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1722, 07-09
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John
Bigelow
to the
Century
Association
* DM
Mercure



LE
MERCURE
DE JUILLET 1722 .
Dee
QUA COLLIGIT SPARGIT,
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais .
GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue
S. Jacques , à la Fleur- de- Lys d'Or .
ANDRE CAILLEAU , à l'image Saint
André , Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT , Quay des Auguftins , à la
defcente du Pont - neuf, à la Croix d'Or.
M DCC. XXIL
Avec Approbation & Privilege du Roi,
TORK
LIBRARY
LENOX AND
TH: BONN FOUNDATIONS
} qui debitent
LISTE DES LIBRAIRES
debitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & dans les
Rays étrangers.
Lyon , chez Plaignard , Libraire.
Marfeille chez Carry.
Montpellier , chez les freres Faures.
Toulouſe , chez la veuve Tene .
Bayonne , chez Etienne Labottiere .
Charles Labottiere , vis- à vis la Bourſe , ibide
Rennes , chez Vattar .
Nantes , chez Julien Maillard.
Saint Malo , chez la Març.
Poitiers , chez Faucon.
Xaintes , chez Delpech.
blois , chez Maffon .
Orleans , chez Rouzcau.
La Rochelle , chez Desbordesi
Angers , chez Fourrcau.
Teurs , chez Gripon.
Caën , chez Cavalier .
Rouen , chez la Veuve Herault.
Le Mans , chez Pequincay ,
Chartres , chez Feliil .
Châlons , chez Seneuze.
Troye , chez Pouillerot .
Rheims , chez Gedard.
1
Dijon , chez la veuve Armil .
Beauvais , chez Courtois
Abbeville , chez Dumefnil.
Soiffons , chez Courtois.
Amiens , che le François , & chez Godard,
Arias , chez G. Duchamp.
Selan , chez Renaud .
Meiz , chez Colignon.
Strasbourg , chez Doulfeker.
Cologne , chez Meternik.
Francfort , chez J. L. Koniq,
Eerlin , chez Etienne .
Leipfic , chez Gledich .
Lille , chez Dancl .
Bruxelles , chez Tferftevens.
Anvers , chez Verduffen .
La Haye , chez Rogiffard.
Amfterdam , chez Bernard.
Roterdam , chez Vander Linden.
Londres , chez du Noyer.
Madrid , chez Aniffon ..
Geneve , chez les freres de Tournes,
Tarin , chez Reinffan.
Le prix eft de 30. fols,
A ij
AAAAAAAAAAAMA
L'
chofes
AVIS .
leur
' ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MMOREAU
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
Cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Poſte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
Les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie
LE
LE
MERCURE
DE JUILLET 1722 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
L'ESPAGNE A LA FRANCE
fur le mariage du Roy.
T
U me donnas jadis un Prince de ton
Sang ,
Pour m'acquitter d'un fi riche prefent
,
Aujourd'huy , malgré ma tendreffe ,
Je te donne en échange une aimable Princeffe,
Qui fera l'ornement de l'Empire François ,
Et dont l'heureux Hymen terminera nos hainess
C'eft à l'Espagne à produire des Reines ,
Comme c'eft à la France à produire des Rois.
A iij RE'PONSE
LE MERCURE
RE'PONSE aux remarques critiquesfur
les Memoires de la Province de Champagne
qui font dans le Mercure du mois
d'Avril 1722. adreffée par M. Baugier,
Auteur de ces Memoires à un de fes
amis.
J'Aylà M. cette critique que vousavez
pris la peine de m'envoyer dans la fo
litude de ma petite campagne ; je vais y
répondre , puifque vous le fouhaitez .
L'Auteur le plaint d'abord d'avoir été
malheureufement arraché d'une bonne
bibliotheque , ce qui me perfuade que cet
écrivain eft un Moine ou Religieux mécontant
, qui après avoir exageré fa difgrace
, attaque dans l'amertume de fon
coeur l'hiftoire d'Oger d'Anglure que
j'ay raporté tome 2. page 331. il fuppofe
que je fuis tombé dans un anacronifme
confiderable , que j'ajoûte , dit - il , à une
hiftoire qui fans cela paroît fort douteuſe ;
il me permettra de lui dire qu'il devoit
lire le chapitre des additions & corrections
, il y auroit vû que j'ay dit , page .
403. ligne 11. Oger , premier de ce nom
qui vivoit du temps de Philippe Augufte,
ayeul de Saint Louis ; où trouvera- t- il
après cela fon anacronifme prétendu .
Cette
DE JUILLET 1712. 7
Cette réponſe le détruit d'abord ; en attendant
que je donne fur ce fujet un plus
grand éclaircillement dans mon fupplement
; qui outre les corrections & differtations
que je croirai utiles , contiendra
les vies des Archevêques de Reims , des
Evêques de Langres , de Châlons , de
Troyes , & plufieurs autres choſes curieufes
& obmi es. Le critique ajoûte que
l'hiftoire d'Oger premier lui paroît douteufe
, parce qu'il ne la lûe dans aucunes
hiftoires digne de foi ; eft- il permis à cet
écrivain qui fe vante d'être fçavant dans
l'hiftoire , & que je ne luy contefte d'ipas
gnorer que la notorieté publique , les anciens
manufcrits , les titres & les monumens
des familles diftinguées foient des preuves
pour établir un fait hiftorique : telles
font celles de l'hiftoire dont il s'agit . On
ne peut contefter la notorieté publique
dans une partie confiderable de la Province
, foûtenuë de la tradition , & des
titres de cette ancienne maifon , le nom de
Saladin , que les ainez ont toûjours porté.
Un ancien manufcrit que feu M. le Marquis
Danglure m'a communiqué , qui eſt
d'une écriture anterieure à l'année 1442.
temps auquel l'imprimerie a été inventée,
& enfin un nombre confiderable de pier
res précieuſes , dont Saladin fit prefent à
ce Seigneur , lorfqu'il luy accorda gene-
A iiij
reuſement
8 LE MERCURE
reufement fa liberté , qui ont été confer
vées avec foin dans la famille jufques à
nos jours tous ces faits font des preuves
autentiques de cet évenement , dont ja
parlerai encore dans mon fupplement .
A l'égard de l'hiftoire du Comte Henry
le Liberal que j'ay rapportée tome 1 .
page 150. le critique dit que je devois
me fervir des mêmes termes qui font
écrits dans Joinville qu'il rapporte. II
devoit donc établir d'abord fon fiftême
à expliquer ce que fignifioit alors le mot
de chappe , & prouver cette obligation ,
felon luy , indifpenfable, & de fuite que
les hiftoriens qui ont écrit depuis Joinville
n'ont pas pû changer ces expreffions
gauloifes. C'est ce que le Critique ne fera
pas, qu'en avançant des principes fondez
fur fa feule imagination , car il ne doit
pas ignorer qu'il eft permis à un écrivain
de fuivre les fentimens des hiftoriens de
reputation , tels qu'il juge à propos , &
qu'il luy eft impoffible d'écrire , fuivant
le caprice , & au goût de tous les lecteurs.
J'ay fuivi en cette occafion Meferay,
hiftorien connu & eftimé des fçavans , qui
dans fon hiftoire de France infolio tome
1. page $ 74. ligne 15. rapporte l'évenement
tel que je l'ay décrit , ainfi qu'avoient
fait avant luy plufieurs autres hiftoriens
, à l'exception qu'il ne dit rien
de
DE JUILLET 1722. 9
pede
la beauté des deux Damoifelles qui
furent prefentées au Comtepar
leur
re ; mais eft- il à prefumer qu'un Gentilhomme
de Nobleffe diftinguée , puifque
Joinville luy donne là qualité de Chevalier
, ait ofé prefenter à fon Souverain
deux laiderons pour exciter fa liberalité.
Je fuis fâché que ce terme favori ait
caufé quelque trouble dans l'efprit du cri--
tique , qui demande en outre où j'ay trouvé
qu'Artaud gouvernoit les finances du
Comte , & qu'il en devint affez riche
pour bâtir Nogent . Il peut pour s'en convaincre
lire Meferay ; au lieu cité cydeffus
, & la plupart des hiftoriens qui
l'ont precedé. Il y trouvera le fait tel que
je l'ay raporté , qui eft d'autant plus certain
que Nogent porte encore aujour
d'huy le nom de Nogent l'Artaud.
La fertilité que j'attribue aux campa
gnes de la Province, tome 1 page 1. & la
fechereffe & fterilité dont je parle tome
2. page 277. n'ont rien de contraire. Qui
eft ce qu'ignore que toutes ces contrées
de la Province ne font pas femblables ? -
Non omnis fert omnia tellus.
J'en ai marqué la difference dans toute
l'étendue de mes memoires , & jay
diftingué celles qui portoient du froment
que j'ay appellé fertiles , de celles qui ne
produifoient que du feigle , de l'avoine, „
A.Y &
10 LE MERCURE
du Sarrafin que j'ay appellé feches &
fteriles par raport au froment. J'ay parlé
des vins & de leurs differences , fuivant
les contrées ; des bois , des beftiaux , & de
tout ce qui croît , fe nourrit , où fe fabrique
dans la Province , même du commerce
d'où il refulte ce que j'ay avancé,
qu'elle produit tout ce qui eft neceffaire
à la vie.
les
ay
Le critique prétend que je me fuis
trompé dans le blafon des armes de la
champagne. Il les trouvera telles que je
blafonnées à nôtre Hôtel de Ville .
qui y ont été mifes fous le regne de François
I. & elles font encore blafonnées de
même dans la premiere page de la feconde
partie d'un livre indouze , imprimé à
Paris en 1693. qui fe vend chez- Eftienne
du Caftin au Palais , qui a pour titre , Tableau
des Provinces de France ; d'ailleurs
cette critique eft de petite confequence ,
& ne meritoit pas d'interrompre les momens
précieux de ſon auteur .
Nôtre Critique ajoûte que je donne
trop de longitude à la Champagne , il
doit demeurer d'accord que jufques à
prefent il n'y a point eu de Carte exacte
de cette Province ; ce fait eft certain : ce
qui obligea M. Larcher dans le temps
qu'il en étoit Intendant , d'en faire tracer
une manufcrite , qui eft grande & la plus
exacte
DE JUILLET 1722 . II
exacte qui ait paru . Elle a fervi depuis
& continue de fervir à Meffieurs les Intendans
, & elle comprend toute l'éten
duë de leur Jurifdiction . J'ay crû que je
ne pouvois mieux faire que de la fuivre ,
d'autant plus que les fentimens ont été
& font encore aujourd'huy partagez fur
ce fait.
و ب
Le Critique avance encore que je fuis
dans l'erreur en ce que j'ay rapporté de
la victoire des François fur les Sarrafins
attendu que je n'ay pas fuivi ce qu'en
ont écrit les Peres le Cointe & Pagi . Je
refpecte les fentimens de ces fçavans fans
avoir lû leurs ouvrages ; mais pourquoi
m'impofer la neceffité de m'y conformer ,
& de ne pas fuivre des hiftoriens de réputation
que le Critique n'a pas lû apparemment
, puifqu'il demande où j'ay trouvé
ce que j'ay dit, tome 2. page 41. de la
portion des dixies accordées par le Clergé
à la Nobleffe &c. Il peut lire , outre
ce que j'ay dit de Meferay , l'hiftoire de
France par Dupleix , tome 1. page 265.
n. 1o. qui après plufieurs hiftoriens dignes
de foy rapporte ce fait tel que je l'ay
avancé , & refute ceux qui ont écrit le
contraire. Ce Critique dira peut- être que
Meffieurs de Saint Germain & de Baffompierre
ont critiqué l'hiftorien Dupleix,
ce qui eft vrai ; mais c'eft fur les faits qui
A vj
regardoient
IZ LE MERCURE
regardoient l'hiftoire de fon temps , joine
que les critiques n'ont pas toûjours raifon
, & que le caprice & les paffions ont
fouvent plus de part à leurs écrits que la
verité. Il eft certain que les hiftoriens qui
n'ont été d'aucun parti , n'ont pas contefté
le fait dont il s'agit , qui eft confirmé
par l'autorité des Jurifconfultes , &
qui n'eft combattu que par quelques écrivains
Ecclefiaftiques , Moines , Religieux,
& gens de leur parti , qui ont même inventé
des hiftoires fabuleufes contre la
memoire de Charles Martel , qui n'ont
pas fait plus d'impreffion fur l'efprit des
veritables hiftoriens. qu'une mouche
Guefpe peut en faire fur un taureau d'airain
.
>
Quant au Confeil tenu à Chaalons fur
Marne ou à Châlons fur Saône , le Critique
peut avoir raifon , la difference du
fieu n'eft pas de confequence en cette
occafion. Je m'en éclaircirai , & j'en rendrai
compte dans mon fupplement.
dit
A l'égard des Envoyez de nos Rois
appellez miffi dominici & miffi regales ,
dont j'ay parlé tome 1 page 42. le Critique
que les termes dont je me fuis
fervi , font entendre que ces Envoyez faifoient
executer leurs propres ordonnan-
& non celles de leurs Maîtres , ou du
moins que mes termes font équivoques ; il
ces ,
veut
DE JUILLET 1722. IS
veut apparemment tâcher d'infinuer a
ceux qui liront fa Critique , que je ne:
fçai pas parler françois & afin de réüffir
dans fon idée , il a affecté de ne pas
ajoûter ces deux mots demiffi Regales
amiffi dominici , parce qu'étant jointsenfemble
ils détruifoient fon équivoque
prétendue. Il croit auffi que les Lecteurs
ignoreront que la principale fonction de
ces Envoyez par nos Rois , qui étoient
tels que font aujourd'hui les Intendansdes
Provinces , étoit de faire executer les
Capitulaires qui ont été en vigueur en
France jufques au regne dePhilippe le Bel..
Comment donc le Critique a- t- il pû fe
perfuader qu'on pouvoit donner un fensridicule
& chimerique aux termes dont je
me fuis fervi ?
Ceux qui ont quelque teinture de l'Hif
toire ,fçavent parfaitement que nos Rois
ont envoïé des Prelats dans leurs Etatsen
qualité de miffi dominici. Il y en a même
eu plufieurs qui ont été Miniftres d'Etat
, tels que Meffieurs les Cardinaux de
Richelieu & Mazarin ; mais ces exem
ples particuliers ne détruifent pas la maxime
generale , comme le prétend le Critique
, & ne donnent aucune atteinte à ce
que j'ai dit fur ce fujet , tome 1. page $7,
& 58. & en plufieurs autres endroits de
mes memoires.
L'Auteur
14 LE MERCURE
L'Auteur de la Critique me reproche
que je ne cite pas toûjours mes garants ;
je l'ai fait dans les cas que j'ai crû en
avoir befoin. Mais où a - t - il trouvé qu'on
foit obligé de citer fes garants à chaque
circonftance d'un évenement , il faudroit,
felon lui , faire un commentaire fort ennuyeux
pour la plupart des Lecteurs , &
plus étendu queles memoires. Je l'invite
de donner au public quelque hiftoire intereffante
de fa façon , ornée d'un tel
commentaire qui pourra peut - être faire
venir cette pratique à la mode .
J'avois d'abord eu le deffein de ne pas
répondre à cette Critique , je le fais neanmoins
par complaifance ; mais j'ai refolu
de ne plus répondre à ceux qui affecteront
de faire imprimer leurs idées dans
les Mercures & les Journaux , & de teferver
ma réponſe pour être inferée dans
mon fupplément. J'aurai neanmoins bien
de la reconnoiffance pour ceux qui m'enverront
leurs.obfervations , ce que j'ai
prié de faire dans la Preface de mes Memoires.
C'eft ainfi qué plufieurs perfonnes
fçavantes , & d'un rang très - diftingué
en ont ufé , mais il n'appartient pas à tout
le monde d'avoir en partage ces manicres
honnêtes & polies , qui font pour
l'ordinaire l'appanage des perfonnes de
naiffance,
Dans
DE JUILLET 1722.
Dans l'extrême paffion que le Critique
a euë de faire imprimer quelque Ouvrage
de fa façon , il pouvois m'en informer
j'aurois peut- être pû avoir affez de condefeendance
pour lui communiquer les
faits qui fuivent , qui font en effet à corriger
dans mes Memoires , il pourra y
faire un commentaire , & fi cela lui fait
plaifir , je lui en communiquerai quelques
autres , dont une partie demande une
differtation , & qui pourra lui donner occafion
d'employer. les grands talens dont
le Ciel l'a favorifé. Je ne me fuis, pas
flatté , étant le premier qui ait entrepris
d'écrire l'hiftoire de la Province , de plaire
à tous ceux qui liroient mes Memoires
, mais je me ſuis fort peu embarafſé de
certains Critiques.
Correction du Tome I. de mes Memoires.
Page 19. ligne derniere. J'ai dit qu'en
$76. la fête de Noël échût un Dimanche,
j'ai reconnu depuis qu'en cette année on
avoit eu la lettre D pour lettre Domini
cale , ainfi la fête de Noël échut un Vendredi.
Page 90. Le Critique pourroit faire une
Differtation fur l'âge de la Reine Ogine
mere du Roy Louis IV. lorfqu'elle fe
remaria avec le Comte Herbert , c'est ce
que je ferai dans mon Supplément.
Page 94. ligne derniere . Adelaide épou
La
16 LE MERCURE
fa Lambert Comte d'Anjou , & non de
Chalon fur Saone .
Page 258. Les deux F qui font à la
Médaille de la Ville de Chaalons , doivent
s'expliquer par Flando feriundo , &
non par Fabrefactum.
Page 363. ligne 21. Trois Suffragansde
l'Archevêché de Paris ; il y en a quatre
, Blois avoit été oublié.
Page 365. ligne 26. S. Sanctin , life
S. Sintin.
Page 367. Nôtre- Dame du Change , lifez
de Chage , de Cagia.
Page 368. Gemini , lifez Germigni..
Corrections du fecond Tome.
Page 10. S. Simphorien 12. Chanoines ,
lifez 21 .
Page 55. L'Abbaie de Chehery n'eft
pas fur la riviere d'Aifne , mais fur la ri
re d'Aire , proche la riviere d'Aifne.
Page 63. J'ai dit que chaque côté du
grand Cloître de la Chartreufe du Mont-
Dieu , eft compofé de trente-deux arcades
, il y en a cinquante.-
Page 186. On prétend que les Chanoines
de S. Pierre de Troyes font tous
à la nomination de l'Evêque .
Page 190. On prétend qu'il n'y a ja- .
mais eu plus de 70. Chanoines à faint
Eftienne de Troyes , que le Sous- Chantre
de la Cathedrale eft le dernier du
Choeur,
DE JUILLET 1722 17
Choeur , qu'il le regle neanmoins , & eſt
à la nomination du Chantre.
jot.
Page 194. Nicolas Frejot , life For
Page 198. ligne 7. Le revenu du Seminaire
de Troyes eft de 45000. livres
de rente , life 4. à 5ooo. livres de rente.
Page 103. ligne 26. au lieu de 1570.
life 1370. temps de la mort d'Hentl
Poitier.
Page 227. J'ai dit qu'on chantoit dang
l'Abbaïe du Paraclet la Meffe en grec le
jour de la Pentecôté , ce qui étoit encore
en ufage du temps que Camulat a écrit
fon Hiftoire , mais à prefent cela ne fe
fait plus.
Page 237. Elle eft mal chifrée à la tế-
te ou il y a 337. Le Prieuré de Delleau
proche de trois faux , il faut dire Treffoux
dans la Paroiffe de pro
che de Villeneuve la Lionne ; fon revenu
eft à prefent de 1200. livres .
Page 220. 345. & 371. Choiſeuil , lifez
"Choifeul .
Page 325. Le Marquifat de Sillery releve
de l'Archevêché de Reims .
Page 340 Le Comté de Vaubecourt a
été érigé en Octobre 1633. regiſtré au
Parlement de Mets le 28. Novembre
1634.
Page 354. J'ai dit que M. de
Beau
18 LE MERCURE
Beauvaux , Marquis de Fleville , a été
Gouverneur du Prince Electoral de Baviere
, c'eft à prefent M. l'Electeur .
M. de Fleville n'eft pas le feul de
cette Maifon qui foit refté en France.
Il y en a plufieurs autres , tels que Monfieur
l'Archevêque de Narbonne & Mefa
fieurs fes neveux , de la Branche de Ri
coux , & autres d'autres Branches.
Page 380. Claude Depenfe , lifez Def
pence.
Page 381. ligne 4. François- Henri , lis
fez François- Jofeph.
EPÍSTRE
A M. le Maréchal de Villars
par M. de Voltaire.
J
F me flatois de l'efperance ,
D'aller goûter quelque repos ,
Dans votre maiſon de plaiſance ,
mais Vinache a ma confiance ;
Je prens pour guerir de mes maux ;
de fa ptifane , à toute outrance ,
Et j'ai donné la préference
Sur le plus grand de nos Heros
Au
DE JUILLET 1722 .
Au plus grand Charlatan de France ,
Ce difcours vous déplaira fort ,
Et je confeffe que j'ai tort ,
De parler du foin de ma vie
A celui qui n'eut d'autre envie
Que de chercher par tout la mort
Mais fouffrez que je vous réponde
Sans m'attirer votre couroux ,
Que j'ai plus de raifon que vous
De vouloir refter dans le monde.
Car fi quelque coup de canon ,
Dans vos beaux jours , brillans de gloire ;
Vous eut emporté chez Pluton ,
N'auriez-vous pas dans la nuit noire ,
Beaucoup de confolation ,
Lo :fque vous fçauriez la façon ,
Dont vous auroit traité l'Hiftoire.
Paris vous eut premierement
Fait un Service fort celebre ,
En prefence du Parlement ,
Et quelque Prelat ignorant
Auroit prononcé hardiment
Une longue Oraifon funebre
Qu'il n'eût pas faite affurément.
A
Puis
LE
MERCURE
Puis en vertueux Capitaine ,
On vous auroit proprement mis
Dans l'Eglife de faint Denis
Entre du Guefclin & Turenne ,
Mais fi quelque jour , moi che :if,
Je paffois fur le noir efquif,
Je n'aurois qu'une vile biere ,
Deux Prêtres s'en iroient gayement
Porter ma figure legere ,
Et la loger mefquinement
Dans un récoin du Cimetiere.
Mes nieces au lieu de prieres
Et mon Janfenifte de frere
Riroient à mon enterrement:
Et j'aurois l'honneur feulement
Que quelque Mufe medifante
M'affubleroir pour monument
D'une Epitaphe impertinente ;
Vous voyez donc par confequent
Qu'il eft bon que je me conſerve ;
Pour être encor témoin long- temps
De
De tous les exploits éclatans ,
Que vôtre deftin nous refervet
LETTRE
DE JUILLET 1722. 27
LETTRE écrite de l'Ifle de Montreal
en Canada à M. Simon ,
Prêtre de la Communauté de
S.Sulpice à Paris , fur la maniere
de tirer du fucre de l'Erable.
MONSIEUR,
Je commence par vous remercier de la
grace que vous me faites , en m'adreffant
des memoires auffi intereffans que le font
ceux que j'ai reçûs de vous. Enfuite je
yous dirai que j'ai tenu parole , & je vous
envoie le capilaire que vous m'avez demandé.
Pour ce qui eft de la maniere de
faire le Grop d'Erable , voici ce que j'en
fçai pour l'avoir vû & pratiqué .
On choifit premierement la faifon du
Printems , & c'eft vers le 15. de Mars
que les Erables commencent à couler ,
quelquefois plutôt , quelquefois plus tard.
Je vous donne une regle fixe. Quand fur
le haut du jour le foleil eft affez ardent
pour faire fondre la nége , & pour échauf- ,
fer les arbres , alors les Erables coulent,
pourvû que la nége où la glace ſe trouve
au
22 LE MERCURE
-
au pied de l'arbre . Deux ou trois circonftances
doivent concourir pour faire trouver
un tems propice à faire couler l'eau.
La premiere , il faut qu'il gele la nuit ou
le matin. La feconde , il faut que le tems
foit calme ; car les gros vents empêchent
l'arbre de donner fon eau fucrée, La troifiéme
, il faut qu'il faffe doux pendant le
jour , & que la nége foit au pied de l'arbre.
Toutes ces circonftances fe rencontrent
en ce païs vers le 15. Mars jufques
au 15. Avril. Elles fe réuniroient plutôt
dans les païs chauds , ou dans ceux qui
font plus temperez. Je crois qu'en France
on pourroit le faire couler du côté de
Paris au commencement de Fevrier , &
même plutôt , parce que les arbres y gelent
rarement. 11 faut remarquer que la
Plaine eft auffi propre que l'Erable , &
que le firop de l'un eft auffi eftimé que celui
de l'autre. Cependant il y a une trèsgrande
difference entre ces deux efpeces
d'arbres , foit qu'on en confidere la fubftance
, la feuille & les fruits ; foit qu'on
les regarde par leurs écorces. Non feulement
l'Erable & la Plaine font propres au
firop , le Noyer tendre donne auffi une
cau fortfucrée, quoiqu'en petite quantité,
d'où on fait auffi du fucre qui eft fort bon
J'ai plufieurs fois bû du firop de Meri- .
fier & de Prunier ; mais quoiqu'il foit
aife
DE JUILLET 1722. 23
aifé à faire , l'eau qu'on tire de ces fortes
d'arbres étant fort abondante & affez
gommeufe , il n'eft pas fi bon & a le gout
fauvage. On pourroit en faire de Ceri
fier , de Pommier, & de beaucoup d'autres
arbres , fi on en vouloit faire l'experience.
Il faudroit donner ce foin à quelque
Chimiſte curieux , capable de faire la
difference des diverfes fortes de firops , &
d'en marquer les bonnes & les mauvaifes
qualitez. Car pour ce qui eft des firops ,
qui fe font en Canada , ils font fort contraires
aux perfonnes attaquées de graș
velle & de rétention d'urine.
Il faut faire provifion d'autant de
vaiffeaux propres à recevoir l'eau qu'on
a d'arbres d'où on la veut tirer. Il faut
avoir plufieurs chaudieres , grandes &
petites , & une barrique ou cuve pour
fer,
vir de refervoir pour mettre l'eau , fuppofé
qu'on ait quantité d'arbres. On ne
choifit pas ordinairement les arbres qui
ont moins d'un pied de diamettre ; cependant
on peut en tirer d'un petit. On
fait une entaille dans l'arbre avec la hache
, profonde de deux pouces ou environ
, & haute de quatre , à deux ou trois
pieds au deffus de la terre ou de la nége.
Il faut la faire en biaifant , enforte qu'elle
foit plus baffe d'un côté que de l'autre ,
ann que l'eau puiffe defcendre par le bast
côté,
24
LE MERCURE
côté , & qu'elle ne s'arrête point dans
l'entaille. Il faut que les bords d'en bas
de l'entaille foient relevez , pour empêcher
que l'eau ne s'écoule par le devant.
Enfin il faut qu'elle foit faite d'une maniere
que l'eau s'aille rendre toute parle
bas côté , au deffous duquel à ' un demi
travers de doigt , on doit faire entrer
dans l'arbre , ou un morceau de bois , ou
de fer , long d'un demi - pied , qui foit
fort panché , & qui conduife l'eau dans le
vaiffeau que vous mettez deffous. Il faut
que ce bois ou ce fer foit attaché d'une
maniere qu'il ne laiffe point échaper l'eau
le long de l'arbre. Au refte cette eau ne
tombe ordinairement que goutte àà gout
te , à moins que le tems ne foit très favorable,
comme feroit un tems de nége ou
de pluie . Il faut remarquer que l'arbre ne
meurt point après cette operation ; à peu
près comme un animal à qui on ouvre la
vcine , ne laiffe pas de fe bien porter après
la faignée. On peut l'année d'après faire
la même chofe au même arbre faus aucun
danger , pourvû que ce foit dans un
endroit different. Je croirois cependant
qu'il ne faudroit le traiter de la forte que
deux ou trois fois , furtout s'il étoit petit ;
car on peut moins menager un grand arbre.
Il faut remarquer que quand on fe-
Loit en même tems deux ou trois incifions
au
DE JUILLET 1722 . 25.
au même arbre , on n'en tireroit pas plus
d'eau que d'une feule.
Il n'eft pas neceffaire de vous marquerici
, qu'à mesure que les vaiffeaux fe rempliffent
, il faut vuider , ou dans la chaudiere
, ou fi elle eft pleine, dans votre re
fervoir. En Canada où la difette des vaiffeaux
eft grande , on fait de petites auges,
de bois qui reçoivent l'eau qui coule des
Erables , & qu'on laiffe au pied des arbres
jufques à l'année fuivante que l'on
s'en fert de la même maniere . Ce ne font
que les préparatifs. Voici la maniere de
faire le fucre.
Mettez l'eau bouillir dans une chaudiere
proportionnée à la quantité de votre
cau. N'épargnez ni le feu , ni le bois , jufques
à ce que l'eau étant fort diminuée
vous la mettez dans une plus petite chaudiere
où vous continuerez de la faire
bouillir jufques à ce qu'elle file en tombant
de la fpatule . Quand elle file comme
il faut , vôtre firop eft fait. Et fi vous
voulez en faire du fucre , il faut continuer
à faire bouillir le firop jufques à ce
qu'il foit fort épais , & alors vous le mettez
refroidir dans un vaiffeau où il prend
de la conſiſtence , à mesure qu'il ſe refroidit
, & fe durcit enfin en confervant
la figure qu'il emprunte du' vaiffeau où
yous le mettez. Pour ne pas vous trom-
B
per,
26 LE MERCURE
per , le firop d'Erable & le fucre le font
avec la même methode , & avec les mêmes
précautions que le firop & le fucre
d'orge , rofat , & c.
Remarquez que l'eau d'Erable fe change
en très - bon & très- fort vinaigre quand
on l'expofe long- tems au foleil ; mais il
faut fe fervir de celle qui coule fur la fin ,
alors elle est blanchâtre , gluante , glaireufe
comme des blancs d'oeufs , & n'eft
plus propre qu'à faire du firop , le fucre
qu'on voudroit en tirer ne pouvant avoir
fa confiftence. Voilà , Monfieur , tout ce
que je fçai fur cette matiere. Je fuis , &c.
STANCES IRREGULIERES
ADAMO N.
Q
Ue l'âge d'or , fi nous croïons Ovide ,
Etoit un fiecle heureux .
Les mortels n'y fuivoient que la raison pour
guide ,
Et rien ne manquoit à leurs voeux .
Point d'été , point d'hyver fous le regne
d'Aftrée ,
Le Printems tenoit lieu de toutes les Saifons .
Et par le foc tranchant maintenant déchirée ,
La
DE JUILLET 1722.
27
La terre d'elle même offroit alors fe . dons .
Mille ruiffeaux de lait ferpentoient dans les
plaines
Des plus brillantes fleurs les champs étoient couverts
,
Et les zephirs de leurs douces haleines
Agitoient feuls les airs .
L'artn'avoit point bâti ces Temples magnifques
,
De fuperbes feftons pompeufement parez ,
Les Dieux n'avoient alors que des Autels ruftiques
,
Mais ils étoient mieux honorez .
A l'infatiable avarice
Les coeurs encor ne s'étoient pas vendus
Et les mort els depuis livrez à l'injuftice
Ignoroient jufqu'au nom de l'aveugle Plutus.
Les vertus , c'étoient là les uniques richeſſes ,
Où l'homme rencontroit la paix que nous cher
chons ,
Les femmes étoient des Lucreces
Les amis autant de Damons.
L'innocence regnoit , la difcorde ennemie
Bij
n'avoit
48 MERCURE LE
N'avoit point allumé fon trifte & noir Ham
1
beau ,
On vivoit fans foupçons, fans crainte ,fans envie
,
Qui s'aimoient une fois , s'aimoient juſqu'au
tombeau .
Des frivoles grandeurs on ignoroit l'ivreffe ,
Dans les rangs , dans les biens , point : d'inégalité
,
Des vils flateurs la voix enchantereffe
N'alteroit point la fimple verité.
Sikere fans être farouche ,
Chacun à fon ami s'exprimoit librement ,
Le coeur étoit toûjours d'accord avec la bouche,
Qu'il étoit doux alors de fe parler fouvent .
Il n'étoit point de marâtres cruelles ,
De Sergens inhumains , d'avides Procureurs ,
L'hymen rendoit fidelles
Ceux dont l'amour avoit uni les coeurs.
O faintes moeurs qu'étes- vous devenuës ?
Siecle de nos ayeux ne renaîtrez -vous pas ;
Probité , bonne foi , vous étes méconnuës ,
On commet fans remords les plus noirs atten
tats !
DE JUILLET 1722
Da plus fort tous les jours le foible eft la vic
time
Da fçait le faire un front, qui ne rougit jamais,
Le plaifir eft- il legitime ,
Dès lors il perd tous les attraits .
L'amour ne fait plus l'hymenée,
Le coeur reclame envain fes droits
Du barbare intereft, victime infortunée ,
Il fuit en gemiffant fes tyranniques loix .
Par lui les ames aſſorties
Ne cherchent qu'à brifer des noeuds tiffus d'en
nuis',
Troubles , dépits fecrets , fureurs , antipathies,
De ces funeftes nou ' s voilà les triſtes fruits.
L'intereft regle tout ; c'eft la commune idole ,.
La feule deité qu'on adore aujourd'hui ,
Dès qu'il ordonne tout s'immole ,
Vertu', devoir , bienfaits , rien n'eſt ſacré pour
lui.
Mais on m'emporte une verve bizarre ,
Singe de Juvenal ; prétens - je par des vers
Tout dégoutans du fiel qu'hexhale le Tartare.
Reformer les erreurs de ce vafte univers ?
Ton exemple, Damon, fuffit pour le confondre,
Biij.
Tu
30 LE MERCURE
Tu fais voir des vertus dignes des premiers
tems ,
Aux traits de la cenfure on peut toûjours répon
dre ,
L'exemple feul détruit tous les raiſonnemens,
Par le P. de P. J.
DE DE DE «
HISTOIRE
D'A BULMER.
Suite & fin des voïages de Zulma dans
le païs des Fées.
BULMER prit ainfi la parole
AJe m'appelle Abulmer , Seigneur ,
je tuis fils du Soudan d'Egypte , il commande
dans le païs où vous me voïez dans
un état fi malheureux , que vous conviendrez
, quand vous fçaurez mes avantures
, que vous étes moins à plaindre : Il
vous refte au moins quelque efperance de
voir changer vôtre état ; vous aimez , &
vous ne fçavez point fi vous étes haï : moi
je n'en puis douter , & ce qui augmente
mon delefpoir , c'eft que je ferois heureux ,
fi j'avois été aufli fage que je fuis amou❤
reux .
Il continua fon difcours en ces termes :
Je fuis né , Seigneur , avec toutes fortesd'efperances
, mon pere qui s'appelle Ach .
met
DE JUILLET 1722 . 31
met , & ma mere Almanfine , avoient
pour moi une amitié qui égaloit leur
amour ; jamais paffion n'a été plus vio
lente , puifqu'elle fubfifte encore ; ils
m'ont élevé avec beaucoup de foin , & j'ai
été affez heureux dans les commencemens
de ma vie de réiflir à tous mes exercices,
& de répondre aux efperances qu'ils
avoient conçûës , par la fatisfaction que le
public avoit de me voir , lorfque je remportois
le prix dans quelques tournois , ou
dans quelques difputes que l'on me faifoit
faire avec les plus fçavans du Caire.
Mon pere & ma mere m'en fourniffoient
tous les jours les occafions ; c'étoit leur
plus grand plaifir ma paffion dominante
étoit la challe , j'étois moins flatté des
applaudiffemens que je recevois fur mon
efprit & mes fentimens , que lorfque j'avois
mis à mort quelques bêtes dans la forêt .
Un jour que la pourfuite d'un taureau
fauvage m'avoit éloigné de mes gens ,
glorieux de l'avoir vaincu , j'en rappor
tois la tête qui étoit prodigieufe , & je
revenois au petit pas de mon cheval , qui
étoit fort las , le long des bords du Nil ;
j'apperçus de loin une femme qui furoit ,
& qui étoit pourfuivie par ces animaux fi
dangereux , qui ne fortent du Nil que pour
chercher une proïe. Quoique mon cheval
fut fatigué , je le pouffai de viceffe fur
B iiij
cette
32
LE MERCURE

cette bête , & je la fis rentrer dans le Nil
avec épouvante ; la femme qu'elle avoit
pourfuivie couroit toûjours , quoique je
lui criaffe de toute ma force qu'elle n'avoit
plus rien à craindre ; elle arriva fans
m'écouter à l'entrée de cette pyramide
où nous fommes prefentement : Je defcendis
de cheval , & je la trouvai prefque
évanouie de laffitude & de fraïeur ; elle
étoit couchée à terre , comme une perfonne
à qui les jambes avoient manqué ,
ne pouvant aller plus loin ; je m'appro
chai d'elle par un mouvement de com
paffion pour
la fecourir , l'admiration de
fa beauté fufpendit le difcours que je vou →
lois lui faire ..
Elle fouleva la tête , & me regardant
avec un air fort doux , elle me dit : Je
vous dois la vie , Seigneur , & je ne ferar
aucune façon de vous dire que l'on
doit fe trouver heureufe d'être engagée
par reconnoiffance à aimer une perfonne
comme vous ces paroles étoient dites
avec un ton fi doux , & fortoient d'une fi
belle bouche , qu'elles allerent jufqu'à
mon coeur.
L'amour commence toûjours par nous
flatter , il ne fait fentir fes peines que lorfque
nous ne fommes plus à portée de l'éloigner
il n'y a que l'experience qui
puiffe nous apprendre à nous tenir fur
nos
DE
JUILLET 1722- 332
nos gardes contre des commencemens qui
font fi feduifans : helas , je n'en avois .
point ; je n'avois jamais eu de paffion que.
pour la chaffe , le commerce des femmes
eft interdit , comme vous le fçavez , chez
les Mufulmans aux jeunes gens , & je n'ai
jamais eu de goût pour celles qui font publiques
, mon éducation m'en avoit éloi
gné . Je fentis tout le charme de ce premier
moment qui nous porte à aimer ; rien:
ne pouvoit m'en éloigner , la beauté de
celle qui me parloit étoit au - deffus de ce
que je peux dire , fes paroles étoient Alateufes
; & quoiqu'elles fuffent un peu trop
libres pour un homme qu'elle ne connoiffoit
point , la magnificence de fes habits :
ne me permettoit pas de croire qu'elle fut :
une femme du commun , ni de celles dont :
je viens de parler..
""
Je m'approchai d'elle & lui donnai la
main pour la relever fans lui rien dire
elle la reçut avec une politeffe noble , qui
me confirma dans les reflexions que je ve--
nois de faire ; fa beauté s'augmenta à mes
yeux ; lorfqu'el'e fut debout , la grace &
la liberté de fa taille y donnoient encore
un nouvel éclat.-
Mais , Seigneur , admirez ma fottife, je
difputois tous les jours avec fuccès con--
tre les plus fçavans du Caire , je devois
avoir par conlequent la parole affez li
li .
Bv Dre :
34
LE MERCURE
`bre , je ne pûs cependant ouvrir la bou
che ; & cette perfonne fut encore obligée
de reprendre la parole , & me dit :
Je juge à vôtre habit & à vôtre turban
que je dois vous nommer Seigneur , & le
fecours que vous venez de me donner , me
fait efperer que vous étes affez genereux
pour me remener ici près dans une habitation
qui m'appartient , & où l'on eſt
fans doute en peine de moi ; vous avez
raifon , lui répondis- je , Madame , de
croire que je ferai tout ce qu'il vous plaira
de me commander ; mais fi le lieu où
vous voulez que je vous conduife , eft alfez
loin pour ne pouvoir y aller à pied
je n'aurois qu'un cheval rendu à vous of
frir , qui fans doute expire à cette porte..
Puifque cela eft , me répondit - elle , il
vaut mieux paffer ici la nuit , à moins que
vous ne craigniez de déplaire à quelqu'un
qui vous attend fans doute ce foir avec
impatience. Je ne crains , Madame , que
de vous quitter , & fi vous le trouvez
bon , je demeurerai non feulement cette
nuit , mais tout le refte de ma vie auprès.
de vous : Je me trouverois trop heureuſe,
Seigneur, me dit- elle, mais je ferois bien
fâchée de vous mettre à une fi rude épreu
ve ,je fçai diftinguer un difcours poli de
ceux qu'on doit prendre à la lettre ; non ,
Madame lui répondis-je, celui- ci ne vient
poing
DE JUILLET 1722. 35
point de ma politeffe; & puifque vous fçavez
fibien connoître la verité , vous devez
démêler mieux que je ne fçaurois faire
moi même ce que je penfe dans ce moment;
je vous avoüerai , Seigneur, me ditelle
, que je dois être furpriſe du temps que
Vous avez été fans parler , car il me femble
que vous n'avez point fujet d'être timide.
Ne devinez-vous point , Madame
luy répondis - je , la raifon qui me rendoit
ainfi mon peu d'experience m'empêche
d'en juger , & je vous ferois infiniment
obligé de me l'apprendre , la crainte de
vous dire quelque chofe là deffus que
vous n'approuveriez peut- être pas.... Je
vous entends , Seigneur , me dit- elle , ent
m'interrompant , vous ne me connoiffez
point , vous vous trouvez feul avec une
femme qui vous a dit fans doute trop
promptement qu'elle vous trouvoit aimable
, je n'avois pas eu le tems d'y faire
reflexion , vous avez fait un jugement un
peu trop leger fur une verité que je n'ai
pû retenir dans le premier mouvement
de la reconnoiffance que je devois avoir
du fervice que vous m'avez rendu ; mais ,
Seigneur , je ne fuis pas en peine avec
le temps de vous donner meilleur opinion
de moi ; fi vous voulez bien continuer
une connoiffance que le hazard a commencée
, je fuis feure que l'eftime en fera
la fuite. Bvj J'ay
36 LE MERCURE
J'ay pour vous , Madame , luy répon--
dis-je, tout le reſpect que l'on doit au fexe
, lorfque l'on eft ben né , cela ne
m'empêche pas d'admirer vôtre beauté ,
je prétends vous marquer mes fentimens.
par ma retenue , vous reglerez mes actions ,
je ne puis regler ma peniée , je prendrai
foin de vous la cacher . Je veux à
l'avenir n'avoir d'autre deffein que celui.
de vous plaire ; j'en fais mon unique bonheur
, en quelque lieu que vous vouliez
que je vous conduife , pourvû que je nevous
quitte plus ; les deferts de l'Arabie:
n'auront rien d'affreux pour moy..
Quor , Seigneur , me dit - elle ,
fi vous
ne pouviez me voit que dans cette vieille:
malure , vous yferiez avec plaiſir , & vous
quitteriez pour cela le Caire & vôtre :
maîtreffe ? car fans doute vous n'avez
point encore de femme à vous. Je n'ai
jamais fouhaité d'en avoir , luy répondis-
je , je ne fais aucun cas de celles qui
font publiques , & jene compte point fur
le coeur de celles que l'on enferme après
les avoir achetées ; j'approuve fort ce fentiment
, me dit- elle ; & puifque vous avez
de la délicateffe , Seigneur , vous êtes
capable d'une vraye paffion je ne veux
pas cependant que vous demeuriez ici-fans.
en fortir mais j'exige de vous d'y venir
tous les jours , j'aurai foin de m'y ren
dres
DE JUILLET 1722 . 37
dre , je ferai avertie quand vous partirez
du Caire , vous ferez ſemblant d'aller à la
chaffe , vous quitterez vos gens comme
vous faites quelquefois , vous reviendrez
fur vos pas & vous me trouverez ici.
"
Tant que ce commerce vous convien--
dra il ne finira pas ; mais fi . vous êtes capable
de me faire la moindre infidelité
Vous ne me reverrez jamais ; je fuis bien
aife de vous avertir auffi que je ne bor--
nerai pas là ma vengeance , & qu'il n'y as '
tien que je ne fois capable de faire pour
vous marquer combien cette offenfe me
fera fenfible ; fongez y bien avant de me.
répondre , & de vous engager avec moi . ,
J'étois fi perfuadé , Seigneur , dans ce
moment que j'étois incapable de rien
faire qui purluy déplaire, que je n'eus aucune
peine à luy faire tous les fermens que
je crûs capables de la raffeurer fur la crainte
qu'elle me marquoit de ma legereté .
Nous pafsâmes la nuit en converfation ,
fans qu'elle voulut me dire fon nom , ni
fa condition , quoique je l'en preffaffe
extrêmement..
Ala pointe du jour elle me dit : voilà
T'heure, Abulmer, qu'il faut que vous vous
en alliez & moi auffi , conduilez - moi feu .
lement jufqu'à une avenue de palmiers
qui eft devant ma maiſon , je ne veux pas
que mes efclaves vous voyent ; comme je
puis
3'8
LE
MERCURE
puis difpofer de moi , je fuis libre de fortir
leule
pour me promener , j'en ufe de
même tous les jours , hors hier il ne m'étoit
jamais arrivé d'accident.
Elle fe leva en difant cette parole ; je for--
tis avec elle, & je la reconduifis par un petit
fentier droit à cette allée de palmiers
dont elle m'avoit parlé, au bout de laquelle
j'apperçus en effet une maifon qui me parut
très-belle , & que je ne pûs reconnoître ,
quoique la chaffe me menât fouvent de ce
côté-là ; elle me dit , adieu , & m'ordonna
de me trouver le lendemain dans cette piramide
; elle voulut , je crois , me donner
plus d'impatience de la revoir par la défenfe
qu'elle me fit d'y revenir le même
jour , elle me dit pour les raifons qu'il
falloit donner ce jour- là tout entier à ma
famille qui auroit fans doute trouvé mau
vais que j'euffe paflé la nuit dehors.
Je la quittai avec peine , je voulois la
conduire plus loin , mais elle s'y oppofa ;
je la fuivis des yeux tant que je pûs la
voir ; fi je l'avois trouvée belle à la lueur.
fombre qui eft ici , elle m'éblouit au grand
jour ; fa démarche legere & la grace qui
étoit répandue dans toute fa perfonne
achevoient de me charmer...
Je demeurai quelque temps après l'a
voir perduë de vue , comme une ftatue ,
les
yeux tournez du même côté ; je repris
enfin
DE JUILLET 1722 39
enfin mes efprits , & je me mis à marcher
pour retourner au Caire ; mon cheval
que je n'avois pû trouver en fortant
de la piramide fe preſenta devant moi
quand j'eus fait environ cent pas ; il étoit
couché au pied d'un arbre , il fe leva
comme s'il m'eut reconnu , il vint droit à
moi , & je montai deſſus.
Un moment après je trouvai plufieurs
efclaves d'Achmet difperfez qui me cherchoient
par fon ordre ; je leur dis que
mon cheval s'étoit rendu trop loin du
Caire pour qu'il fut en mon pouvoir d'y
retourner à pied , que j'avois trouvé
plus à propos de le laiffer repofer pendant
quelques heures , qu'enfuite j'avois
repris le chemin du Caire ; ils me crurent
& l'un d'eux fe chargea d'aller dire d'a
vance que l'on m'avoit retrouvé .
Je fus très-bien receu dans le Caire; en
arrivant les peuples me témoignerent l'in
quietude que mon abfence leur avoit cau
lée par la joye qu'ils marquerent de mon
retour.
Mon pere me fit des reproches de pouf
fer la chaffe jufqu'à m'obliger de coucher
dehors , je lui promis que cela ne m'arri
veroit plus ; fa reprimande fervit de prés.
texte à l'inquietude que j'eus toute la
journée , je ne pouvois demeurer un momacnt
dans la même place; je repaffois dans
mon
4,0 LE MERCURÊ

mon efprit jufques aux moindres paroles:
de la perfonne que j'avois vûë , je croyois
dans des momens que le rendez - vous
qu'elle m'avoit donné pour le lendemain
n'étoit qu'un amufement , que fe voyant
feule avec un jeune homme dans un lieu
auffi retiré que celui où nous fommes ,
elle avoit voulu me tenir dans le refpect
en me donnant une efperance qui me fit
remettre au lendemain , ce qu'elle avoit
peur que je ne tentaffe dans la même nuit,.
fi j'avois crû ne là revoir jamais.-
Le foin avec lequel elle m'avoit caché
fon nom , après m'avoir fait dire le mien ,
me rendoit la verité fufpecte ; enfin je
paffai ma journée & toutela nuit dans des
agirations que je ne peux exprimer.
L'heure étant venue où j'avois accou
'tumé d'aller à la chaffe , je partis du
Caire , je difperfai enfuite mes gens
de :
façon que je me trouvai en liberté de ve
nir ici '; j'attachai mon cheval à ce palmier
qui eft auprès de la porte , j'entrai ,
Seigneur , avec un battement de coeurs
qui faifoit trembler mes jambes , & qui
me mettoit hors d'état de pouvoir avan
cer ; je fis tant d'efforts que je fis quelques
pas , & je tombai à l'endroit où j'ay
apperceu ces deux vieillards ; la perfónne
qui m'attendoit étoit ici ; elle fit un grand
cri en me voyant tomber , & vint au de
yant
DE JUILLET 1722 41
vant de moi pour me relever.
Rien ne peut faire entendre , Seigneur
ce que je fentis dans ce moment ; je la
trouvois contre mon elperance comme
elle me l'avoit promis , elle me donnoit
une marque de l'intereft qu'elle prenoit
à moi par le cri qu'elle avoit fait en me
voyant tomber ; Pagitation de fon vilage
me montroit qu'il étoit fincere : Non, Seigneur,
on ne meurt point de plaifirpuifque
je fuis encore envie ; je demeurai à fes
pieds, je les tins long- temps embraffez fansrépondre
aux queftions qu'elle me faifoit
fur ma chûte ; mon tranfport étoit trop
grand pour qu'elle fut en doute de fa cau
le : toute autre choſe que l'amour , & l'a
mour le plus violent ne fçauroit faite un
fi grand effet.
Je ne vous ennuirai point , Seigneur ,
de nos converfations ; je venois ici tous
les jours , il me paroiffoit qu'elle n'avoit
aucun doute fur la verité de ma paffion ,.
elle me donnoit toutes les marques que je
pouvois fouhaiter , que celle qu'elle avoit
pour moi éroit auffi vive ; j'étois par con
fequent , Seigneur , le plus heureux de
tous les hommes , puifque j'étois fans
doute le plus amoureux …-
Un jour comme je venois comme à
mon ordinaire ici , je m'égarai, fans pou
voir imaginer par quel enchantement je
ne
42
LE MERCURE
um
ne pouvois trouver un chemin queje faifois
tous les jours.Je tournai & retournai toute
la journée fans voir cette piramide , le foleil
étoit fi violent que ne pouvant plus le
foutenir , & me trouvant auprès d'une
maifon , je pris le parti de fraper à la
porte , quoiqu'elle ne fut pas de ma connoiffance,
pour demander à me repofer un
moment. Un eſclave me vint ouvrir ; je
Jui dis que je m'étois perdu à la challe ,
& que ne pouvant fupporter l'ardeur du
foleil , je le priois de me laiffer entrer
dans quelque chambre de la maiſon ; l'efclave
me répondit que j'étois le maître ,
que je pouvois defcendre dans une falle
baffe ou il n'y avoit perfonne , qu'il auroit
foin de mon cheval ; je le remerciai
& lui dis que je ne pouvois refter qu'un
moment parce que j'avois une affaire
preffée au Caire.
Au Caire , Seigneur , reprit l'esclave',
fçavez-vous qu'il y a plus de vingt lieuës
d'ici ; je ne crois pas que vous ni vôtre
cheval y arriviez fi ailement d'aujour
d'huy : je fis un cris horrible en attendant
ces paroles , je me jettai ſur un fopha
penetré de douleur ; vous n'aurez pas de'
peine à croire , Seigneur , que j'étois au
defefpoir , je croyois que c'étoit ma faute
de m'être perdu , que la perfonne qui
m'attendoit , me foupçonnoit de luy avoir
preferé
DE JUILLET 1722 43
preferé quelque autre plaifir ; je me reffouvenois
qu'elle m'avoit dit que fi je luy
faifois la moindre infidelité , je ne la reverrois
jamais. Qui pourra luy perfuader,
difois - je en moi-même , que je me fuis:
perdu dans un chemin que je fais tous les
jours depuis un mois ? quoique cela foit
vrai , cela n'eft pas vrai- femblable , j'étois
dans ces triftes réflexions lorfqu'une
jeune fille très- belle , les cheveux épars ,
avec une couronne de fleur fur la tête
un habit blanc brodé de fleurs , pareilles
à celles dont elle étoit coëffée , entra avec
des rafraîchiffemens dans la chambre où
j'étois ; elle me dit en arrivant, Seigneur,
ma maîtreffe vient de vous voir entrer
ici , elle eft dans le bain , elle m'envoye
pour vous apporter ces rafraîchiffemens
elle viendra elle- même pour vous faire
les honneurs de fa maiſon , en attendant
elle envoie vous affurer que vous en êtes
le maître.
Je luy fuis fort oblige , luy répondisje
, mais il faut que je forte d'ici dans le
moment , j'ay une affaire preffée qui
m'empêche de pouvoir profiter de l'honneur
qu'elle me veut faire : Seigneur , me
répondit cette fille , vous ne ferez pas
une fi grande impoliteffe ; je me levai
fans la regarder , & fans luy répondre
pour reprendre le chemin de la porte ,
je
44 LE MERCURE
je redemandai mon cheval à l'efclave qui
m'avoit ouvert. Comme j'entrois dans la
cour , j'apperceus la maîtreffe de la maifon
qui venoit droit à moi ; je voulus faire'
femblant de ne l'avoir point vûë ; j'approchois
de la porte, comme elle m'arrêta ,
& me dit j'ay forti de mon bain , Seigneur
, pour vous voir , je me flate que
Vous voudrez bien me donner un moment
d'audiance , j'ay quelque chofe d'important
à vous dire ; je luy répondis que j'étois
très fâché d'être obligé indifpenfablement
de m'en aller , & que je ne pouvois
l'entendre ; elle m'arrêta encore , &
me dit d'un ton haut & fiché : vous
pouvez fans doute ne me pas écouter ,
mais il ne dépend plus de vous de fortir
d'ici : que l'on ferme les portes ,
dit- elle ,
à cet elclave qui m'avoit ouvert , je veux
voir fi ce brutal mettra le fabre à la main:
contre des femmes & un vil efclave : cesparoles
me firent rentrer en moi-même ,
je li fis des excufes de mon peu de po--
liteffe ,, jjee ll''aaflurai que fi elle fçavoit les
affaires que j'avois , elle me pardonneroit ..
Quelles affaires peux tu avoir à ton
age , me dit elle ? tu ne dois fonger qu'à
l'amour ; fi c'eft un rendez- vous , on peut
te dédommager ; elle me dit enfuite beau--
coup de chofes fort preffantes pour m'arrêter
; j'étois fi peu en état de l'entendre,,
que
DE JUILLET 1722.
45
que je ne faifois aucune attention à ce
qu'elle me difoit ; elle s'en appercevoit ,
& fe fâchoit ; elle paffoit enfuite de la
colere à la rendreffe ; elle étoit belle , elle
parloit très-bien elle me marquoit une
paffion fort grande , mais rien ne pût me
retenir je perfiftai à luy demander en
grace de me la.ffer fortir . Son vifage pâlit
, en me difant que ma cruauté la feroit
mourir ; elle tomba évanouie , & à ce
qu'il me parut fans connoiffance , je profitai
de ce moment là pour fortir ; je dis
à l'efclave que fa maîtrelle fe trouvoit
mal , il courut à elle pour la fecourir ; les
clefs luy tomberent des mains , je les ramaffi
, j'allai chercher mon cheval , j'ouvris
la porte , & je fortis de la maifon
fans obftacles. Quand j'eus fait environ
quatre ou cinq cent pas de toute la vîteſſe
de mon cheval à qui j'avois baiffé la main ,
je ciûs reconnoître le pays où j'étois , &
y avoir chaffé , mais il étoit directement
oppo é au lieu où je voulois aller , je pouf
fai encore plus vivement mon cheval , &
j'arrivai à la nuit fermée ici ; je trouvai
la perfonne qui m'y avoit attendu qui en
fortoit ; je mis pied à terre pour lui conter
mon avanture , elle ne vouloit point
m'entendre. Après beaucoup de prieres:
je l'obligeai enfin à rentrer un moment ;
Elle m'écouta fans me répondre. Quand
j'eus
46 LE MERCURE
j'eus achevé de parler elle me dit : vous
m'avez fait renter ici , Abulmer , pour
me conter une fable ; fi vous n'avez point
d'autre chofe à me dire , je ferai auffi
bien d'en fortir ; vous fçavez ce que je
vous ai dit , fongez- y , elle fortit en achevant
ces paroles , je voulus encore la retenir
, mais elle s'échapa de mes mains
avec tant de legereté & de fubtilité que
je la perdis de vie en un moment. Je
m'en retournai au Caire dans un defeſpoir
incroyable ; je revins le lendemain ici , je
ne l'y trouvai point , je fis plufieurs jours
de fuite le même voyage inutilement.
Comme je ne fçavois point fon nom , &
que je ne pouvois imaginer aucun moyen
de luy faire fçavoir de mes nouvelles , je
ne doutai point que je ne la reverrois jamais.
Mon innocence ne pouvoit me raffeurer
, parce que toutes les apparences
étoient contre moi ; j'en reffentis un chagrin
fi violent que je tombai très - dangereufement
malade ; je ferois mort fans
doute , s'il elle n'avoit pas trouvé le moyen ,
fans que j'aye jamais fçû comment, de me
faire trouver un billet où il y avoit ces
deux mots.
Je ne pouße pas la colere , Abulmer
jufqu'à la mort , fongez à rétablir vôtre
fanté , la premiere fois qu'elle vous permettra
defortir du Caire , vous trouverez
vêtre
DE
JUILLET 1722 .
47
vôtre amie dans le même lieu où vous l'alliez
chercher inutilement avant vôtre ma
ladie.
Je fus tranfporté de joye d'abord ;
mais je fis enfuite des réflexions qui me
firent croire que je ne devois pas m'y
abandonner ; je n'avois vû entrer dans
ma chambre que des gens attachez à mon
pere ; je m'imaginai qu'il avoit fait épier
mes actions depuis la nuit que j'avois
couché dehors , qu'il fçavoit que j'allois
tous les jours à cette piramide , que j'y
trouvois une femme , dans les premiers
temps que j'en fortois fort gay , que peu
de jours avant ma maladie les mêmes
gens avoient remarqué ma triftefle , &
que je n'y trouvois plus la perfonne que
j'y voyois auparavant, qu'il avoit conclu
de toutes ces circonftances ramaffées ¿
que c'étoit là le fujet de ma maladie ,
qu'il falloit me donner quelque efperance
de la revoir , ne doutant pas que ce
fût une broüillerie entre nous qui l'empêchoit
d'y venir. J'étois d'autant plus
confirmé dans cette penſée , que je trouvois
la lettre trop courte , & trop froide
pour une perfonne qui m'avoit donné
tant de marques d'une paffion veritable.
Malgré mes raifonnemens l'efperance
prit le deffus & la fanté auffi , je n'attendis
48 LE MERCURE
dis pas qu'elle fut parfaite , je me fis mettre
à cheval trois jours après , quoique je ne
puffe quafi me foûtenir ; je vins ici comme
à mon ordinaire , je ne fus point deceu
, je trouvai que j'y étois attendu .
Mon extrême pâleur, la marque d'amour
que je luy donnois de fortir dans
l'état où j'étois , l'attendrit , elle me fit.
cent amitiéz , & je revins au Caire avecune
filgrande joye qu'Achmet & Alinanfine
furent perfuadez , tant par ce que je
leur dis que par le changement qu'ils virent
fur mon vifage , que la chaffe étoit
abfolument neceflaire à ma fanté.
Je paffai encore quelque temps tranquillement
, j'allois tous les jours au même
lieu ; elle y étoit avant moi , & plus je la
voyois & plus j'étois amoureux . Ses difcours
& fon procedé m'avoient ôté toute
l'inquietude que j'avois auparavant de ne
pouvoir fçavoir ni fon nom , ni fa condition
; quelque extraordinaire que me parut
fen opiniâtreté là deffus, me donnant d'ailleurs
tant de marques de confiance , je ne
pouvois penfer que du bien d'elle.
Un jour que je fortois d'avec elle , &
que je m'en retournois au Caire au petit
pas
mon cheval s'arrêta , & fe mit à
reculer en reniflant , comme s'il avoit eu
peur , je luy donnai un coup d'éperon
le faire avancer , il fe cabra fi brufpour
quement
DE JUILLET 1722 . 49.
quement, que quoique je fois un aſſez bon
homme de cheval , il me jetta à la renverfe
, fans cependant me faire aucun mal ;
dès qu'il fe vit en liberté il partit comme
un trait , & je le perdis de vûë , je pris
mon parti de m'en aller au Caire à pied.
Aprés avoir fait environ cent pas je
trouvai un esclave noir qui fe jetta à mes
pieds, en verfant un torrent de larmes :
Seigneur , me dit- il , que vôtre valeur &
vôtre generofité vous engagent à venir
avec moi délivrer une jeune Princeffe qui
eft au pouvoir d'un affreux tiran qui luy
fait fouffrir tous les jours mille maux ;
vous aurez peu de chemin à faire , elle
n'eft qu'à un mile d'ici ; je luy répondis
que je me trouvois fort heureux d'une
pareille avanture , fi je là pouvois croire
veritable , mais qu'il étoit difficile de me
perfuader qu'il fe pafsât fi proche du
Caire quelque chofe d'injufte , & de tyrannique
, fans
que le Soudan en fut informé
, & qu'il en fût informé fans y avoir
mis ordre.
Il le fçauroit fans doute , Seigneur ,
me dit l'esclave , fi on avoit pû le luy
apprendre ; mais nous ne fommes que
d'hier ici , il n'a pas encore eu le tems de
le fçavoir , nous ne demeurons tout au
plus que deux fois vingt - quatre heures
dans le même lieu ; nôtre tiran eft un genie
C qui
50 LE MERCURE
i
qui tranfporte par fon pouvoir la Princeffe
& le Palais , où il la retient d'un
lieu à un autre , comme il luy plaît, depuis
qu'elle eft en fon pouvoir ; je crois que
nous avons été dans toute l'Afrique &
l'Afie , fans qu'on ait jamais fceu où nous
étions il n'y a qu'une gouvernante &
moi qui foyons attachez à la Princeffe ,
& l'on nous retient avec beaucoup de
précaution ; le Palais eft gardé par des
bêtes feroces qui ne laiffent approcher
perfonne. Eh ! comment avez vous pu
faire , luy dis-je , pour fortir de ce Palais,
& me venir trouver ? Seigneur , me répondit
l'efclave , j'ay dérobé au Genie
cette nuit le fabre que vous voyez à ma
main pendant qu'il dormoit. Ce fabre a
le pouvoir d'éloigner les bêtes farouches ;
je fuis forti par ce moyen , je me fuis
caché pendant le jour dans ce petit bois
où vos gens chaifoient. L'un d'eux m'a
affeuré que vous paffericz par ici , & je
vous y ai attendu ; ce qu'il m'a dit de la
bonté de vôtre coeur m'a donné quelque
efpoir que vous voudriez bien venir avec
moi délivrer la Princeffe ; & je vous ai
reconnu , Seigneur , quoique vous fuffiez
à pied à l'extrême beauté dont ils m'ont
dépeint vôtre figure.
Je vous trouve trop Aateur pcur être
veritable , luy dis- je , mais je ne veux pas
que
DE JUILLET 1722 .
que vous me foupçonniez de feindre d'ê
tre incredule par la crainte que peut
donner une avanture auffi extraordinaire
que celle dont vous me parlez ; montrezmoi
feulement le chemin que je dois tenir,
& je le fuivrai.
L'efclave matcha devant moi fans me
répondre ; après avoir traversé une par- -
tie du bois dans lequel il m'avoit conduit,
j'apperceus au travers des arbres de la
lumiere ; l'efclave fe retourna & me dit :
Seigneur , voilà le Palais dont je vous ai
parlé ; vous trouverez à la porte des animaux
de toutes efpeces pour en défendre
l'entrée ; il eft neceffaire que je vous
donne prefentement le fabre que j'ay dérobé
au Genie , ils ne peuvent être vaincus
que par luy ; il me prefenta le fabre
en même temps , je le pris , & il acheva
de me mener jufqu'au lieu où je voyois la
lumiere ; j'arrivai vis- à- vis d'une porte
qui me parut de fer ; deux lions d'une
groffeur prodigieufe étoient couchez en
travers vis - à- vis l'un de l'autre ; je - marchai
à eux le fabre à la main , ils firent
des rugiffemens affreux , & vinrent le
coucher à mes pieds ; l'un d'eux frapa la
porte avec fa queue , elle s'ouvrit un
nombre infini de pantheres , de lions , de
dragons fortirent de plufieurs petites maifons
de bois pour venir à moi ; je levai le
Cij fabre
32 LE MERCURE
fabre en l'air comme pour les fraper , ils
s'abbaifferent à mes pieds comme les
Lions , & je traverfai enfuite fans aucune
difficulté une très - grande cour fort bien
éclairée par des lumieres qui paroiffoient
des quatre côtez dans le bâtiment qui
n'étoit que d'un étage feulement ; il me
parut d'une beauté finguliere , vis à - vis
de la porte par où j'étois entré , je trouvai
quatre marches à monter qui conduifoient
dans un falon qui me parut éclairé
de mille bougies jaunes , une porte ouverte
qui étoit oppofée à celle par où j'entrois
, me laiffa voir un appartement tendu
de noir comme le falon , & éclairé de
même ; j'entrai dans cet appartement qui
étoit fort long , je traverfai toutes les
chambres fans y trouver perfonne. L'efclave
qui m'avoir conduit avoit diſparu
fans que je m'en fuffe apperceu ; j'arrivai
au bout de cet appartement lugubre dans
un autre falon qui n'étoit point tendu de
noir , il étoit éclairé par des bougies blanches
, des colonnes de marbre blanc foutenoient
la voûte , entre chaque colonne
il y avoit une niche , & une figure noire
fur un piédeftal comme l'efclave qui m'ayoit
conduit ; elles avoient toutes le fabre
à la main , mais elles n'avoient aucun
mouvement ; je m'arrêtai quelque temps
à les examiner , & les voyant toûjours
dans
DE JUILLET 1722 53
dins la même poſture , je jugeai qu'elles
étoient de marbre . Au bout de ce falon
il y avoit un tombeau de marbre noir ,
élevé de terre par trois marches de marbre
blanc ; au bas de la premiere marche
une vieille femme étoit affile, la tête dans
fes mains , & les coudes appuyez fur fes
genoux , elle pleuroi amerement ; & quoique
j'approchaffe près d'elle , elle ne me
parut faire aucune attention à moi. Je
montai les marches qui conduifoient à ce
tombeau , je levai une couverture de drap
d'or qui le couvroit , je trouvai dedans
une femme couchée d'une beauté fingu
liere , une fléche luy perçoit le coeur , &
il en fortoit encore du fang.
Je dis en moi - même : voilà fans doute
la malheureuſe Princeffe pour qui l'efcla
ve m'a demandé mon fecours , il faut
qu'il ait appris en arrivant que le Genie
l'a tué , & qu'il l'a abandonné , c'eſt ce
qui eft caufe que je ne l'ai pas vû depuis ;
c'eft fans doute ce qui eft caufe auffi que
je fuis arrivé dans ce lieu fans y trouver
d'obftacles ; dans l'état où le Genie l'a
mis il ne fe foucie point de la garder ;
elle ne fçauroit plus luy donner de jaloufie
; je voulus luy prendre la main
pour juger à peu près du temps qu'elle
étoit morte , parce que je voyois encore
fon fang couler ; elle fit un mouvement
C iij qui
$4
LE MERCURE
qui me fit juger qu'elle ne l'étoit pas etia
core. Quoique je ne dûffe pas me flater de
luy fauver la vie en luy donnant du ſecours
, je voulus effayer de luy ôter la
fléche qui luy perçoit le coeur ; je la pris
par le bout , je la tirai de toute ma force,
& je l'arrachai ; la perfonne couchée fit
un foupir , & ouvrit les yeux . La vieille
femme qui étoit affife fur le degré fe leva
avec un vifage gay, & me cria : Courage ,
Seigneur , que vôtre valeur acheve cette
avanture ; je retournai la tête pour regarder
celle qui me parloit , j'apperceus en
même temps toutes ces figures que j'avois
crû de marbre , qui étoient defcendues
de leurs piédeftaux qui venoient à moi le
fabre haut , je repris celuy que l'efclave
m'avoit donné que je venois de pofer fur
ce tombeau pour tirer cette fléche ; je
m'en allai à eux pour les combattre , dans
le même moment ces efclaves armez fe
jetterent à genoux , & me demanderent
grace. La perfonne qui étoit dans le tombeau
feleva fur fon féant , & dit en m'addreflant
la parole : Quoi ! ce n'eſt point
mon perfecuteur qui me tire aujourd'hui
du malheureux état où il me met tous les
jours ? Non , Madame , luy répondis - je ,
fi vous êtes en état de vous lever , je vous
fortirai d'ici avec l'aide de cette femme
qui me paroît prendre intereft à ce qui
Vous
DE JUILLET 1622. 55.
vous regarde ; vous êtes en Egypte , mon
pere y eft le maître , & nous ne fommes
pas loin du Caire.
Seigneur , me répondit- elle , en fortant
du tombeau d'une maniere fort legere ,
nous n'avons plus rien qui nous preffe ,
vous avez dû juger par tout ce que vous
avez vû qu'il y a quelque chofe qui n'eſt
pas naturel dans une guerifon auffi promp
te que la mienne. La fléche que vous m'avez
arrachée , & le fabre que vous avez!,
me tirent des mains du Genie ; vous êtes
prefentement en droit de commander
dans ce Palais , vous vous en appercevrez
même par le changement de decoration
que yous trouverez dans l'appartement
tendu de noir ; elle me prit enfuite par
la main , & repaffant par les mêmes
chambres , je les trouvai magnifiquement
meublées , & très bien éclairées par d'autres
bougies & lampes de criftal . Mafurprise
fut trop grande pour la cacher ,
elle s'en apperçût , & me dit en continuant
fon chemin : Ne foyez point furpris
, Seigneur , de ce que vous voyez ,
vous trouverez encore des chofes plus extraordinaires
dans mes avantures que je
vais vous conter , quand nous ferons arrivez
au lieu que je vous deftine pour paffer
cette nuit. J'ofe me flater que vous
voudrez bien demeurer avec moi plus
C iiij d'un
56 LE MERCURE
d'un jour. Si je vous étois encore utile à
quelque chofe , Madame , luy répondisje
, j'y demeurerois avec plailir ; mais il
me femble que vous m'avez dit que Vous
' êtes fortie du pouvoir du Genie , & què
vous êtes la maîtreffe ici . Dès que vous
m'aurez fait la grace de me dire vos
avantures , je recevrai vos ordres , & je .
partirai pour m'en retourner au Caire . Je
fuis dans une fituation que je ne fçaurois
m'en abfenter, fans livrer des perfonnes à
qui je dois beaucoup , à des inquietudes
bien fondées , fi je pouffois mon abfence
au-delà d'un jour.
Il me parut à ce difcours un chagrin
fort marqué fur le vifage de la Princeffe ;
elle ne me répondit rien ; j'entrai avec
elle dans le lieu où elle avoit deffein de
s'arrêter ; elle s'affit , en arrivant , fur un
fopha , & m'ordonna de me mettre auprè
d'elle.
La vicille qui nous avoit toûjours fuivi
, fe mit à genoux devant elle , & luy
dit : Ma belle Princeffe, laiffez - moi conter
vos avantures à ce genereux Prince.
Il y a mille chofes que vous ne luy direz
point par modeftie , que je fuis bien aife
qu'il fçache. La Princeffe ne luy répondit
point , la vieille fe leva & prononça enfuite
fon di cours.
La Princeffe que vous voyez , Seigneur,
DE JUILLET 1722.
57
gneur , eft fille du Roi de Congo , &
d'une Princeffe qu'il fit enlever a cauſe
de la réputation de fa beauté. Son , nom
n'eft point neceffaire à mon hiftoire ; ilst
ont nommé leur fille Melifienne . Son extrême
beauté vient de fa mere ; vous
voyez qu'elle eft blanche , & que les peuples
du lieu d'où elle eft née font noirs ;
outre la beauté dont elle eft pourvûë
elle a toutes les vertus que l'on peut defiter
même au plus honnête homme : le
courage , l'efprit , le fecret , la droiture ,;
l'amitié , la moderation , la generofité
toutes ces qualitez font en elle dans leur
plus grande perfection.-
Le Roy fon pere qui a beaucoup d'ef
prit a toûjours reconnu en elle toutes ces
vertus dès la plus tendre jeuneffe ; moins
en pere préoccupé qu'en habile homme ,
il luy a toûjours confié le fecret de fon
état fans reſerve , & ne l'a point tenuëi
comme les autres femmes enfermée. Elle:
vivoit au milieu de fa cour avec libertés
elle avoit des amies à qui elle procuroir
la même fatisfaction ; elle difpofoit quafii
de toutes les graces , parce que le Roy
n'en faifoit point fans la confulter , & que?
fon avis le déterminoit toûjours ; elle less
diſtribuoit avec tant de juftice & de dif
cerrement qu'elle ne s'eft jamais fait un
ennemi. Il y a environ deux ans qu'ill
parus
JS LE MERCURE
parut à la cour un homme extraordinaire,
tant pour fa figure que pour les moeurs 3
il fe difoit Prince d'une Souveraineté en
Europe , il n'eut pas de peine à le perfuader
par la couleur de fa peau . Le Roy a
toûjours aimé cette partie du monde
parce que la Reine la femme en étoit ,
& que la Princeffe eft blanche comme
elle .
Le Roy luy faifoit des amitiez incroyables
; il fut long- temps à faire fa cour
& à donner des Fêtes à la Princeffe fans
fe declarer. Un jour que le Roy tenoit
un Confeil pour répondre à pluſieurs Envoyez
des Royaumes voisins qui de part
& d'autre venoient luy demander du fecours
pour une guerre qui commençoit
entre eux. Le Prince entra dans la Chambre
du Confeil , & dit au Roy qu'il venoit
pour luy offrir du fecours pour ce
luy qu'il voudroit favorifer , qu'il luy
fourniroit tant d'hommes & d'argent qu'il
en auroit befoins mais qu'il vouloit pour
ce fervice qu'il luy donnât la Princeffe ,
& qu'il luy permât de l'emmener dans
fes Etats. Le Roy luy répondit qu'il falloit
plus d'un moment pour déliberer
d'une fi grande affaire. Le Roy leva le
Confeil , en difant ces paroles , & alla
chez la Princeffe , il luy fit le recit de ce
que le Prince luy avoit dit dans fon Con-
D
feil
DE JUILLET 1722. 59
feil. La Princeffe fut effraïée de fa propofition
; le Prince nelui plaifoit pas , elle
ne vouloit pas abandonner ni le Roi , ni
fon Roïaume. Elle pria le Roi qu'il trouvât
bon qu'elle parlât elle-même au Prince
pour l'éloigner d'elle . Elle ne vouloit
pas que cela attirât des affaires au Roi ,
difant qu'il falloit que ce fût un Prince
puiffant , puifqu'il avoit offert un fi grand
Lecours.
Le Roile trouva bon ; elleenvoïa chercher
le Prince , elle lui parla dans les termes
dont elle étoit convenue avec le Roi,
Elle fut bien furpriſe d'entendre un Amant
parler en maître , & la menacer des malheurs
les plus terribles , fi elle ne confentoit
à l'époufer : il lui fit valoir fa mo
deration & fa retenue depuis qu'il étoit
à la Cour , les attentions qu'il avoit euës
pour lui plaire. En un mot, il lui dit tout
ce qui pouvoit lui faire peur , en cas qu'elle
le refufât , & tout ce qui pouvoit la
flatter , fi elle l'acceptoit ; mais la Princeffe
demeura ferme dans fa refolution ,
elle lui défendit même de paroître devant
elle. Melifienne s'enferma dans fa chambre
avec toutes fes amies , elle m'ordon
na de ne la point quitter.
Nous paflâmes quelque tems à ne voir
d'hommes que le Roi, il nous apprit un
jour que le Prince avoit pris fon parti
C vj
plus
60 LE MERCURE
8
plus honnêtement que l'on ne devoit fe
Aatter par l'emportement de fon humeur,
& les menaces qu'il avoit faites dans le
commencement , & qu'il étoit enfin parti:
Trois ou quatre jours après , le Roi
étant avec la Princeffe dans la chambre,
l'endroit du plancher où étoit le Roi s'enfonça
, à peine la Princeffe & moi cûmes
le tems de nous en appercevoir , nous
nous fentîmes tranfportez en l'air , nous
perdîmes connoiffance ; & lorfqu'elle
nous fut rendue , la Princeffe fe trouva
dans ce Palais ambulant où nous fommes
prefentement. Ce prétendu Prince le préfenta
devant Melifienne & lui dit : Vous
étes préfentement en ma puiffance , vos
refus ne peuvent m'allarmer , puifque rien
ne peut fortir d'ici , & que j'y fuis le
maître. La Princeffe incertaine de ce
qu'elle devoit lui dire , garda un profond
filence ; il la mena enfuite promener par
tout le Palais , il lui fit voir des richelles
immenfes , & lui apprit fa veritable condition
: il lui dit qu'il étoit un Genie , ik
nous fit voir les précautions qu'il avoit
prifés pour la garde de la Princeffe , &
pour lui ôter , difoit - il , toute efperance
de recouvrer la liberté.

Melifienne a eu depuis qu'elle eft ici
une conduite auffi fage & auffi ferme que
le premier jour qu'elle lui parla : je crois
que
DE JUILLET 1722. 61
que l'efclave qui vous rencontra hier vous
aura dit qu'il lui avoit pris le fabre que
Vous avez , comme il dormoit
& qu'il
avoit remarqué que quand il fortoit , il le
montroit feulement à ces animaux qu'il
avoit mis à nôtre garde. Il avoit fi bien
pris fon tems , qu'il avoit pû le lui ôter. I
eft forti par le même moïen ; il faut que
vous fçachiez auffi qu'il y a quelques
jours que le Genie outré des refus de Melifienne
, fit faire l'appartement d'où vous
fortez. Lorfqu'il étoit obligé de fe retirer
le foir , il lançoit à la Princeffe cette fles
che qui lui perçoit le coeur , & m'oblis
geoit à la porter entre mes bras dans le
tombeau où vous l'avez trouvée ; il nous
mettoit l'une & l'autre fous la garde de
ces eſclaves noirs que vous avez vûs.
Le lendemain il venoit tirer la fleche
comme vous avez fait : elle revenoit de
fa prétendue mort , & il la perfecutoit jufqu'au
foir qu'il la remettoit dans le même
état: difant qu'il vouloit lui faire fouffrir
ane partie des maux que fa beauté lui cau
foit , puifqu'il n'avoit pas la permiffion
qu'il lui falloit pour fe fervir contre elle
de toutes les forces . La vieille finit à cet
endroit de fa narration , & je lui rendis
compte enfuite de la façon dont l'esclave
m'avoit parlé , & du parti que j'avois pris
de venir avec lui , quoique j'euffe peu de
confiance
62 LE MERCURE
confiance à ce qu'il me difoit.
La Princeffe qui n'avoit point parle de
puis que nous étions dans cette chambre,
me fit un difcours fur le pouvoir des Genies
& celui des Fées ; elle me parla auſſi
de l'obéïffance que les efprits elementaires
avoient pour elles , & du caractere de
ces efprits. Je trouvai dans ce qu'elle me
dit beaucoup d'efprit & beaucoup de connoiffance
, fort au-deffus de ce que les
femmes de fa nation ont ordinairement.
Elle m'apprit enfuite que le Genje lui
avoit dit , que s'il pouvoit entrer un homme
dans ſon Palais , il feroit obligé de l'abandonner
par l'ordre du Deftin : que
c'étoit pour cette raison qu'il avoit tant
de
gens où elle étoit , & tant de bêtes farouches
pour en garder l'entrée.
La vieille me conduifit enfuite'dans
une chambre bien meublée , & me laiffa
en liberté de repofer ; j'avois tant de chofes
dans la tête que je ne pûs dormir : je
fouhaittois le jour avec une impatience exerême
pour m'en aller ; la crainte de manquer
encore une feconde fois à mon rendez
vous , & de fâ her la perfonne que
j'aimois , ne tint alerte toute la nuit . Le
jour arriva enfin , & je me préparois à
partir , lorfque la vieille entra dans ma
chambre & me dit : Seigneur , la Princeſſe
Meliſienne m'envoïe vous prier de
lui
' DE JUILLET 17225 63
lui aller dire un mot ; je fortis dans le
moment , la vieille me conduifit dans une
chambre à côté de la mienne ; je trouvai
la Princeffe fort parée ; j'avouerai franchement
qu'elle me parut plus belle au
jour qu'elle ne m'avoit paru le foir , quoi
que fon appartement fut fort bien éclai
ré. Elle commença une converſation avec
moi , où il me parut autant d'efprit qu'elle
m'en avoit fait voir la veille . Quoiqu'elle
ne roulât point fur des matieres
auffi ferieufes , elle avoit un tour libre &
naturel qui plaît infiniment , même dans
les bagatelles ; elle me demanda ce que je
voulois faire dans la journée : je veux
vous mener au Caire , Madame , lui ré
pondis -je , fi vous voulez bien y venir ,
pour vous confer au Soudan juſqu'à ce
que vous puiffiez retourner dans votre
Etat.
Quoi , dit-elle , il ne vous eft pas ve
nu feulement une fois dans l'efprit cette
nuit que vous pouvez paffer ici quelques
jours avec moi , puifque le Genie n'y
fçauroit revenir?
Non , Madame , lui répondis - je , je
ne me flatte pas fi aifément ; & quelque
agreable que cette idée pût être pour moi,
comme elle eft impoffible , elle ne m'eft
pas venuë.
Il n'y a d'impoffibilité , me dit-elle ,
que
64
LE
MERCURE
que dans votre volonté ; mais je me flatte
qu'en vous le demandant en grace , vous
⚫ ne mele refuſerez pas. Je me trouvai fi
embarraffe d'une réponte que je n'en fis
point. Elle prit mon filence fans doute
pour un confentement ; & fe tournant du
côté de la vieille , elle lui dit : Qu'on
nous apporte des rafraîchiffemens , & que
tout fe fente de l'abfence du Genie & de
la prefence d'Abulmer.
Les mêmes efclaves noirs nous fervirent
des rafraîchiffemens ; j'entendis après une
fimphonie la plus agreable du monde,
Comme j'étois inquiet de la façon dont je
lui dirois que je voulois m'en aller , elle
s'en appèrçût & me dit qu'elle étoit
étonnée qu'une mufique auffi agreable fut
entendue avec tant de diftraction .
,
Je pris l'occafion de ce reproche pour
lui dire naturellement ce qui m'en donnoit
; elle tomba elle - même dans un chagrin
inquiet : elle prit cette vieille par la
main , & l'emmena dans l'embrafure d'une
fenêtre ; & lui parla long - tems à l'oreille.
Je voulus prendre ce moment pour
fortir , mais je trouvai toutes les portes
fermées , je revins fur mes pas pour prier
la Princeffe , puifqu'elle commandoit
dans ce Palais , de me faire ouvrir ; elle
ne me répondit point , fon chagrin parut
s'augmenter ; elle fortit avec cette vieille
DE JUILLET 1722. 6'5
fe , & me laifla feul . Je demeurai quel
que tems à me promener à grands pas ,
murmurant contre l'injuftice de cette
Princeffe , de me retenir prifonnier après
l'avoir tirée du plus rude de tous les efelavages.
J'étois dans cette penfée lorsque cette
vielle entra dans ma chambre , & me dit
en m'embraffant : Avez - vous bien refolu ,
Abulmer , de vous en aller ? Oui , lui répondis-
je , fi j'en ai la liberté. Quoi ! la
beauté , l'efprit de la Princeffe ne peuvent
vous retenir encore un jour , me dit - elle?
Si j'étois neceffaire à fon fervice , lui disje
, je demeurerois ; mais elle m'a ditelle
- même qu'elle n'avoit plus rien à
craindre ; & je m'en apperçois , puifque
fes ordres font fi bien executez , que je
n'ai pas la liberté de fortir de cette cham
bre par le foin que l'on a eu d'en fermer
toutes les portes.
Le motif qui fait agir la Princeffe n'a
rien d'offenfant pour vous , me dit- elle ,
vous n'étes pas affez novice pour ne vous
être pas apperçu que cette Princeffe
vous aime plus qu'elle ne veut , & plus
qu'elle ne doit : c'eft le moins que vous
puiffiez faire de lui donner quelques
que
jours.
Si ce que vous me dites eft vrai , lui
répondis- je , je ne fçaurois partir trop
τὸτ ;
66 LE MERCURE
:
tôt ; je ne veux point la tromper ; je në
fçaurois répondre à fa paffion , & je ne
veux point la fortifier. Mais , me dit la
vieille fi vous vous en allez aujourd'hui,
je vous jure que de l'humeur dont je connois
cette Princeffe , elle fe donnera la
mort ; & fi vous demeurez , je vous ai dit
qu'elle a beaucoup de courage , elle fe
guerira peut- être. Si elle eft capable de
fe guerir en fi peu de tems , lui dis- je , fon
amour eft leger , l'abfence le fera mieux
que ma prefence . J'ai entendu dire que
les années diminuoient les paffions , mais
que peu de jours fervent à les augmenter.
Prenez cependant vôtre parti , me dit la
vieille , de ne vous en aller que demain :
je vous promets que fi vous perfiftez à
partir , que vous ferez le maître ; mais
au nom de ce que vous avez de plus cher,
parlez-lui fur l'état de vôtre coeur naturellement
, ne la flattez pas , & ne paroif
fez pas trifte , aïez pour elle cette complaifance.
Je lui promis , les portes de ma
chambre s'ouvrirent comme auparavant,
& j'entrai dans celle où étoit la Princeffe
avec la vieille qui me menoit.
Elle parut embaraffée en me voïant , &
je le fus auffi ; l'on nous fervit à manger
, & tout le refte du jour fe paffa ,
elle fans parler , & moi à lui parler fur le
ton que j'avois promis à la vicille.
Le
DE JUILLET 1722 . 67
Le jour commençoit à bailler , & le
clair de la lune donnoit dans les fenêtres
de cette chambre. La vieille qui ne nous
avoit point quitté , dit à la Princeffe : il
faut faire allumer. Allez l'ordonner , répondit
la Princeffe , la vieille fortit un
moment après : la même mufique que j'avois
entendue recommença dans le jardin.
J'avois l'efprit moins agité , j'étois
fur de partir le lendemain , j'étois content
de ma fincerité & de ma fidelité ;
tout cela me raffuroit fur ce que pouvoit
penfer la perfonne que j'aimois , comme
elle l'avoit pû fçavoir. J'eus par cette.
raifon plus d'attention à la mufique , elle
m'attendrit , & me jetta dans la rêverie ,
& dans une rêverie fort douce ; elle étoit
augmentée par le clair de lune & la pris
vation de lumiere. La Princeffe étoit fans
doute dans une rêverie à peu près pareille
; elle fit un grand fcûpir ; j'y répondis
par un autre ; elle s'approcha fort près
de moi , nous étions fur le même fopha ,
mais loin l'un de l'autre. Auparavant elle
me dit : nous foûpirons l'un & l'autre ,
Abulmer ; mais la difference eft grande
dans la caufe qui nous fait foûpirer ; je
lui répondis avec plus de politeffe que je
n'avois fait toute la journée . Abulmer
s'arrêta en cet endroit , il paffa la main
far fon vifage pour cacher fa rougeur , &
demeura
68 LE MERCURE
- demeura un moment fans parler .
Il reprit enfuite fon difcours , & dit ; Je
ne veux point , Seigneur , vous faire un
détail de ma foibleffe ; la Princefle me
marqua une tendreffe fi vive que j'y fus
fenfible , & que je lui en donnai des marques
, quoique je ne fus point amoureux :
mon coeur y eut moins de part que la
companion , qu'il eft naturel d'avoir
une paffion malheureufe , particulierement
lorsqu'on eft fort amoureux.
pour
Un éclat de tonnerre fe fit entendre
:
auffi- tôt le Palais me parut en feu , je
retournai la tête , j'apperçûs des flâmes
-fortir des lambris & du plancher ; je crûs
que je n'avois pas un moment a perdre
pour me fauver & la Princeffe auffi . Je
voulus la prendre entre mes bras , mais
elle me repouffa avec violence. Regar
de - moi , dit - elle , tu peux me reconnoître
nous fommes mieux éclairez que par
la lune.
Quelle fur ma douleur & ma furprife !
au lieu de la Princeffe , de trouver celle
que j'adorois & que je venois d'offen er ;
elle me laiffa quelques momens dans la
furprife & la confufion où la prefence me
jertoit ; & volant que je ne parlois point,
elle prit la parole , & me dit :
Tu me vois , Abulmer , pour la derniere
fois ; juge de la grandeur de la perte
DE JUILET 1722
te que tu fais par le pouvoir que tu me
connois : elle le précipita dans le moment
au milieu des flames. Mon premier mouvement
fut de la fuivre ou de perir ; mais
une main invisible plus forte que moi me
couvrit les yeux & m'arrêta . Lorſqu'elle
m'eut laiffé en liberté de les ouvrir , je
me trouvai au bord de ce bois dont je
vous ai parlé , que je reconnus au clair
de la lune.
Je me laiffai tomber accablé de douleur
, & j'y paffai le refte de la nuit . Je
fus tenté cent fois de me donner la mort ;
mais outre que je n'avois point d'armes ,
je me reffouvins qu'elle m'avoit dit plufieurs
fois qu'elle ne borneroit pas fa vengeance
à me priver de la voir , je voulus
lui laiffer le plaifir de fe venger comme elle
fouhaittoit.
Le lever du foleil me tira de mes reflexions
, il falloit prendre mon parti fur ce
que j'avois à faire , puifque je n'avois perfonne
pour me donner confeil . Je ne pûs
me refoudre de retourner au Caire ; je
pris la refolution de venir ici m'enfermer ,
& de me laiffer mourir de faim. Je ciûs
que ce lieu , fouvent témoin de mon bonheur
, me donneroit encore plus de remords
& de defefpoir , & qu'il avanceroit
ma mort.
J'en pris le chemin , & j'y arrivai fans
rene
70 LE MERCURE
rencontrer perfonne. Il y a plufieurs mois
que j'y fuis , & je fuis refolu à n'en jamais
fortir. Au refte , il faut , Seigneur ,
que je vous difé , que ce n'eft pas faute
de courage , fi je ne fuis pas mort comme
je l'avois refolu .
Le même foir que j'y arrivai , une voix ,
telle que celle qui caufe mon malheur ,
me dit , fans que je pûs m'appercevoir
d'où elle fortoit : ma vengeance ne feroit
pas remplie , Abulmer , fi vôtre mort
etoit fi proche : je vous ordonne de manger
, & je vous en fournirai les moïens.
Un inftant après il fe préfenta cette table
devant moi avec de la nourriture , &
elle fe trouva couverte le foir & le mafans
que je voïe perfonne qui me
tin ,
ferve.
Abulmer aïant achevé de parler , Abenfaï
alloit prendre la parole ; mais un bruit
qu'il entendit aufli bien qu'Abulmer , les
fit lever l'un & l'autre .
C'étoit Gracicule qui avoit tiré de fa
poche une petite trompette de diamant ,
& qui avoit appellé avec cette trompette
d'un ton fort haut & fort-clair trois fois
Olindine.
Gracieuſe continua après le troifiéme
appel ; elle dit venez , Olindine , recevoir
les ordres du Deftin que je vous apporte;
ils entendirent un coup de tonnerre
DE JUILLET 1722. 71
nerre , ure flâme fort claire entra dans la
pyramide : Gracieuſe reprit fa figure or
dinaire , & rendit à Zulma la fienne.
Abenfa & Abulmer furent fi furpris ,
qu'ils garderent un profond filence.
La Fée continua de parler , & dit : Le
Deftin vous ordonne , Olindine , de pardonner
à ce Prince fa faute , elle eft excufable
; les hommes ne font pas faits
d'une effence auffi pure que la vôtre. Il
faut leur paffer les défauts où le coeur n'a
point de part , de plus fon infidelité n'eſt
pas veritable , puifqu'elle n'a été que pour
yous.
Ii fortit de cette flâme une voix qui répondit
: elle eft auffi grande qu'elle le
peut être , puifqu'il étoit perfuadé que
j'étois la Princeffe Melifienne ; mais les
ordres du Deftin font plus juftes que mes
raifonnemens ; j'y fuis foûmife , & je n'en
murmure point. Il pouvoit même , répondit
Gracieuſe , vous impofer une peine
plus rude d'avoir trompé un Prince
qui vous aime , & qu'il vous avoit donné
lui-même : vôtre hiftoire apprendra à toutes
les falamandres à ne pas hafarder leur
bonheur fi legerement , & à ne pas tenter
la fidelité des hommes.
Olindine parut en même tems aux yeux
d'Abulmer. Gracieufe à l'endroit de la
pyramide éleva un Palais ; elle ordonna
72 LE MERCURE
Olindine d'y demeurer , & d'y recevoir
Abulmer , comme elle faifoit auparavant
dans la pyramide. Elle fe tourna du côté
d'Abenfaï , & lui dit : Prince , je laffe
le foin à vôtre mere de vous tirer de l'état
où vous étes ; recevez feulement ce
prefent de moi ; elle lui préfenta en même
tems une cane , & lui dit : Certe cane
vous conduira , vous n'avez qu'à la fuivre
, elle foulagera auffi la peine que vous
avez à marcher , toutes les fois que vous
aurez befoin de quelque chofe , enfoncezla
dans la terre , & ce que vous voudrez
paroîtra ; je fuis bien fâchée de ne pou
voir rien faire de plus pour vous préfentement.
Abulmer , pendant que Gracieufe parloit
au Prince de Tombut , étoit a genoux
devant Olindine , & lui baifoit fes
belles mains avec un tranfport qui ne
fe peut exprimer. Gracieufe le fit lever
après l'avoir conduit dans le Palais.
Elle convint avec lui qu'il feroit
part de
fon avanture feulement à fon pere & à fa
mere , qu'il vivroit au Caire comme auparavant
, qu'il viendroit voir Olindine
tous les jours , & qu'il lui feroit fidele à
l'avenir. Elle ordonna auffi à Olindine
de lui rendre fon amour & fa confiance .
Olindine affura Gracieufe qu'elle lui
obéïroit d'autant plus volontiers qu'elle
avoit
DE JUILLET 1722. 73
avoit été punie elle - même de l'épreuve
qu'elle avoit voulu faire .
Gracieufe monta dans- fon char , Abenfaï
prit le chemin que la cane de Gracieufe
lui marquoit : Abulmer & Olindine
demeurerent dans le Palais .
Gracieuſe en continuant fon voïage ,
rencontra Agreable , elles s'arrêterent
toutes deux , & defcendirent à terre dans
une Ifle que leurs chars laiffoient à gauchepour
rentrer dans leurs terres. Elles fe
mirent fur l'herbe au bord d'un ruiffeau ,
qui couloit dans une prairie couverte de
Aeurs entre deux rangées de grenadiers
auffi hauts que les plus grands chênes
& qui étoient couverts de fleurs & de
fruits .
Gracieufe demanda à fa foeur Agreable
ce qu'elle avoit fait pour le Prince
Ormofa ; Agreable alloit le lui dire, Zulmá
l'écoutoit avec une attention , qui
marquoit l'intereft qu'il prenoit à ce malheureux
Prince , lorfqu'une mufique toute
nouvelle à Zulma par fa douceur &
fes fons fe fit entendre : il entra en même
tems dans la prairie , où ils étoient
plufieurs perfonnes de fexe different , qui
fortoient d'un petit bois au bout de la
prairie ils chantoient en choeurs cet
hymne.
D O
74 MERCURE LE
O Deftin ! quelle puiſſance
Ne fe foumet pas à toi ?
Tout fléchit fous ta loi.
Tes ordres n'ont jamais trouvé de reſiſtance.
ODeftin quelle puiffance
Ne fe foumet pas à toi ?
Malgré nous tu nous entraînes
Ou tu veux.
C'est toi qui nous amenes
Tous les évenemens heureux ou malheureux,
Tu les as liez entre eux
Avec d'indivifibles chaînes ,
Par des moyens fecrets
Ton pouvoir les prepare ,
Et chaque inftant declare
Quelqu'un de tes arreſts.
C'eft en vain qu'un mortel pleure , gemit , fou
pire ,
Un Roi voudroit en vain t'oppoſer ſa fierté ,
Rien ne change les loix qu'il te plaît de prefcrire.
Ton inflexible dureté
Fait la grandeur de ton empire ,
Ton inflexible dureté
En fait la majefté .
Quelque
DE JUILLET 2722. 75
Quelque envie que Zulma eut de fçavoir
la fin de l'hiftoire du Prince Ormofa
, il ne pût s'empêcher de demander à
Gracieufe quel étoit le peuple qu'il voïoit,
qu'il trouvoit fi beau & fi religieux ? Gracieufe
répondit à Zulma : ces hommes
que vous voïez ne font point comme les
autres hommes , ils peuvent nous voir
comme vous les voïez ; mais avant de
vous en dire la raifon , je crois qu'il faut
que vous fçachiez où vous étes .
Cette terre eft une Ifle inacceffible à
tous les mortels , le Deſtin l'a refervée pour
la demeure des hommes , dont le travail,
la fageffe , & le commerce qu'ils ont eu
avec les efprits élementaires leur a procuré
l'immortalité.
Il les laiffe ordinairement plus longtems
que les autres hommes fur la terre
qui leur eft commune , parce qu'il ordonne
au tems de les refpecter jufqu'à ce qu'il
lui plaife de les délivrer de leur dépouille
mortelle , & de tranfporter ici leurs
ames dans des corps qu'il fait exprès pour
eux , aufquels il a donné tous les fens qui
font agreables , & retranché tous ceux qui
donnent aux hommes de la douleur : ils
ne font fujets à aucune neceffité humaine ;
& cependant leurs plaifirs n'en font pas
moins vifs ; c'eſt une erreur très - commune
aux hommes de croire que le befon ,
Dij par
7.5 LE MERCURE
par exemple , de boire & de manger auge
mente la fatisfaction d'être à table , nous
prouvons le contraire ; le defir eft un befoin
qui n'a point de bornes , il manque
aux hommes la poffibilité de le pouffer
plus loin que la fatieté , & ils ne connoiffent
point l'état à qui l'experience des
hommes ordinaires a donné ce nom : vous
concevrez aisément par ce queje vous dis
le bonheur de l'immortalité ; ces hommes
épurez revivent ici dans la plus parfaite
union ; ils y font tous égaux , parce qu'ils
y arrivent tous par la fageffe , qui ne ſouffre
ni l'ambition , ni le divorce dont elle
eft la fource , leur conduire eft égale ,
quoique leurs plaifirs foient diverfifiez :
en un mot , vous étes dans le lieu de la
fuprême felicité , où vous ferez après le
nombre d'années que le Deftin vous a
marqué pour demeurer fur la terre ; fi
vous continuez à meriter par
duire les faveurs prématurées dont il vous
a honoré jufques ici .
que
vôtre con-
Zulma répondit à Gracieufe qu'il n'avoit
befoin de l'extrême envie qu'il
avoit de lui plaire pour le rendre parfait:
il alloit continúer , mais les deux Fées furent
apperçues par les ames bien- heureufes
qui vinrent à elles avec refpect .
Une grande levrette blanche que les
Fées n'avoient pas remarqué, vint les flatter
DE JUILLET 1722.
77
ter , & fe coucher devant elles avec des
plaintes qui attendrirent Zulma , un jeu
ne homme beau & bien-fait la tenoit en
leffe .
· à Avi.
A M. le Marquis de ..
gnon le 15. Fevrier 1722 .
MONSI ONSIEUR ,
Je me procurerai fouvent le plaifir de
vous écrire , puifque vous femblez vousmême
m'y inviter. Je commence à m'ennufer
d'une prifon fi longue ; encore fi
j'étois courageux , je pourrois diffiper mon
chagrin par des promenades prudentes ;
en gardant certainės meſures , on ne rifque
rien , pourvû qu'on foit éloigné feulement
de trois pas , le venin ne peut arriver
jufqu'à nous , & pour expliquer ce
ei en Phyficién :
Il émane de tous les corps ,
Par l'organe de leurs refforts ,
D'efprits je ne fçai quelle chaîne ,
Telle qu'un amas de fourmis ,
Qui dans les guerets ſe promene ,
Les uns crochus , les autres arrondis ,
Ils foat pour la plupart voleurs , fubtils , har
dis ,
D iij
Les
78 LE MERCURE
Rien ne peut s'oppofer à leur fureur foudaine .
L'air même par eux eft furpris ,
Et ne fe fauvent qu'avec peine
A travers leurs petits pertuis .
Ils ne s'écartent pas de leur vafte logis ;
Mais à peine en font- ils fortis ,
Qu'ils cherchent ailleurs un domaine
Pour y porter le venin qu'ils ont pris;
Il faut par des détours fubits
Se mettre à couvert de leur haine.
Malgré tous ces raiſonnemens je n'ofe
pas fortir de ma clôture : car la peur
Que je nomme avec raiſon
Intendante de la maiſon ,
Mere de la melancolie ,
De fes froides chaînes me lie ,
Et me rend trifte prifonnier.
Quand on m'apporte quelque lettre ,
Elle monte jufqu'au grenier ,
Et dans l'eff: oi qui la penetre,
Elle jette un petit panier ,
Qui pend au bout d'une fiffelle ,
Puis après le tirant non fans crainte mortelle,
Elle croit voir dans lepapier
DE JUILLET 1722. 79
Des Bubons incivils la femence cruelle ,
Et troublée auffi tôt d'une main qui chancelle,
Elle tient cet écrit captif pour quelque tems
Dans le fein de Bacchus à la folle cervelle ,
Aux ordres de la peur , à Dieu toûjours fidele ,
Contre l'Ecriture rebelle ,
Irrite en bouillonnant les acides piquans.
Je fuis , &c .
冰冰冰冰冰粥
Lettre de M. &c.
Monfieur, la relation fidele & exacte de l'ouverture de la femme
du fieur Planta Limonadier , demeurant
place de Carrefour de l'Ecole à Paris
, dont on a parlé dans le Mercure de
Mai... Cette operation fut faite par M.
Coffart Chirurgien de la Charité , de la
Paroiffe faint Germain l'Auxerrois , dans
laquelle il demeure , proche le Grenier à
Sel. Il trouva dans le ventre de cette femme
un enfant flottant fur le col de la matrice
dans environ une pinte de matiere
ou pus ; l'oeuf qui forma cet enfant ſelon
toute apparence , avoit échappé au pavillon
de la trompe , & n'aïant pû y entrer ,
étoit tombé dans le ventre.
D iiij
Cette
80 LE MERCURE
Cette femme commença à fe fentir
groffe au mois de Fevrier de l'année 1719.
Sa groffeffe fut accompagnée des fimptômes
ordinaires d'inquietudes , de naulées,
& vomiffemens ; elle continua jufqu'au
mois de Juillet fuivant , qui étoit fon fixiée
, fans aucun accident , à l'excep
tion que fes regles la prenoient de tems
en tems , & que fon enfant étoit fitué un
peu plus haut , qu'il ne l'eft dans les groffeffes
ordinaires , même un peu plus du
côtégauche ; elle le fentit remuer depuis le
quatrième mois ou environ jufqu'au fr
xiéme ou feptiéme mois, & elle étoit d'une
groffeur ordinaire. Le 10. de Juillet , qui
étoit le commencement de fon feptiéme ,
elle fentit des douleurs violentes dans le
ventre , mais elles diminuerent le lendemain
, & elle ne fentit plus fon enfant remuer.
Son ventre diminua de volume , illui
refta une dureté fous l'hipogaftre, qui
a perfeveré jufqu'à fa mort.
Deux jours après avoir reffenti ces douleurs
violentes , fes mammelles devinrent
gonflées & remplies de lait , qu'on diffi--
pa par l'ufage des remedes. Pendant un
an il ne fe paffa rien d'extraordinaire ;
elle fut affez bien reglée , ayant cependant
quelques pertes de fang moderées ;
fes regles & fes pertes cefferent
nouvelle groffeffe , qui n'a rien eu d'ex¬
traordinaire
par une
DE JUILLET 1722. 81
traordinaire dans fon cours , & elle eft
accouché à terme & fort heureufement ,
après quoi fon ventre reprit fon diametre
ordinaire , à l'exception de la dureté qui
exiftoit toûjours. Son lait fut fi abondant,
qu'il excita la fievre , lui caufa des douleurs
vagues & des tumeurs , & des tumeurs , qui cependant
fe refolvoient. Les remedes dont elle
ufa arrêterent les accidens , la tumeur ou
la dureté ancienne de fon ventre diminua
jufqu'au point qu'on ne doutoit plus que
fa guerifon ne fût prochaine , quoiqu'elle
reflentît de tems en tems des douleurs
dans le ventre qu'on prenoit pour des co
liques.
Le deuxième mois après fes couches
fes douleurs augmenterent , quoique
la tumeur diminuât ; la fievre s'y joignit
, & elle devint fi extenuée , qu'on
La croïoit ptifique : elle mourut enfin le
cinquième du mois de Mai , qui étoit let
quitriéme mois après fes couches. Elle
étoit âgée de 29. ans .
L'ouverture fut faite en la maniere ac
coûtumée ; le pipleon , le mefentere , le
foye , & les inteftins furent trouvez en
bon état , de même que les parties de la
poitrine , finon le lobe du poulmon du
côté droit dont le volume , beaucoup plus
petit que le gauche , étoit adherant aux
côtes par toute la furface.
Dy Je
82 LE MERCURE
Je repouffai les inteftins pour vifiter
les reins , les ureteres , la veffie , la matrice
; à l'exterieur de cette derniere, près
de la trompe gauche , je fentis un corps
que la matiere & la ferofité m'empêchoient
de diftinguer ; après l'évacuation
de ces matieres , je découvris que c'étoit
un enfant qui n'étoit enveloppé d'aucune
membrane , & dont toutes les parties molles
étoient prefque fondues , & pour ainfi
dire aneanties par la fuppuration ; il en
exhaloit une odeur qu'on fupportoit à peine.
On peut croire que cet enfant étoit
le fruit de la premiere groffeffe , lequel ,
comme nous l'avons dit , n'ayant pu entrer
dans la trompe ni par confequent
dans la matrice , étoit tombé dans le ventre
où il avoit pris la nourriture , & s'étoit
confervé malgré la feconde groffelfe
, jufqu'à ce qu'il eût produit la pourriture
& l'abcès dont la mere eft morte .
Je fuis , &c.
黃椒: 椒椒椒棒京華家黃椒椒椒粉: 椒糖
Lettre de M. de ... à M....fur
J
le Mercure de Paris du mois
de Mai.
E reçois actuellement , Monfieur ;
la lettre que vous m'avez fait l'hon-
< neut
DE JUILLET 1722. 83
neur de m'écrire , dattée du 9. de ce
mois. Comme je dois partir demain pour
Paris , vous me permettrez de répondre
le plus brièvement que je pourrai aux
questions que vous me faites ; un homme
fur le point d'un départ a plus d'une affaire
; vous étes charmé du nouveau Mercure
de Paris que vous n'aviez
pas eu occafion
de voir ; vous étes en celà du goût.
de tous les honnêtes gens , qui trouvent
une difference infinie de la maniere dont
on le fait maintenant , d'avec celle dont
on le faifoit autrefois. Vous me demandez
qui font ceux qui y travaillent.
Trois Auteurs connus par leurs ouvrages ,
& d'une reputation diftinguée . Le Mercure
en de fi bonnes mains peut-il manquer
de plaire ? La devife adreffée à M.
Chollier vous a fait deviner que l'Auteur
étoit à Lyon , & qu'étant encore en cette
Ville , jepourrois le connoître. Vous
ne vous êtes pas trompé , c'eft un jeune
Jefuite , nommé le P. de Poncy Parifien
, & très - proche parent de vôtre illuftre
ami , M. Dandrefel , Intendant de
Perpignan. Je fuis ravi que l'Ode de la
Religion , & l'Epître à Damon ait été
de vôtre goût ; il y a du genie dans ces
deux Ouvrages , de l'élevation ; mais ,
comme vous dites , cela n'eft pas encore
châtié , je fuis de vôtre fentiinent on
peut D vj
$4 LE MERCURE
peut dire pourtant que cela promet pour
l'avenir quelque chofe de peu commun
s'il continue à cultiver fon talent. Le même
Pere Poncy eft l'Auteur d'une Cantate
fur le fupplce de Cupidon , que M.
Bergiron le fils , un des plus habiles Compofiteurs
, a fait chanter au grand Concert.
Il y a fur tout quatre arietes , qui
ont infiniment plû. En voici quelques
morceaux du fecond recitatif , où les
Nimphes de Pallas fe réjouiffent de la
victoire qu'elles ont remportée fur l'amour.
Triomphez , chafte Déeffe ,
Fille de Jupiter , invincible Pallas
Vous avez guidé notre bras .
Que les échos difent fans ceffe.
Triomphez , chafte Déeffe ,
Fille de Jupiter , invincible Pallas.
Ah!!! que ne furmonte-t-on pas
Sous l'étendart de la Sageffe.
Perfile amour , nous fuions vos
Aurels ,
Nous déteftons vos trompeufes amorces
Frivole Deité , vous n'avez d'autres.
forces
Que la foibleffe des mortels , &c.
Et
DE
JUILLET 1722. 85
Et ces deux derniers recitatifs.
Craignez le charme ſeducteur
Du Dieu qu'on adore à Cythere 3.
Il n'est jamais plus impofteur
Que lorsqu'il paroît plus fincere
Les jardins au printemps
Ont moins de fleurs nouvelles
Qu'il n'a trompé d'amants ,
Qu'il n'a féduit de belles
Les zephirs inconftants
Emportent fur leurs aîles
Ses frivoles ferments.
Vous êtes curieux de fçavoir le nom
de ce prétendu Damon , dont il eft parlé
dans l'Epître , c'eft M. Michon le fils,
neveu du Treforier de France qui porte
le même nom , & qui eft maintenant
Echevin de nôtre Ville . Quelque . flateur
que vous ait parule portrait que fait
le Pere de Poncy , du jeune M. Michon,
vous n'y trouveriez rien d'outré fi vous
le connoiffiez. 11 eft difficile de rencon
trer dans un homme de fon âge tant de
qualitez raffemblées , il eft ici univerfellement
aimé & eftimé.
Les trois Odes traduites d'Horace font
du
83 LE MERCURE
du Pere du Bois , je ne le connois pas
particulierement , mais j'ay oüy dire qu'il
avoit l'efprit très - délicat , & qu'il n'avoit
pas moins de genie pour les plus hautes
fciences , que pour les belles lettres , il
excelle dans les Mathematiques. Le nouvel
Adipe eft du Pere Folard ; eft- il poffible
que vous l'ignoriez le jugement
qu'on en porte dans le Mercure eſt le
plus jufte de tous ceux qu'on en a porté.
L'Auteur duSpectateur François fe nomme
M. de Marivaux , Auteur de la Tragedie
d'Annibal , vous me paroiffez affez
content des feuilles que vous avez lûës , il
y a de l'efprit , mais le ftile en beaucoup
d'endroits me paroît gêné , il y a des
phrafes un peu obfcures , & qu'il faut
relire pour les bien entendre. Les portraits
en font ingenieux , & tracez par une main
habile. Je fuis , & c.
A Lyon ce 14. Juin 1722,
Fragment
DE JUILLET 1722.
XX-XXXXXXXXXXX:XX
Fragment d'une Lettre de M. B ... écrite
à un de fes amis , qui peut fervir de
réponse à celle qu'on a vu dans le der
nier Mercure fur ce fujet.
A
U refte je ne fçai dequoi s'avife
l'heritier de nôtre cher ami ; il eſt
vrai que nous avons été autrefois affociez ,
mais il y a plus de quarante ans que nôtre
focieté eft finie , & depuis ce temps- là
M. Palaprat & moi avons donné des pieces
de Theâtre pour notre compte particulier
& fans partage , lefquelles nous
nous communiquions l'un à l'autre , comme
amis qui fe confultent , & c'eft ainfi
que je puis avoir envoyé à Paris. Il y a
15. ou 16. ans , un canevas de l'Opiniâtre
en 5. actes , qu'on peut avoir trouvé
parmi les papiers de ce cher ami ; mais
il n'a jamais , ni travaillé , ni prétendu ,
ni pû prétendre aucune part au produit
de cette piece , qui de fon vivant , & fans
fa participation a été prefentée par vous ,
M. aux Comediens.
pas
Je ne fuis moins furpris de ce que
cet heritier trouve mauvais , qu'on ait
annoncé l'Opiniâtre de l'auteur du grondeur.
Mrs les Comediens & .. tout
Paris
78 LE MERCURE
Paris ne fçavent -ils pas que j'en fuis veritablement
le pere ? quoique M. Palaprat
l'ait produit dans le monde , l'ait enrichi
de fes biens , & m'ait fait l'honneur de
l'adopter ? Ainfi que je le luy écrivis à
luy-même il y a huit à dix ans , ce qu'il
ne defavoia point par la réponſe qu'il
me fit , que j'ay heureufement confervée,
& que je fis voir à M. le Duc de Roquelaure
, parce qu'il s'étoit élevé chez luy
fur ce fujet une querelle de Parnaffe qui
fut décidée par là . M. de Palaprat luymême
ne laiffa-t- il pas annoncer la Tragedie
de Gabinie , de l'Auteur du Grondeur
, quoiqu'elle fut imprimée fous mon
nom , & dediée à M. le Duc de Noailles
d'aujourd'huy ? Les Empiriques , & Pa
telin , n'ont- ils pas été annoncez de même
du vivant , & au fçû de M. Pala➡
prat , fans qu'il ait tiré aucune part de ces
pieces ni qu'il m'ait cherché aucune
chicane fur l'annoncé ? Que veut donc
dire le ridicule problême de cet heritier ?
je ne veux ni partager avec luy le produit
d'une piece qui eft de moi feul , ni
Alétrir la memoire de mon cher ami , en le
privant de la gloire d'avoir quelque part
a la production du Grondeur ; je veux
même par le refpect que j'ay pour fa memoire
avoir affez de confideration pour
fon neveu,pour ne pas dire tout ce que je
?
penfe
DE
JUILLET 1522.
penfe fur un procedé fi extraordinaire, &c .
L'auteur de cette Lettre l'eft auffi de'
P'Important, du Muet , & de la Tragedie
d'Alba qui doit être reprefentée cette
année . On ne peut trop admirer la fecondité
de fon genie qui à 84. ans , comme
nous l'avons déja dit , a la même vivacité,
la même folidité , la même netteté , &
le même feu qu'il avoit dans fa jeuneſſe ;
il n'eft pas furprenant qu'un homme ,
dont le merite fe foutient auffi bien , malgré
le poids des années , ne veüille ceder
ni partager fa gloire avec perfonne.
Ceux qui ont expliqué les trois Enigmes
du dernier mois par les Mouchettes , la
Taupe , & le Chapeau , ont rencontré juſte.
PREMIERE ENIGME
JE par
E crois parmi les vegetaux ,
Et par une prudence extrême-
Je choifis les jours les plus chauds
Pour être utile à ceux que j'aimes
J'évite l'arriere - faifon ,
Le printemps n'a rien qui me plaife ;
Jelaiffe paffer fans façon
Tout
90 LE MERCURE
Tout les frimats fort à leur aife.
J'affecte de paroître tard ,
De bonge heure je me retire ,
Parce qu'à vous parler fans fard
Le mauvais tems fait mon martyrė.
D'habiles & bons ouvriers
Trouvent par moi leur nourriture
Les temples tirent leur parure
Du travail qu'ils font à milliers,
Pour le luxe le plus étrange
Ils travaillent pareillement ,
Se mocquant de toute loüange
Et de tout blâme également .
* *
Je produis des biens d'autre forte
Que l'on cherche dès le matin ,
Mais de la main qui les emporte
Ils terniffent le blanc fatin.
L
SECONDE ENIGME.
E feu par fon activité
Me donne ma premiere forme ,
Et le froid exceffif fait par fon âpreté
Une chofe qui m'eft pour le nom très - conforme,
Je
DE JUÍLLET 1722 . 91
Je ſuis fine autrement que ne l'eft un Renard
Tout autrement auffi qu'un Chien je fuis fidele
Veut-on m'avoir bien naturele ,
Qu'on me faffe avec beaucoup d'art .
Un oracle fameux , un Avocat habile
Nefont point comme moi , fans ceffe conſultez,
Je fuis Juge inflexible , & Juge très fragile ,
Qui fans parler jamais dis bien des veritez .
. TROISIEME ENIGME.
L'Hiftoire au prix de nous découvre
chofe ,
peu
de
Nous en faifons voir beaucoup plus ,
Notre place toûjours c'eft d'avoir le deffus ,
Et le feul piédeftal fur lequel on nous poſe ,
Ne fe do neroit pas pour cinq cens mille écusa
Incommodes toûjours à ceux que nous fervons,
On les voit nous ôter , & bien- tôt nous remettreg
Nôtre folide corps , qu'aiſément on penetre
Peut fervir à tout ſexe en toutes les faiſons.
CHANSON ,
2 LE MERCURE
CHANSON.
Echos, qui repetiez mes tranquilles plaifirs
Aprenez un nouveau langage.
Vous ne repondiez plus qu'à més triftes foupirs;
L'objet de mon amour eft devenu volage ,
Echos qui repetiez , & c.
NOUVELLES LITERAIRES ,
DES BEAUX ARTS , & c .
Hiftoire de l'Abbaye Royale de S. Ger
main des Prez, par Dom JACQUES
BOUILLART , Prêtre , Religieux
Benedictin de la Congregation de Saint
Maur.Infolio,propofée par foufcription.
L'Abbaye de Saint Germain des Prez ,
des plus anciennes & des plus
illuftres de l'Ordre de Saint Benoît a
été fondée peu après la mort de ce Saint
Patriarche , quoique la Regle n'y ait pas
été d'abord obfervée . Elle est un monument
de la pieté & dela magnificence de
Childebert
DE
JUILLET 1722 . 99
Childebert I. fils du grand Clovis. Les
plus anciens Auteurs de l'hiftoire de France
en ont fait mention dans plufieurs endroits
de leurs ouvrages ; & ceux qui ont
écrit dans les fiecles pofterieurs n'ont pas
ômis d'en parler , fur tout lorfqu'il s'agifloit
de la ville de Paris. Mais ce qu'ils
en ont dit n'eft pas fuffifant pour donner
une connoiffance exacte d'une Abbaye fi
favorisée par les fouverains Pontifes , &
fi cherie de nos Rois. Saint Germain Evêque
de Paris la choifit pour fa fepulture ,
& Dieu opera tant de miracles par fon
interceffion , au rapport de Fortunat &
d'Aimoin , qu'elle devint un Sanctuaire
refpectable aux fideles & à la pofterité.
Les illuftres Abbez qui l'ont gouvernée ,
& qui fe font fignalez par leur pieté & leur
fageffe n'ont pas peu contribué à fa fplendeur.
Plufieurs étoient du Sang Royal ,
d'autres ont été Chanceliers & Grands
Aumôniers de France , d'autres élevez
all Cardinalat & aux premieres dignitez
de l'Eglife. Elle a produit un nombre
confiderable de grands hommes . Il s'y eft
paffé quantité d'évenemens remarquables
qui ne font pas venus à la connoiffance
des écrivains du tems , & qui neanmoins
peuvent beaucoup fervir à l'hiftoire , &
particulierement à celle de la Ville & du
Diocéle de Paris . Plufieurs perfonnes ont
été
14
LE MERCURE
l'on a enété
furpris que l'on n'eût pas encore donné
au public l'Hiftoire de cette Abbaye ,
perfuadez que l'on y trouveroit beaucoup
de faits intereffants , dont la lecture feroit
également utile & agreable. C'eft pour
répondre à leurs intentions que
trepris de donner cette Hiftoire au public,
Pour en faciliter la lecture , l'Auteur l'a
divifée en cinq Livres , precedez d'une
Preface , où il traite de plufieurs chofes
importantes qui n'ont pû être inferées
dans le corps de l'Hiftoire. Il a commencé
chaque Livre par quelque époque
connue & celebre.
Le I. Livre comprend la fondation de .
l'Abbaye ; un abregé de la vie de Saint
Germain Evêque de Paris ; ce qui s'eft
paffé de plus confiderable fous les premiers
Abbez ; les fepultures de plufieurs
Rois & Reines de la premiere race.
Le II. commence par le facre de Pepin ,
qui affifta peu après avec Charlemagne
fon fils à la celebre tranflation du corps
de S. Germain . On voit enfuite les donations
& les privileges accordez à l'Abbaye
par Charlemagne , par Louis le Débonnaire
& par fes fils , fous le gouvernement
des Abbez Lantfroy , Wichad
Robert precepteur de Pepin & Irminon .
Hilduin fon fucceffeur qui fut élevé à la
dignité de Grand- Aumônier de France
2
>
&
DE JUILLET 1722 .
ق ر
& qui eut tant de part aux affaires de
l'Etat fous Louis le Débonnaire , fournit
une ample matiere à la narration , auffi
bien qu'Ebroin qui luy fucceda dans fes
dignitez . On rapporte encore dans ce
même Livre les irruptions des Normans
qui ravagerent la France fous le regne
de Charles le Chauve & de fes fucceffeurs
, qui affiegerent plufieurs fois la
ville de Paris , & qui pillerent & brûlerent
l'Abbaye jufques à trois fois . On fait
une defcription exacte de ce ſiege , dans
lequel les Parifiens fignalerent leur valeur
fous la conduite d'Eude , Comte de
Paris , de Gozlin & d'Eble , tous deux
Abbez de Saint Germain .
Hugue Capet , Chef de la troifiéme
race ouvre le troifiéme Livre comme ref
taurateur de la difcipline reguliere dans
l'Abbaye de S. Germain , en faveur de
laquelle il fe déinit volontairement du
titre d'Abbé qu'il portoit , comme plufieurs
de fes predeceffeurs Rois de France
ou Comtes de Paris , pour rétablir les
Abbez reguliers . La fuite de ce même Livre
fait voir les accroiffemens de la ville
de Paris fous Philippe Augufte , & comment
elle fut environnée de murailles , de
tours & de foffez depuis la tour de Philippe
Hamelin ou de Nefle , maintenant
le College des quatre Nations , jufques à
la
96 LE MERCURE
La Tournelle ou la porte de S. Bernard,
Ony voit enfuite l'érection des Paroilles
de S. André des Arcs & de S. Cofme, &
de quelques autres dans le Diocéle de
Paris , l'établiffement des Freres Mineurs
ou Cordeliers dans le territoire de S. Germain
; l'affranchiffement ou manumiffion
des vaffaux de l'Abbaye ; & ce qui
s'obfervoit dans les élections des Abbez
de S. Germain ; enfin on y parle de l'origine
& de la fuite du differend qui dura
long temps entre les Religieux de l'Abbaye
& l'Univerfité de Paris touchant le
Pré aux Clercs.
Le IV. Livre commence par le regne
'de Philippe de Valois. Il y eft fait mention
de la Bulle de Benoît XII . pour la
reforme de l'Ordre de Saint Benoît ; des
affemblées ou chapitres generaux tenus
pour ce fujet dans l'Abbaye ; des differens
accords faits avec l'Univerfité ;
des fortifications faites autour de l'Abbaye
par ordre du Roi Charles V. après
qu'il eut declaré la guerre aux Anglois ;
l'élection de Guillaume III . furnommé
l'Evêque , pour être Abbé de S. Germain
; la découverte de fon corps qui perfevere
encore aujourd'hui dans fon integrité
& fans corruption.
Le V. Livre comprend ce qui s'eft paſſé
fous les Abbez Commendataires jufques
en
DE JUILLET 1722. 97
en 1700. l'introduction de la réforme par
les Religieux de la Congregation de Chezal
. Benoît fous les aufpices de Guillaume
Briçonnet , Evêque de Meaux & Abbé
de S. Germain ; l'hiſtoire abregée de
cette réforme ; fes progrez ; le commencement
de la guerre des Huguenots en
France ; ce qui fe fit alors dans Paris ; les
nouvelles entrepriſes des Ecoliers de l'Univerfité
contre l'Abbaye au fujet du Pré
aux Clercs ; leurs affemblées féditieufes ;
la reconciliation de l'Univerfité avec les
Religieux de S. Germain. Le féjour que
le Roy Charles IX. fit dans l'Abbaye
avec toute la Cour ; ce qui s'y paffa pour
lors ; les nouveaux troubles excitez par
les Heretiques ; la retraite de l'Abbeffe
& des Religieufes de Chelles dans l'Abbaye
, & la trifte fituation où l'on étoit
pour lors dans Paris & aux environs. On
y parle des affemblées du Clergé de France
tenues dans l'Abbaye ; de la conftruction
de la maiſon Abbatiale ; des proceffions
de la Chaffe de S. Germain faites
en differens temps pour les neceffitez publiques
; on rapporte ce qui s'eft paffé
dans l'Abbaye pendant la Ligue ; l'entrée
du Roy Henry IV. dans le Monaftere ;
les obfeques du Cardinal de Bourbon , de
la Princeffe Catherine de Bourbon , & de
Françoise d'Orleans veuve du Prince
E de
198
LE
MERCURE
de Condé ; l'origine de la réforme de la
Congregation de S. Maur , & fon introduction
dans l'Abbaye ; l'on fait une relation
hiftorique des differens établiſſemens
de Communautez de Religieux & de Religieufes
dans le Fauxbourg de S. Germain
, tant de celles qui fubfiftent maintenant
, que de celles qui ne fubfiftent plus ;
des fondations des Hôpitaux des Incurables
, des Petites Mailons & des Convalefcens.
On y parle auffi des découvertes
de plufieurs tombeaux de Rois & de Reines
de la premiere race , & ce qu'on y a
trouvé ; des fondations des Seminaires de
S. Sulpice , des Miffions Etrangeres , &
du College de Mazarin , &c . La fuite fait
voir un abregé de la vie de plufieurs Superieurs
Generaux de la Congregation de
Saint Maur , & des autres Religieux dif
tinguez par leur pieté & par leur fcience.
L'on fait mention de plufieurs Sacres
d'Archevêques & d'Evêques , benedictions
d'Abbez & d'Abbeffes ; & autres
ceremonies. L'on y voit la Jurifdiction
fpirituelle du Fauxbourg cedée aux Archevêques
de Paris par le moyen d'une
tranfaction ; la construction de l'Hôtel
Royal des Invalides , la réunion de la
Juftice de l'Abbaye au Châtelet de Paris,
& comme elle eft confervée dans l'enclos
de la même Abbaye , les fepultures de
plufieurs
DE JUILLET 1722. 99
plufieurs perfonnes de confideration inhumées
dans l'Eglife ; leurs épitaphes &
maufolées ; les donations de Reliques
confiderables faites aux Religieux de Saint
Germain , &c ,
A ces cinq Livres qui forment le corps
de l'Hiftoire , l'on a joint une ample defcription
de l'Eglife , & de ce qu'il y a de
plus digne de remarque ; ce qui comprend
fous divers titres les tombeaux des Rois
& des Reines , leurs épitaphes , celles des
hommes illuftres , des Abbez & Religieux
de S. Germain. Ce fupplément eft accompagné
de plufieurs plans & vûës de l'Ab.
baye & de l'Eglife , tant anciens que modernes
, de figures des Reliquaires , des
tombeaux & autres antiquitez , le tout au
nombre de vingt-fix planches de la main.
des meilleurs deffinateurs & des meilleurs
graveurs. Enfin l'on trouvera un recueil
de titres & pieces choifies , pour fervit
de preuves à cette Hiftoire. Elles font ti
rées pour la plupart des Archives de l'Ab
baye , où le trouvent quantité de monu
mens anciens , qui peuvent illuftrer l'Hif
toire, de France. L'Auteur a crû ne de-.
voir pas omettre un ancien Necrologe de
l'Abbaye de S. Germain , qui conmence
dès le temps de Pepin pere de Charlema
gne , comme pouvant beaucoup fervir à
rectifier les époques de la mort de plu-
E ij . fieurs
386435
100 LE MERCURE
fieurs perfonnes illuftres. Il a ajoûté les.
anciens ufages ou ceremonies de l'Abbaye,
& les exercices des anciens Religieux.
Enfin l'on trouvera dans ce Livre un catalogue
exact de tous les ouvrages compofez
par les Religieux de la Congregation
de S. Maur , qui ont été imprimez à Paris
ou ailleurs.
Ceux qui voudront foufcrire payeront
dix livres en prenant leur Soufcription ,
& dix livres lors qu'en remettant leur
Soufcription ils retireront le Livre imprimé
en blanc.
Ceux qui voudront pareillement fouſ--
crire pour le grand papier payeront 15 .
livres comptant , & 15. livres en retirant
leur exemplaire de grand papier en blanc.
On ne fera imprimer qu'un très - petit
nombre de grand papier. Et fi il refte au
Libraire quelques exemplaires non fouſcripts
, il les vendra 40. livres .
Le petit papier fera vendu 30. livres à
ceux qui n'auront pas fouferit. Ce Livre
fera imprimé fur de beau papier , & en
beaux caracteres ; les planches , tant plans ,
vûës , tombeaux , qu'autres ſujets , feront
très exactement deffinées & bien gravées.
Ce Livre paroîtra à la S. Martin 1723 .
Et le Libraire fera fes efforts pour le donner
plutôt qu'il ne le promet.
Ceux
DE JUILLET 1722. TOY
Ceux qui voudront foufcrire auront la
bonté de s'adreffer à Gregoire Dupuis ,
Libraire , ruë S : Jacques , à la Couronne
d'Or , proche la Fontaine S. Benoît .
Le R. P. Dom Jacques Bouillart ¿
Prêtre , Religieux de l'Abbaye , Auteur
du Livre , délivrera auffi des Souſcrip
tions fignées de la main du Libraire , à
ceux qui voudront s'adreffer à luy.
L'on ne recevra des Soufcriptions que
jufques au premier May 1723
A Paris , le premier Juillet 1721.
CONSTRUCTION nouvelle de trois
Montres portatives , d'un nouveau Ba ▲
lancier , en forme de croix , qui fait les
Ofcillations des Pendules très - petites ,
d'un Gnomon Speculaire , pour regler
jufte au Soleil , les Pendules , & les Montres
; d'un inftrument qui donnera lieu
aux Peintres de faire leurs ouvrages plus
parfaits, & autres curiofitez . Par M. l'Ab
bé de Haute-Feuille . ,Brochure in quarto
de 16 pages , contenant une Lettre écrite
d'Orleans au mois de Juin dernier , fans
nom de Ville , ni d'Imprimeur.
Nous n'entrerons point dans le détail
des matieres que certe Lettre contient s
mais pour faire connoître le merite &
L'application de l'auteur fur tout ce qui
E iij regarde
162. LE MERCURE
regarde la Phyfique , les Mathematiques,
& les Mechaniques ; voici une lifte do
fes ouvrages.
OUVRAGES IMPRIMEZ
du même Auteur.
E
Xplication de l'effet des Trompettes
parlantes 1674 In Quarto , 16. pag.
Factum touchant les Pendules de
po- .
che , contre M. Hugens 1675. 20. pag.
Pendule perpetuelle , & la maniere d'élever
l'eau par le moyen de la Poudre à
Canon , & c . 1678. 20. pag.
Deſcription d'une nouvelle Lunette ,
& d'un Niveau très -fenfible 1679. 12. P.
L'Art de refpirer fous l'eau , & le
moyen d'entretenir la flamme enfermée
dans un petit lieu 1681. 20. pag.
Reflexions fur quelques Machines à
élever les eaux , & c. 1682. 16. pag .
Invention. pour fe fervir des longues
Lunettes fans tuyaux 1683. 12. pag.
Lettre fur l'ufage des Billets du Roy
dans le public 1694. 8. pag .
Sentiment fur le differend du P. Malebranche
& de M. Regis , touchant l'apparence
de la Lune vûë à l'Horizon 1694.
8. pages.
Moyen de diminuer la longueur des
Lunettes d'approche , & c . 1697. 10. p.
Machine
DE JUILLET 1722. 103
Machine Loxodromique , &c . 1701
12. pages.
Balance Magnetique , &c. 1702. ro. p.
Microfcope Micrometrique , Gnomon
Horizontal , & c. 1703. 30. pag.
Deux Problêmes de Gnomonique à
réfoudre 1704. 4. pag.
Explication de la Figure pour remon
ter les Batteaux contre le courant des
Rivieres rapides , 1704. 4. pag.
Placet au Roy fur les Rames , 1705 .
Folio , 4. pag.
Placet au Roy fur les Longitudes ,
1709. Folio , 4. pag.
Figure des Objectifs Poliedres & Spheriques
à plufieurs Centres , 1711. L'Explication
n'a point été imprimée..
La Machine arpentante , 1712. 18. p.
La perfection des Inftrumens de Mer
1715. 24. pag.
Inventions nouvelles . Pendule dont le
Cadran eft rectiligne , & les heures montrées
par des Statues ou des Figures qui
fe meuvent fur un Plan horizontal , Moulin
à Girouettes , & c. 1717. 10. pag.
Differtation fur la caufe de l'Echo ,
qui a remporté le prix de l'Academiet
Royale de Bordeaux , 1718. In 12. 40. p.
Deux Problêmes d'Horlogerie , propo
fez à réfoudre , 1718. 4. pag.
Nouveau Siftême du Flux & Reflux de
E iiij.
la
104 LE MERCURE
la Mer , Thalaflametre , 1719. 20. pag.
Le Mouvement perpetuel Magnetique,
perfection de la Fulée des Montres
1719: 12. pag.
Lettre fur le fecret des longitudes , 1719 ,
12. pag.
Machine Parallactique , Horloge Elaf
tique Centrifuge , & c. 1720. 16. pag.
Réponse au Memoire de M. de la
Hire , inferé dans l'Hiftoire de l'Academie
des Sciences de l'année 1717. 1720 .
10. pages.
Moyens de faire des Experiences fenfibles
qui prouvent le mouvement.de la
Terre , 1720. & 1721. 12. pag.
RECUEIL des Vers Solitaires , & autres
de diverfes efpeces , citez & expliquez
dans le livre de la generation des
Vers , reprefentez en plufieurs planches.
Par M. Andri , in 4° . chez L. d'Houry ,
à Paris.
REMARQUES du même Auteur , fur
differens fujets de Medecine , principa
lement fur l'orgaſme dans les maladies ,
fur la faignée , la boiffon & la purgation ,
2. édition augmentée de la traduction d'une
Thefe , que l'homme vient d'un ver. Chez
le même.
PROJET de Réformation de la Medecine.
DE JUILLET 1722. 105
decine . Par M le François , Medecin
de la Faculté de Paris , chez le même.
و ABREGE' des bóns fruits avec la
maniere de les connoître , & de cultiver
les arbres , divifé par chapitres , felon les
efpeces, Par J. Merlet , Ecuyer. 3. Edia
tion , augmentée de plufieurs experiences
fur le fait du jardinage , & de quantité
de nouveaux & excellens fruits , volum.
in 12.
POESIES Françoifes , Latines , Grec
ques , Italiennes & Efpagnoles. Par M.
Menage , à Paris , rue S. Jacques , chez
Delaune , buitiéme édition , in 12.
HEURES Canoniales , contenues dans
le Pleaume 118. Beati immaculati , & c.
avec un commentaire tiré des Saints Peres
, & augmentées de l'explication dư
Pleaume 50. Miferere , quatrième édition
in 1-2 chez le même Libraire.-
LES vies des Hommes Illuftres de Plu
tarque , revûës fur les manufcrits , & traduites
en François , avec des remarqueshiftoriques
& critiques , & le fupplement
des comparaifons qui ont été perduës . On
ya joint les têtes que l'on a pû trouver ,
& une table generale des matieres . Par
E.v. M.
-106 LE MERCURE
M. Dacier de l'Academie des Infcriptions
& belles Lettres , Secretaire perpetuel de
l'Academie Françoife , & Garde des Livres
du Cabinet du Roy , à Paris , chez
M. Clouzier , Quay de Conti , N. Goſfelin
au Palais , & A. U. Coutelier, Quay
des Auguftins , 1721. in 4. 8. vol .
Il paroît depuis quelque tems une trèsbelle
Edition des Oeuvres de Virgile ,
avec des explications & des notes du P.
de la Rue Jefuite , vol. in 4. de 860. pages
; elle fe vend à Paris chez les frères
Barbou , rue S. Jacques 1721.
ENTRETIENS fur un nouveau ſyſtême
de Morale & de Phyfique , ou la
Recherche de la vie heureufe , felon les
lumieres naturelles. A Paris , chez Jean
Boudot & Laurent Rondet , Libraires ,
rue S. Jacques , vol . in 12. de 491. pag .
L'HISTOIRE du Theâtre François ,
dont nous avons donné le projet dans le
dernier Mercure fera fuivie d'un Abregé
de la vie des plus celebres Comediens &
Comediennes , anciens & modernes de
toutes nations , furqu i l'Auteur demande
encore des fecours aux perfonnes qui
peuve : t luy en donner fur cette matiere,
pour leurs portraits , &c.
EDITION
DE JUILLET 1722. 107
EDITION
Des Oeuvres de M. Bayle,
Es fieurs P. Huffon , T. Johnfon ;
LF. Golle , J. Swart , H. Scheurleer. P.
J. Van Duren , R. Alberts , C. Le Vier ,
& F. Boucquet , Libraires à la Haye ont
annoncé au Public une Edition entiere
de tous les ouvrages de M. Bayle , perfuadez
, difent- ils , dans leur Projet imprimné
, que toutes les perfonnes qui ont
de l'efprit & du goût , leur fçauront bon
gré du foin qu'ils prennent de raffembler
ces differens ouvrages pour les imprimer
en un feul corps in folio , & de le propoler
par foufcriptions . On a fait tous
les arrangemens neceffaires pour commencer
l'impreffion le n Fevrier 17236
& l'on a pris de bonnes mefures - pourque
les deux premiers volumes foient
achevez d'imprimer dans l'efpace de:
quinze mois , & les deux derniers, quinze
mois après . On mettra à la tête du premier
volume une hiftoire de la vie & des »
Ecrits de M. Bayle , & à la fin du qua
triéme une table exacte qui contiendra en
abregé les chofes les plus remarquables.
dans tout l'ouvrage.
Evj
Conditions:
108 LE MERCURE
Conditions de la Soufcription.
Tout l'ouvrage fera imprimé fur le
même papier que celui du projet publié
par les Libraires , & du même caractere.
Le prix pour les 4. volumes in fol . fur
le pied de 660. feuilles ne fera pour les
foufcrivans que de trente florins argent
courant d'Hollande payables , fçavoir un
tiers lorfqu'on fouſcrira , un autre tiers
en recevant les deux premiers volumes ,
& le refte en recevant les deux derniers.
On n'imprimera fur un beau & grand
papier royal que le jufte nombre d'exemplaires
pour lefquels on aura foufcrit , &
l'on n'en tirera pas un feul au delà ; le
prix d'un exemplaire en grand papier
fera de so. florins , payables à peu près
comme cy- deffus. Ceux qui n'auront
point foufetit n'auront rien de l'ouvrage
qu'après qu'il fera entferement fini, ils ne
pourront point avoir d'exemplaire en
grand papier , & ils payeront le papier
ordinaire 40. florins . On a commencé à
recevoir les foufcriptions le 20. Mai dernier
, & on continuera jufqu'au 31. Janvier
1723. paffé lequel temps on n'en
recevra plus. On pourra fouferire à la
Haye chez les Libraires cy- deffus nommez,
qui ont entrepris l'impreffion de cet
ouvrage ,
DE
JUILLET 1722. 109
Ouvrage ; & on donnera aux foufcrivans,
en recevant leur premier payement des
quittances fignées de cinq ou fix d'entre
eux. On pourra auffi foufcrire chez les
principaux Libraires des autres Villes des
Provinces-Unies ; & à l'égard de la France
, on pourra foufcrire à Paris , à Rouen,
à Rennes , à Bordeaux , à Toulouſe , à
Montpellier , à Marſeille , à Aix , à Grenoble
, à Lyon , & à Dijon.-
M.deVallange, qui a compofé differens
Traitez fur les Sciences, fur les Arts , fur
les Langues, & fur les exercices du corps,
vient de faire paroître deux petits Livres ,
qui ont pour titre , Ortholexie Latine , on
Fart qui enfeigne à lire le Latin par res
gles & par principes , & ufage de l'Ora
tholexie Latine &c. accompagnez de
plufieurs petites cartes feparées de l'Ouvrage
, & chargées de figures & d'explications
, pour inftruir agreablement la
jeuneffe. Nous ne hazardons rien de dire
, après l'Approbation de M. de Fontenelle
, que ces nouvelles productions de
M. de Vallange , ne peuvent être qu'uti
les an public. On les trouvera à Paris ,
chez . Claude Jombert , ruë S. Jacques ,
à l'Image Notre- Dame ; chez André
Cailleau , Place de Sorbonne , à l'Image
S. André ; & chez J. B. Lamefle
ruë
LE MERCURE
rue des Noyers , à la Minerve.
M. Gautier , Ingenieur du Roi , &
Infpecteur des Ponts & Chauffées du
Roïaume , a prefenté à M. le Blanc la
Carte du Diocefe d'Alais , qu'il a levée
fur les lieux avec beaucoup de précifion .
Elle fera gravée par le fieur Nollin .
Un Auteur appliqué , qui travaille de--
puis quelque tems à la vie des Poëtes
François anciens & modernes , prie less
gens de Lettres de vouloir bien l'aider des
memoires & pieces anecdotes qu'ils peu
vent avoir fur cette matiere , par le meïen
de l'adreffe du Mercure. Il donnera avec:
le Catalogue de leurs Ouvrages quelquesunes
de leurs meilleures pieces , entieres >
ou par extraits , & fera graver leurs portraits
s'il peut les découvrir , fans oublier
les marques de fa reconnoiffance envers
ceux qui lui auront communiqué quelque
chofe de particulier.
Charles - Cefar Baudelot de Dairval
Avocat en Parlement , de l'Academie
Roïale des Infcriptions , & des belles-
Lettres , mourut à Paris le 27. Juin der.
nier , âgé de 73. ans . Il étoit auffi recommandable
par fa grande probité , que
par fon érudition , & par la connoillance
parfaite qu'il avoit des Antiques de toute
efpece ; il poffedoit un très- beau Cabi
net
DE JUILLET 1722.
que
net qui étoit ouvert à tout le monde fçavant
& curieux ; il l'a donné par fon
teftament à la même Academie , avec
tous les livres de fa Bibliotheque qu'elle
n'auroit point. M. Baudelot a enrichi la
Republique des Lettres de plufieurs Dif
fertations ; mais fon principal Ouvrage
eft celui qui a été publié fous ce titre , De
P'utilité des voiages , & de l'avantage
la recherche de l'antiquité procure
aux fçavans , 2. vol . 12. Paris 1686. avec
beaucoup de figures . L'Auteur , qui en
preparoit une feconde édition , beaucoup
augmentée , a embraffé dans ce feul Ouvrage
toutes les matieres qui regardent
l'antiquité , & on peut affurer , qu'en le
lifant avec les difpofitions neceffaires , il
eſt aiſé de devenir bon Antiquaire & habile
voïageur . Ses Differtations imprimées
, & toutes les pieces particulieres
qu'il a lûës en public , depuis fon entrée.
a l'Academie, meriteroient d'être recueilles
en un corps d'Ouvrage , qui feroit .
plaifir aux fçavans , en y joignant fon
Traité entier des Actions de graces , &
quelques autres Differtations , qu'il n'avoit
encore montrées qu'à fes amis parti
culiers .
La fontaine minerale de Segray , près
Piviers en Gâtinois , dont les eaux ont été
reconnues depuis plus de 300. ans pour
excel·
FIR LE MERCURE
excellentes , & très- efficaces contre les
maladies chroniques , a été depuis peu
bâtie par les ordres de M. le Duc d'Antin
, Surintendant des Bâtimens du Roi ,
& Gouverneur de la Province , fous la
conduite du fieur Aveau , Fontainier de
Sa Majefté , qui aïant trouvé le moyen.
d'écarter deux fources d'eau douce , qui
fe mêloient à la minerale dans l'ancien
baffin , a rendu ces eaux fort- au - deffus de
ce qu'elles ont jamais été , & en état de
le difputer aux eaux de Forges.
>
Les commoditez qu'on trouve prefentement
à cette fource falutaire , doivent convier
les Etrangers à venir partager avec
tout l'Orleanois les fecours qu'elle apporte
contre les maladies les plus opiniâcres.
On connoît par le goût ferré qu'ont
ces eaux & par la rouillure qu'elles
communiquent aux pierres qu'elles arrofent
, qu'elles tirent leurs vertus du mars;
L'analyfe qu'on en a fait en prefence de
M. Gouttard , Medecin ordinaire du
Roi , également connu par fa profonde
érudition , & fon heureuſe pratique , a
découvert qu'elles doivent leurs qualitez.
à un fel uni par une legere portion de
terre à quelques parties fulphureufes
qu'elles ont détaché des mines de fer
qu'elles ont parcouru , lefquelles font fi
communes dans toute la montagne de Se-:
gray
,
DE JUILLET 1722 113
gray, que pour peu qu'on creufe dans
toute l'étendue du vallon , on voit pouſ
fer des eaux ferrugineufes
.
Ce fel martial , qui eft le capital principe
en quoi confifte l'efficacité de ces
eaux , eft du genre des fels alkali ; les experiences
qu'on en a faites ne permettent
pas d'en douter ; les changemens & les
reintures qu'elles produifent en les mêlant
avec des corps de differente nature , font
aifément juger des alterations qu'elles doiyent
apporter aux differentes faveurs dont
le fang peut être vitié.
La legereté & la foupleffe qu'ont ces
eaux , & le goût qu'on leur trouve , qui
n'a rien d'âpre , de ftyptique & de mordant
, doivent s'attribuer aux parties ful
phurées volatiles , dont elles font char
gées, lefquelles par leur réunion forment
cette pellicule graiffeufe & changeante ,
de couleur de nacie de perle , cu plutôt
de gorge
de pigcon , qu'on voit les ma
tins & les foirs fur la fuperficie du baſfin
, & qui fe trouve toûjours , & en tout
tems , en grande quantité dans la circonference
de la foupape.
Outre la fluidité que ces eaux donnent
au fang & aux liqueurs , qui doivent parcourir
les parties folides qui nous compofent
, elles rendent les fibres fouples &
pliantes , & mettent leur reffort au point
Cu
114 LE MERCURE
où il doit être pour une libre circulation
elles font éprouvées par une longue fuite
d'experiences pour les eftomacs farcis de
glaires , les pâles couleurs , les jauniffes ,
icterities , diarrhées , coliques , dyffenteries
, hydropifies naiffantes , duretez , &
fchirres au foye , & à la ratte , fuppreffion
de menftruës , fleurs blanches , gonorrhées
, vapeurs tant hyfteriques qu'hypocondriaques
, vertiges , dyfuries ou ardeurs
d'urine coliques nephretiques }
douleurs de reins , dont elles chaffent auffi-
bien que de la veffie , les glaires , fa
bles & pierrettes , maux d'eftomac , dégoût
, perte d'appetit , appetit dépravé ,
embarras des premieres voyes , obftructions
des vifceres , ébullitions , dartres ,
demangeaifons qu'un fang chargé de fels
trop acres a coûtume de caufer ; elles gueriffent
les maladies que l'épaiffeur & la
glutinofité du fang occafionnent. Pluhieurs
y ont trouvé la guerifon de rhuma
tifmes qui avoient refifté aux fudorifiques
& aux refolutifs les plus fpecifiques ; enfin
, on ne peut s'imaginer les effets merveilleux
qu'operent tous les ans ces eaux
bien- faifantes , dans la cure des maladies
les plus extraordinaires & les plus invin◄
cibles.
Nouvelle
DE
JUILLET 1912. 115
Nouvelle invention d'Inftrumens de Ma
thematiques juge utiles au public par
Mrs de l'Ac . R. des Sc.
R du Val a trouvé le moïen de
divifer la circonference du cercle
en degrez , minutes & fecondes , marquées
d'une en une geometriquement ,
fenfiblement , & fans confufion , quoique
le cercle foit petit.
Cette divifion donne la facilité de
prendre exactement toutes fortes d'angles
fur un plan horifontal , vertical , &
oblique .
L'Auteur affemblant des cercles
compofé une machine , qu'il appelle fphe
ule , ou compas trigonometrique , par laquelle
ilimite & mefure les mouvemens
eleftes.
Cette machine donne les moïens de l'a
mettre parallele à la ſphere du monde , à
l'aide de deux points connus au Ciel , &
elle verifie ces points qu'on a fuppofez
être connus.
Etant parallele à la fphere du monde .
elle indique les points d'Orient & d'Occident
, le plan du meridien , la latitude
du lieu , & l'heure aftronomique des aftres
qu'on obſerve,
Elle
116 LE MERCURE
Elle porte des lunettes pour découvrir
couper les objets éloignez .
Elle indique la declinaifon des aftres ,
& leur difference afcenfionnelle .
Elle indique l'écliptique , & la longitude
avec la latitude des aftres.
Elle fett de cadran univerfel , à faire
& à verifier les cartes celeftes & terreftres
; à verifier la boufole , à faire & à
verifier toutes fortes de cadrans ; à lever
toutes fortes de plans ; elle fert à toute
obleryation mathematique.
L'Auteur en a le privilege du Roi exclufif
, on en trouvera chez lui de toutes
fortes de manieres , grandes & petites . Il
demeure ruë de l'Hirondelle , à l'Aigle
de pierre , à Paris.
On apprend de Londres que le Docteur
Wilfon reçoit actuellement des foufcrip
tions pour lever une forme de 600. liv.
terlin , pour employer à faire l'experience
de les aiguilles aimantées , qui ont
trois ou quatre pieds de long , fur une
vingraine de Vaifleaux Marchands , qui
iront faire des vorages de long cours , &
dans des mers fort éloignées les unes des
autres. Le Docteur prétend , que fi l'experience
des aiguilles aimantées répond
fur mer à celles qu'il a faites fur terre
, on aura trouvé le veritable fecret de y
fixer
DE
JUILLET 1722 .
117
fixer les longitudes par la découverte du
lieu où eft le pole de la maffe de la maticre
magnetique , qui eft dans les entrailles
de la terre. Le Roi d'Angleterre a , diton
, donné cent guinées pour cette entreprife.
Le Prince & la Princeffe de
Galles ont pareillement contribué , de
même que quelques Seigneurs , & autres
perfonnes de diftinction .
On mande de Bafton , Ville de l'Amerique
Septentrionale , dans la nouvelle
Angleterre , près du Cap Aune , que
tous ceux à qui on avoit fait l'inoculation
de la petite verole , en mouroient , &
qu'elle caufoit une fi grande infection ,
que les plus proches parens mêmes n'ofoient
en approcher. On a remarqué d'un
autre côté , que prefque aucun de ceux
qui l'avoient naturellement , n'en mouroit
; de forte qu'on avoit ceffé cette operation
.
On nous mande de Lifbonne , que
dans une conference qu'eurent les Academiciens
de l'Hiftoire de Portugal le
30. du mois d'Avril , le Pere Dom Manuel
Caetano de Soufa , ci- devant Directeur
de l'Academie , fit un difcours trèséloquent
, pour remercier le Roi de l'honorable
Privilege que Sa Majesté Portugaife
118 LE MERCURE
gaife avoit accordé aux Academiciens ,
en leur permettant de publier leurs Ouvrages
fans Approbation des Cenfeurs ordinaires
des Livres , pourvû qu'ils fuffent
approuvez par un des Cenfeurs de l'Academie.
Le Pere Lucas de Sainte Catherine ,
l'Ingenieur Major Manuel d'Azeridefortes
, le même Pere Manuel Caetano de
Soufa , le Comte Villar- Mayor , Martin
de Mendoza de Pina , rendirent compte
de leurs écrits . Le Pere Michel de Sainte
Marie rapporta hiftoriquement les
noms de tous les Officiers de la Maifon
du Roi Dom Edoiiard.
Le 8. de Mai les Religieux de l'Ordre
de faint Benoît , tinrent leur Chapitre
general dans le Monaftere de Timaens ,
& le Pere Antoine de faint Laurent , reconnu
depuis long- tems pour un homme
d'un merite très- diftingué , fut élû General
par le concours unanime de tous les
fuffrages.
A la requête de François Perciva
de Silva- Pacheco , Seigneur de Tranſimil,
en qualité de Prieur , du Tiers Or
dre de Nôtre- Dame du Mont Carmel
nouvellement érigé en la Ville de Foro ,
Antoine de Pereira de Silva fon onpar
cle , & Evêque de l'Algarve , le Roi a
accordé aux Confreies dudit Ordre , la
perDE
JUILLET 1722. 119
permiffion d'établir une Foire franche
qui durera depuis le 16. Juillet jufqu'au
18. dans l'endroit où leur Eglife eft ſituée
, & d'appliquer le revenu qu'elle
produira aux Oeuvres pies dudit Ordre,
On efpere qu'elle fera une des plus celebres
de tout le Roïaume d'Algarve.
L'Academic problematique de Setubal
emploïa fa Conference du 31. Mai , à
examiner , fi unfaux ami eft plus à craindre
qu'un ennemi declaré. Les Docteurs
Jerôme- Alphonfe Botelho , & Clement-
Rodrigues Montanha , fe diftinguerent
par leurs Differtations fur les deux parties
de cette propofition . On lût enfuite
des vers fur les actions heroïques de Dom
François d'Almeyda , premier Viceroi des
Indes , qui fut cruellement maffacré par
les peuples du Cap de Bonne Efperance.
Nous avons oublié de dire dans le Mereure
de Juin , que l'Infante alla quelques
jours avant fon départ pour Verfailles ,
à la Monnoïe des Medailles , pour y voir
la magnifique toilette que le Roi fait faire
pour cette Princeffe , fur les deffeins,
& fous la conduite de M. de Launay
Directeur de cette Monnoïe , & de l'Orfevrerie
de S: M. L'Infante étoit accompagnée
de Madame la Ducheffe de
Ventadour fa Gouvernante , & de Madame
120
LE MERCURE
dame la Princeffe de Soubize. Elle vid
frapper plufieurs Medailles de differente
grandeur , de celles qui ont été faites
pour fon arrivée . Après elle fut conduite
dans la Galerie où l'on conferve les poinçons
& les quarrez du Roi , & paffa de
là dans un Cabinet , où toutes les pieces
qui doivent compofer la toilette , étoient
Fangées , quoiqu'il y en eut plufieurs qui
ne font pas encore tout- à- fait finies , mais
c'étoit pour faire voir le tout. L'Infante
trouva dans un autre Cabinet quantité de
curiofitez qui l'amuferent fort. En fortant
M. de Launay lui préfenta les Médailles
qui avoient été frappées en fa prefence ,
& elle les diftribua aux Dames de fa fuite.
Quand cette fuperbe toilette fera entierement
achevée , nous en donnerons
une defcription exacte.
Le fieur Raoux , Peintre de M le Prince
de Vendôme , de l'Academie Roïale
de Peinture ,natif deMontpellier, vient de
faire par ordre de S. A. un affez grand
tableau , extrêmement riche & varié , dont
le fujet eft Telemaque dans l'Ifle de Callipfo
après fon naufrage. Nous ne pouvons
rien die de plus avantageux pour
P'Ouvrage & pour l'Auteur ,finon que M.
le Prince de Vendôme a preſenté ce tableau
à Monfieur le Duc d'Orleans , &
que
DE JUILLET 1722. 127
S. A. R. l'a reçû avec éloges , & l'a
fait placer dans fon grand appartement au
que
Palais Roïal.
L'habile Peintre , qui s'eft entierement
conformé à l'Ouvrage de M. de Cambray
, pour ce qui regarde cet endroit
des avantures de Telemaque , a choifi
l'inftant que ce Prince raconte à Calipfo
ce qui lui cft arrivé de remarquable
depuis qu'il cherche Uliffe . La Déeffe
eft fur le devant du tableau , affife fur un
fiege de gazon , couvert d'une peau de
Panthere ; elle regarde Telemaque , &
l'écoute avec une attention , qui marque
I'mterêt tendre qu'elle commence à pren
dre en lui. Telemaque eft vû de profil
dans une contenance noble & refpectueufe.
Mentor eft entre les deux , un feu
derriere , du côté de Calipfo . Il a les yeux
fixez fur Telemaque , & femble le regarder
avec une efpece de feverité mêlée de
douceur. Le caractere de divinité , exprimé
fur le vifage de ce vieillard venerable
, imprime du refpect & de l'admiration
. On voit Eucharis derriere Calipfo.
Elle est très-attentive aux recits de
Telemaque & par l'expreffion que le
Peintre a fçû mettre dans fes yeux , &
fur fon vilage , on penetre les premiers
fentimens de fon coeur pour le Prince ,
en qui elle commence à s'interefler . Voi-
,
F là
122 LE MERCURE
là le groupe dominant , & comme le
noeud & le fujet principal du Poëme .
Paflons aux Epiſodes , & aux ornemens
de la Scene.
Leucothoé placée du côté de Calipfo ,
vers la première ligne du tableau , impofe
filence par un gefte à une autre Nymphe
qui veut lui parler , Une troifiéme Nymphe
termine le groupe du côté de Tele
maque.
Ce qui fert de fond à cette magnifique
ordonance , eft une grotte qu'on voit
a la droite du tableau . Elle eft formée par
une voute obfcure & profonde , dont
l'entrée eft ornée par des vignes , des
fleurs , des fruits , & des coquillages.
L'enfoncement eft éclairé par un jour
échappé , qui fait appercevoir des Nymphes
, dont les unes font occupées à preparer
le repas ; les autres apportent des
fruits , d'autres encore preparent la table
du feftin , & dreffent le buffet orné de
quantité de vales.
Une chûte d'eau qui fe précipite de
fort haut à gros bouillons , forme un
ruiffeau au pied de la grotte.
,
Dans une échapée de vûë à la gauche
du tableau on découvre la mer encore
agitée de la tempête , le vailleau de Telemaque
brifé fur le rivage , des mâts , des
rames , & autres débris encore battus par
les

XII XIII
DEA
JACTAI
ALI
SE
DE
5436

FIRMAND
EREPTUM
ALUMNO
I.B.
M.DCC.XIX
CUS
PACIS
XV
.
XIV
FOVET
LUSTRANDO
ET
D.V.
D.G.
PIGNUS
FONTARABIA CAPTA
XVI.JUN.MDCCXIX
FR.ET
RECRE
AT
DUM SUAM NUMISMATUM
FABRICAM INVISERET
M.DCC. XIX
NAV.
REX
CURA
XVOMNIS
STAT
M.DCC.XX
INUNO.
D.V.
DE JUILLET 1722. 123
les flots . L'intervale qui eft entre la grotte
& le lointain eft interrompu par des arbres
chargez de differens fruits ,
› que
Nymphes cueillent,
des
SUITE DES MED AILLES DU ROY,
avec l'explication des Types &
Legendes.
MEDAILLE XII,
Cette Medaille a été frapée fur le même
fujet que les deux précedentes , c'eſtà-
dire , fur les progrès que le Roi fait.
On voit à la face droite , la tête de Louis
XV. avec l'infcription ordinaire , & au
Revers , Minerve , avec les attributs des
Sciences & des Arts , inftruifant le Roi.
Legende. TALI SE DEA JACTAT
ALUMNO. Cette Déeffe fait gloire d'a
voir un tel Eleve . Exergue, 1719.
XIII,
LA PRISE DE FONTARA BIE. D'un
côté la tête de Louis XV. avec l'infcription
ordinaire. Revers , la France foulant
aux pieds un bouclier aux armes de
Fontarabie & préfentant un rameau
d'olivier à l'Espagne . Legende , PACIS

FIRMANDÆ EREPTUM PIGNUS ; gage
Fij enlevé
124
LE MERCURE
1
enlevé pour l'affurance de la paix. Exer .
gue. FONTARABIA CAPTA . XVI. Jųnii
M. DCCXIX . '
XIV.
LA MONNOYE DES MEDAILLES
VISITE'E PAR LE ROY . On voit d'un
côté la fête de Louis XV. avec l'in
fcription ordinaire. Au Revers , le Soleil .
dans le Signe du Lyon . Legende , Lus-
TRANDO FOVET ET RECREAT . Sa
vifite anime & donne de la joie. Exergue,
DUM SUAM NUMISMATUM FABRICAM
INVISERET. Lorfqu'il vifitoit fa
Monnoye des Medailles. M. DCCXIX .
X V.
L'INSTRUCTION DU Ror. D'un
côté la tête de Louis XV . avec l'infcription
ordinaire . Revers , Le Roy entre
Mars & Minerve , & pour Legende ces
mots de Virgile , STAT CURA OMNIS
IN UNO. Tous les foins font pour lui
feul. Exergue. M. DCCXX .
SPEC
DE JUILLET 1722. 125
SPECTACLES.
Lufieurs perfonnes qui ont lû avec
P plaffic lepfojure &qu'Hiftoite Cu
Theatre François , & qui ont marqué en
attendre l'execution avec impatience ,
ont été furpris avec raifon , de voir qu'on
ne doit parler que de la reprefentation
ou execution des pieces , &c. Mais l'Auteur
que nous avons confulté , nous a dit ,
que le projet n'étoit defectueux à cet
égard ,, que parce qu'il deſtinoit à mettre
dans un autre corps d'Ouvrage ,
dont nous publierons le projet le mois
prochain , tout ce qui regarde les Poëmes
Dramatiques , avec des extraits
fommaires , leur critique
leur critique , & c . Cependant
pour fatisfaire au goût que le public
fait paroître , l'Auteur de cet Ouvrage
donnera dans l'Hiftoire du Theatre
François des catalogues exacts de toutes
les Pieces qui ont été reprefentées fur
les divers Theatres de Paris & des Provinces
, avec quelques remarques fur leur
fuccès ou leur chute , & le tems , & les
circonftances particulieres dans lefquelles
elles ont paru.
Le Pere Follart Jefuite , qui a donné
Fij
la
126 LE MERCURE
la Tragedie d'Edipe , dont nous avons
parlé dans plufieurs Mercures , doit faire
imprimer une autre Piece , intitulée
Agrippa. C'eft l'Agrippa que
Tacite ap
pelle Pofthume , & que Tibere facrifia¨à
fa fureté & à fon ambition . Cette Tra
gedie n'enrichira point la Scene Françoife
, fi connue dans la premiere , le P.
Follart prend la précaution de faire dé
fendre dans le privilege à tous Comediens
de la reprefenter.
On parle beaucoup d'une nouvelle Tra
gedie d'Edipe qui doit paroître , ſans
qu'on en fçache l'Auteur .
Les Comediens du Roi ont reçû une
Comedie en trois Actes , en vers , avec un
Prologue, intitulée les Noces de Gamache,
par M. Gautier. Ils ont auffi reçû la
Tragedie d'Alba , de l'Auteur de l'Opiniâtre.
Et en dernier lieu , une autre Tragedie
, intitulée Nithetis de M. Dauchet ,
de l'Academie Françoife. Nous avons une
Tragedie fous ce titre , de Madame de
Ville- Dieu , auparavant Me des Jardins.
Le fieur de la Torilliere fils , qui
avoit été reçû dans la Troupe Françoife
, & qui n'avoit pas encore parû ,
vient de jouer le rôle de Xiphares dans
Mithridate , & a été applaudi .
L'Academie Roïale de Mufique a remis
la repreſentation du Mardi au Jeudi ,
depuis
DE JUILLET 1722. 127
depuis que la Cour eft à Verfailles .
Les Fêtes de Thalie, Ballet, attirent toû
jours un très-grand concours ; & quoiqu'on
y regrette les DesJournet, Heufé & Pouffin
, leurs rôles font fi bien remplacez par
les Dies Antier, Minier & Tulou , que cet
Opera fait tout le plaifir imaginable . Il
eft étonnant de voir comment la premiere
entre dans fon rôle comique de Soubrette
qu'elle a hazardé , & qu'elle a
joué pour la premiere fois fur ce Theâtre
, où elle joie ordinairement fi parfaitement
le grand Tragique avec tant de
fuccès. La Dile Minier fe diftingue dans
le rôle de la petite fille par fon air de
jeuneffe , fon goût de chant , & fon enjouement.
Dans le Ballet le public rend
juftice à la Dile Prevoft , & au fieur Dumoulin
le jeune , qui fe furpaffent tous
deux , fur tout dans la Bergerie .
77
Fiiij MEMOIRE
128 LE MERCURE
MEMOIRE
Pourfervir à l'hiftoire du Theatre
François , & aux recherches
de l'origine des Spectacles en
France.
F
Rançois Triftan l'Hermite , né au
Château de Souliers dans la Provin
ce de la Marche , avoit une Charge de
Gentilhomme ordinaire près de Gaſton
Duc d'Orleans. Il prétendoit defcendre
de Triftan l'Hermite , qui étoit Grand
Prevoft de Louis XI . Il fut élevé jeune
Garçon chez Scevole de Sainte Marthe .
Depuis ce tems - là on a vû de fes Poëfies
imprimées , & l'on peut juger de fon
genie par fa Mariane . Le jeu étoit ſa
paffion dominante , & il y perdoit tout ce
qu'il pouvoit hazarder . Il a reçû à diverfes
fois de M. le Duc de Saint Aignan
mille piftolles , & n'a
dans cette fomme dequoi fe faire un habit
honnête.

pas
trouvé
Cette paffion du jeu étoit fi grande que
dès fa jeuneffe elle l'avoit jetté dans des
embarras , dont il ne fe feroit pas. tiré
facilement ,
DE JUILLET 1722. 129
facilement , fi fa vivacité ne luy en avoit
fuggeré les moyens. Un jour que fon
maître étoit malade , il luy perfuada que
la tranquillité qui regnoit dans fa , chambre
étoit peut -être caufe de fa triſteſſe ,
& que pour y donner quelque remede
un oifeau de prix foulageroit fon inquietude
; que s'il vouloit , une perfonne
luy en avoit propofé un qui le divertiroit
extrêmement , & qu'il en feroit quitte
pour dix piftolles. Son maître les luy
donna. Etant fur le point d'executer fa
commiffion , il rencontra par malheur
trois ou quatre Pages de fa connoiffance
qui jouoient aux dez fur les degrez d'une
grande porte. Il fut quelque tems à les
confiderer fans vouloir jouer. Mais la tentation
fut fi forte qu'elle vint à bout de
vaincre fa réfiftance ; il s'imagina qu'il
gagneroit , ou que du moins il fe retireroit
du jeu quand il auroit perdu la moitié
de fon argent ; mais il ne fit ni l'un ,
ni l'autre : Je jouai , dit- il , dès le commen-
» cement avec crainte , & après avoir per-
» du une partie de mon argent , je voulus
» combattre mon malheur avec une obfti-
» nation qui me fit perdre l'autre , ſi bien
que de la rançon de la Linote prétendue ,
je ne me vis plus que deux quarts d'écu ,
" que j'empruntai fur mon dernier xefte.
Ainfi gros de douleur , rouge de honte ,
»
Fv &
130
LE MERCURE
& fans fçavoir à quoi ſe réfoudre , il courut
chez un Oifeleur qu'il trouva , ayant
fur fon épaule un filet plein de Chardonnerets
, & de Bruyans , parmi lefquels il
rencontra une alfez belle Linote qu'il eût
pour trente fols avec la cage. Je revins
auffi -tôt au logis , ajoûte- t- il , & prenant
un vilage plus gay que n'étoit mon ame ;
j'expofai hardinent ma Linote fauvage
aux yeux de mon maître , qui ne fut pas
peu réjoui d'apprendre de moi , que j'avois
furmonté mille difficultez pour luy
avoir cet animal incomparable. On ferma
auffi -tôt toutes les fenêtres de la Chambre
, & on Alt retirer tout le monde , afin
d'affurer ce petit oileau. Le Page trouva
facilement des excufes pour fon filence
le premier jour qu'il l'apporta ; mais
quand on l'eût veu muet deux ou trois
jours , il n'y eût plus moyen d'excufer ce
même filence. Triftan faifoit mille voeux
fecrets au Ciel , afin qu'il luy déliât la
langue , mis nul ramage ne donna des
marques de fa rareté. Le maître ennuyé
de ce filence , luy dit un jour en le regardant:
que veut dire cela , perit Page , vôtre
Linore ne dit mot ? il luy répondit ingenuë
rent , M. je vous réponds que fi elle
ne dit mor , elle n'en pense pas moins.
Cette réponſe pour un enfant qui n'ayoit
qu'onze ou douze ans , parut fi fpiri
tuelle
*
DE JUILLET 1722.
tuelle , qu'elle fit rire tous ceux qui l'entendirent.
Triftan rapporte luy - même
cette petite hiftoire dans fon Page difgracié
, qui eft celle même de toutes les
difgraces affez ordinaires aux courtisans.
Je donnerois ici un extrait de ce Livre ,
fi Bayle ne m'avoit prévenu ; nommer cet
illuftre critique , c'eft faire l'éloge de fon
Dictionnaire , & le titre de cet ouvrage
fuffit feul pour ne rien trouver d'agreable
à dire après luy. Il a cependant omis un
fait qui paroît affez rifible . Un officier
amoureux s'étoit enfermé deux jours &
deux nuits dans une cave , & avoit brouillé
deux mains de papier pour mettre au jour
des vers , aufquels il donnoit le titre d'Ode.
Ma Clurie , ma Clorie
A qui j'ay donné mon coeur
Je ferai toute ma vie
Vôtre très humble ferviteur .
Des deux volumes du Page difgracié
on tireroit dequoi inſtruire luffisamment
fur la genealogie & la vie de Triftan , fi
le fujet n'en étoit trop long , & peu intereffant.
Ils me itent cependant d'être lûs
par rapport à quelques ancedores qui re.
gardent des perfonnes d'une haute diftinction
, à qui il touchoit de près du côté
de la naiffance & de fes emplois.
F vj Ce
132 LE MERCURE
Ce qui a davantage diftingué Triſtan
à la Cour eft un nombre de pieces de
Theatre qui ont paffé pour les plus excellentes
de fon tems . La Mariane Tragedie
fe voit encore de nos jours far ce
pied là , & la gloire que Polieucte a acquis
à Corneille , n'empêche pas les critiques
, d'en rejetter une partie fur la piece
de Triftan. Le P. Rapin * a remarqué
que quand Mondori joüoit la Mariane au
Marais le peuple n'en fortoit jamais
que refveur & penfif , faifant reflexion à
ce qu'il venoit de voir , & penetré en
même tems d'un grand plaifir , en quoi
on a vu un petit crayon des fortes impreffions
qui faifoit la Tragedie Greque. Cette
Tragedie eft dediée à Monfieur le Duc
d'Orleans , frere du Roy , à qui il adreffe
encore cette belle Ode qui commence par
ce vers ,

Ingrate caufe de mes veilles , & c.
Panthée fuivit de près la Mariane ; à peine
peut on s'imaginer , dit Triftan , qu'il y ait
affez de matiere en l'avanture de Panthée
pour faire deux actes entiers . C'eſt un
champ fort étroit & fort fterile , qu'il ne
pouvoit cultiver qu'ingratement. Auffi
n'eut été quelque fecrette raifon , ajoûte-
t-il , j'euffe pris un plus favorable fujet
pour donner une foeur à Mariane.Ve- -
* Ref fur la Poëtiqe
ritablement
DE JUILLET 1722 . 133
ritablement il faut avouer que nonobftant
les avantages que la jeuneffe peut donner ,
l'aînée a plus de beauté que la cadette ,
& qu'il s'en faut quelque chofe que cette
production de mon efprit ne merite autant
d'applaudiffemens que la premiere.
La Tragedie de Panthée s'eft fentie du
funefte coup , dont le Theatre du Marais
faignoit encore. Il eſt aiſé de deviner que
c'eft de l'accident du celebre Mondory
fut attaqué d'une efpece d'apoplexie,
dont il n'étoit pas encore gueri , il auroit
fait valoir Aralpe auffi bien qu'Herode .
Cet accident penfa le dégoûter de travailler
pour le Theatre , & fi le Cardinal
ne l'avoit engagé à continuer , il l'auroit
entierement abandonné. Il y a au devant
de Panthée une très belle eftampe gravée
d'après M. de la Hire . Les autres pieces
de Triftan ne font pas moins bien ornées ,
les fujets en ayant été gravez par Boffe
qui
& Chauveau.
Il a dedié la mort de Seneque , Tragedie,
à M. le Comte de Saint Aignan
Dans le Panegyrique qu'il veut faire de
fa perfonne , il dit que ce qu'il y a de penible
en cet ouvrage l'étonne moins que
ce qu'il y a d'éclatant en ce fujet ne l'éblouit.
J'y vois par tout , ajoûte- t- il , de
fi grandes beautez qu'elles tiennent mon
choix en balance , & je çonfommerois bien
134 LE MERCURE

à les admirer tout le tems qui me feroit
donné pour les décrire. Si je regarde la
grandeur de vôtre race j'y apperçois
la plus grande partie des plus Nobles
Maifons de France ; c'eft un champ ſemé
de Lauriers , c'eft un arbre de plufieurs
fiecles , dont toutes les branches
font couronnées , c'eft un long ordre
de Heros où l'on peut compter autant
de demi Dieux que de têtes . Si je tourne
les yeux fur vôtre valeur , je n'y vois que
des prodiges heroïques dès vôtre plus
tendre jeuneffe , j'y remarque beaucoup
plus de combats , plus dignes d'être celebrez
par les belles plumes , que celuy
d'Hector & d'Ajex , &c. Il eft ailé de
remarquer que Triftan a mis dans la bouche
de Seneque les grands fentimens
dont on trouve de fi beaux exemples dans
les ouvrages de ce Philofophe.
Ses autres productions font , la Mer ;'
Ode en 1627. la Lyre , l'Orphée , & autres
mélanges , vol . 4. Aug. Con bé 16 41 .
Il affure que les honnêtes gens trouveront
dans ce Recueil de Poëfies , des chofes
affez agre.bles pour av üer que tous les
éxilez qui ont écrit d'amour , depuis l'ingenieux
Ovide , n'ont pas mieux employé
de fi triftes loifirs.
La folie du Sage , Tragi- Comedie , 4°
Touff. Quinet 1645:
La
DE JUILLET 16227 135
La mort de Chrifpe , Tragedie , 4
Cardin Befongne 1645 .
Olman , Tragedie , 4º Guillaume de
Luyne 1656. dediée à M. le Comte de
Buffy par Quinault ; en lui dédiant cette
piece , il n'a fait après la mort de Triſtan
que ce qu'il avoit deffein de faire pendant
fa vie. Quelques inftructions favorables
dit-il à M. de Buffy , que j'aye eu l'honneur
de recevoir de cet écrivain renommé
de qui je pleure encore la perte ...
je fens bien que cet illuftre mort , dont la
memoire eft immortelle , ne m'a pas laiffé
tout l'art , dont il fçavoit vous honorer ,
ben qu'il m'en ait laiffé tout le zele.
Le Parafite , Comedie , 4 ° Aug. Courbé
1654. reprefentée dans le Louvre avec
applaudiffement.
Poëfies Galantes & Heroïques , 4° J.
B. Loyfon. 1662 .
Les Amours & autres pieces très- curieules
, Gabriël Quinet , in 12. 1662. voie
ci un Sixain de ce Recüeii pour mettre
devant un Livre d'Endimion.
Trouvant ici l'hiftoire d'un Berger ,
Qu'amour expofe en un fi grand danger,
Pendant l'erreur où le fommeil le plonge,
O ! bel ob et plein de ſeverité ,
Souverez- vous que la peine eft un fonge ,
Et que la mienne eft une verité.
Un
138 LE MERCURE
Un volume de Lettres , & quelques autres
petits Traitez ,un Roman de plufieurs volumes
, qu'il appelle la Coromene, Hiftoire
Orientale. C'eft auffi de lui l'Office de
la Vierge en vers François qui contient
diverfes pieces fpirituelles en vers , & en
profe ; il prefenta ce dernier Livre à la
Reine. Peu de tems après il tomba malade
à l'Hôtel de Guife , où il mourut
pulmonique le 7. Septembre 1655. &
fut enterré à Saint Jean . Morery marque
fa reception à l'Academie Françoife l'an
1649. Chevreau trouve que Triftan étoit
trop grand admirateur de toutes les vifions
du Marin. C'eft un reproche qu'il
avoit déja fait à la Mefnardiere ; mais
Chevreau ne dit pas que ce défaut lui
étoit commun avec ces deux Poëtes . Je
m'en tiendrai donc à fon premier éloge
de Triftan ; la Reine de Suede , dit - il ,
le connoiffoit pour un grand homme
mais pour un homme dont les ouvrages
pouvoient bien n'être pas tous de la mês
me force.
Il fit luy-même fon Epitaphe
en cette maniere.
Ebloui de l'éclat de la fplendeur mondaine
Je me fatai toujours l'efperanae vaine
II
DE JUILLET 1722. 137
Faifant le chien couchant auprès d'un grand
Seigneur ,
Je me vis toûjours pauvre , & tachai de pa
roître ;
Je vêcus dans la peine attendant le bonheur ,
Et mourus fur sun coffre en attendant mon
maître.
BENEFICES
238 LE MERCURE
BENEFICES , CHARGES
& Dignitez des Pays Etrangers.
M
MOSCOVIE.
R Dafcof qui a été envoyé du
Czar à la porte Ottomane , a été
nommé Surintendant General des poftes
de Ruffie , & les revenus ont été réünis
au Domaine de la Couronne.
POLOGNE ET PRUSSE .
Guillaume Guftave , Prince hereditaite
d'Anhalt Deffau , & Leopold Maximilien
, fon frere , ont été nommez Majors
Generaux des Troupes du Roy de
Pruffe.
Le Comte de Lottum a été nommé auffi
Major General des Armées du Roy de
Pruffe.
SUEDE.
Mrs de Stakelberg , Creus , Hamilton
, & Kreule , Lieutenans Generaux
des Armées du Roy de Suede, qui étoient
cy-devant prifonniers de guerre en Mofcovie
ont été faits Generaux .
Le Major General Gyllenstiern , & les
Colonels Gyllenkirock , Wenneftedt ,
Cronman
DE JUILLET 1722. 139
Cronman , & Gedeonfock ont été nommez
Lieutenans Generaux .
Le Colonel Ramfwerd arrivé depuis
peu de Ruffie , où il étoit priſonnier de
guerre , a été fait Lieutenant General des
Armées du Roy.
Les Colonels Tegenfchuil & Rofenf
tierne ont obtenu le rang de Majors Ge
neraux des Armées du Roy de Suede.
ALLEMAGNE.
Le Comte François Antoine de Pachta,
Baron de Reyofeu , & de Bukau , Confeiller
de la Chambre Aulique à obtenu
de l'Empereur la Charge d'Intendant de
IaChambre de l'Argenterie de fa Maifon .
M. Piffacano , Confeiller au Confeil
Collateral , a obtenu un Brevet de Prefident
au même Confeil.
L'Evêque de Munfter & de Paderborn,
a été nommé Coadjuteur de Cologne , &
fes Bulles font expediées.
M. de Ransfeld Houen , Colonel du-
Regiment de Travefon , a été fait Com
mandant d'Orlova.
ANGLETERRE.
M. Alexandre Deuton a été fait Juge
des Plaidoyers à Londres , à la place de
M. Dormer qui a donné ſa démiſſion volontaire
de cette Charge.
M.
1
140 LE MERCURE
M. Thomas Caufton a été nommé Inf
pecteur General de tous les ports d'Angleterre
, excepté celui de Londres , à la
place de M. Thomas Boyde .
Le Major General Sybourg a ob
tenu le Gouvernement de l'Ifle de Newi ,
ine des Antilles, à la place de feu M. Smith .
M. Charles Dilke a obtenu la Licutenance
du Gouvernement de Montferrat
en Amerique , à la place de M. Thomas
Talmath.
Le Duc de Montagu a obtenu en proprieté
les Illes de S. Lucie , & de S. Vin
cent en Amerique.
Le Lord Cornwalis a été fait Grand-
Maître des Eaux & Forefts de la partie
Meridionale de la Riviere de Trem à la
place du feu Comte de Tancarville. ·
Le Major General Laton a été fait
Lieutenant Colonel du premier Regiment
des Gardes à pied .
Le Brigadier General Ruslel , fecond
Major du Regiment a été fait premier
Major.
Le Comte de Cadogan a été nommé
Grand- Maître de l'Artillerie , & Colonel
du premier Regiment des Gardes , à la
place du feu Duc de Marlboroug.
Le Comte de Scarboroug a été fait
Colonel du fecond Regiment des Gardes.
M. Robert Mutlow a été fait Conful à
Oftende
DE JUILLET 1722. 141
Oftende , à la place du fieur David Fowlis
qui paffe au Confulat de Seville & de
S. Lucas.
M. Humphrey , Parfons , & François
Child , Aldermans, ont été élûs Sherifs de
Londres
pour la prefente année .
Le Duc de Warthon a été élû pour
Gouverneur par l'ancienne focieté des
Architectes , & le Docteur Defaguillers
pour Sous- Gouverneur .
ESPAGNE.
Don Juan d'Herrera , Doyen de l'E
glife de Palencia , Auditeur de Rote à lª
Cour de Rome a été nommé à l'Evêché
de Siguença .
Don Louis de Saa- Rangel , Maréchal
de Camp des Armées du Roy d'Espagne
en a obtenu le Gouvernement civil &
militaire de Penifcola.
Don Jofeph Lopis Alcaide de la Cour,
a obtenu une place dans le Confeil des
Finances.
Don Miguel de Aguero a été nommé
par fa Majefté Catholique , Adminiſtrateur
des Manufactures Royales de Draps
de Guadalaxara .
Don Manuel de Andrade a obtenu de
fa Majefté Catholique la Recette de ces
Manufactures .
FORTUGAL.
$42
LE MERCURE
PORTUGAL.
Le R. Pere Antoine de S. Laurent a
été unanimement élû General des Benedictins
, tant dans le Roïaume qu'au Brefil
, dans leur Chapitre general , affemblé
dans le Monaftere de Tibacus.
Dom Aerès de Saldaigne d'Albuquerque
a été continué dans le Gouverne
ment du Rio de Janeiro , à la follicitation
du païs .
Dom Michel- Charles de Tavora a ob
tenu du Roi , pour récompenfe de fes
longs fervices , la Seigneurie de S. Vincent
de Beyra , avec deux mille cruzades
de rente en Commanderie,
Le Pere Jean du Mont- Calvaire , Auguftin
Déchauffé , a été élû pour Vicaire
general de fa Congregation , dans le
Chapitre Provincial affemblé le 23. Mai .
Le 24. Mai les Religieux de S. Paul
Hermite , élûrent pour leur Superieur ,
le R. Pere Antoine de la Trinité , & pour
Recteur de leur Monaftere de Lisbonne
le R. Pere Alvaro de Corta.
Dom François Pereira de Silva- Pacheco
, Seigneur de Tranfimil , & Prieur du
'Tiers- Ordre de Nôtre- Dame de Mont
Carmel , a obtenu du Roi des Lettres pa
tentes , pour l'établiffement d'une Foir
franche de trois jours confecutifs , dar
1.
DE JUILLET 1722. 143
la Ville de Faro , au jour & fête de Nô
tre Dame , que les Confreres de cet Ordre
celebrent tous les ans dans la même
Ville le 3 , Juillet , à condition que cette
Foire fe tiendra dans la place qui entoure
l'Eglife qu'ils y ont fait bâtir , & que
les revenus qu'elle pourra rapporter feront
emploïez aux beſoins de l'Eglife &
de l'Ordre.
Jean Alvarès de Seyfas a été nommé̟
par le Roi Colonel du nouveau Regiment
de Marine & d'Artillerie , levé par
le Gouverneur des Forts de Caftro - Marius
& d'Alcoutin .
Manuel- Antoine de Mattos en a été
nommé Sergent Major. Ces poftes ont été
donnez à tous les deux , pour récompenſe
des fervices qu'ils ont rendus à l'Etat ,
dans leurs emplois d'Ingenieurs.
ITALIE .
Dom Gafpard Goui Mancini , origi
naire de Sienne , a été agréé pour l'Evêché
de Malthe , dans l'examen des Evêques
, tenu à Rome le 29. Mai.
Le R. Pere Gafpard Pizzolani a été
élû General des Carmes dans leur Chapitre
general tenu à Rome le 25. Mai ,
en prefence du Cardinal Sacripante, Protecteur
de leur Ordre.
L'Abbé Colholini , autrefois Secretaire
de
144 LE MERCURE
de l'Abbé Paffionei à Utrect , a été nommé
pour remplacer le Comte Mazziotti ,
qui faifoit à Rome les affaires de l'Electeur
Palatin .
M. Jean Zappalta , prefenté par fa Majefté
Catholique pour l'Evêché de Majorque
, a été proposé par Sa Sainteté .
M. Matthieu- Georges Stuchanovich ,
a été propofé pour l'Evêché d'Antivari
en Albanie par le Cardinal Fabroni.
M. Sylveftre Stana , pour l'Evêché de
Minuti dans le Roïaume de Naples , par
le Cardinal Tolomei.
Le R. Pere Charles de Blitterdorf ,
Religieux Benedictin , pour l'Abbaie de
Corwey & Corbie , Dioceſe de Paderborn
, par le Cardinal d'Althan .
L'Evêque d'Autun pour l'Evêché de
Verdun , par le Cardinal Ottoboni , Protecteur
des affaires de France .
L'Abbé Campani de S. Martin , pour
l'Abbaïe de Nôtre- Dame de Clermont
Ordre de Cîteaux par le même Cardinal.
L'Abbé Racine pour l'Abbaïe de S.
Marian , Ordre de Prémontré , Dioceſe
d'Auxerre.
L'Abbé de Montmorillon , pour l'Abbaie
de Valhonnefte , ou de Fefnieres ,
Ordre de Citeaux , Diocefe de Clermont,
M.
DE JUILLET 1722 145
M. Bernard Godsky , pour le Tirre
Epifcopal d'Ifauric , & pour celui de
Suffragant de Pofnanie, par le Cardinal
Albani.
Le Pape a accordé le Pallium àl'Archevêque
de Chieti fon neveu .
M. Luc-Antoine della Gata a été nommé
par Sa Sainteté à l'Evêché d'Otrante.
M. Matthieu Scaglioni , Secretaire des
Brefs aux Princes , a obtenu le Canonicat
de S- Jean de Latran , qu'avoit ci- devant
M. de Montes , Archevêque de Seleucie
à qui on a confervé deux cens
écus de penſion ſur ce Benefice.
,
HOLLANDE..
M. Johan de Hoornbeck a été choisi
par les Etats de Hollande & de Weſtfrife
, pour remplir la place d'Echevin de la
Haye, vacante par la mort de M. Ewond-
Brand.
Le Comte François - Georges de Schom ™
born- Buckeni a été élû Doyen de la Ca◄
thedrale de Spire.
Le Prince Hereditaire de Heffe d'Armftad
, a reçû à Francfort le Brevet de
Lieutenant general Felt- Marêchal des Armées
de l'Empereur.
G MORTS,
146. LE MERCURE
** k akakakakakakak
MORTS , BAPTES MES , ET MA
riages des Pais Etrangers.
L
E Major General Roos Suedois eft
mort à Abo en Finlande , en revenant
de Mofcovie .
Le 31. Mai Dimanche de la Trinité ,
l'Empereur chargea le Prince Eugene de
Savoye , de declarer au Comte de Thering
, Envoïé Extraordinaire de l'Electeur
de Baviere , qu'il confentoit au Mariage
de l'Archiducheffe Marie- Amelie
fa niece , avec le Prince Electoral Charles-
Albert- Gaëtan de Baviere.
Le 6. Juin la fille du Comte Jean-André
Lengheim , Chambellan de l'Empereur
,
& Conciller ordinaire de la
Chambre Aulique de la Baffe- Autriche,
fut tenue fur les Fonts de Baptême à Vienne
, par l'Imperatrice Amelie , qui lui
donna le nom de Marie- Amelie Joiephe-
Anne- Walburge .
M. Pierre Katfchin , Baron de Rifembourg
, autrefois Echarfon de l'Empereur
, & Colonel d'un Regiment d'Infanterie
, eft mort à Vienne en Autriche ,
le 2. Juin , dans la foixante - dix neuviéme
année de fon âge. M,
'DE JUILLET 1722. 147
> M. Chriftophle - Henri de Hack
Confeiller de la Chambre Aulique , eft
auffi mort à Vienne le 15. Juin dans la
foixante- troiſième année de fon âge.
Le Lord Arundel de Trenier , a époufé
à Londres la foeur du Comte de Straf
ford.
Le Duc de Bridgvvater a époufé celle
du Duc de Bedford.
M. Sackvvel - Tufton , neveu du Comte
de Thanet , & Membre du Parlement
pour Apulby , a époufé à Londres Mademoiſelle
Marie Savill , une des filles
du feu Marquis d'Halifax , qu'on dit
avoir en mariage foixante mille livres fterling.
Jean Churchil , Prince de Mindelheim
dans l'Empire , Duc de Marlborough ,
ce General fi fameux dans les dernieres
Guerres d'Angleterre , eft mort le 27.Juin
à la Loge près de Windfor , dans la foixante-
quatorziéme année de fon age. Il
étoit Capitaine general des Armées de fa
Majefté Britannique , General de l'Artillérie
, Colonel du premier Reg ment des.
Gardes , Chevalier de l'Ordre de la Jar-:
retiere , & Confeiller du Con eil Privé.
Il joignoit à ces dignitez le titre de Mar. -
quis de Blandford , Baron de Churchil
& de Sandriague dans le Comté de He :
zeford , & de Baron d'Aymouft en Ecof-
Gij
fe.
148 LE MERCURE
fe. Il avoit épousé en premieres nôces
Mademoiſelle Sara , fille de M. Richard
Jennings de Sandrige , dont il a eu le
Marquis de Blandford , decedé à Cambridge
en 1703. & trois filles ; la Lady
Anne , défunte époufe du feu Comte de
Sunderland ; la Lady Elifabeth , défunte
époufe du Duc de Bridgwater ; la Lady
Marie , qui a époufé le Duc de Montagu.
Cinq jours avant fa mort , ce General
a ordonné par un Codicile , que fon
corps foit inhumé dans la Chapelle de fa
belle maifon de Blenheim , & que celui
du Marquis de Blandford fon fils , enterré
dans le College Roïal de l'Univerfité
de Cambridge , y feroit apporté , &
mis auprès du fien ; mais cette difpofition
teſtamentaire ne fera pas fuivie. Le
Roi d'Angleterre , pour honorer la memoire
de ce General , veut que
fon corps
foit inhumé dans l'Abbaïe de Weſtminſ
ter , avec une pompe extraordinaire , qui
fe fera aux dépens de l'Etat. La ceremonie
a été reglée par deux Confeils tenus
à Kinfington. Le corps doit être apporté
de Windfor à Londres , & expofé dans
l'Hôtel du défunt , fitué près du Palais
de faint James . Le titre de Duc de Marlborough
paffe à fes heritiers mâles, d'Henriette
Churchil , Comteffe de Godolphin,
avec la Seigneurie de Woodstock ,
&
DE JUILET 1722. 149
& cinq mille livres fterling de rente ſur
les Poftes , à la charge d'ufufruit pour
la Ducheffe Douairiere. Cela a été ainfi
reglé par un Acte du Parlement , datté
de la cinquième année du Regne de la
Reine Anne.
Le Duc de Medina- Sidonia doit épou
fer inceffamment à Madrid la fille du
Comte de San - Eftevan de Gormas .
Dom Jofeph Mofcofo - Oforio , frere
du Comte d'Altamira , doit époufer dans
la même Ville la Comteffe de los Arcos.
Le Duc de Feria , fils aîné du Duc de
Mediña Celi , y doit époufer la fille du
Marquis d'Ayetonne , & les deux fils du
Comte de Benevent épouferont les deux
filles du Duc de l'Infantado .
Le R. Pere Louis de la Purification
Religieux de l'Ordre de S. Jerôme ,
Docteur & Profeffeur en Theologie dans
l'Univerfité de Coimbre , & autrefois
Chancelier de la même Univerfité , eft
mort le 27. Avril dans la quatrevingt-
cinquième année de fon âge , diftingué
par fa pieté & fon profond fçavoir .

Le Mariage de Dom Fernand Tellès
de Silva , fils aîné du Comte de Villar-
Mayor , a été conclu à Lifbonne avec
Donna Marie - Anne Françoife- Xavier de
Menefes , feconde fille du Comte de Tarouca
, Ambaffadeur de fa Majefté Por-
G iij tugaife
150
LE MERCURE
tugaife auprès des Etats Generaux , & fon
Plenipotentiaire au Congrês de Cambray.
La Comteffe d'Arcos eft accouchée
d'un fils à Lifbonne le 31. Mai.
M. Durazzi , Evêque de Savone , dans
l'Etat de Gennes , eft mort âgé de foixante
dix - neuf ans.
Madame la Comteffe de Colloredo
époufe de l'Ambaffadeur de l'Empereur à
Venile , y eft accouchée le 27. Mai d'une
fille , qui fut baptifée le même jour dans
le Palais Ducal , par le Nonce.
M. Pieurfon , Lieutenant general , &
Amiral du College de l'Amirauté de la
Nort-Hollande , eft mort le 13. Juin.
M. le Jeune , Major general , & Colonel
Commandant du Regiment du Marquis
de Werterio , eft mort à Bruxelles le
24. Juin , âgé de foixante - quinze ans.
La Princeffe dont la Princeffe de Sultfbach
eft accouchée le 22. Juin , a été prefentée
fur les Fonts de Baptême au nom
de l'Imperatrice , de la Reine de Sardaigne
, & de Madame la Ducheffe d'Orléans
. Elle a été nommée Marie-Anne.
La Comteffe Doüairiere de Suffolk , &
la Vicomteffe de Faulkan , qui avoit titre
& rang de Pairie en Ecoffe, font mortes
dans leurs Terres dans la Grande- Bretagne.
Marie
DE JUILLET 1722 .
157
Marie Demilfon , de la Secte des Qua-
Kers , eft morte à Kirbey dans le Comté
de Weftmorland le 30. Mai âgée de cent
trente- un an , fans avoir rien perdu de
fa memoire jufqu'au dernier moment de
fa vie .
Le Duc Felletti , Regent du Confeil
Collateral de Naples , & Dom Bartolo
meo Amorolo , President de la Chambre
Royale de la même Ville , y font
morts le 13. Juin.
**
XXXX
***
G iiij
NOU852
LE MERCURE
NOUVELLES ETRANGERES .
De Conftantinople ce 1. Juin 1722.
O
N eft ici extrêmement occupé d'une
grande revolution qui vient d'arriver
dans le Roïaume de Perfe , par l'au
dace & la valeur de deux Chefs de Rebelles.
Le premier & le plus fameux fe
nomme Mirivels, Tartare originaire d'Ufbek
. Il fe fait nommer Mahomet , Prin-"
ce de Caski ou du Dagueftan. Il eft d'autant
plus formidable , qu'il eft à la tête
d'une armée nombreufe , compofée de
Volontaires qu'il a fçû s'attacher par la
licence & l'impunité : il leur accorde le
pillage de toutes les Villes qui fe trouvent
fur fon paffage , & n'épargne pas plus les
Mahometans que les Chrétiens. Le fecond
de ces Ufurpateurs s'appelleScheich-
Mahmud , & fuit de près les traces du
premier: Leur rebellion eft foûtenuë par
le Grand Mogol . Un apui fi confiderable
, & la rapidité de leurs conquêtes , ne
laiffent pas que d'inquieter extrêmement
la Turquie . Mirivels , après avoir foûmis &
ravagé toutes les Provinces , depuis Candahar
jufqu'à Ifpahan , & remporté une
victoire
DE JUILLET 1722. 153
victoire complette fur l'Arinée du Roi ;
a mis le fiege devant la Capitale de la Perfe
; a emporté le Château d'affaut , &
pillé la Ville avec une rapidité prodigieufe
. Le Roi de Perfe s'eft à peine fauvé
fuivi feulement de quatre ou cinq des
principaux de fa Cour , & a gagné les
frontieres de la Turquie , d'où il a demandé
du fecours à la Porte , qui pourra
bien le lui accorder , cette guerre l'intereflant
elle-même . On craint que les Rebelles
, profitant de leur bonheur & de
l'effroi des peuples , n'entreprennent de
reprendre les Places conquifes autrefois
fur les Perfans par Sultan Amurat.
Le Divan a refolu de les faire fortifier ,
d'en augmenter la Garnifon , & d'envoïer
inceffamment une Armée de ce côté- là
pour s'oppof or aux progrès de l'Ufurpateur.
Quant à Scheich- Mahmud , il a
tout fubjugué avec une promptitude &
une fureur égales , depuis le Dagueftan
jufqu'à la Province d'Erivan ; ainfi le
Roi de Perfe , qui a refifté tant de fois
aux forces de l'Empire Ottoman , & aux
plus redoutables Puiffances de l'Afie , fe
voit dépouillé de tous les Etats , par des
Tartares ordinairement occupez à combattre
des Caravannes de Marchands .
On mande d'Alger , que le 28. Avril
le Bey du Levant y étoit arrivé avec vinge
G v mulets
154
LE MERCURE
mulets chargez de 40660. pieces de huit
Le 30. le Bey d'Oran arriva auffi avec
vingt- quatre mulets chargez de 48000.
pieces de huit ; & le Bey de Citere amene
fix mulets chargez de 7200. des mêmes
pieces.
L'Eſcadre du Grand Seigneur à mis à
la voile environ à la moitié du mois de
Mai ; elle eft compofée de huit Vaiffeaux
de guerre ; qui , après avoir pris des provifions
, & embarqué des troupes aux
Dardannelles , pourfuivront leur route
vers les côtes de Barbarie , & fe joindront
aux Efcadres de Tunis & de Tripoli.
On ne fçait pas encore quelle fera leur
expedition.
L'Evêque Catholique de l'Ifle de Chio,
aïant fait bâtir deux Eglifes dans cette
Ifle fans permiffion de la Porte , on l'a
conduit à Conftantinople avec onze de
fes Diocefains , tant Prêtres que Seculiers
, & on les a condamnez à l'efclavage
; on efpere cependant que l'argent les
tirera de captivité , & qu'en païant une
rançon , ils obtiendront non feulement
leur liberté , mais encore un confentement
pour la continuation de leurs édifices .
De
DE JUILLET 1722. 155H
L
De Petersbourg , ce 8. Juin.
E Czar eft parti de Mofcou le 24.
Mai , a & pris le chemin d'Aftracans
il a été precedé de quelques jours
par le Comte Apraxin , Grand Amiral
M. Tolstoy , Confeiller Privé , M. Daturlan
, Lieutenant general , M. Trubefkoy
, Premier Prefident du College de
la Regence , & le Prince Demetrius Cantamir
, Hofpodar de Valachie . Quoique
les troupes deftinées à l'expedition de la
Mer Cafpienne , aïent reçû d'avance quatre
mois de leur folde , ce long voïage
n'eft pourtant pas encore certain , & on
troit que la Majefté Czarienne n'ira qu'à
Cazan , pour de- là revenir en cette Ville.
L'Efcadre qu'on vient d'y équiper , ainfi
que dans le Port de Cromflot , doit être
commandée par le Vice- Amiral Gordon,
& par le Contre- Amiral Sanders : ondit
qu'ils monteront cette flotte dans
peu de jours , pour en exercer l'équi➡
page.
Les Etats Generaux ont refolu de re
connoître le Czar en qualité d'Empereur
de la Grande Ruffie . M. Wild leur Refident
à la Cour de fa Majefté Czarienne ,
lui a fait fçavoir cette refolution , qui en
reconnoiffance a attiré un Reglement fa-
& vi vorable
156
LE MERCURE
vorable au commerce de la Hollande . Il
eft ordonné à l'Amirauté de donner toutes
les facilitez poffibles aux vaiffeaux de
la République.
On a fait un état des revenus des Eglifes
, & comme ils font confiderables on
croit que le Czar les obligera de contribuer
aux dépenses du Royaume.
On a , fuivant des ordres nouveaux, abbatu
tant dans les Eglifes , que dans les
grands chemins plufieurs petites Chapelles
& Images , objets d'un culte fuperftitieux
, les peuples en murmurent , &
veulent les relever malgré les remontrances
des Ecclefiaftiques chargez de les
inftruire.
Le Czar a nommé le Major General
Henning pour aller lever un plan des
lieux les mieux difpofez pour y faire paffer
le canal que l'on doit conftruire , &
qui doit joindre Petefbourg à Mofcou .
D
De Varsovie ce 1. Juillet.
Es que tous les Senateurs du Royaume
feront arrivez en cette Ville , ce
qui fer inceffamment , ils doivent y tenir
un Confeil pour déliberer , & ftatuer
fur les demandes contenues dans les dépêches
que le Roy leur a envoyées de
Drefde , d'où fa Majefté ne partira que
lorfqu'elle
DE JUILLET 1722 157
lorfqu'elle fera certaine de pouvoir remplir
à fon gré les Charges vacantes.
Le Bacha de Chocfin attend un corps
de troupes confiderable , & les Turcs
ont fait quelques mouvemens aux environs
de cette place , mais cela n'inquiete
pas. Les lettres qu'on reçoit de l'Ambaſfadeur
de la Republique portent qu'il
reçoit tous les honneurs poffibles fur les
terres du Grand Seigneur , où il eft entré.
Les Etats de l'Electorat de Saxe font
convenus des fubfides qu'ils donneront au
Roy , ainfi la Diette s'eft feparée.
Les lettres de Drefde portent que le
Roy eft fur fon départ pour Varfovie ;
mais on vient d'apprendre par un courier
extraordinaire
que fa Majefté eft tombée
dangereufement
malade , & que l'on avoit
dépêché à Careflbat pour en informer la
Reine qui y prend actuellement les bains.
De Stokolm ce 26. Juin.
R le Baron de Cederkruitz , En-
Moyé voyé extraordinaire à la Cour de
Ruffie s'eft embarqué le 28. May pour fe
rendre à Petefbourg.
Le Comte de Metfch , Plenipotentiaire
de l'Empereur auprès des Princes de la
baffe Saxe , a fait prendre poffeffion des
Fiefs de la fucceffion du feu Duc d'Holftein
. Ploën ,
158
LE MERCURE
&
tein- Ploën , & a prévenu les Commiſſaíres
que le Duc d'Holftein- Retwich avoit
chargez d'un pareil acte, qui font le Baron
d'Eichols fon Grand Maréchal ,
M. Zitfcher fon Confeiller privé . Ils ont
fait leurs proteftations au nom du Duc
leur maître , on ignore ce que le Roy de
Dannemark réfoudra fur cette démarche
de l'Empereur.
Il paroît qu'on fe rallentit fur les ar
memens d'une efcadre, & qu'on ne compre
pas de mettre en mer cette année aucun
vaiffeau de guerre .
,
Les Commiffaires du Roy qui font à
Wibourg ont reçû le premier payement
des deux millions de Rifdales , que fuivant
le traité de Nystadt le Czar doit
fournir à la Suede. On dit que M. Bertuchef,
Miniftre de fa Majefté Czarienne
offre de payer en bled , le fecond terme
qui eft prêt à écheoir , on ne fçait
pas fila Cour acceptera cette propofition .
Le Comte de Tarlo Polonois eft arrivê
ici depuis quelques jours chargé par le
Roy Staniflas de demander qu'il foit
compris dans le traité que l'on doit renouveller
entre la Suede & la Pologne.
M. de Bertuchef , Miniftre du Czar
demande que les vaiffeaux Ruffiens qui
negocieront dans les ports de Suede puiffent
tranfporter leurs marchandifes dans
leurs
DE JUILLET 1722 . 159
leurs magafins , fans être obligez de les
faire paffer aux entrepôts de la Doüane ;
mais l'article XIV. du traité de Nyftade
eft formellement oppofé à cette demande,
& porte expreffément qu'en attendant la
fignature d'un nouveau traité de commerce
entre le Czar & le Roy de Suede ,
les negocians Ruffiens & Suedois joüiront
reciproquement des privileges accordez
aux plus grands amis des deux
Etats , & la facilité que propofe le Czar
n'a jamais été comprife dans ces prerogatives.
L
De Coppenhague ce 27. Juin
A flote Danoiſe eft toûjours à la rade
de cette Ville , & doit-étre defarmée
au commencement du mois de Juillet.
On mande d'Elfeneur que les Commiffaires
des Couronnes de Suede & de
Dannemark , affemblez depuis quelques
mois pour regler quelques conteftations
entre les fujets des deux Royaumes , fe
font feparez fans avoir fait aucune décifion.
Les habitans du Duché de Ploen
ont demandé un délai au Capitaine Danois
, chargé d'exiger d'eux le ferment de
fidelité de la part du Roy fon maître ,
& il n'a pû le leur refufer.
Le procès du Comte de Rantzau eft
confié
160 LE MERCURE
confié par le Roy à huit Juges qu'il a
nommez , quatre Confeillers privez de
Dannemark , & quatre de la Regence de
Glukftad ils doivent : s'affembler inceffamment
à Rendsbourg.
De Vienne ce 28. Juin.
E Comte de Konigseg eft parti le 2 .
Juin de
Juin de Laxembourg pour aller à
Drefde prendre congé de l'Archiducheffe
Marie- Jofephe , Princeffe Electorale de
Saxe , & revenir enfuite à Vienne d'où il
doit fe rendre dans la Tranfilvanie en -
qualité de Commandant general de cette
Principauté.
Le même jour , des ordres ont été expediez
pour faire marcher le Regiment
des Cuiraffiers de Palfi , deux bataillons
du Regiment d'Harack , Infanterie , &
cinq Compagnies du même Regiment ,
du côté de Prefbourg , où l'Empereur
doit affifter à la tenue des Etats d'Hongrie
. On y a arrêté depuis quelques jours
deux Officiers qui levoient des foldats
pour le fervice du Roy de Pruffe.
On a embarqué fur le Danube douze
pieces de canon pour les tranfporter à
Prefbourg
.
Le Pape a enfin érigé l'Evêché de
cette Ville en Archevêché , & a accordé
l'inveftiture
DE JUILLET . 1722. ·168
1
l'inveftiture du Royaume de Naples.
Cette nouvelle a été apportée ici par le
fieur Miget , courier du Cabinet , dépêché
par le Cardinal d'Althan. On a reçû
avis que le Grand Seigneur avoit envoyé
trois mille Janniffaires à Widin , auffitôt
le Confeil de guerre s'eft affemblé ,
& l'on a dépêché des couriers à Belgrade
, à Panzova , & à Orfova , avec ordre
d'en faire achever promptement les
fortifications.
L
De Londres ee 10. Juillet.
E Parlement qui devoit s'affembler
le 16. Juin a été prorogé juſques au
14. Juillet.
i
Les Commiffaires Jufticiers du Royaume
d'Irlande s'étant affemblez pendant
plufieurs jours à Cork pour examiner les
accufations intentées contre un grand
nombre de mal intentionnez le Grand
Juré a prononcé Sentences de morts
contre une centaine de particuliers convaincus
d'avoir levé des foldats pour le
fervice d'une Puiffance étrangere ; mais
comme ce Juge panche à la. clemence
on croit qu'il ne fera fupplicier qu'autant
qu'il fera neceffaire pour l'exemple , &
qu'il pardonnera au plus grand nombre
des coupables. Le Grand Juré doit en fortant
162 LE MERCURE
tant de Cork ſe tranſporter à Waterford
pour faire une femblable recherche.
Les camps diftribuez dans le Royau➡
me font parfaitement difpofez à la défenfe
, & cette difpofition a calmé les efprits,
on ne parle plus d'émeutes , on ne découvre
au plus de mauvaiſes intentions ,
que dans un petit nombre de fimples particuliers
incapables d'operer un fouleve
ment. Jean de Connor , Prêtre Catholi
que a été executé à Waterford en Irlan
de pour crime de haute trahifon.
Le 22. Juin le Roy fit dans Hydepark
la revûë des trois Regimens d'Infanterie
de fes Gardes. Le Comte de Cadogan s'y
diftingua par le repas magnifique qu'il
donna au Roy , & à toute fa Cour.
La Princefle de Galles a declaré depuis
peu qu'elle étoit enceinte.
L
De la Haye ce 12. Juillet.
Es Etats de Hollande & de Weftfri
fe fe font feparez le 12. Juin , & fe
font raffemblez le 17. Le 13. le Marquis
de Monteleon , Ambaffadeur d'Eſpagne
eut une longue conference avec les Députez
des Etats Generaux .
On écrit de Bruxelles que l'Empereur
á réfolu d'accorder un octroi pour l'établiffement
d'une Compagnie des Indes en
Flandres ,
1
DE JUILLET 1722. 163
Flandres , avec des conditions très- favorables.
Le Grand - Maître de l'Ordre de
S. Georges qui'y a féjourné fous le nom
de Comte de Lafcaris eft parti pour Vien
ne , d'où il doit fe rendre à Prefbourg ,
& affifter à la diete generale des Etats en
qualité de Grand de ce Royaume.
On frette à Roterdam cinq navires
pour tranfporter dans les Colonies An
gloifes de l'Amerique les neuf cens familles
Luteriennes du Palatinat ; mais on a
fait publier qu'on ne laifferoit plus entrer
un fi grand nombre d'Etrangers fur les
terres de la Republique fans un congé de
leurs Souverains.
De Romne ce 26. Juin.
E 2. Juin le Pape affifta à la Con
gregation des Rites pour la premiere
fois depuis fon exaltation aut
Souverain Pontificat ; il y prêta le
ferment ufté entre les mains du Cardinal
Prefet. Après cette ceremonie on
propofa la canoniſation du R. Pere André
Conti , Carme , de la foeur Hyacin
the Marefcoti , & de Louis Gonzague .
Le 4. jour du S. Sacrement le Pape fe
rendit à l'Eglife de S. Pierre , les Cardinaux
de Se Agnés & Conti l'accompa
guerent dans fon caroffe , fa Saintete
après
164 LE MERCURË
après avoir celebré une Meffe baffe ;
porta le Saint Sacrement en Proceffion.
L'aflemblée generale des Cardinaux ,
qui font actuellement à Rome , fe tint le
6. au Palais Quirinal . Ils s'y rendirent au
nombre de vingt - fept pour donner leur
avis fur l'inveftiture du Royaume de Naples
, dont la Bulle fut fignée le même
jour. Le Cardinal Belluga , Efpagnol ne
parut point à la preſtation de ferment du
Cardinal d'Althan , Viceroi de Naples ,
à qui le Pape ne voulut point accorder les
honneurs qui furent autrefois accordez
au Duc de Medina , Celi , quand il alla
remplir la même Viceroyauté. On obferva
le ceremonial qu'on avoit ſuivi à
l'égard des Cardinaux Zapata & d'Arragon
lorfqu'ils furent nommez à ce grand
emploi. Cette décifion du Sacré College
n'a fatisfait le Cardinal d'Althan.
pas
La Princeffe Clementine Sobieska ,
époufe du Chevalier de S. Georges a declaré
la groffeffe.
Le Dimanche de l'Octave de la Fête
du S. Sacrement , le Cardinal Ottoboni ,
protecteur des affaires de France , tint Chapelle
dans l'Eglife de S. Louis des François.
Les Cardinaux de Gualterio & Bel-
Juga s'y trouverent avec un très- grand
nombre de Prelats .
M. l'Abbé de Teveni , Miniftre de
France
DE JUILLET 1722. 165
France reçoit avec agrément & dignité
les Chevaliers de Malthe que le féjour
de leurs deux galeres à Nettuno met en
état de voir les raretez de cette Ville. Les
dernieres nouvelles qu'on a reçûës de la
fanté de leur Grand- Maître , ne donnent
aucune efperance de la guerifon , & on
eft difpofé à recevoir l'avis de fa morɛ
par le premier courier.
Le 14. Juin le Cardinal de Cieufvegos
prit le caractere de Miniftre Plenipotentiaire
de l'Empereur.
Les nouvelles de l'armement des Turcs ,
du paffage de leur flote dans l'Archipel
& de quelques uns de leurs vaiffeaux dans
le Golphe de Venife , caufent ici de fortes
inquiétudes ; on doit tenir exprès une
congregation pour arranger les précautions
que la fituation des affaires femble exiger.
De Florence ce 2. Juillet.
Lpropreà conftruire des
E convoi Eſpagnol chargé de bois
debois&
d'agrets militaires , eſt arrivé à Orbitello.
On y en attend un fecond . La Cour de
Vienne a tenu compte à l'Etat de cinq
mille écus qu'il avoit payés au - delà de fa
quotte part pour les contributions.
Il est arrivé à Civitavecchia cinq ga
leres de Malthe pour y venir chercher
les
166
MERCURE
.
LE
les revenus des Commanderies d'Italie qui
appartiennent à la Religion.
Le Prince Electoral de Baviere a fait
part au Grand Duc de la conclufion
de fon Mariage avec l'Archiducheffe
Marie Amelie , niece de l'Empereur ;
les Comtes de Molza & de Trel ,
partirent auffi tôt en pofte pour al-
Ier à Sienne , complimenter la Grande
Princeffe Doüairiere de Florence de la
du Grand Duc. Ce Prince fera inpart
ceffamment la revûë de fes troupes , &
les diftribuera enfuite dans les poftes convenables
, & principalement dans les paffages
de Sienne , qui ont befoin d'être plus
foigneufement gardez.
De Madrid , ce 1. Juillet.
Eurs Majeftez Catholiques font de
Luis quelques font de
Baifain , elles y joüiffent d'une fanté parfaite.
Le Prince & la Princeffe des Afturies
font reftez avec les Infants au Buen-
Retiro , & l'Infant Dom Philippe , dont
la fanté eft entierement tétablie , alla les
joîndre le 13. Juin.
On parle ici d'une grande reforme de
troupes , & du départ du Duc d'Offone
pour la Cour de France , qu'on prétend
être fixé au 18. Juin. La Ducheffe fon
épofe
DE JUILLET 1722. 167
époufe l'accompagnera dans cette Ambaffade.
,
L'Efcadre qu'on arme dans le Port de
Cadix , fera compofée de huit vaiffeaux
de guerre , & de trois mille cent hom-.
mes d'équipage. Ces vaiffeaux font le
Catalan commandé par le Comte de
Mortalede. Le Conquerant , par le Comte
de Claniho. Le Camby , par le Chevalier
Regio. Le Lyon franc , par le Sieur
Giuftiniano. Le Ruby , par Dom Vin
cent de la Torre. La Fregate fidele , par
Dom Sebaftien Vila. La Fregate S. Jo-
Seph , par Dom Martin de Chuos : & la
Fregate Notre- Dame du Carmel, par Dom
Jofeph Sapion. Cette flotte commandée
par Dom Antonio Serrano , a mis à la
voile le 2. Juin , on croit qu'elle a pris
la route du détroit de Gibraltar.
Le Gouverneur de Cadix a notifié de
la part de Sa Majefté Catholique au Conful
Hollandois , qu'elle lui défendoit
ainfi qu'aux Confuls des autres nations,
de faire dreffer aucun inventaire des effers
des étrangers , qui decederont ab ineftat
dans fes Etats. Le Conful a prefené
un Memoire pour remontrer que cete
défente eft contraire à l'art. XXVI ,
ilu Traité d'Urrect entre le Roi & leurs
Hautes Puiflances , ainfi qu'à l'article
XXXIV. de celui qui fut conclu à Ma-
·
drid
168 LE MERCURE

drid le 23. Mai 1667. entre Sa Majesté
Catholique & le Roi d'Angleterre , &
qui depuis a été renouvellé à Utrect.
On a envoïé le Capitaine Donturo avec
fa Compagnie de Houffards en Eftremadure
, pour empêcher le tranfport des
bleds de cette Province en Portugal.
M. Ham , Secretaire d'Ambaffade des
Etats Generaux , a demandé au Roi , qu'il
lui plût d'ordonner à tous les Commandans
des Ports de fon Roïaume, d'affifter.
l'Eſcadre miſe en mer contre les pirates
d'Alger & de Maroc .
De Lifbonne ce 12. Juin.
E 28. & le 29. Mai , la flotte defti-
Lnée pour le Rio de Janeiro , partit
du Port de cette Ville compofée de vingtdeux
Bâtimens , efcortez par la Notre-
Dame de neceffité , & par là Nôtre - Dame
d'Oliviera , vaiffeaux de guerre commandez
par le Capitaine Louis de Abreu - prego.
Le même jour on vit auffi fortir du
Port divers vaiffeaux pour des païs divers.
La Notre- Dame d'Angola & le S.
Antoine , pour la côte des Mines. La Notre.
Dame de pieté & le S. Jofeph pour Angola.
La Notre-Dame Penha de Franca
& le S. Antoine d'Almas pour l'Ile
de Madere.
Le
DE JUILLET 1722 . 169
Le Comte de Undaon , Gouverneur &
Capitaine general du Roïaume d'Algarve
, a fait fa vifite des fortifications de
Villa-nova , Porte mahon , de S. Antoine
de Pera , & de quelques autres places fituées
le long de la côte : il y a fait auffi
conftruire quelques barque , longues &
armées , pour s'oppofer aux débarquemens
des M dres.
Le Roi a mis une impofition de cinq
pour cent fur tous les revenus Ecclefiaftiques
de fes Etats. Ce qui en proviendra
fervira à payer les ving deux mille écus
que doit l'Eglife de S. Antoine à Rome.
On a reçû par la voye de Hollande
une lettre des Indes Orientales , qui porte
que le Viceroi Dom Jofeph - François,
de faint Paio , affembloit des troupes pour
aller combler les ports d'Angaria , &
pour en rafer les fortifications ; s'il réüiffit
dans ce projet , le commerce des places
qui appartiennent aux Portugais dans les
Indes en deviendra plus confiderable,
H JOUR170
LE MERCURE
JOURNAL DE PAR IS
LES
' Orage & la grêle , qui ont incommode
quelques Villages de la Provin
ce de Champagne , n'ont pas épargné les
pais étrangers . Il y a eu une tempête des
plus terribles à Eskingue , Monaftere Imperial.
La grêle a ravagé des deux côtez
du Danube près de dix lieues de païs ,
qu'elle a dépouillé de grains , de fruits
& de fourages. L'Angleterre a éprouvé
le fort de la France & de l'Allemagne.
Un orage mêlé de tonnerre & de pluye ,
a caufe de grands defordres autour d'Eland
dans la Province d'York ; les rivieres
fe font débordées , & l'inondation s'eft
fi fort étendue , qu'elle a ruiné plufieurs
lieues de païs. Les beftiaux , les hommes
même ont été entraînez & noyez ;
diverfes manufactures de laine , & d'autres
marchandifes ont été détruites &
renverfées ; enfin la defolation & la
te ont été confiderables .
per-
M. le Prince de Conti a été malade pendant
quelques jours. La fievre le prit
étant à Ifly , d'où il eft revenu à Paris
dans fon Hôtel ; il eft actuellement
dans
DE JUILLET 1722. 171
dans une heureuſe convalefcence .
Le 3. Juillet le Roi alla à Marly , en
vifita les appartemens , & fe promena
dans les jardins. Il fut accompagné dans
cette promenade par M. le Duc de Bourbon
, M. le Comte de Clermont , & le
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouverneur.
Sa Majefté alla le 6. à Trianon , où
elle prit le divertiffement de la chaffe.
Le Cardinal d'Acunha , qui s'eft fi fort
diftingué à Rome par fa liberalité , a cu
l'honneur de faluer le Roi le 4. Juillet.
Cefut le même jour que les deux Abaffadeurs
Extraordinaires de la Republique
de Venife , Mrs Tiepolo & Fofcarini arriverent
à Paris à cinq heures du matin.
Ils ont commandé fix caroffes magnifiques
pour leur entrée , qui fe doit faire
au mois de Septembre prochain . La Republique
de Venife a nommé M. Morofini
pour leur fucceder dans cette Cour ,
en qualité d'Ambaffadeur ordinaire ,
quand ils en partiront.
Le Mardi 7. de Juillet , Madame la
Princeffe , Madame la Duchefle d'Ha-
Dovre, & Mademoiſelle de Clermont ,
allerent à Chantilly , où elles forent magnifiquement
reçûës . M. le Comte de
Charolois leur donna le Jeudy le divertiffement
d'un feu d'artifice , de la compofition
du Sieur Morel . Artificier du
Hij Roi,
1
172 LE MERCURE
Roi , qui fut executé avec vivacité . On
commença par une décharge de 12. pieces
de canon; enfuite on tira les fulées volan
tes , qui furent très- groffes & très - belles.
Elles furent fuivies de deux globes de feu
changeant , qui parurent avec éclat fur
l'eau des foffez du Château, & precederent
le feu d'artifice , qui fut nombreux &
brillant. Il fut terminé par douze gerbes
accompagnées d'un foleil que l'eau rendoit
double aux yeux des fpectateurs ,
& par une girande de cent fufées .
Le 7. a été marqué par une conquête
de la Religion . Moyfe Albhoéré , Juif
de nation , & profeffant le Mahometifme,
a été batifé dans l'Eglife Parciffiale de
S. Nicolas du Chardonet , par l'ancien
Evêque de Saintes ; M. le Duc de Charoft
& Madame la Ducheffe de Chaulnes , qui
l'ont tenu fur les Fonts au nom du Roi
& de l'Infante, l'ont nommé Louis . Il n'a
point fait d'abjuration , parce qu'il ne
s'en fait point avant le Batême.
Le Pape a accordé au Cardinal du
Bois un Indult , pour conferer tous les
mois de l'année , la vie durant , les Benefices
de fa Metropolitaine , qui fuit le
Concordat du Corps Germanique.
M. le Marquis de Saillant a parié contre
M. le Marquis d'Antragues , la fomme
de dix mille livres, qu'en fix heures
il
DE JUILLET 1712. 17
il iroit & reviendroit deux fois de Paris
à Chantilly à cheval . Cette gageure a pi
qué des curieux qui s'y font interellez ;
on dit qu'elle monte à prefent à plus de
foixante mille livres .
Le 12. le Roi accompagné de Monfieur
le Duc d'Orleans & de M. le Duç
de Bourbon , a entendu dans la Chapelle
du Château de Verfailles , la Meffe
chantée par fa Mufique , & l'après-.
midi Sa Majefté alla fe promener à Tria
jton .
Le 14. le Roi alla à S. Cloud voir Mdame
; Monfieur le Duc d'Orleans s'y
étoit rendu pour recevoir Sa Majesté
qui étoit accompagnée de M. le Duc de
Bourbon , M. le Comte de Clermont , &
M. le Maréchal Duc de Villeroy fon
Gouverneur.
Le 1. le Sieur Bourgeois , Directeur
de la Banque , a perdu un grand procès
avec dépens contre M. de la Vrilliere
Secretaire d'Etat , au fujet d'une Terre
relevante du Marquifat de Châteauneuf,
que le Sieur Bourgeois avoit achetée quinze
cens mille livres : le quint & requint
montent à trois cens foixante- cinq mille
livres payables dans un mois.
Le 13. un Jardinier , Collecteur du
Village de Romainville , a été volé par
nois Soldats , qui l'ont pendu à un ar-
Hiij bre
174 LE MERCURE
bre avec fa cravate ; on l'a détaché affez
promptement pour lui fauver la vie , &
il ne lui en a coûté que deux cens cinquante
livres , que lui ont emporté ces
affaffins.
Le 16. l'Ordre de S. Lazare a celebré
pour la premiere fois fa Fête de Nôtre-
Dame de Mont- Carmel , dans l'Hôpital
de S. Jacques qui lui a été réüni.
Le 15. Madame la Ducheffe d'Orleans
a fait prefent à l'Infante - Reine , d'une
Toilette fuperbe , convenant à l'âge de
la Princeffe , avec une Poupée magnifique
, dont la garderobe eft complette &
fournie d'habits variez . On dit que ce
preſent monte à près de vingt- deux mille
livres .
Il eft arrivé au Port- Louis deux vaiffeaux
chargez de marchandifes de la
Chine , pour la Compagnie des Indes ,
& on en attend un troifiéme , qui a
été feparé des deux autres pendant la
route.
M. le Comte de Windifgrats , premier
Plenipotentiaire de l'Empereur au
Congrès de Cambray , eft arrivé à Paris
avec Madame fon époufe , & ont été
voir Verfailles.
Le Pape a donné l'Ordre de Chrift ,
du confentement du Roy de Portugal,
à M. de Sourdeval , Secretaire de la Sur-
IntenDE
JUILLET 1722. 175
Intendance des Poftes , qui eft attaché
à M. le Cardinal du Bois .
Le 16. Juillet le Roi a rendu un Arreft
en faveur des Habitans de S. Germain en
Laye , concernant les entrées , & le droit
de Boucherie qu'on y vouloit établir , fur
les très - humbles remontrances des Officiers
de fa Maifon qui demeurent dans
cette Ville . Ils ont montré par plufieurs
Arrefts rendus depuis le Regne d'Henri
IV. qu'elle eft exempte de taille & droit
d'entrée.
M. d'Andrefel le fils a prêté ferment
entre les mains du Roi , en prefence de
Monfieur le Duc d'Orleans , en qualité
de Lieutenant de Roi du Rouffillon :
& M. le Marquis de Beuvron a auffi
prêté ferment de la même maniere ,
pour la Lieutenance generale de Normandie.
Liste des perfonnes à qui le Roi vient
d'accorder les grandes Entrées .
M. le Comte de Charolois .
M. le Comte de Clermont.
M. le Cardinal du Bois .
M. le Prince d'Auvergne.
M. le Maréchal de Berwich.
M. le Marquis Biron .
H
isij
M.
376 LE MERCURE
4
M. le Duc de S. Agnan.
M. le Marquis d'O.
M. le Comte de S. Maur.
M. de la Chefnaye.
Lifte des perfonnes à qui le Roi vient d'ac
corder les petites Entrées.
M. le Grand Prieur de France.
M.le Garde des Sceaux .
M. le Marquis de la Vrilliere, Secre-
M. le Comte de Maurepas.
M. le Comte de Morville.
M. le Blanc ..
M. le Duc de Boufflers.
M. le Duc d'Epernon .
M. le Controlleur General.
taires.
d'Etat
Le 19. de ce mois la Marquife du Rou
re accoucha à l'Hôtel de la Force , d'une
fille qui fut tenue fur les Fonts de Baptême
de la Paroiffe S. Sulpice , par
S. E. le Cardinal de Polignac , & par la
Ducheffe de la Force , & nommée Anne-
Victoire.
Le Vaiffeau l'Indien eft arrivé à l'Orient
le 3. de ce mois ; il a apporté quelques
bales de Caffé du crû de l'Ife de
Bourbon.
Le Bailli de Langeron arriva le 27. du
mois dernier à neuf heures du ſoir à Mar.
feille,
DE
JUILLET 1722. 177
feille , trouva la Ville ' en fort bon
état. Les nouvelles qu'on a apprifes de-.
puis de cette Ville & de toute la Provence
font très confolantes , la contagion :
étant prefque éteinte par tout.
de
so.. On apprend qu'un Vaiffeau de guerre,
Anglois , nommé l'Hirondelle ,
canons , avoit pris depuis peu à la côte de:
Guinée , trois Forbans , ' un de 40. canons
, l'autre de 30. & le troifiéme de 20..
ces trois vaiffeaux avoient 576. hommes.
d'équipage.
Le Roi a acheté de la veuve de M. Vail
lant , fameux Botanifte de l'Académie
Royale des Sciences , qui vient de mourir
, fon précieux Cabinet de curiofitez :
naturelles. S. M. a fait prefent à M. le
Duc de Bourbon de tous les coquillages
" BENEFICES DONNEZ.
L
A Coadjutorerie de l'Abbaïe Regu
liere de Baltam , dans la Ville de Be
Zançon , dont la Dame Elifabeth - Chriftine
Voiturier de Changin eft Abbeffe , en
faveur de la Soeur Jeanne- Gabrielle de :
Scey , Religieufe Profeffe . dans ladite:
Abbaye.
L'Evêché d'Apt , vacant par la démif-
Hy fion
178 LE MERCURE
fion pure & fimple de M. Jofeph
Ignace Forefta de Colongue dernier Titulaire
, en faveur du Sieur Vacon , Prêtre
du Dioceſe d'Aix , à la charge de quatre
mille livres de penfion annuelle &
viagere , à prendre fur les fruits & revenus
dudit Evêché pour ledit Sieur Foref
ta de Colongue.
L'Abbaye Commandataire de Nôtre-
Dame de Longues , Ordre de S. Benoît ,
Diocefe de Bayeux , vacante par la démiffion
pure & fimple du Sieur Pierre
Huvet dernier Titulaire , en faveur du
Sieur Jacques Huvet , Diacre du Diocefe
de Lyon , Chanoine & Prevost de
l'Eglife de S. Juft de Lyon , à la charge
de feize cens livres de penfions annuelles
& viageres , à prendre fur les fruits &
revenus de ladite Abbaye , fçavoir mille
livres en faveur dudit Sieur Pierre Huvet
, & fix cens livres en faveur du Sieur
André Falconet , Clerc du Diocefe de
Paris.
La Coadjutorerie de l'Abbaye Reguliere
de Caloché , Ordre de Citeaux , Dioceſe
d'Angers , dont Frere Marc- Antoine de
Beaurepaire eft Titulaire , en faveur de
FrereEuftacheMalfilatrePrêtre Religieux
dudit Ordre , Docteur en Theologie
Prieur Clauftral de l'Abbaye de Buzay ;
à la charge de mille livres de penfion annuelle
DE JUILLET 1722. 179
nuelle & viagere , à prendre fur les fruits
& revenus de ladite Abbaye , en faveur
du Sieur Louis- Armand de S. Bon , Prêtre
du Diocefe de Grenoble.
La Prevôté de l'Eglife Metropolitaine
de Reims , vacante en Regale par la démiffion
pure & fimple du Sieur Loiiis-
François de Lopis la Farre , en faveur du
Sieur Nicolas Parchappe de Vinay , Prêtre
du Dioceſe de Chaalons , Docteur de
Sorbonne, & Chanoine de ladite Eglife .
L
MORTS.
E 3. Juillet 1722. Mre Louis Dou
blet , Secretaire des Commandemens
du Cabinet de S. A. R. Monfieur le
Duc d'Orleans , Regent , Chevalier ,
Greffier , & Commandeur de l'Ordre
Royal , Militaire , & Hofpitalier de Notre-
Dame de Mont Carmel , & de S. Lazare
de Jerufalem , Seigneur de Breuilpont
, Merey , Lorey , S. Cheron , Villegaft
& autres lieux , eft mort à Paris âgé
de 52. ans.
1
Le٢٠MreClaudePotier,Chevalier,
Comte de Novion , Brigadier des Armées
du Roi , ci- devant Colonel du Regiment
de Bretagne , âgé de 84. ans.
H vj
Le
180 LE MERCURE
Le 10. Mre Claude Anjorrant , Chei
valier , Confeiller du Roi en fa Cour de
Parlement , Grand ' Chambre d'icelle , &
Commiffaire aux Requêtes du Palais ,.
âgé de 58 ans.
Le 12. Mre Thomas de Bragelongne ,.
Prêtre , Docteur en Theologie de la Faculté
de Paris , & Chanoine de l'Eglifede
Paris , âgé de 58. ans , eft mort fubitement.
Le 14. Mre Louis- François le Fevre
de Caumartin , Chevalier , Seigneur de
Caumartin , Boiffy - le- Chaſtel , & autres
lieux ,, Confeiller du Roi en fes Conſeils ,
Maître des Requêtes honoraire , âgé de :
57. ans.
M. le Comte de Blenac , cr- devant:
Gouverneur general de l'Ile de S. Domingue
, eft mort à Rochefort le 9. de
ce mois , après une longue maladie.
M. Philippe le Fevre , Confeiller du :
Roi , Intendant & Controlleur general:
-des -menus plaifirs , & affaires de la Chambre
de Sa Majefté , decedé le 22. Juillet ,
âgé de 76. ans .
Dame Therefe- Angelique Collin , veuve
en premieres nôces de Mre Jerôme :
Chenel , Chevalier , Marquis de Meux,,
Meftre de Camp du . Regiment Colonel
general de Cavalerie ; & en fecondes ,
spouse de Mre Anne- François de Paris,,
*
Che
DE JUILLET 1722 år
Chevalier , Seigneur de la Broffe , & autres
lieux , Confeiller du Roi en tous fes
Confeils , Prefident en la Chambre des
Comptes , decedée le 21. de ce mois ,
âgée de 65. ans .
Le 23. M. Jean Bede , Chevalier , Sei
gneur de la haute Cuve , Capitaine du
Regiment de la Marine , eft mort âgé de
84. ans.
DECLA
182 LE MERCURE
akakakakakakakakikii**
DECLARATIONS ,
Arrefts , &c.
A
RREST du Confeil d'Etat du
Roy du 2. Decembre 1721. concernant
la joüiffance des rentes viageres ,
créées par Edit du mois de Juin 1720. &
acquifes depuis le 1. Novembre audit an.

ARREST du 13. Janvier 1722. qui
ordonne que les certificats de liquidation
qui ont été ou feront délivrez par le fieur
Brehamel ou fes Procureurs , contrôlez
& viſez , feront reçûs comme deniers
comptans pour acquifition de rentes viageres
au denier 25. jufqu'à concurrence
de ce qui refte à remplir des 4000000. liv.
créées fur les Aides & Gabelles par Edit
'du mois d'Aouft 1720. ordonne en outre
S. M. que lefdits certificats contrôlez &
vifez en la forme prefcrite par les deux
Arrefts du 4. Janvier de la prefente année
feront reçûs pour l'acquifition defdites
rentes viageres par le fieur Jofeph le
Noir , lequel S. M. a commis & commet
cet effet , &c.
ARREST du Confeil d'Etat Privé
du
DE JUILLET 1722. 183
du Roy du 25. Avril 1722. qui ordonne
l'execution de ceux des 7. Novembre
1646. & 14. Juillet 1656. & qui décharge
M. le Procureur General de la
Cour des Aides de l'affignation à lui
donnée au Confeil le 8. Avril 1722. avec
défenfes à tous Huiffiers de lui donner à
l'avenir aucunes affignations , à peine de
nullité , & de soo. liv. d'amende contre
chacun des contrevenans .
1
DECLARATION du Roy du 25.
Mai 1722. pour autorifer les Confuls de
la nation Françoife à rendre leurs Sentences
, en y appellant deux Députez ou
principaux negocians de la nation. Veut
Sa Majesté que les Confuls de la nation
Françoife établis dans les pays étrangers
donnent à l'avenir leurs Sentences fur les
affaires civiles , dont la connoiffance leur
eft attribuée , en appellant à leurs jugemens
les deux députez de la nation , ou
à leur défaut deux des principaux nego
cians François , fans qu'ils ayent befoin
d'en appeller un plus grand nombre. Or
donnons que les jugemens defdits Confeils
feront executez par provifion , en
donnant caution , pourvû qu'ils foient
rendus avec lefdits deux députez , ou
principaux negocians de la nation , & ce
nonobftant ce qui eft porté par l'article
XIII.
184 LE MERCURE
XIII. du titre IX. de l'Ordonnance de
la Marine de 1681. auquel nous dérogeons
à cet égard feulement..
Juillet pour le paye ARREST du
ment des arrerages des rentes du Clergé ,.
ARREST du même jour 4. Juillet ,.
qui ordonne que le fieur Ogier , Receveur
General du Clergé , remettra les
fommes qu'il a actuellement entre les
mains , & celles qu'il recevra par la ſuite
aux Payeurs établis pour le payement
des anciennes parties de rentes dues par
le Clergé , pour fur lefdites fommes être
les Rentiers payez , à commencer du
premier quartier de l'année 1680. & au
Ires fuivans..
ARREST du 8. Juillet , qui ordonne
que les certificats des Notaires qui doivent
être fournis par les Rentiers à leurs.
Payeurs , en execution de l'article II..
de l'Arreft du 24. Juin dernier , feront,
portez par lefdits Notaires au Greffe de ,
l'Hôtel de Ville , pour fervir à faire l'enregistrement
de leurs rentes , moyennant
quoi les Rentiers demeureront difpenfez .
de porter à l'Hôtel de Ville les grofles.
de leurs contracts.
ARRESTS,
DE JUILLET 1722. 18
A
Rrefts de la Cour de Parlement
des 7. 8. 9. 10. 14. 15. 16. 17. 21 .
22. & 23. Juillet 1722. portant condamnation
d'être rompu vif contre Louis
Lamy , garçon Serrurier , convaincu d'avoir
été de la compagnie de Louis Dominique
Cartouche , lors du meurtre du
nommé Pepin , Sergent du Guet , d'avoir
fait des fauffes clefs , crochets de fer &
pinces , d'avoir fait des vols de nuit avec
effraction , & c..
Contre Adrien Chevalier , Patiffier ,
dit Patiffier , ou le Petit Chevalier , con
vaincu d'affaffinats , & vols faits nuitamment
avec bâtons , épées & armes à feu.
dans les rues de Paris , complice de Louis
Dominique Cartouche , &c.
Contre Jacques Chopin , convaincu
d'affaffinats & vols faits nuitamment avec
bâtons dans les rues de Paris , complice
de Cartouche , & c .

Contre Jean- Baptifte le Maître , autrement
dit Boucher- le- Maître , convaincu
de plufieurs vols avec effraction , &
en montant fur les fenêtres nuitamment
dans les maifons , vols & affaffinats auffi
nuitamment dans les rues de Paris , à
main armée , & en donnant des coups de
bâcon , & autres vols par lui, faits dans
166
186 LE MERCURE
les maifons Royales & endroits publics
complice de Louis Dominique Cartouche
, Nicolas Feron , le Craqueur , Dupleffis
, & autres voleurs & filoux de
Paris.
Contre Jean Riffault , dit la Marmot
te , convaincu de vol avec effraction , &
par les fenêtres pendant le jour , de vols
d'épées , de vols dans les Thuilleries , &
autres maifons Royales , condamné d'ê
tre pendu , & c. ancien complice de Cartouche
, Balagni , dit le Capucin , Guy le
Sage , & autres executez à mort.
Contre la nommée Antoinette Neron ,
fille de débauche , maîtreffe , & l'une des
concubines de Louis Dominique Cartouche
, condamnée d'être penduë , convaincuë
d'être anquilleuse , c'eſt- à - dire , voler
chez les Marchands fous le tablier
de vols dans les preffes , dans les places
de la banque , dans les Thuilleries , &
autres maifons Royales , & d'avoir été
prefente aux meurtres faits
par Cartou
che , Magdelaine , & autres executez à
mort , & entreautres au meurtre de Mondelot
à la grande Pinte.
Contre Jean - Baptifte Cybour , dit
Baptifte , ou Aubinot , laquais , foldat &
valet dans la Banque , convaincu de vols
dans les rues de Paris avec effraction , en
paffant par les fenêtres , de vols dans la
Banque ,
DE JUILLET 1722. 187
Banque , & y foutenant & protegeant les
voleurs , tels que Cartouche , Marcant ,
Coffade , dit Prevoft , Ferron ou Ferrand
, & autres executez à mort def
quels il tiroit l'eftuc , c'eft-à- dire , part
du vol , & de vols avec port d'armes , &
fauffes clefs , condamné d'être pendu, & c

Contre Charles le Clerc , dit Picard
la Vallée , joueur de violon aux Guinguettes
, convaincu de vols fur les grands
chemins, dans les rues de Paris , dans les
Thuilleries , & autres mailons Royales
complice de Cartouche , & c . condamné
d'être rompu vif , & c .
Contre Nicolas Courtin , dit Jacob
de Mouchi , garçon Menuifier , convaincu
de vols à main armée , avec effraction,
nuitamment dans les rues de Paris , &
notamment du vol fait aux Gobelins
complice de Cartouche , la Riviere , Def
croix , & fuivant Cartouche , & ceux de
fa bande dans tous leurs crimes , & de
vols faits fur les avenues de Paris , &
dans les maifons Royales .
Contre Pierre Didier Dutaut , ou Dutemps
, convaincu de vols avec effraction
& à main armée , dans les Fauxbourgs &
ruës de Paris , vehementement fufpect
de trois meurtres & affaffinats à
couteaux , dont eft l'affaffinat du fieur de
la Perelle , Moufquetaire , ledit Dutaut
complice
coups
de
188 LE MERCURE
complice de Louis Dominique Carron
che , Perault , Dupleffis , le Craqueur ,
& autres rompus vifs.
Contre Jacques Peliffier Matelot , gar
çon Chirurgien , dit Boileau , le faifant
appeller le Marquis de Peliffier , ou le
Marquis de Boiflaigne , condamné d'être
pendu , cy- devant condamné par Sentence
du Prefidial de Bordeaux , pour voi
aux galeres à perpetuité , dont il s'eft
fauvé en 1719. convaincu de vols dans les
rues de Paris , dans les places de la Banque
, dans les Thuilleries , & autres maifons
Royales , complice de Cartouche
Marchandon , Cofte , du Bourguet , &
mort vehementement
fufpect des vols de la diligence de Lyon
& fur les grands chemins , & du vol d'un
porte feu lle de 1300000. livres fait au
hieur d'Ermote Anglois , & de vols avec
effraction & fauffes clefs.
autres executez à ,
Contre Pierre Verel , dit Loyfon , garçon
Boucher , convaincu de complicité
de meurtres , & entre autres de celui de
Huron , Inspecteur de Police , de vols
avec effraction , vols de nuit à coups de
bâtons dans les rues de Paris , condamné
d'être rompu vif , complice de Cartouche
, Magdelaine , le Craqueur , & autres
executez à mort .
Contre François le Moine , Cocher de
place ,
DE JUILLET 2722. 18.9
place , convaincu de nombre de vols dans
Paris , dont un d'une caffetiere d'argent
en la boutique du nommé Béche , Limonadier
, & de vols de nuit avec effraction ,
& notamment du vol de 9. pieces de
draps aux Gobelins , complice de Car
touche , de Perault , &c. & autres executez
à mort , lefquels il conduifoit ordinairement
dans fon Caroffe de Fiacre aux
promenades des environs de Paris.
Contre François Premarteau , foldat ;
condamné d'être pendu , &c. convaincu
de vols dans les Thuilleries , & autres
Maiſons Royales , de fondre la vaiffelle
d'argent volée , d'avoir fait fuer les voleurs
dans le Louvre , Thuilleries , Luxem
bourg, & autres endroits de Paris , c'eft
à-dire , d'avoir forcé les voleurs à lui
donner part de leurs vols faits dans lefdites
Mailons Royales , & vehementement
fufpect de meurtres , & d'avoir jetté des
particuliers pardeffus les ponts dans la
riviere , complice de Louis Dominique
Cartouche , &c.
Contre Jacques Belleville , garçon Serrurier
, foldat , condamné d'être rompu
vif , convaincu de nombre de vols dans
Paris , & notamment du vol de nuit avec
effraction fait aux Gobelins , & d'avoir
été prefent , lorfqu'un de fes camarades
voleurs tua à coups de couteau le nommé
Bellefeuille,
190 LE MERCURE
Bellefeuille , autre voleur , dans un cabaret
de la Courtille , complice de Cartouche
, le Moine , & c.
Contre Cyr Cochois , cy - devant foldat
, condamné depuis en Provence fous
le nom de Charenton à la queftion , &
enfuite aux galeres , d'où étant forti , revenu
à Paris , reçû Archer du Guet ,
convaincu de retirer chez lui nombre de
voleurs , laroneffes , & meurtriers de Paris
, d'avoir recelé les vols , dont le partage
fe faifoit dans fa cave , d'avoir l'ef
tuc , c'eft-à-dire , fa part , & d'avoir
achetté celle des autres , d'avoir abufé
des ordres qu'il s'étoit fait donner pour
arrêter Cartouche , quoiqu'il le retirât
fouvent chez lui , & expofant les Archers
à la fureur des camarades de Cartouche
, feignant de le chercher , d'un côté
, dans les momens qu'il le fçavoit d'un
autre , & d'avoir étant chaffé du Guet ,
habillé d'habit d'Officier du Guet , un
bâton de Commandement à la main ,
foutenu les voleurs , & d'avoir , étant
déguifé fous differens habits , armé d'épée
, bayonnette , de piftolets de poche ,
guetté de nuit les paffans , aidé des voleurs
qu'il logeoit pour voler & de
complicité de vols avec effraction .
>
Contre Germain Savard , Cabaretier à
à la
DE JUILLET 1722 . 197
la Haute- Borne , condamné d'être pendu,
convaincu d'avoir fciemment retiré & caché
chez lui , fuivant le not du guet de jour
& de nuit , Louis Dominique Cartouche,
Limoufin , Balagni & Blanchard , où ils
furent arrêtez le 15. Octobre 1721. fuivant
le mot du guer, donné pour ce jourlà
à Savard , y a - t- il quatre femmes , même
tous les autres voleurs & meurtriers ,
complices de Cartouche , d'avoir recelé
les effets & argenterie par eux volez
d'avoir été prefent à leur partage , & d'avoir
fourni des inftrumens pour brifer la
vaiffelle d'argent , & en effacer les armes
, & fourni les balances pour la pefer
,

Contre Marie -Jeanne Roger , dite la
grande Jeanneton veuve de Nicolas
Alexandre , femme de débauche , concu◄
bine de Verel , dit Loyfon , & puis de la
Riviere dit Va- de-bon- coeur , condamnée
à mort , convaincuë d'avoir été
de la compagnie de Va -de- bon- coeur ,
le Moine , Jacob de Mouchi , & autres ,
lors du vol fait aux Gobelins avec effraction
, & d'avoir emporté la part de Vade-
bon-coeur , & d'être receleufe , & anquilleufe
, complice de Cartouche , Magdelaine
, Verel , & autres , & c.
,
On
1192
LE MERCURE CURE
O
>
Nanous écrit de Bourges qu'après
le jugement que nous avons rapporté
2 page 83. & 84 du Mercure du
mois de Mai dernier , il a été rendu par
les mêmes Juges le 8. Juillet 1722. un
autre jugement , dont on nous envoye
une copie imprimée , par lequel le nommé
Pierre Bouyer , Serrurier de la Monnoye
de Bourges eft declaré dûement
atteint & convaincu d'avoir fauffement.
& calomnieufement accufé , & dénoncé
à juftice les fieurs Lançon , Baret , & ¸Duman
, & porté contre eux faux témqignage
du vol fait en l'Hôtel de la Monnoye
de ladite Ville , pour reparation dequoi
il eft condamné à fervir comme forçat
dans les Galeres du Roy à perpetui
té , & c.
On ajoûte qu'il interviendra un troifiéme
jugement à l'égard des Juges fubalternes
, que cette affaire eft d'une grande
confequence , & auffi grave que celle qui
eft rapportée dans le cinquiéme tome du
Journal du Palais au fujet de quelques
Officiers de la Juftice de Mante.
SUPPLEMENT
DE JUILLET 1722. 193
XXX:XXXXXXXXXXXX
SUPPLEMENT.
N mande de Mofcou du 16. Juin
qu'on y avoit reçû avis par un Expres
de Conftantinople, que la Porte Ote
thomane avoit affuré , qu'elle ne fe mêleroit
en aucune maniere des differens furvenus
entre le Czar & les rebelles de Perfe
, & qu'elle ne leur accorderoit aucune
protection , jufqu'à ce qu'ils euffent donné
une entiere fatisfaction à S. M. Czatienne
, touchant les dommages caufez
aux Mofcovites. On ajoûte qu'on avoit
appris par un Exprès d'Ifpahan , la nouvelle
rebellion arrivée en Perfe ; que les
rebelles s'étant emparez de diverfes Pla
ces , avoient dépoféle Sophi , & élevé ſon
fils aîné fur le Trône ; mais que celui- ci
n'ayant pas répondu à leur attente , ils l'avoient
anffi dépofé , & remplacé par le
fecond fils ; lequel avoit eu enfuite le
même fort , fon frere cadet ayant été mis
à fa place. On n'a point de nouvelles
du Roi de Pere , depuis qu'on a fçû qu'il
s'eft fauvé à Babilone .
Le 3. de ce mois le Cardinal Czalk
arriva de Prefbourg à Vienne avec divers
Seigneurs Hongrois ; il eut le lendemain
I audience
194 LE MERCURE
audience publique de l'Empereur au Palais
de la Favorite , où il fe rendit avec
un cortege de 36. caroffes à 6. chevaux .
Il prefenta à S. M. I. la refolution des
Etats de Hongrie dreffée en latin , par la
quelle on admet à la fucceffion du Royaume
de Hongrie la ligne feminine de
S. M. I. au défaut des defcendans mâles.
L'Empereur répondit en latin , & d'une
maniere très - gracieufe . Le Cardinal fur
enfuite admis à l'Audience de l'Imperatrice
regnante , & à baifer la main de
PArchiducheffe Therefe , qui doit fucceder
au Royaume de Hongrie , au défaut
d'heritiers mâles ; par déliberation
des Etats , ordine genita primo femper
fervato . Elle fera reconnue comme legitime
Reine hereditaire du Royaume de
Hongrie , qui à l'avenir fera regardé ,
comme compofant un feul & même corps
avec tous les autres Royaumes & Païs
appartenans à la Maifon d'Autriche .
La ceremonie de
au Pape , fut fait
Center la haquenée
le Dimanche
grand con- 28. de l'autre mc
cours de peuple & de curieux , qui n'avoient
point vû pareille chofe depuis 22.
ans. Le Pape alla dîner ce jour- là au Vatican
, & l'après - midi S. S. fortant de
Vêpres dans fa Chaire Pontificale , rencontra
entre les deux benitiers de la place,
DE JUILLET 1722. 195
A
te , le Connêtable Colonne , qui ayant
mis un genouil à terre , lui préfenta au
nom de l'Empereur une bourfe de 5000.
écus d'or & une haquenée richement caparaçonnée
, pour le tribut & la reconnoiffance
accoûtumée de l'inveftiture du
Royaume de Naples , qui vient d'être açcordé
à Sa Majefté Imperiale.
Les Sultanes Turques qui ont paru dans
le Golfe , caufent de grandes inquietu
des dans tous les lieux qui font expolez
à leur débarquement. Le Pape a envoyé
des ordres pour raffembler & armer fans
perre de tems les milices des Provinces ,
& pour tranfporter le tréfor de N. D. de
Lorette dans le Château d'Ancone.
Extrait d'une Lettre écrite de Rome le 16,
Juin dernier,
M
R l'Ambaffadeur de Portugal
continue fes vifites du Sacré College
, avec une magnificence , dont tout
Rome eft furoici l'ordre de la
marche.
ain
Le premiens eft à fix chevaux
alezans brûlés , à crin blanc.
Le fecond à fix chevaux noirs.
Le troifiéme à fix chevaux gris - pommelez
.
Le quatrième à fix chevaux bey - brun .
Ces quatre caroffes font à la Françoife,
I ij
896 LE MERCURE
à deux fonds , plus grands , & beaucoup
plus riches que celui que le feu Duc d'Of
fonne amena de Paris à Utreck .
Le cinquième à fix chevaux gris à crip
noir.
Dix grands caroffes à deux chevaux .
Ces quinze caroffes font précedez de
de so . Valets de pied , d'une livrée beaucoup
plus riche que celle du Comte de
Ribeira , lorfqu'il fit fon entrée à Paris.
Huit Maures fuperbement habillez à
la Turque , avec des gros bouquets de
plu
plumes fur leurs turbans. Ils vont devant
le caroffe de l'Ambaffadeur.
Dix Gardes avec des Baudriers , dont
les habits font differens , & plus riches que
• ceux des Valets de pied , avec des cocardes
& des plumets .
Dix Pages qui vont aux portieres du
caroffe à pied ; leurs habits coûtent 300,
écus Romains chacun.
Dix Valets de Chambre occupent les
deux derniers caroffes avec les Maîtres
d'Hôtel .
Douze Gentilshommes. Deux Secretaires
. Un Aumônier. Un Maître de
Chambre .
Un Major -d'homme.
Un Sous- Ecuyer , & tous les Nationaux
& Señors Romains , habillez en ceremonie
très- magnifiquement.
L'EDE
JUILLET 1722. 197
L'Ecuyer va immediatement après l'Ambalfadeur
fur un cheval d'Elpagne des
plus beaux , fuperbement harnaché , avec
un Valet de pied de chaque côté , & un
derriere , quiporte une couverture en bro
derie d'or , pour couvrir la felle lorfqu'il
met pied à terre , pour donner la main à
l'Ambaffadeur à la deſcente du caroffe.
On écrit de Naples de la fin du moist
dernier , que le Cardinal d'Althan y arriva
le 22. au bruit d'une falve de toute
L'artillerie des Forts. S. E. prit poffeffion
le lendemain de fa Viceroyauté avec les
formalitez ordinaires , le Prince Borghefe
lui ayant remis le Gouvernement du
Royaume dans l'Affemblée du Confeil
Collateral . Le Comte d'Almenara , qui
paffe à la Viceroyauté de Sicile , pour y
relever le Duc de Monteleon , eft arrivé
en même tems. Il doit partir pour Palerme
au premier vent favorable.
avec des
Les mêmes Lettres portent qu'on a eu
avis que 13. Sultanes le font jointes aux
5. forties des Dardannelles.
troupes de débarquement , & quantité
d'attirails de guerre : fur quoi on le pre- ſe
pare à Malthe pour une vigoureuſe refiftance
en cas d'attaque ; & le General des
Galeres eft attendu en Sicile , pour y faire
embarquer quelques Regimens Imperiaux
, qui ont été accordez par l'Empe-
I iij
reur,
→ 8 LE MERCURE
reur , pour fervir en cas de befoin . On
ajoûte que douze vaiffeaux de Barbarie ,
bien armez , & chargez de troupes de débarquement
, doivent fe joindre aux Sultanes
, ce qui répand la terreur dans toute
cette Ifle , ainfi que fur les côtes de
l'Erat Ecclefiaftique . On a appris de
Gennes , que quatre Galiotes de Malthe
& de Sardaigne , croifent dans les mers
de Tunis & de Biferte , pour empêcher
les bâtimens de Barbarie de fortir de leurs
ports , & que trois Corfaires d'Alger ,
montez chacun de 60. canons , avoient
mis en mer , pour aller joindre ceux qui
croifent fur les côtes d'Eſpagne .
On travaille à Londres pour regler l'ordre
des funerailles du feu Duc de Marlborough
, qui feront, dit -on , d'une pompe
& d'une magnificence extraordinaire, &
qui furpafferont de beaucoup celles du
General Monk . Le Comte de Godolfin a
la direction de cette pompe funebre , pour
laquelle on a , dit- on , deftiné un fonds.
de 30000. livres fterlin , dont la Ducheffe
Douairiere veut faire toute la dépense.
Le Roi a ordonné de plus un fuperbe
Maufolée , qui fera élevé à fa memoire ,
dans l'Abbaye de Weſtminſter , aux dépens
de S. M. On affure qu'il laiffe par
fon Teftament 15000. liv. fter. de rente
à la Ducheffe fon époufe , 6000. liv. aux
enfans
DE JUILLET 1722. 199
enfans de la Comteffe de Sunderlan fa
fille , 2000. liv. à ceux du Duc de Bridg
water , & autant à la Ducheffe de Montaigu
, fa plus jeune fille , outre 60000 .
liv . à la Comteffe de Godolfin fa fille aînée
, pour foûtenir le Titre & la Dignité
de Ducheffe de Marlborough , qui paf
feront au Marquis de Brandfort fon fils .
Les Executeurs de ce Teftament font la
Ducheffe Doüairiere de Marlborough , le
Comte de Godolfin , le Duc de Bridgwater
, & Mrs Cleyton , Jean Hamburi ,
& Guillaume Guidot , Ecuyers . Les Lettres
de Londres ajoûtent qu'on a mis'une
nouvelle tombe à l'endroit où le corps
de Thomas Par a été enterré : on prétend
qu'il a vêcu 152. ans , étant né en
1483. & qu'il a vû dix regnes confecu
tifs , fçavoir , depuis Edouard IV. jufqu'à
Charles I. qu'il mourut en 1635
Dans le dernier Confeil Privé du Roi ,
tenu à Kinfington , il y fut refolu de
roger encore le Parlement jufqu'au 13. du
mois d'Aouft prochain .
pro-
Le Cardinal d'Acunha , Grand Inqui
fiteur de tous les païs fujets au Roi de
Portugal , arriva de Rome à Paris le 27 .
Juin ; M. l'Ambaffadeur Don Louis d'Acunha
, & M. l'Envoyé de Portugal ;
avec M le Comte d'Ericeira , & M. l'Ab
bé de Mendoce , étoient allez au devant
I iiij
de
200 LE MERCURE
de fon Eminence à Fontainebleau , d'où
ils la conduifirent à l'Hôtel de M. l'Ambaffadeur
, qui étoit préparé pour elle &
fa nombreule fuite . M. l'Ambaffadeur a
reçû un tel hôte avec la nobleffe & la galanterie
propres à fa nation , & l'aifance
auffi naturelle au caractere de ce Miniftre,
qu'au genie du païs dans lequel il refide
depuis près de deux ans . M. le Cardinal
envoya le furlendemain de fon arrivée faire
des complimens à fes illuftres Confre
res , qui n'ont pas manqué de venir lui marquer
au plutôt toute leur confideration.
La premiere vifite de fon Eminence fut
celle qu'elle eut l'honneur de faire le 4
Juillet au Roi , en gardant l'incognito ,
comme elle a toûjours fait durant fon féjour.
Elle ne pouvoit fe détacher de l'au
gufte prefence du jeune Monarque , fait
pour infpirer la plus tendre admiration .
Les politeffes que reçût M. le Cardinal
de S. A, R. Monfieur le Regent, termi
nerent au gré de fes voeux les audiences
qu'il eut à Verfa lles. Son Eminence futt
parfaitement regalée chez M. le Cardinal
du Bois , après quoi on fit jouer les
caux pour elle , qui ne furent pas la feule
chofe qu'elle trouva au - deffus de ce qu'on
voit de plus merveilleux en Italie. M. le
Cardinal de Rohan lui donna 4. jours
après un dîné , où il ne fe pouvoit rien
defirer,
DE
JUILLET 1722. 201
› defirer ni pour la chere , ni pour la
compagnie. Le Jeudy 9. M. l'Ambaffadeur
de Portugal , qui avoit fait inviter
Mrs les Cardinaux , Mrs les Ambaffadeurs
, & quantité d'autres perfonnes de
la premiere diftinction , fignala par un
magnifique repas le zele qu'il a pour l'illuftre
parent , qui étoit le fujet de la fête
. Son Eminence s'eft attachée à voir
éhaque jour ce qu'il y avoit de plus remarquable.
Le Mercredi 16. elle alla à
Marly , où elle employa cinq heures à
confiderer fes differentes beautez . De là:
elle vint prendre congé de S. M. & dîner
chez M. le Maréchal de Villeroy ; il
a été particulierement occupé de ce qui
pouvoit faire juger le mieux à fon Eminence
du païs où elle fe trouvoit ; ainfi il ,
lui a fait les honneurs de la Cour d'une
façon convenable au pofte qu'il y remplit.
M. le Cardinal de Biffy donna le
lendemain un fomptueux dîné dans fon
Palais Abbatial de S. Germain à la même
Eminence , ce qui a été imité pår M.
F Ambaffadeur de Sardaigne , & par
le Nonce.
M .:
La vifite qu'a fait à Madame M. le Care
dinal d'Acunha , & l'attention qu'il a
donnée à S. Cloud , ont terminé les honneurs
& les plaifirs qu'il a eus ici.
Le 23. de ce mois , jour du départ de
L V
fom
202 LE MERCURE
Eminence , M. l'Ambaffadeur de Portu
gal reçut une nouvelle capable d'adoucir ,.
fon chagrin , c'étoit l'élevation de Don
Antoine Manuel à la dignité de Grand-
Maître de la Religion de Malthe , à la
place de Marc - Antoine Zondodary , mort
Malthe le 16. du mois dernier , âgé
d'environ 63. ans. Le Pere de Don Manuel
étoit frere de la mere de M. l'Ambaffadeur
, & avoit époufé la foeur de ce
Minift , lequel avoit d'ailleurs été élevé
avec le nouveau Grand- Maître , lui &
fon aîné , qui eft Commandeur de Malthe
, font reftez feuls de 7. garçons.
Les biens de leurs maifons , & la Grandeffe
ont paffé au fils de leur four : ce
dernier privilege n'eft attribué qu'à trois
titres de Grands de Portugal . Ils font
fils du Comte de Vilaflor qui a foutenu
la Couronne fur la tête du Roy Jean IV.
par la bataille d'Amexoal qu'il gagna fur
Don Juan d'Autriche , fils naturel de
Philippe III.
M. le Grand- Maître a un merite qui
le rend digne du fang illuftre dont il fort.
La nouvelle de la nomination de M.
l'Abbé de Rohan à l'Archevêché de
Reims , a été reçûë à Rome avec de
grands applaudiffemens . M. l'Abbé de
Taucin travaille à faire expedier les Bulles
fans perte de tems , afin de le mettre
en
DE JUILLET 1722. 203
en état de pouvoir facrer le Roy au mois
d'Octobre prochain ..
M. le Cardinal de Noailles a donné le
Canonicat de Nôtre - Dame , vacant par
la mort de l'Abbé de Bragelonne à l'Abbé
Paris.
La Fête de Nôtre-Dame du Mont-
Carmel , arrivée le 16. de ce mois , a été
celebrée pour la premiere fois par le
Duc de Chartres , & les Chevaliers de
l'Ordre de S. Lazare , dans l'Eglife des
S. Jacques de l'Hôpital ; les Chanoines
& Chapelains de cette Eglife paroiffent
au choeur avec la Croix , le camail & le
rochet comme les Ecclefiaftiques de l'Or
dre de Malthe on y reçût ce jour- là
2. Chevaliers , & un frere fervant.
Le 19. de ce mois M. Dandrefel prêta
ferment pour la Lieutenance du Roy dus
Rouffillon .
Le 18. le Roy alla voir jouer à la
-Paume.
Le 19. S. M. accompagné de Monfieur
le Duc d'Orleans , entendit dans
la Chapelle du Château de Verſailles la
Meffe chantée par la Mufique.
Le 20. le Roy accompagné du Duc
de Chartres , du Comte de Clermont ,
& du Maréchal de Villeroy , fon Gou--
verneur fe promena à cheval dans le
Parc de Chay ille..
>
I vj
Les
204
LE MERCURE
Les 2. vailleaux de la compagnie des
Indes arrivez depuis peu au port de l'Orient
en Bretagne , font le More & la
Galathée ; leur charge confifte en riches
étoffes de la Chine , en belles foyes , en
cabinets , & en porcelaines fabriquées fur
des modeles qu'on y avoit envoyez de
France , il y a auffi beaucoup de thé , &
autres marchandifes . La vente s'en doit
faire à Nantes inceffamment , & l'on
prétend qu'elle rapportera environ. 10 .
millions. Les Commiffaires du Confeil
qui ont l'infpection des affaires de cette
Compagnie ont déja fait partir M. Ardencourt
pour affifter à cette vente .
On attend inceffamment le vaiffeau le
Prince de Conti venant auffi de la Chine.
On a eu avis que la flotte des Indes
Hollandoifes , en faifant route du détroit
de la Sund pour le Cap- de- Bonne - Efperance
, avoit été furpriſe d'une violente
tempête , deux de leurs vaiffeaux ont
peri , fans qu'on en ait pû fauver plus de
trois hommes ; cinq vaiffeaux font arrivez
au Cap fort maltraitez , ayant eu
beaucoup de peine à réfifter à la tempête ,
& leurs marchandifes étant prefque toutes
avariées ; on étoit fort en peine de cinq
autres vaiffeaux de la même flote qui
n'étoient point encore arrivez.
Les Comediens Italiens ont ceffé de
jouer
DE JUILLET 1722. 205
jouer fur leur Theatre de l'Hôtel de
Bourgogne dès le 20. de ce mois pour
preparer les pieces qu'ils devoient donner
fur leur Theatre du Fauxbourg S. Laurent.
La derniere piece qu'ils ont joué à
F'Hôtel de Bourgogne le 19. eft celle du
Soupçonneux , Comedie Italienne en trois-
Actes , qui a été fort goûtée dans fa nouveauté
en Janvier 1721. & qui fait encore
aujourd'huy le même plaifir . C'eſt
une piece dont le caractere eft admirable,
& parfaitement bien rendu par celui qui
le joue.
Le 25. les mêmes Comediens ont fait
l'ouverture de leur Theatre du Fauxbourg
S. Laurent , & ils y ont reprefenté
une piece nouvelle en trois actes ,
avec un Prologue , & des agremens , intitulée
le jeune Vieillard.
Les Comediens François doivent joüer
inceffammentune piece en trois Actes , en
vers libres , avec un Prologue , & des
agremens qu'ils ont reçûe depuis peu3.
elle eft intitulée le nouveau Monde . L'auteur
ne ſe nomme point.
Le fieur le Grand , Comedien du Roy
a auffi prefenté & lû à fes camarades une
petite piece de fa compofition avec des
Vaudevilles , qui a été reçûë ; elle eft intitulé
l'Ouvrage d'un Moment.
Le dix de ce mois Monfieur le Duc
d'Orleans
206 LE MERCURE
tint fur les Fonds de Baptême dans l'E
glife du Val de Grace , l'enfant de M.Poiſ
fon , un des Officiers de MADAME
Madame d'Orleans , Abbeffe de Chelles
fut la maraine.
On mande du Gevaudan qu'il n'y a eu
ni morts , ni nouveaux malades de la
pefte depuis le commencement du mois
de Mai dernier , & de Marſeille qu'on y
eft en parfaite fanté dans la Ville , & dans
le territoire , ainfi que dans toute la Provence.
La Dlle Hortense Desjardins a été reçûë
le 25. de ce mois dans la Mufique de
la Chapelle & de la chambre du Roy ,
après avoir chanté à la Meffe , en preſence
de S. M. le verfet Benedictus Dominus
du Pleaume 123. que chante ordinairement
le fieur Pachini ..
Le 23 , de ce mois ont été mariez à
S. Sulpice Me Claude de Thiange , Chevalier-
Seigneur de Bord- Pechin - Chauroche
, & autres lieux , fils de défunt
Mre Jofeph de Thiange , Chevalier - Seigneur
de Luffac- Malleville , Lefpoux , lo
Chauchay , & autres lieux, & de Da Marie
de Montagnac- Larfeuilliere fes pere
& mere , demeurant au Château & Paroiffe
de Luffac en Bourbonnois
Dle Louife Henriette de S. Simon de
Courtomer , fille de Me Jacques- An-
&.
toine
DE JUILLET 1722. 107
1
toine de S. Simon , Chevalier - Comte de
Courtomer , Seigneur & Patron de Sainte
Mere Eglife , le Chef du Pont Bouhon
Lapitte Boudiere , & autres lieux , & de
Dame Marthe Chardon fes pere & mere.
>
Les troubles furvenus en Perfe font
craindre une révolution generale dans ce
Royaume , à ce qu'on apprend par les
dernieres nouvelles de Turquie ; outre
les fuccès rapides du rebelle qui a ſaccagé
Schamachia , il s'eft excité un autre
foulevement par l'Iman ou Prince de
Maſcatte , qui , dit- on , s'eft rendu maître
de diverfes Provinces Meridionales. >
& a pouflé fa marche jufques vers Bender
Abaffi , la principale place de com
merce dans la Baye d'Ormus . Ces deux
foulevemens ont été fuivis d'un troifiéme
, infiniment plus à craindre & plus
dangereux. Ces derniers rebelles ont à
leur tête Mirveiz , qui prétend être Prince
de Candahar , à caufe que fon pete ,
Gouverneur de cette Province-là , fituée
fur les frontieres du Mogol , s'en étoit
rendu maître , & lui en avoit laiffé la
poffeffion après la mort. Mirveiz , non
content de cette Principauté , entreprit
l'année derniere la conquête de Cherman,
Ville renommée pour fes fabriques de
foye, & après s'en être emparé, il la pilla ,'
de même que toute la Province . Après .
CC
208 LE MERCURE
ce fuccès , Mirveiz tout fier de fes con
quêtes , voulut les pouffer plus loin ; il
fe mit en marche il y a quelques mois ,
& prit la route d'Ifpahan , Capitale de
la Perfe , & penfa y furprendre le Roi ,
qui eut à peine le tems de fe fauver dans
un Château , d'où l'on dit qu'il s'eſt enfuite
retiré avec une fuite de 200. perfonnes.
Mirveiz fit piller à Ifpahan tous
les Perfans qui font de la Secte d'Ali , &
mit à contribution les Marchands libres ,
par forme d'emprunt pour payer les troupes
, promettant de rembourfer cet argent
dès qu'il feroit en état de le faire.
Mirveiz eft Mufulman , de la Secte de
Mahomet , ainfi que tous les rebelles ; au
lieu que la plupart des Perfans font Sectaires
d'Ali , & font regardez par les premiers
Comine heretiques . Mirveiz declare par
tout où il paffe qu'il ne prétend point à
la couronne , mais feulement d'engager
le Roi à embraffer la veritable Religion ;
promettant de mettre les armes bas , &
de fe foumettre à fon Empire dès qu'il
aura abjuré fes erreurs. Ce pretexte a
un tel fuccès , que les peuples accourent
de tous côtez pour le joindre à ce
Rebelle.
On mande de Conftantinople qu'il s'y
étoit tenu un grand Divan , fur ce que
les Bachas d'Erzerum & de Babilone repreDE
JUILLET 1722. 209
%
-
prefentent , qu'il feroit très facile au
Grand Seigneur , dans ce tems de troubles
, de s'emparer de diveries Provinces
de Perfe . Quelques Bachas furent d'avis
de profiter de cette favorable conjoncturemais
le Grand Vifir repreſenta à
P'Affeinblée, que le Grand Seigneur trouvoit
qu'il feroit injufte & deshonorant
de profiter de l'état déplorable où fe
trouvoit le Roi de Perfe fon bon ami ,
dont le Royaume ne s'étoit pas encore
rétabli du coup que lui avoit porté le
Sultan Amurath , bifayeul de fa Hautefe
; qu'il étoit plutôt d'avis , d'envoyer
fur les frontieres de Perfe un corps confiderable
de troupes , avec toutes fortes
de provifions ; d'enjoindre aux Bachas
de prendre fous leur protection , & de
traiter à l'amiable toutes les Provincesqui
auroient recours à eux ; & qu'en cas
que le Roi de Perfe vint fe refugier chez
ils lui rendiffent tous les honneurs
poffibles , & l'entretinffent aux dépens
du Grand Seigneur. Qe de plus s'il
avoit le bonheur de remonter fur le trône
, on lui reftituât toutes les Provinces,
qui auroient imploré la protection de la
Porte ; ainfi que cela s'eft pratiqué cidevant
à l'égard des Provinces de Schirvan
, d'Iran , de Ghifan , & de la Ville
de Tauris , &c. Le Divan approuva l'avis
du Grand Vifir. ExLE
MERCURE
Extrait d'une Lettre écrite de Rome le 16.
Juin 1722.
Voici un prodige étonnant , dont
tout Rome a été témoin . Un Boucher
de cette Ville acheta dans le Royaume
de Naples un troupeau de moutons ,
pour le débiter ici en détail. Ceux à qùi
il en vendit , s'apperçûrent que ces mou-,
tons avoient les dents toutes dorées vers
la gencive. M. le Cardinal Ottoboni , à
qui l'on porta une tête de mouton , en fit
racler les dents , & cette raclure rendit
le poids de deux écus d'or très- pur. Son
Eminence a une autre de ces têtes qu'il
garde très-précieufement.
J'en ai vû à plufieurs particuliers qui
pouvoient avoir pour fix ou huit Jules
d'or , d'autres moins . M. Goffet qui fe
fert de ce Boucher , a une mâchoire de
cette même qualité , choſe très- curieuſe
qui donnera fans doute matiere à raiſonner
aux Naturaliſtes .
pour
..
ne
Nous donnons l'avis qu'on va lire dans
Te moment que nous le recevons ,
pas retarder les fecours qu'on en peut tirer
dans la faifon prefente.
Мон
DE
JUILLET 1712.
Mouvement alternatif pour faire jouer
des fleaux par le moyen d'un cheval.
I
1
L a été annoncé dans le Mercure de
Mai de la prefente année , à la page
137. que le Roi a accordé un privilege
exclufif à M. du Quet Ingenieur,,
fur le mouvement alternatif qu'il a inventé
pour faire jouer des fleaux. Ce
mouvement a été executé en grand au
Château du Mefnil - Voifin , à côté de la
route de Parie à Orleans , deux lieuës
aù deffus d'Arpajon. Les experiences qui
en ont été faites au commencement de
Juillet dernier , en prefence du Seigneur,
de la Nobleffe des environs , des Curez
& autres perfonnes de ce païs , font connoître
feurement qu'un cheval peut faire
jouer fix à fept fleaux , pour battre auffs
fort & auffi vite , que peuvent faire fix à
fept batteurs.
Ce mouvement eft compofé de deux
grandes poulies , l'une attachée vers la
muraille de la baffe-court à un pieu , ou
dans un clos à un arbre ; l'autre à la muraille
de la grange par dedans ou par dehors.
Le cheval parcourant la diſtance
qui eft entre ces deux poulies , tire une
corde paffée un tour fur l'une des poulies
, & deux ou trois tours fur l'autre ;
cette
་ .
212 LE MERCURE
cette derniere poulie fait tourner une
manivelle de fer , dont la tige lui fert d'ar
bre : cette manivelle , en tournant , pouffe
& tire une perche , laquelle communique
fon mouvement à un arbre pivoté
dans les deux paliers de l'ai é ; cet arbre
qui porte les fleaux , les oblige de frapper
violemment tous à la fois fur un bout
de l'airé , & fur l'autre alternativement ,
à chaque pas du cheval. Le cheval eft attaché
à un palomier , qui prend les deux
' bouts de la corde paffée fur les deux poulies
, & il marche pendant fix à fept toifes
entre cette corde & des perches pofées
fur des piquets , puis ayant retourné
de l'autre côté , il revient fur fes
en faifant frapper les fleaux de la même
force , autant de coups qu'auparavant.
Ce qu'il y a de très favorable , eft , que
la dépense de la conftruction de ce mouvement
n'ira pas à dix piftoles , à caufe
de la fimplicité de fa compofition , &
qu'un garçon de baffe- court fuffira pour
gouverner le tout ; mais quelque détail
qu'il s'en puiffe faire , il faut toûjours
que l'Auteur , ou quelqu'un inftruit par
lui ,
voye les granges pour juger par
leur fituation , de quelle maniere on doit
faire travailler le cheval , pour déterminer
l'ordre des pieces qui compofent
ce mouvement
pas,
La
DE JUILLET 1722. 218
La demeure de M. du Qiet eft dans
ruë de l'Arbre- Sec , vis- à - vis du petit
Paradis. Il.recevra toutes les lettres franches
de port qu'on lui écrira fur cette
matiere.
J
APPROBATION.
' Ay lú par ordre de Monfeigneur
le Garde
des Sceaux le Mercure du mois de Juillet ,
& ' ay crû qu'on pouvoit en permettre
l'im
preffion. A Paris le 2. Aouft 1722.
HARDION,

TABLE.
IECES FUGITIVES . Vers fur le mariage
du Roy.
Réponse de M. Baugier aux remarques critiques
fur les memoires de la Province de
Champagne . 6
Epitre au Maréchal de Villars par M. de Voltaire
. 18
Lettre écrite de Canada fur la maniere de ti
rer du fucre de l'érable .
Stances irregulieres à Damon .
26
Hiftoire d'Abulmer , fuite & fin des voyages
de Zulma dans le pays des Fées . 31
Lettre
Lettre en profe & en vers fur la pefte d'Avi
gnon.
Lettre fur une groffeffe extraordinaire .
Lettre fur le Mercure de Paris , & c .
77
79
82
Fragment de Lettre fur la Comedie de l'Opiniâtre.
Enigmes ,
87
89
92
Chanfons .
NOUVELLES LITTERAIRES , & des beaux
Arts. Hiftoire de l'Abbaye Royale de Saint
Germain des Prez .
idem.
Conftruction nouvelle de trois montres portatives
, d'un nouveau balancier , & c. par
M. l'Abbé de Hautefeuille.
Edition des oeuvres de M. Bayle , & c .
for
107
Vie des Poëtes François anciens & modernes.
110
Mort de M. Baudelot , fes ouvrages , & fon
éloge.
idem.
Eaux minerales de Segray en Gatinois , & c. 111
Nouvelle invention d'inftrumens de Mathema
tiques . 115
Aiguilles aimantées pour fixer les longitudes ,
& c. 116
Nouvelles de l'Academie de Portugal , & c. 117
Tableau' de Telemaque prefenté à Monfieur le
Regent.
Suite des Medailles du Roy.
140
123
SPECTACLES
1
SPECTACLES. Pieces nouvelles reçûës , &e
L'Opera , Fêtes de Thalie , & c.
125
126
Memoire pour fervir à l'Hiftoire du Theatre
François.
128
Benefices , Charges & Dignitez des Pays
étrangers, 138
146
Baptêmes , morts & mariages des perfonnes
illuftres.
Nouvelles étrangeres , de Conftantinople , de
Percfbourg , de Varfovie , de Stoкolm , de
Coppenhague de Vienne , de Londres , de la
Haye , de Rome , de Florence , de Madrid ,
de Lisbonne , & c .
Journal de Paris .
152
170
Courfe à cheval , gageure des Marquis de
Saillant & d'Entragues. 173
Prelent de Madame la Ducheffe d'Orleans
d'une Poupée avec la Garderobbe fait à l'In
fante.
Benefices donnez.
Morts.
Declaration , Arrests , & c,
174
177
179
182
Dix-huit complices de Cartouche executez à
mort en plice de Gréve à Paris.
Jugement rendu à Bourges contre un faux témoin.
7
185
192
Supplement , nouvelle de Perfe , de Hongrie ,
& c. 193
De Rome, la haquenée prefentée au Pape , cortege
de l'Ambaffadeur de Portugal en cette
Cour.armement du Grand Seigneur , & c. 194
Nouvelles d'Angleterre , funcrailles du Duc de
Marlboroug. 198
Arrivée à Paris du Cardinal d'Acunha , fon départ
, & c. .
Autres nouvelles de Perfe , du Rebelle Mirveiz ,
&c.
199
207
Dents de mouton , dorées , nouvelle de Rome
& c. 210
faire jouer des fleaux pour battre à
Avis pour
la
grange.
A VIS.
211
Il y a à la fin du Mercure du mois dernier un
Errata des fautes furvenues dans l'impreffion de
la Dißertation fur le Sacre & Couronnement des
Rais de France , qui eft dans le Supplement du
Mercure de May Comme quelques perfonnes ne
s'en font point apperçu , nous averriffons de nouveau
que ces fautes font corrigées dans l'Errata
dont nous parlons , où il est dit qu'à la page 93.
ligne 7 il faut lire frere au lieu de fils , à la page
16. de la même Differtation , ligne 24. il faut
lire minorité au lieu de facre , c.
Fautes à corriger au mois de Juin
dernier.
PAge 1. ligne 8. une , lifex un.
Pag. 56. 2. Gerfon , lifez Gerlon .
- Pag. 58 1.6 . Theodoric , lifez Theoderie.
Pag. 60. 1. 9. Odon de Agilo , lifez Odon
de Diogilo , fig . 10. Epiftol . 124. lifex 424.
Pag. 61. l. 13. & ce qui reftoit du Château ,
lifez & ce qui en reftoit a été ruiné avec le
Châ eau.
Pag . 62, 1. 11. Sarita ', lifez. Surita .
Pag 76 1. 3. du bas Hiftorien , lifez Hiftrion.
Pag. 99. 1. 11 , s'informer , lifez l'informer.
+
La chanson doit regarder la page 92 .
La planche des quatre medailles du Rey ,
doit regarder la page 123.
LE
MERCURE
D'AOUST 1722 .
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
A. PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVALIER , au Palais .
GUILLAUME CAVELIER , His , uë.
S. Jacques , à la Fleur- de- Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'image Saint
André , Place de Sorbonne .
NOEL PISSOT , Quay des Auguftins, à la
defcente du Pont- neuf , à la Croix d'Or.
M DC C. XXII
Avec Approbation & Privilege du Roi
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & dans les
Pays étrangers.
Lyon , chez Plaignard , Libraire .
Marſeille chez Carry.
Montpellier , chez les freres Faures .
Touloufe , chez la veuve Tese.
Bayonne , ch Etienne Labortiere.
Fordeaux , chez la Veuve Labottiere.
Charles Labottiere , vis à vis la Bourfe , ibid
Rennes , chez Vattar.
Nantes , chez Julien Maillard.
Saint Malo , chez la Mare.
Poitiers , chez Faucon .
Xaintes , hz Delpech.
Elois , chez Maffon.
Orleans , chez Rouzeau .
La Rochelle , chez Desbordes.
Angers , chez Four: cau .
Tours , chez Gripon,
Caen , chez Cavelier.
Rouen , chez la Veuve Herault.
Le Mans , chez Pequincau.
Chartres , bez fel il ༢
Châlons , chez Seneuze.
Troye , chez Loüillerot .
Rheims , chez Godard .
Dijon , chez la veuve Armil.
Beauvais chez Courtois
Abbeville , chez Dun efail .
Sorffons , chez Courtois.
Amiens , chez le François , & chez Godard.
Arias , chez C. Duchamp .
Sedan , chez Renaud.
Metz , chez Colignon
Strasbourg ,, chez Doulfeker .
Cologne, chez Meiernik
Francfort , chez J. L. Koeniq .
Ferlin , chez Etienne .
Leipfic , chez Gledich.
Lille , chez Dancl.
Bruxelles , chez Tferftevens.
Anvers , chez Verduffen.
La Haye , chez Rogiffard.
Amfterdam , hez Bernard ,
Roterdam , chez Vander Linden.
Ion Ires , chez du Noyer.
adrid , chez Aniffon .
Ge eve , chez les freres de Tournes.
Tarin , chez Reinflan .
Le prix eft de 30 , föls,
A
ij
L
A VIS.
ADRESSE generale pour toutes
hofes eft à M. MOREAU 9
Comis au Mercure , chez M. le Con
miffaire le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cett: voye pour les faire tenir.
.
On prie très - inftamment quand on
adreffe des Lettres on Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie
·
E
LE
MERCURE
D'A
OUST 1722 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LETTRE
Aux Auteurs du Mercure ,
Contenant quelques remarques fur la réponfe
de M. l'Abbé de Vayrac qui eft dans
le Mercure de Juin.
' AY lû , M dans vôtre Mer-
Jure de Juin , & même avec
beaucoup de plaifir la réponſe
de M. l'Abbé de Vayrac que
Vous aviez annoncée à la fin du fecond
volume du Mercure de May. Quelque
mal- mené que je m'y fois trouvé pour le
petit démêlé litteraire que j'ay avec lui,
je fuis l'agreffeur , & par là ne lui ai - je
A iij
th
pas
6 LE MERCURE
pas
donné le droit de ne me gueres me
nager en me refutant ? Je ne me plaindrai
donc point du fouverain mépris qu'il
fait de mes obfervations critiques fur l'endroit
de fon explication de la Carte des
lieux
par où l'Infante- Reine a paffe , que
j'ay eu l'audace de relever. Elles font
pour lui ce qu'étoient les annales de Volufe
pour Catule pleines de rufticité & de
fadaifes , & bonnes feulement à être jettées
au feu ; & ainfi il leur dit dans les
termes de cet excellent Poëte ,
Ata os interea venite in ignem
Pleni ruris , & inficetiarum
Annales Volufi.
Apparemment que ce n'a été que pour
ne pas falir l'imagination du lecteur , que
M. l'Abbé de Vayrac n'a point rapporté
entier le dernier vers , qui auroit achevé
de bien caracterifer mes remarques felon
l'idée qu'il s'en eft formée , car fans doute
ce n'a pas été afin de me menager.
Quoiqu'il en foit , je confens qu'il leur
falle fubir la peine à laquelle il les condamne
: voici fur quoi je lui demande feulement
juftice , c'eft fur ce qu'il fuppofe
que ç'a été irroni quement que je n'ai pas
laiffé de louer fon merite perfonnel , &
fon ouvragé après avoir indiqué quelques
méorifes que je croi qui lui font échapées,
puifque rien n'eft plus oppofé à mon efpris
D'A OUST 1722. 7
S

prit ennemi de toute duplicité , & à ma
difpofition particuliere pour lui , ce n'eft
point d'aujourd'hui que j'ay témoigné
qu'il eft habile dans l'hiftoire , & que fon
ftile eft propre à faire lire tout ce qui fort
de la plume , & dont fa réponſe eft même
une bonne preuve à mes dépens . Car
c'eſt là ce que je dis de lui il y a quelques
années à M C. & H. Libraires à l'occafion
de fon Etat prefent d'Espagne en
quatre volumes qu'il leur propofoit , &
fur lequel ils fouhaiterent de fçavoir mon
fentiment avant de conclure avec lui
ce qu'ils lui attefteront s'ils s'en fouviennent.
Il aura pû auffi reconnoître par l'avertiffement
qui eft dans le fecond volu→
me du Mercure de May page 126. que
je me fuis preflé d'y apprendre au public
d'où il avoit tiré le fait qui m'avoit furpris
dans fon explication , afin qu'on ne
pût pas le lui imputer , ce qui montie
bien que je ne fuis point tel qu'il fe l'eſt
figuré. 11 femble que M. l'Abbé de Vayrac
croit que je ne fçaurois eftimer un
écrit hiftorique , où je découvre des fautes
, comme fi j'ignorois qu'il eft preſque
impoffible d'être abfolument exact ent
quelque ouvrage que ce foit , tant il eſt
difficile d'être toûjours fur fes gardes , &
de tous côtez , & qu'ainfi on doit juger
du merite des hiftoires comme Horace
A iiij veut
8 LE MERCURE
veut qu'on juge du merite des poëmes
fans égard aux petits défauts qui s'y
gliffent.
Verum ubi plura nitent in carmine ,
non ego paucis
Offndar maculis , quas aut incuria
fudit
Aut humana parum cavit natura .
Mis j'entre en matiere : M. l'Abbé de
Vayrac affure que Guillaume , fils aîné
d'Eftienne , Comte de Chartres & de
Blois fut fi extravagant qu'il fe qualifia
Seigneur du Soleil , tellement qu'il fut privé
du droit d'aîneſſe , & n'eut en partage
que le Comté de Chartres . Comme je m'intereffe
dans l'hiftoire de ce pays là , j'ay
demandé où l'auteur avoit pris un fait fi
curieux , mais qui s'accordoit fi peu avec
ce qu'on lit de ce Prince dans plufieurs
anciens. J'ay enfuite trouvé la même cho-´
fe dans l'hiftoire de Blois de Bernier , &
je l'ay avoiié auffi tôt dans l'avertiffement
dont j'ay parlé plus haut . M. l'Abbé de
Vayrac qui n'avoit point encore vû ce
dernier écrit , s'eft là deffus prévalu du
témoignage de cet auteur; mais ainsi que je
F'ai remarqué dans le même écrit , Bernier
n'étoit pas plus capable que lui de dépofer
de l'extravagance en queſtion du Prince
Gillaume, mort avant l'an 1141. & il faut
neceffairement pour la faire croire qu'elle
foit
D'A OUST 1722 .
Toit atteftée par un auteur contemporain ,
ou prefque contemporain. Si j'avois à me
rendre fùr ce fait à l'autorité d'un moderne
, celle de M. l'Abbé de Vayrac ne
me fuffiroit- elle. pas ? Il a certainement
lû mon avertiffement avant que d'imprimer
fa réponſe , & il n'y a rien ajoûté
pour parer à cette objection , ce qui fait
affez voir qu'il ne trouve point de preu
ves pour cela dans fes recueils . Ainfi je
prends droit par fon filence , & je confeffe
ingenuement que jufqu'à ce qu'il ait
produit un ancien digne de foi , qui affure
que le Prince Guillaume fe qualifioit Seigneur
du Soleil , ce fait paffera toûjours
chez moi pour auffi imaginaire que cette.
Seigneurie , en quoi j'efpere bien être
approuvé de tous les bons critiques .
Envain objecte- t- il que le bien ou le
mal qu'Yves de Chartres , Orderic Vital ,
& Alberic ont dit de ce Prince n'eft
pas.
incompatible avec une pareille extravagance
, je le veux ; mais l'exiſtence d'une:
chofe s'enfuit- elle de la poffibilité de cette
chofe ? d'ailleurs Orderic qui a furvêcu
Yves de Chartres de beaucoup d'années.
donne affez à entendre queGuillaume mo--
dera bien- tôt le feu de fa jeuneffe, & la tyrannie
que ce Prélat lui reprochoit, puifque
cet autre auteur témoigne fort peu aprèspage
$74. qu'il étoit homme doux & pacifique,,
10 LE MERCURE
cifique , vir bonus eft & pacificus , &
que parlant de lui après la mort page
810. il dit qu'il avoit mené long-temps,
une vie paifible , din pacifixè vixit.
M. l'Abbé de Vayrac ne peut fouffrir
que j'ofe nier que ce Prince qui fut exclus
du droit d'aîneſſe , ait jamais depuis
cette exclufion poffedé le Comté de Chartres
, & c'eft pourtant là en quoi je me
Alatte auffi toûjours d'avoir raifon , &
même ce qui fe contredit dans tous ceux
qui croyent le contraire avec lui . En effet ,
auroit- on pû dire que Guillaume auroit
été exclus du droit d'aîneffe , quoiqu'il
n'eut en partagé que le Comté de Chartres ,
& que lui appartenoit- il donc de plus en
rigueur , n'étoient- ils pas quatre freres
& les deux Comtez que leur pere poffedoit
n'étoient - ils pas feparables ? puifque
Thibaud II . & Eudes II . les avoient déja
partagez , & qu'ils le furent encore dépuis
en 1218. par Marguerite & Elifabeth
de Blois qui en étoient les heritieres .
A la verité Thibaud le Grand , frere puifné
de Guillaume eut auffi les Comtez de
Champagne & de Brie , mais il les acquit
de Hugues fon oncle paternel , qui ,
à ce qu'on prétend, desherita fon fils Eudes
fur un foupçon contre la mere de ce
fils , achat dont parle le continuateur de
Guillaume de Jumieges en ces termes , li-
Vie
D'AOUST 1722. II
vre 8. chapitre 34. Theobaldus fucceffit
patri in Comitatu Blefenfi , comitatum
etiam Trecarum emens ab Hugone patruo
fimul cum Carnotenfi poßedit : voilà déja
un témoin pour moi & contemporain.
Orderic qui étoit plus âgé de fept ou
huit ans que ce Prince , & qui avoit vû
le progrès de tous les quatre freres , en
eft un autre qui explique encore leur fort
plus en détail , & j'ai déja rapporté dans
le premier écrit une partie de les paroles .
Il dit page 574 que Guillaume qui étoit
l'aîné jou foit des biens du pere de fa
femme , que Thibaud avoit en la fucceffion
paternelle , qu'Eftienne qui avoit -
époufé l'heritiere du Comté de Boulogne
poffedoit de plus le Comté de Mor
taing en Normandie , & beaucoup d'autres
Domaines en Angleterre par la libe
ralité du Roy d'Angleterre , fon oncle
maternel , & que Henry qui étoit Moine
de Cluny auroit le Royaume du Ciel ,
pour fa part , s'il perfeveroit dans le bien ,
& Orderic écrivoit cet endroit de fon
hiftoire , lorsque ce dernier n'étoit encore
que fimple Religieux , lequel devint
enfuite Abbé de Radinges , & puis Evêque
de Winceftre en Angleterre , comme
il le remarque fur la fin de la même hiftoire
page 811. Primogenitus Guillelmus
gener Gilonis de Soleio & heres vir bo-
A vj nus
1.2 LE MERCURE
nus eft & pacificus & fobole pollens atque
facultatibus , Tedbaldus heres hereditatis
paterne multiplici virtute viget atque probitate
, Stephanus autem gener Eaftachii
Bolonienfis Confulis & heres dono Henrici
Regis avunculi fui Comitatum Moritolii
in Normannia & multos in Anglia obtinuit
honores ; Henricus verò divina ab
infantia militia in Canobio Cluniacenf
mancipatus eft ... in qua fi bene perfeveraverit
, Regni cæleftis heres erit.
11 eft donc clair par ce partage que
Thibaud eut l'heritage paternel ; & afin
qu'on ne doute pas qu'Orderic y comprenoit
le Comté de Chartres , il lui en
donne le titre page 847. à l'occafion du
Lecours que le Roi Henri fon oncle lui
demanda en 1118. contre le Comte d'Anjou
, Tedbaldum etiam Carnotenfium Comitem
eum fuis ad auxilium convocavit.
De plus M. l'Abbé de Vayrac n'a-t- il
pas lui -même obfervé dans le Mercure
d'Avril page 13. que le fecond fils de ce
Thibaud de même nom que lui , lui fucceda
pour ces Comtez de Chartres & de
Blois , fon fils aîné ayant eu les Comtez
de Champagne & de Brie , ainfi le même
Thibaud avoit donc auffi été poffeffeur
du premier de ces Comtez ?
On doit encore entendre en general
de tout Comté appartenant au pere de
Guillaume ,
D'A OUST 1722. 13
Guillaume , ce que dit Alberic , que co
Prince fut exclus de la fucceffion an
Comté à cauſe de fon indignité. A Comitatu
abalienatus fuit , & M. l'Abbé de
Vayrac qui dans fa réponſe page 13. reftraint
au Comté de Blois cette exclufion
au Comté , dont parle le Chroniqueur ,
afin de pouvoir maintenir Guillaume dans
le Comté de Chartres , ne trouvera affurement
perfonne qui explique ainfi cet
endroit car jamais Alberic ne fe feroit
exprimé comme il a fait , s'il avoit crû
que ce Prince auroit feulement été exclus
d'un des deux Comtez de fon pere
lefquels demeuroient ordinairement unis
pour la conſervation de la grandeur de
cette maiſon , outre que dans l'opinion de
M. l'Abbé de Vayrac il faut fuppofer
que Guillaume forcé à fe contenter du
Comté de Chartres l'auroit enfuite , quoiqu'ayant
plufieurs enfans , cedé encore
de la bonne volonté à fon frere puiſné
qui avoit déja celui de Blois , pour ne
laiffer à fes fils en grand nombre que les
biens de leur mere avec les augmentations
qu'il y pût faire , puifque cet Abbé convient
que ce puilné eut auffi à la fin le
Comté de Chartres qui paffa à fon fecond
fils , & que ce ne fut point par l'exclufion
de Guillaume du droit d'aîneffe , laquelle
lui auroit confervé ce Comté de
Chartres
14 LE
MERCURE
Chartres : or cela paroît il bien vrai-femblable
.
Mais , dit M. l'Abbé de Vayrac , page
25. Yves de Chartres ne témoigne-t- il pas
affez clairement que Guillaume étoit maître
abfolu du Comté de Chartres , puifqu'il
eut le pouvoir
d'obliger par ferment tous
les habitans de la ville & de la banlieuë
à entrer dans une confpiration contre la vie
de tous les
Ecclefiaftiques du Diocéfe .
,
,
Avant que de répondre à cette objec
tion il faut rectifier la traduction du paf-
Lage cat Clericorum Carnotenfium n'y
fignifie pas tous les Ecclefiaftiques du
Diocéfe de Chartres mais feulement le
Clergé particulier de l'Eglife Cathedrale
, qui ne relevant deflors que du Roy
avoit fouvent des démêlez avec le Comte
de Chartres pour la défenfe des biens de
cette Eglife , & l'omnes cives, qui fub
banno funt , ne s'entend pas non plus de
tous les habitans de la ville & banlieuë
de Chartres , mais fimplement de tous
ceux des habitans de cette Ville qui étoient
fujets au bán du Comte , les habitans
vaffaux de l'Eglife de Chartres , ne reconnoiffant
l'autorité du Comte en aucune
maniere , comme ils ne reconnoiffent
point encore aujourd'hui celle de M. le
Regent , Duc de Chartres , la garde de
cette Eglife ayant été refervée au Roi
par
D'A OUST 1722.
par la conceffion de l'appanage.
A l'égard du paffage même d'Yves il
prouve bien que le Prince Guillaume
joüiffoit alors de la partie de la Ville qui
étoit du Comté , dont il étoit le veritable
heritier comme aîné , mais il n'étoit pas
déja poffeffeur du Comté qui étoit encore
entre les mains de fa mere , laquelle avoit
la garde- noble de fes enfans , & auffi
Yves ne lui donne- t- il pas le titre de
Comte , il l'appelle fimplement le fils de
la Comteffe dans la lettre 134. où il fe
plaint de lui , Guillelmus filius Comitiffe ,
& il ne le nomme point Comte non plus
dans la lettre 136. qu'il adreffe à la Comteffe
fur la même affaire que j'ai auffi citée
dans l'avertiffement , pour faire voir
qu'Yves ne taxoit Guillaume
de tyque
rannie , & non pas d'être un vifionnaire .
Bernier , que M. l'Abbé de Vayrac
met en ceci de fon côté, page 24. a pourtant
bien veu qu'il ne s'enfuivoit point
des termes d'Yves que Guillaume eut eu
le Comté de Chartres , & c'eft pourquoi
il s'eft réduit à dire que la Princeffe fa
mere ne lui affigna que la ville de Chartres .
Il s'eft trompé feulement en ce qu'il a
fuppofé qu'au temps de la lettre de cet
Evêque Guillaume il étoit déja exclus de
fon droit d'aîneffe ; car il en faut au contraire
conclure que fa mere le deftinoit
donc
16 LE MERCURE
donc encore alors à poffeder ce Comté
puifqu'elle lui en abandonnoit déja le
Chef-lieur pour fon entretien , & que ce
ne fut que pour la mauvaife conduite
qu'il tint enfuite qu'elle l'en fit exclure ,
ce dont elle put venir aisément à bout
par le moyen du Roi à qui il appartenoit
d'en donner l'inveftiture , & auprès duquel
elle devoit avoir beaucoup de credit
, tant par la confideration de fa vertu ,
car c'étoit la Princeffe la plus eftimée &
la plus refpectée de fon temps , que par
la confideration du Roi d'Angleterre , &
Duc de Normandie fon frere.
Si Guillaume avoit alors éré invefti du
Comté de Chartres par le Roi, il n'auroit
plus été au pouvoir de fa mere de l'en faire
exclure. Il eft neanmoins vrai qu'on lui conferva
toûjours les honneurs & le titre de
Comte, & il auroit été bier étrange que fes.
deux cadets qui avoient de grandes Comtez
ne l'euffent pas au moins maintenu
pour Teur propre gloire dans le nom , &
les privileges de cette dignité que fa naiffance
lui avoit acquis ; il eft certain qu'ils
lui procurerent auffi de grands biens pour
foutenir fon rang : tout fils aîné de Com
te,quand il eft mineur , eft traité en Comte,
parce qu'il eft l'heritier neceffaire du
Comte , & qu'il faut qu'il ait forfait ,
pour que le fouverain puiffe lui en refufſer
l'inveftiture
D'A
OUST 1722.
l'inveftiture , lorsqu'il eft venu en âge de
le polleder. J'ai reconnu moi même dans
l'avertiffement page 127. que Guillaume
avoit toûjours été, appellé Comte auffibien
que fes freres & qu'Orderic les qua
lifioit tous trois de puiffans Comtes quorum
tres priores funt potentes confules.
M. l'Abbé de Vayrac dit que Guillau
me s'eft appellé Comte de Chartres depuis
fon exclufion , & il donne pour ga❤
rant la Taaumaffiere dans fon hiftoire de
Berry , mais c'est ce que je n'y ai pû
trouver , & il eft feulement dit Comte
⚫ fans addition dans un acte qui y eft rapporté
page 452. Bien plus , quoique j'aye
avoué dans mon premier écrit page 87.
qu'il étoit appellé Comte de Chartres dars
quelques titres avant fon exclufion , prevenu
que j'étois , que cela étoit , fur ce
que je le voyois ainfi qualifié par Duchefne
, le P. Labbe , la Thaumaffiere , &
tant d'autres fçavans hommes dans nos
antiquitez . Cependant quand j'ai voulu
verifier le fait à l'occafion de cette difpute
, je n'ai pû trouver aucun acte qui
en fir foi , & M. l'Abbé de Vayrac
m'obligera beaucoup d'en citer où il foit
expreffement appellé Comte de Chartres
pour quelque temps que ce foit.
On demandera peut- être s'il y avoit
alors des Comtes fans Comtez , & je répondraf
18 LE MERCURE
pondrai qu'il y en pouvoit avoir , puifqu'on
pouvoit perdre ces Comtez , fans
en perdre le titre , & on en a un exemple
dans Orderic page 775. pour le temps
dont il s'agit. Helie Baron de la Fleche
enleva à Robert II . Duc de Normandie
le Comté du Maine dont il fe prétendoit
heritier , Guillaume le Roux Roi d'Angleterre
, & Adminiftrateur du Duché
de Normandie pendant que Robert , fon
frere étoit à la conquête de la Terre-
Sainte , reprit ce Comté fur lui après l'avoir
fait prifonnier. Helie relâché enfuite
confentoit que le Comté demeurât au *
Monarque Anglois , & il le prioit ſeulement
de le conferver à fon fervice avec
le titre de Comte cum priftine dignitatis
vocabu'o , ce qui lui fut refufé par la jaloufie
du Comté de Meulan , favori du
Roi qui craignoit avec raifon la concurrence
d'un rival de fi grand merite .
Surquoi M. l'Abbé de Vayrac triomphe
le plus contre moi , c'est parce que
j'ai dit que le Prince Guillaume avoit cu
le coeur aff bas pour époufer la fille du
Seigneur de Sully , l'une des Dies de la
Comteffe fa mere , quoiqu'en cela je ne
faffe que fuivre Alberic qui met cette rai
fon au nombre de celles qui porterent
cette Princeſſe à le faire priver du Comté,
fed quia nullius valoris fuit & balbus &
quandam
D'AOUST 1722. 19
"
quandam nobilem puellam que erat in fervitio
matris fuæ filiam Domini de folliaco
accepit , idcirco à comitatu alienatus fuit.
Cet Abbé me renvoye à la Thaumaffiere
qui dit que cette Due n'étoit pas indigne
de la naiffance de Guillaume & qui
prouve que le Baron de Sully étoit d'une
très-bonne Nobleffe ; je conviens de ce
dernier fait , mais que fa fille fût pour
cela digne d'être la femme du fils aîné
de la Comteffe de Chartres , c'est ce que
je nie. Qu'on la mette en parallele avec
les belles - foeurs , la mere & les ayeules
de fon mari ; car c'eſt - là le point de vuë,
d'où il la faut regarder pour en bienjuger.
Thibaud puifné de Guillaume époufa
la fille du Duc de Carinth e , Marquisde
Frioul , l'un des plus puillans Princes de
l'Empire ; Eftienne fon autre frere fe
maria à l'heritiere du Comte de Boulogne,
niéce du fameux Godefroy de Bouillon &
de Baudoin , Rois de Jerufalem ; Adele
fa mere étoit fille de Guillaume le Conquerant
Roi d'Angleterre , & Duc de
Normandie , il eut pour ayeule Alix ,
fille heritiere de Raoul le Grand , Comte
de Crepy & de Valois , & d'Alix Comteffe
de Bar- fur- Aube , pour bifayeule
Ermengarde d'Auvergne niece , d'autres,
comme le P. Labbe, difent four uterine
de
10 LE MERCURE
de Conftance d'Arles , Reine de France
pour trifayeule Berthe , fille de Conrad
Roi de la Haute Bourgogne , & de Mahaud
, foeur de Lothaire , Roi de France
, & enfin pour trifayeule Ledgarde de
Vermandois du fang de Charlemagne
femme auparavant de Gillaume Longue
épée , Duc de Normandie. Or que M.
Abbé de Vayrac mette prefentement à
la tête de toutes ces Princeffes Agnés de
Sully , comme femme de l'aîné des Princes
leurs maris , & auparavant Dile d'une
d'entr'elles , & il verra quelle figure
elle y fera je l'avertis du moins de ne
pas prendre la deffus nos Princeffes d'aujourd'hui
pour juges , car elles ne feroient
pas pour lui.
1
Il dit page 16. de fa réponse que ceux
qui favent les avantages que la ma fon
de Suily avoit en ce temps - la fur cell: de
Champagne fe revolteront contre moy , parce
que felon Orderic mon grand auteur
le Pere d'Agnés étoit de la meilleure Nobleffe
Françoife de nobiliffinis Gallorum ,
au lieu que felon Rudolphe Glabert
Thibaud le Tricheur , Chef de la maifon
de Cha . pagne venoit d'Ayeux d'une
nailfance obicure proavis obfcura duxiff
genus linea . Mais fur ce pied là
Guillaume le Conquerant auroit donc
dû donner fa fille à Gilon de Sully preferablement
D'AOUST. 1722.
ferablement à Eftienne , Comte de Char
tres & de Blois , aîné de la maiton de
Champagne , & le Roi Lou's le Jeune
qui épouta la fille de Thibaud le Grand ,
Comte de Champagne , frere puifié du
mai d'Agnés de Sully auroit donc dû
auffi s'aller plutôt à la fille de quelque
Baron de la meill ure Nobleffe Françoise.
Je fuis perfuadé que M. l'Abbé de Vayrac
fe revolteroit lui- même contre quiconque
penferoit de la forte , parce que
ce n'eft pas ainfi que penfent les Princes.
Cependant il eft bon qu'il fe fouvienne
auffi que les Genealogiftes de nôtre fiecle
n'en veulent point croire à cet égard
Rudolphe Glabert qu'ils regardent comme
un écrivain peu feur , tels font le
P. Labbe , la Thaumaffiere & Bernier ,
ce dernier traite même page 280 , d'enteft
, ceux qui fur le témoignage de
cet ancien fe font imaginez que Thibaud
le Tricheur étoit un homme de
peu , &
effectivement Glabert fe trompe lourdement
dans ce que M. l'Abbé de Vayrac
en cite page 15. où il affure qu'Eudes I,
Comte de Chartres & de Blois , fils de
ce Thibaud fut un des grands ennemis
du Roi Robert , ce qui n'a de verité que
pour Eudes 11. Eudes I. fon pere étant
mort un peu avant Huges Capet . Ces auteurs
prétendent que Thibaud defcendoit
d'autres
22 LE MERCURE
d'autres Comtes , & ils lui donnent pour
pere un Richard , & pour ayeul ur Robert
, Comte ou Gouverneur de Troyes
en 884. mais comme ce n'eft que fur des
conjectures , & qu'on n'a point de vrayes
preuves que fon pere fût Comte , je confens
pour moi qu'on croye qu'il ne l'étoit
pas ; mais de penler de plus que fon pere
fût même inferieur à celui des ancêtres de
Gilon de Sully qui vivoit de fon temps ,
c'eft ce que je ne donnerai bien de garde
de faite , fur le témoignage de Glabert
comme auffi de fuppofer qu'Orderic eftimât
plus la maison de Sully que celle de
Champagne , quelque haut qu'il ait élevé
fa Nobleffe .
M. l'Abbé de Vayrac fait enfuite fa
plus furicule forte fur moi pour l'inegalité
que j'ai trouvée dans cette alliance de
Guillaume de Champagne avec Agnès
de Sully. Il m'accufe , pages 19. & 20.
d'avoirparla démangeaifon quej'ai de l'é .
crafer , s'il étoit en mon pouvoir, mis à mon
ouvrage le fceau de la plus craffe ignoranee;
ce qui m'a fait , dit- il , tomber dans
une contradiction fi manifefte , qu'elle faute
aux yeux des moins clair- voyans... C'
dans une erreur pitoyable , laquelle prouve
que je ne fuis point attentifà ce queje
dis. Ce magnifique préambule eft pour
me reprocher 1 que j'ai crû qu'Agnés
de
D'AOUST 1722. 23
de Sully , femme de Guillaume de Champagne
, & Marie de Sully , femme de
Charles de Berry , étoient de la même
Mailon , quoique Marie fût de celle de
Champagne , laquelle dans cette branche
avoit feulement pris le nom de Sully par
adoption ; & 2 °. d'avoir trouvé que Guillaume
de Champagne , fils d'un petit
Comte de Blois , s'étoit degradé en époufant
Agnès , pendant que Charles de Berry
, defcendant de l'augufte Maifon de
France , ne m'aura point paru s'être me-
Jallié en époufant Marie.
Mis je demanderois volontiers ici , qui
M. l'Abbé de Vayrac attaque ? lui qui dit
page 23. que je lui fais une querelle d'Allemand
; car il s'eft forgé un monftre pour
le combattre , & je ne íçai pas avec quels
усих il a parcouru la page 86. de mon
écrit, qui a donné lieu à fon âpre cenfure ,
Si , felon lui , je ne fuis point attentif à ce
que je dis , il l'a certainement encore moins
été à ce qu'il a lû en cet endroit. J'y dis
exprefféinent, que Guillaume de Blois, ou
de Champagne , étoit le Chefde la feconde
Maifon de Sully , qui fut fi illuftre ,
& laquelle finit par Marie , femme de
Charles de Berry, ce qui affurément eft
exemt de toute contradiction , & de toute
confufion des deux Maifons du nom de
Sully.
Au
14
LE MERCURE
que
,
Au furplus , ce n'eft tans doute que par
Indignation contre moi , que M. l'Abbé
de Vairac traite en cette cccafion , le
pere
du Prince Guillaume Chef de la Maifon
de Champagne de Petit Comte de
Blois : car je fuis affuié qu'en toute autre
rencontre il çauroit bien faire voir
qu'un Comte comme lui du premier ordre
, gendre d'un grand Roi , ne cedoit
point alors aux Princes du Sang , qui n'avoient
pas de Comtez plus confiderables
celui de Chartres & de Blois , qui
comprenoit le païs Chartrain , le Dunois,
& le Blefois , qui eft ce qui faisoit alors
decider du rang entre les Grands , comme
on le voir dans le Traité de du Tillet
, des rangs des Grands de France , &
ce qui ne fouffre point de difficulté dins
nôtre Hiftoire. La Maifon Roïale def
cend de ce Comte par deux allian es immediates
; çavoir par Alix fa petite fille
, mere de Philippe Augufte , & par
Jeanne , femme de Philippe le Bel , à qui
elle avoit apporté le Comté de Champagne
avec le Roïaume de Navarre ; les
defcendans du même Comte ont auffi
époufé plufieurs filles de France , & c'eft
en quelque maniere diminuer la gloire de
cette augufte Maifon , de rabaifler ait fi
celle qui a eu au premier degré tant d'alliances
reciproques avec elle.
Je
D'AOUST 1722. 25
versé en Chro-
Je ne m'arrêterois pas à tatisfaire M.
l'Abbé de Vairac , fur ce qu'il remarque
page 20. que je ne
que je ne luis pas
nologie , fi je ne craignois de paroîtie
fuir cette objection . C'est à cause que
j'ai dit que Marie de Sully époufa Charles
de Berry vers Fan 1386. quoiqu'il foit
de notorieté , ajoûte- t -il , que ce fut pofitivement
en 1380. Je lens trop ma mediocrité
pour me flatter de bien poffeder aucune
fcience ; mais cette notorieté eft
pourtant fi recente , qu'elle n'étoit pas
encore parvenue jufqu'au P. Labbe , ` ni
julqu'à la Thaumaffiere , qui mettent ce
mariage en 1387. Celui - là , page 254 de
fes Tableaux, genealogiques , que mon
adverfaire dit que je n'ai lûs que par le
dos , à tergo , & celui- ci , page 463. de
fon Hiftoire de Berry . Les Sainte Marthe
n'en avoient pas eu non plus de connoiffance
, aïant ſeulement témoigné qu'il
étoit fait mention du même mariage dans
un acte de l'an 1386. qui eft fur quoi je
m'étois reglé. Il eft vrai que M. du Fourny
, dans la genealogie de la Maiſon de
France , que je n'avois pas confulté , dit
que ce Charles de Berry , fait Chevalier
au mois de Fevrier 1380. & accordé avec
Marie , mourut avant 1383. ce qui eft décifif
, s'il n'y a point de faute d'impref-
Gion un digne Genealogifte n'étant pas
B de
>
26 LE MERCURE
de caractere à avancer les chofes fans de
bons actes.
.
M. l'Abbé de Vairac me releve encore
fur ce que j'ai dit que cette Marie
de Sully fut la derniere de fa Maiſon
quoiqu'une autre branche de cette Maifon
ait durée jufqu'au feiziéme fiecle.J'avois
bien prévû cette objection , & c'est
pourquoi j'étois allé au devant dans l'avertiffement
tant de fois cité , où je dis
que je re prétendois parler que de la
branche aînée de la Maifon de Sully , la
feule que j'avois alors dans l'efprit , Mais
cet Abbé n'a pas crû devoir conformer fa
réponſe à cette remarque , afin de mieux
conferver fon avantage .
Je viens au dernier endroit de fon pre
mier écrit , que j'ai repris par occafion ,
pour rendre mon objection fur la feigneu
rie du Soleil plus forte. Le voici dans fes
propres termes . Le fils aîné d'Eudes I.
appellé Thibaud II. lui fucceda en 996,
au Comté de Blois , mais étant mort fans
pofterité , Eudes II. du nom , fon frere ,
fut fon fucceffeur , & mourut fans enfans ;
de forte qu'Etienne , Comte de Meaux &
de Troyes , fon coufin germain , fut fait
Comte de Blois. Etant mort en 1020. fans
Laiffer de pofterité , un de fes freres , nommé
Eudes , fe faifit du Comté de Blois ,
prit la qualité de Comte de Champagne.
ن و م
Il
D'AOUST 1722 . 27
Il épousa Ermengarde d'Auvergne , &c.
J'ai obfervé qu'il y avoit trois fautes dans
ce narré , qu'Eudes II . ne mourut point
fans enfans, qu'etienne, Comte de Troyes
& de Meaux , étoit fon coufin iſſu de
germain , & n'eut jamais le Comté dé
Blois , & que l'Eudes qui lui fucceda
aux Comtez de Troyes & de Meaux ,
ce qui lu fit prendre le titre de Comte
de Champagne , n'étoit pas un de
fes freres , mais le même qu'Eudes II.
qui étoit petit- fils de la tante de cet
Etienne.
M. l'Abbé de Vairac répond , page
26. que ſi javois examiné la chofe deplus
près , j'aurois clairement vû que c'est une
méprise de Copifte , qui a jetté quelque
confufion en cet endroit , où il a mis deux
Eudes pour un. Le premier coufin d'Etienne
, & mort fans enfans , le fecond ,
un des freres de cet Etienne , & pere de
trois fils. Qu'à l'égard du même Etienne
, Comte de Meaux & de Troyes , il
eſt certain qu'il fut auffi Comte de B'ois ,
& que je trouverai la verité de ce fait
dans Baugier , dans Befly , dans Duchef
ne dans les Sainte Marthe , dans la
Thaumaffiere , dans Bernier , qui tous éle
vent la voix enfa faveur , & que la feule
indulgence qu'il me demande eft d'ui
paffer un degré & demi de parenté entreEu-
Bij des
>

28 LE MERCURE
des & cet Etienne, en quoi il pourroit s'être
trompé, fous la foi d'Auteurs peu exacts,
J'avois bien apperçû la confufion des
deux Eudes , mais qu'en l'examinant de
près , je duffe l'imputer feulement à un
Copifte , j'avoue que je n'érois point affez
penetrant pour cela car jufqu'ici
quel Copifte avoit rien fait de femblable
, fi l'original n'y donnoit point lie ?
J'aimois mieux penfer que cette corfufion
venoit de ce qu'en cet endroit là ,
l'Auteur compofoit de memoire , & fans
avoir les livres devant foi , parce qu'alors
il eft ordinaire de broiller ainfi les
faits, ce que j'ai éprouvé fouvent moi - même
pour mon compte , & qu'il eft impoffible
d'être exact dans l'Hiftoire ancienne,
fi on n'a toujours les livres à la main.
C'eft infailliblement par ce défaut , que
M. l'Abbé de Vairac m'a cité tant d'Auteurs
fans en cotter les pages , pour me
faire attefter par eux , qu'Etienne de Ver
mandois , Comte de Troyes , mort vers
l'an 1020. a poffedé auffi le Comté de
Blois. J'ai déja feüilleté Bernier , la Thaumaffiere
, les Sainte Marthe & Befly
fans y avoir rien trouvé là- deffus pour
lui , & je m'attens bien de n'être pas plus
heureux à l'égard de Baugier & de Duchefne-
Mais au fond , il en eft pour moi
de ce fait , comme de celui de la Seigneurie
'D'AOUST 1722. 20
gneurie du Soleil , & je me tiens fi certain
, que le Comté de Blois n'eft point
forti des mains des descendans de Thibaud
te Tricheur , qui le leur avoit laiffé
pour heritage , que j'aurois de la peine à
me rendre en cela au témoignage d'un
Ecrivain contemporain , & j'y foupçonnerois
plutôt quelque interpolation. Ainfi
dans cette confiance je vais redreffer ici
le texte dont il s'agit , tel qu'il doit être,
conformément aux Tableaux genealogiques
du P. Labbe , & je ne doute pas
que M. l'Abbé de airac ne fuive enfin
ma correction , s'il ſe fait jamais une ſeconde
édition de l'explication de la carte
des lieux par où l'Infante- Reine a paffé .
Le fils aîné d'Eudes I. appellé Thi- ce
baud II. lui fucceda en 996. au Comté »
de Blois ; mais étant mort fans pofterité
, Eudes II . du nom , fon frere , «
fut fon fucceffeur , & Etienne , Com- ce
te de Meaux & de Troyes , fon coufin «
par fon ayeule , étant mort auffi fans ce
laiffer de pofterité en 1020. il fe faifit ce
encore de ces deux Comtez , & prit la ce
qualité de Comte de Champagne , dont «
Troyes étoit la capitale.
1
CC
Me voilà donc , Mrs , arrivé au bout
de la réponſe de M. l'Abbé de Vairac
contre moi , & je crois que vous approu
verez que j'en demeure là pour toûjours,
Bij
de
30
LE MERCURE
de quelque replique qu'il lui plût de
m'honorer, Il lui appartient de parler le
derrier , puifque c'eft moi qui l'ai attaqué
: & il eft bien jufte que ces fortes de
difputes n'aillent pas jufqu'à fatiguer les
Lecteurs , qui n'y prennent de plaifir que
jufqu'à un certain point . Il dit qu'il a
tâché de me répondre par la bouche de
nos meilleurs Auteurs , & j'efpere qu'on
trouvera qu'en cela j'ai encore été plus
exact que
lui . Il ajoûte que c'est au Public
éclairé à decider qui de lui ou de moi
eft plus digne de répréhension ; & c'est
auffi à ce Tribunal incorruptible que je
foumets avec joye mes remarques contre
fa réponſe par le miniftere de vôtre obligeant
Mercure.
Neanmoins il me refte encore à lui faire
des excufes fur ce que j'ai dit de fon
Copifte. Il s'en plaint vivement , page
22. & 23. de fa réponſe , comme fi j'avois
cherché à renouveller une vieille querelle
affonpie , quoiqu'il n'y ait qu'à lire l'endroit
dans le Mercure de Mai , page 86.
pour reconnoître que ce ne fut jamais là
mon intention . Car jamais homme ne fut
plus éloigné que moi , de vouloir faire de
la peine à perfonne , & je refpecterai toûtjours
très- fincerement le merite de M.
I'Abbé de Vairac , quelque idée defavantageufe
qu'il ait de moi . Je fuis , & c .
Ce 23. Juillet 1722.
LE
D'AOUST 1722. 31
BECO
LE BONHEUR
D'UN VRAI CHRETIEN.
STANCES.
Monde ,ne vante plus le pouvoir de tes
chaimes ;
Ta faveur eft pour nous une fource de lar
mes ,
Et ton empire un joug pelant & rigoureux.
Ton fafte nous feduit , ta ſcience nous trompe,
Et ta frivole pompe
Farde un neant affreux.
Grand Dieu , c'eft donc ainfi qu'aveugle en
fon audace ,
Ton ennemi prepare un triomphe à ta grace ,
Qui diffipe l'é lat dont il nous ébloüit.
C'eſt l'arrest qu'a dicté ta fageffe profonde ,
Que la gloire du monde
*
Naît , & s'évanouit .
Mais , libre enfin des fers d'un fi dangereux
maître ,
B iiij Quel
32 LE MERCURE
1
Quel bien goûte un mortel qui cherche à te cer
noître ,
Et de la fainte loi fait fon unique amour !
L'on diroit qué fon ame en ton fein envolée ,
Sur la voûte étoilée
Fait déja fon féjour.
Tous ces évenemens dont la foule impor
tune ,
Des mortels effrayez trave ſe ſa fortune ,
Livient à fon repos d'inutiles combats .
Le Dieu qu'on vit toûjours fidele en fes prés
meffes ,
Poffede des richeffes
Qu'ils ne détruiront pas .
Si le monde l'éleve à des places brillantes ;
La chute , redoutable aux grandeurs chancelantes
,
Ne jette en fon efprit ni crainte , ni terreur ,
C'est un roc qui des vents brave la violence ,
Et du flot qui s'élance
Ne craint point la fureur.
Quand le Ciel irrité des crimes de la ter
IC ,
Fait
D'AOUST 1722 .
33
Fait contre les humains éclater fon tonnerre ,
Du fidele innocent il eft toûjours l'apui.
Si Dieu , quand il punit cette terre rebelle ,
Eft un Juge pour elle ,
C'eft un Pere pour lui.
Chimeriques honneurs que l'orgueil auto
rife ,
Vous que le monde adore , & qu'un jufte méprife
,
Que peut fur fon efprit vôtre éclat fuborneur ?
Loin de vous , & vers Dieu précipitant fa
courſe ,
Il puife dans la fource
Du veritable honneur.
C'est là que recevant fes humbles facrifi
ccs ,
Dieu verfe dans fon coeur ce torrent de délices
Qui donne de la gloire un goût prématuré .
Monde, difparoiffez , êtes- vous com para ble
Au plaifir ineffable ,
Dont il eft enyvrć ?
Bv RE
34
LE MERCURE
REMARQUES
Sur l'ordre des anciens Pairs Laïques:
It
L s'eft gliffé deux fautes dans le Mercure
du mois de Juin , page 135. à l'égard
du rang des anciens Pairs Laïques
que les Princes du Sang reprefenteront
au Sacre du Roi. Le Duc de Normandie
y eft mis après le Duc de Guyenne , & le
Comte de Toulouse enfuite du Comte de
Flandres , au lieu qu'ils doivent être rangez
de cette mariere. Les Ducs de Bourgogne
, de Normandie & de Guyenne ; les
Comtes de Toulouse , de Flandres & de
Champagne.
11 eft pourtant vrai que cet ordre n'a
pas toûjours été le même . On marque
dans le Ceremonial de France , tome 1 .
page 30. qu'il ne fut ainfi reglé que vers
l'an 1370. & ce fut du moins depuis l'an
1257. auquel le Duc de Normandie étoit
encore reconnu pour le premier des Pairs
Laïques , felon Matthieu Paris : Dux
Normannorum primus inter Laicos &
digniffimus. Il le fait fuivre par les Ducs
de Guyenne & de Bourgogne , puis par
Comtes de Flandres , de Champagne &
de Toulouse .
les
=
D'AOUST 1722. 35
Il ne reste plus qu'une preuve de la
préfeance du Duc de Normandie fur les
autres Pairs Laïques , & c'eft le Sacre de
Philippe Augufte fait en 1179. du vivant
de Louis VII . fon pere , où Henri le jeune
Duc de Normandie , que fon pere
avoit auffi fait couronner Roi d'Angleterre
marcha immediatement après le
nouveau Monarque , portant la couronne
dont ce Prince alloit être couronné , ſelon
Roger de Hoveden .
>
+
Mrs de Sainte Marthe , dans leur Genealogie
de la Maiſon de France , & Marcel
, dans fa Chronologie des Rois de
France , veulent que Henri I. Roi d'An- ·
gleterre eût auffi affifté en 1129. comme
Duc de Normandie , au Sacre de Philippe
, fils aîné de Louis VI . mais c'eft ce
qu'on ne lit dans aucun ancien Auteur
& peut- être l'erreur ne vient- elle que
ce que quelque moderne aura là confondu
l'année 1129. avec celle de 1179. méprife
d'autant plus aifée , que les deux
Princes facrez en ces deux années avoient
le même nom , & que leurs peres qui les
faifoient facrer , fe reffembloient auffi par
cet endroit.
de
Le nouvel Hiftorien de l'Abbé Suger,
qui fait pareillement ce Henri prefent en
13. au Sacre de Louis VII . s'eft encore
plus certainement trompé , car il eft,
B vj
manifefte
36
LE MERCURE
manifefte , & par les Hiftoriens , & par
des Lettres du fecond tome du Spicilege
du P. Dachery , pages 457. & 458. que
ce Monar que n'y affifta point , comme
il a été déja remarqué dans un écrit ,
page 47. imprimé à la fin de l'Hiftoire
du Comté d'Evreux qui vient de paroî
tre.
L'auteur des Differtations fur la
mouvance de Bretagne , a obfervé , page
137. que lorique la Normandie & la
Guyenne curent été réunies à la Couronne
, ce qui arriva en 1202. par la confif
cation de tous les Etats , que Jean fans
terre , Roi d'Angleterre , poffedoit dans
le Royaume ; il fut tout naturel alors que le
Duché de Bourgogne devint le premier des
Duchez - Pairies , comme le feul reftant qui
fut encore fur la tête d'un Prince particu
lier. Mais , ainfi qu'on l'a dit , il n'eut cet .
avantage qu'après l'an 12575 parce que
Jean fans terre s'étoit maintenu dans leDuché
de Guyenne , & que S. Louis en avoit
même confirmé la poffeffion à Henri III.
fils de Jean , par un Traité folemnel de
l'an 1259. Philippes le Hardi ratifia enfuire
ce Traité & de plus ce Prince &
Philippe le Bel , cederent encore d'autres
païs aux Rois d'Angleterre ; mais ,
comme on l'apprend du Livre des droits
du Roi de Dupuy , la guerre s'étant rallumée
D'AOUST 1722. 37
lamée plus que jamais entre les deux Nations
, fur la fin de ce XIII . fiecle , Philippe
le Bel protesta deux fois que la qualité
de Duc de Guyenne , prife par les Rois
d'Angleterre en plufieurs Traitez, ne pourroit
lui préjudicier : & c'eft vers ce dernier
tems qu'on commence à voir des
marques de la Primauté du Duché de
Bourgogne.
Quand le même Philippe le Bel érigea
le Duché de Bretagne en Pairie , l'an
1297 , il ordonna que le Duc de Bretagne
joüiroit de toutes les mêmes prérogatives
que le Duc de Bourgogne , & dans ces
rencontres il eft ordinaire de prop ›ſer
pour modele le plus excellent dans le genre
dont il s'agit. Par ... omnigena paritatis
ejufdem quemadmodum dilectus &
fidelis nofter Dux Burgundia , compar
ejus , & prærogativa latetur.
Auffi le Duc de Bourgogne eft - il mis
le premier des Pairs dans le Registre du
procès fait à Robert d'Artois en 1332.
qui eft au Trefor des Chartes de la Couronne
, où l'on a marqué l'ordre que les
douze anciens Pairs devoient garder enordre
qui du moins pour les Pairs
Laïques eft encore le même aujourd'hui.
Sa primauté s'infere auffi , & de ce que
Philippe de Valois , accordant au mois
de Fevrier de cette année , nouveau style,
tr'eux ,
la
48
LE
MERCURE

la Normandie , l'Anjou & le Maine en
Pairie , à Jean fon fils aîné , fe contentoir
de dire dans fes Lettres , lefefons Per
de France avec tous droits & honneurs de
Pairies & de ce que , lorfque ce Jean ,
devenu Roi , gratifia du Duché de Bourgogne
en 1363. Philippe , furnommé le
Hardi , fon quatriéme & fon bien- aimé
fils , il déclara expreflément qu'il lefaifoit
& le crédit premier Pair de France ,
quoique Charles fon fils aîné fut Duc de
Normandie , primumque Parem Francia
facimus & creamus : car c'eft- là ce qu'il
n'auroit jamais fait , fi cette primauté n'avoit
pas dès auparavant été attachée au même
Duché. D'ailleurs , fi elle avoit encore
été annexée au Duché de Normandie
dans la perfonne de Charles , il auroit
été dans la neceffité de l'en feparer par les
mêmes Lettres , pour l'unir au Duché de
Bourgogne , fans quoi Charles n'auroit
point été cenfé privé de cette prérogative.
Au refte , le fils aîné du Roi avoit
par tout , de plein droit , la préſeance fur
le doyen des Pairs , ne déferant l'honneur
qu'aux Rois étrangers , comme du
Tillet l'a prouvé dans fonTraité des rangs
des Grands de France , & c'eft ce qui faifoit
qu'on ne s'embaraffoit pas quelle Pairie
on lui donnoit pour appanage , parce
qu'il n'en tiroit pas fon rang
L'ordre
D'AOUST 1722. 39
L'ordre des Pairs Ecclefiaftiques n'a
pas non plus été fixe dès leur origine , &
il eft marqué dans le Ceremonial de France
, que l'Evêque de Beauvais obtint la
préfeance fur celui de Langres en 1316.
au Sacre de Philippe le Long , ce qui
prouve que la Pairie de ce dernier n'étoit
point encore alors un Duché ; mais
on n'a pas vû d'Actes fuffifans pour bien
expliquer les changemens qui y font furvenus.
Voici feulement leur rang
d'au
jourd'hui , felon l'état de France de Sainte
Marthe. Reims , Laon , Langres : Duchez
, Châlons , Noyon , Beauvais , Com
tez.
Il feroit curieux auffi de fçavoir ( car
la matiere eft du tems , & ce point n'a pas
non plus , ce femble , encore été éclairci )
de favoir, dis-je , depuis quand les anciens
Pairs Laïques étaient reprefentez au Sa❤
ere des Rois , lorfqu'ils étoient abſens
& fi on y a toûjours reprefenté ceux dont
les Pairies ont été rétinies à la Couronne.
A la verité , dans tous les tems , l'uſage a
été d'avertir les Grands du Royaume , de
fe trouver à cette ceremonie , & que les
plus importans de ceux qui ne pourroient
y affifter , y envoyaffent des Seigneurs
en leur place. Ainfi au Sacre de Philippe
I. l'an 1959. on voit des Amballadeurs
de Robert , Duc de Bougo
gne,
40
LE
MERCURE
gne , de Baudotiin , Comte de Flandres ;
& de Geofroi Martel , Comte d'Anjou ;
mais on n'y rencontre point Guillaume le
Baſtard , Duc de Normandie , ni aucun
Seigneur Normand pour lui .
La Ducheffe de Bourgogne , Douairiere
, fille de S. Louis , forma oppofition
au Sacre de Philippe le Long ( voulant
qu'auparavant les Pairs décidaffent
du droit de la fille de Louis Hutin , fa
petite- fille , à la Couronne de France &
à celle de Navarre ) & Eudes IV . Duc
de Bourgogne , refufa de s'y trouver ;
Charles le Bel , Comte de la Marche ,
frere de Philippe , fe retira auffi pour
n'y point affifter ce qui obligea ce Monarque
de faire fermer les portes de la Ville
de Reims , de peur d'être troublé durant
fon Sacre ; & y auroit- il apparence qu'il
y eût fait reprefenter ce Duc de Bourgogne
malgré lui , par quelque Seigneur
qu'il auroit nommé pour cela. De plus
Mahaud , Comteffe d'Artois , s'y trouva
fuivant le titre de la Pairie , & aida , comme
les autres Pairs , à foûtenir la Couronne
fur la tête du Roi , ce qui donna de
l'indignation aux Gra ds , qui n'avoient
jamais rien vû de pareil ; & cela fait voir,
ce femble , que les Pais modernes ne reprefentoient
point encore alors les anciens
Pairs dans cette ceremonie ; mais
qu'ils
D'AOUST 1722 .
qu'ils les remplaçoient feulement car
sil n'avoit été queftion que d'une fimple
reprefentation , auroit- on choifi une fem
me.
ap-
C'eft pour cette raifon , que les Pairs
modernes n'étoient pas moins tenus que les
anciens , de le trouver aux Sacres , pour
faire leurs fonct ons de Pairs ; de forte
qu'ils avoient befoin de Lettres qui les relevaffent
du défaut , quand ils y manquo
ent , dequoi du Tillet rapporte quel
que exemple , & Monftreler remarque , à
l'occafion du Sacre de Charles VII. où
prefqu'aucun Pair ne vint , qu'on les
pella de l'Autel à l'ordinaire par leurs
noms , comme devant y être prefens . Enfin
, à fuivre les preuves des Sacres , qui
font imprimées dans le Ceremonial de
France , il femble que ce ne foit
cé que depuis
environ 25o . ans , qu'on s'eft affujetti
à faire reprefenter les anciens
Pairs Laïques ; mais on découvrira peutêtre
d'autres preuves qui remonteront plus
haut , & fans doute que s'il s'en trouve
dans les Recueils de M l'Abbé de Camps,
il fe fera un plaifir de les communiquer au
public , ce qui fervira de fupplément à la
curieule Differtation Hiftorique du Sacre
du Couronnement des Rois de France ,
dont il lui a déja fait preſent.
TRA
42 LE MERCURE
TRADUCTION NOUVELLE
de l'Ode d'Horace , donec gratus eram:
TIRSIS.
Tandis que tu m'aimois , Silvie
Tan is que tu n'aimois que moi
Je n'aurois pas changé ma vie
Pour le deftin du plus grand Ror
SILVIE .
Lorfque , préférée à Climene ,
Tirfis , je plaifois à tes yeux ,
Je n'aurois pas pour être Reine
Changé mon deftin glorieux,
TIRSIS.
Climene eft maintenant ma belle ,
Nous bru ons d'une même ardeur ;
S'il me falloit mourir pour elle ,
La mort feroit douce à mon coeur .
SILVIE.
A Mirtil j'ai rendu les armes ,
Je fuis fon amante aujourd'huy ,
La mort auroit pour moi des charmes
D'AOUST 1722.
43
S'il la falloit fouffrir pour lui.
TIRSIS.
Mais fi je rentrois dans la chaîne
Dont tu me voyois fi charmé...
Si mon coeur cubliant Climene ,
Pour toi fe trouvoit renflâmé...
SILVIE.
Bien que tu fois un infidelle ,
Et que Mirtil ait mille appas ,
J'éteindrois mon ardeur nouvelle
Pour t'aimer juſques au trépas.
-
LETTRE
Ecrite aux Auteurs du Mercure.
MESESSIE ESSIEURS ,
J'ay vû dans votre Mercure du mois
de May dernier le projet de Livre qu'un
Auteur anonymne propofe , où il femble
demander le fecours des fçavans pour l'ai
der dans l'execution de fon deffein ; quoi-.
que je fois bien éloigné d'être de ce nom
44
LE MERCURE
#
bie , je ne laille pas de prendre la liberté
de vous marquer qu'il y a plus de vingt
ans que j'y eu la même penfée , mais
aynt examiné cette entreprife avec refle-
Xion , je la trouvai au delus de mes forcs
, & je rédu fi non projet à onze fujets
des 42. que vôtre auteur propoſe ,
lefque's le trouveroient augmentez de
trois s'il y joignoit les faluts , les proceffions
, & les repofoirs dont cet auteur ne
parle pas , & qui ont cependant du nombre
des fêtes facrées ; les fujets que j'ay
choifis font les tournois , carouſels , cavalcades
, feux d'artifices , illuminations
decorations de theatre , bals , ballets
malcarades , feftins & collations qui fe
font faits en France. A la verité , fi je prenois
le parti de donner ce recueil au public
, je voudrois l'orner d'un certain
nombre de planches pour reprefenter les
principaux fujets dans chaque mariere . Je
me contente de le laiffer en manufcrit ;
il eft accompagné de près de
quatre mille
morceaux de deffeins tant petits que
grands , il y en a plus de cinq cens qui
ont depuis 17. jufques à 32. pouces de
longueur , & plus de trois mille qui n'ont
jamais paru , & que perfonne ne peut
donner que moy. J'y joindray deux recüeils
de defleins de catafalques , tombeaux
& pompes funebres , & près de
cent
D'AOUST 1722. 41
ent cinquante morceaux de toutes grandeurs
, la plupart de l'invention de Mr Be
rain , pere & fils , avec des extraits des
fujers feulement , & je compte de tout
cela faire au moins huit volumes de grand
in folio de defcriptions ; ce n'eft
me vous voyez Mis la quatrième partic
de l'ouvrage que l'on propofe , & neanmoins
je n'y comprends pas ce qui s'eft ·
fait chez les anciens , & chez les étran
gers dans tous les temps .
pas com-
Après tout on ne peut que lcüer le
deffein de vôtre, auteur de raffembler
dans un corps d'hiftoire auffi étendu
tout ce qui concerne ces fpectacles qui
font diftribuez dans plus de deux mille
volumes , & dans un nombre infini de
pieces volantes & fugitives difperfées en
mille endroits differents qu'il n'eft pas
aifé de recueillir , & je fuis perfuadé que
le public luy auroit beaucoup d'obligation
de cette collection ; mais je ne ſçai
pas de quelle maniere il prétend l'execu
ter , fi c'eft par extrait ou tout au long.
Dans le premier cas l'ouvrage me paroîtroit
bien imparfait , puifque la plupart
de ces fortes de chofes ne font par ellesmêmes
que des extraits , où l'on a renfermé
le plus de matiere que l'on a pû
dans un fens concis , le fujet qu'on a traité
, quoiqu'il ait fouvent beaucoup d'étenduë
46 LE MERCURE
tendue , & il n'eft gueres poffible de faire
un extrait de cet extrait fans fupprimer
des particularitez qui fervent d'explica
tion au fujet principal , & qui en font
comme l'aine ; de forte que à l'on veut
donner un corps d'hiftoire qui puiffe fervir
à la pofterité , fatisfaire la curiofit.é
du public , & ne luy laiffer rien à fouhaiter
autant qu'il eft poffible , il faut
donner un recueil entier , ce qui ne fe peur
faire fans s'embarquer dans une très - grande
entrepriſe . Vulfon de la Coulombiere
qui a donné deux volumes infolo des
anciens tournois , n'a ,, ppoouurr ainsi dire,
qu'ébauché la matiere ; il y a encore dequoi
faire au moins deux autres volumes
en ajoûtant ce qu'il a omis , & ce qui
s'eft fait depuis l'impreffion de fon livre
en France feulement , fans y comprendre
ce qui s'eft fait chez les étrangers & les
anciens ; pour cela il faut faire traduire
un grand nombre de livres qui traitent
de cette matiere , & qui feront aflurement
encore plus de trois volumes , car
pour le traité des Tournois in quarto du
P. Meneftrier, il n'eft , ce me femble
qu'un extrait des titres des Tournois . On
peut juger par cet article de l'étendue des
autres ; les entrées des Princes , les fêtes ,
les réjouiffances pour leurs naiffances , &
leurs obfeques , & anniverfaires font auffi
D'AOUST 1722 47
très -confiderables , & les autres articles
pour la plûpart ne le font gueres moins ,
je ne vous fais pas , Ms , toutes ces difficultez
dans l'intention de rebuter l'homme
de Lettres qui a deffein de faire l'ouvrage
que vous avez annoncé , mais c'eſt
afin qu'il prenne de juftes mefures pour
bien executer fon projet en fe faifant don
ner des éclairciflemens fur tout ce qui eft
arrivé en France à l'égard de ces fortes
de fpectacles , dont il ne refte aucunes
traces , & dont on ne trouve que de foibles
inftructions dans des hiftoires anec
doctes. Il eft auffi à propos que cet auteur
fe prenne de bonne heure , & écrire
aux Academies , & aux curieux des pays
étrangers , & même qu'il s'adreffe aux
Ambaffadeurs , & aux Envoyez des Princes
à la Cour de France , pour les prier
d'écrire dans leurs pays , afin de fe procurer
de promptes réponſes fur tout ce
qui s'ett fait chez eux de confiderable fuɛ
ces fortes de chofes , foit que les relations
en ayent été imprimées , foit qu'elles ne
fe trouvent qu'en manufcrit dans les archives
publiques ; car les étrangers font
plus exacts que nous fur ces chofes- là ,
& je fuis feur qu'ils fe feroient une gloire
de voir nos faftes enrichis de leur magnificence.
>
J'aurois bien d'autres chofes à dire fur
cette
LE MERCURE
cette matiere , mais en voilà affez pour
avertir l'auteur qui s'eft adreffé à vous
d'une partie de ce qui lui doit arriver ;
au furplus s'il veut me faire l'honneur de
m'écrite , & s'expliquer avec moi , je
me ferai un fenfible plaifir de lui être
bon à quelque chofe , nous pourrons nous
aider mutuellement ; & comme il y a
d'autres perfonnes qui peuvent avoir le
même deffein , du moins en partie , vous
me ferez plaifir, M's , d'inferer ma lettre
dans votre Mercure , quand elle re ſerviroit
qu'à épargner la peine à plufieurs de
travailler fur le même fujet , ce fera toûjours
leur rendre un fervice qui n'eft pas
peu confiderable.
J'ai vu auffi dans vôtre Mercure de
Juin le projet de l'hiftoire du Theatre
François qui a été fort approuvé dans ce
pays ci , fi l'auteur le trouve bon ,j'aurai
T'honneur de lui dire que fi dans les recherches
qu'il fera , il peut découvrir la
maniere , dont les anciens Comediens
étoient habillez jufques à Moliere , il
feroit plaifir au public de faire graver ces
differens habits , ou 'du moins d'en donner
une defcription exacte auffi bien que
des Theatres , du moins de celui qui
fubfifte , & qui a été fait avec une par
faite connoiffance ; il feroit auffi à fouhaiter
qu'il voulut reftituer ce que Moliere
"avoit
D'AOUST 1722 49
voit fupprimé de fes premieres oeuvres ;
j'ai l'honneur d'être très- parfaitement,
Ms , vôtre &c. Signé , du Rondray.
AS. Malo , ce 28. Juillet 1722.
kaksiksik at kakakkkkkk
Extrait d'une lettre écrite d'Angers le 12.
Juillet 1722.
L
Es RR . PP . Benedictins de l'Abbaye
de S. Aubin de cette Ville n'ont
rien épargné pour marquer à la Princeffe
Abbelle de Chelles , au nom du très R.
P. General , Dom Denis de Sainte Marthe
, & de toute la Congregation de Saint
Maur , leur profonde veneration , & un
foible témoignage de leur parfaite reconnoiffance
par la magnificence , avec laquelle
a été foutenue le 2. de ce mois uņe
Thefe de Philofophie dédiée à cette Princeffe
par Fr. Jean Profper d'Anthenaife
Diacre , Moine , Benedictin de la même
Congregation.
M. l'Evêque d'Angers , M. l'Abbé de
S. Aubin , & les fix principales Compagnies
d'Angers ; fçavoir le Chapitre de la
Cathedrale , l'Univerfité , le Prefidial
la Prevofté , la Maifon de Ville , & l'Election
y affifterent en grande ceremonie
après
C
>
50
LE MERCURE
après y avoir été folemnellement invitez .
La Theſe a été foutenue dans le Refectoire
de l'Abbaye à caufe de fa grande
étenduë d'environ cent pieds de longueur
fur 40. de largeur. Il étoit orné de riches
tapifferies , de fauteuils & de fieges
magnifiques , & il avoit pour principal
ornement un beau portrait de la Princeffe,
Abbeffe de Chelles , pofé fous un dais
au-deffus d'un riche fauteuil qui étoit
placé fur une eftrade.
M. Jean Neaux , Profeffeur de Droit
a fait l'ouverture de la Theſe par un compliment
à la Princeffe qui a été fort applaudi
, ce qui a été limité par tous les
Profeffeurs , & autres perfonnes diftinguées
qui ont argumenté. On peut dire
qu'on n'a jamais vû à Angers une plus
belle & plus nombreufe affemblée , &
on peut ajoûter que jamais acte de cette
qualité ne s'eft paffé avec plus d'ordre &
de Nobleffe
que celui- là , & que
tenant a parfaitement répondu à l'eſperance
qu'on avoit conçue de fa capacité ,
il eft d'une des meilleures familles parmi
la Nobleffe de la Province d'Anjou.
le Sou-
A
D'AOUST 1722 .
SI
777
A M. LE MARQUIS DE ....
M
A Avignon le 1. Mars 1722.
R,Vous trouvez que j'ay peint avec
des couleurs affez , naturelles , les
effets & les fuites de cette terreur qu'infpire
la maladie qui afflige cette Ville ,
rien ne m'eft plus cher que vôtre approbation.
Vous ajoûtez que je devrois entreprendre
d'expliquer les caufes de cette
même maladie ; permettez - moi de vous
dire , que c'est une matiere trop pleine
d'obfcuritez .
Dans les pieges de l'ignorance
Nos fens nous tiennent engagez ,
Nôtre plus fire connoiffance
Se fonde fur des préjugez
Subtils & malins heretiques
Par nôtre amour propre nourris
Enfans flatteurs , & trop cheris ,
Qui par cent détours politiques
Sçavent s'affervir les efprits
Qu'ils fafcinent de leurs pratiques .
Plus habile que les Rheteurs
C ij
La
52
LE MERCURE
La raifon nous dupant nous mêmes
Entraîne après foi les erreurs
Dont elle bâtit fes fyftêmes.
Trop amis de la verité
Nous la cherchons jufques dans les chimeres
Courant avec avidité
Sur les traces les plus legeres ,
Nous embraffons toûjours des lueurs menfone
geres ;
Séduits par notre vanité,
Nos recherches ont ajoûté
Aux menfonges creux de nos peres
De nos réves trompeurs le tiffu concerté.
Pour vous obéir cependant , je rimerai
le fyftême des infectes , auteurs de la
pefte. I eft ingenieux , & plaît par la
nouveauté.
Ces infectes fouples , agiles
De leur propre venin nourris,
Viennent nicher fur nos habits ,
Et leurs attouchemens fertiles
Les rendent ayeux en naiflant ,
Ils courent fur nos fens dociles ,
Chaque porc à fon habitant ,
.
La
DAOUST 1722 53
La frayeur leur introductrice ,
De leur deffein bien tôt complice,
Leur ouvre la porte du corps ,
Le fang cede à leurs noirs efforts ,
Toute la vigueur l'abandonne ,
Le corps d'épouvente en friffonne
En vain les eſprits irritez -
N'ayant pour armes que leur rage,
Voudroient s'opposer au paſſage
De ces infectes indomptez ,
Une tumeur trop infidele
Offre une forte citadelle
A leurs fuperbes ennemis ,
Tout le corps s'y trouve foumis,
Et les vainqueurs remplis de joye
Devorent à loifir leur proye.
Cij
54
LE MERCURE
cure ,
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercontenant
des remarques critiques
fur quelques endroits du Diction
naire de M. Bayle , par M. Jean Frederic
Guib , Docteur ez Droits.
Cuña , A Jefuite Efpagnol vivoit
pas
dans le fiecle paffé . Il s'eft rendu
celebre par la Relation qu'il a donnée au
public de la grande riviere des AmaZones
qui a été traduite en François par M. de
Gomberville de l'Academie Françoife.
Cette Relation a été réimprimée à Amfterdam
en 1716. à la fin du fecond Tome
du voyage autour du Monde par
Woodes Rogers , Cipitaine Anglois . Si
M. Bayle l'eut lûe , il ne fe feroit
trompé comme il a fait. Il dit que l'embarquement
fe fit au mois de Fevrier 1639.
& qu'il prend cette datte dans M. Chevreau.
Hiftoire du Monde , tom . 4. p .
171. Voici les paroles d'Acuña même
qui feront voir que cette datte eft fauffe.
Le P. François de Fuentes , Provincial
» des Jefuites confirma la nomination.
que le Comte de Chinchon , Viceroi
» du Perou avoit faite du P. d'Acuña ,
quoiqu'il fut Recteur du College des
Jefuites
D'A OUST 1722. SS
сс
Jefuites de Cuence , dépendant de Qui- «
to , & lui donna pour compagnon le «
P. André Dartieda , Profeffeur en Theo- «<
logie dans le même College. Ces deux
Religieux reçûrent leurs ordres par des «
Patentes expediées en la Chancellerie e
de Quito , portant qu'ils euffent à par- «
tir fans délai avec le Capitaine Major ce
Pierre de Texeira , & qu'étant arrivez
à Para , ils paffaffent en Espagne pour «
rendre compte au Roi de tout ce qu'ils ce
auroient remarqué dans leur voyage . Ces
Religieux obéirent incontinent aux ordres
qu'ils avoient reçûs , & partirent
le 16. de Janvier 1639. pour commen- «e
cer un voyage qui dura dix mois avant
qu'ils fuflent arrivez à Para , où ils es
prirent port le 12. de Decembre de la
même année. En fortant de Quito , ils
prirent le chemin de ces hautes mon- «
tagnes , au pied defquelles , font les ce
fources, à huit lieues de Quito , & à 20. ce
minutes au Sud de la ligne , de cette s
grande riviere des Amazones , qui ce¹
n'ayant rien dans fa naiffance de plus ce
grand que les autres rivieres , s'augmente
& croît fi fort dans fon cours, qu'elle «
a 84. lieuës de large dans fon embou- ce
chure . Certe riviere court de l'Occi- (5
dent à l'Orient , & a de longueur mille «
trois cent cinquante- fix lieuës mefurées ce
Ciiij ayec
ce
56 LE MERCURE
avec exactitude , quoiqu'Oreillane luf
» en ait donné mille huit cens. » Pour
éclaircir ce que M. Bayle dit dans la
Rem. A. de l'art. de notre Jefuite Efpagnol
, j'ajouterai que deux années auparavant
Pierre Texeira avoit remonté cette
riviere. Il s'étoit embarqué à Para le
28. Octobre 1637. fur 47. canots , avec
deux mille hommes , tant Portugais que
rameurs Indiens , & gens de fervice , &
après environ un an de navigation il arriva
à Quito. Nicolas Janfon qui par les
ouvrages de Geographie qu'il a donnez
au public s'eft acquis une gloire immortelle
, a fait la même faute que MS Chevreau
& Bayle. C'eft dans fon Amerique
imprimée à Paris en 167. &c. ceux qui
ont eu foin de la derniere édition du Dic
tionnaire de Moreri ont été plus attentifs
à copier ce que M. Bayle avoit écrit, qu'à
verifier fi ce qu'il avoit dit étoit veritable
; ils étoient cependant dans des Villes
où ils pouvoient trouver très facilement
la Relation de nôtre Acuña , & par confequent
rectifier la narration de M. Bayle
; mais c'eſt - là une exactitude qui eft
un peu rare , parce qu'elle demande trop
de foin & de peine .
*
M. Bayle infinue dans la Rem. B. de
l'art. Benferade que la riviere de Guadiana
en Eſpagne fe cache , & coule
dans
D'AOUST 1722
57
'dans des canaux fouterains pendant
quelques lieuës , & qu'enfuite elle reparoît
tout de nouveau pour reprendre
fon cours ordinaire. Qui diroit que cette
riviere ne fe cache point du tout , & que·
ceux qui l'ont crû autrement fe font
trompez , ne diroit rien qui ne fut conforme
à la verité. Mais , dira- t- on , un
très grand nombre d'Auteurs avoient
affirmé avant lui la même chofe ? Mais
qui ne fçait qu'à l'égard de ces fortes de :
fingularitez if fuffit qu'il y ait un écrivain
credule qui en faffe part au public , pour
que dans la fuite on les publie comme des
faits certains & averez:
Quoique Budé ait été un des plus fçavans
hommes de fon temps , il eut cepen--
dant le chagrin de demeurer court en
voulant haranguer l'Empereur Charles-
Quint. M. Bayle affure dans la Rem . O
qu'il n'a lû cela que dans le premier vo→-
lume des Commentaires du Pere Abraham:
fur les Oraifons de Ciceron . Il y a appa--
rence que M. Bayle ne s'eft point reffou
venu qu'il eft fait mention de cette par
ticularité dans le premier tome , page
'410. du Recueil general des questions trai
tées és conferences du Bureau d'adreffe
par Eufebe Renaudot Medecin.
Dans la Rem. K. de l'art. Caftalion-
M. Bayle rapporte un paffage de Mon-
Cw tagnee
58
LE
MERCURE
tagne , effais livre 1. ch. 34. dans lequel
il eft dit que Lilius Gregorius Giraldus
en Italie , & Sebaftianus Caftalion en
Allemagne , très -excellens perfonnages en
fçavoir , font morts en état de n'avoir pas
leur faoul à manger. Après quoi il fait
une longue plainte fur ce qu'on a oublié
un fait auffi curieux que celui-là dans la
Table Alphabetique des Effais de Montagne
. Je ne doute point que M. Bayle
n'en eut retranché une bonne partie , fi
des occupations plus importantes lui
avoient laiffé affez de loifir pour parcou
rir un peu plus exactement cette table
car il auroit trouvé fous le mot More ce
qu'il fouhaitoit avec tant de paffion
qu'on y mit. A la Rem. L. de l'art. Origene
M. Bayle parle d'un celebre Medecin
, nommé Elie Bouhereau . Qu'il me
foit permis de dire que ce Bouhereau
fut reçû Docteur en Medecine dans l'Univerfité
d'Orange le vingt - neuviéme
Mars de l'année mil fix cent foixantefept.
Dans les Regiftres de cette Univerfité
on affure qu'il étoit alors âgé
d'environ vingt cinq ans, qu'il étoit de
moyenne taille, cheveux noirs, & que fon
pere s'appelloit auffi Elie Bouhereau. Au
refte mon grand - pere Frederic- uib (a)
(a ) Il étoit Ecoffois , car il nâquit à Dumferlin
dans la Comté de Fife d'un pere qui
fuc
D'A OUST 1722.
59
fut le Promoteur de fon avancement .
C'eft en lifant ces Regiftres que j'ai ,
découvert que plufieurs Auteurs fe font
trompez fur le temps de la naiffance de
M. de Tournefort de l'Academie Royale
des Sciences , & Profeffeur Royal en
Botanique , & en Medecine . Cet habile
homme étoit âgé de trente ans le dixième
s'appelloit Bernard Gib , & qui étoit Avocat
au Parlement de la ville d'Edimbourg. Il fut
reçu Maître ès Arts en l'Univerfité de Saint
André , & le neuviéme de Septembre mil fix
cent cinquante un il fut reçû Docteur en Medecine
dans l'Univerfité de Valence. 11 a publié
plufieurs ouvrages ; il a pris quelquefois le nom
de Philaletes , car c'est lui qui eft l'auteur des
vers qui parurent en 1670. & qui commencent
ainfi :
Caceferox , rabido qui flammas evomis ore .
Quas phlegetontais cerberus & c.
11 s'eft defigné par les premieres Lettres de
fon nom dans des vers qui font à la tête d'un
poëme de M. de Thou , de l'édition de Daniel
Elzevir 1678. En 1674. il fit une harangue à la
louange du Pourceau qu'il dedia à François
Graverol , celebre Avocat de la ville de Nimes ,
& qui dans fon genre n'eft pas moins curieufer
que celles qui ont été inferées dans les differtato
Ludicr. de l'édit . de 1644. Il mourut le vingt
feptiéme Mars mil fix cent quatre vingt- un
eft fait mention de ce fçavant dans le Sorberia
na de l'édition de Touloufe 1694. dans l'Hi
toire des ouvrages des fçavans du mois d'Aouft
1694. pag. S51 . dans les nouvelles Litteraires :
du mois de Mars 1717. p. 145. & 208,. &c.
Cvj
Mail
A
60 MERCURE LE
Mai milfix cent quatre- vingt-huit , qui
fut le jour qu'il prit le grade de Docteur
en Medecine dans cette Univerfité. II
étoit fils de Pierre de Tournefort .
M. Bayle étoit un Sçavant d'une lecture
immenſe ; & comme c'étoit un critiqui
n'étoit pas moins exact que judicieux
, il y a lieu d'être furpris qu'il ait
alluré qu'avant le quinziéme fiecle perfonne
n'avoit fait mention de l'Hiffoire d' Alexandre
le Grand , compofée par Quin
te. Curce.
Plufieurs autres Sçavans du premier
Ordre ont écrit la même chofe , & il y
en a même à qui ce profond filence a fait
eroire que cet Hiftorien avoit vêcu dans
le quatorziéme fiecle. Ces grands hom
mes ne fe feroient pas exprimez de cette
maniere s'ils avoient fçû que Jean de Sar--
rifberi qui vivoit au douzième fiecle avoit
cité Quinte- Curce dans le dix - huitiéme
chapitre du dernier livre de fes Nugis
Curialium..
Je m'arrête ici parce que je fçai quevous
vous êtes fait une loi de n'inferer
dans votre Mercure que des pieces d'une
jufte longueur, la matiere qui me refte
eft ample , & auffi curieufe que les artieles
ci- deffus ; fi je vois que le public s'interelle
à ces fortes d'ouvrages critiques ,
je vous en envoyerai la fuite partagée en
diverfes
D'AOUST 1722
diverfes parties. J'ai l'honnneur d'être ,
Mrs , vôtre , & c..
A Orange ce 4. Juillet 1722 .
Les caracteres de l'Amour. Parodies für
Les caracteres de la Danfe , ont été
fi goûtez du Public ", que cela nous
engage à lui donner aujourd'hui la
Guerre & Amour , parodiée fur les
caracteres de la Guerre du Sieur Dandrieu
, Organiste de S. Mederic ; nous
devons cette nouvelle Parodie à M.Gau
tier de Mefieux:
LA GUERRE D'AMOUR.
V
Boutefelle:
Enez , amour , venez , quittez Cy
pris ;
Venez , amour , bleffez le coeur de mon Iri
Et triomphez de fes mépris,
Marche..
Volons fur fes pas ››
Nos tendres combats
Ne nous laifferont
pas
La victoire incertaine ;
Volons fur fes pas,
Nos tendres combats
Sous
62
LE MERCURE
Soumettront les appas
De l'inhumaine.
Un coeur
Sans ardeur ,
Devient trop heureux ,
Quand l'amour victorieux
L'a mis dans fa chaîne ;
S'il peut vous bleffer ,
Loin de vous en offenfer
Vous devez cherir les coups
Le triomphe eft pour vous.
Fanfare.
Fuyons une victoire ,.
Que fans difputer ,
On pourroit remporter ::
Il faut pour notre gloire ,
Un coeur difficile à dompter.
Nous faifons nos plaifirs
T
De former des defirs ,
De pouffer des foûpirs :
Un coeur trop tôt rendu ,
N'a pas Les
D'A
OUST
17223
63
Les
appas
D'un coeur défendu .
Air.
C'eft affez
>
Iris , ceffez ,
Il faut enfin fe rendre un jour
C'eft meriter ,
Les chaînes de l'amour.
Qued'avoir craint de les portera
Dans les Cieux
Les plus grands Dieux ,
Sont amoureux ;
Aimez comme eux.
Que craignez vous ?
Un fort fi doux ;
Ne doit il pas inviter
A les imiter ?
Fanfare en Menuet
Mais je parle en vain ,
L'infenfible eft fourde à ma voix,
Et je vois
Que pour fon coeur mutin
II
LE MERCURE
Il faut vuider mon carquois .
Partez de ma main ,
Trait dangereux ,
Pour un coeur trop dédaigneux
Et rendez enfin
Le Dieu d'amour victorieux.
La Retraite , Rondeau.
Triomphe , amour , c'en eft fait g
Iris eft tendre ,
Et fans attendre ,.
Veut fe rendre.
Triomphe , amour , c'en eft fair ,
Iris eft tendre ,
Monfort eft parfait-
Doux vainqueur ,
Dieu de mon coeur
Fais qu'en fon ame ;
S'augmente ta flame.
Triomphe , amour , c'on eft fair;
Iris eft tendre ,
Etfans attendre ,
Yeut
D'AOUST 27220 * 5
Veut fe rendre.
Triomphe amour , c'en eft fair
Iris eft tendre ,
Mon fort eſt parfait.
Que toute ta Cour ,
Dans cet heureux séjour ;
Chante ta gloire & mon amour
Triomphes , amour , c'en eft fair,
Iris eft tendre ,
Et fans attendre ,
Veut fe rendre.
Triomphes , amour , c'en eft fait
Iris eft rendre ,
Mon fort eft parfait..
Pour chanter ces paroles fur la Mufique du
Sicur Dandrieu , il y a quelques obfervations à
faire ; premierement il faut chanter le Boutes
felle de la maniere qui fuit.
Venez , amour , venez , combattez , quittez
Cipris ,
Venez , amour , venez , combattez , amour
Combattez , combattez , bleßez le coeur de mon
Iris
Venez
66 LE MERCURE
Venez , amour , venez , quittez Cipris , venez,
amour ,
Bleẞez le coeur de mon Iris , venez , amour •
Triomphez de fes mépris .
Secondement , il faut dans les reprifes du
Rondeau de la Retraite , avoir attention à
mettre vingt-cinq notes fur la premiere fylla
be du mot flame , onze notes fur la premiere
fyllabe du mot Chante , & onze notes fur la
premiere fyllabe du mot gloire.
Reponse
D'A OUST 1722″
67
Réponse de M. Capperon , ancien Doyen
de faint Maixent , à la défense de l'étimologie
du nom de la Ville d'Eu¸
qui eft inferée dans le Mercure du mois
de Juin dernier.
Piqué
,pour répondre à l'Auteur anonyme, qui m'attaque d'une maniere
affez vive , il s'agit de fçavoir quelle
eft l'étimologie
la plus naturelle du nom
de la Ville d'Eu , & du Comté , & de
l'Archidiaconé
où elle eft fituée , qui
le portent comme elle ; il eft à propòs
qu'on fçache que M. Huet , Evêque d'Avranches
, recherchant
dans fon livre des
d'où veorigines
de la Ville de Caën ,
noit l'étimologie
du nom du païs d'Auge
, peu éloigné de Caen , il crut l'avoir
découverte
, en la faifant venir des mots
Au , Aur , Aure , ou, qui autrefois en Allemand
fignifioient
un pré , parce qu'ef
fectivement
le païs d'Auge eft un païs de
pâturage & de prairie : & pour fortifier
fon fentiment , trouvant que le nom de
la Ville d'Eu , en latin Augum , avoit un
grand rapport avec celui d'Auge , il conclud
que le nom de cette Ville venoit
auffi del' Allemand , & que la Ville d'Eu
en
68 LE MERCURE
ne portoit ce nom , que parce qu'elle étoit
également fituée dans des prairies.
J'avoue que que la penfée
de M. Huet feroit
jufte , fi effectivement
l'Archidiaco
né , le Comté
& la Ville d'Eu , étoient
comme
le païs d'Auge
, un païs de pârurages
& de prairies
; ou fi au moins
la
Ville qui porte ce nom , étoit placée
dans
des marais
, comme
il y en a une infinité
d'autres
mais bien loin de cela , le Com
té d'Eu , & l'Archidiaconé
, qui a beaucoup
plus d'étendue
, font un beau païs
de bois , de forefts
, de belles
& fertiles
campagnes
. La Ville d'Eu mêine , loin
d'être
fituée dans des prairies
, fe trouve
prefque
en entier
conftruite
fur un côteau
très fec . Ainfi la penſée
de M. Huet
porte à faux , car avant que de mettre ,
& l'Archidiaconé
, & le Comté
, & la
Ville d'Eu , dans la même
claſſe que
le
païs d'Auge
, leur attribuant
également
le nom de pré , il convenoit
de fçavoir
,
fi cet Archidiaconé
& ce Comté
étoient
un païs de pâturages
& de prairies
, & fi
en particulier
la Ville
d'Eu étoit fituée
dans des prez.
Car de prétendre que l'Archidiaconé
'd'Eu , que j'ai dit dans mon ellai être la
plus confiderable partie de ce qui com
pofoit autrefois le païs d'Eu , ou des Euf-
Gens , ait tiréfa dénomination de païs de
prez
D'AOUST 1722. 69
prez , également comme le Comté , &
cela à caufe de la Ville principale qui s'y
trouvoit , la chofe , dis- je , ne parcît pas
vrai femblable ; car il faudroit premierement
que les prairies où auroit été cette
Ville , euflent été bien fameules , ou
qu'elle y eût été extrêmement enfoncée ,
pour que cela eût donné lieu à la dénomination
d'un païs fi étendu , ce qui ne
fe peut pas dire. D'ailleurs tout le corps
de la Ville , & le Château qui y eft joint,
ont toûjours été fituez , comme ils font
encore aujourd'hui fur le côteau , & cette
Ville ne touche aux prairies que par une
de les extrêmitez. De plus , ces prairies
font d'une très- petite étendue , la vallée
étant fort étroite , ce qui fait qu'elles
n'ont rien d'affez fingulier , pour caracterifer
de telle forte une Ville , que lui
donnant leur nom , ce même nom doive
être enfuite communiqué à tout le païs
adjacent. Voilà pourquoi , dans la réponfe
que j'avois faite aux objections qui me
furent propofées , comme le dit l'Auteur
anonyme , dans les Memoires de Trevoux
du mois de Septembre 1716. & que
les Auteurs de ces Memoires n'ont pas
jugé a propos de rendre publique , je difois
que pour vouloir donner le nom de
prez au Comté & à la Ville d'Eu , vû
leur difpofition & fituation , à cauſe de
quelques
70 LE MERCURE
quelques rapports à quelques mots Alle
mans , il falloit être plus qu'Allemand .
Mais , dit l'Auteur anonyme , quoique
la Ville d'Eu foit fituée fur un côteau ,
qui touche par fon extrêmité aux prairies,
cela ne fuffit -il pas pour lui avoir fait
donner le nom de pré, comme l'on a nommé
la Ville de Mayenne , parce que la
riviere de ce nom paffe proche de fes murailles
, & celle de Pontoife , à cauſe du
pont qui y conduit . J'avouë qu'il n'eſt
pas extraordinaire qu'une Ville porte le
nom d'une riviere , fur laquelle elle eſt
fituée, comme auffi qu'une riviere porte
le nom de la principale Ville où elle palle.
J'ai fait voir dans mon effai , que cela
étoit arrivé ainfi autrefois à l'égard de la
Ville d'Eu , & de la riviere qui paffe au
bas , lefquelles portoient toutes deux le
même nom. Il en eft de même des ponts
qui le trouvent être confiderables ; mais
à l'égard des prez , c'eft une chofe inoiiie,
lorfqu'ils n'ont rien de fingulier ou
qu'ils n'ont pas de dénomination particuliere
, ainfi que les rivieres en ont ordinairement.
Comme il auroit donc été
contre le bon fens de donner fimplement
& en general , le nom de riviere à la Ville
d'Eu , l'appellant la Ville de la riviere ,
à caufe que la très - petite riviere de Brele
paffe par une de fes extrêmitez , je dis
par
D'A OUJT 1722. 71
par la même raifon , qu'il n'auroit pas été
moins contre le bon fens , de l'avoir nommée
la Ville des prez , parce qu'elle toupar
une de fes extrêmitez à de fort
mediocres prairies .
che
Il n'eft pas neceffaire que je dife à
l'Auteur anonyme , & à celui des anciennes
objections , que je crois être le même,
qu'il eft inutile d'employer ici les noms
refpectables de M. du Cange & du Pere
Mabillon car puifque ces grands Auteurs
ne fervent tous deux qu'à confirmer
, l'un , que le mot Aur , & l'autre
que le mot Au , en Allemand fignifie un
pré , cela ne décide aucunement , que
l'étimologie du nom de la Ville d'Eu en
particulier , vienne neceffaitement du mor
pré. Il ne paroît pas même que ce foit
une choſe fi certaine , que les noms Au ,
ou Aug ayent toûjours fignifié un pré ; au
moins ce n'eft pas la penfée de M. l'Abbé
Fleury car en parlant dans le XV.
Tome de fon Hiftoire Ecclefiaftique , page
32. de l'Abbaïe de Schonauge ,
Dioceſe de Treves , il dit qu'elle eft ainfi
nommée, à caufe de fa belle vûë, s'il étoit
vrai que les noms Au & Aug , fignifiaf
fent toûjours pré , il s'enfuivroit qu'on
devroit nommer cette Abbaïe beau pré.
Concluons donc ,, qquuee foit que la Ville
d'Eu foit ancienne , ou qu'elle ne le foit
au
pas
72
MERCURE LE
pré ; que
pas ; qu'on y trouve d'anciens tombeaux
& un ancien Temple , ou qu'on n'y en
trouve pas ; foit que les noms Au , Aur,
Aure , On , foient Hebreux , Gaulois ,
Allemans , ou François , fignifiant un
le Comté & l'Archidiaconé
d'Eu foient l'ancien païs des Effui , ou ne
le foit pas , il eft toûjours certain que l'étimologie
du nom d'Eu , que M. Huet
veut leur donner , ne convient aucunement
; & je crois que c'eft ce dont tout
le monde tombera d'accord avec moi ,
par
les raisons ci - deffus . Il refte maintenant
à voir , fi l'étimologie que j'ai donnée
a plus de vrai - femblance .
Après ce que j'ai dit dans mon effai
, pour montrer que les Effui de Cefar
font les habitans du Comté d'Eu , &
les autres preuves que je pourrois y ajoûter
, fans parler de l'autorité des Ecrivains
que j'ai citez , qui font de ce même
fentiment , il me paroît moralement certain
, que ces Effui étoient les peuples
de ce Comté. Il est également certain ,
que les Gaulois adoroient un Dieu , que les
Latins nommoient Efur , & que les Anciens
donnoient fouvent à des peuples , &
même à des Villes , les noms des Dieux qui
y étoient adorez . Tous ces faits font prouvez
dans mon effai. Or je demande , fuppolé
qu'on ait voulu donner aux habitans
D'AOUST 1722. 73
tans d'un païs le nom du Dieu Efus , les
a-t- on pû nommer autrement qu'Efui, ou
Eßu ? & voulant donner à la Ville principale
de ce peuple le nom de ce même
Dieu , a- t-on pû la nommer autrement
qu'Efua , ou Effua , ou Effia ? Voilà juſtement
les premiers noms latins , que j'ai
dit que les habitans du Comté & de la
Ville d'Eu , avoient portez , & d'où procedoit
leur étimologie. J'ai dit auffi que
les François venant d'Allemagne , avoient
dû prononcer en Aus , la fyllabe Es ; &
qu'ainfi au lieu de dire Effia , ils ont dû
prononcer & dire Auffia , & delà j'ai
tiré tous les changemens arrivez à ce
nom à raifon des differentes manieres
dont l'ont prononcé les peuples qui ont
habité ce Comté , lefquels differens noms
font donc tous venus originairement du
nom du Dieu , que les Latins nommoient
Efus , les Gaulois Eus , ou Eub , les François
Eaus ; d'où eft venu enfuite Auve
puis Auc & Aug , enfin On & En , qui
eft le dernier nom françois , que portent
aujourd'hui le Comté & la Ville , & le
Dieu Efus pareillement , qui leur a donné
fon nom . Je demande fi cela n'eſt
pas
ſuivi , & s'il n'y a , comme le dit l'Anonyme
, que le petit rapport qu'ont les
noms d'Effui & Eu par leur feule premiere
lettre , qui m'ait donné cette idée.
>
. D
>
On
74
LE MERCURE
On connoît que les François ont nommé
la Ville d'Eu Auffia , ou Aucia , qui
eft la même chofe , parce que c'eſt le nom
que les plus anciens titres , qu'on peut lire
fur ce fujet , donnent à la riviere , fur
laquelle cette Ville eft placée , lequel revient
à celui que cette même Ville porte
; ce qui a fait croire à M. de Valois ,
& au P. Mabillon , que la Ville d'Eu
avoit pû tirer fon nom de celui de cette
riviere. C'eft ainfi que s'en exprime M,
de Valois dans fa Nonce des Gaules verb.
Auga , rapportant les plus anciens noms
de cette Ville qu'il a pû découvrir ; Auga
, dit-il , que Frodoardo in Chronice
Auga , Aucum ab Orderico , Alga Caftrum
à quibufdam , Aucia prius à fluvio
videtur dicta effe. En effet , cette riviere
eft nommée Aucia dans les Actes de faint
Guenebaut , Abbé de S. Loup de Troyes,
qui vivoit au XII . fiecle. Or il eſt aifé
de voir qu'Aucia, ou Auſſia , vient d'Eſſui,
comme j'ai dit ci- deffus ; & que les François
du VII . fiecle nommant les habitans
du païs Auffui en latin , ont dû nommer
leur Ville Aucia , comme l'on eft certain
qu'ils donncient ce nom à la riviere ,
Il me femble qu'il n'eft pas neceffaire
après cela , que pour juftifier que
mologie que je donne au nom du Comté
& de la Ville d'Eu , vaut mieux que
celle
l'étiD'AOUST
1722 . 75.
celle de M. Huet , je prouve , comme le
fouhaite l'Anonyme : 1. que la Ville
d'Eu portoit le nom d'Eu avant que les
François fuffent entrez dans les Gaules.
2 °. Que le mot qui fignifioit un pré en
Gaulois , n'avoit pas de rapport avec le
mot Au , qui fignifie un pré en Alle
mand . 3 ° . Que les Effui étoient les
ples du Comté d'Eu : le feul expofé que
je viens de faire , fatisfait , ce me femble
, à toutes les queftions , & fait voir
de quel côté eft la plus grande vrai - femblance
; car c'est tout ce qu'on peut demander
en fait d'étimologie.
peu-
Au refte , fi j'ai voulu faire fervir la
découverte des tombeaux , pour juftifier
mon fentiment , ce n'étoit que pour confirmer
ce qui étoit déja certain d'ailleurs ,
que la Ville d'Eu a toûjours été ſituée
fur le côteau ; & qu'ainfi c'étoit mal à
propos qu'on lui vouloit donner le nom
de pré , puifqu'elle n'a jamais été fituée
dans les prairies . Tel étoit mon raiſonnement
, comme on le peut voir dans
mon écrit. Cependant l'Auteur anony- .
me me fait faire le raiſonnement le plus
bizarre & le plus extravagant qu'on puiffe
s'imaginer , il en ufe à peu près de même
dans les objections qu'il me fait touchant
l'antiquité des tombeaux , me faifant
dire des chofes aufquelles je n'ai
Dij jamais
76 LE MERCURE
jamais penté. Il veut , par exemple , que
j'ai avancé fur la foi d'Alexander ab Alexandro
, que les Empereurs Antonius défendirent
de brûler les corps des défunts ;
& pour prouver le contraire , il cite Kircmanus
, dont il rapporte un paffage , dans
lequel cet Auteur dit , n'avoir aucune
connoiffance que ces Empereurs ayent
jamais fait une femblable défenſe ; &
c'est ce dont j'avoue que je n'ai jamais eu
moi-même aucune lumiere ; auffi ne l'aije
pas dit non plus , ni Alex . ab Alex .
que je cite. L'Anonyme en ufe encore
de même fur le tems où je fixe à peu près
la ceffation de l'ufage de brûler les corps.
Je dis dans mon écrit que cèt ufage dura
jufques vers l'an 160. de Jefus- Chrift :
ce font mes propres paroles ; & il lui
plaît de me faire dire que les corps , dont
les offemens ont été trouvez à Eu , furent
brûlez précisément cette année - là ; &
comme fi j'avois marqué cette même année
, pour être celle de la mort de l'Empereur
Commode , à quoi je n'ai pas penfé
, il me releve fur cette bévue fuppofée ,
difant que cet Empereur ne mourut qu'en
192 .
Pour revenir à nos tombeaux , qu'il
dit n'avoir aucune marque du paganifme ,
n'être pas auffi anciens que je les fais , &
être même des tombeaux de Chrétiens ;
il
D'AOUST 1722. -77
il me femble que dès lors que je fais voir
que les ofemens
qui fe font trouvez au- près , ont été polez dans la terre , lorfqu'on
brûloit encore les corps , je juftifie
en même tems qu'ils font d'une grande
antiquité
, & qu'ils portent des matques
affurées du paganifme
, puifque l'Anonyme
lui- même convient que les Chrétiens
fe font toûjours oppofez à cet ufage
: c'eft ce que j'ai fuffifamment
juftifié
en montrant premierement
, que ces offemens
n'étoient pas feurement
des reftes det
corps qui avoient été inhumez dans ces
trous : 1° . parce que ces foffes n'avoient
que trois ou quatre pieds de longueur , ce qui ne peut convenir à des foffes faites
pour y inhumer des corps ordinaires. 2º. Parce que les offemens
qui y furent
trouvez
, n'avoient
pas l'arrangement
naturel
qu'ils auroient
dû avoir , fi les corps
y avoient été pofez de leur longueur
comme cela a dû être quand on les a inhumez,
3 °. Parce qu'ils ne fe fuivoient
pas , comme auroient dû faire tous les os
d'un bras ou d'une jambe , mais ils étoient
mêlez fans ordre & fans fuite , y ayant ,
par exemple , un os de bras , & quelques
os de cuiffe & de jambe , & une vertebre
du dos , & cela fans qu'on pût dire que
ce mélange pût venir de ce qu'on avoit
remué la terre où ils étoient, car ils étoient
D iij enfoncez
78 LE MERCURE
enfoncez affez avant , pour que la charuë
n'y eût jamais pû toucher , & ils étoient
dans des trous feparez , dont les côtez
étoient d'une terre ferme & folide , laquelle
indubitablement n'avoit jamais été
remuée.
Voilà comment j'ai juftifié que ces os
n'étoient pas les reftes de corps inhumez;
& voici ce que j'ai dit , pour faire voir
qu'ils venoient de corps qui avoient été
brûlez . 1 °. Parce qu'il n'y en avoit qu'un
petit nombre dans chaque trou . 2. Parce
qu'il ne s'y en trouvoit que des plus gros,
comme étant les feuls qui avoient pû refifter
au feu. 3 ° . Parce qu'il y en avoit
plufieurs dont il n'y avoit qu'une partie,
ce qui faifoit voir que le refte avoit été
brûlé & reduit en cendres . Enfin l'urne
trouvée dans un de ces trous , contenant
une espece de terre grife , marquoit qu'elle
n'avoit été remplie que de cendres , &
confirmoit que ces os , qui étoient auprès,
venoient de corps qui avoient été brûlez .
Ces offemens dans cette difpofition , accompagnez
d'une urne , & le tout trouvé
, par rapport à la Ville , juftement
dans la pofition , où avoient coûtume d'être
les tombeaux & les fepulchres des Romains
; tout cela , dis- je , ne juftifie- t-il
pas ma pensée , que ces tombeaux & ces
offemens étoient ceux des payens qui vivoient
D'AOUST 1722. 79
voient du tems des Romains ?
Ce que l'Auteur anonyme rapporte de
plus fort contre le fentiment que je foûtiens
, eft un paffage de Kircmanus , qui
dit qu'on ne mettoit jamais ni les os , ni
les cendres à nud dans la terre , mais
qu'on mettoit le tout dans une urnes &
fur cela il me défie de citer aucun Ancien
, qui ait jamais dit qu'on mît les os
à côté de l'urne , comme je l'avance ;
parce que , dit-il , fi l'urne étoit trop petite
, on en pouvoit avoir de plus grandes
, puifqu'on en faifoit de route forte
de matiere & de forme. Voici ce que je
répons.
Kircmanus n'ayant fans doute tiré toutes
fes connoiffances fur ce qui regarde
les funerailles des Romains , que des Auteurs
qu'il avoit lûs , & n'en ayant apparemment
trouvé aucun qui ait dit , que
nonobftant l'uſage le plus frequent , de
mettre les reftes des os dans une urne avec
les cendres , il arrivoit quelquefois qu'on
feparoit les os des cendres , pour les mettre
dans la terre , pendant qu'on laiffoit
les feules cendres dans l'urne . Il a conclu
de là , comme le conclud auffi l'Ano
nyme , que cela ne s'étoit jamais pratiqué.
Mais le filence des Auteurs fur certains
faits , eft- il toûjours une preuve con
vaincante que ces faits n'ayent jamais été?
D iiij
Une
80 LE MERCURE
Une infinité de monumens qu'on décou
vre tous les jours , n'apprennent- ils pas
bien des faits , dont les Hiftoriens & les
Auteurs anciens n'ont pas parlé , Dès
qu'il eft certain que ces os font des reftes
de corps brûlez , que l'urne n'a renfermé
que des cendres , qu'il n'y a jamais
eu que les Payens qui ayent brûlé les
corps , qu'on trouve ces offemens & cette
urne dans l'endroit que les Romains
avoient coûtume de choifir pour ce
ce fujer,
n'eft-on pas en droit de dire , que cela
s'eft paffé de leur tems , & que fi Kircmanus
lui- même avoit eu connoiffance
de cette découverte , il n'auroit pas
parlé auffi generalement qu'il a fait ? Après
tout , qui empêche de dire , que l'ufage
de brûler les morts ayant cellé peu de
tems après , l'on ceffa auffi peu à peu
d'être fi fcrupuleux à mettre immediatement
dans la terre les os , & même les
cendres qui reftoient , fans s'embarraſſer
toûjours d'avoir des urnes ; pour cet effet
, plufieurs fe contentant d'envelopper
dans du linge les os feparez des cendres
, & même les os & les cendres , pour
les enterrer de cette façon , à l'exemple
des Chrétiens , qui enterroient les corps
entiers de cette maniere. Ce qui pourroit
donner lieu de croire , que ces offemens
& ces tombeaux découverts à Eu
pourroient
D'AOUST 1722 . 81
lorfpourroient
n'avoir été polez , que
que l'ufage de brûler les corps étoit fur
fon déclin.
Je ne vois donc pas que j'aye eu beaucoup
de tort , d'allurer , comme j'ai fait,
que l'ufage de brûler les corps , fut aboli
fous les Empereurs Antonins , étant appuyé
de l'autorité d'Alexander ab Alexandro
, & de celle de Gronovius . Car
pour ce qui regarde Minutius Felix , que
I'Anonyme cite , pour juftifier que cet
ufage étoit encore très-commun au III.
fiecle , outre qu'on ne fçait pas au jufte
en quel tems il a écrit fon Dialogue , fi
c'eft au II. ou au III. fiecle , c'est que:
je ne trouve rien dans cet Auteur , qui
dife pofitivement le contraire de ce que:
j'avance ; je trouve feulement que pour
juftifier les pratiques de nôtre Religion ,
il dit que les Chrétiens ne croyoient pas
que la fepulture dont ils ufoient en fut
moins louable , pour inhumer les corps
au lieu de les brûler , parce que , dit- il ,
en uſant de la forte , nous ne faifons que
fuivre l'ancienne & la meilleure methode
: Nec ( ut creditis ) ullum damnum
Sepultura timemus fed veterem & meliorem
confuetudinem hunandi frequentamus. Ne
pouvoit-il pas parler de la forte , quoiqu'on
cut ceffé de brûler les morts , dans
la vûë de juftifier les Chrétiens qui
D v avoient
82
LE MERCURE
avoient introduit ce nouvel ufage , à l'égard
de ceux qui pouvoient encore le
defapprouver.
Pour l'induction que l'Anonyme tire,
que fi les os trouvez avoient été brûlez
en partie , comme je le fuppofe , ils n'auroient
pas fubfifté fi long- tems dans la
terre , je répons qu'il fe trompe fort ; car
s'il étoit bon Phyficien , il fçauroit ,
qu'ayant paffé par le feu , c'eft le moyen
qu'ils ayent pû durer davantage. Peut - il
ignorer que c'eft pour cette raifon qu'on
fait tous les jours brûler les bouts des pieces
de bois qu'on veut enfoncer dans la
le bois reduit en charbon
terre , & que
ne pourrit jamais . Que s'il doute auffi ,
que les tombeaux & les lieux où l'on dépofoit
les offemens des morts , s'appelloient
offuaria , qu'il life fon calepin verb.
offuaria, & il ne me renvoyera plus à la lecture
des Dictionnaires pour l'apprendre.
Enfin je lui demanderois à mon tour , où
il a vû qu'on ait jamais enterré des corps
des Chrétiens coupez par pieces , & dans
des foffes feparées , comme il faudroit que
cela fut , fi les os en queftion venoient des
corps des Chrétiens ; & qu'on enterrât
des urnes proche de ces parcelles de corps
humains ? S'il étoit vrai qu'on eût mis
du charbon dans ces urnes prétenduës
des Chrétiens , il s'en feroit encore trou

D'AOUST 1722. 83
vé dans celle qui a été découverte , le
charbon étant incorruptible & impenetrable
, pour ainfi dire , à l'humidité de
la terre .
XXX : XXXXXXXXX : XXX
A MLLE DE C.
D
Le jour de fa Fête.
Ans ce Jardin cheri de la nature ,
Et qui fe mire en un riche criſtal ,
Que promene à fes pieds un fuperbe canal ,
Je cueillois avec choix l'innocente parure ,
Qu'à vôtre Fête , Iris , je voulois vous offrir.
La roſe m'avoit fait ſouffrir
Déja mainte & mainte piqueure.
Ce n'eft rien , & fut- on plus doux , que des
agneaux ,
Il faut auprès de vous ſouffrir bien d'autres
maux.
J'allois donc mon chemin , lorfque tournant la
veuë ,
J'apperçus Cupidon , qui d'une aîle tenduë ,
Fendoit le vafte fein des airs.
Je m'arrête , il s'approche , & trompant mon
attente ,
* Trianon.
D vj
Qu'ef84
LE MERCURE
#
Qu'efpere tu , dit- il , de cet amas divers
De rofes , de lys , d'amaranthe ?
Qu'il pare ton Iris ? penfes- tu que les fleurs
Gardent près de fon teint leurs plus vives couleurs
?
Non , ce n'eft point un preſent à lui faire ,
Il en est un meilleur . L'inexorable Iris ,
Si rebelle au Dieu de Cythere ,
A moins befoin de bouquets que d'avis.
Donné - lui ceux que je t'inſpire ,
Ecris , Phebus m'a confié fa lyre ,
Change fans crainte ton projet.
SiPindocile Iris à mes vers veut foufcrire
Ils vaudront mieux que ton bouquet.
L'Amour à Iris..
Il fied bien aux belles ,
D'eſtre un peu rebelles
Aux voeux des amans ,
Mais votre prudence
Doit borner le tems
De l'indifference .
Oui , c'est trop attendre ,
1.is , à vous rendre
Au
D'AOUST 17220
Au Dieu des amours.
Tandis qu'on hefite ,
Le tems fait fon cours 9*
Et l'amour nous quitte.
La prude farouche ,
Voit d'un regard louche ,
Ce Dieu fur vos pas.
Trifte d'être fage ,
Et de n'avoir pas
Du moins un volage .
En vain deux Deeffes ,
Flattoient de promeffes ,
Le Berger Pâris.
Venus leur cadette ,
Avec un fouris ,
Eut pomme & houlette.
C'eft dans le bel âge
Qu'il faut faire uſage
De tous vos attraits.
Cent ans de vieilleffe
Vaudront-ils jamais
Ua jour de jeuneffe.
86 LE MERCURE
Le Dieu finiffant là , difparut plein d'efpir
En vos appas , en fon pouvoir.
Iris au jour de vôtre feſte
Marquez le jour de fa conquête.
Eft il pour vous rien de plus glorieux
Que de fuivre l'avis du plus puiffant des Dieux.
XX:XXXXXXXXXXXXX
Fille qui n'a point mangé depuis
près de deux ans & demi.
N nous écrit de Lorraine que dans
O Paroiffe d'Eumont , Diocéfe de
Toul , à deux lieues de Nancy , il
une fille âgée de 23. ans , laquelle depuis
28. mois vit dans fon lit fans boire
ni manger , fi ce n'eft un peu de miel
qu'elle prend chaque jour au bout de fon
doigt , environ de la groffeur d'une mufcade
, & nonobftant cela , elle a le vifage
, la gorge , les bras , les cuifles , & les
jambes pleines & charnuës , n'en étant
pas de même du ventre qui eft deffeché .
Comme cette fille , ajoûte t- on , lorfqu'elle
revient de
d'heure en quart d'heure
quart
d'un affoúpiffement prefque continuel
ne parle que de Dieu , & qu'elle a eu ,
à ce qu'on prétend , trois fueurs de fang
trois
D'A OUST 1722. 87
trois Vendredis de fuite à la même heure
; la premiere à la tête en formë de
Couronne d'Epine après une vifion ; la
feconde au côté , & la troifiéme aux
mains & aux pieds : cela a donné lieu à
une infinité de perfonnes d'accourir à ce
Village pour la voir , la regardant comme
une Sainte ; ce qui a donné occafion
au Curé de la Paroiffe d'en écrire à M.
l'Evêque de Toul , pour fçavoir comment
il fe comporteroit , s'il laifferoit voir cette
fille au peuple , ou non . M. l'Evêque
qui a beaucoup de lumieres , & qui eft
fort refervé fur le fait des miracles , a
mandé au Curé qu'il falloit faire vifiter
cette fille par des Medecins & Chirur
giens , fuivant l'ordre qu'il en avoit déja
reçû de M. le Duc de Lorraine . Cela a été
executé pour la premiere fois le 12. Juin
dernier , qui étoit le troifiéme Vendredy
que le Sang a paru aux mains & aux
pieds de cette fille , par deux Medecins
& un Chirurgien de Nancy , lefquels
ont vû veritablement le fang en queſtion
qu'ils ont effuyé , & qui n'a pas continué
de couler . La feconde vifite à été faite le
22. Juin par un autre Medecin & Chirurgien
de Nancy , lefquels auffi bien
que les premiers ont donné leur rapport
par écrit de l'état & de la maladie extraordinaire
de cette fille . Sur ces rapports
88 LE MERCURE
ports les plus habiles gens expliquent ce
Phenomene méchaniquement & phyfiquement
, n'y voyant rien de furnaturel .
Cette fille , comme on l'a infinué au
commencement , eft dans un embonpoint
furprenant , ce qui eft bien difficile à
concilier avec la prodigieufe abftinence
dont nous avons parlé on dit qu'elle
urine peu & rarement , qu'elle ne va
point du tout à la felle , & que par la
voye ordinaire des purgations periodiques
elle jette du fang regulierement de
'douze en douze jours.
Voilà ce que nous avons crû devoir
prefenter aux curieux des operations fingulieres
de la nature , en attendant_la
Lettre écrite par le Curé d'Eumont à
M. l'Evêque de Toul , qui contiendra
fans doute un plus ample & curieux détail
, & fur tout nous nous attendons de
recevoir une copie exacte des rapports
de Mrs les Medecins & Chirurgiens qui
ont fait les vifites cy- deffus marquées.
Ce fera toûjours un exemple confiderable
à ajoûter à la fuite du curieux Traité
de prodigiofis inediis ; & s'il paroît difficile
à quelqu'un d'expliquer tant de
chofes fingulieres , il faudra convenir
avee Pline qu'il y a dans la nature bien
des mifteres qui nous font encore cachez
, multa latent in majeftate natura..
LETTRE
D'AOU'ST 1722 . 89
LETTRE
De M, De... à M. le Comte de....
A Paris le 25. Juillet 1722.
' Efpere , M. que vous n'aurez plus
tant d'oppofition à vous laiffer faire
T'extraction de la pierre qui vous incommode
depuis plufieurs années , lorfque je
Vous aurai rendu compte de ce qui s'eft
paffé à l'Hôpital des Religieux de la
Charité de cette Ville. Vous fçavez que
tous les ans au mois de Mai , ces Religeux
reçoivent un nombre confiderable
de malades affligez de la pierre ; mais
bien loin qu'il foit vrai , comme vous
me marquez , que près des trois quarts
de ces malades periffent de cette operation
; je fçai très- certainement que les
trois quarts au moins en gueriffent ; &
je crois que lorfque les malades font d'un
bon temperamment , qu'ils font dans un
âge convenable pour fupporter l'operation
, & qu'ils ne font point dans des circonftances
extraordinaires , on peut affurer
qu'ils en reviendront.
J'ai été curieux cette année de voir les
operations
90 LE MERCURE
operations que le fieur Gerard , Chirur
gien de cet Hôpital , & plufieurs Religieux
ont faites fur 28. fujets , dont 21 .
jouiffent d'une fanté très - parfaite. J'ai
admiré l'adreſſe , le fang froid , & la
prudence avec lefquelles ce Chirurgien ,
& ces Religieux operoient , & j'ai jugé
qu'il étoit très-important de ne fe faire faire
cette operation que par ceux qui étoient
dans l'habitude , & reputez habiles dans
cette partie de la Chirurgie. J'ai auffi été
prefent aux panfemens des malades , &
je me fuis informé de la maniere dont on
les foignoit. Je vous avoue qu'ils font
beaucoup mieux que la plupart des perfonnes
ailées ne font ordinairement dans
leurs maifons , & le public ne reconnoît
point affez l'importance , & l'utilité de
ces Hôpitaux.
Les Religieux de la Charité , felon
leur Inftitution font formez dès leur
jeuneffe , foit dans la Chirurgie , foit
dans la Chimie , & même dans les connoiffances
de la Medecine. Ils n'épargnent
rien pour remplir leur apotiquairerie
de drogues excellentes. Ils ont une
attention très particuliere tant la nuit
que le jour à fuivre les accidens des maladies
, & les differens effets des remedes .
Jugez , M. fi ces circonstances ne cooperent
pas beaucoup à la guerifon des
malades.
·
Le
D'AOUST 1722. ΟΥ
Le 16. Mai dernier il y eut dans cet
Hôpital 17. hommes taillez , dont 13 .
font très- bien gueris. Deux des quatre
qui font morts étoient fort âgez , &
avoient differé depuis long- tems à fe
faire tailler ; car quoique l'on en puiffe
guerir dans un âge avancé , il eft cependant
très- dangereux de nourrir la pierre
pendant bien des années , parce qu'elle
augmente en volume , & peut caufer des
accidens particuliers . Les deux autres ,
quoique jeunes , étoient d'un temperamment
foible & mal fain.
Le 29. du même mois on en tailla
encore onze , huit defquels font actuellement
auffi bien gueris , que fi jamais ils
n'euffent été incommodez de la pierre.
Trois feulement ont fuccombé , l'un étoit
d'une complexion très - foible , & mauvaife
, les deux autres étoient dans des
circonftances particulieres , vous ne ferez
pas fâché de voir les differtations faites
à l'ouverture de leurs cadavres après leur
mort.
·
Le premier étoit un jeune homme de
Nanterre , âgé d'environ 18. ans. On lui
avoit tiré une pierre de la groffeur d'un
petit auf de poule , de figure quarrée
oblongue , & applatie. Après l'avoir ouvert
, on ne trouva rien de particulier
dans la veffie. On examina le rein droit ,
.
dont
92
LE MERCURE
dont la figure étoit naturelle , mais le lobe
inferieur étoit très épais & dur. Lorfqu'on
eut ouvert certe groffeur , on y
trouva un peu de matiere corrompuë . Le
baffinet de ce rein de même que l'ureterre
étoient très dilatez . Le rein gauche étoit
de figure piramidale renverfée ; car le
lobe fuperieur faifoit la baze & le lobe
inferieur , d'où l'ureterre prenoit naiffance
, faifoit la pointe. La corruption de
ce rein , à laquelle il n'étoit pas poffible
de remedier , a beaucoup avancé les jours
de ce malade par la fievre violente qu'elle
lui a caufée.
L'autre étoit un jeune homme âgé de
16. ans , duquel on avoit tiré une pierre'
de couleur noire & heriffée à peu près
comme une mure, la figure approchoit de
celle d'un oeufde poule. Il mourut le lendemain
, & on en fit l'ouverture pour connoître
la caufe de ſa mort. Avant d'ou
vrir la veffie, on examina les reins ; ils n'avoient
point leur figure naturelle , mais
reffembloient fort à ceux de veau . On commença
par le droit, lequel n'avoit tout au
plus que deux lignes de fubftance ; les
mammelons étoient entierement effacez ,
& on voyoit à leur place quelques petits
trous par lefquels l'urine , après avoir été
philtrée , tomboit dans les entonnoirs qui
étoient dilatez jufqu'à pouvoir contenir
chacun
D'A OUST 1722 98
hacun un oeuf de pigeon ; le baffiner
e ce rein l'étoit encore davantage , puifu'on
pouvoit y loger au moins un gros
euf d'oye trankverfalement pofé , &
coit rempli d'urine. L'ureterre étoit fi
laté qu'on y introduifoit ailément le
petit doigt.
Le rein gauche avoit exterieurement
' a même figure que le droit. L'ayant ouert
on remarqua que fa fubftance étoit
détruite , & les mammelons effacez. Les
entonnoirs étoient de la même grandeur
que ceux du droit ; quant au baffinet il
'étoit fi dilaté
pas que le premier , & ne
pouvoit contenir qu'un petit auf de poule
, mais l'ureterre l'étoit beaucoup plus
que celui du côté oppofé , car on y introduifoit
facilement le pouce . On trou
a dans ce rein une pierre de figure triangulaire
de couleur brune. Chaque angle
de
cette pierre avoit environ fept à huit
lignes de diametre , elle étoit logée dans
l'entonnoir fuperieur qui l'enveloppoit
exactement. On paffa enfuite à l'examen
de la veffie qui fut trouvée legerement
nflamée ; on remarqua dans fon inferieur
plufieurs petites éminences molaffes , &
de figure conique qui parurent être auant
de fungus ou champignons naiffans. "
Cet examen a fait connoître que ce
nalade étoit mort , non de la pierre qui
étoit
94 LE MERCURE
étoit dans la veffie , dont l'extraction
avoit été faite heureuſement , mais des
douleurs aiguës caufées par l'autre pierre
qui fut trouvée dans le rein gauche,
Cette pierre par fa figure triangulaire
étoit détenuë de façon , qu'elle ne pouvoit
tomber dans la veffie , & un de fes
angles bouchoit entierement l'entonnoir
& empêchoit le cours de l'urine , ce qui
devoit faire fouffrir le malade confiderablement
, & ce qui lui a caufé une fievre
très- violente le lendemain de l'operation.
>
Je n'aurois pas tardé jufqu'à prefent à
vous écrire fur un fujet qui vous intereſſe
tant , fi je n'avois voulu attendre la guerifon
parfaite de tous ceux qui ont été
délivrez de la pierre. Je vous conſeille
en ami de vous rendre à Paris au mois
de Septembre prochain , cette faifon eft
très- temperée , & je ne doute point que
vous ne foyez bien gueri en fort
temps. Je fuis , M. & c .
peu
de
Fragment
D'A OUST 1722
95
Fragment d'une Lettre du Chevalier
Pradel , Capitaine d'une
Compagnie Franche , écrite à
M.Abbé Couture , Inspecteur
dn College Royal , Place de Cam
bray à Paris.
J
Au Fort- Louis de la Louifianne
ce 15. Mai 1722.
E fuis enfin arrivé , M. dans cette
charmante Colonie mon voyage a
été fort heureux . Je l'ai fait avec d'autant
plus d'agrement , que j'étois intime
ami du Capitaine qui commandoit le
vaiffeau . J'ai trouvé un grand changement
dans le pays. Il eft infiniment plus
gracieux qu'il ne l'étoit lorfque j'en partis
pour aller en France . Rien n'eft plus
charmant que les nouvelles habitations
tout y vient à merveille. Les terres qui
font le long du fleuve du Miffiffipy produifent
en abondance tout ce qu'on y
cultive , l'indigo , le tabac , & toutes
fortes de legumes y croiffent à faire plaifir.
Tout cela , M. joint à la bonne reception
que le Gouverneur m'a faite , m'a
beaucoup
LE MERCURE
beaucoup adouci les peines que je m'étois
figuré d'effuyer dans ce pays- ci .
J'en eus une bien grande de partir de
Paris , & de quitter la France , fans.
avoir l'honneur de prendre congé de
vous , & de vous remercier de toutes les
amitiez que vous m'avez toûjours témoignées
, &c.
On apprend par des Lettres de Lif
bone du 21. Juillet que l'Ifle nouvelle
qui étoit fortie de la mer entre la tercere
& S. Michel , dont nous avons fait mention
dans les Mercures des mois de Fevrier
, & c. avoit entierement difparu , &
qu'il n'étoit refté qu'un brifant d'environ
une lieuë & demie de longueur.
Les vrais mots des enigmes du mois dernier
, font le Meurier , la Glace de Miroir,
les Lunettes.
XXXX
XXX
PREMIERE
DA OUST 1722, 97
R
99
PREMIERE ENIGME.
Ien n'eft plus inconftant que moy,
Cependant chacun fuit ma loy ,
Et je coëffe à mon gré les hommes & les femmes ;
Le Milantrope altier me turlupine envain ,
Quand il me trouve chez les Dames
Je triomphe de fon chagrin.
J'ajufte à ma fantaifie
La voifine & le voisin ;
L'Europe me connoît cent fois mieux que l'Afie.
Jeune je charme , & vieille on rit de mes atours,
(A d'autres , cas pareil arrive tous les jours. )
Je meurs bien vite aux rives de la feine ,
Mais auffi l'on ne peut m'ôter
Le plaifir d'y reffuſciter:
Sur les rives du Tage on me tue avec peine
Et plus d'un fiecle j'y tiens bon
-
Je nais rarement d'un barbon ,
Plus rarement encor d'un fage.
Cependant à Paris il n'eft point de Caton
Qui m'oſe obſtinément refufer fon hommage
Sans s'expofer à fouffrir le lardon.
E SECONDE
98 LE MERCURE
*
J'
SECONDE ENIGME.
E faifis très - fouvent les hommes à la gorge,
Ils ne me craignent pourtant pas
Det blancs vêtus j'accompagne les pas ,
On me voit quelquefois naître dans une forge ,
Et pre que toujours
J
Dans le fein des fours
La garderobe eft mon azile ,
Quoique formé parmi les plats ,
Et quoique bien chez les Prelats
De plus d'un loît e l'on m'exile.
TROISIEME ENIGME.
E fuis un inftrument bizar e & falutaire ,
Lorfqu'on veut m'employer , c'eft fouvent
un miftere ,
Il faut du moins fuir toute fo ieté.
Quand l'Agent qui me meutmanque d'habileté,
Le pauvre patient en gemit , en murmure ,
Sans qu'il luy foit permis de changer de pofture,
Enfui e une ſecrete , & fort laide action
Qui tire d'embarras , fait la conclufion.
CHANSON
D'AOUST 1722.
Atttttttt
CHANSON.
E temps s'envole , & ne revient jamais ..
Loftons desbeaux jours , buvons
Profitons des beaux jours , aimons ,
fan ceffe ,
Suivons les doux plaifirs ,
Meritons les bienfaits
Du Dieu du vin , du Dieu de la tendreffe
Le temps s'envole , &c.
WW WWWWWWW W W WEWEWEWWEW
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
BIBLIOTHEQUE
Hiftorique & critique
des Auteurs , & des pieces drá,
matiques , tant des anciens que des modernes
de toutes nations , avec un abregé
de leur vie , contenant leurs caracteres ,
leurs genies , un catalogue de leurs ouvrages
, & un extrait ou des fragmens de
leurs poëmes , accompagné du jugement
qu'en ont fait les meilleurs critiques , & c.
On nous prie de publier le titre de cet
ouvrage , auquel un Auteur travaille depuis
quelques années , pour engager les
E ij Içavans
700 LE MERCURE
fçavans , & les amateurs du Theatre qui
ont des memoires anecdotes fur ces matieres
, ou des recherches qui y ont rapport
, de vouloir les lui communiquer par
le moyen de l'adreffe du Mercure . Ce
projet qui nous paroît bien imaginé , intereffe
également les gens de Lettres , &
les gens de goût ; c'eft-à- dire , la plus
belle & la plus grande partie du monde
poli. Cet ouvrage doit être precedé d'un
abregé de Poëtique qui contiendra la
divifion , les regles & la theorie du
Poëme dramatique ; il y fera parlé de fon
origine , de fes differentes efpeces , ` de ,
toutes les parties , & de tout ce qui y a
raport , &c.
Nous enrichirons le Mercure des Memoires
qui nous feront envoyez , s'ils font
tels , comme nous l'efperons ,qu'ils puiffent
amufer agreablement hos lecteurs , & leur
donner comme un avant- goût de tour
F'ouvrage.
TT
HISTOIRE
DAOUST 17220 1of
એડિિ kak ak
HISTOIRE
DE LA VILLE DE PARIS ,
depuis fon commencement connu jufqu'à
prefent , compofée par D. Michel
Felibien , Prêtre Religieux Benedictin
de la Congregation de S. Maur , revûë
, augmentée , & mife au jour par
D. Guy- Alexis Lobineau , Prêtre ,
Religieux de la même Congregation,
cing volumes in folio , avec figures .
A Paris , chez Guillaume Defprez ,
Jean Defeffarts , Libraires , rue
S. Jacques , à S. Profper , & aux trois
+
vertus.
A ville de Paris eft une des plus
Lgrandes villes de l'univers , la plus
peuplée de toutes , & qu'on nomme avec
juftice l'abregé du monde , n'a point encore
eu d'hiftoire complette & fuivie
pendant qu'un grand nombre d'autres
Villes , qui ne peuvent pas entrer en
comparaifon avec elle , jouiffent de cet
avantage . On diroit que l'objet a parut
trop grand à ceux qui avoient du talent
pour écrire , & qu'ils n'ont ofé entreprendre
de le traiter que par parties. Les
E iij
uns
1023
MERCURE LE
uns fe font contentez de rechercher les
Antiquitez de Paris , d'autres fe font bor
nez à des Defcriptions ; il y en a qui
n'ont écrit que fur quelques parties détachées
le feul qui paroît avoir embraffé
l'objet entier fous le titre d'Annales ,
s'en eft acquité d'une maniere qui ne répond
point à la dignité du fujet ; d'ailleurs
ayant fini fon ouvrage en 1640. il a
laiffé à décrire à ceux qui viendroient
après lui , les temps les plus brillan's de
cette grande Ville.
M. Bignon , Confeiller d'Etat ordinaire
, fut touché de ces confiderations
pendant qu'il étoit Pievoft des Marchands
de Paris , & pour procurer à la
patrie un avantage qui paroiffoit lui
manquer , il forma le deffein de faire travailler
à l'Hiftoire de la ville de Paris. Il
fuffit de l'avoir nommé , pour donner une
grande idée , tant du deffein , que de la
protection que pouvoient fe promettre
ceux qui feroient chargez de l'executer.
Le choix qu'il avoit à faire de celui à
qui ce grand ouvrage devoit être confié ,
fe fixa en faveur de Dom Michel Felibien
, déja connu dans le public par une
Hiftoire écrite d'un ftile coutant , & avec
cerre heureufe facilité qui marque un
genie fuperieur à fa matiere. L'ouvrage
fut entrepris en 1711. fous les aufpices
d'un
D'AOUST 1721, ΤΟΥ
d'un tel protecteur , & avancé avec un
travail affidu , tant fous la Prevôté de
M. Bignon , que fous celle de fon
fuccelleur, feu M. Trudaine , & étoit
prêt de recevoir la derniere perfection ,
quand l'Auteur nous fut enlevé par fes
infirmitez le 25. Septembre 1719. On
jetta alors les yeux fur celui qui donne
prefentement certe Hiftoire , qui trouvanť
dans M Bignon & Trudaine la même
bonté dont ils avoient honoré (on prédeceffeur
, a donné tous fes foins à la perfection
de cet ouvrage. M. de Châ eauneuf,
Prevôt des Marchands , aufli zelé
pour la gloire de Paris , que ceux qui ont
eu avant lui cette grande charge , a bien
voulu , comme les deux dernier , favorifer
l'Editeur ; & s'eft intereffé à fon
travail d'une maniere propre à l'encourager
dans une application très - penible.
On n'a rien negligé pour rendre l'ouvrage
auffi parfait qu'il a été poffible ,
& digne de l'attente & de la curiofité du
public . Le P. Felibien s'étoit borné à
deux volumes in folio : le P. Lobineau en
donne cinq , dont les deux premiers contiendront
l'Hiftoire fuivie & complete de
la ville de Paris & de toutes fes parties
accroiffemehs , embelliffemens , & de
tout ce qui s'y eft paflé de confiderable
depuis fon commencement connu jufqu'à
E iiij prefent
104. LE MERCURE
prefent. Cela eft precedé d'une grande &
curieufe differtation , accompagnée des
preuves les plus folides fur l'origine de
I'Hôtel de ville & du corps municipal ,
où l'on trouvera ce point effentiel & fondamental
de nôtre Hiſtoire , ignoré julqu'ici
, mis dans tout fon jour. A cette
differtation l'on en a joint une autre qui
a le même objet , & où l'on a entrepris ,
pour y parvenir , l'explication des antiquitez
trouvées à Notre- Dame en 1711 .
Sous le titre d'Hiftoire fuivie & complete
d'une Ville telle que Paris on comprend
deux objets dignes de l'attention
& de la curiofité du public . Le premier
eft la Ville même & toutes les parties ;
& le fecond , tout ce qui s'y eft paffé de
confiderable pendant près de deux mille
ans. Mais on n'a point feparé ces deux
objets on les a traitez concurremment
felon l'ordre chronologique ; & fi Paris
eft un theatre où le font reprefentez les
plus grands évenemens de la monarchie
Françoife ; en écrivant ces évenemens
felon que les temps les amenent fucceffivement
, on a auffi fait l'Hiftoire du theatre
même , de fes membres differens , de
fes changemens , augmentations , décorations.
Il n'y a point d'Eglife , de Monaftere
, de Paroiffe , de College , de Palais
confiderables , d'Hôpital , de Communauté,
D'A OUST 1722.
105
munauté , de Siege fouverain ou inferieur
, dont on ne trouve l'établiffement
dans cette Hiftoire , avec les changemens
qui y font arrivez . En un mot aucun objet
ne frappe les yeux dans Paris , dont
l'origine & l'hiftoire ' particuliere ne fe
trou ve dans cette Hiftoire generale de la
Ville. Quant aux évenemens , ils font tels
naturellement qu'on peut les attendre
avec curiofité , & les lire avec fatisfac
tion. Entrées & receptions de Rois , de
Reines , de Papes , d'Empereurs , de Prin
ces étrangers , de Legats ; Lits de juftice,
Fêtes publiques ; Mariages des Rois &
des Princes , leurs obfeques & ceremonies
funebres , révolutions , loix , reglemens
, guerres civiles , fieges , batailles ;
enfin tout ce qui rend une Hiftoire intereffante
, fe trouve dans les deux premiers
volumes de cette Hiftoire de la ville de
Paris.
On a joint à l'Hiftoire un grand nom
bre de graveures deffignées avec la der
niere préciſion , & tracées d'une propreté
qui fatisfera les plus difficiles. On y trouvera
un plan nouveau de Paris , où font
marquez fes differens accroiffemens , une:
carte de fes environs , l'élevation de fes
plus beaux édifices en plufieurs planches
La plupart doubles.
Les trois derniers volumes contiennent
E v les
106 LE MERCURE
les preuves & les pieces juftificatives , &
peuvent être regardez comme les archives
communes de toute la Ville , une
chronique très - fure , & un recueil trèsprécieux
d'actes authentiques , dont la
plus grande partie n'étoient point encore
connus.
Du côté des Libraires , on peut dire
qu'ils n'ont rien épargné pour la beauté.
des caracteres , de la compofition & du
papier ; & les grandes avances qu'il leur
a fallu faire , ne les ont point empêchez
de pouffer le travail avec une vivacité
qui ne s'eft point rallentie par des contre-
temps , qui en auroient rebuté d'autres.
Le plus grand nombre des eftampes
eft déja gravé , & l'impreffion avancée
; enforte qu'on le trouve en état
d'annoncer l'ouvrage entier au public
pour le commencement de l'année 1725.
On a cru , pour l'utilité du public ,
pouvoir fuivre l'exemple de beaucoup
d'autres , en propofant des foufcriptions .
en faveur de ceux qui voudront s'affurer
par avance des exemplaires de cette Hif
toire à un prix moderé ; ce qui pourra
auffi donner moyen aux Libraires d'employer
un plus grand nombre d'ouvriers
pour accelerer l'édition de cet ouvrage.
On doit confiderer qu'il entre plus de
deux rames de papier dans chaque exemplaire
D'A OUST¯¯ 1722: 107 .
plaire , & que le grand nombre des eftampes
rend l'ouvrage d'un plus grand prix.
Cela polé , on ne trouvera point extraordinaire
qu'on demande quatre vingt - dix.
livres pour chaque exemplaire en petit
papier , c'eft-à- dire , en carré fin d'Auvergne
, & cent quarante livres pour chaque
exemplaire en grand papier de grand:
raifin fin , le tout en blanc ; moitié de la
quelle fomme fera payée en foufcrivant ,,
& l'autre moitié quand on retirera l'exemplaire
pour lequel on aura foufcrit..
Il feroit difficile de trouver , depuis que
les foufcriptions ont lieu , des propofitions
moins onereufes au public que celles
de ce projet
.
Les foufcriptions feront ouvertes depuis
le mois de Juillet de cette année
1722. jufques à Pâques prochain , après
quoi on n'en diftribuera plus.
Le prix de chaque exemplaire pour
ceux qui n'auront point foufcrit , fera de
cent quarante livres pour le petit papier
en blanc , & de deux cens dix livres pour
le grand papier. Les Soufcripteurs pourront
s'adreffer aux Libraires nommez
cy. deffus , ou s'ils le jugent à propos , au તે
R. Lobineau à l'Abbaye de S. Germain
des Prez.
Evj RECUEIL
108 LE MERCURE
贊贊贊贊贊
MMMMMAMAR
RECUEIL
De plufieurs pieces d'éloquence & de
Poëfie , prefentées à l'Academie des
Jeux Floraux pour les prix de l'année
1722. avec les Difcours prononcez cette
année dans les affemblées publiques. A
Toulouſe , chez Cl. Gilles Lecamus ,
p. 242. in 12..
D
Ans un avertiffement mis à la tête
de ce Recueil , on apprend que l'Academie
des Jeux Floraux a diftribué les
prix en la maniere accoutumée le 3. Mai
dernier.
Le premier prix a été ajugé à' l'Ode
qui a pour titre , le Retour de la fané du
Roy , confervé pour le bonheur de la France
, dont M. l'Abbé Segui eft Auteur.
Le fecond , au Poëme intitulé , l'abus
de la Poefie , AU ROY , par M. l'Abbé
de Pontbriant.
Le prix deſtiné à la Proſe a été ajugé
à l'Ode qui a pour titre l'Amour Divin,
elle eft de M. l'Abbé de Prade . L'Ode
intitulée Minerve , à laquelle le prix de
l'Eglogue a été ajugé , eft du même Auteur.
Voici
D'A OUST 1722. 109
Voici le nombre & la qualité des prix
l'Academie des Jeux Floraux donne
chaque année.
que
Il y en a quatre , le premier eft une
Amaranthe d'or , de la valeur de 400. 1.
qui eft ajugé à une Ode .
Le fecond eft une Violette d'argent ,
de la valeur de 250 . 250. liv. que l'on donne
au Poëme de 60. vers au moins , & de
cent vers au plus tous Alexandrins &
fuivis , ou à rimes plates , dont le ſujet
doit être heroïque .
Le troifiéme eft un Eglantine d'ar
gent , du prix de 25o . liv . qui eft ajugé
à une piece de profe , d'un quart d'heure
de lecture , ou d'une petite demi- heure
dont l'Academie publie toutes les années
le fujet , qui fera pour l'année prochai
ne 1723-
L'UTILITE' DES ACADEMIEST
Le quatrième prix eft un Souci d'argent
, de la valeur de 200. liv. on le
donne à une Elegie , à une Eglogue , ou
à une Idile.
Lé fujet de toutes les fortes de Poëfies
qui peuvent prétendre à ces prix , eſt
au choix des Auteurs.
Les vers doivent être reguliers , &
n'avoir rien de burlefque , de fatyrique ,,
ni d'indécent.
Toutes
10 LE MERCURE
Toutes perfonnes , de quelque qualité
& païs qu'elles foient , de l'un & de l'autre
(exe , peuvent afpirer aux prix. Les
Auteurs qui y prétendront , feront remettre
leurs ouvrages dans tout le mois
de Janvier 1723. lequel étant expiré , on
n'en recevra plus. Il faut s'adreffer à
M. le Chevalier de Catellan , Secretaire
perpetuel des Jeux Floraux , qui demeure.
près les grands Carmes.
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms à leurs ouvrages , mais feulement
une fentence ; & ils prendront les précautions
neceffaires pour n'être pas reconnus ,
& nommez dans le public comme Auteurs
de ces ouvrages , avant qu'ils ayent
été examinez & jugez.
Le Secretaire en écrira la reception
dans un Regiftre , où il mettra le nom
la qualité & la demeure des perfonnes qui
lui auront délivré les ouvrages , lefquelles
figneront fur le regiftre , & en même
rems recevront un recepicé des ouvrages ,,
dont elles feront obligées de fournir trois
copies.
Les Auteurs ne doivent point fe faire
connoître , moins encore folliciter , peine
d'être exclus du prix .
On n'adjugera les prix qu'à des ouvrages
nouveaux ; ceux qu'on reconnoîtra
avoir déja parû , n'entreront point en
Concours...
DAOUST 1722.
11
concours. Les ouvrages qu'on découvrira
n'avoir pas été fairs par celui qui s'en
dira l'Auteur
prix.
> feront auffi exclus du
Les Auteurs , de qui les ouvrages auront
remporté des prix , n'auront qu'à
fe prefenter eux- mêines , l'après- midi du
3. Mai , s'ils font à Touloufe , on les leur
délivrera ; s'ils font hors de portée de
venir les recevoir eux-mêmes , ils enver--
ront une procuration à une perfonne domiciliée
à Toulouſe , pour la remettre au
Secretaire des Jeux avec le recepicé
qu'il aura fait de l'ouvrage.
On trouve dans un fecond avertiffement
, que les ouvrages qui fe trouveront
compofezfur des fujets propofez par d'autres
Academies , n'entreront point dans
le concours
.
Nous allons donner quelques fragmens
de ces Pieces , pour en faire connoître le
merite & le caractere.
A
12 LE MERCURE
O DE
Sur le retour de la fanté du Roy,
qui a remporté le premier prix.
Jupiter confole la France , & lui parle du
Roy en ces termes.
C
' Eft peu pour ma bonté que d'effuyer tes
larmes :
D'un avenir heureux je t'annonce les charmes .
Ofe attendre de moi des bienfaits inoüis .
Troupe immortelle , il faut qu'enfin je vous declare
Quelles profperitez à ſon Roy je prepare.
Connoiffez en ce jour le deftin de LOUIS.
C'est l'oeuvre de mes mains , & ma haute fas
geffe ,
En fe hâtant fi - toft de le faire regner ,
Avant le tems auffi , guide de fa jeuneffe ,
A commencé de l'enfeigner
Dans ce coeur à ma voix attentif & fidele
J'ai de mes faints Autels déja verfé le zele ;
J'ai pris foin d'y placer encore tous les ſujets
Par
D'AOUST 1722
Par moi , plein de l'amour de l'exacte juftice ,
Il fçaura des flateurs méprifer l'artifice ,
Et de l'ambition les injuftes projets .
Dans fa brillante Cour , pacifique Monar
que ;
Genereux acceffible , auffi bon que puiffant s
Il portera des Dieux la plus augufte marque
Tranquille & toujours agilant .
La difcorde , & l'envie , & la haine étouf
fées ,
A ce nouveau Titus ferviront de trophées ;
Triomphes ignorez des plus fameux vain
queurs.
Les folles paffions , fource pure des crimes ,
Seront fes ennemis & fes feules victimes ;
Et fes captifs feront les efprits & les coeurs .
Sur le Mariage du Roy & de l'Infante
Noeud charmant , union en delices feconde
Qui de l'Europe entiere affure le repos ,
Et qui dans fa faiſon enrichira le monde
D'une famille de Heros.
Au bruit qu'en répandra la prompte Renom
μιές ,
La
£14
LE MERCURE
La terre quelque jour de leurs ve tus charmée ,"
De la main de Louis viendra prendre des Rois.
Les climats que l'Euphrate arroſe dans la courie
,
Les habitans de l'Inde , & les voifins de l'ourfe
,
1
Auront tous leurs Bourbons , & deviendront
François.
Qu'il vive donc , ce Roy , garant de mes oracies
;
Qu'il fe faffe connoître aux peuples étonnez ,
Qu'il foit pour les humains le plus grand des
1pecta les.
Qu'aucun mortel leur ait donnez.
ODE SUR LE SECRET
Par M. Dumas d'Ayquebere
Des Guerriers que fuit la victoire ,
Tu fais fouvent l'heureux deftin ;
Souvent du Temple de la Gloire ,
Tu leur aplanis le hemin.
Par toi fut conduit l'heureux piege ,
Que la Grete après un long ficge ,
Tendit aux peuples d'Ilion.
Par toi les Soldats de la Gaule ,
t
Juf
D'AOUST 1722 TIS
Jufques au fein du Capitole ,
Porterent l'effroi de leur nom:
Vous qui portant vos yeux profanes ,
Auf nd des tombeaux tenebreux
Ofez folliciter les mares ,
A trahir les fecrets des Dieux.
De vos malheurs , hardis Miniftres ,
Craignez de voir les coups finiftres ,
Que vous refervent les eftins
Reprimez ôtre inquietude ;
ے ک
Et fçachez que l'incertitude
Eft leplus grand bien des humains
Loquen li bomines magiftros habe
mus , acendi Deos . Plutarc.
LA VIEILLESSE .
Ode du même Auteur
Le foleil , qui pour moi s'efface ,
Guide à peine mes pas errans ;
Et l'objet nême que j'embraffe ,
Trompe , ou fuit mes regards mourans,
* Les Necromanciens
qui , dit on , invoquent
les ames des moits.'
Trai
TIG LE MERCURE
Traînant d'inutiles journées ,
D'un corps ufé par les années ,
Je fens les refforts s'ébranler ;
Et mès genoux qui s'affbibliſſent
Frêles fondemens m'avertiffent
Que l'édifice va crouler.
O vous ! d'un âge trop rapide ,
Amuſemens les plus cheris ,
Banquets où le plaifir prefide ,
Vous ne flatez plus mes eſprits.
Et vous , fieres de nos foibleffes ,
Ceflez , beautez enchantereffes ,
D'offrir à mes yeux vos attraits.
De fes biens les plus doux avare ,
L'amour à mes feux ne prepare
Que des mépris & des regrets.
Ces vains trefors , dont ma vieillef
Fait fon objet le plas riant ,
Bien tôt fatisferont l'yvreſſe
D'un heritier impatient .
Son cur qui déja les devore , ६
De lamort , qui m'épargne encore ,
Sans cefle accufe la lenteur
Mon
D'AOUST 1722.
117
Mon opulence accroît fa peine ;
Et c'eft de ma perte prochaine ,
Qu'il fait dépendre fon bonheur , &c.
L'ORGUEIL , Ode.
Oui , c'eft toi , monftre fanguinaire ,
Qui pour une offenfe legere ,
Veux que le fang foit répandus
Et qui confagrant la vengeance ,
Ravis , fous le nom de vaillance ,
Un encens qui ne t'eft pas dû.

Des fiers arbitres de la guerre ,
Flatant l'heureuſe ambition ,
Tu te plais à livrer la terre ,
A leur fougueule paffion.
9
En vain , condamnant leur audace ,
L'exacte verité les place
Au rang des plus lâches tyrans
Sous un tas de lauriers frivoles ,
De leurs forfaits tu les confoles
Par le titre de conquerans.
Mais quoi , jufques dans ton empire
Il étend fon autorité ;
Amour
18 LE MERCURE
Amour , tufouffre qu'i' aſpire
A triompher de la beauté ?
L'Amant terrible de Seele ,
Ne doit qu'à la gloire immortelle
L'heureux fuccès de es defirs .
Ainfi l'orgücil , daus les bras même
D'un objet charmant que l'on aime ,
Enpoifonae tes doux plaifirs , &c..
LE LUXE , Ole.
Oui , c'est toi , coupable furie ,
Qui brifes les fceptres des Rois .
Va , loin de ma chere Patrie
Poster tes barbares exploits.
f
Au fein même de Rabondanceplán
out . De la plus mortelle indigene
Tu fçais verter le froid pofon. Las
Ta fureur nous rend acceffaire
Des arts fuperflus , dont nos peres ,
Avoient ignoré jufqu'au nom , & c.
LA RELIGION , Ode .
Dans quels tenebicur precipices
Les hommes font- ils engloutis è
Helas !
D'AOUST 1722
Helas les plus in fames vices
Sont , ou confacrez , ou permis .
L'adulte.e , l'aff eux incefte ,
L'homicide encore plus funefte ,
Ont leurs Temples & leurs Autels.
De cette nuit fi déplorable ,
Quelle lumiere fecourable ,
Pourra retirer les mortels ? & c.
Sur la Pefte de Marfeille , Ode,
Tout perit : une odeur mortelle
Sort de cadavres entaffez :
Par leur exhala fon cruelle ,
Les plus hardis font terraflez.
De cette vapeur infernale ,
Chacun fuit l'atteinte fatale ;
Prefque tous en font prévenus ;
Et dans le fein de leurs azules ,
Portent les femences fubtiles
Du tiépas qu'ils ne craignent plus.
1
Dieux ! qui pourroit te reconnoîtr
Superbe Vile , heureux séjour ,
Doux rivage , où l'on voyoit naître
3
De
120 LE MERCURE
De nouveaux plaifirs chaque jour ?
Eft- ce toi , de qui l'abondance ,
Le luxe , la magnificence ,
De l'Etranger charmoient les yeux
Que te refte t-il de ta gloire ,
Qu'une humiliante memoire
Qui fert la colere des Cieux ?
1
Au fein d'une mere mourante ,
Je vois un enfant languiff ,
Succer une liqueur brûlante,
Qui le tue en le nourriffant.
Ici fecourant la famille , `
Tombe une genereule fille ,
Aux pieds d'un pere confterné,
Là meurt une épouſe fidele ,
Trifte victime de fon zele ,
Pour un époux infortune.
Mais le devoir & la nature
Sur tous les coeurs perdent leurs droits
Le fils ingrat , l'époux parjure ,
N'entendent plus leur foible voix.
Prodiges ! la mere inhumaine ,
Cede
D'AOUST 1722. 121
Cede à la frayeur qui l'entraîne
Loin du fils , qui meurt fans fecours ,
L'ami froid , craint fon ami même :
Le lâche amant fuit ce qu'il aime ,
Pour fauver les infames jours.
Qu'entens-je , quelle voix affreufe !
Où court ce démon déchaîné ?
Fuyons. Quelle face hideufe !
Quels yeux ! quel regard forcené !
Quels coups lance fa main cruelle !
Mais que vois je ? il tremble , il chancele ,
Il tombe , pâle & languiffant,
Je vois fa force évanouie ;
Et ce démon , cette furie ,
N'eft plus qu'un homme agonifant.
Mais quels abîmes effroyables ,
Sous mes pas viennent de s'ouvrir ?
Du Stix les rives redoutables ,
A mes yeux vont fe découvrir.
Quel tas de cadavres livides ,
Tombent dans ces gouffres avides ,
Que je vois naître, dans nos champs ?
F Malheur
122 LE MERCURE
Malheur au peuple qui t'habite ,
Terre ingrate , terre maudite ,
Qui devore tes habitans .
HISTOIRE ET RECHERCHES des
'Antiquitez de la Ville de Paris , par
MH Sauval Avocat en Parlement , 3 .
volumes in folio . Cer Ouvrage eft propofé
au Public par foufcription , dont
voici les conditions. Les Soufcripteurs ne
payeront que 40. livres pour les trois volumes
de petit papier en blanc , çavoir
vingt livres en foufcrivant , & vingt livres
en retirant l'Exemplaire . Et pour le
grand papier auffi en blanc , 60. livres
fçavoir 30. livres en foufcrivant , & 30 .
livres en retirant l'Exemplaire. Ceux qui
n'auront pas foufcrit , payeront pour le
petit papier 55. livres , & pour le grand
papier 80. livres.
One pere diftribuer l'Ouvrage au mois
de Mars de l'année 1724.
On recevra les foufcriptions depuis le
premier Juillet de cette année 17 22. juf
qu'au premier Octobre exclufiven ent.
Ceux qui voudront foufrire , s'adieſferont
à Charles Moëtte Libraire , ruë
de la Bouclerie , à S. Alexis , près le Pont
S. Michel , & à Jacques Chardon , Imprimeur
Libraire , rue du Petit - Pont
au
1
D'A OUST 1722.
123
}
au bas de la rue S. Jacques , à la Croix
d'Or , lefquels donneront une reconnoiffance
imprimée & fignée d'eux , aux claufes
& conditions ci - deffus expliquées .
Tout l'Ouvrage eft divifé en quinze
livres , dont le premier traite de la Ville
en general , & c. le 2. des anciennes &
nouvelles rues , & c . Lę 3. des rivieres
ports , fontaines , &c. Le 4. des anciennes
& nouvelles Eglifes , & c. Le 5. Des
Hôpitaux , & c. Le 6. des Places publiques
& Bâtimens publics , &c. Le 7. des
Palais Royaux , Arcenaux , & c . Le 8.
des Mauiolées & monumens antiques &
modernes , & c. Le 9. des fix Corps des
Marchands , & c. Le 10. de l'Hiftoire
des Juifs , & c. Le 11. des Fêtes , dés Confrairies
, &c. Le 12. Des fpectacles publics
, & c. Le13 . des Croilades concluës
à Paris , & c. Le 14. des Avantures fingulieres
, des Epitaphes , Tableaux , &c. ,
Le 15. contiendra les preuves des Livres
precedens , & des extraits des comp es de
' Hôtel de Ville depuis 1435. ju qu'en
1574. qui fervent à prouver un grand
nombre de faits hiftoriques.
Fij Hif
124
LE MERCURE
Hiftoire generale d'Espagne du P. Mariana
Jefuite , traduite en François ,
augmentée du fommaire du même Auz
teur , & de Faftes jusqu'à nos jours ;
avec des notes hiftoriques , geographiques
& critiques , des Medailles , &
des Cartes geographiques . s. volumes
in quarto , propofee par foufcription . A
·Paris , chez Le Mercier , Lottin , Joffe
, ruë S. Jacques , & Jombert , près
la Sorbonne.
ar
LH
'Hiftoire generale d'Espagne écrite
par le P. Mariana eft fi connuë de
tout le monde , qu'il eft prefque inutile
d'expofer en détail le fujet , l'étendue &
la maniere dont elle eft traitée.
On fçait affez combien les commencemens
, le progrès , la grandeur , & les
revolutions diverfes de la Monarchie Efpagnole
comprennent de faits intereffans
& liez , avec les Hiftoires de prefque toutes
les Nations tant anciennes que modernes.
Rien de plus grand , ni de plus
étendu .
Quant à l'execution de l'ouvrage , on.
n'ignore pas que Mariana n'omit rien
pour le rendre complet & durable. Outre
les Hiftoires Efpagnoles & étrangeres
qu'il débrouilla , il eut communication
D'AOUST 1922. INS
tion de quantité de Memoires & d'Archives.
Pour les qualitez neceffaires à un Hiftorien
, il fuffit de rappeller au lecteur
une partie des témoignages qu'en ont rendu
les plus fameux Ecrivains de fon fiecle.
Un celebre Cardinal dit que Mariana
fut amateur de la verité , plein de droi-'
ture , & incapable d'être aveuglé par l'inclination
naturelle pourfon pais .
Le fçavant Auteur Flamand qui a recueilli
les Hiftoriens Eſpagnols , compare
le ftile de celui- ci au ftile ferré & profond
de Thucidide & de Tacite . D'autres lui
donnent encore l'élegantefimplicité de Tite-
Live.
Enfin les Ecrivains Efpagnols de fon
tems l'appellent unanimement un homme
libre & dégagé du reſpect humain & des
préjugez ; un homme dont l'érudition rare,
& les vaftes reconnoiffances illustrerent
Talavera fa patrie ; l'unique Hiftorien
& le Pere de l' Hiftoire d'Espagne.
3
Ces éloges loin d'être fufpects , font
confirmez par un Critique impitoyable ,
& animé par un intereft perfonnel . Cet
Auteur dans fon plus grand feu , encherit
même fur les autres , & dit que Mariana
eft le Prince des Hiftoriens de Caf
tille , dont on ne peut lui égaler ni lui com-
Fiij parer
126 LE MERCURE
parer aucun , pas même tous ensemble. On
voit en effet , que ceux qui ont voulu le
fuivre ou l'imiter , quoiqu'ils travaillal
fent en partie fur fon ouvrage , n'ont pû
lui faire tort dans l'efprit des connoiffeurs.
On en peut juger par les frequentes
éditions de fon hiftoire , foit Latine ,
foit Espagnole
.
Sa capacité , fa fageffe & fa probité le
firent rechercher des Papes & des Rois..
Le Tribunal fuprême de l'Inquifition
les Archevêques de Tolede Primats d'Efpagne
, le confulterent & l'employerent
dns des affaires importantes , & toûjours .
avec une eneiere fatisfaction .
Il compofa d'abord fon Hiftoire en
Latin , pour ne pas renferaer dans les
bornes de fa patrie , un bien qui devoit
être commun aux étrangers . Preffé depuis
par ceux de fi Nation , & craignant
d'ailleurs l'inexactitude des Traducteurs ,
il pri le parti de traduire lui - même fon
Hiftoire en E pagnol.
Le Traducteur François dont nous annonçons
l'ouvrage , n'a épargné ni foins
ni application pour répondre à la force
& à l'élegance d'un fi excellent modele.
On a tour fujet de fe flater que le fuccès
jultifiera fon travail .
Il a traduit les 30. livres de Mariana ;
& fon Sommaire , qui n'eft qu'une continuation
D'AOUST 1722. 127
nuation abregée de l'Hiftoire d'Efpagne ,
depuis la mort de Ferdinand le Catholi
que jufqu'à l'an 1621. Ce qui fuit jufqu'à
nos jours n'ayant pû être tiré de
Mariana , on a pris de divers Auteurs
& on lui donne la forme de Faſtes.
Le texte a paru avoir befoin de Notes.
On en trouvera au bas des pages d'Hiftoriques,
de Geographiques & de critiques .
Elles éclairciront les difficultez que l'Hif
toire prefente , elles répondront aux faulfes
cenfures , & corrigeront quelques endroits
où Mariana s'eft trompe , & que
des lumieres que l'on a eues depuis fa
mort , font connoître qu'il eft à propos
de corriger.
L'ouvrage fera orné de Medailles fûres
qui peuvent l'éclaircir ou l'embellit . Elles
feront gravées avec foin & miles chacune
en fa place .
Il y aura auffi quatre Cartes Geogra
phiques : l'une de l'Elpagne avec les divifions
, depuis le tems qu'elle commença
d'être peuplée , jufqu'à l'invation des
Goths , des Suéves , & des Vandales. La
feconde , depuis cette invafion juſqu'à
celle des Sarrafins où des Mores. La troifiéme
, de l'érat où fut l'Espagne fous la
domination des Mores. La quatrieme enfin
, de fa fituation depuis l'expulfion des
Mores jufqu'à prefent.
Fiiij
Cet
128
LE MERCURE
Cet Ouvrage eft propofé au Public par
foufcription ; il contiendra cinq volumes
in quarto , il fera imprimé en beau papier
& en beaux caracteres .
Les Soulcripteurs ne payeront que trènte
livres pour les cinq volumes de petit
papier en blanc ; fçavoir , quinze livres
en ſouſcrivant , & pareille fomme de
quinze livres en retirant l'exemplaire ;
& pour le grand papier auffi en blanc
quarante livres ; fçavoir , vingt livres en
foufcrivant , & pareille fomme de vingt
livres en retirant l'exemplaire. Ceux qui
n'auront pas foufcrit , payeront qua
rante livres pour le petit papier en blanc ,
& cinquante-cinq livres pour le grand
papier.
On recevra les foufcriptions depuis le
premier Août de cette année 1722 , jufqu'au
premier Decembre prochain. Et on
diftribuera l'ouvrage dans le courant de
l'année 1723 .
Ceux qui voudront foufcrire , s'adrefferont
aux Libraires nommez ci- devant ,
qui donneront une reconnoiffance de foufcriptions
chez les Libraires dans les principales
Villes du Royaume , & des pays
étrangers.
D'A OUST 1722 . 129
1 Pour la commodité
des perfonnes de
Provinces & des étrangers , on délivrera
les fufdites
Reconnoiffances
de foufcriptions
chez les Libraires dans les principales
Villes du Royaume , & des Pays
étrangers .
Le Caractere dont on fe fervira
pour l'impreffion de cet Ouvrage ,
fera le même que l'on employe pour
finir ce Projet.
IDE'E Generale de Grammaire , appliquée
à la Langue Françoise pour fervird'introduction
à l'acquifition des autres
Langues ; brochure de 36. pages . A Paris
, chez C. J. Thibouft , Place de Cambray
1722.
L
Es Langues étant les interpretes de
nos penfées , il eft conftant qu'on ne
doit rien negliger pour les bien entendre.
Il est encore très- certain que le moyen le
plus naturel pour les acquerir eft d'avoir
une Idée Generale de la Grammaire , qui
nous faifant faire des réflexions fur nôtre
propre Langue , nous conduit infenfiblement
à l'acquifition de toutes les autres 5.
cependant par une pratique toute contraire
, on fe contente ordinairement de
fçavoir fa Langue naturelle par l'ufage ,
dans le temps même que l'on fait le plus
F v d'efforts
130 LE MERCURE
.
d'efforts pour apprendre par raifon des
Langues mortes & érrangeres. Toutes les
perfonnes raisonnables conviennent de
cet abus , & c'eft pour y remedier que
l'on propofe , comme un effay, ce petit
ouvrage qui paroît utile & eſtimable par
fon orpar
le choix de les matières , &
dre naturel , dans lequel l'Auteur , après
avoir averti de fon deffein , commence
par expliquer ce qu'il entend par le mot
de Langue , enfuite il donne la définition
de la Grammaire , & la divife en quatre
parties comme les anciens Grammairiens ,
dont il fait revivre la divifion , qui eft
fans contredit la plus exacte , & la plus
complette. Et paffant de ces connoiflances
préliminaires à la troifiéme partie de
la Grammaire , qui confidere les proprietez
& les differentes efpeces des mots , il
en donne des notions auffi préciſes qu'intelligibles
. Enfin les parties de l'oraiſon
bien entendues , il parle de la fintaxe qui
renferme les regles des phrafes , & des
periodes qui compofent le difcours , dont
il fait une legere récapitulation.
On trouvera encore à la fin de cette
Idée Generale de Grammaire quelques
réflexions fur la maniere de lire exactement,
qui pourront fervir de fupplement
à ce qui n'eft point enfeigné par les perfonnes
qui donnent les premiers principes
de la lecture. PRATIQUE
D'AOUST 1722 . 131
PRATIQUE des maladies aiguës , &
de celles qui dépendent de la fermentation
des liqueurs , par M. Tauvri , quatriéme
édition 2. vol . in 12. chez L.
d'Houry , au bas de la ruë de la Harpe
1721.

NOUVELLE ANATOMIE raisonnée ,
avec figures , du même Auteur , quatriéme
édition 1721. chezle même.
LES VERITEZ principales & plus
importantes de la foy & de la juftice
chrétienne , expliquées clairement & methodiquement
en forme de catechifme
felon la doctrine de l'Ecriture , des Conciles
, des Peres & des Docteurs de l'Eglife
, avec plufieurs exemples tirez de
Hiftoire. Le tout diftribué en 52. Inf.
tructions , fuivant le nombre des sz . Dimanches
de l'année , feptième édition
in 8. A Paris , chez Mariette , rue Saint
Jacques.
RHETORIQUE
>
ou l'art de parler ,
& de perfuader. Par le P. Lami de l'Oratoire
, quatrième édition , in 12. A Pais
, chez Delaune.
ELEMENS DE MATHEMATIQUES ,
F vj
du
132 LE MERCURE

du même Auteur , ou Traité de la Grandeur
en general , qui comprend l'Arithmetique
, l'Algebre , l'Analyfe , & les
principes de toutes les fciences , qui ont
la grandeur pour objet , quatrième édition.
Chez le même Libraire.
COMMENTAIRE fur l'Analife des
infiniments petits. Par M. Crouzas , Profeffeur
à Laufanne. A Paris , chez Montalant
, Quay des Auguftins 1721. in 4.
de 320. P.
DISSERTATION fur l'Origine des
Maladies Epidemiques , & principalement
fur l'Origine de la Pefte , où l'on
explique les caufes de la Propagation &
de la ceffation de cette maladie. Par
M. Aftruc , &c. A Montpellier , chez
Jean Martel 1721. in 8. p . 118 .
LA NOUVELLE MAISON RUSTIQUE
, ou Economie generale de tous les
biens de Campagne , la maniere de les
entretenir , & de les multiplier , donnée
cy-devant au public par le fieur Liger ,
troifiéme édition , augmentée & mife en
meilleur ordre. A Paris , chez Claude
Prudhomme , au Palais , 2. vol . in 4 .
17210
MUSEUM
D'A OUST 1722. 133
MUSEUM ROMANUM. AUREUM
feu feries abfolutiffima omnium Numifmatum
Aureorum quæ fub Romanis Imperatoribus
à Julio Cæfare ad Paleologos
percuffa funt unà cum cujufque Principis
Iconifmo , & brevi defcriptione.
:.
Cet ouvrage auquel un fçavant Antiquaire
travaille , & qu'il fe propofe de
donner au Public avec les Medailles en
queftion parfaitement bien gravées , contiendra
un catalogue general de toutes
les Medailles d'or qui fe trouvent dans
tous les cabinets , depuis Jules Celar juf
qu'aux Paleologues ; il donnera une tête
de chaque Empereur , & une defcription
fommaire des Medailles les plus rares
. Ce catalogue comprendra la defcrip
tion de 2500. Medailles que l'Auteur a
toutes prifes fur les originaux , & dont
il cite les cabinets..
TRAITE' des Forces mouvantes pour
la pratique des Arts & Metiers , avec une
explication de plus de 20. machines nouvelles
& fort utiles. Par M. de Camus ,
Gentilhomme Lorrain. A Paris chez
Claude Jombert , rue S. Jacques , &
chez L. le Comte , Quay des Auguftins
1722. vol . in octavo de 335. pages .
Ce Livre qui nous paroît de confequence
134
LE MERCURE
quence pour l'ufage du public , eft venu
à nôtre connoiffance trop tard pour pouvoir
en donner une idée auffi étendue dans
ce Mercure , que la matiere le demande ,
mais nous nous relervons le mois prochain.
de donner un extrait bien circonftancié
des matieres les plus importantes.
MOEURS des Sauvages Ameriquains ,
comparées aux Moeurs des premiers temps.
Par JOSEPH FRANÇOIS LAFITAU , de
la Compagnie de Jefus.
Le titre de cet Ouvrage renferme troischoles
qui doivent piquer la curiofité du
Public. 1. Une Defcription exacte des
moeurs des Peuples Barbares de l'Amerique.
2º. Une Recherche curieuſe des
moeurs des premiers Peuples de l'Antiquité.
30. Un Parallele continuel de ces
moeurs les uns avec les autres .
Pour remplir ce deffein , l'Auteur , qui
a fait un long féjour en Amerique , eft
entré dans un détail des moeurs des Peuples
qui l'habitent , fi rempli , fi varié &
fi nouveau , qu'on ofe fe flatter que le
Lecteur en fera content. Il a recueilli en
même temps ce que les Auteurs les plus
anciens , & dont l'autorité eft la mieux
établie , ont de plus intereffant & de plus
remarquable en cette matiere ; & dans
la maniere dont il rapproche les premiers
temps
D'AOUST 1722 .
135
temps, le Parallele eft fi entier qu'il n'y a
pas un feul trait des moeurs des Ameriquains
qui n'ait fon exemple dans l'Antiquité.
L'Antiquité même la plus reculée
& la plus obfcure reçoit comme un
nouveau jour dans cette comparaiſon ,
de forte qu'on y peut voir dans un fyftême
lié & fuivi ce que les Auteurs anciens
ne nous ont pas rendu affez intelligible
ou ce qu'eux-mêmes n'ont pas affez bien
entendu .
La matiere des moeurs eft vafte par ellemême
, elle embraffe tout ce qu'il y a de
Loix , d'Ufages , de Coûtumes & de
Pratiques dans la focieté civile. Ces Loix
& ces Ufages ayant divers objets ont auffi
dequoi fatisfaire les differents goûts.
Tout l'Ouvrage eft partagé & divifé
en Titres , dont chacun renferme un fujet
feparé. Par exemple, ce qui concerne
l'origine , la Religion , le Gouvernement,
&c. Chacun de ces fujets ayant lui-même
beaucoup d'étendue , eft traité le plus
methodiquement qu'il a été poffible , &
fe trouve conduit de maniere que les
chofes y font placées dans l'ordre le plus
naturel & rangées fous plufieurs Titres
´renvoyez à la mmaarrggee ,, qui peuvent foulager
le Lecteur , le diriger , & lui fervir
comme d'entrepoft.
Dans le Parallele des moeurs des Ame-.
riquains
136 ' LE MERCURE
riquains avec celles des premiers temps ;
la Litterature eft menagée de telle forte,
& on tâche de la proportionner tellement
à la portée d'un chacun , que tout le monde
aura du plaifir d'apprendre quelque
choſe de nouveau dans une matiere auffi
intereffante , & qu'on fera bien aife de
voir réuni en fait de moeurs des Anciens,
ce qui eft caché dans plufieurs volumes
Grecs & Latins , & qui par -là eft ignoré
de la plus grande partie des hommes.
Les Planches qu'on eft obligé de faire
graver ferviront à rendre plus fenfible ce
que les Defcriptions les plus détaillées ne
font jamais affez bien comprendre. Le
nombre de ces Planches rendant la dépenfe
plus confiderable , on a crû qu'il
étoit à propos de recourir aux Soufcriptions
pour rendre cet Ouvrage plus
complet.
Deux Tomes in quarto , enrichis d'un
grand nombre de Figures , dans lefquels
on n'omettra rien pour la beauté des gravûres
, du caractere , & le papier fera
femblable à celui du Projet. Les Soufcripteurs
payeront 7. livres en ſouſcrivant,
& 7. aurres livres en recevant lesdits
deux Tomes en blanc au mois de Septembre
1723. Ceux qui n'auront pas foufcrit
, payeront 24. livres . On ne recevra
des
D'A OUST 1722-
$ 37
des Soufcriptions que jufqu'au premier
Janvier prochain , elles font fignées par
l'Auteur , & délivrées chez les Libraires
cy- après.
A Paris , chez Louis - Denis Delatour
& Pierre Simon , ruë de la Harpe , aux
trois Rois 1722.
Le Pere Bernard , Theatin , vient de
mettre au jour les Odes Morales , avec
des Maximes pour la conduite d'un Roi ,
des Cantiques , & des Pleaumes , le tout
en vers François . Cet ouvrage qu'il dedie
au Roi , & qu'il a eu l'honneur de lui
prefenter, eft curieux par la varieté & le
choix des fujets , & l'on y trouve les traits
les plus vifs des Prophetes , des Peres ,
des Profanes mêmes par application à la
Religion. Les Odes roulent en partie fur
l'éducation , le luxe , le jeu , l'orgueil ,
l'immortalité de l'ame , les faux principes
, la fuperftition , l'honneur , l'exemple
, les plaifirs , la verité , l'ambition
& c.
Il a fait fur tout fept Odes fur les confeils
de la fageffe , où il foutient avec dignité
les fublimes fentimens de Salomon..
Les vers qui font à la tête de l'ouvrage
font immediatement fuivis du Pleaume
Exaudiat , où l'on fait entrer l'Hiftoire.
du Roi , & les voeux que l'on fait pour
lui »
138 LE MERCURE
lui , en confervant les paroles dụ Prophete.
L'Auteur finit l'épître à fa Majefté
par ces vers.
Par des Maîtres fameux pour le fceptre élevé ,
Ton progrè eft le prix à leurs foins refervé.
Je les voi pour répondre au deftin de la France,
Prêts d'achever bien tôt l'ouvrage qui s'avance
,
Et moi pour confpirer à leurs fuccès heureux ,
S'ils donnent des leçons , je vais former des
voeux.
A l'égard des Cantiques , & des Pfenu
mes , l'Auteur les a tournez en Odes ,
excepté le dernier Pleaume qui commence
ainfi .
Cieux,foyez attentifs aux accords de ma Lyre,
Que la terre entende ma voix ,
Que la verité qui m'infpire
Par ma touche annonce fes loix , & c.
Quant aux maximes pour la conduite
d'un Roi , on a crû leur devoir de grands
vers .
Le Livre fe vend chez Billiot , Libraire
, ruë de la Harpe , au coin de la
rue Pierre- Sarrazin.
Au
D'AOUST 1722. 139
Au refte nous avons parcouru cet ouvrage
Poëtique , avec plaifir , & nous
pouvons affeurer , après le témoignage de
M l'Abbé Raguet , qui l'a approuvé ,
que le public ne peut pas manquer de le
recevoir favorablement , & d'en retirer
une agreable utilité.
On imprime chez Piffor , Libraire
Qay des Auguftins , un Recueil de Lettres
de M. l'Abbé *** à M. l'Abbé
Houtteville , au fujet du Livre de la Religion
Chrétienne , prouvée par les faits.
Le but de l'Auteur eft d'engager le public
à rendre une exacte juftice à un ouvrage
également loüé & blâmé avec excès
. M. l'Abbé Houtteville , eſt , dit- on ,
traité dans ces Lettres avec beaucoup de
politeffe & de menagement ; & malgré
certaines fautes qu'on lui reproche , l'on
fent que l'Auteur des Lettres, eft penetré
d'eftime pour celui qu'il attaque. On efpere
que quand ces Lettres auront paru ,
on fçaura à quoi s'en tenir fur le Livre
de la Religion Chrétienne , prouvée par
les faits. Car le merite de cet ouvrage décidé
d'abord eft devenu une efpece de
Problême.
Laudatur ab his , culpatur ab illis .
On débite chez le même Libraire un
in douze
140 LE MERCURE
in douze de 389 pages , fans la Preface
& la Table , intitulé , Remarques fur di
vers endroits d'Italie. Par M. Addiffon ,
pour fervir au voyage de M. Miffon ,
tome 4. 1722.
On nous écrit d'Amfterdam , que le
fieur Jean Deur , Bourgeois de cette Ville
a obtenu un Privilege des Etats Generaux
pour vendre pendant 15. années une
Sphere Mouvante , fuivant le fyftême de
Copernic qu'il a inventée. Le principe du
mouvement de cette Sphere , eft un reffort
qui étant mis dans un Globe de quelque
grandeur qu'il foit , le fait mouvoir
& tourner dans l'ordre , & le temps que
la terre tourne fur elle- même en 24. heu
res , ce qui fait le Globe terreftre , on a
ajoûté fur la ligne équinoxiale de ce Globe
un cercle de cuivre , fur lequel on a
marqué les divifions des 24. heures du
jour & de la nuit , enforte que par le
mouvement de ce Globe fur lui- même on
voit à chaque inftant , l'heure qu'il eft en
tous les lieux de la terre. On a auffi mis
dans le Zodiaque deux petites marques
pour reprefenter le Soleil & la Lune ,
par le moyen defquelles on voit l'heure
du lever & du coucher de ces Aftres.
Dans le Globe celefte , conftruit par le
même principe , on y reprefente nonfeulement
D'AOUST 1722. 141
feulement les mouvemens du Soleil &
de la Lune , mais encore ceux des autres
Planettes , & de tous les Aftres dans le
rang & l'ordre obfervé par la nature.
L'Auteur de cette découverte ( qui n'eft
cependant point nouvelle , puifqu'il y a
eu plufieurs Globes de cette efpece conftruits
à Paris , ) promet un petit Livre ,
dans lequel il expliquera la conftruction
de fon reffort & de fes Globes .
On mande de Lisbonne que le Beneficier
François Leitaon- Ferreira a remis
au Secretaire de l'Academie Royale de
Hiftoire , une Differtation Apologetique
du premier Concile de Braga , que
quelques- uns avoient regardé jufqu'à prefent
comme apocrife .
On mande auffi que le Roi de Portugal
s'eft fait recevoir dans l'Academie
dite del Arcadia à Rome , fous le nom
du Paſteur d'Alvano , & que fa Majefté
a fait acheter un beau jardin , qui eft fitué
fur le Mont Aventin , pour en faire
prefent à cette Academie.
Monfieur le Duc d'Orleans vient d'enrichir
fon Cabinet d'un grand & magnifique
Tableau , reprefentant la Refurrection
du Lazare , peint fur bois , par Sebaftien
, Venitien , dit Frate del Piombo ,
fameux
142 LE MERCURE
fameux difciple du Georgean , fur le deſfein
de Michel Ange. Les differens goûts
de ces deux grands Maîtres le trouvent
ralfemblez dans cette admirable compofi.
tion . On voit à la fois dans la figure du
Chrift la Majefté , la douceur , & la
force d'un Dieu , avec les fentimens humains
de la plus tendre amitié. Le Reffufcité
eft terrible , fans être hideux , il
paroît vouloir le débarraffer lui - même
de fon linceul pour aller fe jetter aux
pieds de fon Divin Maître. Marie parcât
plus reconnoiffante que furprife du miracle
que le Seigneur vient de faire à fa
priere , ce qui fait un contrafte admirable
avec l'étonnement & la terreur , dont
paroiffent faifis les autres fpectateurs,
Cette magnifique ordonnance eft compolée
de plus de 50. figures de grandeur
naturelle .
Nous avons eu occafion de parler de
ce Tableau , & de ce Peintre dans le
Mercure du mois de Fevrier dernier
page 107. Nous ajoûterons ici que Sebaltien
Venitien porta le fu nom de Fratcdel-
Piombo , à caufe d'un Office de Fr
te- del-Piombo que le Pape Clement VII.
lui donna , qu'il exerça jufqu'à la mort ,
& dont le revenu le faifoit vivre commodement
fans le fecours de fon art , aufi
ne travaille- t-il guere depuis. Il s'adonna
à la
1
D'A OUST 1722. 143

à la Poëfie , & à la Mufique . Par la faveur
de Michel - Ange , à qui il s'étoit
attaché , & qui le faifoit peindre fur fés
deffeins , il fut preferé à Jules Romain
& aux autres excellens difciples de Raphaël
, après la mort de ce celebre Peintre.
Il fut le premier , felon Felibien , qui
s'avifa de peindre fur des pierres de diverfes
couleurs , dont il faifoit fervir le
fond dans la compofition , & dans les
ornemens de fes Tableaux. Il étoit fort
lent , & travailloit beaucoup fes ouvrages.
Il excelloit pour les têtes , & les
mains. Il y a quantité d'excellens portraits
de lui , & entre les autres ceux du
Pape Adrien VI . de Clement VII . de
Paul III . de Catherine de Medicis avant
fon mariage , de Michel - Ange , de Pierre
Aretin , & c. Parmi les peintures qu'on
voit de lui à Rome dans l'Eglife de Saint
Pierre in Montorio , on admire la Flagellation
de N. S. à la Colonne , faite lur
le deflein de M. Ange . Il y a un beau
Tableau du même Auteur à Fontainebleau
dans la Chapelle du Roy , repreſentant
la Viſitation de la Vierge.
Sebaftien Venitien fit ce tableau de la
Refurrection du Lizare par ordre du
Cardinal de Medicis , qui étoit Arche- *
vêque de Narbonne , & qui fut enfuite
élevé au Pontificat fous le nom de Clement
144 LE MERCURE
ment VII. La Ducheffe de Melfort à
une très-belle copie de ce Tableau .
SUITE DES MED AILLES DU ROY,
avec l'explication des Types
& Legendes.
L
MEDAILLE XVI.
A PAIX AVEC L'ESPAGNE . On
voit d'un côté la tête du Roi avec
l'infcription ordinaire , & au revers ,
l'Europe affife au milieu de fes attributs.
Legende. TRANQUILLITAS EUROPE,
Tranquillité de l'Europe . Exergue , PAX
CUM HISPANIS , MDCCXX .
XVII.
LE CONGRE'S
DE CAMBRAY .
D'un côté la tête du Roi , avec l'infcription
ordinaire. Revers. La Victoire & la
Paix , avec leurs attributs , fe donnant
la main. Legende , FELIX CONGRESSUS
, heureux congrès. Exergue
MDCCXXI.
XVIII.
JOYE UNIVERSELLE pour le réta
bliffement de la fanté du Roi. D'un côté
la tête de Louis XV. avec l'infcription
ordinaire,
XVI XVII
QUILLITAS
TRANG
PAX CUM HISPANIS .
MDCC.XX.
POPULI
LETITIA
XVIII
PRO
UROPAE
US
SALUTE
IV.AUGUSTI .
M.DCC.XXI
PRINCIPIS
XV
.
FELIX
NGRE

RESSUS
M.DCC.XXI.
D.V
D.
NAV.REX
PLENDOR
S.
XIX
NOMINIS
2006 90ong onbo
ORATOR. IMP. TURCARUM
M.DCC.XXI
GALLICI
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
,
D'AOUST 1722.
143
ordinaire. Revers . Un Autel , fur lequel
eft pofé un encenfoir fumant. Legende.
LETITIA POPULI PRO SALUTE
PRINCIPIS. La joye du peuple pour le
rétabliffement de la fanté du Roi. Exergue.
Iv. Augufti MDCCXXI .
XIX.
L'AMBASSADEUR
>
DE TURQUIE.
On voit d'un côté la tête du Roi avec
l'infcription ordinaire , & pour revers
le Roi fur fon Trône , recevant l'Ambaffadeur.
Legende. SPLENDOR NOMINIS
GALLICI . Gloire du nom François.
Exèrgue. ORATOR IMP . TURCARUM.
L'Ambaffadeur de l'Empereur
des Turcs MDCCXXI.
XXXX)
XXXXXXXXXXXXXXXX
Vers prefente au Roy le jour
de Saint Louis.
E SAINT ROY , dont le Nom retentit
Ldans nos Temples ,
PRINCE , vous a laiffé fon Trône & les
exemples ;
Il vous voit , du féjour de la Divinité ,
Et ce fpectacle adjoûte à ſa felicité.
Tels font les droits du Jufte : Une longue
memoire ,
P G Des
146
LE MERCURE
Des Fils , dont jufqu'à lui doit rejaillir la gloire ;
De fideles Sujets... Il reçoit aujourd'huy
Nos Voeux pour Vous , mêlez à nos Hymnes
pour lui.
Comme à lui , l'Innocence & les Loix vous
font cheres ;
Vous nous rendrez les jours , & les moeurs de
nos Percs.
Dans l'âge où vous entrez , Vainqueur des
vaias plaifirs ,
Au bonheur de fon Peuple il tourna ſes defirs,
Que PARIS à jamais preſente à nos hom
mages ,
Du PIEUX SOUVERAIN les auguftes
ouvrages.
Tant de lieux au Seigneur confacrez par fes
mains ,
Tant d'afiles ouverts aux befoins des humains.
VINCENNEà vôtre enfance offrit ces Bois
antiques ,
Dont l'ombre lui formoit des Tribunaux ruftiques
s
Sa bouche y prononçoit des oracles de paix ,
Sa main fé hoit des pleurs , & verfoit des
bienfaits :
Digne fruit des leçons d'une fage Regence ,
Toûjours à fes devoirs il foumit fa puiffance ,
Les fermens de fon Sacie obfervateur jalour.
L'Autel
D'AOUST 1722.
147
L'Autel qui les reçût cft preparé pour Vous ,
Le Dieu qu'il atteftoit va bien-tôt vous en
tendre ,
Sur Vous le Don celefte cft tout prêt de defa
cendre ;
Immortelle rofée , & qui dans vôtre coeur
De nouvelles vertus fera meurir la Fleur.
Qu'un temps toûjours ferein , qu'un Ciel tous
jours tranquile ,
Conferve cette Fleur & la rende fertile !
Le SAINT ROY dans fa vie cût des jours
orageux ,
Vivez auffi fidele , & vivez plus heureux,
Roi ,
G ij SPEC.
148 LE MERCURE
SPECTACLES.
Ur ce qu'on nous a fait appercevoir
Sque dans le Mercure de Juin , page
III. nous avions donné huit Tragedies à
M. Pradon , nous avons reconnu avoir
fait une faute. Il n'eft Auteur que des
fept dernieres. La Tragedie d'Arface ,
Roi des Parthes , imprimée en 1666. eſt
de M. de Prade , lequel en avoit compofé
deux autres long- temps auparavant , qui
ne font pas à beaucoup près fi bonnes
Les fujets en font Sillanus & Annibal.
Il ne faut pas laiffer paffer cette occafion ,
fans affurer qu'on nous fera toûjours plaifir
de nous faire appercevoir des méprifes
, & des fautes contre l'exactitude
dans lesquelles nous pourrons tomber à
cet égard , & à tous autres . On nous
trouvera toûjours prêts à nous retracter ,
n'ayant rien tant à coeur que de rendre
juftice à la verité , quand on nous la fera
connoître.
LA MORT DE POMPE'E que les Ca-b
mediens François viennent de remettre
au Theatre , leur attire de nombreufes
affemblées , auffi eft . elle parfaitement
repreſentée
D'A OUST 1722. 149
"
reprefentée par les Sieurs Baron & Quinaut
, & par les Dlies le Couvreur &
Dangerville , qui y jouent les principaux
rôles de Cefar , de Ptolomée , de Cornelie
& de Cleopatre. C'eft la cinquiéme
des Tragedies du grand Corneille.
De toutes les yeuves qu'on voit fur le
Theatre , c'eſt peut- être dans cette piece
que la feule Cornelie fait plaifir à voir.
M. de S. Evremond , dit qu'au lieu de
faire imaginer des enfans fans pere , Sc
une femme fans époux , fes fentimens
tout Romains , rappellent dans l'efprit
l'idée de l'ancienne Rome & du grand
Pompée.
Corneille , pour éviter que le courage
d'un heros ne foit amolli par les foupirs
& les larmes , fait dans cette piece que
Cleopatre a de la paffion pour Cefar ,
mais elle met tout en ufage pour ufage pour fauver
Pompée. Elle feroit indigne de Cefar , fi
elle ne s'oppofoit à la lâcheté de ſon frere
, & Cefar indigne d'elle , s'il étoit capable
d'approuver cette infamie.
On voit peu de pieces de Theatre
it M. Baillet , où l'Hiftoire foit plus
confervée , & plus falfifiée tout enſemble
, que dans celle- ci. Les évenemens
hiftoriques n'y font pas changez ; mais
on les fait arriver autrement qu'ils ne font
effes-
G iij
150 LE MERCURE
effectivement arrivez . La maniere dont
l'Auteur a profité de Lucain , y eft un peu
plus delicate & moins vifible , que celle
dont il avoit imité Seneque dans fa Medée
; il ne lui eft inferieur nulle part , &
il n'y a point de comparaifon à faire entre
eux dans les endroits où le François
s'eft paffé du fecours du Romain .
Left le de cette piece eft plus élevé que
celui de tous les autres Poëmes du même
Auteur , & ce font fans contredit les vers
les plus pompeux qu'il ait jamais faits . Il
y a quelque chofe d'extraordinaire dans
le titre de ce Poëme , qui porte le nom
d'un Heros qui n'y parle point ; mais il
ne laiffe pas d'en être en quelque forte
le principal Acteur , puifque fa mort
eft la caufe unique de tout ce qui s'y
paffe.
Nous avons deux Tragedies du grand
Corneille * , dit M. l'Abbé Dubos , dont
la conduite & la plupart des caracteres
font très defectueux : le Cid & la mort de
Pompée. On pourroit même difputer à
celle- ci le titre de Tragedie ; cependant
le Public enchanté par la poëfie du ftile
de ces Ouvrages , ne fe laffe point de les
admirer , & il les place fort au - deffus de
plufieurs autres , dont les moeurs font
Refl , fur la Poef
meile
D'A OUST 1722. Ist
meilleures , & dont le plan eft regulier.
Tous les raifonnemens des Critiques ne
le perfuaderont jamais , qu'il ait tort de
prendre pour des Ouvrages excellens
deux Tragedies , qui depuis quatre- vingt
ans font toûjours pleurer les fpectateurs.
Nous allons parler d'une piece d'un caractere
bien oppofé; c'eft la petite Comedie
nouvelle, intitulée l'Ouvrage d'un moment,
ou le galand Couvreur , de la compofition
du Sieur le Grand, Comedien du Roy; elle
fut reprefentée pour la premiere fois le 11 .
de ce mois , & elle a beaucoup de fuccès.
Il n'y a qu'un Acte en profe , & un divertiffement
à la fin , des chants & des
danfes , dont la mufique eft du Sieur Quinaut
l'aîné , Comedien du Roy.
Le fujet de cette piece eft fort fimple.
C'eft un Marquis folâtre , & une Comteffe
enjoüée , que leurs parens veulent
marier enfemble. Ces jeunes gens font
prévenus l'un contre l'autre fans s'être
jamais vûs. Ils doivent s'entrevoir au
Château d'une Prefidente , amie de la
Comteffe , où fe trouve un Chevalier
amant de la Preſidente , & ami du Marquis.
La Comteffe , pour ne pas refufer en
face le Marquis , s'il n'eft pas de fon goût,
fe déguife & pafle pour la Femme de
G iiij
cham151
LE MERCURE
chambre de la Prefidente. Et de fon côté
le Marquis , pour connoître quelle eft
la perfonne qu'on lui deftine , & n'en
être pas connu , fe déguife en Coureur ,
& vient s'offrir à la Preſidente , fous les
aufpices du Chevalier fon ami.
pu-
L'amour que le Marquis & la Comteffe
prennent l'un pour l'autre ,
l'autre , à la premiere
vûë , fous leurs differens déguiſemens ,
cft l'ouvrage d'un moment. La Comteffe
retenue par quelque mouvement de
deur , veut refifter à ce penchant , mais
Ie Marquis s'y abandonne entierement . Le
dénouement eft bien menagé ; les jeunes
amans font au comble de la joye , quand
ils apprennent que leur condition étant
égale , ils peuvent s'aimer fans honte , &
que leur amour répond au choix de leurs
parens. Il y a un Cocher du Chevalier ,
nommé Rufteau , amoureux de Marton ,
veritable Femme de Chambre de la Prefidente
, qui font naître plufieurs Scenes
plaifantes , par la jaloufie qu'ils prennent
de ces nouveaux domestiques . Enfin
cette piece n'eft reprefentée que par
fix
Acteurs , qui du commencement à la fin
badinent fort agreablement . Le divertiffement
répond au titre de la piece , &
roule fur l'Ouvrage d'un moment : voici
les couplets de Vaudeville.
Pre

THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND.
TILDEN FOUNDATIONS.

D'AOUST 1722.
153
A
Premier Couplet.
Ne plus aimer de la vie ,
Un coeur fe refout vainement ;
Sans fçavoir pourquoi, ni comment ,.
Il en reprend bien tôt l'envie ;
C'eſt l'ouvrage d'un moment.
2 .
L'ardeur qu'on croyoit éternelle
S'éteint quelquefois aiſément ;
Mais fouvent un embraſement
Eft caufé par une étincelle ,
C'est l'ouvrage d'un moment.
3.
L'amant rebuté d'une belle ,
Rarement court au changement ;,
Mais quand il est heureux amant ,›
Le voir devenir infidelle ,
C'est l'ouvrage , &c.
4.
Ce nouveau parvenu qu'on louë ,
Vous éclabouffe fierement ;
Mais au premier évenement.,.
Le voir retomber dans la bouë
Gy C'eft
154
LE MERCURE
C'eftl'ouvrage , & c.
S
Traverfez & la terre & l'onde ,
Les cornes vont comme le vent ,
Vous les recevrez promptement ,
Quand vous iriez au bout du monde ;
C'est l'ouvrage , & c.
6. Marton.
Pour d'autres fi mon mari panche ,
J'imiterai fon changement ;
Pourquoi s'affliger vainement
Quand on peut prendre fa revanche
C'est l'ouvrage , & c.
7. Le Coureur.
Que l'amour fait de diligence !
Ah ! que c'eft un Coureur charmant !
Avec lui je cours ' hardiment :
Quand j'ai finis je recommence ;
C'eft l'ouvrage , &c.
8. Au Parterre.
Sila Pięce vous a fait rire ,
Il faut qu'elle ait quelque agrément ;
Si vous en jugez autrement ,
Meffieurs , nous aurons à vous dire ,
C'eft
D'A
OUST 1722 .
155

C'eft l'ouvrage d'un moment .
On trouvera l'air noté de ce Vaudeville
au bas de la chanfon du mois , page
୨୭ •
L'Academie Royale de Mufique continuë
les reprefentations du Balet des Fêtes
de Thalie , dont le Public ne fe laffe
point ; on a joué la critique de ce Balet
le 20. de ce mois ; divertiffement fait par
l'Auteur même du Balet , & joué dans la
nouveauté en 1714. Les Mufes de la Poëfie
, de la Mufique & de la Danfe , y ont
quelque difpute enfemble , pour s'attribuer
chacune en particulier le fuccès du
Balet ; Elles font Momus juge de leurs differends
, qui après les avoir écoutées ,
leur confeille de finir leur querelle , &
de s'en tenir à fa décifion que voici.
Ne difputez pas davantage ,
Etfouffrez qu'entre vous le laurier ſe partage ,
L'éclat n'en fera pas moins doux.
& c.
La fuite de Momus compofée de Pantomimes
, forme le divertiffement qui fait
la clôture de la critique & du Balet.
Gvj Les
156
LE MERCURE
Les Comediens Italiens ont continué
les reprefentations de la piece du jeune
vieillard qu'ils avoient donnée à l'ouverture
de leur Theatre du Fauxbourg S.
Laurent)jufqu'au 8. dece mois. Monfieur
le Duc d'Orleans honora cette piece de
fa prefence le 31. du même mois.
Le 1. Aouft les mêmes Comediens reprefenterent
au Palais Royal devant MADAME
une piece Italienne en trois Actes ,
intitulée La Fille defobéiffante.
Le 8. ils ont donné fur leur Theatre
du Faux - bourg S. Laurent une nouvelle
piece , compolée d'un Prologue , qui annonce
deux petites pieces d'un Acte chacune
, intitulées la Force de l'Amour , &
La Foire des Fées. Ces pieces font ornées
de divertiffemens , de chants , de danſes ,
& d'un Vaudeville à la fin de chaque
piece. Les couplets de la derniere ont été
fort applaudis les voici ; on en trouvera
l'air noté , de la compofition de M.
Mouret , au bas de l'air à boire , page
99. Au reffe nous ne donnons point d'extrait
de ces pieces , parce qu'elles vont
être imprimées.
D'A OUST 1722 . 757
Vaudeville de la Foire des Fées.
I.
Venez , venez , accourez tous',
Dans cette agreable retraite , bis.
Pour vous faire luron , lurette ,
Goûter les plaifirs les plus doux ,
Il ne faut qu'un coup de baguette,
Lorſqu'un amant s'eft entêté
D'une jeune & vive coquette. bis.
Pour lui faire luron , lurette ,
Abjurer Finfidelité ,
Il faut plus d'un coup de baguere
3.
Un Crefus eft toûjours heureux
Quand il pourfuit une Grifette , bis.
Dés qu'il montre luron , lurette
Sa bourſe à l'objet de fes voeux,
C'eft la veritable baguette..
4 .
Un tendrommalgré fa pudeur ,
Suit fon amant à la Guinguette ,
158
LE MERCURE
Lui laiffe voir luron , lurette ,
Qu'elle eft fenfible à fon ardeur ,
Et Bacchus fournit la baguette-
5. Au Parterre.
Souvent de vôtre ſentiment ,
Le fiflet devient l'interprete ;
Si nos Pieces luron , lurette .
N'ont du fel & de l'agrément ,
Vous nous menez à la baguette.
O
LES COURONNES.
Balet, à l'occafion du Couronnement pro
chain de Louis XV. danfe au College
de Louis le Grand , à la Tragedie de
MAURICE le Mercredi s. Aoust
1722.
3
E Couronnement du Roy eft un ob-
Ljet fi intereflant pour tous les François
, que les RR. PP. Jefuites n'ont pas
craint d'en prévenir le tems & la ceremonie
par Balet , qui en offrît l'idée ,
fans en donner la reprefentation . Il eft
permis de fe réjouir des évenemens qu'on
nous annonce , & aufquels nous femblons
toucher , dit l'Auteur du deffein du Balet.
Nous pouvons donc témoigner nôtre
D'AOUST 1722. 159
joye à l'approche du Couronnement d'un
Roy déja couronné par fes vertus. Nous
lui prefentons dans ce Balet une Hiftoire
abregée des Couronnes , de leurs differentes
efpeces , & des differens titres
aufquels on les a données. Si quelque fçavant
trouvoit à redire , ajoûte- t- on , que
nous n'euffions pas embraffé toute cette
matiere , qu'il fonge que nous donnons
un Balet , & non pas un Traité des Couronnes.
OUVERTURE.
L'Origine des Couronnes .
On croit que Bacchus eft l'inventeur
des Couronnes , & qu'il fe couronna
d'abord de lierre après fa conquête
des Indes ; enfuite de pampre , après
qu'il eut appris aux hommes à cultiver la
vigne.
Ce Dieu accompagné de fes Satyres ,
eft porté fur un char traîné par des Tigres
. Les peuples qu'il a fubjuguez lui
rendent hommage.
1607
LE MERCURE
Satyres fuivans de Bacchus , Indiens captifs
, Ambaffadeurs Indiens .
Premiere Partie.
Les Couronnes données à l'habileté dans
les combats de l'efprit , & à l'adreffe
dans les exercices du corps..
I Entrée..
Des Joueurs de divers inftrumens fe
difputent la victoire. Les vainqueurs re→
çoivent des couronnes de fleurs , & c.
Violon , Flûte , Danfeurs à la fuite des
inftrumens , &c.
2.
Des Poëtes Lyriques combattent pour
le prix du chant. Les Juges donnent au
vainqueur la couronne de lierre , & c ..
Poëtes chantans , Poëtes danfans , Juge,
& c.
3.
Un Poëte Tragique & un Poëte Comique
, avec chacun fa troupe d'Acteurs ,
fe difputent la preference. La couronne
pour le Tragique eft de laurier , pour le
Comique d'oripeau , &c.
D'A OUST 1722. 167
Acteurs Tragiques , Acteurs Comiques
&'c.
Des lutteurs , fauteurs , &c. tâchent
de l'emporter fur leurs rivaux , par la
foupleffe & l'agilité du corps. Les couronnes
propofées font de clinquant , de
fapin , &c. Lutteurs , &c.
Seconde Partie.
Les Couronnes données au fervice
»militaire.
I. Entrée.
Dans un combat de Romains & d'A
friquains , un Soldat Romain fauve la vie
à un de fes concitoyens , & reçoit la couronne
Civique, faite de feuilles de chêne.
Romains , Africains , &c.
2.
Un Officier general de l'Armée Ro
maine , arrive à propos pour une Ville
affiegée. Les habitans de la Ville lui prefentent
une couronne de gazon , & ténoignent
par là qu'ils lui font redevales
de la terre qu'ils habitent.
Habitans de la Ville affiegée , Sol
lats affiegeans , Commandans Soldats
Remains
162 LE MERCURE
Remains , Chefs des Romains , &ci
36
Un Officier de mer , qui a fauté le
premier dans un vaiffeau ennemi , eft honoré
de la couronne navale. C'eſt une
couronne d'or , qui eft ornée de voiles &
de petits éperons de vaiffeau .
Officiers de mer , Matelots .
4.
Un General Romain , qui a remporté
une illuftre victoire , eft porté en triomphe
avec la couronne triomphale . Cette
couronne fut d'abord de branche de laurier
; dans la fuite on la fit d'or le plus
pur.
General Romain , Officiers & Soldats
Romains .
Troifiéme Partie.
Les Couronnes données aux vertus
Royales.
1. Entrée.
Telemaque dans l'Ile de Crete , explique
les queftions propofées par les
vieillards dépofitaires des loix de Minos ,
& l'emporte fur tous fes concurrens . On
lui offre la couronne Royale qu'il a meritée
D'AOUST 1722 . 163
ritée
par la fageffe de fes réponſes .
Telemaque , Mentor , vieillards Cretois ,
Cretois prétendans , &c .
2 .
David encore Berger met en pieces
un Ours , & un Lion , qui viennent pour
fe jetter fur fon troupeau . Les Bergers
des environs couronnent fa valeur , & le
choififfent pour leur Roi.
David , Bergers , &c .
3.
Titus après la conquête de la Jugée ,
ne veut point qu'on le felicite fur une
guerre où il a répandu , malgré lui , tant
de fang humain. Des Capadociens lui
apportent une Couronne d'Olivier , pour
rendre témoignage à fa moderation .
Suivans de Titus , Cappadociens , &c.
4 .
Godefroy de Bouillon ayant reconquis
la Paleſtine , les Croifez des cinq
nations lui déferent la Couronne pour reconnoître
fa pieté & fa Religion , auffi
bien que fa valeur , & fa conduite dans
la guerre Sainte.
François
*64 LE MERCURE
"
François , Anglois , Allemans , Italiens
& Flamans , Croifez , &c .
QUATRIEME PARTIE ,
Les Couronnes données au droit
de la naiffance.
1. Entrée.
La Couronne Imperiale de la Chine ,
paffe par droit de fucceffion à un des fils
de l'Empereur , qui choifit parmi ſes enfans
fon fucceffeur , fans avoir égard à
l'ordre de la naiflance .
L'Empereur de la Chine , le fils de l'Em-
Mandarins , Chinois , &c .
pereur,
2.
La Couronne d'Espagne , au défaut
d'enfans mâles , paffe aux filles ou à leurs
defcendans . C'eft evertu de ce droit
que les Efpagnols viennent offrir la Couronne
à PHILIPPE D'ANJOʊ , comme
au plus proche heritier par les femmes.
Espagnols , François , &c.
3.
La Loi Salique établie en France , exclus
D'AOUST 1722. 165
clut les filles de la fucceffion à la Cou
ronne , & appelle tous les fils à fucceder,
Ainfi les quatre fils de Clovis partagent
le Royaume de leur pere , & font tous
Couronnez !
Saliens qui paffent pour les Auteurs de la
Loi Salique , Clovis , fils
de Clovis, &c.
4.
Dans la fuite des temps , l'aîné feul
fuccede à la Couronne de France.
Louis XV. monte fur le Trône de
fes peres. L'Hymen lui apporte le portrait
de l'Infante. Les Genies de la Fran
ce & de l'Eſpagne dreffent un arbre
nealogique pour l'un , & pour
l'autre.
ge-
Genie de la France , Genie de l'Espagne
fuite des deux Genies , François ,
Espagnols , &c.
BALLET GENERAL,
Premiere entrée.
Les Vertus & les beaux Arts preſen
tent à Louis XV. les diverſes Couron
nes qu'il merite , & qu'il meritera dans
la fuite de fon regne , & c .
Seconde
466 LE MERCURE
Seconde entrée.
Les Provinces du Royaume rendent
hommage à leur Souverain , & témoignent
par les danfes qui leur font propres
, la joye qu'elles reffentent de fon
prochain Couronnement,
Poitevins , Auvergnats , Bretons , Provençaux
, François de diverfes
Provinces , & c.
Les airs de la premiere partie font de
la compofition de M. Campra. Les danfes
font de la compofition de M. Fro
ment.
NOUVELLES
D'AOUST 1722. 167
NOUVELLES ETRANGERES .
"
De Perſe.
E détail exact du détrônement du Roi de
Perfe,& des évenemens qui l'ont fuivi,
n'eft pas encore parfaitement connu. Il paroit
par les Lettres du Levant que le Roi de Perfe a
trouvé des rebelles jufques dans fes trois fils
qui dans l'efpace de quinze jours ont porté
fucceffivement la Couronne de leur pere fugitif.
On dit que ce malheureux Prince a envoyé à
Aftracan trois couriers confecutifs pour impiorer
le fecours du Czar contre fa famille & fes
fujets revoltez. Il off e de groffes fommes d'argent
, de grands avantages pour le commerce
Les ports les plus commodes de la Mer Caf
pienne , & de feconder Sa Majefté Czarienne
dans les projets , s'il eut obtenu l'appuy qu'il
demande & fi cet appuy le fait remonter fur
fon Throne : le Czar a répondu favorablement
aux prieres du Sophi , & lui a mandé ſes intentions
par un Officier qui eft parti avec les
trois couriers . Cependant la Perie eft defolée
par cinq ou fix factions differentes ; les Provinces
font faccagées par les mutins ; ils ont
même attaqué à Gam am les Officiers de la
Compagnie des Indes Orientales de Hollande
auffi bien que ceux de la Compagnie d'Angleterre
qui les ont vigoureufement repouffez , &
ont confervé feuls leurs habitations , tandis
que le refte de cette Ville Maritime a été entie
ement détruit . Les Revoltez ont pouffé
leurs conquêtes criminelles juſqu'à la Capitale
de
168 LE MERCURE
de l'Empire qu'on prétend qu'ils ont affiege .
prife & pillée . Ils avoient commencé par s'emparer
du Fauxbourg de Zulfa. Les Armeniens
qui l'habitent ont éprouvé leur fureur , leur
avarice & leur infolence . Ces vainqueurs feroces
après avoir ravi toutes les richeffes de ces
infortunez Armeniens , en ont encore exigé
comme tribut cinq cens filles Vierges de leurs
propres familles. On ne fçait pas encore le deftin
des Européens , établis dans Ipahan , il
ne peut être que fort trifte. Un Armenien a
écrit que l'Ambaffadeur de Ruffie avoit été tué
pendant le pillage de cette Ville, On débite
avec affez d'apparence que tous les effets des
Marchands François , Anglois & Hollandois
avoient cu le fort des Marchandiſes des Armepiens
de Ruffa. Les Tartares du Dagueftan veulent
avoir part aux dépouilles de la Perfe , &
fe font mis en marche , commandez par le Bey
Daoud leur Chef, pour tacher de fe rendre
maîtres de la Ville d'Erivan. La Province de
Kirman , fituée au Golfe Perfique eft defolée
par un corps de troupes fous les ordres du
Cadi de Makafe dans l'Arabie Heureufe . On
ne fçait pas trop ce qu'eft devenu le Sophi depuis
la défaite de fon armée ; les uns difent qu'il
s'eft donné la mort , qu'il n'a pû trouver dans
le combat ; d'autres qu'il a été empoisonné
par les propres gens . Il y en a qui affurent
qu'il s'eft fauvé à trois journées de Labilone ,
& qu'il a follicité la protection de la Porte
comme celle du Czar . il eft toûjours certain
que le Grand Seigneur a envoyé ordre au Gouverneur
d'Efperum , & dans les autres places
frontieres , de faire affembler & exercer leur
milice. On travaille fortement à Conftantinople
pour y envoyer des munitions de guerre &
de
D'A OUST 169 . 1722.
$
de bouche. On ajoûte que le Czar très mécontent
de Miriveils , & des autres revoltez affemble
contre eux piès d'Aftracan une armée qui
doit être de trente- trois mille hommes de troupes
reglées , & de plus de foixante mille Calmouques
, & autres Tartares. Si le Sophi vit
encore il a grand befoin de tous ces fe ours ,
car dans le tems qu'il regnoit avec le plus
d'autorité , il n'a pu pendant trois campagnes
réduire fous fon obéiffance fes fujets revoltez
de la Province de Gouraffan.
De Conftantinople ce 30. Juin 1722 ,
E Colonel Popiel envoyé extraordinaire de
Lologne a rifà avec une fuite de plus de
foixante perfonnes au Fauxbourg de Pera le-
11. Juin, & le 14. il fit fen entrée dans la Ville,
le 20. 11 alla à l'audien.c publique du Grand
Vifir qui le reçût avec une diftinction marquée
, & il lui fit prefent de douze Caffétans.
On lui a accordé par jour pour fon entretien
pendant qu'il féjournera à Conftantinople la
femme de vingt Lewenḍalers. 11 fera admis à
l'audience du Grand Seigneur dès que le Bairam
fera expiré
La Porte eft menacée d'un foulevement general
des Arabes à qui l'on doit une groffe
fomme d'argent pour le libre paffage des Pelerins
qui vont à la Meque.
ont
+
De Petersbourg ce 15. Juillet.
Landez à Aftracan , d'où l'on ap-
Es negocians Armeniens établis à Mofcou
prend qu'il eft défendu à qui que ce foit d'en
fortir jufqu'à ce qu'on ait executé le projet
H de
1
170 LE MERCURE
de l'expedition fur la Mer Cafpienne.
Le Czar a fait propofer au Duc de Meckelbourg
qui continue fon féjour à Dantzich de
fe retirer à Riga jufqu'à la fin de l'année , &
d'y occuper le Château qu'on lui a fait preparer
; on lui promet par mois fix mille Rubles
jufqu'au retour d'Aftracan. La réſolution du
Duc n'eft pas encore prife , mais la Ducheſſe
fon époufe eft partie pour Petersbourg , où
elle va trouver la Czarine , veuve du Czar
Jean Alexiewits , fa mere , qui eft dangereufement
malade , qui a fouhaité de la voir auffi
bien que la Ducheffe Douairiere de Curlande
que la Ducheffe de Meckelbourg a emmené
en paffant à Mittau.
L'efcadre des vaiffeaux qui anchrent à Cronf
lot eft prête à faire voile pour Revel , où le
Vice-Amiral Wilfter qui la commande doit
trouver les inftructions .
De Varfovie ce 18. Juillet.
E Roi eft arrivé à Varfovie le 8. Juiller,
L'Evêque de Pofnanie à la tête des autres
Senateurs , & des Miniftres du Royaume l'a
complimenté à la defcente de fon Caroffe. Après
s'être repofé.quelque tems fa Majefté fe rendit
à la grande Eglife , où le Te Deum fut chanté
avec un grand concours de peuple. Après cette
ceremonie le Roi accompagné des Grands retourna
au Château , où il eut avec eux une
conference.
Les réformez qui font établis dans ce Royau
me ont voulu prefenter une Requête au Roi
contre les Ecclefiaftiques qu'ils acculent de
quelques violences , mais jufqu'à prefent ils
n'ont trouvé aucun Seigneur qui les ait voulu
prefenter
D'AOUST 1722. /
171
prefenter à fa Majesté. On prétend que le Roi
de Pruffe les a recommandez au Roi de Suede ,
qui poura propofer quelque article en leur faveur
lorfqu'on entamera les negociations du
traité qui doit fe conclure entre la Suede & la
Pologac.
I
De Stokolm ce 24. Juillet.
Ly a eu ici une querelle affez vive entre
des Matelots Anglois & Ruffiens qui fe font
battu opiniâtrement à coups de bâtons & de
pierres , on a arrêté les plus mutins . M. Bertuchef
a obtenu de fa Majefté que les vaiffeaux
Mofcovites & Ruffiens pourront dorénavant
venir negocier dans les Ports de ce Royaume ,
avec les mêmes privileges dont ils jouiffoient
avant la derniere guerre .
Il eſt arrivé un bâtiment de Vibourg avec
le premier payement de la fomme que le Czar
s'eft engagé par le traité de Nyftade de remettre
au Roi de Suede en differens termes.
Le Roi & la Reine font toujours à Medwig ,
où leurs Majeftez ont recommencez à prendre
les eaux. On prétend que leur départ pour la
Scanie eft fixé au huit Aouft prochain . On dit
auffi que pendant que le Roi y fera fon féjour,
il doit avoir une entrevûe avec le Roi de Dannemark
Les Commiffaires Suedois & Ruffiebs
pour le reglement des limites du Duché de
Finlande n'ont encore rien conclu touchant le
territoire de Witolax .
I
De Coppenhague ce 27. Juillet.
L ne reste plus à la fade de cette Ville que
fix vaiffeaux de l'efcadre qui avoit été équippé
il y a quelques mois on va les defarmer
inceffamment. Hij L'affaire
472 L'E MERCURE
L'affaire du Duc de Holftein- Rethwich,
concernant la fucceffion du Duc de Holftein
Pioca eft en terme d'accommodement.
On a lancé à l'eau un vaiffeau de guerre de
quatre vingt - quatre pieces de canons , ce qui
donna occafion à l'Amiral Gabel de regaler le
Prince & la Princeffe Royale du spectacle d'un
combat naval , & enfuite d'un grand feftin.
Le Roi follicité par la Reine en faveur du
Comte de Rantzau a declaré qu'il ne fe mêleroit
en aucune maniere de ce que feroient les
Commiffaires qui ont été nommez pour le juger
malgré le mépris que le Comte de Rantzau a
fait de fon autorité , en reclamant la Jurifdiction
de l'Empereur , qui a donné ordre au
Comte de Merth de s'oppofer aux affemblées
de la commiffion Danoife , établie à Rensbourg
fur cette affaire , quoiqu'il femble que le Roi
de Dannemark ait eu droit de nommer les Juges
qui la compofcnt , puifque le Château de
Dragoé , voifin du lieu de l'affaffinat du feu
Comte de Rantzau eft fitué dans un territoire
dépendant de fa Couronne .
De Vienne ce 26. Juillet.
N mande de Harfgerode dans la Princi
pauté d'Anhalt que le 21. Juin il y cut
un furieux embraffement qui confuma plus de
la moitié de la Ville , dont plus de 500. familles
fe trouvent ruinées.
Il y a eu en Baviere des orages extraordinaires
, furtout à Landohut , la grêle extrêmerent
groffe pefoit une livre , elle a bleffé
plufieurs perfonnes , Brifé toutes les fenêtres ,
& les toits de la Ville , & endommagé les arbres
fruitiers , les vignes & les bleds.
Le
D'AOUST 1722. 173
Le 6. Juillet l'Empereur , les Imperatrices ,
& les Archiducheffes fe mirent en chemin pour
fe rendre à Prefbourg , où ils arriverent le fept
au bruit de l'artillerie de la Ville & du Château .
Les foldats de la garnifon , & les bourgeois
étoient fous les armes & rangez en haye. Le
Magiftrat à la tête de tous les Officiers des
Tribunaux , fit une harangue à l'Empereur ,
lui prefenta les clefs de la Ville fuivant la
coutume , & eut l'honneur de lui baifer la main.
Dès que cette ceremonie fut achevée , on com¬
mença l'entrée qui fe fit dans l'ordre fuivant.
Un efcadron des Cuiraffiers du Regiment de
Palfi marchoit à la tête , fuivi de tous les Officiers
des Miniftres Allemans & Hongrois ; les
chevaux de main de l'Empereur venoient après
avec les douze Trompettes , & les Timbaliers
de la Chambre qui precedoient les Députez des
Etats d'Hongrie , & les Miniftres de la Cour,
tous à cheval. A quelque diftance on vit paroître
l'Empereur avec un Evêque qui le precedoit
, portant une grande Croix d'argent ,
marque d'honneur particuliere que les Papes
ont accordez aux Rois d'Hongrie. Après l'Empercur
marchoit l'Imperatrice dans fon caroffe
, accompagnée de la Princeffe Douairiere
d'Averfperg , la premiere Dame du Palais ,
trois autres caroffes fuivoient , remplis des Dames
de la Cour La marche étoit enfin fermée
par le fecond efcadron du Regiment de Palfi ,
Lorfque leurs Majeftez Imperiales furent arrivées
au Château elles fe mirent à genoux au
bas de l'efcalier fur des couffins de drap d'or
qu'on y avoit placeż , & après avoir pris l'eaubenite
& receu la benediction des mains du
Cardinal de Saxezeits , Archevêque de Stri- .
gonie , & Primat de Hongrie , à la tête des
Hiij
autres
174 LE MERCURE
1
autres Prelats en habits Pontificaux , elles fe
rendirent à la Chapelle . Là le Te Deum fut
chanté au fon de toutes les cloches de la Ville ,
& au bruit de l'artillerie . Le 8. l'Empereur fe
rendit dans la même Chapelle , & y entendit
la Meffe du Saint Efprit , celebrée Pontificalement
par le même Cardinal'; enfuite fa Majefté
Imperiale entra dans la Salle des Députez,
& fe mit fur fon Thrône , le Comte Illeshazi
Chancelier du Royaume prononça un difcours
Hongrois , contenant les propofitions de
l'Empereur qui fit un difcours latin , en remettant
les propofitions entre les mains du Primat
; ce Cardinal y ayant répondu au nom
des Etats , les Députez eurent l'honneur de
baifer la main de fa Majefté Imperiale , qui fe
retira pour leur laiffer la liberté de déliberer .
Le 17. l'Empereur & l'Imperatrice partirent
l'après-midi de Prefbourg , & allerent coucher
au Château de Peternel . Le 18. ils arriverent
au Château de la Favorite , où ſa Majeſté
Imperiale tint Confeil le 20. & donna enfuite
audiance au Comte d'Illeshafi , Chancelier du
Royaume de Hongrie , qui lui fit le rapport
des déliberations des Etats , & de l'enregiftrement
de l'acte qui établit lá fucceffion au
Royaume dans la ligne feminine au défaut d'heritiers
mâles.
L'Empereur a fait expedier un refcript qui
enjoint au Roi de Pruffe de reftituer dans
l'efpace de deux mois au Monaftere d'Hammefleben
tous les revenus qu'il lui a ôtez par
reprefailles , à peine d'une exécution militaire
dont l'Electeur Palatin , l'Evêque de Munfter ,
& le Lantgrave de Heffe d'Armſtad font chargez.
Par un autre mandement d'une datte anterieure
fa Majefté Imperiale a auffi ordonné
au
D'A OUST 1722. 175
au Roi de Pruffe de remettre le Comté de
Tecklembourg au Comte de ce nom , auffi à
peine d'execution militaire , s'il ne s'y foumer
pas dans l'efpace de deux mois .
On dit que le Confeil Aulique n'eft pas fatis
fait de la Eulle d'Inveftiture du Royaume de
Naples , parce qu'il n'y eft fait aucune mention
de la nomination aux Benefices de cet
Etat ; on croit que cette raifon a retardé jufqu'ici
l'envoy de la ratification du ferment fait
par le Cardinal d'Althan ,
L5
De Londres ce 7. Aoust.
E Roi a fait arrêter quatre Irlandois qui
ont poignardé il y a quelque tems le Capitaine
& l'équipage d'un petit va : ffeau Malouin
qui les avoit reçûs à Corck, comme paffagers
; ils s'étoient emparez du bâtiment , &
en avoient vendu la Charge à Oftende après
ce meurtre .
Le 28. & le 9. Juillet le Prince de Galles
eut quelques accès de fievre , qui heureuſe .
ment n'ont pas eu de fuite. On dit qu'il va
congedier les Allemans qui font à fon fervice
avec des penfions viageres , & qu'il ne fe fervira
plus que d'Officiers Anglois
De Lisbonne ce 10. Juillet.
E 30. Juin le Roi alla voir un combat de
Taureau à Olivelle , & de là vint rejoindre
la Reine chez le Marquis de Marialve , où elle
avoit diné, Le Comte de Sainte Croix a obtenu
la permiffion d'exercer la Charge de Majordome
à la place du Marquis de Gouvea fon pere ,
que fon âge & fes infirmitez empêchent de pa-
Hiiij roîtie
176 LE MERCURE
roître à la Cour, La nuit du 28 au 29. Juin fe
Comte d'Ericeira fe rendit au Palais pour obferver
avec 1 Infant Dom François , frere du Roi
l'éclipfe de Lune qui commença ici à onze
heures quarante quatre minutes , douze fecondes
du foir , & qui finit à trois heures dix fept
minutes , & douze fecondes du matin .
De Madrid ce 30. Juillet .
Na envoyé des ordies pour fortifier Ba
dajos , & les autres places de la frontic. e
de Portugal ; on y a déja voituré de Cadix un
train d'artillerie confiderable. Des lettres de
Malaga portent que le 7. Juin on avoit refufé
l'entrée du Port à un vaiffeau Venitien de vingtdeux
pieces de canons chargé pour Amfterdam,
& qu'on y avoit publié une Ordonnance dat
tée du 2. Juin qui défend tout commerce avec
la République de Venife , & avec le Royaume
de Maroc.
Des Lettres de Cadix apprennent que le 30.
Juin le Contre Amiral Grave qui commande
l'efcadre Hollandoife y étoit entré le 25.
avec une partie de fes vaiffeaux pour y prendre
des rafraîchiffemens . Ce Commandant avoit
donné la chaffe à plufieurs Corfaires , & en
avoit pris un d'Alger de dix pieces de canons ,
& de cent dix - fept hommes d'équipage , & un
autre de Salé de quatorze canons .
Le 26. Juillet jour de Sainte A ne leurs Majeftez
Catholiques furent complimentées par les
Grands du Royaume , à l'occafion de la tête
de cette Sainte , dont l'Infante - Reine de France
porte le nom .
D'AOUST 1722. 177.
*
L
De Rome le 23. Juillet.
E 28. Juin , veille du jour de S. Pierre &
S. Paul , le Pape alla dîner au Vatican , &
à l'heure de Vêpres Sa Sainteté defcendit dans
l'Eglife de S. Pierre pour y officier pontificalement.
Tandis que le Duc de Guadagnola & le
Chevalier fon frere , neveux du Souverain Pontife
, & Capitaines de fes Chevaux - Legers ,
accompagnez de la plus brillante nobleffe de
Rome , fe tranfporterent en caroffe & à cheval
au Palais du Connêtable Colonne , nommé par
l'Empereur Ambaffadeur Extraordinaire pour
prefenter del fa part au Pape le cens ou tribut
du Royaume de Naples avec la Haquenée. Le
Connêtable Ambaffadeur partit en Cavalcade
de fon Palais ; les fenêtres des maiſons fituées
fur la route , étoient extrêmement parées des
plus beaux tapis , & encore plus ornées par une
foule charmante de Dames & de Cavaliers , cu
rieux de voir la fête . Le cheval de l'Ambaffadeur
broncha , & ce Seigneur tomba , mais fans
fe faire aucune bleffure. Lorsqu'il fut arrivé
fous le portique de S. Pierre , la confufion des
fpectateurs devint fi grande , que le Duc de
Guadagnola fut frappé au coin de l'oeil par la:
halebarde d'un Suiffe qui écartoit la preffe. Le
Connêtable fit fon compliment en langue latine
, fuperbement vêtu à l'Allemande. Lé foir
on tira un beau feu d'artifice devant le Palais
Colonne : il y eut affemblée , où les Cardinaux
affifterent en fimarre noire & manteau long &
rouge. Il ne s'y rendit de Dan es que Madame:
la Ducheffe Aquafparta , foeur du Pape , les autres
ne voulurent pas s'y trouver , pour ne pas.
prendre la main gauche du Connêtable , comme
Hv Am
178
LE
MERCURE
.
Ambaffadeur Extraordinaire . La façade de l'Eglife
S. Pierre & le Dôme furent illuminez ,
ainfi que le lendemain jour de la fête.
Les Sultanes Turques , qui étoient entrées
dans le Golfe de Venife , ont rendu le falut aux
Vaiffeaux de la Republique , & fe font retirées,
ce qui a diminué les allar nes de la côte d'Italie.
On a ignoré quelque tems la route qu'ont prife
ces vaiffeaux. Mais depuis on a appris que l'Ef
cadre du Grand Seigneur s'étoit raffemblée
vers le Golfe de Squillace , qu'elle n'étoit compoféc
alors que de cinquante voiles , y compris
douze Sultanes ; qu'elle s'étoit enfu te approchée
de Saragoça en Sicile ; & qu'après y
avoir fait de l'eau & acheté des rafraîchiffemens
, elle avoit fait route vers le Canal deMalthe
; enfin la crainte eft prefque diffipée , on a
fçu que cette Efcadre s'étoit auffi retirée du Canal
de Malthe. Cependant lePape a tenu plufieurs
Congregations , où il a mandé les Officiers les
plus experimentez , & par leur confeil il a refolu
d'augmenter les Compagnies qui compofent
fa Garde ufqu'à deux mille hommes . La
Chambre Apoftolique n'étant pas én état de
faire au une avance , on doit faire un emprunt
qui fera hipotequé fur les revenus de la Fabri- .
que de S. Pierre. Le Cardinal Cienfuegos a offert
à Sa Sainteté des Troupes Allemandes ,
pour garder les places les plus expofées de l'Etat
Eclefiaftique , on l'a remercié de fes offres.
On prétend que les differends du S. Siege
& du Roi de Sardaigne font accommodez .
D'AOUST 179 1722.
Reception du Prince Royal de Lorraine en qualité
de Chevalier de la Toifon d'or.
>
LE :Juillet,jour de faint Jacques&faint
Chriftophe , on fit ici la ceremonie de l'inf
tallation du Prince Royal au rang de Cheva--
lier de la Toifon d'or , qui lui a été conferé par
l'Empereur . S. A Royale remplit dans cette occafion
les fonctions de Sa Majesté Imperiale.
Cet a&te folemnel commença par la marche
qui occupa depuis le nouveau Palais jufqu'à
l'Eglife des RR PP. Mieimes , deftinée pour
être le theatre de cette augufte ceremonie . Le
Regiment des Gardes à pied formoit deux
hayes la livrée compofée de Heyduques
Coureurs & Valets de pied , marchoit à la tête
& à côté des caroffes . Le Colonel des Regimens
des Gardes , les premiers Gentilshommes
de la Chambre , & le Grand Maître de la Garderobe
, tous dans un même caroffe , paroiffoient
enfuite . Dans un autre caroffe à fix chevaux
, presedé des Pages à pied , étoient le
Grand Chambellan , le Grand Ecuyer , le Capitaine
des Gardes du Corps , & le Colonel des
Cent Suiffes . Après venoit le caroffe du Corps ,
garni de velours cramoifi brodé en or , il étoit
tiré par huit chevaux harnachez fuperbement ,
SA Royale occupoit feul le fonds de ce magnifique
caroffe , & portoit l'habit de l'Ordre .
Les deux Princes Cadets rempliffoient le devant
, & le Prince de Guiſe étoit à la portiere.
Soixante Suiffes , autant de Gardes du Corps
& de Chevaux-Legers , avec plufieurs autres
Officiers des trois Corps , marchoient fur les
aîles de ces caroffes. S. A. Royale en arrivant
à l'Eglife qu'on avoit très- décorée , fe mit
H vj fous
180 LE MERCURE
fous un dais , où le Portrait de l'Empereur étoit
expofé en grand relief fur un trône . Dès que
S. A Royale fut affife , les deux Princes Cadets
& le Prince de Guife fe placerent des deux
côtez & derrière fon fauteuil : les premiers Of
ficiers étoient rangez en ligne . L'Envoyé de
France fe plaça à côté du trône , les Marêchaux .
& le Senechal de Lorraine étoient vis à- vis de
1 Epitre. Dès que tout fut difpofé pour la ceremonie
, S. A. Royale ordonna à celui qui faifoit
la fonction de Chancelier de l'Ordre , &
au Maître des Ceremonies d'aller chercher le
Prince Royal , qui étoit alors dans un apparte
tement du Couvent . Ce Prince entra dans l'Eglife
en habit de l'Ordre , fuivi de fon premier
Gentilhomme de la Chambre , qui portoit la
queue de fa robbe , & d'un nombre de Chambelans
; il étoit précedé dans cette marche de
plufieurs Officiers des Gardes du Corps , du
Chancelier & du Maître des Ceremonies . Le
Prince en arrivant fit une profonde reverence à
l'Autel , une autre à S. A Royale ; & s'approchant
du trône , fe mit à genoux devant elle;
tout ce qui eft prefcrit par les Statuts de l'Or
dre dans cette occafion fut alors obfervé Le
Prince prêta le ferment, & reçût de S. A. Royale
le Collier de l'Ordre & l'embraflade . Alors
S. A. Royale defcendit du trône , & fe mit à
genoux fur un Prié- Dieu devant le grand Aufel
, où elle entendit la Meffe , celebrée pontificalement
par l'Abbé de Luneville . Le Prince
Royal fe plaça fur un carreau à deux pas de fon
pere , & les autres Princes & Seigneurs occu
perent leurs rangs . On chanta un Motet pendant
la Meffe. Dès qu'elle fut enten luë , tout
ce pompeux cortege retourna au Palais , où S.
A. Royale ramena le Prince Royal dans le fonds
D'A OUST 172289 181
de fon caroffe. Oa repeta trois fois une déchar
ga d'artillerie de vingt cinq pieces de canon.
S. A. Royale Madame , les Princeffes & autres
Dames de la Cour , virent la ceremonic dans la
Tribune de l'Eglife. Le Prince Royal tint une
table de vingt quatre couverts ; le foir il y eat
Comedie , fouper , feu d'artifice , décharge d'ar
tillerie & bal.
BENEFICES , CHARGES
& Dignitez des Pays Etrangers
, avec les Morts & Mar
riages des perfonnes de confideration.
DANNEMARK.
R Gabel , Gentilhomme de la Chambre
lu Roy , a été nommé Par Sa Majefté Vice-
Amiral general de fes Armées navales .
Le Comte de Holften , Marêchal de la Cour,
a été nommé premier Secretaire d'Etat , & Miniftre
de la Guerre .
ALLEMAGNE.
La Chancellerie de Vienne a expedié un Decret
Imperial , qui nomme Confeiller d'Etat
ordinaire le Comte Leopold - Victorin de Vvindifgrats
, Ecuyer hereditaire de Stirie , Chambellan
de l'Empereur , Confeiler Aulique , &
l'un des Plenipotentiaires de Sa Majesté Impe182
• LE MERCURE
riale au Congrès de Cambray .
ANGLETERRE.
Le Chevalier Gold a été nommé Gouverneur
de la Compagnie de Ruffie , à la place du
Chevalier Ayloffe decedé depuis peu.
La Ducheffe de Kandall a obtenu du Roy
pour trente-deux ans tout le terrain , dit de la
Savoye , qui eft le long de la Tamile , qui appartient
à la Couronne ; elle a deffein d'y faire
bâtir de belles maifons , & d'en faire le plus
beau quartier de la Ville de Londres .
Le Duc de Quenſbury a été nommé Amiral
d'Ecoffe
Le Lord Vvitvvort a été nommé par le Roy
de la Grande Bretagne Ambaffadeur , Plenipotentiaire
de Sa Majefté au Congrès de Cambray
.
Le Lord Cadogan à été admis par le Roy
dans le Confeil du Cabinet.
PORTUGAL
.
On fit à Lisbonne le 4. Juillet l'élection des
Adminiftrateurs honoraires & comptables de la
Maifon de Mifericorde de cette Ville , & Dom
Ferdinand Tellès de Silva , Marquis d'Alegrette
, Confeiller au Confeil d'Etat , Gentilhomme
de la Chambre du Roi , & Vifi eur
des Finances , fut élû Provediteur de et Hôpital
Royal.

Lom Thomas Tellès de Silva , Vicomte de
Villanova de Cerveira , fut élû Ecrivain.
Le Marquis de Marialuc , Ge ulhomme de
la Chambre du Roy , Sergent Major de Bataille,
& Colonel d'un Regiment de Cavalerie de
D'A OUST 1722 .
183
la Garniſon de cette Ville , fut élû Receveur
general des Aumônes .
Le Comte d'Atougnia , & Dom François dos
Santos , furent éiûs Majordomes , ou Grand
Maître des prix & récompenfes.
Le Comte d'Arcos , auffi Colonel d'un Regiment
de Cavalerie de la Garnifon de cette Vil
le , & Dom Manuel d'Almeyda , Leytou , pour
Vifiteur de la repartition defainte Croix.
Dom François Mello de Caftro , ci -devant
Gouverneur de Mazagaon , & Laurent de Valle ,
pour la repartition de Notre Dame. «
Jean Correa de l'Abreu Defembargador , &
Jofeph Rodriguès de Macedo , pour celle de
fainte Catherine.
ESPAGNE.
Dom Louis de Salçados y Arefna , Archevêque
de faint Jacques , a été nommé à l'Archevêché
de Seville , & Dom André de Herrera-
Efguera , Evêque d'Ofma , à l'Archevêché de
S. Jacques.
IT A LIE.
Le 6. Juillet Sa Sainteté tint Confiftoire fecret
au Quirinal & propofa l'Abbé Afcanii
Gonzague pour l'Evêché titulaire de Colofle."
M. François -Antoine Tini , pour les deux
Evêchez réunis d'Avellino & de Trefcenti dans
le Royaume de Naples.
M. Angelo Gentile pour l'Evêché de Balcaftro.
M. Luc Antoine de la Gatta pour l'Evêché
de Bitonte , dans la Terre de Bary , au Royaume
de Naples.
184 LE MERCURE
L'Abbé de Rohan , nommé par Sa Majesté
Très-Chrétienne, pour l'Archevêché de Reims.
L'Abbé de Valbelle , nommé à la Coadjutorerie
de S. Ömer , fut propofé par le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires de France ,
l'Eglife titulaire de Giropolis.
M. Bernard Godzeski fut propofé par le Cardinal
Annibal Albani , Projecteur du Royaume
de Pologne , pour l'Evêché Titulaire de faint
Amian , avec le titre de Suffragant de Pofnanie.
Dom Pedro Tagis fut préconisé par le Cardinal
Aquaviva , pour l'Evêché de Gadlarzara
dans les Indes Occidentales.
Le R. Pere Santano Francifcani reformé , fut
préconisé par le Cardinal Cienfuegos , pour
Î'Evêché de Caftel- a- mare dans le Royaume de
Naples.
Le Pallium fut accordé au nouvel Archevêque
de Reims à la fin du Confiftoire,
Le Prince Menzicof doit aller inceffamment
en Pologne , pour y terminer le mariage qui
fut conclu l'année derniere entre la Prince e
fa fille & le jeune Prince Sapieha.
Le Duc Frederic d'Holftein Glusbourg ,
doit époufer inceffamment à Coppenhague la
Comteffe Johnston , intendante de la Maiſon
de la Princefle Royale.
Dom Juan Manuel de la Cueva & Mendou
ca , Commandeur de l'Ordre de Chrift , Alcaïde
Major de Altar , & fils du Colonel Dom Fernande
de la Cueva & Mendouca , épousa à
Lisbonne le 23. Juin par Procureur , Donna
Marie Leonore- Jofep he de Albuquerque, foeur
de Dom Antoine de Soufa de Silva , Gardien
Major des vaiffeaux des Indes & des Armées
navales du Roy de Portugal.
Dom
D'AOUST 1722. 183
Dom Dominique Claros Alonfo Perès de
Gufman , Duc de Medina Sidonia , Grand
d'Eſpagne , époufa le 8. Juillet à Madrid Dona
Jofephe Pacheco Orforio y Mofcefo , fille du
Comte de San Eftevan de Gormas . Les Comtes
d'Altamira affifterent à la ceremonie comme parains
des deux époux.
Dom Jean Pacheco Tellès Giron , Marquis
de Mancera & Comte de Humanès , Grand
d'Efpagne , eft mort à Madrid le Juillet ,
dans la quarante- deuxième année de fon âge .
ADDITION
Aux Nouvelles Etrangeres.
Slon quelques lettres d'Iſpahan du mois de
>
Mars dernier , l'Emir Mamud , rebelle de
Candabar , qui ravagea Canoma il y a environ
3 ans avec dix à douze mille hommes , s'étant
avancé vers cette Capitale de la Perſe ; le Sophi
en fortit le 10. Mars avec environ 40000 .
hommes non difciplinez ; il attaqua ce rebelle ,
mais il fut mis en fuite , après avoir perdu 4000.
hommes , 29 pieces de canon tout le bagage ,
& 12000. Tomans c'eft à dire , environ
600000. livres de nôtre monnoye . On croit
que fi le rebelle eut pourfuivi fa victoire , il
feroit entré dans Ifpaban fans aucune refiftance
; mais ayant differé fa marche , il donna le
tems aux habitans de fortifier la place , de rompre
les ponts qui fervent de communication
ave: le Bourg Zulfa , dans lequel l'Emir entra;
il prit fon logement au Palais Royal , & il fur
complimente de la part des habitans , qui au
lieu
186
LE MERCURE
lieu de fe retirer à Ifpahan avec leurs fa
milles & leurs effets , aimerent mieux refter
chez eux , à leur grand dommage ; car leurs
Deputez furent reçus avec mépris par Mamud,
qui leur fit donner la baftonnade , à caufe qu'ils
ne lui avoient pas apporté des préfens , comme
à leur Roy & Protecteur . 11 leur ordonna de
s'en acquitter le lendemain , ce qu'ils firent ;
mais les prefens n'ayant pas été trouvez aflez
beaux , ils furent maltraitez comme le jour precedent
, & le rebelle leur ordonna de lui amener
5oo. vierges. Ils obéirent ; mais ces filles étant
de la lie du peuple , les conducteurs reçûrent
auffi la baftonnade , & on leur enjoignit d'aller
chercher des filles de meilleure condition
comme celles qui étoient aux fenêtres , lorfque
l'Emir Mamud entra dans le Bourg ; quoiqu'on
executât ce dernier ordie , les Depu ez
eurent le même fort que les precedens , parçe
qu'elles n'étoient pas parées de leurs plus beaux
joyaux. Ces lettres ajoûtent , que quoi qu'il y
ait à Ifpahan plus de cent mille hommes en
état de porter les armes , on n'a pas le courage
de fe mettre en devoir de chaffer les rebelles du
Bourg de Žulfa.
Selon les lettres de Ruffie , le bruit couroit
d Aftracan , que le Roy de Perfe s'étoit mis
fous la protection du Czar, & que ce Prince lui
avoit promis tous les fecours receffaires pour
le remettre en poffeffion defes Etats.
On apprend de Vienne , que le départ de
P'Empereur pour l'execution du voeu qu'il a fait
à Nôtre-Dame de Marienzell en Stirie , cft fixé
au commencement du mois prochain . S. M. I.
y a déja envoyé trois figures d'argent du poids
de 1400. marcs , reprefentant la fainte Trinité.
Les
D'A OUST 1722. 187
1
Les lettres de Turin poitent , qu'on y a re
çu avis que le Pape avoit enfin confenti à reconnoître
le Roy de Sardaigne en cette qualité
, que S. S.devoit lui envoyer l'Abbé Conti,
fon neveu , avec le caractere de Nonce Extraor
dinaire , & qu'on croit que l'Abbaye de Lucedio
fera donnée par S. M. à ce jeune Prelat .
On écrit de Livorne du 31. Juillet , que la
Flotte Othomane eft très- confiderable , & qu'elle
eft difperfée en plufieurs quartiers vers le Golfe
de Venile, du côté de Siracufé en Sicile , à l'entrée
du Canal de Malthe , & c. mais on ne croit
pas que cet armément regarde l'Ile de Malthe ,
qui eft munie & fortifiée , de maniere à ne pas
craindre la plus vigoureufe attaque ; on écrit
plutôt que les Turcs en veulent à l'afle de Cor
fou , qui eft à l'embouchure du Golfe de Venife
, qui appartient à la Republique de Venife ,
& qu'on appelle le Foulevart de l'Italie . Voici
une traduction de la lettre écrite au Grand
Maître de la Religion de Malthe le 28. Juin
17226
ALDI AGA , Capitaine general , Com
mandant de la Patrone de l'Armée
Othomane.
Nfait à fçavoir au principal , & au prémierde
l'Ilede Malthe , & aux Chefs de
fon Confeil, & à tous les Chefs des Nations Frangoife
Venitienne , comme auffi aux autres
Chefs de la Nation du Meffie qui se trouvent
dans cette Ifle , que nous avons été expreßément
envoyezpar le Grand Seigneur , Maître de l'Univers
, refuge du monde , afin qu'on nous configne
, & qu'on envoye tous les esclaves , tant
des particuliers que ceux de S. Jean, qui ſe trouvent
188
LE MERCURE
vent fous leur mauvais gouvernement , afin
qu'ils fe prefentent àfon Auguste & fuprême Tribunal.
Telie eft fa volonté , nous ayant armez à
cette fin , ordanné expreßement de vous faire
fçavoir par cet écrit nôtre arrivée , & à faute
de nous remettre tous les efclaves , vous apprent
drez ce qui en arrivera , & vous vous en repentirez
, vous envoirez la réponse à cette Lettre
à Tunis.
JOURNAL DE PARIS.
LE15.de ce
1

mois Fête de l'Aſſomption
de la Sainte Vierge , on a vû
la Proceffion folemnelle qui fe fait ordinairement
ce jour là , à laquelle
le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris officia , & le Parlement la
Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes , & le Corps de Ville affifterent
avec les ceremonies accoutumées . Cette
Proceffion eft commune au Royaume de
France , qui reconnoît fingulierement la
Sainte Vierge pour fa protectrice . C'eft
ce qui porta le Roi Louis XIII . à inftituer
cette fainte ceremonie , par une Declaration
du 10. Fevrier 1638. dans laquelle
on voit exprimez les fentimens de cet
Augufte & pieux Monarque ; en voici
l'extrait.
Nous
D'AOUST 1722. 189
par
Nous avons crû être obligez , ` nous
profternans aux pieds de fa Majefté Divine
que nous adorons en trois perfonnes,
à ceux de la Sainte Vierge , & de la facrée
Croix , où nous reverons l'accompliffement
des Myfteres de Nôtre Redemption,
par la vie & la mort du Fils
de Dieu , nous confacrer à fa grandeur
fon fils rabbaiffé jufques à nous , &
à ce fils par fa mere élevée jufqu'à lui
en la protection de laquelle nous mettons
particulierement nôtre perfonne , nôtre
Etat , nôtre Couronne ; & tous nos fu-.
jets , pour obtenir par ce moyen celle de
la Sainte Trinité par fon interceffion , &
de toute la Cour celefte par fon autorité,
& fon exemple. Nos mains n'étant pas
affez pures pour prefenter nos offrandes
à la pureté même , nous croyons que
les qui ont été dignes de la porter , les
rendront hofties agreables , & c'eſt choſe
bien raisonnable , qu'ayant été mediatri--
ce de fes bienfaits , elle le foit de nos
actions de grace. A ces caufes nous avons
declaré & declarons que prenant la Très-
Sainte & Glorieufe Vierge pour protec
trice fpeciale de nôtre Royaume , nous
luy confacrons particulierement nôtre
perfonne , nôtre Etat , nôtre Couronife
& nos Sujets , la fuppliant de nous vouloir
infpirer une Sainte conduite , & défendre
cel1.90
LE MERCURE
fendre avec tant de foin ce Royaume
contre l'effort de tous fes ennemis , que
foit qu'il fouffre le fleau de la guerre ,
ou jouiffe de la douceur de la paix , que
nous demandons à Dieu de tout nôtre
coeur , il ne forte point des voyes de la
grace qui conduifent à celles de la gloire.
Et afin que la pofterité ne puiffe manquer
à fuivre nos volontez en ce fujer ,
pour monument & marque immortelle
de la confecration prefente que nous faifons
, nous ferons conftruire de nouveau
le Grand Autel de l'Eglife Cathedrale
de Paris , avec une Image de la Vierge
qui tienne entre fes bras celle de fon precieux
Fils defcendu de la Croix , nous
ferons reprefenté aux pieds & du Fils &
de fa Mere , comme leur offrant nôtre
Couronne & nôtre Sceptre ; Nous admoneftons
le fieur Archevêque de Paris ,
& neanmoins lui enjoignons que tous les
ans le jour & Fête de l'Alfomption il
fafle faire commemoration de nôtre prefente
Declaration à la grande Meffe qui
fe dira en fon Eglife Cathedrale , & qu'après
les Vêpres dudit jour , il foit fait
une Proceffion en ladite Eglife , à laquelle
affifteront toutes les Compagnies Souveraines
, & le Corps de Ville , avec pareille
ceremonie que celle qui s'obferve
aux Proceffions generales plus folemnelles,
D'AOUST
1721.
191
les. Ce que nous voulons auffi être fait
en toutes les Eglifes , tant Parochiales
que celles des Monafteres de ladite Ville
& Fauxbourgs , & en toutes les Villes ,
Bourgs & Villages du Diocéfe de Paris,
Exhortons pareillement tous les Archevêques
& Evêques de nôtre Royaume ,
& neanmoins leur enjoignons de faire
celebrer la même folemnité en leurs
Eglifes Epifcopales , & autres Eglifes de
leurs Diocéfes. Entendant que ladite ceremonie
, les Cours de Parlement , & autres
Compagnies Souveraines , & les
principaux Officiers des Villes y "foient
prefens. Et d'autant qu'il y a plufieurs
Eglifes Epifcopales qui ne font point dédiées
à la Vierge , nous exhortons lesdits
Archevêques & Evêques en ce cas , de
lui dedier la principale Chapelle defdites
Eglifes , pour y être faite ladite ceremonie
, & d'y élever un Autel avec un ornement
convenable à une action fi celebre
, & d'admonefter tous nos peuples
d'avoir une devotion toute particuliere à
la Vierge , d'implorer en ce jour fa protection
, afin que fous une fi puiffante
Patrone , nôtre Royaume foit à couvert
de toutes les entreprifes de fes ennemis
qu'il joüiffe longuement d'une bonne
paix , que , que Dieu y foit fervi & reveré fi
faintement , que nous & nos Sujets puiffions
132 - LE MERCURE
fions arriver heureuſement à la derniere
fin pour laquelle nous avons tous été
créez : car tel eft nôtre plaifir , &c,
Les rues neuve Nôtre- Dame , du Marché-
neuf , de la Barillerie , de la Vieille
Draperie & des Marmouzets, par où paffe
cette Proceffion font tendues de tapifferies
, & les avenues font gardées pour augmenter
la pompe & faciliter la marche.
On a crû devoir inferer dans ce Journal
une action du Roi de Pologne qui
eſt trop intereffante pour être confondue
parmi les nouvelles étrangeres. On dit
que ce Prince retournant dans fon Royaume
, & paffant à demi lieuë de Gorlits
une de fes Villes frontieres ; fes poftillons
pour éviter un mauvais chemin , traverferent
le champ labouré d'un Paylan,
qui l'ayant apperçû fe faifit des rênes
des chevaux , & menaça de brifer les
rouës du carofle avec une forte hache
dont il étoit armé , fi l'équipage ne prenoit
la route ordinaire ; deux Pages de
S. M. Polonoife qui fuivoient le caroffe
avancerent ; & maltraiterent le Paysan ;
les poftillons alloient continuer leur voyage
, lorfque le Roi de Pologne entendant
le bruit de leur difpute , défendit aux
Pages de fraper le Payfan , & lui ayant
fait diftribuer quelque argent , ordonna
aux
D'A OUST 1722. 193
aux poftillons de tourner , & d'entrer
dans le grand chemin , en difant que ce
paure homme avoit raifon de défendre
fon bien , & qu'un Roi n'étoit pas plus en
droit que le moindre particulier de ruiner
quelqu'un fans neceffité.
Le 30. Juillet on celebra dans la Chapelle
de Verfailles une Meffe des Morts
pour l'Anniverfaire de la Reine défunte,
le De profundis y fut chanté par la Mufique
du Roi où S. M. affifta.
Deux jours devant M. Fofcarini &
Tiepolo , Ambaffadeurs extraordinaires
de la République de Venife , arrivez à
Paris le 4. Juin dernier , eurent une audiance
particuliere du Roi , & enfuite de
Monfieur le Duc d'Orleans , Regent du
Royaume. M. le Chevalier de Sainctot ,
Introducteur des Ambaffadeurs auprès
de Sa Majefté les conduifit à ces deux
audiances.
Le même jour le Roi fortit fur les fix
heures du foir , & ſe promena dans les
jardins , accompagné de fa Cour ordinaire.
Le lendemain fa Majefté alla à
Trianon , le jour fuivant elle fe promena
encore dans les jardins , & s'amufa fur
tout dans l'Orangerie.
L'Infante- Reine a pris l'habit de Cour
qui lui fied parfaitement bien , elle a des
graces indépendantes du caprice de la
I mode
194
LE MERCURE
mode . Les Dames vont exactement faire
leur Cour au Roi pendant les dîners &
foupers de Sa Majesté.
Madame la Ducheffe d'Orleans , Regente
, tient fouyent appartement chez
elle ; le Roi y a joué le 2. Aouft en
fortant du Salut.
Le 3. Aouft le Roi alla fe
promener
dans fes jardins , & prendre fur le canal
le divertiffement de la pêche.
par-
'Meffieurs de la Grand'Chambre ont
commencé du 3. à tenir leur audiance
dans la chambre de faint Louis au Palais,
. pour laifler le temps de reparer ce lieu
augufte dépofitaire de la Juftice de nos
Souverains. On prétend qu'on va le
queter & le lambriller dans un goût moderne
& noble , fuivant les deffeins de
M. de Cotes , qui ne peuvent être que
corrects & gracieux. On augmentera le
nombre des croifées pour tirer un plus
grand jour , & toutes feront ou faites , ou
corrigées fur des modeles nouveaux . La
cheminée perdra auffi fon air antique , &
fera ornée de marbre ; on nettoyera le
plafond , & on l'enrichira d'une dorure
neuve la porte d'entrée fera élargie &
rehauffée , & décorée d'attributs & d'ornemens
allegoriques. L'efcalier de la
Cour des Aydes qui eft dans la Grande
Salle fera déplacé ; de forte que de la
;
Galerie
D'AOUST 1722. 195
Galerie de la Sainte Chapelle on verra la
porte de la Grand'Chambre . Ces embelliffemens
ont été ordonnez pour mieux
accompagner le Lit de Juftice que le
Roi doit tenir à ſa majorité.
g
Le 4. le Roi donna audiance publique
à M. le Bailly de Mefmes , Ambaffadeur
extraordinaire de la Religion de Malthe.
Ce Miniftre étoit accompagné de plufieurs
Grands - Croix , Commandeurs &
Chevaliers de fon Ordre. Il fit part à fa
Majefté de la mort du Grand- Maître
Marc Antoine Zondodari , décedé à
Malthe le 16. Juillet dernier , âgé de foixante-
trois ans fept mois & quinze jours .
Ce Grand- Maître n'avoit poffedé cette
Dignité que pendant deux ans , & quelques
mois. Le merite & les qualitez perfonnels
qui avoient caufé fon élevation
ont auffi caufé à fa mort les finceres regrets
qui l'ont fuivie. L'Ambaffadeur fit
en même temps part au Roi de l'élection
qui s'étoit faite du Bailly Don Antonio '
Manoel , Portugais de la Langue de Caftille,
à la Dignité de Grand- Maître de la
Religion de Malthe , & en prefenta une
Lettre à Sa Majesté.
M. le Bailly de Meſmes fut conduit
à cette audiance par M. le Chevalier de
Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs
, & reçut à la porte en dedans de la
1 ij Salle
196 LE MERCURE
Salle des Gardes qui étoient en haye , &
fous les armes par M. le Duc de Rets ,
Capitaine des Gardes du Corps . Il eut
enfuite audiance de Monfieur le Regent,
& de Madame la Duchefle d'Orleans . Le
Roi regala l'Ambaffadeur & les Chevaliers
de Malthe. On leur fervit une table
de quarante- huit couverts .
Le même jour M. Folcarini & Tiepolo
, Ambaffadeurs extraordinaires de
la République de Venife , conduits par
M. de Marpré , Introducteur des Ambaffadeurs
auprès de Monfieur le Duc
d'Orleans eurent une audiance particuliere
de Madame la Ducheffe d'Orleans ,
conduits par le même Introducteur . Ils
avoient eu au Palais Royal, à Paris , une
audiance particuliere de Madame.
Le cinq le Roi alla joüer chez l'Ins
fante- Reine , & le lendemain il alla pêcher
au canal.
,
Le Jeudi 6. de ce mois s'executa la
fameufe gageure de M. le Comte de
Saillant , & de M. le Marquis d'Antragues
qui a occupé ce jour-là bien des curieux
depuis Paris jufqu'à Chantilly :
Voici quel étoit le pary. Le Comte de
Saillant avoit gagé qu'en fix heures , exac .
tement mefurées , il iroit deux fois à cheval
de Paris à Chantilly , & en revien
droit de même , s'engageant de toucher
chaque
D'AOUST 17227
197
chaque fois à Chantilly la ftatue du
Connétable , & à Paris l'Arc Triomphal
qui compofe la Porte S. Denis . On avoit
pris des mefures juftes pour éviter tous
les embarras qui pouvoient empêcher ou
retarder la courfe. On avoit joint à ces
précautions celle de diftribuer les Maiéchauffées
fur la route pour écarter les
embarras. Dans le Fauxbourg S. Denis ,
où la foule des Spectateurs pouvoit aifément
faire naître des incidens qui n'auroient
pas éré favorables au courier , le
Guet à pied & à cheval'étoient chargez
du foin de contenir les mouvemens du
peuple. On avoit fablé le Fauxbourg Saint
Denis pour éviter les gliffades qui devoient
être frequentes ce jour-là ; car la
pluye tomba pendant toute la matinée.
On avoit dreffé un échaffaut fous la
grande Porte de S. Denis où étoit M. le
Duc de Bourbon avec fa Cour. Sous une
des Portes attenant étoit l'éch ffaut des
pendules reglées par le celebre M. Caffini
, Aftronome de l'Obfervatoire Royal ,
en prefence du Comte de Coignies ,
& du Marquis de Beauveau . Ces pendules
étoient fi juftes que leurs mouvemens
furent égaux depuis cinq heures du ma
rin ju qu'à fix heures après midi. M. le
Prevoft Notaire étoit dépofitaire de l'argent
du pary , configné par le Comte de
I iij Saillant
198 LE MERCURE
Saillant , & le Marquis d'Antragues ; de
la fomme de dix mille livres. Le Comte
de Saillant jufqu'an jour de la courſe
étoit le maître d'annuller la gageure , en
payant au Marquis d'Antragues un dedis
de cent piftoles.
M. le Duc de Bourbon arriva des cinq
heures du matin à la Porte S. Denis , d'où
il devoit voir commencer la courfe . Le
Marquis d'Antragues arriva à cinq heu- .
res trois quarts. Le Comte de Saillant
monta à cheval , & partit à fix heures fonnantes
aux deux Pendules : En revenant
à fa premiere courfe il gagna de près
d'un quart d'heure ; préfage prefque certain
de fa victoire. A la feconde & derniere
courfe il gagna la g geure ; & après
être arrivé à l'Arc Triomphal , le courier
victorieux eut de refte fur les fix
heures données vingt-fept minutes entieres.
Ainfi par le calcul qu'on a fait de fa
courfe on trouve qu'il n'a employé par
heure que neuf minutes quinze fecondes ;
cependant il effuya quelques incidens
qui lui déroberent quelques momens. Son
cheval partit mal , il fallut le remettre
fur le bon pied ; un cavalier du Guer qui
vouloit faire ranger un importun , le devint
lui même , & arrêta le Comte de
Saillant ; enfin fon cheval fit une gliffade
à la defcente d'Ecoüan. Quant aux relais
ils
D'AOUST 1922. 199
ils étoient à S. Denis , Ecoüan , Luzarche
& Chantilly. Le Marquis de Saillant
a monté 27. chevaux. M. le Marquis de
Louvois qui étoit à Chantilly revint à
Paris , & accompagna le courier à fa derniere
courfe . A la Statue du Connétable
il y avoit auffi un Valet de Chambre du
Marquis d'Antragues .
Le 8. le Roi alla à S. Cir , & fe confefla
au R. Pere de Lignieres , fon Confeſſeur
. Le lendemain fa Majefté reçût
le Sacrement de Confirmation par les
mains du Cardinal de Rohan , Grand
Aumônier de France qui lui avoit fait
avant cette fainte Ceremonie une exhortation
convenable au fujet digne de l'augufte
Auditeur qui l'écoutoit , & de l'illuftre
Orateur qui la prononçoit. Monfieur
le Duc d'Orleans, Regent du Royaume
, M. le Duc de Bourbon , M. le Comte
de Clermont , M. le Prince de Conti
& un grand nombre de Seigneurs & Dames
de la Cour furent témoins de la
pieté du Roi, qui après fa Confirmation
entendit la Meffe chantée par la Mufique ,
& l'après midi , Vêpres & le Salut. Sa
Majefté alla au Confeil entre Vêpres &
le Salut , & le foir le promena dans les
jardins , & en chaloupe fur le canal .
Le 11. eft arrivé à Paris le courier
d'Elpagne pour le mariage de Don Car-
I iiij
los ,
200 LE MERCURE
los , troifiéme Infant d'Espagne , âgé de
pres de fept ans , avec Mademoiſelle de
Beaujolois , fille de M. le Duc d'Orleans.
On fit à minuit dans la Chapelle du
Roi la ceremonie du mariage de Don
Emanuel Sicardo , Premier Valet de
Chambre du Roi d'Efpagne , avec Dona
Loüife , jeune Eſpagnole attachée à
l'éducation de l'Infante- Reine .
M. le Chevalier de Beringhan a fait
prefent à cette Princefle d'une caléche
magnifique pour fe promener dans les
appartemens de Verfailles.
Les Comediens Italiens ont donné fur
la fin de l'autre mois quelques reprefentations
de Timon que le public a fort bien
reçûës , & ils ont joué le 31. la Comedie
nouvelle de Polypheme en 5. actes , tirée
du Cyclope d'Euripide , avec des entr'actes
, compofez de chants & de danfes.
Le 14. le Roi alla entendre Vêpres à
la Chapelle qui furent chantées par fa
Mufique fur les cinq heures Sa Majesté
alla aux Recolets à pied faire fes Stations
pour fon Jubilé , & enfuite monta en
Carolle pour fe rendre à S. Cir , & s'y
Confeffer au R. Pere de Lignieres , fon
Confeffeur.
Le même jour Monfieur le Duc d'Orleans
a prefenté au Roi le projet d'un
Camp & d'un Fort pour amufer & inf
truire
D'A OUST 1722. 0 201
truire S. M. dans l'art militaire . S. M. a
agréé le projet , & en a ordonné l'execution
. M. de la Voye , ancien Brigadier
des Ingenieurs , & Brigadier des armées
du Roi eft chargé de la conduite de l'ouyage
; il en a donné le deffein à M. le
Blanc, Miniftre de la Guerre. M. Daudet
nouvellement Ingenieur , Geographe du
Roi , travaille fous M. de la Voye pour
lever les plans .
Le Camp fera fitué à l'entrée des avenuës
du Château de Verfailles près de
Montreuil. Le Regiment du Roi eft deftiné
pour ce jeu militaire & Royal. M. le
Chevalier de Pezé , Colonel de ce Regiment
, commandera le Camp .
Le 15. jour de l'Affomption de la
Sainte Vierge le Roi fit fa premiere Communion
à la Paroiffe de Verfailles . Sa
Majefté monta à neuf heures du matin
dans fon caroffe à deux chevaux , accompagnée
de Monfieur le Duc d'Orleans
M. le Duc de Chartres , M. le Duc de
Bourbon , M. le Comte de Clermont
M. le Duc de Charots , fon Gouverneur ,
de M. l'ancien Evêque de Frejus , fon
Precepteur , M. le Duc de Rets , fon Capitaine
des Gardes , & autres Seigneurs.
Les Officiers des Gardes du Corps étoient
à cheval autour du caroffe du Roi , &
les Gardes du Corps marchoient à pied
I y le
102 LE MERCURE
le Marquis de Courtanvaux étoit à cheval
à la tête du caroffe qui étoit chargé
devant & derriere des Pages de la grande
& petite Ecurie. Les grands & petits
Valets de pied , precedez des Gardes
de la Prevôté , & des cent Suiffe ,
leur drapeau déployé , les Gardes Françoifes
& Suiffes en haye Jans la grande
cour avec leurs Officiers à ieur tête , battoient
aux champs pendant la marche.
Le Roi en arrivant à l'Eglife Paroiffiale
fut reçû à la porte par M. Bailli , Curé
de Verfailles , à la tête de fon Clergé. On
prefenta de l'eau- benite à Sa Majefté ,
qui entrant au Choeur , precedé des
Huiffiers portant leurs maffes , s'agenoüilla
fur un Prié Dieu . M. le Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier de France
donna la Sainte Communion au Roi ; les
coins de la nape étoient tenus du côté du
Roi par Monfieur le Duc d'Orleans & le
Duc de Chartres ; & du côté de l'Autel
par les Abbez de Pezé & de Froulay
Aumôniers du Roi . S. M. après la Communion
entendit une feconde Meffe , &
revint au Château dans l'ordre qui avoit
été obſervé en partant. L'après midi il
entendit Vêpres à la Chapelle , la Proceffion
fe fit dans la cour. L'Abbé Dubois
, Premier Chapelain de la Mufique
au Roi y officia , & porta l'Image de
Sainte
D'A
OUST 1722. 203
Sainte Vierge. On y chanta les Litanies
de la Vierge en Mufique. Le Roy à fix heures
affifta au Salut , & remplit toute cette
journée d'une maniere très - édifiante.
Le 16. Sa Majefté alla à S. Cloud rendre
vifite à Madame.
On fit le même jour l'élection des nouveaux
Echevins de la Ville de Paris . M.
de Châteauneuf a été continué Prevoft
des Marchands pour deux ans. M. du
Quefnoy & M. Sauvage font les deux
Echevins élûs. Ils ont prêté ferment de
fidelité entre les mains du Roy le 19.
> Le 22. de ce mois S. E. M. le
Cardinal du Bois , Miniftre & Secretaire
d'Etat , ayant le département des
affaires étrangeres , fut déclaré par le Roy
principal Miniftre ; & le lendemain il
prêta.ferment entre les mains de S. M. en
prefence de Monfieur le Duc d'Orleans.
Le 28. on lança à l'eau la Fregate l'Argonaute
, conftruite par le Sieur Helie.
On doit l'armer inceffamment pour l'Ifle
de S. Domingue ; elle fera commandée
par M. de Rochambeau , Capitaine de
Vaiffeau.
Le Vaiffeau le Duc d'Orleans de 74.
pieces de canon , que le Roy a fait conftruire
à Toulon , fut lancé a l'eau le 13. de
ce mois .
On doit auffi mettre à l'eau dans peu
I vi de
204 LE MERCURE
de jours au Havre une nouvelle Fregate,
qu'on doit armer pour la Martinique , &
dont le commandement eft donné à M.
de Fontenay- Montreuil , Capitaine de
Vaiffeau.
Les Vaiffeaux le Griffon & le Protée ,
que le Roy a fait armer à Breft , pour
courre fur les Corfaires de Salé , vers le
détroit de Gibraltar , mirent à la voilele
20. Juillet , fous le commandement de
M. de Sainviliers .
Le 13. Aouft M. le Duc de Charoft fut
nommé Gouverneur du Roy , & le lendemain
14. il prêta ferment entre les mains
de Sa Majefté , en prefence de Monfieur
le Duc d'Orleans Regent. Les noms &
les qualitez de M. de Charoft font , Armand
de Bethune , Duc de Charoft
Pair de France , Lieutenant General des
'Armées du Roy , & au Gouvernement
de Picardie , Gouverneur de la Ville &
Citadelle de Calais , Capitaine des Gardes
du Corps , & Gouverneur de la perfonne
de Sa Majefté.
La Maifon de Bethune eft fi connue
qu'il feroit inutile de parler ici de fon origine
, & de fes illuftrations ; nous nous
contenterons de dire que M. le Duc de
Charoft defcend en droite ligne de Philippe
de Bethune , Comte de Selles & de
Charoft , Chevalier des Ordres du Roy,
Lieu
D'AOUST 2722 205
Lieutenant General au Gouvernement de
Bretagne , Gouverneur de la ville de Rennes
, & Gouverneur de la perfonne du Duc
d'Orleans, fecond fils de Henri le Grand..
Il fe rendit celebre par fes Ambaffades ,
& par fes negotiations importantes , dont
les principales font imprimées. L'Hiftoire
remarque qu'il releva fur tout à la Cour
de Rome la gloire du nom François , &
qu'il eut toute la part poffible à l'exaltation
des Papes Leon XI . & Paul V. en
quoi il rendit à la France de très-grands
fervices .
Ce Seigneur , bifayeul de M. le Duc de
Charoft , étoit frere unique de Maximilien
de Bethune , Marquis de Rofny ,
-Duc de Sully , Prince d'Henrichemont ,
Pair & Marêchal de France , ` Grand
Maître de l'Artillerie , Surintendant des
Finances , & premier Miniftre fous le regne
d'Henri IV . C'eft de ces deux grands
Hommes que toute la Maifon de Bethune
d'aujourd'hui divifée en plufieurs
differentes branches , defcend .
M. le Duc de Charoft à un fils unique
, fçavoir , N. de Bethune , Marquis
d'Ancenis , Marêchal de Camp des Armées
du Roy , Gouverneur de la Ville &
Citadelle de Dourlens , reçû en furvivance
de la Charge de Capitaine des Gardes
du Corps , & c..
Le
206 LE MERCURE
Le 25. Aouft , l'Academie Françoiſe a
celebré , à fon ordinaire , dans la Chapelle
du vieux Louvre , la fête de S. Louis ;
c'eft M. l'Evêque de Soiffons qui a officié
à la Meffe , pendant laquelle on a
chanté un fort beau Motet , de la compofition
de M. du Bouffet ; le P. Suriau
Prêtre de l'Oratoire , a prononcé le Panegirique
de S. Louis , avec de grands
-applaudiffemens. Son difcours étoit divifé
en deux parties , dans lefquelles il a reprefenté
ce Heros Chrétien heureux &
malheureux ; ayant dans la profperité les
vertus de l'adverfité , & dans l'adverfité
les vertus de la profperité.
Le même jour Ms des Academies des
belles Lettres & des Sciences , ont fait
chanter auffi un Motet pendant la Meſſe ,
dans l'Eglife des Peres de l'Oratoire de la
ruë S. Honoré , de la compofition dudit
Sieur du Bouffet. M. l'Abbé Bignon y a
affifté avec grand nombre d'Academiciens
, le P. Champion , Prêtre de l'Oratoire
, a fait le Panegirique de S. Louis.
L'après - midi l'Academie Françoife ,
dans une Affemblée publique , diftribua
le prix de l'Eloquence , qui n'avoit pas
été donné l'année derniere. Il fut adjugé
à M. le Noble , fur fon difcours , dont le
fujet eft , qu'il vaut mieux être repris par
les infenfez , que loüez par les fages.
La
D'A OUST 1722. 207
La Fête de fainte Anne, Patrone de M.
de Vandeuil , Ecuyer du Roy, très - connu
par les excellens hommes de cheval qu'il
a formez , a été celebrée avec éclat le 28 .
du mois paffé par les Gentilshommes de
l'Academie dont il eft le Chef. La Fête
commença la veille par une Serenade de
quantité d'inftrumens ; le lendemain à dix
heures du foir on tira un très- beau feu
d'artifice dans le Manege , de la compofition
du Sieur Morel , Artificier du Roy,
en preſence d'une nombreuſe aſſemblée
de Seigneurs & de Dames qui y avoient
été invitez. Le Bal fucceda au feu d'artifice
, & dura toute la nuit on y fervit
toute forte de rafraîchiffemens , avec autant
d'ordre que de politeffe , de la part
de la jeune Nobleffe , qui faifoit les honneurs
de cette brillante Fête.
Le 17. de ce mois les Députez des Etats
de Languedoc eurent audience du Roy ,
étant préfentez par le Marquis de la Fa-.
Lieutenant General de la Province ,
par le Marquis de la Vrilliere Secretaire
d'Etat , & conduits par le Marquis
de Dreux , Grand Maître des Ceremonies
, & par le Sieur des Granges , Maitre
des Ceremonies : ils prefenterent le
cahier à Sa Majefté. La députation étoit
compofée de l'Evêque de S. Papoul pour
le Clergé , qui porta la parole ; du Baron
de
108 LE MERCURE
de Lenta pour la Nobleffe ; des Sieurs
Guy & Aftruc , anciens Capitouls de
Toulouſe, pour le tiers - Etat , & du Sieur
Joubert , Syndic general de la Province.
Le même jour le Roy fut à S. Cloud ,
pour faire compliment à MADAME , fur
le Mariage de Mademoiſelle de Beaujolois
avec l'Infant Dom Carlos , troifié
me fils du Roy d'Eſpagne.
Le 18. le Roy fut fe promener à cheval
dans le nouveau Campauprès de Montreuil
, qu'on nomme de S. Siphorien , où
fon Regiment conftruit un Fort , qui ſera
attaqué & défendu.
Le 13. l'Abbé de Rohan fut facré à
Paris Archevêque de Reims , dans l'Eglife
du Noviciat des Jefuites , par le
Cardinal de Rohan , affifté des Evêques
de Senlis & de Soiffons.
Le 25. jour de la Fête de S. Louis ,
dont le Roy porte le nom , S. M. reçût
les complimens des Princes & Princeffes
& de toute la Cour . Les Hautbois &
les vingt - quatre Violons de fa Chambre ,
joüerent à fon lever & à fon dîner , des
airs nouveaux , de la compofition du Sieur
Colin , reçû en furvivance de la Surintendance
de la Mufique du Roy. Après
la Meffe les Tambours François & Suiffes
, rangez fur la petite cour de marbre ,
donnerent leur aubade au Roy.
Le
D'AOUST 1722 . 209*
promener à Trianon
, pour
Le même jour le Roy donna la Croix
de l'Ordre militaire de S. Louis à plufieurs
Officiers , & le foir S. M. alla ſe
laiffer les jar
dins libres au peuple , qui étoit venu en
foule de Paris pour voir jouer les eaux .
M. le Duc de Bourbon a prefenté au
Roy pour fon bouquet , un fufil , un
fourniment , & une bayonette , avec des
ornemens d'or & de nacres de perles , d'un
travail exquis.
Le même jour 25. Aouft , la Proceffion
des Carmes du grand Couvent , à laquelle
le Corps de Ville affiſta , alla à la Chapelle
du Palais des Thuilleries , où les Religieux
celebreient la Melle , pendant laquelle
Monfieur le Duc d'Orleans fit
rendre les Pains- benits .
Le 27 l'Academie Royale de Mufique
donna aux Thuilleries , comme à l'ordinaire
, le concert d'inftrumens , qui n'avoit
pû être executé le jour de S Louis à
caufe du mauvais tems.
On apprend de Vienne , que les Etats
de Hongrie continuent leurs deliberations ,
& qu'ils ont étendu le droit de fucceffion
au Royaume , jufqu'aux Archiducheſſes
filles de l'Empereur Jofeph , & à défaut
de leurs defcendans , aux Archiducheffes
, filles de l'Empereur Leopold , ne ſe
refervant le droit d'élire un Souverain ,
qu'après
Στο LE MERCURE
qu'après l'extinction totale de leurs defcendans.
On apprend auffi d'Allemagne , que
le 9. de ce mois la Reine de Pruffe eft accouchée
à Berlin d'un Prince , qu'on a
nommé Guillaume . Augufte ; c'eft fon onziéme
enfant , le feptième de ceux qui
font vivans , & le feul frere du Prince hereditaire.
On mande de Londres , que la Ducheffe
Douairiere de Marlborough propoſe
un prix de çoo . livres fterlin , pour
celui qui fera la meilleure Epitaphe latine
pour le Duc fon époux ; on ajoûte que les
Docteurs Hale , Friend & Bland , doivent
examiner les Epitaphes & adjuget le prix.
Nous donnerons le mois prochain les extraits
des Difcours prefentez à l'Academie
Françoile pour le prix d'Eloquence.
Extrait d'une Lettre écrite de Bourges du
16. Aoust 1722.
L
Es Officiers de la Monnoye de cette '
Valle , ont non feulement fait imprimer
un Memoire pour la juftification de
leur conduite dans l'affaire du vol fait
dans la Monnoye de Bourges , qui a donné
lieu à deux jugemens rendus par M.
l'Intendant de cette Generalité ; mais ils
fe font pourvûs au Confeil d'Etat fur la
prife à Partie , & ont formé les oppofitions
D'AOUST 1722 . 211
tions neceffaires aux Arrefts du Confeil,
tendus fur les Requêtes de leurs Parties
fur quoi il eft intervenu le 4. de ce mois
un Arreft du Confeil d'Etat , fur le rapport
de M. le Controlleur General des
Finances , par lequel Sa Majefté renvoye
toutes les Parties pardevant les Maîtres
des Requêtes de fon Hôtel , pour par
eux juger au fouverain & en dernier reffort
, toutes les conteftations d'entre lef
dites Parties , avec interdiction & défenſes
à tous autres Juges d'en connoître .
JE ODS:JCITIT DS :I& DE ĐIP QS DE
BENEFICES & Emplois accordez par
le Roy dans le prefent mois d'Aouft.
A Coadjutorerie de l'Abbaye de Notre-
Dame de fainte Perrine à la Villette
, Diocefe de Paris , dont la Dame
de Longüeil eft Abbeffe , en faveur de
la Soeur Marie Gabrielle- Elizabeth_du
Pleffis Richelieu , Religieufe Profeffe de
FAbbaye de Port- Royal de Paris , Ordre
de Cîteaux.
L'Abbaye de S. Sauveur d'Andres ,
Ordre de S. Benoît , Diocefe de Boulogne
, vacante par la démiffion du Sieur
Louis Thiberge , dernier Commendataire
, en faveur du Sieur Jacques Bofredon,
Prêtre du Dioceſe de Limoges , à la charge
112
LE MERCURE
de douze cens livres de penfion annuefle
& viagere.
ge
Le Prieuré Commendataire de S. Pierre
de Gigny , Ordre de S. Benoît , Diocefe
de Lyon , vacant par le decès de
Mre Abraham de Thefut , dernier Titulaire
, à Mre Louis de Thefut , fon frere
, Clerc tonfuré du Diocele de Langres
, Confeiller d'Etat , Secretaire des
Commandemens de S. A. R. Monfeigneur
le Duc d'Orleans , Regent du
Royaume.
L'Abbaye Commandataire de Boifaubry
, Ordre de S. Benoît , Diocefe de
Tours , vacante par le decès du Sieur de
Bragelone , dernier Titulaite , en faveur
de Dom Martin Laillier , Religieux du
mêne Ordre , à condition qu'après le décès
dudit Dom Martin , ladite Abbaye retournera
en Commande , comme elle étoit
auparavant ; Sa Majefté voulant bien -
pour cette fois feulement y nommer en
regle , fans neanmoins préjudicier à l'état
de la Commande .
, L'Abbaye de Silvacane au Dioceſe
d'Aix , n'a point été donnée à Dom Moreau
, Religieux de Cîteaux , comme on
l'a publié dans quelques nouvelles étrangeres
.
Le Gouvernement & la Charge de
Bailly d'honneur d'Avefnes , ont été donnez
D'AOUST 1722. 215
nez à M. Achilles de Broglio , Capitai
ne de Vaiffeau , enfuite de la démiffion
de M le Comte de Broglio fon pere.
Le Gouvernement des Ville & Château
de Quimper , au Marquis de Molac , par
la démiffion du Comte de Kercado fon
pere.
Naiffances , Morts & Mariages.
RE Charles François d'Eftain¿
-
MMarquis de Saillant , Brigadier des
>
Armées du Roy , Meftre de Camp d'un
Regiment d'Infanterie de fon nom a
époufé Marie Henriette Colbert de Maulevrier
, fille de feu Me François- Edouard
Colbert , Chevalier , Marquis de Maulevrier
& de Chollet , Comte de Chemille
, Brigadier des Armées du Roy ,
Colonel du Regiment de Navarre , & de
Dame Marthe- Henriette de Froullé , de
Teffé ; ce mariage a été celebré aux Camaldules
.
,
"
Mce Antoine- Loiiis le Fevre de Caumartin
Chevalier , Seigneur de Caumartin
, Boiffy , le Châtel ; & autres
lieux , Confeiller du Roy en fes Confeils,
& Maître des Requêtes ordinaires de fon
Hôtel , fils de défunts Mre Louis- François
214
LE MERCURE
çois le Fevre de Caumartin , Chevalier ,
Seigneur defdits lieux , Confeiller du Roy
en fes Confeils , Maitre des Requêtes
Honoraire , & Dame Charlotte Bernard ,
a épousé Dle Elizabeth de Fieubet , fille
de défunts Mr Paul de Fieubet , Chevalier
, Confeiller du Roy en fes Confeils
, & Maître des Requêtes ordinaire
de fon Hôtel , Confeiller du Commerce
pour le dedans du Rovaume , & Dame
Angelique- Marguerite de Fourcy.
re
Le 10. Aouft a éte baptifée Victoire-
Loüife- Jofephe, fille de M. MarieThom.-
Augufte , Marquis de Matignon , Brigadier
des Armées du Roy , & de Dame Aimée-
Charlotte de Brenne fon époufe ; le
Parain Me Louis- Jean- Baptifte de Matignon
, Comte de Gaffé , Marêchal de
Camp des Armées du Roy , Gouverneur
du pays d'Aunix ; la Maraine , D. Vict.
Marie Anne de Savoye , époufe de Amedée
de Savoye , Prince de Carignan.
с
Le 11.Aouft fut baptiféLouis- Hippolite,
de Me Henri - François , Marquis de
Grave , & de Dame Marie- Anne de Matignon
fon époufe ; le Parain , M Loüis-
Jean-Baptifte de Matignon , Comte de
Gaffé , Marêchal de Camp des Armées ,
& c . la Maraine , D. Loüife- Hippolite
de Grimaldi , de Monaco , Ducheffe de
Valentinois ›
époule de Me Jacques-
FranD'AOUST
1722.
215
François-Eleonore de Grimaldi , Duc de
Valentinois , Pair de France , Lieutenant
General de la Province de Normandie.
Le 24. de ce mois M. Bertrand Choant ,
Chevalier , Marquis de Cocandé , ci- devant
Lieutenant Colonel de Cavalerie
eft mort âgé de 84. ans .
Le 12. Dame Anne -Marie- Chriftine de
Simiane , de Gordes , troifiéme époufe du
Prince Emmanuel - Theodofe de la Tour
d'Auvergne , Duc de Bouillon , Vicomte
de Turenne , Duc d'Albret & de Château
- Thierry , Comte d'Auvergne , d'Evreux
, & du Bas Armagnac , &c. Pair
& Grand Chambellan de France , Gouverneur
& Lieutenant General de la Province
d'Auvergne, eft morte à Paris , âgée
de 39. ans dix jours , après avoir accou
ché d'une fille qui vit.
C
Le 14. Dame Marie Bochart de Saron ,
veuve de Mr René de Marillac , Chevalier
, Seigneur d'Attichy , Berneüil ,
Bitry , S. Pierre- lès - Bitry , Coloizy &
& la Motte-fur-Aîne , Baron de la Ferté-
fur- Perron , Seigneur de Souvigny ,
le grand Parc , du Bourget , du petit
Groflay , & autres dieux , Confeiller d'Etatordinaire
, Doyen du Confeil , & Confeiller
d'honneur au Parlement , & dans
tous les autres Parlemens du Royaume ,
eft morte dans la 80. année de fon âge. ,
Dame
216 LE MERCURE
Dame Marie Goupy , veuve de M. Ni
colas Symonnet , Ecuyer , Confeiller- Secretaire
du Roy âgée de 84. ans.
Dame Anne Ollier , veuve de M. Jacques
Chevalier , Chevalier , Seigneur de
Courtavaut- le- Bochet , S. Hilaire , & autres
lieux , âgée de 82. ans..
M. de l'Eftang , Lieutenant de Vailfeau
, & Capitaine d'une des Compagnies
franches de la Marine , eft mort à Breft
au commencement de ce mois.
M. de Rochemere , Lieutenant de Vaiſfeau
, Capitaine de Compagnie , au departement
de Toulon , y eft mort au mois
de Juillet dernier.
Le 20. de ce mois Mre Antoine - Loüis-
François le Fevre de Caumartin , Maître
des Requêtes , époufa dans le Château
des Bergeries , Dlle Elizabeth- Antoinette
de Ficubet, M. l'Evêque de Blois en fit
la Ceremonie , en prefence d'un grand
nombre de parens des deux côtez .
On fçait que les nouveaux mariez tiennent
à prefque tous les Chanceliers &
Gardes des Sceaux des deux derniers fiecles
, & à tout ce qu'il y a de plus confiderable
dans la Robe & dans l'Epée,
Lettres
D'A OUST 1722 . 217
Lettres Patentes , Arrefts , Decla
rations , &c.
PALENTES QUE
ETTRES PATENTES fur Arreft , du
28. Juin 1722. concernant les vins
& autres boiffons arrivant à la Halle au
vin de la Ville de Paris..
LETTRES PATENTES fur Arreft dudit
jour , concernant le beſtial à pied
fourché.
ORDONNANCE de M. le Lieutenant
General de Police , du 30. Juin , portant
défenſes aux Fruitiers- Orangers de
la Ville & Fauxbourgs de Paris , & aux
Marchands Forains , de faire enlever de
deffus le carreau des Halles de Paris ,
les marchandiſes de beurres , fromages ,
oeufs & autres denrées , fujets au payement
des droits du Roy , avant les heures
marquées par les Arrefts & Reglemens
de Police , & c.
DECLARATION DU ROY du 5. Juillet'
, concernant les vagabons , gens fans
aveu , mandians & bannis , &c,
K DE218
LE MERCURE
DECLARATION DU ROY , du iz
Juillet , concernant l'établiſſement Roïal
des Invalides de la Marine.
DECLARATION DU ROY , du 13 .
Juillet , qui exempte les Commis principaux
& ordinaires des claffes , Ecrivains
, Gardes- Magafins , Maîtres d'ou
vrages , & autres entretenus pour le fervice
de la Marine , de tutelle , curatelle,
& autres Charges .
ARREST du Confeil d'Etat du Roy ,
du 14. Juillet 1722. qui décharge les
Habitans de la Ville de S. Germain
en Laye , de la levée des droits de Courtiers
, Jaugeurs , Infpecteurs aux boiffons
& aux Boucheries , & c.
ARREST du Confeil , du 14. Juillet
, concernant l'aliénation des Domaines
, & qui nomme des Commiflaires du
Confeil.
ARREST dudit jour 14. Juillet , qui
ordonne que les Greffiers des Maîtrifes
& ceux des Grueries Royales , feront tenus
de délivrer gratuitement aux Receveurs
Generaux des Domaines & Bois ,
& aux Receveurs particuliers des Maî
trifes
les expeditions des adjudications
D'AOUST 1722. 219
tions des bois de Sa Majefté , & ne fe
ront lefdites expeditions fujettes au Controlle
des Actes , ni au fceau , & c .
LETTRES PATENTES fur Arreft ,
du 21. Juillet, qui ordonnent que les Seigneurs
& Vaffaux poffedans fiefs dans la
mouvance de Sa Majefté , qui n'ont pas
rendu la foi & hommage , à cauſe de ſon
heureux avénement à la Couronne , &
qui les rendront dans deux mois ,
feront
reçûs à ce devoir , fans payer aucuns
frais que ceux du papier & du parchemin
timbré.
ARREST dudit jour 21. Juillet , qui
défend à tous rocureurs , de pourfuivre
aucun jugement , portant profit fur
les défauts , à faute de comparoître ou de
défendre , fans avoir payé le droit re
fervé , à peine de reftitution du quadruple
, & de livres d'amende pour
500.
chacune contravention ; & à tous Juges
d'adjuger le profit defdits défauts ,
que la quittance du Cominis de Martin
Girard n'ait été jointe aux exploits , titres
, & c. à peine de nullité de leurs jugemens
.
ARREST dudit jour , qui ordonne
la levée des quatre fols pour livre fur la
Kij Ferme
220 LE MERCURE
Ferme des droits , fur les huiles , ainſi
qu'ils fe percevoient fur les droits des autre
Fermes du Roi.
ARREST du 7. Aouft 1722. qui regle
& fixe les falaires des Compteurs & Déchargeurs
de marée , & ce qui fera payé
aux gagnes- deniers & gardeufes de
niers , tant pour leur travail , que pour
les fournitures de mannes ..
pa-
Arrefts de la Cour de Parlement des
29. 30. Juillet , portant condamnation &
de mort contre Eftienne Poulain , cy-devant
condamné au foüet , Fleur de - lys
& aux Galeres , convaincu , faifant fonction
de mouche , d'avoir averti ceux
qu'il fçavoit devoir être arrêtez , & d'en
avoir recû de l'argent , & d'avoir volé
dans differens endroits de Paris , dans les
Eglifes , dans les Thuilleries , & autres
Maifons Royales , complice de Cartouche
, Cybour , du Bourguet , la Gonon
& la Rey , Marchandon , & autres executez
à mort.
, Contre Jacques Tanton dit Châ
teaufort , Chandelier , fe difant coufin
de Cartouche , emprifonné au Châtelet
d'année en année depuis 1697. fur plufieurs
accufations de vols , convaincu de
port d'armes offenfives , fous prétexte
d'être mouche , de vols même dans les
Eglifes,
D'AOUST 1722. 22.
Eglifes , & dans les Thuilleries , & d'être
un des receleurs de Louis Dominique
Cartouche , Rofy , Drillon , &c. & autres
executez à mort.
Contre Louis Cartouche , dit Loüifon
, fe difant Page du Marquis de Vivienne
, lequel étoit le nommé Ferront
executé à mort , frere de Louis Dominique
Cartouche , fon complice , condamné
à être pendu pardeffous les aiffelles à une
potence en place de Gréve , & y demeurer
fufpendu pendant deux heures , enfuite
conduit aux Galeres , ppoouurr yy fervir
le Roi à perpetuité comme forçat , &c..
Il n'avoit point l'âge de puberté lorsqu'il
a commis les crimes pour - lefquels il a été
condamné.
Cette execution a été malheureufe , &
comme fi ceux qui portent ce nom étoient
deftinez à perir par le Gibet , le jeune
Cartouche fe trouva mal , avant qu'il eut
fubi la peine portée par l'Arreft. M. Arnaud
de Boëx , Raporteur le fit détacher ,,
on le faigna , & on le fecourut trèspromptement
, mais il mourut fix heures:
après.
Autre Arrest du 31. Juillet , par Tex
quel Eloy le Febvre , Greffier - Commiss
du Prevoft de l'Ile de France , eft condamné
au carcan , & au banniffement ,
Kiij accufé
222 LE MERCURE
accufé & convaincu d'avoir averti Nicolas
Ferront ou Ferrand du decret de
prife de corps contre lui decerné , & de
l'avoir fait évader , & c .
Il paroît depuis peu une brochure de
90. pages , imprimée chez Denis de la
Tour , & Pierre Simon , ruë de la Harpe,
intitulée , Recueil des Arrefts de la Cour
de Parlement rendus au procès contre
Louis Dominique Cartouche & fes complices
, au nombre de 52. executez à
mort.
Autre Arreft du Parlement du 22.
Aout , portant condamnation d'être rompu
vif , contre André Sauvage , dit Saint
Preüil , ou Boulanger , convaincu de
vols de nuit avec effraction , & en paſfant
par ·les fenêtres , complice de Louis
Dominique Cartouche , de Jean Baptifte
le Maître , & autres executez à mort.
Contre Françoife Fenot , dite la Cham--
pagne , reprife par plufieurs fois de Juftice
, condamnée d'être pendue , convaincuë
d'avoir recelé les effets volez de
partie de voleur de Paris , & d'être Anquillenfe
, complice de Cartouche , de
Boucher le Maître , & c.
Contre Marie- Jeanne Rolland , convaincuë
de complicité de vol avec effraction
D'AOUST 1722 . 223
tion par Cartouche , Limoufin , Meffié ,
dit Flamand , Blanchard , Marie- Anne
Chevalier , dite la Gros- Bois , &c.
Le même Arreft porte condamnation
des Galeres , du foüiet , & de la Fleurde-
Lys , & du banniffement contre trente-
quatre autres accufez de la Compagnie
de Cartouche.
ARREST du Parlement , du 1. Septembre
, qui condamne François - Antoine
Cartouche , André Ferraud , dit Patapon
, ou Miatapon , & Françoife Waladon
, de la compagnie de Cartouche
d'être fuftigez , & c .
Autre Arreft du 2. Septembre , portant
condamnation de mort , contre Antoine
le Roy , Marchand Orfevre , demeurant
rue des Mauvais- Garçons ; convaincu
d'avoir acheté des gardes d'épées
& vaiffelle d'argent , volées par Louis-
Dominique Cartouche le Craqueur ,
Riffaut , &c.

AP
M. Mouret vient de donner au Public
, quatre Recüeils des divertiffemens
du nouveau Theatre Italien , fort propre-
- ment gravez. Ils contiennent un grand
nombre de fymphonies pour toutes fortes
d'inftrumens , plufieurs airs à chanter ,
ferieux & à boire , des airs Italiens &
Monologues François , avec des accompagnemens
propres pour les concerts , &
quantité de Vaudevilles & autres Chanfons.
Chaque Recueil fe vend fix livres.
On vend les Symphonies feparément deux
Livres dix fols. On trouve tous les Onvrages
de Mufique de cet Auteur chez
Lui , Place du Palais Royal , proche le
Caffe de la Regence , & chez le Sieur
Boivin , rue faint Honoré
à la Régle
d'or.
APPROBATION.
J'
' Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
es Sceaux le Mercure du mois de Juillet,
& Pay crû qu'on pouvoit en permettre Pim-'
preffion. A Paris le 2. Septembre 1722.
HARDION.
TABLE.
Remarques
fur la réponſe de l'Abbé
de Vairac
page 1
Le bonheur d'un vray Chrétien , Stances
,
3 &
Remarques fur l'ordre des anciens Pairs
Laïques , 34
Traduction d'un Ode d'Horace , 42
Lettre écrite aux Auteurs du Mercure
fur les Carouſels , & c.
Lettre d'Angers , fur une thefe dédiée à
Madame d'Orleans , Abbelle de Chelles
,
43
49,
Lettre en Profe & en Vers écrite d'Avignon
, Sr
Lettre & remarques critiques fur le Dictionnaire
de Bayle ,
Les caracteres de l'Amour ,. & c..
54
61

Réponſe de M. Capperon , fur l'étimologie
de la Ville d'Eu , & c .
Vers à Mile de C, le jour de fa Fête ,
67
83
86
Fille qui n'a point mangé depuis plus de
deux ans & demi ,
Lettre écrite fur l'extraction de la pierre,
89
Lettre du Chevalier Pradel écrite de la
Loüifiane , &e. 严
Ile nouvelle qui a difparu ,
Enigmes & Chanfon ,
93
96
97
NOUVELLES LITTERAIRES & des
beaux Arts ,
Hiftoire de la Ville de Paris ,
99
ibid.
Recueil des Pieces d'Eloquence & de
Poëlies prefentées à l'Academie des
Jeux Floraux ,
108
Hiftoire & recherches des Antiquitez de
Paris ,
Hiftoire generale d'Espagne , & c .
Idée generale de Grammaire ,
Moeurs des Sauvages Americains ,
122
124
129
& c.
134
Odes morales avec des maximes , & c.
Sphere mouvante ,
Tableau de la refurrection du Lazare
Medailles du Roy gravées ,
137
140
141
- 144
Vers prefentez au Roy le jour de faint
Loüis
Louis , par M. Roy , 145
SPECTACLES , la mort de Pompée , & c,
148
L'ouvrage d'un moment , ou le galand
Coureur ,
L'Opera ,
ISI
155
Theatre Italien , pieces nouvelles , Vaudeville
, 157
Les Couronnes , Balet danfé aux Jefuites
, & c. 158
167
NOUVELLES ETRANGERES , de Perfe
, &c.
Reception du Prince Royal de Lorraine
, Chevalier de la Toifon d'or ,
179
Addition aux Nouvelles Etrangeres , & c.
185
Journal de Paris. Proceffion folemnelle ,
188
Courfe à cheval du Comte de Saillant ,
& c. 196
Le Roy reçoit le Sacrement de Confirmation
, 199
Premiere Communion du Roy , 203
Fête de S. Louis celebrée par les Academies
, & prix d'Eloquence donné ,
206
Lettres Patentes , Arrefts , Declara
tious ,
Arreft de la Cour de Parlement ,
217
220
La Chanson doit regarder la page 97 ::
La planche des quatre Medailles du
Roy doit regarder la page 144.
Fautes à
corriger.
PAge 7. ligne 6. la plume , lifez ſa
plume.
Page 25. ligne derniere , un digne , lifez
ce digne.
Page 32.1 . 8. fa fortune , lifez la for .
tune .
Page 134.1 . 19. les uns , lifez les unes.
Page 163.1. 10. Jugée , lifez Judée.
LE
MERCURE
DE
SEPTEMBRE 1722 .
QUE COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , Fis , Juë
S. Jacques , à la Fleur- de- Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'image Saint
André , Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT , Quay des Auguftins , à la
defcente du Pont- neuf , à la Croix d'Or.
M DC C. XXII.
Avec Approbation & Privilege du Roi .
LISTE DES LIBRAIRES
.
qui debitent le Mercure dans les
Provinces, du Royaume , & dans les
Pays étrangers.
Lyon , chez Plaignard , Libraire.
Marfeille chez Carry.
Montpelier , chez les freres Faures.
Toulouſe , chez la veuve Tene.
Bayonne , chz Etienne Labortiere .
Bordeaux , chez la Veuve Labottiere.
Charles Labottiere , l'aîné , vis- à - vis la Boug
fe , ibid .
Rennes , chez Vattar .
Nantes , chez Julien Maillard.
Saint Malo , chez la Mare .
Poitiers , chez Faucon.
Xaintes , chez Delpech.
Blois , chez Maffon .
Olcans , chez Rouzeau.
La Rochelle , chez Desbordes .
Angers , chez Fouricau .
Tours , chez Gripon .
Caen , chez Cavelier.
Rouen , chez la Veuve Herault.
Le Mans , chez Pequineau .
Chartres , chez Feliil.
Châ'ons , chez Seneuze .
Troye , chez Pouillerot.
Rheims , chez Godard.
Dijon , chez la veuve Armil .
Beauvais , chez Courtois
Abbeville , chez Dumefnil .
Soiffons , chez Courtois .
Amiens , chez le François , & chez Godard .
Arras , chez C. Duchamp..
Sedan , chez Renaud
Metz , chez Colignon
Strasbourg , chez Douleker.
Cologne, chez Me enix.
Francfort , chez J. L. Koeniq .
Berlin , chez Etienne.
Leipfic , chez Gledich.
Lille , thez Dancl .
Bruxelles , chez Tferftevens.
Anvers , chez Verduffen .
La Haye , chez Rogiffard.
Amfterdam , chez Fernard .
Roterdam , chez Vander Linden .
Londres , chez du Noyer.
Madrid , chez Aniffon.
Geneve , chez les freres de Tournes.
Turin , chez Reinffan.
Le prix eft de 30. föls.
A ij
LA
A VIS .
'ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis - à- vis la Comedie
Françoife , à Paris. Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent se fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - inftamment quand on
adreffe des Lettres on Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner à nous le déplaifir de les
Tebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
LE
MERCURE
DE SEPTEMBRE 1722 .
梁默默默默默默默默默默默默默默默默找找默默糕
PIECES FUGITIVES ,
en Profe & en Vers.
EXTRAIT d'une Lettre de M. de
Camps , Abbé de Signy , fur l'heredité
des grands- Fiefs .
V
Ous avez eu raifon d'être fur.
pris , M. que l'Auteur de l'Hif
toire de la Milice (a ) Françoife
perfifte à vouloir perfuader le
public, qu'il y a eu un Traité entre le Roi
Hugues Capet , & les Grands du Royaume
pour l'heredité des Grands- Fiefs ;
Qu'il dife fi ce traité ne fe trouve pass
que
toute la fuite de l'hiftoire le fuppofe , &
que pour le prouver , il promette de rap-
(4) P. Daniel , Hift. de la Milice , I. 3. ch . 1.
pag. 68,
A iij porter
LE
MERCURE
porter ailleurs une raiſon fort vrai -fem
blable pourquoi ce traité nous manque ,
comme fi un fait auffi important que ce-
Tui-là pouvoir être prouvé par une fimple
vrai femblance.
T
Cet Auteur avoit déja avancé la même
chofe dans le premier volume de fon Hif--
toire de France , imprimée en 1713. col.
972. & 973. fans en raporter aucune
preuve.
Il ne me fera pas difficile de vous faire
voir que la fuite de l'hiftoire ne prouve
pas , comme cet Auteur l'avance , que ce
traité ait exifté , & que quelque diligence
que cet Hiftorien puiffe faire , il lui
fera impoffible d'en trouver les moindresvettiges.
Les Hiftoriens les plus proches
du regne de Hugues Capet n'en ont fait
aucune mention.
Il ne s'en trouve même aucune apparence
dans toutes les Chartes que j'ai recüeillies
pour compofer le Cartulaire Hiftorique
de ce Monarque , en deux gros
volumes in folio , que j'ai divifé en huit
claffes ou chapitres.
Le premier contient les actes ou Let
tres concernant la perfonne de Hugues
Capet , & la famille Royale.
Le deuxième comprend le Gouvernement
, les Ordonnances , Jugemens , &
procedures.
Le
DE SEPTEMBRE 1722 .
Le troifiéme contient les Negociations.
Le quatrième renferme les preuves de
la Souveraineté de Hagues Capet fur la
Catalogne , & fur le Royaume de Bourgogne
.
Le cinquiéme eft pour les pieces qui
regardent l'élection & la dépofition des
Evêques , & des Abbez .
Le fixiéme comprend les donations
pieufes.
Le feptiéme renferme les Chartes des
Grands Seigneurs .
Et j'ai compofé le huitiéme Chapitre
de la vie de Burcard .
Je n'en ai pas trouvé plus d'apparence
dans les Cartulaires hiftoriques que j'ai
fait des autres Rois , fucceffeurs de Hugues
Capet jufqu'à François I. qui contiennent
foixante - deux volumes in folio
Mais en attendant que je faffe part au
public de cet ouvrage , je vais raporter
quelques faits qui prouvent démonftrativement.
1° Qu'il eft faux que Hugues Capet
, pour engager les Grands du Royau
me à l'élire , & à le reconnoître pour Roi ,
ainfi que cet Auteur l'avance , leur ait
donné la proprieté des Fiefs qu'ils avoient
ufurpez fur les derniers Rois de la feconde
branche de nos Monarques . 2 ° Que
depuis fon élevation fur le Trône , il en
a difpofé de même que fes fucceffeurs
A iiij
lors
LE MERCURE
lots que ces Fiefs ont été vaquans par la
mort de ceux qui les poffedoient .
On fixe d'ordinaire l'heredité des
Grands- Fiefs du Royaume de France a
une Ordonnance de Charles le Chauve
de l'an 877. donnée au Parlement de
Quierci près de Laon : (a ) cependant de
puis ce temps - là les Rois qui lui ont fuccedé
avant Hugues Capet , n'ont pas
laiffé de difpofer des Fiefs en faveur de
qui bon leur a femblé , & il eſt certain
qu'ils n'étoient pas encore hereditaires
fous le regne des fix premiers Rois de la
troifiéme branche.
Hugues l'Abbé , Duc de France, étant
mort en 887. fes neveux , fils de fon frere
ne lui fuccederent pas , mais Charles le
Gras, Regent du Royaume , ( b ) durant la
minorité de Charles le Simple , donna ce
Duché à Eudes , Comte de Paris.
Robert , frere d'Eudes ne lui fucceda
point à ce Duché , du moins que nous
Içachions . Robert mourut en 923. ( ) &
Hugues le Grand fon fils ne fut fait Duc
de France qu'en 954. ( d)
Le Roi Lothaire priva Hugues le Noir
du Comté de Bourgogne , & en inveſtit
(a) Capitul . Carol. Calv. tit . 53 c. 9.
(b) Annal . Metenf. ad an. 887.
(c) Cron. Frod. Contin. Rhegin. ad an. 928.
(d) Cron. hug. Florife, ad an. 954.
Hugues
DE SEPTEMBRE 1722.
Hugues le Grand , dit le Blanc , Duc de
Franconie. (a)
Şi on cherche des exemples pour le
Comté de Flandres , on obferve qu'en
Pan 962. Arnoul , dit le Vieil , Comte de
Flandres , reconnut par un traité volontaire
, & qui ne fut precedé d'aucune
guerre , qui nous foit connue , qu'il tenoit
fon Comté de Flandres en hommage,
lige du Roi , & qu'il ne le tenoit que
pour la vie. (b) En effet , ce Comte étant
mort en 965. Lothaire , Roi de France fe
reffaifit de ce Comté, (c ) mais peu après il
en inveftit de nouveau Arnoul le jeune
petit-fils d'Arnoul le vieux. Ce qui prou
ve que les Fiefs n'étoient que pour la vie
de celui qui en étoit inveſti .
Je paffe les autres exemples qui ſe
trouvent fous la feconde Race , & je viens
à quelques -uns de ceux que nous trouvons
fous la troifiéme jufqu'à Philippe
Augufte , après avoir neanmoins oblervé:
que les preuves que je viens d'en rappor--
ter , font tirées des Auteurs contem
porains.
Hugues Capet monta fur le Trône en
987. il laiffa les Princes , & les Seigneurs
en poffeffion des Grands- Fiefs qu'ils te
(a) Cron. Fod, ad an. 9545
(b) Cron. Frod. ad az 962.
(c) Cron. Fred. ad an. 965.
Av noient
10 LE MERCURE
noient en benefice de la Couronne , c'eſtà
dire pour leur vie , & n'en a difpofé
qu'après leur decès , ainfi qu'avoient fait
fes predeceffeurs .
Peu de temps après fon avenement à
la Couronne , il y avoit à fa Cour un
Seigneur nommé Bouchard , dont la vie
a été écrite en l'an 1068. par Eudes , Religieux
de Saint Maur des Foffez. Cet
Auteur prefque contemporain nous dit
que Bouchard époufa par une grace du
Roi la veuve de Aimon , Comte de Corbeil
& que
Sa Majesté par un don
Royal lui donna cette veuve , & le Comté
de Corbeil .
Haimone Comite Corbolienfe defuncto ...
datur ergo ei ( Burcardo ) uxor jam
dicti Haimonis , nomine Elizabeth vocitata.....
in quo copula thalamo dedit
Hugo Rex fideli Comiti Caftrum
Milidunum atque jam dictum Corbo
lium . (4)
Le Comte Aimon avoit un fils qui fe
fit Religieux en l'Abbaye de Cluny , &
une fille nommée Germanie qui avoit
époufé Mauger, (b ) fils de Richard I. Duc
de Normandie.
(a) Vita Burcard . Comit . Corbol apud Chen.
t. 4. p 116.
(b) Radulph, de Diceto mag, hut . ad an. 928 .
Pag. 457.
Hugues
DE SEPTEMBRE 1722. II
>
Hugues Capet inveftit donc le Comte
Bouchard du Comté de Corbeil Ou
plutôt il le lui donna ; car nos Rois
avoient encore alors une difpofition fi
entiere des Fiefs vacans par mort , que
l'inveftiture de ces mêmes Fiefs accordée
aux heritiers ou ayans caufe , étoit regardée
comme un pur don , & c'eft ce qui
paroît par d'autres exemples , dont quelques-
uns font pofterieurs de plufieurs fiecles
au regne de Hugues Capet.
Les Rois difpofoient des Fiefs vacans
par mort fans pofterité legitime en faveur
de qui bon leur fembloit fans avoir égard
aux heritiers. Tout le monde fçait que
Guillaume le Conquerant , Duc de Normandie
, puis Roi d'Angleterre , étoit
illegitime , c'eft pour cela qu'il eft furnommé
le Bâtard ; cependant Henri I
Roi de France , petit- fils de Hugues Ca--
pet , l'inveftit du Duché de Normandie
malgré les prétentions de ceux qui auroient
été les legitimes heritiers de ce
Duché , fi l'heredité avoit été établie
dans les Grands- Fiefs.
Helie Comte du Maine mourut fans
pofterité mafculine , & ne laiffa qu'une
fille Bertrade de Montfort qui avoit alors
toute l'affection de Philippe I. Roi de
France , obtint de ce Monarque qu'il accorderoit
à Foulque d'Anjou , fils de
A vj Gette
32 LE MERCURE
cette Dame , & de fon premier mari , la
fille du Comte du Maine , & le Comté
du Maine.
Bertrada infuper etiam effecit ut fupra nominati
Comitis Helia unicam filiam
cum omni hareditate Dominus Rex ejus
filio uxorem concederet. (a)
C'est ce que nous apprenons de Guillaume
, Archevêque de Tyr , Auteur proche
du temps , & qui fait voir que les
Grands - Fiefs n'étoient pas encore hereditaires
fous le regne de Philippe I. & que
quand celui qui en étoit le poffeffeur
mouroit , ce Fief revenoit au Roi de
plein droit , & que Sa Majesté en diſpofoit
comme bon lui fembloit.
Je paffe à un autre exemple qui prouve
encore ma premiere propofition qui eft
pour le Comté de Flandres.
Charles de Dannemark , Comte de
Flandres étant mort fans pofterité , fa
fucceffion regardoir Thieri d'Alface , fon
coufin germain , fils d'une foeur puînée
de fa mere , neanmoins Louis VI . inveftit
du Comté de Flandres Guillaume de
Normandie , dit Courteheufe , qui avoit} ,
à la verité , des droits fur ce Comté par
fon aycule ; mais Thieri d'Alface étoit
incontestablement plus proche heritier.
Auffi le même Comte Guillaume avouë-
(a) Guillel. Tir. l. 4. c. I. p...852. & 853.
t'il
DE SEPTEMBRE 1722 , 1
t'il ingenuement qu'il tient fon Comté
de Flandres de la pure liberalité du Roi
Louis VI. & que c'eſt Sa Majesté ſeule
qui l'a élevé à la dignité de Comte.
Benignitas veftra ..... melicet indignum
in Comitum fedem voluit fuccedere. Recurro
ad Celfitudinem veftra Majeftatis
ut quemadmodum me , quem ad hono
rem promoviftis , in eodem me confir
metis ..
Preuves autentiques que nos Rois
étoient encore dans la liberté majeure de
difpofer en faveur de qui bon leur fembloit
, des Fiefs mouvans de la Couronne.
Mais revenons aux Fiefs vacans par
decès du dernier Titulaire .
le:
Guillaume le Bâtard , Roi d'Angleterre
, Duc de Normandie lailla trois fils
& une fille .
Le troifiéme fils nommé Henri fut Rof
d'Angleterre , & Duc de Normandie , &
laiffa une fille nommée Matilde qui fut
mariée à Geoffroi . La fille de Guillaume
le Conquerant fe nommoit auffi Matilde ,
& fut mariée à Euſtache Comte de
Blois , dont elle eut Etienne , Comte de.
Boulogne. Après la mort de Henri I.
Roi d'Angleterre , & Duc de Norman
die , Matilde fa fille devoit lui fucceder
(a) Epift. V. Retr. Prior . S. Joan . Senon . naw
mine Guillel, Gomit, Flandr. Chen, T. 4. p. 44%.
au
14 LE MERCURE
au Duché de Normandie , fi les Grands-
Fiefs avoient été hereditaires , neanmoins
ce fut à Eftienne , Comte de Boulogne ,
fon coufin , que le Roi Louis VII . accorda
l'inveftiture de ce Duché. Quelques
' années après il l'en priva , & par un
Traité de paix , fait au mois d'Aouft de
l'année 1151. il en inveftit Henri , fils
de Geoffroi , & de Matilde , & l'en receut
à hommage, (a ,& cela par une grace
fpeciale ; car fi ce Duché avoit été hereditaire
, ç'auroit été Matilde & Geoffroi
fon mari qui auroient dû en être inveſtis
& non Henri leur fils.
>
Ce Duc Henri n'obtint donc point la
Normandie comme heritier de fa mere
mais par un pur don du Roi. Suger , premier
Miniftre du même Roi Louis VII.
nous l'apprend .
Ce grand homme parlant des defobéiffances
, & de l'ingratitude de Henri
d'Anjou , Düc de Normandie , dit que le
» même Henri accomplit à l'égard de
Louis VII . le proverbe du païlan , qui
eft , que plus on éleve un méchant , plus
(a) Rob. de Mont . apend. ad Cron.
Sigeb. ad an. 1151.
Cron. Norm. ad an. 1150. Chen. hift . Norm.
Script . p. 984.
Geft . Lud. Reg. c. 28. Chen. hift . Franc.
fcrip. t. 5. p. 411.
il
DE SEPTEMBRE 1722 .
il eft ingrat , & plus il fait de mal à ce
ceux aufquels il eft obligé de fa fortune ; «
ainfi , continue- t'il , fit ce Duc Henri ce
envers le Roi Louis , qui lui avoit don- «
né le Duché de Normandie , & l'avoit ce
rendu égal aux plus grands Princes de de
fon Royaume.c
Henricus ....ita fe habuit erga Regem
Dominum fuum , ficut in proverbio
Ruftici dicitur , quanto magis impium
exaltaveris , tanto magis contra te fuperbiet
, & altius fuum calcaneum elevabit
, ita fecit ifte Henricus contra
Regem qui ei Ducatum . Normania contulerat
, & Majoribus Principibus to--
tius Regni fecerat coaqualem.
Le même Abbé Suger écrivant au
même Roi Louis VII. pour prier Sa Majefté
de ne point faire la guerre à ce même
Henri , Duc de Normandie , fe fert
de ces termes.
Nous fupplions inftamment la Hau- ce
teffe de Votre Majefté Royale , en laquelle
nous avons toûjours eu beaucoup
de confiance de ne point declarer la «
guerte au Comte d'Anjou , qu'elle a ce
fait Duc de Normandie , &c. qu'elle
n'ait pris là deffus le confeil , & c. «
Regia Majeftaris Celfitudini de qua fem-
(a) Du Chen. t. 4. p. 410.
(a ) Sug. epift. 150. t . 4. p. 540..
per
LE MERCURE
per confidere confuevimus , obnixè ſui
plicamus ne contra Comitem Andegavenfem
quem Ducem Normania feciftis
abfque confilio , & c.
Je repete ici que quand ceux qui
avoient droit aux Fiefs , étoient inveftis
de ces mêmes Fiefs , ils devoient leur inveftiture
non à leurs droits , mais à la feule
conceffion du Roi..
Richard Coeur de Lion , Roi d'Angleterre
, étant mort fans enfans , Artus fon
neveu étoit fon plus proche heritier , comme
étant fils de Geoffroi , Duc de Bretagne
, fecond frere de Richard. Neanmoins
Philippe Augufte n'y eut pas d'égard
, puifqu'il inveftit des Duchez de
Normandie , & de Guyenne , & des Comtez
d'Anjou , du Maine , de Tourraine &
de Poitou , Jean Sans-Terre , heritier
plus éloigné , & qui n'étoit que le troifiéme
frere de Richard . L'Auteur anonime
de l'Hiftoire de Philippe Auguſte
imprimée à Paris chez Brunet en 1702.
n'a pû ignorer ce fait , auffi l'a-t'il rapporté
, & fi Philippe Augufte donna
dans la fuite l'inveftiture de ces mêmes
Duchez & Comtez au jeune Artus , ce
fut parce que Jean Sans -Terre avoit forfait
, & qu'il étoit déchû par fa felonie
de tous les droits à ces mêmes Duchez &
Comtez. I eft bon d'obierver à l'égard
du
DE SEPTEMBRE 1722.
1

du même Jean Sans -Terre , qu'inconti
nent après la mort de Richard , Roi d'Angleterre
, & Duc de Normandie , fon
frere il s'étoit emparé du Duché de
Normandie , & des autres Terres que les
Rois d'Angleterre tenoient en Fiefdes Rois
de France, & qu'il s'en étoit rendu maître
fans la permiffion du Roi Philippe Augufte
; ce qui fut le fujet de la haine que
ce Monarque des François conferva toûjours
contre lui ; & quelques Grands de
la Cour de Philippe Augufte lui ayant
demandé , pourquoi il haifoit tant Jean
Sans- Terre , c'est parce que , répondit
ce Monarque , il s'eft mis en poffeffion
du Duché de Normandie , & des au- «
tres Terres qu'il tient de moi , fans ma
permiffion , & qu'il étoit de fon devoir
de me venir trouver après la mort de
Richard fon frere , de me reprefen
ter les droits qu'il prétendoit avoir à fa ce
fucceffion , & de me faire hommage .(a )
GE
Ces trois mots fans ma permiffion fine
licentia mea , prouvent invinciblement
qu'on ne fuccedoit point encore aux Fiefs
mouvans de la Couronne de France que
par la permiffion expreffe.du Roi , &
que quelques droits qu'on eut à fucceder,
ils n'étoient valables , & ne pouvoient
(a) Matth. Parif. ad an . 1199. p. 125.
être
28 LE MERCURE
être exercez qu'après qu'ils avoient été
autorifez par Sa Majesté. Ces même mots
ont d'autant plus de force qu'ils font dits
par un grand Roi fort inftruit des droits
de fa Couronne ; que de plus ils font rapportez
par un Auteur Anglois , quoiqu'ils
euffent été dits au lujet du Roi
d'Angleterre , fon maître , & fous le regne
duquel il vivoit , & qu'ils font, dis - je,.
raportez par un Anglois , ennemi de Philippe
Augufte , & des François , aufquels
il donne le coup de dent toutes les fois
qu'il en trouve l'occafion .
1
Ces Fiefs appartenoient alors au Roi
feul. Sa Majefté étoit libre de les réübir
à fon Domaine , ou de les donner de nouveau
à ceux qui en auroient été les heritiers
, fi les Fiefs avoient été hereditaires.
Philippe Augufte nous en affure luimême
dans Guillaume le Breton , comme
je l'ai déja fait voir ailleurs , en relevant
la bévûë que l'Hiftorien anonime
de ce Monarque a faite parlant de la
guerre pour le Vermandois , & il eft fi
vrai que cette réunion étoit une loi fondamentale
de la Monarchie , que Sa Majefté
s'offrit de le prouver par le témoignage
de tous fes grands Vaffaux .
Le Comte de Flandres , tout intereffe
qu'il étoit à nier cette reverfion des Fiefs
à la Couronne faute d'hoirs mâles , le reconnut
DE SEPTEMBRE 1722. T
connut lui- même , rendant deflors une
partie de ce Comté , & s'il en conferva
les deux plus fortes places , le Roi ne les
Jui laiffa que pour le bien de la paix . C'é
toit donc un ufage receu en France , &
une Loi de la Monarchie qui fubfiftoit
encore fous les arriere - petits- fils de Hugues
Capet , que les Fiefs étoient reverfibles
à la Couronne par la mort du dernier
poffeffeur fans enfans mâles , & cette
Loi qui avoit été en ufage fous les Rois
predeceffeurs de Philippe Augufte , étoit
encore dans toute la force durant le cours
de fon regne. Auffi les Hiftoriens de ce
grand Roi , difent-ils , parlant de Renaud
, Comte de Dammartin , & de Boulogne
, qu'il tenoit des liberalitez ou de
la fouffrance de Philippe Augufte , les
Comtez de Mortain , de Boulogne &
d'Aumale , & les Villes de Lillebonne
de Mortain , & de Domfront . Ceux qui
ont tant foit peu de connoiffance de l'Hif
toire de ces temps- là , fçavent que ce
Comte Renaud n'avoit eu ces terres , ou
du moins la meilleure partie , que par des
mariages ; c'est - à - dire , que Sa Majefté
l'avoit invefti , & lui avoit redonné lesterres
tenues en Fief de la Couronne de
France par les Peres des femmes qu'il
avoit épousées .
Je n'allegue point ici que le droit de
rachat
LE MERCURE
payé pour tous les Grands, Fiefs qui
ècheoient aux femmes par fucceffion , eft
encore une preuve de fait , qu'elles ne
pouvoient fucceder de plein droit ce
droit de rachat étoit comme le prix de la
grace que les Rois faifoient à ces mêines
femmes , lorfque leurs Majeftez permettoient
qu'elles jouiffent des bens , aufquels
elles auroient fuccedé de plein droit ,
fi la fucceffion aux Grands . Fiefs avoit été
bien établie.
Non-feulement les femmes n'étoient
point habiles à fucceder aux Grands Fiefs
de la Couronne , mais encore les enfans
de ces mêmes femmes , nez en legitime
mariage , ne pouvoient fucceder aux
Grands- Fiefs poffedez par leurs meres ,
ou venans du côté de ces meres fans une
nouvelle grace du Roi , quoique les maris
de ces nieres , & ces mêmes meres
euffent reçû l'inveftiture de ces Fiefs .
J'en trouve des preuves autentiques dans
un traité fait en 1225. entre Louis VIII.
Roi de France , fils & fucceffeur immediat
de Philippe Augufte , & Marie ,
Comteffe de Ponthieu. Cette Dame de
clare dans fes Lettres Patentes qui renferment
ce traité , que Sa Majefté avoit
accordé par grace à fes enfans mâles &
femelles qu'ils pourroient lui fucceder.
En voici les termes.
Enfuite
DE SEPTEMBRE 1722.
Enfuite , le Roi Monseigneur , ému ce
de pieté , a bien voulu rendre capables «
de fucceder à mes Fiefs , mes fils & c
mes filles nez , & à naître de mon mari
& de moi , voulant & accordant que «
mes fils & mes filles fuccedent comme «
mes heritiers legitimes à tous les biens
dont je pourrai , & ferai faifie à l'heure
de ma mort. «
Præterea, Dominus Rex , motu pietatis duc
tus , filios meos & filias meas à marito
meo pradicto natos & nafcituros , materna
fucceffioni jure duxit hereditario
reftituendos , volens & concedens quod
filii & filia mea ficut recti haredes
fuccedant mihi in tota hereditate de
qua tenens ero & faifita die qua de
cedam.
i
Je paffe quantité d'autres exemples
femblables , ceux - ci étant plus que fuffi
fans pour prouver qu'il eft faux qu'il y
ait eu un traité entre Hugues Caper , &
les Grands du Royaume pour l'heredité
des Grands Fiefs , & qu'il ait employé ce
moyen pour les faire confentir à fon Couronnement.
Lorfque l'Auteur de l'Hiftoire de la
(a ) Lettr. dattées de Chinon au mois de
Juillet 1225.
keg. des Chart. cotté 31. vol. 3 .
Milice
2.2 LE MERCURE
6
Milice Françoife nous aura expliqué
quelle eft la vrai- femblance qui prouve
que ce traité a été fait , & pourquoi il
ne fubfifte plus , j'aurai l'honneur de
vous en dire davantage. Je fuis , Monhieur
, & c.
SUZANNE
DE SEPTEMBRE 1722. 23
SUZANNE ACCUSE'E
PAR LES VIELLARDS .
Tableau, de feu M. Coypel , Premier
Peintre du Roy.
Q
POEME.
Uel fpectacle étonnant fe prefente à mes
yeux !
Suzanne & deux vieillards paroiffent dans ces
lieux ,
Pouvons-nous de nos jours voir encore cette
hiftoire ?
Ou pour en conferver la tragique memoire ,
Dans ce Tableau trompeur par quel divin
pouvoir
Le peuple femble- t'il parler & fe mouvoir ,
Tous ces objets divers n'occupent point de place,
La main dément les yeux , ce n'eft qu'une
furface.
O! toi peintre fçavant, ou celebre enchanteur
Qui fais vivre la toille & parler la couleur ,
Qui par l'art merveilleux , dont nôtre ame eft
déçue ,
Peux rendre le paffé preſent à nôtre vuë ,
Et
64 MERCURE LE
Et qui pour en montrer les grands évenemens ;
Levez le voile obſcur dont les couvre le temps ,
Coipel, qui par l'effet d'un muct dramatique
Peux faire entendre aux yeux un noble pathetique
,
Fais- moi part du beau feu qui guide ton pinceau
Pour donner à mes vers l'ame de ton tableau.
La fageffe toujours n'a pas la récompenfe ,
On accuſe ſouvent la plus pure innocence ,
L'efprit fourbe & malin , les difcours feducteurs
En nous foibles mortels produifent mille erreurs,
Suzanne raffembloit mille vertus en elle ,
Et chacun la citoit des femmes le modelle ,
Un air vif & touchant , P'éclat de la beauté ,
N'en avoient point banni la rare chafteté ,
Sa modefte pudeur arrêtoit la licence ,
Des feux dont fes appas caufoient la violence ;
Cependant deux vieillards follement amoureux
Oferent dans le bain lui parler de leurs feux ,
Et joignant à l'amour une forte menace ,
Ils crurent de fon coeur enfin fondre la glace ;
Mais la chafte Suzanne à leur ardent tranfport
Picfera conftamment la plus cruelle mort,
Quel eft donc le deftin d'une femme fi fage ?
que l'on voit traitée avec outrage . C'eft elle
C'eft
DE SEPTEMBRE 17:22.
25
C'eft elle dont on voit par un fenfible affront
Lever infolemment le voile fur le front ,
Objet infortuné de cent regards avides ,
Elle attend foa arreft de ces vieillards perfiles
Qui voulant fe venger d'un trop jufte refus ,
Etouffent du 1emords les fentimens confus ,
Le plus vindicatif à l'acculer s'apprête ,
Et d'un air menaçant met la main fur la tête ,
yous qui m'avez remis la juftice , & es loix
Peuple, foyez , dit- il , attentif à ma voix .
Suzanne qui l'eut dit , Suzanne eft infidel'e .
Témoins infortunez nous dépofons contre elle,
Au fond de fon jardin dans un fombre réduit ,
Pour venger fon époux le Ciel nous a conduit ,
Un jeune homme en fes bras , fon ame déloyale
Yrrahiffoit les droits de la foy conjugale!
Pour nous faifir de lui nous courons, mais envain,
11 fçavoit mieux que nous les détours du jardin,
Il s'enfuit , & de loin fon ardente jeune fe
Ríoit du vain effort de la lente vieillefle ,
Elle feule a resté , la loy preferit fa mort ,
Nous l'amenons à vous , decidez de fon fort.
Je vous rends à regret un trop vrai témoignage,
Plût au Ciel que des yeux j'effe perdu uſage ;
Mais helas ! ce fecret n'eft plus en mon pouvoir
devant B
16 LE MERCURE
Devant Dieu tous égards cedent au fier devoir ,
En proferant ces mots le tranſport qui l'agite
Le rend pâle & tremblant , il chancelle , il
befite ,
Le trouble eft fur fon front , & fon oeil enfoncé
Eft prefque tout couvert d'un fourcil heriffé ,
Sur fon tein fe répand un déluge de bile ,
Son fiel eft tout entier fur fa face immobile ,
Son crime l'épouvante , on le voit en fremir ,
Et contre fon remors tâcher de s'affermir.
L'autre vieillard fanguin fent encore dans
fon ame ,
Les reftes mal éteints de fa fecrette flâme.
Voyez comme Suzanne arrête en un moment ,
Les coups prémeditez de fon reffentiment ,
La vengeance & l'amour font peints fur for
vifage ,
On doute qui des deux l'agitent davantage ,
L'amour préfomtueux , ce fier tiran du coeur
Qui veut par tout regner paroît d'abord vainqueur
,
Mais la vengeance enfin fe releve plus forte ,
Et fur fon ennemi dans ce moment l'emporte ,
L'amour cele & confus de le voir outragé ,
Se joint à fon effort , & veut être vengé.
Au recit des vieillards le peuple fe partage ,
Et
DE SEPTEMBRE 1722. 27:
Er déja prévenu par ce faux témoignage ,
Chacun fur ce fujet parle diverfement ,
L'un fait voir le mépris , l'autre l'étonnement ,
Celui- là le dedain , celui - ci la trifteffe ,
Dans fon fort malheureux cet autre s'intereffe,
De ce côté la haine , & la compaffion
De l'autre la colere & l'indignation ,
Une femme ajoûtant à l'oprobre l'outrage
A cette infortunée adieffe ce langage:
Peffide , tu croyois pouvoir nous abuſer ,
Et par un beau dehors toûjours nous impofer,
Que la pure vertu fur fon viſage empreinte
Y cache adroitement l'artifice & la feinte ,
Ne tient-il qu'à couvrir d'un faux voile d'hon、
neur ,
Les vices de l'efprit , & les défauts du coeur
yeux ,
"
Hipocrite , & crois- tu que le beau nom de fage
Ne fe doit qu'au fecret de ton libertinage ?
A ces mots le fourcil s'abaiffant fur fes
Elle infulte encor d'un regard dédaigneux ,
Ces mouvemens divers font un confus murmure
De haine , de douleur , de tendreffe , d'i jure
Mais les fons difperfez s'uniffent à la fis ,
On entend demander fa mort à haute voix .
Bij
Celle
28
LE MERCURE
Celle que de Suzanne on reconnoît la mere ;
En partageant l'affront d'une fille fi chere ,
Reffent déja les coups qui doiventl'accabler
Y fuccombe , & n'a pas la force de parler.
Dans le même moment Helcias auprès d'elle
Sent l'effet violent de l'amour paternelle ,
Et ne conferve plus de raifon , de vigueur
Que pour mieux reffentir l'excès de fon malheur
,
Il voit de tous côtez l'horreur qui l'environne ,
Et dans le defefpoir où fon coeur s'abandonne
O Dieu, qui m'as , dit-il , fi long temps confervé
Pour le fpectacle horrible ai - je été refervé ,
Pourquoi prolongeois- tu jufqu'à cette journée ;
De mes jours languiffans la trame infortunée
Eft- ce ainfi qu'à l'abri de tes puiffantes mains ,
Tu promets de tenir les fideles humains ,
Tandis que l'injuftice heureufe & triomphante,
Tient fous un joug affreux la vertu gemiffante ,
Son gefte , fa couleur , fes fanglots , fes foupirs ,
Expriment vivement fes mortels déplaifirs ,
Il exerce fur lui la rage qui l'anime ,
Et fa robe en devient la premiere victime ,
Il
DE SEPTEMBRE 2722. 29
Il n'est point de milieu pour l'extrême douleur,
Oa c'est toute foibleffe , ou c'est toute fureur .
Dans ce trouble Suzanne eft feule fans allar
mes ,
Et n'atache qu'au Ciel fes yeux moüillez de
larmes ,
Vous qui futes toûjours mon affuré recours ,
Die elle , Dieu puiffant j'attends vôtre fecours
Du plus caché des coeurs la fecrette penſée.
Par vos yeux penétrans eft aifément percée ,
Vous voyez contre moi s'armer des impofteurs ,
Je ne fuis point coupable , & cependant je
meurs.
Tandis que fon coeur feul acheve fa priere ,
Et qu'elle livre à Dieu fon ame toute entiere',
Ses enfans qu'attendrit fa gemiffante voix ,
Pour embraffer leur mere accourent à la fois ,
Helas tendres enfans , un fi doux témoignage ,
Loin de la confoler l'accable davantage ,
Ah ! laiffez la plutôt , profitez du bonheur
D'ignorer jufqu'où va l'excès de fon malheur.
Tout prêt d'executer l'Arreft de la juſtice ,
Le peuple impatient demande fon fuplice ,
Mais le Dieu d'Abraham l'appui des malheureux
Sçaura la délivrer de ce peril affieux ,
Bij Bien -tôt
30
LE MERCURE
Bien-tôt l'on entendra la voix de fon prophete,
De fes fecrets deffeins le fidelle interprete ,
Confondre ces vieillards , & les faire expirer
Sous les coups qu'à Suzanne ils vouloient preparer.
Mais que dis je ! où m'emporte un effort trop
rapide ,
Suivons fidellement les pas de nôtre guide ,
N'allons pas par les coups d'un indifcret pinceau
Renfermer deux fujets dans un même tableau.
Voilà fçavant Coipel ce que nous reprefente ,
De ton muet tableau la peinture parlante ,
Chaque objet qu'on y voit eft fi bien imité
Qu'il difpute le rang avec la verité .
Par des fons diftinguez la voix fe fait entendre,
Ta dote main fait plus , car elle ofe entre
prendre,
Par le deffein corect , par la vive couleur
De découvrir à nud les fentimens du coeur ,
Elle a pour fuppléer au défaut du langage-
La force d'a.ti.e . l'ame fur le vifage.
MEDAILLES
DE
SEPTEMBRE 1722. 31
MEDAILLES GRECQUES
De la ville de Marfeille , & critique d'un
endroit du voyage litteraire du R. P.
Dom Elmond Martenne , par M. de
la R.
J'Ajoute , Monfieur voulez ainfi , cefup,plpeumiefnqtueà lvaoudserl-e
niere Lettre que j'ai eu l'honneur de
vous écrire , non pas pour vous apprendre
quelque chofe fur les Medailles de la
ville de Marſeille , car vous n'ignorez
rien de tout ce qui regarde l'Antiquariat,
mais pour faire un furcroît de preuve en
nôtre faveur contre les prétentions de
M. de Valbonnais dans fon explication
de l'Infcription Grecque trouvée dans
cette Ville.
Non-feulement nous avons des Medailles
Grecques de Marfeille , frapées
dans Marſeille ancienne , & payenne , ou
felon ce fçavant , la Langue Grecque étoit
une Langue inconnue , mais ces Medailles
comme vous le fçavez , Monfieur , )
ne font point aujourd'hui d'une fi grande
rareté . Elles font pour la plupart d'ar
Cette Lettre eft inferée dans le Mercure du
mois d'Aouft 1721g
B iiij gent ,
32 LE MERCURE
gent , celles de bronze font en plus petit
nombre , je n'en ai jamais vû enor. Celles
d'argent qui font venuës à ma connoiſfance
font au nombre de vingt-deux , portant
toutes la tête de Diane d'un côté ,
'coëffée à la grecque , & de la maniere
qu'on la voit ordinairement fur les Medailles
des Villes les plus celebres de l'ancienne
Grece . Cette tête eft auffi ornée
d'un collier , de pendans d'oreilles , & c .
fur quelques- unes il paroît derriere la
tête de Diane un bout de carquois &
d'arc paffé fur l'épaule , ce qui , comme
l'on fait , caracteriſe particulierement
cette Déeffe.
Il n'y a aucune Infcription fur la face
de ces Medailles , mais on voit fur quelques-
unes , une feule Lettre Grecque.
Elles ont toutes au revers un Lion , autre
fimbole de Diane , avec cette Infcription
ΜΑΣΣΑΛΙΗΤΩΝ , ou feulement ΜΑΣΣΑ ,
& au devant du Lion quelques lettres feparées
, differentes dans chaque Medaille
qui marquent , ou une époque , ou le
Monogramme du Monetaire , ou quelque
autre miſtere d'anti quité , que j'abandonne
, Monfieur , à vôtre penetration . Je
vous envoye le deffein d'une de ces Medailles
, que j'ai choifie la plus nette , &
la mieux confervée , de quatre que j'ai
dans mon cabinet. On y voit d'un côté
la
DE SEPTEMBRE 1722 33
la tête de Diane avec l'arc & le carquois ,
dont nous venons de parler , & la lettre`
A. & fur le revers un Lyon MAZZAAIHTON.
Au devant du Lyon ces deux let
H
tres ainfi pofées l'une fur l'autre Les
}
AΔ'
autres Medailles que j'ai vûes en argent
de la même Ville étoient alors dans le cabinet
de M. Foucault , à Paris , & dans
celui du Docteur Sheloane , à Londres
J'ai déja eu , Monfieur , l'honneur de
vous dire que les Medailles de Mar feillet
en bronze , font plus difficiles à trouver ,
je n'en ai jamais vû que trois de cette
efpece en petit bronze , lefquelles étoient
auffi dans le cabinet de M. Foucault . Sur
la premiere de ces Medailles on voit
d'un côté la tête d'Apollon , & fur le revers
un taureau qui frappe la terre du
pied , & au deffus du taureau une cou--
ronne de laurier avec la même Infcription
ΜΑΣΣΑΛΙΗΤΩΝ . La feconde Medaille
reprefente d'un côté une tête de
femme auffi .couronnée de laurier , avec
ces deux lettres ПА. Le revers eft le même
que dans la precedente , à la couron--
ne de laurier près. La troifiéme de ces
Medailles porte auffi d'un côté une tête
de femme , fans Monogramme , & fur le
revers un taureau , avec l'Infcription or
dinaire.
B v Lors
34
LE MERCURE
Lorfque M. de Ruffy publia fon Hiftoire
de Marfeille en l'année 1642. Les
Médailles des anciennes Villes , & les
bons Antiquaires , étoient beaucoup plus
rares qu'ils ne le font aujourd hui ; ce
fçavant homme , en traitant des Monnoyes
des anciens Marfeillois , nous dit
là- delfus tout ce que fon habileté lui peut
fournir , ajoutant que ces fortes de pieces
, qui regardent Marſeille ancienne ,
& Grecque d'origine, font fi rares , qu'on
ne les trouve que dans Hubert Goltzius ,
où il renvoye le Lecteur.
En effet , Monfieur , ce celebre Antiquaire
nous a donné dix Medailles de
Marfeille , parmi celles des Villes de la
la grande Grece , parfaitement bien gravée
par lui- même , avec des explications
dignes de fon érudition & de fa critique ;
c'eft apparemment tout ce qu'il avoit pû
découvrir de Medailles Marfeilloifes. De
ces dix Medailles , je n'en trouve que
trois , que je n'ai pas vûës ailleurs , & qui
demandent une attention particuliere ,
Goltzius étoit également bon Peintre,Graveur,
Sculpteur , & ex ellent Antiquaire . La meilleu
re Edition e fes Ouvrages eft celle de Bruges ,
faite en l'année 1576 fous les yeux de l'Auteur
dont on voit à la fête le Portrait en taille- douce ,
gravé par lui même , d'apès l'Original peint par
Antoine Mor , premier Peintre de Philippe 11.
DE SEPTEMBRE 1722. 35
fçavoir la feptiéme , la huitiéme & la dixiéme
, fur lefquelles on voit trois têtes
differentes que Goltzius croit, avec beaucoup
de raifon , être de Jupiter , de Minerve
, & d'Ariftarcha , fameufe Prêtref
fe de Diane , avec des revers finguliers.
Elles portent toutes l'Infcription ordinaire
MAZZAAIHTON , & fur quelques- unes
on voit une Epoque , ou un Monogramme
, que cet Antiquaire n'a pas entrepris
d'expliquer.
1
M. de Ruffy a emprunté de lui quelques-
unes de ces Medailles , pour orner,
& pour appuyer l'Hiftoire de Marseille
Medailles que M. Louis Antoine de Ruffy
, fon fils , a fait graver dans la feconde
Edition qu'il nous en a donnée en l'année
1696. beaucoup augmentée , & enrichie
de fon propre fonds.
En forte , Monfieur , que voilà bien des
fources , & des monumens , qui détruifent
ce que M. de Valbonnais a avancé,
en expliquant vôtre Infcription grecque ,
fans compter le témoignage de plufieurs
anciens Auteurs , & fingulierement celui
de Strabon , fuivant lequel le Grec étoit
fi commun à Marfeille , que les Contrats
étoient écrits en cette Langue , &
ce beau mot de S. Paulin , qui dit, en parlant
de Marfeille "
B vj pofita
36
LE
MERCURE
Pofita Gallorum folo
Maffilia Graium filia ,
& c .
T
En voilà affez fur cette matiere . Au
refte , M. tous les gens de Lettres , qui
connoiffent M. de Ruffy , dont nous venons
de parler , & tous ceux qui ont lû
fon Hiftoire de Marſeille , ont été furpris
de la penfée que le R. P. Dom Edmond
Martenne lui attribue dans fon
Voyage litteraire , imprimé a Paris en
l'année 1717. au fujet des lieux fouterrains
, & des Antiquitez qui font dansl'Abbaye
S. Sauveur de Marfeille . Ce
fçavant Benedictin , étant en cette Ville,
ne manqua pas d'aller les vifiter. Ecoutons-
le parler lui-même fur cet article ,
voici les termes .
Elle , l'Abbeffe de S. Sauveur , voulut
auffi nous faire voir quelques AntiquiteZ
qui font dans l'interieur du Monaftere ,
où l'on montre plufieurs caves , que nous
croyons être un ouvrage des Romains , def
tinées à faire des provifions pour l'Armée
, comme on voit que Jules Ceſar en
avoitfaites à Amboife , plutôt qu'un Temple
de la Deeffe du Soleil , comme le croit
M. Ruffy, fondé fur ce qu'on y a trouvé
une figure qu'il eftime ancienne , d'une
Decße environnée de rayons , portant
نم
une
DE SEPTEMBRE 1722. 37
و
une couronne d'étoiles . Mais nous croyons
qu'il ne faut pas être grand connoiẞeur
pour juger que cette figure n'eft point du
tout ancienne & qu'elle reprefente la
fainte Vierge , figurée par cette femme de
Apocalypfe , entourée du Soleil , & en
vironnée de douze étoiles , qui font les dou-
Le prérogatives de cette fainte Mere de
Dieu , comme l'explique faint Bernard,
Nous vimes auffi dans ces caves une an
cienne Infcription , mais nous ne la prîmes
pas dans la pensée qu'elle pourroit être
raportée par M. de Ruffy.
Il faut avoiier qu'un Antiquaire , capable
de la bévûë , que le R. P. Martenne
impute ici à notre Hiftorien , eft
bien humilié , quand on a la bonté d'en
inftruire le Public . Rien en effet n'eft
plus abfurde , que de prendre la figurat
de la fainte Vierge pour une Deeffe du
Soleil , & de placer dans un lieu fouterrain
le Temple de cette brillante Divinité
; mais vous fçavez , M. que la repu
tation de M. de Ruffy ne fçauroit en
fouffrir , & vous n'ignorez pas le défi
qu'il a fait au P. Dom Martenne , de.
lui indiquer l'endroit de fes Ouvrages
où peut fe trouver une erreur fi groffiere.
Il eft vrai qu'il a parlé de ces fouterrains
de l'Abbaye S. Sauveur , dans fa
feconde Edition de l'Hiftoire de Marfeillej.
38 LE MERCURE
לכ
le , page 317. & 318. de la feconde Partie
; mais ce qu'il en dit , eft bien oppofé
au fentiment bizarre qu'on lui attri
buë. M. de Ruffy , fondé fur une Infcription
trouvée dans ces grottes , &
qu'il rapporte dans le lieu que je viens
de citer , s'explique ainfi fur cette matiere.
» Cet Edifice , dit - il , étoit un College
des Dendrophores ; c'étoient des
» gens qui trafiquoient au bois , qu'on
>> employoit à l'ufage de la guerre , aux
>> machines , & de la charpente neceflai-
» re dans le camp : le College des Dendrophores
joignoit ordinairement celui
» des Centonaires , dont la fonction étoit
de fournir les tentes & tous les attirails
de guerre , & d'éteindre le feu que les
»machines des ennemis portoient dans
» les camps.
לכ
לכ
99
Telles font , M. la penfée & les expreffions
de M. de Ruffy au fujet des
grottes en queftion , fans que dans tout ce
qui precede , & tout ce qui fuit , il foit
dit un feul mot de la figure myfterieufe
dont parle le P. Dom Martenne ; ce qui
me fit conclure , en finiffant , que le fçavant
Religieux auroit rendu plus de juftice
à M. de Ruffy , s'il eû jetté les yeux
fur fon Hiftoire de Marteille , ou s'il eût
trouvé bon de le confulter fur ces Antiquitez
, après avoir reçû de lui divers
éclair-
1
DE SEPTEMBRE 1722 .
39
éclairciffemens fur d'autres fujets , pendant
le féjour du R. Pere en cette Ville,
Je fuis , & c.
A Paris , ce 22. Juillet 1722.
CONTE
ENIGMATIQUE.
A
Lbinelli , jeune Seigneur de l'Etat
de Milan , étoit né avec tous les
avantages
qui peuvent fatisfaire
l'ambition
& l'amour propre. Il avoit à peine
atteint l'âge de vingt ans , lorfque fon
pere , qui l'avoit deftiné dès fon enfance.
à une heritiere
confiderable
, le preffa
d'accomplir
ce mariage ; mais Albinelli
étoit bien éloigné , par fon inclination ,
de prendre un engagement
qu'il ne pût
rompre ; il ne connoiffoit
que le plaifir
de fe faire aimer , celui d'aimer lui étoit
inconnu. Pour éviter les perfecutions
de
fon pere , il partit fecrettement
dans le
deffein de voyager , & de vifiter les villes
d'Italie. Il fe rendit à Venife ; le len
demain de fon arrivée , il alla fe promener
fur le grand Canal , qui coupe une
des principales
rues de la Ville ; on étoit
dans la plus belle faifon de l'année , &
tous les jours la jeuneffe brillante en hommes
, y formoit un cours d'autant
plus
agreable , que les fuperbes Palais qui regnoient
40 LE MERCURE
gnoient des deux côtez , avoient des balcons
où les femmes , les unes pour prendre
l'air , & les autres pour le faire voir,
ne manquoient pas de le rendre : ces balcons
étoient à une diftance d'où on auroit
pû aifément leur parler , fi la coûtume
n'en avoit ôté la liberté. Albinelli regardoit
avec plaifir ce fpectacle , qui
avoit quelque chofe de magnifique & de
galand , lorfqu'il apperçût plufieurs jeunes
filles , qui par une efpece de coquetterie
, affez en ufage à Venife , prenoient
des fleurs dans des corbeilles , & les jettoient
d'un airen joiié à ceux qu'elles trouvoient
le plus à leur gré. Une d'entr'elles
, par timidité , ou par dédain , n'avoit
pas encore imité les compagnes : fes
regards incertains s'arrêterent en fin fur
Albinelli , qui furpris de fa beauté , avoit
fait avancer fa gondole fous le balcon cù
elle étoit ; elle le trouva fi fort au - dellus
de tous ceux qu'elle avoit vûs jufqu'alors,
qu'elle ne pût s'empêcher de laiffer tomber
fur lui un oeillet qu'elle tenoit à ſa
main . Auffi tôt honteufe & embaraffée ,
elle baiffa les yeux , & une rougeur modefte
qui lui couvrit le vifage , en augmentant
fa beauté , donna un nouveau
prix à la faveur qu'elle venoit de faire.
Albinelli en fentit tout le charme ; ce
trouble agreable ( préfage affûré d'une
grande
DE SEPTEMBRE 1722 .
grande paffion ) le fit fentir a fon coeur
pour la premiere fois . Sa reconnoiffance
& fes nouveaux fentimens parurent dans
fes yeux ; depuis ce jour il ne s'en paffa
point qu'il ne retournât au même en
droit , & il eut lieu de fe flater que celle
qui caufoit fon empreffement , s'en ap
percevoit avec plaifir. Il avoit appris
qu'elle fe nommoit Ulanie , qu'elle avoit
perdu fa mere, & que fon pere , un des
premiers du Senat , homme abfolu , &
plus fevere encore que ne le font ordinairement
ceux de fa nation , la tenoit dans
une grande contrainte , & qu'il vouloit
lui faire époufer un de fes neveux pour
qui elle avoit une averfion infurmontable.
L'amour & la jeuneffe donnent de la
confiance , les difficultez l'animent , &
ne le rebutent point. Le peu d'efperance
devoit avoir Albinelli , de réüffir
dans fa paffion , ne l'empêcha point de
s'y livrer entierement , il ne fongea qu'à
la faire fçavoir à Ulanie. Une nuit , dont
il avoit paffé la plus grande partie a rêver
à la maniere dont il s'y prendroit,
fans s'être déterminé à rien , accablé d'une
fi longue veille , il s'endormit , & fon embarras
le fuivant dans fon fommeil , il lui
fembla qu'il voyoit devant lui une per
fonne , dont le grand âge n'ôtoit rien des
agrémens d'une beauté naiffante ; elle
que
étoit
42
LE
MERCURE
étoit fuivie de cinq Princeffe , qui paroif
foient toutes fours , quoique très - differentes
l'une de l'autre , & de dix- neuf
Dames , dont quelques- unes étoient bien
mois âgées que les autres , qui étoient
attachées indifferemment aux cinq Princelles
, & fe trouvoient à chaque inftant,
tantôt avec l'une , tantôt avec l'autre :
Calmez vos agitations , dit cette Rei-
» ne à Albinelli , l'amour touché de vos
» peines , m'envoye à vôtre fecours : je
fuis en état de fervir vôtre pallion , & de
» vous aider à la découvrir à celle qui en
eft l'objet. J'ai fecondé cent mille amans
dans de pareilles occafions les plus
grands Rois ne dédaignent pas de le
» fervir de moi ; les Princelles & les Da
» mes de ma Cour ne vous abandonneront
pas , fi vous fçavez bien les met-
»tre en oeuvre elles ne fe piquent pas
» de garder leur rang , elles prennent celui
qu'on leur donne , & lorfqu'elles fe
» trouvent bien placées , tout l'honneur
en tourne au profit de la perfonne , qui
a fçû les placer avec diftinction .
Albinelli tranfporté de joye , voulut,
en fe jettant aux pieds de la Reine , lui
témoigner combien il étoit fenfible aux
offres obligeantes qu'elle lui faifoit , mais
dans ce moment il s'éveilla . Ce fonge
énigmatique ne le fut point pour lui , &
jo
DE SEPTEMBRE 1922.
bien
je croi qu'il ne le fera point pour
d'autres Albinelli fe fervit avec fuccès
du fecours que l'Amour lui avoit envoyé,
il perfuada la tendrelle à Ulanie , & re
çût des affûrances qu'elle la partageoit :
les defirs des Amans vont toûjours au delà
du bonheur dont ils jouiffent. Une grace
qui leur eft accordée eft un droit pour
eux d'en demander un autre. La Reine ,
les Princeffes & leurs Dames furent
employées plufieurs fois pour obtenir une
entrevue fecrete , & l'Amour d'intelligence
avec elles , fit difparoître aux yeux
d'Ulanie toutes les triftes raifons de bien
féance qui s'y oppofoient.
Lettre écrite de Caën aux Auteurs du
Mercure les Août 1722. par
M. Frey de Neuville.
Vi
Ous n'ignorez peut- être pas , Mef
hieurs ,
fcurs,qu'on donne tous les ans dans
l'Academie de Caen , un prix à la ineilleure
Ode Françoife , allegorique, en l'honneur
de l'Immaculée Conception , de cent
vers , en dix ftrophes. La piece que je
vous envoye , fut prefentée à cette Academie
le 8. Decembre 1721. jour auquel
on fait lire publiquement les pieces
en concours. Le jugement n'a point encore
été imprimé , du moins il n'eft pas
venu
44 LE MERCURE 1
venu jufques à moi . Cette Ode a auf
été envoyé à M. l'Evêque de Marfeil.e .
Jaj û e le compliment qu'on lui a fait
à cette occafion , pour donner une idée
des motifs , qui doivent engager les beaux
efprits à rendre à ce genereux Prelat ce
que merire fa charité . J'ai l'honneur d'ê
tre , Meffieurs , & c.
A MONSEIGNEUR
DE BELZUNCE ,
EVESQUE DE MARSEILLE
MONSEIGNEUR ,
Je rens aujourd'hui à vôtre Grandeur
le tribut , que tous les âges ont rendur
aux Heros , qui fans participer aux horreurs
d'une guerre fanglante , ont fait
avoiier aux ennemis même de la vertu ,
que la grandeur d'ame , & le fublime
heroïfme , ne confiftent pas à forcer l'Univers
d'admirer , & de hair un fier conquerant.
On arrive par des voyes plus
parfaites à cette gloire folide , qui forme
l'homme faint , & felon le coeurde Dieu
dans le Chriftianifme .
C'eft par les voyes , Monſeigneur ,
que vous vous étes élevé au- dellus de
Geux
DE SEPTEMBRE 1722. 45
ceux que le même titre , le même rang
la même dignité , vous rendoient égaux
dans l'Eglife. Votre charité & vôtre ze
le , animez par le refroidiffement de ceux
que leurs voeux obligeoient de vous foulager
dans les fonctions les plus penibles
de l'Epifcopat , ont donné dans vôtre
perfonne un exemple aux Evêques , &
un modele à tous les Pafteurs de l'Eglife
de Jeſus- Chrift . Plus occupez du danger
, qui menaçoit les habitans de Marfeille
, que du peril dont vous étiez environné
, combien de fois avez- vous fou
haité , avec le Prophete Royal , de mourir
, pour appaifer la colere d'un Dieu ir
rité de nos pechez mais toûjours foûmis
aux ordres de la Providence , toû
jours fenfible aux befoins de vôtre peuple
, combien de fois avez - vous dit ,
avec faint Martin ? mon Dieu , quoique
je ne puiffe refifter aux travaux qui
m'accablent , quoique les triftes fpectacles
, qui s'offrent à ma vue me penetrent,
& m'attendriffent, quelque douleur
que me caufent les maux de mon troupeau
, confervez -moi la vie , Seigneur ,
fi elle eft utile aux malheureux Provençaux.
Ces pieux fentimens , Monfeigneur ,
ont toûjours occupé vôtre coeur. Rempli
de l'Eſprit faint , vous avez donné des
preuves
46 LE
MERCURE
preuves d'un courage élevé , d'une pieté
veritablement
conftante , d'une tendreffe
fans bornes pour vôtre peuple , d'un zele
infatigable , & d'une application
continuelle
à procurer aux peftiferez , tout ce
qu'ils pouvoient fouhaitter , pour l'ame
& le corps. Tous les Provençaux
vous
regardent comme leur pere , & vous donnent
le nom glorieux , avec plus de juftice
, que la fuperbe Rome ne le donnât
autrefois au Prince des Orateurs . Tous
les François font auffi fenfibles à vos bontez
, que s'ils les avoient reſſenties . Nos
voeux ont penetré jufques aŭ trône du
Dieu vivant , & ont obtenu vôtre confervation.
Que dis- je , vous n'en étes redevable
qu'à vôtre charité , & nos prieres
ne fervent qu'à faire connoître combica
nous nous intereffons à vôtre fanté.
Les applaudiffemens qu'on donna le
jour de la Conception aux vers que
j'ofe prefenter à vôtre Grandeur , étoient
moins dûs à la poëfie , qu'à la mitiere .
Vôtre fom obtint bien-tôt filence . Un
chacun fembla fe faire un merite de témoigner
, par des marques d'une joye vive
& éclatante , que le Poëte n'avoit pû
choifir un fujet plus agreable . Que je lerois
heureux , Monfeigneur , fi vos fentimens
s'accordoient avec ceux de l'illuftre
Aflemblée , devant laquelle cette Ode
fus
·
DE
SEPTEMBRE 1722. 47
fut lue vous vous contentez de meriter
qu'on vous loue , fans aimer les louanges
mais vous aimez la verité , ainſi j'efpere
que vous la diftinguerez d'avec la flaterie
, & que vous recevrez avec la bonté
qui vous eft naturelle , une marque du
profond reſpect , avec lequel je fuis ,
MONSEIGNEUR ,
DE VOTRE GRANDEUR ,
Le très- humble & très obéïflang
ferviteur , Frey de Neuville,
En l'honneur de l'Immaculée Con
ception de la fainte Vierge,
S
Ode
allegorique.
Eigneur de ta jufte colere ,
Qui peut éviter les effets ?
Souvent un fleau falutaire
Nous fait expier nos forfaits .
Le pecheur s'abufant foi-même ,
Ne rend point à l'Etre fuprême ,
Les hommages qui lui font dûss
Mais le maître de la tempête
Accable fa fuperbe tête ,
Des
48
3 LE MERCURE
Des malheurs les moins attendus .
1
Marſeille , autrefois fi fameufe ,
Même avant les premiers Cefars ,
'N'a plus qu'une grandeur affreuſe
Dont la mort défend les remparts .
Que la fortune , & l'opulence ,
Sont funeftes à l'innocence !
La volupté les fuit de près. "
Les plaifirs engendrent le crime ,
Et chacun tombe dans l'abîme ,
Où le conduifent fes excès.
Le Tout- puiffant frappe de pefte ,
Les infortunez Provençaux .
De tous les maux le plus funefte ,
Eft apporté fur leurs Vaiffeaux ,
Du port il paffe dans la Ville ,
La Medecine eft inutile ,
Le mal trouve par tout accès .
Marfeil'e perit fans reffource ,
Son mal part de la même fource ,
Les Romains la regardoient comme une
Ville des plus confiderables de leur Empire.
DE SEPTEMBRE 1722 .
Qui caufoit fes heureux fuccès . a
Quel fpectacle s'offre à ma vûë ?
Je crois apprendre de ces morts b
Que l'inno ence confondue ,
N'a fait que de foibles efforts.
Seigneur , afflige le fidele ,
Afin qu'une gloire immortelle
Couronne fa filelité :
Oui . Le jufte fe purifie ,
Lorfqu'il fouffre pendant ſa vie
Ses malheurs , avec fermeté.
>
Les pleurs , le deuil , & la trifteffe ,
Ont dans ces lieux leur trifte cours ;
De la plus brillante jeunefe
La pefte termine les jours.
Ici l'époux pleure fa femme ,
Là l'épouſe livre ſon ame
Aux mouvemens de la douleur.
Un tendre fils pleure fon pere ,
a Du Commerce.
b Dieu a fait connoître , par la mort des
Pafteurs les plus zelez , que tous les malheureux
nefont pas coupables .
C
10 LE MERCURE
La fille regrette la mere ,
Chacun fuit fon propre malheur.
La charité paroît éteinte ,
On ne connoît plus l'amitié ,
De la pefte on croit fuir l'atteinte ,
En éloignant toute pitié,
Le pauvre accablé de mifere ,
Invoque une mort neceflaire ,
Et s'en fait un heureux deftin ;
Quelques forçats impitoyables ,
Des enfers fuppô: s déteftables ,
Lui portent la mort dans le fein.
Belzunce , tout brûlant de zele ,
Cherche à foulager fon troupeau ,
Il vole à celui qui l'appelle ,
Il voit les horreurs du tombeau.
Mais il les connoît , fans les craindre,
Et le danger ne peut éteindre
Le feu , dont fon coeur eft épris ;
Pafteur genereux ,
tendre pere,
* Les Galeriens délivrez pour fecourir les
malades. LI
DE
SEPTEMBRE 1722 .
Le plaifir , qu'il trouve à bien faire ,
Donne au bienfait un nouveau prix.
S'offrant foi- même en facrifice ,
Il prie , il jeûne inceflamment
Pour fe rendre le Ciel propice ,
Et defarmer le Tout puiſſant.
199
""
"
29
و د
Grand Dieu ! modere ta vengeance ,
Fais qu'en faveur de l'innocence ,
L'impie évite ton courroux :
Ah ! Seigneur , frappe moi de pefte ,
Et fauve le malheureux refte
D'un peuple accablé fous tes coups.
Dignefucceffeur des Apôtres ,
Le Ciel n'exauce point tes voeux ,
H paroît plus fenfible aux nôtres ,
Il te conſerve aux malheureux .
C'eft en vain que ton coeur foupire ,
Pour la couronne du Martyre ,
Que peut donner la charité ,
Ta vieeft encor neceffaire ,
Un exemple vivant fait taire
La jaloufe incredulité,
Cij
Allu32
LE MERCURE
Allufion.
Belzunce fauvé , nous figure
Marie exempte de peché :
La Vierge naît fans tache & pure ,
A la pefte il eft arraché :
D'Adam , creature infidelle ,
La complaifance criminelle
Corrompit fa pofterité .
La Vierge repare , avec gloire ,
Le mal caufé par la victoire ,
Du démon de la vanité.
Frey de Neuville.
Lettrefur la maladie de Marseille , écri
te à M. Charbel , ancien Officier de
la Marine , par M. Lauri- Sol de Delaurès
, Docteur en Medecine, à fainte
Livrade en Agenois.
CE
' Eft à prefent , Monfieur , que j'ofe
me flatter de pouvoir répondre dans
cette feconde lettre , aux empreffemens
que vous avez depuis long- tems , de fçavoir
en quoi confifte la maladie contagieufe
de Marfeille , répandue dans prefque
toute la Provence , & de-là dans le
Gevaudan.
DE SEPTEMBRE 1722.
53
Gevaudan. Si je le fais avec fuccès , j'avoue
que je ne brillerai que d'un éclat
emprunté , & que c'eſt à M. Deidier , *
dont le nom fait l'éloge , à qui je dois les
connoiffances , dont je vous fais part.
C'eft fur ce modele que je puis vous dire
, que la coagulation du fing eft le caractere
effentiel de cette cruelle maladie, &
que par un effet auffi fixant que gangreneux,
l'on peut aifément fe déterminer à
l'égard du germe peftilentiel qui en eft la
caufe .
Mais auparavant que d'en venir là
vous ne defapprouverez pas que je vous
dife, qu'il ne faut pas confondre l'épaiffiffement
& la coagulation , non plus que
la fonte & la diffolution. L'épaiffiffement
eft la fuite ordinaire de la diffolu
tion , & la fonte celle de la coagulation .
Dans le brifement du fang par quelque
corps âcre & tranchant , le volatil fe diffipe
, le mare refte , d'où dépend l'épaiffiffement
; & dans la fixation par un
puiffant acide , les parties rameufes fe
brochent & fe colent , l'efprit principe
fe corporifie , la ferofité déborde , &
prend le deffus ; ce qui fait la fonte , éloignée
de tout brifement , & par confe-
* Lettre à M. Fifa , le 23. Decembre , & à
M. Montereße , le 23. Novembre 1710.
C iij quent
54
LE MERCURE
quent de la diffolution . On a des exem
ples de l'un & de l'autre , dont je pourrai
vous faire part en tems & lieu , pour
ne pas vous faire une trop longue lettre
par lefquels l'on voit que la fonte du fang
& fon épaiffiffement , font les produits de
la coagulation & de la diffolution , &
qu'ainfi ces deux effets font differens , &
toûjours dépendans.
Cette confideration , comme vous
voyez , n'eft point à méprifer : autrement
comptez que c'eft ne donner qu'au
hazard , de rafraîchir dans la fonte , &
d'échauffer dans l'épaiffiffement ; on attaque
l'effet mediat & fecondaire , dans
le tems qu'il faut s'en prendre à l'action
immediate & univoque , qui eft la diffolution
dans l'épaiffiffement , & la coagulation
dans la fonte ; quoique l'on foit
quelquefois obligé de fe prêter au plus
preffant , par cette maxime urgentiori :
maxime qui d'ordinaire ne regarde que
des cas particuliers , a tous dépendans
d'une action équivoque , ainfi qu'on le
voit fouvent , & qu'on l'a vû arriver , b
a M. Deidier répond à M. Montereſſe , le 14.
Janvier 1721.
b Obe vation de M. Verny , d'une maladie
de la troifiéme claffe , & reflexion derniere des
faits finguliers de M. Chicoinau , imprimé à
Aix.
an

DE SEPTEMBRE 1722 .
au fujet du mal de Marfeille , où la diflocution
imparfaite a par accident été dans
quelques occafions la fuite de la coagulation
. Mais cette maxime toute refpectable
qu'elle foit , ne peut , ni ne doit fervir
de regle a à l'endroit de l'univoque
où la Loi contraria contrariis , & c. l'emporte
fans détour. Et de fait il en eſt de
la chaleur dans la coagulation , comme du
feu que caufe la glace b dans la main ,
très-piquant & très- âpre , qu'un plus moderé
diffipe bien- tôt , lorfque la voye de
rafraîchir en augmente l'ardeur , & le
rend infupportable.
Sur ces principes , on a d'abord préfens
tous les traits methodiques de la
conduite que l'on doit avoir au fujet de
la maladie de Marfeille , nonobftant qu'il .
y ait de la fonte dans le fang , & que
les
débris foient brûlans , & dans les entrailles
, & au dehors. Je paffe pourtant cet
endroit , non moins curieux qu'intereffant,
pour revenir à ce qui fait le principal objet
de vôtre attention , & dans le moinent
il me paroît difficile , & c'eft là toute
ma peine , de porter fur la nature de la
caufe de cette horrible maladie , que pas
une relation n'a en quelque façon jufqu'ici
a Obfervation de M. Deidier à M. Montereffe
, ibid.
b Trop long-tems retenuë,
C iiij
tou
156 LE MERCURE
que
touchée . Et je ne fçai fi vous ne me ju
gerez pas trop temeraire d'avancer fur le
train a de ce mal ; mais c'eft fur l'induction
de mon illuftre guide , b que l'acide
qui broche le fang des peftiferez , tient
du vitriol , & felon toutes les apparences
, le feminaire peftilentiel eft aujourd'hui.
par fa détermination vers les
entrailles , une espece de gilla vitrioli
un vitriol émetique , rendu corrofif dans
les calcinations qu'il a fouffertes par un
vent de Sud très - ardent , pouffé depuis
le mois de Juin , & tout l'été 1719 .
de même qu'au tems , c que la pefte a commencé
de le faire fentir à Marseille ,. &
jufqu'à l'automne , qui fût alors d le terme
de fa vivacité , fans toutefois être celui
de fon extinction . Il est vrai qu'un
vent de bife fe fit vivement fentir au
commencement de Juillet 1720. e lequel
fut d'abord fuivi d'un vent de Sud étouffant
, qui dura jufqu'aux vendanges ;
bien que du depuis il ait de tems en tems
repris , & fur tout le Printems dernier
a Relat . de Novembre 1720. imprimée à Mar
feille en 1720 .
b Obfervat. de M. Deidier à M. Montereffe ,
le 17. Octobre 1720
c Juillet 1720 .
Octobre 1720.
d Lettre de M. de ... d'Avignon , à un ami
de Toulouse 1710.
1721
DE SEPTEMBRE 1722. 57
1721. Après cela il importe peu que le
germe peftilentiel fe foit formé par le
vent de bife , & perfectionné par le vent .
de Sud , rien ne le confirme mieux en vitriol
, que les matieres noires , violettes .
ou vertes , dont les puftules , fuivant qu'il
nous eft rapporté , a font remplies , les
exanthemes teints , & les évacuations
chargées tous accidens qui ne peuvent
étre attribuez qu'au vitriol , très - alkolifé
, corrodant & vomitif.
pour-
Ce fyftême , tout favorifé qu'il eft de
la raifon & de l'experience , ne laiffe
tant point d'être traverfé par celui des
vers dragoneaux , vers imperceptibles ,
dont on prétend , b avec quelque air de
probabilité , faire le fond du feminaire
peftilentiel : mais que ce foit ces vers portez
dans le fang par la refpiration , & par
la falive , comme le veulent la plupart ,
ou appliquez fur la peau , pour caufer
dans le liquide empourpré par leur poinécumeux
, les mêmes effets que le
çon
a Relat. de Mrs Chicoyneau & Verny, en Nor✈
vembre 1720.
b Calmet , differt . fur la lepre de Moyfe ,
Chirker , c. de la peste.
e M Peftacoẞy , dißert . fur la peste , est dis
fentiment avec plufieurs autres , que le feminai.
re peftilentiel paße par la falive dans le jang
fans les vers.
fcor58
LE MERCURE
fcorpion & la vipere , ils font certainement
moins la matiere du germe peftiferé
, que le produit d'une coagulation pourrie
, prefque toûjours accompagnée de la
vermine : perfuadé d'ailleurs que la noirceur
dans les liquides , ainfi que dans les
défauts organiques, vient moins de ces infectes
que du vitriol.
,
Il faut vous dire en paffant , que le feminaire
peftilentiel peut ne pas être fans
ces petits vers : tant s'en faut , il eſt plus
probable qu'il en eft armé de même
qu'une fléche de fes ailerons , mais d'une
efpece toute particuliere en tems de pefte.
C'eft fans doute par là qu'il eft , & plus
contagieux , & plus meurtrier , fans pourtant
être , ni moins mineral , ni moins fel
vitriolifé , ou nitre aëré tourné en vitriol.
Il eft certain que par des embrions ainſi
animez , il dev ent coagulant outré , infiniment
rongeant & fuperieur , & qu'il
fe revêt du caractere de caufe generale de
communication.
Il n'eft pas neceffaire de m'étendre ici
davantage , pour rendre fenfibles des alliages
, qui donnent aux atomes falins &
vitrioliques de l'athmoſphere , le rafinement
& l'étonante rapidité dans d'auffi
promptes & de fi mortelles expeditions .
Je me r.ferve à le faire dans un ouvrage
plus étendu dans lequel on verra les >
prinDE
SEPTEMBRE 1722.
59
principaux effets d'une maladie fi terrible,
expliquez conformément aux regles de la
plus exacte mécanique.
Mais c'eft toûjours , en attendant
vous donner en fort peu de mots , pour
ne pas fortir des bornes d'une lettre ,une
idée précife de la caufe & de la nature
d'une maladie , qui a fait en Provence
tant de ravage. Cependant , comme il ne
s'agit pas feulement de connoître la qualité
de l'ennemi qui nous fait cette guerre,
& qu'il eft de la prudence d'être toûjours
fur les gardes , de peur de quelque
finiftre accident ; fçachant depuis
long- tems que , non eft fapientis , dicere
non putabam ; & que d'ailleurs tela previfa
minùs feriunt , on feroit hors d'excufe
de fe trouver fans défenſe , de n'être
pas en état dans l'occafion de pouvoir
repouffer avantageufement les efforts d'un
fi brufque affaillant ; mais voici à mon
avis comment le faire.
Et fans rappeller ce que j'ai déjamarqué
dans ma premiere lettre , rien de
mieux afforti pour modifier l'air , & le
tenir dans un parfait analogifme de vibration
& d'équilibre avec le fang , que l'ufage
d'un baume aromatique , fait avec
* Mercure de May 1711. lettre fur la peste an
general , art de la coagulation.
C vj
la
60 LE MERCURE
La racine d'iris de Florence , de zedoaire
, d'angelique de Boeme , & d'imperatoires
de noix mufcade , de gerofle , & de
camphre des feuilles de rhaë , de menthe
& de creffon d'eau , le tout digeré au
fumier de cheval , l'efpace de 15. ou 18 .
jours , dans fuffifante quantité d'excellent
vinaigre blanc diftillé au bain-marie.
Tous les matins on en flaire ; & quand
on fort , ayant auparavant pris 10. Ou 12 .
gouttes de l'eau antipeftilentielle , dont
je vous parlai la derniere fois , a dans
deux onces d'eau de fleur d'orange , ou
autre liqueur appropriée. b D'ailleurs on
ne doit jamais être fans une éponge chargée
de ce baume , pour la porter de tems
en tems au nez en forme de caffolette ,
fur tour quand on frequente des gens fufpects.
Avec ces précautions , & l'ufage
du tabac en fumée & en parfum , vous
pourrez vous donner à tout fans peine &
ne rien craindre .
Cependant , comme il arrive certains
évenemens , qu'il eft quelquefois difficile
de prévenir ; en ce cas il ne faut pas differer
un moment c les fecours détaillez
dans l'article d qui concerne la coagulaa
Mercure de Mai 1721. ibid .
b Ibid.
c Laignée du pie
d Mercure de Mai , 1721. ibid.
tions
DE SEPTEMBRE 1722. 60
tion , pour ne pas encourir le travers de
cette maxime , principiis obfta , &c . convaincu
que le retardement en ce point eſt
irréparable , à moins que la pefte ne prenne
fon cours vers les parties exterieures
par des parotides ou des bubons fupurez.
Et comme vous pourriez vous faire une
peine à l'égard de la faignée , rempli de
ce préjugé fi mal fondé contre cette operation
, que tant d'habiles Praticiens , a
anciens & modernes , ont renduë fi recommandable
, & que la raifon autorife
avec tant de titres ; croyez - moi , n'épargnez
pas un fang , dont la coagulation
augmente fi prodigieufement le volume ;
faut vite le répandre & le verfer à
longs traits ; foyez perfuadé que la faignée
n'eft en cette occafion mauvaiſe,
que parce qu'on prend le change , ou
quand on ne le fait pas comme il faut.
Il eft manifefte , que fi le fang tiré des
parties fuperieures , jouë à prefent b des
mauvais tours , c celui qui eft tiré des parties
inferieu res , d donne droit au but de
a Gal. de curat . per vena fect . c. 14. . . . Ludovic.
Mercat . Foreft . Zachat Lufitan . Sydenham
c. d. peft... Hecquet , dißert .fur la pefte.
b Dans la coagulation , en quoi confifte lapofte
de Marfeille.
e Rivor. c. de pefte.
d Oribof. l . 7. 10. Sydenham , c, de pefte .
la
LE MERCURE
b
la guerifon. Et de fait elle ne devientinu
tile , la faignée du pied , que quand on
la fait trop tard , a ou à contre- tems ,
qu'on ne tire pas affez de fang , cou que
le malade eft fans reffource , dans des cas
d'épuisement par des évacuations fymptomatiques
par haut & par bas. Il eft alors
plus avantageux de demeurer dans l'inaction
, que de ne pas faire à propos une operation
auffi effentielle .
Je ne vous parle point des cordiaux ,
ni des fudorifiques mefurez , ni des autres
fecours ; je mefuis là- deffus , ce me femble
, affez expliqué , d pour les retoucher
ici . Il s'agit dans le general de remettre
le fang dans fa naturelle fluidité , ide lui
donner un cours plus libre , & de reduire
les fucs des premieres voyes , trop
abondans & trop maffifs , qui de concert
avec le germe coagulateur , ne confpirent
qu'à étouffer l'efprit de vie. Et ainſi loin .
de prendre la voye de rafraîchir , e plus
nuifible mille fois & plus dangereufs ,
que ne l'eft même le commerce des mara
M. Hecquet , dißert. fur la peste.
b Leonard. Botall . c. 7. de curat . per vena fect .
c Sydenham. Leonard. Botall. locis citat.
d Mercure de Mai , 1721. lettre fur la peste ,
art. de la coagulation .
e Prat. de M. Mead , dans fa dißert. fur lø
pefte.
chanDE
SEPTEMBRE 1722. 63
chandifes & des perfornes fufpectes , dont
on n'eft fufceptible de contagion , qu'en
tant que nous y fommes difpofez par quel
que excès. Elle n'a lieu , cette voye , fuppofé
qu'on foit obligé de la prendre , que
dans des cas de poitrine a attaquée , où
la diffolution imparfaite prédomine , &
encore faut - il qu'elle foit foûtenue par un
mélange exact d'abforbans , de colmans
& de diaphoretiques , de tems en tems
rendus laxatifs ; auffi jamais maxime que
celle- ci , un feu chaffe l'autre, ignis ignem
repellit , n'a mieux brillé que dans cette
rencontre , qu'il y ait ou non de fonte
dans la maffe humoralle , que l'on fente
une vive ardeur , un feu brûlant dans les
entrailles & dans les forties , éruptions
pourries & fphacelées des vices locaux ;
c'eft toûjours moins la caufe que l'effet :
l'univoque eft l'arreft du fang b dans les
folides & la coagulation dans les li
quides.
,
Je n'en dis pas davantage ; & je finis,
en vous affurant que je n'ai rien negligé ,
pour vous donner tous les éclairciffemens
fur le choix des remedes prefervatifs , &
de ceux dont il faut fe fervir , dès qu'on
fe fent frappé. Si j'ai differé f longa
Obfervat. de M. Deidier à M. Montereße.
b Lettre de M. Deidier à M. Fifa , ¿ à M.
Montereße , de Marseille , 1721 .
tems
84
LE MERCURE
tems de le faire , c'eft que je voulois m'inf
truire à fond fur une matiere fi difficile à
connoître. Je fouhaite d'y avoir réüſſi
par l'avantage que vous en retirerez , &
par le plaifir que j'aurai de ne vous avoir
pas été inutile , vous priant d'être bien
perfuadé que mon inclination durera toûjours
, pour me conferver un ami comme
vous , & pour vous témoigner que je
ferai toute ma vie , Monfieur , vôtre , & c .
SUR LE MARIAGE
DE LOUIS XV.
Q
Paroles pour être mise en musique.
Premiere voix.
Uelle divinité vient charmer nos regards ,
Et forcer tous les coeurs à lui rendre les
armes ,
Les graces & les ris volent de toutes parts ,
Et rendent hommage à fes charmes .
Deuxième voix.
D'un jeune Dieu plein d'appas ,
Elle vient pour toûjours fixer la deftinée,
Et je vois fur les pas
Marcher
DE SEPTEMBRE 1722. 65
1
Marcher l'amour & l'hymenée
De leurs charmans concerts ,
Ces Dieux unis font retentir les airs.
Troifiéme voix.
Que ces lieux repetent fans ceffe ,
Heureux les coeurs que l'amour bleffe .
Que des chants de victoire éclatent en ce jour ,
Où l'on voit triompher l'hymenée & l'amour,
Premiere voix.
Heureux amants l'amour s'empare de leur
ame ,
>
Tout déja ſe prepare à couronner leur flame
Les momens ſe hâtent de couler ,
Au temple fortuné la troupe de Cythere ,
Vole à l'inftant prêter fon miniftere
Et l'encens commence à brûler.
Deuxième voix.
Garant de la foi conjugale
L'hymen offre aux amans la coupe nuptiale ,
Sous fes aimables loix il les unit tous deux.
Epoux cheris des Cieux , au gré de vôtre envie, L'H
Tout répondra dans l'empire amoureux.
Le neud charmant qui vous lic
men
Va
66 LE MERCURE '
L'HJVien.
Va combler tous vos voeux ,
Dans le fein des plaifirs , fans craintes , fans
allarmes ,
Vous verrez couler vos jours ,
Les ris d'un fort plein de charmes
Eterniferont le cours.
Premiere voix.
Volez amours , troupe legere ,
Accourez des bords de Cythere
Dans la plus brillante des cours .
Ce beau jour vous appelle
A de nouveaux exploits
Signalez vôtre zele ,
Accourez à ma voix.
Choeur des amours..
Volons à de nouveaux exploits ,
Accourons à fa voix,
Deuxième voix .
Tandis que les amours au gré de l'hymenée
Accourent des climats divers ,
Ce Dieu des deux amans hâtant la deftinée ,
Les couronnes de myrthes verds.
Que cette couronne aimable
A
DE SEPTEMBRE 1722. Grzy
A deux tendres amans prepare de douceurs ,
Le myrthe eft cent fois préferable
Aux plus brillantes fleurs.
Troifiéme voix.
Que l'hymen a de charmes ,
Quand l'amour lui prête fes armesa
Que l'hymen
Trio.
Que l'amour , }
a de charmes s
Quand l'amour,
Quand l'hymen , }
lui prête les armes
Celebrons tour à tour ,
L'hymenée & l'amour.
Le chour repete ces quatre vers.
Charmans époux , dont la vive tendreffe
S'anime aux doux fons des amours
A vôtre hymen le Ciel qui s'intereffe ,
veut vous en apprendre le cours ,
Le Dieu qui lance le tonnerre
Met en vos mains un fceptre glorieux ,
Vous occuperez fur la terre
Le même
2
rang qu'il tient au haut des cieux ,
Un peuple heureux , toujours fidelle
Mettra
Jupiter's
68 LE
MERCURE
Le Genie
de la
France.
Mettra fa gloire à vivre fous vos loix ,
Je ferai feul vôtre modelle ,
Et vous ferez celui des plus grands Rois .
On verra par mes foins la difcorde bannie
De ces heureux palais.
Dans le fein de la paix ,
Au milieu des plaifirs une tranquille vie
Egalera les voeux de vos ſujets.
Choeur de François.
Que le bruit des tambours , que le bruit des
trompettes ,
Que les douces mufettes
Animent ces Palais ,
Nôtre fort eft digne d'envie.
Au milieu des plaifirs une tranquille víc
Egalera nos plus ardens fouhaits
Themis. Dans vos Etats je fixe mon empire ,
Mars
J'y ferai fuivre mes loix,
Je veux qu'en vous tout l'univers admire
Le plus équitable des Rois .
Couvert d'une immortelle gloire ,
Vous verrez à vos pieds vos ennemis trembler.
A leurs dépens ils vous verront voler
De
DE SEPTEMBRE 1722.
69
.
Арова
lons
De victoire en victoire.
Celebrez de concert un fort fi glorieux ,
Peuples , applaudiffez au choix qu'ont fait les
Dieux.
Le Ciel protege vôtre empire ,
Les Dieux regnent fur vous .
Qu'un fort fi charmant vous inſpire
Les tranfports les plus doux,
Choeur de François .
Celebrons de concert un fort fi glorieux ,
Applaudiffons cent fois au choix qu'ont fait les
Dieux ,
Le Ciel protege nôtre empire ,
Les Dieux regnent fur nous.
Un fort fi charmant nous inſpire
Les tranfports les plus doux.
Par le P. Du B.
LETTRE CRITIQUE
Sur les Spectacles , écrite aux Auteurs
du Mercure,
le
Uelque plaifir , Meffieurs , que
Public ait pû recevoir de l'article
de vôtre Livre , qui contient les nouvelles
90 LE MERCURE
les des Spectacles , il me femble qu'il en
recevroit bien davantage s'il y avoit un
peu plus de critique. Il ne fuffit pas de
faire admirer aux lecteurs les pieces de
Theatre dont on leur parle , il faut que
les extraits qu'on en donne foient , pour
ainfi dire , à charge & à décharge pour
les Auteurs , la louange & le blâme doivent
fouvent marcher de compagnie ;
mais il faut tenir un jufte milieu entre la
baffeffe de la flaterie , & la feverité de la
cenfure pour pouvoir juger équitablement:
On voit des efprits qui avec beaucoup
de lumieres & de penétration font
trop vifs , & trop prompts , d'autres font
chagrins & dédaigneux ; ceux - ci portent
l'exactitude jufqu'au fcrupule , ceux - là
fe laiffent emporter à leur temperamment
fougueux .
Pour bien juger des ouvrages d'eſprit ,
il faut s'appliquer à le faire fans prévention
, farts malignité , & feulement dans
l'intention de contribuer à l'inftruction
de ceux qui veulent apprendre , & à la
perfection des pieces qui doivent paroî-
Tre aux yeux du public. Au refte on ne
doit pas s'ériger en Juge , titre que perfonne
n'eft en droit de s'attribuer , mais
en gardant les bienféances que la politelle
demande , il faut fe faire un devoir
de s'expliquer fans détour , & fans complaifance
t
DE SEPTEMBRE 122. 7
plaifance , fur le merite des Auteurs , &
des ouvrages dont on rend compte au
public.
Dans cet efprit je vais faire , Meffieurs,
une petite récapitulation des pieces nouvelles
& anciennes , dont vous avez parlé
dans votre Mercure , fur lefquelles je ha
zarderai quelques réflexions , qui peut
être ne déplairont pas aux lecteurs éclairez
& équitables . S'ils les goûtent , je
ferai plus hardi dans la fuite à publier mes
fentimens , & à vous faire part de mes
obfervations critiques fur les jugemens
qu'on doit faire des Poëmes dramatiques.
J'ai toûjours confideré le foin d'inf
truire , comme la principale fin que la
critique devoit fe propofer. Cela fuppofé,
mes differtations ne rouleront que fur
des pieces qui auront paru avec quelque
diftinction , & qui auront fait une certai
ne impreffion fur l'efprit des fpectateurs ,
ou des lecteurs. Celles qui ne font pas
de ce nombre ne meritent pas qu'on fe
donne la peine de les vouloir tirer de
l'oubli , & le public me fçauroit mauvais
gré d'entreprendre de l'inftruire fur des
Ouvrages qui ne l'auroit prefque point
intereflé.
Je commencerai donc mes differtations
par une des meilleures pieces de M. de
Racine. C'eſt Athalie qui marche fi die
gnement
2 LE MERCURE
gnement à côté du Poliente du grand
Corneille. Tout le monde fçait que cette
excellente Tragedie fut faite pour être
reprefentée par les Demoiselles de Saint
Cyr. Je fuis perfuadé que l'Auteur en
auroit autrement difpofé le plan , s'il l'a--
voit destiné au Theatre des Comediens
François . Cela n'empêche pas qu'elle n'y
paroiffe tous les jours avec le même éclat
que Mithridate , Iphigenie , Phedre , Bajaget
, & prefque toutes les autres pieces
de ce tendre & élegant . Auteur ,
qu'on peut juſtement appeller l'Euripide
de fon fiecle , comme Corneille en a été
le Sophocle
.
Après ces éloges que je viens de donner
à M. de Racine fera fans doute furpris
que je commence par lui les differtations
critiques que je promets ; mais je
me- flatte qu'on le fera moins quand on
aura examiné les motifs qui m'y ont déterminé.
J'ai déja parlé du premier ,
quand j'ai dit que je m'attacherai uniquement
aux pieces qui auront fait im.
preffion : voici le fecond .
Le feul nom de critique effarouche l'oreille
, & mortifie l'amour propre d'un
Auteur ; c'eft un pere tendre & complaifant
jufqu'à la foibleffe , qui reffent jufqu'au
vif les moindres coups qu'on porte
à fes enfans ; mais en lui faifant voir que
les
DE
SEPTEMBRE 1722. 73
T
les plus grands hommes qui l'ont precedé
n'ont pas été irrepréhenfibles , on le
fait, convenir qu'il ne l'eft pas lui-même.
Au refte, je remplirai exactement ma promeffe
, & mes differtations feront toûjours
à charge , & à décharge. Com-
>
mençons.
Argument de la Tragedie d'Athalie.
Athalie , fille d'Achab , Roi d'Ifraël ,
& de Jefabel , Princeffe de Sidon , époufa
Joram , Roi de Juda , elle en cût entre
autres enfans , Okofias , pere de Joas.
Ce Joas eft, à proprement parler, le Heros
de la Tragedie , à laquelle il auroit dû
donner le nom , comme l'auteur en convient
lui-même dans fa preface.
Jehu , Roi d'Ifraël pour remplirles
ordres du Seigneur qui lui avoient été
annoncez par le Prophete Elifée , extermina
toute la pofterité de l'impie Achab.
Okofias, comme fils d'Athalie , & par
confequent petit- fils d'Achab , & de Jefabel
, fe trouva malheureuſement enveloppé
dans cette terrible vengeance. Atha
lie en conçût tant de rage, qu'elle extermina
de fon côté toute la pofterité de David
, fans écouter.la voix du fang qui devoit
lui parler en faveur de fes petits- fils.
Le feul Joas échappa à fa cruauté par
les foins de fa tante Jofabeth , femme de
D Joiada
t
74
LE MERCURE
Joiada , ou Joad , Souverain Prêtre ; elle
l'enleva , pour ainsi dire , d'entre les
bras de la mort , & trompa la vigilance
des bourreaux , qui crurent l'avoir immolé
en le frapant comme fes autres freres
. Elle le tint caché dans le Temple
pendant fix ou fept années.
Joad ne fe contenta pas de cultiver
cette précieuſe fleur , unique refte de la
maifon de David . Il difpofa fourdement
ce qui pouvoit contribuer à remettre un
jour fur le Thrône de fon pere ce cher
fils qu'il élevoit prefque dans le Sanctuaire
, il fit alliance avec des centeniers .
Ces centeniers raffemblerent les Levites
de toutes les villes de Juda. Joad les introduifit
fucceffivement dans le Temple
de Jerufalem , leur diftribua les lances ,
épées & boucliers que David y avoit fait
enfermer , & leur prefenta enfin leur legitime
Souverain , auquel il mit le Diadême
fur le front , après l'avoir facré
Roi felon la coutume.
Les acclamations dont le Temple retentit
au Couronnement de Joas y attirerent
tout le peuple , & Athalie ellemême.
Cette ambitieufe Reine déchira
fes vêtemens , en criant trahison , conjuration
, &c. Joad la fit faifir par les
Centeniers , à qui il défendit de foüiller
le temple de fon fang. Elle fut mile dehors
,
DE SEPTEMBRE 1722 . 75
hors , & on lui donna la mort près de
fon Palais. Après cette execution le peuple
reconnut Joas pour fon Roi , détruifit
les Autels de Baal , & maffacra Mathan
qui y faifoit l'Office de Grand Sacrificateur
.
Plan de la Tragedie.
Athalie effrayée d'un fonge dans lequel
elle a crû voir un enfant enfant qui lui plongeoit
un poignard dans le coeur , fort de fon
Palais pour aller confutter Baal fur le
danger dont elle eft menacée. Le fort
l'ayant conduite près du Temple du Seigneur
, elle y entre dans le deffein d'appaifer
le Dieu des Hebreux ; le premier
objet qui s'offre à ſes yeux , c'eſt ce même
enfant qu'elle a vû en fonge.. Elle le
fait amener devant elle , l'interroge , &
fes frayeurs font augmentées par les réponſes
; attendrie , malgré qu'elle en ait ,
elle demande à cet enfant s'il ne veut pas
venir dans fon Patais , où elle le fera
élever comme fon propre fils ; mais il
refuſe avec fermeté , & même avec mépris
l'honneur qu'elle lui veut faire . Elle
fort du Temple tranfportée de colere.
Quelque temps après elle y envoye Mathan
, Grand Prêtre de Baal , après avoir
chargé ce Miniftre de fes vengeances de
menacer Joad de l'entiere deſtruction du
Dij Temple,
76 LE MERCURE
Temple' , fi l'on ne lui remet entre les
mains cet enfant qui caufe fes allarmes .
Joad chaffe Mathan du faint lieu , & fe
détermine à faire reconnoître le petit
Eliacin pour Joas , fils d'Okofias. Il '
diftribue à tous fes Prêtres , & à tous les
Levites des armes que David avoit aurrefois
fait enfermer dans le Temple. Athalie
ne refpire d'abord que la démolition ,
& l'incendie du Temple ; mais Mathan
lui ayant fait entendre auparavant que
David y a caché de grands tréfors , dont
Joas doit avoir connoiffance , elle y envoye
Abner chargé de nouvelles propofitions
de paix. Ces propofitions font : qu'Athalie
ne portera point la flâme dans le
Temple , pourvû qu'on lui livre l'enfant
qu'elle a déja demandé par deux fois , &
les tréfors de David . Abner , Prince fidelle
au Seigneur , & au fang de David ,
dont la memoire lui eft encor chere , expofe
fa commiffion avec regret , & confeille
à Joad de fatisfaire Athalie , pour
dérober le faint lieu à l'incendie , à la
profanation , & au pillage dont il eft menacé.
Joad voyant le zele d'Abner pour
le Seigneur , & fon amour pour le fang
de David , le prend pour mediateur entre
Athalie & lui . Il confent que cette
Reine vienne dans le temple avec telle
elcorte qu' Abner jugera à propos. Abner
ya
DE SEPTEMBRE 1722. 77
va porter cette réponſe à Athalie , il revient
avec elle dans le Temple ; à peine
У. eft elle entrée , fuivie de quelques foldats
qu'on en ferme les portes fur elle .
On lui fait voir Joas fur le Trône , elle
ordonne à fes fatellites de lui donner la
mort , mais ils ne font pas les plus forts ,
ils font chaffez par les Prêtres & les Levites
armez ; Abner même qu'A thalie
accufe de trahifon fe profterne aux pieds
de fon nouveau Roi . Elle éclate en menaces
, en injures , & en imprécations, Elle
fort enfin du Temple , & Joad ordonne
qu'on la faffe perir hors de l'enceinte du
faint lieu ce qui étant executé Joas
eft generalement reconuu pour Roi de
Juda .
1
On ne peut difconvenit que ce plan
ne foit un des plus brillans qui foient partis
du genie de l'Auteur . Dès le premier
acte les frayeurs de Jofabeth , tante de
Joas nous intereffent pour lui. Le peril fe
declare dans le fecond. , & va toûjours en
augmentant jufqu'à la catastrophe . J'admite
fur tout en M. de Racine , fon
addreffe à donner à Athalie une paffion
qui fauve le Temple d'un incendie , &
d'un pillage affreux ; c'eft l'avarice . Mathan
lui a perfuadé qu'il y a des tréfors
cachez , dont le Grand- Prêtre a connoiffance.
Il prétend par là animer cette
Daj Reine
78 LE MERCURE
Keine idolâtre à faire perir Joad , &
porter le fer & la flâme jufques dans le
Sanctuaire ; mais le defir de s'emparer de
ces prétendues richeffes produit en elle
un effet tout contraire , & la porte à conferver
le Temple , de peur de fe voir en-
Iever fa proye par la flâme , & par le
pillage.
Voilà ce qu'on appelle des coups de
maître. Cette beauté m'a plus frappé que
toutes les autres , dont cette piece eft
remplie , parce que c'eft celle qui fait là
piece même. Pour fauver Joas du peril
qui l'environnoit de toutes parts , il falloit
abfolument y entraîner fon implacable
ennemie , & l'on ne le pouvoit plus vraifemblablement
que par cet heureux expedient
que l'Auteur a fi fagement imaginé.
Il me reste à examiner par ordre tout
ce qu'il y a de remarquable dans cette
Tragedie. Je ne le puis mieux qu'en procedant
acte par acte , & fcene par ſcene.
Je releverai , chemin faitant , ce qui me
paroîtra défect eux , non pour diminuer
une gloire auffi- bien établie que l'eft celle
de M. de Racine ; mais pour empêcher
ceux qui le prendront pour modelle d'adopter
jufqu'à certains défauts qui échapent
aux plus grands hommes.
Perfonnages
DE SEPTEMBRE 1722. 79
Perfonnages de la Tragedie d'Athalie.
Joas , Roi de Juda , fils d'Okofias .
Athalie , veuve de Joram , ayeule de
Joas.
Joad , autrement Joiada , Grand-
Prêtre .
Jofabet , tante de Joas , femme du
Grand - Prêtre ..
Zacharie , fils de Joad , & de Jofabet.
Abner , l'un des principaux Officiers
des Rois de Juda .
Mathan , Piêtre apoftat , Sacrificateur
de Baal , & c.
Acte 1. Scene I.
Joad , Abner.
On ne peut porter l'exactitude plus
foin que le fait M. de Racine dans cette
fcenc. Il commence par établir le jour de
l'action principale qu'il va reprefenter .
Ce jour et un des plus folemnels.
C'eft la Pentecôte , jour auquel le Seigneur
donna fa loi à fon peuple fur le
Mont Sinaï .
Quel jour plus convenable à une Tragedie
Sainte , où il s'agit de rétablir let
culte du vrai Dieu ?
La fcrupuleufe attention de l'Auteur
va jufqu'à marquer l'heure où l'action'
Theatrale commence.
Diiij
Et
80 LE MERCURE
Et du Temple déja l'aube blanchit le faîte.
L'expofition eft telle qu'on la peut fouhaiter
dans de femblables ouvrages. On
n'y dit précilement que ce qu'on y doit
dire. J'y trouve d'abord quatre caracteres
annoncez & établis ; fçavoir celui de
Joad , celui d'Athalie , celui d'Abner , &
celui de Mathan.
Celui de Joad eft marqué par ces quatre
beaux vers que l'Auteur lui met dans
la bouche.
Celui qui met un frein à la fureur des flots ,
Sçait auffi des méchans arrêter les complots ,
Soumis avec refpect à ſa volonté fainte ,
Je crains Dieu , cher Abner , & n'ai point d'autre
crainte .
# Le caractere d'Athalie eft tracé par Abner
en plufieurs endroits de cette ſcene :
voici comment. :
L'audace d'une femme arrêtant ce concours ,
En des jours tenebreux a changé ces beaux jours .
Voilà d'abord une femme hardie , &
capable de tout renverfer.
Des long- temps elle hait cette fermeté rare
Qui rehauffe en Joad l'éclat de la Thiare .
Voilà une femme, ennemie de la vertu
qui donne tout à craindre pour Joad.
Abner
DE
SEPTEMBRE 1722 .
[Abner dit encore en parlant de Mathan .
Tantôt à cette Reine il vous peint redoutable ,.
Tantôt voyant pour l'or fa foif infatiable ,
Il lui feint qu'en un lieu que vous ſeul connoiffez
,
Vous cachez des tréfors par David amaffez .
Voilà pour furcroît une femme avare .
Que ne doit-on pas attendre de ces trois
vices réunis dans un même fujet ?
Le caractere d'Abner n'eft pas de ceux
qui font un grand effet au Theatre . C'eft
un homme veritablement vertueux ; mais
d'une vertu oifive , & incapable de grands
deffeins . Joad le lui fait affez connoître
par ce reproche .
Je vois que l'injuftice en fecret vous irrite ,
Que vous avez encor le coeur Ifraëlite ,
Le Ciel en foit beni ; mais ce fecre couroux ,
Cette oifive vertu , vous en contentez-vous ?
Quelque foit ce caractere , M. de Ra
cine a eu fes raifons pour l'établir tel. Sii
Abner eut été plus entreprenant , la vrai--
femblance auroit demandé qu'on lui ap
prit le fort de Joas , & c'eft juftement ce
que l'Auteur ne vouloit , ni ne devoit faire
, à moins que de changer tout fon
plan.
Ajoûtons à cela que le peril de Joas:
D v en
82 LE MERCURE
en devient plus grand , & par confequent
plus intereflant pour les fpectateurs , qui
tremblent d'autant plus pour lui , qu'ils ne
le voyent défendu que par des Prêtres ,
des Levites & des enfans.
Pour ce qui eft du caractere de Mathan
, j'ofe avancer que c'eft un des plus
forts , & des mieux foutenus de la Tragedie
, comme nous le verrons dans la
fuite : voici par quels vers cet Apoſtat eft
caracterifé , c'eft Abner qui parle .
Mathan d'ailleurs , Mathan ce Prêtre facrilege,
Plus mé hant qu'Athalie , à toute heure l'affiege
,
Mathan de nos Autels infame déferteur "
Et de toute vertu zclé perfecuteur.
C'eft peu que le front ceint d'une mitre
étrangere ,
Ce Levite à bal prête fon miniftere ;
Ce Temple l'ia portune , & fon impieté ,
Youdroit aneantir le Dieu qu'il a quitté ,
Que ne doit- on pas redouter d'un fi
méchant homme ?
Avant que de paffer à la feconde fcene
je fune derniere réflexion für un
vers , où l'Auteur femble fe contredire ,
c'eft Abner qui parle.
L'Arche Sainte eft muette , & ne rend plus
d'oracles .
DE SEPTEMBRE 1722.
831
M. de Racine dans fa preface dit que
ce ne fut que du jour que Joas trempa
fes mains dans le fang du Prophete Zacharie
, que les réponſes de Dieu cefferent
dans le Sanctuaire.
Scene II.
Joad , Jofabet.
Le caractere de Jofabet eft établi dans
cette fcene , tel qu'il doit être pour allarmer
, & pour intereffer en faveur de
Joas. C'eft une Princeffe qui a befoin de
toute la fermeté de fon époux , pour ne
fuccomber à la foibleffe fi naturelle
à fon fexe. Elle a fauvé Joas , elle l'aime
; l'image des perils paffez redouble fa ..
crainte pour les dangers à venir , & fon
amour ne fert qu'à la faire trembler dapas
vantage .
1
Joad lui apprend que les temps font™
arrivez , qu'il faut declarer le fort de
Joas. Cette foudaine réſolution du Grand-
Prêtre me paroît furprenante , d'autant
plus que je n'ai rien appris dans la precedente
fcene qui ait pû y donner lieu ; il
eft vrai qu'Abner vient de lui dire , en
parlant d'Athalie .
Je l'obfervois hier , & je voyois les yeux
Lancer fur le lieu Saint des regards furieuz.
Mais cela fuffit - il pour faire dire à
Joad , parlant à Jolabet .
D vj Jufques
84
LE MERCURE
Jufques fur notre Autel vôtre injufte Marâtre;
Veut offrir à Baal un encens idolâtre.
On pourra me répondre que Joad
peut avoir appris d'ailleurs cette derniere
circonftance qui le détermine fi brufquement
à reveler un fecret de fept ou huit
ans ; mais il auroit fallu nous en inftruire
dès la premiere fcene.
A cette réflexion , j'en ajoûte une ſeconde
. Joad dit à Jofabet.
Abner , quoiqu'on s'en pût repoſer ſur ſa foy ,
encor fi nous avons un Roi.
1
Ne fçait même
pas
Je ne voi pas pour quelle raifon Joad
cache à Abner, dont il dit qu'il ne foupçonne
pas la foi , un fecret qu'il va reveler
, ou pour mieux dire , qu'il a déja revelé
à tant d'autres
: voici ce que lui dit
Jofabet
au fujet des Prêtres & des Levites.
Je fçais que près de vous en fecret raffemblé
,
Par vos foins prévoyans
leur nombre eft redoublé
,
Que plein d'amour pour vous ,
A.ha'ie ,
d'horreur pour
Un ferment folemnel par avance les lie ,
A ce fils de David qu'on leur doit reveler.
Voilà des Prêtres & des Levites qui
fçavent qu'il y a un fils de David qui
doit
DE
SEPTEMBRE 1722 85
doit paroître pourquoi le laiffe-t'on
ignorer à Abner Lui dont Joad a dit
dans la premiere fcene , parlant à luimême.
Et vous l'un des foutiens de ce tremblant érat
Vous nourri dans les camps du Saint Koi Jo
faphat ,
Qui fous fon fils Joram commandiez nes ar
mées ,
Qui raffurâtes feul nos Villes allarmées ,
Lorfque d'Okofias le trépas imprévu ,
Difperfa tout fon camp à l'afpect de Jehu.
Ce portrait avantageux que Joad fait
d'Abner , s'accorde mal , ce me femble ,
avec le myftere qu'il lui fait d'une entreprife
, dont le fuccès feroit bien plus sûr
entre fes mains , que dans celles d'un petit
nombre de Prêtres , de Levites , &
d'enfans .
On dira que la gloire du Seigneur en
éclatera davantage ; mais il ne faut pas
tenter Dieu , en negligeant les fecours qui
fe préfentent naturellement , à moins qu'il
ne nous défende expreffement d'employer
d'autres bras que le fien dans fa querelle .
J'efpere qu'on me pardonnera ces petites
réflexions , je ne les crois pas tout- à - fait
inutiles.
Au refte dans cette feconde fcene qui
eft
16 LE MERCURE
eft une fuite d'expofition , Jofabet nous
met parfaitement au fait de tout ce qui
s'eft paffé au fujet de Joas arraché à la
mort qu'Athalie fit donner à tous les freres
de ce Prince.
La fcene finit par une priere que le
Grand-Prêtre fait au Seigneur , dans laquelle
le zele d'un digne fils d'Aaron eft
parfaitement marqué. Je ne fçai même fi
ce zele ne va pas un peu trop loin , quand
il demande à Dieu que Joas fuit femblable
au fruit qui eft arraché dès fa naiffance
, & qu'un fouffle ennemi fait lecher
dans fa Heur , fuppofé qu'il doive un jour
abandonner la trace de David.
Je crois qu'on peut dire d'un pareil
zele qu'il eft plus admirable qu'imitable,
puifqu'il n'eft permis dans aucun cas de
fouhaiter la mort à fon Souverain.
Scene 111.
Jofabet , Zacharie , Salomith.
Le choeur.
Il n'y a rien de confiderable dans cette
fcene , Jofabet ordonne à fon fils Zacharie
de fuivre Joad fon pere , & aux filles
des Levites d'adreffer leurs larmes &
leurs Cantiques au Seigneur . Pallons au
fecond acte.
Alte
DE SEPTEMBRE . 1722. 87
Acte II. Scene premiere.
Jofabet , Salomith . Le choeur,
Jofabet qui étoit fortie pour aller fe preparer
à marcher , je ne fçais où , revient
pour fe mettre à la tête des filles qui com
pofent le choeuf. Apparemment cette:
marche dont elle a parlé , eft ce que nous
appellons proceffion , & que l'Auteur
laiffe à deviner.
Scene , I I.
Zacharie & les acteurs de la fcene
précedente.
Le trouble commence dans cette fce--
ne. Zacharie tout éperdu vient annoncer
à Jofaber qu'Athalie eft dans le Temple ,
& qu'elle a paru s'étonner à la vûë du
petit Eliacin , c'eft Joas qui eft caché fous
ce nom. Jofabet tremble pour ce cher
enfant , l'objet de tant de foins , & dé
tant de pleurs ; fes allarmes paffent dans
lès coeurs de toutes les filles qui l'environnent
, quoiqu'elles ne foient pas inf--
truites comme elle du veritable fort d'E
liacin. Toute la fcene eft très- intereffante
, & pompeuſement verfifiée .
Scene
LE MERCURE
Scene 111.
'Athalie , Abner , Agar .
Agar,l'une des femmes de la fuite d'Athalie
, invite cette Reine à fortir d'un
lieu qui lui caufe tant de troubles ; Athalie
lui répond qu'elle ne peut , & lui ordonne
d'aller faire vemir Mathan.
On eft auffi furpris de ne point voir ce
Prêtre de Baal auprès d'Athalie , que d'y
voir Abner. Athalie nous apprendra dans
la fcene fuivante , qu'effrayée d'un fonge
elle n'eft fortie de fon Palais que pour
aller prier Baal de veiller fur fa vie , &
que,pouffée par un inſtint ſecret , elle eſt
entrée dans le Temple des Juifs , pour tâcher
d'appa fer leur Dieu , quel qu'il foit.
N'étoit - il pas plus vrai - femblable
qu'elle vint avec Mathan , qu'avec Abner
? Je fçais bien que Mathan l'auroit
détournée du deffein d'entrer dans un
Temple , dont il eft déferteur , & que
cela n'auroit pas accommodé M. de Racine
; j'entre dans cette railon , mais je
perfifte à dire que je ne fcai pourquoi
Abner le trouve avec Athalie , eft il entré
dans le Temple avec elle ? l'y a- t'elle
trouvé le dernier feroit plus vrai-femblable
; mais par malheur nous venons de
l'en voir fortir , & l'heure que Joad lui
DE
SEPTEMBRE 1722.
* marquée pour fon retour n'eft pas encore
arrivée. Je le prouve d'avance par
ce que Joad lui doit dire à la fin de cet
acte.
Souvenez vous de l'heure où Joad vous attend.
Je conviens que ce font là des minuties
qu'on ne releveroit pas dans un Auteur
moins exact que M. de Racine , &
dans une Tragedie moins celebre que
celle d'Athalie. Paffons à la quatriéme
fcene.
Scene IV.
Athalie , Abner.
En attendant Mathan qu'Athalie vient
de mander , Abner tâche de juftifier le
zele impetueux de Joad , qui a voulu
chaffer du Temple cette fuperbe Reine ,
comme une profane , indigne d'y entrer
Scene V.
Athalie , Mathan , Abner.
Voici une des plus belles fcenes de la
piece. Le caractere ,d'Athalie , celui d' Abner
, & celui de Mathan y font admirablement
frapez. Cependant j'ofe avancer
que le fonge d'Athalie , quelque beau
qu'il foit , eft ce qu'il y a de plus défectueux
dans cette Tragedie , & qu'il eft
tout
LE MERCURE
tout-à - fait à la décharge d'une Reine
qu'on doit nous peindre coupable , & digne
du châtiment qui tombe enfin fur
La tête.
En effet , quelle autre Princelle , futelle
auffi vertueufe que celle- ci doit être
méchante , ne voudroit pas s'aflurer d'un
jeune enfant qu'un fonge lui auroit reprefenté
, lui portant un poignard dans le
fein ? Athalie , comme nous l'allons voir,
ne demande Eliacin , que pour le faire
élever fous fes yeux. Cette prévoyance
eft-elle un crime ?:
Qu'on ne dife pas qu'elle a peut-être
un deffein fecret de le faire perir , rien
de tout cela ne paroît , ni dans fes paroles
, ni dans fes actions ; & dans les à
parte qu'elle fait , fon coeur nous paroît
plutôt pancher vers la tendreffe , que vers
la vengeance .
Ia
Me permettra-t'on un fecond raifon
nement fur ce fonge ?
Il paroît par la verité qu'il renferme ,
que c'eft Dieu même qui en eft l'Auteur .
Or je demande ici , quel eft donc le deffein
de Dieu pourquoi avertit- il Athalie
, l'implacable ennemie de fes Autels ,
du peril qui la menace ? eft ce pour l'en
garantir quelle apparence ? eft ce pour
'y précipiter ? cela eft plus vrai-femblable
, & je croirois que c'eft fur ce fondement
DE SEPTEMBRE 1722. OF
ment que M. de Racine a bâti ce fonge
, fi je voyois qu'Athalie perît par la
feule raifon que fa frayeur l'auroit entraînée
dans le Temple , où elle devoir
trouver la mort : mais malheureuſement
pour l'Auteur , elle en va fortir faine &
fauve , & Mathan aura beſoin d'un ſecond
motif pour l'y faire rentrer ; c'eft
celui de l'avarice.
Je n'aurois garde d'examiner ce fonge
de fi près , s'il étoit dans le Texte facré;-
mais comme il eft de création purement
humaine , tout ce que je puis dire en fa
faveur , c'eft que c'eft un très - beau morceau
de poefie , tel
que le recit de Teramene
dans Phedre.
Au refte , quoique l'Ecriture nous ap
prenne que Jefabel étoit fardée , lorfque
Jehu , Roi d'Ifraël , la fit précipiter du
haut d'une fenêtre , il me femble que le
trop exact M. de Racine auroit bien pû
fe paffer de mettre une circonftance fi
injurieufe , & d'ailleurs fi inutile dans la
bouche de fa propre fille : voici comment
Athalie s'exprime.
Même elle avoit encor cet éclat emprunté ,
Dont elle eut foin de peindre & d'orner ſon vi→
fage ,
Pour reparer des ans l'irreparable outrage.
Rien de plus élegant que cette expreffion
;
32 LE MERCURE
fion ; mais je la voudrois dans une autre
bouche .
par- Après l'expofition du fonge , & le
fait rapport qu ' Athalie a trouvé entre le
jeune Eliacin & l'enfant qui lui eft apparu.
Cette Reine , juftement allarmée , demande
à Mathan & à Abner ce qu'elle
doit faire dans une conjoncture fi delicate.
Rien n'eft fi beau que le contraſte de
ces deux hommes. Le Prêtre parle en
guerrier , & le guerrier en Prêtre : voici
le langage du Prêtre , parlant du jeune
enfant :
On le craint : tout eft examiné .
A d'illuftres parens , s'il doit fon origine ,
La fplendeur de fon fort doit hâter fa ruine' :
Dans le vulgaire obfcur , fi le fort l'a placé ,
Qu'importe qu'au hazard un fang vil foit
verfé ?
Eft-ce aux Rois à garder cette lente juſtice ?
Leur feureté fouvent dépend d'un prompt fupplice
;
N'allons point les gêner d'un foin embaraffants
Dès qu'on leur eft fufpect , on n'eft plus innocent
.
Voici le langage du Guerrier.
Eh quoi ? Mathan , d'un Prêtre , eft ce là
Le langage ?
Moi ,
DE 1 93 SEPTEMBRE 1722
Moi , nourri dans la guerre aux horreurs du
carnage ,
Des vengeances des Rois Miniftre rigoureux
C'est moi qui prête ići ma voix au malheu
reux ;
Et vous , qui lui devez des entrailles de pere ,
Vous , Miniftre de paix dans les tems de cos
lere ,
Couvrant d'un zele faux vôtre reffentiment ,
Le fang , à vôtre gré , coule trop lentement
Voilà ce qui s'appelle du beau , & du
très-beau. Cette Scene finit par un ordre
qu'Athalie donne à Abner , d'aller faire
venir le jeune enfant.
Scene VI.
Athálie , Mathan , Suite d'Athalie.
Mathan fait entendre à Athalie , que
peut- être Joad veut-il fubftituer ce jeune
enfant à la place de quelque fils de David.
Cela s'appelle deviner. Car enfin
fur quoi ce foupçon eft- il fondé ? Abner
a devancé le jour pour s'abboucher avec
Joad dans le temple ; voilà ce que dit
Mathan pour appuyer fon accufation .
Cela peut faire entrevoir un complot quel
conque , mais non pas précisément une
fuppofition d'enfant : cependant Athalie
donne dans une présomption fi dénuée de
vrai94
LE MERCURE
vrai-femblance . Il faut avouer que les
perfonnages d'une piece font bien dociles
, l'Auteur leur fait dire & leur fait
faire tout ce qu'il veut. Athalie , plus
que perfuadée , ordonne à Mathan d'aller
faire prendre les armes à tous fes Tyriens,
tandis qu'elle va interroger l'enfant
qui caufe les allarmes
Scene V11.
Joas , Athalie , Jofabet , &c.
Cette Scene eft menagée avec un art,
& en même tems un naturel infini. C'eft
une espece d'interrogatoire juridique que
Joas fubit devant Athalie ; s'il dit des
chofes au- deffus de la portée d'un enfant
de huit ans , M. de Racine fait très judicieufement
remarquer dans fa Preface ,
qu'il faut confilerer que c'est ici un enfant
tout extraordinaire , élevé dans le
Temple par un Grand-Prêtre , qui le regardant
comme l'unique efperance de fa
nation , l'a voulu inftruire de bonne heure
dans tous les devoirs de la Religion &
de la Royauté.
Ce fage Auteur ne fe contente pas de
cette précaution ; il fait dire à Jofabet
dans un à
parte :
Daigne mettre , grand Dieu , ta fageffe en fa
bouche,
Et
DE SETTEMBRE 1722. 95
furcroît de précaution , il met
Et
pour
ces vers dans celle de Joas .
J'adore le Seigneur , on m'explique fa Loi ;
Dans fon Livre divin on m'apprend à la lite ,
Et déja de ma main je commence à l'écrire.
Un enfant fi bien élevé , & d'ailleurs
infpiré du Seigneur , ne doit pas nous furprendre
par des réponses , qui , quelques
juftes qu'elles foient , ne laiffent pas de
conferver cette naïveté qui doit caracte
rifer fon âge. Athalie entrevoit dans rout
ce que Jos lui répond , la haine qu'on
a pris foin de lui in pirer contre elle.
Finillons cette Scene par une reflexion
dont je crois devoir faire part au Public :
la voici.
Athalie cherche l'excufe de la vengeance
qu'elle a exercée fur la pofterité de
David , dans les cruautez où Jehu s'eft
porté précedeminent contre les enfans de
fon pere Achab , c'est- à - dire , contre les
freres d'Athalie même.
Cela ne me paroît pas trop confequent.
El'e feroit fondée en droit , fi elle avoit exterminé
la race deJehu ; mais pourquoi s'en
prend- t - elle aux defcendans de David ,
qui même font fes petits - fils il vaudroit
bien mieux qu'elle n'apportât point d'autre
raifon de fes fanglantes expeditions
que celle qu'elle allegue dans ces quatre
vers :
?
Enfin
36 MERCURE TE
Enfin de vôtre Dieu l'implacable vengeance
Entre nos deux Maiſons rompit toute alliance ;
David m'eft en horreur , & les fils de ce Roi,
Quoique nez de mon fang , font étrangers pour
moi.
Voilà une raiſon qui tranche ; toutes
les autres font frivoles. On dira¸ peutêtre
que je reviens toûjours à quelque
minutie , mais j'ai prévenu ce reproche.
La reputation que M. de Racine a d'être
exact jufqu'au fcrupule , invite à la chicaner
fur des bagatelles : voici celui dont
il s'agit.
On trouve dans l'Ecriture Sainte ,
que Jehu fit perir 70. ou 72. fils de Rois,
& Athalie en compte jufqu'à 90. Ce nombre
eft trop pofitifpour pafler pour indefini
; ainfi la grande exactitude du celebre
Auteur eft un peu en défaut dans cette
occafion .
Le refte de cet Acte n'a rien qui puiffe
entrer dans cette lettre , qui eſt déjà affez
longue . Athalie fe retire d'un air menaçant
, Joad embraffe le petit Joas , en reconnoiffance
de la fermeté qu'il vient témoigner
pour la gloire du Seigneur : II
remercie Abner de la protection qu'il a
prêtée à cet enfant , & le fait fouvenir de
l'heure qu'il lui a marquée dans le premier
A&te.
Nous
DE SEPTEMBRE 1722 . 97
Nous donnerons le mois prochain le
refte de ces remarques , qui nous ont pa
Tû trop étendues pour n'en faire qu'un
article.
BOUQUET AU ROY
POUR LE JOUR DE S. LOUIS .
M
O D E.
Es tranfports dans le Permeffe ,
N'ont pas puifé leur douceur ,
De cette charmante yvreffe
J'ai la fource dans mon coeur .
Grand Roy , je ne puis le taire ,
L'ardent defir de te plaire
Anime feul chanfons . mes
1
Je veux celebrer ta Fête
Par le Bouquet que t'apprête
La tendreffe de mes fons .
De l'amante de Zephire ,
Les dons les plus pretieux
Pour toi nefçauroient fuffire ,
E
J'ai
98 LE MERCURE
J'ai des fleurs qui valent mieux s
Ton Printemps les fait éclore.
Je vois les filles de Flore ,
Jaloufes de leur beauté .
Ce font des fleurs immortelles ,
Tes vertus ; je ne vois qu'elles
Dignes de ta Majeſté .
Parmi leur nombre innombrable
Je veux choifir , mais en vain ;
De toutes parts l'admirable
Tient en balance ma main .
Quelqu'une s'efforce - t -elle
De paroître la plus belle ,
Tout à coup mille à la fois
Naiffant fur tes nobles traces ,
Raffemblent foutes leurs graces ,
Pour s'opposer à mon choix .
Cependant le tems s'écoule ,
Hâtons-nous , voici le jour ,
Οι pour toi volent en foule
Les voeux conduits par
Mon zele s'impatiente.
l'amour;
Enfin
DE
SEPTEMBRE 1722. 99
Enfin ma main chancelante
Se fixe fur une fteur ;
Tes yeux l'ont déterminée ,
La préferance eft donnée
A la bonté de ton coeur .
Felles fleurs , fans jaloufie ,
Voyez regner la bonté;
Entre vous je l'ai choiſie .
Sans vous avoir rienôté .
Son éclat vous accredite ,
Sans elle vôtre merite
N'auroit pas un grand renom.
Pour ta gloire , Prince aimable ,
Quelle perte irreparable ,
Si tu n'avois le coeur bon !
Chere fleur , puiffante amorce
Où fe prennent tous les coeurs ,
Rends ce Heros par ta force
Vainqueur même des Vainqueurs :
Sois l'unique cimeterie
Dont il s'arme dans la guerre ;
Qui n'en feroit furmonté ?
E ij
Le
100 MERCURE LE
Le peuple le plus ſauvage
Rechercheroit l'avantage ·
D'obeïr à la bonté.
P. MONET , de Bordeaux.
Le 23. de l'autre mois M. l'Evêque de
Beauvais , fit dans fon Eglife Cathedrale
la benediction des Drapeaux du
Regiment du Roy : voici le difcours
qu'il adreßa aux Officiers de ce Regiment.
'Esprit de Religion vous conduit ici,
Mrs , vous venez adorer le Seigneur
dans le Temple de fa gloire , & lui rendre
également vos hommages , comme
au Dieu de la guerre & de la paix .
Celle qui regne dans le Sanctuaire &
& autour des Autels , n'en eft point troublée.
Le Dieu qu'on y adore , fçait, quand
il lui plaît , la faire regner au milieu des
combats .
Le bruit des armes & les douceurs de
la paix , annoncent également fa gloire ,
& il la fait autant paroître par ces fignes
militaires , lorfqu'il les rend redoutables
aux ennemis de la Religion & de l'Etat ;
ou lorfqu'au milieu du calme le plus profund
nous attirons fur eux
2 par nos
voeux
DE SEPTEMBRE 1722. por
Voeux & nos prieres , fes plus amples benedictions
.
En rapprochant de notre fiecle ces heureux
jours , dont parle l'Ecriture , où le
peuple d'Ifraël , dans une parfaite tranquillité
, employoit à cultiver la terre ,
ces mêmes armes , qui faifoient autrefois
la terreur de fes ennemis , & l'inftrament
de fes victoires , vous vous préparez à
faire voir dans peu à nôtre jeune Monarque
, dans le fein même de la paix ,
dont nous joüiffons par la fageffe du Prince
qui nous gouverne , tout ce que les
efforts guerriers & l'art militaire ont de
-plus fçavant , & de plus capable d'infpirer
l'amour & le goût des armes.
C'eft ainfi que dès fes tendres années ,
il fait fes amufemens ordinaires de ce qui
fait l'occupation des Heros les plus confommez.
Puiffe le Ciel feconder nos
voeux , & ceux de toute la France , en
prolongeant fes jours fur la terre &
après lui avoir donné le regne le plus
long & le plus heureux , le couronner
dans le Ciel de la gloire immortelle.
,
* Le Camp près de Versailles , & l'ate
taque duFort de Montreuil.
E iij Com
102 LE MERCURE
Compliment fait par le Prevôt de Mar
chands , au nom de la Ville de Paris ,
au Cardinal du Bois , fur fon élevation
au principal miniftere .
La Ville de Paris vient rendre fes hommages
à V. Em. , & lui demander fa
protection. Nous efperons , M. que vous
ne nous la refuferez pas , puifque les graces
que V. Em. voudra nous faire , leront
tranfcrites dans des monumens publics
, qui apprendront également aux
fiecles à venir , & vôtre élevation , & le
refpect de nos Citoyens pour V. Em.
Prononcé le 28. Août.
Le même jour M. Languet de Gergi ,
Evêque de Soiffons , complimenta auffi
le Cardinal du Bois fur fa nouvelle dignité
, portant la parole au nom de l'Academie
Françoife ; il étoit accompagné
de quatorze de fes Confreres , que S. E.
retint à dîner.
Bouts
DE SEPTEMBRE 1722. rog
Bouts rimez à remplir fur les égaremens
du Pecheur.
proverbe
oylon
foifon
herbe
Malherbe
cloifon
poifon
adverbe
fac
bacq
charrue
grillon
bévûë
papillon
FUNERAILLES DE MILORD
Duc de Marlborough.
Es honneurs funebres rendus à la
mémoire glorieufe du Duc de Marlborough
, font des leçons pour les Rois
& pour les Sujets . Elles doivent former
des Guerriers utiles , & des Princes re-
E' iiij
con404
LE MERCURE
connoiffans. Ceux qui portent les con
ronnes ne fçauroient trop honorer ceux
qui les foûtiennent. ì
Ce fut le Jeudi 20. Août que l'on celebra
les funerailles de Milord Duc de
Marlborough . Son corps ayant été mis à
deux heures après midi fur un char magnifique,
& étant arrivé à Hydeparc , la
marche de ce Convoi fuperbe & militai
re commença dans l'ordre fuivant. Une
Compagnie de Grenadiers à cheval ,
deux Compagnies des Gardes du Corps ;
le fecond Regiment des Gardes Angloifes
& Ecoffoifes . Le Comte de Cadogan
, accompagné des autres Generaux à
cheval . Un train d'Artillerie , compofé
de quinze pieces de canon de campagne
& de deux mortiers , conduits par des
Officiers de l'Ordonnance . Le premier
Regiment des Gardes , dont le défunt
General étoit Colonel. Les Officiers des
Herauts d'Armes . Soixante & treize
Vieillards invalides , Penfionnaires de
l'Hôpital de Chelsea , en manteau orné
d'une plaque d'argent , où les armes du
Duc de Marlborough étoient gravées.
Quarante Gentilshommes à cheval. L'Etendart
de la Grande Bretagne , porté
par un Colonel , accompagné de deux
Officiers. Quatre Trompettes & deux
Tambours. Un cheval caparaçonné de
deuil
DE
SEPTEMBRE 1722. IOS
deuil , & conduit par deux Officiers.
Quarante autres Gentils - hommes à cheval.
La Baniere de Mindelheim , comme
Prince de l'Empire , portée par un
Colonel , affifté de deux Capitaines. Un
deuxième cheval caparaçonné de deuil ,
mené comme le précedent par deux Officiers.
Trente Gentilshommes & Officiers
des Pairs du Royaume à cheval. Un Colonel
accompagné de deux Capitaines ,
portant l'Etendart de l'Ordre de la Jarretiere.
Un troifiéme cheval de deüil
mené auffi en main. Vingt Gentilshommes
à cheval. Un Colonel affifté de deux
Capitaines , portant l'Etendart de Wood-
Stock. Un quatriéme cheval caparaçonné
, & conduit comme le précedent. 20.
Gentilshommes , le Secretaire , & quatre
des principaux Officiers du défunt , fes
deux Chappelains , & 20. autres Gentilshommes
tous à cheval . Une Banniere aux
Armes de Churchil. Un Cheval de Bataille
du General , couvert d'un caparaçon
de velours noir , traînant à terre , &
orné des écuffons de fes armes . Le Chambellan
, l'Intendant , le Tréforier , & le
Controlleur de la Maifon du défunt. Ses
éperons , fes gantelets , fon cafque , fon
cimier , fon bouclier , fon épée , & fa
cotte-d'armes , portez par quatre Herauts
d'Armes. Le corps du General fous ww
Ev dais

106 LE MERCURE
dais dans un char ouyert , conftruit fur le
modele de celui de la Reine Anne , tiré
par huit chevaux , couverts de longs caparaçons
de velours noir , & ornez de
plumes ; le char & le dais parez de même
, & entourez de franges & dentelles
d'or ; au haut du dais en dedans
étoient brodées les armes du défunt , &
celles des principales villes qu'il a fubju
guées , avec cette devife ,
Bello hac & plura,
"Ces trophets & bien d'autres font le
fruit des guerres qu'il a conduites.
Des Banieres de victoire ornoient le
char de tous les côtez . Le cercueil étoit
garni de velours cramoifi , attaché & décoré
de clous dorez . Une feuille de cuivre
doré contenoit les titres du défunt ,
& étoit pofée fur le cercueil , qui étoit
couronné d'un riche poële , élevé en feltons
, & furmonté d'une armure de pieden-
cap, d'acier doré , repofant fur un carreau
de velours cramoifi , avec la Couronne
Ducale & le Bonnet àfa droite , &
à fa gauche la Couronne & le Bonnet de
l'Empire, un bâton de commandement
d'or en fa main droite , & une épée d'or
à fa gauche , portant un ceinturon de velours
cramoifi & fa Jarretiere , & à fon
col le Collier de l'Ordre , un lion couchant
DE
SEPTEMBRE 1722. 107

chant à fes pieds tenant une Baniere. Les
deux premiers Gentilshommes en habits
de grand deüil , affis à la tête & aux pieds.
du corps , tête nuë. Dix Officiers en habits.
neufs d'écarlate , à cheval , portant dix
Etendarts. Un fecond Cheval de bataille
, auffi richement caparaçonné que le
premier & conduit en main par M.
Read , Capitaine & Ecuyer du défunt.
Le Caroffe à fix chevaux de la Ducheffe
Doüairiere de Marlborough en deüil , où
étoit le Duc de Montague , menant le
deuil en manteau noir long de cinq verges.
Le Caroffe de la Comteffe de Godolphin
, à prefent Ducheffe de Marlborough
, qui étoit occupé par les Comtes
de Godolphin & de Sunderland . Le Caroffe
du Duc de Montague , & neufautres
remplis par les Chevaliers de l'Ordre
de la Jarretiere , invitez à cette funebre
ceremonie. Le Cheval de l'Etat couvert
d'une houffe en broderie. Le Caroffe du
Roi , les Caroffes du Prince & de la Princeffe
de Galles , & près de cent autres ,
tant des Miniftres que de la Nobleffe ,
tous à fix chevaux ; la marche étoit fermée
par cent Gardes du Corps. Lorfque ce
pompeux Convoi fut arrivé à l'Abbaye de
Weftminſter , on defcendit le cercueil
& les coins du riche poële qui le couvroit,
furent portez par les Comtes de Leicef-
E vj
5
ter,
1708 LE MERCURE
ter , de Burlington , de Cardigan & de
Bristol. L'Evêque de Rocheſter , Doyen,
à la tête du Chapitre , le reçût à la porte
de l'Eglife , enfuite on le porta dans la
Chapelle d'Henri VII , où il fut inhumé
avec les ceremonies les plus honorables.
La Mufique du Roi , & le Choeur de
I'Eglife chanterent une Antienne compofée
par le fieur Bonacini , avec un grand
accompagnement de divers inftrumens
Dès que ces triftes & majestueufes ceremonies
furent terminées , le Roi d'Armes
proclama les titres du défunt , le Stevvart
rompit la verge blanche , & on fit trois
décharges complettes d'Artillerie & de
Moufqueterie. Le Roi , le Prince & la
Princelle de Galles virent paffer le Convoi.
On dit que le défunt a laiffé par
fon teftament un legs de foixante mille
livres sterlings en faveur des veuves d'Officiers,
qui auront beſoin de
te liberalité.
partager cet-
La pompe funebre a eu plus de soo.
mille fpectateurs fans trouble & fans confufion,
à caufe des précautions qu'on avoit
prifes , & des Corps de Garde qu'on avoit
diftribuez dans tous les endroits neceffaires.
Les trois Regimens qui étoient campez
dans la plaine d'Hownflow , avoiene
été mandez & poftez dans la ville , celui
des Gardes , Cavalerie , dans le Common-
Gar
DE SEPTEMBRE 1722. 19

Garden, celui de Cobham, Cavalerie , Pla
ce de Lincolns- Innfield , & celui d'Honnywood
, Dragons , près de la Tour . On
avoit configné tous les coins des ruës ou
le Convoi devoit paffer , à des Détachemens
des Gardes & de Cavalerie: Tou te
la Milice enfin étoit fous les armes , & , le
canon de la Tour tiroit inceffamment pendant
cette longue , & pompeufe marche.
Lettre écrite de Cambray le 13. Septembre
1722. aux Auteurs du Mercure.
Ous avons vû ici , Meffieurs , avec
N plaifir, dans votre dernier Mercure,
l'Epitre de M. de Voltaire à M. le Maréchal
de Villars. Cet Auteur y eſt arrivé
la femaine derniere avec Me de Rupelmonde
, d'où il a écrit à M. le Cardinal
du Bois , la lettre que j'ai l'honneur de
vous envoyer il nous en regala à fouper
chez M. de S. Contez , & nous. en
laiffa une copie. On parla à ce fouper de
la Comedie qui fe devoit reprefenter le
lendemain. M. le Comte de Vindifgrats
avoit demandé les Plaideurs : & on les
avoit annoncez. Toute la Compagnie
marqua l'envie qu'elle auroit de voir
jouer Oedippe en prefence de fon Auteur.
M. de Voltaire fut chargé d'écrire à M.
de
Tro LE MERCURE
de Vindifgrats , pour lui demander cette
piece , il fortit de table , & lui écrivit
cette efpece de Placet.
Seigneur ; le Congrès vous fupplic
D'ordonner tout prefentement ,
Qu'on nous donne une Tragedie
Demain pour divertiffement.
Nous vous le demandons au nom de Rupelemonde
,
Rien ne refifte à fes defirs ,
Et vôtre prudence profonde ,
Doit commencer par nos plaifirs ,
A travailler pour le bonheur du monde.
Voici la réponſe qui fût miſe au bas du
Placet.
L'amour vous fit , aimable Rupelmonde ,
Pour decider de nos plaifirs.
Je n'en fçai pas de plus parfait au monde ,
Que de répondre à vos defirs .
Si - tôt que vous parlez , on n'a point de repli
que.
Vous aurez donc Oedippe : & même la critique ,
L'ordre eft donné , pour qu'en vôtre faveur ,
Demain l'on joue , & la piece , & l'Auteur.
Lettre
DE SEPTEMBRE 1722 .
Lettre de M. de Voltaire à S. E. M. le
Cardinal du Bois .
UN
Ne beauté qu'on nomme Rupelmonde ,
Avec qui les amours & moi ,
Nous courons depuis peu le monde ,
Et qui nous donne à tous la loy ,
Veut qu'à l'inftant je vous écrive .
Ma muſe comme à vous à lui plaire attentive ,
Accepte avec tranfport un fi charmant emploi.
Nous arrivons , Monfeigneur , en ce
moment dans votre Diocéfe , & comme
nous fommes accoutumez à vous regarder
comme un grand Miniftre , nous fommes
très- édifiez de ce que vous commencez
à choifir Cambray pour y jetter les
fondemens d'une paix durable entre les
fideles.
Puiffent , Meffieurs du Congrès ,
Affemblez dans cet azile ,
De l'Europe affurer la paix , ´
Puiffiez- vous aimer cette Ville ,
Et n'y venir prefque jamais .
Je fçai que vous pourriez faire des homelies
Marcher
Z1% LE MERCURE
1
· Marcher avec un porte- croix ,
Chanter la Meffe quelquefois ,
Et reciter des Litanies .
Donnez , donnez plutoft des exemples aux Rois,
Uniffez à jamais l'efprit & la prudence ,
Qu'on publie en tous lieux vos grandes a&tions,
Faite -vous benir de la France
Sans donner à Cambray de Benedi &tions.
Souvenez - vous quelquefois , Monfeigneur,
deVoltaire, qui n'a , en verité , d'au
tre regret que de ne pouvoir pas entrete
nir votre Eminence auffi fouvent qu'il le
voudroit , parce qu'il vous regarde comme
l'homme du monde de la meilleure
converfation . La feule chofe que je vous
demanderai à Paris fera de vouloir bien
me parler.
M. le Comte de Santftevane , premier
Ambaffadeur d'Efpagne donne aujour
d'hui une Fête magnifique , il y aura cette
nuit un grand bal , & trois grandes tables
bien fervies ; le tout en l'honneur,du
mariage de l'Infant Dom Carlos avec
Mademoiſelle de Beaujolois . M. le Marquis
de Ledde eft arrivé aujourd'hui à
Cambrai . Le Marquis Salvatico a été cité
judiciairement de revenir à Modere
fous
DE SEPTEMBRE 1722. 113
fous peine d'être traité en criminel de le
ze- Majefté , & d'être dégradé lui & ſa famille
de tous honneurs , & tous les biens
confifquez au profit de la Chambre , s'il
ne fe rend pas 10. jours après que la citation
lui fera communiquée : cette citation
eft du 13. Aouft dernier. Je Luis,
Meffieurs , & c.
Extrait d'une Lettre écrite de Marseille
aux Auteurs du Mercure le 1.
Septembre 1722.
J
E ne croi pas , Meffieurs , pouvoir
vous apprendre une nouvelle plus intereffante
, que celle de la ceffation de
la pefte dans cette Ville , & dans tout
fon territoire. Nous ne fçaurions trop
répandre nôtre joye , & trop publier
leseffets de la mifericorde du Seigneur
fur un peuple affligé , depuis un temps
fi long. C'eft dans cet efprit , &
pour confirmer autentiquement ce que je
viens d'avoir l'honneur de vous dire que
je vous envoye une copie imprimée du
dernier Mandement que M. l'Evêque de
Marſeille a fait publier fur un évenement
fi confiderable , ne doutant point , Meffieurs
, que ce Mandement , dont le fujer
intereffe toute la France , & tous nos voi→
fins
114 LE MERCURE --
fins , ne foit favorablement receu , & né
paroiffe bien tôt dans vôtre Journal. Je
fuis , Meffieurs , &c.
MANDEMENT
de M. l'Evêque de Marseille ,
Portant ordre d'ouvrir les Eglifes
de Marseille qui ont été fermées ,
& rétabliffant toutes chofes dans les
Eglifes de la Ville & du Terroir fur
le même pied qu'elles étoient avant la
Contagion,
H
ENRY FRANÇOIS XAVIER DE
BELSUNCE DE CASTEL MORON
, par la providence Divine , & la
grace du S. Siege Apoftolique , Evêque
de Marfeille , Abbé de Nôtre Dame des
Chambons & de Montmorel , Confeiller
du Roi en tous fes Confeils' , au Clergé
Seculier & Regulier , & à tous les Fidelles
de la Ville & du Terroir de Marfeille
; Salut & Benediction en Nôtre- Seigneur
Jefus - Chrift.
En vain , MES TRES.CHERS FRERES
, quelques perfonnes mal intentionnées
& ennemies de la verité , voudroient
elles s'éforcer de répandre de faux bruits
parmi Vous , comme chez , nos voisins ;
vôtre confiance ne fçauroit être ébranlée,
&
DE
SEPTEMBRE 1722. 115
& chaque jour doit être depuis longtemps
, & pour vous , & pour nous une
nouvelle & inconteftable preuve des mifericordes
du Seigneur , dont les effets fe
multiplient , & le confirment fi manifeftement
en nôtre faveur. La fanté continue
toûjours à être plus parfaite que jamais
dans cette Ville ; déja plus de foixante
jours le font écoulez fans qu'il y
ait eu un feul nouveau malade dans ce
vafte Terroir , & plus de trente fans
qu'il y ait eu de foupçon de contagion
dans la feule Paroiffe de l'extrêmité de ce
même Terroir , où le mal a fini plus
tard qu'ailleurs. Ne nous rendons donc
point coupables de la monstrueufe ingra⇒
titude , & du peu de foi de ceux qui femblent
vouloir méconnoître la puiffance &
la bonté de Dieu , dans le temps même
qu'elles fe manifeftent , & le font fentir à
nous de la maniere la plus fenfible ; ce
feroit attirer de nouveau fa terrible vengeance
fur nous . Celebrons au contraire:
cette même bonté , & cette puiffance infinie.
du Coeur Adorable de Jefus- Chrift
nôtre divin Liberateur : invitons toutes
les Nations , tous les Peuples de l'Univers
, à reconnoître avec nous fon éternelle
mifericorde , & à fe joindre à nouspour
chanter fes louanges . Miniftres du
Très- haut ouvrez les Portes de la fainte
Maiſon
#16 LE MERCURE
Mailon du Dieu de juftice , afin que les
Juftes s'y aflemblent , & qu'ils lui rendent
graces dans le lieu faint pour un
bien- fait fi fignalé.
Que les Maifons de ces mêmes Juftes
fi fouvent témoins de leurs gemiffemens ,
retentiffent aujourd'hui de leurs cris de
joye & de leurs actions de graces. Leurs
voeux font exaucez ,la droite du Seigneur
a fait éclater fa force , & elle a de nouyeau
operé des prodiges pour nôtre délivrance.
A CES CAUSES , & de concert avec
le refpectable Commandant de cette
Ville , nous avons ordonné & ordonnons,
que toutes les Eglifes du Terroir de Marfeille
que nous avions jugé à propos de
fermer par précaution , foient deformais
ouvertes à l'ordinaire . Nous défendons
de continuer de dire la Meffe en dehors',
ou aux portes de ces mêmes Eglifes , cxcepté
à la Paroiffe de Château- Gombert ,
où l'on tiendra encore les portes de l'Eglife
fermées pendant le peu de jours qui
reftent finir entierement la quaranpour
taine. Nous permettons , tant dans la
Ville que dans le Terroir , de faire les
Prônes , de prêcher la parole de Dieu
de faire les Proceffions accoûtumées , d'expofer
le Très- Saint Sacrement , & d'en
donner la Benediction , comme cy.devant,
DE SEPTEMBRE 1722. 117
à commencer feulement du premier jour
de Septembre prochain. Nous revoquons
nôtre Ordonnance du dixiéme May de
cette année , par laquelle Nous défendîmes
à tous Prêtres Seculiers , Beneficiers
ou employez dans cette Ville , & à tous
Reguliers d'enfortir , & de dire la Meffe
dans le Terroir fans nôtre permiffion
rendant fur cela à chacun la liberté qu'il·
avoit avant nôtredite Ordonnance.
>
Il n'eft fans doute point de maifon dans
le Terroir où la mifericorde du Seigneur
n'ait été implorée pendant nôtre affliction
, & fur tout le jour memorable de la
Fête du SACRE' COEUR DE JESUS ;
il eft donc bien convenable qu'il n'y en
air point auffi où l'on ne rende à Dieu.
de juftes actions de graces pour nôtre dé
livrance . Dans cette vûë , nous exhortons
tous les Fideles qui ont des Chapelles domeftiques
dans leurs maifons de campagne
, d'y faire dire une Meffe d'actions
de graces , d'y affifter en Famille , d'y
renouveller enfemble leur confecration
au Coeur adorable de Jefus- Chrift , &
de le conjurer de ne pas permettre que
nos quarantaines foient troublées par de
nouvelles allarmes quafi inévitables dans
ine Ville auffi grande , & auffi peuplée
que l'eft celle- cy , afin que les ames fidelles
éprouvant combien il eft avantageux
118
LE
MERCURE
geux de s'addreffer avec confiance an
coeur du Sauveur de tous les Hommes ,
en témoignent leur joye , & que la bouche
des Impies foit à jamais fermée. E:
fera nôtre prefent Mandement envoyé ,
publié & affiché à l'ordinaire. Donné à
Marfeille dans nôtre Palais Epifcopal le
26. Aouft 1722. Signé , T HENRY,
Evêque de Marfeille.
Et plus bas , par MONSEIGNEUR,
Coudonneau , Prêtre & Secretaire.
Le mot de la premiere Enigine du mois
pafé , c’eft la Mode , celui de la fecon .
de , c'eft le Baffin à Barbe , & celui de
la troifiéme eft expliqué dans ces quatre
vers .
L'éleve de Purgon rend vôtre Enigme claire ,
Quand pour executer un ordre falutaire ,
Il exerce à genoux la Seringue à la main , "
Du plus fale métier l'emploi le plus vilain .
**X* XXXXXXXXXXXXXXXXXX
PREMIERE ENIGME.
E fers à dépouiller la veuve & l'Orphelin ,
J Lefraid Louitterla veurede l'Orphelins
Les Rois & les Marchands me font leurs
confidences ,
L'amant le plus difcret me comme; fon deſtin .
Ec
DE SEPTEMBRE 1722. 219
Et fes plus cheres esperances.
On me rencontre au Cloître avec S. Auguſtin,
Autre part avec l'Aretin ;"
Je fers à Dieu , je fers au Diable ,
Je défends l'innocent , je défends le coupable ,
Et fouvent c'est par moi qu'ils periffent tous
deux ;
Sans ma noirceur pourtant je ferois inutile
Aux plus Saintes Vertus , j'en feconde les
voeux ,
Quoique ma naiffance foit vile
J'entre dans le Confeil du plus Grand Potentat,
Eft-il un cabinet de Miniftre d'Etat ,
D
Dont l'accès ne me foit facile ?
SECONDE ENIGME.
Ans une plaine fort unie ;
Souvent avec ma foeur on me voit habiter
Si l'on ne nous poufloit à nous perſecuter
La difcorde entre nous feroit toûjours bannie ,
Dans une paix profonde on nous verroit refter;
Mais on nous permet peu de fuivre la pareſſe ,
On fe fait un plaifir de nous brouiller fans ceffe
Pour finir nos débats , il faut fans trahison ,
Que l'une de nous deux mette l'autre en prifon .
TROISIEME
$20 LE MERCURE
TROISIEME ENIGME.
I l'on en croît le fage Efope ,
SGet Get agreable Milantrope ,
Qui pour nous égayer en mentrant nos défauts
Fait fi pertinemment parler les animaux ,
Je fuis d'nn vice d'habitude ,
Et de l'affreufe ingratitude ,
L'exemple le plus accompli.-
Tranfi de froid je demande retraite
A certain voifin bien nourri ,
Quoiqu'étrangerje fuis receu comme un ami ,
Réchauffé , bien refait , je commande à bas
guette ,
Je fais bien pis , je le maltraite ,
Je le chaffe hors de chez lui ,
Et j'y refte bien établi .
On fçait qui je fuis par la fable ;
Et tant d'ingrats , lecteur , que vous recond
noiffez ,
Vous le prouvent encore aficz
Elle n'eft que trop veritable.
CHANSON.
DE SEPTEMBRE 1722. 121
P
CHANSON.
Our mon bonheur , pour vôtre gloire ,
Dicu du vin , Dieu d'amour foyez toûjours
amis.
Je ne puis boire fans Iris ,
Et je ne puis aimer fans boire.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX ARTS , & c.
SUITE de l'extrait des Pieces d'Eloquence
& de Poëfie , prefentées à
l'Academie des Jeux Floraux pour les
prix de l'année 1722.
L'abus de la Poëfie , Poëme au Roi ,
qui a remporté le fecond prix. Par
l'Abbé de Pontbriand .
L'Auteur parle de la Poëfie qui fe trouve
dans les Livres Sacrez , & de l'effet
qu'elle produifoit für les hommes .
E
Lle leur infpiroit un plaifir falutaire ,
Jamais fans les inftruire elle n'ofoit leur
plaire.
F Ses
122 LE MERCURE
Ses fons harmonieux , fes accens enchanteurs ,
Ouvroient à la vertu le chemin de leurs coeurs.
Bien -tôt , helas ! bien-tôt la Grece & l'Italie
Virent dégenerer fa fagefle en folie .
En changeant de climat , elle changea de
moeurs ,
Et des incirconcis embraffa les erreurs .
Homere pour donner du credit à fes fonges ,
La força d'embellir d'infipides menfonges ,
Avec Anacreon , elle but , elle aima ,
De parricides traits Archiloque ( a) l'arma .
A répandre l'encens , par Pindare ( 6 ) formée
Elle en vendit aux Grecs la flateufe fumée.
O vous ! que Rome a vû renaître dans Lucain,
Vous couvrîtes de fard fon vifage & fon fein ,
Et fon voile autrefois enlevé par Catule ,
Luy fût encore ravi par la main de Tibule .
Innocente pudeur , tes doigts n'ont point filé ,
La gaze dont en France elle a le corps voilé.
Le leger ornement qui voltige autour d'elle ,
(a) Peete fatyrique. Il fit des vers contre for
beau- pere , qui s'en pendit de douleur,
(b ) Pindare étoit fort intereffé , il chantoit
aux Jeux olympiques les vainqueurs qui pazoient
fes Aateries.
N'eft
DE SEPTEMBRE 1722 . 123
N'eft
pour
l'oeil indifcret qu'une amorce nouvelle
,
Sans honte on ofe voir , fans crainte elle ofe
offrir ,
Ce qu'un voile impuiffant affecte de couvrir.
Aux traits calomnieux que fon art envenime
Mille fois l'innocence a fervi de victime.
Qu'on ne nous vante plus le pouvoir de fes
charmes ;
Je n'y puis voir pour nous que des fujets de
larmes ;
Et coupable aujourd'hui des plus honteux excès,
Elle même elle doit rougir de fes fuccès.
O ! vous qui la rendez complice de vos crimes ,
Quel fruit efperez-vous de vos coupables rimes?
L'odieufe beauté qui regne en vos écrits ,
, Même en charmant nos coeurs vous livre à
nos mépris.
MINERVE , Ode , à laquelle le prix
de l'Eglogue a été adjugé . Par l'Abbé.
de Prades .
H
Eureux , ô Minerve ! ces Princes ,
Qui par toi reglent leurs defirs ,
Qui du bonheur de leurs Provinces ,
Fij
Font
124
MERCURE
-
LE
1
Font leur étude , & leur plaifir ,
En vain l'ambition foupire ,
La gloire d'étendre l'Empire ,
Cede au foin de le rendre heureux ş
Là le Heros qu'on y contemple ,
Moins par les loix que par l'exemple ,
Forment des fujets vertueux.
Mais qui pourroit te méconnoître ,
Sage Déeffe des Guerriers ?
Tu formes mon Augufte Maître ,
A cueillir d'immortels Lauriers.
Fais que les vertus heroïques ,
Des Rois fages & pacifiques ,
Se réuniffent en lui feul,
Et qu'envers lui le Ciel s'acquitte
De la gloire dûë au merite ,
De fon pere & de fon ayeul.
L'AMOUR DIVIN , Ode , qui a
remporté le prix deftiné au Difcours ,
du même Auteur.
P
Uiffant Guide , fous ta conduite,
S'avance un peuple fortuné ,
* Les Ifraëlites.
La
DE SEPTEMBRE 1722. 123.
La mer le voit & prend la fuite ,
Le Jourdain recule , étonné .
Tantôt de mers couvrant la terre ,
Tantôt tirant l'eau de la pierre ,
Tu lui prêtes mille fecours .
Arrefte , & demeure immobile ,
Soleil ; l'homme dit , & docile ,
Le Soleil arrefte fon cours.
Mais quoi rappellez à la vie ,
Les Morts racontent tes bienfaits ,
L'aveugle voit , le fourd s'écrie
Qu'il entend parler les muets.
Déja les nations s'empreffent ,
Juifs & Gentils , tous réconnoiffent
L'Empire de leur nouveau Roi .
C'eſt la verité triomphante ,
C'eft la grace toute puiffante ,
Amour qui leur donne la loi .
Où vole cette Pechereffe
Je la vois aux pieds du Sauveur.
Quel filence ! quelle trifteffe !
Fiij
Tout
126 LE MERCURE
Tout nous peint fa vive douleur .
Femmes , tes larmes t'ont lavée ,
C'eſt ton amour qui t'a ſauvée ,
Ta gloire doit vivre à jamais .
Grand repentir grand facrifice !
De l'amour faint naît la juſtice ,
Mere & compagne de la paix , & c.
Premier Difcours fur ces paroles.
Rien n'affure davantage la fuperiorité d'une
nation , que la culture des fciences
& des Arts.
Es armes n'ont jamais rien eu de plus
Lbrillant que ces pompes triomphantes
, dont l'ancienne Rome honoroit les
vainqueurs . Cependant oferai - je le dire ?
Ce fuperbe vainqueur , élevé fur fon
char , chargé des dépouilles de l'ennemi ,
& fuivi des Captifs enchaînez , me paroît
moins grand qu'un Tite- Live environné
d'admirateurs , qui venoient à Ro.
me des extrêmitez de la terre pour ne
voir dans la Capitale du monde, que fon
hiftorien.
Accordons au préjugé vulgaire que la
gloire des armes cft plus éblouiffante
peut- être même plus flateufe que la gloire
des
DE SEPTEMBRE 1722. 127
des Lettres ; mais fi celle- ci a moins d'é
clat , elle a fans doute plus de folidité ;
eft plus legitime , plus indépendante, plus
rare , & plus durable.
Les Poëtes & les Orateurs - ne doivent
leur réputation qu'à leur merite ; ils ne
l'ont pas acheté au prix du fang des peuples.
Les Miniftres , les Generaux , le foldat
même a part aux lauriers du conquerant
, & fouvent celui qui a l'honneur de
la victoire , n'eft pas le plus digne de la
couronne . Ciceron né dans l'obfcurité ,
perce le fombre nuage qui l'enveloppe
fe fait jour , & s'élevé rapidement au faîte
de la grandeur Romaine ; les Villes , les
Provinces , les Etats recherchent la protection
de cet homme nouveau , les Rois
même font fes cliens. La memoire des
Heros perit bien - tôt , fi les fçavans ne la
confervent . Les fçavans , dépofitaires &
.difpenfateurs de l'immortalité , peuvent
immortalifer leur nom , fans le fecours
du Heros.
Toutes les nations ont eu des Heros
fameux , tous les fiecles ont eu des Guerriers
illuftres ; il n'y a eu que les Grecs ,
les Romains & les François ; il n'y a eu
que trois fiecles qui ayent donné des Poë .
tes , & des Orateurs dignes de l'immortalité.
Les conquerans , & les Heros font des
Fiiij
aftres
128 LE MERCURE
"

aftres errans , qui après avoir brillé quel
que temps , & effrayé la terre , difparoifdent
pour toûjours , & ne laiffent que le
fouvenir d'un éclat paflager. Les fçavans
font des altres qui éclairent le monde jufques
à la plus reculée antiquité. Ciceron
nous parle , nous harangue , nous inftruit,
& nous charme ; Ciceron vit encore , &
l'ancienne Rome vit avec lui .
Dans l'éloge de Clemence Ifaure , prononcé
fuivant l'ufage , le jour de la diftribution
des prix , par M. Delherm
Confeiller au Parlement , l'un des Academiciens
, on met le merite de cette
illuftre fondatrice dans un beau jour. Clemence
s'éleva au deflus des foiblelles de
fon fexe , dit l'Orateur. Richelieu trouvá
dans fon projet les avantages des préjugez,
& de l'éducation . Clemence ranime
l'amour de la Poüfie , en un fiecle groffier
dans fon goût & dans fes moeurs ;-
Richelieu medite d'accroître l'empire
des Belles- Lettres , dans le temps où le
genie des François fembloit être tourné
à les cultive . Clemence feule , projette
, fuit , execute ; Richelieu aflocie à
fon ouyrage des hommes éclairez , & capables
de le conduire . Clemence n'a point
de modele , & l'Academie Françoife eft
formée fur l'idée que Richelieu prend des
Jeux de Clemence . Le Digne Academicien
-
DE SEPTEMBRE 1722. 129
T

eien fait dire un peu après à Louis le
Grand , que les Jeux Floraux avoient rappellé
en France le goût des Belles - Lettres
, qu'ils avoient fervi de modele à tou
tes les Societez litteraires , & qu'ils offroient
depuis quatre fiecles , des fleurs à
cueillir aux éleves des Mufes.
و
Nous paffons à regret bien des choſes
excellentes de ce difcours , dans la crainte:
de nous y trop arrêter. La fin en eſt inſtructive,
& très- capable de donner de l'émulation.
Oüy , Meffieurs , pourfuit , M.
Delherm les Poëtes peuvent comme
autrefois , afpirer aux fleurs de Clemence ,
par des vers confacrez à la gloire des vertus
des Heros & des Dieux , & à l'attrait
des innocens plaifirs ; mais il faut que
leurs vers naiffent des fons d'une Lyre
fçavante , que leurs vers affujetis aux
loix d'une cadence auffi mefurée qu'harmonieufe,
offrent toûjours des Images vives
, nobles , hardies , & élevées ; que le
genie du Poëte Lyrique , formé par la
nature , & guidé par l'art , frape l'auditeur
, l'excite , l'enleve , le raviffe . Telle
eft cette Poëfie divine , que Polymnie
infpire à fes favoris , & à laquelle nous
deftinons nos premieres couronnes.-
Nous en avons encore pour vous , Poëes
, qui à la faveur d'une fiction ingenieuſe
, chantez auffi fur la trompette
F v heroïqua
130 LE MERCURE
heroïque , la valeur & la fageffe des Heros
, la puiffance & la bonté des Dieux
vous qui, élevez & foutenus par l'idée d'un
objet , ou heureufement imaginé , & fagement
ennobli , nous difpotez par l'attrait
des exemples , à connoître la fageffe
, à l'aimer , à la fuivre , genies fubli →
mes venez cüeillir les fleurs que nous
vous refervons .
>
Qu'un coeur tendre ne craigne point
de nous ennuyer par le recit plaintif de
fes peines , ou par l'aveu fincere de fes
plaifirs ouy , les divers mouvemens qui
le flatent , ou qui l'agitent , peuvent nous
intereffer , & rendus dans les vers , fans
autre art que celui qu'une ardeur pure &
innocente fçait prêter à l'expreffion des
fentimens , ils meriteront nos fuffrages.
Anfi l'amant vertueux & fidele , orné
de nos couronnes , fe verra plus digne de
l'objet qui l'a charmé , & plus fur de lui
plaire.
Les fons du chalumeau ruftique , & de
la Mulette champêtre , font écoutez favorablement
dans nos jeux. Les Bergers
& les Bergeres peuvent y venir chanter le
retour du Printemps , les charmes de la
folitude , les amours , les Dieux mêmes ,
& leurs concerts reçoivent de nous un
prix d'honneur , fi leur genie & leur langage
expriment toûjours l'innocence de
leurs moeurs. Et
DE SEPTEMBRE 1722. 131
Et vous qui frapez des traits de l'éloquence
, cherchez à la faire fentir dans
vos difcours ; & à la faire aimer : Orateurs
, nous accordons des prix au merite
fuperieur de vos ouvrages , nous en ornons
ceux d'entre vous , qui attachez à
remplir le fujet que nous leur propofons ,
trouvent l'art de l'étendre par une fuite
d'idées naturelles , juftes & fenfibles ; lesrendent
avec précifion , les placent avec
goût , & les embelliffent de toutes les
beautez de la langue & du ftile.
Quelle haute idée ne viens- je pas de
yous donner , Meffieurs , des Jeux Floraux
de Clemence , tels qu'il a plû de les rendre
à la bonté , & au zele de Louis le
Grand Efperons, que ces jeux conſerveront
tous leurs avantages , & tout leur
éclat , fous le regne du digne fucceffeur
de Louis le Grand ; fon enfance ne nous
a offert que des talens & des vertus à
admirer. Toûjours docile à la voix de
l'honneur , toujours frapé des traits de la
fageffe , il a montré que la connoiffance ,
& l'amour de la verité éclatent dans les
vrais Heros avec leur premier âge , &
que chez eux la raifon & le devoir s'allient
heureuſement avec la jeuneffe .
F vj
TRAITE
132
LE MERCURE
TRAITE DES FORCES MOU
VANTES , pour la pratique des Arts
& Métiers , avec une explication de
20. machines nouvelles & utiles. Par
M. de Camus , Gentilhomme Lorrain.
A Paris chez Claude Jombert , ruë
S. Jacques , & Laurent le Conte , Quai
des Auguftins 1722. in 8 ° de 535. pages
, fans l'Epître , la Preface & la
Table.
C
Et ouvrage eft divifé en deux parties
, dont la premiere contient quatre
Chapitres. L'Auteur explique dans le
premier les équilibres des corps inanimez
fans employer le principe du mouvement
compofé , il explique enfuite l'équilibre
de la marche des hommes , des animaux
à deux , & à quatre pieds , & du vol des
oifeaux ; il fait connoître par quelle raifon
, & comment on doit charger les
hommes , les chevaux , les chariots &
charettes , & de quelle maniere devroient
être les hottes ou crochets des portefaits,
pour être plus avantageux , après quoi il
explique l'équilibre des corps folides avec
les liquides.
Dans le fecond Chapitre il explique le
levier d'une maniere particuliere , il fait
connoître l'effort des groffes machines

DE SEPTEMBRE 1722. 133
où le levier eft employé, pour élever ou
entraîner les grands fardeaux , comme le
cabeftant & la gruë , aufquels il indique
quelques perfections.
Dans la feconde fection il explique de
même la poulie fimple ou redoublée , ou
moufles.
Dans la troifiéme, le coin , la vis fim
ple , & la vis fans- fin .
Le troifiéme Chapitre eft fur la percuffion
ou choc des corps , fur les poids ,
les refforts , fur leur trempe , fur celle
des outils à couper du bois , du fer , &
autres corps durs ; il rapporte plufieurs
manieres de tremper , & il en donne une
qu'il croit meilleure que celle dont on fe
fert ordinairement , il fait connoître quel
eft l'effet des grands & petits coups de
marteau ou de maillet par differentes experiences
qu'il rapporte
Le quatrième Chapitre regarde le mouvement
des corps , l'Auteur l'explique
d'abord fuivant le mouvement compole ,
& enfuite d'une maniere plus aifée , felon
lui , par les équilibres , par la reaction out
reflexion des corps , & il fe fert pour cela
des jeux d'exercice , comme de la paûme
& du billard .
La feconde fection de ce Chapitre traite
de la projection des corps , des refforts
qui les produifent , de la nature de l'air ,
des
134
LE MERCURE
& c. pour
des effets que les refforts y produifent ;
le bruit , le fon des inftrumens
à jouer , des cloches , tambours , & autres
. Il traite de leur conftruction , & de
quelle maniere elle doit être pour être la
plus avantageuſe , au fujet des refforts de
fa poudre à canon ; il indique plufieurs
projets d'experience , pour les canons de
moufquer , & gros canons de guerre .
La troifiéme fection regarde les mouvemens
, dans lefquels on fe fert de l'eau
& du vent , comme le mouvement des
batteaux ; il traite de leurs conftructions,
& fait connoître d'après plufieurs experiences
, quelle eft la plus utile pour le
commerce .
L'Auteur explique enfuite le mouvement
des vaiffeaux fur mer , leurs voiles
& cordages ; il traite de leur vîteffe , de
leur construction , & il en propoſe une
qu'il croît plus avantageufe , ce qu'il
prouve par des experiences qu'il a fiites
fur les viteffes , dont il donne une table.
Dans la quatrième fection il confidere
le frottement des corps qui agiffent l'un
contre l'autre , tant en ligne droite qu'en
ligne circulaire , il raporte plufieurs experiences
qu'il a faites , cont il donne une
table pour les differens corps qui agiſſent,
& qui frottent , l'on contre l'autre , & il
tire de fes épreuves plufieurs chofes utiles
DE SEPTEMBRE 1722.J
135
les pour les machines grandes & petites ,
particulierement pour les montres de poche
, les gros horloges , pour les trai
neaux , & plufieurs autres machines .
;
Dans la cinquiéme fection l'Auteur
traite des voitures à deux & à quatre
roues , il fait connoître comment , &
combien l'une eft plus avantageufe que
l'autre de quelle maniere les roues doi
vent être conftruites , pour quelle raifon
, & combien les grandes font plus
-utiles que les petites ; cela par quantité
d'experiences faites fur le pavé , fur le
fable , fur la terre molle , & terrain ferme
; il donne une table de toutes ces circonftances
, dont il croit tirer des chofes
utiles pour le tranfport des marchandiſes,
& pour la facilité du commerce.
}
Enfin il finit cette partie en indiquant
les foins , & précautions qu'on devroit
prendre pour l'arrangement du pavé , &
l'entretien des grands chemins & chauffées.
Dans la feconde partie M. de Camus
explique plufieurs machines utiles qu'il a
inventées.
La premiere eft une machine pour tamifer
, & paffer les poudres fines , avec
laquelle un homme peut faire autant d'ouvrage
que trois autres , ou à peu près ,
qui auroient chacun un tamis ( uivant l'experience
qui en a été faite.
La
4
137 LE MERCURE
La feconde eft une espece de gruë baſſe;
à bec allongé , avec une queue pour fervir
d'équilibre , qu'il propote pour creufer
un canal , élever une chauffée avec
moins de dépenfe , & pour aller plus vîte
, que fi on fe fervoit de brouettes & de
hottes.
La troifiéme eft une machine à battre
les gros piloris par un treuil , en forme de
cabeftan , avec lequel on ne perd pas de
temps , pour racrocher le mouton quand
il est tombé dans laquelle on frappe
deux coups au lieu d'un , & où les hom--
mes qui travaillent fatiguent un peu moins
qu'aux autres.
:
La quatriéme eft un genoue , ou machine
paralactique mouvante à vis , &
avec deux cercles , propre pour obferver
les aftres , & les fuivre dans leur mouvement
, en les tenans toûjours au centre de
la lunette , qui eft particulierement propre
pour les écliples , & pour les objets
que l'on veut fuivre .
La cinquième eſt une rame compofée
de deux pieces mobiles que l'on pole perpendiculairement
au tabord de la fainte
Barbe des vailleaux , pour les faire aller
en temps calme , même avec deux rames
feulement , fuivant l'experience qui en a
été faite à Toulon,
La fixiéme & la ſeptiéme font deux
montres
DE SEPTEMBRE 1722. 137
"
montres de poche , compofées de fix
roues , que l'on peut faire auffi petites
qu'elles étoient ancientiement , avec des
denturés de roues & des pignons auffi
forts , que ceux que l'on fait aux grandes ,
& qui font auffi bonnes , comme l'expe
rience le manifefte depuis fix ans ; l'une eft
à minutte , & l'autre a feconde ; cette derniere
eft auffi jufte que la premiere.
La huitiéme eft une montre gravée à l'or
dinaire , qui fonne d'elle-même les quarts
& l'heure, & repete à tous les quarts l'heure
quand on veut , ou ne fonne pas du
tour , & qui a toûjours la repetition en
preffant le pardau .
, que
La neuvième eft une pendule à reffort,
qui fait le même effet
la montre
fonnant les quarts & l'heure par un feul
reffort , & un feul mouvement de ſonnerie.
La dixiéme eft une pendule à poids &
à feconde, qui va un an fans la remonter ,
élevée de fept pieds & demi de haut , qui
fonne pendant tout ce temps d'elle- même
les quarts & l'heure , & va auffi jufte le
dernier jour que le premier ; il y en a qui
vont depuis dix ans.
La onzième est un pifton & un balancier
de pompe , qui tire à chaque coup
toute l'eau poffible , de quelque maniere
qu'il foit monté avec lenteur ou avec
viteffe. La
138 LE
MERCURE
La douzième est une broüiette plus aïfée
, & avec laquelle on peut voiturer de
plus gros fardeaux qu'avec les broiiettes
ordinaires.
La treiziéme eft une charuë , avec laquelle
trois chevaux peuvent faire autant
d'ouvrage que quatre aux charuës ordinaires
, & fatiguent moins , fuivant l'experience
continuelle qu'il s'en fait depuis
long- temps aux environs d'une petite
terre de l'Auteur , où on l'a mis en
ufage.
La quatorziéme eft un chariot ou bi
nort à deux roues , pour voiturer les pierres
taillées , que l'on charge plus vîte &
plus aifément , & auquel il faut moins
d'hommes qu'aux chariots ordinaires.
La quinziéme & la feiziéme font deux
differentes conftructions de brancarts ,
ou ridelles de chariot à fleche , & à quatre
roues égales & grandes , pour tourner
auffi court qu'avec les petites.
à
La dix-feptiéme eft une charette double
quatre roues , pour tourner très - court,
& entrer aux endroits où les carcffes à
arcs ne pourroient même entrer.
La dixhuitiéme eft un avant- train à
grandes roues , que l'on peut appliquer
aux affus de canon pour les voiturer avec
moitié moins de chevaux , ou à peu près ,
en faifant los roues telles que l'Auteur
les
DE SEPTEMBRE 1722 139
les propofe , & épargner par-là les cha
riots de tranfport dont on fe fert pour les
groffes pieces.
La dix -neuviéme eft un caroffe à brancart
, à quatre grandes roues égales
beaucoup moins fujet à verfer , & plus
doux que les autres , auquel deux chevaux
font autant d'effet que quatre aux
caroffes ordinaires , & qui tourne auffi
court que s'il étoit à arc avec de petites
roues.
La vingtiéme eft un train de caroffe à
fleche fans arc , fur lequel on peut fufpendre
un caroffe de plufieurs maneres ',
& auquel on peut appliquer quatre grandes
roues pour la campagne , & y remettre
des petites devant pour la Ville , fi on let
fouhaite , qui tourne fuffifamment pour
le ranger & entrer par tout où les autres
entrent , & qui a le même avantage que
le precedent.
par
La vingt- uniéme eft la defcription d'un
petit caroffe , qui va feul reffort
traîné par deux petits chevaux , qui vont
en courbette , & parcourt un espace de
chemin donné , s'arrête de lui-même en
un lieu marqué , où un laquais , qui eft
derriere , faute à bas ; un autre en Page
fur fa foupante , en deſcend , court à la
portiere & l'ouvre ; une Dame affife dans
le caroffe , fe leve , en deſcend , s'avance
en
$40 LE MERCURE
en dehors , fait une profonde reverence;
prefente un placet , & après avoir attendu
quelque temps , s'en retourne , fait
une petite reverence remonte en caroffe
, le Page lui ouvrant la portiere ,
qu'il referme auffi - tôt , puis s'en retour-.
ne , monte , & fe couche fur la foupante
avec beaucoup d'agilité , après quoi le
Cocher donnant un coup de fouet , les
chevaux reprennent leurs trains , & le laquais
qui eft defcendu de caroffe court
après , & faute derriere avec fubtilité.
Enfin le caroffe , après avoir parcours
les quatre coins prefcrits d'une table ou
d'un parquet , va s'arrêter de lui- même
au même endroit d'où il eft parti. Si on
le monte differemment, il fait les autres
mouvemens des caroffes , comme de fe
promener dans des allées d'arbres , de
tourner en rond autour d'un Château &
autres.
La vingt-deuxième eft une échelle qui
fe plie & fe range d'elle- même par rel
fort , contre une muraille , propre pour
fervir aux endroits où il y a des entrefols
, ou foupantes , fans embaraffer , comme
celle que l'on fait ordinairement en
ces endroits où la place eft petite.
La 23. eft la methode d'appliquer à un
ciel ou à l'imperial d'un lit des poulies ,
pour tirer les rideaux , avec des cordons,
fans
DE SEPTEMBRE 2722. - 14ª
l'on foit ſujet à déchirer ou ſalir
les rideaux.
fans
que
On a rendu le ſtile de ce livre le plus
intelligible qu'on a pû pour toutes fortes
de perfonnes , & on a reduit les figures
en petit pour le pouvoir donner à meilleur
marché. Le prix eft de fix livres .
L'HISTOIRE DES JUIFS & des
Peuples voifins , depuis la captivité des
dix Tribus jufqu'à la mort de Jeſus-
Chrift , par M. Prideaux , écrite originairement
en Anglois , a eu plufieurs
éditions en Angleterre ; la traduction
Françoife imprimée en Hollande cette
année en 5. vol. IR 12. ayantfait connoître
à plufieurs perfonnes le merite de cet ouvrage
, divers Sçavans ont exhorté le
Sieur Cavelier fils , Libraire , ruë faint
Jacques , de l'imprimer à Paris ; il en a
obtenu le privilege , & il n'épargne rien
pour rendre cette édition parfaite. On a
revû la traduction , deux perfonnes con
nues dans la Republique des Lettres , ſe
font chargées , l'un d'ajoûter des remarques
par tout où le texte en a befoin ; l'au
tre d'éclaircir quelques points importans
par
des differtations . Comme ils ne font
pas toûjours de l'avis de M. Prideaux ;
il ne manquera rien pour l'inftruction du
Lecteur Les figures feront gravées avec
foin,
A
LE MERCURE 442
foin , & les Cartes feront retouchées par
un très- habile Geographe.
Ce qui a fait tant eftimer l'ouvrage de
M. Prideaux , c'eft qu'on y trouve la par.
tie la plus curieufe de l'Hiftoire Sainte ,
c'eft-à- dire , celle où l'on voit l'accom
pliffement des Propheties plus éclaircie,
qu'elle ne l'a été jufqu'ici. Comme dans les
temps dont parle M. Prideaux , l'Histoire
Sainte a été fort mêlée avec l'Hiftoire
profane , M. Prideaux a eu l'occafion de
découvrir l'origine des grands Empires ,
& de développer le cahos des Antiqui
tez Babyloniennes , Perfiques & Grecques
, & il l'a fait en habile homme ; s'il
eft tombé dans quelque mécompte , comme
il eft difficile de l'éviter dans une matiere
fi vafte & fi embroüillée , les Editeurs
ne manqueront pas de le relever.
Quoiqu'il n'ait traité qu'une partie de
l'Hiftoire des Juifs , on a dans fon livre
un corps d'Antiquitez Judaïques : car il
ne laiffe paffer aucune occafion d'examiner
à fonds les loix, les ceremonies & les
moeurs de ce peuple on fent par tout
dans fon ouvrage un Critique fçavant &
judicieux , un Hiftorien fincere & fenfé.
Cette Edition fera en fix volumes in 12.
bien plus ample que celle d'Hollande ,
avec figures , qui feront faites exprès pour
le livre.
NOUDE
SEPTEMBRE 1722. 148
NOUVELLE DESCRIPTION DE
la France , dans laquelle on voit le Gou
vernement general de ce Royaume , celui
de chaque Province en particulier , la
defcription des Villes , Châteaux & Monumens
les plus remarquables, 8. vol. in
12. enrichis de Figures en taille douce,
A Paris , chez Delaune , Libraire , ruë
faint Jacques, & chezTheodore le Gras ;
Libraire , au troifiéme Pilier de la grande
Salle du Palais .
Cette nouvelle Edition eft non ſeulement
plus travaillée & plus exacte que
la
premiere , elle eft encore augmentée de
plus d'un quart ; les additions font répan
dues dans tout le corps de l'ouvrage , mais
principalement dans le premier & dans le
fecond volume. Dans le premier l'on trou
ve cinq differtations nouvelles qui traicent
du Clergé, de la Cour , du commer
ce de la France , des Moines & des Reli
gieux , des Etats Generaux , & de la Mi
lice Françoife. Dans l'autre on voit un
grand nombre de Remarques très - curieufes
fur les Antiquitez de Paris , qui n'avoient
jamais été imprimées.
HISTOIRE GENERALE D'ES
PAGNE , traduite de Mariana , & des
autres Hiftoriens Espagnols & Italiens ,
les plus celebres.
Cette
$ 44
LE MERCURE
Cette Hiftoire contient ce qui s'eft
paffé de plus remarquable pendant l'efpace
de plus de 1800. ans , à commencer
depuis qu'Amilcar , pere du fameux Hannibal
, vint en Espagne avec une armée
de Carthaginois , pour conquerir ce beau
Royaume. Ils en furent chaffez par les
Romains , après une guerre de 13. années.
Les differentes revolutions arrivées en
Efpagne , fous la domination des Romains
, des Wandales , des Goths , des
Maures fourniffent une infinité de grands
évenemens , & très - capables de piquer
la curiofité des Lecteurs.
Comme l'ouvrage de Mariana fe termine
à Ferdinand le Catholique , on y a
ajoûté , pour faire une Hiftoire d'Efpagne
complette , les regnes entiers de
Charles I. qui eft l'Empereur Charles V.
de Philippe II. fon fils , de Philippe III.
de Philippe IV. de Charles II . de Philippe
V. à prefent regnant , jufqu'aux
mariages du Prince des Afturies , & de
l'Infante future Reine de France.
Ce livre doit paroître à la faint Martin
prochain en neuf gros volumes in 12 .
avec des figures très-bien gravées. Les
Libraires qui le vendront , font
G.
DE SEPTEMBRE 1722. 145
G. Cavelier , fils.
Giffard .
Moreau. rue S. Jacques.
Huard .
Pralard.
&
Le Gras , au Palais .
EXPOSITION d'une Methode raifonnée
pour apprendre la Langue latine ,
par M. du Marfais. A Paris , chez Ganeau
, & chez Quillan 1722.
Voici une nouvelle Methode pour apprendre
le Latin , dont on peut dire ,
avec l'Approbateur ; qu'il feroit à fouhaitter
qu'on voulût bien la fuivre. Il est même
à préfumer que les Peres , qui entendent
bien leurs interêts , la feront mettre
en pratique . L'Auteur ne l'a publiée ,
qu'après en avoir fait des experiences ,
qui ont eu un heureux fuccès. Voici en
quoi elle confifte.
1
I. L'Auteur veut , qu'au lieu de commencer
par apprendre à décliner & à
conjuguer , on faffe apprendre aux enfans
les mots latins des chofes les plus
fenfibles , & qui frappent leur imagination
, comme le pain , l'eau , &c. Enfuite
il leur fait expliquer du latin rangé ,
felon la conftruction fimple , fans aucune
inverfion , & fans aucun mot fous - en-
G tendu .
1
746 LE MERCURE
tendu. Jufqu'ici il ne fait rendre aucu
ne raifon aux commençans , des mots
qu'ils apprennent : Ils fçavent, par exemple
, que fylvarum veut dire des forêts ,
quu''amavi fignifie j'ai aimé , fans fçavoir
le cas ou le temps de ces mots .
2. Quand les commençans ont été exercez
pendant quelque temps à cet ufage
& qu'ils fe font , pour ainfi dire , apprivoifez
avec le Latin , il leur apprend
alors à décliner & à conjuguer , & cela
dans un ordre plus facile que ceux qui
ont parû jufqu'à prefent. Il fait apprendre
la raifon des cas felon la Grammaire
raifonnée , ce qui forme l'efprit des jeunes
gens.
On voit à la fin de cette expofition ,
une pratique de la Methode en quetion ,
fur le Poëme feculaire d'Horace . Les mots
propres d'Horace font rangez dans l'ordre
naturel , & fous chaque mot latin ,
il y a le mot françois qui lui répond.
L'Auteur fait voir que cette maniere de
traduire leve toutes les difficultez , & fair
entendre le tour latin . Il condamne l'ufage
des themes , dont il fait voir les inconveniens.
Ce petit Ouvrage eft rem
pli de reflexions curieufes & inftructives,
qui nous le font annoncer avec plaifir .
Le Prince des Aigues- Marines , & le
&
DE SEPTEMBRE 1722. 147
& le Prince invifible. A Paris , chez
L. Dominique Vatel , Quai des Auguftins
, 1722. vol . in 12. de 210. pages . Ce
font deux Hiftoriettes intereffantes , bien
écrites , & ornées de divers morceaux de
poëfies .
,
Nous voudrions qu'il nous fût permis
de donner le difcours entier de M. Fargés
de Polizy . Avocat du Roy âu Châu
telet , fur le fujet donné par l'Academie
Françoife. Melius eft à fapienti corripi
quàm ftultorum adulatione decipi . Ecclef.c .
7.0.6.Il vaut mieux être repris par un hommefage,
que d'être feduitpar la flaterie d'un
infenfe . Ce difcours jugé le fecond par
l'Académie Françoife , a tant de préci
fion , & la Rhetorique y.eft fi fubordonnée
au raifonnement qu'on ne peut
en faire un extrait , fans retrancher quelques
preuves au texte , & quelques maximes
à la morale . M. de Polizy a marqué
la jufteffe de fon difcernement , amateur
de la belle fimplicité , & fe fervant
de la divifion que lui prefente l'Ecriture.
La premiere partie de fon difcours démontre
l'utilité de la cenfure prudente ,
meliùs eft à fapienti corripi. Et la feconde
peint vivement les artifices de la flaterie
, quam ftultorum adulatione decipi.
G ij L
1
148 LE MERCURE
L'exorde eft un tableau , où les cou
leurs font diftribuées en maître. C'eſt un
portrait de l'égarement humain. Sil'homme
, dit l'Auteur , fe connoît quelquefois
tel qu'il eft , ce n'est presque jamais à lui
qu'il en doit l'avantage. En effet , tout
femble confpirer à l'égarer , l'oifiveté le
corrompt , le travail le rebute , les honneurs
l'enyorent , le mépris le déconcerte ,
la folitude l'ennuie , le commerce du monde
le diffipe , la bonne fortune l'aveugle ,
la mauvaife le décourage , le prefent lui
échappe , l'avenir l'inquiete , &c.
L'Auteur dans fa premiere partie catacterife
parfaitement la cenfure prudente
prefcrite par l'Ecclefiafte. Il commence
par une apoftrophe contre les mifantropes
qu'on ne peut trop relire. La voici.
Loin d'ici ces Cenfeurs outre , ces
Critiques infenfe , qui diftilent toujours
& le fiel & l'amertume , qui , dans leur
cenfure , moins guidez par la prudence ☞
la verité , que par leur goût & leur temperamment
, femblent ne vivre avec les
hommes que pour leur déclarer la guerre.
Cenfeurs farouches , ils ne fe livrent à la
Societé , que pour en troubler l'harmonie ;
Cenfeurs emportez, ils revoltent au lieu de
perfuader , & fouvent même par une criique
mal entendue & trop vive , ils prètent
au vice des armes pour fe défendre :
L'homDE
SEPTEMBRE 1722. 149
L'homme qui s'est écarté du ſentier de la
vertu , veut bien plus de ménagement pour
y rentrer:
د
Semblable , continue- t - il , à ces torrens
rapides , dont les eaux débordées inondent ·
Les campagnes & renverfent avec violence
le plus doux espoir du Laboureurs
Si tout à coup vous leur oppofez une digue
pour arrêter le progrès de leur cours
rapide , loin d'en rallentir la fureur, vous
l'augmente mais fi une main adroite détourne
avec art le cours des eaux , fi avec
douceur & ménagement elle en change ba
pente , vous les voyez ces eaux devenir
tranquilles , rentrer dans leur lit , & reprendre
fans peine leur cours ordinaire &
paifibles
Enfuite l'Auteur propofe pour exemple
d'une cenfure prudente , celle
que fie
le Prophete Nathan à David , & fait de
fages leçons aux perfonnes , à qui le caractere
& le rang donnent le droit de reprendre
& de cenfurer. Il les finit par
une application très- heureufe de la parabole
de l'yvroye , au fujet qu'il aite . I
femble , dit-il , que Dieu ait voulu nous..
preferire par la Parabole de l'yvroye femée
dans le champ , les ménagemens que l'on
doit avoir pour eux que l'on reprend. Les
ferviteurs viennent dire au Pere de famille
: Seigneur, n'aviez- vous pas femé du
Giij
bon
.750 LE MERCURE
bon grain dans votre champ ? d'où vient
donc qu'il y a de l'yvroye ? voulez- vous
que nous allions l'arracher? non, leur répond
- il , de peur qu'en arrachant l'yvroye
, vous n'arrachiez auffi le bon grain:
le coeur de l'homme eft le champ de la
vertu il n'y feme que de bon grain,
mais l'yvroye des paffions l'empêche de
croîtres ilfaut pour l'un & l'autre attendre
jufqu'au temps de la moiffon , c'est au
Cenfeur prudent & vertueux à la prepa- *
rer, & à l'avancer par fon exemple &
par la douceur de fon coeur.
و
La feconde partie commence par une
phrafe qui renferme bien des reflexions.
Avouons- le à la bonte de nôtre raison ,
l'homme eft fon premier & fon plus dangereux
flateur .... Après ce trait , qui
eft fuivi d'une penitence forte & vraye de
l'orgueuil hereditaire du coeur humain ,
l'Auteur définit le flatteur par une comparaifon
neuve & frappante. C'eft , dit-.
il , un miroirfidele , qui ne perd aucun de
vos mouvemens , pas un ne lui échappe
....
Il n'a point d'opinion , point de goût
qui lui foit propre. Vos fentimens font la
reg'e des fins. Quelquefois cepend nt ,
pour fe donner auprès de vous un caractere
de fincerné , il ofere vous reprendre
d'un leger deffunt ; mais dans ce moment
il prépare à vos vices les plus criants , le
danDE
SEPTEMBRE 1722 .
dangereux poifon de fes louanges , que vous
boire d'autant plus aisément que vous les
croire finceres ...
Autre comparaifon qui marque le difcernement
de l'Orateur dans le choix des
ornemens qu'il employe . Le flatteur , ditil
, perdra tôt ou tard le Prince auquel il
s'attachera , s'il en eft écouté ; femblable à
cette herbe rampante , qui couvre de fes
branches les murailles qu'elle détruit dans
la fuite.
Les vertus de Neron , confultant Seneque
& Burrus , corrompues par les
flatteurs , dès que ce Prince leur prête
l'oreille , l'endurciffement de Roboam ,
& l'impieté d'Achab , pernicieux ouvra➡
ge's de l'adulation , fourniffent des citations
brillantes & connues , qui terminent avec
éclat la feconde partie de ce difcours auffi
Chrêtien que fleuri. Il n'eft pas furprenant
que l'Auteur ait traité avec force &
avec dignité , une matiere qui intereffe
également la Religion & l'Etat. Son éloquence
accoûtumée aux fujets relevez ,
ne répand pas de vaines fleurs fur des
differtations inutiles . La défenfe des loix ,
la protection de l'innocence , & la punition
du crime , font les fruits qu'elle cultive
, & qu'elle fait naître.
Giiij
Le
152
LE MERCURE
Le premier Difcours qui a remporté
le prix de l'Eloquence , n'eft point encore
imprimé. Nous en parlerons quand il paroîtra
Le premier de ce mois le Roy a donné
à M. Jerôme Bignon de Blanzy , Maître
des Requêtes , la furvivance de la Charge
de Bibliothequaire de Sa Majesté .
M. Bignon eft neveu de M. l'Abbé Bignon
, Titulaire de cette Charge , fils de
M. Bignon, Intendant de Paris , petit- fils
de M. Bignon , Confeiller d'Etat , & arriere-
petit - fils du celebre Jerôme Bignon
, fi univerfellement connu dans la
Republique des Lettres. Il eft le quatriéme
de fon nom revêtu de cette
Charge.
Je ne puis mieux faire que de rapporter
les propres termes de fes provifions
qui me font heureuſement tombées entre
les mains.
Louis , &c. Nôtre Bibliotheque , &
le Cabinet de nos Médailles , étant par
le nombre & le choix des Livres , & des
raretez antiques & modernes qui les compofent
, ce qu'il y a de plus grand en ce
genre dans l'Europe ; nous avons eu
une attention particuliere à les confier à
une perfonne , qui pût foûtenir ce qu'un
pareil
DE SEPTEMBRE 1722. 153
1
vail ,
>
pareil dépôt demande de talens & de tra-
, pour le rendre auffi utile que magnifique.
Ce fut dans cette vûë qu'après
la mort du Sieur Abbé de Louvois , trouvant
dans la perfonne du Sieur Abbé
Bignon , le genie , l'érudition , le goût,
& l'activité neceffaires à cet emploi ,
nous l'en pourvûmes ; & la maniere dont
il commença d'en établir l'ordre , nous y
fit réunir par nos Edits des mois de Janvier
& de Mars 1728. les Charges de
Garde du Cabinet particulier de nos Livres
du Louvre , Cour & fuite , de nôtre
Bibliotheque de Fontainebleau , &
de toutes autres , fi aucunes nous avions
Ses foins ont fi parfaitement rempli nôtre
attente , que nous avons crû devoir lui
permettre de fe choiſir un fucceffeur , &
nous avons d'autant plus volontiers agréé
le Sieur Bignon fon neveu , qu'élevé de
fa main avec les difpofitions heureuſes ,
le zele , & l'integrité hereditaires que
nous lui connoiffons , nous nous affurons
pour l'avenir , un fujet digne d'un poſte
important , que fes ayeux ont avec tant
d'honneur occupé dans le fiecle paffé .
Le Sieur Jean Mauger , natif de Diepe
, excellent Graveur des Medailles du
Roy, qui a gravé prefque toute l'Hiſtoire
metallique de Louis le Grand
Gv
eft
nort
154
LE MERCURE
-
mort âgé d'environ 60. ans , le 9. de ce
mois , aux Galeries du Louvre , où il
étoit logé par brevet , avec quantité d'autres
illuftres dans les Arts & dans les Méchaniques
, à qui le Roy donne cette
marque particuliere de fa protection ,
ler qu'ils excellent dans leur profeffion.
Le Sieur du Vivier , originaire de Liege
, de même que le fameux Warin ,
Graveur des Médailles du Roy , de l'Academie
Royale de Peinture & Sculpture
, qui dans ce genre d'ouvrage , s'eft
déja acquis de la reputation , a été
gratifié par brevet du Roy , du logement
qu'occupoit le Sieur Mauger.
M de la Ligerie , Chirurgien de feu
Madame la Duphine , eft mort au commencement
de l'autre mois , âgé de 87.
ans . Il étoit Auteur du remede appellé
l'alkermès , ou aur fique , connu fous le
nom de la poudre des Chartreux , parce
que M. de la Ligerie avoit bien voulu
communiquer fon fecret à Frere Simon
Chartreux , chargé du foin de l'Apotiquairerie
du Couvent de Paris .
M. Ranc , natifde Montpelier , de l'Academie
Royale de Peinture , qui a eu
l'honneur de peindre Monfieur le Duc
d'Orleans & M. le Duc de Chartres ,
part
DE
SEPTEMBRE 1722. 155
part pour Madrid , pour faire les portraits
de la Famille du Roy d'Efpagne ,
avec 10000. livres d'appointemens ; les
frais de fon voyage , & les tableaux qu'il
fera feront payez en particulier.
M. de Pouilly vient d'être nommé
Membre de l'Academie des Infcriptions
& Belles- Lettres , à la place de feu M.de
Baudelot.
Le 6. du courant l'Academie Royale
de Peinture & Sculpture , eut l'honneur
de faluer S. E. M. le Cardinal du Bois
fur fa nouvelle dignité. M. de Boullongne
, Chevalier de S. Michel , Directeur
de l'Academie , parla au nom de la Com
pagnie , & dit que l'Academie , ayant déja
l'honneur d'être fous la protection de
M. le Duc d'Antin , elle n'auroit plus rien
à defirer , fi S. E. daignoit jetter un regard
favorable fur les Arts dont cette
Académie fait profeffion . S. E. répondit
obligeamment qu'elle s'étoit toûjours
fentie une finguliere inclination pour la
Peinture & la Sculpture , également employées
à orner les Temples , décorer
les Palais des Rois , & à immortalifer
les grands Hommes , & qu'elle voyoit
avec admiration les progrès que ces beaux
Arts faifoient dans le Royaume , par l'ap
G vj plica
5
256 LE MERCURE
plication continuelle des illuftres qui les
exercent , & qui par leur éminent fçavoir
l'emportent fur toute l'Europe . S.
E. ajoûta que les Grecs , & fur tout les
Atheniens , y avoient excellé , comme on
en peut juger par les rares monumens qui
ont paffé jufqu'à nous , & qui font préfumer
que la Peinture étoit pour lors arrivée
au même degré, de perfection , mais
qui malheureufement n'a pû refifter à la
durée de tant de fiecles. S. E. dit en finiflant
, qu'elle fe feroit toûjours un grand
plaifir de marquer l'eftime qu'elle avoit
pour la Compagnie , & de lui en donner
des témoignages.
La Députation étoit compofée du Directeur
, du Chancelier , des Recteurs &
Profeffeurs , du Treforier & du Secretaire.
Le
7. de
ce
mois
les
Academies
Roya
les
des
Belles
- Lettres
&
des
Sciences
, &
le
College
des
Profeffeurs
Royaux
, allerent
en
Corps
complimenter
M.
le
Cardinal
du
Bois
. M.
l'Abbé
Bignon
, qui
les
prefenta
, ne
fit
point
de
harangue
en
forme
, &
crut
qu'il
conviendroit
mieux
de
faire
connoître
par
une
fimple
converfation
, le
merite
&
les
talens
de
chacun
des
membres
qui
, compofent
ces
trois
Compagnies
. M.
le
Cardinal
du
Bois
paDE
SEPTEMBRE 1722. IST
rut fe preffer avec plaifir à cette converfation
, qui fut de part & d'autre vive
, fçavante , & affaiſonnée , & de tout
le goût , & de toute la politeffe que don
nent la vraye érudition . Les Academiciens
fe retirerent enfuite l'un après l'autre
, & firent en fortant leur reverence
particuliere à S. E. qui leur dit à chacun
d'eux quelque chofe de gratieux & d'obligeant.
On mande de Milan que le Comte
de Colleredo a ordonné à tous les Imprimeurs
de la Ville , de fournir à la
Bibliotheque Ambroisienne un Exemplaire
de tous les Livres qui s'imprimeront
dorénavant , Sa Majefté Imperiale
ayant refolu de rendre cette Bibliotheque
la plus confiderable de celles
d'Italie , & ayant déja deftiné des fonds.
pour l'enrichir , s'il eft poffible , au
sant qu'aucune autre de l'Europe .

SUITE
158 LE MERCURE
SUITE DES MEDAILLES DU ROY,
avec l'explication des Types
& Legendes.
MEDAILLE XX.
LE
RE'TABLISSEMENT DE LA SANTE'
DUROY . On voit d'un côté la tête de
Louis XV . avec l'infcription ordinaire
& pour revers , la France & la Religion à
genoux , près d'un Autel , avec ces mots
pour Legende , VOTA PUBLICA . Voeux
publics. Exergue. RESTITUTA , Regis
fanitate an. Dom. MDCCXXI . Pour le
rétablissement de la fanté du Roy.
X X I...
Le Portrait du Roy & celui de l'Infante
en regard , & autour. Lud . XV.
FR. ET NAV. REX. MAR. ANN.
VICT. HISP. INF . tous les Portraits ,
pactum connubium. Alliance promife mutuellement.
MDCCXX I. Revers , un
faiſceau de plufieurs armes , liées par un
ruban . avec ces mots pour Legende , NEXA
QUIESCENT , tant que le lien durera
elles feront en repos.
le Roy & l'Infante en regard avec
leurs noms autour , & dans l'Exergue ,
LUDOVICI
XV.D.C
ՏՈ
HE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY.
STOR,
LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS.
XXI.
QUI
HE
NEW
YORK 3LIC
LIBRARY
.
LENOR
AND
i
DE SEPTEMBRE 1722. 159
LUDOVICI MAGNI PRONEPOTES ,
arriere-petit-fils , & arriere-petite- fille
de Louis le Grand. Revers. L'Hymenée
prefentant l'infante à la France . Legende.
PIGNUS TRANQUILLITATIS PUBLICA.
Gage de la tranquillité publi
que , Exergue. MDCCXXI.
L
SPECTACLE S.
Es Comediens François ont remis au
Theatre fur là fin de l'autre mois la
Tragedie de Penelope de feu M l'Abbé
Geneft . Elle a eu plus de fuccès dans
cette reprife , que lorfqu'elle fut reprefentée
dans fa noveauté au mois de Janvier
1684. fur le Theâtre de Guenegaud,
où elle ne fut jouée que huit fois.
Ce Poëme n'a été imprimé à Paris que
plus de vingt ans aprés , & ce ne fut encore
que pour reparer l'édition défec--
tueufe qui s'en fir en Hollande , fous le
nom fuppofé de M. de la Fontaine. L'Abbé
Geneft qui en eft le veritable Auteur ,
difent les journaliſtes de Trevoux',
tâché de la remplir des fentimens de vertu
, qui font l'ame de la focieté civile.
Il n'a point voulu imiter ces Auteurs
* Septembre 1703•´

و
qui
160
LE MERCURE
1
qui pour de legers & vains applaudiffes
mens , ne craignent point de flater la
molleffe , & la corruption , & d'entretenir
des paffions déreglées. 1
Un Prélat qui a écrit lui-même contre
le Theatre a pourtant témoigné qu'il ne
craindroit point d'approuver Penelope.
Ce n'eft pas qu'on ne donne ici un peu
d'amour à Telemaque , pourfuivent los
mêmes journaliſtes ; mais outre que cet
amour eft toûjours foûmis à la raiſon ,
l'Auteur dit qu'il ne lui en donneroit peutêtre
pas fi c'étoit à recommencer ; mais
qu'on n'ofoit encore de fon temps faire
paroître au Theatre un jeune Heros fans
amour.
M. l'Abbé Dubos qui fucceda à M.
l'Abbé Geneft à l'Academie Françoiſe ,
dit dans le difcours qu'il prononça à ſa
reception dans cet illuftre corps , en parlant
des grandes qualitez de fon predeceffeur
, & de les ouvrages , que la Tragedie
de Penelope plaît encore plus par le
caractere vertueux de fes principaux perfonnages
, que par le merveilleux des incidens
, & par fon dénouement pathetique.
Au refte cette piece eft parfaitement
reprefentée ; la De Duclos , & les ficurs
Baron , Quinaut du Frefne , le Grand
& Fontenay , joient les rôles de Penelope
, d'Uliffe , de Telemaque , d'Eurimaque
, & d'Eumée. Le
DE SEPTEMBRE 1922 .
Le 11. de ce mois les mêmes Come
diens ont donné la premiere reprefentation
de la Comedie du Nouveau Monde
en trois Actes , & en vers libres , avec
un Prologue , & trois Intermedes .
On peut appeller cette piece une heureufe
fingularité ; elle fait beaucoup de
bruit dès fa naiffance , & la contradiction
qu'elle a d'abord excitée , jointe à l'incognito
de l'Auteur , promet un grand ſuccès.
Voici ce que nous avons pû en remarquer
en trois reprefentations des plus
complettes qu'on puiffe voir , même en
hyver.
Le fyftême que l'Auteur anonime de
cette Comedie s'eft fait. 1 ° C'eft que l'a
mour eft la fource de toutes les paffions .
2 °. Que ce font les paffions qui ont banni
la juftice de la terre. 30 Que les paffions
reglées par la raifon contribuent à la fe-
Jicité des hommes. Voilà fur quoi roule
toute l'allegorie de l'action Theatrale ,
& à quoi tout le réduit. Dans le prologue
, Aftrée fe plaint de l'ingratitude de
fes enfans qui l'ont forcée à les abandonner.
Elle fe flate de regner encore fur la
terre par les tendres foins de Jupiter
fon pere , qui vient d'affembler le Confeil
des Dieux , pour déliberer fur fon retour
chez les humains . Mercure vient lui annoncer
qu'on plaide fa caufe actuellement
162 LE MERCURE
ment ; mais que s'étant endormi à l'audiance
par la fade & affoupiffante éloquence
d'Apollon , il n'a prefque rien
entendu , finon que Jupiter à parlé d'un
nouveau monde qu'il prétend faire exprès
pour elle. Jupiter vient annoncer à
Aftrée , que fon retour fur la terre eſt
réfolu ; mais que pour empêcher que les
paffions ne l'en banniffent une feconde
fois , il va créer de nouveaux habitans
que Mercure prendra foin de polir dans
une Ifle , entourée de rochers pour en défendre
l'accès au refte de la terre. Il prétend
par là interdire le commerce des
paffions.
Mercure a beau lui reprefenter que
l'Amour , qui vient d'expofer fes droits
dans le Confeil , ne confentira jamais au
projet qu'il vient de former , & qu'il
voudra regner dans ce nouveau monde ,
comme il fait dans l'autre ,, avec toutes
les paffions , dont il eft le pere. Jupiter
dit qu'il a pourvû à tour, & que l'Amour
a juré par le Styx de n'y jamais entrer à
moins qu'Aftrée n'y confente elle - même.
Aftrée dit à Jupiter qu'elle a trop d'intereft
à ni confentir jamais. Par là toutes
les difficultez femblent s'évancüir. Jupiter
ordonne à Mercure de ne plus repliquer
, & de fe preparer à partir pour
ce nouveau monde , dont il doit inftiuire
les
DE SEPTEMBRE 1722. 163
il
les habitans ; il lui donne la raifon pour
compagne , moins pour le feconder , dit-
, que pour veiller fur lui , d'autant
qu'il a donné de l'ombrage à Jupiter par
les obftacles qu'il a fait naître ,contre ce
nouveau projet.
ACTE I.

4
Le Theatre reprefente le nouveau
monde ; c'eſt une Ifle entourée de rochers
, où Jupiter a créé de nouveaux
hommes de tout fexe & de tout âge
quoique formés en même temps. Mercure
& la Raifon ouvrent la fcene . Ce meflager
des Dieux à qui l'Auteur a donné let
rôle comique & brillant de fa piece , ſe
mocque des précautions de Jupiter , il dit
à la Raifon que l'Amour a bien dû rire
à fon tour , lui qui occupoit déja les dedans
d'une place dont on fortifioit les
dehors avec tant de foin : la raifon qu'il
en donne , c'eft que la nature a jetté le
germe des paffions dans tous les coeurs.
Ce que Mercure dit à la Raifon la fait
trembler ; elle veut veiller plus que jamais
fur fes nouveaux éleves ; & voyant
venir Terfandre & Carite , elle fe retire
avec Mercure , & fait connoître par un
parte , qu'elle veut les obferver . Terfandre
& Carite font connoître dans leur
entretien qu'ils s'aiment , non de fimple
amitié
à
764
LE MERCURE
amitié , mais d'ure tendreffe qu'ils n'ont
point pour les autres habitans , & tout
cela fans fçavoir , ni pourquoi , ni comment.
Euphrofine , une de leurs amies
vient avec empreffement demander à
Terfandre fon fentiment fur quelque
chofe qu'elle a trouvé dans un buiffon.
Terfandre lui répond que Mercure lui a
dit que cela s'appelle un nid . La Raifon
qui les obferve vient prévenir le commentaire
, & leur dit que puifqu'ils font fi
curieux quand ils font enfemble , elle va
les feparer. Terfandre & Carite témoi
gnent un tendre regret de cette feparation
, au lieu qu'Euphrofine en marque
une joye maligne ; d'autant , dit- elle ,
que Carite perdra plus qu'elle dans la
privation de Terfandre , dont elle eſt
plus aimée. Elle fait entrevoir par là une
jaloufie naiffante qui confirme encore
plus la Raifon dans fes allarmes , & dans
-la réfolution de les feparer ; elle ordonne
à Carite & à Euphrofine de la fuivre.
Terfandre s'abandonne à fa douleur , il
fe plaint à Mercure de la rigueur de la
Raifon ; Mercure lui demande ce qui
peut avoir donné lieu à cette feverité ;
Terfandre lui répond que c'est moins
que rien , & lui montre le nid qui a caufé
fon malheur . Mercure le raille fur fa
curiofité , & l'exhorte à fe tenir à l'ave
nic
DE SEPTEMBRE 1722. 165
nir dans une tranquille ignorance : tout
cela ne fert qu'à irriter encore plus le
defir de fçavoir dans le coeur de Terfandre
; il demande à Mercure quel myſtere
peut être renfermé dans ce nid qui a cau-
Té fa difgrace. Mercure paroît fort embarraffé
, craignant d'en trop dire . Il lui
prêche la docilité ; Terfandre lui dit au
contraire , que puiſqu'il l'inftruit fi mal
il va prendre à l'avenir le contre-pied
de toutes fes leçons. Alcidamas furvient
avec une maffuë à la main ; c'eft un cas
ractere plus docile par bêtife , mais feroce
jufqu'à l'excès par orgueil. Il s'emporte
contre Mercure qui lui reproche fa
farouche humeur , & il fort en le menaçant
tout Dieu qu'il eft. Mercure congedie
Terfandre , & lui ordonne d'aller
tout preparer pour l'arrivée d'Aſtrée qui
va defcendre des Cieux pour regner fur
les habitans du nouveau monde. Terfandre
obéit avec d'autant plus de joye que
la Fête devant être generale , il fe flate
d'y voir fa chere Carite : ce qui fait
dire ces deux vers à Mercure.
Par fa prévoyance maudite ,
La Raifon a tout dérangé.
Il y a encore dans ce premier acte une
fcene entre Mercure & une jeune fille
qui laiffe entrevoir du panchant pour la
coqueterie
266 LE MERCURE
1
coqueterie
formé par la feule nature. Elle
veut plaire à tout le monde par le feul
motifde paffer pour belle. Aftrée defcend
des Cieux , & fait le premier intermede
qui roule fur le retour des beaux jours de
l'âge d'or. Après la Fête, Carite, toute en
pleurs , vient demander
grace à Aftrée
pour un enfant qui vient de faire nauffrage
fur ces bords. Aftrée fe détermine
à l'aller fecourir , par la raifon
n'étant
que
qu'un enfant il ne peut pas encore être infecté des moeurs de l'autre monde.
ACTE 11.
La Raifon fe plaint à Mercure de l'in •
jufte préférence qu'un enfant emporte fur
eux dans le coeur de leurs ingrats Difciples.
Mercure lui reproche fa crainte &
fa feverité hors de faifon . La Raiſon n'en
devient pas plus tranquille , & quitte
Mercure en proteftant qu'elle va s'aflurer
de cet enfant , qui fans doute leur apporte
les moeurs pernicieu fes qu'il a puifées
dans l'autre monde. Aftrée vient remercier
Mercure d'avoir infpiré de
beaux fentimens dans les coeurs de fes
nouveaux fujets , & fur tout elle s'applaudit
de l'ardeur avec laquelle ils exercent
les droits de l'hoſpitalité envers cet enfant
qu'elle vient de fauver. Mercure lui
dit qu'il s'en faut bien que la Raifon en
foit
DE SEPTEMBRE 1722. 167
foit auffi fatisfaite qu'elle. Il l'inftruit de
tout ce qu'il a découvert dans les coeurs
de fes éleves. Il infifte toûjours fur le
fyftême de l'Auteur , c'eft- à-dire , fue le
germe des paffions que la nature jette
dans tout ce qui refpire. La Raifon revient
avec l'enfant , qui ne la fuit qu'à
contre coeur , & l'accable d'injures ; Mercure
flate ce petit emporté , & l'ayant
radouci, il prie Aftrée & la Raifon de le
laiffer feul à feul avec lui . Cette fcene entre
Mercure & l'Amour eft d'une grande
fineffe ; l'enfant ne lui parle que par
équivoques , & lui donne enfin détranges
foupçons. Comme Mercure le preffe
trop , il s'échappe d'entre fes mains
pour aller joindre Terfandre & Carite
qu'il apperçoit. Mercure fent redoubler
fes foupçons ; mais pour ne fe point commettre
mal- à- propos , il va chercher Alcidamas
pour diffiper la foule que cet enfant
traîne après lui.
Mercure s'étant retiré , l'enfant revient
avec Terfandre & Carite , à qui il veut
fervir de precepteur . Il leur donne une
premiere leçon , qui , à ce qu'il leur dit
doit être fuivie d'une feconde plus utile ,
& 'plus agréable.
Euphrofine arrive , elle veut poffeder
ce petit enfant à fon tour ; Carite le lui
difpute ; Alcidamas furvient , menaçant
d'exterminer
168 LE MERCURE
d'exterminer cet enfant , qui femblevou
kir regner fur eux ; l'enfant le defarme
par la douceur de fa voix , & le force à
mestre fa maffue à fes pieds . Aftrée ,
Mercure & la Raifon voyant la ferocité
d'Alcidamas , défarmé par un enfant , re
doutent plus que ce ne foit l'Amour. Ce
Dieu triomphant fe fait enfin connoître.
Aftrée lui reproche fon parjure ; mais
l'Amour lui répond qu'il n'eft entré dans
ce nouveau monde que de fon aveu , ce
qui étoit la principale condition du ferment.
La Raifon deſeſperant de réſiſter
à l'Amour, & aux paffions qui vont bientôt
fuivre les pas , remonte dans le Ciel ;
Mercure l'y fuit , après avoir dit à Altrée
, qu'il vient de s'avifer d'un ftratagême
, dont il efpere un heureux fuccès.
Aftrée quitte la place à l'Amour qui appelle
les jeux & les plaifirs : ce qui fait
le fujet de l'intermede de ce fecond Acte,
ACTE III. "
.L'Amour & Terfandre commencent ce
dernier Acte. Terfandre fe plaint de la
rigueur de Carite qui le fuit ; l'Amour lui
dit qu'elle le craint , mais qu'elle ne l'en
aime que davantage ; Carite vient , elle
fe plaint à Terfandre des allarmes qu'il
lui caufe. L'Amour la raffure , & lui dit
qu'il veut qu'elle regne avec fon amant
fur
DE SEPTEMBRE 1722. 169
fur ce peuple nouveau . Il fort avec eux
pour declarer fon choix à tous les habitans
de l'Ile.
Euphrofine qui a entendu les dernieres
paroles de l'Amour , eft jaloufe du
bonheur de Carite , elle veut le troubler
& armer contre ces heureux amants
l'ambitieux Alcidamas , dont elle eft aimée.
Aftrée qui furvient la veut arrêter ;
mais elle lui dit que l'Amour a rompu
toute l'intelligence qui regnoit entre les
fujets. Mercure redefcend des Cieux ; il
annonce à Aftrée que fon ftratagême a
réüffi , que le deftin feconde leurs communs
projets , & que pour faire fentir à
l'Amour les maux qu'il fait fentir aux autres
, on va lui donner , non -feulement une
maitreffe , mais une femme. Cette femme
eft la Raifon rajeunie par Hebé , & embellie
par Venus elle-même , qui confent
à ce mariage. Aftrée brûle d'impatience
de voir ce grand évenement ; elle apprend
à Mercure que l'Amour a déja tout bouleverfé
dans ce nouveau monde , Mercure
fort pour aller reprimer les féditieux par
la puiffance de fon caducée . L'Amour
vient & fait une fcene affez plaifante, fur
le ton irronique avec Aftrée. Cette Déeffe
voyant defcendre la Raifon dans une nuë,
le vifage voilé , dit à l'Amour qu'il va
trouver à qui parler . L'Amour s'en moc-
1
H
que
170 LE MERCURE
que , la Raifon fe radoucit auprès de
l'Amour qui l'accable d'injures ; elle leve
enfin fon voile. L'Amour la trouve
charmante , & lui offre fa main , la Raifon
lui dit qu'elle veut un bon contrat
pardevant le deftin . L'Amour eft effrayé
du contrat, & pour s'en faire aimer malgré
qu'elle en ait , il choifit un trait vainqueur
, que la Raifon pare fi à propos
avec fon égide , que par contre - coup
l'Amour fe bleffe lui- même. Mercure qui
arrive eft fort furpris de trouver l'Amour
demandant grace à la Raifon. Inftruit
par la Raifon de ce qui s'eft paflé entre
eux , & attendri des regrets douloureux
de l'Amour , il propofe de les marier enfemble
, & leur dit qu'il eft muni d'un
plein pouvoir pour cet Hymen. La Raifon
n'y veut confentir , qu'à condition
que l'Amour lui cedera tous fes droits
fur les coeurs des mortels. Mercure trouve
la Raifon defraifonnable , & fe rend
mediateur du traité , qui eft enfin conclu
à la fatisfaction des deux parties ; la Raifon
confent que les paffions regnent
dans les coeurs des hommes , mais elle fe
referve d'en regler l'ufage ; l'Amour confent
à tout , & l'embraffe . Mercure annonce
à Aftrée cet heureux accord qui doit
faire le bonheur de fes peuples ; cet acte
finit par le double mariage de Terfandre
avec
DE SEPTEMBRE 1722. 1712
avec Carite , & d'Alcidamas, avec Euphrofine.
Les peuples viennent celebrer
une Fête à la gloire de l'Amour & de la
Raifon , réunis pour la felicité du monde.
Voilà tout ce qu'on a pû retenir en trois
reprefentations , c'eft aux lecteurs à fuppléer
aux circonftances , dont les fcenes de
cette piece font fufceptibles ; on nous en a
promis une differtation critique, dont nous
ferons part au public fi - tôt que nous l'aurons
reçûë. Pour donner une idée de la
verfification , dont on fait beaucoup de
cas , on a crú qu'il fuffiroit de mettre içi
une tirade qu'on a retenue du prologue :
C'eft Aftrée qui dit à Mercure, en parlant
d'Apollon .
Tu parles en rival de fa gloire jaloux ,
1 excelle en l'art de bien dire.
Mercure lui répond.
Moy jaloux d'Apollon , quel rival , il m'inſpire
Plus de pitié que de courroux.
Mon éloquence eft mâle , & la fienne eft fe
melle ,
J'ai feul inventé ce grand art ,
Où vous prétendez qu'il excelle.
11 neglige du vrai la beauté naturelle ,
Et vous met fur le faux une couche de fard ,
Qui ne plaît qu'au premier regard ,
Hij
Of
172
LE MERCURE
Où l'efprit par tout étincelle ,
Et la raiſon n'a point de part.
A l'ébloüiffant étalage ,
Le fot fe laiffe prendre & le flateur fourit ,
Moy , dont le defaveu fur mon front eft écrit ,
Je ne puis me réfoudre à prêter mon fuffrage
Aux fades beautez d'un ouvrage ,
Où je ne voi que de l'efprit.
Au refte on ne fçauroit exprimer le
plaifir que l'Amour fait dans cette Comedie.
Il eft reprefenté par un enfant de
neuf ans , fils du fieur Dangeville , Danfeur
de l'Opera , & d'une foeur de la
Dile de Marre. On ne peut jouer , ni avec
plus de grace , ni avec plus d'intelligence
que cet enfant en fait briller dans un âge
fi tendre .
C'eſt le fieur Quinault l'aîné , qui remplit
au gré de tout le monde le rôle de
Mercure , qui l'a dreffé , & cet écolier
ne lui fait pas moins d'honneur , que les
intermedes de la piece , dont la musique
eft très-applaudie , qui font de fa , com
pofition.
Le fieur Dangeville en a fait le Ballet
qui n'eft pas moins eftimé.
Voici les couplets du Vaudeville du
dernier intermede , on en trouvera l'air
noté page 121. Mercure
DE SEPTEMBRE 1722. 173
Mercure.
Entre l'amour & la Raifon ,
L'un dit que fi , l'autre que non
Je viens de finir la querelle,
La paix va regner à ſon tour ,
La Raiſon éclaire l'Amour ,
Et l'Amour s'enflâme pour elle.
La Raifon.
Toûjours que fi , jamais que non ,
J'ai mis l'Amour à la Raiſon ,
l'autre. Nous allons brûler l'un pour
Que tout fente ici nôtre ardeur ,
Dès que j'aurai fait fon bonheur
Je travaillerai pour le vôtre.
L'Amour.
Je ne crains plus que la Raiſon
Puiffe jamais dire que non.
Pour mieux affeurer mon empire
Je me fuis rangé fous le fien ,
Et je vais m'y prendre fi bien
Qu'elle ne pourra s'en dédire.
Terfandre.
Il faut aimer à l'uniffon ,
Toûjours que fi , jamais que non
Hiij
Trop
274 LE MERCURE
Trop heureux qui fuit ma methode ,
Et qui ne s'en laffe jamáis.
Dès ce moment je lui promets
Qu'il fera bien tôt à la mode .
La jeune Coquette .
L'Amour , difoit un vieux Gafcon
Je ne dirai jamais que non.
On lui fit tenter l'avanture ,
Il prétendoit dire que fi ,
Mais il fe trouva fi tranfi ,
Qu'il ne foutint pas la gageure.
Petite fille âgée de cinq ans qui danje
auffi dans le Ballet , foeur du fieur Daugeville
, nous avons déja parlé de ces enfans
que le public ne ceffe d'applaudir.
Suis je dans l'âge de raifon ?
Je dis que fi , mamman que non ,
Faites- moi fortir de l'enfance ,
Dieu d'Amour , comblez mes defirs ,
Et pour avancer mes plaiſirs ,
Expedicz- moi ... ma difpenfe.
Mercure.
L'air du bureau nous eft- il bon ?
L'un dit que fi , l'autre que non ,
C'est un autre genre de guerre ,
Aucup
DE SEPTEMBRE 1722. 175
Aucun ne prétend avoir tord ,
Qui pourra nous mettre d'accord ?
C'eft le jugement du Parterre .
Le 24. de ce mois on a reprefenté fur
le même Theatre la Tragedie d'Andronie
de M. de Capiftron , qui n'avoit paru
depuis quelques temps , & pour petite
piece , l'Ouvrage d'un moment , qu'on
joue pour la 22. fois. Le fieur Quinaut
du Frefne , après avoir fait pleurer les
fpectateurs dans le principal rôle de la
premiere piece , leur rendit toute leur
gayeté dans le rôle enjoiié du Galand
Coureur , de la feconde .
Le 17. de ce mois l'Academie Royale
de Mufique a repreſenté à la fuite des
Fêtes de Thalie un acte nouveau , intitulé
la Provençale de la compofition des
mêmes Auteurs , qui a été bien reçû du
public. La mufique en eft vive & faillante
, & fe reffent tout-à-fait de la chaleur
du climat où l'on a placé la fcene.
A l'égard du Poëme en voici le fujet .
Crifante , vieux tuteur de Florine ,
jeune Provençale , d'une beauté finguliere
, en eft éperdument jaloux , & veut
l'époufer.
Non content de la tenir renfermée dans
une Baftide , fituée fur le bord de la mer ,
il s'avile d'un ftratagême inufité jufqu'ici
Hiiij parmi
176- LE MERCURE
parmi les jaloux ; comme les préjugez
font, pour ainfi dire , une feconde nature ,
Crifante fe perfuade qu'en faifant accroire
à Florine dès fon enfance , qu'elle eft
laide , elle fe tiendra trop heureuſe un
jour de l'époufer. Il s'exprime ainfi .
Florine par nos foins élevée en ces lieux ,
Plus belle que l'aftre des Cieux ,
Croit qu'à fes traits naiffans le fort a fair
injure ,
J'ai fçu par une adroite & nouvelle impofture,
Lui faifant d'elle-même un portrait odieux ,
Donner le change à la nature ,
Ne perdons pas le fruit d'un art induftrieux,
Mais la nature ne prend pas le change
chez les femmes fur le fait de l'amour
propre , & c'eft peut - être le feul cas où
il foit impoffible de bien imprimer un
préjugé.
Florine qui a la liberté de venir fe
promener quelquefois dans un jardin qui
donne fur la mer , fe mire très fouvent
fur le rivage ; & quoiqu'elle fe croye
quelques défauts , parce qu'elle ne peut
juger d'elle- même que fur ce qu'on lui
dit , & par comparaifon avec Nerine , ſa
furveillante , qu'on lui dit être belle , tandis
qu'elle eft réellement laide , elle a
pourtant pour elle, en fe mirant , une fecrette
DE SEPTEMBRE 1722. 177
crette complaifance que toutes les feinmes
ne manqueroient pas d'avoir en pareil
cas. Elle demande à Crifante..
Dans mes traits , qu'ai - je donc qui vous bleffe
Crifante lui répond.
Ils font trop délicats , ils ont trop de fineffe ;
Et vos yeux pleins de trop de feu ;
Sont trop ouverts , & la bouche trop peu
Connoiffez cependant juſqu'où va ma foibleſſe,
Malgré tant de défauts je vais vous époufer .
Enfin Crifante fort dans le deffein de
lui interdire la vûë de la mer , parce qu'il
s'eft apperçu qu'un jeune homme venoit
fe promener dans une barque autqur des
murs de la Baftide , il en eft fi jaloux
qu'il s'exprime ainfi .
- Je médite un projet qui déja me foulage.
Je veux faire fermer le paffage des mers .
Nerine répond affez plaifamment.
Il faut pour achever l'ouvrage ,
Faire fermer auffi le paffage des airs ,
Florine a remarqué le jeune homme qui
vient dans la barque , elle a déja du goût
pour lui ; enfin on voit arriver cette barque
au fon des tambourains. Leandre
profitant de l'abſence de Crifante defcend
H v Lau
178 MERCURE LE
fur le rivage , empêche Nerine de fortir,
& s'adreffant à Florine,lui fait un portrait
d'elle - même , bien different de celui
lui fait fon jaloux .
que
Des plus rares beautez vous êtes le modele ,
Et les Dieux n'ont rien fait de fi parfait que
vous.
Tout cede au pouvoir de vos yeux ,
Vous avez plus d'éclat que la naiffante Aurore,
Vous êtes l'Image des Dieux ,
C'eft peu de vous aimer , il faut qu'on vous
adore.
Florine charmée d'un difcours fi nouelle
, lui dit :
veau pour
Quel langage flateur ....recommencez encore.
Leandre après la Fête propofe à Florine
de l'époufer , elle y confent , il l'emmene
dans la barque , Crifante revient , il voit
qu'on lui enleve Florine , il entre dans un
defefpoir affreux , Florine lui répond
D'où vient cette fureur nouvelle ,
Vous perdez peu , vous le fçavez ,
Je fuis laide , Nerine eft belle ,,
Epoufez-la ... fi vous pouvez.
FIN.
Il eft bon d'ajoûter avant de firir cet
article
DE
SEPTEMBRE. 1722. 179
le:
article qu'il y a deux termes qui fe trouvent
dans cet Acte, dont on a fait un crime
à l'Auteur, fur ce qu'ils font trop dans le
vrai . Le Comique, dit- on , du Theatre Lyrique,
veut un tour periphrafé.Quel préju--
gé ! Cela merite une réponſe en forme, &
Ï'Auteur qui ne convient pas de ces principes
, s'engage à donner une differtation ,.
dont nous ferons part à nos lecteurs , fur
ce qu'on appelle le Comique de l'Opera..
Il fera voir d'abord ce que c'eſt que
Comique en general , quelle eft fa nature,,
qu'il fe trouve quelquefois dans un mot ,
& même dans une fillabe , qui ne peutêtre
periphrafée fans perdre ce qu'on appelle
Vis Comica. Après cela il defcendra
dans le premier Comique de l'Opera
tel qu'il le trouve dans Pomone , & dans
les plaifirs , & les peines de l'Amour ; if
parlera enfuite du Comique qui fe trouve
dans les premiers Opera de M. Quinaut.
du Comique periphrafé de ceux qui l'ont
fuivi , & enfin du Comique fimple &
fans baffeffe qui a fuivi les autres . Mais
pour répondre d'avance à ceux qui veulent
tant de tours dans l'expreffion du
vrai , l'Auteur dès- à - prefent leur dit
qu'ils voudront tout ce qu'ils voudront
mais que ,
و
Verfibus exponi tragicis Res comica non
Hvj Lee
vult
180 LE MERCURE
Le 16. Septembre les Comediens Italiens
ont donné une -piece nouvelle fur
leur Theatre du Fauxbourg S. Laurent ,
intitulée les Nôces de Gamache , & le
Vieux Monde , ou Arlequin Somnanbule
. Ces deux pieces font précedées d'un
prologue , & ornées de chants & de danfes
, avec un Vaudeville à la fin de chaque
piece.
Les Marionnettes de la Foire S. Laurent
n'ont pas fait fortune comme à la
Foire S. Germain derniere. Elles ont
joué l'Ouvrage d'une Minute , ou la Courfe
Galante , Tirefias aux Quinze -Vingt,
&c. mais fans fuccès..
Les Danfeurs de Corde , ni l'Opera
Comique de Francifque , n'ont pas brillé
non plus , dans les reprefentations qu'ils
ont données de la vengeance de Tirefias,
ou le Mariage de Momus . Le tout reprefenté
en Marionnettes Italiennes , prefque
grandes comme nature , malgré cette
exclamation latine mife dans l'affiche.
Que fit rebus fortuna videtis .
JOURDE
SEPTEMBRE 1722. 18F
akakakakakakakaki
JOURNAL DE PARIS ,
M
R le Vicomte'de Bardonanche &
M. de Chaponay , ont été reçûs
Prefidens à Mortier au Parlement de
Dauphiné ; le premier a été Confeiller
dans ce Parlement , pendant tout le temps
qu'exigent les Ordonnances en pareil cas
le fecond , fans avoir été Confeiller , a
été reçû à l'âge de 24. ans dix mois. Les
Lettres de difpenfe que le Roy lui a accordées
, & qui ont été enterinées avec
une fatisfaction generale , font fondées
fur plus d'une caufe jufte & folide. Le
pere de M. de Chaponay eft mort , revê
tu de la Charge de Prefident à Mortier,
que remplit aujourd'hui fon fils ; fon
ayeul , Doyen des Confeillers , a eu dans
cette augufte Compagnie une reputation
qui n'y mourra jamais ; & un des
ancêtres de ce jeune Prefident a été un
des Seigneurs du Dauphiné , qui a le plus
contribué à la donation de cette Province
, faite au premier fils de France par
Humbert, dernier Prince fouverain de cet
Etat , en l'année 1343 .
M. le Cardinal du Bois a fignalé fa
generofité , lorfqu'il a prêté ferment entre
182 LE MERCURE
tre les mains du Roy , en qualité de prins
cipal Miniftre ; au lieu de deux mile écus,
qui fe donnent ordinairement aux Valetsde
Chambre de Sa Majefté , M. le Cardinal
leur a fait diftribuer mille piftoles.
M. le Chevalier d'Orleans , Grand
Prieur de France , eft nommé par le Roy,
pour conduire fur la frontiere d'Eſpagne
Mademoiſelle de Beaujolois , qui fera auffi
accompagnée par Madame la Ducheffe
de Villars Brancas.
On a fait dans la Plaine des Sablons ,
plufieurs revûës du Regiment des Gardes
Françoifes , qui y ont campé avec armes
& bagage. On vouloit voir fi rien ne leur
manquoit pour le voyage de Rheims .
Le premier de Septembre , jour de
l'anniverfaire du Roy Loiiis XIV. le Roy
entendit dans fa Chapelle à Verfailles ,
une Meffe de Requiem , & le De profundis
chanté par la Mufique.
Le 25. du mois dernier les Archevêques
de Toulouſe & de Rheims , prête
rent ferment de fidelité entre les mains du
Roy , en prefence de Monfieur le Duc
d'Orleans.
Depuis la mort de M. Dicier de l'Academie
Françoife , arrivée à Paris le 18.
fa Charge de Garde des Médailles , &
Bibliothecaire du Cabinet du Roy, qui
donne les entrées chez Sa Majefté , a été
donnée
DE
SEPTEMBRE 1722. 1836
donnée à M. l'Abbé Bignon , qui par ce
noyen réunit en fa perfonne toute l'autorité
qui concerne les Médailles & Bibliotheque
du Roy.
On a celebré le 1. de Septembre , dans
l'Eglife de l'Abbaye Royale de S. Denis,
un Service pour le repos de l'ame du Roy
Louis XIV. de glorieufe memoire . M.
l'Archevêque de Rheims y officia , M. le
Comte de Touloufe , accompagné de plu--
fieurs Prélats & Seigneurs , y affifta .
M. de Chavigny , Envoyé Extraor
dinaire du Roy , qui avoit paffé de Gennes
à Madrid , pour des negociations im
portantes , qu'il a terminées au gré du
Miniftere , eft arrivé à Paris.
Le 28. Août l'Eglife Metropolitaine
de Paris échapa aux flâmes , par les foins >
vigilans de M. le Cardinal de Noailles.
Les Plombiers travaillans le matin aux
reparations de la couverture de ce vaſte.
édifice , laifferent tomber quelques charbons
dans la charpente , qui , comme on
fçait, eft une forêt aifément combuſtible .
le feu ne tarda pas à s'y mettre ; heureufement
il fut apperçu par M. l'Abbé de
Théfu , qui étoit en vifite chez M.le Cardinal
de Noailles ; cet Abbé en avertit
auffi- tôt fon Eminence , qui donna des
ordres fi prompts & fi prudens , que l'incendie
fut étouffé dans fa naiffance . M.
2
ler
184
LE MERCURE
le Cardinal de Noailles voulut être té
moin lui-même de l'execution des ordres
qu'il avoit donnez , & monta fur une des
Tours de Nôtre- Dame , d'où il vit couler
fur le feu les eaux des reſervoirs qui
font entre les Tours , & celles des feaux
de l'Hôtel - Dieu , qui furent employez à
propos dans cette occafion perilleufe. Le
lendemain fon Eminence fit chanter le
Te Deum dans l'Eglife garentie des flâmes
, & y officia , pour remercier Dieu
de la protection , & du falut de ce Temple
magnifique , dont la perte auroit
coûté des fommes & des travaux immenfes.
Le 8. Septembre , Fête de la Nativi
té de la Sainte Vierge , le Roy entendit
dans fa Chappelle de Verfailles , la
Meffe chantée par la Mufique.
Le Roy a accordé les grandes entrées
à M. le Prince de Talmont , & à M. le
Duc de Melun.
Quatre Maîtres des Requêtes ont été
nommez pour fe trouver à Rheims lors
du Sacre du Roy , pour faire l'examen
de tous les prifonniers qui feront mis en
liberté , à l'occafion de cette augufte ceremonie.
Le Vendredi 11. Septembre M. le
Comte de Clermont , étant defcendu
dans une gondole fur le grand canal de
Ver:
DE SEPTEMBRE 1722. 189
Verſailles ; eft tombé dans l'eau , au mo
ment qu'il s'enprefloit d'aller trouver le
Roy , qui fe promenoit dans une autre
gondole. Auffi - tôt Gripe- Soleil , qui re
gardoit la promenade de Sa Majeſté ſur ·
le bord du Canal , s'eſt jetté à l'eau fans
balancer , & a ramené M. le Comte de
Clermont dans fa gondole. Madame la
Ducheffe a recompenfé genereufement
Gripe- Soleil , qui a prouvé aux yeux du
Roy & de toute fa Cour , qu'il eft auffi
hardi nageur que bon coureur.
Le Lundi 14. le Roy alla à S. Cyr vifiter
l'interieur de la maifon ; en fermant
-la portiere du caroffe de Sa Majefté , M.
l'Evêque de Frejus , fon Precepteur ,
fe
trouva le pouce droit pris dans la jointure
de la portiere ; l'excès de la douleur
lui fit jetter un cri , qui allarma le Roy ;
mais M. l'Evêque de Frejus , ne voulant
pas troubler les plaifirs & la promenade
de Sa Majefté , le rendit maître d'une fi
vive douleur , mais il ne pût en triompher
long- temps , elle l'accabla au tournant
de la grille , & le fit tomber tout
d'un coup en foibleffe . Le Roy marqua
une inquietude extrême pour la fanté de
ce Prelat , & aida lui- même au Chirurgien
, qui panfa fon pouce , & qui le
guerit prefque miraculeufement. Cet ha--
bile Chirurgien eft le fieur Flaudriau
Chi186
LE MERCURE
Chirurgien de Sa Majefté , qui , remplif
fant fa fonction avec exactitude, fe trouva
à la fuite du Roy , dans l'inftant que M.
l'Evêque de Frejus eut befoin du fecours
de fon art falutaire .
Il guerit ce Prelat avec une liqueur de
fa compofition , qui difpenfe de s'embaraffer
du dégoût des emplâtres ; ce remede
a été approuvé mille fois le fieur
Flaudriau , & dans les Hôpitaux des Ar-
-mées du Roy , & dans celui de Thionville.
par
M. Tiepolo & M. Folcarini , tous deux
Ambaffadeurs Extraordinaires de la Republique
de Venife à la Cour de France,
ont fait leur Entrée publique à Paris le
Dimanche après midi 20. de ce mois ,
après avoir été complimenté au Fauxbourg
S. Antoine , à l'ordinaire , de la
part de Monfieur le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume , des autres Princes , &
& de M. le Cardinal du Bois , principal
Miniftre des affaires du Roy. La marche
de leur Entrée fe fit dans l'ordre
fuivant. Un détachement du Guet à cheval
avec leur habit d'ordonnance. Les
deux Suiffes des Ambaffadeurs à cheval ,
fuivis d'une livrée nombreuſe & magnifique.
Les juftaucorps des Valets de pied
& des Suiffes font de drap d'écarlate ,
Couverts fur toutes les coûtures d'un
Yo
DE SEPTEMBRE 1722 . 187
velouté à fond blanc , ouvragé de couleur
de cerife & de bleu, accompagné de
deux larges galons d'or . Leurs veftes font
de drap bleu galonné d'or , leurs plumets
mélez de blanc , de rouge & de bleu
leurs bas de foye bleue , avec des fouliers
à talon de maroquin rouge. Les Pages
qui marchoient enfuite , précedez par
leur Gouverneur , étoient vétus d'habits:
de velours pourpre , tout chamarrez de
galons d'or. Les Gentilshommes des Am
baffadeurs , tous à cheval , & en habits
uniformes de drap gris de fouris galonnés
d'argent. Le Caroffe de M. le Chevalier
de Sainctot , Introducteur ; le Caroffe
de M. le Maréchal de Matignon , chargé
par le Roy de la conduite de leurs Excellences.
Le Caroffe du Roy où étoient
M. les Ambaffadeurs , accompagnez par
M. le Maréchal de Matignon & M. , le
Chevalier de Sainctot . Le premier Caroffe
de l'Ambaffade fuperbe par les peintures ,
la dorure & la doublure , traîné par des
chevaux d'un grand prix , harnachez
magnifiquement & galamment.Ce Caroffe
du Corpsen précedoit cinq autres , qui ne
lui cedoient de gueres pour la dépenfe &
pour le goût. Cesfix beaux Caroffes étoient
fuivis par celui de Madame & celui de
Monfieur le Duc d'Orleans , Regent du
Royaume , & ceux des autres Princes &
*
Prin
188 LE MERCURE
ceffes ; celui de M. le Cardinal du Bois ;
principal Miniftre des affaires du Roy ,
marchoit après , & précedoit un détachement
du Guet à cheval , qui fermoit
la marche.
M. le Cardinal du Bois a encore été
complimenté par la Sorbonne , par le
Chapitre de S. Germain de l'Auxerrois ,
de S. Honoré , & de la plupart des autres
Ordres ; par le Corps des Payeurs des
Rentes , des Commiffaires au Châtelet ,
des Notaires de Paris , & c.
On apprend de Rome que M. Maffey
a été declaré Nonce ordinaire à la Cour
de France , où il a déja été en qualité de
Nonce Extraordinaire.
Le Cardinal de Polignac , qui s'étoit
retiré dans fon Abbaye d'Anchin , pour
s'y difpofer à la Prêtrife , y a celebi é fa
premiere Meffe , après avoir été ordonné
par l'Evêque d'Arras.
Charges & Emplois donnez.
E Roy a donné à M. Morey de Vian-
Lge la Charge de Meftre de Camp de
gc
la Garnifon de Mets .
A M. du Bofc , Major du Regiment
de Blaifois , la Majorité de la Citadelle
de Bayonne , vacante par la mort de M.
Berne. A
DE SEPTEMBRE 1722. 189
A M. de Villeneuve , Capitaine au Regiment
Royal Marine , la Majorité du
Port- Louis.
A M. de Chaffe , Brigadier des Armées
de Sa Majefté , Lieutenant- Colo
nel du Regiment de la Couronne , la
Lieutenance de Roy de Condé , vacante
par la mort de M. Desfarenes.
Le Marquis d'Antragues a été fait Enfeigne
des Gendarmes Dauphins , à la
place de M. de Brion . "
M. de Tilliers a eu le Guidon des Gendarmes
Ecoffois , à la place de M. d'Ans
tragues.
M. de Lunaty a eu le Guidon des
Gendarmes d'Orleans , à la place de M.
de Tilliers .
Depuis ces difpofitions , M. de Tilliers
a obtenu du Roy le pofte de premier Cor
nette des Chevaux- Legers de la Reine
à la place de M. de Chamboy.
Et M. de Mezieres a eu le Guidon des
Gendarmes Ecoffois , à la place de M. de
Tilliers.
M. le Prince de Montauban a obtenu
le Gouvernement de Nîmes en, Languedoc
, par la démiffion volontaire de M. le
Comte d'Artagnan .
EDITS
190 LE MERCURE
XXXXXXXXXXXXX XX
EDITS , DECLARATIONS ,
Arrefts , & c.
A
RREST du Confeil d'Etat du 29. Juillet
1722. Qui ordonne qu'il fera fait une impofition
, à titre de fupplement de la Capitation
extraordinaire , fur ceux qui ont fait des fortunes
confiderables , à l'occafion du commerce
du papier , depuis le 1. Juillet 1719. laquelle
impofition fera payable en Rentes fur la Ville,
Rentes Provinciales , & Certificats de Liquis
dation.
EDIT du Roy du mois d'Aouft 1722 portant
création , & rétabliffement des Officiers
municipaux & autres.
DECLARATION du Roy du 9. Aouft ,
portant revocation de la furvivance , attribuce
par l'Edit du mais de Decembre 1709. & rẻ-
tabliffement du Droit annuel des Offices &
Charges.
ARREST du 13 Septembre , qui ordonne l'execution
de l'Arreft du 13. Janvier , & en confequence
que ceux qui ont fourni , & fourniront
au fieur le Noir jufqu'au r . du mois d'Octobre
prochain les Certificats de Liquidation fignez
du fieur Brehamel , ou de fes procureurs , contrôlez
& vifez , comme il eft porté par le lit
Aireft , pour acquerir ce qui refte à remplir
des quatre millions de Rentes viageres , auront
la jouiffance des arrerages d'icelles , à compter
du 1. Janvier dernier.
ARREST
DE SEPTEMBRE 1722. 19f
ARREST dudit jour , qui ordonne que les
Commiffaires députez , tant du Confeil de
S. M. que du Grand Confeil , pour les differentes
operations du Vifa & de la Liquidation ,
en cefferont toutes les fonctions , à commencer
du jour de la publication du preſent Arreft
attendu que leur travail eft entierement achevé.
dans
ARREST du 14. Septembre , qui ordonne
que tous proprietaires , ou Porteurs des effets
vifez , feront tenus de les remettre ; fçavoir
ceux domiciliez à Paris au Principal Commis
comptable , ou à l'un de fes Procureurs ,
le dernier jour du mois d'Octobre prochain
inclufivement , & ceux domiciliez dans les Previnces
entre les mains des Subdeleguez des
fieurs Intendans , dans le dernier jour du mois
de Novembre auffi prochain . Et de retirer de
leurs mains les Certificats de Liquidation def
dits effets ; finon & à faute de ce faire dans
lefdits délais , lefdits effets vifez , & Certifi
cats de Liquidation demeureront nuls , éteints
& fupprimez, - !
ごす
ARREST du 15. Septembre , qui nomme le
fieur le Virloys , pour recevoir fur fes quittances
les fommes aufquelles les particuliers
qui ont fait des profits confiderables dans la
negociation des papiers Royaux , feront compris
dans le Rôle qui fera arrêté au Confeil . Eg
nomme le fieur Duhalai pour contrôler les
quittances du fieur lé Virloys .
ARREST du 17. Septembre , qui nomme le
fieur Turgy pour faire toutes les pourfuites
neceffaires pour le recouvrement du fupplement
de capitation extraordinaire , ordonné être
fait
792 LE MERCURE
fait fur les particuliers qui ont fait des profits
confiderables dans la negociation des papiers
Royaux .
ARREST dudit jour , concernant les Rentes
viageres fur la Compagnie des Indes.
ARREST du 21. Septembre , qui regle la
maniere en laquelle il fera procedé au recolement
, & brulement de tous les Registres &
papiers qui ont fervi pour les diverfes perations
du Vila . Et accorde aux particuliers la
faculté de retirer dans quinze jours pour Paris
, & dans un mois pour les Provinces , tant
les declarations par eux fournies , que les titres
& Actes qu'ils ont depuis rapportez pour
juftifier de l'origine de leurs effets.
ARREST de la Cour de Parlement du 7.
Septembre , portant condamnation au fouet ,
à être fletris de , deus fleurs - de - lys , & aux
Galeres , ou banniffement à perpetuité & à
temps , contre huit , tant receleurs que voleurs,
complices de Cartouche.
110 J5 49. 1.
MARIAGES , MORTS , &c.
R Lou's - François Crozat , Marquis da
M Châtel , Colonel duy Regiment de Dragons
de Languedoc , fils de M. Antoine Cro-
Zat , Marquis dit. Châtel, & de Mouy , Commandeur
, & Grand Treforier des ordres du
Roy , & de Dame Marguerite le Gendre , a
époufé Marie Therefe - Catherine de Gouffié ,
fille de feu Mee Charles Antoine , Marquis de
Goufne ,
DE SEPTEMBRE 1722. 193
Gouffié , Enſeigne des Gens-d'Armes de la Garde
du Roy , Marêchal de fes Camps & armées,
& de Dame Catherine Angelique d'Albert de
Luines.
Le 24. de ce mois M. Charles de Rohan ,
Prince de Montauban , Colonel du Regiment de
Picardie , fils de M. Charles de Rohan , Prince de
Guimené , Duc de Montbazon , Pair de France ,
& de défunte Dame Charlotte Elizabet de Cochefilet
de Vaugelas , de Vauvineux , a épousé
Mlle Eleonore de Bethizy , de Mezieres , fille
de feu Mre Marie Eugene de Bethify , Marquis
de Mezieres , Lieutenant General des armées
du Roy , Gouverneur des Villes & Citadelles
d'Amiens & Corbie , & de Dame Eleonore Doglethorpe
.
M. Charles Benoît , Confeiller d'honneur au
Parlement de Paris , eft mort le 8. de ce mois >
âgé de 78. ans .
M. Louis- Anne Marie Damas , Comte de
Ruffey , Lieutenant General , des armées du
Roy , fous Gouverneur du Roy , Premier Sous-
Lieutenant de la premiere Compagnie des Moufquetaires
, & Gouverneur de Maubeuge , eft
mort à Paris le 23. de ce mois , âgé de 58 ans .
M. Gafpard de Fieubet , ci - devant Prefident
de la Chambre des Comptes , mourut le 16. âgé
d'environ 52. ans.
Dame Françoife Marchand , veuve de M. Nicolas
Dongois , Protonotaire du Roy , & Greffier
en Chef du Parlement , mourut le même
jour , âgée de to ans.
M. André Dacier , Garde des Livres du Cabinet
du Roy , l'un des quarante de l'Academie
Françoife , Se retaire perpetuel de la même
Academie , & penfionnaire de celle des belles
Lettres , mourut le 18 , dans la 71. année de fon
âge.
I NAIS194
LE MERCURE
NAISSANCES , MORTS ,
& Mariages des Pays Etrangers .
E Duc de Zagarola . Roſpigliofi eft mort à
Rome âgé de foixante quinze ans.Jon CXtrême
charité lui avoit procuré le titre refpectable
, & pourtant peu envié , de Pere des
Pauvres.
Le Comte de Rantzau qui étoit aux arrefts
à Renfbourg accufé du meurtre de ion trere ,
eft mort fubitement.
y
Hedwige Elizabeth , Princeffe Palatine de
Neubourg , époule du Prince Jacques Louis
Sobieski eft morte à Olay en Silefie le 10
Aouft à neuf heures du matin , dans la cinquantiéme
année de fon âge , étant née le 18. juil
let 1673 elle étoit fille de Philippe Guillaume
du Neubourg , Electeur Palatin , mort le 2 .
Septembre 1590. & d'Elizabeth Amelie de
Heffe d'Armstadt , fa feconde femme , elle fut
mariée au Prince Jacques le 25. Mars 1691. &
des fix enfans iflus de ce mariage , il ne refte
que trois Princeffes , dont la plus jeune a époufé
le Chevalier de S. Georges. Cette Princeffe
étoit foeur de la feuë Imperatrice Eleonore , de
la Reine Douairiere d'Efpagne , de la feuë Reine
de Portugal , de l'Electeur Palatin , de l'Electeur
de Liéves , & de la Duchefle de Parme .
Le 9 Aouft à cinq heures après midi , la
Reine de Pruffe accoucha heureufement d'un
Prince. Le fon des cloches , & trois falves - de
l'artillerie des remparts annoncerent cette nouvelle
à toute la Ville de Eerlin . Un courier fut
auffi- tôt dépêché à Potfdan pour en faire part
au
DE SEPTEMBRE 1722. 195
au Roy , qui le foir fe rendit au Palais . Le
lendemain les Miniftres étrangers firent leurs
complimens à Sa Majefté , l'après midi le jeune
Prince fut baptilé , & nommé Guillaume
Augufte , au nom de l'Evêque d'Olnabrufk
frere du Roy d'Angleterre , du Prince & de la
Princeffe de Galles , & de la Prin effe Marie -
Dorothée de Curlande , épouſe d'Albert Fre
deric , Margrave de Brandebourg qui ont été
choifis pour fes parains & maraines.

· Don Melchior da Cofta Correa Rebello , Chevalier
de l'Ordre de Chrift , Sergent Major de
bataille , & Gouverneur de Faro en Portugal ,
eft mort dans fon Gouvernement le 27. Juin
dans un âge fort avancé. Il étoit originaire de
la ville de Lagos , & defcendoit en droite ligne
de Suetro da Cofta , Premier Alcayle de la
même Ville qui fervit autrefois avec diſtinction
dans la guerre , dite de l'acclamation , & qui
fut trois fois de fuite Gouverneur du Royaume
des Algarves.
Georges Baziles Cornaro , Cardinal Prêtre
du titre des douze Apôtres , Ar hevêque Titu
laire de Rhodes , & Evêque de " adouë, eft mort
le 10. Aouft dans fa Ville Epifcopale , âgé de
foixante cinq ans . Il étoit Caidinal depuis le
22. Juillet 1697. que le Pape Incocent XI .
l'éleva à cette dignité , & par fa mort il vac
que une troifiéme place dans le facré Col ege.
Le Doge de Venife , Jean Cornaro , fon fere
à qui on annorça le lendemain cette trifte nouvelle
, fentit dans le moment redoubler la fié-◄
vre , & la maladie qui le renoit au lit , &
mourut quelques heures après au Palais Ducal ,
âgé de foixante quinze ans dix jours . Il ét it
Procurateur de S. Marc , lorfqu'il fut élû Doge
le 22. May 1709. Ils étoient fils l'un & l'au-
I ij
tre
196 LE MERCURE
tre de Frederic Cornato , & de Cornelie Con
tarini , iffus de deux des plus illuftres familles
de la République de Venife , & du nombre de
celles qu'on nomme Cafe Vecchie.
L'Abbé Howard- do-Nos florz , Anglois de
Nation , & Chanoine de S. Pierre de Rome , y
eft mort d'apoplexie le 21. Aouft dernier .
On apprend de Drefde que le 5. de ce mois
la Princeffe Electorale de Saxe y étoit accoч-
chée d'un troifiéme Prince qui avoit été nommé
le même jour , au bruit d'une triple décharge
d'artillerie , Frederic Gregoire George-
François Leopold.
DIGNITEZ ET CHARGES
des Pays étrangers.
L
ALLEMAGNE.
E Comte François- Guillaume de Praſchina,
Baron de Biltau , Chambellan , & Capitaine
Provincial de la Principauté de Wolhau a
obtenu de l'Empereur une place de Confeiller
en fon Confeil d'Etat , ainfi que le Comte de
Trautmendorf.
ANGLETERRE.
Le Comte d'Effex a été nommé Lieutenant
'de Roy , & Garde des Rôles du Comté d'Herreford
à la place du feu Comte de Cowper.
le Docteur Thomas Powers , Archidiacre
de Canto be y , & Chapelain ordinaire du Roy
a été nommé à l'Evêché de Chilcheſter , vacant
par la mort du Docteur Manighant .
PORTUGAL ,
DE SEPTEMBRE 1422. 197
PORTUGAL.
M. Longeray Garnier , Capitaine de Vaif
feau François , a été honoré de l'Ordre de
Chrift , en reconnoiffance des foins qu'il a pris
de M. le Comte d'Ericeira , Viceroy de Goa , en
l'amenant fur fon bord de l'Ifle de Bourbon en
France.
ESPAGNE.
Don Louis Defalcado y- Arefna , Archevêque
de S. Jacques a été nommé par Sa Majesté
Catholique à l'Archevêché de Seville.
Don André de Herrera - Efgueva , Evêque
d'Olma a été nommé à l'Archevêché de Saint
Jacques .
Le Marquis de Rifbourg a reçû ordre du Roy
de faire les fonctions de fa Charge de Colonel
des Gardes Valones.
M. le Marquis de Caylus , Lieutenant General
des armées d'Efpagne , Chevalier de la Toifon
d'Or , a été fait Viceroy , & Capitaine Ge
neral du Royaume de Galice .
Don Lucas Spinola , cy devant Gouverneur
de la Côte de Grenade a été nommé Gouverneur
d'Arragon .
*
ITALIE.
Le Pape a donné plufieurs Gouvernemens .
celui de Frofinone à M. Flavio Ravizza , celui
d'Ofvicto à M. Philippe Blondelmonte , celui
de Cita-di- Caftello à M. Louis Marie Torreggiani.
Le Prince de Civitella Rofpigliofi , le Duc
d'Aquafparta Cefi , & le Prince de Forano
Strozzi , ont obtenu de fa Sainteté un Bref de
Princes du premier rang.
POLOGNE
I iij
798 LE MERCURE
POLOGNE.
R le Comte de Cartelli , Chambel'an du
Roy de Pologne a été nommé Capitaine
de Trabans , ou Gardes du Corps de Sa Majeffé
, & Lieutenant General des Armées , à la
place du Prince Sapieha , qui s'eft démis de ces
deux Charges , pour paffer , à ce qu'on prétend
, au fervice du Czar.
VENI SE.
Moge de la à épublique le 20. Acút ,
R Aluiſe Sebaſtien Mocenigo a été élû
ave . un applauiffement & un confentement
ge eral. Après fon élection , il fut conduit au
Palais Ducal , ou ayant été placé fur le trône ,
il jura l'obfervation des Loix. La nouvelle en
fut publiée au fon des tambours & des trompettes.
Le 15. il fut couronné avec les ceremonies
ordinaires ; enfuite il fut porté dans la
chaife au our de la Place de S. Marc , où il barangua
le peuple , & jetta plufieurs Médailles
& pie es le monnoye ' or & d'argent , fabriquées
exprès , & marquées à fon nom . Ce nouveau
Doge a été Pio eliteur General de la
Mer , General en Dalmatie , & en dernier lieu
Commiffu e Plenipotentiaire de la Republique
, pour le reglement des limites en Albanie .
Venife a marqué fa joye par un Teeum
chanté e Mufique de teux d'artifice , & des
illuminations pendant trois jours.
Seconde
DE
SEPTEMBRE 1722. 199
Seconde Loterie de la Compagnie Proz
vinciale d'Utrecht.
Es DireЯeurs de cette Compagnie avertifdu
6. Juillet 1722. ils feront tirer à Utrecht
le . Juin 1723. ou même plûtôt , une Loterie
très- avantageufe à tous ceux qui y mettront.
Cette Loterie eft compofée de so , mille Billets
à 30. florins chacun dans la premiere Claffé
, & dans chacune des Claffes fuivantes jufqu'à
la huitiéme inclufe ; mais on fera credit
de ces 30. florins dans la feconde quatrième &
firiéme Claffes .
Pour ces so. mille Billets on tirera cent
mille Prix depuis 10. florins jufqu'à 400. mitle
, fai ant la fomme de quinze millions de flos
rins ,fuivant la repartition ci- deíious .
La Collecte pour la premiere & la feconde
Claffe fe era par des Recepiffez de la Compagnie,
qui eront enfuite échangez contre des Billets
de ces deux premieres Claffes aux conditions
fuivantes.
Les Directeurs de la fufdite Compagnie ,
pour la commodité de ceux qui voudront avoir
part à cette Loterie de 15. millions , ont réfolu
de faire & de diftribuer so . mille Recepiffez de
quinze florins chacun , fignez par un des Dis
recteurs.
Ces 15. florins par Recepiffé feront payez
en trois termes ; un tiers , fçavoir 5 florins ,
avant le 1. Octobre prochain ; un tiers avant
le 1. Decembre ; & l'autre tiers avant le 1. Fevrier
1723. Cependant il fera libre à un cha-
I iiij cun
200 LE MERCURE
cun de payer les 15. florins à la fois .
Les Proprietaires de ces Recepiffez joüiron
d'un interêt d'un fol par mois pour chaque forin
, à compter du jour du payement , jufqu'au
temps que la Loterie commencera à fe tirer.
Dès que le jour pour tirer la premiere Claffe
de cette Loterie aura été fixé par les Directeurs,
on le notifiera au Public par des Avertiffemens
dans les Gazettes ; afin que les Recepiffez
foient échangez , au plûtard un mois avant que
la premiere Claffe fe tire , contre des Fillets ,
pour lefquels on fournira encore 15. florins par
Billet , avec des noms ou devifes , pour la premiere
& la feconde Claffe .
On payera auffi aux Porteurs de ces Recepiffez
, en les échangeant contre des Billets de
Loterie , l'interêt d'un fol par mois pour chaque
florin , par anticipation du jour de l'échange
, jufqu'au jour que la Loterie commencera
a fe tirer.
Les Recepiffez fe donneront , le payement
des deniers , auffi bien que de l'interêt de cha
que mois , & l'é hange des Recepiffez contre
des Billets de Loterie , fe feront à la Cham
bre de la Compagnie , ou dans les lieux où ils
auront été pris chez les Receveurs ou Colecteurs
autoriſez à cet effet par les Directeurs de
la Compagnie dans les principales Villes tant
de ce Pays , que des Pays étrangers.
XX
DiviDE
SEPTEMBRE 1722. 201
Divifion de la Loterie en buit Claffes.
Premiere Claße.
Prix. Florins . Flor .
Seconde Claße.
Prix . Flor. Flor
I 50000 50000 I 60000 60000
I 25000 25000 I 30000 50000
I 15000 15000 Ι 20000 20000
I 10000 10000 I 10000 10000
2 5000 10000 2
5000 10000
4 2500 10000
4 2500 10000
10 1000 10000 ΤΟ 1000 10000 *
20
500 10000 20
500 10000
60 200 [2000 60 400 24000
100 150 15000 100 300 30000
200 120 24000 200 200 40000
600 100 60000 600 100 60000
4000 50 200000 4000 60
240000
5000* 451000 5000,
55.4000
La mife dans la premiere Claffe eft de 30 .
florins par Billet , qu'il faudra payer pour le
plûtard un mois avant que cette Claffe fe tire
la moitié en Recepiffez de la Compagnie , dont
on aura payé 15. florins , & l'autre moitié en
argent comptant ; & l'on donnera en echange:
des Billets de Loterie pour la premiere & la feconde
Claffe. Les prix qui feront fortis fe paye--
ront en argent comptant fix jours après que
chaque Claffe aura été tirée , en déduiſant io .
pour cent au profit de la Compagnie . Les cinq
mille Numero qui auront rapporté les cinq mille
Prix dans cette Claffe , feront remis dans la
Boëte , pour pouvoir tirer un autre Prix dans la
Claffe fuivante.
La mifedans la feconde Claffe eft de 30. flo ›
I v rins
202 LE MERCURE

rins par Billet ; mais dont on fait credit . Les
Prix de cette laffe feront payez en argent
Comptant , en rabattant 10. pour cent au profit
de la Compagnie & le credit des 30. forins
par Billet. Les cinq mille Numero qui auront
porté les cinq mille Prix , feront remis dans la
Boete , pour pouvoir tirer un autre Prix dans
la Claffe fuivante.
Troifiéme Claße.
Prix. Flor . Flor.
Quatriéme Claße.
Flor. Prix. Flor,
I 82000 80000
I 40000 40000
I 20000 20000
I 70000 70000
I 30000 30000
I 20000 20000
I 10000 10000
5000, 10000
I 10000 10000
2
4 2500 10000
2
10 1000 20000 10
5000 10000
4 2500 10000
2000 20000
20 500 20000 20 1000 20000
60 400 24000 60 500 30000
100 300 30000 100 250 25000
200 300 30000 200 200 40000
600 -200 40000 600 150 90000
1000 100 100000 1000 100 , 100000
4000 70 180000
5000 80 400000
6000 820000 7000 895000
La mife dans la troifiéme Claffe eft de 30-
forins par Billet , qu'il faud . a payer en argent
Comptant , quatre jours avant que la Claffe fe
tire ; & l'on donnera de nouveaux Billets pour
cette Claffe & pour la quatrième . Les Prix
feront payez fur le même pied que ceux de la
fecon e Claffe , en déduifant 10 pour cent au
profit de la Compagnie & les 30 florins de
credit pour la feconde Claffe, Les fix milie
DE SEPTEMBRE 1712. 203
Numero qui auront les fix mille prix , rentreront
dans la Boëte , comme dans les précedentes
Claffes .
La mife dans la quatrième Claffe eft de 30.
florins par Billet , mais dont on fait credit . Les
Prix feront payez en déduifant 10. pour cent,
au profit de la Compagnie , & les 60. florins
de credit pour la feconde Claffe & pour celle ,
ci. Les fept mille Numero qui feront fortis ,
rentreront dans la Foëte , comme ci deffus .
Cinquiéme Claße.
Prix. Flor. Flor .
Sixième Claffe.
Prix . Flor . Flor.
I IC0000 100000
D
I 90000 90000
I 40000 40000 I 50000 50000
I 20000 20000 I 25000 25000-
I 10000 10000 I 15000 15000
2 5000 10000
4 2500 10000
2 10000 20000
4 fooo 20000
10 2000 20000
20 1000 20000
ΙΟ
2500 25000
20 2000 40000
60°.
500 30000
60 1000 60000
300 250 25000 100 400 40000
200 200 40000 200 300 60000
600 150 90000 600 250 150000
1000 120 120000 1000 200 200000
6000
90 $40000 7000 100 700000
8000 1065000 9000 1505000
"
La mife ou le fourniffement de la cinquième
Claffe eft de 30. florins par Billet , qui doivent
être payez quatre jours avant qu'on tire
la Claffe , & l'on donnera des Billets pour cette
Claffe & pour la fuivante . Les Prix feront
payez , en déduifant 10. pour cent au profit de
la Compagnie , & 60. florins pour le credit de
I vj la
204 LE MERCURE
la quatriéme Claffe. Les huit mille Numero
rentreront dans la toëte , comme ci - deſſus .
La mife dans la fixiéme Claffe eft de 30. florins
par Billet , mais dont on fait credit . Les
Prix feront payez , en déduiſant 10. pour cent
au profit, de la Compagnie , & 90. florins
pour le credit de cette Claffe , de la quatriéme
, & de la feconde. Les neuf mille Numero
rentreront dans la Boëte , comme ci deffus.
Septiéme Claffe.
Prix. Flor. Flor.
I 150000 150000
I 75000 75000
I 30000 30000
I 20000 20000
2 10000 10000
4 5000 20000
ΙΟ 2500 25000
20 2000 40000
60 1000 60000
Huitiéme Claße.
Prix . Flor. Flor.
I 200000 200000
I 100000 100000
I 60000 60000
I 40000 40000
20000 40000 2
4 10000 40000
IO 5000 50000
20 2500 50000
60 2000 1200CO
100 400 40000 100 1000 100000
200 300 60000
200 500 100000
600 250 150000 600 400 240000
1000. 200 200000
8000 110 880000
1000 300 300000
2000 250 500000
6000 200 1200000
100000 1770000 40000 126 4800000
50000 7940000
La mife ou le fourniffement de la feptième,
Claffe eft de 30 florins par Billet , qui doivent
être payez quatre jours avant que la Claffe
fe tire , & l'on donnera des Billets pour cette
feptiéme Claffe . Les Prix feront payez , en déduifant
10. pour cent au profit de la Compa
gnie,
DE SEPTEMBRE 1722
205
gnie, & 96. florins pour le credit de la feconde
, quatriéme & fixiéme Claffes . Les dix mil
le Numero qui auront porté dix mille Prix ,
rentreront dans la Boete ; & tireront certaine
ment encore un Prix dans la Claffe fuivante.
Ia mife ou le Fourniffement de la huitiéme
Claffe eft de 30. florins par Billet , qui doi
vent être payez quatre jours avant que la Loterie
'fe tire ; & l'on donnera des Billets pour
cette Claffe , & pour la premiere & feconde
Claffes de la Loterie fuivante . Les Prix feront
payez , en déduiſant 10. pour cent au profit de
Ia Compagnie , & 90. florius pour le credit de
La feconde , quatriéme & fixiéme Claffes .
Prix. Flor.
I. Claffe. 5000 45.1000
11. Claffe . 5000 5.54000
III . Claffe . 6000 820000
Total de la IV . Claffe. 7000 890000
Loterie. V. Claffe. 8000 1065,000
VI. Claffe . 9000 1505000
VII . Claffe 10000 1770000
VIII. Claffe. 50000 7.940000*
100000 15000000 ·
Pour donner lieu à ceux qui n'auront tiré que
les moindres Prix dans la huitiéme Claffe , d'en
tirer neanmoins un autre , fans rien débourfer
, on leur donnera , en échange de leurs Billets
de cette huitiéme Claffe des Recepiffez de
30. florins , qui ferviront pour la premiere &
la feconde Claffe de la Loterie fuivante , entie
rement conforme à celle - ci , & qui rapportesont
30. fols par mois d'interêt , depuis le jour
que
206 .LE MERCURE
que la huitiéme Claffe aura été tirée , jufqu'as
temps que la premiere Claffe de la Loterie fuivante
commencera à fe tirer. Et quoique le
montant des plus petits Prix de cette huitiéme
Claffe n'ailte qu'à 18. florins , après avoir rabbatu
les 10. pour cent & le credit , on ne laiffera
pas , pour leur foulagement , de leur donner
pour ces 18. florins un Recepiflé de 30. florins.
L'échange des Recepiffez pour des Billets
'de Loterie , & des Billets pour les Claffes fuivantes
, fe fera dans les mêmes endroits où ils
auront été pris . Et pour la commodité de ceux
qui voudront avoir part à cette Loterie , il y
aura des Receveurs autoriſez dans les principales
Villes des Païs étrangers , chez qui l'on
pourra prendre des Recepiffez jufqu'au premier
Fevrier 1723. & pas plus loin . Ceux qui
auront tiré des Prix au delà de mille florins auront
le choix de s'en faire payer le montant
dans les mêmes endroits où ils auront pris leurs
Billers , ou de s'adreffer directement à la Compagnie.
Il fera libre à ceux qui auront pris des Recepiffez
à la Chambre de la Compagnie , en
les y échangeant de faire les cinq payemens à
la fois pour le forniffement réel de toure la Iorerie
, dont on le leur donnera des Billets qui
ferviront pour les huit Claffes .
Les Per curs des Recepiffez & des Billets
feront tenus de faire leurs fourniffemens dans
les termes prefcrits , faute dequoi leurs Fecepiffez
ou Billets feront reputez comme abandonnez
, & demeureront à la difpofition de
la Compagnie.
Cette Loterie fe tirera publiquement à
Verecht, fous les yeux des Commiffaires & des
Di..
DE SEPTEMBRE 1722 207
Directeurs de la Compagnie , & en la manie
re accoûtumée ; c'eft- à dire , qu'on mettra les
50 mille Numero dans une Boëte , & les Prix
de Claffe en Claffe dans une autre Boëte , jufqu'à
ce que les cent mille Prix ayent été tirez.
Il eft à remarquer que cette Loterie , qui eft
remplie de Prix auffi confiderables qu'on en
ait vus jufqu'à prefent , jufqu'à un de 200. mille
florins , eft fi avantageufe aux intereffez ,
que , fuivant toute apparence , chaque Billet
doit tirer plus de deux Prix ; de forte que
perte qu'un Eillet peut avoir eft fort petite , en
comparaifon de la chance qu'il a de tirer des
Prix fi confiderables.
la
Remarquez auffi qu'un feul Numero peut ti
rer 2. 3. 4. & même jufqu'à 8. Prix ; & qu'ainfi
, en cas d'un bonheur extraordinaire , on
pourroit avec un feul Lillet gagner 800. mille
florins.
✨ Enfin il eft à remarquer , que la Collecte
tant en argent , qu'en credit , ne monte qu'à
12. millions de florins , & que les Prix portent
15. millions , par confequent 3. millions de plus
que la mife. Les conditions de cette Loterie fa
donneront gratis à la Chambre de la Compagnie
, & chez les Collecteurs à Utrecht , de
même que chez les Receveurs établis dans les
autres Villes & Pays étrangers.
La Collecte fe fait à Utrecht à la Chambre
de la Compagnie , ou chez M.
F. M. Janiffon , Auteur de la Gazette . Thomas
Appels. Jacob van Poolfum . Melchior Charlois
. Jean van Pefch. Jacob de Samber. Diw
Vroom. Gabriel Mauris . Jean van Vlooten. Govert
Pavv. Jean vander Schroef. Ifaac Crufe ,
Huif208
LE MERCURE
Huiffiers de L. H. Puiffances . Visbach. Hartog
Mofes.

Les Receveurs dans les autres Villes font à
Amersfoort. Amfterdam. Rotterdam , Moyfe
Haafverbergh. Haarlem , Dort , Gouda , Middelbourg,
M. van Hoekke. Levvarde . Zvvold.
Deventer. M. Jean van Vvik . Arnhem , M.
Jean Verbeek. Cleve. Cologne , M. Reinhart
Melnertzhagen. Jean Vernier Vvolleb . Francfort
, M. Philippe- Guillaume Georgen , Daniel
Fifcher & Jean- Chriftophe Nagel. Hambourg ,
M. J. N. Schinkel . Leipfig. Berlin, Dantzig ,
M. Pierre van Beuningen . Breſlau , M. J. Ger .
Steinberger. Veniſe. Vienne. Breme. Aufbourg.
Nurenberg . Geneve , M. Pierre Azemar. Loudres,
Paris , M. Marin Harene . Lyon , M. lcs
Freres Dian. Bordeaux , M, Jacques du Lamon.
Nantes , M. Germain Laurencin. La Rochelle
, M. Godefroy & Dußault . Rouen , M.
Bernard Beard. Lille , M. N. Jofephe la Serre.
Valenciennes , M. J. P. Sprenger. Bruxelles ,
M. J. B. le Foulon . Anvers , M. Jacques Schenartz.
Cadix , M. M. Maffip & Compagnie;
Genes , M. Paul Labeße. Livourne , M. R. F
Gaspary & Compagnie.

NOU
DE SEPTEMBRE 1722. 209.
83111111ddé
NOUVELLES ETRANGERES,
De Conftantinople ce 1. Août 1722.
MR
R Popiel , Envoyé Extraordinaire de
Pologne à la Cour du Grand Seigneur
a mandé la favorable reception qu'on lui avoit
fait à la Porte. Il a eu audience le 21 Juillet ,
& le Grand Seigneur l'a écouté avec de grandes
marques de bienveillance. Sa Hauteffe luis
a fait donner , tant pour fa perfonne que pour
fa fuite , treize Caffétans , ou veftes d'honneur.
Elle lui a accordé pour fa dépense trente
levvandalers par jour , & le Grand Vifir lui
a promis de nommer inceffamment des Commiffaires
pour le renouvellement du Traité de
Carlovvits
On ne fait rien de pofitif fur les troubles
de Perfe ; on ignore abfolument le deftin du
Sophi. On dit que le rebelle Mirivvetz a faccagé
la ville d'ifpahan , qu'il tient dans les
fers un des fils du Roy de Perfe , & qu'il le
fait battre tous les jours fous la plante des
pieds ; on dit encore qu'il a livré les femmes
de ce Prince à l'infolence des Soldats.
Ie Bacha qui commande les troupes devant
Sufe , n'a pu encore prendre cette Place , autrefois
la Capitale de la Perfe , à caufe de la
force & du nombre de la garnifon des rebelles;
il a été obligé de l'affieger dans les formes
& on a commencé le bombardement , avec efperance
de s'en rendre maître inceffamment
enfuite il fera le fiege d'Erkafen .
Miri
116 LE MERCURÈ
Mirivets a fait faccager les Villes de Servan
& de Debem , qui refufoient de ſe foû.nettre à
l'autorité de cet ufurpateur.
On dit à prefent que le Sophi eft à Bagdat,
& que le Grand Seigneur doit s'abou her avec
lui fur la frontiere , pour déliberer fur fon rétabl
: ffen.ent.
Le. Tartares du Dagheftan veulent s'empa
rer de la Ville de Cavvan , & foit en marche
fous les ordres de leur Chef Daoud Bey ; & le
Cady à Makate , dans l'Arabie heureuie , veut
fe rendre maître de la Province de Hirman , firtuée
le long du Golfe d'Ormus ; il eft fuivi de
troupes qu'il a ramaffées pour ce deffein .
De Petersbourg ce 20. Août.
N écrit de Dantzic , que la flotte du
Ozér,code Dantzivi, que de
guerie , étoit arrivée à la hauteur de Revel ,
& qu'on y avoit embarqué douze mille hom
mes , tant Soldats que Matelots.
Le Czar a fait fon entrée dans Aftracan le 8.
de Juiller , d'où il s'eft rendu quelques jours
apiès à Datarof , où il a donné audience publique
au Kam des Tartares Ajauka . Ce Prince
eft âgé de cent trois ans ; fon époufe l'a accompagné
, & a rendu avec lui fes devoirs à Sa
Majefté Czarienne.
Les lettres de créance de M. Vveftphalen ,
Envoyé de Dannemark , ont été admiſes , quoiqu'elles
ne donnent point au Czar le titre d'Empereur.
Mais ce Miniftre a promis que le Roy
Ton Maître l'accorderoit , dès que les deux
Cours feroient convenues d'un nouveau Traité
de commerce,
De
DE SEPTEMBRE 1722. 217
De Varsovie ce 6. Septembre 1712

N compte dans les lettres circulaires ,
que le Roy a envoyées dans les Palati
nats , pour y faire affembler les Diettes particulieres
, fix articles principaux , qui doivent
cette année occuper la Diette generale Le
premier concerne les précautions que doit prendre
la Republique , pour affermir la paix dans
le Royaume. Le fe ond regarde le projet du
Traité qui fe doit conclure entre la i ologne
& la Suede. Le troifiéme , les prétentions du
Czar au titre d'Empereur de la grande Ruffie.
le quatrième , les prétentions de la Pologie
fur le Duché de Livonie , qui fe mit fous la
domination de cette Couronne en l année 1555.
lors de l'invafion du Czar Jean Bafilidès.
Le cinquiéme , les droits de la Courone fur
le Duché de Curlande Er le fixième , la Souveraineté
fur le Royaume de Pruffe , qui fut
cedé en l'année 1657. par le Traité de Paix
de Velau , à l'Electeur Frederic- Guillaume de
Brandebourg , à condition , que fi fa pofterité
mâle en ligne directe venoit à manquer , les
Princes collateraux de fa Maiſon , qui heriteroient
de la Pruffe , releveroient de la Couron
ne de Pologne .
On mande de Conftantinople , que le Grand
Vifit a déclaré à l'Envoyé de Pologne , que
le Grand Seigneur n'entreprendroit rien con
tre la Republique , qu'il avoit refolu d'entretenir
avec elle une parfaite intelligence
& qu'il avoit défendu au Kam des Tarta
res de faire des courfes dans aucune des Provinces
du Royaume.
Le Comte de Kiovvski , qui jufqu'à pre-
{
ient
ΣΙΣ LE MERCURE
fent avoit été un des Chefs des plus accréditez
du parti opposé au Roy , s'eft declaré depuis
quelques jours pour Sa Majefté , ce qui donne
de fortes efperances que fa démarche fera fuivie
de plufieurs Gentils hommes,
De Stokolm ce 26. Août.
N affûre toujours que Sa Majesté Sue
doife aura une conference avec le Roy de
Dannemark , dès qu'il fera arrivé dans la Scanie
; on ne nomme pourtant pas encore le lieu
deftiné pour l'entrevûë .
On écrit de Karlfcron ,. que le Roy & la
Reine de Suede y font arrivez le onze Août au
bruit de l'artillerie , & qu'ils en devoient partir
le 17 pour Carlshamn , d'où après y avoir
refté deux jours , leurs Majeftez iroient à Chrif
tianftadt & de là à Stokolm.
La mortalité des beftiaux continuë dans la
Scanie & dans le Bleckni , & le bied rencherit
confiderablement dans toutes les Provinces
du Royaume , à caufe des pluyes continuelles ,
qui font apréhender une mauvaife recolte .
Les derniers avis de Finlande portent , que
les Commiffaires du Czar continuent de faire
naître des difficultez , pour retarder le reglement
des limites , & on croit que Sa Majefté
Czarienne a deflein de garder Virlar , qui eft
fitué à l'entrée du Port ou Golte de Vibourg ,
comme un lieu propre à conſtruire un Port , &
favorable aux projets du commerce de Ruffie.
On debite que l'Empereur a ajugé le Duché
de Holftein Ploé au Duc de Hoftein Rethvvich
, malgré les oppofitions du Roy de Dan
Acmark,
De
DE SEPTEMBRE 1722 215
De Coppenhague ce 27. Août.
Es fix vaiffeaux de guerre , qui étoient ref-
Ltez dans cepuxt, 8uqui avoient eu ordfe
de defarmer , ont reçû un contre- ordre , & ils
Le préparent à mettre à la voile au premier
commandement . Le maître d'un bâtiment arrivé
depuis peu de Petersbourg , a rapporté
qu'on y équipoit actuellement quatre- vinge
Galeres , outre les vingt un vaiffeaux de guer
Le qui font partis depuis peu pour Revel.
M. Fontenag , Capitaine de vaiffeau , à été
envoyé par la Cour à Borhnolm , avec des inftructions
particulieres , qu'il ne doit ouvrir
que lorfqu'il y fera arrivé.
Il y a fix Regimens d'Infanterie & trois de
Cavalerie , commandez pour aller camper à2
Exerforde dans le Holftein , où le Roy doit
les aller paffer en revûë inceffamment.
Le Roy a fait publier des propofitions avan
tageufes à tous les Proteftans , qui voudront
fe venir établir eh Jutland , tant pour y faire
valoir des plantations de tabac , que pour y
établir des manufactures femblables à celles des
autres Royaumes.
Le Czar a fait dire au Roy , de ne point s'in
quieter des armemens faits à Cron flot & à Pe
tefbourg , & qu'il n'avoit d'autre deffein que
d'exercer fes matelots. On ne laiffe pas , malgré
les proteftations , que d'équiper les vaiffeaux
de guerre qui font dans ce port ; d'autant
plus qu'on a rapporté , qu'on avoit vu
vers les côtes de Finlande neuf ou dix vaiffeaux
de guerre Mofcovites & près de trente galeres,
De
214
LE MERCURE
De Vienne ce 30. Loust.
E 12. Aouft entre les neuf ou dix heures de
foir la Cour interieure du Château de la Fas
vorite fut fubitement remplie par une nuce
épiffe de fauterelles ; ces infectes répan lirent
l'effroy dans le Palais par leur bruit , & l'obfcu
rité que leur multitude caufa dans l'air . On fut
ocupé toute la nuit & le jour fuivant à détruire
ce fleau incommode , qui ne paſſa ni dans
les autres cours du Château , ni dans les jars
dins , ni dans les appartemens.
On a reçû avis de Munich qu'on preparcit
quarante barques à Vaffenbourgfur l'Inn pour
tranf orter ici par eau les équipages , & les
Officiers du Prince Electoral de Baviere , dont
le mariage avec l'Archiducheffe Marie Amelic,
doit fe celebrer dans deux mois.
On débite que l'Archiducheffe Marie-Therefe
, fille aînée de l'Empereur fera decla ée
Reine d'Hongrie par les Etats de ce Royaume,
& que Sa Majefté a confenti que les Proteftaas
Hongrois euffent le libre exercice de leur Religion
, à condition que leurs enfans feroient
evez dans les principes de la Religion Ca
tholique.
M. Reichwein , envoyé de Dannemarx a cu
fon audiance de congé . L'Empereur lui a fait
prefent de fon portrait enrichi de Diamans.
Le Cardinal de Saxe Zeith eft arrivé de
Prefbourg , & a rendu compte des derrie.es
déliberations de la Dicte de Hongrie où il y a
eu de nouvelles & grande conteftations , principalement
fur les affaires de la Religion . On
croit que l'Empereur y retournera pour calmer
ces mouvemens par la preſence.
De
DE SEPTEMBRE 1722. 215
O
De Londres ce 12. Septembre.
N répare les fortifications de Porftmouth,
& on y envoyera un train d'artillerie de
lá four. C'est une fuite de précaution que l'on
prend contre les deffeins , dont on a eu de nouvelles
preuves dans les derniers jours .
M. Kelly , Capitaine Irlandois né Catholi
que Romain , mais Proteftant depuis vingt ans,
a été arrêté à bord d'un vaiffeau qui le devoir
paffer en France , & a été envoyé à la Tour.
Quoi qu'accufé de haute trahifon il a permiffion
de voir fes amis. Son époufe , la Conteffe
de Belleu , fa belle - mere , & fes domeftiques
ayant été mis fous la garde d'un meflager
d'Etat , ont obtenu depuis leur liberté , & celle
de voir le prifonnier. Le fieur Jean Sample
ayant été auffi arrêté , accufé du crime de haute
trauifon , fe fauva le lendemain fur les huit
heures du foir de la maifon du meffager d'Etat
où il étoit retenu . On a envoyé des ordres dans
tous les ports pour l'empêcher de fortir du
Royaume , & on a publié une proclamation
Royale , avec promefle de cinq cens livres
Sterling de récompenfe à qui pourra l'arrêter.
Il y a plufieurs autres perfonnes arrêtées , &
accufées du même crime de haute trahison .
Les Juges de paix prennent toutes fortes de
précautions pour découvrir les mal intentionnez
, & ont fait des Ordonnances pour la police
de la ville de Londres qui contiendront les
efprits turbulans . .
Le 4. Septembre après midi l'Evêque de Ro
chefter , qui eft le même qui a facré le Roy , a
été conduit à la Tour comme criminel de haute
trahifon. I eft accufé d'être un des principaux
276 LE MERCURE
paux chefs d'une confpiration qui devoit s'executer
au commencement de ce mois. On ne
peut lui parler dans fa prifon fans une permiffion
fignée par le Secrétaire d'Etat , & om ne
le voit qu'à une certaine diſtance , afin que fes
gardes puiffent entendre tout ce qu'on lui dit .
L'aflemblée du nouveau Parlement a été proclamé
pour le 20. O&obre prochain.
On apprend par les dernieres Lettres de
Londres que l'Evêque de Rochefter , & le Capitaine
Kelli y fom gardez avec beaucoup d'exactitude.
On dit que ces deux prifonniers doivent
prefenter une Requête à la feffion prochaine
des Juges de Paix , pour demander qu'on leur
Faffe leur procès fuivant la loi , mais l'opinion
la plus commune , eft que le Roy declarera la
confpiration projectée contre fa perfonne , à
l'ouverture du prochain Pa lement , & que S.
M. chargera la Chambre des Communes de
dreffer les chefs d'accufation contre ceux qui y
ont eu part , afin qu'ils foient jugez par les
Pairs avec les formalitez obfervées jufqu'à
prefent.
De Lisbone ce 14. Aouft.
Larrive
E Capitaine d'un vaifleau nouvellement
arrivé de Cadix raporte que depuis quelques
jours l'Efcadre Efpagnole a attaqué quel
ques vaiffeaux Algeriens qui croifoient de
compagnie , & qu'elle en avoit pris un de foixante
pieces de canon , dont l'équipage avoit
été mis aux fers.
Le 28. Juillet la flote de Fernanbugue entra
dans le port de cette Ville au nombre de feize
bâtimens , dont il y a deux flutes chargées de !
bois pour le compte du Roy. La prin ipa'e
charge des autres confifte en deux millions de
Cruzades ,
DE SEPTEMBRE 1722. 217
Cruzades , fix mille caiffes de fucres , cinquon
te mille cuirs preparez , & quatre mille rau,
leaux de tabac.
On a donné ordre à l'Infpecteur des Doüanes
de cette Ville de rendre la biere , le vin &
l'eau-de vie qui avoient été faifis cette année
für quelques vaiffeaux Hollandois ; mais en
même temps on a défendu aux Officiers de
Marine de cette nation d'en apporter dans la
fuite.
Il est arrivé ici trois Ambaffadeurs du Roy
Theocaufe de Fulanac , le plus paiffant des
Princes de l'lfle de Madagaſcar pour traiter de
quelques affaires de Commerce .
De Madrid ce 2. Septembre.
N apprend par les dernieres Lettres de
Ceuta que les maladies y font entierement
cèffées , mais que la recolte des environs fera
fort peu confiderable cette année .
Don Pierre de Monta , Major , Chef d'Efcadre
des Galeres du Royaume , a mandé par
un courier que le 25. Juillet dernier é ant à la
hauteur du Cap de Plato, il avoit pourſuivi avec
la Sainte Therefe , l'une de fes Galeres , une
petite Fregate de Maures de vingt trois hom
mes d'équipages , dont il en avoit tué ſept , &
pris les feize autres .
Les nouvelles de Malaga font que l'Efcadre
Hollandoife y ayant relâché le 9 Juillet dernier
elle en étoit partie le 11 pour aller join
dre l'Efcadre Efpagnole , qu'elle l'avoit , rencontrée
le même jour au foir au rombre de
quatre vaiffeaux de guerre de foixante à foixante
dix pieces de canon , & de cinq autres de
trente à quarante , que le 12. les deux Efcadres
K avoient
218 LE MERCURE
avoient relâché dans la baye d'Althea , que M.
Grave contre Amiral Hollandois avoit paffé
fur le bord de Don Antonio Serrano , Commandant
de l'Eſcadre Eſpagnole , qu'après y avoir
tenu confeil ils étoient convenus enſemble que
l'Efcadre d'Efpagne partiroir de cette baye le
18. pour aller fe mettre à l'anchre devant la
ville d'Alger , où elle attendroit que tous les
vaiffeaux Hollandois fuffent en état de l'aller
joindre.
Le 22. Aouft le Roy notifia aux Miniftres
étrangers , aux Grands du Royaume , & aux
Seigneurs de la Cour la conclufion du mariage
de l'Infant Don Carlos , fils aîné de fon fecond
lit avec Mademoiſelle de Beaujolois , cinquième
fille de Monfieur le Duc d'Orleans , Regent du
Royaume de France. On chanta ce jour là le
Te Deum en action de graces dans l'Eglife du
Mon aftere Royal de l'Efcurial , & dans la Chapelle
du Palais . Et cette heureuſe alliance fut
pareillement celebrée par le fon des cloches ,
des feux de joye , & des illuminations qui ont
duré trois jours.
Les Galions font partis de Cartagene pour
Portobello le 25. May , & la flote Eſpagnole de
la Mer du Sud , commandée par Dom Barthelemy
de Urdinfa eft arrivée à Panama avec le
tréfor de Sa Majefté , & les marchandiſes des
particuliers , elle doit être arrivée à temps
pour la foire de Portobello.
Un courier dépêché de France a apporté le
portrait de Mademoifelle de Beaujolois , qui a
été remis par le Roy à l'Infant Don Carlos .
Les conventions de nôtre Efcadre & de celle
de Hollande , font que les vaiffeaux Espagnols
croiferont jufqu'au 15. Septembre entre les
côtes de ce Royaume , & celles de Barbarie ,
&
DE SEPTEMBRE 1722. 219
& que les vaiffeaux des Etats Generaux croiſeront
entre Malaga & le Cap de S. Vincent.
De Rome ce 27. Aouft.
E 23. Juillet il y eut au Quirinal une Con-
Lagregationextraordinaire des Cardinaux. On
y détermina d'accorder des fecours à l'Ile de
Malthe.
Enfuite on publia une Indulgence pleniere ,
avec expofition du Saint Sacrement pendant
trois jours dans les Eglifes de Sainte Marie fur
la Minerve , de Sainte Marie in Trastevero , &
de Sainte Marie Majeure ; on ordonna de reciter
la Collecte contre les infideles dans toutes
les Mefles qui feront celebrées dans les Eglifes
de Rome pendant ces trois jours. Les Chevaliers
de Malthe fe font affemblez chez M. Juftiniani
, Receveur de la Religion pour prendre
des mefures touchant leur départ.
Le 29. Juillet Don Jean Baptifte Spinola ,
Ambaffadeur de Malthe fit illuminer le foir
toute la façade de fon Palais pour celebrer l'élection
du Grand- Maître Don Antonio Manoel
de Vilhena ,fils du feuGeneral Don Sanches Manoel
de Vilhena , premier Comte de Villa Flor .
11 eft le troifiéme Chevalier, de Malthe Portugais
qui ait été élevé à cette dignité ; le premier
fut Don Alfonfe , fils du Roy Don Alfonfe
Henriquez , qui fut élú en 1194. & qui
donna fa démiffion quelques mois après ; le fecond
fur Don Louis Mendes de Vafconcellos ,
qui étoit Bailly , lorfqu'il fut élú le 17. Septembre
1623. & qui mourut 7. mois après.
M. Mezzabarba , Vicaire Apoftolique à la
Chine eft en route pour revenir en Europe , &
il y fait apporter le corps du feu Cardinal de
Kij
Tournon
220 LE MERCURE
Tournon qu'il a fait embarquer à Macao.
L'ont
De Malthe ce 18. Aoust.
Es Galeres de la Religion parties de Siracufe
ont heureuſement paffé le canal fans rencontrer
aucune des Sultanes de l'Efcadre Turque,
& fur leur route elles ont prife une Galiote
ennemie , montée de trente - quatre hommes
. La flote Ottomane après avoir demeuré
quelques jours dans le canal de Malthe s'en eft
éloignée pour prendre la route des côtes de
Barbarie , où le Capitan Bacha eft chargé de
regler quelques affaires , tant à Tunis qu'à
Alger. Les ordres avoient été donnez pour
bien recevoir les Turcs au cas d'une defcente .
On avoit diftribué des troupes dans les principaux
poftes de la Cité Valette , & de la Marine.
On avoit fait partir les Baillifs de Kinnefch
& Viſconti pour fe rendre au Camp de
Mazza Sciroccho & de Cazel- Reituoni . On
envoya le Maréchal de l'Ordre former un Camp
volant avec une partie des Milices du pays , &
on lui donna pour Ajudans quatre Chevaliers ;
on fit partir des Navires pour aller embarquer
à Guzzo les bouches inutiles ; on fit encore
d'autres difpofitions pour le falut de l'ifle . Les'
Turcs avant de s'éloigner ont tenté plufieurs
fois de faire une defcente à Mazzaſcala , mais
fans aucun fuccès ; le Grand Maître a envoyé
avis au Conte de Trame , Commandant à Siracufe
des mouvemens des Efcadres Turques ,
compofée l'une de cinq Sultanes qui parurent
du côté du canal , & l'autre de pareil nombre
de vaiffeaux qui fe montrerent à la côte Meri
dienale de l'lfle de Malthe .
Oa a fçû par les Lettres de Tripoli du 4.
Jillet
DE SEPTEMBRE 1722. 221
Juillet que Gianum Coggia avoit été rétabli
par le Grand Seigneur dans fa Charge de Grand
Amiral.
Le Commandant de la flote Turqué a écrit
une Lettre très fiere au Grand Maître de Malthe
qui a réparti qu'il répondroit à cette Lettre
à coups de canon .
Le 28. Juin il y a eu à Malthe & au Gozzo,
un orage terrible , mêlé de Tennerre & de
grêle qui a ôté la vie à trois perfonnes.
De nouvelles Lettres de Meffine & de Malthe
portent que l'Efcadre Turque après avoir
paffé à Tunis , avoit paru depuis à la vûë de
Cappo-Paffaro en Sicile , faifant route vers le
canal de Malthe , & qu'elle étoit compofée de
dix- fept Sultanes , & d'un nombre confiderable
de bâtimens de tranfport . Le Grand Maître
a envoyé dans l'ifle de Gozzo le Bailly de
Langou avec un corps de Chevalier affez nombreux
pour défendre ce pofte ; on préfume que
les Turcs ont deffein d'y tenter un débarquement
, & de s'en rendre maîtres , pour y laiffer
un corps de troupes , & y etablir des magasins
qui puiffent faciliter le fiege de Malthe au
Printemps prochain.

K iij
SUPPLE
222 LE MERCURE
CODCODCODCODCOD
SUPPLEMENT,
MR.Daudet ,Geographe du Roy , qui a levé
les plars du fiege de Montreuil , & du
Camp, de Porché- fontaine , a auffi deffiné plufieurs
plans concernans le Sacre du Roy , qu'il
a fait graver , & qu'on imprime a&tuellement.
Il les vendra chez lui , rue des Foſſez Monmartre
, & chez le fieur Mortain , Marchand
Imager , fur le Pont Notre- Dame : voici la
lifte de ces Plans.
Le Plan de la Ville de Rheims & de fa
perfpective.
Le Plan de fes environs , avec le lieu où fera
le Camp de la Maiſon du Roy , & le lieu
où elle fera rangée en bataille .
Le Plan de l'Eglife de Notre - Dame de
Rheims , où fera facré le Roy, & celui de l'Archevêché.
Le Tombeau de S. Remy , où eft la fainte
Ampoule , le plan & l'élevation . Les antiquitez
de la ville de Rheims en deux plans.
Le Village de Corbeny , ou S. Marcou , où
le Roy doit aller en pelerinage après fon Sacre,
& toucher les malades affligez des écrouelles.
Un Plan en grand de la ville de Rheims ,
orné de plufieurs figures , tenans dans leurs
mains tous les attribuis du Sacre.
Le Plan de la ville de Soiffons .
Celui de la forêt de Villers-Cotterets.
Et fix Plans de la route que tiendra le Roy
DE SEPTEMBRE 1722 223:
depuis Paris jufqu'à Rheims.
M. Dauder a obtenu de Sa Majesté un privilege
exclufif , pour l'impreffion & le debit
de ces Plans pour dix ans , avec amande de fix
mille livres contre les contrevenans à fon privilege
. M. le Blanc , Miniftre de la guerre ,
doit prefenter tous ces deffeins au Roy.
LE
E jour que M. Fofcarini & Tiepolo , Ambaffadeurs
Extraordinaires de la epublique
de Venife , firent leur Entrée publique , dans
l'ordre que nous avons marqué. Ils arriverent
à l'Hôtel des Ambaffadeurs Extraordinaires ,
conduits par le Marêchal de Matignon & le
Chevalier de Sain &ot , Introducteur des Am
baffadeurs , qui avoient été les prendre dans
le Caroffe du Roy , au Monaftere de Picpus ,
ù ils furent complimentez de la part du Roy,
par le Duc de Villequier , premier Gentilhom-"
me de la Chambre de Sa Majefté , de la part
de Madame , par le Marquis de Pourpri , fon.
premier Ecuyer : de la part de Monfieur le Duc
d'Orleans , par le Chevalier de Conflans , fon
premier Gentilhomme de la Chambre & de la
part de Madame la Ducheffe d'Orleans , par
le Marquis de S. Pierre , fon premier Ecuyer.
Les Ambaffadcurs ont été logez & traitez les
trois jours fuivans par les Officiers du Roy ,
fous les ordres de M. de la Porte , Maître
d'Hôtel de S. M.
Le Mercredi 23. le Prince de Guife & le
Chevalier de Sainctot , allerent prendre Mrs
les Ambaffadeurs au même Hôtel , dans le Caroffe
du Roy , & les conduifirent à Versailles
à leur premiere audience publique .
Ils trouverent à leur arrivée dans l'avant-
Kiiij
bours
224 LE MERCURE
1
cour du Château , les Compagnies des Gardes
Françoifes & Suiffes fous les armes , le › tambours
appellans : dans la cour les Gardes de la
Porte , & ceux de la Prevôté , auffi fous les
armes à leurs poftes ordinaires . Ils furent reçus
au bas de l'efcalier par le Marquis de
Dreux , Grand Maitre des Ceremonies , les
Cent -Suiffes étant fur l'ef:alier en habit de
ceremonie , la hallebarde à la main. Ils furent
reçûs en de lans de la Salle des Gardes du
Corps , par le Duc de Villeroy , Capitaine des
.. Gardes du Corps , qui étoient en haye & fous
les armes. Ap ès l'audie ce du Roy , les Ambaffadeurs
furent conduits par le Chevalier de
Sain Aot , à l'audience de Monfieur le Duc
d'Orleans , & de Madame la Ducheffe d'Orleans
. Ils allerent à toutes ces audience , en
Fobe , conformément à l'ufage des Ambafladeurs
de Venife , & après avoir é é traitez par
les Offi iers de M. ils furent reconduits
l'Hôtel des Ambaffadeurs Extraordinaires , par
le Chevalier de ce Sainetot , dans le même Ĉaroffe
, avec les ceremonies accoûtumées .
M. de S. André , Capitaine de Vaiſſeau ,
qui commandoit le Vaiffeau le François , arrivé
depuis quelques jours de la Martinique à
Rochefort , eft mort dans la traversée.
Marie-Anne de Harlay de Chanvallon , Abbeffe
de la franche Abbaye aux Eois , mourut
à Paris le 25. Septembre , âgée de 4 ans.
Le même jour Dame Marguerite d'Aligre ,
veuve de M Loui -Charles d'Albert , Duc de
Luynes , Pai de France , Chevalier des Ordres
du koy , & auparavant de M. François Bonaventure
, Marquis de Manneville , mourut âgé
de 81. an , & fut inhumée dans l'Eglife de
Incurables.
DE
SEPTEMBRE 1722 . 225
Le bruit des cures merveilleufes qu'a faites
les maladies fecrettes le fieur Dibon , Chirurgien
ordinaire du Foy , dans fa Compagnie
des Cent Suiffes , a engagé Sa Majefté à lui,
accorder un privilege pour ces fortes de maux ,
en confiteration , tant de l'excellence de fon
remede , que de la facilité de le transporter cù
l'on vent , & de le faire prendre fans violence
aux perfonnes du temperamment le plus foible.
Le ieur Dil on , qui n'eft pas moins cxpet
pour les fiftules & autres maladies , demeure
à Paris , ruë Pɛâcriere , à côté de la Communauté
des Filles de fainte Agrès..
M. de hampagne , Lieutenant de Galere ,
Chevalier de l'Ordre de S. Louis , eft mort à
Maifeille le 21. de ce mois
M. l'Abbé Maffieu , de l'Academie Françoife
, Perfionnaire de l A a emie Royale des elles
Lettres , & Profeffeur Royal en Langue
Grecque , eft auffi mort le 27. de ce mois.
و
Nous aurions bien voulu pouvoir donner
la relation étendue que nous préparons
, de l'attaque du Fort de Montreuil,
& du Camp près de Versailles , dans ce
Mercure, mais pour ne rien omettre des
circonstances qui y doivent entrer &
pour la rendre digne de la curiofité de nos
Lecteurs elle demande un peu plus de
temps. Cependant nous la ferons paroître
inceffamment , pour ne pas trop retarder
L'extrême empreßement qu'on témoigne pour
la voir. On l'imprime actuellement , & on
>
226 LE MERCURE
grave le plan du Fort & du Camp. Now
efperons que le tout fera plaifir an Püblic.
La differtation hiftorique du Sacre & Cou•
ronnement des Rois de France , depuis Pepin
jufqu'à Louis le Grand , par M. l'Abbé de
Camps , le trouve chez les mêmes Libraires ,
qui debitent le Mercure à Paris & dans les Provinces.
APPROBATION.
des Sceaux le Mercure du mois de Septembre
& j'ay crû qu'on pouvoit en permettre l'impreffion,
A Paris le 2, Octobre 1722.
ordre de Monfeigneur leGarde
HARDION.
TABLE.
Xtrait d'une Lettre de M. l'Abbé de Camps
Efur l'heredité des Grands Fiefs ,
pager
Toëne , Suzanne accufée par les vieillards ,
Tableau de M. Coypel. 23
Medailles Gre ques de la ville de Marſeille
& critique , &c .
Conte Enigmatique.
31
39
Lettre de M. de Frey de Neuville , contenant
un diſcours à M. l'Evêque de Marſeille , &
l'Ode fur l'Immaculée Conception de la Vierge,
qui a remporté le prix de l'Academie de Caen.
44
52
64 Lettre fur la maladie de Marſeille.
Sur le mariage du Roy , vers , & c .
Lettre Critique fur les Spectacles , & en generales
fur la Tragedie d'Achalie en particu
liere.
Bouquet au Roy , Ode. 97
Difcours de l'Evêque de Beauvais fait à l'occafion
des drapeaux du Regiment du Roy Ico
Complimens faits à M. le Cardinal du Bois.
Fonts rimez . -
102
103
ibid.
Funerailles de Milord Marlborough.
Lettre écrite de Cambray , vers de M. de
Voltair e 109
Lettre de M. de Voltaire à S. E. M. le Car
dinal du Pois . III
Lettre fur la ceffation de la pefte à Marſeille,
& mandement de M. l'Evéque , & c.
Enigmes.
Chanfon.
113
120
121
1
NOUVELLES LITTERAIRES des beaux
ibid.
Arts ,
Extrait
des pieres
d'éloquence
& de Poëfie
qui ont remporté
le prix des Jeux Floraux
.
ibid.
Traité des forces mouvantes pour les Arts
& Métiers.
Hifloire des Juifs.
Nouvelle defcription de la France.
Hiftoire generale d'Ef; agne.
Expofition d'une methode raiſonnée .
13:
141
143
143
145
Difcours de M. Fargés de Polifi pour le prix
d'éloquence. 147
Survivance & provifions données à M. Bignon
de Blanzi pour la Charge de Bibliothe-
Caire du Roy. 152
Complimens faits à S. E. M. le Cardinal du
Pois .
Suite des Medailles du Roy.
Spectacles , Penelope , & c.
155
158 |
159
Le nouveau Monde , Comedie nouvelle. 161
La Provençale , nouvelle entrée à l'Opera ,
175
Comediens Italiens , le vieux monde , & c.
Journal de Paris .
189
181
Entrée des Ambaffadeurs de Venife à Paris.
Charges & emplois donnez .
Arrefts , Edits , Declarations.
186
188
190 盛
19
Morts & Mariages
Naiffances , morts , & mariages des pays
étrangers.
Dignitez & Charges des pays étrangers.
Deuxième Toterie à Utre -K .
194
196
199
Nouvelles étrangeres , de Conftantinople 109
De Petersbourg
210
De Varfovie . 211
De Stokolm .
De Coppenhague.
212
De Vienne
213
214
De Londres . 215
De Liſbone.
De Madrid.
De Rome.
De Malthe.
216
217
219
220
222 Supplément.
Relation des attaques du Fort de Montreuil .
La Chanfon doit regarder la page 121.
215
La planche des Medailles du Roi doit regar
der lå
page 158.
ERRATA du Mois d'Août.
Page 101. ligne 15. Paris eft , liſez Paris qu eft.
Page 125. ligne 22. rcconnoiffances , liſs;
connoiffances.
Page 142. ligne dernière , travaille , life
travailla.
Page 149. ligne 3. Dangerville , lifez Dangeville.
Page 151. ligne 10. Couvreur , lifez Coureur
.
Page 168. ligne 4. du bas , Efperum , lifez
d'Arzeron.
Page 186. ligne 27. d'Aftracan , liſez Aftracan
.
Page 189. ligne 2. Sa Majefté , liſez la Majesté.
Page 199. ligne 23. par heure , lifez par
lieuë.
Page 206. ligne 7. Suriau , lifez Surian.
Fautes à corriger dans ce Livre.
PAge 18. ligne 13. Pour le , lifez Pour ce .
Page 44 ligne 2. du bas , par les voyes ,
lifez par ces voyes .
Page 72. ligne 17. fera , lifez on fera.
Page 104. 1 , celebra , ajoutez à Londres.
Page 150. lig. 19 penitence , jez peinture.
Page 157. 1. 1. preffer , lifez prefter.
Page 158. entre la 2. & la 3. ligne du bas ,
ajoutez ce chiffe XXII .
Page 164. ligne 10. vient , lifez veut.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le