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1722, 09 (et supplément Journal du siège du fort de Montreuil, et du camp de Porché-Fontaine, près Versailles)
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MERCURE
JQV^£COLLIG1T SPARGIT,
A PARIS,
Chez GUILLAUME CAVFLIER.
, -au Palais.
GUILLAUME CAY£LlhR,si.s, luë
S. Jacques
,
à la Heur-de-Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU,à l'image Saint
-
André, Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT ,Quay des Augustins, à la
t defcciitc du Pont-neuf) àla Croix d'Or.
M DCC.XXII.
Avec Approbation & jPrivilcge du Rai.
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume
t
& dans les
Pays étrangers.
Lyon, chez Plaignard, Libraire.
Marseillechez Carry.
Montpellier
,
chei: la freres Fautes.
Toulouse
,
che'{ laveuve Te e
Bayonne, ck EtienreLabottiere.
Bordeaux
,
che'{ laVeuve Labortiere.
Charle Labottiere,l'aîné,vis-àvislaBouse
, ibid.
Rennes,chez Vattar.
Nantes, chei? Julien MÚIJard.
Saint Malo, fhe\ la Mare.
Poitiers, chei: Faucon.
Xaintes,chezDelpech.
Blois, chezMasson.
Orléans
,
che'{ Rouzcau.
La Rochelle,che'{ Desbordes.
Angers ,
chez Fourreau.
Tours, thei: Gripon.
Caën
,
chei: Cavelier.
Rouen,chezlaVeuveHerault.
Le Mans,chez Pequineau.
Charties
,
the? Fel il.
Châlons, chei: Sereuze.
Troye,chezlouillerot.
Rheims, Chfi: Godard.
DDijiojno, nche? la veuve Armil. ,chezlaveuveArmil.
Beauvois chez Courtois
Abheville, tht? Dumesnil.
Soissons,chez Courtois.
Amiens, chez le françois
, & chez Godard.
Arras,chef C.Duchamp.
Sedan
,
chus Renaud
Metz, chef Coligion
Strasourg, chef Doulséker.
Cologne, chef ~Meenk
Francfort, chef J. L. Koeniq.
Berlin, chef Etienne.
Leipsic,chef Gledich.
Lille, chef Danel.
Bruxelles ,chez Tserstevens.
Anvers, chef Verdussen.
La HayechefRogissard.
Amsterdam, 1he:{ Bernard.
Roterdam
,
chez Vander Linden.
Londres, chez du Noyer.
Madrid, chez Anisson.
Geneve, chefles freres de Tournes.
Turin
,
chez Reinssan.
Leprix efl de 30.fols*
A V I S, L'ADRESSE Kenerl'e pour toutes
choses ejiA, M. MOREAUy
•Co.mis au Mercure
,
chez. M. le Commiss.
iire le Comte, vis-A-vis la Comedie
Françoisè
3
à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cacheter aux Libraires qui vendent le
jMzrcure À Paris ,peuvent se servir de
cette voye pour lesfairetenir.
On prietrès - instAmment quand on
IIdreiJe des Lettres ou Paquets par la Poste
d'avoir foin d'en affranchir le Port,
comme cela s'est toujourspratiqué, afin
d'épargnert à nous le déplAisîr 'lie les
rebuter, & A ceux qui les envoyent*
celui. non - feulement de ne pas voir
paroitre leurs Ouvrages mais même de
les perdre,jilsnen ont pas gardé de
copie.
L E MERCURE
DE SEPTEMBRE 172-1.--
PIECES FVGITTVES,
en Prose & en Vers.
EXTRAIT d'une Lettre de M. dj
Camps, Abbé de Signy
,
sur l'heredité
des grands-Fiefs.
Ous avez eu raisond'être furpris
, M. que l'Auteur de l'Histoire
de la Milice (a) Françoise
persiste à vouloir persuader le
public,qu'il y a eu un Traitéentre le Roi
Hugues Capet, & les Grands du Royaume
pour l'hérédité des Grands-Fiefs;
Qu'il dise que si ce traité ne se trouve pas.
toute la fuite de l'histoire le suppose, &
que pour le prouver, il promette de ra p-
(II) P. Daniel, Hist. de la Milice, 1. 3. ch. 1.
pag.68,
Aiij porter
porter ailleurs une raison fort vrai-semblable
pourquoi ce traité nous manque,
comme si un fait aussi important que celui-
là pouvoir être prouvé par une simple
vrai semblance.
Cet Auteur avoir déjàavancé la même
chore dans le premier volume de son Histoire
de France, imprimée en 1713. col.
972. & 975. sans en raporcer aucune
preuve.
Il ne me fera pas difficile de vous faire
voirque la suite de l'histoire ne prouve
pas, comme cet Auteur l'avance, que ce
traité ait existé, & que quelque d ligence
que cet Historien puisse faire, il lui
fera impossîble d'en trouver les moindres
vertiges. Les Historiens les plus proches
du regnede Hugues Capet n'en ont fait
aucune mention. 1
Ilne s'en trouve même aucune nppirence
dansroutes les Charres que j'ai recueillies
pour compose r ie CartulaireHistorique
de ce Monarque,en deux gros
volumes in folio, que j'ai divisé en huit
ci, iTs ou chapitres.
Le premier contient les actes on Lettres
concernant la - personne de Hugues
Capet, & sa famille Royale.
Le deuxième comprend le Gouvernement,
les Ordonnances, Jugemens, 8c
procédures.
Le
Le troisiéme contient les Négociations.
Le quatrième renferme les preuves de
la Souveraineté de H igues Capet sur la
Catalogne, & sur le Royaume de Bourgogne.
Le cinquiéme est pour les pieces qui
reg ardent l'élection & la déposition des
Evêques, & des Abbez. -
Le sixiéme comprend les donations
pieuses. *
Le septiéme renferme les Chartes des
Grands Seigneurs.
Et j'ai composé le huitiémeChapitre
de la vie de Burcard.
Je n'en ai pas trouvéplus d'apparence
dans les Cartulaireshistoriques que j'ai
fait des autres Rois, successeurs de Hugues
Capet jussqu'à François I. qui contiennent
foixante- deux volumesin folio.
Mais en attendant que je sasse part au
public de cet ouvrage, je vais raporter
quelques faits qui prouvent démonstrativement.
1° Qu'il est faux que HuguesCapet
, pour engager les Grands du Royaume
à l'élire,& a le reconnoître pour Roi,
ainsi que cet Auteur l'avance, leur ait
donné la propriété des Fiefs qu'ils avoient
usurpez sur les derniers Rois de la seconde
branche de nos Monarques. 20 Que
depuis son élévation sur le Trône, il en
2 disposé de même que ses successeurs
A iiij lors
lots que ces Fiefs ont été vaquans Par la
mort de ceux qui les polledoient. Ï
On fixe d'ordinaire l'héréditédes
Grands-Fiefs du Royaume de France a
une Ordonnance de Charles le Chauve
de l'an - 877. donnée au Parlement de
~Quicrci près de Laon; (a) cependantdepuis
ce temps-là les Rois qui lui ont fuCcedéavantHugues
Capet, n'ont pas
laissé de disposesdes Fiefs en saveur de
qui bon leur a semblé, & il est cerrain
qu'ils n 'étoient pas encore hereditaires
sous le regne des Hx premiers Rois de la
troisiéme branche.
Hugues l'Abbé, Duc de France, étant
mon en 887. les neveux, fiJ, de son frere
ne lui succederent pas, mais Charles le
Gras, Regenr du Royaume, (b) durant la s
minoréede Charles le Simple donna ce
Duché à Eudes, Comre de Paris.
Robert, frere d' Eudes ne lui succeda
point à ce Duché, du moins que nous
sçachions. Robert mourut en 913. (c) &
Hugues le Grand son fils ne fut fair Duc
de France qu'en954. ( 1)
L Roi Lothaire priva Hugues le Noir
du Comte de Bourgogne, & en invertit
(a) Capitul carolCa.lv. tit. (bi fv c. 9. slnnal.Mesens. ad an. 887.
Cc; C on Frod. & Contin. Rhegin.adan. 918.
(d) Lron. b;éZ-F-Prifc- ad an. 954.
Hugues
Hugues le Grand
y
dit le Blanc, Duc de
Franconie. (a) '*
Si on cherche des exemples pour le
Comté de Flandres
, on observe qu'en
l'an 962. Arnoul, dit le Vieil, Comte de
Flandres
, reconnut par un traité volontaire
, & qui ne fut précédé d'aucune
guerre, qui nous fait connue, qu'il tenoit
son Comté de Flandres en hommage,
lige du Roi, & qu'il ne le tenait que
pour sa vie. (b) En esset, ce Comte étant
mort en 965. Lothaire, Roide France se
ressaisit de ceComté, (c)mais peu après il
en investit de nouveau Arnoul le jeune,
petit-fils d' Arnoul le vieux. Ce qui prouve
que les Fiefs n'étoient que pour la vie
de celui qui en étoit investi.
Je passe les autres exemples qui se
trouvent sous la féconde Race,& je viens
à quelques-uns de ceux que nous trouvons
sous la troisiéme jusqu'à Philippe
Auguste, après avoir néanmoins observé
que les preuves que jeviens d'en rapporter,
font tirées des Auteurs contenir
porains.
i. Hugues Capet monta sur le Trôneen
987.illaissa les Princes ,& les Seigneurs
, en possession des Grands-Fiels qu'ils te-i
(a) Cron. F od ad an. 954b
(b), Cron. Frodo- ad at 96%.
.(ç) Crm. Frod. adm. 565. Av noient
noient en benefice dela Couronne, c'està
dire p,iur leur vie, &c n'en a disposé
qu'après leur decès
,
ainsi qu'avoient fait
les predecesseurs.
Peu de temps après son avenement à
la Couronne, il y avait à sa Cour un
seigneur nommé Bouchard
,
dont la vie
a été écrire en l'an 1068. par Eudes,Religieux
de Saint Maur des Fonez. Cet
Auteur presque contemporain nous dit
que Bouchard épousa par une grâce du
Roi la veuve de Aimon,Comte de Corbeil
3
& que Si Majesté par un don
Royallui donna cette veuve, & le Comté
de Corbeil.
Haimone Comité Corbolienfe defunffo
datur ergo ci ( Burcardo ) uxor jarn
diai H,ÚmonÎs
y
nornineElisabeth vo- citata. in cfiiocptifoe thalavo dedit
Hiigo Rex fidelt Comiti Castrum
AUlidunum atque jarn diElum CorboliUI.
o;. ()
Le Comte Aimon avoit an filsqui se
fit Religieux en l'Abbaye de Cluny, &
- une fille nommée Germmie qui avoir
épousé Mauger) (b) fils de Richard I. Duc
de Normandie..
(a) VÍtlJ BurcArd. Comit. Corbol apud Chen.
t.4.11116.
(t) Rduiph.deDicetomag,httt. atian. 918.
t*&>457-
Hugues
Hugues Capet invertie donc le Comte
Bouchard du Comté de Corbeil
, ou
plutôt il le lui donna; car nos Rois
avaient encore alors une disposition si
entiere des Fiefs vacans par mort, que
l'investiture de ces mêmesFiefs accordée
aux héritiersou ayans cause, était regardée
comme un pur don, & c'est ce qui
paraît par d'autres exemples, donc quelques-
uns font porterieurs de plusieurs siéclés
au regne de Hagues Capet.
Les Rois disposoient des Fiefs vacans
par mort sans posterité légitimé en faveur
de qui bon leur sembloit sans avoir égard
aux héritiers.Tout le monde scait que
Guillaume le Conquérant, Duc de Normandie,
puis Roi d'Angleterre, était
illegitiine., c'est pour cela qu'il est surnommé
le Bâtard ) cependant Henri I.
Roi de France, petit-fils de Hugues Capet
, l'invertit du Duché de Normandie
malgrélesprétentions de ceux qui auraient
été les légitimés héritiers de ce
Duché, si l'hérédité avoit été établie
dans les Grands-Fiefs.
Helie Comte du Maine mourut sans
posterité masculine
,
& ne laissa qu'une
fille Bertrade de Montfort qui avoit alors
toute l'attettion de Philippe I. Roi de
France,obtint de ce Monarque qu'il accorderait
à Foulque d'Anjou, fils de
A vj cctta*
cette Dame, & de Ion premier mari, la
fille du Comte<lu Maine , & le Comté
du Maine.
Bertrada inftperetiamefficit ut supra nominali
Comitis Flel/æ nnicamfiliam
cum omni hoereditateDominas Rex ejur
filio uxorern concederjt. (a)
C'est ce que nous apprenons de Guillaume,
Archevêque de Tyr, Auteur proche
du temps, &qui fait voir que les
Grands- Fiefsn'étaient pas encore heredita
res sous le regne de Philippe I. & que
quand celui qui en éroit le poiTelIèuSi
mouroir, ce Fief revenait au Roi de
plein droit, & que Sa Majesté en disposoit
comme bon lui semblait.
Je passe à un autre exemple qui prouve
encore ma première proportion qui est
pour le Comté de Flandres.
Charles de Dannemark, Comte de
Flandres étant mort sans posterité sa
succession regardait Thleri d'Alsace,fou
cousin germain, fils d'une soeurpuînée
de sa mere, néanmoins Loüis VI.investit
du Comté de Flandres Guillaume de
Normandie, dit Courteheuse
,
quiavoir,
à la vérité
,
des droits sur ce Comté par
son ayeule; mais Thieri d'Alsace éroit
incortestablement plus proche héritier.
Aussi le mêmeComte Guillaume avouë-
(a) Gttillel. Tir. 4. c, 1. f. 851. & 8jj.
t'-i-l
t'il ingenuement qu'il tient son Comte
de Flandres de la pure libéralité du Roi
Louis VI. & quec'est Sa Majesté feule
qui l'a élevé à la dignité de Comte.
Bcnigmtas vestra melicet indignum
1 inComitum fedemvoluit fuveedere. Recurroad
Celfîtudinem veftm MajeftatÙ
ut quemadmodum me,ejuem ad bono-
.z rem promovifîis, in eodem me confirmées.
Preuves autentiques que nos Rois
étaient encore dans la liberté majeure de
disposer en faveur de qui bon leur semblait,
des Fiefs mouvans dela Couronne.
Mais revenons aux Fiefs vacans par le
deccs du dernier Titulaire.
-
I Guillaume le Bâcard, Roi d'Angleterre
, Duc de Normandie laissa trois fils
& une fille.
Le troisémefilsnommé Henri futRoi
d' Angleterre, & Duc de Normandie, &S
laissa une fille nommée Matilde qui fut
mariée à Geoffroi. La fille deGuillaume
le Conquérant se nommoit aussi Matilde,
& fut mariéeàEustache
,
Comte de
Blois, dont elle eut Estienne, Comte de
Boulogne. Après la mart de Henri I.
Roi d'Angleterre, & Duc de Normandie,
Matilde sa fille devoir lui succeder
(a) Epist, V. Petr. Prior. S. Joan. Stnon. noJ
mnt GHilld. Comit. Fiandr. Ciien.T.4. p. 447.
au.
au Duché de Normandie,si les Grands-
Fiefs avoient été héréditaires, néanmoins
ce fut à Etienne, Comte de Boulogne,
son coufin, que le Roi Louis VII. accorda
l'investiture de ce Duché. Quelques
années après il l'en priva, & par un
Traité de paix, fait au mois d'Août de
l'année 1151. il en investit Henri, fils
de Geoffroi, & de Mitilde, & l'en receut
à hommage, (a &cela parune grace
speciale; car si ce Duché avoir été here--
ditaire, ç'auroit été Matilde ôc Geoffroi
son mari qui auroient dû en être mvefiis"
& non Henri leur fils.
Ce Duc Henri n'obtint donc point la-
Normandie comme héritier de sa mere , mais par un pur don du Roi. Suger, premier
Ministre du même RoiLoüis VII.
nous l'apprend.
Ce grand homme parlant des desobéissances,
& de l'ingratitude de Henri
d'Anjou, Duc de Normandie, dit que le
m même Henri accomplit à l'égard de,
» Louis VII. le proverbe du païsan, qui
» est, que plus on éleve un méchant, plus
A
(a) Rob. de Mont. apend. ad Crcn.j Stgeb. ad an. 11fI
Crtm. Norm. ad an. Hfo. Chen. btfi. Nortm f-ilt -p. 984. 4
Gtft. Lud. Reg. c. 2.3. Chen. hiss. Franc,
serif.t.j.p.411,
i.tl
il est ingrat, ôc plus il fait de mal àM
ceux auxquels il est obligé de sa fortune; «
ainsi, continue.t'il ,
fit ce Duc Henri et
envers le Roi Louis,qui lui avoit don- «
né le Duché de Normandie, & l'avait
rendu égal aux plus grands Princes dete
son Royaume. te
Henrieus ita se habuit erga Regern
Howinurn suum
}
sicut inproverbioc
f Rusticidicitur, quanto magis impium
t exaltaveris
i tanto magis contra te fut
perbiet & altiussuum calcaneum ele-
: vabit, ita fecit tfie Hcnricus contra
: Rgsm qui ei Ducarum Normaniæ con-
-;titnulscrat & Alajoribus Principibus to.. Regni fecerat coæqualem.
Le même Abbé Suget écrivant au
même Roi Louis VII. pour prier Sa Majessé
de ne point faire la guerre à ce même
Henri. Duc de Normandie, se fert
de ces termes.
Nous lupplions instamment laHautesse
de Vôtre Majessé Royale, en la-tr'
quelle nous avons tou jours eu beaucoup «
de confiance de ne point declarer la«
guerre au Comte d'Anjou, qu'elle a te
fait Duc de Normandie, &c. qu'elle tsn'ait
pris là dessus le conseil, &c. «
Regiæ Majestatis Celsitudmi de quafem-
(a)DuChen.t.4. p.410.
(a) sug. tpiji. ijo, t. 4. p. 54©r
per
per confidere confuevirnus, obnixe fa*
plicamus ne contra Comitem Andegavenfem
quem Dtcem NormanÚ fcif
tis abfane coniflio, &c.
Je répété ici que quand ceux qui
avoient droit aux Fiefs, étaient investis.
deces mêmes Fiefs, ils devoient leur investiture
non à leurs droits ,mais à la seule
concession duRoi. Richard Coeur de Lion, Roi d'Angleterre
, étant mort sans enfans, Anus foiT*
neveu était son plus proche héritier, comme
étant fils de Geoffroi, Duc de Bretagne
, second frere de Richard.Nuanmoins
Philippe Auguste n'y eut pas d'égard
, puisqu'il invertit des Duchez de
Normandie, & de Guyenne, & des Comtez
d'Anjou, du Maine, de Tourraine &
de Poicou, Jean Sans-Terre, héritier
spiléums eéloigné, & qui n'étoit que le troifrere
de Richard. L'Auteur anônimedel'Histoire
de Philippe Auguste,
imprimée à Paris chez Brunet en 1702;
n'a pû ignorer ce fait, adu l'a-t'il rapporte
, & si Philippe Auguste donna. 5 dans
la fuite l'investiture de ces mêmes (
Duchez & Comtez au jeune Artus, ce
sur parce que Jean Sans- Terre avait forfait,
& qu'il étoit déchû par sa selonie
de tous ses droits à ces mêmesDuchez 8c
,Comtez. Il est bon d'observer à l'égard
du
même Jean Sans-Terre, qu'incontient
après la mort deRichard
,
Roi d'Anleterre
& Duc de Normandie [on.
rere ,
il s'étoit emparé du Duché do
Normandie
,
& des autres Terres que les
dReois d'Angleterre tenoient en FiefdeRois
France,& qu'il s'en étoit rendu maître
~ans la permission du Roi Philippe Aubllfie
; ce qui sur le sujet de la haine que
~e Monarque des François conferva toûjours
contre lui; & quelques Grands de
;a Cour de Philippe Auguste lui ayant
::lemané;, pourquoi ilhaïssoit tant Jean
Sans Terre, c'est parce que y
répondit u.
ce Monarque, il s'dl. mis en possession«
du Duché de Normandie,& des au- cc
tres Terres qu'il tient de moi,, sans ma(Cpermission
t
& qu'il étoit de son devoir «r
de me venir trouver après la mort de «
[Richard Ion frere, de me represen- «
Iter les droits qu'il prétendoit avoir à sa
(C succession, & de me faire hommage ( i) »«
Ces trois mots sans ma permission fine
liccntia mea, prouvent invinciblement
qu'on ne succedoit point encore aux Fiefs
mouvans de la Couronne de France que
parla permission expresse du Roi, &
1 que quelques droits qu'on eut à succeder,
ils n'étoient valables, & ne pouvoient
tif) Mlfuh. Parts. ad IJn. II. t. US.
etrft
être exercez qu'après qu'ils avoient été
autorisez par SaM jesté.Cesmême m,)t
ont d'autant plus de force qu'il sont dits
par un grand Roi fort instruit des droit:
de sa Couronne ; que de plus ils sontrap
portez par un Auteur Anglois, quoiqu'ils
eussent écé dits au sujet du Ro
d'Angleterre, son m ître, & sous le regne
duquel il vi voit, Sc- qu'ils sont,dis je;
raportez par un A-nglcrS, ennemi de Philippe
Auguste, ôc des François,ausquels
il donne le coupde dent toutes les fois
<!u-'il en trouvel'occasion.
Ces Fiefsappartenoient alors au Ro:
seul. Sa Majesté étoit libre de les réüni
à Ion Domaine, ou de les donner de nouveau
à ceux qui en auroient été les heri
tiers, si les Fiefs avoient été hereditaires
Philippe Auguste nous en assure lui.
même dans Guillaume le Breton, comme
je l'ai déja fait voir ailleurs., en relevant
la bévûë que l'Historien anonime
de ce Monarque a faire parlant de la
guerre pour le Vermandois, & il est (i
vrai que cette réünion étoit une loi fondamentale
de la Monarchie, que SaMajessé
s'offrit de le prouver par le témoignage
de tous ses grands Vassaux.
Le Comte de Flandres, tout interessé
qu'il étoit à nier cette reversion des Fiefs
à la Couronne fauted'hoirs mâles, le reconnut
jnnut lui même, rendant deslors une rtie de ce Comté
,
& s'il en conferva
1 deux plus fortes places
,
le Roi ne les
laissa
que pour le bien de la paix. C'édonc
un usage receu en France
,
&
~e Loi de la Monarchie qui subsistoit
core fous les arriere- petits- fils de Hu-
~es Caper, que les Fiefs étoient rever-
~es à la Couronne par la mort du der-
~er possesseur sans enfansmâles, & cette
~aiquiavoit été en usage sous les Rois
~edecesseurs de Philippe Aiietifte,etoit
~core dans toute sa force durant le cours
son regne. Aussi les Historiens de ce
f-;md Roi, disent-ils
,
parlant de Re-
~ud
,
Comte de D mmartin, & de Bouk'gne
, qu'il tenoit des liberaltez ou de
L souffrance de Philippe Auguste, les
omtez de Mortain
, de Boulogne &
Aumale, & les Villes de Lillebonne
,1
~e Mortain, & de Domfront. Ceux qui
~nt tant foit peu de connoissance de l'Hisoire
de ces temps-là,sçavent que ce
Jointe Renaud n'avoit eu ces terres, ou
lu moins la mei lleure partie
, que par des
mariages; c'està-dire,que Sa MJjefié.
avoit investi, & lui avoit redonné les
erres tenuës en Fiefde la Couronne de
~France par les Peres des femmes qu'il
avoit épousées.
;
Je n'allegue point ici que le droit de
~rachat
payé pour tous les Grands Fiefs
écheoient aux femmes par succession
,
encore une preuve de fait, qu'elles
pouvoientsucceder de plein droit ;
droit de rachat étoit comme le prix de
grace que les Rois faisoient à ces mêui
femmes, lorsque leurs Majestez penne
toient qu'elles jeüissent des biens ai
sqiuels elles ~aurotent succedé de plein ~dro
la fucccflîôn aux Grands-Fiefs avoit éj
bien établie.
Non seulement les femmes n'étoie
point habiles à succeder aux Grands Fie
de la Couronne
,
mais encore les ~enfa
de ces mêmes femmes nez en legitin
mariage
, ne pouvoient succeder au
Grands-F efs possedez par leursmeres
ou venans ducôté de ces meres sans ur
nouvelle grace du Roi, quoique les ma
ris de ces meres, & ces mêmes mere
eussent reçû l'investiture de ces ~Fiefs
J'en trouve des preuves autentiques dan
un traité fait en 1225. entre Loiiis VIII
Roi de France, fils & successeur imme
diat de Philippe Auguste, & Marie
Comtesse de Ponthieu. Cette Dame de
clare dans ses Lettres Patentes qui renferment
ce traité, que Sa Majesté avoii
accordé par grace à ses enfans inâlcs&
femelles qu'ils pourraient lui succeder.
En voici les termes,
v Ensuite
~ite, le Roi Monieigneur, emuu
pieté,abien voulu rendre capables«
succeder à mes Fiefs, mes fils &«
;;,filles nez, & à naître de mon mari«
:.de moi, voulant & accordant que«
fS fils & mes filles succedent comme Ct tshenrielS legitimesà tous les biens
et
~t je pourrai, & ferai saisie à l'heure «
ma mort. «
te:crca, Dominas Rer,rnotnpietatis duc-
\tnsijilios meos & filins meas à marito
meo prædiélo natos & nafcimrosy rnatternæ
fuccejifoni fure duxit h,.editar¡o
wefiituendos
, olens C7* concedens quod |filii&filiAm:& fltutréli haredeS
ffùccedant mihi in tota hareditate de.
vqua.tenens ero & piifita die qua de
bcedail-".
,Je passe quantité d'autres exemples
mblables, ceux-ci étant plus que suffi-
~s pour prouver qu'il est fauxqu'il y
:: eu un traité entre Hugues Capet, &C
Í¡ Grands du Royaume pour l'heredité
~s Grands Fiefs & qu'il ait employé ce
coyen pour les faire consentir à son Couwmement.
Lorsque l'Auteur de l'Histoire de la
(a) Lettr. dattées de Chinon au mois de
billetizij.
Reg. des Chart.cotté31.vol. 3. Milice
Milice Françoise nous aura expli
quelleest la vrai-semblance qui proo
que ce rraité a été fait, & pourquo
ne subsiste plus, j'aurai l'honneuri
vous en dire davantage. Je suis, M
sieur
, &c.
4
SUZANNM
SUZANNEACCUSEE
PAR LESVIELLARDS.
'rablean de feu M. Coypel,Premier
l£in:re du Roy.
POEM E.
QUel spestacleétonnant se presente à mes
yeux! ,. Suzanne & deuxvieillards paroissent dans cci
lieux, -
"p d..- couvons-nous de nos jours voir encore cette
histoire?
IDu pourra conserverlatragique memoire,
Dansce Tableau trompeur par quel divin
pouvoir
Le peuple semble-t'il parler & se mouvoir j
Tous ces objets diversn'occupentpointde place,
La main dément les yeux, çe n'est qu'une
sur face.
- -
OI toi peintre sçavant,ou celebre enchanteur
)Q!!i fais vivre la toille & parler la couleur ,
) Qui par l'art merveilleux ,dont nôtre ame ci
déçue,
1
[ Peux rendrele passé present à nôtre vue,Et
It quipour en montrer les grands évenemens
Levez le voile obscur dontles couvre le temps
r
Coipel, qui par l'effet d'un muet dramatique
Peux faire entendre aux yeux un noble pathe
tique,
Fais-moi part du beau feu qui guide ton pinceau
Pour donner à mes vers l'ame de ton tableau.
La sagessetoujours n'a pas sa récompense,
On accuse souvent la plus pure innocence
,
L'esprit fourbe & malin,les discoursseducteurs
Ennous foibles mortelsproduisent mille erreurs
suzanne rassembloit mille vertus en elle
,
£t chacun la citoit des femmes le mamelle
Un air vif & touchant, l'éclat de la beauté.
N'en avoient point banni la rare chasteté,
Sa modeste pudeur arrêtoit la licence,
Des feux dont fej appas causoient la violence;
Cependant deux vieillards follementamcuieux
Oserent dans le bain lui parler de leurs feux,
Et joignant à l'amour une forte menace,
ils crurent de son coeur enfin fondre la glace;
Mais la chaste Suzanneà leur ardent transport
Prefera constamment la plus cruelle mort.
Quel est donc le destin d'une femme si sage ?
C'est elle que l'on voit traitée avec ourrage.
Cest
C'est elle dont on voit par un sensible afront
Leverinsolemnent le voile sur le front
,
Objet infortuné decent regards avides,
Elle attend fo arrest de ces vieillards persides,
Qui voulant Ce venger d'un trop juste refus,
Etouffent du lemords les sentimens confus,
Le plus vindicatif à l'accorer s'apprête,
Et d'un air menaçant met la main sur sa tête,
Vous qui m'avez remis la justic, & le; loix
Peuple, soyez, dit-il, attentif à ma voix.
Suzanne qui l'eut dit, Suzanne est infidel'e.
Témoins infortunez nous déposons contre elle,
Au fond de son jardin dans un sombre réduit,
Pour venger son époux le Ciel nous a conduit,
Un jeunehomme en ses bras, son ame déloyale
Y trahissoit les droits dela foy conjugale!
Pour nous saisirdelui nouscourons,maisenvain,
Il savoit mieux que neu; les dé ours du jardin,
Il s'enfuit, & de loin son ardente jcu::e (Te
( Rioit du vain effort de la lente vieillesse,
Ble feule a rené, la loy prescrit sa mort,
Nous l'avenons à vous, decidez de son forr.
Jevous rendsà regler untrop vrai tém oignage,
PlûtauCielque desyeuxj'eusseperd uu
Maishelas! ce secret n'est plus en mon pouvoir
il B devant
Devant Dieu tous égards cedent aufier devoir,
En proferant ces mots le transport qui l'agite
Le rend pâle & tremblant,il chancelle, il
befite, *
Le trouble est sur son front, & son oeil enfoncé
Est presque tout couvert d'unsourcilherissé
,
Sur son tein se répand un déluge de bile
,
Son fielest tout entier sur sa face immobile
Son crime l'épouvante, on le voit en ficaiir
Et contre son remors tâcher de s'affermir.
L'autre vieillard sanguin sent encore dans
son ame,
Les restes mal éteints de sa secrette flâme.
Voyez comme Suzanne arrête en un moment,
Les coups prémeditez de son ressentiment,
La vengeance & l'amour sont peints sur son.
visage,
On doute qui des deux l'agitent davantage,
L'amour préfomtueux
, ce fier tiran du coeur
Qui veut par tout regner paroît d'abord vainqueur
,
Mais la vengeance enfin se releve plus forte,
Et sur son ennemi dans ce moment l'emporte,
L'amour cede & confus de le voir outragé,
Se joint à son effort, & veut être vengé.
» Au récit des vieillards le peuple se partage,
Ec
Etdéjaprévenu par ce faux témoignage
,
Chacun sur cesujetparle divcisement
,
L'un fait voir le mépris, l'autre l'éconnement,
Celui-là le dedain, celui-ci la tristesse,
Dans sonfort malheureux cet autre s'interesse,
De ce côté la haine, & lacompassion
De l'autre la colere & l'indignation,
Une femme ajoûtant à l'oprobre l'outrage,
A cette infortunée adresse ce langage:
Perside, tu croyois pouvoir nous abuser
,
Et par un beau dehors toujours nousimposer,
Que la pure vertu sur son visage empreinte
Y cache adroitement l'artifice& la seinte,
Ne tient-il qu'à couvrir d'un faux voile d'hon,
neur,
Le; vices de l'esprit, & les défauts du coeur ,
Hipocritc
,
& çrels- tu que le beau nom de sage
Ne se doit qu'au secret de tonlibertinage ?
A ces mots le sourcils'abaissant sur ses yeux,
Elle l'infulceencor d'unregird dédaigneux,
Cesmouvemens divers font un confus murmure
De haine, de douleur
,
de tendresse, d'i juice
Mais les sons dispersez s'unifient à la fois,
Onentend demander sa mort à haute voix. BijCelle
Celle que de Suzanne on reconnoît la mere,
En partageant l'affront d'une fille si chere,
Ressent déja les coups qui doiventl'accabler
Y succombe
,
& n'a pas la force de parler.
Dansle même moment Helcias auprès d'elle
Sent l'effet violent de l'amour paternelle,
Et ne conserve plus de raison, de vigueur
Que pour mieux ressentir l'excès de son malheur
, N
11 voit de tous côtez l'horreur qui l'environne,
Et dans le desespoir où son coeur s'abandonne,
0 Dieu, qui m'as, dit-il,si long-temps conservé
Pour le spectacle horrible ai-jeété reservé
,
Pour quoi prolongeois-tu jusqu'à cette journée,
De mes jours languissans la trame infortunée,
Est-ce ainsi qu'à l'abri de tes puissantes mains »
Tu promets de tenir les fideles humains,
Tandis que l'injustice heureuse & triomphante,
Tient sous un joug affreux la vertu gemissante,
Son geste, sa couleur,ses sanglots, ses soupirs,
Expriment vivement ses mortels déplaisirs
,
Il exerce sur lui la rage qui l'anime
,
Et sa robe en devient la premiere victime,
II
Il n'est point de milieu pour l'ext êmedouleur,
Ou c'est toute foiblesse, ou c'est toutefureur.
Dans ce trouble Suzanne est feule sans allarmes,
Et n'laatacrhme que'asu ,Ciel ses yeux moüJlez de ,
Vous qui futes toûjours mon assuré recours,
Dit-elle, Dieu puissant j'attends vôtre fecouts
Du plus cachédes coeurs la secrette pessee
Par vos yeux penétrans est aisément percée,
V us voyez (JO - tremoi s'aimerdes imposteurs
Je ne suis point coupable ,&.cependant je
meurs
Tan lis que son coeur seul acheve sa priere,
Ér qu'elle livre à Dieu foi ame toute entiere,
Ses enfans qu'attendrit sagemissante voix,
Pour embrasser leur mere, accourent à la fois,
Helas! tendres enfans
, un si doux témoignage,
Loin de la consoler l'accable davantage,
Ah ! laissez la plutôt
,
profitez du bonheur
D'ignorer jusqu'où va l'excès de son malheur.
Tout prêt d'executer l'Arrest de la justice,
Le peuple impatient demande son suplice
,
Mais le Dieu d'Abrahaml'appui des malheureux
Sçaura la délivrer de ce peril affreux,
B iij Bien-tôt
Bientôt l'on entendra la voix de son prophete,
De ses secrets desseins le fidelle interprete ,
Confondre ces vieillards, & les faire expirer
Sous les coupsqu'à Suzanne ils vouloient preparer.
Mais que
dis je! où m'emporte un effort trop
rapide,
Suivons fidellemenc les pas de nôtre guide,
N'allons pas par les coup s d'un indiscret pinceau
Renfermer deux sujets dansun même tableau.
Voilà sçavant Coipel ce que nous represente,
De ton muet tableau la peinture parlante
,
Chaque objet qu'on y voit est si bien imité
Qu'il dispute le rangavec la verité.
Par des fois disti ,guez la voix se fait entendre,
Ta doae main fait plus
, car elle ose entu
prendre,
Par ledessein corect
, par la vive couleur
De découvrir à nud les sentimens du coeur,
Elle a pour suppléer au défaut du langage
La force d'artier l'ame surle visage.
MEDAILLES
MEDAILLES GRECQUES
Defla~ville de A1fa1rfe,ill/e/, f&~critique d'un en iroit du voyage littéraire du /R?.. P.
DoynEimond Martennetpar/M. de
la R.
J Ajoure, Monsieur,puisque vous le
vou lez ainsi
, ce supplement à la dermere
* Lettre que j'ai eu l'honneur de
vous écrire, non pas pour vous apprendre
quelque chose sur les Médailles de la
ville de Marseille, car vous n'ignorez
rien de tour ce qui regarde l'Antiquariat,
mais pour faire un surcroît de preuve en
nôtre faveur contre les prétentions de
M. de Valbonnais dans son explication
de l'Inscription Grecque trouvée dans
cette Ville.
Non- seulement nous avons des Medailles
Grecques de Marseille
,
frapées
dans Marseille ancienne,& payenne, ou
selon ce sçavant, la Langue Grecque éroit
une Langue inconnuë,mais ces Médailles
( comme vous le sçavez
,
Monsieur, )
ne sont point aujourd'hui d'une si grande
rareté. Elles font pour la plûpart d'ar-
* Cette Lettre est inserée dans le Mercure du
mois d'Aoust 17115
Biiij gent,
gent, celles de bronze font en plus petit
nombre, je n'en ai jamaisvûenor. Celles
d'argent qui sont venuës à ma connoissance
font au nombre de vingt- deux, portant
toutes la tête de Diane d'un côté,
ccëffée à la grecque, & de la maniere
qu'on la voit ordinairement sur les Médailles
des Villes les plus celebres de l'ancienne
Grece. Cette têteest aussîornée
d'un collier, de pendans d'oreilles, &c.
sur quelques-unes il paroît derriere la
tête de Diane un bout de carquois Se
d'arc passé sur l'épaule
, ce qui, comme
l'on sçut, caracterise particulierement
cette Déesse.
-
Il n'y a aucune Inscription sur la face
de ces Medailles,maison voit sur quelquesunes,
une feule Lettre Grecque.
Elles ont toutes au revers un Lion,autre
simbole de Diane, avec cette Inscription
MAAIHTN,ou seulement MAA,
& au devant du Lion quel ques lettres separées
, differentes dans chaque Medaille
qui marquent, ou une époque, ou le
Monogra nme duM metaire , ou quelque
autre mistere d'anti uité, que j' ibandonne
, Monsieur
,
à vôtrepenetration. Je
vous envoye le dessein d'une de ces Medailles
, que j'ai choisie la plus nette, ÔC
la mieux con fervée, de quatre que j'ai
dans mon cabinet. On y voit d'un côté
Il sa
la tête de Diane avec l'arc &le carquoi,
dontnous venons de parler,&la lettre
IA..& sur le revers un ~LyonMASXAAIH.
-"l,QN. Au devant du Lyon ces deux lettrès
ainsi posées l'une sur l'autre H Les
autres Médailles que j'ai vûës en argent
de la même Ville éroient alors dans le cabinet
de M. Foucault.) à Paris, & dans
celui du Docteur Sheloane, à Londres
J'ai déjà eu,Monsieur,l'honneur de
-vous dire que les Médaillés de Marseille
en bronze, font plus difficiles à trouver , je n'en ai jamais vu que trois de cette
especeen petit bronze., lesquelles étoient
aussi dans le cabinet de M. Foucault. Sur
la premiere de ce5 Medailles on voit
d'un côté la tête-d'Apollon,& sur le re-
• vers 'un taureau qui frappe la terre du'
pied, & au dessusdutaureau une couronne
de laurier avec lamêmeInscription
MA22AAIH-TON'. La féconde Me.-
daille represente d'un c^té une tête. de-'
femmeaussicouronnée de laurier, avecces
deux lettres IIA. Le revers dl: le mê-V
me que dans la presedente
3
à la couronne
de laurier près. Latroisiéme de ces
Médailles porte aussi d'un côté une tête
de femme, sans Monogramme & sur le"
revers un taureau, avecl'inscription ordinaire.
B v Lors
LorsqueM. de Ruffy publiason Histoire
de Marseilleenl'année 1642. Les
Médailles desanciennes Villes, &^esbons
Antiquaires, étoient beaucoup plus
rares qu'ils ne le sont aujourd hui ; ce
scavant homme, en traitant des Monnoyes
des anciens Marseillois, nous dit
là-dessus tout ce que son habileté lui peut
fournir,ajoutant que ces fortes de pieces,
qui regardent Marseille ancienne r
& Grecque d'origine,sont (i rares, qU'OR}
ne les trouve que dans Hubert Goltzius
çù-il renvoyele Lecteur. '-
En effet, Monsieur, cecelebreAntiquaire
nousa donné dix Medaillés de-
Marseille, parmi celles des Villes de la,
la grande Grece, parfaitement bien gravée
* par lui-même,avec des explications,
dignes de son érudition & de sa critique ? c'estapparemment tout ce qu'il avoit pû
découvrir de Medailles Marseilloises. De
ces dixMédailles,je n'en trouve quqr
troisque je n'aipas vûës ailleurs, & qui
demandent une attention partièuier;,-
* i - '-- Goltfius était également ion Peintre,Graveivri
Sculpteur,, & excellent -Antiquaire. La m&iUen-i teEdttian ses Ouvrages efi celle de Bruges
fait* en l'annéetî76 fousles yeux- dé lauteur>
dont on voit à la têtele Portrait en taille-douce,
gravé par lui même
,
d'ap es l'Originalpeintfar
Antoine ,Mor, premier Peintre de Philippe 11,
sçavoir la [epriéme) la huitième & la dixiéme,
sur lefquclles on voit rrois têtes
différentes que Goltzius croit,avec beaucoup
de raison
,
ê re de Jupiter , de Minerve,
& d'Aristarcha
,
fameusePrêtresse
-
de Diane
, avec des revers singuliers.
Elles portent toutes l'Inscription ordinaire
~MA22AAiHTf2N, & sur quelques-unes
on voit une Epoque, ou un Monogramme
, que cet Antiquaire n'a pas entrepris
d'expliquer.
M. de Raffy a emprunté de lui quelques-
unes de cesMédailles, pour orner,
& pour appuyer l'H:£lùire de Marseille Médaillés queM. Louis Antoine de Ruf,-
fy, son fils, a fut graver dans la seconde
Edition qu'il nous en a donnée en l'année
1696. beaucoup augmentée, & enrichie
de Ion propre fonds.
En sorte, Monsieur, q voilà bien.des
sources
, & des monmenS,qui détruisntsce
que M. de vaibonnais a avancé,
en expliquant vôtre Inscription grecque,
sans compter le témoignage de plujîeutv
anciens Auteurs, ifngulterement celui
de Strabon, suivantlequelle Grec étoit
si commun à Marseille4qie les Contrats
étoient écrits en cette Langue ÔC
ce beau mot de S. Paulin
, qui dit, en parlant
de Marseille
,
l 11 vj pofca:
Pofita Gdlorum solo
Adajftlia,Graium filiay
&c.
En voilà assez sur cette mitiere. Au
reste
,
M. tous les gens de Lettres,qui
connoissent M. de Ruffy
,
dont nous vent
ns de parler, & tous ceux qui ont lû
son Histoire de Marseille, ont été furpris
de la pensée que le R. P. Dom Edmond
Marcenne lui attribue dans Ion
Voyage littéraire
,
imprimé a Paris en
l'année 1717. au sujet des lieux souterrains
, & des Antiquitez qui sont dans
l'Abbiye S. Sauveur de Marseille. Ce
sçavant Benedictin, étant en cette Ville,
ne manqua pas d'aller les visiter. Ecoutons-
le parler lui-même sur cet article,
voici ses termes.
Elley TAbbefTe de S. Sauveur,voulut
aujjt nous faire voir quelques Antiquitet
qui sint dans Vintérieur du Monastere, 1 f ri
ou Con montre plusieurscaves, que nous
croyons être unottvrage des R?mains,destinées'à
faire des provisions pourL'Arn^
eey comme on voit que Jules Cesar en
4ivoitfaites à Awboifè,plutôtquunTemple
de la Deesse du Soleil
.,
comme le croit
M. Rujfy
,
fondé sur a qu'ony a trouvé
une figure qu'il eflirneanciennedune
Deepenvironnée de rayons 3
& portant
une
une couronne aétoiles. Mais nous croyons.
quil ne faut pas- êtregrand connoisseurT
pOltr jugerque cette figure n'est point du
tout ancienne
3
& qu'elle reprcfènte 14
Jainte Vierge
y
figurée par cette femme de
L'jipocalypfe, entourée duSoleil, & environnée
de dou^eétoiles, quifont les dou- , prérogatives de cette fainte Atere de.
Dieu
j comme l'explique saint Bernard-
Nous vîmes aujJi dans cescaves une ancienne
Inscription
,
mais nous ne la primes
pas dans la pensée qu'elle pourroit etre.
raportée par M. de R?tffy.
Il faut avoüer qu'un Antiquaire,capable
de la bévûë, que le R. P. Martenne
impute ici à nôtreHistorien, est.
bien humilié, quand on a la bonté d'en
instruire le Public. Rien en effet n'est
plus absurde, que de prendre la figure
de la sainte Vierge pour une Deesse du
Soleil, & de placer dans un lieu souterrain
le Temple de cette brillante Divinité
;mais vous sçavez, M. que la reputation
de M. de Ruffy ne sçauroit en
souffrir, & vous n'ignorez pas ledéfi
.qu'il a fait au P. Dom Marrenne, de
lui indiquer l'endroit de ses Ouvrages
où peut se trouver une erreur si grossiere.
Il est vrai qu'il a parlé de ces souterrains
de l'Abbaye S. Sauveur,dans sa
- seconde Edition de l'Histoire de Marseille,
le, page 317. &318. de la seconde Partie
; mais ce qu'il en dit, est bien opposé
au sentiment bizarre qu'on lui arrivbue.
M. de Ruffyfondé sur une Inscription
trouvée dans ces grottes, &
qu'il rapporte dans le lieu que je viens
de citer, s'explique ainsi sur cette matiere.
» CetEdifice,dit-il, étoitun Col-
» lege des Dendrophorcs c'étoient des
» gens qui trafiquoicnt au bois
,
qu'on
» employoit à l'usage de la guerre, aux
>3 machines, & de la charpente necessai-
>5 re dans le camp: le CollegedesDenv>
drophores joignoit ordinairement celui
>5 des Céntonaires, dont la fonction étoit
M de fournir les rentes & tous les attirails
» de guerre, & d'éteindre le feu que les
»machines des ennemis portoient dans
»les camps.
Telles sont, M. la pensée & les expressions
de M. de Ruffy au sujet des
grottes en question
,
sans que dans tout ce
qui precede, & tout ce qui fuit, il soit
dit un seul mot de la figure mysterieuse
dont parle le P. Dom Martenne; ce qui
me faitconclure, en finissant, que le fçavant
Réligieux auroit rendu plus de jus-
, tice à M. de Ruffy,s'il eu jetté les yeux
sur son Histoire de Marseille, ou s'il eût
trouvébon de le consulter sur ces Antiquitez,
après avoir reçû de lui divers
éclairéclaircissemens
sur d'autres sujets, pendant
le séjour du R. Pere en cette Ville.
Je suis, &c.
A Paris
> ce 11. Juillet 1711.
CO-NTE ENIGMATIQUE.
M. ALbinelli
3
jeune Seigneur de l'Etat
de Milan, étoit né avec tous les
avantages qui peuvent satisfaire l'ambition
& l'amour propre. Il avoir à peine
atreint l'âge de vingt ans, lorsque son
pere , qui l'avoit destiné dès son enfance
à une heritiere considérable
, le presse
d'accomplir ce mariage; mais Albinelli
étoitbien éloigné, par son inclination,
de prendre un engagement qu'il ne pût
rompre; il ne connoissoit que le plaisir
de se faire aimer, celui d'aimer lui étoit
inconnu. Pour éviter les persecutions de
son pere ,
il partit fecrettement dans le
dessein de voyager , & de visiter les villes
d'Italie. Il se rendit à Venise; le lendemain
de son arrivée, il alla se promener
sur le grand Canal; qui coupe une
des principalesruës de la Ville; onétoit
dans la plusbellesaison del'année, &
tous les jours la jeunesse brillante en hommes
, y formoit un cours d'autant plus
agreable, que les superbes Palais qui regnoient
- gnoient des deux côtez, avoient desbalcons
où les femmes,les unes pourprendre
l'air, & les autres pour se faire voir
ne manquoient pas de le rendre: ces balcons
étaientà une distance d'où on auroit
pû aisément leur parler
,
si la coûtume
n'-en avoir ôté la liberté. Albinelli regardoit
avecplaisircespectacle
,
qui
avoit quelque chose demagnifique &de
galand,lorsqu'il apperçût pUfierSjeu
nes filles,qui par une espece de coquette
rie, assezen usage à Venise prenoient
des fleurs dans des corbeilles
, & les jet-]
toient d'un air en joiiéà ceux qu'elles trouvoient
leplus àleur gré. Uned'entr'elles,
par timidité, ou par dédain, n'avoit
pas encoreimité ses compagnes:fe^
regards incertains s'arrêterentenfin sur
Albinelli, qui surpris desa' beauté ,avoir
fait avancer sa gondole fous le balcon oùelle
étoit ; elle le trouva si fort au-dessus
detous ceux qu'elle avoitvûs jusqu'alors,
qu'elle nepût s'empêcher de laisser tomber
sur lui un oeillet qu'elle tenoità sa
main, Aussi-tôt honteuse & embarassée.
elle baissales yeux, & une rougeur modestequi
lui couvrit le visage, en augmentant
sa beauté, donna un nouveau
prix à la faveur qu'elle venoit de faire.
Albinellien sentit tout le charme; ce
trouble agreable ( présage assûré d'une
grande
nde passion } le fit sentir à son coeur ur la premiers fois. Sa reconnoissance
i ses nouveaux sentimensparurent dans'
ÎS yeux; depuis ce jour il ne s'en passa
point qu'il ne retournât au même enroit
jik il eut lieu de Le flater quecelle
ui causoit son çrnprefremtnt, s'en apercevoit'
avec plaisir. Il avoir appris
qu'elle se nommoit Ulanie, qu'elle avoit
erdu sa mere, & que son pere, un des
temiers du Senat, homme absolu, dc
lus severeencore quene le sontordinairementceux
de sanation,la tenoit dans e grande contrainte, & qu'il vouloit i faireépouser un de ses neveux pour
ui elle avoit une aversion insurmontale.
L'amour & la jeunessedonnentdela
confiance, les difficultez l'animent, SC
de le rebutent point. Le peu d'esperance
quedevoir avoir Albinelli, de réiiÏÏk
dans sa passion ,ne l'empêcha point de-
;¡'y livrerentierement, il ne longea qu'à
a fairesçavoir àUlanie.Unenuit, donc
l' avoit passé la plus grande partie a rêver
à la maniere dont il s'y prendroit,
sanss'être déterminé à rien,accabléd'une
si longueveille ,ils'endormit, & son embarras
le suivant dans son sommeil, illui
seomnnbela qu'il voyoitdevantlui une per-
,
donc le grand âge n'ôtoit rien des
agrémens d'une beauté nainte; elle
- -
étoit
étoit suiviede cinq Princesses qui paroi
soient toutes soeurs, quoique cr6-ditfc
renres l'une de l'autre, Ôc de dix-neuf
Dames, dont quelques-unes étoient ~bi
mois âgées que les autres, qui étoient
arrachées indifféremment aux cinq ~Prii
ce es, & se trouvoient à chaque instant
tantôt avec l'une, tantôt avec l'autre
» Calmez vos agitations,decette Re
» ne à Albinelli
,
l'amour couche de ~v<
»> peines, m'envoyé à vôtre lècours:
» fi, en état de servir vôtrepassion,& ~c
M vous aider à la découvrir à celle qui e
w est l'objet. J'ai secondé cent ~millenu
» dans de pareilles occasions : les plus
n grands Rois ne dédaignent pas d.*
» servir de moi; les Princesses & les D;
» mes de ma Cour ne vous abandonne
M ront pas, si vous sçavez bien les ~mei
»tre en oeuvre: elles ne se piquent ~pa
» de garder leur rang, elles prennentce
w lui qu'on leur donne, & lorsqu'elles ~(
ai trouvent bien placées, tout l'honneur
» en tourne au profit de la personne, qu
D) a sçû les placer avec distinction.
Albinelli transporté de joye, voulut
ensejettantauxpieds de la Reine, lu
témoigner combien il étoit sensible aux
offres obligeantes qu'elle luifaisoit, mais
dans ce moment il s'éveilla. Ce songe
énigmatique ne le fut point pour lui, &
je
froi qu'il ne le fera point pour bien
autres: Albinelli se servit avec succès
secours que l'Amour lui avoit envoyé
persuada sa tendresse à Ulanie, & reet'
E des assûrances quelle la parrageoit sdesirs
des Amans vont {OU} ours au dedu
bonheur dont ils joüissent.Une graqui
leur est accordée est un droit pour
~xd'en demander un autre. La Reine,
Princesses & leurs Dames furentemployées
plusieurs fois pour obtenir une
~hevuë secrete, & l'Amour d'intelli-
~ce avec elles, fit disparoîtreauxyeux
Ulanie toutesles tristes raisons de bierw
~incc qui s'y opposoient.
tti"é écrits de Caën aux Auteurs dW
Ji{ercure le 15. Août 172.2. par
-
HMi..FFrreeyy de NNeeuuvviillllee..-- vOus n'ignorezpeut-êtrepas,Messieurs,
qu'on donne tous les ans dans
Academie de ~Cën, un prix à la meilre
Ode Françoise,allegorique,en l'honnr
de l'Immaculée Conception, de cent
~s, en dix strophes. La pièce que je s envoye, sur presentée a cette Aca-
~mie le 8. Décembre 1721. jour auel
on fait lire publiquement les pièces
concours. Le jugement n'a point enta
été imprimé, du moins il n'est pasvc-
na
venu jusques a moi. Cerre Ode a a
cré envoyé à M. l'Evê^ue de M'irfei
J'ajl ûreie compliment qu'on luia j
a cctre occaiion, pour donrer une ie
des motifs, qui doiventenaarer les be
efprirsà rendre àce genereux PieLir
que mevire sa charité.J'ai l'honneurd
tic Messïeurs,&c.
A MONSEIGNEUR
DE BELZUNCI
EVESQUEDE MARSEILLÉ
MONSEIGNEUR',
Je rens aujourd'hui a vôtre Grande
le t:but, que tous les âges- ont .ren<
aux Heros, qui sans participer aux ho
reurs d'une guerre finglante, ont si
avoiier aux ennemis même de la verti
que la grandeur d'ame, & le fublin
heroisme,neronnitent pas à forcer l'l
rivets d'admirer, & de haïr un fier cn
quexant. On arrive par des voyes pl
parfaites à cette gloire solide, qui forn
l'homme saint, & selon le coeurde Die
dans le Christianisme.
C'est par les voyes, Monseigneur
que vous vous êtes élevé au-dessus
x que le même titre, le même rang,
îême dignité
, vous rendaient égaux
l'Egli.e. Vôtre chariré &votrezeanimez
par le refroidifTjinent de ceux
leurs voeux obligeoient de vous fouÎL*
dans les fonctions les plus penibles
l'Episcopat , ont donné dans votre
forme un exemple aux Evêques, &C
modèle à tous les Pasteurs de l'Eglise
Jelus-.Christ.Plus occupez du dan- , qui menaçoit les habirans de MarlIe,
que du peril dont vous étiez enonné
, comben de fois avez-vous fou..
lré
, avec le Propheie Royal, de mou-
, pjur appaiser la colere d'un Dieu iré
de nos pcchcz? nuis toujours [oû,.
is aux ordres de la Providence,toûjrs
sensible aux besoins de vôtre peue
,
combien de fois avez-vous dit,
'ec fain;Martin? n\on Dieu, quoique
L ne puisse resister aux travaux qui
'accablent, quoiquelestrissesfpeda-*
es ,
qui s'offrent à ma vue me peneent,&
m'anendriffenr, quelque douleur
ue me causent les maux de mon troueau
,conservez-moi la vie, Seigneur,
elle est utile aux malheureux Provenaux.
Ces pieux sentimens, Monseigneur,
nt toujours occupé vôtre coeur. Remli
de l'Esprit saint
3 vous avez donné des
preuves
preuves d'un courage élevé, d'une pic
verirablemenr confiante, d'une rendre
sans bornes pour vôtre peuple, d'un zt
infarigable, & d'une application coni
nuelle à procurer aux peftiferez,tout
qu'ils pouvoient fouhaitter, pour l'ar
Se le corps. Tous les Provençaux vo
regardent comme leur pere, & vous do
nent le nom glorieux,avec plus dejufl
ce, que lasuperbe Rome ne le donn
autrefois auPrince des Orateurs. TOI
les François font,aussi sensibles à vos bol
tez, que s'ils les avoient repenties. N<
voeux ont pénétré jusques au trône d
Dieu vivant, & ont obtenu vôtreconfe
vation. Quedis-je, vous n'en êtes redi
vable qu'àvôtre charité, & nos prierc
ne fervent qu'à faire connoître combie
nous nous intereÍfons à vôtre fanté.
Les applaudissemensqu'on donna1
jour de la Conception aux vers qu
j'olc presenter à vôtre Grandeur, éroien
moins dûs à la poësie, qu'à la matière
Vôtre nom obtint bien-tôt fiience. U
chacun sembla se faire un merire de té
moigner
, par des marques d'une joye vi
ye & éclatante, que lePoète n'avoir pi
choisir un sujet plus agreable. Que je se.
rois heureux, Monseigneur
,
si vos sen
timens s'accordoient avec ceux de l'illus
tic Assemblée,devant laquelle cette Ode
-
su.
t lûë! vous vous contentez de méritée
l'on vous loue, sans aimet les lolilnges;
ais vous aimez la vérité, ainsi j'espere
1e vous la distinguerez d'avec la flaree,
& que vous recevrez avec la bonté
ji vous est naturelle, une marque du
'ofond relped:
, avec lequel je fuisp
MONSEIGNEUR,
f1EVOTRE GRANDEUR;
hi
Le très-humble & très obéïH'an.
serviteur
,
Frey de Neuville,
f,n-l' honneur de l'Immaculée Coni
ception de la fainte Vierge.
Ode allégorique.
.0, Eigneur de ta jafic colere,
Qui peut éviter leseffets?
msouvent un fléau salutaire
Wout fait expier nos forfaits. e pecheurs'abusant soi-même, e rend point à l'Hue(Úprême. es Laishommages qui lui font dûs5
le maître de la tempête
ilccable sa superbe tête,
Des
Des malheurs les moins attendus.
Marseille
,
autrefois si fameuse
,
Même avant les premiers Cesars
, *
'N'a plus qu'unegrandeur affreuse
,
Dont la rrort défend les remparts.
.•Que la fortune, & l'opulence,
Sont fuoeftes à l'innocence!
Xa volupté 'es fuit de près.
Le paifirsengendrent le crime)
Et chacun tcmbc dans l'abîtr..e.)
Où le cocduifent ses excès.
Le Tout-puissant frappe de peste.,
sLesinfortunez Provençaux
De tous le) maux le plus funeste.,
Est apporté sur leurs Vaisseaux,
:pu porr il paffe dans la Yille,
La Medecineest inuti'c,
Le mal trouve par tout accès,
Marfeil'c perit sans ressource
,
Son rraI part de lamêmcfource
,
* Les Romains la regardaient comme une
yaie des llus consîderables de leur Empire.
(Lii
<£uicauroit les heureux succès. A
Quel fpeébcles'offre à ma vue ?
Je crois apprendre de ces morts b
Que l'innocence confondue,
N'a fait que de fobles efforts. -.
Seigneur,affligele fidele)
Afin qu'une gloire immortelle
Couronne sa fiielité1
Oiii. Le juste re purifie
,
Lorsqu'il souffre pendantsa vie,
Ses malheurs, avec fermeté.
Les pleurs, le deiiil, & la tristesse.
Ont dans ces lieux leur triste cours j
De la plus brijlante jeuueffc
La pestè termine lesjours.
Ici l'époux pleure sa femme,
Là l'épouse livre fou ame'
Aux mouvemens de la douleur.
Un tendre fils pleure son pere i
a Du Commerce.
b Dieu afait connoître, par la mort des-
Paftetfrslesplus '{ele'{
, qUe tous les malhenrë/
ix nefont pas coupables.
C L1
La fille regrette la mcrc,
Chacun fuit son propre malheur.
Lacharité paroît éteince.
On ne connoît plus l'amitié,
De la perteon croit fuir l'atteintef
En éloignant toute pitié,
le pauvre accablé de misere
,
Invoque une mort necessaire
,
Et s'en fait un heureux destin:
Quelques forçatsimpitoyables,*
Des enfers suppôts détestables
,
Lui portent lamort dans le feia;
Pelzuncetout brûlant de zele,
Cherche à soulager son troupeau J
Il vole à celui qui l'appelle ,
Il voit les horreurs du tombeau.
Mais il lesconnoît
,
sans les crailldr,
Et le danger ne peut éteindre
Le feu, dont son coeur est épris;
Pasteur genereux ,
tendre pere ,
* Les GaUritas dél,lIrei. pour ficenrir-Us
malades*
iLt
Suc plaisir, qu'il trouve à bien faire,
Donne au bienfait un nouveau prix.
S'offrant foi-même en sacrifice,
Ilprie, il jeûne incessamment
,
Pour se rendre le Ciel propice,
Et desarmer le Tout puissant.
,J)
Grand Dieu! modere ta vengeance,
,, Fais qu'en faveur de l'innocence,
,, L'impieévite ton courroux :
,, Ah! Seigneur,frappe moi de peste
p
„ Et fauve le malheureux reste
„ D'un peuple accablé sous tes coups.
Digne successeur des Apôtres,
Le Ciel n'exauce point tes voeux.
Il paroîtplussensible aux nôtres,
Il te conserve aux malheureux.
C'est en vain que ton coeur soupire,
Pour lacouronne du Martyre,
Que peut donner la charité;
Tavieest encor necessaire
,
Un exemple vivant fait taire
Lajalouse incredulité.
C ij sillxJ'lllufion.
Belzunce fauvé, nous figure
Marie exempte de peché :
La Vierge naît sans tache & pure,
A la peste il est arraché;
D'Adam, cicature infidelle,
La complaisance criminelle
Corrompit sa posterité.
La Vierge repare , avec gloire,
Le mal causé par la victoire,
Du démon de la vanité.
Frej de Neuville.
Lettresurla maladie de Aiarfeille3écri*
te à M. Charbel,anci;n Officier de
,
Oi.l icl ,-r la Marins
, par l'vf. La'tri-Sol de D2-
laurh
,
DoÈlexr en AiedsçinCjÀfainto
Livrade en Aaenois. cEfi: à present, Monsieur, que j'ose
me flatter de pouvoir répondre dans
cette seconde lettre, aux empressemens
que vous avez depuis long-tems, de sçavoir
en quoi COI Gfte la maladie conragieusedeMarseille,
répanduë dans presque
toute la Provence & de..Jà dans le
Gevaudau.
Gevaudan. Si je le fais avec succès, j'avouë
que je ne brillerai que d'un éclat
emprunté, & que c'est à M. Deidier, *
dont le nom' fait l'éloge, à qui je dois les
connoissances
,
dont je vous fais parr.
d'est sur ce modele que je puis vous dire,
que la coagulation du fang est le caractèreessentiel
de cette cruelle maladie,&
que par un effet aussi fixant quegangreneux,
l'on peut aisement se déterminerà
l'égard du germe pestilentiel qui enest la
cau ce.
Mais auparavant que d'en venir là,
vous ne desapprouverez pas que je vous
dise, qu'il ne faut pas confondre l'épaj[.
sissement & la coagulation ,non plus que
la fonte & la dissolution. L'cpailliArment
est la suite ordinaire de la dissolution,&
la fontecelle de la coagulation.
Dansle brisement du fang par quelque
corps âcre & tranchant, le volatil se dissîpe"
, le mare reste, d'oùdépend l'épaississement
; & dans la fixation par un
pburoiscshaennt tacide, les parties rameusesse
& se colent, l'esprit principe
se corporifie, la serosité déborde, ôC
prend le dessus ; cequifait la fonte, éloignée
de tout brisement, & par conse-
* Lettre a M. FIf,
-
le 1 j. Decembré, &à
M. MontefeBe, le Jo). Novembre 1710.. -
C iij quent
quentdela dissolution. On a des exemples
de l'un & de l'autre, dont je pourrai
vous faire part en tems & lieu, pour
ne pas vous faire une trop longue lettre ,
par lesquels l'on voitque la fonte du fang
& son épaississement, font les produits de
la coagulation & dela dissolution
,
Se
qu'ainsi ces deux effets font differens, bc
toûjours dépendans.
Cette consideration, comme vous
voyez, n'est point à méptifer : autrement
comptez que c'est ne donner qu'au
hazard, de rafraîchir dans la fonte, SC
d'échauffer dansl'épaississement; on attaque
l'effet mediat & secondaire, dans
le tems qu'il faut s'en prendre à l'action
immediate & univoque, qui est ladissolution
dans l'épaississement, & lacoagulation
dans la fonte; quoique l'on foit
quelquefois obligé de se prêterauplus
pressant
, par cetre maxime urgentiori:
maxime qui' d'ordinaire ne regarde que
des cas particuliers, a tous dépendans
d'une action équivoque, ainsi qu'on le
voit souvent, & qu'on l'a vû arriver, b
a M. Deidier répond a M. MonterefJe, le 14..
janvier 1711.
b Observation de M. perny , atint mallldle
de la troisiémeclilffe. & reflexion derniere des
faits Jifigtilitrs de M. Chicotuatt
,
imprimé.
Aix.
ail
au sujet du mal de Marseille oùladissocution
imparfaite a par accident été dans
quelques occasions la fuite de la coagulation.
Mais cette maxime toute respectable
qu'elle fait, ne peut, ni ne doit servir
de regle a à l'endroit de l'univoque,
où la Loi contraria contrariis, e:,;'"c. l'emporte
sans détour. Et de fait il en est de
la chaleur dans 11 coagulation, comme du
feu que cause la glace b dans la main # très-piquant & très-âpre, qu'un plus tnoderé
dissipe bien-tôt, lorsque la voye de
rafraîchir en augmente l'ardeur, & le
rend insupportable.
Sur ces principes
3 on a d'abord presens
tous les traits méthodiques de la
conduite que l'on doit avoir au sujet de
la maladie de Marseille, nonobstant qu'il
y ait de la f.îiite dans le sang, & que les
débris soient brûlans, & dans les entrailles
, & au dehors. Je passe pourtant cet
endroit, non moins curieux qu'interessant,
pour revenir à ce qui fait le principal objet
de vôtre attention, & dans le moment
il me paroît difficile, & c'est là toute
ma peine
J
de porter sur la nature de la
cause de cette horrible maladie, que pas
une relation n'a en quelque façon jusqu'ici
a Obfervxtioti de M. Deidier à M. Monstresse,
ibid. *
b Trop long-tems retenue.
Ciiij toutcuchée.
Et je ne sçai si vous ne me jiï*
gerez pas trop téméraire d'avancer sur le
tr in a de ce mal; mais c'est sur l'induction
de mon illustre guide, b que l'acide
qui broche le sang des pestiferez, tient
du virriol
,
& que selon toutes les apparences
,
le seminaire pestilentiel efl; aujourd'hui
par sa détermination vers les
entrailles, une espece degillavitrioli,
unvitriol émetique, rendu corrosifdans
les calcinations qu'il a souffertes par un
vent de Sudtrès-ardent,poussédepuis
le mois de Juin, & tout l'été 1719.
de même qu'au tems, c que la peste a commencé
de le faire sentirà Marseille, &C
jusqu'à l'automne, qui fût alors d le terme
de sa vivacité, sans toutefois être celui
de son extinction. Il est vrai qu'un
vent de bife se fit vivement sentir au
commencement de Juillet 1720 e lequel
fut d'abord suivi d'unventde Sud étouffant,
qui dura jusqu'aux vendanges;
bien que du depuis il ait de rems en tems
repris, & sur tout le Printems dernier
a Relut, de Novembre 1710. imprimée * Marseilleen1710.
- b obfwulIt. de M. Detdier à AL Mtnterejfc,
le17.Otioire1710
c Juillet 1713.
oc7obre 171.0.
d Lettre de M. de,..d'Avignon , à un IIml
de Tcnloufe171.O. -
17iU
1721. Après celail importe peu quele
germe pestilentiel se soit formé par le
vent de bise, & perfectionnéparle vent
de Sud, rien ne le confirme mieux en vitriol,
que les mbières noires, violettes
OU vertes, dont les pustules,suivant qu'il
nousest rapporté, a font remplies, les
exanthemes teints, & les évacuations
chargées: tous accidens qui ne peuvent
étre attribuer qu'au vitriol
,
très-alkolrfé,
corrodant &' vomitif.
Ce systême, tout favorisé qu'il est de
la raison & de l'experience
, ne laisse pourtant
point d'être traversé par celui des
vers dragoneaux, vers imperceptibles,
dont onprétend, b avec quelque air de
probabilité faire le fond du seminaire
pestilentiel : mais que cesoit ces vers portez
dans le fang par la respiration, &par
lx salive, comme le veulent la plupart, c
ou appUque sur la peau pour causer
d'ans le liquide empourpré par leur poinçon
écumeux j les mêmes effets que le
a Pelat. de M's Chtcoymau & Yerny,en Norvembre
b Cal1me7t, d1iss--er0t. su-.r l-a l-epre de Mcyfe-, &
Chirker,c.de la peste.
--
c M. PefiacoJSy
,
disse-rt. sur loepesle, est dtf
fejitiment avec pljifieurs autres-, que le ftm;ntJ;.
re- pfiilentiel pagepa, la salive dans, léfangfam
Us uers. -"";.. C V icoEscorpion
& la vipere., ils font certaine
ment moins la matiere du germe pestiseré,
que le produit d'une coagulationpourrie,
présque toujours accompagnéedela
vermine:persuadé d'ailleurs que la noirceur
dans les liquides ,ainsi que dans les
défauts organiques, vient moins de ces insectes
que du vitriol.
-
Il faut vous dire en passant, que le seminare
pestilentiel peut ne pas être sansces
petits vers: tant s'en faut , il est plus
probable
1
qu'il en estarmé, de même
qu'une flèche de ses ailerons
3
mais d'une
espece toute parciculiere en tems de peste.
C'est sans doute par là qu'il est , & plus
contagieux, & plus meurtrier, sans pourtant
être, ni moins minerai , ni moins [d.
vitriolisé
, ou nitre aëré tourné en vitriol-
Il estcertain que par des embrions ainsi
animez , il devient coagulant outré,infîniment
rongeant & superieur , ô( qu'il
se revêt du caractere de causegenerale de
communication. -
,
Il n'est pas necessaire de m'étendre ici
davantage, pour rendre [el!Jihles..des alliages,
qui donnent aux atomes f::rIins
vitrioliquesdel'athmisphere,le rafine- ;
ment &l'éronante rapidité dans d'aune
promptes &de si mortellesexpéditions.
Je me reserve à le faire dans un ouvrage
plus étendu , dans lequel on verra les
pria» j
principauxeffets d'une maladiesi terrible,
expliquez conformément aux regles de la
plus exacte mécanique.
1 -
-
Mais c'est toûjours
, en atténdant,
vous donner en fort peu de mots, pour
nepas sortir des bornes d'une lettre, une
idée précise de la cause & de la nature
d'une maladie, qui a fait en Provence
tant de ravage.Cependant comme il ne
s'agit pas feulement de connoître la qualité
de l'ennemi qui nous fait cette guerre,-
& qu'il estde la prudence d'être toûjours
sur ses gardes, de peur de quelquefuufcre
accident ; sçachant depuis,
long-temsque,non efl filpÙmtis, dicere
nonputabam ; & que d'ailleurs tela pre-
#(Jijà- minus feriunt, on seroit hors d'excusedese
trouver sans défense, de n'être
pas en état dans l'occasion de pouvoir
repousseravantageusement les efforts d'un
si brusque assaillant; mais voici à mon
avis comment le faire.
Etsans rappeller ce que j'ai déjamarque
dans ma premiere lettre, *rien de;
mieux assorti pour modifier l'air, & le,
teniç dans un parfait analogisme devibration&
d'équilibre avec le fang, que IVsage
d'un baume aromatique
3
fait avec
*, Mercure de May 1711. lettre Juda, feste tn1
g-entral,Art.-de III Çf/tgutatim-
(¡;..v-j)' Im
Ia racine d'iris de Florence , de tedoti.
re, d'angelique de Boëme
.)
& d'imperatoire
; de noix muscade, de geroste, & dt
camphre ; des feuilles de rhuë
yde
mmthe
&-dscressoneC-eau9\t tout digeré ail
fumierde cheval, l'espace de 15. ou i&V
jours, danssuffisante quantité d'excellent:
vinaigre, blanc distillé au bain-marie.
Tous les matins on en flaire; & quand
OiYfort, ayant auparavant pris 10.ou 12.
gouttes de l'eau antipestilentielle, dont"
je - vous parlai la derniere fois, a dans
deux onces d'eau de fleur d'orange,-
ou
autre liqueur appropriée. b D'ailleurson.
ne doit jamais être sans une éponge chargée
de ce baume, pour la porter de téms"
en tems au nez en forme de cassolette,
sur tout quand on frequente des gensfus
pects.Avec ces précautions, & l'usage
du tabac en fumée & en parfum, vous
pourrez vous donner à tout sanspeine Be
ne rien craindre. Cependant
,
comme il arrive certains
évenemens
,
qu'il est quelquefois difficile
de prévenir; en ce casil ne faut pas differer
un moment c les secours détaillez
dans l'article d qui concerne la coagulaa
Mercure deMlli17u. iliïd.
bIbid.
c Lu[lignéedu pie
d Mercure de Mai,i/ti. iiq.
tlOQf
tion, pour ne pas encourir le travers de
cettemr.xiiyic,principiisohfla,&c'. convaincu
que le retardement en ce point est
irréparable,à moins que la pestene prenne
son cours vers les parties extérieures
par des parotides ou des bubons fupurez.
Et comme vous pourriez vous faire une
peine à l'égard de la saignée,rempli de
ce préjugé simal fondécontrecette operation
, que tant d'habiles Praticiens
, a
anciens & modernes, ont rendue si recommandable
,
& que la raison autorise
avec tantde citres; croyez-moi ,n'épargnez
pas un fang
,
dont la coagulation
augmente si prodigieusement le volume j.
il faut vÎce le répandre & le verser à
longs traits; soyez persuadé que la saignée
n'est en cette occasion iiiiuvaitè,
que parce qu'on prend le change, ou
quand on ne le fait pas comme il faut.
Il est manifeste, que si le fang tiré des
parties superieures
)
jouë à present b des
mauvais tours ,c celui qui est tiré des parties
infetieures, A donne droit au but de
a Gai. de rurat. per vent fest. r. 14. Z«-
¡/(l't;ic.Afercat. Forest.ZachatLujitan SyÙnham
c. d. pest.., He.quet,dtfiert.sur ta ffi,',
b ans la (o/l:;/dation
, en quoi co;iJïjte lapefte
deMa*fclie.
c Rïuor. c de; e{Fe.
d Qribof.I. 7. 10.Sydenham, c.depesle.
la
la guerison. Et de fait elle ne devientinutile
, la saignée du pied,1que quand on la fait trop tard
, a ou à contre-tems, b
qu'on ne rire pas allez de fang, cou que
le malade est sans ressource
,
dans des cas
d'épuisement par des évacuations symptomatiques
par haut &par bas. Il est alors
plus avantageux de demeurer dans l'inaction,
que de nepas faire à propos une operation
mffi essentielle.
Je ne vous parle point des cordiaux
ni des sudorifiques mesurez, ni des autres
secours; je me fuis là-denus
, ce me semble,
assez expliqué, d pour les retoucher
ici. Il s'agit dans le general de remettre
le fang dans sa naturelle fluidité,de lui
donner un cours plus libre, & de reduire
les sucs des premieres voyes , trop
abondans & trop massifs, qui deconcert
avec le germe coagulateur
, ne conspirent
qu'à étoufferl'esprit de vie. Et ainsi loin
de prendre la voye de rafraîchir, e plus
nuisible millefois & plus dangereuse,
que ne l'estmême le commerce des mara
M. Hecquet,diBert.sur la pesle.
b Léonard. Botail. c.7. decurât, fervenu,[-ta-.
c Sydenham-Léonard.Botail. locts citut.
dMercure de Mat, 1711. lettro Jur la peJAtl ,
art. de la coagulation.
Ue Prat.jdeiM.eMead., dans fil dis-sert. ju- r 1* -chanchandises
& des personnes suspectes, dont
Dn n'estsusceptible de contagion,qu'en
Itanr que nous y sommes disposez par quelque
excès. Elle n'a lieu, cette voye supforé
qu'on soit obligé de la prendre, que
dans des cas de poitrine a attaquée, où* a dissolution imparfaite prédomine, &
encore faut-il qu'elle soit soûtenuë parun
tmélange exact d'absorbans, decolmans de diaphoretiques de tems en tems
rendus laxatifs; aussi jamais maxime que
celle-cï,un feu chassel'autre,ignis ignem
repeLLit, n'a mieux brillé que dans cette
rencontre ,
qu'il y ait ou non de fontç
dans la masse humoralle, que l'on sente
une vive ardeur, un feu brûlant dans lesentrailles
& dans les sorties, éruptions
pourries & sphacelées des vices locaux;
c'est toujours moins la cause que l'effet:
l'univoque est l'arrest du fang b dans les
l, solides
, & la coagulation dans les liquides.
Je n'en dis pas davantage ; &jefinis,
en vous assurant que je n'ai rien négligé,
pour vous donner tous les éclaircissemens
sur le choix des remedes prefervarifs, Se
de ceux dont il faut se servir
,
dès qu'on
se sent frappé. Si j'ai differé si longa
Observat. de M. Deidier 4 M. Monterefîe.
b Lettre de M. Detaier à M. Fisa
, & 4 M.
MonttreBe, de Marseille 172,1.
tems
tems de le faire,c'est que jevoulois m'int:
truire à fond sur une mariere si difficile à
corinoîre. Je souhaite d'y avoir réiifll
par l'avantage quevous en retirerez, &
par le plaisir que j'aurai de ne vousavoit
pas été inutile, vous priant d'être bien
persuadé que mon inclination durera roûlUS)
pour me conserver un ami comme
vous, & pour vous témoigner que je
ferai toutema vie, Monsieur, vôtre. &c.
SUR LE MARIAGE
DE LOUISXV. !
Paroles pour être mise en musiquer
Premièrevoix.
QVeUe divinité vient charmer nos regards,
Et forcer tous les coeurs à lui rendre les
armes,
Les grâces & les ris volent de toutes parts JEt
rendent hommage à ses charmes.
Deuxiéme voix.
D'un jeune Dieu plein d'appas,
Elle vie;;c pour toujours fixer la destinée,.
Et je vois sur ses pas Marcher
Marcher l'amour & l'hymenée
,
De leurs charmans concerts,
Ces Dieux unis font retentir les airs.
Troisième voix.
Que ces lieux repetenr sans ctire,
Hellleuxles coeuu que l'amour blcfifcr
ue des chants de victoire éclatent en ce jour,
ù l'on voit triompher l'hymenée & l'amour,
Premiersvoix.
Heureux amants ,
l'amour s'empare de lem; affiC,
out déjà se prépare à couronner leur flame ,
1
Les momens se hâtent de couler,
a temple fortuné la troupe de Cythere
,
Voleàl'instantprêtersonministere,
Et l'encens commence à brûlur.
Deuxième voix.
g Garant de la foi conjugale
'hymen offre aux amans la coupe nuptiale,
ous ses aimables loix il lesunit tous deux.
poux cheris des Cieux,au gré de vôtre envie,
Tout répondra dans l'empire amoureux.
Le noead charmant qui vous lie
4
L'ee
"elf.
Va combler tous vos vcéax.
Dans le sein des plaisirs, sans craintes, sa
allarmes,
Vous verrez couler vos jours,
les ris d'un fort plein de charmes
Eterniseront le cours.
Premiersvoix.
Volez amours , Volezamours, ttrroouuppie lleeggeerrcet
Accourez des bords de Cythere
Dans la plus brillante des cours.
Ce beau jour vous appelle
A de nouveaux exploits.
Signalez vôtre zele,
Accourez à ma voir.
Choeurdesamours.
Volors à de nouveaux exploits j'
Accourons à sa voix,
Deuxième voix.
Tandis que les amours au gré de l'hymenée
Acçourent des climars divers ,
Ce Dieu des deux amans hâtant la destinée,
Les couronnes de myrthes verds.
Que cette couronne aimable
A
l'ffjr-
IÍÍrn.
eux tendres amans prepare de douceurs
,
Le myrthe est cent fois préferable
Aux plus brillantes fleurs.
Troijiémevoix.
Que l'hymen a de charmes,
Quand l'amour lui prête ses armes.
Tritr.
Que L'hymen
Que l'amour, a de charmes
Quand l'amour,
Quand l'hymen,
lui prête ses armes
Celebrons tour à tour,
L'hymenée&l'amour.
Le choeur repete ces quatre vers.
larmans époux, dont la vive tendresse
S'anime asso doux sons des amours J'
vôtre hymen le Ciel qui s'interesse
,
veut vous en a pprendre le cours,
Le Dieu qui lance le tonnerre
et en vos mains un sceptre glorieux,
Vous occuperez sur la terre
! même rang qu'il tientau haut des cieux,
Un peuple heureux
,
toujours fidelle
Mettra
juplttti
Mettra sa gloireà vivre sous vos loix ,
* Je ferai seul vôtre modclle,
Et vous ferez celui des plus grands Rois.
On verra par mes soins la
discordebannie
De ces heureux palais.
Dansle sein de la paix;
Au milieu des plaisirsune tranquille vie
Egalera les voeux de vos sujets.
Choeur de François.
Que le bruit- des tambours, que le bruit
trompettes ,
Que les douces musettes
Animent ces Palais,
Nôtre fort est digned'envie.
Au milieu des plaisirs une tranquille vie
Egalera nos plusardens souhaits- , Dans vos Etats je fixe mon empire
,
J'y ferai suivremes loix.
Je veux qu'en vous tout l'universadmire
Le plus équitable des Rois.
Couvert d'une immortelle gloire
Vous verrez à voi pieds vos ennemis trembler
A leurs dépens ils vous verront voler
lt Géniede
la
Fraiice.-
JThémis,
trIA".
t De victoire en victoire.
ebrez de concert un fort si glorieux,
ples,applaudissez au choix qu'ont faitles
Dieux.
-
Le Ciel protege vôtre empire,
Les Dieux regnent sur vous.
Qu'un fort si charmant vous inspire
Les tranfpotts les plus doux.
Choeur de François.
lebrons de concert un fort si glorieux,
lauddfoas cent fois au choix qu'ont fait ici
Dieux,
Le Ciel protege nôtre empire,
Les Dieux regnent sur nous.
Un fort si charmant nous inspire
Les transports les plus doux.
[ Par le P.. DuB..
iilLETTR E CRITIVE
les Spiftacles
,
-écriteaux Auteitri
L du Mercurt.
QUelqúe plaisir, Messieurs, que le
Public ait pû recevoir de l'article
fc vôtre Livre,qui contient les nouvel-
1 les
.At'"
lon
les des Spectacles, il me semble qu'i
recevroit bien davantage s'il y avoir
peu plus de critique. Il nesuffit pa
faire admirer aux lecteurs les pieces
Theatre dont on leur parle, il faut
les extraits qu'on en donne soient, p
iamii dire, à charge & à décharge p
les Aureurs, la louange & le blâme c
vent souvent marcher de compagne
mais il faut tenir un juste milieu entre
bassesse de la flaterie, & la severité d
censure pour pouvoir juger équital
ment. On voit des esprits qui avec be
coup de lumieres & de penétration
trop vifs, & trop prompts , d'autres t
chagrins & dédaigneux; ceux-ci port
l'exaâirude jusqu'au scrupule, ceux
- se laissent emporter à leur temperamm
fougueux.
Pour bien juger des ouvrages d'espi
il faut s'appliquer à le faire sans prévi
tion, sans maligniré, & feulement d
l'intention de contribuer à l'instruct
de ceux qui veulent apprendre,& à
perfection des pieces qui doivent part
tre aux yeux du public.Auresteon
doit pas s'érigerenJuge, titre que pc
sonne n'esten droit de s'attribuer, m
en gardant les bienséances que la po
tesse demande, il faut se faire un devi
de s'expliquer sans détour
3
& sans coi
plaisanc
laitance, sur le merire des Aureurs, &
es ouvrages dont on rend compte au
public.
Dans cet cfprit je vais faire, Messieurs,
ne petite réca pitulation des pieces nouelles
& anciennes, dont vous avez parlé
ans vôtre Mercure, sur lesquelles je haarderai
quelques réflexions, qui peut
tre ne déplairont pas aux lecteurs éclaiez
Se équitables. S'ils les goûrent, je
srai plus hardi dans la fuiteà publier mes
entimens , & à vous faire part de mes
bservations critiques sur les jugemens
qu'on doit faire des Poëines dramatiques.
J'ai toûjours consideré le foin d'infruire,
comme la principale fin que la
critique devoit se proposer. Cela supposé,
nes dissertations ne rouleront que sur
es piecesqui auront paru avec quelque
ifUnction., & qui auront fait une certaie
impression sur l'esprit des Ipectareurs ,
u des lecteurs. Celles qui ne font pas
e ce nombre ne meritent pas qu'on se
tonne la peine de les vouloir tirer de
oubli
3
& le public me sçauroit mauvais
ré d'entreprendre de l'instruire sur des
ouvrages qui ne l'auroit presque point
nteressé.
I Je commencerai donc mes dissertations
R7aciunnee. des meilleures pieces de M. de
C'est Athalie qui marche si dignement
gnement à côté du Poliecte du grar
Corneille. Tout le monde sçait que cet
excellente Tragedie fut faire pour êt
representée par les Demoiselles de Saii
Cyr. Je luis persuadé que l'Auteur c
auroitautrement disposé le plan, s'il l'
voir destiné au Thearredes Comedie
François. Cela n'empêche pas qu'elle n
paroisse tous les jours avec le mêmeécl;
que Mithridite
}
Iphigenie3 Phedre.. B,
jaget, & presque toutes les autres pi
ces de ce rendre & élégant Auteur
qu'on peut justement appeller l'Euripic
de son siecle, comme Corneille en aé
le Sophocle.
* Après ces cloges que je viens de don
ner à M. de Racine sera sans doute fui
pris que je commence par lui les diller-ré
rions critiques que je promets; mais j
me flatte qu'on le seramoins quand o
aura examine Jjss motifs qui '\1l'Y ont 1
termine. J'ai déja parlé du premier
quand j'ai dit que je m'attacheraiuni
quement aux pieces qui auront fait in:
pression : voici le fécond. 1
Le seul nom de critique effarouche l'
reille, &mortifie l'amour propre d'u
Auteur*, c'est un pere tendre & compla:
fantjusqu'à la foiblesse, qui relient jul
qu'au vif les moindres coups qu'on port
à ses enfans > mais en lui faisant voir qu
le
tes plus grands hommes qui l'ont precedé
n'ont pas été irrepréhensibles, on le
fait convenir qu'il ne l'est pas lui-même.
Au reste, je remplirai exactement ma promesse,
& mes dissertations feront toûjours
à charge, & à décharge. Com
mencons.
,Argument de la Trâgedie d'Athalie.
Athalie, fille d'Achab, Roi d'Israël
1 Zc de Jefabel
,
Prîncesse de Sidon
,
épou.
sa Joram, Roi de Juda
,
elle en eût entre
autres enfans, Okofias,pere de Joas.
Ce Joas est,à propremenr parler,le Héros
de la Tragedie, à laquelle il auroit dû
donner le nom., comme l'auteur en convient
lui-même dans sa preface.
Jehu
,
Roi d'israel,pour remplir les
ordres du Seigneur qui lui avoient été
annoncez par le Prophete Elisée, extermina
toute la posterite de l'impie Achab.
Okosias,comme fils d'Athalie, & par
consequent petit-fils d'Achab, & de Jesabel
3
se trouva malheureulement enveloppé
dans cette terrible vengeance. Athalie
en conçût tant de rage, qu'elle exterminade
son côté toute la posterité de David,
sans écouter la voix du fang qui devoir
lui parler en faveur de Ces p,tit,-si¡s.
Le seul Joas échappa à sa cruiu- jar
les soins de sa tante Josabeth, femme de
D Joiada
Joiada, ou Joad,SouverainPietre;elle
l'enleva, pour ainsi dire, d'entre les
bras de la mort, & trompa la vigilance
des bourreaux, qui crurent l'avoir immolé
en le frapant comme ses autres freres.
Elle le tint caché dans le Temple
pendant six ou sept années.
Joad ne se contenta pas de cultiver
cette précieusefleur unique reste de la
maison de David. Il disposa lourdement
ce qui pouvoir contribuer à remettre un
jour sur le Thrône de son pere ce chet
fils qu'il élevoit presque dans le Sanctuaire
,
il fit alliance avec des centeniers
Ces centeniers rassemblerent les Levites
de toures les villes de Juda. Joad les introduisit
successïvement dans le Temple
de Jerusalem, leur distribua les lances,
épées & boucliers que David y avoit fait
enfermer , & leur presentaenfin leur légitime
Souverain
,
auquel il mit le Diadème
sur le front, après l'avoir sacré
Roi sélon la coutume.
Les acclamations dont le Temple retentit
au Couronnement de Joas y attirèrent
tout le peuple., & Athalieellemême.
Cette ambitieuse Reine déchira
ses vêtemens, en criant rrahifon
, conjuration
,
&c. Joad la ni saisir par les
Centeniers, à qui il défendit de fouiller
le temple de son seng. Elle fut mise dehors,
à
ors, & on lui donna la more près de
on Palais. Après cette execution le peuple
reconnut Joas pour son Roi, détruiit
les Autels de Baal, & massacra Mahan
qui yfaisoit l'Office de Grand Sa-,
rihcateur.
Plan de la Tmgedie.
Athalie effrayée d'un fonge dans lequel
lle a crû voir un enfant qui lui plongeoit
m poignard dans le coeur, fort de ion
Palais pour aller consulter Baal sur le
langer dont elle est menacée. Le sort
ayant conduite près du Temple du Seigneur
,
elle y entre dans le dessein d'apaiserle
Dieu des Hebreux; le premier
bjet qui s'offre à ses
yeux, c'etf ce mêne
enfant
qu'elle avû en fonge. Elle le
ait amener devant elle, l'interroge
, &
es frayeurs font augmentées par les rétonCes;
attendrie, malgré qu'elle en ait,
lle demande à cet enfant s'il ne veut pas
enir dans son Palais
,
où elle le sera
lever comme son propre fils; mais il
efufe avec termeté, & même avec mépris
l'honneur qu'elle lui veut faire. Elle
lrt du Temple transportée de colere.
Quelque temps après elle y envoye Maan
,
Grand Prêtre de Baal
}
après avoir
argé ce Ministre de les vengeances de
enacer Joad de l'entiere destruction du , Dij Temple
Temple3 si l'on ne lui remet entre î®
mains cet enfant qui'cause ses allarrae:
Joad chasse Mathan du saint lieu, & 1
détermine à faire reconnoître le pe
Eliacin pour Joas, fils d'Okofias. t
distribue à tous tes Prêtres3 8C à tous fis
L'évités des armes que David avoit autrd
fois fait enfermer dans le Temple.
Ath
liene respired'abord que la démolition
&l'incendie du Temple;mais Aiathaj
lui ayant fait entendre auparavant qv
David y a caché de grands trésors
a
doi
Joas doit avoir connoissance, elle yen
voye Abner chargé de nouvelles
propofl
tions de paix. Ces proportions font: qu
thaliene portera point laflâme dans.
Temple, pourvu qu'on lui livre l'ensa]
qu'elle a déja demandé par deux fois, 1
les trésors de David. Abner
,
Prince fj
delle au Seigneur, & au fang de David
dont la memoire lui est encorchere, ei
pose sa commission avec regret, & coi
seille àJoad'de satisfâireAthalie,poj
dérober le saint lieu à l'incendie, ai
profanation, ôc au pillage dont il est m
nacé. Joad voyant le zele d'Abner poi
le Seigneur, & son amour pour le fai
de David, le prend pour medià-teur-Ç,
tre Athalie & lui. Il confent que cei
Reine vienne dans le templeavec tel
escorte qu' Abner jugera à propos.Ab
(ra porter cetteréponseà Athalie, il revient
avec elle dans le Temple; à peine
y est elle enrrée,suivie de quelques soldats
qu'on en ferme les portes sur elle.
On lui fait voir Joas sur le Ti ône
,
elle
ordonne à tes satellites de lui donner la.
mort , mais ils ne font pas les plusforts?,
ils font chassez par les Prêtres & les Lei>
ites armez; Abner mêmequ'Athalie
accuse de trahison se prosterne aux pieds
de son nouveau Roi. Elle éclate en menaces,
en injures, & en imprécations. Elle
fortenfin duTemple, & Joad ordonne
sqaui'notn la fasse perir hors de l'enceinte du
lieu: ce qui étant executé Joas
estgeneralleeim-neennttrereccoonnuuuupopoutirr Roi de
Juda.
On ne peut disconvenir que ce plan
le foit un des plus brillans qui soient partis
du genie de l'Auteur. Dès le premier
acte les fra yeurs de Josabeth , tante de
Joas nous interessent pour lui. Le peril se
déclare dans le fécond
3
& va toûjours en
augmentant jusqu'à la catastrophe. J'admire
sur tout en M. de Raçine ,
fou
addresse à donner à Athalie une passion
qui fauve le Temple d'un incendie, Se
d'un pillageaffreux; c'est l'avarice. Ma-,
than lui a persuadé qu'il y a des trésors
cachez, dont le Grand-Prêtre a connoistance.
Il prétend par là animer cette
D iij Reine
Reine idolâtre à faire perir Joad;,¿ 8c
porter le fer & laflâme jusques dans 1
Sanctuaire ; maisle desir des'emparer c
ces prétendues richesses produit en
elj
un effet tout contraire,&laporte à coi
server le Temple de peur de se voir er
lever sa proye par la Mme> & par J pilldge.
Voilà ce qu'on appelle des coups q
maître. CÚre beauté m'a plus frappé qq
toutes les autres,. dont cette pièce ej
remplie, parce que c'est celle qui fait
piecêmême. Pour sauver Joas du perj
qui l'environnoit de toutes parts, il falla(
absolument y entraîner Ion implacabl
ennemie
,
& l'on ne le pouvoir plus vra
semblablement que parcet heureux eaj
pgedienit qune l'Auéteur a.si sagement lmd - J
- Il me reste à examiner par ordre
to
ce qu'il y a de remarquable dans cettl
Tragédie. Je ne le puis mieux qu'en procedant
acte par acte, & icene parlcene
Je releverai, chemin faisant
3
cequi ni
paroîtra défectueux
, non pour rnrnitru
une gloire aussï-bien établie quel'estcell,
de _M,. de Racine; mais pour empêcha
ceux qui le prendront pour modelled'à
dopter jusqu'à certainsdéfauts
quiécha1
pent aux plus grands hommes.
Ferfonnoegcm
PrjÕnnagés de la Tragedie d'Athalie.
Joas,Roi de Juda,filsd'Okosias.
Athalie, veuve de Joram, ayeule de
Joas.
PJoad,raêutremetntrJoiaeda, .Grand- Jofabet
, tante de Joas, femme du
Grand-Prêtre.
Zacharie, fils de Joad, & de Josabet.
Abner, l'un des principaux Officiersdes
Rois de Juda.
Mathan
3
Prêtre apostat,Sacrificateur
de Baal &c. -
Atte 1. Scene I.
Joad
„
Abner.
On ne peut porter l'exactitude plus
loin que le fait M. de Racine dans cette'
scene. Il commence par établir le jour de
l'actonprincipale qu'il va representer.
Ce jour est un des plus solemnels;
C'est la Pentecôte, jour auquel le Sei-
- gneur donna sa loi a son peuple sur le
Mont Sinaï.
Quel jour plus convenable à une Traedie
_SJjote
s
où il s'agit de rétablir le
culte du vrai Dieu?
La scrupuleuse attention de l'Auteur
va jusqu'à marquer l'heure où l'action
ïhç^tralc commence.
D iiij Et
Et du Temple déja l'aube blanchit le faite;. v
L'exposition est telle qu'on la peut [GU,
haiter dans de semhlables ouvrages. On
n'y dit précisement que ce qu'on y doit
dire. J'y trouve d'abord quatre,catacteres
annoncez & établis ; sçavoir celui de
Joad,celui d'Athalie celui d'Abner, &
celui de Mathan.
Celui de Joad est marqué par ces quatre
beaux vers que l'Auteur lui met dans
la bouche.
Celui qui met un frein à la fureur des £lot,,,
Sçait aussï des méchans arrêterlescomplots,
Seiimis avec respect à sa volonté sainte,
Je crains Dieu, cherAbner, & n'ai point diantre
crainte.
Le caractere d'Athalieest tracé par Ab*
ner en plusieurs endroits de cette scenc:
voici comment.
L'audace d'unefemmearrêtant ce concours,
Èn des jours tenebreux a changé ces beaux jours.
Voilà d'abord une femme hardie
3
&C
capable de tout renverser.
Des long- temps elle haït cette fermeté rare
Qui rehausse en Joad l'éclat de la Thiare.
Voilà une femme ennemie de la vertu
quidonne tout à craindre pour Joad.
Abner
Abner dit encore en parlant de Mathan.
Tantôt à cette Reine il vous peint redoutable.
Tantôtvoyant pour l'or sa soisinsatiable
,
Il lui feint qu'en un lieu que vous seul con-w
noissez,
Vous cachez des trésors par Davidamassez.
Voilà pour surcroît une femme avare.
Que ne doit-on pas attendre de ces trois
vices réiinis dans un même sujet?
, Le caractere d'Abner n'est pas de ceux
qui font un grand effet au Theatre. C'est
un homme véritablement vertueux ; mais,
d'une vertu oisive,& incapable de grands.
desseins. Joad le lui fait assez connoître
par ce reproche.
Je vois que l'injustice en secret vous irrite.
Que vous avez encor le coeur Israëlite,
Le Ciel en soit beni; mais ce secret couroux,.
Cette oisive vertu, vous en contentez vous ?
Quelque soit ce caractere, M. de Racine
a eu ses raisons pour l'établir tel. Si
Abner eut été plus entreprenant, la vrai.
semblance auroit demandé qu'on lui apprit
le fort de Joas, & c'est justement ce
que l'Auteur ne vouloir, ni ne devoit faire
, à moins que de changer tout son
plan.
Ajoutons à cela que le péril de Joas
D v en
en devient plus grand, & par consequent
plus interessant ppur les specateurs, qui
tremblent d'autant plus pour lui, qu'ils ne
le voyent défendu que par des Prêtres,
des Levites & desenfans.
Pour ce qui est du caractère de Mathari
,
j'ose avancer que c'est un des plus
forts, & des mieux soutenus de la Tragédie
, comme nous le verrons dans la
fuite: voici par quels vers cet Apostat eA
cJfaéterifé) c'est Abner qui parle.
Mathan d'ailleurs, Mathan ce Prêtre sacrilege,
Plus mé hant qu'Athalie, à toute heure l'assiege
Mathan de nos Autels infame déserteur
,
Erde toute vertu zelé persecuteux.
C'est peu que le front ceint d'une mitreétrangère
,
Ce Levite à Baal prêtesonministere j
Ce Temple l'importune
,
& son impieté,
Voudroit anéantir le Dieu qu'il a quitté
,
Que ne doit-on pas redouter d'un si'
méchant homme?
Avant que de passer à la seconde scene
je fvc une derniere réflexion sur un
vers, où l'Aureur semblese contredire
:J' c'est Abner qui parle.
L'Arche Sainteest muette, & ne. rend plus
d'oiacles.
M. de Racine dans sa preface dit que
ce ne fut que du jour que Joas trempa
ses mains dans le fang du Prophete Zacharie,
que les réponses de Dieu cessereut
dans le Sanctuaire. 1 SccneIL
Joad, Jofabet.
Le caractere de Josabet est établi dans
cette scene
,
tel qu'il doit être pour allarmer
, & pour interesser en faveur de
Joas. C'est une Princesse qui a besoin de
toute la fermeté de son époux, pour ne
pas succomber à la foiblesse si naturelle
à son sexe. Elle a sauvé Joas, elle l'aime
, l'image des périls passezredouble sa
crainte pour les dangers à venir & son
-
amour ne sert qu'à la faire trembler da--
vantage.
Joad lui apprend que les temps font--
arrivez, qu'il faut declarer le fort de
Joas. Cette soudaine résolution du Grand-
Prêtre me paroît surprenante,d'autantplus
que je n'ai rien appris dansla precedente
scene qui ait pû y donner lieu; il
cft vrai qu'Abner vient de lui dire, en
parlant d'Athalie.
je l'observois hier, & je voyois ses yeux
Lancer sur le lieu Saint des regards furieux,
Mais cela suffit-il pour faire dire à
Joad,parlant à Jofaber.
k
D vj JU[qli'
Jusques sur nôtre Autel vôtre injuffe Marâtre;
Veutoffrir à Baal unencens idolâtre.
On pourra me répondre que Joadpeut
avoir appris d'ailleurs cette derniere
circonstance qui le détermine si brusquement
à reveler un secret de sept ou huit
ans; mais il auroit fallu nous en instruire
dès la premiere scene.
A cette réflexion
,
j'en ajoute une féconde.
Joad dit à Jofaber.
Abner, quoiqu'on s'en pût reposer sur sa foy ,
Ne fait pas même encor si nous avons un Roi.
Je ne voi pas pour quelle rai son Joad.
cache à Abner, dont il dit qu'il ne soupçônne
pas la foi, un secret qu'il va rêveler
, ou pour mieux direqu'il a déjà révélé
à tant d'autres: voici ce que lui dit
Jofabet au sujetdes Pierres & des Levites.
Je sçais que près de vous en secret rassemblé ,
Par vos soins prévoyans leur nombre fit redoublé,
Que plein d'amour pour vous, d'horreur pour
Athalie
,
Un serment solemnel par avance les lie,
A ce fils de David qu'on leur doit reveler.
VoilàdesPrêtres 5c des Levites qui
sçavent qu'il y a un fils de David qui
doit
oit paraître; pourquoi le laisse-t'on
¿norer à Abner? Lui dont Joad a dit
tans la premiere scene, parlant à luinême.
Et vous l'un des soutiens de ce tremblant état.
vous nourti dans les camps du Saint Roi Jor
faphat,
^ui fous son fils Joram commandiez nos ar
r mées,
Qui rassurâtes seul nos Villes allarmées,
Lorsque d'Okofias le trépas imprévu,
Dispersatout son camp. à l'aspect de Jchu;
I Ce portrait avantageux que Joad fait.
l'Abner, s'accorde mal, ce me semble,
ivec le mystere qu'il lui fait d'une entreprise,
dont le succès feroit bien plus sûr
tenittre sesmains, que dans celles d'un pe- nombre de Prêtres, de Levites, &
d'enfans.
On dira que la gloiredu Seigneur en
éclatera davantage; mais il ne faut pas
tenter Dieu, en négligeant les secours qui
se presentent naturellement, à moins qu'il
fie nous défende expressement d'enployer
d'autres bras que le sien dans fà querelle.
J'espere qu'on me pardonnera ces petires
réflexions, je ne les crois pas tout-à-fait
inutiles.
Aureste dans cette feconde scene qui
est
est une suite d'exposition Jofabet noù:
mec parfaitement au fait de tout ce qu:
s'en: passé au sujet de Joas arraché à U
mort qu'Athalie fit donner à tous les freres
de ce Prince.
La scene finit par une priere que 1<
Grand-Prêtre fait au Seigneur,dans la.
quelle le zele d'un digne fils d'Aaron di
parfaitement marqué. Je ne sçai même
ce zele ne va pas un peu trop loin, quanc
il demande à Dieu que Joas soit scm blable
au fruit qui est arraché dès sa naissance,
& qu'un fouille ennemi fait seches
dans sa fleur, supposé qu'il doive un joui
abandonner la trace de David.
Je croisqu'on peut dire d'un parei
zele qu'il est plus admirable qu'imitable,
puisqu'il n'est permis dans aucun cas de
souhaiter la mort à son Souverain.
SceneIII.
Jofaber, Zacharie, Salomith.
Le choeur.
Il n'y a rien deconliderable dans cette
scene. Jofabet ordonne à son fils Zacharie
de suivre Joad son pere ,
& aux filiea
des Levites d'adresserleurslars ÔC
leurs Cantiques au Seigneur. Passons au
second aâe.
Agd
Aile II. Scenepremiere.
Josabet, Salomith. Le choeur.
Josabet qui éroit sortie pour aller se preparer
à marcher., je ne sçais où, revient
pour se mettre à la tête des filles qui composent
le choeur. Apparemment cette
marche dont elle a parlé, est ce que nous
appelions procession
3
& que l'Auteur.
laisse à deviner.
Scene11.
Zacharie & les acteurs de la scene
préctdente.
Le trouble commence dans cette [ceo
ne. Zacharie tout éperdu vient annoncer
Josabet qu'Arhalieest dans le Temple
& qu'elle a paru s'étonner à la vue du
petit Eliacin, c'etf Joas qui est caché fous
ce nom. Jofabet tremble pour ce cher
enfant
,
l'objet de tant de foins, & de
tant de pleurs; ses allarmes passent dans
es coeurs de toutes les filles qui l'environnent
,
quoiqu'elles ne soient pas infrruites
comme elle du veritatle fort d'Eliacin.
Toutela scene est très interessantc
)
& pompeusement versisiée.
Scene
S-cene 111.
Athalie, Abner,Agar.
Agar,l'une des femmes de la fuite d'Athalie
,
invite cette Reine à sortir d'uti
lieu qui lui cause tant de troubles; Athalie
lui répond qu'elle ne peut, &.lui ordonne
d'aller faire venir Machan. *
On est aussi surprisde ne pointvoir cd
Prêtre de Baal auprès d'Athalie, que d'y
voir Abner. Athalienous apprendra dans
la scene suivante, qu'effrayée d'un fonge ellen'est sortie de son Palais , que pour
aller prier Baal de veiller sur sa vie, Se,
que,poussée par un inftint secter elle est
entrée dans le Temple des Juifs, pour tâcher
d'appaiser leur Dieu,quel qu'il foit-
N'étoit-il pas plus vrai-semblable
qu'elle vint avec Mathan, qu'avec Abner?
Je sçais bien que Mathan l'auroitdétournée
du dessein d'entrer dans un
Temple, dont il est déserteur
, & que
cela n'auroit pas accommodé M. de Racine;
j'entre dans cette raison, mais je
persiste à dire que je ne sçai pourquoi
Abner se trouve avec Athalie, est-il entré
dans le Temple avec elle? l'y a-t'elle
trouvé? le dernier seroit plus vrai-semblable
; mais par malheur nous venons del'en
voir sortir, & l'heure que Joad lui
à fritfi-quée pour son retour n'est pas end
cor. arrivée. Je le prouve d'avance par- -
ce queJoad lui doit dire à la fin de cet acte.
Souvent vous sel'heureoù Joad volij attende
Je conviens que ce font là des minuties
qu'on ne releveroit pas dans un Auteur
moins exact que M. de Racine, 8>Z
dans une Tragédie moins célébré que
celle d'Athalie. Passons à la quatrième
fr-ene.,-
Scenc IV,
Athalie
,
,Abner.
J
En attendant Mathan qu'Ath'zlie vient
de mander, Abner tâche de justifier le
zeleimpetueux de Joad, qui a voulu
chasser duTemple cette superbe Reine,
comme une profane, indigne d'y entrer.
S'cene V,
Athalie', Mathan,Abner.-
-Voici une des plusbelles scenes de l'a'
piece. Le caractere d'Athalie, celuid'Ab.
ner, & celui de Mathan y font admirablement
frapez. Cependant j'ose avancer
que le songe d'Athalie, quelque beau
qu'il soîsj est ce qu'il y a de plus défectueux
danscette Tragédie,& qu'ilest
- tou
tout-à-fait à la, décharge d'uneRin
qu'on doit nous peindre coupable, &, di.:
gne du châtiment qui combeeptin sur
sa tête.
En effet, quelle autre Princesse, tut-,
élle aussî vertueuse que celle-ci doit erre'
méchante
, ne voudroit pas s'assurer d'un
jeune enfant qu'un songelui auroit repre-
[enté,1LIi portant un poignard dans le
sein ? Athalie, comme nous l'allonsvoir,, *ne demande Eliacin, que pour le faite
élever sous ses yeux. Cette prévoyance
est-elle un crime?
Qu'on ne dise pas qu'elle a peut-être
un dessein secret de le faire perir ,
rie!1
de tout Gela ne paroît, ni dans ses paroles,
ni dans ses actions; & dans les à'\
parte qu'elle fait, son coeur nous paroît
plutôt pancher vers la tendresse, que vers1!
la vengeance.:.: Me permettra-t'on un second raisonnement
sur cesonge? Il paroît par la vérité qu'il renferme '-'1
que c'est Dieu même qui en est l'Aureur.:j
Or je demande ici, quel est donc le defsein
de Dieu? pourquoi avertit-il Atha-
4iey l'implacable ennemie de ses Autels,
du peril qui la menace ? en:ce pour J'enj
garantir ? quelle apparence? est-ce pour l'yprécipiter? cela est plusvrai-semblable,
de je croirois quec'est sur ce fonde-
- -
ment
ment que M. de Racine a bâti ce songe,
si je voyoisqu'Athalie pérît par la
seule raison que sa frayeur l'auroit entraînée
dans le Temple, où elledévoit
trouver la mort: mais malheureusement
pour l'Auteur, elle en va sortir saine &
fauve, & Mathan aura besoin d'un second
motif pour l'y faire rentrer; c'est
celui de l'avarice.
Je n'aurois garde d'examiner ce songe
de si près, s'il étoit dans le Texte sacrés
mais comme il est de création purement
humaine, tout ce que je puis dire en sa
faveur, c'estquec'est un très-beau morceau
de poësie, tel que le récit de Teramene
dans Phedre.
Aurelie,quoique l'Ecriture nous apprenne
que Jesabel étoit fardée, lorsque
Jehu, Roi d'Israël, la fit précipiter du
haut d'une fenêtre, il me semble que le
trop exact M. de Racine auroit bien pû
se passer de mettre une circonstance si
injurieuse, & d'ailleurs si inutile dans la.
bouche de sa propre fille: voici comment
Athalie s'exprime.
Même elleavoit encor cet éclat emprunté,
Dont elle eut foin de peindre& d'orner son vw
fage,
Pour reparer des ans l'irréparable outrage.
Rien de plus élégant que cette expression
r°
fîon ; mais je la voudrois dans une autre
bouche.
Après l'exposition du songe, & le parfait
rapport qu'Athalie a trouve entre le
jeune Eliacin Se l'enfant quiluiestapparû.
Cette Reine, justement allarmée,demande
à Mathan & àAbner ce qu'elle
doit faire dans une conjoncture si delicate.
Rien n'est si beau que le contraste de
ces deux hommes. Le Prêtre parle en
lgeuerrier ; & le guerrier en Prêtre: voici
langage- du Prêtre, parlant du jeune
enfant:
On le craint: tout est examiné.
Ad'illustres parens ,
s'il doit son origine,
La splendeur de son fort doit hâret sa ruine:
Dans le vulgaire obscur
,
si le fort l'a placé,
Qu'importe qu'au hazard un fang vil soit
rersé? *
ill-ce aux Rois à garder cette lente justice?
Leurseureté souvent dépend d'un prompt (up.
plice ;
N'allons point les gêner d'un soin embarassant;
Dès qu'on leur est suspect,
, on n'est plus inll
cent.
Voici le langage du Guerrier.
Eh quoi? Mathan, d'un Prêtre,est-ce là
le langage e.
Moi,,
Jvioi
,
nourri dans la guerre aux horreurs du
carnage,
Des vengeances des Rois Ministre rigoureux,
C'est moi qui prête ici ma voix au malheureux
; '-
Et vous, qui lui devez des entrailles depere,
Vous ,
Minière de paix dans les tems de co4
lere,
Couvrant d'un zele faux vôtre ressentiment
,
Le fang ,à vôtre gré, coule trop lentement l'
Voilà ce qui s'appelle du beau, 6c_du
très-beau. Cette Scene finit parunordre
qu'Athalie donne à Abner, d'aller faire
venir le jeune enfant.
Scene ML
Athalie,Mathan, Suite d'Athalie.
Mathan faitentendreàAthalie, qu.
peut-être Joad veut-il substituer ce jeune
enfant à la place de quelque fils de David.
Cela s'appelle deviner. Car enfin sur quoi , ce soupçonest-il fondé? Abner
a devancé le jour pour s'abboucher avec
Joad dans le temple; voilà ce que dit
Mathan pour appuyer son accusation.
Cela peut faire entrevoir un complot quel.
conque, mais non pas précisément une
supposition d'enfant: cependantAthalie
donne dans une présomption si dénuée de
vraivrai-
semblance. Il faut avouerqueles
personnages d'une piece font bien dociles,
l'A uteur leurfaitdire & leur fait
faire tout ce qu'il veut. Arhalie
,
plus
que persuadée, ordonne à Mathan d'aller
faire prendre les armes à tous Ces Tyriens,
tandis qu'elle va interrogerl'enfant
qui cause les allarmes
Scene VII.
Joas,Athalie, Josabet, lXc.
Cette Scene est menagée avec un art.
.& en même tems un naturel infini.C'est
uneespece d'interrogatoire juridique que
Joas lubit devant Athalie; s'il dit des
choses au-dessus de la portée d'un enfant
de huit ans, M. de Racine fait trèsjudicieusement
remarquer dans sa Preface
qu'il faut considerer que c'estici un enfant
tout extraordinaire
,
élevé dans le
TempleparunGrand-Prêtre, qui le regardant
comme l'unique esperance de si
nation, l'a voulu instruire de bonne heure
dans tous les devoirs de la Religion &
de la Royauté.
Ce sage Auteur ne se contente pas de
cette précaution; il fait dire à Josabec
dans un à parte:
Daigne mettre, grand Dieu , ta sagesse en sa
fcoudie,
• £c
1
t pour surcroit de précaution, il me*
ces vers dans celle de Joas.
j'adore le Seigneur, on m'explique sa Loi ;
Dans son Livre divin on m'apprend à la lire,
Et déja de ma main je commence à l'écrire.
Un enfant si bien élevé
,
& d'ailleurs
inspiré du Seigneur
3 ne doit pas nous Surprendre
par des réponses,qui, quelques
ustes qu'elles soient, ne laissent pas de
conserver cette naïveté qui doit caraéte.
riser son âge.Athalie entrevoit dans tout
ce que Joas lui répond, la haine qu'on
<t pris foin deluiinspirer contre elle. I Finissons cette Scene par une reflexion
dont je crois devoir faire part au Public: la voici.
Athalie cherche l'excuse de la vengeance
qu'elle a exercée sur la posterité de
David
,
dans les cruautez où Jehus'est:
porté précédemment contre les enfans de
on pere Achab, c'est-à-dire, contre les
freres d'Athalie même.
» Cela nemeparoît pas trop consequent.
Eleferoit fondéeen droit,si elle avoitexterminé
la race deJehu;mais pourquois'en
prendt-elle aux descendans de David;
qui même font ses petirs-fils? il vaudroit
:bien mieux qu'elle n'apportât peint d'autre
raison de ses sanglantesexpeditions
que celle qu'elle allegue dans ces quatre
vers: Enfin
Enfinde votre Dieu l'implacable vengeance
Entrenos deuxMaisons rompit toute alliance
David m'est en horreur, & Jes fils de ce Roi,
Quoique nez de monsang,font étrangers pou
moi.
Voilà une raison qui tranche; route
les autres font frivoles. On dira peut
être que je reviens toujours à quelqu
minutie, mais j'ai prévenu ce reproche.,
La réputation que M. deRacinead'être
exact julqu'au scrupule
J
invite à la chi.
caner sur des bagatelles; voici celui don
il s'agit.
On - trouve dansl'Ecriture Sainte,
que Jehu fit perir 70.oùyi.nls de Rois
& Athalieencompte jusqu'à 90. Ce nom
bre esttrop positifpourpasser pourinde
fini; ainsi la grande exactitude du cele.
bre Auteur est un peu en défaut dans cet
te occasion.
Le reste de cet Acte n'a rien qui puisse
entrer dans cette lettre, qui est déjàasse
longue. Arhalie se retire d'un air mena
çant., Joad embrasse le petit Joas, en re
connoissance dela fermetéqu'il vient té
moigner pour la gloire du Seigneur: 1
remercie Abner de la protection qu'il
prêtée à cet enfant, & le fait souvenir d,
l'heure qu'illui a marquée dans le pre
mier Aétc.
N Nou
Nous donnerons le mois prochain le
refce de ces remarques, qui nous ont pa-
*û trop étenduës pour n'en faire qu'un
article.
1
BOUQUET AU ROY;
POUR LE JOURDES.Louis.
0 DE.
MEs transports dans le Permesse
,
N'ont pas puisé leur douceur,
De cette charmante yvresse
J'ai la source dans mon coeur.
Grand Roy,je ne puis le taire ;
L'ardent desir de te plaire
Anime seul mes chansons.
Je veux celebrer ta Fête
Les dons les plus pretieux
Pour toi ne sçauroient fuffirc , E J'ai
j'ai des fleurs qui valent mieux;
Ton Printemps les fait éclore.
Je vois les filles deFlore ,
Jalouses de leur beauté.
Ce font des fleurs immortelles?
Tes vertus ; je ne vois qu'elles
Dignes de ta Majesté.
Parmi leur nombre innombrable
Je veuxchoisir, mais en vain;
De toutes parts l'admirable
Tient en balance mamain.
Quelqu'une s'efforcet-elle
De paroître la plus belle,
Tout à coup mille à la fois
Naissant sur tes nobles traces,
Rassemblent toutes leurs grâces,
Pour s'opposer à mon choix.
-
Cependant le tems s'écoule,
Hâtons-nous, voici le jour,
Oùpour toi volent en foule
Les voeux conduits par l'amour;
Mon zele s'impatiente.
Enfin
Enfin ma main chancelante
Se fixe sur une fleur;
Tes yeux l'ont déterminée,
La préferance est donnée
A la bonté de ton coeur.
Belles fleurs, sans jalousie,
Voyez regner la bonté;
Entre vous je l'ai choisie.
Sans vous avoirrienôté.
Son éclat vous accredite
,
Sans elle vôtre merite
N'auroitpasun grand renom.
Pour ta gloire, Prince aimable
,
Quelle perte irreparable
,
Si tu n'avois le coeur bon!
p. Chere fleur,puissante atrorce
Où se prennent tous lescoeurs,
Rends ce Heros par ta force
"Vainqueur même des Vainqueurs:
Soisl'unique cimeterie
IIDont d' s'arme dans la guerre,;
Qui n'en feroit surmonté ?
Eij Le
Le peuple le plus sauvage
Recbercheroit l'avantage
D'obeïr à la bonté.
P. MSNI T, de Bordeaux.
Le 23. de l'autre mois M. tEveque de
Beauvais,sit dans son Eglise Cathedrale
la benediSlion des Drapeaux dit
Regiment du Roy: voici le dijeours
qu'il adrejia aux Officiers de ce Re
giment.
- L'Esprit de Religion vous conduit ici,
Mrs, vous venez adorer le Seigneur
dans le Temple de sa gloire, & lui rendre
également vos hommages ,comme
au Dieu de la guerre & de la pai..
Celle qui regne dans le Sanctuaire&
& autour des Autels,n'en efl point troublée.
Le Dieu qu'on y adore,sçait, quand
il lui plaît, la faire regner au milieu des
combats.
Le bruit des armes & les douceurs de
la paix, annoncent également sa gloire,
& il la fait autant paroître par ces signes
militaires, lorsqu'il les rend redoutable
aux ennemis de la Religion & de l'Etat;
ou lorsqu'au milieu du calme le plus prosond
nous attirons sur eux , par nos
voeux
Voeux & nos prieres, les plus amples benedictions.
En rapprochant de nôtre siecle ces heureux
jours,dont parle l'Ecriture, où le
peuple d'Israël dans une parfaite tranquillité
,
employoit à cultiver la terre,
ces mêmes armes, qui faisoient autrefois
la terreur de ses ennemis, & l'instrument
de ses victoires, vous vous préparez à
faire voir dans peu * à nôtre jeune Monarque
, dans le sein même de la paix,
dont nous joüissons par la sagesseduPrince
qui nous gouverne, tout ce que les
efforts guerriers & l'art militaire ont de
plus sçavant
,
& de plus capable d'inspirer
l'amour & le goût des armes.
C'est ainsi que dès ses tendres années,
il fait les amusemensordinaires de ce qui
fait l'occupation des Heros les plus consommez.
Püisse le Ciel feconder nos
voeux, & ceux de toute la France
j en
prolongeant ses jours sur la terre, &
après lui avoir donné le regne le plus
long & le plus heureux, le couronner
dans le Ciel de la gloire immortelle.
*,Le Camp près de Versailles
,
& l'at
tdque duFort de Montreüil.
E iij Càm
Compliment fait par leTrevat des Marw -chands, au nrm de la Ville de Paris,
au Cardinal du Boisyfkrfinélevatiotf\
au principal miniflere» ,
La Ville de Paris vient rendre ses hommages
à V. Enl., & lui demander saprotection.
Nous esperons
,
M. que vous
-'ne nous la refuserez pas, puisque les grar
ces que V. Em. voudra nous faire, seront
transcrites dans des monumens publics
,
qui apprendront également aux
siecles à venir, 8c vôtre élevation ,&_lcr
respect de nos Citoyens pour V. Em.
Prononcéte 28. AohU
Le même jour M. Languet deGergi
EvêquedeSoissons, complimentaaussi
leCardinal du Bois sur sa nouvelle dignité,
portant la parole au nom de l'Academie
Françoise; il étoit accompagné
de quatorze de ses Confreres, que --S,E.
retint à dîner. - J
j
Zoute
Bouts rimez, a remplir sur les égarement
-
du Fechenr.
proverbe
oyson
foison
herbe
Malherbe
cloison
poison
adverbe
- sac
bac'J
charruë
grillon
bévûë
papillon
.VERAILLESDE'MILOPD.
Duc de Marlborouah.
LEs honneurs funebres rendus à la
memoire glorieuse du Ducde Marlborough,
font des leçons pour les Rois
& pour lesSujets. Elles doivent former
des Guerriers utiles, & des Princes re-
E iiij conconnoissans.
Ceux qui portent les conronnes
, ne sçauroienttrop honorer ceux
qui les soûtiennent.
Ce fut le Jeudi 20. Août que l'on celebra
les funerailles de Milord Duc de
Marlborough. Son corps ayant été mis à
deux heures après midi sur unchar magnifique
& étant arrivé à Hydeparc, la
marche de ce Convoi superbe & militaire
commença dans l'ordre fui vant. Une
Compagnie de Grenadiers à cheval,
deux Compagnies des Gardes du Corps;
le second Regiment des Gardes Angloises
& Ecossoises. Le Comte de Cadogan,
accompagné des autres Généraux à
cheval. Un train d'Artillerie composé
de quinze pieces de canon de campagne
& de deux mortiers , conduits par des
Officiers de l'Ordonnance. Le premier
Regiment des Gardes, dont le défunt
General étoit Colonel. Les Officiers des
Herauts d'Armes. Soixante & treize
Vieillards invalides
,
Pensionnaires de
l'Hôpital de Chelsea, en manteau orné
d'une plaque d'argent, où les armes du
Duc de Marlborough étoient gravées.
Quarante Gentilshommes àcheval. L'Etendart
de laGrande Bretagne
,
porté
par un Colonel, accompagné de deux
Officiers. Quatre Trompettes & deux
Tambours.Un cheval caparaçonné de
deüil
deüil
3
& conduit par deux - Officiers.
Quarante autres Gentils- hommes à cheval.
La Baniere de Mindelheim, comme
Prince de l'Empire, portée par un
Colonel, assisté de deux Capitaines.Un
deuxiéme cheval caparaçonné de deüil,
mené comme le précedent par deux Officiers.
Trente Gentilshommes & Officiers
des Pairs du Royaume à cheval. Un Co.
lonel accompagné de deux Capitaines,
portant l'Etendart de l'Ordre de la Jarretiere.
Untroisiéme cheval de deüil,
mené aussi en main. Vingt Gentilshommes
à cheval. Un Colonel assisté de deux
Capitaines,portant l'Etendart deVoolstock.
Un quatriéme cheval caparaçonné
, & conduit comme le précedent. 20.
Gentilshommes, le Secretaire, & quatre
des principaux Officiers du défunt, les
deux Chappelains,& 20. autres Gentilshommes
tous à cheval. Une Banniere aux
Armes de Churchil.Un Cheval de Bataille
du General, couvert d'un caparaçon
de velours noir, traînant à terre, Sc
orné des écussons de les armes. Le Chambellan
, l'Intendant, le Tresorier
, & le
Controlleur de la Maison du défunt. Ses
éperons, ses gantelets, son casque ,
son
cimier, son bouclier, son épée, & sa
cotte-d'armes
, portez par quatre Herauts
d'Armes. Le corps du General fous un
E v dais
dais dans un char ouvert, construit sur le
modele de celui de la R eine Anne ,tiré
par huit chevaux
, couverts de longs caparaçonsde
velours noir, & ornez de
plumes; le char 8c le 4ats parez de même
, &entourez de franges & dentelles
d'or; au haut du dais en dedaM..
étoient brodéesles armes dudéfunt,&
celles des principales villes qu'ilasubjuguées
; avec cette devise,
-
Belloh<zc&plura,
«
- Ces trophées' & bien d'autres sint lè
fruit des guerres qu'il a conduites.
Des Banieres devictoire ornoient le
char de rous les cotez. Le cercüeitétoit
garni de velours cramoisi, attaché & décoréde
clous dorez. Une feuilledecuivre
doré contenoit les titres du défunt
,- & étoit posée sur le cercüeil
, qui étoit
couronné d'un riche poële
,
élevé- ense£
tons, & surmonté d'une armure de pieden-
cap, d'acier doré
,
reposant sur un carreau
de velours cramoisi, avec la Couronne
Ducale & leBounet à sa droite
,
&:
à sagauche la Couronne & le Bonnet de
l'Empire,unbâton de commandement
-<!'Õr en sa main droite, & une épêe d'erf
1 àià gauche, portantun ceinturon de velours
cramoisi k sa, Jarretiere
,
8c à son
col le Collier de l'Ordre, un lion couchant
chant à ses pieds tenant une Baniere. Les
de.!lx premiers Gentilshommes en habits
degrand deuil
,
assisà latêre &aux pieds
du corps,tête nuë. Dix Officiers en habits
neufs d'écarlate, à cheval, portant dix
Etendarts. Un sécond Cheval de bataille
, aussi- richement caparaçonné que le
premier, & conduit en mainpar M.
Read, Capitaine & Ecuyer du défunt.
Le Carosse à six chevaux de l,a Duchesse
Doüairiere de Marlborough en deüil,où
étoit le Duc de Montague,menant le
deii1 en manteau noir long de cinq verges.
Le Carosse de la Comtesse de Godolphin,
à present Duchesse de Marlborough,
qui étoit occupé par les Comtes
de Godolphin & de Sunderland. Le Carossedu
Duc de Montague
3
Se neufautres
remplis par les Chevaliers de l'Ordre
de la Jarreriere, invitez à cette sunebre
ceremonie. Le Cheval de l'Etat couvert
d'une housse en broderie. Le Carossedu
Roi, les Caroffes du Prince & de la Princène
de Galles, & près de cent autres
tant des Ministres que de la Nobldfe"
tous aux chevaux; la marche étoit fermée
parcent Gardes du Corps. Lorsquece
pompeux Convoifut arrivé àl'Abbaye de-
Westminster
, on descendit le cercüeil,
& les coins du riche poële qui le couvroir,
r furent portez par les Comtes de Leicef-
,
E vj tcr
ter, de Burl ington
,
de Cardigan & de
Bristol. L'Evêquede Rochester, Doyen,
à latête du Chapitre,le reçûtà la porte
del'Egliie,ensuiteonle porta dans la
Chapelle d'Henri VII. oùil fut inhumé
avec les ceremonies les plus honorables*
La Musîque du Roi, & le Choeur de
l'Eglise chantèrent une Antienne compofée
par le sieur Bonacini
a avec ungrand
accompagnement de divers instrumens,
Dès que ces tristes&majestueuses ceremonies
furent terminées, le Roi d'Armes
proclama les titres du défunt, leStevvart
rompit la verge blanche, & on fit trois
décharges complettes d'Artillerie de de
Mousqueterie. Le Roi., le Prince & la
Princesse de Galles virent passer le Convoi.
On dit que le défunt a laissé par
son restament un legs de soixante mille
livres sterlings en faveur desveuves d'Osficiers,
qui auront besoin de partager cette
libéralité.
La pompe sunebre a eu plus de 50a.
mille ïjpecflareurs sans trouble & fansconfusion,
à cause des précautionsqu'on avoit
prises,& des Corps deGarde qu'on avoit
distribuez dans tous les endroits necessaires.
Les trois Régimens qui étoient campez
dans la plaine d'Hownflow ,avoient
été mandez & portez dans la ville, celui
des- Gardes, Cavalerie, dans le Commono
Gar.
Garden,celui de Cobham,Cavalerie,Place
de Lincolns-Innfield, & celui d'Honnywood,
Dragons, prèsdela Tour. On
avoit consigné tous les coins des ruës ou
le Convoidevoit passer , à des Détachemens
des Gardes & de Cavalerie. Toute
la Milice enfin était fous les armes, &. le
canon de la Tour tiroit incessammentpendant
cette longue & pompeuse marche.
Lettre écrite de Cambray le 13. Septemrr
- 1722. aux Auteurs du Mercure. NOus avons "ú ici, Messieurs, avec
plaisir, dans vôtre dernier Mercure,
l'Epitre de M. de VolraireàM. le Maréchal
de Villars. CetAuteur y est arrivé
la semaine derniere avec Me -de Rupelmonde,
d'où il a écrit à M. le Cardinal
du Bois,la lettre que j'ai l'honneur de
vous envoyer: il nous en regala à sou- -
pet chez M.de S. Contez, & nous en
aissa une copie. On parlaà ce souper de
la Comedie
-
qui se devoit representer le
lendemain. M. le Comte de Vindisgrats
avoit demandé les Plaideurs:& on les
avoit annoncez.Touce la Compagnie
marqua l'envie qu'elle, auroit de voir
joüer Oedippe en presence de son Auteur.
M. de Voltaire fut chargéd'écrireà M-
-- de
de Vindisgrats
, pour lui demander cette
piece,il sortit de table, & lui écrivit
cette especé de Placet.
Seigneur; le Congrès vous supplie
D'ordonnertout prefentemcnt
,
Qu'on nous donne une Tragedie
Demain pour divertissement.
Nousvous le demandons au nom deRupelmonde
,
Rien neresisteà ses deart,
Et vôtre prudence profonde
,
Doit commencer par nos plaisirs
,
A travailler pour le bonheur du monde.
Voici la réponse qui fût mileau bas du
Placet.
L'amour vous fit
,
aimable Rupelmoode,
Pour decider de nos plains.
Je n'en sçai pas de plus parfait au monde J'
Que de répondre à vos desirs.
Si-tôt que vous parlez, on n'a point de replique.
Vous aurez donc Oedippe: & même la critique,
L'ordre est donnés,pour qu'en vôtrefaveur,
Demain l'on joue, & la piece, & l'Auteur.
Lettré
.L':ttÍC dcM. de Voltaire a S. E. M. le
Cardinal du Bois. uNe beauté qu'on nomme Rupelmonde,
Avec qui les amours & moi,
Nous courons depuis peu le monde,
Et qui nous donne à tous la loy ,
Veut qu'à l'infant je vous écrive.
Ma muse comme à vous à lui plaire attentive
Accepte avec transport un si charmant emploi.
Nous arrivons, Monseigneur
, en ce
moment dans vôtre Diocése
,
& comme
nous sommes accourumez à vous rear'"
der comme un grand Ministre, nous sommes
très-édifiez de ce que vous commencez
à choisir Cambray pour y jecter les
fondemens d'une paix durable entre les
fideles.
Puissent. Messieurs du Congrès,
Assemblez dans cet azile
,
De l'Europe assurer la paix,
Puissiez-vous aimer cette Ville, -
E: n'y venir presque jamais.
Je [ai que vous pourriez faire des homelies,
Maicher
Marcher avec un porre-croir ,
Chanter la Messe quelquefois
)
Et reciter des Litanies.
Donnez,donnez plutost des exemples aux Rois,
Unissezà jamais l'esprit & la prudence,
Qu'on publie en tout lieux vos grandes actions,
Faite vous benir de la France
Sans donner à CambraydeBenediction.
Souvenez-vous quelquefois, Monseigneur,
deVoltaire,quin'a, en verité, d'autre
regret que de ne pouvoir pas entretenir
vôtre Eminence auni souvent qu'il le
voudroit, parce qu'il vous regarde comme
l'homme du monde de la meilleure
conversation. La seule choseque je vous
demanderai à Paris fera de vouloir bien
me parler.
M. le Comte de Santstevane, premier
Ambassadeur d'Espagne donne aujourd'hui
une Fête magnifique
,
il y aura cette
nuit un grand bal
,
& trois grandes tables
bien ervies; le tout en l'honneurdu
mariage de l'insant Dom Carlos avec
Mademoiselle de Beaujolois. M. le Marquis
de Ledde est arrivé aujourd'hui à
Cambrai. Le Marquis Salvaticoa été cité.
judiciairement de revenir à Modene
fous
ïbus peine d'être traité en criminel de leze-
Majesté,& d'être dégradé lui & sa famille
de tous honneurs
-'
& tous ses biens
confisquez au profit de la Chambre, s'il
ne serend pas 10. jours après que la citation
luifera communiquée: cette citation
est du 13.Aoust dernier. Jefuis,
Messieurs , &c.
r
Extrait d'une Lmre écrite de M.ufcil!,
' aux Auteurs du Adercure le r.
- Septembre 172z.
y E ne croi pas, Meilleurs, pouvoir
vous apprendre une nouvelle plus interessante:
que celle de la cessation de
la peste dans cette Ville, & dans toutson
territoire. Nous ne sçaurions trop
répandre nôtre joye , & trop publier
leseffets de la misericorde du Seigneursurunpeuple
affligé,depuis un temps
si long. C'est dans cet esprit
, ÔC
pour con firmer autentiquement ce que je
viens d'avoir l'honneur de vous dreque
je vous envoye une copie im primée du
dernier Mandement que M. l'Evêque de
Marseille a fait publier sur un événement
fî considerable
, ne doutant point, Mefkeurs,
que ce Mandement, dont le sujet
interesse toute la 1 rance & tous nos voifins9
sins, ne soit favorablerpént receu,.& h4
spuariosi,ssMe bieentôstsdainsevuôtrersJo&urnalc. J...
MANDEMENT
deM. l'Evêque de Marseille,
Portant ordre Couvrir les Eglises
de Afarfciîle qui ont été ferinées
&.rétablifpint toutes choses dans les
Eglises de la Ville & du Terroirftn
lCe mêomenpiedtqauelglestiétooienntava.nt.-1lt\
HENRY FRANÇOISXAVIER D
BELSUNCE DE CÀS-T-ELM
RON 3 par la providence Divine& la
,
grace du S. Siege Apostolique, Evêque
de Marseille, Abbé de NôtreDame des
Chambons & de Montmorel
,
Conseiller
du Roi en tous ses Conseils, au Clergé
Seculier & Régulier,& à tous Les Fidel
les de la Ville & du Terroir de Marseil
Je; Salut & BenedictionenNôtre-Se-
: gneuïJesus-Christ. j
Envain
,
MES TRES.CHiERs..F!tE
RES,quelques personnes mal intention
nées & ennemies de la verité ,voudroientelles
s'éforcer de répandre de faux
bruits
parmiVous, comme chez nos voisins ï4
vôtre confiance ne sçauroit être ébranlée, 43
& chaque jour doit être depuis longtemps
, & pour vous, & pour nous une
nouvelle & incontestable preuve des misericordes
du Seigneur
,
dont les effets femultiplient,
& se confirment si manifestement
en nôtre faveur. La santé continuë
toûjours à être plus parfaite que jamais
dans cette Ville; déja plus de soix-
ante jburs se font écoulez sans qu'il i
ait eu un seul nouveau malade dans ce vasteTerroir
, & plus 'de trente sans
qu'ily ait eu de' soupçon de contagion
dans la feule Paroisse de l'extrémité de ce
même Terroir, où le mal a fini plustard
qu'ailleurs. Ne nous rendons donc
point coupables de la monstrueuse ingratitude,
& du peu de foi dé ceux qui sembien!:
vouloir méconnoître la puissance Scia
bonté de Dieu, dans le temps même
qu'elles se manifestent, & se font sentir a.
nous de la maniere la plus feiicible; ce
seroit attirer de nouveau sa terrible vengeance
sur nous. Célébrons au contraire
cette meme bonté, fk cette puissanceinfinie
du Coeur Adorable de Jesus-Christ
nôtre divinLiberateur : invitons toutes
les Nations tous
-
les Peuples de l'Univers
à reconnoître avec nous son éternelle
misericorde,& à se joindre à nous
pour chanter ses loüanges. Ministres du"
Très-haut ouvrez les Portes de la sainte
MaifonMaison
du Dieu de justice, afin queles
Justess'y assemblent, & qu'ils lui rendent
graces dans le lieu saint pour un
bien-fait si signalé.
Que les Maisons de ces mêmes Justes
Ii souvent témoins de leurs gemissemens,
retentissent aujourd'hui de leurs cris de
joye & de leurs actions de graces. Leurs
voeux font exaucez,la droite du Seigneur
a fait éclater sa force, & elle a de nouveau
operé des prodigespournôtre délivrance.
A CES CAUSES,& de concertavec
le respectable - Commandant de cette
Ville, nous avons ordonné & ordonnons,
que toutes les Eglisesdu Terroir deMarseille
que nous avions jugé à propos de
fermer par précaution, soient déformais
ouvertes à l'ordinaire. Nous défendons
de continuer de dire la Messe en dehors,
ou aux portes de ces mêmesEglises,excepté
à la Paroisse de Château- Gombert ,+
où l'on tiendra encore les portes de l'Eglise
fermées pendant le peu de jeurs qui
restent pour finir entierement la quarantaine.
Nous permettons; tant dans L
Ville que dansle Terroir, de faire- les
Prônes, de prêcher la parole de Dieu,
de faire les Processionsaccoûtumées
,
d'exposer
le, Très-Saint Sacrement, & d'en
onnetla Benediction,comme cy.devant,
à,
a commencer seulement du premier jour
de Septembre prochain. Nous révoquons
nôtre Ordonnance du dixiéme May de
cette année, par laquelle Nous défendîmes
à tous Prêtres Seculiers, Beneficiers
ou employez dans cette Ville, & à tous
Reguliers d'en sortir, & de dire la Messe
dans le Terroir sans nôtre permission;
rendant sur cela à chacun la liberté qu'il
avoit avant nôtredite Ordonnance.
Il n'est sans doute point de maison dans
le Terroir où la misericorde du Seigneur
n'ait été implorée pendant nôtre affliction
,& sur tout le jour mémorable de la
Fête du SACRÉ'COEUR DE JESUS;
il est donc bien convenable qu'il n'yen
ait point aussi où l'on ne rende à Dieu
dejustes actions de graces pour nôtre délivrance.
Dans cette vûë
, nous exhortons
tous les Fideles qui ont des Chapelles domeftiques
dans leurs maisons de campagne
,
d'yfaire dire une Messe d'actions
de graces , d'y assister en Famille, d'y
renouveller ensemble leur consecration
au Coeur adorable de Jesus-Christ, U
de le conjurer de ne pas permettre que
nos quarantaines soient troublées par de
nouvelles allarmes quasi inévitables dans
une Ville aussi grande, & aussi peuplée
que l'est celle-cy
,
afin que les ames fidelles
éprouvant combien il est avantageux
geux de s'addresser avec confianceau
coeur du Sauveur de tous les Hommes,
en témoignent leur joye, & que la bouche
des Impiessoit à jamais fermée. Et
sera nôtre present Mandementenvoyé,
publié S/C affiché à l'ordinaire. Donné à
Marseilledansnôtre Palais Episcopal le
26. Aoust1722. Signé, T HENRY,
Evêque de Marseille.
Et plus bas, par MONSEIGNEUR,
Coudonneau,Prêtre & Secretaire.
Le mot de la premièreEnigme dumois
paGe) c'est la Mode
,
celui de la seconde
, c'est le Baffin à Barbe, & celui de
la troisiéme est explique dans ces quatre
vers.tL'éleve de Purgon rend vôtreEnigme claire, ;
Quand pour executer un ordre salutaire
, , t
.11 exerce à genoux la Seringue à la main,
-Du plus sale métier l'emploi le plus vilain.
PREMIERE EIVJGME.
J E fers à dépoüiller la veuve & l'Orphelin,
Les Rois & les Marchands me font leurs
confidences
,
L'amant le plus discret me commet son dcitin,
Et
Et ses pluscheresesperances.
Onme rencontre au Cloître avec S. Augustin,
Autre part avec l'Aretin;
Je sers à Dieu, je fers au Diable ,
Je défends l'innocent, je défends le coupable,
Et souvent c'est par moi qu'ils perissent tous
deux;
Sans ma noirceur pourtant je serois inutile,
,Aux plus Saintes Vertus, j'en seconde les
t voeux,
1 Quoique ma naissance soit vile
J'entre dans le Conseil du plus GrandPotentat,
Est-il un cabinet de Ministre d'Etat,
; Dont l'accès ne me soit facile?
i .SECONDE ENIGME.
DAns une plaine fort unie,
Souvent avec ma soeur on me voit habiter
Si l'onnenous poussoità nous persecuter,
La discorde entre nous seroit toûjours bannie,
Dansune paix profonde on nous verroit rester;
,- Mais on nous permet peu de suivre la paresse
,
1 On sefait un plaisir de nous broüiller sans ccire
A Pour finir nos débats ,.il faut sans trahison
,
Que l'une de nous deux mette l'autre en prison. TROISIÈME
TROISIE'ME ENIGME.
s I l'on en croît le sage Esope,
Cet agreableMisantrope
,
Qui pour nous égayer en montrant nos défaut
ait si pertinemment parler les animaux ,
Je fuis d'nn vice d'habitude,
Et de l'affreuse ingratitude ,
L'exemple le plus accompli.
Transi de froid je demande retraite
A certain voisin bien nourri,
Quoiqu'étranger je fuis receu comme un ami;
Réchauffé, bien refait, je commande à baguette,
je fais bien pis, je le maltraite,
Je le chasse hors de chez lui,
Et j'y reste bien établi.
On sçait qui je fuis par la fable;
Et tant d'ingrats
,
lecteur ,que vous reconnoissez
,
Vous le prouvent encore assez 1
Elle n'est que trop veritable.
CHANSON
CHANSON.
p Our mon bonheur, pour vôtre gloire,
Dieu du vin, Dieu d'amour soyez toûjours
amis.
Je ne puis boire sans Iris,
Il Et je ne puisaimer sans boire..
NOUVELLES LITTERAIRES,
DESBEAUX ARTS,&c.
SUITE de l'extrait des Pieces d'Eloquence
& de Poësie
,
presentées à
l' Academie des Jeux Floraux pour les
prix de l'année L722.
L'abus de la Poëúc) Poëme au Roi,
quiaremporté le second prix. Par
l'Abbé de Pontbriand.
JJAuteur parle de la Poèsie quiJe trouve
dans les Livres Sacrez., & del'effet
qnelleprodnifoitsurles hommes. )
E Lle leur inspiroitunplaisir salutaire,
Jamais sans les instruire ele n'osoit leur
plaire.
F SS-:ss
Ses sons harmonieux, ses accens enchanteurs
Ouvroient à la vertu le chemin de leurs coeurs.
Bien-tôt,helas! bien-tôt la Grece & l'Italie
Virent dégenerersasagesse en folie.
En changeant de climat, elle changea do
moeurs, -
Et des incirconcis cambrassa les erreurs.
Homere pour donner du credit à ses songes,
La força d'embellir d'insipides mensonges
,
Avec Anacreon
,
elle but, elle aima,
De parricides traits Archiloque (a) l'arma.
A répandre l'encens, par Pindare (b) formée
Elle en vendit aux Grecs la flateuse fumée.
0 vous! que Rome a vû renaître dans Lucain,
Vous couvrîtes de fard son visage & son fein
,
Et son voile autrefois enlevé par Catule
,
S Luy fût encore ravi par la main de Tibule.
Innocente pudeur, tes doigts n'ont point filéy
La gaze dont en France elle a le corps voilé.
Le léger ornement qui voltige autour d'elle ,
(a) Pcëtt satyrique. il fit des vers contrefort
beau- fere ,
qui s'en pendit de douleur.
(h) Pjndare étoit fort interejJif, il- cbantoit
AUX Jeux olympiques les vainqueurs qui payaient
les fimeries.
N'est
N'en: pour l'oeil indiscret qu'une amorce nouvelle.
Sans honte on ose voir ,sans crainte elle ose
offrir,
Ce qu'un voile impuissant affecte de couvrir.
Aux traits calomnieux que son art envènime,
Mille fois l'innocence a servi de victime.
Qu'on ne nous vante plus le pouvoir de ses
charmes;
Je n'y puis voir pour nous que des sujets de
larmes;
Et coupable aujourd'hui des plus honteux excès,
Elle même elle doit rougir de ses succès.
0 ! vous qui la rendez complice de vos crimes,
Quel fruit esperez-vous de vos coupables rimess?
L'odieuse beauté qui regne en vos écrits,
Même en charmant nos coeurs, vous livre à
nos mépris.
MINERVE
,
Ode, à laquelle le prix
del'Eglogue a été adjugé. Par fAbbé
de Prades.
HEureux
,
ô Minerve! ces Princes,
Qui par toi reglent leurs desirs,
Qui du bonheur deleursProvinces,
Fij Font
Font leur étude, & leur plaisir {
En vain l'ambition soupire,
La gloire d'étendre l'Empire,
Cede au soin de le rendre heureux,
là le Heros qu'on y contemple
,
Moins par les loix que par l'exemple,
Forment des sujets vertueux. -
Mais qui pourroit te méconnoitre
Sage Déesse des Guerriers?
Tu formes mon Auguste Maître,
A cueillir d'immortels Lauriers.
Fais que les vertus héroïques,
Des Rois sages & pacifiques,
Se réunissent en lui seul,
Et qu'envers lui le Ciel s'acquitte
De la gloire dûë au merite
,
Le son pere & de f011 ayeul.
L'AMOUR DIVIN, Ode, quià
•
remporté le prix destiné au Discours,
du mêmeAuteur, p UssantGuide, fous ta conduite,
S'avance un peuple fortuné, *
* Les lfraëlitts.
La
ta mer le voit & prend la fuite
,
LeJourdain recule
,
étonné.
Tantôt de mers couvrant laterre ;
Tantôt tirant l'eau de la pierre,
, j Tu lui prêtesmille secours.
Arreste, & demeure immobile,
Soleil; l'homme dit, & docile,
Le Soleil arreste son cours.
Mais quoi! rappeliez à la vie ,
Les Morts racontent tes bienfaits
,
L'aveugle voit, le sourd s'écrie
Qu'il entend parler les muets.
Déja les nations s'empressent
,
Juifs & Gentils, tous reconnoissent
L'Empire de leur nouveau Foi.
C'est la verité triomphante
, , C'est la grace toutepuissante
Amour qui leur donne la loi.
OùvolecettePe- heresse?
Je la vois aux pieds du Sauveur.
Qttelfilcace1. quelle tristesse!
Fiij Tout
Tout nous peint sa vive douleur.
Femmes, tes larmes t'ont lavée,
C'est ton amour quit'asauvée,
Ta gloire doit vivre à jamais.
Grand repentir! grand sacrifice l
De l'amour saint naît la justice,
Mere & compagne de la paix
, &c
Premier Discours surcesparoles.
Rien najfure davantagelasuperiorité d'une
nation, que la culture des sciences
& des uirts. LEs armes n'ont jamais rien eude plusbrillant
que ces pompes triomphantes
, dont l'ancienne Rome honoroit les
vainqueurs. Cependant oferai- je le dire ?-
Ce superbe vainqueur, élevé sur son
char, chargé des dépoüilles de l'ennemi,
& suivi des Captifs -enchJ înez
, me pa-
IoÎr moins grand qu'un Tire-Live environné
d'admirateurs,qui venoient à Ro..
me des extrêmitez de la terre pour ne i?
voir dans la Capitale du monde, que son
historien. Î
Accordons au préjugé vulgaire que la
gloire des armes est plus ébloüissante
peut-être même plus flateuse quela gloire, dest
des Lettres; mais si celle-ci a moins d'éclat,
elle a sans doute plus de folidicé )
est plus légitimé, plus indépendance, plus
rare, & plus durable.
Les Poëtes& les Orateurs ne doivent
leur réputation qu'à leur mérité ; ils ne
l'ont pas acheté au prix du fang des peuples.
Les Ministres,les Généraux, le soldat
même a part aux lauriers du conquérant
, & souvent celui qui a l'honneur de
la victoire, n'est pas le plus digne de la
couronne. Ciceron né dans l'obscurité,
perce le sombre nuage qui l'enveloppe,
se fait jour, & s'éleve rapidementaufaîte
de la grandeur Romaine; les Villes, les
Provinces, les Etats recherchent la protection
de cet homme nouveau ,
les Rois
même font ses cliens. La memoire des
Héros perit bien-tôt, si les sçavans ne la
con fervent. Les sçavans
,
dépositaires &C
dispensateurs de l'immortalité, peuvent
immortaliser leur nom, sans le secours
du Héros.
Toutes les nations ont eu des Heros
fameux, tous les siecles ont eu des Guerriers
illustres > il n'y a eu que les Grecs,
les Romains & les François; il n'y a eu
que trois siecles qui ayent donné des Poëtes
, & des Orateurs dignes de l'immortalité.
Les conquerans., & les Heros font des
F iiij astres
astres crrans, qui après avoir brillé quef !
que temps , & effrayé la terre, difparoiflent
pour toujours, & ne laissent que Ici
f uvenir d'un éclat passager. Les sçavans
sont des astres qui éclairent le monde jufques
à la plus reculée antiquité. Ciceron
nous parle, nous harangue, nous instruit,
& nous charme; Ciceron vit encore, &
l'ancienne Rome vit avec lui.
Dans l'éloge de Clemence Isaure, prononcé
suivant l'usage, le jour de la diftribution
des prix, par M. Delherm Conseiller , au Parlement, l'un des Académiciens
, on met le mérite de cette
illustre fondatrice dans un beau jour. Clemence
s'éleva au denus des foiblesses di
son fcxe, dit l'Orateur. Richelieu trouva
dans son projet les avantages des préjugez,&
de l'éducation. Clemence ranime
l'amour de la Poësie
, en un siecle gros-
Jfîer dans son goût & dans les moeurs; Richelieu medite d'accroître l'empire
des Belles-Lettres, dans le temps où le
genie des François sembloit être tourné
à les culrivel. Clemence feule, projette,
suit,execute;Richelieu associeà
son ouvrage des hommes éclairez
,
& capables
dele conduire.C'emence n'a point
de modele, & l'Academie Françoise est:
formée sur l'idée que Richelien prend des
Jeux de Clemence. Le Digne Academicien
cien fait dire un peu a près à Loüis le
Grand, que les Jeux Florauxavoient rappellé
en France le goût des Belles-Lettres,
qu'ils avoient servi de modele à toutes
les Societez bneraires, & qu'ils offroientdepuis
quarre siecles
3
des fleurs ar
cüeilliraux éleves desMures.
Nous passons à regret bien des choses
excellentes de ce discours, dans la crainte
de nous y trop arrêter. La fin en est instrudtive,
& très-capable de donner del'émulation.
Oüy , Messieurs, pouriuit,M.
Deherm ,les Poëts peuvent comme
aauefois, aspirer aux fleurs de Clemence,
par des vers consacrez à la gloire des vertus
des Heros & des Dieux, & à l'attrait
des innocens plaisirs ; mais il siut que
leurs vers naissent des fons d'une Lyre
sçavante , que leurs vers assujetis aux
loix d'une cadence aussi mesurée qu'harmonieuse,
offrentteû ours des Images vi-
- ves, nobles, hardies, & élevées; que le
genie du Poëte Lyrique, formé par la
nature, & guidé par l'art, frape l'auditeur
, l'excite, l'enleve, le ravisse.Telle
dl: cette Poësie divine
, que Polymnie
inspire à ses favoris XÔC à laquelle nous-
;
devinonsnospremières couronnes.
Nous en avons encorepour vous, Poètes
,
qui à la faveur d'une fiction ingenieuse
, chantez aussi sur la trompette
F v heroïquer
heroïque, la valeur & la sagesse des Heros,
la puissance & la bonté des Dieux,
vous qui,élevez& soutenus par l'idée d'un
objet, ou heureusementimaginé, & sagement
ennobli, nous disposez par l'attraitdes-
exemples, à connoîcrelafagefse,
à l'aimer., à la suivre
, genies sublimes,
venez ciieillir les fleurs que nous
vous relervons.
Qu'un coeur tendre ne craigne point
de nous ennuyer par le recit plaintifde
les peines, ou par l'aveu sincere de ses
plaisirs : oüy, les divers mouvemensqui
le flatent, ou qui l'agitent, peuvent nous
interesser, & rendus dans ses vers ,
sans
autre arc que celui qu'une ardeur pure &
innocente sçoitprêter à l'expression des
sentimens - ils mériteront nos suffrages.
Ainsi l'amant vertueux & fidele, orné
de nos couronnes, se verra plus digne de
l'objet qui l'a charmé
, & plus sur de lui
plaire.
Les sons du chalumeau rustique, &de
la Muferrechampêtre, sont-écoutez favorablement
dans nos jeux. Les Bergers
& les Betgeres peuvent y venir chanter le
retour du Printemps, les charmes de la
solitude, les amours, les Dieux mêmes
& leurs concerts reçoivent de nous un
prix d'honneur, si leur genie & leur langage
expriment toûjours l'innocence de
leurs moeurs. Et
Et vous qui frapez des traits de l'éloquence,
cherchez à la faire sentir dans
vos discours & à la faire aimer; Orateurs
, nous accordons des prix au mérité
superieur de vos ouvrages, nous en ornons
ceux d'entre vous, qui attachez à
remplir le [ujet que nous leur proposons ,
trouvent l'art de l'érenduepar une suite
d'idées naturelles,justes & sensibles; les
rendent avec précision, les placent avec
goût, & les embellissent de toutes les
beautez de la langue & dustile.
Quelle haute idée ne viens-je pas de
vous donner,Messieurs des Jeux Floraux
de Clemence, tels qu'il a plû de les rendre
à la bonté, & au zele de Loüis le
Grand r Esperons que ces jeux conserveront
tous leurs avanrages, 5c tout leur
éclat, fous le regne du digne successeur
de Loüis le Grand; son enfance ne nous
a offert que des talens & des vertus à
admirer. Toujours docile à la voix de
l'honneur, toujours frapé des traits dela
sagesse, il a montré que la connoissance
& l'amour de la vérité éclatent dans les
vrais Héros avec leur premier âge ÔC
quechez eux la raison & le devoir s'allient
heureusement avec la jeunesse.
Fvj TRAITE.
TRAITE'DES FORCES MOUVANTES
,pour la pratique des'Arts
:
8c Métiers, avec une explication de
- 20. machnes nouvelles & utiles. Par
M. de CamusGentilho lime Lorrain..
A Paris chez Claude Jombert, ruë
S. J.,.Èque,:, & Laurent le Conte, Quai
des Augustins1722.in8° de 535. pages
5 sans l'Epître, la Preface &la
Table. F cEt ouvrage est divisé en deux par- -
ties ,
dont la piemiere contient quatre
Chapitres. L'Auteur explique dans le
premier les équilibres des corps inanimez
sansemployerleprincipe du mouvement
composé, il explique ensuite l'équilibre
de la marché des. hommes, des animaux
à deux, & à quatre pieds, & du vol des
oiseaux;.il fait connoîtrepar quelle raison,
& comment on doit charger les
homme?, les chevaux, les chariots 84
charertes, & de quelle manière devroient.
être les hottes ou crochets des portefaits,
pour être plus avantageux, après quoi il
explique l'équilibre de corps solides avec
les liquides.
Dans le second Chapitre il explique le
levier d'une manière particulière il fait
connoître l'effort des greffes machines ,
- où
où le levier est employé, pour éleveron
entraîner les grands fardeaux, comme le
cabestant & la gruë,ausquels- il indique
quelques perfections.
Dans la seconde fection il explique do
même la pou-lie simple ou redoublée, oy
mou stes.
Dans la troisiéme, le coin
,
la vis iim..
ple, & la vis sans-fin.
o LetroisiémeChapitre est sur la percussion
ou choc des corps, sur les poids,
les ressorts, sur leur trempe J
sur celle
des outils à couper du bois, du fer
-
Sc
autres corps durs; il rapporte plusieurs
manieres de tremper, & il en donne une
qu'il croit meilleure que celle dont on se
ferr ordinairement, il faitconnoître quel
est l'effet des grands &petits coups dè
marteau ou de maillet par différentes experiénees
qu'il rapporte.
Le quatrième Chapitre regarde lemou-
- vement des corps - l'Auteur l'explique
d'abord suivantle mouvement composé
5 & ensuite d'une maniere plus aisée
,
selon
lui, par les équilibres, par la reactionou
reflexion des corps, & il se ;ert pourcela
des jeux d'exercice, comme de la paume
& du billard.
-
o La seconde section dece Chapitre traitede
la projection des corps, des ressorts
qui les produisent, de la nature de l'air des,
des effets que les redores y produisent ;
&c. pour le bruit, le son des instrumens à jouer, des cloches, tambours, & autres.
Il traite de leur construction, & de
quelle maniéré elle doit être pour être la
plusav,aiitacyeufe, au sujet des ressorts de
la poudre a canon > il indique plusieurs
projets d'experience
, pour les canons de
mousquet, & gros canons de guerre. ">
La troisiéme lésion regarde les mou-
Vemens, dans lesquels on [c ferr de l'eau
& du vent, comme le mouvement des
batteaux; il traite de leurs constructions.,
& fait connoître d'après plusieurs experiences,
quelle est la plus utile pour le
commerce.
L'Auteur explique ensuite le mouvement
des vaisseaux sur mer, leurs voiles
& cordages; il traire de leur vîtesse, de
leur construction ,
& il en propose une
qu'il croît plus avantageuse, ce qu'il'
prouve par des experiences qu'il a faites
sur les vitesses, dont il donne une fable.
Dansla quatrième section il confidere i
le frortement des corps qui agissent l'un
contre l'autre, tantenligne droite qu'en
lignecirculaireil rapporte plusieurs experiences
qu'il a faites, dont il donne une'
rable pour les differens corps qui agiiïent,i
& qui frottent l'un contre l'autre, & il
tire de ses épreuves plusieurs choses uti- e;,
Jcs pour les machines- grandes & petites,
particulièrement pour les montres de poche
y
les gros horlogesj pour les traineaux,
& plusieurs autres machines.-
Dans la cinquième section l'Auteurtraite
des voitures à deux & à quatre
rouës, il fait connoître comment, Se
combien l'uneest plus avantageuse que
l'autre; de quelle maniere les roue6 doivent
être construites
3 pour quelle rai-
[on, & combien les- grandes font plus
utiles que les petites; cela par quantité
d'expériences faites sur le pavé3 sur le
fable, sur la terre molle, & terrain ferme
; il donne une table de toutes ces circonfiances,
dont il croit tirer des choses
utiles pour le transport des marchandises,
-& pour la facilité du commerce.
Enfin ilfinit cette partie - en indiquant
les soins, Se précautions qu'on devroit
prendre pour l'arrangement du pavé
,
Se
l'entretien des grands chemins & chauffées.
- Dans la seconde partie M. de Camusexplique
plusieurs machines utiles qvPîtTa
inventées.
La premiereest une machine pour tamiser,
& passer les poudres fines, avec
laquelle un homme peut faire autant d'ouvrage
que trois autres, ou à peu près
> qui auraientchacun un tamis Íu¡yantJ'-experience
qui en a été faite. Ear
La seconde est: une espece de grue basse,
à bec allongé, avec une queuë pour servir
d'équilibre ,qu'il propose pour creuserun
canal, élever une chaussée avec
moins de dépense , & pour aller plus vite
, que Íi onse lervoit de brouettes & de
hottes.
La troisiéme est une machine à battre
les gros piloris par un treuil, en forme de
cabestan
, avec lequel on ne peid pas de
temps , pour racrucher lemouton quand
il est tombé: dans laquelle on frappe
deux coups au lieu d'un, & où les hommes
qui travaillent fatiguent un peu moins
qu'aux autres.
t La quatrième est un genoue , ou machine
paralact que mouvante à vis, Se
avec deux cercles, propre pour oblerver
les assies, & les suivre dans leur mouvemenr,
en les tenans toujours au centre de
la lunette, qui est particulièrement propre
pour les éclipses, & pour les objets
que l'on veut suivre. 3
La cinquième est une rame composée
de deux pieces mobiles que l'on pole peru
pendiculuirement au sabord de la sainte
Barbe des vaisseaux,pour les faire aller
en temps calme, même avec deux rames
feldemenr. suivant l'experience qui en a
été faiteàToulon. /A
Lasixiéme & la septiéme font deux
montre
montres de poche, composées de fïx
roues, que l'on peut faire aussi petites
qu'elles étoient anciennement, avec des
dentures de rouës & des pignons allai
forts,, que ceux que l'on fait aux grandes,
& qui iont aussi bonnes, comme l'experience
le manifeste depuis six ans; l'uneest
àminutte, & l'autre à seconde;cette der-
Hiere est aussï juste que la premiere.
La huitièmeest une montre gravée à l'ordinatre,
qui sonne d'elle-même les quarts
& l'heure,& repere à tous les quarts l'heure
quand on veut, ou ne sonne pas du
tour, & qui a toujours la répétition en
pressant le pardau.
La neuvième est une perrdule à ressort,
qui fait le même effet, que la montre
sonnant les quarts & l'heure par un seul
ressort, & un seul mouvement de sonrerie.
La dixiéme est une pendule à poids Sî
à seconde, qui va un an sans la remonter,
élevée de sept pieds & demi de haut, qui
sonne pendant tout ce temps d'elle-même
,. les quarts & l'heure, & va aussi juste le
t dèrnier jour que le premier; il y en a qui
vont depuis dix ans.
| Laonzièmeest un piston&un balancier
de pompe, qui tire à chaque coup
louta- l'eau possible, de quelque maniere
qu'il foit monté avec lenteur ou avec
iyicelTe. La
-
La douzième est une broüette plus aîsée
, & avec laquelle on peut voiturerde
plus gros fardeaux qu'avec les broiietces
ordinaires.
La treiziéme est une charuë, avec laquelle
trois chevaux peuvent faire autant
d'ouvrage que quatre aux charuës ordinaires
, & fatiguent moins, suivant l'experience
continuelle qu'il s'en fait depuis
long-temps aux environs d'une petite
terre de l'Auteur, où on l'a mis en
usage. 4
La quatorzième est un chariot ou binon
à deux roues, pour voiturer les pierres
taillées, que l'on charge plusvîte &
plus aisément, & auquel il faut moins:
d'hommes qu'aux chariots ordinaires. à
-
La quinzième&la treiziéme font deuxdifférentes
constructions de brancarts,
ou ridelles de chariotà fleche
, & à quatre
rouës égales & grandes, pour tourner
aussi court qu'avec les petitès. i
La dix-septiémeest une charette doubla
a quatre roues, pour tourner très-court,;
& entrer aux endroits où les carosses aJ
arcs ne pourroicnt même entrer.
La dixhuitiéme est un avant- train à"
grandes roues, que l'on peut appliquer
aux affus de canon pour les voiturer avec
moitié moins de chevaux, ou à peu.prèç,.,
en faisant les rouës telles que l'Auteur
kil
les propose., & épargner par-là les chariots
de transport dont on se fert pour les
grossès pièces.
-
La dixneuvième est:un carosseà brancart
j
à quatre grandes roues égales,
beaucoup moins fujec à verser
, & plus
doux que les autres, auquel deux chevaux
font autant d'effet que quatre aux
carosses ordinaires, & qui tourne aussi
court que s'il étoit à arc avec de petites
rouës.
La vingtième est un train de crosse à
fleche sans arc, sur lequel on peut suspendre
un carosse de plusieurs maniérés , &auquel on peut appliquer quatre grandes
rouës pour la campagne, & y remettre
des petites devant pour la Ville, si on le
souhaite, qui tourne suffisamment pour
le ranger & entrer par toutoù les autres
entrent, & qui a le même avantage que
le precedent.
-
La vingt-unième estla description d'un
petit carosse
qui va seul parressorttraîné
par deux petits chevaux, qui vont
en courbette, & parcourt un espace de
chemin donné, s'arrête de lui-même en
un lieu marqué, où un laquais., qui cft.
derriere, faute à bts ; un autre en Page
sur sa soupante, en descend, court à la
porticre & l'ouvre; une Dame assisedans
le carosse, seleve, en descend , s'avance
en
endehors, fait une profonde reverence,
pdrueiente un placer, Ôc cll'cès avoir attenquelque
temps, s'en retourne, fait
une petite reverence , remonte en Garosse
, le Page lui ouvrant la portiere,
qu'il refermeaussi tôt, puis s'enretourne
, monte, & le couche sur la foupante
avec beaucoup d'agilité
,
après quoi le
Cocher donnant un coup de foüet, les
chevaux reprennent leurs trains, &lelaquais
qui est descendu de carosse court
après, & faute derriere avec subtiiité.
Enfin le carosse
,
après avoir parcouru
les quatre coins prescrits d'une ta ble ou
d'un parquet, va s'arrêter de lui-même
au même endroitd'oùil est parti. SiOn
le monte différemment, il fait les autres
mouvemens des carosses, comme de se
promener dans des allées d'arbres, de
tourner en rond autour d'un Château &j
autre.
La vingt-deuxième est une échelle qui
se plie & se ranged'elle-même par resson,
contre une muraille,propre pour
servir aux endroitsoù il y ades enrtefols,
ou soupantes, sans embarasser, comme
cel le que l'on fait ordinairement en
ces endroits où la placé est petite. 1
La 23. ca la methode d'appliquer à un
ciel ou à l'imperial d'un lit des poulies,
pour tirer les rideaux, avec des cordons
fan
sans que l'on foit sujet à déchirer ou salir
les rideaux.
On a rendu le stile de ce livre le plus
intelligible qu'on a pû pour toutes fortes
depersonnes, & on a reduit les figures
lLecnurpetit pour le pouvoir donner à meilmarché.
Le prix est de six livres.
k
L'HISTOIRE DES JUIFS &des
Peuples voisins, depuis la captivitédes
dix Tribus jusqu'à la mort de Jesus-
Christ, par M. Prideaux, écrire originairement
en Auglois, a eu plusieurs
éditions en Angleterre; la traduction
Françoise imprimée en Hollande cette
année en 5-vol. in 12. ayant fait connoître
a plusieurs personnes le merite de cet ouvrage
,
diyers Sçavans ont exhorté le
Sieur Cavelier fils, Libraire, ruë saint
Jacques, de l'imprimer à Paris; il en a
btenu le privilege & il n'épargne rien
pour rendre cette édition parfaite. On a evû latraduction, deux personnes connuës
dans la Republique des Lettres, se
ont chargées, l'un d'ajoûter des remarques
par tout où letexteen a besoin ; l'auire
d'éclaircir quelques points importans
\'lf des dissertations. Comme ils ne font
astoujours de l'avis de M. Prideaux , l ne manquera rien pour l'indtruction du
lecteur Les figures seront gravées avec L foin2.
soin, & les Cartes feront retouchées par
un très-habile Géographe.
Ce qui a fait tant estimer l'ouvrage de
M. Prideaux, c'est qu'on y trouvela partie
la plus curieuse de l'Histoire Sainte , c'est-à-dire,celle où l'on voit l'accomplissement
des Prophéties plus éclaircie,
qu'elle ne l'a été jusqu'ici.Comme dans les
temps dont parle M. Prideaux
,
l'Histoire;
Sainte a été fort mêlée avec l'Histoire!
profane, M. Prideaux a eu l'occasion de:
découvrir l'origine des grands Empires
& de développer le cahos des AntiquiI-i
tez Babyloniennes,Persiques& Grecques
& il l'a fait en habile homme;s'ib
est tombé dans quelque mécompte, comme
il est difficile de l'éviterdans une matieresi
vaste & si embroüillée, les Editeurs
ne manqueront pas de le relever.
Quoiqu'il n'ait traité qu'une partie de
l'Histoire des Juifs, on a danssonlivre
un corps d'Antiquitez Judaïques: car il
ne laisse passer aucuneoccasion d'exami
ner à fonds lesloix, les ceremonies & lei
moeurs de ce peuple: on sent par tou
dans son ouvrage un Critique sçavant £4
judicieux, un Historien sincere & sensé.
Cette Edition fera en six volumes in 11,
bien plus ample que celle d'Hollande
avec figures, qui feront faites exprès pour
le livre.
NOUjNOUVELLE
DESCRIPTION DE
la France, dans laquelle on voit le Gouvernement
général de ce Royaume, celui
de chaque Province en particulier , la
description des Villes, Châteaux & Monumens
les plus remarquables, 8. vol. in
11. enrichis de Figures en taille douce.
A Paris,cheZ Delaune Libraire, rué
saint Jacques, & chezTheodore le Gras ,
lSLailbleraire, 11ft troisiémePilier de lagrande.
du Palais.
- -. Cette nouvelle Edition eU- non seulement
plus travaillée & plus exacte que la
premicre, elle est encore augmentée de
plus d'un quart;les additions font icpanr
dues dans tout le corps de l'ouvrage, mais
principalement dans le premier & dans le
lecond volume. Dans le premier l'on trouve
cinq dissertations nouvelles qui traitent
du Clergé, de la Cour , du commerce
dela France, des Moines & des Religieux
Jice ,des Etats Generaux, & de la Mi-
Françoise. Dans l'autre on voit un Igrand nombre de Remarques très-curieutfes
sur lesAntiquitez de Paris, qui n'a.
rvoient jamais été imprimées.
I HISTOIRE GENERALE D'ESPAGNE,
traduite de Mariana & de-9
autres Historiens Espagnols & Italiens,
les plus celebres. 1 Cette
Cette Histoire contient ce qui s'est
«.
Jassé de plus remarquable pendant l'efpacede
plus de 1800. ans, àcommencer
depuisqu'Amilcar,pere du fameux Han.
nibal
,
vint en Espagne avec une armée
de Carthaginois, pour conquérir ce beau
Royaume. Ils en furent chassez par les
RRoommaaiinnss,a, parpèrèssununeegu_geurerrree de J3. an. 1 3 années.
Les différentes révolutions arrivées en
Espagne, fous hl domination des Romains,
des Wandales, des Goths, des
Maures fournissent une infinité de grands
évenemens,& très-capables de piquer
la curiosité des lecteurs.
-
J
Comme l'ouvrage de Mariana se termi-j
ne à Ferdinand le Catholique, on y ai
ajoûté
, pour faire une Histoire d!E[pagne
complette, les regnes entiers de
Charles .¡, quiest l'Empereur CharlesV,
de Philippe II. son fils,dePhilippe III.
de Philippe IV. de Charles II. de Philippe
V. à present regnant juiqu'aux
mariages du Prince des Asturies, & dq
l'Infantefuture Reine de France..
Ce livre doit paroître à la saint MarJ
tin prochain en neuf gros volumes in 11.
avec des figurestrès-bien gravées. Le
Librairesqui le vendront, sont j
G. Cavelier, fils.
Giffard.
Moreau.
Huard.
Pralard.
ruë S. Jacques.
&
Le Gras, au Palais.
EXPOSITION d'une Methode raisonnée
pourapprendre la Langue latine,
par M. du Marsais. A Paris, {;heZGa..
Kean3 & chezQuillau1722.
Voiciune nouvelleMethode pour a pprendre
le Latin, dont on peut dire,
avec l' Approbateur, qu'ilseroit àfouhÚ:-
ter qu'on voulût bien la suivre. Il est même
à présumer que les Peres,qui entendentbien
leurs interêts, la feront mettre
en pratique. L'Auteur ne l'a publiée,
qu'après en avoir fait des experiences,
qui ont eu un heureuxsuccès. Voici en
quoi elle consiste.
1. L'Auteur veut, qu'au lieu de commencer
par apprendre à décliner & à
conjuguer, on fasse apprendre aux ensans
les mots latinsdes choses les plus
sensibles
, & qui frappent leur imagination
, comme le pain, l'eau, &c. Ensuite
il leur fait expliquer du latin rangé
selon laconstruction simple, sans , aucune
inyerfion, & sans aucun mot sous-en-
G tendu.
tendu.Jusqu'ici il ne fait rendre aucune
raison aux commençans,des mots
qu'ils apprennent : Ils sçavent, par exemple
, que sylvarum veut dire des forêts,
qu'amavi signifie j'ai aimé, sans sçavoir
le cas ou le temps de ces mots.
2. Quand les commençans ont été exercez
pendant quelque temps à cet usage , & qu'ils se font, pour ainsi dire
, apprivoisez
avec le Latin, il leur apprend
alors à décliner & à conjuguer, & cela
dans un ordre plus facile que ceux qui
ont parû jusqu'à present. Il fait apprendre
la raisondes cas selon la Grammaire
raisonnée, ce qui forme l'esprit des jeunesgens.
On voit à la fin de cette exposition,
une pratique de la Methode en question,
sur le Poème seculaire d'Horace. Lesmots
propres d'Horace font rangez dans l'ordre
naturel, & fous chaque mot latin, -
il yale mot françois qui lui répond.
L'Auteur fait voir que cette maniere de
traduire leve toutes les difficultez, & fait
entendre le tour latin. Il condamne l'ufage
des rhemes, dont il fait voir les inconveniens.
Ce petit Ouvrage est rempli
de reflexions curieuses & inftru&iveSj
qui nous le font annoncer avec plaisir.
Le Prince des*& le
i
i& le Prince invisible. A Paris cht
L. Dominique Vatel, Quai des Augus- t- tins, 17zt. vol. in12. de210. pages. Ce
font deux Historiettesinteressantes, bien
écrites, & ornées de divers morceaux de
poësies.
Nous voudrions qu'il nous fût permis
de donner le di scours entier de M. Fargés
de Polizy Avocat du Roy au Chatelec
; sur le sujet donné par l'Academie
Françoise: Meliùs est a sapienti corripi,
cjuam ftllltarttm adulatione decipi.Eccles.c.
7.v.6.Ilvautmieux êtrereprisparunhommesage,
qued'être seduitpar la flaterie d'un
insensé. Ce discours jugé le second par
l'Académie Françoise, a tant de précision
, & la Rhetoriqueyest si subordonnée
au raisonnement
, qu'on ne peut
en faire un extrait, sans retrancher quelques
preuves au texte, & quelquesmaximes
à la morale. M. de Polizy a marqué
la justesse de son discernement, amateur
de la belle simplicités & se servant
dela division que lui presente l'Ecriture.
La première partie de son discours démontre
l'utilité dela censure prudente,
meliùs est à sapienticorripi. Et la fcconl
de peint vivement les artifices de la flaterie
,
quàm stultorurn adulatione decili.
G ij L'eL'exorde
est un tableau, où les couleurs
font distribuées en maître. C'est un
portrait del'égarement humain. Sil'homme
, dit l' Auteur, se connoit quelquefois
tel qu'il est
, ce n'estpresquejamais à lui
Olt'il en doitl'avantage. En effet , tout
sembleconspirer à l'égarer,l'oisiveté le
corrompt, le travaille rebute
3
les honneurs
L'enyvr.nt-' le mépris le déconcerte,
la solitudel'ennuie, le commerce du mondeledissipe,
la bonne fortune l'aveugley
la mauvaise le décourage
i
le present lui
échappe
,
l'avenirl'inquiéte,&c
L'Auteur dans sa premiere partie caracterise
parfaitement la censure prudente
prescrite par l'Ecclesiaste. Il commence
par une apostrophe contre les misantropes
qu'on ne peut trop relire. La voici.
Loin d'ici ces Censeursoutrez, ces
Critiques insensez,qui diftilent toujours
& le fiel é7 l'amertume,qui, dans leur
censuremoins guidezparla, prudence &
la vérité
, que par leur goût & leur temperamment
semblent ne vivre avec les
hommes quepourleur déclarer laguerre.
Censeurs farouches
s
ils ne se livrent à la
societé, que pour en troubler l'harmonie;
Censeursemportez ils revoltent au lieu de
perjùader, & souvent même par une critique
t'pal entenduë & tropvive , ils prétent
au vice des armes pourse défendre:
L'homL'homme
qui s'elfécarté du [enuer de la
vertu , veut bienplus dejménagementpour
y rentrer.
Semblableycontinuë-t-il
,
à ces torrens
rapides, dont les eaux débordéesinondent
les campagnes d- renverfnt avec vio..
lence le
@
plus doux espoir dit Laboureur;
Si tout a coup vous leur oppof:{ une digue
pour arrêter le progrés de leur cours
rapide, loin d'en rallentir la fureur3 vous
augmente^mais finnemain adroite détourne
avec art le cours des eaux ,si avec
douceur & ménagementelle en change la
pente, vous les voyeZ ces eaux devenir
tranquilles, rentrer fiftïïs leurlit3 & rcprendre
sans peine leur cours ordinaire&
paisibles
- Ensuitel'Auteur propos-e pour exemple
d'une censure prudente, celle que fit
le Prophete Nathan à David, & fait de
fages leçons aux personnes, à qui le caractere
& le r.mg donnent le droit de re- -
prendre & de censurer. Il les finit par
une application tres-heureuse de la parabole
de l'yvroye,au sujet qu'il traite. Il
pmbleydit-ilj que Dieuaitvoulu nous
prescrirepar laParabolede l'yvroye semés,
dans le champ, les rnéna<remens que l'oit
doit avoir pour ceux que l'on reprend. Les
Jèrviteurs viennent dire au Pere defamille;
Seigneur, riavie^vous pas semé du
G iij bon
bon grain dans votre cha;,np? tlOK vient
donc qu'ily a de l'yvroye? vouLe'{vou!
que nous allions Parracher? non, leurrepond
- il
,
de peur qu'en arrachant l'yvroye
, vous n'arrachÙ'(aussi le bon grain:
le coeur de L'homme est le champ de la
vertt >
il n'y feme que de bon grain.
mais l'yvroye des passionsl'empêche de
croître ; ilfautpour l'un & l'autre attendre
juf¡lt'au temps de la moisson,c'efl au
Censeur prudent & vertueux a la prepa-*
rer, & à l'avancer par son exemple &
par la douceur de son coeur.
La seconde partie commence par une
phrasequirenferme bien des reflexions.
Avoüons-le à la honte de nôtre raison , l'homme est son premier& sonplus dangereuxflateur..
Aprèscetrait, qui
est suivi d'une penitence forte & vraye de
l'orgueüil héréditaire du coeur humain,
l'Auteur définit le flatteur par une comparaison
neuve & frappante. C'est,ditil
, un miroirfidele, quineperdaucun de
vos mouvemens, pas un ne lui échappe
Il n'a point d'opinion ,point de gout
qui lui soit propre. Vos sentimens font la
reg'e des siens. Quelquefois cependant,
pour se donner auprès de vous un caractere
de sincerité,ilosera vous reprendre
d'unlegerdeffaut,- mais dans ce moment
il prépare à vos vices Us plus çrÙmts, le
dandangereuxpoison
deses louanges, quevous
boireXjXautantplusaisémentque vous les
eroir-eZjinceres
- - - -Autre comparaison qui marque lediscernement
de l'O rateur dans le choix des
ornemens qu'il employe. Le flatteur,ditil
,
perdra toi ou tard le Prince auquel il
s'attachera,s'il en efl écouté ; semblable a
cette herbe rampante, qui couvre deses
branches les muraillesquelle détruitdans
la fuite.
Lesvertus de Néron,consultant Seneque
& Burrus, corrompues par les
flatteurs, dès que ce Prince leur prête
l'oreille, l'endurcissement de Roboam,
& l'impiété d'}\'ch'ah} pernicieux ouvrages
de l'adulation,fournissentdescitations
brillantes & connues, qui terminent avec
éclat la seconde partie de ce discours aussi
Chrétien que fleuri. Il n'cft. pas furpreïiant
que l'Auteur ait traité avec force &
avec dignité, une matiere qui interesse
également la ReligionSe l'Etat. Son éloquenceaccoutumée
aux sujets relevez,
ne répand pas de vaines fleurs sur des
dissertations inutiles. Ladéfense des loix,.
la protection de l'innocence, & lapunition
du crime, font les fruits qu'elle cultive,
& qu'elle fait naître.
G iiij Le
Le premier Discours qui a remporté
le prix de l'Eloquence,n'est point encore
imprimé. Nous en parlerons quand ilparc
lCra.
Le premier de ce mois le Roy a donné
àM. Jerôme Bignon de Blanzy ,
Maître
des Requêtes,la survivance de la Charge
de Bibliothequairede Sa Majesté.
M. Bignon est neveu de M.l'Abbé Bignon
, Titulaire de cette Charge,fils de
M. Bignon, Intendant de Paris, petit-fils
de M. Bignon
,
Conseiller d'Etat, & arriere-
petit-fils du célébréJerôme Bignon
, siuni versellement connu dans la
République des Lettres. Il est le qua.-
triéme de son nom revêtu de cette
Charge.
Je ne puis mieux faire que de rapporter
les propres termes de ses provi sions ,
qui me lonc heureusement tombées entre
les mains.
Loüis, &c. Nôtre Bibliothèque, 8C
le Cabinet de nos Médailles, étant par
le nombre & le choix des Livres, & des
raretez antiques & modernes qui les composent;
ce qu'il y a de plus grand en ce
genre dans l'Europe; nous avons eu
une attention particulière à les confier à
une pedonneJ qui pût soûtenir ce qu'un
pareil
pareil dépôt demande de talens & de travail
, pour le rendre aussi utile que magnifique.
Ce fut dans cette vûë qu'après
lamort du Sieur Abbé de Louvois,trouvant
dans la personne du Sieur Abbé
Bignon,le genie
,
l'érudition , le goût,
& l'activité necessaires à cet emploi,
nous l'en pourvûmes; & la maniere donc
il commença d'en établir l'ordre., nous y
fit réünir par nos Edirs des mois de Janvier
& de Mars 1720. les Charges de
Garde du Cabinet particulier de nos Livres
du Louvre, Cour & suite, de nôtre
Bibliothèque de Fontainebleau, 8c
de toutes autres, si aucunes nous avions.
Ses soins ont si parfaitement remplinôtre
attente, que nous avons crû devoir lui
permettre de se choisir un successeur
>
8c
nous avons d'autant plus volontiers agrée
le Sieur Bignon son neveu, qu'élevé de
sa main avec les dispositions heureuses
le zele, 3c l'intégrité hereditaires que
nous lui connoissons, nous nous assurons
, pour l'avenir, un sujet digne d'un ports*
important, que ses ayeux ont avec tant
d'honneur occupé dans le sieclepassé-
Le Sieur Jean Manger, natifde D:e:;'
pe, excellentGraveur des Medailles du
Roy, qui a gravé presque toute l'Histoile
métallique de Loüis le Grand est:
G, V mor>£
mort âgé d'environ 60. ans, le 9. de ce
mois, aux Galeries du Louvre, où il
étoit logé par brevet, avec quantité d'autres
illustres dans les Arts & dans les Méchaniques
, à qui le Roy donne cette
marque particuliere de sa protection
lorsqu'ils excellent dans leur profession.
Le Sieur du Vivier, originaire de Liege
, de même que le fameux Warin,
Graveur des Médailles du Roy,de l'Academie
Royale de Peinture & Sculpture
,
qui dans ce genre d'ouvrage, s'est
déja acquis de la reputation, a été
gratifié par brevet du Roy, du logement
qu'occupoit le Sieur Mauger.
M. de la Ligerie, Chirurgien de feu
Madame la D auphine, est mort au commencement
de l'autre mois, âgé de87.
ans. Il étoit Auteur du remede appellé
l'alkermès, ou aurifique, connu sous le
nom de la poudre des Chartreux
,
parce
que M. de la Ligerie avoit bien voulu
1 communiquer son secret à Frere Simon i
Chartreux, chargé du foin de l'Apotiquairerie
dii Couvent de Paris.
M. Ranc ,natifde Montpelier, de rAcad
mie Royale de Peinture, qui a eu -
l'honneur de peindre Monsieur le Duc
< d'Orleans & M.le Duc de Chartres,
parc j
part pour Madrid, pour taire les portraits
de la Famille du Roy d'Espagne,
avec 10000. livres d'appointemens ; les
frais de son voyage ,
& les tableaux qu'il
fera feront payez en particulier.
M. de Poiiilly vient d'être nommé
Membre de l'Academie des Inscriptions
& Belles- Lettres, à la place de feu M. de
Baudelot.
Le6. du çourant l'Academie Royale
de Peinture&Sculpture, eut l'honneur
desaluer S. E. M. le Cardinal du Bois,
sur sa nouvelle dignité. M. de Boullongne
,
Chevalier de l'Ordre de S. Michel,
Conseiller,Secretaire du Roi,& Directeur
de l'Academie. parla au nom de la Compagnie,
& dit que l'Academie,ayant déja
l'honneur d'être sous la protection de
M.le Duc d'Antin,ellen'auroit plus rien
à desirer, si S. E. daignoit jetter un regard
favorable sur les Arts dont cette.
Académie fait profession. S. E. répondit
obligeamment
3
qu'elle s'étoit toûjours
sentie une singuliere inclination pour la
Peinture & la Scul pture ,
également employées
à orner les Temples,décorer
les Palais des Rois, & à immortaliser
les grands Hommes, & qu'elle voyoit
avec admiration les progrès que ces beaux.
Arts faiioient dans le Royaurne, par l'ap-
G vj plics*--
plication continuelle des illustres qui lei
exercent, e qui par leur éminent sçavoir
l'emportent
sur
toute l'Europe.. S,
E. ajoûta que les Grecs, & sur tout les
Atheniens, y avoient excellé., comme on
en peur luger par les rares monumens qui
onrpaiïé jusqu'à nous, & qui font présumer
que la Peinture étoit pour lorsarrivée
au même degré de perfection
, mais
qui malheureusement n'a pû resister à la
durée de tanr de liee/es. S. E. dit en finissant,
qu'elle se feroit toûjours un
grand
plaisir de marquer l'estime qu'elle avoit
pour la Compagnie, & de lui en donner
des témoignages.
La Députation étoit composée du Directeur
,
du Chancelier,des Recteurs &
Professeurs
,
du Tresorier & du Secretaire.
Le 7. de ce mois les Academies Royales
des Belles-Lettres & des Sciences, &
le College des Professeurs Royaux, allerent
en Corps complimenter M. le Cardinal
du Bois. M. l'Abbé Bignon, qui
les presenta
, ne fit point de harangue forme, en & crut qu'il conviendroitmieux
de faireconnoîrre par une simple conversation,
le merite & les talens de chacun
des membres qui composent ces trois
Compagnies. M. le Cardinal du Bois parut
*
rut le presser avec plaisir à cette conversation,
qui fut de part & d'autre vive,
sçavante, & assaisonnée
)
& de tout
le goût, & de toute la politesse quedonment
la vraye érudition. Les Academiciens
se retirerentensuite l'un après l'autre,
& firentensortant leur reverence
particuliere à S. E. qui leur dit à chacun,
d'eux quelque chose de gratieux & d'Qbligeant.
J
-
On mande de Milan, que le Comte
de Colleredo a ordonné à tous lesImprimeurs
de la Ville , de fournir à,Ia"
Bibliotheque Ambroisienne un Exemplaire
de tous les Livres qui s'imprimeront
dorénavint., Majesté Imperia-
Ue ayant resolu de rendre cette Bibliotheque
la plusconsiderable de celles,
d'ltalie, & ayantdéjadestinédes fonds
pour l'enrichir, s'il est possible,au-
ItaLntqquu''aauuccuunneeauautrtreeddee ll''EEuurrooppee..
S'VITE.
4 SVITE DES MEDAILLESDVROI
avec Fexplication des lypes -41 & Lependes.
MEDAILLE XX. iLERE'TABLISSEMENTDE LASAN
TE' DU ROY. Onvoit d'uncôtélatête
Louis XV. avec l'inscription ordinaire
& pour revers, la France &la Religion
genoux ,
près d'un Autel, avec cesmo
pour Legende,VOTA PUBLICA.Voeu
publics. Exergue.RESTITUTA, Reg
sanitatean.Dom. MDCCXXI. Pour
rétablissementdelaXsantéXduRoIy..J1
Le Portrait du Roy &celui de lin
sante en regard, & autour. LUD. -xv
FR, ET NAV. REX. MAR. AN)
VICT. His*p. INF. fous les Portraits
yaftum connubium. Alliance promise mu
tuellement. MDCCXXI. Revers, u
faisceau de plusieurs armes, liées par u
ruban, avec ces mots pour Legende, NI
XA QUIESCENT,tantque le lien durer
elles feront en repos. -1
l e Roy & l'Infante en regard ave
leurs noms autour, & dans l'Exergue
* LUDOVIC
À
LUDOVICI MAGNI PRONEPOTES, arriere-petit-fils, & arriere-petite-fille
de Louis le Grand. Revers. L'Hymenéc
presentant l'Infante à la France. Legende.
PIGNUS TRANQUILLITATIS PUBLICS.
Gage de la tranquillité publique
,Exergue. M D C C X X I.
SPECTACLES.
LEs Comediens François ont remis au
Theâtre sur la fin de l'autre mois la
Tragedie de Penelope de feu M. l'Abbé
Gencic. Elle a eu plus de succès dans
cette reprise
, que lorsqu'elle sur representée
dans sa nouveauté au mois de Janvier
1684. sur le Theâtre de Guenegaud,
où elle ne fut joiiée que huit fois.
Ce Poëme n'a étéimprimé à Paris que
plus de vingt ans aprés
3
&c ce ne sur encore
que pour reparer l'édition défectueuse
qui s'en fit en Hollande, sous le
nom supposé de M. de la Fontaine. L'Ab-
-bé Genest qui en est le veritable Auteur,
'¿i(ent les journalistes de Trevoux, * a
tâché de la remplitdes éu sentimens de ver- quifont l'ame de la societé civile
.11 n'a point voulu imiter ces Auteurs* , Septlmbre 1703,
qui
qui pour de !egers & vains applaudissemens
, ne craignent point de flater hi
mollesse, & la corruption, & d'entretenir
des passions déreglées.
Un Prélat qui a écrit lui-même contre
le Theatre a pourtant témoigné qu'il no:
craindroit point d'approuver Penelope;
Ce n'est pas qu'on ne donne ici un peu
d'amour à Telemaque, poursuivent 1er.
mêmes journalistes j mais outre que ce
amour est toujours fournis à la raison.
l'Auteur dit qu'il ne luien donneroitpeut
être pas li c'étoit à recommencer ; mal:!
qu'on n'osoit encore de son temps fairo
paaroîtmre au The'atr(e un\jeuune Hérros s.anîs M. l'Abbé Dubos qui succeda à M.
l'Abbé Genest à l'Académie Françoise
dit dans le discours qu'il prononça à si
reception dans cet illustre corps, en parlant
des grandes qualitez de son predecesseur,&
de les ouvrages, que la Tragédie
de Penelope pLtÎt encore plus par le
caractère vertueux de les principaux personnages,
que par le merveilleux des incidens,
& par son dénouement pathetique.:
Au reste cette piece est pjrraitemenO)
representée;la Dle Duclos, & les sîeurs
Baron, Quinaut du Fresne, le Grand
& Fontenay
,
joiient les rôles de Penelo
pe, d'Ulisse, de Telemaque , d'Eurima—
que , & d'Eumée Lo
te II. de ce mois les mêmes Come-
Hiens ont donné la premiere representabon
de la Comedie du NouveauMonde
:;n rrois Actes, & en vers libres
, avec
hn Prologue, & trois Intermedes.
1 On peut appeller cette piece une heu-
"tetife singularité; elle fait beaucoup de
coruit dès sa naissance, &c la contradiction
qu'elle a d'abord excitée, jointe à l'incognito
de l'Auteur, promet un grand succcès.
Voici ce que nous avons pu en remarquer
en trois representations des plus
complettes qu'on puisse voir, même eh
ffi yver.
Le systême que l'Auteuranonime de
cette Comédies'est fait. ie C'est que l'armour
est lasourcede toutes,les passions.
::1;". Que ce font les passions qui ont banni a justice de la terre. 3° Que les passîons
reglées par la raison contribuent à la felicité
des hommes.Voilà sur quoi roule
toute l'allegorie de l'action Theatrale.,
& à quoi tout se réduit. Dans le prologlle)
Astrée se plaint de l'ingratitude de
ses enfans qui l'ont forcée à les abandonner.
Ellese flate de regner encore sur la
terre par les tendres soins de Ju piter son ,. pere, qui vient d'assembler le Conseil
des Dieux, pour déliberer sur son retour
lachez les humains. Mercure vient lui anno,
nce-r qu'on plaide sa cause adment £
ment;> mais que s'étant endormi à l'au.
diance par la fade & assoupissanteélo
quence d'Apollon, il n'a prennerie
entendu, sinon que Jupiter a parlé d'un
nouveau monde qu'il prétend faire ex
près pour elle. Jupiter vient annoncer
Astrée, que son retour sur la terre es
résolu y mais que pour empêcher que III
passions ne l'en bannissent une secono
fois, il va créer de nouveaux habitan
que Mercure prend ra foin de polir dan
une HIe, entourée de rochers pour en dfl
fend re l'accès au reste de la terre. Il prt
tend par là interdire le commerce d'i
passions.
Mercure a beau lui representer qtu
l'Amour
, qui vient d'exposer ses droit
dans le Conseil, ne consentira jamais ae
projet qu'il vient de former, & qu"
voudra regner dans ce nouveau mondes
comme il fait dans l'autre, avec touto
les passions, dont il est le pere.Jupite
dit qu'ila pourvû à tout, & que l'Amour
à juré par le Styx de n'y jamais entrer
moins qu'Astrée n'y consente elle-méme
Astrée dit à Jupiter qu'elle a trop d'in
terest à ni consentir jamais. Par là toute
les difficultez semblent s'évanoüir. Ju
piter ordonne à Mercure de ne plus re
pliquer, & de se préparer à partir pour
le nouveau monde, dont il doit instruir
le
les habitans ;illui donne la raison pour
> compagne, moins pour le seconder.,ditdl
) que pour veiller sur lui, d'autant
qu'il a * donné de l'ombrageà Jupiter par
Lies obstacles qu'il a fait naître contre ce
nouveau projet. ACTE I. LeTheatre
represente le nouveau
monde; c'etf une Isle entourée de rochers
, où Jupiter a créé de nouveaux
hommes de tout sexe & de tout âge
j, quoique formés en même temps. Mercure
& la Raison ouvrent la scene. Ce messager
des Dieux à qui l'Auteur a donné le
rôle comique & brillant de sa piece, se
mocque des précautions de Jupiter, il dit
à la Raison que l'Amour a bien dû rire
à son tour,lui qui occupoitdéja les dedans
d'une place dont on fortifioit lesdehors
avec tant de foin : la raison qu'il
: en donne, c'est que la nature a jetté le
• germe des passions dans tous les coeurs.
Ce que Mercure dit à la Raison la fait
trembler; elle veut veiller plus que jamais
sur ses nouveaux élevés ; & voyant
r venir Tersandre & Carite, elle seretire
avec Mercure
, & fait connoître par un
à parte,qu'elle veut les observer. Terfandre
& Carite font connoître dans leur
entretien qu'ils s'aiment, non de simple
'• amitié-
amitié, mais d'une tendresse qu'ilsn'ont
point pour les autres habitans, & tout
cela sans sçavoir
,
ni pourquoi, ni com:[
ment. Euphrosine) une de leurs amies..
vient avec empressement demander;
Tersandre son sentiment sur quelqu
chose qu'elle a trouvé dans un buisson
Terfandre lui répond que Mercure lui;
dit que cela s'appelle un nid. LaRaison
qui les observe vient prévenir le commerv
taire, & leur dit que puisqu'ilsfont il
curieux quand ils font ensemble, elle v;
les separer. Tersandre & Carire témoi
gnent un tendre regret de cette feparar
tion , au lieu qu'Euphrosine en marque
une joye maligne ; d'autant, dit-elle
que Carite perdra plus qu'elle dans la
piivation de Terfandre
,
dont elle efi
plus aimée. Ellefait entrevoir par là une
jalousienaissance qui confirme encore
plus la Raison dans ses allarmes
,
& dans
la résolution de les separer ; elleordonno
à Carite & à Euphroline de la suivre.
Terfandre s'abandonne à sa douleur, il
se plaint à Mercure de la rigueur de lac
Raison; Mercure lui demande ce qui
peut avoir donné lieu à cette severité n
Terfandre lui répond que c'estmoins
sqéue rien, & lui montre le nid qui a causon
malheur. Mercure le raille sur sa
•
uriolité, & l'exhorte à se tenir à l'avenhll
A
iir dans une tranquille ignorance :,,tout
cela ne sert qu'à irriter encore plus le
tleGr de sçavoir dans le coeurde Tersan-
Hre ; il demande à Mercure quel mystere
peut être renfermé dans ce nid qui a cau-
[é,[a disgrace. Mercure paroit fort emcarrassé
,craignant d'en trop dire. Il lui
prêche la docilité; Terfandre lui dit au
contraire, que puisqu'ill'instruitsi mal,
dl va prendre à l'avenir le contre-pied
de toutes ses leçons. Alcidamas survient
avec une massuë à la main; c'est un caractere
plus docile par bêtise
,
mais ferozcc
jusqu'à l'excès par orgüeil. Il s'emporte
contre Mercure qui lui reproche sa
rouche humeur, & il sort en le menaçant
tout Dieu qu'il est. Mercure congédié
Terfandre, & lui ordonne d'aller
tout preparer pour l'arrivée d'Astrée qui
va descendre des Cieux pour regner
sur
IIes habitans du nouveau monde. Tersandre
obéït avec d'autant plus de joye que la Fête devant être generale, il se flate d'y voir sa chere Carite: ce qui fait
dire ces deux vers à Mercure.
- Par sa prévoyance maudite,
La Raison a tout dérangé.
Il ya encore dans ce premier acte une
1 scene entre Mercure & une jeune fille
> qui laisse entrevoir du panchant pour la
I coqueteric
coqueterie formé par la feu le nature.Elle
veut plaire à tout le monde par le seul
motifdepasser pour belle. Astrée defeeni
,des Cieux, & faitle premier intermede
qui roule sur le retour des beaux jours do
l'âge d'or. Après la Fête, Carite,toute em pleurs, vient demander grace à Astrée
pour un enfant qui vient de faire nauffrage
sur ces bords. Astrée se détermine
l'aller secourir
, par la raison que n'étant
qu'un enfant il ne peut pas encoreêtre
infecté des moeurs de l'autre monde.
ACTE II.
La Raison se plaint à Mercure de l'injuste
préférence qu'un enfant emporte socs
eux dans le coeur de leurs ingratsDisciples.
Mercure lui reproche la crainte 8c
sa severité hors de saison. LaRaison n'etr
devient pas plus tranquille, & quittes
Mercure en protestant qu'elle va s'assurent
de cet enfant,
qui
sans doute leur apporte
les moeurs pernicieuses qu'il a puisées
dans l'autre monde. Astrée vient remercier
Mercure d'avoir inspiré de lis
beaux sentimens dans les coeurs de ses
nouveaux fii jets, & sur tout elle s'applau—
dit de l'ardeur avec laquelle ils exercent:
les droits de l'hospitalité envers cet en--
fant qu'elle vient de sauver. Mercure lui
dit qu'il s'en faut bien que la Raison enJ
foie:
it aussi satisfaite qu'elle. Ill'instruit de
ut ce qu'il a découvert dans les coeurs
ses éleves. Il insistetoujours sur le
stême de l'Auteur
j
c'est-à-dire ,sur le
erme des passions que la nature jette
uns tout ce qui respire. La Raison relent
avec l'enfant ,qui ne la fuit qu'à
ontre coeur, & l'accable d'injures; Merure
flate ce petit empané, & l'ayant
,douci, il prie Astrée & la Raison de le
tifler seul à seul avec lui. Cette scene enje
Mercure & l'Amouret d'une grande
nnesse; l'enfant ne lui parle que par
quivoques> & lui donne enfin détran-
;ss soupçons. Comme Mercure le presse
op »
il s'échappe d'entre ses mains,
cour aller joindre Tersandre & Carite
qu'il apperçoit.Mercure sent redoubler
sessoupçons ; mais pour ne se point commettre
mal-à-propos, il va chercher Alidamas
pour dissiper la foule que cet en
ranttraîne après lui.
:
Mercures'etant retiré,l'enfant revient
ivec Terfandre & Carite, à qui il veut
servir de précepteur. Il leur donne une
remiere leçon, qui, à ce qu'il leur dit , coit être suivie d'une seconde plus utile ,
:: plus agréable.
Euphrosine arrive, elle veut posseder
se petit enfant à son tour; Carite le lui
;;ifpute*, Alcidamassurvient, menaçant
f; d'exterminer
H'
d'exterminer cet enfant, qui semble vo
loir régner sur eux; l'enfant le desarr;
par la douceur de la voix, & le force
mettre sa massuë à ses pieds. Astrér
Mercure & la Raison voyant la seroci
d'Alcidamas
,
désarmépar un enfant,
doutent plus que ce ne soitl'Amour. ,0
Dieu triomphant Ce fait enfincennoîtr
Alliée lui reproche son parjure; mir
l'Amour lui répond qu'il n'est entré dac
ce nouveau monde que de son aycu,
qui étoit la principale condition du [Ó
ment. La Raison desesperant de résist
à l'Amour, & aux passions qui vont hier
tôt suivre ses pas, remonte dans le Cies
Mercure l'y fuit, après avoir dit à A
trée
,
qu'il vient des'aviser d'un stratî
gême, dont il espere un heureux succè
Astrée quittela place à l'Amour qui ajjj
pelle les jeux & les plaisirs : ce qui san
le sujet de l'intermede de ce secondAct
ACTE 11f.<
L'Amour & Terfandre commencent
dernier Acte. Terfandre se plaint de h
rigueur de Carite qui le fuit ; l'Amour lil
ditqu'elle le craint, mais qu'elle ne l'o
aime que davantage; Carite vient, dU
se plaint à Terfandre des allarmesqu"
lui cause. L'A mour la rassure, & lui dl
qu'il veut qu'elle regne avec ion aman
su -
Jfcrce peuple nouveau. Il fort avec eux
pour declarer son choix à tous les habisans
de i'Isle.
Euphrosinequi a entendu les dernieres
paroles de l'Amour, est jalouse du
bonheur de Carite, elle veut le troubler
& armer contre ces heureux amants
l'ambitieux Alcidamas, dontelle est aimée.
Astrée qui survient la veut arrêter;
mais elle lui dit que l'Amour a rompu
toute l'intelligence qui regnoit entre ses
sujets. Mercure redescend des deux;il
annonce à Astrée que son stratagême a
réüssi
, que le destin seconde leurs communs
projets, & que pour faire sentir à
l'Amour lesmaux qu'il fait sentir aux autres
, on va lui donner, non-seulement une
maitresse, mais une femme. Cette femme
est la Raison rajeunie par Hebé-, & embellie
par Venus elle-même
, qui consent
à ce mariage. Astréebrûle d'impatience
de voir cegrand événement;elle apprend
à Mercure que l'Amour a déja tout bouleversé
dans ce nouveau monde -, Mercure
sort pouraller reprimer les séditieux par
la puissance de son caducée. L'Amour
vient& rait une scene assez plaisante, sur
le tonirronique avec Astrée. CetteDéeiTe
voyant descendre la Raison dans une nuë,
le visage voilé, dit à l'Amour qu'il va trouvera quiparler. L'Amour s'en rnoc-
H que
que, la Raison se radoucit
*
auprès de
l'Amour qui l'accable d'injurés;elle leve
enfin ton voile.L'Amour la trouve
charmante ,& lui offre sa main,la Raison
lui dit qu'elle veut un bon contrat
pardevant le destin. L'Amour est effrayé
du contrat, & pour s'en faire aimer malgré
qu'elle en ait, il choisit un trait vainqueur,
que la Raison pare si à propos
avec sonégide, que par contre-coup
l'Amour se blesse lui-même. Mercure qui
arrive est fortsurpris de trouver l'Amour
demandant grâce à la Raison. Instruit
par la Raison de ce qui s'est passé entre
eux, & attendri des. regrets douloureux
de l'Amour, il propose de les marier ensemble
,
& leur dit qu'il est muni d'un
plein pouvoir pour cet Hymen. La Raison
n'y veut consentir, qu'à condition
squure l'Amour lui cedera tous ses droits
les coeurs des mortels. Mercure trouve
la Raison desraisonnable, & le rend
médiateur du traité., qui est enfin conclu
à la satisfaction des deux parties; la Raison
consent que les passions regnent
dans les coeurs de<- hommes, mais elle se
reserve d'en regler l'usage ; l'Amour consent
à tout,&l'embrasse. Mercureannonce
à Astrée cet heureux accord qui doit
faire le bonheur de ses peuples; cet acre
finit par le double mariage de Tersandre
avec
avec Carite, & d' Alcidamas avec Euphrosine.
Les peuples viennent celebrer
une Fête à la gloire de l'Amour & de la
Raison,réunis pour la félicité du monde.
Voilà tout ce qu'on a pû retenir en trois
representation, eefi: aux lecteurs à suppléer
aux circon.flatices,doiit"Ics scenes de
, cette piece sont susceptibles;on nous en a
promis une dissertation cririque,dontnous
serons part au public il-rôt que nous l'aurons
reçûë. Pour donner une idée dela.
verification, dont on fait beaucoup de
cas, on a crû qu'il suffiroit de mettreici
4ine tirade qu'on a r-ctem-ë du prologue:
Cest Astrée qui dit à Mercure, en parlant
d'Apollon.
Tu parlesen rival de sa gloire jaloux,
11 excelle en l'art de bien dire.
Mercure lui répond.
Moy jaloux d'Apollon
,
quel rival, ilm'inspire,
-r Plus de pitié que de courroux.
Mon éloquenceest mâle, &lasienne est f.
-mclleJ
-, j'ai seul ïnventé ce grand art ,
- Oùvous prétendez qu'il excelle.
Ilnégligé du vrai la beauténaturelle,
Et vousmet sur le faux une couche de fard.
Qui ne plaît qu'au premier regard,
Hij Où
Où l'esprit par tout étincelle,
Et laraison n'a point de part..
A l'éblouissantétalage,
Le sot [e laisse prendre & le flateur sourir,
0 Moy
,
dont le desaveu sur mon front est écrit,
Je ne puis me résoudreà prêter mon suffrage
Aux fades beautez d'un ouvrage,
Où je ne voi que de l'esprit.
Au reste on ne sçauroit exprimer le
plaisir que l'Amour fait dans cette Comedie.
Il est representé par un enfant de
neuf ans, fils du sieurDangeville
,
Danseur
de l'Opéra, & d'une soeur de la
Dic de Marre. Onne peut jouer, ni avec
plus de grace , ni avec plus d'inrelligence
que cet enfant en fait briller dans un âge
si rendre.
C'est le sîeurQuinault l'aîné, qui rem- ,
plie au gré de tout le monde le rôle de
Mercure, qui l'a dressé, & cet écolier
ne lui fait pisi-noins d'honneur, que les
intermedes de la piece
,
dont la musique
est très-applaudie
3
positquiisoont densa com.- LesieurDangeville en a fait le Ballet:
qui n'est pas moins estimé. j
Voici les couplets du Vaudeville du J
dernier intermede, onen trouvera l'air;
noté page 111. Mercure
Mercure.
tntre l'amour & la Raison
,
L'un dit que si
,
l'autre que non 1
Je viens de finir la querelle ,
La paix va régner à son tour,
La Raison éclaire l'Amour
,
Et l'Amour s'enflâme pour elle.
La Raison.
Toujours que si,jamais que non ,
J'ai mis l'Amour à la Raison
,
Nous allons brûler l'un pour l'autre.
Que tout sente ici notre ardeur,
Dès que j'aurai fait son bonheur
Je travaillerai pour le vôtre.
L'Amour.
Je ne crains plut que la Raison
Puisse jamais dire que non.
Pour mieux affeurer mon empire
Je me suis rangé sous le fien
,
Et je vais m'y prendre si bien
Qu'elle ne pourra s'en dédire.
Terfandre-
Il faut aimer à l'unisson,
Toujours que si
;
jamais que non;
Ilii--j Trop
Trop heureux qui fuit ma méthode,
Et quine s'en laÍfc: jamais.
Dès ce moment je lui promets
-
Qu'il serabien tôt à la mode.
LajeuneCoquette.
L'Amour,disoit un vieux Gascon,
Je ne dirai jamais que non.
On lui fit tenter l'avanture,
Il prétendait dire que si
,
Mais il se trouva si transi-
Qu'il ne sotint pas la gageure.
,
Petite fille âgée de cinq ans qui dànJè
-
P<"~ ~<? , e'/ <% ~M~
aussi dans le Ballet, feeur du fleur Dangeville3nmsavons
déja parlédeces en^
-
sa0ns que le pkblic ne cejfs ttapplaudir*. , je dans l'âge de raison r-
Je dis que si, mamman que non,
- Faites-moi sortirde l'enfance,
Dieu d'Amour,comblez mes desirS'*
Etpouravancer mes plaisirs,
Expediez-moi. ma dispense.
Mèrcure.
-
- L'air du bureau nous est-il bon £
L'un dit que si, l'autre que non,
C'est un autre genre de guerre r ., - 1
1
- -
-
D
-
1
-',&ucu
>
Aucun neprétend avoir tord,
Qui pourra nous mettre d'accord ?
C'cftle jugement du Parterre.
Le 24. de ce mois on a representé sur
le même Theatre la Tragedie d'Andronie
de M. de Capiftron, qui n'avoit paru
depuis quelques temps, & pour petite
piece ,
l'Ouvrage d'tin moment, qu'on
joüe pour la 22.fois. Le sieur Quinaut
du Fresne, après avoir fait pleurer les
spectateurs dans le principal rôle de la
premiere piece
,
leur rendit toute leur
gayeté dans le rôleenjoüé du Galand
Coureur, de la seconde.
Le17 de ce mois l'AcademieRoyale
de Musique a representé à la suite des
Fêtes de Thalie un acte nouveau ,
intitulé
la Provençale de la composition des
mêmes Auteurs, quia été bien reçû du
public. La musique en est viveSefaUhnte
, &: se ressent tout-à-fait de la chaleur
du climat où l'on a placé la scene.
A l'égard du Poëme en voici le sujet.
Crisante, vieux tureur de Florine , jeune Provençale, d'une beauté singuliere,
en est éperdument jaloux, & veut
l'épouser.
Non content de la tenir renfermée dans
une Bastide, située sur le bord de la mer,
il s'avise d'un stratagêmeinusité jusqu'ici
Hiiijparmi
parmi les jaloux; comme les préjugez
sont, pour ainsi dire, une seconde nature Crisante se persuade qu'en faisantaccroi-,
re à Florine dès son enfance, qu'elle est
laide, elle se tiendra trop heureuse un
jour de l'époufer. Il s'exprime ainsi.
Florine par nos foins élevée en ces lieux,
Plus belle que l'astre des Cieux,
Croit qu'à Ces traits naissans le fort a fait
injure,
J'ai sçû par une adroite & nouvelle imposture,
Lui faisant d'elle-même un portrait odieux,
Donner le change à la nature,
Ne perdons pas le fruit d'un art industrieux.
Mais la nature ne prend pas le change
chez les femmes sur le fait de l'amour
propre, & c'est peut-être le seul cas où
il soit impossible de bien imprimer un
préjugé. ;
Florine qui a la liberté de venir se
promener quelquefois dans un jardin qui
donne sur la mer, se mire trèssouvent
sur le rivage; & quoiqu'elle se croye
quelques défauts, parce qu'elle ne peut
juger d'elle-même que sur ce qu'on lui
dit, & par comparailon avec Nerine, sa
furveillanre
, qu'on lui dit être belle, tandis
qu'elle est réellement laide,ellea
pourtant pour elle, en se mirant, une secrette
crette complaisance que toutes les femmes
ne manqueroient pas d'avoir en pareil
cas. Elle demande à Crifante.
Dans mes traits, qu'ai-je donc qui vous bldTe!
Crifante Litirépond.
Ils font trop délicats
,
ils ont trop de finesse
;
Et vos yeux pleins de trop de feu j
Sont trop ouverts, & la bouche trop peu.
Connoissezcependant jusqu'où va ma foiblesse,
Malgré tant de défauts je vais vous époufer.
Enfin Cri sante sort dans le dessein de
lui interdire la vûë de la mer, parce qu'il
s'est apperçû qu'un jeune homme venoic
se promener dans une barque autour des
murs de la Bastide
3
il en est si jaloux
qu'il s'exprime ainsi.
Je médite un projet qui déja me soulage,
Je veux faire fermer le passage des mers.
Nerine répond assezplaisamment.
, Il faut pour achever l'ouvrage,
Faire fermer aussi le passage des airs.
Florine a remarqué le jeune homme qui
vient dans la barque, elle a déjà du goût
pour lui; enfin on voit arriver cette barque
au son des tambourains. Leardreprofitant
de l'absence de Crisante descend;
H v sur
sur le rivage, empêche Nerine de sortir,
6: s'adressant à Florine,lui fait un portrait
d'elle-même, bien different de celui que
lui fait ion jaloux.
Des plusrares beautez vous êtes le modele,
Et les Dieux n'ontrien fait de si parfait que
vous.
Tout cede au pouvoir de vos yeux,
Vous avez plus d'éclat que la naissanteAurore.
Vous êtes l'Image des Dieux,
C'est peu de vous aimer, il faut qu'on von.,
adore.
Florine charmée d'un discours si nouveau
pour elle, lui dit:
Quellangage flateur recommencez encore.
Leandre aprèslaFête propose à Florine
de l'épouser, elle y consent,ill'emmene
dans sa barque,Crisante revient, il voit
qu'on lui enleve Florine, il entre dans un
desespoir affreux, Florine lui répond
D'où vient cette fureur nouvelle,
Voysperdez peu, vous le sçavez.
Je suis laide, Nerine est belle,
Epousez-la.. si vous pouvez. FIN.
Il est bon d'ajoûter avant definircet
article qu'ily a deux termes qui se trou- -
ventdanscetacte,donton a fait un crime
à l' Auteur, sur ce qu'ils sont trop dans le
vrai. Le Comique, dit-on,du TheatreLyrique,
veut un tour periphrasé.Quelpréj ulg'éAu!
tCeeulra merite une réponseenforme, Se
qui ne convient pas de ces principes,
s'engage à donner une dissertation,
dont nous
ferons part à nos lecteurs, sur
ce qu'on appelle le Comique de l'Oper-a.,
Il fera voir d'abord ce que c'est que le
Comique en general
,
quelle est sa nature,
qu'il se trouve quelquefois dans un mot,
& même dans une sillabe, qui ne peutêtre
periphrafée sans perdre ce qu'on apdpaelnlse
Vis Comica. Après cela il descendra
le premier Comique de l'Opera
tel qu'il se j,, trouve dans Pomone,& dans
les plaisirs, & les peines de l'Amour; il
parlera ensuite du Comique qui se trouve
dans les premiers Opera de M. Quinaut,
du Comique periphrasé de ceux qui l'ont
suivi
,
& enfin du Comique simple &
sans basesse qui a suivi les autres. Mais
pour répondre d'avance à ceux qui veulent
tant de tours dans l'expression du
vrai, l'Auteur dès- à- present leur dit
qu'ils voudront tout ce qu'ils voudront
mais que,
1 Verjibus exponitracicis Res comica nonl
l , vult., Ó
Uvj; Le
Le 16. Septembre les Comediens Italiens
ont donné une piece nouvelle sur
leur Theatre du Fauxbourg S. Laurent,
intitulée les Nôces de Gamache, & le
Vieux Monde,ou Arlequin Somnanbule.
Ces deux pieces sont précedées d'un
prologue, & ornées de chants & de danses,
avec un Vaudeville à la fin de chaque
piece. j
Les Marionnettes de la Foire S. Laurentn'ont
pas fait fortune comme à la
Foire S. Germain derniere. Elles ont
joüé l'Ouvrage d'une Minute, ou laCourse
Galante,Tiresias aux Qu.in'^e-F'ingt,
&c. mais sans succès.
;
Les Danseurs de Corde, ni l'Opera
Comique de Francisque, n'ont pas brillé
non plus, dans les representations qu'ils
ont données de la vengeance de rirejiaJ,
ou le Mariage de Momus. Le tout representé
en Marionnettes Italiennes
,
presque
grandes comme nature ,
malgré cette
exclamation latine mise dans l'affiche.
R!!tt fit rébus fortuna videtis.
JOURJOURNAL
DE PARIS.
MR le Vicomte de Bardonanche&
M. de Chaponay
, ont été re'
Presidens à Mortier au Parlement ds
Dauphiné; le premieraété Conseiller
dansce Parlement, pendant tout letemps
qu'exigent les Ordonnancesen pareil cas;
le fecond
,
sans avoir été Conseiller, a
été reçûàl'âge de 24. ans dix mois. Les
Lettres de dispense cpe le Roy lui a accordées
, & quiont été enterinées avec
une satisfaction gererale, font fondées
sur plus d'unecause juste & solide. Le
pere de M. de Chaponay est mort, revêtude
la Charge de President à Mortier,
que remplit- aujourd'hui son fils; fan
ayeul
3
Doyen des Conseillers, a eu dans
cette auguste Compagnie une reputation
qui n'y mourra jamais; & un des
ancêtres de ce jeune President a été un
des Seigneurs du Dauphiné,qui a le plus
contribué à la donation de cette Province,
faite au premier fils de France par
Humbert, dernier Prince souverain de cet
Etat, en l'année1343.
M. le Cardinal du Bois a signalé sa
generosité
t
lorsqu'il a prêté ferment entre
tre les mains du Roy, en qualitéde principal
Ministre ; au lieu de deux mile écus,
qui se donnent ordinairement aux Valets
_dc Chambre de Sa Majesté, M. le Cardinalleur
a fait distribuer millepistoles.
M. le Chevalier d'O rleans, Grand
Prieur de France, est nommépar le Roy,
pour conduire surla frontiere d'Espagne,
Mademoiselle deBeaujolois, qui feraaufsi
accompagnée par Madame la Duchesse
de Villars Brancas.
On a fait dans la Plaine des Sablons,
plusieurs revûës du Regiment des Gardes
Françoises, qui y ont campé avec armes
& bagage. On vouloitvoir si tienneleu
manquoit pour le voyage de Rheims. ; Le premier de Septembre, jour de
l'anniversaire du Roy Loiiis XIV. le Roy ]
entend it dans sa Chapelle à Versailles,
une Messe de Requiem, & le De prosundis
chanté par sa Musique.
Le 25. du mois dernier les Archevê-,
ques de Toulouse & de Rheims,prête- 1
rent ferment de fidélité entre lesmains du j
Roy,en presence de Monsieur le Duc
d'Orléans. j
Depuis la mort deM. Dacier de
l'A--
cademie Françoise, arriveà Paris le 18.
sa Charge de GardedesMédailles-, ÔC
Bibliothécaire du Cabinet du Roy, qui j
tlol111e les entrées chez SaMajesté,aété
• donnée
donnée à M. l'Abbé Bignon., qui par ce
moyen réüniten sa pèrsonne toute l'autorité
qui concerneles Médailles & Bibliothèque
du Roy.
i- On a celebré le 1. de Septembre dans-
'Eglise de l'Abbaye Royale de S.Denis.
un Service pour le repos de l'ame du Roy
Loüis XIV. de glorieuse memoire. Mi,
'Archev êque de Rheims y officia,M. le
Comte de Toulouse,accompagné de plu..-
sieursPrélats & Seigneurs.. yaffifta.
; M. de Chavigny,Envoyé Extraorlinairedu
Roy
, qui avoit passéde Gen--
l-nés à Madrid,pour des négociations importantes
,':
qu'il a rerminées au gré du- - Ministere., estarrivé à Paris.,
Le 28. Août l'Eglise. Métropolitaine
i«le Paris échapa aux flâmes, par les loins1-
vigilans deM. le CardinaldeNoailles.-
['Les Plombiers travaillans le matin aux
réparations de- la couverture de ce vaste,
édifice, laisserent tomber quelques charbons
dans la charpente,qui, comme on
sçaitest uneforêtaisément combustible, le feu ne tarda pas à s'y mettre; heureur
sement-il fut appercu par M.l'Abbé de
Thésu, qui étoitenvisitechez M.leCardinal
de Noailles; cet Abbé enavertit
; aussi-tôt. son Eminence
,
qui donna des-
>
ordressi prompts &: si prudens
J que l'in
cenddiwe fut étouffé dans sa naissance. M< le
le Cardinal de Noailles voulut être témoin
lui-même de l'execution desordre:
qu'il avoit donnez,& monta sur une del-
Tours de Nôtre-Dame, d'où il vit couler
sur le feu les eaux des reservoirs qui
font entre les Tours, & celles des seaux
de l'Hôtel-Dieu, qui furent employez s
propos dans cette occasîon perilleuse. Lo,
lendemain son Eminence fit chanter le
Te Deum dans l'Eglise garentie des flâmes
, & y officia, pour remercier Dieu
de sa protection, & dufalut de ce Teai-.-
ple magnifiquedont la perte auroit
coûté des sommes & des travaux inx nks.. Le 8. Septembre, Fête de la Native
té de la Sainte Vierge, le Roy entendit
dans sa Chappellede Versailles, la
Messe chantée par sa Musique.il
Le Roya accordé les grandesentrées
à M. le Prince de Talmont, &à M. les
Duc de Melun.Pm
Quatre Maîtres des Requêtes ont été
nommez pour se trouver à Rheims lors
du Sacre du Roy, pour faire l'examem
de tous les prisonniers qui feront mis em
liberté, à
l'occasion
de cette augustece-:
remonie. *
Le Vendredi II. Septembre M. les
Comte de Clermont, étant defcendvir.
dans une gondole sur le grand canal des
Verr
Versailles
,
est tombé dans l'eau, au moment
qu'il s'empressoit d'aller trouver la
Roy
,
qui se promenoit dans 'Une autre
gondole.Aussi-tôt Gripe-Soleil, qui regardoit
la promenade de Sa Majesté fus
le bord du Canal, s'est jette à l'eau sans
balancer, & a ramené M. le Comte des
Clermont dans sa gondole. Madame la
Duchesse a recompensé genereusement
Gripe-Soleil , qui a prouvé aux yeux du
Roy & de route sa Cour, qu'il est auth
hardi nageur que bon coureur.
Le Lundi 14. le Roy alla à S. Cyr visiter
l'interieur de la maison ; en fermant
la portiere du carosse de Sa Majesté, M,
l'Evêque de Frejus,son Précepteur, se
trouva le poucedroit pris dans la jointure
de la portière; l'excès de la douleur
lui fit jetter un cri, qui allarma le Roy ;
mais M. l'Evêque de Frejus, ne voulant
pas rroubler les plaisirs & la promenade
de Sa Majesté
, se rendit maître d'une si
vive douleur, mais il ne pût en triompher
long-temps, elle l'accabla au tournant
de la grille, & le fit tomber tout
d'un coup en foiblesse. Le Roy marqua
une inquiétudeextrême pour la santé de
ce Prélat, & aida lui-même au Chirurgien
,
qui pansa son pouce, & qui le
guerit presque miraculeusement. Cet ha..
I bile Chirurgien est le sieur Flaudriau; Çhiz
ChirurgiendeSaMajesté, qui, remplissant
safonction avec exactitude, setrouva
à la suite du Roy, dans l'instant que M.
l'Evê Ille de Frejus eutbesoin du secours;
de son art satutaire. ;
-
Il guerit ce Prelat avec une liqueur de
sa composition
,
qui dispense de s'emba.
rasser du dégoût des emplâtres; ce remede
a été approuvé mille fois par le sieur
Flaudriau, & dans les Hôpitaux des ArmVées
diu Rloyl,e& d.ans celui de Thion-4
M. Tiepolo & M. Foscarini, tous deux
Ambailadeurs Extraordinaires dela Re":
publique de Venise à la Cour de France,
ont fait leur Entrée publique à Paris le
Dimanche aprèsmidi 20. de ce mois
après avoir été complimenté au Fauxbourg
S. Antoine, à l'ordinaire, de la
part de Monsieur le Duc d'Orléans, Regent
du Royaume, des autres Princes,&
& de M. le Cardinal du Bois, principal
Ministre des affaires du Roy. La marche
de leur Entréesefit dans l'ordre
fuivanr. Un détachement du Guet à.cheval
avec leur habit d'ordonnance. Les
deux Suisses des Ambassadeurs à cheval,
fujvis d'une livrée nombreuse & magnifique.
Les justaucorps des Valets de pied
& desSuisses sont de drapd'écarlate,
couverts sur toutes les coutures d'un vevelouté
à fond blanc, ouvragé de' coufeur
de cerise& de bleu, accompagné de
deuxlarges galons d'or. Leurs vestessont
Se drap bleu galonné d'or leursplumets
mêlez; de blanc, de rouge & der leurs bas de ibye bleuë, avec des souliers,
àtalon de maroquin rouge. Les Pages , quimarchoient ensuite, précédez par
leur Gouverneur, étoientvétus d'habits
pe velours pourpre,tout chamarrez de
pgaalsosnasddeu'orsr,t.oLuess GentilshommesdesAmà
cheval,& en habité
uniformes de drap gris de souris galonné
'argent. Le Carosse de M. le Chevalierfie"
Sainctot, introducteur y le Carosse e M. le Maréchal de Matignon, chargé
par le Roy de la conduitedeleurs Excellences.
Le Carosse du Roy où étoient
M. les Ambassadeurs, accompagnez par
pl. le MaréchaldeMatignon & M. le'
Chevalier de Sainctot. Le premier Carosse
de l'Ambassadesuperbe par les peintures !
a dorure Se la doublure, traîné par des
chevaux d'un grand prix, harnachez
magnifiquement & galamment.CeCarosse
uiduCorpsenprécedoit cinqautres,qui ne
cedoicnt de gueres pour la dépense &
pour le goût. eesGx beauxCarosses étoient
uivis par celui de Madame & celui de'
Monsieur le Duc d'Orléans, Regent du
Royaume
»
& ceux des autres Princes e
1 Princésses;
celui de M. le Cardinaldu
principal Ministre des affaires du Roy
marchoit après, & précedoit un déca
chement du Guet à cheval; qui
sermo
la marche.
M. le Cardinal du Bois a encore et
complimenté par la Sorbonne, par 1
Chapitre de S. Germain de l'Auxerrois
de S. Honoré, & de la plûpart des autre
Ordres; par le Corps des Payeurs des*
Rentes,des Commissaires au Ghatelctv
des Notaires de Paris, &c.
On apprend de Rome que M. MafTejf
a été declaré Nonce ordinaire à la Coussi
de France, où il a déjà été en qualité d$
Nonce Extraordinaire.
Le Cardinal de Polignac, qui s'étoîfri
retiré dans son Abbaye d'Anchin , pona
s'y disposer à la Prêtrise, y a celebré sa
premiere Messe, après avoir été ordonné
par l'Evêque d'Arras.
Charges & Emplois don.
LE Roy a donne à M.Morcy de Yiâri-I
ge la Charge de Mestre de Campdo
la Garnison de Mers.
AM. du Borc, Major du Regimend
deBlaisois, la Majoritéde la Citadelles
de Bayonne , vacance par la mort de M..
J&errie^ --
A M. de Villeneuve, Capitaineau Regiment
Royal Marine la Majorité dij.
Port-Loüis.
>
A M. de Chasse, Brigadier des Armées
de Sa Majesté, Lieutenant-Colonel
du Regiment de la Couronne
-,
la
Lieutenance de Roy de Condé, vacante
par la mort de M. Dessarenes,
Le Marquis d'Antragues a été fait Enseigne
des Gendarmes Dauphins, à la
place de M. de Brion.
M.deTilliers a eu le Guidon des Gendarmes
Ecossois, à la place de M. dJAn
tragues.
M. deLunaty a eu le Guidon des
Gendarmes d'Orléans
s
à la place de M.
de Tilliers.
Depuisces dispositions,M.deTilliers
a obtenu du Roy le poste de premier Cornettedes
Chevaux- Legers de la Reine,
à la place de M. de Chamboy.
F Et M. de Mezieres a eu le Guidon des
Gendarmes Ecossois à la place de M. de
Tilliers.
* M. le Prince de Montauban a obtenu
le Gouvernement de Nîmes en Languedoc,
par la démission volontaire de M. le
Comte d'Artagnan.
EDITS,
EDITS, DECLARATIONS,
Arrests,&c,. -
RRET du Conseil d'Etatdu29. Juillets
1722. Qui ordonne qu'il fera fait une im--
pOÍÍtion, à titre de supplement de la Capitation
extraordinaire, sur ceux qui ont fait des fortunes
considerahles, à l'occasion du commerce
•du papier, depuis le r. Juillet 1719. laquelle
imposition fera payable en Rentes sur la Ville,
Rentes Provinciales
,
& Certificats de Liquis
dation.
EDIT du Roy dumois d'Aoust 1722 portant
création, & rétablissement des Officiers
municipaux & autres.
DECLARATION - du Roy du 9 Aoust,
portant revocation de la survivance
,
attribuée
par l'Edit du moi de Décembre 1709. & retablissement
du Droit annuel des Offices &
Charges.
ARRESTdu13 Septembre, qui ordonne l'execution
de l'Arrest du 13. Janvier, & en consequenceque
ceux qui ont fourni,& fourniront
au sîeur le Noir jusqu'au 1. du mois d'Octobre
prochainlesCertifatats de Liquidation signez
du sieur Brehimel, ou de ses pxoemeurs,contrôlez
& visez
, comme il est porté par ledit
Arrest
, pour acquérir ce qui reste à remplir
d,c quatremillions de Rentes viagères, auront
la joïtiffailce des arrérage d'icelies
,
à compter
du 1. Janvierdernier,, ARREST
ARREST dudit jour, quiordonne que les
Commissaires députez
, tant du Conseil de
S. M. que du Grand Conseil, pour les ddre.
rentes opérations du Visa & de la Liquidation,
en cesseront toutes les fonctions
,
à commencer
du jour de la publication du present Arrest , attendu queleur travail est entierement achevé.
ARREST du 14. Septembre, qui ordonne
que tous propriétaires, ou Porteurs des effets
visez, seront tenus delesremettie; sçavoir,
ceux domiciliez à Paris au Principal Commis
comprable
, ou à l'un de ses Procureurs, dans
le dernier jour du mois d'Octobre prochain
inclusivement, & ceux domiciliez dans les Provinces
entre les mains des Subdeleguez des
sieurs Intendans, dans ledernier jour du mois
de Novembre aussi prochain. Et de retirer de
leurs mains les CertificatsdeLiquidation desdits
effets;sinon & à faute de ce faire dans
lesdits délais, lesdits effets visez, & Certificats
de Liquidation demeureront nuls,éteints
& supprimez, 4 , ARREST du 15. Septembre, qui nomme le
sieur le Virloys , pour recevoir sur les quittances
les sommes ausquelleslesparticuliers
qui ont fait des profits considerables dans la
négociation des papiers Royaux, feront compris
dans le Rôle qui fera arrêté au Conseil. Et
nomme le sieur Duhalai pour contrôler les
quittances du sieur le Virloys.
e ARREST du 17. Septembre
,
qui nomme le
,fleur Turgy pour faire toutes les poursuites
necessaires pour le recouvrement du supplement
de capitationextraordinaire, ordonné être
fait
Jit sur les particuliers qui ont fait des profits
considerables dans la négociation des papiers
Royaux. •é ARREST dudit jour, concernant lesRentes,
viageres sur la Compagnie des indez.
ARREST du 21. Septembre, qui regle lat
maniere en laquelleil lera procede au Ieole-
Siem) & brûlement de tous les Registres
papiers qui ont servi pour les diverses opérations
du Visa. Et accorde aux particuliers fàk
faculté de retirer dans quinze jours pour Pa-,
ris, & dans un mois pour les Provinces
, tant
les déclarations par eux fournies, que les titres
& Actes qu'ils ont depuis rapportez pour
juitiner de l'origine de leurs effets.
41
ARREST dela Cour de Parlement du 7..
Septembre, portant condamnationaufciiet,,
à être fletris de deux fleurs-de-lys, & aux?
Galeres, ou bannissement a perpétuité & ài
temps, contre huit, tant receleurs que voleurs.
Complices de Cartouche. „
MARIAGES, MORTS, &c,o
MR Loüis-François Crozat, Marquis du
Châtel. Colonel du Regiment de Dragons
de la'nue10c. fils de M, Antoine Cro-
£at, Mar quis du Châtel & de Mouy
, Commandeur
& Grand Tresorier des ordres dui
Roy, & de Dame Margueritele Gendre.
rpôufé Marie Therese- aherine de Goussé,
fille: de feu ML Charles Antoine, Marquisde ;
Goufljé,£
Gouffié,enseigne des Gens-d'Armes de la Garde
du Roy,Maréchal de ses Camps&armées,
-Se de Dame Catherine Angeliqued'Albert de
Luines.
Le 24. de ce mois M. Charles de Rohan.,
Prince de Montauban, Colonel du Regiment de
Picardie, fils de M. Charles de Rohan, Prince de
Guimené
,
Duc de Montbazon
,
Pair de France,
& de défunte Dame Charlotte Elizabet de Cochefilet
de Vaugelas,de Vauvineux
, a épousé
Mlle Eleonorede Bethizy,de Mezieres, fille
de feu Mre Marie Eugene deBethisy
,
Marquis
de Mezieres, Lieutenant Generat desarmées
èu Roy , Gouverneur des Villes & Citadelles
d'Amiens & Corbie, & de DameEleonore Doglethorpe.
Pl
M. Charles Benoît, Conseiller d'honneur au
Parlement de Paris, est mort le 8. de ce mois,
âg-é de 78. ans.
M. Loiiis-Anne Marie Damas, Comte de
Ruffey, Lieutenant General des armées du
Roy, fous Gouverneur du Roy,Premier Sous-
Lieutenant de la premiere Compagnie des Mousquetaires,
& Gouverneur de Maubeuge, est
mort à Paris le 23. de ce mois, âgé de 58. ans.
M. Gaspard de Fieubet, ci-devant President
dela Chambre des Comptes,mourut le 16. âgé
d'environ ji. ans.
Dame Françoise Marchand
, veuve de M. Nicolas
Dongois, Protonotaire du Roy, & Greffier
en Chef du Parlement, mourut le même
jour, âgée de 80 ans. -
M. André Dacier
,
Garde des Livres du Cabbiinnee-
tt Jd,u,i RRooyy l'undes quarante'de l'Acadèmie ,-
l'un des quarante de l'Académie
Françoise,Seretaueperpetuel de la rhême
Académie, & pensionnaire de celle des belles,
Lettres, mourut le 18 dans la 71année de fun.
ige.
] NAISNAISSANCES,
MORTS,
& Mariages des Pays Etrangers.
LE Duc de Zagarola Rospigliosi est mort 4
Rome âgé de soixante quinze ans. Son extreme
charité lui avoir procuré le titre respectable
, & pourtant peu envie, de Pere des
Pauvres.
Le Comte de Rantzau qui étoit aux arrests
à Rensbourg accusé du meurtre de lçm frere,
y est mort subitement.
HedwigeElizabeth, Princesse Palatine de
Neubourg, épouse du Prince Jacques Louis
Sobieski est morte à Olay en Silesie ;e ioy
Aoust à neuf heures du matin ,
dans la citquantiéme
année deson âge, étantnée le 18 juillet
1673 elle étoit fille de Philippe Guillaume
du Ncubourg
,
lecteur Palatin, mort le 2.
Septembre 1590. & d'Elizabeth Amelie de
Hesse d'Armstadt
,
sa seconde femme, eile fut
mariée au Prince Jacques le if. Mars 1691. &
des six enfans issus de ce mariage, il ne reste
que trois Princesses, dont la plus jeune a époulé
lechevalier deS.Georges. Cette Princesse
étoit soeur de [a feuë Impératrice Eleonore,de
la Reine Doüairiere d'Espagne, de la feuë Reine
de Portugal
,
de rEIedeur Palatin, de l'Electeur
de rêves, & de la Duchesse de Parme.
Le 9 Aoust à cinq heures après midi, la
Reine de Prusse accoucha heureusement d'un
Prince. Le son des cloches, & trois salvesde
l'a tillerie des remparts annoncerent cette nouvelle
à toute la Ville de Berlin. Un courier fut
aussi-côi dépêché à Potsdan pour en faire part
au
au Roy, qui le soirlerendit au Palais. Le
lendemain les Ministres étrangers firent leurs
complimens à Sa Majesté, l'apiès midi le jeune
Prince fut baptisé
,
& norrmé Guillaume
Auguste, au nom de l'Evêque d'-olnbru(K. ,
- frere du Roy d'Angleterre,du Prince & de la
Princesse de Galles, & de la Prin tire Marie
Dorothée de Curlande
,
épouse d'Abert Frédéric
, Margrave de Brandebourg qui ont é-lé
choisis pour ses parains & maraines.
Don Melchior da Costa Correa Pebe'lo
,
Chevalier
de l'Ordre de Christ
,
Sergent Major de
bataille, & Gouverneur de Faro en Portugal
» <eft mort dans son Gouvernementle 27. Juin
dans un âge fort avancé. Il étoit originaire de laville de Lagos. & descendoi t en droite ligné
de Suetro-daCosta, PremierAlcayle de la
jnêtne Ville qui servit autrefois avec distincton
dansla guerre, dite de racclamaiion, & qui
fut trois fois de fuite Gouverneur du Royaume
des Algarves.
Georges Baziles Cornaro
,
Cardinal Piêtre
dutitre des douzeApôties, Ar hevêque Titulaire
de Rhodes, & Evêquede adouë,etf mort
le 10. Aoust dans sa Ville Episcopale âgé de
soixante cinq ans. Il étoit Cardinal depuis le
u,. juillet 1697. que le Pape Innocent XII.
l'éleva àcette dignité, & par sa mort il vacque
une troisiéme place dans le sacré Col cge.
Le Doge de Vecîife ,Jean Cornaro,son f ere
à quion annonça le lendemain cette triste Tcïle, nou- sentit dans le moment redoubler la fièvre,
& la maladie qui le tenoit au lit, 8C
mourut
f'
quelques heuresaprès au Palais Dlcal"
Xfrè de soixante quinze ans dix jours. Il et it
Procurateur de S Marc,lorsqu'ilfut élu Doge
le 11,May 1709. Ils étoient fils l'un &l'au-
* I ij tre
tre de Frederic (ornaro, & de Cornelie Contarini,
issus de deux des plus illustres familles
de la République de Venise
,
& du nombre de
cells qu'on nomme Castrecthie.
L'Ab é Howard-do-Nosflorz, Anglois de
Nation, & Chanoine de S. Pierre de Rome,y
est mort d'apoplexie le ii. Aoust dernier.
On apprend de Dresde que le5. de ce mois
la PrincesseElectorale de Saxe y étoit accouchée
d'un troisiéme Prince qui avoit été nom,
mé le même jour, au bruit d'une triple décharge
d'artillerie, FredericGregoire-George-
François Leopold.
D1GNJTEZ ET CHARGES
des Pays étrangers.
AL LEM AG NE.
LE Comte François-Guillaume de Praschina,
Baron deBiltau, Chambellan, &Capitaine
Provincial de la Principauté de Wolhau,a
obtenu de l'Empereur une place de Confeillcr
en son Conseil d'Etat, aussi que le Comte d$
Traucmendorf.
ANGLETERRE.
Le Comte d'Eger a été nommé Lieutenant
de Roy, & Garde des Rôles du Comté d'Herreford
à la placedu feu Comte de Cowper..
Le Docteur Thomas towers, Archidiacre
de Cantorbe y, & Chapelain ordinaire du Roy
a été nommé à FEvêhé de Chilcheftcr
, rar
cant par la mort du Docteur Manighant.
PORTUGAL.
i
PORTUGAL.
M. Longcray Garnier, Capitaine de Vaifseau
François, a été honoré de l'ordre de
Christ
, en reconnoissance des foins qu'il a pris
de M. le Comte d'Ericeira, Viceroy de Goa, en
l'amenant sur son bord de l'isle de Bourbon en
France.
ESPAGNE.
Don Louis DefalcadoyAresna, Archevêque
de S. Jacques a été nommé par Sa Majesté
Catholiqueàl'Archeyêché de Seville.
Don André de Herrera Esgueva, Evêque
d'Osma a été nommé l'Archevêché de Saint
Jacques.
Le Marquis de Risbourg a reçu ordre du P oy
de faire les fonctions de la Charge de Colonel
des Gardes Va'ones.
M. le Marquis de Ciylus
,
Lieutenant Genè.
ral des armées d'Espagne, Chevalier de la Toison
d'Or,a été fait Viceroy
,
& CapitaineGeneral
du Royaume de Galice.
Don Lucas Spinola, cy devant Gouverneur
de la Côte de Grenade, aété nommé Gouverneur
darragon.
ITALIE.
Le Pape a donné plusieurs Gouvernement
> celui de Frosinone à M. Flavio Ravizza, celui
cl'Osvito à M. Philippe Blondelmonte, celui
de Cita-di Castello à M. Louis Marié Torrcggiani.
, Le Prince de Civitella Rospigliosi
,
le Duc
d'Aquasparta Cesi
,
& le Prince de Forano
St-olzi, ont obtenu de sa Sainteté un Bref de
Princes du premiet rang. Iiij POLOGNE
POLOGNE.
MR. le Comte de Cartelli
,
Chambel'andu
Roy de Pologne a été nommé Capitaine
ceTrabans, ou Gardes du Corps de SaMajessé
& Lieutenant General des Armées, à la.-
place du Prince Sapieha
,
quis'est démis de'ces
deux harges,pour passer, à ce qu'onprétend,
au service duCzar.
VENISE.
MR Aluise Sebastien Mocenigo a été éliV
Doge Je la R epublique le IO. Août,
ave- un applaudissement& uncomentement
general. Après son élection, il fut conduit air
Palais Ducal, où ayant été placé sur le trône
il , jura l'observation des Loir. Lanouvelleen
fut publiée au son des tambours & des trompettes.
Le L j. il fut couronné avecles ceremonies
ordinaires ; ensuite il fut porté dans ta
chaiie au our de la Place de S. Marc,où il harangua
le peuple, & jetta plusieurs Médailles
*& piecesdemonnoye l'or & d'argent, fabriquées
exprès, & marquée, à son nom. Ce nouveau
Do-e a été Pro edi eur General de lar
Mer, General en Dalmatie, & en dernier lieu
Commissaire Plenipotentiaiie de la République
, pour le regiment des limites en Albanie.
Venise a marqué sa joye par un Te ~uenm
chantéen Masique desfeuxd'artifice,&des
illuminations pnidant trois ivars.
Seconde -
Seconde Loterie de la Compagnie ProJ.
vinciale d'Vtrecht.
LEs Direaeurs de cette Compagnie avertissent
le Public, que suivant leur relolution
du 6. juillet.1711. lis feront tirer a Utrecht
le t. Juin 171.3. ou même plutôt, une Loterie
très-avantageuse à tous ceux qui y mettront.
Cetre Loterie estcomposée de 50. mille aillets
à florins chacun dans la premiere Classe
, & dans chacune des Classes fui vantes jusqu'à
la huitiéme incluse, mais on fera credit
de ces 30 florins dans la secondé, quatrième &
sixiéme Classes.
Pour ces 50. mille Billets on tirera cent
mille Prix depuis 'o. florins jusqu'à 100. mille
,
faisantla somme dequinze millions de flo-9
rins
,
suivant la repartition ci-dessous.
La Collecte pour la premiere & la seconde
Classese fera par des Reepissez de la Compagnie,
qui feront ensuite échangez contre des Billets
de ces deux premieres Classes, aux conditions
fuiva:'teTe
Les Directeurs de la susdite Compagnie,
• pour la commodité de .-eux qui voudlO..r avoir
part à cette Loterie de 15. millions,ont résolu de faire & dedistribuer 50. milleRecepi*ssezde
quinze florins chacun, signez par un des Directeurs.
Ces15. florins parRecepissé feront payez
en trois termes; un tiers, sçavoir 5 florins,
avant le I. Octobre prochain; un tiers avant
le I. Décembre; & l'autre tiers avant le I. Fevrier1713.
Cependant il fera libre à un cha-
I iiij cun
cun de payer les 15. florins à la fois.
Les Propriétaires de ces Recepissezjouiront
d'un intérêt d'un qol par mois pour chaque florin
,
à compter du jour du payement,jusqu'aix
temps quela Loterie commencera à se tirer-
Dès que le jour pour tirer la premiere Classe
de cette Loterie aura été fixé par les Directeurs,
on le notifiera au Public par des Ayertiffemens
dsaoniesntles Gazeites ; afin que les Becepillitz
échangez,au plutard un mois avant que
la premiere Classe se tire, contre des Billets,
pour lesquels on fournira encore IJ. florins par
Billet,avec des homseu devises
, pour la première
& la seconde Classe.
On payera aussi aux Porteurs de ces Recepissez
, en les échangeant cdntre des Billets de
Loterie,l'intérêt d'un sol par mois pour char
que florin
, par anticipation du jour de l'échan- e ,
jusqu'au jour que la Loterie commencera 3 se tirer. @
Les Recepissez se donneront,le payement
des deniers , , aussibien que del'intérêtde cha;."
quemois, & l'é changedesRecepissez contre
-des Billetsde Loterie, se feront à la Chaimbre
de la Compagnie,ou dans les lieux oùils
auront été pris chez les Receveurs ou Collecteurs
autorisez à cet effet par les Directeursde
la Compagnie dans les principales Villes tant
de ce Pays, que des Pays étrangers-«
D¡VI
Division de ta Loterie en huit Classes.
Première Clasie. Seconde ClaJSe.
Prix. Florins. Flor. Prix. Flor. Floiv
1 50000 50000 1 60000 60000
1 zjoro 15000 1 30000 500C0
1 15000 15000 1 iocoo 10COO
1 10000 10000 1 iocoo 10000
2. 5000 10000 2 5000 IOGOO
4 1500 10000 4 1500 10000
10 1000 10000 10 1000 iocoo
10 500 10000 10 500 IOOCO
60 100 12000 60 400 14000
ico 150 lÍOOO 100 300 30000
100 110 14000 200 100 40COO
600 100 60coo 600 100 0000
4000 50 100000 4000 60 240C00 - - - - 5:00 451000 5000 554000
La mise dans la premiere Classe est de 30.
florins par Eillet, qu'il faudra payer pour le
plûtard un mois avant que cette Classe se tire,
la moitié enRecepissez de la Compagnie,dont
on aura payé 15. florins, & l'autre moitié en
argent comptant; & l'on donnera en echange
<3cs Billets de Loterie pour la premiere & la seconde
Classe. Les prix qui feront sortis se pnycront
en argent comptant six jours après que
chaque Classe aura été tirée, en déduisant 10.
pour cent auprofit de la Compagnie Les cinq
milleNumero qui auront rapporté les cinq misle
Prix dans cette ClaiTe, seront remis dans la
Poëte
, rour pouvoir tirer un autre Prix dans la
Classe suivante.
La misedans la féconde Classe est de 30. flo-
1 v rins
rins par Billet; mais dont on faitcredit.- Les
Prix de cette <,
laffe feront- payez en argent - comptant, en rabattant 10. pour cent.au profit
de li Compagnie & le credit des 30. florins
par Billet, Lescinq mille Numero qui auront
porté les cinq mille Prix, feront remis dans la
Boëte, pour pouvoir tirer un autre Prix dans
la Classe suivante.
Trtifiéme Classe. Quatrième Classe.
Prix. Flor Flor. Prix. Flor. Flor,
1 70000 70000 18eooo gGO0O
1 30000 JOOOO I40000 40000
I ioooo 2.0000 IlOOSO 10000
1 10000 IOOO 110000 IOOO
z iOOO 10000 1 JOOO IOOOO
4 xyoo 10000 4 ifoo loooer
10 1000 10000 10 2000 16000
- 20 500 10000 19 1000 10000
60 400 14000 60 500 3000a
100 3.00 3000e 100 IfQ 15000
zoo 300 30030 2.00 100 40000
600 2.00 410000 600 150 90000
1000 ibd~ioqooo 1000 100 100000
4000- 70 180000 joeo 80 400000 -----"- 6qoo810000 7000 895000
La mise dans la troisiéme Classe est de 30-
florinspar Billet, qu'il faud ra payer en argent
comprant quatre jours avant que la Classe se
tjje; & l'on donnera de nouveaux Billets pour
cette Classe & pour.la quatriéme. Les Priï
seront payez sur le même pied que retix de la
seconde Classe, endéduisant 10. pour cent au
profit de la Compagnie & les 30 florins de
credit pour la seconde Classe. Les Ûx mille
Numero qui auront les sixmille prix
, rentreront
dans la Boëte
, comme dansles précedentes
Classes
Lamisedans la quatriéme Classeest de 30.
florins par Billet. mais dont on tait credit. Les
Prix feront payez endéduisant 10. pour cent,
au profit de la Compagnie, & les 60. florins
de credit pour la feonde Classe & pour celle,
ci. Les sept mille Numero qui seront (onis)
rentreront dans la Loëte, comme ci dessus.
Cinquième Classe. Sixième Classe.
Prix. Flor. Flor. Prix. Flor. klor.
1 90COO i/OCOO 1 ICCOOO IOCOOO
1 40000 40000 1 5OCOO 50000
1 20000 LOOOO 1 15000 15000
1 icooo 10000 1 rjooo HOCO
1 5000 ICOOO 1 IOCOO IOCOO
4 1500 icoco 4 50CO zocco
10 1000 10000 10 15CO 15000
Io IOCO 20000 10 100 40000
60 500 30000 60 1000 60OOO
100 1JO 15000 100 400 40COO
200 100 40000 2.00 300 6ocoo
60o 150 90000 <^eo 150 150000
1000 110 nocoQ icoo 100 100000
tooo 90 51-0000 7000 100 700000
Sooo 1065000 jceo ijojcco
La mise ou le fournissement de la cinquième
Classe est de 30. florins par Billet
,
qui doivent
('r('payez quatre jours avant qu'on tire
la Classe
; & l'on donnera des Billets pour cetre
Clair. ':{ pour la suivante. Les Prix feront
payez en déduisant 10. pour cent au profit de
la Compagnie, & 60. florins pour le credit de
I vj la
la quatriéme Classe. Les huit mille NumcpéT
rentreront dans la Loëte
, comme ci-dessus.
La mise dans la sixiéme Classe est de 30. florins
par Billet - , mais dont on fait credit. Les
Prixseront payez, en déduisant 10. pour cent
au profit de la Compagnie, & 90. florins
pour le credit de cette Classe, de la quatriéme
, & dela seconde. Les neuf mille Numero
rentreront dans la Boëte
, comme ci dessus.
Septième Classe. Huitième Classe.
Prix. Flor. Flor. Prix. Flor. Flor. IIfOCCOIJOOOO I1000G0 100000
1 7SEDOO 7^000 1i00000 100000
1 30000 30000 1 60000 60000
1 10000 1COOO 1 400Ô0 40000
2. 10000 10000 2. 10000 40000 4.SOCO ZDOOQ 4 10000 40000
10 IfOO ijooo 10 5000 fOOOO
'10 1000 40000 10 1J00 JOOOO
60 1000 60000 60 1000 110000
100 400 40000 100 1000 100000
2.00. 300 6COOO lO,500 1000eo
tfoa IfO IJOOOO 600 400 140000
1000 ico 100000 1000 3CO 300COO
8000 uo 88SOOO 1000 1JO rooooo - - 6000 lOOIlOOOOO
100000 1770000 40000 12-b4800000
50000 7^4000o
La mise ou le fournissement de la septiéme
•
Classe est de !o florins par Billet, qui doivent
être payez quatre jours avant que la Classe
se tire ; & l'on donnera des Billets pour cette
septiéme Classe. Les Prix feront payez , en déduisant
JO. pour cent au profit de la Compagnie,
gnie, & 90. florins pour le credit de la secondé
, quatriéme& sixiéme Classes. Les dix mijle
Numero qui auront porté dix mille Prix,
rentreront dans la Boëte; & tireront certaine
ment encore un Prix dans la Classe suivante.
a mise ou le Fournissement de la huitiéme
Classe est de 30. florins par Billet, qui doivent
être payez quatre jours avant que la Loterie
se tire; & l'on donnera des bilets pour
cette Classe, & pour la premiere & seconde
Classes de la Loterie suivante. Les Prix feront
payez, en déduisant 10 pour cent au profit de
la Compagnie, & 90. florins pour le credit de
la seconde
,
quatrième & sixiéme Classes.
Prix. 7lor.
I. Cblfe. 5000 4jicco. II.ClaiTe. 5000 554000
III. Classe. 6000 haoao
'To:al de la IV. ctaÍfe. 7000 89.0000
Loterie. V.Classe. 8000 ioéfoco
VI.Classe. 9000 1505000
VII.Classe 10000 1770000
YUI. Classe. 50000 7940000
100000 15000000
Pour donner lieu à ceux qui n'auront tiré que
les moindres Prix dans la huitième Classe, d'en
tirer neanmoins un autre, sans rien débourser
, on leur donnera,en échange de leurs Lilletsde
cette huitiémeClasse des Recepissez de
30. florins, qui serviront pour la premiere&
la secondeClassede la Loterie suivante,entierement
conforme à celle-ci, & qui rapporteront
30. sols par mois d'interêt, depuis le jour
que
que la huitième Classe aura été tirée1itirqtilalas
temps que la premiere Classe de la Loterie suivante
commencera à se tirer. Et quoique les
montant des plus petits Prix de cette huitiémes
Classe n'aille qu'à 18.florins, après avoir rabbatu
les 10. pour cent & le crédit, on ne laiÍfe--
ra pas, pour leur soulagement,de leur donner
pour ces 18. florins un Recepissé de 30. florins.
L'échange des Recepissez pour des Billets e Loterie, & des Billets pourles Classesui-
- vantes, se fera dans les mêmes endro ts où ils
auront été pris. Et pour la commodité de ceux
qui voudrontavoir part à cette Loterie, il y
aura des Receveurs autorisez dans les principa- -
les Villes des Païs étrangers
,
chez qui l'on t
pourra prendre des Recepissez jusqu'au pre..
mier Fevrier 1723. & pas plus loin. Ceux qui j
auront tiré des Prix au delà de mille florins au- • ront le choix de s'en faire payer le montant 3
dans les mêmes endroits où ils auront pris leurs
Billets, ou de s'adresser directement à la Com- -
pagnie.
Il fera libre à ceux qui auront pris des Re- « cepissez à laChambre dela Compagnie, en
les y échangeant de faire le, cinq payemens à
la fois pour !e fornissemert réel de toute la Lo-
- teiie, ¿Ol:[ on le leur donnera des Billets qui
serviront pour les huit Classes. 4
Les Porteurs de Recepissez & des Billets
feront tenus de faire leurs fournissemens dans
les termes piefcrits
,
faute dequoi leurs Recepissez
ou Lillers feront reputez comme abandonnez
, &demeureront à la disposition de
la Compagnie.
Cette Loterie se tirera publiquementà
vtrecht, sous les yeux des Commissaires & des
Di-:
Directeurs de la Compagnie,& en la maniere
accoûtumée; c'est-à dire, qu'on mettra les
50 mille Numero dans une Boëte, & les Prix
de Classe en Classe dans une autre Boëte, jusqu'à
ce que les cent mille Prix ayent été tirez.
Il est à remarquer que cette Loterie, qui est
remplie de Prix aussi considerables qu'on en
ait vûjusqu'à present,jusqu'à un de 200. mille
florins, est si avantageuse aux interessez,
que ,
fuivanr toute apparence, chaque Billet
doit tirer plus de deux Prix; de forte que la
perte qu'un billet peut avoir est fort petite, en
comparaison de la chance qu'il a de tirer des
Prix si considerables.
Remarquez aussi qu'un seul Numero peut tirer
2. 3.4. & même jusqu'à 8. Prix ; & qu'ainsi
, en cas d'un bonheur extraordinaire, on
pourroit avec un seul Billet gagner 800. mille
florins.
r, Enfinil està remarquer, quela Collecte,
tant en argent, qu'en creditne monte qu'à
12. millions de florins, & que les Prix portent
15.millions, parconsequent 3. millions de plus
que la mise. Les conditions de cette Loretre se
donneront gratis à la Chambre de la Compagnie
, & chez les Collecteurs à vtrecht, de
même que chez les Receveurs établis dans les
autres Villes & Pays étrangers.
b '<.
La Collecte sefait à Utrecht à la Chambre
de la Compagnie
, ou chez M.
F. M.Jantjfon,Auteur de la Gazette. Tho.
mas/ppels.Jacob van Poolfum.MelchtorCharlois
Jean van Fesch. Jacob de Samber. Ditv.
Yrom. Gabriel Mauris.Jean van V/ooten. Govert
Pavv. Jean vanderSchroef- Jfaac Crufe,
,
HuifHuissiers
de L. H. Puissances. YisbACh. Hartog;
Mores.
Les Receveurs dans les autres Villes font à
Amersfoort. Amsterdam. Rotterdam,Moyse
Haasverbergh. Haarlem, Dort, Gouda, Middelbourg,
M. van Hoekke. Levvarde. Zvrold.
Deventer. M. Jean van Vvik. Arnhem, M.
Jean Verbeek. Cleve. Cologne, M. Reinhart
Melnertzhagen. Jean Vernier Vvolleb. Francfort
, M.Philippe-Guillaume Georgen, Daniel
Fischer & Jean-Christophe Nagel. Hambourg.
M. J. JV. schinkel. Leipsig. Berlin. Dantzig,
M. Pierre van Beuningen. Breslau, M. J. Ger.
Steinberger.Venise. Vienne. Breme. Ausbourg.
Nurenberg. Geneve
,
M. Pierre Azemar. Londres,
Paris, M. MarinHarene. Lyon, M.les
Freres Dian. Bordeaux, M. Jacques du Lamon.
Nantes,M. GermainLaurencin. LaRochelle,
M. Godefroy & Dußault. Rouen, M..
Bernard Beard. Lille, M. N. Josephe la Serre.
Valenciennes, M. P. Sprenger. Bruxelles
P..,. M. y. B. le Foulon. Anvers,M.Jacques Sche.
nart't. Cadix
,
M. M. Mllffip & Compagnie;;
Genes,M.PaulLaheße.Livourne, M. R. E%
; Gaspary & Compagnie.
NOUt
NOUVELLES ETRANGERES,
De Conflantinople ce x.Août 1711.
MR Popicl, Envoyé Ertraordinaire de
Pologne à la
-
Cour du Grand Seigneur, amandé la favorable reception qu'on lui avoïc
fait à la Porte. Il a eu audience le 21. Juillet
,
& le Grand Seigneur l'a écouté avec de grandes
marques de bienveillance. Sa Hautesse lui
a fait donner, tant pour la personne que pour sa suite, treize Caffétans, ou vestes d'honneur.
Elle lui a accordé pour sa dépense cren.
te lnJ'l.litmia,'ers par jour, & le Grand Visir lui
a promis de l'ommr incessamment des Commissaires
pour le renouvellement du Traité de-
Carlovits
On ne sçait rien de positif sur les troubles
>de Perse
; on ignore absolument le Cefiin du
Sophi. On dit que le rebelle Mirivvetz a sac-
) cagé la ville d'Ispahan, qu'il tient dans lej
fers un des fils du Roy de Perse, & qu'il le fait battre tous les jours fous la plante des
pieds ; on dit encore qu'il a livré les femmes
:>
de ce Prince à l'insolence des Soldats.
,4 le hacha qui commandeles troupesdevant Sure, n'a pû encore prendre trefois cette Place, au- la Capitale de la Perse, à cause de la
iflorce & du nombre dela garnison des rebelles; a été obligé de l'assieger dans les formes }
1 & on a commencé le bom bardement
,
avecesperance
de s'en rendre maître incessamment ; ensuiteil fera lesiege d'Erkasen. 1 MiriMirivetsa
fait saccager les VillesdeServan
& ,e Ddem, qui refusoient de lesoûmettreà
l'autorité de ,et usurpateur.
On dit à present que le Sophiest à Bagdat,
& que le Grand Seigneurdoit s'aboucher av. lui sur la frontiere,pourdéliberer sur son ré—:
tabhlTeii,ent.
Le Tartares duDaghestan veulent s'emparer
de laVl e de Cavvan, & fou eu marcha.
fous les oi dres de leur Chef Daoud Bey; & loi
Cady à Makate,dans l'Arabie heureuse, veur
se rendre maître de la Province de Hitman,située
le Ion?; du Golfed'Ormus. il est suivi de]
Iroupe:, qu'il a ramassées pour ce dessein.
De Tetenbourg ce 10. Août.
ON écrit de Dantzic
, que la flotte dtài
Czar
,
composée de vingtunvaisseaux d®
guerre, étoit arrivée à la hauteur de Revel
„
Se qu'on y avoit embarqué douze mille homtoies
, tant Soldats que Matelots.
Le Czar a fait son entrée dans Astracanle8.8
de Juillet, d'où il s'est rendu quelques jours
après à Datarof, oùil a donné audience publi-j
que au Kam des Tartarcs AjauKa. Ce Prince
est âgé de cent trois ans; son épouse l'a accompagné,
& a rendu avec lui ses devoirs à S»
Majesté Czarienne.
Leslettresdecréancede M. Vvestphalen,
envoyé de Dannemark , ont été admises, quoiqu'elles
ne donnent point au Czar le titred'Emspoenreur.
Mais ce Ministre a promis que le"Roy^
Maître l'accorderoit dès que les deux
Coursseroient convenuës d'un nouveau Traité
de commerce.
) - - D*
De rArfovie ce 6. Septembre 1721. oN compte dans les lettres circulaires j
que le Roy a envoyées dans les Palatinats
, pour y faire assemuler les Diettes par-
-ti,;ulle-es,six articlesprincipaux,qui doi vent
cette année occuper la Dierte generale I:.e'
premier concerne les précautions que doit prendre
la République, pour affermir la paix dans
le Royaume. Lesecond regarde le projet du
Traité qui se doit conclure entre la Pologne
& la Suede. Letroisiéme, les prétentions du-
Czar au titre d'empereur de la grande Russie.
Le quatriéme, les prétentions de la Pologne
surle Duché de Livonie, qui se mit fous la
domination de cette Couronne en l'année 1fjf.
lors de l'invasion du Czar Jean Basilidès.
Le cinquième, les droits de la Couronne (u-r
le Duché de Curlande Et le ifxiéme la iouveraineté
sur le Royaume de Prdre, qui fut
cedé en l'année 1657. par le Traité de Paix
de Velau
,
à l'Electeur Frédéric- Guillaume de
Brandebourg ,
à condition, que si sa posterité
mâle en ligne dire&e venoit a manquer, les-
Princes collatéraux de sa Maison, qui heriteroient
de la Prusse, releveroient de la Couronne
de Pologne.
,. On mande de Constantinople
, que le Grand
Visir a déclaré à l'Envoyé de Pologne; que
le Grand Seigneur n'entreprendroit rien contre
la Republique,qu'il avoit resolu d'entretenir
avec elle une parfaite intelligence,
& qu'il avoit défendu au Kam des Tartares
de faire des courses dans aucune des Provinces
du Royaume.
le Comte de Kiovvski
,
qui jusqu'à pre-
•éy îenr
sent avoit été un des Chefs des plusaccrédité
du parti opposé au Roy, s'est declarédepuis
quelques jours pour Sa Majesté
, ce qui donnlfB
de fortes esperances que sa démarchejera suiV'¡"
de plusieurs Gentilshommes.
De Stokolm ce i<f.Août. ON assûre toujours que Sa Majesté SueA
dosse aura une conférence avec le Roy deo
DannemarK
,
des qu'il seraarrivé dans la Sca-n
nie; on ne nomme pourtant pas encorele lieu
destiné pour l'entrevue,
On écrit de Karlfcron ,que le Roy & la-
Reine de Suede y sont arrivez le onze Août auïJ
bruit de l'artillerie, & qu'ils en devoient partir
le 17 pour Carlshamn
,
d'où après y avoir
resté deux jours, leursMajesteziroient à chri[-
tianstadt 8c de là à Stokolm.
- Lamortalité des bestiaux continuë dans laL
Scasie & dans le iSlfHKni*, & le bledrencherit
considerablement dans toutes les Provinces
du Royaume, à cause des pluyes continuelles,
qui font apréhenderune mauvaise récolte.
Les dernieis avis de Finlande portent, que
les Commissaires du Czar continuent de faire
naîtredes difficultez, pour retarder le réglé—:
ment des limites, & on croit que Sa Majesté
Czarienneadessein de gard er Virlax, qui eftfl
situé à l'entrée du Port ou Golfe de Vibourg,
comme un lieu propreàconstruireun Port, tSd
favorable aux projets du commercé de Russie.
On debite quel'Empereur a ajugé le Duché
I'«le Holstein Ploé au Duc de HoliteinRethvricji,
malgrélejopposîtions duRoy deDaa-J
AfflarIL..
t IW
De Copenhague ce 17. Août. LEs six vaisseaux de guerre, qui étoient restez
dans ce port, & qui avoient eu ordre
de éesarmer, ont reçuun contre-ordre, & ils
We préparent à metne à la voile au premier
commandement. Le maître d'un bâtiment arrivé
depuis peu de Petersbourg
, a rapporté
qGua'loenresy équipoit actuellement quatre-vingt
, outre les vingt un vaisseaux de guer-
3te qui sont partis depuis peu pourRevel.
M Fo-itenag, Capitaine de vaisseau
, a été
senvoyé par la Cour à Borhnolm, avec des inf-
Uruttion particulières
,
qu'il ne doit ouvrir
squalorfqu'ily fera arrivé.
v Il yafîr Regirrens d'Infanterie & trois de
Cavalerie, commandez pour aller camper 2. Ekerforde dans le Holstein
,
où le Roy doit
des aller passerenrevue incessamment.
Le Roya fait publier des proportionsavanitageufes
à tous les Protestans, qui voudront
isse venir établir en Jutland, tant pour y faire
ttâloir des plantations de tabac, que pour y
Rétablir des manufactures semblablesà celles des
cautres Royaumes.
Le Czar a fait dire au Roy, de ne point s'inquicter
des armemens faits à Cronflot & à Pe.
1teisbourg
,
& qu'il n'avoit d'autre dessein que
fcd'exercer" Ces matelots. On ne laiss pas, mal-
3g!é les protestations, que d'équiper les vaiCjlfeaur
de guerre qui font dans ce port; d'aujtant
plus qu'on a rapporté, qu'onavoitvil
wcrs lescôtesdeFinlande neuf ou dix vaisseaux
i£de guerre moscovites & près de trente galeres,
De
Devienne ce 30. Aoufi.
L E 12.. Aoustentre les neuf ou
dix-«hetires
LoirJa Cour intérieure du Château de la
Fa
vorire fut subitement remplie par une n ép lisse de sauterelles; ces infectes répandirend
l'ctfroy dans le Palais par leur bruit, Se l'obsc
rite que leur multitude causa dans l'air. On fl
occupé toute la nuit & le jour fuivàn-t a da
rrui're ce fléau incommode, qui ne passa ni al
les autres cours du Château
,
ni dans les jaM
dins, ni dans les appartemens.
On a reçû avisde Munich qu'on preparoijj
.quarante barques à Vassenbourgsur l'inn poutt
transporter ici par eau les équipages, ë? les
Officiers du Prince Eleaoral de haviere, dont;
le mariageavecl'Arch duchesse Marie Ameiic:J.:
doit se celebrer dans deux mois.
On débite quel'Archiduchesse Marie-Therefe
,
fille aînée de l'Empereur fera decla.é©!
jReine'd'Hongriepar les Etats de ceRoyaume,^
& que Sa Majesté a consenti que les Froteftansr]
Hongroiseussent le libre exercice de leur Reli-i
gion
,
à condition que leurs enfans seroient
élevez dans les principes de la Religion Cari
tholique. ,
, M. Reichwein, envoyé de Dannemau, a e son audiance de congé. L'Empereur lui a bili.
present de son portrait enrichi de Diamans.
Le Cardinal de Sae- Zcith est arrivé del;
Presbourg, & a rendu compte des dernicree
délibérations dela Dictede Hongrie où il y m
eguu ddee nnoouuvveelllleess & grandes conteflations, prin-r - cipalement sur les affaires de la Religion. Oml
Sroit que l'Empereur y retournera pour calmeia
ces nipuYejnfns par sa presence.
-D,
De Londresce 11. Septembre. ON répare les fortifications de Porftmoutb¡
& on y envoyera un train dartillerie de
.,a Tour.C'est une suite de précaution que l'on
caiend -o-jtre les desseins, dont on a eu de nou.
velle preuves dans les derniersjours. r M Kelly Capitaine Irlandois né Catholique
Romain
été arrêté à, mboairsdPdr'uontesvtaainsstedaeupuqiusivilengdteavnosi,t aller en France, & a été envoyé à la Tour. 1J0i qu'accusé de haute trahison il a permisfcon
de voir ses amis. Son épouse
,
la Co ntesse
Me belleu sa belie-mere, & ses domestiques
yant été mis fous lagarde d'un meflagee t:E[a,ont obtenu depuis leur liberté, & celle
sevoir le prisonnier. Le sieur Jean Sample
r yant été aussi arrêté, accusé du crime de hause
tra ison
,
se sauva le lendemain sur les huit
Meures du soit de la maison du messager d'Etat
J'ù il étoit retenu. On a envoyé des ordres dans
cous les ports pour l'empêcher de sortir du
Royaume , & on a publié une proclamation
loyale, avec promesse de cinq cens livres
terling de récompense à qui pourra l'arrêter.
Il y a plusieurs autres personnes arrêtées, Se
accusées du même crime de haute trahison.
Les Juges de paix prennent toutes sortes de
précautions pour découvrir les mal intentionaez
, & ont fait des Ordonnances pour la police
de là villede Londres qui contiendront les
Irfpritsturbulans.
Le 4. Septembre après midi l'Evêque de RoJ
rhester
,
qui est le même qui a sacré le Roy, a
mé conduit à la Tour comme criminel de hau-
:: trahison. Il est accusé d'êtreun des princila
paux
i'\UX chefs d'une conspiration qui devoit s'e.
xecuter au commencement de ce mois. On ne
peut lui parler dans sa prison sans une permission
signée par le Secrctairc d'Etat, & on 110 le voit qu'à une certaine distance, afin que se:
gardes puissent entendre tout ce qu'on lui dit.
L'assemblée du nouveau Parlemnent a été pro-i
clamé pour le 20. Octobre prochain.
On apprend par les dernieres Lettres dt]
Londres que l'Evêque de Rochester
,
& le Car
pitaine Kelli y font gardez avec beaucoup d'e
xactitude. On dit que ces deux prisonniers doivent
presenter une Requête à la session prochain
ne des Juges de Paix, pour demander qu'on leur.
fasse leur procès suivant la loi , mais l'opinion
la plus commune, est que le Roy declarera Ici
conspiration projettée contre sa personne, à
l'ouverture du prochain Pa lement, & que S2
M. chargera la Chambre des Communes dob
dresser les chefs d'accusation contre ceux qui y
ont eu part, afin qu'ils soient jugez par le,-a
Pairs avec les formalitez observées Jll[qU.)¡ present. De Lisone ce 14. Aoust.
LE Capitaine d'un vaisseau nouvellement
arrivé de Cadix raporte que depuis quel-I
ques jours l'Escadre Espagnole a attaque quells
ques vaisseaux Algériensquicroisoient d.f
compagnie ,& qu'elle enavoit pris un de foi-j,
xante pieces de canon, dont l'équipage avoÏJc
été mis aux fers.
Le 28. Jui'let la flote de Fernanbugue entra
dansle port de cette Ville au nombre de feiz's
bitimens, dont il y a deux limes chargées dd:
bois pour le compte du Roy. La prin !pa'<
charge des autres consiste en deux millions (hb
Criizadesm
Cruzades,fit mile caisses de sucres,cinquonte
mille cuits preparez ,
& quatre mille Taa
leaux detabac. On a
donné ordreàl'Inspecteur des Douanes
de cette Ville de rendre la biere
,
le vin &
l'eau-de vie qui avoient étésaisis cette année
sur quelques vaisseaux Hollandois; mais en
même temps on a défendu aux Officiers de
Marine de cette nation d'en apporterdans la
fuite.
Il est arrivé ici trois Ambassadeurs du Roy
Theo ause de Fulanac, le plus puissant des
Princes de l'isle de Madagascar pour traiter de
quelques affaires de Commerce.
DeMadridcei.Septembre. oN apprend par les dernieres Lettres de
Ceuta que les maladies y sont entierement
cessées, mais que la recolte des environs sera
fort peu confidcrable cette année.
» Don Pierre de Monta, Major, Chef d'Escadre
des Galeres du Royaume,a mandé par
un courier que le 25. juillet dernier érant à la
hauteur du Cap de Plato,il avoit poursuivi avec
la Sainte Therese ,l'une de ses Galeres
, une
petite Fregate de Maures de vingt trois hotrH
mes d'équipages, dont il en avoit tuésept, &
pris les seize autres.
Les nouvelles de Vaigi fortque l'Escadre
Hollandoise y ayant relâcué le 9 Juillet dernier
elle en étoit partie le 11. pour aller joindre
l'Escadre Espagnole, qu'elle l'avoit rencontrée
le même jour au foir au rombre de
quatre vaisseaux de guerre de soixante à foirante
dix pièces de canon, & de cinq autres de
Jrente à quarante, que le 12. les deux Escadres
K avoient
avoient relâ hé dans la baye d'Althea,que Kï.
Grave contre Amiral Hollandois avoit passé
.sur le bord de Lon Antonio Serrano, Commandantdel'Escadre
Espagnole
,
qu'après y avoir
tenu conseil ils étoient convenus ensemble que
l'Escadre d'Espagne partiroit de cette baye le
18. pour aller se mettre à l'anchre devant la
ville d'Alger, où elle attendroit que tous les
vaisseaux Hollandois furent en éut de l'aller
joindre.
Le 11. Aoust le Roy notifia aux Ministres
étrangers, aux Grands du Royaume, & aux
Seigneurs de sa Cour la conclusion du mariage
Je l'Infant Don Carlos, fils al. é de son second
lit avec Mademoiselle de Beaujolois, cinquième
fille de Monsieur le Duc d'Orléans
,
Regent du
Royaume de France. On chanta ce jour là le
Te iJeum en action de graces dans l'Eglise du
Monastere Royal del'Escurial, & dans la Chapelle
du Palais. Et cette heureuse alliance fut
pareillement celebrée par le sondes cloches,
des feux de joye
, & des illuminations qui ont
duré trois jours. !
Les Galions font partis de Cartagene pou"";
Portobello le 25. May,& la flote Espagnole 6'
la Mer du Sud, commandée par Dom Barthelemy
de Urdinfaest arrivée à Panama avec le
trésor de Sa Majesté, & les marchandises des
particuliers,elle doit être arrivée à temps
pour la foirede Portobello.
Un courier dépêché de France a apporté le
portrait de MademoiselledeBeaujolois, qui a
été remis par le Roy à l'Infant Don Carlos.
Les conventions de nôtre Escadre & de celle
de Hollande,font que les vaisseaux Espagnols
croiseront jusqu'au 15. Septembre entre les
côtes de ce Royaume, & celles de Barbarie,
ÔC
* que les vaisseaux des Etats Generaux croiserontentre
Malaga & le Cap de S. Vincent. -
De Rome ce 17. Áouft.
LE 23 Juillet il y eut au Quirinal une Congregation
extraordinaire des Carcinaux. ÔA
°< y détermina. d1'accorder des lye. cours a1.1.l-i-ie d1e-
Malthe.
Ensuite on publia une Indulgence pleniere
avec exposition du Saint Sacrement pendant
trois jours dans les Eglises de Sainte Marie sur
la Minerve,de Sainte Marie in Trastevero
,
&
de Sainte Marie Majeure; on ordonna de reciter
la Collecte contre les infideles dans toutes
les Mesles qui feront celebrées dans les Eglises
de Rome pendant ces trois jours. Les Chevaliers
de Malthe se sont assemblez chez M. JuCtiniani
, Receveur de la Religion pour prendre
des mesures touchant leur départ.
Le 19. Juillet Don Jean Baptiste Spinola,
Ambassadeur de Malthe fit illuminer le foir
toute la façade de son Palais pour celebrer l'éaction
du Grand Maître Don AntonioManoel
,,i Vilhena,fils du feuGeneral Don Sanches Mat
noel de Vilhena
,
Il premier Comte de Villa Flor. est le troisième Chevalier de Malthe Portugais
qui ait été élevé à cette dignité; le pre- mier fut Don Alfonse
,
fils du Roy Don Aston- se Heariquez , qui fut élû en 1194. & qui
> donna sa démission quelques mois après; le fe-
) qcuonid fut Don Loüis Mendes de Vasconcellos , étoit Bailly, lorsqu'il fut élu le 17. Sepl
tembre 1623. & qui mourut 7. mois après.
M. Mezzabarba
, VicaireApostolique à là
Chine est en route pour revenir en Europe,&
i il y fait apporter le corps du feu Cardinal de
1
K ij Tournon
Tournon qu'il à fait embarquer à Macao.
De Malthe ce 18. Aoust.
LEs Galeres de la Religion parties de Siracuse
ont heureusement passé -le canal sans rencontrer
aucune des Sultanes de l'Escadre Turque,
& sur leur route elles ont prise une Galiote
ennemie, montée de trente-quatre hommes.
La flote Ottomane après avoir demeuré
quelques jours dans le canal de Maître s'en est
etoignée pour prendre la route dés côtes de
Barbarie, où le Capitan Batha est chargé de
régler quelques affaires
, tant à Tunis qu'à
Alger. Les ordres avoient été donnez pour
bien recevoir les Turcs au cas d'une descente.
On avoit distribué des troupes dans les principaux
postes de la Cité Valette, & de la MÙine.
On avoit fait partir les Baillifs de Kinnesch
& Visconti pour se rendre au Camp de
Mazza Seiroccho & de Cazel-Reituoni. On
envoya le Maréchal de l'Ordre former un Camp
volant avec une partie des Milices du pays, &
on lui donna pour Ajudans quatre Chevaliers;
on fit partir des Navires pour aller embarquer
à Guzzo les bouches inutiles; on fit encore
d'autres dispositions pour le salut de l'Isle. Les
Turcs avant de s'éloigner ont tenté plusieurs
foisde faire une descente à Mazzafcala
,
mais
sans aucun succès; le Grand Maître a envoyé
avis au Comte de Trame, Commandant à -Siracufe
des mouvemens des Escadres Turques,
composéel'une de cinq Sultanes qui parurent
du côté du canal, & l'autre de pareil nombre
de vaisseaux qui se montrerent à la côte Meridionale
de l'Isle de Malthe. -
<3a a fîd par les terres de Tripoli du 4.
-
Jillet
Juillet que Gianum Coggia avoit été rétabli
parleGrand Seigneur dans sa Charge de. Grand
Âmiral.
Le Commandant de la flote Turque a écrit
une Lettre. très fiere au Grand Maître de Malthe
qui a réparti qu'il répondroit à cette Lettre
àcoups de canon.
Le 28. Juin il y a eu à Malthe & au Gozzo
un orage terrible, mêlé de Tennerre & de
grêle qui a ôté la vie à troispersonnes.
De nouvelles Lettres de Messine & de Malthe
portent que l'Escadre Turque après avoir
passé à Tunis, avoit paru depuis à la vue de
Cappo-Paffaro en Sicile, faisant route vers le
canal de Malthe, & qu'elle étoit composée de
dix-septSultanes, & d'un nombre considerablede
bâtimens de transport. Le Grand Maître
a envoyé, dansl'isle de Gozzo le Bailly, de
Langou avec un corps de Chevalier assez nombreux
pour défendrece poste; on présume que
les Turcs ont desseind'y tenter un débarquement.
& de s'en rendre maîtres, pour y laisser
Un corps de troupes, & y établir desmagasins
qui puissent faciliter le siege de Malthe
avi-
Printemps prochain,
-
Kiij SVPPLE:
SUPPLEMENT.
MR Daudet, Geographe du Roy, qui a le-
Mvé les plansdu siege de Montreüil, &dii:
Camp de Porché-fontaine, a aussi dessinéplusieurs
plans concernans le Sacre du Roy,qu'il
a fait graver, & qu'on imprime actuelement.
Il les vendra chez lui, ruë des Fossez Monmartre,
& chez le fleurMortain
,
Marchand
Imager
,
sur le Font Nôtre-Dame : voici la
lifte de ces Plans.
Le Plan de la Ville de Rheims & de sa
perspective.
Le Plan de ses environs avec le lieu où fera
le Camp de la Maison du Roy, & le lieu
où elle se:a rangée en bataille.
Le Plan de l'Eglise de Nôtre - Dame de
Rheims,où sera sacr é leRoy, & celui del'Archevéché.
Le Tombeau de S. Rem, où est la sainte
Ampoule, le plan & l'élevation. Les antiquitez
de la ville de Rheims en deux plans.
Le Village de Corbeny
, ou S. Marcou,OÙ
le Roy doit aller en pelerinage après son Sacre,
& toucher les malades affligez des écroüel
- les. l
r Un Plan en grandde la ville de Rheims,
orné de plusieurs figures, tenans dans leurs
mains tous les attributs dii Sacre.
Lç. Plan de la ville de Soissons.
Celui de la forêt de Villers-Cotterets.
ÇtfixPlans dç laroute que tiendra le Roy
depuis Paris jusqu'à Rheims.
M. Daudet a obtenu de Sa Majesté un privilege
exclusif, pour l'impression & le debit
de ces Plans pour dix ans,avec amande de six
mille livres contre les contrevenans à son privilege.
M. le Blanc, Ministre de la guerre,
doit presenter tous ces desseins au Roy.
LE jour que M. Fofcarini & Tiepolo
,
Ambassadeurs
Extraordinaires de la epublique
de Venise
,
firent leur Entréepublique, dans
l'ordre que nous avons marqué. Ils arriverent
à l'Hôtel des Ambassadeurs Extraordinaires,
conduits par le Marêchal de Matignon & le
Chevalier de Sainctot
,
Introducteur des Ambassadeurs,
qui avoient été les prendre dans
le Carosse du Roy, au Monastere de Picpus,
où ils furent complimentez de la part du Roy,
par le Duc de Villequier, premier Gentilhomme
de la Chambre de Sa Majesté
,
de la part
de Madame,par le Marquis de Pourpri, son
premier Ecuyer: dela part de Monsieur le Duc
d'Orleans, parleChevalier de Constans, [ob
premier Gentilhomme de la Chambre: & de la
part de Madame la Duchesse d'Orléans, par
» le Marquis de S. Pierre, son premier Ecuyer.
Les Ambassadeurs ont été logez & traitez les
trois jours suivans par les Officiers du Roy,
sous les ordres de M. de la Porte
,
Maître
d'Hôtelde S. M.
Le Mercredi 23. le Prince de Guise & le
Chevalier de Sainctot, allerent prendre Mrs
les Ambassadeurs au même Hôtel, dans le ( arosse
du Roy, & les conduisirent à Versailles
à leur premiere audiencepublique.
Ils trouverent à leur arrivée dans l'avant-
K iiij bours
cour du Château
,
les Compagnies des Gardes
Françoises & Suisses fous les armes, le tambours
appellans: dans la cour les Gardes de la
Porte, & ceux de la Prevôté, aussi sousles
armes à leurs postes ordinaires. Ils furent reçus
aubas de l'escalier par le Marquis de
Dieux Grand Maître des Cérémonies, les
Cent Suiffes érant sur l'escalier en habit de
ceremonie,la hallebarde à la main. 1K furent
reçâs en dedans de la Salle des Gardes du
Co ps, par le Due de Villeroy
,
Capitaine des
tardes du Corps qui étoient en haye & fous
les armes. Ap èsl'audie ce du Roy, les Ambassaeurs
fuient conduits par le Chevalier de
Sainctot
,
à l'audience de Monsieur le Duc
d'Orleans, & de Madame la Duchesse d'Orleans.
Ils allerent à toutes ces audie ces en
Rose, conformé ment à l'usage des Ambassadeurs
de Venise
; & après avoir été traitez par
lesOffic iers de M. ils sur ent reconduits à
l'Hô ci des Ambassadeurs Extraordinaires
, par
le Chevalier de rc Sainctot
,
dans le même Cati
sse
, avec les ceremonies accoûtumées
M. de S. André, Cipitaine de Vaisseau,
quicommandoit le Vaisseau le François, arrivé
depuis quelques jours de la Martinique à
Rochefort est mort dans la traversée.
Marie-Annede Harlay de Cnanvallon, Abbesse
de la franche Abbaye aux Bois, mourut
à Pa i le 2 f. Septembre, âgéede74 ans.
Le même iour DameMarguerited'Aigre,
veuve de M Loüi -Charles d'Albert
,
Duc do
Luynes,Pair de France,Chevalier des Ordres
du Koy, & auparavant de M. François Bonaventure,
Marqui de Manneville ,mourut âéo
de 81. an,&futinhumée dans l'Eglise des
n,utablç.
<e
Lebruitdescuresmerveilleuses qu'afaires
es maladies secrettes le sieurDibon.Chiurgien
ordinaire du Poy, dans sa Compagnie
es Cent Suisses, a engagé Sa Majestéà lui
acorder un privilege pour ces sortes demaux,
a confi cration
, tant de l'excellence de son
emede, que de la facilité de le transporter où
on veut, & de le faire pendre sans violenaux
personnes du temperamment le plus foi-
~e. Le sieur Di'on, qui n'etf pas moins ex- :' t pour les fistules & autres maladies, demeu-
:: à Paris
,
ruë b ârriere,à c é de la, Communauté
des FillesdeSainte Ag¡,è;.
M. de Champagne, Lieutenant de Galere,
hevalier de l'Ordre de S. Loüis, eit mort à
Marseille le 21.de cetrois
M l'Abbé Massieu, de l'Academie Frarçoi-
:, Pensionnaire de l'Academie Royale dej Pel-
/'::s Lettres, & Professeur Royal en Langue
~recque, est aussi mort le 17. de ce mois.
Nous aurions bien voulu pouvoir donner
la relation étendue que nrus préparons
jde l'attaque du Fort de Aionrreiiil,
oir du Camp près de IferfailLs> dans ce
îMercure,mais pour ne rien omettre des
ùirconftances qui y doivent entrer ,
&
sour la rendre digne de la curiositè de nos
eaeurs ,
elle demande un peu plus de
'mps. Cependant nous la ferons paroitre
Kiceffamment
, pour ne pas trop retarder
extrêmeempressement qu'on témoigne pour
n voir. On l'imprimeactuellement> & ott
grave le plan du FOYI & du Camp. Non
esperons que le tout fera plaisir au Pu iflie.và
La dissertation historique du Sacre & ~Cou
ronnement des Rois de France, depuis Pepic
jusqu'à Loüis le Grand, par M. l'Abbé o
Camps, se trouvechez les mêmes Libraires
qui debitent le Mercure à Paris & dans les Proi
vinces. *,
APPROBATION.
J~'Ay lu par ordre de Monseigneur le ~Garo
es Sceaux le Mercure du mois de Sepiemi-\
T A BLE.
i?fc critique, &c. 31
Conte Enigmatique. 39
Lettre deM. de Frey de Neuville
, conterant
un discours à M. l'Evêquede Marseille, &
"Ode surl'Immaculée Conteptiondela Vierge,
qui a remporté leprix de l'Academie de Caën.
44-
Lettre sur la maladie de Marseille. si.
Sur le mariage du Roy, vers &c. 64
Lettre Critique sur les Spectacles, & en ge-
)Jielalcs sur la tragedie d'Athalieen particuliere.
69
bouquet au Roy, Q,le 97
Discours de l'Evêque de Beauvais fait à l'oc-
G:assois des drapeaux du Regiment du Roy 100
Complimens faits à M. le Cardinal du Bois.
102
* To-ts rimez. 105 Punerailles de Milord Marlborough. ibid.
Lettre écrite de Cambra y ,
&- ver5 de M. de
Voltai e - 109
Lettre de M. de Voltaire à S. E. M. le Cari.
inal du Pois. III
Lettre sur la cessation de la peste à Marseille,
mandement de M. l'Evéque,&c. 113
CEhnaignmsoens.. no m
NOUVELLES LITTERAIRES des beaun.
Arts. ibid..
Extrait des piees d'éloquence & de Poësie
qui ont rempoité le prix des Jeux Floraux.)
ibid.)
Traité des forces mouvantes pour les Artss
& A é iers. 1325;
Hilioie des Juifs. 140.
Nouvelle description de la France. 145.
Histoire generaled'Espagne. 1411
Exposition'd'une méthoderaisonnée. 149
Discours de M. Farces de Polisi nour le prix
d'éloquence. - I47J
Survivance & provisions donsces à M. Bignon
deBlanzi pour la Charge de Bibliothe-
Caire du Roy, isu
Complimens faitsà S. E. M. le Cardinal de
Fois. ifj;
Suite des Médaillés du Roy, 151
SpeéhJes, Penelope, &c. ifS
Le nouveau Monde, Comedie nouvelle. i<î«
La Provençale, nouvelle entrée à l'Opera-
179
Comédiens Italiens
,
le vieux monde, &te.:
) liCD
Journal de Paris. 181
Entrée des Ambassadeurs de Venise à Paris,
iSdfc
Charges & emploiç donnez 1*8
-
Arrêts Edits, Déclarations. 19CC
Morts & Mariages 19%1
Naissances
, morts, & mariages des pays
étrangers, 19.
Dignitez & Charges des pays étrangers.
19& Deuxième oterieà Utrex. 1995
Nouvelles étrangères, de Constantinople 10*
; Dc Fetetfôonrg;-aïS t De Varlovie.ijt * De Stokolm. tit DeCoppenhague. * uj DeVienne 114
t De Londres. lis
De Lifbone.zis I De Madrid. 2.17
s De Rome. li.9
DeMaltKe. 220
Supplément. 112,
F ela'.ion des attaques du Fort de Montreüil.
uS'
La Charsor doit regarderla page 111.
'La planche des Medailles du Roi doit regar.
ïïler la page 1J8.
ERRATA du Mois d'Août.
P) Age 101.ligne15. Paris est, lisez Paris quîà
est.
Page 115. ligne u. rcconnoiÍfances, UfeQ
connoiffinces.
Page141. ligne derniere
,
travaille
, life trarai'la.
Page 149 ligne 3. Dangerville, lises Dan-l ge,il!e. Page if1.ligne 10Couvreur,lifeç Cou-j
leur.
Page 168. ligne 4 du bas,Efperum, lifeQ
d'Arzeron.
PaAe 186. ligne 17, d'Astracan, lises Astra-j
can.
Page ISY. ligne t. Sa Majesté ,lifeçh Ma-;
jcfié.
Page 199. ligne 13. par heure, lifeç pan.
lieuë.
Page 2.0S. ligTne 7. Suriau-, life'{ISurian. Fautes a corriger dansce Livre.
M
p Age iS. ligne n Pour le
,
ltëi. Pour ce.
Pa£e 44 ligne 2. du bas, par les voyes
ltfe%parceivoyes. > x
Page 71. ligne 17. fera, lifey on fera. *
Page 104. 1. 5, celebra, *!oûte% à Londres."
Pageifo lig. 19 penitence, Li peinture»;
Page J57. 1. 1. prelier ,lt er prêter. , Page 1fS. entrela 1. S:la 3.iine du bas,,
IIjoúter cechifF.eXXI{.
Page 1^4. li.;'\c 10. viclr, lifi:. veut.. "S
JOURNAL
DU SIEGE DU FORT
DE MONTREUIL.
ET DU CAMP
D E
PORCHE-FONTAINE,
près Versailles.
PPLEMENTDV MERCVRE
de Septembre 1722.
Avec le Plan du Fort & du Camp
, ÔC
1.
quelques morceaux de Poësies.
Le prix efl de 15. fols.
A PARIS,
Chez GUILLAUME CAvrLIER. au Palais.
GUILLAUME CAVELIER, Fils,rue
S. Jacques,au Lys d'Or.
ANDRE' CAlLLEAU,àl'Image Saint
André, Place de Sorbonne.
NOELPISSOTQuaydesAugustinsàla
descente du Pont-neuf, à la Croix d'Or.
MDCC, XXII,
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume, & dans les
Pays étrangers.
iii
Lyon
,
che? Plajgnard, Libraire.
i
Marseille che? Larry.
Montpellier
,
che? les freres Faures.
Toulouse, chez la veuve Tene.
tayonne, ch EtienneLabotticrc.
lordeaux
,
chef la Veuve Laboctiere, & ttrs.
Charles Labotriere, l'aîné, vis-àvis la Bourse
,
iiid.
Bennes,chez Vattar.
Nantes, cbq JulienMaillard.
Saint Mal.o, chez la Marc.
Poitiers, che? Faucon.
Xaintcs, che? Delpech.
Blois, chez Masson.
Orléans
,
che'{ Rouzeau. 4
La Rochelle,che{ Desbordes.
Angers ,
che,? Four eau.
Tours, che?Gripon.I Caen,che'{ Cavelier. «
Rouen
,
chef la Veuve Hérault. I
Le Mans,chez Pequineau. j
Chartves,che?Fellil.., Châlons
,
chez Seneuze. f
Troye
,
the? Boüillerot. 1
Rheims
,
the? Godard. J1
Dijon, chef la veuve Armil.
Beauvais, che? Courtois
Abbeville
,
che? Dumesnil. !
Soissons ihe% Courtois..
Amiens, l'her. le François, & çhe'{ Godard,
Arras, ehe'{ C. Duchamp.
Sedan, che'{ Renaud.
Metz, chez Colignon
Strasbourg
,
cbez Doulseker.
Cologne, the'{ MetcrniK.
Francfort, chez J. L. Koeq
Eerlin
,
che:( Etienne.
Leipsic,chez Gledich.m
Lille, chez Danel.
Bruxelles,chez Tserstevens.
Anvers, che'{ Verduffen.
La Haye, wez Rogifflard.
Amsterdam, the'{ Lernard.
Roterdam
,
che'{ Vander Linden.
londres, cher du Noyer.
Madrid, che'{ Anisson.
Gcncvcyihe% les freres de Tournes.
Turin, t/W{ Reiieaii.
danssesplaisirs la grangeur de Ton"
ame, & la solidité de son esprit.
Le Regiment du Roy composé
de quatre bataillons, dont M. le
Chevalier de Pesé, Brigadier d'ln.
fanterie est Mestre de Camp
, a
été choisi
, avec justice , pour agir
fous les ordres de S. M. dont il a
l'honneur de porter le nom. Il fo
rendit le 12. Septembre à une Ferme
des RR. PP. Bernardins de
Paris, située entre Versailles &.:
Meudon) qu'on nomme Porché
Forttaine
,
où l'on établit le quartier
général.
Le Roy fut present à l'arrivée
de son Regiment, & examina avec
une attention qui manque son exactitude
& son discernement., si les
tentes des soldats, leurs cuisines,
&, les faisceaux darmes étoient
alignez,ainsi que Sa Majesté l'avoit
ordonné la veille. Les troupes
se reposerent le
1 3. & le 14
Le Mardy 1 5. la revue dévoie
sefaire devantM.le DucdeChar>
tres, Colonel General de l'Infanterie;
mais dans le temps qu'on
attendoit ce Prince, on apprit qu'-
une indisposition l'empêchoit de
sortir.
M. le Cardinal du Bois, principal
Ministre vint dans le Carotte
de M. le Blanc, Secretaired'Etat
de la guerre, avec M. le Chevalier
de Pesé, & M. le Comte de
Belle-Isle, & la revue se fit; M.le
Maréchal de Bervvich y fut aussi
present.
Après la revue qui fut très-brillante,
tout le Regiment étant habillé
de neuf, & aussimagnifiquement
que l'uniforme peut le permettre.
M. le Chevalier de Pesé donna
un repas magnifique dans le Camp
de -
Porché-Fontaine, fous trois
tentes, à M. le Cardinal du Bois ,
& aux Seigneurs qui avoient affilié
à la revue. Ce Commandant a tenu
trois tables de plus de 25. couverts
chacune, pendant tout le
temps que le Camp a duré, ellesont
été servies avec toute la délicaresse,
&,, la profusion imaginable.
Quantité de Dames de la Cour
& de la Ville ont assisté à ces fuw
perbes sestins, & leur ont donné
un éclat qu'ils ne pouvoient recevoir
que d' elles.
Le 16. le Roy fit la revue de ce
Régiment, & passa à la tête des
bataillons dans les rangs, & fie
faire l'exercice; ensuite toujes les
Compagnies défilerent devant Sa
Majelté qui fut très satisfaite de
l'étatoù lui parut son Regiment 5
le Roi eut la bonté de recevoir
lui-même les placets des soldats.
Premierejournée.
Le 17. M. le Bianc Ministre
de la guerre, & le Chevalier de
Pesé, accompagnez des Officiers
des Gardes du Corps, & des Mousquecaires
allerent reconnoître le
terrain de dehors de la place, conduit
par M. de laVoye
3
ancien
Brigadier des Ingénieurs, & BrigadierdesArmées
du Roy, &
suivis du sieur Daudet, Ingenieur
& Geographe de Sa Majestéqui a
levé tous les plans des environs du
Fort & du Camp, & qui en a fait
tous les deucins. On marqua-les
postes destinez à chaque troupe,
tant de Cavalerie que d' I nfanterie
, qui devoit composer l'armée
du Roy.
- Le terrain depuis le Village de
Viroflée jusques au chemin de
Paris, fut marqué pour les Gardes
du Roy. Le terrain depuis le chemin
de Paris jusqu'au ddrus de la
Montagne de Picardie,quis'étend
dans toute la longueur de l'Aqueduc
de Montreüil
,
fut designé
pour les Mousquetaires Gris &
Noirs, & le Régiment du Roy. On
ordonna de faire des communications
d'un posteà l'autre, &de
rompre les hayes qui auroient pu
incommoder la Cavalerie: ce qui
fut executé promptement.
Deuxième journée.
Le iS. après midi le Roy se
rendit au Camp de Porché-Fontaine,
& S. M. après avoir passé
à la tête des quatre bataillons de
son Régiment, leur fit faire plusieurs
évolutions, dont elle donna
elle-même les ordres.
Un des quatre bataillons, donc
les Officiers & les soldats avoient
quitté leurs habits d'ordonnances
pour prendre des surtouts bleus,
fut détaché pour entrer dans le
Fort, fous les ordres de M. Defclavelles,
Lieutenant Colonel du
mêmeRegiment, pendant que
M. le Chevalier de Pesé commandoit
les trois bataillons, campez
& destinez à l'attaque du Fort ,
avec des détachemens de la maison
du Roy,fous les ordres de Sa
Majesté, .1
Troisiéme journée.
Le 19. au foir qu'on devoit fornier
le blocus du Fore,ie Roy partit
de son Château de Versailles
sur les quatre heures après midi
pour se mettre à la tête de sonarmée.
SaMajesté étoit accompagnée
de Monsieur le Duc d'Orléans
> Regent, de M. le Duc ds Chartres,
Colonel General de l'Infanterie,
de M.le Duc de Bourbon,
Surintendant de son éducation, de
M. le Duc de Charost, son Gouverneur,
& de tous les autresPrinces
& Seigneurs de sa Cour, qui
fut plus nombreuse, & plus éclatante
qu'elle ne l'avait jamais été-
M. le Blanc, Ministre de la Guerre,
& M.le Chevalier de Pesé fortirent
du Camp,où ils avoient tout
disposé ).& allerent au devant de
Sa Majesté. On ordonna au sieur
Daudet, Geographe du Roy, de
marcher à la tête pour marquer
les chemins. Dès que le Roy fut
arrivé sur une petite hauteur qui
étoit presqu'au centre de l'armée
7 le Chevalier de Pesé presenta à Sa
Majestéle Pian du terrain. Le
Roy l'examina longtemps, &avec
une grande attention. M. le Chevalier
de Pesé luy expliquoit l'arrangement
des troupes, & les mouvemens
qu'elles alloient faire sur
ce terrain.
Aussi-tôt quetout fut prêt d'obéïr
aux ordres du Roy, Sa Majesté
fit cirer un coup de canon qui
servit de signalà toute l'armée pour
se mettte en marche sur trois colonnes
,
dans l'instant on vit paroître
sur la droite quatre Brigades
de Gardes du Corps qui descendirentde
la hauteur du village de Virossée,
& qui vinrent fermer le
chemin de Paris, & occuper une
partie de la prairie. Sur la gauche
les Mousquetaires gris descendirent
pareillement de la montagne de
Picardie.Au milieu on vit sortir
d'un petit bois les Mousquetaires
Noirs i deux bataillons du Regiment
du Roy descendirent aussi.
de la montagne de Picardie, &
- vinrent le placer par détachement
entre les Brigades de Cavalerie qui se mirent , en bataille. Un troisième
bataillondu Régiment du
- Roy investit le village de Montreüil
, & en se separant en détachement
il s'emparoit detoiis les
passages qui y conduisent le long
dela montagne,depuis Viroflée
jusqu'à l'arcade de l'Aqueducde
Montreüil L'ordre & les mt>uve..
mens de toutes ces, troupes representoient
parfaitement l'investissement
d'une place de guerre.
Durant tout le temps qu'on employa
à invertir le Fort,,sonartillerie
ne cessa point de tirer; ensorte
que tout le village de Montreüil
étoit couvert dune épaisse
fumée.
L'investissement étant fait àcinq
ou six cens toises de la place, le
.Roy qui étoit à portée de voir les
differens mouvemens,. visita tous,
les postes, en commençant par la,
droite
>
occupée par les Gardes da
Corps qui avoient formé une quatrième
colonne dans la marche,
& finissant par la gauche au bout
de l'Aqueduc de Montreüiloù
étoient les derniers portes de l' I nfanterie.
Sa Majesté parut trèscontente,
& trouva les postes trèsbien
distribuez.
Après le blocus le Roy retourna
dans le centre de l'armée, 6c
ordonna aux troupes de s'avancer,
& de venir attaquer les premiers
portes.
M. le Blanc fut chargé par Sa
Majerté de porter ses ordres à deux
Brigades de Mousquetaires Noirs
qui furent commandez pour aller
attaquer deux portes de Cavalerie
ennemie qui gardoit les environs
dela place les Mousquetaires s'étant
avancez à la portée du pirtolet
de cette Cavalerie
,
le sentinelle
cria;qui vive, on répondit France
, & d'abord a près l'attaquecommença
; les Mousquetaires & la
Cavalerie ennemie mirent le fabre
a la main; la victoire fut balancée,
chacun fut pouffé & repoussé à fort
tour; mais après un combat qui
duraquelque temps, les Mousquetaires
s'emparerent du poste des
ennemis 3 ils en defarmerent beaucoup,
& amenerent au Roy des prifonniers
que S. M. ordonna de garder
jusqu'à nouvel ordre. Tandisque
la Cavalerie du Roy remportoit
cet avantage *
son Infanterie
n'en restoit pas spectatrice oisive.
Un détachement de Grenadiers
fut commandé pour aller enlever
un poste de 5 0. hommes que la
garnison occupoit dans le Cimetiere
de 11 Paroisse de Montreüil.
L'attaque fut assez vive
y
elle se termina
par la prise du poste & de
l'Officier qui le défendoit avec
douze soldats prisonniers qui furent
amenez au Roy,desarmez &.-
deshabillez. Cette capture divertit
infiniment Sa Majesté, & sa joye
redoubla celle des spectateurs.
Après la prise de ces deux postes
le Royapprocha davantage de
la place, & ordonna à sa Cavalerie
d'insulter les dehors; les assiegez
augmentèrent alors le feu de leur
artillerie, & ce spectaclefuttrèsagreable
à Sa Majesté,aussi-bien
qu'à l'Infante-Reine qui vit toutes
ces évolutions, & toutes ces attaques
d'un balcon qui lui avoit été
préparé chez le Curé de Montreüil
Le Roy se retira sur les sept heures
, & ordonna l'ouverture de la
tranchée pour le lendemain Dimanche
à six heures du foir.
Quatrième journée.
La nuit du 20. au 21."on se dis-
,
posa à l'ouverture de la tranchée,
& on ordonna differens postesde
Cavalerie & d'Infanterie pour soûtenir
les travailleurs; le Roi en fit
I3 visite
, 6c
-
se fendit dans le lieu
marqué pour le commencement du
travail, où Monsieur le Duc d'Orleans
attendoit Sa Majesté. Alors-
Modela Voye
,
qui commandoit
les
les Ingénieurs, ayant reçu les or.., dresduRoi, les fit executerà[a;
troupe j le travail fut prompt, L-,
se sentitdelapresencedu Roi.Les
principaux Ingénieurs qui fervent
au siege fous M. de la Voye,sont
M.deVauban,CapitainedansleRegirrent
duRoi,le Chevalierd'Alle
man,aussi Capitaine dans le i-nêàj
me Regiment, M. de Guillhauman,
Lieutenant Colonel reformé,
Mrs de Mauleon
,
de Pondaillan Y
& de Maillet, tous trois OfHciery
dans lie Régiment du Roi, SV
Mrs. de Laury ,Ingénieur k
Daudet-, Géographe de SaMajeste"
i il y en a bien d'autres quimeriteroient
d'être nommez, mais
cela feroit une trop longue liste.
Dès que chacun fut instruit de
son emploi
,
M. de la Voye se mit
à la tête de 60os travailleursy
chargez de pioches, pelles & fascines
qui défilerent sans bruit, le
corps baille, à la faveur d'ùn pe- titclair de lune, qui les guidoit, ., fan,.
sans les trop découvrir aux ennemis.
A mesure qu'ils arrivoient à
la place qui leur étoit consignée,ils
se couchoient ventre à terre, se
couvrantde leurs fascinesqu'ils opposoientaufeu
desassiegez. Le
Roi,témoin de cette manoeuvre,
en loüa les dispositions
,
& ordonna
de commencer la premiers paralelle,
ce qui s'executaavec beaucoup
de diligence.
Tandis que la Place, par un feu
continuel, s'efforçait d'empêcher,
ou du moins de retarder ce travail
, la Garnison fit même des
sortiesqui furent vigoureusement
repoussées. Ensuite Sa Majesté
voulut voir le progrèsdel'ouvrage
qui avoir avancé considerablement,
quoiqu'il ne fût commencé
que depuis une heure. S. M. passa
le long de la premiere paralelle,&
satisfaite des operations de la premiere
nuit du Siege ordonna que
l'on ceflac detirer, & se retira dans
son Château de Versailles, ou M*j
le C hevalierde Pesé alla recevoir
sesordres pour le lendemain, ce
qu'il a fait pendant tout le tempsque
le siege a duré.
Cinquièmejournée.-
, Le détachement qui soûtenoit
les travailleurs,étoit de 6oo. hommes
, & de deux Compagnies de
Grenadiers, fous les ordres de M.
de Crevecoeur, Mestre de Camp
d' I nfanterie
)
commandant le (econd
Bataillon du Regiment du
Roi. La tranchée fut ouverte à
150. toises du Fort, par deux
boyaux, conduisant à une grande
paralelle de 700.toises, qui embrassoit
tout le front de l'attaque.
J La nuit du 21. au 22. le Roi se
rendit à sonCamp,accompagné de
Mademoiselle de Charolois&de la
Marquise de Maillebois, vêtuës en
Amazones,&d'uneCour toujours
I très-brillante & très-nombreuse.
t Tel étoit l'ordre prescritdu travail
de cette nuit. On débouchera
jur les capitales des deux bajtiont
&de la demilune , les boyaux
marquez, Jur le Plan & à leurs extrlrtJttez.
j on je retournera a droit
& à gauche jur environ vingt toi.
les) pour commencer à former la
féconde paralelle.
- Dès que le Roi eut mis pied à
terre, le Chevalier de Pesé, qui
avoit été au devant de Sa Majesté,
la conduisit à l'ouverture de la
tranchée, qui fut relevée par M.
Dartigalouë
,
Mestre de Camp
d'Infanterie
,
& commandant le
trosiéme Bataillon du Regiment
du Roi, à la tête de 500 hommes,
de deux Compagnies de Gre- .,
nadiers & de 500. travailleurs. Le
Roi entra dans la premiere paralelle,
où 500 Soldatétoient déja
postez
, a couvert du feu de la
Place,& prêtsà,soûtenir les travailleurs
, qui ouvrirent trois boyaux
sur les capitales des bastions du
Roi, de la Reine, & de la demilune
d'Orléans, & on s'étendit à
droit& à gauche pour formerune
seconde paralelle. Apres la visite
de la premiere paralelle le Roi s'arrêta
vis-à-vis le milieu de la Place ,
& monta surla hauteur de la 1re.
parallele pour faire quelque obter..
vation. Le Duc de Charost, Gouneur
de Sa Majesté, le Duc de
Villeroi, Capitaine de ses Gardes,
& leChevalier de Pesé, la soûtenoient
pendant ces observations.
t
M. des Clavelles,Gouverneur
de la Place, ayant apperçû Sa
Majesté lurcette hauteur, fit une sortie d'un Officier avec un tambour
battant saraisse,le Roi ordonî
na à un Officier de son Regiment
d'aller les reconnoître,&de sçavoir
ce qu'ils vouloient. Cet Officier
de retour rapporta à Sa Majesté,
que le Gouverneur de la Place luienvoyoit demander si elle n'a,-
voit rien à luiprescrire avant les
hostilitez de cette nuit. Le Roi lui
fit dire qu'il ne vouloit que la prise
de la Place.A cette reponse le Gouverneur
marqua par le bruit de son
artillerie, qu'il étoit resolu de se
bien défendre. Alors M. de la
Voye traça les communications
pour arri ver à la féconde paralelle.
M. de Vauban le secondoit du
côté gauche de la tranchée.Onvit
dans un instant la trace de la seconde
paralelle, & de ses communications
formées par près de
ilx cens travailleurs couchez à terl'e,
& couverts de fascines.
Le Roi, après les avoir vus défiler
& poster, se retira sur un cavalier
qu'on lui avoit preparé, avec
les Dames en Amazones & toute
sa Cour. Le travail commença
avec autant d'ardeur que la premiere
nuit,malgré trois sorties
quefirent en même temps les assiegez,
l'une par le côté droit, l'autre
par le, côté gauche, & la derniere
par le milieu de la Place ; les
deux premières qui n'étoient que
de 50. hommes chacune, furent
J aisément repouliées; mais la troisiéme
,
qui étoit de deux Compagnies
de Grenadiers,s'avança jusqu'au
centre de la place d'armes,
&. les assiegez commençoient à
combler les travaux, lorsque plusieurs
piquets, soûtenus de cinquante
Gardes du Corps, lesrepousserent
jusques dans le chemin
couvert. On fut obligéde se retirer
à cause du grand feu de l'artillerie
de la Place. Le bruit du canon
fit tellement cabrer le cheval
d'un Sous-Brigadier des Gardes du
Corps, qu'il fut jetté par terre;
cette chutefut si dangereuse, qu on
crut qu'il en mourroit, ou seroit
du moins estropié j mais M. de la
Peronie, premier Chirurgien du
Roi,ayantvisité le blessé, sur le
champ de bataille, ne lui trouva
point de blessureconsiderable. Le
1
Roi fut fort touché de cet accident
, & n'en fut bien remis, que
lorsqu'il sçût qu'on avoit emporté
cet Officier dans une chaise à por- teur, &que sachûten'auroit point
desuitetuneste Sa Majesté luia
accordé une pension de 300 liv.
Cependantle combat continuoît,
& occupoit infiniment Sa Majesté,
'Gui de l'on cavalier, où Monsieur
le Duc d'Orleans s'etoit rendu dès jecommencement des operations,
donnoit à son armée ses ordres,
qui étoientportez par M. le Blanc.
Aussitôt que lesassiegezeurent
été répondez, le Roi alla visiter le
champ de bataille,où il trouva un
grand nombre de Soldats, les uns
contrefaisant les morts, les autres
les blessez. Dans ce momentles
assiegez firent une quatrième for-
-tie par la gauche dela Place,pour
enlever leurs morts & leurs blessez,
qui en augmenca encore le nombre.
Aprèstoutes ces sorties, dont les
mouvemens furent variez pour divertir
davantage le Roi,& lui presenter
des images différentes de ces
fortes de combats, Sa Majestéalla
voir l'ouvrage des travailleurs,
§c trpuva la feconde paralelle
presque
etoute formée.le Roi leur fit
distribuer une cinquantaine de
louis
, pour encourager leur zele
&, lesrécompenser, .& enfuitemonta
à cheval, & s'en retourna au
Château accompagné de toute sa
Cour.
Sixième journée.
La nuit du 22au23,Voici
-
quel étoit le projet des opérations.
On achevera, entiereinent de former
la seconde paralelle, & on
débouchera des jappes sur les trois -cA/Jitales" pour chemineraux angles
saillans du chemin couvert,
On commencera aUJJi à travailler
cette nuit aux batteries dessinées
à ruiner les défendes.
M. de Cadeville,Mestre de
Camp
9
commandant le quatriéme
Bataillon du Régiment du Roi, à
larêtede100. hommes, de quatre
Compagnies de Grenadiers,& de
500.travailleurs, releva la tranchée;
on perfectionna lestravaux.
bc on commença à dresser des hateries
de canon.
Le Roi se rendit à l'ouverture
de la tranchée
, accompagné du
Duc de Chartres, du Ducde Bourbon,
du Comtede Clermont, du
Grand Prieur, & de toute sa Cour.
SaMajesté parcourut à pied la
premiere & la seconde paralelle
1 suivie de M.le Chevalier de Pesé,
& visita aussi les bateries commencées,
au nombrede huit. Ensuite
Sa Majesté se rendit dans le lieu
marqué pour commencer la sape,
& yresta très-long-temps. M. de
la Voye, à la tête des sapeurs,
expliquaau Roicetteforte d'oper
ration,aussi-bien que l'usage des
gabions & desmantelets. Pendant
que l'onçommençoit la sape, l'artillerie
de la Place ne discontinuoit
point; M. de KeSous, Lieutenant
General, la commandoit, & M.
le Semelier lesecondoit. Après une
demie-heure de travail à la sape
y le Roi donna dix loüisd'or aux
-':pPTS, & un louisd'or en particulier
au nommé S, Jean, de Bagnols
en Languedoc, Soldat dans le RegimentduRoi, qui eutl'honneur
d'être presenté à Sa Majesté
-
parM. leChevalier de Pesé, comme
un des plusexcellens Charpentiers
qu'il yeutdans lesTroupes.
Le Roi retournaensuite à la queuë
de la tranchée,pour voir porter la
fascine à la Cavalerie, composée
de cent -
Gardes du Corps, & de
centcinquante Mousquetaires ;
après cette manoeuvre ,
qui plût
beaucoupà Sa Majesté, elle alla
se placer sur son cavalier, & y fit
monter Mademoiselle de Charo
lois,Mademoiselle de la Rochefur-
Yon, & quelques Dames de
la Cour. Dès que M. des Clavelles,
Gouverneur de la Place, apfpietrçut
le Roi sur son cavalier, il
faire trois vigoureuses sorties,
,
pour interrompre l'ouvrage des
fapcur&, qui furent foudroyez en
jnème temps par lecanon & les
bombes des assiegez. M. le Chevalier
d'Harcourt, qui a toujours
accompagné les Ingenieurs depuis
le commencement du siege, éteignit
une bombe qui tomba près de
lui, & l'apporta au Roi. Les aCfiegeans
firent des prisonniers pendant
les fprties
,
qui furent amenez
à Sa Majesté. Mais les allie..
gez firent ensuite une autre sortie
,
dans laquelle ilssiren t pllifieur$
prisonniers
,
les Grenadiers qui
avoient marché pour les repousser,
ayant été pris en flanc par 50.
Grenadiers du Fort, qui étoient
couchez sur le ventre au basdu
glacis.
M. le Blanc eut ce jour-là une
atteinte de goutte, qui ne lui permit
pas de remplir auprès du Roi
ses fonctions ordinaires. -
Septièmejournée.
La nuit du 23. au 24. projet
du travail. Onpousseralasapejusyucs
a vingt toises dçi anglesJail*
lansdu chemin couvert, (7 on
commencerai former la troiftémearalelle
.t depuis la capitale dfit
ïafiiond&~R.oirjujqties à celle du
bailton de la Reine.
M. de Crévecoeur releva la tranchée
avec 500. hommes, quatre
--C-ompagiiies de Grenadiers, &
3-Z;Ltravai-lleÙrs.. Le Roiarrivaau
Camp, accompagné du Ducde
Chartres, du Duc de Bourbon,
du Comte de Clermont, de Mademoiselle
de Charolois, de la Mar-
<lui[e de Maillebois,habillées en
Amazones, & du Duc deCharoQ,
Gouverneur de Sa Majesté,
qui fut conduite par M. le Chevalier
de Pesé, de la premiere & fe-*
Gonde paralellejusqu'à la premiere
baterie. Là le Roi observa la manoeuvre
du canon,&. le fit tirer
devant lui; M. de la Voyefitremarquer
à Sa Majesté un ouvrage
nouveau, que les assiegezavoient
fait durant la nuit précédente, à
2>o. toises du chemin couvert, sur
la Capitale du bastion du Roî.
C'étoitunelunette avec une lfe*-- che.On en expliqua l'usage à Sa
Majesté, qui dela parcourut toutes
les autres bateries, & fit tirer
huit ou dix coups à chacune. Le
Roi ordonna à M. Dodarc, son
premier Medecin
,
demettre le feu*
à un canon, ce qu'ilexecura aussitôt,
charme de contribuer au plaisir
de Sa Majesté,qui visitaenfuite
l'ouvrage que les sapeurs
avoient fait pendant la nuit, & se
rendit de-la dans l'endroit marqué
pour la troisiéme paralelle;
qui fut commencée en sa presence
»
sous les ord res de M. de la
Voye
,
secondé par M. de Guilhaumand.
Onfit mettre des porsen-
tête à deux ou trois sapeurs,
pour ne rien laisser échaper de tout
ce qui pouvoitinstruire le Roi des
usages de la guerre. Dès que la
troisiénie paralelle fut tracée, le
Roi se rendit à une baterie de
mortier, oùilexamina avec penetration
tout l'appareil & les instrumens
de ces bateries,leur construction
,
la maniere de charger un
mortier, de le tirer, l'effet de la
bombe,& autres détails de cette
espece d'artillerie. Toutesces bateries
tirerent dès ce soir-là.
Pendant cet examen il se fit
une sortiedes plus nombreuses; le
Roi donna ses ordresavec tant dejugement
& de connoissance
, que
ses troupes suivant ses commandemens
envelopperent les assiegez,
& le champ de bataille parut
bien-tôt couvert de morts & de
blessez.
Le Duc d'Epernon, & le Marquis
de la Suse; Grand- Marêchal
des Logis de la Maison du
Roi, se signalerent dans ce combat
;-
& malgré leur jeunesse ils
firent un prisonnier qu'ils amenerent
au Roi avec un fusil d'un
mort de leur façon. Cette capture
réjoüit fort Sa Majesté.
Ensuite le Roi voulant faire en;'.
lever les morts&les blessez,envoya
proposer une suspension d'armes
au Gouverneur dela Place, quien
convint. Aussi-tôt parurent des
civieres
,
conduites par le Sieur
Daudet, qui avoit été chargé de
Jes amener; pli enleva les morts
& les blessez; èt comme le nombre
des civieres ne suffisoit pas, les
Soldats les emportoient en cent
postures differentes, & representoientnaïvement,
& au vrai, ce
qui se fait dans ces- fortes d'occasions.
Le Roi fit distribuer par M.
le Chevalier de Pesé quelques loiiis
aux morts & aux blessez,qui ne
manquerent pas de les boire pendant
le convoi.On entendit derriereSa
Majesté une voix plaintive,
le Roi se retourna, & vit un Sol-
-dat mourant, SaMajesté ordonna
à M. Flandrio de Montblan,
Chirurgien Major de ses Camps
& Armées, d'avoir foin de ce bIef.
fé, & de lui tirer CIufang., ce qui
fut copiéexactementau coupde
lancette près. Le Roy finit ses travaux
ce jour-là par quelques momens
de reposqu'il goûta dans la
tranchée, où Sa Majesté fit collation
,
& ensuite retourna à Verfailles.
Huitième journée.
Projet dela nuit du 24. au 25.
Onpoufferadesfappes sur les trois
capitales qui iront droit auxangles
du chemin couvertsur environtrois
toiles de longueur, <3* à leurs extrémitez,
onJe retournera à droite,
C-r à gauche pourfaire des places
d'rmes, où on établira des cavaliers
pour plonger dans le chemm
couvert.
; Le Roy s'étant rendu auprès de
son Cavalier restaà cheval pour
observer l'étatduSiege, & vit
quatre nouvelles batteries que l'on
avoitconsfruites.
La tranchée fut relevée par un
détachement du Regiment du Roison
perfectionna les sapes, & on ea
ouvrit deux nouvelles pour couper
aux assiegez la communication
du chemincouvert avec la lunette
qu'ils avoiencélevé la veille sur la
capitale du bastion du Roy.
Ils étoienten si grand nombre
qu'il étoit difficile de les en chasser.
Lorsque cette doublesape fut un
peu avancée, une Compagnie de
Grenadiers attaqua les ennemis,
qui se défendireht par un feu continuel
sur nos troupes qui riposroient
par un déluge de Grenades.
Les assiegez non contents de cela, *
se doutant bien que la superiorité
de nos troupes
leur
emporteroit
cette lunette qu'ils avaient fait miner,
ils l'abandonnerent pour nous
attirer. M. de la Voye qui penetra
leurartiifce, avertit nos troupes de
combattre les ennemis qui occupoient
la lunette sans y entrer. Les
assiegez étant chassez, M. de la
Voye alla seul visiterlui-même la
lunette, & découvrit une méche
qui bruloitfortvîte. A peineeutil
le temps de le retirer, 6c de dire à
nos soldats de reculer, & de se coucher
par terre, qu'aussi tôt la mine
fauta avec un grand bruit, 6c une
fuméetrès-épaisse ;
elle enleva l'angle
& la moitié des faces de cet
ouvrage. Le Roy alla voir l'effet
de la mine avec Mademoiselle de
Charolois, & la Marquise de Maillebois
,
1x quelques autres qui ie
suivirent. M. le Chevalier de Pesé
presenta à Sa Majesté M. de la
FoLIe, Capitaine des Mineurs
,
6c;
les Mineurs furent recompenfcx
de leur travail par les liberalitez du
Roy. Nos soldats s'emparerent de
la lunette, & s'y fortifièrent. On
fit une suspension d'armes pour
donner le temps au Roy d'examiner
le terrain où on vouloit établir
un Cavalier pour battre dans la
place d'armes du chemin couvert.-
Sa Majesté allaensuite sur la droi te
voir la piece de canon de 24.qu'el
le - fit tirer,& aprèsavoirchargé
M. de Ressons de distribuer dJx.
loüis d'or aux Canoniers elle se re"-
tira.
Il paroît que le Roy a beaucoup
d'ardeur pour cet exercice; il visitegeneralement
tous les travaux
il en conçoit ailément l'usage, &
en examine les progrès avec beaucoup
d'attention
,
refléchissant sur
les differentes manieres d'attaquer
une place, & d'ailleurs encourageant
les travailleurs, autant par sa
presence
que par ses liberalitez.
Les soldats très-satisfaits des manieres
de ce Prince ont exprimé
leurs sentimens par des couplets de
chanson que nous avons eu foin
de receüillir.
CHANSON GRIVOISE,
sur l'air, Ion lan laoderirttte.
AMis, chantons tant bien que mal,
Nôtre jeune & beau General,
Lon lan laderirette,
Tous les bons grivois font pour lui,
on lan la deriry.
Dès qu'il paroît au Camp, quel go I
Sa vue est pour nous du coco,
Lon lan la dehrette,
Qui d'abord nous ragaillardit,
Lon lan la deriry.
Il ordonne en vieux Commandante
On diroit qu'il a cinquante ans.
Lon lan la derirette ,
Quand on ne voit que son esprit ,
Lon lan la deriry.
Dans la tranchée il mange & boit j.
Avec tout autant de sens froid,
Lon lanla derirette,
Qu'un gros Abbé dans son logis r
Lon lan la deriry.
Q.noique sui et à contrô ler
,
Quoique- Sur lui nous ne pouvons glaCer;
Lon lan la derirette,
Pas même quand nous sommes gris
;)'
Lon lan la deriry.
Neuvièmejournée.
Projet de la nuit du 25. au 26.
Onje logerasur les angles du chemincouvert,
foitpar la sappe ou
de vive force.
Le Roy étant arrivé au Camp
devant le Fort, s'arrêta vers le milieu
de la deuxième parallèle, pour
mieux observer ce qu'on alloit faire
sur la capitale du principal bastion.
Le Chevalier de Pesé qui
avoit accompagné S. M. jusqu'à
cetendroit,s'absenta pendant quelques
momens pour donner ses ordres,
& disposer ses troupes an
combat.
Les ennemiss'étantapperçû
qu'onn'avoitpoint achevé de continuer
les deux boyaux, ou communication
qui devoient se joindre
dans la gorge de la lunette' qu'on
leur avoit prise le jour precedenc , quoique M. de la Voyeeût donné
ses ordres pour ce travail, fircnt
une sortie très-à-propos avec deux
Compagnies de Grenadiers, & à
la faveur d'un épaulement que M.
de la Motte, Ingenieur en Chef
de la place avoit fait faire très-judicieusement,
ils entrerent dans la
gorge de la lunette, en chasserent
nos troupes, renverserent nos ouvrages,&
mirent le feu à nos gabions.
Alors nos soldatsquiétoient
dans la troisiéme parallèle en sortirent
avec beaucoup d'ardeur,
commandés par M. de la Voye
chasserent les assiegez
,
éteignirent
- le feu de nos gabions, rétablirent
nos ouvrages,fermerententièrement
la gorge de la lunette, s'y retranchèrent
, & montèrent enfin
sur le chemin couvert, à la faveur
d'un boyau qu'ils formèrent sur le
glacis, vis-a-visl'angle flanqué du
bastion duRoy ; ils établirent aussitôt
leur logement,tant sur la droite
que sur la gauche, à la faveur
des gabions que PQnoient lestravailleurs
,soutenus par deux Compagnies
de Grenadiers qui faisoient
un feu continuel, & accabloient
de grenades les assiegez qui étoient
dans le chemin couvert, & qui firent
de nouveaux efforts pour détruire
notrelogement, ce qui ne
leurréüssit pas. Toutecetteattaque,
qui dura près d'une heure avec
un feu prodigieux, fut bien conduite,
& comparée par les connoisseurs
aux attaques des Sieges
du Quesnoy & de Fribourg. Le
Roy y prit beaucoup de plaisir, &
se retira ensuite sur son cavalier
pour voir les autres sorties qu'on
devoit faire.
Aprèsnôtre logement fait les
ennemis firent un dernier effort,
& vinrent en si grand nombre
qu'ils renverserent quelques-uns de
nos gabions
, & chasserent nos travailleurs
de l'extrêmité de la troisîéme
parallèle
, on ne leur donna
pas le temps de la combler, ils furent
promptement repoussez
,
& ce
qu'ils avoient détruit. futrétabli.
Une autre troupe des assiegez
croyant que nôtre groiie batterie
n'écqlt pas assez défenduë s'avisa
de la venir attaquer pour la furprendre
& l'encloüer. Ils y arriverrent
avec beaucoup de précipitation
mais dans le moment
se
voyant
environnez de toutes parts par nôtre
Cavalerie,& nôtreInfanterie,ils
n'eurent le temps que de mettre le
clou dans la lumiere de nôtre grolle
piece de .24. & se retirerent au.,
plusvîte en essu y ant le feu de tourtes.
nos troupes, qui en firent reâer
ungrand nombre sur la place.
Le Roy ordonna à M. dela Serre
Aide-Major dé son Régiment,
d'aller faire décloüer,s'ilétoitpossible.,
cette piece de canon, ce qui
fut fort aisé; car les assiegez n'avoient
pas eu le temps
«
d'enfoncer
leclou. On le porta a S. M~ qui
voulut aller voir de ces propres
veux ce que c'était que d'encloüer
mi canon. Aprèssel'être fait exoliquer,
il fittirer cette même pieâl,:
e,,échap,éç aux jrcuuvaifes inreur
tions desennemis, aussi bien qu'une
grande quantité de bombes
, avant
que d'aller voir l'ouvrage que nos
troupes avoient fait pendant tout
le combat, & les logemens qu'elles
avoientétablis sur le chemin couvert.
M. de la Voye expliqua au*
Roy de quelle maniere cet ouvra-j ges'étoit fait, aprèsquoi S.M.se]
retira. I
Dixiéme journéé.
Jo.
Projet de la nuit du 26au 27.1
Un commencera, a travailler aux
batteriesjnrle chemin couvert, tant'
de canons que de pierriers & mori
tiersj onfera la descente du
cheptin-i
cCpoCulv~aefr~ct,, e(&sûo~ndje'a/lCorg~emfr~odaenssle.1s.,,,
- La Cour fut encore plus nom-';
breuse au Camp ce jour-la qua.
l'ordinaire,l'Infante-Reines'étand
rendu sur son balcon, accompa-«
gnée de Madame la Duchesse de'
Vantadour, de Madame la Prin-
« cesse de Soubise
,
& d'autres Dà-g
mes de la Cour. *
i
Le Roy partit de Versailles à
4. heures
,
accompagné de Monsieur
le Duc d'Orléans,du Comte ,4
.de Charolois, du Prince de Conti,
du Duc de Charosts,son Gouverneur
, &c. commença par visiter la
troi siéme parallelepour lui faire
voir l'ouvrage que ses troupes
avoient fait la nuit precedente,
aussi bien que deux Cavaliers élevez
pour tirer dans le chemin couvert,
&placez sur la droite & la
gauche de la capitale de la demilune
d'Orléans, & qui formoient
avec leurs boyaux un ouvrage
qu'on nomme Ygres Onexpliqua
à Sa Majesté comment se devoit
faire ce jour-là l'attaque du chemin-
couvert; ensuite le Roy alla
se placer sur son cavalier. L'attaque
du chemin-couvertcommença
par les Grenadiers, on ne tarda
pas à s'y loger; l'ennemi qui avoit
miné les deux angles saillans du
bastion du Roy, & de la demi-lune
d' Orléans esperoit tromper la
vigilance de M. de la Voye, & se
trompa lui-même, car on fit un
puits pour éventer lamine faire au
bastion du Roy,ce qui en diminua
beaucoup l'effet; celle de la demilune
d'Orleans nous fut plus funeste
,
il y eut trois ou quatre soldats
du Regiment du Roy qui ne
se retirerent pas assez tôt, & qui
fauterent en l'air, cela exci ta fort
la compassion des spectateurs qui
se tourna en risée quand on (çÚt
que les soldats-enlevez par la mine
n'étoient que de carton.
Cependant deux Compagnies de
Grenadiers s'établirent le long des
palissades depuis le bastion duRoy
jusqu'à celui de la Reine.
, Le Roy alla voir de près l'effet
des mines, & voulut voir aussi de
près une seconde attaque du chemin
couvert, ce qui fut execuré
avec une vivacité &: une justesse ,
dontSaMajestéfuttrès-contente.
Dans le temps que le Roy étoit
sur son cavalier on lui amena une,
3
femme qui avoit servi d'espion aux
ennemis, elle joüa si bien son rôle
que son recit amusa fort S. M.
Onzième journée.
Projet de la nuit du 27. au 28.
Onferaladescente dufossé.Le spectacle
fut très-brillant ce jour-là,
non-seulement par l'execution des
projets concertez,mais encore par
le concoursextraordinaire de monde
que la curiosité y avoit attiré.
Tous les bons Bourgeois de Paris
avoient profité du loisir du Dimanche
pour venir admirer ce que la
>
plupart ne comprenoient pas. Toute
la campagne étoit couverte de
Cavaliers, de piétons, d'amphiteatres,
& de voitures de toutes
l sortes d'especes.
On attendoit ce jour-là un convoy
dans la place, & l'armée du
Royen étoit instruite; on avoic
t fait occuper par des détachemens
>
de Cavalerie tous les défilez du
1 bois qui est sur la hauteur de la
montagnede Picardie;cestroupes
attendoient le signal pour charger
le convoy qui passa le bois conduit
par une escorte considerable ; dès
qu'il parut dans la plaine nôtre Infanterie
aunombre de quatre Compagnies
de Grenadiers quiétoit en
embuscade
,
ferma tous les passages
du bois, & la Cavalerie composée
de Mousquetaires & Gardes
du Roy, fondit sur l'escorte avec
tant de rapidité & d'action que le
combat semblaveritable ;on prit
des chariots du convoy, & le reste
malgré la valeur & la prudence
des assiegeans entra dans la place
qui avoit, comme on peut croire,
très-grand besoin dece secours.
Pendant le combat on surprit
dans la place un denos espions qui
futaussi-tôt pendu sur l'angle flanqué
du bastion du Roy; (on se
doute bien que l'espion étoit d'or
fier. )
Après le combat le Roy alla visiser
lechemin-couvert de la place 1
on nous étions logez, &où nous
avions placé six de nos batteries;
ensuite Sa Majesté se retira derriere
la seconde parallele pour voir
faire la descente du fossé. Pendant
ce combat les assiegez firent joüer
une mine qu'ils avoient faite aLi
chemin-couvert, vis-à-vis la face
droite de la demi-lune d'Orleans
fous une de nos batteries, composée
de deux pieces de quatre livres:
l'effet en fut très-vif. -Lesafflits &
L-les rouës furent brisez en morceaux,
les canons même furent jetr
tez à plus de trente pas de la mine.
Î.M. de la Fosse,Lieutenant des Mineurs
quiavoit fait cette mine en - fut fort loüé. Le Roy en vit lesdétbris
, 8c de-là alla visiter le logement
fait par nos troupes au chemin-
couvert du côté du bastion de
Ma Reine. On amena à Sa Majesté
7im déserteur de la place qu'elle
questionna avec beaucoup dedis-
3 cernement & de capacité, sur la
situation de la place,, le nombre
de troupe qui restoient pour sa
défense,sesvivres & ses munitions
, sur laconduite du Gouverneur,
& la capacité des Ingenieurs.
Le Roy charmé des réponses de ce
Soldat,lui demanda,s'il vouloit
prendre parti dans ses troupes; il
répondit à cette demande encore
mieux qu'aux premieres,& reçut du
Roy quelques Loüis d'or pour son
enrôlement. Pendant qu'on travailloit
à reparer le dégât de la mine,
une de nos bombes tomba sur
le clocher de l'Eglise de la place,
&: cetédificefut-bien-tôt consumé,
attendu qu'il étoit bâti de la même
matiere qui sert aux Châteaux de
l'O péra.
Les assiegez voyant qu'on travaillent
fortement à la descente du
f.{){fé) mirent tout autour de leurs
remparts des pots à feu, & des toures
gaudronnées pour découvrir
ce que nous faisions dans le chemin
couvert. Cette illuminationfinit
parfaitement bien les opérationsde
cette
cette journée qui fut des plus variées,
& des plus amusantes.
Douzième journée.
Projet de la nuit du Lundy 28.
au 29. On tâchera d'attacher le
mineur a la face gauche dela demi-
lune d'Orleans.
Le Roy se rendit à la fin du jour
sur son cavalier, accompagné de
Mademoiselle de Charolois
,
& de
quelques Dames habillées en Amazones,
& suivi de M. le Blanc, qui
empressé de remplir son devoir auprès
de Sa Majesté,oublia qu'iln'étoit
pas trop bien gueri de la goute
qui l'avoit attaqué trois jours auparavant.
Dès que le Roy l'eut ordonné
on fit la descente du sossé devant
la face droite de la demi-lune d'Orleans.
On perfectionna les sappes
couvertes, la gallerie du sossé
,
6c
on construisit avec une très-grande
diligence une traverse à l'épreu-
-ve du canon, qui facilita le padage
du même fossé, & permit d'attacher
le mineur. Lamine fut promptementachevée
,on fit retirer nos
troupes; &: les assiegez s'étant apperçus
du peril qui les menaçoit,
évacuerent la demi-lune, & en retirerent
leurartillerie. Lamine fauta
aussi-tôt, & laissa voir une bréche
considerable, dès que la fumée
fut dimpée. M. de la Voye, à la tête
de tous les travailleurs, monta sur
la demi-lune, & s'y retrancha. M.
de Guillauman, lngenieur, ôc M.
Dussoir, Capitaine reformé au Regiment
de Vendôme se distinguerent
fort pour leur capacité, &
leur activité dans cet ouvrage. M.
le Duc d'Epernon, & M. le Marquis
de Cany
,
malgré leur grande
jeundTe, & la délicatesse de leur
temperamment, apporterent sur la
demi-lune plusieurs fascines qu'ils
prenoient dans un endroit assez
éloigné.
Quand le retranchement fut
achevé, M. le Chevalier de Pefé*
qui s'étoit trouvé par tout, alla
avertir le Roy du succès de la mine,
Sa Majesté voulut en être le
témoin., & s'y renditen passant par
les retranchemens que l'on avoit
faits dans les places d'armes du chemin-
couvert,pour voir la descente
du fossé
, & le mineur attaché à la
facedroite-du bastion du Roy.
Sa Majeflé après s'être fait expliquer
tout ce qui concernoit cette
operation, alla voir les triples palissades
que les assiegez avoient
plantées dans le chemin couvert
pour retarder les travaux j & étant
descendu dans le fossé
3
vis-à-vis le
milieu de laface gauche de son bastion,
Sa Majestévit travailler le mineur
après s'êtrecouvert d'un mantelet.
Delà elle alla voir tirer la piece
de 24. & un artificier tira un peu
après quelques douzaines de fussées
valantes qui firent un très-bel effet.
M. de la Fosse qui faisoit la mine,
&qui avoit fait les précedente fut
très-gracieusé sur ses talens, allffi
bien que M. de Laury, Ingenieur
très-entendu, & très-experimenté,
qui sert depuistrenteannées dans
les troupes du Roy.
Treizièmejournée.
Projet de la nuit du 29. au 30.
Onserajoüer lamine de la demilune
qu'on emportera d'assaut, &
on s'y logera.
Le Koy en arrivant au Camp
dePorché-Fontaine, se rendit d'abord
devant la face droite de son
bastion, & vit la bréche que le canon
y avoit faite ; Sa Majesté adr
mira la diligence & la précaution
des assiegez, qui pendant la nuit
avoientherisse toute cette bréche
de palissade pour s'opposer à l'assaut.
M. le Chevalier de Pesé &
M. de la Voyeexpliquèrent au Roi
l'usage de ces palissades, & comment
on devoit s'y prendre pour
détruire cet ouvrage. Alors Sa Majesté
envoya un tambour demander
au Gouverneur de la place, s'il
ne vouloit pas capituler,le Gouverneur
répondit au Roy,qu'il se trouvoit
si honoré de combattre contre
Sa Majesté,£c de l'avoir pour
témoin de sa conduite, qu'il s'efforceroit
de meriter son approbation
en faisant son devoir, 6c en
défendant jusqu'à l'extrêmité la
place qui lui étoit confiée.Aussitôt
l'attaque commença ; le Roy se
rendit dans le chemin couvert au
milieu de kl face gauche de son
bastion
,
àc vit de quelle maniere
les assiegez chasserent le mineur,
en jettant des pots à feu 6c des
tourtes gaudronnées sur les gabions,
fascines & planchesqui couvroientle
passage du fossé. Mais le
Canon ayant ruiné les palissades
des assiegez sur le bastion du Roy,
& augmenté considerablement la
brèche, deux Compagnies de Grenadiers
monterent à l'assaut, chafserent
les ennemis, & s'emparerent
du bastion du Roy jLfqL,'à la gorge,
où les assiegez s'étoient retranchez.
M. de la Voye fit d'abord
travailler à un retranchement.
Danslemême temps que l'assaut
se livroit au bastion du Roy, on
faisoitaussi une attaque sur la face
gauche du bastion de la Reine
,
où
la brècheétoit considerable. Les
assiegez l'avoient fermée pendant
la nuit avec des chevaux de frise,
& les assiegeans s'occupoient courageusement
à les arracher, lorsqu'ils
apperçurent les signauxd'une
capitulation.
Le Gouverneur de la place après
avoir fait toutce que la valeur&
l'art militairepeuvent tenter pour
la défense des Villes, voyant qu'il
ne pouvoit plus résister que témérairement
aux armes du Roy
,
fit
déployer un drapeau blanc sur la
courtine; & ayant fait battre la
caille pour demander une capitulation,
députa vers Sa MajestéM.de la
Motte, Lieutenant de Roy, & Ingenieur
de la place qui proposa les
articles suivans au Roy, qui s'étoit
j.el'idu par la breche sur son bastion,
où il s'étoitassis sur une fascine.
Capitulation proproÇêeau Roi Très-
Chrétien, par M. des CLavelles
de Schaumouje
,
Gouverneur
du Fort de MontreiiiL
- I. Il feraaccordé trois jours de
suspension d'armes; 6c si dans ce
terme la place n'en: pas secouruë,
jclle fera remise au pouvoir de Sa
Majesté Très-Chrétienne. 1
Répondu. La Garnison évacuëra
la Place dès demain 3.0.ëe remettra
des aujourd'hui une porte
aux Troupes du Roi.
2. La Garnison sortira par la
breche, tambour battant, meche
allumée, drapeaux déployez,pour
être conduite à Meudon par le plus
court chemin. Accordé.
3. Chaque Soldat pourra emporter
une livre de poudre,& des
ballesàproportion. Répondu. Chaque
Soldat remportera six coups à
tirer seulement.
4. Il fera accordé à la Garnison
quatre pieces de canon & deux
mortiers
, avec douze coups à
tirer pour chaque piece, & les
équipages necessaires pour les conduire
a Meudon, seront fournis
aux dépens des assiegeans. Accordé
deux pieces de canon de (ix li vres
& un mortier de huit pouces avec
six coups à tirer j le tout fera conduit
à Meudon aux dépens des assiegez.
5. Il fera aussi fourni aux dépens
des assiegeans six chariots
couverts, qui ne pourront être visitez,
fous quelqde prétexte que
ce soit.Accordé deux chariots aux
dépens des assiegez.
6. Le Trésorier, le Munitionnaire,
ni aucun Officier de la Garnison
, ne pourront être retenus
pour seureté des dettes qu'elle peut
avoir contractées, ni fous aucun
prétexte. Répondu. Ilseralaissépar
les assiegez un Commissaire pour
ôtage des dettes j usqu'à leur entier
payement.
7. Les particuliers établis dans
le Fort, auront la liberté d)ytJ rester
ou de se retirer avec leurs ei£fets.-
Accordé, à condition qu'ils seront
tenus d'opter dans huit jours.
8 Les malades & blessez qu'on
est obligé de laisserdansle Fort,
feront pansez aux dépens deSa Majesté
Très- Chrétienne * & lorsqu'ils
feront gueris , renvoyez à
Meudon. Accordé.
9. Il fera accordé une escorteà
la Garnison , pour empêcher qu'elle
ne foit inquietée dans sa marche
jlifqti'à Meudon: Accordé.
Fait & arrêté aux conditions
prescrites parSaMajesté au Camp
devant Montreüil le 29. Sep'telfioOr
bre 1722.
D'abord que le Roi eut finéla
capitulation
,
il s'avança sur le haut
du parapet, dans l'angle de l'épau-
L le de son bastion
, 6c parlaassezlong-
temps avec M. des Clavelles,
Gouverneur de la Place, qui étoit
sur la courtinei & là Sa Majesté
le fit Grand Cordon de l'O rd re
Militaire de S. Loüis. Ensuite elle
alla voir la breche du bastion de la
Reine, & les deux chevaux de frise
qui la fermoient, & finitcette
journée par la prise de possession
de la porte de la Place convenuë
par la capitulation, où le Roi fit
marcher devant lui une Compagnie
de son Regiment, & fut luimêmelaposter
à la porte du Fort,
avec ordre de ne laisser sortir personne
de la Place.
Quatorzièmejournée.
Le Mercredi 30. Septembre le
Roi accompagné de toute sa Cour,
s'étant rendu devant la Place pour
en voir sortir la Garnison,trouva
son Regiment rangé en haye qui
entouroit le Fort, & l'évacuation
s'en fit dans l'ordre suivant.
Une Brigade de Gardes du
i
Corps, faisant partie de l'escorte
accordée,précedoit, le sabre à la
main, une Compagnie des assiegez,
qui marchoient tambour battant,
meche allumée
, avec des
haut-bois joüans une marcheétrangere,
qui plût fort à Sa Majesté.
Ensuite paroissoient les Officiers
d'Artillerie, avec leurs Canoniers
portans leurs meches allumées. M.
de Beaufort, Capitaine - de Chariots
d' Artillerie, qui avoit fait la
fonction de Tresorier pendant le
siege
,
marchoit à la tête de les.
Chariotsavec son Garde de parc,
conduisant deux canons de quatre
livres & trois mortiers de huit pouces
, suivis de deux chariots couverts,
entourez d'un grand nombre
de Soldats dela Garnison contrefaisans
tous les blessez & estropiez
si naturellement,que le Roi
en fut fort réjoüi, & leur donna
des marques de saliberalité. Après
les Chariots le reste des Grenadiers
défila par quatre avec leur
Capitaine & les autres Officiers,
M. des Clavelles
,
Gouverneur
dela Place, venoit ensuiteà cheval
, paré du grand Cordon
rouge, dont Sa Majesté l'avoic
honoré > M. de la Mothe
, Ingénieur
en chef de la Place,
l'accompagnoit aussi à cheval, ils
étoient suivispar M. Dussoir, M..
le Moine,&M. Gautier, tous trois
Ingénieurs. Le drapeau blancavec
des hauts-bois précedoit les débris
de huitoudixCompagniesdesassiegez,
avecunairaussi trisse que les
précedents, & le reste de l'escorte
composéè de Gardes du Corps, sermoit cette pompe guerriere, le
fabre à la main, avec leurs timbales
& leurs trompettes.
LeRoi. après l'évacuation voulut
voir tirer à boulet la piece de
24 pour connoître l'effet des boulets.
Ontira trois fois cette piece
sur l'angleslanqué du bastion
de la Reine; on tira en même
- temps trois autres boulets de qua-e
1
tre livres, qui firent une breche
allez grande. Les gros boulets entrèrent
quinze pieds dans la terre,
& les petitssix pieds. On en rendit
compte au Roi, qui en s'en retournant
à Versailles, fut régalé
par M. le Chevalier de Pesé, d'un
ipectacle nouveau. Deux Compagnies
de Grenadiers, s'étant rangées
en haye , tirerent en même
temps leurs tunis, dont les baies
se croisant en l'air , & en se changeant
en étoiles, formerent aux
yeux de Sa Majesté un ciel des
plus brillans C'est une invention
d'un Artificier étranger, qui eut
l'honneur d'être applaudi par le
Roi, à qui on fit voir aussi l'effet
,
des boulets rouges, en ayant fait
rougir plusieurs dans le feu, prêts
à les mettre dans le canon. S.M.aététrèssatisfaite desou
Regiment pendantce siege.Presque
tous les Officiers Se font trouvez
r Ingénieurs ; l'Etat Major a fait
obierver une si belle discipline»&
les Soldats s'y font sournis avec
tant de zele, qu'ils ont fait en
très-peu de temps l'ouvrage de dix
mille hommes.
Derniere journée du Oélobre.
M. le Chevalier de Pesé, toûjours
attentif à procurer au Roi
tous les plaisirs qui dépendent de
lui, voulut finir l'affaire du Fort
de Monireuil, par une petite bataille
, dont il sit faire toute la manoeuvre
à son Regiment devant
Sa Majesté. Les deux premiers
Bataillons representoient les Troupes
du Roi, & étoient commandés
par M. de Pesé; les deux derniers
Bataillons representoient les
troupes des Ennemis, & étolent
commandez par M. des Clavelles.
Cette bataille se donna dans le
Camp de Porché -
fontaine, &
fut dans toutes les regles del'Arc
militaire. Il se fit grand nombre
de décharges, nos Troupes vainquirent
l'Ennemi, & l'obligèrent
à le retrancher derriere des hayes;
d'où étant sorties elles revinrent
sur nous, & firent avec nos Trou--
pes un combat si réglé, qu'il n'y
avoit rien à desirer. Sa Majesté
qui éroit placée sur la hauteur du^
terrain de Porché- fontaine, fuD
très-fatisfaice de ce divertissements.
& fit ensuite passer son Regiment.
en revue. M. le Duc de Chartres,
à cheval, s'étant mis à la tête,.
comme Colonel General
,
salua
le Roi de l'épée & fut se placer
ensuite à côté de Sa Majesté
,. le Roi fit beaucoup d'accueil
aux Officiers de son Regiment, Scleur
témoigna qu'il étoit très-content
d'eux. Après que leRegiment
du Roi eut passé en revuë
,
la Compagnie
des Canoniers passa aussi
en revûë devant Sa Majesté
,
qui
le retira après dans son Châteaude
Versailles sur les sept heures du
soire
; On peut dire que l'attaque & la
défense du Fort de Montreüil,
ont donné au Roi une idée trèsdistincte
de la maniere d'assieges
une Place,& que cette image d'un
siege est devenuë pour Sa Majesté
un amusement très-instructif, par
attention avec laquelle le Roi a
vû toutes les attaques, & visitéles
differens travaux. Tout y a été
conduit avec un ordre admirable,
& Sa Majesté a parû très-contente
de cet exercice de guerre,dans
lequelles Officiers du Regiment
du Roi, M. de Ressons
,
Brigadier
commandant l'Arttillerie, &
M. de la Voye, à la tête du Genie
, ont donné chacun dans leur
emploi des preuves de leur capacité
, & de leur empressement à me.
riter l'approbation & les grâces de
Sa Majesté. M. le Chevalier de
Pelé s'est extrêmement distingué,
par les foins qu'il s'est donnez, &
par la magni sicence des tables
qu'il a tenuë tous les jours, avec
autant de delicatesse que d'abondance.
Le Noble & le Bourgeois, tout a la
joye aucoeurj On
ial-J.ufn'&s ().::;';;;;
.-
s( u/i***
dance.
Le Fort de Montrent étoit composé
de deux battions entiers, d'une
courtine, d'une demi-lune entiere
,
& aux extrêmitez des deux
bastions
,
il y avoit un prolongement
de deux courtines, comme li
on avoit voulu achever un hexagone.
Au devant des deux morceaux
de courtine étoient deux
moitiers de demi-lune
,
le" temps
n'ayant pas permis d'achever cet
ouvrage. On n'en fera pas une plus
ample defcnpdon; puisqu'on en
peut voir le plan exactement gravé
dans la planche ci à côté, avec celui
du Camp, occupé par les assiegeans
, & les explications necessaires.
Voici encore quelques coupletsdechanson
qui n'auront pasmauvasse
grâce à la fuite de cette relation.
Sur l'air, tarare pon pan. ON voit depuis un temps tout Paris
dans Versailles,
Le Noble & le Bourgeois, tout a la
1
joyeaucoeury OnOn
force des murailles,
Chacun s'en fait honneur,
On donne des batailles
Sans peur.
)¡ùx troupes de Louis Montreüil ou-v
vre la porte ,
On sait des prisonniers, chacun choisit
lelien,
Que de morts on emporte !
Pour eux ne craignez rien :1"
Morts, blessez tout se porte
Fort bien.
FerIr bdre au grand Bourbon on court
à la Guinguette,
Ç'est-là que le Grivois se fait tirer du bon,
La bruyante trompette
Gelebreunsibeau nom,
L'écho charmé répété A
Bourbon.
Bourbon est adoréplus qu'on ne sçauroit
dire,
Le peuple s'attendrit au seul nom de fou
Roy,
Loiiis tout ton empire
Te parle ici par moi ,
Tout brûle, tout soupire
Pour toy.
,
De tes heureux sujets délices. les plus
cheres,
Regne long-temps sur nous, charme à
jamais nos yeux,
Tu vois quels voeux sinceres
On t'adresse en tous lieux,
NosPrinces font nos peres;
Nos Dieux.
Le Regiment du Roy décampa le
E 3.Octobre pour retourner dans ses
p quartiers) la veille dece jour-là Sa
rl Majesté le passa en revûë, & vit
le spedctacle d'un combat comme
nous avons déja dit.Les
quatre bataillons de ce Regiment
déselerent enfui te devant le Rov" J qui eut la bonté de témoigner à
tous les Officiers sa satisfaction de
la maniéré dont le Regiment s'étoit
comporté.SaMajesté en a
donné des preuves par les grâces
qu'il a accordées à ce Corps. M.de
Crevecoeur, Commandant du Second
bataillon, & M. de Marsac *
Major, ont été faits Brigadiers,
Mrs de Maillé, de Marcilly, & du
Guesclin
, ont été nommez Metre
de Camp. Le Roya accordé à plllseurs
Capitaines des pensions
,
&
des gratifications, & quelques Officiers
ont été faits Chevaliers de
l'Ordre Militaire de S. Louis. Les
soldats se font ressentis des liberalitez
de Sa Majesté par quelques
centaines de Louis d'or que le Roi
leur a fait distribuer en plusieurs
occasions.
f On aremarqueqùeleRoyse plaît
si fort aux exercices Militaires
que la pluye continuelle, & le
mauvais temps ne l'ont pas empêché
de se tenir jusquadeux & trois
heures à cheval, sans témoigner la
moindre impatience.
Nous ne sçaurions mieux placer
les vers latins qui suivent, preccedez
d'une Anagrame sur l'Auoguste
nom du Roy, qu'en les mettant
à la fuite du Journal que l'on
vient de lire. lIs ont été faits, ôc
presentez a SaMajesté par un Genitilhomme
qui a palTé presque toute
issa vie dans le bruit desarmes, &
qui porte sur sa personne des marpques
illustres de ses longs services.
LUDOVICUS BORBONIUS
DECIMUS-QUINTUS
GALLIA ET NAVARREREX.
ANAGRAMMA.
O Jnflli Coeli terræ bonus xillarigubunt ; ve. undique decus,
Amor. s Pes & Amor Francorum! Heroum di-
gnapropago3 - 0
Ordine q/tos longo Gallianolfratulit;
Nominis Augurium ne defpice:foepe sub
ipso
Fatomm feries nomine scriptalateU
Sis bonus ô terra:! comportas bella r&-
ducas
Alireaficla: erebi noxia monflra
fnges
,
îQua;JufTu Casli dury prejîas., vita fipcrjït
Longa • polum répétasférus-, & in
de favç.
limiter ea, dum fuJTa paras Vexilii rigabunt
Aftris propitiis, bine Amor j inde
decus.
«
j Seu tu gentis amor , feu gentis gloria dici
Mavis, quid dubitas? fpondet
ittrumque polus
l£Jl amor incertus , dum mutua vincula
neftit,
Sis ne magispopuloCarus
> an ille
tibi.
j'Gloria & incerta cft, tua dum vestigia
firmat>
Tu ne decltf gentis fil Mage3 an
illa tuum.
J'Undique non tantum qua foelixGallia,
regnat,
Orbisatipsius fis amor, atque de
cils.
GSis Bonus ô terrx ! Calum jubet, admonet
ipsum -
-
Nomen, & inmentorum non final
cJJe met. 6
flæcegoCaf/renjis Cecini, paupercula
uMufa
Nobilis
,
ast annis ,
vulneribufcfuç- gravis.DOLIVIER..
ENIGME.
QUoique je serve assez de modèle ça
bêtise,
On trouve cependant en beaucoup de
pays,
Voire des badaùts de Paris,
Gens qui sans me citer pour exemple en
fortise,
En disentà pouvoir s'attirer bien des ris,
Si mon Auteur en est, il en aura la crise
1
Ses Enigmes feront proscrites,
ou proferits.
,Pour moi privée du langage ,
En récompensemon partage
Est souvent l'devation ,
Dans l'air, ou sur quelquemaison
Qnil feroit mal-aisé sansmon utileusage,
Defaireen sa perfcétion;)
Mais mon maître de moi se jouë,
-
Me tourne, & me prenant pour un au- treIxion,
-
- Memnetà côtéd'unerouë.
Les Comediens du Royont joué
pour la ptemierefoisle9. Oc- - tobre, une petite Comedie en
prose, intitulée, lesAvantures
du Camp de Porché-Fontalne;
dont voici une simpleidée. U
1 1
N Officier Gascon se trouvant
lans valet,faitentenarc
dans un monol1ogue oui1l.1. es/-1t
maihenreufement réduit à être son
confident lui-même, &ne peut
se consoler d'êtreforcé à se dérober
sa gloire, en devenantson propre
panegiriste, lui qui faisoitautant
d'admirateurs qu'il avoit de
confidens. Un tambour du Rcgiment
du Roy, nommé Parapa, se
- presente- à lui, 6c zn- -eil:" reconnu
pour Turlututu,ancien FiStrede
sa Compagnie. Ils renouent d'amitié
& de confidence. Le Capitaine
Gascon lui apprend qu'il est amour
reux d'une aimable personne
,
élevée
par une des plus commodes
tantes qui fut jamais, mais que cependant
il n'a pu obtenir qu'elle
fit un petit voyage de Paris au
Camp de Porché-Fontaine à son intention.
Pacapan s'offre de bonne
grace à le servir dans ses amours.
Heureusement l'aimable nièce, 6c
la commode tante se presentent à
leurs yeux. La conversation qui se
lie entre eux est bien-tôt interrompuë
par l'aparition de Mrs Rognetout
& Castor, l'un Tailleur, &
l'autre Chapelier; le premier eil:
pere de la nièce, & le fécond est son
prétendu. A leur approche la tante
& la nièce se sauvent, & le Gascon
qui se fauve avec elles, leur dit,
en les suivant, qu'elles lui apprennent
à fuir. Patapan demeure sur
la Scene avec Rogne-tout,&. Castorqu'il
reconnoir,quoiquils soient
travestisen Officiers. Ils lui avouënt
qu'il se sont mis du bel air pour se
faire respecter, Ôc qu'ils ont franchi
les barrieres
,
sous le nom de
volontaires qu'ils se sont donné.
Patapan apprend d'eux que la fille
de Rogne-tout estdessinée à Cafror
, ce qui l'embarrasse un peu
pour l'amour du Gascon à qui il a
promis son secours. Il ne laide pas
de lui tenir parole j voici comment
il s'y prend. Dans quelques Scencs
qui suivent celle-ci, & dont le détail
est assez inutile, Rogne-tout
& Castor rencontrent la tante 5c
la nièce, & font fort surpris de les
trouver dans le Camp de Porché-
Fontainej elles s'excusent toutes
)
deux sur la curiosité si naturelle aux femmes. Patapan prend leur
défense, & non content de les
;
avoirtirées d'une affaire si épineut
se, il veut achever son ouvrace. Il lâche quelques soldats de sesamis
;
sur Rogne-tout & sur Castor qu'ils
anêtent comme déserteurs. On
leur fait accroire qu'on les va faire
tirerau fort pour voir qui des deux
fera pendu. Patapan leur parle a
chacun en particulier
,
& leur fait
faire un billet de mille écus
, pour
avoir le billet blanc.Ces deux billets
qu'ils signent aveuglement se
trouventtransformez en deux contrats
de mariagequ'un Tabellion
de Montreüilaussi fripon que Patapan,
a dressé. Rogne-tout & Castor
que l'on continue d'effrayer,
consentent aux deux contrats. Par
l'un le Gascon épouse la fille de
Rogne-tout, ôc par l'autre la tante
est mariée à Caflor qu'elle avoit
autrefoisaimé.
VoicilesChansons du d¿.verti!fernent.
Air chantéparunGascon.
DAns le Camp de Porché-Fontainc
Que Marsest jeune & beau
,
quels
trairs, quel
a grément,
Sandis , jamais Venus r:.e l'a vÛ Li charmant.
pn vieux Croesuspar ses ducats
7* - - lorj fzin Chapelier rrZ:Val dun^eurvej?*dCC>rLCapi-
1.:1 l" Il - -
Æ
-
-taine Ce Chcipe.-ItertSe Cce$€Jrti&l\ Far "latry
oorLs audace e*?t vame.ata parapan,ptzt£Lpcuipctn
pm Otl le mein-etamleurpartant'.
Son Char vole, elle vient& dans l'air
sepromene.
Eh! donc,là-dessus incertaine,
Ne scait si c'est Ton fils*. ou si c'dl: fou
amant.
, Vn joldatchante.
Nos combits, quoique vifs ,ne causent
point de deiiil
,
Point de liste desmorts au siege de Moritreüil
,
Pour les blessez, oh! c'est une autre
affaire,
L - On en fait la liste à Cithere. )
VAUDEVIL LE,1.couplet.
Lorsqu'un Chapelier est rival.)
D'un jeune Gascon Capitaine , J
Ce Chapelier-se coëffe mal
> 1
Par mafoy son audace est vaine ,
Pata pata pan, para pan pan pan ,
On le mène tambour batan.
2.
JJn vieux Croefus par Ces ducats
A*
Peut desarmer une cruelle,
Mais par la brèche il ne peut pas
Forcer jamais la Citadelle,
Pata pata pan, pata pan pan pan 7
Il va fort peu tambour batan.
3
Autrefois Mars & les amours
Faisoient des guerres éternelles t
Mais à present en peu de jours
On prend des Villes & des belles;
Pata pata pan, pata pan pan pan.
On les mene tambour batan.
4
Les Caissiers
,
les Agioteurs
Prennent les places par famine;
On ne se rend à ces Messieurs,
Que lorsqu'ilsfondent la cùiGne;
Pata pata pan, pata pan pan pan,
Leur bourse va tambour batant.
5
Près de Montreuil un Procureur;
Faisoit le petit témeraire. ,
Mais sa maîtresse eut grande peur ,
D'abord un galant Mousquetaire
a
Pata pata pan, pata pan pan pan
La rassure tambour bottant.
Un6ans se's feux ;
N'aime que l'éclat qui nous frape
J
Un petitcolet amoureux
Surprend une belle à la sape,
[ Pata pata pan, pata pan pan pan.
[ Il ne va point tambour batan.
7
Un Notaire ennemi du feu,
ILoin du Camp de Porché-Fontaine ,
TTrouva sa femme en parti bleu,
AAvec un jeune Capitaine,
PPata pata pan,pata pan pan pan,
Qui s'enrôloient tambour batan.
Oh!depuisque j'ai vûle Camp,
Disoit Lucas à sa Lisette ,
Je ferai moins timideamant,
Lorsque tu battras la retraite,
Para para pan , pata pan pan pan,
J'avancerai tambour batan.
V
Qui vive ? êtes vous ennemis ?'
Bon quartier, point de bruit de guerre;
Mais si vous êtes nos amis
,
Marche à moi, Messieurs du parterre,
Pata para pan , pata pan pan pan,
Et désilez, tambour batan. FIN.
C'est le sieur Quinaut, Comedien
du Roy qui a fait la Musique
de cette piece qu'on a trouvée parfaitementcaractérisée.
Cette premiere representation a
été des plus nombreuses qu'on aie
vu depuis long-temps, tant on se
porte avec empressement à tout ce
qui a quelque rapport au Roy.
L'amour U le zele que toute- la
nation faitéclater dans les Fêtes
qifi regardent cet Auguste & aimable
Maître,nous persuadent
qu'on verra avec plaisir. dans ce
recüeil,un Poëme qui fut fait
l'année passée au su jet de la convalescence
de Sa Majesté. Il devoit
se rvir
-
de prologue à une Comedie
du Theatre Italien. On
peut intituler cette piece, l'Accord
de laRaison & de la Folie.
ACTEURS.
LA RAISON.
LA FOLIE.
ARLEQUIN.
SUITE de la Raison & de la Folie.
SCENEPREMIERE.
LA FOLIE.
Choeur derrière le Theatre.
VIve
le Roi, vive le Roi;
La Folie.
Quels chants joyeux se font entendre.
Chrzur.
Vive le Roi, vive le Roi,
La Folie.
Encor, je n'y puis rien comprendre 5,
Peut-on se réjoüir, sans moi ?
Ne illis-je pas cette Folie
Qui préside à tous les plaisis ?
Par qui le plus sage s'otiblic
Quand il voit com bler ses desirs ?
Pour quelque heureux succès ,lorsqu'un
peuple est en fête
> Ce ne font que festins, que danses & que
jeux;
Mais la folie est à la tête;
Sans moi l'on ne peut être heureux.
Cependant sans mon ordre ici tout chante
&danse;
:Q¿el Dieu, quelle Déesse usurpe mon
emploi?
Ch- oeur.
Vivele Roi, vive le Roi.
La Folie voyant. approcher la Raifort,
Ciel! au bruit des vive le Roi,
C'est ma rivale qui s'avance.
Scene deuxiéme.
;.a Raison tenant un Egide à la main,
La Folie avec sa marotte. -
LaFolie.
Est-cevous, superbe raison
,
Qui dans ces lieux tenez ma place?
D'où vous peut venir cette audace?
Qu'êtes-vous près de moi ?
La ILiifon.
Point de comparaison.
J'ai mes droits
, vous avez les vôtres.
La Folie.
Pourquoi donc sur les droits des autres,
Empietez-vousinjustement?
Les jeux furent toûjours dans mon dépar
tement.
La Raifort.
Il est des plaisirs raisonnables,
Qui ne relevent que de moi.
Le Folie*.
Ah,Ah!
La RaijÕ;r.
N'en riez pas, ce sontlesvéritables.
LaFolie.
Elle radotte
3 que je crois.
La Raifln.
: Est-il d'allegresse plus sage,
Que celle où l'on se livre en faveur de
son Roi?
N'efl-elle pas un juste hommage
Des coeurs quivivent fous saloi ?- .-
La Folie.
Cet hommageefltrès-Icgitime,
Irapprouve tout ce peuple & l'ardeur quL
l'anime;
Mais parmi dès transports si doux,
Ce peuple a-t-il besoin de vous?
Avec un front ridé, des regards froids&
mornes.
Voulez-vous à ces jeux prescrire un juftff
point,
A ses plaisirs pourquoi mettre des bon»
nés,
Lor['lde son amour n'en a point.
La Raison.
Je veux en bannir le desordre ;
Jeprétensqu'une fête ait tant de dii
-
gnité;
Que malgré sa malignité,
La censure n'y puisse mordre;
Parlez, est-il rien de plus beau?
,Qg'un feu qui de la nuit perçant les sombres
voiles,
Retrace à nos regards le celeste flambeau.
Et va du firmament détacher les étoiles.
Si!'un si brillant spectacle est digne de
mes yeux »
J'entens, je vois partir un trait audacieux,
Qui s'ouvre vers l'olympe une route nouvelle.
Je m'écrie à chaque étincelle,
Quel'amour est ingénieux!
Il vole, il porte sur son aile
Tous les voeux d'un peuple fidele ;
Et va pour un bon Roi solliciter les
Dieux.
LaFolie*
Et moi sans m'égarer dans ces billevefées,
'aime mieux mille fois le joli que le
beau.
Je quitte ces grandes fusées ,
Pour le plus petitserpenteau.
l'est sans majesté qu'il débute,
lais avec quel plaisir je le vois bondissant,
Au spectcateur badaut comme un simple
passant,
Faire faire la cullebute
La raifort.
Ix font là de vos jeux.
La Folie.
J'y trouve mille appas
y.
On se casse une jambe, un bras,
"ell tant mieux pour la Chirurgie.
'un y perd
,
l'autre y gagne, & tout e&
compensé.
La Raison.
ôtrezele est trop vif.
La Folie.
Levôtre est plus [en[é,.;
Mais il atrop de létargie.
La Raison.
C'est temps perdu que vous parler,
Brisons-là,des jeux que j'ordonne,
Je vous défens de vousmêler.
La Folie.
Non
1 ne vous flattez pas que je vaut
abandonne,
Un droit que je tiens du destin
Mais sur nos differens consultons Arlequin
;J
Tout étourdi qu'il est rarementil s'a-j
buse,
Il entre dans tous mes projets Je le , prens pour arbitre.
La Raifort.
Et moi je le recuse 3
C'est le plus fou de vos sujets.
Scenttroisième.
La Raison , la Folie, Arlequin.
-Arlequin.-
C^uclleeft cetteguenon qui m'ose faire i-,
fulte?-
Il dpperçoit la F.tlie3 & couv l'cmhraJfrrJ
Mais, ma chere Folie,est-ce toi que je
vois?
La Folie.
Là, prensun air plus grave,afinqu'on
te consul re :
Juge entre la Raison & moi.
ArleJuin.
laRaison,fy quoi la folie,
Jusqu'à ce point semesalie?
Fy;fy
, vous dis-je, fy,mais
, non, tLy
veuxrai ller;
Tu prens trop de soin de ta gloire,
Et je t'offen serois de croire
Quetupuisset'encanailler.
La Raifort*-
Insolent ;
Arlequin.
Quoi, vieille croupiere j
Le prendre avec moi sur ce ton!
Et vîte un bâton, un bâton.
AArrllequin veut f app" là Ratjon. Elle le
equin app~;, la Rtiion. renditnrnobih avec son Egide.
La Raifln.
Arrête.
Arlequin
Oh ! pour le coup je crois qu'elle est fûrciere;
*
la ba guerre a joüé son jeu;
Je me sens tout de glace
>
& j'étois tout
en feu.
La Folie le touchant de sa marottâé
Opposons baguette à baguette.
Arlequin en fautant.
0 Ciel! quel soudain changement!
J'étois froid comme marbre, & dans
moins d'un moment,
Je prens feu comme une allumette.
ui la Folie tombant sur elle* ej'aime ton petit joujou
YaJ je fuis à toi sans partage.
La R*ùfin & la Folie le touchant en mê
me tcmps, l'une avec sonEgide
,
&
feutre avec fit marotte.
Viens à moi
Arlequin entre la Raison & la Folie.
Je ne sçaiscomment, niparoù,
De vos enchantemens je sensle double
usa ge,
De tout ce côté je fuis sage.
Etde celui-ci je fuis fou.
Ilfaitdesgetfesdefitgcffe & defoli
La Raison à la Folie.
Entre nous deux puisqu'il faut qu'il dé^
cide,
} q.l'il soit libre en son jugement.
La Folie.
OOui, retirons également,
Et ma Marotte, & ton Egide
La Raison à Arlequin.
li Tiens un juste milieu pour être indifferent.
Arlequin.
Pourquoicette ceremonie:
La Raison.
C'est que l'espace n'de pas grand
Delaraison à la folie.
Arlequind'un ton l'rave;
sAIsons, plaidez
,
Dame Folie,
Et vous, plaidez,DameRaison.
La Folie.
D'un Roi charmant l'heureuse guerison
Ayantpdi'urnetriste deuil retiréson em-
Onavû tous les coeurs au plaisirselivrrr.-
1
Arlequin.
C'estfort lren fait, il nous faut rire,.
Autant qu'il nous a fait pleurer :
Je juge..
La Folie.
Ecoute tout avant que de conclure.
¿,.lequin
ÎOhy cfontrué l'avernir iel faut;qu',il n-ous ras- S'il veut être avec none: bienreconciUé *<
1
1
Je veux que par une ambassade,
: Il foit humblemenrsupplié
De ne plus retomber malade.
LaFolie.
Soit faitainsi que tu le veux.
La Raifort.
f C'est le plus cher de tous mesvoeux.,
La Folie.
Mais qui doitprésider aux Fêtes?
La Raifort.
^jN'eit-ce pas moi?
La Folie.
N'est-ce pas moi?
Arlequin.
-¡routes deux.
La Raison.
Toutes deux;
La Folie.
Pourquoi ?
Arlequin.
Par ma foi, vousêtes deux bêtes,
Pa rtaOl 'honneur entre vous ;J
Partagez l'honneur ,
Q-.e les jeux qu'en tous lieux vous allez faire naître,
Soient tels que je viens de paroître,
Moitié sages & moitié foux.
A la Raison.
Pour rendre une fête accomplie,
Chargez-vous de l'invention; O
Mais comme dans la joye il faut que l'on
s'oublie.
Abandonnez à la Folie
)
Le soinde l'exécution.
La Raison.
Jesouscris à l'arrêt.
La Folie.
Il me tient lieu d'oracle.
LaRaison.
Vous qui suivezmes loix
,
paroissezà mes
yeux.
La Folie.
Et vous qui me servez par un nouveau
spectacle.
Prenez foin d'embellir ces l.eux.
hafermes'ouvre
, on voit un thrône
,
sur lequel
Arlequinplace la Raison' la Folie
,
ilse place
au milieu a'elles. La Suite de la Raison Ér
de la Foliedansent.
On chante.
Dans cet agreable séjour
, Que chacun jouë un nouveau RAlle.
Que la Raison y pâroisse un peu folle,
EtlaFolieunpeu sageà sontour;
C'cft dans ce milieu tavorable
Que l'on doit chercher le vrai ,bien;
Tout le reste est compté pour lien ;
l Il n'est ni parfait, ni durable.
- On danse.
Vn suivant dp la Raison;
Si dans notre jeune saison, Desesnoeudsles plus doux le tendre a-mour nou)
lie;
Ne nousenyvrons pas de son charmant poison Livrons-nous , aux accès d'une aimable Folie
à Sans renoncer à la Raison.
On danse.
VAUDEVILLE.
Qui fait que certaine Cloris.
Sansetre jeuneni jolie,
Meses faveurs à si haut prix l
C.'est la Folie.
Mais qui fait qu'on l'en remercie, Et qu'on quitte cette guenon
¡d'our l'aimable & jeune Silv:C:l
C'enlaRaison.
u£^u: fait que ce vieux usurier,
Sans en jouir pasle la yle,
Pourlaisserun jeune héritier,?
C'estaholie.
Mais quand sa car. iereest finie,
Quiaiu que ce jeu e t louton
, Mangetout,boitju qu'àlalie?
C'est laRaison.
Damis, vrai dandin de nos jours,
Pourvoir fft roture annoblie,,
I A l'hymen d'Yphisea recours,
Quellefole!
-
Ariston,épooseCelie,
Et pour étayersa maison
Il déroge , & se mefalie
Quelle raison, !
Arlequin.
Qjii fait qu'un severe censeur ,
Contre un élev e de Thalie
l'si toujours ce frau-,aite h,umeur
L'el! lao ie.
Mû qui faitquemalgré l'envie,
Si- tô. q'une-pie e a du hon
Du Parterre c'ilc est applaudie,?
C'est la raiGLI.
La Planchedu Fortdoitregarder la page l:f.
L'Ai. du Vaudevilie doit regarder la pagt 77.
APPROBATION.
JQV^£COLLIG1T SPARGIT,
A PARIS,
Chez GUILLAUME CAVFLIER.
, -au Palais.
GUILLAUME CAY£LlhR,si.s, luë
S. Jacques
,
à la Heur-de-Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU,à l'image Saint
-
André, Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT ,Quay des Augustins, à la
t defcciitc du Pont-neuf) àla Croix d'Or.
M DCC.XXII.
Avec Approbation & jPrivilcge du Rai.
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume
t
& dans les
Pays étrangers.
Lyon, chez Plaignard, Libraire.
Marseillechez Carry.
Montpellier
,
chei: la freres Fautes.
Toulouse
,
che'{ laveuve Te e
Bayonne, ck EtienreLabottiere.
Bordeaux
,
che'{ laVeuve Labortiere.
Charle Labottiere,l'aîné,vis-àvislaBouse
, ibid.
Rennes,chez Vattar.
Nantes, chei? Julien MÚIJard.
Saint Malo, fhe\ la Mare.
Poitiers, chei: Faucon.
Xaintes,chezDelpech.
Blois, chezMasson.
Orléans
,
che'{ Rouzcau.
La Rochelle,che'{ Desbordes.
Angers ,
chez Fourreau.
Tours, thei: Gripon.
Caën
,
chei: Cavelier.
Rouen,chezlaVeuveHerault.
Le Mans,chez Pequineau.
Charties
,
the? Fel il.
Châlons, chei: Sereuze.
Troye,chezlouillerot.
Rheims, Chfi: Godard.
DDijiojno, nche? la veuve Armil. ,chezlaveuveArmil.
Beauvois chez Courtois
Abheville, tht? Dumesnil.
Soissons,chez Courtois.
Amiens, chez le françois
, & chez Godard.
Arras,chef C.Duchamp.
Sedan
,
chus Renaud
Metz, chef Coligion
Strasourg, chef Doulséker.
Cologne, chef ~Meenk
Francfort, chef J. L. Koeniq.
Berlin, chef Etienne.
Leipsic,chef Gledich.
Lille, chef Danel.
Bruxelles ,chez Tserstevens.
Anvers, chef Verdussen.
La HayechefRogissard.
Amsterdam, 1he:{ Bernard.
Roterdam
,
chez Vander Linden.
Londres, chez du Noyer.
Madrid, chez Anisson.
Geneve, chefles freres de Tournes.
Turin
,
chez Reinssan.
Leprix efl de 30.fols*
A V I S, L'ADRESSE Kenerl'e pour toutes
choses ejiA, M. MOREAUy
•Co.mis au Mercure
,
chez. M. le Commiss.
iire le Comte, vis-A-vis la Comedie
Françoisè
3
à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cacheter aux Libraires qui vendent le
jMzrcure À Paris ,peuvent se servir de
cette voye pour lesfairetenir.
On prietrès - instAmment quand on
IIdreiJe des Lettres ou Paquets par la Poste
d'avoir foin d'en affranchir le Port,
comme cela s'est toujourspratiqué, afin
d'épargnert à nous le déplAisîr 'lie les
rebuter, & A ceux qui les envoyent*
celui. non - feulement de ne pas voir
paroitre leurs Ouvrages mais même de
les perdre,jilsnen ont pas gardé de
copie.
L E MERCURE
DE SEPTEMBRE 172-1.--
PIECES FVGITTVES,
en Prose & en Vers.
EXTRAIT d'une Lettre de M. dj
Camps, Abbé de Signy
,
sur l'heredité
des grands-Fiefs.
Ous avez eu raisond'être furpris
, M. que l'Auteur de l'Histoire
de la Milice (a) Françoise
persiste à vouloir persuader le
public,qu'il y a eu un Traitéentre le Roi
Hugues Capet, & les Grands du Royaume
pour l'hérédité des Grands-Fiefs;
Qu'il dise que si ce traité ne se trouve pas.
toute la fuite de l'histoire le suppose, &
que pour le prouver, il promette de ra p-
(II) P. Daniel, Hist. de la Milice, 1. 3. ch. 1.
pag.68,
Aiij porter
porter ailleurs une raison fort vrai-semblable
pourquoi ce traité nous manque,
comme si un fait aussi important que celui-
là pouvoir être prouvé par une simple
vrai semblance.
Cet Auteur avoir déjàavancé la même
chore dans le premier volume de son Histoire
de France, imprimée en 1713. col.
972. & 975. sans en raporcer aucune
preuve.
Il ne me fera pas difficile de vous faire
voirque la suite de l'histoire ne prouve
pas, comme cet Auteur l'avance, que ce
traité ait existé, & que quelque d ligence
que cet Historien puisse faire, il lui
fera impossîble d'en trouver les moindres
vertiges. Les Historiens les plus proches
du regnede Hugues Capet n'en ont fait
aucune mention. 1
Ilne s'en trouve même aucune nppirence
dansroutes les Charres que j'ai recueillies
pour compose r ie CartulaireHistorique
de ce Monarque,en deux gros
volumes in folio, que j'ai divisé en huit
ci, iTs ou chapitres.
Le premier contient les actes on Lettres
concernant la - personne de Hugues
Capet, & sa famille Royale.
Le deuxième comprend le Gouvernement,
les Ordonnances, Jugemens, 8c
procédures.
Le
Le troisiéme contient les Négociations.
Le quatrième renferme les preuves de
la Souveraineté de H igues Capet sur la
Catalogne, & sur le Royaume de Bourgogne.
Le cinquiéme est pour les pieces qui
reg ardent l'élection & la déposition des
Evêques, & des Abbez. -
Le sixiéme comprend les donations
pieuses. *
Le septiéme renferme les Chartes des
Grands Seigneurs.
Et j'ai composé le huitiémeChapitre
de la vie de Burcard.
Je n'en ai pas trouvéplus d'apparence
dans les Cartulaireshistoriques que j'ai
fait des autres Rois, successeurs de Hugues
Capet jussqu'à François I. qui contiennent
foixante- deux volumesin folio.
Mais en attendant que je sasse part au
public de cet ouvrage, je vais raporter
quelques faits qui prouvent démonstrativement.
1° Qu'il est faux que HuguesCapet
, pour engager les Grands du Royaume
à l'élire,& a le reconnoître pour Roi,
ainsi que cet Auteur l'avance, leur ait
donné la propriété des Fiefs qu'ils avoient
usurpez sur les derniers Rois de la seconde
branche de nos Monarques. 20 Que
depuis son élévation sur le Trône, il en
2 disposé de même que ses successeurs
A iiij lors
lots que ces Fiefs ont été vaquans Par la
mort de ceux qui les polledoient. Ï
On fixe d'ordinaire l'héréditédes
Grands-Fiefs du Royaume de France a
une Ordonnance de Charles le Chauve
de l'an - 877. donnée au Parlement de
~Quicrci près de Laon; (a) cependantdepuis
ce temps-là les Rois qui lui ont fuCcedéavantHugues
Capet, n'ont pas
laissé de disposesdes Fiefs en saveur de
qui bon leur a semblé, & il est cerrain
qu'ils n 'étoient pas encore hereditaires
sous le regne des Hx premiers Rois de la
troisiéme branche.
Hugues l'Abbé, Duc de France, étant
mon en 887. les neveux, fiJ, de son frere
ne lui succederent pas, mais Charles le
Gras, Regenr du Royaume, (b) durant la s
minoréede Charles le Simple donna ce
Duché à Eudes, Comre de Paris.
Robert, frere d' Eudes ne lui succeda
point à ce Duché, du moins que nous
sçachions. Robert mourut en 913. (c) &
Hugues le Grand son fils ne fut fair Duc
de France qu'en954. ( 1)
L Roi Lothaire priva Hugues le Noir
du Comte de Bourgogne, & en invertit
(a) Capitul carolCa.lv. tit. (bi fv c. 9. slnnal.Mesens. ad an. 887.
Cc; C on Frod. & Contin. Rhegin.adan. 918.
(d) Lron. b;éZ-F-Prifc- ad an. 954.
Hugues
Hugues le Grand
y
dit le Blanc, Duc de
Franconie. (a) '*
Si on cherche des exemples pour le
Comté de Flandres
, on observe qu'en
l'an 962. Arnoul, dit le Vieil, Comte de
Flandres
, reconnut par un traité volontaire
, & qui ne fut précédé d'aucune
guerre, qui nous fait connue, qu'il tenoit
son Comté de Flandres en hommage,
lige du Roi, & qu'il ne le tenait que
pour sa vie. (b) En esset, ce Comte étant
mort en 965. Lothaire, Roide France se
ressaisit de ceComté, (c)mais peu après il
en investit de nouveau Arnoul le jeune,
petit-fils d' Arnoul le vieux. Ce qui prouve
que les Fiefs n'étoient que pour la vie
de celui qui en étoit investi.
Je passe les autres exemples qui se
trouvent sous la féconde Race,& je viens
à quelques-uns de ceux que nous trouvons
sous la troisiéme jusqu'à Philippe
Auguste, après avoir néanmoins observé
que les preuves que jeviens d'en rapporter,
font tirées des Auteurs contenir
porains.
i. Hugues Capet monta sur le Trôneen
987.illaissa les Princes ,& les Seigneurs
, en possession des Grands-Fiels qu'ils te-i
(a) Cron. F od ad an. 954b
(b), Cron. Frodo- ad at 96%.
.(ç) Crm. Frod. adm. 565. Av noient
noient en benefice dela Couronne, c'està
dire p,iur leur vie, &c n'en a disposé
qu'après leur decès
,
ainsi qu'avoient fait
les predecesseurs.
Peu de temps après son avenement à
la Couronne, il y avait à sa Cour un
seigneur nommé Bouchard
,
dont la vie
a été écrire en l'an 1068. par Eudes,Religieux
de Saint Maur des Fonez. Cet
Auteur presque contemporain nous dit
que Bouchard épousa par une grâce du
Roi la veuve de Aimon,Comte de Corbeil
3
& que Si Majesté par un don
Royallui donna cette veuve, & le Comté
de Corbeil.
Haimone Comité Corbolienfe defunffo
datur ergo ci ( Burcardo ) uxor jarn
diai H,ÚmonÎs
y
nornineElisabeth vo- citata. in cfiiocptifoe thalavo dedit
Hiigo Rex fidelt Comiti Castrum
AUlidunum atque jarn diElum CorboliUI.
o;. ()
Le Comte Aimon avoit an filsqui se
fit Religieux en l'Abbaye de Cluny, &
- une fille nommée Germmie qui avoir
épousé Mauger) (b) fils de Richard I. Duc
de Normandie..
(a) VÍtlJ BurcArd. Comit. Corbol apud Chen.
t.4.11116.
(t) Rduiph.deDicetomag,httt. atian. 918.
t*&>457-
Hugues
Hugues Capet invertie donc le Comte
Bouchard du Comté de Corbeil
, ou
plutôt il le lui donna; car nos Rois
avaient encore alors une disposition si
entiere des Fiefs vacans par mort, que
l'investiture de ces mêmesFiefs accordée
aux héritiersou ayans cause, était regardée
comme un pur don, & c'est ce qui
paraît par d'autres exemples, donc quelques-
uns font porterieurs de plusieurs siéclés
au regne de Hagues Capet.
Les Rois disposoient des Fiefs vacans
par mort sans posterité légitimé en faveur
de qui bon leur sembloit sans avoir égard
aux héritiers.Tout le monde scait que
Guillaume le Conquérant, Duc de Normandie,
puis Roi d'Angleterre, était
illegitiine., c'est pour cela qu'il est surnommé
le Bâtard ) cependant Henri I.
Roi de France, petit-fils de Hugues Capet
, l'invertit du Duché de Normandie
malgrélesprétentions de ceux qui auraient
été les légitimés héritiers de ce
Duché, si l'hérédité avoit été établie
dans les Grands-Fiefs.
Helie Comte du Maine mourut sans
posterité masculine
,
& ne laissa qu'une
fille Bertrade de Montfort qui avoit alors
toute l'attettion de Philippe I. Roi de
France,obtint de ce Monarque qu'il accorderait
à Foulque d'Anjou, fils de
A vj cctta*
cette Dame, & de Ion premier mari, la
fille du Comte<lu Maine , & le Comté
du Maine.
Bertrada inftperetiamefficit ut supra nominali
Comitis Flel/æ nnicamfiliam
cum omni hoereditateDominas Rex ejur
filio uxorern concederjt. (a)
C'est ce que nous apprenons de Guillaume,
Archevêque de Tyr, Auteur proche
du temps, &qui fait voir que les
Grands- Fiefsn'étaient pas encore heredita
res sous le regne de Philippe I. & que
quand celui qui en éroit le poiTelIèuSi
mouroir, ce Fief revenait au Roi de
plein droit, & que Sa Majesté en disposoit
comme bon lui semblait.
Je passe à un autre exemple qui prouve
encore ma première proportion qui est
pour le Comté de Flandres.
Charles de Dannemark, Comte de
Flandres étant mort sans posterité sa
succession regardait Thleri d'Alsace,fou
cousin germain, fils d'une soeurpuînée
de sa mere, néanmoins Loüis VI.investit
du Comté de Flandres Guillaume de
Normandie, dit Courteheuse
,
quiavoir,
à la vérité
,
des droits sur ce Comté par
son ayeule; mais Thieri d'Alsace éroit
incortestablement plus proche héritier.
Aussi le mêmeComte Guillaume avouë-
(a) Gttillel. Tir. 4. c, 1. f. 851. & 8jj.
t'-i-l
t'il ingenuement qu'il tient son Comte
de Flandres de la pure libéralité du Roi
Louis VI. & quec'est Sa Majesté feule
qui l'a élevé à la dignité de Comte.
Bcnigmtas vestra melicet indignum
1 inComitum fedemvoluit fuveedere. Recurroad
Celfîtudinem veftm MajeftatÙ
ut quemadmodum me,ejuem ad bono-
.z rem promovifîis, in eodem me confirmées.
Preuves autentiques que nos Rois
étaient encore dans la liberté majeure de
disposer en faveur de qui bon leur semblait,
des Fiefs mouvans dela Couronne.
Mais revenons aux Fiefs vacans par le
deccs du dernier Titulaire.
-
I Guillaume le Bâcard, Roi d'Angleterre
, Duc de Normandie laissa trois fils
& une fille.
Le troisémefilsnommé Henri futRoi
d' Angleterre, & Duc de Normandie, &S
laissa une fille nommée Matilde qui fut
mariée à Geoffroi. La fille deGuillaume
le Conquérant se nommoit aussi Matilde,
& fut mariéeàEustache
,
Comte de
Blois, dont elle eut Estienne, Comte de
Boulogne. Après la mart de Henri I.
Roi d'Angleterre, & Duc de Normandie,
Matilde sa fille devoir lui succeder
(a) Epist, V. Petr. Prior. S. Joan. Stnon. noJ
mnt GHilld. Comit. Fiandr. Ciien.T.4. p. 447.
au.
au Duché de Normandie,si les Grands-
Fiefs avoient été héréditaires, néanmoins
ce fut à Etienne, Comte de Boulogne,
son coufin, que le Roi Louis VII. accorda
l'investiture de ce Duché. Quelques
années après il l'en priva, & par un
Traité de paix, fait au mois d'Août de
l'année 1151. il en investit Henri, fils
de Geoffroi, & de Mitilde, & l'en receut
à hommage, (a &cela parune grace
speciale; car si ce Duché avoir été here--
ditaire, ç'auroit été Matilde ôc Geoffroi
son mari qui auroient dû en être mvefiis"
& non Henri leur fils.
Ce Duc Henri n'obtint donc point la-
Normandie comme héritier de sa mere , mais par un pur don du Roi. Suger, premier
Ministre du même RoiLoüis VII.
nous l'apprend.
Ce grand homme parlant des desobéissances,
& de l'ingratitude de Henri
d'Anjou, Duc de Normandie, dit que le
m même Henri accomplit à l'égard de,
» Louis VII. le proverbe du païsan, qui
» est, que plus on éleve un méchant, plus
A
(a) Rob. de Mont. apend. ad Crcn.j Stgeb. ad an. 11fI
Crtm. Norm. ad an. Hfo. Chen. btfi. Nortm f-ilt -p. 984. 4
Gtft. Lud. Reg. c. 2.3. Chen. hiss. Franc,
serif.t.j.p.411,
i.tl
il est ingrat, ôc plus il fait de mal àM
ceux auxquels il est obligé de sa fortune; «
ainsi, continue.t'il ,
fit ce Duc Henri et
envers le Roi Louis,qui lui avoit don- «
né le Duché de Normandie, & l'avait
rendu égal aux plus grands Princes dete
son Royaume. te
Henrieus ita se habuit erga Regern
Howinurn suum
}
sicut inproverbioc
f Rusticidicitur, quanto magis impium
t exaltaveris
i tanto magis contra te fut
perbiet & altiussuum calcaneum ele-
: vabit, ita fecit tfie Hcnricus contra
: Rgsm qui ei Ducarum Normaniæ con-
-;titnulscrat & Alajoribus Principibus to.. Regni fecerat coæqualem.
Le même Abbé Suget écrivant au
même Roi Louis VII. pour prier Sa Majessé
de ne point faire la guerre à ce même
Henri. Duc de Normandie, se fert
de ces termes.
Nous lupplions instamment laHautesse
de Vôtre Majessé Royale, en la-tr'
quelle nous avons tou jours eu beaucoup «
de confiance de ne point declarer la«
guerre au Comte d'Anjou, qu'elle a te
fait Duc de Normandie, &c. qu'elle tsn'ait
pris là dessus le conseil, &c. «
Regiæ Majestatis Celsitudmi de quafem-
(a)DuChen.t.4. p.410.
(a) sug. tpiji. ijo, t. 4. p. 54©r
per
per confidere confuevirnus, obnixe fa*
plicamus ne contra Comitem Andegavenfem
quem Dtcem NormanÚ fcif
tis abfane coniflio, &c.
Je répété ici que quand ceux qui
avoient droit aux Fiefs, étaient investis.
deces mêmes Fiefs, ils devoient leur investiture
non à leurs droits ,mais à la seule
concession duRoi. Richard Coeur de Lion, Roi d'Angleterre
, étant mort sans enfans, Anus foiT*
neveu était son plus proche héritier, comme
étant fils de Geoffroi, Duc de Bretagne
, second frere de Richard.Nuanmoins
Philippe Auguste n'y eut pas d'égard
, puisqu'il invertit des Duchez de
Normandie, & de Guyenne, & des Comtez
d'Anjou, du Maine, de Tourraine &
de Poicou, Jean Sans-Terre, héritier
spiléums eéloigné, & qui n'étoit que le troifrere
de Richard. L'Auteur anônimedel'Histoire
de Philippe Auguste,
imprimée à Paris chez Brunet en 1702;
n'a pû ignorer ce fait, adu l'a-t'il rapporte
, & si Philippe Auguste donna. 5 dans
la fuite l'investiture de ces mêmes (
Duchez & Comtez au jeune Artus, ce
sur parce que Jean Sans- Terre avait forfait,
& qu'il étoit déchû par sa selonie
de tous ses droits à ces mêmesDuchez 8c
,Comtez. Il est bon d'observer à l'égard
du
même Jean Sans-Terre, qu'incontient
après la mort deRichard
,
Roi d'Anleterre
& Duc de Normandie [on.
rere ,
il s'étoit emparé du Duché do
Normandie
,
& des autres Terres que les
dReois d'Angleterre tenoient en FiefdeRois
France,& qu'il s'en étoit rendu maître
~ans la permission du Roi Philippe Aubllfie
; ce qui sur le sujet de la haine que
~e Monarque des François conferva toûjours
contre lui; & quelques Grands de
;a Cour de Philippe Auguste lui ayant
::lemané;, pourquoi ilhaïssoit tant Jean
Sans Terre, c'est parce que y
répondit u.
ce Monarque, il s'dl. mis en possession«
du Duché de Normandie,& des au- cc
tres Terres qu'il tient de moi,, sans ma(Cpermission
t
& qu'il étoit de son devoir «r
de me venir trouver après la mort de «
[Richard Ion frere, de me represen- «
Iter les droits qu'il prétendoit avoir à sa
(C succession, & de me faire hommage ( i) »«
Ces trois mots sans ma permission fine
liccntia mea, prouvent invinciblement
qu'on ne succedoit point encore aux Fiefs
mouvans de la Couronne de France que
parla permission expresse du Roi, &
1 que quelques droits qu'on eut à succeder,
ils n'étoient valables, & ne pouvoient
tif) Mlfuh. Parts. ad IJn. II. t. US.
etrft
être exercez qu'après qu'ils avoient été
autorisez par SaM jesté.Cesmême m,)t
ont d'autant plus de force qu'il sont dits
par un grand Roi fort instruit des droit:
de sa Couronne ; que de plus ils sontrap
portez par un Auteur Anglois, quoiqu'ils
eussent écé dits au sujet du Ro
d'Angleterre, son m ître, & sous le regne
duquel il vi voit, Sc- qu'ils sont,dis je;
raportez par un A-nglcrS, ennemi de Philippe
Auguste, ôc des François,ausquels
il donne le coupde dent toutes les fois
<!u-'il en trouvel'occasion.
Ces Fiefsappartenoient alors au Ro:
seul. Sa Majesté étoit libre de les réüni
à Ion Domaine, ou de les donner de nouveau
à ceux qui en auroient été les heri
tiers, si les Fiefs avoient été hereditaires
Philippe Auguste nous en assure lui.
même dans Guillaume le Breton, comme
je l'ai déja fait voir ailleurs., en relevant
la bévûë que l'Historien anonime
de ce Monarque a faire parlant de la
guerre pour le Vermandois, & il est (i
vrai que cette réünion étoit une loi fondamentale
de la Monarchie, que SaMajessé
s'offrit de le prouver par le témoignage
de tous ses grands Vassaux.
Le Comte de Flandres, tout interessé
qu'il étoit à nier cette reversion des Fiefs
à la Couronne fauted'hoirs mâles, le reconnut
jnnut lui même, rendant deslors une rtie de ce Comté
,
& s'il en conferva
1 deux plus fortes places
,
le Roi ne les
laissa
que pour le bien de la paix. C'édonc
un usage receu en France
,
&
~e Loi de la Monarchie qui subsistoit
core fous les arriere- petits- fils de Hu-
~es Caper, que les Fiefs étoient rever-
~es à la Couronne par la mort du der-
~er possesseur sans enfansmâles, & cette
~aiquiavoit été en usage sous les Rois
~edecesseurs de Philippe Aiietifte,etoit
~core dans toute sa force durant le cours
son regne. Aussi les Historiens de ce
f-;md Roi, disent-ils
,
parlant de Re-
~ud
,
Comte de D mmartin, & de Bouk'gne
, qu'il tenoit des liberaltez ou de
L souffrance de Philippe Auguste, les
omtez de Mortain
, de Boulogne &
Aumale, & les Villes de Lillebonne
,1
~e Mortain, & de Domfront. Ceux qui
~nt tant foit peu de connoissance de l'Hisoire
de ces temps-là,sçavent que ce
Jointe Renaud n'avoit eu ces terres, ou
lu moins la mei lleure partie
, que par des
mariages; c'està-dire,que Sa MJjefié.
avoit investi, & lui avoit redonné les
erres tenuës en Fiefde la Couronne de
~France par les Peres des femmes qu'il
avoit épousées.
;
Je n'allegue point ici que le droit de
~rachat
payé pour tous les Grands Fiefs
écheoient aux femmes par succession
,
encore une preuve de fait, qu'elles
pouvoientsucceder de plein droit ;
droit de rachat étoit comme le prix de
grace que les Rois faisoient à ces mêui
femmes, lorsque leurs Majestez penne
toient qu'elles jeüissent des biens ai
sqiuels elles ~aurotent succedé de plein ~dro
la fucccflîôn aux Grands-Fiefs avoit éj
bien établie.
Non seulement les femmes n'étoie
point habiles à succeder aux Grands Fie
de la Couronne
,
mais encore les ~enfa
de ces mêmes femmes nez en legitin
mariage
, ne pouvoient succeder au
Grands-F efs possedez par leursmeres
ou venans ducôté de ces meres sans ur
nouvelle grace du Roi, quoique les ma
ris de ces meres, & ces mêmes mere
eussent reçû l'investiture de ces ~Fiefs
J'en trouve des preuves autentiques dan
un traité fait en 1225. entre Loiiis VIII
Roi de France, fils & successeur imme
diat de Philippe Auguste, & Marie
Comtesse de Ponthieu. Cette Dame de
clare dans ses Lettres Patentes qui renferment
ce traité, que Sa Majesté avoii
accordé par grace à ses enfans inâlcs&
femelles qu'ils pourraient lui succeder.
En voici les termes,
v Ensuite
~ite, le Roi Monieigneur, emuu
pieté,abien voulu rendre capables«
succeder à mes Fiefs, mes fils &«
;;,filles nez, & à naître de mon mari«
:.de moi, voulant & accordant que«
fS fils & mes filles succedent comme Ct tshenrielS legitimesà tous les biens
et
~t je pourrai, & ferai saisie à l'heure «
ma mort. «
te:crca, Dominas Rer,rnotnpietatis duc-
\tnsijilios meos & filins meas à marito
meo prædiélo natos & nafcimrosy rnatternæ
fuccejifoni fure duxit h,.editar¡o
wefiituendos
, olens C7* concedens quod |filii&filiAm:& fltutréli haredeS
ffùccedant mihi in tota hareditate de.
vqua.tenens ero & piifita die qua de
bcedail-".
,Je passe quantité d'autres exemples
mblables, ceux-ci étant plus que suffi-
~s pour prouver qu'il est fauxqu'il y
:: eu un traité entre Hugues Capet, &C
Í¡ Grands du Royaume pour l'heredité
~s Grands Fiefs & qu'il ait employé ce
coyen pour les faire consentir à son Couwmement.
Lorsque l'Auteur de l'Histoire de la
(a) Lettr. dattées de Chinon au mois de
billetizij.
Reg. des Chart.cotté31.vol. 3. Milice
Milice Françoise nous aura expli
quelleest la vrai-semblance qui proo
que ce rraité a été fait, & pourquo
ne subsiste plus, j'aurai l'honneuri
vous en dire davantage. Je suis, M
sieur
, &c.
4
SUZANNM
SUZANNEACCUSEE
PAR LESVIELLARDS.
'rablean de feu M. Coypel,Premier
l£in:re du Roy.
POEM E.
QUel spestacleétonnant se presente à mes
yeux! ,. Suzanne & deuxvieillards paroissent dans cci
lieux, -
"p d..- couvons-nous de nos jours voir encore cette
histoire?
IDu pourra conserverlatragique memoire,
Dansce Tableau trompeur par quel divin
pouvoir
Le peuple semble-t'il parler & se mouvoir j
Tous ces objets diversn'occupentpointde place,
La main dément les yeux, çe n'est qu'une
sur face.
- -
OI toi peintre sçavant,ou celebre enchanteur
)Q!!i fais vivre la toille & parler la couleur ,
) Qui par l'art merveilleux ,dont nôtre ame ci
déçue,
1
[ Peux rendrele passé present à nôtre vue,Et
It quipour en montrer les grands évenemens
Levez le voile obscur dontles couvre le temps
r
Coipel, qui par l'effet d'un muet dramatique
Peux faire entendre aux yeux un noble pathe
tique,
Fais-moi part du beau feu qui guide ton pinceau
Pour donner à mes vers l'ame de ton tableau.
La sagessetoujours n'a pas sa récompense,
On accuse souvent la plus pure innocence
,
L'esprit fourbe & malin,les discoursseducteurs
Ennous foibles mortelsproduisent mille erreurs
suzanne rassembloit mille vertus en elle
,
£t chacun la citoit des femmes le mamelle
Un air vif & touchant, l'éclat de la beauté.
N'en avoient point banni la rare chasteté,
Sa modeste pudeur arrêtoit la licence,
Des feux dont fej appas causoient la violence;
Cependant deux vieillards follementamcuieux
Oserent dans le bain lui parler de leurs feux,
Et joignant à l'amour une forte menace,
ils crurent de son coeur enfin fondre la glace;
Mais la chaste Suzanneà leur ardent transport
Prefera constamment la plus cruelle mort.
Quel est donc le destin d'une femme si sage ?
C'est elle que l'on voit traitée avec ourrage.
Cest
C'est elle dont on voit par un sensible afront
Leverinsolemnent le voile sur le front
,
Objet infortuné decent regards avides,
Elle attend fo arrest de ces vieillards persides,
Qui voulant Ce venger d'un trop juste refus,
Etouffent du lemords les sentimens confus,
Le plus vindicatif à l'accorer s'apprête,
Et d'un air menaçant met la main sur sa tête,
Vous qui m'avez remis la justic, & le; loix
Peuple, soyez, dit-il, attentif à ma voix.
Suzanne qui l'eut dit, Suzanne est infidel'e.
Témoins infortunez nous déposons contre elle,
Au fond de son jardin dans un sombre réduit,
Pour venger son époux le Ciel nous a conduit,
Un jeunehomme en ses bras, son ame déloyale
Y trahissoit les droits dela foy conjugale!
Pour nous saisirdelui nouscourons,maisenvain,
Il savoit mieux que neu; les dé ours du jardin,
Il s'enfuit, & de loin son ardente jcu::e (Te
( Rioit du vain effort de la lente vieillesse,
Ble feule a rené, la loy prescrit sa mort,
Nous l'avenons à vous, decidez de son forr.
Jevous rendsà regler untrop vrai tém oignage,
PlûtauCielque desyeuxj'eusseperd uu
Maishelas! ce secret n'est plus en mon pouvoir
il B devant
Devant Dieu tous égards cedent aufier devoir,
En proferant ces mots le transport qui l'agite
Le rend pâle & tremblant,il chancelle, il
befite, *
Le trouble est sur son front, & son oeil enfoncé
Est presque tout couvert d'unsourcilherissé
,
Sur son tein se répand un déluge de bile
,
Son fielest tout entier sur sa face immobile
Son crime l'épouvante, on le voit en ficaiir
Et contre son remors tâcher de s'affermir.
L'autre vieillard sanguin sent encore dans
son ame,
Les restes mal éteints de sa secrette flâme.
Voyez comme Suzanne arrête en un moment,
Les coups prémeditez de son ressentiment,
La vengeance & l'amour sont peints sur son.
visage,
On doute qui des deux l'agitent davantage,
L'amour préfomtueux
, ce fier tiran du coeur
Qui veut par tout regner paroît d'abord vainqueur
,
Mais la vengeance enfin se releve plus forte,
Et sur son ennemi dans ce moment l'emporte,
L'amour cede & confus de le voir outragé,
Se joint à son effort, & veut être vengé.
» Au récit des vieillards le peuple se partage,
Ec
Etdéjaprévenu par ce faux témoignage
,
Chacun sur cesujetparle divcisement
,
L'un fait voir le mépris, l'autre l'éconnement,
Celui-là le dedain, celui-ci la tristesse,
Dans sonfort malheureux cet autre s'interesse,
De ce côté la haine, & lacompassion
De l'autre la colere & l'indignation,
Une femme ajoûtant à l'oprobre l'outrage,
A cette infortunée adresse ce langage:
Perside, tu croyois pouvoir nous abuser
,
Et par un beau dehors toujours nousimposer,
Que la pure vertu sur son visage empreinte
Y cache adroitement l'artifice& la seinte,
Ne tient-il qu'à couvrir d'un faux voile d'hon,
neur,
Le; vices de l'esprit, & les défauts du coeur ,
Hipocritc
,
& çrels- tu que le beau nom de sage
Ne se doit qu'au secret de tonlibertinage ?
A ces mots le sourcils'abaissant sur ses yeux,
Elle l'infulceencor d'unregird dédaigneux,
Cesmouvemens divers font un confus murmure
De haine, de douleur
,
de tendresse, d'i juice
Mais les sons dispersez s'unifient à la fois,
Onentend demander sa mort à haute voix. BijCelle
Celle que de Suzanne on reconnoît la mere,
En partageant l'affront d'une fille si chere,
Ressent déja les coups qui doiventl'accabler
Y succombe
,
& n'a pas la force de parler.
Dansle même moment Helcias auprès d'elle
Sent l'effet violent de l'amour paternelle,
Et ne conserve plus de raison, de vigueur
Que pour mieux ressentir l'excès de son malheur
, N
11 voit de tous côtez l'horreur qui l'environne,
Et dans le desespoir où son coeur s'abandonne,
0 Dieu, qui m'as, dit-il,si long-temps conservé
Pour le spectacle horrible ai-jeété reservé
,
Pour quoi prolongeois-tu jusqu'à cette journée,
De mes jours languissans la trame infortunée,
Est-ce ainsi qu'à l'abri de tes puissantes mains »
Tu promets de tenir les fideles humains,
Tandis que l'injustice heureuse & triomphante,
Tient sous un joug affreux la vertu gemissante,
Son geste, sa couleur,ses sanglots, ses soupirs,
Expriment vivement ses mortels déplaisirs
,
Il exerce sur lui la rage qui l'anime
,
Et sa robe en devient la premiere victime,
II
Il n'est point de milieu pour l'ext êmedouleur,
Ou c'est toute foiblesse, ou c'est toutefureur.
Dans ce trouble Suzanne est feule sans allarmes,
Et n'laatacrhme que'asu ,Ciel ses yeux moüJlez de ,
Vous qui futes toûjours mon assuré recours,
Dit-elle, Dieu puissant j'attends vôtre fecouts
Du plus cachédes coeurs la secrette pessee
Par vos yeux penétrans est aisément percée,
V us voyez (JO - tremoi s'aimerdes imposteurs
Je ne suis point coupable ,&.cependant je
meurs
Tan lis que son coeur seul acheve sa priere,
Ér qu'elle livre à Dieu foi ame toute entiere,
Ses enfans qu'attendrit sagemissante voix,
Pour embrasser leur mere, accourent à la fois,
Helas! tendres enfans
, un si doux témoignage,
Loin de la consoler l'accable davantage,
Ah ! laissez la plutôt
,
profitez du bonheur
D'ignorer jusqu'où va l'excès de son malheur.
Tout prêt d'executer l'Arrest de la justice,
Le peuple impatient demande son suplice
,
Mais le Dieu d'Abrahaml'appui des malheureux
Sçaura la délivrer de ce peril affreux,
B iij Bien-tôt
Bientôt l'on entendra la voix de son prophete,
De ses secrets desseins le fidelle interprete ,
Confondre ces vieillards, & les faire expirer
Sous les coupsqu'à Suzanne ils vouloient preparer.
Mais que
dis je! où m'emporte un effort trop
rapide,
Suivons fidellemenc les pas de nôtre guide,
N'allons pas par les coup s d'un indiscret pinceau
Renfermer deux sujets dansun même tableau.
Voilà sçavant Coipel ce que nous represente,
De ton muet tableau la peinture parlante
,
Chaque objet qu'on y voit est si bien imité
Qu'il dispute le rangavec la verité.
Par des fois disti ,guez la voix se fait entendre,
Ta doae main fait plus
, car elle ose entu
prendre,
Par ledessein corect
, par la vive couleur
De découvrir à nud les sentimens du coeur,
Elle a pour suppléer au défaut du langage
La force d'artier l'ame surle visage.
MEDAILLES
MEDAILLES GRECQUES
Defla~ville de A1fa1rfe,ill/e/, f&~critique d'un en iroit du voyage littéraire du /R?.. P.
DoynEimond Martennetpar/M. de
la R.
J Ajoure, Monsieur,puisque vous le
vou lez ainsi
, ce supplement à la dermere
* Lettre que j'ai eu l'honneur de
vous écrire, non pas pour vous apprendre
quelque chose sur les Médailles de la
ville de Marseille, car vous n'ignorez
rien de tour ce qui regarde l'Antiquariat,
mais pour faire un surcroît de preuve en
nôtre faveur contre les prétentions de
M. de Valbonnais dans son explication
de l'Inscription Grecque trouvée dans
cette Ville.
Non- seulement nous avons des Medailles
Grecques de Marseille
,
frapées
dans Marseille ancienne,& payenne, ou
selon ce sçavant, la Langue Grecque éroit
une Langue inconnuë,mais ces Médailles
( comme vous le sçavez
,
Monsieur, )
ne sont point aujourd'hui d'une si grande
rareté. Elles font pour la plûpart d'ar-
* Cette Lettre est inserée dans le Mercure du
mois d'Aoust 17115
Biiij gent,
gent, celles de bronze font en plus petit
nombre, je n'en ai jamaisvûenor. Celles
d'argent qui sont venuës à ma connoissance
font au nombre de vingt- deux, portant
toutes la tête de Diane d'un côté,
ccëffée à la grecque, & de la maniere
qu'on la voit ordinairement sur les Médailles
des Villes les plus celebres de l'ancienne
Grece. Cette têteest aussîornée
d'un collier, de pendans d'oreilles, &c.
sur quelques-unes il paroît derriere la
tête de Diane un bout de carquois Se
d'arc passé sur l'épaule
, ce qui, comme
l'on sçut, caracterise particulierement
cette Déesse.
-
Il n'y a aucune Inscription sur la face
de ces Medailles,maison voit sur quelquesunes,
une feule Lettre Grecque.
Elles ont toutes au revers un Lion,autre
simbole de Diane, avec cette Inscription
MAAIHTN,ou seulement MAA,
& au devant du Lion quel ques lettres separées
, differentes dans chaque Medaille
qui marquent, ou une époque, ou le
Monogra nme duM metaire , ou quelque
autre mistere d'anti uité, que j' ibandonne
, Monsieur
,
à vôtrepenetration. Je
vous envoye le dessein d'une de ces Medailles
, que j'ai choisie la plus nette, ÔC
la mieux con fervée, de quatre que j'ai
dans mon cabinet. On y voit d'un côté
Il sa
la tête de Diane avec l'arc &le carquoi,
dontnous venons de parler,&la lettre
IA..& sur le revers un ~LyonMASXAAIH.
-"l,QN. Au devant du Lyon ces deux lettrès
ainsi posées l'une sur l'autre H Les
autres Médailles que j'ai vûës en argent
de la même Ville éroient alors dans le cabinet
de M. Foucault.) à Paris, & dans
celui du Docteur Sheloane, à Londres
J'ai déjà eu,Monsieur,l'honneur de
-vous dire que les Médaillés de Marseille
en bronze, font plus difficiles à trouver , je n'en ai jamais vu que trois de cette
especeen petit bronze., lesquelles étoient
aussi dans le cabinet de M. Foucault. Sur
la premiere de ce5 Medailles on voit
d'un côté la tête-d'Apollon,& sur le re-
• vers 'un taureau qui frappe la terre du'
pied, & au dessusdutaureau une couronne
de laurier avec lamêmeInscription
MA22AAIH-TON'. La féconde Me.-
daille represente d'un c^té une tête. de-'
femmeaussicouronnée de laurier, avecces
deux lettres IIA. Le revers dl: le mê-V
me que dans la presedente
3
à la couronne
de laurier près. Latroisiéme de ces
Médailles porte aussi d'un côté une tête
de femme, sans Monogramme & sur le"
revers un taureau, avecl'inscription ordinaire.
B v Lors
LorsqueM. de Ruffy publiason Histoire
de Marseilleenl'année 1642. Les
Médailles desanciennes Villes, &^esbons
Antiquaires, étoient beaucoup plus
rares qu'ils ne le sont aujourd hui ; ce
scavant homme, en traitant des Monnoyes
des anciens Marseillois, nous dit
là-dessus tout ce que son habileté lui peut
fournir,ajoutant que ces fortes de pieces,
qui regardent Marseille ancienne r
& Grecque d'origine,sont (i rares, qU'OR}
ne les trouve que dans Hubert Goltzius
çù-il renvoyele Lecteur. '-
En effet, Monsieur, cecelebreAntiquaire
nousa donné dix Medaillés de-
Marseille, parmi celles des Villes de la,
la grande Grece, parfaitement bien gravée
* par lui-même,avec des explications,
dignes de son érudition & de sa critique ? c'estapparemment tout ce qu'il avoit pû
découvrir de Medailles Marseilloises. De
ces dixMédailles,je n'en trouve quqr
troisque je n'aipas vûës ailleurs, & qui
demandent une attention partièuier;,-
* i - '-- Goltfius était également ion Peintre,Graveivri
Sculpteur,, & excellent -Antiquaire. La m&iUen-i teEdttian ses Ouvrages efi celle de Bruges
fait* en l'annéetî76 fousles yeux- dé lauteur>
dont on voit à la têtele Portrait en taille-douce,
gravé par lui même
,
d'ap es l'Originalpeintfar
Antoine ,Mor, premier Peintre de Philippe 11,
sçavoir la [epriéme) la huitième & la dixiéme,
sur lefquclles on voit rrois têtes
différentes que Goltzius croit,avec beaucoup
de raison
,
ê re de Jupiter , de Minerve,
& d'Aristarcha
,
fameusePrêtresse
-
de Diane
, avec des revers singuliers.
Elles portent toutes l'Inscription ordinaire
~MA22AAiHTf2N, & sur quelques-unes
on voit une Epoque, ou un Monogramme
, que cet Antiquaire n'a pas entrepris
d'expliquer.
M. de Raffy a emprunté de lui quelques-
unes de cesMédailles, pour orner,
& pour appuyer l'H:£lùire de Marseille Médaillés queM. Louis Antoine de Ruf,-
fy, son fils, a fut graver dans la seconde
Edition qu'il nous en a donnée en l'année
1696. beaucoup augmentée, & enrichie
de Ion propre fonds.
En sorte, Monsieur, q voilà bien.des
sources
, & des monmenS,qui détruisntsce
que M. de vaibonnais a avancé,
en expliquant vôtre Inscription grecque,
sans compter le témoignage de plujîeutv
anciens Auteurs, ifngulterement celui
de Strabon, suivantlequelle Grec étoit
si commun à Marseille4qie les Contrats
étoient écrits en cette Langue ÔC
ce beau mot de S. Paulin
, qui dit, en parlant
de Marseille
,
l 11 vj pofca:
Pofita Gdlorum solo
Adajftlia,Graium filiay
&c.
En voilà assez sur cette mitiere. Au
reste
,
M. tous les gens de Lettres,qui
connoissent M. de Ruffy
,
dont nous vent
ns de parler, & tous ceux qui ont lû
son Histoire de Marseille, ont été furpris
de la pensée que le R. P. Dom Edmond
Marcenne lui attribue dans Ion
Voyage littéraire
,
imprimé a Paris en
l'année 1717. au sujet des lieux souterrains
, & des Antiquitez qui sont dans
l'Abbiye S. Sauveur de Marseille. Ce
sçavant Benedictin, étant en cette Ville,
ne manqua pas d'aller les visiter. Ecoutons-
le parler lui-même sur cet article,
voici ses termes.
Elley TAbbefTe de S. Sauveur,voulut
aujjt nous faire voir quelques Antiquitet
qui sint dans Vintérieur du Monastere, 1 f ri
ou Con montre plusieurscaves, que nous
croyons être unottvrage des R?mains,destinées'à
faire des provisions pourL'Arn^
eey comme on voit que Jules Cesar en
4ivoitfaites à Awboifè,plutôtquunTemple
de la Deesse du Soleil
.,
comme le croit
M. Rujfy
,
fondé sur a qu'ony a trouvé
une figure qu'il eflirneanciennedune
Deepenvironnée de rayons 3
& portant
une
une couronne aétoiles. Mais nous croyons.
quil ne faut pas- êtregrand connoisseurT
pOltr jugerque cette figure n'est point du
tout ancienne
3
& qu'elle reprcfènte 14
Jainte Vierge
y
figurée par cette femme de
L'jipocalypfe, entourée duSoleil, & environnée
de dou^eétoiles, quifont les dou- , prérogatives de cette fainte Atere de.
Dieu
j comme l'explique saint Bernard-
Nous vîmes aujJi dans cescaves une ancienne
Inscription
,
mais nous ne la primes
pas dans la pensée qu'elle pourroit etre.
raportée par M. de R?tffy.
Il faut avoüer qu'un Antiquaire,capable
de la bévûë, que le R. P. Martenne
impute ici à nôtreHistorien, est.
bien humilié, quand on a la bonté d'en
instruire le Public. Rien en effet n'est
plus absurde, que de prendre la figure
de la sainte Vierge pour une Deesse du
Soleil, & de placer dans un lieu souterrain
le Temple de cette brillante Divinité
;mais vous sçavez, M. que la reputation
de M. de Ruffy ne sçauroit en
souffrir, & vous n'ignorez pas ledéfi
.qu'il a fait au P. Dom Marrenne, de
lui indiquer l'endroit de ses Ouvrages
où peut se trouver une erreur si grossiere.
Il est vrai qu'il a parlé de ces souterrains
de l'Abbaye S. Sauveur,dans sa
- seconde Edition de l'Histoire de Marseille,
le, page 317. &318. de la seconde Partie
; mais ce qu'il en dit, est bien opposé
au sentiment bizarre qu'on lui arrivbue.
M. de Ruffyfondé sur une Inscription
trouvée dans ces grottes, &
qu'il rapporte dans le lieu que je viens
de citer, s'explique ainsi sur cette matiere.
» CetEdifice,dit-il, étoitun Col-
» lege des Dendrophorcs c'étoient des
» gens qui trafiquoicnt au bois
,
qu'on
» employoit à l'usage de la guerre, aux
>3 machines, & de la charpente necessai-
>5 re dans le camp: le CollegedesDenv>
drophores joignoit ordinairement celui
>5 des Céntonaires, dont la fonction étoit
M de fournir les rentes & tous les attirails
» de guerre, & d'éteindre le feu que les
»machines des ennemis portoient dans
»les camps.
Telles sont, M. la pensée & les expressions
de M. de Ruffy au sujet des
grottes en question
,
sans que dans tout ce
qui precede, & tout ce qui fuit, il soit
dit un seul mot de la figure mysterieuse
dont parle le P. Dom Martenne; ce qui
me faitconclure, en finissant, que le fçavant
Réligieux auroit rendu plus de jus-
, tice à M. de Ruffy,s'il eu jetté les yeux
sur son Histoire de Marseille, ou s'il eût
trouvébon de le consulter sur ces Antiquitez,
après avoir reçû de lui divers
éclairéclaircissemens
sur d'autres sujets, pendant
le séjour du R. Pere en cette Ville.
Je suis, &c.
A Paris
> ce 11. Juillet 1711.
CO-NTE ENIGMATIQUE.
M. ALbinelli
3
jeune Seigneur de l'Etat
de Milan, étoit né avec tous les
avantages qui peuvent satisfaire l'ambition
& l'amour propre. Il avoir à peine
atreint l'âge de vingt ans, lorsque son
pere , qui l'avoit destiné dès son enfance
à une heritiere considérable
, le presse
d'accomplir ce mariage; mais Albinelli
étoitbien éloigné, par son inclination,
de prendre un engagement qu'il ne pût
rompre; il ne connoissoit que le plaisir
de se faire aimer, celui d'aimer lui étoit
inconnu. Pour éviter les persecutions de
son pere ,
il partit fecrettement dans le
dessein de voyager , & de visiter les villes
d'Italie. Il se rendit à Venise; le lendemain
de son arrivée, il alla se promener
sur le grand Canal; qui coupe une
des principalesruës de la Ville; onétoit
dans la plusbellesaison del'année, &
tous les jours la jeunesse brillante en hommes
, y formoit un cours d'autant plus
agreable, que les superbes Palais qui regnoient
- gnoient des deux côtez, avoient desbalcons
où les femmes,les unes pourprendre
l'air, & les autres pour se faire voir
ne manquoient pas de le rendre: ces balcons
étaientà une distance d'où on auroit
pû aisément leur parler
,
si la coûtume
n'-en avoir ôté la liberté. Albinelli regardoit
avecplaisircespectacle
,
qui
avoit quelque chose demagnifique &de
galand,lorsqu'il apperçût pUfierSjeu
nes filles,qui par une espece de coquette
rie, assezen usage à Venise prenoient
des fleurs dans des corbeilles
, & les jet-]
toient d'un air en joiiéà ceux qu'elles trouvoient
leplus àleur gré. Uned'entr'elles,
par timidité, ou par dédain, n'avoit
pas encoreimité ses compagnes:fe^
regards incertains s'arrêterentenfin sur
Albinelli, qui surpris desa' beauté ,avoir
fait avancer sa gondole fous le balcon oùelle
étoit ; elle le trouva si fort au-dessus
detous ceux qu'elle avoitvûs jusqu'alors,
qu'elle nepût s'empêcher de laisser tomber
sur lui un oeillet qu'elle tenoità sa
main, Aussi-tôt honteuse & embarassée.
elle baissales yeux, & une rougeur modestequi
lui couvrit le visage, en augmentant
sa beauté, donna un nouveau
prix à la faveur qu'elle venoit de faire.
Albinellien sentit tout le charme; ce
trouble agreable ( présage assûré d'une
grande
nde passion } le fit sentir à son coeur ur la premiers fois. Sa reconnoissance
i ses nouveaux sentimensparurent dans'
ÎS yeux; depuis ce jour il ne s'en passa
point qu'il ne retournât au même enroit
jik il eut lieu de Le flater quecelle
ui causoit son çrnprefremtnt, s'en apercevoit'
avec plaisir. Il avoir appris
qu'elle se nommoit Ulanie, qu'elle avoit
erdu sa mere, & que son pere, un des
temiers du Senat, homme absolu, dc
lus severeencore quene le sontordinairementceux
de sanation,la tenoit dans e grande contrainte, & qu'il vouloit i faireépouser un de ses neveux pour
ui elle avoit une aversion insurmontale.
L'amour & la jeunessedonnentdela
confiance, les difficultez l'animent, SC
de le rebutent point. Le peu d'esperance
quedevoir avoir Albinelli, de réiiÏÏk
dans sa passion ,ne l'empêcha point de-
;¡'y livrerentierement, il ne longea qu'à
a fairesçavoir àUlanie.Unenuit, donc
l' avoit passé la plus grande partie a rêver
à la maniere dont il s'y prendroit,
sanss'être déterminé à rien,accabléd'une
si longueveille ,ils'endormit, & son embarras
le suivant dans son sommeil, illui
seomnnbela qu'il voyoitdevantlui une per-
,
donc le grand âge n'ôtoit rien des
agrémens d'une beauté nainte; elle
- -
étoit
étoit suiviede cinq Princesses qui paroi
soient toutes soeurs, quoique cr6-ditfc
renres l'une de l'autre, Ôc de dix-neuf
Dames, dont quelques-unes étoient ~bi
mois âgées que les autres, qui étoient
arrachées indifféremment aux cinq ~Prii
ce es, & se trouvoient à chaque instant
tantôt avec l'une, tantôt avec l'autre
» Calmez vos agitations,decette Re
» ne à Albinelli
,
l'amour couche de ~v<
»> peines, m'envoyé à vôtre lècours:
» fi, en état de servir vôtrepassion,& ~c
M vous aider à la découvrir à celle qui e
w est l'objet. J'ai secondé cent ~millenu
» dans de pareilles occasions : les plus
n grands Rois ne dédaignent pas d.*
» servir de moi; les Princesses & les D;
» mes de ma Cour ne vous abandonne
M ront pas, si vous sçavez bien les ~mei
»tre en oeuvre: elles ne se piquent ~pa
» de garder leur rang, elles prennentce
w lui qu'on leur donne, & lorsqu'elles ~(
ai trouvent bien placées, tout l'honneur
» en tourne au profit de la personne, qu
D) a sçû les placer avec distinction.
Albinelli transporté de joye, voulut
ensejettantauxpieds de la Reine, lu
témoigner combien il étoit sensible aux
offres obligeantes qu'elle luifaisoit, mais
dans ce moment il s'éveilla. Ce songe
énigmatique ne le fut point pour lui, &
je
froi qu'il ne le fera point pour bien
autres: Albinelli se servit avec succès
secours que l'Amour lui avoit envoyé
persuada sa tendresse à Ulanie, & reet'
E des assûrances quelle la parrageoit sdesirs
des Amans vont {OU} ours au dedu
bonheur dont ils joüissent.Une graqui
leur est accordée est un droit pour
~xd'en demander un autre. La Reine,
Princesses & leurs Dames furentemployées
plusieurs fois pour obtenir une
~hevuë secrete, & l'Amour d'intelli-
~ce avec elles, fit disparoîtreauxyeux
Ulanie toutesles tristes raisons de bierw
~incc qui s'y opposoient.
tti"é écrits de Caën aux Auteurs dW
Ji{ercure le 15. Août 172.2. par
-
HMi..FFrreeyy de NNeeuuvviillllee..-- vOus n'ignorezpeut-êtrepas,Messieurs,
qu'on donne tous les ans dans
Academie de ~Cën, un prix à la meilre
Ode Françoise,allegorique,en l'honnr
de l'Immaculée Conception, de cent
~s, en dix strophes. La pièce que je s envoye, sur presentée a cette Aca-
~mie le 8. Décembre 1721. jour auel
on fait lire publiquement les pièces
concours. Le jugement n'a point enta
été imprimé, du moins il n'est pasvc-
na
venu jusques a moi. Cerre Ode a a
cré envoyé à M. l'Evê^ue de M'irfei
J'ajl ûreie compliment qu'on luia j
a cctre occaiion, pour donrer une ie
des motifs, qui doiventenaarer les be
efprirsà rendre àce genereux PieLir
que mevire sa charité.J'ai l'honneurd
tic Messïeurs,&c.
A MONSEIGNEUR
DE BELZUNCI
EVESQUEDE MARSEILLÉ
MONSEIGNEUR',
Je rens aujourd'hui a vôtre Grande
le t:but, que tous les âges- ont .ren<
aux Heros, qui sans participer aux ho
reurs d'une guerre finglante, ont si
avoiier aux ennemis même de la verti
que la grandeur d'ame, & le fublin
heroisme,neronnitent pas à forcer l'l
rivets d'admirer, & de haïr un fier cn
quexant. On arrive par des voyes pl
parfaites à cette gloire solide, qui forn
l'homme saint, & selon le coeurde Die
dans le Christianisme.
C'est par les voyes, Monseigneur
que vous vous êtes élevé au-dessus
x que le même titre, le même rang,
îême dignité
, vous rendaient égaux
l'Egli.e. Vôtre chariré &votrezeanimez
par le refroidifTjinent de ceux
leurs voeux obligeoient de vous fouÎL*
dans les fonctions les plus penibles
l'Episcopat , ont donné dans votre
forme un exemple aux Evêques, &C
modèle à tous les Pasteurs de l'Eglise
Jelus-.Christ.Plus occupez du dan- , qui menaçoit les habirans de MarlIe,
que du peril dont vous étiez enonné
, comben de fois avez-vous fou..
lré
, avec le Propheie Royal, de mou-
, pjur appaiser la colere d'un Dieu iré
de nos pcchcz? nuis toujours [oû,.
is aux ordres de la Providence,toûjrs
sensible aux besoins de vôtre peue
,
combien de fois avez-vous dit,
'ec fain;Martin? n\on Dieu, quoique
L ne puisse resister aux travaux qui
'accablent, quoiquelestrissesfpeda-*
es ,
qui s'offrent à ma vue me peneent,&
m'anendriffenr, quelque douleur
ue me causent les maux de mon troueau
,conservez-moi la vie, Seigneur,
elle est utile aux malheureux Provenaux.
Ces pieux sentimens, Monseigneur,
nt toujours occupé vôtre coeur. Remli
de l'Esprit saint
3 vous avez donné des
preuves
preuves d'un courage élevé, d'une pic
verirablemenr confiante, d'une rendre
sans bornes pour vôtre peuple, d'un zt
infarigable, & d'une application coni
nuelle à procurer aux peftiferez,tout
qu'ils pouvoient fouhaitter, pour l'ar
Se le corps. Tous les Provençaux vo
regardent comme leur pere, & vous do
nent le nom glorieux,avec plus dejufl
ce, que lasuperbe Rome ne le donn
autrefois auPrince des Orateurs. TOI
les François font,aussi sensibles à vos bol
tez, que s'ils les avoient repenties. N<
voeux ont pénétré jusques au trône d
Dieu vivant, & ont obtenu vôtreconfe
vation. Quedis-je, vous n'en êtes redi
vable qu'àvôtre charité, & nos prierc
ne fervent qu'à faire connoître combie
nous nous intereÍfons à vôtre fanté.
Les applaudissemensqu'on donna1
jour de la Conception aux vers qu
j'olc presenter à vôtre Grandeur, éroien
moins dûs à la poësie, qu'à la matière
Vôtre nom obtint bien-tôt fiience. U
chacun sembla se faire un merire de té
moigner
, par des marques d'une joye vi
ye & éclatante, que lePoète n'avoir pi
choisir un sujet plus agreable. Que je se.
rois heureux, Monseigneur
,
si vos sen
timens s'accordoient avec ceux de l'illus
tic Assemblée,devant laquelle cette Ode
-
su.
t lûë! vous vous contentez de méritée
l'on vous loue, sans aimet les lolilnges;
ais vous aimez la vérité, ainsi j'espere
1e vous la distinguerez d'avec la flaree,
& que vous recevrez avec la bonté
ji vous est naturelle, une marque du
'ofond relped:
, avec lequel je fuisp
MONSEIGNEUR,
f1EVOTRE GRANDEUR;
hi
Le très-humble & très obéïH'an.
serviteur
,
Frey de Neuville,
f,n-l' honneur de l'Immaculée Coni
ception de la fainte Vierge.
Ode allégorique.
.0, Eigneur de ta jafic colere,
Qui peut éviter leseffets?
msouvent un fléau salutaire
Wout fait expier nos forfaits. e pecheurs'abusant soi-même, e rend point à l'Hue(Úprême. es Laishommages qui lui font dûs5
le maître de la tempête
ilccable sa superbe tête,
Des
Des malheurs les moins attendus.
Marseille
,
autrefois si fameuse
,
Même avant les premiers Cesars
, *
'N'a plus qu'unegrandeur affreuse
,
Dont la rrort défend les remparts.
.•Que la fortune, & l'opulence,
Sont fuoeftes à l'innocence!
Xa volupté 'es fuit de près.
Le paifirsengendrent le crime)
Et chacun tcmbc dans l'abîtr..e.)
Où le cocduifent ses excès.
Le Tout-puissant frappe de peste.,
sLesinfortunez Provençaux
De tous le) maux le plus funeste.,
Est apporté sur leurs Vaisseaux,
:pu porr il paffe dans la Yille,
La Medecineest inuti'c,
Le mal trouve par tout accès,
Marfeil'c perit sans ressource
,
Son rraI part de lamêmcfource
,
* Les Romains la regardaient comme une
yaie des llus consîderables de leur Empire.
(Lii
<£uicauroit les heureux succès. A
Quel fpeébcles'offre à ma vue ?
Je crois apprendre de ces morts b
Que l'innocence confondue,
N'a fait que de fobles efforts. -.
Seigneur,affligele fidele)
Afin qu'une gloire immortelle
Couronne sa fiielité1
Oiii. Le juste re purifie
,
Lorsqu'il souffre pendantsa vie,
Ses malheurs, avec fermeté.
Les pleurs, le deiiil, & la tristesse.
Ont dans ces lieux leur triste cours j
De la plus brijlante jeuueffc
La pestè termine lesjours.
Ici l'époux pleure sa femme,
Là l'épouse livre fou ame'
Aux mouvemens de la douleur.
Un tendre fils pleure son pere i
a Du Commerce.
b Dieu afait connoître, par la mort des-
Paftetfrslesplus '{ele'{
, qUe tous les malhenrë/
ix nefont pas coupables.
C L1
La fille regrette la mcrc,
Chacun fuit son propre malheur.
Lacharité paroît éteince.
On ne connoît plus l'amitié,
De la perteon croit fuir l'atteintef
En éloignant toute pitié,
le pauvre accablé de misere
,
Invoque une mort necessaire
,
Et s'en fait un heureux destin:
Quelques forçatsimpitoyables,*
Des enfers suppôts détestables
,
Lui portent lamort dans le feia;
Pelzuncetout brûlant de zele,
Cherche à soulager son troupeau J
Il vole à celui qui l'appelle ,
Il voit les horreurs du tombeau.
Mais il lesconnoît
,
sans les crailldr,
Et le danger ne peut éteindre
Le feu, dont son coeur est épris;
Pasteur genereux ,
tendre pere ,
* Les GaUritas dél,lIrei. pour ficenrir-Us
malades*
iLt
Suc plaisir, qu'il trouve à bien faire,
Donne au bienfait un nouveau prix.
S'offrant foi-même en sacrifice,
Ilprie, il jeûne incessamment
,
Pour se rendre le Ciel propice,
Et desarmer le Tout puissant.
,J)
Grand Dieu! modere ta vengeance,
,, Fais qu'en faveur de l'innocence,
,, L'impieévite ton courroux :
,, Ah! Seigneur,frappe moi de peste
p
„ Et fauve le malheureux reste
„ D'un peuple accablé sous tes coups.
Digne successeur des Apôtres,
Le Ciel n'exauce point tes voeux.
Il paroîtplussensible aux nôtres,
Il te conserve aux malheureux.
C'est en vain que ton coeur soupire,
Pour lacouronne du Martyre,
Que peut donner la charité;
Tavieest encor necessaire
,
Un exemple vivant fait taire
Lajalouse incredulité.
C ij sillxJ'lllufion.
Belzunce fauvé, nous figure
Marie exempte de peché :
La Vierge naît sans tache & pure,
A la peste il est arraché;
D'Adam, cicature infidelle,
La complaisance criminelle
Corrompit sa posterité.
La Vierge repare , avec gloire,
Le mal causé par la victoire,
Du démon de la vanité.
Frej de Neuville.
Lettresurla maladie de Aiarfeille3écri*
te à M. Charbel,anci;n Officier de
,
Oi.l icl ,-r la Marins
, par l'vf. La'tri-Sol de D2-
laurh
,
DoÈlexr en AiedsçinCjÀfainto
Livrade en Aaenois. cEfi: à present, Monsieur, que j'ose
me flatter de pouvoir répondre dans
cette seconde lettre, aux empressemens
que vous avez depuis long-tems, de sçavoir
en quoi COI Gfte la maladie conragieusedeMarseille,
répanduë dans presque
toute la Provence & de..Jà dans le
Gevaudau.
Gevaudan. Si je le fais avec succès, j'avouë
que je ne brillerai que d'un éclat
emprunté, & que c'est à M. Deidier, *
dont le nom' fait l'éloge, à qui je dois les
connoissances
,
dont je vous fais parr.
d'est sur ce modele que je puis vous dire,
que la coagulation du fang est le caractèreessentiel
de cette cruelle maladie,&
que par un effet aussi fixant quegangreneux,
l'on peut aisement se déterminerà
l'égard du germe pestilentiel qui enest la
cau ce.
Mais auparavant que d'en venir là,
vous ne desapprouverez pas que je vous
dise, qu'il ne faut pas confondre l'épaj[.
sissement & la coagulation ,non plus que
la fonte & la dissolution. L'cpailliArment
est la suite ordinaire de la dissolution,&
la fontecelle de la coagulation.
Dansle brisement du fang par quelque
corps âcre & tranchant, le volatil se dissîpe"
, le mare reste, d'oùdépend l'épaississement
; & dans la fixation par un
pburoiscshaennt tacide, les parties rameusesse
& se colent, l'esprit principe
se corporifie, la serosité déborde, ôC
prend le dessus ; cequifait la fonte, éloignée
de tout brisement, & par conse-
* Lettre a M. FIf,
-
le 1 j. Decembré, &à
M. MontefeBe, le Jo). Novembre 1710.. -
C iij quent
quentdela dissolution. On a des exemples
de l'un & de l'autre, dont je pourrai
vous faire part en tems & lieu, pour
ne pas vous faire une trop longue lettre ,
par lesquels l'on voitque la fonte du fang
& son épaississement, font les produits de
la coagulation & dela dissolution
,
Se
qu'ainsi ces deux effets font differens, bc
toûjours dépendans.
Cette consideration, comme vous
voyez, n'est point à méptifer : autrement
comptez que c'est ne donner qu'au
hazard, de rafraîchir dans la fonte, SC
d'échauffer dansl'épaississement; on attaque
l'effet mediat & secondaire, dans
le tems qu'il faut s'en prendre à l'action
immediate & univoque, qui est ladissolution
dans l'épaississement, & lacoagulation
dans la fonte; quoique l'on foit
quelquefois obligé de se prêterauplus
pressant
, par cetre maxime urgentiori:
maxime qui' d'ordinaire ne regarde que
des cas particuliers, a tous dépendans
d'une action équivoque, ainsi qu'on le
voit souvent, & qu'on l'a vû arriver, b
a M. Deidier répond a M. MonterefJe, le 14..
janvier 1711.
b Observation de M. perny , atint mallldle
de la troisiémeclilffe. & reflexion derniere des
faits Jifigtilitrs de M. Chicotuatt
,
imprimé.
Aix.
ail
au sujet du mal de Marseille oùladissocution
imparfaite a par accident été dans
quelques occasions la fuite de la coagulation.
Mais cette maxime toute respectable
qu'elle fait, ne peut, ni ne doit servir
de regle a à l'endroit de l'univoque,
où la Loi contraria contrariis, e:,;'"c. l'emporte
sans détour. Et de fait il en est de
la chaleur dans 11 coagulation, comme du
feu que cause la glace b dans la main # très-piquant & très-âpre, qu'un plus tnoderé
dissipe bien-tôt, lorsque la voye de
rafraîchir en augmente l'ardeur, & le
rend insupportable.
Sur ces principes
3 on a d'abord presens
tous les traits méthodiques de la
conduite que l'on doit avoir au sujet de
la maladie de Marseille, nonobstant qu'il
y ait de la f.îiite dans le sang, & que les
débris soient brûlans, & dans les entrailles
, & au dehors. Je passe pourtant cet
endroit, non moins curieux qu'interessant,
pour revenir à ce qui fait le principal objet
de vôtre attention, & dans le moment
il me paroît difficile, & c'est là toute
ma peine
J
de porter sur la nature de la
cause de cette horrible maladie, que pas
une relation n'a en quelque façon jusqu'ici
a Obfervxtioti de M. Deidier à M. Monstresse,
ibid. *
b Trop long-tems retenue.
Ciiij toutcuchée.
Et je ne sçai si vous ne me jiï*
gerez pas trop téméraire d'avancer sur le
tr in a de ce mal; mais c'est sur l'induction
de mon illustre guide, b que l'acide
qui broche le sang des pestiferez, tient
du virriol
,
& que selon toutes les apparences
,
le seminaire pestilentiel efl; aujourd'hui
par sa détermination vers les
entrailles, une espece degillavitrioli,
unvitriol émetique, rendu corrosifdans
les calcinations qu'il a souffertes par un
vent de Sudtrès-ardent,poussédepuis
le mois de Juin, & tout l'été 1719.
de même qu'au tems, c que la peste a commencé
de le faire sentirà Marseille, &C
jusqu'à l'automne, qui fût alors d le terme
de sa vivacité, sans toutefois être celui
de son extinction. Il est vrai qu'un
vent de bife se fit vivement sentir au
commencement de Juillet 1720 e lequel
fut d'abord suivi d'unventde Sud étouffant,
qui dura jusqu'aux vendanges;
bien que du depuis il ait de rems en tems
repris, & sur tout le Printems dernier
a Relut, de Novembre 1710. imprimée * Marseilleen1710.
- b obfwulIt. de M. Detdier à AL Mtnterejfc,
le17.Otioire1710
c Juillet 1713.
oc7obre 171.0.
d Lettre de M. de,..d'Avignon , à un IIml
de Tcnloufe171.O. -
17iU
1721. Après celail importe peu quele
germe pestilentiel se soit formé par le
vent de bise, & perfectionnéparle vent
de Sud, rien ne le confirme mieux en vitriol,
que les mbières noires, violettes
OU vertes, dont les pustules,suivant qu'il
nousest rapporté, a font remplies, les
exanthemes teints, & les évacuations
chargées: tous accidens qui ne peuvent
étre attribuer qu'au vitriol
,
très-alkolrfé,
corrodant &' vomitif.
Ce systême, tout favorisé qu'il est de
la raison & de l'experience
, ne laisse pourtant
point d'être traversé par celui des
vers dragoneaux, vers imperceptibles,
dont onprétend, b avec quelque air de
probabilité faire le fond du seminaire
pestilentiel : mais que cesoit ces vers portez
dans le fang par la respiration, &par
lx salive, comme le veulent la plupart, c
ou appUque sur la peau pour causer
d'ans le liquide empourpré par leur poinçon
écumeux j les mêmes effets que le
a Pelat. de M's Chtcoymau & Yerny,en Norvembre
b Cal1me7t, d1iss--er0t. su-.r l-a l-epre de Mcyfe-, &
Chirker,c.de la peste.
--
c M. PefiacoJSy
,
disse-rt. sur loepesle, est dtf
fejitiment avec pljifieurs autres-, que le ftm;ntJ;.
re- pfiilentiel pagepa, la salive dans, léfangfam
Us uers. -"";.. C V icoEscorpion
& la vipere., ils font certaine
ment moins la matiere du germe pestiseré,
que le produit d'une coagulationpourrie,
présque toujours accompagnéedela
vermine:persuadé d'ailleurs que la noirceur
dans les liquides ,ainsi que dans les
défauts organiques, vient moins de ces insectes
que du vitriol.
-
Il faut vous dire en passant, que le seminare
pestilentiel peut ne pas être sansces
petits vers: tant s'en faut , il est plus
probable
1
qu'il en estarmé, de même
qu'une flèche de ses ailerons
3
mais d'une
espece toute parciculiere en tems de peste.
C'est sans doute par là qu'il est , & plus
contagieux, & plus meurtrier, sans pourtant
être, ni moins minerai , ni moins [d.
vitriolisé
, ou nitre aëré tourné en vitriol-
Il estcertain que par des embrions ainsi
animez , il devient coagulant outré,infîniment
rongeant & superieur , ô( qu'il
se revêt du caractere de causegenerale de
communication. -
,
Il n'est pas necessaire de m'étendre ici
davantage, pour rendre [el!Jihles..des alliages,
qui donnent aux atomes f::rIins
vitrioliquesdel'athmisphere,le rafine- ;
ment &l'éronante rapidité dans d'aune
promptes &de si mortellesexpéditions.
Je me reserve à le faire dans un ouvrage
plus étendu , dans lequel on verra les
pria» j
principauxeffets d'une maladiesi terrible,
expliquez conformément aux regles de la
plus exacte mécanique.
1 -
-
Mais c'est toûjours
, en atténdant,
vous donner en fort peu de mots, pour
nepas sortir des bornes d'une lettre, une
idée précise de la cause & de la nature
d'une maladie, qui a fait en Provence
tant de ravage.Cependant comme il ne
s'agit pas feulement de connoître la qualité
de l'ennemi qui nous fait cette guerre,-
& qu'il estde la prudence d'être toûjours
sur ses gardes, de peur de quelquefuufcre
accident ; sçachant depuis,
long-temsque,non efl filpÙmtis, dicere
nonputabam ; & que d'ailleurs tela pre-
#(Jijà- minus feriunt, on seroit hors d'excusedese
trouver sans défense, de n'être
pas en état dans l'occasion de pouvoir
repousseravantageusement les efforts d'un
si brusque assaillant; mais voici à mon
avis comment le faire.
Etsans rappeller ce que j'ai déjamarque
dans ma premiere lettre, *rien de;
mieux assorti pour modifier l'air, & le,
teniç dans un parfait analogisme devibration&
d'équilibre avec le fang, que IVsage
d'un baume aromatique
3
fait avec
*, Mercure de May 1711. lettre Juda, feste tn1
g-entral,Art.-de III Çf/tgutatim-
(¡;..v-j)' Im
Ia racine d'iris de Florence , de tedoti.
re, d'angelique de Boëme
.)
& d'imperatoire
; de noix muscade, de geroste, & dt
camphre ; des feuilles de rhuë
yde
mmthe
&-dscressoneC-eau9\t tout digeré ail
fumierde cheval, l'espace de 15. ou i&V
jours, danssuffisante quantité d'excellent:
vinaigre, blanc distillé au bain-marie.
Tous les matins on en flaire; & quand
OiYfort, ayant auparavant pris 10.ou 12.
gouttes de l'eau antipestilentielle, dont"
je - vous parlai la derniere fois, a dans
deux onces d'eau de fleur d'orange,-
ou
autre liqueur appropriée. b D'ailleurson.
ne doit jamais être sans une éponge chargée
de ce baume, pour la porter de téms"
en tems au nez en forme de cassolette,
sur tout quand on frequente des gensfus
pects.Avec ces précautions, & l'usage
du tabac en fumée & en parfum, vous
pourrez vous donner à tout sanspeine Be
ne rien craindre. Cependant
,
comme il arrive certains
évenemens
,
qu'il est quelquefois difficile
de prévenir; en ce casil ne faut pas differer
un moment c les secours détaillez
dans l'article d qui concerne la coagulaa
Mercure deMlli17u. iliïd.
bIbid.
c Lu[lignéedu pie
d Mercure de Mai,i/ti. iiq.
tlOQf
tion, pour ne pas encourir le travers de
cettemr.xiiyic,principiisohfla,&c'. convaincu
que le retardement en ce point est
irréparable,à moins que la pestene prenne
son cours vers les parties extérieures
par des parotides ou des bubons fupurez.
Et comme vous pourriez vous faire une
peine à l'égard de la saignée,rempli de
ce préjugé simal fondécontrecette operation
, que tant d'habiles Praticiens
, a
anciens & modernes, ont rendue si recommandable
,
& que la raison autorise
avec tantde citres; croyez-moi ,n'épargnez
pas un fang
,
dont la coagulation
augmente si prodigieusement le volume j.
il faut vÎce le répandre & le verser à
longs traits; soyez persuadé que la saignée
n'est en cette occasion iiiiuvaitè,
que parce qu'on prend le change, ou
quand on ne le fait pas comme il faut.
Il est manifeste, que si le fang tiré des
parties superieures
)
jouë à present b des
mauvais tours ,c celui qui est tiré des parties
infetieures, A donne droit au but de
a Gai. de rurat. per vent fest. r. 14. Z«-
¡/(l't;ic.Afercat. Forest.ZachatLujitan SyÙnham
c. d. pest.., He.quet,dtfiert.sur ta ffi,',
b ans la (o/l:;/dation
, en quoi co;iJïjte lapefte
deMa*fclie.
c Rïuor. c de; e{Fe.
d Qribof.I. 7. 10.Sydenham, c.depesle.
la
la guerison. Et de fait elle ne devientinutile
, la saignée du pied,1que quand on la fait trop tard
, a ou à contre-tems, b
qu'on ne rire pas allez de fang, cou que
le malade est sans ressource
,
dans des cas
d'épuisement par des évacuations symptomatiques
par haut &par bas. Il est alors
plus avantageux de demeurer dans l'inaction,
que de nepas faire à propos une operation
mffi essentielle.
Je ne vous parle point des cordiaux
ni des sudorifiques mesurez, ni des autres
secours; je me fuis là-denus
, ce me semble,
assez expliqué, d pour les retoucher
ici. Il s'agit dans le general de remettre
le fang dans sa naturelle fluidité,de lui
donner un cours plus libre, & de reduire
les sucs des premieres voyes , trop
abondans & trop massifs, qui deconcert
avec le germe coagulateur
, ne conspirent
qu'à étoufferl'esprit de vie. Et ainsi loin
de prendre la voye de rafraîchir, e plus
nuisible millefois & plus dangereuse,
que ne l'estmême le commerce des mara
M. Hecquet,diBert.sur la pesle.
b Léonard. Botail. c.7. decurât, fervenu,[-ta-.
c Sydenham-Léonard.Botail. locts citut.
dMercure de Mat, 1711. lettro Jur la peJAtl ,
art. de la coagulation.
Ue Prat.jdeiM.eMead., dans fil dis-sert. ju- r 1* -chanchandises
& des personnes suspectes, dont
Dn n'estsusceptible de contagion,qu'en
Itanr que nous y sommes disposez par quelque
excès. Elle n'a lieu, cette voye supforé
qu'on soit obligé de la prendre, que
dans des cas de poitrine a attaquée, où* a dissolution imparfaite prédomine, &
encore faut-il qu'elle soit soûtenuë parun
tmélange exact d'absorbans, decolmans de diaphoretiques de tems en tems
rendus laxatifs; aussi jamais maxime que
celle-cï,un feu chassel'autre,ignis ignem
repeLLit, n'a mieux brillé que dans cette
rencontre ,
qu'il y ait ou non de fontç
dans la masse humoralle, que l'on sente
une vive ardeur, un feu brûlant dans lesentrailles
& dans les sorties, éruptions
pourries & sphacelées des vices locaux;
c'est toujours moins la cause que l'effet:
l'univoque est l'arrest du fang b dans les
l, solides
, & la coagulation dans les liquides.
Je n'en dis pas davantage ; &jefinis,
en vous assurant que je n'ai rien négligé,
pour vous donner tous les éclaircissemens
sur le choix des remedes prefervarifs, Se
de ceux dont il faut se servir
,
dès qu'on
se sent frappé. Si j'ai differé si longa
Observat. de M. Deidier 4 M. Monterefîe.
b Lettre de M. Detaier à M. Fisa
, & 4 M.
MonttreBe, de Marseille 172,1.
tems
tems de le faire,c'est que jevoulois m'int:
truire à fond sur une mariere si difficile à
corinoîre. Je souhaite d'y avoir réiifll
par l'avantage quevous en retirerez, &
par le plaisir que j'aurai de ne vousavoit
pas été inutile, vous priant d'être bien
persuadé que mon inclination durera roûlUS)
pour me conserver un ami comme
vous, & pour vous témoigner que je
ferai toutema vie, Monsieur, vôtre. &c.
SUR LE MARIAGE
DE LOUISXV. !
Paroles pour être mise en musiquer
Premièrevoix.
QVeUe divinité vient charmer nos regards,
Et forcer tous les coeurs à lui rendre les
armes,
Les grâces & les ris volent de toutes parts JEt
rendent hommage à ses charmes.
Deuxiéme voix.
D'un jeune Dieu plein d'appas,
Elle vie;;c pour toujours fixer la destinée,.
Et je vois sur ses pas Marcher
Marcher l'amour & l'hymenée
,
De leurs charmans concerts,
Ces Dieux unis font retentir les airs.
Troisième voix.
Que ces lieux repetenr sans ctire,
Hellleuxles coeuu que l'amour blcfifcr
ue des chants de victoire éclatent en ce jour,
ù l'on voit triompher l'hymenée & l'amour,
Premiersvoix.
Heureux amants ,
l'amour s'empare de lem; affiC,
out déjà se prépare à couronner leur flame ,
1
Les momens se hâtent de couler,
a temple fortuné la troupe de Cythere
,
Voleàl'instantprêtersonministere,
Et l'encens commence à brûlur.
Deuxième voix.
g Garant de la foi conjugale
'hymen offre aux amans la coupe nuptiale,
ous ses aimables loix il lesunit tous deux.
poux cheris des Cieux,au gré de vôtre envie,
Tout répondra dans l'empire amoureux.
Le noead charmant qui vous lie
4
L'ee
"elf.
Va combler tous vos vcéax.
Dans le sein des plaisirs, sans craintes, sa
allarmes,
Vous verrez couler vos jours,
les ris d'un fort plein de charmes
Eterniseront le cours.
Premiersvoix.
Volez amours , Volezamours, ttrroouuppie lleeggeerrcet
Accourez des bords de Cythere
Dans la plus brillante des cours.
Ce beau jour vous appelle
A de nouveaux exploits.
Signalez vôtre zele,
Accourez à ma voir.
Choeurdesamours.
Volors à de nouveaux exploits j'
Accourons à sa voix,
Deuxième voix.
Tandis que les amours au gré de l'hymenée
Acçourent des climars divers ,
Ce Dieu des deux amans hâtant la destinée,
Les couronnes de myrthes verds.
Que cette couronne aimable
A
l'ffjr-
IÍÍrn.
eux tendres amans prepare de douceurs
,
Le myrthe est cent fois préferable
Aux plus brillantes fleurs.
Troijiémevoix.
Que l'hymen a de charmes,
Quand l'amour lui prête ses armes.
Tritr.
Que L'hymen
Que l'amour, a de charmes
Quand l'amour,
Quand l'hymen,
lui prête ses armes
Celebrons tour à tour,
L'hymenée&l'amour.
Le choeur repete ces quatre vers.
larmans époux, dont la vive tendresse
S'anime asso doux sons des amours J'
vôtre hymen le Ciel qui s'interesse
,
veut vous en a pprendre le cours,
Le Dieu qui lance le tonnerre
et en vos mains un sceptre glorieux,
Vous occuperez sur la terre
! même rang qu'il tientau haut des cieux,
Un peuple heureux
,
toujours fidelle
Mettra
juplttti
Mettra sa gloireà vivre sous vos loix ,
* Je ferai seul vôtre modclle,
Et vous ferez celui des plus grands Rois.
On verra par mes soins la
discordebannie
De ces heureux palais.
Dansle sein de la paix;
Au milieu des plaisirsune tranquille vie
Egalera les voeux de vos sujets.
Choeur de François.
Que le bruit- des tambours, que le bruit
trompettes ,
Que les douces musettes
Animent ces Palais,
Nôtre fort est digned'envie.
Au milieu des plaisirs une tranquille vie
Egalera nos plusardens souhaits- , Dans vos Etats je fixe mon empire
,
J'y ferai suivremes loix.
Je veux qu'en vous tout l'universadmire
Le plus équitable des Rois.
Couvert d'une immortelle gloire
Vous verrez à voi pieds vos ennemis trembler
A leurs dépens ils vous verront voler
lt Géniede
la
Fraiice.-
JThémis,
trIA".
t De victoire en victoire.
ebrez de concert un fort si glorieux,
ples,applaudissez au choix qu'ont faitles
Dieux.
-
Le Ciel protege vôtre empire,
Les Dieux regnent sur vous.
Qu'un fort si charmant vous inspire
Les tranfpotts les plus doux.
Choeur de François.
lebrons de concert un fort si glorieux,
lauddfoas cent fois au choix qu'ont fait ici
Dieux,
Le Ciel protege nôtre empire,
Les Dieux regnent sur nous.
Un fort si charmant nous inspire
Les transports les plus doux.
[ Par le P.. DuB..
iilLETTR E CRITIVE
les Spiftacles
,
-écriteaux Auteitri
L du Mercurt.
QUelqúe plaisir, Messieurs, que le
Public ait pû recevoir de l'article
fc vôtre Livre,qui contient les nouvel-
1 les
.At'"
lon
les des Spectacles, il me semble qu'i
recevroit bien davantage s'il y avoir
peu plus de critique. Il nesuffit pa
faire admirer aux lecteurs les pieces
Theatre dont on leur parle, il faut
les extraits qu'on en donne soient, p
iamii dire, à charge & à décharge p
les Aureurs, la louange & le blâme c
vent souvent marcher de compagne
mais il faut tenir un juste milieu entre
bassesse de la flaterie, & la severité d
censure pour pouvoir juger équital
ment. On voit des esprits qui avec be
coup de lumieres & de penétration
trop vifs, & trop prompts , d'autres t
chagrins & dédaigneux; ceux-ci port
l'exaâirude jusqu'au scrupule, ceux
- se laissent emporter à leur temperamm
fougueux.
Pour bien juger des ouvrages d'espi
il faut s'appliquer à le faire sans prévi
tion, sans maligniré, & feulement d
l'intention de contribuer à l'instruct
de ceux qui veulent apprendre,& à
perfection des pieces qui doivent part
tre aux yeux du public.Auresteon
doit pas s'érigerenJuge, titre que pc
sonne n'esten droit de s'attribuer, m
en gardant les bienséances que la po
tesse demande, il faut se faire un devi
de s'expliquer sans détour
3
& sans coi
plaisanc
laitance, sur le merire des Aureurs, &
es ouvrages dont on rend compte au
public.
Dans cet cfprit je vais faire, Messieurs,
ne petite réca pitulation des pieces nouelles
& anciennes, dont vous avez parlé
ans vôtre Mercure, sur lesquelles je haarderai
quelques réflexions, qui peut
tre ne déplairont pas aux lecteurs éclaiez
Se équitables. S'ils les goûrent, je
srai plus hardi dans la fuiteà publier mes
entimens , & à vous faire part de mes
bservations critiques sur les jugemens
qu'on doit faire des Poëines dramatiques.
J'ai toûjours consideré le foin d'infruire,
comme la principale fin que la
critique devoit se proposer. Cela supposé,
nes dissertations ne rouleront que sur
es piecesqui auront paru avec quelque
ifUnction., & qui auront fait une certaie
impression sur l'esprit des Ipectareurs ,
u des lecteurs. Celles qui ne font pas
e ce nombre ne meritent pas qu'on se
tonne la peine de les vouloir tirer de
oubli
3
& le public me sçauroit mauvais
ré d'entreprendre de l'instruire sur des
ouvrages qui ne l'auroit presque point
nteressé.
I Je commencerai donc mes dissertations
R7aciunnee. des meilleures pieces de M. de
C'est Athalie qui marche si dignement
gnement à côté du Poliecte du grar
Corneille. Tout le monde sçait que cet
excellente Tragedie fut faire pour êt
representée par les Demoiselles de Saii
Cyr. Je luis persuadé que l'Auteur c
auroitautrement disposé le plan, s'il l'
voir destiné au Thearredes Comedie
François. Cela n'empêche pas qu'elle n
paroisse tous les jours avec le mêmeécl;
que Mithridite
}
Iphigenie3 Phedre.. B,
jaget, & presque toutes les autres pi
ces de ce rendre & élégant Auteur
qu'on peut justement appeller l'Euripic
de son siecle, comme Corneille en aé
le Sophocle.
* Après ces cloges que je viens de don
ner à M. de Racine sera sans doute fui
pris que je commence par lui les diller-ré
rions critiques que je promets; mais j
me flatte qu'on le seramoins quand o
aura examine Jjss motifs qui '\1l'Y ont 1
termine. J'ai déja parlé du premier
quand j'ai dit que je m'attacheraiuni
quement aux pieces qui auront fait in:
pression : voici le fécond. 1
Le seul nom de critique effarouche l'
reille, &mortifie l'amour propre d'u
Auteur*, c'est un pere tendre & compla:
fantjusqu'à la foiblesse, qui relient jul
qu'au vif les moindres coups qu'on port
à ses enfans > mais en lui faisant voir qu
le
tes plus grands hommes qui l'ont precedé
n'ont pas été irrepréhensibles, on le
fait convenir qu'il ne l'est pas lui-même.
Au reste, je remplirai exactement ma promesse,
& mes dissertations feront toûjours
à charge, & à décharge. Com
mencons.
,Argument de la Trâgedie d'Athalie.
Athalie, fille d'Achab, Roi d'Israël
1 Zc de Jefabel
,
Prîncesse de Sidon
,
épou.
sa Joram, Roi de Juda
,
elle en eût entre
autres enfans, Okofias,pere de Joas.
Ce Joas est,à propremenr parler,le Héros
de la Tragedie, à laquelle il auroit dû
donner le nom., comme l'auteur en convient
lui-même dans sa preface.
Jehu
,
Roi d'israel,pour remplir les
ordres du Seigneur qui lui avoient été
annoncez par le Prophete Elisée, extermina
toute la posterite de l'impie Achab.
Okosias,comme fils d'Athalie, & par
consequent petit-fils d'Achab, & de Jesabel
3
se trouva malheureulement enveloppé
dans cette terrible vengeance. Athalie
en conçût tant de rage, qu'elle exterminade
son côté toute la posterité de David,
sans écouter la voix du fang qui devoir
lui parler en faveur de Ces p,tit,-si¡s.
Le seul Joas échappa à sa cruiu- jar
les soins de sa tante Josabeth, femme de
D Joiada
Joiada, ou Joad,SouverainPietre;elle
l'enleva, pour ainsi dire, d'entre les
bras de la mort, & trompa la vigilance
des bourreaux, qui crurent l'avoir immolé
en le frapant comme ses autres freres.
Elle le tint caché dans le Temple
pendant six ou sept années.
Joad ne se contenta pas de cultiver
cette précieusefleur unique reste de la
maison de David. Il disposa lourdement
ce qui pouvoir contribuer à remettre un
jour sur le Thrône de son pere ce chet
fils qu'il élevoit presque dans le Sanctuaire
,
il fit alliance avec des centeniers
Ces centeniers rassemblerent les Levites
de toures les villes de Juda. Joad les introduisit
successïvement dans le Temple
de Jerusalem, leur distribua les lances,
épées & boucliers que David y avoit fait
enfermer , & leur presentaenfin leur légitime
Souverain
,
auquel il mit le Diadème
sur le front, après l'avoir sacré
Roi sélon la coutume.
Les acclamations dont le Temple retentit
au Couronnement de Joas y attirèrent
tout le peuple., & Athalieellemême.
Cette ambitieuse Reine déchira
ses vêtemens, en criant rrahifon
, conjuration
,
&c. Joad la ni saisir par les
Centeniers, à qui il défendit de fouiller
le temple de son seng. Elle fut mise dehors,
à
ors, & on lui donna la more près de
on Palais. Après cette execution le peuple
reconnut Joas pour son Roi, détruiit
les Autels de Baal, & massacra Mahan
qui yfaisoit l'Office de Grand Sa-,
rihcateur.
Plan de la Tmgedie.
Athalie effrayée d'un fonge dans lequel
lle a crû voir un enfant qui lui plongeoit
m poignard dans le coeur, fort de ion
Palais pour aller consulter Baal sur le
langer dont elle est menacée. Le sort
ayant conduite près du Temple du Seigneur
,
elle y entre dans le dessein d'apaiserle
Dieu des Hebreux; le premier
bjet qui s'offre à ses
yeux, c'etf ce mêne
enfant
qu'elle avû en fonge. Elle le
ait amener devant elle, l'interroge
, &
es frayeurs font augmentées par les rétonCes;
attendrie, malgré qu'elle en ait,
lle demande à cet enfant s'il ne veut pas
enir dans son Palais
,
où elle le sera
lever comme son propre fils; mais il
efufe avec termeté, & même avec mépris
l'honneur qu'elle lui veut faire. Elle
lrt du Temple transportée de colere.
Quelque temps après elle y envoye Maan
,
Grand Prêtre de Baal
}
après avoir
argé ce Ministre de les vengeances de
enacer Joad de l'entiere destruction du , Dij Temple
Temple3 si l'on ne lui remet entre î®
mains cet enfant qui'cause ses allarrae:
Joad chasse Mathan du saint lieu, & 1
détermine à faire reconnoître le pe
Eliacin pour Joas, fils d'Okofias. t
distribue à tous tes Prêtres3 8C à tous fis
L'évités des armes que David avoit autrd
fois fait enfermer dans le Temple.
Ath
liene respired'abord que la démolition
&l'incendie du Temple;mais Aiathaj
lui ayant fait entendre auparavant qv
David y a caché de grands trésors
a
doi
Joas doit avoir connoissance, elle yen
voye Abner chargé de nouvelles
propofl
tions de paix. Ces proportions font: qu
thaliene portera point laflâme dans.
Temple, pourvu qu'on lui livre l'ensa]
qu'elle a déja demandé par deux fois, 1
les trésors de David. Abner
,
Prince fj
delle au Seigneur, & au fang de David
dont la memoire lui est encorchere, ei
pose sa commission avec regret, & coi
seille àJoad'de satisfâireAthalie,poj
dérober le saint lieu à l'incendie, ai
profanation, ôc au pillage dont il est m
nacé. Joad voyant le zele d'Abner poi
le Seigneur, & son amour pour le fai
de David, le prend pour medià-teur-Ç,
tre Athalie & lui. Il confent que cei
Reine vienne dans le templeavec tel
escorte qu' Abner jugera à propos.Ab
(ra porter cetteréponseà Athalie, il revient
avec elle dans le Temple; à peine
y est elle enrrée,suivie de quelques soldats
qu'on en ferme les portes sur elle.
On lui fait voir Joas sur le Ti ône
,
elle
ordonne à tes satellites de lui donner la.
mort , mais ils ne font pas les plusforts?,
ils font chassez par les Prêtres & les Lei>
ites armez; Abner mêmequ'Athalie
accuse de trahison se prosterne aux pieds
de son nouveau Roi. Elle éclate en menaces,
en injures, & en imprécations. Elle
fortenfin duTemple, & Joad ordonne
sqaui'notn la fasse perir hors de l'enceinte du
lieu: ce qui étant executé Joas
estgeneralleeim-neennttrereccoonnuuuupopoutirr Roi de
Juda.
On ne peut disconvenir que ce plan
le foit un des plus brillans qui soient partis
du genie de l'Auteur. Dès le premier
acte les fra yeurs de Josabeth , tante de
Joas nous interessent pour lui. Le peril se
déclare dans le fécond
3
& va toûjours en
augmentant jusqu'à la catastrophe. J'admire
sur tout en M. de Raçine ,
fou
addresse à donner à Athalie une passion
qui fauve le Temple d'un incendie, Se
d'un pillageaffreux; c'est l'avarice. Ma-,
than lui a persuadé qu'il y a des trésors
cachez, dont le Grand-Prêtre a connoistance.
Il prétend par là animer cette
D iij Reine
Reine idolâtre à faire perir Joad;,¿ 8c
porter le fer & laflâme jusques dans 1
Sanctuaire ; maisle desir des'emparer c
ces prétendues richesses produit en
elj
un effet tout contraire,&laporte à coi
server le Temple de peur de se voir er
lever sa proye par la Mme> & par J pilldge.
Voilà ce qu'on appelle des coups q
maître. CÚre beauté m'a plus frappé qq
toutes les autres,. dont cette pièce ej
remplie, parce que c'est celle qui fait
piecêmême. Pour sauver Joas du perj
qui l'environnoit de toutes parts, il falla(
absolument y entraîner Ion implacabl
ennemie
,
& l'on ne le pouvoir plus vra
semblablement que parcet heureux eaj
pgedienit qune l'Auéteur a.si sagement lmd - J
- Il me reste à examiner par ordre
to
ce qu'il y a de remarquable dans cettl
Tragédie. Je ne le puis mieux qu'en procedant
acte par acte, & icene parlcene
Je releverai, chemin faisant
3
cequi ni
paroîtra défectueux
, non pour rnrnitru
une gloire aussï-bien établie quel'estcell,
de _M,. de Racine; mais pour empêcha
ceux qui le prendront pour modelled'à
dopter jusqu'à certainsdéfauts
quiécha1
pent aux plus grands hommes.
Ferfonnoegcm
PrjÕnnagés de la Tragedie d'Athalie.
Joas,Roi de Juda,filsd'Okosias.
Athalie, veuve de Joram, ayeule de
Joas.
PJoad,raêutremetntrJoiaeda, .Grand- Jofabet
, tante de Joas, femme du
Grand-Prêtre.
Zacharie, fils de Joad, & de Josabet.
Abner, l'un des principaux Officiersdes
Rois de Juda.
Mathan
3
Prêtre apostat,Sacrificateur
de Baal &c. -
Atte 1. Scene I.
Joad
„
Abner.
On ne peut porter l'exactitude plus
loin que le fait M. de Racine dans cette'
scene. Il commence par établir le jour de
l'actonprincipale qu'il va representer.
Ce jour est un des plus solemnels;
C'est la Pentecôte, jour auquel le Sei-
- gneur donna sa loi a son peuple sur le
Mont Sinaï.
Quel jour plus convenable à une Traedie
_SJjote
s
où il s'agit de rétablir le
culte du vrai Dieu?
La scrupuleuse attention de l'Auteur
va jusqu'à marquer l'heure où l'action
ïhç^tralc commence.
D iiij Et
Et du Temple déja l'aube blanchit le faite;. v
L'exposition est telle qu'on la peut [GU,
haiter dans de semhlables ouvrages. On
n'y dit précisement que ce qu'on y doit
dire. J'y trouve d'abord quatre,catacteres
annoncez & établis ; sçavoir celui de
Joad,celui d'Athalie celui d'Abner, &
celui de Mathan.
Celui de Joad est marqué par ces quatre
beaux vers que l'Auteur lui met dans
la bouche.
Celui qui met un frein à la fureur des £lot,,,
Sçait aussï des méchans arrêterlescomplots,
Seiimis avec respect à sa volonté sainte,
Je crains Dieu, cherAbner, & n'ai point diantre
crainte.
Le caractere d'Athalieest tracé par Ab*
ner en plusieurs endroits de cette scenc:
voici comment.
L'audace d'unefemmearrêtant ce concours,
Èn des jours tenebreux a changé ces beaux jours.
Voilà d'abord une femme hardie
3
&C
capable de tout renverser.
Des long- temps elle haït cette fermeté rare
Qui rehausse en Joad l'éclat de la Thiare.
Voilà une femme ennemie de la vertu
quidonne tout à craindre pour Joad.
Abner
Abner dit encore en parlant de Mathan.
Tantôt à cette Reine il vous peint redoutable.
Tantôtvoyant pour l'or sa soisinsatiable
,
Il lui feint qu'en un lieu que vous seul con-w
noissez,
Vous cachez des trésors par Davidamassez.
Voilà pour surcroît une femme avare.
Que ne doit-on pas attendre de ces trois
vices réiinis dans un même sujet?
, Le caractere d'Abner n'est pas de ceux
qui font un grand effet au Theatre. C'est
un homme véritablement vertueux ; mais,
d'une vertu oisive,& incapable de grands.
desseins. Joad le lui fait assez connoître
par ce reproche.
Je vois que l'injustice en secret vous irrite.
Que vous avez encor le coeur Israëlite,
Le Ciel en soit beni; mais ce secret couroux,.
Cette oisive vertu, vous en contentez vous ?
Quelque soit ce caractere, M. de Racine
a eu ses raisons pour l'établir tel. Si
Abner eut été plus entreprenant, la vrai.
semblance auroit demandé qu'on lui apprit
le fort de Joas, & c'est justement ce
que l'Auteur ne vouloir, ni ne devoit faire
, à moins que de changer tout son
plan.
Ajoutons à cela que le péril de Joas
D v en
en devient plus grand, & par consequent
plus interessant ppur les specateurs, qui
tremblent d'autant plus pour lui, qu'ils ne
le voyent défendu que par des Prêtres,
des Levites & desenfans.
Pour ce qui est du caractère de Mathari
,
j'ose avancer que c'est un des plus
forts, & des mieux soutenus de la Tragédie
, comme nous le verrons dans la
fuite: voici par quels vers cet Apostat eA
cJfaéterifé) c'est Abner qui parle.
Mathan d'ailleurs, Mathan ce Prêtre sacrilege,
Plus mé hant qu'Athalie, à toute heure l'assiege
Mathan de nos Autels infame déserteur
,
Erde toute vertu zelé persecuteux.
C'est peu que le front ceint d'une mitreétrangère
,
Ce Levite à Baal prêtesonministere j
Ce Temple l'importune
,
& son impieté,
Voudroit anéantir le Dieu qu'il a quitté
,
Que ne doit-on pas redouter d'un si'
méchant homme?
Avant que de passer à la seconde scene
je fvc une derniere réflexion sur un
vers, où l'Aureur semblese contredire
:J' c'est Abner qui parle.
L'Arche Sainteest muette, & ne. rend plus
d'oiacles.
M. de Racine dans sa preface dit que
ce ne fut que du jour que Joas trempa
ses mains dans le fang du Prophete Zacharie,
que les réponses de Dieu cessereut
dans le Sanctuaire. 1 SccneIL
Joad, Jofabet.
Le caractere de Josabet est établi dans
cette scene
,
tel qu'il doit être pour allarmer
, & pour interesser en faveur de
Joas. C'est une Princesse qui a besoin de
toute la fermeté de son époux, pour ne
pas succomber à la foiblesse si naturelle
à son sexe. Elle a sauvé Joas, elle l'aime
, l'image des périls passezredouble sa
crainte pour les dangers à venir & son
-
amour ne sert qu'à la faire trembler da--
vantage.
Joad lui apprend que les temps font--
arrivez, qu'il faut declarer le fort de
Joas. Cette soudaine résolution du Grand-
Prêtre me paroît surprenante,d'autantplus
que je n'ai rien appris dansla precedente
scene qui ait pû y donner lieu; il
cft vrai qu'Abner vient de lui dire, en
parlant d'Athalie.
je l'observois hier, & je voyois ses yeux
Lancer sur le lieu Saint des regards furieux,
Mais cela suffit-il pour faire dire à
Joad,parlant à Jofaber.
k
D vj JU[qli'
Jusques sur nôtre Autel vôtre injuffe Marâtre;
Veutoffrir à Baal unencens idolâtre.
On pourra me répondre que Joadpeut
avoir appris d'ailleurs cette derniere
circonstance qui le détermine si brusquement
à reveler un secret de sept ou huit
ans; mais il auroit fallu nous en instruire
dès la premiere scene.
A cette réflexion
,
j'en ajoute une féconde.
Joad dit à Jofaber.
Abner, quoiqu'on s'en pût reposer sur sa foy ,
Ne fait pas même encor si nous avons un Roi.
Je ne voi pas pour quelle rai son Joad.
cache à Abner, dont il dit qu'il ne soupçônne
pas la foi, un secret qu'il va rêveler
, ou pour mieux direqu'il a déjà révélé
à tant d'autres: voici ce que lui dit
Jofabet au sujetdes Pierres & des Levites.
Je sçais que près de vous en secret rassemblé ,
Par vos soins prévoyans leur nombre fit redoublé,
Que plein d'amour pour vous, d'horreur pour
Athalie
,
Un serment solemnel par avance les lie,
A ce fils de David qu'on leur doit reveler.
VoilàdesPrêtres 5c des Levites qui
sçavent qu'il y a un fils de David qui
doit
oit paraître; pourquoi le laisse-t'on
¿norer à Abner? Lui dont Joad a dit
tans la premiere scene, parlant à luinême.
Et vous l'un des soutiens de ce tremblant état.
vous nourti dans les camps du Saint Roi Jor
faphat,
^ui fous son fils Joram commandiez nos ar
r mées,
Qui rassurâtes seul nos Villes allarmées,
Lorsque d'Okofias le trépas imprévu,
Dispersatout son camp. à l'aspect de Jchu;
I Ce portrait avantageux que Joad fait.
l'Abner, s'accorde mal, ce me semble,
ivec le mystere qu'il lui fait d'une entreprise,
dont le succès feroit bien plus sûr
tenittre sesmains, que dans celles d'un pe- nombre de Prêtres, de Levites, &
d'enfans.
On dira que la gloiredu Seigneur en
éclatera davantage; mais il ne faut pas
tenter Dieu, en négligeant les secours qui
se presentent naturellement, à moins qu'il
fie nous défende expressement d'enployer
d'autres bras que le sien dans fà querelle.
J'espere qu'on me pardonnera ces petires
réflexions, je ne les crois pas tout-à-fait
inutiles.
Aureste dans cette feconde scene qui
est
est une suite d'exposition Jofabet noù:
mec parfaitement au fait de tout ce qu:
s'en: passé au sujet de Joas arraché à U
mort qu'Athalie fit donner à tous les freres
de ce Prince.
La scene finit par une priere que 1<
Grand-Prêtre fait au Seigneur,dans la.
quelle le zele d'un digne fils d'Aaron di
parfaitement marqué. Je ne sçai même
ce zele ne va pas un peu trop loin, quanc
il demande à Dieu que Joas soit scm blable
au fruit qui est arraché dès sa naissance,
& qu'un fouille ennemi fait seches
dans sa fleur, supposé qu'il doive un joui
abandonner la trace de David.
Je croisqu'on peut dire d'un parei
zele qu'il est plus admirable qu'imitable,
puisqu'il n'est permis dans aucun cas de
souhaiter la mort à son Souverain.
SceneIII.
Jofaber, Zacharie, Salomith.
Le choeur.
Il n'y a rien deconliderable dans cette
scene. Jofabet ordonne à son fils Zacharie
de suivre Joad son pere ,
& aux filiea
des Levites d'adresserleurslars ÔC
leurs Cantiques au Seigneur. Passons au
second aâe.
Agd
Aile II. Scenepremiere.
Josabet, Salomith. Le choeur.
Josabet qui éroit sortie pour aller se preparer
à marcher., je ne sçais où, revient
pour se mettre à la tête des filles qui composent
le choeur. Apparemment cette
marche dont elle a parlé, est ce que nous
appelions procession
3
& que l'Auteur.
laisse à deviner.
Scene11.
Zacharie & les acteurs de la scene
préctdente.
Le trouble commence dans cette [ceo
ne. Zacharie tout éperdu vient annoncer
Josabet qu'Arhalieest dans le Temple
& qu'elle a paru s'étonner à la vue du
petit Eliacin, c'etf Joas qui est caché fous
ce nom. Jofabet tremble pour ce cher
enfant
,
l'objet de tant de foins, & de
tant de pleurs; ses allarmes passent dans
es coeurs de toutes les filles qui l'environnent
,
quoiqu'elles ne soient pas infrruites
comme elle du veritatle fort d'Eliacin.
Toutela scene est très interessantc
)
& pompeusement versisiée.
Scene
S-cene 111.
Athalie, Abner,Agar.
Agar,l'une des femmes de la fuite d'Athalie
,
invite cette Reine à sortir d'uti
lieu qui lui cause tant de troubles; Athalie
lui répond qu'elle ne peut, &.lui ordonne
d'aller faire venir Machan. *
On est aussi surprisde ne pointvoir cd
Prêtre de Baal auprès d'Athalie, que d'y
voir Abner. Athalienous apprendra dans
la scene suivante, qu'effrayée d'un fonge ellen'est sortie de son Palais , que pour
aller prier Baal de veiller sur sa vie, Se,
que,poussée par un inftint secter elle est
entrée dans le Temple des Juifs, pour tâcher
d'appaiser leur Dieu,quel qu'il foit-
N'étoit-il pas plus vrai-semblable
qu'elle vint avec Mathan, qu'avec Abner?
Je sçais bien que Mathan l'auroitdétournée
du dessein d'entrer dans un
Temple, dont il est déserteur
, & que
cela n'auroit pas accommodé M. de Racine;
j'entre dans cette raison, mais je
persiste à dire que je ne sçai pourquoi
Abner se trouve avec Athalie, est-il entré
dans le Temple avec elle? l'y a-t'elle
trouvé? le dernier seroit plus vrai-semblable
; mais par malheur nous venons del'en
voir sortir, & l'heure que Joad lui
à fritfi-quée pour son retour n'est pas end
cor. arrivée. Je le prouve d'avance par- -
ce queJoad lui doit dire à la fin de cet acte.
Souvent vous sel'heureoù Joad volij attende
Je conviens que ce font là des minuties
qu'on ne releveroit pas dans un Auteur
moins exact que M. de Racine, 8>Z
dans une Tragédie moins célébré que
celle d'Athalie. Passons à la quatrième
fr-ene.,-
Scenc IV,
Athalie
,
,Abner.
J
En attendant Mathan qu'Ath'zlie vient
de mander, Abner tâche de justifier le
zeleimpetueux de Joad, qui a voulu
chasser duTemple cette superbe Reine,
comme une profane, indigne d'y entrer.
S'cene V,
Athalie', Mathan,Abner.-
-Voici une des plusbelles scenes de l'a'
piece. Le caractere d'Athalie, celuid'Ab.
ner, & celui de Mathan y font admirablement
frapez. Cependant j'ose avancer
que le songe d'Athalie, quelque beau
qu'il soîsj est ce qu'il y a de plus défectueux
danscette Tragédie,& qu'ilest
- tou
tout-à-fait à la, décharge d'uneRin
qu'on doit nous peindre coupable, &, di.:
gne du châtiment qui combeeptin sur
sa tête.
En effet, quelle autre Princesse, tut-,
élle aussî vertueuse que celle-ci doit erre'
méchante
, ne voudroit pas s'assurer d'un
jeune enfant qu'un songelui auroit repre-
[enté,1LIi portant un poignard dans le
sein ? Athalie, comme nous l'allonsvoir,, *ne demande Eliacin, que pour le faite
élever sous ses yeux. Cette prévoyance
est-elle un crime?
Qu'on ne dise pas qu'elle a peut-être
un dessein secret de le faire perir ,
rie!1
de tout Gela ne paroît, ni dans ses paroles,
ni dans ses actions; & dans les à'\
parte qu'elle fait, son coeur nous paroît
plutôt pancher vers la tendresse, que vers1!
la vengeance.:.: Me permettra-t'on un second raisonnement
sur cesonge? Il paroît par la vérité qu'il renferme '-'1
que c'est Dieu même qui en est l'Aureur.:j
Or je demande ici, quel est donc le defsein
de Dieu? pourquoi avertit-il Atha-
4iey l'implacable ennemie de ses Autels,
du peril qui la menace ? en:ce pour J'enj
garantir ? quelle apparence? est-ce pour l'yprécipiter? cela est plusvrai-semblable,
de je croirois quec'est sur ce fonde-
- -
ment
ment que M. de Racine a bâti ce songe,
si je voyoisqu'Athalie pérît par la
seule raison que sa frayeur l'auroit entraînée
dans le Temple, où elledévoit
trouver la mort: mais malheureusement
pour l'Auteur, elle en va sortir saine &
fauve, & Mathan aura besoin d'un second
motif pour l'y faire rentrer; c'est
celui de l'avarice.
Je n'aurois garde d'examiner ce songe
de si près, s'il étoit dans le Texte sacrés
mais comme il est de création purement
humaine, tout ce que je puis dire en sa
faveur, c'estquec'est un très-beau morceau
de poësie, tel que le récit de Teramene
dans Phedre.
Aurelie,quoique l'Ecriture nous apprenne
que Jesabel étoit fardée, lorsque
Jehu, Roi d'Israël, la fit précipiter du
haut d'une fenêtre, il me semble que le
trop exact M. de Racine auroit bien pû
se passer de mettre une circonstance si
injurieuse, & d'ailleurs si inutile dans la.
bouche de sa propre fille: voici comment
Athalie s'exprime.
Même elleavoit encor cet éclat emprunté,
Dont elle eut foin de peindre& d'orner son vw
fage,
Pour reparer des ans l'irréparable outrage.
Rien de plus élégant que cette expression
r°
fîon ; mais je la voudrois dans une autre
bouche.
Après l'exposition du songe, & le parfait
rapport qu'Athalie a trouve entre le
jeune Eliacin Se l'enfant quiluiestapparû.
Cette Reine, justement allarmée,demande
à Mathan & àAbner ce qu'elle
doit faire dans une conjoncture si delicate.
Rien n'est si beau que le contraste de
ces deux hommes. Le Prêtre parle en
lgeuerrier ; & le guerrier en Prêtre: voici
langage- du Prêtre, parlant du jeune
enfant:
On le craint: tout est examiné.
Ad'illustres parens ,
s'il doit son origine,
La splendeur de son fort doit hâret sa ruine:
Dans le vulgaire obscur
,
si le fort l'a placé,
Qu'importe qu'au hazard un fang vil soit
rersé? *
ill-ce aux Rois à garder cette lente justice?
Leurseureté souvent dépend d'un prompt (up.
plice ;
N'allons point les gêner d'un soin embarassant;
Dès qu'on leur est suspect,
, on n'est plus inll
cent.
Voici le langage du Guerrier.
Eh quoi? Mathan, d'un Prêtre,est-ce là
le langage e.
Moi,,
Jvioi
,
nourri dans la guerre aux horreurs du
carnage,
Des vengeances des Rois Ministre rigoureux,
C'est moi qui prête ici ma voix au malheureux
; '-
Et vous, qui lui devez des entrailles depere,
Vous ,
Minière de paix dans les tems de co4
lere,
Couvrant d'un zele faux vôtre ressentiment
,
Le fang ,à vôtre gré, coule trop lentement l'
Voilà ce qui s'appelle du beau, 6c_du
très-beau. Cette Scene finit parunordre
qu'Athalie donne à Abner, d'aller faire
venir le jeune enfant.
Scene ML
Athalie,Mathan, Suite d'Athalie.
Mathan faitentendreàAthalie, qu.
peut-être Joad veut-il substituer ce jeune
enfant à la place de quelque fils de David.
Cela s'appelle deviner. Car enfin sur quoi , ce soupçonest-il fondé? Abner
a devancé le jour pour s'abboucher avec
Joad dans le temple; voilà ce que dit
Mathan pour appuyer son accusation.
Cela peut faire entrevoir un complot quel.
conque, mais non pas précisément une
supposition d'enfant: cependantAthalie
donne dans une présomption si dénuée de
vraivrai-
semblance. Il faut avouerqueles
personnages d'une piece font bien dociles,
l'A uteur leurfaitdire & leur fait
faire tout ce qu'il veut. Arhalie
,
plus
que persuadée, ordonne à Mathan d'aller
faire prendre les armes à tous Ces Tyriens,
tandis qu'elle va interrogerl'enfant
qui cause les allarmes
Scene VII.
Joas,Athalie, Josabet, lXc.
Cette Scene est menagée avec un art.
.& en même tems un naturel infini.C'est
uneespece d'interrogatoire juridique que
Joas lubit devant Athalie; s'il dit des
choses au-dessus de la portée d'un enfant
de huit ans, M. de Racine fait trèsjudicieusement
remarquer dans sa Preface
qu'il faut considerer que c'estici un enfant
tout extraordinaire
,
élevé dans le
TempleparunGrand-Prêtre, qui le regardant
comme l'unique esperance de si
nation, l'a voulu instruire de bonne heure
dans tous les devoirs de la Religion &
de la Royauté.
Ce sage Auteur ne se contente pas de
cette précaution; il fait dire à Josabec
dans un à parte:
Daigne mettre, grand Dieu , ta sagesse en sa
fcoudie,
• £c
1
t pour surcroit de précaution, il me*
ces vers dans celle de Joas.
j'adore le Seigneur, on m'explique sa Loi ;
Dans son Livre divin on m'apprend à la lire,
Et déja de ma main je commence à l'écrire.
Un enfant si bien élevé
,
& d'ailleurs
inspiré du Seigneur
3 ne doit pas nous Surprendre
par des réponses,qui, quelques
ustes qu'elles soient, ne laissent pas de
conserver cette naïveté qui doit caraéte.
riser son âge.Athalie entrevoit dans tout
ce que Joas lui répond, la haine qu'on
<t pris foin deluiinspirer contre elle. I Finissons cette Scene par une reflexion
dont je crois devoir faire part au Public: la voici.
Athalie cherche l'excuse de la vengeance
qu'elle a exercée sur la posterité de
David
,
dans les cruautez où Jehus'est:
porté précédemment contre les enfans de
on pere Achab, c'est-à-dire, contre les
freres d'Athalie même.
» Cela nemeparoît pas trop consequent.
Eleferoit fondéeen droit,si elle avoitexterminé
la race deJehu;mais pourquois'en
prendt-elle aux descendans de David;
qui même font ses petirs-fils? il vaudroit
:bien mieux qu'elle n'apportât peint d'autre
raison de ses sanglantesexpeditions
que celle qu'elle allegue dans ces quatre
vers: Enfin
Enfinde votre Dieu l'implacable vengeance
Entrenos deuxMaisons rompit toute alliance
David m'est en horreur, & Jes fils de ce Roi,
Quoique nez de monsang,font étrangers pou
moi.
Voilà une raison qui tranche; route
les autres font frivoles. On dira peut
être que je reviens toujours à quelqu
minutie, mais j'ai prévenu ce reproche.,
La réputation que M. deRacinead'être
exact julqu'au scrupule
J
invite à la chi.
caner sur des bagatelles; voici celui don
il s'agit.
On - trouve dansl'Ecriture Sainte,
que Jehu fit perir 70.oùyi.nls de Rois
& Athalieencompte jusqu'à 90. Ce nom
bre esttrop positifpourpasser pourinde
fini; ainsi la grande exactitude du cele.
bre Auteur est un peu en défaut dans cet
te occasion.
Le reste de cet Acte n'a rien qui puisse
entrer dans cette lettre, qui est déjàasse
longue. Arhalie se retire d'un air mena
çant., Joad embrasse le petit Joas, en re
connoissance dela fermetéqu'il vient té
moigner pour la gloire du Seigneur: 1
remercie Abner de la protection qu'il
prêtée à cet enfant, & le fait souvenir d,
l'heure qu'illui a marquée dans le pre
mier Aétc.
N Nou
Nous donnerons le mois prochain le
refce de ces remarques, qui nous ont pa-
*û trop étenduës pour n'en faire qu'un
article.
1
BOUQUET AU ROY;
POUR LE JOURDES.Louis.
0 DE.
MEs transports dans le Permesse
,
N'ont pas puisé leur douceur,
De cette charmante yvresse
J'ai la source dans mon coeur.
Grand Roy,je ne puis le taire ;
L'ardent desir de te plaire
Anime seul mes chansons.
Je veux celebrer ta Fête
Les dons les plus pretieux
Pour toi ne sçauroient fuffirc , E J'ai
j'ai des fleurs qui valent mieux;
Ton Printemps les fait éclore.
Je vois les filles deFlore ,
Jalouses de leur beauté.
Ce font des fleurs immortelles?
Tes vertus ; je ne vois qu'elles
Dignes de ta Majesté.
Parmi leur nombre innombrable
Je veuxchoisir, mais en vain;
De toutes parts l'admirable
Tient en balance mamain.
Quelqu'une s'efforcet-elle
De paroître la plus belle,
Tout à coup mille à la fois
Naissant sur tes nobles traces,
Rassemblent toutes leurs grâces,
Pour s'opposer à mon choix.
-
Cependant le tems s'écoule,
Hâtons-nous, voici le jour,
Oùpour toi volent en foule
Les voeux conduits par l'amour;
Mon zele s'impatiente.
Enfin
Enfin ma main chancelante
Se fixe sur une fleur;
Tes yeux l'ont déterminée,
La préferance est donnée
A la bonté de ton coeur.
Belles fleurs, sans jalousie,
Voyez regner la bonté;
Entre vous je l'ai choisie.
Sans vous avoirrienôté.
Son éclat vous accredite
,
Sans elle vôtre merite
N'auroitpasun grand renom.
Pour ta gloire, Prince aimable
,
Quelle perte irreparable
,
Si tu n'avois le coeur bon!
p. Chere fleur,puissante atrorce
Où se prennent tous lescoeurs,
Rends ce Heros par ta force
"Vainqueur même des Vainqueurs:
Soisl'unique cimeterie
IIDont d' s'arme dans la guerre,;
Qui n'en feroit surmonté ?
Eij Le
Le peuple le plus sauvage
Recbercheroit l'avantage
D'obeïr à la bonté.
P. MSNI T, de Bordeaux.
Le 23. de l'autre mois M. tEveque de
Beauvais,sit dans son Eglise Cathedrale
la benediSlion des Drapeaux dit
Regiment du Roy: voici le dijeours
qu'il adrejia aux Officiers de ce Re
giment.
- L'Esprit de Religion vous conduit ici,
Mrs, vous venez adorer le Seigneur
dans le Temple de sa gloire, & lui rendre
également vos hommages ,comme
au Dieu de la guerre & de la pai..
Celle qui regne dans le Sanctuaire&
& autour des Autels,n'en efl point troublée.
Le Dieu qu'on y adore,sçait, quand
il lui plaît, la faire regner au milieu des
combats.
Le bruit des armes & les douceurs de
la paix, annoncent également sa gloire,
& il la fait autant paroître par ces signes
militaires, lorsqu'il les rend redoutable
aux ennemis de la Religion & de l'Etat;
ou lorsqu'au milieu du calme le plus prosond
nous attirons sur eux , par nos
voeux
Voeux & nos prieres, les plus amples benedictions.
En rapprochant de nôtre siecle ces heureux
jours,dont parle l'Ecriture, où le
peuple d'Israël dans une parfaite tranquillité
,
employoit à cultiver la terre,
ces mêmes armes, qui faisoient autrefois
la terreur de ses ennemis, & l'instrument
de ses victoires, vous vous préparez à
faire voir dans peu * à nôtre jeune Monarque
, dans le sein même de la paix,
dont nous joüissons par la sagesseduPrince
qui nous gouverne, tout ce que les
efforts guerriers & l'art militaire ont de
plus sçavant
,
& de plus capable d'inspirer
l'amour & le goût des armes.
C'est ainsi que dès ses tendres années,
il fait les amusemensordinaires de ce qui
fait l'occupation des Heros les plus consommez.
Püisse le Ciel feconder nos
voeux, & ceux de toute la France
j en
prolongeant ses jours sur la terre, &
après lui avoir donné le regne le plus
long & le plus heureux, le couronner
dans le Ciel de la gloire immortelle.
*,Le Camp près de Versailles
,
& l'at
tdque duFort de Montreüil.
E iij Càm
Compliment fait par leTrevat des Marw -chands, au nrm de la Ville de Paris,
au Cardinal du Boisyfkrfinélevatiotf\
au principal miniflere» ,
La Ville de Paris vient rendre ses hommages
à V. Enl., & lui demander saprotection.
Nous esperons
,
M. que vous
-'ne nous la refuserez pas, puisque les grar
ces que V. Em. voudra nous faire, seront
transcrites dans des monumens publics
,
qui apprendront également aux
siecles à venir, 8c vôtre élevation ,&_lcr
respect de nos Citoyens pour V. Em.
Prononcéte 28. AohU
Le même jour M. Languet deGergi
EvêquedeSoissons, complimentaaussi
leCardinal du Bois sur sa nouvelle dignité,
portant la parole au nom de l'Academie
Françoise; il étoit accompagné
de quatorze de ses Confreres, que --S,E.
retint à dîner. - J
j
Zoute
Bouts rimez, a remplir sur les égarement
-
du Fechenr.
proverbe
oyson
foison
herbe
Malherbe
cloison
poison
adverbe
- sac
bac'J
charruë
grillon
bévûë
papillon
.VERAILLESDE'MILOPD.
Duc de Marlborouah.
LEs honneurs funebres rendus à la
memoire glorieuse du Ducde Marlborough,
font des leçons pour les Rois
& pour lesSujets. Elles doivent former
des Guerriers utiles, & des Princes re-
E iiij conconnoissans.
Ceux qui portent les conronnes
, ne sçauroienttrop honorer ceux
qui les soûtiennent.
Ce fut le Jeudi 20. Août que l'on celebra
les funerailles de Milord Duc de
Marlborough. Son corps ayant été mis à
deux heures après midi sur unchar magnifique
& étant arrivé à Hydeparc, la
marche de ce Convoi superbe & militaire
commença dans l'ordre fui vant. Une
Compagnie de Grenadiers à cheval,
deux Compagnies des Gardes du Corps;
le second Regiment des Gardes Angloises
& Ecossoises. Le Comte de Cadogan,
accompagné des autres Généraux à
cheval. Un train d'Artillerie composé
de quinze pieces de canon de campagne
& de deux mortiers , conduits par des
Officiers de l'Ordonnance. Le premier
Regiment des Gardes, dont le défunt
General étoit Colonel. Les Officiers des
Herauts d'Armes. Soixante & treize
Vieillards invalides
,
Pensionnaires de
l'Hôpital de Chelsea, en manteau orné
d'une plaque d'argent, où les armes du
Duc de Marlborough étoient gravées.
Quarante Gentilshommes àcheval. L'Etendart
de laGrande Bretagne
,
porté
par un Colonel, accompagné de deux
Officiers. Quatre Trompettes & deux
Tambours.Un cheval caparaçonné de
deüil
deüil
3
& conduit par deux - Officiers.
Quarante autres Gentils- hommes à cheval.
La Baniere de Mindelheim, comme
Prince de l'Empire, portée par un
Colonel, assisté de deux Capitaines.Un
deuxiéme cheval caparaçonné de deüil,
mené comme le précedent par deux Officiers.
Trente Gentilshommes & Officiers
des Pairs du Royaume à cheval. Un Co.
lonel accompagné de deux Capitaines,
portant l'Etendart de l'Ordre de la Jarretiere.
Untroisiéme cheval de deüil,
mené aussi en main. Vingt Gentilshommes
à cheval. Un Colonel assisté de deux
Capitaines,portant l'Etendart deVoolstock.
Un quatriéme cheval caparaçonné
, & conduit comme le précedent. 20.
Gentilshommes, le Secretaire, & quatre
des principaux Officiers du défunt, les
deux Chappelains,& 20. autres Gentilshommes
tous à cheval. Une Banniere aux
Armes de Churchil.Un Cheval de Bataille
du General, couvert d'un caparaçon
de velours noir, traînant à terre, Sc
orné des écussons de les armes. Le Chambellan
, l'Intendant, le Tresorier
, & le
Controlleur de la Maison du défunt. Ses
éperons, ses gantelets, son casque ,
son
cimier, son bouclier, son épée, & sa
cotte-d'armes
, portez par quatre Herauts
d'Armes. Le corps du General fous un
E v dais
dais dans un char ouvert, construit sur le
modele de celui de la R eine Anne ,tiré
par huit chevaux
, couverts de longs caparaçonsde
velours noir, & ornez de
plumes; le char 8c le 4ats parez de même
, &entourez de franges & dentelles
d'or; au haut du dais en dedaM..
étoient brodéesles armes dudéfunt,&
celles des principales villes qu'ilasubjuguées
; avec cette devise,
-
Belloh<zc&plura,
«
- Ces trophées' & bien d'autres sint lè
fruit des guerres qu'il a conduites.
Des Banieres devictoire ornoient le
char de rous les cotez. Le cercüeitétoit
garni de velours cramoisi, attaché & décoréde
clous dorez. Une feuilledecuivre
doré contenoit les titres du défunt
,- & étoit posée sur le cercüeil
, qui étoit
couronné d'un riche poële
,
élevé- ense£
tons, & surmonté d'une armure de pieden-
cap, d'acier doré
,
reposant sur un carreau
de velours cramoisi, avec la Couronne
Ducale & leBounet à sa droite
,
&:
à sagauche la Couronne & le Bonnet de
l'Empire,unbâton de commandement
-<!'Õr en sa main droite, & une épêe d'erf
1 àià gauche, portantun ceinturon de velours
cramoisi k sa, Jarretiere
,
8c à son
col le Collier de l'Ordre, un lion couchant
chant à ses pieds tenant une Baniere. Les
de.!lx premiers Gentilshommes en habits
degrand deuil
,
assisà latêre &aux pieds
du corps,tête nuë. Dix Officiers en habits
neufs d'écarlate, à cheval, portant dix
Etendarts. Un sécond Cheval de bataille
, aussi- richement caparaçonné que le
premier, & conduit en mainpar M.
Read, Capitaine & Ecuyer du défunt.
Le Carosse à six chevaux de l,a Duchesse
Doüairiere de Marlborough en deüil,où
étoit le Duc de Montague,menant le
deii1 en manteau noir long de cinq verges.
Le Carosse de la Comtesse de Godolphin,
à present Duchesse de Marlborough,
qui étoit occupé par les Comtes
de Godolphin & de Sunderland. Le Carossedu
Duc de Montague
3
Se neufautres
remplis par les Chevaliers de l'Ordre
de la Jarreriere, invitez à cette sunebre
ceremonie. Le Cheval de l'Etat couvert
d'une housse en broderie. Le Carossedu
Roi, les Caroffes du Prince & de la Princène
de Galles, & près de cent autres
tant des Ministres que de la Nobldfe"
tous aux chevaux; la marche étoit fermée
parcent Gardes du Corps. Lorsquece
pompeux Convoifut arrivé àl'Abbaye de-
Westminster
, on descendit le cercüeil,
& les coins du riche poële qui le couvroir,
r furent portez par les Comtes de Leicef-
,
E vj tcr
ter, de Burl ington
,
de Cardigan & de
Bristol. L'Evêquede Rochester, Doyen,
à latête du Chapitre,le reçûtà la porte
del'Egliie,ensuiteonle porta dans la
Chapelle d'Henri VII. oùil fut inhumé
avec les ceremonies les plus honorables*
La Musîque du Roi, & le Choeur de
l'Eglise chantèrent une Antienne compofée
par le sieur Bonacini
a avec ungrand
accompagnement de divers instrumens,
Dès que ces tristes&majestueuses ceremonies
furent terminées, le Roi d'Armes
proclama les titres du défunt, leStevvart
rompit la verge blanche, & on fit trois
décharges complettes d'Artillerie de de
Mousqueterie. Le Roi., le Prince & la
Princesse de Galles virent passer le Convoi.
On dit que le défunt a laissé par
son restament un legs de soixante mille
livres sterlings en faveur desveuves d'Osficiers,
qui auront besoin de partager cette
libéralité.
La pompe sunebre a eu plus de 50a.
mille ïjpecflareurs sans trouble & fansconfusion,
à cause des précautionsqu'on avoit
prises,& des Corps deGarde qu'on avoit
distribuez dans tous les endroits necessaires.
Les trois Régimens qui étoient campez
dans la plaine d'Hownflow ,avoient
été mandez & portez dans la ville, celui
des- Gardes, Cavalerie, dans le Commono
Gar.
Garden,celui de Cobham,Cavalerie,Place
de Lincolns-Innfield, & celui d'Honnywood,
Dragons, prèsdela Tour. On
avoit consigné tous les coins des ruës ou
le Convoidevoit passer , à des Détachemens
des Gardes & de Cavalerie. Toute
la Milice enfin était fous les armes, &. le
canon de la Tour tiroit incessammentpendant
cette longue & pompeuse marche.
Lettre écrite de Cambray le 13. Septemrr
- 1722. aux Auteurs du Mercure. NOus avons "ú ici, Messieurs, avec
plaisir, dans vôtre dernier Mercure,
l'Epitre de M. de VolraireàM. le Maréchal
de Villars. CetAuteur y est arrivé
la semaine derniere avec Me -de Rupelmonde,
d'où il a écrit à M. le Cardinal
du Bois,la lettre que j'ai l'honneur de
vous envoyer: il nous en regala à sou- -
pet chez M.de S. Contez, & nous en
aissa une copie. On parlaà ce souper de
la Comedie
-
qui se devoit representer le
lendemain. M. le Comte de Vindisgrats
avoit demandé les Plaideurs:& on les
avoit annoncez.Touce la Compagnie
marqua l'envie qu'elle, auroit de voir
joüer Oedippe en presence de son Auteur.
M. de Voltaire fut chargéd'écrireà M-
-- de
de Vindisgrats
, pour lui demander cette
piece,il sortit de table, & lui écrivit
cette especé de Placet.
Seigneur; le Congrès vous supplie
D'ordonnertout prefentemcnt
,
Qu'on nous donne une Tragedie
Demain pour divertissement.
Nousvous le demandons au nom deRupelmonde
,
Rien neresisteà ses deart,
Et vôtre prudence profonde
,
Doit commencer par nos plaisirs
,
A travailler pour le bonheur du monde.
Voici la réponse qui fût mileau bas du
Placet.
L'amour vous fit
,
aimable Rupelmoode,
Pour decider de nos plains.
Je n'en sçai pas de plus parfait au monde J'
Que de répondre à vos desirs.
Si-tôt que vous parlez, on n'a point de replique.
Vous aurez donc Oedippe: & même la critique,
L'ordre est donnés,pour qu'en vôtrefaveur,
Demain l'on joue, & la piece, & l'Auteur.
Lettré
.L':ttÍC dcM. de Voltaire a S. E. M. le
Cardinal du Bois. uNe beauté qu'on nomme Rupelmonde,
Avec qui les amours & moi,
Nous courons depuis peu le monde,
Et qui nous donne à tous la loy ,
Veut qu'à l'infant je vous écrive.
Ma muse comme à vous à lui plaire attentive
Accepte avec transport un si charmant emploi.
Nous arrivons, Monseigneur
, en ce
moment dans vôtre Diocése
,
& comme
nous sommes accourumez à vous rear'"
der comme un grand Ministre, nous sommes
très-édifiez de ce que vous commencez
à choisir Cambray pour y jecter les
fondemens d'une paix durable entre les
fideles.
Puissent. Messieurs du Congrès,
Assemblez dans cet azile
,
De l'Europe assurer la paix,
Puissiez-vous aimer cette Ville, -
E: n'y venir presque jamais.
Je [ai que vous pourriez faire des homelies,
Maicher
Marcher avec un porre-croir ,
Chanter la Messe quelquefois
)
Et reciter des Litanies.
Donnez,donnez plutost des exemples aux Rois,
Unissezà jamais l'esprit & la prudence,
Qu'on publie en tout lieux vos grandes actions,
Faite vous benir de la France
Sans donner à CambraydeBenediction.
Souvenez-vous quelquefois, Monseigneur,
deVoltaire,quin'a, en verité, d'autre
regret que de ne pouvoir pas entretenir
vôtre Eminence auni souvent qu'il le
voudroit, parce qu'il vous regarde comme
l'homme du monde de la meilleure
conversation. La seule choseque je vous
demanderai à Paris fera de vouloir bien
me parler.
M. le Comte de Santstevane, premier
Ambassadeur d'Espagne donne aujourd'hui
une Fête magnifique
,
il y aura cette
nuit un grand bal
,
& trois grandes tables
bien ervies; le tout en l'honneurdu
mariage de l'insant Dom Carlos avec
Mademoiselle de Beaujolois. M. le Marquis
de Ledde est arrivé aujourd'hui à
Cambrai. Le Marquis Salvaticoa été cité.
judiciairement de revenir à Modene
fous
ïbus peine d'être traité en criminel de leze-
Majesté,& d'être dégradé lui & sa famille
de tous honneurs
-'
& tous ses biens
confisquez au profit de la Chambre, s'il
ne serend pas 10. jours après que la citation
luifera communiquée: cette citation
est du 13.Aoust dernier. Jefuis,
Messieurs , &c.
r
Extrait d'une Lmre écrite de M.ufcil!,
' aux Auteurs du Adercure le r.
- Septembre 172z.
y E ne croi pas, Meilleurs, pouvoir
vous apprendre une nouvelle plus interessante:
que celle de la cessation de
la peste dans cette Ville, & dans toutson
territoire. Nous ne sçaurions trop
répandre nôtre joye , & trop publier
leseffets de la misericorde du Seigneursurunpeuple
affligé,depuis un temps
si long. C'est dans cet esprit
, ÔC
pour con firmer autentiquement ce que je
viens d'avoir l'honneur de vous dreque
je vous envoye une copie im primée du
dernier Mandement que M. l'Evêque de
Marseille a fait publier sur un événement
fî considerable
, ne doutant point, Mefkeurs,
que ce Mandement, dont le sujet
interesse toute la 1 rance & tous nos voifins9
sins, ne soit favorablerpént receu,.& h4
spuariosi,ssMe bieentôstsdainsevuôtrersJo&urnalc. J...
MANDEMENT
deM. l'Evêque de Marseille,
Portant ordre Couvrir les Eglises
de Afarfciîle qui ont été ferinées
&.rétablifpint toutes choses dans les
Eglises de la Ville & du Terroirftn
lCe mêomenpiedtqauelglestiétooienntava.nt.-1lt\
HENRY FRANÇOISXAVIER D
BELSUNCE DE CÀS-T-ELM
RON 3 par la providence Divine& la
,
grace du S. Siege Apostolique, Evêque
de Marseille, Abbé de NôtreDame des
Chambons & de Montmorel
,
Conseiller
du Roi en tous ses Conseils, au Clergé
Seculier & Régulier,& à tous Les Fidel
les de la Ville & du Terroir de Marseil
Je; Salut & BenedictionenNôtre-Se-
: gneuïJesus-Christ. j
Envain
,
MES TRES.CHiERs..F!tE
RES,quelques personnes mal intention
nées & ennemies de la verité ,voudroientelles
s'éforcer de répandre de faux
bruits
parmiVous, comme chez nos voisins ï4
vôtre confiance ne sçauroit être ébranlée, 43
& chaque jour doit être depuis longtemps
, & pour vous, & pour nous une
nouvelle & incontestable preuve des misericordes
du Seigneur
,
dont les effets femultiplient,
& se confirment si manifestement
en nôtre faveur. La santé continuë
toûjours à être plus parfaite que jamais
dans cette Ville; déja plus de soix-
ante jburs se font écoulez sans qu'il i
ait eu un seul nouveau malade dans ce vasteTerroir
, & plus 'de trente sans
qu'ily ait eu de' soupçon de contagion
dans la feule Paroisse de l'extrémité de ce
même Terroir, où le mal a fini plustard
qu'ailleurs. Ne nous rendons donc
point coupables de la monstrueuse ingratitude,
& du peu de foi dé ceux qui sembien!:
vouloir méconnoître la puissance Scia
bonté de Dieu, dans le temps même
qu'elles se manifestent, & se font sentir a.
nous de la maniere la plus feiicible; ce
seroit attirer de nouveau sa terrible vengeance
sur nous. Célébrons au contraire
cette meme bonté, fk cette puissanceinfinie
du Coeur Adorable de Jesus-Christ
nôtre divinLiberateur : invitons toutes
les Nations tous
-
les Peuples de l'Univers
à reconnoître avec nous son éternelle
misericorde,& à se joindre à nous
pour chanter ses loüanges. Ministres du"
Très-haut ouvrez les Portes de la sainte
MaifonMaison
du Dieu de justice, afin queles
Justess'y assemblent, & qu'ils lui rendent
graces dans le lieu saint pour un
bien-fait si signalé.
Que les Maisons de ces mêmes Justes
Ii souvent témoins de leurs gemissemens,
retentissent aujourd'hui de leurs cris de
joye & de leurs actions de graces. Leurs
voeux font exaucez,la droite du Seigneur
a fait éclater sa force, & elle a de nouveau
operé des prodigespournôtre délivrance.
A CES CAUSES,& de concertavec
le respectable - Commandant de cette
Ville, nous avons ordonné & ordonnons,
que toutes les Eglisesdu Terroir deMarseille
que nous avions jugé à propos de
fermer par précaution, soient déformais
ouvertes à l'ordinaire. Nous défendons
de continuer de dire la Messe en dehors,
ou aux portes de ces mêmesEglises,excepté
à la Paroisse de Château- Gombert ,+
où l'on tiendra encore les portes de l'Eglise
fermées pendant le peu de jeurs qui
restent pour finir entierement la quarantaine.
Nous permettons; tant dans L
Ville que dansle Terroir, de faire- les
Prônes, de prêcher la parole de Dieu,
de faire les Processionsaccoûtumées
,
d'exposer
le, Très-Saint Sacrement, & d'en
onnetla Benediction,comme cy.devant,
à,
a commencer seulement du premier jour
de Septembre prochain. Nous révoquons
nôtre Ordonnance du dixiéme May de
cette année, par laquelle Nous défendîmes
à tous Prêtres Seculiers, Beneficiers
ou employez dans cette Ville, & à tous
Reguliers d'en sortir, & de dire la Messe
dans le Terroir sans nôtre permission;
rendant sur cela à chacun la liberté qu'il
avoit avant nôtredite Ordonnance.
Il n'est sans doute point de maison dans
le Terroir où la misericorde du Seigneur
n'ait été implorée pendant nôtre affliction
,& sur tout le jour mémorable de la
Fête du SACRÉ'COEUR DE JESUS;
il est donc bien convenable qu'il n'yen
ait point aussi où l'on ne rende à Dieu
dejustes actions de graces pour nôtre délivrance.
Dans cette vûë
, nous exhortons
tous les Fideles qui ont des Chapelles domeftiques
dans leurs maisons de campagne
,
d'yfaire dire une Messe d'actions
de graces , d'y assister en Famille, d'y
renouveller ensemble leur consecration
au Coeur adorable de Jesus-Christ, U
de le conjurer de ne pas permettre que
nos quarantaines soient troublées par de
nouvelles allarmes quasi inévitables dans
une Ville aussi grande, & aussi peuplée
que l'est celle-cy
,
afin que les ames fidelles
éprouvant combien il est avantageux
geux de s'addresser avec confianceau
coeur du Sauveur de tous les Hommes,
en témoignent leur joye, & que la bouche
des Impiessoit à jamais fermée. Et
sera nôtre present Mandementenvoyé,
publié S/C affiché à l'ordinaire. Donné à
Marseilledansnôtre Palais Episcopal le
26. Aoust1722. Signé, T HENRY,
Evêque de Marseille.
Et plus bas, par MONSEIGNEUR,
Coudonneau,Prêtre & Secretaire.
Le mot de la premièreEnigme dumois
paGe) c'est la Mode
,
celui de la seconde
, c'est le Baffin à Barbe, & celui de
la troisiéme est explique dans ces quatre
vers.tL'éleve de Purgon rend vôtreEnigme claire, ;
Quand pour executer un ordre salutaire
, , t
.11 exerce à genoux la Seringue à la main,
-Du plus sale métier l'emploi le plus vilain.
PREMIERE EIVJGME.
J E fers à dépoüiller la veuve & l'Orphelin,
Les Rois & les Marchands me font leurs
confidences
,
L'amant le plus discret me commet son dcitin,
Et
Et ses pluscheresesperances.
Onme rencontre au Cloître avec S. Augustin,
Autre part avec l'Aretin;
Je sers à Dieu, je fers au Diable ,
Je défends l'innocent, je défends le coupable,
Et souvent c'est par moi qu'ils perissent tous
deux;
Sans ma noirceur pourtant je serois inutile,
,Aux plus Saintes Vertus, j'en seconde les
t voeux,
1 Quoique ma naissance soit vile
J'entre dans le Conseil du plus GrandPotentat,
Est-il un cabinet de Ministre d'Etat,
; Dont l'accès ne me soit facile?
i .SECONDE ENIGME.
DAns une plaine fort unie,
Souvent avec ma soeur on me voit habiter
Si l'onnenous poussoità nous persecuter,
La discorde entre nous seroit toûjours bannie,
Dansune paix profonde on nous verroit rester;
,- Mais on nous permet peu de suivre la paresse
,
1 On sefait un plaisir de nous broüiller sans ccire
A Pour finir nos débats ,.il faut sans trahison
,
Que l'une de nous deux mette l'autre en prison. TROISIÈME
TROISIE'ME ENIGME.
s I l'on en croît le sage Esope,
Cet agreableMisantrope
,
Qui pour nous égayer en montrant nos défaut
ait si pertinemment parler les animaux ,
Je fuis d'nn vice d'habitude,
Et de l'affreuse ingratitude ,
L'exemple le plus accompli.
Transi de froid je demande retraite
A certain voisin bien nourri,
Quoiqu'étranger je fuis receu comme un ami;
Réchauffé, bien refait, je commande à baguette,
je fais bien pis, je le maltraite,
Je le chasse hors de chez lui,
Et j'y reste bien établi.
On sçait qui je fuis par la fable;
Et tant d'ingrats
,
lecteur ,que vous reconnoissez
,
Vous le prouvent encore assez 1
Elle n'est que trop veritable.
CHANSON
CHANSON.
p Our mon bonheur, pour vôtre gloire,
Dieu du vin, Dieu d'amour soyez toûjours
amis.
Je ne puis boire sans Iris,
Il Et je ne puisaimer sans boire..
NOUVELLES LITTERAIRES,
DESBEAUX ARTS,&c.
SUITE de l'extrait des Pieces d'Eloquence
& de Poësie
,
presentées à
l' Academie des Jeux Floraux pour les
prix de l'année L722.
L'abus de la Poëúc) Poëme au Roi,
quiaremporté le second prix. Par
l'Abbé de Pontbriand.
JJAuteur parle de la Poèsie quiJe trouve
dans les Livres Sacrez., & del'effet
qnelleprodnifoitsurles hommes. )
E Lle leur inspiroitunplaisir salutaire,
Jamais sans les instruire ele n'osoit leur
plaire.
F SS-:ss
Ses sons harmonieux, ses accens enchanteurs
Ouvroient à la vertu le chemin de leurs coeurs.
Bien-tôt,helas! bien-tôt la Grece & l'Italie
Virent dégenerersasagesse en folie.
En changeant de climat, elle changea do
moeurs, -
Et des incirconcis cambrassa les erreurs.
Homere pour donner du credit à ses songes,
La força d'embellir d'insipides mensonges
,
Avec Anacreon
,
elle but, elle aima,
De parricides traits Archiloque (a) l'arma.
A répandre l'encens, par Pindare (b) formée
Elle en vendit aux Grecs la flateuse fumée.
0 vous! que Rome a vû renaître dans Lucain,
Vous couvrîtes de fard son visage & son fein
,
Et son voile autrefois enlevé par Catule
,
S Luy fût encore ravi par la main de Tibule.
Innocente pudeur, tes doigts n'ont point filéy
La gaze dont en France elle a le corps voilé.
Le léger ornement qui voltige autour d'elle ,
(a) Pcëtt satyrique. il fit des vers contrefort
beau- fere ,
qui s'en pendit de douleur.
(h) Pjndare étoit fort interejJif, il- cbantoit
AUX Jeux olympiques les vainqueurs qui payaient
les fimeries.
N'est
N'en: pour l'oeil indiscret qu'une amorce nouvelle.
Sans honte on ose voir ,sans crainte elle ose
offrir,
Ce qu'un voile impuissant affecte de couvrir.
Aux traits calomnieux que son art envènime,
Mille fois l'innocence a servi de victime.
Qu'on ne nous vante plus le pouvoir de ses
charmes;
Je n'y puis voir pour nous que des sujets de
larmes;
Et coupable aujourd'hui des plus honteux excès,
Elle même elle doit rougir de ses succès.
0 ! vous qui la rendez complice de vos crimes,
Quel fruit esperez-vous de vos coupables rimess?
L'odieuse beauté qui regne en vos écrits,
Même en charmant nos coeurs, vous livre à
nos mépris.
MINERVE
,
Ode, à laquelle le prix
del'Eglogue a été adjugé. Par fAbbé
de Prades.
HEureux
,
ô Minerve! ces Princes,
Qui par toi reglent leurs desirs,
Qui du bonheur deleursProvinces,
Fij Font
Font leur étude, & leur plaisir {
En vain l'ambition soupire,
La gloire d'étendre l'Empire,
Cede au soin de le rendre heureux,
là le Heros qu'on y contemple
,
Moins par les loix que par l'exemple,
Forment des sujets vertueux. -
Mais qui pourroit te méconnoitre
Sage Déesse des Guerriers?
Tu formes mon Auguste Maître,
A cueillir d'immortels Lauriers.
Fais que les vertus héroïques,
Des Rois sages & pacifiques,
Se réunissent en lui seul,
Et qu'envers lui le Ciel s'acquitte
De la gloire dûë au merite
,
Le son pere & de f011 ayeul.
L'AMOUR DIVIN, Ode, quià
•
remporté le prix destiné au Discours,
du mêmeAuteur, p UssantGuide, fous ta conduite,
S'avance un peuple fortuné, *
* Les lfraëlitts.
La
ta mer le voit & prend la fuite
,
LeJourdain recule
,
étonné.
Tantôt de mers couvrant laterre ;
Tantôt tirant l'eau de la pierre,
, j Tu lui prêtesmille secours.
Arreste, & demeure immobile,
Soleil; l'homme dit, & docile,
Le Soleil arreste son cours.
Mais quoi! rappeliez à la vie ,
Les Morts racontent tes bienfaits
,
L'aveugle voit, le sourd s'écrie
Qu'il entend parler les muets.
Déja les nations s'empressent
,
Juifs & Gentils, tous reconnoissent
L'Empire de leur nouveau Foi.
C'est la verité triomphante
, , C'est la grace toutepuissante
Amour qui leur donne la loi.
OùvolecettePe- heresse?
Je la vois aux pieds du Sauveur.
Qttelfilcace1. quelle tristesse!
Fiij Tout
Tout nous peint sa vive douleur.
Femmes, tes larmes t'ont lavée,
C'est ton amour quit'asauvée,
Ta gloire doit vivre à jamais.
Grand repentir! grand sacrifice l
De l'amour saint naît la justice,
Mere & compagne de la paix
, &c
Premier Discours surcesparoles.
Rien najfure davantagelasuperiorité d'une
nation, que la culture des sciences
& des uirts. LEs armes n'ont jamais rien eude plusbrillant
que ces pompes triomphantes
, dont l'ancienne Rome honoroit les
vainqueurs. Cependant oferai- je le dire ?-
Ce superbe vainqueur, élevé sur son
char, chargé des dépoüilles de l'ennemi,
& suivi des Captifs -enchJ înez
, me pa-
IoÎr moins grand qu'un Tire-Live environné
d'admirateurs,qui venoient à Ro..
me des extrêmitez de la terre pour ne i?
voir dans la Capitale du monde, que son
historien. Î
Accordons au préjugé vulgaire que la
gloire des armes est plus ébloüissante
peut-être même plus flateuse quela gloire, dest
des Lettres; mais si celle-ci a moins d'éclat,
elle a sans doute plus de folidicé )
est plus légitimé, plus indépendance, plus
rare, & plus durable.
Les Poëtes& les Orateurs ne doivent
leur réputation qu'à leur mérité ; ils ne
l'ont pas acheté au prix du fang des peuples.
Les Ministres,les Généraux, le soldat
même a part aux lauriers du conquérant
, & souvent celui qui a l'honneur de
la victoire, n'est pas le plus digne de la
couronne. Ciceron né dans l'obscurité,
perce le sombre nuage qui l'enveloppe,
se fait jour, & s'éleve rapidementaufaîte
de la grandeur Romaine; les Villes, les
Provinces, les Etats recherchent la protection
de cet homme nouveau ,
les Rois
même font ses cliens. La memoire des
Héros perit bien-tôt, si les sçavans ne la
con fervent. Les sçavans
,
dépositaires &C
dispensateurs de l'immortalité, peuvent
immortaliser leur nom, sans le secours
du Héros.
Toutes les nations ont eu des Heros
fameux, tous les siecles ont eu des Guerriers
illustres > il n'y a eu que les Grecs,
les Romains & les François; il n'y a eu
que trois siecles qui ayent donné des Poëtes
, & des Orateurs dignes de l'immortalité.
Les conquerans., & les Heros font des
F iiij astres
astres crrans, qui après avoir brillé quef !
que temps , & effrayé la terre, difparoiflent
pour toujours, & ne laissent que Ici
f uvenir d'un éclat passager. Les sçavans
sont des astres qui éclairent le monde jufques
à la plus reculée antiquité. Ciceron
nous parle, nous harangue, nous instruit,
& nous charme; Ciceron vit encore, &
l'ancienne Rome vit avec lui.
Dans l'éloge de Clemence Isaure, prononcé
suivant l'usage, le jour de la diftribution
des prix, par M. Delherm Conseiller , au Parlement, l'un des Académiciens
, on met le mérite de cette
illustre fondatrice dans un beau jour. Clemence
s'éleva au denus des foiblesses di
son fcxe, dit l'Orateur. Richelieu trouva
dans son projet les avantages des préjugez,&
de l'éducation. Clemence ranime
l'amour de la Poësie
, en un siecle gros-
Jfîer dans son goût & dans les moeurs; Richelieu medite d'accroître l'empire
des Belles-Lettres, dans le temps où le
genie des François sembloit être tourné
à les culrivel. Clemence feule, projette,
suit,execute;Richelieu associeà
son ouvrage des hommes éclairez
,
& capables
dele conduire.C'emence n'a point
de modele, & l'Academie Françoise est:
formée sur l'idée que Richelien prend des
Jeux de Clemence. Le Digne Academicien
cien fait dire un peu a près à Loüis le
Grand, que les Jeux Florauxavoient rappellé
en France le goût des Belles-Lettres,
qu'ils avoient servi de modele à toutes
les Societez bneraires, & qu'ils offroientdepuis
quarre siecles
3
des fleurs ar
cüeilliraux éleves desMures.
Nous passons à regret bien des choses
excellentes de ce discours, dans la crainte
de nous y trop arrêter. La fin en est instrudtive,
& très-capable de donner del'émulation.
Oüy , Messieurs, pouriuit,M.
Deherm ,les Poëts peuvent comme
aauefois, aspirer aux fleurs de Clemence,
par des vers consacrez à la gloire des vertus
des Heros & des Dieux, & à l'attrait
des innocens plaisirs ; mais il siut que
leurs vers naissent des fons d'une Lyre
sçavante , que leurs vers assujetis aux
loix d'une cadence aussi mesurée qu'harmonieuse,
offrentteû ours des Images vi-
- ves, nobles, hardies, & élevées; que le
genie du Poëte Lyrique, formé par la
nature, & guidé par l'art, frape l'auditeur
, l'excite, l'enleve, le ravisse.Telle
dl: cette Poësie divine
, que Polymnie
inspire à ses favoris XÔC à laquelle nous-
;
devinonsnospremières couronnes.
Nous en avons encorepour vous, Poètes
,
qui à la faveur d'une fiction ingenieuse
, chantez aussi sur la trompette
F v heroïquer
heroïque, la valeur & la sagesse des Heros,
la puissance & la bonté des Dieux,
vous qui,élevez& soutenus par l'idée d'un
objet, ou heureusementimaginé, & sagement
ennobli, nous disposez par l'attraitdes-
exemples, à connoîcrelafagefse,
à l'aimer., à la suivre
, genies sublimes,
venez ciieillir les fleurs que nous
vous relervons.
Qu'un coeur tendre ne craigne point
de nous ennuyer par le recit plaintifde
les peines, ou par l'aveu sincere de ses
plaisirs : oüy, les divers mouvemensqui
le flatent, ou qui l'agitent, peuvent nous
interesser, & rendus dans ses vers ,
sans
autre arc que celui qu'une ardeur pure &
innocente sçoitprêter à l'expression des
sentimens - ils mériteront nos suffrages.
Ainsi l'amant vertueux & fidele, orné
de nos couronnes, se verra plus digne de
l'objet qui l'a charmé
, & plus sur de lui
plaire.
Les sons du chalumeau rustique, &de
la Muferrechampêtre, sont-écoutez favorablement
dans nos jeux. Les Bergers
& les Betgeres peuvent y venir chanter le
retour du Printemps, les charmes de la
solitude, les amours, les Dieux mêmes
& leurs concerts reçoivent de nous un
prix d'honneur, si leur genie & leur langage
expriment toûjours l'innocence de
leurs moeurs. Et
Et vous qui frapez des traits de l'éloquence,
cherchez à la faire sentir dans
vos discours & à la faire aimer; Orateurs
, nous accordons des prix au mérité
superieur de vos ouvrages, nous en ornons
ceux d'entre vous, qui attachez à
remplir le [ujet que nous leur proposons ,
trouvent l'art de l'érenduepar une suite
d'idées naturelles,justes & sensibles; les
rendent avec précision, les placent avec
goût, & les embellissent de toutes les
beautez de la langue & dustile.
Quelle haute idée ne viens-je pas de
vous donner,Messieurs des Jeux Floraux
de Clemence, tels qu'il a plû de les rendre
à la bonté, & au zele de Loüis le
Grand r Esperons que ces jeux conserveront
tous leurs avanrages, 5c tout leur
éclat, fous le regne du digne successeur
de Loüis le Grand; son enfance ne nous
a offert que des talens & des vertus à
admirer. Toujours docile à la voix de
l'honneur, toujours frapé des traits dela
sagesse, il a montré que la connoissance
& l'amour de la vérité éclatent dans les
vrais Héros avec leur premier âge ÔC
quechez eux la raison & le devoir s'allient
heureusement avec la jeunesse.
Fvj TRAITE.
TRAITE'DES FORCES MOUVANTES
,pour la pratique des'Arts
:
8c Métiers, avec une explication de
- 20. machnes nouvelles & utiles. Par
M. de CamusGentilho lime Lorrain..
A Paris chez Claude Jombert, ruë
S. J.,.Èque,:, & Laurent le Conte, Quai
des Augustins1722.in8° de 535. pages
5 sans l'Epître, la Preface &la
Table. F cEt ouvrage est divisé en deux par- -
ties ,
dont la piemiere contient quatre
Chapitres. L'Auteur explique dans le
premier les équilibres des corps inanimez
sansemployerleprincipe du mouvement
composé, il explique ensuite l'équilibre
de la marché des. hommes, des animaux
à deux, & à quatre pieds, & du vol des
oiseaux;.il fait connoîtrepar quelle raison,
& comment on doit charger les
homme?, les chevaux, les chariots 84
charertes, & de quelle manière devroient.
être les hottes ou crochets des portefaits,
pour être plus avantageux, après quoi il
explique l'équilibre de corps solides avec
les liquides.
Dans le second Chapitre il explique le
levier d'une manière particulière il fait
connoître l'effort des greffes machines ,
- où
où le levier est employé, pour éleveron
entraîner les grands fardeaux, comme le
cabestant & la gruë,ausquels- il indique
quelques perfections.
Dans la seconde fection il explique do
même la pou-lie simple ou redoublée, oy
mou stes.
Dans la troisiéme, le coin
,
la vis iim..
ple, & la vis sans-fin.
o LetroisiémeChapitre est sur la percussion
ou choc des corps, sur les poids,
les ressorts, sur leur trempe J
sur celle
des outils à couper du bois, du fer
-
Sc
autres corps durs; il rapporte plusieurs
manieres de tremper, & il en donne une
qu'il croit meilleure que celle dont on se
ferr ordinairement, il faitconnoître quel
est l'effet des grands &petits coups dè
marteau ou de maillet par différentes experiénees
qu'il rapporte.
Le quatrième Chapitre regarde lemou-
- vement des corps - l'Auteur l'explique
d'abord suivantle mouvement composé
5 & ensuite d'une maniere plus aisée
,
selon
lui, par les équilibres, par la reactionou
reflexion des corps, & il se ;ert pourcela
des jeux d'exercice, comme de la paume
& du billard.
-
o La seconde section dece Chapitre traitede
la projection des corps, des ressorts
qui les produisent, de la nature de l'air des,
des effets que les redores y produisent ;
&c. pour le bruit, le son des instrumens à jouer, des cloches, tambours, & autres.
Il traite de leur construction, & de
quelle maniéré elle doit être pour être la
plusav,aiitacyeufe, au sujet des ressorts de
la poudre a canon > il indique plusieurs
projets d'experience
, pour les canons de
mousquet, & gros canons de guerre. ">
La troisiéme lésion regarde les mou-
Vemens, dans lesquels on [c ferr de l'eau
& du vent, comme le mouvement des
batteaux; il traite de leurs constructions.,
& fait connoître d'après plusieurs experiences,
quelle est la plus utile pour le
commerce.
L'Auteur explique ensuite le mouvement
des vaisseaux sur mer, leurs voiles
& cordages; il traire de leur vîtesse, de
leur construction ,
& il en propose une
qu'il croît plus avantageuse, ce qu'il'
prouve par des experiences qu'il a faites
sur les vitesses, dont il donne une fable.
Dansla quatrième section il confidere i
le frortement des corps qui agissent l'un
contre l'autre, tantenligne droite qu'en
lignecirculaireil rapporte plusieurs experiences
qu'il a faites, dont il donne une'
rable pour les differens corps qui agiiïent,i
& qui frottent l'un contre l'autre, & il
tire de ses épreuves plusieurs choses uti- e;,
Jcs pour les machines- grandes & petites,
particulièrement pour les montres de poche
y
les gros horlogesj pour les traineaux,
& plusieurs autres machines.-
Dans la cinquième section l'Auteurtraite
des voitures à deux & à quatre
rouës, il fait connoître comment, Se
combien l'uneest plus avantageuse que
l'autre; de quelle maniere les roue6 doivent
être construites
3 pour quelle rai-
[on, & combien les- grandes font plus
utiles que les petites; cela par quantité
d'expériences faites sur le pavé3 sur le
fable, sur la terre molle, & terrain ferme
; il donne une table de toutes ces circonfiances,
dont il croit tirer des choses
utiles pour le transport des marchandises,
-& pour la facilité du commerce.
Enfin ilfinit cette partie - en indiquant
les soins, Se précautions qu'on devroit
prendre pour l'arrangement du pavé
,
Se
l'entretien des grands chemins & chauffées.
- Dans la seconde partie M. de Camusexplique
plusieurs machines utiles qvPîtTa
inventées.
La premiereest une machine pour tamiser,
& passer les poudres fines, avec
laquelle un homme peut faire autant d'ouvrage
que trois autres, ou à peu près
> qui auraientchacun un tamis Íu¡yantJ'-experience
qui en a été faite. Ear
La seconde est: une espece de grue basse,
à bec allongé, avec une queuë pour servir
d'équilibre ,qu'il propose pour creuserun
canal, élever une chaussée avec
moins de dépense , & pour aller plus vite
, que Íi onse lervoit de brouettes & de
hottes.
La troisiéme est une machine à battre
les gros piloris par un treuil, en forme de
cabestan
, avec lequel on ne peid pas de
temps , pour racrucher lemouton quand
il est tombé: dans laquelle on frappe
deux coups au lieu d'un, & où les hommes
qui travaillent fatiguent un peu moins
qu'aux autres.
t La quatrième est un genoue , ou machine
paralact que mouvante à vis, Se
avec deux cercles, propre pour oblerver
les assies, & les suivre dans leur mouvemenr,
en les tenans toujours au centre de
la lunette, qui est particulièrement propre
pour les éclipses, & pour les objets
que l'on veut suivre. 3
La cinquième est une rame composée
de deux pieces mobiles que l'on pole peru
pendiculuirement au sabord de la sainte
Barbe des vaisseaux,pour les faire aller
en temps calme, même avec deux rames
feldemenr. suivant l'experience qui en a
été faiteàToulon. /A
Lasixiéme & la septiéme font deux
montre
montres de poche, composées de fïx
roues, que l'on peut faire aussi petites
qu'elles étoient anciennement, avec des
dentures de rouës & des pignons allai
forts,, que ceux que l'on fait aux grandes,
& qui iont aussi bonnes, comme l'experience
le manifeste depuis six ans; l'uneest
àminutte, & l'autre à seconde;cette der-
Hiere est aussï juste que la premiere.
La huitièmeest une montre gravée à l'ordinatre,
qui sonne d'elle-même les quarts
& l'heure,& repere à tous les quarts l'heure
quand on veut, ou ne sonne pas du
tour, & qui a toujours la répétition en
pressant le pardau.
La neuvième est une perrdule à ressort,
qui fait le même effet, que la montre
sonnant les quarts & l'heure par un seul
ressort, & un seul mouvement de sonrerie.
La dixiéme est une pendule à poids Sî
à seconde, qui va un an sans la remonter,
élevée de sept pieds & demi de haut, qui
sonne pendant tout ce temps d'elle-même
,. les quarts & l'heure, & va aussi juste le
t dèrnier jour que le premier; il y en a qui
vont depuis dix ans.
| Laonzièmeest un piston&un balancier
de pompe, qui tire à chaque coup
louta- l'eau possible, de quelque maniere
qu'il foit monté avec lenteur ou avec
iyicelTe. La
-
La douzième est une broüette plus aîsée
, & avec laquelle on peut voiturerde
plus gros fardeaux qu'avec les broiietces
ordinaires.
La treiziéme est une charuë, avec laquelle
trois chevaux peuvent faire autant
d'ouvrage que quatre aux charuës ordinaires
, & fatiguent moins, suivant l'experience
continuelle qu'il s'en fait depuis
long-temps aux environs d'une petite
terre de l'Auteur, où on l'a mis en
usage. 4
La quatorzième est un chariot ou binon
à deux roues, pour voiturer les pierres
taillées, que l'on charge plusvîte &
plus aisément, & auquel il faut moins:
d'hommes qu'aux chariots ordinaires. à
-
La quinzième&la treiziéme font deuxdifférentes
constructions de brancarts,
ou ridelles de chariotà fleche
, & à quatre
rouës égales & grandes, pour tourner
aussi court qu'avec les petitès. i
La dix-septiémeest une charette doubla
a quatre roues, pour tourner très-court,;
& entrer aux endroits où les carosses aJ
arcs ne pourroicnt même entrer.
La dixhuitiéme est un avant- train à"
grandes roues, que l'on peut appliquer
aux affus de canon pour les voiturer avec
moitié moins de chevaux, ou à peu.prèç,.,
en faisant les rouës telles que l'Auteur
kil
les propose., & épargner par-là les chariots
de transport dont on se fert pour les
grossès pièces.
-
La dixneuvième est:un carosseà brancart
j
à quatre grandes roues égales,
beaucoup moins fujec à verser
, & plus
doux que les autres, auquel deux chevaux
font autant d'effet que quatre aux
carosses ordinaires, & qui tourne aussi
court que s'il étoit à arc avec de petites
rouës.
La vingtième est un train de crosse à
fleche sans arc, sur lequel on peut suspendre
un carosse de plusieurs maniérés , &auquel on peut appliquer quatre grandes
rouës pour la campagne, & y remettre
des petites devant pour la Ville, si on le
souhaite, qui tourne suffisamment pour
le ranger & entrer par toutoù les autres
entrent, & qui a le même avantage que
le precedent.
-
La vingt-unième estla description d'un
petit carosse
qui va seul parressorttraîné
par deux petits chevaux, qui vont
en courbette, & parcourt un espace de
chemin donné, s'arrête de lui-même en
un lieu marqué, où un laquais., qui cft.
derriere, faute à bts ; un autre en Page
sur sa soupante, en descend, court à la
porticre & l'ouvre; une Dame assisedans
le carosse, seleve, en descend , s'avance
en
endehors, fait une profonde reverence,
pdrueiente un placer, Ôc cll'cès avoir attenquelque
temps, s'en retourne, fait
une petite reverence , remonte en Garosse
, le Page lui ouvrant la portiere,
qu'il refermeaussi tôt, puis s'enretourne
, monte, & le couche sur la foupante
avec beaucoup d'agilité
,
après quoi le
Cocher donnant un coup de foüet, les
chevaux reprennent leurs trains, &lelaquais
qui est descendu de carosse court
après, & faute derriere avec subtiiité.
Enfin le carosse
,
après avoir parcouru
les quatre coins prescrits d'une ta ble ou
d'un parquet, va s'arrêter de lui-même
au même endroitd'oùil est parti. SiOn
le monte différemment, il fait les autres
mouvemens des carosses, comme de se
promener dans des allées d'arbres, de
tourner en rond autour d'un Château &j
autre.
La vingt-deuxième est une échelle qui
se plie & se ranged'elle-même par resson,
contre une muraille,propre pour
servir aux endroitsoù il y ades enrtefols,
ou soupantes, sans embarasser, comme
cel le que l'on fait ordinairement en
ces endroits où la placé est petite. 1
La 23. ca la methode d'appliquer à un
ciel ou à l'imperial d'un lit des poulies,
pour tirer les rideaux, avec des cordons
fan
sans que l'on foit sujet à déchirer ou salir
les rideaux.
On a rendu le stile de ce livre le plus
intelligible qu'on a pû pour toutes fortes
depersonnes, & on a reduit les figures
lLecnurpetit pour le pouvoir donner à meilmarché.
Le prix est de six livres.
k
L'HISTOIRE DES JUIFS &des
Peuples voisins, depuis la captivitédes
dix Tribus jusqu'à la mort de Jesus-
Christ, par M. Prideaux, écrire originairement
en Auglois, a eu plusieurs
éditions en Angleterre; la traduction
Françoise imprimée en Hollande cette
année en 5-vol. in 12. ayant fait connoître
a plusieurs personnes le merite de cet ouvrage
,
diyers Sçavans ont exhorté le
Sieur Cavelier fils, Libraire, ruë saint
Jacques, de l'imprimer à Paris; il en a
btenu le privilege & il n'épargne rien
pour rendre cette édition parfaite. On a evû latraduction, deux personnes connuës
dans la Republique des Lettres, se
ont chargées, l'un d'ajoûter des remarques
par tout où letexteen a besoin ; l'auire
d'éclaircir quelques points importans
\'lf des dissertations. Comme ils ne font
astoujours de l'avis de M. Prideaux , l ne manquera rien pour l'indtruction du
lecteur Les figures seront gravées avec L foin2.
soin, & les Cartes feront retouchées par
un très-habile Géographe.
Ce qui a fait tant estimer l'ouvrage de
M. Prideaux, c'est qu'on y trouvela partie
la plus curieuse de l'Histoire Sainte , c'est-à-dire,celle où l'on voit l'accomplissement
des Prophéties plus éclaircie,
qu'elle ne l'a été jusqu'ici.Comme dans les
temps dont parle M. Prideaux
,
l'Histoire;
Sainte a été fort mêlée avec l'Histoire!
profane, M. Prideaux a eu l'occasion de:
découvrir l'origine des grands Empires
& de développer le cahos des AntiquiI-i
tez Babyloniennes,Persiques& Grecques
& il l'a fait en habile homme;s'ib
est tombé dans quelque mécompte, comme
il est difficile de l'éviterdans une matieresi
vaste & si embroüillée, les Editeurs
ne manqueront pas de le relever.
Quoiqu'il n'ait traité qu'une partie de
l'Histoire des Juifs, on a danssonlivre
un corps d'Antiquitez Judaïques: car il
ne laisse passer aucuneoccasion d'exami
ner à fonds lesloix, les ceremonies & lei
moeurs de ce peuple: on sent par tou
dans son ouvrage un Critique sçavant £4
judicieux, un Historien sincere & sensé.
Cette Edition fera en six volumes in 11,
bien plus ample que celle d'Hollande
avec figures, qui feront faites exprès pour
le livre.
NOUjNOUVELLE
DESCRIPTION DE
la France, dans laquelle on voit le Gouvernement
général de ce Royaume, celui
de chaque Province en particulier , la
description des Villes, Châteaux & Monumens
les plus remarquables, 8. vol. in
11. enrichis de Figures en taille douce.
A Paris,cheZ Delaune Libraire, rué
saint Jacques, & chezTheodore le Gras ,
lSLailbleraire, 11ft troisiémePilier de lagrande.
du Palais.
- -. Cette nouvelle Edition eU- non seulement
plus travaillée & plus exacte que la
premicre, elle est encore augmentée de
plus d'un quart;les additions font icpanr
dues dans tout le corps de l'ouvrage, mais
principalement dans le premier & dans le
lecond volume. Dans le premier l'on trouve
cinq dissertations nouvelles qui traitent
du Clergé, de la Cour , du commerce
dela France, des Moines & des Religieux
Jice ,des Etats Generaux, & de la Mi-
Françoise. Dans l'autre on voit un Igrand nombre de Remarques très-curieutfes
sur lesAntiquitez de Paris, qui n'a.
rvoient jamais été imprimées.
I HISTOIRE GENERALE D'ESPAGNE,
traduite de Mariana & de-9
autres Historiens Espagnols & Italiens,
les plus celebres. 1 Cette
Cette Histoire contient ce qui s'est
«.
Jassé de plus remarquable pendant l'efpacede
plus de 1800. ans, àcommencer
depuisqu'Amilcar,pere du fameux Han.
nibal
,
vint en Espagne avec une armée
de Carthaginois, pour conquérir ce beau
Royaume. Ils en furent chassez par les
RRoommaaiinnss,a, parpèrèssununeegu_geurerrree de J3. an. 1 3 années.
Les différentes révolutions arrivées en
Espagne, fous hl domination des Romains,
des Wandales, des Goths, des
Maures fournissent une infinité de grands
évenemens,& très-capables de piquer
la curiosité des lecteurs.
-
J
Comme l'ouvrage de Mariana se termi-j
ne à Ferdinand le Catholique, on y ai
ajoûté
, pour faire une Histoire d!E[pagne
complette, les regnes entiers de
Charles .¡, quiest l'Empereur CharlesV,
de Philippe II. son fils,dePhilippe III.
de Philippe IV. de Charles II. de Philippe
V. à present regnant juiqu'aux
mariages du Prince des Asturies, & dq
l'Infantefuture Reine de France..
Ce livre doit paroître à la saint MarJ
tin prochain en neuf gros volumes in 11.
avec des figurestrès-bien gravées. Le
Librairesqui le vendront, sont j
G. Cavelier, fils.
Giffard.
Moreau.
Huard.
Pralard.
ruë S. Jacques.
&
Le Gras, au Palais.
EXPOSITION d'une Methode raisonnée
pourapprendre la Langue latine,
par M. du Marsais. A Paris, {;heZGa..
Kean3 & chezQuillau1722.
Voiciune nouvelleMethode pour a pprendre
le Latin, dont on peut dire,
avec l' Approbateur, qu'ilseroit àfouhÚ:-
ter qu'on voulût bien la suivre. Il est même
à présumer que les Peres,qui entendentbien
leurs interêts, la feront mettre
en pratique. L'Auteur ne l'a publiée,
qu'après en avoir fait des experiences,
qui ont eu un heureuxsuccès. Voici en
quoi elle consiste.
1. L'Auteur veut, qu'au lieu de commencer
par apprendre à décliner & à
conjuguer, on fasse apprendre aux ensans
les mots latinsdes choses les plus
sensibles
, & qui frappent leur imagination
, comme le pain, l'eau, &c. Ensuite
il leur fait expliquer du latin rangé
selon laconstruction simple, sans , aucune
inyerfion, & sans aucun mot sous-en-
G tendu.
tendu.Jusqu'ici il ne fait rendre aucune
raison aux commençans,des mots
qu'ils apprennent : Ils sçavent, par exemple
, que sylvarum veut dire des forêts,
qu'amavi signifie j'ai aimé, sans sçavoir
le cas ou le temps de ces mots.
2. Quand les commençans ont été exercez
pendant quelque temps à cet usage , & qu'ils se font, pour ainsi dire
, apprivoisez
avec le Latin, il leur apprend
alors à décliner & à conjuguer, & cela
dans un ordre plus facile que ceux qui
ont parû jusqu'à present. Il fait apprendre
la raisondes cas selon la Grammaire
raisonnée, ce qui forme l'esprit des jeunesgens.
On voit à la fin de cette exposition,
une pratique de la Methode en question,
sur le Poème seculaire d'Horace. Lesmots
propres d'Horace font rangez dans l'ordre
naturel, & fous chaque mot latin, -
il yale mot françois qui lui répond.
L'Auteur fait voir que cette maniere de
traduire leve toutes les difficultez, & fait
entendre le tour latin. Il condamne l'ufage
des rhemes, dont il fait voir les inconveniens.
Ce petit Ouvrage est rempli
de reflexions curieuses & inftru&iveSj
qui nous le font annoncer avec plaisir.
Le Prince des*& le
i
i& le Prince invisible. A Paris cht
L. Dominique Vatel, Quai des Augus- t- tins, 17zt. vol. in12. de210. pages. Ce
font deux Historiettesinteressantes, bien
écrites, & ornées de divers morceaux de
poësies.
Nous voudrions qu'il nous fût permis
de donner le di scours entier de M. Fargés
de Polizy Avocat du Roy au Chatelec
; sur le sujet donné par l'Academie
Françoise: Meliùs est a sapienti corripi,
cjuam ftllltarttm adulatione decipi.Eccles.c.
7.v.6.Ilvautmieux êtrereprisparunhommesage,
qued'être seduitpar la flaterie d'un
insensé. Ce discours jugé le second par
l'Académie Françoise, a tant de précision
, & la Rhetoriqueyest si subordonnée
au raisonnement
, qu'on ne peut
en faire un extrait, sans retrancher quelques
preuves au texte, & quelquesmaximes
à la morale. M. de Polizy a marqué
la justesse de son discernement, amateur
de la belle simplicités & se servant
dela division que lui presente l'Ecriture.
La première partie de son discours démontre
l'utilité dela censure prudente,
meliùs est à sapienticorripi. Et la fcconl
de peint vivement les artifices de la flaterie
,
quàm stultorurn adulatione decili.
G ij L'eL'exorde
est un tableau, où les couleurs
font distribuées en maître. C'est un
portrait del'égarement humain. Sil'homme
, dit l' Auteur, se connoit quelquefois
tel qu'il est
, ce n'estpresquejamais à lui
Olt'il en doitl'avantage. En effet , tout
sembleconspirer à l'égarer,l'oisiveté le
corrompt, le travaille rebute
3
les honneurs
L'enyvr.nt-' le mépris le déconcerte,
la solitudel'ennuie, le commerce du mondeledissipe,
la bonne fortune l'aveugley
la mauvaise le décourage
i
le present lui
échappe
,
l'avenirl'inquiéte,&c
L'Auteur dans sa premiere partie caracterise
parfaitement la censure prudente
prescrite par l'Ecclesiaste. Il commence
par une apostrophe contre les misantropes
qu'on ne peut trop relire. La voici.
Loin d'ici ces Censeursoutrez, ces
Critiques insensez,qui diftilent toujours
& le fiel é7 l'amertume,qui, dans leur
censuremoins guidezparla, prudence &
la vérité
, que par leur goût & leur temperamment
semblent ne vivre avec les
hommes quepourleur déclarer laguerre.
Censeurs farouches
s
ils ne se livrent à la
societé, que pour en troubler l'harmonie;
Censeursemportez ils revoltent au lieu de
perjùader, & souvent même par une critique
t'pal entenduë & tropvive , ils prétent
au vice des armes pourse défendre:
L'homL'homme
qui s'elfécarté du [enuer de la
vertu , veut bienplus dejménagementpour
y rentrer.
Semblableycontinuë-t-il
,
à ces torrens
rapides, dont les eaux débordéesinondent
les campagnes d- renverfnt avec vio..
lence le
@
plus doux espoir dit Laboureur;
Si tout a coup vous leur oppof:{ une digue
pour arrêter le progrés de leur cours
rapide, loin d'en rallentir la fureur3 vous
augmente^mais finnemain adroite détourne
avec art le cours des eaux ,si avec
douceur & ménagementelle en change la
pente, vous les voyeZ ces eaux devenir
tranquilles, rentrer fiftïïs leurlit3 & rcprendre
sans peine leur cours ordinaire&
paisibles
- Ensuitel'Auteur propos-e pour exemple
d'une censure prudente, celle que fit
le Prophete Nathan à David, & fait de
fages leçons aux personnes, à qui le caractere
& le r.mg donnent le droit de re- -
prendre & de censurer. Il les finit par
une application tres-heureuse de la parabole
de l'yvroye,au sujet qu'il traite. Il
pmbleydit-ilj que Dieuaitvoulu nous
prescrirepar laParabolede l'yvroye semés,
dans le champ, les rnéna<remens que l'oit
doit avoir pour ceux que l'on reprend. Les
Jèrviteurs viennent dire au Pere defamille;
Seigneur, riavie^vous pas semé du
G iij bon
bon grain dans votre cha;,np? tlOK vient
donc qu'ily a de l'yvroye? vouLe'{vou!
que nous allions Parracher? non, leurrepond
- il
,
de peur qu'en arrachant l'yvroye
, vous n'arrachÙ'(aussi le bon grain:
le coeur de L'homme est le champ de la
vertt >
il n'y feme que de bon grain.
mais l'yvroye des passionsl'empêche de
croître ; ilfautpour l'un & l'autre attendre
juf¡lt'au temps de la moisson,c'efl au
Censeur prudent & vertueux a la prepa-*
rer, & à l'avancer par son exemple &
par la douceur de son coeur.
La seconde partie commence par une
phrasequirenferme bien des reflexions.
Avoüons-le à la honte de nôtre raison , l'homme est son premier& sonplus dangereuxflateur..
Aprèscetrait, qui
est suivi d'une penitence forte & vraye de
l'orgueüil héréditaire du coeur humain,
l'Auteur définit le flatteur par une comparaison
neuve & frappante. C'est,ditil
, un miroirfidele, quineperdaucun de
vos mouvemens, pas un ne lui échappe
Il n'a point d'opinion ,point de gout
qui lui soit propre. Vos sentimens font la
reg'e des siens. Quelquefois cependant,
pour se donner auprès de vous un caractere
de sincerité,ilosera vous reprendre
d'unlegerdeffaut,- mais dans ce moment
il prépare à vos vices Us plus çrÙmts, le
dandangereuxpoison
deses louanges, quevous
boireXjXautantplusaisémentque vous les
eroir-eZjinceres
- - - -Autre comparaison qui marque lediscernement
de l'O rateur dans le choix des
ornemens qu'il employe. Le flatteur,ditil
,
perdra toi ou tard le Prince auquel il
s'attachera,s'il en efl écouté ; semblable a
cette herbe rampante, qui couvre deses
branches les muraillesquelle détruitdans
la fuite.
Lesvertus de Néron,consultant Seneque
& Burrus, corrompues par les
flatteurs, dès que ce Prince leur prête
l'oreille, l'endurcissement de Roboam,
& l'impiété d'}\'ch'ah} pernicieux ouvrages
de l'adulation,fournissentdescitations
brillantes & connues, qui terminent avec
éclat la seconde partie de ce discours aussi
Chrétien que fleuri. Il n'cft. pas furpreïiant
que l'Auteur ait traité avec force &
avec dignité, une matiere qui interesse
également la ReligionSe l'Etat. Son éloquenceaccoutumée
aux sujets relevez,
ne répand pas de vaines fleurs sur des
dissertations inutiles. Ladéfense des loix,.
la protection de l'innocence, & lapunition
du crime, font les fruits qu'elle cultive,
& qu'elle fait naître.
G iiij Le
Le premier Discours qui a remporté
le prix de l'Eloquence,n'est point encore
imprimé. Nous en parlerons quand ilparc
lCra.
Le premier de ce mois le Roy a donné
àM. Jerôme Bignon de Blanzy ,
Maître
des Requêtes,la survivance de la Charge
de Bibliothequairede Sa Majesté.
M. Bignon est neveu de M.l'Abbé Bignon
, Titulaire de cette Charge,fils de
M. Bignon, Intendant de Paris, petit-fils
de M. Bignon
,
Conseiller d'Etat, & arriere-
petit-fils du célébréJerôme Bignon
, siuni versellement connu dans la
République des Lettres. Il est le qua.-
triéme de son nom revêtu de cette
Charge.
Je ne puis mieux faire que de rapporter
les propres termes de ses provi sions ,
qui me lonc heureusement tombées entre
les mains.
Loüis, &c. Nôtre Bibliothèque, 8C
le Cabinet de nos Médailles, étant par
le nombre & le choix des Livres, & des
raretez antiques & modernes qui les composent;
ce qu'il y a de plus grand en ce
genre dans l'Europe; nous avons eu
une attention particulière à les confier à
une pedonneJ qui pût soûtenir ce qu'un
pareil
pareil dépôt demande de talens & de travail
, pour le rendre aussi utile que magnifique.
Ce fut dans cette vûë qu'après
lamort du Sieur Abbé de Louvois,trouvant
dans la personne du Sieur Abbé
Bignon,le genie
,
l'érudition , le goût,
& l'activité necessaires à cet emploi,
nous l'en pourvûmes; & la maniere donc
il commença d'en établir l'ordre., nous y
fit réünir par nos Edirs des mois de Janvier
& de Mars 1720. les Charges de
Garde du Cabinet particulier de nos Livres
du Louvre, Cour & suite, de nôtre
Bibliothèque de Fontainebleau, 8c
de toutes autres, si aucunes nous avions.
Ses soins ont si parfaitement remplinôtre
attente, que nous avons crû devoir lui
permettre de se choisir un successeur
>
8c
nous avons d'autant plus volontiers agrée
le Sieur Bignon son neveu, qu'élevé de
sa main avec les dispositions heureuses
le zele, 3c l'intégrité hereditaires que
nous lui connoissons, nous nous assurons
, pour l'avenir, un sujet digne d'un ports*
important, que ses ayeux ont avec tant
d'honneur occupé dans le sieclepassé-
Le Sieur Jean Manger, natifde D:e:;'
pe, excellentGraveur des Medailles du
Roy, qui a gravé presque toute l'Histoile
métallique de Loüis le Grand est:
G, V mor>£
mort âgé d'environ 60. ans, le 9. de ce
mois, aux Galeries du Louvre, où il
étoit logé par brevet, avec quantité d'autres
illustres dans les Arts & dans les Méchaniques
, à qui le Roy donne cette
marque particuliere de sa protection
lorsqu'ils excellent dans leur profession.
Le Sieur du Vivier, originaire de Liege
, de même que le fameux Warin,
Graveur des Médailles du Roy,de l'Academie
Royale de Peinture & Sculpture
,
qui dans ce genre d'ouvrage, s'est
déja acquis de la reputation, a été
gratifié par brevet du Roy, du logement
qu'occupoit le Sieur Mauger.
M. de la Ligerie, Chirurgien de feu
Madame la D auphine, est mort au commencement
de l'autre mois, âgé de87.
ans. Il étoit Auteur du remede appellé
l'alkermès, ou aurifique, connu sous le
nom de la poudre des Chartreux
,
parce
que M. de la Ligerie avoit bien voulu
1 communiquer son secret à Frere Simon i
Chartreux, chargé du foin de l'Apotiquairerie
dii Couvent de Paris.
M. Ranc ,natifde Montpelier, de rAcad
mie Royale de Peinture, qui a eu -
l'honneur de peindre Monsieur le Duc
< d'Orleans & M.le Duc de Chartres,
parc j
part pour Madrid, pour taire les portraits
de la Famille du Roy d'Espagne,
avec 10000. livres d'appointemens ; les
frais de son voyage ,
& les tableaux qu'il
fera feront payez en particulier.
M. de Poiiilly vient d'être nommé
Membre de l'Academie des Inscriptions
& Belles- Lettres, à la place de feu M. de
Baudelot.
Le6. du çourant l'Academie Royale
de Peinture&Sculpture, eut l'honneur
desaluer S. E. M. le Cardinal du Bois,
sur sa nouvelle dignité. M. de Boullongne
,
Chevalier de l'Ordre de S. Michel,
Conseiller,Secretaire du Roi,& Directeur
de l'Academie. parla au nom de la Compagnie,
& dit que l'Academie,ayant déja
l'honneur d'être sous la protection de
M.le Duc d'Antin,ellen'auroit plus rien
à desirer, si S. E. daignoit jetter un regard
favorable sur les Arts dont cette.
Académie fait profession. S. E. répondit
obligeamment
3
qu'elle s'étoit toûjours
sentie une singuliere inclination pour la
Peinture & la Scul pture ,
également employées
à orner les Temples,décorer
les Palais des Rois, & à immortaliser
les grands Hommes, & qu'elle voyoit
avec admiration les progrès que ces beaux.
Arts faiioient dans le Royaurne, par l'ap-
G vj plics*--
plication continuelle des illustres qui lei
exercent, e qui par leur éminent sçavoir
l'emportent
sur
toute l'Europe.. S,
E. ajoûta que les Grecs, & sur tout les
Atheniens, y avoient excellé., comme on
en peur luger par les rares monumens qui
onrpaiïé jusqu'à nous, & qui font présumer
que la Peinture étoit pour lorsarrivée
au même degré de perfection
, mais
qui malheureusement n'a pû resister à la
durée de tanr de liee/es. S. E. dit en finissant,
qu'elle se feroit toûjours un
grand
plaisir de marquer l'estime qu'elle avoit
pour la Compagnie, & de lui en donner
des témoignages.
La Députation étoit composée du Directeur
,
du Chancelier,des Recteurs &
Professeurs
,
du Tresorier & du Secretaire.
Le 7. de ce mois les Academies Royales
des Belles-Lettres & des Sciences, &
le College des Professeurs Royaux, allerent
en Corps complimenter M. le Cardinal
du Bois. M. l'Abbé Bignon, qui
les presenta
, ne fit point de harangue forme, en & crut qu'il conviendroitmieux
de faireconnoîrre par une simple conversation,
le merite & les talens de chacun
des membres qui composent ces trois
Compagnies. M. le Cardinal du Bois parut
*
rut le presser avec plaisir à cette conversation,
qui fut de part & d'autre vive,
sçavante, & assaisonnée
)
& de tout
le goût, & de toute la politesse quedonment
la vraye érudition. Les Academiciens
se retirerentensuite l'un après l'autre,
& firentensortant leur reverence
particuliere à S. E. qui leur dit à chacun,
d'eux quelque chose de gratieux & d'Qbligeant.
J
-
On mande de Milan, que le Comte
de Colleredo a ordonné à tous lesImprimeurs
de la Ville , de fournir à,Ia"
Bibliotheque Ambroisienne un Exemplaire
de tous les Livres qui s'imprimeront
dorénavint., Majesté Imperia-
Ue ayant resolu de rendre cette Bibliotheque
la plusconsiderable de celles,
d'ltalie, & ayantdéjadestinédes fonds
pour l'enrichir, s'il est possible,au-
ItaLntqquu''aauuccuunneeauautrtreeddee ll''EEuurrooppee..
S'VITE.
4 SVITE DES MEDAILLESDVROI
avec Fexplication des lypes -41 & Lependes.
MEDAILLE XX. iLERE'TABLISSEMENTDE LASAN
TE' DU ROY. Onvoit d'uncôtélatête
Louis XV. avec l'inscription ordinaire
& pour revers, la France &la Religion
genoux ,
près d'un Autel, avec cesmo
pour Legende,VOTA PUBLICA.Voeu
publics. Exergue.RESTITUTA, Reg
sanitatean.Dom. MDCCXXI. Pour
rétablissementdelaXsantéXduRoIy..J1
Le Portrait du Roy &celui de lin
sante en regard, & autour. LUD. -xv
FR, ET NAV. REX. MAR. AN)
VICT. His*p. INF. fous les Portraits
yaftum connubium. Alliance promise mu
tuellement. MDCCXXI. Revers, u
faisceau de plusieurs armes, liées par u
ruban, avec ces mots pour Legende, NI
XA QUIESCENT,tantque le lien durer
elles feront en repos. -1
l e Roy & l'Infante en regard ave
leurs noms autour, & dans l'Exergue
* LUDOVIC
À
LUDOVICI MAGNI PRONEPOTES, arriere-petit-fils, & arriere-petite-fille
de Louis le Grand. Revers. L'Hymenéc
presentant l'Infante à la France. Legende.
PIGNUS TRANQUILLITATIS PUBLICS.
Gage de la tranquillité publique
,Exergue. M D C C X X I.
SPECTACLES.
LEs Comediens François ont remis au
Theâtre sur la fin de l'autre mois la
Tragedie de Penelope de feu M. l'Abbé
Gencic. Elle a eu plus de succès dans
cette reprise
, que lorsqu'elle sur representée
dans sa nouveauté au mois de Janvier
1684. sur le Theâtre de Guenegaud,
où elle ne fut joiiée que huit fois.
Ce Poëme n'a étéimprimé à Paris que
plus de vingt ans aprés
3
&c ce ne sur encore
que pour reparer l'édition défectueuse
qui s'en fit en Hollande, sous le
nom supposé de M. de la Fontaine. L'Ab-
-bé Genest qui en est le veritable Auteur,
'¿i(ent les journalistes de Trevoux, * a
tâché de la remplitdes éu sentimens de ver- quifont l'ame de la societé civile
.11 n'a point voulu imiter ces Auteurs* , Septlmbre 1703,
qui
qui pour de !egers & vains applaudissemens
, ne craignent point de flater hi
mollesse, & la corruption, & d'entretenir
des passions déreglées.
Un Prélat qui a écrit lui-même contre
le Theatre a pourtant témoigné qu'il no:
craindroit point d'approuver Penelope;
Ce n'est pas qu'on ne donne ici un peu
d'amour à Telemaque, poursuivent 1er.
mêmes journalistes j mais outre que ce
amour est toujours fournis à la raison.
l'Auteur dit qu'il ne luien donneroitpeut
être pas li c'étoit à recommencer ; mal:!
qu'on n'osoit encore de son temps fairo
paaroîtmre au The'atr(e un\jeuune Hérros s.anîs M. l'Abbé Dubos qui succeda à M.
l'Abbé Genest à l'Académie Françoise
dit dans le discours qu'il prononça à si
reception dans cet illustre corps, en parlant
des grandes qualitez de son predecesseur,&
de les ouvrages, que la Tragédie
de Penelope pLtÎt encore plus par le
caractère vertueux de les principaux personnages,
que par le merveilleux des incidens,
& par son dénouement pathetique.:
Au reste cette piece est pjrraitemenO)
representée;la Dle Duclos, & les sîeurs
Baron, Quinaut du Fresne, le Grand
& Fontenay
,
joiient les rôles de Penelo
pe, d'Ulisse, de Telemaque , d'Eurima—
que , & d'Eumée Lo
te II. de ce mois les mêmes Come-
Hiens ont donné la premiere representabon
de la Comedie du NouveauMonde
:;n rrois Actes, & en vers libres
, avec
hn Prologue, & trois Intermedes.
1 On peut appeller cette piece une heu-
"tetife singularité; elle fait beaucoup de
coruit dès sa naissance, &c la contradiction
qu'elle a d'abord excitée, jointe à l'incognito
de l'Auteur, promet un grand succcès.
Voici ce que nous avons pu en remarquer
en trois representations des plus
complettes qu'on puisse voir, même eh
ffi yver.
Le systême que l'Auteuranonime de
cette Comédies'est fait. ie C'est que l'armour
est lasourcede toutes,les passions.
::1;". Que ce font les passions qui ont banni a justice de la terre. 3° Que les passîons
reglées par la raison contribuent à la felicité
des hommes.Voilà sur quoi roule
toute l'allegorie de l'action Theatrale.,
& à quoi tout se réduit. Dans le prologlle)
Astrée se plaint de l'ingratitude de
ses enfans qui l'ont forcée à les abandonner.
Ellese flate de regner encore sur la
terre par les tendres soins de Ju piter son ,. pere, qui vient d'assembler le Conseil
des Dieux, pour déliberer sur son retour
lachez les humains. Mercure vient lui anno,
nce-r qu'on plaide sa cause adment £
ment;> mais que s'étant endormi à l'au.
diance par la fade & assoupissanteélo
quence d'Apollon, il n'a prennerie
entendu, sinon que Jupiter a parlé d'un
nouveau monde qu'il prétend faire ex
près pour elle. Jupiter vient annoncer
Astrée, que son retour sur la terre es
résolu y mais que pour empêcher que III
passions ne l'en bannissent une secono
fois, il va créer de nouveaux habitan
que Mercure prend ra foin de polir dan
une HIe, entourée de rochers pour en dfl
fend re l'accès au reste de la terre. Il prt
tend par là interdire le commerce d'i
passions.
Mercure a beau lui representer qtu
l'Amour
, qui vient d'exposer ses droit
dans le Conseil, ne consentira jamais ae
projet qu'il vient de former, & qu"
voudra regner dans ce nouveau mondes
comme il fait dans l'autre, avec touto
les passions, dont il est le pere.Jupite
dit qu'ila pourvû à tout, & que l'Amour
à juré par le Styx de n'y jamais entrer
moins qu'Astrée n'y consente elle-méme
Astrée dit à Jupiter qu'elle a trop d'in
terest à ni consentir jamais. Par là toute
les difficultez semblent s'évanoüir. Ju
piter ordonne à Mercure de ne plus re
pliquer, & de se préparer à partir pour
le nouveau monde, dont il doit instruir
le
les habitans ;illui donne la raison pour
> compagne, moins pour le seconder.,ditdl
) que pour veiller sur lui, d'autant
qu'il a * donné de l'ombrageà Jupiter par
Lies obstacles qu'il a fait naître contre ce
nouveau projet. ACTE I. LeTheatre
represente le nouveau
monde; c'etf une Isle entourée de rochers
, où Jupiter a créé de nouveaux
hommes de tout sexe & de tout âge
j, quoique formés en même temps. Mercure
& la Raison ouvrent la scene. Ce messager
des Dieux à qui l'Auteur a donné le
rôle comique & brillant de sa piece, se
mocque des précautions de Jupiter, il dit
à la Raison que l'Amour a bien dû rire
à son tour,lui qui occupoitdéja les dedans
d'une place dont on fortifioit lesdehors
avec tant de foin : la raison qu'il
: en donne, c'est que la nature a jetté le
• germe des passions dans tous les coeurs.
Ce que Mercure dit à la Raison la fait
trembler; elle veut veiller plus que jamais
sur ses nouveaux élevés ; & voyant
r venir Tersandre & Carite, elle seretire
avec Mercure
, & fait connoître par un
à parte,qu'elle veut les observer. Terfandre
& Carite font connoître dans leur
entretien qu'ils s'aiment, non de simple
'• amitié-
amitié, mais d'une tendresse qu'ilsn'ont
point pour les autres habitans, & tout
cela sans sçavoir
,
ni pourquoi, ni com:[
ment. Euphrosine) une de leurs amies..
vient avec empressement demander;
Tersandre son sentiment sur quelqu
chose qu'elle a trouvé dans un buisson
Terfandre lui répond que Mercure lui;
dit que cela s'appelle un nid. LaRaison
qui les observe vient prévenir le commerv
taire, & leur dit que puisqu'ilsfont il
curieux quand ils font ensemble, elle v;
les separer. Tersandre & Carire témoi
gnent un tendre regret de cette feparar
tion , au lieu qu'Euphrosine en marque
une joye maligne ; d'autant, dit-elle
que Carite perdra plus qu'elle dans la
piivation de Terfandre
,
dont elle efi
plus aimée. Ellefait entrevoir par là une
jalousienaissance qui confirme encore
plus la Raison dans ses allarmes
,
& dans
la résolution de les separer ; elleordonno
à Carite & à Euphroline de la suivre.
Terfandre s'abandonne à sa douleur, il
se plaint à Mercure de la rigueur de lac
Raison; Mercure lui demande ce qui
peut avoir donné lieu à cette severité n
Terfandre lui répond que c'estmoins
sqéue rien, & lui montre le nid qui a causon
malheur. Mercure le raille sur sa
•
uriolité, & l'exhorte à se tenir à l'avenhll
A
iir dans une tranquille ignorance :,,tout
cela ne sert qu'à irriter encore plus le
tleGr de sçavoir dans le coeurde Tersan-
Hre ; il demande à Mercure quel mystere
peut être renfermé dans ce nid qui a cau-
[é,[a disgrace. Mercure paroit fort emcarrassé
,craignant d'en trop dire. Il lui
prêche la docilité; Terfandre lui dit au
contraire, que puisqu'ill'instruitsi mal,
dl va prendre à l'avenir le contre-pied
de toutes ses leçons. Alcidamas survient
avec une massuë à la main; c'est un caractere
plus docile par bêtise
,
mais ferozcc
jusqu'à l'excès par orgüeil. Il s'emporte
contre Mercure qui lui reproche sa
rouche humeur, & il sort en le menaçant
tout Dieu qu'il est. Mercure congédié
Terfandre, & lui ordonne d'aller
tout preparer pour l'arrivée d'Astrée qui
va descendre des Cieux pour regner
sur
IIes habitans du nouveau monde. Tersandre
obéït avec d'autant plus de joye que la Fête devant être generale, il se flate d'y voir sa chere Carite: ce qui fait
dire ces deux vers à Mercure.
- Par sa prévoyance maudite,
La Raison a tout dérangé.
Il ya encore dans ce premier acte une
1 scene entre Mercure & une jeune fille
> qui laisse entrevoir du panchant pour la
I coqueteric
coqueterie formé par la feu le nature.Elle
veut plaire à tout le monde par le seul
motifdepasser pour belle. Astrée defeeni
,des Cieux, & faitle premier intermede
qui roule sur le retour des beaux jours do
l'âge d'or. Après la Fête, Carite,toute em pleurs, vient demander grace à Astrée
pour un enfant qui vient de faire nauffrage
sur ces bords. Astrée se détermine
l'aller secourir
, par la raison que n'étant
qu'un enfant il ne peut pas encoreêtre
infecté des moeurs de l'autre monde.
ACTE II.
La Raison se plaint à Mercure de l'injuste
préférence qu'un enfant emporte socs
eux dans le coeur de leurs ingratsDisciples.
Mercure lui reproche la crainte 8c
sa severité hors de saison. LaRaison n'etr
devient pas plus tranquille, & quittes
Mercure en protestant qu'elle va s'assurent
de cet enfant,
qui
sans doute leur apporte
les moeurs pernicieuses qu'il a puisées
dans l'autre monde. Astrée vient remercier
Mercure d'avoir inspiré de lis
beaux sentimens dans les coeurs de ses
nouveaux fii jets, & sur tout elle s'applau—
dit de l'ardeur avec laquelle ils exercent:
les droits de l'hospitalité envers cet en--
fant qu'elle vient de sauver. Mercure lui
dit qu'il s'en faut bien que la Raison enJ
foie:
it aussi satisfaite qu'elle. Ill'instruit de
ut ce qu'il a découvert dans les coeurs
ses éleves. Il insistetoujours sur le
stême de l'Auteur
j
c'est-à-dire ,sur le
erme des passions que la nature jette
uns tout ce qui respire. La Raison relent
avec l'enfant ,qui ne la fuit qu'à
ontre coeur, & l'accable d'injures; Merure
flate ce petit empané, & l'ayant
,douci, il prie Astrée & la Raison de le
tifler seul à seul avec lui. Cette scene enje
Mercure & l'Amouret d'une grande
nnesse; l'enfant ne lui parle que par
quivoques> & lui donne enfin détran-
;ss soupçons. Comme Mercure le presse
op »
il s'échappe d'entre ses mains,
cour aller joindre Tersandre & Carite
qu'il apperçoit.Mercure sent redoubler
sessoupçons ; mais pour ne se point commettre
mal-à-propos, il va chercher Alidamas
pour dissiper la foule que cet en
ranttraîne après lui.
:
Mercures'etant retiré,l'enfant revient
ivec Terfandre & Carite, à qui il veut
servir de précepteur. Il leur donne une
remiere leçon, qui, à ce qu'il leur dit , coit être suivie d'une seconde plus utile ,
:: plus agréable.
Euphrosine arrive, elle veut posseder
se petit enfant à son tour; Carite le lui
;;ifpute*, Alcidamassurvient, menaçant
f; d'exterminer
H'
d'exterminer cet enfant, qui semble vo
loir régner sur eux; l'enfant le desarr;
par la douceur de la voix, & le force
mettre sa massuë à ses pieds. Astrér
Mercure & la Raison voyant la seroci
d'Alcidamas
,
désarmépar un enfant,
doutent plus que ce ne soitl'Amour. ,0
Dieu triomphant Ce fait enfincennoîtr
Alliée lui reproche son parjure; mir
l'Amour lui répond qu'il n'est entré dac
ce nouveau monde que de son aycu,
qui étoit la principale condition du [Ó
ment. La Raison desesperant de résist
à l'Amour, & aux passions qui vont hier
tôt suivre ses pas, remonte dans le Cies
Mercure l'y fuit, après avoir dit à A
trée
,
qu'il vient des'aviser d'un stratî
gême, dont il espere un heureux succè
Astrée quittela place à l'Amour qui ajjj
pelle les jeux & les plaisirs : ce qui san
le sujet de l'intermede de ce secondAct
ACTE 11f.<
L'Amour & Terfandre commencent
dernier Acte. Terfandre se plaint de h
rigueur de Carite qui le fuit ; l'Amour lil
ditqu'elle le craint, mais qu'elle ne l'o
aime que davantage; Carite vient, dU
se plaint à Terfandre des allarmesqu"
lui cause. L'A mour la rassure, & lui dl
qu'il veut qu'elle regne avec ion aman
su -
Jfcrce peuple nouveau. Il fort avec eux
pour declarer son choix à tous les habisans
de i'Isle.
Euphrosinequi a entendu les dernieres
paroles de l'Amour, est jalouse du
bonheur de Carite, elle veut le troubler
& armer contre ces heureux amants
l'ambitieux Alcidamas, dontelle est aimée.
Astrée qui survient la veut arrêter;
mais elle lui dit que l'Amour a rompu
toute l'intelligence qui regnoit entre ses
sujets. Mercure redescend des deux;il
annonce à Astrée que son stratagême a
réüssi
, que le destin seconde leurs communs
projets, & que pour faire sentir à
l'Amour lesmaux qu'il fait sentir aux autres
, on va lui donner, non-seulement une
maitresse, mais une femme. Cette femme
est la Raison rajeunie par Hebé-, & embellie
par Venus elle-même
, qui consent
à ce mariage. Astréebrûle d'impatience
de voir cegrand événement;elle apprend
à Mercure que l'Amour a déja tout bouleversé
dans ce nouveau monde -, Mercure
sort pouraller reprimer les séditieux par
la puissance de son caducée. L'Amour
vient& rait une scene assez plaisante, sur
le tonirronique avec Astrée. CetteDéeiTe
voyant descendre la Raison dans une nuë,
le visage voilé, dit à l'Amour qu'il va trouvera quiparler. L'Amour s'en rnoc-
H que
que, la Raison se radoucit
*
auprès de
l'Amour qui l'accable d'injurés;elle leve
enfin ton voile.L'Amour la trouve
charmante ,& lui offre sa main,la Raison
lui dit qu'elle veut un bon contrat
pardevant le destin. L'Amour est effrayé
du contrat, & pour s'en faire aimer malgré
qu'elle en ait, il choisit un trait vainqueur,
que la Raison pare si à propos
avec sonégide, que par contre-coup
l'Amour se blesse lui-même. Mercure qui
arrive est fortsurpris de trouver l'Amour
demandant grâce à la Raison. Instruit
par la Raison de ce qui s'est passé entre
eux, & attendri des. regrets douloureux
de l'Amour, il propose de les marier ensemble
,
& leur dit qu'il est muni d'un
plein pouvoir pour cet Hymen. La Raison
n'y veut consentir, qu'à condition
squure l'Amour lui cedera tous ses droits
les coeurs des mortels. Mercure trouve
la Raison desraisonnable, & le rend
médiateur du traité., qui est enfin conclu
à la satisfaction des deux parties; la Raison
consent que les passions regnent
dans les coeurs de<- hommes, mais elle se
reserve d'en regler l'usage ; l'Amour consent
à tout,&l'embrasse. Mercureannonce
à Astrée cet heureux accord qui doit
faire le bonheur de ses peuples; cet acre
finit par le double mariage de Tersandre
avec
avec Carite, & d' Alcidamas avec Euphrosine.
Les peuples viennent celebrer
une Fête à la gloire de l'Amour & de la
Raison,réunis pour la félicité du monde.
Voilà tout ce qu'on a pû retenir en trois
representation, eefi: aux lecteurs à suppléer
aux circon.flatices,doiit"Ics scenes de
, cette piece sont susceptibles;on nous en a
promis une dissertation cririque,dontnous
serons part au public il-rôt que nous l'aurons
reçûë. Pour donner une idée dela.
verification, dont on fait beaucoup de
cas, on a crû qu'il suffiroit de mettreici
4ine tirade qu'on a r-ctem-ë du prologue:
Cest Astrée qui dit à Mercure, en parlant
d'Apollon.
Tu parlesen rival de sa gloire jaloux,
11 excelle en l'art de bien dire.
Mercure lui répond.
Moy jaloux d'Apollon
,
quel rival, ilm'inspire,
-r Plus de pitié que de courroux.
Mon éloquenceest mâle, &lasienne est f.
-mclleJ
-, j'ai seul ïnventé ce grand art ,
- Oùvous prétendez qu'il excelle.
Ilnégligé du vrai la beauténaturelle,
Et vousmet sur le faux une couche de fard.
Qui ne plaît qu'au premier regard,
Hij Où
Où l'esprit par tout étincelle,
Et laraison n'a point de part..
A l'éblouissantétalage,
Le sot [e laisse prendre & le flateur sourir,
0 Moy
,
dont le desaveu sur mon front est écrit,
Je ne puis me résoudreà prêter mon suffrage
Aux fades beautez d'un ouvrage,
Où je ne voi que de l'esprit.
Au reste on ne sçauroit exprimer le
plaisir que l'Amour fait dans cette Comedie.
Il est representé par un enfant de
neuf ans, fils du sieurDangeville
,
Danseur
de l'Opéra, & d'une soeur de la
Dic de Marre. Onne peut jouer, ni avec
plus de grace , ni avec plus d'inrelligence
que cet enfant en fait briller dans un âge
si rendre.
C'est le sîeurQuinault l'aîné, qui rem- ,
plie au gré de tout le monde le rôle de
Mercure, qui l'a dressé, & cet écolier
ne lui fait pisi-noins d'honneur, que les
intermedes de la piece
,
dont la musique
est très-applaudie
3
positquiisoont densa com.- LesieurDangeville en a fait le Ballet:
qui n'est pas moins estimé. j
Voici les couplets du Vaudeville du J
dernier intermede, onen trouvera l'air;
noté page 111. Mercure
Mercure.
tntre l'amour & la Raison
,
L'un dit que si
,
l'autre que non 1
Je viens de finir la querelle ,
La paix va régner à son tour,
La Raison éclaire l'Amour
,
Et l'Amour s'enflâme pour elle.
La Raison.
Toujours que si,jamais que non ,
J'ai mis l'Amour à la Raison
,
Nous allons brûler l'un pour l'autre.
Que tout sente ici notre ardeur,
Dès que j'aurai fait son bonheur
Je travaillerai pour le vôtre.
L'Amour.
Je ne crains plut que la Raison
Puisse jamais dire que non.
Pour mieux affeurer mon empire
Je me suis rangé sous le fien
,
Et je vais m'y prendre si bien
Qu'elle ne pourra s'en dédire.
Terfandre-
Il faut aimer à l'unisson,
Toujours que si
;
jamais que non;
Ilii--j Trop
Trop heureux qui fuit ma méthode,
Et quine s'en laÍfc: jamais.
Dès ce moment je lui promets
-
Qu'il serabien tôt à la mode.
LajeuneCoquette.
L'Amour,disoit un vieux Gascon,
Je ne dirai jamais que non.
On lui fit tenter l'avanture,
Il prétendait dire que si
,
Mais il se trouva si transi-
Qu'il ne sotint pas la gageure.
,
Petite fille âgée de cinq ans qui dànJè
-
P<"~ ~<? , e'/ <% ~M~
aussi dans le Ballet, feeur du fleur Dangeville3nmsavons
déja parlédeces en^
-
sa0ns que le pkblic ne cejfs ttapplaudir*. , je dans l'âge de raison r-
Je dis que si, mamman que non,
- Faites-moi sortirde l'enfance,
Dieu d'Amour,comblez mes desirS'*
Etpouravancer mes plaisirs,
Expediez-moi. ma dispense.
Mèrcure.
-
- L'air du bureau nous est-il bon £
L'un dit que si, l'autre que non,
C'est un autre genre de guerre r ., - 1
1
- -
-
D
-
1
-',&ucu
>
Aucun neprétend avoir tord,
Qui pourra nous mettre d'accord ?
C'cftle jugement du Parterre.
Le 24. de ce mois on a representé sur
le même Theatre la Tragedie d'Andronie
de M. de Capiftron, qui n'avoit paru
depuis quelques temps, & pour petite
piece ,
l'Ouvrage d'tin moment, qu'on
joüe pour la 22.fois. Le sieur Quinaut
du Fresne, après avoir fait pleurer les
spectateurs dans le principal rôle de la
premiere piece
,
leur rendit toute leur
gayeté dans le rôleenjoüé du Galand
Coureur, de la seconde.
Le17 de ce mois l'AcademieRoyale
de Musique a representé à la suite des
Fêtes de Thalie un acte nouveau ,
intitulé
la Provençale de la composition des
mêmes Auteurs, quia été bien reçû du
public. La musique en est viveSefaUhnte
, &: se ressent tout-à-fait de la chaleur
du climat où l'on a placé la scene.
A l'égard du Poëme en voici le sujet.
Crisante, vieux tureur de Florine , jeune Provençale, d'une beauté singuliere,
en est éperdument jaloux, & veut
l'épouser.
Non content de la tenir renfermée dans
une Bastide, située sur le bord de la mer,
il s'avise d'un stratagêmeinusité jusqu'ici
Hiiijparmi
parmi les jaloux; comme les préjugez
sont, pour ainsi dire, une seconde nature Crisante se persuade qu'en faisantaccroi-,
re à Florine dès son enfance, qu'elle est
laide, elle se tiendra trop heureuse un
jour de l'époufer. Il s'exprime ainsi.
Florine par nos foins élevée en ces lieux,
Plus belle que l'astre des Cieux,
Croit qu'à Ces traits naissans le fort a fait
injure,
J'ai sçû par une adroite & nouvelle imposture,
Lui faisant d'elle-même un portrait odieux,
Donner le change à la nature,
Ne perdons pas le fruit d'un art industrieux.
Mais la nature ne prend pas le change
chez les femmes sur le fait de l'amour
propre, & c'est peut-être le seul cas où
il soit impossible de bien imprimer un
préjugé. ;
Florine qui a la liberté de venir se
promener quelquefois dans un jardin qui
donne sur la mer, se mire trèssouvent
sur le rivage; & quoiqu'elle se croye
quelques défauts, parce qu'elle ne peut
juger d'elle-même que sur ce qu'on lui
dit, & par comparailon avec Nerine, sa
furveillanre
, qu'on lui dit être belle, tandis
qu'elle est réellement laide,ellea
pourtant pour elle, en se mirant, une secrette
crette complaisance que toutes les femmes
ne manqueroient pas d'avoir en pareil
cas. Elle demande à Crifante.
Dans mes traits, qu'ai-je donc qui vous bldTe!
Crifante Litirépond.
Ils font trop délicats
,
ils ont trop de finesse
;
Et vos yeux pleins de trop de feu j
Sont trop ouverts, & la bouche trop peu.
Connoissezcependant jusqu'où va ma foiblesse,
Malgré tant de défauts je vais vous époufer.
Enfin Cri sante sort dans le dessein de
lui interdire la vûë de la mer, parce qu'il
s'est apperçû qu'un jeune homme venoic
se promener dans une barque autour des
murs de la Bastide
3
il en est si jaloux
qu'il s'exprime ainsi.
Je médite un projet qui déja me soulage,
Je veux faire fermer le passage des mers.
Nerine répond assezplaisamment.
, Il faut pour achever l'ouvrage,
Faire fermer aussi le passage des airs.
Florine a remarqué le jeune homme qui
vient dans la barque, elle a déjà du goût
pour lui; enfin on voit arriver cette barque
au son des tambourains. Leardreprofitant
de l'absence de Crisante descend;
H v sur
sur le rivage, empêche Nerine de sortir,
6: s'adressant à Florine,lui fait un portrait
d'elle-même, bien different de celui que
lui fait ion jaloux.
Des plusrares beautez vous êtes le modele,
Et les Dieux n'ontrien fait de si parfait que
vous.
Tout cede au pouvoir de vos yeux,
Vous avez plus d'éclat que la naissanteAurore.
Vous êtes l'Image des Dieux,
C'est peu de vous aimer, il faut qu'on von.,
adore.
Florine charmée d'un discours si nouveau
pour elle, lui dit:
Quellangage flateur recommencez encore.
Leandre aprèslaFête propose à Florine
de l'épouser, elle y consent,ill'emmene
dans sa barque,Crisante revient, il voit
qu'on lui enleve Florine, il entre dans un
desespoir affreux, Florine lui répond
D'où vient cette fureur nouvelle,
Voysperdez peu, vous le sçavez.
Je suis laide, Nerine est belle,
Epousez-la.. si vous pouvez. FIN.
Il est bon d'ajoûter avant definircet
article qu'ily a deux termes qui se trou- -
ventdanscetacte,donton a fait un crime
à l' Auteur, sur ce qu'ils sont trop dans le
vrai. Le Comique, dit-on,du TheatreLyrique,
veut un tour periphrasé.Quelpréj ulg'éAu!
tCeeulra merite une réponseenforme, Se
qui ne convient pas de ces principes,
s'engage à donner une dissertation,
dont nous
ferons part à nos lecteurs, sur
ce qu'on appelle le Comique de l'Oper-a.,
Il fera voir d'abord ce que c'est que le
Comique en general
,
quelle est sa nature,
qu'il se trouve quelquefois dans un mot,
& même dans une sillabe, qui ne peutêtre
periphrafée sans perdre ce qu'on apdpaelnlse
Vis Comica. Après cela il descendra
le premier Comique de l'Opera
tel qu'il se j,, trouve dans Pomone,& dans
les plaisirs, & les peines de l'Amour; il
parlera ensuite du Comique qui se trouve
dans les premiers Opera de M. Quinaut,
du Comique periphrasé de ceux qui l'ont
suivi
,
& enfin du Comique simple &
sans basesse qui a suivi les autres. Mais
pour répondre d'avance à ceux qui veulent
tant de tours dans l'expression du
vrai, l'Auteur dès- à- present leur dit
qu'ils voudront tout ce qu'ils voudront
mais que,
1 Verjibus exponitracicis Res comica nonl
l , vult., Ó
Uvj; Le
Le 16. Septembre les Comediens Italiens
ont donné une piece nouvelle sur
leur Theatre du Fauxbourg S. Laurent,
intitulée les Nôces de Gamache, & le
Vieux Monde,ou Arlequin Somnanbule.
Ces deux pieces sont précedées d'un
prologue, & ornées de chants & de danses,
avec un Vaudeville à la fin de chaque
piece. j
Les Marionnettes de la Foire S. Laurentn'ont
pas fait fortune comme à la
Foire S. Germain derniere. Elles ont
joüé l'Ouvrage d'une Minute, ou laCourse
Galante,Tiresias aux Qu.in'^e-F'ingt,
&c. mais sans succès.
;
Les Danseurs de Corde, ni l'Opera
Comique de Francisque, n'ont pas brillé
non plus, dans les representations qu'ils
ont données de la vengeance de rirejiaJ,
ou le Mariage de Momus. Le tout representé
en Marionnettes Italiennes
,
presque
grandes comme nature ,
malgré cette
exclamation latine mise dans l'affiche.
R!!tt fit rébus fortuna videtis.
JOURJOURNAL
DE PARIS.
MR le Vicomte de Bardonanche&
M. de Chaponay
, ont été re'
Presidens à Mortier au Parlement ds
Dauphiné; le premieraété Conseiller
dansce Parlement, pendant tout letemps
qu'exigent les Ordonnancesen pareil cas;
le fecond
,
sans avoir été Conseiller, a
été reçûàl'âge de 24. ans dix mois. Les
Lettres de dispense cpe le Roy lui a accordées
, & quiont été enterinées avec
une satisfaction gererale, font fondées
sur plus d'unecause juste & solide. Le
pere de M. de Chaponay est mort, revêtude
la Charge de President à Mortier,
que remplit- aujourd'hui son fils; fan
ayeul
3
Doyen des Conseillers, a eu dans
cette auguste Compagnie une reputation
qui n'y mourra jamais; & un des
ancêtres de ce jeune President a été un
des Seigneurs du Dauphiné,qui a le plus
contribué à la donation de cette Province,
faite au premier fils de France par
Humbert, dernier Prince souverain de cet
Etat, en l'année1343.
M. le Cardinal du Bois a signalé sa
generosité
t
lorsqu'il a prêté ferment entre
tre les mains du Roy, en qualitéde principal
Ministre ; au lieu de deux mile écus,
qui se donnent ordinairement aux Valets
_dc Chambre de Sa Majesté, M. le Cardinalleur
a fait distribuer millepistoles.
M. le Chevalier d'O rleans, Grand
Prieur de France, est nommépar le Roy,
pour conduire surla frontiere d'Espagne,
Mademoiselle deBeaujolois, qui feraaufsi
accompagnée par Madame la Duchesse
de Villars Brancas.
On a fait dans la Plaine des Sablons,
plusieurs revûës du Regiment des Gardes
Françoises, qui y ont campé avec armes
& bagage. On vouloitvoir si tienneleu
manquoit pour le voyage de Rheims. ; Le premier de Septembre, jour de
l'anniversaire du Roy Loiiis XIV. le Roy ]
entend it dans sa Chapelle à Versailles,
une Messe de Requiem, & le De prosundis
chanté par sa Musique.
Le 25. du mois dernier les Archevê-,
ques de Toulouse & de Rheims,prête- 1
rent ferment de fidélité entre lesmains du j
Roy,en presence de Monsieur le Duc
d'Orléans. j
Depuis la mort deM. Dacier de
l'A--
cademie Françoise, arriveà Paris le 18.
sa Charge de GardedesMédailles-, ÔC
Bibliothécaire du Cabinet du Roy, qui j
tlol111e les entrées chez SaMajesté,aété
• donnée
donnée à M. l'Abbé Bignon., qui par ce
moyen réüniten sa pèrsonne toute l'autorité
qui concerneles Médailles & Bibliothèque
du Roy.
i- On a celebré le 1. de Septembre dans-
'Eglise de l'Abbaye Royale de S.Denis.
un Service pour le repos de l'ame du Roy
Loüis XIV. de glorieuse memoire. Mi,
'Archev êque de Rheims y officia,M. le
Comte de Toulouse,accompagné de plu..-
sieursPrélats & Seigneurs.. yaffifta.
; M. de Chavigny,Envoyé Extraorlinairedu
Roy
, qui avoit passéde Gen--
l-nés à Madrid,pour des négociations importantes
,':
qu'il a rerminées au gré du- - Ministere., estarrivé à Paris.,
Le 28. Août l'Eglise. Métropolitaine
i«le Paris échapa aux flâmes, par les loins1-
vigilans deM. le CardinaldeNoailles.-
['Les Plombiers travaillans le matin aux
réparations de- la couverture de ce vaste,
édifice, laisserent tomber quelques charbons
dans la charpente,qui, comme on
sçaitest uneforêtaisément combustible, le feu ne tarda pas à s'y mettre; heureur
sement-il fut appercu par M.l'Abbé de
Thésu, qui étoitenvisitechez M.leCardinal
de Noailles; cet Abbé enavertit
; aussi-tôt. son Eminence
,
qui donna des-
>
ordressi prompts &: si prudens
J que l'in
cenddiwe fut étouffé dans sa naissance. M< le
le Cardinal de Noailles voulut être témoin
lui-même de l'execution desordre:
qu'il avoit donnez,& monta sur une del-
Tours de Nôtre-Dame, d'où il vit couler
sur le feu les eaux des reservoirs qui
font entre les Tours, & celles des seaux
de l'Hôtel-Dieu, qui furent employez s
propos dans cette occasîon perilleuse. Lo,
lendemain son Eminence fit chanter le
Te Deum dans l'Eglise garentie des flâmes
, & y officia, pour remercier Dieu
de sa protection, & dufalut de ce Teai-.-
ple magnifiquedont la perte auroit
coûté des sommes & des travaux inx nks.. Le 8. Septembre, Fête de la Native
té de la Sainte Vierge, le Roy entendit
dans sa Chappellede Versailles, la
Messe chantée par sa Musique.il
Le Roya accordé les grandesentrées
à M. le Prince de Talmont, &à M. les
Duc de Melun.Pm
Quatre Maîtres des Requêtes ont été
nommez pour se trouver à Rheims lors
du Sacre du Roy, pour faire l'examem
de tous les prisonniers qui feront mis em
liberté, à
l'occasion
de cette augustece-:
remonie. *
Le Vendredi II. Septembre M. les
Comte de Clermont, étant defcendvir.
dans une gondole sur le grand canal des
Verr
Versailles
,
est tombé dans l'eau, au moment
qu'il s'empressoit d'aller trouver la
Roy
,
qui se promenoit dans 'Une autre
gondole.Aussi-tôt Gripe-Soleil, qui regardoit
la promenade de Sa Majesté fus
le bord du Canal, s'est jette à l'eau sans
balancer, & a ramené M. le Comte des
Clermont dans sa gondole. Madame la
Duchesse a recompensé genereusement
Gripe-Soleil , qui a prouvé aux yeux du
Roy & de route sa Cour, qu'il est auth
hardi nageur que bon coureur.
Le Lundi 14. le Roy alla à S. Cyr visiter
l'interieur de la maison ; en fermant
la portiere du carosse de Sa Majesté, M,
l'Evêque de Frejus,son Précepteur, se
trouva le poucedroit pris dans la jointure
de la portière; l'excès de la douleur
lui fit jetter un cri, qui allarma le Roy ;
mais M. l'Evêque de Frejus, ne voulant
pas rroubler les plaisirs & la promenade
de Sa Majesté
, se rendit maître d'une si
vive douleur, mais il ne pût en triompher
long-temps, elle l'accabla au tournant
de la grille, & le fit tomber tout
d'un coup en foiblesse. Le Roy marqua
une inquiétudeextrême pour la santé de
ce Prélat, & aida lui-même au Chirurgien
,
qui pansa son pouce, & qui le
guerit presque miraculeusement. Cet ha..
I bile Chirurgien est le sieur Flaudriau; Çhiz
ChirurgiendeSaMajesté, qui, remplissant
safonction avec exactitude, setrouva
à la suite du Roy, dans l'instant que M.
l'Evê Ille de Frejus eutbesoin du secours;
de son art satutaire. ;
-
Il guerit ce Prelat avec une liqueur de
sa composition
,
qui dispense de s'emba.
rasser du dégoût des emplâtres; ce remede
a été approuvé mille fois par le sieur
Flaudriau, & dans les Hôpitaux des ArmVées
diu Rloyl,e& d.ans celui de Thion-4
M. Tiepolo & M. Foscarini, tous deux
Ambailadeurs Extraordinaires dela Re":
publique de Venise à la Cour de France,
ont fait leur Entrée publique à Paris le
Dimanche aprèsmidi 20. de ce mois
après avoir été complimenté au Fauxbourg
S. Antoine, à l'ordinaire, de la
part de Monsieur le Duc d'Orléans, Regent
du Royaume, des autres Princes,&
& de M. le Cardinal du Bois, principal
Ministre des affaires du Roy. La marche
de leur Entréesefit dans l'ordre
fuivanr. Un détachement du Guet à.cheval
avec leur habit d'ordonnance. Les
deux Suisses des Ambassadeurs à cheval,
fujvis d'une livrée nombreuse & magnifique.
Les justaucorps des Valets de pied
& desSuisses sont de drapd'écarlate,
couverts sur toutes les coutures d'un vevelouté
à fond blanc, ouvragé de' coufeur
de cerise& de bleu, accompagné de
deuxlarges galons d'or. Leurs vestessont
Se drap bleu galonné d'or leursplumets
mêlez; de blanc, de rouge & der leurs bas de ibye bleuë, avec des souliers,
àtalon de maroquin rouge. Les Pages , quimarchoient ensuite, précédez par
leur Gouverneur, étoientvétus d'habits
pe velours pourpre,tout chamarrez de
pgaalsosnasddeu'orsr,t.oLuess GentilshommesdesAmà
cheval,& en habité
uniformes de drap gris de souris galonné
'argent. Le Carosse de M. le Chevalierfie"
Sainctot, introducteur y le Carosse e M. le Maréchal de Matignon, chargé
par le Roy de la conduitedeleurs Excellences.
Le Carosse du Roy où étoient
M. les Ambassadeurs, accompagnez par
pl. le MaréchaldeMatignon & M. le'
Chevalier de Sainctot. Le premier Carosse
de l'Ambassadesuperbe par les peintures !
a dorure Se la doublure, traîné par des
chevaux d'un grand prix, harnachez
magnifiquement & galamment.CeCarosse
uiduCorpsenprécedoit cinqautres,qui ne
cedoicnt de gueres pour la dépense &
pour le goût. eesGx beauxCarosses étoient
uivis par celui de Madame & celui de'
Monsieur le Duc d'Orléans, Regent du
Royaume
»
& ceux des autres Princes e
1 Princésses;
celui de M. le Cardinaldu
principal Ministre des affaires du Roy
marchoit après, & précedoit un déca
chement du Guet à cheval; qui
sermo
la marche.
M. le Cardinal du Bois a encore et
complimenté par la Sorbonne, par 1
Chapitre de S. Germain de l'Auxerrois
de S. Honoré, & de la plûpart des autre
Ordres; par le Corps des Payeurs des*
Rentes,des Commissaires au Ghatelctv
des Notaires de Paris, &c.
On apprend de Rome que M. MafTejf
a été declaré Nonce ordinaire à la Coussi
de France, où il a déjà été en qualité d$
Nonce Extraordinaire.
Le Cardinal de Polignac, qui s'étoîfri
retiré dans son Abbaye d'Anchin , pona
s'y disposer à la Prêtrise, y a celebré sa
premiere Messe, après avoir été ordonné
par l'Evêque d'Arras.
Charges & Emplois don.
LE Roy a donne à M.Morcy de Yiâri-I
ge la Charge de Mestre de Campdo
la Garnison de Mers.
AM. du Borc, Major du Regimend
deBlaisois, la Majoritéde la Citadelles
de Bayonne , vacance par la mort de M..
J&errie^ --
A M. de Villeneuve, Capitaineau Regiment
Royal Marine la Majorité dij.
Port-Loüis.
>
A M. de Chasse, Brigadier des Armées
de Sa Majesté, Lieutenant-Colonel
du Regiment de la Couronne
-,
la
Lieutenance de Roy de Condé, vacante
par la mort de M. Dessarenes,
Le Marquis d'Antragues a été fait Enseigne
des Gendarmes Dauphins, à la
place de M. de Brion.
M.deTilliers a eu le Guidon des Gendarmes
Ecossois, à la place de M. dJAn
tragues.
M. deLunaty a eu le Guidon des
Gendarmes d'Orléans
s
à la place de M.
de Tilliers.
Depuisces dispositions,M.deTilliers
a obtenu du Roy le poste de premier Cornettedes
Chevaux- Legers de la Reine,
à la place de M. de Chamboy.
F Et M. de Mezieres a eu le Guidon des
Gendarmes Ecossois à la place de M. de
Tilliers.
* M. le Prince de Montauban a obtenu
le Gouvernement de Nîmes en Languedoc,
par la démission volontaire de M. le
Comte d'Artagnan.
EDITS,
EDITS, DECLARATIONS,
Arrests,&c,. -
RRET du Conseil d'Etatdu29. Juillets
1722. Qui ordonne qu'il fera fait une im--
pOÍÍtion, à titre de supplement de la Capitation
extraordinaire, sur ceux qui ont fait des fortunes
considerahles, à l'occasion du commerce
•du papier, depuis le r. Juillet 1719. laquelle
imposition fera payable en Rentes sur la Ville,
Rentes Provinciales
,
& Certificats de Liquis
dation.
EDIT du Roy dumois d'Aoust 1722 portant
création, & rétablissement des Officiers
municipaux & autres.
DECLARATION - du Roy du 9 Aoust,
portant revocation de la survivance
,
attribuée
par l'Edit du moi de Décembre 1709. & retablissement
du Droit annuel des Offices &
Charges.
ARRESTdu13 Septembre, qui ordonne l'execution
de l'Arrest du 13. Janvier, & en consequenceque
ceux qui ont fourni,& fourniront
au sîeur le Noir jusqu'au 1. du mois d'Octobre
prochainlesCertifatats de Liquidation signez
du sieur Brehimel, ou de ses pxoemeurs,contrôlez
& visez
, comme il est porté par ledit
Arrest
, pour acquérir ce qui reste à remplir
d,c quatremillions de Rentes viagères, auront
la joïtiffailce des arrérage d'icelies
,
à compter
du 1. Janvierdernier,, ARREST
ARREST dudit jour, quiordonne que les
Commissaires députez
, tant du Conseil de
S. M. que du Grand Conseil, pour les ddre.
rentes opérations du Visa & de la Liquidation,
en cesseront toutes les fonctions
,
à commencer
du jour de la publication du present Arrest , attendu queleur travail est entierement achevé.
ARREST du 14. Septembre, qui ordonne
que tous propriétaires, ou Porteurs des effets
visez, seront tenus delesremettie; sçavoir,
ceux domiciliez à Paris au Principal Commis
comprable
, ou à l'un de ses Procureurs, dans
le dernier jour du mois d'Octobre prochain
inclusivement, & ceux domiciliez dans les Provinces
entre les mains des Subdeleguez des
sieurs Intendans, dans ledernier jour du mois
de Novembre aussi prochain. Et de retirer de
leurs mains les CertificatsdeLiquidation desdits
effets;sinon & à faute de ce faire dans
lesdits délais, lesdits effets visez, & Certificats
de Liquidation demeureront nuls,éteints
& supprimez, 4 , ARREST du 15. Septembre, qui nomme le
sieur le Virloys , pour recevoir sur les quittances
les sommes ausquelleslesparticuliers
qui ont fait des profits considerables dans la
négociation des papiers Royaux, feront compris
dans le Rôle qui fera arrêté au Conseil. Et
nomme le sieur Duhalai pour contrôler les
quittances du sieur le Virloys.
e ARREST du 17. Septembre
,
qui nomme le
,fleur Turgy pour faire toutes les poursuites
necessaires pour le recouvrement du supplement
de capitationextraordinaire, ordonné être
fait
Jit sur les particuliers qui ont fait des profits
considerables dans la négociation des papiers
Royaux. •é ARREST dudit jour, concernant lesRentes,
viageres sur la Compagnie des indez.
ARREST du 21. Septembre, qui regle lat
maniere en laquelleil lera procede au Ieole-
Siem) & brûlement de tous les Registres
papiers qui ont servi pour les diverses opérations
du Visa. Et accorde aux particuliers fàk
faculté de retirer dans quinze jours pour Pa-,
ris, & dans un mois pour les Provinces
, tant
les déclarations par eux fournies, que les titres
& Actes qu'ils ont depuis rapportez pour
juitiner de l'origine de leurs effets.
41
ARREST dela Cour de Parlement du 7..
Septembre, portant condamnationaufciiet,,
à être fletris de deux fleurs-de-lys, & aux?
Galeres, ou bannissement a perpétuité & ài
temps, contre huit, tant receleurs que voleurs.
Complices de Cartouche. „
MARIAGES, MORTS, &c,o
MR Loüis-François Crozat, Marquis du
Châtel. Colonel du Regiment de Dragons
de la'nue10c. fils de M, Antoine Cro-
£at, Mar quis du Châtel & de Mouy
, Commandeur
& Grand Tresorier des ordres dui
Roy, & de Dame Margueritele Gendre.
rpôufé Marie Therese- aherine de Goussé,
fille: de feu ML Charles Antoine, Marquisde ;
Goufljé,£
Gouffié,enseigne des Gens-d'Armes de la Garde
du Roy,Maréchal de ses Camps&armées,
-Se de Dame Catherine Angeliqued'Albert de
Luines.
Le 24. de ce mois M. Charles de Rohan.,
Prince de Montauban, Colonel du Regiment de
Picardie, fils de M. Charles de Rohan, Prince de
Guimené
,
Duc de Montbazon
,
Pair de France,
& de défunte Dame Charlotte Elizabet de Cochefilet
de Vaugelas,de Vauvineux
, a épousé
Mlle Eleonorede Bethizy,de Mezieres, fille
de feu Mre Marie Eugene deBethisy
,
Marquis
de Mezieres, Lieutenant Generat desarmées
èu Roy , Gouverneur des Villes & Citadelles
d'Amiens & Corbie, & de DameEleonore Doglethorpe.
Pl
M. Charles Benoît, Conseiller d'honneur au
Parlement de Paris, est mort le 8. de ce mois,
âg-é de 78. ans.
M. Loiiis-Anne Marie Damas, Comte de
Ruffey, Lieutenant General des armées du
Roy, fous Gouverneur du Roy,Premier Sous-
Lieutenant de la premiere Compagnie des Mousquetaires,
& Gouverneur de Maubeuge, est
mort à Paris le 23. de ce mois, âgé de 58. ans.
M. Gaspard de Fieubet, ci-devant President
dela Chambre des Comptes,mourut le 16. âgé
d'environ ji. ans.
Dame Françoise Marchand
, veuve de M. Nicolas
Dongois, Protonotaire du Roy, & Greffier
en Chef du Parlement, mourut le même
jour, âgée de 80 ans. -
M. André Dacier
,
Garde des Livres du Cabbiinnee-
tt Jd,u,i RRooyy l'undes quarante'de l'Acadèmie ,-
l'un des quarante de l'Académie
Françoise,Seretaueperpetuel de la rhême
Académie, & pensionnaire de celle des belles,
Lettres, mourut le 18 dans la 71année de fun.
ige.
] NAISNAISSANCES,
MORTS,
& Mariages des Pays Etrangers.
LE Duc de Zagarola Rospigliosi est mort 4
Rome âgé de soixante quinze ans. Son extreme
charité lui avoir procuré le titre respectable
, & pourtant peu envie, de Pere des
Pauvres.
Le Comte de Rantzau qui étoit aux arrests
à Rensbourg accusé du meurtre de lçm frere,
y est mort subitement.
HedwigeElizabeth, Princesse Palatine de
Neubourg, épouse du Prince Jacques Louis
Sobieski est morte à Olay en Silesie ;e ioy
Aoust à neuf heures du matin ,
dans la citquantiéme
année deson âge, étantnée le 18 juillet
1673 elle étoit fille de Philippe Guillaume
du Ncubourg
,
lecteur Palatin, mort le 2.
Septembre 1590. & d'Elizabeth Amelie de
Hesse d'Armstadt
,
sa seconde femme, eile fut
mariée au Prince Jacques le if. Mars 1691. &
des six enfans issus de ce mariage, il ne reste
que trois Princesses, dont la plus jeune a époulé
lechevalier deS.Georges. Cette Princesse
étoit soeur de [a feuë Impératrice Eleonore,de
la Reine Doüairiere d'Espagne, de la feuë Reine
de Portugal
,
de rEIedeur Palatin, de l'Electeur
de rêves, & de la Duchesse de Parme.
Le 9 Aoust à cinq heures après midi, la
Reine de Prusse accoucha heureusement d'un
Prince. Le son des cloches, & trois salvesde
l'a tillerie des remparts annoncerent cette nouvelle
à toute la Ville de Berlin. Un courier fut
aussi-côi dépêché à Potsdan pour en faire part
au
au Roy, qui le soirlerendit au Palais. Le
lendemain les Ministres étrangers firent leurs
complimens à Sa Majesté, l'apiès midi le jeune
Prince fut baptisé
,
& norrmé Guillaume
Auguste, au nom de l'Evêque d'-olnbru(K. ,
- frere du Roy d'Angleterre,du Prince & de la
Princesse de Galles, & de la Prin tire Marie
Dorothée de Curlande
,
épouse d'Abert Frédéric
, Margrave de Brandebourg qui ont é-lé
choisis pour ses parains & maraines.
Don Melchior da Costa Correa Pebe'lo
,
Chevalier
de l'Ordre de Christ
,
Sergent Major de
bataille, & Gouverneur de Faro en Portugal
» <eft mort dans son Gouvernementle 27. Juin
dans un âge fort avancé. Il étoit originaire de laville de Lagos. & descendoi t en droite ligné
de Suetro-daCosta, PremierAlcayle de la
jnêtne Ville qui servit autrefois avec distincton
dansla guerre, dite de racclamaiion, & qui
fut trois fois de fuite Gouverneur du Royaume
des Algarves.
Georges Baziles Cornaro
,
Cardinal Piêtre
dutitre des douzeApôties, Ar hevêque Titulaire
de Rhodes, & Evêquede adouë,etf mort
le 10. Aoust dans sa Ville Episcopale âgé de
soixante cinq ans. Il étoit Cardinal depuis le
u,. juillet 1697. que le Pape Innocent XII.
l'éleva àcette dignité, & par sa mort il vacque
une troisiéme place dans le sacré Col cge.
Le Doge de Vecîife ,Jean Cornaro,son f ere
à quion annonça le lendemain cette triste Tcïle, nou- sentit dans le moment redoubler la fièvre,
& la maladie qui le tenoit au lit, 8C
mourut
f'
quelques heuresaprès au Palais Dlcal"
Xfrè de soixante quinze ans dix jours. Il et it
Procurateur de S Marc,lorsqu'ilfut élu Doge
le 11,May 1709. Ils étoient fils l'un &l'au-
* I ij tre
tre de Frederic (ornaro, & de Cornelie Contarini,
issus de deux des plus illustres familles
de la République de Venise
,
& du nombre de
cells qu'on nomme Castrecthie.
L'Ab é Howard-do-Nosflorz, Anglois de
Nation, & Chanoine de S. Pierre de Rome,y
est mort d'apoplexie le ii. Aoust dernier.
On apprend de Dresde que le5. de ce mois
la PrincesseElectorale de Saxe y étoit accouchée
d'un troisiéme Prince qui avoit été nom,
mé le même jour, au bruit d'une triple décharge
d'artillerie, FredericGregoire-George-
François Leopold.
D1GNJTEZ ET CHARGES
des Pays étrangers.
AL LEM AG NE.
LE Comte François-Guillaume de Praschina,
Baron deBiltau, Chambellan, &Capitaine
Provincial de la Principauté de Wolhau,a
obtenu de l'Empereur une place de Confeillcr
en son Conseil d'Etat, aussi que le Comte d$
Traucmendorf.
ANGLETERRE.
Le Comte d'Eger a été nommé Lieutenant
de Roy, & Garde des Rôles du Comté d'Herreford
à la placedu feu Comte de Cowper..
Le Docteur Thomas towers, Archidiacre
de Cantorbe y, & Chapelain ordinaire du Roy
a été nommé à FEvêhé de Chilcheftcr
, rar
cant par la mort du Docteur Manighant.
PORTUGAL.
i
PORTUGAL.
M. Longcray Garnier, Capitaine de Vaifseau
François, a été honoré de l'ordre de
Christ
, en reconnoissance des foins qu'il a pris
de M. le Comte d'Ericeira, Viceroy de Goa, en
l'amenant sur son bord de l'isle de Bourbon en
France.
ESPAGNE.
Don Louis DefalcadoyAresna, Archevêque
de S. Jacques a été nommé par Sa Majesté
Catholiqueàl'Archeyêché de Seville.
Don André de Herrera Esgueva, Evêque
d'Osma a été nommé l'Archevêché de Saint
Jacques.
Le Marquis de Risbourg a reçu ordre du P oy
de faire les fonctions de la Charge de Colonel
des Gardes Va'ones.
M. le Marquis de Ciylus
,
Lieutenant Genè.
ral des armées d'Espagne, Chevalier de la Toison
d'Or,a été fait Viceroy
,
& CapitaineGeneral
du Royaume de Galice.
Don Lucas Spinola, cy devant Gouverneur
de la Côte de Grenade, aété nommé Gouverneur
darragon.
ITALIE.
Le Pape a donné plusieurs Gouvernement
> celui de Frosinone à M. Flavio Ravizza, celui
cl'Osvito à M. Philippe Blondelmonte, celui
de Cita-di Castello à M. Louis Marié Torrcggiani.
, Le Prince de Civitella Rospigliosi
,
le Duc
d'Aquasparta Cesi
,
& le Prince de Forano
St-olzi, ont obtenu de sa Sainteté un Bref de
Princes du premiet rang. Iiij POLOGNE
POLOGNE.
MR. le Comte de Cartelli
,
Chambel'andu
Roy de Pologne a été nommé Capitaine
ceTrabans, ou Gardes du Corps de SaMajessé
& Lieutenant General des Armées, à la.-
place du Prince Sapieha
,
quis'est démis de'ces
deux harges,pour passer, à ce qu'onprétend,
au service duCzar.
VENISE.
MR Aluise Sebastien Mocenigo a été éliV
Doge Je la R epublique le IO. Août,
ave- un applaudissement& uncomentement
general. Après son élection, il fut conduit air
Palais Ducal, où ayant été placé sur le trône
il , jura l'observation des Loir. Lanouvelleen
fut publiée au son des tambours & des trompettes.
Le L j. il fut couronné avecles ceremonies
ordinaires ; ensuite il fut porté dans ta
chaiie au our de la Place de S. Marc,où il harangua
le peuple, & jetta plusieurs Médailles
*& piecesdemonnoye l'or & d'argent, fabriquées
exprès, & marquée, à son nom. Ce nouveau
Do-e a été Pro edi eur General de lar
Mer, General en Dalmatie, & en dernier lieu
Commissaire Plenipotentiaiie de la République
, pour le regiment des limites en Albanie.
Venise a marqué sa joye par un Te ~uenm
chantéen Masique desfeuxd'artifice,&des
illuminations pnidant trois ivars.
Seconde -
Seconde Loterie de la Compagnie ProJ.
vinciale d'Vtrecht.
LEs Direaeurs de cette Compagnie avertissent
le Public, que suivant leur relolution
du 6. juillet.1711. lis feront tirer a Utrecht
le t. Juin 171.3. ou même plutôt, une Loterie
très-avantageuse à tous ceux qui y mettront.
Cetre Loterie estcomposée de 50. mille aillets
à florins chacun dans la premiere Classe
, & dans chacune des Classes fui vantes jusqu'à
la huitiéme incluse, mais on fera credit
de ces 30 florins dans la secondé, quatrième &
sixiéme Classes.
Pour ces 50. mille Billets on tirera cent
mille Prix depuis 'o. florins jusqu'à 100. mille
,
faisantla somme dequinze millions de flo-9
rins
,
suivant la repartition ci-dessous.
La Collecte pour la premiere & la seconde
Classese fera par des Reepissez de la Compagnie,
qui feront ensuite échangez contre des Billets
de ces deux premieres Classes, aux conditions
fuiva:'teTe
Les Directeurs de la susdite Compagnie,
• pour la commodité de .-eux qui voudlO..r avoir
part à cette Loterie de 15. millions,ont résolu de faire & dedistribuer 50. milleRecepi*ssezde
quinze florins chacun, signez par un des Directeurs.
Ces15. florins parRecepissé feront payez
en trois termes; un tiers, sçavoir 5 florins,
avant le I. Octobre prochain; un tiers avant
le I. Décembre; & l'autre tiers avant le I. Fevrier1713.
Cependant il fera libre à un cha-
I iiij cun
cun de payer les 15. florins à la fois.
Les Propriétaires de ces Recepissezjouiront
d'un intérêt d'un qol par mois pour chaque florin
,
à compter du jour du payement,jusqu'aix
temps quela Loterie commencera à se tirer-
Dès que le jour pour tirer la premiere Classe
de cette Loterie aura été fixé par les Directeurs,
on le notifiera au Public par des Ayertiffemens
dsaoniesntles Gazeites ; afin que les Becepillitz
échangez,au plutard un mois avant que
la premiere Classe se tire, contre des Billets,
pour lesquels on fournira encore IJ. florins par
Billet,avec des homseu devises
, pour la première
& la seconde Classe.
On payera aussi aux Porteurs de ces Recepissez
, en les échangeant cdntre des Billets de
Loterie,l'intérêt d'un sol par mois pour char
que florin
, par anticipation du jour de l'échan- e ,
jusqu'au jour que la Loterie commencera 3 se tirer. @
Les Recepissez se donneront,le payement
des deniers , , aussibien que del'intérêtde cha;."
quemois, & l'é changedesRecepissez contre
-des Billetsde Loterie, se feront à la Chaimbre
de la Compagnie,ou dans les lieux oùils
auront été pris chez les Receveurs ou Collecteurs
autorisez à cet effet par les Directeursde
la Compagnie dans les principales Villes tant
de ce Pays, que des Pays étrangers-«
D¡VI
Division de ta Loterie en huit Classes.
Première Clasie. Seconde ClaJSe.
Prix. Florins. Flor. Prix. Flor. Floiv
1 50000 50000 1 60000 60000
1 zjoro 15000 1 30000 500C0
1 15000 15000 1 iocoo 10COO
1 10000 10000 1 iocoo 10000
2. 5000 10000 2 5000 IOGOO
4 1500 10000 4 1500 10000
10 1000 10000 10 1000 iocoo
10 500 10000 10 500 IOOCO
60 100 12000 60 400 14000
ico 150 lÍOOO 100 300 30000
100 110 14000 200 100 40COO
600 100 60coo 600 100 0000
4000 50 100000 4000 60 240C00 - - - - 5:00 451000 5000 554000
La mise dans la premiere Classe est de 30.
florins par Eillet, qu'il faudra payer pour le
plûtard un mois avant que cette Classe se tire,
la moitié enRecepissez de la Compagnie,dont
on aura payé 15. florins, & l'autre moitié en
argent comptant; & l'on donnera en echange
<3cs Billets de Loterie pour la premiere & la seconde
Classe. Les prix qui feront sortis se pnycront
en argent comptant six jours après que
chaque Classe aura été tirée, en déduisant 10.
pour cent auprofit de la Compagnie Les cinq
milleNumero qui auront rapporté les cinq misle
Prix dans cette ClaiTe, seront remis dans la
Poëte
, rour pouvoir tirer un autre Prix dans la
Classe suivante.
La misedans la féconde Classe est de 30. flo-
1 v rins
rins par Billet; mais dont on faitcredit.- Les
Prix de cette <,
laffe feront- payez en argent - comptant, en rabattant 10. pour cent.au profit
de li Compagnie & le credit des 30. florins
par Billet, Lescinq mille Numero qui auront
porté les cinq mille Prix, feront remis dans la
Boëte, pour pouvoir tirer un autre Prix dans
la Classe suivante.
Trtifiéme Classe. Quatrième Classe.
Prix. Flor Flor. Prix. Flor. Flor,
1 70000 70000 18eooo gGO0O
1 30000 JOOOO I40000 40000
I ioooo 2.0000 IlOOSO 10000
1 10000 IOOO 110000 IOOO
z iOOO 10000 1 JOOO IOOOO
4 xyoo 10000 4 ifoo loooer
10 1000 10000 10 2000 16000
- 20 500 10000 19 1000 10000
60 400 14000 60 500 3000a
100 3.00 3000e 100 IfQ 15000
zoo 300 30030 2.00 100 40000
600 2.00 410000 600 150 90000
1000 ibd~ioqooo 1000 100 100000
4000- 70 180000 joeo 80 400000 -----"- 6qoo810000 7000 895000
La mise dans la troisiéme Classe est de 30-
florinspar Billet, qu'il faud ra payer en argent
comprant quatre jours avant que la Classe se
tjje; & l'on donnera de nouveaux Billets pour
cette Classe & pour.la quatriéme. Les Priï
seront payez sur le même pied que retix de la
seconde Classe, endéduisant 10. pour cent au
profit de la Compagnie & les 30 florins de
credit pour la seconde Classe. Les Ûx mille
Numero qui auront les sixmille prix
, rentreront
dans la Boëte
, comme dansles précedentes
Classes
Lamisedans la quatriéme Classeest de 30.
florins par Billet. mais dont on tait credit. Les
Prix feront payez endéduisant 10. pour cent,
au profit de la Compagnie, & les 60. florins
de credit pour la feonde Classe & pour celle,
ci. Les sept mille Numero qui seront (onis)
rentreront dans la Loëte, comme ci dessus.
Cinquième Classe. Sixième Classe.
Prix. Flor. Flor. Prix. Flor. klor.
1 90COO i/OCOO 1 ICCOOO IOCOOO
1 40000 40000 1 5OCOO 50000
1 20000 LOOOO 1 15000 15000
1 icooo 10000 1 rjooo HOCO
1 5000 ICOOO 1 IOCOO IOCOO
4 1500 icoco 4 50CO zocco
10 1000 10000 10 15CO 15000
Io IOCO 20000 10 100 40000
60 500 30000 60 1000 60OOO
100 1JO 15000 100 400 40COO
200 100 40000 2.00 300 6ocoo
60o 150 90000 <^eo 150 150000
1000 110 nocoQ icoo 100 100000
tooo 90 51-0000 7000 100 700000
Sooo 1065000 jceo ijojcco
La mise ou le fournissement de la cinquième
Classe est de 30. florins par Billet
,
qui doivent
('r('payez quatre jours avant qu'on tire
la Classe
; & l'on donnera des Billets pour cetre
Clair. ':{ pour la suivante. Les Prix feront
payez en déduisant 10. pour cent au profit de
la Compagnie, & 60. florins pour le credit de
I vj la
la quatriéme Classe. Les huit mille NumcpéT
rentreront dans la Loëte
, comme ci-dessus.
La mise dans la sixiéme Classe est de 30. florins
par Billet - , mais dont on fait credit. Les
Prixseront payez, en déduisant 10. pour cent
au profit de la Compagnie, & 90. florins
pour le credit de cette Classe, de la quatriéme
, & dela seconde. Les neuf mille Numero
rentreront dans la Boëte
, comme ci dessus.
Septième Classe. Huitième Classe.
Prix. Flor. Flor. Prix. Flor. Flor. IIfOCCOIJOOOO I1000G0 100000
1 7SEDOO 7^000 1i00000 100000
1 30000 30000 1 60000 60000
1 10000 1COOO 1 400Ô0 40000
2. 10000 10000 2. 10000 40000 4.SOCO ZDOOQ 4 10000 40000
10 IfOO ijooo 10 5000 fOOOO
'10 1000 40000 10 1J00 JOOOO
60 1000 60000 60 1000 110000
100 400 40000 100 1000 100000
2.00. 300 6COOO lO,500 1000eo
tfoa IfO IJOOOO 600 400 140000
1000 ico 100000 1000 3CO 300COO
8000 uo 88SOOO 1000 1JO rooooo - - 6000 lOOIlOOOOO
100000 1770000 40000 12-b4800000
50000 7^4000o
La mise ou le fournissement de la septiéme
•
Classe est de !o florins par Billet, qui doivent
être payez quatre jours avant que la Classe
se tire ; & l'on donnera des Billets pour cette
septiéme Classe. Les Prix feront payez , en déduisant
JO. pour cent au profit de la Compagnie,
gnie, & 90. florins pour le credit de la secondé
, quatriéme& sixiéme Classes. Les dix mijle
Numero qui auront porté dix mille Prix,
rentreront dans la Boëte; & tireront certaine
ment encore un Prix dans la Classe suivante.
a mise ou le Fournissement de la huitiéme
Classe est de 30. florins par Billet, qui doivent
être payez quatre jours avant que la Loterie
se tire; & l'on donnera des bilets pour
cette Classe, & pour la premiere & seconde
Classes de la Loterie suivante. Les Prix feront
payez, en déduisant 10 pour cent au profit de
la Compagnie, & 90. florins pour le credit de
la seconde
,
quatrième & sixiéme Classes.
Prix. 7lor.
I. Cblfe. 5000 4jicco. II.ClaiTe. 5000 554000
III. Classe. 6000 haoao
'To:al de la IV. ctaÍfe. 7000 89.0000
Loterie. V.Classe. 8000 ioéfoco
VI.Classe. 9000 1505000
VII.Classe 10000 1770000
YUI. Classe. 50000 7940000
100000 15000000
Pour donner lieu à ceux qui n'auront tiré que
les moindres Prix dans la huitième Classe, d'en
tirer neanmoins un autre, sans rien débourser
, on leur donnera,en échange de leurs Lilletsde
cette huitiémeClasse des Recepissez de
30. florins, qui serviront pour la premiere&
la secondeClassede la Loterie suivante,entierement
conforme à celle-ci, & qui rapporteront
30. sols par mois d'interêt, depuis le jour
que
que la huitième Classe aura été tirée1itirqtilalas
temps que la premiere Classe de la Loterie suivante
commencera à se tirer. Et quoique les
montant des plus petits Prix de cette huitiémes
Classe n'aille qu'à 18.florins, après avoir rabbatu
les 10. pour cent & le crédit, on ne laiÍfe--
ra pas, pour leur soulagement,de leur donner
pour ces 18. florins un Recepissé de 30. florins.
L'échange des Recepissez pour des Billets e Loterie, & des Billets pourles Classesui-
- vantes, se fera dans les mêmes endro ts où ils
auront été pris. Et pour la commodité de ceux
qui voudrontavoir part à cette Loterie, il y
aura des Receveurs autorisez dans les principa- -
les Villes des Païs étrangers
,
chez qui l'on t
pourra prendre des Recepissez jusqu'au pre..
mier Fevrier 1723. & pas plus loin. Ceux qui j
auront tiré des Prix au delà de mille florins au- • ront le choix de s'en faire payer le montant 3
dans les mêmes endroits où ils auront pris leurs
Billets, ou de s'adresser directement à la Com- -
pagnie.
Il fera libre à ceux qui auront pris des Re- « cepissez à laChambre dela Compagnie, en
les y échangeant de faire le, cinq payemens à
la fois pour !e fornissemert réel de toute la Lo-
- teiie, ¿Ol:[ on le leur donnera des Billets qui
serviront pour les huit Classes. 4
Les Porteurs de Recepissez & des Billets
feront tenus de faire leurs fournissemens dans
les termes piefcrits
,
faute dequoi leurs Recepissez
ou Lillers feront reputez comme abandonnez
, &demeureront à la disposition de
la Compagnie.
Cette Loterie se tirera publiquementà
vtrecht, sous les yeux des Commissaires & des
Di-:
Directeurs de la Compagnie,& en la maniere
accoûtumée; c'est-à dire, qu'on mettra les
50 mille Numero dans une Boëte, & les Prix
de Classe en Classe dans une autre Boëte, jusqu'à
ce que les cent mille Prix ayent été tirez.
Il est à remarquer que cette Loterie, qui est
remplie de Prix aussi considerables qu'on en
ait vûjusqu'à present,jusqu'à un de 200. mille
florins, est si avantageuse aux interessez,
que ,
fuivanr toute apparence, chaque Billet
doit tirer plus de deux Prix; de forte que la
perte qu'un billet peut avoir est fort petite, en
comparaison de la chance qu'il a de tirer des
Prix si considerables.
Remarquez aussi qu'un seul Numero peut tirer
2. 3.4. & même jusqu'à 8. Prix ; & qu'ainsi
, en cas d'un bonheur extraordinaire, on
pourroit avec un seul Billet gagner 800. mille
florins.
r, Enfinil està remarquer, quela Collecte,
tant en argent, qu'en creditne monte qu'à
12. millions de florins, & que les Prix portent
15.millions, parconsequent 3. millions de plus
que la mise. Les conditions de cette Loretre se
donneront gratis à la Chambre de la Compagnie
, & chez les Collecteurs à vtrecht, de
même que chez les Receveurs établis dans les
autres Villes & Pays étrangers.
b '<.
La Collecte sefait à Utrecht à la Chambre
de la Compagnie
, ou chez M.
F. M.Jantjfon,Auteur de la Gazette. Tho.
mas/ppels.Jacob van Poolfum.MelchtorCharlois
Jean van Fesch. Jacob de Samber. Ditv.
Yrom. Gabriel Mauris.Jean van V/ooten. Govert
Pavv. Jean vanderSchroef- Jfaac Crufe,
,
HuifHuissiers
de L. H. Puissances. YisbACh. Hartog;
Mores.
Les Receveurs dans les autres Villes font à
Amersfoort. Amsterdam. Rotterdam,Moyse
Haasverbergh. Haarlem, Dort, Gouda, Middelbourg,
M. van Hoekke. Levvarde. Zvrold.
Deventer. M. Jean van Vvik. Arnhem, M.
Jean Verbeek. Cleve. Cologne, M. Reinhart
Melnertzhagen. Jean Vernier Vvolleb. Francfort
, M.Philippe-Guillaume Georgen, Daniel
Fischer & Jean-Christophe Nagel. Hambourg.
M. J. JV. schinkel. Leipsig. Berlin. Dantzig,
M. Pierre van Beuningen. Breslau, M. J. Ger.
Steinberger.Venise. Vienne. Breme. Ausbourg.
Nurenberg. Geneve
,
M. Pierre Azemar. Londres,
Paris, M. MarinHarene. Lyon, M.les
Freres Dian. Bordeaux, M. Jacques du Lamon.
Nantes,M. GermainLaurencin. LaRochelle,
M. Godefroy & Dußault. Rouen, M..
Bernard Beard. Lille, M. N. Josephe la Serre.
Valenciennes, M. P. Sprenger. Bruxelles
P..,. M. y. B. le Foulon. Anvers,M.Jacques Sche.
nart't. Cadix
,
M. M. Mllffip & Compagnie;;
Genes,M.PaulLaheße.Livourne, M. R. E%
; Gaspary & Compagnie.
NOUt
NOUVELLES ETRANGERES,
De Conflantinople ce x.Août 1711.
MR Popicl, Envoyé Ertraordinaire de
Pologne à la
-
Cour du Grand Seigneur, amandé la favorable reception qu'on lui avoïc
fait à la Porte. Il a eu audience le 21. Juillet
,
& le Grand Seigneur l'a écouté avec de grandes
marques de bienveillance. Sa Hautesse lui
a fait donner, tant pour la personne que pour sa suite, treize Caffétans, ou vestes d'honneur.
Elle lui a accordé pour sa dépense cren.
te lnJ'l.litmia,'ers par jour, & le Grand Visir lui
a promis de l'ommr incessamment des Commissaires
pour le renouvellement du Traité de-
Carlovits
On ne sçait rien de positif sur les troubles
>de Perse
; on ignore absolument le Cefiin du
Sophi. On dit que le rebelle Mirivvetz a sac-
) cagé la ville d'Ispahan, qu'il tient dans lej
fers un des fils du Roy de Perse, & qu'il le fait battre tous les jours fous la plante des
pieds ; on dit encore qu'il a livré les femmes
:>
de ce Prince à l'insolence des Soldats.
,4 le hacha qui commandeles troupesdevant Sure, n'a pû encore prendre trefois cette Place, au- la Capitale de la Perse, à cause de la
iflorce & du nombre dela garnison des rebelles; a été obligé de l'assieger dans les formes }
1 & on a commencé le bom bardement
,
avecesperance
de s'en rendre maître incessamment ; ensuiteil fera lesiege d'Erkasen. 1 MiriMirivetsa
fait saccager les VillesdeServan
& ,e Ddem, qui refusoient de lesoûmettreà
l'autorité de ,et usurpateur.
On dit à present que le Sophiest à Bagdat,
& que le Grand Seigneurdoit s'aboucher av. lui sur la frontiere,pourdéliberer sur son ré—:
tabhlTeii,ent.
Le Tartares duDaghestan veulent s'emparer
de laVl e de Cavvan, & fou eu marcha.
fous les oi dres de leur Chef Daoud Bey; & loi
Cady à Makate,dans l'Arabie heureuse, veur
se rendre maître de la Province de Hitman,située
le Ion?; du Golfed'Ormus. il est suivi de]
Iroupe:, qu'il a ramassées pour ce dessein.
De Tetenbourg ce 10. Août.
ON écrit de Dantzic
, que la flotte dtài
Czar
,
composée de vingtunvaisseaux d®
guerre, étoit arrivée à la hauteur de Revel
„
Se qu'on y avoit embarqué douze mille homtoies
, tant Soldats que Matelots.
Le Czar a fait son entrée dans Astracanle8.8
de Juillet, d'où il s'est rendu quelques jours
après à Datarof, oùil a donné audience publi-j
que au Kam des Tartarcs AjauKa. Ce Prince
est âgé de cent trois ans; son épouse l'a accompagné,
& a rendu avec lui ses devoirs à S»
Majesté Czarienne.
Leslettresdecréancede M. Vvestphalen,
envoyé de Dannemark , ont été admises, quoiqu'elles
ne donnent point au Czar le titred'Emspoenreur.
Mais ce Ministre a promis que le"Roy^
Maître l'accorderoit dès que les deux
Coursseroient convenuës d'un nouveau Traité
de commerce.
) - - D*
De rArfovie ce 6. Septembre 1721. oN compte dans les lettres circulaires j
que le Roy a envoyées dans les Palatinats
, pour y faire assemuler les Diettes par-
-ti,;ulle-es,six articlesprincipaux,qui doi vent
cette année occuper la Dierte generale I:.e'
premier concerne les précautions que doit prendre
la République, pour affermir la paix dans
le Royaume. Lesecond regarde le projet du
Traité qui se doit conclure entre la Pologne
& la Suede. Letroisiéme, les prétentions du-
Czar au titre d'empereur de la grande Russie.
Le quatriéme, les prétentions de la Pologne
surle Duché de Livonie, qui se mit fous la
domination de cette Couronne en l'année 1fjf.
lors de l'invasion du Czar Jean Basilidès.
Le cinquième, les droits de la Couronne (u-r
le Duché de Curlande Et le ifxiéme la iouveraineté
sur le Royaume de Prdre, qui fut
cedé en l'année 1657. par le Traité de Paix
de Velau
,
à l'Electeur Frédéric- Guillaume de
Brandebourg ,
à condition, que si sa posterité
mâle en ligne dire&e venoit a manquer, les-
Princes collatéraux de sa Maison, qui heriteroient
de la Prusse, releveroient de la Couronne
de Pologne.
,. On mande de Constantinople
, que le Grand
Visir a déclaré à l'Envoyé de Pologne; que
le Grand Seigneur n'entreprendroit rien contre
la Republique,qu'il avoit resolu d'entretenir
avec elle une parfaite intelligence,
& qu'il avoit défendu au Kam des Tartares
de faire des courses dans aucune des Provinces
du Royaume.
le Comte de Kiovvski
,
qui jusqu'à pre-
•éy îenr
sent avoit été un des Chefs des plusaccrédité
du parti opposé au Roy, s'est declarédepuis
quelques jours pour Sa Majesté
, ce qui donnlfB
de fortes esperances que sa démarchejera suiV'¡"
de plusieurs Gentilshommes.
De Stokolm ce i<f.Août. ON assûre toujours que Sa Majesté SueA
dosse aura une conférence avec le Roy deo
DannemarK
,
des qu'il seraarrivé dans la Sca-n
nie; on ne nomme pourtant pas encorele lieu
destiné pour l'entrevue,
On écrit de Karlfcron ,que le Roy & la-
Reine de Suede y sont arrivez le onze Août auïJ
bruit de l'artillerie, & qu'ils en devoient partir
le 17 pour Carlshamn
,
d'où après y avoir
resté deux jours, leursMajesteziroient à chri[-
tianstadt 8c de là à Stokolm.
- Lamortalité des bestiaux continuë dans laL
Scasie & dans le iSlfHKni*, & le bledrencherit
considerablement dans toutes les Provinces
du Royaume, à cause des pluyes continuelles,
qui font apréhenderune mauvaise récolte.
Les dernieis avis de Finlande portent, que
les Commissaires du Czar continuent de faire
naîtredes difficultez, pour retarder le réglé—:
ment des limites, & on croit que Sa Majesté
Czarienneadessein de gard er Virlax, qui eftfl
situé à l'entrée du Port ou Golfe de Vibourg,
comme un lieu propreàconstruireun Port, tSd
favorable aux projets du commercé de Russie.
On debite quel'Empereur a ajugé le Duché
I'«le Holstein Ploé au Duc de HoliteinRethvricji,
malgrélejopposîtions duRoy deDaa-J
AfflarIL..
t IW
De Copenhague ce 17. Août. LEs six vaisseaux de guerre, qui étoient restez
dans ce port, & qui avoient eu ordre
de éesarmer, ont reçuun contre-ordre, & ils
We préparent à metne à la voile au premier
commandement. Le maître d'un bâtiment arrivé
depuis peu de Petersbourg
, a rapporté
qGua'loenresy équipoit actuellement quatre-vingt
, outre les vingt un vaisseaux de guer-
3te qui sont partis depuis peu pourRevel.
M Fo-itenag, Capitaine de vaisseau
, a été
senvoyé par la Cour à Borhnolm, avec des inf-
Uruttion particulières
,
qu'il ne doit ouvrir
squalorfqu'ily fera arrivé.
v Il yafîr Regirrens d'Infanterie & trois de
Cavalerie, commandez pour aller camper 2. Ekerforde dans le Holstein
,
où le Roy doit
des aller passerenrevue incessamment.
Le Roya fait publier des proportionsavanitageufes
à tous les Protestans, qui voudront
isse venir établir en Jutland, tant pour y faire
ttâloir des plantations de tabac, que pour y
Rétablir des manufactures semblablesà celles des
cautres Royaumes.
Le Czar a fait dire au Roy, de ne point s'inquicter
des armemens faits à Cronflot & à Pe.
1teisbourg
,
& qu'il n'avoit d'autre dessein que
fcd'exercer" Ces matelots. On ne laiss pas, mal-
3g!é les protestations, que d'équiper les vaiCjlfeaur
de guerre qui font dans ce port; d'aujtant
plus qu'on a rapporté, qu'onavoitvil
wcrs lescôtesdeFinlande neuf ou dix vaisseaux
i£de guerre moscovites & près de trente galeres,
De
Devienne ce 30. Aoufi.
L E 12.. Aoustentre les neuf ou
dix-«hetires
LoirJa Cour intérieure du Château de la
Fa
vorire fut subitement remplie par une n ép lisse de sauterelles; ces infectes répandirend
l'ctfroy dans le Palais par leur bruit, Se l'obsc
rite que leur multitude causa dans l'air. On fl
occupé toute la nuit & le jour fuivàn-t a da
rrui're ce fléau incommode, qui ne passa ni al
les autres cours du Château
,
ni dans les jaM
dins, ni dans les appartemens.
On a reçû avisde Munich qu'on preparoijj
.quarante barques à Vassenbourgsur l'inn poutt
transporter ici par eau les équipages, ë? les
Officiers du Prince Eleaoral de haviere, dont;
le mariageavecl'Arch duchesse Marie Ameiic:J.:
doit se celebrer dans deux mois.
On débite quel'Archiduchesse Marie-Therefe
,
fille aînée de l'Empereur fera decla.é©!
jReine'd'Hongriepar les Etats de ceRoyaume,^
& que Sa Majesté a consenti que les Froteftansr]
Hongroiseussent le libre exercice de leur Reli-i
gion
,
à condition que leurs enfans seroient
élevez dans les principes de la Religion Cari
tholique. ,
, M. Reichwein, envoyé de Dannemau, a e son audiance de congé. L'Empereur lui a bili.
present de son portrait enrichi de Diamans.
Le Cardinal de Sae- Zcith est arrivé del;
Presbourg, & a rendu compte des dernicree
délibérations dela Dictede Hongrie où il y m
eguu ddee nnoouuvveelllleess & grandes conteflations, prin-r - cipalement sur les affaires de la Religion. Oml
Sroit que l'Empereur y retournera pour calmeia
ces nipuYejnfns par sa presence.
-D,
De Londresce 11. Septembre. ON répare les fortifications de Porftmoutb¡
& on y envoyera un train dartillerie de
.,a Tour.C'est une suite de précaution que l'on
caiend -o-jtre les desseins, dont on a eu de nou.
velle preuves dans les derniersjours. r M Kelly Capitaine Irlandois né Catholique
Romain
été arrêté à, mboairsdPdr'uontesvtaainsstedaeupuqiusivilengdteavnosi,t aller en France, & a été envoyé à la Tour. 1J0i qu'accusé de haute trahison il a permisfcon
de voir ses amis. Son épouse
,
la Co ntesse
Me belleu sa belie-mere, & ses domestiques
yant été mis fous lagarde d'un meflagee t:E[a,ont obtenu depuis leur liberté, & celle
sevoir le prisonnier. Le sieur Jean Sample
r yant été aussi arrêté, accusé du crime de hause
tra ison
,
se sauva le lendemain sur les huit
Meures du soit de la maison du messager d'Etat
J'ù il étoit retenu. On a envoyé des ordres dans
cous les ports pour l'empêcher de sortir du
Royaume , & on a publié une proclamation
loyale, avec promesse de cinq cens livres
terling de récompense à qui pourra l'arrêter.
Il y a plusieurs autres personnes arrêtées, Se
accusées du même crime de haute trahison.
Les Juges de paix prennent toutes sortes de
précautions pour découvrir les mal intentionaez
, & ont fait des Ordonnances pour la police
de là villede Londres qui contiendront les
Irfpritsturbulans.
Le 4. Septembre après midi l'Evêque de RoJ
rhester
,
qui est le même qui a sacré le Roy, a
mé conduit à la Tour comme criminel de hau-
:: trahison. Il est accusé d'êtreun des princila
paux
i'\UX chefs d'une conspiration qui devoit s'e.
xecuter au commencement de ce mois. On ne
peut lui parler dans sa prison sans une permission
signée par le Secrctairc d'Etat, & on 110 le voit qu'à une certaine distance, afin que se:
gardes puissent entendre tout ce qu'on lui dit.
L'assemblée du nouveau Parlemnent a été pro-i
clamé pour le 20. Octobre prochain.
On apprend par les dernieres Lettres dt]
Londres que l'Evêque de Rochester
,
& le Car
pitaine Kelli y font gardez avec beaucoup d'e
xactitude. On dit que ces deux prisonniers doivent
presenter une Requête à la session prochain
ne des Juges de Paix, pour demander qu'on leur.
fasse leur procès suivant la loi , mais l'opinion
la plus commune, est que le Roy declarera Ici
conspiration projettée contre sa personne, à
l'ouverture du prochain Pa lement, & que S2
M. chargera la Chambre des Communes dob
dresser les chefs d'accusation contre ceux qui y
ont eu part, afin qu'ils soient jugez par le,-a
Pairs avec les formalitez observées Jll[qU.)¡ present. De Lisone ce 14. Aoust.
LE Capitaine d'un vaisseau nouvellement
arrivé de Cadix raporte que depuis quel-I
ques jours l'Escadre Espagnole a attaque quells
ques vaisseaux Algériensquicroisoient d.f
compagnie ,& qu'elle enavoit pris un de foi-j,
xante pieces de canon, dont l'équipage avoÏJc
été mis aux fers.
Le 28. Jui'let la flote de Fernanbugue entra
dansle port de cette Ville au nombre de feiz's
bitimens, dont il y a deux limes chargées dd:
bois pour le compte du Roy. La prin !pa'<
charge des autres consiste en deux millions (hb
Criizadesm
Cruzades,fit mile caisses de sucres,cinquonte
mille cuits preparez ,
& quatre mille Taa
leaux detabac. On a
donné ordreàl'Inspecteur des Douanes
de cette Ville de rendre la biere
,
le vin &
l'eau-de vie qui avoient étésaisis cette année
sur quelques vaisseaux Hollandois; mais en
même temps on a défendu aux Officiers de
Marine de cette nation d'en apporterdans la
fuite.
Il est arrivé ici trois Ambassadeurs du Roy
Theo ause de Fulanac, le plus puissant des
Princes de l'isle de Madagascar pour traiter de
quelques affaires de Commerce.
DeMadridcei.Septembre. oN apprend par les dernieres Lettres de
Ceuta que les maladies y sont entierement
cessées, mais que la recolte des environs sera
fort peu confidcrable cette année.
» Don Pierre de Monta, Major, Chef d'Escadre
des Galeres du Royaume,a mandé par
un courier que le 25. juillet dernier érant à la
hauteur du Cap de Plato,il avoit poursuivi avec
la Sainte Therese ,l'une de ses Galeres
, une
petite Fregate de Maures de vingt trois hotrH
mes d'équipages, dont il en avoit tuésept, &
pris les seize autres.
Les nouvelles de Vaigi fortque l'Escadre
Hollandoise y ayant relâcué le 9 Juillet dernier
elle en étoit partie le 11. pour aller joindre
l'Escadre Espagnole, qu'elle l'avoit rencontrée
le même jour au foir au rombre de
quatre vaisseaux de guerre de soixante à foirante
dix pièces de canon, & de cinq autres de
Jrente à quarante, que le 12. les deux Escadres
K avoient
avoient relâ hé dans la baye d'Althea,que Kï.
Grave contre Amiral Hollandois avoit passé
.sur le bord de Lon Antonio Serrano, Commandantdel'Escadre
Espagnole
,
qu'après y avoir
tenu conseil ils étoient convenus ensemble que
l'Escadre d'Espagne partiroit de cette baye le
18. pour aller se mettre à l'anchre devant la
ville d'Alger, où elle attendroit que tous les
vaisseaux Hollandois furent en éut de l'aller
joindre.
Le 11. Aoust le Roy notifia aux Ministres
étrangers, aux Grands du Royaume, & aux
Seigneurs de sa Cour la conclusion du mariage
Je l'Infant Don Carlos, fils al. é de son second
lit avec Mademoiselle de Beaujolois, cinquième
fille de Monsieur le Duc d'Orléans
,
Regent du
Royaume de France. On chanta ce jour là le
Te iJeum en action de graces dans l'Eglise du
Monastere Royal del'Escurial, & dans la Chapelle
du Palais. Et cette heureuse alliance fut
pareillement celebrée par le sondes cloches,
des feux de joye
, & des illuminations qui ont
duré trois jours. !
Les Galions font partis de Cartagene pou"";
Portobello le 25. May,& la flote Espagnole 6'
la Mer du Sud, commandée par Dom Barthelemy
de Urdinfaest arrivée à Panama avec le
trésor de Sa Majesté, & les marchandises des
particuliers,elle doit être arrivée à temps
pour la foirede Portobello.
Un courier dépêché de France a apporté le
portrait de MademoiselledeBeaujolois, qui a
été remis par le Roy à l'Infant Don Carlos.
Les conventions de nôtre Escadre & de celle
de Hollande,font que les vaisseaux Espagnols
croiseront jusqu'au 15. Septembre entre les
côtes de ce Royaume, & celles de Barbarie,
ÔC
* que les vaisseaux des Etats Generaux croiserontentre
Malaga & le Cap de S. Vincent. -
De Rome ce 17. Áouft.
LE 23 Juillet il y eut au Quirinal une Congregation
extraordinaire des Carcinaux. ÔA
°< y détermina. d1'accorder des lye. cours a1.1.l-i-ie d1e-
Malthe.
Ensuite on publia une Indulgence pleniere
avec exposition du Saint Sacrement pendant
trois jours dans les Eglises de Sainte Marie sur
la Minerve,de Sainte Marie in Trastevero
,
&
de Sainte Marie Majeure; on ordonna de reciter
la Collecte contre les infideles dans toutes
les Mesles qui feront celebrées dans les Eglises
de Rome pendant ces trois jours. Les Chevaliers
de Malthe se sont assemblez chez M. JuCtiniani
, Receveur de la Religion pour prendre
des mesures touchant leur départ.
Le 19. Juillet Don Jean Baptiste Spinola,
Ambassadeur de Malthe fit illuminer le foir
toute la façade de son Palais pour celebrer l'éaction
du Grand Maître Don AntonioManoel
,,i Vilhena,fils du feuGeneral Don Sanches Mat
noel de Vilhena
,
Il premier Comte de Villa Flor. est le troisième Chevalier de Malthe Portugais
qui ait été élevé à cette dignité; le pre- mier fut Don Alfonse
,
fils du Roy Don Aston- se Heariquez , qui fut élû en 1194. & qui
> donna sa démission quelques mois après; le fe-
) qcuonid fut Don Loüis Mendes de Vasconcellos , étoit Bailly, lorsqu'il fut élu le 17. Sepl
tembre 1623. & qui mourut 7. mois après.
M. Mezzabarba
, VicaireApostolique à là
Chine est en route pour revenir en Europe,&
i il y fait apporter le corps du feu Cardinal de
1
K ij Tournon
Tournon qu'il à fait embarquer à Macao.
De Malthe ce 18. Aoust.
LEs Galeres de la Religion parties de Siracuse
ont heureusement passé -le canal sans rencontrer
aucune des Sultanes de l'Escadre Turque,
& sur leur route elles ont prise une Galiote
ennemie, montée de trente-quatre hommes.
La flote Ottomane après avoir demeuré
quelques jours dans le canal de Maître s'en est
etoignée pour prendre la route dés côtes de
Barbarie, où le Capitan Batha est chargé de
régler quelques affaires
, tant à Tunis qu'à
Alger. Les ordres avoient été donnez pour
bien recevoir les Turcs au cas d'une descente.
On avoit distribué des troupes dans les principaux
postes de la Cité Valette, & de la MÙine.
On avoit fait partir les Baillifs de Kinnesch
& Visconti pour se rendre au Camp de
Mazza Seiroccho & de Cazel-Reituoni. On
envoya le Maréchal de l'Ordre former un Camp
volant avec une partie des Milices du pays, &
on lui donna pour Ajudans quatre Chevaliers;
on fit partir des Navires pour aller embarquer
à Guzzo les bouches inutiles; on fit encore
d'autres dispositions pour le salut de l'Isle. Les
Turcs avant de s'éloigner ont tenté plusieurs
foisde faire une descente à Mazzafcala
,
mais
sans aucun succès; le Grand Maître a envoyé
avis au Comte de Trame, Commandant à -Siracufe
des mouvemens des Escadres Turques,
composéel'une de cinq Sultanes qui parurent
du côté du canal, & l'autre de pareil nombre
de vaisseaux qui se montrerent à la côte Meridionale
de l'Isle de Malthe. -
<3a a fîd par les terres de Tripoli du 4.
-
Jillet
Juillet que Gianum Coggia avoit été rétabli
parleGrand Seigneur dans sa Charge de. Grand
Âmiral.
Le Commandant de la flote Turque a écrit
une Lettre. très fiere au Grand Maître de Malthe
qui a réparti qu'il répondroit à cette Lettre
àcoups de canon.
Le 28. Juin il y a eu à Malthe & au Gozzo
un orage terrible, mêlé de Tennerre & de
grêle qui a ôté la vie à troispersonnes.
De nouvelles Lettres de Messine & de Malthe
portent que l'Escadre Turque après avoir
passé à Tunis, avoit paru depuis à la vue de
Cappo-Paffaro en Sicile, faisant route vers le
canal de Malthe, & qu'elle étoit composée de
dix-septSultanes, & d'un nombre considerablede
bâtimens de transport. Le Grand Maître
a envoyé, dansl'isle de Gozzo le Bailly, de
Langou avec un corps de Chevalier assez nombreux
pour défendrece poste; on présume que
les Turcs ont desseind'y tenter un débarquement.
& de s'en rendre maîtres, pour y laisser
Un corps de troupes, & y établir desmagasins
qui puissent faciliter le siege de Malthe
avi-
Printemps prochain,
-
Kiij SVPPLE:
SUPPLEMENT.
MR Daudet, Geographe du Roy, qui a le-
Mvé les plansdu siege de Montreüil, &dii:
Camp de Porché-fontaine, a aussi dessinéplusieurs
plans concernans le Sacre du Roy,qu'il
a fait graver, & qu'on imprime actuelement.
Il les vendra chez lui, ruë des Fossez Monmartre,
& chez le fleurMortain
,
Marchand
Imager
,
sur le Font Nôtre-Dame : voici la
lifte de ces Plans.
Le Plan de la Ville de Rheims & de sa
perspective.
Le Plan de ses environs avec le lieu où fera
le Camp de la Maison du Roy, & le lieu
où elle se:a rangée en bataille.
Le Plan de l'Eglise de Nôtre - Dame de
Rheims,où sera sacr é leRoy, & celui del'Archevéché.
Le Tombeau de S. Rem, où est la sainte
Ampoule, le plan & l'élevation. Les antiquitez
de la ville de Rheims en deux plans.
Le Village de Corbeny
, ou S. Marcou,OÙ
le Roy doit aller en pelerinage après son Sacre,
& toucher les malades affligez des écroüel
- les. l
r Un Plan en grandde la ville de Rheims,
orné de plusieurs figures, tenans dans leurs
mains tous les attributs dii Sacre.
Lç. Plan de la ville de Soissons.
Celui de la forêt de Villers-Cotterets.
ÇtfixPlans dç laroute que tiendra le Roy
depuis Paris jusqu'à Rheims.
M. Daudet a obtenu de Sa Majesté un privilege
exclusif, pour l'impression & le debit
de ces Plans pour dix ans,avec amande de six
mille livres contre les contrevenans à son privilege.
M. le Blanc, Ministre de la guerre,
doit presenter tous ces desseins au Roy.
LE jour que M. Fofcarini & Tiepolo
,
Ambassadeurs
Extraordinaires de la epublique
de Venise
,
firent leur Entréepublique, dans
l'ordre que nous avons marqué. Ils arriverent
à l'Hôtel des Ambassadeurs Extraordinaires,
conduits par le Marêchal de Matignon & le
Chevalier de Sainctot
,
Introducteur des Ambassadeurs,
qui avoient été les prendre dans
le Carosse du Roy, au Monastere de Picpus,
où ils furent complimentez de la part du Roy,
par le Duc de Villequier, premier Gentilhomme
de la Chambre de Sa Majesté
,
de la part
de Madame,par le Marquis de Pourpri, son
premier Ecuyer: dela part de Monsieur le Duc
d'Orleans, parleChevalier de Constans, [ob
premier Gentilhomme de la Chambre: & de la
part de Madame la Duchesse d'Orléans, par
» le Marquis de S. Pierre, son premier Ecuyer.
Les Ambassadeurs ont été logez & traitez les
trois jours suivans par les Officiers du Roy,
sous les ordres de M. de la Porte
,
Maître
d'Hôtelde S. M.
Le Mercredi 23. le Prince de Guise & le
Chevalier de Sainctot, allerent prendre Mrs
les Ambassadeurs au même Hôtel, dans le ( arosse
du Roy, & les conduisirent à Versailles
à leur premiere audiencepublique.
Ils trouverent à leur arrivée dans l'avant-
K iiij bours
cour du Château
,
les Compagnies des Gardes
Françoises & Suisses fous les armes, le tambours
appellans: dans la cour les Gardes de la
Porte, & ceux de la Prevôté, aussi sousles
armes à leurs postes ordinaires. Ils furent reçus
aubas de l'escalier par le Marquis de
Dieux Grand Maître des Cérémonies, les
Cent Suiffes érant sur l'escalier en habit de
ceremonie,la hallebarde à la main. 1K furent
reçâs en dedans de la Salle des Gardes du
Co ps, par le Due de Villeroy
,
Capitaine des
tardes du Corps qui étoient en haye & fous
les armes. Ap èsl'audie ce du Roy, les Ambassaeurs
fuient conduits par le Chevalier de
Sainctot
,
à l'audience de Monsieur le Duc
d'Orleans, & de Madame la Duchesse d'Orleans.
Ils allerent à toutes ces audie ces en
Rose, conformé ment à l'usage des Ambassadeurs
de Venise
; & après avoir été traitez par
lesOffic iers de M. ils sur ent reconduits à
l'Hô ci des Ambassadeurs Extraordinaires
, par
le Chevalier de rc Sainctot
,
dans le même Cati
sse
, avec les ceremonies accoûtumées
M. de S. André, Cipitaine de Vaisseau,
quicommandoit le Vaisseau le François, arrivé
depuis quelques jours de la Martinique à
Rochefort est mort dans la traversée.
Marie-Annede Harlay de Cnanvallon, Abbesse
de la franche Abbaye aux Bois, mourut
à Pa i le 2 f. Septembre, âgéede74 ans.
Le même iour DameMarguerited'Aigre,
veuve de M Loüi -Charles d'Albert
,
Duc do
Luynes,Pair de France,Chevalier des Ordres
du Koy, & auparavant de M. François Bonaventure,
Marqui de Manneville ,mourut âéo
de 81. an,&futinhumée dans l'Eglise des
n,utablç.
<e
Lebruitdescuresmerveilleuses qu'afaires
es maladies secrettes le sieurDibon.Chiurgien
ordinaire du Poy, dans sa Compagnie
es Cent Suisses, a engagé Sa Majestéà lui
acorder un privilege pour ces sortes demaux,
a confi cration
, tant de l'excellence de son
emede, que de la facilité de le transporter où
on veut, & de le faire pendre sans violenaux
personnes du temperamment le plus foi-
~e. Le sieur Di'on, qui n'etf pas moins ex- :' t pour les fistules & autres maladies, demeu-
:: à Paris
,
ruë b ârriere,à c é de la, Communauté
des FillesdeSainte Ag¡,è;.
M. de Champagne, Lieutenant de Galere,
hevalier de l'Ordre de S. Loüis, eit mort à
Marseille le 21.de cetrois
M l'Abbé Massieu, de l'Academie Frarçoi-
:, Pensionnaire de l'Academie Royale dej Pel-
/'::s Lettres, & Professeur Royal en Langue
~recque, est aussi mort le 17. de ce mois.
Nous aurions bien voulu pouvoir donner
la relation étendue que nrus préparons
jde l'attaque du Fort de Aionrreiiil,
oir du Camp près de IferfailLs> dans ce
îMercure,mais pour ne rien omettre des
ùirconftances qui y doivent entrer ,
&
sour la rendre digne de la curiositè de nos
eaeurs ,
elle demande un peu plus de
'mps. Cependant nous la ferons paroitre
Kiceffamment
, pour ne pas trop retarder
extrêmeempressement qu'on témoigne pour
n voir. On l'imprimeactuellement> & ott
grave le plan du FOYI & du Camp. Non
esperons que le tout fera plaisir au Pu iflie.và
La dissertation historique du Sacre & ~Cou
ronnement des Rois de France, depuis Pepic
jusqu'à Loüis le Grand, par M. l'Abbé o
Camps, se trouvechez les mêmes Libraires
qui debitent le Mercure à Paris & dans les Proi
vinces. *,
APPROBATION.
J~'Ay lu par ordre de Monseigneur le ~Garo
es Sceaux le Mercure du mois de Sepiemi-\
T A BLE.
i?fc critique, &c. 31
Conte Enigmatique. 39
Lettre deM. de Frey de Neuville
, conterant
un discours à M. l'Evêquede Marseille, &
"Ode surl'Immaculée Conteptiondela Vierge,
qui a remporté leprix de l'Academie de Caën.
44-
Lettre sur la maladie de Marseille. si.
Sur le mariage du Roy, vers &c. 64
Lettre Critique sur les Spectacles, & en ge-
)Jielalcs sur la tragedie d'Athalieen particuliere.
69
bouquet au Roy, Q,le 97
Discours de l'Evêque de Beauvais fait à l'oc-
G:assois des drapeaux du Regiment du Roy 100
Complimens faits à M. le Cardinal du Bois.
102
* To-ts rimez. 105 Punerailles de Milord Marlborough. ibid.
Lettre écrite de Cambra y ,
&- ver5 de M. de
Voltai e - 109
Lettre de M. de Voltaire à S. E. M. le Cari.
inal du Pois. III
Lettre sur la cessation de la peste à Marseille,
mandement de M. l'Evéque,&c. 113
CEhnaignmsoens.. no m
NOUVELLES LITTERAIRES des beaun.
Arts. ibid..
Extrait des piees d'éloquence & de Poësie
qui ont rempoité le prix des Jeux Floraux.)
ibid.)
Traité des forces mouvantes pour les Artss
& A é iers. 1325;
Hilioie des Juifs. 140.
Nouvelle description de la France. 145.
Histoire generaled'Espagne. 1411
Exposition'd'une méthoderaisonnée. 149
Discours de M. Farces de Polisi nour le prix
d'éloquence. - I47J
Survivance & provisions donsces à M. Bignon
deBlanzi pour la Charge de Bibliothe-
Caire du Roy, isu
Complimens faitsà S. E. M. le Cardinal de
Fois. ifj;
Suite des Médaillés du Roy, 151
SpeéhJes, Penelope, &c. ifS
Le nouveau Monde, Comedie nouvelle. i<î«
La Provençale, nouvelle entrée à l'Opera-
179
Comédiens Italiens
,
le vieux monde, &te.:
) liCD
Journal de Paris. 181
Entrée des Ambassadeurs de Venise à Paris,
iSdfc
Charges & emploiç donnez 1*8
-
Arrêts Edits, Déclarations. 19CC
Morts & Mariages 19%1
Naissances
, morts, & mariages des pays
étrangers, 19.
Dignitez & Charges des pays étrangers.
19& Deuxième oterieà Utrex. 1995
Nouvelles étrangères, de Constantinople 10*
; Dc Fetetfôonrg;-aïS t De Varlovie.ijt * De Stokolm. tit DeCoppenhague. * uj DeVienne 114
t De Londres. lis
De Lifbone.zis I De Madrid. 2.17
s De Rome. li.9
DeMaltKe. 220
Supplément. 112,
F ela'.ion des attaques du Fort de Montreüil.
uS'
La Charsor doit regarderla page 111.
'La planche des Medailles du Roi doit regar.
ïïler la page 1J8.
ERRATA du Mois d'Août.
P) Age 101.ligne15. Paris est, lisez Paris quîà
est.
Page 115. ligne u. rcconnoiÍfances, UfeQ
connoiffinces.
Page141. ligne derniere
,
travaille
, life trarai'la.
Page 149 ligne 3. Dangerville, lises Dan-l ge,il!e. Page if1.ligne 10Couvreur,lifeç Cou-j
leur.
Page 168. ligne 4 du bas,Efperum, lifeQ
d'Arzeron.
PaAe 186. ligne 17, d'Astracan, lises Astra-j
can.
Page ISY. ligne t. Sa Majesté ,lifeçh Ma-;
jcfié.
Page 199. ligne 13. par heure, lifeç pan.
lieuë.
Page 2.0S. ligTne 7. Suriau-, life'{ISurian. Fautes a corriger dansce Livre.
M
p Age iS. ligne n Pour le
,
ltëi. Pour ce.
Pa£e 44 ligne 2. du bas, par les voyes
ltfe%parceivoyes. > x
Page 71. ligne 17. fera, lifey on fera. *
Page 104. 1. 5, celebra, *!oûte% à Londres."
Pageifo lig. 19 penitence, Li peinture»;
Page J57. 1. 1. prelier ,lt er prêter. , Page 1fS. entrela 1. S:la 3.iine du bas,,
IIjoúter cechifF.eXXI{.
Page 1^4. li.;'\c 10. viclr, lifi:. veut.. "S
JOURNAL
DU SIEGE DU FORT
DE MONTREUIL.
ET DU CAMP
D E
PORCHE-FONTAINE,
près Versailles.
PPLEMENTDV MERCVRE
de Septembre 1722.
Avec le Plan du Fort & du Camp
, ÔC
1.
quelques morceaux de Poësies.
Le prix efl de 15. fols.
A PARIS,
Chez GUILLAUME CAvrLIER. au Palais.
GUILLAUME CAVELIER, Fils,rue
S. Jacques,au Lys d'Or.
ANDRE' CAlLLEAU,àl'Image Saint
André, Place de Sorbonne.
NOELPISSOTQuaydesAugustinsàla
descente du Pont-neuf, à la Croix d'Or.
MDCC, XXII,
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume, & dans les
Pays étrangers.
iii
Lyon
,
che? Plajgnard, Libraire.
i
Marseille che? Larry.
Montpellier
,
che? les freres Faures.
Toulouse, chez la veuve Tene.
tayonne, ch EtienneLabotticrc.
lordeaux
,
chef la Veuve Laboctiere, & ttrs.
Charles Labotriere, l'aîné, vis-àvis la Bourse
,
iiid.
Bennes,chez Vattar.
Nantes, cbq JulienMaillard.
Saint Mal.o, chez la Marc.
Poitiers, che? Faucon.
Xaintcs, che? Delpech.
Blois, chez Masson.
Orléans
,
che'{ Rouzeau. 4
La Rochelle,che{ Desbordes.
Angers ,
che,? Four eau.
Tours, che?Gripon.I Caen,che'{ Cavelier. «
Rouen
,
chef la Veuve Hérault. I
Le Mans,chez Pequineau. j
Chartves,che?Fellil.., Châlons
,
chez Seneuze. f
Troye
,
the? Boüillerot. 1
Rheims
,
the? Godard. J1
Dijon, chef la veuve Armil.
Beauvais, che? Courtois
Abbeville
,
che? Dumesnil. !
Soissons ihe% Courtois..
Amiens, l'her. le François, & çhe'{ Godard,
Arras, ehe'{ C. Duchamp.
Sedan, che'{ Renaud.
Metz, chez Colignon
Strasbourg
,
cbez Doulseker.
Cologne, the'{ MetcrniK.
Francfort, chez J. L. Koeq
Eerlin
,
che:( Etienne.
Leipsic,chez Gledich.m
Lille, chez Danel.
Bruxelles,chez Tserstevens.
Anvers, che'{ Verduffen.
La Haye, wez Rogifflard.
Amsterdam, the'{ Lernard.
Roterdam
,
che'{ Vander Linden.
londres, cher du Noyer.
Madrid, che'{ Anisson.
Gcncvcyihe% les freres de Tournes.
Turin, t/W{ Reiieaii.
danssesplaisirs la grangeur de Ton"
ame, & la solidité de son esprit.
Le Regiment du Roy composé
de quatre bataillons, dont M. le
Chevalier de Pesé, Brigadier d'ln.
fanterie est Mestre de Camp
, a
été choisi
, avec justice , pour agir
fous les ordres de S. M. dont il a
l'honneur de porter le nom. Il fo
rendit le 12. Septembre à une Ferme
des RR. PP. Bernardins de
Paris, située entre Versailles &.:
Meudon) qu'on nomme Porché
Forttaine
,
où l'on établit le quartier
général.
Le Roy fut present à l'arrivée
de son Regiment, & examina avec
une attention qui manque son exactitude
& son discernement., si les
tentes des soldats, leurs cuisines,
&, les faisceaux darmes étoient
alignez,ainsi que Sa Majesté l'avoit
ordonné la veille. Les troupes
se reposerent le
1 3. & le 14
Le Mardy 1 5. la revue dévoie
sefaire devantM.le DucdeChar>
tres, Colonel General de l'Infanterie;
mais dans le temps qu'on
attendoit ce Prince, on apprit qu'-
une indisposition l'empêchoit de
sortir.
M. le Cardinal du Bois, principal
Ministre vint dans le Carotte
de M. le Blanc, Secretaired'Etat
de la guerre, avec M. le Chevalier
de Pesé, & M. le Comte de
Belle-Isle, & la revue se fit; M.le
Maréchal de Bervvich y fut aussi
present.
Après la revue qui fut très-brillante,
tout le Regiment étant habillé
de neuf, & aussimagnifiquement
que l'uniforme peut le permettre.
M. le Chevalier de Pesé donna
un repas magnifique dans le Camp
de -
Porché-Fontaine, fous trois
tentes, à M. le Cardinal du Bois ,
& aux Seigneurs qui avoient affilié
à la revue. Ce Commandant a tenu
trois tables de plus de 25. couverts
chacune, pendant tout le
temps que le Camp a duré, ellesont
été servies avec toute la délicaresse,
&,, la profusion imaginable.
Quantité de Dames de la Cour
& de la Ville ont assisté à ces fuw
perbes sestins, & leur ont donné
un éclat qu'ils ne pouvoient recevoir
que d' elles.
Le 16. le Roy fit la revue de ce
Régiment, & passa à la tête des
bataillons dans les rangs, & fie
faire l'exercice; ensuite toujes les
Compagnies défilerent devant Sa
Majelté qui fut très satisfaite de
l'étatoù lui parut son Regiment 5
le Roi eut la bonté de recevoir
lui-même les placets des soldats.
Premierejournée.
Le 17. M. le Bianc Ministre
de la guerre, & le Chevalier de
Pesé, accompagnez des Officiers
des Gardes du Corps, & des Mousquecaires
allerent reconnoître le
terrain de dehors de la place, conduit
par M. de laVoye
3
ancien
Brigadier des Ingénieurs, & BrigadierdesArmées
du Roy, &
suivis du sieur Daudet, Ingenieur
& Geographe de Sa Majestéqui a
levé tous les plans des environs du
Fort & du Camp, & qui en a fait
tous les deucins. On marqua-les
postes destinez à chaque troupe,
tant de Cavalerie que d' I nfanterie
, qui devoit composer l'armée
du Roy.
- Le terrain depuis le Village de
Viroflée jusques au chemin de
Paris, fut marqué pour les Gardes
du Roy. Le terrain depuis le chemin
de Paris jusqu'au ddrus de la
Montagne de Picardie,quis'étend
dans toute la longueur de l'Aqueduc
de Montreüil
,
fut designé
pour les Mousquetaires Gris &
Noirs, & le Régiment du Roy. On
ordonna de faire des communications
d'un posteà l'autre, &de
rompre les hayes qui auroient pu
incommoder la Cavalerie: ce qui
fut executé promptement.
Deuxième journée.
Le iS. après midi le Roy se
rendit au Camp de Porché-Fontaine,
& S. M. après avoir passé
à la tête des quatre bataillons de
son Régiment, leur fit faire plusieurs
évolutions, dont elle donna
elle-même les ordres.
Un des quatre bataillons, donc
les Officiers & les soldats avoient
quitté leurs habits d'ordonnances
pour prendre des surtouts bleus,
fut détaché pour entrer dans le
Fort, fous les ordres de M. Defclavelles,
Lieutenant Colonel du
mêmeRegiment, pendant que
M. le Chevalier de Pesé commandoit
les trois bataillons, campez
& destinez à l'attaque du Fort ,
avec des détachemens de la maison
du Roy,fous les ordres de Sa
Majesté, .1
Troisiéme journée.
Le 19. au foir qu'on devoit fornier
le blocus du Fore,ie Roy partit
de son Château de Versailles
sur les quatre heures après midi
pour se mettre à la tête de sonarmée.
SaMajesté étoit accompagnée
de Monsieur le Duc d'Orléans
> Regent, de M. le Duc ds Chartres,
Colonel General de l'Infanterie,
de M.le Duc de Bourbon,
Surintendant de son éducation, de
M. le Duc de Charost, son Gouverneur,
& de tous les autresPrinces
& Seigneurs de sa Cour, qui
fut plus nombreuse, & plus éclatante
qu'elle ne l'avait jamais été-
M. le Blanc, Ministre de la Guerre,
& M.le Chevalier de Pesé fortirent
du Camp,où ils avoient tout
disposé ).& allerent au devant de
Sa Majesté. On ordonna au sieur
Daudet, Geographe du Roy, de
marcher à la tête pour marquer
les chemins. Dès que le Roy fut
arrivé sur une petite hauteur qui
étoit presqu'au centre de l'armée
7 le Chevalier de Pesé presenta à Sa
Majestéle Pian du terrain. Le
Roy l'examina longtemps, &avec
une grande attention. M. le Chevalier
de Pesé luy expliquoit l'arrangement
des troupes, & les mouvemens
qu'elles alloient faire sur
ce terrain.
Aussi-tôt quetout fut prêt d'obéïr
aux ordres du Roy, Sa Majesté
fit cirer un coup de canon qui
servit de signalà toute l'armée pour
se mettte en marche sur trois colonnes
,
dans l'instant on vit paroître
sur la droite quatre Brigades
de Gardes du Corps qui descendirentde
la hauteur du village de Virossée,
& qui vinrent fermer le
chemin de Paris, & occuper une
partie de la prairie. Sur la gauche
les Mousquetaires gris descendirent
pareillement de la montagne de
Picardie.Au milieu on vit sortir
d'un petit bois les Mousquetaires
Noirs i deux bataillons du Regiment
du Roy descendirent aussi.
de la montagne de Picardie, &
- vinrent le placer par détachement
entre les Brigades de Cavalerie qui se mirent , en bataille. Un troisième
bataillondu Régiment du
- Roy investit le village de Montreüil
, & en se separant en détachement
il s'emparoit detoiis les
passages qui y conduisent le long
dela montagne,depuis Viroflée
jusqu'à l'arcade de l'Aqueducde
Montreüil L'ordre & les mt>uve..
mens de toutes ces, troupes representoient
parfaitement l'investissement
d'une place de guerre.
Durant tout le temps qu'on employa
à invertir le Fort,,sonartillerie
ne cessa point de tirer; ensorte
que tout le village de Montreüil
étoit couvert dune épaisse
fumée.
L'investissement étant fait àcinq
ou six cens toises de la place, le
.Roy qui étoit à portée de voir les
differens mouvemens,. visita tous,
les postes, en commençant par la,
droite
>
occupée par les Gardes da
Corps qui avoient formé une quatrième
colonne dans la marche,
& finissant par la gauche au bout
de l'Aqueduc de Montreüiloù
étoient les derniers portes de l' I nfanterie.
Sa Majesté parut trèscontente,
& trouva les postes trèsbien
distribuez.
Après le blocus le Roy retourna
dans le centre de l'armée, 6c
ordonna aux troupes de s'avancer,
& de venir attaquer les premiers
portes.
M. le Blanc fut chargé par Sa
Majerté de porter ses ordres à deux
Brigades de Mousquetaires Noirs
qui furent commandez pour aller
attaquer deux portes de Cavalerie
ennemie qui gardoit les environs
dela place les Mousquetaires s'étant
avancez à la portée du pirtolet
de cette Cavalerie
,
le sentinelle
cria;qui vive, on répondit France
, & d'abord a près l'attaquecommença
; les Mousquetaires & la
Cavalerie ennemie mirent le fabre
a la main; la victoire fut balancée,
chacun fut pouffé & repoussé à fort
tour; mais après un combat qui
duraquelque temps, les Mousquetaires
s'emparerent du poste des
ennemis 3 ils en defarmerent beaucoup,
& amenerent au Roy des prifonniers
que S. M. ordonna de garder
jusqu'à nouvel ordre. Tandisque
la Cavalerie du Roy remportoit
cet avantage *
son Infanterie
n'en restoit pas spectatrice oisive.
Un détachement de Grenadiers
fut commandé pour aller enlever
un poste de 5 0. hommes que la
garnison occupoit dans le Cimetiere
de 11 Paroisse de Montreüil.
L'attaque fut assez vive
y
elle se termina
par la prise du poste & de
l'Officier qui le défendoit avec
douze soldats prisonniers qui furent
amenez au Roy,desarmez &.-
deshabillez. Cette capture divertit
infiniment Sa Majesté, & sa joye
redoubla celle des spectateurs.
Après la prise de ces deux postes
le Royapprocha davantage de
la place, & ordonna à sa Cavalerie
d'insulter les dehors; les assiegez
augmentèrent alors le feu de leur
artillerie, & ce spectaclefuttrèsagreable
à Sa Majesté,aussi-bien
qu'à l'Infante-Reine qui vit toutes
ces évolutions, & toutes ces attaques
d'un balcon qui lui avoit été
préparé chez le Curé de Montreüil
Le Roy se retira sur les sept heures
, & ordonna l'ouverture de la
tranchée pour le lendemain Dimanche
à six heures du foir.
Quatrième journée.
La nuit du 20. au 21."on se dis-
,
posa à l'ouverture de la tranchée,
& on ordonna differens postesde
Cavalerie & d'Infanterie pour soûtenir
les travailleurs; le Roi en fit
I3 visite
, 6c
-
se fendit dans le lieu
marqué pour le commencement du
travail, où Monsieur le Duc d'Orleans
attendoit Sa Majesté. Alors-
Modela Voye
,
qui commandoit
les
les Ingénieurs, ayant reçu les or.., dresduRoi, les fit executerà[a;
troupe j le travail fut prompt, L-,
se sentitdelapresencedu Roi.Les
principaux Ingénieurs qui fervent
au siege fous M. de la Voye,sont
M.deVauban,CapitainedansleRegirrent
duRoi,le Chevalierd'Alle
man,aussi Capitaine dans le i-nêàj
me Regiment, M. de Guillhauman,
Lieutenant Colonel reformé,
Mrs de Mauleon
,
de Pondaillan Y
& de Maillet, tous trois OfHciery
dans lie Régiment du Roi, SV
Mrs. de Laury ,Ingénieur k
Daudet-, Géographe de SaMajeste"
i il y en a bien d'autres quimeriteroient
d'être nommez, mais
cela feroit une trop longue liste.
Dès que chacun fut instruit de
son emploi
,
M. de la Voye se mit
à la tête de 60os travailleursy
chargez de pioches, pelles & fascines
qui défilerent sans bruit, le
corps baille, à la faveur d'ùn pe- titclair de lune, qui les guidoit, ., fan,.
sans les trop découvrir aux ennemis.
A mesure qu'ils arrivoient à
la place qui leur étoit consignée,ils
se couchoient ventre à terre, se
couvrantde leurs fascinesqu'ils opposoientaufeu
desassiegez. Le
Roi,témoin de cette manoeuvre,
en loüa les dispositions
,
& ordonna
de commencer la premiers paralelle,
ce qui s'executaavec beaucoup
de diligence.
Tandis que la Place, par un feu
continuel, s'efforçait d'empêcher,
ou du moins de retarder ce travail
, la Garnison fit même des
sortiesqui furent vigoureusement
repoussées. Ensuite Sa Majesté
voulut voir le progrèsdel'ouvrage
qui avoir avancé considerablement,
quoiqu'il ne fût commencé
que depuis une heure. S. M. passa
le long de la premiere paralelle,&
satisfaite des operations de la premiere
nuit du Siege ordonna que
l'on ceflac detirer, & se retira dans
son Château de Versailles, ou M*j
le C hevalierde Pesé alla recevoir
sesordres pour le lendemain, ce
qu'il a fait pendant tout le tempsque
le siege a duré.
Cinquièmejournée.-
, Le détachement qui soûtenoit
les travailleurs,étoit de 6oo. hommes
, & de deux Compagnies de
Grenadiers, fous les ordres de M.
de Crevecoeur, Mestre de Camp
d' I nfanterie
)
commandant le (econd
Bataillon du Regiment du
Roi. La tranchée fut ouverte à
150. toises du Fort, par deux
boyaux, conduisant à une grande
paralelle de 700.toises, qui embrassoit
tout le front de l'attaque.
J La nuit du 21. au 22. le Roi se
rendit à sonCamp,accompagné de
Mademoiselle de Charolois&de la
Marquise de Maillebois, vêtuës en
Amazones,&d'uneCour toujours
I très-brillante & très-nombreuse.
t Tel étoit l'ordre prescritdu travail
de cette nuit. On débouchera
jur les capitales des deux bajtiont
&de la demilune , les boyaux
marquez, Jur le Plan & à leurs extrlrtJttez.
j on je retournera a droit
& à gauche jur environ vingt toi.
les) pour commencer à former la
féconde paralelle.
- Dès que le Roi eut mis pied à
terre, le Chevalier de Pesé, qui
avoit été au devant de Sa Majesté,
la conduisit à l'ouverture de la
tranchée, qui fut relevée par M.
Dartigalouë
,
Mestre de Camp
d'Infanterie
,
& commandant le
trosiéme Bataillon du Regiment
du Roi, à la tête de 500 hommes,
de deux Compagnies de Gre- .,
nadiers & de 500. travailleurs. Le
Roi entra dans la premiere paralelle,
où 500 Soldatétoient déja
postez
, a couvert du feu de la
Place,& prêtsà,soûtenir les travailleurs
, qui ouvrirent trois boyaux
sur les capitales des bastions du
Roi, de la Reine, & de la demilune
d'Orléans, & on s'étendit à
droit& à gauche pour formerune
seconde paralelle. Apres la visite
de la premiere paralelle le Roi s'arrêta
vis-à-vis le milieu de la Place ,
& monta surla hauteur de la 1re.
parallele pour faire quelque obter..
vation. Le Duc de Charost, Gouneur
de Sa Majesté, le Duc de
Villeroi, Capitaine de ses Gardes,
& leChevalier de Pesé, la soûtenoient
pendant ces observations.
t
M. des Clavelles,Gouverneur
de la Place, ayant apperçû Sa
Majesté lurcette hauteur, fit une sortie d'un Officier avec un tambour
battant saraisse,le Roi ordonî
na à un Officier de son Regiment
d'aller les reconnoître,&de sçavoir
ce qu'ils vouloient. Cet Officier
de retour rapporta à Sa Majesté,
que le Gouverneur de la Place luienvoyoit demander si elle n'a,-
voit rien à luiprescrire avant les
hostilitez de cette nuit. Le Roi lui
fit dire qu'il ne vouloit que la prise
de la Place.A cette reponse le Gouverneur
marqua par le bruit de son
artillerie, qu'il étoit resolu de se
bien défendre. Alors M. de la
Voye traça les communications
pour arri ver à la féconde paralelle.
M. de Vauban le secondoit du
côté gauche de la tranchée.Onvit
dans un instant la trace de la seconde
paralelle, & de ses communications
formées par près de
ilx cens travailleurs couchez à terl'e,
& couverts de fascines.
Le Roi, après les avoir vus défiler
& poster, se retira sur un cavalier
qu'on lui avoit preparé, avec
les Dames en Amazones & toute
sa Cour. Le travail commença
avec autant d'ardeur que la premiere
nuit,malgré trois sorties
quefirent en même temps les assiegez,
l'une par le côté droit, l'autre
par le, côté gauche, & la derniere
par le milieu de la Place ; les
deux premières qui n'étoient que
de 50. hommes chacune, furent
J aisément repouliées; mais la troisiéme
,
qui étoit de deux Compagnies
de Grenadiers,s'avança jusqu'au
centre de la place d'armes,
&. les assiegez commençoient à
combler les travaux, lorsque plusieurs
piquets, soûtenus de cinquante
Gardes du Corps, lesrepousserent
jusques dans le chemin
couvert. On fut obligéde se retirer
à cause du grand feu de l'artillerie
de la Place. Le bruit du canon
fit tellement cabrer le cheval
d'un Sous-Brigadier des Gardes du
Corps, qu'il fut jetté par terre;
cette chutefut si dangereuse, qu on
crut qu'il en mourroit, ou seroit
du moins estropié j mais M. de la
Peronie, premier Chirurgien du
Roi,ayantvisité le blessé, sur le
champ de bataille, ne lui trouva
point de blessureconsiderable. Le
1
Roi fut fort touché de cet accident
, & n'en fut bien remis, que
lorsqu'il sçût qu'on avoit emporté
cet Officier dans une chaise à por- teur, &que sachûten'auroit point
desuitetuneste Sa Majesté luia
accordé une pension de 300 liv.
Cependantle combat continuoît,
& occupoit infiniment Sa Majesté,
'Gui de l'on cavalier, où Monsieur
le Duc d'Orleans s'etoit rendu dès jecommencement des operations,
donnoit à son armée ses ordres,
qui étoientportez par M. le Blanc.
Aussitôt que lesassiegezeurent
été répondez, le Roi alla visiter le
champ de bataille,où il trouva un
grand nombre de Soldats, les uns
contrefaisant les morts, les autres
les blessez. Dans ce momentles
assiegez firent une quatrième for-
-tie par la gauche dela Place,pour
enlever leurs morts & leurs blessez,
qui en augmenca encore le nombre.
Aprèstoutes ces sorties, dont les
mouvemens furent variez pour divertir
davantage le Roi,& lui presenter
des images différentes de ces
fortes de combats, Sa Majestéalla
voir l'ouvrage des travailleurs,
§c trpuva la feconde paralelle
presque
etoute formée.le Roi leur fit
distribuer une cinquantaine de
louis
, pour encourager leur zele
&, lesrécompenser, .& enfuitemonta
à cheval, & s'en retourna au
Château accompagné de toute sa
Cour.
Sixième journée.
La nuit du 22au23,Voici
-
quel étoit le projet des opérations.
On achevera, entiereinent de former
la seconde paralelle, & on
débouchera des jappes sur les trois -cA/Jitales" pour chemineraux angles
saillans du chemin couvert,
On commencera aUJJi à travailler
cette nuit aux batteries dessinées
à ruiner les défendes.
M. de Cadeville,Mestre de
Camp
9
commandant le quatriéme
Bataillon du Régiment du Roi, à
larêtede100. hommes, de quatre
Compagnies de Grenadiers,& de
500.travailleurs, releva la tranchée;
on perfectionna lestravaux.
bc on commença à dresser des hateries
de canon.
Le Roi se rendit à l'ouverture
de la tranchée
, accompagné du
Duc de Chartres, du Ducde Bourbon,
du Comtede Clermont, du
Grand Prieur, & de toute sa Cour.
SaMajesté parcourut à pied la
premiere & la seconde paralelle
1 suivie de M.le Chevalier de Pesé,
& visita aussi les bateries commencées,
au nombrede huit. Ensuite
Sa Majesté se rendit dans le lieu
marqué pour commencer la sape,
& yresta très-long-temps. M. de
la Voye, à la tête des sapeurs,
expliquaau Roicetteforte d'oper
ration,aussi-bien que l'usage des
gabions & desmantelets. Pendant
que l'onçommençoit la sape, l'artillerie
de la Place ne discontinuoit
point; M. de KeSous, Lieutenant
General, la commandoit, & M.
le Semelier lesecondoit. Après une
demie-heure de travail à la sape
y le Roi donna dix loüisd'or aux
-':pPTS, & un louisd'or en particulier
au nommé S, Jean, de Bagnols
en Languedoc, Soldat dans le RegimentduRoi, qui eutl'honneur
d'être presenté à Sa Majesté
-
parM. leChevalier de Pesé, comme
un des plusexcellens Charpentiers
qu'il yeutdans lesTroupes.
Le Roi retournaensuite à la queuë
de la tranchée,pour voir porter la
fascine à la Cavalerie, composée
de cent -
Gardes du Corps, & de
centcinquante Mousquetaires ;
après cette manoeuvre ,
qui plût
beaucoupà Sa Majesté, elle alla
se placer sur son cavalier, & y fit
monter Mademoiselle de Charo
lois,Mademoiselle de la Rochefur-
Yon, & quelques Dames de
la Cour. Dès que M. des Clavelles,
Gouverneur de la Place, apfpietrçut
le Roi sur son cavalier, il
faire trois vigoureuses sorties,
,
pour interrompre l'ouvrage des
fapcur&, qui furent foudroyez en
jnème temps par lecanon & les
bombes des assiegez. M. le Chevalier
d'Harcourt, qui a toujours
accompagné les Ingenieurs depuis
le commencement du siege, éteignit
une bombe qui tomba près de
lui, & l'apporta au Roi. Les aCfiegeans
firent des prisonniers pendant
les fprties
,
qui furent amenez
à Sa Majesté. Mais les allie..
gez firent ensuite une autre sortie
,
dans laquelle ilssiren t pllifieur$
prisonniers
,
les Grenadiers qui
avoient marché pour les repousser,
ayant été pris en flanc par 50.
Grenadiers du Fort, qui étoient
couchez sur le ventre au basdu
glacis.
M. le Blanc eut ce jour-là une
atteinte de goutte, qui ne lui permit
pas de remplir auprès du Roi
ses fonctions ordinaires. -
Septièmejournée.
La nuit du 23. au 24. projet
du travail. Onpousseralasapejusyucs
a vingt toises dçi anglesJail*
lansdu chemin couvert, (7 on
commencerai former la troiftémearalelle
.t depuis la capitale dfit
ïafiiond&~R.oirjujqties à celle du
bailton de la Reine.
M. de Crévecoeur releva la tranchée
avec 500. hommes, quatre
--C-ompagiiies de Grenadiers, &
3-Z;Ltravai-lleÙrs.. Le Roiarrivaau
Camp, accompagné du Ducde
Chartres, du Duc de Bourbon,
du Comte de Clermont, de Mademoiselle
de Charolois, de la Mar-
<lui[e de Maillebois,habillées en
Amazones, & du Duc deCharoQ,
Gouverneur de Sa Majesté,
qui fut conduite par M. le Chevalier
de Pesé, de la premiere & fe-*
Gonde paralellejusqu'à la premiere
baterie. Là le Roi observa la manoeuvre
du canon,&. le fit tirer
devant lui; M. de la Voyefitremarquer
à Sa Majesté un ouvrage
nouveau, que les assiegezavoient
fait durant la nuit précédente, à
2>o. toises du chemin couvert, sur
la Capitale du bastion du Roî.
C'étoitunelunette avec une lfe*-- che.On en expliqua l'usage à Sa
Majesté, qui dela parcourut toutes
les autres bateries, & fit tirer
huit ou dix coups à chacune. Le
Roi ordonna à M. Dodarc, son
premier Medecin
,
demettre le feu*
à un canon, ce qu'ilexecura aussitôt,
charme de contribuer au plaisir
de Sa Majesté,qui visitaenfuite
l'ouvrage que les sapeurs
avoient fait pendant la nuit, & se
rendit de-la dans l'endroit marqué
pour la troisiéme paralelle;
qui fut commencée en sa presence
»
sous les ord res de M. de la
Voye
,
secondé par M. de Guilhaumand.
Onfit mettre des porsen-
tête à deux ou trois sapeurs,
pour ne rien laisser échaper de tout
ce qui pouvoitinstruire le Roi des
usages de la guerre. Dès que la
troisiénie paralelle fut tracée, le
Roi se rendit à une baterie de
mortier, oùilexamina avec penetration
tout l'appareil & les instrumens
de ces bateries,leur construction
,
la maniere de charger un
mortier, de le tirer, l'effet de la
bombe,& autres détails de cette
espece d'artillerie. Toutesces bateries
tirerent dès ce soir-là.
Pendant cet examen il se fit
une sortiedes plus nombreuses; le
Roi donna ses ordresavec tant dejugement
& de connoissance
, que
ses troupes suivant ses commandemens
envelopperent les assiegez,
& le champ de bataille parut
bien-tôt couvert de morts & de
blessez.
Le Duc d'Epernon, & le Marquis
de la Suse; Grand- Marêchal
des Logis de la Maison du
Roi, se signalerent dans ce combat
;-
& malgré leur jeunesse ils
firent un prisonnier qu'ils amenerent
au Roi avec un fusil d'un
mort de leur façon. Cette capture
réjoüit fort Sa Majesté.
Ensuite le Roi voulant faire en;'.
lever les morts&les blessez,envoya
proposer une suspension d'armes
au Gouverneur dela Place, quien
convint. Aussi-tôt parurent des
civieres
,
conduites par le Sieur
Daudet, qui avoit été chargé de
Jes amener; pli enleva les morts
& les blessez; èt comme le nombre
des civieres ne suffisoit pas, les
Soldats les emportoient en cent
postures differentes, & representoientnaïvement,
& au vrai, ce
qui se fait dans ces- fortes d'occasions.
Le Roi fit distribuer par M.
le Chevalier de Pesé quelques loiiis
aux morts & aux blessez,qui ne
manquerent pas de les boire pendant
le convoi.On entendit derriereSa
Majesté une voix plaintive,
le Roi se retourna, & vit un Sol-
-dat mourant, SaMajesté ordonna
à M. Flandrio de Montblan,
Chirurgien Major de ses Camps
& Armées, d'avoir foin de ce bIef.
fé, & de lui tirer CIufang., ce qui
fut copiéexactementau coupde
lancette près. Le Roy finit ses travaux
ce jour-là par quelques momens
de reposqu'il goûta dans la
tranchée, où Sa Majesté fit collation
,
& ensuite retourna à Verfailles.
Huitième journée.
Projet dela nuit du 24. au 25.
Onpoufferadesfappes sur les trois
capitales qui iront droit auxangles
du chemin couvertsur environtrois
toiles de longueur, <3* à leurs extrémitez,
onJe retournera à droite,
C-r à gauche pourfaire des places
d'rmes, où on établira des cavaliers
pour plonger dans le chemm
couvert.
; Le Roy s'étant rendu auprès de
son Cavalier restaà cheval pour
observer l'étatduSiege, & vit
quatre nouvelles batteries que l'on
avoitconsfruites.
La tranchée fut relevée par un
détachement du Regiment du Roison
perfectionna les sapes, & on ea
ouvrit deux nouvelles pour couper
aux assiegez la communication
du chemincouvert avec la lunette
qu'ils avoiencélevé la veille sur la
capitale du bastion du Roy.
Ils étoienten si grand nombre
qu'il étoit difficile de les en chasser.
Lorsque cette doublesape fut un
peu avancée, une Compagnie de
Grenadiers attaqua les ennemis,
qui se défendireht par un feu continuel
sur nos troupes qui riposroient
par un déluge de Grenades.
Les assiegez non contents de cela, *
se doutant bien que la superiorité
de nos troupes
leur
emporteroit
cette lunette qu'ils avaient fait miner,
ils l'abandonnerent pour nous
attirer. M. de la Voye qui penetra
leurartiifce, avertit nos troupes de
combattre les ennemis qui occupoient
la lunette sans y entrer. Les
assiegez étant chassez, M. de la
Voye alla seul visiterlui-même la
lunette, & découvrit une méche
qui bruloitfortvîte. A peineeutil
le temps de le retirer, 6c de dire à
nos soldats de reculer, & de se coucher
par terre, qu'aussi tôt la mine
fauta avec un grand bruit, 6c une
fuméetrès-épaisse ;
elle enleva l'angle
& la moitié des faces de cet
ouvrage. Le Roy alla voir l'effet
de la mine avec Mademoiselle de
Charolois, & la Marquise de Maillebois
,
1x quelques autres qui ie
suivirent. M. le Chevalier de Pesé
presenta à Sa Majesté M. de la
FoLIe, Capitaine des Mineurs
,
6c;
les Mineurs furent recompenfcx
de leur travail par les liberalitez du
Roy. Nos soldats s'emparerent de
la lunette, & s'y fortifièrent. On
fit une suspension d'armes pour
donner le temps au Roy d'examiner
le terrain où on vouloit établir
un Cavalier pour battre dans la
place d'armes du chemin couvert.-
Sa Majesté allaensuite sur la droi te
voir la piece de canon de 24.qu'el
le - fit tirer,& aprèsavoirchargé
M. de Ressons de distribuer dJx.
loüis d'or aux Canoniers elle se re"-
tira.
Il paroît que le Roy a beaucoup
d'ardeur pour cet exercice; il visitegeneralement
tous les travaux
il en conçoit ailément l'usage, &
en examine les progrès avec beaucoup
d'attention
,
refléchissant sur
les differentes manieres d'attaquer
une place, & d'ailleurs encourageant
les travailleurs, autant par sa
presence
que par ses liberalitez.
Les soldats très-satisfaits des manieres
de ce Prince ont exprimé
leurs sentimens par des couplets de
chanson que nous avons eu foin
de receüillir.
CHANSON GRIVOISE,
sur l'air, Ion lan laoderirttte.
AMis, chantons tant bien que mal,
Nôtre jeune & beau General,
Lon lan laderirette,
Tous les bons grivois font pour lui,
on lan la deriry.
Dès qu'il paroît au Camp, quel go I
Sa vue est pour nous du coco,
Lon lan la dehrette,
Qui d'abord nous ragaillardit,
Lon lan la deriry.
Il ordonne en vieux Commandante
On diroit qu'il a cinquante ans.
Lon lan la derirette ,
Quand on ne voit que son esprit ,
Lon lan la deriry.
Dans la tranchée il mange & boit j.
Avec tout autant de sens froid,
Lon lanla derirette,
Qu'un gros Abbé dans son logis r
Lon lan la deriry.
Q.noique sui et à contrô ler
,
Quoique- Sur lui nous ne pouvons glaCer;
Lon lan la derirette,
Pas même quand nous sommes gris
;)'
Lon lan la deriry.
Neuvièmejournée.
Projet de la nuit du 25. au 26.
Onje logerasur les angles du chemincouvert,
foitpar la sappe ou
de vive force.
Le Roy étant arrivé au Camp
devant le Fort, s'arrêta vers le milieu
de la deuxième parallèle, pour
mieux observer ce qu'on alloit faire
sur la capitale du principal bastion.
Le Chevalier de Pesé qui
avoit accompagné S. M. jusqu'à
cetendroit,s'absenta pendant quelques
momens pour donner ses ordres,
& disposer ses troupes an
combat.
Les ennemiss'étantapperçû
qu'onn'avoitpoint achevé de continuer
les deux boyaux, ou communication
qui devoient se joindre
dans la gorge de la lunette' qu'on
leur avoit prise le jour precedenc , quoique M. de la Voyeeût donné
ses ordres pour ce travail, fircnt
une sortie très-à-propos avec deux
Compagnies de Grenadiers, & à
la faveur d'un épaulement que M.
de la Motte, Ingenieur en Chef
de la place avoit fait faire très-judicieusement,
ils entrerent dans la
gorge de la lunette, en chasserent
nos troupes, renverserent nos ouvrages,&
mirent le feu à nos gabions.
Alors nos soldatsquiétoient
dans la troisiéme parallèle en sortirent
avec beaucoup d'ardeur,
commandés par M. de la Voye
chasserent les assiegez
,
éteignirent
- le feu de nos gabions, rétablirent
nos ouvrages,fermerententièrement
la gorge de la lunette, s'y retranchèrent
, & montèrent enfin
sur le chemin couvert, à la faveur
d'un boyau qu'ils formèrent sur le
glacis, vis-a-visl'angle flanqué du
bastion duRoy ; ils établirent aussitôt
leur logement,tant sur la droite
que sur la gauche, à la faveur
des gabions que PQnoient lestravailleurs
,soutenus par deux Compagnies
de Grenadiers qui faisoient
un feu continuel, & accabloient
de grenades les assiegez qui étoient
dans le chemin couvert, & qui firent
de nouveaux efforts pour détruire
notrelogement, ce qui ne
leurréüssit pas. Toutecetteattaque,
qui dura près d'une heure avec
un feu prodigieux, fut bien conduite,
& comparée par les connoisseurs
aux attaques des Sieges
du Quesnoy & de Fribourg. Le
Roy y prit beaucoup de plaisir, &
se retira ensuite sur son cavalier
pour voir les autres sorties qu'on
devoit faire.
Aprèsnôtre logement fait les
ennemis firent un dernier effort,
& vinrent en si grand nombre
qu'ils renverserent quelques-uns de
nos gabions
, & chasserent nos travailleurs
de l'extrêmité de la troisîéme
parallèle
, on ne leur donna
pas le temps de la combler, ils furent
promptement repoussez
,
& ce
qu'ils avoient détruit. futrétabli.
Une autre troupe des assiegez
croyant que nôtre groiie batterie
n'écqlt pas assez défenduë s'avisa
de la venir attaquer pour la furprendre
& l'encloüer. Ils y arriverrent
avec beaucoup de précipitation
mais dans le moment
se
voyant
environnez de toutes parts par nôtre
Cavalerie,& nôtreInfanterie,ils
n'eurent le temps que de mettre le
clou dans la lumiere de nôtre grolle
piece de .24. & se retirerent au.,
plusvîte en essu y ant le feu de tourtes.
nos troupes, qui en firent reâer
ungrand nombre sur la place.
Le Roy ordonna à M. dela Serre
Aide-Major dé son Régiment,
d'aller faire décloüer,s'ilétoitpossible.,
cette piece de canon, ce qui
fut fort aisé; car les assiegez n'avoient
pas eu le temps
«
d'enfoncer
leclou. On le porta a S. M~ qui
voulut aller voir de ces propres
veux ce que c'était que d'encloüer
mi canon. Aprèssel'être fait exoliquer,
il fittirer cette même pieâl,:
e,,échap,éç aux jrcuuvaifes inreur
tions desennemis, aussi bien qu'une
grande quantité de bombes
, avant
que d'aller voir l'ouvrage que nos
troupes avoient fait pendant tout
le combat, & les logemens qu'elles
avoientétablis sur le chemin couvert.
M. de la Voye expliqua au*
Roy de quelle maniere cet ouvra-j ges'étoit fait, aprèsquoi S.M.se]
retira. I
Dixiéme journéé.
Jo.
Projet de la nuit du 26au 27.1
Un commencera, a travailler aux
batteriesjnrle chemin couvert, tant'
de canons que de pierriers & mori
tiersj onfera la descente du
cheptin-i
cCpoCulv~aefr~ct,, e(&sûo~ndje'a/lCorg~emfr~odaenssle.1s.,,,
- La Cour fut encore plus nom-';
breuse au Camp ce jour-la qua.
l'ordinaire,l'Infante-Reines'étand
rendu sur son balcon, accompa-«
gnée de Madame la Duchesse de'
Vantadour, de Madame la Prin-
« cesse de Soubise
,
& d'autres Dà-g
mes de la Cour. *
i
Le Roy partit de Versailles à
4. heures
,
accompagné de Monsieur
le Duc d'Orléans,du Comte ,4
.de Charolois, du Prince de Conti,
du Duc de Charosts,son Gouverneur
, &c. commença par visiter la
troi siéme parallelepour lui faire
voir l'ouvrage que ses troupes
avoient fait la nuit precedente,
aussi bien que deux Cavaliers élevez
pour tirer dans le chemin couvert,
&placez sur la droite & la
gauche de la capitale de la demilune
d'Orléans, & qui formoient
avec leurs boyaux un ouvrage
qu'on nomme Ygres Onexpliqua
à Sa Majesté comment se devoit
faire ce jour-là l'attaque du chemin-
couvert; ensuite le Roy alla
se placer sur son cavalier. L'attaque
du chemin-couvertcommença
par les Grenadiers, on ne tarda
pas à s'y loger; l'ennemi qui avoit
miné les deux angles saillans du
bastion du Roy, & de la demi-lune
d' Orléans esperoit tromper la
vigilance de M. de la Voye, & se
trompa lui-même, car on fit un
puits pour éventer lamine faire au
bastion du Roy,ce qui en diminua
beaucoup l'effet; celle de la demilune
d'Orleans nous fut plus funeste
,
il y eut trois ou quatre soldats
du Regiment du Roy qui ne
se retirerent pas assez tôt, & qui
fauterent en l'air, cela exci ta fort
la compassion des spectateurs qui
se tourna en risée quand on (çÚt
que les soldats-enlevez par la mine
n'étoient que de carton.
Cependant deux Compagnies de
Grenadiers s'établirent le long des
palissades depuis le bastion duRoy
jusqu'à celui de la Reine.
, Le Roy alla voir de près l'effet
des mines, & voulut voir aussi de
près une seconde attaque du chemin
couvert, ce qui fut execuré
avec une vivacité &: une justesse ,
dontSaMajestéfuttrès-contente.
Dans le temps que le Roy étoit
sur son cavalier on lui amena une,
3
femme qui avoit servi d'espion aux
ennemis, elle joüa si bien son rôle
que son recit amusa fort S. M.
Onzième journée.
Projet de la nuit du 27. au 28.
Onferaladescente dufossé.Le spectacle
fut très-brillant ce jour-là,
non-seulement par l'execution des
projets concertez,mais encore par
le concoursextraordinaire de monde
que la curiosité y avoit attiré.
Tous les bons Bourgeois de Paris
avoient profité du loisir du Dimanche
pour venir admirer ce que la
>
plupart ne comprenoient pas. Toute
la campagne étoit couverte de
Cavaliers, de piétons, d'amphiteatres,
& de voitures de toutes
l sortes d'especes.
On attendoit ce jour-là un convoy
dans la place, & l'armée du
Royen étoit instruite; on avoic
t fait occuper par des détachemens
>
de Cavalerie tous les défilez du
1 bois qui est sur la hauteur de la
montagnede Picardie;cestroupes
attendoient le signal pour charger
le convoy qui passa le bois conduit
par une escorte considerable ; dès
qu'il parut dans la plaine nôtre Infanterie
aunombre de quatre Compagnies
de Grenadiers quiétoit en
embuscade
,
ferma tous les passages
du bois, & la Cavalerie composée
de Mousquetaires & Gardes
du Roy, fondit sur l'escorte avec
tant de rapidité & d'action que le
combat semblaveritable ;on prit
des chariots du convoy, & le reste
malgré la valeur & la prudence
des assiegeans entra dans la place
qui avoit, comme on peut croire,
très-grand besoin dece secours.
Pendant le combat on surprit
dans la place un denos espions qui
futaussi-tôt pendu sur l'angle flanqué
du bastion du Roy; (on se
doute bien que l'espion étoit d'or
fier. )
Après le combat le Roy alla visiser
lechemin-couvert de la place 1
on nous étions logez, &où nous
avions placé six de nos batteries;
ensuite Sa Majesté se retira derriere
la seconde parallele pour voir
faire la descente du fossé. Pendant
ce combat les assiegez firent joüer
une mine qu'ils avoient faite aLi
chemin-couvert, vis-à-vis la face
droite de la demi-lune d'Orleans
fous une de nos batteries, composée
de deux pieces de quatre livres:
l'effet en fut très-vif. -Lesafflits &
L-les rouës furent brisez en morceaux,
les canons même furent jetr
tez à plus de trente pas de la mine.
Î.M. de la Fosse,Lieutenant des Mineurs
quiavoit fait cette mine en - fut fort loüé. Le Roy en vit lesdétbris
, 8c de-là alla visiter le logement
fait par nos troupes au chemin-
couvert du côté du bastion de
Ma Reine. On amena à Sa Majesté
7im déserteur de la place qu'elle
questionna avec beaucoup dedis-
3 cernement & de capacité, sur la
situation de la place,, le nombre
de troupe qui restoient pour sa
défense,sesvivres & ses munitions
, sur laconduite du Gouverneur,
& la capacité des Ingenieurs.
Le Roy charmé des réponses de ce
Soldat,lui demanda,s'il vouloit
prendre parti dans ses troupes; il
répondit à cette demande encore
mieux qu'aux premieres,& reçut du
Roy quelques Loüis d'or pour son
enrôlement. Pendant qu'on travailloit
à reparer le dégât de la mine,
une de nos bombes tomba sur
le clocher de l'Eglise de la place,
&: cetédificefut-bien-tôt consumé,
attendu qu'il étoit bâti de la même
matiere qui sert aux Châteaux de
l'O péra.
Les assiegez voyant qu'on travaillent
fortement à la descente du
f.{){fé) mirent tout autour de leurs
remparts des pots à feu, & des toures
gaudronnées pour découvrir
ce que nous faisions dans le chemin
couvert. Cette illuminationfinit
parfaitement bien les opérationsde
cette
cette journée qui fut des plus variées,
& des plus amusantes.
Douzième journée.
Projet de la nuit du Lundy 28.
au 29. On tâchera d'attacher le
mineur a la face gauche dela demi-
lune d'Orleans.
Le Roy se rendit à la fin du jour
sur son cavalier, accompagné de
Mademoiselle de Charolois
,
& de
quelques Dames habillées en Amazones,
& suivi de M. le Blanc, qui
empressé de remplir son devoir auprès
de Sa Majesté,oublia qu'iln'étoit
pas trop bien gueri de la goute
qui l'avoit attaqué trois jours auparavant.
Dès que le Roy l'eut ordonné
on fit la descente du sossé devant
la face droite de la demi-lune d'Orleans.
On perfectionna les sappes
couvertes, la gallerie du sossé
,
6c
on construisit avec une très-grande
diligence une traverse à l'épreu-
-ve du canon, qui facilita le padage
du même fossé, & permit d'attacher
le mineur. Lamine fut promptementachevée
,on fit retirer nos
troupes; &: les assiegez s'étant apperçus
du peril qui les menaçoit,
évacuerent la demi-lune, & en retirerent
leurartillerie. Lamine fauta
aussi-tôt, & laissa voir une bréche
considerable, dès que la fumée
fut dimpée. M. de la Voye, à la tête
de tous les travailleurs, monta sur
la demi-lune, & s'y retrancha. M.
de Guillauman, lngenieur, ôc M.
Dussoir, Capitaine reformé au Regiment
de Vendôme se distinguerent
fort pour leur capacité, &
leur activité dans cet ouvrage. M.
le Duc d'Epernon, & M. le Marquis
de Cany
,
malgré leur grande
jeundTe, & la délicatesse de leur
temperamment, apporterent sur la
demi-lune plusieurs fascines qu'ils
prenoient dans un endroit assez
éloigné.
Quand le retranchement fut
achevé, M. le Chevalier de Pefé*
qui s'étoit trouvé par tout, alla
avertir le Roy du succès de la mine,
Sa Majesté voulut en être le
témoin., & s'y renditen passant par
les retranchemens que l'on avoit
faits dans les places d'armes du chemin-
couvert,pour voir la descente
du fossé
, & le mineur attaché à la
facedroite-du bastion du Roy.
Sa Majeflé après s'être fait expliquer
tout ce qui concernoit cette
operation, alla voir les triples palissades
que les assiegez avoient
plantées dans le chemin couvert
pour retarder les travaux j & étant
descendu dans le fossé
3
vis-à-vis le
milieu de laface gauche de son bastion,
Sa Majestévit travailler le mineur
après s'êtrecouvert d'un mantelet.
Delà elle alla voir tirer la piece
de 24. & un artificier tira un peu
après quelques douzaines de fussées
valantes qui firent un très-bel effet.
M. de la Fosse qui faisoit la mine,
&qui avoit fait les précedente fut
très-gracieusé sur ses talens, allffi
bien que M. de Laury, Ingenieur
très-entendu, & très-experimenté,
qui sert depuistrenteannées dans
les troupes du Roy.
Treizièmejournée.
Projet de la nuit du 29. au 30.
Onserajoüer lamine de la demilune
qu'on emportera d'assaut, &
on s'y logera.
Le Koy en arrivant au Camp
dePorché-Fontaine, se rendit d'abord
devant la face droite de son
bastion, & vit la bréche que le canon
y avoit faite ; Sa Majesté adr
mira la diligence & la précaution
des assiegez, qui pendant la nuit
avoientherisse toute cette bréche
de palissade pour s'opposer à l'assaut.
M. le Chevalier de Pesé &
M. de la Voyeexpliquèrent au Roi
l'usage de ces palissades, & comment
on devoit s'y prendre pour
détruire cet ouvrage. Alors Sa Majesté
envoya un tambour demander
au Gouverneur de la place, s'il
ne vouloit pas capituler,le Gouverneur
répondit au Roy,qu'il se trouvoit
si honoré de combattre contre
Sa Majesté,£c de l'avoir pour
témoin de sa conduite, qu'il s'efforceroit
de meriter son approbation
en faisant son devoir, 6c en
défendant jusqu'à l'extrêmité la
place qui lui étoit confiée.Aussitôt
l'attaque commença ; le Roy se
rendit dans le chemin couvert au
milieu de kl face gauche de son
bastion
,
àc vit de quelle maniere
les assiegez chasserent le mineur,
en jettant des pots à feu 6c des
tourtes gaudronnées sur les gabions,
fascines & planchesqui couvroientle
passage du fossé. Mais le
Canon ayant ruiné les palissades
des assiegez sur le bastion du Roy,
& augmenté considerablement la
brèche, deux Compagnies de Grenadiers
monterent à l'assaut, chafserent
les ennemis, & s'emparerent
du bastion du Roy jLfqL,'à la gorge,
où les assiegez s'étoient retranchez.
M. de la Voye fit d'abord
travailler à un retranchement.
Danslemême temps que l'assaut
se livroit au bastion du Roy, on
faisoitaussi une attaque sur la face
gauche du bastion de la Reine
,
où
la brècheétoit considerable. Les
assiegez l'avoient fermée pendant
la nuit avec des chevaux de frise,
& les assiegeans s'occupoient courageusement
à les arracher, lorsqu'ils
apperçurent les signauxd'une
capitulation.
Le Gouverneur de la place après
avoir fait toutce que la valeur&
l'art militairepeuvent tenter pour
la défense des Villes, voyant qu'il
ne pouvoit plus résister que témérairement
aux armes du Roy
,
fit
déployer un drapeau blanc sur la
courtine; & ayant fait battre la
caille pour demander une capitulation,
députa vers Sa MajestéM.de la
Motte, Lieutenant de Roy, & Ingenieur
de la place qui proposa les
articles suivans au Roy, qui s'étoit
j.el'idu par la breche sur son bastion,
où il s'étoitassis sur une fascine.
Capitulation proproÇêeau Roi Très-
Chrétien, par M. des CLavelles
de Schaumouje
,
Gouverneur
du Fort de MontreiiiL
- I. Il feraaccordé trois jours de
suspension d'armes; 6c si dans ce
terme la place n'en: pas secouruë,
jclle fera remise au pouvoir de Sa
Majesté Très-Chrétienne. 1
Répondu. La Garnison évacuëra
la Place dès demain 3.0.ëe remettra
des aujourd'hui une porte
aux Troupes du Roi.
2. La Garnison sortira par la
breche, tambour battant, meche
allumée, drapeaux déployez,pour
être conduite à Meudon par le plus
court chemin. Accordé.
3. Chaque Soldat pourra emporter
une livre de poudre,& des
ballesàproportion. Répondu. Chaque
Soldat remportera six coups à
tirer seulement.
4. Il fera accordé à la Garnison
quatre pieces de canon & deux
mortiers
, avec douze coups à
tirer pour chaque piece, & les
équipages necessaires pour les conduire
a Meudon, seront fournis
aux dépens des assiegeans. Accordé
deux pieces de canon de (ix li vres
& un mortier de huit pouces avec
six coups à tirer j le tout fera conduit
à Meudon aux dépens des assiegez.
5. Il fera aussi fourni aux dépens
des assiegeans six chariots
couverts, qui ne pourront être visitez,
fous quelqde prétexte que
ce soit.Accordé deux chariots aux
dépens des assiegez.
6. Le Trésorier, le Munitionnaire,
ni aucun Officier de la Garnison
, ne pourront être retenus
pour seureté des dettes qu'elle peut
avoir contractées, ni fous aucun
prétexte. Répondu. Ilseralaissépar
les assiegez un Commissaire pour
ôtage des dettes j usqu'à leur entier
payement.
7. Les particuliers établis dans
le Fort, auront la liberté d)ytJ rester
ou de se retirer avec leurs ei£fets.-
Accordé, à condition qu'ils seront
tenus d'opter dans huit jours.
8 Les malades & blessez qu'on
est obligé de laisserdansle Fort,
feront pansez aux dépens deSa Majesté
Très- Chrétienne * & lorsqu'ils
feront gueris , renvoyez à
Meudon. Accordé.
9. Il fera accordé une escorteà
la Garnison , pour empêcher qu'elle
ne foit inquietée dans sa marche
jlifqti'à Meudon: Accordé.
Fait & arrêté aux conditions
prescrites parSaMajesté au Camp
devant Montreüil le 29. Sep'telfioOr
bre 1722.
D'abord que le Roi eut finéla
capitulation
,
il s'avança sur le haut
du parapet, dans l'angle de l'épau-
L le de son bastion
, 6c parlaassezlong-
temps avec M. des Clavelles,
Gouverneur de la Place, qui étoit
sur la courtinei & là Sa Majesté
le fit Grand Cordon de l'O rd re
Militaire de S. Loüis. Ensuite elle
alla voir la breche du bastion de la
Reine, & les deux chevaux de frise
qui la fermoient, & finitcette
journée par la prise de possession
de la porte de la Place convenuë
par la capitulation, où le Roi fit
marcher devant lui une Compagnie
de son Regiment, & fut luimêmelaposter
à la porte du Fort,
avec ordre de ne laisser sortir personne
de la Place.
Quatorzièmejournée.
Le Mercredi 30. Septembre le
Roi accompagné de toute sa Cour,
s'étant rendu devant la Place pour
en voir sortir la Garnison,trouva
son Regiment rangé en haye qui
entouroit le Fort, & l'évacuation
s'en fit dans l'ordre suivant.
Une Brigade de Gardes du
i
Corps, faisant partie de l'escorte
accordée,précedoit, le sabre à la
main, une Compagnie des assiegez,
qui marchoient tambour battant,
meche allumée
, avec des
haut-bois joüans une marcheétrangere,
qui plût fort à Sa Majesté.
Ensuite paroissoient les Officiers
d'Artillerie, avec leurs Canoniers
portans leurs meches allumées. M.
de Beaufort, Capitaine - de Chariots
d' Artillerie, qui avoit fait la
fonction de Tresorier pendant le
siege
,
marchoit à la tête de les.
Chariotsavec son Garde de parc,
conduisant deux canons de quatre
livres & trois mortiers de huit pouces
, suivis de deux chariots couverts,
entourez d'un grand nombre
de Soldats dela Garnison contrefaisans
tous les blessez & estropiez
si naturellement,que le Roi
en fut fort réjoüi, & leur donna
des marques de saliberalité. Après
les Chariots le reste des Grenadiers
défila par quatre avec leur
Capitaine & les autres Officiers,
M. des Clavelles
,
Gouverneur
dela Place, venoit ensuiteà cheval
, paré du grand Cordon
rouge, dont Sa Majesté l'avoic
honoré > M. de la Mothe
, Ingénieur
en chef de la Place,
l'accompagnoit aussi à cheval, ils
étoient suivispar M. Dussoir, M..
le Moine,&M. Gautier, tous trois
Ingénieurs. Le drapeau blancavec
des hauts-bois précedoit les débris
de huitoudixCompagniesdesassiegez,
avecunairaussi trisse que les
précedents, & le reste de l'escorte
composéè de Gardes du Corps, sermoit cette pompe guerriere, le
fabre à la main, avec leurs timbales
& leurs trompettes.
LeRoi. après l'évacuation voulut
voir tirer à boulet la piece de
24 pour connoître l'effet des boulets.
Ontira trois fois cette piece
sur l'angleslanqué du bastion
de la Reine; on tira en même
- temps trois autres boulets de qua-e
1
tre livres, qui firent une breche
allez grande. Les gros boulets entrèrent
quinze pieds dans la terre,
& les petitssix pieds. On en rendit
compte au Roi, qui en s'en retournant
à Versailles, fut régalé
par M. le Chevalier de Pesé, d'un
ipectacle nouveau. Deux Compagnies
de Grenadiers, s'étant rangées
en haye , tirerent en même
temps leurs tunis, dont les baies
se croisant en l'air , & en se changeant
en étoiles, formerent aux
yeux de Sa Majesté un ciel des
plus brillans C'est une invention
d'un Artificier étranger, qui eut
l'honneur d'être applaudi par le
Roi, à qui on fit voir aussi l'effet
,
des boulets rouges, en ayant fait
rougir plusieurs dans le feu, prêts
à les mettre dans le canon. S.M.aététrèssatisfaite desou
Regiment pendantce siege.Presque
tous les Officiers Se font trouvez
r Ingénieurs ; l'Etat Major a fait
obierver une si belle discipline»&
les Soldats s'y font sournis avec
tant de zele, qu'ils ont fait en
très-peu de temps l'ouvrage de dix
mille hommes.
Derniere journée du Oélobre.
M. le Chevalier de Pesé, toûjours
attentif à procurer au Roi
tous les plaisirs qui dépendent de
lui, voulut finir l'affaire du Fort
de Monireuil, par une petite bataille
, dont il sit faire toute la manoeuvre
à son Regiment devant
Sa Majesté. Les deux premiers
Bataillons representoient les Troupes
du Roi, & étoient commandés
par M. de Pesé; les deux derniers
Bataillons representoient les
troupes des Ennemis, & étolent
commandez par M. des Clavelles.
Cette bataille se donna dans le
Camp de Porché -
fontaine, &
fut dans toutes les regles del'Arc
militaire. Il se fit grand nombre
de décharges, nos Troupes vainquirent
l'Ennemi, & l'obligèrent
à le retrancher derriere des hayes;
d'où étant sorties elles revinrent
sur nous, & firent avec nos Trou--
pes un combat si réglé, qu'il n'y
avoit rien à desirer. Sa Majesté
qui éroit placée sur la hauteur du^
terrain de Porché- fontaine, fuD
très-fatisfaice de ce divertissements.
& fit ensuite passer son Regiment.
en revue. M. le Duc de Chartres,
à cheval, s'étant mis à la tête,.
comme Colonel General
,
salua
le Roi de l'épée & fut se placer
ensuite à côté de Sa Majesté
,. le Roi fit beaucoup d'accueil
aux Officiers de son Regiment, Scleur
témoigna qu'il étoit très-content
d'eux. Après que leRegiment
du Roi eut passé en revuë
,
la Compagnie
des Canoniers passa aussi
en revûë devant Sa Majesté
,
qui
le retira après dans son Châteaude
Versailles sur les sept heures du
soire
; On peut dire que l'attaque & la
défense du Fort de Montreüil,
ont donné au Roi une idée trèsdistincte
de la maniere d'assieges
une Place,& que cette image d'un
siege est devenuë pour Sa Majesté
un amusement très-instructif, par
attention avec laquelle le Roi a
vû toutes les attaques, & visitéles
differens travaux. Tout y a été
conduit avec un ordre admirable,
& Sa Majesté a parû très-contente
de cet exercice de guerre,dans
lequelles Officiers du Regiment
du Roi, M. de Ressons
,
Brigadier
commandant l'Arttillerie, &
M. de la Voye, à la tête du Genie
, ont donné chacun dans leur
emploi des preuves de leur capacité
, & de leur empressement à me.
riter l'approbation & les grâces de
Sa Majesté. M. le Chevalier de
Pelé s'est extrêmement distingué,
par les foins qu'il s'est donnez, &
par la magni sicence des tables
qu'il a tenuë tous les jours, avec
autant de delicatesse que d'abondance.
Le Noble & le Bourgeois, tout a la
joye aucoeurj On
ial-J.ufn'&s ().::;';;;;
.-
s( u/i***
dance.
Le Fort de Montrent étoit composé
de deux battions entiers, d'une
courtine, d'une demi-lune entiere
,
& aux extrêmitez des deux
bastions
,
il y avoit un prolongement
de deux courtines, comme li
on avoit voulu achever un hexagone.
Au devant des deux morceaux
de courtine étoient deux
moitiers de demi-lune
,
le" temps
n'ayant pas permis d'achever cet
ouvrage. On n'en fera pas une plus
ample defcnpdon; puisqu'on en
peut voir le plan exactement gravé
dans la planche ci à côté, avec celui
du Camp, occupé par les assiegeans
, & les explications necessaires.
Voici encore quelques coupletsdechanson
qui n'auront pasmauvasse
grâce à la fuite de cette relation.
Sur l'air, tarare pon pan. ON voit depuis un temps tout Paris
dans Versailles,
Le Noble & le Bourgeois, tout a la
1
joyeaucoeury OnOn
force des murailles,
Chacun s'en fait honneur,
On donne des batailles
Sans peur.
)¡ùx troupes de Louis Montreüil ou-v
vre la porte ,
On sait des prisonniers, chacun choisit
lelien,
Que de morts on emporte !
Pour eux ne craignez rien :1"
Morts, blessez tout se porte
Fort bien.
FerIr bdre au grand Bourbon on court
à la Guinguette,
Ç'est-là que le Grivois se fait tirer du bon,
La bruyante trompette
Gelebreunsibeau nom,
L'écho charmé répété A
Bourbon.
Bourbon est adoréplus qu'on ne sçauroit
dire,
Le peuple s'attendrit au seul nom de fou
Roy,
Loiiis tout ton empire
Te parle ici par moi ,
Tout brûle, tout soupire
Pour toy.
,
De tes heureux sujets délices. les plus
cheres,
Regne long-temps sur nous, charme à
jamais nos yeux,
Tu vois quels voeux sinceres
On t'adresse en tous lieux,
NosPrinces font nos peres;
Nos Dieux.
Le Regiment du Roy décampa le
E 3.Octobre pour retourner dans ses
p quartiers) la veille dece jour-là Sa
rl Majesté le passa en revûë, & vit
le spedctacle d'un combat comme
nous avons déja dit.Les
quatre bataillons de ce Regiment
déselerent enfui te devant le Rov" J qui eut la bonté de témoigner à
tous les Officiers sa satisfaction de
la maniéré dont le Regiment s'étoit
comporté.SaMajesté en a
donné des preuves par les grâces
qu'il a accordées à ce Corps. M.de
Crevecoeur, Commandant du Second
bataillon, & M. de Marsac *
Major, ont été faits Brigadiers,
Mrs de Maillé, de Marcilly, & du
Guesclin
, ont été nommez Metre
de Camp. Le Roya accordé à plllseurs
Capitaines des pensions
,
&
des gratifications, & quelques Officiers
ont été faits Chevaliers de
l'Ordre Militaire de S. Louis. Les
soldats se font ressentis des liberalitez
de Sa Majesté par quelques
centaines de Louis d'or que le Roi
leur a fait distribuer en plusieurs
occasions.
f On aremarqueqùeleRoyse plaît
si fort aux exercices Militaires
que la pluye continuelle, & le
mauvais temps ne l'ont pas empêché
de se tenir jusquadeux & trois
heures à cheval, sans témoigner la
moindre impatience.
Nous ne sçaurions mieux placer
les vers latins qui suivent, preccedez
d'une Anagrame sur l'Auoguste
nom du Roy, qu'en les mettant
à la fuite du Journal que l'on
vient de lire. lIs ont été faits, ôc
presentez a SaMajesté par un Genitilhomme
qui a palTé presque toute
issa vie dans le bruit desarmes, &
qui porte sur sa personne des marpques
illustres de ses longs services.
LUDOVICUS BORBONIUS
DECIMUS-QUINTUS
GALLIA ET NAVARREREX.
ANAGRAMMA.
O Jnflli Coeli terræ bonus xillarigubunt ; ve. undique decus,
Amor. s Pes & Amor Francorum! Heroum di-
gnapropago3 - 0
Ordine q/tos longo Gallianolfratulit;
Nominis Augurium ne defpice:foepe sub
ipso
Fatomm feries nomine scriptalateU
Sis bonus ô terra:! comportas bella r&-
ducas
Alireaficla: erebi noxia monflra
fnges
,
îQua;JufTu Casli dury prejîas., vita fipcrjït
Longa • polum répétasférus-, & in
de favç.
limiter ea, dum fuJTa paras Vexilii rigabunt
Aftris propitiis, bine Amor j inde
decus.
«
j Seu tu gentis amor , feu gentis gloria dici
Mavis, quid dubitas? fpondet
ittrumque polus
l£Jl amor incertus , dum mutua vincula
neftit,
Sis ne magispopuloCarus
> an ille
tibi.
j'Gloria & incerta cft, tua dum vestigia
firmat>
Tu ne decltf gentis fil Mage3 an
illa tuum.
J'Undique non tantum qua foelixGallia,
regnat,
Orbisatipsius fis amor, atque de
cils.
GSis Bonus ô terrx ! Calum jubet, admonet
ipsum -
-
Nomen, & inmentorum non final
cJJe met. 6
flæcegoCaf/renjis Cecini, paupercula
uMufa
Nobilis
,
ast annis ,
vulneribufcfuç- gravis.DOLIVIER..
ENIGME.
QUoique je serve assez de modèle ça
bêtise,
On trouve cependant en beaucoup de
pays,
Voire des badaùts de Paris,
Gens qui sans me citer pour exemple en
fortise,
En disentà pouvoir s'attirer bien des ris,
Si mon Auteur en est, il en aura la crise
1
Ses Enigmes feront proscrites,
ou proferits.
,Pour moi privée du langage ,
En récompensemon partage
Est souvent l'devation ,
Dans l'air, ou sur quelquemaison
Qnil feroit mal-aisé sansmon utileusage,
Defaireen sa perfcétion;)
Mais mon maître de moi se jouë,
-
Me tourne, & me prenant pour un au- treIxion,
-
- Memnetà côtéd'unerouë.
Les Comediens du Royont joué
pour la ptemierefoisle9. Oc- - tobre, une petite Comedie en
prose, intitulée, lesAvantures
du Camp de Porché-Fontalne;
dont voici une simpleidée. U
1 1
N Officier Gascon se trouvant
lans valet,faitentenarc
dans un monol1ogue oui1l.1. es/-1t
maihenreufement réduit à être son
confident lui-même, &ne peut
se consoler d'êtreforcé à se dérober
sa gloire, en devenantson propre
panegiriste, lui qui faisoitautant
d'admirateurs qu'il avoit de
confidens. Un tambour du Rcgiment
du Roy, nommé Parapa, se
- presente- à lui, 6c zn- -eil:" reconnu
pour Turlututu,ancien FiStrede
sa Compagnie. Ils renouent d'amitié
& de confidence. Le Capitaine
Gascon lui apprend qu'il est amour
reux d'une aimable personne
,
élevée
par une des plus commodes
tantes qui fut jamais, mais que cependant
il n'a pu obtenir qu'elle
fit un petit voyage de Paris au
Camp de Porché-Fontaine à son intention.
Pacapan s'offre de bonne
grace à le servir dans ses amours.
Heureusement l'aimable nièce, 6c
la commode tante se presentent à
leurs yeux. La conversation qui se
lie entre eux est bien-tôt interrompuë
par l'aparition de Mrs Rognetout
& Castor, l'un Tailleur, &
l'autre Chapelier; le premier eil:
pere de la nièce, & le fécond est son
prétendu. A leur approche la tante
& la nièce se sauvent, & le Gascon
qui se fauve avec elles, leur dit,
en les suivant, qu'elles lui apprennent
à fuir. Patapan demeure sur
la Scene avec Rogne-tout,&. Castorqu'il
reconnoir,quoiquils soient
travestisen Officiers. Ils lui avouënt
qu'il se sont mis du bel air pour se
faire respecter, Ôc qu'ils ont franchi
les barrieres
,
sous le nom de
volontaires qu'ils se sont donné.
Patapan apprend d'eux que la fille
de Rogne-tout estdessinée à Cafror
, ce qui l'embarrasse un peu
pour l'amour du Gascon à qui il a
promis son secours. Il ne laide pas
de lui tenir parole j voici comment
il s'y prend. Dans quelques Scencs
qui suivent celle-ci, & dont le détail
est assez inutile, Rogne-tout
& Castor rencontrent la tante 5c
la nièce, & font fort surpris de les
trouver dans le Camp de Porché-
Fontainej elles s'excusent toutes
)
deux sur la curiosité si naturelle aux femmes. Patapan prend leur
défense, & non content de les
;
avoirtirées d'une affaire si épineut
se, il veut achever son ouvrace. Il lâche quelques soldats de sesamis
;
sur Rogne-tout & sur Castor qu'ils
anêtent comme déserteurs. On
leur fait accroire qu'on les va faire
tirerau fort pour voir qui des deux
fera pendu. Patapan leur parle a
chacun en particulier
,
& leur fait
faire un billet de mille écus
, pour
avoir le billet blanc.Ces deux billets
qu'ils signent aveuglement se
trouventtransformez en deux contrats
de mariagequ'un Tabellion
de Montreüilaussi fripon que Patapan,
a dressé. Rogne-tout & Castor
que l'on continue d'effrayer,
consentent aux deux contrats. Par
l'un le Gascon épouse la fille de
Rogne-tout, ôc par l'autre la tante
est mariée à Caflor qu'elle avoit
autrefoisaimé.
VoicilesChansons du d¿.verti!fernent.
Air chantéparunGascon.
DAns le Camp de Porché-Fontainc
Que Marsest jeune & beau
,
quels
trairs, quel
a grément,
Sandis , jamais Venus r:.e l'a vÛ Li charmant.
pn vieux Croesuspar ses ducats
7* - - lorj fzin Chapelier rrZ:Val dun^eurvej?*dCC>rLCapi-
1.:1 l" Il - -
Æ
-
-taine Ce Chcipe.-ItertSe Cce$€Jrti&l\ Far "latry
oorLs audace e*?t vame.ata parapan,ptzt£Lpcuipctn
pm Otl le mein-etamleurpartant'.
Son Char vole, elle vient& dans l'air
sepromene.
Eh! donc,là-dessus incertaine,
Ne scait si c'est Ton fils*. ou si c'dl: fou
amant.
, Vn joldatchante.
Nos combits, quoique vifs ,ne causent
point de deiiil
,
Point de liste desmorts au siege de Moritreüil
,
Pour les blessez, oh! c'est une autre
affaire,
L - On en fait la liste à Cithere. )
VAUDEVIL LE,1.couplet.
Lorsqu'un Chapelier est rival.)
D'un jeune Gascon Capitaine , J
Ce Chapelier-se coëffe mal
> 1
Par mafoy son audace est vaine ,
Pata pata pan, para pan pan pan ,
On le mène tambour batan.
2.
JJn vieux Croefus par Ces ducats
A*
Peut desarmer une cruelle,
Mais par la brèche il ne peut pas
Forcer jamais la Citadelle,
Pata pata pan, pata pan pan pan 7
Il va fort peu tambour batan.
3
Autrefois Mars & les amours
Faisoient des guerres éternelles t
Mais à present en peu de jours
On prend des Villes & des belles;
Pata pata pan, pata pan pan pan.
On les mene tambour batan.
4
Les Caissiers
,
les Agioteurs
Prennent les places par famine;
On ne se rend à ces Messieurs,
Que lorsqu'ilsfondent la cùiGne;
Pata pata pan, pata pan pan pan,
Leur bourse va tambour batant.
5
Près de Montreuil un Procureur;
Faisoit le petit témeraire. ,
Mais sa maîtresse eut grande peur ,
D'abord un galant Mousquetaire
a
Pata pata pan, pata pan pan pan
La rassure tambour bottant.
Un6ans se's feux ;
N'aime que l'éclat qui nous frape
J
Un petitcolet amoureux
Surprend une belle à la sape,
[ Pata pata pan, pata pan pan pan.
[ Il ne va point tambour batan.
7
Un Notaire ennemi du feu,
ILoin du Camp de Porché-Fontaine ,
TTrouva sa femme en parti bleu,
AAvec un jeune Capitaine,
PPata pata pan,pata pan pan pan,
Qui s'enrôloient tambour batan.
Oh!depuisque j'ai vûle Camp,
Disoit Lucas à sa Lisette ,
Je ferai moins timideamant,
Lorsque tu battras la retraite,
Para para pan , pata pan pan pan,
J'avancerai tambour batan.
V
Qui vive ? êtes vous ennemis ?'
Bon quartier, point de bruit de guerre;
Mais si vous êtes nos amis
,
Marche à moi, Messieurs du parterre,
Pata para pan , pata pan pan pan,
Et désilez, tambour batan. FIN.
C'est le sieur Quinaut, Comedien
du Roy qui a fait la Musique
de cette piece qu'on a trouvée parfaitementcaractérisée.
Cette premiere representation a
été des plus nombreuses qu'on aie
vu depuis long-temps, tant on se
porte avec empressement à tout ce
qui a quelque rapport au Roy.
L'amour U le zele que toute- la
nation faitéclater dans les Fêtes
qifi regardent cet Auguste & aimable
Maître,nous persuadent
qu'on verra avec plaisir. dans ce
recüeil,un Poëme qui fut fait
l'année passée au su jet de la convalescence
de Sa Majesté. Il devoit
se rvir
-
de prologue à une Comedie
du Theatre Italien. On
peut intituler cette piece, l'Accord
de laRaison & de la Folie.
ACTEURS.
LA RAISON.
LA FOLIE.
ARLEQUIN.
SUITE de la Raison & de la Folie.
SCENEPREMIERE.
LA FOLIE.
Choeur derrière le Theatre.
VIve
le Roi, vive le Roi;
La Folie.
Quels chants joyeux se font entendre.
Chrzur.
Vive le Roi, vive le Roi,
La Folie.
Encor, je n'y puis rien comprendre 5,
Peut-on se réjoüir, sans moi ?
Ne illis-je pas cette Folie
Qui préside à tous les plaisis ?
Par qui le plus sage s'otiblic
Quand il voit com bler ses desirs ?
Pour quelque heureux succès ,lorsqu'un
peuple est en fête
> Ce ne font que festins, que danses & que
jeux;
Mais la folie est à la tête;
Sans moi l'on ne peut être heureux.
Cependant sans mon ordre ici tout chante
&danse;
:Q¿el Dieu, quelle Déesse usurpe mon
emploi?
Ch- oeur.
Vivele Roi, vive le Roi.
La Folie voyant. approcher la Raifort,
Ciel! au bruit des vive le Roi,
C'est ma rivale qui s'avance.
Scene deuxiéme.
;.a Raison tenant un Egide à la main,
La Folie avec sa marotte. -
LaFolie.
Est-cevous, superbe raison
,
Qui dans ces lieux tenez ma place?
D'où vous peut venir cette audace?
Qu'êtes-vous près de moi ?
La ILiifon.
Point de comparaison.
J'ai mes droits
, vous avez les vôtres.
La Folie.
Pourquoi donc sur les droits des autres,
Empietez-vousinjustement?
Les jeux furent toûjours dans mon dépar
tement.
La Raifort.
Il est des plaisirs raisonnables,
Qui ne relevent que de moi.
Le Folie*.
Ah,Ah!
La RaijÕ;r.
N'en riez pas, ce sontlesvéritables.
LaFolie.
Elle radotte
3 que je crois.
La Raifln.
: Est-il d'allegresse plus sage,
Que celle où l'on se livre en faveur de
son Roi?
N'efl-elle pas un juste hommage
Des coeurs quivivent fous saloi ?- .-
La Folie.
Cet hommageefltrès-Icgitime,
Irapprouve tout ce peuple & l'ardeur quL
l'anime;
Mais parmi dès transports si doux,
Ce peuple a-t-il besoin de vous?
Avec un front ridé, des regards froids&
mornes.
Voulez-vous à ces jeux prescrire un juftff
point,
A ses plaisirs pourquoi mettre des bon»
nés,
Lor['lde son amour n'en a point.
La Raison.
Je veux en bannir le desordre ;
Jeprétensqu'une fête ait tant de dii
-
gnité;
Que malgré sa malignité,
La censure n'y puisse mordre;
Parlez, est-il rien de plus beau?
,Qg'un feu qui de la nuit perçant les sombres
voiles,
Retrace à nos regards le celeste flambeau.
Et va du firmament détacher les étoiles.
Si!'un si brillant spectacle est digne de
mes yeux »
J'entens, je vois partir un trait audacieux,
Qui s'ouvre vers l'olympe une route nouvelle.
Je m'écrie à chaque étincelle,
Quel'amour est ingénieux!
Il vole, il porte sur son aile
Tous les voeux d'un peuple fidele ;
Et va pour un bon Roi solliciter les
Dieux.
LaFolie*
Et moi sans m'égarer dans ces billevefées,
'aime mieux mille fois le joli que le
beau.
Je quitte ces grandes fusées ,
Pour le plus petitserpenteau.
l'est sans majesté qu'il débute,
lais avec quel plaisir je le vois bondissant,
Au spectcateur badaut comme un simple
passant,
Faire faire la cullebute
La raifort.
Ix font là de vos jeux.
La Folie.
J'y trouve mille appas
y.
On se casse une jambe, un bras,
"ell tant mieux pour la Chirurgie.
'un y perd
,
l'autre y gagne, & tout e&
compensé.
La Raison.
ôtrezele est trop vif.
La Folie.
Levôtre est plus [en[é,.;
Mais il atrop de létargie.
La Raison.
C'est temps perdu que vous parler,
Brisons-là,des jeux que j'ordonne,
Je vous défens de vousmêler.
La Folie.
Non
1 ne vous flattez pas que je vaut
abandonne,
Un droit que je tiens du destin
Mais sur nos differens consultons Arlequin
;J
Tout étourdi qu'il est rarementil s'a-j
buse,
Il entre dans tous mes projets Je le , prens pour arbitre.
La Raifort.
Et moi je le recuse 3
C'est le plus fou de vos sujets.
Scenttroisième.
La Raison , la Folie, Arlequin.
-Arlequin.-
C^uclleeft cetteguenon qui m'ose faire i-,
fulte?-
Il dpperçoit la F.tlie3 & couv l'cmhraJfrrJ
Mais, ma chere Folie,est-ce toi que je
vois?
La Folie.
Là, prensun air plus grave,afinqu'on
te consul re :
Juge entre la Raison & moi.
ArleJuin.
laRaison,fy quoi la folie,
Jusqu'à ce point semesalie?
Fy;fy
, vous dis-je, fy,mais
, non, tLy
veuxrai ller;
Tu prens trop de soin de ta gloire,
Et je t'offen serois de croire
Quetupuisset'encanailler.
La Raifort*-
Insolent ;
Arlequin.
Quoi, vieille croupiere j
Le prendre avec moi sur ce ton!
Et vîte un bâton, un bâton.
AArrllequin veut f app" là Ratjon. Elle le
equin app~;, la Rtiion. renditnrnobih avec son Egide.
La Raifln.
Arrête.
Arlequin
Oh ! pour le coup je crois qu'elle est fûrciere;
*
la ba guerre a joüé son jeu;
Je me sens tout de glace
>
& j'étois tout
en feu.
La Folie le touchant de sa marottâé
Opposons baguette à baguette.
Arlequin en fautant.
0 Ciel! quel soudain changement!
J'étois froid comme marbre, & dans
moins d'un moment,
Je prens feu comme une allumette.
ui la Folie tombant sur elle* ej'aime ton petit joujou
YaJ je fuis à toi sans partage.
La R*ùfin & la Folie le touchant en mê
me tcmps, l'une avec sonEgide
,
&
feutre avec fit marotte.
Viens à moi
Arlequin entre la Raison & la Folie.
Je ne sçaiscomment, niparoù,
De vos enchantemens je sensle double
usa ge,
De tout ce côté je fuis sage.
Etde celui-ci je fuis fou.
Ilfaitdesgetfesdefitgcffe & defoli
La Raison à la Folie.
Entre nous deux puisqu'il faut qu'il dé^
cide,
} q.l'il soit libre en son jugement.
La Folie.
OOui, retirons également,
Et ma Marotte, & ton Egide
La Raison à Arlequin.
li Tiens un juste milieu pour être indifferent.
Arlequin.
Pourquoicette ceremonie:
La Raison.
C'est que l'espace n'de pas grand
Delaraison à la folie.
Arlequind'un ton l'rave;
sAIsons, plaidez
,
Dame Folie,
Et vous, plaidez,DameRaison.
La Folie.
D'un Roi charmant l'heureuse guerison
Ayantpdi'urnetriste deuil retiréson em-
Onavû tous les coeurs au plaisirselivrrr.-
1
Arlequin.
C'estfort lren fait, il nous faut rire,.
Autant qu'il nous a fait pleurer :
Je juge..
La Folie.
Ecoute tout avant que de conclure.
¿,.lequin
ÎOhy cfontrué l'avernir iel faut;qu',il n-ous ras- S'il veut être avec none: bienreconciUé *<
1
1
Je veux que par une ambassade,
: Il foit humblemenrsupplié
De ne plus retomber malade.
LaFolie.
Soit faitainsi que tu le veux.
La Raifort.
f C'est le plus cher de tous mesvoeux.,
La Folie.
Mais qui doitprésider aux Fêtes?
La Raifort.
^jN'eit-ce pas moi?
La Folie.
N'est-ce pas moi?
Arlequin.
-¡routes deux.
La Raison.
Toutes deux;
La Folie.
Pourquoi ?
Arlequin.
Par ma foi, vousêtes deux bêtes,
Pa rtaOl 'honneur entre vous ;J
Partagez l'honneur ,
Q-.e les jeux qu'en tous lieux vous allez faire naître,
Soient tels que je viens de paroître,
Moitié sages & moitié foux.
A la Raison.
Pour rendre une fête accomplie,
Chargez-vous de l'invention; O
Mais comme dans la joye il faut que l'on
s'oublie.
Abandonnez à la Folie
)
Le soinde l'exécution.
La Raison.
Jesouscris à l'arrêt.
La Folie.
Il me tient lieu d'oracle.
LaRaison.
Vous qui suivezmes loix
,
paroissezà mes
yeux.
La Folie.
Et vous qui me servez par un nouveau
spectacle.
Prenez foin d'embellir ces l.eux.
hafermes'ouvre
, on voit un thrône
,
sur lequel
Arlequinplace la Raison' la Folie
,
ilse place
au milieu a'elles. La Suite de la Raison Ér
de la Foliedansent.
On chante.
Dans cet agreable séjour
, Que chacun jouë un nouveau RAlle.
Que la Raison y pâroisse un peu folle,
EtlaFolieunpeu sageà sontour;
C'cft dans ce milieu tavorable
Que l'on doit chercher le vrai ,bien;
Tout le reste est compté pour lien ;
l Il n'est ni parfait, ni durable.
- On danse.
Vn suivant dp la Raison;
Si dans notre jeune saison, Desesnoeudsles plus doux le tendre a-mour nou)
lie;
Ne nousenyvrons pas de son charmant poison Livrons-nous , aux accès d'une aimable Folie
à Sans renoncer à la Raison.
On danse.
VAUDEVILLE.
Qui fait que certaine Cloris.
Sansetre jeuneni jolie,
Meses faveurs à si haut prix l
C.'est la Folie.
Mais qui fait qu'on l'en remercie, Et qu'on quitte cette guenon
¡d'our l'aimable & jeune Silv:C:l
C'enlaRaison.
u£^u: fait que ce vieux usurier,
Sans en jouir pasle la yle,
Pourlaisserun jeune héritier,?
C'estaholie.
Mais quand sa car. iereest finie,
Quiaiu que ce jeu e t louton
, Mangetout,boitju qu'àlalie?
C'est laRaison.
Damis, vrai dandin de nos jours,
Pourvoir fft roture annoblie,,
I A l'hymen d'Yphisea recours,
Quellefole!
-
Ariston,épooseCelie,
Et pour étayersa maison
Il déroge , & se mefalie
Quelle raison, !
Arlequin.
Qjii fait qu'un severe censeur ,
Contre un élev e de Thalie
l'si toujours ce frau-,aite h,umeur
L'el! lao ie.
Mû qui faitquemalgré l'envie,
Si- tô. q'une-pie e a du hon
Du Parterre c'ilc est applaudie,?
C'est la raiGLI.
La Planchedu Fortdoitregarder la page l:f.
L'Ai. du Vaudevilie doit regarder la pagt 77.
APPROBATION.
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