBRE 1722. 163
l'Académie des Arcadi , pour remplir la
place vacante par la mort de M. le Prince
de Lichtenftein , Grand - Maître de la
Maifon de l'Empereur.
ESPAGNE.
M. le Comte de Montemar , Lieute
mant General des Armées du Roy Catholique
, a obtenu par interim , le Com~
mandement general des Troupes de Catalogne.
Dom Antoine Lopès- Salcès a obtenu la
Treforerie generale des recompenfes , qui
vaquoit par la mort de Dom Laurent de
las Veneras.
ITALIE.
Dom Muzio Gaëta
> Gentilhomme
Napolitain , a été nommé par le Pape à
l'Evêché de Sainte Agathe des Gors.
L'Abbé Charles Lomellino , Genois ,
a été nommé à l'Évêché d'A jaſſo,
M. Spinola , à l'Evêché de Savone.
MORTS ET NAISSANCES
des Pays Etrangers.
M
R l'Evêque de Pofnanie a été trou
vé mort dans fon lit à Varfovie le
1.9%
164 LE MERCURE
19. Novembre , ce Prelat étoit de la Mai
fon de Tarlo.
Le Palatin de Marienbourg en Pologne
eft auffi mort d'apoplexie.
Le Bacha de Choczin eft mort , regret
té des Polonois , par rapport aux extrê
mies attentions qu'il avoit toûjours euës
de ne caufer aucune inquietude à leur
Republique.
La Marquife Doüairiere de Montecuculi
eft morte à Vienne en Autriche le
24. Novembre.
Le fils du Colonel Shute a été batifé
à Londres le 3. Novembre , le Roy , reprefenté
par leComte de Stairs &leComte
de Cadogan , ont été Parrains , & M1-
dame la Ducheffe de Kendale Marraine.
Le fils du Duc de Queenſbury fut batifé
à Londres le 29. Novembre par l'Archevêque
d'York ; il eut pour Parrains le
Comte de Rochefter , fon ayeul maternel
, & le Lord Carleton.
La Ducheffe de Sommerfet eft morte
le 4. Decembre dans le Palais de Northumberland;
elle étoit fille du Lord Par
ly , dernier Comte de Northumberland ,
& la derniere de cette Branche.
La Marquife de Carmarthen , fille du
Duc de Sommerfet , eft morte à Londres
d'une fauffe couche.
M. Pierre- Antoine Duverger , Conful
DE
DECEMBRE 1722. 159
ful general de France en Portugal , y eft
mort dans fa maifon de campagne de
Portella.
Le 14. Novembre Dom Louis de
Cordona Espinola de la Cerda - y - Arragon
, Marquis de Cogolludo , fils aîné
du Duc de Medina- Cell , époufa Dona
Terele de Moncade- y - Benavide fille
aînée du Marquis d'Ayetone, Le Nonce
du Pape leur donna la benedic
tion nuptiale. La Ceremonie fe fit à Ma
drid .
›
M. François Gortifredi , époufa à Rome
le 25. Novembre Donna Ricci . Le
Cardinal Tanara , Doyen du Sacré College
, leur donna la benediction nuptiale,
dans l'Eglife des Prêtres de l'Oratoire.
Le même jour , le Cardinal Corfini la
donna dans la même Eglife à M. Patrifio
Patrifi , qui époufa Donna Octavia
Lachetti.
M. Bonaventure Poeri , Archevêque
de Salerno , eft mort le 18. Novembre,
âgé de foixante & quinze ans. Il avoit
été General des Francifcains fous le Pontificat
d'Innocent XII.
JOURNAL
466 LE MERCURE
JOURNAL DE PARIS .
L
E Chevalier de Baviere eft parti pour
Munich ; on l'appelle à prefent
Comte de Baviere , & il a obtenu la
Grandeffe , en quittant l'Ordre de Malthe.
13
M. d'Agueffeau de Valjoin , Confeiller
au Parlement , frere de M. d'Aguelfeau
, Chancelier de France , a époulé
Madame la Prefidente de Marfilly.
Quoique le Roy , après la mort de Madame
, cut donné ordre qu'on rendît à
cette grande & vertueufe Princelle , les
honneurs dûs à fon rang , les Cerem
nies ordinaires furent fupprimées , pour
obéir aux dernieres volontez de Madame
, dictées par une humilité chrétienne,
qui fe trouve rarement parmi les grandeurs
du monde. Le corps de la Prin
ceffe n'a point été ouvert , & a été tranfporté
le 10. Decembre du Château de
S. Cloud à l'Abbaye Royale de S. Denis
, fans aucun appareil de pompe furebre
: voici l'ordre de la marche . Les Pages
de la grande & de la petite Ecurie du
Roy ; les Gardes du Corps de Monfieur
le Duc d'Orleans , Regent du Royaume,
DE DECEMBRE 1722. 167
me ; fes Cent- Suiffes ; les Pages & les
Valets de pied de la Princeffe défunte
de Monfieur le Duc d'Orleans & de Madame
la Ducheffe d'Orleans , portans des
flambeaux , précedoient & fuivoient le
caroffe où étoit le corps. Mademoiſelle
de Charolois , Princeffe du Sang , conduifoit
le deüil par ordre du Roy ; elle
étoit accompagnée par les Ducheffes
d'Humieres & de Tallard , la Marquife
de Châteautiers , Dame d'Atour de feuë
Madane , la Vicomteffe de Tavanes &
la Marquife de Flamarin. Les caroffes
fuivans étoient remplis par les principaux
Officiers de feue Madame , & ceux de
Monfieur le Duc d'Orleans & de Madame
la Ducheffe d'Orleans . M. l'Abbé
de S. Gery de Maignas , Premier Aumônier
de feue Madame avec les Aumôniers
de cette Princeffe ; le R. Pere de Lignieres
, Jefuite , Confeffeur du Roy & de
la défunte Princeffe , & M. le Doyen,
Curé de S. Cloud. Le Convoy fut reçu
à la porte de l'Eglife de l'Abbaye de S.
Denis , par le R. Pere Prieur , à la tête
de fes Religieux , à qui l'Abbé de S. Ge-
~ry de Maignas prefenta le corps , & après
les prieres accoûtumées & prefcrites par
l'Eglife dans ces triftes Ceremonies , il
fut dépofé dans la fepulture des Princes
de la Maifon Royale.
Le
# 68 LE MERCURE
Le Service folemnel doit fe faire après
quarante jours , & l'Oraiſon funebre de
Madame fera prononcée par M. l'Evêque
de Clermont , qui rencontre dans la
pieté de cette refpectable Princeffe une
matiere digne de fon éloquence.
Le deuil a été fixé à quatre mois & demi
, & on a pris de fages précautions
pour arrêter la cupidité des Marchands ,
qui vouloient rencherir exorbitamment
toutes les étoffes noires , tant Draps que
Ras de S. Maur. Les prix ont été taxez
par un Arrêt du Confeil d'Etat , & pour
en affurer l'execution , M. d'Argenfon ,
Lieutenant General de Police , avoit dès
la nuit même de la mort de Madame ,
accompagné des Commiffaires & Officiers
de la Police , fait des recherches des
Draps & Ras de S. Maur , chez les Marchands
, & pris un état general des étoffes
exiftantes dans leurs Magazins &
Boutiques ,
Le Roy prit le grand deüil le Dimanche
13. Decembre , & reçut le 15. à
l'occafion de la mort de Madame , les
refpects de Monfieur le Duc d'Orleans
& de M. le Duc de Chartres ; les Princes
& Princeffes du Sang s'acquitterent
le même jour de la même Ceremonie
qui fut continuée par les Seigneurs &
Dames de la Cour , tous en grands habits
de deüiil . Le
DE
DECEMBRE 1722. 169
Le Parlement eut audience du Roy le
16. M. de Meme , Premier Prefident ,
porta la parole , & complimenta S. M
fur la mort de Madame ; enfuite la
Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & le Corps de Ville s'acquitterent
de ce devoir les Chefs de ces Compagnies
porterent la parole. L'après -midi ,
le Grand Confeil , la Cour des Monnoyes
, l'Univerfité & l'Académie Françoife
, furent prefentez au Roy , ainfi
que les autres Compagnies , par le Comte
de Maurepas , Secretaire d'Etat . Le
Marquis de Dreux , Grand- Maître des
Ceremonies , les conduifit à l'audience.
Le même jour , les Cours Superieures
& autres Compagnies , qui avoient été.
admifes à l'audience du Roy , allerent
complimenter auffi fur la mort de Madame
, Monfieur le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume.
Le Nonce du Pape obrint le 23. au
dience du Roy , & fit à Sa Majesté des
complimens de condoleance fur la mort
de Madame ; il fut conduit par le Chevalier
de Sainctor , Introducteur des Ambaffadeurs
, qui étoit en grand manteau
de deüil. Le Duc d'Harcourt , Capitaine
des Gardes du Corps , en grand manteau
de deüil , reçut le Miniftre du Paà
l'entrée , & en dedans de la porte
H de
pe
170 LE MERCURE
de la Salle des Gardes du Corps , qui
étoient fous les armes. Les Princes du
Sang & les Grands Officiers , qui étoient
auprès du Roy , étoient auffi en grand
manteau de deüil .
La même Ceremonie fut óbfervée par
les Ambaffadeurs d'Efpagne , de Sardai
gne & de Malthe , & les Envoyez de Portugal
, de Heffe - Caffel & de Parme ;
qui complimenterent Sa Majefté , & parurent
tous à l'audience du Roy en grands
manteaux de deiiil . Ces Miniftres allerent
enfuite à celle de Monfieur le Duc
d'Orleans & de Madame la Ducheffe
d'Orleans , dont les appartemens étoient
tendus de deuil , les Dames , étoient en
mantes.
M. Morofini , qui eft arrivé le 8. Decembre
à Paris , en qualité d'Ambaſſadeur
ordinaire de la Republique de Veniſe
, fait travailler fortement à fes équipages
, pour faire fon entrée après les Fêtes
de Pâques.
Le Duc de Gêvres , reçu au Parlement
Gouverneur de Paris , en furvivance de
M. le Duc de Trêmes , fon pere , a été
enfuite reçu à l'Hôtel de Ville en la même
qualité , avec un appareil magnifique.
Le
repas a été fuperbe, & par la grande
chere , & par le rang des Convives.
Le 13. troifiéme Dimanche de l'Avent ;
le
DE DECEMBRE 1722. 171
le Roy , accompagné de Monfieur le Duc
d'Orleans , entendit dans la Chapelle du
Château la Meffe chantée par la Mufique
, & l'après-midi Sa Majefté enten,
dit la Predication du R. Pere Boyès ,
Theatin .
Le Dimanche 20. le Roy s'acquitta
des mêmes devoirs de pieté , & le Lun
dy 21. Sa Majefté alla fe promener à
Trianon , auffi - bien que le lendemain
Mardy.
1
Le Mercredy 23. le Roy fe confeffa au
R. Pere de Lignieres , Jefuite , Confef
feur de S. M.
par
Le Jeudy 24. veille de Noël , le Roy,
revêtu du grand Collier de l'Ordre du
S. Efprit, entendit la Meffe dans la Chapelle
du Château de Verfailles , & communia
par les mains du Cardinal de Rohan
, Grand Aumônier de France , qui
officia à cette premiere Meffe. La nappe
étoit tenue , du côté de Sa Majefté ,
le Duc de Bourbon & par le Comte de
Clermont , & du côté de l'Autel
, par
l'Evêque de Mets , Premier Aumônier
& par l'Abbé Milon , Aumônier de Sa
Majefté. Le Roy entendit enfuite une
feconde Meffe , & toucha 160. Malades .
L'après-midi , le Roy affifta aux premieres
Vêpres de la Fête , où M. l'Evêque
de Laon officia pontificalement. Sur les
Hij cinq
172 LE MERCURE
"
cinq heures Sa Majefté entendit le Salut,
& à minuit les trois Mefles ; la Mufique
y chanta des Motets fur le chant
des Noëls.
que
Le jour de la Fête la grande Meſſe
fut celebrée par l'Evêque de Laon , &
chantée par la Mufique , le Roy y aſſiſta ,
accompagné de Monfieur le Duc d'Or
leans , & l'après- midi Sa Majefté entendit
les Vêpres , la Predication du R. Pere
Boyer , Theatin , & le Salut ...
Les marques pub'iques de zele & de
joye , que le Marquis de Joyeuſe Grandpré
, Lieutenant General des Provinces
de Champagne & de Brie , Colonel du
Regiment des Cravates , a données à
l'occafion du Sacre du Roy , furtout par
la chaffe du Chevreiiil , dont Sa Majefté
parut très - fatisfaite , ont été renouvellées
, & ont , pour ainſi dire , redoublé ,
lors des réjouiffances publiques faites à
Rheims le 8. de ce mois , fur l'heureux
retour du Roy à Verfailles. Après le Te
Deum , chanté dans l'Eglife Cathedrale,
on a tiré un fuperbe feu d'artifice dans
la principale Place , auquel le Marquis
de Grandpré a mis le feu , toute la Bourgeoifie
étant fous les armes , & faifant
des décharges de moufqueterie , qui ré-
Fondoient aux falves du canon de la Vil.
le. Il y eut en même temps des illuminations
DE DECEMBRE 1722. 173
nations à toutes les fenêtres des maifons ,
& des feux de joye devant toutes les port
res. On n'a jamais entendu tant d'accla
mations de la part du peuple ; ces réjouiflances
furent fuivies d'un grand &
magnifique repas que le Marquis de
Grandpré donna dans fon Hôtel , extraordinairement
éclairé & illuminé , aux
Magiftrats & aux Dames ; le fouper fat
fuivi d'un Bal qui dura bien avant dans
la nuit. C'eft ainfi que s'eft paffée-cette
grande fête , pendant laquelle des fontaines
de vin ont continuellement coulé
à la principale porte de l'Hôtel du Marquis
de Grandpré.
Le 18. de Decembre les Députez de
la Principauté de Joinville , appartenant
à Monfieur le Regent , ont eu l'honneur
de complimenter S. A. R. fur la mort de
Madame.
Les Députez , font Mrs Sauvage , Cle
ment & Piat , ce dernier a porté la parole.
L'Abbaye de l'Ile - Dieu , Ordre de
Premontré , Diocéfe de Rouen , vacante
par la démiffion du fieur Charles de
Cuve de Préfontaine , a été donnée au
fieur Pierre de la Ruë , Prêtre du Diocéfe
de Bayeux , à la charge d'une penfion
de 15.00 . liv. par ledit fieur de Préfontaine.
H
iij
Le
174 LE MERCURE
*
3.
Le Roi de Portugal a nommé M. de
Mendoce , fon Envoyé extraordinaire
auprès des Etats Generaux. Il commence
à 24. ans une cariere , où M. fon pere
s'eft fignalé au même âge , & qui après
ure délicate & glorieufe ambaffade en
Efpagne , la conduit au pofte important
d'unique Secretaire d'Etat , qu'il remplit
avec un zele , un definterellement ,
& une capacité que très - peu de gens
pourroient réunir . Dans l'occafion dont
il s'agit , le merite du fils n'a rien laiffé
faire aux fervices du pere , M. l'Abbé
de Mendoce joint au plus parfait caractere
un genie , qui a bien dû profiter de
l'excellente école où il fe trouve depuis
deux ans dans le commerce d'un Miniftre
comme Don Louet da Cunha , cet ancien
& intime ami de M. le Secretaire
d'Etat s'eft fait un plaifir de fervir de
guide & de pere à M. l'Abbé Mendoce.
Du 10. Decembre 1722. M , Jean
Charles Tallegrand de Perigord , Prince
de Chalais , Grand d'Efpagne , fils de
M. Jean Tallegrand de Perigord , Prince
de Chalais , Marquis Dexxy , Deüil ,
Seigneur des Baronies de Mareuil ,
Yvier , &c. & de Dame Julie de Pompadour
a époulé à S. Euftache Dame
Marie- Françoife de Rochechouard de
Mortemart.
Le
DE DECEMBRE 1722. 175
Le 20. de ce mois Anne Augufte de
Montmorancy, Prince de Robecq , Lieutenant
General des Armées du Roy ,
Grand d'Efpagne de la premiere Claffe ,
Chevalier de la Toifon d'Or , accompagné
des Ducs de Richelieu , de Luxembourg
, de Chatillon , de Montmorancy,
de Retz , d'Epernon , d'Olone, des
Marquis du Bellay , de Saillans , prefenta
au Roy à figner fon contrat de
mariage avec De Catherine du Bellay ,
& ils furent époufez la nuit du 22. au 23.
Les noms de Montmorenci& du Bellay
font fi connus dans l'hiftoire , qu'il feroit
inutile de raporter tous les grands hommes
qui en font fortis , il feroit très - difficile
de trouver deux maifons en France
plus illuftres que ces deux-là , tant du
côté paternel que maternel , la mere de
M. le Prince de Robecq étoit de la maifon
de Croui Solren , une des plus illuftres
de la Flandres. La mere de Mile
du Bellay eft de la maifon de Jaucourt
Villarnous d'une des plus anciennes Nobleffes
de Bourgogne. M. le Prince de
Robecq connu fous le nom du Comte
d'Eftains , Colonel dù Regiment de Normandie
, à la tête duquel il s'eft diftingué,
& a reçû plufieurs bleffures aux fieges de
Barcelone & de Girone devint Prince
de Robecq par la mort de fon aîné à
Hiiij Mi176
LE MERCURE
Madrid , où il étoit Colonel des Gardes
Valones , & eft le dernier de ſa branche ,
Mile du Bellay eft auffi la derniere de
la fienne par la mort de Madame la Mirquife
de Saillans , ſa foeur.
Le 22. de Decembre 1722. M. le Camus
, Premier Prefident de la Cour des
Aydes , Commandeur des ordres du
Roy , époufa en fecondes nôces , Mie le
Maître , de l'illuftre famille de ce nom ,
dont il y a eu de grands Magiftrats , &
notamment un celebre Premier Prefident
au Parlement fous Henry II . Cette
Dile eft fille unique de M. le Maître ,
Confeiller Honoraire au Parlement , dont
le frere eft mort Chevalier de Malthe ;
elle eft niéce du côté maternel de M.
Boucher , Preſident de la Cour des Aydes
, Intendant de Guyenne , & de l'Abbé
Boucher , Confeiller - Clerc au Parlement
; qui fit la celebration du mariage
fur le midy dans l'Eglife de S. Paul , en
prefence du Curé de cette Paroiffe , &
d'une nombreuſe affemblée de perfonnes
de qualité , parens ou amis des mariez.
M. le Camus eft le troifiéme de fa famille
, Premier Prefident en la Cour des
Aydes ; elle a auffi donné trois Procureurs
Generaux , plufieurs Confeillers , & un
autre Prefident à cette Cour , des Maîtres
des Requêtes , Intendans de Provinces
,
DE DECEMBRE 1722. 177
vinces , Confeillers d'Etat , un Lieutenant
Civil , tous perfonnages d'un merite.
diftingué , & un Cardinal , Evêque de
Grenoble auffi éminent en vertu qu'en
dignité.
J
Le Prince Royal , frere du Roy de
Portugal , eft parti le 29. de ce mois.
pour s'en retourner à Vienne par la Hol
Tande. Il laiffe ici une haute idée de fon
merite. La Cour & la Ville le regrettent
également. Ce Prince fatisfit l'empreffement
qu'il avoit d'entendre M. Mar
chand qui touche l'orgue des Cordeliers
, le 28. de ce mois , n'ayant pû fe
donner cette fatisfaction à l'Office de la
nuit de Noël , pendant lequel cet habile
Maître ne joue point depuis quelques
années , pour éviter l'indécence que caufoit
la foule du peuple , & des curieux .
Le Prince de Portugal monta à l'orgue ,
accompagné du Prince de Radzewil , &
d'autres Seigneurs Portugais & Allemans ,
il s'aflit fur le même banc de M. Marchand
, & entendit pendant plus d'une.
heure les merveilles de cet illuftre Mai--
tre.
On mande de Rome que la Princeffe
des Urfins y eft morte le 5. de ce mois
âgée d'environ 80. ans . Anne Marie de
la Tremouille , étoit veuve en premieres
nôces d'Adrien Blaife de Talayran de
Cha- Hv
178 LE MERCURE
Chalais , Prince de Chalais , mort à Venife
en 1670. & en fecondes de Don Flavio
Urfini , Duc de Bracciano , & de
San- Gemini , Chevalier des Ordres du
Roy , & Grand d'Eſpagne , qui mourut
à Rome , âgé de près de 80. ans. Cette
Princeffe a nommé le Cardinal Aquaviva,
le Cardinal Gualterio , & l'Abbé de
Gamaches, Auditeur de Rotte , pour executeurs
de fon teftament , & du codicile
par lequel elle donne au Chevalier de
S. Georges une tabatiere d'or garnie de
diamans en dehors , & en dedans du Portrait
du Roy d'Espagne. Elle legue à la
Princeffe Sobieska la magnifique toilette
que le feu Roy avoit donnée à la feuë
Reine d'Efpagne. Elle inftitue le Duc de
Lanti , fon neveu , heritier de tous les
biens & revenus qu'elle avoit à Rome ,
& le Duc de Noirmoutier , fon frere , de
ceux qu'elle avoit en France.
EDIT ,
DE DECEMBRE 1722. 179
XMXX:
EDIT , ARRESTS , & c .
EDIT
DIT du Roy , donné à Versailles au mois
de Novembre 1722. regiftré en Parlement
le 31. Decembre , portant fuppreffion de deux
millions de livres , de rentes perpetuelles au
denier cinquante fur les tailles.
Et creation de quatre millions de livres ; de
rentes viageres au denier vingt- cinq fur les
Aydes & Gabelles .
ARREST du Confeil d'Etat du 1. Decem
bre 1722. concernant la maniere de proceder à
la vente des Offices de Chancellerie , faifis fur
les particuliers , compris au rôle du 15. Septembre
dernier , par lequel Sa Majesté ordonne
que les Offices de Secretaires du Roy , & autres
à la nomination de Monfieur le Garde des
Sceaux , & des grandes & petites Chancelleries
qui ont été , ou pourront être faifis , à lạ
requête du. fieur Turgy , faute de payement:
des impofitions à titre de Capitation extraordinaire
, feront vendus & adjugez , le Sceau
tenant , après trois publications , en la maniere
accoutumée , & que les deniers proves
nans , tant du prix des Adjudications , que
des gages , profits & émolumens defdits Offi
ces , foient remis au fieur le Virloys , Commis
par l'Arreft du 15. Septembre dernier pour la
fecette des deniers provenans de ladite impo
fition .
ARREST du: 8. dudit mois par lequel Sa
Hvj
Ma
180 LE MERCURE
Majefté proroge encore le terme porté par
l'Arrest du 15. Septembre dernier , jufques &
compris le dernier jour de Mars prochain , pendant
lequel temps les Changeurs continueront
d'être payez de leurs droits par les Directeurs
des Monnoyes , fur le même pied qu'ils le font
actuellement réitere Sa Majellé les expreffes
inhibitions , & défenfes faites à toutes fortes
de perfonnes , autres que lefdits Changeurs &
Releveurs des deniers du Roy , de recevoir aucunes
anciennes Efpeces ou Etrangeres , ni d'en
donner en payement , à peine de confifcation
& de trois mille livres d'amende contre cha un
des contrevenans , applicable moitié aux dénonciateurs
, & l'autre au profit de Sa Majesté .
ARREST du Confeil d'Etat du Foy , du 14-
Decembre , par lequel Sa Majefté fait don à
la Compagnie des Indes , à perpetuité , des
Munitions , Artillerie , Armes , Meubles ; Captifs
acquerats , & autres chofes à elle appartenant
qui fe trouveront dans les Forts &
Comptoirs conftruits & établis à la Cofte de
Guinée au jour que ladite Compagnie des
Indes s'en mettra en poffeffion .
ARREST du 15. dudit mois , qui ordonne
qu'en remettant par le fieur Rolland , chargé
par Arreft du Confeil du 10. Avril 1708. du
recouvrement des reftes du rachat des bouës
& lanternes de la Ville , Fauxbourg de Paris ,
& les Receveurs particuliers dudit rachat ea
tre les mains du fieur Pierre le Febvre , que Sa
Majefté a commis & commet à cet effet , les
quittances de Finance par eux données en reprife
dans la dépenfe de leurs comptes ils en
demeuteront bien & valablement déchargez ;
que
DE
DECEMBRE 1722. FSTI
que par ledit le Febvre lefdites quittances fe
ront délivrées aux particuliers , qui ont payé
ledit rachat , en lui remettant les recepiffez
tant dudit Rolland que defdits Receveurs par
ticuliers , pour le montant defdites quittances
de Finance , & à la charge par eux de lui rem
bourfer le droit de Contrôle de chacune defdites
quittances , ce qu'ils feront tenus de faire
dans les fix premiers mois de l'année prochaine
1713. & faute par lefdits particuliers d'avoir
retiré lesdites quittances de Finance dans ledir
temps , & icelui paffé , les recepiffez dont ils
font porteurs demeureront nuls & de nul effet .
ARREST du même jour par lequel Sa Ma
jefté declare n'avoir entendu comprendre dans
les défenfes portées par l'Arreft du 18. Aouft
dernier , les Armoires , Parquets , Lambris , &
autres Ouvrages de Menuiferie deftinez pour
L'Eftranger , lefquels pourront être tranfportez
comme cy- devant hors du Royaume , pari
tous les Eureaux de fortie , en payant les droits
ordinaires .
ARREST dudit jur , qui ordonne que l'article
premier de l'Atreft du 24. Aouſt 1720.
fera executé felon fa forme & teneur ; & en
confequence qu'à compter du premier Janvier
1711 les Villes & Communautez du Royaume
qui font chargées de rentes ou d'interefts ,
ne les payeront que fur le pied du denier cinquante
fait Sa Majefté défenſes aux Offi
ciers Municipaux , & aux Treforiers & Receveurs
defdites Villes & Communautez d'en
faire le payement , commencer pour les arrerages
qui ont couru depuis fur un plus haut
pied , à peine de radiation contre les comptat
à
bles
182 LE MERCURE
bles , & de reftitution contre les parties pre- .
nantes . Veut Sa Majesté que les rentes ou interefts
, dont les proprietaires n'auront pas
confenti fur leurs contrats ou autres Titres de
proprieté , la réduction au denier cinquante,
commencer dudit jour premier Janvier 1711.
dans un mois de la publication du prefect
Arreft , ceffent d'être employez dans l'état de
dépenfe defdites Villes & Communaut z , jufqu'à
ce qu'ils ayent confenti ladite réduction :
veut en outre Sa Majesté que les deniers Pa
trimoniaux defdites Villes & Communautez ,
enfemble les Octrois , tant ordinaires qu'extraordinaires
, foient employez à l'avenir ;
premierement au payement fur le pied du denier
cinquante des arrerages des rentes & des
interefts dûs par lefdites Villes & Communautez
à ceux qui auront confenti la réduction ;
fecondement d'acquitter les gages des Officiers
créez par l'Edit du mois d'Aouft 1722. doar
Fe fonds fera fait , à commencer du premier
Octobre derniers troifiémement au payement
des dépenfes neceffaires , & le furplus enfemble
les deniers provenans des impofitions or
données par differens Arrests , & deftinées à
Pacquittement des dettes de certaines Villes &
Communautez , à rembourſer lefdites dettes ,
fuivant les deftinations portées par ledits
Arreſts.
ARREST du Confeil d'Etat du même jour ,
portant nouveau Reglement pour la confection
des Rôles , & pour le recouvrement de la C1-
pitation fur les Bourgeois & Habitans de la
Ville de Paris , & qui ordonne l'execution des
Arrests & Reglemens rendus en 1699 1701.
1711. & 1718, & en confequence que tous les
redevaDE
DECEMBRE 1722. 1722.
183
redevables fans diftinction d'état & de condirion
, feront tenus de payer les taxes par eux
dûës , tant de leur chet , que de celui de leurs
Officiers & domestiques , & autres perfonnes
qui font à leur charge , dans un mois pour
Tout delai , à compter du jour de la publication
des Arrefts .
ARREST du La dudit mois , qui nomme des
Commiffaires , pardevant lefquels feront faites .
à la requête de Simon Camery , toutes les
pourfuites neceffaires , pour parvenir au recouvrement
des fommes portées aux rolles des
taxes de la Chambre de Juftice , arrêtez aus
Confeil , en execution de la Declaration du 18 .
Septembre 17 16.
ARREST dudit jour , qui ordonne que less
Rôlies arrêtez en execution de la Declaration
du 18. Sepiembre 1716. feront inceffamment
executez felon leur forme & teneur , pour ce
qui refte à recouvrer conformément à iceux ,,
ou aux Arrests de moderation , à la requête ,
pourfuites & diligences du fieur Simon Camery
que Sa Majesté a pour ce commis & fubrogé
au lieu & place de Jean Louis de Thian,
ci- devant commis aufdites pourfuites ; Et que
les fommes qui restent à recouvrer defdites
taxes , feront payées entre les mains du fieur
Olivier , Receveur General de la Chambre dè
Juftice , dans buitaine pour tout delai , &c.
C
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , du
27. Detembre , qui proroge le délai accordé
par la Declaration du 9 Aout dernier pour
le payement du Preft & Annuel jufqu'au 20.
Fanvier 1723. cn faveur des Officiers des Prox
vinces feulement.
ARREST
194 LE MERCURE
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , qui
ordonne que ceux , qui avant le 15. Ferner
prochain , auront fait leurs foumiffions pour
aucuns des Offices Municipaux rétablis par
l'Edit du mois d'Aouft dernier , & qui en auront
obtenu des provifions avant le premier
Avril , jouiront des gages & droits y attri
buez , à commencer du premier Octobre
dernier.
ARREST du Confeil d'Etat du Foy , da
29. dudit mois qui proroge en faveur des
Officiers de la Ville de Paris jufqu'au 15. du
mois de Janvier 1723. inclufivement , le de:
ai accordé par la Declaration du 9. Aouft
dernier , pour le payement du Preft & Annuel.
DESAVE U autentique fait par M.
Fufelier de la Comedie du nouveau
Monde , & de celle de l'Oracle de
Delphes.
Es interrogations fatiguantes que
j'étois obligé d'effuyer à chaque inf
tant , fur la Comedie du Nouveau Monde
, & l'acharnement des Differtateurs
éternels , à m'attribuer encore celle de
l'Oracle de Delphes , m'ont enfin forcé
à chercher une protection refpectable"
contre les perfecutions du préjugé.
L'Auteur de la derniere de ces pieces,
en la retirant du Theatre , a occafionné
des bruits qui ne font pas avantageux
pour
DE DECEMBRE 1722. 185
pour fon Ouvrage : le jour qu'il fit cette
retraite judicieufe , les Comediens
annoncerent qu'il n'interrompoit les reprefentations
de fa Comedie que pour la
corriger ; mais on eſt ſi peu accoûtumé
à voir fortir les Poëtes de la Scene fi
modeftement , que le public a penfé d'abord
, que cette fortie n'étoit pas toutà-
fait volontaire , quoique veritablement
elle ait été fort libre. Auffi- tôt la malignité
des beaux efprits dogmatifans dans
les Caffez , a enfanté cent analyſes empoifonnées
fur cette Comedie , & s'eſt
obſtinée plus que jamais à la mettre fur
mon compte , & cela par charité poëtique.
J'ai cru devoir arrêter ces difcours "
pernicieux , & me juftifier , non pas à
ces raisonneurs ennuyeux , dont les idées
chimeriques & les décifions temeraires
me font indifferentes , non pas à leurs
Auditeurs credules , qui fe laiffent ſeduire
par la fluidité de leurs aigres declamations
, mais aux efprits raifonnables
ennemis des Mufes trop hardies. Je
m'étois flatté que le defaveu que j'ai fait
de la Comedie du Nouveau Monde ,
dans le Mercure d'Octobre dernier , defabuferoit
ceux qui m'en croyent l'Auteur ,
mais il faut que la fincerité du Parnaffe
foit bien décriée dans le monde , & que
quelques-uns de mes Confreres ayent bien
tra
786 LE MERCURE
travaillé à lui attirer cette méchante re
putation , pour qu'on croye un Auteur
capable de faire imprimer une impofture
très-aifée à éclaircir , dès que les Superieurs
en voudront prendre la peine.
Je n'ai pas trouvé.de fecret plus certain,
pour m'affranchir de la tyrannie de l'erreur
, que de fupplier très - humblement
Monfeigneur le Cardinal du Bois , de me
permettre de le citer au fujet du defaveu
que je fais autentiquement de ces deux
Comedies. Ofera- t- on fe figurer , que
j'impofe au Premier Miniftre du Royaume
, qui a la puiflance de découvrir la
verité & de punir le menfonge ? J'ai eu
le bonheur d'obtenir cette permiflion , qui
finira feurement la guerre que la prévention
me déclare : Monieigneur le
Cardinal auroit- il voulu refuler à moi
feul le repos que Son Eminence maintient
dans toute l'Europe ? Au refte , j'avertis
bien ferieufement tous mes Commentateurs
( car j'ai l'honneur d'en avoir autant
que les anciens , à cette petite d : fference
près , que ceux des Grecs & des
Romains , ne s'appliquent qu'à les admirer
, & que les miens ne s'étudient
qu'à me noircir. ) J'avertis donc tous
mes Commentateurs , que le defaveu que
je fais ici , n'envelope aucune cenfure de
ma part contre la probité des Auteurs
des
DE DECEMBRE 1722. 187
pas
d'hudes
deux Comedies qu'on me donne malgre
moi. Je les defavoue fimplement ,
parce que je ne les ai point faites : c'eſt
un hommage que je dois à la verité , &
ane précaution que je me dois à moi - même
, & contre le ridicule , & contre les
foupçons injuftes : Si je ne me défendois
pas fortement d'avoir compofé ces deux
Comedies , je paroîtrois coupable aux
yeux des perfonnes , qui ont trouvé de
la licence dans l'Oracle de Delphes , &
je paroîtrois fufceptible d'une vanité
puerile , à ceux qui ont loué le Nouveau
Monde , dès qu'ils en reconnoîtroient le
veritable Auteur ; je ne fuis
meur à m'approprier , ni la gloire , ni
les fautes d'autrui . S'il ne s'agiffoit dans
cette conjoncture- cy , que de paffer pour
ne point mettre de conduite dans des
pieces de Theatre , je prendrois genereufement
mon parti fur ce petit malheur
mais il eft queftion de ne me pas laiffer
imputer la mauvaife conduite que j'aurois
moi- même , fi j'avois donné lieu aux
difcours que fait tenir la fuppreffion de
l'Oracle de Delphes. Il m'importe fort
peu de paffer pour Auteur exact ; il eſt
permis à un honnête homme , de ne pas
trop s'embaraffer de ce qu'on penfe de
ta jufteffe de fon efprit , mais il ne doit
pas étre infenfible à ce qui bleffe la droiture
de fon coeur.
ވ
On
188 LE MERCURE
On vient de m'apporter dans le mo
ment , un Exemplaire imprimé de la Co
medie du Nouveau Monde ; je l'employe
pour réponſe à l'objection qu'on m'a faite
cent & cent fois , que j'ai oblervéen
donnant Momus fabulifte au Theatre ,
le même mystere qui a été pratiqué à
l'égard des deux Pieces nouvelles qu'on
me prodigue avec entêtement. On n'a
qu'à jetter les yeux fur la premiere page
de Momus fabulifte , on y lira mon
nom ; l'Auteur du Nouveau Monde nous
cache toûjours le fien , & ce n'eft pas
furement un acte d'humilité , car en par
courant la Preface , j'y ai rencontré par
tout le ton doctoral d'un Ecrivain feur
& inftruit de fon merite : quant à moi,
je n'ai jamais pris le ton doginatique , &
il ne me fiéroit pas . L'Anonyme nous apprend
que fa Comedie doit fervir à rectifier
la Poëtique d'Ariftote ; il n'a pas
la plus legere inquiétude fur les perils de
l'impreffion , qui détrompe quelquefois
les plus zelez partifans d'un Ouvrage de
Theatre ; cette fécurité procede d'une
connoiffance exacte des perfections du
Nouveau Monde , qu'il a la bonté de recapituler
amplement dans cette longue
Preface , en faveur des Lecteurs aveuglez
, qui auroient pû ne s'en pas appercevoir.
L'incognito conftant de ce brillant
DE DECEMBRE 1722. 189
lant anonime me laiffe en poffeffion de fes
lauriers ; il ne tient qu'à moi de profiter
de fon filence , & d'ufurper l'encens qu'il
fe promet , j'y renonce pourtant ; biengens
vont me croire doüé d'une vertų
épurée ; il n'eft que les connoiffeurs , qui
peut- être ne me trouveront pas fi modefte
.
des
L
SUPPLEMENT.
E Cardinal du Bois , prit fon rang
d'Académicien , & affifta au compliment
de condoleance que l'Académie
Françoife fit au Roy fur la mort de
Madame . M. de Fontenelle qui portoit
la parole fit un difcours très-pathetique,
& très-éloquent.
Le 15. Decembre le Cardinal du Bois,
Premier Miniftre fut élû membre de
l'Académie Royale des Sciences , à la
place honoraire , vacanté par la mort de
M. d'Argenfon
.
3
Le même jour Mrs de Loncemagne
& Secouffe , furent choifis pour affociez
dans l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres , à la place de M Boivin
, l'aîné , & l'Abbé Gedoyn qui font
montez depuis peu au rang des Pen-
Gonnaires.
Le
190
LE MERCURE ·
Le premier Janvier 1723. M. Loüis
de Courcillon de Dangeau , Abbé de
de Fontaine Daniel , Ordre de Câteaux,
Diocefe du Mans , Prieur de Gournay fur
Marne , Camerier d'honneur du Pape , &
Doyen de l'Académie Françoife , eft mort
à Paris , âgé de 80. ans.
Le même jour le P. Dom Loiiis Turquois
, Religieux de l'Ordre de S. Bernard
de la Congregation des Feüillans ,
fameux Predicateur , eft auffi mort à Paris
, âgé d'environ 70. ans , après une
longue maladie.
ARREST du dernier Decembre , qui
ordonne l'execution des Arrefts des 14-
Septembre & 28. Octobre 1722 .
les
Et en confequence , que par les fieurs
Commiffaires du Confeil nommez ,
Feüilles & Certificats de Liquidation
qui font dans les Caiffes de Paris , feront
biffez & annullez le 20. Janvier 1723. &
que les Subdeleguez des fieurs Intendans
des Provinces envoyeront dans le 10. Fevrier
fuivant , les Feuilles & Certificats
de Liquidation des Parties qui n'auront
pas été confommées , pour être de même
biffez & annullez, & enfuite le tout brûlé.
ARREST du 29. rendu à l'occafion
de la contagion , dont quelques cantons
de
DE DECEMBRE . 1722 . 191
,
la Provence , & du Languedoc ont été
affligez , par lequel Sa Majefté ordonne
qu'à commencer du jour de la publication
dudit Arreft , toutes les marchandifes
& autres effets qui partiront des Provinces
& lieux où les lignes avoient été
établies , pourront être voiturez & tranfportez
librement , & feront reçûs dans
toutes les Villes & lieux , tant defdites.
Provinces , que des autres du Royaume
fans que les proprietaires ni les voituriers,
foient obligez de faire mettre des plombs
aux balles & ballots qui renfermeront
lefdites marchandiſes & effets , ainſi qu'il
avoit été cy- devant ordonné par les Arrefts
des 24. Juin , 10. Aouft & 14. Sep.
tembre 1721. & par celui du 3. Novem
bre de la prefente année , ni de prendre
des Certificats des Confuls & Bureaux
de fanté , dont Sa Majefté les a difpenfez
; voulant que le commerce , tant des
perfonnes que des marchandifes , foit entierement
libre comme auparavant lefdits
Arrefts , même celui du 14. Septembre
1720. & tous autres rendus depuis
à l'occafion de la contagion . Ordonne
neanmoins Sa Majefté , pour ôter
tout fujet d'inquietude , qu'à l'égard des
marchandifes qui fortiront de la ville de
Marſeille , on continuera d'obferver les
précautions portées par l'Ordonnance du
fieur
192 LE MERCURE
j
fieur Bailly de Langeron , Commandant
pour Sa Majefté dans ladite Ville. Et à
l'égard de la Ville & du Comtat d'Avignon
qui ne font point de l'obéïſſance
de Sa Majefté , quoiqu'elle foit informée
que la definfection y a été faite trèsexactement
, Sa Majefté pour ôter tout
fujet de crainte à cet égard , ordonne que
la ligne & les quarantaines établies fous
le Commandement du fieur de Joffeaud
fubfifteront avec les précautions prefcrites
, tant pour les perfonnes que pour les
marchandiſes fortant d'Avignon & du
Comtat , à moins que les habitans dudit
pays ne fe portent à donner un nouvel
èvent à leurs marchandifes , auquel cas le
commerce en fera rendu libre dans les
Provinces & les Villes du Royaume.
On ne pourra donner que le mois prochain
les additions & corrections fur la
Relation & Couronnement du Roy.
APPROBATION.
des Sceaux le Mercure du mois de Decembre,
& j'ai crû qu'on pouvoit en permettre l'im
preffion. A Paris le 10. Janvier 1713.
HARDION.
TABLE
おおおおお
TABLE generale de l'année 1722. Les
feize volumes qui la composent font
diftinguez par les feize premieres lettres
de l'arphabet.
A
A.
Braham & Ifaac , Trag. N. 107
Abftinence extraordinaire. K. 86
N. 38
Abulmer fon Hiftoire . 1 . 30 5
Académie des Jeux Floraux . Pieces quí
ont remporté le prix. K. 108 L. 121
Académie Françoife , prix propofé. B. 97 .
Harangue à l'Infante . D. 184. Prix
donné . K. 206 L. 147 N. 81. Compliment
au C. du Bois. L. 102. N. so.
P. 149. Reception de M. le Cardinal
du Bois. Q. 122. 189
189
Académie des Sciences. Pieces qui ont
remporté le prix . B. 92. Sa rentrée.
E. 96. F. 102. 121. P. 146. Reception
de M. le Cardinal du Bois. Q.
Académie des Belles Lettres. Sa rentrée.
F. 95. F. 102. 116. L. 156 P. 137 .
Reception de Mrs Loncemagne & Secouffe
. Q 189
I Acadé
Académie de Peinture. B. III . L.
Académie d'Angers . Q:
Académie d'Architecture. Q.
Académie de Caën. Ode qui a remporté
le prix. L.
155
106
130
43
"
150
Académie de Belles Lettres de Bordeaux.
G. 147. P.
Académies de Mufique de Lion. N. 94
D'Orleans. N. 95. Q. 136
Académie Royale de l'Hiftoire à Lifbone.
Son établiffement. P. 7. A. 68. B.
97. C. 89. D. 91. E. 98. H. 91. I. 117 .
K. 141. N. 98. 99. P.
'Académie Problematique de Setubal . I.
119. N. 98. P.
191
150
Académie de Medecine de Lifbone.
N.
99
Agapit, Trag. D,
Aiguilles aimantées . I.
Alais , Carte de ce Diocéfe . I.
192
116
110
Amazones ( Rivieres des ) Bayle corrigé.
K. 54
Amboife. D.
L'Amour vange , voyez la Font.
Sainte Ampoule. O. 113 .
67
207
Anglois. Remarques critiques fur leur
Theatre. E. 120. & fuiv. H.
Antiquitez trouvées à Rome. B.
Euvelin. F.
Arlequin dans l'Ifle enchantée. B.
127
98. à
116
130
Arreft Notable contre les Officiers de la
MarcMaréchauffée
de Saumur. P.
176
118
Afiles. Differtation fur ce fujer. F.
Afturies. Titre de Prince des Afturies . F.
17.érigez en Principautez F. 31. Ce Titre
& ce nom affurez à l'heritier préfomptif
de la Couronne. F. 32. Suite
des Princes des Afturies . F. 33. Ceremonies
de la proclamation d'un Prince
de ce nom. F.
'Athalie , Critique de cette Trag. L. 73.
N. 10.
"
40
158
Audiance donnée par le Grand Seigneur
au Reſident de l'Empereur. F.
Augufte Roi de Pologne , Belle action
de ce Prince. K.
B.
Al du Roy. C. 150. D.
B Bal du
Palais
Royal . D.
Bal de l'Hôtel de Ville. D.
Ballet des Saifons. F.
192
138
142
125
140
Baudelot , fa mort & fes ouvrages . I. 110
Baugier , Remarques
critique fur les memoires
hiftoriques de Champagne . E.
74. H.55. Réponse à ces Remarques.
I. 6. Corrections des Memoires de
Champagne. I. 15. N. 53. Suite des
Remarques
Critiques. N.
Baviere , Mariage du P. E. de Baviere
avec
l'Archiducheffe
Marie- Amelie.
181
N.
145.
I ij Bayle ,
Bayle , édition entiere de fes ouvrages,
I. 107. Remarques Critiques fur fon
Dictionaire . K. 54, P.
Bayoo
Bazas . B.
A.
Beauté des femmes. Q.
23
206
13
67
Le Bec d'Ambez , dangereux à paffer.
G. 48
Bernier , Lettre fur une divifion de la
terre par les differentes efpeces d'home
mes qui l'habitent. Q.
61
La Bible. Le Mufti s'oppose à fon ' im
preffion en langue Turque. D. 89. Les
figures de la Bible propofées par foulcription
. Q.
Bibliotheque du Roy. L.
97
152
Bibliotheque Hiftorique & Critique des
Aureurs & des pieces dramatiques.
K.
99
Blaye. C,
49
Bled. Nouvelle Machine pour le battre.
F. 137. I.
Blois. E.
211
6
Boece , fon Hiftoire par l'Abbé Gervaife.
A. 31.
32 Bonnac. Son audiance du Grand Vifir.
A. III
Bordeaux . B. 15. Entrée de l'Infante
dans cette Ville. C. 29
Boulainvilliers. ( le Comte de ) C. $8
Bouquet en vers. N. 31. Q
41
BourBourbon
, Iffe. F. 152
Bourdon ( Sebaftien ) fa generofité. B. 100
Bouts rimez. L. 103. N. 49. P.
Bras artificiel . B.
29
95
Brueys. Sa Comedie de l'Opiniâtre. F.
140. G. 155. Sa Tragedie d'Alba. G.
167. H. 187. I .. 87
Brûler les corps, quand cet ufage a ceffé.
H.
39
C.
Camp de Porché - Fontaine . M. 5. Comed.
M. 73
Cantates. Ariane. E. 71. Deucalion &
Pirtha. H. 65. Le Suplice de Cupidon.
I. 84
Captieux , Bourg. B.
Caracteres inconnus. G.
12
152
Cartulaire Hiftorique de Hugues Capet.
L. 6
Caftres. B.
Cataracte , remarques fur cette maladie.
G.
Cavalcade du Pape . A.
Cavalcade à S. Remy. O.
Champagne. voyez Baugier .
IS
105
7
165
Chanfons. A. st . B. 79. C. 84. E. 84.
F. 97. H. 73. I. 92. K. 61. 99. 153.
157. L. 121. L. 173. M. 76. N. 69.
P. 66, Q.
Chanfons du Comte Thibaut . H.
I iij
86
61
CharChartes
, qu'on doit être en garde contre
ces fortes d'actes . Q.
12
Chartreux , poudre des Chartreux. L. 154
Chaftelleraud. D.
Châtres. E..
55
44
80
Chiffres Romains , leur origine. C.
Chinois , de la litterature Chinoife . F. 119
Chronographe d'Evreux . A. 49. Expli
qué . B. 77. C. 79. D. 80. 81. F. 91 .
Idée du Chronographe. Q.
Chronographe fur le Pape. D.
76
79
Chronographe , dont on demande l'explication.
E.
Chronographe de S. Quentin. F.
Comette apperçûë à Lilbone. E.
Compas Trigonometrique. I.
81
94
99
115
Compliment du Chevalier de Romieu à
M. de Joffaud , & réponſe. D.-
Compliment fait au Roy. H.
6
49
Condé , tableau des conquêtes du Grand
Condé . P. 78
Confpiration d'Angleterre. G. 175. H. 104.
L.
Contarini ( Camille ) N.
Conte enigmatique. L.
4
Conte , le Plaifir & la Sageffe.
215
97
39
N. s
Cordemoi ( Abbé de ) , fa mort & fon
éloge. E. 185
Coriolan, Trag. traitée par differens Auteurs.
C. 106
de
Corneille ( Pierre ) , n'a pas tité Heraclius
de Calderon. B. 119. Jugement de Polieucte.
D. 94. de la mort de Pompée .
K. 148
Corneille ( Thomas ) , l'inconnu remis
au Theatre . E.
Couronnement . V. Sacre.
Les Couronnes , Baller. K.
118
158
Coypel , le pere, fa mort. A. 73. Son éloge.
D. 6
Czar , fon entrée à Moscou. B. 132. Medaille
frapée à fon honneur. E. 97. reglement
pour fe nommer un fucceffeur,
& pour la fucceffion des particuliers .
E. 132 133 134
* D.
Dacier , la mort. L. 182%
Dammartin. O.
193
17
✓ 190
D'Angeau ( Abbé ) , ſa mort. Q.
Daniel ( Jefuite ) refuté fur la prétenduë
élection des Rois de France de la fe-"
conde race. G. 12. 14. & de la troifiéme.
G. 53. 72. refuté fur l'heredité des
grands Fiefs . L.
Dax . A.
S
210
Deſcription hiftorique des lieux fituez
fur la route de l'Infante. A. 205. B.
11. C. 48. D. 27. E.
La Devinereffe , Comedie. B.
Dialogue , le Tout & la Partic. Q. 畀
6
125
28
Difcours du P. de la Sante. C. 18. de
L-iiij l'Evêl'Evêque
de Beauvais à une Benedic
tion des drapeaux du Regiment du
Roy. L. 100
Diflertation du Sacre critiquée. Q. 8
E
E.
Cclefiafte , quelques traductions en
vers. G. 101. & 121
ISE Eclipfe de Soleil à la Chine. F.
Education des enfans , voyez Lettre.
Eglogue fur le mariage du Roy. D.
Elegie . F. 12. d'un fils fur la mort de
fon pere. H.
46
Elide Princeffe d'Elide ) voyez Moliere.
D. Emanuel , Infant de Portugal. N. 196
Enigines. A. 5o. B. 78. C. 83. D. 84.
E. 82. F. 95. G. 130. H. 71. 189. I.
89. K. 97. L. 118. M. 72. N. 68. P.
126. Q. 84. expliquées en vers. D. 80 .
L. 118. N. 160
Entrée de l'Infante dans la petite Ville
de la Haye. C. 158. à Châtres . C.
160. à Paris. B. 178. C. 126. de l'Ambaffadeur
de Malthe à Rome. E 150.
F. 7. de l'Ambaffadeur de Portugal à
Rome. I. 195. de l'Empereur dans
Prefbourg. K. 173. de M Tiepolo &
Foscarini à Paris. L. 186. 223
Epigramme latine & françoi e fur un
homme frapé du foudre qui n'en mourut
pas. D. 78 Epitre
Epitre en vers à l'Evêque de Nantes. B.
33. à l'Evêque de Chalons. C. 7. à
Damon. F. 68. au Maréchal de Villars.
I. 18. à Iris . P. s . à l'Evêque de Laon.
P. 19. aux Mufes. B.
Erable , maniere d'en tirer le fucre. I. 21
Esfui , quels font ces peuples ? K.
83
72
Efus , Dieu adoré par les Gaulois. K. 72 .
Etampes . E. 36. H. 156
100
Etat de la France du P. Ange. N.
Etrennes au Roy par M. de la Mothe. A.
38. par Beaupré. A. 39. A Mlle de S.
D. A. 43
Eu. Tombeaux antiques trouvez auprès
de cette Ville. F. 73. M. Capperon
declare fauffe l'étimologie du nom de
cette Ville , qu'a donnée M. Huet. F.
80. Cette étimologie défenduë . H. 3 .
Réponse de M. Capperon . K., 67
F
F.
Able, le Solitaire & la Fortune. A. 46
Zephire & la Roſe. Q. 60
Femmes , voyez Beautez.
ISS ftin Royal . O.
Fre donnée à Paris pár l'Ambaffadeur
Fêdu Czar. A. 15o . donnée par le C. de
Charolois. A. 171. Donnée à Cambrai
par M. de Morville. B. 156. Donnée
à Mofcou pendant le Carnaval . E. 134.
Donnée à Cambrai . H. 113. Donnée
I'v
155
àVillers-
Coterets.P.32.àChantilly.P.73
Fêtes de Thalie , Ballet . K.
Feu d'artifice des Thuilleries . C. 154.
D. 139. du Palais Royal . D. 143. de
l'Hôtel de Ville. D. 130. du Duc d'Offone.
D.150 . G. 199
Fiefs . Les grands Fiefs n'étoient pas hereditaires.
L.
Dîmes. O.
5.87
61
Flaminia , fon compliment à l'ouverture
du Theatre. F. 142
Flaudriau , remede éprouvé. L. 186
Fleau . voyez Bled.
Foire galante de Villers- Coterets. P. 52
Fontaine minerale de Segrai. I. 111
Fontenai S. Evremond n'eft pas proche
Caen . H.
Forces mouvantes. L.
Frey ( Jean ou Janus ) N.
G. 1
45
132
178
GAgeure de M. de Saillant. I. 171- K.
Geneft ( Abbé. ) L.
195
159
S. Germain des Prez. Hiftoire de cette
Abbaye. I.
Gervaile. voyez Boëce;
Geuflin , Peintre. H.
92
50
Gilot , Peintre & Graveur. Sa mort. F.
137
Glaces , on leur fait prendre telle forme
qu'ca
qu'on veut. B.
95.
34
Goltzius ( Hubert. ) L.
Grammaire , idée generale d'une Grammaire.
K. 129
Groenlandt. Découvertes qu'on y a faites .
N
Le Grondeur. voy . Brueys .
Groffeffe extraordinaire. I.
193
79
Guadiana ne fe cache point fous terre. K.
Guib ( Frederic. ) K.
Guillaume de Tyr. voyez, Maronites.
H.
56
59
HAquenée prefentée au Pape . K. 177
Hautefeuille , fes differens Ouvrages.
I.
Ior
La Haye , lieu de la naiffance de Defcartes.
D.
Heraclius. voy. Corneille
.
Hiftoriens apocriphes. A.
63%
71
Heeverman Marguerite. ) Son éloge &
fa reception à l'Académie de Peinture.
112 B.
Houteville. F. 103. Critiqué . F. 103. K.
139. N.
Hydropific extraordinaire. B.
S
I.
70
38
Aint Jacinthe Themifeul , fes Ouvrages:
N. 93
I vj.
Ibra
Ibrahim Pacha . Son portrait. A :
Idille au P. de Portugal . Q
Jean de Calais , nouvelle . Q.
S. Jean d'Angeli. C.
ITF
73
70
100
205
S. Jean de Luz . A.
Jettons frappez en 1722. C. 104. en 17 21.
D. 92. en 1720. E.
Ignez de Caftro , Trag. N.
IIS
103
Incendie , nouvelle machine pour l'éteindre.
P.
L'Inconnu. voy . Corneille.
199
Infcription , mal critiquée. C. 141. Mile
à Londres. E.
- Inſtitutes . D.
Journaux . F.
Journées amufantes. Q..
100
195
104
99
Ifle nouvelle. B. 93. C. 5. difparuë. K.
'Jubilé. D.
94
135
Jugement rendu à Bourges. E. 82. I. 192.
K.
210
Juifs , leur Hiftoire par Prideaux . L. 141.
Obligez. de prefenter l'Ancien Telta- !
ment au Pape lors de la Cavalcade . A.
L.
13
La Grange. Ses Poëmes Dramatiques.
F.
Langon. B.
124
119
14
Larg
Langue Latine, lettre de M. de Beaumont ,,
fur une nouvelle methode pour l'apprendre.
A. 24. Methode raifonnée.
L. 145. Effai d'une nouvelle methode.
P.
128
Larrey , remarques critiques fur fon Hiftoire
de Louis XIV . E. 60. & 70
S. Laurent des Eaux , abondant en vignobles.
E.
17
Le bon. voy. Pendule .
Le Grand. L'Ouvrage d'un moment. K
ISI
Lettre fur l'éducation des enfans . C. 10%
Du Roy au Pape . A. 172. Du Roy au
Cardinal de Noailles. C. 146. Sur les
belles Lettres. F. 102. Sur le Mercure
de Paris . I. 82. D'Aldi Aga au Grand-
Maître de Malthe. K. 187. Ecrité de
Cambray aux Auteurs du Mercure . L.
109. Lettre du Grand- Maître de Malthe
. N. 47
Belles Lettres . Caufe de leur progrès &
de leur décadence . F. 117
Liſbone . Nombre des Vaiffeaux entrez &
fortis de ce port en 1721. C,
Lit travaillé en plume.Q
Loches. D.
118
71
63
Londres. Nombre des morts & des Batêmes
en 17 21. A.
Loüifiane , fa fertilité. K..
Lufignan . D..
147
95
28
M.
M
M.
Achabées ou Antiochus , Trag.
139
Madrigal , fonge de Tircis . F. 82. Sur la
fine plaifanterie . Q
Main artificielle. B.
Maintenon , voi. Pierres.
70
95
Majorité des Rois de France établie à
14. ans. G. 94
Maladies veneriennes. Nouvelle methode
pour les guerir. E. 85.
Mandement de l'Evêque de Marſeille. L.
114. Pour le Sacre . O. 87. & 148
Mariage du Prince des Afturies. B. 137°
LesMariages entre lesvivans & les morts.
Com . Ita. B.
,
127
Mariana traduction de fon Hiftoire
d'Efpagne. K. 124. L. 143
Marlborough . Sa mort . I. 147. 198. Ses
funerailles . L.
Marlon ou Mello. P.
103
186
Maronites. Incertitude fur leur nom &
leur origine. Q43.48 . Opinion abfurde
à ce fujet. Q. 49. Guillaume de
Tyra le premier parlé de leur nom &
de leur origine. Q. 44. & 50
Marfeille. Antiquitez dans l'Abbaye de
S. Sauveur. L.
Matthieu ( Abbé. ) Sa mort. L.
Mauger ( Jean. ) Sa mort. L.
36
225
153
MauMaulevrier
, reçu Chevalier de la Toifon
d'or. voi. Ordre.
Medailles de Louis XV. A. 74. B. 116%.
F. 138. H. 93. I. 123. K.
O. 133. Q
Medaille de Conftantin.
144. L. 158 .
138
Opinion de
l'Abbé de Camps fur cette Medaille . E.
·So
Medailles à vendre à Amfterdam . F. 136-
Grecques de Marſeille. L.
31
Meluzine. Ce qu'on en dit n'eft qu'une
fable , ce qu'il en faut croire. D.
Mercure. voi. Lettre .
28
Minas. Mort tragique du Marquis Das
- Minas. N.
P
149
96 Miffon ( Maximilien, ) Sa mort . B.
Moliere , fa Princeffe d'Elide eft prefque
toute traduite d'une Comedie d'Auguftin
Moreto. B. 122. Extrait de Scenes
qu'il n'a pas imitées . ibid. & feq.
Moncenigo ( Alvife- Sebaftien , ) élu Do
ge. L.
Le Mont de Marfan. B.
198
II
Montres d'une nouvelle invention. voi
Hautefeuille .
Moulin d'une nouvelle conftruction. H.
88€
Mouton's dont les dents font d'or vers les
gencives. I.
·Muſeum Romanum aureum . K.
210
133
N..
N.
Nobleffe. Si le ventre annoblir. N.
Nôtre Dame prefervée du feu. L.
187
183
Le Nouveau Monde , Comedie . L. 161.
Lettre de Fuzelier à l'occafion de cette
Comedie . N.
O
C.
41
De fur l'inconftance de l'homme.
B. 5. Sur le jugement dernier. C.
1. Sur l'arrivée de l'Infante. C. 14.
Sur la fuite de foi-même. D. 9. Sur la
convalefcence du D. de Chartres. D.
25. Sur l'établiſſement de la Religion
Chrétienne . F. 1. Sur le Mariage du
Roy. H. 1. Au Regent. H. 52. Au
Roy. L. 97. à M. le Prefident Denis .
N. 36. Sur le Sacre. Q.3 . Sur le retour
du Roy. Q.
Odes Morales du P. Bernard . K. 137
Ode de M. Grenan . Zephyrus & Rofa ,
127
122
avec la traduction en Vers François.
D. 71. Autre traduction de M. Racine.
D.
Odes traduites en Vers François la 3. du
1. 1. d'Horace . D. 49. la 14. du l. 2. F.
51. la 11. du l. 1. F. 53. la 9. du l. 3. K.
42. la M, du 1. r. Imitation. N.
O de imitée de Mofchus , l'Amour Laboureur.
N.
46
51
Oedipe du P. Folard . A. 75. E. 91. F
103
179
Opera. Si le Comique Lirique demande
un tour perifrafe. L.
Operation de la taille par Thibaut . E.
208. Autres operations à la Charité.
K.
Opiniâtre. Voy Brueys.
Opus nullum. É.
89
113
Oracle de Delphes. Q. 139. M. Fuzelier
defavoue cette Comedie . Q. 1407
Ordre du S. Efprit. O. 176. De S. Lazare
. F. 180. I ..
O
174
De la Toifon d'or . Reception du
Marquis de Maulevrier . E. 160. Reception
du P. R. de Lorraine. K. 179
De Chrift. Reception de M. des
Fougerais. N. 34. Ordre de la Concorde.
H. 114
rleans . E. 18. Privileges de fes Evêques
. E. 29. Son Univerfité . E
33
La D. d'Orleans ( Madame ) Sa maladie
& fa mort. P. 203. Q.
L'Ouvrage d'un moment. voi. Legrand.
P
P ..
162
Airs de France auffi anciens que la
Monarchie . G. 62. Leurs fonctions
au Sacre des Rois . G. 58. Si le nombre
en a été fixé à douze . G. 64. Leurs
Fangs. K.
734
Pa
Panegyrique du Roy. Q. 106
Papillons. Un Vaiffeau en pleine mer tout
couvert de ces infectes. N.
97
Paris . Hiftoire de cette Ville . K. 101 .
Hiftoire & recherche de fes antiquitez.
K. 122
Partage des biens en France. N. 111
Peinture ; à Guazza , ce que c'eſt. C. 98.
& 99. Quand a commencé celle à huile.
C.
99
Pendule pour marquer les équations du
temps . Q.
Penelope. Voy Geneft.
35
Le Pere de bonne foy , Comed. Ita . A.
107
Perfe , rebelles de ce Royaume. I. 152 .
193. 207. K. 167. 185. L. 209. N. 125.
1) 2
Pefte. Remedes d'Helvetius contre cette
maladie. A.55 . Relation de celle d'Arles.
B. 62. Diflertation fur ce mal. B.
82. 86. Parfums préfervatifs. B. 156.
Extrait d'une lettre de Gevaudan . D.
15. Si elle eft caufée par les vers. F.
114. Traité de cette maladie. G. 137 .
Differtation. G. 142. Difcours Anglis
fur ce mal. H. 82. Lettres fur la Pefte.
I. 77. K. 51. Lettre de M. Charbel
fur celle de Marseille. L. 52. Cellation
de ce mal à Mars. L. 113 .
Phenomene vû à Berne. C. 8. Frequens
cette
cette année à Bâle. E. 99
Philofophes en belle humeur . Leurs Sta
tuts. E. I
Pierre le Cruel , Roy de Caftille. Guer-
• res qu'il eut à foutenir contre Henri
fon frere bâtard . F. 19. Entierement
défait. F. 28. tué par fon frere. F. 30 .
Pierres Philofophales , tromperies de
Charlatans. F.
121
Pierres particulieres de Maintenon . H.
Pierre vulneraire . Q
67
89
86
- Pilier tremblant . O.
Pindare , traduction d'une de fes Odes.
144
33
P.
Plante refi neufe de la Loüifiane . G. 209
Playe extraordinaire à la tête. A.
Poëme fur le Mariage du Prince des Afturies
. H. 27. Sur le Sacre du Roy. Qs2
Poitiers. D.
Polyeucte. Voi Corneille.
Pompée. Voi Corneille.
Pons. C.
Portrait en Profe. Q.
37
53
SG
•
Poffeffion . Fille poffedée du diable. Q 21.
Marques de fauffeté dans cette poffelfion
. ibid.
7
Pour. Ce que c'eft que le Pour. O.
Pourceaugnac. Divertiffement de Lulli ,
H.
De Prade. Ses Tragedies . K.
112
148
Pras
Pradon. H. 111. K. 148
Proceffion de la Fête de l'Affomption.Son
origine . K.
La Provençale , Entrée. L.
188
175
La Pucelle d'Orleans , nouveau Poëme.
E.
R.
Aoux , Peintre . I.
92
120
Regent du Royaume , couronné
Roy. G.
Regulus. Voi Pradon.
18.23.29
Relation de l'échange de l'Infante & de
la Princeffe d'Orleans. A. 175
96
90
Renaud . Opera . C. 107. D.
Revenu du Roy en 1285. G.
Rheims , prétention de fes Archevêques
fur le Sacre des Rois, G. 3. Quand ils
ont commencé à la faire valoir. G. 4.
II. 44. 47. S'ils doivent faire les frais
du Sacre. G.68 . & 8 8. Entrée de Louis
XV. dans cette Ville. O.
Roettiers ( Norbert ) reçû à l'Académie
de Peinture . B.
Rome. Incertitude fur l'Hiftoire des quatre
premiers fiecles de cette Ville. P.
63
111
140
Romulus ; Trag. A. 96. Critiqué. E. 84.
F.103. Loué. F. 106. Pierrot Romulus.
B. 131. Arlequin Romulus . B.
130
RoRoquefort
B.
12
Rolalba Carriere . Son éloge & fa reception à
l'Academie de Peinture . B. 114
Rotrou a tiré Vinceflas de D. Francifco de Ro
xas. B.
Roy. Son Ballet des Elemens . A.
118
80
De Ruffy , juftifié de l'erreur que le P. Martene
lui avoit imputée. L. 36
Rymer Son Re.ueil pour l'Hiftoire d'Angleterre.
P.
"
S.
IS
Acre & Couronnement des Rois de France ,
Differtation. G. 1. Si Pepin a été facté . G.
5. Frais du Sacre de Philippe le Bel G. 89 A
que l'âge nos Rois peuvent être facrez G 94.
Traité hiftorique du Sacre par M. Menin.
N. 78
Sacre en differentes Villes . De Charles le Chau-
100 .
ve à Mets G. io. De Louis le Begue à Compiegne
G. 14. de Louis & Carloman à Fer◄
rieres G 16. De Louis d'Outremer à Laon,
G 32. De Robert à Orleans, G. 36. De Loüis
VI . à Orleans- G 46. De Henri ¡ V. à Char◄
tres. G.
Sacreà Rheims. De Louis le Dehonnaire. G.
10. de Charles le Simple. G. 24. de Lothaire
G 33. de Hugues Capet . G. 35. de Henri I.
G. 37. de Philippe I. G. 44. de Louis VII. G.
49. de Philippe Augufte. G. 56. de Louis
VIII , G. 69. de S. Louis . G. 71. de Philippe
le Hardi G. 87. de Philippe le Bel . G. 88. de
Louis Hutin. G. 91. de Philippe V. G. 93
de Charles IV . ibid de Philippe de Valois .
ibid. de Jean. G. 94. de Charles V. ibid. de
Charles VI. G. 98. de Charles VII . ibid. de
Leui XI. G. 99. de Charles VIII. ibid . de
Louis XII, ibid. de François I. ibid . de
Henry
1
Henri II. ibid . de François II . ibid . de Charles
IX . ibid. de Henri II. G. 100. de Louis
XIII. ibid. de Louis XIV . G. 101
Sacre de Louis XV. Invitations a cetre Cele
monie. O 5. Preparatifs & difpofition de l'Eglife
de Rheims . O. 91. Veille du Sacre . O.
98. Ceremonie du Sacre . O. 110. Coutonnement.
O. 129. Offrandes . O. 136. "Ornemens
Royaux. O 143. & 218. Difcours latin fur
le Sacre du Roy. Q.
Saintes. C.
Sauterelles. L.
110
57
214
Sauvages Leurs moeurs comparées à celles des
premiers temps. F. 98 K.
Segaud , Jefuite. Voyez. Fontaine.
134
Silvie , pourquoi ce Château eft ainfi nommé.
P.
87
Spectacles donnezgratis . C. 107. Lettre critique
fur les fpectacles . L.
Le Spectateur François. B. 87. D 86, F. 107 I
Sphere mouvante de Jean Deur. K.
86
140
31
Stances à Damon. 1. 26. Le bonheur d'un vrai
Chrétien. K.
Statuë de la Religion faite pour le Czar. A. 72
Succeffion au Royaume de Hongrie , étal he
dans la ligne feminine au défaut d'heritiers
mâ'es K. 174. & 109
La furprife de l'Amour, Comed. des ita F. 145
Sufanne acculée , Poëme L.
T.
23
Ableaux de la Reine Chriſtine . B. 99. C.
94 E
-Vendus à Amfterdam . F.
Expofez le jour de la Fête- Dieu H.
101
125
87
Tableau de Telemaque. Voyez Raoux, De la re
furfurrection
du Lazare K. 140
Tamerlan . Son Hiftoile. G.
Tartas A.
Te Deum à Nôtre Dame C. 148. D.
132
212
140
Terres divifées par les differentes efpeces
d'hommes qui l'habitent. Q.
62
Teftament , ancien & nouveau , imprimé en
Langue Ruffienne B.
Theatres des Thuilleris . A. 93. C.
97
1520
Theatre; projet d'une hiftoire du Theatre François
,
H.
Theatre Anglois. Voyez Anglois.
Themifeul. Voyez S. Jacinthe.
Theſe dediée à l'Abbeſſe de Chelles . K.
Timon , Comed . des Ital. A. 199 F.
74
49
103
Tombeaux trouvez proche la Ville d'Eu . F 73 .
proche Seez. H.
Tournefort , temps de fa naiffance, K.
43
$9
Tours. Droits du Roy en qualité d'Abbé & de
Chanoine de S. Martin de Tours . A.
Tremblement de terre à la Chine . F.
27
150
Triftan l'Hermite. Quelques particularitez de
fa vie & de les ouvrages . I. 128
Turinge. Si leurs premiers Langraves defcendoient
en ligne mafculine de Charles , Duc
de la baffe Lorraine . H.
Dom Turquois , Feuillant . Sa Mort. Q.
V.
160
190
Aiffeaux de guerre des Anciens. A. 52. E.
. 83
Vaudeville fur le fiege de Montreuil . M. 36 &
65
Vayrac ( Abbé de ) attaqué fur fon article des
Comtes de Blois . F. 84. G. 126. Sa réponſe
H. 6. Réponse à la réponſe. K.
Vencefas. Voyez Rotrou,
VeVerole
,infertion de la petite verole. G. 144 &
175
... Vers à MD
A. 43. A M. D.……. A. 43. A
Mle Iris , vous aimerez un jour. B. 9 Sut
l'yvreffe. B. 75. De M. Danchet au Roy le
jour de fa naiffance. B. 175. Portrait du Cardinal
de Rohan. C. 27. Sur le feu d'artifice
du Palais Royal . D. 148. Au P. Aubert , Jefuite.
E. 47. A une Dame qui fouhaitoit avoir
de la corde de pendu E. 59. Sur l'amitié , G.
128. Sur un Portrait . H. 89 , Sur le Mariage
du Roy. I. 5. L. 64. A Mie de C ... le jour
de fa tête K83 . Au Roi lejour de la S. Louis.
K. 145 L. 97. Sur la convalefcence
du Roy.
M. 81. Sur le Sacre du Roy . O. 11. Sur un
ruban de cane. P. 208. Contre la Poëfie Q
18. Sur le Portrait du Cardinal du Lois. Q
27. Sur Me de Turbilli . Q.
Vers latins au Roy. M.
Villers Coterets . O.
69
45
146
110 1
Vienne en Autriche . Nombre des morts & des
Batémes en 1721. B.
Voltaire . Epître au Maréchal de Villars 1. 13 .
Au Cardinal du Lois L.111 . Au nom du Congrès
de Cambray. L.
Voyages de Corneille le Brun. A. 63 De Sirie
& du Mont Liban B 80. Critique de ce qu'en
ont dit les Journalistes de Treveux . Q 41 .
Du Comte d'Ericeira. F. 54. De François Coreal.
Q
Urfias ( Princeffe des ) Sa mort. Q.
93
177
L'Air noté doit regarder la page 86.
La Planche des Medailles du Roy , la page 138.
Errata du 1. Volume de Novembre.
P. 30. au dernier Vers du 2. Sonnet , ce if. le.
P. 186. l. 5. d'Aulin , lif. d'Antin,
John
Bigelow
to the
3550
Century
Association
XIM
Merce
Oct -
Dec
1722
~
MERCURE
LE
D'OCTOBRE 1722 .
QUE COLLIGIT SPARGIT.
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Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
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miffaire le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
Cette voye pour les faire tenir.
On prie très - instamment quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non- feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
Les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
LE
MERCURE
D'OCTOBRE 1722 .
XXXXXXXXXXXX :
PIECES
FUGITIVES ;
en Vers en Profe.
LE PLAISIR ET LA SAGESSE.
L
CONTE.
E folâtre Plaifir s'étoit mis en
chemin ,
Pour visiter les lieux de fon
domaine ,
Et de fon pied leger il arpentoit la plaine
Auffi vite qu'un trait échapé de la main :
Deflus fon dos une malette ,
Voituroit divers inftrumens
Propres aux divertiffemens ,
D
Une corde à danfer deffus
l'efcarpolette ,
Force palettes & volans ,
A iij
B
6 LE MERCURE
Cartes & dez fur tout , remedes excellens
Contre le fommeil létargique ,
Des mafques , des romans , des livres de mufi
que ;
Que fçai- je enfin ! tout l'attirail
Qui fert à détourner les hommes du travail .
Dans fon chemin il trouve la Sageffe ,
Qui meditoit au coin d'un bois :
Quoi , Malame , c'eſt vous ! c'eſt vous ? quelle
allegreffe !
Qu'avec douceur je vous revois !
Depuis l'âge d'or , ce me femble ,
On nous vit rarement enfemble :
Vous me fuyez , plaifir ... vous me gronde
toûjours ,
$ ageffe , fans cela vous feriez mes amours.
Tient -il à moi , dit l'Immortelle
Qu'entre nous deformais
L'amitié ne fe renous elle ?
Allons , jurons enſemble une ardeur mutuelle ,
Et ne nous féparons jamais :
Tous deux ainfi d'intelligence ,
Ils fe mettent à voyager ,
La nuit furvient , il faut chercher à fe loger
DE
SEPTEMBRE 1722. 7
Ils virent un Château d'affez belle apparence ,
Et refolurent de concert ,
D'aller chez le Seigneur demander le couvert.
Dans les routes de l'avenue ,
La Dame du Château prenoit alors le frais ,
Coquette , s'il en fût jamais ;
Ie folâtre Plaifir lui donna dans la vuë :
Bonne table , bon lit , tout lui fut préparé ;
La Sageffe fut mal reçûë ,
On l'envoya loger chez Monfieur le Curé ,
Où nous dirons par parenteſe ,
Qu'elle pafla la nuit affez mal à ſon aife ,
Dans un affez leger fommeil.
Du Plaifir pareffeux elle attend le réveil.
Il fort vers le midi des bras de fon hôteffe,
Et laiffa dans fa place une fombre trifteffe :
Voila le couple Pelerin ,
Qui fe raffemble encore & fe met en che
min,
Nulle malheureuſe aventure ,
Ne troubla leurs plaifans propos ,
Sur le point que la nuit ramene l'ombre obf
cure ,
¡A iiij
LE MERCURE
Autre Château fe prefente à propos :
C'étoit le féjour d une prude ,
Qui laffe du tracas mondain ,
Se plaifoit dans la folitude ;
Cette Dame parut , mais d'un abord fort rude
Repouffant le plaifir badin ,
A la feule Sageffe elle tendoit la main ;
Le Plaifir rebuté porta
fa laffitude
Au cabaret le plus prochain .
Quelle infortune eft donc la nôtrë ,
L
Dirent nos voyageurs au matin rafle nblez' ;
Il faut que des humains les eſprits foient trou
blez ,
Pour nous vouloir toûjours feparer l'un de l'autre
!
N'eft il point fous le ciel quelque féjour heu
reux ,
Où nous foïons reçûs tous deux ?
Contre le mauvais goût le beau couple s'em
porte ,
Et mécontent du gîte précedent ,
Va le foir fraper à la porte
De la féduifante f. ** *
Son extrême beauté , fa brillante jeuneſſe ,
Fromettoit au Plaifir un favorable acçüeit, -
D'OCTOBRE 1722.
9
Cette même raifon fit trembler la Sageffe ,
Que jeuneffe & beauté mirent fouvent en
deüil' :
Mais quelle furpriſe agreable
La fit changer de fentiment ?
Quand la belle d'un ris affable
Fit à tous deux ce compliment.
Venez , Plaifir , venez , Sageffe ,
Vous avez trouvé vôtre hôteffe :
J'aurai chez moi place & temps pour vous
deux :
Le Plaifir m'eſt utile & même neceffaire ,
Mais la Sageffe auffi n'a rien pour moi d'af
freux ,
Pourvû qu'abandonnant cette critique auftere,
Et cet air trop imperieux
Elle foit moins fevere ,
Et s'apprivoife avec les jeux.
J'efpere que dans ma retraite
J'affermirai vôtre union ;
Mais faifons un marché pour n'être pas fu
jette
A frequente difcuffion ::
Conditions fe font : nul n'ofa s'en défendres :
Chacun (bien entendu) mit quelque peu du fien ,,
A. v.
10 LE MERCURE
Faute de s'approcher , ou faute de s'entendre
On eft fouvent brouillé pour rien.
Qui plus des deux fur foi dût prendre ,
Je ne le dirai pas , chacun s'en trouva bien :
La Sageffe fut gaye , & le Plaifir modefte ,
Et dans fon propre appartement ,
Sans que jamais furvint nul altercas funeſte ,
La Dame pour toûjours fixant leur logement ,
La Sagefle eut le lit , le Plaifir tout le refte.
Tout le refte étoit grand , oui , mais tout bien
compté ,
J'en attefte la foi des hommes ,
Le Plaifir , au fiecle où nous fommes ,
N'eft pas toujours fi maltraité.
SUITE de la Lettre critique fur les Spectacles
, & des obfervations fur les
Tragedie d'Athalie.
ACTE II I.
Scene I. & 11.
Mathan , Nabal , Zacharie.
Ans ces deux Scenes il ne s'agit que
de la même chole ; Mathan deD'OCTOBRE
1722. II
mande au nom d'Athalie qu'on faſſe venir
Jofabet.
Scene 111.
Mathan , Nabal.
Mathan déploye ici fes plus fecrets
fentimens, &fe montre tel qu'il eft , c'eſtà-
dire , le plus méchant de tous les hommes.
Des aveus auffi honteux que ceux
qu'il fait à Nabal , ne font gueres vraifemblables
; mais ils font neceffaires au
Theatre , fans quoi on ne pourroit fçavoir
ce qui fe paffe dans le coeur de certains
Acteurs , qu'à la faveur du monologue
& de l'à parte , où l'on eft cenfé penler.
Il faut pourtant avouer à la gloire de
M. de Racine , que dans cette occafion
la neceffité theatrale eft rapprochée du
vrai - femblable autant qu'il eft poffible,
Nabal declare qu'il ne fert , ni le Dieu
des Hebreux , ni Baal , dautant qu'il eft
Ismaëlite ; un homme fans Religion , tel
que Mathan , peut- il confier plus feurement
fon fecret qu'à un homme neutre ?
d'ailleurs Nabal eft complice du crime
de Mathan , & affocié au fruit qui en reviendra
; feconde raiſon pour ne lui rien
cacher.
Au refte , je ne trouve rien de fi beau
en fait de caractere , que tout ce que no-
A vj
12 LE MERCURE
L
tre judicieux Auteur met ici dans la bou
che de Mathan. Cet apoftat expofe leg
motifs de fa déſertion ; la jaloufie &
l'ambition ont fait tout le crime. Il eft
perfuadé que Baal n'eft qu'un Dieu de
bois , dont les vers s'emparent tous les
jours ; mais la préference qu'on a don
née à Joad , quand ils ont été en concurrence
pour l'encenfoir , l'a déterminé
du côté d'une erreur , qui devroit lui
être plus utile que la verité ; il s'eft attaché
à la Cour ; il a flatté les paffions.
des grands . Voici comme il en parle luimême,
Vaincu par lui , j'entrai dans une autre care
riere ,
Et mon ame à la Cour s'attacha toute entiere.
J'appro hai par degrez de l'oreille des Rois ,
Et bien- tôt en oracle on érigea ma voix
Fétudiai leurs coeurs , je flattai leurs caprices
,
Je leur femai de fleurs les bords des précipi
ces ;
Près de leurs paffions , rien ne me fut facré ,
De mefure & de poids je changeois à leur
gré , & c.
Peut-on peindre avec de plus vives
couleurs , un ambitieux , un hypocrite ,
D'OCTOBRE 1722.
un flateur , & un fcelerat.
Enfin Mathan , aprés avoir expofé aux
yeux de Nabal tous les refforts qu'il a fait
joiier ' , pour porter Athalie à détruire le
Temple de Dieu , acheve fon portrait part
ces vers , qui me paroiffent des plus beauxde
la Tragedie :
Toutefois , je l'avoue , en ce comble de gloire;
Du Dieu que j'ai quitté , l'importune me
moire
Jette encor dans mon ame un refte de ter
reur ,
Et c'eft ce qui redouble & nourrit ma fu
reur.
· Heureux fi fur fon Temple achevant ma ven
geance ,
Je puis convaincre enfin fa haine d'impuif
fance ,
Et parmi le débris , le ravage & les morts,
Aforce d'attentats perdre tous mes remords.
Quel genie ! quel féu ! & en même tems
quelle jufteffe !
Scene IV .& V.
Jofabet , Mathan , Nabal , Jóad.
C'est ici que l'hypocrifie de Mathan eft
mife dans tout fon jour. Il étale la pureté
de fes intentions, il fait parade des prétendus
bons offices qu'il a rendus à Joad ; il
14
LE MERCURE
s'annonce en Miniftre de paix devant Jofabet;
cettePrinceffe a beau le démafquer ,
il ne perd rien de fa moderation , & Içait
renfermer dans le fond de fon coeur toute
l'alteration que lui peuvent caufer des
veritez fi mortifiantes . Il perfifte à demander
le jeune Eliacim , au refus duquel
il menace le Temple d'une ruine
totale . Les injures mêmes don't Joad le
vient accabler , ne femblent pas le déconcerter.
I eft vrai que foit par la longue
violence qu'il s'eft faite , foit par
un coup de la main de Dieu appefantie
fur lui , il paroît enfin frappé d'aveuglement,
& ne fçait par où fortir d'un lieu,
où un fecret vengeur le pourfuit.
Scene VI.
Joad , Jofabet.
Jofabet ayant appris à Joad les propofitions
que Mathan eft venu lui faire
de la part d'Athalie ; ce Grand- Prêtre
fe détermine à avancer le tems de la reconnoiffance
de Joas. Dans le cours de
S
cette Scene Jofabet tremblante
pour
Joas , ne fonge plus qu'à le fauver par
la fuite. Elle confeille à Joad de le mettre
fous la protection de Jehu ; mais fon
intrépide époux , qui a mis toute la confiance
en Dieu rejette ce timide conſeil ,
& lui répond que Jehu n'eft pas un diD'OCTOBRE
. 1722. 155
gne inftrument des deffeins du Seigneur &
Voici comme il en parle.
Jehu fur les hauts lieux enfin ofant offrir
Un témeraire encens que Dieu ne peut fouffrir,
N'a Pour fervir fa caufe, & vanger fes injures,
Ni le coeur affez droit , ni les mains affez pures
Scene VII.
Joad , Joſabet , Azarias fuivi de plufieurs
Levites & du Choeur.
Azarias , Chef des Prêtres & des Levites
apprend à Joad , que conformément à ſes
ordres il vient de fermer toutes les portes
du Temple. Il luy annonce que la crainte
a difperfé tout le peuple fidelle. Les
Choeur protefte ici qu'il eft prêt à fe facrifier
pour la gloire du Dieu d'Ifrael
ce qui porte Joad à dire.
Voilà donc quels vangeurs s'arment pour ta
querelle !
Des Prêtres , des enfans , & fagefle éternelle !
Ici le Grand- Prêtre entre dans une
Sainte fureur il prophetife même , quoique
l'écriture ne dife pas qu'il ait eu l'efprit
prophetique comme elle l'affeure de
fon fils Zacharie. M. de Racine fe fait
lui-même cette objection dans fa preface.
Mais qu'avoit- il à craindre fe feroit- on
jamais
LE MERCURE
jamais avifé de lui faire un crime d'une
pareille liberté.
Auffi n'eft- ce pas par cet endroit que
je prétends l'attaquer , je ne lui difpute
que la forme , & point du tout le fond .
Je fçais que l'efprit Saint fouffle où il
veut , mais je ne conviens pas de tout ce
que nôtre fcrupuleux Auteur avance
dans fa preface , pour juftifier la prétendue
liberté qu'il a prife , & les chants &
la fimphonie qu'il a inferée dans cette
prophetie : voici fes propres termes . Cette
Scene qui est une espece d'Epiſode amene
tres-naturellement la mufique , par la con
tume qu'avoient plufieurs Prophetes d'entrer
dans leurs Saints tranfporis au fon des
inftrumens.
En verité M. de Racine ne femble- t'il
pas vouloir nous perfuader que ce qu'il
appelle efpece d'Epiſode , eft une efpece
de faute , par le foin qu'il prend de l'excufer
le don de Prophetie doit- il être
fubordonné à des caufes auffi frivoles que
le peut ètre le fon d'un ou de plufieurs.
inftrumens quelques Prophetes ont annoncé
l'avenir au fon des harpes & des
Fyres qu'on portoit devant eux ; mais
s'enfuit-il delà que ces harpes & ces lyres
fuffent neceſſaires à leurs prédictions ?
M. de Racine s'autorife d'un exemple
encore plus fort & plus pofitif , en la
perfonne
D'OCTOBRE 1722.. 17
pir
perfonne d'Elifée qui confulté fur l'ave
par le Roy de Juda , & par le Roy
d'Ifraël , dit , adducite mihi pfaltem
comme fait Joad dans cette Scene , quand
il dit en parlant du Seigneur qui vient de
s'emparer de lui.
Levites de vos fons prêtez -moi les accords ;
Et de fes mouvemens fecondez les tranſports .
Ce fecours que Joad demande ici eft
fi peu neceffaire pour prophetifer, qu'il
vient de dire un peu auparavant ,
Eft ce l'efprit divin qui s'empare de moi ?
C'eſt lui- même , il m'échauffe , il parle , mes
yeux s'ouvrent ,
Et les fiecles obfcurs devant moi fe découvrent
Le voilà tout poffedé de Dieu , tout
échauffé , tout infpiré , & tout éclairé ,
qu'a t'il à faire des chants du Choeur , &
du frivole des inftrumens"?
Je ne fçais fi cette prophetie interrompue
par des couplets de chant & de fynx
phonie a produit un grand effet à Saint
Cyr ; mais je doute qu'elle y ait fait autant
de plaifir qu'elle en fair tous les
jours , dénuée de cette prétendue beauté,
& prononcée fans interruption.
En verité M. de Racine n'auroit il
pas
plutôt fait de nous avouer qu'il s'eft prêté
18 LE MERCURE
té malgré lui à un agrement poftiche
qu'on lui a demandé pour faire varieté ?
cependant il devoit d'autant plus s'y refufer
, qu'il s'en faut beaucoup , qu'il
ne foit auffi grand- maître en Lyrique
qu'en Dramatique . On en peut juger par
ces quatre vers qu'il faut chanter par un
choeur au fon des inftrumens.
Que du Seigneur la voix fe faffe entendre ,
Et qu'à nos coeurs fon oracle Divin ,
Soit ce qu'à l'herbe tendre ,
Eft au printemps la fraîcheur du matin.
Quelle difference ne fent-on pas entre
ces quatre vers , & ceux de la prophetic
de Joad En voici la fin.
Leve Jerufalem , leve ta tête altiere ,
Regarde tous ces Rois de ta gloire étonnez ,
Les Rois des natións devant toy profternez ,
De tes pas baifent la pouffiere ,
Les peuples à l'envi marchent à ta lumiere.
Heureux qui pour Sion , d'une fainte ferveur ,
Sentira fon ame embrasée !
Cieux répandez vôtre roſée ,
Et que la terre enfante fon Sauveur.
Eft-il rien de plus beau & de plus
oncteux
D'OCTOBRE 1922. r
oneteux que toute cette prédiction . Elle'
eft divifée en deux parties , l'une terrible
, & l'autre confolante. Cet Acte
finit par des ordres que Joad donne pour
faire reconnoître le jeune Eliacin , pour
Joas Roy de Juda , & fils d'Okofias.
ACTE IV. Scene premiere.
Joas , Jofabet , Zacharie , Salomith.
Quoique cette Scene ne foit qu'une pre
paration aux fuivantes , elle ne laiffe pas
d'être des plus intereffantes. Il y a quelque
chofe d'augufte & d'impofant dans
l'ordre , avec lequel on porte , & on arrange
fur une table le livre de la Loy , le
bandeau Royal , & l'épée de David .
Cette ceremonie étrangere aux yeux
du jeune Joas , l'oblige à en demander
l'explication à Jofabet . La Princeffe ne
peut s'empêcher de laiffer échapper quelques
fanglots , & quelques larmes en
ellayant le bandeau Royal fur le front
de ce cher enfant ; il s'en apperçoit , &
s'imaginant qu'on va le facrifier au Seigneur
, il fe dévonë à l'Autel avec une
conftance heroïque.
Scene II.
Joad , Joas.
A l'approche de Joad tout le monde
fo
20 LE MERCURE
fe retire , hors le petit Eliacin qui court
l'embraffer, tout en pleurs, pour lui demander
ce qu'on exige de lui. Le grand
Prêtre lui apprend qu'il eft temps de
s'armer d'une foy nouvelle , & de payer
au Seigneur ce qu'il lui doit. Il lui demande
ce que c'eft que le devoir d'un
Roy , & quel Roy il choifiroit pour modelle
, s'il avoit à regner . Joas donne la
preference à David. Joad charmé d'un ſi
beau choix , & voulant lui infpirer une
jufte horreur pour les méchans Rois , lui
nomme d'un ton d'indignation l'infidele
Joram , l'impie Okofias , Joas lui répond
fur le même ton par ce vers ,
Puiffe petir comme eux quiconque leur
reffemble.
Comme le jeune Eliacin doit bien tôt
trouver un Ayeul dans Joran , & un pere
dans Okofias ; il me femble que le grand
Prêtre n'auroit pas mal fait d'adoucir les
épithetes , & fur tout de retrancher celle
d'impie, qui conviendroit beaucoup mieux
à Achab , & à une infinité d'autres Rois;
qu'à Okofias , qui n'ayant regné qu'une
année n'a pas pû donner dans de fi grands
excès d'impieté.
L'Ecriture dit veritablement qu'il marcha
fur les traces de la maiſon d'Achab ,
& qu'il fit mal devant le Seigneur , mais
cela
D'OCTOBRE 1722.. 21
cela ne conftituë qu'un infidele , & non
pas un impie à exciter une indignation ,
telle que Joad la fait éclater par ces trois
mots adreflez à Joas. O mon pere ! ce qui
fait voir que Joad s'étoit fur tout attaché
à lui rendre odieux le nom de Joran , &
celui d'Okofias .
Je comprends bien que l'un étant fon
ayeul , & l'autre fon pere , l'exemple étoit
d'autant plus dangereux pour lui , que les
perfonnes luy étoient plus cheres , & je
crois que c'eft - là ce qui a porté M. de
Racine à charger les épithetes ; mais Joad
auroit dû les adoucir au moment qu'il va
découvrir à Joas qu'il eft petit- fils de l'un
& fils de l'autre .
Cette petite obfervation n'empêche pas
que je ne trouve cette Scene très- belle, &
très-touchante. Je ne puis retenir mes larmes
quand je vois le Grand Prêtre profterné
aux pieds de fon nouveau Roy. La
furpriſe de cet enfant n'eft pas moins inrereffante
, & je ne connois rien de plus
frappant fur lá fcene que de pareilles fituations
.
Scene 111.
Joas , Joad , Azarias , Ifmael , & les
trois autres Chefs des Levites .
Joad fait connoître aux Chefs des Levites
le Roy qu'il leur avoit promis , dans
la
LE MERCURE ·
la perfonne du petit Joas , fils d'Okofias.
Il employe ici une epithete plus douce ;
voici comment il s'exprime.
Dernier né des enfans du trifte Okofias.
Peu s'en faut que ce vers ne me falle
repentir de tout ce que je viens de dire
fur l'épithete d'impie. Je rends juftice à
l'Auteur , quand il s'agit d'infpirer l'hor.
reur il fe fert du terme d'impie , & il employe
celui de trifte quand il veut exciter
la pitié.
Au refte le deffein que le Grand - Prêtre
forme ici me paroît grand ; mais je
ne fçais s'il eft bien raifonnable. Il fe
propofe d'aller attaquer Athalie jufques
fur fon Thrône : avec quelles troupes ?
Avec des Prêtres , des Levites , & des
enfans , comme il la dit dans les Actes
precedens. Il fe flatte qu'à la vûë du jeune
Roy , tous les coeurs fortiront du profond
affoupiffement où ils font plongez. Ce
font là de belles idées ; mais on peut dire
de cela ce que le même Auteur fait dire
à Mythridate dans une pareille occafion .
être approuvez ,
Et
pour
De femblables projets veulent être achevez.
11 eft vrai que le Grand-Prêtre des
Juifs eft beaucoup mieux fondé que le
Roy de Pont. Il met fa confiance dans le
Dicu
D'OCTOBRE 1722. 23
Dieu des armées , comme il le dit par ce
vers .
Dicu fur les ennemis répandra la terreur.
Au lieu que Methridate ne met fon
efperance que dans fon defefpoir. Quoiqu'il
en foit , ces écarts d'imagination
pour n'être pas tout - à fait raisonnables ,
ne laiffent pas d'avoir beaucoup d'éclats
Un peu de dérangement échauffe la Scene
; au lieu qu'une exactitude qui va juſ
qu'au fcrupule degenere en langueur.
Après le brillant étalage de ce grand
projet , Joad ordonne aux Chefs des Levites
de jurer fur le Saint Livre de la Loi,
qu'ils vivront , combattront & mourront
pour leur nouveau maître, fi l'occafion s'en
prefente. Ce premier ferment étant fait il
en exige un autre du jeune Roy , à qui il
fait auparavant une leçon digne d'être
gravée dans les coeurs de tous les Rois ;
la voici.
De l'abfolu pouvoir vous ignorez l'yvreſſe ,
Et des lâches flateurs la voix enchantereffe.
Bien-tôt ils vous diront que les plus Saintes
loix , •
Maîtreffes du vil peuple, obéiffent aux Rois,
Qu'un Roy n'a d'autre frein que fa volonté
même ,
Qu'il doit immoler tout à fa grandeur fuprême,
Qu'aux
24
LE MERCURE
Qu'aux larmes , au travail le peuple eft con
damné ,
Et d'un fceptre de fer veut être gouverné ,
Que s'il n'eft opprimé , tôt ou tard il opprime .
Anfi de piege en piege , & d'abîme en abîme ,
Corrompant de vos moeurs l'aimable pureté,
ils vous feront enfin haïr la verité ,
Vous peindront la vertu fous une affreufe image,
Helas ! ils ont des Rois égaré le plus, fage.
Après une fi fage leçon le Grand - Prêtre
exhorte Joas à jurer à fon tour fur le
Saint Livre , qu'il fera toûjours favorable
aux bons , & contraire aux méchans , &
qu'il prendra Dieu pour juge entre le
peuple , & le Roy . Joas fait fon ferment
en ces deux vers :
Je promets d'obferver ce que la loi m'ordonne,
Mon Dieu puniffez moi fi je vous abandonne.
-
Scene IV. V. & VI.
Dans les dernieres Scenes de ce quacriéme
Acte , il ne s'agit que de prefenter
Joas à Jofabet, à Zacharie , &c. l'Auteur
a mis un vers prophetique dans la
bouche de Joad , pendant que Joas embraffe
Zacharie.
Enfans, ainfi toujours puiffiez - vous être unis.
J'appelle
D'OCTOBRE 1722. 25
J'appelle ce vers prophetique , quoiqu'il
femble ne renfermer qu'un fimple
fouhait. On ne fçait que trop que Joas fit
peritZacharie, & c'eft là fans doute ce que
M. de Racine a voulu faire preffentir . Je
crois pourtant qu'il auroit beaucoup
mieux fait de s'en tenir au prefent , fans
aller chercher dans l'avenir de quoi faire
perdre l'intereft qu'on prend en Joas.
En effet , quoique le fujet de cette Tragedie
foit très -beau, il faut convenir qu'il
feroit bien plus heureux , & plus intereffant
, fi l'on pouvoit ignorer que Joas fe
rendit enfin indigne des graces du Seigneur
en abandonnant cette même loi ,
dont il vient de jurer l'obfervation.
Dans la cinquième Scene un Levite
vient répandre la terreur , en annonçant
à Joad que le Temple eft invefti de Tyriens
, & qu'Athalie a fait charger de
fers Abner , l'unique efperance du peuple
fidele. Cette nouvelle allarme Jofabet
, mais Joad condamne fa frayeur
tâche de ranimer fon courage , & donne
rous les ordres neceffaires pour la défenſe
du Temple & du Roy. Paffons au dernier
Acte...
par
ACTE V.
Cet Acte fait un grand plaifir , tant
l'évenement qui eft au gré des fpecta-
B teurs,
26 LE MERCURE
teurs , que par la pompe du fpectacle.
Cependant j'ole dire que c'eſt celui
qui donne le plus de prife à la critique,
Voyons fi j'ai raifon de le croire.
Scene 1.
Zacharie , Salomith , le Choeur,
Zacharie raconte à Salomith , & au
Choeur ce qui vient de fe paffer dans la
ceremonie du Couronnement , & du Sacre
de Joas. Il finit fa narration par le
peril , dont ce jeune Roy , tous fes nouveaux
fujets , & le Temple même font
menacez.
Scene II.
Abner , Joad , Jofabet.-
Abner apprend à Joad qu'Athalie ne
l'a tiré de la prifon où elle le retenoit ,
que pour lui annoncer qu'elle va forcer
& brûler le Temple , fi l'on ne remet ente
fes mains le jeune enfant qu'elle a
déja demandé , & un prétendu tréfor
que David cacha autrefois dans le Saint
lieu. Le Grand- Prêtrene lui répond qu'en
termes équivoques au fujet de ce tréſor
faifant allufion au jeune Roy,
Ce jeu de mots me paroît peu féant à
la Majefté d'un Souverain Sacrificateur ,
tel que Joad . Mais ce qui me furprend
le plus , c'eft que Jofabet faififfant le mo
ment
D'OCTOBRE 1722. 27
ment où Abner paroît s'attendrir au fujet
du fang de fes Rois , pour faire entendre
tout bas à Joad qu'il feroir temps
de lui découvrir le fort de Joas , le Grand-
Prêtre lui répond qu'il n'eft pas encore
temps . Voici les vers en queſtion .
Jofabet.
Pour le fang de fes Rois vous voyez la tens
dreffe ,
Que ne lui parlez - vous ?
Joad .
Il n'eft pas temps Princeffe .
que
On .ne comprend pas pourquoi Joad
remet à un autre temps une confidence
qui ne ferviroit qu'à mettre encore mieux
Abner dans les interefts de fon Roy. M.
de Racine en fçait mieux la raifon
perfonne. Par ce filence hors de faiſon , il
a menagé un coup de furpriſe pour les
fpectateurs , mais ces agrémens de Theatre
ne doivent jamais être préparez aux
dépens du vrai & du vrai-femblable.
En effet , fi Abner fur une fimple promeffe
que Joad lui fait de lui declarer la
naiffance de cet enfant en prefence d'Athalie
, & de le faire juge entre cette
Reine & lui , protefte qu'il le prend déja
fous fon appuy , & qu'on n'a plus rien à
craindre , que n'auroit -il pas fait , fi on
Bij lui
28 LE MERCURE
lui eût appris fans détour , que ce même
enfant eft Joas , fils d'Okofias ?
On voit bien par tout ce que fait Joad
qu'il veut fe fervir d'Abner pour amener
Athalie dans le piege , & j'avoue que
c'eft là ce qui me paroît de plus defectueux
, & de plus revoltant dans la piece.
Scene III..
A peine Abner eft -il forti pour aller
chercher Athalie , & l'introduire dans
le Temple avec l'efcorte qu'il jugera à
propos , comme il en eft convenu avec
Joad , que ce Grand- Prêtre s'applaudit
par avance du fuccès de fon projet , je
n'ofe dire de fa fupercherie. Voici comment
il s'explique dès le commencement
de la Scene .
Grand Dieu voici ton heure , on t'amene ta
proye .
Je ne m'arrête point fur ce qu'il dit à
l'oreille à Ifmael , quoique le vers , précedant
, & la fuite femblent nous faire
préfumer , qu'il lui donne des ordres fecrets
contre les jours d'Athalie . Il fe
peut faire auffi qu'il ne faut que prendre
des précautions contre l'infidelité de cette
Reine , en cas qu'elle voulut prendre une
efcorre plus nombreufe que celle dont
elle doit convenir avec Abner. Les autres
D'OCTOBRE 1722.
tres ordres qu'il donne me paroiffent un
peu precipitez ; en effet il dit aux enfans.
Vous , enfans, preparez un Thrône pour Joas.
Et pour preparer ce Trône il ne leur
donne que quelques minuttes , puifque
nous allons bien- tôt voir Joas fur un
Trône magnifiquement orné , & difpofé
avec beaucoup d'art .
Scene IV.
Cette Scene n'a rien de fingulier.
Scene V.
Athalie , Joad , Abner , &c.
Athalie éclaté d'abord en injures contre
Joad . Elle lui dit qu'elle devroit lui ôter
une vie dont elle eft maîtreffe , mais
qu'elle veut bien fe contenter de ce qu'on
fui a promis. Voici les paroles.
Mais du prix que l'on m'offre , il faut me cone
tenter ,
Ce que tu m'as promis fonge à l'executer .
Cet enfant , ce tréfor qu'il faut qu'on me re
mette , où font ils
Jufques-là Athalie paroît ne vouloir
faire aucune infraction au traité. Il eft
vrai
que voyant paroître fur le Trône
Joas qu'elle prend toûjours pour Elia-
B iij
cin ,
30
LE
MERCURE
cin , elle prend une réſolution violente
contre lui , & qu'elle dit à Joad .
Ta fourbe à cet enfant , traitre fera funefte ,
D'un fantôme odieux , foldats , délivrez moy .
Voilà la feule infidelité d'Athalie qui
puiffe juftifier Joad . J'avoue de bonnefoy
que je ne me paye pas de cette raifon
, & que cela ne doit pas authorifer le
Grand- Prêtre à ordonner à la fin qu'on
lui donne la mort hors du Temple. Pour
Abner il me paroît qu'il joue en tout
ceci un fort mauvais perfonnage. Athalie
n'eft pas la derniere à le penfer. Voici ent
quels termes elle marque fon indignation.
Lâche Abner , dans quel piege às- tu conduit
mes pas ?
Athalie reconnoît enfin Joas par l'endroit
, dit- elle , où elle le fit frapper , par
le port & le gefte d'Okofias . Je ne veux
pas approfondir ces indices qui me pa-
Loiffent un peu frivoles , fur tout le gefte.
Je ne blâme point les imprécations que
cette Reine furieufe vomit contre Joas ,
' elles font dans la nature ; mais je ne voudrois
pas que les fouhaits d'une fi méchante
fenime fuffent des prédictions , que
l'hiftoire
Sainte
ne juftifie que une La verité
me paroît
déplacée paroît
déplacée
dans
une
bouche
impie
, & d'ailleurs
cette
trifte
verité
D'OCTOBRE 1722 . 37
verité ôte une bonne partie de l'intereft
qu'on vient de prendre en ce jeune Roy.
Je pourrois ajoûter ici quelques remarques
fur la verfification ; mais ma differ
tation n'eft déja que trop longue ; &
d'ailleurs les bons vers font en fi grand
nombre dans cette Tragedie qu'ils font
difparoître les mediocres , & même les
défectueux. Pour ce qui eft des Choeurs ,
comme l'ufage en eft aboli , tout ce qu'on
en pourroit dire ne contiendroit qu'une
érudition infructueufe . Je fuis , & c.
LETTRE en vers écrite à M. ľ Abbé
*** par M... en luy envoyant un
Myrthe pour la fête de Mue fa foeur.
H
Ier qu'une humide foirée ,
Sembloit exciter au repos ,
Je fentis que le Dieu Morphée
Répandoit fur moi fes pavots,
A peine fa douceur fateule ,
Se fut emparé de mes ſens ,
Que des ris la bande joyeuſe ,
Me mena dans des lieux charmans ;
Là d'une naiffante -ver ure
L'on pouvoit goûter l'agrement
15
Biiij
De
32
LE MERCURE
De ces lieux la fimple nature ,
Faifoit le plus rare ornement.
Ravi d'une telle aventure,
Je m'amufois à regarder ,
Lorfqu'une Nymphe fans pagure ,
D'un pas leger vint m'aborder :
Pourquoy montrer tant de pareffe ,
Me dit cette Nymphe en couroux
Pendant qu'ici chacun s'empreffe ,
A former les jeux les plus doux ?
On celebre aujourd'huy la fête ,
D'une des filles de l'amour
>
Sus donc, que rien ne vous arrête ,
Preparez vous à ce beau jour ,
Avec elle auffi - tôt j'avance ,
Et nous arrivâmes en peu ,
Dans un Palais dont l'apparence ,
Me le fit croire à quelque Dieu
D'abord fur un Tiône d'yvoire ,
Je vis une jeune beauté ,
>-
Mille amours fervoient à fa gloire ,
Les uns avec activité ,
Montroient en luttant leur adreffe ,
Les autres prenans leurs ébats ,
Folatroient
D'OCTOBRE 1722 .
33
Folatroient avec gentilleffe ,
Et formoient d'amoureux combats.
Forcé de rendre mon hommage ,
De Myrthe on m'offrit un branchage
Que je portois avec ardeur ,
Mais que ma ſurpriſe fut grande ,
Quand prêt de donner mon offrande ,
Je connus vôtre aimable foeur.
Quelque demon pèu favorable ,
Vint interrompre mon fommeil ;.
Et de ce Palais agreable ,
Tout difparut à mon reveil.
En vain me dira- t'on qu'un fonge ',,
N'eft qu'une douce illufion,
J'ai remarqué que ce menfunge
Devoit me fervir de leçon.
De cet arbriffeau jeune & tendre ,
Dont l'amour fut toûjours content ,
J'ai fait emplette au même inftant ,
Je l'envoye fans plus attendre ;
Mais crainte d'un refus fâcheux ,
Je veux ufer de ftratageme ,
Et pour que fon fort foit heureux ,'
Daignez le prefenter vous même,
B V
CERE
34
LE MERCURE
kkkkkkkk
CEREMONIE faite au Temple à la
reception de M. des Fougerais dans
l'Ordre de Chrift.
Ms.
R des Fougerais- Garnier , né à
S. Malo avec toutes les difpofitions
qui ont acquis à fes compatriotes la
réputation d'être les meilleurs hommes
de Mer qu'il y ait , a reçû le dernier
Dimanche d'Aouft de la prefente année
une jufte & brillante récompenfe du merite
qui le diftingue , principalement dans
genre dont je viens de parler.
le
Le Roy de Portugal lui fit donner le
premier de fes Ordres , qui eft celui de
Chrift . Sa Majefté Portugaiſe a déferé
en cela avec beaucoup de fatisfaction à
la reconnoiffance que M. le Comte d'E
riceira , ci - devant Viceroi des Indes ,
conferve à l'égard de M. des Fougerais ,
& qu'il lui a témoigné par tous les traits
de liberalité , & d'attention , dont ce Seigneur
eft plus capable que perfonne . Ce
Capitaine, qui a 32. ans , a déja fait plus
d'une fois le tour du Monde , & qui
dans fes longs voyages a été plus occupé
d'acquerir des connoiffances , que des
ich fles , fe trouva à l'Ile Bourbon
dans
D'OCTOBRE 1722 . 35
dans le temps que M. le Comte d'Eri
ceira venoit d'y effuyer un traitement digne
de toute l'avidité de deux Forbans
qui fe trouverent affez fuperieurs pour lui
enlever fon vaiffeau . La difgrace de fon
Excellence fe trouva adoucie par les manieres
du Commandant de l'Ifle , & par
celle de M. des Fougerais , qui de là a
ramené M. le Viceroi , & toute fa fuite
en France.
La ceremonie de la reception du nouveau
Chevalier fe fit au Temple en prefence
d'une illuftre affemblée. Son Excellence
Don Louis d'Acunha , Ambaffa-"
deur de Portugal , & Commandeur de
l'Ordre de Chrift , faifoit au nom de Sa
Majefté Portugaiſe la fonction de Grand-
Maître , aidé de M. l'Envoyé de Portugal,
auffi Commandeur , & de M. l'Abbé
de Mendonça , Prélat nommé par le Roy
de Portugal pour cette reception ; tout le
paffa avec beaucoup de dignité , & d'agrément
pour M. des Fougerais , que M.
l'Ambaffadeur mena dîner à fon Hôtel
pour cimenter encore la confraternité .
27
A
B vj
A
36 LE MERCURE
A M. le Prefident Denis , fur la mors:
de fon épouse.
ODE.
ON voudroit mourir au moment
Qu'on perd une épouſe qu'on aime ,
En effet c'eft cruellement
Perdre la moitié de foy même ,
Chagrin mortel que j'ai fenti ,
Mais enfin je pris mon parti',
Ainfi que moi prenez le vôtre ,
La vraye & parfaite amitié
Veut que lorsqu'on perd la moitié ,
On travaille à conferver l'autre.
Ceffez de pouffer plus avant
L'ennuy cruel qui vous dévore ,
Tandis que vous ferez vivant ,
La moitié d'elle vit encore ;
Quand vous marcheriez fur fes pas
Dans les tenebres du trépas ,
Vôtre mal n'en feroit pas moindre &
La mort par fes funeftes coups
Rompt l'union de deux époux ,
D'OCTOBRE 172. 37
Et ne peut jamais les rejoindre .
9 Sçachez que les efprits des morts
Tombez dans les demeures fombres j
Ne font que fautômes fans corps ,
Sous les noms de mânes & d'ombres.-
Ces vains & chimeriques noms ,
Qu'à tout hazard nous leur donnons , ›
N'ayant d'eux qu'une idée obfcure ,
Marquent des êtres confondus ,.
Et des fortes d'individus ,
Sans lieu , fans fexe , & fans figure:-
Où peut-on ſe déterminer ,
Dans ce nombre innombrable d'ames
Qui n'ont rien pour les difcerner ,
Et qui ne font hommes ni femmes
Yous nouvel ombre devenu ,
Comme les autres inconnu ,
Même à vôtre épouſe fidelle ,
Vous irez la chercher , helas !
Et vous ne la trouverez pas ,
Quoique vous foyez avec elle.
Nos fens corporels font diffous ,
Dès que nôtre vie eft paffée ,
Le feul efprit refte de nous' ,
Τ
38
LE
MERCURE
Et l'efprit n'eft que la penfée.
Vôtre épouſe penſe toûjours ,
Et de vos fideles amours
1
Se fait une idée éternelle.
Penfez comme elle , ô trifte époux !
Et vous la trouverez en vous ,
Ainfi qu'ellevous trouve en elle.
LETTRE éerite de Foulouse le 15, Septembre
1722. fur une abstinence furprenante
, par M. C. A. Docteur en
Medecine.
J'
'Ai vû , Meffieurs , avec plaifir , dans
vôtre Mercure du mois d'Août der
nier , que les Medecins envoyez par l'ordre
de M. le Duc de Lorraine , pour
examiner les effets finguliers que produifoient
une maladie extraordinaire d'une
jeune fille du Diocefe de Toul , s'étoient
mocquez de la credulité du peuple,
qui vouloit déja , pour ainfi dire, beatifier
cette jeune fille. On ne fçauroit affez s'étudier
à expliquer naturellement tout ce
qui fe paffe en nous. En effet , Meffieurs,
la maladie de cette fille m'a paru d'autant
moins furnaturelle , que j'ai été le
témoin d'une maladie bien plus extraordiD'OCTOBRE
1722.
*39
naire, & dont il eft bon que tous les Mede.
cins du Royaume ayent connoiffance. Je
vais la rapporter en peu de mots.Il y avoit
àToulouſe unGentil homme de diftinction,
qui a été quatre ans entiers , fans manger
autre chofe que du fromage de Roquefort
, & en petite quantité , n'en ayant
jamais mangé une demie - livre dans un
jour. 11 eft certain qu'il ne prenoit point
d'autre nourriture ; & ce qu'il y a de
plus furprenant , & que j'aurois de la peine
à croire , fi je n'en avois été le témoin
, c'eft que cette perfonne a reſté
fix mois , fix jours fans boire abfolument
d'aucune forte de liqueur , & fans être
alterée. Pendant tout ce temps -là , non
feulement elle n'a point eu de fievre
m.is elle n'a point eu d'émotion dans le
poulx. Le malade n'a point parû étonné
d'un tel accident . Cependant le fromage
excite la foif , & l'homme dont il eft
queſtion , a été , & eft encore un des plus
grands buveurs du Royaume. Je n'ai
rien lû dans le curieux & fçavant traité,
de prodigiofis inediis , de fi extraordi
naire , & j'avouerai que dans quarante
années que j'ai pratiqué la Medecine en
plufieurs pars , je n'ai rien vû qui tint
plus du prodige , trouvant ce cas encore
plus furprenant que celui de la jeune fille
de Lorraine , & je finirai pour vous fur40
LE MERCURE
prendre encore davantage, en vous difant;.
que la perfonne en queſtion , dont j'avois
Phonneur d'être Medecin, eft aujourd'hui.
entierement guerie qu'elle mange &.
boit à merveilles , &c. fans avoir jamais
voulu faire de remede. Je fuis , & c.
,
ODE
ANACREONTIQUE.
Par M. de R *** à Mlle ***。
Ourquoi , trop aimable Silvie ,
Perdre le temps de vos beaux jours
Et laiffer couler vôtre vie ,
Sans vouloir fuivre les amours;
Ecoutez la vive jeuneffe ,
Qui vous dit d'un air de couroux ,
Ne rejettez point la tendreffe ,
Infenfible ,, que faites- vous ?
Les plaifirs , les ris , & les graces ;
Vous préparent de doux momens ,
Laiffez les voler fur vos traces ,
Et fe mêler à vos amans.
D'OCTOBRE. 1722
Que vois-je ? la Raifon fevere
Vient d'affujettir vôtre coeur ,
1
Devez-vous dans l'âge de plaire','
Connoitre un fi trifte vainqueur ?
LETTRE de M. Fufelier à Madame la
Comteffe de ... aufujetde la Comedie
du Nouveau monde.
V
Ous n'êtes point , Madame , de
ces Comteffes imaginaires , à qui
Meffieurs nos Critiques modernes , rendent
au fujet des ouvrages nouveaux un
compte de leurs décifions , que perfonne
ne leur demande , & qu'on ne fe donne
pas trop la peine de verifier après qu'il
eft rendu. Ainfi je ne vous ferai point
ici d'ennuyeufe differtation , que par
politeffe vous daigneriez lire aux dépens
de vôtre fommeil , ou ce qui feroit bien
pis , aux dépens de quelque partie de
quadrille. Vous me demandez , Mada
me , fi je fuis l'Auteur du nouveau Monde
, & vous me le demandez bien ferieuſement
, vous me marquez qu'un long
fejour à la campagne , ne vous permet
pas de voir cette Comedie , & de juger
exactement de l'opinion qui me l'attri
bue , avec un acharnement qu'on fe gat
72 MERCURE LE
de bien d'avoir jamais pour la verité. Cet
te prévention me fait peut- être honneur,
mais fûrement elle n'en fait pas aux fai .
feurs d'analifes , qui prétendent trouver
dans cette piece mes penfées & mon ftile
; fi on les y trouve , c'eſt fûrement un
autre que moi qui les y a mis . 11 eft cer
tain, Madame, que je n'ai aucune part directe
ni indirecte à la creation du Nonveau
Monde. Je ne dois point entrete
nir une erreur qui ôteroit de fon prix à
cette piece , fi je l'avois faite , il n'eſt
pas jufte que l'Auteur pâtiffe de l'amitié
qu'ont pour moi les efprits exacts ,
qui fe font chargez benignement de m'a-
Vertif de mes fautes prévenus que je
fuis proprietaire incommutable du Nonveau
Monde , ils m'accufent de m'êrre
repeté fadement , ils citent quelques vers
& quelques traits de Momus fabulifte ,
qu'ils prétendent retrouver dans la Comedie
nouvelle , ils foûtiennent que tout
le fiftême en eft tiré des Dialogues des
Dieux ; or s'il étoit vrai que je fuffe Auteur
du Nouveau Monde , je ferois inexcufable
de m'être pillé moi- même , &
d'avoir exercé les mêmes rapines dans
les Dialogues des Dieux , que j'ai prefque
tous vû faire à leur ingenieux Auteur
; mais les reffemblances prétendues
qu'on allegue , ne deshonoreroient pas
D'OCTOBRE 2722. 43
de même l'Auteur du nouveau Monde ;' .
il est fort poffible qu'il n'ait jamais lû
les Dialogues des Dieux , il eft encore
plus poffible qu'il n'ait jamais vû ni lû
Momus fabulifte ; ainfi l'Auteur du nou
veau Monde a , fans doute , par Les propres
limites faifi des idées , qui fe rencontrent
dans les Dialogues des Dieux , & dans les
momens où la jeuneffe fe fera laffée de
corriger; il aura laiffé échapper à fa plume
quelques mauvaiſes expreffions qui
m'appartiennent. Vous ne devineriez jamais
, Madame , fur quoi eft fondé le préjugé
qui m'approprie le nouveau Monde
. Sur ce que l'Auteur ne fe montre
pas , & que cet incognito reffemble , diton
, parfaitement au myftere de ma con
duite , lorfque j'ai rifqué Momus fabulifte
fur la Scene , comme fi le bal n'étoit
pas ouvert à tous les mafques , &
s'il étoit impoffible qu'un autre s'avisât
de ſe déguiſer dans mon goût. Je pour
rois bien détruire ce frivole argument ,
je le voulois , & démontrer évidemment,
que j'avois , quand on reprefenta Momus
fabulifte , des raiſons de ne me pas
nommer , très -folides & très -indépendantes
de l'agrément du myftere ; mais
cela réveilleroit des difcuffions poëtiques
, qui regardent un Auteur que j'eftime,
& qui n'a pas befoin d'être mê
慈
fi
44 LE MERCURE
lé dans les caquets du nouveau Monder
Au refte , qu'on ne, faffe aucun commentaire
fur le defaveu que je fais de cette
Comedie ; dès qu'elle n'eft pas de moi ,
dois-je par ma mauvaife foi ravir à l'Auteur
, & fon bien & fa gloire ? Quant à
fon bien , je ne crois pas lui avoir fait
tort , & le Caiffier de la Comedie peut
dépofer en ma faveur ; quant à fa gloire
, je lui renvoye deux ou trois mille
complimens , finceres ou affectez , loiiangeurs
ou ironiques qu'on a bien voulu
me faire fur fa piece . Si l'Auteur du
nouveau Monde n'a pas eu d'autre motif
en fe cachant , que d'apprendre au juſte
ce qu'on penfoit de lui , je ne doute pas
qu'il n'ait eu fatisfaction , & j'efpere que
Fencens qu'il a reçû des connoifleurs ,
F'engagera à fe démafquer , & à m'affranchir
d'un rôlle qui eft plus penible
qu'on ne penfe. Rien n'eft plus mortifiant
que de s'entendre feliciter fur un
ouvrage qu'on n'a pas fait ; fi l'Auteur
ne fait pas imprimer fa Comedie, & ne fe
nomme pas , je croirai qu'il n'a pas trouvé
fon compte à fe cacher , & que fa
mafcarade ne lui aura pas donné tout le
plaifir qu'il en attendoit. Jufques-là ,
Madame, je fufpendrai mon jugement ,
& je ne ferai point de l'avis de quelques
frondeurs , qui affirment que la Come!
<
D'OCTOBRE 1722. 45
die du nouveau Monde , ne doit fon
fuccès qu'aux feules graces du jeune Acteur
qui joue le rôlle de l'Amour ; n'en
déplaife aux Critiques , quels que foient
les talens d'un Comedien , il ne peut ja
mais faire réüffir une piece également
vitieufe par le fonds & par la forme. Je
ne m'étendrai pas davantage fur ce fujet
ce font les affaires de l'Auteur du
nouveau Monde , & non pas les miennes
. Je finis , Madame ; mais je penſe
devoir vous mander la faillie d'un Cavalier
, qui m'a paru affez plaifante , quoi
qu'injufte dans fon application. J'étois
dans un lieu où ce Cavalier , qui me connoiffait
, & qui croyoit fermement dans
fon petit interieur , que j'étois l'artifan
du nouveau Monde , feignoit traîtreuſement
de croire fur ma parole que je n'en
étois pas l'Auteur, pour le donner le droit
de me bien turlupiner , fans que j'euffe
celui de m'en plaindre . Dans le moment
que le malin perfonnage affectoit de me
lcüer aux dépens de l'Auteur du nouveau
Monde , s'imaginant que je faifois
les frais de fa plaifanterie , il arriva une
Dame qui ne me connoiffoit pas ; elle
s'expliqua cordialement fur la Comedie
en question , &. fa cordialité fit un duo
de Critique avec la duplicité du Cavalier
, qui étoit bien content de lui , & fe
46 LE MERCURE
1
1
figuroit que Nature poëtique pâtiffoit furieufement
chez moi. Ah ! Monfieur , s'écria
la Dame , en finiffant le duo , ren
dez- moi raifon du fuccès de cette capilotade
de Metaphyfique manquée , pour
quoi va-t- on voir cela ? Ah ! Madame ,
lui répondit auffi tôt le Cavalier , en chantant
ce vers de Phaeton.
C'eft à l'Amour qu'il s'en faut prendre.
Auriez - vous jamais crû , Madame
qu'un vers de Quinaut pût devenir épigramme?
Je fuis , & c.
Les Vers qui fuivent font imitez de la
10. Ode du 1. Livre d'Horace , Tu ne
quafieris fcire nefas , &c. par M. Conti
de Clugny , qui les a faits pour détourner
un ami de fon application outrée à
l'étude de l' Aftrologie , & de la Chiromancie.
De nos jours , cher ami , les Dieux fixent le
nombre ,
Nul mortel ne peut voir dans ce myftere fom
bre ,
Ceffe donc de courir aux Aftrologues vains ,
Leur fcience ne peut qu'égarer les humains
Laiffe de l'avenir la recherche inutile ;
Qu'aux decrets éternels ton efprit foit do
cile ,
OCTOBRE 1722. 47
retranche de nos
Jupiter , quand il veut
jours ,
Jupiter , quand il veut , en prolonge le cours
C'eft en vain qu'on s'oppoſe à fon ordre im
muable ,
L'effort eft temeraire , & l'on fe rend coupa
ble :
Jouiffons du prefent , le temps eft précieux ,
Chaque inftant qui nous fuit , peut pous fers
mer les yeux.
TRADUCTION de la Réponse du Grand
Maître de Malthe & de fon venerable
Confeil , au Commandant de la
Flotte Othomane.
TRES EXCELLENT SEIGNEUR ,
La lettre que Vôtre Excellence nous a
fait rendre en datte du 28. Juin dernier,
a été lûë devant nôtre venerable Confeil
. Nous y avons admiré le zele du
Grand Seigneur , vôtre très - puiffant Monarque
, & nous avons loué le pieux deffein
qu'il a eu en envoyant V. Exc. dans
ces Mers , pour demander la reftitution
de tous les Efclaves Turcs qui font dans
cette Ifle & autres lieux de nôtre dépen
dance,
宮
LE
MERCURE
:
Votre Excellence fçaura , fans doute ,
que les loix de notre Inftitut , ne nous
engagent pas à faire des Efclaves , mais
à aflurer avec toutes nos forces maritimes
la navigation & le commerce des Chrétiens
; & s'il arrive qu'en faifant nos
courſes , nous rencontrions quelques Cor
faires , nous les faifons Efclaves , comme
ayant été pris felon les loix militaires &
comme le nombre des Pirates eſt infiniment
plus grand que celui des Chrétiens ,
qui font un commerce legitime , on ne
doit pas être furpris que nous ayons auffi
un très- grand nombre de ces Efclaves.
& qu'il ne furpaffe de beaucoup celui
des Chrétiens , qui peuvent être en vos
mains , & que nous fouhaiterions de tout
nôtre coeur de pouvoir racheter.
Nous vous affurons que la propofition
que vous avez faite de la part du Grand
Seigneur votre Maître , nous eft tout- àfait
agreable , & qu'elle excite en nous le
defir d'arriver à une même fin par rapport
aux Efclaves Chrétiens : mais comme
cette grande oeuvre de charité ne fe
peut faire fur le champ , & que la pratique
n'en eft poffible , qu'en fuivant les
moyens ordinaires reçûs parmi les Prin
ces de notre Communion , nous vous propofons
le rachat ou l'échange des uns &
des autres , comme étant la voye la plus
ufitée
LOCTOBRE 1722 . 49
ufitée & la plus commode.
Nous attendons avec impatience la réponſe
de Sa Hauteffe , & nous nous réjaüiffons
avec V. Exc. du choix qu'elle
a fait de vôtre Perfonne pour l'execution
d'un fi loüable Projet , pourvû qu'il foit
conduit à fa fin d'une maniere convenable.
Dieu vous ait en fa fainte garde.
Donné dans nôtre Couvent de Malte , le
2. Août 1722.
Bouts rimez.
Si d'un fage fameux on en croit le proverbe
Le pecheur qui s'abufe eft plus fot qu'un oifon .
Enyvré du plaifir il en prend à foifon ,
Qui paffent malgré lui comme la fleur de l'herbe,
Les belles paffions que nous vante Malherbe,
Entre le Ciel & lui mettent une cloison.
Du meilleur antidote il fe fait un poifon,
Et fur tous les devoirs prend le nom
Four
l'adverbe ;
Il ne penfe jamais qu'il faut trouffer fon - Sac,
Pour paffer fans retour l'inévitable.
1
bac.
Soit qu'il porte le fceptre ou meine la ckarrue,
Il paffe fes beaux jours comme fait le
Et les ayant paffez de bévûë en
grilon,
tévkë,
ILéprouve à la fin le fort du patillon.
C
So LE MERCURE
Voici la harangue faite au ' Cardinal du
Bois par l'Evêque de Soiffons , an
nom de l' Academie Françoife , que nous
ne pûmes pas donner le mois dernier.
MONSEIGNEUR ,
L'Academie Françoife vient vous préfenter
avec fes profonds hommages , les
voeux qu'elle fait pour votre Eminence,
& les efperances qu'elle fonde fur vôtre
élection. Formée fous les aufpices d'un
Cardinal premier Miniftre , elle en voit
avec plaifir reparoître l'image , & elle fe
flatte de voir bien- tôt dans la même dignité
les mêmes prodiges.
Si d'heureuſes alliances ménagées avec
habileté , la Religion protegée hautement
, la paix au dehors & au dedans
confervée au milieu des temps les plus difficiles
,, ont été jufques ici les fruits de
Yos confeils ; quels feront deformais
les fruits de vôtre miniftere. Puiffe vô-
> tre gloire , Monſeigneur croître de
jour en jour à proportion de vôtre pouvoir
Puiffions- nous trouver fans ceffe
dans vos entreprifes matiere à de nouveaux
éloges , & partager avec vôtre
Eminence l'immortalité que nous ambitionnons.
Heureux les hommes de Leg
D'OCTOBRE 1722. SE
tres , de trouver de grands Miniftres , dignes
de leurs éloges heureux eux- mêmes
Les grands Miniftres , de trouver dans les
éloges des hommes de Lettres,la gloire durable
qu'ils s'acquiérent par le bonheur du
peuple à ce titre. L'Academie fut digne
autrefois de la protection de l'illuftre Cardinal
, qu'elle ne fe laffe point de loüer :
Elle fe fatte de meriter encore vos bon
tez , Monſeigneur , de trouver en vous
un fecond Richelieu , & dans les grandes
actions , & dans les bienfaits , & d'être
engagée par admiration & par reconnoiffance
, à joindre vôtre nom à ce nom
qui lui eft fi cher.
L'Amour Laboureur , imité du Gree
de Mofchus.
L
És jeux ont un droit de nous plaire ,
Ils fuivent les tendres Amours ,
Ils charment le Dieu de Cithere ,
Quel bonheur s'il jouoit toûjours !
Un jour cet enfant plein de charmes ,
Exerça l'art de Laboureur ,
11itta fon flambeau , fes armes ,
Prompts miniftres de fa fureur.
Cij
LE MERCURE
11 accouple des boeufs paisibles ,
Armé de preffants aiguillons ,
Sous leurs efforts lents & pénibles ,
Se forment de nombreux fillons.
Il prend dans fon carquois aimable,
Les trefors dorez de Cerès ,
Sa main hardie & favorable
En feme auffi-tôt les guerets.
O toi ! maître abfolu du monde ,
Dit- il , en regardant les cieux ,
Répands une baleine feconde ,
Pour nourrir ce grain prétieux.
Ou devenu taureau toi même ,
A quelque Europe obéïffant :
Tu verras fous ma loi fuprême ,
Si mon joug eft encor pefant.
D'OCTOBRE 1922 . $3
•
REPONSE à la fuite des remarques
critiques fur les memoires hiftoriques.
de la Province de Champagne , inferée
dans le Mercure de Juin 1722. par
M. Baugier , Auteur de ces memoires .
D
>
Ans ma réponse à la premiere partie
de la critique en queſtion , réponſe
qui eft dans le Mercure de Juillet
1722. j'ay dit que je ne feroisè l'avenir
ni réponſe , ni replique , fi ce n'eft dans
le Supplement que je me difpofe de donner
au public ; mais j'ay réflechi que
fi la modeftie du critique l'engageoit de
cacher au public fon nom & fes qualitez
qui ne le font point à mon égard , l'intereft
de la verité demandoit de moy de
faire connoître les mépriſes . Je vais donc
le fuivre dans cette feconde partie de fa
critique.
Ce qu'il dit d'abord des Comtes &
'des Prélats ne donne aucune atteinte à ce.
que j'ay avancé , puifque j'ay établi la
preuve de la propofition , lorfque j'ay
dit tome 1. pag. 41. que les Prélats contribuerent
au grand évenement que je
rapporte , & page 45. j'ay dir qu'on lifoit
dans les Capitulaires de Charlemagne
qu'Ebon , Archevêque de Rheims fut
C iij
54
LE MERCURE
employé environ l'an 820. en qualité de
Miffus Dominicus pour reprimer les abus
des Comtes.
Le critique demande la preuve que
Louis le Debonnaire retrancha le luxe
des Ecclefiaftiques , & obligea les Prélats
qui étoient à la Cour de fe retirer dans
leurs Diocéfes , &c. il trouvera cette
preuve dans l'hiftoire de France , par Du
pleix , tome 1. page 425. Meferay après
plufieurs autres Hiftoriens dit la même
chofe dans la vie de ce Monarque fur
l'an 817.
Il ajoûte que j'avance fans bonne preuve
, page 69. que le Roy Raoul mourut
mangé de vermine ; il peut lire pour en
être convaincu l'abregé methodique de
l'hiftoire de France , compofée par ordre
du feu Roy Louis XIV . pour Monfeigneur
le Dauphin , par M. l'Abbé de
Brianville , qui, page 118. dit que Raoul
mourut à Auxerre rongé de vermine le
15. Janvier 936. Dupleix , tome 1. page
568. dir que Raoult mourut de la maladie
des poux , ce que nous appellons en
Medecine pedicularis morbus ou phihiriafis.
Il dit encore que j'ay mis entre les
Ducs de Champagne Grimoald , & qu'il
ne voit pas auffi pourq oi j'ay mis Ama-
1on entre ces Ducs. Il ne doit pas igno'
D'OCTOBRE 1722.
rer que lorfque Drogon mourut au printemps
de l'année 708. il n'avoit point de
fils en état de lui fucceder au Duché de
Champagne qui étoit trop confiderable
pour le laiffer paffer dans une autre maifon
. On lit dans l'hiftoire qu'après la
mort deDragon Papin,fon pere, établit fon
autre fils dans les Charges de Dragon ;
on peut donc avancer que Pepin fit fucceder
à ce Duché Grimoald , & que Gri
`moald étant mort fans enfans , fon neveu
Theodoaldui fucceda.
A l'égard d'Amalon je fuis furpris que
nôtre critique ait pû douter qu'il ait
été Duc de Champagne. Il n'a pas lû
apparemment Gregoire de Tours , Fauchet
, copiez par Morery , qui tous lui
donnent cette qualité , & raportent ainfi
que Dupleix , tome 1. page 185. la mort
de ce Duc de Champagne , telle que je
l'ay écrite , tome 1. page 28.
apparemment
Mon adverfaire avance que le Concile
d'Ingelhim commença le 7. & non le
premier Juin de l'an 948. comme je l'ay
dit page 88. il n'a pas lû
l'hiftoire de France , par le Pere Daniel ,
eftimée des veritables fçavans . Je l'invite
de la lire , & il y verra que ce Concile fe
tint le premier , & non le 7. Juin .
Il dit qu'il paroît très-faux , terme favori
du critique , à ceux qui ont eu com-
C iiij
56 LE MERCURE
munication des archives de S. Martin de
Tours , que Thibault le Tricheur ait eu
Gerbon pour pere , il devoit donc datter
& expliquer la teneur de ces titres , il y a
apparence qu'il ne les a pas vûs ; quoiqu'il
en foit , j'ay parlé fur ce fait après
M. Pithou dans fa Genealogie des Comtes
de Champagne. La critique ajoûte
que ce que j'ay dit des meurtres , & des
trahifons de Thibault n'eft pas mieux fondé
, parce que Dadou , & Guillaume
de
Jumieges
ne l'ont pas dit ; mais il fera
convaincu
de la verité des faits que j'ay
avancé , s'il veut bien lire l'hiftoire
de
Chartres
, intitulée
Parthenie
, par Novillard
, imprimée
en 1609. Il y verra
que Glaber
Rodulpha
, hiftorien
fort
proche
du temps de Thibaud
, dit que
» ce Comte étoit un fourbe , un traître ,
» & un trompeur
, qui avoit querelle
avec
» tout le monde, & furprenoit
un chacun ,
» & qui le nomme
Tribaldus
Tricator
»& Tribaldus
fallax. Traître & trompeur
, noms dignes de fes trahifons
&
de fes tromperies
, & il ajoûte que Glaber
rapporte
un trait de fa trahifon
& de
fon infigne
perfidie
, & décrit le meurtre
& affaffinat
execrable
commis
par
Thibaut , tel que je l'ay rapporté , p. 102 .
La critique demande qui eft le Foulques
qui époufa la foeur de Thibaut, dong
D'OCTOBRE 1722 . 57
je parle , tome 1. page 101. & il ajoûte
que tout ce que je dis de cette Comteffe
fent bien la fable. Je l'invite là deffus de
confulter l'hiſtoire de France par Meleray
; il y lira tome 2. de l'abbregé , page
295. qu'Alain Duc de Bretagne laiflà un
fils legitime encore au berceau , nommé
Dragon , qu'il declara fon heritier ; que
Thibaut , grand- pere maternel de cet
enfant en eût la tutelle , & fa mere la
garde de fa perfonne ; que cette Comteffe
s'étant remariée à Foulques , Comte
d'Anjou , ce Foulques , & non pas Thibaut
, fit mourir cet innocent , lui ayant
fait verfer de l'eau bouillante fur la tête.
Le critique prétend que ce que j'ay diť
de la fourberie de Chartres , page 101.
ne s'accorde pas avec la vie de Thibaut
le Tricheur , & c. Il devoit donc citer
l'Auteur de cette vie , & cotter l'endroit
de cette hiftoire ; mais fans attendre cette
preuve , je fuis perfuadé qu'il changera
de fentiment , s'il prend la peine de confulter
l'hiftoire de Chartres que j'ay citée ;
il y lira page 199. que quelques-uns prétendent
qu'Haftaing a été le premier
Comte Souverain de Chartres ; mais qu'il
n'en fut jamais Comte , & que ce ne fut
qu'un torrent qui ne fit que paffer ; que
l'Evêque en demeura toûjours Prince &
Seigneur temporel , jufques à ce que Thi
·
C V
58 LE MERCURE
baut le Tricheur s'en empara , fans neaninoins
que l'Evêque ait ceffé d'avoir le
titre de Prince & Comte de Chartres ,
ainfi que Thibaut , & fes fucceffeurs
qui joüiffoient feulement des droits de la
juftice , de la milice , & de quelques
droits cafuels.
Nôtre adverfaire donne à Haftaing le
titre de fameux , qui ne peut être entendu
dans le fens du critique qu'en bonne
part , je l'honore trop pour le contredire
en cette occafion , parce que quelques
biftoriens ont donné à Haftaing le titre
de Prince de Normandie , mais il me
permettra de lui dire que Glabert Rodulphus
, Rouillard , & autres hiftorien's
affurent qu'Haftaing , fameux felon lui,
étoit né de pauvres parens , d'un petic
village nommé Trancault, qu'il s'adonna
d'abord aux vols & brigandages , & fe
joignit enfuite à des goujats Normands
dont il devint Capitaine. Le critique
ajoûte que Thibaut ayant été défait , comme
je le dis , page 103. il ne fe fauva pas
à Evreux , mais droit à Chartres , fans
paffer par Evreux ; il lira au contraire
dans l'hiftoire de Chartres que j'ay citée
que Thibaut perdit la bataille , & s'enfuit
à Evreux. Il y lira auffi , page 407-
que 1 fils de Thibaut fut paffé au fil de
l'épée dans une fortie qu'il fit pendant le
D'OCTOBRE 1722 .
59
fiege de Chartres , ce qui détruit la critique
fur la mort de ce fils.
Il foutient que page 102. je prends la
riviere d'Epte pour la riviere de Dieppe
mais fans lui contefter fon fçavoir dans la
Geographie , il me permettra de lui demander
où il a trouvé une riviere , dite
de Dieppe. Cette Ville eft à l'embouchu
re de la petite riviere de Betane ou d'Arex
dans la Manche qui n'a qu'environ
7. lieues de longeur. On ne voit point
dans la carte de France cette riviere de
Dieppe ; mais bien la riviere Depte , qui
a fa fource dans la Normandie au pays
de Bray , & fe rend dans la Seine un
peu au deffus de Vernon . C'eft fur cette
riviere d'Epte , ainfi que ledit Meferay
après d'autres Auteurs , que s'eft paflé
l'évenement que je rapporte.
Le critique ajoûte que je ne devois pas
donner fans preuve , page 104. & 105.
les mauvaiſes qualitez de Thibaut à Eudes
ou Odon fon fils. Il trouvera cette
preuve dans l'hiftoire de Chartres , page
208. & fuivantes , cù l'Auteur lui donne
ces mauvaiſes qualitez avec la preuve ; if
affure de plus que Mahaut que je donne
pour premiere femme à Eudes , ou Odon
étoit fille , & non four , comme le critique
de Richard , Duc de Normandie .
Il prétend que ce que j'ay dit de Cou-
C vj
60 LE MERCURE
ci , page 105. ne regarde point Odon
fils de Thibaut ; mais il fe trompe , puifqu'on
lit dans M. Pithon , & autres
qu'Olderic , Archevêque de Rheims octroya
Couci à cet Odon pour contenter
fon avarice , & c.
Il remarque de plus qu'il y a une Charte
dans le 4. tome de Gallia Chriftiana ,
qui prouve qu'Eftienne , Comte de Troyes ,
n'eft pas mort avant l'an 1019. je ne vois
pas la raifon de cette obfervation , puifque
page 100. je remarque le temps de fa
mort en la même année 1019. Ilavance
encore qu'Odon , Comte de Champagne ,
eft mort le 15. Novembre 1037. Pithon
que j'ay fuivi , page 1. dit qu'il fut
renverfe mort le 17. Decembre 1037. Pour
un mois de difference , ce n'étoit pas la
peine d'attaquer l'autorité de M. Pithou.
Je n'ay pas dit qu'Eudes foit venu attaquer
Montrichard , comme le fuppoſe
le critique ; mais j'ay marqué fa défaite ,
page 106. telle que Dupleix , tome 2. page
32. & plufieurs autres hiftoriens l'ont
raportée.
Il demande où j'ay trouvé , comme je
l'ay dit , page 112. un troifiéme fils à Eudes
ou Odon , furnommé Hugues , à
qui le Roy Robert donna le Monaftere
de Marmoutier. Il le trouvera dans M.'
Pithou , qui cite pour preuve l'hiſtoire
D'OCTOBRE 1722 )
du Monaitere de Marmoutier. Ce critique
demande encore où j'ay trouvé ce
que j'ay dit , page 119. que Thibaut ne
pouvant obtenir du Roy de lui faire rendre
fon Comté de Champagne , il fe rendit
auprès de l'Empereur , & c. cette quel
tion eft captieufe . Comment le critique
a - t'il lû en cet endroit après le mot de
Comté , celui de Champagne qu'il a trouvé
bon d'ajoûter ? Il devoit plutôt dire
Comté de Touraine , dont il s'agiffoie ,
& qui n'étoit pas alors Duché en effet
j'ay dit que Thibaut ayant été fait prifonnier
il ne pût être délivré , qu'en aban
donnant au vainqueur la Touraine , & les
pays circonvoisins ; j'ay ajoûté que ce
Comte s'en plaignit fouvent au Roy , &
qu'il le preffa de lui faire rendre ce Comté,
ce qui ne peut être entendu que de la
Touraine , dont Thibaut demandoit la
reftitution , & non de la Champagne qu'il
poffedoit paisiblement . J'ay ajoûté que ce
Comte fe rendit auprès de l'Empereur ,
&c. Le critique trouvera la preuve de ces
faits dans Meferay , tome 2. page 448. &
dans Dupleix , tome 2. page 43 .
Je ne vois pas pourquoi le critique remarque
ce que le Pere Mabillon à écrit
de Saint Thibaut , mort en 1066. & de
Thibaut , Comte de Champagne , mort
l'an 1090. puiſque, page 122. je cite le
LE MERCURE
même Pere Mabillon , & je marque la
mort de ces Princes dans les années . Il
eft vrai qu'on lit page 125. qu'Henry fut
Archevêque de Vincheſter. Ce qui eſt
une faute de copifte , car je n'ignore pas
que Vinchefter eft un Evêché fuffragant
de l'Archevêché de Cantorbery ; mais
je ne conviens pas que ce Prélat mourut
en Angleterre , je foutiens au contraire
après M. Pithou , & d'autres Auteurs
qu'il mourut aveugle en 1172. dans l'Abbaye
de Cluny , dont il étoit Moine , &
où il s'étoit retiré après la mort d'Eftienne
, Roy d'Angleterre , fon frere , &
après avoir quitté fon Evêché environ l'an
1156. On ne trouve pas que depuis ce
temps- là il foit retourné , & mort en
Angleterre ,comme le veut nôtre critique.
Je n'ay pas dit , comme il le prétend ,
que le Roy Louis VII . vint à la Couronne
en 1136. Il eft vrai qu'en marge de
la page 139. il y a deux fois 1136. il eft
aife de juger d'abord que c'eft une faute
de l'Imprimeur qui a mis une feconde fois
1136. au lieu de 1137. A l'égard de l'incendie
de Vitry je l'ay mis après le Pere
Daniel en 1144. Meferay le met en 1143-
Le critique prétend encore que j'avance
d'un an l'affemblée de Vefelay
pour la croifade , & que Thibaut n'y
parut pas , c'eft pourtant le fentiment du
Pere Mainbourg.
D'OCTOBRE 1722. 63.
Je nie au critique d'avoir donné la
qualité de Grand Senéchal de France à
Henry , je l'ay donnée page 144. à Thibaut
le Bon , Comte de Chartres , frere
d'Henry , lequel Thibaut mourut felon
M. Pithou , comme je l'ay dit page 145
environ l'an 1201. au fiege d'Aere , autrefois
Ptolomaide. Mainbourg met le
commencement de ce fiege au r. Juin
1191. ce qui détruit la notte du critique
qui met le temps de fa mort en 1190. un
an avant le commencement de ce fiege ,
pendant lequel il mourut . Il dit auffi que
Marie de France ne mourut que l'année
qui fuivit la mort de fon fils. Je n'ay rien
avancé de contraire , puifque page 163 .
j'ay mis le decès d'Henry en 1197. & page
393. dans le chapitre des additions , &
des corrections , j'ay dit que Marie de
France , fa mere ,mourut de regret d'avoir
perdu fon fils aîné le 11. Mars 1198.
D
Il eft vrai que page 163. on a mis
Amaury pour Hugues ; mais je ne vois
pas pourquoi le critique obferve qu'Ifabelle
, veuve d'Henry , Comte de Cham
pagne époufa Amaury.
Il affure que s'il eft vrai , comme je l'ay
dit page 177. que Thibaut fit graver fes
chanfons fur le bronze , cela réjouira le
public , &c. Je fuis ravi d'avoir occafion
de le réjouir avec le public , en lui don
64
LE MERCURE
par
nant la preuve de ce fait , qu'il trouvera
dans l'hiftoire de la Minorité de S. Louis
Varillas , imprimée en 1697. Il y
lira que Thibaut fit graver ſes chanſons
fur le bronze , qu'on les mit en mufique ,
& le refte , comme je l'ay raporté. J'ay
vû la même chofe dans un manufcrit de
la Bibliotheque du Roy.
Le départ de Thibaut pour la croifade
eft comme je l'ay dit page 200. & 1238.
le Pere Daniel le dit de même , & non
en 1239. comme le veut le critique qui
ajoûte qu'Agnès de Beaujeu , feconde
femme de Thibaut IV. dont je parle page
203. mourut vers l'an 1231 , & que le
Royaume de Navarre vint à Thibaut en
1234. je n'ay rien avancé de contraire ;
mais j'ay dit après les hiftoriens Navarois
que cette Princeffe fut enterrée à
Pampelune , où apparemment fon corps
fut tranfporté , & non à Clervaux , où je
n'ay pas vû fon tombeau . On y voit celui
de Marguerite , Reine de Navarre , qui
eft proche le Grand Autel . Le critique
remarque que Marguerite de Bourbon ,
dont je parle page 204. eût 36000. liv.
en mariage , & non pas 360000. liv . il
eft aisé de voir que c'eſt une erreur du
copiſte qui a paffé dans l'impreffion .
Il dit que page 290. du 1. tome de
mes memoires , il faut mettre fept cens
D'OCTOBRE 1722. 69
mille hommes , au lieu de cent mille
ames. J'ay fuivi en cela M. Fleury , qui
dans fon Hiftoire Ecclefiaftique , tome
17. page 217. a mis cent mille ames ,
comment nôtre critique a- t'il pû croire
que fept cens mille hommes foient venus
pour voir l'execution dont il s'agiffoit ,
de quel endroit veut- il qu'ils foient ve
nus ? quelle étenduë de terrain auroit- il
fallu pour le contenir ? & c.
Ce que j'ay dit page 232. ne doit point
s'entendre du Comté de Chaalons ; inais
du Comté de Beauvais , comme je l'ay
dit p . 232. fur la foy d'un manufcrit que
j'ay combattu en même p. 233. comme
contraire à la verité de l'Hiftoire, en ce
qui regardoit le Comté de Chaalons.
Le critique ne convient pas du temps
de la fondation de l'Abbaye de Pruilly ,
dont je parle page 370. M. l'Abbé Bau
dran dans fon Dictionnaire hiftorique dit
qu'elle a precedé la fondation desAbbayes
de Clervaux & de Morimont , que la
Communauté de l'Abbaye de Citeaux ,
fondée en 1998. achepta la terre , &
commença cette fondation , & que Thibaut
, Comte de Champagne l'acheva.
Le critique prétend au contraire que
cette Abbaye a été fondée en 1118. contre
ce que j'ay raporté , & contre le fentiment
des Hiftoriens que j'ay citez , & fans
33 LE MERCURE
avoir égard aux difficultez qui naiſſent
de cette époque. Je conviens de bonne
foy que j'en ai trouvé de grandes pour
établir la filiation des Comtes de Champagne
, & qu'il eft mal- aifé d'accorder
les Chartes des fondations par ces Contes
, avec ce qui eft écrit de ces Princes.
par les differens hiftoriens.
la
Le Comte Etienne dont j'ai parlé page
123. ne portoit pas le nom d'Henri ,furnommé
Eftienne , comme on le lit page
123. mais feulement le nom d'Etienne ,
comme je l'ai remarqué . Dans le Chapitre
des corrections , page 392. ce Comte
Etienne eut quatre fils & une fille
nommée Alix , dont je parle page 125. Le
Critique qui en demande la preuve ,
rouvera dans la Table genealogique des
Comtes de Champagne par M. Pithou :`
mais il n'y trouvera pas qu'il ait eu plufieurs
filles , comme il l'avance fans preuve.
Pithou ajoûte que cette Alix époufa
Guillaume de Boulogne , frere de Godefroi
, & pere de Thierry , Duc de Lor
raine. Le Critique foûtient , fur le témoignage
de Chantereau le Fevre , qu'il
faut retrancher ce fait comme fabuleux,
& il ajoûte , qu'il eft honteux de renouveller
ces contes ; je fçai bien , nonobftant
la preuve que je viens de donner
de l'origine de l'augufte Maifon de LorD'OCTOBRE
1722. 69
faine , confirmée par un grand nombre
d'Hiftoriens , que ce fait eft contefté , &
qu'il y en a qui foûtiennent , que quelque
illuftre qu'ait été la Maifon de Boulogne
, celle d'Alface ne lui cede ni en
alliances , ni en ancienneté , & prétendent
prouver que la Maifon d'Alface eft
la fouche de la Maifon de Lorraine.
Nôtre Critique foûtient enfin , contre
ce que j'ai dit , page 368. que Provins ne
fe trouve point dans Cefar ; je referve
de répondre à fa Critique fur ce fujet
& fur quelques autres dans mon Supplément
, d'autant mieux que cette replique
n'eſt déja que trop étenduë ; j'obſerverai
feulement que ce que le Critique avance
contre le Pere Martenne , fçavant Bene
dictin , Auteur du Voyage Litteraire
que j'ai fuivi , eft de legere confequence
, & ne meritoit pas d'être imprimé .
Le Papier, les Billets & le Heriffon
font les vrais mots des Enigmes du Mercure
de Septembre. On doit expliquer par
la Gruë celle qui eft dans le Supplément
du même mois , contenant la Relation du
Siege de Montreuil.
68 LE MERCURE
KKKKKKKKK ¥¥¥¥¥¥¥¥¥
PREMIERE ENIGME.
IL n'eftpoint d'oifeau dans le monde ,
Auffi bien emplumé que moi ,
Je fuis toujours dans une paix profonde ,
Et ne puis voler haut d'un demi- pied de Roi .
J
SECONDE ENIGME.
E ne parle fouvent que par monofillabes ,
On m'accufe pourtant chez mainte nation ,
De manquer de difcretion :
Hollandois , Allemans , François , Lappons' ;
Arabes ,
M'entendent tous également ;
Il eft peu de mortels , qui dans quelque moment
,
Ne fe foient avec moi bercez d'une fornette ,
Divertis d'une chanſonnette ;
On me parle tant que l'on veut ,
Mais
pour me voir on nè le peut.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
YORK
RARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS,
AND
ITIONS.
Air a boire . bre 1722.
Noyons dans le bavons sans,
ג
D'OCTOBRE 1722 . 69
" TROISIEME ENIGME.
E triomphe à preſent de l'antique methode
Chez l'un &l'autre fexe on me voità la
mode.
- Liberale au commencement ,
On me broye , on m'écrafe , on hâte ma ruine ,
Par un bifare changement >
Quand je fuis douce , au feu fouvent on me defe
tine ;
Au faquin , à l'homme de bien ,
Je fuis également foûmife.
Je fers de contenance , & par fois d'entres
tien :
Même pour m'employer tel vendroit fa che
mile.
********
CHANSON.
Noyons
, dans le bon vin
Le fouci , la trifteffe,
Chantons buvons fans ceffe ,
Mocquons- nous du deftin :
Tin tin relin tin tin tin tin .
C'eſt dans ce jus divin
Qu'on puiſe la tendreffe
70
LE MERCURE
Plus j'en bois, plus j'adreffe
De voeux ma Catin :
Tin tin relin tin tin tin tin
Le verre en main ,
D'un fouverain ,
J'ay la richeffe ;
Mon bonheur eft certain :
Tin tin relin tin tin tin tin.
Deuxième couplet,
Puiffant Dieu du raiſin ,
Pere de la jeuneſſe ,
Soutien de la vieilleffe ,
Anime ce feftin :
Tin tin relin tin tin tin tin ,
Nous voici tous en train ,
Amis , point de foibleffe ,
Ne craignons point l'yvreffe ,
Buvons jufqu'au matin :
Tin tin relia tin tin tin tin
Verfe tout plein ,
Je veux fans fin ,
Plein d'al'egreffe ,
Chanter comme un lutin :
Tin tin relin tin tin tin tín .
D'OCTOBRE 1722. 71
NOUVELLES LITERAIRES,
DES BEAUX ARTS ,
LETTRES de M. l'Abbé ***
M. l'Abbé Houtteville , au fujet du Livre
de la Religion Chrétienne , prouvée
par les faits. A Paris , chez Piffot ;
Quay des Auguftins 1722. vol. in 12,
de 357. pages.
E Livre contient dix-huit Lettres;
1
Cuand on commence par en lire au
hazard quelques lignes , on eft d'abord
porté à chercher s'il y a quelque approbation,
& l'on trouve celle deM.Tourneli,
L'Auteur declare d'abord dans la premiere
Lettre que les fautes répanduës
dans le Livre , dont il fait la critique , ne
lui en font point entierement méconnoître
le prix , & que pour embrafler le parti
de ceux qui le cenfurent , il ne fort point
du rang
de ceux qui l'eftiment ; après cet
aveu repeté plufieurs fois dans la fuite , il
prend pour fujet de cette premiere Lettre
la maniere d'écrire de l'Auteur , fon
ftile ne lui paroît point fe raporter à fon
fujet . La matiere que M. Hotteville a
`traitée , demandoit une fimplicité éle
72 LE MERCURE
gante , une élocution grave , un ton modefte
& ferme , un ſtile net , fans affectation
, dégagé de termes éblouiffans , &c.
Or.c'eft juftement , dit le cenfeur , ce qu'il
a foigneufement évité , tantôt c'eft un
orateur pathetique , tantôt un Poëte enjoué
, un Metaphyficien riant , un Logi
cien fleuri , un hiftorien cadencé , un controverfifte
doucereux , un difputeur précieux
en un mot ,, un Theologien brillant.
Certainement l'Auteur ne sçauroit
dire comme S. Paul , non in perfuafibilibus
humana fapientia verbis ... Il affecte
de fe fervir de termes nouveaux & inconnus
, un fait inéclairci des idées inaliables
, une exiſtence maniable , un declarateur
fe déprevenir , &c. le cenfeur
avoue pourtant que cette maniere d'écrire.
trouve aujourd'huy des partifans . Ce font
ceux qui difent que le ftile de M. L. H.
charme , attache , rappelle. Qu'il faut
apprétier fur les dégrez d'impreffion qui
en naiffent , qu'il le prête au goût de fes
contemporains , il prend le ton du fiecle ,
il nous conduit au vrai par le beau . Il
eft neuf dans un fujet ufé , il pare , il
embellir une matiere livrée à des fpeculations
triftes , fon ftile poli, gracieux , dérobe
l'aufterité du fujet , il met dans l'intereft
de la Religion la curiofité du public
, &c . c'eſt ainfi que l'Auteur de ces .
Lettres
D'OCTOBRE 1722. 73
Lettres fe mocque d'une partie du public,
de ce public , dit- il , qui a applaudi à des
Tragedies difloquées , & à des Lettres
précieuſes & libertines . Et fi le goût de
critique , qui eft celui du fiecle , ne
devoit préferver les Lettres de la decadence
qui les menace , il feroit à craindre
, dit- il , qu'à force de prétendre avoir
de l'efprit , nous n'en euffions bien - tôt
plus.
La feconde Lettre parle de l'Epître
Dedicatoire , & du difcours préliminaire
de M. Hott. A l'égard de l'Epître Dedicatoire,
comme la clarté eft fouvent l'écüeil
du fublime , on ne doit point être furpris
de la difficulté qu'on a quelquefois
à comprendre certaines Phrafes de cette
Epître , par exemple, les titres éminens
qui vous environnent n'ont d'empire que
fur nos refpects .
Cependant le cenfeur louie extrémement
la prudence de M. Hott , d'avoir
confacré fon travail à un Prélat diftingué
qui a des yeux & des reffources
pour le merite.
A l'égard du difcours préliminaire ,
on comprenoit par le deffein que cette
Preface devoit contenir une Bibliotheque
exacte de tous les Apologiftes de la Religion
; mais on eft bien furpris , dit le cen-
Leur , de voir paffer fous filence les plus
D
74 LE MERCURE
fameux, par exemple, S. Athanafe , Theodoret
& c. & parmi les modernes le P.
Mauduit , le P. Lamy , & fur tout M.
Jaquelot .
A l'occafion de Tertullien , dont M.
H. loue l'imagination , le Cenfeur dit
que l'éloge de l'imagination fied mieux
à M. Hott qu'à tout autre ; vous la fervez
, dit-il , comme elle vous fert , &
vous fuyez avec raifon le vice d'ingratitude
reproché au P. Malebranche.
Mais que peut- on penfer d'un homme
( Tertullien ) qui foutenoit que l'ame
immortelle & incorruptible étoit un
corps , & avoit les trois dimenfions , &
qui fondoit fon fentiment fur la vifion
d'une prétenduë Sainte ?
Je n'approuve point , dit- il enfuite ,
que vous difiez que ce fut fa vertu qui le
fit tomber , quoique Philofophe fombre ,
dur & farouche , que fçai-je fi les charmes
de fa Prifeille ne le féduifirent point ?
Il n'y a pas un grand merite dans
une feverité outrée , qui pour l'ordinaire
n'eft que fpeculative. Ce qu'il y a de bizarre
, c'eft que le monde aime une doctrine
auftere , dont il haït fort la pratique
.
Mais il n'eft pas inutile d'obferver que
l'Auteur des Lettres eft fort furpris que
M. Hott ait avancé que depuis la chûte
D'OCTOBRE 1722 .
75
¿es Platonicicns modernes jufqu'au temps
de la prétendue réforme , les fideles ne
virent point d'ennemis s'élever contre
eux. Quoy donc dit le Cenfeur , comptez-
vous pour rien le progrès de Mahometifme
? Mahomet n'eft-il pas le plus
grand ennemi de Jefus- Chrift , & de fa
Religion ? ne l'a- t'il pas abolie dans ces
malheureufes contrées , où elle étoit autrefois
fi floriffante ? Il prétend auffi
dans le difcours critique & hiftorique
dont il s'agit, Lucilio Vanini , & les ouvrages
de Cardan , en dix volumes in folio,
ne devoient point être oubliez.
que
A l'égard de Spinofa nous prendrons.
la liberté de remarquer que l'Auteur des
Lettres fe trompe , quand il dit que les
Etats Generaux permettent que fes écrits
impies fe vendent publiquement , ils font
auffi peu permis en Hollande qu'ailleurs
& la feule infpection du titre le fait bient
voir ; il n'y a jamais ni le nom de l'Imprimeur
, ni même celui de la Ville où il
eft imprimé.
>
Ce feroit paffer les bornes dans lefquelles
nous devons nous contenir , que de
fuivre en détail ces 18. Lettres ; nous remarquerons
feulement ici que le but principal
que le Cenfeur fe propofe dans cet
ouvrage , c'eft de faire voir à M. H. que
Les railonnemens ne font point concluans,
Dij
76 LE
MERCURE
& que les objections qu'il fe fait demeu ;
rent dans toute leur force .
La derniere Lettre roule fur le fcandale
que le Cenfeur prétend qu'ont caufez
les difficultez que M. H. s'eft propofées
fans les bien réfoudre , à ce que dit le
Cenfeur.
Nous laiffons au lecteur à juger s'il réfoud
mieux celles qu'il fe propofe luimême
, & que M. H. avoit negligées .
Mais que
les unes & les autres foient
bien ou mal réfoluës , la verité triomphera
toûjours du menfonge ; & puifque
la foy eft un don de Dieu , & non pas une
conféquence de nos raifonnemens , puifque
les anciens Apologiftes de la Religion
n'ont fait valoir aucune des raisons que
nos Apologiftes modernes vantent le plus
aujourd'hui , il femble que le parti le
plus fage n'eft pas celui de vouloir convaincre
les incrédules par les raifonnemens
, & les difcours d'une fageffe toute
huraine. Non in perfuafibilibus humana
Sapientia verbis.
LE PRETRE MEDECIN , un difcours
Phifique fur l'établiffement
de la Medecine
, avec un traité du Caffé & du Thé
de France , par M. Aignan , in 12. chez
L. d'Houry , rue de la Harpe.
APHORISMES
D'HIPPOCRATE
D'OCTOBRE 1722. 77
rangez felon l'ordre des parties du corps
humain , avec des explications nouvelles,
Dufour , derniere édition , aug. chez le
même.
LE MEDECIN des Riches & des Pauvres
, ou la Decade de Medecine en
vers latins & françois , par le même Auteur
, & chez le même Libraire.
L'HOMME DE COUR , de Balthazar
Gracian , traduit de l'Efpagnol , & commenté
par M. Amelot de la Houffaye ,
fixième édition . A Paris chez Couterot ,
ruë S. Jacques , in 12.
INSTRUCTIONS CHRETIENNES
&
fur les mifteres de N. S. J. C. de la
Sainte Vierge , fur les Evangiles & Epîtres
de toute l'année , & fur les Fêtes des
Saints , augmentées d'un grand nombre
de fermons , de plufieurs additions ,
rangées felon l'ordre du Breviaire , avec
des tables des matieres très- amples , cinquiéme
édition , in 8. A Paris , chez Delaune
, ruë S. Jacques.
DESCRIPTION de la nouvelle Chapelle
du Roy à Verfailles , avec figures ,
vol . in 12. chez le même.
D iij
78 LE MERCURE
و
RELATION des differentes efpeces de
pefte que reconnoiffent les Orientaux
des précautions & des remedes qu'ils
prennent pour empêcher la communication
& le progrès , & de ce que nous
devons faire à leur exemple pour nous en
préferver , & nous en guerir. Par M•
l'Abbé Gaudereau , Prêtre Docteur en
Theologie , cy -devant Miſſionnaire Apoftolique
, & Conful de France en Perfe, & c.
A Paris, chez Quillau , rue Galande 1721 .
vol. in 12. p. 134.
OEUVRES DE M. DE TOURREIL ,
de l'Académie Royale des Infcriptions ,
& Belles- Lettres , & l'un des quarante
de l'Académie Françoife. A Paris , chez
Brunet, au Palais 1721. in 4. 2. vol.
On va donner au public en un volume
in 12. un Traité Hiftorique & Chronologique
du Sacre & Couronnement des Rois
& des Reines de France , depuis Clovis I.
jufqu'à prefent , & des autres Princes Souverains
de l'Europe , contenant vingt
Chapitres , dédié au Roy , par M. Mcnin
, Confeiller au Parlement de Metz .
En attendant que cet ouvrage paroiffe ,
on ne fera pas fâché de voir ici une partie
de l'Epître Dedicatoire qui a été vûë ,
& agréée par M. l'Evêque de Frejus , Pre
cepteur du Roy.
D'OCTOBRE 1722. 19
e
Puiffiez- vous , Sire , dit l'Auteur, en «`
recevant l'onction Sacrée , recevoir auffi «
la plenitude des graces qu'elle confere , «<<
puiffiez - vous avoir la pieté de S. Louis , «
la fageffe de Charles V. la bonté & lau
même affection pour vos peuples qu'a- «e
voit Louis XII . la valeur , le courage , «
& la fermeté d'Henry IV. la juftice de «
Louis XIII. la grandeur & la magna- «
nimité de Louis XIV. puiffiez -vous , «
Sire, en un mot , réunir en vous feul tous ce
les glorieux attributs que ces grands ce
Rois , dont vous defcendez , n'ont fait «
que partager. Mais vôtre Augufte per- «
fonne eft déja parée de toutes ces ver- <<
tus . Les heureufes inclinations que le c
Ciel donne à V. M. & qui ont paru dès CC
vôtre enfance , cultivées par les foins &
des perfonnes illuftres qui veillent à vô- ce
tre Royale éducation , fe dévelopent , «
& croiffent tous les jours. On découvre «
en vous tout ce que doit faire un Prince ce
accompli , tout nous annonce un regne
glorieux & fortuné , les premiers temps ce
en font des préfages heureux , & la Re. <<
gence du Prince , dont l'efprit fublime , te
accompagné de toutes les grandes qua- «<
litez , a raporté toutes fes vûës à la gloi- «
re de V. M. & au bien de la nation , «
affermit encore nôtre efperance. Il ne «<
nous refte donc , Sire , qu'à continuer «
D iiij
80 LE
MERCURE
nos prieres pour la durée d'un regne
» qui ne devroit jamais finir ; ce font les
voeux , Sire , de tous les ordres de vô--
tre Royaume , & particulierement de celuy
, & c.
و د
L'Approbation de M. l'Abbé- Richard ,
Cenfeur Royal , qui a fait l'examen de
ce Livre , en annonce le merite en ces
termes. » M. Menin , ddiitt-- iill , a rempli
» parfaitement l'idée de fon titre , toute
»la diftribution de l'ouvrage eft dans un
» grand ordre ; & ce qu'il y a de plus
loiiable , c'eft qu'il n'a rien avancé
qu'il n'ait prouvé par les autoritez des
» meilleurs Auteurs qu'il raporte. Ce n'eſt
pas une fimple defcription des ceremo-
» nies du Sacre , c'eft une explication cu-
>> rieufe de leur origine , & de leur pro-
>> grès , les recherches font pleines d'é-
>> rudition ; on y voit l'époque de l'éta
» bliffement de la Religion Chrétienne
» dans chacune des Monarchies de l'Eu-
>> rope ; & quoique la matiere de chaque
Chapitre ait pu fournir un volume en-
» tier , il les a réduits dans une très- petite
» efpace , fans rien omettre d'important ;
en forte que je puis affeurer Monfei-
>> gneur le Garde des Sceaux , que cet ou-
>> vrage merite d'autant plus d'être don-
>> né au Public que la lecture en fera utile
» & agréable dans tous les temps.
D'OCTOBRE 1722. 81
DISCOURS qui a remporté le prix
d'éloquence , au jugement de l'Académie
Françoife, en l'année 1722. par M. le Noble.
A Paris , chez Coignart , rue Saint
Jacques , in 4. de 32. pages .
Le fujet donné par l'Academie eft qu'il
vaut mieux être repris par un homme fage
, que d'être féduit par les flateries des
infenfez , fuivant ces paroles de l'Eccle--
fiafte , chap. 7. v . 6. Melius eft à fapiente
corripi , quam ftultorum adulatione decipi.
L'Académie Françoiſe n'eſt pas feulement
utile par les ouvrages des membres
illuftres qui la compofent , mais encore
par l'émulation qu'elle infpire à ceux qui
fe fentent affez de talens pour préten
dre à fes Couronnes . C'eft ce qui nous
enrichit de tant de pieces en profes , &
en vers qui feront à jamais un modele:
d'éloquence & de poëfie .
M. le Noble a eu cette année l'avan
tage fur d'illuftres rivaux ; fon diſcours
a remporté le prix ; nous allons en rap
peller ici quelques traits qui feront juger,
& de la folidité de fes raifonnemens , &
des graces qu'il fçait prêter à la verité.
$6
Il fait voir d'abord que rien n'eft plus
important pour nous que de bien placer
nôtre eftime & nôtre inclination , parce
qu'autant que nous accordonsl'un &
L'autre à quelqu'un, autant nous lui don--«
Dv
82 LE MERCURE
» nons d'empire fur nôtre ame , & d'in-
>> fluence fur nôtre vie .
» Mais quel eft le grand attrait qui nous
» lie à certains hommes plutôt qu'à tout
>> autre ? n'eft- ce pas prefque toûjours l'ef-
>> perance de trouver en eux des com-
כ
»
"
plaifances , des commoditez , des appuis
» pour nos paffions ? Ne fuyons- nous pas
>> au contraire tous ceux en qui nous ne
>> trouvons pas le même agrément , quelque
merite qu'ils ayent d'ailleurs ; ainfi
» les flateurs l'emportent , & nous laiffons
les fages , parce que ces hommes ,
>> amis de la raifon & de la verité , ofent
» voir & blâmer en nous tout ce qui eft
» oppofé à l'une & à l'autre. Mais la fla-
» terie ne peut être que funefte à ceux
» qu'elle féduit , & au contraire les avis
» des fages qui nous reprennent ne peu-
> vent que nous être falutaires.
כ כ
ל כ
ל כ
33
"
Le Aateur fonge à plaire , & en cela
> il reffemble à l'honnête homme ; car le
defir de plaire eft legitime , c'eft le pre-
» mier lien , & le plus doux par où la na-
> ture a voulu unir les hommes pour leur
» faire goûter enfemble le délicieux fen-
» timent de leur excellence , & en foûte-
>>nir les fondemens par des fecours mu-
» tuels de lumiere & de vertu ; mais ce
qui fait la difference du flateur , c'eft
» que l'envie qu'il a de nous plaire eft la
כ כ
ל כ
D'OCTOBRE 1722. 83
се
ce
feule regle des jugemens qu'il porte de «e
nous , & de tout ce qui nous regarde .
Il eſt évident dès - là que ce ne peut plus «
être qu'un homme infenfé & corrom- «
pu , confondant le bien & le mal fous
le nom d'agréable , n'ayant aucun reſpect
pour la vertu & la verité , d'autant ce
plus prêt de facrifier l'une & l'autre «
que malheureufement elles font bien ce
moins en poffeffion de plaire que le vice «
& le menfonge .
66
се
се
Le flateur fçait employer jufqu'aux
ronces & aux épines pour nous faire «
des guirlandes & des Couronnes . La con- ce
fufion & le defordre de nos idées , c'eft «
abondance & fublimité de genie ; nos ce
affectations font des fineffes délicates ; ce
nos petulances, des vivacitez aimables; «
nos indifcretions, des traits de franchiſe; «e
nos chicanes , des exactitudes ; nos pe- «
fanteurs , des précautions fenfées ; nos "
hauteurs , nos dedains , nos accueils infolens
, de juftes attentions à maintenir «
nos droits & nôtre rang ; nos inactions , «
& nos indolences , un détachément philofophique
des chofes d'ici - bas ; felon «
lui l'orgueil n'eft point orgüeil , c'eſt «
nobleffe d'ame , fentimens heroïques, ..
L'impieté , oüy l'impieté eft un merite «
aux yeux du flateur , c'eft une force
d'efprit fuperieure à des préjugez vul- «
ແ
ce
D vj
84
LE MERCURE
و ر འ
و ر
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53
و د
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ود
و د
و ر
و ر
و د
و و
ر و
و د
و ر
و ر
gaires & frivoles : force d'autant plus
admirable que ces préjugez font ceux
du genre humain.
Il eft doux d'être loué & careffé ,
mais pouvons-nous goûter des loüanges
& des careffes telles que celles dont on
amuferoit des enfans , telles que le railleur
le plus impitoyable les employeroit
pour le jouer de nôtre fimplicité , telles
& plus terribles encore que les
embraffemens d'un malheureux peſtiferé
qui foufleroit dans nôtre fein le
venin mortel qu'il porte dans le fien.
Nous continuerons par le goût même
du bien de faire & de dire ce que la
flaterie nous aura fait croire excellent.
Elle nous aura caché un défaut , la
honte ne nous en fera plus rougir , la
prudence ne nous en fera plus un fujet
d'inquiétude , nous ne fongerons plus à
,, nous en défaire , elle nous aura prefenté
nos bonnes qualitez , comme des qualitez
éminentes , nôtre émulation endormie
ne fongera plus à les perfection-
,, ner , nous nous croirons tout ce que
,, nous devons être . Quel état d'aveugle-
,, ment & de peril !
"
3)
"s
و د
و و
و د
و ر
La raifon qui peche ne le fait du
moins fans repugnance , que parce
qu'elle trouve des approbations qui la
raffurent ; & qui eft- ce qui peut donner
1
D'OCTOBRE 1722.
(6
le-
65
ees approbations , finon les flateurs ? il
n'y a qu'eux qui puiffent donner au vi- “
ce le nom & les couleurs de la vertu . CO
Le flateur ne voit qu'avec envie dans "
ceux même qu'il paroît le plus aimer ,
l'abondance , le credit , les voluptez , le
fafte , la fuperiorité du rang , les agrémens
de l'autorité & de la réputation , "
il en dépouilleroit bien- tôt fes idoles , -
s'il le pouvoit faire impunément , & il “
le fait autant qu'il peut , en leur ven- "
dant fon encens & fes hommages , & c
en les méprifant du moins en fecret. "
68
La flaterie , malgré la groffiereté, l'im- "
prudence & la noirceur de fes féduc.. "
tions , ne laiffe pas de nous toucher , & "
de rous faire plaifir. Elle plaît du moins "
par le defir de plaire ; ce defir qu'il
nous paroît fi glorieux d'infpirer , & “ε·
dont il eft fi doux de recevoir des té- "
moignages , nous entraîne tous , & plus "
naïvement que le flateur. "
Son nom eft décrié , mais elle ne le
porte pas , & on confent aux noms pré- “
cieux qu'elle fe donne . "
σε
Que les Rois font à plaindre , eux "
qui prefque en poffeffion d'être regardez
comme des Dieux , font fi tentez
d'oublier qu'ils font des hommes , eux "
dont le rang déja ſi ſéduiſant par lui- «
même , convertit prefque tous ceux qui **
les approchent.
86 LE MERCURE
Le portrait que M. le Noble fait ici
de ceux qui flattent les Rois , & des
fuites funeftes de cette adulation , n'eft
le moins brillant de fon difcours.
pas
Ils lui diront qu'avec un coeur & un
» efprit comme le fien il ne peut être trop
» grand & trop puiffant pour le bonheur
» du monde ; ils lui feront croire que la
» prudence ne connoît point de milieu
entre une autorité qui fe foutient à
» quelque prix que ce foit , & une autorité
chancelante & méprifée.
93
>>
"}
58
Ainfi ils le forceront de ne connoître
plus d'autre grandeur que celle de la
puiffance & des richeffes. Il ne fongera
plus qu'à accroître cette grandeur au
» dehors & au dedans , il voudra être
un conquerant fameux & un Roy abfolu
, fans aucune autre regle que fes
,, defirs . Ainfi il ira d'un côté attaquer
» des voifins qui ne l'ont point offenfé
» & de l'autre il épuifera des fujets fide-
»les qui font toute fa force par leur
obéïlfance , & par leur fortune parti-
وو
ม
و ر
و د
و ر
و د
culiere..
Il ne voit & ne veut voir que fes
armées , fes gardes , fes frontieres , fes
tréfors , l'apparente foumiffion des
vaincus , la jufte obéïffance de fes fu-
,, jets , fes victoires & fes triomphes , fon
fafte & fes plaifirs ; il ne voit pas les
و ر
و د
D'OCTOBRE. 1722
89
larmes & le fang , qui font le prix de "
cette grandeur éblouiffante , il ne voit "
pas l'impatience naturelle & terrible , "
avec laquelle la raifon de tous les coeurs "
itritez contre lui s'anime à la
ce , & à le confondre . “
être
vengeanque
fu-
6.6
66
Mais ce n'eſt pas affez d'avoir mon- "
tré la flaterie ne peut
que
nefte à ceux qu'elle féduit , montrons
encore que les avis des fages ne peuvent
être qu'utiles à ceux qu'ils reprennent
, fi on en veut profiter.
66
ᏟᎶ
66.
16
Il est vrai qu'ils nous reprendront ,
& cette idée déja nous trouble. Mais "
par quelle raifon nous trouble- t'elle a "
C'eft en nous reprenant que ces hom- “
mes rares nous donnent des marques
du zele le plus utile à nos interefts . Ils "
veulent que nous nous corrigions de "*
nos défauts ; & qu'avons nous de plus
important à faire dans la vie ? Nos dé- "e
fauts corrigez ne fommes- nous pas heu- c
reux ; c'eft ce que M. le Noble fait
voir dans un détail qui merite d'être
lû & medité.
16
Il finit par une priere pour le Roy ,
fi naturellement amenée , qu'on ne fonge
point qu'elle eft prefcrite. Accordex"
lui ,Seigneur, le don de difcerner les hom- ce
més , accordez - lui l'amour le plus vif "
pour la verité , afin que les fages puif- "
*
88 LE MERCURE
fent toûjours la lui dire fans lui déplai
, re , & que le foufle impur de la flate-
,, rie n'arrête point le progrès des ver-
,, tus qu'ils ont cultivées dans fon coeur.
,,
و ر
"
EKTRAIT du difcours prononcé par
M. Farges de Polify , Avocat du Roy ,
le 26. Octobre 1722. à la rentrée du
Châtelet.
MRoy au Châtelet de Paris , & qui
le Nain , qui étoit Avocat du
eft à prefent Avocat General de la Cour
des Aydes , prouva l'année paffée trèsfolidement
, & très - élegamment l'importance
de bien commencer dans la profelfion
d'Avocat ; M. de Polify a voulu
établir , à fon tour , l'importance de bien
finir dans cette carriere brillante , mais
penible , & il a rempli ce deffein avec le
fuccès qui fuit toûjours la veritable éloquence.
Quoique ces difcours n'ayent
point ordinairement de divifion marquée,
la jufteffe de l'Orateur ne laiffe pas que
de la faire fentir aux auditeurs qui fçavent
entendre. On a remarqué dans le
difcours de M. de Polify qu'il rouloit
fur ces deux propofitions. 1. L'Avocat
peut bien finir, 2. l'Avocat doit bien finir.
D'OCTOBRE 1722 .
L'exorde intereffe d'abord en faveur de
Porateur ; la juftice qu'il rend au merite
de M. le Nain décele le fien . On eft difpofé
à croire , & à eſtimer celui qui en
poffedant des talens recommandables , ne
fonge qu'à exalter ceux des autres . Lâ
jaloufie accompagne la gloire auffi bien
que l'amour , & fous leur empire , il eft
rare d'être ami & rival.
Après le jufte éloge de M. le Nain ,
& des peintures vives de la neceffité où
font les Avocats de bien finir quand ils
ont bien commencé , l'orateur ajoûte unt
tableau paterique qui renferme les idées
les plus nobles & les plus éclatantes.
11 peint le temple de la gloire au fommet
d'une montagne efcarpée , pour nous
apprendre que c'eft la fin feule de la cariere
qui decide du merite des Athletes
dans toutes fortes de genres.
Ce tableau eft rempli de portraits generaux
de toutes les differentes efpeces
de voyageurs qui s'égarent , ou fe laffent
en allant au temple de la gloire ; c'est
après ces peintures que l'orateur qui fçait
les regles du contrafte , place le portrait
de M. le Lieutenant Civil. Enfuite M. de
Polify adreſſe la parole aux Avocats : 0
vous , dit- il , qui fur ces traces glorienfes
( de M. le Lieutenant Civil ) cherchez à
rendre vôtre nom immortel dans le Bar$
6 LE MERCURE
reau ; ne vous flatez point de cette eſpe
rance qu'une fin éclatante n'ait terminé
vôtre carieres C'est là que la gloire vous
attend pour couronner votre entreprise. Les
hommes , continue- t'il , foit envie , foit
prudence , attendent les dernieres années
de vôtre vie pour porter le jugement irres
vocable qui doit decider de vôtre reputation
chez la pofterité. Cette réflexion judicieufe
eft foutenue par une comparaifon
auffi jufte que brillante, comme, ajoûte
l'orateur , unfeul trait ne fait pas la beauté
, mais un affemblage heureux de tous les
traits proportionnez & mesure par les
mains de la nature même ; auffi perfuadeZvous
que la vraye gloire ne doit- être fondée
que fur un long tiffu de belles actions,
liées , foutenues , & enchaînées les unes
avec les autres .
C'eſt par de pareilles figures , toûjours
fenfées & bien annoncées que la Rhetorique
de l'orateur éclaire la raiſon fans lui
impoſer par des ornemens inutiles . Il ne
ceffe point de prouver les propofitions
par des argumens invincibles , & qui
n'en font pas moins forts pour être couverts
des Aeurs de l'éloquence . Il cite les
Orateurs Grecs & Latins qui ont vieilli
dans les travaux , il trouve parmi les François
des noms dignes d'être affociez aux
Démoftenes & aux Cicerons. Il encouraD'OCTOBRE
1722. 9F
ge la vieilleffe à la perfeverance dans la
profeffion laborieufe d'Avocat par l'exemple
des Magiftrats & des Jurifconfultes
de l'antiquité qui tiroient un nouveau
luftre de leurs cheveux blanchis
dans des peines utiles à leur patrie , les
Areopagites d'Athenes , & les Ephores
de l'Acedemone . C'eſt par ces citations
nobles & pompeufes qu'il anime les
Avocats à parvenir glorieufement à la fin
de leur courfe. Parmi toutes ces images
naïves , quoique magnifiques , on trouvera
le portrait de l'Avocat Conſultant
parvenu par fon merite & fon experience
au rang diftingué des Oracles de Themis.
* Que le guerrier , dit M. de Polify
combatte dontpour jouir de la paix , & ne
plus combattre. Que le Matelot après une
tongue & perilleuse navigation à travers
les tempêtes & les écueils , fe repofe tranquillement
dans le port. Que le voyageur
arrivé au terme de fa courfe goûte le plaifir
d'avoir fatisfait fa curiofité. Mais pour
l'Avocat il n'eft ni paix , ni trévé , ni
port , ni terme que celui de fes jours . .. .
Il doit toûjours travailler , car comme
l'experience accredite toûjours , & redou
ble la confiance , alors les cliens fe multiplient
avec les jours de l'Avocat. Il doit
fa profonde capacité au public , & fon
92 LE MERCURE
exemple aux jeunes Orateurs qui com
mencent la cariere qu'il finit.
Nous n'ofons pas donner un extrait
plus étendu d'un difcours que la memoire
d'un auditeur curieux des bons ouvrages
nous a tranfmis peut-être avec plus de
zele que d'exactitude , nous craignons
d'alterer les beautez de l'éloquence de
l'Orateur . Si on vouloit bien nous communiquer
les pieces que nous devons extraire
, les Auteurs y gagneroient , & le
public auffi.
On imprime chez Cailleau , Libraire ,
Place de Sorbonne , la Bibliotheque des
Philofophes & des Sçavans , tant anciens
que modernes , avec les merveilles de la
nature , où l'on voit leurs opinions fur
toute forte de matiere Phyfique. Comme
auffi tous les fyftêmes qu'ils ont pû imaginer
jufqu'à prefent , fur l'univers &
leurs plus belles Sentences fur la Morale,
& enfin les nouvelles découvertes les
que
Aftronomes ont faites dans les Cieux , in
8. 2. vol. avec figures , par M. Gautier,
Ingenieur & Infpecteur des Ponts &
Chauffées du Royaume..
On trouvera chez le même Libraire ,
Remarques fur divers endroits d'Italie ,
par M. Addiffon , pour fervir de fupplement
au voyage d'Italie de M. Miffon ,
in 12
D'OCTOBRE 1722. 93
Les Ouvrages de feu M. l'Abbé Boi
leau , Predicateur ordinaire du Roy , &
l'un des quarante de l'Academie Françoife
, fes Homelies fur les Evangiles du
Carême , in 12. 2. vol.
Ses Pensées Choifies fur differens fujets
.de Morales. Nouvelle édition augmentée
, in 12. Ses Panegyriques Choifis ,
in 12.
Ceux qui aiment à connoître les Auteurs
des ouvrages anonymes , & pfeudonymes
, & à être inftruits de l'Hiftoire
des gens de Lettres , nous fçauront bon
gré de l'article qui fuit .
On nous écrit de Londres que M. de
S. Jacinthe époufa dans cette Ville , au
mois de Juillet dernier , Mile de Marconnay
, fille d'un Gentilhomme de Poitou
, Major du Regiment de ..... au
fervice d'Angleterre. Le nouveau marié
eft auffi François d'auprès d'Orleans , &
fort diftingué dans la Republique des Lettres.
Le goût des voyages l'a éloigné de
la France depuis environ quatre ans . Son
pere fut Lieutenant Colonel du Regiment
d'Orleans ; pour lui il a fervi dans
le Regiment Royal Cavalerie , & il fut
fait prifonnier à Hoftech. Le celebre Mathanafius
eft forti de fa plume , il a fait
divers autres ouvrages , des Lettres à
34
LE MERCURE
M Dacier fur fon livre de la Corruption
du Goût , un premier tome de Menoires.
Literaires dont il promet la fuite. Il y a
beaucoup d'érudition dans tout ce qu'il
écrit , & un grand éloignement du Pedantifme.
On prétend qu'il a eu part à
l'Europe Sçavante , & on croit qu'il a
auffi fourni quelques morceaux d'une efpece
de Journal des Sçavans qui s'imprimoit
à la Haye il y a deux ou trois ans .
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Lyon
le 3. Septembre 1722 .
M
R le Maréchal de Villeroy , protecteur
de l'Académie des Beaux
Arts , établie dans cette Ville , affifta
hier aux Exercices Académiques , avec
M. l'Archevêque de Lyon , ce qui fic
venir à l'affemblée plufieurs perfonnes
des plus qualifiées de la Ville & des environs.
Les Académiciens aur nombre de
70. firent un concert des plus magnifique.
On y chanta des morceaux de l'Opera
d'Ajax , raffemblez par les foins de
M. B. l'un des Académiciens. Le Rôle de
Caffandre fut chanté par Me E *** l'une
des belles voix que nous ayons , & celui
de Corebe par M. M *** le jeune . Tous
les autres Rôles furent chantez par des
D'OCTOBRE 1722.
95
'Académiciens & des Académiciennes,
A la fin du concert on chanta le Dixit
Dominus de M. Campra , qui fut executé
avec toute la jufteffe imaginable. M. le
Maréchal parut fi.content qu'il accabla
d'honnêtetez tous les membres de l'Académie
, dont les principaux allerent le
lendemain le remercier de l'honneur qu'il
leur avoit fait. Il leur fit efperer qu'il les
honoreroit fouyent de fa prefence.
Les perfonnes qui executent le concert
de la place des Jacobins , établi
depuis peu d'années , continuent regulierement
leurs exercices. Ce concert
devient chaque jour meilleur , fur tout
depuis que plufieurs Académiciens de
l'Académie des Beaux Arts y ont été receus
. Ils vont également à l'un & à l'autre
concert , attirez par le feul plaifir de
la Mufique.
On nous écrit d'Orleans du 18. Septembre
qu'on vient d'imprimer des Reglemens
pour une Académie de Mufique
qui s'eft formée depuis un an dans cette
Ville , à l'exemple de celles de Lyon
de Marſeille , & autres Villes du Royaume.
Cette Académie doit fa naiffance à
quelques particuliers amateurs de la Mufique
qui s'affembloient fouyent pour executer
des concerts , pour donner quelque
98 LE MERCURE
forme à leurs affemblées ; ils s'adrefferent
à M. de Bouville , Intendant d'Orleans
, lequel après avoir pris l'avis du
Maire , des Echevins , & du Lieutenant
General de Police , leur donna fon approbation
, & la permiffion neceffaire
vers le mois de May de l'année derniere
1721.
Il y a de deux fortes d'Académiciens ;
fçavoir des honoraires , dont le nombre
eft fixé à cent , & des Concertans penfionaires
, dont l'Académie augmente ou
diminuë le nombre fuivant qu'elle le juge
à propos , & qu'elle en a befoin. On
donne un concert deux fois la femaine
le Lundy & le Vendredy , dans une trèsbelle
fale qu'un des Académiciens a fait
bâtir exprès dans fon Jardin. Les feuls
Académiciens y ont entrée , ils peuvent y
mener les Dames & les étrangers feulement
, tous les autres en étant exclus .
L'Académie a pris pour emblême une
Lyre , dont les fons femblent ébranler
des rochers , dont on voit des morceaux
fe feparer , formez à peu près comme ces
coeurs de Lys qui font dans les armes de
la Ville d'Orleans , & qu'on appelle improprement
des cailloux , & pour devife
ces mots , Saxa moventur.
On mande de Ratisbone que le Miniftre
D'OCTOBRE 1722. 97.
tre du Roy de Pruffe a communiqué à
la Diete de la part de ce Prince , les obfervations
de la part de la focieté des
Sciences de Berlin , fur le. Calendrier
Gregorien , auquel S. M. Pruffienne a
deffein de faire des corrections , à commencer
en 1724.
On apprend de Rome que le Duc de
Poli , frere du Pape , a fait écrire dans
les pays étrangers pour en faire venir des
livres fur toutes fortes de fciences , dont
- il veut former une bibliotheque publique
pour la commodiré des fçavans des differentes
nations qui font à Rome.
L'Abbé Camille Contarini , connu par
les hiftoires qu'il a données au public ,
eft mort à Venife fur la fin de l'autre
mois , dans un âge fort avancé.
Le Capitaine Pringle , Commandant
le Vaiffeau le Warburton , qui eft arrivé
en Angleterie depuis peu , venant
d'Autegoa , raporte qu'étant au vingttroifiéme
dégré de latitude , éloigné d'environ
lieues d'aucune terre , une fi
prodigieufe quantité de Papillons , fe
vint pofer fur les voiles, cordages , & autres
parties du vaiffeau , que tout en étoit
couvert. C'est un phénomene qu'on pro-
500.
E
98
LE
MERCURE
1.
pofe aux fçavans curieux à expliquer. Car
il eft affez difficile de comprendre comment
ces infectes ont pû venir de fi loin
& fubfifter.
L'Académie Royale de l'Histoire à Lif
bone , vient de donner un catalogue hiſtorique
, compofé par le Pere Lucas de
Sainte Catherine , Dominiquain , des
Portugais qui ont été Grands - Maîtres de
l'Ordre des Templiers , depuis fon origine
jufqu'à fon entiere abolition . Le P,
Jofeph Barbofa , auffi membre de cette
Académie , a promis de donner inceffamment
au public des tables chronologiques
, hiftoriques , & genealogiques des
Reines de Portugal , & de leur pofterité.
L'Académie Problematique de Setubal
a perdu le Docteur Paul Soarez de Gama
, l'un de fes Académiciens qui mourut
le 25. Juin dernier. Le Prieur Clement
Rodriguez de Montagna a prononcé
fon Oraiſon Funebre. La propofition
'fuivante , s'il eft plus dangereux de prodiguer
des bienfaits à un indigne qu'à
un ingrat , fut le fujet du problême, dont
l'alternative fut foutenue dans cette Aca
démie le , 1 . Juillet dernier .
Les Lettres de Lisbone ajoûtent qu'il
D'OCTOBRE 1722. 99
s'eft formé dans le grand Fauxbourg de
cette Ville une Académie de Medecine
chez M. Jofeph Gomis , Profelleur de
cette Science. L'ouverture s'en fit le 13 .
Aouft dernier par un difcours très- éloquent
qu'il prononça . Les Medecins qui
compofent cette Académie ont pris la
Sainte Vierge pour leur protectrice , fous
le nom de Nôtre- Dame de Grace , & ils -
font convenus de s'affembler tous les 15.
jours pour conferer fur la nature des ditferentes
maladies , & fur leurs remedes
les plus efficaces ; les Chirurgiens y font
auffi admis pour confulter fur ce qui regarde
leur art.
L'Académie Royale de l'Hiftoire , dont
nous venons de parler , s'aſſembla le 7.
de l'autre mois par ordre du Roy , dans
l'anti - chambre de la Reine , pour celebrer
l'anniverfaire de la naiffance de S.
M. Le Pere Don Manuel Caëtan de Soufa
, qui étoit Prefident de jour , prononça
un difcours très- éloquent , à la loiiange
de cette Princeffe , qui lui en témoigna
fa fatisfaction à la fin de l'affemblée. Celle
du 30. Aouft fut honorée de la prefence
du Roy , on y diftribua un livre nouveau
, compofé par M. Manuel de Azevedo-
Fortes , Chevalier Profez de l'Ordre
de Chrift , Brigadier d'Infanterie ,
E ij
S8C136
700 LE MERCURE
"
& Ingenieur Major du Royaume de
Portugal , fur la methode la plus facile ,
& la plus exacte de lever des cartesGeographiques
& Hydrographiques , & fur
la conftruction des inftrumens neceffaires
aux Ingenieurs , & aux Officiers de
Marine. Le Pere Jofeph de la Purification
, chargé de l'hiftoire des Ordres Militaires
du Royaume , communica enfuite
à l'affemblée un catalogue hiftorique
de celui de S. Benoît d'Avis , inftitué
en 1140. par Alfonfe , premier Roy
de Portugal , en memoire de la fameufe
journée de Biros , dans laquelle il remporta
une victoire complette fur l'armée
du Roy Maure Alboyach , qu'il chaſſa
depuis de la ville d'Evora en 1147 .
Enfin l'impreffion de l'Etat de la France
vient d'être terminée. Le P. Ange ,
Auguftin Déchauffé , qui en eft l'Auteur,
nous prie d'en donner avis au public . Il
auroit bien fouhaité avoir l'honneur de le
prefenter au Roy avant fon Sacre , d'autant
plus qu'il en a rapporté toutes les
ceremonies dans fon premier tome ; mais
l'activité des Imprimeurs n'a pas fecon
dé fes defirs. Il faut donc attendre que
Sa Majesté ait reçû fon exemplaire à fon
retour pour débiter cet ouvrage . On
n'auroit jamais crû qu'un pareil livre ,
D'OCTOBRE 1712 . 101
dont l'impreffion doit être brufquée , attendu
les changemens qui y furviennent
prefque journellement , dût être quatorze
mois fous la prefle. Il eft vrai que la
mort du fieur Garnier , qui étoit l'Imprimeur
, a caufé une fufpenfion de près
d'un mois ; après cela il n'a pas quelquefois
plû à ceux qui ont travaillé fous les
ordres de la veuve d'avancer befogne ,
quoique l'Auteur protefte ne les avoir jamais
fait attendre un feul inftant après fa
copie. Il fuplie donc le public de ne lui
point attribuer ces retardemens . M. de
Clairambault , Genealogifte des ordres
du Roy , eft témoin des impatiences que
l'Auteur a eu là - deffus . Tout l'ouvrage
eft de 131. feüilles d'impreffion , de 24.
pages chacune , diftribuées en cinq tomes
, le cinquiéme contient un ample
fupplement des quatre autres , & une table
alphabetique en 21. feuilles d'impreffion
, des matieres , des noms , des familles
, des Benefices Royaux , des terres &
des dignitez contenus dans tout l'ouvrage.
On a ajoûté dans cette table les changemens
qui furvenoient à mesure qu'on
l'imprimoit , & l'on a placé enfuite quelques
autres changemens qui n'étoient pas
arrivez à temps pour y être inferez. L'ouvrage
fera infailliblement en vente le len
demain de la S. Martin.
E iij
102 LE MERCURE
On donnera le mois prochain la fuite
des Medailles du Roy , & celles qu'on a
frapées pour le Sacre de S. M.
ડિિ
SPECTACLE S.
E 27. de l'autre mois les Comédiens
du Roy ont remis au Theatre la
Tragedie d'Ariane , de Tho . Corneille ,
où la Dle Duclos a extrêmement brillée
, à fon ordinaire , dans le principal
rôle ; ceux de Phédre , de Theſée & de
Pirithous ont été remplis par la De Dangeville
, & par les feurs Quinaut & le
Grand .
Le 2. Octobre , Rodogune , Tragedie
de P. Corneille , où la Dile Defrefne ,
nouvelle actrice , a joué le rôle de Cleopatre
avec applaudiffement. La Dile Duclos
& le fieur Baron y ont repreſenté les
rôles de Ro logune & d'Antiochus.
La même actrice a reprefenté le 19.
de ce mois , avec feu & intelligence , le
rôle d'Elif beth dans la Tragedie du
Comte d'Effex .
On continue les repreſentations des
Avantures du Camp d Porché Fontaine
dortnous avons donné l'extrait & les chanfons
dans le fupplement de l'autre mois.
D'OCTOBRE 1722.
103
On a interrompu celle du Nouveau Monde
, & les Comediens fe preparent à donner
bien- tôt la Tragedie nouvelle de M.
l'Abbé Nadal , intitulée Antiochus ou
les Machabées, reçûë depuis plus d'un an .
M. de la Mothe a lû depuis peu aux
Comédiens du Roy une Tragedie de fa
compofition , qui a été reçûe avec des
applaudiflemens mêlez de larmes de la
part des auditeurs. Elle eft intitulée , Ignez
de Caftro . Sujet tiré de l'hiftoire de Portugal
, dont voici le précis.
Don Alfonfe , dit le Brave , Roy de
Portugal , eur de Beatrix de Caftille ,
l'Infant Don Pedro , dont les amours cer
lebres troublerent la fin du regne d'Al,
fonfe. Il y avoit peu de Princes en Portugal
d'une plus grande efperance que
Don Pedro . Dès la jeuneffe il laiſſa voir
cet amour pour la juftice , & l'exactitude
qui lui acquit dans la fuite tant de repu
tation , & le furnom de Jufticier. Il
époufa en 1332. Dona Conftance Manuel
de Caftille , dont il eut plufieurs enfans.
Il y avoit auprès de cette Princeffe,
én qualité de Daine du Palais , une fille
de très - bonne maifon , nommée Dona
Ignez de Caftro , belle par excellence ,
& récommandable encore par fa douceur,
fon efprit , fa generofité , & fa naifance,
Ę iiij
104
LE MERCURE
car elle étoit alliée à la maifon Royale .
Le Prince en devint éperdument amou→
reux , & comme il étoit lui- même fort
aimable , il en fut aimé. La Princefle de
Portugal , fon époufe , étant morte en
1345. il époufa Dona Ignez en fecret ,
fçachant bien que le Roy n'auroit pas confenti
à ce mariage. Don Gil , Evêque de
Guarda & Eftienne Loüas , Maître de la
Garde- robe du Prince , furent les feuls
témoins qu'il y admit . Depuis ce tempslà
il entretint affez públiquement Dona
Ignez , & en eut deux fils , Don Juan ,
& D. Denis .
<
Soit que le Roy fe douta du mariage
au Prince , ou qu'il
voulut rompre ce
commerce , il propofa à Don Pedro de fe
Temarier , ce que celui - ci refufa de faire
avec beaucoup de fermeté. Le Roy &
fon Confeil ne trouverent point d'autre
expédient pour l'y réfoudre , que de fe
défaire de Dona Ignez Pacheco , Cuello
& Gonçale , trois Gentils-hommes du
Roy , prirent le temps que le Prince étoit
à la chaffe , & la poignarderent dans fon
Palais de Coimbre.
Don Pedro fit également éclater fes
regrets & fon reffentiment. Il fe revolta
d'abord contre fon pere , & vengea le
fang de Dona Ignez par le fer & par le
feu. S'étant enfuite reconcilié avec lui ,
D'OCTOBRE 1722 .
105
& lui ayant fuccedé en 1357 .. Il rendit
public le mariage qu'il avoit contracté
avec elle , fit exhumer fon corps , lui fit
mettre la Couronne fur la tête , lui fit
rendre par tous les Grands de l'Etat les
honneurs de la Royauté , & lui fit faire
des obfeques d'une magnificence extraordinaire.
Il perfecuta fes affaffins fans relâche
, viola même les droits de l'hofpitalité
pour les avoir en fa poffeffion , &
leur fit fouffrir les fuplices les plus horri .
bles. Il fit reconnoître le fils de Dona
Ignez , Infant de Portugal , & le fouvenir
d'une perfonne qui lui avoit été fr
chert , lui fit rejetter toutes les propofitions
de mariage qu'on lui offrit ; il eſt
vrai que la belle Dona Therefe Gallegon
entreprit de fecher fes pleurs , & qu'il en
eut dès l'année 1357. un fils qu'on nom
ma Don Juan , qu'il pourvut de la grande
Maîtriſe de l'Ordre d'Anis , le plus
confiderable de Portugal .
Les Comédiens ont auffi receu une Comédie
en trois actes , & en vers , qui a
pour titre l'Oracle de Delphes. L'Auteur
ne fe nomme point . Jamais l'incognito
n'avoit tant été en regne. Nous ne le
blâmons pas , il fait du bien à quelques
pieces par la curiofité qu'il excite.
E v
106 LE MERCURE
Les Comédiens Italiens ont repreſenté
pour la derniere fois le 6. de ce mois fur
leur Theatre du Fauxbourg S. Laurent ,
Belphegor & le Fleuve d'Oubli . Ils ont
r'ouvert leur Theatre de l'Hôtel de Bourgogne
le 9. par la Comedie d'Arlequin
Sauvage que l'Auteur a enrichie de quelques
Scenes nouvelles qui ont été fort
goûtées.
Les mêmes Comédiens ont donné le
18. une piece d'un acte en profe , intitulée
, Arlequin Officier au Camp de Porché-
Fontaine. Ce font des Scenes tirées
de differentes pieces de l'ancien Theatre
Italier . Il y a un divertiſſement à la fin
avec un Vaudeville.
L'Académie Royale de Mufique prepare
l'Opera de Perfée pour donner inceffamment
.
On reprefenta à Vienne le 30. Aouft
dernier fur le Theatre du Palais Imperial
, l'Opera de Nitocris , Reine d'Egypte
, qui avoit été preparé pour le jour de
la naiffance de l'Imperatrice.
Le même jour on reprefenta à Naples,
pour la même folemnité , fur le Theatre
du Palais , l'Opera de Bajazet
On apprend d'Angleterre que M.
HopD'OCTOBRE
1722 107
kins , Secretaire du Viceroi d'Irlande a
été nommé Intendant des Spectacles de
ce Royaume , à la place de M. Antoine
Tiryman , mort depuis peu.
ABRAHAM ET ISAAC , Tragedie
reprefentée au College d'Evreux le
4. Aouft dernier , par les Ecoliers du
même College.
Abraham .
ACTEUR S.
Ifaac , fils d'Abraham .
Iſmaël , fils d'Abraham.
Eliezer , Officier & confident d'Abra
ham .
Damas , fils d'Eliezer ,
d'Ifaac.
Pharés , confident d'Ifmaël.
Nachor , Officier d'Ifmaël.
confident
La Scene eft fur la montagne où Abraham
devoit facrifier.
SUJET.
Dieu ordonna à Abraham de lui facrifier
fon fils. Abraham pour executer fes
ordres le lui offrit en facrifice , âgé pour
lors de 37. ans. Ifaac porta lui-même les
inftrumens de fa mort ; mais il en fur délivré
, Dieu fe contentant de la volonté
de fon pere. Genese 22 .
E vj
108 LE MERCURE
ACTE I.
Ifaac part avec fon pere pour faire le
facrifice que Dieu avoit ordonné . Comme
il fçait que fon frere Ifmaël , qui avoit été
chaffé , eft près de l'endroit où l'on doit
faire le facrifice , il demande à le voir.
Abraham le lui accorde. Il envoye Eliezer
dire à Ifmaël qu'il veut lui parler
Ifmael vient , & en abordant Ifaac , il
lui reproche d'être la caufe de fes malheurs.
Ifaac veut fe juftifier , mais en
vain. Il s'en prend auffi à Sara & à Abraham.
Abraham lui fait connoître fon
erreur par des marques fenfibles de fa
Tendreffe , & fe retire. La retraite & le
voyage de fon pere le mettent en inquiézude
, & lui font fufpects. Ifaac fait en´
forte de diffiper fes faux foupçons ; mais
il ne fait que les augmenter & qu'exciter
fa colere. Nachor vient apprendre à
Ifinaël que fon pere doit le prendre pour
être la victime du facrifice qu'il avoit à
faire. Cette nouvelle l'irrite , jufqu'à lui
faire faire des menaces terribles . Ifaac en
eft troublé , & appréhende en même
temps pour fon frere. Déja il croît être
l'Auteur de fa mort mais Damas le
raffure.
D'OCTOBRE 1722. 105
ACTE I I.
Ifmael balance s'il doit tirer vengeance
des maux qu'il fouffre. Pharez l'en diffuade
, & lui remet devant les yeux l'énormité
du crime qu'il veut commettre.
Ifmaël rentre en lui même , & fufpend fa
.colere. Abraham vient retrouver ce fils
irrité , qui lui fait mille reproches. Il
lui dit qu'il ne le connoît plus pour fon
pere , malgré les marques d'amitié qu'il
en reçoit. Il attaque Haac l'épée à la›
main en preſence d'Abraham . Il menace
de le tuer , fi on ne lui explique la caufe
de ce voyage. Cette fureur jette Abraham
dans un étrange étonnement. Ifaac
eroit que ces menaces ne font que pour
l'éprouver ; ainfi il continue à l'affurer
de fon amour. Ifmaël n'en veut rien croire
, Ifaac pour le lui prouver , offre fa
vie pour le conferver. La haine d'Ifmaël
contre Abraham ne ceffe point. Eliezer
furvient , reproche à Abraham fa dureté
pour Imaël. Ce pere infortuné ne peut
fe réfoudre à faire mourir Ifaac .
ACTE III.
Eliezer remarque qu'Abraham eft
ébranlé fur ce qu'on lui remet devant les
yeux. Il croit déja qu'il ne penfe plus à
immoler Ifaac. Il penfe à trouver les
Ito LE MERCURE
moyens de le fauver. Il charge Damas
du foin de l'avertir d'éviter Abraham.
Ifaac affure Damas qu'il n'a rien à craindre
fur ce qu'il fçait d'Abraham. Damas
perfifte toujours dans fon incredulité.
Eliezer , fon pere , declare à Abraham.
qu'il va pourvoir à la fureté d'Ifaac que
rien ne peut intimider. Il attend tranquillement
fon pere qui l'exhorté à la
mort ; mais Ifaac l'exhorte & l'anime
lui- même , le confole , lui apporte le
glaive qui doit trancher le fil de les jours.
Abraham prêt de facrifier fon fils , entend
une voix du Ciel , accompagnée
d'éclairs & de tonnerre . Le glaive qu'il a
receu d'Ifaac lui tombe des mains. Plufieurs
viennent au fecours d'1faac , entre
autres Ifmaël , l'épée à la main , veut l'arracher
à fon pere ; mais il apprend que
Dieu eft fatisfait , fans répandre le fang
d'Ifaac. Il jette fon épée par terre , &
demande pardon à fon pere. Abraham
lui pardonne , embraffe fes enfans , &
leur recommande la fidelité à faire la volonté
du Ciel. Enfuite il fe trouble , il
parle en homme infpiré , & explique ce
Lacrifice myfterieux.
"
D'OCTOBRE 1922 .
PLAIDOYERS
Sur le partage des biens en Frances
E 28. d'Aouft les Rethoriciens du
College de Lois le Grand plaiderent
à l'ordinaire une cauſe en François ,
dont voici le fujer.
On fuppofe qu'un Prince étranger
ayant fait voyage en France , charmé des
loix de ce grand Royaume , veut regler
la jurifprudence de les Etats für ce modele.
Un feul point l'embaraffe , c'eſt le
partage des biens fur lequel l'ufage varie
dans plufieurs Provinces de France. Afin
de fe déterminer , le Prince invite quelques
Jurifconfultes François à plaider en
fa prefence pour les differens partages.
Le premier orateur fe declare en faveur
de l'égalité , il prétend que c'eft une loi
jufte & neceffaire . Il remonte d'abord à
la fource de la nature , & il voir dans les
premiers temps les freres cueillir indifferemment
fur le même arbre les fruits
que la terre leur offre. Cette loi fe trouve
gravée dans le coeur de toutes les nations
, & jufques dans les lieux où la
cupidité & la force ont introduit l'inégalité
, la voix de la nature fe fait entenΤΙΣ
LE MERCURE
و ر
و د
و ر
و د
و د
و د
dre , lorfque pour exprimer le partage
égal , elle crie qu'il faut partager en freres.
Mais la juftice de cette loi éclate fur.
tout , & par les devoirs communs des
peres envers leurs enfans , & par ceux des
enfans envers leurs peres. ,, Quoi , dit
, l'Orateur , un pere devra à fes enfans
,, les mêmes foins & le même amour , &
il ne leur devra pas le même heritage ?
Eft ce donc que les richeffes d'un pere
font plus précieufes que fon amour , &
fi l'inégalité a lieu , n'eft- il pas à craindre
que le fils maltraité ne fe croye
déchargé des obligations de fon frere ,
& ne s'imaging devoir proportionner
fon amour & fon refpect pour fon
pere aux biens qu'il en a reçû. Ici
l'Orateur declame vivement contre ces
peres injuftes qui affectent des prédilections
, qui environnent d'or & de pourpre
le berceau de l'aîné , tandis que la
mediocrité eft le partage du cadet , qui
font prodigues pour l'éducation du premier
, tandis que l'autre doit la perfection
de fes talens à la nature . ,, On en vient
quelquefois, ajoûte- il, jufqu'à faire tomber
fur lui les fautes de fon frere pour
tirer des pleurs du cadet une inftruction
,, qui ne coûte rien à l'aîné . Mais qu'il
arrive fouvent que des parens font fruf
trez de leur attente & punis de leur in-
,,
ر و د و
و ر
D'OCTOBRE 1722. N
Juftice , en accordant tout aux uns & refufant
tout aux autres ; ils rendent les premiers
plus mauvais , & les autres meil
leurs qu'ils ne penſent. Combien de fois
un cadet a - t'il recueilli les foupirs d'un
pere méprifé par un fils à qui il avoit
donné toute fa tendreffe , & prefque tout
fon bien .
La justice de l'égalité paroît donc évidente
, mais on croit l'inégalité neceffaite
pour foûtenir l'honneur , & procurer le
bonheur des familles ; & c'eft ce que l'Orateur
entreprend de détruire en peu de
mots. En effet , un jeune homme qui entre
dans le monde avec des biens immenfes
penſe bien moins à marcher dans
ła penible carriere de la gloire , que dans
le chemin femé ,de fleurs que la fortune
lui prefente , il s'endort dans les bras de
la moleffe , où il fe livre au luxe le plus
outré , & dégrade fa maiſon , en vendant
à des hommes nouveaux les terres & les
noms les plus illuftres. Ce jeune diffipateur
a donc été trop riche pour l'honneur
de fa maifon , au lieu que la me- "
diocrité lui auroit infpiré le defir , & "
laiffé le moyen de fe diftinguer autre- "
ment que par les richeffes. "
و د
Le bonheur des familles n'eft pas moins
attaché à l'égalité. Hé ! quelle union
pourroit fubfifter parmi des enfans quis
}
114 LE MERCURÉ
regarderoient toujours leur frere comme
un cruel raviffeur ; ils ne jetteroient jamais
les yeux fur ces fuperbes équipages ,
& fes lambris dorez qu'ils ne cruffent
voir autant de dépouilles qu'on leur auroit
injuſtement enlevées. La loi de l'éga
lité érant donc jufte & neceffaire peutelle
manquer d'avoir l'avantage fur toutes
les autres ?
Le fecond Jurifconfulre fe declare
contre le premier, & le troifiéme en plaidant
pour l'inégalité en faveur de l'aîné.
Le temps ne nous permet que d'ebaucher
fes raifons ; elles font fondées fur ce que
l'inégalité foutient une famille par les
grandes richeffes de l'un , & l'illuftre par
les nobles efforts des autres . Divifer les
biens d'une famille , c'eft en divifer les
forces , & du faîte de la gloire la préci
piter dans l'obfcurité ; laiffer à plufieurs
enfans une fortune égale & mediocre
c'elt anéantir la fubordination , & éteindre
l'émulation dans une famille , l'inégalité
eft donc neceffaire : or la nature
& la raifon femblent l'éxiger en faveur
de l'aîné. Il eft le premier dans l'ordre
de la naiffance , & il a été long temps le
feul en poffeffion de tout l'amour. ,, Que
's, l'on ouvre les livres Saints , dit ici l'O-
,, rateur , le doigt de Dieu y a tracé en
caracteres ineffaçables le droit d'ai-
›
D'OCTOBRE 1722.
heffe ;
66
que l'on confulte les annales de "
tous les temps , & de tous les peuples ,
on y verra les loix profanes s'accorder "
en ce point avec les loix facrées ; qu'on “
jette les yeux fur la plupart des Empires
, on y verra des cadets affis aux
pieds du Thrône de leur aîné. "
La raifon même dicte l'équité de cette
loi ; fi la mort enleve le pere & la mere
à une famille nombreuſe , le fils aîné fuccede
à leurs obligations ; il eft obligé
d'effuyer les larmes de fes freres , de les
élever , de les établir ; s'il a plus de part
aux travaux, n'en doit-il pas plus avoir à
la récompenfe ? Enfin fi l'on veut fçavoir
qui doit l'emporter de l'égalité ou de
l'inégalité , qu'on en juge par l'union que
nous avons vû regner parmi les enfans de
France , dont l'an devoit être le maître
des autres , & par les funeftes effets au
contraire que l'égalité produifit entre les
deux freres Eteocle & Polynice.
1
Le troifiéme qui paroît fur la fcene
n'employe que la voix de l'innocence &
de l'humanité , fans art & fans divifion ;
c'est en faveur du cadet qu'il parle contre
le préjugé & la coutume . " Plus avancez
en âge , les ainez font plus en état de "
parvenir, s'ils ne le font déja ; mais quelle "
reffouree refte à un cadet , s'il ne la "
trouve dans un ample heritage ? Souvent “
ཝ
$16 LE MERCURE
و د
و د
?
,, il a perdu fon pere dès le berceau , &
,, il n'a jamais donné le doux nom de me-
,, re qu'à des femmes étrangeres . A qui
,, s'adreffera- t'il ? à des tuteurs avides de
fon bien à un aîné qui lui refufe avec
dureté le neceffaire , parce que l'édu
cation d'un frere lui eft bien moins
;'> chere que fon luxe & fon plaifir , à des
, amis ? mais en connoît-il même le doux
,, nom , & a- t'il d'autres protecteurs que
55 ceux que fes larmes lui ont pu faire ?
ور
La nature fe declare donc ouvertement
pour le cadet. Envain prétend -on
nous oppofer les Oracles Sacrez ; combien
de fois ont- ils prononcé en faveur
du plus jeune . Jacob fut préferé à Elaü ,
David releva les ruines du Thrône d'Ifraël
, Jofeph arracha fa famille à la douleur
, & à l'indigence , & la couvrit de
gloire au milieu d'une terre barbare.
Benjamin fit toute la confolation d'un
pere attrifté par la mauvaiſe conduite de
les autres enfans ; & puifque les bienfaits
font une fuite naturelle de l'affection ,
les cadets n'ont-ils pas ordinairement
droit au meilleur partage ? ,, Au reſte
,, Meffieurs , je ne plaide pas feulement
,, pour les enfans mâles , mais encore
5, pour les foeurs cadettes. Leur état , leur
,, foibleffe , leur âge , tout parle en leur
faveur , puifque tout les écarte du che
D'OCTOBRE 1722 . 117
min de la fortune , il leur faut même s
acheter le droit de la folitude , fi elles
y font appellées ; & où en prendre le "
prix , fi un pere tendre & équitable ne
les favorife dans fon teftament ? "
❝
Enfin le dernier Orateur plaide la caufe
du pere & de la mere , plutôt que celle
des enfans ; il veut qu'ils n'ayent part
à l'heritage , qu'autant que les parens le
jugeront expédient , & il authorife fon
fentiment des loix de la nature , de la raifon
, de l'équité , de la coutume ; c'eft l'in
tereft des familles , dit-il , c'eft F'intereft
du public ; pouvez - vous , Meffieurs , nous
refuſer vôtre ſuffrage ? un pere a acquis
fes biens par fes foins & fes travaux , n'eſtil
pas jufte qu'il les difpenfe à fon gré ?
quoi il lui fera permis de diffiper fon
bien , & il ne pourra pas en difpofer en
faveur d'un fils qui merite fa tendreffe ?
des enfans font ingrats ou indociles , n'eftil
pas avantageux pour leur éducation d'être
retenus par la crainte , ou excités
Pefpoir le repos & la gloire des familles
dépend donc du choix des parens , auff
bien que l'intereft du public.
par
En effet , qui connoît mieux les talens
& le caractere des enfans que des parens
qui les ont fans ceffe fous les yeux ? c'eft
donc à eux à mettre un frein à la prodigalité
de celui- ci , & à exciter la libera€
18 LE MERCURE
lité de cet autre ; c'eſt à eux à mettre l'épée
entre les mains de ce jeune homme ,
que Mars appelle fous les étendarts , à
placer fur les lys celui qui a déja la gravité
& la prudence d'un Senateur , & à
concourir ainfi au bien de l'Empire par
l'harmonie de tous les Etats . ,, Je ne m'étonne
donc plus que le grand Empire
de la Chine autorile le choix des
,,
و ر
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ر ه د
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dans le
parens
des biens entre les enpartage
fans ; qu'un Empereur Romain ait
cherché un fucceffeur dans une famille
étrangere , à l'exclufion d'un fils qu'il
jugeoit incapable de foutenir le poids
de l'Empire ; que cette loi ait paffé
jufqu'à nous fous le nom de droit
écrit , & fleuriffe de nos jours dans
les plus belles Provinces de France.
Au refte nous fommes difpenfés de refuter
, à leur exemple , les raifons de nos
Competiteurs , puifque nôtre cauſe renferme
toute la bonté dès leurs fans en
avoir les inconveniens . Le partage fera
égal ou inégal , fuivant l'égalité ou l'inégalité
de merite ; l'ainé fera l'heritier s'il
a foin d'être le premier en vertu , comme
il eft en naiffance ; cadet pourra lui
difputer l'heritage , s'il lui difpute en talens
& en probité ; pouvez - vous , Meffieurs
, ne pas decider en faveur d'une
caufe qui vous intereffe tant , puifque le
D'OCTOBRE 1722. 119
feul merite y a tout l'avantage,
Pendant qu'on prononçoit ces difcours
le Prince qui préfidoit à l'affemblée les
écoutoit avec une attention furprenante
pour faire pancher fon fuffrage vers le
parti qui lui paroîtroit le plus équitable,
Mais étrange effet de l'éloquence , s'é- “ ¶
crie-il , elle donne à tous les fujets "
qu'elle traite certaine couleur de verité "
qui fait illufion à l'efprit ; & j'ai vû “
croître mes doutes par les moyens mê- "
me que j'avois crû propres à les éclair- "
cir. " Il eſt donc obligé d'en appeller à
fes lumieres , & d'examiner les avantages
& les inconveniens de tous les partis
avec l'exactitude qu'exige l'importance.
de la loi qu'il doit porter.
L'égalité de partage eft avantageufe
aux particuliers , mais non pas à la famille
en general ; elle ne fait point de malheureux
, mais fait- elle un feul heureux ? elle
ne fçauroit illuftrer une condition mediocre
, & elle dégrade ſouvent une Noble
Famille. Un pere a de grands biens
& une Charge confiderable , il meurt
fans avoir reglé les affaires ; auffi - tôt on
partage les biens , on vend la Charge , &
la maiſon tombe de la fplendeur dans
l'obscurité.
L'inégalité fait plufieurs malheureux ,
& ne fait qu'un heureux ; c'eſt une loi
120 LE MERCURE
bien dure qui en dépouille plufieurs pour
enrichir un feul , elle porte la haine &
la jaloufie jufques dans le coeur des freres
, fi toutefois elle eft neceffaire pour
l'éclat & l'élevation des familles , l'introduira-
t'on en faveur de l'aîné ? Il femble
que la naiffance & l'ufage le favorifent ;
imais quelle douleur ! s'il n'a pas autant de
merite que le cadet , & s'il laifle déperir
une maiſon au lieu de l'élever par fon induftrie
, ou de la foutenir par fa fagefle
Helas ! dans les contrées où le droit d'aî
neffe eft établi , combien de fois feroiton
ravi que le cadet fut metamorphofé
en aîné.
Prétendons - nous donc favorifer le cadet
aux dépens de l'aîné : pourquoi non,
s'il le furpaffe en merite ? d'ailleurs le
danger où il eft de fe trouver fans appui ,
fans éducation , fans établiſſement follicite
nôtre compaffion ; mais auffi qu'il
eft dangereux de confier la fortune d'une
maifon à des mains trop foibles encore
pour la foutenir . Quelque portez d'ailleurs
que nous foyons à nous rendre les
protecteurs des orphelines , nous ne pouvons
nous réfoudre à tranſporter avec
elles les biens d'une maifon dans une famille
étrangere , où fouvent ils fe perdent
avec le nom & la memoire de la
bienfaictrice.
Enfin,
D'OCTOBRE 1722. I21
Enfin , déciderons nous en faveur du
choix du pere & de la mere ; cette loi
rend les enfans foumis & refpectueux ;
mais la crainte n'a- t'elle pas plus de part
à ces refpects que la tendreffe filiale , elle
donne de l'empire aux parens ? mais n'authorife-
t'elle pas leur caprice ? ils connoiffent
leurs enfans mieux que les étrangers
; mais le coeur d'une mere ne l'emporte-
t'il pas fouvent fur fon efprit ? combien
de fois le merite d'un fils cede - t'il
à la faveur d'un frere cheri ? D'ailleurs les
parens ne font ils jamais trompés par les
apparences , par un faux brillant , , par la
vivacité de la jeuneffe : que fçai -je ? par
leurs préjugez & leurs prédilections ; celui-
ci paroît lent au dehors , tandis que
fa raifon forme au dedans des réflexions
judicieufes ; celui- là bouillant & impetueux
acquiert avec l'âge une égalité admirable
, femblable à ces fruits amers qui
deviennent doux dans leur maturité ; cet
autre au contraire paifible & modeſte a
été lage trop tôt pour l'être long-temps .
Quelle fource feconde d'erreurs pour des
parens aveuglez ? & qu'on ne nous oppofe
pas le pouvoir abfolu que la loi Romaine
donnoit aux peres fur leurs enfans ; elle
étoit une fuite de cet empire fouverain
que le peuple fier exerçoit fur les nations
fubjuguées ; chaque particulier vouloit :
F
2
con122
LE MERCURE
conferver dans fa famille la domination
que la République avoit fur les Provin
ces foumiles.
Ainfi , après avoir meurement pefé , &
examiné toutes les raifons , nous voulons
que dans nos Etats le partage inégal ait
lieu dans les Maifons Nobles , que l'aîné
ait les deux tiers des biens , tant paternels
, que maternels , que
dernier tiers
Le partage également entre les cadets ;
qu'enfin les familles roturieres divifent
leurs biens en portions égales pour être
également diftribuées à tous les enfans ,
Nous établiffons l'inégalité parmi la Nobleffe
, parce qu'il eft à propos pour le
bien & la gloire de l'Etat , que les familles
diftinguées ayent non - feulement
dequoi foutenir leur rang , mais encore
dequoi s'élever & s'aggrandir ; rien ne
donnast plus de luftre à un Empire , &
ne fourniffant une reffource plus prefente
à fes befoins que l'éclat & l'opulence des
principaux membres ; au lieu que le même
bien public exige que les fujets d'un
Ordre inferieur fe bornent à la mediccrité
de leur Etat , pour y faire fleurir les
Arts & le commerce , dont la ruine feroit
inévitable , fi l'inégalité , les rendant
trop riches , ils venoient à s'élever , à ſe
mefurer avec les Nobles , ou même à les
effacer par une ridicule émulation de luxe
&
D'OCTOBRE 1722.. 123
& de fafte. Parmi les Nobles l'aîné foutiendra
la maiſon par l'opulence , & les
cadets lui donneront de l'éclat par leurs
vertus & leurs exploits ; parmi les roturiers
l'égalité bannira l'indigence & la
jaloufie , produira l'émulation & l'union
& les fera tous concourir à procurer l'abondance
, & à perfectionner les Arts .
Parmi les Nobles nous avons preferé l'aîné
, parce que dans le doute fi le cadet
aura plus de merite , nous jugeons à propos
de donner l'avantage à l'ordre de la
naiffance , & de décharger de l'odieux
d'une préference des parens qui doivent
également aimer leurs enfans , les aînez
font d'ailleurs plutôt en état de foutenir
le poids des affaires , & nous ne pouvons
prendre de plus feur modele que la loi
falique d'un Royaume , dont les fages
loix devroient regler les jugemens de tout
l'univers.
Cette décifion fut applaudie par le
fuffrage d'une affemblée nombreuſe &
choifie qui fe trouva avec plaifir à ces
fortes d'exercices ; on peut dire auffi qu'on
ne fçauroit affez en multiplier l'ufage
rien n'étant plus propre à former l'efprit
& le goût de ces jeunes acteurs , qui par
de pareils effais le preparent à être un
jour l'ornement du Barreau & la gloire,
de l'Etat,
Fij
NOU124
LE MERCURE
NOUVELLES E'TRANGERES .
De Turquie du 1. Septembre 1722.
Lfantinople fielle n'étoit
A tranquilité feroit parfaite à Confpas
troublée
par la maladie contagieufe qui paroît s'y
renouveller ; elle a même attaqué la fuite
de M. Popiel , Envoyé extraordinaire de
Pologne , qui a été obligé de fe retirer à
la campagne. Ce fleau renaiffant n'a pas
empêché le Grand Vifir de regaler fuperbement
le Grand Seigneur. Četre Fête
a été celebrée à la campagne , & a été
diftinguée par les magnifiques prefens que
le premier Miniftre a fait à fa Hauteffe.
On n'eft pas ici fans inquiétude au fujer
des mouvemens du Czar , & on a donné
des ordres aux Commandans des Troupes
Ottomanes fur les frontieres de ne rien
faire qui puiffe occafioner une rupture
avec la Ruffie. On a député un Agapour
porter fes ordres , & il s'eft abouché en
paffant avec le Kan des Tartares de la
Krimée pour lui recommander de ne fe
point mêler des affaires des Rebelles de
. Perfe , & des Tartares d'Ufbeck . On a
apris que le Czar avançoit du côté de la
Perfe ,
D'OCTOBRE 2722. 125
Perfe , & qu'il pourroit bien prendre
parti pour le Monarque détrôné .
Le Bacha de Babilone a affemblé trente
mille hommes , & eft en état de défenfe.
On n'a point de nouvelles de l'Eſcadre
Turque de la Mediterranée , depuis
qu'elle eft à l'anchre devant l'Ifle
de Zante , appartenant à la République
de Venife.
On a reçu quelques lettres d'Erivan
qui difent que le Sophi avoit trouvé le
moyen de former une nouvelle armé
qui , commandée par un de les fils , avoit
entierement défait les troupes de Miriveits
, & que ce fameux rebelle avoit été
réduit à prendre la fuite.
De Petersbourg, ce 6. Septembre.
ON
qu'un N mande de Mofcou
Courier y avoit été de Siberie en
quinze jours , il portoit des dépêches du
Czar au Major Hemnis. Ces lettres font
dattées de la Mer Cafpienne à quatrevingt
lieues d'Aftracan . Sa Majefté Czarienne
avance du côté de Tarki , fuivi de
toute fon armée , la Cavalerie par terre ,
& l'Infanterie par mer . On a coupé les
cheveux à tous les foldats , & on leur a
défendu de manger aucun fruit. Le Prin
ce Minfinski arrivant ici de l'armée , a
raporté que le rebelle Miriveits n'avoit
Fiij pas
126 LE MERCURE
pas
ofé attendre le Czar fur les bords de
la mer Cafpienne , & qu'il s'en étoit éloigné
. On a découvert à Aftracan une
confpiration contre le Czar , & quelques
Ecclefiaftiques qui y avoient eu part ont
été punis. Le Confeffeur du Prince Memikef
a été décapité par une Sentence
lu Synode , pour n'avoir pas dénoncé un
Ecclefiaftique qu'il fçavoit être complice
le cette confpiration . On a enfin reçû la
ouvelle du débarquement des troupes du
Czar à Tertzi & à Derbone , villes fituées
fur les bords de la mer Cafpienne ,
la premiere aux confins de la Circaffie
& l'autre dans la Province de Chirvan .
De Varsovie , ce 27. Septembre..
L
Es Diettes particulieres des Palatinats
ont affez bien réuffi Mais la
Diette particuliere de la grande Pologne,
affemblée à Strzoda dans le Palatinat de
Pofnanie a été troublée par un incident qui
demande une nouvelle convocation. Le
Comte de Mycieski , Porte Enteigne de
la Couronne , en fut élû Maréchal dès le
premier jour ( c'étoit le 24. Aouft. ) Mais
la Diette fut rompue dès le lendemain
par M. S korzeursky , qui protefta contre
tout ce qui pourroit être ftatué , à
caufe
que l'un des députez étoit ami du
Comte Radouski avec qui ce Gentilhomme
eft en procès .
Le
D'OCTOBRE 1722. 127
Le Czar a envoyé ordre au corps de
troupes qui eft dans l'Ukraine de fe rendre
a Aftracan , ce qui a fans doute fait
naître le bruit qui s'eft répandu que l'armée
Ruffienne avoit fouffert quelque
perte.
Les Diettes particulieres de Lublin , de
Plosko , de Czersko , ou de Maſovie , &
de Vifnie , fe font feparées fans conclufion
; on a envoyé de nouveaux ordres
pour faire raffembler les deux premieres.
Le Roy de Pruffe a envoyé ici un Miniftre
en faveur des Proteftans de ce
Royaume qui travaillent à s'affurer de
l'appuy dans la prochaine Dierte generale,
au cas que le Roy la puiffe affembler cette
année.
La Dierte de la grande Pologne , affemblée
pour la feconde fois à Srzeda , s'eſt
encore feparée fans élection de députez
par la proteftation de Loncki , l'un des
Gentils -hommes qui la compofoient.
De Stokolm , ce 27. Septembre.
Llement dans le port de Coppenhague
Es vaiffeaux Danois qui font actuelont
pris des provifions pour quinze jours,
& mettront inceffamment à la voile pour
aller obſerver les mouvemens de la flotte
du Czar , dont on n'eft point informé
depuis qu'elle a paru à la vue de Dantzic .
F iiij On
#28 " EE MERCURE
On a entierement rétabli les Mines de'
ce pays - ci , & les fujets du Roy en profiteront
, on a rejetté le Memoire des
étrangers qui fe prefentoient pour les
affermer.
Le 18. Septembre M. Rumpf , Réfident
des Etats Generaux , a prefenté aux
Senateurs un fecond Memoire pour le
payement des fept cens ' cinquante mille
florins , empruntez par le feu Roy Charles
XII . en 1702. fous le cautionnement
de la République.
On a publié ici une prolongation juſqu'au
premier Janvier prochain de l'exemption
des droits de Douane , accordée
aux vaiffeaux Hollandois.
De Coppenhague , ce 2.2 . Septembre.
L
Es fix vaiffeaux de Guerre qui avoient
eu ordre d'obferver les mouvemens
de la flotte du Czar ont été défarmez , &
le Capitaine Fontenay a eu ordre de refter
avec la Fregate à la rade de Bornholm
autant de temps que la faifon le permettra.
Le Major Ofcken a fait en prefence
de Sa Majesté Danoife quatre épreuves
confecutives d'une machine qu'il a inventée
pour éteindre le feu . Elle a parfaitement
réüffi fur un vieux vaiffeau de
guerre , où on avoit mis le feu.
La
D'OCTOBRE 1722 . 129.
La Regence de l'Electorat d'Hanover
a fait arrêter à Infpruck un Secretaire
d'ambaffade du Roy d'Angleterre qui ſe
fauvoit à Rome avec un négociant Italien
fon complice , ils font accutez de corref
pondance criminelle avec le Chevalier de
S. Georges .
La Colonie établie à Fridericia en Jutland
devient floriſſante , fur tout depuis
la publication des nouveaux privileges
qui lui ont été accordez , & le don qui,
lui avoit été fait par le Roy de deux cens
vingt jardins qui fe trouvent aux environs
de cette place.
De Vienne , ce 30. Septembre.
31. Aouft l'Empereur tint à la Fa-
LEB
vorite un Confeil fecret , qui fut fuivi
de la ceremonie de l'Octroy de l'inveftiture
du Duché de Deux - Ponts , au
Baron de Berh , Miniftre Plenipotentiaire
, & à M. Jean Albert Schum , Confeiller
& Agent du Prince Guſtave , Sa-
⚫muel , Leopold , Comte Palatin du Rhin,
& Duc de Deux -Ponts , depuis le 6. Janvier
1719. qu'il en prit polieffion après la
mort de Charles XII . Roy de Suede.
L
De Londres , ce 10."Octobre.
E Roy & le Prince de Galles ont
vifité l'Arfenal de Portmouth , où
F. v ilss
130 LE MERCURE
ils ont été reçûs & complimentez par
Mrs les Chevaliers Norris & Wager ,
Commiffaires de l'Amirauté. Le voyage
du Roy a été heureux , & accompagné
de benedictions des peuples , que Sa Majefté
a comblé de fes liberalitez auffi
bien que le Prince , fon fils.
,
que
-
La garnifon de la Tour qui n'étoit
de quarante foldats a été fortifiée de trois
ceas hommes détachéz du Camp de Hydepark.
M Morris , fille de l'Evêque de Rochefter
a prefenté req ête pour l'acceleration
du jugement du procès de fon
pere fort incommodé de la goutte , alle.
guant que la prifon redoubloit fa maladie
, m is cette requête a été rejetrée ainfi
que celles des fieurs Kelli & Ko kram ..
On a arrêté plufieurs particuliers , entre
autres le fier Drummont , Ecoffois ,
& le Capitaine Halftead , Gentil - hommet
du Comté de Lancaftre , qui avoit été
mis en liberté quelques jours auparavant.
On a repris le fieur Chriftophe Lair ,
Avocat de Temple- Bar qui s'étoit fauvé
de la maifon du Meffiger d'Etat qui
l'avoit fous fa garde , il a été interrogé &
conduit à la Tour pour crime de haute
trahifon . On a auffi arrêté fa femme à
Douvre avec des papiers de grande confequence
; on prétend qu'il étoit dépofitaire
D'OCTOBRE 1722 . 131
taire du fecret de la derniere confpiration.
Le Lord North - & - Gray a été arrêté à
fa maiſon de campagne , près d'Efping &
le Comte d'Orery a eu le même fort dans
la fienne , près de Windfor.
De Lisbone , ce 21. Septembre.
E Roy a fait publier une feconde
Ordonnance contre les Fraudeurs
de fes droits , attendu que la premiere
publiée le 6. Octobre 1705. ne les contenoit
pas dans le devoir qu'elle leur pref
crivoit. Cette Ordonnance défend à toute
perfonne de quelque qualité & condition
qu'elle foit d'aller à bord des Paquebots
& vaiffeaux Marchands , tant étrangers
du
que pays , fans une permiffion par
écrit du Contrôleur de la Doüane. Cette
Ordonnance défend auffi l'uſage des petits
canots nommez Carrayas , fous peine.
contre les contrevenans d'être releguez à
Maranhaon , de perdre leurs marchandifes
, & la moitié de leurs autres biens ,
dont le tiers appartiendra au dénonciateur
. Sa Majefté declare dans la même
Ordonnance qu'il ne fera accordé aucunes
lettres d'affurance à qui que ce foit ,
& que tous les privileges expediez juſ
qu'à prefent feront nuls , que tous ceux
qui porteront des Marchandifes , argent
ou autres effets fur les vaiffeaux , après
F vj qu'ils
132 LE MERCURE
qu'ils auront mis à la voile pour fortir de
la Barre fubiront les mêmes peines , ainſi
que les Capitaines , Pilotes , ou autres
Officiers de ces navires qui faciliteront
la contrebande. Les Confuls qui réſidenti
dans cette Ville pour les interefts de
differentes nations ont réfolu de faire des
remontrances au Roy fur cette Ordona
nance , & prétendent qu'elle eft contraire
à la liberté du commerce . Les Confuls .
Hollandois ont fait au Roy des reprefentations
qui l'ont déterminé à accorder
une diminution fur les droits d'entrée
du fel.
De Madrid , ce 30. Septembre
Efcadre Hollandoife eft entrée au
Port de Gibraltar le 13. Septembre >
pour faire de l'eau , & prendre des rafraîchiffemens
, elle en eft fortie quelques
jours après pour aller croiſer à la hau-·
reur de Salé. Le Gouverneur Anglois a
offert la retraite aux vaiffeaux de cette :
efcadre , fi le Contre- Amiral Grave`re->
çoit ordre d'hiverner fur les côtes d'Eſpagne.
Le Roy a ordonné , au fujet de la difficulté
faite par le Confeil de fanté de Malaga
, à un vaiffeau de l'efcadre de Hollande
, que par confideration pour les Etats-
Generaux , on n'obferveroit à l'égard de
leurs
}
D'OCTOBRE 1722. 153
leurs navires , que les mêmes formalitez
que la Republique fait pratiquer aveo
ceux de Sa Majefté. Le Cardinal d'Acunha
eft arrivé de Paris à Madrid lo
21. Septembre , il a eu l'honneur de baifer
la main à leurs Majeftez Catholiques
qui l'ont reçû avec des diftinctions gracieuſes.
L
De Rome , ce 24. Septembre.
E 27. Aouft les Siénois firent cele
brer un fervice folemnel dans leurs
Eglife Nationale de Sainte Catherine ,
pour le repos de l'ame du Grand- Maître
de Malthe Marc Antoine Zondodari
leur compatriote. L'Archevêque de Nicomedie
y celebra pontificalement la
Meffe où affifterent le Cardinal Zondodari
, frere du défunt , l'Ambaffadeur de
la Religion , le Commandeur Juftiniani ,
& tous les Chevaliers de l'Ordre.
聿
Le Cardinal Aquaviva chargé des
affaires du Roy d'Elpagne a fait part
Sa Sainteté de la conclufion du mariage
de l'Infant Don Carlos avec Mademoifelle
de Beaujolois , & lui a demandé les
difpenfes neceffaires pour ce mariage. Le
même jour M. l'Abbé Tevenin alla à
l'Audiance du Pape pour le même fujet ,
& remercia Sa Sainteté de l'Indult qu'elle
a accordé au Roy, très - Chrétien pour
nommer
134 LE MERCURE
nommer pendant fon regne à l'Archevêché
de Besançon , aux Benefices Confiftoriaux
de la Franche- Comté , & à ceux
de la Flandre & pays conquis. Le Roy
d'Efpagne a offert au Pape une efcadre
pour la défenſe de l'Italie contre les Turcs
s'ils arment contre elle le Printemps prochain
; cette offre faite par le Cardinal
Aquaviva a été accompagnée de la demande
d'un port pour fervir de retraite
aux vaiffeaux Efpagnols .
Le Cardinal Cienfuegos follicite au
nom de l'Empereur une Balle de la Croifade
fur le Royaume de Naples , & le
Duché de Milan femblable à celle qui a
déja été accordée à Sa Majefté Imperiale
fur les Benefices de la Sicile.
Le Prince Alderan de Maffa de Catara
a informé le Pape du deffein formé
par l'Empereur qui veut faire une place
d'armes de la capitale de cet Etat, y faire
entrer le nombre de troupes qu'il jugera
neceffaires pour fa confervation ' , & pour
en fermer les paffages.
DIGNITEZ ;
D'OCTOBRE 1722.
******jkjkjkjkjkjkjk
DIGNITEZ , BENEFICES,
& Charges des Pays Etrangers .
M
ALLEMAGNE.
>
R le Comte de Volkra a prêté fer
ment le premier Septembre à Vienne
entre les mains de M. le Comte de
Dietrichttein , Prefident de la Chambre
Aulique , pour la Charge de Prefident de
la Chambre Royale de Silefie que l'Empereur
lui a donnée , & qui vaquoit par
la mort de M. le Comte de Neidhard.
Le 14. Septembre jour de l'Exaltation
de Sainte Croix , l'une des Fêtes Titulaires
de l'Ordre de la Croifade , l'Imperatrice
Amelie , accompagnée de l'Archiducheffe
, fa fille , entendir dans la Maifon
profeffe des Jefuites la Meffe celebrée
Pontificalement par le Nonce du
Pape , & enfuite Sa Majefté Imperiale
fit une promotion de Chevaliers à qui
elle donna l'ordre de la Croifade.
Le Cardinal de Boffu d'Alface , Archevêque
de Malines prêta ferment le
15. Septembre entre les mains de l'Empereur
, en qualité de Confeiller ordinaire
au Confeil d'Etat ; M. Patachih a été
nominé par l'Empereur à l'Abbaye du
Saint136
LE MERCURE
"
Saint Efprit de Hrapko en Hongrie le
17. Septembre. M. l'Abbé Gentilotti a
été nommé Bibliothecaire de l'Empereur.
L'Empereur a nommé pour la Maiſon
de l'Archiducheffe Marie Amelie Futane
, Princeffe Electorale de Baviere .
M. le Comte de Dietrichftein , Majordome
Major , Madame la Comteffe de
Breuner , Premiere Dame du Palais.
Mesdames les Comteffes de Martinits ,
de Kuen , de Konigleg & Hardel , Dames
d'Honneur , & leur a donné à toutes la
clef d'or avant leur départ .
ANGLETERRE.
MTownend, & M. Jacob Acwood
Thomas Rudge , M. Ifaac
ont été faits Chevaliers par le Roy de la
Grande Bretagne.
M.le Colonel Churchil a obtenu le
Gouvernement de Plymouth , vacant par
la démiffion volontaire de M. Charles
Trelauney.
Madame la Comteffe d'Effex a été nommée
Dame de la Chambre de la Princeffe
de Galles , à la place de Madame la Comteffe
de Pembrock , morte depuis quelques
jours.
ESPAGNE
D'OCTOBRE 1722 37
ESPAGNE .
On Jean d'Herrera , Confeiller au
D Confeil du Roy Catholique , &
actuellement Auditeur de Rote à Rome
pour le Royaume de Caftille , a été nommé
a l'Evêché de Siguença .
Le Docteur Don Thomas Nunnes Florés
, Chanoine , Penitencier de l'Eglife'
Cathedrale de Salamanque , & Profefleur
en Droit de l'Univerfité de la même Ville ,
a obtenu de Sa Majefté la Charge d'Au
diteur de Rote à Rome , pour la Cou
ronne de Caftille..
NAISSANCES , MORTS ,
& Mariages des Pays Etrangers .:
M
R le Chevalier Vianego , Miniftre
de la Republique de Genes auprès
du Roy de Sardaigne , eft mort à Turin
le 15. Septembre . M. Nicolas Van Bambeck,
Bourguemeftre, Regent de la Ville
d'Amfterdam ; y eft mort prefque fubitement
d'une violente oppreffion de poitrine.
M. Hubert Rofenboon , Prefident du
Grand Confeil de Hollande , eft mort à
la Haye le premier Octobre.
>
Me la Comteffe Doiiairiere de Sunderland!
138
MERCURE LE
derland eft accouchée d'un fils pofthume
le 22.
Septembre.
Le Lord Parker , fils du Grand Chancelier
de ce nom époufa le 29. Septembre
Mile Lane , fille d'un des plus riches
négocians de Londres.
Don Henrique de Noronha , Grand
Veneur du Royaume de Portugal, Commandeur
de Pynheriro de Sainte Marie
de Azero de Saint Jacques de Santarem ,
des Maifons de Freyria , & de Sainte
Marie de Altos-Ceos de l'Ordre de Chriſt,
eft mort dans fa Maifon de campagne le
10. Aouft , & a été entérré le 3. à Lif
bone dans l'Eglife de Nôtre Dame de la
Conception. Don Diego Rangel de Macedo
Marchaon , Gentilhomme fervant
de la Maiſon du Roy de Portugal , &
Commandeur de Sainte Marine de Lisbone
de l'Ordre de Chrift , a époulé à
Lifbone Dona Antoinette Caetano de
Caftro , fille de Ferdinand Leite de Souza
, & Niece du Cardinal Pereira.
Me la Comteffe d'Obido elt accouchée
à Lifbone d'une fille , le 13. Septembre ,
& l'épouſe de Don Manuel de Sampayo
de Mello y eft accouchée quelques jours
auparavant d'un troifiéme fils.
ADDITION
D'OCTOBRE 19226 132
ADDITION aux nouvelles Etrangeres
L
Es dernieres lettres de Malthe por
tent que deux Galeres de la Religion
, nommées le S. Antoine & le Saint
Vincent , commandées par le Commandeur
Fabritio Franconi , Napolitain , &
par le Chevalier Maurice Antoine Solano
Piemontois , avoient depuis peu , près
les côtes de Sicile , pris deux Corfaires de
Tripoli , l'un de 16. canons , & de 60.
hommes d'équipage , l'autre de 12. cẩ-
nons , & de 150. hommes & qu'elles
n'avoient perdu dans le combat que deux
forçats de leur Chiourne .
>
Le 23. du mois paffe le Pape tint Confiftoire
au Quirinal , il y propofa l'Evêché
de Savone dans l'Etat de Genes pour
M. Marie , Auguftin , Spinola , Evêque
d'Ajazzo celui de Brugnette , fitué auffi
dans l'Etat de Genes , pour M. Nicolas
Leopold Lomellini , celui d'Hola dans la
. Calabre , pour M. Pierre- Alexis del .
Mayo , & celui de Tlaſcala , dans le Mexique
, pour M. Jean- Antoine de Lardizaval
, Chanoine de Salamanque . Le Cardinal
Aquaviva propofa l'Evêché de Guadalaxara
, dans l'Amerique Septentrionale
, pour M. Pierre de Tapis , actuellement
LE MERCURE
ment Evêque de Durango ; enfuite il préconila
M. Benoît Crefpo pour ce dernier
Evêché. Le Cardinal Cienfuegos propofa
l'Evêché de Caftel - à- Mare pour le
P.Savaftani , Religieux Reformé de l'Ordre
de S. François , l'Evêché Titulaire
de Tricala dans la Theffalie , pour le P.
Charles de Spinola , Capucin. Le titre
Epifcopal d'Utine en Afrique , avec celui
de Suffragant de Conftance , pour M.
François - Jean - Antoine de Siergenftein .
Il préconila enfuite le P. Jofeph Robſon,
Benedictin , pour l'Abbaye de S. Pierre
de Lobe , Dioce e de Cambrai. Le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires
de France , propofa l'A chevêché d'Albi
pour l'Archevêque de Tours ; l'Abbaye
d'Evron , Ordre de S. Benoît , Diocefe
du Mans , pour l'Abbé de Caftel de Crevecoeur
; celle de Valhonefte ou Felnie--
res , Ordre de Citeaux , Dioceſe de Clermont
, pour l'Abbé de Montmorillon .
Ce Cardinal préconifa auffi l'Abbé de
Montmorin , pour le titre Epifcopal de
Sidon , & pour la Coadjutorerie de l'Evêché
d'Aire ; l'Abbé Vallet, pour la Coadjutorerie
de l'Abbaye de S. Amand des
Prez , Ordre de S. Benoît , Dioceſe de
Tournay , & le P. Gros de Beller , pour
celle de l'Abbaye Reguliere de N. D. de
Chancelade , Ordre de S. Auguftin ,
Diocéle
D'OCTOBRE 1722 " 14
Dioceſe de Perigueux. A la fin du Confiftoire
, le Cardinal Alexandre Albani
ci-devant Cardinal Diacre , du titre de
S. Adrien , opta celui de Sainte Marie
in Cofnedin , qui vaquoit depuis le 6.
Juillet dernier que le Cardinal Annibal
Albani , fon frere , prit celui de S. Clement
, en paffant dans l'Ordre des Cardinaux
Prêtres .
Après que le Pape est accordé le Pallium
pour M. Pierre Scurra , Archevêque
de Durazzo , Sa Sainteté expofa par
un difcours auffi pathetique qu'éloquent,
le peril où fe trouve expofée l'Ile de
Malthe, par les préparatifs extraordinaires
que le Grand Seigneur a ordonné
pour le Printems prochain ; elle promit
d'envoyer des Brefs à tous les Princes de
la Communion Romaine , pour les enga-.
ger à fournir les fecours neceffaires dans
cette occurrence , à la Religion de Malthe
, & aux Provinces Maritimes de l'Efat
Ecclefiaftique, & elle exhorta chaque
Cardinal en particulier d'employer fes
bons offices auprès des Puiffances , dont
il est né fujet , & dont il eft chargé des
affaires.
On écrit de Milan que l'Empereur y
a envoyé soooo . écus qui doivent être
employez aux nouvelles fortifications que
S. M. 1. fait faire à Pizziglione ; qu'il
eft
142 LE MERCURE
eft déja arrivé beaucoup de recrues , que
le bruit court que l'Empereury doit faire
encore paffer dix à douze mille hommes
au Printems prochain , & que l'on travaille
actuellement à remplir les magafins
de Mantoue de bled , & d'autres
vifions neceffaires pour la nourriture de
cés troupes.
pro-
On écrit du Duché de Meckelbourg,
que les troupes de la Commiffion Imperiale
avoient ordre de bloquer les Villes
de Swerin & de Domitz , & que le bruit
y couroit que le Duc de ce nom avoit
receu à Dantzic , où il eft encore , des
dépêches qui lui font perdre l'efperance
d'être fecouru par le Czar , auffi - tôt qu'il
le croyoit.
On mande de Londres que la cavalerie
qui devoit décamper d'Hyde- Parc le 12 .
de ce mois reçût le même jour un contre
ordre , & l'on croit qu'elle n'ira loger
dans les maifons de Londres qui ont été
marquées pour elle , qu'après le retour
du Roy qui doit arriver le 16. pour faire le
20. l'ouverture du nouveau Parlement. Le
Comte d'Orrery & le Lord Nort- &- Grai,
qui ont été arrêtez depuis peu , font détenus
à la Tour comme criminels de hau--
te trahifon . Le fieur Nano , Irlandois , &
Miniftre de l'Eglife Anglicane , le noya
ces jours paffez en fe fauvant de la maifon
D'OCTOBRE 1722. 143
fon d'un Meffager d'Etat , chez lequel il
étoit prifonnier.
On a fait le 14. de ce mois l'élection
du Lord Maire de Londres . Le Chevalier
Gerard Conyers & le Chevalier
Pierre d'Elme , tous deux du parti deş
Whigs , s'étant trouvez avoir le plus
grand nombre de voix , la Cour des Aldermans
a choifi le premier pour remplir
cette Charge pendant le courant de l'année
prochaine.
Dans la derniere affemblée des Directeurs
de la Compagnie des Indes , on a
promis aux intereffez un devident de
quitre pour cent pour fix mois.
On mande de Francfort que la Princeffe
Jeanne Guilelmine de Naffau - d'Iftein
, époufe de Simon Henry Adolphe ,
Comte hereditaire de la Lippe d'Etmolde
, étoit accouchée d'une fille le 3. de
ce mois , & que la Princeffe Albertine-
Julienne de Naffau-d'Iftein , fa foeur
aînée , époufe du Prince hereditaire de
Saxe Eifenach , étoit morte quelques
jours après , dans la vingt- cinquieme année
de fon âge.
On apprend de Turin que le Prince
de Piémont eft prefentement Colonel dụ
Regiment de Dragons qui portoit le nom
de Piémont , & qu'on appellera déformais
le Regiment du Prince Royal . La
Cavalerie
LE MERCURE
1144
Cavalerie & les Dragons qui campent en-"
tre Carpenetto & le Château de la Loggia
, près Turin , le partagerent en deux
corps le 24. de l'autre mois pour donner
à ce Prince le fpectacle d'un combat ;
en commanda le premier , ayant fous lui
le Comte de Non & le Comte de Saint
Albans , Lieutenans Generaux . L'autre
fut commandé par le Marquis de Cavillac
, Lieutenant General , & parle Comte
Berghi. Ce combat dura 4 heures , le
Prince de Piémont s'y fit admirer par
les differens ordres qu'il donna très - àpropos.
>
On apprend de la Haye que Charles
le Vier , Libraire , y imprime par foulcription
en un vol. in 4. avec figures
HENRY IV . ou la Ligue , Poëme de
M. de Voltaire , avec des notes hiftoriques
& critiques , & des Anecdotes curicufes
, tirées de divers manufcrits , pour
fervir à l'intelligence du Poëme , & à
l'hiftoire de ce temps là.
On écrit de . Conftantinople que la
Porte Othomane faifoit faire de plus
grands préparatifs que jamais , pour fe
mettre en état de ne rien craindre du côté
de la Perſe.¨
On a appris de Vienne que le 27. du
mois dernier le Comte de Torring , Envoyé
extraordinaire , & Plenipotentiaire
de
D'OCTOBRE 1722 . 145
-
1
de l'Electeur de Baviere auprès de
l'Empereur , alla à l'audiance publique
de l'Empereur , auquel il fit la demande
, en ceremonie , de l'Archiducheffe
Marie Amelie pour le Prince Electoral
de Baviere , dont il prefenta le
portrait à cette Princeffe. Ce Miniftre fut
conduit au Palais de la Favorite , & reconduit
à fon Hôtel par le Comte d'Oropefa
, Chambellan de l'Empereur . Il
fit le foir luminer toute la façade de la
maifon qu'il occupe ; deux fontaines de
vin y coulerent pendant toute la nuit , &
il fit diftribuer un grand nombre de Medailles
d'argent , ayant d'un côté un A
& un B. entreláffez , & couronnez d'un
bonnet Electoral , avec cette legende ,
Felix Conjunctio, & fur le revers , fignatis
Pact . Conjug. inter fer. Princ. Elector
Bav. & fer. Reg. Princip . Hung. Bohem.
Archiduc. Auftria . An . M. DCC . XXII .
Le 3. de ce mois le même Comte de
Torring Jottembact , fe rendit au Château
de la Favorite pour affifter à l'acte
de renonciation aux droits fur les Etats
hereditaires de la Maifon d'Autriche >
qui fut figné avec preftation de ferment
, en prefence de L. M. Regnantes
, de l'Imperatrice Douairiere ,
de l'Archiducheffe Marie - Amelie
future époufe du Prince Electoral de Ba-
G viere ,
146 LE MERCURE
›
viere , lequel arriva le même jour en
pofte à Purckerftorff. Le 4. S. Alt . Ser,
arriva à Vienne, incognito , defcendit chez
M. l'Ambaffadeur , où il changea d'habit
; après quoi il parut en public , & fut
complimenté par l'Evêque de Funkkircher
, Comte de Neffelrot. Le Comte de
Dietricheſtein , Major - d'Homme - Major
de l'Archiducheffe Marie Amelie
l'Evêque de Neutal , Comte de Manders
cheud- Blanckenheim , & fon frere
Major-d'Homme - Major , & envoyé de
l'Electeur de Cologne à Vienne , fe rendirent
auffi auprès du Prince , de même
que le Comte de Mollart , Chambellan
de l'Empereur . Ils eurent l'honneur de
dîner avec S. A. S. qui à trois heures fe
rendit au Monaftere des Religieufes de
la Vifitation au Fauxbourg de Renweg ,
où étoit l'Imperatrice Doüairiere avec
l'Archiducheffe . Le Prince Electoral la
falua , & elle le gracieufa fort . Après
une converfation de plus de deux heures
le Prince prit congé de l'Imperatrice &
de l'Archiducheffe , avec de grandes mar
de tendreffe . Le foir M. l'Ambaffadeur
donna un fomptueux feftin , fuivi
d'un bal qui dura jufqu'à 5. heures du
matin. Le 5. on fit la ceremonie folemnelle
du mariage de l'Archiducheffe Marie-
Amelie avec le Prince Electoral Charles-
· ques
Albert
D'OCTOBRE 1722. 147
Albert Caetan de Baviere . L'Archevêque
de Vienne donna la Benediction Nuptiale
, affifté de quatre Prélats , & du
Curé de la Cour , en prefence de leurs
Majeftez Regnantes , de l'Imperatrice
Douairiere ; & des Archiducheffes. Les
Miniftres & la Nobleffe Imperiale &
Bavaroife , de même que les Dames de la
Cour & de la Ville , y ont paru avec leurs
habits de ceremonie. On entonna enfuite
le Te Deum au bruit des Trompettes , des
Timbales , & de l'artillerie des remparts.
Enfuite il y eut table ouverte, & une trèsbelle
ferenade . Le lendemain 6.de ce mois
L. M. I. & les nouveaux mariez affifterent
dans la Chapelle du Palais de la Favorite
, à la Meffe celebrée par l'Archevêque
deVienne , ils dînerent & fouperent
enfemble , & le foir ils virent la repreſentation
d'un feſtin Theatral en Mufique.
Vers le midy la Ser. époufe du Pr . Elect .
donna audiance au Comte d'Arrach , Chevalier
de la Toifon d'Or , & Maréchal
Provincial de la Baffe Autriche , de même
qu'aux trois plus anciens membres
de chaque Etat. Ce Maréchal prononça
une belle harangue , & offrit un pre ent
de nôce. La Princeffe les admis à lib
fer la main . Le Comte Thierheim , hmbellan
de l'Empereur , & Preſident de la
Haute Autriche , fit auffi un beau difcours ,
Gij accom
14.8 LE MERCURE
accompagné auffi d'un prefent , &
ces deux prefens confiftent , le premier
en une bourſe garnie de diamans , dans
laquelle il y avoit 4000. ducats d'or , &
l'autre eft à peu près de même. Le 7 .
après midy les Ser, époux partirent au
bruit des falves de l'artillerie pourMunick.
On apprend de Mofcou que le Czar
étoit parti de Terki , & qu'il s'étoit avan ,
cé avec l'armée jufqu'aux frontieres de la
Perfe , & que le jeune Prince Pierre , petit-
fils du Czar eft prefentement dans
cette Ville avec la Princeffe Natalie , fa
four. Le Czar a ordonné qu'on le nommât
le Grand Duc. Il lui a fait prefent
d'une Compagnie de 30. jeunes Livoniens
, à qui ce Prince fait faire tous les
jours l'exercice , fous les ordres d'un Seigneur
de la Cour , chargé de fon éducation.
On a publié il y a quelque temps
une Ordonnance qui défend fous des peines
très rigoureufes , de parler du feu
Prince hereditaire Alexis Petrowitz , &
qui ordonne à tous ceux qui ont encore
des exemplaires de l'hiftoire de ce Prince
infortuné , de les remettre aux Officiers
de la Chancellerie .
On mande de Madrid que Don Jofeph
Patinho doit aller par ordre de Sa
M. C. à Ferrol dans la Galice pour en
examiner le port ; le Roy ayant deffein
,
D'OCTOBRE 1722 . 149
fein, à ce qu'on affure , d'y tranſporter le
commerce de Cadix , tant parce que lés
vaiffeaux des Indes abregeoient leur route
de près de 300. lieuës , qu'à cauſe que
Ferrof étant plus près de Madrid de dix
lieuës , le tranfport de l'argent , & des
marchandifes de la flotte en deviendra
plus facile.
EXTRAIT d'une Lettre de Lisbone
du 22. Septembre.
L
E 17. de ce mois entré 7. à 8. heures
du foir D. J. de la Cueva , & Mendeça
, Capitaine d'Infanterie , fils de Don
Jean de la Cueva , Colonel du Regiment
d'Olivenza, & defcendant de Don
de la Cueva , Gouverneur pour les Efpagnols
en 1640. de la Fortereffe de Saint
Julien, près de Cafcaes , entrant chez les
Peres de l'Oratoire de Lifbone pour y
voir le Pere Martin de Barros , oncle de
ſa femme , qu'il avoit époufée depuis peu
de temps , & qui étoit foeur du Garde-
Mayor de la maifon des Indes , trouva à
la porte du Convent le Marquis Das
Minas , de l'illuftre maifon de Soufa , &
gendre de M. le Maréchal de Villeroy ,
qui parloit au Pere Pedro Alvarez, Il le
falua , en lui difant ferviteur de vôtre Excellence
, qui eft la qualité qu'on dori-
Giij
ne
150 LE MERCURE
1
ne en Portugal aux Grands. Le Marquis
qui avoit vêcu toute la vie de la maniere
du monde la plus unie , & qui n'affectoit
nullement les airs fcrupuleux d'un ceremonial
fatiguant , lui répondit fimplement
, je fuis votre ferviteur. La Cueva
choqué de ce que ce Seigneur ne lui avc
pas dit , je fuis ferviteur de votre Seigncurie
, qui eft le titre qu'on donne à
la Noblefle du fecond Ordre , & aux
perfonnes pourvûës de certains Emplois ,
entra dans le Cloître , fortit un moment
après , & ayant trouvé le Marquis aut
même endroit , lui dit d'un air infultant
ferviteur de votre Seigneurie. La difference
du falut ayant reveillé l'attention du
Marquis , il fuivit la Cueva , & l'ayant
atteint , il lui dit : * Marano , est - ce
que tu ne me connois pas ? A ces mots la
Cueva qui s'attendoit bien à cette queftion
, & qui avoit formé le deffein de fe
venger cruellement de ce que le Marquis
ne lui avoit pas donné de la Seigneurie ,
quoiqu'elle ne lui fut pas dûë , mit l'épée
à la main , & en donna deux coups au
Marquis , l'un dans le bas- ventre , & l'autre
dans la jambe , fans lui donner le temps
de fe défendre. Le Marquis , quoique mortellement
bluffe , & perdant tout fon
* Le terme de Marano répond à celui de ma
raud .
Lang
D'OCTOBRE 1722. ISI
fang faifit fon meurtrier , & l'auroit tué,
mais le Pere Pedro Alvarez étant furvenu
au bruit , lui cria : Seigneur, vous êtes preſt
à mourir, lâchez celui qui vous arrache
la vie , & pardonnez lui vôtre mort , fans
quoi vous ne devez efperer ni abfolution ,
ni falut. A la voix du Pere , le Marquis
faifant un genereux effort fur lui - même ,
facrifia fon reffentiment , lâcha le meurtrier
, en difant : je lui pardonne de bon
coeur , & ayant été porté dans le Convent
il y expira demi-heure après dans les fentimens
de la plus grande picté.
Le Roy ayant été informé de cet accident
en fut fi vivement touché , qu'outre
qu'il aimoit tendrement le Marquis Das
Minas , il donna fur le champ des marques
du defir efficace qu'il a de bannir de
fes Etats les affaffins , en ordonnant à tous
Ecclefiaft ques & Religieux , fous peine
de fon indignation de donner d'azile à la
Cueva , & à tous les Gouverneurs des
Ports & des Places frontieres de ne laiffer
fortir perfonne fans paffe- port . Et
pour mieux marquer encore combien il
détefte l'action infame de la Cueva , il a
fait publier un Decret , par lequel il promet
dix mille Croisades à celui qui le
prendra , ou qui le découvrira , & en
qui
cas qu'on ne le puiffe pas prendre , il
accorde à celui qui le tuera l'amniſtie de
Giiij tous
152
LE MERCURE
tous les crimes qu'il peut avoir commis
fans en excepter celui de leze- Majeſté-
Outre cela il a fait défendre à tous fes
Miniftres dans les Cours Etrangeres , da
lui donner azile ni fecours , fous peine
de défobéïfance .
-
1
On fait dans tout le Portugal des perquifitions
très exactes pour découvrir
cet aflaflin , jufques -là que le Duc de
Cadaval , Gouverneur de la Province de
l'Eftremadoure Portugaife , dans laquelle
la ville de Lisbone eft fituée , quoi qu'âgé
de 86. ans , monta à cheval , dès qu'il
apprit la mort tragique du Marquis Das
Minas , & marcha toute la nuit à la tête
des troupes qui font fous fes ordres .
Le 18. du même mois on fit un fervice
folemnel dans l'Eglife des Peres de
l'Oratoire fur le corps du Marquis , auquel
toute la Cour affifta , & le foir il
fut tranfporté à Acitaon de l'autre côté
du Tage , pour y être inhumé dans le
Tombeau de fes Ancêtres.
Don Louis d' Acuña , Ambaffadeur
extraordinaire , & Plenipotentiaire aux
Congrez de Cambray , a fait une differtation
à l'occafion de cet aflaffinat , qui
paffe pour un chef- d'oeuvre de fageffe ,
& de politique , qu'il a envoyée au Roy ,
fon maître , pour que Sa Majefté Portugaife
, ( qui à une grande déference pour
les
D'OCTOBRE 1722 . 1531
les avis de cet habile Miniftre , ) falle
une loi qui ferve de regle touchant les
meurtres qui fe commettront à l'avenir.
dans fes Etats. Si nous pouvons avoir une
copie de cet ouvrage nous en ferons part
au public dans le Mercure prochain , de
même que de toutes les circonftances qui
regardent la mort du Marquis Das Minas
, dont tout le Portugal pleure la perte.
M. le Comte de Prade , fon fils , qui
eft ici depuis quelque temps , & qui le
fait plus diftinguer à la Cour par fes
belles qualitez , que par l'éclat de la haute
naiffance , paroît inconfolable de la
mort de fon illuftre pere. Il eft auprès
de l'Infant Don Manuel , frere du Roy
de Portugal qui l'honore d'une amitié
finguliere..
¥¥¥¥¥¥¥¥¥ KKKKKKKKKE
JOURNAL DE PARIS..
R le Comte d'Albert Miniftre
Mde Baviere , auprès du Roy , a
fait faire ici des habits fuperbes pour le
mariage du Prince Electoral , & un caroffe
que la peinture & la fculpture ont:
pris foin d'embellir à l'envi l'une de
F'autre.
pris
M. le Commandeur d'Alpozzo qui fut
G. v.
arrêté
154
LE MERCURE
arrêté à Paffy le 18. Aouft par une méprí
fe puffable , & qui a été mis en liberté
en vertu d'un Arreft autentique , pourſuit
vivement la reparation de l'infulte qu'on
lui a faite , contre ceux qui peuvent y
avoir eu pit.
M. le Fevre de la Malmaifon , Confeiller
aux Requêtes du Palais , a été
non mé à la Charge de Confeiller d'Honneur
au Parlement , vacante par la mort
de M. Benoiſe .
M. le Comte de Toulouſe a choifi pour
Chef de fon Confeil M. Bidé de la
Grandville , M des Requêtes , & Confeiller
au Confeil de Marine.
M. Paris du Vernay , Seigneur de
Plaifance , près Nogent fur-Marne , a
/ acheté de M. le Marquis du Châtelet ,
Gouverneur de Vincennes , la Lieurenance
des Chaffes de Nogent , Neü lly,
Plaifance , Fontenay & Vignes de Montreau
.
Le Roy a accordé les premieres entrées
au Prince de Leon , au Marquis de Nefles
, & au Marquis de Gacé.
M. le Marquis de Crevecoeur a obtenu
la furvivance de la Charge de Premier
Ecuyer de Madame la Duchefe d'Orleans
, qui eft actuellement remplie par
M. le Comte de S. Pierre fon pere .
M. l'Abbé Vefnier a été chargé du
détail
•
D'OCTOBRE 1722 . 155
détail des Benefices avec fix mille livres
d'apointemens.
Le 7. Octobre M. Fofcarini & Mis
Tiepolo , Ambafladeurs Extraordinaires
de la République de Venife eurent audiance
de congé du Roy. Ils furent accompagnez
à cette audiance par M. le
Prince de Pons , & conduits par M. le
Chevalier de Sainctot , Introducteur des
Ambaffadeurs , qui avoient été les prendre
en leur Hôtel , à Paris , dans le caroffe
de Sa Majesté . A leur arrivée dans
l'avant- cour du Château de Versailles
ils trouverent fous les armes , les tambours
appellant , les Compagnies des Gardes
Françoiſes & Suiffes . Dans la Cour
les Gardes de la Porte , & ceux de la
Prevôté de l'Hôtel , auffi fous les armes
& à leurs poftes . M. des Granges , Maître
des Ceremonies les reçût au bas de
l'efcalier , lorfqu'ils y pafferent pour
fe
rendre à l'audiance . Les Cent Suiffes
étoient fur l'efcalier , la Hallebarde à la
main , & M. le Duc d'Harcourt , Capitaine
des Gardes du Corps les reçût à la
porte en dedans de la falle . Les Gardes
du Corps étoient rangez en haye , & fous
les armes. Le Roy reçût très- gracieuſement
les Ambaffadeurs , & à la fin de
l'audiance Sa Majefté fit M. Fofcarini ,
Chevalier , ainſi qu'il le pratique ordinai
G vj
rement
156 LE MERCURE
J
rement à l'égard des Ambaffadeurs de la
République de Venife. M. Tiepolo reçût
le même honneur du feu Roy Loüis
XIV. dans le temps de fon ambaffade en
France , qui fut en l'année 1707. Après
l'audiance du Roy les Ambafladeurs allerent
à celle de Monfieur le Duc d'Orleans
, & de Madame la Ducheffe d'Orleans
, conduits par M. le Chevalier de
Sainctot , qui enfuite les reconduifit à
Paris dans le caroffe du Roy .
Le Vendredy 9. Octobre M. Maffei ,
Archevêque d'Athenes , Nonce ordinaire
du Pape à la Cour de France , fit fon
entrée publique dans la ville de Paris.
M. le Prince de Guife & M. le Chevalier
de Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs
, allerent au Convent des Picpus
prendre M. le Nonce dans le caroffe
du Roy , & la marche commença dans
l'ordre fuivant . Le caroffe de l'Introducteur
, ceux du Prince de Guife , le Suiffe
du Nonce à cheval , fuivi de fes valetsde-
pied , vêtus d'une livrée jaune , couverte
fur toutes les coutures d'un large
velouté bleu , entouré de deux galons
d'argent , l'Ecuyer & les Pages du Nonce
habillez magnifiquement , & à cheval,
le card ffe du Roy , ceux de Madame , de
Monfieur le Duc d'Orleans , de Madame
La Duchelle d'Orleans , de M. le Duc de
Chartres,
,
D'OCTOBRE 1722. 157
Chartres , de Madame la Princeffe de
Condé , de Madame la Ducheffe de
Bourbon , Deüairiere , de M. le Duc de
Bourbon , de M. le Comte de Clermont,
de Madame la Princeffe de Conti , Doiiairiere
, de Madame la Princeffe de Conti',
feconde Douairiere , & de Madame la
Princeffe de Conti , de Madame la Ducheffe
du Maine , de M. le Comte de
Toulouſe , de M. le Cardinal du Bois ,
principal Miniftre , & enfin les caroffes
du Nonce. Dès qu'il fut arrivé dans fon
Hôtel M. le Duc de Villequier , premier
Gentilhomme de la Chambre de Sa Majefté
le complimenta de la part du Roy.
M. le Marquis du Pourpris , premier
Ecuyer de Madame , de la part de cette
Princeffe. M. le Chevalier de Conflans
premier Gentilhomme de la Chambre
de Monfieur le Duc d'Orleaus , fit les
complimens de la part de S. A. Royale.
M. le Marquis de S. Pierre , premier
Ecuyer de Madame la Ducheffe d'Orleans
parla pour cette Princeffe ; & le
onze le Nonce fut conduit à l'audiance
du Roy à Versailles , par M. le Prince de
Guife , & M. le Chevalier de Sainctot ,
avec les ceremonies accoutumées.
Madame eft partie le 13 de ce mois
pour Commerci , où elle doit trouver la
Ducheffe de Lorraine , fa fille , avec les
Princess
#58 LE MERCURE
Princes les enfans , d'où elle fe rendra à
Rheims .
Le Chevalier de Baviere a été fait
Grand d'Efpagne de la premiere Claffe .
Le Comte Davejan a obtenu la Sous-
Lieutenance de la premiere Compagnie
des Moufquetaires , vacante par le decès
du Marquis de Ruffey ; & le Comte du
Roure à acheté de M. de Forgeville
l'Enfeigne de cette Compagnie 40. mille
livres , outre 3000. liv. de penfion .
M. le Cardinal du Bois , principal Miniftre
, fut attaqué le mois dernier d'une
violente goute fciatique. Le Comte de
Belifle propofa à S. E. le fieur Porcheron
qui guerit il y a fix ans la Marquise de
Belifle , fa mere , d'une pareille maladie,
par le moyen d'une pommade , compofée
de fimples , approuvée par Mrs les premiers
Medecins & Chirurgiens du Roy ,
par Lettres Patentes de S M.
Les frictions de cette pommade ont operé
en moins de trois jours la guerifon
parfaite de M. le Cardinal.
& autorifée
Le fieur Porcheron demeure à Paris ,
rue du Petit Lyon , vis- à - vis la ruë des
Deux Portes .
Le 13. de ce mois le Roy & Monfieur
le Regent donnerent au Prince de Carency
, âgé de 17. ans , un Brevet de Colonel
de Cavalerie , quoiqu'il n'ait été que
cadet
D'OCTOBRE 1722. 159
cadet dans les Gardes du Corps. Mais à
la recommandation de Madame la Ducheffe
d'Orleans , dont il eft filleul , &
en confideration de ce que le Comte de la
Vauguyon , pere de ce Prince , eft le feul
qui le trouve heritier d'une des branches
de l'Augufte Maifon de Bourbon , par
Ifabeau de Bourbon , Princeffe de Carency,
Princeffe du fang , fa trifayeule ,
heritiere des Princes de Bourbon Carency
, & auffi en confideration des fervices
du Comte du Brontay , Lieutenant General
des armées du Roy , Colonel du Regiment
de Navarre , tué au ſiege de Tournay
, pere de ce Comte , & de ceux du
Marquis de S. Megrin , General des armées
du Roy en Catalogne , Capitaine
des Chevaux- Legers de la Garde du feu
Roy , fi éclatans que S. M. le fit enterrer
dans le Tombeau des Rois à S. Denis
duquel le Comte de la Vauguyon eſt neveu
, & feul heritier.
"'
Le Comte de la Vauguyon eft coúfin
iffu de germain du Cardinal de Noailles
& des Princeffes de Pons , & de Leon , &
de feus le Maréchal Duc de Vivonne ,
M´s de Thiange & de Montefpan , le
Duc de Grammont , la Princeffe de Monaco
, le Maréchal Duc de Noailles ,
la Marquife de Lavardin. La Comtelle
de la Vauguyon eft coufine iffue de
germaine
160 LE MERCURE
germaine du Prince de Guife , & cou
fine du Duc de Villars Brancas ; en
forte que le Prince de Carency fe trouve
au quatriéme dégré de tout ce qu'il y a
de plus Grand .
•
On a mis le Prince de Carency à la
fuite du Regiment du Prince de Lixen .
La feue Comteffe de Harcourt , fa grande-
mere , étoit iffue en ligne mafculine
de Jeanne de Quelen , mariée en 1442 .
au Seigneur du Cambout , foeur d'Olivier
de Quelen , Grand - Chambellan
Grand Maître de l'Artillerie , & des Arbaletiers
de Bretagne , Chevalier de l'Ordre
d'Orleans , dit du Porc- Epic en 1440.
auquel il falloit faire preuve de Nobleffe
de nom & d'armes de quatre generations,
d'Olive de Quelen , Abbeffe de Saint
George de Rennes , où on ne reçoit que
des Diles & de Jean de Quelen , troifiéme
du nom , Seigneur du Brontay , duquel
eft iffu en ligne maſculine le Comte
de la Vauguyon.
Voici une explication des deux premieres
Enigmes du mois paffé , qui nous
eft venue un peu trop tard , pour
, pour être
placée dans l'article ordinaire.
Quoy ? nous donner de l'encre noire ,
Auprès d'une boule d'yvoire ?
Mercure ,
D'OCTOBRE 1722. 161
Mercure , je vous le dis franc
C'eft nous mener du noir au blanc
On vendra en détail , après la S. Martin
, la Bibliotheque de feu M. de la
Cofte , Chanoine de l'Eglife de Paris
Elle confifte principalement en Bibles
Interpretes , Conciles , Peres de l'Eglife,
& Theologiens , & en Livres de Droit
Canonique , & d'Hiftoire Ecclefiaftique .
Le Catalogue de cette Bibliotheque fe
diftribue chez Charles Ofmont & Gabriel
Martin , Libraires , rue Saint Jacques.
MORTS ET MARIAGES.
D
Ame Elifabeth Godeffroy , épouse
de Meffire François Cefar de Roucy
, Comte de Siffone , eft morte le 23.
Septembre , âgée de foixante & dix ans ;
elle avoit épousée en premieres nôces
Meffire Jofeph du Charmoy , Capitaine
des Gardes de la Porte de feu Monfieur .
M. François de Boham , Maréchal des
Cimps & armées du Roy , & Gouver--
neur de Longhui , eft mort dans fon Gouvernement
, âgé de quatre-vingt -trois ans.
Meffire Claude Hatte de Chevilly ' ,
Lieutenant-General des armées du Roy ',
eft
162 LE MERCURE
eft mort le 25. Septembre , âgé de foixante
& dix - neuf ans , dont il en avoit
paffé foixante & deux au fervice de Sa
Majefté .
Dame Magdelaine Charlotte Baugier,
épouse de Meffire Nicolas le Camus , premier
Prefident en la Cour des Aydes ,
Commandeur , & cy- devant Prevoft ,
Maître des Ceremonies des ordres du
Roy , eft mort à Paris le 2. Octobre ,
âgée de vingt-fept ans.
Le 5. Octobre M. François- Vincent
le Beuf , ancien Ecuyer , Confeiller- Secretaire
du Roy , Maifon , Couronne de
France , & de les Finances , Premier
Commis de M le Chancelier le Tellier,
& les Marquis de Louvois , de Barbefieux
, & de Chamillart , mort âgé de
72. ans.
S
M. Jean-Jacques Bochard de Saron ,
Confeiller , Aumônier du Roy , Treforier
de la Sainte Chapelle Royale de
Vincennes , Abbé Commendataire de
l'Abbaye de Nôtre- Dame des Vertus , eft
mort le 7. , de ce mois âgé de 55. ans.
Le 22. M. Antoine de la Mouche ,
Chevalier - Seigneur de Beauregard , la
Chateigneraye , Thuilliere , & autres
lieux , Confeiller du Roy honoraire en fa
Cour de Parlement , & Grand'Chambre
d'icelle , âgé de 69. ans.
M.
D'OCTOBRE 1722. 163
M. de Montlezun- de - Bufca , Chevalier
de S. Louis , Capitaine de Fregates ,
depuis 1712. eft mort à Paris le 11. il
étoit frere de M. de Montlezun - de- Buf
ca , Enfeigne des Gardes du Corps de la
Compagnie d'Harcourt , Brigadier d'armée
, & Gouverneur d'Aigues- Mortes
tous deux fils de feu M. de Montlezunde-
Bufca , Lieutenant - General des armées
du Roy , & Gouverneur d'Aigues-
Mortes.
M. Eſtienne de Vallembras , Marquis
de Segrie , Ecuyer ordinaire du Roy
mort le 19. âgé de 65. ans , fans enfans
de N ... Pallu , foeur de M. Pallu , Sieur
du Ruau , Confeiller à la Grand Cham
bre du Parlement .
M. Melchior Reverffat de Celetz ,
premier Profident , & Doyen du Bureau
des Finances de la Generalité de Montpellier
, eft mort âgé de 92. ans fur la
fin du mois dernier , dans l'Abbaye de
Merçoire , Ordre de S. Bernard , à 4
lieues de Mandes en Gevaudan , dont la
Dame Heleine de Reverflat de Celetz ,
fa fille , eft Abbeffe.
M. Antoine de Ponte , Comte d'Albaret
, premier Prefident du Confeil ,
Superieur du Rouffillon , a épousé à Narbonne
le .... Septembre dernier , Marie
Therefe de Chef- de- Bien , fille unique
164
LE MERCURE
>
que , & heritiere de feu Jean-François de
Chef- de- Bien , Vicomte d'Armiflan
mort au fervice du Roy , étant Capitaine
des Grenadiers du Regiment de Piémont
, & de Lojiife de Chef- de- Bien , fa
coufine germaine
.
La famille de Chef- de- Bien , originaire
de Bretagne , s'eft établie en Languedoc
avant l'an 1542. Le Roy Louis XIV .
par fes Lettres Patentes de l'an 1651 .
érigea la terre d'Atmiſſan , circonſtances,
& dépendances , en titre , nom & dignité
de Vicomté , en faveur d'Henry - Renê
'de Chef- de -Bien , en confideration dé
fes fervices , & de ceux de feu fon pere ,
Jean- François de Chef- de- Bien , Sieur
d'Armiffan , qui en 1639. s'étoit fignalé
au combat de Leucate , où il avoit eu un
cheval tué fous lui , & avoit été eftropié
d'un coup de moufquet à une jambe
و
Le Comte d'Albaret eft originaire de
Piémont & de l'ancienne Maifon de
Ponte , dont il y a eu Perrin de Ponte ,
Grand - Maître de l'Ordre de S. Jean de
Jerufalem , mort en 1535. elle a donné
des Grands Croix aux Ordres des Saints
Maurice & Lazare , & des Chevaliers
de l'Annonciade. Eftienne de Ponte ,
Comte d'Albaret , a été fucceffivement ,
premier Prefident au Confeil Superieur
de Pignerol , Prefident à Mortier au Parlement
D'OCTOBRE 1722 . 165
>
lement de Rouen , puis premier Prefi
dent au Confeil Superieur de Rouffillon
Intendant de cette Province , & des armées
du Roy en Catalogne , Il s'eft démis
de la premiere Prefidence , en faveur
de fon fils , le Roy lui ayant accordé ent
même temps des lettres de furvivance
avec faculté de prefider en l'abfence de
celui- ci . Il étoit Avocat General au même
Confeil , dès l'an 1710. avoit été
pourvû de l'Office de premier Prefident,
en furvivance de fon pere , le 28. May
1718. & il a été inftallé ſur la nouvelle
démiffion le 31. May dernier. Il eft fils
de feue Marguerite de Biragues , des
Comtes de Vifque , & il avoit pour frere
aîné Jean- Emanuel de Ponte , Comte
d'Albaret , Colonel d'un Regiment Italien
de fon nom , à la tête duquel il fut
tué à la bataille d'Hoftet en 1704. fon
Regiment s'y fit hacher en pieces , plutôt
que de rendre les armes , de maniere
qu'il ne pût être rétabli .
Le 15. de ce mois M. Jean- François
Jobert , Chevalier , Comte de Château-
Morand , Lieutenant General des armées
du Roy , Commandeur de l'Ordre Militaire
de S. Loüis , fils de feu M. Anne
Jobert , Comte de Château - Morand ,
& de défunte De Françoiſe de Coftentin
de Jourville , a épousé Die Françoife Judith
$466 LE MERCURE
dith de Lopriac de Coermadeu , filte
mineure de Mre René de Lopriac , Marquis
de Coetmadeu , & de D Judith
Hieronime Rogon.
A VIS ,
EAU DE BEAUTE'.
A vingt livres la Bouteille .
Quique coste Eau ait été inconnuë julqu'aujourd'hui
dans toute la France , elle
a pourtant fait l'admiration de tout le beau
Sexe de l'Angleterre , de la Hollande & de
toutes les Cours d'Italie ; elle y a été goûtée ,
& a merité par les propres cffers d'être appellée
Eau de Beauté. Je ne doute cependant pas
qu'en Fran e il ne fe trouve quelques Seigneurs
qui en ayent dans les Cours Etrangeres connu
la valeur , pour peu qu'ils ayent eu de relations
avec le beau Sexe.
Cette Eau, quoique claire & brillante comme
l'eau de roche , eft cependant graffe , proprieté
extraordinaire d'une feule Simple affez rare ,
& a une odeur difficile à définir , qui fe perd en
féchant cette Eau n'eft autre chofe qu'une
compofition de Simples ; mais des plus rares ,
& des plus exquifes que la nature ait produites.
Voici fes proprietez & fes effets . Elle nourrit
la peau & lui donne un éclat de blancheur
parfait , conferve la délicateffe des traits ,
nime toutes les couleurs , & répand fur tous
les teins les plus fecs un air de fraîcheur , qui
eft égal , & auffi naturel que celui que fait le
rafang
D'OCTOBRE 1722. 167
fang le plus pur dans un corps le p'us fain . On
peut fans lui rien prêter , prouver par cent
exemples , que ceux qui en font ufage , ne
s'apperçoivent point que le nombre des années
puifle fétrir & diminuer la fraîcheur de leurs
teins & de la gorge , puifqu'ele en ôre toutes
les rides & rouffeurs qui proviennent de la fechereffe
du tein. Ce qui prouve que ce n'eft
point du fard , c'eft qu'il faut en faire uſago,
plufieurs jours avant d'en connoître aucuns
changemens ; mais lorsque vous ferez habituez
à vous en fervir de la façon qui fuit , vous connoîtrez
bien- tôt que c'eft le feul fecret qui eft
capable d'ajouter des charmes à la beauté , &
de la conferver juſqu'à la mort. Celles qui par
un fang âcre & mauvais fe voyent une peau
noire & livide , & un tein couvert de boutons ,
conviendront qu'il n'y a jamais eu de fecret en
donnant de la blancheur , en confervant les
traits , & ranimant toutes les couleurs , & faifant
reffentir aux teins , & à la gorge un air
de fraîcheur naturel , ôtant tous les boutons &
les rides , fans qu'il y en refte la moindre mar◄
que : il ne faut pas fe figurer que cette Eau ,
toute nerveilleufe qu'elle foit , opere toutes ces
qualitez fur le champ , il faut lui donner le
temps , & fe figurer qu'un Peintre , quelque
habile qu'il foit , ne rend parfait fon ouvrage
qu'avec le grand nombre de coups de pinceau
qu'il lui donne.
Voici la façon dont il faut s'en fervir. Le
foir en fe couchant , il faut verfer la valeur de
trois cueillieres de bouche de cette eau dans un
petit vale , & avec un linge ni trop gros , ni
trop fin , c'eft à- dire ,comme une groffe toile
d'Hollande ferrée , le tremper dans cette Eau ,
sen bien décraffer le vifage & la gorge , julqu'à
768 LE MERCURE
qu'à ce que vous fenticz dans le tein un peu de
chaleur , & alors vous cefferez pour un inftant,
& catuite avec le même linge retrempé , vous
vous en redécrafferez de la même façon plus
legerement , & vous ne vous fecherez point
d'aucun linge ; car la liqueur féche a un inftant
après , & vous vous coucherez.
Le matin vous vous en décrafferez de la même
façon , à la réferve que la feconde fois après
que la liqueur aura féché , vous vous paflerez
Legerement un linge fur le tein , comme fi vous
vouliez vous ôter de la poudre.
Les Dames qui portent du rouge , peuvent
tremper le pinceau dans une goute de cette Eau,
& s'en fervir à leur gré . Le rouge avec cette
eau ne mange point la couleur naturelle . Les
Dames connoîtront fur le champ l'éclat qu'elle
donne au rouge , puifqu'elle le pâlit de telle
façon , qu'elle le rend parfait couleur de chair .
Cet effet fe fait fur le champ , & les yeux le
diftinguent.
Cette Eau peut fe garder auffi long temps .
que l'on fouhaite , plus vieille elle eft , plus
elle fe purifie ; il ne faut point douter qu'au
Printems , Efté & Automne elle n'agiffe plus
puiffamment , puifque vous remarquerez qu é.
tant compofée de fimples , elle aura dans fa
fiole la même agitation qu'ont toutes les Simples
dans ces faifons chaudes .
Pour prouver une feconde fois que ce n'eft
point fard , vous n'avez qu'à mettre à la leffive
les linges , avec lefquels vous vous ferez décraffez,
vous verrez s'ils font tachez d'aucunes
couleurs . Les Dames qui portent du blanc , fi
elles veulent fe conferver les dents , & empêcher
la peau de fe rider , en uſeront de la même
façon , & avant de mettre du blanc , &
dans
D'OCTOBRE 1722. 169
dans la fuite elles pourront s'abstenir de mettre
du blanc , puifqu'il n'y a rien de fi pernicieux
pour la pcau & les dents.
Dans le temps que j'avois l'honneur d'appar
tenir à la Reine Anne , comme fon Parfumeur
& Diftilateur pour toutes les chofes neceflaires
à fa perfonne facrée , & que mon Eau lui é oit
connue & agréable par toutes fes bonnes qualiteż
& effets , je n'avois pas befoin de citer
dans mes manufcrits les differens effets qu'elle
operoit. Comme en France je n'intereffe aucune
Puiffance , & ne veut meriter leur P otection
que quand ils feront convaincus que mon Bau
eft la compofition la plus rare & la plus excellente
pour les proprietez que je lui donne
que tout ce qui a paru de rare & de bon dans
ces fortes, de fecrets. J'avois oublié dans mes
manufcrits l'utilité de fe fervir pour la petite
verolle de cette Eau ; ce qui vient d'arriver en
faveur de la petite Marquife de la Lande ,
m'oblige , m'étant permis de la nommer , d'en
inftruire cette grande Vil'e & les Provinces
étrangeres. La petite verolle ayant pris à cer
aimable enfant , âgé de douze ans au mois de
Mars paffé de cette année , elle en fut couverte
abondamment ; les fymptômes de cette maladie
fe pafferent à fon égard de la même façon
qu'aux autres ; mais étant hors de danger , &
n'ayant plus que les croutes fur le vifage , la
démangeai on qui accompagne la fin de cette
maladie , la fit fe cacher de fa Gouvernante
& fe gratta avec tant de force , qu'elle ſe mit
tout en fang. On effuya fon fang d'abord , & on
cut recours à mon Eau; & pendant l'espace de 3.
femaines de temps , on lui baffina le vifage cinq
fois par jour avec cette Eau tiede , en prefence
de fon Medecin , nommé M. Perraud , Medecin
H
·
de
1
170 LE MERCURE
ན་
de Montpellier , éleve de M. Chicoyne ,
Chancelier de la Faculté de Montpellier ; &
lorfqu'il n'y a plus eu de croûte ni enlevûre ,
qu'il n'y a plus refté que les rougeurs , on lui
lavoit le vilage à l'ordinaire , comme le manuf
-crit le Elle a ,
porte .
de l'aveu de tout le monde
, le plus beau tein , & la plus belle peau
que l'on puifle trouver , fans aucune maique
de petite veiolle ; rien n'eft égal à fa couleur ,
ni à la blancheur de fon tein : ce fait eft veri
table & approuvé. Je pourrois bien en citer
d'autres touchant tous les articles de ce memoire,
fi les Dames à qui cette Eau a fait plaifir fou
haitoient me le permettre ; mais je renvoye
tous ceux qui s'en ferviront à leurs décifions ,
après l'ufage d'une premiere bouteille.
Façon pour fe fervir de cette Eau pour la pe
tite verole ; quand les boutons ou croûtes com
mencent à fe fécher , il faut alors faire tiedir
cette Eau , & en baffirer la perfonne quatre à
cinq fois le jour & la nuit , lui appliquer un
linge fin plié en deux fur le vifage , & quand
toutes les croûtes feront tombées , vous vous
en fervirez à l'ordinaire .
Les Dames qui fe trouvent les yeux battus
par certaines indifpofitions , même les hommes
qui peuvent avoir reçû quelques coups de ferain,
n'ont qu'à s'en baffiner les yeux plufieurs
fois le même jour. Toutes ces épreuves ont été
verifiées pardevant M. d'Odard , après une
épreuve de fix femaines .
Dans les Imprimez précedens , la grandeur
de chaque bouteille a été énoncée fur le pied
de demie- chopine ; l'Imprimeur s'eft trompé ,
puifque les trois bouteilles font la pinte de
France , cette attention a été faite pour fe
rendre conforme aux mefures d'Angleterre , &
ne
D'OCTOBRE 1722. 171
ne point mettre de difference entre celles que
l'on envoye en Eſpagne , en Portugal , & au
tres Royaumes ; le prix eft de vingt livres la
Bouteille , prix bien modique , puifque de l'aveu
des Medecins qui l'ont approuvée & reglée
, conviennent que dans tout ce commerce
que j'ai établi en France , je ne gagne pas argent
de France quinze pour cent cependant
l'on me marque de France que le prix paroít
fort , que l'ei confidere la difference qu'il y a
entre les deux efpeces , l'on verra que l'on n'a
jamais rien vendu en France de fi excellent dans
ces fortes de compofitions , & à fi bon marché;
j'ofe dire après bien des Sçavans qui en ont
fait l'épreuve , s'étant auparavant de la é contre
, & en ayant voulu empêcher l'établiffement
, qu'il feroit difficile d'y mettre un prix ;
les effets qu'elle a fait en France , la diftingue
affez de toutes les autres communes compofitions
car a-t'on jamais vu une Eau , qui fans.
être fard , blanchiffe & nourriffe la peau , conferve
les traits , efface les rides , ôte les rouffeurs,
rougeurs , boutons & dartres , empêche
que les brûlures ne marquent la peau , & ne
faffent aucune cicatrice , fans caufer aucune
dou'enc ; en appuyant feulement des linges
trempez dans cette eau tiede & froide , quand
la brûlure vient en croûte. Il n'y a dans Paris
que le feul Bureau que je nomme ; la probité
de celui à qui je la confie , eft garand de la fidelité
avec laquelle elle eft diftribuée
Cette Eaufe vendra chez Mademoiselle d'Ardiac
, demeurant chez M. Roufelor , Marchand
Gantier, Parfumeur du Roy , Privilegié fuivant
la Cour , demeurant rue Tirechape , au
Gant de Paris .
L public eft averti de prendre garde où il
Hij
achepte
172 LE MERCURE
achepte l'Eau de Beauté , attendu qu'ily a des
perfonnes qui la contrefont , dont j'ay eu plu
fieurs plaintes , & m'ayant dit l'endroit où il
l'avoit acheptée , elle ne s'eft point trouvée la .
mienne,
Approbation de M. le premier Medecin
du Roy.
Nfes.Confeils, d'Etat & Privé , premier
Ous Confeiller ordinaire du Roy en tous
Medecin de Sa Majefté , Surintendant General
des Eaux , Bains & Fontaines minerales & medecinales
de France , SALUT. Sur les témoigna
ges de beaucoup de perfonnes de merite des.
bons effets de l'Eau , dite de BEAUTE , compofée
par le fieur Lambert , Parfumeur du Roy
d'Angleterre , pour ôter les boutons , rougeurs,
rouffeurs , tenir toujours le tein très - unis , &
blanchir la peau , garentir & empêcher d'être
marqué de la petite verole. Nous confentons
que ledit fieur Lambert , pour le bien du Public
la vende & diftribue , en connoiffant la
veritable compofition , après en avoir fait tou
tes les épreuves ftipulées dans ledit Memoire
qu'il donne au Public. Fn foy de quoy , nous
avons figné ces prefentes , que Nous avons fait
contrefigner par nôtre Secretaire , & à icelle
fait appeler le cachet de nos armes . Fait à Paris
au Château des Thuilleries , le Roy y
étant , ce douzième jour de Fevrier 1722 .
Signé , d'ODART.
Par M. le premier Medecin du Roy. La
SALLE
ARD'OCTOBRE
. 1722. 173
*******************
ARRESTS , ORDONNANCES ,
Declarations , & c.
A
RREST du Confeil d'Etat du
Roy du 10. Septembre 1722. qui
revoque la permiffion accordée aux habitans
des pays conquis , de tranfporter hors
du Royaume leurs bleds , fromens , orges
cu fucrions , fegles & avoines.
ARREST du 22. Septembre , qui
proroge jufqu'au premier Octobre 1723.
la moderation des droits , tant fur les
beurres & fromages venant des pays
étrangers , que fur ceux du crû du Royaume
, qui fe tranfportent d'une Province à
une autre.
ORDONNANCE du Roy du 23 .
Septembre , qui fixe à trente fols chaque
cheval de pofte fervant aux chaites à
deux , berlines , & autres voitures , & c.
DECLARATION du Roy du 29.
Septembre , concernant le Contrôle des
Actes des Notaires , & infinuations Laïques
.
H iij
AR174
LE MERCURE:
ARREST dudit jour , concernant la
joüiffance des arrerages des huit millions
de livres de Rentes perpetuelles , créées
fur les tailles , & autres impofitions ,
créées Edit du mois d'Aouft 1720.
par
ARREST du 30. Septembre , qui
proroge jufques au 1. Novembre 1722 .
le terme fixé precedemment au 1. Octobre
1722. en faveur des acquereurs des
Rentes viageres , créées fur les Aydes &
Gabelles par Edit du mois d'Aout 17 20.
pour jour des arrerages d'icelles du 1.
Janvier 1722 .
1720.
ARREST du 3. Octobre , qui fixe le
droit du Marc d'Or des Offices Municipaux
, rétablis par Edit du mois d'Aouſt
dernier.
ARREST dudit jour , qui ordonne
que ceux qui font compris dans les rôles
arrêtez au Confeil le 15. Septembre der
nier pour l'impofition , à titre de Supplement
de la Capitation extraordinaire , feront
reçûs à payer , le tout ou partie de
ladite impofition en certificats de liquidation
d'actions , fur le pied de 5000. liv.
l'action , & les dixièmes d'actions à proportion.
ARREST du même jour , qui fait
D'OCTOBRE 1722. 175
défenfes à Charles Cordier , & à tous au
tres chargez de la Regie des Domaines
du Roy , de chaffer ou d'affermer la
chaffe , conjointement ou feparement , fur
1 lefdits Domaines ; & à tous Fermiers
曩
& autres , fous prétexte de leurs baux ,
de tirer fur l'étendue defdits Domaines ,
& à tous roturiers de quelque qualité &
condition qu'ils foient d'y porter les ar
mes , à peine de soo. livres d'amende.
ARREST du 6. Octobre , qui ordonne
que dans deux mois pour tout dé ,
lai , les particuliers employez dans les
1ôles arrêtez au Confeil , en execution
de la Declaration du 18. Septembre 1716.
qui ont obtenu des Arrefts de décharge
ou de moderation de leurs taxes ,. feront
tenus de les reprefenter au fieur Olivier.
Et que ceux qui payeront ce qu'ils doivent
dans ledit délai de deux mois , feront
reçûs à le payer en effets Royaux ,
non annullez , & ledit temps paffé , ils
feront tenus de payer la totalité en efpeces.
ARREST du 10. Octobre , qui homme
des Commiffaires du Confeil pour le
recollement , & brûlement des papiers
du vifa , en execution de l'Arreft du 21.
Septembre dernier .
Hiiij AR176
LE MERCURE
ARREST dudit jour , qui proroge
jufqu'au dernier Novembre prochain , le
terme dans lequel les Officiers comptables
doivent remettre les billets de
banque , provenant des impofitions , ou
des fonds à eux remis pour les dépenfes de
leurs exercices . Et Ordonne que dans ledit
terme , lefdits billets feront remis au
Tréfor Royal .
ARREST du 23. Octobre donné à
Rheims , qui ordonne que les Engagiftes
des Domaines de S. M. feront tenus d'envoyer
chaque année , dans le courant du
mois de Decembre , à commencer du mois
de Decembre prochain , à M. le Contrôleur
General des Finances , un acte
figné d'eux , & de deux perfonnes connuës
, & paffé pardevant un Notaire
Royal , par lequel acte il fera certifié que
la fignature de l'Engagitte , y dénommé
eft veritable , & qu'il a comparu en perfonne
devant ledit Notaire , le jour même
de la datte dudit acte.
ARREST de la Cour du Parlement
du 14. Octobre , rendu contre 102. accufez
, complices de Louis Dominique
Cartouche , portant condamnation 'de
mort contre plufieurs , au foiiet , Aeur- delys
, galeres , banniffement , & plus amplement
D'OCTOBRE 1722. 177
plement informé contre aucuns .
AUTRE ARREST du 24. Octobre
, rendu contre 64. complices de Louis
Dominique Cartouche.
SUPPLEMENT.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Marfeille
aux Auteurs du Mercure le 15 .
Octobre 1722.
O
N vous fçait ici très-bon gré ,
Meffieurs , de l'attention que vous
avez eu dans vôtre dernier journal pour
la Ville de Marfeille , Ville cy- devant
déſolée , & préfentement fi heureuſement
délivrée du Aeau de la contagion , que
nous venons d'en rendre au Ciel de folemnelles
actions de graces , en vertu d'un
nouveau Mandement digne du fujet , &
de la pieté de nôt Evêque.
Nous fommes auffi très- obligez à M.
l'Abbé Frey de Neuville de fon Ode Allegorique
, dans laquelle il a fait entrer
d'une maniere également noble & énergique
, ce trifte événement , & l'éloge de
nôtre illuftre Prélat. Cette piece qui a
Ev ៩៩៩
178
LE
MERCURE
été univerfellement applaudie , & qui a
merité le prix de l'Academie de Caen ,
merite encore d'avoir une place dans nôtre
hiftoire.
Il manqueroit au refte quelque chofe
à nôtre reconnoiffance , que nous vous
prions de vouloir rendre publique , fr
nous laiffions échaper cette occafion d'apprendre
à vos lecteurs que le nom de
Frey eft déja diftingué dans la Republique
des Lettres. Jean ou Janus Frey ,
Gentilhomme originaire d'Allemagne , &
naturalifé François , fut Confeiller &
Medecin de la Reine Marie de Medicis.
Il fe rendit recommandable par fa grande
probité, & par fon profond fçavoir ;
fes ouvrages ont été publiez à Paris en
differentes éditions , dont la derniere eft
de l'année 1645. avec ce titre : Jani Cocilii
Frey , Doctoris Medici Facultatis
Parifienfis , necnon Philofophorum ejuf
dem Academia Decani , opera que reperiri
potuerunt in unum corpus collecta. Un
vol. in 8. 1645. Il y a encore de lui deux
traitez extrêmément curieux , qui font
devenus fort rares , & qui ne fe trouvent
point dans le Recueil de les oeuvres , le
premier eft fur les Druydes , & le fecond
a pour titre de Fatuis Feminis . Ceux qui
fouhaiteront de connoître plus à fond ce
fçavant homme , pourront lire ce qui le
regarde
D'OCTOBRE 1722. 179
regarde dans l'Hiftoire Univerſelle de
Charon Monceaux , & dans le Cefar Armorial
de Cefar de Grand - Pré .
Le même nom de Frey eft encore aujourd'huy
très- dignement porté par M....
Frey , Curé du Mefnilhue dans le Diocéfé
de Coutance , homme auffi diftingué
par les qualitez qui font un veritable Pafteur
, que par fon amour pour les lettres
& fur tout par la recherche , & la
connoiffance des antiques. Il eft petitfils
de Janus Frey.
>
Il y a de plus à Paris dans le College
de Louis le Grand les RR . PP . Frey &
de Neuville , freres , qui font honneur
au même nom par leur merite perfonnel ,
& par leurs talens . Ils font freres de M.
l'Abbé de Neuville , Auteur de l'Ode
fur Marſeille , & tous trois arriere - petitfils
du fameux Janus Frey , dont nous
venons de parler. Guy Patin , qui n'étoit
pas prodigue de loiianges , a fait de cet
illuftre un fort bel éloge en vers latins
& c. Je fuis , Meffieurs , & c.
ق ا ر ف
Nous venons de recevoir une autre
Lettre de Marfeille avec le Mandement
imprimé , dont il eft parlé cy- deffus , en
datte du 21. du mois de Septembre dernier
, dans lequel M. l'Evêque de Mar-
Voyez le Journal de Trevoux du mois de
Septembre 1713,
Hvj
feille
180 LE MERCURE
+
feille s'exprime ainfi . Enfin , mes trèschers
freres , vos craintes & vos allarmes
ont fini ; il n'y a plus de contagion , ni
d'apparence de contagion dans Marſeille,
ni dans fon territoire . Toutes les maladies
, de quelque nature qu'elles puiffent
être , y ont tellement ceffé depuis un
temps confiderable , & la fanté y eft fi
conftante , & fi parfaite , que les plus incredules
doivent être forcez de reconnoître
ici les effets de la puiffance , & de la
mifericorde infinie du Sacré Coeur de
Jefus , toûjours plein de bonté & de
compaffion pour les hommes , même ingrats
& pecheurs , &c .
Le Dimanche 27. du même mois le
Te Deum a été chanté dans la Cathedrale
de Marfeille , en actions de graces de la
ceffation totale de la contagion.
Le 22. de Septembre le Baillif de Langeron
, Lieutenant- General des armées
du Roy , Chef- d'Efcadre de fes Galeres ,
Commandant à Marseille , rendit une
Ordonnance , qui enjoint à tous les Commiffaires
Generaux de fe porter dans toutes
les boutiques des Marchands détailleurs
de leurs départemens , conjointement
avec les Commiffaires particuliers
de chaque quartier , d'y faire une recherche
exacte de toutes les marchandiſes fufceptibles
, & de les faire porter dans les
Greniers
D'OCTOBRE 1722. 181
greniers
& dans les appartemens les
plus élevez & les plus aërez , pour y
être déployez & étendus pendant quarante
jours. On fera la même choſe dans les
magafins des Marchands & Negocians ,
dans les Eglifes & Maifons Religieufes
, & c .
SUITE DES REMARQUES
fur les Memoires Hiftoriques de la
Province de Champagne.
me demandez , Monfieur , de
Vnouvelles Remarques fur les Me-
1
pas
moires deChampagne : & vous voulez que
je vous parle de la réponſe de l'Auteur de
ces Memoires : il n'eft diffificile de
vous fatisfaire là -deffus. Les Ecrits dont
il s'agit font fi défectueux , que j'y trou
ve toûjours quelque chofe de nouveau à
reprendre : cela n'eft point furprenant
norre Ecrivain n'a pas eu de bons guides.
Vous voyez par fa réponſe que c'eſt
un homme difficile , à qui il eft inutile
de communiquer , comme il le fouhaite ,
ce qu'on trouve à redire dans fon livre ;
il paroît toûjours prévenu du merite de
Dupleix , lors même qu'il voit plufieurs
volumes , qui prouvent que cet Hiftorien
s'eft
182 LE MERCURE
s'eft trompé fur une infinité de faits qui
regardoient l'Hiftoire de fon tems. Nộ-
tre Auteur ne devroit - il pas au moins
reconnoître , qu'à plus forte raifon Dupleix
aura pû fe tromper fur des tems.
plus éloignez de lui c'eft une chofe
prouvée qu'il s'eft effectivement trompé
très-fouvent ; il n'y a pour s'en convaincre
, fans un long examen , qu'à lire les.
fables que Dupleix rapporte après Anne
de Viterbe , qui les débite fous le nom
de Berofe : mais cela n'embarraffe point
M. Baugier. En effet , que deviendroient
fes écrits , s'il falloit abandonner Dupleix
, & les nouveaux Auteurs qu'il a
fuivis , fans examiner les Hiftoriens contemporains
& anciens ? Les contradic
tions , même les plus évidentes , n'embarraffent
pas davantage nôtre Auteur ; · il
les foûtient dans fa réponſe . On l'avoit
averti qu'il fe contredifoit , en difant ,
tome 1. page 1. que les campagnes de
fa Province font fertiles , & t. 2. p. 277.
que les plaines de ce même païs font un
terroir très- fec & très- fterile , & c. 11
s'imagine cependant répondre à cela :
eft - ce que campagnes & plaines ne font
pas fynonimes ? ces deux mots françois
ne répondent-ils pas au mot latin Campus
? Je n'ai déterminé ni la largeur , ni
la longueur de la Champagne ; tout ce
*
que
DE SEPTEMBRE 1722. 188
que je prétens , & ce que je dis à prefent
ouvertement , c'eft que nôtre Auteur confond
les degrez de latitude avec ceux de
longitude ; il fe contredit lui- même : c'eſt
à quoi i n'a cu garde de répondre. Au
lieu de cela il fe jette fur ce qui ne me
touche point ; qu'on ait la bonté de relire
mes Remarques , afin d'éviter des
repetitions inutiles : M. Baugier pourroit
alors me reprocher que j'employe mal
les grands talens qu'il remarque en moi,
Il n'eft pas jufte de reprendre dans les
Memoires de Champagne , ce qu'on trou
ve corrigé à la fin du volume : ainfi je
fuis fâché de n'avoir pas remarqué que
M. Baugier avoit mis dans fon Errata ,
qu'Oger d'Anglure vivoit fous Philipe
Augufte. L'Anacronisme eft donc corrigé
, mais la fable refte toûjours ; les Auteurs
imprimez rapportent cette Hiftoire
fi differemment , & d'allieurs ils font fi
éloignez du tems de Saladin , qu'on ne
peut faire aucun fonds fur eux , le nom
de cet Oger ne paroît feulement pas dans
les Auteurs contemporains & anciens
que Bongars nous a donnez dans fon gros
recueil , intitulé Gefta Dei per Francos.
On a d'ailleurs d'autres bons auteurs fur
les Croisades ; mais Oger d'Anglure n'y
paroît point. C'eft cependant dans ces
Auteurs , & non dans des Memoires nouveaux,
184 LE MERCURE
veaux , qu'on doit trouver l'Hiſtoire du
Seigneur d'Anglure . Tant que M. Baugier
n'aura que des nouveaux Auteurs
pour les guides , il eft inutile qu'il fe mette
en frais pour répondre à fes Criti
ques : il faut ou fe rendre , ou avoir
de bons garans ; il n'en a point pour le
fait dont je viens de parler , il en manque
auffi à l'égard des Armes de Champagne.
Faut-il l'accabler par une foule
d'Auteurs qui les marquent comme_je
l'ai fait qu'il confulte entr'autres Favin
, Palliot , de la Colombiere , du Val,
Monet , Menêtrier , Chevillard ; voilà
des Hiftoriens nouveaux , fur qui je ne
crains point de me fonder , parce qu'il
s'agit d'un fait fi nouveau , que je ne remonte
pas même jufqu'au tems de François
Premier : ainfi ce que l'Auteur des
Memoires dit des Armes de Champagne
, qui font à l'Hôtel de Ville de Châlons
, ne me regarde point ; je lui aban
donne l'Auteur qu'il cite pour lui ; il
a dans fon livre une faute d'impreffion ,
ou d'attention .
y
M. Baugier rejette comme une fable
ce qu'on a dit autrefois de la damnation
de Charles Martel : il a raifon ; mais
cette fable fait voir , avec d'autres autoritez
, qu'on peut lire dans du Chêne
tome 2. & dans les Peres le Cointe &
Pagi,
DE SEPTEMBRE 1722. 185
Pagi ,, que bien loin que le Clergé ait
donné à la Nobleffe des fruits decimables
, il fe plaignoit au contraire trèsfort
que Charles Martel donnât les biens
de l'Eglife à des Laïques .
Ce fut depuis la mort de ce Prince ,
que la Jurifdiction des Evêques augmenra
beaucoup on peut fe convaincre facilement
, en lifant les Capitulaires de
Charlemagne , de Louis le Débonnaire ,
& de leurs fucceffeurs , que la Jurifdiction
des Evêques , & que leur pouvoir
dans les affaires temporelles & fpirituelles
, étoient non feulement extraordinaires
, ce que M. Baugier avouë , mais encore
ordinaires . M. Petit- Pied a trèsbien
traitté & prouvé cela dans fon Livre
du Droit & des Prérogatives des Ecclefiaftiques
dans l'adminiftration de la
Juftice feculiere ; on peut auffi le confulter.
M. Baugier apprendra par ces Livres
, que les Evêques étoient du Confeil
ordinaire des Rois , dont je viens de
parler , & qu'ils y avoient le premier
rang fur les Seigneurs laïques , & qu'ainfi
on ne doit pas reduire les Prérogatives
de ces Prelats à l'emploi d'Envoyez
de nos Rois , appellez Miffi Dominici ,
ou Miffi Regales . Ce que j'ai dit de ces
fortes de Juges , en critiquant les Memoires
de Champagne , eft , ce femble
186 LE MERCURE
1
fi moderé , que nôtre Auteur , loin de
s'en fâcher , n'auroit dû fonger qu'à corriger
l'équivoque dont il s'agit .
on
M. Baugier reçoit comme veritable la
prétendue Relique du faint Nombril ,
& fa Tranflation , quoique M. de Noailles
, dernier Evêque de Châlons , l'ait
enlevée en 1707. aux Chanoines de nô
tre- Dame de la même Ville . Pour dé
fendre la verité de cette Relique , nôtre
Auteur raconte une coûtume de quelques
Juifs , qui confervent le Prépuce
de leurs enfans. Si Philon ou Joſeph
euffent parlé d'une telle coûtume ,
pourroit croire que les parens de Jefus-
Chrift auroient confervé cette partie de
fon Corps : mais cela prouveroit-il qu'elle
eût été transférée à Châlons ? Outre cela
il paroît par l'infcription du Reliquaire
de Notre-Dame , que rapporte
M. Baugier , qu'il ne s'agiffoit que du
Nombril de Jefus- Chrift : l'Auteur obligeroit
le Public de lui marquer le livre
où il a pris que quelques Juifs confertvoient
cette partie du corps de leurs enfans.
M. Simon , cité par nôtre Auteur ,
ne dit pas même que quelques Juifs confervent
le prépuce de leurs enfans .
Parlons d'une autre coûtume rappor
tée
par nôtre Auteur , après quelques
nouveaux Ecrivains ; Voici ce qu'en dit
l'Auteur ,
DE SEPTEMBRE 1722. 187
l'Auteur , tome 1. page 47. & c . L'Hif
toire remarque que depuis ce jour - là
( c'eft- à- dire , depuis le 25. Juin de l'année
huit cens quarante & deux , où ſelon
nôtre Ecrivain , le combat de Fonte
nay fe donna ) il y eut une coûtume établie
en Champagne , que le ventre , c'eftà-
dire , la mere annobliroit les enfans .
quoique nez d'un pere roturier . On croi
roit par cette expreffion , l'Histoire remarque
, qu'il auroit de bons témoins du
fait qu'il rapporte ; cependant il n'en
trouvera pour lui aucun qui foit digne de
foi , quoique nous en arons plufieurs qui
parlent de la journée de Fontenay : qu'il
ait la bonté de confulter M. du Chêne ,
tome 2. pages 370.387 . 548. & tom . 3 .
pages 198. 395. & c. L'Auteur peut fuivre
après ces autoritez fon cher Dupleix
; il trouvera dans ces Auteurs , que
fe 25. Juin de l'année huit cers quarante
& un , un famedi , Charles le Chauve &
'Louis Roi de Germanie , ou de la France
Orientale , gagnerent une bataille ,
qui fut fort fanglante , à Fontenay , contre
leur frere Lothaire . On n'y lit point
ce que dit Mezeray , qu'en cette journée
il perit cent mille hommes. Il n'y eft rien
dit non plus de la coûtume de Champagne
: que la mere annobliffoit ſes enfans
, quoique nez d'un roturier. En effet,
188 LE MERCURE
fet , y avoit-il plus de raiſon d'accorder
ce privilege à la Province de Champagne
plûtôt qu'à une autre ? voit-on dans
le carnage qui fe fit de part & d'autre
à Fontenay près d'Auxerre, plus de Champenois
que d'autres Francois ? Mais ce
qui montre que le fondement de cet annobliffement
ne vient que de l'imagination
, ou de l'ignorance de quelques Ecrivains
modernes , qui font même démentis
par des Auteurs de leur fiecle : c'eft
que la Coûtume dont on parle n'étoit
point particuliere à la Champagne. Il y
avoit anciennement en France deux fortes
de Nobleffes ; une de parage ou de
par le pere , & cette Nobleffe étoit abfolument
neceffaire pour être Chevalier .
L'autre étoit de par la mere , & cette
derniere Nobleffe étoit fuffifante pour
n'être point fujet à la fervitude , & pour
poffeder des fiefs , lefquelles chofes , dit
Philipe de Beaumanoir dans les Coutumes
de Beauvoifis , Vilain ne pueent pas
tenir. Monftrelet dit que , Jean de Montaigu
, Surintendant des Finances fous
Charles VI. étoit de Paris , & qu'il étoit
Gentilhomme de par fa mere ; les Coûtumes
d'Artois & de faint Mihel prou-
-vent que ces deux Nobleffes étoient ordinaires
en France. Il paroît par Gregoi
re de Tours , & par Aimoin , qu'elles y
étoient
D'CTOBRE 1722 . 189
étoient en ufage fous nos Rois mêmes de
de la premiere Race. L'Auteur des Memoires
de Champagne aura peut -être
lu dans Dupleix que Charlemagne fittenir
en 813. un Concile à Châlons , cela
lui aura fuffi , fans confulter quelque
bonne Hiftoire des Conciles , ou du Chêne
, tome 2. page 259. pour mettre ce Concile
à Châlons fur Marne. Dupleix , l'Au
teur favori de nôtre Ecrivain , met dans
les éditions de 1621. & 1627. le Concile
de 813. à Châlons , ce qui marque dans
le même Auteur Châlons fur Saône .
C'eft encore ou l'envie demefurée de
faire honneur à fa Province , ou au moins
un mauvais guide , qui a fait enlever à la
Bretagne par nôtre Auteur le B. Robert
d'Arbriffelle , pour le donner à la
Champagne : deux Auteurs contemporains
rapportez par Bollandus , prouvent .
que cet Instituteur de l'Ordre de Fontevraud
étoit Breton ; mais Defguerrois
le fait Champenois , cela a fuffià M. Baugier
pour le mettre dans fa table des perfonnes
illuftres par la fainteté de leur vie,
ou par de grandes actions qui ont pris
naiffance en Champagne. Nôtre Auteur
pouvoit remplir fon Catalogue de plufieurs
autres hommes illuftres qui font
veritablement nez dans cette Province ?
Entre ceux qui ne doivent pas être omis ,
j'ai
190 LE MERCURE
j'ai remarqué faint Frobert , Flodoard ,
Pierre de Celles , Frederic Morel , Paf- ·
ferat , le Moine , Ģerbais , les Peres le
Cointe , Ruinard , Martenne , du Molinet
, Anfelme , Paris , & Lallemant .
Il eft au refte furprenant que dans un
fiecle auffi éclairé que celui où nous vivons
, il fe trouve un Ecrivain qui publie
une Hiftoire , qui regarde des tems fort.
reculez , fondée fur l'autorité de Dupleix
& de Mezerais il eft encore plus .
furprenant , que cet Auteur ofe repliquer
avec hauteur , lorfqu'on lui prouve hon-.
nêtement qu'il fe trompe , en donnant les
idées des nouveaux Ecrivains , au lieu
d'un ouvrage fait fur des pieces ancien-:
nes & originales . Pour faire mieux fentir
cela aux perfonnes intelligentes , on
n'a qu'à lire dans Joinville , ou dans mes
Remarques , & enfuite dans Mezerai , &
dans les Memoires de Champagne , l'Hiftoire
d'Artaud de Nogent ; il fera facile
de fe convaincre par les propres yeux ,
que Mezerai ajoûte à Joinville , & que
M. Baugier ajoûte fes idées particulie
res à l'un & à l'autre ; par exemple ,
Mezerai ne parle point de l'emprifonnenent
d'Artaud mais M. Baugier fait
nettre ce Gentilhomme en prifon pour
cinq cens livres. Il n'étoit pas necellaire
d'employer les propres paroles de Joinvilles
D'OCTOBRE 1722. -191
ville ; mais il ne falloit rien ajoûter au
fens de cet Auteur. Il dit qu'Artaud fut
ferré étroitement par la Chappe, & preflé
fi vivement par le pauvre Gentilhomme ,
qu'il en tira soo. livres ; cela , dit- il ,
qu'il fût mis en prifon ? mais c'est trop
parler des Memoires de Champagne &
de leur défenſe ; attendons fans impatience
le Supplément que l'Auteur pro
met , Je fuis , Monfieur , &c .
Le 19. Septembre 1722.
On apprend de Conftantinople du 3.
Septembre , que l'Envoyé de Pologne a
déclaré au Grand Vifir , dans une audience
particuliere , qu'il n'étoit venu
que pour renouveller les affurances que
le Roy fon Maître n'avoit pour but que
de vivre en bonne intelligence avec la
Porte , & pour demander que les nouvelles
fortifications de Choczin fuffent
rafées , comme étant contraires au Trai
té de Carlowitz ; à quoi le Grand Vifir
répondit , que la Porte avoit la même
intention de vivre dans une parfaite
intelligence avec la Couronne de Pológne
; mais qu'à l'égard des fortifications
de Choczin , elles n'étoient nullement
faites dans aucune vûë d'inquieter par
là la Pologne , mais uniquement pour
avoir
192 LE MERCURE
avoir une Garnifon fur cette frontiere ;
pour empêcher les courfes des Mofcovites
; & que la Porte juge ces fortifications
fi neceffaires , qu'elle ne les fera
jamais rafer , à moins qu'elle n'y foit
contrainte par les armes. Surquoi l'Envoyé
de Pologne follicite fon audience
de congé pour s'en retourner . Les mêmes
Lettres ajoûtent , que les Georgiens,
ayant affemblé une armée de 40000.
hommes , ont chaffé les Perfans rebelles
de Schammachie ; & que la Porte a donné
ordre de radouber les vaiffeaux de la
flotte , & d'en conftruire trois autres.
Les dernieres Lettres de Ruffie portent
, que le Czar & la Czarienne étant
partis d'Aftracan par eau , fuivis de toute
l'armée , après avoir traverfé la Mer
Cafpienne , arriverent le 17. Août dans
le port d'Agraham , à douze lieuës d'Allemagne
en deçà de Terki . Le Czar le
mit enfuite en marche avec toute l'armée
vers ladite ville de Terki , fituée dans
la Province de Dagheftan , qui appartient
au Czar il y fut reçû avec de
grandes démonftrations de joye par tous
Les habitans qui lui firent de riches
prefens. Sa Majefté continua fa marche
deux jours après vers Derbent , accompagnée
de la Czarine & de touté fa fuite
, de même que de toute l'armée . Pen-
›
dant
D'OCTOBRE 1722 . 193
dant la marche & le féjour du Czar à Terki ,
on détacha le Brigadier Verterau avec 2000 .
Dragons & Colaques , pour s'avancer vers
Andreoff , Place fituée dans la même Province
de Dagheftan ; & comme les habitans refuferent
de fe foumettre , il les
attaqua , les
défit , & fit environ 5000. hommes prifonniers
de guerre , après quoi la Ilace fe tendit On
attend à tout moment la nouvelle de l'arrivée
du Czar à Derbent , qui n'eft qu'à trois ou
quatre journées de marche de Terki , & qui eft
dans la Province de Sciryan en Perfe.
On mande de Hambourg , que les Cofaques
étoient venus par terre joindre le Czar à Derbent
, & qu'ils y avoient apporté une fi grande
quantité de vivres , qu'il yen avoit affez pour
nourrir les troupes de Sa Majesté Czarienne
pendant plufieurs mois...
On mande auffi que l'ouverture de l'Affemblée
de la Diete generale s'eft faite à Varſovie
le s . de ce mois avec les ceremonies accoûtumées
. Le Comte Offolinski , Treforier
de la Couronne , a été élú Maréchal de la
Biete , avec un confentement unanime.
Les mêmes Lettres portent , qu'on écrit de
Berghen dans la Norvvege , que l'Efperance,
Vaiſſeau , qui en étoit parti au mois de Mai
1721. pour aller découvrir quelques ter es
inconnues du Groenlandt , en étoit revenu depuis
un mois , après avoir paffé l'hyver fous
le 67. degré 7. minutes de latitude) : que la
cargaifon qu'il a apportée , confiftoit en 28 .
tonneaux d'huile de baleine , 260. peaux de
chien de mer , & c. Que de 43. perfonnes qui
compofoient fon équipage , il n'en étoit mort
que deux que le Capitaine rapportoit que les
peuples des terres qù il a féjou né , font d'un
I .com194
MERCURE LE
"
commerce ailé ; que leurs moeurs font douces
que leur nourrituré confifte en chairs d'ani
maux du pays , & en chairs de poiffons qu'ils
font fecher au vent : qu'ils y jouiffent d'une
fanté parfaite qu'on y trouve communément
des vieillards de plus de cent ans que les
peuples fe retirent vers le 60. degré pendant
l'hyver , & que cette ſaiſon n'y eft pas plus rude
qu'à Berghen
Ön mande de Londres , que le Roy y eft arrivé
de Kinfington le 18. de ce mois. Le Chevalier
onyers fut élû Maire de Londres le 13 .
de ce mois , au grand contentement de la Cour
& des gens bien intentionnez,
Le Comte de Cadogan & M. de la Faye allerent
le 19. à la Tour ; ils y eurent une
Jongue conference avec le Sicur Laire , Avocat
. & le bruit courut le lendemain que ce
prifonnier avoit declaré tous les complices de
la derniere confpiration.
Les trois Compagnies des Gardes du Corps
& les Grenadiers à cheval , décamperent de
Hyde- Parc le 19. pour aller prendre les logemens
qu'on leur a marquez dans la liberté
de Westminster , & dans les environs du Pa-
Jais de S. James .
Le Lord Carteret , Secretaire d'Etat , a
écrit aux Directeurs de la Banque , & à
ceux de la Compagnie de la Mer du Sud ,
que le Roy avoit entierement découvert la
confpiration , & que Sa Majefté , ayant pris
toutes les mesures neceffaires pour la feuicié
publique , rien ne pouvoit les empêcher de
continuer leur commerce avec la même tranquillité
Cette lettre a calmé les Inquietudes
des in: erefféz , & les actions qui étoient tombées
au deflous de 85,font montées depuis à 89.
Un
D'OCTOBRE 1722. 195
Un Vaiffeau Anglois qui avoit été freté à
Lisbonne pour porter du bled à la Garniſon de
Mazagen , fur la côte d'Affrique , a été pris
par un Corfaire , qui après avoir fait pendre
le Capitaine Anglois par les pieds , a fait
emarquer l'équipage dans la chaloupe , &
l'a abandonné au gré des vents , lans lui donner
aucune provifion ; mais on a appris que
cet équipage, après 60. heures de navigation ,
avoit eu le bonheur d'arriver à l'ifle de faint
Michel .
On apprend de Lisbonne , qu'un Religieux .
arrivé depuis peu des Indes Orientales , a rapporté
que le Prince d'Angaria , feudataire de
la Couronne de Portugal , qui iefufoit depuis
long tems de rendre à Sa Majesté la foi &
hommage qu'il lui doit , ayant appris que Dom
François Jofeph Sainpayo , nouveau Viceroy,
de Goa , fe préparoit à l'aller attaquer dans
fes Etats , lui avoit envoyé un Ambaffadeur,
pour demander la paix , & qu'elle avoit été
conclue par un traité très avantageux au Roy
de Portugal & au commerce de- ce Royaume.
On a appris de Rome , que le 4. de ce mois,
M. André Cornaro , Ambaffadeur de la Re
publique de Venile , avoit reçû au Palais du
Quirinal , l'Ordre de l'Eperon d'or . Le Pape,
lui en donna la Croix ; le Duc de Poli , frere
de Sa Sainteté , lui ceignit l'épée , & les deux
Capitaines de la Garde lui mirent les éperons.
Quoique cette ceremonie ne lui donne pas le
droit de porter à Venife les marques d'honneur
de cet Ordre étranger , c'eft un ufage établi
parmi les Venitiens , que les Minifties de
la Republique ne reviennent jamais des quatre
grandes Ambaffades , fans en remporter le titre
de Chevalier,
I.ij. Le
196 LE
MERCURE
Le 9 de ce mois Don Emanuel , Infant de
Portugal arriva de la Cour de l'Empereur en
cette Ville , accompagné de M. le Marquis de
Villaparifo , Grand d'Espagne , & de M. le
Comte de Vafquez , gendie de M. de Perlat ,
Secretaire d'Etat de S. M. 1. C'eft le troifiéme
voyage que ce Prince fait à Paris , incognite
qu'il garde cette fois fous le nom de Chevalier
de Barcellos , une des principales terres de las
Mailón de Bragan e , devenue la tige de la
Maifon Royale de Portugal , depuis la proclamation
qui te fit en 1640. du Roy Don Jean IV.
ayeul de l'Infant .
Le but de lon voyage a été d'aſſiſter à la ce→
remonie du Sa re de Louis XV Outre que ce
Prince eft parfaitement bien fait , on ne peut
fé laffer d'admirer en lui un certain caractere
de grandeur , de majefté , & de politeffe qui le
rend auffi refpe &able qu'aimable . Son inclination
pour la guerre a quelque chofe de fi fingulier
, qu'il préfera le plaifir d'acquerir de lat
gloire au rifque d'encourir la difgrace du Roy
de Portugal , fon frere , en s'abfentant fecretement
de Sa Cour pour aller fervir en qualitédé
volontaire en Hongrie , où il ne fut pas
long- temps fans y donner des marques éclatantes
de fa valeur , & de fon intrepidité . Quoy
qu'il n'eut alors que 19. ans , il fe diftingua par
des actions qui marquoient une experience
confommée dans l'art militaire. Les Relations
du fiege de Belgrade en confacreront la memoire
à la pofterité.
L'Empereur fenfible au zele que ce Prince a
fait paroître pour fon fervice , l'a fait Major
General de fes troupes , & lui a affigné une
penfion convenable à un fils de Roy , qui fait
Revivre toute la gloire de fes ancêtres , qui
par
D'OCTOBRE 1722. 197
par fa haute réputation dédommage avantageufement
le Roy fon frere de fon abfence ,
& qui malgré le chagrin qu'il témoigne de ce
qu'il partit de Lifbone , fans prendre congé de
lui , ne laiffe pas d'applaudit en fecret à une
défobéiffance qui a eu des fuites fi glorieufes.
8
Le 14 il fit fa premiere vifite à Sa Majeſté ,
& à Monfeigneur le Regent. Ce fut fans cere
monie dans un des bofquets des jardins de Verfailles
, & comme par rencontre. Le Roy &
l'Infant s'embrafferent . Comme le Roy étoit
encore fort jeune la premiere fois que l'infant
Favoit vú , il le trouva fi parfait , qu'il fut fait
du plus vif fentiment d'admiration en l'abordant
, & il a avoué depuis confidemment à
ceux qui ont l'honneur de l'appro.her , qu'il
avoit été ébloui de l'éclat de fon augufte Phifionomie.
Cette furprife n'ôta pourtant rien à
lateauté de fon compliment. Il fut court , maisnoble,
& dans des termes qui marquoient la vivacité
de fon efprit , & fon refpect pour le
Roy. Après qu'il l'eut fini , l'un & l'autre fe
couvrirent , de même que Monfeigneur le Regent
, & M. le Comte de Clermont que S A R
prefenta à l'Infant , en lui difant , voilà M. le
Comte de Clermont , il porte prefentement le pe
tit colet , comme vous l'avez porté antrefais ,
mais bien- tôt il marchera fur vos traces. L'In
fant fenfible à la politeffe de Monfeigneur le:
Regent , lui répondit que M. de Clermont avoit
un trop bel exemple à fuivre en lui pour en
chercher un étranger. Un moment après l'Infant
prit congé du Roy , & alla rendre vifite àª
M. le Cardinal du bois. Depuis ce temps- là il
ne s'entretient que du bonheur qu'ont les François
d'obéir à un Roy auffi parfait que Louis'
XV.
L iij.
Nous
198 LE MERCURE
Nous parlerons dans le prochain Mercure de
l'effet qu'a produit le premier voyage que ce
Prince fit en France à l'égard de M. Couvay
Portugais d'origine , & Secretaire du Roy
Maiſon , Couronne de France & de fes finances
, & cet évenement nous donnera lieu de
faire part au public d'une très- belle Differtation
que M l'Abbé de Vayrac a faite fur l'inſtitution
de l'Ordre Militaire de Chrift , dont
M. Couvay a été fait Chevalier. /
On brûle au milieu de la Cour de la Banque,
dans une cage de fer d'environ huit à dix pieds
en carré tous les Regiftres , liaffes , extraits des
Notaires , & papiers qui ont fervi au vila , &
aux liquidations , en prefence des Maîtres des
Requêtes , nommez pour cet effet par le Roy.
Le Comte d'Epernon , petit fils du Duc
d'Antin époufe Mie de Montmoranci Luxem
bourg.
Le Chevalier de Pefé , Colonel du Regiment
du Roy époufe Me de Beringhen , fille de M.
Je Premier. Le Roy , Monfieur le Duc d'Orleans
, & les Princes du Sang ont figué à ſon
contrat de mariage.
L'Infante Reine n'a point quitté le féjour de
Verſailles pendant le voyage du Roy ; elle a cu
pour la garde un détachement de Gardes du
Corps , & un des Gardes Françoifes & Suiffes.
Les certificats & liquidations font à 23. pour
cent , & les actions à 900. liv.
On apprend de Cambray que le Comte.de
Merville , Ambaffadeur Plenipotentiaire de
France y étoit retourné le 14. de ce mois , que
Mylord Withworth , Ambaffadeur Plenipo entiaire
d'Angleterre , y avoit fait une magnifi
que entrée le 15. qu'il y avoit été falué de 40.
coups de canons , & que l'après-midy il avoit
été
D'OCTOBRE 1722. 199
été complimenté fur fon arrivée par tous les
Ambaffadeurs & Plenipotentiaires des autres
Puiffances .
On vicat de publier un Arreft du 26. de ce
mois , qui regle la maniere en laquelle on procedera
à la vente des effets de ceux compris
dans le rôle d'impofition , à titre de fupplement
de la capitation extraordinaire , arrêté au-
Confeil le 15. Septembre dernier , & qui n'y
oat pas fatisfait .
Autre Arreft du Confeil d'Etat du 28. Octo
bre , tenu à Rheims , qui proroge jufqu'au 1-
Janvier 1723. le délai accordé par l'Arreft du
30. Juin dernier aux Officiers des Maréchauf→
fées , Vie- Senéchauffées , & de Robbe - Courte; -
à l'effet de reprefenter leurs titres , & faire
P'oceder à la liquidation de leurs Offices.
Ordonne que ceux d'entre lefdits Officiers
qui ont obtenu des Ordonnances de liquidation
, & qui n'en ont pas retiré les expeditions ,
feroit tenus de le faire dans ledit délai , & d'en¹
faire l'emploi en quittance de finance , portant
intereft à deux pour cent , ou en acquifition
des Offices rétablis par l'Elit d'Aouft dernier ;
finon , & à faute de ce faire dans ledit temps
ils demeureront déchûs de leurs rembourſe
mens.
Revoque dès-à- prefent , à commencer da
1. Janvier prochain , la commiffion établie
pour la liquidation defdits rembourſemens.
Arreft du Confeil d'Etat dudit jour qui proroge
le délai porté par l'Arreft du 14. Septem
bre dernier pour rapporter les effets vilez , &
retirer les certificats de liquidation,
I iiij Dame
200 LE MERCURE
Dame Anne de Caumont de Laufun , Mar
quife de Belfunce , de Caftelmoron , & autres
lieux , eft morte le 6. O& obre dernier , en ſon
Château de Born en Agenois , âgée d'environ
81. ans . Cette Dame quoique d'un âge avancé ,
eft également regretté de tous ceux qui la connoifloient
par fa douceur , fon affabilité d'efprit
, fa candeur , & les autres vertus heroïques
qui fembloient être nées avec elle . Sa naiffance
& fon alliance étoient auffi diftinguées
que les éminentes qualitez ; elle étoit petite
niéce du Maréchal Duc de la Force , & foeur
cadette u uc de Laufun d'aujourd'hui . Ele
avoit épousée en 1668 M. Armand , Marquis
de Eellunce , Gouverneur & Grand Senéchal
d'Agenois & Condomois , aîné de la branche
cadette de la Maifon de Eelfunce , originaire
du Royaume de Navarre , où cette famille s'eft
toûjours confervée depuis plufieurs fiecles fur
un pied très illuftre , tant par les grandes actions
qui leur font comme hereditaires , que
par les dignitez importantes , & l'artache inviolable
qu'ils avoient fucceffivement confervé
auprès des anciens Rois de Navarre.
La Diẞertation Hiftorique de M. l'Abbé de
Camps , fur le Sacre & Couronnement des Rois
de France , depuis Pepin juſqu'à Louis XIV . fe
vend chez les mêmes Libraires qui débitent le
Mercure , ainfi que la Relation du iege du Fort
de Mon reuil , avec le pian gravé , ¿c.-
Nous donnerons par extraordinaire le mois
prochain la Relation ou Journal du voyage du
Roy à Rheims , avec la ceremonie de fon Sacre ,
defon Couronnement , du Feftin Royal , de la
Cavalcade à l'Abbaye de S. Remy , de la recep-
" tion
D'OCTOBRE 1722. 201
fion des Chevaliers de l'Ordre du S. Efprit , &c.
où il fera parlé des Grands Officiers de la Cou
ronne , de leurs fonctions . Enſemble des Fêtes,
Jeux , Divertißemens & Spectacles donnez à Sai
Majefté , à Villers Cotterets , & à Chantilly par
Monfieur le Duc d'Orleans , & par M. le Duc
de Bourbon. Le tout enrichi de remarques hiſto
fiques des lieux fituez fur la route du Roy , &c.
APPROBATION.
Ay la par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Supplément du Mercure du mois
Podobre , & j'ai cru qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion, A Paris le 2. Novembre
HARDION 1721.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES , en Vers & en Profe
Le Flaifir & la Sageffe Conte. page
Suite de la Lettre Critique fur les Specta les ,
& des Obfervations fur la Tragedie d'Athalie.
Lettre en vers en envoyant un bouquet.
10
31
Reception de M. des Fougerais dans l'Ordre de
Chriſt.
Ode :
Lettre fur une abftinence furprenante.
Ode
Anacreontique.
34
36
38
40
Lettre de M. Fuzelier , au fujet de la Comedie
du Nouveau Monde.
Vers imitez d'Horace.
-41
46
Réponse du Grand- Maître de Malthe au Commandant
de la flotte Othomane.
Bouts rimez.
Harangue faite au Cardinal du Bois.
47
49
So
L'amour Laboureur , imitation du Grec de
Mofchus. SI
Réponte de M. Baugier aux remarques critiques
fur les memoires de la Province de
Champagne.
Enigmes.
Chanfon.
53
68
69
Nouvel'es Litteraires des beaux arts , & c. 71
Lettres au fujet du Livre de la Religion ,
prouvée par les faits . idem .
Traité hiftorique & chronologique du Sacre
& Couronnement des Rois & des Reines de
France.
Difcours qui a remporté le prix d'éloquence à
Academic Françoife.
78
85
Difcours prononcé par M. Farges de Polify,
Avocat du i oy , à la rentrée du Châtelet.
Academies de Mufique de Lyon & d'Orleans ,
& c.
Academies de Portugal.
Spectacles , pieces nouvelles , & c.
Article des Colleges.
88
94
98
102
ΤΟΥ
Plaidoyers fur le partage des biens en France.
111
NOUVELLES
E'TRANGERES de Turquie,
de
Petefbourg , de Varfovie , de Stoxolm ,
de
Coppenhague , de Vienne , de Londres ,
de Lifbone , de Madrid , de Rome , & c. 124
Addition aux nouvelles étrangeres .
Mariage du Prince Electoral de Baviere . 144
Meurtre du Marquis Das Minas.
Journal de Paris.
Morts & mariages.
Avis , Eau de Eeauté.
Article des Arrefts , & c.
139
149
153
161
166
173
SUPLEMENT , extrait d'une Lettre de Marfeille.
177
Suite des Remarques fur les memoires hiftoriques
de Champagne.
182
Nouvelles de
Conftantinople & de Ruffic. 191
Errata de
Septembre 1722.
Age 25 vers penul . uſage , lifez l'uſage.
Page 44 ligne 2 envoyé , lifez envoyée.
Page 46 ligne 9 le nom , lifez ce nom.
Page 66 v. penul. Courones , lifez Courone.
Page 71 ligne 27 l'auroit , lifez l'auroient.
Page 72 ligue 11 Bajaget , lifez Bajazet ,
Page 116 v. 2 femmes , life femme.
Page 186 ligne 9 aprouvé , lifez éprouvé.
Page 221 ligne 19 Langou , lifez Langon.
Fautes à corriger dans le Supplement de
Septembre , contenant la Relation du
Siege du Fort de Montreuil , & c.
Age 26 lignes du bas , Reffous , lifez Reffons.
Page 48 lignes du bas , toures , lifez tourtes.
Fautes furvenues pendant l'impreffion
de ee Livre.
Age 17 ligne 19 du frivole , lifez du fon
frivole .
Page 18 ligne 7 faut , lifez fait.
Page 28 ligne du bas , faut , lifez fait.
Page 43 ligne 7 limites , lifez lumieres.
Page 6 ligne 2 du bas la , liſez le.
Page 62 ligne 15 près , lifez après .
Page 64 ligne 10 & , lifex en .
Page 66 ligne 16 nommé , lifez nommée.
Page 67 ligne du bas Billets , lifeg Billes
Page 76 ligne 6 du-bas un , lifez ou.
Page 77 ligne 3 Dufour , lifex Par Dufour.
La Chanfon doit regarder la page 69.
MERCURE
DE
NOVEMBRE 1722 .
JOURNAL
DU VOYAGE DU ROY
A RHEIMS .
Contenant ce qui s'eft paffé de plus remarquable
à la Ceremonie de fon Sa
cre , & de fon Couronnement , à la
Tranflation de la Sainte Ampolle , au
Feſtin Royal , à la Cavalcade , à l'inftallation
du Roy dans l'Ordre du
S. Efprit, &c .
Avec la Deſcription des Fêtes données à
S. M. à Villers- Cotterets , & à Chantilly
, par Monfieur le Duc d'Orleans ,
Regent , & par M. le Duc de Bourbon ;
& quelques Remarques hiftoriques de
M. l'Abbé de Vayrac , fur les lieux
qui ont été honorez de la prefençe du
Roy.
PREMIER VOLUME.
A PARIS ;
Chez les mêmes Libraires du Mercure
A VIS.
L
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
L'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Le prix eft de 30. folsa
LE
MERCURE
DE
NOVEMBRE 1722 .
I. Volume.
島のもの
JOURNAL
» Du Voyage du Roy à Rheims ,
contenant ce qui s'est passé de
plus remarquable à la Ceremonie
de fon Sacre , & de fon Couronnement
, &c.
L
E Sacre du Roy fournit tant
de chofes dignes de la curiofité
de toute la France , &
même de l'attention de toute
l'Europe , que ne pouvant les renferme t
toutes dans les bornes ordinaires du Mercure
, nous fommes indifpenfablement
1. Vol. A ij obli
4
LE MERCURE
obligez de donner une Relation particuliere
de ce qui s'eft paffé de plus remar
quable à cette occafion , depuis le départ
du Roy, julques à fon retourà Verfailles.
pour
Au refte, cette matiere eft d'elle- même
fi vafte , & fi majeftueufe , que bien loin
d'avoir recours aux ornemens du difcours ,
& aux figures hyperboliques , nous n'avons
rien tant à craindre que de ne pou
voir pas trouver des expreffions affez
fortes donner une idée juſte & parfaite
de la pompe , & de la magnificence
de ces auguftes Ceremonies , & de ces fuperbes
Fêtes. Si cet ouvrage peut meriter
quelques applaudiffemens ce ne fera
qu'à l'attention , & aux foins avec lefquels
nous avons recueilli des memoires , &
des inftructions , que nous les devrons .
S'il eft vrai , comme l'on ne fçauroit en
difconvenir , que le Sacre de nos Rois
foit une des plus auguftes Ceremonies que
la Religion & la politique ayent établies
pour rendre les Souverains plus refpectables
à leurs fujets , il faut demeurer d'accord
que Monfieur le Duc d'Orleans n'a
rien pegligé pour relever l'éclat de celui
de Louis XV. En effet , jamais la France
n'a vû facrer fon Roy avec plus de
magnificence & de tranquillité , tant domeftique
qu'étrangere. La paix qui depuis
long -temps calme toute l'Europe par
*
les
DE NOVEMBRE 1722. S
les foins & le fecours d'un génie fuperieur
qui a forcé des obftacles , & des
difficultez , qui autrefois auroient caufé
de longues guerres , a laiffé à toutes les
nations l'heureux loifir d'être les témoins
de cette augufte & refpectacle Ceremonie.
Cette paix aimable qui accompagne
la Régence la plus tranquille , & en même
temps la plus glorieufe qu'on ait jamais.
vûë dans ce Royaume , a raffemblé dans
Rheims tout ce qui pouvoit former le
plus pompeux ſpectacle de l'Univers .
C'eft-là qu'on a vû le Roy couvert
d'or , & de pierreries prefqu'ineftimables ,
effacer par fes graces naturelles tous les
charmes & le prix immenſe que donnent
aux diamans le luxe , & l'opinion. Le
Ciel a paru dans cette occafion vouloir
s'intereffer à la felicité de la terre , & le
Roy a joiii pendant prefque tout fon
voyage des plus beaux jours que l'Automne
puiffe donner .
Avant le départ du Roy , le Marquis
de Dreux , Grand-Maître des Ceremonies
, alla chez les Princes du Sang de la
part du Roy, pour les inviter de fe rendre
a Rheims le 25. Octobre , pour affifter
au Sacre de S. M. & pour y repreſenter
les anciens Pairs Laïcs du Royaume.
Le Roy écrivit à tous les Commandeurs
& Chevaliers de fes Ordres, de fe rendre .
1. Vol. A iij à
6 LE MERCURE
*
à Rheims pour affifter à la Ceremonie quí
fe devoit faire le lendemain de fon Sa
cre , lorfque S. M. prendroit l'habit de
Chef & Souverain Grand - Maître de
l'Ordre du S. Efprit. Le Cardinal de
Noailles fur fa¡Lettre d'invitation fuplia
S. M. de le difpenfer de ce voyage , à
cauſe de fon âge avancé. Le Roy lui
écrivit une feconde Lettre , par laquelle
Sa Majefté l'en difpenfa .
Le Roy fit expedier un Brevet à M.
d'Armenonville , Garde des Sceaux de
France pour reprefenter le Chancelier à
fon Sacre, à la place de M. Dagueffeau .
Les Confeillers d'Etat , & Maîtres des
Requêtes , nommez par M. le Garde des
Sceaux pour l'accompagner au Sacre , &
pour l'affifter dans les fonctions , au fujet
des graces que le Roy accorde , lors de
cette grande Ceremonie , partirent quelques
jours avant S. M. pour examiner les
procès des prifonniers renfermez dans les
prifons des Villes par où le Roy devoit
paffer en allant à Rheims . Ils avoient ordre
de faire un état de tous ceux qui n'y
font détenus que pour des affaires civiles,
& pour certains crimes , & de u'y point
compre les voleurs de grands chemins ,
affaflins , incendiaires , déferteurs , ni
les criminels de rapt & de viol , & c.
Les Miniftres des Puiffances Etran-
- geres
DE
NOVEMBRE 1722. 7
geres ont été invitéz aux Ceremonies du
Sacre , & au Feftin Royal . Ils ont eu le
Pour à Rheims comme les Princes du
Sang , c'eft- à- dire , qu'en marquant leurs
logemens à la craye , les Maréchaux des
Logis , & Fourriers du Roy ont mis fur
la porte de leurs appartemens pour M. un
tel , au lieu de mettre fimplement M. un tel.
Le Cardinal du Bois , Principal Mi.
niftre , & les autres Miniftres & Secretaires
d'Etat , le Garde des Sceaux , le
Contrôleur General des Finances , & les
Grands Officiers de la Maifon du Roy
partirent le même jour que S. M. Les
Ducs qui n'avoient point de fonction
marquée au Sacre ne s'y font point
trouvez.
M. de Clermont Tonnerre , Evêque
Duc de Langres , n'ayant pû affifter au
Sacre à caufe de fes infirmitez , le Roy
nomma à fa place M. de Fleury , ancien
Evêque de Frejus , Precepteur de S. M.
qui jouira pendant fa vie des honneurs
de Pair de France.
Le Prince de Turene , fils aîné du Duc
de Bouillon , receu en furvivance de la
Charge de Grand Chambellan , en a fait
toutes les fonctions au Sacre , à la place
de M. fon pere , refté à Paris incommodé
de la goute.
Madame
LE MERCURE
Madame étoit partie de Paris dès le
douze Octobre , preffée par l'attachement
qu'elle a pour fon augufte Famille,
& par l'envie de voir à Rheims Madame
la Ducheffe de Lorraine , fa fille , qui s'y
étoit rende avec les Princes & les
Princeffes les enfans . Madame n'avoit
écouté dins la tendre impatience , ni ſes
incommoditez , ni les Medecins qui ne
lui confeilloient pas d'entreprendre ce
voyage . On a payé bien cher les mouve
mens de fon amour maternel par les allarmes
qu'a jetté dans les efprits le redoublement
de fon mal à Rheims ; heureufement
fa fanté s'ett rétablie., & elle eft
revenue à S. Cloud en affez bonne fanté..
Elle y arriva le 3. Novembre à dix heures
du matin.
Quelques jours avant le départ du Roy
on a été en foule chez M. Rondet , Garde
des Bijoux de la Couronne , admirer
celle qui a fervi au Sacre de Sa Majefté ,
chargée de diamans & de perles d'un
prix infini , & arrangez avec un art , &
un goût égal à fa magnificence . Le devant
du cercle de cette fuperbe Couronne
qui eft à raye & doublée d'une calotte
d'une étoffe de foye à fleurs d'or ,
auffi couverte de diamans & de perles ,
étoit occupé par le fameux diamant ,
acheté pour le Roy par Monfieur le Duc
d'OrDE
NOVEMBRE 1722 .
P
勖
d'Orleans , au Capitaine Pitth , Anglois ,
& le fommet terminé par une double
fleur- de- lys étoit enrichi par le Sanffi ,
diamant moins grs , mais plus parfait o
que l'autre . La Couronne d'or a été travaillé
par M. Balin , fi connu par fon
habileté.
On
envoya à Rheims
le D'ais qui fervit
au Sacre de François
premier
, & celui
qui fervit
à celui
d'Henry
III. Inſtituteur
de l'Ordre
du S Elprit
. On s'en
eft fervi à la Ceremonie
de cet Ordre
>
lorfque
le Roy en prit l'habit
de Chef
& fouverain
Grand
- Maître
le lendemain
de fon Sacre. Tous les ornemens
·Royaux
dépofez
au Tréfor
de Saint
Denis
, ont été portez
à Rheims
par trois
Religieux
de cette
Abbaye
, dont
nous
parlerons
plus bas , lefquels
ont affifté
-au Sacre
, & ont même
eu l'honneur
d'affifter
au Feftin
Royal
, ayant
reſté
dans la falle
pendant
tout le temps qu'il
a duré , felon la permiffion
qui leur en
fut donnée
par une Lettre
de Petit
Cachet
, pour
recevoir
enfuite
les habits
Royaux
.
Les quatre Compagnies des Gardes du
Corps , les Compagnies des Gendarmes
& Chevaux- Legers de la Garde du Roy,
les deux Compagnies des Moufquetaires ,
& la Compagnie des Grenadiers à Che-
1.Vol . A y val
10 LE MERCURE
val, ſe rendirent au Camp devant Rheims,
par differentes routes , & y camperent le
18. Octobre. Les Officiers avoient deslogemens
marquez .
Les fix Bataillons des Gardes Françoifes
, à l'exception de 400. hommes
pour la garde du Roy , partirent de Paris
le 10. Octobre , & arriverent au Camp
devant Rheims le 18. en paffant par
Claye , Meaux , la Ferté - fous - Jouarre
Château-Thierry , où ils féjournerent ,
Dormans & Epernay. Les rations pendant
la route leur ont été diftribuées à
Claye & à Château - Thierry. Les Gardes
Suiffes ont pris une autre route , pour
éviter la confufion & l'embarras ; elles
fe font rendues à Louvres le 11 : Octobre
où elles ont campé , le 12. à Nanteüil ,
le 13. à la Ferté- Milon , où elles ont féjourné
, le 14. le 15. à Ouchy- le - Château
, le 16. à Fîmes , & le 17. au Camp
devant Rheims . Il y a eu auffi dans ce
Corps un détachement de 200. hommes
-pour monter la garde chez le Roy , &
un autre eft refté pour monter celle de
I'Infante Reine à Verfailles , commandé
par M. de Cartelle , Officier du Regiment
, nommé pour ce fervice par M.
le Duc du Maine . Le Roy a fait fournir
pendant la route , le pain , le bois & la
paille aux Soldats , & au Camp la viande
DE NOVEMBRE 1722 . II
de de plus. Les Officiers ont eu le fourage
pour leurs chevaux pendant tout le
voyage.
Le Camp a été commandé par M. le
Duc de Villeroy , qui a tenu des tables
fplendides pour les Officiers , où il y
avoit par jour jufqu'à deux cens couverts.
LeRoya difpenfé de ce voyage les Gentilshommes
au Bec de Corbin , pour éviter
la trop grande confufion d'Officiers
de fa Maiſon ; par la même raiſon
d'abreger la multiplicité des détails
la Nobleffe de Champagne à été difpenfée
auffi de faire une Députation à
Sa Majefté .
Nous nous flatons que les vers qu'on
va lire n'ennuyeront point , & qu'ils ne
feront point ici trop déplacez .
SUR LA PROVENCE AFFLIGEE.
Préfages heureux , tirez du Sacre &
du Couronnement du Roy
P
Euples accablez de miferes
Qu'un trifte fleau deſeſpere ,
Donnez quelque tréve à vos pleurs ,
Il n'eft plus de nouveaux malheurs .
Le calme fuccede à l'orage ,.
Et croyez en à mon préfage ,
1. Vols
A vi
LE MERCURE
Nos maux feront bien - tôt finis ,
Car on va couronner LOUIS.
*
Un bruit auffi faux que funefte,
Tait durer en ces lieux la pefte ,
Et par tout on nous croit perdus
Un jour les méchans confondus
Cefferont d'exercer leur rage ,
Et croyez-en à mon préfage ,
Nos maux feront bien- tôt finis ,
Caron va couronner LOUIS .
Quoique l'Avare nous defole ,
Que le Monopoleur nous vole ;
Et que l'ignorant Affaffin ,
Nous porte la mort dans le fein
Nous échaperons le naufrage ,
Et croyez en à mon préſage ;
Nos maux feront bientôt finis ,
Car on va couronner LOUIS..
11 eft vrai que l'argent nous manque ,
Bruits répandus par des gens malintens
sionnez.
Mais
DE
NOVEMBRE 1922. 意象
Mais nous voyons commerce & Banque ,
Déja reprendre un libre cours
Ayons en Dieu nôtre recours
"
Les Rois font ici ſon image
Et croyez-en à mon préfage ,
Nos maux feront bien- tôt finis
Car on va couronner LOUIS.
Son Prédeceffeur fut grand homme
Les Heros de Grece & de Rome , ¦-
Par lui furent tous effacez
Si fes beaux exploits font paffez
Nous en verrons bien davantage s
Et croyez en à mon préfage,
Nos maux feront bien tôt finis ;.
Car on va couronner LOUIS.
Par les foins d'un augufte Prince ,
Nous avons vû nôtre Province ,
Secouruë en tous fes befoins ;
Ce font autant d'heureux témoins ,
Qui nous annoncent le bel âge ม
* Attention de Monfieur le Regent fur lw
Provenco durant la peste,
14
MERCURE LE
Etcroyez-en à mon préfage ,
Nos maux feront bien- tôt finis
Car on va couronner LOUIS.
Que les vices les plus horribles ,
Que les monftres les plus terribles ,
Rentrent dans le fond des enfers ,
La vertu va les mettre aux fers ;
Ils ne feront plus de ravage ,
Er croyez- en à mon préfage ,
Nos mauxferont bien tôt finis,
Car on va couronner LOUIS
La Foy , la Paix & la Juſtice ,
Triomphent deformais du vice ,
Les méchans feront abbatus :
Puifque mille & mille vertus
Sont d'un jeune Roy le partage $
Et croyez-en à mon préfage ,
Nos maux feront bientôt finis
Car on va couronner LOUIS .
B. JULLIEN
Marseille ce 8. Octobre 1722
DE'-
DE NOVEMBRE 1722 .
DEPART DU ROr.
A Majefté partit de Verſailles le 16+
du mois d'Octobre fur les deux heures
après midi , accompagné dans fon caroffe
de M. le Duc de Chartres , de M.
le Duc de Bourbon , de M. le Comte de
de Clermont , de M. le Prince de Conti
, & de M. le Duc de Charoft , fon
Gouverneur . Il étoit précedé par les détachemens
des Gendarmes , des Chevaux-
Legers de la Garde , des deux Compagries
des Moufquetaires , les Commandans
à leur tête , & fuivi du Guet des
Gardes du Corps. Le Vol du Cabinet ,,
qui fuit Sa Majefté dans fes voyages ,
marchoit devant fon caroffe. * Il arriva
au Palais des Thuileries vers les cinq
'heures du foir , au milieu des acclama
tions d'une foule innombrable de peuple ,,
qui étoit accouru de toutes parts , pour
marquer la joye qu'il avoit de revoir Sa
Majefté dans la Capitale de fon Royaume.
* On appelle Vol du Cabinet , l'équipage des
chiens des oifeaux , que conduisent des
Officiers de la Fauconnerie du Cabinet du Roy,
dont M. Jean-Claude Forget eft Capitaine ge
neral.
Monfieur
16 LE MERCURE
"
Monfieur le Duc d'Orleans , qui fe
promenoit depuis long- temps dans le
jardin des Thuilleries , pour être à portée
de faifir le moment de l'arrivée de Sa
Majefté , fe rendit promptement au
bas de l'efcalier du Château des Thuilleries
dès qu'il apperçut dans la cour
l'avant - garde de la marche. Le Roy
monta dans fon appartement , où il fut
complimenté fur fon voyage , & ſe difpofa
pour partir le lendemain .
,
Le 17. le Roy entendit la Meſſe à 9 .
heures du matin , dans la Chapelle du
Château des Thuilleries , dîna à 10 .
heures préciſes , & partit à onze. Pendant
toute la route , en allant & en revenant
, Sa Majesté a toûjours dîné avanť
de monter en caroffe. La marche fut
femblable à celle du jour précedent , les
mêmes détachemens de la Maifon du
Roy , qui avoient accompagné Sa Majefté
depuis Verfailles , précedoient &
fuivoient le caroffe , dans lequel étoit le
Roy , accompagné de Monfieur le Duc
d'Orleans , du Duc de Chartres , du
Duc de Bourbon , du Comte de Clermont
, du Prince de Conti , & du Duc
de Charoft , fon Gouverneur. Toutes
les rues de Paris , qui conduifent à la
Porte faint Martin , & les chemins
bien avant dans la campagne , étoient
rem
DE NOVEMBRE 1722. 17
templis d'une affluence prodigieufe de
perfonnes de tout âge & de tout fexe ,
qui par des acclamations continuelles &
d'autres démonftrations de joye , témoignoient
la fincerité de leurs voeux , pour
obtenir du Ciel , qu'il continuât de répandre
fur la Perfonne Sacrée de SaMajefté
les plus heureufes influences , & que
fon Sacre fût l'heureux préfage d'un Regne
auffi long que glorieux . Le Roy alla
coucher à Dammartin.
و
DAMMARTIN eft un Bourg confiderable
, fort ancien & honoré du titre de
Comté. 11 eft fitué à fept lieues de Paris
, entre faint Denis , Gonnelle , Montmorency
& Louvres , fur une hauteur ,
dans cette partie de l'Ile de France , que
les Geographes appellent la Goëlle en Parifis
, pour la diftinguer d'une autre contrée
du Pays d'Artois qui porte le même
nom. On prétend que Goëlle eft un serme
Celtique , qui fignifie terre legere.
Il feroit à fouhaiter que les Etymolo
giftes nous euffent donné la veritable origine
du nom de DAMMARTIN : mais
par malheur ils conviennent fi peu entre
eux fur cet article , que l'illuftre Hadrien
de Valois , à qui la Republique des
Lettres eft redevable de tant de curieu-
Les recherches , après avoir examiné dans
fes fçavantes Notices fur les Gaules , tout
ce
18 LE MERCURË
ce que les Anciens ont dit touchant la
dérivation de ce nom , femble n'adopter
le fentiment d'aucun des Auteurs qu'il
cire , & laiffe la queſtion indécife , tant
il trouve de difficulté à la décider .
"
» Lambert d'Ardres , dit ce profond
Scrutateur de l'Antiquité , qui a écrit
l'Hiftoire des Comtes de Guines , appelle
DAMMARTIN , le Domaine du
Seigneur Martin , & donne à Albert
le titre de Comte de ce Domaine :
Lambertus Ardenfis , qui de Comitibus
" Gifnarum fcripfit , Dominium Domini
Martini vocat, & Albertum de Dominio
» Martini Comitem . n Quelques autres ,
( continue- t- il ) attribuent à ce lieu le
nom de Fortereffe du Seigneur Martin,
→ ce qui revient preſque au même ſens :
» Alii Caftrum Domini Martini nuncupant.
Ily a des Modernes , pourfuit-
´il , qui font dériver la premiere fyllabe
de DAMMARTIN du mot latin Do-
»mino , duquel ils forment Domnum , &
" de Domno , Dom , qu'ils transforment
en Dam , de forte qu'en ajoûtant le
nom propre de Martin , ils compo-
» fent celui de DAMMARTIN : Noftri
» enim ex Domino Domnum , ex Demno
Dom & Dam fecerunt.
»
Cette derniere dénomination eft d'ausant
plus naturelle , qu'elle fe trouve autoriDE
NOVEMBRE 2722. 17
forifée par deux actes ; l'un en françois
de l'an 1298. & l'autre en latin de l'an
1304. inferez dans les preuves de la Ge
nealogie de la Maifon de Vergy , compo
fée par André Du Chefne. Le premier
eft une Déclaration de Philipe le Bel ,
Roy de France , par laquelle ce Mo
narque rend témoignage que JEAN de
Dommartin a donné en mariage fa fille
MAHAUT à HENRY de Vergy ; & lo
fecond , l'extrait d'un Arrêt du Parlement
, qui commence par ces mots : Cum
Joannes nuper Domni Martini , ce qui
prouve clairement qu'il y a 422 , ans que
cet endroit s'appelloit DOMMARTIN ;
& que par la fuite des tems , Dom a été
changé en Dam , conformément à ce que
dit M. de Valois . Cependant ce grand
Hiftorien affure , que Guillaume le Breton
, dans le quatrième Livre de fa Philipide
, donne à RENAUD le titre de Comte
du Seigneur Martin , ce qui ne s'accorde
pas tout-à-fait à l'Arrêt que nous
venons de rapporter, In libro quarto Philipidos
Domini Martini Comes REGINALDUS
appellatur à Vvillelmo Brittone
, fi ce n'eft qu'on fuppofe avec le
même M. de Valois , que dans les Chartes
des Monafteres , le nom de Prieuré
du Seigneur Martin eft attribué à DAм-
MARTIN , in Polytychis Monafteriorum
Prie
( 16 LE
MERCURE
Prioratus de Domino Martino in Goëla
memoratur. Quoiqu'il en foit , il faut
qu'anciennement DAMMARTIN fut un
lieu d'une grande diftinction , puiſque le
même le Breton l'appelle un Noble Châtean
, dont les richeйles immenfes furent
enlevées par les ennemis
Nobile Caftellum rebus fpoliatur opimis.
Nous avons déja dit que
DAMMARTIN
eft honoré du titre de Comé. Il nous
refte à prefent à parler de fon antiquité ,
du rang que fes Comtes ont occupé dans
l'Etat , de leurs alliances , & des differentes
Maiſons dans lesquelles il eft entré.
Le premier Comte de DAMMARTIN ;
dont nous ayons une connoiffance parfaite
, eft un nommé MANASSE's , qui vivoit
au commencement de l'onzième fiecle
, & qui foufcrivit en 1028. avec plufieurs
autres Grands du Royaume , à la
Charte de confirmation , que le Roy Robert
accorda à l'Abbaye de Coulombs ,
tous les dons qui lui avoient été faits par
ROGER , Evêque de Beauvais , & par
OLDORIC , Evêque d'Orleans . Quelques
Hiftoriens le font auffi Comte de
Beauvais mais ils n'accufent pas plus
jufte que ceux qui prétendent , qu'un
de
nommé
DE NOVEMBRE 1722 2 %
nommé Lancelin ait pris la qualité de v
Comte de Dammartin en 1013. auffi - bien
que
Pre
,
de Beauvais , n'y ayant aucun Acte
qui juftifie que l'un ni l'autre ait poffedé
le Comté de Beauvais en tout ni en partie
, ni qui donne le moindre lieu de croicelui
de Dammartin ait apparteque
hu à Lancelin , du moins pouvons - nous
affurer que quelque foin que nous nous
Lyons donné pour avoir des preu
ves de ces deux faits , nous n'avons pû
trouver aucun Auteur qui en faffe mention
, fi ce n'eft un Confeiller du Préfi.
Fidial de Beauvais , qui en 1704. mit au
jour quelques Remarques , fous le titre
de Supplement à l'Histoire de Beauvais,
aufquelles on peut donner plutôt le nom
de Rapsodies que de toute autre chofe ,
fant elles font mal digerées & deftituées
ãe fondement & d'autoritez , encore ne
donne- t- il à Lancelin que la qualité de
Cafatus Ecclefia Belvacenfis , qui ne convenoit
qu'à des vaffaux , qui étoient tenus
à des fervices & à des devoirs envers
Eglife, à cause de leurs Fiefs, ou de leurs
manoirs , moins ferviles , à la verité , que
ceux dont étoient chargez les fujets que le
Droit appelleMancipia & fervi Ecclefia .
Le Comte MANASSE'S fut tué au
fiege de la ville de Bar en 1037. & laiſſa
de fa femme , dont le nom a été inconnu
€2
LE
MERCURE
nu à tous les Genealogiftes , HUGUES I.
du nom , Comte de Dammartin , qui en
1075. reftitua à l'Abbé de faint Lucien ,
le Prieuré des Bulles qu'il avoit ufurpé ,
confentit que GOSCELIN l'Enfant, fon
neveu , fit donation au même Abbé du
Fief de Haucourt , ainfi qu'il eft prouvé
par le Pere Mabillon , dans fa Diplomatique
, page 586. & en 1081. il donna ,
du confentement de Guy , Evêque de
Beauvais , & de RAYDE , fa femme ,
l'Eglife de faint Leu-fur- Oye , dite de
Serans , aux Religieux de Cluny , &
fonda la même année le Prieuré d'Efferens.
Il mourut peu de temps après , &
laiffa trois fils & deux filles , fçavoir ,
PIERRE , BASILE HUGUES II. du
nom , ADELE & EUSTACHIE .
3
HUGUES II . du nom , fucceda à fon
pere au Comté de Dammartin , & fe
maria avec ROTHWILDE , de laquelle il
eut ALBERIC I. du nom , lequel prit alliance
avec CLEMENCE de Bar , veuve
de Renaud , Comte de Clermont en Beauvoifis
, & fille de Renaud , Comte de .
Bar, & de Gile de Vaudemont , laquelle
étant morte , il fe remaria avec AMICIE
de Beaumont , Comteffe de Leicef
tre en Angleterre
fille de Robert ,
Comte de Beaumont & de Leiceftre ,
dit aux blanches. mains , & de PetroDE
NOVEMBRE. 1722 .
2}
tronille de Grand- Mefnil , & veuve de
SIMON III. du nom , Comte de Montfort
, de laquelle il ne laiffa point d'enfans
. C'étoit un Seigneur d'un merite
très - diftingué , & fi eftimé du Roy
Louis VII. qu'en 1155. il le fit Chambrier
de France , pour reconnoître
les fervices importans qu'il en avoit
reçûs. Il mourut environ l'an 1181. & .
laiffa de fa premiere femme ALBERIC
II. du nom , qui lui fucceda au Comté
de Dammartin , qui époufa une Dame ,
appellée MAHAUT , dont les Genealogiftes
ne rapportent pas le nom de famille.
Il mourut l'an 1200. & laiffa deux
enfans & trois filles , fçavoir ,
RENAUD
,
SIMON , ALIX , AGNE'S & CLEMENCE
de Dammartin.
RENAUD I. du nom
fucceda au
Comté de Dammartin , & fe maria en
premieres nôces avec Marie de Chatillon
, fille aînée de Guy , Seigneur de
Chatillon , II du nom, & d'Alix de
Dreux , qu'il répudia pour époufer Ide,
fille aînée , & principale heritiere de
Matthieu de Flandres , Comte de Boulogne
, lors veuve de Gerard , Comte de
Gueldres , & de Bertoul , Duc de Zerengen
, dont elle n'avoit pas eu d'enfans.
De cette derniere femme il n'eut
qu'une fille appellée Mahaut 2º, de ce
nom,
24
LE MERCURE
nom , Comteffe de Boulogne , à caufe
de Marie de Boulogne , fon ayeule maternelle
. Elle fut accordée en 1201. à
Philipe de France , dit Hurepel , ou le
Rude , fils du Roy Philippe- Augufte, &
d'Agnès de Meranie , qui mourut en 1233 .
fans laiffer qu'une fille unique , appellée
Jeanne , Comteffe de Boulogne , de Cler
mont & d'Aumale. Elle fut accordée par
un Traité paffé au mois de Decembre de
l'année 1236. à Gaucher de Chatillon
Seigneur de Montjay , de faint Aignan ,
&c. & l'époufa en 1245. mais elle mourut
fans pofterité en 1251 .
Dès l'année 1235. Mahaut , fa mere ,
avoit pris une feconde alliance avec
l'Infant Dom Alfonfe de Portugal , qui
la répudia en 1246. pour épouler Doña
Beatrix , fille naturelle de Dom Alfonfe
X. Roy de Caftille , par le fecours duquel
il obtint le Royaume de Portugal,
après avoir fait déclarer Dom Sanche
II. fon fiere , incapable de regner , dans
une Affemblée generale des Etats generaux
. Ce divorce fut caufe , que le Pape
Alexandre IV. jetta fur le Portugal un
interdit , qui ne fut levé qu'après la mort
de la Comteffe Mahaut , qui arriva en
1260. felon le fentiment de Juftel , mais
du Cange a prouvé que cet Hiftorien s'eft
trompé , & qu'elle mourut en 1258. En
1233-
DE NOVEMBRE 1722 . 25
1233. elle avoit fait hommage au Roy
faint Louis du Comté de Boulogne , qu'elle
poffedoit du chef de fa mere.
Avant que d'aller plus avant , il eſt
important de parler des alliances que
prirent les autres enfans d'ALBERIC II.
Comte de Dammartin , dautant qu'elles
nous doivent fervir de regle , pour faire
voir les changemens qui furviendront
dans la fuite , touchant les defcendans de
cette illuftre Maiſon.
SIMON de Dammartin devint Comte
Aumale & de Ponthieu , par le mariage
qu'il contracta avec Marie , Comtelle
de Ponthieu , de laquelle il eut
JEANNE , Comtefle de Ponthieu & d'Aumale
, qui époufa le Roy Dom Ferdinand
de Caftille , & de Leon - 1II . du
ROM . AGATHE , qui fut mariée à Jean ,
Vicomte de Chatelleraud. PHILIPPE >
qui époufa en premieres nôces Raoul II.
du nom Comte d'Eu & de Gaines ,
après la mort duquel elle fe remaria avec
Raoul II. du nom , Seigneur de Coucy ,
de Marle & de la Fere ; & en troifiémes
nôces elle prit alliance avec Othon
III. du nom , Comte de Gueldres & de
Zuphen , furnommé le Boiteux. Elle vivoit
encore en 1277. & Marie de Ponthien
alliée avec Jean II . du nom ,
Comte de Roucy.
›
>
1. Vol. B
26 LE MERCURE
Des trois foeurs de Simon , Comte de
Dammartin, ALIx qui étoit l'aînée époufa
Jean , Seigneur de Trie , & de Mouchy
en Beauvoifis. AGNE's fut mariée avec
Guillaume , Seigneur de Fiennes , & CLEMENCE
avec Jacques de Saint Ormer.
Du mariage d'Alix de Dammartin
& de JEAN II. de Trie , nâquirent Mathien
de Trie qui fuit , Enguerand nommé
avec fes freres dans la ratification
qu'ils firent de la donation , confentie par
leur beau-frere à l'Abbaye du Parc - aux-
Dames. Renaud de Trie , Seigneur de
Fontenay , ayeul de Mathieu de Trie ,
Maréchal de France , qui fit la tige des
Seigneurs de Fontenay . Bernard de Trie,
dont on ne trouve que le nom . Catherine
de Trie , mariée avec Guillaume le jeune,
Seigneur de Caenton , & Jeanne de Trie ,
femme de Robert Bertrand.
MATHIEU de Trie , Seigneur dudit
licu , & de Moucy , ayant fuccedé au
Comté de Dammartin par la mort de la
Comteffe de Boulogne , fa coufine , il en
prit le nom & les armes , ce qui lui attira
un grand procès avec le Comte de Saint
Paul , dont il vint à bout à fon avantage.
L'Abbé & les Religieux de Marcheraoul
lui cederent tout ce qu'ils prenoient fur
la terre de Moucy , avec le Moulin de
Marquemont , & en échange il leur donna
DE NOVEMBRE 1722. 27
du
conna
au mois de Decembre 1259.
fentement de fa femme , & de fes enfans,
neuf muids de bleds évaluezà 25. livres,
à prendre fur les habitans de Moucy.
jufqu'à ce qu'il leur eut affigné un autre
fonds en quelque autre endroit. Outre
cela il leur donna encore 12. liv. de
rente pour la fondation d'une Chapelle.
en leur Eglife . En 1275. il plaidoit contre
la Dame de Sailleville pour la mouvance
d'une Terre qu'il prétendoit être
tenuë de celle de Moucy. L'année fuivante
il ceda à Anfau le Vicomte , & à
Jean , dit SaraZin , Chambellan du Roy,
l'ufage que la Comtelle de Boulogne lui
avoit donné dans la Foreft de He , Par
Arreft de l'an 1267. il fut maintenu dans
la Haute - Juftice de faTerre & Châtelainie
de Moucy , & des Ficfs en dépendans
, que les Officiers du Roy lui difputoient
, & mourut en 1275. Il avoit
epoufé Marfilie de Montmorancy , fille
de Mathieu III . du nom , Sire de Montmorancy
, & de Jeanne de Brienne , de
laquelle il eut un fils , mort jeune. Philippe
de Trie qui étoit l'aîné , tige des
Seigneurs du Pleffis -Bellebault , & de
Mareuil. Jean , Comte de Dammı in
qui fuit. Thibaut , Seigneur de Serif› n=
taine , & de Moucy , & Simon de Tric ,
Seigneur de Gouvieux , Doyen de l'EI.
Vol. Bi glife
28 LE MERCURE
glife Collegiale de Mortaing.
JEAN I. du nom , Comte de Dammartin
, Sire de Trie & de Moucy , fut prefent
à l'échange que fit fon pere avec
l'Abbé & les Religieux de Marcheraoul
en 1259. & donna du vivant de fon pere
à l'Abbaye de Froimont au mois d'Aouft
1264. pour le repos de l'ame d'Ermen
garde, la premiere femme , tous les acquets
qu'il avoit faits aux environs de la Terre
de du Pleffis , avec la cinquième partie
de ce qu'il y poffedoit , s'en refervant
neanmoins l'ufufruit fa vie durant. Il
vendit au mois de Septembre 1265. certaines
terres labourables qui en étoient proches
, & de la Foreft de He , & fur les
conteftations qu'il eut avec les Religieux
de cette Abbaye au fujet de l'ufage qu'il
leur demandoit dans leurs bois , il en tranfigea
au mois d'Avril 1268. & en 1271 .
Après la mort de fon frere SIMON , le
Bailly de Senlis le pourfuivit pour l'obliger
à rendre foy & hommage de la Terre
de Gouvieux , & il y fut condamné en
1275. Dans la fuite ayant fuccedé au Comté
de Dammartin , il confirma & augmenta
la donation que fon pere avoit fait
à l'Abbaye de Bonport , pour le repos de
l'ame de fon frere qui y fut enterré , traita
au mois d'Octobre 1273. avec Bernard
de Trie, fon neveu, des Terres qu'il avoit
dans
DE NOVEMBRE 1722 . 29
dans le Boullonnois , lui en donna d'autres
en Beauvoifis , & promit de faire
ratifier par fa femme , & par fes enfans
du premier lit, le contrat d'échange. Cela
n'empêcha pourtant pas qu'ils n'euffenc
des conteftations enfemble fur ce fujet en
1280. & il fut condamné à garantir ce
qu'il avoit cedé au préjudice des oppofi
& des droits de l'Abbé & des Religieux
de Froimont .
tions ,
Lorfque Pierre d'Alençon alla au fecours
de Charles de France , Roy de Sicile
en 128 2. contre les Siciliens qui s'étoient
revoltez , il fut un de ceux qui
l'accompagnerent , & fe diftingua pour
le fervice de ce Prince par fa valeur . A
fon retour il eut procès avec l'Evêque de
Beauvais en 1290. qui lui demandoit
la reftitution de certaines Terres , qu'il
difoit avoir été ufurpées fur un de fes predeceffeurs
, appellé Foulques de Dammartin
, par Lancelin de Dammartin , fon
pere .
Il fervit le Roy Philippe le Bel dans la
guerre de Flandres , & fut tué à Mons en
Puelle le 18. Aouft 1304. Il avoit épousé
en premieres nôces Ermangarde de .....
de laquelle il eut des enfans , dont on n'a
pas de connoiffance. En fecondes nôces il
prit alliance avec YOLANDE de Dreux
Dame de Saint Aubin & de Dun au pays
1. Vol. B iij
de
30 LE MERCURE
de Caux , fille de Jean I. du nom , Comte
de Dreux , & de Marie de Bourbon , fa
femme. Renaud , Comte de Dammartin
qui fuit. Philippe de Trie , Treforier de
l'Eglife de Beauvais , qui vivoit encore
en 1328. & avoit la tutelle de Jean de
Trie , fon frere . Mahaut de Trie , mariée
à Paris au mois de Septembre 1298. avec
Henry de Vergy II . du nom , Senéchal
de Bourgogne , Seigneur de Fonvens &
d'Autrey, auquel elle apporta 900. liv.
de rente affifes fur la Terre de Saint Aubin
en Normandie , qui dans la fuite furent
tranfportées en 1304. fur les Terres
de Gouvieux & de Trie. Elle affifta en
1309. au mariage de Renaud , Comte de
Dimmartin , fon neveu , & Jean de Trie
Seigneur de Moucy , Senéchal de Touloufe
à d'Albigeois , qui eut de trèsgrands
procès contre le Comte de Dammartin
, fon frere , au fujet de la Terrede
Moucy qui lui avoit été adjugée pour
48 o. liv . & dont il avoit été mis en poffeffion
par le Bailly de Senlis l'an 1310 .
Il vendit à l'Abbaye de Saint Lucien de
Beauvais un cens qu'il prenoit fur un
moulin qui appartenoit aux Religieux de
cette Abbaye , fitué dans le lieu d'Athon,
& en 1315 le Roy Louis H tin confirma
cette vente par fes Lettres Patentes . Il
joüiffoit par fa femme fur les moulins >
&
DE
NOVEMBRE 1722 . 31
-
& fur les Halles de la ville de Rouen d'un
certain revenu provenant de la fucceffion
d'Ou lart de Chambly , qui lui fut contefté
, mais il en eut main-levée en 1323.
Etant Senéchal de Toulouf , il accorda
en 1324. certains Privileges aux habitans.
de la nouvelle Baftide de Trie , dans la
Senéchauffée de Touloufe. La même année
le Roy lui fit payer une fomme de
4180. liv. pour les provifions & muni- ;
tions qu'il avoit fourni à la ville de Touloufe
l'année precedente. Il fervit dans
la guerre de Gascogne fous Mathieu de
Trie , Maréchal de France , fon parent ,
avec fix Ecuyers , depuis le 23. Juin jufqu'au
24. Aouſt 1326. & mourut au com →
mencement de l'année 1327. Il avoit
époufé N.... de Chambly , dont il laiffa
trois fils & trois filles mineurs ; fçavoir,
Mathieu de Trie , Seigneur de Moucy ,
qui plaidoit fous la Tutelle de fa mere à
la fin de la même année 1327. contre
l'Evêque de Beauvais , & contre Jean ,
Comte de Dammartin , fon coufin , en
l'année 1328. procès qui fe perpetua longtemps
, puifqu'il plaidoit encore en 13 0.
& 1351. contre la veuve du même Comte
Jean de Dammartin . Il mourut peu avant
l'an 1360. Renaud de Trie , mort avant
1350. Yolande de Trie , nommée dans des
Arrefts de 1335. & 1338. avec les freres.
I. Vol B iiij pour
D
32 LE MERCURE
pour la repriſe du procès qu'ils avoient
contre le Comte de Dammartin. Eleonore
de Trie , veuve en 1356. de Robert de Saint
Clerc , Seigneur du Pleffis , & Jean de
Trie , Chanoine de l'Eglife de Moucy`.
puis Archidiacre de Chalons , qui eut un
grand procès avec la Dame du Pleffis ,
fa foeur en 1356. pour le Fief d'Atigny
, de la fucceffion de Philippe de
Trie , Treforier de l'Eglife de Beauvais ,
leur oncle. Etant devenu Seigneur de
Moucy par la mort de fes freres , il tranfigea
le 24. Janvier 1360. avec Glifes de
Soyecourt , Seigneur de Moy , qui avoit
eu le don du Roy du rachat de la Terre
de Moucy , & auquel il demandoit celui
de la Terre de Moy . Deux ans après il fit
donation de la Terre de Moucy à Renaud ·
de Trie , dit Patrouillart , Seigneur du
Pleffis , fon parent , & à défaut d'hoirs à
Mathieu de Trie , dit Lothier , Seigneur
de Serifontaine , s'en réſervant neanmoins
la joüiffance fa vie durant . Il ceda au Roy
une fomme de 700. liv. qui lui étoit dûë
de la rente qu'il prenoit fur les moulins ,
& fur les Halles de Rouen , en confideration
de l'amortiffement qu'il obtint au
mois de Juillet 1364. de 50. liv . de rente
en certains heritages , fituez dans Domremy
.
RENAUD I. du nom , fucceda au
Comte
DE
NOVEMBRE 1722. 33
Comté de Dammartin , & fut fait Chevalier
en 1313. par le Roy Philippe le Bel,
avec plufieurs Princes & Grands Seigneurs
du Royaume. Il eut de grands
démêlez avec Jean de Trie , fon frere , au
fujet de la Terre de Moncy qui durerent
encore long-temps après la mort , arrivée
en 1319. Il avoit époulé Philippe de
Beaumont , qui eut la garde de fes enfans.
De ce mariage nâquit Renaud II . du
nom , qui par un traité paffé à Vincen--
nes le 16. Juillet 1319. prit alliance avec
Police , dite Hipolyte de Poitiers , fille :
aînée d'Aymar , Comte de Valentinois ,
& de Sybille de Baux. Il plaida pendant.
les mois de Decembre de cette année , &.
de Janvier de 1320. tant pour lui , que:
pour fon frere & fa four , contre Jean
de Trie , Seigneur de Moucy , & contre
Raoul de Chantilly. Il mourut en 1327 .
& n'ayant pas laiffé de pofterité , Jean
de Trie , fon frere , lui fucceda au Comté:
de Dammartin.
JEAN II. du nom , Comte de Dammartin
, pourſuivit vivement le procès·
que fon pere & fon frere avoient foutenu :
contre le Seigneur de Moncy & fes heritiers
. Le Roy lui fit don du Travers de
Gouvieux en 1332. en récompenfe der
l'hommage du Fief de Theron nne , à Paris
, & de celui de Coye à Luzarches . I
Bv époufa 1.Vol.
34
LE MERCURE
épcufa Jeanne de Sancerre , à laquelle
Louis de Sancerre , fon frere , pour fatisfaire
au traité de fon mariage , ceda
300 liv . de rente à prendre fur cellequ'il
avoit au Tiéfor Royal , & qui fut
confirmé par llee RRooyy au mois de Janvier
1330. Il eut de fon mariage Jacqueline de
Lammartin , qui prit alliance en 1330 .
avec Jean de Chatillon , & mourut en
1337. & Charles , Comte de Dammartin ,
qui fut émancipé en 1338. Il fe trouva
au mois de Juin de l'an 1358. avec trois-
Chevaliers , & dix- huit Ecuyers de fa
Compagnie à l'Oft de Breteuil en Normandie
, & la même annéè à la Bataille:
de Poitiers , en laquelle il demeura prifonnier
du Comte de Salisbury , & fut:
conduit en Angleterre . Pour en fortir
il tranfporta au Connétable de Fiennes le
13. Novembre 1360. fes Terres de Capy
& de Bafeque en échange de celle de Marrot,
file au Comté de Salisbury , en Angleterre
, que le Connétable avoit cedé
au Comte de Salisbury , en diminution
de fa rançon. Il y retourna en 1364. &
s'y foutint avec éclat , au moyen des .
fommes confiderables que le Roy lui fit
tenir. En étant revenu le Roy le commit
le 25. Juin de la même année pour convoquer
la Nobleffe du Diocéfe de Paris ,
& la mener dans fa Compagnie contre les
Bretons ,
DE NOVEMBRE 1722 . 35
Bretons , fous les ordres de Bertrand du
Guefclin. En 1367. Sa Majesté le retint
encore pour le fervir dans fes guerres
avec 50. hommes d'armes , fix Chevaliers,
& neuf Ecuyers à 5o. 1. par mois outre fes
gages. Il eut l'honneur de tenir au mois de
Decembre de l'année 1368. fur les Fonsde
Baptême le Roy Charles VI . avec let
Maréchal de Montmorancy . Au mois de
Fevrier 1373. le Roy lui accorda , & à
fes Officiers , la connoiffance des Nobles
de fes Terres , & l'année fuivante ill
tranfigea en fa prefence au Bois de Vincennes
avec le Connétable de Fiennes , aw
fujet des Terres qu'il lui avoit tranfportées
, qui étoient de plus grand revenu
que celles qu'il avoit cedées en Angle
terre , & en retira la Terre de Capy , l'Etang
de Gouvieux , & la rente de 2000. 1 .
que ce Connétable prenoit à vie fur le
Tréfor Royal
Il avoit épousé Jeanne d'Amboiſe ,
Dame de Nefle & de Montdoubleau , fille
aînée d'Ingerger , Seigneur d'Amboise &
de Marie de Flandres , Dame de Nefle
& de Montdoubleau , de laquelle il ne
laiffa que Blanche , Comtefle de Dammartin,
Dame de Nefle , mariée à Charles
, Seigneur de la Riviere , qui retira
avec elle la Terre de Mondonbleau que ,
fa mere avoit venduë. Etant morte fans
1.Volo
B
vj
en36
LE MERCURE
&
enfans , le Comté de Dammartin échus
aux defcendans de Jacqueline de Dammartin
, la tante. Jean de Fayel , Vicomte
de Breteuil le poffeda peu de temps ,
étant mort fans enfans , Marie de Fayel ,
fa foeur & fon heritiere , mariée à Renaud
de Nanteüil , Seigneur d'Acy qui
fuivoit le parti de Charles Dauphin , Duc
de Touraine , ce qui fut caufe qu'il n'en
peutjouir à caule que le Roy Charles VI..
en fit don à Antoine de Vergy , Seigneur
de Champlite , comine ayant droit
à caufe de Jean de Vergy , fon pere
petit- fils de Mahaut de Dammartin , lequel
droit fut confirmé depuis par Jean
Duc de Belfort , au nom de Henry VI ..
Roy d'Angleterre , qui demeura maître.
de Paris & des lieux circonvoifins après.
la mort du Roy Charles . Cependant.
Comme quelques zelez défenseurs des
droits Royaux foutenoient que ce Comté
appartenoit à Hnry , Roy d'Angleterre ,
par forfaiture & confifcation , le Procureur
General du Parlement le faifit fur
Antoine de Vergy a 1 mois de Septembre.
1425. ce qu'Antoine ne pouvant fouffrir
fans fe plaindre , il prefenta Requête au
Roy Henry , par laquelle il le fupplia
d'avoir égard , tant au droit qu'il avoit
fur le Comté qu'à la foy & hommage
qu'il en avoit rendus , & aux grands fervices
DE NOVEMBRE 1722 37"
vices qu'il avoit rendus à l'Etat , & de
lui accorder tout le droit de proprieté &
de Seigneurie que Sa Majefté y pouvoit
avoir par forfaiture ou confifcation
quoi le Roy Henry ayant égard , lui accorda
par fes Lettres Patentes , données
à Paris le 26. Juillet 1427. tant pour lui:
que pour fes defcendans , tout le droit
qu'il pouvoit avoir fur ledit Comté , à
quelque titre que ce put être ; de fortes
que dans la fuite Antoine de Vergy prit le
nom & les armes de Comte de Dammar:
ce que tin , & les porta jufqu'à ce que le Dan--
phin de France , étant parvenu à la Couronne
fous le nom de Charles VII . le dépoü
lla du Comté , & le donna à Marguerite
de Nanteuil , fille de Renaud de
Nanteuil , Seigneur d'Acy & de Marie
de Fayel , qui le porta en mariage à Antoine
de Chabannes qui fuit.
Chevalier ANTOINE de Chabannes
des Ordres du Roy , Senéchal de Car
caffonne , Bailly de Trayes , & Grand-
Maître de France , na quit en 1411. & fut
élevé Page auprès du Comte de Vantadour
& du Seigneur de la Hire. En 1424.
ilfe trouva à la bataille de Verneuil , où
il fut fait prifonnier. Ayant recouvré la
liberté il continua à fervir dans toutes les
occafions qui fe prefenterent , & fe trouva
au Siege de Gergean , au combat de
Pafay
38 MERCURE 1 LE
Pafay en 1429. & au Siege de Compiegne
en 1430. En 1432. il fut établi Capitaine
de la Ville & Château de Creil , d'où il
fit plufieurs courfes fur les ennemis , &
dans une action il prit le bâtard de Saint
Pol & leSeigneurd' Humieres , qui lui paye- .
rent une groffe rançon . Il fe trouva à la
prife de Meulan en 1435. executa une
entreprife qu'il avoit projettée fur Saint
Denis, & paffa en Normandie , où il prit
Harfleur , & plufieurs autres places. Il
mena en 1437. en Cambrefis , & en Hainault
la Compagnie , qu'on furnomma la
Compagnie des Ecorcheurs , fe mit enfuite
au fervice du Comte de Vaudemont , qu'il
quitta à la follicitation du Duc de Bourbon.
Après avoir fait fon accord au mois
d'Aouft 1438. il alla avec le Connétable
au Siege de la ville à Marché de Meaux
en 1439. Il tint le parti du Dauphin du
temps de la Praguerie , & refta avec lui
après fon accommodement. Il le fuivit en
1442. à la prife de Pontoise & de Dieppe,
& en 1444. vers Bafle , ou dans une rencontre
il défit un gros bataillon de Suifles.
Depuis le Roy le retint à fon fervice , le
mit au nombre de fes Penfionnaires , lui
donna la Charge de Grand Pannerier en
1447. & lui fit de grands biens. Il eut la
garde de Jacques Cou , lorfqu'il fut fait
prifonnier , des biens duquel il ent les
Terres
१
DE
NOVEMBRE 1722. 30
Terres de Saint Fargeau , & autres du
pays de Puyfiye qu'il le fit adjuger pour
certaine fomme , dont il obtint le don . Il
eut encore le premier jour d'Avril de
l'année 1453. la Terre de Blancafort en
Guyenne comme appartenante à fa
femme après qu'elle eut été repriſe fur les
ennemis. Il fut envoyé en 1455. avec le
Maréchal de Loheac en Roüergue pour
reduire les Places qui y tenoit le Comte
d'Armagnac , & en récompenfe de fes
fervices , il en obtint quelques- unes , fut:
fait Senéchal de Carcaffonne en 1456. &
Lieutenant General de l'armée envoyée
en Dauphiné après que le Dauphin fe fut
retiré en France , & il fe rendit maître de
tout le pays , ce qui caufa depuis fa difgrace
. Car après que le Roy Louis XI.
fut parvenu à la Couronne , il le fit arrê
ter à la pourfuite de fes ennemis , & con--
duire au Louvre , où il fut deux ans , pen--
dant lefquels fon procès lui fut fait , &
par Arreft du 20. Aouſt 1463. il fut condamné
à un banniffement , & d'aller demeurer
à Rodés. Ses biens furent confifquez
& donnez au Seigneur de Nantouil
let , à l'exception de ceux qui furent rendus
aux heritiers de Jacques Cour. Au
lieu de lui faire tenir fon ban , il fut mis
à la Baftille , d'où il fe fauva le 12. Mars
1464. fe retira en Bretagne , embraffa le
parti
400
LE MERCURE
parti des Princes liguez , fous le prétexte
du bien public , fuivit enfuite celui du
Duc de Normandie ; & s'étant accommodé
avec le Roy , il rentra dans tous fes
biens & dans toutes les Charges , & le
23. Avril 1467. il fut fait Grand-Maître
de France , & Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel . Il mena la même année.
un fecours aux Liegeois , qui étoient en
guerre avec le Duc de Bourgogne , &
quelque temps après il fut envoyé en Ambaflade
avec le Legat du Pape , en Bretagne
, vers le Duc de Normandie , frere
du Roy , où par fon moyen il y eut une
Tréve pour faciliter l'affemblée des Etats
de Tours , où tout fut pacifié. En 1469 .
il eut le commandement de l'armée que
le Roy envoya en Armagnac , avec laquelle
il réduifit tout ce pays à l'obéïſfance
du Roy , auprès duquel il fe rendit
au voyage que ce Prince fit en Picardie
, & en Artois. Il obtint de lui
en 1470. partie de la confifcation des
Terres du Comte d'Armagnac. En 1472-
il jetta du fecours dans Beauvais , affiegé
par le Duc de Bourgogne , alla joindre
enfuite le Connétable au pays de Caux
pour s'oppofer aux Bourguignons
l'année fuivante il fut député à Senlis
la negociation de la paix avec le Duc de
Bourgogne. Quelques années après le Roy
, &
pour
lui
DE NOVEMBRE 1722. 47
lui donna les Capitaineries d'Harfleur , de
Montivelier , & de Château-gaillard , &
enfin le Gouvernement de Paris , où il
mourut âgé de 77. ans le 25. Decembre
1488: 11 eft enterré au milieu du Chour
de l'Eglife de Dammartin , où il avoit
fondé fix Prebendes , & pareil nombre
dans l'Eglife de Saint Fargeau au mois de
Decembre 1483.
Il avoit époufé au mois de Septembre
1439. Marguerite de Nanteuil , Comteffe
de Dammartin , fille' unique & heritiere
de Renaud de Nanteuil , Seigneur d'Acy'
& de Marie Fayel , Comteffe de Dammartin
& de Breteuil. Le Duc de Bourbon
lui engagea le 22. Juillet 1440. pour
dix mille écus la Châtellenie de Chauveroche
, dont il tranfigea le 13. Janvier
1447. & changea fa Terre de Blancafort
avec le Roy pour celle de Gournay , fur-
Marne , & autres qu'il fit unir au Comté
de Dammartin le 12. Janvier 1463. Il eut
de fon mariage Jean de Chabannes , Comte
de Dammartin qui fuit. Jacqueline de
Chabannes , Dame d'Onchain , femme de
Claude- Armand , Comte de Polignac ,
morte fans enfans. Il eut encore un fils
naturel , nommé Jacques , qui mourut le
12. Janvier 1489 .
JEAN de Chabannes , Comte de Dammartin
porta en 1470. du vivant de fon
pere.
9
42 LE MERCURE
༡
pere la qualité de Seigneur de Saint Far
geau , fous laquelle il recevoit une penfion
du Roy en 1485. Les 18. Janvier
1488. & 14. Jillet 1498. il fit hommage
pour fon Comté de Dammartin , & de
les autres Terres . Il époufa en premieresnôces
Marguerite de Calabre , fille naturelle
de Nicolas d'Anjou , Duc de Calabre
& de Lorraine, & en fecondes nôces il prit
alliance avec Suzanne de Bourbon , Comteffe
de Rouffillon , & Dame de Montpenfier
, fil'e aînée de Louis , Bâtard de Bour
bon , Comte de Rouffillon , Amiral de
France , laquelle étant veuve en 1503. elle
obtint délai pour faire hommage du Comté
de Dammar in. Du premier lit vint
Anne de Chabannes , Comtelle de Dammartin
qui n'avoit que trois ans lorfque
fon pere la fit émanciper le 23. Janvier
1488. Elle époufa en 1496. Jacques de
Coligny, Seigneur de Chatillon fur - Loing,
Prevoft de Paris , dont elle n'eut point
d'enfans . Du fecond il eut Antoinette de
Chabannes Dame de Saint Fargeau
mariée avec René d'Anjou , Seigneur de
Mezieres ; & Avoye de Chabannes , Comteffe
de Dammartin , émancipée par fon
pere le 19. Juin 1500. n'ayant encore que
fept ans . Elle fut mariée en premieres
nôces avec Efrond de Prie , Seigneur de
Bufançais , puis avec Jacques de la Tri-
›
mouille
DE
NOVEMBRE 1722. 43
2
mouille , Seigneur de Bommiers , & en
troifiémes nôces avec Jacques de Brifay
Seigneur de Beaumont , Lieutenant du
Roy en BBoouurrggooggnnee , avec lequel le 20%
Janvier 1532. elle vendit la moitié du
Comté du Rouffillon à Blanche de Tournon
, veuve de Jacques de Coligny , Seigneur
de Chatillon-fur- Loing , Dame
d'Honneur de la Reine de Navarre , &
donna le Comté de Dammartin à Frangoife
d'Anjou , la parente , en faveur du
mariage qu'elle contracta avec Philippe
de Boulainvilier , duquel mariage nâquirent
Philippe de Boulainvilier , Comte
de Farquemberge , René , Perceval , &
Anne de Boulainvilier , lefquels vendirent
le Comté de Dammartin à Anne de
Montmorancy , Connétable de France, par
trois contrats , l'un de l'an 1554. le fecond
de l'an 1556. & le troifiéme de l'an
1561. furquoi il y eut un très- grand procès
entre eux , Ondard Philippe & Jean
de Rambures , leurs freres uterins , à caufe
du transport qu'ils firent des droits &
prétentions qu'ils avoient fur ce Comté à
François de Lorraine , Duc de Guife.
Mais après plufieurs plaidoiries le Duc
de Montmorancy fut maintenu dans la
paifible poffeffion du Comté de Dammarin,
& il a demeuré dans fa maiſon jufqu'en
1632. qu'il fut confifqué au profit du
Roy
44 LE MERCURË
Roy , par Arreft du 3. Octobre qui con
damna Henry II . du nom à avoir la tête
coupée pour crime de felonie , & uni au
Domaine de la Couronne , de même que
Chantilly , Gouvieux , & leurs dépendances
, par Lettres Patentes du mois de Mars
1533. Le Roy y établit un Bailliage , auquel
il unit les Juftices particulieres de
Mory , de Saint Memes , de Saint Supleix
& de Vivans.
Pendant le regne de Louis XIII . let
Comté de Dammartin demeura uni à la
Couronne après fa mort , la Reine Anne
d'Autriche , Regente , en fit don au
Prince de Condé, & comme ce don auroit
pû être revoqué , dans le Traité des
Pyrenées , il fut folemnellement confirmé
par un Article qui porte formellement
, que Louis de Bourbon , Prince
de Condé , fera rétabli dans tous les
biens qu'il poffede en France , à quelque
titre qu'il les ait acquis.
Il y a à Dammartin un Prieuré de
l'Ordre des Prémontrez , deffervi par un
Prieur , affifté de deux autres Prêtres ,
fous l'invocation de faint Jean - Baptifte.
Il y a auffi une Eglife Collegiale , dédiée
à Nôtre- Dame , dont le Chapitre
eft compofé de fix Chanoines & d'un
Doyen. Prés de la Collegiale eft un Hôpital
pour les malades , & hors de l'entrée
DE
NOVEMBRE 1722. 45
trée du Bourg , du côté de Paris , on
trouve une Maladrerie de faint Lazare ,
où l'on dit une Meffe toutes les femaines.
De l'autre côté , près du grand chemin
qui conduit à Nanteuil & à Soiffons , font
les reftes du fameux Château de Dammartin
, dont il eft tant parlé dans les -
Hiftoires , & dont la vûë , auffi- bien
que
celle du Bourg , n'eft limitée d'aucun cộ-
té. On compte à Dammartin 349. feux.
Le 18. Octobre le Roy partit de Dam
martin , après avoir entendu la Mefle
& arriva d'affez bonne heure au Châreau
de Villers - Coterets , qui appartient
à Monfieur le Duc d'Orleans . S. A. R.
avoit fait préparer ce Château pour y recevoir
Sa Majefté , qui fut faluée à fon
arrivée de douze pieces de canon & de
cent boëtes , qui firent plufieurs déchar
ges.
VILLERS - COTERETS eft une petite
Ville,ou, pour parler plus jufte, une groffe
Bourgade de l'Ile de France , dans le
Duché de Valois , dont il fait une partie
confiderable. Elle eft environnée d'une
vafte foreft de trois côtez. Anciennement
ce n'étoit qu'un vieux Château ,
qu'on appelloit la Male- Maifon , à caufe
qu'il étoit bâti au milieu de la forêt ,
& qui fervoit de retraite à une troupe de
voleurs , qui s'y tenoient cachez pour détrouffer
46 LE MERCURE
2
trouffer les paffans. Laurent Bouchel ,
Avocat au Parlement , dit dans le premier
article de fon Commentaire , fur le
premier titre des Coûtumes de Senlis ,
que dans cette forêt , que les Latins appellent
Reffia ou Retia , il y avoit , non
loin de l'endroit où eft bâti Villers - Coterets
, une Tour fort élevée , appellée la
Tour de Heaumon , habitée par un Seigneur
, nommé Auger le Danois . Elle
étoit appellée ainsi , parce qu'elle étoit
fituée dans l'endroit le plus éminent de
toute la foreft. Les Romanciers prétendent
que cette Tour fût un Palais des
Fées , & qu'un redoutable Geant y fit fa
demeure. Mais comme nous traitons
d'une matiere très- ferieufe , qui n'a pour
but que l'inftruction ou la curiofité du
public , nous n'avançons ce fait que comme
une fable , qu'on croit que Nicolas
Bergeron , Avocat au Parlement de Paris
, bel efprit du feiziéme fiecle , & natif
de Bethift , au Duché de Valois , inventa
pour divertir Marguerite de Valois
, Reine de Navarre , & enfuite de
France , qui fe plaifoit extrêmement à
ces fortes de contes , & à laquelle le Duché
de Valois fut donné pour partie de
fon deüire. Laiffant donc à part tout ce
qui ne peut qu'amufer fans inftruire ,
nous ne nous attacherons qu'à ce qu'il y
a
DENOVEMBRE 1722. 47
a de plus ferieux , de plus pofitif , &
de plus remarquable touchant Villers-
Coterets.
Les chofes les plus dignes de la curiofité
de nos Lecteurs , font l'étymologie
du nom de Villers - Coterets , & la maniere
dont cet endroit eft devenu une partie
affez confiderable de l'Apanage des
Enfans de France.
Le nom primitif de Villers - Coterets
eft Vilers -Col-de- Rets , lequel fe forma
par corruption de Vilier- cotte- de Rets ,
derivé du Latin Villaris ad collum Rhetia
. Dans la fuite , la corruption augmentant
de plus en plus , les uns l'appellerent
Villers - Cotrès ou Villers-Coterets
, n'étant pas encore bien decidé , s'il
faut prononcer l'un ou l'autre de ces
deux noms modernes . Quoiqu'il en foit , il
eft conftant que cet endroit tire fon nom
de la fameuſe forêt de Rets ou Retz , qui,
felon la fupputation du fçavant Bouchel,
contient ving- fept mille arpens de terrain
, dont il y en a au moins dix mille
de haute- futaye , un buiffon , appellé de
Aigle , de toute forte de bois d'environ
Axx mille arpens , & le refte en taillis ,
graines , bruyeres ou terres incultes .
On pourroit raconter une infinité de
chofes curieufes qui regardent le pays de
Valois , dans lequel Villers - Coterets cft
fitué;
LE MERCURE
,
fitué , mais comme cette narration nous
meneroit trop loin & que nous nous
fommes bornez uniquement à rapporter
ce qu'il y a de plus effentiel , nous nous
contenterons de dire que le Valois fic
partie du Domaine de la Couronne de
France , fous la premiere Race de nos
Rois , & que vers le temps d'Hugues
Capet , il en fut feparé , & poffedé par
un Hebert ou Herbert , Comte de Vermandois
, dont Hugues le Grand époufa
la fille appellée Alix , & par ce mariage
il devint Comte de Valois.
و
Raoul , fils aîné de Hugues le Grand,
lui ayant fuccedé , prit le titre de Seigneur
de Valois , comme il paroît par
deux Actes Fun de l'an 1133. qui
prouve qu'il étoit Grand - Maître de la
Maifon de Louis le Gros , & l'autre de
1135. qui fait voir qu'en cette qualité il
fit un accord avec l'Abbé & les Religieux
de faint Jean des Vignes lez- Soiffons
, au fujet de quelques conteftations
qu'ils avoient enfemble. Après avoir reparé
les ruines d'une Abbaye , qui depuis
ce temps- là eft appellée Restauré
dans les vieux titres , il mourut en 1151.
fans laiffer de pofterité.
Quoique par la Loi d'Appanage le
Valois dût être réuni à la Couronne
neanmoins Philippe d'Alface , Comte de
FlanDE
NOVEMBRE 1722. 49
Flandres , qui avoit époufé Elifabeth ,
foeur de Raoul , ufurpa la Seigneurie de
Valois , & donna un petit dédommagement
à Eleonore , foeur de fa femme ,
ainſi qu'il eſt juſtifié par Meyer dans les
Annales de Flandres , qui rapporte le
fait en ces termes , fous l'année 1158.
Philippus Elfatius Comitatum Valen
fium, qui & Crifpacenfis , Comitatum Ambianorum
, Belcanas , quas ipfe traditur
exædificaße, cum aliis multis munitiffimis
locis adiit.
En 1177. Louis VIII . dit le jeune
faire connoître à Philippe d'Alface, pour
que les Comtez de Vermandois & de
Valois appartenoient au Domaine de fa
Couronne , en ceda la joüiffance à Thibaud
de Crefpy , Sieur de Nery & de
Saintines. Cependant quelque tems après ,
ayant marié Philippe- Augufte , fon fils ,
avec Ifabeau , fille du Comte d'Hainaut
, il fut convenu que pour recompenfe
du Comté d'Artois , que cette
Princeffe apportoit en mariage , les Comtez
de Vermandois & de Valois , dont
Philippe d'Alface ne joüiffoit que comme
de bien dotal de fa femme , lui feroient
cedez en proprieté & à perpetuité
, ce que Philippe - Auguste ne voulut
pas effectuer , lorfqu'il fut parvenu à la
Couronne.
C Phi- 1. Vol.
150
LE MERCURE
Philippe d'Alface irrité du refus de Philippe-
Augufte , voulut en avoir raifon par
la force des armes ; mais ayant appris
que
que ce Monarque s'étoit mis à la tête
de fon armée , qu'il venoit à lui
pour le
combattre , & qu'il étoit déja arrivé à
Amiens , il demanda la paix , qui lui fuc
accordée par un Traité , qui fut conclu
en 1184. à condition qu'il le contentercit
de la fimple joüiffance de faint Quentin &
de Peronne, & qu'il reftituëroit tout le
refte du Vermandois & du Valois .
En la même année 1184. Eleonore ,
foeur d'Elifabeth , femme de Philippe
d'Alface , qui étoit morte fans enfans
prétendit au Comté de Valois , en quali
té d'heritiere de fa défunte foeur , & prit
le nom de Dame de Valois ; elle fit même
une fondation d'un Canonicat dans
l'Eglife de faint Thomas de Crefpy , &
donna au Chapitre cinq muids de bled a
prendre fur les moulins de Valois , &
deux journées de pêche fur l'étang d'Antilly
, ce qui marque qu'elle en avoit la
jouiffance , dans laquelle elle fut pourtant
troublée par Philippe- Auguste , qui
plaida vivement contre elle jufqu'en 1191.
qu'ils pafferent une tranfaction , par laquelle
le Roy lui ceda certains biens pour
tous les droits qu'elle pouvoit prétendre
fur le Valois ; & pour plus grande feureté
DE NOVEMBRE 1722. 51
reté cette tranfaction fut ratifiée en 1194.
de forte que par voye de rançon , ou
pour parler plus jufte , par reverfion , le
Valois fut incorporé au Domaine Royal ,
qui devint l'Appanage de Jean Tristan ,
troifiéme fils de faint Louis en 1268 .
ainfi qu'il eft rapporté par M. de Sainte-
Marthe , dans leur Hiftoire Genealogi .
que de la Maifon de France. Mais étant
mort avant le Roy fon pere , fans laiffer
d'enfans d'Yolande de Bourgogne , Com-.
teffe de Nevers , cette Terre revint au
Domaine Royal , & fut donnée en Appanage
à Charles, fils de Philippe le Hirdy
en 1282. à titre de Comté , qu'il
prefera à tous les autres titres car au
lieu qu'il avoit accoûtumé de s'appeller
auparavant Charles , fils de France , Comte
d'Alençon , de Chartres , d'Anjou , &c.
il ne s'appella prefque jamais dans la
fuite que Sire , Seigneur & Comte de Valois
, dautant que c'étoit fon vrai Domaine
legitime & patrimonial.
Ce Comté lui tenoit tant à coeur ,
qu'il faifoit de fon Château de Villers-
Coterets fon principal fejour , le convertiffant
de Male-Maifon , qui étoit fon ancien
nom , dit le fçavant Bouchel , enheureufe
demeurance , en laquelle il avoit fon
Concierge , & un Châtelain à Viviers ,
qui étoient tous deux les Maîtres &
Cij des 1. Vol.
52
LE MERCURE
Gardes de fes Bois . Ce fut lui qui fie
édifier dans la forêt , le Monaftere de
Fontaine Notre-Dame , de l'Ordre des
Chartreux, communément appellé Bourg-
Fontaine. Il lui accorda de grands privileges,
& fit de grands biens à toutes les
Eglifes de fon Comté , notamment à la
Chapelle de fon Château de Villers - Coterets
, à laquelle , de concert avec la
Comteffe fa femme , il donna dix muids
de bled , comme il paroît par un Acte
du Regiftre , appellé Olim , d'un Parle
ment tenu fous le Roy Philippe le Har
dy ,fon pere , l'an 1272. dans lequel on
lit ces paroles : Comes & Comitiẞa Valefia
dederunt adfundationem Capella domus
fue de Villaribus- Colli - Retii , decem
modios frumenti.
Il feroit inutile de dire , que ce Prince
a été le Chef & la fouche de la Maifon
Royale de Valois , qui a donné de
fi grands Rois à la France. Mais il fera
bon d'obferver qu'il avoit tant de prédilection
pour le Comté de Valois ,que
dans le partage qu'il fit de fon vivant en
1316. de tous les biens entre les enfans
il voulut que Philippe , qui étoit l'aîné ,
eût le Valois avec tous fes acquets , s'en
refervant feulement l'ufufruit fa vie durant.
Philippe , fon fils , étant parvenu à la
CouDE
NOVEMBRE 1722 . 53
Couronne de France , après avoir cedé à
fes freres tous les biens que feu fon pere
avoit laiffez , à la referve du Comté de
Valois , l'unit pour toûjours à fa Couronne
voulant qu'il ne pût jamais en
être détaché , que pour fervir d'Appana
ge aux enfans de France .
Le Roy Jean , fon fils , fe plaifoit fi
fort à Villers- Coterets , qu'il y faifoit ſon
fejour la plus grande partie de l'année.
Il appelloit ordinairement la forêt de
Rets fon defert. Philippe , fon frere , ayant
eu le Comté de Valois en Appanage en
1366. après que fon frere eut été fait
Dauphin , n'avoit pas de plus grand
plaifir , que d'y aller fe divertir avec la
Comteffe Blanche , fon époufe . Après
fa mort , la Comteffe fon époufe prit la
qualité de Ducheffe de Valois , quoique
la Terre n'eût pas été érigée en Duché
, du moins il ne paroît aucun A&e
qui prouve qu'elle le fût ; & felon toutes
les apparences , elle ne le fut qu'en 1406 .
en faveur de Louis , fecond fils du Roy
Charles V. & frere unique de Charles
VI. auquel elle fut donnée en Appanage
de même que le Duché d'Orleans . C'eſt
à ce Prince que Villers- Coterets , & tant
d'autres lieux du Duché , doivent toute
leur fplendeur . Uniquement occupé à
les embellir , on auroit dit qu'il étoit in-
1. Vol. C iij
diffe54
LE MERCURE
different fur tout le refte de fon patri
moine , & les Hiftoriens affurent qu'il
projettoit d'y faire les plus belles chofes
du monde , lorsqu'il fut affaffiné
en 1407. par ordre de Jean , Duc de
Bourgogne.
Louis , Duc de Valois , laiffa deux fils,
Charles & Jean , defquels font forties
les deux auguftes Maifons d'Orleans &
d'Angoulême ; mais les menées des Bourguignons
& des Anglois , eurent tant de
pouvoir fur l'efprit du Roy Charles VI .
Prince foible & fans jugement , que tous
les biens de Louis , Duc d'Orleans & de
Valois , furent confifquez en 1411. par
un Arrêt . Mais en 1412. ils furent tous
reftituez à Charles . Cependant toutes les
Terres du Duché de Valois étoient entre
les mains du Comte de faint Paul , ou
de quelques autres Seigneurs , qui , abufant
de la fimplicité du Roy , & des defordres
que l'ambition des Grands avoit
introduits dans l'Etat , s'en emparerent
& ruinerent toutes les places à
l'envi les uns des autres , & firent tant
que Charles ne put pas les en debufquer ,
& il ent le mortel déplaifir de voir que
fes fujets , malgré l'attachement qu'ils.
avoient pour lui , furent contraints d'obéir
à Henri , Roy d'Angleterre , foi.
difant heritier & Regent en France ,
LieuDE
NOVEMBRE 1722 . SS
Lieutenant General pour les Rois Charles
VI. & Charles VII.
Cependant Charles ne laiffoit pas de
porter le nom de Duc de Valois , & après
que les Anglois eurent été chaffez de
France , Valentine de Milan , fille de
Jean Galeaffe & d'Ifabelle de France , fa
mere , comme tutrice & adminiftratrice
du bien de fes enfans , fut mife en poffeffion
du Duché de Valois , & s'y main
tint jufqu'à ce que fon fils Charles eut
recouvré fa liberté , après avoir été 25.
ans prifonnier entre les mains des Anglois.
De retour dans fes Etats , il fit alliance
avec Marie , fille du Duc de Clede
laquelle il eut Louis d'Orleans ,
qui parvint à Couronne de France , fous
le nom de Louis XII. & de Pere du
peuple.
Charles VII. faifoit tant de cas du Duché
de Valois , qu'il en fit porter le nom
à deux filles naturelles qu'il avoit , &
qu'il aimoit tendrement .
Louis XII. n'ayant qu'une fille unique
, refolut de la marier avec François.
I. fils de Charles , Comte d'Angoulême ,
fon coufin germain ; & en confideration
de ce futur mariage , il lui donna le Duché
de Valois ; & comme il étoit mineur
, Loüife de Savoye , fa mere , le tint
pour lui depuis 1498. jufqu'à fa majorité.
C iiij
1. Vol. Le
36 LE MERCURE
Le Roy Louis XII . étant mort fans en
fant mâle , François I. lui fucceda , & le
Duché de Valois fut réüni à la Couronne.
Cependant le nouveau Roy confer
va tant d'affection pour ce Duché , que
dès l'an 1514. il s'appliqua à le decorer
& à l'embellir par des établiffemens de
foires & de marchez . En 1530. il fit faire
de grandes reparations au Château de
Villers- Coterets , où il alloit fouvent prendre
le plaifir de la chaffe. Enfuite il en
donna le Gouvernement à Madame fa
mere , & enfuite à Madame de Taillebourg,
fa tante , s'en refervant pourtant
le titre & la jurifdiction , qu'il ne ceda
jamais , & le tranfmit à Henri II. fon
fils aîné , après la mort duquel il fut remis
à Catherine de Medicis , ſa veuve ,
pour partie de fon doüaire , laquelle le
remit quelque tems avant fa mort entre
les mains du Roy , fon fils , qui dans la
la fuite le donna pour dot à Marguerite
de Valois , fa foeur , & femme d'Henri
Roy de Navarre , & finalement de France.
Cette Princeffe en joüit pendant fa
vie , & après fa mort il fut réuni à la
Couronne , & donné en Appañage à Gafton
de France , frere unique du Roy
Louis XIII. lequel étant mort fans enfans
mâles , il fut donné par le Roy
LouisXIV. à Philippe de France, fon frere
DE NOVEMBRE 1722 . 57
re unique, auquel Philippe d'Orleans , Regent
de France , a fuccedé.
Villers- Coterets ne contient qu'environ
400. feux. Il y a Prevôté Juftice Royale
non reffortiffante , Maîtrife particuliere
, Capitainerie de chaffes. Du refte ,.
l'endroit eft fort agréable , & abondant.
en tout ce qui peut contribuer aux douceurs
de la vie.
Arrivée du Roy à Soifons.
Le Roy arriva de Villers - Coterets à
Soiffons le 19. Octobre fur les trois heures
après midi. Le Comte d'Evreux , Gouverneur
de l'Ile de France , & en particulier
de la ville de Soiffons & du Soiffonnois
, qui étoit allé au- devant de Sa
Majefté , le trouva à la porte de la Ville
, fuivi de 30. de fes Gardes , riche
ment habillez & très bien montez . Il fe
mit à la tête du Corps de Ville , pour
en préfenter les clefs au Roy.
D'abord que Sa Majefté parut , l'artillerie
fit trois décharges , le Corps de
Ville mit un genou à terre , & préfen
ta les clefs dans un baffin de vermeil - doré
, foûtenu d'un côté par le Gouverneur,
& de l'autre par M. Jean Levêque
Maire de Soiffons , qui complimenta le
Roy.
L-Vol.
9"
Cy Sax
LE MERCURE
Sa Majesté alla defcendre au Palais:
Epifcopal , où elle trouva l'Evêque de
Soiffons en fortant de fon caroffe , qui
le conduifit dans les appartemens qui lui
avoient été préparez . Le Roy reçût peu
de temps après les refpects du Chapitre
de la Cathedrale , le Prevôt portant la
parole. Le Corps de Ville , le Préfidial ,
les Treforiers de France & l'Election ,
furent enfuite admis à complimenter S.
M , après avoir été préfentez avec les
Ceremonies ordinaires. Le Corps de
Ville préfenta en même temps quatredouzaines
de bouteilles de vin de Cham--
pagne au Roy fuivant l'ufage. Après
quoi il alla faluer Monfieur le Duc d'Orleans
, Regent , les Princes du Sang &
les Miniftres , aufquels il préfenta auffi
du vin de Champagne.. Il y eut le foir
de grandes illuminations dans toutes les
ruës , ainfi que le lendemain . Au refte ;
il n'a pas tenu aux habitans de Soiffons,.
de fire au Roy une Entrée plus-brillan--
te & plus felon leur coeur ; mais le Marquis
de Dreux , Grand- Maître des Ceremonies
, leur expliqua les intentions de-
Sa Majefté , en leur prefcrivant de fa
part de ne point mettre la Bourgeoilie
fous les armes , ni de faire aucune Entrée
marquée , le Roy en difpenfant la Ville
pour cette fois feulement..
Le
DE
NOVEMBRE 1722. 19
Le 20. Sa Majesté féjourna à Soiffons,
où l'on tint divers Confeils . Sur les dix
heures Sa Majesté entendit la Meffe dans
le Choeur de l'Eglife Cathedrale , à la
porte de laquelle Sa Majefté fut reçûë
& complimentée par M. l'Evêque , a la
tête du Chapitre. Après la Meffe le Roy
retourna à l'Evêché , & l'Académie de
Soiffons eut l'honneur de complimenter-
Sa Majefté , le Directeur portant la pa
role . Ces Meffieurs avoient à leur tête
le Marêchal d'Etrées , l'un des 40. de :
l'Académie Françoife , & Protecteur de
celle de Soiffons
L'après- midi le Roy apperçut quelques
- uns de fes Pages fur le haut de la
tour de la Cathedrale , & S. M. eut la
curiofité d'y monter , quoiqu'elle foit
élevée de 355. marches. Le Roy , fuivi
de M. le Duc de Bourbon , & de quantité
de Seigneurs de fa Cour , jouit pen--
dant quelque temps des differens points
de vûë que lai donnoit cette grande éle
vation , & trouva la fituation de la Ville
de Soiffons fi belle , que Sa Majesté
ordonna qu'on lui en levât le plan.
•
""
Le Roy alla enfuite fepromener à l'Aь--
baye de S. Paul , à un quart de lieuë der
la Ville . S. M. entra dans le Monaſtere
& reçut les refpects de Madame de faint
Luc , Abbeffe, âgée de 90. ans , qui dit au
G vj..
1.Vol. Roy
60 LE MERCURE
1
Roy qu'il étoit le troifiéme Roy qu'elle
avoit l'honneur de fluer. Elie pria enfuite
S. M. de lui accorder le francpour
fa mailon , ce que le Roy lui
accorda fur le champ.
fa é
Sa Majefté vint après à l'Abbaye
Royale de Nôtre - Dame , où Madame de
F.efque , qui en eft Abbeffe , la reçut &
la complimenta à la tête de la Communauté
, en dehors de la porte du Choeur
où le Roy entra. On chanta le Te Deum
en mufique , après lequel S. M. fortit ,
& alla à l'Abbaye de faint Jean des Vignes
, où les Religieufes le reçurent en
Chappes à l'entrée de leur Eglife , & le
conduifirent dans leur Choeur , où elles
chanterent le Domine fulvum fac Regem :
le Roy entra enfuite dans leur Mailon
& peu de temps après s'en retourna à
J'Evêché où Sa Majefté arriva à
heures.
>
quatre
A l'entrée de la nuit toute la Ville fut
illuminée , comme elle l'avoit été la veille.
Le 21. le Roy entendit la Melle dans
la Chapelle du Palais Epifcopal , déjeuna
enfuite & partit à dix heures , au bruic
de trois falves de l'artillerie de la Ville.
Le Comte d'Evreux , à la tête du Corps
de Ville en robbe , eut encore l'honneur
de faluer le Roy , lorfque Sa Majeſté
monta en caroffe . Ce Seigneur a tenu
plufieurs
DE NOVEMBRE 1722.
plufieurs tables fervies avec autant de délicateffe
que d'abondance ; fon"Hôtel
Fut illuminé avec goût , & fa magnificence
a paru en tout dans cette occaſion.
pa-
Ce feroit ici la place de quantité de
remarques curieufes fur les antiquitez de
Soiffons ; mais la crainte de trop interrompre
le fil de ce Journal , & de nous
écarter trop de nôtre principal fujet
nous les fait renvoyer à un autre endroit.
Le Roy coucha à Filmes le 21. C'eſt
une petite Ville affez jolie dans le Rhemo:
s. Elle eft fituée fur les confins de
FIle de France , un peu au - deffous
du conflent de la Nore & de la Vefle ,
entre les Villes de Rheims & de Soiffons ,
à fix lieues de la premiere de ces deux:
Villes. On dit que près des murailles de
cette Ville on voir une groffe pierre ,
qui fert de bornes aux Evêchez de Rheims,
de Laon & de Soiffons , & que c'eft pour
cette raison que dans les anciens titres ,
Filmes fut appellée en Latin fines , c'eſtà-
dire , bornes , limites , frontieres , & que
dans la fuite de fines on forma par corruption
le mot fima , duquel celui de
Fines derive. Le Geographe Sanfon prétend
que Fifmes foit le Bibrax des Anciens
, mais il donne de fi foibles raiſons,
pour appuyer fon opinion , qu'on ne croic
pas que les curieux foient obligez de la
fuivre. Fifmes
LE MERCURE
Fifmes n'eft remarquable que par une
Eglife fort ancienne , dédiée à fainte Maere
, Martyre , dans laquelle deux Conciles
ont été tenus . Le premier le 2. Avril
de l'année 881. & auquel Hincmar , Archevêque
de Rheims , préfida en qualité
de Metropolitain de la Gaule Belgique.
On trouve les Actes de ce Concile dans
l'hiftoire de l'Eglife de Rheims , composé
par le fçavant Marlot, en 2. vol. in folio .
Le fecond fut convoqué l'an 935. contre
les détenteurs des biens Ecclefiaftiques ,
& contre les deftructeurs des Eglifes. Il
étoit compofé de fept Evêques feulement :
ces deux Conciles font appellez Concilia
ad fines apul fanctum Macram.
La Ville de Fifmes n'a rien qui merite
que nous en faffions mention . Nous ajoû
rerons feulement un petit mot qui ne déplaira
peut- être pas.
Le Roy Henri le Grand , paffant un
jour par la petite Ville de Filmes , Ja
ques Villain , Maire de la Ville , le harangua
fi brièvement & en fi bons termes
, que le Roy en fut très content , &
voulut fçavoir fon nom . Voilà un nom
qui ne vous convient point , lui dit ce
grand Prince , je veux qu'à l'avenir vous
foyez nommé Bilain , je fuis né en Gal
cogne , & le changement de l'V en B
eft de ma façon. Les defcendans de ce
Maire.
DE
NOVEMBRE 1722. 539-
Maire Jaques Vilain , s'appellent encore
aujourd'hui du nom de Bilain , depuis
cette avanture , qui fe répandit incontinent.
Le Roy pourſuivant la route,fut ha--
rangué le lendemain par un autre Maire
de petite Ville , lequel ne dit autre chofe
à Sa Majefte que ces mots : Sire , touts
comme à Fifmes , & nous fommes les plus
fidelesfujets , & c . de V. M. Le Roy fit
encore plus charmé de cette harangue.
que de la premiere , & loia fort le harangueur.
ENTREE DU ROY
A RHE. I M S..
A MAJESTE arriva à Rheims les
22. Octobre vers les deux heures
après midi , aux acclamations redoublées
d'un peuple ravi de voir fon Souverain
, qui unit fi parfaitement ce qui
fait aimer , & ce qui fait refpecter . 11:
trouva fur fon paffage une foule innombrable
de François & d'Etrangers de
toute forte d'états , d'âges & de conditions
, que la curiofité avoit attirez , pour
voir les auguftes Ceremonies de fon Sa--
cre..
64 LE MERCURE
ere. Parmi les perfonnes du premier ordre
, qui avoient le même motif , nous
devons diftinguer Madame la Ducheffe
de Lorraine , avec les Princès & les
Princeffes fes enfans , le Prince Don
Emanuel , frere du Roy de Portugal , le
Duc de la Mirandole , le Prince de
Waldeik , le Duc de Liria , & quantité
d'autres Princes & Seigneurs étrangers.
Le Roy étant arrivé à une demi - lieuë
de Rheims , il trouva les Troupes de fa
Maifon , qui étoient campées près de la
Ville, ainfi que les Regimens des Gardes
Francoifes & Suiffes , fous les ordres de
M. le Duc de Villeroy , Capitaine des Gardes
du Corps , lequel avoit établi le
quartier general au Village de Montreuil
fous Rheims , qui étoient rangées
en bataille fur fon paffage , & les mêmes
Troupes accompagnerent Sa Majesté
dans fon Entrée .
Le Prince de Rohan , Gouverneur de
Champagne , accompagné du Marquis
de Grandpré , Lieutenant General de la
Province , alla an- devant de Sa Majefté,
à la tête du Corps de Ville , des autres
Magiftrats , précedez des Archers de la
Garde de M le Lieutenant , & de beaucoup
de notables Bourget is .
On avoit fait dreffer , tant à la Barriere
,
DE NOVEMBRE 1722. 65
riere , qu'à la Porte de Vefle , & auprès
de la grande Place de l'Eglife Metropolitaine
, des Arcs de triomphe ,
dont les emblêmes & les infcriptions
avoient rapport à la Ceremonie du Saere
du Roy , & à la joye univerfelle que
fa prefence caufoit à la Ville. Ces Arcs
de triomphe étoient gardez par les Bour
geois , qui étoient fous les armes .
La Ville de Rheims , empreffée de
témoigner à fon Souverain par toutes forde
moyens , combien elle le tient honorée
de fa prefence , a fait , fous la conduite
de fes Magiftrats , tous fes efforts
pour élever à la gloire du Roy , des
monumens où les Etrangers puiffent
voir des marques éclatantes de la fidelité
& de l'attachement de fes fujets , &
où l'on découvre en même temps des
images de la grandeur & de la vertu du
Roy. Tout ce que l'Architecture , la
Peinture & la Sculpture , fecouruës de
la Poëfie , ont pê inventer pour fatisfaire
à ce deffein , a été employé.
Le Prince de Rohan prefenta au Roy
les clefs de la Ville , qui étoient d'argent,
dans un baffin de vermeil doré . S. M. fit
fon entrée fur les trois heures après - midy
dans l'ordre fuivant . La marche fut devancée
par les Gardes & les Pages de M.
le Prince de Rohan , qui avoit fait une
dépense
(
66 LE MERCURE
dépenfe éclatante pour recevoir le Roy
dans la Capitale de fon Gouvernement, &
pour celebrer un fi beau jour. Les détachemens
des Chevaux- Legers , & des deux
Compagnies des Moufquetaires qui avoient
fuivi le Roy pendant fon voyage , mar
choient à la tête du cortege ; ils étoient
fuivis d'un caroffe du Duc de Char
tres , deux de Monfieur le Duc d'Orleans ,
dans lefquels étoient les principaux Officiers
de S. A. R. un Caroffe du Roy , le
vol du Cabinet , & le Porte-Male du
Roy. Un autre Caroffe de S. M. dans
lequel étoient le Prince Charles de Lorraine
, Grand Ecuyer de France , le Prin
ce de Turene , Grand Chambellan , let
Duc de Villequier , Premier Gentilhomme
de la Chambre , & les principaux Officiers
de la Maifon de S. M. enfuite les Pages
de la grande & de la petite Ecurie ,
quatre Chevaux- Legers , avec un de leurs
Officiers marchoient immediatement devant
le Caroffe du Roy. S.M. étoit accompagné
dans fon magnifique Caroffe , dans
lequel elle étoit montée à demi -lieuë de
Rheims , de Monfieur le Duc d'Orleans ,
du Duc de Chartres , du Duc de Bourbon
, du Comte de Clermont , du Prin
ce de Conti , & du Duc de Charroft ,
Gouverneur de S. M. Le Duc d'Harcourt
, Capitaine des Gardes du Corps
en
DE
NOVEMBRE 1722. 67
en quartier , étoit à cheval à la portiere
du Caroffe , autour duquel marchoient
24. Valets- de-pied.
Le Prince de Rohan & le Marquis de
Grandpré marchoient à cheval , & à cố-
té du Caroffe de S. M. Le Marquis de
Dreux , Grand- Maître des Ceremonies ,
& M. des Granges , Maître des Ceremonies
marchoient enfuite . Le Guet des Gardes
du Corps qui avoit accompagné le
Roy fur la route , étoit fuivi par celui
des Gendarmes qui fermoit cette marche.
Les troupes de la Maifon du Roy
que nous avons dit cy- deffus être rangées
en bataille à fon paffage , défilerent
enfuite voici l'ordre dans lequel elles
marcherent , le fabre à la main . Les Gre--
nadiers à cheval , les quatre Compagnies
des Gardes du Corps , les deux Companies
des Moufquetaires , la Compagnie
des Chevaux- Legers & celle des Gendarmes
de la Garde fermoit la marche.
Le premier Arc fous lequel Sa Majefté
palla , étoit dreffé à la Barriere de
la Porte de Vefle , il étoit compofé de
verdure , & orné de feftons de fleurs ;,
deux Amours paroiffoient en haut , apportans
un Cartouche chargé de l'Ecude
France , & où la joye publique , empruntant
les termes d'Horace , exprimoitt
68 LE MERCURE
thoit au Roy que fa prefence a de tels
charmes pour les peuples qu'il en veut
bien honorer , qu'il leur femble que tout
embellit dans la nature , & que le Soteil
même brille d'un nouvel éclat.
Vultus ubi tuus
Affulfit populo , gratier it dies
Et foles melius nitent.
"
Horace lib. 4. Odarum.
Deux Statues , dont l'une reprefentoit
la ville de Rheims , & l'autre la riviere
de Vefle , étoient polées contre les Corps
d'Architecture ruftique qui formoient
la premiere entrée , & fervoient de baſe
à l'Arc de Verdure.
La ville de Rheims avec une Couronne
de Tours , & tenant un Sceptre d'une
main , montroit de l'autre la reprefentation
des Arcs de Triomphe de Jules Ce
far , dont elle conferve des reftes précieux
, laquelle repreſentation étoit à fes
pieds avec l'Ecu de fes Armes. Par cette
action elle témoignoit au Roy fes veritables
fentimens renfermez dans ce diftique
qu'on lifoit fur le Piedeſtal qui portoit
fa figure.
Quid veteres referam titulos , quid Cafaris
Arcus !
Tu decus omne meum , tu mihi Cafar
eris.
De
DE NOVEMBRE. 1722 .
69
=
De mon antiquité monumens précieux ,
Qui de Cefar vainqueur confervez la memoire,
Je ne vous vante plus , Louis vient en ces
lieux ,
Louis eft mon Cefar , mon triomphe & ma
gloire.
La Nayade de la Vefle couronnée de
fleurs & de rofeaux , mollement appuyéẹ
fur fon Urne , quoique peu celebre entre
les rivieres de France , paroiffoit neanmoins
ne rien envier aux plus grands fleuves
, ayant l'honneur de voir Louis XV.
fur fon rivage , c'est ce qu'expriment ces
deux vers qui fe lifoient au pied de cette
Statuë.
Emula fequanicis jam defluo vidula
Nimphis ,
Littore dum præfens ftas , Lodoice
meo.
Tous mes voeux ne tendoient qu'à vous voir
fur mes bords ,
De mon Urne , fans vous l'eau couloit avec
pcine ,
Prince , vous y venez , & dans d'heureux tranf
ports ,
J'ofe me comparer aux Nimphes de la Seine.
LE RETOUR DE L'AGE D'OR,
La
70
LE MERCURE
La Ville avoit pris le retour de l'Age
d'Or pour le fujet des décorations de la
premiere Porte , delirant marquer au
Roy combien fon augufte prefence lui
procuroit de plaifir & de gloire , afin
auffi d'exprimer à S. M. quelle eft l'idée
que les peuples ont conceu de fon Gouvernement.
Une Montagne percée formoit l'Arc
élevé au devant de cette Porte ; fur fon
fommet defcendoit un nuage qui portoit
les trois fymboles particuliers à l'Age
d'Or ; Aftrée drapée de blanc , ornée
d'un manteau bleu , couronnée de fleurs
& d'Olivier , dont elle tenoit un rameau
à la main , y paroiffoit au milieu de l'abondance
, & de l'innocence ; une troupe
d'enfans , figurans les jeux & les ris voloit
au devant , dévelopoit un grand rouleau
où étoient écrites ces paroles : Redeunt
Saturnia Regna , & annonçoit aux
François que le regne de Louis XV. aura
Les mêmes agrémens; en effet , que ceux que
l'imagination des Poëtes a attribué au regne
de Saturne.
La joye univerfelle du Royaume étoit
exprimée dans l'attitude de quatre figures
qui en marquoient les quatie parties
principales. Cibele y reprefentoit les
Villes , un Fleuve , les rivieres , Cerés le
plat pays , les forefts , & les montagnes
y
DE
NOVEMBRE 1722. 7 *
y étoient figurées par Faune , qui en eft
le Génie Tutelaire.
Afin que la joye parut parfaite de quelque
côté qu'on l'envifageât , on avoit
peint des Enfans pris pour les Génies de
ces Divinitez , lefquels avec des feftons
de fleurs & de fruits s'empreffoient d'embellir
la décoration naturellement ruftia
que , & de preparer la terre à recevoir
Aftrée que le Ciel lui envoyoit en faveur
de nôtre jeune Monarque.
Ces idées font non - feulement priſes
dans la Poëfie profane , mais la Poëfie
Sacrée des Pleaumes paroît encore les
autorifer. Les montagnes dans les Livres
Saints reprefentent les grandes Villes
telle que Rheims , ce qui avoit déterminé
à en choisir une pour faire le Corps
de l'Arc de Triomphe. L'on trouvera
l'explication naturelle des autres figures
dans ces paroles tirées du Texte Sacré ,
ainfi adaptées au fujet.
Ludovico XV. regnante , pacem Domini
fufcipient montes ,
ubertate campi
replebuntur , flumina plaudent manu , gaudebunt
civitates terra , & exultatione colles
accingentur.
Sous le regne de Louis XV. l'on verra
la realité de ce que la Peinture s'eft efforcée
de reprefenter dans ce monument de la
joie publique. Les montagnes recevront la
paix
72
LE MERCURE
paix du Seigneur , les champs comblez des
Benedictions du Ciel produiront des biene
en abondance , les rivieres marqueront
leurjoye d'une maniere fenfible , le calme
regnera dans les Villes , & les Collines
feront environnées de plaifirs. Ce qui fignifie
dans un fens moins figuré , que le
fage gouvernement de Louis XV. affirera
une paix durable à fes peuples , pendant
laquelle s'appliquant à l'Agriculture , ils
s'enrichiront de la recolte des biens de la
terre , que la navigation fera fleurir le
commerce , que l'exacte obfervance des
Loix établira dans les Villes le regne de
l'innocence, qui y ramenera lesplaifirs , &
que par tout enfin on verra des marques
éclatantes de l'opulence , & de la fatisfaction
qui caracteriferont le regne de
Salomon , dont nous avons lieu de croire
que le Roy imitera la douceur & la fageffe.
L'ARC DE MINERVE.
Un Corps d'Architecture d'Ordre Corinthien
étoit élevé au devant de la principale
Porte de Vefle , l'entablement foutenoit
un attique , fur lequel étoit polé
un fronton qui fervoit de repos à une figure
de Minerve . Quelques enfans à fes
côtez repreſentoient les Arts aufquels elle
prefide , & lui aidoient à découvrir une
tapilferie
DE NOVEMBRE 1722 . 73.
tapifferie de fa façon , pour décorer ce
monument d'une repréfentation allegorique
du regne de Louis XV . Ce Prince
y étoit reprefenté affis fur un Trône
auquel la Juftice d'un côté , & de l'autre
la verité fervoient d'appuy ; l'innocence
dans un paifible repos étoit peinte aux
pieds de la Juftice , & la Charité fe
voyoit auprès de la Verité qui terraffoit
la flaterie.
Sur le dernier dégré du Trône près
de la perfonne du Roy , l'on découvroit
la Religion qui tenoit ouvert le Livre de
la Loy , fur lequel S. M. portoit la main
& les regards ; à fa droite étoit la Prudence
qui prefide à fes confeils.
Sur les nuages peints au deffus du
Trône , paroiffoit l'alliance de la Victoi
re & de la Paix qui s'uniffent en faveur
du Monarque , la Felicité Celefte répandoit
fur fa tête une douce rofée , fymbole
de l'Onction Sacrée , & des dons
divins qui y font attachez ; d'un autre
côté la Felicité Terreftre diftribuoit des
fruits , des fleurs , & des Medailles aux
Genies des Arts & des Vertus qui s'empreffoient
de les recevoir ; la bordure de
cette tapifferie étoit compofée des Attributs
des Vertus comme de la maſſuë
d'Hercule pour la Force , d'un Caducée
pour la Paix , d'un Autel pour la Pieté ,
1. Vol.
,
>-
D d'un
74
LE MERCURE
d'un Serpent pour la Prudence , & ainfi
du refte.
Le Portrait de Monfieur le Duc d'Or
leans fe voyoit fur une Medaille dans la
bordure fuperieure , avec cette Infcription
.
Hoc VIRTUTIS OPUS .
Pour marquer les foins que fon A. R.
a pris pour former un grand Roy en la
perfonne de LOUIS XV.
Trois Devifes enrichiffoient cette mêla
premiere avoit pour me bordure
corps un Oranger couvert de fleurs , &
chargé de fruits & pour ame.
DAT , SPONDET QUE.
Il
donne , & il promet.
La feconde étoit un Epi de Froment
avec ces mots.
IN PUBLICA COMMODA CRESCIT .
Il croît pour le bien public.
La troifiéme étoit un Sep de Vigne
chargé de Raifins , avec ces paroles .
HINC GAUDIA SUR GUNT.
Source féconde de Plaifirs.
Une femme vêtuë en Reine reprefentoit
la France , & paroiffoit faifie d'admiraDE
NOVEMBRE 1722. 75
,
miration , en confiderant l'ouvrage de
Minerve , le Temps acheve de le lui découvrir
, dans l'action d'étendre le pan
de la tapifferie qui étoit encore roulé.
Minerve étant le plus riche Symbole
de la Sageffe ; les Sçavans , & les
Poëtes nous la reprefentant comme une
Déeffe fçavante dans les Arts qui dépendent
du deffein l'on a ſuppoſe
qu'elle contribue à la Fête publique ,
en expofant un de fes plus beaux ouvrages
, dont Louis XV. lui a fourni le fujet
ce qui fignifie fans figure : que le
regne de ce Prince fera l'ouvrage de la
Sageffe , dont il a puifé les principes dans
l'éducation que lui ont donné les plus
grands genies de fon fiecle , fous la conduite
de Monfieur le Regent , dont on
voyoit le Portrait dans la bordure ; ainfi
fa juftice protegera l'innocence , fon amour
pour la verité éloignera la flaterie de fon
Trône , en y donnant un libre accès aux
prieres & aux remontrances de fes fujets.
Sa pietéfolide & tendre le rendra attentif
aux Commandemens du Seigneur , & conduit
par la Prudence , toutes fes démarches
feront veritablement celles d'un Roy
très- Chrétien , pacifique & vaillants il
fçaura unir la paix à la Victoire , & l'excellence
de fon goût naturel lui fera répandre
fes bienfaits fur les Arts & fur les ver-
1. Vol. Dij tus
>
74
LE MERCURE
d'un Serpent pour la Prudence , & ainfi
-du refte .
Le Portrait de Monfieur le Duc d'Orleans
fe voyoit fur une Medaille dans la
bordure fuperieure , avec cette Infcription
.
HOC VIRTUTIS OPUS.
Pour marquer les foins que fon A. R.
a pris pour former un grand Roy en la
perfonne de Louis XV .
Trois Devifes enrichiffoient cette même
bordure la premiere avoit pour
corps un Oranger couvert de fleurs , &
chargé de fruits & pour ame .
DAT , SPONDET QU E.
Il donne , & il promet.
La feconde étoit un Epi de Froment
avec ces mots.
IN PUBLICA COMMODA CRESCIT .
Il croît pour le bien public.
La troifiéme étoit un Sep de Vigne
chargé de Raifins , avec ces paroles .
HINC GAUDIA SURGUNT.
Source féconde de Plaifirs.
Une femme vêtuë en Reine reprefentoit
la France , & paroiffoit faifie d'admiraDE
NOVEMBRE 1722. 75
miration , en confiderant l'ouvrage de
Minerve , le Temps acheve de le lui découvrir
, dans l'action d'étendre le pan
de la tapifferie qui étoit encore roulé.
que
Minerve étant le plus riche Symbole
de la Sageffe ; les Sçavans , & les
Poëtes nous la reprefentant comme une
Déeffe fçavante dans les Arts qui dépendent
du deffein , l'on a fuppofé
qu'elle contribue à la Fête publique
en expofant un de fes plus beaux ouvrages
, dont LOUIS XV. lui a fourni le fujet
ce qui fignifie fans figure : que le
regne de ce Prince fera l'ouvrage de la
Sageffe , dont il a puifé les principes dans
l'éducation Lui ont donné les plus
grands genies de fon fiecle , fous la conduite
de Monfieur le Regent , dont on
voyoit le Portrait dans la bordure ; ainfi
fa juftice protegera l'innocence , fon amour
pour la verité éloignera la flaterie de fon
Trône , en y donnant un libre accès aux
prieres aux remontrances de fes fujets.
Sa pietéfolide & tendre le rendra attentif
aux Commandemens du Seigneur , & conduit
par la Prudence , toutes fes démarches
feront veritablement celles d'un Roy.
très -Chrétien , pacifique & vaillant ; il
fçaura unir la paix à la Victoire , & l'excellence
de fon goût naturel lui fera répandre
fes bienfaits fur les Arts &fur les ver-
Dij tus I. Vol. ,
7.6
MERCURE LE
tus , afin d'exciter l'emulation , & d'entretenir
l'ardeur qui doit faire éclore des prodiges
à fa gloire. Pour marquer qu'avec
le temps la France découvrira encore
d'autres merveilles dans la vie de fon
Roy , le vieillard aîlé , qui en eft le Symbole
, acheve de manifefter à cette heureufe
Patrie l'ouvrage curieux de Minerve.
de
L'Oranger avec les fleurs & les fruits,
marque que le Roy ne fe contente pas
donner de magnifiques efperances , figurées
par les fleurs , mais que déja il met
fes peuples en état de goûter les précieux
fruits de fon éducation.
L'Epi de Froment fignifie qu'il croît
pour faire l'abondance , & la felicité publique.
Le Sep chargé de raifins , apprend
que de même que la joye fe répand dans
les campagnes , lorsque la vigne montre
des fignes certains d'une heureufe vendange
, de même la joye eft univerfelle
dans la France. Louis XV. fortifiant
par toutes fes actions & fes paroles l'idée
qu'il a fait concevoir d'un gouvernement
accompli
Au deffous de la tapifferie , immediatement
fur le Portique , on lifoit cette
Infcription.
LUDO
DE NOVEMBRE 1722. 79
LUDOVICO XV.
Francia & Navarra Regi Chriftianiffimo.
SPET PATRIE.
In Auguftâ Remorum Bafilica
De lapfo coelitus chrifmate
Confecrando
Regis David gloriam
Salomonis fapientiam
Dies plenos s
Vias pulchras ,
Et femitas pacificas
Exultans
precatur
Senatus populufque Remenfis.
Ce qui fignifie que les Magistrats &
les habitans de la ville de Rheims font des
voeux dans les tranfports de leur joye̟ »
afin qu'il plaife au Très - Haut d'accorder
à Louis XV. Roy de France &
de Navarre , la gloire du Roy David ,
la fageffe de Salomon , une longue vie ,
des entreprises heureuſes , & un esprit pacifique
, dans lajournée fainte & memorable
de fon Sacre.
Aux côtez de cette Infcription étoient
deux bas reliefs feints fur l'attique , le
premier repreſentoit le Roy armé à l'antique
, marchant au Temple de la Gloire,
la vertu le conduifoit , & lui montroit les
1. Vol. Dij Buftes
78 LE MERCURE
2
Buftes des fameux Bourbons qui en ornoient
le frontifpice ; les vices font terraffez
, ou fuyent devant lui , Minerve le
couvre de fon bouclier & Hercules
affomme à coups de maffue ceux de ces
monftres qui font des efforts pour ſe relever
; l'on avoit mis dans la bouche de
la vertu ces paroles qu'Enée dit à fon
fils au 12. liv . de l'Eneide .
Sis memor & te animô repetentem exempla
tuorum ,
Te Pater..... & Avunculus excitet.......
Prince fouvenez- vous de ce qu'ont fair
les Heros de vôtre Augufte Sang, &repaffant
dans votre efprit leurs grandes actions
, laiffez- vous toucher par les exemples
de vatre Pere & de vôtre Oncle.
Dans l'autre bas relief LOUIS XV.
paroiffoit dans l'interieur du Temple de
la Gloire , où la vertu lui montre la place
qu'il occupera entre les plus grands
Rois, c'eft ce que porte l'Infcription tirée
de Virgile.
Permiſtus Heroas & ipfe videbitur illis.
Virg. Bucoliques..
Les Medaillons pendans entre les Pilaftres
, reprefentoient ce qui doit combler
nos voeux , en rendant LOUIS XV.
le pl heureux & le plus glorieux Prince
de l'Univers. La
DE NOVEMBRE 1722 . 79
La ceremonie de fon Sacre étoit reprefentée
fur le premier avec cette Infcription
, Nonfecit taliter omni nationi , pour
exprimer la grace fpeciale que le Ciel
accorda autrefois à la France en faveur
de S. Remy , fon Apôtre , & du premier
de les Rois Chrétiens , & aujourd'huy en ›
particulier , en luy donnant pour Roy
Louis XV.
L'impofition des mains que le Roy.
fait aux pauvres qu'il guerit des Ecroüelles
, étoit peinte fur le fecond , où on
lifoit , Salvos faciet filios pauperum.
Sur le troifiéme l'on voyoit le Roy au
milieu de la Juftice & de la Paix qu'il
à fe donner la main avec ce paf- engage
fage : In diebus ejus orietur Juftitia &
abundantia Pacis .
Dans le quatriéme , le Roy tenant un
flambeau mettoit le feu à un monceau
d'armes ; ce trait du Pleaume étoit écrit
à l'entour Confringet axma , & fcuta
comburet igni.
Dans le cinquième , il recevoit les Ambaffadeurs
& les Prefens des Puiflances
Etrangeres , l'Infcription porte , Videbunt
omnes populi gloriam ejus.
Dans le fixiéme , le Roy tenant le vice
abbatu fous fes pieds , regardoit au
deffus de fa tête le nom de Dieu dans un
triangle lumineux , & fembloit luy ad-
D iiij
dreffer
80 LE MERCURE
dreffer cette priere que l'on y lit : Da
Imperium Puero tuo . C'eft celle que font
avec lui tous les François , dont le bonheur
, & la gloire dépendent de la grandeur
de leur Roy,
Les fujets que l'on voit traitez dans lesquatre
Camayeux qui font à la
porte de
S. Denis , prefentent encore à l'efprit
des fpectateurs de nouvelles & d'agreable
idées du regne de Louis XV .
Dans le premier , à main droite , qui
porte pour Infeription , Erunt altera bella,
les Amours enlevent du Temple de Mars
les armes deftinées aux fieges & aux combats
, ils badinent avec les cafques & les
çuiraffes , les épées terribles dans les
mains des guerriers , deviennent des inftrumens
de leurs plaifirs , ils ne chargent
les canons que pour exprimer la joye publique
par des falves redoublées , les
Trompettes & les Tambours qui fervoient
à augmenter l'ardeur des combattans
, font employez par ces Enfans aux
ufages les plus grácieux , & ne fervent
plus que pour animer leurs jeux & leurs
divertiffemens .
Dans le fecond ', où font ces mots ,
Laurus concedat Oliva , la Paix vient ex-.
citer les Amours à détruire le regne de
la guerre , attentifs à fa voix , ils coupent
un Bois de Lauriers confacrez au Dieu
Mars ,
1.
DE NOVEMBRE 1722.
81
Mars , tous s'empreffent d'enlever à fes
favoris les occafions de fe fignaler aux
dépens du repos public , les uns font
avec des arbres déja abatus , les préparatifs
d'un feu de joye , & les autres plantent
à la place l'Olive & le Mirte , Symbole
de Paix & d'Amour ,' ce qui fait allufion
à la Paix heureufement affermie entre
la France & l'Espagne par le mariage:
de Louis XV . avec l'Infante- Reine
& les autres alliances que viennent de
contracter les Maifons Royales de ces.
deux Etats..
Le flambeau de la difcorde éteint , &
le regne de la paix affuré, le Roy LOUIS
XV. ne penfe qu'à confirmer le bonheur
de fon peuple , en faifant fleurir les Loixs
il entretient pour cet effet un commerce
également heureux avec toutes les vertus
, & remet fon épée entre les mains
de la Juftice ; c'est ce qui eft reprefenté
par le troifiéme Camayeu que l'on voit
à main gauche avec cette legende , Contempto
leges Marte tuebitur.
Dans le quatriéme où eft écrit , Martis
opus mutabit amor , l'on voit un monument
fuperbe élevé à la gloire du Dieu
des combats. Les Amours craignans
que fa vûë n'enflâme le courage du jeu
ne Roy, & ne trouble leur tranquillí
té, en le portant aux actions guerrieres ,.
1. Vola
D`v s'em
82 LE MERCURE
s'empreffent d'en changer les décorations ,
ils enlevent la Statue de Mars de la niche
où elle étoit , pour y fubftituer celle
de la Paix . Ils changent les entrelas de
Palmes de branches de chêne & de lauriers
en des Feftons de fleurs ; ils mettent let
feu aux Trophées , dont il étoit orné ;
qelques uns le pinceau à la main , d'autres
les cifeaux , tracent les Chiffres du
Roy , & de l'Infante Reine ; deux Couronnes
unies , un Caducée au milieu de
deux cornes d'abondance , & d'autres
Symboles de Concorde à la place des re
pielentations militaires , dont la Piramide
qui termine ce monument étoit chargée
au deffus de cette Piramide l'on voit
un Soleil levant qui fait le corps de la
devile du Roy : c'eft aux rayons de cet
aftre que les Amours allument leursflan.
beaux pour marquer que femblable
au Solei!, dont la lumiere fuccede aux
tenebres de la nuit , le Roy diffipant les
horreurs de la guerre , faisant par tout
éclater fes vertus , fera la felicité de fon
peuple , & les délices de l'Univers.
Au deffus de ces reprefentations embellies
de Feftons de fleurs , qui frapent
par leur agréable varieté , l'on avoit placé
un grand Cartouche où l'on apperce
voit le Génie de la Gloire qui defcend
du Ciel , & vient pofer fur un Autel à
l'antiDE
NOVEMBRE 1722 . 83
l'antique le portrait de nôtre Monarque ,
ce vers étoit écrit à l'entour.
PRESENTI TIBI MATUROS LARGIMUR
HONORES .
Hor . Epif
Le Roy ayant paffé fous les Arcs de
Triomphe traverfa la grande ruë du
Fauxbourg de Vefle , occupée par les
Regimens des Gardes Françoifes & Suiffes
qui étoient en haye , & fous les armes
jufqu'à la porte de l'Eglife Metropolitaine
, où S. M. alla defcendre , au bruit
des acclamations de tout le peuple , &
au fon de toutes les Cloches .
Le Roy y fut reçu par l'Archevêque
Duc de Rheims , revêtu de les habits-
Pontificaux , à la tête du Chapitre , &
affifté des Evêques de Soiffons , de Châ
lons , de Laon , de Senlis , de Beauvais
d'Amiens & de Noyon , fes fuffragans ;.
ces Prélats étoient en Chappe & en Mitre
, & les Chanoines en Chappe .
Le Roy fe mit à genoux à la porte porie de
l'Eglife , & après que l'Archevêque de :
Rheims lui eut prefenté de l'eau - benite ,
que S. M. eut bàifé le Livre des Evangiles
, porté par un Chanoine en habit
de Diacre , elle fut complimentée par
l'Archevêque .
&
Le Clergé retourna en Proceffions dans :
L-Vol.- D vj le
84
LE
MERCURE
le Choeur , où le Roy étant entré après
les Evêques , & conduit par deux d'entr'eux
, il alla fe placer fur un Prie- Dieu
dreffé au milieu du Choeur fous un Dais.
S. M. affifta au Te Deum qui fut chanté
au bruit de plufieurs falves de l'artillerie
& de la Moufquetairie de la Ville.
Pendant ce Cantique on apporta de la
Sacriftie un magnifique Soleil d'argent
doré du poids de 125. marcs , dont le
Roy faifoit preſent à l'Eglife de Rheims.
Monfieur le Duc d'Orleans l'ayant reçû
des mains du Duc de Villequier , Premier
Gentilhomme de la Chambre , le
prefenta à S. M. qui le pofa fur l'Autel .
Γ
Après la benediction le Roy fe retira
dans les appartemens du Palais Archiepiſcopal
, qui avoient été ornez des plus
belles tapifferies de la Couronne , & des
meubles les plus précieux . S. M. y reçût
auffi- tôt les refpects du Chapitre , l'Abbé
Bachelier , Doyen , & député par le
Chapitre pour cette fonction , portant la
parole. Le Corps de Ville prefenta enfuite
les prefens de la Ville au Roy , qui
reçût le même jour les complimens du
Prefidial & de l'Election . L'Univerfité
eut auffi l'honneur de complimenter Sa
Majefté , M. Girard , Recteur , portant
la parole.
Monfieur le Duc d'Orleans occupa
dans.
DE NOVEMBRE 1722. 85
dans le même Palais un appartement ,
qui lui avoit été préparé , où S. A. R.
fut complimentée. Le Cardinal du Bois
fut auffi complimenté .
Le Roy fut encore harangué par les
Maire & Echevins de la Ville de Troyes,
préfentez par M. le Prince de Rohan
Gouverneur de la Province . Le Sieur
Gouault , Maire , portant la parole , s'ex--
prima ainfi
SIRE ,
Ce font les Députez de la Ville de
Troyes , Capitale de vôtre Province de
Champagne , qui , profternez aux pieds
de V. M. viennent au jour de fon Sa
cre , lui jurer une fidelité inviolable , &
l'affeurer de leurs voeux , pour que fon
Regne foit plus long , & auffi glorieux
que celui de Louis XIV. d'heureuſe memoire
, l'illuftre Bifayeul de Vôtre Majeſté.
Les mêmes Députez allerent enfuite à
l'audience de S. A. R. Monfieur le Duc
d'Orleans , de Madame ; & chez S. E.
M. le Cardinal du Bois.
Le 23. au matin , Madame la Ducheffe
de Lorraine alla rendre vi fite au Roy.
Peu de temps après . Sa Majesté monta
en caroffe , accompagnée de Monfieur le
Duc
86 LE MERCURE
Duc d'Orleans , du Duc de Chartres ,
du Duc de Bourbon , du Comte de Charolois
, du Comte de Clermont , du Prince
de Conti , du Duc de Charoft , fon
Gouverneur , & fuivi des principaux Seigneurs
de fa Cour , & alla entendre la
Melle dans l'Eglife de faint Nicaife , qui
fut celebrée par un Chapelain de S. M.
& chantée par fa Mufique . Le Pere Dom
François Rhedon , Benedictin , Viſiteur
de la Province de France , eut l'honneur
de recevoir le Roy à la porte
de
P'Eglife , à la tête de 80. Religieux , tous
en chappe. Après la Meffe S. M. voulut
voir un pilier ou arc-boutant de cette
Eglife , qui , par un effet fingulier , tremble
quand on fonne une des moyennes
cloches de la tour de l'Abbaye.
*
L'après midi le Roy alla à l'Abbaye de
faint Pierre-aux-Nores , voir MADAME,
qui étoit arrivée à Rheims dès le 18. de
ce mois. Madame la Ducheffe de Lorraine
, qui étoit avec MADAME , alla
recevoir S. M. & lui préfenta les trois
Princes & les deux Princeffes de Lorraine,
qui étoient venus incognito à Rheims,
pour affifter à la Ceremonie du Sacre.
Le 24. de ce mois le Roy , accompa-
* Voyez le Mercure d'Août 1721 .
page 62.
gné
DE NOVEMBRE 1722. 87
gné de Monfieur le Duc d'Orleans , des
Princes du Sang , du Duc de Charoft ,
& fuivi de toute la Cour , retourna à l'Eglife
de l'Abbaye de faint Pierre , où Sa
Majefté entendit la Meffe , pendant laquelle
l'Archevêque d'Albi , prêta ferment
de fidelité en prefence de Monfieur
le Duc d'Orleans.
M. l'Archevêque de Rheims , qui
étoit depuis quelque temps dans cette
Ville , avoit fait publier un Mandement:
au fujet du Sacre , qui merite d'être in--
feré ici..
MAN DE MENT
de Monfieur l'Archevêque de Rheims ...
-
་
SC
CC'
ce
66.
Armand Jules de Rohan , par la
grace de Dieu , & c... Le Roy nous a
fait l'honneur de nous informer , mese
très - chers Freres , quefon intention eſt
de fe faire facrer dans nôtre Eglife Metropolitaine
le 25. du prefent mois
d'Octobre. Nous ne pouvions mieux
commencer les fonctions de nôtre miniftere
, par une Ceremonie plus glo- ce
rieufe & plus importante : rien ne pou- «
voit nous flatter davantage , pour la ce
premiere occafion où nous vous faifons ...
entendre nôtre voix , que d'avoir à vous ce
annoncer une nouvelle fi avantageuſe.c
CC
૪. LE MERCURE
» à tout le Royaume , & fi intereffante
pour vous en particulier . Quelle joye
» à toute la France , d'apprendre qu'on
» va fceller du fceau de la Religion la
» fidelité & l'obéïffance qu'elle doit à
>> fon Roy ! que c'eſt à la face même des
» Autels que Sa Majefté veut lui répon-
» dre de la protection , & y reconnoî-
» tre l'autorité facrée que Dieu lui don-
>> ne pour le bien & la défenfe de fes
» fujers ! Quelle gloire pour vous , mes
très -chers Freres , que ces Actes fo-
» lemnels fe faffent dans le propre fanc-
» tuaire de vôtre foi ! & par le minifte-
» re de celui que Jesus- Chrift a établi
» pour être le Pafteur de vos ames ! rap-
>> pellez -vous le fouvenir de ce jour heu-'
» reux , où un de vos faints Pontifes fit
>> connoître au grand Clovis la verité de
» l'Evangile , & où vous vêtes couler de
» vôtre propre fource cette eau féconde
qui purifia le Prince & fes fujets. C'est
לכ
ל כ
ל כ
encore au milieu de vous qu'on vient
2 chercher l'onction fainte , dont Dieu
» a voulu qu'on confacrât le Prince
» qu'il a établi fur fon heritage ; ce font
> vos propres Miniftres qu'on choiſit
» pour être les témoins de l'alliance que
Sa Majefté fait avec fon peuple, & vous
» en devez vous-même refter les dépofitaires
que n'avez- vous donc pas à
အ
faire,
DE NOVEMBRE 1722
"
68'
faire , pour vous préparer à une Ceremonie
, à laquelle vous avez tant de «
part concouréz avec nous de tout «
vôtre coeur , pour obtenir l'effufion de «
cette grace interieure , dont nôtre con- w
fecration ne fera que la figure , afin de «
rendre le Prince , qui recevra cette onc- «
tion , d'autant plus agreable aux yeux
deDieu, qu'il eft refpectable à ceux des «
hommes : le coeur du Roy eſt dans la «
main du Seigneur : c'eft par le Tout- «
puiffant que les Souverains regnent : de- "
mandons lui , qu'après avoir formé nôtre
jeune Monarque felon fon efprit , il ce
le confirme de plus en plus dans les «
heureux principes , qui lui ont été infpirez
par l'augufte Prince , qui est dé- c
pofitaire de fon autorités que l'amour «
de l'Eglife , le zele pour la défendre , «
& y maintenir la pureté de la foi , "
croiffent avec les années ; qu'à l'exem- «
ple de Salomon , il préfere la fageffe
à l'éclat du Trône , que la juftice & "
l'équité , le bonheur des peuples & la «
tranquillité du Royaume reglent tou- «
tes les démarches , & qu'il foit l'heri- «
tier des vertus des Rois fes prédeceſ.
feurs , & furtout du feu Roy , fon au- «e
gufte Bifayeul , comme il l'eft de leurs «
droits Samuel fanctifia par des fa- «
crifices la Ville où Saül fut confacré ce
Ce
сс
ce
ce
Roy
'LE MERCURE
»
Roy d'Ifraël , & ne le fit même re-
» connoître publiquement qu'après
→ avoir immolé de nouveau des hofties
pacifiques ; le même Prophete indi-
» qua un facrifice folemnel dans la vil-
» le de Bethléem , pour y confacrer Da--
» vid , & ce ne fut qu'après plufieurs
"
prieres , & l'oblation des holocauftes
" que fe fit l'onction de Salomon dans
» l'affemblée de tout le peuple..
23
A ces cauſes , après en avoir con-
» feré avec nos venerables Freres les Pre-
" vôt , Doyen , Chantre , Chanoines &
» Chapitre de nôtre Eglife Metropoli-
23
ne , nous ordonnons de jeûner le Sa-
" medi 24, du prefent mois d'Octobre ,
dans toute l'étendue de nôtre Diocefe
22
comme aux autres jours de jeûne , qui
"font d'une obligation univerfelle dans
toute l'Eglife .
99
"
"
Ordonnons pareillement à tout Prêtre
Seculier & Regulier de nôtre Dio
" cele , exempts & non exempts , de di-
" re chacun en particulier une Meffe ;
" à tous les Ecclefiaftiques & à tous les
Religieux qui ne font pas Prêtres , à
toutes les Religieufes , & aux Filles
" de Communauté feculiere , de participer
une fois au Corps & au Sang de
" Jefus- Chrift dans le Sacrement de
l'Euchariftie , fuivant les intentions ci-
"
deffus
DE
NOVEMBRE 1722 .
9
,
cc'
deffus marquées ; exhortons les Fi- «
deles de l'un & de l'autre fexe de ce
nôtre Diocefe à faire des prieres
particulieres dans cet efprit , & qu'a- «
près les Vêpres , dans toutes les Egli- «
fes de nôtre Dioceſe on chante le «
Pleaume Exaudiat avec l'Oraifon «
pour le Roy , & pareillement de- se
puis la reception de nôtre Mande- «
ment , jufqu'au 1. Novembre pro- «
chain. Donné à Rheims le 6. Octobre «
1722.c
Préparatifs du Sacre , & difpofition de
l'Eglife , & c.
Tout le monde fçait que la ville de
Rheims a l'avantage depuis plufieurs fie
cles , d'être le lieu deftiné pour le Sacre
de nos Rois. C'eft un ufage qui s'eft éta
bli , en confideration de ce que Clovis,
le premier Roy Chrétien , y a été autre.
fois inftruit & baptifé par faint Remi.
C'eft là que les Rois de France viennent
avec une pompe digne de leur Majefté ,
& de la fainteté de la Ceremonie , recevoir
l'onction des mains de l'Archevêque.
L'Eglife de Notre-Dame , Metropo
litaine de Rheims , deſtinée à la Ceremonie
du Sacre & du Couronnement de
Louis
52 LE MERCURE
Louis XV. avoit été préparée avec une
pompe & une magnificence extraordinaire
; elle étoit tenduë jufqu'à la voûte
des plus belles tapifferies de la Couronne.
Le grand Autel étoit paré d'un or→
nement de drap d'argent galonné d'or ,
& chargé des armes de France & de Navarre
en broderie . Le Roy en avoit fait
prefent à l'Eglife de Rheims , ainfi que
des Chappes & autres ornemens qui
étoient d'êtoffe d'or & d'argent , garnis
de points d'Espagne. Les marches de
l'Autel & le refte du Choeur étoient couverts
de tapis . A quelque diftance , &
vis-à- vis de l'Autel , on avoit élevé un
dais de velours violet , femé de fleurs- delys
d'or en broderie , fous lequel étoit un
Prie-Dieu couvert d'un grand tapis , qui
étoit auffi de velours violet , de même
que le fauteuil placé fur l'eftrade du
Prie- Dieu . Les fieges ou formes , fur
lefquels devoient être placées toutes les
perfonnes qui avoient quelques fonctions ,
ou qui étoient invitées à cette auguste
Ceremonie , étoient auffi couverts de
velours violet brodé de fleurs - de - lys.
Au milieu du Jubé , qui étoir auffi
magnifiquement orné que le refte de l'Eglife
, on avoit élevé un dais de velours
violet , fous lequel étoit le trône où le
Roy devoit être affis après fon Sacre.
Sur
DE NOVEMBRE 1722. 93
Sur le bord du trône étoitun Prie Dieu,
couvert , comme celui du Choeur , d'un
riche tapis de velours violet , femé de
feurs-de- lys d'or , ainfi que des bancs qui
› étoient aux deux côtez du Trône , & fur
lefquels les Pairs Ecclefiaftiques & Laïques
devoient être placez . Au bas du
Prie-Dieu étoient deux fieges , un à droite
pour le Grand Chambellan de France,
& l'autre à gauche pour le premier Gentilhomme
de la Chambre, Sur une efpece
de plate-forme avancée entre les deux
efcaliers , par lefquels on montoit au Trône,
on avoit placé un fiege pour le Con,
nêtable , & plus avant , près l'appui de
la plate- forme , deux fieges , l'un à droi
te pour le Garde des Sceaux , repreſentant
le Chancelier de France , & l'autre
à gauche pour le Grand- Maître de la
Maiſon du Roy. A la droite du Jubé
on avoit dreffé un Autel fous un dais
pour y dire une Meffe baffe pendant la
Meffe du Choeur. Vis - à- vis & de l'autre
côté du Jubé , étoient deux fieges , l'un
près du banc des Pairs Laïques , pour le
Duc de Charoft , Gouverneur du Roy ;
l'autre plus avancé du côté du Choeur ,
pour le Prince Charles de Lorraine ,
Grand Ecuyer de France , qui devoit por
ter la gueue du manteau Royal .
Les deux efcaliers qui avoient été conf,
truits
94
LE MERCURE
1
ftruits aux deux côtez de la porte du
Choeur , pour monter au Trône du Roy ,
étoient couverts de tapis , dont le milieu
étoit femé de fleurs- de- lys d'or & le
devant du Jubé , du côté du Choeur ,
étoit orné d'un tapis de velours violet ,
auffi brodé de fleurs -de - lys d'or.
›
Entre les piliers des deux côtez du
Choeur , & au- deffus des chaifes des
Chanoines , qui étoient auffi parées de
tapis femez de fleurs- de- lys d'or , on
avoit élevé des galeries en amphithea
tre , pour placer des perfonnes de diftinction.
Il y avoit auffi Ly des amphitheatres élevez
aux deux côtez de l'Autel , & là
étoient deux tribunes , l'une à la droite
deſtinée pour MADAME , & l'autre à la
gauche pour le Nonce du Pape , & pour
les Ambaffadeurs invitez à la Ceremo.
nie.
La Mufique avoit fon amphitheatre
élevé derrière l'Autel , & à la gauche
étoit un pavillon fous lequel le Roy devoit
fe reconcilier avant la Communion.
On a employé 12000. toifes de bois à
tous ces échafauts , galeries , amphitheatres
, &c. & on prétend qu'il y avoit 8000.
aulnes courantes de tapifferie tenduë.
Toutes les Chapelles étoient magnifiquement
ornées. On avoit expofé les Châffes ,
conDE
NOVEMBRE 1722 .
95
contenant les Reliques les plus précieufes
, comme le Chef de S. Louis , donné
par le Roy Lou's XIII. quand il fut facré
, la Châffe de faint Remy , de vermeil-
doré , pefant cent marcs , & celle
de faint Marcel , fans compter divers riches
ornemens d'or & d'argent garnis de
diamans & d'autres pierres précieuſes.
Comme la Ceremonie du Sacre devoit
commencer de très bonne heure , on
avoit éclairé l'Eglife par un nombre prodigieux
de bougies , difpofées avec art
dans des luftres , des girandoles , des
bras , & c.
Peu de temps avant le départ du Roy
de Verfailles , les Religieux de faint Denis
reçûrent une Lettre de cachet , qui
leur ordonnoit de porter à Rheims pour
le Sacre de S. M. les ornemens Royaux
qu'on a coûtume d'y porter , & dont ils
font les dépofitaires ; fçavoir , la Couronne
de Charlemagne , le Sceptre , l'Epée
, les Eperons , la Main de Juftice de
cet Empereur , avec l'agraffe de fon Manteau
Royal.
La députation des Religieux de l'Abbaye
de faint Denis , étoit compofée de
Dom François Anceaume , gránd Prieur ,
qui a un droit à cette Ceremonie , Dom
Urfin Duraut , & Dom Vincent Márclaud.
Pour feureté des chofes qu'ils
por
96 LE MERCURE
toient , ils furent eſcortez en allant &
-en venant par M. de la Grange , Exeme
des Gardes du Corps de la Compagnie de
Noailles , & par deux Gardes de la même
Compagnie.
>
Le refte des vêtemens qui devoient
fervir au Roy comme la camifole
de fatin rouge , qui eft ouverte à
tous les endroits où l'on doit faire les
onctions , les botines , la tunique , la dalmatique
& le manteau Royal , furent
portez à Rheims par les ouvriers qui les
ont faits , & furent délivrez aux mêmes
Religieux par les Officiers de la Garderobe
de Sa Majefté , à l'exception de la
camifole , qui fut portée dans l'appartement
du Roi , pour l'en revêtir avant
qu'il allât à l'Eglife.
Le jour du Sacre , dès le grand matin
, les Religieux porterent à l'Eglife
dans un coffre fait exprès , tous les ornemens
& les habits Royaux , qu'ils poferent
fur une crédence , dreffée un peu au- de- là
du coin de l'Autel , du côté de l'Evangile
, près de laquelle il y avoit un banc
pour les trois Religieux , dont la face devoit
être tournée vers le Trône du Roy.
Ils rangerent tout fur l'Autel en cet
ordre. Vers le milieu de l'Autel , la Couronne
de Charlemagne ; du côté de l'Evangile
, le fceptre & la main de Juftice,
DE
NOVEMBRE 1722.
ce, du même côté le Manteau Royal , &
par deffus le Manteau Royal , la Dalmafique
, la Tunique , l'Epée de Charlemagne
avec le Fourreau , les Eperons pardeffus
, & fur le tout les Bottines.
Le Pere Prieur étoit revêtu d'une Aube
, & les deux autres Religieux étoient
en froc ou habit d'Eglife .
M. Dulin , Peintre de l'Académie
Royale a été choifi pour affifter à toutes
les ceremonies du Sacre , du Couronnement
, du Feftin Royal , &c. pour les
deffiner avec préciſion , & enfuite en
faire des cartons qui feront executez en
tapifferies aux Gobelins .
Par ce que nous venons d'expofer on
pourra juger de l'éclat & de la pompe
dont l'Eglife de Rheims , déja très magnifique
par elle-même étoit décorée. Ce
qui, joint à la richeſſe des habits , & des
ornemens Pontificaux & Sacerdotaux ,
aux habits Royaux , à ceux des Pairs Laïques
, des grands Officiers de la Couronne
, des Seigneurs & Notables , dont
cette augufte Affemblée étoit compofée
produifoit une fplendeur majestueufe , &
un éclat qui faififfoit d'étonnement & de
refpect : l'imagination peut à peine fe le
repreſenter , mais la parole ne peut l'exprimer.
L. Vola
E Veille
98 LE MERCURE
VEILLE DU SACRE .
Le 24 Octobre après midy , le Roy
fe rendit à l'Eglife Metropolitaine pour
affifter aux premieres Vêpres du Sacre.
S. M. fut reçûë à la porte de l'Eglife ,
par l'Archevêque Duc de Rheims
Chappe & en Mitre , à la tête du Chapitre
, & affifté des Evêques , fes fuffragans
, auffi en Chappes & en Mitre . Le
Roy alla enfuite fe placer au milieu dụ
Choeur , fur un Prie - Dieu qui avoir été
dreffé. Le Roy avoit Monfieur le Duc
d'Orleans , le Duc de Bourbon & le
Comte de Clermont à fa droite , le Duc
de Chartres , le Comte de Charolois &
le Prince de Conti étoient à fa gauche.
Le Duc de Charoft , Gouverneur de S.
M. & fes principaux Officiers étoient
derriere fon fauteuil. Le Cardinal de Rohan
, Grand Aumônier de France , étoit
à la droite du Prie- Dieu , & les Cardinaux
de Biffy , du Bois , & de Polignac, à
la gauche . Les Archevêques de Touloufe
, de Bordeaux , de Sens , d'Alby , l'Evêque
de Toul , nommé à l'Archevêché
de Tours , & les Evêques de Metz , de
S. Omer , de Chartres , de Verdun , de
Rennes , de Blois , de Nevers , de Saint
Papoul , de Troye , de Cifteron , d'Avranches
, du Puy & de Leictoure , in-
Vitez
DE NOVEMBRE 1722. 99
vitez
par le Roy à fe trouver à la Ceremonie
de fon Sacre , étoient placez au
près de l'Autel à la droite , & les places
de l'autre côté étoient occupées par les
Seigneurs de la Cour. L'Archevêque de
Rheims fe plaça dans la premiere haute
chaife à droite , les Evêques de Soiffons,
de Laon , de Beauvais , & de Chaalons ,
Occupetent les quatre fuivantes du même
côté. Les Evêques de Noyon , d'Amiens ,
& de Senlis , fe mirent dans les hautes
chaifes du côté gauche , les autres chaifes
des deux côtez érant occupées par les
Chanoines , tous en Chappes , & les baffes
par les Prêtres & les Chapelains habituez
de l'Eglife.
L'Archevêque de Rheims entonna les
Vêpres de la Dedicace de l'Eglife Metropolitaine
, dont on celebroit l'Octave,
& elles furent continuées par la Mufique
du Roy , & par celle de la Metropolitaine.
Après les Vêpres , M. Poncer de la
Riviere , Evêque d'Angers , prononça un
fort beau Sermon fur les Ceremonies du
Sacre. Ce Prélat connu par fon éloquence
prit fon texte du 1. Liv. des Rois
ch. 16. verf. 13. Tulit ergo Samuel cornu
olei , & unxit eum ... & directus eft
Spiritus Domini à die illâ in David ,
deinceps. Samuel prit donc la corne pleine
d'huile , & il le Sacra ..... Depuis ce
1. Vol. E ij temps-
, >
ن م
1.00 LE MERCURE
"
temps- là l'Esprit du Seigneur fut toû
jours en David.
La Prédication finie , le Roy fortit de
l'Eglife avec les mêmes ceremonies qui
avoient été observées lorfqu'il y étoit entré.
Quand il fut rentré à l'Archevêché
S. M. s'y confeffa au Pere de Lignieres
fon Confeffeur.
JOUR DU SACRE
L'Eglife de Rheims étoit difpofte de
la maniere que nous avons dite , lorfque
les Chanoines , tou s en Chappes y entrerent
le Dimanche 25. Octobre vers les
fix heures du matin ; ils occuperent les
hautes chaifes , à l'exception des quatre
premieres de chaque côté qu'ils laifferent
vuides , pour les quatre Chevaliers de
l'Ordre du S. Elprit qui devoient porter
les offrandes , & pour les quatre Barons
ou ôtages de la Sainte Ampoule. On
commença Primes , pendant lefquelles
M. l'Archevêque de Rheims , qui avoit
été prendre à la Sacriftie fes habits Pontificaux
, vint à l'Aurel , précedé du
Chantre , du Sous Chantre , en Chappe ,
avec chacun fon bâton d'argent , des
Evêques de Senlis , de Verdun , de Nantes
& de S. Papoul , en Chappe & en
Mitre qui devoient chanter les Litanies
l'Evêque
d'Amiens Sous-Diacre > , &
l'Evê-
>
DE
NOVEMBRE 1722. for
,
l'Evêque de Soiffons , Diacre , en Mitre,
marchoient enfuite . L'Archevêque de
Rheims les fuivoit , affifté de deux Chanoines
de l'Eglife de Rheims , en Chappe
& nommez par le Chapitre pour les
ceremonies. Après la reverence à l'Autel
l'Archevêque de Rheims s'affit dans la
chaiſe qui lui avoit été preparée , vis - àvis
le Prie Dieu du Roy, ayant le vifage
tourné vers le Choeur . Les Evêques de
Soiffons & d'Amiens fe placerent à fes
côtez , & les Evêques de Senlis , de Verdun
, de Nantes & de S. Papoul , fe placerent
au côté droit de l'Autel.
Les Cardinaux , les Archevêques &
les Evêques invitez , & arrivez quelque
temps auparavant , avoient été conduits à
leurs places avec les ceremonies accoutumées
.
Les Cardinaux de Rohan , de Biffi ,
de Gefvres , du Bois , & de Polignac , en
Rochet , & revêtus de leur Chappe de
Cardinal , étoient affis fur une forme placée
au deffus , & un peu moins avancée
que le banc des Pairs Ecclefiaftiques.
Les Archevêques de Touloufe , de
Bordeaux , de Sens , d'Alby , l'Evêque
de Toul , nommé à l'Archevêché de
Tours , & les Evêques invitez que nous
avons déja nommez , en Rochet , & en
Camail violet , étoient fur des formes
1. Vol.
E iij derriere
102 LE MERCURE
derriere le banc des Pairs Ecclefiaftiques
Les Abbez de Brancas & de Premeaux
, Agens du Clergé , étoient affis
après les Evêques.
L'Abbé de Valbelle , Coadjuteur nommé
à l'Evêché de S. Omer , & les Abbez
Milon , de la Vieuville , d'Argentré
, de Froulay , Caulet & de Pezé ,
tous Aumôniers du Roy , en Rochet &
en Manteau noir , étoient derriere les
Archevêques & Evêques . On avoit confervé
les autres places pour les Chanoines
qui devoient fervir à l'Autel , en qualité
de Procedans ou d'Affiftans.
3.
Les formes qui étoient au deffous de
celles des Prélats , étoient occupées par
Ms Amelot , Bignon de Blanzy , le Pelletier
des Forts , l'Abbé de Pompomne ,
le Comte du Luc , & M d'Angervilliers ,
d'Argenfon , de Harlay & Dodun , Contrôleur
General des Finances , tous Con-.
feillers d'Etat , & par M d'Herbigny ,
Bernard , de la Granville , Orry , de Valtan
, de Fontanieu , de Thalhoër , d'Ombreval
, de Vanolles , & le Pelletier ,
Maître des Requêtes , invitez d'affifter
au Sacre , ils étoient tous en Robe de ceremonie.
Les Secretaires du Roy qui
avoient été invitez de fe trouver au Sacre
par Lettre de cachet du 24. Septembre
dernier députerent fix d'entre eux ; fçavoir
DE NOVEMBRE 1722. 103
voir , Mr Noblet Doyen , Perrin , Poil
fon & le Noir , Syndics , Archambault
& Carpot , anciens. Ils eurent féance
dans cet ordre , à droite du côté de l'Epître
fur un banc qui étoit derriere celui
des Maîtres des Requêtes. Ils étoient vêtus
de longues Robes à manches pendantes
, de Satin noir , doublées de même , &
coëffez d'un bonnet ou toque de velours ,
chargée d'un cordon d'or .
Les Pairs Ecclefiaftiques étant arrivez
en Chappe & en Mitre fe placerent fur
feur banc du côté de l'Epître .
Les Maréchaux d'Eftrées , de Teffe
& d'Uxelles , qui devoient porter dans
la ceremonie la Couronne , le Sceptre &
la main de Justice , fe placerent fur un
banc appellé des honneurs , derriere celui
des Pairs Laïques.
Le Marquis de la Vrilliere , le Comte
de Maurepas & M. le Blanc , Secretaires
d'Etat , occuperent un banc feparé , qui
étoit au déffous & plus reculé que celui
des trois Maréchaux de France , dont nous
venons de parler.
Les Maréchaux de Matignon & de
Bezons fe placerent fur une forme derriere
le banc des Honneurs. D'autres Seigneurs
fe mirent auprès d'eux , fur la même
ligne , & fur les autres bancs , où étoient
les principaux Officiers de S. M.
I. Vol.
E iiij
Le
104 LE MERCURE
Le Nonce du Pape , & les Ambaffa
deurs d'Efpagne , de Sardaigne & de Malthe,
invitez à la Ceremonie , furent conduits
en la maniere ordinaire , à leur tribune
, dans laquelle le Chevalier de Sainctot
& M. de Remond , Introducteur des
Ambaffadeurs, le mirent auprès d'eux fur
la même ligne. Le refte de la tribune fut
occupé par un grand nombre de Princes
& de Seigneurs Etrangers.
MADAME , accompagnée de Madame
la Ducheffe de Lorraine , le rendit auffi
dans fa tribune , l'Infant Don Emanuel ,
frere du Roy de Portugal , qui étoit venu
, incognito , à Rheims , pour affiſter à
la Ceremonie du Sacre , & les Princes &
Princeffes de Lorraine , gardant auffi
l'incognito , étoient auprès de MADAME.
pour
Les Pairs Ecclefiaftiques étoient affis
dans l'ordre qui fuit ; l'Evêque Duc de
Laon , en perfonne , l'Evêque Duc de
Langres , excufé caufe de maladie ,
reprefenté par M. l'Evêque de Châlons ,
l'Evêque Comte de Beauvais , en perfonne
, l'Evêque Comte de Châlons , reprefenté
par M. l'Evêque de Noyon , &
l'Evêque Comte de Noyon , reprefenté
par M. l'ancien Evêque de Frejus. On ne
compte pas ici l'Archevêque Duc de
Rheims , le premier de tous , que fa qualité
d'Officiant place differemment dans
la. Ceremonie. On
ļ
DE NOVEMBRE 1722. , 105
: On n'a pas fuivi dans cette occafion le
ceremonial ordinaire , qui eft, que quand
il manque un Pair , les autres montent
au rang l'un de l'autre juſques au dernier ;
mais l'Evêque de Beauvais , qui fuivant
cet ufage auroit reprefenté l'Evêque Duc
de Langres , a mieux aimé garder fon
rang de premier Comte & Pair Ecclefiaftique
, qui l'affocie à l'Evêque de Laon ,
* dans les fonctions honorables du Sacre,
dont nous parlerons bien- tôt.
Sur les 7. heures les Pairs Laïques arriverent
du Palais Archiepifcopal , &
ayant été reçûs avec les ceremonies accoutumées
; après les reverences ufitées
dans les grandes ceremonies , ils fe pla--
cerent fur la forme qui leur étoit prépa
rée du côté de l'Evangile.
Ils étoient vêtus d'une vefte d'étoffé
d'or qui leur defcendoit jufqu'à mi - jambe
, avec une ceinture d'or , & pardeffus
, un Manteau Ducal de drap violet ,
doublé & bordé d'hermines , ouvert fur
l'épaule droite , leur collet rond étoit:
auffi d'hermines . Ils portoient tous une
Couronne de vermeil doré fur un bon
net de fatin violet. Monfieur le Duc
d'Orleans reprefentant le Duc de Bour-
* L'Evêque de Laon devient en cette occafion
premier Duc & Pair Ecclefiaftique , parce
que l'Archevêque de Rheims officie.
1. Vol.
B. V. gogne ,
106 LE MERCURE
gogne , le Duc de Chartres repreſentant
le Duc de Normandie, & le Duc de Bourbon
reprefentant le Duc d'Aquitaine ,
avoient la Couronne Ducale. Le Comte
de Charolois reprefentant le Comte de
Touloufe , le Comte de Clermont reprefentant
le Comte de Flandres , & le Prince
de Conti reprefentant le Comte de
Champagne , avoient des Couronnes de
Comte. Monfieur le Duc d'Orleans , le
Duc de Bourbon & le Prince de Conti
étoient diftinguez par le collier de l'Ordre
du S. Efprit , qu'ils avoient fur leurs
Manteaux.
Peu de temps après les Pairs Laïques
& Ecclefiaftiques s'étant approchez de
l'Archevêque de Rheims , convinrent de
députer l'Evêque Duc de Laon , & l'Evêque
Comte de Beauvais , pour aller
querir le Roy. Ces deux Prélats font de
temps immemorial , eux & leurs reprefentans
en poffeffion de cette députation .
Il en eft parlé dès le temps de Charles
V.
Les deux Evêques ayant auprès d'eux
deux Enfans de Choeur en Chappe , portant
chacun un Chandelier , avec un cierge
allumé , & un troifiéme revêtu de
même , portant le benitier , fe mirent en
marche , précedez du Marquis de Dreux,
Grand-Maître des Ceremonies . Tous les
ChaDE
NOVEMBRE 1722. 107'
Chanoines en Chappe marchoient devant.
La mufique au milieu des deux
files , qui étoient terminées par le Chantre
, & le Sous- Chantre. Ils pafferent par
la gallerie découverte de 14. pieds de
large , conftruite depuis le Portail de
l'Eglife , jufqu'à la grande falle de l'Ar- ,
chevêché , & étant arrivez à la porte de
la Chambre du Roy , le Chantre ( M.
l'Abbé de Sainte Hermine ) y frappa de
fon bâton d'argent. L'Evêque de Laon
dit qu'il demandoit Louis XV . le Prince
de Turenne , Grand Chambellan det
France répondit fans ouvrir la porte , le
Roy dort. Le Chantre frappa pour la feconde
fois , & le Grand Chambellan lui
fit la même réponſe , le Chantre enfin
ayant frappé à la porte une troifiéme fois-
& l'Evêque de Laon ayant dit nous demandons
Louis XV. que Dienu nous a
donné pour Roy , les portes de la chambre
furent ouvertes , le Marquis de Dreux
conduifit les deux Prélats auprès de S. M.
qu'ils faluerent très - profondement . Ils
étoient précedez du Chantre , du Sous-
Chantre , & de l'Enfant de Choeur
tant le benitier .
por
pa- Le Roy étoit couché fur un lit de
fade , il étoit vêtu d'une chemife de toile
d'hollande , & d'une longue camifole out
tunique de fatin cramoify , garnie de ga-
Evj
lonss L.-Vol.
108 LE MERCURE
lons d'or , & ouverte ainfi que la chemiſe
aux divers endroits où S. M. devoit recevoir
les onctions. Pardeffus cette camifole
le Roy avoit une robe de toile d'argent
, & fur la tête une toque de velour
noir , enrichie d'un cordon de diamans ,
avec un bouquet de plume , & une double
aigrette blanche , attachée par une
rofe de pierreries .
L'Evêque de Laon prefenta de l'eaubenite
au Roy, & après les Prieres accou →
tumées, il prit S. M. par le bras droit
l'Evêque de Beauvais le prit par le gauche
, & l'ayant foulevé, ces deux Prelats
le conduifirent à l'Eglife proceffionnellement
dans l'ordre qui fuit.
ARRIVE'E DU ROY A L'EGLISE..
Les Gardes de la Prevôté de l'Hôtel ;
le Comte de Montforeau , Grand Prevôr
à leur tête , commençoit la marche , &
précedoient le Clergé qui avoit accompagné
les deux Evêques députez . Les
Cent Suiffes de là Garde dans leurs habits
de ceremonie marchoient enfuite ,
ayant à leur tête le Marquis de Courten--
vaux leur Capitaine , habillé de drap
d'argent avec un baudrier de même étoffe
brodée , un manteau noir doublé de drap
d'argent , & garni de dentelles , ainſi que
ces
DE NOVEMBRE 1722. 10S
ces chauffes trouffées , avec une toque de
velours noir , ornée d'un bouquet de
plumes. Le Lieutenant des Cent Suiffes
étoit vêtu d'un pourpoint , & d'un manteau
de drap d'argent avec une toque
de
même étoffe. Les haut-bois , les tambours
& les trompettes de la chambre venoient
après ; ils étoient fuivis des fix Herautsd'Armes
en habit de velours blanc , les
chauffes trouffées , garnie de rubans , avec
leur toque de velours blanc ; ils avoient
pardeffus leurs pourpoints & leurs manteaux
la cotte - d'armes de velours violet ,.
chargée des Armes de France en broderie,.
& le Caducée à la main . Les Cent Gentilhommes
de la Maiſon du Roy , dits An
Bec deCorbin qui paroiffoient à cette pom,
peule marche, leur Capitaine à leur tête,
ont été difpenfez d'affifter à cette ceremonie..
Le Marquis de Dreux , Grand -Maître
des Ceremonies , & le fieur des Granges,
receu en furvivance du fieur des Granges,
fon pere , dans la Charge de Maître des.
Ceremonies , marchoient après ; ils étoient
vêtus de pourpoints de toile d'argent , de
chauffes retrouffées de velours ras noir ,
coupé par bandes , ayant des capots de la
même étoffe , garnis de dentelles d'argent
avec une toque de velours noir
chargé de plumes blanches ; ils préces
doient
LE MERCURE
à
doient le Maréchal Duc de Tallard , le
Comte de Matignon , le Comte de Medavi
, & le Marquis de Goesbriant , Chevaliers
de l'Ordre du S. Efprit , deftinez
porter les Offrandes , vêtus d'un grand
manteau de l'Ordre . Le Maréchal Duc
de Villars reprefentant le Connétable ,
vêtu comme les Pairs Laïques , avec la
Couronne de Comte , de vermeil doré ,
marchoit après ; il avoit à fes côtez les
feurs Millet & de Varennes , Huiffiers
de la Chambre du Roy , vêtus de blanc
& portant leurs Mafles.
Le Roy paroiffoit enfuite , accompagné
du Duc de Charoft , fon Gouverneur ,
ayant à fa droite l'Evêque de Laon , & à
fa gauche l'Evêque de Beauvais . Le Prin
ce Charles de Lorraine , Grand Ecuyer
de France qui devoit recevoir la Toque
du Roy , lorfque la ceremonie éxigeroit
que S. Majefté fe découvrit , & qui étoit
nommé pour porter la queue du Manteau
Royal , marchoir après Sa Majesté ,
derriere laquelle fuivoient à droite ,
Duc de Villeroy , Capitaine des Gardes
du Corps , Commandant les Gardes Ecof
foifes , & à gauche , le Duc d'Harcourt,
Capitaine des Gardes en quartier ; ils
étoient vêtus d'habits ordinaires , mais
très magnifiques , ainfi que leurs Manteaux.
Le Roy étoit environné de fix Garle
des
DE
NOVEMBRE 1722. IFF
des Ecoffois , vêtus de fatin blanc , avec
leurs cottes d'armes en broderie pardeffus
leurs habits , la pertuifanne à la main .
M. d'Armenonville , Garde des Sceaux de
France , faifant les fonctions de Chancelier
de France , marchoit après le Roy.
Il étoit vêtu d'une Soutanne de fatin cramoily
و
& d'un grand Manteau d'écar-
Litte , avec l'épitoge retrouffée & fourrée
d'hermines , il avoit fur fa tête le mortier
de Chancelier , de drap d'or bordé d'hermines.
Le Prince de Rohan , faifant la
Charge de Grand- Maître de la Maifont
du Roy , portant fon bâton à la main
venoit enfuite , ayant à fa droite & fur la
même ligne , le Prince de Turenne, Grand
Chambellan de France , & à fa gauche ,,
le Duc de Villequier , Premier Gentilhomme
de la Chambre de S. M. ces trois
Seigneurs étoient vêtus comme Pairs Laiques
, ayant la Couronne de Comte fut
la tête , de vermeil doré. Les Gardes du
Corps fermoient cette marche , pendant
laquelle la Mufique chantoit des Verfets
& des Répons , & c .
Le Roy étant arrivé à l'Eglife par la
grande gallerie découverte qu'on avoit
ornée de tapifferies , les Gardes de la Prevôté
de l'Hôtel refterent à la porte , les
Cent Suiffes formerent une double haye
entre les barrieres , par lefquelles on traverſoit
TIZ LE MERCURE
verfoit la Nef, & les tambours , les hautbois
, & les trompettes fe mirent entre les
deux efcaliers qui montoient au Jubé . Le
Chantre commença le Pfeaume , Domine,
in virtute tuâ letabitur Rex , &c . qui fut
continué par les Muficiens en faux bourdon
, S. M. entrée dans le Choeur , fut
conduite par les Evêques de Laon & de
Beauvais au pied de l'Autel , où s'étant
mis à genoux l'Archevêque de Rheims
dit une Oraifon , après laquelle le Roy
fut conduit par les mêmes Evêques , au
fauteuil qui étoit fous le dais au milieu du
Choeur. Le Duc de Villeroy & le Duc
d'Harcourt fe placerent à la droite , & à
la gauche du fauteuil du Roy. Le Marquis
de Courtenvaux , qui avoit fuivi le
Roy dans le Choeur , prit fa place au côté
droit de l'eftrade , fur laquelle étoit S. M.
& les fix Gardes Ecoffois fe mirent plus
bas aux deux côtez du Choeur. Le Maréchal
de Villars avec les deux Huiffiers
de la Chambre , portant leurs Maffes à
fes côtez , fe plaça fur le fiege qui lui étoit
deftiné derriere le Roy , & à quelque
diftance. Le Garde des Sceaux prit place
derriere le Connétable , & à trois pieds
de diftance , le Prince de Rohan ayant
fon bâton de Grand- Maître à la main , fe
plaça fur un banc derriere le Garde des
Sceaux , & fur lequel le Prince de Turenne
,
DE
NOVEMBRE 1722. 113
ne fe mit• à la droite , & le Duc de
Villequier à la gauche. Le Prince Charles
de Lorraine demeura auprès & à la
droite du Roy : Le Duc de Charoft alla
fe placer fur un ſiege qui lui étoit deftiné
, devant le banc des Secretaires d'Etat
, & les quatre Chevaliers de l'Ordre
'du Saint- Efprit , nommez pour porter
les Offrandes , occuperent les quatre
premieres hautes chaifes du Choeur , du
côté de l'Epître.
On remarquera que les Pairs occupent
differentes places , felon les differens
temps de la Ceremonie , ainfi que
quelques Seigneurs & Officiers qui doivent
fuivre le Roy.
LA SAINTE AMPOULLE .
Pour ne pas interrompre le fil de la
narration des Ceremonies du Sacre , nous
devons dire ici en peu de mots ce qui
concerne cette huile celefte .
On appellefainte Ampoulle , une petite
phiole qui contient l'huile fainte qui
fert à facrer nos Rois ; on la garde précieuſement
dans l'Eglife de l'Abbaye de
faint Remy de Rheims , Ordre de faint
Benoît , & dans le tombeau même de
faint Remy. Hincmar , Archevêque de
Rheims , qui vivoit du temps de Char-
*
les
}
$14
LE MERCURE
les le Chauve , rapporte dans la vie de
ce grand Saint , que lorfque ce Prelat baptifoit
Clovis dans fon Eglife de Rheims ,
la foule qu'il y avoit auprès des Fonts
Baptifmaux , ne lui permettant plus de
faire apporter les faintes huiles pour faire
à ce Roy les Onctions ordinaires dans
les Ceremonies du Baptême , il parut tout
à coup une colombe blanche , apportant
du Ciel en fon bec une petite phiole pleine
d'huile , après quoi elle difparut.
Saint Remy s'en fervit dans cette occafion
, & le Roy Clovis en reçut la premiere
onction en l'année 496. avec 3000 .
François de fa fuite.
Les habitans de Chefne le Populeux ,
dit par corruption le Poüilleux , à fix ou
fept lieues de Rheims , fur le chemin de
Rhetel , ont voulu renouveller l'ancienne
conteftation , prétendant avoir la haquenée
avec tous les harnois & ornemens ,
fur laquelle la fainte Ampoulle a été
portée & rapportée par le Grand Prieur
de l'Abbaye de faint Remy , quoique
l'Abbaye prétende qu'elle lui appartient
de droit , les Religieux étant d'ailleurs
Seigneurs fuzerains & feodaux du lieu
de Chefne. Cependant les habitans de
Chefne , députez , felon la coutume ,
pour escorter la fainte Ampoulle , ont
fortement difputé leurs droits , mais on
leur
DE NOVEMBRE 1722. ITS
feur impofa filence. Ils prétendent que
leurs ancêtres reprirent la fainte Ampoulle
des mains des Anglois , qui avoient
pillé Rheims & le tréfor de faint Remy,
d'où ils croyent avoir le droit d'efcorter
ce faint dépôt ; mais Dom Marlot
dans fon Hiftoire de la Metropole de
Rheims , traite tout cela de fable , & dit
que fi les habitans de Chelne , avant le
Regne de Charles VII . avoient coûtumet
d'accompagner la fainte Ampoulle danst
cette Ceremonie , ce n'étoit qu'en qualité
de vaffaux de l'Abbaye de faint
Remy.
Enfin le Comte d'Estaing , & les Marquis
d'Alegre , de Beauvau & de Prie ,
nommez par le Roy pour conduire la
fainte Ampoulle , la garantir & fervir
d'ôtages , partirent du Palais Archiepifcopal
, en même temps que les Pairs
Laïques en fortirent , pour fe rendre à
l'Eglife Metropolitaine. Ils étoient conduits
par l'Aide des Ceremonies , & arriverent
à l'Abbaye de faint Remy. Après
avoit expliqué le fujet de leur miffion
, ils firent ferment dans l'Eglife de
faint Remy d'y reconduire la fainte Ampoulle
.
>
Elle fut portée en Proceffion par le Pere
Gaudart Grand Prieur de l'Abbaye
en Aube , avec une Etole & Chape d'étoffe
716 LE MERCURE
toffe d'or , monté fur un cheval blane
de l'Ecurie du Roy , mené par deux
Maîtres Palefreniers de la grande Ecurie.
Il étoit couvert d'une houffe d'es
, toffe d'argent richement brodée
& marchoit fous un dais de pareille
étoffe.
Il faut fçavoir qu'il y a quatre Terres
ou Fiefs , aux poffeffeurs deíquels le droit
d'accompagner la fainte Ampoulle , &
de tenir le dais fous lequel elle eft portée
, eft affecté . Ces Terres ou Fiefs font,
fuivant Marlot , dans fon Theatre d'honneur
, Terrier , Beleftre , de Louvercy
ou Savaftie , & Neuvify. Ceux qui en
font . Seigneurs , s'appellent Chevaliers
de la fainte Ampoulle. I n'y a eu que
trois de ces Seigneurs , vaffaux de l'Abbaye
de faint Remy , qui foient venus
pour remplir cette fonction de porter le
dais , fçavoir MM. de Romanie , Godet
, & de fainte Catherine. Ils étoient
vêtus de fatin blanc , & d'un manteau
de foye noire. Le quatrième ne s'y étant
pas prefenté , il a été remplacé par M.
Clignet , Bailly de l'Abbaye de faint
Remy.
Les Religieux Minimes , les Chanoines
de l'Eglife Collegiale de faint Timothée
, & les Religieux des Abbayes
de faint Remy & de faint Nicaife , en
aubes,
DE
NOVEMBRE 1722.
117
aubes , précedoient le dais , aux quatre coins
duquel marchoient à cheval les quatre
Barons ou ôtages , fçavoir MM. de Prie,
d'Eftaing , d'Alegre & de Beauvau .
Pour éviter toute conteftation , leur rang,
tel que nous venons de le dire , avoit été
tiré au fort , ainfi qu'il avoit été pratiqué
au Sacre du feu Roy. Ils étoient
précedez chacun par leur Ecuyer , portant
devant eux un Guidon chargé d'un
côté des Armes de France & de Na-
& de l'autre de celles de ces varre
,
Barons.
L'Archevêque de Rheims , averti par
le Maître des Ceremonies , de l'arrivée
de la fainte Ampoulle , s'avança jufqu'à
la porte de l'Eglife , avec tout le Clergé
pour la recevoir . Le Grand Prieur de
faint Remy , qui l'attendoit fous fon dais,
lui dit , en la lui préfentant : Monfeir
gneur , je mets entre vos mains ce précieux
Tréfor envoyé du Ciel au grandfaint
Remy pour le Sacre de Clovis , & des
Rois fes Succeffeurs : mais auparavant je
vous fupplie , felon l'ancienne coûtume ,
de vous obliger à me le remettre entre les
mains , après que le Sacre de notre grand
Roy LOUIS XV. fera fait. L'Archevêque
de Rheims reçut la fainte Ampoulle
, après avoir folemnellement promis
de la rendre il rentra enfuite dans le
Choeur
>
›
# 18
LE
MERCURE
Choeur précedé de tous les Chanoinės,
& continuant fa marche , il pofa la fainte
Ampoulie fur l'Autel , à côté duquel le
Grand Prieur & le Treforier de l'Abbaye
de faint Remy pritent. place ," & y
refterent pendant toute la Ceremonie ;
les trois Religieux de l'Abbaye de faint
Denis , qui avoient préparé fur l'Autel
les ornemens Royaux , dont nous avons
parlé , étoient vis- à- vis de l'autre côté
de l'Autel . Le Roy falua la fainte Ampoulle
, lorfque l'Archevêque de Rheims
la porta au grand Autel.
Les quatre Barons allerent fe placer
dans les quatre premieres chaifes des
Chanoines , du côté de l'Evangiles leurs
Ecuyers placez dans les chaifes baſſes ,
tenans toûjours leurs Guidons devant eux;
les Religieux des deux Abbayes de faint
Remy & de faint Nicaife , qui avoient
accompagné la fainte Ampoulle , fe retirerent
dans la Chapelle faint Nicolas , à
côté de la Nef , où ils attendirent leur
grand Prieur.
Toutes les Ceremonies du Sacre & du
Couronnement finies , les Prelats avec tout
le Clergé étant encore dans le Choeur , la
fainte Ampoulle fut remife entre les
mains du grand Prieur de faint Remy
par l'Archevêque de Rheims , qui la reporta
dans le même ordre , & avec les
nêmes
DE
NOVEMBRE . 1722. 119
mêmes Ceremonies , qu'elle avoit été apportée
à l'Abbaye de faint Remy , où elle
eft toûjours gardée. Les quatre Seigneurs
déja nommez , la reconduifirent
avec le même cortege , l'Aide des Ceremonies
marchant devant le dais. Lorfqu'ils
furent arrivez , le grand Prieur ,
le Treforier , les Religieux de l'Abbaye ,
& les deux Notaires qui avoient reçu
l'Acte , par lequel les Barons s'étoient
obligez de reporter la fainte Ampoulle ,
reconnurent l'avoir reçuë , & déchargerent
les ôtages de leur cautionnement.
Par ordre du Roy , la haquenée avec
fon caparaçon , & le refte du harnois ,
ainfi que les Bannieres des quatre Barons
, eft demeurée aux Religieux de faint
Remy , à qui S. M. a fait donner 600. livres
pour employer en ornemens.
Cette Proceffion paffa entre deux hayes
des Regimens des Gardes Françoiſes &
Suifles fous les armes , leurs Officiers à
la tête , qui n'avoient pas peu à faire à
contenir la foule du peuple. Toutes les
ruës depuis l'Abbaye de faint Remy jufqu'à
la Metropolitaine , étoient tendues
des tapifferies de la Couronne.
CERI120
LE MERCURE
CEREMONIE
DU SACRE .
Lorfque toute cette augufte Affemblée
fut placée , l'Archevêque de Rheims
préfenta de l'eau- benite au Roy , & à
tous ceux qui avoient pris feance pour la
Ceremonie. On chanta le Veni Creator ,
lequel fini , les Chanoines commencerent
Tierces , après lefquelles la fainte Ampoulle
fut apportée de la maniere que
nous avons dit , & pofée fur le grand
Autel .
Après quelques Oraifons , le Chanoine
Semainier commença Sexte , & pendant
cet Office l'Archevêque de Rheims
alla fe revêtir des ornemens neceffaires
pour dire la Meffe , il revint précedé
de douze Chanoines , dont les fix Diacres
étoient vétus de Dalmatiques , & les
fix Sous- Diacres de Tuniques. L'Archevêque
de Rheims , après avoir fait
les reverences ordinaires à l'Autel & au
Roy , s'approcha de Sa Majefté , qui
avoit à fes côtez les Evêques de L'aon &
de Beauvais ; il reçut du Roy pour toutes
les Eglifes fujettes à la Couronne ,
les promelles de protection , que Sa Majefté
prononça affife & couverte . Les
Evêques de Laon & de Beauvais fouleverent
enfuite le Roy de fon fauteuil ,
&
DE NOVEMBRE 1722. 12.1
& fuivant les anciennes formalitez , ils
demanderent le confentement de l'Af-
,
femblée & du Peuple. D'abord après
cette Ceremonic l'Archevêque de
Rheims reçut du Roy le ferment du
Royaume , & ceux de l'Ordre du Saint-
Efprit , de celui de Saint Louis , & de
l'obſervation de l'Edit contre les duels ,
que Sa Majefté prononça , tenant fes
mains fur les faints Evangiles qu'elle
baifa enfuite.
Traduction des Sermens.
→
Demande de M. l'Archevêque de Rheims
au Roy' pour l'Eglife .
Nous vous demandons que vous accordiez
à chacun de nous , & aux Eglifes
qui nous font confiées , la confervation
des Privileges Canoniques , une loi
équitable & lajustice , & que vous vous
chargiez de nôtre défenfe , comme un Roy
le doit à chaque Evêque , & à l'Eglife
qui lui eft confiée.
Promeffe du Roy.
Je vous promets de conferver à chacun
de vous aux Eglifes qui vous fant
confiées , les Privileges Canoniques , une.
1. Vol.
སྙ
F loi
122 LE MERCURE
loi équitable & la justice , & de vous
proteger & défendre autant que je le pourrai
, avec le fecours de Dieu , comme un
Roy eft obligé de le faire dans fon Royaume,
pour chaque Evêque & l'Eglife qui
lui eft confiée.
Serment du Roy pour le Royaume .
Je promets an nom de Jefus- Chrift au
Peuple Chrétien qui m'eft foumis.
Premierement de faire conferver en
tout temps à l'Eglife de Dieu la paix , par
le Pexple Chrétien.
>
D'empêcher toutes rapines & iniquitez
de quelque nature qu'elles foient.
De faire obferver la justice & la mifericorde
dans les jugemens , afin que Dieu,
qui eft la fource de la clemence & de la
mifericorde , daigne la répandre fur moi
&fur vous auſſi.
D'exterminer enticrement de mes Etats
tous les beretiques , condamne par l'Eglife
, toutes lefquelles chofes ci-deffus dites
, je confirme par ferment , qu'ainfi
Dienfesfaints Evangiles me foient en
aide,
Serment
DE NOVEMBRE 1722 .
123
Serment de Chef & fouverain Grand-
Maître de l'Ordre du Saint- Efprit
fait par le Roy Louis XV.
Nous , Louis , par la grace de Dieu ,
Roy de France & de Navarre , jurons
& voiions folemnellement en vos mains,
à Dieu le Createur , de yivre & mourir
en fa fainte foi , & Religion Catholique,
Apoftolique & Romaine , comme à un
bon Roy Très - Chrétien appartient , &
plutôt mourir que d'y faillir ; de maintenir
à jamais l'Ordre du Saint - Elprit ,
fondé & inftitué par le Roy Henri III.
fans jamais le laiffer décheoir , amoindrir
, ni diminuer tant qu'il fera en hôtre
pouvoir ; obferver les Statuts & Ordonnances
dudit Ordre entierement, felon
leur forme & teneur , & les faire
exactement obferver par tous ceux qui
font & feront ci- après reçus audit Ordre
&
, par exprès ne contrevenir jamais
, ni difpenfer ou effayer de changer
, ou innover les Statuts irrevocables
d'icelui.
Sçavoir eft , le Statut parlant de l'union
de la grande Maîtrife à la Couronne
de France ; celui contenant le nombre
des Carcinaux , Prelats , Commandeurs
& Officiers ; celui de ne pouvo'r
1. Vol. Fij tranf124
LE MERCURE
transferer la provifion des Commandes ,
en tout ou en partie à aucun autre , fous
couleur d'appanage , ou conceffion qui
puiffe être. Item , celui par lequel nous
nous obligeons , autant qu'à nous eft , de
ne pouvoir jamais difpenfer les Commandeurs
& Officiers reçus en l'Ordre , de
Communier & recevoir le précieux Corps
de Nôtre Seigneur JeſusChrift aux jours
ordonnez : comme femblablement celui,
par lequel il eft dit que Nous & tous
Commandeurs & Officiers ne pourront
être autres que Catholiques , Gentilshommes
de trois races paternelles , ceux
qui le doivent être. Item , celui par lequel
Nous nous ôtons tout pouvoir d'em
ployer ailleurs les deniers affectez au re.
venu & entreténement defdits Commandeurs
& Officiers , pour quelque caufe
& occafion que ce foit , & pareillement
celui auquel eft contenue la forme des
voeux , & obligation de porter toûjours
la Croix aux habits ordinaires , avec celle
d'or au col , pendante à un ruban de foye
de couleur bleue celefte , & l'habit aux
jours deſtinez . Ainfi , le jurons , voüions &
promettons sur la fainte vraye Croix , &
le faint Evangile touchez .
Serment
DE NOVEMBRE 1722. 12: 5
Berment de Chef & fouverain Grand-
Maître de l'Ordre Militaire de faint
Louis , fait par le Roy Louis XV.
le jour de fon Sacre le 25. Octobre
1722. après avoir fait celui de l'Ordre
du Saint-Efprit , où il a pris qualité
de Roy de France & de Navarre.
Nous jurons folemnellement en vos
mains , à Dieu le Createur , de maintenir
à jamais l'Ordre Militaire de faint
Louis ,, fondé & inftitué par le Roy
Louis XIV . de glorieufe memoire , nôtre
très honoré Seigneur & Bifayeul ,
& par Nous confirmé , fans jamais le
laiffer décheoir , amoindrir , ni diminuer
tant qu'il fera en nôtre pouvoir, obferver
, & faire obferver les Statuts & Ordonnances
dudit Ordre ; fçavoir , le Statut
d'union de la Grand'- Maîtriſe à la
Couronne de France , celui par lequel
fl eft dit que tous Grands - Croix
Commandeurs , Chevaliers & Officiers ,
ne pourront être autres que Catholiques,
Apoftoliques & Romains , & de n'employer
ailleurs les deniers affectez aux
revenus , entreténement & penfions defdits
Grands - Croix , Commandeurs, Chevaliers
& Officiers , pour quelques caufes
& occafions que ce foit , & de por
1. Vol.
و
Fij ter
126 LE MERCURE
"
ter la Croix d'or pendante à un ruban
de foye couleur de feu , ainfi le jurons &
promettons fur la fainte vraye Croix &
le faint Evangile touchez .
Nous n'avons pu encore recouvrer le *
» ferment pour l'obfervation des Edits contre
les duels. Nous ne manquerons pas
» d'en faire part au public , auffi - tôt qu'il
» fera parvenu jufqu'à nous.
Après ces fermens , l'Archevêque de
Rheims retourna à l'Autel , au bas duquel
le Roy fut conduit par les Evêques
de Laon & de Beauvais. Le Duc de
Villequier , Premier Gentilhomme de la
Chambre , lui ôta fa robe de toile d'argent
, qu'il remit au fieur de Nyert ,
Premier Valet de Chambre ; le Prince
Charles de Lorraine reçut la toque
la
remit au fieur Binet , Premier Valet de
Garderobe .
,
Le Prelat officiant recita enfuite quelques
Oraifons
pendant
lefquelles
le
Roy refta debout , la tête découverte
& vétu feulement de fa camifole de fatin
cramoifi. Sa Majefté fe remit enfuite
dans fon fauteuil qu'on avoit apporté ,
entre le Prie -Dieu & l'Officiant.
Le Prince de Turenne , Grand Chambellan
de France , chauffa au Roy des
bottines ou fandales de velours violet ,
femées
DE NOVEMBRE 1722. 127
femées de fleurs - de- lys d'or en broderie,
& Monfieur le Duc d'Orleans , reprefentant
le Duc de Bourgogne , mit à Sa
M jefté les éperons d'or , & il les lui ôta
dans le même inftant. L'Archevêque de
Rheims benit en même temps l'épée de
Charlemagne , qui étoit fur l'Autel avec
les autres ornemens Royaux ; il la ceignit
au Roy pardeffus fa camifole , &
l'ôta auffi en même temps ; enfuite l'ayant
tirée du foureau , il dit : Accipe bunc
gladium , &c. & la remit toute nuë entre
les mains de Sa Majefté , qui , après
l'avoir tenue pendant que l'on difoit l'Antienne
Confortare , & l'Oraifon qui la
fuit , la baila & l'offrit à Dieu , en la
remettant fur l'Autel . L'Archevêque de
Rheims la reprit & la rendit au Roy.
Sa Majefté la reçut à genoux , & la dé--
pofa entre les mains du Maréchal Duc de
Villars, faifant les fonctions de Conêtable,
qui la tint haute, la pointe levée , pendant
toutes les Ceremonies du Sacre , du Couronnement
& du Feftin Royal.
L'Archevêque Officiant étant retourné
à l'Autel , le Grand - Prieur de l'Abbaye
de faint Remy & le Tréforier ouvrirent
la fainte Ampoulle , qui étoit enfermée
dans une Châfe de vermeil - doré , enrichie
de pierreries . Ce Prelat mit de l'huile
de la fainte Ampoulle fur la patene
Fiiij d'or I. Vol. འ
128 LE MERCURE
d'or du Calice doS. Remy, qu'il mêla avec
dufaint Crême. Les Evêques de Senlis , de
Verdun , de Nantes & de faint Papoul s'avancerent
enfuite devant l'Autel , &
chanterent les Litanies pendant lefquelles
le Roy demeura profterné devant
l'Autel , fur un grand carreau de velours
violet femé de fleurs- de- lys d'or , l'Archevêque
de Rheims étoit auffi profterné
à la droite. Le Roy & l'Officiant fe
leverent lorfqu'on chanta le Verfet des
Litanies , Ut obfequium , &c. & l'Archevêque
de Rheims ayant fa Mitre fur
la tête , & fa Croffe à la main , dit les
trois Verfets qui fuivoient. Les Evêques
de Laon & de Beauvais , étoient debout
aux deux côtez du Roy , pendant qu'on
chantá les Litanies & les Prieres qui les
fuivent , lelquelles étant achevées , l'Archevêque
de Rheims fe plaça fur fa chaife
, & le Roy s'étant mis à genoux devant
lui , Sa Majefté reçut les onctions
en cet ordre : fur le fommet de la tête ,
fur la poitrine , entre les deux épaules ,
fur l'épaule droite , fur la gauche , à la
jointure du bras droit , & à celle du bras
gauche.
Ces fept onctions étant finies , l'Archevêque
de Rheims , & les Evêques de
Laon & de Beauvais refermerent les ouvertures
de la camifole & de la chemife
du
DE NOVEMBRE 1722. 129
du Roy ; & Sa Majefté s'étant levée ,
elle reçut des mains du Prince de Turenne
, la Tunique , la Dalmatique , & le
Manteau Royal de velours violet brodé
de fleurs- de- lys d'or , fouré & bordé
d'hermines. Le Roy fe remit enfuite à.
genoux devant l'Archevêque de Rheims,
qui lui fit la huitiéme onction fur la paûme
de la main droite , & la derniere fur
celle de la main gauche. Ce Prelat ayant
enfuite beni les gans & l'anneau , il donna
les gans à Sa Majefté , & lui mit l'an--
neau au quatriéme doigt de la maindroite
; après quoi il prit le: Sceptro
Royal fur l'Autel , & le mit dans la main:
droite du Roy & enfin la Main de
Juftice , qu'il lui mit dans la gauche.
>
COURONNEMENT.
Après ces Ceremonies , M. d'Arme
nonville , Garde des Sceaux , faiſant la
fonction de Chancelier de France , monta
à l'Autel , & fe mit du côté de l'Evangile
, le vifage tourné vers le Choeur,.
& appella les Pairs felon leur rang , en
la maniere que nous allons dire. Monfieur
le Duc d'Orleans , qui repréfentez:
le:
Duc de Bourgogne , préfentez - vous à
cet Acte ; Monfieur le Duc de Charres
, qui reprefentez le Duc de Nor-
1. Vol. E v mandie ,
130 LE MERCURE
1
mandie , préfentez - vous à cet Acte . I
employa la même formule pour appeller
les autres Pairs Laïques. Il appella enfuite
les Pairs Ecclefiaftiques en cet ordre.
Monfieur l'Evêque & Duc de Laon ,
préfentez - vous à cet Acte . Monfieur
l'Evêque & Comte de Chaalons , qui repréfentez
l'Evêque & Duc de Langres ,
préfentez-vous à cet Acte . Monfieur l'Evêque
& Comte de Beauvais , préfentezvous
à cet Acte. Monfieur l'Evêque &
Comte de Noyon , qui repréfentez l'E--
vêque & Comte de Chaalons , préfentez-
vous à cet Acte. Monfieur l'ancien
Evêque de Fréjus , qui repréfentez l'Evêque
& Comte de Noyon , préfentezyous
à cet Acte .
,
M. le Garde des Sceaux , ayant repris
fa place , & les Pairs s'étant
approchez du Roy l'Archevêque
Duc de Rheims prit fur l'Autel la grande
Couronne de Charlemagne , apportée
de l'Abbaye de faint Denis & aprèsen
avoir fait la benediction , il la mit fur
la tête du Roy , & les Pairs Laïques &
Ecclefiaftiques y porterent la main , pendant
que l'Archevêque Duc de Rheimsrecitoit
les Oraifons du Couronnement ..
,
INTRODE
NOVEMBRE 1722. 131
INTRONISATION.
Peu de temps après , le même Prelat
Officiant , prit le Roy par le bras droit,
& le conduifit en cet ordre au Trône élevé
fur le Jubé .
Les fix Herauts d'armes , qui étoient
reſtez au milieu du Choeur , commencerent
la marche , & s'arrêterent au bàs
des efcaliers qui conduifoient au Jubé.
Les Pairs Ecclefiaftiques monterent par
un efcalier qui étoit du côté de l'Epître,
les Pairs Laïques par celui du côté de
l'Evangile , & ils furent conduits avec les
Ceremonies accoûtumées.
Le Maréchal Duc de Villars , l'épée
nuë dans la main , & ayant à fes côtez
les deux Huiffiers de la Chambre , portant
leurs Maffes , marchoit devant le
Roy , qui avoit la Couronne de Charlemagne
fur la tête , & qui portoit en
fes mains le Sceptre & la Main de Juf
tice. Le Duc de Villeroi & le Duc
d'Harcourt , Capitaines des Gardes du
Corps , marchoient aux côtez de S. M.
la queue du Manteau Royal étoit portée
par le Prince Charles de Lorraine,
le Garde des Sceaux fuivoit le Roy ,,
& après lui marchoit le Prince de Rohan
, ayant à ſa droite le Prince de Tu-
1. Vol. F vj
renne,
132 LE MERCURE
renne , & à fa gauche le Duc de Ville
quier. Les fix Gardes Ecoffois , qui
avoient fuivi le Roy refterent fur les
degrez des efcaliers les plus proches du
Trône , trois de chaque côté. Les Pairs
Ecclefiaftiques & Laïques fe placerent
aux deux côtez du Trône , & les Grands
Officiers dans les places qui leur étoient
marquées. Les deux Capitaines des Gardes
du Corps fe tinrent fur la premie-
Fe marche de l'eftrade , à côté du fauteüil
de Sa Majesté.
Le Roy étant monté à fon Trône par
l'escalier du côté de l'Evangile , l'Archevêque
de Rheims le fit affeoir , & le tenant
toûjours par le bras droit , il recita
les Prieres de l'Intronifation . Après.
Lefquelles il quitta fa Mitre , fit une
profonde reverence au Roy , & le baifa
en difant : Vivat Rex in aternum , VIVE
LE ROY A JAMAIS . Les autres Pairs
Ecclefiaftiques & Laïques , ayant enſuite
baifé S. M. avec les mêmes Ceremonies
, fe remirent à leurs places , & les
Herauts d'armes monterent au Jubé..
Alors on ouvrit les portes de l'Eglife
& le peuple y entra en foule pour y voir
un fpectacle également faint & augufte ,
& en même temps la fplendeur & la
magnificence Royale dans fon plus grand
clar. Le Roy paroiffoit dans ce Trône
MaDE
NOVEMBRE 1722 133
Majestueux avec les graces naturelles qui
ne le quittent jamais , & qui rempliffent
les coeurs de tous fes fujets de fentimens
d'amour & de refpect . Sentimens qui fu
rent exprimez fur le champ par de gran
des acclamations , accompagnées des Fanfarres
, de divers Inftrumens militaires
& des cris de joye , dont l'Eglife retenriffoit.
99
Les Oifeleurs lâcherent enfuite un
grand nombre de petits oifeaux , qui
par le recouvrement de leur liberté , fi
gnifioient l'effufion des graces du Souve
rain , pour les prifonniers qui devoient:
être élargis , à l'occafion de cette Sainte
Ceremonie. L'Artillerie de la Ville celebra
auffi , & annonça cette grande folemnité
par plufieurs décharges , & les Regimens
des Gardes Françoiſes & Suiffes
qui étoient en bataille dans le Parvis , &
aux environs de l'Eglife , firent alors une
triple falve de leur moufquetairie.
Durant ces vives acclamations de Vive
le Roy , les Herauts d'armes diftribuerent
dans la Nef , & dans le Choeur une
grande quantité de Medailles d'or &
d'argent qui avoient été frapées pour ce
fujet , reprefentant d'un côté Louis XV.
en habits Royaux avec le Collier de l'Ordre
du S. Efprit , & la Couronne fur la
tête avec cette Infcription LUD . XV.
REX
134
LE MERCURE
REX CHRISTIANISSIMUS , pour revers
la Ceremonie du Sacre , prife dans
l'inftant même de l'Onction , avec cette
Legende , REX COELESTI OLEO UNCTUS
, le Roy oint de l'Huile Celeste , &
dans l'Exergue Remis XXV. Octob .
MDCCXXII. Cette Medaille a été frapée
de trois grandeurs differentes , nous
donnons ici la repréfentation de la plus
grande avec fon revers .
Les acclamations réïterées des peuples
l'emporterent bien - tôt fur tous les autres
bruits ; cependant le Te Deum fut chanté
par la Mufique du Roy , & continué par
l'orgue au fon de toutes les Cloches de la
Ville , & au bruit de l'Artillerie .
Après le Te Deum le Chantre & le
Sous Chantre entonnerent l'Introite qui
fut continué par la Mufique du Roy :
l'Archevêque de Rheims commença la
Meffe au Grand Autel , & en même
temps l'Abbé Guinaud , Chapelain de
S. M. commença une Meffe baffe à l'Au
tel du Jubé. L'Abbé Milon , Aumônier
du Roy prefenta l'eau-benite à S. M.
fuivant l'ufage. Après que l'Archevêque
de Rheims eut dit l'Oraifon de la Dedi
cace de l'Eglife , dont on celebroit l'Octave
, l'Evêque d'Amiens quitta fa Mitre,
& chanta l'Epître. L'Evangile fur chanté
par l'Evêque de Soiffons , après que
les
1
Medaille du Sacre :
XXV.
LUD
XV
.
REY
COELESTI
REX
CHRISTIANIS
OLEO
SSIMUS
UNCTUS
REMIS XXV. OCTOB
M.D.CC.XXII.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
i
DE NOVEMBRE 1722. 135
و
les Pairs Ecclefiaftiques eurent quitté
fleurs Mitres , les Pairs Laïques , leurs
Couronnes , & que Monfieur le Duct
d'Orleans, reprefentant le Duc de Bourgogne
eut ôté au Roy fa . Couronne
qu'il pofa fur le Prie- Dieu. A la fin de
l'Evangile Monfieur le Duc d'Orleans
reprit la même Couronne , & la remit
fur la tête du Roy . Les Pairs Ecclefiaftiques
reprirent auffi leurs Mitres , & les
Pairs Laïques leurs Couronnes .
Alors le Grand- Maître , le Maître ,
& l'Ayde des Ceremonies de Francedefcendirent
du Jubé , précedez des Herauts
d'Armes , qui étoient reftez au bas
des efcaliers ; & s'étant enfuite avancez
jufqu'au milieu du Choeur , ils firent
leurs reverences à l'Autel , au Roy , a
Madame , aux Cardinaux , au Clergé , &
aux Ambaffadeurs .
Après que le Marquis
de Dreux ,
Grand-Maître
des Ceremonies
, eut fair
une reverence
au Grand
Aumônier
de
France , ce Prélat alla porter au Roy l'Evangile
à baifer , étant precedé
du Grand-
Maître
, du Maître
, & de l'Ayde
des
Ceremonies
, & accompagné
de l'Evêque
de Soiffons
, Diacre , & d'un Chanoine
Diacre
qui portoit
le Livre des
Evangiles
, couvert
d'une Tavoyole
de
Satin blanc. Le Cardinal
de Rohan
arrivé
136
LE MERCURE
vé au bas de l'efcalier , du côté de l'Epître
, fit au Roy une premiere reverence
, il en fit une feconde au milieu de
l'efcalier , & une troifiéme enfin auprès
du Trône. Ayant enfuite prefenté le Livre
des Evangiles à baifer au Roy , il le
remit entre les mains du Diacre , & defcendit
après du Jubé par l'escalier du
côté de l'Evangile , en faifant les mêmes
reverences qu'il avoit faites en montant ;
& lorsqu'il fut arrivé près l'Autel , il fic
les reverences accoutumées en pareilles .
ceremonies.
OFFRAN DES .
Pendant qu'on chantoit l'Offertoire ,
& que l'Archevêque Officiant faifoit
POblation , le Roy d'Armes & les Herauts
allerent prendre fur les crédences
de l'Autel les offrandes qui y étoient pofées
, & les porterent fur des Tavoyoles
de fatin rouge , bordées de franges d'or
aux quatre Chevaliers de l'Ordre du S.
Efprit, nommez pour les porter , lefquels
partirent en même temps des quatre premieres
chaifes hautes du côté droit où ils
étoient placez , étant précedez des Herauts
& du Roy d'Armes , de l'Aide du
Maître & du Grand- Maître des Ceremonies
; le Maréchal de Tallard portoit
le
DE NOVEMBRE 1712. $37
fe vafe de vermeil doré rempli de vin
le Comte de Matignon portoit le pain
d'or , le Comte de Medavi portoit le pain
d'argent , & le Marquis de Goesbriant la
bourfe de velours cramoify en broderie
d'or , remplie de treize pieces d'or , femblables
aux Medailles du Sacre , diftri
buées au peuple pendant le Te Deum.
Ces quatre Chevaliers de l'Ordre te
nant les Offrandes , furent conduits par
le Grand -Maître , le Maître , & l'Aide
des Ceremonies au Trône du Roy , où
ils monterent par l'efcalier du côté de
' Evangile , & ils firent au bas , au milieu
, & au haut de l'efcalier les reverences
accoutumées. Le Roy ayant été ainf
invité d'aller à l'Offrande , S. M. defcendit
de fon Trône dans l'ordre fuivant;,
par l'escalier du côté de l'Epître .
Le Grand-Maître , le Maître & l'Aide'
des Ceremonies , toûjours précedez des
Herauts d'Armes , les 4. Chevaliers de
l'Ordre marchoient enfuite , & après eux,
le Grand - Maître de la Maifon du Roy
le Garde des Sceaux , le Connétable tenant
l'Epée , & ayant à fes côtez les deux
Huiffiers- Maffiers. Les Pairs Ecclefiaftiques
à la droite , & les Laïques à la gauche
, accompagnoient le Roy : S. M. portoit
dans fes mains le Sceptre & la Main
de Juftice , & avoit à fes côtez les deux
Capitaines
1 : 8 LE MERCURÉ
Capitaines des Gardes , & les fix Gardes
Ecoffois qui s'arrêterent vers le milieu du
Choeur. Le Grand Ecuyer de France
portoit la queue du Manteau Royal , le
Duc de Charoft , Gouverneur de S. M.
fuivoit le Roy , le Grand Chambellan &
le Premier Gentilhomme de la Chambie
étoient reftez dans leurs places iur le Jubé
, pour garder le Trône.
Le Roy arrivé à l'Aurel , où l'Archevêque
Officiant étoit affis , le vifage tourné
vers le Choeur , S. M. s'agencüilla , &
après avoir remis le Sceptre au Maréchal
de Tefé , & la Main de Juftice au Maréchal
d'Uxelles , le Roy ieçut la bourſe ,
le pain d'or , le pain d'argent , & le vaſe
rempli de vin des mains du Marquis de
Goefbriant , du Comte de Medavi , du
Comte de Matignon , & du Maréchal
Duc de Tallard. Sa Majefté les prefenta
enfuite à l'Archevêque de Rheims , lui
baifant la main à chaque Offrande qu'il
faifoit. L'Archevêque Officiant mettoit
ces Offrandes à mesure qu'il les recevoit
dans un baffin d'argent que les Marguilliers
de l'Eglife de Rheims tenoient à fon
côté gauche , ces riches Offrandes appartenant
à cette Eglife.
Cette Ceremonie étant finie leRoy reprit
le Sceptre & la Main de Juftice , &
retourna à fon Trône dans le même ordre
qu'il
DE NOVEMBRE 1722. ¥ 39
qu'il avoit obfervé en defcendant ; les
Pairs Ecclefiafiques monterent par l'efcalier
du côté de l'Epître , les Laïques
par celui du côté de l'Evangile ; ils reprirent
enfuite leurs places à la droite &
à la gauche du Trône de S. M. les qua
tre Chevaliers de l'Ordre furent reconduits
à leurs places par l'Ayde des Ceremonies.
Avant l'Offertoire de la Meffe du
Choeur , l'Abbé Milon , Aumônier du
Roy , avoit eu foin d'apporter du Jabé
fur le Grand Autel , le pain qui devoit
être confacré pour la Communion du
Roy , après en avoir fait l'effai un peu
avant la fin de la Meffe ; & après la benediction
donnée par l'Archevêque Offi
ciant , les Herauts d'Armes , & le Grand-
Maître , le Maître , & l'Ayde des Ceremonies
ayant fait les reverences ordinaile
Marquis de Dreux en fit une particuliere
au Grand Aumônier de France ,
qui fortit de la place , & alla recevoir du
Prélat Officiant le baifer de paix . Il monta
enfuité au Trône du Roy avec les mêmes
ceremonies qui avoient été observées l'orfqu'il
avoit porté l'Evangile à baiferà S. M.
S'étant alors approché du Roy , il lui
donna le baifer de paix , que les Pairs
Ecclefiaftiques & Laïques vinrent enfuite
recevoir de S. M. Elle l'accompa
res ,
gna
146 LE MERCURE
gna de ces graces qui lui font fi naturels
Fes , & que la folemnité du jour ſembloit
avoir encore augmentées . Pendant ce
temps - là le Cardinal de Rohan defcendit
du Jubé pour retourner à fa place
avec les mêmes ceremonies , & faiſant les
mêmes reverences qu'il avoit faites en montant
au Trône.
Communion du Roy, & fin des Ceremonies
du Sacre:
La Meffe étant achevée le Roy defcendit
de fon Trône pour aller communier
dans le même ordre que lorfqu'il étoit
allé prefenter les Offrandes ; le Grand
Chambellan de France , & le Premier
Gentilhomme de la Chambre , marchant
alors aux côtez du Grand- Maître de la
Maifon du Roy, S. M. étant arrivée à l'Aute
, Monfieur le Duc d'Orleans , reprefentant
le Duc de Bourgogne , lui ôta la
Couronne de Charlemagne , & la donna
à porter au Maréchal d'Eftrées. Le Roy
remit enfuite le Sceptre & la Main de
Juftice aux Maréchaux de Teffé & d'Uxelles
, & après s'être reconcilié fous le
Pavillon qui avoit été dreffé auprès du
Grand Autel du côté de l'Epître , Sa Majefté
le mit à genoux au bas de l'Autel .
L'Archevêque de Rheims donna l'abfolution
DE NOVEMBRE 1722. 14
lution au Roy , & le communia fous les
deux efpeces . La nape étoit tenue du côté
de l'Autel par le Cardinal de Rohan , &
par l'Evêque de Metz , Premier Aumônier
de S. M. & du côté du Roy , par
Monfieur le Duc d'Orleans , & par le
Duc de Chartres.
Après la Communion , le Roy ayant
repris la Couronne de Charlemagne
l'Archevêque Officiant la lui ôta , & lui
en mit une autre plus legere , enrichie
d'une prodigieufe quantité de Diamans ,
& autres pierreries de la Couronne , dont
nous avons déja parlé , & dont nous ef
perons donner une defcription plus étendue
, avec la reprefentation en Eftampe
La Couronne de Charlemagne fut remife
au Maréchal d'Eftrées , & le Roy
s'en retourna au Palais Archiepifcopal
dans l'ordre qui fuit.
La marche commençoit par les Gardes
de la Prevôté de l'Hôtel , reftez pendant
toute la Ceremonie à la porte de l'Eglife,
ayant le Comte de Montforeau , Grand
Prevôt de l'Hôtel , à leur tête , les Cent
Suiffes de la Garde marchant deux à deux
qui fuivoient le Marquis de Courtenvaux
leur Capitaine. Les haut-bois , tambours,
& trompettes de la Chambre , les Herauts
d'Armes , le Grand- Maître , & le Maître
des Ceremonies , les quatre Chevaliers
de
42 LE MERCURE
de l'Ordre du S. Eiprit qui avoient porté .
les Offrandes , le Maréchal d'Eftrées portant
la Couronne de Charlemagne fur
un carreau de velours violet , ayant à fes
côtez , les Maréchaux de Teffé & d'Uxelles
; les Pairs Ecclefiaftiques & Laïques
marchant à la droite , & à la gauche
du Roy , portant dans fes mains le
Sceptre & la Main de Juſtice , & précedé
du Maréchal Duc de Villars , tenant l'épée
de Connétable , les deux Huiffiers de
Ia Chambre du Roy portant leurs Maffes,
à fes côtez ; le Grand Ecuyer de France
portoit la queue du Manteau Royal ; le
Duc de Charoft , Gouverneur du Roy ,
marchoit auprés de S. M. qui étoit ſuivie
des Ducs de Villeroy & d'Harcourt ,
Capitaines de fes Gardes .
L'Archevêque de Rheims precedé de
fa Croix & de fa Croffe , & accompagné
de deux Chanoines Affiftans, en Chappes,
marchoit auprès du Roy , ainfi que les fix
Gardes Ecoffois. Le Garde des Sceaux
marchoit feule derriere , S. M. fuivi du
Grand- Maître de la Maifon du Roy , du
Grand Chambellan , & du Premier Gentilhomme
de la Chambre . Cette fuperbe
marche qui fe fit par la Gallerie découverte
, dont nous avons parlé , au bruit
des acclamations continuelles du peuple
qui rempliffoit le Parvis de l'Eglife , &
les
DE
NOVEMBRE 1722 .
143
les Cours de l'Archevêché , étoit fermée
par les Officiers des Gardes du Corps .
Le Roy arrivé dans fon appartement
fut deshabillé , & revêtu d'autres habits;
& s'étant enfuite repofé quelque temps
S. M. reprit fon Manteau Royal & fa
Couronne de Diamans ; elle remit le
Sceptre & la Main de Juftice aux Maréchaux
de Teflé & d'Uxelles. Les gans
& la chemiſe du Roy qui avoient touché
aux Onctions , furent remifes pour les
brûler , à l'Evêque de Metz , fon Premier
Aumônier.
La Mufique du Roy s'eft trouvée à la
Ceremonie du Sacre ; mais pour éviter la
trop grande durée des Offices , déja trop
longs par eux mêmes , & qui chantez par
la Mufique auroient pû fatiguer Sa Majefté
, tous les Pleaumes , Hymnes , Antiennes
& Cantiques ont été chantez en
plein-chant ou en faux - bourdon.
Malgré ce retranchement le Roy a
refté près de fix heures de fuite dans l'Eglife
, & fouvent même dans des fituations
très pen bles . Sa Majefté étoit difpenfée
par un Bref du Pape de commu.
nier à jeun , deux Maîtres d'Hôtel ordinaires
étoient chargez de prefenter un
bouillon au Roy qu'on tenoit tout prêt
dans un endroit pratiqué exprès fur le
Jubé , à quelque distance du Trône du
Roy ,
*44
LE MERCURE
Roy. S. M. ne le voulut point prendre ,
on lui reprefenta que l'Empereur Charlequint
n'en avoit pas fait de difficulté dans
une femblable Ceremonie , ainfi qu'on le
remarque dans l'Hiftoire de fa vie : Et
moy , répondit le Roy , j'aime mieux
qu'on life dans l'Hiftoire de la mienne que
je n'en ai point pris.
On avoit averti le Roy de l'ordre de
tout le Ceremonial , felon lequel pendant
la grande Melle du Sacre S. M. ne quitte
point la Couronne , que lorfqu'on chante
I'Evangile , auquel temps les Evêques
Affiftans quittent auffi leur Mitre ; enforte
que le Roy, felon ce Ceremonial , ne doit
plus quitter la Couronne , pas même à
l'élevation. S. M. dit : Les Evêques en
uferont comme ils jugeront à propos ; pour
moy je veux quitter ma Couronne à l'élevation
de la Sainte Hoftie. En effet ,
Monfieur le Duc d'Orleans , comme reprefentant
le Duc de Bourgogne, la lui
ôta , quoique l'ufage n'en foit pas encore
établi .
,
Les Ceremonies du Sacre finies , les
Religieux députez de l'Abbaye de Saint
Denis furent introduits dans l'antichambre
de l'appartement où le Roy fe
de habilloit , & y reçûrent tous les Habits
Royaux , tant ceux qu'ils avoient apportez
que ceux qui leur avoient été remis
dans
DE
NOVEMBRE 1722. 145
dans l'Eglife de Rheims avant le Sacre ,
avec la camifole de fatin rouge , &c. dont
ils donnerent leur recepiffé au premier
Valet de Chambre de Garderobe.
Après le Feftin Royal on leur remit les
autres Ornemens Royaux , avec le Manteau
Royal qu'ils ont apportez au Tréfor
de S. Denis , à l'exception de la Couronne
d'or
que le Roy avoit fur la tête
pendant ce feftin
Nous allons donner une defcription
fommaire de ces ornemens en faveur de
ceux qui ne les ont jamais vus , que nous
ornerons de quelques remarques hiftoriques.
La Couronne de Charlemagne eft celle
qu'il reçut à Rome de la main de Leon
III. Elle eft fermée à l'Imperiale , enrichie
de pierres précieufes & fort grande,
c'est pourquoy les Pairs la foutiennent
avec la main le jour du Couronnement
pendant que l'Archevêque recite les Pricres.
On employoit auffi anciennement
celle de Charles le Chauve , qui étoit d'un
prix ineftimable , mais ayant été enlevée
par les Ligueurs , on y a fubftitué celle
de S. Louis. Elle eft moins grande que
celle de Charlemagne ; mais en revanche
elle eft beaucoup plus magnifique , étant
enrichie de Topazes , de Saphirs , de Rubis
, d'Emeraudes , de Perles Orientales ,
1. Vol. Ꮐ
146
LE MERCURE
& principalement d'un très- excellent
Ruby Balay - Cabochon , fous lequel, ces
mots font écrits , de capillis Domini , de
Spinis Domini.
L'épée de Charlemagne , autrement
dite de S. Pierre , à caufe qu'il la reçût
du même Pape Leon III . dont la poignée,
les branches , & le pommeau font d'or
maffif , enrichis de pierres précieuſes
eft dans un fourreau de velours violet
garni de perles Orientales, Elle eft
appellée Jocofa en latin , à caufe de
la joye qu'infpire la folemnité du Sacre
, à laquelle elle eft employée. Guillau
me de Nangis dans la Relation qu'il fait .
du Sacre de Philippe le Hardy , l'appelle
Spata , terme fort ufité dans le fiecle où
il écrivoit. Le continuateur d'Aymoin
s'en fert lorfqu'il parle du Sacre de Louis
le Begue , & un Ordre Militaire d'Efpagne
en a pris fa dénomination : Ordo
Sancti Jacobi de Spata.
Au deffus du Sceptre de Charlemagne
eft la figure de cet Empereur en or. Il eft
affis dans un fauteuil orné de deux Lyons,
& de deux Aigles d'or ; il tient un Sceptre
& une pomme de même métail
avec une Couronne Imperiale fur la tête ,
au bout de laquelle eft une groffe Perle
Orientale . La figure de l'Empereur eſt
pofée fur un lys d'or , émaillé de blanç
au
4 DE NOVEMBRE 1722 . 147
"
au deffus d'un pommeau d'or , enrichi
de perles , avec cette Infcription gravée
derriere le fauteuil Sanctus Carolus
Magnus , Italia , Roma , Gallia ,
Germania. La fleur de lys & la figure de
l'Empereur font au bout d'un bâton d'or
de fix pieds moins deux pouces de haut ,
lequel le démonte en trois pieces.
Quelques écrivains peu inftruits ont dit
que la Main de Justice étoit d'yvoire, mais
ils fe font trompez , puifque conftamment
elle eft de Licorne. Elle eft placée au
bout d'un bâton d'or ; elle a au quatrième
doigt un Anneau d'or enrichi d'un beau
Saphir. Sous la Main eft un cercle à feuillage
enrichi de trois Grenats, de trois Saphirs
, & de douze Perles Orientales.
Au milieu du bâton eft un autre cercle à
feuillage orné de trois Grenats , d'ùn
Saphir , & de huit Perles. Au bas du
bâton eft un troifiéme cercle à feuillage
avec deux Grenats , deux Saphirs
, une belle Amatifte , & huit PerÎes
. Cette Main de Juftice eft appellée
Virga par le continuateur d'Aymoin , lorſqu'il
parle du Sacre de Louis VI . ce qui
prouve qu'elle étoit en ufage avant le
regne de Charles V.
Les éperons font d'or , ornez de. Grenats
; la verge eft femée de Fleurs- de-
I. Vol. G ij Ly ,
348 LE MERCURE
Lys d'or en champs d'Azur , ayant au
bout une pomme à feuillage garnie de
tiffu velouté , broché d'or . Les deux bou
cles font auffi d'or à tête de Lyon avec le
mordant de même.
L'agraffe fervant à tenir le Manteau
Royal eft une lozange d'or garnie au dedans
d'une Fleur- de- Lys d'or , enrichie
au milieu d'un rubi - balay à huit côtez . A
la pointe d'en haut de la fleur-de- lys eſt un
pareil ruby. Au deffus du premier , &
aux deux fleurons de la Fleur - de- Lys
font trois rubis - balays , en table , d'une même
grandeur,avec deux autres rubis à huit
côtez , & un à fix . Aux quatre coins
quatre beaux diamans; & furle bord neuf
groffes perles d'Orient , parfaitement
rondes .
•
Les fix Couronnes des Ducs & Pairs, &
des Comtes & Pairs , ainfi que les
quatre
autres des Seigneurs qui reprefentoient
au Sacre le Connétable , le Grand- Maître
de la Maifon du Roy , le Grand
Chambellan & le Premier Gentilhomme
de la Chambre , reftent à ceux qui les
ont portées . Les quatre dernieres font pareilles
à celles des Comtes & Pairs .
Dans le temps que l'Augufte Ceremonie
du Sacre fe faifoit à Rheims , toute
la Ville & tout le Diocéfe de Paris
étoient
DE
NOVEMBRE 1722 . 149
étoient en prieres au pied du très- Saint Sacrement
, expofé dans toutes les Eglifes
pour demander à Dieu une abondance de
graces & de benedictions fur la Perfonne
Sacrée de Sa Majefté , en vertu d'un
Mandement de M. le Cardinal de Noailles
, donné le 16. du prefent mois d'Octobre.
Vous fçavez , mes chers freres , dit ce
S. E. dans ce Mandement , que le Roy &
doit recevoir dans peu l'Onction Sainte , «
dont nos Rois très- Chrétiens font en «<<
poffeffion d'être confacrez depuis tant «
de fiecles. SA MAJESTE ' va reconnoître
au pied des Autels , que c'eſt «
de Dieu même qu'elle tient toute se
l'autorité & la puiffance dont elle jouit ce
par les droits de fa naiffance , & que «
c'eſt pour la gloire de ce même Dieu , «
& pour le bonheur de fes peuples que «
cette puiflance , & cette autorité doivent
être employées : tous les ordres du «
Royaume dans cette Sainte & Augufte
Ceremonie , au nom de tous les fujets , «
vont former pour leur Souverain les «
voeux que le refpect le plus fincere , & «
la plus inviolable fidelité , animez de
l'efprit de Religion , doivent infpirer.
Uniffez-vous à nous , mes chers freres ,
pour demander à Dieu , que nôtre Mo- «
marque , comme un Salomon pacifique ,
1. Vol.
G iij
се
co
C6
reçoive
1150
LE MERCURE
ور
כ כ
» reçoive d'en haut par l'Onction Sainte,
l'efprit de fageffe & de confeil , pour
» affurer pleinement dans fes Etats , pen-
" dant le cours de fon regne , la paix que
» le Prince dépofitaire de l'autorité Roya-
» le à maintenuë durant fa Regence ; qu'à
» l'exemple de S. Louis nous voyons croître
en lui de jour en jour l'attachement
au culte , & à la foy de fes peres , un
faint refpect pour la Religion , & ces
fentimens de pieté qui font l'heureux
fruit de l'éducation Chrétienne qu'il a
reçûë; qu'en marchant fur les traces de
" fon Augufte Bifayeul , il foit occupé
comme ce Prince Religieux , à faire
adorer celui par qui les Rois regnent ,
» & qui décide fouverainement du fort
des Empires ; que conformement aux
promeffes de fon Sacre , le zele pour la
juftice , & un amour tendre pour fes
» peuples , reglent toutes fes démarches
& qu'il regarde comme fa gloire la
plus folide , l'obligation de proteger
l'Eglife , & de faire refpecter fes loix
05
"
~ & c.
Comme l'Abbaye Royale de S. Germain
des Prez dépend immediatement
du S. Siege Apoftolique , on fit dans l'Eglife
Abbatiale la même Expofition du
Très - Saint Sacrement , les mêmes Prieres
& Salut , avec un grand concours de
Peu
DE NOVEMBRE 1722. 151
Peuples de ce diſtrict , & du Fauxbourg
S. Germain , en confequence d'un Man
dement donné le 23. du même mois par
le Reverend Pere Dom Pierre Thibault,
Grand Prieur de cette Abbaye , & Vicaire
General de Son Eminence M. le
Cardinal de Biffy , Evêque de Meaux ,
Abbé de S. Germain des Prez , & c.
ce
C&
Voici de quelle manière s'exprime le
Reverend Pere Grand Prieur , Vicaire
General. Demandons à Dieu qu'au «
moment que le Pontife prendra le vafe
rempli de l'Huile Sainte , & facrera Sa «
Majefté , l'efprit du Seigneur fe répande
fur fa Perfonne Sacrée , & que dès a
ce moment cet Efprit Saint foit toû- «
jours avec elle ; qu'il lui donne la fa- «
geffe & l'intelligence pour gouverner «
heureuſement fes peuples , la prudence
& la force pour les maintenir dans la «
paix , la fcience & la pieté , afin qu'il
foit inviolablement attaché au Culte de «
Dieu , qu'Imitateur de la Pieté même «
de Clovis , de la Sainteté de S. Loüis , ce
à l'exemple de fon Augufte Bifayeul , ce
il maintienne dans le Royaume la foy «
de fes Peres. Demandons à Dieu , com- «<
me ces Peuples fideles , dont parle l'E- «
criture , que la Bonté Divine donne ce
une longue vie à nôtre nouveau Salo- «
mon , qu'il rende fon nom encore plus
I. Vol.
co
૯
∞
Gjiij celebre
152
LE
MERCURE
»celebre que celui de fes Auguftes Pré-
» deceffeurs , & qu'il éleve fon Trône au
deffus du leur , & c.
que nous vous offri
PRIERE POUR LE ROY ,
Faite à la fin d'un Sermon prononcé le
jour du Sacre de S. M. par le R. P.
Begon , Prieur de l'Eglife de Mer , on
M.nars-la- Ville , près de Blois.
Eigneur , confervez nôtre Roy , Demine
, falvum fac Regem , écouteznous
toutes les fois
rons des voeux & des prieres pour fon
falut , pour fa fanté & pour la profperité
de fon regne & exaudi nos in die
quâ invocaverimus te. Parvenu par fon
Sacre au comble de la gloire humaine
que pouvons-nous de plus vous demander
pour lui finon de lui prolonger fes jours
pour rendre la felicité de fes peuples plus
folidement établie , qu'elle n'a jamais été,
& comme les biens de la grace font les
vrais & folides biens , nous ne cefferons
d'invoquer vôtre nom , & de vous fupplier
d'orner fon ame de toutes les vertus
chrétiennes , & d'en éloigner tous
les vices Faites , Seigneur , que ce jeune
Prince fi cher à fes fujets , ait pour vous la
même fcûmiffion que fes fujets ont pour
lui , que fon humilité foit auffi profonde
que
>
DE NOVEMBRE 1722. 153
сс
que fon Trône eft élevé : Faites , Seigneur,
qu'il n'ait point d'autres ennemis que
les
vôtres. Ce temps heureux , Seigneur , au
quel vous parlâtes à vos Prophetes , Samuel
, Natan & Gad, nous eft toûjours
prefent. Vous leur dites : j'ai choifi un «<<
homme plein de courage pour conduire ,
& défendre Ifraël , & je l'ai pris du mi- «<
lieu du peuple pour l'élever fur le Trône ; «
j'ai connu David mon ferviteur , d'un «
enfant j'en ai fait un Roy , il en a reçû «
l'Onction Sacrée de la main de Samuel , «<
ma protection ne lui manquera point , & «
mon bras le foutiendra toûjours ; fes en- «e
nemis ne pourront rien contre lui , & ne
lui feront aucun mal ; je ferai
fa feule «c
prefence les renverfera , & je frapperai «
de mort tous ceux qui le hafront , & qui
attenteront à fa vie , j'aurai toûjours de ce
la bonté pour lui , & fidele à mes pro- «<<
meffes , je rendrai fon Etat floriffant , & «
fon regne heureux ; fa puiflance & fon
empire s'étendront d'un côté jufqu'à la «
mer & de l'autre jufqu'à l'Euphrate ; il
aura recours à moi comme un enfant à
>
que
fon pere ; il me dira , Seigneur
, vous
כ כ
૯
૯
ce
ce:
CG
CC
êtes mon veritable êtes mon pere , vous
Dieu , & je vous dois le Trône & la vie ,
il fera le premier des Rois du monde , &
j'en ferai le plus puiffant Prince de l'Univers
; fa pofterité ne s'éteindra jamais ,
1. Vol. fa Gy
63
154
LE MERCURE
ל כ
fa maifon fubfiftera dans tous les ficcles
& fon Trône durera autant que les Cieux
& le Monde . Ce font , Seigneur , les promeffes
que vous avez faites autrefois à
David vôtre ferviteur , en le choiſiſſant
pour être Roy d'Ifraël : ce font ces mêmes
promeffes , dont vous honorez nôtre
jeune Monarque ; accompliffez - les , Seigneur
, en fa faveur , comme vous les
avez executez en faveur de David ; qu'il
foit comme ce jeune Prince la terreur de
fes ennemis , les délices de fon peuple
l'appui de nôtre Sainte Religion , en qua-
1 té de Fils aîné de l'Eglife , & que rempli
de zele & d'amour pour elle , il puiffe
avec autant de fondement que David
s'écrier Seigneur , j'ai aimé vôtre verité ,
complacui in veritate tuâ, je l'ai cherchée,
& j'ai employé toute ma puiffance pour
la faire aimer de mes peuples. Cette verité
Sainte , ô mon Dieu , ne peut lui venir
que de vous , défilez- lui les yeux ,
diffipez les tenebres de fon enfance , &
que ceux qui pourroient lui infpirer le
menfonge , foient éloignez pour toûjours
de fa Perfonne Sacrée. Digne heritier
des vertus de fon Augufte Bifayeul , qu'il
faffe de fes fujets de fideles Chrétiens
afin qu'en travaillant à leur fanctification
, il affure la ſienne ; & qu'après avoir
regné de longues années glorieufement
fur
DE NOVEMBRE 1722 . 155
fur la terre , il regne avec eux éternellement
dans le Ciel.
FESTIN ROYAL.
On avoit preparé cinq tables dans la
grande Salle du Palais Archiepifcopal ,
qui étoit très- richement meublée. Celle
du Roy fut dreffée devant la cheminée
vis-à- vis la porte de fon appartement ,
fur une eftrade élevée de quatre marches
, & fous un Dais de velours violet ,
femé de Fleurs- de - Lys d'or , où elle mangea
feule ; On avoit placé les tables des
Pairs Ecclefiaftiques & Laïques aux deux
côtez de la falle , à une diſtance égale de
l'eftrade du Roy. Au bout de ces deux
tables on en avoit dreffé encore deux autres
, une à droite pour le Nonce du Pape
, & les Ambaffadeurs conviez , & une
autre à gauche , pour le Grand Chambellan
, & autres Seigneurs , dont nous
parlerons. A gauche de la table du Roy
on avoit conftruit une Tribune d'où
Me la Ducheffe de Lorraine vit tout ce
qui fe paffa au Feftin , de même que plufieurs
autres Princes Etrangers qui y
étoient incognito.
.
Le Duc de Briffac , Grand Pannetier
de France , habillé d'une espece de vefte
d'étoffe d'or , & un manteau de même
1.Vol. G vj
qui
156
LE MERCURE
qui defcendoit jufqu'aux genoux , bordé
d'une dentelle d'or , fit mettre le couvert
du Roy ; il fe rendit enfuite au Gobelet,
& en apporta le cadenas de S. M. Il étoit
accompagné du Marquis de Lanmary ,
Grand Echanfon qui portoit la fou- coupe
, les verres & les Caraffes du Roy, & du
Marquis de la Chefnaye , lequel en qualité
de Grand Ecuyer - Tranchant porto t
la grande cueilliere , la fourchette & le
grand couteau ; leurs habits & manteaux
éroient de velours noir , & de drap d'or.
Le Grand Maître desCerémonies ayant
enfuite averti le Grand Maître de la Maifon
du Royque les viandes étoient prêtes ,
& S. M. ayant ordonné qu'on fervit , le
Prince de Rohan qui reprefentoit le
Grand - Maître fe rendit au lieu où on
avoit preparé les plats : peu de temps
après on apporta le premier fervice dans
l'ordre qui fuit.
Les haut- bois , les trompettes , & les
flutes de la chambre , joüant des fanfares,
étoient à la tête ; après eux marchoient
les Herauts d'Armes , le Grand - Maître
& le Maître des Ceremonies , "enfuite les
douze Maîtres d'Hôtel du Roy, marchant
deux à deux, avec leurs bâtons à la main,
puis le Maître d'Hôtel ordinaire , & le
Premier Maître d'Hôtel du Roy. Le
Prince de Rohan faifant la fonction de
GrandDE
NOVEMBRE. 1722. 17
Grand- Maître , tenant fon bâton , marchoit
immediatement devant ce fervice.
Le Grand Pannetier de France portoit l'e
premier plat , les autres étoient portez
douze Gentils- hommes fervans de S.
M. quatre Gardes du Roy précedoient, &
fuivoient ce fervice .
par
Le Grand Ecuyer - Tranchant rangea
les plats fur la table du Roy , les découvrit
enfuite , & en fit faire l'effai ; après
quoi il les recouvrit . Alors le Grand-
Maître précedé , comme nous venons de
le dire , étant allé avertir le Roy , Sa
Majefté le rendit à la falle du feftin danscet
ordre.
›
Les haut- bois , les trompettes , & les.
Antes de la chambre marchoient les
premiers , ils étoient fuivis des fix Herauts
d'Armes , du Grand- Maître , & du
Maître des Ceremonies , des douze Maftres
d'Hôtel , deux à deux , leurs bâtons
en main , du Maître d'Hôtel ordinaire ,
& du Premier Maître d'Hôtel ; enfuite
du Maréchal Duc de Tallard , des Comtes
de Matignon & de Medavi , & du
Marquis de Goesbriant , Chevaliers de
l'Ordre du S. Efprit qui avoient porté
les Offrandes . Ces Seigneurs étoient ſuivis
du Maréchal d'Eftrées , qui portoît
la Couronne de Charlemagne fur un carreau
de velours violet , & marchoit entre
158 LE MERCURE
tre les Maréchaux de Teffé & d'Uxelles,
& le Grand- Maître de la Maifon dủ Roy,
qui étoit pareillement entre le Grand
Chambellan & le Premier Gentilhomme
de la Chambre ; enfuite marchoit le Maréchal
Duc de Villars , reprefentant le
Connétable de France , portant l'épée nuë,
& ayant les deux Huiffiers de la Chambre
, portant leurs Maffes , à fes côtez.
Enfuite les Pairs Ecclefiaftiques & Laïques
marchoient aux deux côtez de Sa
Majefté ; de maniere qu'à côté du Roy ,
à droite , fe trouvoit l'Archevêque Duc
de Rheims , & à gauche Monfieur le
Duc d'Orleans , reprefentant le Duc de
Bourgogne les Ducs de Villeroy &
d'Harcourt , Capitaines des Gardes , &
le Duc de Charoft , Gouverneur du
Roy étoient auprès de Sa Majefté , les
fix Gardes Ecoffois marchoient fur les
aîles. Le Roy avoit la Couronne de Diamans
fur la tête , tenant le Sceptre & la
Main de Juſtice dans ſes mains . Le Grand
Ecuyer de France portoit la queue du
Manteau Royal . Cette marche étoit fermée
par le Garde des Sceaux de France
qui marchoit derriere Sa Majesté.
,
Le Roy étant arrivé à fa table , l'Archevêque
de Rheims la benit , en difant le
Benedicite. On pofa fur des carreaux de
velours violet , la Couronne de Charlemagne
DE NOVEMBRE 17227 139
Le
magne à un coin de la table , à droite , le
Sceptre & la Main de Juftice aux deux
Coins , à gauche. Les Maréchaux d'Eftrées,
de Teffé & d'Uxelles fe tinrent de bout
pendant tout le dîner , auprès des Honneurs
que chacun d'eux avoit portez .
Maréchal de Villars , tenant l'épée nuë ,
étoit placé devant la table , vis- à- vis le
Roy. Les fix Gardes Ecoffois , tenant
leurs hallebardes , étoient placez trois d'un
côté , & trois de l'autre de la table , aux
quatre coins de laquelle il y avoit quatre
Huiffiers , portant leurs Maffes d'argent
doré. Le Prince Charles de Lorraine prit
fa place derriere le fauteuil de S. M. aux
côtez duquel fe placerent les Ducs de
Villeroy & d'Harcourt. Le Prince de
Rohan en qualité de Grand- Maître fe
tint debout près de la table , à droite , &
prefenta la ferviette au Roy avant , &
après le dîner. Le Duc de Briffac , le
Marquis de Lanmary , & le Marquis de
la Chefnaye étoient placez devant la table
, vis-à-vis S. M. pour être à portée de
faire les fonctions de leurs Charges . Le
premier prefentant le pain , changeant les
affiettes , les ferviettes , & le couvert du
Roy , le fecond luy donnant à boire , &
allant lui-même chercher le vin & l'eau ,
dont il faifoit faire l'effai devant S. M.-
& le troifiéme deffervant les plats , approchant
ito LE MERCURE
prochant ceux dont le Roy fouhaitois
manger , & coupant les viandes .
La Nef d'or enrichie de diamans étoit
pofce fur la table , à droite, vers le coin le
plus éloigné de S. M. L'Abbé Milon ,
Aumônier du Roy fe tint toûjours auprès
pour l'ouvrir toutes les fois
Roy vouloit changer de ferviette .
,
que le
Les autres fervices de la table de S. M.
furent apportez par les Officiers de fa
Maiſon avec le même cortege que le
premier. Le bruit des fanfares fe faifant
entendre à chaque fervice . Le troifiéme
qui étoit le deffert fut fervi par le Duc
de Briffac , Grand Pannetier de France.
Les quatre autres tables de la falle du
feftin furent fervies immediatement après
que S. M. eut pris fa place. Alors les
Pairs Ecclefiaftiques & Laïques defcendirent
de l'eftrade , & s'allerent placer à
leurs tables , les premiers à droite , & les
derniers à gauche .
L'Archevêque Duc de Rheims avoit
debout derriere lui les deux Chanoines
Affiftans de la Melle , en Chappes , & deux
Ecclefiaftiques , en furplis , & auffi debout
, vis- à-vis , qui teroient fa Croix &
fa Croffe. L'Evêque Duc de Laon , l'Evêque
Comte de Châlons reprefentant
l'Evêque Duc de Langres , l'Evêque
Comte de Beauvais , l'Evêque Comte de
Noyon
DE
NOVEMBRE 1722. 161
Noyon , repréfentant l'Evêque Comte dé
Chaalons , & l'ancien Evêque de Frejus ,
repréfentant l'Evêque Comte de Noyon ,
étoient fur la même ligne que l'Archevêque
de Rheims , tous en Chappes & en
Mitre, comme à la Ceremonie du Sacre.
,
Les Evêques de Soiffons , d'Amiens ,
& de Senlis , Suffragans de l'Archevêque
de Rheims , placez dans le retour
de la même table vis-à - vis les trois
derniers Pairs Ecclefiaftiques , avoient
feulement le rochet , le camail violet &
le bonnet carré. Monfieur le Duc d'Orleans
, repréfentant le Duc de Bourgo
gne , occupoit la premiere place à la table
des Pairs Laïques ; le Duc de Char
tres , comme Duc de Normandie , le
Duc de Bourbon , comme Duc d'Aquitaine
, le Comte de Charolois , comme
Comte de Touloufe , le Comte de Clermont
comme Comte de Flandres , & lé
Prince de Conti , comme Comte de
Champagne , fe mirent aux cinq autres
places fur la même ligne ; ils avoient
les mêmes manteaux & veftes , dont ils
étoient vêtus pendant la Ceremonie ,
& avec la même Couronne fur la tête
M. Maſcei , Nonce du Pape , occupoi
la premiere place , du côté des fenêtres,
à la table des Ambaffadeurs ; l'Ambaffadeur
d'Espagne , Dom Patrizio Lawes ,
vis162
LE MERCURE
vis-à- vis de lui , l'Ambaffadeur de Saf
daigne , le Comte de Vernon , à côté du
Nonce , M. Hop , Ambaffadeur d'Hollande
, vis-à- vis , & le Bailli de Mêmes,
Ambaffadeur de la Religion de Malthe,
à côté de ce dernier. M. d'Armenonville
, Garde des Sceaux de France , faifant
la fonction de Chancelier , dans fes
habits de Ceremonie , éroit placé vis àvis
l'Ambaffadeur de Malthe ; & en.
fuite , fur la même ligne , le Chevalier
de Sainctot & M. de Remond , Introducteurs
des Ambaffadeurs , tous la tête
Couverte.
A la cinquiéme table , dite des Honneurs
, vis-à vis celle des Ambaſſadeurs ,
& au-deffous de celle des Pairs Laïques,
étoient placez fur la même ligne , le Prince
de Turenne , Grand Chambellan de
France , le Duc de Villequier , premier
Gentilhomme de la Chambre , MM. les
Duc de Tallard , Comtes de Matignon
& de Medavy , & Marquis de Goefbriant
, Chevaliers de l'Ordre du Saint-
Elprit , qui avoient porté les Offrandes ,
tous revêtus des mêmes habits qu'ils
avoient à la Ceremonie du Sacre.
On fe leva de table peu de temps après
qu'on eut fervi le fruit du Roy. Il eft à
remarquer que ces quatre dernieres ta
bles furent fervies par les Officiers du
Corps
DE NOVEMBRE 1722. 16
CAVALCADE.
Le 26. Octobre le Roy fit la Caval
cade folemnelle , pour aller entendre la
Meffe à l'Eglife Abbatiale de faint Re
my. Les Regimens des Gardes Françoi
fes & Suiffes étcient en haye , & occuperent
dès le matin les rues qui conduifent
du Palais Archiepifcopal à l'Abbaye
de faint Remy.
>
Le Roy partità dix heures du matin,
Cette pompeufe & brillante marche fe
fit dans l'ordre fuivant. La Compagnie
des Grenadiers à cheval , les Officiers à
leur tête , ainsi que des autres Compagnies
; les deux Compagnies des Moufqueraires
, la Compagnie des Chevaux-
Legers de la Garde les Gardes de la
Prevôté de l'Hôtel marchant à pied,
deux à deux , le Comte de Montforeau
Grand Prevôt de l'Hôtel , à cheval , à
leur tête. On voyoit enfuite plufieurs
Seigneurs de la Cour , parez des habits
les plus magnifiques , & montez fur des
chevaux de prix très - richement harnachez
. Nous ne pouvons pas marquer ici
bien exactement les noms de tous ceux
qui y affifterent ; nous allons feulement
nommer ceux qui font venus à nôtre connoiffance
, fans avoir égard à leurs rangs
&
266 LE MERCURE
& Dignitez. Meffieurs les Marquis d'A
lincourt, de Bezons, de Villars, de Croiffi,
de Trenel , de Maillebois ; les Comtes
de fainte Maure , de Rupelmonde , les
Chevaliers d'Harcourt , de Biron , de Pe
fé. On voyoit enfuite trois chevaux du
Roy , dont les magnifiques harnois étoien
couverts de caparaçons de velours bleu
brodez en or & en argent , menez er
main par des Palefreniers de l'Ecurie at
Roy , marchant à pied. Douze Pages à
cheval , fçavoir , fix de la Chambre , &
fix de la grande & petite Ecurie. Les
Trompettes de la Chambre , les Cent
Suiffes de la Garde , dans leurs habits de
Ceremonie , le Marquis dé Courtenvaux,
leur Capitaine , à cheval , à leur tête.
Plufieurs Marêchaux de France & Chevaliers
des Ordres du Roy , à cheval ,
fans obferver de rang entre eux ; le Prin
ce Charles de Lorraine , Grand Ecuyer
de France , marchant à cheval devant
Sa Majefté. Le Roy paroiffoit enfuite ,
vétu d'un habit de velours ruby , brodé
d'or , monté fur un cheval harnaché avec
la plus grande magnificence. Les rênes
étoient tenues par deux Ecuyers de Sa
Majefté quatre autres Ecuyers marchoient
à pied autour du Roy , qui avoit
à fes côtez les Ducs de Villeroy & d'Harcourt
, fes Capitaines des Gardes , à chevali
DE NOVEMBRE 1722 163
Corps de Ville , & par les notables Bourgeois
, en rabats , en habits & manteaux
noirs , ayant tous une fleur- de- lys appliquée
fur leur habit vers l'endroit du coeur,
& toutes ces tables fans en excepter
celle de Sa Majefté , aux dépens de la
ville de Rheims . Elles furent fervies dans
la derniere magnificence.
>
Ce Feftin Royal , dont l'ordre & la
fomptuofité firent l'étonnement de tous
ceux qui y étoient , fut conduit par les
foins de M. Felix , Contrôleur general
de la Maiſon du Roy , fur le zele & l'activité
duquel les Magiftrats de la ville de
Rheims s'étoient repofez dans cette occafion
fi importante. Il fut toûjours auprès
de la perfonne du Roy pendant tout
le Feftin .
Les vingt- quatre Violons de la Chambre
joüerent pendant le dîner du Roy, à
· la fin duquel l'Archevêque de Rheims
commença les Graces , qui furent pfalmodiées
par la Mufique du Roy ; après
quoi Sa Majefté fut reconduite à fonappartement
vers les deux heures après midi
, dans le même ordre & avec les mêmes
Ceremonies qui avoient été obfervées
en arrivant dans la falle du Feftin.
L'Archevêque de Rheims & les autres
Pairs Ecclefiaftiques retournerent à l'Eglife
, pour quitter leurs habits Pontificaux.
On
164 LE MERCURE
On avoit préparé trois tables dans le
falles de l'Hôtel de Ville de 18. cou .
verts chacune. Elles furent fervies ver.
les trois heures après midi. Le Maré
chal de Villars , répréfentant le Conhétable
, tint la premiere , où mange
tent le Prince de Rohan repréſentant le-
Grand-Maître , les Maréchaux de France
qui avoient porté les Honneurs , le
deux Capitaines des Gardes du Corps .
le Capitaine des Cent - Suiffes , le Grand-
Maître , & le Maître des Ceremonies .
Le Grand Pannetier & le Grand Echanfon
, le Grand Ecuyer - Tranchant , & le
Marquis de Livry , Premier Maître
d'Hôtel du Roy , y mangerent auffi.
Les quatre Barons , qui avoient reconduit
la fainte Ampoulle , tinrent la
feconde table , où plufieurs Seigneurs de
la Cour mangerent ; ces deux tables furent
fervies par les Officiers du Corps
de Ville , & par les notables Bourgeois,
avec autant de délicateffe que d'abondance.
Vers les fept heures du foir on dreffa
d'autres tables pour les Bourgeois &
Notables qui avoient fervi au feftin
Royal , ainfi qu'aux deux tables dont
on vient de parler.
CA
DE NOVEMBRE . 1722. 167
val ; les fix Gardes Ecoffois marchant à
pied fur les aîles ; le Duc de Charoft ,
Gouverneur de Sa Majefté , étoit derriere
elle , ainfi que le Prince de Turenne
, Grand Chambellan , le Duc de Vil
lequier , Premier Gentilhomme de la
Chambre , & le Marquis de Beringhen ,
reçu en furvivance du Marquis de Betinghen
fon pere , dans la Charge de Prémier
Ecuyer du Roy. Le Prince de Ro
han , Capitaine-Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde , & le
Duc de Chaulnes , Capitaine- Lieutenant
de celle des Chevaux - Legers de la Garde,
étoient auffi à cheval auprès de Sa Majefté
. M. le Duc d'Orleans , le Duc de
Chartres , le Duc de Bourbon , le Comte
de Charolois , le Comte de Clermont ,
& le Prince de Conti , marchoient à che
val après Sa Majefté . Monfieur le Duc
d'Orleans étoit accompagné du Marquis
de Biron , fon Premier Ecuyer , & du
Marquis de la Fare , Capitaine de fes
Gardes ; les Princes du Sang avoient chacun
auprès d'eux un de leurs premiers
Officiers. Les Officiers des Gardes du
Corps de quartier marchoient enfuite à la
tête du Guet des Gardes du Corps , fuivis
des quatre Compagnies. Cette fuperbe
marche étoit fermée par la Compagnie
des Gendarmes de la Garde du
Roy.
Le
168 LE MERCURE
Le Roy traverfa la grande rue , qui
- conduit à l'Abbaye de faint Remy , au
bruit des acclamations continuelles du
peuple , qui étoit accouru en foule de
toutes parts. Sa Majefté fut reçuë à la
porte de l'Abbaye par tous les Religieux
en Chappes , le Pere Dom Denis Gaudart
, grand Prieur de cette Abbaye , à
leur tête , complimenta le Roy en c
termes;
SIRE ,
Quelque grandeur & quelque éclat
qui environment ici Vôtre Majefté , la
Religion & la pieté y brillent encore infiniment
davantage. Ces deux vertus font
fi marquées fur tout l'interieur de vôtre
Perfonne facrée , qu'on s'apperçoit ailément
, que dans la Ceremonie de ce jour,
elle fuit moins la coûtume de fes auguftes
Prédeceffeurs
, que le mouvement du
coeur d'un Roy veritablement felon le
coeur de Dieu .
Par le miniftere d'un de fes dignes
Pontifes , il vous oignit hier , Sire ,
de fon Huile fainte , de ce Baume celefte,
accordé aux prieres de faint Remy , en
faveur du grand Clovis & de fes fucceffeurs
monument autentique des merites
de ce faint Prelat , précieux gage de fa
diving
DE NOVEMBRE 1722. 169
divine protection fur nos Rois , dont nous
avons l'honneur d'être les dépofitaires.
Aujourd'hui Vôtre Majefté paroît dans
ce S. Temple , où la foi la conduit pour
lauer le Seigneur dans fon admirable
don , pour honorer la précieuſe Relique
de fon fidele ferviteur , à qui vous êtes
redevable de la foi de vos peres , & pour
recueillir au pied de fon tombeaù les
fruits de fa puiffante interceffion . Dans
les difpofitions dignes du Fils aîné de
l'Eglife , quelle abondance de graces ne
recevrez- vous pas , Sire , & à quelle perfection
le Seigneur n'élevera- t'il pas tous
ces dons naturels que nous admirons dans
V. M. avec autant de joye que d'étonnement
?
la
Defcendu de tant de grands Rois , la
nature , Sire , veut réunir en vous ſeul ,
tous leurs merites particuliers , pour en
faire un Heros univerfel : élevation d'efprit
, grandeur d'ame , ardeur pour
gloire , penetrant pour le bien , prudence,
folidité , amour des beaux Arts , & toutes
les autres excellentes & heroïques
qualitez de vos glorieux Ancêtres , femblent
vous être tranfmifes comme à titre
de fucceffion ; qualitez dont les femences
ont paru dans V. M. dès fa plus tendre
enfance , qu'on a vû fe développer de
plus en plus , à mesure qu'elle a avancé
1. Vol. H en
170
LE MERCURE
en âge , & qu'un grand Prince , qui lui
eft encore plus attaché par les fentimens
& la tendreffe du coeur , que par les liens
& la proximité du fang , a fait cultiver
avec des attentions & des fuccès qu'on
ne peut exprimer , qu'en les comparant
à la fuperiorité de fon merite.
→
Les impreffions de la grace entées
pour ainsi dire , fur de tels avantages de
la nature , ne pourront que produire les
plus excellens fruits de la juftice chrétie
nne. Plein de la foi de l'Eglife , vous
en ferez , Sire , le très- zelé défenfeur. Penetré
de fes maximes , vous regnerez ainfi,
autant agreable à vôtre Dieu , que refpecté
& cheri de vos fujets.
Puiffe la durée d'un fi beau regne en
égaler le bonheur & la gloire. Ce font
les vocux, Sire, que nous ne cefferons jamais
de faire aux pieds des faints Autels ,
animez de tout le zele , & de toute l'ardeur
dont nous fommes capables . Nous
fupplions , Sire , très humblement V.
M. de vouloir bien les agréer , comane
des effets du très - profond refpect , de
la fidelité inviolable , de la foumiffion
parfaite que nous conferverons éternellement
pour elle , & leur accorder pour
ce Monaftere , l'un des plus favorifez de
vos illuftres Prédeceffeurs , l'honneur de
vôtre royale & fouveraine protection .
Le
DE NOVEMBRE 1722. 171
1
Le Roy fut enfuite conduit dans le
Choeur , où il entendit une Melle baffe ,
pendant laquelle fa Mufique chanta un
Motet.
Le Roy alla faire fa priere après la
Meffe , derriere le grand Autel , auprès
du Tombeau de faint Remy , dont on
avoit tiré la Châffe , pour la faire voir à
S. M. à qui ces Religieux montrerent
auffi la fainte Ampoulle,
Après cela les Troupes de la Maiſon
du Roy fe mirent en marche , & S. M.
retourna au Palais Archiepifcopal dans le
même ordre , & par le même chemin
où les Regimens des Gardes Françoiles
& Suiffes étoient reftez en haye & fous
les armes.
Le 27. Octobre le Roy alla entendre
la Melle à l'Eglife des Jefuites , pendant
laquelle les Muficiens de la Chapelle
chanterent un Motet. Sa Majesté
fut reçu à la porte , & complimenté
par le P. Robinet , Provincial. On lui
prefenta le Programme d'un divertiffement
, intitulé , les Oracles d'Apollon ,
rendus fur le Parnafe , à l'occafion du
Sacre du Roy Louis XV. Divertiffement
mêlé de Mufique & de Declamations
, que les Ecoliers de leur College
fe propofoient de reprefenter devant Sa
Majeſté ; mais la brièveté du fejour du
1. Vol
Hij
Roy
172
LE MERCURE
Roy à Rheims , l'a empêché d'affiſter à
ce divertiffement, en voici l'extrait :
Noms des Acteurs.
APOLLON.
LES MUSES.
L'IMPIETE'.
PREMIER & SECOND GENIĘ
DE LA FRANCE.
ARGUMENT.
Cette Piece commence par un Prologue
, qui invite le Roy à entendre ce
qu'Apollon & les Mufes vont prédire fur
la gloire de fon Regne.
Apollon & les Mufes ouvrent la Scene.
Ce Dieu , après avoir ordonné aux
neuf Soeurs , de préparer une fête charmante
pour le grand Roy , qui honore
de fa prefence des lieux où elles préfident
, les fait retirer , pour n'être pas
troublé dans le moment qu'il confultera
le deftin.
Les Mufes lui obéïffent ; le Dieu du
Parnaffe apoftrophe le Deftin , & le prie
de lui reveler le glorieux avenir qu'il referve
à Louis XV. Inftruit au gré de
fes fouhaits il rappelle les Mules , à
qui il ordonne de chanter les grands miracles
,
DE
NOVEMBRE 1722 . 173
facles que ce nouvel Aftre prépare à l'Univers
. L'Auteur fuppofe ici , que la feule
prefence d'Apollon a communiqué aux
Mufes , ce que le Deftin vient de lui infpirer.
Une Mufe prononce l'Oracle qui
fuit.
Une Mufe.
Dès fon auro ré
Il- fait éclore
Les plus beaux jours s
Puiffe la Parque ,
Pour ce Monarque ' ,
-Filer toûjours-
<
D'autres Mufes parlent à la gloire du
Roy , moitié oracle , moitié fouhait ,
comme on l'aura remarqué dans la précedente
Prophetie .
L'Impieté & la Difcorde troublées de
ces Oracles , qu'elles ont entendus du
fond des Enfers , viennent demander à
Apollon , fi ce grand Roy ne fera rien
pour elles. A une demande fi impertinente
, Apollon répond en ces termes :
Envain , Monftres temeraires ,
Vous vous flattez d'un fort plus doux ;
Les Deftins yous font contraires ;
I. Vol
Hitj
Tout
174 LE MERCURE
Tout vous annonce leur courroux.
Une Mufe répond à peu près fur le mêmeton,
& le Choeur confirme l'anathême,
qui les oblige à rentrer dans les Enfers
d'où elles font forties mal - à- propos.
Deux Genies de la France fuccedent à
l'Impieté & à la Diſcorde , & viennent
avec beaucoup plus de railon , demander
à Apollon quel fera le fort de la
France fous un grand Roy , inftruit par
un fi digne Regent. Voici comment le
premier Genie s'explique.
Pour les interêrs de la France ,
Grand Dieu , je viens te demander ,
Quel fera le bonheur , l'éclat , & la puiſance
3
Du jeune Roy qui va nous commander.
Inftruitpar un Heros & digne d'un Empire ,
Quels biens n'en peux- tu pas prédire,
Que n'en doit on point efperer ;
A la faveur de tes Oracles ,
Raconte-nous les grands miracles ,
Que cetre habile main femble nous prepa
rer &c.
Le ſecond Genie interroge Apollon ,
& commepour le piquer , lui demande,
DE NOVEMBRE 1722 .
175
s'il pourra garder le filence fur le fort de
Louis XV . tandis que tous les Sujets ,
charmez
des heureufes
prémices
de fon regne , prononçoient
hardiment
fur les
glorieufes
fuites qu'ils en attendoient
.
Voici comment
s'exprime
ce fecond Genie.
L'un frappé de fon zelé & de ſa pieté ,
Prédit que dans nos temps nous allons voir renaître
,
Ce fiecle heureux & fi vanté ,
Où la France , imitant le zele de fon Maître ,
Suivoit la voix de fon Pafteur ,
Èe n'avoit qu'un efprit, qu'un langage & qu'un
coeur.
Ce texte n'a pas befoin de Commen
taire .
Apollon répond aux deux Genies de la
France , d'une maniere à remplir leur attente.
Il invite le Roy à croître fous la
main qui le guide , & rend juftice en même
temps à la docilité de l'augufte Eleve
, & à l'habileté
du grand Maître , qui
lui apprend l'art de regner. Une Muſe
prononce
un nouvel Oracle , & une derniere
finit la piece par ces fix vers prophetiques
qu'elle adreffe à la France.
I. Vol
Hij
Heu175
LE MERCURE
Heureuſe France de ta gloire ,
Que de peuples feront jaloux ,
Si les deftins dans leur couroux
T'ont ravi des Heros fi chers à ta memoire
Un feul va les remplacer tous.
Cette Piece qui , comme nous l'avons
'dit cy devant , a commencé par un Prologues
finit par un Epilogue . L'acteur de
cet Epilogue dit très - ingenieufement à
Apollon , qu'on n'a pas beſoin de lire dans
les livres du Deftin . pour annoncer les
grands miracles que Loüis promet , &
que le fang dont il eft formé , fon coeur
& fon efprit qui fe manifeftant de jour
en jour , valent bien des Oracles. Apollon
& une Mufe complimentent le Roy
alternativement , & lui difent d'une maniere
très - galante , qu'un feul , mot d'approbation
, & un fouris gracieux de fa
part , leur paroiffent préferables à tous
les oracles des Dieux . La Mufique de
cette Piece eſt de la compoſition du ſieur
Barbey .
CEREMONIE DE L'ORDRE
DU SAINT ESPRIT.
Dès le Lundi 26. Octobre M. de Breteül
, Commandeur , Prevôt & Maître
des
DE
NOVEMBRE 1722. 177
'des Ceremonies des ordres du Roy , fit
affembler par ordre de Monfieur le Duc
d'Orleans , à trois heures après midy ,
tous les Commandeurs , Chevaliers &
Officiers de l'Ordre du S. E prit dans
l'appartement de S. A. R. pour déliberer
fur ce qui devoit être obfervé en la
Ceremonie , dans laquelle le Roy devoit
être receu Grand- Maître Souverain de
l'Ordre le lendemain. A l'iffuë de cette.
affemblée , M. de Breteuil qui avoit pris
foin de faire conferver & rétablir les amphitheatres
, les tribunes & les tentures
qui avoient fervi à la folemnité du Sacre,
fe rendit à l'Eglife Metropolitaine , pour
y donner les ordres convenables , pour
que l'Eglife où devoit fe paffer une fi
grande & fi augufte folemnité , fut parée
de fes plus beaux ornemens , & en
même temps pour y difpofer les places
& féances des affiftans.
Il eut foin de faire parer le Grand
Autel des ornemens de l'Ordre du Saint-
Efprit , & de faire mettre un Dais au
deffus. On éleva un autre Dais au deffus,
du Trône , fur lequel S. M. dévoit être
placé pendant Vêpres & Complies ; ce
Trône occupoit la premiere place à droite
, à l'entrée du Choeur , qui fut tendu
& paré de même que le Grand Autel ,
des ornemens de l'Ordre .
Hv Q'm
1. Vol.
1
178 LE MERCURE
On dreffa encore un Trône , & un Dais
pareil , près de l'Autel , du côté de l'Evangile
, attenant la tribune des Ambaffadeurs.
Ce Trône étoit auffi pour le Roy,
S. M. y devoit figner fon ferment, & recevoir
le Manteau & le Colier de l'Ordre
du S. Efprit. Les Ecuffons des Armes
du Roy , & de celles de tous les Chevaliers
prefens à la Ceremonie , furent mis
au deffus des ftales que chacun devoit
Occuper felon le rang de fa reception.
On difpofa à droite & à gauche les
bancs de ceux qui devoient affifter à cette
Ceremonie , à peu près de même que le
jour du Sacre . Toute la difference qu'il y
eut , c'eft qu'on en ôta plufieurs de ceux
qui fe trouverent du côté de l'Evangile ,
afin que les Chevaliers puffent avoir les
avenues libres au Trône du Roy , & que
les Officiers euffent plus de facilité à faire
leurs fonctions.
Le 27. Octobre après midy le Duc de
Chartres & le Comte de Charolois furent
reçûs Chevaliers de l'Ordre de S.Michel
par Monfieur le Duc d'Orleans . On
fçait que tous ceux qui font Chevaliers
du S. Efprit reçoivent l'Ordre deS . Michel'
avant que de recevoir celui du S. Elprit.
Nous dirons ici à l'occafion de cette
Ceremonie que l'Ordre de S. Michel fut
inftitué le premier Aouft 1469. par Leis
XII.
DE
NOVEMBRE 1722. 179
XI. en l'honneur de l'Archange S. Michel
, qu'il en fixa alors le nombre des
Chevaliers à trente - fix , qu'il y fit une
addition le 22 , Decembre 1476. & qu'enfin
le feu Roy l'augmenta jufques à cent,
fans y comprendre ceux qui font Chevaliers
du S. Efprit , ni les Etrangers.
Les Chevaliers de cet Ordre portoient
dans les Ceremonies un Collier d'or à
double coquilles , entrelaffées l'une avec
l'autre , & liées d'aiguillettes de foye , à
bouts ou forêts d'or . Le Roy François I.
changea ces aiguillettes en cordelieres ou
chainettes d'or. Au bas de ce Collier eft
une Medaille d'or , fur laquelle eft reprefenté
S. Michel combattant le Dragon.
Le même jour , vers les deux heures
après-midy , les Cardinaux , les Archevêques
& Evêques invitez à cette Cereremonie
étant arrivez en corps à la
porte. du Choeur de l'Eglife Metropolitaine
; ces Prélats furent reçûs & conduits
avec les ceremonies accoutumées , & ils
prirent leurs places fur les formes qu'on
leur avoit préparées près de l'Autel , du
côté de l'Epître. Les Cardinaux de Billy,
de Gefvres , du Bois & de Polignac , occuperent
le banc le plus avancé. Les Aumôniers
du Roy fe placerent fur leur forme
derriere les Evêques. Le Garde des
LoValo H. vj. Sceaux
180 LE MERCURE
Sceaux de France , en habit de ceremonie,
fe mit fur un fiege à bras , fans doffier , au
deffous des formes occupées par le Clergé.
Il étoit accompagné des mêmes Confeillers
d'Etat , & Mîtres des Requêtes
qui avoient affifté au Sacre , & qui fe
placerent fur les mêmes bancs qu'ils
avoient occupé le jour de cette Ceremonie.
Mr Noblet , Perrin , Poiffon , le
Noir , Archambaut & Carpot , Secretaires
du Roy , & députez de leur Com
pagnie , eurent auffi leur même féance que
le jour du Sacre , & leur banc étoit
derriere celui des Maîtres des Requêtes.
Les formes préparées du côté de l'Evangile
, vis- à-vis celles du Clergé & da
Confeil , furent prifes par les Principaux
Officiers de S. M. & les Seigneurs de fa
Cour. Madame la Ducheffe de Lorraine
fat prefente à cette Ceremonie , & occupa
la même tribune où elle avoit été pendant
le Sacre. Son A. R. avoit auprès
d'elle l'Infant Dom Einanuel , frere du
Roy de Portugal , & les Princes & Princeffes
de Lorraine qui ont gardé l'incognito
pendant tout le temps qu'ils ont
lejournés à Rheims . Le Nonce du Pape ,
& les Ambaffadeurs étoient placez dans
la tribune de l'autre côté ; les amphitheatres
qu'on avoit dreffez au deffus des ftales
des Chanoines , étoient occupez par un
grand
DE NOVE MBRE 1722. 10t
grand nombrede perfonnes de diftinction.
Tous les Commandeurs , Chevaliers
& Officiers de l'Ordre du Saint - Esprit ,
invitez , qui fe trouvoient à Rheims ,
revêtus du grand habit de Ceremonie de
l'Ordre , fe rendirent à l'appartement
du Roy fur les trois heures après -midy
& M. de Breteuil ayant averti S. M.
que tout étoit près pour la Ceremonie
le Roy ordonna qu'on le mit en marche,
& aufi- tôt les Gardes de la Prevôté de
l'Hôtel revêtus de leurs hoquetons , le
Comte de Montforeau , Grand Prevôt
de l'Hôtel, à leur tête, commencerent cette
marche par la galerie découverte , dont
nous avons déja parlé , & qui étoit tapiffée
du côté de l'Eglife, des plus riches
tapifferies de la Couronne , & ornée , à
gauche , de tapis à hauteur d'appuy. Enfuite
marchoient les Cent Suiffes de la
Garde en habits de ceremonie , tambour
battant , drapeau déployé , le Marquis
de Courtenvaux , leur Capitaine , à leur
tête ; les tambours , trompettes & fifres
des Ecuries du Roy , & les fix Herauts
d'Armes dans leurs habits de ceremonie ;
ils étoient fuivis du Sieur Chevard ,
Huiffier des Ordres du Roy , vêtu de ſon
habit de l'Ordre du S. Efprit , portant
la Maffe , & du Sieur Hallé , Heraut des
Ordres , habillé de même , qui marchoit
après.
182 LE MERCURE -
après . M. de Breteuil , Commandeur ;
Prevôt & Maître des Ceremonies marchoit
enfuite , ayant à fa droite M. Crozat
, Grand Tréforier , & à fa gauche
M. de Montargis , Secretaire des Ordres
du Roy. L'Abbé de Pompone , Chancelier
des Ordres du Roy , marchoit feul
derriere ces trois Officiers. Ils étoient
rous quatre revêtus de leurs habits , &
grand Manteau de Ceremonie de l'Ordre
du S. Efprit.
Le Comte de Charolois marchoit après,
& le Duc de Chartres enfuite , tous deux
en habits de Novice , d'étoffe d'argent
portant l'épée argentée, à fourreau blanc.
Les Chevaliers avec le grand Manteau
de l'Ordre , & le Collier pardeffus , ce
qui les diftingue des Officiers , fuivoient
deux à deux dans cet ordre. Le Marquis
de Goefbriant , ayant à fa droite le Comte
de Medavi , le Comte de Matignon &
le Maréchal d'Uxelles , les Maréchaux-
Ducs de Tallard & de Villars , les Maréchaux
de Teffé & d'Eftrées ; puis le
Prince de Conti , le Duc de Bourbon
& Monfieur le Duc d'Orleans , ces trois
Princes marchoient feuls , & feparément
l'un de l'autre.
Le Roy marchoit immediatement après
en habit de Novice , le Cardinal de Rohan
Grand Aumônier de France , &
l'Evêque
DE NOVEMBRE 1722. 183
l'Evêque de Metz , Premier Aumônier
de S. M. à fa droite , & à fa gauche le
Roy étoit fuivi des Ducs de Villeroy &
d'Harcourt , Capitaines de fes Gardes ,
du Duc de Charoft , fon Gouverneur , du
Prince de Turenne , Grand Chambellan ,
du Duc de Villequier , Premier Gentilhomme
de la Chambre , du Marquis de
Nefle , deſtiné à porter la queue du Man.
teau de S. M. & de plufieurs autres Grands
Officiers de la Couronne & de la Maifon
du Roy.. Ils étoient tous habillez magnifiquement.
Les Sieurs Millet & de Var
renne , Huiffiers de la Chambre avec
leurs habits de Ceremonie de fatin blanc,
portant leurs Maffes , & les fix Gardes-
Ecoffois , vêtus comme ils l'avoient été
au Sacre , marchoient aux deux côtez de
S. M. La marche fut continuée dans cer
ordre : au fortir de l'appartement du Roy
on fe couvrit , on alla par la galerie dé
couverte , & par le Grand Portail de
PEglife Metropolitaine , dont on traverfa
fans le découvrir , toute la Nef , laquelle
étoit bordée par les Gardes de la Prevôté
de l'Hôtel ,les Cent Suiffes , les tambours ,
les fifres , & les trompettes de la Grande
Ecurie. L'Huiffier & le Heraut , & les
quatre Grands Officiers de l'Ordre qui
marchoient après eux , fe découvrirent
en entrant dans le Choeur , vers le milieu:
duquel
18.4 LE MERCURE
duquel ils firent les reverences accoútumées
en pareille Ceremonie. Après quoi
ils allerent fe mettre vis- à- vis des tabourets
couverts des houffes de l'Ordre ,
placez au bas du Choeur en cette maniere.
Celui du Chancelier vis-à- vis le Trône
du Roy , à une certaine diſtance , ce-
Fui du Maître des Ceremonies , un peu
plus avant , entre celui du Grand Trefo
rier , à la droite , & celui du Secretaire,
à la gauche. Celui du Heraut étoit placé
feul , & plus avancé , celui de l'Huiffier,
prefque au milieu du Choeur.
Le Comte de Charolois y entra feul,
& après lui le Duc de Chartres , ils s'allerent
mettre vis - à- vis leurs places de
Novices , au bas du Choeur en entrant à
gauche , après avoir fait les reverences
ordinaires .
Les Chevaliers entrerent après dans
P'Ordre de la marche , firent les reverences
accoutumées , & fe rangerent au
bas de leurs places , où ils refterent juſqu'à
l'arrivée du Roy , lequel peu de
Temps après , étant entré dans le Choeur,
falua l'Autel ; & lorfqu'il fut monté ſur
fon Trône , placé à droite au bas du
Choeur, en entrant , les Chevaliers monterent
auffi dans leurs ftales , & les deux
Novices fe mirent aux places que nous
venons de dire qui leur étoient diftinées
au bas du Choeur.
,
DE NOVEMBRE 1722. 18
Le Cardinal de Rohan , en fa qualité
de Grand Aumônier de France , le mit
au deffous du Roy , dans l'une des ſtales
baffes ; l'Evêque de Metz , Duc de
Coiflin , Pair de France , & Commandeur
de l'Ordre , alla fe placer fur un
Banc dans le Sanctuaire , du côté de l'Epître.
Ce banc étoit immediatement après
le fauteuil de l'Archevêque de Rheims ,
Officiant, & un de ſes Affiftans , & il étoit
deftiné à être occupé par les Comman
deurs Ecclefiaftiques , s'il y en avoit en
d'autres que l'Evêque de Metz.
Les Ducs de Villeroy , d'Harcourt
Capitaines des Gardes du Corps , étoient
aux côtez du fauteiiil de S. M. auprès de
laquelle fe placèrent auffi le Duc de Charoft
, fon Gouverneur , le Grand Chame
bellan , le Premier Gentilhomme de la
Chambre , & le Marquis de Nefle. La
premiere place, à la droite du Roy , étoit
occupée par Monfieur le Duc d'Orleans,
ayant devant lui dans les baffes ftales M..
Louis de la Vergne de Montaynard de
Treffan , Evêque de Nantes fon Premier
Aumônier. Lorfque tout le monde eut
pris féance , les quatre Grands Officiers :
de l'Ordre , precedé du Heraut & de
PHuiffier , allerent vis- à- vis l'Autel recommencer
toutes leurs reverences , lef
quelles finies , ils retournerent à leurs
places ,
186
₹
LE MERCURE
places , où s'étant couverts comme l'etoient
le Roy , & tous les Chevaliers
M. de Brereüil , Maître des Ceremonies ,
precedé du Heraut & de l'Huiffier , fit
d'abord une reverence à l'Autel , & ent
vint faire une autre au Roy , pour fçavoir
fi S. M. fouhaitoit qu'on commençât
POffice. Il alla enfuite avertir l'Arche
vêque de Rheims , qui étoit en Chappe
& en Mitre , dans un fauteuil près de
l'Autel , du côté de l'Epître , affifté de
trois Chapelains de la Chapelle de Mu-
'fique du Roy , affis à ſes côtez , & de.
trois Clercs de la même Chapelle qui
étoient debout.
Les Vêpres commencerent auffi tôt ,
& furent chantées par les Muficiens de
la Chapelle de Mufique de S. M.
Avant qu'on chantât l'Hymne , le Maître
des Ceremonies precedé du Heraut ,
& de l'Huiffier , allà faire une reverence
au Roy pour l'avertit de le mettre à genoux
, & de fe découvrir , il fit la même
chofe au Magnificat pour avertir
S. M. de fe lever,
Les Vêpres finies , & l'Archevêque de
Rheims ayant dit l'Oraifon ,
dit l'Oraifon , les quatre
Grands Officiers de l'Ordre , precedez du
Heraut & de l'Huiffier , s'avancerent juſqu'aux
marches du Sanctuaire ; ils y commencerent
leurs reverences, après lefquelles
'ils
DE NOVEMBRE 1722. 187
is allerent fe placer fur l'eftrade du Trône
du Roy , élevé du côté de l'Evangile;
fçavoir , l'Abbé de Pompone , à la droite
du Trône , M. de Breteuil à la gauche
, M, Crozat , fur l'eftrade , après le'
Chancelier ; M. de Montargis , fur la
même eftrade , après le Maître des Ceremonies
; le Heraut & l'Huiffier , au bas
de l'Eftrade , le premier à droite , &
l'autre à gauche.
Pendant que ces Officiers fe plaçoient,
les Chevaliers defcendirent de leurs ftales
, & s'avancerent deux à deux jufqu'auprès
du Sanctuaire , fur lequel ils
monterent , après avoir fait leurs reve
rences , & fe placerent fuivant leur rang,
en obfervant que les plus élevezen dignité
fuffent le plus près du Trône.
>
Alors le Roy , qui avoit entendu les
Vêpres fur fon Trône , en defcendit , &
marcha vers l'Autel fuivi du Grand
Aumônier , des deux Capitaines des Gardes
, de fon Gouverneur , du Grand
Chambellan , du Marquis de Nefle , &
de plufieurs autres Grands Officiers de
fa Couronne & de la Maiſon , & préce
dé desdeux Huiffiers- Maffiers , & des fix
Gardes de la Manché.
Le Roy arrivé au pied du Sanctuaire ,
fit fes reverences , & monta enfuite à fon
Trône près de l'Autel. Dans ce moment
L'Ar188
LE MERCURE
l'Archevêque de Rheims quitta fa place,
on mit un fauteuil fur l'eftrade , vis -à - vis
S. M. & ce Prélat s'y étant venu affeoir,
demanda au Roy , s'il defiroit figner le
Serment de l'Ordre du Saint - Elprit
qu'il avoit fait à fon Sacre ? à quoi S. M.
ayant répondu qu'elle le fouhaittoit , M.
de Montargis , Secretaire , le lui préfenta
à figner , ainfi que la Profeffion de foi ,
écrite dans un Regiftre , où les Rois ,
Prédeceffeurs de S. M. & les Chevaliers
ont tous figné depuis l'Inftitution de
l'Ordre , & dans lequel le Roy ſigna
auffi.
Lorfqu'on reçoit un Chevalier de l'Ordre
du Saint- Elprit dans un païs étranger
, on y envoye ce Regiftre original ,
afin que le Chevalier y figne. Cela s'eft
toûjours obfervé ainfi . On en pourroit
citer beaucoup d'exemples , tels que ceux
du Roy de Pologne , Jean Sobielki , du
Prince des Afturies , & c.
Sa Majefté fe leva enfuite , ôta fa toque
, & la remir au Grand Aumônier ,
qui , en cette qualité , étoit placé entre
le Chancelier & le Treforier de l'Ordre.
Le Grand Chambellan , qui étoit derriere
le fauteuil du Roy , lui ôta fon
Capot de Novice , & Sa Majefté s'étant,
alors mife à genoux fur un carreau qu'on
avoit apporté , elle reçut des mains de
PAtDE
NOVEMBRE 1722. 189
l'Archevêque Officiant la Croix de l'Ordre
du Saint- Elprit , attachée à un cordon
bleu , que ce Prelat lui paffa au
.col .
Le Maître des Ceremonies de l'Ordre,
qui étoit au côté gauche du fauteuil du
Roy , lui mit enfuite le Manteau fur les
épaules , qu'il attacha ; alors l'Archevêque
de Rheims , ayant reçu le Collier
de l'Ordre des mains du Grand Trefoforier,
le mit au col de S. M. & lui
préfenta en même temps les Statuts &
Office de l'Ordre , avec un dixain ou
Chapelet , dont les grains font d'yvoire
piquez d'or , avec les chiffres & les ornemens
qui font au Collier. Ces Statuts ,
Offices & dixain avoient été remis à l'Archevêque
par le Sieur de Clairambault
Genealogifte des Ordres du Roy.
Cette Ceremonie finie , le Roy fe leva
, fe couvrit & fe remit dans fon fauteuil
. L'Archevêque de Rheims retourna
à fa place dans le Sanctuaire , & tous
les Chevaliers , chacun felon fon rang ,
vinrent baifer la main au Roy , comme
GRAND- MAISTRE SOUVERAIN DE
L'ORDRE. Les plus éminens en dignité
les premiers ; ils s'en retournerent enfuite
à leurs places. Les Officiers de l'Ordre
eurent auffi l'honneur de baifer la
main de Sa Majefté , & le remirent
dans '.
190 LE MERCURE
dans leurs places fur l'eftrade du Trône.
L'Archevêque Officiant entonna enfuite
le Veni Creator , qui fut continué par
les Muficiens de la Chapelle de Mufique
du Roy.
Pendant cette Hymne le Maître des
Ceremonies , précedé du Heraut & de
l'Huiffier , defcendit du Trône du Roy,
fit une reverence à S. M. & alla avertir
Monfieur le Duc d'Orleans , & le Duc de
Bourbon , qui devoient être Parains du
Duc de Chartres & du Comte de Charolois
, de les conduire au Trône du Roy;
il alla enfuite prendre ces deux Princes,
qui , comme Novices , étoient reſtez au
bas du Choeur , pendant qu'on avoit reçu
le Roy Grand-Maître Souverain de
l'Ordre. Ces deux Princes conduits par
Monfieur le Duc d'Orleans &
par
Duc de Bourbon , précedez de M. de
Breteuil , du Heraut & de l'Huiffier
étant arrivez au bas du Sanctuaire , firent
leurs reverences , monterent enfuite
fur l'eftrade du Trône , après avoir
fait , en y arrivant , une feconde reverence
à S. M.
le
Le Duc de Chartres & le Comte de
Charolois fe mirent à genoux fur des
carreaux devant le Roy , & lûrent le Serment
de l'Ordre qui leur fot prefenté par
le Secretaire , & ils le fignerent à genoux,
DE NOVEMBRE 1722. 192
noux , de même que la Profeffion de
foi écrite dans le Regiftre original , dont
nous venons de parler , le Chancelier de
POrdre tenant le Livre des Evangiles ,
ouvert fur les genoux du Roy pendant le
Serment.
Le Heraut de l'Ordre ôta à ces deux
Princes leur Capot de Novice ; le Grand
Treforier prefenta à Sa Majefté le Cordon
bleu , auquel étoit attachée la Croix
de l'Ordre , que le Roy leur mit au col
fur l'habit de Novice . Le Maître des Ceremonies
les revêtit du grand Manteau
de l'Ordre , & le Grand Treforier , ayant
préfenté le Collier à S. M. le Roy le
feur paffa au col fur le grand Manteau ,
en leur difant : Recevez -de nôtre main
Ae Collier de nôtre Ordre du benoît Saint
Efprit , & c. au nom du Pere , du Fils ,
& du Saint Efprit. Enfuite ces deux
Princes fe leverent , firent une reverence
au Roy , en defcendant du Trône , &
allerent fe placer dans le rang qu'ils devoient
occuper près l'Autel . Ces deux
Princes n'ont pas encore l'âge marqué
par les Staturs , mais on en difpenfe ceux
de leur rang , qui font ordinairement recus
après leur quinzième année.
.
Après cela le Maître des Ceremonies
ayant fait une reverence au Roy , les Of
ficiers , qui étoient demeurez fur l'eftrade
192 LE MERCURE
de près de S. M. s'avancerent jufqu'au
milieu du Choeur , vis-à-vis l'Autel , où
ils recommencerent leurs reverences
étant précedez du Heraut & de l'Huiffier
; ils reprirent enfuite les places qu'ils
avoient occupées pendant Vêpres. Le
Roy defcendit alors de fon Trône , &
fuivi de tous ceux qui l'y avoient accompagné
, s'arrêta devant le Sanctuaire , où
S. M. après avoir fait les mêmes reverences
qu'elle y avoit faites en arrivant,
retourna à fon Trône , qui étoit dreffé au
bas du Choeur .
On commença alors les Complies , qui
furent chantées par les Muficiens de la
Chapelle de Mufique du Roy , lefquel
les étant achevées les , quatre Grands
Officiers, marchans après le Heraut &
l'Huiffier , s'avancerent par le milieu du
Choeur , jufques vers le Sanctuaire , &
ils recommencerent leurs reverences ,
après lefquelles ils fe mirent en marche
pour reconduire le Roy dans fon appartement.
Les Chevaliers , après être defcendus
de leurs places , & avoir fait leurs
fuivirent les Grands Officiers
de l'Ordre , en gardant le même
rang , que lorsqu'ils étoient venus à l'Eglife
. Le Roy defcendit de fon Trône ;
& après avoir fait une reverence à l'Autel
, fe mit en marche , précedé & fuireverences
vi
DE
NOVEMBRE 1722. 193
vie des mêmes perfonnes , qui avoient eu
T'honneur de l'accompagner en arrivant.
Sa Majefté , en s'en retournant dans le
même ordre par la galerie découverte , au
Palis Archiepifcopal , étoit revêtue du
Collier & du grand Manteau de l'Ordre
du Saint - Esprit , dont la queue étoit portée
par le Marquis de Nefle. Les Commandeurs
, les Chevaliers , & les Officiers
de l'Ordre , en arrivant dans la
Chambre du Roy , fe rangerent en haye
à droite & à gauche , chacun fel n fon
rang & fa dignité , pour voir paffer Sa
Majefté ; ils le retirerent auffi tôt qu'elle
fut entrée dans fon . Cabinet .
L'Ordre du Saint- Efprit fut inftitué
par un Edit , donné à Paris au mois de
Decembre 1578. par Henri III . Roy de
France & de Pologne , pour marque d'une
éternelle pieté , & de la reconnoiffance
qu'il defiroit rendre à Dieu des bienfaits
qu'il en avoit reçus , furtout au jour de
la Pentecôte , auquel il avoit été élû Roy
de Pologne en 1573. & avoit fuccedé à
la Couronne de France , par le decès du ,
Roy Charles IX. arrivé le même jour de
la Pentecôte 30. May 1574-
Cet Ordre eft compofé ( fans compter
le Roy , qui en eft le Chef & fouverain
Grand - Maître ) de cent perfonnes ; fçavoir,
de quatre Cardinaux & de cinq Pre-
L. Vol.
I lats ,
194
LE MERCURE
lats , compris le Grand Aumônier de
France , de quatre - vingt - fept Chevaliers ,
& de quatre Grands Officiers , qui font,
le Chancelier , le Prevôt , Maître des Ceremonies
, le Grand Treforier , & le-
Greffier.
L'Eglife Metropolitaine de Rheims ,
où le font paffées toutes ces grandes Ceremonies
, avoit été ornée , comme nous
l'avons déja dit , des plus belles tapifferies
de la Couronne , & éclairée d'un
grand nombre de luftres & de girandoles.
Toute cette difpofition avoit été faite
fous les ordres , & par les foins du Duc
de Villequier , Premier Gentilhomme de
la Chambre du Roy , qui a fait éclater
par tout fon goût jufte & délicat , dans
la difpofition & arrangement de ces ma
gnifiques ornemens.
M. l'Archevêque de Rheims , attentif
à ce qu'exigent les differentes circonftances
des temps , & craignant que la Fête
de S. Simon & S. Jude , qui arrive le
28. d'Octobre , ne pût pas être obſervée
avec la décence convenable , & qu'on ne
pût pas fournir pour cette grande affluence
de peuple , que le Sacre du Roy avoit
attiré à Rheims , les alimens neceffaires
pour le jeûne & l'abftinence de la veille ,
remit
DE NOVEMBRE 1722. 195
remit , par fon Mandement du 17. Oc
tobre , cette Fête au Dimanche 8. Novembre
fuivant , & la Vigile au Samedi.
Le 28. Octobre les Cardinaux , les
Archevêques & les Evêques , qui avoient
été invitez au Sacre , s'affemblerent dans
la Chapelle du Palais Archiepifcopal
pour aller complimenter le Roy ; ils furent
conduits à l'Audience de S. M. avec
les ceremonies accoûtumées ; l'Archevêque
de Touloufe , qui devoit porter la
parole au nom du Clergé , marchoit entre
les Cardinaux de Rohan & de Biffy.
Le difcours que fit ce Prelat fut très élo-
Il remercia S. M. de la protecquent.
tion qu'elle avoit de tout temps accordé
à l'Eglife , & des nouvelles promeffes
qu'elle venoit encore de faire au Clergé
le jour de fon Sacre , de la lui continuer
à l'avenir.
Le même jour , le Roy alla entendre
la Mefle dans l'Eglife de l'Abbaye des.
Benedictines de faint Etienne , pendant
laquelle un Motet fut chanté par la Mufique
de S. M. La Meffe étant achevée ,
le Roy s'approcha de la grille , où l'Abbeffe
, accompagnée de la Coadjutrice ,
& de toutes les Religieufes , affura S. M.
de fes très- humbles refpects ; le Roy les
ayant à ſon tour allurées de fa protection ,
1. Vol.
I ij fe
196 LE MERCURE
1.
fe recommanda à leurs prieres.
L'après-midi , le Roy , accompagné
dans fon caroffe de Monfieur le Duc
d'Orleans , des ' Princes du Sang & du
Duc de Charoft , fou Gouverneur , fe
rendit au Camp formé près du chemin
de Châlons , entre Rheims & le Village
de faint Leonard , à trois quarts de lieuës
de la Ville , difpofé en cet ordre. Les
Gendarmes de la Garde du Roy , fermoient
la gauche , & fur la nême ligne ,
à droite , les Chevaux- Legers de la Garde
, les deux Compagnies des Moulquetaires
, les Gardes Suiffes , les Gardes
Françoifes , les quatre Compagnies des
Gardes du Corps fermoient la droite ,
au- delà defquelles , & fur la même ligne,
les Grenadiers à cheval étoient camp.z..
Sa Majesté monta à cheval , & fit la
revue des Troupes de fa Maifon , des
Regimens des Gardes Françoifes & Suiffes
, qui étoient en bataille ; le Roy commença
par la gauche , fuívi de tous les
Seigneurs de la Cour & étrangers fuperbement
montez. Les Grenadiers à
cheval , qui fermoient la droite , firent
differens mouvemers , tant à cheval qu'à
pied , avec tout l'ordre & toute la vivacité
offible , dont Sa Majefté parut t.ès- -
fatisfaite . Le Roy ordonna enfuite à
Les Troupes de rentrer dans le Can p.
Elles
DE
NOVEMBRE 1722 . 197
Elles fe rangerent en haye devant leurs
tentes , l'Infanterie en veftes & en bonnets
, fans armes , où le Roy les vit une
feconde fois.
Le Roy revint le long de la ligne , &
en defcendant de cheval , avant de remonter
dans fon caroffe S. M. trouva à
la tête du Camp les Officiers des Trou
pes de fa Maifon , qui avoient été nommez
Chevaliers de S. Louis , au nombre
de 40. tous à genoux , formans une enceinte
d'environ 15o . pas de tour , dans,
laquelle étant entré avec S. A. R. Mon
fieur le Duc d'Orleans , les Princes du
Sang , quelques Seigneurs , & MM . les
Ducs de Villeroy & d'Harcourt , fes
Capitaines des Gardes , M. le Blanc , Secretaire
d'Etat , ayant le département de.
la Guerre , Grand- Prevôt , Maître des
Ceremonies , & Grand- Croix de l'Ordre
de S. Louis , fit lever la main aux
Chevaliers qui devoient être reçus, lut
le Serment accoûtumé, & S. M. ayant
fon épée nuë à la main commença la reception
à l'ordinaire , par ceux des Gar
des du Corps , & continua de fuite. M.
de Sauroy Treforier general , Commandeur
de l'Ordre de S. Louis , cut
l'honneur en cette qualité de prefenter les
Croix à Sa Majefté , à mefure de la reception
des Chevaliers , que le Roy fit
1.Vol.
I iij
avec
1198
LE MERCURE
avec une grace fi majestueufe , qu'elle
donna encore plus d'éclat à cette Ceremonie
militaire , & de nouveaux , fujets
d'admiration à un nombre infini de perfonnes
, qui étoient accourues au Camp
de toutes parts .
Madame la Ducheffe de Lorraine , &
les Princes & Princeffes fes enfans s'y
étoient rendues dans les carolles de Madame
, ainſi que plufieurs Princes & Seigneurs
Etrangers .
M. le Duc de Villeroy , Lieutenant
General des Armées du Roy, & Capitaine
de ſes Gardes du Corps , qui a commandé
les Troupes de ce Camp , & qui ,
comme nous l'avons déja remarqué , a
donné pendant qu'il a duré , de grandes
preuves de fa magnificence , ne quitta
point Sa Majefté pendant la revuë , non
plus que durant la Ceremonie des Chevaliers
de faint Louis , dont voici la Lifte.
OFFICIERS
DE
NOVEMBRE 1722. 199
OFFICIERS DE LA MAISON
du Roy , qui ont été reçus Chevaliers
de l'Ordre Militaire de Saint Louis,
au Camp de Rheims , le jour de la revue
le 28. Octobre 1722.
Gardes du Corps.
Compagnie de Noailles.
Les Sieurs Lieautaud , Sondron , Fayet,
Gavarigne , Mangol , Foucault , Sous-
Brigadiers.
Compagnie de Villeroy.
Les Sieurs Beranger , Dandré , Didier,
Porte- Etendarts .
Compagnie de Charoft.
Les Sieurs Demontgermain , de Serviere
, Defmolieres , Rigaud . Sous - Brigadiers.
Defroches , Preffigny , Cadroy,
Bileyer , Porte- Etendarts & Gardes.
Compagnie d'Harcourt.
Grandpré , Campvallon , Daugerolles
, S. Laurent , Desfugeray , Dufay
1. Vol. Linij Ville200
LE MERCURE
"
Villebois , Sous-Brigadiers , Ramfray
Laurence , Porte- Etendarts.
Gendarmes de la Garde du Roy. 1
Barlaudiere , Dupaffy , Bailleul , Mouceaux
, Belleaux , Dounney , Dulac
Gendarmes.
Chevaux- Legers de la Garde du Roy.
De Fouronne , le Formiger , de Bortengle
, de Torfay , de Fommereux , d'Ecle
, de Bauquemarre , Chevaux - Legers .
Grenadiers à Cheval.
Le Chevalier du Blaizel , Maréchal
des Logis.
LE ROY TOUCHE LES MALADES
ATTAQUEZ DES ECROUELLES .
Le 29. Octobre le Roy alla en ceremonie
à l'Eglife de l'Abbaye de S. Remy
, pour y commencer devant la Châſſe
de S. Marcoul , une neuvaine que l'Abbé
d'Argentré , un des Aumôniers de
S. M. a continuée . Monfieur le Duc
d'Orleans , le Duc de Chartres , le Duc
de Bourbon , le Comte de Clermont , le
Prince
DE
NOVEMBRE 1722. 201
Prince de Conti , & le Duc de Charoft ,
Gouverneur du Roy accompagnoient Sa
Majefté dans fon Caroffe ; le Roy avoit
un Manteau de drap d'or avec le Collier
de l'Ordre du S. Efprit pardeffus. Tous
les Religieux s'étant trouvez en Chappe
à la porte de l'Eglife , y reçûrent S. M.
avec les ceremonies accoutumées . Après
que le Roy fut arrivé au Prie- Dieu
qu'on lui avoit preparé au milieu du
Choeur , le Grand Aumônier de France
commença une Meffe baffe , à laquelle
S. M. communia avec beaucoup de pieté;
Monfieur le Duc d'Orleans & le Duc de
Chartres tenoient la nappe du côté du
Roy , l'Abbé Milon & l'Abbé de la
Vieuville , Aumôniers de S. M. èn quar◄
tier , la tenoient du côté de l'Autel . La
Meſſe étant finie , le Roy alla faire fa
priere devant la Châffe de S. Marcoul
qu'on avoit apportée de Corbeny , &
pofée près de l'Autel du côté de l'Evan--
gile , & S. M. fe fit inferire à la tête du
catalogue des Confreres enrôlez fous le
nom de ce Saint . Après cette action de
pieté le Roy alla déjeûner dans une des
falles de l'Abbaye , ' avec le Duc de Chartres
, & le Comte de Clermont. Après le
déjeuner elle retourna à l'Eglife pour y
entendre une feconde Meffe qui fut dite:
par un Chapelain de la Chapelle de Mu--
Iv fique I. Vol.
202 LE MERCURE
fique du Roy , pendant laquelle les Mu
ficiens de cette Chapelle chanterent un
Motet.
, >
Après la Meffe le Roy paffa dans le
Parc de l'Abbé où Sa Majefté toucha
plus de deux mille malades des Ecroiielles
, lefquels étoient rangez dans les allées
du Parc. Les Gardes de la Prevôté de
l'Hôtel , les Cent Suiffes de la Garde ,.
les Gardes du Corps , & un grand nombre
de Seigneurs de la Cour precedoient
Sa Majefté. Les deux Huifiers de la
Chambre portant leurs Maffes , marchoient
immediatement devant le Roy
qui étoit entouré des fix Gardes Ecoffois.
M. Dodart Premier Medecin avec
plufieurs Medecins & Chirurgiens du
Roy , étoient devant S. M. qui avoit
à fes côtez les Ducs de Villeroy & d'Harcourt
, Capitaines de fes Gardes du
Corps. M. le Premier Medecin appuyoit
fa main fur la tête de chaque malade , en
même temps que le Duc d'Harcourt leur
tenoit les mains jointes ; le Roy décou →
vert , les touchoit en appliquant fa main
droite fur leurs vilages , & en prononçant
ces paroles , Dieu te guerife , le Roy te
touche. Le Grand Aumônier de France
fuivit toûjours S. M. & diftribua des
aumônes aux malades qui avoient été
touchez Après cette ceremonie auffi édifiante
DE
NOVEMBRE 1722 . 203
fiante que penible , & qui a fait admirer
la pieté du Roy. S. M. revint au Palais
Archiepifcopal .
Avant l'arrivée du Roy on avoit apporté
proceflionellement la Châlle de
S. Marcoul. Cette ceremonie fat trèsédifiante.
La Châffe devoit être portée
fur un brancard envoyé de la part du
Roy , & par des mulets richement caparaçonnez
à caufe de l'éloignement de
près de fix lieuës , mais les habitans du
lieu & des Villages circonvoifits , s'y
oppoferent , & voulurent l'apporter euxmêmes
fur leurs épaules . Ils choifirent
pour cela les plus notables d'entr'eux ,
fort proprement habillez , & ornez de
rubans & d'écharpes.
On fit une ſtation à Corbeffy , à deux
lieuës de Corbeny. La Châffe étoit accompagnée
des Religieux Benedictins de
S. Marcoul , aufquels fe joignirent à une
certaine diftance de Rheims ceux de
l'Abbaye de S. Thierry. Ils trouverent
au Fauxbourg de la Ville les Religieux
des deux Communautez de S. Remy &
de S. Nicaife qui la reçûrent à la portede
Mars , & enfuite la conduisirent tous
enfemble dans l'Eglife de S. Remy , où
elle fut déposée dans une Chapelle qui
porte le nom du Saint. Ainfi le Roy qui
devoit aller en pelerinage après fon Sacre
1. Vol.
I vj.
à
204
LE MERCURE
à S. Marcoul , a rempli dans Rheims
les devoirs de cette pieufe obligation. La
même choſe avoit été observée au Sacre
de Louis XIV . Un grand concours de
peuple des lieux circonvoisins , que les.
Maréchauffées avoient de la peine à contenir
, a toûjours fuivi la Proceffion depuis
fon départ de Corbeny jufqu'à:
Rheims .
Le Village de Corbeny eft dans le
Diocéfe de Laon ; le Monaftere des Benedictins
, où cette Châffe eft confervée,.
eft fort bien bâti ; ce lieu eft renommé par
les pelerinages qui s'y font par les malades
attaquez des Ecroüelles.
La Châfle de S. Marcoul a été donnée
pár Louis XI . on y voit les armes avec
la devife , justement.
DELIVRANCE DES PRISONNIERS .
Les Ceremonies du Sacre ont été terminées
par une abolition generale que le:
Roy a donnée aux criminels qui fe font
tro uvez dans les prifons de Rheims ; il
s'y en étoit rendu une très- grande quantité
de differens endroits du Royaume , &
des pays étrangers pour participer à cette
grace , qui ne s'eft pourtant pas étenduë.
jufqu'aux crimes énormes , tels que ceux
que nous avons déja fpecificz . Tous les
criminels.
DE NOVEMBRE 1722 201
criminels qui fe font prefentez , foit ceux
qui ont obtenu leur grace , foit ceux qui
He fe font pas trouvé dans un cas favorable
, ont eu un fauf-conduit de trois
mois.
Le Grand Aumônier de France eft en
poffeffion de ce qui regarde la délivrance
des prifonniers , qui fe fait de la part
du Roy , pour fon Joyeux avenement à
la Couronne ,. en faveur du Sacre des
Rois & Reines de France , de leurs mariages
, de leurs premieres entrées dans
Ales Villes du Royaume , pour la naiffance
des enfans de France , aux grandes Fêtes
annuelles aux Jubilez , au fujet de
quelque victoire ou conquête fignalée , &
pour d'autres occafions.
Le 29. Octobre le Cardinal de Ro
han , Grand Aumônier de France , en
Camail & en Rochet , affifté des Abbez
Milon & de la Vieuville , Aumôniers du
Roy, fe rendit aux prifons de Rheims, &
ayant fait affembler les prifonniers , qui.
devoient jour des graces que le Roy répand
à l'occafion de fon Sacre , au nom
bre de près de 700. il leur fit un difcours
très- pathetique , & très- éloquent ,,
pour les engager à meriter par leur conduite
la grace qui leur avoit été accordée.
S. E. leur apprit enfuite les ordres que.
S. M. avoit donnez pour faire expedier
gratiss
1206 LE MERCURE
gratis toutes leurs graces , &pour faire
fournir des fecours à ceux qui en avoient
beſoin pour retourner chez eux. Après
quoy toutes les portes des prifons s'ouvrirent
, le Cardinal de Rohan fortit
pour retourner à l'Archevêché , & il fut
fuivi de tous ces Prifonniers , qui tranſportez
de joye & de reconnoiffance , allerent
avec précipitation dans les Cours du
Palais Archiepifcopal , & le plus près
qu'ils purent de l'appartement de S. M.
ils y donnerent des marques de leur joye,
& de leur reconnoiffance par mille cris
redoublez de vive le Roy.
›
Après la délivrance des Prifonniers
Ms d'Herbigny , d'Ombrevalle de
Vanolles , & le Pelletier , Maîtres des
Requêtes qui avoient été nommez par
le Roy, pour examiner les informations
faites fur les differens crimes , & dont
quelques -uns furent exclus , comme nous
l'avons déja remarqué , du pardon accordé
par S. M. eurent l'honneur de la faluer
dans fon appartement , prefentez par
le Grand Aumônier de France , qui rendit
compte au Roy , du zele , de l'attention
& de l'affiduité avec lefquelles ils
avoient fait cette commiffion.
Le même jour29. Octobre S. M. reçût
à midi la vifite de Madame la Ducheffe de
Lorraine , & l'après-dîné le Roy alla à
l'Abbaye
DE NOVEMBRE 1722 207
l'Abbaye de S. Pierre voir cette Prins
ceffe qui partit le lendemain pour retourner
dans les Etats , avec les Princes &
les Princeffes fes enfans.
La piece qu'on va lire nous efttombée
entre les mains un peu tard ; mais elle
nous paroît inftructive , & effentielle à
la Relation du Sacre.
Procès Verbal de la Sainte Ampoulle ; ›
imprimé à Rheims après le Sacre
du Roy Louis XV.
C
Le Dimanche 25 Octobre Nous Rigobert
Clignet , Avocat au Parlement
Docteur & Profeffeur Royal en Droit
François , &c. accompagné du Me Jean-
Baptifte Barrois , auffi Avocat au Parlelement
, &c. de M Nicolas Hillet , auffi
Avocat au Parlement , &c. & affifté de
Me Jean Nouvelet , Notaire Royal audit
Rheims , nôtre Greffier fommes
tranfportez en l'Eglife de S. Remy.dudit
Rheims , pour recevoir le ferment
des Seigneurs qui doivent être envoyez
par S. M. très- Chrétienne Louis XV.
par la grace de Dieu , Roy de France &
de Navarré , arrivé en la ville de Rheims
le 2z. du prefent mois pour y être Sacré ,
lefdits Seigneurs devant fervir d'ôtages
pour feureté de la conduite de la fainte
Ampoulle
208 LE MERCURE
>
>
Ampoulle , en l'Eglife Metropolitaine 5
où S. M. doit être Sacré , & pour le
retour d'icelle en ladite Eglife de Saint
Remy , où étoient feroient comparus
Claude de Romance , Ecuyer Seigneur
de la Malmaifon , Terrier , Inaumont
&c. Officier au Regiment des Gardes ,
Jean- Baptifte Godet , Ecuyer Seigneur
de Soüaftre en partie , & François de
Gaftineau , Chevalier Seigneur de fainte
Catherine , Louvency Livry & de
Soüaftre en partie , Lieutenant-Colonel
du Regiment de Cambrefis , &c. tous
Chevaliers- Barons de la fainte Ampoulle
, à caufe de leurs Seigneuries de Terrier
& Soufre , en qualité de Vaſſaux
de fon Eminence Monfeigneur Philippe-
Antoine Gualterio , Prêtre Cardinal de
la fainte Eglife , & Abbé de S. Remy ,
qui nous auroient dit & remontré qu'en
leurfdites qualitez il leur appartenoit la
fonction de porter avec les autres Barons
les quatre bâtons du Dais ou Poële , fous
lequel ladite fainte Ampoulle doit être
portée & rapportée par le Reverend Pere
Dom Denis Gaudar , Grand - Prieur de
ladite Abbaye , & nous auroient requis
d'y être admis , étant pour ce revêtus
des habits de leur Chevalerie , & aux
offres de prêter le ferment , au cas requis ,
de ne point perdre de vûë ladite fainte
Ampoulle ,
DE NOVEMBRE 1722 . 109
Ampoulle , & d'employer toutes leurs
forces , & jufqu'à la perte de leurs vies ,
pour en procurer la confervation , & les
Chevaliers Barons de Belleftre & Neuvizy
n'étant comparus , nous aurions
donné défaut contre eux , fauf les conclufions
du Procureur Fifcal , pour ne
s'être par eux mis en devoir de faire lefervice
au cas requis , après quoi ledit
fieur de fainte Catherine auroit proteſté,
que s'étant prefenté pour faire le fervice
en qualité de Seigneur de Soüaftre , auffi
bien que ledit fieur Godet , il ne prendroit
la place du Seigneur de Belleftre ,
F'un des abfens , que fans préjudice à les
. droits , & fans que l'Ordonnance de M.
l'Abbé Tamizier , Grand-Vicaire de fon
Eminence , en datte du premier du pre
fent mois , donnée en execution de rôtre
Sentence du 18. Septembre dernier ,
pût lui´nuire ni préjudicier , de quoi nous
lui avons donné acte , & audit fieur Godet
de fes réponses au contraire. Avons
auffi donné acte audit R. P. Grand-
Prieur , & Religieux de S. Remy de l'oppofition
par eux prefentement formée , à
ce que lefdits fieurs de Terrier , Godet
& de Sainte Catherine foient admis à
porter le Pallium , fous lequel doit être
tranfportée la fainte Ampoulle , cette
fonction leur appartenant fuivant les anciens
210 MERCURE LE
ciens procès verbaux qu'ils nous ont reprefentez
, & après que lefdits fieurs
Chevaliers nous ont remontré au contraire
que leurs prédeceffeurs ou aucuns
d'eux ont eu l'honneur de porter le Dais
aux deux derniers Sacres de Louis XIII .
& LOUIS XIV. de glorieufe memoire ;
nous avons ordonné ſur ce , ouy le Prof
cureur Fifcal , que lefdits Chevaliers porteront
le Pallium au Sacre prefentement
à faire , & ce par provifion , & fans préjudice
aux droits des parties au principal;
enfuite dequoi lefdits fieurs de Romance ,
Seigneur de Terrier , Godet , & de fainte
Catherine , Seigneur de Soüaftre , revê
rus chacun de leur habit de Chevalerie ,
qui eft un Accoutrement de fatin blanc ,
avec un manteau d'étoffe de foye noire
fur lequel au côté gauche eft attachée
leur Croix de Chevalerie de la fainte Anpoulle
, broché de fin or & argent ,
orné chacun d'une écharpe de velours
blane , garnie de crépines & franges d'argent
, defquelles S. M. les a honorez &
gratificz , s'étant mis à genoux auffi bien
que nous , à qui appartient le droit de
porter le quatriéme bâton du Dais , en
Fabſence du Chevalier Baron de Neuvizy
défaillant , & au lieu duquel la quatriéme
écharpe nous a été délivrée , nous aurions
prêté le ferment , cy- deffus pref-
&
S
crit
DE NOVEMBRE 1722. 2774
erit entre les mains dudit fieur Grand-
Pricut , lequel auroit à l'inftant mis au
col de chacun de nous un ruban de foye
noire , au bout duquel pend la Croix d'or
dela Chevalerie , émaillée anglée , repre-
-fentant d'un côté une Colombe , ayant
au bec une fainte Ampoulle , foutenue
d'une main , & au revers l'Image de Saint-
Remy , Apôtre de la France , & Patron
de ladite Abbaye , enfuite ledit fieur
Grand-Prieur auroit donné ladite fainte
Ampoulle à baifer aufdits fieurs Chevaliers
, & à nous ; & quant à l'ordre à obferver
pour le port du Dais , a été dit par
nous que les deux bâtons de devant feront
portez par lefdits fieurs de Godet , & de
Sainte Catherine , & les deux de derriere'
par ledit fieur de Terrier , & par nous ,
& à l'inſtant avons été avertis qu'arrivoient
en ladite Eglife de S. Remy les Seigneurs
Comte de Beauveau Marquis
d'Alegre , Comte d'Eftain , & Marquis
de Prye , avec leurs Ecuyers devant eux ,
portant chacun un Guidon de taffetasblanc
chargé des Armes de France & de
Navarre d'un côté , & de celles defdits
Seigneurs de l'autre , envoyez par S. M
pour demeurer en ôtages en ladite Abbaye
, pendant que ladite fainte Ampoulle
feroit portée en ladite Eglife Metropolitaine
, & rapportée en celle de S. Remy,
•
>
lefdits
1
212 C
1
LE MERCURE
lefdits Seigneurs revêtus d'habits de drap
ou toile d'or , ornez de broderie , au devant
defquels ledit R. P. Grand- Prieur
revêtu de Chappe , précedé des Reli
gieux de ladite Abbaye , tous revêcus
d'Aubes , & fuivi de nous , nôtre Lieutenant
, Procureur Fifcal & Greffier .
étant allé , il auroit conduit lefdits Seigneurs
au Grand Autel de ladite Eglife ,
où le Livre de l'Evangile auroit été porté
par un defdits Religieux , auffi revêtu de
Chappe , qui auroit fait lecture à haute
voix de l'Evangile de ce jour , après quoi
ledit fieur Grand- Prieur , & nous Bailly
fuldits , aurions fait jurer par lefdits Seigneurs
, comme par effet ils ont juré , les
mains mifes fur ledit Livre des Evangi
les , qu'il ne feroit fait aucun tort à ladite
fainte Ampoulle , pour la confervation de
laquelle ils expoferoient leurs vies , &
auroient declaré qu'ils fe conftituoient
pleges cautions folidaires , & demeureroient
en ôtage en ladite Abbaye jufqu'à
ce que ladite fainte Ampoulle fut rapportée
en ladite Eglife de S. Remy , dequoi
auroit été drellé acte feparé des prefentes,
par Mes René Cuvillier , & Jean Nouvelet
, Notaires Royaux audit Rheims ,
que lefdits Seigneurs Otagers auroient
fignez fur le Grand Autel ; ce fait lesdits
Seigneurs Otagers auroient requis ledit
fieur
DE NOVEMBRE 1722. 213
fieur Grand- Prieur & Religieux & nous,
de conduire ladite fainte Ampoulle en
ladite Eglife Metropolitaine , pour plus
grande feureté d'icelle , ce qui leur auroit
été accordé après que le Procureur Fil
cal , fur ce oiiy , l'auroit ainfi confenti ,
enfuite dequoi auroit été marché pro
ceffionnellement en cet ordre .
Les RR. PP. Minimes précedez de
leur Croix , &de deux des Sergens de notre
Bailliage , puis les Chanoines & habituez
de l'Eglife Collegiale.de S. Thimothé
auffi précedez des deux Croix de l'Eglife
dudit S. Remy , & après eux ont luivi
les Religieux de ladite Abbaye , tous revêtus
d'Aubes , excepté les deux tenans
le Choeur , lefquels étoient revêtus de
Chappe , deux des Seigneurs Otagers ,
& leurs Ecuyers à cheval , tenans leurs
Guidons , ont marché aux deux côtez du
devant du Dais , fous lequel la fainte
Ampoulle étoit portée par ledit fieur
Grand- Prieur , pendue à fon col , & tombant
fur la Chappe , dont il étoit revêtu ,
monté fur une haquenée blanche , couverte
d'une houffe de toile ou drap d'argent
, frangée d'argent , fous le Dais où
Poële de pareille étoffe envoyez par S. M.
pour cet effet , icelui porté , comme nous
l'avons dit cy deffus , par lefdits Barons
Chevaliers de la fainte Ampoulle & nous,
ont
(
214
LE MERCURE
ont marché enfuite lefdits deux autres
Seigneurs Oragers à cheval avec leurs
Ecuyers portant leurs Guidons auffi aux
deux côtez de derriere ledit Dais , après
ont fuivi nôtre Lieutenant , Procureur
Fifcal & Greffier , précedez des deux Sergens
de fervice , & après eux les habitans
dudit Ban de S. Remy , qui ont eu la devotion
d'affifter avec le peuple à ladite
Proceffion , & ainfi a été portée ladite
fainte Ampoulle en l'Eglife Metropolitaine
de Rheims , par la rue dire Neuve
rue , laquelle & toutes les autres jufqu'en
ladite Eglife Metropolitaine étoient ornées
de tapifferies.
•
La Proceffion étant arrivée au devant
du Portail de ladite Eglife en l'ordre
cy-deffus , feroit ledit fieur Grand-Prieur
defcendu de cheval , & entré avec fa
Communauté , leſdits Seigneurs Otagers,
les trois Chevaliers de la fainte Ampoulle
, nous les autres Officiers dudit Bailliage
, & lefdits deux Notaires dans la Nef
de ladite Eglife , où étant, feroit defcendu
du Choeur , en ladite Nef Illuftriffime
& Reverendiffime Seigneur Monfeigneur
Armind Jules de Rohan de Guemenée ,
Archevêque Duc de Rheims , Premier
Pair de France , en habits Pontificaux ,
accompagné de plufieurs Prélats , pour
recevoir ladite fainte Ampoulle qui lui a
été
DE NOVEMBRE 1722. 215
été mife ès mains par ledit fieur Grand-
Prieur , après que ledit Seigneur a promis
en fa foi d'Archevê ue de remettre
icelle fainte Ampoulle ès mains dudit
fieur Grand- Prieur , ledit Sacre étant
achevé & accompli ce fait , ledit Seigneur
Archevêque s'eft mis fous le Poële
ou Dais avec ledit fieur Grand- Prieur
accompagné du Treforier de ladite Abbaye
, defdits Prélats , defdits Seigneurs
Otagers , & de leurs Ecuyers , le Poële
toûjours porté par lefdits Chevaliers de
la fainte Ampoulle & nous , & eft ainfi
rentré dans le Choeur , où lefdits Scigneurs
Otagers , leurs Ecuyers , lefdits
Chevaliers & nous , fommes reftez durant
la ceremonie du Sacre dans les places à
eux & à nous defignées , fçavoir , pour
les quatre Seigneurs Otagers , les quatre
premieres ftales du Choeur à gauche ,
pour les quatre Ecuyers les quatre ftales
au dellous , & pour les Chevaliers &
nous , derriere le Pere Prieur de S. Remy,
& le Treforier au côté droit de l'Epître,
fans abandonner de vue la fainte Ampoulle
, ni ledit fieur Grand- Prieur qui
s'eft placé avec le Treforier , joignant le
Grand Autel du côté de l'Epître , & le
Sacre accompli environ l'heure de midy,
auroit été par mondit Seigneur Archevêque
, la faiute Ampoulle remife ès mains
dudit
216 LE MERCURE
dudit fieur Grand- Prieur , à la vûë def
dits Seigneurs Oragers , Chevaliers de la
fainte Ampoulle , & de nous , enfuite dequoi
ledit fieur Grand- Prieur , accompagné,
comme dit eft , étant forti de l'Eglife
, & remonté fur fa haguenée de même
que lefdits Seigneurs Otagers , &
leurs Ecuyers fur leurs chevaux , eſt la
Proceffion retournée en l'Eglife de Saint
Remy dans le même ordre qu'elle en
étoit partie , fuivie d'une infinité de fideles
de toutes parts qui ont loüé & remercié
Dieu du S. Sacie du Roy accompli
par la divine bonté , & la Proceffion
arrivée en ladite Eglife de S. Remy , a
éé ladite fainte Ampoulle repofée dans le
tombeau , & près du corps de S. Remy ,
où il eft de coutume de la conferver , dequoi
lefdits Seigneurs Otagers & Chevaliers
, nous ayant requis acte , nous
leur avons octroyé , après neanmoins que
lefdits Seigneurs Otagers ont remis &
laiffé audit fieur Grand - Prieur les quatre
Guidons ou Bannieres portez par leurs
Ecuyers , pour demeurer en l'Eglife dudit
S. Remy , en perpetuelle memoire du
Sacre de S. M. Louis XV . & que lefdits
Chevaliers de la fainte Ampoulle ont pareillement
remis & laillé audit fieur
Grand Prieur le Dais ou Poële par eux
porté pour appartenir , & fervir d'orne
mens
DE NOVEMBRE 1722. 217
mens à ladite Eglife de S. Remy , & en
confequence du confentement du Procureur
Fifcal , nous avons lefdits Seigneurs
Otagers & Chevaliers de la fainte Ampoulle
, déchargez de leur fermens , &
fait aufdits Seigneurs Otagers main - levée
de leurs perfonnes quant à la haquenée.
qui a été donnée par S. M. elle a été mife
dans les Ecuries de ladite Abbaye , pour
appartenir aufdits Grand- Prieur & Re
ligieux , ainsi qu'il a été ordonné le jour
d'hier par S. M. & qu'il nous a été notifié
par fon Eminence Monfeigneur le
Cardinal Dubois , fon premier Miniftre,
dont & de tout ce que deffus , nous avons
dreffé & achevé nôtre prefent procès ver
bal que nous avons figné avec ledit fieur
Grand Prieur , lefdits Seigneurs Ota
gers , lefdits Chevaliers , nôtre Lieute
nant , Procureur & Greffier , les jour &
an que deffus environ une heure de
relevée , ainfi fignez en la minute F
Denis Gaudar , Grand- Prieur , le M. de
Prye, Elaing , Alegre , Beauveau, Dromance
, Godet , Sainte Catherine Cli
gnet, Barrois , Hillet & Nouvelet.
3
5
Les deux pieces qui fuivent nous ayant
été remifes un peu tard , nous n'avons pû ,
en les plaçant , obferver tout l'ordre &
Parrangement que nous aurions fouhaité.
LeVol
K Voici
218 LE MERCURE
Voici la defcription détaillée de la Cou
ronne de diamans , qui a fervi au Sacre
du Roy , que nous avons promife.
4 Le Bandeau ou Diadême de cette
fuperbe Couronne , eft bordé de deux fils
de Perles , & orné de huit pierres de differentes
couleurs , très- grandes & parfaites
, entre chacune defquelles font trois
diamans liez enfemble par des ornemens
Très- legers.
Huit fleurs- de- lys de diam anss'élevent
au-deffus de chacune des pierres de couleurs
qui font fur le Diadême , & huit
fleurons ou ornemens , compofez chacun
de trois pierres de diverfes couleurs & de
Trois diamans , font placez entre chaque
fleur-de- lys. Les teftes des huit fleurs de
lys font formées des diamans en tables appellez
Mazarins , les bras & corps de
de trois autres diamans , & les travers
font chacune d'un feul diamant de forme
longue.
Le gros diamant très-parfait , pefant
547. grains , appellé le Regent , acheté
pour le Roy par Monfieur le Duc d'Or
leans , fert à former le corps & la traver
fe de la fleur- de- lys du devant de la Cou
ronne.
Des huit fleurs- de-lys ci - deffus naiffent
huit branches , qui ferment la Couron→
ne , elles font ornées de diamans & de
t
pierres
*
DE 219 NOVEMBRE 1722.
pierres de diverfes couleurs .
Un fil de perles , accompagné de deux
rangs de petits brillants , fert à raffembler
les huit branches , & de bafe pour
la fleur-de- lys qui termine le deffus de la
Couronne.
Entre ces huit branches , & de l'endroit
où elles fe réüniffent, fortent 8. gros diamans
en pendeloques , qui forment com
me autant de nouvelles branches naiffantes
, & une espece de foleil , quand on
regarde la Couronne à vue d'oifeau.
Cette fleur-de - lys , qui domine für
toutes les autres , eft ifolée , la tête eft
ompofée d'un diamant en forme de poire
, nommée le Sancy , les bras & traverfes
font faits avec Teize diamans ,
adoffez & joints enfemble par de petits
ornemens , pour répondre à l'épaiffeur
du Sancy. La calotte eft de fatin violet ,
enrichie de 25. diamans , liez enſemble
par une broderie d'or très -legere.
Cet admirable ouvrage , monté à jour,
pefant environ 32. onces , a été exécuté
fous la conduite & fur les deffeins de M.
Rondé, fils , affocié avec M. Rondé fon
pere , pour faire toutes les fournitures de
pierreries dont le Roy a befoin , de la même
maniere qu'ont fait ci - devant les fieurs
de Montarfy , pere & fils , leurs oncle &
coufin , enforte que depuis plus de 70.
J Vol. Kij ans
110 MERCURE LE
ans cette famille eft honorée de lacon
fiance du Roy , & chargée des Pierreries
de la Couronne
Le même M. Rondé a été chargé de
porter cette Couronne à Rheims , & de
la rapporter à Paris. M. Duval le fils ,
Chevalier de faint Louis , Capitaine reformé
, à la fuite du Regiment de Lorraine
, Commandant la Compagnie d'Ordonnance
du Guet à cheval , l'a eſcorté
pendant le voyage , accompagné de fix
Cavaliers du Guet , par ordre de M. le
Comte de Maurepas , Secretaire d'Etat..
Nous donnerons la reprefentation
en eftampe de certe Couronne ,
Toutes les dimenfions des differentes.
pierres qui la compofent , feront marquées
.
•
M. l'Evêque & Comte de Beauvais , Pair
deFrance, n'a pas été plutôt de retour dans
fon Diocefe,que pour remercier Dieu des
graces qu'il a répandues fur la Perfonne
Sacrée du Roy , à la Ceremonie de fon
Sacre & de fon Couronnement , il a
fait chanter le Te Deum folemnellement
dans fon Eglife Cathedrale , le Dimanche
22. Novembre , en vertu de fon Mandement
du 18. du même mois , par lequel
il eft ordonné que le Te Deum fera
auffi chanté dans toutes les Eglifes de la
Ville & du Dioceſe de Beauvais. Ce
C
Mande
DE NOVEMBRE 1722 .
221
66
e
Mandement eft digne de la pieté de fon
Auteur , & de la grandeur du fujet.
Puiffe ( dit M. de Beauvais , après avoir ce
parlé de Salomon ) la même fageffe , «
que le Seigneur avoit donnée à ce Roy «
pour préfider à fes confeils , conduire «
le nôtre dans toutes les entreprifes , &
ne l'abandonner jamais . Que cette pie- e
té tendre envers Dieu , dont il donne ce
déja de fi grandes preuves , le rende les
plus grand des Rois de la terre. Que de
fes jours on voye revivre l'abondance. «"
Qu'il foit la terreur de fes ennemis , &
les delices de fon peuple. Que comme ce
un autre David , il marche dans les
voyes du Seigneur . Qu'il foit felon fon
coeur , & qu'il cherche à lui plaire.
dans toute fa conduite. Que femblable
à Jolias , il protege & foutienne les Miniftres
du Dieu-vivant , &c . Et qu'après
avoir vécu fur la terre en RoyTrès-
Chrétien , & en Fils aîné de l'Eglife ,
il merite d'être couronné dans les te
Cieux d'une gloire immortelle. A CES «
CAUSES , pour nous conformer aux ce
intentions de S. M. qui nous
a fait ce
l'honneur de nous les marquer par une
lettre écrite de Rheims le 25. du mois
dernier; Nous ORDONNONS , & c. «
M. Petit de Montfleuri de Caen , a
fait l'Ode Pindarique qu'on va lire ,
1.Vol
Kiij 244
i
a
сс
ek
222 LE MERCURE
au fujet du Couronnement du Roy. Ily
a beaucoup d'enthoufiafine dans cette
piece lyrique , nous n'en mettrons ici que
quelques endroits , dont nous efperons .
que le Lecteur fera fatisfait . L'Auteur
n'aime pas à demeurer en place , il defcend
dans les enfers , & remonte fur la
terre , au gré de la divine fureur qui l'agite
d'abord , à la vue des fupplices deftinez
aux mauvais Rois ; il s'explique en
ces termes .
Je vois les fieres Eumenides ,
Les yeux de rage étincelans ;
J'entends fur leurs têtes perfides
Siffler mille horribles ferpens
Pluton au regardformidable
Affis fur un trône effroyable ,
Frappe mes yeux épouvantez ;:
Autour de lui volent les larmes ,
Les foins , les remords , les allarmes ,
Miniftres de fes cruautez.
Il ne s'arrête pas long- temps fur des ob
jets fi terribles ; il en envifage de plus
agreables , ce font les bons Rois , Peres
de leurs Peuples ; & tous les grands hommes
, qui ont fi bien merité de leurs contemporains
, & de la pofterité la plus reculée.
Voici comment il en parle.
Jy
DE NOVEMBRE 1722. 21
J'y vois ces hommes dont la Grece
Admire les écrits fçavans ,
Qui par leur profonde ſageffe ,
Seront vainqueurs de tous les temps
Ces braves & vaillans Alcides ,
Qui tous fagement intrepides ,
Furent le bouclier de Mars ;
Qui pour leur patrie allarmée ,
A la tête de leur armée
Braverent les derniers hazards.
De-là il paffe au Regne de Louis le
Grand, dont les faits inouiis lui donnent
occafion de parler des grands hommes qui
en ont été les témoins & les Panegyriftes.
De ce Regne fi glorieux , dont il regret
te la brieveté , quoique les années de fa
durée ayent été affez nombreufes ; il vient
à celui du digne petit Fils d'un fi grand
Roy. Il fe tranfporte à Rheims , il y
voit le Couronnement de Louis XV. il
felicite la France du bonheur dont elle
jouit ; & loüant fur tout le Roy pour
fon inviolable attachement au S. Siege ,
il le compare à l'arbre qui foutient la vi
gne , en ces termes :
Et femblable à cet arbre infigne ,-.
Qui foutenant la foible vigne,
Par
LE MERCURE
Par elle en revanche eft orné ,
Ainfi devenu plus illuftre ,
Sur lui rejaillira le luftre
Qu'à l'Eglife il aura donné.
Toutes les pompeufes Ceremonies dont
nous avons parlé , ont été celebrées à
Rheims avec beaucoup de fplendeur &
d'édification , & l'affluence prodigieufe de
François & d'Etrangers, qu'elles yavoient
attiré , n'y a cauſé ni defordre, ni difette,
il n'y eft pas même arrivé le moindre accident.
Les ordres avoient été donnez avec
une telle prévoyance , & fi ponctuelle
ment executez , que ceux qui ont été les
témoins de la confommation immenfe qui
s'eft faite à Rheims & fur la route , ne
peuvent ceffer d'admirer un fi bel ordre.
Les Etrangers furtout ne peuvent affez ſe
loüer des honnêtetez qu'on leur a faites,
& des attentions qu'on a euës à leur faire
trouver des logemens , des places , &
toutes fortes de cominoditez .
Le 30.Octobre,leRoy partit de Rheims
fur les dix heures , après avoir entendu lá
Meffe dans la Chapelle du Palais Archie
pifcopal . S. M. étoit accompagnée dans
fon caroffe de Monfieur le Duc d'Orleans,
du Duc de Chartres , du Duc de Bour
bon , du Comte de Clermont , du Prince
de Conti , & du Duc de Charoft ' , fon
Gouverneur. Les Brigades de quartier
des Gendarmes , & des Chevaux- Legers
"
de
DE NOVEMBRE 1722 :
225
de la Garde , les détachemens des deux
Compagnies des Moufquetaires , & le
Guet des Gardes du Corps , les Officiers
à leur tête , marchoient devant & après le
Caroffe duRoy dans leurs rangs ordinaires ...
S. M. fortit de la Ville au bruit des
acclamations du peuple , & de plufieurs
falves de l'artillerie des remparts le
Prince de Rohan , Gouverneur de la Province
de Champagne , à la tête du Corps
de ville , fe trouva au paffage du Roy.
Le même jour les troupes de la Mai
fon du Roy , & les Regimens des Gardes
Françoifes & Suiffes décamperent , &
reprirent la route de leurs quartiers .
Le vol du Cabinet a toujours marché
auprès du Caroffe du Roy pendant toure
la route . Il n'y a prefque pas de jour
qu'on n'ait volé des Pies ou des Corneilles.
Nous remarquerons ici une particularité
qu'il eft bon de ne pas omettre
c'eft lors du premier paffage de Sa Majefté
entre Filmes & Rheims , elle s'ar
rêta pour voir la chaffe du Chevreuil
que le Comte de Grand- Pré avoit fait
preparer en cette maniere. On avoit
planté à environ trois quarts de lieues de
Rheims une espece de petit bois artifi-
-ciel , & plus de 2000. payfans armez de
bâtons formoient une enceinte d'une bonne
demi-lieuë de circuit. La chaffe fe fre
dans
225 LE MERCURE
dans cette enceinte , elle dura environ un'
quart d'heure, & divertit beaucoup le Roy.
S. M. alla coucher à Filmes , elle en
partit le lendemain , & alla coucher à
Soiffons , où elle arriva à trois heures
après- midi , au bruit de trois falves de
l'artillerie . Le Corps de Ville en ' Robbe,
qui l'attendoit à la porte de la Ville eut
l'honneur de faluer le Roy , prefenté par
M. des Granges , Maître des Ceremo
nies. S. M. alla defcendre à l'Evêché où
elle fut reçûë à la portiere de fon Caroffe
par l'Evêque de Soiffons.
Le lendemain jour de la Fête de tous
les Saints , le Roy accompagné des Princes
du Sang , & des Grands Seigneurs
de la Cour , alla entendre la grande Melle
dans l'Eglife Cathedrale , chantée par
la
Mufique , l'Evêque de Soitlons y Ófficia
pontificalemert, & S.M.alla à l'Offrande.
Le même Prélat prêcha devant le Roy
Paprès-midy , & il Officia aux Vêpres
de la Fête , & aux Vigiles des Morts ,
aufquelles S. M. affifta . Le foir il y eut
de grandes illuminations par toute la
Ville , ainfi qu'il y en avoit eu la veille.
Le z . Novembre le Roy entendit la
Meffe dans la Chapelle du Palais Epifcopal
, déjeuna enfuite , & partir à dix heu
res pour Villers- Cotterets , au bruit detrois
falves de l'artillerie de la Ville.
Nous
DE NOVEMBRE 1722 . 227
Nous donnerons la fuite du Journal du
Voyage du Roy , avec les Relations des
Fêtes de Villers- Cotterets & de Chantilly ,
dans le fecond Volume de ce mois , qui eft
actuellement fous la preffe , & qui paroîtra
dans peu de jours.
On doit expliquer les trois Enigmes
du mois paffé par l'Oreiller , l'Echo &
Rape.
TABLE
Du premier volume de Novembre.
Réliminaires du Sacre du Roy , & c.
Vers fur le Sacre .
IS Départ du Roy & fon arrivée à Paris .
Son arrivée à Dammartin , & Remarques Hif
toriques fur ce lieu , & c . 17
Arrivée du Roy à Villers- Cotterets , & remarques
, & c.
T
Entrée & fejour du Roy à Soiffons.
Arrivée à F.fmes...
45
57
61
63
87
Entrée du Roy à Rheims , Arcs de Triomphe,
Harangues , & c.
Mandement de l'Archevêque de Rheims.
Préparatifs du Sacre , & difpofition de l'E
glife , & c.
Veille du Sacre.
Jour du Sacre & Couronnement.
Arrivée du Roy à l'Eglife.
De la Sainte Anpoulle.
Ceremonie du Sacre
Promeffes & fermens du Roy.
Son Couronnement.
[J
<
91
98
100
108
113
120
121
128
Offrandes.
1936
Communion du Roy , &c.
Ornemens Royaux.
Mandemens & prieres pour le Roy:
Feftin Royal.
140
145
149
155
Tables fervies à l'Hôtel de Ville de Rheims. 164
Cavalcade
Compliment du Prieur de S. Denis.
165
168
Revue du Roy , & reception de Chevaliers de
Saint Louis. -195
Le Roy touche les malades des Eeroüelles ,
& c.
Tranflation de la Châffe de S. Marcoul.
Délivrance des Prifonniers.
Procès verbal de la Sainte Ampoulle.
200
203 1
204
207
Defcription de la Couronne de Diamans , 218
Errata d'Octobre 1722 .
Age 10ligne 16 les , lifez la .
Tage 481.3 du bas , Communion, lifez Religion
.
Page 147 1. 28 admis , lifez admit.
Page 165 dern 1. Jourville , lifez Tourville.
Page 1841 du bas , damnation , lifez donation.
Page 198 1. 6 du bas , Merville , lifez Morville.
Fantes à corriger dans ce Livre:
Age 6 ligne 4 du bas , compre, lifez com
prendre.
Page 9 1.4 gris , lifez gros.
Page 87 1. 21 mieux , ôtez ce mot.
Page 110 1.5 d'un , lifez du.
Page 143 1. 16 trop , lifez tres.
Page 183 1. 25 , par les Gardes de la Prevôté
de l'Hôtel , Atez ces mots...
Page 189 1. 12 Strturs , lifez Statuts .
La Medaille du Sacre regarde la page 134.
MERCURE
LE
DE
NOVEMBRE 1722,
II. Volume.
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
A
PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , au Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne .
NOEL PISSOT Quay des Auguftins , à la
defcente du Pont- neuf, à la Croix d'Or.
M DC C. XXII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & dans les
Pays étrangers.
Lyon , chez Plaignard , Libraire.
Marfeille chez Carry.
Montpellier , chez les freres Faures.
Toulouſe , chez la veuve Tene.
Fayonne , chez Etienne Labottiere .
lordeaux , chez la Veuve Labottiere , & fils.
Charles Labottiere , l'aîné , vis- à - vis la Boure
fe , ibid.
Rennes , chez Vattar .
Nantes , chez Julien Maillard.
Saint Malo , chez la Mare..
Poitiers , chez Faucon.
Xaintes , chez Delpech.
Blois , chez Maffon.
Orleans , chez Rouzeau .
La Rochelle , chez Desbordes.
Angers , chez Fourreau .
Tours , chez Gripon .
Caen , chez Cavelier.
Rouen , chez la Veuve Herault.
Le Mans , chez Pequincau.
Chartres , chez Feltil .
Châlons , chez Seneuze.
Troye , chez Bouillerot.
Rheims , chez Godard .
Dijon , chez la veuve Armil .
Beauvais , chez Courtois
Abbeville , chez Dumefnil.
Soiffons , beg Courtois.
Amiens , chez le François , & chez Godard.
Arras , chez C. Duchamp.
Sedan , chez Renaud.
Metz , chez Colignon
Strasbourg , chez Doulleker.
Cologne, chez Meternik .
Francfort , chez J. L. Kaniq.
Berlin , chez Etienne.
Leipfic , chez Gledich.
Lille , chez Danel .
Bruxelles , chez Tferftevens.
Anvers , chez Verduffen.
La Haye , chez Rogiffard.
Amfterdam , chez Bernard,
Roterdam , chez Vander Linden .
Londres , chez dụ Noyer.
Madrid , chez Aniffon.
Geneve , chez les freres de Tournes.
Turin , chez Reinffan ,
Le prix eft de 30. fols.
A i
La
A VIS .
'ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M OREAU
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis - à-vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment quand on.
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
·
LS
LE
MERCURE
DE NOVEMBRE 1722 .
II. Volume.
***** XXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES
,
en Vers & en Profe.
C
A LA JEUNE IRIS.
EPISTRE
.
Effe , charmante Iris , ceffe de fouhaiter
Des vers qu'Appollon me refufe ,
Et ne pense pas que ma muſe
Puiffe à prefent te contenter.
Je ne fuis plus , quoique tu faffes ,
Tel que j'étois dans mes beaux jours ,
Quand à la tête des amours
Je badinois avec les graces.
11. Vol.
A iij
C'eſt
LE MERCURE
C'eft alors que aurois chanté
Tous les charmes de ta beauté ,
Sur un ton fi doux & fi tendre ,
Que ton coeur par mes chants fe laiffang
émouvoir
Auroit prefqu'autant pris de plaifir à m'entendre
,
Que mes yeux en ont à te voir.
Cet heureux temps n'eft plus , excuſe ma foibleffe
,
Tout ce que je puis faire en l'état où je fuis ,
C'eft de combattre les ennuis ,
Que traîne avec foi la vicilleffe.
Mon efprit plus timide , & mon corps plus
pefant
Me font voir toute ma mifere ,
Je pleure le paffé , je me plains du prefent ,
Et l'avenir me defefpere.
Non , non , puifque mes cheveux gris
Ont fait fuir les jeux & les ris,
Il ne faut pas que je t'ennuie.
Quel agrement trouverois-tu
A m'entendre prêcher d'un ton de Jeremie ,
Qu'il n'eft aucun plaifir fur la fin de la vie ,
Que celui d'avoir bien vêcu ?
Cependant c'est ce que je penſe' ,
Et
DE NOVEMBRE 1722.
Et que chacun penſe à fon tour
Et que toi même enfin tu penferas un jour :
Heureufe , fi tu peux m'en croire par avance
Et fi dès aujourd'hui faiſant quelques efforts :
Un fentiment fi falutaire ,
T'arrache à des plaifirs qui ne dureront gueres,
Et qui fuivront mille remords .
黃椒: 黃椒椒京京博黃椒椒椒椒椒: 椒粉
ETABLISSEMENT
de l'Académie Royale de Lisbonne.
E 8. Decembre de l'année 1720. le
Reverend Pere Dom Manuel Gaetano
de Soufa , Clerc Regulier , Profef
feur en Theologie , examinateur des trois
Ordres Militaires , & du Prieuré de Crate
, du Confeil de Sa Majefté , fe rendit
au Palais Royal de la Maiſon de Bragance
, où quantité de fçavans de toutes fortes
d'Etats s'étoient affemblez par ordre
du Roy , aufquels il fit un difcours trèséloquent
qui contenoit en fubftance.
1° Que l'intention de Sa Majefté étoit
d'établir une Académie pour s'appliquer
à écrire l'Hiftoire de la Nation Portugaife
, & qu'elle vouloit que dès ce jourlà
il fe tint une conference ſur ce fujet.'
II. Vol.
A iiij 2° Que
LE MERCURE
2° Que comme jufqu'alors on n'avoir
qu'une notion très -confufe des faits hiftoriques
qui regardent le Portugal , à
cauſe qu'aucun Hiftorien n'a écrit en latin
fur cette matiere , elle vouloit remedier
à cet inconvenient , en ordonnant aux
Académiciens de compofer une Hiftoire
Portugaife en latin , laquelle feroit divifée
en Ecclefiaftique , & en feculiere ou
prophane.
Q
3 Que le 4. de Novembre elle lui
avoit fait l'honneur de lui demander fon
avis fur les moyens qu'il falloit prendre
pour executer cette importante entrepri
fe ; & qu'après une meure déliberation
il avoit été décidé qu'on commenceroit
par l'Hiftoire Ecclefiaftique , & qu'elle
feroit intitulée Lufitania Sacra.
4° Que le 7. du même mois il prefenta
un grand Memoire à Sa Majesté ,
dans lequel il lui expofa les moyens les
plus convenables pour parvenir promptement
à la fin glorieufe qu'elle le propofoit
, qu'il réduifit à deux . Sçavoir , de
faire raffembler tous les Manufcrits qui
pourroient fe trouver dans le Royaume ,
& de convoquer les plus habiles Ecrivains
; mais que pour cela il falloit interpofer
l'autorité Royale , tant pour faire
ouvrir les Archives publiques , que pour
obliger les fçavans de s'unir en corps
Académique.
DE NOVEMBRE 1722 .
୭
Académique. Surquoi Sa Majesté donna
ún Decret qui ordonne ce que l'on vient
de dire , lequel fut lû en pleine affemblée
par le Comte de Villar-Mayor.
5°. Qu'après avoir conferé avec plufieurs
perfonnes d'érudition fur le projet
de Sa Majefté , & les avoir trouvées
difpofées à contribuer de tout leur pouvoir
à le faire réüffir , il lui en avoit rendu
compte , & que fur fon rapport Elle
lui avoit dit que fon intention étoit qu'on
dreflât des Reglemens qui marquaflent
les obligations de chaque Académicien ,
par rapportà la difcipline de l'Académie,
lefquels furent redigez en 29. articles de
la maniere fuivante.
Statuts & Reglemens de l'Académie.
ARTICLE L
L'Académie fera compofée de cinquante
perfonnes fçavantes , de bonnes
vie & moeurs , de quelque état & condition
qu'elles foient , Ecclefiaftiques ou
Reguliers , pourvû qu'elles ayent les talens
neceffaires pour remplir les devoirs
d'Académiciens .
I I.
Parmi le nombre des Académiciens on
élira tous les ans le jour de la Conception
11. Vol.
A v de:
ΤΟ
LE MERCURE
•
de la Vierge un Directeur , quatre Cen
feurs ,
& un Secretaire , qui feront en
exercice pendant tout le cours de l'année,
à l'exception toutefois de la premiere année
, attendu que Sa Majefté a nommé
Directeur le Reverend Pere Manuel-
Gaetano , pour Cenfeurs les Marquis de
Fronteira , d'Abrantes , d'Alegrete , & le
Comte d'Ericeira , & pour Secretaire le
Marquis de Villar-Mayor.
pour
III.
Au bout de l'année on rendra compte
à Sa Majesté de tout ce qui fe fera paffédans
l'Académie , & on lui demandera
fon agrément pour proceder à une nouvelle
élection ..
IV .
L'Académie s'affemblera tous les quin
ze jours pour examiner les ouvrages des
Académiciens , & déliberer fur tout ce
qu'il y aura à faire.
V.
Outre les affemblées ordinaires , les
Directeurs pourront s'affembler lors , &
où bon leur femblera.
V I.
Les Affemblées fe feront regulierement
après
DE
NOVEMBRE 1722 . II
après-midy dans la falle deftinée pour
cela , aux heures marquées cy- après.
VI I.
Le Directeur prefidera aux Affemblées ;
& s'il venoit à s'abfenter pendant longtemps
, ou à mourir , l'Académie proce
dera à l'élection d'un autre Directeur par
voye de ferutin, & il exercera fon emploi
jufqu'au jour de la Conception fuivant.
V III.
Le Directeur propofera toutes les matieres
qu'il jugera à propos , & dans les
déliberations , chaque Académicien aura›
la liberté d'opiner , comme il lui paroîtra
convenable fans aucune contrainte ;
après quoi le Directeur recueillera lesfuffrages
, & tout fera reglé à la pluralité
des voix.
3-
I X.
Le Directeur pourra impofer filence ,
forfqu'il s'élevera des difputes trop vives , ›
rompre les feances , & faire les autres
fonctions de Prefident. Il fera tenu de
rendre compte à Sa Majefté , ou à celui
qu'elle propofera , de tout ce qui fe trai--
tera dans chaque conference. Il aura recours
à fa Royale protection pour l'obfer
vation des prefens Reglemens . Il occu-
11. Vol. A vi pera
12 LE MERCURE
pera la premiere place à la Table de l'A
cadémie , à la droite des. quatre Cenfeurs
qui lui doivent fucceder.
X.
Les quatre Cenfeurs , qui feront les
mêmes qui fuccederont au Directeur s'affieront
dans la forme fufdite , à la gauche
du Directeur de jour , & le Directeur ſe
trouvant abfent , le Cenfeur qui occupera
la place immediate après le Directeur,fera
fubftitué à fa place.
X I.
Les Cenfeurs pourront demander com
munication au Directeur des matieres quí
lui fembleront devoir être propofées .
XII.
Chaque femaine il y aura une Affemblée
particuliere dans l'endroit que le Directeur
trouvera plus convenable. Le Directeur
, les quatre Cenfeurs & le Secretaire
s'y trouveront , & y decideront à la .
pluralité des voix fur les matieres qui devront
être propofées à la prochaine Alfemblée.
XIII.
Indépendamment du Directeur on
pourra cenfurer les abus qui pourront
s'introduire
DE NOVEMBRE 1722 . 79
s'introduire contre les Reglemens de l'Académie
,de même que les Ecrits des Académiciens
, & ceux qu'on remettra à l'Académie.
XIV.
Tout ce qu'on aura reglé dans les conferences
particulieres fera communiqué à
l'Académie , où l'on décidera à la pluralité
des voix , &tout ce qui fera décidé:
fera infcrit dans le Regiftre de l'Académie
pour tenir lieu de loi Académique..
X V.
Le Secretaire fera perpetuel , & en cas
d'abfence des cinq Directeurs , ce fera
lui qui préfidera , avec pouvoir de nommer
un autre Secretaire à fa place . S'il
avoit quelque empêchement qui l'obligeât
de manquer aux Affemblées , il
pourra nommer un autre Secretaire pour
cette fois feulement. Mais s'il s'abfentoit
plufieurs fois , les Directeurs & les Cenfeurs
en nommeront un autre , & en cas.
de mort , toute l'Académie enfemble fera
l'élection d'un autreSecretaire par foruțin..
XVI.
Le Secretaire fera obligé de propofer
tout ce qui devra être écrit fur les livres :
dans le temps, de la conference , d'avertit
14
LE MERCURE
vant que
tir les Académiciens nouvellement élûs ?
d'écrire , & de répondre aux Lettres, ſuile
Directeur & les Cenfeurs le
trouveront à propos. Il aura des Livres
feparez , dars le premier defquels le Decret
de l'Inftitution de l'Académie , les
Reglemens , les ordres & les intentions
du Roy , les noms des Académiciens , &
autres Actes concernant l'Académie feront
infcrits . Dans le fecond on écrira tout ce
qui fe traitera d'important dans l'Acadé
mie , avec les principales raifons qui auront
été alleguées , marquant le nom de
ceux qui auront fourni quelques ouvra
ges , afin que de tout cela on forme l'hiftoire
de l'Académie. Le troifiéme fervirat
pour écrire les envois des Papiers , Actes
& Memoires qu'on tirera des Archives , ou
autres endroits. Le quatrième fera deſtiné
à enregistrer les Lettres que l'Académie
écrira , & les réponſes qu'elle fera . Dans
le cinquiéme on écrira les noms des Académiciens
, qu'on chargera chacun de
quelque étude particuliere , le jour qu'ils
devront rapporter ce qu'ils auront fait ,
les Livres qu'on confiera aux Académiciens
, ceux qu'on prétera à l'Académie.
Le Secretaire fera tenu de rendre ponctuellement
ceux qui auront été prêtez à
l'Académie , & de recouvrer ceux que
l'Académie aura prêtez . Il gardera un
profond
DE NOVEMBRE 1722. I's
profond fecret fur tout ce qui fera écrit
fur les Regiftres, à la reſerve toutefois de
ce qui devra être employé dans l'hiftoire.
Il fe chargera de tous les papiers appartenans
à l'Academie , les rangera en ordre ,,
dans les Archives de l'Academie , & en:
fera un Inventaire dans un Livre particu
lier.
XVIII.
Le nombre des Académiciens fera de
so. fans qu'il foit permis d'élire de furnumeraire
, à moins que ce ne foit par
ordre exprès du Roy , à l'exception tou--
tefois de ceux qui feront nommez dans
l'article XXIII.
XIX..
Les Academiciens affifteront ponctuel
lement aux Conferences , fans préference
de rang, Quand ils feront entrez , on commencera
à recueillir les fuffrages par le
rang qui fera à la droite du Directeur.-
Lorſqu'un Academicien aura quelque empêchement
, il en écrira au Secretaire.
Tous les Papiers qui feront remis au Secretaire
, feront écrits fur une feuille , --
avec une marge pour pouvoir les attacher.
Avec la permiffion du Directeur ,
on pourra rapporter verbalement ce qu'on
aura étudié pour plus grande brieveté & ~
facilité.
X X.
15 LE MERCURE
XX.
S'il vient à vacquer quelque place , il-
Y fera pourvû par voye de fcrutin , fous le
bon plaifir du Roy , l'Académie ne pouvant
admettre perfonne qui ne foit agréé
de Sa Majesté.
XXI.
Lorfque quelque Académicien mourra
, le Directeur nommera un de fes Collegues
pour faire l'Eloge du défunt , avec
l'abregé de fa vie , qui fera inferée dans
le Regiftre de l'Académie , pour être imprimée
dans la fuite dans l'hiftoire de l'Académie.
On recueillera les Livres & Papiers
qu'il aura laiffez , tant ceux qu'il
aura écrits , que ceux qui lui auront été
remis touchant l'Inftitution de l'Académie.
XXII.
Les Académiciens ne pourront faire
imprimer aucun Ouvrage fous le nom d'Académiciens
, fans être approuvé par l'Académie.
XXIII.
Il y aura des Académiciens Honoraires ,
dont le domicile fera établi dans les Diocéfes
du Royaume , & pays de Conquête ,
lefquels auront féance dans l'Académie ,
fans
DE
NOVEMBRE 1722. 1-
fans aucune diftinction lorfqu'ils fe trouveront
à Lifbone .
XXIV.
Depuis le premier de May jufqu'à la
fin de Septembre , l'Académie s'affemblera
à 4 heures le Dimanche , de quinże
en quinze jours feulement , & depuis
le premier d'Octobre jufqu'au dernier
d'Avril , elle s'affemblera à deux heures.
Elle ouvrira la féance dès que le Directeur
, & deux Cenfeurs feront arrivez ,
pourvû qu'il y ait douze Académiciens.
X X V.
Perfonne , de quelque qualité qu'elle
foit , ne pourra affifter aux conferences qui
-ne foit de l'Académie , fi ce n'eft qu'onait
quelque avis important à donner . Alors
le Directeur , & les Cenfeurs decideront
ce qu'ils trouveront à propos de faire.
Ceux qui feront admis en pareil cas , auront
féance parmi les Académiciens , mais
ils fe retireront dès qu'ils auront fait leurs
propofitions , & ils n'affifteront pas aux
déliberations de l'Académie.
XXVI,
Le Secretaire aura fous fes ordres les
Commis neceffaires pour écrire ce qu'il
leur ordonnera , & pour traduire tous les
memoires
LE MERCURE
Memoires . Il y aura un Portier qui fe
tiendra à la porte les jours que l'Acadé
mie s'affemblera , & les autres jours que
le Secretaire lui affignera . Les Commis &
le Portier feront payez fur les Revenus
que le Roy a accordez à l'Académie.
XXVII.
Il y aura un Imprimeur de l'Acadé
mie , qui imprimera promptement les
Feuilles , les Avis , Lettres circulaires , & autres
chofes que l'Académie lui ordonnera.
XXVIIE
Il y aura deux Affemblées publiques de '
l'Académie chaque année , qui feront les
jours de la naiffance du Roy & de la Reine.
On lira dans ces Affemblées les ouvrages
qui feront du reffort de l'Inftitution
de l'Académie . Ces deux Affemblées
ſe tiendront en la maniere , & dans l'endroit
qu'il plaira au Roy d'ordonner.
XXIX.
L'Académie aura un Sceau , duquel
elle fe fervira dans toutes les expeditions
Académiques. Il fera aux armes Royales,
au bas defquelles fera gravée la figure du
Temps, attachée avec des chaînes , & au
tour du Sceau on lira ces paroles, Sigillum
Academia hiftoria Lufitana . Elle aura
auffi
DE
NOVEMBRE 1722.
auffi une emblême qui reprefentera le fimulacre
du Temps , avec cette devife ,
reftituet omnia.
D
EPIST RE
A Monfeigneur l'Evêque de Laon ,
Jur le jour de fa Fête.
E toutes parts, grand Prélat, l'on s'apprête,
A vous offrir de l'encens & des voeux ,
Chacun cherche des fleurs dignes de vôtre tête,
Mais en eft-il en ces terreftres lieux ?
Le coeur à l'Eternel cut toûjours droit de plaire
C'eſt le feul don qu'il ne peut rejetter ,
Tel qu'eft le mien j'ofe le prefenter ,
Je puis dire qu'au moins fon langage eft fincere.
De vos bontez pour moy , monument précieux
Vôtre lettre obligeante anime mon audace ,
Et fi vous l'approuvez , content & glorieux ,
Par un fublime effor je pourrai tel qu'Horace,
M'élever jufques dans les cieux .
Quand les favoris d'Uranie
Offrent aux grands le tribut de leurs vers ,
Ils ont leur but , je fais tous les motifs divers ,
Qui
20 LE MERCURE
Qui dans l'occafion réveillent leur génie ,
L'intereft eft fouvent l'ame de leurs concerts ,
La coutume s'y joint , la baffe flaterie ,
Et fouvent c'eft tous trois , de ces motifs ram
pans , 1
A vous louer nul ne m'engage ,
Et fi j'ofe aujourd'hui vous offeir mon encens ,
Un fordide intereft n'en corrompt point l'hommage.
J'ai renoncé depuis fix ans,
Au vain éclat du monde, à fes fauffes promeffes;
Je méprife des biens tributaires du temps ,
Et veux que les vertus foient mes feulcs richeffes
:
C'eſt la premiere fois que j'ofe confier ,
Vôtre nom , vôtre éloge à ma timide plume ,
Un nom fi grand a droit de m'éfrayer,
Mais on ne dira pas que j'agis par coutume ,
Vous ne fçauriez non plus être flatté ,
Et pour vous bien louer quelque effort que l'on
faffe
,
Il faut laiffer parler la fimple verité ,
Elle vous loucra mieux que tout l'art du Par
naffe ,
C'eft elle qui dira que dans ce beau féjour , *
Le College de la Fléche en Anjon.
Où
DE
NOVEMBRE 1722 .
Où fous un même toît je goûtois l'avantage ,
De vous faire fouvent ma cour
Toutes vos actions m'étoient un feur préfage
De ce que vous feriez un jour ;
Vous infpiriez dèflors du refpect à l'envie
Sur votre front brilloit une aimable candeur ,
Et d'une illuftre Académic
Vous êtiez l'amour & l'honneur.
Témoin de vos progrès dans la noble carriere
Où Phoebus exerçoit ſes Athletes naiffans
Je les voyois bien loin demeurant en arriere ,
-X
S'épuifer pour vous fuivre en efforts impuiffansa
Paris vous vit depuis prenant un vol rapide
Percer dans les fecrets de la Divinité
Ainfi l'Aiglon d'un regard intrépide,
Du grand Aftre du jour contemple la clarté ¿
Des myfteres profonds de la Theologie ,
La Sainte horreur n'a point de tenebres pour
vous ,
De vos difcours fçavans la fublime énergie ,
Confond l'erreur & l'hydre expire fous vos
coups ; C
Oa ne la vit jamais d'une chûte fi prompte ,
Rentrer dans l'éternelle nuit ,
Vous
22 MERCURE LE
Vous parlez , tout fe rend , le front couvert de
honte ,
Le menfonge s'éclipſe , & la verité luit :
Pourfuivez, Grand Prélat , d'imitateur fidele ,
Du grand Saint que le Ciel vous donna pour
patron , *
Vous deviendrez un jour nôtre modele ,
Et vous montrez déja par vôtre zele
Que vous n'avez pas moins fes vertus que fon
nom .
Quelles font belles dans un âge ,
Qui , dit on, fut toûjours la faifon des plaifirs
Où le monde aveuglé rougit du nom de fage ,
Dans un rang où tout flatte , & prévient vos
defirs ,
Que dans vos Saints projets le Ciel vous fa
vorife ,
Que l'Enfer déchaîné n'en trouble point le
cours ,
Tel que nous vous voyons , enfin foyez toûjours
L'exemple des Prélats , la gloire de l'Eglife,
* Saint Charles Borromée.
Par le P. DE PONCY ,
Jefuite.
REMARDE
NOVEMBRE 1722 . 28
蛋蛋
REMARQUES critiques fur le Dictionaire
Hiftorique de M. Bayle , par
M. Jean Frederic Guib , Docteur en
Droit.
R Bayle affure dans la Rem. A de
M Part.
Apollinaris , qu'au défaut
d'Auteur ancien , il ne débite que fur la
foi des Auteurs modernes qui ont publié
des compilations d'Epigrammes , on de
Catalectes des anciens Poëtes , que cet
Apollinaris étoit natif de Carthage. Ce
fçavant homme ne s'eft pas reffouvenu
que l'Auteur de la vie de Virgile qu'on
attribue communément à Donat , Precepteur
de S. Jerôme , avoit écrit qu'Apollinaris
étoit Carthaginois. Cette vie
de Virgile eft certainement de quelque
antiquité , & je ne doute point que M.
Bayle ne fe fut autrement exprimé , fi par
un défaut de memoire qui n'eft que trop
ordinaire à ceux qui compofent des ou
vrages fur des matieres auffi diverfifiées
que l'eft fon Dictionaire Hiftorique , il
n'eut oublié qu'il eft fait mention d'Apollinaris
dans cette vie de Virgile.
Dans la Rem. C. de ce même article il
affirme qu'on a l'Epigramme qu'Apollinaris
24
LE MERCURE
:
naris compofa fur l'ordre que Virgile avoit
donné de brûler fon Eneide. La voici
ajoûte M. Bayle , ce n'est qu'un diftique .
Infelix alio cecidit prope pergamon
igne,
» Et pæne eft alio Troia cremata
rogo.
Ces vers -la font regretter la perte des
autres. Ce grand homme s'eft extrêmement
trompé lorsqu'il a crû que l'Epigramme
d'Apollinaris n'étoit qu'un diftique
, car on peut voir dans la vie de Vir
gile que je viens de citer les autres vers
dont M. Bayle regrette la perte. C'eſt
dommage que des fautes de cette nature
fe rencontrent dans un ouvrage auffi fçavant
, & auffi bien écrit que le Dictionaire
de cet illuftre Auteur. Rien ne marque
pourtant mieux la foibleffe de l'ef
prit humain . S'il avoit vêcu un peu plus
long- temps il n'auroit pas manqué fans
doute de les corriger lui- même , & d'ajoûter
en même temps à fon livre des
beautez que lui feul étoit capable de lui
donner. Lorfque la Republique des Lettres
perd des hommes comme M. Bayle ,
dont les ouvrages font deftinez à l'im
mortalité , elle fait des pertes irrepara
bles. Tel étoit le fentiment de feu mon
pere
DE NOVEMBRE 1722. 25
pere ( a ) Henry Guib , homme qui a
employé la plus grande & meilleure partie
de fa vie à l'étude des ſciences . Je lui
ai cüy dire très- fouvent que tous les Libraires
auroient dû porter le deuil , lorfque
M. Bayle mourut. Il admiroit la vafte
erudition qui eft répandue dans fon Dicnaire
Hiftorique , le ftile aifé , coulant
& inimitable, avec lequel les matieres lesi
plus épineufes y font écrites ; & il regar
doit comme un chef- d'oeuvre les nouvelles
de la République des Lettres , dont ce
fçavant homme à enrichi le public . Sui- !
(a) 11 nâquit à Nifmes le fixiéme Juin der
l'année mil fix cent cinquante - quatre , & le
dix-feptiéme May mil fix cent foixante quatorze
ibDreçut le bonnet de Locteur ès Droits, >
ayant deffein d'employer fes talens à la défenſe
de la veuve & de l'orphelin ; il fe fit recevoir
peu de temps après au nombre des Avocats poftulans
aux Parlemens de Grenoble & d'Orange,
& au Prefidial de Nifmes. Mais en l'anné mil
fix cent quatre-vingt - un fes amis le porterent
à remplir la chaire de Profeffeur en Eoquence.
au College de cette Ville , que le decès de fon
pere venoit de rendre vacante. La mort du Roi
d'Angleterre Guillaume III . Souverain de cette
Principauté, lui donna occafion de faire le Panegyrique
de ce Prince , & il eut l'avan age
d'avoir l'applaudiffement de tous les fça ans.
de cette Ville. En l'année il fept cent deux il
publia un Difcours à la louange de M. le Prince
de Conti , pere de fon Alteffe Sereniffime Luis
Armand de Bourbon qui porte aujourd'hui ave :
A II, Vol. B vant
26 LE MERCURE
vant lui il n'y avoit perfonne qui dans ce
genre de litterature eut pû écrire auffi
poliment , & auffi agréablement que cet
admirable Auteur , & il craignoit que ,
femblable à Homere , perfonne à l'avenir
ne peut atteindre au dégré de perfection
auquel M. Bayle étoit parvenu .
›
M. Bayle a oublié de parler dans l'art.
Hercule de la taille de l'Hercule , fils de
Jupiter & d'Alcmene . Il étoit de petite ,
ftature μορφον βραχὺς , f on en doit
croire Pindare dans l'Ode quatriéme de
fes Ifthmioniques. Ce qui étoit une particularité
d'autant plus remarquable , que
Pindare eft , à mon avis , le feul parmi
tant de gloire le grand nom de Conti . Il a
compofé encore la Preface , & c. que l'on voit
à la tête des décifions de Ranchin , imprimées
avec les notes de M Borrier En l'année mil
fept cent dix huit nôtre Univerfité ayam fair
imprimer fes Statuts , elle jugea à propos d'y
niettre à la tête un Poëme de 224 vers qu'il
avoit fait à la louange de feu nôtre Evêque
Jean Jacques d'Obeith Je ne fçaurois m'empêcher
d'apprendre au public qu'au revers du
titre de ces mêmes Statuts il y a dix- huit vers,
aufquels le Doyen de ros Avocats a fait mettre
fon rom comme s'il en étoit l'Auteur , quoique
M. l'Evêque & toute la Ville fçûffent que c'eft
Henry Guib qui les a compofez ; de forte qu'on
peut très-juftement dire à fon égard : Hos ego
verficulos feci , tulit alter honores . Il mourue
dans cette Ville le douziéme Aouft mil ſept cent
dix-neuf.
les
DE NOVEMBRE 1722. 27
les anciens qui en ait parlé , & que d'ail
leurs , la plupart des Heros , tant anciens
que modernes, ont auffi été de petite taille ,
comme il feroit aifé de le prouver fi cela
étoit neceffaire.
Dans la Rem. A de l'art. Meſtrezat
M. Bayle affure en parlant des Syndics de
la Republique de Genève, que cette Charge
eft des premieres de l'Etat. Je ſuis furpris
que ce fçavant homme ayant été à
Genéve , comme il paroît par ce qu'il a
écrit dans le texte de l'art. Priolo , ait
neanmoins parlé avec fi peu d'exactitude
des premiers Magiftrats de cette floriffante
République. Il falloit dire que la
Charge de Syndic eft la premiere de
l'Etat.
M. Bayle a fait un affez long article
fur M. le Pays , Auteur du livre intitulé
Amitie , Amours , & Amourettes . Mais
il n'a rien dit fur le temps de la naiſſance
de ce bel efprit. Pour fupléer ce qu'il a
omis à cet égard , je dois dire qu'il nâquit
en l'année nil fix cent trente- fix
comme M. le Pays l'a lui - même remarqué
à la page 423. de fon portrait qu'il
envoya à la Ducheffe de Nemours. Ainfi
M. le Pays étoit âgé de cinquante - quatre
ans lorfqu'il mourut.
•
A l'article du Medecin & Pete Thorius
,il eft un peu furprenant que M. Bayle
11. Vol. Bij air
28 LE MERCURE
ait oublié de remarquer que ce Medecin
mourut de la pefte en l'année 1629. &
que ce fut à Londres que cette cruelle
maladie l'emporta. Le temps & la maniere
dont font morts les perfonnes qui
ont paru avec quelque diſtinction dans le
monde, font des chofes que les curieux
fouhaitent de fçavoir , fur tout fi quelque
caufe extraordinaire les enleve . Il eft
donc étonnant que M. Bayle qui fe piquoit
de tant d'exactitude ait laiffé ignorer
à la pofterité une particularité auffi
remarquable de la vie du Poëte Thorius.
Par exemple , la curiofité des lecteurs eft
fatisfaite en lifant la vie de S. Loüis, de
voir que la pefte termina fes glorieux travaux
que Charles VII . Roy de France
mourut de faim ; que Philippe II . Roy
d'Espagne , le Philofophe Platon , de
même que plufieurs autres , font morts de
la maladie pediculaire ; que Georges Duc
de Clarence voulut finir fes jours dans
un tonneau de malvoifie ; que Charles le
Mauvais , Roy de Navarre,fut brûlé tout
vif dans un drap trempé dans de l'eaude-
vie où il s'étoit fait enveloper pour reparer
la chaleur naturelle que fes débauches
lui avoient fait perdre. Nous devons.
de la reconnoiffance aux Hiftoriens qui
nous apprennent ces fortes de particularitez
, car elle nous inftruit en même
;
temps
DE NOVEMBRE 1722. 29
temps qu'elles fatisfont la curiofité qui
eft naturelle à l'homme. Pour finir cet
article je me contenterai d'ajoûter, qu'un
Poëte nommé Robert Aythonus , fit des
vers fur la mort de Thorius ; ils ont été
imprimez dans le premier tome des delicia
Poëtarum Scotorum , page 61. & fuiv.
que
J'ay fait chercher , dit M. Bayle dans
une Remarque fur l'article 12. de fa differtation
fur les libelles diffamatoires , inferée
à la fin de fon Dictionaire Hiftori
que , j'ai fait chercher inutilement le livre
Gabriël Naudé intitula le Marfore
ou Dif ours contre les Libelles. Ilfutimprimé
à Paris..... je ne fçai en quelle année.
Ce livre de Naudé , dont M. Bayle
ignoroit le temps auquel il avoit été publé
, fut imprimé à Paris en l'année 1620 .
A Orange ce 3 Octobre 1722 .
HHHHHHHHI XX
L'E'GAREMENT DU PECHEUR.
SONNET
Sur les Bouts rimez propofez dans
le Mercure du mois de Septembre.
PEcheur,fuivant le fens d'un celebre Proverbé,
Ta fottife eft égale à celle d'un Oyfon ,
La fauffe volupté que tu goûte à foifon
Eft pire qu'un ferpent qui fe cache fous l'herbe.
II. Vol. B iij
Tan301
LE
MERCURE
Tantôt l'amour du jeu t'entraîne chez * Mal
Tantôt fous le réduit que
herbe
forme une cloiſon ,
Ta Lays te nourrit d'un infame
*
poison ,
Méprifant de l'honneur , & le nom , & l'Adverbe
1
Heureux le Penitent , qui revêtu d'un fac
*
Imitant Julien , fe fait pafleur de
Ou labourre la terre , & traîne la
Bacq ,
Charuë
Ses crimes l'euffent- ils noirci comme un Gril-
D'abord qu'il reconnoît fa fatale
Il devient auffi blanc qu'un petit
Aon
bévûe *
Papillon
Marchand de la Foire qui donne à jouer.
* S. Julien entreprit cet exercice par efprit de
penitence.
Autre Sonnetfur le même sujet.
TRop aveugle Pecheur tu ſoutiens ce Proverbe,
Ce bas monde te rend plus bête qu'un Oifon ,
Enyvré des faux biens qu'il te donne à foiſon ,
Tu ne réflechis pas qu'ils fechent comme l'herbe.
En efprit , je le veux , tu furpaffes Malherbe,
Tu tiens , comme Crefus , l'or fous mainte cloifon,
Tu
DE
NOVEMBRE 1722 . 31
Tu répands avec art le fel , ou le poiſon
Implacable cenfeur d'un verbe ou d'un Adverbe.
Mais fi tu ne mets pas d'autre piece en ton
Sac ,
Quand un jour il faudra paffer le trifte Bacq ,
Mieux il t'auroit valu manier la Charuë
Alors , trifte , confus , & noir comme un
Grillen
Que te reftera- t'il de ta folle
bévûë ?
Que d'avoir imité l'inconftant Papillon.
P
SUITE DU JOURNAL
N
Du boyage du Roy a Rheims.
mot
Ouspavons Ous avons donné dans le Premier
Volume du Mercure de ce mois , le
Journal du voyage du Roy , & fon retour
à Soiffons inclufivement ; nous avons
raporté les chofes remarquables qui fe
font paffées fur la route , depuis fon départ
de Verfailles l'entrée folemnelle
de Sa Majesté à Rheims , les ceremonies
de fon Sacre , & de fon Couronnement ,
la Tranflation de la fainte Ampoulle , le
Feftin Royal , la Cavalcade à l'Eglife
Abbatiale de S. Remy , la ceremonie des
Chevaliers du S. Efprit , &c. Il s'agit à
II. Vol.
Biiij preſent
·32 LE MERCURE
prefent de continuer ce Journal , & de
peindre à nos Lecteurs d'une maniere un
peu fenfible , les fuperbes Fêtes qui ont
été données au Roy à Villers- Cotterets ,
& à Chantilly. Nous n'entreprenons point
de faire fentir tout ce qu'elles avoient de
grand , de magnifique , & d'ingenieuſement
recherché ; ainfi nous ferions de
vains efforts pour en donner une jufte
idée à l'efprit qu'il ne peut recevoir que
des yeux.
2
11
FESTES DE VILLERS - COTTERETS .
Les Fêtes données au Roy, dans le Château de
donnéeserets
par Monfieur
le Duc d'Orleans , Regent du
Royaume , font un de ces fpectacles qui
frapent également , & ceux qui n'aplaudiffent
qu'à ce qui leur paroît être l'effet
-penible de Art , & ceux qui ne confultent
que la nature, quand ils admirent ce
qui les charme. On a été ébloui par
l'éclat , & par la varieté des objets , &
l'arrangement en a paru charmant.
Le Tableau le plus fuperbe , & le plus
neuf qu'on ait expofé aux yeux de Sa Majefté
dans ces Fêtes , a été l'image ennoblie
des Foires de S. Germain , & .de
S. Laurent ; image gaye & amufante par
le fonds , dont la forme a été embellie
par
DE
NOVEMBRE 1722. 33
par tout ce que le brillant des luftres , &
des illuminations , & la richeffe de la
décoration & des meubles ont pû fournir
de magnifique & de noble. Idée fimple
, & cependant vafte , qui renfermoit
tout ce qui flatte le goût , les yeux &
l'efprit ; fines patifferies , confitures &
liqueurs exquifes , bijoux travaillez &
précieux , jeux diverfifiez , & non appliquans
, Theatres ingenieux & Comiques ,
danfes galantes & bien imaginées ; mufique
gracieufe & legere , tout concouroit
à la fois pour divertir nôtre jeune Monarque.
Les fpectateurs même formoient
un des plus beaux ornemens de ce pompeux
spectacle . Cette idée fi riante & fi
heureuſe, eſt dûe à une grande Princefle
qu'on n'oſe nommer ici fans fon aveu ;
quoique le talent d'inventer des Fêtes
loin de deshonorer le rang & l'autorité
ait fouvent dans les fiecles les plus polis ,
illuftré des Heros déja fameux par des
triomphes . On a vû dans Rome florif
riffante des vainqueurs glorieux , des
politiques profonds , enfin des Peres de
la République , regler en même temps
les interefts de l'Etat , & la diftribution
des parties d'un grand fpectacle. Le pros
jet d'une Fête galante peut fort bien natre
dans un génie fuperieur . Le bon goût
n'eft pas incompatible avec la folidité de
II Vol.
B. v
J
l'efpric
34
LE MERCURE
l'efprit. Le Cardinal de Richelieu a prouvé
cette verité ; un exemple plus recent
nous la prouve aujourd'hui.
Qu'on ne s'attende donc pas à trouver
dans cette relation une copie parfaitement
reffemblante des divertiffemens , &
des fpectacles que nous décrirons. Ces
tableaux font trop brillans pour pouvoir
être copiez avec exactitude. C'eft le fort
des beautez éclatantes, de perdre toûjours
dans les portraits qu'on hazarde d'en
faire.
Le paffage du Roy par le Bourg de
Villers - Cotterets ayant été déterminé
M. le Duc d'Orleans donna ordre à M.
Oppenort, Directeur General de fes Bâtimens
& Jardins , de faire travailler au
rétabliffement du Château , & de le mettre
en état de recevoir Sa Majefté. On
connoît la capacité , & l'activité de M.
Oppenort. Les ordres de Monfieur le
Duc d'Orleans furent executez avec tant
de diligence , & en même temps avec tant
de précaution , que le Château de Vil-
-lers-Cotterets , quoiqu'inhabité depuis.
très-long-temps s'eft trouvé rétabli en
moins de quatre mois , & augmenté de
logen ens affez confiderables pour loger
toute la Cour , & contenir la nombreufe
affemblée qui devoit s'y rendre à la ſuite:
du Roy. Comme l'intention de S. A. R.
étoit
DE NOVEMBRE 1722. 35
étoit de faire tenir des tables ouvertes
non-feulement pour les perfonnes de diftinction
, & pour tous les acteurs de la
fête , mais encore pour tous les curieux.
qu'elle attireroit , il fut réfolu de conftruire
au pourtour exterieur de l'avantcour
du Château , des angards , appentis,
barraques , & tentes pour loger plus commodément
la foule de ces curieux , &
leur faire l'aprêt des viandes qu'on devoit
leur fervir. On conftruifit des logemens
pour fervir auffi de Corps de Garde aux
troupes de la Maifon du Roy.
*
Les Hôtelleries du Bourg , & les Cabarets
des environs pour fe conformer aux
ordres de Monfieur le Duc d'Orleans >
devoient recevoir & traiter tous les furvenans
, en veritables Chevaliers errans
& n'exiger que des politeffes pour payement.
Sancho Panfa n'eut point effuyé là
la douloureufe aventure de fon bernement
.
La vafte étendue des bâtimens du Châ
teau ne fuffifant pas pour dreffer le grand
nombre de tables qu'on devoit fervir , on
remedia à cet inconvenient par une quadruple
galerie longue de 25. toifes , &
large de 15. qui fut conftruite fur la terraffe
du jardin , à droite de la partie laterale
du Château. Cette galerie étoit couverte
de bannes de coutil , très- propre-
I. Vol.
B vj
ment
36 LE MERCURE
ment tapiffée, & éclairée de luftres & de
bras dorez . On y entroit par l'encoignu-
9
à droite de l'avant - cour. On a fervi
dans ces galeries grand nombre de tables,
avec une telle profufion qu'il n'y avoit
rien à deſirer ; les buffets de chaque table
étoient placez avec tant de fimetrie
que le tout parfaitement éclairé formoit
un fpectacle auffi agréable qu'étonnant.
Tout ce grand monde étoit fervi en même
temps , & fans interruption .
Les appartemens du Château & de
l'avant- cour étoient refervez pour le Roy,
les Princes & les Seigneurs de la Cour .
On logea dans la galerie de l'Orangerie
les Acteurs deftinez pour la Mufique
, & pour la danfe. Cette galerie étoit
parquetée , & la diftribution en étoit li
bien entendue , que tous les Muficiens &
Muficiennes , Danfeurs , Danfeuſes , &
Symphonistes de l'Opera y furent logez
fort commodement leurs chambres
étoient meublées très proprement , & avec
toutes fortes de commoditez .
Les Offices , cuifines & falles à manger ,
deftinées uniquement pour eux , étoient
tout auprès de leurs logemens , & conftruites
dans le jardin de l'Orangerie. La
communication de ce lieu là au Château
étoit aifée ; on y arrivoit par une belle
allée couverte en berceau , avec un dégagement
DE
NOVEMBRE 1722 . 37
gagement qui conduifoit à la grande ruë
du Bourg
.
Les Acteurs & Actrices de l'Opera au
nombre de 140. perfonnes , y compris la
Danfe & la Symphonie , ont été traitez
pendant fix jours dans l'endroit dont
nous venons de parler , par un Maîtred'Hôtel
, des Officiers & Garçons fervans
qui leur étoient affectez ; ils avoient
même leur vaifelle, & tout ce qui les concernoit
en particulier. Leur table formoit
un filet de 140. couverts ; elle étoit fervie
à trois fervices, dont le premier étoit de 20 .
potages de differentes façons & 40. entrées
. Le deuxième de 30. plats de rôts,
20. plats d'entremets , & 20. affiettes d'oranges
& falades. Le troifiéme de 25 .
corbeilles de fruit crud , 20. corbeilles de
confiture feche , & 25. compôtes . Ils ont
toûjours été fervis de même à dîner & à
fouper, en diverfifiant les potages , les entrées
, les viandes , & les entremets . Outre le
vin de Bourgogne & le vin de Champagne
, on leur donnoit à chaque repas tout
ce qu'ils demandoient en vins de liqueurs ,
liqueurs & Caffé. Dès le matin on leur
fervoit du Thé , du Caffé , & du Chocolat.
Avant que de raporter tous les plaifirs
que Monfieur le Duc d'Orleans a prefentez
au Roy, en revenant de Rheims , ilne
LE MERCURE
ne faut
pas oublier la reception qu'il fit
à Sa Majefté , lorfqu'elle coucha la premiere
fois à Villers - Coterêts le Diman.
che 18. Octobre.
On avoit rangé fur la croupe de la
butte de Tanleu , à la tête de l'avenuë
de Soiffons , douze pieces de canon &
cent boëtes. Le Roy entra au bruit de
cette artillerie & de ces boëtes , dans
le Bourg qu'il trouva illuminé , & palla
fous les Arcs de triomphe compofez de
feuilles , & parez de guirlandes & de
feftons de fleurs de la faifon , entrelaffez
de gros lampions . La place & les
grilles du Château étoient auffi couvertes
de ces ornemens champêtres , &
éclairez par un nombre infini de lumieres
auffi - bien que l'avant- cour , dont tou
tes les Architectures en étoient chantournées
. On ne laiſſa voir ce jour-là à Sa
Majefté , que ce qui ne pouvoit pas diminuer
l'agrément de la furprife dans la
fête qu'on lui préparoit pour fon retour.
Nous remarquerons que lors de ce premier
paffage du Roy à Villers- Coterêts ,
il y a eu autant de tables fervies le foir
à fouper , qu'il y en eut au retour de Sa
Majefté. Le Sieur Pefier , chargé du détail
de cette fête , avoit prévû à tous les
befoins , il avoit eu la précaution de faire
mettre dans la Garderobe de chaque apparteDE
NOVEMBRE 1728. 39
partement des pains de 4. livres, juſqu'au
nombre de 600. garnis de poulets gras ,
poulardes, pigeons, perdreaux & failans,
du vin de Bourgogne & du vin de Champagne.
N'oublions pas la précaution prife
le jour du départ de la Cour , pour la
commodité de ceux qui vouloient faire
alte. 600. pains de quatre livres garnis
comme les précedens , & 1800. bouteilles
de vin de Bourgogne & de Champagne
furent diftribuez à l'heure du départ.
comme Le Roy partit de Soiffons
nous l'avons dit dans le premier volume
de ce Journal le 2. Novembre , à dixheures
du matin . S. M. monta à cheval,
avant d'arriver à la Forêt de Villers- Cotérêts
, & après avoir joui quelque temps ,
de la beauté de la campagne , rentra dans >
fon caroffe.
Monfieur le Duc d'Orleans , qui s'étoit
rendu à Villers - Coterets en chaife
de pofte dès la veille , pour être plus à
portée de donner fes ordres , vint au devant
du Roy. S. ,M. arriva fur les
trois heures après midi , au bruit du canon
& des boëtes , par la grande avenuë
de Soiffons , qu'on avoit ornée dans tous
les intervales des arbres , de torcheres de
feüillée portant des pors à feu. L'avenue
de Paris , qui fe joint à celle- ci dans le
a
même:
(
40 LE MERCURE
même alignement , faifant enſemble une
étendue de près d'une lieuë , étoit decorée
de la même maniere.
Le Roy defcendit au bas de la terraffe,
qui regne le long du Château du côté
du jardin. Monfieur le Duc d'Orleans le
conduifit dans l'appartement qui lui avoit
été préparé.
>
Ce jour -là à midi on tira ún coup de
canon , c'étoit le fignal qui devoit avertir
les Hôtelleries du Bourg de Villers - Coterêts
& tous les Cabarets des environs
, de traiter gratis tous ceux qui ſe
préfenteroient à toutes les heures du jour
& de la nuit , pendant tout le fejour que
S. M. feroit au Château de Villers - Corerêts
. C'eſt au Lecteur à imaginer la
prodigieufe confommation qui s'eft faite
dans cette occafion , où il n'étoit queftion
que de boire & de manger , & où
les alimens de toute efpece n'ont point
manqué. Ce coup de canon fut tiré encore
à une autre intention ; il avertiffoit
auffi de ne vendre à qui que ce fût , ni
pain , ni vin , ni viande , fous des peines
très- rigoureuſes.
Après que le Roy fe fut repofé un peu
de temps , il parut fur le balcon qui donne
fur l'avant- cour du Château , où étoit
la fcene des premiers fpectacles qu'on lui
avoit préparez.
Cette
DE NOVEMBRE 1722 . 41
Cette avant- cour est très - vafte , tous
les appartemens bas étoient autant de cuifines
, offices & falles à minger ; & à
trois toifes de diſtance des aîles on avoit
élevé deux amphiteatres , longs de feize
toi es fur vingt pieds de hauteur , diftribuez
par arcades , fur un plán à pans coupez
& ifolé ; les gradins couverts de ta
pis , étoient placez dans l'intervalle des
avant- corps , & produifoient un objet
varić & gracieux. Les parois des amphitheatres
étoient revétus de fcüillées
qui contournoient toutes les architectures
des arcades , ornées de feftons & de
guirlandes , & éclairées de luftres char
gez de longs flambeaux de cire blanche.
Des lumieres arrangées ingenieuſement
fous differentes formes , terminoient ces
amphitheatres .. ?
Au milieu de l'avant- cour on avoit
conftruit entre les deux amphitheatres un
plancher , pour fervir aux exercices des
fauteurs , voltigeurs & danfeurs de corde
, en refervant autour de ce vafte plancher
, des efpaces très- larges pour le paffage
des caroffes , qui pouvoient y tourner
par tout avec une grande facilité. A
fix toifes des quatre encognures on avoit
établi quatre tourniquets à courir la ba
gue , peints & decorez d'une maniere
uniforme.za
Pour
42 LE MERCURE
Pour former une liaifon agreable entre
toutes ces parties , on avoit poté des
gueridons de feuillées chargez de lumieres
, qui conduifoient la vue d'un objet
à l'autre par des lignes droites & circulaires.
Ces gueridons fumineux étoient
placez dans un tel ordre , qu'ils laiffoient
toute la liberté du paffage.
Quand le Roy fut tur fon balcon , ayant
auprès de fa Perfonne une partie de fa
Cour , le reste alla occuper les fenêtres
du corps du Château , qui , auffi - bien que
les aîles , étoit illuminé avec une grande
quantité de lampions & de flambeaux de
cire blanche : ces lumieres rangées avec
art fur les differentes parties de l'archi
tecture , produifoient diverfes formes
agreables & une varieté infinie . }
L'arrivée de S. M. fur fon balcon , fut®
celebrée par l'harmonie bruyante de toute
la fimphonie , placée fur les amphi
theatres , & compofée des inftrumens les
plus champêtres & les plus éclatans : cat
dans cet orqueftre , qui réüniffoit un trèsgrand
nombre de violons , de hautbois &
de trompettes marines , on comptoiť
plus de quarante cors de chaffe. Les
tourniquets à courir la bague , occupez
par des Dames des lieux & des Châteaux
voifins de Villers - Coterêts , & par des Ca
valiers galans, divertirent d'abord le Roy.
Enfuite
DE
NOVEMBRE 1722.
4$$
"
Enfuite les danfeurs de corde commencerent
leurs exercices , au fon des violons
& des hautbois, fur une corde tenduë fur
le plancher , dont nous avons parlé ; &
dans les vuides de ce fpectacle , les trompettes
marines & les cors de chaffe fe
joignoient aux violons & aux hautbois ,
& jouoient les airs les plus gais. La joie
regnoit fouverainement dans toute l'affemblée'
, difperfée fur les amphitheatres,
& dans tous les efpaces pratiquez autour
du plancher des danfeurs de corde , leſquels
s'efforcerent de meriter l'honneur
qu'ils avoient de paroître dans une fi fuperbe
fête. Les fauteurs firent auſſi admirer
leur foupleffe & leur agilité.
و
Après ce divertiffement , le Roy voulut
defcendre dans cette avant- cour &
voir courir la bague de plus près , alors
les tourniquets furent remplis de jeunes
Princes & Seigneurs , qui briguerent
l'emploi d'amufer Sa Majefté , parmi lefquels
le Duc de Chartres , le Comte de
Clermont , le Grand - Prieur & le Prince
de Valdeik , le Duc de Retz , le Marquis
d'Alincourt , le Chevalier de Pefé
fe diftinguerent.
Après avoir été témoin de leur adref
fe , le Roy s'approcha de l'eftrade , où
les fauteurs firent divers fauts perilleux,
qui amuferent agreablement S. M. Elle
remonta
44
LE MERCURE
remonta enfuite dans les appartemens ;
& fit une partie de Berlan avec Monfieur
le Duc d'Orleans , le Duc de Bourbon
, la Maréchale d'Etrées & la Marquife
de Courtenvaux . La Cour fe parta
gea entre differens jeux : quand ils furent
finis , les Comediens Italiens donnerent
un impromptu comique , compofé des
plus plaifantes fcenes de leur Theatre ,
que le fieur Lelio r.ffembla , & qui réjoüirent
fort Sa Majesté . Les Laſſis d'Arlequin
donnerent le temps de préparer
l'illumination des Jardins & du Parc ,
qui fut des plus brillantes & des mieux
entenduës.
Les plus grands connoiffeurs dans l'art
du Jardinage , avouent que rien n'eſt ſi
fomptueux , & fi veritablement beau , que
l'ordonnance du Parc & des Jardins de
Villers -Coterêts
tant pour la varieté
des formes , que pour le grand goût qui
les caracterife toutes.
Les parterres des jardins , la grande
allée du Parc , & les deux qui font à
droite & à gauche du Château , furent
illuminez par une quantité prodigieufe
de pots à feu. Tous les compartimens ,
deffinez par lumieres , les , ne laiffoient
rien échapper de leurs agrémens particuliers.
Sa Majefté defcendit pour voir de plus
près
DE
NOVEMBRE 1722. 45
près l'effet de cette magnifique illumination.
Tout d'un coup l'attention generale
fut interrompue par le fon des hautbois
& des mufettes ; les yeux fe porterent
auffi- tôt où les oreilles avertiffoient
qu'il fe préfentoit un plaifir nouveau . On
apperçut au fonds du parterre , à la
clarté de cent flambeaux , portez par des
Faunes & des Satires , tout le cortege
d'une nôce de Village , qui s'approcha en
danſant de la terraffe fur laquelle le Roy ,
étoit. Le fieur Thevenard marchoit à la
tête de la troupe , portant un drapeau.
L'affemblée de cette Nôce ruftique étoit
compofée de danfeurs & de danfeufes de
l'Opera. Le Marié & la Mariće fe fignalerent
par les pas les plus recherchez, &
par les attitudes les plus galantes. A la
fineffe & à la legereté de leur danfe , il
ne fut pas difficile de reconnoître le fieur
Dumoulin quatrième , & l'incomparable
Mile Prevôt. Ce petit Ballet fut fuivi du
Louper du Roy & de fon coucher .
Après le fouper de S. M. on fervit la
table de Monfieur le Duc d'Orleans ; le
Duc de Chartres en tint une feconde
d'autres Princes , & les principaux Officiers
de S. A. R. en firent quantité d'autres
dans divers appartemens , & dans les
lieux dont nous avons déja parlé : elles
furent toutes fervies en même temps , &
avec
46
MERCURE LE
avec la même delicateffe dans l'ordre .
qui fuit.
4. Tables de 30. couverts chacune.
21. de 25. couverts .
12. de 12. couverts.
Sans y comprendre plufieurs autres tables
non reglées , pour des Seigneurs qui
vouloient manger dans leursdans
leurs appartemens.
Les 4. tables de 30. couverts ont été
fervies à quatre fervices chacune , & chaque
fervice compofé de 75. plats , compris
le filet dormant du milieu , qui confiftoit
en une grande machine , ou furtout
de vermeil doré dans le milieu, 2. grands
plats garnis de criftaux d'Angleterre ,
deux grandes jattes garnies de fleurs , &
deux autres plats garnis d'ornemens hiftoriez
, de fleurs & de figures , ces deux
derniers faits en fucre au caramel.
11 y avoit donc pour chacune de ces
tables 300. plats , fans y comprendre 12.
falades , 12. fauces , & 12. jattes d'oranges.
Ce qui fait pour ces 4. tables 1344.
plats ou jattes.
4.
Les 21. tables de 25. couverts furent
fervies pareillement à fervices , de 45.
plats chacune , compris les filets dormans,
compofez d'un furtout d'argent ou de
vermeil , & de deux grandes jattes de
fleurs. Ce qui faifoit 180. plats pour chaque
DE NOVEMBRE 1722. 47
que table , fans y comprendre 4. falades,
4. fauces & 4. affiettes d'oranges. Le
total de ces 21. tables compofoit 4032 .
plats ou jattes par chaque repas.
Les 12. tables de 12. couverts , fervies
à trois fervices , compofez de 13. plats à
chaque fervice , faifant 39. plats pour
chacune , fans y comprendre 2. falades ,
2. fauces , & 2. affiettes d'oranges. Ce
qui fait enſemble pour les 12. tables 540 .
plats pour chaque repas.
Nous avons calculé , qu'on a fervi fur
les 37. tables , dont nous venons de parler
, la quantité de 5916. plats à chaque
repas.
SECONDE JOURNE'E .
Chaffe du Sanglier.
Le Mardi 3. Novembre , une triple
falve de l'artillerie & des boëtes annonça'
le lever de Sa Majefté. Le Roy entendit
la Melle à dix heures dans la Chapelle
du Château , & defcendit enfuite de fon
appartement pour fe rendre à l'amphitheatre
, qui avoit été dreffé dans le Parc,
à la gauche du Château , où Sa Majeſté
devoit prendre le plaifir d'une chaffe de
Sanglier dans les toiles. Les Princes du
Sang , & les principaux Officiers de Sa
Ma48
LE MERCURE
Majefté le fuivirent. L'équipage du Roy
pour le Sanglier , commandé par le Marquis
d'Ecquevilly , qui en eft Capitaine ,
devoit faire entrer plufieurs Sangliers
dans l'enceinte qu'on avoit formée près du
jardin de l'Orangerie.
Pour placer le Roy & toute la Cour ,
on avoit conftruit trois galeries découvertes
dans la partie interieure de l'avenuë
, & fur fon alignement , à commencer
depuis la grille jufqu'à la contre- allée
du Parterre. La galerie du milieu préparée
pour le Roy , avoit 12. toifes de
longueur & 3. de largeur : on y montoit
fept marches par un efcalier à double
rampe , qui conduifoit à un repos , d'où
l'on montoit fept autres marches de
front , qui conduifoient fur le plancher.
Cette galerie étoit ornée de colones de
verdure, dont les entablemens s'uniffoient
aux branches des arbres de l'avenuë , &
formoient une architecture ruftique plus
convenable à la fête , que le marbre &
les lambris dorez . Cette union des entablemens
& des arbres reffembloit affez
à un dais , qui fervoit de couronnement
à la place du Roy. Le plancher étoit
couvert de tapis de Turquie , ainfi que
la balustrade. Un tapis de velours cramoify
, bródé de grandes crépines d'or ,
diftinguoit la place de Sa Majefté. Tout
le
DE
NOVEMBRE 1722. 49
Ye pourtour de cet édifice , & les rampes
des efcaliers , étoient revétus de feüillée
, avec un goûr qui marquoit un genie
capable d'embellir les chofes les plus
communes.
Aux deux côtez , & à neuf pieds de
diſtance de cette grande galerie , on en
avoit conftruit deux autres plus étroites
& moins élevées , pour le refte des fpectateurs
, qui ne pouvoient pas tous avoir
place fur la galerie du Roy. Ces deux
galeries étoient decorées de feüillage
comme la grande , & toutes les trois
étoient d'une charpente très- folide , &
dont l'affemblage avoit été fait avec des
précautions in finies , pour prévenir les
moindres dangers .
Dès que le Roy fut placé , on lâcha
l'un après l'autre cinq Sangliers dans les
toiles. Cette chaffe fut parfaitement belle.
Le Comte de Saxe , le Prince de
Valdeik , & quelques Seigneurs François ,
y firent éclater leur adreffe & leur intrepidité.
Ils entrerent dans les toiles armez
feulement d'un couteau de chaffe
& d'un épieu. Cer excrcice perilleux eft
fort ufité parmi les Seigneurs Allemans
.
Le Comte de Saxe accula plus d'un
Sanglier avec fon épieu . Le Roy en ayant
bleffé un d'un dard qu'il lui lança , le
'II. Vol. C Comte
50 LE
MERCURE
corps
Comte de Saxe l'arracha d'une main du
de l'animal , que fa bleffure_rendoit
plus redoutable , tandis que de l'autre
main , il en arrêta la fureur & les
efforts. Le même Comte de Saxe pourfuivit
enfuite & irrita extrêmement un
Sanglier , & quand fa rage fut pouffée
au dernier periode , il l'attendit apuyé
d'une main fur fon épicu , tenant dans
l'autre un couteau de chaffe qu'il enfonça
au milieu du front de ce furieux animal
, dans l'inftant où il fe lançoit fur
lui. Le Marquis de Barbançon , premier
Veneur de S. A. R. fit auffi connoître
par fa force & par fon adreffe
, que nos
Chaffeurs
ne cedent en rien aux Etrangers.
Cette chaffe , qui divertit beaucoup
S. M. & toute la Cour , dura juſqu'à
une heure après midi , que le Roi rentra
dans le Château , & dîna feul à fon grand
couvert , ſervi par les Officiers de fa
Mailon.
Toutes les tables pour les Princes , les
Seigneurs de la Cour , les Officiers de
la Maifon du Roy , & par la quantité
prodigieufe de gens de diftinction , qui
étoient à Villers- Coterêts , furent fervies
avec la même abondance & la même délicateffe
que le jour précedent.
Chaffe
DE
SI DE NNOVEMBRE 1722
Chaffe du Cerf.
Après le dîné , on donna au Roy le
divertiffement de la chaffe du Cerf , dans
l'enclos du Parc de Villers - Coterets ,
dont on avoit ôté les toiles qui avoient
fervi le matin à la chaffe du Sanglier..
Le Roy monta en caleche au bas de
la terraffe , accompagné du Comte de
Clermont & du Duc de Charoft , Gouverneur
de Sa Majefté. Monfieur le Duc
d'Orleans , le Duc de Chartres , le Duc
de Bourbon , le Comte de Charolois &
le Prince de Conti , à cheval , avec quantité
d'autres Seigneurs de la Cour , étoient
auprès de la caleche du Roy ; tous les
Princes du Sang , & plufieurs Seigneurs
en habit de challe de l'équipage du Roy
pour le Cerf.
Le Cerf fut chaffé pendant plus de
deux heures par la Meute du Roy , le
Comte de Touloufe , Grand- Veneur de
France , en habit uniforme , piquant à la
tête. Sa Majesté parcourut toutes les routes
du Parc. La chaffe paffa plufieurs
fois devant fa caleche , & le Cerf, après
avoir tenu très- long- temps devant les
chiens , alla donner de la tête contre une
grille , & fe tua.
Le Roy revint fur les cinq heures dans
11. Vol. Cij foa
52
LE MERCURE
appartement
, & changea d'habit pour
aller à la Foire .
fon
Cette chaffe fut fatale au Marquis de
Grancey , Lieutenant General des Armées
du Roy , Gouverneur de Dunkerque
, qui tomba de cheval , fe calla le
bras droit & fe démit l'épaule .
La Foire
Salle de la Foire.
que Monfieur le Duc d'Or
leans avoit fait préparer , avec la magnificence
dont nous avons déja dit quelque
chofe , étoit établie dans la cour interieu
re du Château , qui eft moins grande que
l'avant-cour dont nous avons parlé ; elle
eft quarrée & bâtie fur un deffein femblable.
C'eft-là qu'on a vu le plus fomptueux ,
& le plus brillant affemblage d'objets
magnifiques & amufans , que l'imagination
puille former . L'Architecture & la
Peinture y enchantoient la vue , la Mufique
y charmoit les oreilles , les liqueurs
& les friandifes les plus exquifes , y flattoient
le goût le plus delicat ; la Mufe
comiqué y réjouifloit l'imagination , les
faifeurs de tours & joueurs de gobelets
y piquoient la curiofité des uns , celle des
autres étoit attirée de boutique en boutique
par l'éclat des glaces & des meubles
DE
NOVEMBRE 1722.
53
}
bles ; on y prodiguoit les rubans , les bijoux
, & tout ce que l'opinion & la mode
embelliffent à nos regards : Enfin , on
peut dire , que la Foire du Château de
Villers- Coterets , a été le rendez-vous
des plaifirs & des jeux ; & que pas un
d'eux n'y a manqué.
Le Lecteur ne fera pas fâché de fe
promener dans cette Foire nouvelle , &
de l'admirer en détail,
On avoit laiffé de grands eſpaces tout
autour , entre les boutiques & le milieu
du terrain , qu'on avoit parqueté & élevée
feulement d'une marche , pour former
une falle de bal. Cette falle n'étoit
feparée de ces efpeces de rues que par une
banquette continue , couverte de velours
cramoify. Toute la cour qui renfermoit
cette foire , étoit couverte de fortes banes
, foutenues par des travées folides ,
qui fervoient encore à fufpendre vingtquatre
luftres qui éclairoient feulement
la falle (du bal , indépendammeut des
girandoles & des bras dorez , qui
étoient dans toutes les boutiques & fur
les theatres. Toutes ces pieces étoient or
nées d'une très - grande quantité de luftres
, & ces lumieres reflechies fur les
grands miroirs & trumeaux de glaces ,
étoient multipliées à l'infini.
On entroit dans cette brillante Foire ,
II. Vol. C iij par
$ 4 LE MERCURE
par quatre paffages fimetrifez , placez ati
quatre encognures , qui répondoient aux
efcaliers du Château. Ce lieu étant quarré
& plus long que large , les deux faces
plus étroites étoient remplies par deux
édifices , & les deux autres faces étoient
fubdivifées en boutiques , feparées au milieu
par deux petits Theatres .
En entrant de l'avant- cour dans la Foire
, on rencontroit à droite le Theatre
de la Comedie Italienne , qui rempliffoit
feul une des faces moins larges de la Cour.
Il étoit ouvert par quatre pilaftres peints
en marbre blanc , cantonnez de demi - colonne
, d'Arabesques & de Cariatides de
bronze doré, portant une corniche dorée
, d'où pendoit une pente de velours
à crépines d'or , chargée de feftons de
fleurs . Au-deffus regnoit un pié-deftal en
baluftrade de marbre blanc , à moulure
d'or , orné de compartimens, de rinceaux
de feuilles entrelaffées , & liées avec des
girandoles chargées de bougies.
On voyoit au haut de ce Theatre les
'Armes du Roy , groupées avec des guirlandes
de fleurs. Le Chiffre de S. M. figuré
par une double LL entrelaffée , paroiffoit
dans deux cartouches , qui conronnoient
les deux ouvertures faites aux
deux côtez du Theatre pour le paffage
des Acteurs ; ces deux paffages étoient
meuDE
NOVEMBRE 1722. 55
meublez d'une double portiere de damas
cramoily à crépines d'or , feftonans fur le
haut. Ce Theatre élevé feulement de
trois pieds du rez-de chauffée , reprefentoit
un Temple de Baccus , dans un
jardin à treillage d'or , couvert de vignes
& de raifins . On voyoit la ftatuë
du Dieu en marbre blanc , qu'environnoient
les Satires , lui préfentans leurs
hommages ces demi- Dieux étoient en
coloris.
Le Theatre Italien étoit occupé par
deux Acteurs & une Actrice , Arlequin,
Pantalon & Silvia , qui par des faillies
Italiennes , & des Scones réjouiffentes,
fçavoient diftraire les fpectateurs des
autres plaifirs qui les appelloient de toutes
parts . Continuons pourtant nôtre
promenade ; il eft impoffible de s'arrêter
ici autant qu'on voudroit , & que chaque
objet le merite.
La premiere boutique à droite , après
le Theatre Italien , étoit la Pâtiſſerie.
Avant que
de fpecifier chaque boutique,
il faut remarquer , pour comprendre la
magnificence de l'enfemble , qu'elles
étoient toutes feparées par deux pilaftres
de marbre blanc , de l'entre- deux defquels
fortoient trois bras , en hauteur , à
plufieurs branches , garnis de bougies juf
qu'au bas de la baluftrade. Ces pilaftres
II. Vol C iiij étoient
LE MERCURE
étoient cantonnez de colonnes & arabef
ques , portant des vafes de bronze doré ,
d'où paroiffoient fortir les orangers chargez
d'une quantité prodigieufe de fruit ,
& alignez fur les galeries , qui regnoient
fur tout l'édifice autour de la Foire.
•
Immediatement au-deffus des boutiques
, qui avoient environ huit pieds de
profondeur , & quinze à feize de hau-
Teur , regnoit tout
autour la baluftrade
dont nous avons parlé , à chaque
côté des orangers qui étoient deux
à deux , il y avoit une girandole garnie
de bougies en piramide , & entre chaque
groupe d'orangers & de girandoles,
il y avoit un ou plufieurs Acteurs &
Actrices de l'Opera , qui chanterent
dans le Choeur , fans fe déplacer , appuyez
fur la balustrade , mafquez en Domino
ou autre habit de bal , dont les couleurs
étoient très éclatantes , ce qui faifoit
un coup d'oeil fi furprenant , que
ceux qui l'ont vû , ont avoué qu'il étoit
impoffible d'en donner une jufte idée.
Chaque boutique étoit éclairée par
quantité de bras à plufieurs branches ,
& par deux luftres à huit bougies qui fe
fe repetoient dans les glaces ; à celles
qui étoient deftinées pour la bouche , il
y avoit de plus des buffets rangez avec
arts & garnis de girandoles. Toutes les
bou
'DE
NOVEMBRE 1722. 57
boutiques avoient pour couronnement uncartouche
, qui contenoit en lettres d'or
le nom du Marchand le plus connu de
la Cour , par rapport à la marchandiſe.
de la boutique. Les fupports des cartouches
étoient ornez des attributs , qui pouvoient
caracteriſer chaque negoce dans un
goût noble. Les Muficiens & Muficiennes
, Danfeurs & Danfeufes de l'Opera ,
vétus d'habits galans faits d'étoffes bril .
lantes , & cependant convenables aux
Marchands qu'ils reprefentoient , & diftribuoient
toute leur marchandife gratis.
•
Revenons à la boutique du Pâtiffier
qui étoit intitulée Godart. Elle étoit meublée
d'un cuir argenté le fonds feparé
au milieu par un trumeau de glace , laiffoit
voir dans fes côtez le lieu deftiné au
travail du métier , avec toutes les uftanciles
neceffaires . Me Thierry , Danfeuſe ,
repréfentoit la Pâtiffiere , elle avoit pour
garçons les fieurs Malterre & Javiliers,
le fils , qui , habillez de toile d'argent ,
& portant des clayons chargez de ratons
tout chauds , couroient fi vite les debi--
ter dans la Foire , qu'ils ne laiffoient pas
refroidir leur marchandiſe. Cette bouti
que étoit garnie de toute forte de pâtiſ
ferie fine .
La boutique fuivante avoit pour infcription
, Perdrigeon . Elle étoit meublée
H.-Vol.
Cov d'une
58 LE MERCURE
d'une tenture de brocatelle de Venife &
de glaces , & garnie de dragonnes brodées
en or & en argent , noeuds d'épées
& de cannes , ceinturons & bonnets brodez
richement. Les rubans de toutes
fortes de couleurs & d'or & d'argent , les
plus à la mode & du meilleur goût , y
pendoient en feftons de tous côtez . Le
Maître & la Maîtreffe de la boutique ,
étoient reprefentez par le Sieur Dumoulin
Danfeur , & par la Dle Rey , Danfeufe.
La troifiéme boutique étoit un Caffé ;
en lifoit dans le cartouche le nom de
Benachi. Elle étoit tenduë d'un beau
cuir doré , avec des buffets chargez de
tafles , foucoupes & cabarets du Japon
& des Indes , & de girandoles , de lumieres
qui fe repetoient dans les trumeaux.
Le Sieur Corbie & la De Julis,
Chanteur & Chanteufe , déguiſez en
Turc & Turqueffe , auffi . bien que le
Sieur Deshayes , Chanteur , qui leur fervoit
de garçon , diftribuoient le Caffé ,
le Thé & le Chocolat.
La quatriéme boutique, élevée en Theatre
d'Operateur , étoit infcrite , le Docteur
Barry. La forme de ce Theatre reprefentoit
une Place publique & les ruës
adjacentes. Scapui en Operateur , Trivelin
, fon garçon , le Sieur Paqueti en
aveugle , & la Dle Flaminia , femme de
l'O.
DE
NOVEMBRE 1722 .
59
l'Operateur , rempliffoient ce Theatre ,
& contrefaifoient parfaitement le manege
& l'éloquence des Arracheurs de
dents .
Après le Docteur Barry , on comptoit
la cinquiéme boutique , reprefentant un
Ridotto de Venife , & portant ce nom- làdans
fon infcription. Le meuble étoit de
velours , les trumeaux & les bougies n'y
étoient pas épargnez. Il y avoit là des tables
de Baffette & de Pharaon , tenuës
par des Banquiers bien en fonds , & toust
mafquez & habillez en Venitiens . C'étoient
des Courtifans , qui fe démafquerent
d'abord que le Roy parut dans la
boutique.
La fixiéme intitulé Du Creux & Baraillon
, avoit pour Marchande la Dile
Duval, Danfeuſe , & pour marchandiſe,
des mafques , des habits de bal , & des
Domino , de toutes les couleurs & de toutes
les tailles.
Dans la feptième , où étoient le Sieur
S. Martin & la De Souris , la cadette ,
en Allemand & Allemande , on montroit
un Tableau changeant , d'une invention ,
& d'une varieté très - ingenieufe ; & un
monftre fingulier ; c'étoit un veau vivant
, ayant huit jambes . Cette logé étoit
meublée de damas , & s'appelloit Cadet
Enfuite on tournoit , & on trouvoit la
II. Vol. face
C vj
60 LE MERCURE
face de la Cour oppofée à celle que
rempliffoit le Theatre de la Comedie
Italienne , décorée de la même ordonnance
dans les dehors ; le dedans figuroit
une fuperbe Boutique de Fayancier ,
meublée de damas cramoify , & toute
remplie de tablettes , chargées de cristaux
Fares & finguliers , & de porcelaines fines
, & des plus belles formes , tant de la
Chine que du Japon , & des Indes , qui
faifoient partie des lots que le Roy devoit
tirer. Le fieur Javilliers , pere & la
Dile Mangot en Hollandois & Hollandoife
occupoient cette riche Boutique, qui avoit
pour infcription Meffager.
La premiere Boutique après le Magafin
de Porcelaines , en tournant toûjours
à droite, étoit la loge des Joueurs de Gobelets
, habitée par eux-mêmes , & meublée
de drap d'or avec des glaces . Dans
le cartouche étoient les noms de Baptifte
& de Dimanche , fameux par leurs tours
& fubtilitez.
La feconde intitulée Lefgu & la Fre
naye , & dont des Officiers de Monfieur
le Duc d'Orleans faifoient les honneurs
étoit la bijouterie , meublée de moire
d'or , avec une pente autour relevée en
broderie d'or & ornée de glaces. Cette
Boutique étoit remplie de tout ce que l'on
peut imaginer en bijoux précieux , .expofez
DE
NOVEMBRE 1722. or
pofez fur des tablettes , d'autres étoient
renfermez dans des coffres de vernis de
la Chine , mêlez de curiofitez Indiennes .
La troifiéme portant le nom de Fredoc,
étoit l'Académie des jeux de dez , du beriby
& du hoca , meublée d'un
gros damas
galonné d'or .
La quatrième , & faifant face au Theatre
de l'Operateur étoit un jeu de Marionnettes
qui avoit pour titre Brioché.
La cinquiéme nommée Procope , étoit
meublée d'un cuir argenté , & ornée de
buffets , de trumeaux de glaces , & de girandoles
; elle étoit deftinée pour la diftribution
de toutes les liqueurs fraîches ,
& les glaces. Le fieur Buzeau en Armenien
, & la De Perignon en Armenienne
préfidoient à cette diftribution.
La fixiéme tenduë de brocatelle , s'appelloit
Breard. Le fieur Dumirail , Danfeur
en étoit le maître , & y débitoit les
Ratafia , Roffoli , & liqueurs chaudes
de toutes les fortes..
La derniere qui fe trouvoit dans l'encognure
, près du Theatre Italien , étoit
enfin intitulée M Blanche , & occupée
par les D'les Souris l'aînée & du Coudray,
Marchandes de dragées , & de toutes fortes
de confitures fines.
Un grand Amphitheatre paré de tapis,
& bien illuminé , regnoit tout le long ,
&
62 LE MERCURE
& au deffus du Theatre de la Comedie
Italienne , & étoit rempli par une quantité
prodigieufe d'excellens fymphoniſtes
de l'Opera , & de plufieurs autres .
Le deffus de la loge , intitulée Meffager,
fituée en face , étoit auffi couronné
par un femblable Amphitheatre où étoient
placez les Muficiens & Muficiennes
Danfeurs & Danfeufes qui n'avoient point
d'employ dans les Boutiques de la Foire.
Les uns & les autres habillez , & déguifez
en differens caracteres ferieux , galans
&
comiques .
La Gallerie ornée d'Orangers , & de
Girandoles , dont nous avons parlé , laquelle
avoit bien plus de profondeur aux
faces qu'aux aîles , fervoit comme de
baze &
d'accompagnement à ces deux
Amphitheatres , lefquels produifoient un
effet admirable & étonnant , lorsque la
vûë s'y portoit , après avoir parcouru
cette fuite de Boutiques brillantes , qui
par l'éclat de leurs ornemens , & de leurs
lumieres attiroient d'abord les yeux.
Le Roy en entrant , accompagné de
tous les Princes , & de toute fa Cour dans
ce lieu enchanté, s'arrêta d'abord auTheatre
de la Comedie Italienne , où Arlequin
, Pantalon & Silvia ne firent pas
des efforts inutiles pour divertir Sa Majefté
, qui s'étant renduë delà aux Marionnettes
,
DE
NOVEMBRE 1722. 65
rionnettes , & enfuite aux jeux , s'y amufa
quelque temps , & joua au hoca , &
au biriby. Après le jeu le Roy alla au
Theatre du Docteur Barry , Scapin commença
fa harangue , & Trivelin expliquoit
en François le diſcours , pendant
que Flaminia prefentoit au Roy dans un
mouchoir de foye , les raretez que lui
offroit l'Operateur. Le premier bijou ,
des tablettes garnies d'or , & d'un travail
fini , fut accompagné par Scapin de ce
difcours qu'il adreffa au Roy .
Voilà des tablettes qui renferment le
tréfor de tous les tréfors. Sa Majefté y trouvera
l'abregé de tous mes fecrets. Le papier
qui les contient eft incorruptible , & les
Secrets impayables .
La D Flaminia eut encore l'honneur
de prefenter deux autres bijoux au Roy ,
un cachet précieux , & d'une gravure
parfaite , compofé d'une groffe perle , &
d'une antique , avec un petit vafe d'une
pierre rare , & garni d'or. Scapin fit à
chaque prefent un commentaire dans la
maniere des vendeurs d'Orvietan . On
diftribua auffi aux Princes & aux Seigneurs
de la Cour des bijoux , cifeaux
d'or , étuis , flacons , cuifines , boëtes &
tabatieres , vaſes , couverts & caves auffi
d'or ; le Saltinbang faifoit toujours à chacun
un petit compliment comique dans
le
64.
LE
MERCURE
,
le ftile de ceux de fa profeffion pour vanter
l'ufage & les proprietez de ce qu'il
vendoit à fi jufte prix.
Sa Majefté quitta le Theatre de cet
Operateur , & continuant fa promenade
fit plufieurs tours dans la Foire , dont
les Marchands & les Marchandes faifoient
tous leurs efforts pour attirer le
Roy dans leurs boutiques , par leurs cris
& leurs empreffemens à offrir leurs Marchandifes.
Ces cris confus & redoublez
imitoient parfaitement en beau , ce qui
arrive à toutes les Foires. Tous les Theatres
redoubloient leurs Lazzis , quand
Sa Majefté paffoit devant eux ; enfin
après avoir été long- temps diverti par la
varieté des Spectacles , & des amuſemens
de la Foire , le Roy entra dans la Boutique
, intitulée Lefgu & la Frenaye , &
tira lui-même une Loterie , qui en terminant
la Fête effaça toute la
magnificence
qu'elle avoit étalée jufqu'à ce moment ,
par la quantité & la richeffe des bijoux ,
qui furent donnez par le fort à toute la
Cour , & à toute la fuite qu'elle avoit attirée
à Villers- Cotterets.
Tous les lots de la Loterie,
multipliez
chacun dans leur efpece, étoient écrits au
haut des pages d'un grand livre , contenant
fix cens feuillets. On nommoit d'abord
la perfonne pour qui on alloit tirer ,
enfuite
DE NOVEMBRE 1722. by
enfuite le Roy enfonçoit au hazard un
poinçon d'or entre les feuillets du grand
livre , on regardoit quel bijou étoit écrit
au haut de la feüille , on l'écrivoit fur un
petit billet avec le nom du gagnant qui
l'alloit chercher dans la boutique où il
devoit être. Si c'étoit une tabatiere ou un
étui d'or , on le lui délivroit dans la Boutique
même où fe tiroit la Loterie ; fi
c'étoit quelque porcelaine , il alloit la
prendre chez Meffager ; fi c'étoit un noeud
d'épaule brodé , ou quelque noeud d'épée
galant , il le recevoit chez Perdrigeon ,
& ainfi du refte . Dans les 600. lots il
y
avoit quantité de bijoux de prix , & d'un
travail extrêmement recherché , d'autres
de moindre valeur , & quelques- uns de
peu de confequence , pour donner lieu aut
hazard de traiter differemment ceux pour
lefquels le Roy tiroit.
Après que
S. M. eut tiré
les Prinpour
ces & Seigneurs
prefens
, ce qui dura
plus
d'une
heure
& demi
, le Roy tira
auffi pour
l'Infante
- Reine
, pour
Madame
la Ducheffe
de Vantadour
, Madame
la Ducheffe
de la Ferté , & autres
Dames
qui n'étoient
pas à la fête. Cette
Loterie
la plus fidele
qu'on
ait jamais
tirée,
occupa
Sa Majefté
jufqu'à
près de neuf
heures
du foir. Alors
le Roy paffa
fut le
parquet
de la falle du bal ,,, fituée
au milieu
66 LE MERCURE
lieu de la Foire , & fe plaça dans un fau
teüil vers le Theatre de la Comedie Ita
lienne , les Princes fe rangerent auprès
de Sa Majefté. Les banquettes couvertes
de velours cramcify qui entouroient cette
falle , fervoient de barriere aux fpectateurs.
La fymphonie placée fur l'Amphitheatre
que nous avons dit , commença
le divertiffement par une Ritournelle .
La Die Julie reprefentant Terpficore ,
accompagnée du fieur Pecourt , compofiteur
de toutes les danfes gracieufes &
variées , executées à Villers Cotterets &
du fieur Mouret qui avoit compofé tous
les airs de ces danfes , chanta ce recit au
Roy. On en voit l'air noté cy à côté.
કુ
P
TERPSICORE AU Rox.
Rince cheri des hommes & des Dieux ,
Tout retentit dans ces aimables lieux,
Du plaifir raviflant que ta prefence inſpire ,
Pour remplir fon attente , & combler tous fes
voeux ,
Terpficore aujourd'hui n'afpire ,
Qu'au fenfible plaifir de montrer à tes yeux ,
Les graces , les ris , & les jeux ,
Que les deftins ont mis fous fon empire .
Accourez , troupe riante ,
Voici
mbre 1722
200l. p.66.
Lenten
20
Prinns
ces aimables
lieua
Pour remplir son at...
Qu'au sensible plai..
弄
deQu'elle soitfidelle ou trai
es Quandje suis dans linBLIC
ASTOR
TLDEM
THE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
DE
NOVEMBRE 1722.
Voici vôtre plus heureux jour ,
Venez dans cette augufte Cour ,
Rien ne peut égaler vôtre gloire éclatante ,
Vous plairez à LOUIS dans ce charmant féjour,
N'en doutez point, Philippe vous préſente.
Les paroles de ce recit auffi bien que
le
chant font un impromptu du fieur Mouret
, qui eut un fuccès favorable , & fut
applaudi des auditeurs. On ne verra point
au fujet de cet ouvrage le Muficien fe
plaindre du Poete , ni le Poëte du Muficien
.
La fuite de Terpficore fe montra digne
d'être amenée par une Mufe. Deux Tambourins
Bafques fe mirent à la tête de l'a
danfe , un Tambourin Provençal fe rangea
au fonds de la falle , & on commença
un petit ballet fans chant , très- diverfifié
par les pas & les caracteres , la Dle Prevoft
& le fieur du Moulin en Bergere &
Berger, le fieur Laval en Matelot avec
la Dile Corail en Matelotte , les fieurs
Dumoulin en Polichinelle & en Arlequin .
Les fieurs Marcel & Dupré fe furpafferent
dans un fi beau jour ; enfin tous les
Danfeurs & Danfeufes de l'Opera fe fignalerent
à l'envi , en prefence de Sa
Majefté.
Dès
68 LE MERCURE
Dès que la danfe ceffa on entendit tout .
d'un coup un magnifique choeur en acclamations
, mêlé de fanfares , & chanté par
tous les Acteurs & Actrices mafquez , placez
fur deux Amphitheatres , & les deux
galeries qui les accompagnoient , ce qui
caufa une furprife très agréable. Ce
choeur d'une harmonie fçavante , eft de
la compofition du fieur Gervais , Surintendant
de la Mufique de Monfieur le
Duc d'Orleans. En voici les paroles qui
font de M. de la Motte de l'Académic
Françoiſe .
-
CHOEUR.
Trompettes , prêtez nous tout l'éclat de vos
fons ,
Fluttes de vos accords , prêtez - nous la tendreſſe,
Mufettes, mêlez- y la champêtre allegreffe ,
Que le Cor même anime vos chansons ,
Dans ce jour memorable ,
Faifons cent & cent fois dire à l'écho charmé,
Vive le Roy le plus aimable ,
Vive le Roy le plus aimé .
Après ce choeur le Roy alla fouper, & les
mafques s'emparerent de la falle du bal .
Enfuite on diftribua à ceux qui fe trouvoient
alors dans la Foire tout ce qui étoit
refté dans les Boutiques desMarchands qui
étoient
DE NOVEMBRE . 1722. 69
étoient fi abondamment fournies , qu'a
près que toute la Cour fut fatisfaite , it
s'en trouva encore grande quantité pour
contenter tous les curieux .
Jamais fête d'un fi ample détail n'a été
executée avec plus de fuccès. Le Roy a
trouvé à chaque inftant des plaifirs nouveaux
, d'une espece également magnifique
, & galante
Le fieur Perrot , Peintre de l'Acadé
mie Royale de Peinture a fait toutes les
décorations de la Foire, & de fes Theatres
avec cette élegance qui regne ordinairement
dans fes ouvrages. M. Oppenort
' qui avoit difpofé toute l'ordonnance de
cette fête , auffi ingenieufe que magnifique
, a répondu parfaitement aux intentions
de Monfieur le Duc d'Orleans
dont le goût fuperieur connoît le prix
de tous les talens : c'eft un éloge que de
travailler pour fon Alteffe Royale.
M. Duperier , fils , qui avoit eu ordre
de fuivre la Cour avec deux pompes , &
le nombre d'hommes neceffaires pour les
fervir en cas d'incendie , eut quelque occupation
à Villers- Corterets. Le feu pric
à cinq heures du foir dans le Château à
une cheminée au- deffus de l'appartement
du Marquis de Livry. Il gagnoit le comble
& la charpente ; mais les pompes fervies
à propos , arrêterent fon impetuofité
,
70 LE MERCURE
té , & la fête ne fut pas troublée un inftant
par cet accident.
Nous n'avons pas encore parlé des tables
qui étoient très- bien fervies pour les
Gardes du Corps , les Gendarmes , les
Chevaux- Legers , & les Moufquetaires ,
foit pour le Guet de la Garde du Roy ,
ou pour ceux qui quittoient leurs quar
tiers pour venir voir la fête. Les Gardes
de la Porte avoient auffi leurs tables ;
ainfi que les Gardes de la Prevôté de
l'Hôtel ; les Cent Suiffes avoient auffi la
leur. Pour ce qui eft des Gardes Fran-
Coifes & Suifles , ils avoient à manger
abondamment fous leurs tentes , & outre
cela on avoit foin de leur diftribuer tous
les matins , du tabac à fumer & à raper ,
des pipes , des rapes & de l'eau- de - vie.
Ils étoient encore les maîtres d'aller boire
& manger dans les cabarets , ainfi que
tous les gens d'équipages de la fuite de la
Cour , & tous les paffans.
La multitude infinie de bouches qu'il
falloit nourrir n'a point étonné l'habile
ordonnateur de tous ces fomptueux feltins
, & de tous ces repas , il avoit pourvû
à tout ; fa prévoyance & fa prefence d'efprit
, lui ont fait traiter des milliers de
perfonnes de tous états , avec autant d'aifance
, d'ordre , de propreté , de délicateffe
& d'abondance , que s'il n'y avoit
eu
t
DE NOVEMBRE 1722.- 74
eu à regaler qu'une douzaine de convives.
Les tables les plus communes ont été
fervies avec goût.
Outre les tables dont nous avons parlé,il
y avoit encore d'autres grandes tables fervies
; fçavoir , pour les Marchands de la
Foire , pour les Comediens Italiens , pour
des Sauteurs & Danfeurs de corde , pour les
joueurs de Marionnettes , pour les Tourneurs
des jeux de bague , & generalement
pour tous ceux qui fe prefentoient.
Nous ne parlons pas de plufieurs ta
bles fervies à Villers- Cotterets pendant
tout le temps que la Cour a refté à Rheims,
où tous les allans & venans étoient bien
reçûs.
Pour aider le lecteur à fe former une
idée de ce qui s'eft paffé à Villers- Cottes
rets , il ne nous fçaura peut être pas mauvais
gré , de lui donner ici un petit état
abregé de la conſommation qui s'y elt faite
pendant le féjour du Roy..
Premierement , cent millier huit cens
neuf livres pefant de groffe viande .
29045. pieces de volaille ou gibier.
3071. livres de jambons.
10552. livres de lard ou faindoux.
On a employé pour 14039. liv. 6. f.
de marée , & poiffons d'eau douce pour
varier les mets , & embellir le fervice. "
36464. oeuf , 6063. livres de beurre ,
fans
.7.2 LE MERCURE
fans y comprendre 600. livres de beurre
de Vanve.
150096. livres de pain.
Soooo . bouteille de vin de Bourgogne
& de Champagne.
200. muids de vin pour le commun.
800. bouteilles de vin du Rhin.
1400. bouteilles de cidre & bierre
d'Angleterre.
3000. bouteilles de vin de liqueurs , -
eau des Barbades , ratifia , & autres liqueurs.
Il s'eft confommé dans les Offices 8.
milliers de fucre , 2. milliers de caffé
1500. livres pefant de chocolat , fans
comprendre le thé. ·
65000. citrons ou oranges douces &
aigres , & limes douces. 800. grenades .
5oooo. poires & pommes de toute elpece.
150co, livres pefant de toutes fortes de
confitures.
Deux milliers de dragées fines qui ont
été diftribuées à la Foire.
4. milliers pefant de bougies .
La quantité des pieces de porcelaines
fines des Indes , du Japon , qui ont fervi
à dieffer le fruit crû & fec pour le deffert
, monte à 30000. pieces , & 20000.
pieces de cristal.
115000. verres ou caraffes.
Soooo,
DE NOVEMBRE 1722. 73
5oooo. pieces de vaiffelle d'argent ou
Vermeil.
3300. nappes pour les tables , les bufets
, les Offices , & c. & 900. douzaines
de fervietes.
On jugera de la quantité des Officiers
& Cuffiniers par le nombre de 2000 douzaines
de tabliers employez , &c .
Le 4. Novembre le Roy fut falué à
fon lever par l'artillerie & les boëtes ,
comme les jours precedens. Le bruit de
cette artillerie étoit remarquable , en ce
les échos de la foreft de Villers - Cotterets
le repetoient juſqu'à cinq & fix fois,
ce qui faifoit un effet auffi agreable que
fingulier.
que
Entre fix & fept heures du matin ,
on fit diftribuer pour les altes fix cens
pains de 4. livres, garnis de dindons , poulets
gras , poulardes , pigeons , perdreaux
& phaifans , avec 1800. bouteilles de vin
de Bourgogne & de Champagne.
Sa Majefté partit à huit heures du
matin , alla dîner à Frefnoy - le- Loir ,
& arriva à Chantilly à l'entrée de la
nuit.
FESTES DE CHANTILLY.
Chantilly eft un magrifique Château ,
fitué à 8. lieuës de Paris , fur la route de
11. Vol
-
D
Picardie
,
J
74
LE MERCURE
Picardie , qui appartient au Dúc de
Bourbon ; il eft bâti entre la Foreft de
ce nom , & celle d'Alatte dans une trèsheureuſe
fituation ; il eft orné de jardins
de toute espece , de parterres & d'allées
magnifiques , de canaux & de Fontaines
jailliflantes ; & enfin de tout ce que l'art
& la nature ont de plus heureuſement
recherché pour former un des plus beaux
lieux du monde. Ce feroit bien ici la place
de donner la defcription de cette fuperbe
maifon , de fes vaftes bâtimens , de fes
cours , de fon Parc , de fes bois , de fes
eaux , &c. Mais comme cela nous meneroit
fans doute trop loin , & nous écarteroit
en quelque façon de nôtre fujet
principal , nous réfiftons à l'envie de traiter
un fi beau fujet , mais nous ne le
perdons pas de vûë , & nous efperons de
fatisfaire aux engagemens que nous prenons
avec nos lecteurs , quand nous aurons
les inftructions & les memoires neceffaires.
M. le Duc de Bourbon , flaté de l'ef
poir de voir Chantilly honoré de la prefence
du Roy, à fon retour de Rheims
avoit donné fes ordres pour preparer les
plus galantes & les plus fuperbes feftes ,
& en même temps les divertiffemens les
plus agréables , les plus variez & les plus
exquis. Sa magnificençe ainfi que fon
zele
DE NOVEMBRE 1722.
75
zele & fon attachement pour Sa Majeſté,
ont éclaté par tout.
Le Roy arriva à Chantilly le 4. Novembre
à l'entrée de la nuit , accompagné
dans fon caroffe de Monfieur le Duc
d'Orleans , du Duc de Chartres , du
Comte de Clermont , du Prince de Conti
, & du Duc de Charoft , fon Gouverneur
, & efcorté par les détachemens des
Gendarmes & des Chevaux- Legers de la
Garde , par ceux des deux Compagnies
des . Moufquetaires , & par le Guet des
Gardes du Corps.
M. le Duc & M. le Comte de Charolois
, qui s'étoient rendus à Chantilly
dès la veille , allerent au devant de S. M.
jufques à l'entrée de la Foreft , par un
chemin fait exprès de Villers - Cotterets à
Chantilly. Ces Princes étoient accompagnez
de leurs principaux Officiers , &
des Gardes de Chaffes de la Capitainerie
Royale d'Alatte , & de celle de Chantilly
, leurs Officiers à leur tête. Quantité
de gens de livrée de M. le Duc portoient
des flambeaux .
Trois cens hommes des Regimens des
Gardes Françoiles & Suifles étoient rangez
en bataille , depuis la principale porte
du Château jufques au pont qui conduit
au petit parc. L'avenue qui fait face au
Château de près d'une lieuë de long étoit
11. Vol
Dij illuminée
•
76 LE MERCURE
illuminée par quantité de pots à feû , elle
conduifoit agréablement la vûë jufqu'à la
façade du Château , qui étoit auffi illuminée
depuis le haut jufqu'en bas , de la
maniere du monde la plus fuperbe , & la
plus ingenieufe . Toutes les encognures ,
les frifes , les corniches , les combles &
les arretiers étoient bordez de terrines ,"
& les portes , les fenêtres , & toute l'Architecture
étoit profilée de lampions .
Sur l'attique du bâtiment , & directement
au deffus de la principale porte ,
s'élevoit une grande piramide de lumi
res , qui ' faifoit un effet admirable , &
qu'on voyoit de plus de quatre lieuës.
Tout le pourtour de la place d'armes ,
au milieu de laquelle on voit la ftatuë
équestre de bronze du dernier Connétable
de Montmorency , qui fert de cour
au Château , étoit illuminé par des terrines
, de même que la grande allée du petit
pare , depuis la porte qui donne du
côté de Senlis , jufqu'à cette place .
La cour & la façade du Château furent
illuminez de la même maniere tous les
foirs , pendant le féjour que le Roy a fait
à Chantilly.
Sa Majesté arriva au Château au milieu
de ces brillantes clartez , & au bruit
de trois falves d'artillerie ; elle fut reçûë
dans le veſtibule , au bas du grand efcalier
fait
DE
NOVEMBRE 1722. $7
fait nouvellement par S. A. S. Madame
la Ducheffe de Bourbon , accompagnée
de Mademoiſelle de Clermont , & de plu
fieurs Dames de la Cour. On conduifit
le Roy dans l'appartement qu'on lui avoit
preparé , orné de tableaux des plus grands
maîtres , de riches tapifferies & de meubles
précieux.
On prefenta au Roy une collation ,
compofée de pois verds , & de quelques
affiettes de pêches , de prunes , de fraiſes,
& de bigarreaux auffi fleuris , & auffi
beaux que dans leur veritable faifon .
Après que S. M. fe fut repofée quel
que temps , elle vifita tout fon appartement.
Il y eut enfuite appartement &
jeux de toute efpece. A 8. heures le Roy
foupa feul à fon grand couvert , fervi par
les Officiers de fa Maiſon .
Monfieur le Duc d'Orleans fut conduit
par le Duc de Bourbon , & le Comte
de Charolois , au petit Château , contigu
au grand par un pont de pierre , fur
lequel on traverfe le foffé. S. A. R. occupa
l'appartement nouvellement reftauré
qui eft un des plus beaux de Chantilly
& remarquable pour avoir été plufieurs
fois occupé par feu Monfeigneur , fils
unique du Roy Louis XIV. & par Monfieur
le Dauphin , pere de S. M. l'Electeur
de Baviere l'a auffi plufieurs fois
11.Vol. D iij occupé.
78 LE MERCURE
occupé. On y voit la belle gallerie' ,
ornée de dix grands tableaux , repreſen
tans les conquêtes du Grand Condé ,
Louis II. du nom , commençant par le
fiege d'Arras en 1642. Nous ne ferons
point la defcription de ces peintures
quelque naturellement qu'elle fe prefente,
pour les raifons que nous avons déja dites
; mais nous ne pouvons nous empêcher
de dire un mot du fublime tableau'
qui termine cette gallerie , où l'on voit
employée l'allegorie la plus fine que l'efprit
humain puiffe produire. Le Prince
de Condé y eft repreſenté en pied , arrachant
la trompette de la Renommée , le
fefton voltigeant au deffus de la trompette
a ce mot, filear , les feftons au-def
fous portent, fecours de Valencienne 1656
conquête de Condé.
A l'autre côté du tableau l'hiſtoire avec
fa trompe , à laquelle eft entortillée un
fefton portant , quantum poenituit.
Dans le bis du tableau , c'eſt- à- dire , aux
pieds du Prince , font d'autres feftons
portant S. Guilain pris , Cambray fecouru
16 51 .
Combats de Bleneau , & de S. Antoine
1652.
Retraite d'Arras 1651. Rocroy pris
1653. Sainte Menehoult , Rethel , Château-
Portien , & Bar pris en l'année 1652-
A
DE NOVEMBRE 1922. 79
A côté de ces feftons , & dans le même
bas du tableau fe voit le Temps , la tête
panchée , tenant un livre où eft écrit , vie
duPrince de Condé , à fes pieds deux feuilles
déchirées de ce livre , fur lesquels
eft écrit. Et je fuis perfuadé que vous les
verrez fortir de leurs lignes pour vous combattre
avec un grand avantage , puisque
c'est un pofte d'Infanterie que vous voulez
occuper , & qu'ils en ont beaucoup plus
que nous ; & moi M. répondit Dom Juan
je fuis perfuadé que les ennemis n'oferont
feulement regarder l'armée du Roy Catholique.
Vous ne connoiffez pas M. de Turenne
, repliqua le Prince ; jamais homme
n'a fi bien fçû profiter des occafions ,
il est très-dangereux de faire des fautes
devant un fi grand Capitaine . Toutes les
raifons du Prince ne purent vaincre l'opiniâtreté
de Dom Juan , qui plus que
nul autre étoit enflé de la présomption ndturelle
aux Efpagnols . On fe mit donc en
marche , & on fe pofta à une lieuë des
lignes entre le canal de Furnes & la mer,
fur les Dunes , où la Cavalerie ne pouvoit
agir. Deux jours après le Prince ayant
été averti par les Gardes du Camp le 14.
Juin 1658. que l'on voyoit les ennemis fortir
de leurs lignes , il voulut faire un dernier
effort pour perfuader à Dom Juan de
mettre l'armée en feureté , nous avons ` en-
II. Vol. D iiij core
LE MERCURE
core le temps , lui dit- il , de faire paffer
nôtre Infanterie au- delà du canal , & de
nous retirer le long de l'Eſtran avec la Cavalerie.
Nous retirer , dit alors Dom Juan!
Oh , Monfieur , voici la plus belle Journée
, qui éclairera jamais les Armes d'Ef
pagne ; elle fera en effet fort heureuse à
l'Espagne , répondit le Prince , fi vous confentez
que nous nous retirions . Dom Juan
voulut abfolument donner la bataille , l'aïle
droite où étoient les Espagnols , fut d'abord
mife en déroute . Le Prince , qui avec
Les troupes , prefque toutes de Cavalerie ,
avoit la gauche , foutint long-temps l'effort
des ennemis mais enfin , il fut obligé
de ceder au nombre , & furtout à l'Infanterie
, dans un pays fort coupé , qui
l'enveloppa de tous côtez , &
Cette compofition eft la production
de l'imagination vive & brillante du feu
Prince de Condé Henri- Jules.
Sur les dix heures on fervit à fouper 8.
tables de ving- cinq couverts chacune , à
quatre fervices , avec une abondance &
une délicateffe merveilleuſes.
La premiere , dreffée dans la falle neuve
, fut tenue par Madame la Duchelle.
Monfieur le Duc d'Orleans étoit placé
entre cette Princeffe & Mademoiſelle de
Clermont ; on avoit mis un fauteuil à fa
place , qu'il refufa . Les Seigneurs &
Dames
DE
NOVEMBRE 1722. 8r
Dames de la Cour remplirent le reste des
places de cette table.
Le Duc de Bourbon fit les honneurs de
la deuxième table , dreffée dans la même
falle , où mangerent quantité de Dames
& de Seigneurs.
"
La troifiéme , dreffée dans la falle du
Taffe , ainfi nommée à caufe des tableaux
dont elle eft ornée , reprefentant la Jeru
falem délivrée , de ce Poëte , étoit tenue:
par le Comte de Charolois , où mangerent
le Duc de Chartres , le Prince de
Conti , le Grand - Prieur de France & autres
Seigneurs.
La quatrième , dans la même falle , par
le Comte de Clermont , où la plupart des
jeunes Seigneurs de l'âge de ce Prince
vinrent fe placer.
Les quatre autres tables fervies avec
la même fomptuofité , furent dreffées
dans les voûtes , qui font des apparte--
mens bas du Château , & qui font une
des principales curiofitez de Chantilly.
La premiere étoit pour divers Seigneurs.
Le Comte de Tavanes , Premier Gentil--
homme de la Chambre du Duc de Bourbon
en faifoit les honneurs. La deuxiéme
& la troifiéme étoient deftinées aux
Officiers des Gardes du Corps , des Gendarmes
& Chevaux - Legers de la Garde,.
des Moufquetaires , des Cent - Suiffes , &
11.-Vol. DV des
,
82 LE MERCURE
des Gardes Françoifes & Suiffes. La
quatrième étoit pour les Officiers de la
Chambre du Roy.
Outre ces tables , il en fut fervi quantité
d'autres avec la même magnificence .
Une chez le Cardinal de Rohan , où
mangerent le Cardinal du Bois , l'Evêque
de Frejus , le Garde des Sceaux ,
le Marquis de la Vrilliere , le Comte de
Maurepas , M. Dodun , & c.
Une chez M. Dodart , Premier Medecin
du Roy , où mangea le Pere de
Ligniere , Confeffeur du Roy , M. de
la Peyronie , Premier Chirurgien , les
Premiers Valets de Chambre & les Premiers
Valets de Garderobe du Roy , & c .
Une autre table pour les Pages du Roy,
des Princes & des Seigneurs de la Cour,
laquelle étoit renouvellée jufques à cinq
fois à chaque repas pour de nouveaux
convives , avec le même ordre de fervice.
Une autre table pour les Valets de
Chambre de la Cour , qui étoit renouvellée
comme la précedente . Nous net
parlons pas de quantité d'autres tables ,
fervies très proprement & très- abondamment
, pour tous ceux qui le préfentoient;
mais quelque quantité de tables qu'il y
eut à Chantilly , & que rien ne fut épargné
ni imprévû , il étoit cependant impoffible
de placer à des tables teglées tous
ceux
DE
NOVEMBRE 1722. 83
>
ceux qui fe préfentoient de nouveau.
Le parti qu'on prenoit alors , c'étoit de
leur delivrer , ou à leurs domeftiques ,
du pain , du vin , des plats , & tout ce
qui leur étoit neceffaire pour faire bonné
chere , avec quoi ils s'établiffoient où ils ,
pouvoient , les uns haut , les autres bas
ceux- ci en dehors du Château , les autres
en dedans. Et toutes ces tables volantesqui
fouvent , ne commençoient que par
deux convives s'augmentoient infenfiblement
, & devenoient très- nombreuſes , &
encore plus abondantes : car chaque convive
apportoit au moins fon plat.
>
On avoit établi dans les voûtes un of
fice abondamment garni , où l'on diſtribuoit
le Caffé , le Thé & le Chocolat
pour toute la Maiſon du Roy , des Princes
& des Seigneurs de la Cour , ainfi
que pour tous ceux qui en demandoient.
Le Sieur Bourlet étoit chargé de cette
diftribution . Il y avoit des Officiers prépofez
pour porter ces liqueurs dans les
appartemens des Dames & des Scigneurs.
Comme les Officiers du Château ne
fuffifoient pas , à beaucoup près , pour
la quantité de tables qu'on devoit fervit
, non plus que pour apprêter les viandes
, dont on devoit nourrir un fi grand
nombre de perfonnes , on avoit fait conf-
II. Vol.
D vj -truire
84
LE
MERCURE
1722
truire des barraques & des angars avec
des cheminées , pour fervir de cuifines
d'offices , de garde- mangers , &c. Un de
ces angars étoit deftiné pour la diftribution
du pain & du vin , un autre pour
le linge & la vaiffelle d'argent , & un
pour le Caffé , Thé , liqueurs & eaux de
vie , pour ceux qui ne pouvoient pas en
avoir dans les Offices du Château.
On avoit fait dreffer plufieurs grandes
tentes pour les Gardes Françoifes & Suiffes.
On diftribuoit tous les jours à chaque
Soldat deux livres de pain , trois
chopines . de vin , & environ deux livres
de viande toute cuite , fans compter le
tabac & l'eau- de - vie qu'on leur donnoit
dès le matin.
On fervoit aux Gardes du Corps du
détachement , dans une tente particuliere
, une table en potages , entrées , rôt ,
fruits , & c. avec du vin & des liqueurs
de toute forte.
Les Gardes de la Porte , de la Prevôté
de l'Hôtel & les Cent - Suiffes de la
Garde du Roy , étoient pareillement fervis
, ainfi que les Brigades des Maréchauffées
des environs de Chantilly.
Independamment des tables fervies dans
le Château , il y en avoit quantité d'autres
dehors. Sçavoir , une de vingt couverts
, chez M. Dumar , Gruyer , Infpecteur
DE
NOVEMBRE 1722 .
85
f
pecteur general de Chantilly , à laquelle
mangeoient les Deffinateurs , Architectes
& Ordonnateurs des Bâtimens & menus
Plaifirs.
Une table à l'Hôtel de Beauvais , près
la Paroiffe , pour les Menuifiers , Charpentiers
& autres Ouvriers.
Plufieurs tables à l'Hôtel de Limoges ,
où mangeoient & logeoient les Acteurs
& Actrices de l'Opera , de la Comedie
Françoife & Italienne , les Danfeurs ,
Symphoniftes , & c. qui ont été fervis avec
abondance & delicateffe ; & furtout beaucoup
de vin de Bourgogne & de Cham--
pagne , toutes forres de liqueurs chaudes
& froides. Il y avoit un Maître d'Hôtel
& des Officiers pour le fervice .
Une table. à Coye , Château dans la
forêt de Chantilly , qui a appartenu au
Preſident Roze , où étoient logez ceux
que l'Hôtel de Limoges n'avoit pas pû.
contenir.
Plufieurs tables à la Menagerie , pout
ceux qui devoient fervir aux fpectacles ,
feux d'artifice , &c. & pour diverfes
perfonnes qui y étoient logées .
Ceux qui étoient logez à la Verfine ,
Vineüil , S. Firmin , Verneuil , Avilly,
Claye , S. Leu , les Fontaines , & autres.
endroits circonvoifins , n'avoient point de
tables reglées ; mais ils avoient foin d'envoyer
86 LE MERCURE
voyer chercher au Château tout ce qui
leur falloit pour faire grande chere .
;
Le Duc de Bourbon ne fe contenta
point des précautions qu'il avoit fait
prendre , pour regaler fplendidement tout
le monde à Chantilly S. A. S. ordonna
à tous les Hôtelliers , fur la route de
Paris jufqu'au Château de Chantilly &
aúx environs , de ne rien prendre de tous
ceux qui logeoient ou mangeoient chez
eux , même pour les chevaux & équipa
ges , pendant le fejour du Roy à Chantilly
, voulant défrayer tous les paffans .
M. Deftin , Contrôleur general de la
Maiſon du Duc de Bourbon , a fi bien
executé les ordres de S. A. S. qui l'avoit
chargé de la direction generale de
cette fuperbe fête , & il avoit pris des mefures
fi juftes , qu'il a pourvû à tout , en
forte que rien n'a manqué pour la rendre
celebre. On fçait d'ailleurs que la
magnificence & le goût des Princes qui
ont habité cette maifon delicieufe , ont
déja éclaté plus d'une fois dans de pareilles
fêtes ; mais on peut dire que cette
derniere a été digne du Monarque pour
qui elle a été faite, & du grand Prince qui
l'a ordonnée.
DEUXIE'ME
DE
NOVEMBRE 1722.
87
DEUXIE ME JOURNE'E.
Le Jeudy . Novembre , le Roy entendit
la Meffe dans la nouvelle Chapelle
du Château ; S. M. monta en caleche
d'abord après , & alla fe promener dans
le Parc de Silvie , accompagnée du Duc
de Bourbon , du Comte de Charolois
du Comte de Clermont , & fuivie de
quantité de Courtifans.
Le Parc de Chantilly , pour le dire en
paffant , eft d'une beauté merveilleuſe , &
quoique l'art l'ait beaucoup embelli , il
femble cependant qu'il ne lui doive aucun
de fes agrémens . Les plaines , les
bois & les côteaux y offrent à la vûë les
plus agreables païlages du monde , où
les Chaffeurs trouvent toutes fortes de
gibier. Du côté où le terrain s'éleve en
côteau , on voit , comme dans une espece
de vallon , des caneaux & des prairies
dont ils font bordez , des calcades , des
parterres , des ifles & des petits bois , qui
font enfemble la plus delicieufe vûë que
l'imagination puiffe former. De l'autre
côté , on voit dans des lointains des maifons
ruftiques qui paroiffent au travers,
des arbres , des Villages & des lieux
champêtres , que la feule nature a pris
foin d'embellir.
›
On appelle Silvie , une efpece de Châ
teau
88 LE MERCURE
reau à quelque diftance de Chantilly,
qui , à ce qu'on prétend, a reçû ce nom
du Poëte Theophile , qui étoit attaché à
MM . de Montmorency , lequel l'a habité
long- temps , & où il a chanté & celebré
par quantité de vers , une beauté de
fon temps , qu'on n'a jamais connuë que
par le nom de Silvie.
Après la promenade , où le Roy parut
prendre beaucoup de plaifir , Sa Majel
té dîna dans fonappartement, fervie par
fes Officiers.
On fervit toutes les autres tables de la
maniere que nous avons dit.
PESCHE.
Après le dîner , on donna au Roy le
plaifir de la pêche. S. M. fut conduite
par le Duc de Bourbon , fur le bord du
canal , qui eft entre le Vertugadin & le
Château. On appelle Vertugadin , un demi
rond , ou efpece de fer à cheval , couvert
de gazon en glacis , & orné de divers
arbres taillez en piramide , qui s'élevent
infenfiblement jufqu'au haut de la
Côte .
Dès que le Roy arriva fur le bord du
canal , accompagné de la Ducheffe de
Bourbon , de Mademoiſelle de Clermont,
& fuivi de quantité de Dames & de Seigneurs,
DE
NOVEMBRE 1722. Sig
gneurs, on vit approcher de loin fur le canal
, une troupe de Divinitez des Eaux.
Thetis y paroiffoit dans une conque ma
rine , qui étoit d'un goût & d'une richef
fe admirable. Elle étoit précedée de Tritons
, qui , après avoir fonné plufieurs
fanfares, conduifirent la Déeffe jufqu'aux
pieds du Roy. Elle prefenta à S. M. une
ligne précieuſe , ornée de perles & de corail
, & deux petites boëtes faites de coquilles
très fingulieres , remplies d'appas
& d'hameçons
La Dlle Antier , premiere Actrice de
Academie Royale de Mufique , habillée
& coëffée d'une maniere qui caracte
rifoit parfaitement fon perfonnage , chan™™
ta au Roy les paroles qu'on va lire.
RECIT DE THE TIS .
Par les foins empreffez d'Eole ,
Je viens de traverser les mers ,
L'Ocean m'eft foumis de l'un à l'autre Pole ,
Et je partage avec vous l'Univers ;
Mais j'offre à vos plaifirs ce tribut de mes on
des ,
Que leurs hôtes trompez ; en-foule , à tous mod
mens ,
Viennent de leurs grottes profondes,
S'offrir à vos amuſemens ,
Après
90 LE MERCURE
Après ce recit on tira quelques coups de
filets, dans lefquels on prit une très - grande
quantité de poiffons , principalement
des carpes , fingulieres par leur groffeur
extraordiaire, & par la diverfité de leurs
couleurs. Cette pêche fe fit à la premiere
croifée du canal . Les Mariniers ayant
jetté leurs filets à l'embouchure de cette
efpece de golfe , les amenerent au bord
du canal avec leurs nacelles , ce qui fut
reïteré jufqu'à trois fois , & à chaque
fois les fanfares fe firent entendre.
Après ce divertiffement, qui parut amu
fer agreablement le Roy, S. M. defira voir
la Menagerie de Chantilly ; elle monta
dans fa caleche , fuivie de toute la Cour ,
traverfa le canal fur un pont de bois , &
le
parcourut en fe promenant dans toute
fa longueur , qui eft de près d'une lieuë.
Ce n'eft pas d'aujourd'hui qu'on a dit,
que Chantilly étoit un lieu enchanté , où
les plaifirs naiffoient à chaque inftant &
à chaque pas ; en effet , S. M. étant arrivée
à la Menagerie , y trouva un divertiffement
très- bien imaginé , & d'autant
plus agreable , qu'il étoit moins attendu.
Le Roy vifita d'abord très- curieufement
toutes les efpeces d'animaux fauvages
, qui font renfermez dans la Menagerie
, comme lions , leopards , ours ,
finges,
DE
NOVEMBRE 1922. 97
finges , &c. & entre les autres un tigre ,
une tigreffe , & unjeune tigre né à Chantilly.
Sa Majesté vifita enfuite les divers appartemens
de la Menagerie , & tous les
endroits qui pouvoient latisfaire fa curiofité
. La laiterie , la voliere des ortolans
les pigeons étrangers , les cicognes , les
autruches , les damoiſelles , l'oifeau royal,
les caftors & les oifeaux aquatiques , dont
les efpeces font innombrables , les fangliers
& marcaffins qu'on y nourrit &
qui font des petits , le canal des truites ,
& c .
Divertiffement de la Menagerie.
Lorfque le Roy fut entré dans la der
niere piece de la Menagerie , le Sieur Aubert
, de la Mufique du Duc de Bourbon
, reprefentant Orphée , placé fur une
efpece de theatre ingenieufement decoré
, attira par les fons enchantez de fon
violon , des animaux pareils à ceux que
S. M. venoit de voir , qui fortoient de
deux bofquets de laurier. C'étoient des
Sauteurs & Voltigeurs , parfaitement déguifez
en lions , tigres , leopards , ours ,
&c. lefquels imitoient d'une maniere
furprenante , non feulement la figure de
ces animaux , mais encore leur allure ,
leurs
LE MERCURÉ
leurs fauts , leurs cris ; tout d'un coup un
bruit éclatant de plufieurs cors de chaffe
, troubla tous ces animaux, & les épouventa
d'une maniere tout- à- fait divertiffante.
Des chiens pourfuivirent l'ours ,
qui , cherchant un azile , grimpa fur plu
fieurs arbres , & voltigeant de l'un à l'autre
, fe refugia fur une corde , qui donna
lieu à faire paroître la foupleffe & l'agi
lité du faux ours , tandis que fes camarades
faifoient divers tours & divers fauts,
avec une adreffe & une legereté admirable
, en confervant toûjours le caractere
des animaux qu'ils reprefentoient.
Ce divertiffement parut amufer trèsagreablement
le Roy , qui revint au Château
fur les cinq, heures ; & après avoir
refté environ úne heure dans fon appartement
, S. M. fe rendit à l'Orangerie
, pour y voir la reprefentation d'une
piece de theatre , mêlée de chant , de fymphonies
, d'entrées , de balets , &c.
LE
י
BALLET
DES VINGT-QUATRE HEURES.
AMBIGU COMIQUE.
Après ce que nous avons déja dit des
magnificences que le Duc de Bourbon a
fait
DE
NOVEMBRE 1722. 93
a
fait éclater dans les fêtes que S. A. S.
données au Roy , il s'agit ici de donner
une idée de ce qui regarde les Mufes qui
prefident aux Spectacles.
L'Orangerie de Chantilly qui regne
tout le long du parterre , avec une terraffe
magnifique , a 70. toifes de long , & 27.
pieds de large. C'eft- là qu'on avoit conftruit
un Theatre , & une Salle de Spectacles
, fur les deffeins du fieur Berin
Delfinateur ordinaire du Cabinet du Roy,
lequel en répondant à l'honneur que lui
faifoit le Prince qui l'a employé , avoit
encore un autre motif. C'eft que fon
pere , dont le génie univerfel , pour tout
ce qui regarde le deffein , & les ornemens
, eft connu de tout le monde , fut
chargé du même employ , & dans le mê
me lieu , en 1688. par feu Morfieur le
Prince , lorfque S. A. S. donna à Monfeigneur
le Dauphin ; fils de Leüis le
Grand , les Pompeufes & ingenieufes fêtes
dont on a tant parlé.
Le fieur le Grand , Comedien du Roy,
fut chargé de compofer un divertiffement
dans un goût propre à amufer le
Roy , & dans lequel les trois Theatres
de Paris fuffent employez . Enforte que
cette piece a été reprefentée par les Acteurs
& Actrices de l'Opera , de la Comedie
Françoile , & de la Comedie Italienne
.
94
LE MERCURE
lienne. Elle a été compofée , apprife & .
executée en trois semaines de temps .
La mufique qui a été très goûtée eft de
la compofition du fieur Aubert , dont
nous avons déja parlé , ordinaire de la
Mufique du Duc de Bourbon,
Les Ballets font de la compofition du
fieur Blondi , dont les talens font fi connus.
La Piece eft précedée du Prologue , qui
fuit dont les paroles font de M. *** Le
Theatre reprefente le lieu le plus agreas
ble de Chantilly.
1
: PROLOGUE.
UN CORIPHE'E .
Diades &Silvains , fortez de vos Forefts;
Nymphes des Eaux , quittez le fein de
P'Onde ;
Venez , à ces auguftes traits
Connoiffez le Maître du Monde .
la d'un jeune Dicu le port & les attraits.
! Que de majefté que de graces !
Son regard enchaîne les coeurs.
Doux Plaifirs volez fur fes traces ;
De fon nouvel Empire annoncez les douceurs.
TROUPE
DE NOVEMBRE 1722. 95
TROUPE DE PLAISIRS .
UN PLAISIR.
On en goûte déja les heureufes prémices ;
La Paix , la douce Paix , y fait regner les Jeux
De fon Peuple il eft les délices ;
Quel Regne fera plus heureux ?
LE CORIPHE'E.
Fortunez Habitans de ces belles Retraites ,
Celebrez ce jour glorieux ;
Il honore à jamais ces lieux.
Par vos chants & fur vos Mufettes ,
Rendez-lui de vos coeurs l'hommage précieux
Cet hommage eft aux Rois ce qu'eft l'encens
aux Dieux .
MARS.
Hé quoi ! fans m'appeller on fait ici des Fêtes?
Mars a- t'il pû le foupçonner ?
Dans les Jeux de Louis ainfi qu'en fes Con
quêtes ,
Je dois feul ordonner.
Taifez vous , timides Mufettes ,
Vous amoliffez mes Concerts ;
Eclatez bruyantes Trompettes ,
De vos fons rempliffez les airs.
Verez , brillez de tous vos charmes ,
Honneurs ,
96
MERCURE
LE
Honneurs , Gloire promife aux celebres Ex
ploits s
Non , non , ce n'eſt qu'au bruit des Armes
A frapper
l'oreille
des Rois .
Mais , que prétend la Paix ? faut- il qu'elle ra◄
viffe.....
LA PAIX.
Fille du Ciel , Mere de la Juftice ,
Je le fuis auffi des Plaifirs ;
De leurs doux chants que l'é ho retentiffe ;
Quelque gloire que Mars aux Heros garantifle,
Je dois être toûjours l'objet de leurs des
firs.
Fille du Ciel , Mere de la Juftice ,
Je le fuis auffi des Plaifirs.
Que toujours ces heureux climats
Des Jeux , des Ris foient les ailes ;
Que toûjours à ma voix dociles,
Ils y répandent leuis appas.
MINERVE.
Buyez , Mars , fuyez, loin de la tranquile France;
De ce Heros naiffant refpectez les Etats.
Les Vertus , les Talents , ont guilé fon enfance,
Si
DE NOVEMBRE 1722 . 97
Si des Voifins jaloux irritent fa ' puiffance
,
Un Laurier à la main la Gloire le devance
,
Vous ferez
Les
pas.
trop heureux de marcher fur
CHOEUR de Jeux , de Ris , & de
Plaifirs
Fortunez Habitans , & c.
LE CORIPHE'E.
Pour les Plaifirs d'un Roy dont les Vertus ai
mables ,
Nous affûrent des jours heureux ;
Pendant le temps qu'il daigne accorder à nos
Jeux ,
HEURES , partagez.vous en momens agreables.
Findu Prologue. 1
COMEDIE des Vingt- quatre Heures
Premiere Partie.
La nuit paroît fur fon Char , minuit
fonne , on entend le carillon des cloches
de Paris. Le fieur Manfienne reprefente
l'heure de minuit , & chante ces vers .
Au doux fon
De mon carillon
Lorfque tout fonmeille ,
II, Vol.
E L'Amour
28
LE
MERCURE
9
L'Amour fe réveille ,
Au doux fon
De mon carrillon .
Je n'endors que l'Amant Barbon ,
Le jeune a la puce à l'oreille ,
Au doux fon
De mon carrillon .
Les fix heures de la nuit , tenant une
cloche d'une main , & un marteau de l'autre
, danfent & fonnent à plufieurs repriſes.
Elles forment cette premiere Entrée
qui eft fuivie de trois autres ; fçavoir , de
Chauves- Souris , de Donneurs de Serenades
, & d'Oublieux ; le tout mêlé de
Scenes Comiques , & convenables à ce
qui peut fe paffer depuis minuit jufqu'au
matin.
Seconde Partie.
La Matinée.
L'Aurore paroît fur fon Char. C'eft
la De Dupré qui la reprefente : voici ce
qu'elle dit pour s'annoncer.
Ia nuit a fait place à l'Autore ,
Le Soleil qui me fuit vient embellir ces lieux ,
A fon divin afpect mille fleurs vont éclore ,
Qie
DE
NOVEMBRE 1722. 99
Que tout l'Univers adore
Le plus brillant des Dieux .
La premiere entrée eft composée d'Artifans
qui chantent en travaillant.
Dans la feconde, ce font des Maréchaux .
Deux Savetiers , deux Savetieres , &
leurs enfans forment la troifiéme, Entrée.
Un Marinier & une Mariniere . Un Boulanger
& une Boulangere font la
quatrième
& la cinquiéme ; & tous ces differens
Métiers réunis finiffent cette feconde
Partie , qui eft couronnée par ces
vers qui annoncent le Soleil levant , &
font allufion au Roy.
Aftre naiffant , brillez , commencez vôtre cours ;
Embrafez tous les cours de vos feux adorables ;
Brillez , puiffiez vous toûjours
Répandre en ces climats vos rayons favorables ;
Brillez , puiffiez- vous toûjours
Nous donner de beaux jours.
La Dile Autier , l'aînée , qui reprefentoit
le point du jour , a chanté ces fix
vers allegoriques , avec cette grace &
cette jufteffe qui lui font fi familieres.
11. Vol.
E ij
Troi100
LE MERCURE
Troifiéme Partie.
L'après - dînée.
L'heure de midy , la Dlle Julie.
Amans contens
Soyez conſtants ,
Ne changez jamais de demeures ,
Eftes-vous bien ? tenez- vous y ,
Et n'allez pas chercher midy
A quatorze heures .
Des Cuifiniers & des Patiffiers font
la premiere Entrée de cette troifiéme
Partie.
La bonne chere , le fieur Thevenard.
Quand midy fonne ,
Les Gafcons ne font pas au lit ,
Son carrillon leur donne
De l'appetit. ,
A l'odeur de la cuifine ,
Ils vont piquer les bons repas ;
Et leur devife n'eft pas ,
Qui dort dine .
Il ne faut
que
connoître le fieur Thevenard
pour juger qu'il a chanté ces fix
vers ,
DE NOVEMBRE 1722. ΤΟΥ
vers , avec tout le merite d'un excellent
Acteur , & que l'art & la nature y ont
été également employez.
Les Joueurs & les Joueufes compos
fent la premiere Entrée de cette troisiéme
Partie. Cette Entrée eft fuivie d'une petité
Comedie intitulée les Paniers , &
reprefentée par les Comediens François .
On en donnera un petit extrait à la fin
de ce plan , pour ne pas interrompre l'ordre
des Entrées .
Thalie reprefentée par la De Prevôt
a fuffi pour rempli avantageufement la
feconde Entrée .
Des Petits- Maîtres , & des Clers de
Procureurs , fifflant Thalie , & la contraignant
d'abandonner la Scene , forment
la troifiéme Entrée.
La quatriéme eft compofée de ces mêmes
fiffleurs , triomphant d'avoir trou- .
blé le fpectacle.
Les faillies heureufes , & les folies
agreables chaffant les fiffleurs , & ramenant
Thalie fur la Scene , terminent cetto
troifiéme Partie.
Quatriéme Partic.
La Soirée.
La Mufe Italienne reprefentée par le
fieur Thevenard , vient offrir l'agrément
11.Vol. E iij
de
102 LE MERCURE
+
de fes Jeux pour contribuer au plaifir de
Sa Majefté ; de forte que la Comedie
Françoife & l'Italienne rempliffent agreablement
ce qui refte des vingt- quatre heures
qui font le fujer de ce Balet.
Argument de la Comedie des Paniers.
Me de Prefané , femme auffi extraordinaire
par fon efprit & fes manieres , que
par fon équipage & fa façon de ſe mettre
, a une niéce nommée Ifabelle , dont
elle eft Tutrice , qui ne fait que de fortir
du Convent , & qu'elle voudroit contraindre
d'y rentrer par fes mauvais
traitemens , pour jouir des biens qu'elle
doit avoir en partage.
Un Cavalier nommé Valere , & un
Avocat appellé Sotinet , font également
Amoureux de cette jeune & aimable niéce
, ils fongent tous deux à l'infçû l'un
de l'autre à la tirer de cette espece d'efclavage
par un enlevement .
Comme Ifabelle eft toûjours fous les
yeux de Me de Prefané , & qu'il ne leur
eft pas facile de s'introduire chez cet
impitoyable Argus , le hazard fait qu'ils
s'avifent tous deux du même ftratagême ;
voici ce qui y donne occafion . Me de
Prefané eft entêtée de toutes les modes
nouvelles ; c'eft - là fon ridicule dominant,
& ce qui fait naître à chacun des deux
J
amans
DE
NOVEMBRE 1722. tos
amans le defir d'entrer furtivement chez
elle , fous un panier qu'on doit lui prefenter.
Me Vertugadin , & Me Friefrac ,
toutes deux Marchandes de Paniers , font
employées à l'enlevement medité , l'une
par Valere , & l'autre par Sotinot , fans
qu'aucun des deux Rivaux foupçonne
l'autre. Les deux Amoureux & leurs
Valets font introduits à la même heure
par M Vertugadin , & par Mc Friefrac
chez Me de Prefané. Valere plus heureux
ou mieux fervi que Sotinot enleve Ifabelle
; les deux Valets cachez fous des
Paniers fe reconnoiffent , & fe battent ;
Me de Prefané accourt au bruit. Elle eft
fort furpriſe de voir ce nouveau combat
de Panier à Panier , elle ne fçait qu'en
penfer ; mais elle eft bien-tôt miſe au fait
par fon portier qui vient lui annoncer
que deux autres Paniers font montez dans
un caroffe. Elle conçoit par là que fa niéce
a été enlevée. Le Valet de Valere luy confirme
ce qu'elle vient de foupçonner, & lui
affure queValere fon maître n'eft pas homme
à en mal ufer avec fa niéce Ifabelle ;
Sotinot témoin de cette converſation eft
fot comme le Panier , fous lequel il s'étoit
caché , & Me de Prefané conſent au
mariage de Valere & d'Iſabelle fur l'affurance
qu'on lui donne de la laiffer en
11. Vol. E iiij pleine
704
LE MERCURE
pleine jouillance des biens , dont elle eft
tutrice.
Sujet de la Comedie des Broüiileries.
Arlequin & Trivelin font amoureux
de Spinette ; mais n'étant aimez , ni l'un
ni l'autre , ils s'uniffent d'intereſts contre
Scapin qui la doit époufer. Comme le
mariage de Scapin avec Spinette dépend
de celui de Lelio & de Silvia, dont ils font
domeftiques , Arlequin & Trivelin iinaginent
comment ils pourront apporter
obftacle aux amours du maître de Scapin,
& de la maîtreffe de Spinette , qui font
comme on vient de le dire , Lelio & Sylvia.
Trivelin entreprend de brouiller les
parens , & Arlequin de femer la divifion
parmi les Amans mêmes , entre diverfes
fourberies dont ils fe fervent: Arlequin fait
accroire à Lelio qu'il a un Rival , & que
ce Rival eft actuellement caché chez Sylvia.
Lelio l'a fait venir pour s'en éclaircir,
& Arlequin travefti , moitié en Arlequin,
moitié en Petit- Maître , fait plufieurs
Lazzis qui trompent Lelio , paroiffant
Petit-Maître à fes yeux , & Arlequin aux
yeux de Sylvia. Il fe fert du même traveftiffement
pour éloigner Scapin de la
maifon de Spinette. Il lui donne des
coups de bâton comme Petit. Maître , &
feint de le mettre entre deux comme Arlequin.
DE
NOVEMBRE 1722.
lequin . Enfin Arlequin & Trivelin ayant
appris que Spinette a donné un rendezvous
nocturne à Scapin , ils fe propofent
chacun en fon particulier de troubler ce
tête à tête ; ils s'y trouvent tous deux
déguifez , fçavoir , Trivelin en Scapin , &
Arlequin en Spinette . L'obfcurité de la
nuit favorife leur deffein , & donne lieuà
une Scene très - plaifante. L'arrivée de
Lelio , & des autres Acteurs déconcerte
nos deux fourbes ; on apporte de la lumiere
, Arlequin & Trivelin font découverts
, & tous deux également furpris
& confus , avoüent toutes leurs fourbe--
ries ce qui réunit les Amans broüillez ,
& dénoue la piece.
و
Ces deux Comedies font affaifonnées
de couplets. Nous nous contenterons d'ens
mettre ici quelques- uns .
I
Couplets de la Comedie des Paniers.
Le fieur Dufresne.
Ris coëffée en chien barbet
Ceffera bien- tôt de me plaire , »
Quand elle met fon bagnolet ,
Elle reffemble à fa grand❜mere ,
Lorfqu'en Amant fenfé , je veux
Blâmer cette étrange méthode
II. Vol...
E v Elles
106 MERCURE LE
Elle répond , faifant des noeuds ,
11 faut fuivre la mode.
La Damoifelle Dufresne.
Autrefois de fes blonds cheveux ,
Celimene faifoit parure ;
Mais à prefent elle eft bien mieux
Ayant mis bas fa chevelure.
De cent mille brimborions ,
Sa tête aujourd'hui s'accommode ,
Peut-on fe paffer de ponpons
11 faut fuivre la mode.
La Damoiselle la Mothe.
Depuis un temps le Magiftrat
Met d'une galante maniere ,
En pretintaille fon rabat ,
Son Caftor à la Cavaliere ;
Nos Juges jufques aux barbons
Ne veulent point fentir le Code ,.
-Et nous difent pour leurs raifons ,
Il faut fuivre la mode .
La Prefidente au tein uſé
A fait recrépir ſon viſage ,
A
DE
NOVEMBRE 1722 .
107
A l'ombre d'un tignon frifé
Elle croit nous cacher ſon âge ;
Cette folle avec fon panier
A l'air du Coloffe de Rhodes ,
Et dit pour ſe juſtifier ,
11 faut fuivre la mode.
Le fieur le Grand.
De Manan me voilà Portier ,
Si de même toûjours j'avance ,
Je ferai bien - tôt Financier ,
Morgué que je ferai bombance ,
Au fond d'un biau caroffe affis ,
Je ferai comme une pagode ,
J'oubierai mes meilleurs amis ,
Il faut fuivre la mode.
Couplets de la Comedie des Broüilleries.
La Damoiſelle de Lâtre .
Qu'un vieux fonpirant à lunettes
S'amufe à me conter fleurettes ,
Je n'entends rien ,
Mais qu'un jeune galant foupire ,
Qu'il me regarde fans rien dire ,
Je l'entends bien.
II. Vol
Evj
D'es
108 LE MERCURE
Un Vieillard .
Des plaifirs que dans ma jeuneffe ,
L'Amour me prodiguoit fans ceffe ,.
Je ne fens rien :
Ce qu'il m'a laiffé de funefte ,
Rhumatisme , goutte & le refte
Je le fens bien.
Le fieur Dun.
A porter une rude chaîne ,
A languir près d'une inhumaine ,.
Je n'entends rien :
Trop de refiftance m'étonne ,
Mais quand l'heure du Berger foane
Je l'entends bien.
Arlequin.
Qu'à coups redoublez l'on m'éveille ,.
Pour mes creanciers je fommeille ,
* Je n'entends rien :
Quand c'eft de l'argent qu'on m'apporte;
Pour peu que l'on gratte à ma porte;
Je l'entends bien .
L'air noté des Couplers eft à la p. 66.
Cette Piece fut parfaitement bien reprefentée
; tous les Acteurs & Actrices
du Chant , du Recit & de la Danfe s'y
furpafferent , & firent extrêmement valoir
toutes les parties ingenieufes & variées
de ce fpectacle , auquel S. M. parut
DE
NOVEMBRE 1722. 100
rut prendre beaucoup de plaifir pendant
plus de deux heures qu'il dura.
Il étoit près de huit heures quand le
Roy revint au Château ; S. M. ne fut
pas peu furpriſe en fortant de l'Orangerie
, d'en trouver tout le parterre , ainfi
que celui du petit Château , illuminez
avec tout l'art imaginable , par une quantité
prodigieufe de pots à feu & de lampions
, dont la lumière étoit repetée dans
les baffins de ces parterres , & qu'on
voyoit à travers un grand nombre de
jets d'eau , ce qui la multiploit à l'infini
, & lui donnoit un brillant & un éclat
qu'on ne fçauroit décrire. Toute la Cour
fut frappée d'étonnement à la vûë de ce
magnifique fpectacle , qu'elle ne pouvoit
fe laffer d'admirer. La façade du Château
de ce côté-là , & le pont de la voliere
, étoient pareillement illuminez ; cette
ébloüiffante clarté fe faifoit voir à plus de
deux lieuës..
Le Roy joia au Lanfquenet dans la
galerie de fon appartement ; les Dames
& les Seigneurs de la Cour , qui n'avoient
pas ce jour- là l'honneur d'être de
fon jeu , joüerent à d'autres tables à tou
tes fortes de jeux : ces amufemens durerent
long - temps avant & après le fouper
& le coucher du Roy. La Ducheffe de
Bourbon fit prefent au Roy d'un rateau
d'o
110 LE MERCURE
d'or , dont le manche étoit enrichi de
diamans & de jafpe , pour tirer l'or &
l'argent fur la table du jeu , & d'un panier
des Indes garni d'or..
TROISIEME JOURNE'E.
Le Vendredy 6. Novembre , le Roy
monta en caroffe , après avoir entendu
la Mefle , & fut fe promener à la tête du
canal , au Château de Silvie & dans le
petit Parc ; la pluye obligea S. M. de
revenir au Château de bonne heure.
Le Roy voulant fatisfaire l'envie qu'il
avoit de chaffer dans la forêt de Chantilly
, monta en caroffe à midi , accom
pagné de Mademoiſelle de Clermont ,
de la Marquife de Bufc & de la Marquife
de Prie, vétuës de l'habit de l'équipage de
chaffe du Duc de Bourbon , pour monter
à cheval , & fuivi de plufieurs Seigneurs
à cheval , habillez de la même
livrée.
Le rendez- vous étoit au lieu nommé
la Table , qu'on dit être juftement le
milieu de la forêt de Chantilly . Cette
Table , qui peut fervir à des Altes de
chaffe , fait le milieu d'une étoile , d'où
partent douze grandes allées à perte de
vûë , toutes de près d'une lieuë de longueur.
Cette étoile , faifant un des plus
beaux
DE
NOVEMBRE 1722 . IN
beaux points de vuë qu'on puiffe imaginer
, eft l'ouvrage , dit- on , du Connéta
le de
Montmorency.
Le Roy étant arrivé , apperçut en
defcendant de caroffe , dans une grotte
de verdure , fous des portiques de feuillées
, Diane couchée avec les Nimphes
de fa fuite fur des lits de gazon. La
Dlle Julie , Actrice de l'Opera , qui reprefentoit
cette Déeffe , vint au-devant
de S. M. jufques fur le bord de fa grot
te , & lui chanta le recit fuivant.
La Déeffe de ces forêts
Jeune Heros , vous en cede l'empire ;
Recevez pour hommage , & mon arc & mes
traits ;
A venir comme vous dans mes antres fecrets ,.
Vainement tout mortel aſpire ;
Ils n'ont jamais reçu que le jeune Adonis ;
F'ai cru revoir les traits en vous voyant pag
roître ,
Mais mille autres appas en vous font réunis ;
Vous brillez d'un éclat qui m'annonce le Maî
tre ,
Qu'à ce peuple fi fortuné ,
La faveur des Dieux à donné.
Alors
}
112 LE MERCURE
Alors la Déeffe prefenta à Sa Majesté
fon arc & fon carquois , & fix de fes
Nymphes allerent , en danfant , met e à
fes pieds chacune un attribut de la chaffe,
après quoi Diane chanta ces Vers .
Chantez , Nymphes, chantez , Diane vous l'ordonne
;
D'Orphée imitez les accords ,
Que les Cerfs enchantez viennent au bruit des
Cors :
Vous , Arbres , imitez les Chênes de Dodone ;
Celebrez par de doux concerts ,
Le bonheur dont LOUIS va combler l'Univers.
Des voix & des inftrumens cachez
dans le bois , repeterent en choeur ces
derniers Vers. Tous les Seigneurs vétus
de l'habit de l'équipage du Cerf du
Duc de Bourbon comme nous l'avons
dit , fe mêlerent à la Cour de
Diane , ce qui fit un effet très- agreable.
Un Acteon ofa fe prefenter dans le fonds
de la grotte qui touchoit à la forêt , &
Diane irritée chanta.
.
Mais que vois- je ? quel temeraire !
Acteon dans ces lieux ?
Il faut punir fes regards curieux :
De
DE
NOVEMBRE 1722 113
De ma jufte colere ,
Qu'il éprouve le châtiment.
Le Choeur.
Dieux ! Acteon fe change en Cerf dans ce mo
ment.
Ce moment de metamorphofe fut le
commencement de la chaffe; & termina co
divertiffement , qui fut court , mais trèsbien
imaginé & très- vif. La chaffe dura
deux heures . Deux Cerfs furent pris affez
diligemment. Le Roy monta d'abord en
caleche , & enfuite à cheval ; S. M. fuivit
la chaffe dans toutes les routes.
La curée fe fit en arrivant à fept heu
res du foir , dans la cour du Château , à
la clarté des flambeaux , & au bruit des
fanfares que fonnoient les Princes & tous
les Seigneurs , vétus de l'habit de l'équi
page du Duc de Bourbon , ce qui diver
tit beaucoup S. M.
Après le débotté du Roy , S. M. joüa ,
& il y eut appartement , ainfi que les autres
jours , & un concert dans la petite
tour au bout de la galerie , où la Dile Minier
, Actrice de l'Opera , chanta la
Cantate d'Orphée avec ce goût de chant ,
& ces graces enjoüées qui lui font fi narurelles.
Toutes les tables furent fervies ce jourlà,
114 LE MERCURE
là , ainfi que le lendemain , en gras & en
maigre , dans la plus grande magnifi
cence .
QUATRIE ME JOURNE' E.
Le Samedy 7. Novembre , le Roy entendit
la Meffe à l'ordinaire dans la
Chapelle du Château . Sa Majefté des
voit aller tirer ; le Duc de Bourbonétoit
tout prêt à la conduire à la Canardiere
, qui eft un lieu fait exprès pour
la chaffe à tirer , & où l'on trouve ordinairement
une quantité prodigieufe de
toute forte de gibier ; mais le temps s'étant
mis à la pluye , cette partie fut rompuë.
L'après- midy S. M. alla avec plufieurs
Seigneurs & Dames au rendez- vous de
la chaffe du Cerf. Il y en eut deux de
pris , le dernier fut pourſuivi jufqu'à Armenonville
; S. M. ne put être prefente
à la mort.
Le Roy étant de retour auChâteau , en
vifita les voûtes , qu'on peut dire être un
chef-d'oeuvre de l'art ; elles regnent tout
autour de l'édifice , au rez de chauffée
du foffé.
Sur les cinq heures , S. M. fe rendit
dans la grande galerie ; où il y eut appartement
, jeux & concert dans la mê--
me
DE
NOVEMBRE 1722. Irf
me tour. Après la partie du Roy , les
Comediens Italiens repreſenterent devant
S. M. une piece intitulée , Arlequin &
Lelio , Valets du même Maître ; ces di
vertiffemens durerent jufqu'à huit heures
que le Roy fe mit à table.
Illuminations & feux d'artifice.
Dès l'entrée de la nuit on avoit illuminé
l'endroit des jardins , dont nous avons
déja parlé , connu fous le nom de Ver
tugadin. C'eft une colline qui s'éleve en
glacis , & qui forme un fer à cheval .
Au point de vûë , le plus convenable
de cette piece , c'eſt-à-dire , au milieu
du tournant , on avoit élevé fept portiques
de lumieres de 60. pieds de haut,
celui du milieu dominant fur les autres
de dix pieds ; la ligne circulaire étoit
continuée à droite & à gauche par des
Ifs ou pyramides de lumieres , qui fai
foient l'enceinte de tous les parterres de
P'un & de l'autre côté du Canal , dont
les bords étoient auffi marquez par de
femblables pyramides. Il y en avoit une
auffi fous chacune des arcades , & une qui
les feparoit l'une de l'autre , dont la bafe
étoit pofée entre les ceintres. L'arcade
du milieu étoit couronnée par une
efpece de luftre ou baldaquin , fous le-
C
quel
116 LE MERCURE
quel on voyoit le chiffre du Roy ; ce qui
faifoit une décoration très- refplendiffante
, & des plus magnifiques qu'on ait encore
vûes. Les deux parterres , & les
cinq baffins , dont chacun eft orné , étoient
auffi garnis de lumieres , dont l'éclat étoit
beaucoup augmenté par le brillant des
éaux jailliffantes de tous ces baffins.
Le Roy defcendit après fon fouper dans
la Cour du Connétable , & fut fe placer
fous un pavillon dreffé au haut du grand
efcalier , par lequel on defcend dans les
parterres , vis -à- vis la croifée du canal ,
d'où S. M. vit l'illumination & le feu
d'artifice. Elle étoit accompagnée de tous
les Princes & Seigneurs de la Cour , de
la Ducheffe de Bourbon , de Mademoi-
' felle de Clermont , de la Ducheffe de
Talard , de Mademoiſelle de Melun , &
des Dames de Bufc , d'Ancenis , de Nefle
, de Beaune , de Prie , de la Vrilliere ,
de Laffé , du Bellay , de Tarannes , & c.
›
Le feu d'artifice commença par le
bruit de 300. boëtes , qui fut fuivi de
celui de so. pieces de canon qui bordoient
le canal du côté du Château , & par un
nombre infini de fufées volantes du poids
de 20. livres chacune , qui à travers les
jets-d'eaux du parterre , & les illuminations
faifoient un effet admirable , & fe
repetoient dans les eaux paifibles des
trois bras du cána!. Après
DE
NOVEMBRE 1722. 11
Après cela on vit entrer de l'un & de
l'autre côté du grand canal , des vaiffeaux
& chaloupes en nombre égal qui donnerent
le fpectacle d'un combat naval , avec
tant de jufteffe & de précision qu'on n'a
jamais vu une plus parfaite imitation . Ces
petits bâtimens étoient remplis d'illuminations
& d'artifice ; ceux qui les montoient
étoient habillez , les uns en Turcs ,
les autres en Chinois .
En entrant dans le canal , deux chaloupes
Chinoifes fuivies de quantité
,
d'autres , commencerent le combat
par
des trompes , balons d'eau & d'air , fou
cades , fauciffons volans , fufées d'air &
d'eau , avec un feu prodigieux & continuel
qui rempliffoit l'air & le canal de
tant d'étincelles , & d'un feu fi vif , &
fi brillant que les trois élemens paroiffoient
confondus. Plufieurs monftres de
feu qui vomiffoient des flâmes de tous côrez
, couvroient le canal. Le combat continuoit
toûjours entre les deux flores
les bordées de canon étoient imitées par
l'artillerie dont nous avons parlé ; pendant
tout ce temps on voyoit partir des
milliers de fufées du centre du Vertugadin.
Enfin cet étincelant & brillant combat
fut terminé par deux Dauphins qui
parurent en face du pavillon du Roy,
remplis de toutes fortes d'artifices qui
produi
18
LE MERCURE
produifitent des flâmes impetueufes , &
des torrens de feu . L'air & l'eau parurent €
toûjours enflâmez ; il ſe formoit dans l'un
& l'autre élement divers combats par des
fufées qui fembloient fe pourſuivre , qui
quelquefois s'enfonçoient dans l'eau , &
la faifoient boüllonner , & qui après
avoir fait plufieurs tourbillons , en fortoient
pour en faire autant en l'air en fe
pourfuivant , fe plongeant , & fe replongeant
ainfi plufieurs fois dans les eaux dụ
canal , tandis
que d'autres artifices moins
confiderables , mais en bien plus grand
nombre , ferpentoient fur toute la furface
du canal . On n'a peut - être jamais vû tant
de fortes d'artifices , & en fi grande quantité
, produire des beautez fi variées , &
fi furprenantes .
Après le combat des chaloupes , on
apperçût preſque tout à coup , un corps
lumineux extrêmement élevé , & placé
un peu au- delà du canal , vis- à- vis le
grand portique ; c'étoit un foleil chargé
d'artifice d'une grandeur demefurée , qui
parut d'un brillant encore plus éclatant
que tout ce qu'on avoit vû juſqu'alors ,
& dont les rayons s'étendoient très - loin .
On lifoit autour du difque en grands ca
racteres de feu , cette ingenieufe devife ,
qui fait allufion au Roy , ORBIS AMOR ,
il est l'amour du monte.
Jamais
1
DE NOVEMBRE 1722. 119
Jamais lieu n'a été fi propre , ni hi
avantageux que celui - ci pour donner une
grande fête , les collines qui forment
le fer à cheval , qu'on appelle Vertuga
din , & qui s'élevant en pente douce jufqu'à
la hauteur d'environ 80. pieds , fervoient
de fonds à ce merveilleux tableau .
Dans le fond du tournant , entre les
grands portiques de lumieres & la coline
on avoit placé un nombre infini
de cailles d'artifice qui rempliffoient
l'air continuellement d'une clarté nouvelle
, & qui formoient des girandoles
, des pluyes de feu , & des milliers
d'étoiles. Le dernier partement , ou grande
girande qui termina ce pompeux (pectacle
, étoit compofé de 40. caiffes , contenant
cent douzaines de fufées qui tomberent
prefque toutes en pluye d'or , &
remplirent tous les fpectateurs d'étonnement
& d'admiration.
Ce feu d'artifice d'un goût tout nou
veau donné au milieu , & au travers de
toute l'illumination , dura près d'une
heure , & forma un fpectacle le plus
agreable , & le plus brillant qu'on puiffe
s'imaginer ; le Roy en parut très fatisfait .
- Toute la compofition de l'artifice eft:
du fieur Morel , Artificier du Roy , fur
les deffeins du fieur Berin , lequel a eu la
conduite , non-feulement du Theatre de
' Oran$
20 LE MERCURE
L'Orangerie dont nous avons parlé , mais
encore de la fêre, & de la Conque Marine
de Thetys fur le canal , du Theatre d'Orphée
,de la Grotte de Diane , ainſi que de
tous les habits de caractere qui ont éte
faits pour cette fuperbe fête.
Le Dimanche 8. Novembre le Roy
partit de Chantilly à 9. heures du matin
après avoir entendu la Meffe , au bruit
du canon ; & après avoir dîné à Ecoüan ,
Sa Majefté arriva à S. Denis fur les trois
heures après- midy. Le Bailly fuivi des
Officiers de Juftice , étant forti vingt pas
hors la porte de la Ville , eut l'honneur
de faluer Sa Majefté. Les Officiers de
Ville fe tinrent à la porte , où ils prefenterent
les clefs au Roy qui les reçût avec
bonté , & ne les rendit qu'à fon départ.
Le Roy defcendit de caroffe au
grand portail de l'Eglife . Quatre Religieux
, Prêtres , revêtus de Chappe , le
reçûrent fous un Dais magnifique , & le
conduifirent jufques fous l'Orge , où le
R. P. Dom François Anceaume , Grand-
Prieur de l'Abbaye lui prefenta l'Eau-
Benite entre deux Diacres , & S. M.
s'étant mile à genoux fur un carreau , il
lui fit baifer la précieufe Croix de Philippe
Augufte , le Grand- Prieur fit enfuite
au Roy un petit difcours , après lequel
les Chantres entonnerent un Répond
DE NOVEMBRE 1722. 124
pond
que la
Communauté
pourſuivit
en
rentrant
dans
le Choeur
, où elle оссира
les hautes
chaifes
. Sa Majefté
fut conduite
au Grand
Autel
, où elle fe mit à
genoux
fur un Prie
Dieu
preparé
au milieu
du
Prefbytere
. Les
Princes
& les
Seigneurs
de la Cour
étoient
tout
autour
de S. M. Les
Officiers
de l'Autel
fe placerent
des
deux
côtez
proche
l'Autel
,
tournez
vers
le Roy. Le Répond
finit
Les Chantres
commencerent
l'Antienne
de S. Denis
, & puis
celle
de S. Louis
.
Et le Superieur
ayant
dit les Oraiſons
le Roy
monta
à l'Autel
qu'il
conſidera
,
puis
fe mit
à genoux
pour
faire
fa priere
aux
SS. Martyrs
, Denis
, Ruftique
. &
Eleuthere
, dont
les Châffes
étoient
fur le
même
Autel
. Sa Majefté
defcendit
, &
fit la même
chofe
devant
la Châffe
de
S. Louis
, Roy
de France
, qui avoit
été
mife
fur une
credence
richement
parée
,
du côté
de l'Epître
.
>
Delà Sa Majesté fut conduite au bas
de la reprefentation du feu Roy , où s'étant
mife à genoux fur le Prie- Dieu prepare
, elle dit le De profundis.
Le Roy fouhaita enfuite de voir les
tombeaux , que le Maître des Ceremonics
de l'Abbaye eut l'honneur de luy montrer
, & de répondre aux diverſes demandes
de Sa Majesté , qui voulut voir
11. Vol. F auffi
122
MERCURE
LE
1
auffi ceux de Bertrand du Guefclin , &
de M. de Turenne .
Le Roy monta enfuite au Tréfor , où
Sa Majesté fut complimentée par le P.
Dom Denis de Sainte Marthe , Superieur
General des Benedictins de la Congregation
de S. Maur . Elle refta trois quarts
dheures à examiner , & à confiderer toutes
choſes avec beaucoup d'attention , &
de fatisfaction. Le Roy étant defcendu
du Tréfor repaffa par l'Eglife , fuivi des
Religieux , pour retourner à fon caroffe,
étant trop tard pour entrer dans le Monaftere
, où l'on avoit preparé à Sa Majefté
des rafraîchiffemens , avec toute lạ
propreté que
le peu de temps avoit permis.
Nous ajoûterons que le Roy en paffant
à S. Denis a imité les Auguftes Ancêtres
, qui tous , excepté Charles VI .
font venus à cette celebre Abbaye , au
retour de leur Sacre , pour mettre leurs
Perfonnes Sacrées , & leur Royaume
fous la protection des SS . Martyrs . Le
Roy Charles VI . dit Juvenal des Urfins ,
en fut empêché par mauvaiſes gens ,
& c.
Le Roy arriva à Paris fur les cinq
heures du foir , au bruit du canon de la
Baftille , & de la Ville. Sa Majefté étoit
accompagnée dans fon caroffe du Duc de
Chartres , du Duc de Bourbon , du Comte
DE NOVEMBRE 1722. 123
rte de Clermont , du Prince de Conti , &
du Duc de Charoft , fon Gouverneur. Le
Roy en arrivant , trouva hors la porte
de S. Denis le Corps de Ville , à là tête
duquel le Duc de Trefmes , Gouverneur
de Paris , & les Prevoft des Marchands
& Echevins eurent l'honneur de complimenter
S. M. fur fon heureux retour.
M. de Châteauneuf , Confeiller d'Etat ,
& Prevoft des Marchands qui portoit la
parole , ayant été prefenté au Roy , à la
portiere de fon caroffe , avec les ceremonies
accoutumées. Les refpects que le
Corps de Ville rendit au Roy , furent
fuivis des acclamations du peuple , au
bruit defquelles le Roy fe rendit au Palais
des Thuilleries. Sa Majesté étoit
accompagnée des troupes de fa Maifon
qui l'ont fuivi dans fon voyage , & les
rues qui conduifent du Fauxbourg de
S. Denis au Palais des Thuilleries , étoient
occupées par les Regimens des Gardes
Françoifes & Suiffes rangez en haye.
Le même jour le Roy accorda au Duc
de Gefvres le Gouvernement de Paris , en
furvivance du Duc de Trefmes , fon pere.
Le 9. au matin M. de Mefmes , Premier
Prefident du Parlement de Paris ,
eut l'honneur de complimenter le Roy ,
à la tête de fa Compagnie , fur fon heu- 1
reux retour. Les autres Cours Superieu-
11.Vol.
Fij
res ,
124 LE MERCURE
3
res , eurent auffi l'honneur de complimen
ter S. M. fçavoir ,
La Chambre des Comptes , M. de
Nicolaï , Premier Prefident , portant la
parole.
La Cour des Aydes , M. Ricard , Prefident
, portant la parole . *
+
Le Corps de Ville , M. de Châteauneuf
, Prevoſt des Marchands , portant la
parole.
Le Grand Confeil , la Cour des Monnoyes
, l'Univerfité , & l'Academie Françoife
, M. de Fontenelle, Directeur, portant
la parole.
Ils furent tous prefentez au Roy avec
* Le Premier & le fecond Prefidens de la
Cour des Aydes étant l'un & l'autre veufs depuis
peu , & ne pouvans à caufe de leurs deuils
faire fi- tôt des fonctions publiques , celle de
complimenter le Roy a été dévolue au Prefident
de Ricard , qui étoit су devant Confeiller
au Parlement de Dijon, mais qui eft originaire
de Provence , où l'aîné de fa famille poffede le
Marquifat de Ricard , terre érigée en ce titre ,
& fous ce nom pour récompenfe des bons fervices
de cette famille qui a donné des Confeillers
& Prefidens au Parlement d'Aix d'une in- .
tegrité parfaite , des Officiers à nos armées de
terre & de mer d'une grande valeur , & des
Chevaliers , Commandeurs , & Grand Croix à
l'ordre de S. Jean de Jerufalem, très -zelez pour ,
la gloire de la Religion.
: Les .
DE NOVEMBRE 1722. 125
les ceremonies ordinaires , par le Comte
de Maurepas , Secretaire d'Etat , & conduits
par le Marquis de Dreux , Grand-
Maître des Ceremonies , & par M. des
Granges , Maître des Ceremonies . Les
Chefs portans la parole eurent auffi l'honneur
de baifer la main du Roy.
Le même jour le Roy alla fur les cinq
heures au Palais Royal , où il vit de la
loge de Monfieur le Duc d'Orleans la
repreſentation de l'Opera de Perfée.
Le ro . fur les deux heures après - midy
le Roy partit du Palais des Thuilleries
pour retourner au Château de Verſailles.
Le Marquis de la Vrilliere , Secretaire
d'Etat a fait expedier par ordre du Roy ,
des lettres circulaires à tous les Archevêques
& Evêques , pour faire chanter le
Te Deum dans les Paroiffes de leurs Diocéfes
, dans la même intention.
Le 12. après- midy , le Te Deum ordonné
par le Roy pour
rendre à Dieu de
folemnelles actions de graces à l'occafion
de fon Sacre , fut chanté dans l'Eglife
Metropolitaine , avec les ceremonies accoutumées
. Le Clergé , le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aydes
, & le Corps de Ville qui avoient été
invitez de la part du Roy par le fieur des
Granges , Maître des Ceremonies , y affifterent
en Robes de Ceremonies , & à
II. Vol.
3 Fij
feurs
126 LE MERCURE
leurs places ordinaires , ainfi que le Gar
de des Sceaux , accompagné de plufieurs
Confeillers d'Etat & Maîtres des Requêtes
. Le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris officia pontificalement à
ce Te Deum , qui fut chanté au bruit du
canon de la Ville. Le foir il y eut dans la
Ville des feux , des illuminations , & autres
marques de réjoüiffance.
理
PREMIERE ENIGME.
Ous , Docteurs en Mathematiques,
Qui paffez les nuits & les jours
A chercher ici bas quelques caufes Phyſiques,
Pour en faire un fujet qui fe meuve toujours ,
Approchez, je le fuis , Vous, foudres de la guerre ,
Qui portez la terreur fur la mer , fur la terre
Si j'allois vous quitter , vous ne feriez plus rien.
Et vous autres foldats , ( ſoldats , felon Ovide)
Vos foins , & vos exploits n'ont rien que d'infipide
,
Si je ne fais pas vôtre bien.
Je celebre des grands & des Dieux les loüans
ges ;
Infenfible , muet , je raffemble les Anges ,
Si
DE
NOVEMBRE 1722.
127
Si ce n'eft moi , du moins c'eft chofe de mon
nom ;
Malgré tous ces talens rarement je fuis bon ,
Et moins bon à la Cour encor qu'à la campa
gne.
J'affifte aux jeux , il eft un meyen qui me gaa
`gne ;
Mais quand on m'a gagné l'on ne me peut avoir,
On peut me penetrer , mais on ne peut me voir ,
Ou bien fi l'on me voit tout auffi tôt j'expire
Comme le Bafilic. Adieu; c'eft trop t'en dire
AUTRE ENIGME.
Aux grands comme aux petits commode &
Le feu , la terre & l'eau concourent pour me
faire ,
Quelquefois inflexible , & quelquefois pliant ,
J'ai dans tous mes raports un corps bien different.
J'ai troublé quelquefois les plaifirs de la table ,
Quoique j'yfois fouvent à la place honorable ,
En repos par moi-mê ne : irrité , mes efforts
Détruiſent bien fouvent les vivans & les morts.
II. Vol
Fiiij NOU
128 LE MERCURE
NOUVELLES LITTERAIRES,
ET DES BEAUX ARTS.
Dai d'une nouvelle Methode , pour
ISSERTATION
préliminaire ou efexpliquer
les Auteurs de la Langue Latine
& de toute autre Langue ; & pour
la compofition des thêmes , à la faveur
d'une feule regle monofyllabique , foutenuë
de certains hieroglyphes qui foulagent
la memoire , & des accens ordinairesd'une
determination plus efficace que celle
qui eft en ufage. Le tout accompagné
d'une espece de demonftration proportionnée
à la capacité des moins intelligens
, Par M. l'Abbé Fremy. A Pa-
Tis , chez Ganeau & Barbou , ruë S. Jacques
, le Gras au Palais , & la Veuve
Ribou , Quay des Auguftins. 1722. Brocure
in 12. de 71. pages.
L'Auteur dit dans une note , page 27.
que les hieroglyphes qu'il propole , font
le charme fecret de l'etude , & qu'il n'y
a rien de plus flateur. Les grands & les
petits , pourfuit-il , les fpirituels & les
moins penetrans y trouvent à toute
heure une nouvelle occafion de fe feli-
,
citer
DE NOVEMBRE 1722. 129
*
ni
eiter d'avoir de l'efprit au-deffus du coinmun
, & d'attribuer fouvent à leur heureux
genie ce qui eft l'effet trompeur de
ces guides muets , qu'ils ne jugent pas
capables de tant de vertu , ou plutôt
qu'ils ne comptent pour rien . Cependant
ils répandent une fi grande clarté dans
chaque exercice d'interpretation , que les
Etudians conduits par eux , ne fçauroient
prendre le change , ni fur la nature ,
fur la fignification , ni fur tous les attributs
de chaque diction qui fe prefente.
Ils facilitent, la memoire à un tel
point , que le Difciple n'a pas plutôt expliqué
une page fuivant les regles de la
Methode , qu'il la peut reciter par coeur. lap
S'il compofe un thême fur la traduction
d'un Auteur qu'il n'aura point encore vû ,
ils le détermineront , lorfqu'il cherchera
fes mots dans un Dictionnaire , à pren
dre precifément ceux qui auront été employez
par cet Auteur , ce qui le mettra
par une heureufe neceffité dans l'habitude
de faire de beau Latin , lui donnera
Faiſance de pouvoir enfuite fe corriger
lui-même , en comparant fa compofition
avec le texte original . Ils dirigent fon efprit
à diftinguer le genie particulier des
deux Langues , & à prendre des idées
juftes des manieres de s'exprimer pro pres
à chacune enforte qu'il s'accoûtume in-
Jen
tothe Vol.
E v
130 LE MERCURE
fenfiblement à rendre les beautez lati
nes par d'autres beautez françoifes , &
reciproquement en quoi confifte , fi je
ne me trompe , tout le fin de l'explication
des Auteurs , & de la compofition
des thêmes . C'eſt le veritable moyen de
prévenir l'incongruité où tombent la plûpart
de ceux qui écrivent en latin. Ils
confondent les idiotifmes de leur Langue
maternelle avec ceux de la Romaine. Un
François remplit de gallicifmes fa compofition
latine ; un Allemand farcit la
fienne de germanifmes , ainfi des autres,
qui s'imaginent parler ou écrire en cette:
Langue , parce qu'ils fçavent éviter les
folecifines de la Grammaire , & aufquels
on peut adreffer cette penfée critique de
Quintilien : Aliud eft grammaticè , aliud
Latinè loqui.
LA FARCE de Maître Pierre Pathe
lin ; avec fon teftament à quatre Perfonnages
, nouvelle Edition. A Paris , chez
Antoine- Urbain Couftelier 1723.
L'Editeur de cette Piece auroit fans
doute fait beaucoup de plaifir au Public,
de lui donner en même temps le Pathelin
Pelletier , qu'on n'a jamais vû imprimé.
C'eft une Piece de Theatre du même
Auteur , qui exifte manufcrite dans.
le cabinet de quelques curieux .
L'E
DE
NOVEMBRE 1722. 131
>
L'ETAT DE LA FRANCE , contenant
les Princes , le Clergé , les Ducs & Pairs,
les Maréchaux de France , & les Grands
Officiers de la Couronne , & de la Maifon
du Roy ; les Chevaliers des Ordres
les Officiers d'Armée , tant fur terre que
fur mer , les Confeils , les Gouverneurs
des Provinces , toutes les Cours Superieures
du Royaume , les Generalitez &
Intendances , les Univerfitez & Académies
, & c. avec les noms des Officiers
de la Maiſon du Roy , leurs fonctions
gages & privileges ; la Maifon de Mademe
Infante , celle de Madame, de Monfieur
le Duc d'Orleans , Regent , & de
Madame la Ducheffe d'Orleans . Dédié
au Roy. A Paris , chez Cavelier , au Palais
1722. 5. vol . in 12. Par le Pere Ange,
Prêtre , Auguftin Déchauffé.
>
Cet Auteur nous prie d'avertir , qu'il
y a une faute d'impreffion à la page 6 19 .
du dernier Tome , où l'on a mis 26. pour
à la datte du jour que le Roy a reçu
le Collier de l'Ordre du Saint- Eſprit.
27.
RECUEIL des Actes , Titres & Memoires
concernant les affaires du Clergé
de France , augmenté d'un grand nombre
de pieces & d'obfervations fur la Difcipline
prefente de l'Eglife , divifé en
12. tomes , & mis en nouvel ordre , fui--
II. Vol.
F vj vant
132 LE MERCURE
vant la deliberation de l'Affemblée ge
nerale du Clergé du 29. Août 1705. tome
10. dans lequel on traite 1 °. des qualitez
requifes dans les Ecclefiaftiques pour
être pourvûs des Benefices , ce qui a donné
lieu d'entrer dans le détail des Graduez
& de leur droits . 2°. Des droits dont
le Pape eft en poffeffion dans la collation
des Benefices de France , tant de ceux
dont il jouit dans tout le Royaume , que
des ufages particuliers de la Province de
Bretagne , & de celles de la Legation
d'Avignon. 3. Des droits des Evêques
de France , fuivant les Maximes & la Ju--
rifprudence de nôtre fiecle dans la collation
, union , & autres difpofitions des
Benefices de leurs Diocefes . A Paris ,
chez Pierre Simon , Imprimeur du Clergé
de France , ruë de la Harpe , aux trois
Rois . 1722 .
On trouve chez le même Pierre Simon
le huitiéme tome défdits Memoires du
Clergé , divifé en deux parties in folio,
2. volumes.
L'Inftruction Paftorale de l'Affemblée
de 1713. & 1714. avec la Conftitution de
N. S. P. le Pape Clement XI. Brochure
in 4. enfemble.
Le Procès verbal de ladite Affemblée ;
in fol. un volume.
Le Recueil des Mandemens de Noffeigneurs
DE NOVEMBRE 17227 135
<
gneurs les Cardinaux , Archevêques &
Evêques du Clergé de France , pour l'acceptation
de la Bulle Unigenitus , in 4. um
volume.
Les Memoires prefentez par plufieurs
Cardinaux , Archevêques & Evêques , à
S. A. R. Monfieur le Duc d'Orleans ,
Regent du Royaume , à l'occafion des
entreprifes de quelques Univerfitez , Facultez
de Theologie , Chapitres & Cures.
Recueil des Arrêts de la Cour de Par
lement de Paris , rendus au Procès de
Louis- Dominique Cartouche & fes.complices
, à commencer par celui du 26. Novembre
1721. jufques & compris celui du
27. Octobre 1722. un vol. in 12 .
Jean- Baptifte Coignard & Denis Mariette
, Libraires à Paris , ont entrepris
une nouvelle Edition du grand Dictionnaire
Hiftorique , & c . de MORERI , en
fix volumes in folio, propofée par foulcriptions
, dont ils ont publié le projet
imprimé.
Ce Dictionnaire fe vendra 150. livres
en feuille , pour ceux qui n'auront pas
foufcrit , & aux Soufcripteurs roo . liv.
en blanc , dont ils donneront so. livres
en foufcrivant , & les 5o. livres reftantes
feront payées en leur fourniffant ledit.
Diction
134
LE MERCURE
Dictionnaire imprimé. Les foufcriptions
feront ouvertes depuis le 12. Novembre
1722. jufqu'au mois de Mars 1723. Les
Soufcripteurs s'adrefferont aufdits fieurs
Coignard & Mariette , qui s'engageront
écrit de leur fournir ce Dictionnaipar
re dans le courant de l'année 1724 .
Charles le Vier , Libraire à la Haye ,
vient de publier un projet , pour imprimer
par foufcription , HENRY IV . ou
LA LIGUE , POE ME HEROIQUE de M.
de Voltaire , in 4. grand papier Royal.
Ce Poëme eft divifé en neuf chants , à
la fin de chacun il y aura des Notes hiltoriques
& critiques , pour fervir à l'in- |
telligence du Poëme , & à l'Hiftoire de
ce temps-là.
Il y aura douze figures , où feront reprefentez
les principaux Chefs , & les
plus remarquables évenemens de la Ligue.
Elles feront deffinées par M de
Troye , Galloches & Coypel , & gravées
par les plus celebres Graveurs de
Paris &c. Le prix d'un Exemplaire
pour les foufcrivans , fera de dix florins ,
argent courant de Hollande , dont la
moitié en foufcrivant , & l'autre moitié
en recevant l'Ouvrage. On ne le vendra
pas moins de 15. florins à ceux qui n'auront
point foufcrit.
Les
4
1
DE NOVEMBRE 172. 135
Les foufcriptions feront ouvertes depuis
le zo. d'Octobre 17.22 . jufqu'au der
nier de Mars 1723. paffé lequel temps
on ne recevra plus .
On commencera l'impreffion le 1. d'Avril
1723. Elle fera achevée en fix mois ,
& l'on délivrera les Exemplaires aux
Soufcripteurs au commencement du
mois de Novembre de la même année .
Les foufcriptions fe feront , non feule
ment à la Haye , chez le fieur Vier ,.
mais encore à Paris & dans les Provin
ces de France , chez les principaux Li
braires , & dans les autres pays chez les
Libraires des principales Villes.
Le fieur Chevillard , pere , Hiftoriographe
de France , & Genealogifte du
Roy , vient de mettre auljour une feuille
du Sacre du Roy Louis XV. contenant
les noms , qualitez , Aries & Bla
fons des Princes , des Ducs Ecclefiaftiques
, des Grands Officiers de la Cou-
& autres qui ont fait des fonc
tions à cette augufte Ceremonie.
Il a mis auffi au jour une autre Carte
de deux feuilles collées enfemble , de tous
les Secretaires d'Etat par département.-
ly a vingt ans qu'il fit paroître une pareille
Carte de tous les Secretaires d'Eronne
,
tat
3 LE MERCURE
tat , lorfque le Roy Henri III. reduiſit
à quatre les Secretaires de fes finances;
dits depuis Secretaires d'Etat. Mais ils
y font rapportez cronologiquement , &
par dattes des temps , & des furvivances ,
comme le Public les a demandez , & par
département. Il a crû faire plaifir de les
faire graver de cette maniere. Il prepa
re quantité d'autres Ouvrages , qu'il efpere
mettre au jour incellamment , &
entr'autres fongrand Traité de Bla
fon , auquel il y a plus de 30. ans qu'il
travaille à amaffer ce qu'il a pû de ce
qu'il y a de plus rare , pour l'entiere per
fection de l'Art heraldique.
Il demeure an coin de la ruë neuve
Notre-Dame , à Paris. Ses principaux Ou
vrages font :
- L'Hiftoire Sainte de l'Ancien Teftament
en genealogie , 8. feuilles .
Les Papes depuis S. Pierre , 3 , f.
Les Empereurs & Imperatrices d'Oceident
, 2.f.
Les Rois & Reines de France , 2. f.
Les Regents & Regentes du Royau
me , 1. fr
Les Ducs & Pairs de France , 2. f.
Les Ducs & Pairs Ecclefiaftiques , 2.f.
Les Comtes & Pairs , 2. f.
Les anciens Ducs & Comtes feculiers ,
26. f.
Les
DE
NOVEMBRE 1722. 137
Les Connétables de France , 1.f.
Les Chanceliers de France , 2. f.
Les Maréchaux de France , 2. f.
Les Grands Amiraux & Generaux des
Galeres , 2. f.
Les Grands- Maîtres des Arbalatriers ,
& les Grands- Maîtres de l'Artillerie ,
2. f.
I.
Les Portes- Oriflames , & Colonels
Generaux , 1. f.
Les Grands Aumôniers de France , 1.f.
Les Grands- Maîtres de France , 1. f.
Les Grands Ecuyers de France 1. f.
Les Grands Chambellans , 1. f.
Les Chevaliers du S. Efprit , depuis
le Roy Henry III . 6. f.
›
Les Premiers Prefidens du Parlement
de Paris , 1. f.
Les Confeillers d'Etats , & Maîtres
des Requêtes , 1.fi
Les Secretaires d'Etat , 3. f.
Le 13. Novembre l'Academie des Belles
Lettres tint fon affemblée publique.
M. de Boze qui en eft le Secretaire , en
fit l'ouverture par l'éloge de M. Baudelor
, qui étoit mort dans le femeftre paffé.
Cet éloge , quoiqu'affez court , ne laiffa
rien à defirer fur les travaux Litteraires ,
& les autres circonftances de la vie de
cet illuftre Academicien. Mais ce qui
parut de plus agreable à l'affemblée , c'eft
que
138 LE MERCURÉ
que M. de Boze peignit parfaitement bien
le caractere de M. Baudelot , fa probité,
fa droiture , & fes autres qualitez perfonnelles
furent reprefentées avec des
traits fi reffemblans , qu'il n'étoit pas
poffible de ne pas reconnoître celui qui
faifoit le fujet de cet éloge , qui tout ingenieux
qu'il étoit avoit laiffé au coeur
une grande part dans la compofition de
cet ouvrage .
M. l'Abbé Bignon qui prefidoit à l'affemblé
, fit remarquer aux Auditeurs que
la modéftie de M. de Boze lui avoit fait
fupprimer ce qui le regardoit ; en effet,
M. Baudelot en laiffant à l'Academie fes .
livres , fes Medailles , & fon Cabinet
d'Antiques , a chargé M. de Boze de l'execution
de fon teftament , ayant bien i
jugé , comme le remarqua M. l'Abbé Bi. ↑
gnon , qu'il ne pouvoit choifir perfonne
qui joignit plus de droiture à une connoiffance
parfaite de l'antiquité.
M. l'Abbé Boutard , Penfionnaire de
PAcademie fit la lecture d'une Ode latine
fur le Sacre du Roy. C'eft une piece
toute Chrétienne , dans laquelle l'Auteur
décrit la plus Augufte , & la plus Sainte
Ceremonie. Il y parle de la Sainte Ampoulle
comme d'un prefent du Ciel , conformement
à la tradition , & du Sacre de
Clovis , qui après avoir été baptifé par
S. Remy
DE NOVEMBRE 1722 139
$. Remy au retour de la bataille de Tolbiac
reçût la Sainte Onction. Il n'oublie
pas les fleurs-de- lys qui furent apportées
à ce Prince par un Ange , avec l'Oriflamme
, ni la Couronne de Charlemagne
, gardée dans le Tréfor de S. Denis
pour le Couronnement de nos Rois . Mais
ce qu'il dit des effets de l'Onction merite
plus d'attention , comme étant tiré
de l'Ecriture Sainte , au livre des Rois
où le Prophete Samuel en répandant fur
la tête de Saul' l'Huile Sacrée , l'affeura
qu'il feroit transformé en un autre homme
, mutabere in alterum virum & à
Pégard du jeune David , qu'il feroit tout
d'un coup animé du Divin Efprit , diffiluit
in te Spiritus Domini . C'eſt à cette
Onction qu'il rappotte cette maturité de
jugement , cet air de gravité & de majefté
qui parurent dans la perfonne du
Roy le jour de fon Sacre. L'infufion du
S. Efprit le jour qu'il fut fait Chevalier
la proclamation publique , &c.
Le Poëte après avoir touché en paffant
les Ceremonies qui ont fuivi l'Onction
comme la Cavalcade faite à l'Abbaye de
S. Remy , la creation des Chevaliers , la
revûë des troupes , la délivrance des prifonniers
, les aumônes , & la guerifon desmalades
, & les applaudiffemens des peu
ples au milieu d'une fête fi magnifique , il'
excite
140 ÉÉ MERCURË
excite le Roy à en rendre de graces fo
femnelles de reconnoiffances au Maître
des Rois , & de fe fouvenir du voeu Sacré
de fon Augufte Trifayeul , en continuant
de refpecter la Mere de Dieu , fous
la protection de laquelle il a été mis avec
fon Royaume , & dans l'Eglife où il a
été facré ; il finit par les fermens que le
Roy fait à fon Sacre , de maintenir la Religion
Catholique dans fes Etats , & de
rendre la juftice à fes peuples , & dont il
lui rapelle la memoire , en lui faiſant ſentir
l'obligation étroite où il eft de les gar
der inviolablement , après les avoir prononcé
folemnellement àla face des Autels.
M. l'Abbé Bignon dit à M. l'Abbé
Boutard que les Ceremonies du Sacre de
nos Rois étoient fi auguftes , & fi faintes
en elles -mêmes , qu'on croiroit d'abord
qu'il y auroit de la temerité à entrepren
dre de les décrire dans une Ode , fi le
talent qu'a M. l'Abbé Boutard pour la
Poëfie Latine , & l'execution n'avoit fait
juger que perfonne ne pouvoit mieux
remplir que lui un pareil fujet.
M. de Pouilli reçû depuis peu à l'A
cademie , ouvrit fa carriere litteraire par
une differtation fur l'incertitude de l'Hif
toire des quatre premiers fiecles de la Ville
de Rome. Il recherche d'abord les caufes
DE NOVEMBRE 1722. 141
fes qui ont fait écrire tant de fables aux
Auteurs de cette Hiftoire . Ont - ils ajoûté
foi à ces fictions ? .ont- ils crû. que le merveilleux
feryiroit à illuftrer leur origine ?
qu plutôt n'ont- ils pas voulu fe jouer de
la credulité des hommes ; & fe flatant
d'une fuperiorité de genie , ils s'aplaudiffoient
en fecret du plaifir de faire croire
des chofes qu'ils ne croyoient pas euxmêmes
. Après ce petit prélude M. de
Pouilli entre dans le fond de fa matiere ,
il prouve par les témoignages de Denis
d'Halicarnaffe , de Plutarque , & de
quelques autres Auteurs que Timée ,
Hieronymus , & les autres Hiftoriens qui
ont les premiers écrit l'Hiftoire de Rome
n'ont vêcu qu'environ cinq cens ans
après fa fondation ; où avoient- ils puifé
tout ce qu'ils en rapportent comment la
tradition s'étoit - elle confervée parmi deşi
peuples qui ne marquoient fouvent leurs
années que par des clous qu'ils attachoient
aux murailles de leurs Temples ? Les fêtes
& les jeux confervoient, à la verité , le
fouvenir des évenemens les plus brillans ;
mais ces évenemens eux - mêmes font fouvent
mê¹ez de fables , comme ce qui regardoit
l'Hiftoire de Caftor & de Pollux
qui avoient paru dans un combat , le Pal-
Jadium , l'Hiftoire de Corvinus
En vain confultoit- on les livres des Pon-
& c.
tifes
142
LE MERCURE
tifes , puifqu'ils étoient remplis de fables
& d'évenemens incroyables. Ici l'Auteur
rappelle tout ce que les Hiftoriens rapportent
fur la naiffance fabuleufe de Romulus
& de Remus , fur l'Hiftoire de la
Louve qui les allaita , fur la fondation
du Capitole , & fur cette tête myfterieuſe
qu'on trouva dans les fondemens , & qui
fuivant les augures marquoit la durée de
leur Empire. Ne voit-on pas, ajoûta- t'il,
que les Romains étoient charmez de faire
croire que le Fondateur d'une Ville toute
guerriere devoit rapporter fa naiffance au
Dieu de la guerre . M. de Pouilli fait voir
enfuite les contradictions qui fe rencontrent
à tous momens entre les plus fameux
Hiftoriens ; Denis d'Halicarnale & Tite-
Live , fans parler des autre , fuivent for
vent des traditions tout - à -fait oppofées ,
& tel refuſe un ancien par des raifons
très- folides , pendant qu'un autre femble
le juftifier , en adoptant ce qu'il a raconté.
Enfin l'Auteur finit par un parallele
de quelques évenemens de l'Hiftoire Romaine
, & de l'Hiftoire Greque qui font
fi femblables , qu'on ne fcauroit s'empêcher
de croire qu'ils ne foient les mêmes.
Les Phrigiens racontoient dans le r
Hiftoire qu'il s'étoit ouvert un gouffre ,
dans lequel un de leurs Capitaines s'étoit
précipité pour donner la victoire à fon
parti ;
DE
NOVEMBRE 1722. 143
parti ; n'eftce pas le fondement
de l'Hif
toire de Curtius. On trouve de même
dans un fragment
de Demara un évenement
fi femblable
dans toutes ces circonf
tances , à l'Hiftoire
du combat des Haraces
& des Curiales
, qu'il eft impoffi
ble de ne pas avouer que c'eft- là où les
latins ont puifé ce qu'ils difent de leurs trois Heros , dont ils n'ont fait que changer
les noms ; on peut ajoûter même qu'ils
racontent cette Hiftoire d'une maniere
embroüillée
, qu'ils ne conviennent
pas même entre eux fi les Horaces étoient du
parti Romain , ou de celui des Albins.
M. l'Abbé Bignon dit à M. de Pouilli ,
que quoiqu'il eut paffé une partie de fa
vie dans la retraite connu de peu de
monde , fon érudition avoit neanmoins
percé l'obfcurité de fon cabinet , & on
voyoit avec plaifir que la piece qu'il ve
noit de lire dans cette affemblée juftifioit
le choix que l'Academie avoit fait de lui.
M. l'Abbé Bignon entra enfuite dans le
fond de la piece , & faifit avec cette jufteffe
d'efprit qui lui eft ordinaire , les
endroits les plus intereffans ; il n'oublia
pas le parallele que M. de Pouilli avoit
fait de quelques évenemens de l'Hiftoire
Greque , & de l'Hiftoire Romaine , &
conclud qu'il y avoit bien de l'apparence ,
que les Grecs ayant écrit avant les Romains
,
$ 44
LE MERCURE
mains , ils étoient les originaux , & que
les Auteurs Latins n'en étoient que les
copies . Enfin après avoir dit agreablement
que M. de Pouilli , en jettant dans
l'Hiftoire de ces anciens temps , ce Pyrrhonifme
qui la rend fi incertaine , fembloit
mettre les Sçavans au même niveau.
que les ignorans , il ajoûta que par là même
il confoloit bien les veritables Sçapuifqu'il
falloit l'être beaucoup
vans
pour fçavoir à quoi s'en tenir.
M. l'Abbé Sailler lût la traduction de
la feptiéme Olympique des Odes de Pindare
, faite par feu M. l'Abbé Maffieu. 1
Cette Ode eft adreffée à Diagoras de
Rhodes qui avoit remporté aux jeux
Olympiques le prix du Pugilat . Cette
Ode dit M. l'Abbé Maffieu dans l'argument
qui la precede , eft au jugement des
Sçavans une des plus belles de Pindare ,
& on la fit graver en lettre d'or dans le
Temple de Minerve . Ce beau feu qui
animoit ce grand Poëte y brille avec toute
fa vivacité , & on y remarque un ordre
& une liaiſon , que quelques critiques
de mauvaiſe humeur n'ont pas toûjours
trouvé dans toutes fes Odes. Diagoras qui
fait le fujet de cette piece étoit de Tyrin.
the. Son pere qui avoit tué dans un emportement
de colere un de fes parens ,
eut recours à l'Oracle , qui luy ayant
ordonné
DE
NOVEMBRE 1722. 145
ordonné de s'éloigner du lieu de ſa naitfance
, il fe retira avec fa famille dans
l'Ile de Rhodes .
Le fujet de l'Ode roule fur l'éloge de
Diagoras , & fur la beauté de l'Ifle où il
étoit venu s'établir. Le Poëte y fait entrer
avec un art merveilleux , tout ce qui ren
doit l'Ile de Rhodes recommandable .
Il raconte comment le Soleil s'étant plaint
aux autres Dieux qu'il n'avoit point eu
fon lot dans le partage du monde , cette
Ifle étoit fortie de la mer , & lui avoit
été donnée en appanage. Que ce Dieu y
ayant vû la Nymphe Rhodes en étoit dévenu
amoureux , & en avoit eu plufieurs
enfans. Il n'oublie pas cette puée lumineufe
qui parut fur cette Ifle , le jour de
la naiffance de Minerve , & cette pluye
d'or qui y tomba. Il parle enfuite de
l'induftrie des habitans , & de ce grand
nombre de Statues qu'ils avoient l'art
d'animer. Le Poëte fe jette enfuite fur les
louanges de Diagoras , & parle de tous
les combats , dans lefquels il avoit merité
des couronnes. L'éloge deDamagette, pere
-de Diagoras qui étoit fils d'Hercule, & celui
des enfans de ce celebre Atlete , vainqueur
comme lui dans les mêmes jeux ;
font auffi une partie confiderable de cette
Ode , dans laquelle on voit tout le feu de
II. Vol. G Pindare,
146 LE MERCURE
"
Pindare , c'èft-à - dire tout le merveilleux
de la Poëfie Lyrique.
Les remarques qui ſuivent la traduction
de l'Ode font fçavantes & recherchées
& il feroit à fouhaiter que M. l'Abbé
Maffieu eut fini cet ouvrage. Toutes
les Odes font traduites , mais il n'a laiffé
des remarques que fur un petit nombre ;
ce qui donna occafion à M. l'Abbé Bignon
d'exorter M. l'Abbé Sailler à fuivre
ce deffein , la grande connoiffance qu'il
a de la Langue Grecque , fon bon goûr
& fon érudition , le mettant fort en état
d'executer
ce projet.
Le 14. Novembre on fit l'ouverture
de l'AcademieRoyale des Sciences par une
affemblée publique. M. de Fontenelle
Secretaire perpetuel de cette Academie, ouvrit
la féance par l'éloge funebre de feu
M. d'Argenfon , Garde des Sceaux de
France , & loua ce grand homme , avec
fa délicateffe & fon eloquence ordinaire ;
il fit en particulier un portrait achevé de
la Magiftrature de Police , que ce Magiftrat
exerça pendant un fi grand nombre
d'années , avec l'applaudiffement du
public & l'admiration des Etrangers , &
fit voir que M. d'Argenfon avoit été un
homme de tous les talens , qui avoit rempli
tous les emplois qui lui avoient été
confiez , d'une maniere heroïque , & prefque
inimitable. L'Abbé
DE
NOVEMBRE 1722. 147
L'Abbé Terraffon lût enfuite une dif
fertation fur une Pendule nouvellement
inventée par le fieur le Bon de l'Academie
, Orlogeur , demeurant à la Place
Dauphine , à Paris.
Cette Pendule à un premier mouve
ment qui marque les aquations du Soleil ;
un fecond qui fait voir les differences
qu'il y a du temps moyen d'avec le temps
vrai du Soleil , & un troifiéme qui eft
celui des Etoiles fixes , qui fert à juſtifier
la précifion de l'équation fur le
moyen mouvement. Elle marque que la
difference de l'équation pour chaque jour
ne le fait pas dans le cours des 24. heures
, mais à tous les midis de la quantité
qui eft marquée à chaque jour du mois
fuivant les tables de l'Obſervatoire , dans
la connoiffance des temps , & cela dans
une figrande précision , que l'on comptejufques
à la feconde auffi bien que les
mouvemens des autres heures moyennes
& de l'accelleration des Etoiles fixes.
Tous ces changemens fe font par des
cadrans mobiles , que la fonnerie fait
mouvoir , afin que le mouvement ne foit
point alteré par la réfiftance qui en re-
Tulteroit.
On a démontré à l'Academie
que cette
Pendule fuivroit le mouvement vrai du
Soleil. Cela avoit été tenté
par beaucoup
11. Vol. Gij de
148 LE MERCURE
de perfonnes , foit en France', foit en Angleterre
, quelques uns le regardoient
comme impoffible.
-
La Pendule dont on parle a encore une
grande commodité , qui eft qu'elle fonne
a toutes les heures , fuivant ce que marquent
leurs aiguilles à chaque cadran ;
foit du temps moyen , ou du temps vrai
du Soleil . Mais comme il y a deux fortes
de temps , & que la Pendule ne fonne
qu'une fois pour chaque heure , on a menagé
une machine pour que l'on foit le
maître de faire fonner l'heure à volonté ,
pour l'un de ces deux temps ,
foit moyen
ou vrai.
Cette machine confifte en une rouë
que l'on tourne ou détourne. La Pendule
en queftion marque encore le lever & coucher
du Soleil , fuivant fon mouvement
vrai ; l'entrée du Soleil dans les douze
fignes du Zodiaque ; le tout par minutes
& fecondes. Nous donnerons dans le prochain
Mercure une explication plus éten
duë de cette Pendule.
Le même Auteur a fait auffi une Montre
d'une nouvelle conftruction , qui eft
d'une jufteffe furprenante.
M. Petit, autrefois Medecin à Namur ,
lût à fon tour une differtation fur les vegetations
falines , & fit voir à l'affemblée
plufieurs experiences très - curieufes qu'il
ayoit
DE
NOVEMBRE 1722. 149
avoit faites avec differens fels . Il prouva
que ce n'eft point à la preffion de l'air
que font dûes ces differentes operations ,
puifqu'elles fe font dans la machine
pneumatique , mais à la preffion même
des corps liquides entre eux.
M. l'Abbé Bignon réfuma tout ce qui
avoit êté lû dans cette affemblée , avec
fon éloquence ordinaire.
Le 19. Novembre le Cardinal du Bois ,
Premier Miniftre fut élû membre de l'Academie
Françoife tout d'une voix , &
dans l'affemblée de cette Academie , du
Jeudi 3. Decembre S. E. fut reçûë à la
place vacante par la mort de M. Dacier.
Ce Cardinal parla avec beaucoup d'éloquence
& de dignité , & M. de Fontenelle
, Directeur de l'Academie , qui lui
répondit , s'exprima très- éloquemment.
Nous parlerons plus au long de ces Difcours
& des Pieces de Poëfies qu'on a lûës
dans cette affemblée .
M. l'Abbé du Bos , membre de cette
'Academie , a été choisi pour être fon Secretaire
perpetuel , à la place de feu
M. Dacier.
Ce 25. Novembre le Pere Porée , Jefuite
, l'un des Profeffeurs de Rethorique
du College de Louis le Grand , prononça
une harangue latine très -éloquente
fur le Sacre du Roy. L'affemblée fut très-
11. Vol.
Grij nom150
LE MERCURE
nombreuſe en Cardinaux , Prélats , & auz
tres perfonnes de diftinction.
Le prix fondé à perpetuité par le Duc
de la Force , Pair de France , protecteur
de l'Academie Royale des Sciences & .
Arts , établie à Bordeaux , fe diftribuera
le 1. jour de May 1723. C'eft une Medaille
d'or de la valeur de 300. 1. Le fujet
du difcours que l'Academie propofe fous
le bon plaifir du Duc de la Force , eft
l'action du Bain & fes utilitez. Celui qui
donnera l'hypothefe la plus probable au
ra le prix . On demande que l'hypothefe
foit nouvelle , ou qu'elle foit appuyée de
nouvelles raifons , & de nouveaux éclairciffemens.
La piece ne doit pas paffer une
demie. heure de lecture.
On écrit de Lisbonne que l'Academie
Problematique de Setubal , examina dans
fon affemblée du 31. Aouft dernier , fi
c'est dans l'adverfité ou dans la prosperi
té , qu'il eft neceſſaire d'avoir un General
d'une plus grande valeur. Un de fes Academiciens
recita auffi dans la même féance
un Poëme à la loüange du Roy Don
Jedn II. qui tenoit pendant fon regne
un journal des actions remarquables de
fes fujets , pour pouvoir les récompenfer
avec juftice , & fans rien accorder à la
faveur.
Le
DE NOVEMBRE 1722. ISI
Le 22 , d'Octobre l'Academie Royale
de l'Hiftoire s'affembla dans la falle du
Palais , & le Marquis d'Abrantes qui prefidoit
› prononça un panegyrique trèséloquent
à la louange du Roy , qui honora
l'affemblée de fa prefence , & qui fic
diftribuer aux Academiciens les Medailles
que S. M. fit fraper lors de l'inftitu
tion de l'Academie. Après ce Panegyrique
, & la lecture de quelques Differta
tions Hiftoriques , les Academiciens furent
admis à baifer la main au Roy , à
la Reine & aux Infans.
On a appris d'Eſpagne que Don Antoine
Dongo Barnuevo , Bibliothecaire
de S. M. C. l'un l'Academie Royales Academiciens de
de Madrid, & Officier
d'Etat dans le Secretairerie des dépêches
univerſelles , fous les ordres du Marquis
de Grimaldo mourut le 1o . Octobre
dernier , âgé de 59. ans.
و
On mande de Londres que le fieur
Marc Mofes , arrivé depuis peu des Indes
, avoir prefenté au Roy d'Angleterre
un diamant de couleur d'émeraude
n'ayant pas le moindre défaut . On prétend
qu'il ne s'en eft jamais vû un pareil
en Europe.
Milord Carteret , Secretaire d'Etat ,
cy devant Ambaffadeur extraordinaire en
Suede , connu par fon amour pour.
les
II. Vol.
Gi lettres
1
152 LE MERCURE
fettres , & par la protection qu'il accorde
à tous les fçavans , a fait prefenter à l'Univerfité
d'Upfal le fameux Recueil de
Rymer en 16. volumes in folio , impreffion
de Londres . Ce Recueil compilé
fous les aufpices de la Reine Anne , &
imprimé aux dépens de Sa Majefté Britannique
, contient un très - grand nombre
de pieces importantes à l'Hiftoire , & à
la politique , non - feulement pour ce qui
regarde les trois Royaumes d'Angleterre,
mais encore la France , la Normandie
&c. Nous ajoûterons que le fçavant Rymer
n'a pas furvêcu long- temps à fon
travail , étant mort après avoir perdu la
vûë par la grande application qu'il avoir
donnée au déchiffrement des anciennes
Chartres de la Tour de Londres , où font
proprement les archives publiques d'Angleterre.
Ce Receüil n'eft compofé que de
pieces , dont les originaux font dans ces
mêmes archives.
Les Amateurs de Mufique font avertis
qu'au commencement de 1723. l'on finira
à Lyon l'impreffion du premier livre
des Sonates à Violon feul & baffe continue
du fieur Chamborn , ordinaire de
l'Academie des Beaux Arts de cette Ville.
Elles font dediées à M. le Maréchal Duc
de Villeroy ; c'eft la premiere fois que
l'on a gravé & imprimé de la Mufique
t
DE
NOVEMBRE 1722. 153
à Lyon ; l'Auteur en a obtenu le Privilege
de Sa Majesté ; il efpere que les Muficiens
trouveront du plaifir dans l'execution
de ces Sonates. Elles fe débiteront
à Paris , à Lyon , à Marſeille , à Rouen ,
à Bourdeaux , à Orleans , à Montpellier
, & c.
M. Delâtre Doby qui a fuccedé à
M. Dupuis dans la Charge d'Avocat General
au Grand Confeil , fut reçû dans
cette Charge le 9. de ce mois. Il fit à la
Compagnie un compliment latin , qui ne
démentit en rien les fçavans plaidoyers
qu'il a prononcez au Grand Confeil depuis
trois ans qu'il y portoit la parole
en qualité de Subftitut de M. le Procureur
General. M. Doby eut l'honneur le
même jour de complimenter S. M. fur
fon Sacre..
A l'ouverture des Audiances du Parlement
, M. Gilbert de Voifin , l'un des
Avocats Generaux , prononça un trèsbeau
difcours , & fit voir l'excellence de
la Profeffion d'Avocat , lorfqu'elle eft :
foûtenue des talens requis. Le Premier
Prefident répondit à ce difcours d'une
maniere pathetique , & exhorta les Avocats
à fuivre exactement les regles de leurétat.
Le même jour 23. Novembre M. Martineng
prononça une oraifon latine dans
II.Vola
Gv l'Ecole
154
LE MERCURE
l'Ecole de Medecine , il prouva que c'étoit
injuftement que l'on foupçonnoit en
general les Medecins d'irreligion .
Privilege accordé à M. Dibon ,
Chirurgien ordinaire du Roy.
Ejourd'hui quatorziéme du moisde
Septembremil fept cent vingt-deux,
le Roy étant à Verſailles , il lui a été repreſenté
par le fieur Roger Dibon , fon
Chirurgien ordinaire dans la Compagnie
des Cent Suiffes , qu'il poffede le reme
de le plus affuré , le plus doux , & le plus
efficace qui ait encore paru , pour guerir
parfaitement les maladies fecretes ; que
c'eft avec ce remede que le fieur Frechou
a fait une experience qui a fi bien réüſſi
fur une femme qui en étoit atteinte depuis
dix- huit ans , & que perfonne n'avoit
pû guerir , laquelle experience lui a
procuré l'avantage d'un Privilege ; &
comme c'eft l'expofant qui a ce remede
entre les mains , & qu'il eft en état de
fervir ceux qui peuvent être attaquez de
ces fortes de maladies , il a très - humblement
fuplié Sa Majefté de lui accorder
auffi la permiffion de s'en fervir pour l'atilité
du public. A quoi ayant égard , &
voulant favorablement traiter ledit fieur
Roger
DE
NOVEMBRE 1722. ISS
Roger Dibon
Sa Majefté , de l'avis
de Monfieur
le Duc d'Orleans
, Regent
, lui a permis & permet de fe fervir
dudit remede pour la guerifon des
maladies fecrettes & veneriennes
, tant
à Paris que par tout ailleurs , où bon
lui femblera ; faifant défenſes à toutesperfonnes
, de quelque qualité & condition
qu'elles foient , de lui caufer aucun
trouble ni empêchement
à cet égard,
& m'a à cet effet commandé
de lui en
expedier le prefent Brevet , qu'elle a
figné de fa main & fait contrefigner
par moi Confeiller- Secretaire d'Etat ,
& de fes Commandemens
& Finances..
Ainfi figné , Louis , & plus bas Phelypeaux
, avec paraphe.
>
****
II. Vol. G vj SPEC
156 LE MERCURE
L
kakakakakakakak JJJJ
SPECTACLE S.
E Theatre François attire toûjours
un grand concours de fpectateurs ;
les repreſentations y font fort nombreufes
& fort applaudies . La Dlle de Frefne
-la-Mothe , qui a joué en dernier lieu
le rôle de Leontine dans la Tragedie
d'Heraclius , vient d'être reçue dans la
Troupe des Comediens du Roy. La Dile
du Breüil y avoit été reçuë quelque temps
auparavant , & la Dile Jouvenot , qui
avoit quitté la Comedie , y eft rentrée.
En dernier lieu , la De Labat , qui joiia
quelques rôles avec applaudiffement l'année
paffée , y a auffi été reçuë.
L'Opera.
L'Académie Royale de Mufique , pour
ne pas priver le Public de Spectacles, pendant
que les principaux Acteurs ont été
occupez aux divertiffemens que Monfeur
le Regent & le Duc de Bourbon
ont donnez au Roy à Villers- Coterets &
à Chantilly , a fait chanter par les Acteurs
qui font reftez à Paris , differens
morceaux de Mufique choifis ; fçavoir ,
la
DE NOVEMBRE 1722. 157
fa Cantate de Democrite & d'Heraclite ,
mife en mufique par le fieur Battiſtin , at
été chantée par les fieurs Muraire & Dui
bourg ; on a reprefenté enfuite le Pourfeangnac
de M. de Lully , après quoi le
fieur Dubourg a chanté la belle Cantade
de Silene & Bachus de M. Campra. Le
Profeffeur de folie de M. d'Eftouche fut
joué enfuite , la Dile Tulou y chanta le
rôle de la Folie , il n'y a qu'elle d'Actrice
qui ait chanté dans ce divertiffement,
lequel ayant paru trop court aux fpectateurs
, on y ajouta le 3. Novembre l'Ac
te du Bal des Fêtes Venitiennes de M.
Campra , où eft la Scene du Maître à
chanter & à danfer , qui fut executée par
le fieur Muraire & Ranc ; ce premier y
chanta pour la clôture de tout le divertiffement
, une Ariette Italienne , qui
pour n'être pas nouvelle , n'en eft pas
moins belle ; on a donné le même divertiffement
le 5. & le 6. Novembre..
Le Lundy 9. on a donné la premiere
repreſentation de Perfée , que le Roy a
honoré de fa prefence . Sa Majefté fe ren
dit au Palais Royal à 5. heures , où Elle fut
reçue par Monfieur le Regent au bas de
l'efcalier, qui conduifit leRoy à la loge dø
Madame , où Sa Majefté fut placée entre
Monfieur le Duc d'Orleans & Madame
158 LE MERCURE
dame la Ducheffe d'Orleans. Les autres
principales loges furent occupées par les
Princes , Princeffes , & autres Seigneurs
de fa Cour.
Perfée avoit été reprefenté pour la premiere
fois à la Cour en 1682. & joüé enfuite
dans de differens temps ; la derniere
repriſe avant celle- ci a été en 1712.
Au refte , cet Opera a été parfaitement
bien remis. Les rôles de Cephée & de
Caffiope , Roy & Reine d'Etiopie , font
jouez par le fieur Dubourg & la Die Hermans
, celui de Merope , par la Dlle Anrier
, ceux de Perfée & de Phinée , par les
fieurs Muraire & Thevenard , & celui de
Mercure , par le fieur Guedon.
Le 11. Novembre , Fête de S. Martin,
on a fait l'ouverture des Bals , qu'on
donne tous les hyvers dans la Salle de
l'Opera. On y paye le prix ordinaire de
cinq livres par place. On interrompt ces
Bals pendant que durent les Avents .
On a appris de Vienne que le ' 4. No
vembre , jour de S. Charles , dont l'Empereur
porte le nom , on reprefenta devant
S. M. I. un nouvel Opera. Italien ,
intitulé , Scipion dans les Espagnes.
Theatre
DE NOVEMBRE 1722. ISS
The tre Italien .
Les Comediens Italiens , ayant été occupez
aux divertiſſemens dont nous avons
parlé , ont ceffé de jouer fur le Theatre
de l'Hôtel de Bourgogne dès le 29. Octobre
, & y ont reprefenté le même jour
la petite piece du Camp de Porché- Fontaine
, precedée de l'Amour Maître de
Langue. Ils ont r'ouvert leur Theatre le
10. Novembre par la repreſentation d'une
Comedie Italienne en trois Actes , qui
a pour titre , la Maison à deux portes ,
c'eft une Piece d'intrigue , qui a été fort
goûtée dans la nouveauté , lorfqu'elle fut
joüée en Juin 17162
Le 16. Novembre , les mêmes Comediens
ont reprefenté pour la premiere
fois , une petite Piece d'un Acte , de l'ancien
Theatre Italien , intitulée , la Fontaine
de Sapience , que les anciens Comediens
Italiens avoient jouée pour la
premiere fois en Juillet 1694
י
Les mêmes Comediens ont donné le
28. une Comedie en trois Actes , intitulée
le Lutin amoureux , qui n'avoit jamais
été repreſentée ici . Elle eft originairement
Italienne , connue fous le nom
de
160 LE MERCURE
de l'Efprit folet . On a traduit en françois
quelques Scenes Italiennes , qui onɛ
perdu de leurs graces & de leur jeu ;
mais cela eft bien reparé par la Dle Flaminia
, qui joue les trois quarts de la Piece
avec feu , entendement , & d'une maniere
qui fait plaifir ; furtout la Scene
de la Tirade , qui eft prife de l'ancien
Theatre de Gherardy , dans la Comedie
'de l'Homme à bonne fortune , de M. Renard.
On apprend de Venife , qu'on y a ouvert
à la fin d'Octobre le Theatre de
S. Moyfe , par la repreſentation d'un
Opera nouveau , intitulé les Heureu-
Les tromperies , & qu'on en preparoit
deux autres fur les Theatres de S. Jean
Chrifoftome & de S. Ange.
NOUDE
NOVEMBRE 1722. 161
XXXXXXXXXXXXX
: XX
NOUVELLES
ETRANGERES .
De Mofcon , ce 5. Novembre 1722.
Es dernieres Lettres d'Aſtracan
Ldattées du 9. Septembre >
marquoient
que le Czar y étoit attendu , &
qu'il devoit y refter aufli long- temps que
fa prefence y feroit convenable
, pour
faire les difpofitions
neceflaires pour l'execution
de fes projets , du côté de la
Mer Cafpienne. Et par des avis plus re- cens , on a fçu que S. M. Czarienne avoit
pris Derbent , où elle fe propofoit de former
un établiffement
principal.
On difoit encore , que M. Veteran ,
Brigadier des Armées de Ruffie , avoit
été envoyé du côté d'Andreof , dans la
Province de Dagheftan , à la tête d'un
détachement de deux mille Cofaques ; &
qu'après trois jours de fiege , il avoit
foumis cette Ville , & fait la Garniſon
prifonniere de guerre.
Les nouvelles de Derbent portent ,
que le Czar eft parti d'Aftracan pour
Akrahan , & que le Sultan Mahmud
ayant paru fur les montagnes avec dix
mille hommes , avoit été entierement défair
162 LE MERCURE 17223 --
fait par deux mille Cofaques , foûtenus
de quelque Cavalerie reglée , qui avoient
pourfuivi les ennemis jufques dans leurs
Bourgs & Villages , & même dans le
lieu de la refidence du Sultan , qu'on
avoit reduit en cendres.
Le Czar a mandé fes conquêtes & fa
route au Senat ces Lettres ont confir
mé la prife de Derbent , où on a trouvé
60. canons de bronze & 178. de fer
& une grande quantité de munitions de
guerre & de bouche.
On prétend toûjours que le Roy de
Perfe a demandé du fecours à Sa Majefté
Czarienne ; mais cela ne fe confirme pas
affez pour l'affirmer,
On a pris ici des précautions , pour
examiner la conduite de quelques Ecclefiaftiques
fufpectes au Gouvernement , &
de faire un mauvais ufage de tout ce qu'ils
peuvent penetrer des refolutions du Ĉonfeil
, incitez à cette perfidie , & par leur
dépravation , & par les penfions fecrettesqu'ils
reçoivent. Les Turcs ont pris des
ombrages des démarches du Czar , &
l'on affure qu'ils ont refolu de lui envoyer
un Aga , pour fçavoir fes intentions
fur la fuite de fes entrepriſes .
On debite à Conftantinople , que les
deux fils du Roy de Perfe follicitent
l'un
DE NOVEMBRE 1722% 163
l'un contre l'autre le fecours des Ottomans
, pour monter fur le trône de leur
pere , & le rebelle Miriveits deque
mande auffi la protection de la Porte
fous pretexte qu'il engagera les Perfans à
embraffer la Religion de Mahomet, & à
abjurer leur ſchifme.
On a reçu nouvelle de l'arrivée du
Czar à Aftracan , au retour de fon exper
dition de la Mer Cafpienne , dont on a
publié un journal très- circonftancié.
De Varfovie ce 14. Novembre.
N continue les Affemblées de la
Dicte generale . On a dans les premieres
Conferences reglé ce qui concernoit
les féances des Nonces , & les loge
mens qui leur font dûs. L'adminiftration
d'Oftrow , dont le Prince Sangursko s'empara
vers le temps de la derniere Diette
generale , qui fe fepara fans decider cette'affaire
, fut propofée par le Prince de
Radzivil , Porte-Epée du Grand Duché de
Lituanie. On a agité cette affaire pendant
plufieurs feances auffi-bien
que
celle du commandement des troupes , fans
rien déterminer fur l'une & fur l'autre.
و
M. le Comte de Denhoff , petit Gene-
- ral du Duché de Lithuanie , a obtenu l'agrément
du Roy , & a prêté ferment le
?
164
LE MERCURE
18. Octobre en qualité de Palatin de Po
toki.
Le 18. Oct. M. Swinfinski & M.Czerminski
, Nonces de la Diette generale ,
prirent querelle au fujet de l'affaire des
Generaux , & fe battirent le lendemain
à coups de fabre auprès d'Ujardon , Maifon
de plaifance du Roy. Ce duel caufa
beaucoup de defordre dans la chambre
des Nonces ; c'eft un crime capital . On
propofa dans la feance du zo. d'envoyer
une députation au Roy , pour lui demander
la grace de ces Nonces ; mais il n'y
eut rien de decidé ce jour là. Depuis ces
deputations l'affaire s'eft terminée heu
reuſement , tant auprès de Sa Majeſté
Polonoife , qu'auprès de la Chambre des
Nonces . Ces deux Seigneurs ont obtenu
leur grace , à condition que dès qu'ils
feroient gueris de leurs bleffures , ils
iroient remercier le Roy , le Senat & les
Nonces.
Le 28. Octobre il fut propofé un accommodement
fur l'affaire du commandement
des Troupes ; & quoique cette
ouverture ait eu beaucoup de partifans ,
elle n'a pas eu le fuccès que l'on efperoit
en cette occafion du concert du Comte
de Flemming & des Generaux de la Couronne.
Il n'y a encore rien de décidé ,
& toutes les feances jufqu'au 12. Novembre
DE
NOVEMBRE 1722
165
vembre inclufivement , fe font paffées en
conteftations , cela ne promet pas des
refolutions dans la feance prochaine , &
on s'attend prefque à voir finir la Diette,
fans qu'elle ait rien terminé au fujer de
la reftitution de la Curlande , fur les
affaires de la Livonie , fur la ratification
de la Paix avec la Suede , & fur les prétentions
du Czar , au fujet de la qualité
d'Empereur de toute la Ruffie,
De Stokolm ce 8. Novembre.
Mpublique de Hollande , a reçu une
R Rumpff , Resident de la Reréponſe
favorable au Memoire , preſenté
pour demander le principal & les intetêts
de certaines fommes dues aux Etats
Generaux par la Couronne de Suede , &
hypotequées fur les Douanes de Riga.
Cette Ville a été cedée au Czar par le
Traité de Nystadt ; mais l'article 12. de
ce Traité femble avoir reconnu ce droit
d'hypoteque , & on doit en écrire à Sa
Majefté Czarienne Le 24. Octobre
leurs Majeftez font revenues dans cette
Ville , & ont été reçus à Leliholm par
Tous les Senateurs & les Officiers de la
Chancellerie , ainfi que par tous les autres
notables , qui les ont complimentées
fur leur heureux retour.
De
366 LE MERCURE
De Vienne ce 15. Novembre.
M
R Langenbach , Confeiller Auli
que de l'Empire , qui a été nommé
Commiffaire dans le Palatinat par Sa
Majefté Imperiale , a ordre de fe rendre
inceffamment dans ce pays- là , pour y
faire executer le Mandement Imperial ,
rendu en faveur des Proteftans.
Il y a eu ici une grande fedition caufée
par des Garçons Cordonniers , qu'on n'a
pû appaifer qu'avec le fecours d'un Regiment
de Cavalerie & un d'Infanterie
qu'on a détachez de la Garnifon ; deux
des feditieux ont été executez.
Le Grand Seigneur a accordé au Hofpodar
Mauro Cordato un hattecheriff ou
brevet d'inveftiture de la Valaquie Turque
, pour en jouir fa vie durant. Ce
Prince a pris poffeffion de cette nouvelle
dignité le 27. Septembre dernier.
On mande du Duché de Mekelbourg,
que les Troupes de la Commiffion Imperiale
ont ordre de bloquer inceffamment
la ville de Domits , & que l'Offcier
qui y commande a envoyé un Courier
à Dantzik , pour en donner avis au
Duc de Mexelboug.
On apprend de Berlin , que le Roy de
Pruffe doit former un Camp de vingt
mille
DE NOVEMBRE 1722 167
mille hommes auprès de Guben , & le
long de l'Oder.
De la Haye ce 26. Novembre.
Late
#1
' Etabliffement projetté en Angle
terre de trois Compagnies nouvelles,
l'une pour la pêche de la Baleine l'au
tre pour celle du Hareng , & la dernie
re pour le commerce de Mafcovie , cauſe
ici de l'inquietude & des mouvemens .
Le Prince de Naffau- Diets a été reçu
nouvellement Statouder des Etats de
Gueldres , fous les conditions fuivantes ,
qu'il fera obligé de fuivre fous ferment,
io . La Religion Reformée , fuivant les
articles ftipulez dans le Synode de Dor-
-dreicht des années 1618. & 1619. 28. La
haute Regence demeurera à la Nobleffe
& aux Villes comme anciennement , &
le Starouder ne pourra s'arroger aucune
autorité. 3 °. Il n'aura , fous quelque prétexte
que ce puiffe être , aucune difpofition
des Charges politiques , ni commiffion
ou admiffion en qualité de membre
dans le corps de la Nobleffe , il ne
pourra non plus nommer les Magiftrats
-ni les dépofer. 4. Il fera tenu d'executer
toutes les conventions. & concordats
ci- devant faits , & de maintenir , & de
conferver les anciens privileges , libertez
J
&
168 LE MERCURE
& coûtumes concernant les Villes &
Garnifons. 5o. 11 fera auffi Amiral gene
ral de la Province . 69. Il ne pourra rien.
faire que par ordre , ou avec le confentement
des Etats Generaux , fans lequel
fon pouvoir & fa dignité cefferoient d'être
reconnus. 7. Il ne pourra confequemment
rien ordonner de contraire à
Acte de l'année 16:51 . 8 ° . Il fera Ca
pitaine & Adminiftrateur general des
Milices de la Province , & leur fera obferver
l'ordre & la difcipline ; il ne difpofera
en temps de paix , que des emplois
du feul Regiment de Cavalerie qu'il aura
à lui , & en temps de guerre , il n'au-
Era la difpofition des emplois, des autres
corps que pendant la campagne ; il
jouira en outre d'une penfion de fix mille
florins à prendre fur les revenus les
plus clairs de la Province , mais à la
charge d'obferver exactement toutes les
conditions preforites !
La Province de Gueldres a enfuite en
voyé des Deputez aux Etats d'Owerif
fel & d'Utrects , pour leur faire part des
-conditions qu'elles ont exigé du Prince
de Naflau Diets , en l'élifant pour Statouder
, & pour.les inviter de le reconnoître
en cette qualité aux mêmes condi
tions.
-
Di
DE
NOVEMBRE 1722 169
De Londres, ce 26. Novembre.
M
R Compton , Orateur du dernier
Parlement , a été propolé par le
Lord Stanhope , pour être encore l'Orateur
du nouveau , & agréé generalement
par les deux Chambres . Le Roy a approuvé
cette élection .
Le 22. Octobre la fufpenfion de la Loi
Habeas corpus fut acceptée pour une
année par la Chambre des Pairs &
celle des Communes. Ce Bill porte ,
que ceux qui font actuellement en prifon,
ou qui dans la fuite pourront y être mis
pour crime de haute trahifon , ne pourront
être admis à donner caution , que
par ordre du Confeil Privé. C'eft une
précaution prife au fujet de la confpiration
nouvellement découverte . Le Duc
de Norfolck a été arrêté à Bath le 1.
Novembre.
Le Grand Juré & les Jurez du Comté
d'Effex , alfemblez à Rumford le 2 .
Novembre , en vertu d'une Commiffion
particuliere du Roy , y ont entendu un
grand nombre de témoins , dépofans contre
le fieur Chriftophe Leorc , Avocat ,
prifonnier à la Tour. On a arrêté encore
quelques autres criminels de haute
trahison.
11, Vol.
H Le
170
LE MERCURE
Le grand Comité a accordé au Roy
un fubfide pour l'année 1723. Les Communes
ont accordé unanimement le 4.
Novembre le fubfide neceffaire , pour en-:
tretenir pendant les treize mois ordinai
res , dix mille hommes de troupes de
mer , à raiſon de quatre livres sterling.
par mois pour chaque homme.
La détention du Duc de Norfolk a
occafionné de nouvelles difcuffions , au
fujet de la fufpenfion de la Loi Habeas
corpus , qui fe font toutes terminées à l'avantage
du Gouvernement , & l'accufé ,
quoique premier Pair du Royaume , a été
conduit à la Tour.
On a expedié des ordres pour augmenter
les Compagnies du Regiment des
Gardes à pied , de huit hommes chacune.
Les Communes ont refolu en grand
Comité , de continuer l'impofition fur le
Malt ou grain germé , fur le Cidre & autres
boiffons , pendant l'année prochaine ,
pour fubvenir au payement du fubfide
accordé au Roy par le Parlement.
De Lisbonne, le 1. Novembre.
La Religion de Malthe , comman-
E 27. Septembre , trois Vaiffeaux de
M. le Bailly de Langon , Che- dez
par
yali
DE NOVEMBRE 1722 . 171
و
valier François , entrerent dans le port
de cette Ville avec cinquante autres
Chevaliers , qui eurent l'honneur de baifer
la main du Roy ; & après avoir fait
radouber leurs vaiffeaux aux dépens de
Sa Majefté , ils ont remis à la voile le 30.
pour continuer de croiser dans la Mediterranée
fur les Corfaires de la côte de
Barbarie ; mais les vents contraires les
ayant empêché de paffer la Barre , le
Bailly de Langon & fes Chevaliers eurent
audience de l'Infant Dom François,
Grand- Prieur de l'Ordre de Malthe en
Portugal , & le 2. Novembre ce Prince
alla voir le Commandant fur fon bord
qui l'y regala magnifiquement. Enfin
ils font partis le 9. avec un vent favorable
, & l'Infant Dom François leur
a fait l'honneur de les conduire au port,
& de les voir partir.
19
Le Cardinal d'Acunha eft arrivé à Elvas
, où il a été reçu avec tous les honneurs
militaires qu'on rend dans ce Royaume
aux Cardinaux . Cette Eminence a
eu l'honneur de baifer la main au Roy le
jour de l'anniverſaire de la naiffance de
Majefté.
11, Vol, H ij
De
172
LE MERCURE
L
De Madrid , ce 18. Novembre.
Es Galeres de Barcelone ont battu
& pris un Vaiffeau Corfaire de Barbarie
, & ramené une Pinque qu'il avoit
enlevée. Ce combat s'eft paffé auprès de
l'Ile de Maiorque .
Le Commerce de Gibraltar eft encore
interdit avec les côtes de Barbarie ;
cependant le Roy de Maroc eft difpofé
à faire la paix avec les Etats Generaux ,
On compte que l'Elcadre de ce Royaume
, qui , joint à celle des Etats Generaux
, croife fur la Mediterranée , rentrera
bientôt dans nos ports , la mer commençant
à devenir orageufe , & les rencontres
des Corfaires devenant plus rares.
En effet , on apprend que cette Efcadre
, commandée par Dom Antonio
Serrano , eft entrée le 4. Novembre dans
le port de Cadix , excepté le Conque
rant , commandé par le Capitaine Don
Dominique Juftiniani , qui s'eft rendu à
Barcelone , pour efcorter les Bâtimens
qui doivent tranfporter à l'Ifle de Maforque
la nouvelle Garnifon qu'on y envoye
, & en ramener celle qui doit être
relevée. L'Efcadre Hollandoife , qui croifoit
dans la Mediterranée , a jetté l'ancre
dans la Baye de Cadix le 23. Octobre
DE
NOVEMBRE 1722.
173
tobre , & le lendemain eft entrée dans
le port pour le radouber , d'où elle a
mis enfuite à la voile pour retourner en
Hollande.
L
De Rome , ce 12. Novembre.
E Reverend Pere Caffio eft arrivé des
Miffions de laChine , dont il a rendu
compte au Pape , qui attend M. Meſſabarba
, Vicaire Apoftolique , pour avoir
la confirmation du rapport de ce Reli→
gieux.
Le 15. Octobre , en vertù d'un Decret
de la Congregation de la Conſulte ,
qui s'étoit affemblée par ordre de Sa
Sainteté , on leva toutes les gardes qui
avoient été pofé aux portes de cette
Ville , pour prévenir la communication
du mal contagieux ; & les Lettres de Provence
& de Languedoc ne doivent plus
être parfumées ici que les deux ordinai
res prochains.
Chacun ici contribuë pour fournir du
fecours à la Religion de Malthé , les uns
en argent & les autres en bled.
On a trouvé chez un Notaire de la
Chambre Apoftolique un écrit cacheté &
figné du feu Prince de la Paleftrine , oùil
fait une declaration, qu'il n'eft pas fujet à
la Jurifdiction du Gouverneur de cette
11. Vol. H iij Ville,
174
LE MERCURE
Ville , en vertu des prérogatives de fa
Charge de Prefet de Rome , qu'il ne relevoit
que du Pape immediatement , & proteſte
contre tout ce qui pourroit être prononcé
contre lui par aucun Tribunal ; on a
remis cette declaration à M. le Cardinal
Barberin , frere de ce Prince , qui compte
s'en fervir pour faire biffer les Sentences
rendues contre le deffunt fon ftere
, au fujet de la levée de Soldats qu'il
avoit faite autrefois pour le Roy d'Elpagne
, & de l'ancienne affaire de Scarpaleggia.
L'Ambaffadeur de Malthe dans cette
Cour a reçu des dépêches du Grand-
Maître , avec ordre de faire avertir tous
les Chevaliers de l'Ordre , de fe tenir
prêts pour le rendre fle de Malthe ,
& de fupplier le Pape de hâter les fecours
pour la défenfe de cette Ifle , que
paroiffent menacer les armemens de la
Porte Ottomane . Cet Ambaffadeur a depuis
été mal reçu de Sa Sainteté , ce qui
fait préfumer qu'il s'en retournera inceffamment
à Malthe.
Le Gouverneur du Milanès a rappellé
toutes les gardes des frontieres , & rendu
les paffages libres-
MORTS
DE NOVEMBRE 1722. 175
XXXXXXXXXXXXXXX
MORTS ET NAISSANCES
des Pays Etrangers.
M
R le Comte Ulric - Felix Poppiel
de Lobcowits , Confeiller d'Etat
de l'Empereur , l'un de fes Chambellans ,
Prefident , Affeffeur Provincial de Juftice
, & Grand- Veneur du Royaume de
Bohéme , eft mort à Prague le 30. Sep.
tembre par un accident imprevû &
fingulier. En paffant dans la campagne ,
un arbre tombant d'une colline , abbatit
ce Seigneur qui étoit à cheval , & lui
caffa les bras & les jambes .
Madame la Duchelle del Vafto eft
morte en couches à Naples dans la 35. année
de fon âge.
Madame la Comteffe Doüairiere de
Saint- Jean , fit profeffion le 4. Octobre
à Liſbonne , dans le Monaftere de la Mere
de Dieu , en prefence du Roy de Portugal
, de la Reine & de toute la Cour.
Le Sermon y fut prononcé par le R. Pere
Alphonfe de Prazeres , Religieux de
l'Ordre de S. Benoît , qui a quitté le.titre
de Vicomte de Barbaceno , pour embraffer
l'Etat Monaftique.
Hij La II. Vol.
176 MERCURE LE
La fille du Comte de Saint-Jean , petite-
fille de la nouvelle Religieufe , fut
baptilée le même jour , & nommée Marie-
Anne Bernard .
ARRETS , &c.
ARREST Notable , rendu en faveur
de PERRINE BESNA RD , veuve
de Philippes Thomas , Ecuyer
Sieur de Beaupré , injuftement accufé
d'avoir affaffiné le Meunier de Bournan
& fa femme , nuitamment , dans
leur moulin , près Saumur , & de les
avoir volé.
CONTRE les Officiers de la Maréchauffée
de Saumur , qui ont condamné
ledit fieur de Beaupré en dernier reffortà
la question ordinaire, extraordinaire, &
à être rompu vif : ce qui a été executé
le 18. Aust 1714 .
NTRE PERRINE BESNARD , veuve de
E François-Philippe's Thomas , EcuyerSicur
de Beaupré , employé dans les Gabelles à Saumur
, tant en fon nom que commune en biens
avec
DE
NOVEMBRE 1722. 177
avec fon mari , que comine heritiere mobiliaire
de défunt Pierre- Thomas , Ecuyer fon fils , &
comme Tutrice naturelle de François Philippes
Thomas , Ecuyer fon autre fils , demandereffe
eren Requefte inferée en l'Arreft du Confeil
du 26. Novembre 1718. d'une part , &
Pierre le oeuf , Ecuyer , Confeiller du Roy ,
Prevoft des Maréchaux de France à Saumur
la veuve & heritiers du feu Sieur de Moffer ,
Lieutenant General de la Maréchauffée de Sau.
mur , Clement Vallet , Pierre d'Urffon , Sieur
d'Aubigny , Marc François Gigault , Sieur d'Etergé
, François Herault , Sieur de Boifbrard
Noël Prevoft , Confeiller en la Senechauffée
de Saumur , Guerin , Sieur de Villermur , Procureux
du Roy en la Maréchauffée de Saumur ,
Défendeurs d'autre part ; & encore entre ladite
veuve Beaupré ès noms & qualitez qu'elle
procede , Demandereffe aux fios de fa Requête,
inferée en l'Arreft du Confeil du 13. Septembre
1719. & affignation donnée en confequence ,
d'autre part ; & Jean Blondeau élû en l'Election .
de Saumur , Défendeur d'autre ; & encore entre
ladite veuve Beaupré , ès noms & qualitez,
Demandereffe aux fins de ladite Requefte , inferée
audit Arreft du Confeil du 13. Septembre
1719. & affignatton donnée en confequence ,
• d'autre part , & Anne Chefneau , veuve de
Charles le Roy , vivant Greffier de la Maréchauffée
de Saumur , Défendereffe , d'autre
part , fans que les qualitez puiffent nuire ni
préjudicier aux parties ; veu au Confeil d'Etat
Privé du Roy , & c . Et tout confideré . Le Foy
en fon Conícil , faifant droit fur l'Inftance ,
fans s'arrêter à la fin de non recevoit propofée
par les Officiers de Saumur , dont Sa Majesté
II. Vol. H v les
178
LE
MERCURE
les a débouté , a caffé & annullé les informa
tions commencées le trente Mars mil fept cent
quatolze , le decret de prife de corps décerné
contré Beaupré , les procedures faites depuis la
Sentence de competence , tous les jugemens interlocutoires
& le jugement diffinitif du dixhuit
Aouft de la même année , ordonne que
l'habit gris blanc , & le fufil dudit Beaupré
dépofez au Greffe de la Maréchauffée de Saumur
, feront rendus & reftituez à fadite veuve ;
à ce faire , tous Greffiers & autres Dépofitaires
contraints , quoi faifant déchargez : en confequence
, a condamné & condamne Sa Majefté
lefdits Officiers de Saumur folidairement en
tree mille livres de dommages & interefts
envers ladite veuve Beaupré & fon fils ; fçavoir
, le Loeuf , ci-devant Prevost de ladite Maréchauffée
, en deux mille cinq cens livres
Herault & Valette qui ont fait les fonctions
d'Affeffeurs , en chacun deux mille livres ; Gue
rin , Procureur du Roy , auffi en deux mille
livres. Les heritiers Mocet , Durfon , Gigault ,
Prevoft , tous Confeillers en la Senechauffée de
Saumur en chacun mille livres , & Blondeau
Gradué , en cinq cens livres. Condamne en
outre Sa Majesté , lesdits Officiers folidairement
en tous les dépens faits , tant au Parlement
qu'au Confeil , même en tous ceux qui
font refervez ; a déchargé & décharge lesdites
veuve Mocet & Leroy des affignations à elles
données au Confeil à la requête de la veuve
Beaupré , dépes à cet égard compenfez . Permet
Sa Majesté à ladite veuve de faire exhumer
fon mary , & de le faire enterrer à fes
fais en telle Eglife qu'elle voudra choifir : Et
ordonne que le prefent Arreft fera regiftré au
Greffe de la Maréchauffée de Saumur , lû ,
public
DE NOVEMBRE 1722. 179
publié & affiché par tout où befoin fera ; &
fur le furplus des demandes de ladite veuve
Feaupré a mis & met Sa Majefté les Parties
hors de Cour. Fait au Confeil d'Etat Privé du
Roy , tenu à Verfailles le neuf Septembre mil
fept cent vingt-deux.
ARREST du Confeil d'Etat , tenu à Soiffons
le 31. Octobre qui permet aux fujets du Royau .
me qui font redevables envers le particulier ,
compris dans le Rôle arrêté , & titre de fupplement
de capitation extraordinaire de s'acquitter
defdites fommes , en payant ès mains
du Prepofé au recouvrement dans les mêmes
effets ordonnez par l'Arreft du 29. Juillet 1722.
AUTRE du 1. Novembre qui modere à moitié
les droits des decrets volontaires des immeubles
, acquis depuis le 1. Septembre 1719.
jufqu'au dernier Octobre 1720 à condition par
les acquereurs des immeubles de payer lefdits
droits avant le premier Janvier prochain .
ARREST du Confeil d'Etat , tenu à Villers-
Cotterets le 3. Novembre , qui ordonne que les
précautions prefcrites par les Arrefts & Ordonnances
, pour les plombs qui doivent être
mis aux Balles & Ballots de Marchandiſes , &
aurres Effets , & les Certificats qui doivent les
accompagner , continueront d'être exactement
obfervées dans toute la partie du bas- Languedoc
, qui eft à la gauche de la Riviere d'Orbe ,
compris les Villes d'Agde , Beziers , Bederieux,
Ceilles , & autres qui font le long & endeçà de
Ladite Riviere , & auffi dans le Vivarais &
Velay , jufqu'aux Confins de l'Auvergne Foreft
& du Lyonnois ; & qu'à l'égard de l'autre
II. Vol.
H vj partie
180 LE MERCURE
partie du Languedoc , à la droite de la Riviere
d'O.be & Provinces voifines , toutes les Marchandis
qui en partiront pourront être tranf
portées d'une Ville à l'autre , & dans les Provinces
du Royaume , fans être plombées ni
accompagnées d'autres Certificats de Santé ,
que de ceux qui feront délivrez aux Voituriers
portant le nom de la Ville, ou lieu du départ &
le jour,avec la qualité & quantité des Marchandifes
qu'ils portent : Ordonne pareillement Sa
Majefté que les Bureaux établis dans les Villes de
Touloufe & Narbonnes , & autres qui pouroient
l'avoir été pour la vifite des Marchandifes
, feront pareillement levez ; faifant défenfes
aux Maires , Confuls , Officiers Munici
paux , & tous autres , de donner aucun trou
ble ni empêchement aux Voituriers qui pafferont
, munis de fimples Certificats cy- deflus
énoncez .
ARRET dudit jour , tenu à Villers Cotterets
, qui ordonne que les Notaires , Greffiers
& autres qui font dans le cas de contravention
, ou qui ont encouru la peine du triple
droit , & qui en confequence de l'Article III.
de la Declaration du 29. Septembre dernier
feront contrôler , fceller & infinuer les Actes
qui ne l'ont pas été , ou qui payeront le
Doit de Centiéme denier , dans le délai de
trois mois , à compter du jour de l'enregistrement
d'icelle , feront tenus de rembourfer en
même temps les f ais qui ont été precedemment
faits contre eux , fuivant qu'ils feront reglez
à l'amiable entre eux & les Commis à la Rezie
defdits Droits , ou en cas de conteftation , fuivant
la liquidation qui en fera faite par les
Sieurs Intendans & Commiffaires départis
dans
DE NOVEMBRE . 1722. 15%
dans les Provinces & Generalitez du Royaume
, ou leurs Subdeleguez .
ARREST du Confeil du 14. dudit mois , qui
ordonne que les Pourvûs & Proprietaires des
Offices & Droits fupprimez , qui n'ont point
encore reprefenté leurs Titres par evant les
Commiffaires députez , à l'effet d'en faire les
liquidations , feront tenus de le faire dans le
premier Fevrier de l'année prochaine , pour
tout délai , & fans efperance d'aucun autre ;
après lequel temps ils n'y feront plus reçûs ,
& demeuleront déchûs de toutes prétentions :
Veut pareillement sa Majefté que ceux dont
les Offices & Droits ont été liquidez ; & qui
jufqu'à prefent n'ont pas reçû les fonds deftinez
à leurs rembourfemens , enſemble ceux
dont les liquidations feront faites dans le délai
cy-deffus accordé , foient tenus d'en recevoir
le remboursement avant ledit jour premier Fevrier
prochain en quittances du Garde du Tréfor
Royal , po tant intereft au denier Cinquante
; & que faute de ce faire dans ledit délai
, ils en feront déchûs purement & fimplement
, fans efperance de retour ; & Sa Majesté
demeurera quitte & déchargée defdits rembourfemens.
ARREST du Confeil du 17. dudit mois ,
qui commet les Sieurs Fagon , de Machault &
d'Ormeflon , Confeillers d'Etat , & les Sieurs
Angran , Regnaud , Eignon , Fontanieu , Va
nolles , d'Aube , Meliand & Pinon d'Avor ,
Maîtres des Requêtes , pour proceder , au
nombre de cinq au moins , à la liquidation des
fommes dues aux Offi iers qui ont fait le rachat
du prêt & annuel de leurs Offices pour le
rembourfe
182 LE MERCURE
rembourſement , tant du principal de la Finance
par eux payée , que des interefts de ladite |
Finance , à compter de la datte des quittances
qui leur en ont été expediées jufqu'au dernier
Decembre de la prefente année , ainſi qu'il eſt
ordonné par la Declaration du 19. Aouft dernier
, & conformement à icelle à l'effet de
quoi les pourvus defdits Offices remettront inceffamment
lefdites quittances de Finance ès
mains du Sieur Pierre Chaftriot , Greffier des
Commiffions extraordinaires du Confeil , que
Sa Majesté a commis à cet effer , Greffier de
ladite Commiffion.
ARREST du 21. dudit mois , qui ordonne '
que lorfque par quelque enchere , les Provifrons
d'aucuns des Offices créez & rétablis par
l'Edit du mois d'Aouft dernier , ne pourront
être fcellées en faveur de ceux qui auront fait
le payement des droits de marc d'or defdits
Offices en ce cas les quittances dudit marc
d'or expediées en leur nom , vaudront comme
fi elles avoient été expediées au nom de ceux
qui obtiendront les Provifions defdits Offices ,
fans qu'il foit befoin d'aucun A&te de ceffion
ou tranfport , d'Arrefts particuliers , ni d'aucune
autre formalité : Sa Majefté validant à
cet effet lesdites quittances pour les premieres
Provifions feulement . Veut & ordonne Sa Majefté
qu'en vertu du prefent Arreft , & fans
qu'il en foit befoin d'autres , les premieres į
Provifions des Offices de Gouverneurs , lieutenans
de Rey , Majors . Maires , Lieutenans de
Maires , & autres Offices créez & rétablis par
Edit du mois d'Aouft 1722. foient expedices
& fcellées , en rapportant par l'Impetrant la
quittance du marc d'or , fous quelque nom
qu'il
DE
NOVEMBRE 1722 . 183
qu'il ait été payé ; & que celui qui aura été
pourvû , foit tenu en confequence de rembourfer
le montant du droit de marc d'or , à celui
par qui il aura été payé .
ne que
>
ARREST du 22. dudit mois , qui ordonl'Edit
du mois d'Aouft, 1722. fera executé
felon fa forme & teneur : veut en conféquence
Sa Majesté que le Garde du Trefor
Royal en exercice , reçoive les contrats de
rentes fur la Ville , rentes provinciales , & finances
d'Offices fupprimées & liquidées , de
ceux qui auront fait leurs foumiffions pour acquerir
aucuns des Offices créez & rétablis par
ledit Edit, Ordonne Sa Majefté qu'en fourniffant
par eux leurs quittances de rembourfement
& tous autres Actes néceffaires pour
l'extinction & fuppreffion entiere defdits contrats
, rentes & finances d'Offices , il leur fera
donné pour le Garde du Trefor Royal en exer.
cice , des recepiffez à la décharge du Treforier
General des revenus cafuels , fur la figance
des Offices de Gouverneurs , Lieutenans de
Roy , & Majors des Villes claufes du Royaume
, des Offices anciens , alternatifs & triennaux
de Maires , Lieutenans de Maires , Echevins
, Confuls , Capitouls , Jurats , Affeffeurs ,.
Secretaires Greffiers des Hôtels de Ville , &
leurs Controleurs , de ceux d'Avocats & Procureurs
du Roy deflits Hôtels de Ville , d'Archers
, Heraults , Hoquerons , Concierges ,
Gardes Meubles , & autres Valets de Ville , &
des Offices des Syndics des Paroiffes , & de
Greffiers des Rolles des Tailles , & autres impofitions.
AUTRE Arrêt du 22. dudit mois , qui
fait
184
LE
MERCURE
fait deffenfe à tous Maîtres des Coches , Ca
roffes & Meffageries , leurs Commis , Cochers
& Conducteurs , de fe charger de Vins , Eauxde-
Vie , & autres Liqueurs , qu'il ne leur foit
apparu du payement des droits de Courtiers-
Jaugcurs ; déclare en outre la faifie faite par
les Employez aux Hydes de la Ville de Poitiers
le 21. Aouft dernier , de fix barils d'Eaude-
Vie bonne & valable , & ordonne que ladite
Eau de Vie fera confifquée au profit de
Martin Gerard , & c.
ARREST du Confeil du 23. dudit mois ,
qui ordonne que ceux des Acquereurs des Offices
de Syndics des Paroiffes & Greffiers des
Rolles , qui ne voudront pas les exercer euxmêmes
, pourront les faire exercer par tels fujets
capables qu'ils jugeront à propos de choifir.
Ordonne Sa Majesté que fur la nomination
defdits Acque.eurs defdits Offices , il leur foit
expelié des Commiffions du Grand Sceau , pour
chacune defquelles il ne fera payé que la fomme
de fix livres pour le Sceau & l'honoraire
fans au un droit de Marc d'or , & d'Enregiftrement
defdites Provifions , conformément à
l'Edit du mois d'Aouft dernier .
ARREST du Confeil d'Etat du 8. De
cembre , par lequel Sa Majefté defirant , dans
les circonstances préfentes , établir une jufte
proportion entre le prix des Etofes noires ,
tant de Laine que de Soye , qui font venduës
dans Paris par les Marchands Drapiers &
Merciers , fait très expreffes défenfès à tous
Marchands Drapiers de vendre aucuns Draps
noirs au deffus des prix cy après ma qucz ;
fçavoir ,
Les
DE NOVEMBRE 1722. 185
Les Draps les plus fins des fabriques de Paignon
& de Rouffeau ,
29. liv.
Ceux des fabriques de Sedan , les plus beaux,
24. liv.
Et ceux des qualitez
inferieures
de la même
fabrique
de Sedan
, à proportion
.
Les Draps appellez de Berry , les mieux fabriquez
, 10. liv.
Ceux des qualitez inferieures à proportion .
Et à l'égard des Marchands Merciers , le
Foy leur fait pareillement défenſe de vendre
les Ras de Soye , appellez de Saint Maur , plus
de 14 liv. s . fols l'aune , lorfqu'elle eft du
poids de fix onces ; & celles defdites Etoffes
qui peferont moins de fix onces par aune , à
proportion de leur poids & qualité . Les Ras
dits de Saint Maur , compofez de Fleuret , à
12. liv. Paune les plus beaux , & les autres à
proportion . Ordonne de plus Sa Majefté aux
Ferandiniers de la Ville & Faubourg de Paris ,
de fe conformer , en ce qui les concerne , à la
difpofition de l'article précédent , à peine ,
tant contre les Marchands Drapiers & Merciers
que contre les Ferandiniers , de 3000. liv.
d'amende en cas de contravention , & de déchéance
de leur qualité ou Maîtrife , & c.
JOURNAL
186 LE MERCURE
JOURNAL DE PARIS .
L
E 29. d'Octobre 1722. le Duc d'Epernon
époufa Mile de Montmorency.
La ceremonie du mariage s'est faite
au Château de Mello par l'Abbé d'Aulin
, oncle du marié , en prefence du Curé
de la Paroiffe , & des parens des deux
cô: ez .
Mello communément appellé Marlon ,
eft une Baronnie très ancienne , à trois
lieues de Clermont en Beauvoiſis , qui
releve du Roy , & appartient au Duc de
Luxembourg. Elle a donné le nom à une
grande maifon éteinte il y a environ trois
cens ans . Celles de Nefles d'Offemont
auffi éteinte , de Montmorency , & de
Bourbon Condé , l'ont poffedée fucceflivement
; & elle eft rentrée dans celle de
Montmorency par la Princeffe de Meckelbourg
, foeur du Maréchal de Luxembourg
, pere du Duc de ce nom qui la
poffede aujourd'hui . Le Château qui eft
d'une belle conftruction , eft bâti fur une
hauteur qui commande plus de trois
lieues de pays. On y a fait depuis deux
ans beaucoup d'embelliffemens & d'augmentations.
Sa principale vûë donne fur
un
DE NOVEMBRE 1722. 187
un fond fort étendu , entrecoupé de bois ,
& de prairies , & arrofé de plufieurs
ruiffeaux formez par la petite riviere du
Terrain.
>
Un Bourg qu'on dit avoir eu autrefois
le titre de Ville , eft au bas du Château
& finit à un Village qui y tient nommé
Cires qui releve en partie de la Baronnie .
Il y a dans ce Bourg un Prieuré , un
Chapitre & un Couvent de Cordelieres .
Les Seigneurs de Mello ont fondé le
Prieuré & le Chapitre. Le Fondateur du
premier étant devenu Abbé de Vezelai
en Bourgogne , attacha à cette Abbaye
la nomination de ce Prieuré. Il y avoit
autrefois des Benedictins , mais il a été
fecularifé. On l'appelle le Prieuré de la
Magdelaine ; il a de grands droits , & a
dans fon enceinte une Eglife bien entretenue
, où l'on dit la Meffe trois fois
la femaine . L'Abbé de Veiffière connu
dans la République des Lettres , en eſt le
Titulaire.
3
Le Chapitre eft compofé de quatre
Chanoines , dont le Prieur de la Magdelaine
eft le premier. Il y a dans la Collegiale
une Chapelle qui fert de Paroiffe
pour le Bourg , dont le Curé eft auffi Chanoine.
Le Seigneur donne deux Canonicats
, & nomme à la Cure alternativement
avec les Religieux de S. Quentin
de Beauvais .
Les
188 LE MERCURE'
·
Les Religieufes du Couvent étoient
autrefois des Hofpitalieres ; mais on y a
mis il y a environ cent ans des Cordelieres.
La Superieure qu'on appelloit autrefois
la Mere Ancelle eft perpetuelle.
C'eft M. de Luxembourg qui la nomme.
Elle a le titre d'Abbeffe felon l'ufage de
l'Ordre de S. François à l'égard des Couvens
de Filles. Ce Monaftere dépend
pour le Spirituel du Provincial des Cordeliers
de la grande Province de France.
L'Abbeffe eft fille de M. Launay , Secretaire
du Roy , & Directeurs de la
Monnoye des Medailles .
Les perfonnes qui ont affifté à la Benediction
Nuptiale étoient du côté du
mari , le Duc & la Ducheffe d'Antin ,
l'Abbé d'Antin , la Marquise de Gondrin
, le Marquis de Gondrin , ſon ſecond
fils , & Me de Tourbes , & du côté
de la mariée les Ducs de Luxembourg ,
& de Montmorency , le Comte de Ligni ,
le Prince & la Princefle de Tingri , le
Duc d'Olonne , & les Marquifes de
Bellefonds , & de S. Germain Baupré.
Le 13. Novembre on fit avec les ceremonies
accoutumées l'ouverture du Parlement
; la Melle fut celebrée à la Chapelle
de la Grande Salle du Palais . M. le
Premier President , & les Chambres y
affifterent. La
DE
NOVEMBRE 1722. 189
9
La contagion ne regne plus à Orange
cette nouvelle a été rendue publique , &
confirmée par un memoire détaillé de
M. de Chaffe , Brigadier des armées du
Roy , Commandant pour Sa Majesté
dans la Principauté d'Orange , qui rend
un compte exact de la naiffance & du
progrès de cette maladie , auffi bien que
de fon entiere ceflation .
Le 15. le Roy accompagné de Monfieur
le Duc d'Orleans entendit la Meffe
chantée par fa Mufique dans fa Chapelle
du Château de Versailles .
Et le dix-huit M. Maffei , Archevêque
d'Athenes , Nonce ordinaire du Pape
eut audience particuliere du Roy. Il y
fut conduit par le Chevalier de Sainctot ,
Introducteur des Ambaffadeurs , qui le
même jour conduifit auffi à l'audiance
de Sa Majefté le Bailly de Mefmes
Ambaffadeur de la Religion de Malthe..
M. le Blanc , Secretaire d'Etat , a été
attaqué d'un violent rhumatifme , & en
a été gueri en peu de jours par le Sieur
Porcheron , qui demeure rue du Petit
Lyon , quartier S. Sauveur à Paris.
Le Roy a nommé pour fon Prédicateur
ordinaire le Pere la Place , du Grand
Couvent des Jacobins de la rue S. Jacques
, avec la penfion ordinaire.
Le Marquis de la Fare a reçû la Toifon
190 LE MERCURE
fon d'Or des mains de Montieur le Duc
d'Orleans , au nom du R y d'Elpagne.
L'Abbaye de Sainte Gloffinde , Ordre
de S. Benoît, dans la Ville de Metz , vacante
par le decès de la Soeur Hauteman ,
derniere Titulaire , a été donnée à la
Soeur Marguerite Hauteman de Baton
Religieufe dans l'Abbaye de Chelle.
Le 14. Novembre le Roy a accordé
6000. liv. de penfion à la Dame de Fontaine
Martel , par forme de gratification .
Le 22. Novembre M. de S. Conteſt ,
Premier Ambaffadeur Plenipotentiaire de
France au congrès de Cambrai , donna
une grande fête au fujet du Sacre &
Couronnement du Roy , & il y eut de
grandes réjoüiffances dans toute la Ville.
Le Te Deum fut chanté en Mufique dans
la Metropolitaine , où l'Archevêque de
Tours officia . On entendit à la fin trois
falves de l'artillerie de la Ville & de la
Citadelle , & le Regiment du Roy , Infanterie
fit trois décharges de Moulqueterie.
Le foir on alluma le feu qui avoit
été dreffé fur la place , & on tira grand
nombre de fufées , prefque toutes les
maifons aux environs étoient illuminées.
Plufieurs pilaftres & arcades de lampions ,
pofez fur le portique de l'Hôtel de Ville
faifoient un effet admirable , & c. Après
la Comedie , les Ambaffadeurs , les Dames
,
DE
NOVEMBRE 1722. 191
mes, & ceux qui avoient été invitez par M.
de S. Conteft, pafferent dans une galerie
préparée pour le bal. On danfa jufqu'à
onze heures qu'on fervit un magnifique
fouper. Outre la table des Ambaffadeurs
il y en avoit une autre de 60 , couverts.
Le bal recommença après le fouper , &
dura jufqu'à cinq heures du matin.
Le même jour on chanta le Te Deum
en mufique dans l'Eglife Royale de Saint
Quentin , à l'occafion du Sacre du R ›y.
Le Chapitre de cette Eglife , dont les
Rois de France font Fondateurs & pleins
collateurs , fignala fon zele par une illumination
ingenieufe qui couvroit tout le
grand portail , & qui y a brillé toute la
nuit , avec ces deux vers qui en expliquent
le fujet.
Unitum de calo monftrant hac lumina
Regem ,
Syderea , & terris defuper effe datum.
On écrit de Malthe que le Grand-
Maître avoit reçû plufieurs avis de Conf
tantinople qui affuroient tous que l'armément
confiderable que fait le Grand Seigneur
menaçoit l'Ifle de Malthe ' , & que
les Turcs avoient réfolu d'en former le
fiege ; la flotte preparée eft compofée de
cinquante vaiffeaux de guerre , & d'un
grand nombre de bâtimens de tranfport.
Sv;.
192 LE MERCURE
Sur ces nouvelles le Grand Maître a envoyé
ordre aux Grands Prieurs d'écrire à
tous les Chevaliers pour les avertir de fe
tenir prêts à partir à la premiere citation
que l'on attend inceffamment dans des
circonftances aufli preffantes.
La Diligence de Lyon a été arrêtée à
28. lieues de Paris par des voleurs qui
l'ont forcée de fe détourner du grand
chemin. Ils n'ont pas fait le carnage qu'on
avoit débité d'abord , ils ont tué feulement
un homme qui étoit dans le panier
& bleffé , le Cocher & le Poftillon qui
fe plaignoient un peu trop hautement
d'un cheval qu'on leur avoit fabré. Ils ont
fouillé & dépouillé les particuliers de
tout leur argent. Cette perte monte à
plus de trente mille livres .
Le Vendredi 20. Novembre on a fuppléé
les ceremonies du Baptême à Madeinoifelle
de Beaujolois , née à Versailles
le dix-huit Decembre 1714. La ceremo
nie fut faite dans la Chapelle du Palais
Royal par l'Evêque de Nantes , Premier
Aumônier de Monfieur le Duc d'Orleans ,
en prefence du Curé de S. Euftache , Paroille
de la P.inceffe baptifée. Elle a cu
pour parain le Roy d'Espagne , reprefenté
par Monfieur le Duc d'Orleans ,
& pour maraine la Reine d'Efpagne , reprefentée
par Madame la Ducheffe d'Orleans.
Le
DE
NOVEMBRE 1722. 193
Le même jour M. Mafcei , Archevêque
d'Athenes , & Nonce ordinaire du
Pape , eut audiance publique de Madame
la Ducheffe d'Orleans ; il y fut conduit
par M. de Marpré , Introducteur des
Ambaffadeurs , près de fon Alteffe Royale.
Le 22. le Roy entendit la Meffe chantée
Par fa Mufique dans fa Chapelle du
Château de Versailles , il y fut accompagné
par M. le Duc d'Orleans , & Sa
Majefté prit le 20. & le 24. le divertiffement
de la chafle du vol , accompagnée
du Duc de Bourbon , du Comte de Clermont
, & du Duc de Charoft , fon Gouverneur.
M. De la Lande , Sur- Intendant de la
Mufique de la Chambre du Roy , & rempliffant
lui feul très -dignement les quatre
quartiers de la Maîtrise de la Chapelle de
Sa Majefté , s'eft démis volontairement
de trois de ces quartiers , en faveur de
M. Gervais , Sur- Intendant de la Mufique
de Monfieur le Duc d'Orleans , de
M. Bernier , Maître de la Mufique de la
Sainte Chapelle de Paris , & de M. Campra
qui brille depuis long- temps , nonfeulement
par la compofition de Motets
chantez dans toute l'Europe , mais encore
par un grand nombre d'Opera que le public
a applaudis .
Le 25. Novembre Dom Patricio Law
II. Vol. I les
.
194
LE MERCURE
les , Ambaffadeur extraordinaire du Roy
d'Efpagne , chargé par fon Maître de
demander au Roy Mademoiſelle de Beaujolois
, fille de Monfieur le Duc d'Ofleans
pour Don Carlos , Infant d'Elpagne
, obtint à Verfailles fa premiere audiance
publique de Sa Majefté , le Prince
de Lambefc , & le Chevalier de Sainctot
, Introducteur des Ambaffadeurs allerent
prendre cette Excellence à l'Hôtel
des Ambaffadeurs dans le carroffe du
Roy, & la conduifirent à Verfailles . L'avant-
cour du Château étoit occupée par
les Compagnies des Gardes Françoiles &
Suiffes en haye & fous les armes , les tambours
appellans au paflage de l'Ambaſſadeur
; dans la cour les Gardes de la Porte
, & ceux de la Prevôté de l'Hôtel en
haye & fous les armes paroiffoient à leurs
poftes. Le Marquis de Dreux , Grand-
Maître des Ceremonies , & M. Delgranges
, Maître des Ceremonies , reçurent ce
Miniftre au bas de l'efcalier , qui étoit
gardé par les Cent- Suiffes en habit de
ceremonie , la hallebarde à la main.
Le Duc d'Harcourt , Capitaine d'une
Compagnie des Gardes du Corps , le recut
en dedans de leur Salle , où ils étoient
en haye & fous les armes .
De l'audience du Roy , Don Patricio
Lawles fut conduit à celle de Monfieur
le
DE
NOVEMBRE 1722.
le Duc d'Orleans & de Madame la Du-
£ 95
cheffe
d'Orleans , par le Chevalier de
Sainctot , & après toutes ces audiences,
l'Ambaffadeur & tous les
Gentilshommes
de fa fuite , furent traitez par les
Officiers du Roy.
L'après - midy les conventions du Mariage
de Don Carlos , Infant d'Efpagne,
avec la Princeffe Philippe - Elifabeth
d'Orleans, fille de Monfieur le Duc d'Or
leans , Regent du Royaume , furent fignées
dans l'Appartement du Cardinal
du Bois , Premier Miniftre , par cette
Eminence , par M. d'Armenonville , Garde
des Sceaux de France , M. le Pelletier
de la Houffaye , Confeiller d'Etat
ordinaire , & Chancelier de Monfieur le
Duc d'Orleans , & M. Dodun , Contrôleur
general des Finances , nommez
par Sa Majefté , & munis des pleins pouvoirs
requis dans cette occafion , & par
l'Ambaffadeur Extraordinaire du Roy *
d'Efpagne , qui delà fut recondut à
l'Hôtel des Ambaffadeurs , par le Chevalier
de Sainctot avec les ceremonies
.ordinaires.
›
Le lendemain 26. on le conduifit en-.
core à Versailles en obfervant tour le
ceremonial de la veille ; & après un dîner
fervi comme le precedent , l'Ambaffadeur
le rendit dans le Cabinet du Roy
II. Vol. I ij avoc
196 LE MERCURE
avec les formalitez d'ufage , fur, les cinq
heures du foir . Le Roy étoit dans fon
fauteüil , & avoit une table devant lui.
Monfieur le Duc d'Orleans étoit à la
droite de Sa Majefté , & tous les Princes
& Princeffes de la ' Maiſon Royale
occupoient dans le cercle leurs places
marquées. Don Patricio Lawles fit un
compliment au Ray après les reverences
prefcrites , & fe retira à la place qui lui
étoit deſtinée au bas du cercle. On lut
le Contrat de Mariage du Prince d'Efpagne
& de la Princeffe d'Orleans , qui
fut figné par le Ray, enfuite
par Monfieur
le Duc d'Orleans , par les Princes
& Princeffes de la Maiſon Royale , chacun
dans fon ráng. Le Cardinal du Bois ,
Premier Miniftre , figna fur la premiere
colonne, & l'Ambafladeur Extraordinai
re d'Espagne fur la feconde.
,
Le 29. premier Dimanche de l'Avent ,
le Roy
accompagné de Monfieur le
Duc d'Orleans , entendit dans la Chapelle
de fon Château de Verfailles , la
Meffe chantée par la Mufique , & l'après-
midy le Pere Boyer , Theatin, prêcha
devant Sa Majefté , qui fut enfuite
au Confeil de Regence.
La 2. Decembre , le Baron Hop , Ambafladeur
Ordinaire des Etats Generaux ,
cut audience particuliere du Roy , il y
fuc
DE NOVEMBRE 1722 . 197
fut conduit par le Chevalier de Sainctot ,
Introducteur des Ambaffadeurs.
,
&
Le premier Decembre , Mademoiſelle
de Beaujolois partit du Palais Royal ,
dans le Caroffe du Roy , accompagnée
de Madame la Ducheffe de Duras qui
doit la conduire fur la frontiere d'Eſpagne.
Cette Princeffe étoit fuivie d'un
détachement des Gardes du Corps , des
Caroffes & Officiers de la Maifon du
Roy , nommez pour l'accompagner ,
la fervir pendant fon voyage , & qui
avoient fuivi cette Princeffe , lorfqu'elle
partit de Verfailles pour venir à Paris.
Les principaux de ces Officiers font , M.
Meffier , Chevalier de S. Louis , Maître
d'Hôtel du Roy , M. Talon , Ecuyer
de Sa Majefté. M. Courtois , Contrôleur
de la Maifon du Roy , & c.
La Princeffe étoit encore accompagnée
dans fon caroffe , de Madame de
Saint-Germain , fa Sous- Gouvernante.
Elle fut conduite par Monfieur le Duc
d'Orleans & M. le Duc de Chartres ,
jufqu'au Bourg - la- Reine . La veille de fon
départ M. de Châteauneuf , Confeiller
d'Etat , & Prevôt des Marchands , lui
avoit preſenté au Palais Royal les complimens
de la Ville & les prefens accoûtumez
.
Jeudy 3. Decembre , un homme ,
Il. Vol.
I iij qu'on
198
LE MERCURE
.
qu'on dit être un des Voleurs qui avoit
attaqué la Diligence de Lyon , fut arrêté
fur les onze heures du matin auprès
de faint Euſtache ; il fut découvert dans
un Cabaret , où il déjeûnoit lui troifiéme
, & auffi -tôt invefti ; mais il fortit en
fe défendant avec vigueur , & paffa à
travers l'Eglife , où le faifoit la Proceffion
du S. Sacrement , l'épée nuë à la
main ; mais il fut pourfuivi avec tant de
diligence , qu'il fut arrêté un moment
après , au même endroit où d'abord on
l'avoit voulu prendre.
Le 7. Decembre , les Prevôt des Marchands
& Echevins , à la tête du Corps
de Ville , precedez des Colonel & Archers
de la Ville , allerent , par ordre
exprès du Roy , à l'Hôtel de l'Ambaffadeur
d'Espagne , & firent les complimens
de la ville de Paris , à Don Patricio
Lawles, Ambaffadeur Extraordinaire
du Roy d'Espagne, fur le Mariage de l'Infant
Don Carlos, avec la Princeffe Philippe
- Elifabeth d'Orleans , fille de Monfieur
le Duc d'Orleans , ce qui fut executé
avec les Ceremonies ordinaires , &
avec les prefens que la Ville a coûtume
de faire dans ces occafions .
Le Dimanche 6. Decembre , le Roy
donna à M. le Comte de Valbelle ; premier
Sous- Lieutenant des Gendarmes de
la
DE
NOVEMBRE 1722. 199
*
Garde , Brigadier d'Armée , l'Expectative
d'une place de Commandeur de
l'Ordre de S. Louis à quatre mille livres
de penfion .
Le Jeudy 10. Decembre , le Duc de
Gêvres fut reçu au Parlement en qualité
de Gouverneur furvivancier de la
Ville de Paris .
Le même jour , à deux heures aprèsmidy
, un Etranger , connu dans plufieurs
Cours d'Allemagne & du Nord ,
fit une épreuve pour éteindre les incendies
en prefence du Cardinal du Bois ,
premier Miniftre. On avoit conftruit
pour cet effet un édifice de charpente ,
rempli de matieres les plus combuftibles,
dans la place d'Armes de l'Hôtel Royal
des Invalides. On y mit le feu, & lorsqu'il
fut bien allumé , l'Etranger , qui attendoit
les ordres du Cardinal du Bois, & qui
tenoit fon fecret tout prêt , fit rouler
au milieu des flâmes , `un baril d'environ
douze pouces de diamettre fur une longueur
proportionnée , qu'on prétend être
rempli d'eau , & contenant dans fon milieu
une boëte de fer blanc, où étoit une
matiere qui devoit operer l'extinction
totale du feu ; de cette boëte partoit un
petit tuyau , dont l'extrêmité fe terminoit
à un des fonds du baril . Le bout
du tuyau étoit garni d'une méche , à la-
I iiij quelle
11. Vol.
200 LE MERCURE
quelle on mit le feu en lançant le baril .
Un moment après on entendit un bruit
fourd comme d'un petard. Toutes les
Hâmes , qui fortoient par les fenêtres &
les lucarnes de la cabane & qui furmontoient
le toit de plus d'une toife ,
s'éteignirent fubitement ; il parut à la
place une épaiffe fumée , qui étant diffipée
laiffa voir le débris de l'incendie
, avec quelque peu d'étincelles & de
feu , mais fans Aâme.
с
Après cette premiere operation , on fit
une feconde épreuve dans la cave d'une
petite maifon de la plaine de Grenelle
pleine de paille , de tonneaux fecs & de
bûches ; cette feconde operation réüffic
auffi parfaitement que la premiere.
Nous avons déja parlé plufieurs fois
de l'Auteur de cet important fecret dans
nos precedens Journaux ; il a fait de
pareilles épreuves en Saxe , en preſence
du Roy de Pologne , & devant le Cardinal
de Saxe Zeits , à la Diette de Ratifbonne
fur des bâtimens conftruits
de planches , contenant plufieurs chambres
, où le feu a été fucceffivement
éteint ; on en a auffi fait une épreuve à
Aufbourg dans un veritable incendie , où
le feu fut éteint dans plufieurs chambres
par
le fecours de femblables machines .
›
MORTS
DE
NOVEMBRE 1722. -201
******************
D
MORTS DE FRANCE.
,
·
Ame Marie de la Grange Triannon
époufe de Meffire Jean`
Edouard de l'Etoille , de Pouffemothe ,
Chevalier , Sire & Comte de Graville
Confeiller du Roy en fes Confeils , &
fecond Prefident en fa Cour des Aydes ,
decedée le 22. Octobre 1722. âgée de
70. ans.
Le 8. Novembre , Mre - Paul - Jofeph
de Combéfort , Prêtre , Docteur de Sorbonne
, Curé de N. D. de Bonnes- Nou - ´
velles , Abbé de S. Pierre de Maurs ,
âgé de 64. ans .
Le 26. Jofeph Robert , Abbé de Li
gnerac , âgé de plus de 80. ans.
M. Charles de Ferriol , Baron d'Argental
& de S. Ferriol , eft decedé à Pa
ris le 25. Octobre dernier dans la 70. année
de fon âge , dont il en a employé cinquante
au fervice de Sa Majefté , dans
fes Armées & dans les Negociations. H
a refidé pendant 20. années à la Cour
Ottomane, en qualité d'Envoyé & d'Am
baffadeur Extraordinaire , où il a fou
tenu fon caractere avec beaucoup de fermeté
, de dignité & de magnificence. En
11. Vol. l'année202
LE MERCURE
l'année 1709. où la difette fe fit fentir
dans toutes les parties du Royaume , M.
de Ferriol obtint de la Porte des Commandemens
pour faire charger un trèsgrand
nombre de Vaiffeaux de bleds ,
fans payer aucun droit ni frais , dans
tous les ports du Grand- Seigneur ; lefquels
Vaiffeaux arriverent fucceffivement
dans les Ports de Toulon & de Marfeille
, & porterent l'abondance , non feulement
dans les Villes maritimes de Provence
& de Languedoc , mais dans tout
le reste du Royaume. C'eſt le ſervice le
plus important que l'on pouvoit rendre
à l'Etat , dans la conjoncture &
la difette où il fe trouvoit. Il eft
mort fans pofterité , n'ayant qu'un frere
Prefident à Mortier au Parlement de
Mets , & une four , Abbeffe de l'Abbaye
Royale d'Annonay. Il a fait fes
deux neveux , qui portent fon nom , fes
legataires univerfels , dont l'un eft Lecteur
de Sa Majefté , & l'autre Confeiller
au Parlement de Paris . Il étoit fils
de M. Jacques de Ferriol , Confeiller
au Parlement de Mets , Commiffaire en
la Chambre de Juftice , établie en 1661..
& nommé Confeiller d'Etat. Son Bifayeul
Marc Antoine de Ferriol étoit
Maître des Requêtes fuivant fes lettres
de provifions en datte du 27. Septembre
1609. Le
DE NOVEMBRE 1722. 203
Le premier Novembre 1722. Meffire
François- Annibal Dumerle , Chevalier ,
Seigneur du Blambuiffon & autres
lieux .
,
Le 28. Octobre , Dame Catherine-
Madelaine de Verthamont , veuve de M..
Louis - François le Fevre de Caumartin
Chevalier, Seigneur de Boiffi , Argouges,
Meffi , &c . Confeiller d'Etat ordinaire ,
âgée de 80. ans.
M. de Reynold , Lieutenant General
des Armées du Roy , Colonel du Regiment
des Gardes Suiffes , & Grand-
Croix de l'Ordre de S. Loüis , eft mort
à Verfailles le 4. Decembre , âgé de plus.
de 80. ans.
Le 27 Novembre , Dame Loüife-
Françoife Bouthillier de Chavigny , veuve
de M. Philippe de Clerambaut , Comte
de Palluau , Marquis de l'Ifle de Boin ,
Baron de Rognac , Chevalier des Ordres
du Roy , Gouverneur de Berry , Maréchal
de France , ci- devant Gouvernante
des Enfans de France , mourut âgée de
89. ans.
MADAME , Elifabeth- Charlotte de
Baviere , Comteffe Palatine du Rhin ,
née le 7. May 1652. de Charles - Louis
de Baviere , Comte Palatin du Rhin
Electeur , & de Charlotte de Heffe ;
mariée à Mets le 6. Novembre 1671. à
11. Vol. MON
I vj,
91
204 LE MERCURE
MONSIEUR , Philippes de France , Duc
d'Orleans , de Valois , de Chartres , de
Nemours & de Montpenfier , frere unique
du Roy Louis XIV . eft morte au
Château de Saint Cloud le 8. Decembre
à quatre heures du matin , dans les fentimens
de la plus grande pieté.
Depuis fon retour de Reims , tous les
ren edes qu'on avoit fait prendre à Madame
n'avoient donné que de foibles eflperances.
Le s. Decembre on reconnut
que l'hydropifie étoit entierement formée :
Le même jour Madame entendit la Meffe
dans fa chambre , & communia par les
mains de l'Abbé de Saint Geri de Maignas
, fon premier Aumônier . L'aprèsmidi
le Roy fut voir cette Princeffe
qui fe trouva plus mal le foir , l'hydropife
s'étant entierement déclarée
Le 6. l'enflure augmenta confiderablement
, de même que le lendemain , que
Madame demanda l'Extrême- Onction
Elle recût ce Sacrement le 7. à onze
heures du matin , avec une parfaite connoiffance.
Sur le foir , cette Princeffe entra
dans l'agonie , qui dura jufqu'au lendemain
quatre heures du matin .
Monfieur le Duc d'Orleans n'a point
quitté Madame depuis qu'elle a paru en
danger. S. A. R. a donné des marques
fenfibles de la plus vive douleur Tout le
monde ,
DE NOVEMBRE 1722 205
monde connoît fon attachement & fa
tendreffe refpectueule pour Madame , &
les fentimens d'amitié filialle que cette
Princeffe avoit pour S. A. R.
Les approches de la mort n'ont point
démenti la fermeté & la pieté de cette
grande Princeffe. Elles ont paru jufqu'au
dernier moment ; & fes paroles
dictées par la Religion , ont extréme
ment édifié & attendri tous ceux qui les
ont entendues ; & enfin fon trepas n'a
fait verfer que des larmes fincères. Elle
avoit expreffément défendu qu'on fit
pour elle ces pompeufes ceremonies , qui
ne fervent fouvent qu'à faire revivre l'or
güeil des Grands du monde. Son corps.
n'a point été ouvert , ainfi qu'elle l'avoit
ordonné. Il fut porté à faint Denis let
jeudi au foir 10. Decembre , conduit par
le Marquis de Dreux , Grand Maître des
Ceremonies , & par M. des Granges ',
Maître des Ceremonies.
S. A. S. Mademoiſelle de Charolois
avoit été nommée par le Roy pour faire
les honneurs du Convoy. Cette Princeffe
étoit accompagnée des Ducheffes d'Humieres
& de Talard , de la Marquife de
Flamarin , de la Vicomteffe de Tavanes ,
& de Madame de Fondras - Château-
Tiers , Dame d'atour de Madame. La
Ducheffe de. Branças , fa Dame d'Hon
neur ,
266 LE MERCURE "
neur , ne ſe trouva point à cette trifte
ceremonie , parce qu'elle étoit malade .
Tous les Pages de la grande & de la petite
Ecurie du Roy , portant des flambeaux
, à cheval , accompagnerent le convoi
, où affifterent tous les Officiers de la
Maifon de Madame. Le Comte de Simiane
, fon Chevalier d'Honneur , le
Marquis du Poulpris , fon premier Ecuyer,
& le Comte d'Harling , Capitaine de fes
Gardes , étoient à la tête avec tous les
Officiers des Maifons de Monfieur le
Duc d'Orleans , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans , la Compagnie de fes
Gardes , & Gardes Suiffes , & c.
>
Le Convoi partit de Saint Cloud à 70
heures du foir , & arriva à Saint Denis à
onze. L'Abbé de Maignas , premier Aumônier
de Madame , fit un fort beau difcours
en préfentant le corps aux Peres
Grand Prieur & Religieux de l'Abbaye
de Saint Denis . Le Pere Anceaume
Grand Prieur , y répondit d'une maniere
très- éloquente .
On dit enfuite l'Office des Morts , &
d'abord qu'il fut fini , le corps fut mis
dans le caveau à côté de celui de feu
MONSIEUR , fon Epoux , avec les ceremonies
ordinaires .
La France regrette avec jufte raifon
une Princeffe qui faifoit fes délices , &
l'admi
DE NOVEMBRE 1722 207
f'admiration de toute l'Europe par fes
rares & éminentes qualitez , dont la prin
cipale étoit l'amour de la Religion , & la
pieté. Celles qui formoient fon caractere
particulier étoient la bonté de coeur , l'affabilité
, & un penchant naturel à faire
du bien . Heureufes les perfonnes de tout
rang & de toutes conditions , qui avoient
le bonheur de l'approcher , & d'en être
protegées , fur tout cellès que le merite
& la vertu diftinguoient particulierement.
Les veritables Sçavans , & les
gens de Lettre ont fait une perte particu
fiere . Cette augufte Princeffe les aimoit ,
les confideroit , & les protegeoit avec difcernement
, par les grandes connoiffances
qu'elle avoit de toutes les parties des
Belles Lettres , & fur tout des matieres
qui regardent la belle Antiquité. Son
goût particulier pour les Antiques avoit
rendu fon Cabinet l'un des plus riches ,
& des plus magnifiques du monde fçavant.
C'eft dans ce tréfor qu'on trouve
une fuite des plus complettes de Medailles
Romaines d'or , du haut & du bas
Empire , avec les revers les plus beaux &
les plus finguliers . Ajoûtons à ces veritez
celle qui fait fa veritable gloire , & qui
fera auffi fa récompenfe . Nous l'avons
apprife du Peuple confterné , qui en entendant
la nouvelle de fa mort , s'eft
écrié
208 LE MERCURE
écrié de toutes parts : Nous avons perdu
la mere des pauvres & des affligez , qui
faifoit notre confolation , notre joye , &c.
On trouvera dans le prochain Mercure
un petit Supplément au Journal du Voyage
du Roy à Reims , & aux ceremonies de
fon Sacre , &c. qui contiendra des additions
& des corrections , avec quelques
circonftances & quelques détails qui ne
laifferont rien à defirer à l'exactitude qu'on
peut exiger de nos foins , & de notre ap- ·
plication pour fatisfaire la curiofité du
Public fur une matiere fi intereffante.
SUPPLEMENT.
A MADAME DE B.
Qui avoit donné à l'Auteur un Ruban
H
de Canne.:
ler loin de Paris , fäifant trifte figure ;
Il me furvint une aventure .
Iris , fouffrez qu'en cet écrit ,
Ma Mufe en faffe le recit.
L'efprit plein de reconnoiffance
Du
DE NOVEMBRE 1722. 209
Du prefent dont vous même aviez fçû m'honorer
,
Je priois les neuf Soeurs de vouloir m'inſpirer -
Des vers dont l'heureufe éloquence
Marquât de vos bontez men vif reffentiment ;
J'y révois. Mon cheval marchoit non - chalamment
,
Lorfqu'affez près du moulin deJavelle .
Cupidon du bout de fon aîle ,
Me frappant affez brufquement ' ,
Me tira de ma rêverie .
Dou te vient, me dit- il , d'un ton de raillerie's
Cet air embarraffé , rêveur ,
Quel déplaifir peut attrifter ton coeur ?
Conte moi tes chagrins , tu fçais que je fuis
tendre ,
Qu'un coeur infortuné , de moi peut tout attendre.
1
Aucun chagrin ne me trouble aujourd'hui,
Lui dis-je , & fur mon front s'il paroît quelqu'ennui
,
El vient de quelques vers que ma timide veine
Ne donne aujourd'hui qu'avec peine.
Ce ruban en eft le ſujet . '
Que vois je , dit- il , quel objet ?
As -tu
210 MERCURE LE
As - tu donc dérobé la charmante ceinture
A
Qui de Venus fait la parure ?
coup feur ce ruban en faifoit le cordon.
Vous errez , dis je , à Cupidon ,
Je n'ai point volé vôtre mere ,
C'est une autre beauté que celle de Cytere
Qui m'a fait ce précieux don.
C'eſt Iris qui vous eft fi chere. •
Ha ! fi tu tiens d'Iris ce bijou plein d'appas ,
Reprit l'amour , je ne me trompois pas.
Ecoute , je voulus quand Iris vint au monde
La rendre égale à la fille de l'Onde.
Venus fans le fçavoir fervit à mon deffein ,
Et coupant fa ceinture , en jouant fur fon fein ,
On vit de la moitié ton Iris revêtuë ,
Ce ruban y pendoit, je m'en fouviens encor.
La Reine de Paphos défolée , éperduë
Pleura long- temps fon cher tréfor ,
Elle m'éxila de fa vûë ,
Mais enfin le trouvant encore affez d'attraits,
Elle fouffrit qu'Iris jouit de mes bienfaits.
C'eft ainfi par hazard que le Dieu de Cythere
,
De
DE NOVEMBRE 1722. 277
De vos appas Iris m'apprit tout le myftere ,
Mais il ne me laiffa dans nul étonnement.
Quand je vous contemplois avant cette aventure
,
Iris , je fçavois bien que la feule nature
Ne peut jamais produire un objet fi charmant.
ARREST du Confeil du 1. Decembre
, concernant ceux qui font employez
fur le rôle du 15. Septembre dernier à
titre de capitation extraordinaire , par lequel
S. M. ordonne que tous les Particuliers
, Fermiers , Locataires & Redevables
de ceux employez audit Rôle du 15.
Septembre dernier , entre les mains defquels
il aura été fait des faifies , feront
tenus de payer & vuider leurs mains , en
celles du fieur le Virloys , de tout ce
qu'ils fe trouvent leur devoir , & leur devront
à l'avenir , jufqu'à l'actuel payement
quoi faifant ils en demeureront
bien & valablement quittes & déchargez
envers ceux compris audit Rôle , & tous
autres ; finon veut Sa Majefté qu'ils y
puiffent être contraints , de même que
pour fes deniers & affaires.
APPRO
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le fecond Volume du Mercure du
mois de Novembre , & j'ai crû qu'on pouvoit
en permettre l'impreffion . A Paris le 12. Decembre
1721.
HARDION.
E
TABLE
du fecond Volume de Novembre.
PITRE en Vers ,
Etabliffement de l'Academie Royale
de Lisbonne ,
Epître à l'Evêque de Laon
7
19
Remarques critiques fur le Dictionnaire
de Bayle ,
Bouts- rimez propofez ,
23
29
Suite du Journal du Voyage du Roy ,
Fêtes de Villers - Cotterets ›
journée ,
Seconde journée , chaffe du Sanglier ,
Chaffe du Cerf,
La Foire ,
31
premiere
32
47
SI
52
66
Divertiffement & récit de Terpficore ,
I
Confommation faite à Villers - Cotterets ;
71
Fête faite à Chantilly , premiere journée
,
Seconde journée , Pêche ,
Divertiffement de la Menagerie ,
Balet des Vingt- quatre heures ,
Prologue ,
73
87
(9.1
92
Argumens & extraits de la Comedie des
Paniers , & de celle des Broüilleries ,
102
105
Couplets ,
Illumination du Parterre de l'Orangerie
,
109
110
Troifiéme journée , Chaffe du Cerf, &
Fête de Diane ,
Quatrième journée , Illuminations &
Feux d'artifice ,
115
120
Départ du Roy de Chantilly , & fon ar
rivée à Saint Denis ,
Arrivée du Roy à Paris , & à Verfailles
,
122
Te Deum chanté , & réjouiiffances faites
à Paris ,
Enigmes ,
125
126
NOUVELLES LITTERAIRES , &
des beaux Arts ,
Ouvertures des Academies ,
" 128
137
Academie des Sciences ; deſcription d'une
Pendule
Academic de Bordeaux ,
146
1.50
Academie de Portugal ,
SPECTACLES ,
ibid.
156 NOUVELLES ETRANGERES ,
161
175
176
186
Morts & Naiffances des Pays Etrangers ,
Arrêts ,
Journal de Paris ,
Mariage de l'Infant Don Carlos avec
Mademoiſelle de Beaujolois ,
Epreuve pour éteindre le feu ,
Morts de France .
Mort de MADAME ,
Supplement. Vers ,
195
199
201
205
208
ERRATA
du premier Volume de Novembre .
PA
Age 5. ligne 6. refpectacle , lifez
refpectable.
Page 9. ligne 1. au , lifez du.
Page 60. ligne 14. Religieufes , life Religieux.
Ibid , ligne 16. elles , life ils.
Page 63. fit , lifez fut.
Page 95. ligne penultiéme , duraut, lifez
durant.
Ibid. Marclaud , lifez Marcland .
Page 164. ligne 1. trois , lifez deux.
Page 168. ligne 15. l'interieur , life l'exi
terieur.
Page 169. 1. 11. les , lifez ces.
Ibid. ligne 23. penetrant , life penchant
Page 170. ligne 14. Penetré de fes maximes
, ajoûte , vous compterez pour
rien votre Royaume , le plus floriffant
qui foit fur la terre , au prix de celui
que vous efperez dans le Ciel . L'amour
de Dieu profondément gravé
dans votre coeur , vous conduira dans
la voye de fes Commandemens , dont
l'exacte obfervation eft au deffus de
l'Empire univerfel du monde , & vous
regnerez ainfi , Sire , & c. "
Page 189. ligne 14. d'yvoire piquez d'or,
lifez d'agathe.
Page 207. ligne du , lifez de.
Page 208. ligne 4. étoient , lifez étant.
Page 225. ligne 22. lers , lifez, que lors .
Nous croyons devoirfaire obferver une
faute qui fe trouve dans notre dernier Mercure
, où nous avons mis le Mandement de
7 M. l'Evêque de Beauvais après celui de
M. l'Evêque de Senlis , fans penfer que la
qualité de premier Comte & Pair Ecclefiaftique
dans la perfonne de M. de Beauvais
, exigeoit que nous lui donnaffions le
rang qui lui étoit dû.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Page 7. ligne 7. qui , lifez que.
Age 6. ligne 20. l'ennuye , lifez t'ennuye .
Page 11. ligne 12. d'operer , lifez d'opiner.
Page 19. derniere ligne ; motifs , ajoutez divers.
Page 31. ligne 8. ainfi , ôtez ce mot.
Page 38. ligne 12. feuilles , lifez feüillées.
Page 45. ligne 5. du bas , d'autres Princes & ,
ôtez ces mots.
Ibid. ligne 4. du bas , firent , lifez tinrent .
Page so. ligne 16. par , lifez pour.
Page 57 ligne 12. & , ôtez ce mot.
Page 58. ligne 3. du bas , Scapui , liſez Scapir.
Page 63. ligne 2. du bas , Staltinbang , lifez
Saltimbanque.
Page 68. ligne 5. fur deax , lifex fur les deux.
Page 83 ligne 6. du bas , les Officiers , lifez
les Offices .
Page 125. ligne 7. du , lifez au.
Page 137. ligne 6. Arbalatrier , lifez Arbas
lêtrier.
Page 143. ligne 5. Haraces & des Curiales ,
lifez Horaces & des Curiaces.
Le Traité Hiftorique & Chronologi
que du Sacre & Couronnement des Rois
des Reines de France , depuis Clovis
jufqu'à prefent , & de tous les Princes &
Souverains de l'Europe , &c . dont nous
avons déja parlé , fe vend à Paris chez
Bauche Pepingué , Quay des Air
guftins.
MERCURE
LE
DE
DECEMBRE 1722 .
QUE COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVALIER , au Palais .
GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue
S. Jacques , au Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'image Saint
André , Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT Quay des Auguftins, à la
defcente du Pont- neuf , à la Croix d'Or.
M DCC. XXII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
AVIS,
L'A
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. M à M. MOREAU
Commis au Mercure , chez M. le Com
miffaire le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
Le prix eft de 30. fols.
LE
MERCURE
DE
DECEMBRE 1722 .
PIECES FUGITIV ES
en Vers & en Profe.
ODE
SUR LE SACRE DU ROY.
Ccourez, peuples , Dieu lui même
A
S'intereffe à votre bonheur ,
Aujourd'hui fa bonté fuprême
Vous donne un Roy felon fon coeur :
Ciel quelle fplendeur l'environne !
Déja brille dans fa perfonne
Tout l'éclat de la Majefté ;
A ij
Sur
LE MERCURE
Sur le front du jeune Monarque ', ( )
Je vois la pieté qui marque
Le trait de la Divinité .
Offrons , à l'envi , nôtre hommage
Au plus cheri de tous nos Rois ;
Devoir , amour , tout nous engage amour , your
A vivre foumis à fes loix :
Louis , des bons Rois le modele , (b)
Veut aimer un peuple fidele ,
En pere tendre , & genereux ;
?
A peine il a le Diadême ,
Qu'atteftant la verité même
11. jure de nous rendre heureux .
O que la timide innocence
Doit efperer en fa bonté
H' fait ceder à la clemence ,
Les droits de l'exacte équité ;
Déja des victimes fans nombre , (c)
Approchoient du rivage fombre ,
Louis les arrache au trépas :
(a) L'Onction faite par M. l'Archevêque de
Rheims.
(b) Les Promeẞes.
(c) Les Prijonniers.
Senfible
1
DE DECEMBRE 1722.
Senfible à de juftes allarmes,
Ah , Prince ! en effuyant des larmes ,
Que de coeurs ne gagne-tu pas ?
Mais de quel glaive redoutable ( a)
}
Arme- t - on le bras de LOUIS ?. i..
Eft- il quelque tête coupable ?
Eft il encor des ennemis ? t
Va t- il fur les pas des Alcides ,
Rappeller leurs exploits rapides ,
Quel fang à nos yeux va couler....
Louis s'arme contre le crime , A
Le vice feul eft la victime
Que ce glaive doit immoler,
Qu'entends-je ? à ta voix menaçante (b) ?
Tout l'Enfer fremit de courroux ;
Mais que peut fa rage impuiffante
Contre d'inévitables coups
Tes fermens annoncent la foudre, at
Parle , tu vas réduire en poudre
•
Ces monftres que l'Enfer produit ;
Ceneft fait , leur troupe éperduë ,
(a) L'épée de Charlemagne .
T
(b) Les Sermens,
A iij
A
LE MERCURE
A ta parole , confondue ,
Rentre dans l'éternelle nuit.
Ainfi le Maître de la terre
Sçait faire reſpecter la loi ,
Il parle , au bruit de fon tonnerre'
Tout l'Univers tremble d'effroi :
A fa voix , la terre affermie ,
Se rit d'une mer ennemie ,
Et de tous fes fougueux affauts
Il écrit fa loy fur le fable ,
Et c'eft un Arreft immuable
Qui calme la rage des flots.
Tems heureux ! déformais l'impie
N'exhalera plus fes fateurs ;
L'orgueilleufe & fiere herefie
N'ofera fouffer les horreurs ;
On ne verra plus le blafphême ,
Bravant la majefté fuptême ,
Faire pâlir la verité P
Déja le fer brille , étincelle ,
Et d'une bouche criminelle
Punit l'affieufe impieté.
" "
Quoi !
DE
DECEMBRE 1722 .
Quoy ! du fond des Royaumes fombres
S'éleve un monftre audacieux ? (a)
Cent fois replongé dans les ombres
11 paroît encor à nos yeux ?
Point d'honneur ! chimere fatale
Ne viens plus d'une aideur brutale
Tirannifer de nobles coeurs :
Valeur funeſte à la Patrie !
Des vaincus la gloire eft flétrie ,
La mort eft le prix des vainqueurs.
Mais d'un jour fi rempli de charmes
N'allons pas troubler la douceur ,
Banniffons de vaines allarmes
A l'afpect de nôtre bonheur :
Sous de favorables aufpices
Nous goûtons déja les prémices
Du regne même de la paix :
Né pour la gloire de la France ,
PHILIPPE , c'eft à ta prudence
Que nous devons tous ces bienfaits .
Puiffe nôtre Augufte Monarque ,
L'exemple , un jour , des plus grands Rois ,
(a) Le Duel.
A iiij
Braver
$ LE MERGURE
Braver auffi long- temps la Parque
Qu'il aura le coeur des François :
MINISTRE , que Themis avouë ,
Frélat dont tout l'Univers louë
Les grands talens & les vertus ;
Si j'en crois ton zele fincere ,
Renaîtra fous ton Miniftere
Le doux empire de TITUS.
FRANC. XAY. DE TILLY , D. L. C. D. J
REMARQUES fur une Differtation
de M. de Camps , Abbé de Signy.
C
E n'eft point par efprit de critique,
mais par un pur amour pour la verité
de l'Hiftoire que je me vois contraint
d'avertir ici le public des fautes qui fe
trouvent dans la Differtation Hiftorique
du Sacre des Rois de France , inferée dans
le Supplement du Mercure de May 1722 .
L'Auteur qui y infinue que le Sacre de
nos Rois ne doit fe faire que les jours de
Dimanche ou de Fête , datte celui de
Pepin du 8. Juillet 754. Or l'on avoit
en cette année F. pour lettre Dominicale ,
le 8. Juillet échût par confequent un Lundy
DE DECEMBRE 1722.
'dy qui n'étoit pas Fête. La vraye datte eft
du Dimanche 28. Juillet. De plus ce Roy
ne mourut pas le 26. Septembre 768 .
comme l'écrit l'Auteur , mais le 24 .
Il nous embaraffe fort fur le chapitre
d'Eudes qu'il dit avoir été couronné à
Compiegne au mois de Janvier 887. c'eft ,
felon lui , fuivant le ftile ancien , puifqu'il
écrit plus bas que Eudes fut reconnu
Roy , Regent , & Adminiftrateur de la
Couronne durant la minorité de Charles
le Simple , vers l'Automne 887. & qu'ainfi
fa premiere année courut depuis l'Automne
de l'année 887. jufqu'à l'Automne
de l'année 888. Quand on dit qu'un
Prince a commencé fon regne vers l'Automne
, on eft difpofé à croire que ç'a été
vers le 22. Septembre. Mais comment
M. l'Abbé de Camps accordera-t'il cela
avec la Charte du même Eudes , confer
vée à Langres , dont on lui a envoyé une
copie exacte , par laquelle il affure avoir
été confirmé dans fon opinion . Cette
Charte eft dattée du 18. des Calendes de
Janvier 888. & la premiere année du red'Eudes
. Or fi ce Prince avoit été
proclamé Roy ou Regent dès le 227
Septembre 887. comme l'Auteur le prétend
, cette Charte du 15. Decembre 888.-
devroit necellairement être de la feconde:
année de fon regne. Si au contraire , om
gne
Av ne
10 LE MERCURE
ne commence à compter les années de ce
regne que du jour de fon couronnement
en Janvier 888. fuivant le ftile ufité aujourd'hui
, la datte de la Charte de Langres
fera fort jufte , & conforme à l'Indiction
VI. qui s'y trouve ; cette Indiction
ayant commencé d'être comptée dèsle
24. Septembre précedent , fuivant l'u
fage des Empereurs d'Occident.
On nous jette dans un autre embarras ,
lorfque l'on cite deux Chartes du même
Eudes , rapportées par M. Baluze ; elles
font toutes deux des Ides , c'eft à- dire du
13. de Juin 888. Indiction VI. Maiscomme
elles font de la feconde année du
regne d'Eudes , cette datte ne renverſet'elle
pas
le fyftême de l'Auteur de la
Differtation qui n'a fait commencer let
regne de ce Prince que vers le 22. Septembre
precedent ? D'un autre côté comment
la datte de la Charte de Langres
pofterieure de fix mois aux deux autres ,
porte - t'elle qu'elle eft de la premiere année
du regne d'Eudes. La queftion eft de
fçavoir furquoi doit tomber la datte de
l'année marquée dans cette Charte , out
fur le 1. Janvier 888. en fuppofant que
cette année aura commencé d'être comptée
dès le jour de Noël , ainfi que nos
bons Auteurs foutiennent qu'il fe pratiquoit
fous la race des Carlovingiens , témoin:
DE
DECEMBRE 1722 II
moin la datte du couronnement de Charlemagne
comme Empereur , que l'on met
au jour de Noël 801. qui n'étoit encore
que l'an 800. fuivant nôtre calcul prefent;
ou fi cette datte de 888. doit tomber fur
le 15. Decembre precedent 18. des Calendes
de Janvier . Je foutiens que cette
Charte de Langres eft dattée du IS. Decembre
888. J'en tire la preuve de l'Indiction
VII. qui y eft marquée . Cette
Indiction eft certainement celle de l'année
889. mais elle avoit commencé d'être
employée dès le 24. Septembre 888 .
fuivant l'ufage des Empereurs d'Occident.
De ce principe il faut conclure neceffairement
que la Charte de Langres
ayant été donnée la premiere année du
regne d'Eudes , les années de ce regne
n'ont dû commencer à être comptéesque
du jour du couronnement de ce Prince
en Janvier 888. fuivant le ftile ufité
dès ce temps-là dans l'Eglife Romaine ,
& que nous fuivons aujourd'hui ; par
confequent l'on s'eft trompé quand on a
dit que cette premiere année courut de--
puis l'Automne de l'année 887. juſqu'à
l'Automne de l'année 888.
J'ofe auffi fupplier nôtre Auteur qui a
tant recueilli de Chartes de nos Rois dénous
expliquer comment il
peut entendre
celle de Charles le Gras , en faveur de
A vj l'Eglife
12
LE MERCURE
l'Eglife de Gironne , rapportée auffi pas
Baluze. Elle eft du 1. Janvier , Indiction
VI. la feconde année de l'Empire de
Charles dans les Gaules. Suivant l'Indiction
elle doit être du 1. Janvier 888.
mais comment ce Prince qui avoit commencé
d'adminiftrer le Royaume immediatement
après la mort du Roy Carloman
, arrivée dès le 6. Decembre 884.
ne comptoit il au 1. Janvier 888. que la
feconde année de fon regne , ou fi l'on
veut de la Regence en France ? De plus
il étoit alors hors du Royaume , & même
avoit été dépofé de l'Empire au mois de
Novembre precedent .On ne peut être trop
en garde contre ces fortes d'actes. Quand
on les examine de près , l'on a de grandes
fufpicions contre leur authenticité . Les
fabricateurs d'anciennes Chartes ont fouvent
manqué d'exactitude pour bien faire
quadrer les dattes qu'ils y mettoient.
M. l'Abbé de Camps dit que Louis
d'Outremer fut facré le 20. Juin 936. &
ce fut le Dimanche 19. B. étoit la lettre
Dominicale. Il place auffi le Sacre de
Lothaire au 13. Novembre 954. & il
avoit été fait la veille qui étoit un Dimanche
, la lettre A. étoit la Dominicale.
Ce n'eft à chacun de ces Sacres qu'un
our de difference , mais on demande de
j'exactitude pour ces fortes d'époques.
Π
DE DECEMBRE 1722: I
Il y a auffi erreur à la datte du Sacre
du Roy Robert. On la met au 30. Janvier
987. vieux ftile. C'eût été un Lundy,
attendu la lettre Dominicale A. & cette
ceremonie s'étoit faite dès le Dimanche
. du même mois Fête de la Circoncifion
M. l'Abbé foutient que Hugues , fils
aîné du Roy Robert n'avoit que 18. ans
lorfqu'il mourut le 17. Septembre 1026.
& qu'ilétoit né par confequent l'an 1008.-
d'où il s'enfuit , dit- il , qu'on ne peut fi
xer la naiffance du Roy Henry , ſon frere
puîné , plutôt que l'an 1009. L'Auteur
appuye fon fentiment fur l'autorité de
Glaber , & marque l'endroit où fetrouve
La citation chez du Chefne , Tome IV.
des Hiftor. François , pag. 26. Mais il
me femble qu'il s'eft trompé ; car voici
comment Glaber s'exprime dans un feul
vers fur l'âge du Prince Hugues , lorf
qu'il mourut.
Ter denis minus excreverat duobus
Qui de trois fois dix ôte deux , refte.
pour 28..
Le Sacre de Philippe 1. fe fit le jour
de la Pentecôte l'an ro59 . cela eft certain
, mais cette Fête échût le 23. May
& non pas le 27. comme le porte la Differtation,
la lettre C. étoit la Dominicale.
و
M..
#4 LE MERCURE
M. l'Abbé place celui de Louis VI .
dit le Gros au jour de l'Invention de
S. Eftienne 3. Aouft 1106. double erreur,
cette ceremonie fur le Dimanche 2. Aouft
1108. Fête de S. Eftienne Pape , le D.
étoit la lettre Dominicale , & le pere de
ce Prince , du vivant duquel il n'avoit
pas été couronné , n'étoit mort que le
Mercredy precedent 29. Juillet.
La Reine Ifabelle , femme de Philippe
Augufte fut couronnée , nous dit-on , le
29. May jour de l'Afcenfion 1181. Dans
cette année où l'on avoit D. pour lettre
Dominicale , cette Fête échût le 14. May,
& le couronnement s'étoit fait l'année
precedente , au jour & Fête marquez
dans la Differtation . Il eft vrai que Rigord
a dit que ce fut le 1. Juin , Fête de
Afcenfion 1181. c'eft une erreur , tant
pour le jour que pour l'année. Il y a auff
un Anachronisme pour le Sacre de Saint
Louis on le met au lendemain de la Fête
de S. André 1226. & il avoit été fait la
veille de cette Fête 29. Novembre , premier
Dimanche de l'Avent , la lettre D.
étoit la Dominicale.
M. l'Abbé de Camps rapporte la naiffance
de Philippe II . au 20. Aouft 1175 .
c'est une erreur de 10. années. Ce Roy
nâquit la nuit du Samedy au Dimanche
22. Acuft 1165. s'il n'eut vû le jour qu'en
1175.
DE DECEMBRE 17227
1175. auroit- il pû être pere en 1187. que
fon fils nâquit ? Il y a double erreur fur
la naiffance de ce fils , qui fut le Roy
Louis VIII. on la place au Lundy 5
Septembre 1187. & ce fut le Jeudy 3 .
Septembre. On avoit D.pour lettre Dominicale
, & ce mois commença par un Mar
dy. Il eft vrai que Rigord a dit le 5+ mais
il n'a pas défigné le jour de la femaine.-
Le Differtateur a fuivi Guillaume de
Nangis , qui dans la vie du Roy Philippe
III. a placé le Sacre de ce Prince au
jour de l ' Affomption 1271. Mais comme ce
même Auteur a dit dans fa chronique que
·les ceremonies furent faites le lendemain
de laDécollation de S.Jean - Baptifte , c'eſtà
- dire le 30. Aouft , on demande à laquelle
de ces deux Epoques on doit s'en
tenir. Cette contradiction dans un Auteurs
contemporain , ( car ce Moine de S. Denis
mourut en 1302. ) vaut bien celle
d'Eginard au fujet du Sacre de Pepin, &
merite bien que M. l'Abbé de Camps fe
donne la peine de l'éclaircir , comme il
promet de faire obferver celles d'Eginard
dans une Differtation qu'il doit donner
au public.
On pourroit contefter à l'Auteur la
datte de la mort de Philippe III . y ayant
eu là - deffus divers fentimens ; les uns
Font placée au Dimanche avant la Saint
Michel
16 LE MERCURE
Michel 23. Septembre , d'autres au 21
Octobre . M. l'Abbé la met au 6. de ce
mois , & cite Nangis ; mais ce Religieux
n'a nullement marqué dans fes deux ouvrages
le jour auquel ce Prince mourut ,
la petite Chronique de S. Denis dit que
ce fut le 5. Octobre 1285. & cette datte
paroît la plus jufte. Quelques - uns ont
prolongé la vie de ce Prince jufqu'au 15 .
du même mois , mais pour les convaincre
d'erreur il ne faut que lire une Charte
rapportée par Perard , elle eft de Fhilippe
le Bel, fils & fucceffeur de Philippe
III. furnommé le Hardy , & eft dattée
de Narbonne le Mardy 9. Octobre 1285.
Ce Prince y dit qu'il la fcelle de fon
Sceau , dont il ufoit avant que d'être
parvenu au Gouvernement du Royaume ,
promettant de la faire fceller de celui de
la Couronne dès qu'il l'aura reçû .
La Differtation marque le Sacre de
Louis Hutin au 3. Aouft 1315. & ce fut
le Dimanche après l'Octave de l'Affomption
24. du même mois. Elle met celui
de Philippe V. le Dimanche après les
Rois 1316. c'eft vieux ftile . En effet ,
cette datte fe trouve dans un titre de la
Chambre des Comptes . Cependant tous
les Auteurs ont écrit que ce fut le Jeudy
6. Janvier Fête de l'Epiphanie. Enfin on
place le Couronnement de Charles IV .
au
DE
DECEMBRE 1722. 17
au 12. Fevrier 1321. c'eft vieux ftile , &
' eut été un Vendredy , car on avoit C.
pour lettre Dominicale. Mais la ceremo
nie s'en fit le Dimanche de la Quinqua
gefime 21. du même mois.
Nôtre Auteur dit que le Sacre de
Charles VI . fut le 25. Octobre 1380.
ç'eût été un Jeudy , d'autres ont dit le
28. quelques-uns d'après Froiffart ont
écrit le jour de la Touffains . Il y a erreur
chez cet ancien Chroniqueur , en ce qu'il
dit le Dimanche jour de la Touffains ,
car cette année là où l'on avoit le G. pour
lettre Dominicale , cette Fête échût un
Jeudy. La vraie datte eft le Dimanche'
dans l'Octave de tous les Saints 4. Novembre.
Il y a une faute d'impreffion
chez Marlot , où on lit le jour de la
Touffains 1381 .
L'Auteur auroit pû fixer le Sacre de
Charles VII. au Dimanche 17. Juillet
1429 fans dire fimplement au mois de
Juillet.
-Il est tombé fur le Sacre de Henry II
dans une erreur , dont il a l'obligation à
Godefroy. Celui- ci en faiſant imprimer
la Relation de cette ceremonie , où il eſt
dit que le Roy Henry II . arriva à Rheims
fe 25. Juillet 1547. qu'il affiſta le même
jour aux premieres Vêpres dans l'Eglife
Metropolitaine , & que le lendemain 26.
Fête
18 LE MERCURE
Fête de Sainte Anne il y fut facré , crût
devoir mettre une notte marginale à cer
endroit pour avertir que la Fête de Sainte
Anne échet le 28. Juillet , & au titre de
cette Relation , il mit que le Sacre s'étoit
fait le 28. Juillet. Ce qui induifit Godefroy
à erreur , c'eft qu'il demeuroit à
Paris où la Fête de la Mere de la Sainte
Vierge fe celebre ce jour-là , à caufe que
le 26. qui eft fon jour naturel eft occupé
dans ce Diocéle de la folemnité de la
Tranflation de S. Marcel , Evêque de
Paris. Mais par tout ailleurs on fait la
Fête de Sainte Anne , ( & autrefois avec
ceffation . d'oeuvres manuelles ) le 26.
Juillet.
Enfin on met ( pag . 100. ) le Sacre
d'Henry III. au 15. Fevrier 1575. & ce
fur le Dimanche de la Quinquagefime
13. de ce mois la lettre B. étoit la Dominicale.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXME
VERS adreffez à un jeune homme qu'on
veut détourner de la Poëfie.
ALeippe gueris-toi d'une vaine manie
Laiffe le froid Damis ennuyer fon lecteur,
Que de plus nobles foins occupent ton genie ,
C'eſt un mauvais métier que celui de rimeur.
Clicon
DE DECEMBRE 1722. 199
Cliton a fait un livre , on le prône , on l'admire,
La preffe en eft l'écueil il trouve maint cenfeur,
Le Libraire fe plaint , le Poëte foupire ,
C'eft un mauvais métier que celui de rimeur.
Il faut abfolument ramper avec Lucile ,
Ou bien de l'art des vers atteindre la hauteur ,
Le chemin en eft long , gliffant & difficile ,
C'eſt un mauvais métier que celui de rimeur.
1
Réüffi-tu , dèflors l'envie au front cinique ,
Fronde dans fes difcours , & l'ouvrage , &
l'Auteur ,
A tout moment en butte aux traits de la crí
tique ,
C'eft un mauvais métier que celui de rimeur.
Si Pegafe pour toi n'eft qu'un franc haridelle,
Comme il eft pour Clindor , fervile imitateur
Tu verras tes écrits habiller la canelle ,
C'eſt un mauvais métier que celui de rimeur.
Que fi ponr foulager ton indigence extrême,
Tu veux auprès des grands t'ériger en flateur ,
Tu pourrois bien dans l'an jeûner plus d'un
carême ,
C'eft un mauvais métier que celui de rimeur.
Apollon
10
LE
MERCURE
Apollon te promet beaucoup de renommée ;
Rien de plus vuide au fonds ; cet éclat impofs
teur
Ne peut guere affouvir une mule affamée ,
C'eſt un mauvais métier que celui de Rimeura
Tu chauffes le Cothurne , & parois fur la
Scene ,
Prends garde , le Public eft d'une étrange humeur
,
Pour lui plaire aujourd'hui , quelque foin que'
l'on prenne ,
C'est un mauvais métier que celui d'un imeur .
Mais non , & ton penchant te porte à la ſa
tyre ,
Penchant pernicieux , crois - moi , plus d'un Auteur
A fouvent payé cher le plaifirde médire ,
C'eſt un mauvaïs métier que celui de Rimeur.
Souffre
guide,
pour un moment que la raifon te
Et fans plus t'entêter d'un chimerique honneur,
A des amuſemens prefere un bien folide ,
C'eſt un mauvais métier que celui de Rimeur.
Par leP. de Poney ,Jef.
RELATION
DE DECEMBRE 1722. 21
kakakakakakakakakikik
RELATION de ce qui s'eft passé au fujet
d'une fille prétendue poff dée , avec
des reflexions fur les fauffes poffeffions.
V
être exor-
Ers la fin du Carême de l'année
derniere 1721. on amena à la ville
d'Eu , une fille , qui étoit fervante chez
le Meûnier du Village de Bailly - en- Riviere
, au Comté d'Eu , pour y
cifée , parce qu'on la difoit poffedée : les
perfonnes aufquelles on l'adreffa , ayant
voulu avoir mon fentiment , avant que
de proceder aux exorcifmes , me l'amenerent
, & voici l'état où je la trouvai.
Elle me parut âgée d'environ 24.ans,d'un
air trifte & abbatu , & dans une legere &
continuelle agitation , parlant d'une voix
entrecoupée & mêlée de frequens foupirs.
Je l'interrogeai fur fon mal , elle me dit,
que lorfqu'il venoit à redoubler , elle fentoit
d'abord un remuement dans le ventre
, & quelque chofe qui s'y élevoit avec
une espece de fautillement ; qu'enfuite
elle fe trouvoit oppreffée d'un ferrement
de poitrine & d'un étranglement à la
gorge ; après quoi il lui furvenoit un mal
de tête , qui étoit fuivi de mouvemens
convulfifs qui commençoient , tantôt
par
22 LE MERCURE
par un bras & tantôt par l'autre , ce qui
Te terminoit par une agitation violente de
tout le corps. Enfin il me fut dit par fa
maîtreffe qui l'accompagnoit , que toutes
ces incommoditez avoient fuccedé à une
frevre intermittente , dont la fille avoit
été attaquée.
:
Sur cet expofé , il me fut aifé de conclure
, & de dire hautement , que tous
ces fymptômes étoient les effets de fimples
vapeurs hifteriques affez ordinaires
aux femmes , & que le diable n'y avoit
aucune part. A ce mot la fille treffaillit ,
ce qu'elle faifoit , à ce qu'il me fut dit ,
autant de fois qu'elle l'entendoit prononcer.
Pour juftifier ce que j'avançois , je
pris deux petites boëtes , dans une delquelles
il y avoit des Reliques , & dans
autre du tabac je les lui prefentai l'une
après l'autre , & lui ayant donné adroitement
occafion de s'y tromper , il arriva
juſtement , que , croyant tenir dans ſa.
main celle où étoient les Reliques , elle
s'agita érrangement , fe jettant à terre ,
difant qu'elle n'en pouvoit plus tant elle
fouffroit de douleurs , quoiqu'il n'y eut
veritablement que du tabac dans cette
boëte , pendant qu'elle n'avoit pas fait la
moindre grimace , lorfqu'elle avoit tenu
dans fa main celle où étoient les Reliques.
Tous ceux qui étoient prefens ,
demeuDE
DECEMBRE 1722. 23
demeurerent parfaitement convaincus
qu'elle n'avoit effectivement que des vapeurs
, & qu'elle n'étoit aucunement poffedée
, ce qui fut caufe qu'on ne proceda
pas aux exorcifmes.
› Il n'en fut pas de même de la fille , de
fon maître & de fa maîtreffe , lefquelles,
quoiqu'on pût dire , perfifterent de croire
qu'elle étoit veritablement poffedée.
Ayant d'ailleurs trouvé un bon Curé de
leur voifinage , qui entra dans leur efprit,
elle fut enfin exorcifée en public & avec
éclat. L'Exorcifte interrogea d'abord le
prétendu demon , pour fçavoir par quel
moyen il étoit entré dans le corps de cette
fille . Ce prétendu démon répondit , que
c'étoit un valet , qui avoit demeuré avec
elle , qui l'avoit obligé d'y entrer , par
un verre de cidre qu'il lui avoit fait boire.
On demanda enfuite à ce demon
quel étoit fon nom . La fille continua de
répondre pour lui , qu'il s'appelloit Robert
le Diable , parce qu'ayant apparem
ment entendu parler de l'hiftoire fabuleufe
qui porte ce titre , elle croyoit que
c'étoit le nom de quelque demon , n'en
fçachant pas
d'autre.
Quoique cela feul dût fuffire aux perfonnes
tant foit peu intelligentes , pour
reconnoître la fauffeté de cette poffeffion ,
cela fervit au contraire beaucoup pour le
faire
24 MERCURE LE
faire croire indubitable. On y accourut
auffi - tôt de toutes parts , non feulement
des environs , mais de Roiien , de Neuchâtel
, de la ville d'Eu , & particulierement
de Dieppe , on publioit des prodiges
de cette poffeffion , la poffedée parloit
& entendoit le Latin , elle reveloit
les chofes les plus fecrettes & les plus inconnues
, elle renverfoit fix hommes des
plus robuftes.
Comme on ne parloit d'autre chofe
une perfonne , autant diftinguée par
naiffance ,,
que refpectable par fon merite
particulier , voulant s'inftruire par foimême
de tout ce qu'on en difoit , fou
haitta que je l'y accompagnafle avec quelques
autres perfonnes éclairées , nous fûmes
donc témoins de ces fameux exorcifmes
, quoiqu'avec peine : l'Exorcifte nous
regardant comme des incredules , ce qui
fut caufe qu'il ne nous fût permis d'y
être prefens , qu'à condition que nous y
garderions un grand filence.
Voici ce que nous obfervâmes. Les
prieres , les fignes de croix qu'on faifoit
fur cette fille , la Croix qu'on lui donnoit
à baifer , l'Eau-benîte qu'on jettoit
fur elle l'agitoient violemment , & elle
ne les touchoit qu'après de grandes &
de longues refiftances. Elle obéiffoit
neanmoins à la fin , quoiqu'à la verité on
ne
DE NOVEMBRE 1722. 25
ne lui commandât qu'en latin ; mais une
chofe furprenoit ; fçavoir , que pendant
qu'elle apportoit tant de refiſtance à toucher
la Croix , ou des Reliques , elle recevoit
la fainte Hoftie en communiant
fans la moindre agitation , & fans y apporter
aucune difficulté . Lorfque l'Exorcifte
commandoit au demon de paffer ,
foit dans le bras ou ailleurs , l'on y appercevoit
fouvent des mouvemens qui paroiffoient
convulfifs , & lors des plus grandes
agitations , s'il ordonnoit au demon
de fe taire en lui parlant latin , la fille ſe
tranquillifoit ordinairement au même inftant.
D'un autre côté , elle ne dit jamais
un mot latin: bien loin de cela , l'Exor--
cifte lui ayant commandé en cette langue
, d'une maniere très - intelligible & à
diverfes fois , de mettre fa main gauche
dans l'Eau - benîte , elle y mit fa droite ;
& ayant commandé également en latin au
demon de paffer dans les jointures des
doigts , il n'y obeït jamais , quelque inftance
qu'on pút lui faire.
Quant aux efforts violens qu'elle faifoit
contre ceux qui la tenoient , il ne nous
parut pas qu'il y eut rien qui furpaffât
la force naturelle qu'elle pouvoit avoir
à l'égard de ce que l'Exorcifte lui difoit
en latin , nous remarquâmes qu'il lui reperoit
prefque toûjours les mêmes com-
B man26
LE MERCURE
mandemens & en mêmes termes &
› que
les tons dont il ufoit , l'aidoient beaucoup
à lui faire entendre ce qu'il lui ordonnoit
de faire , de maniere que nous
tombâmes tous d'accord , qu'il n'y avoit
rien que de naturel dans tout ce manege.
On publia neanmoins quelque temps
après , qu'il s'étoit fait un autre exorcifme
, où il s'étoit paffé des chofes qui devoient
lever tous les doutes ; mais le tout
ayant été communiqué à feu M. Bazin
de Bezons, Archevêque de Rouen , il fit
défence de continuer ces Exorciſines , ne
voyant dans tout ce qui lui en fut rapporté
, aucune marque de veritable poffeflion .
Les Exorcifmes ceffez , la fille reprit
plus de tranquillité , & dormit plus douce .
ment la nuit. Il lui eft feulement refté
quelques legeres agitations , qui fe renouvellent
de temps en temps , à quoi ceux
qui font auprès d'elle contribuent beaucoup
, l'entretenant toûjours dans la même
penfée qu'elle eft poffedée.
LETTRE aux Auteurs du Mercure.
Vfieurs ,beaucoup de nouvelles , tout
n'aurez pas aujourd'hui , Mefroule
fur le Sacre où je n'ai pas été : &
je n'en préviendrai pas les relations fur
des
DE DECEMBRE 1722. 27
des rapports incertains .
On étale depuis quelque temps le portrait
de M. le Cardinal du Bois , au bas
duquel on lit ces vers .
Les dignitez dans ce Prelat
Brillent avec beaucoup d'éclat ;
Le Heros qui le favorife ,
Et qui cherit l'efprit foutenu du bon fens,
A voulu que l'Etat , auffi bien que l'Eglife ,
Profitaflent de fes talens.
Des gens d'efprit ont fort loiié celas
Pour moi , qui trouve bon tout ce qui eft
vrai , je n'ai point contredit . Mais outre
que dans ces fortes d'ouvrages il faut
une grande brieveté , celui dont il s'agit
eft fi commun , que je ne vois pas qu'on
en pût faire honneur aux Cardinaux
d'Amboife , de Richelieu & de Mazarin
, comme à M. le Cardinal du Bois .
Trouvez donc quelque chofe qui lui
foit propre , & l'exprimez en moins de
paroles c'eft l'objection que je me fuis
faite. Pour y répondre , voici ce que j'ai
rimé :
Le Miniftre que tu vois là ,
Entre ceux qu'admira la France
Bij Eft
28 MERCURE LE
Eft celui qui toujours avance ,
Et qui jamais ne recula.
Je ne me flatte point d'avoir fi bien
rencontré , qu'on ne puiffe mieux ; mais
j'ofe croire que fi S. E. pouvoit fouffrir
une loüange , & qu'elle daignât choisir
du quatrain ou du ſixain , je n'aurois pas
à craindre la comparaifon . Je ferois bien
aife de fçavoir fi vous étes de mon fentiment.
Je fuis , & c .:
LE TO UT
ET LA
J
PARTIE.
DIALOGUE.
La Partie.
E veux me feparer de toi , & tirer de
moi feule tout mon prix . Onpourroit
croire que je te dois tout ce que je vaux.
Le Tout.
Eft- ce que tu es jaloufe de me devoir
une partie de ton excellence ? mais quel
eft ton deffein ; & feras- tu lorique
que
DE DECEMBRE 1722. 29
ta feras ainfi feparée de moi ?
un
La Partie.
La belle demande vraiment je ferai
tout moi -même : je ferai indépendante.
>
Le Tout.
Oh ! fi tu le prends par là , il n'eſt
point de partie qui n'aye d'autres parties
, & qui par confequent ne foit un
tout confideré dans cette vûë ; mais
il faut voir fi ce tout n'eſt point fait pour
un tout plus excellent que lui . Tu auras
beau être ifolée , on verra toûjours que
tu es faite pour mmooii ,, qquuee ttuu eess déplacée,
& que tu n'es qu'une rebelle.
La Partie.
mais Tes raifons me convainquent
elles ne font pas affez fortes pour vaincre
cette envie , que j'ai de me feparer
de toi. Il me femble toûjours que
ferai heureuſe , fi …..
Le Tout.
Je veux te prendre par ton foible ; car
je vois bien que ce n'eft que la vanité qui
veur te faire feparer de moi : & bien ,
je te dirai que c'eft à toi , & à tes femblables
unies enfemble , que je dois tout
Bij
ce
30 LE MERCURE
"
ce que je fuis , c'eft vous autres , Mefde
moifelles les Parties , qui me formez , je'
nais de vôtre affemblage , je vous dois
tout ce que je fuis. Separez - vous , je ne
fuis plus. Tu vois donc bien que loin de
me prévaloir , je ne veux feulement que
t'engager à demeurer unie à tes femblables
pour ne pas perir moi- même.
La Partie.
Je vois que tu ramenes toutes chofes à
ton interêt.
Le Tout.
Mon intereft eft loüable , & n'a aucun
de ces défauts qu'on remarque dans
les interêts particuliers qui gâtent , qui
ruinent tout .
La Partie.
Oh je cherche le mien , moi , où je
le trouve. Lorfque nous ferons toutes
unies , nous ferons un tout admirable ;
j'en conviens ; mais trouve- t- on aujourd'hui
beaucoup de gens qui connoiffent
les beautez du tout enfemble ? il y a trop
de chofes à examiner à un tout . Les hommes
fe plaifent davantage à confiderer
une partie , ainfi leur eftime tombera
toute entiere fur moi. Après cela ai - je
tort de vouloir me feparer .
Le
DE
DECEMBRE 1722 . 31
Le Touts
Prends garde à ce que tu veux faire ,
tu pourrois bien , feparée de moi , être
très-méprifable & très-odieufe. Confide
re les parties du corps humain , unies
enfemble , elles font un tout , d'où refulte
cette beauté qui ravit les Dieux &
les hommes feparées , elles font horribles
à voir. Je donne de la beauté à ce
que tu peux avoir de defagreable , de diffonances
, je vous change en accords les
plus harmonieux ; mais d'ailleurs n'eft- ce
pas pour toi une plus grande fatisfaction,
de fçavoir tout ce que tu vaux unie avec
le tout , quoique moins eftimée ; que d'être
en plus grande eftime , & fçavoir en
toi-même que tu en vaux beaucoup moins ?
Le témoignage que tu te rends , n'eſtil
pas plus délicieux pour toi , que celui
que les hommes injuftes & prévenus peuvent
te rendre ?
La Partie.
C'eft-là du vieux langage ; aujourd'hui
on parle bien autrement ; mais venons au
fait . Sçais - tu que pour bien connoître
une chofe , les Philofophes difent qu'il
faut la divifer par fes parties. Comment
veux-tu donc que je fois connue unie avec
tol, puifqu'il faut au contraire qu'on nous
B iiij fepare
32 LE MERCURE
1epare pour être connus ?
Le Tout.
L'efprit de l'homme n'eft pas affez
éclairé pour me connoître d'une feule
vûë ; il faut qu'il fepare les parties , qu'il
les examine , qu'il les compare ; mais ce
n'eft que pour les unir enfuite, & en faire
un tout qui eft redevable ( je te l'ai déja
avoué ) à chaque partie , des beautez
qu'on remarque en lui ; car fes beautezne
font point l'ouvrage du caprice , ou du
hazard. Une heureufe faillie peut faire
quelquefois une partie ; mais le tout enfemble
eft l'ouvrage d'une fageffe profonde.
Que de proportions , que de rapports
, que d'harmonie dans un tout ! la
beauté d'une partie peut caufer quelque
plaifir ; mais celui qui comprend bien les
beautez du tout enfemble , eft comme
enyvré d'une joye toute divine. Tu dois
t'en rapporter au fentiment du tout qui te
parle ; crois-moi , demeure toûjours unie
à lui ; c'eft ainfi qu'on verroit regner un
ordre adinirable parmi les hommes , s'ils
avoient foin que toutes les parties fuffent
unies à leur tout , & c'eft ainfi que tout
homme feroit heureux , s'il regloit fi bien
toutes les actions , qu'elles fiffent entre
elles un tout harmonieux . Encore un coup,
fonge à ce que tu feras fi tu es toute feule;
DE DECEMBRE 1722. 33
le ; & confidere les avantages que tu retireras
de ton union avec moi . Vois , par
exemple , ce qui fait la puiffance d'un
Etat ; c'eft l'union des parties qui le compofent.
Si chaque particulier fe feparoit
pour être à lui feul , cet Etat fi beau , fi
refpecté , fi redoutable , cefferoit d'être
auffi- tôt ; ce ne feroit plus que des mem
bres épars , fans force , fans foûtien , &
qui n'auroient aucune liaiſon enſemble.
La Partie
Je découvre trop d'avantage à m'unir
à toi. J'y demeure donc attachée. Puiffent
toutes mes femblables ne te quitter
jamais , pour n'être toutes enfemble avec
toi qu'une même choſe.
Cette Piece eft de M. de Chanfierge ,
Auteur des avantures de Neoptoleme ,
qui doit prefenter au Roi un nouvel Ouvrage
, intitulé , l'Idée d'un Roy parfait
, où il eft traité de la veritable gran
deur , & des moyens de l'acquerir.
.
茶茶
By -Vers
34
LE MERCURE
1
XX:XXXXXXXXXXXXX
Vers fur Madame la Comteffe de Turbilly,
par M. de Rochamb ***
C
Es jours paffez avint par avanture ,
Qu'encertain licu fus conduit par l'amours
Là j'apperçus briller dans tout leur jour ,
Maintes beautez rares dans la nature ;
Bonne trouvai pour moi la conjoncture ,
Et n'eus de fort alors voulu changer ,
Mon coeur dût- il encourir du danger ;
De ces beautez j'étudiois les charmes,
Quand amour dit , vois qui tu veux aimer ,
Je lui ferai bien - tôt rendre les armes ,
Et tu n'auras de peine à la charmer ;
Lors s'apparut une jeune Déeffe ,
Qui trop pouvoit attirer la tendreffe ,
Son enjouement , fon air vif, fon efprit ,
Et mille appas aufquels mon coeur fe prit ,
Scurent d'abord faire éclater ma Al âme ;
C'eft celle ci , dis je , pour qui mon ame
Se fent éprife , or me chaud de fçavoir ;
Comme nommez cette belle immortelle ,
DE DECEMBRE 1722. 35
Car en ceci ne crois me decevoir ,
Divine elle eft , fon maintien le decele ,
Ouy , dit amour ; fon nom eft Turbilly ;
A ce nom là de nouveau treffaillis ,
Puis, dis au Dieu, la prens pour ma maîtr effe,
Seule elle va captiver ma tendreſſe .
Je le croi bien , reprit il plein d'émoi ,
Mais n'attend pas que tu puiffe lui plaire ,
Onc´n'a voulu fe foumettre à ma loi ;
Que fi j'eus pû la rendre moins fevere ,
Elle eut regné fur Paphos & Cithere ,
Et n'auroit fait d'heureux auftre que moi .
EXPLICATION d'une Pendule nouvellement
imaginée , pour marquer
exactement lesEquations du temps, prefentée
à l'Académie Royale des Sciences,
par M. le Bon, Horloger , demeu--
rant à Paris , PlaceDauphine.
C'est - à - dire , qu'elle marque le vrai mouvement
du Soleil , & les differences
qu'il y a chaque jour avec le mouvément
moyen , & avec celui des Etoiles
fixes pendant tout le cours de l'année.
Oeft bien conftruite , & qu'elle eft
N fuppofe d'abord que la Pendule
B vj
fem36
LE
MERCURE
femblable dans fon principe à celle
que
j'ai eu l'honneur de faire voir à l'Acadénie
, dans une pareille Affemblée .
Une partie de l'artifice fe fait par des
Cadrans mobiles que j'ai imaginez , &
que je vais expliquer , auffi - bien que la
machine qui les fait mouvoir , & leurs
aiguilles.
Le bord exterieur du grand Cadran ,
qui eft au bas de la Pendule , eft divifé
en 365. pour marquer tous les jours d'une
année & les douze mois.
Dans ce Cadran il y en a deux autres
concentriques , de 24 heures chacun
, dont un eft pour marquer le temps
vrai du Soleil , & l'autre pour marquer le
temps moyen.
On y voit auffi le Soleil qui marque fa
vraye heure , & qui fe leve & fe couche
chaque jour à la vraie heure qui convient
à Paris.
An deffus de ce grand Cadran , l'on a
placé trois autres Cadrans moyens & concentriques
, pour marquer les minutes ,
fçavoir , dans le plus grand font les mintes
du mouvement des Etoiles fixes . Dans
le fecond Cadran font les minutes du
temps moyen.Et dans le troifiéme font les
minutes du temps vrai du Soleil.
Dans l'enceinte des trois Cadrans à mirutes
, & tout au haut , on a placé trois
autres
DE DECEMBRE 1722 ; 57
autres petits Cadrans concentriques ,
pour marquer les fecondes , & chacun
de ces Cadrans a relation avec les Cadrans
à heures & minutes , qui ont le même
titre .
Le petit Cadran , qui eft au centre des
Cadrans à minutes , eft celui qui fert pour
faire fonner là Pendule à volonté , enmettant
fon éguille , comme font celles
d'un des trois mouvemens que Pon peut.
choifir comme on voudra..
Et afin de ne point alterer la jufteffe de
la Pendule , nous tirons toutes les forces.
dont nous avons befoin , du mouvement
qui fait aller la fonnerie.
Et comme la difference du temps vrai
au temps moyen , eft donnée chaquejour
à midi , dans la connoiffance des temps
faite par ordre de l'Académie , nous faifons
faire nos changemens à midi , &
cela jufqu'à la feconde précife.
Mais pour le changement du mouve
ment des Etoiles fixes , qui fest à juftifier
la verité de mon équation , j'ai jugó
le devoir faire depuis les huit heures du
matin , jufqu'à quatre du foir , afin qu'il
en coûtât moins de force au mouvement
de la fonnerie; & cette force étant diftribuée
en huit heures de temps , qui eft celui
du plus petit jour d'hiver où les
Etoiles ne font pas vifibles , tout fe trou-
,
Ve
38
( LE
MERCURE
ve en état , lorfque l'on peut faire les
obfervations fur les Etoiles fixes .
Pour le mouvement des éguilles , tant
des heures que des minutes & des fecondes
, il fe fait d'une maniere fort fimple ,
il n'y en a qu'une pour chacun des trois
Cadrans concentriques. , afin de ne pas
alterer la jufteffe de la Pendule qui n'a
qu'un feul poids , lequel ne defcend que
d'un demi-pouce , & le remonte prefque
continuellement.
Explication des pieces qui font mouvoir
les Cadrans , pour executer avec précifion
ce que nous venons de dire.
Sur l'arbre qui porte l'éguille qui
marque les jours de l'année , & qui ne
fait qu'un tour dans un an , il y a une plaque
de laton , dont la circonference eft
coupée en forme d'élipfe ( comme nous
le dirons ci- après ) contre le bord de laquelle
le bras d'une bafcule s'appuye
toûjours pour enfuivre les inégalitez , &
conduire un autre bras qui fe termine en
rouë dentée , & qui engréne dans une
rouë qui fait tourner , ou détourner les
Cadrans mobiles des minutes & des fecondes
de la quantité neceffaire , pour
marquer jufte la difference qui fe trouve
chaque jour entre le cadran fixe & le
mobiles
DE DÉCEMBRE 1722. 39
mobile ; la même bafcule a un autre bras
en portion de roue dentée qui engréne
dans une rouë , laquelle fait tourner , ou
détourner le Cadran mobile des heures
de la quantité précife , pour marquer la
difference qu'il y a chaque jour entre la
vraye heure , & celle qu'on appelle heure
moyenne..
Meffieurs les Geomettres fçavent qu'il
eft facile de déterminer les rayons & let
nombre des dents des rouës , dans un ra
rapport
précis , pour leur faire executer ce
que l'on fouhaitte.
Mais comme l'engrenage des rouës a
toûjours un peu de jeu , qu'il faut qu'elles
agiffent ici tantôt en tournant , &
quelquefois en détournant , pour remedier
à l'inconvenient qui pourroit arriver
de ce jeu , nous mettons fur l'arbre
de chaque Cadran mobile un petit poids,
qui fait que les dents font toûjours touchantes
du même fens qu'elles ont été
juſtifiées.
Maniere de tracer geometriquement la
courbe en espece d'élipfe queje viens
de propofer.
Divifez un cercle en 365. parties égales
, & tirez du centre à chaque divifion
des rayons ; divifez la longueur d'un de
ECS
40 LE MERCURE
ces rayons en 3730. parties , pour fervir
d'échelle ; prenez 1865. parties pour le
plus petit rayon de l'élipfe , qui répondra
au premier jour de Novembre , &
fera O'O " , cherchez dans la connoiffance
des temps pour chaque jour l'augmentation
par fecondes , & prenez autant
de parties que vous aurez trouvé de
fecondes , & les portez fur les rayons du
jour pour lequel vous cherchez ; & ainfi
de fuite , vous trouverez que le 10. de
Fevrier répondra à toute la longueur
d'un
rayon , & que vous aurez augmenté
depuis le premier Novembre
jufqu'au
10. Fevrier de 1865. parties , qui valent
chacune une feconde , & qui font
31. minutes 5. fecondes , en fuivant le
S.
même ordre ; mais en diminuant
, vous
trouverez
que le rayon , qui répondra
au 14. May , fera plus court que celui
du 10. Fevrier de 728. parties , qui font
12. minutes 8. fecondes , continuant
de
même en augmentant
chaque jour d'autant
de parties de vôtre échelle , que vous
aurez de fecondes jufqu'au 26. Juillet,
vous trouverez
le rayon de ce jour plus
long que celui du premier Novembre
de
1336. parties , qui font 22. minutes 15.
fecondes , & enfin en continuant
& diminuant
chaque rayon de ce qui feta marqué
pour chaque jour , vous aurez 365 .
points
DE
DECEMBRE 1722. 41
points marquez fur autant de rayons
par lefquels vous ferez paffer la courbe
que nous avons propofé .
Je ne donne point ici la démonſtration
de toute la méchanique de cette pendule
, je la réferve aux affemblées particu
lieres de l'Académie.
Je pourrai faire voir auffi une nouvelle'
Montre que j'ai imaginée , qui a été execurée
plufieurs fois , & qui eft d'une jufteffe
furprenante.
Les curieux pourront voir le tout chez
moi , où je me ferai un honneur de le leur
communiquer.
Le 3. Novembre M. le Duc de la Tremoille
, Premier Gentilhomme de la
Chambre du Roy envoya ces vers à
M. le Comte de Taillebourg , fils de
M.le Prince de Talmond ces deux
jeunes Seigneurs portent le nom de Charles
, & font tous deux au College des
Jefuites. Les vers font du Gouverneur
de M. le Duc de la Tremoille.
A propos , c'eft demain nôtre Fête , je penſe,
N'envoyez point de fleurs chez - nous,
Je n'en enverrai point chez-vous ,
Evitons , croyez- moi , la peine & la dépense ,
Qu'une
42
LE MERCURE
Qu'une amitié fincere uniffe nos deux coeurs ,
Comme le fang l'un à l'autre nous lie ,
Et tréve de ceremonie ,
Cela vaudra mieux que des fleurs .
LETTRE écrite par l'Auteur du Voyage
de Syrie , & du Mont - Liban à M....
fur un ariicle du Journal de Trevoux
du mois de Juillet 1722.
V
Ous me devez , Monfieur , un peu
plus de juftice que vous ne m'en
rendez ; vous me devez du moins celle
de ne pas juger de mon ouvrage , fans
en avoir fait une ferieufe lecture , ce que
faire encore par la contagion
, qui a interrompu tout le commerce
avec vôtre Province , vous ne connoiflez
mon livre , que par ce qui en eft dit dans
le Journal Litteraire de Trevoux.
vous n'avez
Prévenu par cette lecture vous trouvez
que je le fuis un peu trop en faveur de la
nation Maronite , & que j'ai entrepris de
contredire plufieurs Auteurs conliderables
pour donner à cette nation une origine
ancienne , & une creance Orthodoxe
qui n'a jamais varié. Vous me blâmez
fur tout de n'avoir pas déferé à l'autorité
de
DE
DECEMBRE 1722.
·
de Guillaume de Tyr , Auteur contemporain
, & témoin oculaire de ce qu'il
rapporte touchant les Maronites . Je paffe'
le refte de vôtre critique , qui eft cependant
fans aucun fondement , & vous allez
én convenir vous - même , fi vous voulez
bien m'entendre avec quelque attention ,
ce que j'ai à vous dire en fort peu de
mots pour ma défenſe .
Voici , Monfieur , d'abord comme j'ai
parlé en entreprenant de traiter la matiere'
qui regarde les Maronites dans le II . Tome
de mon Voyage , page 11. & fuivantes.
Il n'eft gueres de point d'hiftoire plus
embaraffé , & qu'on ait encore moins
éclairci que celui qui concerne le nom , <<
& l'origine des Maronites . D'un côté«
la plupart des Auteurs Latins qui ont
traité cette matière , difent des chofes
fort incertaines , fouvent oppofées les «
unes aux autres , & toûjours peu favo- «
rables à cette Nation , & de l'autre il «
s'eft trouvé des fçavans parmi les Ma- «
ronites , qui en défendant la tradition «
de leur Eglife , ont entrepris de refuter
ces Ecrivains , & de fubftituer à des «
faits qu'ils foutiennent être fabuleux , «
d'autres faits qu'ils donnent pour certains
& inconteſtables. Ainfi après avoir "
lû avec attention tout ce qui a été dit
au defavantage de cette Nation && ,
toutLE
MERCURE
tout ce qu'on a écrit en fa faveur , après'
avoir conferé fur le Mont- Liban avec
» le Patriarche , & avec les plus habiles
» d'entre les Maronites ; j'ai crû devoir
prendre le parti de ne rien dire de mon
chef , ni de décifif fur cette matiere ,
» & qu'il me fuffiroit d'expofer avec une
» exacte fidelité un précis de ce qui a
» été avancé de part && dd''aauuttrree ,, afin que
» les lecteurs intelligens à qui il
>> tient de juger, le puiffent faire avec une
» parfaite connoiffance.
appar-
Je puis , Monfieur , vous affurer que
j'ai exactement fuivi un plan qui m'a
paru fi raifonnable. J'ai d'abord donné
f'origine des Maronites fuivant les Auteurs
Latins , en mettant à leur tête Guillaume
, Archevêque de Tyr , Hiftorien
des Croifades , dont je rapporte le texte
fidelement traduit en nôtre langue ,
parce que c'eft le premier qui a parlé des
Maronites , & que tous ceux qui ont fuivi
, ne font prefque que les copiftes à cet
égard.
J'expofe enfuite fort fommairement
ce que les Maronites oppofent aux autoritez
des Auteurs Latins , & je découvre
en paffant une méprife du P. Noël Alexandre
, qui fur le fait des Maronites
s'appuye du témoignage de Timothée de
Conftantinople , témoignage que cet Auteur
DE DEGEMBRE 1722 .
45
teur Grec n'a pas rendu , & qu'il n'a pas
même pû rendre , comme il fera ailé ,
Monfieur , de vous en convaincre.
J'ai expofé affez brievement , comme
je viens de le dire , ce que les Maronites
oppofent en general aux Auteurs Latins ;
mais les defenfes de cette Nation le trouvent
écrites avec plus d'étendue dans la
fuite du même II . Tome de mon Voyage,
lorfqu'en execution de mon deffein , je
donne l'origine des Maronites , & un
abregé de leur hiftoire , felon les fçavans
de la même Nation ; après avoir declare
à mes lecteurs que tout ce que j'ai appris
au Mont Liban fur ce fujer , & que je
dois produire dans mon livre , eft à
près compris dans les deux ouvrages que
Faufte Nairon , fçavant Maronite , &
Profeffeur en Langue Syriaque au Collepeu
ge de la Sapience, a fait imprimer à Roine
en faveur de fa Nation , & dans les
lettres qu'il m'a écrites fur le même fujet
Ainfi , Monfieur , encore une fois , ję
n'ai rien dit de mon chef, & je n'ai pris
aucun parti dans cette fameufe conteſtation
, je dis fameufe , parce que le fond
en eft important , & que ce n'eft pas
d'aujourd'hui qu'elle eft formée entre des
fçavans d'un grand poids.
Il eſt donc lurprenant que dans le Journal
, que vous citez on renverfe mon
>
plan ,
46 LE MERCURE
on
plan , en me faifant prendre parti malgré
moi , & que dès le commencement
de l'article qui regarde mon livre
у declare que je prétens faire voir que
ces peuples ont toujours été fidelement attachez
à la Foi Catholique. Par l'extrait
que nous allons en donner , ajoûte l'Auteur
de cet extrait , on pourra juger s'il
y a réuſſi.
Non , Monfieur , fi on en juge par là ,
& en fuppofant l'entrepriſe , dont on me
charge , je n'ai du tout point réüffi. Je
pourrois ici vous demander fi cet Auteur
a mieux réüffi à défendre l'autorité de
Guillaume de Tyr, fur ce qu'il rapporte
touchant les Maronites ? Mais attendons
que vous ayez lû de fuite dans mon livre
toutes les défenfes des fçavans de cette
Nation contre l'autorité , dontje viens de
parler , vous ferez alors mieux en état de
juger cette question, & vous jugerez auff
fi ces expreffions qu'on lit dans le Journal.
Il prétend faire voir que ces peuples,
quoiqu'en dife M. , de la Roque , & c. Ne
déguifons rien , &c. Vous jugerez , disje
, fi ces expreffions , après ce que j'ai
cu l'honneur de vous expofer , nie conviennent
fort , moi qui , comme vous le
verrez , ne prétend rien , ne dis rien de
mon chef , & ne déguife affurément rien.
Je palle fur le refte de la critique pour
répondre
DE DECEMBRE 1722. 47
répondre à la demande que vous me faites
, fi j'ai rempli tout le titre de l'ouvrage
qui a été annoncé au public de quoi
6
vous doutez , parce que dans le Journal
en queftion , il n'eft fait mention ' ni de la
vie de M. de Chafteüil , ni de la vie du
Prince Junès Maronite . Je réponds, Monhieur
, que j'ai tenu parole à l'égard de
ces deux morceaux ; j'ofe ajoûter qu'ils
ont été bien reçûs. Les autres Journaux
en ont rendu compte , comme d'une matiere
curieufe & édifiante , & à propos
de Journal , les Auteurs de celui de Paris
ont fait deux extraits de mon ouvrage
, un extrait pour chaque volume , &
d'une maniere que j'ai tout lieu d'en être
fatisfait. Loin de fe mêler dans une conteftation
, dont je ne fuis que l'Hiftorien
& de rien mettre fur mon compte
ils rendent juftice à mon exacte neutralité.
Notre Auteur , difent- ils , a pris le
parti de ne rien dire là - deffus de fon chef ;
mais de rapporter ce qui a été dit de
& d'autre.
ler
part
A l'égard des Drufes & des Turcomans
, dont je fuis auffi engagé de par-
, parce qu'ils habitent le Mont - Liban
, comme les Maronites ; vous fçavez
déja par le Journal de Trevoux que je
Journal des Sçavans du 6. Juillet , & 10.
Loust 1922.
n'en
48 LE MERCURE
n'en ai encore rien dit , la matiere quí
regarde les Maronites in'ayant mené plus
Join que je ne penfois , & n'étant pas
même encore toute achevée de traiter ;
c'eft cependant mon intention d'executer
tout le plan que j'ai formé. J'ai dans mes
memoires , dont quelques- uns me font
nouvellement arrivez du Levant , de
quoi remplir un jufte volume de tout ce
qui me refte à dire des Maronites , & de
ce qui concernedes Drufes , & les Tur-
.comans.
Dans ce refte qui regarde les Maroni- ,
tes , je rapporterai avec la même fidelité
ce qu'on a écrit à leur defavantage depuis
mon retour de Syrie , outre ce que j'ai
rapporté dans le 2. vol . de mon ouvrage, I
& ce que les fçavans de cette Nation oppofent
à ces nouveaux écrivains , dont
quelques uns font de confideration comme
M. Simon , M. l'Abbé Renaudot ,
& M. Bayle. Le premierne les a pas plus
épargnez dans fon fupplement , à ce qu'il
avoit déja écrit des Maronites dans fon
hiftoire critique de la créance & des cou-
-tumes des Nations du Levant , qu'il avoit
fait dans fes remarques fur le voyage aú
Mont-Liban du P. Dandini de la Compagnie
de Jefus , & le fecond ne les a
gueres menagez dans fon traité de la perpetuité
de la Foy de l'Eglife Catholique ,
Iome
DE DECEMBRE 1722. 49
tome 4. La Coutume , dit- il , de celebrer
la Miffe en Syriaque eft obfervée par les
Maronites dépendans de l'Eglife Romaine,
auffi bien que par ceux qui en font feparez
par le fchifme , ou par l'herefie.
Ils s'étonnent avec raifon qu'un fi fçavant
homme ait ignoré qu'il n'y a pas
aujourd'hui un feul Maronite en quelque
contrée de l'Orient qu'il puiffe être , qui
ne foit bon Catholique Romain. Ils s'étonnent
moins de ce que M. Bayle a
écrit fur leur fujet , n'étant gueres inftruit
de ce qui les regarde , & ayant d'ail
kurs fes préjugez , & fes opinions à foutenir
contre la doctrine de l'Eglife Romaine
en general .
Ils font particulierement fort choquez
de ce qu'a écrit l'Auteur de la Turquie
Chrétienne , ouvrage imprimé à Paris en
1695. dans lequel il fait defcendre les
Maronites des Drufes même
gens qui
n'ont prefque aucune religion , & que
cet Ecrivain prétend être originairement
le refte des Chrétiens , qui aprés la conquête
de la Terre Sainte fur les Princes
Chrétiens , échaperent , dit-il , à la fureur
des Sarrazins fous le regne du fameux
Saladin , & fe retirerent dans les
montagnes du Liban , fans confiderer les
abfurditez qui naiffent de cette opinion
affez finguliere , & donnée fans aucun
C garant.
5o LE MERCURE
garant. La plus groffiere de ces abfurditez
eft toute démontrée dans l'Itineraire Hebreu
de Benjamin de Tudele , habile Juif
d'Espagne , lequel en parcourant la Syrie
au commencement du x . fiecle , trouva
les Drufes déja établis fur le Mont - Liban
, c'est-à - dire environ cent foixante
ans avant la premiere croifade , & plus
de deux cens trente avant le regne de
Saladin . Ce voyageur Juif , dont l'ouvra
ge eft fort défiguré dans les traductions
latines , fait des Drufes un portrait fi
reffemblant , qu'il eft impoffible de les
méconnoître dans ceux de cette nation ,
qui habitent encore aujourd'hui une partie
du Liban.
Je compte , Monfieur , d'abreger beaucoup
toute cette matiere contentieufe
mais j'efpere d'en dire affez pour contenter
les Lecteurs intelligens. L'Auteur qui
m'attaque dans le Journal y trouvera fur
tout la critique exactement expofée , &
pouffée encore plus loin ; il y trouvera
auffi des réponfes préciſes à les objections
outie celles qui font déja dans mon ouvrage
, & aufquelles il n'a pas fait attention
. L'autorité de Guillaume de Tyr
qui lui paroît , comme à vous , Monfieur ,
fi refpectable fur cette matiére , y fera
particulierement difcutée ; on y diftinguera
bien fans fon fecours ce qui peut
regarder
DE DECEMBRE 1722 .
SI
regarder le témoignage particulier de
cet Ecrivain , d'avec ce qu'il peut avoir
puifé d'ailleurs dans des fources fufpectes.
Et à l'égard de ce témoignage , l'Auteur
dont je viens de parler , y trouvera
la réponſe à la demande qu'il fait , page
1142. du Journal. Quelles recherches ,
dit-il , falloit-il faire pour apprendre ce
qui fe paffoit fous fes yeux ? &c. Et en
attendant j'aurai l'honneur de vous dire
que cette derniere expreffion me paroît un
peu hazardée ; car ceux qui font inftruits
pourront demander à nôtre Auteur comment
il entend que Guillaume de Tyr a
été le témoin oculaire de l'abjuration
dont il parle , faite entre les mains d'Aimeric
, Patriarche d'Antioche ; lui qui en
qualité de Metropolitain de Tyr , & de
Chancelier du Royaume de Jerufalem ,
réfidoit neceffairement dans l'une ou
dans l'autre de ces deux Villes ; or elles
font éloignées chacune d'environ cent
lieues d'Antioche , autrefois Capitale de
Syrie , & du Patriarchat d'Aimeric , ce
qui exclut formellement le témoignage
oculaire.
J'efpere enfin,, Monfieur , qu'après
avoir mis la derniere main à ce que je
prepare pour achever d'éclaircir cette
matiere , vous ne me trouverez pas prévenu
plus que de raifon en faveur de la Na-
Cij
tion
“ይ LE
MERCURE
rion Maronite, & vous reconnoîtrez qu'il
s'en faut beaucoup , que je n'adopte tout
ce que l'amour de la patrie a fait écrire
à quelques fçavans de cette nation. J'oubliois
de vous dire que vous trouverez
dans ce 3. volume l'état prefent de l'Eglife
& de la nation Maronite , la notice
exacte des Evêchez & des Monafteres
&c. & quelques defcriptions qui regardent
ou l'Hiftoire naturelle du Liban ,
ou des monumers d'antiquité qui s'y
trouvent , & qui n'ont pas pû entrer dans
les volumes precedens. Je fuis , Monfieur
, &c.
A Paris , ce premier Octobre 1722,
cxxxxxxx
LES VOEUX DE LA FRANCE
Sur le Sacre de LOUIS XV.
Oy qui tiens dans ta main le coeur de tous
les Rois ,
Qui les rends , quand tu veux , dociles à ta
voix ,
De nôtre Roy , Seigneur , éclaire la jeuneffe ,
Fais briller à fes yeux un rayon de ſageſſe ,
Qui faffe évanouir ces trompeufes couleurs ,
Dont le vice flatté fçait couvrir les horreurs:
Oubliant
DE DECEMBRE 1722. 33
Oubliant devant toy Féclat qui l'environne ,
I adore en tremblant la main qui le couronne ,
11 dépouille fon front d'un fafte imperieux ,
Et reconnoît qu'un Roy n'eft qu'un homme à
tes yeux .
Ses regards foutenus d'un augufte filence ,
Tiendront l'impieté muette en fa prefence
Puiffe du grand LOUIS l'auftere Majefté
E:re empreinte à jamais fur fon front redoutés
Qu'on fçache dans fa Cour qu'un mortel té
meraire ,
Ne peut braver le Ciel , fans ceffer de lui plaire,
Que la religion eft fa premiere loy ,
Et qu'attaquer fon Dieu , c'eft attaquer fon Roy.
Que la fraude & l'erreur fi long- temps med
nacées,
Dans leurs fombres détours demeurent terraffées
,
Puiffe t'il arracher le mafque féducteur.
Qui déguiſe les traits de leur noire fureur ;
Puiffe- t'il , étouffant une rage impuiffante ,
Porter le dernier coup à l'hydre renaiffante.
Qu'il foit fenfible , hamain , tendre pour Les
fujets ,
Et qu'à les rendre heureux il borne fes projets
Qu'ils
C iij
54
LE MERCURE
Qu'il connoiffe le prix des pleurs de l'inno
cence ;
Et qu'en les effuyant il montre fa puiffance.
Du merite oublié qu'il foit le défenfeur ,
Qu'il tire l'orphelin des mains de l'oppreffeur,
Que de l'humble vertu fon Trône foit l'azile
Qu'à l'abri de fon nom le pauvre foit tranquile,
Qu'il répande par tout l'abondance & la paix ,
Et qu'il puiffe compter fes jours par fes bienfaits
,
Qu'il ne faffe jamais éclater fon tonnerre ,
Qu'il foit plutôt l'amour que l'effroi de la
Terre.
Peut - être on lui dira que les fanglans exploits
Doivent éternifer la gloire des grands Rois ;
Qu'un Heros couronné par les mains de Bellonne
,
Ne voit jamais étrir l'éclat de fa couronne ;
Qu'il faut fuivre les pas des Monarques guer
riers ,
Et chercher dans le fang l'honneur & les lauriers.
Non , Prince , non toûjours la veritable gloire
N'eft pas pour les grands Rois le fruit de la
victoire ,
L'amour peut dans les coeurs dreffer des monumens
Que
DE DECEMBRE 1722 . 55
Que n'alterent jamais les injures des temps.
Du plus noble cizeau le temps détruit l'ouvrage
,
Ce qu'a tracé l'amour , paffera d'âge en âge.
Mais qu'entreprend-je ici , Prince , de t'enfeigner
?
Confidere , PHILIPPE , & tu fçauras regner.
Auffi grand qu'aucun Roy qu'ait jamais vu la
France >
Il a forcé l'Europe à craindre ton enfance.
PHILIPPE te dira , par quels fecrets refforts
Un Roy peut à fon gré tourner ce vafte corps.
Ecoute auffi la voix d'un Miniftre fidele ,
Tu trouveras dans lui le genie & le zele ;
Elevé par degrez au faîte des grandeurs ,
Son merite eft encore au deffus des honneurs.
Pour mille mauvais choix la fortune abhorrée
Aux yeux de l'univers va paroître éclairée ;
Elle laiffe ramper tous fes adorateurs ,
Et donne aux grands talens fes plus grandes
faveurs .
H. GRIFFET , D. L. C. D. J.
C iiij
PORTRAIT
LE MERCURE
********* KKKKKKKK
FORTRAIT d'une Dame de Rennes en
Bretagne , qui s'eft trouvée à la Fête
de Chantilly.
Milie a reçû en naiffant les princi
Epales qualitez dont une perfonne
de fon fexe puiffe être ornée , foit qu'on
la confidere du côté du corps , foit qu'on
la confidere de celui de l'efprit & du
coeur , elle eft fage , elle eft fpirituelle ,
& a l'efprit bien tourné , elle eft grande
& bien faite , fon air impofe fans la faire
foupçonner de fierté , fon vifage n'eft ni
rond , ni ovale , fon front eft uni & majeftueux
, les yeux font bien fendus ,
fes fourcils un peu épais , mais bien taillez
, fon nez eft fin & bien percé , les
dents font belles , ' & fon teint n'a beſoin
ni de rouge , ni de blanc pour plaire , fes
cheveux font de cette couleur favorite ,
je veux dire de ce blond cendré , fi propre
à faire regretter , qu'on ne fe coëffe
plus en cheveux ; fi cette mode revenoit,
je ne fçai qui pourroit lui difputer le
prix ; tout cela, en un mot, qui ne paroît
que mediocrement parfait , fait là plus
belle dormeufe que l'on puiffe voir , tout
parle en elle pour lors jufqu'à vous impofer,
DE DECEMBRE 1722.
57
و
pofer , fa gorge , fon bras , fa main , &
fa jambe , fans être de la premiere beauté,
font cependant très -fort au deffus des
paffables , fon pied cambré , & naturellement
bien tourné , n'aide pas peu à lui
donner cette démarche noble , & fans
affectation que en elle , chacun remarque
fes manieres font aifées ; mais entre les
mots libres qu'elle fe permet , l'agrément
ne l'emporte jamais fur la bienféance , &
Fon ne peut y donner la moindre explication
obfcene , ayant beaucoup de monde
, elle fçait mieux que perfonne parler
de ceux dont elle a lieu de fe plaindre
de maniere à meriter leur eftime ; le fon
de fa voix , quoiqu'elle graffaye un peu,
a tout l'agrément pollible ; elle parle jufte
, & en termes ordinaires , aufquels elle
donne une nouvelle grace , elle chante
& danfe très -proprement ; fa memoire
eft heureuſe , & la rend capable des affaires
du plus grand détail ; elle eſt dans
un pofte , dont beaucoup d'autres s'aquit
teroient comme elle ; mais elle fait voir
à tous qu'elle eft capable d'en occuper
un que mille autres ne pourroient remplir.
Il eft aifé, par exemple,de juger quel
talent elle auroit pour commander , par
la maniere dont elle éleve un jeune enfant
qui a beaucoup d'efprit ; elle l'infruit
fans prefque lui parler ; fés yeux
C v font
58
LE
MERCURE
font fes interpretes les plus ordinaires
fon égard ; & l'afcendant qu'ils ont fur
lui eft fi fort , qu'il leur obéit au moindre
figne , & ne témoigne d'autre empreffement
que de lui marquer fon refpect & fa
tendreffe. Quand elle fe trouve dans la
neceffité de parler d'elle- même , elle fçait
éviter l'écueil de la vanité , & de
cette modestie affectée , qui n'eſt pas
moins méprifable que la vanité même
& le tire de ce pas dangereux avec tout
l'avantage imaginable , fans qu'on ofe la
foupçonner d'y penfer ; elle foutient fes
interefts avec honneur , mais fans emportement
, fans paffion , & en termes fi
concertez , & fi convenables , qu'on ne
peut le trouver magvais ; fon difcernement
& fon experience font fans exemple
dans une perfonne à peine majeure ;
elle eft rangée , expeditive , ne s'embarraffant
de rien , n'embarraffant perfonne,.
& fçachant prendre fon parti ; c'eft à elle
qu'il eft ordinairement refervé de trouver
les expediens les plus propres & les
plus prompts ; il n'y a gueres de femmes
qui la connoiffent fans l'eft mer ,
quoique la plupart ne l'aiment pas à caufe
de fes talens ; cependant malgré cette jaloufie
elles la recherchent , & veulent
être avec elle le plus qu'elles peuvent. On
peut conjecturer delà de l'afcendant qu'elle
DE
DECEMBRE 1722. 59
a fur les efprits ; elle aime fa famille , &
particulierement une perfonne qui en eft
la plus proche avec une tendrelle fans
bornes. Perfonne ( après Madame D. L.
L. G. ) ne fait mieux les honneurs d'une
table qu'Emilie ; elle a un goût , & un
difcernement pour le fervice qui n'eſt pas
ordinaire , elle y joint un enjouëment
dont perfonne n'approche , des manieres
infinuantes , & une gayeté qui n'eft point
affectée , & qui fe répand fur les convives
, attentive , & prévenante à tout ce
qui leur peut faire plaifir fans partialité.
On pourroit oublier ici tout ce que je
viens de dire , en fe reffouvenant de fon
courage & de fon attachement pour fa
famille pendant l'incendie de fa Ville ;
on auroit plus de motifs qu'il n'en faut
pour l'aimer & l'eftimer infiniment. Ellet
fit dans cette calamité publique des
actions extraordinaires , & au deffus des
forces de fon fexe. Comme je lui croi
le coeur auffi bon que l'efprit , je croi
auffi pouvoir fans injuftice finir ce caractere
, en difant avec M. de la Bruyere,
qu'Emilie eft une très - aimable femme,
qui a toutes les qualitez d'un honnête
homme..
C vj ZEPHIRE
60 LE MERCURE
AS
ZEPHIRE ET LA ROSE ,
Fable , par M. Clement.
Z Ephir ,dans fon. humeur follette
Méprifoit la fidelité ,
Il careffoit chaque fleurette ,
*
Et toutes ſe plaignoient de ſa legereté.
Un jour au lever de l'Aurore,.
La Rofe parut à fes yeux ,
Elle ne faifoit que d'éclore ,
Son odeur montoit juſqu'aux Cieux.
Tendrement il s'approche d'elle :
Je fuis charmé de vos vives couleurs ,
Dit il , vous furpaffez les plus brillantes Acurs
Yous feule avez pouvoir de me rendre fidelles
La Rofe fe trouble à ces mots ,
En triomphant de l'inconftance ,
On lui donnoit la preference ,
L'amour propre eft flatté par des termes
beaux ;
Son amant lui paroiffoit tendre ,
Lorfque l'on eft aimable on fçait ſe faire aimer ,
Elle
DE
DECEMBRE 1722. 61
Elle n'attendoit pour se rendre ,
Qu'un ferment folemnel de ne la point quitter,
Zephire la rendit fatisfaite ,
Il en prit les Dieux à témoins ,
Et cette fleur en parut plus parfaite ,
Depuis qu'il lui donna fes foins.
Mais lorfque le printemps finiffant fa carriere .
Fit place aux chaleurs de l'efté ,-
La. Rofe vit ternir l'éclat de fa beauté ,
Et Zephire perdit fa fraîcheur toute entiere.
Il diſparut au bout de quelque temps ,
Ne pouvant fupporter l'abfence de fa belle ,
Et devenu tendre & fidelle ,
Il ne fe montra qu'au Printemps.-
KKKKKKKK¥¥¥¥¥¥¥¥¥¥
FRAGMENT d'une Lettre écrite à fen
Madame de la Sabliere , par M. Bernier
, Auteur de l'abregé de la Philor
Sophie de Gaffendi.
P ,
Affons maintenant , Madame , à une
autre matiere dûffions-nous faire
une Oilla poutrida , qu'importe pourvû
que cela vous tire un quart d'heure du
ferieux de vôtre. folitude ?. vous pourriez
Vous
62 LE MERCURE
vous fouvenir de ce que vous m'avez die
autrefois fur cette nouvelle divifion du
monde qui va fuivre, que c'étoit une penfée
à cultiver , & qu'il y auroit plaifir de
fçavoir fi ceux qui habitent le milieu de
l'Affrique , la terre Auftrale , & les autres
lieux qui nous font encore prefque
inconnus , feroient affez differens de nous
pour en faire une efpece ou race differente.
Divifion de la terre par les differentes efpeces
ou races d'hommes qui l'habitent,
de la beauté desfemmes , & c.
Les Geographes n'ont divifé jufqu'ici
la terre que par lleess ddiiffffeerreennss pays ou regions
qui s'y trouvent ; mais ce que j'ai
remarqué dans les hommes en tous mes
longs voyages m'a donné la penfée de la
divifer autrement. Car , quoique dans la
forme exterieure du corps , & principalement
du vilage les hommes foient prefque
tous differens les uns des autres , felon
fes divers cantons de terre qu'ils habitent ;
de forte que ceux qui ont beaucoup voya
gé peuvent fouvent , fans fe tromper , diftinguer
par là chaque nation en particu
lier j'ai neanmoins obfervé qu'il y a
fur tout 4 ou 5. efpeces ou races d'hondont
la difference eft fi notable
qu'elle peut fervir de jufte fondement à
une nouvelle divifion de la terre.
DE
DECEMBRE 1722. 63
Je comprens fous la premiere efpece ,
la France , l'Espagne , l'Angleterre , le
Dannemark , la Suede , l'Allemagne , la
Pologne , & generalement toute l'Europe
, à la réſerve d'une partie de la Mofcovie
on y peut encore ajoûter une partie
de l'Affrique , à prendre depuis les
Royaumes de Fez & de Maroc , Alger ,
Tunis & Tripoly jufques au Nil , de
même qu'une bonne partie de l'Aſie ,
comme l'Empire du Grand Seigneur
avec les trois Arabies , la Perfe toute entiere
, les Etats du Grand Mogol , let
Royaume de Golconde , celui de Vilapour
, les Maldives , & une partie des
Royaumes d'Arakan , Pegu , Siam , Sumatra
, Batant & Borneo ; car quoique
les Egyptiens , par exemple , & les Indiens
foient fort noirs , ou plutôt bazanez
cette couleur ne leur eft qu'accidentelle
, & ne vient qu'à caufe qu'ils
s'expofent au Soleil , puifque ceux qui fe
confervent , & qui ne font point obligez
de s'y expofer auffi fouvent que le peuple
, ne font pas plus noirs que beaucoup
d'Efpagnols ; il eft vrai que la plupart
des Indiens ont quelque chofe d'affez
different de nous dans le tour du vifage ,
& dans la couleur qui tire fouvent fur le
jaune , mais cela ne ſemble pas fuffilant
pour en faire une efpece particuliere ,
L
ου
bien
64 LE MERCURE
bien il en faudroit faire auffi une des
Efpagnols , une autre des Allemans , &
ainfi de quelque autre peuple de l'Europe.
Sous la deuxième efpece je mets toute
l'Affrique , excepté les côtes dont nous
venons de parler. Ce qui donne lieu de
faire une espece differente des Africains ,
ce font premierement leurs groffes lévres ,
& leurs nez écachez , en ayant fort peu
parmi eux qui ayent le nez aquilain , &
les lévres d'une groffeur mediocre. 2º La
noirceur qui leur eft effentielle , & dont
la cauſe n'eft pas l'ardeur du Soleil ,
comme on le penfe communément , puifque
fi l'on tranfporte un noir , & une
noire d'Affrique en un pays froid , leurs
enfans ne laiffent pas d'être noirs auffi
bien que tous leurs defcendans , jufques
à ce qu'ils fe marient avec des femmes
blanches. Il en faut donc chercher la nature
particuliere dans le fang , qui eft
neanmoins de la même couleur que pat
tout ailleurs. 3 ° Leur peau qui eft comme
huileufe , lice & polie , fi l'on excepte
les endroits qui font brûlez du Soleil.
4° Leurs trois ou quatre poils de
barbe. Leurs cheveux qui ne font pas
proprement des cheveux , mais plutôt
une efpece de laine qui approche du poil
de quelques-uns de nos barbets , & enfun
DE DECEMBRE 1722.
85
=
fin leurs dents plus blanches que l'yvoire
le plus fin , leur langue , & tout le dedans
de la bouche avec leurs lévres auffi rouge
que du corail.
>
La troifiéme efpece comprend une par
tie des Royaumes d'Arakan & de Siam ,
de l'Ifle de Sumatra & de Borneo , les
Philippines , le Japon , le Royaume de
Pegu , le Tunquin , la Cochinchine , la
Chine , la Tartarie qui eft entre la Chine
, le Gange & la Mofcovie ; l'Ufbek
le Turqueftan , le Zagatay , une petite
partie de la Mofcovie , les petits Tartares
& les Turkomans qui habitent le long
de l'Euphrate tirant vers Alep. Les habitans
de tous ces pays - là font veritablement
blancs ; mais ils ont ordinairement
de larges épaules , le vifage plat , le nez
écaché, & les yeux comme en ovale , &
qui viennent finir en pointe.
Les Lappons compofent la quatriéme
efpece , ce font de petits courtaux avec
de groffes jambes , de larges épaules , le
col court , & un vifage , je ne fçai comment
tiré en long, fort affreux , & qui
femble tenir de l'ours . Je n'en ai jamais
vû que deux à Dantzic ; mais felon les
portraits que j'en ai vû , & le raport qui
m'en a été fait par quantité de perfonnes
qui ont été dans le pays , ce font de vilains
animaux , des buyeurs d'huile de
poiffon
66 LE MERCURE
poiffon, qu'ils trouvent meilleur que toutes
les plus agreables liqueurs du monde.
Pour ce qui eft des Americains , ils
font, à la verité , la plûpart olivâtres , &
ils ont le vifage tourné d'une autre maniere
que nous , neanmoins je n'y trouve
point une affez grande difference pour en
faireune efpece particuliere & differente
de la nôtre.
Au refte , comme dans nôtre Europe
la taille , le tour du vilage , la couleur
& le poil font ordinairement fort diffe
rents , ainfi que nous l'avons dit , il en
eft de même des autres parties du monde
: car , par exemple , les Noirs du Cap
de Bonne Efperance, femblent être d'une
autre efpece que ceux du refte de l'Af
frique. Ils ont ordinairement plus petits
, plus maigres , plus laids de vifage ,
& très-vîtes à la courfe , aimans avec
paffion les charognes qu'ils mangent toutes
cruës , & dont ils entortillent les
boyaux autour de leurs bras & de leur
col , comme on voit ici quelquefois à
nos chiens de Bouchers , pour les manger
enfuite dans le befoin , beuvans de
l'eau de lamer quand ils n'en ont point
d'autre , & parlans un langage tout àfait
étranger , & prefque inimitable aux
Européens. Quelques Hollandois difent
qu'ils parlent Coq- d'Inde,
Co
DE DECEMBRE 1722 . 67
14
Ce
>
que je remarquai touchant la beau™
té des femmes , n'eft pas moins particulier
; il eft certain qu'il s'en trouve de
belles & delaides par tout , j'en ai vû de
très - belles en Egypte , qui me faifoient
fouvenir de la belle & fameufe Cleopâtre
, j'en ai auffi vû parmi les Noires
d'Affrique , quelques- unes de très belles
, & qui n'avoient point les groffes levres
& le nez écaché ; fept ou huit en
tr'autres , que je rencontrai en divers endroits
étoient d'une beauté fi furpre
nante , qu'elles effaçoient , à mon avis ,
la ftatue antique de Venus du Palais
Farnele ce nez aquilin , cette petite
bouche , les levres de corail , les dents
d'yvoire , les yeux grands & vifs , cette
douceur de vi age , ce fein & le refte
s'y trouvoient dans la derniere perfec
tion ; j'en ai vû à Moka plufieurs prefque
toutes nues qui étoient à vendre , & je
puis dire qu'il ne fe peut rien voir au
monde de plus beau mais elles étoient
extrémement cheres , car on les vouloit
vendre trois fois plus que les autres.
J'ai auffi vû de très-belles femmes dans
les Indes , & l'on peut dire que ce font
de belles femmes. Il y en a entr'autres
d'une certaine couleur qui tient tant foit
du jaune , qui font fort eftimées , &
que je trouvois auffi fort à mon gré : car
peu
ce
88 LE MERCURE
ce petit jaune eft vif & éclatant , & n'a
rien de ce vilain & livide pâle de la jauniffe
. Imaginez -vous une belle & jeune
fille de France , qui ne feroit que commencer
à avoir la jauniffe , & au lieu de
ce vilage malade , pâle , & de ces yeux
jaunâtres , abbatus & languiffans , donnez-
lui un vilage fain , doux , riant , &
de beaux yeux brillans , c'eft à peu près
l'idée que je puis vous en donner.
Les Indiens ont raifon de dire , qu'il
ne fe trouve point de belles femmes dans
le pays où il y a de méchantes eaux , &
où la terre n'eft pas abondante & fertile.
En effet , la bonté des eaux & celle
de la nourriture , contribuent fans doute
beaucoup à la beauté ; il n'eft pourtant
pas generalement vrai , que par tout
où ces deux qualitez fe rencontrent , les
femmes y foient toûjours belles . Cela
dépend encore , à mon avis , de quelques
autres conditions , qui font que la beauté
eft plus rare & difperfée par cantons;
elle ne vient donc pas feulement de l'eau,
de la nourriture , du terroir & de l'air,
mais auffi du fens & des humeurs qui
font particulieres à certaines races ou ef
peces.
Les femmes qui font fur le Gange
Abenarès , en defcendant vers Bengale ,
font generalement eftimées pour leur
beauté
DE
DECEMBRE 1722. 69
E
beauté, celles du Royaume de Kachemire
le font encore davantage car outre
qu'elles font blanches comme en Europe
, elles ont encore une douceur de vilage
& une taille admirable , auſſi eſt- ce
de là que viennent celles qui font à la
Cour du Mogol , & que tous les grands
Seigneurs ont auprès d'eux , il me fouvient
que , lorfque nous nous en retournâmes
de ce pays- là , nous ne voyons
autre chose que de petites filles dans des
efpeces de hottes , que des hommes portoient
fur leurs épaules au travers des
montagnes. Mais quoique celles de Lahor
foient brunes de même que le reste
des Indiennes, elles m'ont neanmoins femblé
plus charmantes que toutes les autres
; leur belle taille menue & dégagée,
avec la douceur de leur vifage , furpalfant
encore de beaucoup celle des Kachemiriennes.
On ne peut pas dire que les femmes naturelles
&originaires
de Perfe foient belles.
Cela n'empêche
pourtant pas que la ville
d'Ifpahan
ne foit remplie d'une infinité
de très belles femmes ,auffi bien que de
très-beaux hommes , à caufe de ce grand
nombre de belles Efclaves qui leur font
amenées de la Georgie & de la Circaffie.
LesTurcs
ontauffi grand nombre de très
belles femmes , parce qu'outre celles du
pays,
70
LE MERCURE
pays , qui ne font pas laides , ils ont les
beautez Grecques , dont vous avez ſi ſouvent
oui parler , & outre cela une quantité
prodigieufe d'Efclaves qui leur viennent
de la Mingrelie , de la Georgie &
de la Circaffie , ou de l'aveu de tous les
Levantins & de tous les voyageurs , fe
trouvent les plus belles femmes du monde
, auffi n'eft il pas permis à Conftantinople
aux Chrétiens & aux Juifs d'acheter
une Efclave de Circaffie , elles font refervées
les feuls Turcs. pour
MADRIGAL
En faveur de la fine & judicieufe
Plaifanterie.
UN
N plaifant fans défaut eft une piece rare ,
Jamais emporté ni bizarre ;
Dans ce qu'il dit , dans ce qu'il fait ,
Maître de fon humeur , d'un charmant caraetere
;
Il ne hazarde point de trait
Qui puiffe offenfer , ou déplaire.
Chez lui la raillerie eft contre verité ;
11 parle finement , mais toujours fans malice ,
Et s'il vous fait l'objet de fa vivacité ,
Un bon mot de fa part nous rend un bon offce.
DESDE
DECEMBRE 1722. 71
DESCRIPTION d'un Lit , travaillé en
plume en Angleterre , prefenté à Sa
Majefté Britannique par le nommé Noranand
Cani .
CE
E Lit eft fait de plumes de toutes
couleurs , lefquelles ne font ni coufues
ni collées ; mais travaillées dans l'étoffe
même , qui eft auffi mince , auffi legere
, & auffi maniable , & plus moëleufe
qu'un damas.
Ce
Ĉe Lit peut être tendu de 16. ou 18 .
pieds de haut ; le deffein , la compofition
& le coloris en font très- nouveaux,
Sa beauté eft infiniment au - deffus de
tout ce que la peinture & la broderie
ont jamais introduit de plus beau , tant
pour la vivacité des couleurs que pour le
luftre.
Chaque partie de ce Lit eft faite fur
differens deffeins , le fond femble être de
damas blanc & argent.
Chaque deffein cft compofé d'ornemens
, qui fervent de fupports à des vafes
de fleurs , à des fruits & à des guirlandes.
Il y a fix rideaux qui ont en tout 31 .
pieds de tour ,
Chaque rideau a une bordure de couleur
de pourpre, d'un pied de large,fur laquelle
regne
72 LE MERCURE
regne un branchage de fleurs nuancées
d'écarlate ; les pentes & les fouballemens
ont auffi une bordure de même
couleur , & garnie d'une frange trèsmagnifique.
Les quatre vafes qui font fur le haut
du Lit , & les coins des foubaflemens font
garnis de feftons de fleurs en relief; les
corniches font d'une fort belle fculpture,
& le rapportent aux bordures des
pentes .
Tout l'ouvrage eft compofé de plumes ,
& d'une invention toute nouvelle , jufqu'ici
fans exemple : c'eft un original ,
qui , felon toute apparence , n'aura jamais
de copie.
Au refte , l'idée qu'on pourra s'en former
fur cette courte defcription , fera
toûjours beaucoup au-deffous de la verité..
La durée & la vivacité des couleurs
l'emporteront fur toutes les étoffes du
monde , & feront à l'épreuve du temps.
La pouffiere ne fait que gliffer deffus &
ne s'y attache nullement.
On a été douze ans à faire ce chefd'oeuvre
inoui , à l'aide d'une infinité de
mains,
A S. A. R.
DE DECEMBRE 1722 . 73
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
!
A S. A. R. DOM EMANUEL
C
INFANT DE PORTUGAL.
IDILE MISE EN MUSIQUE.
Hantons le plus charmant des Dieux ,
Celebrons les faveurs qu'il s'empreffe à
répandre ;
Mais en voyant le Maître de ces lieux ,
Pardonne , Amour , fi l'on peut s'y mé
prendre ;
Qu'il eſt aiſé de vanter tes ardeurs ,
Sur ces bords embellis par l'augufte preſence,
Du Demi- Dieu qui regne dans nos coeurs!
L'éclat de fes vertus répond à fa naiffance ;
Au don de plaire , il joint la Gloire des Vainqueurs
;
Chanter fa Gloire , Amour , c'eft chanter ta
puiffance .
Aux Enfans du Dieu Mars l'adorable Cipris ,
Referve la moiffon d'une nouvelle Gloire
' ' ૐ
Des Favoris de la Victoire ;
Venus a toûjours fait fes plus chers favoris ;
Mieux qu'aucun des fujets de fon heureux Empire,
D La
74
LE MERCURE
Le Guerrier amoureux , goûte fa volupté ,
Et l'hommage que rend un Heros qui ſoupire ,
Eft celui dont l'Amour fe fent le plus flaté.
Les bruyantes Trompetes
N'intimident point nos hameaux ;
Les tranquiles Mufetes
Frappent tendrement les Ecos ;
Amans , fi l'incertitude
Vient combattre vos defirs ,
Cheriffez l'inquietude ,
Qui redouble vos plaifirs.
Sous l'Empire du Dieu des Armes ,
L'Amour conftant devient le moins heureux
;
Les foupçons , les vives allarmes ,
D'une abfence durable , enfans trop rigoureux,
De l'efpoir le plus cher nous dérobent les charmes
.
Quand la Paix regne avec le tendre Amour ,
Que fçauroit envier la Terre
A l'Immortel , au glorieux féjour ,
Du Dieu qui lance le Tonerre ?
La Paix t'invite , Amour , à defarmer
Les
DE
DECEMBRE 1722 .
75
Les Beautez les plus rebelles ,
Mais que les coeurs qui fçavent bien aimer
,
Puiffent feuls triompher d'elles.
Le Heros qui remplit en ce jour nos fouhaits ,
Du Superbe Ottoman reduit les murs en poudres
A fes regards charmans , au bruit de fes hauts
faits ,
On diroit qu'à l'Amour Mars a cedé fa foudre ,
Ou que l'Amour à Mars abandonne fes traits .
Voi la Gloire au milieu des Graces ,
PRINCE , elle- même ici vient te rendre aux
Amours ;
Toujours les ris , les jeux y volent fur tes traces
;
Les doux plaifirs t'y devancent toûjours :
Que la redoutable Bellone
Offre ailleurs à ton grand Coeur ,
La plus brillante Gouronne ,
Où puiffe afpirer un Vainqueur."
Dij
IDE'E
76 LE MERCUREIDE'E
DU CHRONO- GRAPHE.
C
'Eft un Emblême , ou une Devile
en Vers , ou en Profe , où il fe
trouve affez de Lettres Numerales , du
Chiffre Romain , pour indiquer l'Epoque
, ou l'Année , d'un fait , ou d'un
évenement.
Il fe trouve des Chrono - graphes en
Langue Latine & Françoile.
L'on a entendu dire qu'il y en avoit en
d'autres Langues , mais on n'ena pas vû .
Il fe trouve à Paris des Chrono - graphes
François , & même d'ancienne datte ,
Mais l'ufage en eft frequent dans quelques
Pays Etrangers .
On le fçait à l'égard de l'Allemagne
& des Pays- Bas .
L'on a entendu dire qu'il y en avoit en
Italie , en Sicile , en Hongrie , en Nortwege
, en Irlande , même en Syrie.
Autrefois les Lettres Numerales étoient
du même volume que celles du refte du
Chrono-graphe.
Mais la commodité a introduit de mettre
les Lettres Numerales , Initiales ou
Majufcules , dans le Chrono- graphe
dont le refte de la Devife eft d'un caractere
moins gros.
Comme
DE
DECEMBRE 1722. 77
Comme la difference que l'on fuit à
prefent , entre les I voyelles & les J
confonnes ; & entre les voyelles & les
V confonnes , n'eft pas fi ancienne que
l'ufage du Chrono - graphe , on les met
indifferemment dans le Chrono - graphe
pour Lettres Numerales .
Le Chrono-graphe Simple ne fournit
, dans une Devife , que l'idée de
l'Année .
1
Le Double prefente , non feulement
1'Année , mais encore le fait ou l'évenement.
Le Naturel place les Lettres Numerales
fi avantageufement , que la Lettre de
plus grande valeur eft la premiere , &
ainfi des autres.
De forte qu'en lifant les feules Lettres
Numerales , fans faire d'addition , on
connoît l'Année.
L'Additionné fouffre l'interverfion des
Lettres Numerales.
De forte qu'il ne fournit idée de
Année , que par un calcul.
L'Exact ne renferme pas d'autres Lettres
Numerales , que celles qui font élevées.
Le Libre tolere d'autres Lettres Numerales
, que celles qui font élevées.
L'ufage ne paroît s'en être introduit ,
que depuis que l'on a élevé les Numerales .
D iij Exem78
LE MERCURE
•Exemple d'un Chrono -graphe François ,
exact , double , & additionné.
L'on a vû ( en 1717. ) fur la Cloche
de l'Horloge du Palais , fabriquée en
1371.fix Vers,fondus en Lettres Gotiques,
dont les trois premiers contiennent le
Chrono graphe , & les trois derniers Vers
l'expliquent
1 : -unn
A la verité , les Lettres Numerales n'y
font pas élevées ; neanmoins , la commo
dité a donné lieu de les élever dans cette
copie.
CHARLES ROYS VOLT , EN C#
CLOCHER ,
CETTE NOBLE CLOCHE A CROCHER
;
FAITTE POUR SONNER CHACUNE
HEUR .
La date efdits trois Vers , d'affeur ;
Par Jean Jouvente fut moulée ,
Qui , de cet Art , ot renommée.
Calcul
DE
DECEMBRE 1722 .
79
C
L
U
Calcul de ce Chrono -graphe
100
so
5
L
50
C 100
C 100
So
C
100
100
L
So
C 100
L
So
C 100
C 100
C 100
U
$
C
C
U
U ,
ཙྪི༔ ཨཡ
1371
Exemple d'un Chrono -graphe Latin ;
double , additionné , & libre.
On l'a vû ( en 1717. ) infcrit en Lettres
Gotiques , fur une muraille , vis- à- vis la
petite Porte de la SteChapelle deBourges .
Ce Chrono- graphe indique l'Année de la
Dedicace , qui en fut faite le jour de Pâques
1405.
D iiij
Le
80 LE MERCURE
Les Lettres Numerales n'y font pas élevées.
ME DUX CONSTRUXIT BITHURICUS
, ATQUE DOTAVIT ;
ET PRESUL
ATTENDENS , ANNO PREJ
SENTE , SACRAVIT .
Il y a dans ce Chrono- graphe trois Lettres
Numerales muetes ; c'est- à- dire , qui
m'entrent pas dans le Calcul , D DD .
Calcul de ce Chrono-graphe.
M
1000
U
S
С
100
U
S
X. 10
I
I
I
I
V
S
I
I
C
U
U
V
U
L
C
100
V
I
1405
I
I
ཝཱ ཨ ཨ ཨཨ ཨ, ཏཾ ཨཨབྷ
L'on
DE
DECEMBRE 1722 . 8r
L'on a encore vû ( en 1717 ) un Chrono-
graphe , auffi en Gotiques , au- deſfus
d'une Porte ceintrée , haute de cinq
pieds & demi , & large de trois pieds
& un quart , couronnée d'un chapiteau ,
qui eft au rez de chauffée meridional de
la Chambre des Comptes de Paris ,
droite , en allant à l'Hôtel de Monfieur
le Premier Preſident.
à
Les Lettres Numerales de ce Chrono
graphe, font peintes en Or , & défignent
l'Année 1485 ; & les autres en Azur.
AU TEMPS DU ROI CHARLES LE
HUIT
CETHUI HOSTEL S'I FUT CONSTRUIT,
Quatre pouces au -deffous , eft écrit en
or, cette Explication.
Les Lettres d'Or dient l'Année:
Que l'Oeuvre fut commencée. Į
D v Calcul
$ 2 LE MERCURE
Calcul de ce Chrono-graphe
U
M
U
I
C 100
DEDLOHHPLOD ‒‒‒ DORA
I
I
издиндалиндиман
C 100
U
I
U
C
S
00
I
S
I
1485
Exemple d'un Chrono-graphe Latin ,
libre , double , naturel.
Il fe trouve à Paris , au frontifpice intericur
de l'Hôtel de Dauphiné , entre
les rues des Boucheries & des Quatre-
Vents , Paroiffe S. Sulpice : L'interieur
de cet Hôtel a été bâti en 1716. à la pla-
Co
DE
DECEMBRE 1722. 83
ce du Jeu de Paume de Dauphiné , par
M. Maillart.
De ce Chrono-graphe , d'un feul Vers ,
fur trois lignes , les Numerales élevées
font d'Or ; les autres Lettres font d'Azur
, le tout fur un Marbre noir,
EN MUTATA DOMUS ;
CANDESCIT PIX ,
VELUTI NIX ..
D'abord , il ne faut lire que les Let
tres Numerales élevées ; elles fourniffent
1716. M , D , C , C , X , V , I.
Enfuite il faut lire le Vers entier , y
compris les Lettres élevées.
"Sens moral de cette Devife , le Refpect an
dehors , la Paix au dedans.
Ci- devant c'étoit un Jeu de Paume:
fort noirci ; & à prefent , c'eft une Maifou
fort blanche.
Sens figuré de la Devife , où la Poix
marque le noir ; & la Neige le blanc.
Voici une Maifon changée du noir au
blanc
Exemple d'un Chrono - graphe exact
double , naturel.
Il fe trouve au frontispice exterieur du
même Hôtel , conftruit en 1717. fur la
rue des Boucheries , du côté de la rue
des Cordeliers ; il eft d'un feul Vers
D vj . gravé
$4
LE
MERCURE
grave fur un Marbre noir .
META DEE CARNE SACRA ESTO
PAX-QUE SIT INTRA .
En ne lifant que les Lettres élevées , on
trouve l'Année 1717 .
Enfuite on peut lire la Devife entiere,
y compris les Lettres élevées .
La Déeffe Carna eft marquée dans
Ovide, Faftuum, lib . 6. ad primum Junii,
Le mot de la premiere Enigme du Mois
paffé eft le Coeur , & celui de la feconde,
le Couteau de table..
XXX:XXXXXXXXX:XXX
N
PREMIERE ENIGME
E' d'un pere adultere & pourtant legi
time ;
Fruit innocent d'un double crime”,
Fils à la fois d'un Berger & d'un Roy ,
Et conçu fous le fac & fous le Diadême ,
Mon pere en engendra grand nombre comme
moi ,
De fes enfans je fuis le cinquantiéme :
Tant d'enfans ne pouvoient être de même hu
meur ,
Mes
DE
DECEMBRE 1722
85
Mes freres la plupart ont un air d'allegreffe ,
Quelques-uns -même un air vainqueure
J'en ai fix comme moi vouez à la triſteſſe ,
Et toûjours plongez dans le deuil ,
On m'entend chaque jour gemir près du cer+
cueil :
Dans plus d'un Tribunal appailant la juſtice,
Je plaide bien , & pourtant fans éclat :
C'eft quand du criminel on m'a fait le fupplice
,
Que je deviens fon Avocat
SECONDE ENIGME.
Ans le fein d'une vierge ayant pris mat
Dnaiffance,
Je change de nature à trois diverfes fois ,
Mes habits après moi font portez par les Rois
Quoiqu'ils craignent peu ma puiffance:
Er décorant les Dieux aiofi que les mortels ,,
Je fais de mon tombeau la pompe des Autels .
TROISIEME ENIGME.
E mille coups prefque tout tranf
DⓇ
percé,
Je me repofe au fond d'une corbeille
J'en fors & je me vois placé
Au bout de quelque chofe où je fais à mera
Beille ; Lày
86 MERCURE LE
Là , par le moyen de l'acier ,
Et de ce que faifoit Hercule auprés d'Omphale
,
Je pafferois un jour entier
A recommencer un ovale :
Là , d'un Amant precipité
Je punis la temerité ;
Enfin là , chaque inftant j'empêcherois les
Lelles ,
De recevoir des bleffures nouvelles ;
Mais les Belles ont trop d'emploi,
Pour fe fervir long temps de moi.
AIR SERIEUX.
CHarmante image de Climene ,
Qui, dans ces beaux deferts m'accompagnez
toûjours ;
C'eft à vôtre aimable fecours
Que je dois les plaifirs qui foulagent ma peine ,
Loin de l'objet que j'aime , helas ! il n'eft que
vous ,
Qui calmiez tous les maux que me fait ſon abfence
;
Vous m'offrez quelquefois des momens auffi
doux ,
Que me les donnoit fa prefence.
NOU.
DE DECEMBRE 1722. 87
NYYYYYYYYYYYYY
NOUVELLES LITTERAIRES,
R
ET DES BEAUX ARTS.
ECHERCHE du mouvement du fang
& des humeurs ; par Chaillou , 20
Edition , chez L. d'Houri , au S. Eſprit.
,
L'ART DE SAIGNER accommodé
à la circulation du fang , 2. Edition ,
chezle même.
DE LA FREQUENTE SAIGNE'E dans
les fievres , par Guyard , 2. Edition , chez
le même.
DE LA VERITABLE ET SOLIDE
PIETE' & de la Priere. Entretien fpirituel
. 3. Edition , in 12. A Paris , chez
Delaune , rue S. Jacques.
EXPLICATION des fept Sacremens
de l'Eglife , où il eft amplement traité
des promeffes & des obligations contractées
aux Saints Fonts de Baptême. Ouvrage
également utile aux Ecclefiaftiques
& aux Laïques. Par M. Beuvelet ,»
4 Edition in 8. chez le même.
DB
38
"
LE MERCURE' ·
DE LA DEVOTION A LA SAINTF
VIERGE , & du culte qui lui eft dû. 2 .
Edition. Par M. Bailut , in 12. Ibid.
LETTRE E'CRITE à M. Calvet ,
Confeiller Medecin du Roy, Profeffeur
& Doyen de l'Univerfité de Cahors ;
avec des obfervations fur la maladie peltilentielle
de Marfeille. Par M. Mailhis,
Confeiller- Medecin du Roy , Profeffeur
en la même Univerfité , député de la
Cour à Marfeille. A Lyon , chez les
freres Bruyffet , ruë Merciere , 1721 .
ENTRETIENS DE CICERON fur les
vrais biens & fur les vrais maux , traduits
par feu M. l'Abbé Regnier des
Marais , Secretaire de l'Académie Françoife
1721. A Paris , chez Mufier &
Barrois , in 12. de 443. pages.
TRAITEZ Concernant le Comté-Pairie
d'Eu , & fes ufages prétendus locaux
, avec les Ariêts du Parlement de
Paris qui les ont condamnez. Par M.
Louis Froland' , Avocat au Parlement. A
Paris , chez la veuve Charpentier, au Palais
1722. in 4. p. 332.
ANECDOTES du Miniftere du Comte
Duc d'Olivarès , tirées & traduites de
l'Italien
DE
DECEMBRE 1722 . ·89
༣
Italien du Mercurio Siry . Par M. de
Valdory. A Paris , chez Jean Mufier ,
Quai des Auguftins , & François Barrois
, ruë de la Harpe , 1722. pp . 429.
LES APOPHTEGMES , ou les belles
paroles des Saints. A Paris , chez Jean
Mariette aux Colonnes d'Hercule *
1721. in 12. pp . 387.
PROPRIETEZ & ufage de la Pierre
vulneraire , dite de Judée. A Paris ,
chez Imbert de Bats , rue de la Harpe ,
1722. in 4.
Cette furprenante Pierre guerit toutes
fortes de maux incurables , fi on en veut
croire l'Auteur de cet écrit..
DE'FENSE DE LA RELIGION CA
THOLIQUE Contre tous les ennemis , par
fes veritables principes , dans trois Entretiens.
Par M. Michel le Vaffeur, Prêtre
du Diocefe de Blois. z . Edition , augmenrée
& corrigée par l'Auteur. Avec une
réponſe à une lettre de M. Pictet , Miniftre
, Profeffeur en Theologie à Gene
ve , & Recteur de l'Académie de la mê
me Ville. A Paris , chez Pierre - Nicolas-
Lottin , ruë faint Jacques , 1721. in 12
PP Soo
ΤΑΞ
90 LE MERCURE
TABLEAU CHRONOLOGIQUE de
'Hiftoire univerſelle en forme de jeu . A
Paris rue S. Jacques , chez la veuve
Mongé 1722.
Le P. Buffier a fait quelques change.
mens dans les regles de ce jeu dans cette
feconde Edition , pour en faciliter encore
davantage la pratique , & en donner le
goût aux commençans.
METHODE generale pour tracer des
courbes rampantes de bois , propres à la
conftruction des Escaliers , tels qu'ils font
prefentement à la mode , & tels qu'on les
à faits dans les derniers & nouveaux bâ
timens à Paris ; avec plufieurs plans d'El-
Caners , pour fervir de modele dans les
occafions , fuivi de la defcription d'un
inftrument très- commode & très fimple,
pour décrire toutes fortes d'ovales , Ò
vrage utile aux Architectes , & furtout
aux Charpentiers , & autres Ouvriers
qui travaillent au bois. Composé par un
Gentilhomme de Bretagne. A Paris , chez
E. Ganeau , rue S. Jacques 1722. Bro
chure in 18. de 19. pages , fans la Prefa
ce & les planches .
LETTRES E'DIFIANTES & curieufes
écrites des Miffions Etrangeres par quelques
Millionnaires de la Compagnie de
Jefus ,
DE
DEBEMBRE 1722. gr
Jefus , 15. Recueil. A Paris , chez N. le
Clerc , rue S. Jacques 1722. in 12. de
418. pages.
2
MEMOIRE Concernant la prohibition
d'évoquer les decrets d'immeubles fituez
en Normandie , avec les Chartes , Edits ,
Declarations , Lettres Patentes , Réponfes
de nos Rois , Arrêts du Confeil , &
Arrêts du Parlement de Paris qui ont
établi & confirmé le Privilege de la Province.
Diverfes queftions mixtes qui en
dépendent , & des Arrêts qui les ont décidées.
Par M. Louis Froland , ancien
Avocat au Parlement. A Paris , chez M.
Brunet , au Palais , 1722. pp . 504. in 4
METHODE ABREGE'E & facile pour
apprendre la Geographie , &c. avec un
abregé de la Sphere. Par M. le François
, nouvelle Edition , vol. in 12. de
459. pages. A Paris , chez D. Hortemels ,
Place de Sorbonne , 1722.
LETTRE de M. Maugue , Confeiller
Medecin du Roy , Infpecteur general des
Hôpitaux de S. M. en Alface , fur l'opinion
de ceux qui prétendent que la
pefte eft caufée par des vers. A Strafbourg
, chez J. R. Doulffeker , Brochu
re in 12. pp. 11. 1721
EPIS
LE MERCURE
EPISTOLE ROMANORUM PONTI
FICUM , par le Pere Dom Courtant , in
fol. un vol. A Paris , chez Pierre Simon,
ruë de la Harpe.
Reflexions en forme de Prieres fur le
Saint Sacrifice de la Mele , par le Pere
Jacquier , de la Doctrine Chrétienne ,
in 12. un vol. chez le même.
Heures de l'ufage des Chevaliers de
l'Ordre de Nôtre- Dame du Mont- Carmel
, & de S. Lazare de Jerufalem , in
18. Idem.
Le Journal de la France , par M. l'Ab
bé Valerot , in 8. un vol. idem.
Memoires fur le fervice journalier de
I'Infanterie , par M. de Bombelles , Bri
gadier des Armées du Roy , in 12. deux
vol. idem.
Le Service journalier de la Cavalerie ,
par M. le Cocq-Madelaine , Lieutenant-
Colonel de Cavalerie , in 12. un vol.
idem.
DISSERTATION Apologetique des
remedes mis au jour par M de Reze,
&c. feconde Edition . A Paris, chez Louis
Coignard , rue du Plâtre , à l'Aigle d'or,
Brochure in 12. 1722.
MEMOIRE Apologetique , pour la Branche
aînée de la Maifon de Hornes , A
Paris,
DE DECEMBRE 1722.
95
Paris , chez Charles Huguier , rue Saint
Jacques , à la Sageffe , brochure in 8.,
1722.
INSTRUCTION CHRETIENNE fur
la maniere dont on doit le conduire dans.
le temps qui precede le Carême , & ſuṛ
les defordres du Carnaval. A Paris , che
Ph. Nic. Lottin , rue S. Jacques 1722 .
in 12. de 190. pages .
VOYAGES de François Coreal aux .
Indes Occidentales , contenant ce qu'il y
a vû de plus remarquable pendant fon
féjour depuis . 1666. jufqu'en 1697 , traduits
de l'Espagnol , avec une Relation de
la Guiane de Walter Rawleigh , & levoyage
de Narbrough à la Mer du Sud
par le Détroit de Magellan , &c. nouvelle
Edition , revûë , corrigée , & augmentée
d'une nouvelle découverte des .
Indes Meridionales , & des Terres Auftrales
, enrichie de figures . Tome I. à
Paris , chez André Cailleau , Place de Sorbonne
, & Noël Piffot , Quay des Auguftins,
à la defcente du Pont Neuf, à la.
Croix d'Or 17225
On
peut dire
les
livres
des
voyaque
ges font les Romans des Philofophes , on
y apprend l'Hiftoire, & les ouvrages de
la
94
LE MERCURE
la nature , on y voit les differens ufages
des peuples ; & malgré la varieté de leurs
coutumes , on y découvre toûjours l'ad--
mirable uniformité de la fource qui les a
fait naître , c'est- à- dire , les paffions humaines.
ود
Le voyage de Coreal né à Carthagene
en Efpagne , contient bien des chofes
» curieules. Je ne fuis point d'avis , dit
l'Auteur , d'imiter plufieurs voyageurs
qui pour trouver quelque chofe de nou-
» veau , ont inventé des plantes , des ani-
» maux , des hommes , des coutumes , &
33 des pays qui ne fe trouvent nulle part
33 que dans leur imagination. Mon deffein
en donnant cette Relation , eft de
» décrire exactement les chofes qui me
» paroiffent avoir été oubliées par les au-
» tres voyageurs , foit pour la fituation
des lieux , foit pour l'état prefent du
»
» pays.
C'eft en effet à quoi l'Auteur paroît
s'être fort attaché , il fait voir là mauvaife
conduite que les Espagnols ont gar
dée dans les Indes Occidentales par leur
avarice , qui leur a infpiré fi peu de menagement
, & tant de cruautez pour les
naturels du Pays. Il donne aufli divers
avis falutaires à ceux qui arrivent pour la
premiere fois dans ces climats.
Après avoir parlé de l'état des lieux ,
&c.
DE DECEMBRE 1722. 95
& c. de la fituation du l'ays , de l'avarice ,
& des malverfations des Efpagnols ,
l'Auteur s'attache beaucoup , & peutêtre
trop à décrire la conduite des femmes
, & celle des Ecclefiaftiques , & des
Religieux du nouveau Monde , c'eft fur
cette matiere , particulierement que nous
croyons pouvoir appliquer - le terme de
Roman dont nous nous fommes fervis >
au commencement.
L'Auteur prétend que les femmes Chrétiennes
ne font pas plus chaftes dans ces
pays- là que le font celles des Indiens.
celles du Mexique font , dit -il , vives &
agréables .
A l'égard des Prêtres Indiens , ils font,
dit-il , fourbes ou fanatiques.
C'eft , felon lui, une opinion affez commune
par toutes les Indes , qu'on jette
des charmes ou des forts fur les hommes,
les bêtes , &c. que le Diable les change
en bêtes , &c. J'avoue de bonne - foi que
j'ai été moi- même fort infatué de ces
croyances avant que d'en avoir été defabufé
par les Anglois .
L'Auteur parle auffi des Idoles , qui
étoient autrefois dans le Perou , & des
réponfes qu'elles rendoient à ceux qui les
confultoient ; ceux - ci , dit il , avoient
l'obligation de ces réponses à l'adreffe
des Prêtres Indiens , & cela faifoit valoir
le métier. II
96
LE
MERCURE
"3
39
Il y avoit auffi des Vierges dans le Temple
du Soleil , femblables aux Veftales
de l'ancienne Rome ; ces Veftales Indiennes
étoient gardées par des Prêtres
uniquement deftinez à cet emploi ,
» fi par malheur elles devenoient encein-
» tes , on les condamnoit à la mort , ૩
» moins qu'elles ne vouluffent faire fer-
» ment qu'elles devoient leur groffelle
aux influences du Soleil ; fecret infail-
» lible pour fauver la mere , l'enfant , &
» le Prêtre Indien , par le moyen duquel
le Soleil avoit daigné operer fur
» la Veftale
Pour ce qui eft des Prêtres Chrétiens,
l'Auteur , quoiqu'E'pagnol , ne paroît
pas affez les menager , il attaque leur
doctrine & leurs moeurs . Nous fommes
fort éloignez de croire tout le mal qu'il .
en dit.
L'HISTOIRE du Vieux & du Nouveau
Teftament , reprefentée avec des
figures , & des explications édifiantes ,
tirées des SS . Peres , pour regler les
moeurs dans toutes fortes de conditions ,
dédiée à Monfeigneur le Dauphin , par
feu M. le Maître de Sacy , fous le nom
du fieur de Royaumont , Prieur de Sombreval
, nouvelle édition , propofée par
Loulcriptions.
PROJET,
DE DECEMBRE 1722 .
97
PROJE T.
Cette Hiftoire de la Bible eft fi connuë
prefentement par le nombre d'éditions
qui fe font diftribuées par toute l'Europe,
que les Libraires manquans d'exemplaires ,
ont fait travailler depuis plufieurs années , à
faire graver un nouveau cours de planches
, au nombre de deux cens quatrevingt
, qui font faites pour orner ce livre.
On imprime actuellement cet Ouvrage
in- folio, fur du carré fin double d'Auvergne
, & avec un caractere neuf. On
tirera fept cens cinquante exemplaires
feulement , dont l'impreffion eft déja fort
avancée ; enforte que l'on fe trouve en
état de donner l'Ouvrage au Public au
mois de Juin de l'année 1723 .
On a crû que pour l'utilité du Public,
on pourroit fuivre l'exemple de plufieurs
autres Libraires , en propolant des Soufcriptions
en faveur de ceux qui voudront
saffurer par avance des exemplaires de
çette Hiftoire à un prix moderé , qui eſt
de trente livres en blanc , moitié de laquelle
fomme fera payée en foufcrivant ,
& l'autre moitié quand on retirera les
exemplaires.
Le prix de chaque exemplaire pour
ceux qui n'auront pas foufcrit fera de
cinquante livres en feuilles.
E
98 LE MERCURE
1 Les Soufcriptions feront ouvertes depuis
le premier Decembre 1722. jufqu'au
premier Fevrier 1723. après lequel temps
on ne recevra plus de Soufcriptions .
Ceux qui voudront foufcrire s'adrefferont
aux Libraires, indiquez ci -après ,
qui leur en donneront une reconnoiffance
fignée d'eux , avec promeffe de leur fournir
ledit livre au mois de Juin de l'année
1723. aux claufes & conditions portées
par le prefent Projet.
Les Libraires avertiffent que ceux qui
auront foufcrit feront tenus de retirer
leurs Soufcriptions dans tout le courant
de l'année 1723. à commencer du mois
de Juin de ladite année ; & faute par
eux de retirer leurs exemplaires dans ledit
temps , les avances qu'ils auront faitesferont
perdues pour eux , fans que leſdits
Libraires puiffent être recherchez pour
cet effet.
A Paris , rue S. Jacques , chez Jean
Villette , à la Croix d'Or , vis- à - vis la
rue des Mathurins . Chriftophle David ,
près la Fontaine S. Severin , au Nom de
Jefus.
Et Quay des Auguftins , chez Michel-
Fftienne David , à la Providence & au
Roy David.
On trouvera chez les Libraires énoncez
ci- deffus plufieurs feuilles imprimées
&
DE DECEMBRE 1722 .
tirées avec les figures , dont les Libraires
efperent que les particuliers feront
contens.
LES JOURNE'ES AMUSANTES , dédiées
au Roy par Me de Gomez , 2. vol .
in 12. tom . 1. p. 344. 2 ° tom. 344. A
Paris , chez Saugrain , au Palais , 1722.
Madame de Gomez ne pouvant être
utile à la gloire de Sa Majesté , par la
foibleffe de fon fexe , cherche dans les amufernens
de l'efprit , ce que la nature a refufe
à l'ardeur de fon zele , & fon deffein eft
de rappeller aux yeux de Sa Majesté les
traits les plus remarquables des Rois , &
des Heros de l'antiquité.
ن م
Six perfonnes unies par l'efprit & par
le coeur , ennuyées du tumulte d'une des
plus belles Villes de l'Europe , firent partie
de fe retirer pour quelque temps dans
une maison de campagne , & d'en relever
la rufticité par la pureté de leurs plaiſirs ,
& les productions de leur efprit. "
Telamont & Uranie , Orophane & Feficie
, Camille & Florinde font les Acteurs
que Me de Gomez fait parler .
Dans cette demeure champêtre étoit
un grand cabinet tapiffé depuis la corniche
jufqu'au lambris des livres des plus
tares , & les mieux choifis : c'étoit la
feule magnificence de cette maiſon. On
Eij s'étoit
100 LE MERCURE
s'étoit impofé pour loi d'aller paffer deux
heures chaque jour dans ce cabinet , &
de faire enfuite la critique de ce qu'on
auroit lû.
Au refte les leçons de vertu ne fone
point oubliées dans cet ouvrage , nonfeulement
par les préceptes , mais encore
par les exemples ; ce font des jeunes per-
Tonnes de different fexe , douées de toutes
les qualitez que la nature peut donner
aux mortels pour les rendre parfaits. Ils
étoient deftinez à s'unir par des liens
facrez , où chacun d'eux afpiroit avec
ardeur , fans être troublez par cette impatience
tumultueufe que donnent les
paffions ordinaires ; ils defiroient , dit
Me de Gomez, mais fans emportement , la
pudeur & la probité qui regloient leurs
Lentimens , regloient auffi leurs actions.
Soutenus par tant de vertu , ils alloient fe
promener fans danger dans un bois fom
bre , touffu , bien entretenu , rempli d'allées
folitaires & brillantes , qui les garentiffoient
de l'ardeur du Soleil.
Nous ne sçaurions rapporter les traits
les plus marquez , & les differentes Hiftoires
que ces perfonnes édifiantes fe -
racontent ; nous nous contenterons de
donner ici en abregé l'Hiftoire touchante
de Jean de Calais .
Un des principaux negocians de Ca-
1
lais
DE DECEMBRE 1722. IOI
Tais avoit un fils à qui il avoit donné toute
l'éducation neceffaire pour lui former
Fefprit & le corps ; il devint le plus
brave & le plus excellent homme de Mer
de fon temps. Il engagea fon pere à lui
équiper un vaiffeau , avec lequel il délivra
la côte d'un nombre infini de corfaires
qui faifoient mille brigandages dans
ces mers.
Ce jeune Heros fut porté un jour par
la tempête dans des mers inconnuës , où
il découvrit une Ifle , & ayant mis fa cha
loupe en mer , il aborda , lui huitième , au
bord d'un bois . Sa furpriſe fut extrême
de trouver ce bois taillé & coupé par
de belles allées ; il entend parler , il s'avance
, & voit trois hommes fuperbement
vêtus ; il leur demande s'il y a
fureté pour lui , & pour la troupe . Qui
que vous foyez , lui répondit celui qui
paroiffoit être au deffus des autres , apprenez
que vous êtes dans unEtat floriflant où
regne le Roy du monde le plus jufte , la fageffe
lui a dicté des loix , aufquelles il
s'eft lui- même foûmis , & dont l'obfervation
fait le bonheur de cet Empire .
Jean de Calais fut rempli de joye à ce
difcours ; mais étant entré dans la Capitale
de cette Ifle , il voit dans la place
publique le corps d'un homme déchiré
par les chiens. Cet objet le fit repentir de
E iij s'être
102 : LE MERCURE
s'être engagé fi avant ; mais il apprit que
ce malheureux fubifloit la peine de la loi,
qui ordonnoit que tous ceux qui mouroient
fans payer leurs dettes feroient jettez
aux chiens , à moins que des perfonnes
genereuſes ne les aquitaffent . Jean de
Calais touché de compaffion aquitta les
dettes de ce malheureux pour lui procurer
l'honneur de la fepulture , & ne fongea
plus qu'à établir un commerce utile
entre fon pays & cette Ifle fortunée .
Un foir il vit un vaiffeau qui venoit moüiller
auprès du fien , & il apperçût fur le
pont de ce vaiffeau deux Dames magnifiquement
parées qui fondoient en pleurs.
Il apprit que ce vaiffeau appartenoit à
un corfaire qui vouloit vendre ces deux
aimables perfonnes. Jean de Calais touché
de compaffion les achepta dans la
feule vûë de les délivrer de leur malheur ;
il leur dit qu'elles étoient libres , & qu'iln'avoit
d'autre deffein que de les rendre
à leurs parens , fans efpoir d'aucune rançon
: cependant il fut vivement touché de
la beauté de l'une d'entr'elles . Et comme
il étoit jeune , dit M. de Gomez , infinuant
, & fait pour plaire , il trouva
bien- tôt le chemin du coeur de celle qui
l'avoit charmé. Ils s'aimerent , ils fe le
dirent ; & ne confultant que la vivacité
de leurs fentimens , ils fe jurerent un
amour
DE DECEMBRE. 1722. 103
amour eternel , Jean de Calais affuré de
fon bonheur pria cette jeune beauté de
lui dire qui elle étoit , & par quel accident
elle étoit tombée entre les mains
du Pirate. Ma curiofité n'a aucun motif
defobligeant , lui dit -il , & qui que vous
foyez je ne trouve rien au deffus de vous.
La belle efclave accepta avec plaifir l'offre
de fa foi , & lui donna la frenne ; je fais
mon bonheur d'être unie à vous pour ja
mais , lui dit - elle , mais pour ma naiffance
, fouffrez que j'en faffe un myftere que
je trouve neceflaire au repos de ma vie .
Qu'il vous fuffife de fçavoir que je me
nomme Conftance , & que le Ciel ne
m'a pas fait naître indigne de vous. Je
dois me taire pour être à vous ; nôtre amour
exige de moi le filence , & je veux éloigner
de mon efprit tout ce qui pourroit
m'empêcher de fuivre un penchant plus
fort que ma raifon.
Jean de Calais étoit trop amoureux
pour preffer la belle Conftance après un
tel aveu; il lui promit de ne lui en plus
parler , & fans confulter d'avantage ils
s'unirent pour jamais.
L'heureux Jean de Calais , charmé de
poffeder Conftance , fe rembarqua avec
elle , & avec Ifabelle , fa compagne , &
le temps favorable le fit aborder lans peril
à Calais. Il y reçût les honneurs que
E iiij me104
MERCURE LE
meritoient fes actions heroïques , mais
quelle fut fa douleur de voir fon pere
defaprouver fon mariage ! Le recit hiftorique
de ce mariage irrita fon , courroux ,
& ce pere fevere ne pût pardonner à fon
fils d'avoir pris un engagement qui lui
paro ffoit fort au deffous de lui . Le vieillard
irrité bannit fon fils de fa maifon ,
& lui ordonna de ne plus paroître à fes
yeux. Jean de Calais fe retira avec Conftance
& Ifabelle dans une maison près
du port. Conftance malgré fon amour
fut fenfible aux mépris que le pere de fon
époux eut pour elle ; cependant elle ne fe
démentit point , & fut toûjours tendre
& fidelle, & à peine l'année de fon mariage
fur finie , qu'elle accoucha d'un
fils qui fit toute l'attention de fon époux
pendant plufieurs années qui fe pafferent,
fans qu'il pût attendrir fon pere. Ce pere
inflexible efperant que l'abfence & les
hazards feroient oublier Conftance à fon
fils , confentit à lui équiper un autre
vaiffeau , afin qu'il allât établir un commerce
éclatant avec les nations qu'il avoit
découvertes . L'armément fut bien-tôt
pret , & Jean de Calais ne pût voir approcher
le jour de fon départ , fans fentir
une douleur amere d'être obligé de
fe feparer d'une épouſe , & d'un fils qu'il
aimoit uniquement.
Après
DE DECEMBRE 1722.
105
Après bien des larmes répandues par
ces tendres époux , Conftance fe jetta aux
genoux de Jean de Calais , en le priant de
ne pas lui refufer deux graces qu'elle alloit
lui demander. Ce tendre époux lui jura
qu'il étoit prêt à lui tout accorder : Je
vous conjure donc , lui dit- elle , de me
faire peindre fur la poupe de vôtre vaiffeau
avec mon fils & ma chere Iſabelle.
Lorfque cela fera executé je vous dirai la
feconde grace que j'exige de vôtre tendreffe
. Les trois portraits furent faits par
les plus habiles Peintres. Enfin le temps
du départ étant venu , la genereuſe Conftance
accompagna fon époux jufqu'à fon
vaiffeau , & là, les yeux baignez de larmes:
accorde-moi , lui dit - elle , la derniere grace
que j'aye à te demander ; va , pars , &
tourne la prouë de ton vaiffeau du côté
de Lisbonne , & va moüiller le plus près
que tu pourras du Château de cette Ville;
c'eft-là que tu verras à quel point je t'ai--
me , & quel facrifice t'a fait mon amour .
Jean de Calais lui promit d'executer.ce
qu'elle fouhaitoit , & fa navigation ayant
été heureufe, il vint aborder directement
fous le Château de Lisbonne . Son arri
vée , & la beauté de fon vaiffeau attirerent
toute la Ville à fon bord .
Le Roy lui-même fentit exciter fa curiofité
par tout ce qu'on lui en dit ; il
E. y You--
106 LE MERCURE
voulut en juger par fes yeux ;
& jettant
les yeux fur les trois portraits , il reconnut
fa fille au portrait de Conftance , &
la fille du Duc de Cafcaës au portrait
d'Ifabelle. Le portrait feul de l'enfant lui
fut inconnu . La fuite de cette hiftoire eft
extrêmement
touchante. Le Roy ſenſible
à la vertu de Jean de Calais le reconnoît
pour fon gendre ; il envoye une flotte à
Calais avec le premier Prince de fon
fang pour aller querir fa fille. Ce Prince
autrefois amoureux
de Conftance , fille
unique du Roy de Portugal , ce Prince,
dis je , animé par fon amour , & par fon
ambition , précipite Jean de Calais dans
la mer. Qu'il en coûte de pleurs à la trop
fenfible Conftance !
Mais la vertu eft toûjours récompenfée.
Jean de Calais s'étoit fauvé à la nage
dans une le déferte . L'ombre du cadavre
, dont il avoit autrefois payé les dettes
, vint l'enlever , & le tranfporta à là
Cour du Roy de Portugal , dans le temps
que Conftance alloit être livrée à fon
rival.
PANEGYRIQUE DU ROY.
R l'Abbé d'Eftriché à prononcé.
le Panegyrique du Roy à l'Académie
DE DECEMBRE 1722. 107
démie Royale d'Angers , dont il eft digne
membre. Louis XV. montre déja les
vertus qui font le grand & le bon Roy ::
C'eft fur ces deux qualitez que l'Auteur
fonde fon éloge. La vraye grandeur confifte
dans la fageffe & dans le courage !
or quelles preuves le Roy ne donne t'il
pas tous les jours de l'une & de l'autre !
Que de lumieres ! point de fcience qui é
ne s'empreffe de lui reveler fes fecrets .
La Geographie le fait , pour ainfi dire , ce
devenir habitant de l'Univers ; l'hiftoi- t
re le rend en quelque forte contempo- ce
rain de tous les Heros ; la Philofophie
en fait un fage ; la morale, un honnête ce
homme ; la Religion , enfant du Ciel ; <<
la faine politique, les délices de la terre. «
La fageffe dans Louis eft foutenuë de
la magnanimité ; il la fait paroître par la
fermeté avec laquelle il a fupporté les
douleurs de fa maladie , & par les plai
firs qu'il prend aux exercices de Mars.
De tous les fpectacles qu'on lui offre de
toutes parts , rien ne lui plaît davantage
que la revue des troupes , la vifite des
Arfenaux , l'image des fieges & des combats
, la vûë des armes & le bruit du tonnerre
de la guerre ; à ces objets fon coeur
fe declare , & l'on reconnoît aisément le
jeune Achilles.
Prince, pour regner fagement,quel mai
E.vj.
tre
108 LE MERCURE
33
33
» tre n'auriez - vous pas eu en Louis le
Grand ! en lui la guerre a perdu un conquerant
, la paix un arbitre , les loix un
appui , la Religion un défenfeur , la
France fon plus grand Roy , l'Univers
fon Heros , & vous un modele.
» Mais vous l'avez heureufement retrou-
» vé dans le Prince , dépofitaire de l'autorité
Royale , dans ce Prince dont les
»feules connoiffances feroient plufieurs
» grands hommes , & dont les premiers
exploits ont fait un Heros.
C'eft par la bonté que les Rois approchent
le plus de la divinité ; cette vertu
éclate dans le deffein qu'ils ont de rendre
leurs fujets bons & heureux ; bons
par la Religion , heureux par la juſtice.
Or quel coeur plus religieux que celui
de Louis XV ! quel refpect dans les temples
! quelle docilité aux faintes leçons
que la Religion même verfe dans fon
ame ! cede-t'il en rien à la pieté de fon
pere , & au zele de fon prédeceffeur ? os
de quel poids un tel exemple ne doit- il
pas être 2
La Religion d'un Prince eft toûjours
accompagnée de la juftice , & de toutes
les vertus qui peuvent rendre les peuples
heureux. En faifant le merite du Prince,
elles font le bonheur des fujets. Un Roy.
felon le coeur de Dieu eft toûjours felon
les.
DE DECEMBRE 1722 . 109
Les defirs des peuples . Sur ce principe
Louis nous donne les plus belles efperan
ces , & nous fait luire les jours les plus
heureux toute fon attention eft occupée
à connoître les befoins des peuples , &
les moyens de les foulager ; il aime à
pardonner , & à rendre la justice fans
égard au rang & aux préeminences ; d'ans
le temps qu'il paroît ne fe preparer que
pour la guerre de peur d'être furpris , il
ne foupire qu'après la paix . Il veut être
fouverain & ami , Roy & Citoyen tout c
enfemble. Seur de faire le plaifir de ce
ceux qui le voyent , un bon Prince eft g
toûjours acceffible ; le Roy porte enco- «
re plus loin fa bonté , il eft populaire , «e
il aime à fe montrer , à faire entendre «<
fa voix aux peuples , & dans les acla- «
mations , dont le doux bruit retentit à
fes oreilles , c'eft moins l'applaudiffe- «
ment que la joye de fes fujets qui le «
charme , François , que vous êtes heu- «
reux de mefurer vôtre bonheur fur la fageffe
& la magnanimité , la Religion &
la juftice de vôtre Roy. Toutes les deux
parties font prouvées par des faits inconteftables
, & relevées par des tours dignes
de l'Orateur . Son ftile eft ferré &
ingenieux , fon élocution noble & élegantes
aucune beauté n'échape à la mair
habile qui a traité un fi grand fujet , &
сс
mous
ITO LE MERCURE
nous ne fçautions mieux fuppléer à l'extrait
où nous fommes bornez , qu'en imitant
le public à lire le Difcours entier.
On le trouve à Paris , chez Deluffeux
Imprimeur- Juré de l'Univerfité , ruë
S. Eftienne d'Egrès , à S. Auguftin .
Voici l'Extrait du Difcours latin fur le
Sacre du Roy , que le Pere Porée , l'un
des Profeffeurs de Rhetorique du Colle .
ge de Louis le Grand , prononça le 25.
de l'autre mois , en prefence d'une ailem .
blée nombreuſe & diftinguée.
L'Exorde roule fur le Triomphe de la
Religion , la joye des peuples , & les
fêtes champêtres que Monfieur le Duc
d'Orleans , Prince auffi populaire que
magnifique , donna à Villers - Cotterets ,
& le Duc de Bourbon à Chantilly , où
par les ordres de S. A. S. Diane avec fes
chaffeurs , Thetys avec fes filets , Vulcain
avec les feux , Momus avec les jeux,
Orphée avec fes chants , raffemblerent
les plus beaux fpectacles , & firent voir
que c'eft une gloire propre à la maifon
de Condé de tenir à fes gages les arts
pacifiques , auffi bien que les arts qui
concernent la guerre.
La premiere partie du Difcours renferme
les avantages que le Roy reçût à fon
Sacre , & la feconde les promelles qu'il
fit à fes peuples. Les
DE DECEMBRE 1722
Les Rois, dit l'Orateur , tirent un grand
éclat , & une grande vertu de l'Onction
de leur Sacre , & beaucoup de gloire de
leur Couronnement : c'eft fur ces deux
réflexions que la premiere partie eft appuyée.
Les Princes les moins Religieux
ont toûjours crû devoir emprunter de la
Religion leur éclat & leur dignité.
j
Ainfi les anciens Rois de Perfe & de
Rome le faifoient confacrer par les mains
des Pontifes & des Augures pour fe coneilier
le refpect & la veneration des peuples
, & fe donnoient enfuite en fpectacle
comme des demi Dieux. Quelle dignité
la vraye Religion n'a -t'elle donc pas dû
répandre fur la perfonne d'un Prince
dont la confecration ne cede en rien aux
plus faintes , & aux plus auguftes ? Les
Rois d'Ifraël étoient , à la verité , facrez
par des Prophetes ; Louis XV. l'a été par
les mains d'un des premiers Pontifes du
Royaume. Nouveau Samuel plus refpectable
encore par l'éclat de fes vertus
que par fa haute naiffance , & il a été
Sacré d'un Crême Saint qui répand la
vertu du Seigneur fur la tête des Papes
& des Evêques , d'un Baume que l'ancienne
tradition de nos peres , plus croya
ble qu'une critique recente , affure étre
miraculeux. Il a reçû l'Onction : Sainte ,
non feulement à la tête comme les Evê
ques
112. LE MERCURE
ques , aux mains comme les Prêtres , aux
bras & aux épaules comme les Empereurs
& les autres Rois ; mais encore au
& c. Onction plus précieufe que ,
celle des autres Rois de la terre . Enforte
qu'on lui peut appliquer particulierement
les paroles du Roy Prophete : Le Scigneur
a répandu fur vous un parfum de
joye qu'il n'a verfe fur la tête d'aucun de
vos femblables. * Grand Prince , reconnoiffez
aujourd'hui vôtre dignité , & concevez
les fentimens de la pieufe ambition
que la Religion vous infpire , que le Souverain
Pontife reconnoiffe une dignité
marquée au fceau de la Divinité , & qu'il
felicite l'Eglife d'avoir un pareil fils aîné,
que les Rois la reconnoiflent & vous honorent
, que les peuples la reconnoiffent ,
& vous obéiffent avec refpect , que toute
la terre reconnoiffe la dignité , & revere
la vertu de vôtre Sacre.
On peut juger de la vertu que reçoivent
les Rois Sacrez par la force avec
laquelle Saul terraffa les Ammonites ,
après fa confecration par les triomphes
de David fur fes ennemis , par la victoire
que Charles VII. arracha aux Anglois ,
par le pouvoir que nos Reis ont de gue.
Fir un mal incurable , & par plufieurs
* Unxit te Deus tuus oleo latitia pra confortibus
tuis.
autres
DE DECEMBRE 1722 113
*
ce
се
ev
autres merveilles que le Seigneur opere
en faveur de ceux qui apportent à l'Onction
les difpofitions de Louis XV. Auffi «
dans le temps que l'Eglife de Rheims «
raffemble ce qu'il y a de plus auguſté
en France , quelle pompe , & quelle «e
fête dans les Cieux ! Charlemagne ,
Louis le Saint , Louis le Jufte , Louis «
le Grand, & vous , Legion Sainte de Bourbon
, qui par l'innocence de vôtre âge «
ou l'éclat de vos vertus portez des dia- ce
dêmes plus brillans que ceux de vos «
defcendans , vous voulez affifter à un fi ce
agreable fpectacle , être témoins de la ce
fagelle qui couronne le front de Louis , «
de la force dont le Seigneur arme fon ce
bras , & fes épaules pour les rendre «
habiles à porter le faix d'un grand
Royaume , de la dexterité qu'il fait «
paffer en fes mains , pour manier avec se
adreffe les rênes de l'Empire , des «
differentes vertus qu'il fait couler dans ce
fon coeur à mesure qu'on verfe fur lui «
la liqueur Sainte. Quel plaifir pour vous
de voir la Religion attentive à former ce
un Roy felon le coeur de Dieu , & les «
defirs des peuples ! Quel plaifir de voir «
la France occupée à parer fon Roy des «
ornemens les plus précieux , & le pre- ce
fenter ainfi pour la premiere fois à la ce
veneration publique ! Elle imite la Nace
ture
214 LE MERCURE
»
ture qui à la naiffance du Printemps
ouvre les tréfors , fe pare de fes richel-
"ſes , & le couronne des plus belles fleurs
pour attirer la premiere attention des
» mortels.
Quel éclat & quelle gloire fel'e réjaillic
de toutes parts fur le front de Louis. LO
rateur la tire des differentes circonftances
, & du Theatre même de la ceremonie
de cette Ville , dont on ignore l'ori
gine ; & qui a vû & couronné plus de
Rois que la fuperbe Rome ! De cette Ville
qui pendant le Sacre étoit environnée de
legions auffi braves que brillantes, remplie
d'un nombre prodigieux d'Etrangers &
de François , décorée par les plus illuftres
Prélats de l'Eglife , les Grands du Royau
me , les Princes de cette augufte Mailen,
qui a déja regné plus de temps que la
here Rome. L'Orateur la tire des orne
mens de Chevaliers, de Prêtres , d'Epoux,
de Juge , dont on revêtit le Roy , pour
apprendre aux François les differens titres
de leur Prince, & aux Etrangers que
le Roy de France renferme en lui , feul
plufieurs auguftes caracteres. Mais il eft
temps, grand Prince, de recevoir le Sceptre
qui doit vous rendre le Pafteur & le pere
de vos peuples . Recevez la Couronne de
Charlemagne , dont vous retracerez les
vertus , la Couronne parfemée des lys de
la
DE DECEMBRE 1722. FTS
«
65
се
Ila France , dont vous ferez la gloire & le
bonheur. Hâtez- vous de monter fur un
Thrône , non dreffé par le hazard ou la
paffion , mais par les deffeins de Dieu &
le droit de vôtre naiffance , non fur un
Thrône ruineux & fragile comme celui
des Cefars , mais fur un Throne folide
où vos peres regnent depuis plus de 700.
ans ; montez & regnez plufieurs fiecles ,
regnez - y avec .....Il y eft placé , & le ce
' temps s'ouvre à mes yeux. Dieu ! quel
cortege ! que de vertus ! que d'exploits ! ce
de gloire ! de felicitez. Appro- «e
que que
chez , François , voyez la majeſté de ce «
front , la douceur de ce vilage. Ah !
que les ornemens de la Royauté con- c
viennent à la perfonne , mais que la per- «
fonne releve l'éclat de ces ornemens . Il ce
me femble voir un diamant précieux
enchaffé dans l'or le plus brillant , mais «
qui jette le plus d'éclat qu'il n'en peut «
recevoir de ce qui l'environne ; proſter.
nez -vous , que l'amour feul anime vos ce
hommages. Salüez vôtre maître , faites
retentir de toutes parts , Vive le Roy, le a
peuple repete ce cris d'allegreffe , les e
montagnes fe le renvoyent , les trom- e
pettes l'accompagnent , le bruit du ca- ce
non l'annonce , la terre , le Ciel y ap- "°
plaudit, & parmi le bruit confus de plu- ce
Geurs Nations differentes , toutes ne par- e
lent
Co
ce
116 LE MERCURE
»
lent que le même langage , Vive le
Roy , qu'il vive pour la gloire , qu'ïl
vive pour nôtre bonheur , qu'il vive
» plufieurs ficcles , pour communiquer
tant de biens à nos neveux , puiſqu'il
» ſera toûjours auffi fidele à remplir fes
promeffes , qu'il a été heureux dans les
avantages dontle Ciel l'a enrichi le jour
» de fon Sacre.
La feconde partie s'ouvre par les promeffes
que le Roy a faites à fes peuples.
Il a promis à fon Royaume tout ce que
le pere le plus tendre peut promettre à fa
famille. Il a promis aux Citoyens tout
ce que le Juge le, plus integre peut promettre
à fes Cliens . Il a promis à l'E .
glife de France tout ce que le Paſteur
le plus vigilant peut promettre à fon
troupeau .
Louis s'engage à être le pere de la Pa
trie , à gouverner fon Royaume , comme
fi ce n'étoit qu'une famille , à repri
mer toute violence , toute concuſſion ,
tout brigandage dans tous les ordres de
fon Etat , à ufer de toute fon autorité
pour empêcher que les Grands n'oppri
ment le peuple , que les petits ne fe lou
levent contre les grands , &c . Peut - être
ne fentons- nous pas tout le prix de ce
bienfait qui nous eft promis ; parce que
nous le goûtons déja fous le gouverne
ment
DE DECEMBRE 1722. 117
ment d'un Prince , qui a fçu faire reſpec
ter l'enfance du Roy ; qui dans une minorité
a confervé plus d'autorité que les
Princes les plus puiffans n'en ont peutêtre
jamais eu dans leurs profperitez ; qui
par l'étendue de fes lumieres , & par le
zele d'un Miniftre infatigable , conduit
les peuples avec une fageffe fi tranquille ;
qu'ils joiiiffent d'une profonde paix , fans
s'appercevoir des mouvemens fecrets qui
ont procuré leur repos.
Mais parce que la paffion a recours à
l'artifice quand elle ne peut réüffir par
la force ouverte ; qu'elle falfifie les loix.
quand elle ne peut les fouler aux pieds ;
Louis s'engage à être le Juge de fon
peuple , & à faire obferver l'équité & la
mifericorde dans tous les jugemens . On
le verra peut- être un jour , ainfi que le
plus faint de les ancêtres , au milieu de
la campagne comme dans un Palais , affis
fur le gazon comme fur un Tribunal , à
l'ombre des arbres comme fous un dais ,
prononcer les oracles de la juftice , & fe
montrer en même temps l'Avocat & le
Juge de fes peuples. Mais ce qu'il ne
pourra faire par lui-même , il le fera par
des hommes integres , qui tiendront ſa
place , qui jugeront en fon nom , & par
fon autorité , &c... Mais qu'entends - je!
Le Roy prononce un ferment redoutable,
118 LE MERCURE
i jure de ne pardonner jamais à quiconque
offriroit ou accepteroit le défi pour
un duel. Où eft donc la mifericorce ?
jamais elle n'éclata plus que dans ce fer.
ment. C'est être mifericordieux envers
fes Sujets , que de les fauver malgré eux,
& de les défendre contre un faux point
d'honneur par la crainte d'un fupplice
certain, & d'une veritable infamie . C'eft
être milericordieux envers les familles ,
que de les expofer à voir leurs appuis
tomber fous le glaive , & leurs efperances
s'éteindre dans leur propre fang ;
c'eft être mifericordieux envers fa
patrie,
que de lui conferver fa défenfe & fes
heros, en immolant quelques têtes coupa
bles ; c'eft être mifericordieux envers la
Nation Françoile , que de lui conferver
fa gloire , en lui infpirant de l'horreur
pour des combats fanguinaires , ignorez
ou déteftez par les Romains , ces vrais
braves qu'on ne peut foupçonner de
n'avoir pas connu , ou dé n'avoir pas aimé
la veritable valeur ; c'eft être mifericordieux
envers tous les âges & toutes
les Nations , que de leur donner dans
une ceremonie fainte , l'exemple d'un ferment
fi neceffaire, & qui va devenir hereditaire
à tous nos Rois ; c'eſt donc rendre
en quelque forte fa mifericorde generale
& éternelle.
Ua
DE
DECEMBRE 1722. 119
}
Un Prince qui a tant de bonté pour
fes peuples , peut- il manquer de zele
pour l'Eglife fa mere non , Louis lui
promet fes foumiffions , fes exemples
Les bienfaits , fa protection ; l'Eglife en
a befoin dans un temps d'impiete & de
libertinage ; elle a fes biens & fes revemus
particuliers , c'eft au Roy à en écarter
des mains profanes , & à empêcher
que l'avarice des defcendans nufurpe
les pieufes liberalitez des ancêtres ; l'Eglife
a fes droits & fes privileges , c'eſt
au Roy à les mettre à couvert de l'audace
& de l'envie. L'Eglife a fes armes
mais des armes qui n'étant pas fanguinaires
, ne font redoutables qu'aux perfonnes
vertueufes ; c'eft au Roy à procurer
que les méchans ' ne les declinent
pas , que les impies ne les méprifent pas 5
C'est au Roy , qui partage le Sacerdoce
& l'Empire , à concilier tellement la
puiffance Ecclefiaftique avec la civile ,
qu'elles ne prennent rien l'une fur l'autre
, qu'elles fe rencontrent fans fe heurter
, qu'elles fe touchent fans fe briſer,
que contentes de leurs bornes , elles s'accordent
& fe refpectent mutuellement.
&
C'eft ainfi que le fouverain Maître
de l'Univers regle les limites de la mer
& de la terre. La terre fouffre les
proches de la mer, connoît fes bornes , «
ap- «
&
120
MERCURE LE
» & fe retire après les avoir atteint ; airfi
» ces deux élemens s'approchent fans cel-
» fe fans fe mêler , & font d'un parfait
" accord , lors même qu'ils paroiflent ic
» combattre.
Enfin le Roy a formé les engagemens
les plus faints , & fa pieté les remplira;
il a juré de fi grandes chofes , que c'est
peu de regner à ce prix , mais fon courage
en triomphera ; il a juré de nous
rendre heureux , & fon amour lui en
fournira les moyens autant que fa puiffance
.
Il a juré d'exterminer & de chaffer
toute herefie de fon Royaume ; & fon
ferment ne fera pas vain. Dans le temps
que nos derniers Rois faifoient le même
ferment , l'herefie s'en mocquoit avec
in clence , & fe vantoit de rendre nos
Monarques parjures . Au moment qu'ils
juroient au pied des Autels , elle railembloit
fes forces , elle fe liguoit avec les
Princes Etrangers , conjuroit avec des
citoyens perfides & ambitieux , elle infultoit
le Prince jufques fur le Trône ,
&c. mais après avoir vû Louis le Grand
s'armer de la foudre pour executer ce
qu'il avoit juré , oppofer fes fermens aux
follicitations , méprifer les menaces de
l'herefie , fondre fur elle , renverfer fes
faux temples , & la forcer d'abandonner
UR
DE DECEMBRE 1722 . 121
un Royaume , où elle avoit dreffé tant
d'Autels , formé tant de ligues , levé tant
d'armées , livré tant de combats , répandu
tant de fang ; après avoir vû tous ces
exploits qui ont caufé fes malheurs , elle
a fremi , quand elle a entendu le ferment
de Louis XV . Elle a gemi , & détourné
fes regards de deffus la France ,
où elle fembloit vouloir chercher quelque
accès , & où elle n'a plus efperé de
trouver entrée fous un jeune Roy , qui
fera auffi fidele que religieux dans fes promeffes
. Qu'il vive donc pour les accomplir
, ce tendre Pere de la patrie ; ce Juge
favorable des peuples ; ce zelé Protecteur
de l'Eglife , qu'il vive encore une
fois , ce Roy augufte , aujourd'hui nôtre
efperance & nôtre amour , bien - tôt nôtre
gloire & nôtre bonheur.
Au refte , nous ne dirons rien ici de
l'Auteur , nous ajoûterons feulement pour
ceux qui ne le connoiffent que par les
éloquentes Oraifons funebres de nos Prin
ces , tant applaudies dans les Royaumes
voifins , qu'il eft peut-être encore plus
grand Poëte Dramatique qu'Orateur .
Pendant que l'Aflemblée fe formoit , on
diftribua des Poëfies Françoiles & Latines
fur le Sacre. La Poëfie Latine eft
riante & ingenieufe ; les Pieces Françoi-
Les font inferées dans ce Volume , p . 1 .
F p..
122 LE MERCURE
p. 41. & p. 52. Le foir il y eut une grande
illumination , & on tira un feu d'artifice
parmi les acclamations des Penfionnaires
.
DISCOURS prononcez dans l'Académie
Françoife le Jeudy 3. Decembre
1722. à la reception de Son Eminence
M. le Cardinal du Bois , premier Miniftre.
A Paris , chez Coignard , in
4. Premier Difcours , 3. pages. Second
Difcours , 11. pages .
Ce Difcours a été extrémement applaudi.
Il eft rempli de force & de dignité
; mais ce qui doit intereffer davantage
, c'eſt qu'il fait connoître un zele
ardent pour la felicité publique.
MESSIEURS ,
Je n'avois pas befoin de la reconnoiffance
que m'impofe aujourd'hui l'honneur
que vous me faites , pour donner
aux interêts de cette illuftre Compagnie
toute l'attention & tout le zele qu'elle
merite. Mon amour pour les Lettres a
prévenu dès long-temps en moi ce nouveau
DE DECEMBRE 1722. 123
yeau motif de fervice & d'attachement.
Vôtre établiffement , Meffieurs , eſt
une partie confiderable de la gloire d'un
grand Miniftre , dont vous me permettrez
de n'entreprendre l'éloge que par
mes efforts pour l'imiter.
Il prévit bien fans doute le fuccès de
fon Ouvrage , & tel en a été le progrès
& l'éclat , que nos Rois , après lui , fe
font refervé le titre de vôtre Protecteur ;
& que pour un fucceffeur de celui qui
vous a fondez , c'eft deformais un digne
objet d'ambition , que le titre de votre
Confrere.
Je le reçois aujourd'hui , ce titre flateur
, avec un plaifir fenfible. Je remplace
parmi vous un homme d'une vaſte
érudition , qui a enrichi la Langue des
plus précieufes dépouilles de l'antiquité ,
& qui , fidele interprete du plus judicieux
des Ecrivains , vient d'étaler à nos yeux
dans les vies des Hommes illuftres les
plus grands principes & les plus grands
exemples.
C'eſt à moi , dans la place où je fuis ,
d'en faire une étude ferieufe , d'y puifer ,
s'il m'eft poffible , dequoi juftifier le choix
du Prince à qui je dois tout , & les dignitez
& les lumieres mêmes ; dequoi feconder
avec fuccès les deffeins d'un jeune
Roy , deftiné par les inclinations , à re-
Fij montrer
124 LE MERCURE
montrer au monde toute la gloire de fon
augufte Bifayeul.
vous
Je m'eftimeraj heureux , Meffieurs , à
proportion que je meriterai une appro
bation d'auffi grand prix que la vôtre, &
que je fignalerai ma reconnoiffance pour
non feulement par mes foins pour
ce qui vous regarde , mais en procurant
de tous mes efforts la felicité publique ,
qui vous touche encore plus que vos avantages
particuliers.
Après que Son Eminence cut achevé
fon Difcours , M. de Fontenelles , Directeur
de l'Académie , lui répondit avec
les graces de cette éloquence qui lui font
fi naturelles . Il eft vrai , dit-il , car Vô - i
» tre Eminence pardonnera aux Mufes leur
" fierté naturelle , furtout dans un lieu où
" elles égalent tous les rangs , & dans un
"
"
jour où vous les enorgueillez vous - mê-
" me , s'il eft vrai que vous leur deviez de
"la reconnoiffance. Elles ont commencé
→ vôtré élevation , & vous ont donné les
premiers accès auprès du Prince , qui a
" fi bien fçu vous connoître. Mais ce grand
" Prince vous avoit acquitté lui- même envers
elles , par les fruits de fon heureufe
éducation , par l'étendue & la varieté
des lumieres qu'il a prifes dans leur
commerce , & par le goût quilui marque
"3
גכ
20
DE DECEMBRE 1722. 125
fi furement le prix de leurs diflerens Ou- »
vrages ; ainfi Monfeigneur , ce que "
vous faites maintenant pour elles eft une
pute faveur. 742
Сс
Co
Enfuite parlant de M. d'Acier , à qui
Son Eminence a fuccedé en la place d'Académicien
, « fon travail lui fut toûjours ce
commun avec fon . illuftre époufe , eſpece
de communauté inouie jufqu'à nos ce
jours. Attaché fans relâche aux grand, «
Auteurs de l'Antiquité Grecque & Romaine.
Admis dans leur familiarité à
force de veilles , il les faifoit revivre par c
mi nous , le's rendoit nos contemporains ;
& par un commerce plus libre & plus
étendu qu'il nous ménageoit avec eux , «
il enrichiffoit un fieele déja fr riche par «
lui-même. Il employoit une longue étu- .
de à penetrer les beautez de l'Antiquité,
un foin paffionné à les faire fentir , un
zele ardent à les défendre , toute fon ad- «
miration à les faire valoir , & l'exemple
feul de cette admiration fi vive , pouvoit «
ou perfuader ou ébranler les rebelles.
Ce
се
ca
Quel bienfait ne nous accordez- vous CA
pas en lui fuccedant vous éuffiez pû «
nous favorifer comme premier Miniftre ; «
mais un premier Miniftre peut- il jamais
nous favorifer davantage , que lorsqu'il
devient l'un d'entre nous ? les graces ne
partiront point d'une ,main, étrangere à
Fiij nôtre
ce
126 LE MERCURE
"
"nôtre égard , & nous y ferons d'autant
plus fenfibles , que vous nous les déguife-
"rez fous l'apparence d'un inte : êt commun.
" Auffi les applaudiffemens que nous vous
" devions,feront- ils deformais , non pas plus
"vifs , mais plus tendres , toute vôtre gloi-
"re eft devenue la nôtre , & dans nos An-
"nales particulieres , qui , auffi bien que
l'Hiftoire generale du Royaume , auront
"droit de feparer de vos actions & de vous
nous mêlerons à ce fentiment commun
"d'ambition , un fentiment de zele qui n'appartiendra
qu'à nous .
3
"
Il fait enfuite la peinture du Miniftere
& de la conduite d'un Miniftre habile ,
avec des traits qui perfuadent , que celui
qui décrit fi bien les qualitez d'un grand
Miniftre a lui-même des lumieres fuperieures
à celles des hommes ordinaires.
M. de Fontenelle nous apprend , en
finiffant , que depuis plus de trente ans
qu'il eft de l'Académie , il n'avoit jamais
été chargé de parler à aucun de ceux qui
ont été reçus après lui.
Le fort , dit- il, me refervoit à uneoccafion
finguliere , où les fentimens de mon
coeur puffent fuffire pour une fonction fi
noble .Vous vous fouvenez, Monfeigneur,
&que mes voeux vous appelloient ici longtemps
avant que vous y puffiez apporter !
tant de titres . Perfonne ne fçavoit mieux
Сс
&
que
DE DECEMBRE 1722. 127
« que moi , que vous y euffiez apporté ceux &
que nous préfererons toujours à tous les «
autres.
M. de la Mothe recita deux fables dans
la même féance , & M. Dancheť l'Ode
qu'on va lire.
AUX CITOYENS DE PARIS ,
fur le paffage du Roy par fa Ville
Capitale , au retour du Sacre.
OD E.
Prononcée à Sa Majesté , & recitée enfuite
dans l'Affemblée publique de
l'Académie , & c.
C
E jour à vos regards rend votre Augufte
Maître ,
Venez , accourez tous , Habitans de ces lieux ,
Les tranfports qu'en vos coeurs fa preſence fait
naître
Peuvent éclater à fes yeux .
Venez plus que jamais empreffez à lui plaire ,
Il s'eft à vôtre fort uni par de faints noeuds ,
Le ferment qui l'engage eft d'être vôtre Pere ,
Et de rendre vos jours heureux .
Fiij. Les
.128 LE MERCURE .
1
Les nouveaux dons des Cieux , fa bonté naturelle
,
Da plus doux avenir tout vous permet l'efpoir ,
Commencez à goûter , pour prix de vôtre zele,
Le charme fateur de le voir.
PRINCE , enfin ton retour a rempli nôtre at
tente ,
Il a dans tous les coeurs ramené les plaifirs ,
Telle aux Champs deſolez eſt la faifon naif
fante
De Flore & des jeunes Zephirs.
L'artifant qui te voit benit fa deſtinée ,
Il remporte en fon fein ton vifage tracé ,
Des penibles travaux d'une longue journée
Le fouvenir eft effacé.
Du plaifir de ta vûë une Mere attendrie
Te montre à fes enfans , & les larmes aux yeux ,
Leur dit : Vous le voyez l'espoir de la Pasrie
Où vous ont fait naître les Dieux.
Mes enfans , c'eft pour vous que son regne com
mence ,
Si je nepuis , helas ! voir un regne fi beau :
Vous vivrez trop heureux d'être fous fa pasisa
Lance ,
8
•
1
Je
DE
DECEMBRE 1722. 129
Je crains moins la nuit du tombeau.
Vousne m'y ferez point ouir de voix plaintives ,
La Probité , l'Honneur reprennent tous leurs
droits ,
Du terreftre féjour les Vertus fugitives
Reviennent fous l'appui des Loix.
Le coeur du Souverain ſera leur premier temple ,
Elles vont l'éclairer dans fes nobles projets :
Un Roy , qui des vertus eft lui- même l'exemple,
Les infpire à tous fes Sujets .
PRINCE , un Pere à fon tour , excite le cou
rage
D'un fils que fes leçons pour toi feul ont formé
Monfils , dit-il , ſervez dans l'ardeur de vôtre
âge
Un Royfi digne d'être aimé.
Au milieu des Lauriers , né d'un sang intre
pide ,
Si LOUIS eft contraint à livrer des combats,
Nôtre feul interêt lui fervira de guide ,
La Juftice armera fon bras .
fuivrefes Drapeaux mon amour vous convie ,
Que de vôtre devoirrien ne borne le cours ,
Fv Montrez
130
LE MERCURE
Montrez- vous toujours prêt à donner votre vie
On pourfa gloire , oupourses jours.
De ton peuple , GRAND ROY , c'eft l'image
fidele ,
Plein de la même ardeur j'ofe ici te l'offrir :
Quand il montre pour toi tant d'amour tant de
zele ,
Pourrois- tu ne le pas cherir.
Fais voir par des bienfaits d'éternelle durée ,
Que pour notre bonheur les deftins t'ont donné
:
Aime la Paix , les Arts ; de Saturne & de
Rhée
Rends-nous le fiecle fortuné.
L'ACADEMIE Royale d'Architecture
tint fon Affemblée publique au vieux
Louvre le 16. Novembre dernier , pour
la diftribution des prix , que le Roy fait
donner toutes les années. à deux jeunes
Architectes , du nombre de ceux que
l'Académie jage les plus capables pour
les meriter , & dont les defleins doivent
fuivre entierement le fujet qu'elle propoſe
deux mois auparavant ; celui de
cette année étoit un Arc de Triomphe.
Le fieur Chevautet , Architecte du Prin-
се
1
DE DECEMBRE 1722. 31
ce Charles de Lorraine , Grand Ecuyer
de France , & le fieur le Jolivet , font
ceux qui ont travaillé avec fuccès à ces
deffeins , lefquels furent prefentez à l'Académie
le jour de l'Affemblée , & examinez
avec foin par les Académiciens.
qui la compofoient. M. de Cotte , premier
Architecte du Roy , & Directeur
de l'Académie préfidoit le premier
Prix fut donné au fieur Chevautet , &
le fecond au fieur le Jolivet. Ces Prix
font de fort belles Médailles du Roy en
argent , avec des revers qui ont rapport à
'Hiftoire de Sa Majesté.
,
Voici en abregé la compofition de ces
deffeins , qui confiftent en Plans , Elevations
, Coupes & Profils , & ont chacun
environ quatre pieds de longueur.
Le premier deffein eft compofé de quatre
avant- corps fur le même allignement,
& ouverts par trois arcades. Un Ordre
Dorique en pilaftres fait la decoration
du bas , il eft furmonté d'un Attique regnant
autour de l'édifice ; il n'y a de
colonnes qu'à ces quatre avant- corps au
nombre de huit , fans compter les
deux des extrémitez & à plomb des
colonnes l'entablement eft furmonté de
figures , qui donnent à ce
autant de legereté que de magnifi
cence . Le milieu foutenu de ces deux
F vj avantmorceau
132 LE MERCURE
avant- corps , eft ouvert par 1Arc princi
pal , qui s'éleve de toute fa largeur audeffùs
de l'entablement ; la clef de cet
Arç , reprefentée par une confolle , foûtient
la corniche de l'Attique , qui termine
ce milieu par un fronton orné des
Armes de France , accompagnée de pluheurs
trophées , &c. & à côté de l'archivolte
du grand Arc , & au-deffous de
la corniche de l'Attique , font deux Renommées
tenans des couronnes de laurier
, & c .
Ce morceau eft couronné d'un amortiffement
en gorge , portant doubles focles
,fur lefquels font affifes des figures
d'enfant , qui reprefentent les Arts. Au
milieu eft un piedeſtal , fur lequel eft la
Statue du Roy en pied , tenant d'une
main un Bâton Roïal , & de l'autre la
main de Juftice.
Les deux Arcades , qui font à côté de
la partie du milieu , fe joignent aux avantcorps
des bouts de cet édifice par une
portion circulaire rentrante , elles font
acôtées de deux pilaftres de chaque côté ,
& à plomb des Arcades dans l'Attique ,
font deux bas - reliefs qui reprefentent
l'Hiftoire d'un côté , & la Peinture de
l'autre.
Les deux avant- corps du bout font terminez
au-deffus de l'Attique par un obe-
"
lifque
DE
DECEMBRE 1722. 133
lifque , couronné chacun d'une fleur- delys
, & accompagné par le bas d'un corcelet
, entouré de drapeaux , & de deux
cafques.
Ce morceau ouvert par les deux bouts
forme un paffage dans toute fon étenduë,
dont le milieu eft de figure octogone , &
la partie où fe rencontrent les arcades des
côtés , & du bout de cet édifice eft circulaire.
La face vûë par le bout faifoit elle
feule un arc de triomphe , par la maniere
dont elle eft ornée , & c.
Le fecond deffein eft compofé de trois
parties ; celle du milieu eft pour orner la
principale arcade , & les deux autres forment
deux pavillons qui terminent ce
morceau , & en même temps fervent d'accompagnement
au milieu. Pour menager
un repos , il y a entre ces pavillons & le
milieu , une arcade en arriere- corps de
chaque côté , de même décoration que
l'ordre du bas , accoftées de deux colom- ,
nes chacune..
Le milieu fort de deux avant - corps fur
l'arcade de renfoncement ; & pour rendre
cette partie plus mâle , les pavillonsdu
bout font moins faillans d'un avantcorps
chacun.
La façade eft ornée par le bas de 22 .
colomnes d'ordre compofé entier , portang
134
LE MERCURE
tant une balustrade fur fon entablement ,
& de huit d'ordre Corinthien au deffus ,
portant un acrotaire orné de poftes.
Les deux avant- corps principaux fou
tenus de feize colomnes , tant en haut
qu'en bas , font ouverts par un grand arc
qui s'éleve de toute fa largeur au deſſus
de l'entablement du premier ordre.
La distance du deffus de l'archivolte
au deffous de l'architrave de l'ordre Co
rinthien eft ornée de deux Renommées ,
pofées fur des nuages qui accompagnent
un aigle , qui reçoit dans fes flancs l'alliance
de la France & de l'Espagne , &
derriere font plufieurs drapeaux entourez
de lauriers , &c..
Les huit colomnes de l'avant -corps fu
perieur laiffent entr'elles deux efpaces au
premier ordre , & deux au fecond avec
des trophées qui caracterifent la paix &
la juftice . La corniche de cet avant- corps
termine l'ordre Corinthien par un fron- !
ton , orné d'un cartouche des armes de
France & de Navarre , accoftées de deux
rainceaux de palmes & de lauriers , pofant
fur des canons , hâches d'armes , & c.
Les huit colomnes de l'autre avantcorps
, dont dont quatre de chaque côté , haut
& bas, font groupées feulement , à celles
de l'ordre Corinthien , & accoftées de
drapeaux & boucliers au deflus de la
baluftrade
DE DECEMBRE 1722. 735
balustrade du premier ordre.
Les deux pavillons du bout élevez der
trois marches au deffus du pavé , font ouverts
par les deux faces principales , &
par le bout , & chaque face eft ornée
d'une arcade , avec deux colomnes de
chaque côté à plomb , defquelles au deffus
de la baluftrade font des corcelets
Couverts de cafques , & accompagnez de
trophées qui rendent ces pavillons d'autant
plus reguliers , que là fimplicité en
fait feule le principal ornement.
Ces pavillons font couverts chacun
d'une coupolle en dalles , terminée par
un globe où font les armes de France , &
au deffous de chaque pavillon eft un piedeftal
, portant une ftatue en pied , l'une
de Mars , & l'autre de Minerve.
pour
Nous n'entrerons point dans le détail
des coupes & profils de cet édifice
éviter la longueur , quoique ce foit ce
qu'il y a de plus achevé , & de plus intereffant
pour les connoiffeurs .
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Séez
le 30. Novembre 1722.
Lbaye de S. Martin de Séez , en Nor-
Es Religieux Benedictins de l'Ab
mandie , l'une des fix qui ont des Abbez
Reguliers ,
KG LE MERCURE
Reguliers , fignalerent hier leur zele at
fujet du Sacre du Roy . La ceremonie
qui avoit été annoncée dès le matin par
une falve d'artillerie commença à cinq
heures du foir par un Te Deum que les
Religieux , tous revêtus de chapes magnifiques
chanterent folemnellement autour
d'un grand bucher preparé dans la
grande cour du Monaftere , auquel le
R. P. Abbé en Croffe & en Mitre mit
le feu , au bruit des acclamations du peuple
, des tambours , des trompettes , des
haut - bois , & de l'artillerie & moufqueterie
de la Ville , une grande partie des
Bourgeois étoient fous les armes . Toutes
les fenêtres des bâtimens qui regnent autour
de cette cour , étoient parfaitement
bien illuminées. On tira en même temps
un nombre infini de fufées , on jetta de
l'argent au peuple, qui fut encore régalé de
plufieurs poinçons de vin défoncez , & c .
On nous écrit d'Orleans que l'Académie
de Mufique de cette Ville voulant
donner des marques publiques de fa joye
au fujet du Sacre du Roy , a fait chanter
le 13. Decembre dans la falle de l'Acadé
mie une Idyle , compofée par un des Académiciens
, & mile en Mufique par M.
Homet , Maître de Mufique de la même
Académie. Chaque Académicien eut la
liberté
DE DECEMBRE 1722. 137
liberté de faire entrer avec lui deux de
fés amis , & cette liberté limitée empêcha
la confufion , & rendit l'affemblée plus
brillante. Les Dames entrerent à l'ordi →
naire , & le concert fut executé avec tout
le fuccès poffible .
Nous croyons devoir annoncer au Public
que la Methode raifonnée pour apprendre
la Langue Latine , dont nous
avons parlé dans le Mercure du mois de
Sepembre , fe pratique avec fuccès chez
M. Venet , Maître de Penfion , qui demeure
au quartier de l'Eftrapade , vis- àvis
les murs de Sainte Geneviève au
coin de la rue des Poules . Chacun peut
en aller juger par foi- même.
>
La Bibliotheque de feu M. de la Cofte,
Docteur de Sorbonne , Chanoine de l'Eglife
de Paris , fe vendra en détail le 7.
Janvier 1723. & jours fuivans. Le Catalogue
imprimé en un vol. in 12. de 344 .
pages , fe diftribue depuis plus d'un mois
chez les fieurs Ofmont & Martin , Li
braires , rue S. Jacques. Cette Bibliotheque
eft compofée de plus de 4500.
volumes.
SUITE
738
LE MERCURE
િ *****- jikakakakakakak
SUITE DES MEDAILLES DU ROY,
avec l'explication des Types
& Legendes.
MEDAILLE XXIII.
E Roy & l'Infante en regard avec
une jeune vigne au pied d'un ormeau
qu'elle embraffe avec les pampres. Legende
, IN PUBLICA COMMODA CRESCENT
. Ils croîtront pour le bien public.
Exergue , M. D. CC . XXI .
{
XXIV.
Le Roy & l'Infante , avec la legende
ordinaire , &c. Revers , cette Infcription .
UTRIUSQUE IMPERII FELICITAS ,
dans le champ de la Medaille.
Nous donnerons dans les mois fuivans
la fuite de ces Medailles , une autre Medaille
nouvellement frapée du Sacre du
Roy , & les nouveaux jettons de cette
année.
•
•
W
SPEC
COM
XXIII.
NAV
REX.
LUD .
XV
.
FR.ET
MOD
A.VICT
HISP
INT
LUDOVICI MAGNI
PRONEPOTES.
CRESCENT
XXIIII
UTRIUSQUE
IMPERII
FELICITAS
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY .
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS,
1
1
"
DE
DECEMBRE 1722
139
L
SPECTACLE S.
>
E 16. & le 17. de ce mois le Thea
tre François après avoir été fermé 8 .
jours à caufe de la mort de MADAME
a donné deux nouveautez au public , la
premiere c'eft la Tragedie d'Antiochus
ou les Machabées , de l'Abbé Nadal , &
la feconde une Comedie Heroïque en
trois actes , en vers Alexandrins , intitulée
l'Oracle de Delphes , d'un Anonime ;
nous attendrons au mois prochain à parler
de la premiere pour en pouvoir donner
un extrait exact & étendu. Nous
allons cependant donner une legere idée
de l'autre , dont on a ceffé les reprefenta
tions , après avoir été jouée quatre fois.
Cette piece a été reçûe avec beaucoup
d'applaudiffemens . Elle a paru écrite
avec beaucoup d'exactitude & d'élegan ,
ce ; cependant elle n'a pas entierement
foutenu fa premiere réputation dans les
reprefentations fuivantes , qui n'ont pas
été auffi fuivies qu'on auroit crû , ce
qu'on peut attribuer au grand ferieux qui
regne dans tout le premier acte , & dans,
la moitié du fecond : on s'eft contenté
d'y prêter beaucoup d'attention. Le troi-,
fiéme
140 LE MERCURE
fiéme acte qui eft tout des plus vifs elt
une farce très - divertiffante , qui finit pås
une annonce très - flateuſe pour le parterre ;
auffi en a- t'il marqué fa reconnoiffance
par un applaudiffement , general : voici
un petit Extrait de cette piece.
ACTEURS ,
De l'Oracle de Delphes.
Le Roy de Delphes , le Sr du Frefne.
Artenice , la Dam. du Frafne.
Demophon , Miniftre , & crû pere
d'Artenice
,
le fieur Fontenay.
Amintor , Confident du Roy , le fieur
du Bocage.
Lychas affranchi du Roy de Delphes ,
Amant de Chloé , le fieur Quinault.
Chloé , fuivante d'Artenice , Amante
de Lychas , la Dame des Hayes.
Trois filles qui viennent confulter l'Oracle
pour differens motifs , les Damnes
Jouveneau , d'Angeville & du Breuil.
ACTI I.
Le Roy de Delphes dit à Amintor qu'il
craint de n'être pas aimé d'Artenice , &
qu'il n'attribue tous les égards que cette
aimable perfonne paroît avoir pour
qu'au refpect que fon rang lui impoſe. Il
déplore le fort des Rois , qui ne peuvent
lui
jamais
DE
DECEMBRE 1722, 141
17
jamais s'affeurer d'être aimés , par rapport
à eux-mêmes. Amintor combat cette
délicate crainte , qu'il trouve d'autant
plus injufte qu'elle n'eft pas fondée. Il le
flatte adroitement fur fon merite perfonnel
, qui n'a pas befoin de l'éclat de fa
couronne pour le faire aimer. Il impute
la feverité d'Artenice à l'orgueil de Demophon
, fon pere , qui ne lui infpire que
des moeurs fauvages pour joüir du plaifir
fecret de contredire fon maître . Demophon
vient annoncer au Roy qu'un Ambaffadeur
d'Argos doit arriver inceffamment
à Delphes , chargé de quelques ordres
de fon maître. Il exhorte ce Prince
à foutenir toûjours la gloire de fon Trône
, & fur tout à fe tenir toûjours en
garde contre le charme de la flatterie:
ces dernieres paroles qu'Amintor s'applique
l'obligent à demander à Demophon
qui font ces Aatteurs , dont il prétend
parler. Le Roy prévient les fuites d'une
converfation qui pourroit aller trop loin,
& leur impofe filence. Lychas entre brufquement
en fe plaignant de Chloé qu'il
accufe d'indifference. Le Roy croit qu'il
parle de l'indifference d'Artenice , &
prend pour lui-même toutes les plaintes
de Lychas. Chloé arrive fort à propos
pour débrouiller cet enigme , elle affuré
le Roy de la tendrefle d'Artenice , dont
elle
€42 . LE MERCURE
!
elle croit ne pouvoir douter. Artenice
vient , & ayant apperçû le Roy , elle
veut le retirer par refpect ou par timidité
, le Roy lui reproche fa froideur:
Une lettre qu'on lui apporte l'oblige à fe
retirer brufquement. Ce premier Acte finit
par un petit raccommodement qui ſe
fait entre Lychas & Chloé , précedé de
certaines conventions matrimoniales affez
peu édifiantes.
ACTE II .
Chloé réflechit fur la délicateffe de
Lychas , & prétend s'en divertir à fes dépens.
Le Roy paroît au fond du Theatre
parlant à l'oreille à Lychas , à qui il
donne quelques ordres fecrets . Le Roy
s'étant retiré , Lychas fier de la confidence
de fon maître , dont Chloé vient d'être
témoin Regarde cette petite maîtreffe
du haut de fa gloire , & lui die
d'un ton ironique qu'elle n'a qu'à lui
donner fon congé , quand il lui plaira ,
& qu'il trouvera fans peine à fe dédommager
ailleurs , Chloé lui répond à peu
près fur le même ron. Lychas fe retire
pour aller exécuter ce que le Roy vient
de concerter tout bas avec lui . Artenice
& Demophon entrent ; Demophon fait
entendre à Artenice qu'il faut quitter une
Cour , où fa prefence devient dangereute
par
DE DECEMBRE 1722.
1-143
par l'amour qu'elle a infpiré à fon maître.
Artenice frappée d'un ordre qui l'arrache
à ce qu'elle a de plus cher , fait un
aveu de fa foibleffe à Demophon. Ce fage
Miniftre lui dit qu'il s'en étoit déja appérçû
, quand il a pris la réfolution de
l'éloigner de Delphes . Il lui declare enfin
qu'il n'eft pas fon pere. Quoique certe
nouvelle connoiffance de fon fort dût la
difpenfer d'obéir à des ordres fi cruels
pour fon amour , elle ne laiffe pas de s'y
foumettre aveuglement . Le Roy vient
avec Amintor à qui il explique ce qui l'a
fait fortir fi brufquement dans le premier
Acte. C'eft une nouvelle que lui donne le
Roy d'Argos , & qui paroît tout - à - fair
inutile à la piece . Il parle d'une fille de
ce Roy , ou du Roy de Samos , que certains
troubles avoient fait difparoître dès
fon enfance , & que le Roy d'Argos affuroit
être actuellement à Delphes . Nous
venons de dire que cet incident paroît
inutile à la piece , ajoûtons quelque chofe
de plus ; il vient à contre-temps , &
il feroit plus naturel , & plus digne d'un
Miniftre auffi fage que Demophon , qu'il
eut éloigné fa propre fille du Thrône par
un parfait defintereffement. Mais il ne
peut fans une efpece d'injuftice faire
perdre une Couronne à une fille étrangere
, qui peut être en eft digne par
fa
naillance
144
LE MERCURE
nailfance , comme elle le merite déja par
fa beauté , & par fa vertu. Le dénouement
auroit été plus agreable après ce
grand ferieux qui regne dans cette Comedie
: nous allons venir à la petite pie
ce, ou plutôt à la farce. Le Lecteur fe
fouviendra , s'il lui plaît , que le Roy , au
commencement de cet Acte a donné des
ordres fecrets à Lychas : voici dequoi il
eft queftion. Le Roy pour apprendre s'il
eft aimé d'Artenice , & s'il en eft aimé
lui- même , & non pour fon rang ,
veut que la Pythie , dont il difpofe à fon
gré penetre dans le coeur d'Artenice par
quelque ftratagême , dont cette aimable
perfonne ne puiffe fe douter. Lychas eft
chargé de cette intrigue , mais il fait
plus qu'on n'a exigé de lui ; il double la
Pythie , il fe montre au Roy en habits
Sacerdotaux , & lui dit qu'il a fait publier
dans Delphes qu'Apollon va rendre heureux
tous ceux qui viendront le confulter:
nous allons voir ce que ce traveftiffement
produira,
pour
ACTE III.
Demophon annonce au Roy qu'il a
éloigné Artenice de fes Etats , pour la
punir de lui avoir infpité un amour fatal
à fa gloire. Le Roy vivement frappé
de cette nouvelle , s'emporte contre ion
Miniftre
DE
DECEMBRE 1722. 145
Miniftre , & fait courir après la maîtreffe.
Il fe retire à l'approche de la fauſſe
Pithie ; c'eft Lychas , comme on vient
de le dire ; il s'affied fur le facré trépié .
Trois ou quatre perfonnes viennent l'interroger
fur des motifs differens ; fçavoir,
une fille qui veut paffer pour coquette :
une jeune enfant qui veut être mariée
pour avoir des Amans , une troifiéme fille
ou femme qui veut être débarraffée
d'une foule d'adorateurs qui l'importunent.
La fauffe Pithie donne fon paquet
à chacune ; mais Chloé lui donne le fien ,
en lui apprenant qu'elle ne prétend pas
s'en tenir au feul Lychas , quand ils feront
mariez. Enfin Artenice vient à fon
tour ouvrir fon coeur à la Pythie , elle lui
fait entendre en termes très-intelligibles
& très- pathetiques , qu'elle n'aime que
le Roy , & qu'elle feroit plus heureuſe
de n'être qu'une fimple Bergere avec lui,
que d'être une grande Reine avec tout
autre. Le Roy , qui s'eft caché pour entendre
ce qu'Artenice dira à la Prêtreffe,
s'approche d'Artenice avec empreffement
, fe jette à fes pieds , & la prie
d'accepter fa main & la Couronne . Demophon
vient apprendre au Roy que fon
aimable maîtreffe eft cette même fille
du Roy de Samos , ou d'Argos , dont on .
a déja parlé. On n'avoit pas befoin de
G ce
146 LE
MERCURE
. ce nouvel incident pour dénoüer la piece,
Artenice n'étoit pas moins digne de regner
pour n'être que fille d'un fage Miniſtre ;
& puifque le Roy ne demandoit pour
l'époufer que la certitude d'en être aimé,
l'Auteur pouvoit bien fe parler de prendre
un filong détour pour arriver à une
fin où il pouvoit venir de plein pied , &
d'ailleurs il auroit évité la reffemblance
qu'on trouve entre ce dénouement , & celui
de la Comedie de Democrite. Lychas
époufe Chloé malgré la fâcheufe découverte
qu'il vient de faire de fon penchant
à coquetter ; il eft vrai que Chloé lui
fait entendre qu'elle l'avoit reconnu.
Quoiqu'il en foit Lychas fe confole de cet
aveu affecté ou veritable fur l'avantage
qu'il a de connoître le coeur de fa future
époufe , & de fçavoir du moins à quoi
s'en tenir.
L'Académie Royale de Mufique continue
toûjours les reprefentations de Perfée
qu'elle a repris le 17. Decembre , &
elle à donné deux reprefentations par extraordinaire
le 22. & le 26. du même
mois.
Les Comediens Italiens ont repris auffi
leurs reprefentations dès le 16. & ont
donné une piece nouvelle Françoife en 3.
A &tes
DE DECEMBRE 1722 . 147
'Actes , avec des agrémens , intitulée Ar
lequin Amoureux par enchantement : il
ya apparence qu'elle n'a pas été goûtée
du public , puifqu'on ne la jouée que
deux ou trois fois.
Le lendemain 18. ils ont joué la Parodie
de l'Opera de Perfée ; c'eft une piece ,
françoile en trois Actes , prefque toute en
Vaudeville, dans le goût des Opera Comiques
de la Foire.
Le 28. Novembre on reprefenta à Venife
pour la premiere fois , fur le Theatre
de S. Jean Chryfoftome , un nouvel
Opera , intitulé Romulus & Fabius ,
Gij
NOU.
148 LE MERCURE
** akakak kakkkkk
NOUVELLES ETRANGERES.
• De Conftantinople , ce 1. Novembre 17224
O
Na envoyé à Alexandrette un
vaiffeau de guerre , chargé d'armes
& de munitions , deftinées pour la Ville
de Babilone , & autres places frontieres
de la Perfe. On apprend de ce Royaume
que le rebelle Miriveits eft toûjours avec
fon armée à Julfa , Fauxbourg d'Ifpahan
, & que cette Capitale le défend
conftamment.
La rébellion excitée en Egypte aug
mente , & les negocians ont demandé à
la Porte une eſcorte extraordinaire pour
leurs caravanes . Depuis le départ du
Capigi Bacha , nommé pour aller à la
Cour du Czar avec l'interprette du Réfident
de Moſcovie , on a tenu plufieurs
nouveaux confeils , & réfolu de dépêcher
encore vers Sa Majefté Czarienne ,
le Tréforier de Mehemet Paſcia , cy - devant
Grand Vifir . On l'a chargé de reprefenter
que le Czar , en protegeant les
habitans du Dagueftan , & le Kan des
Tartares qui font fujets du Grand Seigneur
, agit contre le dernier traité fait
avce
DE DECEMBRE 1722. 149
avec la Porte ; ce nouvel exprèspartit le
20. Octobre pour fe rendre à Aftracan ,
il doit demander auffi qu'on interrompe la
conftruction des Forts que les Ruffiens
font bâtir le long de la Mer Cafpienne ,
& dans la Georgie ; ces établiſſemens
pouvant rompre l'intelligence entre les
deux Etats.
De Mofcou , ce 18. Novembre .
L
A Pofte qui avoit été établie entre
cette Ville & Aftracan
n'a ſubſiſté
que pendant quelque
temps .
Le vent d'Oueft qui regne depuis quelques
jours a fait refluer les eaux dans le
Golfe de Finlande , & la ville de Peterf
bourg eft à la veille d'une feconde inondation.
Le Czar accompagné de la Czarine &
de la Cour eft parti d'Aftracan pour revenir
en cette ville où on les attend avec
impatience. On croit que Sa Majesté
Czarienne paffera ici l'hyver , & cette
opinion eſt d'autant plus probable que le
College de Commerce qui étoit resté à
Peterſbourg pendant les expeditions de
la Mer Cafpienne , a ordre de fe rendre
auprès du Czar.
Il a depuis un mois fait publier un
Manifefte qui apprend aux fujets fideles
Giij du
150
LE MERCURE
du Roy de l'erle que les troupes de Ruf
fie ne le font avancées fur leurs frontieres
, que pour fecourir un Monarque
abandonné ; ce Manifefte exhorte les
foldats qui ont pris parti dans les troupes
du Rebelle Miriveits , à rentrer dans
leur devoir , & à ſe ſoumettre à la clemence
de leur legitime Souverain , &
menace de punir , & de traiter avec la rigueur
dûe aux traîcies , ceux qui refuferont
d'écouter des confeils fi falutaires.
Le Czar declare par cet écrit qu'un motif
fi jufte l'a déterminé dans fa derniere
campagne , & non le defir de profiter
des troubles d'un Royaume déchiré par
la rebellion.
De Varfovie , ce 4. Decembre.
T pendant la tenue de la Diette gene-
Ous les projets meditez avant &
rale n'ont pas réuffi . Après cent contef
tations , tant au fujet de la démiffion du
Comte de Flemming que fur d'autres
affaires importantes qui ont duré juſqu'au
feize Novembre , fans pouvoir être
terminées par aucune décifion tranquille
& unanime , le Maréchal de la Diette a
été obligé de congedier la Chambre des
Nonces , le terme prefcrit par les loix du
Royaume pour la tenuë d'une Diette generale
DE
DECEMBRE 1722.
nerale étant expiré. Les affaires indecifes
reſteront au même état juſqu'à la prochaine
Dietre qui ne fe tiendra que dans
deux ans. Les Nonces font retournez .
dans leurs Palatinats pour y rendre
te de ce qui s'eft paflé dans leurs affemblées.
comp-
Le Confeil des Senateurs s'affembla le
25. Novembre pour déliberer fur le
temps qui conviendra à la tenue des pétites
Diettes de Relation , fur la neceffité
de pourvoir à la fureté des frontieres , de
reparer les fortifications de Kaminieck ,
& des places de l'Ukraine , de remplir
les Arfenaux de Cracovie , & de Leo
pold , de munitions de guerre , & d'y
raffembler l'artillerie du Royaume ac
tuellement difperfée dans plufieurs Villes
depuis la derniere guerre.
Le Roy fe trouve à toutes les affemblées
des Senateurs qui examinent à prefent
les prétentions de la Margravey
Doüairiere Albertine fur le Duché de
Curlande , & le paffage libre par Elbing
pour tous les fels qui vont en Pruffe . Oncroit
que ces affaires feront remifes à la
Diette prochaine.
Giiij
De
152
LE MERCURE
De Coppenhague , ce 6. Decembre.
MR le Comte de Freytade , Miniftre
de l'Empereur follicite trèsvivement
auprès du Roy de Dannemark
pour qu'il abandonne à la déciſion de Sa
Majefté Imperiale , l'affaire de la fucceffion
du feu Duc de Holftein-Ploen , &
l'affaire de M. de Rantzau .
On prétend que Sa Majesté Danoiſe
a donné ordre pour faire équiper quinze
vaiffeaux de guerre au Printemps prochain
. Les Officiers de Marine qui ont
été choifis pour aller faire des levées de
Matelots dans les Provinces , ont reçû
ordre d'avancer leur départ.
Le Roy a nommé M. le Baron de
Moffan , Gentilhomme de la Chambre ,
& plufieurs autres Officiers de fa Maifon
pour aller à Pinemberg au devant de
la Margrave de Bareith , mere de la Princeffe
Royale , & pour lui faire rendre fus
La route les honneurs qui lui font dûs.
O
De Stokolm , ce 8. Decembre.
N établit en Suede par Lettres
Patentes du Roy des voitures publiques
fur le même pied que celles d'Allemagne
, & il eft déja part des chariots
de
4
DE
DECEMBRE 1722.
153
de pofte reglée entre la ville de Stokolm
& celle d'Upfal .
+
M. de Bertuchef , Miniftre du Czar
follicite toûjours fortement , & avec de
nouvelles inftances pour faire reconnoître
ce Prince en qualité d'Empereur de
Ruffie , & pour faire accorder au Duc
d'Holftein le titre d'Alteffe Royale.
De Vienne , ce 7. Decembre. -
E 17. Novembre on fit l'ouverture
Lde
l'Affemblée generale des Etats de
la Baffe Autriche avec les cere nonies
ordinaires. L'Empereur s'étant mis fur fon
Thrône , le Comte Philippe-Loüis de
Sinzendorf , Chancelier Aulique declara
les intentions de Sa M. I. enfuite l'Empereur
parla au Comte- Louis- Thomas-
Remond de Harrach , Maréchal Provincial
, & Colonel general de la Baſſe
'Autriche , qui répondit que les Etats recevoient
avec
reconnoiffance les marques
de bonté que leur témoignoit S. M. I.
qu'ils examineroient le memoire que
leur avoit été remis , & qu'ils s'efforceroient
d'y fatisfaire.
On travaille à reparer les fortifications
de Belgrade , que l'on croit menacée
d'un fiege , fuivant les avis du Refident
Imperial à
Conftantinople.
Gy Le
154
LE MERCURE
Le Comte de Cowentzal eft pártt
pour Munich , où il doit affifter à l'acte
folemnel de renonciation aux Etats hereditaires
de la Maifon d'Autriche que
le Prince & la Princeffe Electorale de
Baviere y doivent ſigner .
Le Réfident du Czar réitere fes follicitations
pour faire accorder à fon Prince
le titre d'Empereur de toute la Ruffic .
On écrit de Lugos , près de Belgrade,
que les Turcs conftruilent de nouveaux
Ouvrages dans les dehors de Widin , &
qu'il y étoit arrivé un renfort de Janiffaires.
Un parti de ces troupes ayant
paffé la riviere , a fait quelques courſes
dans les environs de Lugos .
L'affaire du Comté de Teckelbourg
attire toute l'attention de l'Allemagne.
La Chambre Aulique prétend connoître
de cette affaire ; la Chambre de Wetflar
qui en eft faifie depuis plufieurs années ,
foutient avoir le droit de la juger en
dernier reffort , & fes prétentions paroiffent
établies dans le memoire que le
Roy de Prusle a fait publier pour prover
la validité de fa caufe ; I Comtele
de Benthein- Steir fort doit fournir inceffamment
une réponse à ce memoire.
On écrit de Berlin que le Roy de
Prufle fait défiler les troupes du côté de
Welel , & vers le Comté de la Marte.
De
DE
DECEMBRE 1722. ISS
De Londres , cè 18. Decembre.
E 28. Novembre on apporta de la
part du Roy à la Chambre des Seigneurs
un écrit , intitulé Declaration de
Jacques III. Roy d'Angleterre , d'Ecoffe
& d'Irlande à tous fes bons fujets destrois
Nations ; on en fit la lecture , &
les Seigneurs declarerent cet écrit un
libelle injurieux à la Nation , & attentatoire
à la veritable autorité Royale , &
ordonnerent que les exemplaires imprimez
feroient brûlez par la main du Boureau
devant la Bourfe , en prefence des
Sher fs ; ces réfolutions furent communiquées
à la Chambre des Communes
qui les approuva . Le fieur Leare a été
declaré criminel de haute trahifon , &.
fa fentence lui a été prononcée le 5. Decembre.
Il est condamné à être pendu
fes entrailles brûlées , & fon corps coupé
en quatre quartiers pour être expofé ;
il doit être executé le 23. Decembre.
La Chambre des Communes en grand
Comité a résolu d'accorder au Roy un
fubfide de 82000. livres fterling pour la
paye des Officiers de Terre & de Mer
de l'année prochaine , & un autre de
84252. livres sterling pour ce qui refte à
payer de la prefente année.
Gvj
L'im
156
LE MERCURE
L'impofition d'une taxe extraordinaire
de 1000co. livres fterling fur les biens
des Catholiques du Royaume , a été réfolue
le 4. Decembre , & le Bill doit être
remis devant les Communes pour être
examiné.
5.
Le Decembre l'Infanterie décampa
d'Hydeparck ; on la mis neuf compagnies
en garnifon à la Tour , un nombre pareil
dans les barraques conftruites à la Savoye,
& le refte dans le Fauxbourg de Soultwark,
& autres endroits de la Ville , où ces
troupes peuvent être neceffaires pour contenir
les efprits remuans de la populace.
L
De Lisbone , ce 15. Novembre.
Es lettres d'Elvas & de Campo-
Maior , apprennent que le 26. Octobre
il y avoit eu dans la campagne entre
ces deux Villes une tempête fi furieufe
, que non-feulement elle avoit abattu
les maifons , mais encore déraciné les Oliviers
qui font la richeffe de ces pays- là.
Le 10. Novembre le Roy donna audiance
publique aux trois Ambaffadeurs
du Roy Tocafo , le plus puiffant des
fept Souverains de l'Ifle de S. Laurent .
Ils ont offert à Sa Majefté Portugaife
les ports & rades des Etats de leur Prin
ce , propies à la conftructon des Forts
nceffaires
籌
DE DECEMBRE 1722. 157
neceffaires pour
de ce Royaume .
le fuccès du commerce
De Madrid, ce 4. Decembre
• que
le ,
N mande du Mexique
Marquis de Valero , qui en eft Gouverneur
, avoit reduit fous l'obéïffance du
Roy quelques Nations Indiennes , nommées
Najarites ou Chilchemetes , que
leurs montagnes inacceffibles avoient jufqu'à
prefent gatenti du joug. On a conftruit
des forts dans ces montagnes, pour y
affurer la domination Efpagnole ; il ne
refte plus d'indépendant au Mexique que
la Nation des Tecualmes qui habitent le
long de la côte..
L
De Rome , ce 2. Decembre.
E 21. Novembre au matin , le Paper
eut un accès de fievré confiderable ;
avec des douleurs de nephretique. Sa
Sainteté prit des remedes , qui lui firent
jetter beaucoup de fable , cette évacuation
la foulagea infiniment ; cependant
le 23. le Pape eut un vomiffement qui
dura long- temps , & qui fut fuivi d'une
groffe fievre. Ces fimptomes dange
reux ont continué jufqu'au premier Decembre
, que la fanté de S S. a com
·
mencé
158 LE MERCURE
mencé d'être meilleure. Cette maladie
retarda toutes les affaires , & M. l'Abbé
Tenfin , chargé des affaires de Frann'a
pû obtenir encore l'audience qu'il
demandoit.
ce ,
Le Cardinal de fainte Agnès , Secretaire
d'Etat , a envoyé ordre à M. Paffionei
, Nonce du Pape auprés des Canrons
Suiffes , de fe rendre à Cambray
pour affifter au Congrès de la part de Sa
Sainteté.
De Venife , ce r. Decembre.
N travaille fortement à la conf-
Otruction de plufieurs nouvelles Galeres
, qui feront prêtes pour le Prin
temps prochain. L'Adigeeft chargé d'une
quantité prodigieufe de Barques , qui
amenent de Brefcia & de Bergame des
munitions de guerre pour cette Ville.
On écrit de Malthe , qu'on repare avec
une très-grande diligence toutes les fortifications
, & qu'au commencement de
Fevrier prochain , il y aura plus de cinq
cens pieces de canon en batterie. On doit
faire à la tête de l'Aqueduc un nouvel
ouvrage qui en défendra l'approche..
D:
DE DECEMBRE 1722. 159
L
De Turin , ce 1. Decembre.
A groffeffe de la Princeffe de Pié
mont eft declarée.
La communication
avec le Milanès eft
rétablie depuis trois ſemaines , & on dif
penfe de la quarantaine
toutes les perfonnes
qui viennent de ce pays -là , pourvû
qu'elles foient munies de certificats de
fanté . Ceux qui viennent de Suiffe &
du pays des Grifons , trouvent les mêmes
facilitez en obfervant les mêmes formalitez.
On efpere bien-tôt la même
permiffion
pour les Provinces de Franqui
ont été affligées du mal couta
gieux , & où il a entierement
ceffé.
akakakakakakakakak
DIGNITEZ BENEFICES
,
& Charges des Pays Etrangers.
POLOGNE
.
E Comte de Prebendow
, Palatin de
LLivonie
, a obtenu le Palatinat de
Mariembourg
en Pruffe , qui eft un des
plus puiffans du Royaume , tant par fes
revenus que par l'étenduë de fa Jurif
diction.
Le
160 LE MERCURE
Le Comte de Morſtein a obtenu le Palatinat
de Livonie.
M. Poicy , Caftelan de Wilna , &
Grand General de Lituanie , a été fait
Palatin de Wilna.
Le Prince Czartoriſchi a été fait Caftelan
de Wilna.
Le General Poniatoufki a été fait Podftoli
de Lituanie.
M. Szolderski a été fait Palatin de
Kalifch-
M. Poninski a été nommé Caſtelan de
Gnefne.
M. Szorafzewski a été nommé Caftelan
de Prifemenh..
M. Ominski , Grand Veneur de Kalifx
, a été nommé Caftelan de Zrcilwinski.
M. Poninski , Capitaine aux Gardes de
Ia Couronne , a été nommé Grand Veneur
de Kalisk.
M. Putinc a été nommé Caftelan de
Mffeiffanie.
M. Steki a été nommé Caftelan de
Kiovie.
M. Stempronski , Caftelan de Zurnow
.
Le Comte Offolinski , Caftelan de
Dzekow.
M. Czecskouski , Caftelan de Lina.
M. Lokoski , Caftelan de Dobrin .
M.
DE
DECEMBRE 1722. 13
M,Tarnowski , Caftelan de Slonym
M. Chartezeuki , Caftelan de Ripni .
M. Lafaski , Caftelan de Conari en
Cujavie .
Le Prince Radzivil , fils du Palatin
de Novogorod , Grand-Ecuyer- Tran
chant de Lituanie.
M. Radzinki , Caftelan de Czersko .
Le Comte Potoki , Evêque & Prince
de Warmie , a été nommé à l'Archevêché
de Gnefne , Primat du Royaume.
Le Comte Szembeк , à l'Evêché de
Warmie.
M. Fredo , Evêque de Chelm , à l'Evêché
de Premiftie .
M. Szniawki , Prevôt de Plozko ;
Prince de Siclaw , à l'Evêché de Plocko.
M. Tarlo , Evêque de Kiovie , à l'Evêché
de Pofnanie.
M. Orga , Evêque de Leopol , à l'E
vêché de Cujavie.
M. Krerkowski , Referendaire Eccle
fiaftique de la Couronne , à l'Evêché de
Culm .
L'Abbé Czapski à la Coadjutorerie de
Culm .
Le Prince Czartoriski , à la Prevôté
'de Ploko , à laquelle eft attachée la Principauté
de Siclun.
M. Godski , Suffragant de Pofnanie ,
à l'Abbaye de Paradis
M.
162 LE MERCURE
M. Rupnicwski , Evêque de Lucced=
tie , à l'Abbaye de Pokrziwink .
M. Gouricwki , Saffragın : de la Ruffie
Blanche , à l'Abbaye de Sulejou.
M. Koludski , à la Prevôté de Gefne.
M. Rordrarcwki , Abbé de Lublin , à
la Prevôré de Mickow. Il a auffi obtela
Charge de Referendaire Ecclefiaftique
de la Couronne .
M. l'Abbé Kidwanowki , à l'Abbaye
d'Obersko.
ALLEMAGNE.
M Glume Comte de Trautſon ,
Chambellan de l'Empereur.
M. Francefco- Venceflas- Michel , Tre
forier hereditaire du S. Empire , Burgra
ve de Reyneck , Comte de Sinzendorf ,
Echanion hereditaire de la haute Autriche.
M. le Comte Jean- Guillaume du Vurmbrandt
, Vice-Prefident du Confeil Imperial
Aulique , a prêté ferment en quali
té de Confeiller au Confeil d'Etat.
PORTUGAL.
Le Comte de Saint Jean à obtenu da
Roy le titre de Marquis de Tavora.
Le Marquis d'Abrantes a été élù par
L'A.
. DE DÉCEMBRE 1722. 163
l'Académie des Arcadi , pour remplir la
place vacante par la mort de M. le Prince
de Lichtenftein , Grand - Maître de la
Maifon de l'Empereur.
ESPAGNE.
M. le Comte de Montemar , Lieute
mant General des Armées du Roy Catholique
, a obtenu par interim , le Com~
mandement general des Troupes de Catalogne.
Dom Antoine Lopès- Salcès a obtenu la
Treforerie generale des recompenfes , qui
vaquoit par la mort de Dom Laurent de
las Veneras.
ITALIE.
Dom Muzio Gaëta
> Gentilhomme
Napolitain , a été nommé par le Pape à
l'Evêché de Sainte Agathe des Gors.
L'Abbé Charles Lomellino , Genois ,
a été nommé à l'Évêché d'A jaſſo,
M. Spinola , à l'Evêché de Savone.
MORTS ET NAISSANCES
des Pays Etrangers.
M
R l'Evêque de Pofnanie a été trou
vé mort dans fon lit à Varfovie le
1.9%
164 LE MERCURE
19. Novembre , ce Prelat étoit de la Mai
fon de Tarlo.
Le Palatin de Marienbourg en Pologne
eft auffi mort d'apoplexie.
Le Bacha de Choczin eft mort , regret
té des Polonois , par rapport aux extrê
mies attentions qu'il avoit toûjours euës
de ne caufer aucune inquietude à leur
Republique.
La Marquife Doüairiere de Montecuculi
eft morte à Vienne en Autriche le
24. Novembre.
Le fils du Colonel Shute a été batifé
à Londres le 3. Novembre , le Roy , reprefenté
par leComte de Stairs &leComte
de Cadogan , ont été Parrains , & M1-
dame la Ducheffe de Kendale Marraine.
Le fils du Duc de Queenſbury fut batifé
à Londres le 29. Novembre par l'Archevêque
d'York ; il eut pour Parrains le
Comte de Rochefter , fon ayeul maternel
, & le Lord Carleton.
La Ducheffe de Sommerfet eft morte
le 4. Decembre dans le Palais de Northumberland;
elle étoit fille du Lord Par
ly , dernier Comte de Northumberland ,
& la derniere de cette Branche.
La Marquife de Carmarthen , fille du
Duc de Sommerfet , eft morte à Londres
d'une fauffe couche.
M. Pierre- Antoine Duverger , Conful
DE
DECEMBRE 1722. 159
ful general de France en Portugal , y eft
mort dans fa maifon de campagne de
Portella.
Le 14. Novembre Dom Louis de
Cordona Espinola de la Cerda - y - Arragon
, Marquis de Cogolludo , fils aîné
du Duc de Medina- Cell , époufa Dona
Terele de Moncade- y - Benavide fille
aînée du Marquis d'Ayetone, Le Nonce
du Pape leur donna la benedic
tion nuptiale. La Ceremonie fe fit à Ma
drid .
›
M. François Gortifredi , époufa à Rome
le 25. Novembre Donna Ricci . Le
Cardinal Tanara , Doyen du Sacré College
, leur donna la benediction nuptiale,
dans l'Eglife des Prêtres de l'Oratoire.
Le même jour , le Cardinal Corfini la
donna dans la même Eglife à M. Patrifio
Patrifi , qui époufa Donna Octavia
Lachetti.
M. Bonaventure Poeri , Archevêque
de Salerno , eft mort le 18. Novembre,
âgé de foixante & quinze ans. Il avoit
été General des Francifcains fous le Pontificat
d'Innocent XII.
JOURNAL
466 LE MERCURE
JOURNAL DE PARIS .
L
E Chevalier de Baviere eft parti pour
Munich ; on l'appelle à prefent
Comte de Baviere , & il a obtenu la
Grandeffe , en quittant l'Ordre de Malthe.
13
M. d'Agueffeau de Valjoin , Confeiller
au Parlement , frere de M. d'Aguelfeau
, Chancelier de France , a époulé
Madame la Prefidente de Marfilly.
Quoique le Roy , après la mort de Madame
, cut donné ordre qu'on rendît à
cette grande & vertueufe Princelle , les
honneurs dûs à fon rang , les Cerem
nies ordinaires furent fupprimées , pour
obéir aux dernieres volontez de Madame
, dictées par une humilité chrétienne,
qui fe trouve rarement parmi les grandeurs
du monde. Le corps de la Prin
ceffe n'a point été ouvert , & a été tranfporté
le 10. Decembre du Château de
S. Cloud à l'Abbaye Royale de S. Denis
, fans aucun appareil de pompe furebre
: voici l'ordre de la marche . Les Pages
de la grande & de la petite Ecurie du
Roy ; les Gardes du Corps de Monfieur
le Duc d'Orleans , Regent du Royaume,
DE DECEMBRE 1722. 167
me ; fes Cent- Suiffes ; les Pages & les
Valets de pied de la Princeffe défunte
de Monfieur le Duc d'Orleans & de Madame
la Ducheffe d'Orleans , portans des
flambeaux , précedoient & fuivoient le
caroffe où étoit le corps. Mademoiſelle
de Charolois , Princeffe du Sang , conduifoit
le deüil par ordre du Roy ; elle
étoit accompagnée par les Ducheffes
d'Humieres & de Tallard , la Marquife
de Châteautiers , Dame d'Atour de feuë
Madane , la Vicomteffe de Tavanes &
la Marquife de Flamarin. Les caroffes
fuivans étoient remplis par les principaux
Officiers de feue Madame , & ceux de
Monfieur le Duc d'Orleans & de Madame
la Ducheffe d'Orleans . M. l'Abbé
de S. Gery de Maignas , Premier Aumônier
de feue Madame avec les Aumôniers
de cette Princeffe ; le R. Pere de Lignieres
, Jefuite , Confeffeur du Roy & de
la défunte Princeffe , & M. le Doyen,
Curé de S. Cloud. Le Convoy fut reçu
à la porte de l'Eglife de l'Abbaye de S.
Denis , par le R. Pere Prieur , à la tête
de fes Religieux , à qui l'Abbé de S. Ge-
~ry de Maignas prefenta le corps , & après
les prieres accoûtumées & prefcrites par
l'Eglife dans ces triftes Ceremonies , il
fut dépofé dans la fepulture des Princes
de la Maifon Royale.
Le
# 68 LE MERCURE
Le Service folemnel doit fe faire après
quarante jours , & l'Oraiſon funebre de
Madame fera prononcée par M. l'Evêque
de Clermont , qui rencontre dans la
pieté de cette refpectable Princeffe une
matiere digne de fon éloquence.
Le deuil a été fixé à quatre mois & demi
, & on a pris de fages précautions
pour arrêter la cupidité des Marchands ,
qui vouloient rencherir exorbitamment
toutes les étoffes noires , tant Draps que
Ras de S. Maur. Les prix ont été taxez
par un Arrêt du Confeil d'Etat , & pour
en affurer l'execution , M. d'Argenfon ,
Lieutenant General de Police , avoit dès
la nuit même de la mort de Madame ,
accompagné des Commiffaires & Officiers
de la Police , fait des recherches des
Draps & Ras de S. Maur , chez les Marchands
, & pris un état general des étoffes
exiftantes dans leurs Magazins &
Boutiques ,
Le Roy prit le grand deüil le Dimanche
13. Decembre , & reçut le 15. à
l'occafion de la mort de Madame , les
refpects de Monfieur le Duc d'Orleans
& de M. le Duc de Chartres ; les Princes
& Princeffes du Sang s'acquitterent
le même jour de la même Ceremonie
qui fut continuée par les Seigneurs &
Dames de la Cour , tous en grands habits
de deüiil . Le
DE
DECEMBRE 1722. 169
Le Parlement eut audience du Roy le
16. M. de Meme , Premier Prefident ,
porta la parole , & complimenta S. M
fur la mort de Madame ; enfuite la
Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & le Corps de Ville s'acquitterent
de ce devoir les Chefs de ces Compagnies
porterent la parole. L'après -midi ,
le Grand Confeil , la Cour des Monnoyes
, l'Univerfité & l'Académie Françoife
, furent prefentez au Roy , ainfi
que les autres Compagnies , par le Comte
de Maurepas , Secretaire d'Etat . Le
Marquis de Dreux , Grand- Maître des
Ceremonies , les conduifit à l'audience.
Le même jour , les Cours Superieures
& autres Compagnies , qui avoient été.
admifes à l'audience du Roy , allerent
complimenter auffi fur la mort de Madame
, Monfieur le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume.
Le Nonce du Pape obrint le 23. au
dience du Roy , & fit à Sa Majesté des
complimens de condoleance fur la mort
de Madame ; il fut conduit par le Chevalier
de Sainctor , Introducteur des Ambaffadeurs
, qui étoit en grand manteau
de deüil. Le Duc d'Harcourt , Capitaine
des Gardes du Corps , en grand manteau
de deüil , reçut le Miniftre du Paà
l'entrée , & en dedans de la porte
H de
pe
170 LE MERCURE
de la Salle des Gardes du Corps , qui
étoient fous les armes. Les Princes du
Sang & les Grands Officiers , qui étoient
auprès du Roy , étoient auffi en grand
manteau de deüil .
La même Ceremonie fut óbfervée par
les Ambaffadeurs d'Efpagne , de Sardai
gne & de Malthe , & les Envoyez de Portugal
, de Heffe - Caffel & de Parme ;
qui complimenterent Sa Majefté , & parurent
tous à l'audience du Roy en grands
manteaux de deiiil . Ces Miniftres allerent
enfuite à celle de Monfieur le Duc
d'Orleans & de Madame la Ducheffe
d'Orleans , dont les appartemens étoient
tendus de deuil , les Dames , étoient en
mantes.
M. Morofini , qui eft arrivé le 8. Decembre
à Paris , en qualité d'Ambaſſadeur
ordinaire de la Republique de Veniſe
, fait travailler fortement à fes équipages
, pour faire fon entrée après les Fêtes
de Pâques.
Le Duc de Gêvres , reçu au Parlement
Gouverneur de Paris , en furvivance de
M. le Duc de Trêmes , fon pere , a été
enfuite reçu à l'Hôtel de Ville en la même
qualité , avec un appareil magnifique.
Le
repas a été fuperbe, & par la grande
chere , & par le rang des Convives.
Le 13. troifiéme Dimanche de l'Avent ;
le
DE DECEMBRE 1722. 171
le Roy , accompagné de Monfieur le Duc
d'Orleans , entendit dans la Chapelle du
Château la Meffe chantée par la Mufique
, & l'après-midi Sa Majefté enten,
dit la Predication du R. Pere Boyès ,
Theatin .
Le Dimanche 20. le Roy s'acquitta
des mêmes devoirs de pieté , & le Lun
dy 21. Sa Majefté alla fe promener à
Trianon , auffi - bien que le lendemain
Mardy.
1
Le Mercredy 23. le Roy fe confeffa au
R. Pere de Lignieres , Jefuite , Confef
feur de S. M.
par
Le Jeudy 24. veille de Noël , le Roy,
revêtu du grand Collier de l'Ordre du
S. Efprit, entendit la Meffe dans la Chapelle
du Château de Verfailles , & communia
par les mains du Cardinal de Rohan
, Grand Aumônier de France , qui
officia à cette premiere Meffe. La nappe
étoit tenue , du côté de Sa Majefté ,
le Duc de Bourbon & par le Comte de
Clermont , & du côté de l'Autel
, par
l'Evêque de Mets , Premier Aumônier
& par l'Abbé Milon , Aumônier de Sa
Majefté. Le Roy entendit enfuite une
feconde Meffe , & toucha 160. Malades .
L'après-midi , le Roy affifta aux premieres
Vêpres de la Fête , où M. l'Evêque
de Laon officia pontificalement. Sur les
Hij cinq
172 LE MERCURE
"
cinq heures Sa Majefté entendit le Salut,
& à minuit les trois Mefles ; la Mufique
y chanta des Motets fur le chant
des Noëls.
que
Le jour de la Fête la grande Meſſe
fut celebrée par l'Evêque de Laon , &
chantée par la Mufique , le Roy y aſſiſta ,
accompagné de Monfieur le Duc d'Or
leans , & l'après- midi Sa Majefté entendit
les Vêpres , la Predication du R. Pere
Boyer , Theatin , & le Salut ...
Les marques pub'iques de zele & de
joye , que le Marquis de Joyeuſe Grandpré
, Lieutenant General des Provinces
de Champagne & de Brie , Colonel du
Regiment des Cravates , a données à
l'occafion du Sacre du Roy , furtout par
la chaffe du Chevreiiil , dont Sa Majefté
parut très - fatisfaite , ont été renouvellées
, & ont , pour ainſi dire , redoublé ,
lors des réjouiffances publiques faites à
Rheims le 8. de ce mois , fur l'heureux
retour du Roy à Verfailles. Après le Te
Deum , chanté dans l'Eglife Cathedrale,
on a tiré un fuperbe feu d'artifice dans
la principale Place , auquel le Marquis
de Grandpré a mis le feu , toute la Bourgeoifie
étant fous les armes , & faifant
des décharges de moufqueterie , qui ré-
Fondoient aux falves du canon de la Vil.
le. Il y eut en même temps des illuminations
DE DECEMBRE 1722. 173
nations à toutes les fenêtres des maifons ,
& des feux de joye devant toutes les port
res. On n'a jamais entendu tant d'accla
mations de la part du peuple ; ces réjouiflances
furent fuivies d'un grand &
magnifique repas que le Marquis de
Grandpré donna dans fon Hôtel , extraordinairement
éclairé & illuminé , aux
Magiftrats & aux Dames ; le fouper fat
fuivi d'un Bal qui dura bien avant dans
la nuit. C'eft ainfi que s'eft paffée-cette
grande fête , pendant laquelle des fontaines
de vin ont continuellement coulé
à la principale porte de l'Hôtel du Marquis
de Grandpré.
Le 18. de Decembre les Députez de
la Principauté de Joinville , appartenant
à Monfieur le Regent , ont eu l'honneur
de complimenter S. A. R. fur la mort de
Madame.
Les Députez , font Mrs Sauvage , Cle
ment & Piat , ce dernier a porté la parole.
L'Abbaye de l'Ile - Dieu , Ordre de
Premontré , Diocéfe de Rouen , vacante
par la démiffion du fieur Charles de
Cuve de Préfontaine , a été donnée au
fieur Pierre de la Ruë , Prêtre du Diocéfe
de Bayeux , à la charge d'une penfion
de 15.00 . liv. par ledit fieur de Préfontaine.
H
iij
Le
174 LE MERCURE
*
3.
Le Roi de Portugal a nommé M. de
Mendoce , fon Envoyé extraordinaire
auprès des Etats Generaux. Il commence
à 24. ans une cariere , où M. fon pere
s'eft fignalé au même âge , & qui après
ure délicate & glorieufe ambaffade en
Efpagne , la conduit au pofte important
d'unique Secretaire d'Etat , qu'il remplit
avec un zele , un definterellement ,
& une capacité que très - peu de gens
pourroient réunir . Dans l'occafion dont
il s'agit , le merite du fils n'a rien laiffé
faire aux fervices du pere , M. l'Abbé
de Mendoce joint au plus parfait caractere
un genie , qui a bien dû profiter de
l'excellente école où il fe trouve depuis
deux ans dans le commerce d'un Miniftre
comme Don Louet da Cunha , cet ancien
& intime ami de M. le Secretaire
d'Etat s'eft fait un plaifir de fervir de
guide & de pere à M. l'Abbé Mendoce.
Du 10. Decembre 1722. M , Jean
Charles Tallegrand de Perigord , Prince
de Chalais , Grand d'Efpagne , fils de
M. Jean Tallegrand de Perigord , Prince
de Chalais , Marquis Dexxy , Deüil ,
Seigneur des Baronies de Mareuil ,
Yvier , &c. & de Dame Julie de Pompadour
a époulé à S. Euftache Dame
Marie- Françoife de Rochechouard de
Mortemart.
Le
DE DECEMBRE 1722. 175
Le 20. de ce mois Anne Augufte de
Montmorancy, Prince de Robecq , Lieutenant
General des Armées du Roy ,
Grand d'Efpagne de la premiere Claffe ,
Chevalier de la Toifon d'Or , accompagné
des Ducs de Richelieu , de Luxembourg
, de Chatillon , de Montmorancy,
de Retz , d'Epernon , d'Olone, des
Marquis du Bellay , de Saillans , prefenta
au Roy à figner fon contrat de
mariage avec De Catherine du Bellay ,
& ils furent époufez la nuit du 22. au 23.
Les noms de Montmorenci& du Bellay
font fi connus dans l'hiftoire , qu'il feroit
inutile de raporter tous les grands hommes
qui en font fortis , il feroit très - difficile
de trouver deux maifons en France
plus illuftres que ces deux-là , tant du
côté paternel que maternel , la mere de
M. le Prince de Robecq étoit de la maifon
de Croui Solren , une des plus illuftres
de la Flandres. La mere de Mile
du Bellay eft de la maifon de Jaucourt
Villarnous d'une des plus anciennes Nobleffes
de Bourgogne. M. le Prince de
Robecq connu fous le nom du Comte
d'Eftains , Colonel dù Regiment de Normandie
, à la tête duquel il s'eft diftingué,
& a reçû plufieurs bleffures aux fieges de
Barcelone & de Girone devint Prince
de Robecq par la mort de fon aîné à
Hiiij Mi176
LE MERCURE
Madrid , où il étoit Colonel des Gardes
Valones , & eft le dernier de ſa branche ,
Mile du Bellay eft auffi la derniere de
la fienne par la mort de Madame la Mirquife
de Saillans , ſa foeur.
Le 22. de Decembre 1722. M. le Camus
, Premier Prefident de la Cour des
Aydes , Commandeur des ordres du
Roy , époufa en fecondes nôces , Mie le
Maître , de l'illuftre famille de ce nom ,
dont il y a eu de grands Magiftrats , &
notamment un celebre Premier Prefident
au Parlement fous Henry II . Cette
Dile eft fille unique de M. le Maître ,
Confeiller Honoraire au Parlement , dont
le frere eft mort Chevalier de Malthe ;
elle eft niéce du côté maternel de M.
Boucher , Preſident de la Cour des Aydes
, Intendant de Guyenne , & de l'Abbé
Boucher , Confeiller - Clerc au Parlement
; qui fit la celebration du mariage
fur le midy dans l'Eglife de S. Paul , en
prefence du Curé de cette Paroiffe , &
d'une nombreuſe affemblée de perfonnes
de qualité , parens ou amis des mariez.
M. le Camus eft le troifiéme de fa famille
, Premier Prefident en la Cour des
Aydes ; elle a auffi donné trois Procureurs
Generaux , plufieurs Confeillers , & un
autre Prefident à cette Cour , des Maîtres
des Requêtes , Intendans de Provinces
,
DE DECEMBRE 1722. 177
vinces , Confeillers d'Etat , un Lieutenant
Civil , tous perfonnages d'un merite.
diftingué , & un Cardinal , Evêque de
Grenoble auffi éminent en vertu qu'en
dignité.
J
Le Prince Royal , frere du Roy de
Portugal , eft parti le 29. de ce mois.
pour s'en retourner à Vienne par la Hol
Tande. Il laiffe ici une haute idée de fon
merite. La Cour & la Ville le regrettent
également. Ce Prince fatisfit l'empreffement
qu'il avoit d'entendre M. Mar
chand qui touche l'orgue des Cordeliers
, le 28. de ce mois , n'ayant pû fe
donner cette fatisfaction à l'Office de la
nuit de Noël , pendant lequel cet habile
Maître ne joue point depuis quelques
années , pour éviter l'indécence que caufoit
la foule du peuple , & des curieux .
Le Prince de Portugal monta à l'orgue ,
accompagné du Prince de Radzewil , &
d'autres Seigneurs Portugais & Allemans ,
il s'aflit fur le même banc de M. Marchand
, & entendit pendant plus d'une.
heure les merveilles de cet illuftre Mai--
tre.
On mande de Rome que la Princeffe
des Urfins y eft morte le 5. de ce mois
âgée d'environ 80. ans . Anne Marie de
la Tremouille , étoit veuve en premieres
nôces d'Adrien Blaife de Talayran de
Cha- Hv
178 LE MERCURE
Chalais , Prince de Chalais , mort à Venife
en 1670. & en fecondes de Don Flavio
Urfini , Duc de Bracciano , & de
San- Gemini , Chevalier des Ordres du
Roy , & Grand d'Eſpagne , qui mourut
à Rome , âgé de près de 80. ans. Cette
Princeffe a nommé le Cardinal Aquaviva,
le Cardinal Gualterio , & l'Abbé de
Gamaches, Auditeur de Rotte , pour executeurs
de fon teftament , & du codicile
par lequel elle donne au Chevalier de
S. Georges une tabatiere d'or garnie de
diamans en dehors , & en dedans du Portrait
du Roy d'Espagne. Elle legue à la
Princeffe Sobieska la magnifique toilette
que le feu Roy avoit donnée à la feuë
Reine d'Efpagne. Elle inftitue le Duc de
Lanti , fon neveu , heritier de tous les
biens & revenus qu'elle avoit à Rome ,
& le Duc de Noirmoutier , fon frere , de
ceux qu'elle avoit en France.
EDIT ,
DE DECEMBRE 1722. 179
XMXX:
EDIT , ARRESTS , & c .
EDIT
DIT du Roy , donné à Versailles au mois
de Novembre 1722. regiftré en Parlement
le 31. Decembre , portant fuppreffion de deux
millions de livres , de rentes perpetuelles au
denier cinquante fur les tailles.
Et creation de quatre millions de livres ; de
rentes viageres au denier vingt- cinq fur les
Aydes & Gabelles .
ARREST du Confeil d'Etat du 1. Decem
bre 1722. concernant la maniere de proceder à
la vente des Offices de Chancellerie , faifis fur
les particuliers , compris au rôle du 15. Septembre
dernier , par lequel Sa Majesté ordonne
que les Offices de Secretaires du Roy , & autres
à la nomination de Monfieur le Garde des
Sceaux , & des grandes & petites Chancelleries
qui ont été , ou pourront être faifis , à lạ
requête du. fieur Turgy , faute de payement:
des impofitions à titre de Capitation extraordinaire
, feront vendus & adjugez , le Sceau
tenant , après trois publications , en la maniere
accoutumée , & que les deniers proves
nans , tant du prix des Adjudications , que
des gages , profits & émolumens defdits Offi
ces , foient remis au fieur le Virloys , Commis
par l'Arreft du 15. Septembre dernier pour la
fecette des deniers provenans de ladite impo
fition .
ARREST du: 8. dudit mois par lequel Sa
Hvj
Ma
180 LE MERCURE
Majefté proroge encore le terme porté par
l'Arrest du 15. Septembre dernier , jufques &
compris le dernier jour de Mars prochain , pendant
lequel temps les Changeurs continueront
d'être payez de leurs droits par les Directeurs
des Monnoyes , fur le même pied qu'ils le font
actuellement réitere Sa Majellé les expreffes
inhibitions , & défenfes faites à toutes fortes
de perfonnes , autres que lefdits Changeurs &
Releveurs des deniers du Roy , de recevoir aucunes
anciennes Efpeces ou Etrangeres , ni d'en
donner en payement , à peine de confifcation
& de trois mille livres d'amende contre cha un
des contrevenans , applicable moitié aux dénonciateurs
, & l'autre au profit de Sa Majesté .
ARREST du Confeil d'Etat du Foy , du 14-
Decembre , par lequel Sa Majefté fait don à
la Compagnie des Indes , à perpetuité , des
Munitions , Artillerie , Armes , Meubles ; Captifs
acquerats , & autres chofes à elle appartenant
qui fe trouveront dans les Forts &
Comptoirs conftruits & établis à la Cofte de
Guinée au jour que ladite Compagnie des
Indes s'en mettra en poffeffion .
ARREST du 15. dudit mois , qui ordonne
qu'en remettant par le fieur Rolland , chargé
par Arreft du Confeil du 10. Avril 1708. du
recouvrement des reftes du rachat des bouës
& lanternes de la Ville , Fauxbourg de Paris ,
& les Receveurs particuliers dudit rachat ea
tre les mains du fieur Pierre le Febvre , que Sa
Majefté a commis & commet à cet effet , les
quittances de Finance par eux données en reprife
dans la dépenfe de leurs comptes ils en
demeuteront bien & valablement déchargez ;
que
DE
DECEMBRE 1722. FSTI
que par ledit le Febvre lefdites quittances fe
ront délivrées aux particuliers , qui ont payé
ledit rachat , en lui remettant les recepiffez
tant dudit Rolland que defdits Receveurs par
ticuliers , pour le montant defdites quittances
de Finance , & à la charge par eux de lui rem
bourfer le droit de Contrôle de chacune defdites
quittances , ce qu'ils feront tenus de faire
dans les fix premiers mois de l'année prochaine
1713. & faute par lefdits particuliers d'avoir
retiré lesdites quittances de Finance dans ledir
temps , & icelui paffé , les recepiffez dont ils
font porteurs demeureront nuls & de nul effet .
ARREST du même jour par lequel Sa Ma
jefté declare n'avoir entendu comprendre dans
les défenfes portées par l'Arreft du 18. Aouft
dernier , les Armoires , Parquets , Lambris , &
autres Ouvrages de Menuiferie deftinez pour
L'Eftranger , lefquels pourront être tranfportez
comme cy- devant hors du Royaume , pari
tous les Eureaux de fortie , en payant les droits
ordinaires .
ARREST dudit jur , qui ordonne que l'article
premier de l'Atreft du 24. Aouſt 1720.
fera executé felon fa forme & teneur ; & en
confequence qu'à compter du premier Janvier
1711 les Villes & Communautez du Royaume
qui font chargées de rentes ou d'interefts ,
ne les payeront que fur le pied du denier cinquante
fait Sa Majefté défenſes aux Offi
ciers Municipaux , & aux Treforiers & Receveurs
defdites Villes & Communautez d'en
faire le payement , commencer pour les arrerages
qui ont couru depuis fur un plus haut
pied , à peine de radiation contre les comptat
à
bles
182 LE MERCURE
bles , & de reftitution contre les parties pre- .
nantes . Veut Sa Majesté que les rentes ou interefts
, dont les proprietaires n'auront pas
confenti fur leurs contrats ou autres Titres de
proprieté , la réduction au denier cinquante,
commencer dudit jour premier Janvier 1711.
dans un mois de la publication du prefect
Arreft , ceffent d'être employez dans l'état de
dépenfe defdites Villes & Communaut z , jufqu'à
ce qu'ils ayent confenti ladite réduction :
veut en outre Sa Majesté que les deniers Pa
trimoniaux defdites Villes & Communautez ,
enfemble les Octrois , tant ordinaires qu'extraordinaires
, foient employez à l'avenir ;
premierement au payement fur le pied du denier
cinquante des arrerages des rentes & des
interefts dûs par lefdites Villes & Communautez
à ceux qui auront confenti la réduction ;
fecondement d'acquitter les gages des Officiers
créez par l'Edit du mois d'Aouft 1722. doar
Fe fonds fera fait , à commencer du premier
Octobre derniers troifiémement au payement
des dépenfes neceffaires , & le furplus enfemble
les deniers provenans des impofitions or
données par differens Arrests , & deftinées à
Pacquittement des dettes de certaines Villes &
Communautez , à rembourſer lefdites dettes ,
fuivant les deftinations portées par ledits
Arreſts.
ARREST du Confeil d'Etat du même jour ,
portant nouveau Reglement pour la confection
des Rôles , & pour le recouvrement de la C1-
pitation fur les Bourgeois & Habitans de la
Ville de Paris , & qui ordonne l'execution des
Arrests & Reglemens rendus en 1699 1701.
1711. & 1718, & en confequence que tous les
redevaDE
DECEMBRE 1722. 1722.
183
redevables fans diftinction d'état & de condirion
, feront tenus de payer les taxes par eux
dûës , tant de leur chet , que de celui de leurs
Officiers & domestiques , & autres perfonnes
qui font à leur charge , dans un mois pour
Tout delai , à compter du jour de la publication
des Arrefts .
ARREST du La dudit mois , qui nomme des
Commiffaires , pardevant lefquels feront faites .
à la requête de Simon Camery , toutes les
pourfuites neceffaires , pour parvenir au recouvrement
des fommes portées aux rolles des
taxes de la Chambre de Juftice , arrêtez aus
Confeil , en execution de la Declaration du 18 .
Septembre 17 16.
ARREST dudit jour , qui ordonne que less
Rôlies arrêtez en execution de la Declaration
du 18. Sepiembre 1716. feront inceffamment
executez felon leur forme & teneur , pour ce
qui refte à recouvrer conformément à iceux ,,
ou aux Arrests de moderation , à la requête ,
pourfuites & diligences du fieur Simon Camery
que Sa Majesté a pour ce commis & fubrogé
au lieu & place de Jean Louis de Thian,
ci- devant commis aufdites pourfuites ; Et que
les fommes qui restent à recouvrer defdites
taxes , feront payées entre les mains du fieur
Olivier , Receveur General de la Chambre dè
Juftice , dans buitaine pour tout delai , &c.
C
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , du
27. Detembre , qui proroge le délai accordé
par la Declaration du 9 Aout dernier pour
le payement du Preft & Annuel jufqu'au 20.
Fanvier 1723. cn faveur des Officiers des Prox
vinces feulement.
ARREST
194 LE MERCURE
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , qui
ordonne que ceux , qui avant le 15. Ferner
prochain , auront fait leurs foumiffions pour
aucuns des Offices Municipaux rétablis par
l'Edit du mois d'Aouft dernier , & qui en auront
obtenu des provifions avant le premier
Avril , jouiront des gages & droits y attri
buez , à commencer du premier Octobre
dernier.
ARREST du Confeil d'Etat du Foy , da
29. dudit mois qui proroge en faveur des
Officiers de la Ville de Paris jufqu'au 15. du
mois de Janvier 1723. inclufivement , le de:
ai accordé par la Declaration du 9. Aouft
dernier , pour le payement du Preft & Annuel.
DESAVE U autentique fait par M.
Fufelier de la Comedie du nouveau
Monde , & de celle de l'Oracle de
Delphes.
Es interrogations fatiguantes que
j'étois obligé d'effuyer à chaque inf
tant , fur la Comedie du Nouveau Monde
, & l'acharnement des Differtateurs
éternels , à m'attribuer encore celle de
l'Oracle de Delphes , m'ont enfin forcé
à chercher une protection refpectable"
contre les perfecutions du préjugé.
L'Auteur de la derniere de ces pieces,
en la retirant du Theatre , a occafionné
des bruits qui ne font pas avantageux
pour
DE DECEMBRE 1722. 185
pour fon Ouvrage : le jour qu'il fit cette
retraite judicieufe , les Comediens
annoncerent qu'il n'interrompoit les reprefentations
de fa Comedie que pour la
corriger ; mais on eſt ſi peu accoûtumé
à voir fortir les Poëtes de la Scene fi
modeftement , que le public a penfé d'abord
, que cette fortie n'étoit pas toutà-
fait volontaire , quoique veritablement
elle ait été fort libre. Auffi- tôt la malignité
des beaux efprits dogmatifans dans
les Caffez , a enfanté cent analyſes empoifonnées
fur cette Comedie , & s'eſt
obſtinée plus que jamais à la mettre fur
mon compte , & cela par charité poëtique.
J'ai cru devoir arrêter ces difcours "
pernicieux , & me juftifier , non pas à
ces raisonneurs ennuyeux , dont les idées
chimeriques & les décifions temeraires
me font indifferentes , non pas à leurs
Auditeurs credules , qui fe laiffent ſeduire
par la fluidité de leurs aigres declamations
, mais aux efprits raifonnables
ennemis des Mufes trop hardies. Je
m'étois flatté que le defaveu que j'ai fait
de la Comedie du Nouveau Monde ,
dans le Mercure d'Octobre dernier , defabuferoit
ceux qui m'en croyent l'Auteur ,
mais il faut que la fincerité du Parnaffe
foit bien décriée dans le monde , & que
quelques-uns de mes Confreres ayent bien
tra
786 LE MERCURE
travaillé à lui attirer cette méchante re
putation , pour qu'on croye un Auteur
capable de faire imprimer une impofture
très-aifée à éclaircir , dès que les Superieurs
en voudront prendre la peine.
Je n'ai pas trouvé.de fecret plus certain,
pour m'affranchir de la tyrannie de l'erreur
, que de fupplier très - humblement
Monfeigneur le Cardinal du Bois , de me
permettre de le citer au fujet du defaveu
que je fais autentiquement de ces deux
Comedies. Ofera- t- on fe figurer , que
j'impofe au Premier Miniftre du Royaume
, qui a la puiflance de découvrir la
verité & de punir le menfonge ? J'ai eu
le bonheur d'obtenir cette permiflion , qui
finira feurement la guerre que la prévention
me déclare : Monieigneur le
Cardinal auroit- il voulu refuler à moi
feul le repos que Son Eminence maintient
dans toute l'Europe ? Au refte , j'avertis
bien ferieufement tous mes Commentateurs
( car j'ai l'honneur d'en avoir autant
que les anciens , à cette petite d : fference
près , que ceux des Grecs & des
Romains , ne s'appliquent qu'à les admirer
, & que les miens ne s'étudient
qu'à me noircir. ) J'avertis donc tous
mes Commentateurs , que le defaveu que
je fais ici , n'envelope aucune cenfure de
ma part contre la probité des Auteurs
des
DE DECEMBRE 1722. 187
pas
d'hudes
deux Comedies qu'on me donne malgre
moi. Je les defavoue fimplement ,
parce que je ne les ai point faites : c'eſt
un hommage que je dois à la verité , &
ane précaution que je me dois à moi - même
, & contre le ridicule , & contre les
foupçons injuftes : Si je ne me défendois
pas fortement d'avoir compofé ces deux
Comedies , je paroîtrois coupable aux
yeux des perfonnes , qui ont trouvé de
la licence dans l'Oracle de Delphes , &
je paroîtrois fufceptible d'une vanité
puerile , à ceux qui ont loué le Nouveau
Monde , dès qu'ils en reconnoîtroient le
veritable Auteur ; je ne fuis
meur à m'approprier , ni la gloire , ni
les fautes d'autrui . S'il ne s'agiffoit dans
cette conjoncture- cy , que de paffer pour
ne point mettre de conduite dans des
pieces de Theatre , je prendrois genereufement
mon parti fur ce petit malheur
mais il eft queftion de ne me pas laiffer
imputer la mauvaife conduite que j'aurois
moi- même , fi j'avois donné lieu aux
difcours que fait tenir la fuppreffion de
l'Oracle de Delphes. Il m'importe fort
peu de paffer pour Auteur exact ; il eſt
permis à un honnête homme , de ne pas
trop s'embaraffer de ce qu'on penfe de
ta jufteffe de fon efprit , mais il ne doit
pas étre infenfible à ce qui bleffe la droiture
de fon coeur.
ވ
On
188 LE MERCURE
On vient de m'apporter dans le mo
ment , un Exemplaire imprimé de la Co
medie du Nouveau Monde ; je l'employe
pour réponſe à l'objection qu'on m'a faite
cent & cent fois , que j'ai oblervéen
donnant Momus fabulifte au Theatre ,
le même mystere qui a été pratiqué à
l'égard des deux Pieces nouvelles qu'on
me prodigue avec entêtement. On n'a
qu'à jetter les yeux fur la premiere page
de Momus fabulifte , on y lira mon
nom ; l'Auteur du Nouveau Monde nous
cache toûjours le fien , & ce n'eft pas
furement un acte d'humilité , car en par
courant la Preface , j'y ai rencontré par
tout le ton doctoral d'un Ecrivain feur
& inftruit de fon merite : quant à moi,
je n'ai jamais pris le ton doginatique , &
il ne me fiéroit pas . L'Anonyme nous apprend
que fa Comedie doit fervir à rectifier
la Poëtique d'Ariftote ; il n'a pas
la plus legere inquiétude fur les perils de
l'impreffion , qui détrompe quelquefois
les plus zelez partifans d'un Ouvrage de
Theatre ; cette fécurité procede d'une
connoiffance exacte des perfections du
Nouveau Monde , qu'il a la bonté de recapituler
amplement dans cette longue
Preface , en faveur des Lecteurs aveuglez
, qui auroient pû ne s'en pas appercevoir.
L'incognito conftant de ce brillant
DE DECEMBRE 1722. 189
lant anonime me laiffe en poffeffion de fes
lauriers ; il ne tient qu'à moi de profiter
de fon filence , & d'ufurper l'encens qu'il
fe promet , j'y renonce pourtant ; biengens
vont me croire doüé d'une vertų
épurée ; il n'eft que les connoiffeurs , qui
peut- être ne me trouveront pas fi modefte
.
des
L
SUPPLEMENT.
E Cardinal du Bois , prit fon rang
d'Académicien , & affifta au compliment
de condoleance que l'Académie
Françoife fit au Roy fur la mort de
Madame . M. de Fontenelle qui portoit
la parole fit un difcours très-pathetique,
& très-éloquent.
Le 15. Decembre le Cardinal du Bois,
Premier Miniftre fut élû membre de
l'Académie Royale des Sciences , à la
place honoraire , vacanté par la mort de
M. d'Argenfon
.
3
Le même jour Mrs de Loncemagne
& Secouffe , furent choifis pour affociez
dans l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres , à la place de M Boivin
, l'aîné , & l'Abbé Gedoyn qui font
montez depuis peu au rang des Pen-
Gonnaires.
Le
190
LE MERCURE ·
Le premier Janvier 1723. M. Loüis
de Courcillon de Dangeau , Abbé de
de Fontaine Daniel , Ordre de Câteaux,
Diocefe du Mans , Prieur de Gournay fur
Marne , Camerier d'honneur du Pape , &
Doyen de l'Académie Françoife , eft mort
à Paris , âgé de 80. ans.
Le même jour le P. Dom Loiiis Turquois
, Religieux de l'Ordre de S. Bernard
de la Congregation des Feüillans ,
fameux Predicateur , eft auffi mort à Paris
, âgé d'environ 70. ans , après une
longue maladie.
ARREST du dernier Decembre , qui
ordonne l'execution des Arrefts des 14-
Septembre & 28. Octobre 1722 .
les
Et en confequence , que par les fieurs
Commiffaires du Confeil nommez ,
Feüilles & Certificats de Liquidation
qui font dans les Caiffes de Paris , feront
biffez & annullez le 20. Janvier 1723. &
que les Subdeleguez des fieurs Intendans
des Provinces envoyeront dans le 10. Fevrier
fuivant , les Feuilles & Certificats
de Liquidation des Parties qui n'auront
pas été confommées , pour être de même
biffez & annullez, & enfuite le tout brûlé.
ARREST du 29. rendu à l'occafion
de la contagion , dont quelques cantons
de
DE DECEMBRE . 1722 . 191
,
la Provence , & du Languedoc ont été
affligez , par lequel Sa Majefté ordonne
qu'à commencer du jour de la publication
dudit Arreft , toutes les marchandifes
& autres effets qui partiront des Provinces
& lieux où les lignes avoient été
établies , pourront être voiturez & tranfportez
librement , & feront reçûs dans
toutes les Villes & lieux , tant defdites.
Provinces , que des autres du Royaume
fans que les proprietaires ni les voituriers,
foient obligez de faire mettre des plombs
aux balles & ballots qui renfermeront
lefdites marchandiſes & effets , ainſi qu'il
avoit été cy- devant ordonné par les Arrefts
des 24. Juin , 10. Aouft & 14. Sep.
tembre 1721. & par celui du 3. Novem
bre de la prefente année , ni de prendre
des Certificats des Confuls & Bureaux
de fanté , dont Sa Majefté les a difpenfez
; voulant que le commerce , tant des
perfonnes que des marchandifes , foit entierement
libre comme auparavant lefdits
Arrefts , même celui du 14. Septembre
1720. & tous autres rendus depuis
à l'occafion de la contagion . Ordonne
neanmoins Sa Majefté , pour ôter
tout fujet d'inquietude , qu'à l'égard des
marchandifes qui fortiront de la ville de
Marſeille , on continuera d'obferver les
précautions portées par l'Ordonnance du
fieur
192 LE MERCURE
j
fieur Bailly de Langeron , Commandant
pour Sa Majefté dans ladite Ville. Et à
l'égard de la Ville & du Comtat d'Avignon
qui ne font point de l'obéïſſance
de Sa Majefté , quoiqu'elle foit informée
que la definfection y a été faite trèsexactement
, Sa Majefté pour ôter tout
fujet de crainte à cet égard , ordonne que
la ligne & les quarantaines établies fous
le Commandement du fieur de Joffeaud
fubfifteront avec les précautions prefcrites
, tant pour les perfonnes que pour les
marchandiſes fortant d'Avignon & du
Comtat , à moins que les habitans dudit
pays ne fe portent à donner un nouvel
èvent à leurs marchandifes , auquel cas le
commerce en fera rendu libre dans les
Provinces & les Villes du Royaume.
On ne pourra donner que le mois prochain
les additions & corrections fur la
Relation & Couronnement du Roy.
APPROBATION.
des Sceaux le Mercure du mois de Decembre,
& j'ai crû qu'on pouvoit en permettre l'im
preffion. A Paris le 10. Janvier 1713.
HARDION.
TABLE
おおおおお
TABLE generale de l'année 1722. Les
feize volumes qui la composent font
diftinguez par les feize premieres lettres
de l'arphabet.
A
A.
Braham & Ifaac , Trag. N. 107
Abftinence extraordinaire. K. 86
N. 38
Abulmer fon Hiftoire . 1 . 30 5
Académie des Jeux Floraux . Pieces quí
ont remporté le prix. K. 108 L. 121
Académie Françoife , prix propofé. B. 97 .
Harangue à l'Infante . D. 184. Prix
donné . K. 206 L. 147 N. 81. Compliment
au C. du Bois. L. 102. N. so.
P. 149. Reception de M. le Cardinal
du Bois. Q. 122. 189
189
Académie des Sciences. Pieces qui ont
remporté le prix . B. 92. Sa rentrée.
E. 96. F. 102. 121. P. 146. Reception
de M. le Cardinal du Bois. Q.
Académie des Belles Lettres. Sa rentrée.
F. 95. F. 102. 116. L. 156 P. 137 .
Reception de Mrs Loncemagne & Secouffe
. Q 189
I Acadé
Académie de Peinture. B. III . L.
Académie d'Angers . Q:
Académie d'Architecture. Q.
Académie de Caën. Ode qui a remporté
le prix. L.
155
106
130
43
"
150
Académie de Belles Lettres de Bordeaux.
G. 147. P.
Académies de Mufique de Lion. N. 94
D'Orleans. N. 95. Q. 136
Académie Royale de l'Hiftoire à Lifbone.
Son établiffement. P. 7. A. 68. B.
97. C. 89. D. 91. E. 98. H. 91. I. 117 .
K. 141. N. 98. 99. P.
'Académie Problematique de Setubal . I.
119. N. 98. P.
191
150
Académie de Medecine de Lifbone.
N.
99
Agapit, Trag. D,
Aiguilles aimantées . I.
Alais , Carte de ce Diocéfe . I.
192
116
110
Amazones ( Rivieres des ) Bayle corrigé.
K. 54
Amboife. D.
L'Amour vange , voyez la Font.
Sainte Ampoule. O. 113 .
67
207
Anglois. Remarques critiques fur leur
Theatre. E. 120. & fuiv. H.
Antiquitez trouvées à Rome. B.
Euvelin. F.
Arlequin dans l'Ifle enchantée. B.
127
98. à
116
130
Arreft Notable contre les Officiers de la
MarcMaréchauffée
de Saumur. P.
176
118
Afiles. Differtation fur ce fujer. F.
Afturies. Titre de Prince des Afturies . F.
17.érigez en Principautez F. 31. Ce Titre
& ce nom affurez à l'heritier préfomptif
de la Couronne. F. 32. Suite
des Princes des Afturies . F. 33. Ceremonies
de la proclamation d'un Prince
de ce nom. F.
'Athalie , Critique de cette Trag. L. 73.
N. 10.
"
40
158
Audiance donnée par le Grand Seigneur
au Reſident de l'Empereur. F.
Augufte Roi de Pologne , Belle action
de ce Prince. K.
B.
Al du Roy. C. 150. D.
B Bal du
Palais
Royal . D.
Bal de l'Hôtel de Ville. D.
Ballet des Saifons. F.
192
138
142
125
140
Baudelot , fa mort & fes ouvrages . I. 110
Baugier , Remarques
critique fur les memoires
hiftoriques de Champagne . E.
74. H.55. Réponse à ces Remarques.
I. 6. Corrections des Memoires de
Champagne. I. 15. N. 53. Suite des
Remarques
Critiques. N.
Baviere , Mariage du P. E. de Baviere
avec
l'Archiducheffe
Marie- Amelie.
181
N.
145.
I ij Bayle ,
Bayle , édition entiere de fes ouvrages,
I. 107. Remarques Critiques fur fon
Dictionaire . K. 54, P.
Bayoo
Bazas . B.
A.
Beauté des femmes. Q.
23
206
13
67
Le Bec d'Ambez , dangereux à paffer.
G. 48
Bernier , Lettre fur une divifion de la
terre par les differentes efpeces d'home
mes qui l'habitent. Q.
61
La Bible. Le Mufti s'oppose à fon ' im
preffion en langue Turque. D. 89. Les
figures de la Bible propofées par foulcription
. Q.
Bibliotheque du Roy. L.
97
152
Bibliotheque Hiftorique & Critique des
Aureurs & des pieces dramatiques.
K.
99
Blaye. C,
49
Bled. Nouvelle Machine pour le battre.
F. 137. I.
Blois. E.
211
6
Boece , fon Hiftoire par l'Abbé Gervaife.
A. 31.
32 Bonnac. Son audiance du Grand Vifir.
A. III
Bordeaux . B. 15. Entrée de l'Infante
dans cette Ville. C. 29
Boulainvilliers. ( le Comte de ) C. $8
Bouquet en vers. N. 31. Q
41
BourBourbon
, Iffe. F. 152
Bourdon ( Sebaftien ) fa generofité. B. 100
Bouts rimez. L. 103. N. 49. P.
Bras artificiel . B.
29
95
Brueys. Sa Comedie de l'Opiniâtre. F.
140. G. 155. Sa Tragedie d'Alba. G.
167. H. 187. I .. 87
Brûler les corps, quand cet ufage a ceffé.
H.
39
C.
Camp de Porché - Fontaine . M. 5. Comed.
M. 73
Cantates. Ariane. E. 71. Deucalion &
Pirtha. H. 65. Le Suplice de Cupidon.
I. 84
Captieux , Bourg. B.
Caracteres inconnus. G.
12
152
Cartulaire Hiftorique de Hugues Capet.
L. 6
Caftres. B.
Cataracte , remarques fur cette maladie.
G.
Cavalcade du Pape . A.
Cavalcade à S. Remy. O.
Champagne. voyez Baugier .
IS
105
7
165
Chanfons. A. st . B. 79. C. 84. E. 84.
F. 97. H. 73. I. 92. K. 61. 99. 153.
157. L. 121. L. 173. M. 76. N. 69.
P. 66, Q.
Chanfons du Comte Thibaut . H.
I iij
86
61
CharChartes
, qu'on doit être en garde contre
ces fortes d'actes . Q.
12
Chartreux , poudre des Chartreux. L. 154
Chaftelleraud. D.
Châtres. E..
55
44
80
Chiffres Romains , leur origine. C.
Chinois , de la litterature Chinoife . F. 119
Chronographe d'Evreux . A. 49. Expli
qué . B. 77. C. 79. D. 80. 81. F. 91 .
Idée du Chronographe. Q.
Chronographe fur le Pape. D.
76
79
Chronographe , dont on demande l'explication.
E.
Chronographe de S. Quentin. F.
Comette apperçûë à Lilbone. E.
Compas Trigonometrique. I.
81
94
99
115
Compliment du Chevalier de Romieu à
M. de Joffaud , & réponſe. D.-
Compliment fait au Roy. H.
6
49
Condé , tableau des conquêtes du Grand
Condé . P. 78
Confpiration d'Angleterre. G. 175. H. 104.
L.
Contarini ( Camille ) N.
Conte enigmatique. L.
4
Conte , le Plaifir & la Sageffe.
215
97
39
N. s
Cordemoi ( Abbé de ) , fa mort & fon
éloge. E. 185
Coriolan, Trag. traitée par differens Auteurs.
C. 106
de
Corneille ( Pierre ) , n'a pas tité Heraclius
de Calderon. B. 119. Jugement de Polieucte.
D. 94. de la mort de Pompée .
K. 148
Corneille ( Thomas ) , l'inconnu remis
au Theatre . E.
Couronnement . V. Sacre.
Les Couronnes , Baller. K.
118
158
Coypel , le pere, fa mort. A. 73. Son éloge.
D. 6
Czar , fon entrée à Moscou. B. 132. Medaille
frapée à fon honneur. E. 97. reglement
pour fe nommer un fucceffeur,
& pour la fucceffion des particuliers .
E. 132 133 134
* D.
Dacier , la mort. L. 182%
Dammartin. O.
193
17
✓ 190
D'Angeau ( Abbé ) , ſa mort. Q.
Daniel ( Jefuite ) refuté fur la prétenduë
élection des Rois de France de la fe-"
conde race. G. 12. 14. & de la troifiéme.
G. 53. 72. refuté fur l'heredité des
grands Fiefs . L.
Dax . A.
S
210
Deſcription hiftorique des lieux fituez
fur la route de l'Infante. A. 205. B.
11. C. 48. D. 27. E.
La Devinereffe , Comedie. B.
Dialogue , le Tout & la Partic. Q. 畀
6
125
28
Difcours du P. de la Sante. C. 18. de
L-iiij l'Evêl'Evêque
de Beauvais à une Benedic
tion des drapeaux du Regiment du
Roy. L. 100
Diflertation du Sacre critiquée. Q. 8
E
E.
Cclefiafte , quelques traductions en
vers. G. 101. & 121
ISE Eclipfe de Soleil à la Chine. F.
Education des enfans , voyez Lettre.
Eglogue fur le mariage du Roy. D.
Elegie . F. 12. d'un fils fur la mort de
fon pere. H.
46
Elide Princeffe d'Elide ) voyez Moliere.
D. Emanuel , Infant de Portugal. N. 196
Enigines. A. 5o. B. 78. C. 83. D. 84.
E. 82. F. 95. G. 130. H. 71. 189. I.
89. K. 97. L. 118. M. 72. N. 68. P.
126. Q. 84. expliquées en vers. D. 80 .
L. 118. N. 160
Entrée de l'Infante dans la petite Ville
de la Haye. C. 158. à Châtres . C.
160. à Paris. B. 178. C. 126. de l'Ambaffadeur
de Malthe à Rome. E 150.
F. 7. de l'Ambaffadeur de Portugal à
Rome. I. 195. de l'Empereur dans
Prefbourg. K. 173. de M Tiepolo &
Foscarini à Paris. L. 186. 223
Epigramme latine & françoi e fur un
homme frapé du foudre qui n'en mourut
pas. D. 78 Epitre
Epitre en vers à l'Evêque de Nantes. B.
33. à l'Evêque de Chalons. C. 7. à
Damon. F. 68. au Maréchal de Villars.
I. 18. à Iris . P. s . à l'Evêque de Laon.
P. 19. aux Mufes. B.
Erable , maniere d'en tirer le fucre. I. 21
Esfui , quels font ces peuples ? K.
83
72
Efus , Dieu adoré par les Gaulois. K. 72 .
Etampes . E. 36. H. 156
100
Etat de la France du P. Ange. N.
Etrennes au Roy par M. de la Mothe. A.
38. par Beaupré. A. 39. A Mlle de S.
D. A. 43
Eu. Tombeaux antiques trouvez auprès
de cette Ville. F. 73. M. Capperon
declare fauffe l'étimologie du nom de
cette Ville , qu'a donnée M. Huet. F.
80. Cette étimologie défenduë . H. 3 .
Réponse de M. Capperon . K., 67
F
F.
Able, le Solitaire & la Fortune. A. 46
Zephire & la Roſe. Q. 60
Femmes , voyez Beautez.
ISS ftin Royal . O.
Fre donnée à Paris pár l'Ambaffadeur
Fêdu Czar. A. 15o . donnée par le C. de
Charolois. A. 171. Donnée à Cambrai
par M. de Morville. B. 156. Donnée
à Mofcou pendant le Carnaval . E. 134.
Donnée à Cambrai . H. 113. Donnée
I'v
155
àVillers-
Coterets.P.32.àChantilly.P.73
Fêtes de Thalie , Ballet . K.
Feu d'artifice des Thuilleries . C. 154.
D. 139. du Palais Royal . D. 143. de
l'Hôtel de Ville. D. 130. du Duc d'Offone.
D.150 . G. 199
Fiefs . Les grands Fiefs n'étoient pas hereditaires.
L.
Dîmes. O.
5.87
61
Flaminia , fon compliment à l'ouverture
du Theatre. F. 142
Flaudriau , remede éprouvé. L. 186
Fleau . voyez Bled.
Foire galante de Villers- Coterets. P. 52
Fontaine minerale de Segrai. I. 111
Fontenai S. Evremond n'eft pas proche
Caen . H.
Forces mouvantes. L.
Frey ( Jean ou Janus ) N.
G. 1
45
132
178
GAgeure de M. de Saillant. I. 171- K.
Geneft ( Abbé. ) L.
195
159
S. Germain des Prez. Hiftoire de cette
Abbaye. I.
Gervaile. voyez Boëce;
Geuflin , Peintre. H.
92
50
Gilot , Peintre & Graveur. Sa mort. F.
137
Glaces , on leur fait prendre telle forme
qu'ca
qu'on veut. B.
95.
34
Goltzius ( Hubert. ) L.
Grammaire , idée generale d'une Grammaire.
K. 129
Groenlandt. Découvertes qu'on y a faites .
N
Le Grondeur. voy . Brueys .
Groffeffe extraordinaire. I.
193
79
Guadiana ne fe cache point fous terre. K.
Guib ( Frederic. ) K.
Guillaume de Tyr. voyez, Maronites.
H.
56
59
HAquenée prefentée au Pape . K. 177
Hautefeuille , fes differens Ouvrages.
I.
Ior
La Haye , lieu de la naiffance de Defcartes.
D.
Heraclius. voy. Corneille
.
Hiftoriens apocriphes. A.
63%
71
Heeverman Marguerite. ) Son éloge &
fa reception à l'Académie de Peinture.
112 B.
Houteville. F. 103. Critiqué . F. 103. K.
139. N.
Hydropific extraordinaire. B.
S
I.
70
38
Aint Jacinthe Themifeul , fes Ouvrages:
N. 93
I vj.
Ibra
Ibrahim Pacha . Son portrait. A :
Idille au P. de Portugal . Q
Jean de Calais , nouvelle . Q.
S. Jean d'Angeli. C.
ITF
73
70
100
205
S. Jean de Luz . A.
Jettons frappez en 1722. C. 104. en 17 21.
D. 92. en 1720. E.
Ignez de Caftro , Trag. N.
IIS
103
Incendie , nouvelle machine pour l'éteindre.
P.
L'Inconnu. voy . Corneille.
199
Infcription , mal critiquée. C. 141. Mile
à Londres. E.
- Inſtitutes . D.
Journaux . F.
Journées amufantes. Q..
100
195
104
99
Ifle nouvelle. B. 93. C. 5. difparuë. K.
'Jubilé. D.
94
135
Jugement rendu à Bourges. E. 82. I. 192.
K.
210
Juifs , leur Hiftoire par Prideaux . L. 141.
Obligez. de prefenter l'Ancien Telta- !
ment au Pape lors de la Cavalcade . A.
L.
13
La Grange. Ses Poëmes Dramatiques.
F.
Langon. B.
124
119
14
Larg
Langue Latine, lettre de M. de Beaumont ,,
fur une nouvelle methode pour l'apprendre.
A. 24. Methode raifonnée.
L. 145. Effai d'une nouvelle methode.
P.
128
Larrey , remarques critiques fur fon Hiftoire
de Louis XIV . E. 60. & 70
S. Laurent des Eaux , abondant en vignobles.
E.
17
Le bon. voy. Pendule .
Le Grand. L'Ouvrage d'un moment. K
ISI
Lettre fur l'éducation des enfans . C. 10%
Du Roy au Pape . A. 172. Du Roy au
Cardinal de Noailles. C. 146. Sur les
belles Lettres. F. 102. Sur le Mercure
de Paris . I. 82. D'Aldi Aga au Grand-
Maître de Malthe. K. 187. Ecrité de
Cambray aux Auteurs du Mercure . L.
109. Lettre du Grand- Maître de Malthe
. N. 47
Belles Lettres . Caufe de leur progrès &
de leur décadence . F. 117
Liſbone . Nombre des Vaiffeaux entrez &
fortis de ce port en 1721. C,
Lit travaillé en plume.Q
Loches. D.
118
71
63
Londres. Nombre des morts & des Batêmes
en 17 21. A.
Loüifiane , fa fertilité. K..
Lufignan . D..
147
95
28
M.
M
M.
Achabées ou Antiochus , Trag.
139
Madrigal , fonge de Tircis . F. 82. Sur la
fine plaifanterie . Q
Main artificielle. B.
Maintenon , voi. Pierres.
70
95
Majorité des Rois de France établie à
14. ans. G. 94
Maladies veneriennes. Nouvelle methode
pour les guerir. E. 85.
Mandement de l'Evêque de Marſeille. L.
114. Pour le Sacre . O. 87. & 148
Mariage du Prince des Afturies. B. 137°
LesMariages entre lesvivans & les morts.
Com . Ita. B.
,
127
Mariana traduction de fon Hiftoire
d'Efpagne. K. 124. L. 143
Marlborough . Sa mort . I. 147. 198. Ses
funerailles . L.
Marlon ou Mello. P.
103
186
Maronites. Incertitude fur leur nom &
leur origine. Q43.48 . Opinion abfurde
à ce fujet. Q. 49. Guillaume de
Tyra le premier parlé de leur nom &
de leur origine. Q. 44. & 50
Marfeille. Antiquitez dans l'Abbaye de
S. Sauveur. L.
Matthieu ( Abbé. ) Sa mort. L.
Mauger ( Jean. ) Sa mort. L.
36
225
153
MauMaulevrier
, reçu Chevalier de la Toifon
d'or. voi. Ordre.
Medailles de Louis XV. A. 74. B. 116%.
F. 138. H. 93. I. 123. K.
O. 133. Q
Medaille de Conftantin.
144. L. 158 .
138
Opinion de
l'Abbé de Camps fur cette Medaille . E.
·So
Medailles à vendre à Amfterdam . F. 136-
Grecques de Marſeille. L.
31
Meluzine. Ce qu'on en dit n'eft qu'une
fable , ce qu'il en faut croire. D.
Mercure. voi. Lettre .
28
Minas. Mort tragique du Marquis Das
- Minas. N.
P
149
96 Miffon ( Maximilien, ) Sa mort . B.
Moliere , fa Princeffe d'Elide eft prefque
toute traduite d'une Comedie d'Auguftin
Moreto. B. 122. Extrait de Scenes
qu'il n'a pas imitées . ibid. & feq.
Moncenigo ( Alvife- Sebaftien , ) élu Do
ge. L.
Le Mont de Marfan. B.
198
II
Montres d'une nouvelle invention. voi
Hautefeuille .
Moulin d'une nouvelle conftruction. H.
88€
Mouton's dont les dents font d'or vers les
gencives. I.
·Muſeum Romanum aureum . K.
210
133
N..
N.
Nobleffe. Si le ventre annoblir. N.
Nôtre Dame prefervée du feu. L.
187
183
Le Nouveau Monde , Comedie . L. 161.
Lettre de Fuzelier à l'occafion de cette
Comedie . N.
O
C.
41
De fur l'inconftance de l'homme.
B. 5. Sur le jugement dernier. C.
1. Sur l'arrivée de l'Infante. C. 14.
Sur la fuite de foi-même. D. 9. Sur la
convalefcence du D. de Chartres. D.
25. Sur l'établiſſement de la Religion
Chrétienne . F. 1. Sur le Mariage du
Roy. H. 1. Au Regent. H. 52. Au
Roy. L. 97. à M. le Prefident Denis .
N. 36. Sur le Sacre. Q.3 . Sur le retour
du Roy. Q.
Odes Morales du P. Bernard . K. 137
Ode de M. Grenan . Zephyrus & Rofa ,
127
122
avec la traduction en Vers François.
D. 71. Autre traduction de M. Racine.
D.
Odes traduites en Vers François la 3. du
1. 1. d'Horace . D. 49. la 14. du l. 2. F.
51. la 11. du l. 1. F. 53. la 9. du l. 3. K.
42. la M, du 1. r. Imitation. N.
O de imitée de Mofchus , l'Amour Laboureur.
N.
46
51
Oedipe du P. Folard . A. 75. E. 91. F
103
179
Opera. Si le Comique Lirique demande
un tour perifrafe. L.
Operation de la taille par Thibaut . E.
208. Autres operations à la Charité.
K.
Opiniâtre. Voy Brueys.
Opus nullum. É.
89
113
Oracle de Delphes. Q. 139. M. Fuzelier
defavoue cette Comedie . Q. 1407
Ordre du S. Efprit. O. 176. De S. Lazare
. F. 180. I ..
O
174
De la Toifon d'or . Reception du
Marquis de Maulevrier . E. 160. Reception
du P. R. de Lorraine. K. 179
De Chrift. Reception de M. des
Fougerais. N. 34. Ordre de la Concorde.
H. 114
rleans . E. 18. Privileges de fes Evêques
. E. 29. Son Univerfité . E
33
La D. d'Orleans ( Madame ) Sa maladie
& fa mort. P. 203. Q.
L'Ouvrage d'un moment. voi. Legrand.
P
P ..
162
Airs de France auffi anciens que la
Monarchie . G. 62. Leurs fonctions
au Sacre des Rois . G. 58. Si le nombre
en a été fixé à douze . G. 64. Leurs
Fangs. K.
734
Pa
Panegyrique du Roy. Q. 106
Papillons. Un Vaiffeau en pleine mer tout
couvert de ces infectes. N.
97
Paris . Hiftoire de cette Ville . K. 101 .
Hiftoire & recherche de fes antiquitez.
K. 122
Partage des biens en France. N. 111
Peinture ; à Guazza , ce que c'eſt. C. 98.
& 99. Quand a commencé celle à huile.
C.
99
Pendule pour marquer les équations du
temps . Q.
Penelope. Voy Geneft.
35
Le Pere de bonne foy , Comed. Ita . A.
107
Perfe , rebelles de ce Royaume. I. 152 .
193. 207. K. 167. 185. L. 209. N. 125.
1) 2
Pefte. Remedes d'Helvetius contre cette
maladie. A.55 . Relation de celle d'Arles.
B. 62. Diflertation fur ce mal. B.
82. 86. Parfums préfervatifs. B. 156.
Extrait d'une lettre de Gevaudan . D.
15. Si elle eft caufée par les vers. F.
114. Traité de cette maladie. G. 137 .
Differtation. G. 142. Difcours Anglis
fur ce mal. H. 82. Lettres fur la Pefte.
I. 77. K. 51. Lettre de M. Charbel
fur celle de Marseille. L. 52. Cellation
de ce mal à Mars. L. 113 .
Phenomene vû à Berne. C. 8. Frequens
cette
cette année à Bâle. E. 99
Philofophes en belle humeur . Leurs Sta
tuts. E. I
Pierre le Cruel , Roy de Caftille. Guer-
• res qu'il eut à foutenir contre Henri
fon frere bâtard . F. 19. Entierement
défait. F. 28. tué par fon frere. F. 30 .
Pierres Philofophales , tromperies de
Charlatans. F.
121
Pierres particulieres de Maintenon . H.
Pierre vulneraire . Q
67
89
86
- Pilier tremblant . O.
Pindare , traduction d'une de fes Odes.
144
33
P.
Plante refi neufe de la Loüifiane . G. 209
Playe extraordinaire à la tête. A.
Poëme fur le Mariage du Prince des Afturies
. H. 27. Sur le Sacre du Roy. Qs2
Poitiers. D.
Polyeucte. Voi Corneille.
Pompée. Voi Corneille.
Pons. C.
Portrait en Profe. Q.
37
53
SG
•
Poffeffion . Fille poffedée du diable. Q 21.
Marques de fauffeté dans cette poffelfion
. ibid.
7
Pour. Ce que c'eft que le Pour. O.
Pourceaugnac. Divertiffement de Lulli ,
H.
De Prade. Ses Tragedies . K.
112
148
Pras
Pradon. H. 111. K. 148
Proceffion de la Fête de l'Affomption.Son
origine . K.
La Provençale , Entrée. L.
188
175
La Pucelle d'Orleans , nouveau Poëme.
E.
R.
Aoux , Peintre . I.
92
120
Regent du Royaume , couronné
Roy. G.
Regulus. Voi Pradon.
18.23.29
Relation de l'échange de l'Infante & de
la Princeffe d'Orleans. A. 175
96
90
Renaud . Opera . C. 107. D.
Revenu du Roy en 1285. G.
Rheims , prétention de fes Archevêques
fur le Sacre des Rois, G. 3. Quand ils
ont commencé à la faire valoir. G. 4.
II. 44. 47. S'ils doivent faire les frais
du Sacre. G.68 . & 8 8. Entrée de Louis
XV. dans cette Ville. O.
Roettiers ( Norbert ) reçû à l'Académie
de Peinture . B.
Rome. Incertitude fur l'Hiftoire des quatre
premiers fiecles de cette Ville. P.
63
111
140
Romulus ; Trag. A. 96. Critiqué. E. 84.
F.103. Loué. F. 106. Pierrot Romulus.
B. 131. Arlequin Romulus . B.
130
RoRoquefort
B.
12
Rolalba Carriere . Son éloge & fa reception à
l'Academie de Peinture . B. 114
Rotrou a tiré Vinceflas de D. Francifco de Ro
xas. B.
Roy. Son Ballet des Elemens . A.
118
80
De Ruffy , juftifié de l'erreur que le P. Martene
lui avoit imputée. L. 36
Rymer Son Re.ueil pour l'Hiftoire d'Angleterre.
P.
"
S.
IS
Acre & Couronnement des Rois de France ,
Differtation. G. 1. Si Pepin a été facté . G.
5. Frais du Sacre de Philippe le Bel G. 89 A
que l'âge nos Rois peuvent être facrez G 94.
Traité hiftorique du Sacre par M. Menin.
N. 78
Sacre en differentes Villes . De Charles le Chau-
100 .
ve à Mets G. io. De Louis le Begue à Compiegne
G. 14. de Louis & Carloman à Fer◄
rieres G 16. De Louis d'Outremer à Laon,
G 32. De Robert à Orleans, G. 36. De Loüis
VI . à Orleans- G 46. De Henri ¡ V. à Char◄
tres. G.
Sacreà Rheims. De Louis le Dehonnaire. G.
10. de Charles le Simple. G. 24. de Lothaire
G 33. de Hugues Capet . G. 35. de Henri I.
G. 37. de Philippe I. G. 44. de Louis VII. G.
49. de Philippe Augufte. G. 56. de Louis
VIII , G. 69. de S. Louis . G. 71. de Philippe
le Hardi G. 87. de Philippe le Bel . G. 88. de
Louis Hutin. G. 91. de Philippe V. G. 93
de Charles IV . ibid de Philippe de Valois .
ibid. de Jean. G. 94. de Charles V. ibid. de
Charles VI. G. 98. de Charles VII . ibid. de
Leui XI. G. 99. de Charles VIII. ibid . de
Louis XII, ibid. de François I. ibid . de
Henry
1
Henri II. ibid . de François II . ibid . de Charles
IX . ibid. de Henri II. G. 100. de Louis
XIII. ibid. de Louis XIV . G. 101
Sacre de Louis XV. Invitations a cetre Cele
monie. O 5. Preparatifs & difpofition de l'Eglife
de Rheims . O. 91. Veille du Sacre . O.
98. Ceremonie du Sacre . O. 110. Coutonnement.
O. 129. Offrandes . O. 136. "Ornemens
Royaux. O 143. & 218. Difcours latin fur
le Sacre du Roy. Q.
Saintes. C.
Sauterelles. L.
110
57
214
Sauvages Leurs moeurs comparées à celles des
premiers temps. F. 98 K.
Segaud , Jefuite. Voyez. Fontaine.
134
Silvie , pourquoi ce Château eft ainfi nommé.
P.
87
Spectacles donnezgratis . C. 107. Lettre critique
fur les fpectacles . L.
Le Spectateur François. B. 87. D 86, F. 107 I
Sphere mouvante de Jean Deur. K.
86
140
31
Stances à Damon. 1. 26. Le bonheur d'un vrai
Chrétien. K.
Statuë de la Religion faite pour le Czar. A. 72
Succeffion au Royaume de Hongrie , étal he
dans la ligne feminine au défaut d'heritiers
mâ'es K. 174. & 109
La furprife de l'Amour, Comed. des ita F. 145
Sufanne acculée , Poëme L.
T.
23
Ableaux de la Reine Chriſtine . B. 99. C.
94 E
-Vendus à Amfterdam . F.
Expofez le jour de la Fête- Dieu H.
101
125
87
Tableau de Telemaque. Voyez Raoux, De la re
furfurrection
du Lazare K. 140
Tamerlan . Son Hiftoile. G.
Tartas A.
Te Deum à Nôtre Dame C. 148. D.
132
212
140
Terres divifées par les differentes efpeces
d'hommes qui l'habitent. Q.
62
Teftament , ancien & nouveau , imprimé en
Langue Ruffienne B.
Theatres des Thuilleris . A. 93. C.
97
1520
Theatre; projet d'une hiftoire du Theatre François
,
H.
Theatre Anglois. Voyez Anglois.
Themifeul. Voyez S. Jacinthe.
Theſe dediée à l'Abbeſſe de Chelles . K.
Timon , Comed . des Ital. A. 199 F.
74
49
103
Tombeaux trouvez proche la Ville d'Eu . F 73 .
proche Seez. H.
Tournefort , temps de fa naiffance, K.
43
$9
Tours. Droits du Roy en qualité d'Abbé & de
Chanoine de S. Martin de Tours . A.
Tremblement de terre à la Chine . F.
27
150
Triftan l'Hermite. Quelques particularitez de
fa vie & de les ouvrages . I. 128
Turinge. Si leurs premiers Langraves defcendoient
en ligne mafculine de Charles , Duc
de la baffe Lorraine . H.
Dom Turquois , Feuillant . Sa Mort. Q.
V.
160
190
Aiffeaux de guerre des Anciens. A. 52. E.
. 83
Vaudeville fur le fiege de Montreuil . M. 36 &
65
Vayrac ( Abbé de ) attaqué fur fon article des
Comtes de Blois . F. 84. G. 126. Sa réponſe
H. 6. Réponse à la réponſe. K.
Vencefas. Voyez Rotrou,
VeVerole
,infertion de la petite verole. G. 144 &
175
... Vers à MD
A. 43. A M. D.……. A. 43. A
Mle Iris , vous aimerez un jour. B. 9 Sut
l'yvreffe. B. 75. De M. Danchet au Roy le
jour de fa naiffance. B. 175. Portrait du Cardinal
de Rohan. C. 27. Sur le feu d'artifice
du Palais Royal . D. 148. Au P. Aubert , Jefuite.
E. 47. A une Dame qui fouhaitoit avoir
de la corde de pendu E. 59. Sur l'amitié , G.
128. Sur un Portrait . H. 89 , Sur le Mariage
du Roy. I. 5. L. 64. A Mie de C ... le jour
de fa tête K83 . Au Roi lejour de la S. Louis.
K. 145 L. 97. Sur la convalefcence
du Roy.
M. 81. Sur le Sacre du Roy . O. 11. Sur un
ruban de cane. P. 208. Contre la Poëfie Q
18. Sur le Portrait du Cardinal du Lois. Q
27. Sur Me de Turbilli . Q.
Vers latins au Roy. M.
Villers Coterets . O.
69
45
146
110 1
Vienne en Autriche . Nombre des morts & des
Batémes en 1721. B.
Voltaire . Epître au Maréchal de Villars 1. 13 .
Au Cardinal du Lois L.111 . Au nom du Congrès
de Cambray. L.
Voyages de Corneille le Brun. A. 63 De Sirie
& du Mont Liban B 80. Critique de ce qu'en
ont dit les Journalistes de Treveux . Q 41 .
Du Comte d'Ericeira. F. 54. De François Coreal.
Q
Urfias ( Princeffe des ) Sa mort. Q.
93
177
L'Air noté doit regarder la page 86.
La Planche des Medailles du Roy , la page 138.
Errata du 1. Volume de Novembre.
P. 30. au dernier Vers du 2. Sonnet , ce if. le.
P. 186. l. 5. d'Aulin , lif. d'Antin,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères