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LE
426081
MERCURE
DE JUIN 17 2 2.
REQUE
DE
LA
ON
VILLE
QUÆ COLLIGIT SPARGIT ,
A PARIS ,
> Chez GUILLAUME CAVELIER au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , à la Fleur - de- Lys d'Or .
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT ,Quay des Auguftins , à la
deſcente du Pont - Neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXII.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
SjksbjbJtjbjbjbJtjbjbétjbj
LISTE DES LIBRAIRES
qui debitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & dans les
Pays étrangers.
Lyon , chez Plaignard , Libraire.
Montpellier , chez les freres Faures .
Toulouſe , chez la Veuve Tene.
Bayonne , chez Etienne Labottiere.
Bordeaux , chez la veuve Labottiere .
Charles Labottiere , vis à - vis la Bourſe. ibido
Rennes , chez Vattar.
Nantes , chez Julien Maillard.
Saint Malo , chez la Mare .
Poitiers , chez Faucon .
Xaintes , chez Delpech.
Blois , chez Maffon .
Orleans , chez Rouzeau .
La Rochelle , chez Desbordes.
Angers , chez Fourreau .
Tours , chez Gripon.
Caen , chez Cavelier.
Rouen , chez la Veuve Herault.
Le Mans , chez Pequineau.
Chartres , chez Feltil ..
Châlons , chez Seneuze.
Troye , chez Bouillerot.
Rheims , chez Godard .
Dijon , chez la veuve Armil.
Beauvais , chez Courtois.
Abbeville , chez Dumefnil.
Soiffons , chez Courtois.
Amiens , chez le François , & chez Godard.
Arras , chez C. Duchamp.
Sedan , chez Renaud .
C
Metz , chez Colignon.
Strasbourg , ch. Dou'feker .
Cologne , chez Mete nik,
Francfort , chez J. L. Koeniq .
Berlin , chez Etienne.
Leipfic , chez Gledich .
Litle , chez
R
ancl .
Bruxelles , chez Tierſtevens.
Anvers , chez Verduflen .
La Haye , chez Rogiffard.
Amfterdam , chez Bernard.
Roterdam , chez Vander Linden .
Londres , chez du Noyer.
Madrid , chez Aniflon.
Geneve , chez les freies de Tournes .
Turin , chez Reinflan .
Le prix eft de 30 fols .
A ij
A VIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le
Commiffaire le Comte , vis- à - vis
la Comedie Françoise à Paris . Ceux qui
pour leur commodité voudront remettre
leursPaquets cachetez aux Libraires qui
vendent le Mercure à Paris , peuvent ſe
fervir de cette voye pour les faire tenir.
On prie très-inflamment quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toujours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs ouvrages , mais même de
es perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
De l'Imprimerie de C. L. THIBOUST,
Place de Cambray.
LE
LE
BIBLIO
LYON
VILLE
MERCURE
DE
JUIN 1722.
PIECES FUGITIVES.
en Vers & en Profe .
ODE
Sur le Mariage du Roy ;
Par une jeune Auteur de dix-sept ans.
HASTES Nymphes , dont la préfence
Peutfeule à mes foibles accords
Quoiqu'à peine dans leur naiſfance
,
nfpirer de nobles tranſports ;
Doctes Maîtreffes de la Lyre ,
Daignez à l'ardeur qui m'inſpire
Affocier vos doux accens ,
Cedez à mon impatience ,
A iij Jamais
2 LE MERCURE
Jamais plus augufte alliance
Ne fût digne de votre encens.
Ce n'eft point ici la peinture
Du terrible Dieu des combats
Qui vient défoler la nature,
Semant l'horreur & le trépas ;
Un Dieu plus paisible m'enflâme
Et c'est l'Amour que je reclame :
Paiffe la douteur de mes fons
Egaler , s'il fe peut , fa grace ,
Et que leur melodie efface
Celle des plus doctes chanfons .
Mais pourquoi d'une vaine idole
Reclamer ici le fecours ?
Cet Hymen d'un amour frivole
Vient- il donc terminer le cours
Jamais une aveugle foibleffe
D'une voluptueufe yvreffe
Empoifonna- t- elle ces coeurs ?
Et viendrai- je flateur infame ,
Approuvant une indigne trame ,
Chanter de coupables ardeurs ?
Mais de quelle erreur infenfée
Mon Apollon eft- il épris ?
A quelle coupable penfée
Laifféje égarer mes efprits ?
Loin d'ici l'image honteuſe ,
Qui
DE JUIN 1722
Qui d'une flamme vertueufe
Vient ternir le pudique éclat s
Du noeud d'un fi faint Hymenée
Dépend l'heureuſe deſtinée
Et le repos de tout l'Etat .
Une chafte Amitié le lie ,
La Sageffe en eft le flambeau ;
Et le bien feul de la Parrie
Vient allumer, un feu fi beau.
Peuples , que le Ciel a fait naître
Pour vivre fous l'augufte Maître ,
Pour qui j'ofe former des voeux , -
Chantez cette heureufe alliance ,
Et repaiffez vous par avance
de l'avenir le plus heureux.
·
Déja dans le fein de vos Villes
Regne l'abondance & la paix ;
L'injuftice n'a plus d'aziles ,
L'indigence en fuit pour jamais :
L'inique opulence profcrite ,
Et l'erreur au front hypocrite
Cedent au plus fage des Rois ;
La veuve & l'orphelin timide ,
Sans craindre l'oppreffeur avide ,
Vivent à l'ombre de fes lois .
Et vous que ma douleur profonde
Cherche à regret parmi les morts ,
A iiij
Manes
LE MERCURE
Manes du plus grand Roi du monde ,
Paroiffez encor fur ces bords ;
Jadis dans le cours d'une année
Si votre Race moiffonnée
Vous fit répandre tant de pleurs ,.
Une fi confolante fête ,
Et le jour pompeux qui s'apprête ,
Ont de quoy calmer vos douleurs,
En vain la Parque conjurée
A coups preffez tranche les ans.
D'une Race , dont la durée
Doit égaler celle des tems .
En vain fa derniere furie
Réunit ton Ombre cherie
A celles de tant de Heros ;
Malgré fa rage triomphante ,
Je vois d'une tige mourante
Refleurir les tendres rameaux.
Ton Sang va reprendre fa courfe ,
Ce fleuve qui fembloit tarir ,
A flots nombreux fort de la fource ,
Que cet Himen vient de r'ouvrir.
Malgré tant de revers funeftes >
Le Ciel dans tes prétieux reftes ,
Te rend à ton Peuple allarmé ,
Et le Cyprès qui te couronne ,
1
Malgré
DE JUIN 1722.
Malgré le chagrin qu'il lui donne ,
Vient d'être en Laurier transformé.
Avec cette Race immortelle
Renait le fiecle floriflant ,
Où Saturne fous fa tutelle
Tint l'Univers encor naiſſant ;
Ses loix des peuples regrettées
Vont être de nouveau dictées
Par la bouche de l'Equité ;
Reftaurateur du premier âge ,
Cet Hymen eft l'heureux préfage
D'une égale felicité.
La France à l'Espagne s'allie ,
Pour rétablir le fiecle d'or ,
Des richeffes de l'Iberie
Elle prend le plus cher tréfor
Mais , ò Nation fortunée ,
Beniffant l'heureufe journée ,
Où ces deffeins furent conçus »
Malgré votre orgueil ordinaire ,
Faites -nous un aveu fincere ,
Qui donne , ou qui reçoit le plus ?
Av Riponfe
6 LE MERCURE
1
RAAAAAAAAA
REPONSE de M. l'Abbé de vayrac à la.
Lettre Anonyme écrite aux Auteurs
du Mercure le 6. May 1722. au fujet.
de Guillaume fils d'Etienne Comte
de Blois , & d'autres Faits Hifto...
riques contenus dans l'explication de
la Carte qui marque les endroits par
où l'Infante REINE apaßé.
J
E me flattois , Meffieurs , que le plaifir
que je m'étois fait de vous communiquer
le Manufcrit de mon Explication Hiftorique
& Topographique de la Carte qui
marque les endroits par où l'INFANTEREINE
a paffé , pour en mettre des Extraits
dans vos Mercures , ne me donneroit
aucun lieu de repentir ; mais la Lettre
d'un Auteur Anonyme, que vous avez inferée
dans le premier tome du mois dernier ,
vient de m'aprendre que je m'étois trompé
en m'annonçant que j'avois à combattre
contre tous les Hiftoriens , tant anciens
que modernes. Je l'ay luë , & je vous
avouerai qu'elle m'a effrayé. Les noms
refpectables d'Orderic- Vital , d'Alberic ,
du Pere Labbe ; le ton décifif de celui qui
me declare la guerre , je ne fçai quel air
d'ingenuke
DE JUIN 17226 7
d'ingenuité & de franchiſe qu'il affecte de
répandre avec adreffe dans toutes les décifions
, & une fecurité qui marque la profondeur
de fon fçavoir , fembloient devoir
me reduire à la trifte neceffité de foufcrire
à une retractation publique. Mais comme
les gens de mon Pays ne font ces fortes
de démarches humiliantes qu'à bonnes enfeignes
, j'ai voulu avant que d'en venir
là , fçavoir fi j'étois auffi reprehenfible
que mon Antagoniſte prétend l'infinuer
au Public. Pour cet effet j'ai relû fa Critique
avec attention , je l'ai examinée de
prés , j'en ai fondé les fondemens , & je
me fuis enfin aperçu qu'à la premiere lecture
une fauffe lueur, que j'avois prife pour
un vray jour , m'avoit éblouy. Alors la
terreur panique dont j'avois été faiſi a diſ---
paru , j'ai eu honte de ma trop grande timidité,
tranchons le mot , j'ai rougi en
fecret d'avoir craint un ennemi fi peu dangereux
fes Remarques , qui m'avoient
allarmé au commencement , ne m'ont plus
paru que comine ces femmes fardées , qui
ne paroiffent belles qu'à une certaine di-
Atance d'où l'on ne voit les objets qu'imparfaitement
, qui ne ramenent le coeur
qu'en trompant les yeux , & qui ne doi .
vent leur beauté qu'à l'artifice dont elles
fe parent. Que vous dirai - je ? Peu s'en eft *
fallu que je n'aye laiffé à l'équité des gens .
A vj de
& LE MERCURE
de Lettres le foin de faire mon apologic
Cependant feit vanité , foit amour propre
j'ai enfin fuccombé à la tentation , & me
fuis determiné à faire l'analyfe de cette
bifarre Critique. Ne foyez pas furpris
Meffieurs, de l'épithete que je lui donne ,
fi vous vous êtes donné la peine de la lire
attentivement , vous conviendrez que je ne
fçaurois lui en donner d'autre qui lui convienne
mieux. Tant de chofes inutiles
tant d'autres contraires en quelque maniere
aux deffeins que l'Auteur fe propoſe,
y font entaffées avec fi peu d'ordre , que
je défie le plus habile Ecrivain de leur
donner un arrangement qu'elles n'ont pas
reçu en fortant de les mains . Semblable
à cet homme dont parle Horace , tantôt
il s'efforce , il fe donne la torture pour
trouver à mordre fur mon Ouvrage, tantôt
il me pique par des termes infultans ,
tantôt il me fate , il me louë ironiquement
, tantôt il femble vouloir m'accabler
fous le poids d'une foule d'Hiftoriens qu'il
appelle à fon fecours.
Inaniter angit,
Irritat , mulcet , falfis terroribus implet.
Cependant malgré cette bizarrerie , de
peur qu'il ne m'accufe de chercher des
fauxfuyans pour éluder les coups qu'il me
porte , je le fuivrai pied à pied jufques
dans les égaremens pour ne le pas perdre
de
DE JUIN 1722.
de vue, je raporterai fidellement les propres
termes dont il s'eft fervi , j'expoferai fes.
difficultez , j'employerai fes autoritez , &
enfuite je lui oppoſerai les raifons qui
peuvent fervir à ma deffenſe..
1. Il dit que dans votre Mercure d'A
vril j'avance un fait qui furprendra bien
les Hiftoriens de ce tems fi je puis le prouver,
& comme s'il avoit recueilli leurs fuffrages
, & qu'il fut chargé de leur part de
me citer à fon Tribunal , il foutient que
tous juſqu'à preſent ont cru que Guillaume
fils unique d'Etienne Comte de Blois avoit
été desherité parce qu'il étoit begue , fans.
aucun merite , & qu'il avoit eu le coeur aßez
bas pour épouser Agnés de Sully , qui étoit
attachée au fervice de la Comteffe fa mere ,
au lieu que j'affure que ce Prince fut fi extravagant
que de fe qualifier SEIGNEUR.
DU SOLEIL, que par cette raison il fur
privé defon droit d'aîneffe , & qu'il n'ent
en partage que le Comté de Chartres , ce qui
lui paroît fi furprenant , qu'il a grande envie
de fçavoir où j'ai pris une telle particularité
: & comme de SQLEIUM on SOLLEIUM
on a dit d'abord SOLEI , on
SOLLEI , avant que de dire SULLY , il
eft tenté de croire que je me fuis imaginé que
Guillaume deBlois fe qualifioit SEIGNEUR
DU SOLEIL , parce qu'il étoit dit SEIGNEUR
DE SOLEI , ou que peut- être.
j'ais
10 LE MERCURE
j'ai été affez fimple pour avoir pris cette
chimere de quelque vieux Romancier , qui
eût donné ce titre de SEIGNEUR DU
SOLEIL an Prince dont il s'agit par alluſion
au nom de SOLEI..
Qui ne croiroit à entendre parler notre
Anonyme de la forte , qu'il va mettre ſur
Ja Scene tous les Hiftoriens qui ont parn
jufqu'à prefent, pour m'obliger à faire reparation
d'honneur à la memoire du Prince
Guillaume , par une confeffion fincere qu'il
prétend être en droit d'exiger de moy ,
fuppofé que je ne lui donne pas lespreuves
qu'il attend? Mais par malheur perfonne ne
fe declare pour lui , dans le tems qu'il parle
au nom de tous , fi ce n'eft Orderic -Vital
Auteur contemporain du Heros dont j'attaque
la reputation , & le fçavant Alberic
qui vivoit au fiécle fuivant..
Mais quel langage fait- il tenir au premier
? Que Guillaume étoit fils aîné d'Etienne
Comte de Blois , qu'il fe maria avec
la fille de Gilon de sully , qu'il recueillie
Ha fucceffion de fon beaupere , qu'il vêcur
long - temps dans une profonde paix , &
qu'il eut une illuftre famille : Guillelmus
qui major natu erat , filiam de Soleio
uxorem duxit , & foceri ſui hereditatem poffidens
, diù pacificè vixit , laudabilemque ·
fobolem genuit. Mais que prétend conclurecontre
moy cet Anonyme du paffage d'OrdericDE
JUIN 17226
ง
deric-Vital ? Se flatte- t'il de prouver par-làque
j'ai commis un crime en difant que
Guillaumefut ft extravagant que de ſe qua•
lifier SEIGNEUR DU SOLEIL , & que
par cette raison il fut privé de fon droit
d'aineffe ? Si cela eft , qu'il ait la bonté de
nous dire quelle nouvelle dialectique la
fecondité de lon génie a pû inventer pour.
tirer d'un principe fi éloigné de ſon ſujer ,
une confequence fi extraordinaire. Car
enfin , je fuis l'homme du monde le plus
trompé ou le plus ignorant , fi du paffage
de cet Auteur on peut conclure autre
chofe fi ce n'eft 9
comme je viens de le
dire , que Guillaume étoit l'aîné des enfans
d'Etienne Comte de Blois , Guillelmus qui
major natu erat ; qu'il fe maria avec la Fille
de Gilon de Sully , filiam Gilonis de Soleio
uxorem duxit ; qu'il fut heritier de fon
beau- pere , & foceri fui hereditatem poffi...
dens ; qu'il vêcut long tems dans une profonde
paix , & qu'il eut une illuftre fa.
mille , diù pacificè vixit laudabilemquefobolem
genuit. Qu'on examine tous les termes
de ce paffage avec toute l'attention imaginable
, qu'on les prenne dans toute la ri
gueur , jamais on n'y trouvera ce que l'Anonyme
pretend , & tandis qu'il n'aura pas
de plus fortes armes à m'oppofer , je ſerai
toujours en état de me deffendre contre
Jui , & en droit de dire & de foutenir que
Guillaume
LE MERCURE
Guillaume pouvoit fort bien être le fils
aîné d'Etienne Comte de Blois ; s'être
marié avec la fille de Gilon de Sully , &
être en même tems aſſez extravagant pour
Se qualifier Seigneur du Soleil. Le recit que
fait Orderic du mariage de ce Prince , ne
prouve point que tous les Hiftoriens ayent
cru jufqu'à prefent qu'il y ait eu en lui de
baffeffe de caur en fe mariant avec Agnés
de Sully , ni qu'il ait été desherité à cauſe
de ce mariage : & pendant que l'Anonyme
à l'ombre d'un celebre Hiftorien , qui ne
dit rien en fa faveur , nous viendra débiter
des fauffetez groffieres , j'infifterai à
demander qu'elles foient condamnées aa
feu comme les Annales de Volufe , & dirai
avec Catule ,
At vos interea venite in ignem
Pleni ruris , & inficetiarum
Annales voluft.
Les gens de Lettres ne doivent pas être
livrez au caprice de ces Auteurs mafquez
, qui faifant parade d'une fauffe éru
dition , jouiffent en fecret de la maligne
fatisfaction qu'ils ont de critiquer les au
tres fans compromettre leur reputation.
Mais pourquoi nous mettre de mauvaiſe
humeur contre l'Anonyme Peut - être
qu'Alberic , dont il cite un long paffage ·
lui fera plus favorable qu'Orderic. Voici
comme il le fait parler : Horum omnium
paterDE
JUIN 1722 .
1
pater Guillelmus dicitur extitiße magni Comitis
Campania Theobaldi ; fed quia nul ·
lius valoris fuit & balbus , &quandam nobilem
puellam , quæ erat in fervitio matris
fuæ filiam Domini de Solliaco accepit , idcircò
à Comitatu alienatus fuit. Voyons fr
ce paffage eft fi oppofé à ce que je dis, que
l'Anonyme le prétend. Pourquoi , felon,
Alberic , le Prince Guillaume fut- il exheredé
? Pour trois raifons. La premiere ,.
parce qu'il étoit un imbecile , quia nullius.
aloris fuit la feconde , parce qu'il étoit
begue & balbus , & la troifiéme , parce.
qu'il fe maria avec Agnés de Sully ,
quandam nobilem puellam filiam Domini
de Solliaco accepit.
:
Or de ces trois raifons , quelle eft celle.
qui détermina fa mere à l'exclure du Comté.
de Blois ? Il n'y a perfonne qui doute que
ce ne fut parce qu'il étoit un imbecile , un
infenfé, un fou , un extravagant , incapable
de gouverner les Etats , quia nullius valoris
fuit. Son begayement ni fon mariage
n'étoient que des défectuofitez acceffoires
à fon imbecilité, qui par elles- mêmes n'au-
Eoient jamais pû operer l'exclufion au
Comté de Blois : on a vû des begues qui
ont fagement gouverné leurs biens & leurs.
familles , mais les Loix ont toujours regardé
les imbeciles comme incapables d'aucun
gouvernement. Auffi Aberic ne parlet'il
14 LE MERCURE
t'il du begayement & du mariage de Guil
laume que fecondairement, ou acceſſoirement,
s'il m'eft permis de in'expliquer de la forte.
·
Mais je fuppofe pour un moment qu'il·
eut éré au pouvoir de la mere de ce Prince
de l'exclure du Comté de Blois , au cas
qu'il n'eût pas ééttéé iimmbbeecciillee ,, n'auroit-elle
pas pû avoir de l'éloignement pour fon
mariage avec Agnés de Sully , fans que
pour cela il y eût eu en lui aucune
baffeffe de coeur en contractant ce mariage ?
Cet éloignement ne pouvoit- il pas venir
d'une certaine antipathie qui fe trouve louvent
entre des familles d'une égale con .
dition ? Y a- t'il un homme de Lettres qui
ignore que celle de Sully étoit fort illuftre
dans le tems que celle de Champagne étoit
dans l'obfcurité ? Que l'Anonyme faffe le
parallele de ce que dit Orderic fon garent
en faveur de la premiere , & Glabert- Ro .
dalphe contre la feconde , & il verra s'il
eft bien fondé à dire que Guillaume avoit
été desherité parce qu'il avoit en le coeur
affez bas pour fe marier avec Agnés fille de
Gilon de Sully ; ou s'il ne trouve pas à pro
pos de le faire , qu'il trouve bon que je le
faffe.
4
Gilon de Sully , dit Ordéric , étoit un ancien
& très-noble Heros parmi les Gaulois
, qui defcendoit de la Race de Henri
Roy des François , lequel affifta à plufieurs
grandes
DE JUIN 1722. 1.S
}
grandes Affemblées de la Nation. Gilo de
Seleio de nobiliffimis Gallorum antiques Heros
, de familia Henrici Regis Francorum
qui multas viderat & magnas Congregationes
Populorum. Voila la maniere avec laquelle
Orderic-Vital , Auteur contemporain-
& garent de l'Anonyme, s'explique en parlant
de Gilon de Sully , pere d'Agnés de
Sully , que Guillaume eut le coeur affez bass
pour l'époufer. Voyons comment Glabert
Rodulphe s'explique en parlant des predeceffeurs
de Guillaume ..
Il dit , que pendant que le Roy Robert
gouvernoit le Royaume , il fut cruellement
infulté par ceux - là même que lui , fon
pere & fon grand- pere avoient tirés de la
pouffiere d'une naiffance obfcure pour les
élever au faite des honneurs . parmi lef
quels Odon fils de Thibaud , Comte , de
Chartres , furnommé le Tricheur , avoit été
un grand Perturbateur de l'Etat par les Rebellions
qu'il y avoit excitées : In præfcripto .
igitur tempore difponente Francorum Regnum
Roberto Rege , plurimas ei intulere contumelia
infolentias , illi maximè, quos aut :
mediocri , aut ex infimo genere tam ipfe ,
quàm uterque Hugo ei , fcilicet pater atque
avus ,fecerant maximis honoribus fublimes :
inter quos fuit Odo Rebellionum maximus ,
qui fuit filius Theobaldi Carnotenfis cogno→
mento Fallacis, Cer Odon , ajoûte- t'il dans
ן ו מ
LE MERCURE
un autre Chapitre , defcendoit d'une fille
de Conrard Roy des Auftrafiens , appellée
Berthe , quoique du côté de fon pere & de
les ayeuls il fut d'une naiffance très obfcure
Erat enim idem Odo natus ex filia
Chuonradi Regis Auftrafiorum Berta nomine
, licet à patrisfui proavis obſcuræ duxiffet
genus linea. Que l'Anonyme ne s'avife
donc plus de prendre Orderic - Vital
pour fon garent , lorſqu'il lui prendra envie
de perfuader au Public que Guillaume fut
exheredéparce qu'il ent le coeur aſſez bas
pour épouser Agnés de Sully , d'autant
que ceux qui fçavent les avantages que la
Maifon de Sully avoit en ce tems - là fur
celle de Champagne , le revolteront contre
lui. Mais ce n'eft pas affez de lui avoir
prouvé qu'il accuſe faux , il faut lui prouver
que j'ai acculé juſte , lorſque j'ai dit
que Guillaume avoit été privé de fon droit
d'aineffe à cause de fes extravagances
,
qu'il s'étoit qualifié Seigneur du Soleil.
ن م
Baugier dans fes Remarques Hiftoriques
de Champagne dit que Gaillaume
fut privé de fon droit d'aîneffe à cauſe de
l'imbecillité de fon efprit. Ainfi quand je
n'aurois que ce feul garant , il feroit vrai
de dire que l'Anonyme a tort de foutenir
que tous les Hiftoriens ont cru jusqu'à
prèſent que c'étoit à cause qu'il avoit en le
caur affez bas ,pour ſe marier avec Agnès:
de Sully.. La
DE JUIN 1722. 17
La Thaumafiere dans fon Hiftoire de
Berry affure pofitivement que ce me fut
pas feulement le mariage qu'il contratta
avec l'heritiere de la Maifon de sully ( qui
n'étoit pas indigne de fa naissance ) qui
obligea fon frere à l'exclure de la fucceffion
du Comté de Champagne , mais parce qu'il
étoit begue , mal - fait , & qu'il n'avoit pas
les qualitez requiſes pour foutenir l'éclat de
Sa naissance , gouverner fon Etat. Peuton
mieux caracterifer un imbecille , un
fou , un extravagant , que de dire qu'il
n'avoit pas les qualitez requifes pour foutenir
l'éclat de la naiffance , & gouverner
fes Etats ? L'Anonyme veut- il être pleinement
inftruit de l'imbecillité , de la folie ,
de l'extravagance de ce Prince ? qu'il life
l'Epitre 134 d'Yves de Chartres ; il y
trouvera que Guillaume , ou pour mieux
dire , que ce monftre dans l'ordre de la
nature, confpira contre la vie de tous les
Ecclefiaftiques de l'Evêché de Chartres
& que par un facrilege ferment , que le Venerable
Prelat appelle Herodien , pour bien
exprimer combien il devoit être en execation
, il fit jurer au pied de l'Autel Notre
Dame tous les Habitans de la Ville & de
de la Banlieue , d'entrer dans cette barbare
confpiration ; ce qui fit tant d'horreur à
Yves , qu'il ne voulut pas adminiftrer les
divins Sacremens en prefence des ces abominables
18 LE MERCURE
>
minables Confpirateurs , ni leur donner la
benediction Epifcopale. Guillelmus, écritil
à Daimbert Archevêque de Sens , in
mortem Clericorum Carnotenfium , & in
perniciem meam , & omnium ad nos pertinentium
confpiraverit coram Altare Beate
Mariæ , & omnes cives qui fub Banno
funt ad eandem confpirationem compulerit.
Ego itaque hoc juramentum Herodianum
audiens , nolui poftea in præfentiâ hujuſmodi
Confpiratorum divina Sacramenta
tractare nec benedictionem Epifcopalem
fuper eos more folito dare. Que l'Anony
me me donne l'idée d'un homme plus fou ,
plus extravagant que le Prince Guillaume ,
& j'applauditai à fa critique ; mais s'il
n'eft pas en état de la faire , qu'il avoue
ingenuement qu'il s'eft trompé ; au lieu
d'entreprendre , comme il fait , de m'obliger
à me fetracter. par une confeffion fincere
de mon ignorance. Que fi tout ce que
je viens de dire fur la foy de tant d'Auteurs
. n'eft pas capable de le defarmer , qu'il jetre
les yeux fur la page 295 de l'Hiftoire de
Blois compofée par Bernier , & il y lira que
Guillaume , l'aîné de huit ou dix enfans
qu'avoit Etienne Comte de Blo's , fut fi
extravagant , qu'il ajoutoit à jes autres qua-
Litez celle de Seigneur du Soleil , & que
ce fut pour cette raison , & pour quelques
violences dont Yves de Chartres ſe plaint
qu'il
DE JUIN 1722. 19
96.
qu'il fut privé de fon droit d'aineffe . Donc
par une confequence jufte & naturelle ,
notre Anonyme a grand tort d'avancer
hardiment que tous les hiftoriens ont cru
jufqu'à prefent que Guillaume fils aîné d'EStienne
avoit été desherité , par ce qu'il
avoit en le coeur aſſez bas pour ſe marier
avec Agnés de Sully; & s'il n'eft pas le
plus obftiné de tous les hommes , je me
Aatte qu'après des témoignages fi authentiques
, fi décififs , fi refpectables , il ne
fera plus tenté de croire que je fois fi peu
werfé dans la Langue Latine , pour m'étre
imaginé que ce Princefe qualifioit Seigneur
du Soleil , parce qu'il étoit dit Dominus
Solei on Sollei ; ou bien , que par une
imbecillité auffi grande que la fienne , j'ai
pris cette particularité de quelque vieux
Romancier , qui eut donné ce titre de Seigneur
du Soleil au Prince dont il s'agit ,
par allufion au nom de Solei. Mais c'eft
affez fur cet article , continuons l'analyte
de la Critique.
2. Aprés avoir donné une idée avilif
fante de la Maifon de Sally , en difant que
Guillaume eut le coeur affez bas pour fe
marier avec Agnés de Sully , il ne prend
pas garde que la demangeaifon qu'il a de
m'écrafer , s'il étoit en fon pouvoir , en
mettant à mon ouvrage le fceau de la plus
craffe ignorance , le fait tomber dans une
contradiction
ΣΟ LE MERCURE'
contradiction fi manifefte , qu'elle faute
aux yeux des moins clairvoyans , ce qui
prouve qu'il n'eft ni attentif à ce qu'il
dit , ni verfé dans la Chronologie , puifqu'il
affure que la Maifon de Sully étoit fi
illuftre , que Charles de Berry , petit-fils
du Roy Jean, ſe maria avec Marie de Sully
vers l'an 1386. Mais ce n'eft pas affez de
fe contredire fi manifeftement touchant
l'éclat de cette Maiſon , il fe précipite dans
une erreur pitoyable , en la confondant
avec celle de Champagne . Il eft vrai que
Marie qui fut mariée avec Charles de Berry
portoit le nom de Sully , mais ce n'étoit
qu'un nom adoptif , fon propre & veritable
nom étoit celui de Champagne , & elle ne
portoit celui de Sully , que parce qu'elle
en defcendoit par femmes , & non pas
du côté paternel . Mais fuppofons qu'elle
fût veritablement de la Maiſon de Sully ,
il ne feroit pas plus excufable , en ce que
d'un côté il s'efforce de perfuader au Public
que Guillaume le degrada en quelque
maniere en époufant Agnés de Sully , &
il ne dit pas que Charles de Berry ſe degradat
en époufant Marie de Sully . Quoi !
le fils d'un petit Comte de Blois fe fera
mefallié en fe mariant avec une fille de
cette Mailon ? & un defcendant de l'augufte
Maiſon de France , ne fe fera pas
mefallié ? c'est ce qui me paroît inconcevable
,
DE JUIN 1722. 21
vable , & je ne comprends pas qu'un homme
qui prend un ton fi haut en parlant
des Auteurs , puiffe fouffler ainfi en même
tems le froid & le chaud. Mais font- ce
là toutes les méprifes de notre Anonyme ?
non en voici encore deux qui meritent
d'être relevées , puifqu'elles renferment
deux Anachroniſmes .
>
Après avoir cité les Tableaux Genealogiques
du Pere Labbe , comme s'il les fçavoit
par coeur , quoiqu'il ne les ait vus
qu'à tergo , il dit que Charles de Berry fe
maria avec Marie de Sully vers l'an 1386,
quoiqu'il foit de notorieté publique que
ce fut pofitivement l'an 1380 : donc il y
a dans fon calcul une erreur de fix ans
que la modification de vers l'an ne fauroit
effacer , d'autant que le terme de vers ne
peut s'étendre tout au plus qu'à un ou
deux ans de difference. Après avoir éloigné
de fix ans le mariage de Marie de
Sully , il anticipe l'extinction de la Maiſon
de Sully de près de 200 ans , en la faifant
périr à la mort de cette même Marie ,
dans le quatorziéme fiecle , au lieu qu'elle.
exiftoit fort avant dans le feizième : car
felon la Thaumaffiere , & tous les autres
Genealogistes , Guion de Sully Seigneur
de Cors , de Gargileffe , de Romefort , vivoit
en 1511 , & il laiffa de jeanne de
Carbonnel la femme Antoine de Sully , &
B plufieurs
22 MERCURE LE
plufieurs filles , dont l'aînée appellée Françoise
de Sully , fut mariée en premieres
noces en 1522 avec Philippe de Saint Romain
, lequel étant mort , elle fe remaria
en 1527 avec Pierre d'Aumont. Mais
pourquoy chicaner notre Anonyme fur
une femblable vetille ? il ne vaut pas la
peine de parler de près de 200 ans entre
Pexistence ou l'extinction d'une Maiſon,
Pourfuivons l'analyſe de la Critique.
3. Il n'a pas plutôt éteint par anticipation
la Maifon de Sully , que pour me
faire de la peine , il va renouveller une
vieille querelle depuis longtemps affoupie
, que la faute du Copifte avoit
fait naître entre Monfieur le Comte de
Pons & moy. Vous fçavez que par la
confrontation que vous , M. le Comte de
` Pons , M. de Vignau & moy fimes de mon
original avec l'Extrait qui en avoit été fait ,
il fut prouvé qu'au lieu de donner la Maifon
de Pons pour éteinte , comme l'Anonyme
le prétend , je difois : Cette Branche
dans le dernierfiecle paffa dans celle d'Albret
par le mariage d'Antoinette de Pons `avec
Antoine d'Albret . Or qui dit Branche , ne
dit pas Maifon , puifque les feuls termes
de cette Branche en fuppofent une ou plufieurs
autres ; fi bien qu'en parlant de la
forte , je ne donnois aucune atteinte à la
Branche de Pons la Caze , de laquelle M. le
Comte
DE JUIN 1722 . 23
Comte de Pons eft le Chef. Auffi vous
fouviendrez - vous , Meffieurs , qu'après un
examen ferieux de mon original , M. le
Comte de Pons me fit l'honneur de me témoigner
qu'il étoit auffi content de mon
exactitude , qu'il avoit lieu de fe plaindre
de la negligence du Copifte. C'est donc
à tort que l'Anonyme me fait une que-.
relle d'Allemand touchant la Maifon de
Pons , dont je connois peutêtre mieux que.
lui l'ancienneté , l'éclat , les progrès , les
alliances , les perfonnes exiftantes qui en
portent à jufte titre le nom & les Armes ;
& pour finir une fois pour toutes , ce que
j'ai à dire fur cet article , c'est que je reconnois
pour vrais Defcendans de la Maifon
de Pons, à laquelle le Titre de SIRAUTE'
eft attaché depuis tant de fiecles ,
Renaud-Conftance de Pons , Comte de
Pons , mari de Dame Louiſe - Charlotte de
Gadaigne d'Hoftun , fille unique du Comte
de Verdun , qui avoit été mariée en premieres
noces avec le Marquis de la Baume,
fils aîné du Marêchal deTalart : Gui - Louis
de Fons , Marquis de Thors ; Jacques-
Augufte de Pons , Chevalier de Pons , fon
frere : Charles Armand de Pons , fils unique
de Pons , de Pons Comte de Roquefort & de
Charlotte Armande de Rohan , foeur du
Prince deGuimené : & Sophie de Pons,foeur
du Comte de Pons , & veuve de Louis de
Bij Courbon
24 LE MERCURE
Courbon , Marquis de Blenac. Quand il
plaira à l'Anonyme de m'indiquer les autres
Collateraux du Comte de Pons , qu'il fait
exifter en plufieurs autres branches , &
qu'il me donne de bonnes preuves de leur
existence , je les adopterai de tout mon
coeur , & les mettrai à la fuite de la Genealogie
de la Maifon de Pons , que je
tiens d'une bonne main. Mais jufqu'alors ,
quod fcripfi , fcripfi. Je ne puis me prêter
à d'autres reconnoiffances des Defcendans
de la Maifon de Pons.
4. L'Anonyme ne veut pas croire que
Guillaume ait été Comte de Chartres , quoiqu'il
foit forcé de convenir qu'il est vrai
qu'il a été appellé Comte de Chartres dans
quelques Titres. Mais que faire à cela ?
Laiffons-le dans fon incredulité, c'eft fa manie
; cependant je n'en fuis pas moins en
droit de donner ce titre à Guillaume a
puifque je trouve que Bernier qui a écrit
ex profeffo fur l'Hiftoire de Blois , dit en
termes formels que lorsqu'il fut privé de
fon droit d'aineffe , la Princeſſe ſa mere në
lui affigna que la Ville de Chartres . La
Thanmaiere après avoir parlé de l'exheredation
de ce Prince , tient le même langage
que Bernier , en difant que quoiqu'-
exheredé , il ne laiffa pas neanmoins de
prendre la qualité de Comte , tant par
cofideration de fa haute naissance & de la
Maiſon
DE JUIN 1712 . 25
Maifon dont il étoitriſſu , que parce qu'il
avoit pris le titre de Comte de Chartres.
Mais , dit l'Anonyme , apparemment il
ne prit ce titre qu'avant son mariage ; à
quoi je pourrois répondre que lorsque je
donne ce Titre à Guillaume , je ne decide
pas fi ce fut avant ou aprés fon mariage ,
& par confequent il a grand tort de me
chicaner là - deffus . Mais la Thaumaffiere
lui prouve qu'il le prit avant & après . Réduit
à avouer que Guillaume prit ce Titre
avant fon mariage , il foutient qu'il nefut
jamais le Maître du Comté de Chartres.
Je pourrois me difpenfer de répondre à
cette objection , parce que je n'ai pas dit
qu'il en fut le Maître. Mais pour faire
voir qu'il s'appuie mal à propos fur l'autorité
d'Orderic Vital , en dilant que cet
Auteur prouve ce fait affez clairement , je
lui foutiens qu'il n'en a jamais dit un mor
& en me fervant des mêmes expreffions
dont il fe fert contre moy , je pourrois lui
dire qu'Yves de Chartres , Auteur contemporain
du Prince , témoigne affez clairement
qu'il fut Maître abfolu de ce Comté , puis
qu'il eut le pouvoir d'obliger par ferment
Tous les habitans de la Ville & de la Banlieuë
à entrer dans une confpiration contre
la vie de tous les Ecclefiaftiques du
Dioceſe : Guillelmus in mortem Carnotenfium
confpiraverit , & omnes cives , qui
B. iij Jab
26
LE MERCURE
fub Banno funt , ad eandem confpirationen
compulerit.
>
5. Il fe plaint enfin de ce que je fais
mourir Eudes II . fans enfans , & je lui réponds
que s'il fe fut donné la peine d'examiner
les chofes de près , il fe feroit aperçu
que c'eft une meprife du Copifte .
qui a jetté quelque confufion dans cet endroit
, puis que cinq lignes après je dis
qu'il épousa en fecondes nôces Ermengarde
d'Auvergne , de laquelle il eut trais fils ,
ce qui prouve manifeftement que cette
faute ne peut pas m'être imputée : ainſi je
ne crois pas être obligé de perdre beaucoup
de temps à lui répondre , non plus que
lors qu'il dit qu'Etienne Comte de Méaux
& de Troyes ne fut pas Comte de Blois. Il
trouvera la verité de ce que je dis dans
Bangier , dans Belly , dans du chefne , dans
Sainte Marthe , dans la Taumaffiere , dans
Bernier , qui tous élevent la voix en ma faveur
, aufli bien que pour lui foutenir
qu'Eudes fe faifit du Comté de Blais après
la mort d'Etienne , & qu'il prit la qualité
de Comte de Champagne. La feule indulgence
que je lui demande , c'eft de me
paffer un degré & demi de parenté entre
Eudes & Etienne ; car comme je n'ay vû les
extraits baptiſteres ni de l'un ni de l'autre ,
ce fait pourroit bien être problematique ,
& j'avoue ingenuement que je n'aurois jamais
DE JUIN 1722 . :27
mais de honte d'avoir fait couſins germains ,
fur la foy de certains Auteurs qui peuvent
être peu exacts , de ux Princes , qui peutêtre
n'étoient que coufins feconds.
Voilà , MESSIFURS , un expofé fincere
de la Critique de l'Anonyme dont j'ay rapporté
les termes fidelement , afin qu'on ne
m'accufe pas de fupercherie. J'ay tâché d'y
répondre par la bouche de nos meilleurs
Auteurs ; c'eft au Public éclairé, & arbitre
fouverain des difputes Literaires , à deci -
der qui ,
de mon Antagoniſte ou de moy ,
eft plus digne de reprehenfion . C'eft
donc aux gens de Lettres à qui j'appelle
des conclufions prifes contre moy
par l'inexorable Anonyme. J'ole me
Hatter qu'ils me feront favorables , & j'efpere
que s'il ne porte pas des coups plus
mortels à ma reputation que ceux qu'il lui
a portés , elle peut s'attendre à mourir de
vicilleffe. J'ay l'honneur d'être , &c.
POEM E
Sur le Mariage du Prince des Afturies ,
avec Mademoiſelle de Montpenfier.
V
Enus erroit un jour dans l'Ifle de Cithere ,
Afes côtez marchoit faCour tendre & legere;
Elle s'affic fur l'herbe ; un fommeil gracieux
B iiij
Sous
28 MERCURE LE
Sous fes charmants pavots appefantit fes yeux ,
Auffi tôt accourut le doux effain des ſonges
Qui trompoit fon efprit par de riants menfonges ;
Elle croyoit encore abufant fon Epoux
Par de tendres larcins rendre les Dieux jaloux ,
Mars à fes loix foumis lui dreffoit un Trophée :
Tandis qu'elle gouroi : les douceurs de Morphée
Les Amours difperfez couroient avec les Ris ,
Des oifeaux pare ffeux ils dépoüilloient les nids
L'un bleffe les Sylvains de fes fleches rapides ,
L'autre fuit dans les champs les Dryades timides ;
Ils fe cachent aprés dans l'épaiffeur des bois ,
Le foleil reflechy fait briller leurs Carquois ;
Quand tout à coup l'Hymen avec fa Cour facrée
Glorieux , defcendit de la voute azurée ,
L'amour l'accompagnoit , ils remplifſoient les
airs
Des accords immortels de leurs divins concerts
Venus s'éveille au bruit de leur chant agreable ,
Où volez vous , mon fils , & vous Dieu refpecta
ble ,
Dit-elle , quel fujet vous amene en ces lieux ,
Et vous force à quitter la demeure des Dieux ?
MONTPENSIER , lui répond le Dieu de l'hymenée
A fixé d'un Heros la noble deftinée ,
L'aimable MONTPENSIER dont les attraits vainqueurs
Sçavent s'affujettir les efprits & les coeurs ,
Et qui fait éclater dans fa tendre jeuneffe
Les
DE JUIN 1722 . 29
Les fruits meurs & divins d'une haute fageffe :
Un Prince en qui le Ciel fait briller mille appas ,
Qui voit naître & mourir le jour dans fes Etats ,
Brûle pour MONTPENSIER d'une flamme immortelle
,
Il attend de mes foins une gloire nouvelle ,
Les uniffant tous deux par de facrez liens ,
Les mortels fe verront comblez de mille biens .
La Seine ( a ) cependant enfantant des miracles ,
Charmera MONTPENSIER par de brillants ſpectacles
Et faifant éclater fa joie & fes tranſports ,
Verra tous les plaiſirs raſſemblez ſur ſes bords ;
Le Monarque ( b ) charmant qui commande à la
France ,
Afferviffant fes pas aux loix de la cadence ,
Fera briller en lui la majefté des Dieux ,
Et le fils du Soleil ( c ) pour enchanter les yeux-
Faifant rouler fon char fur la celefte plaine ,
De fa cheute orgueilleufe embellira la Scene :
MONTPENSIER accroîtra la pompe de ce jour ,
Les Dieux (d ) feront jaloux de fa fuperbe Cour,.
Elle aura de Junon la majeſté , les graces ,
Et les coeurs à l'envy woleront fur fes traces :
a Fêtes qu'onfit à Paris au départ de la Princeffe dese
Afturies.
b Il y eut un Bal fuperbe au Palais Royal , le Roy
2 dansa.
c Le Roy & toute la Cour allerent à l'Opera : on jona
Phaeton , remis magnifiquement au Theatre
d Au Bal du Palais Royal les Dames étoient en corps
de jupes , & leurs habits d'une magnificence extraordisaire .
By L'aurore
30
LE MERCURE
L'Aurore a moins d'éclat au point de fon réveil ,
Quand ſon char diligent devance le Soleil.
Louis ( e ) à la douleur fera bien-tôt en proye ,
Seul il fera chagrin dans la commune joye ,
Et l'Espagne fenfible au fort de ce Heros ,
Tâchera d'attirer MONTPENSIER par ces mots ;
Destinée à porter le facré diadême ,
Méprifez vous les voeux d'un Prince qui vous
aime ?
Oubliez- vous ainfi votre amour , votre foye
N'aurai je plus l'efpoir d'être fous votre loy ?
Trop fenfible aux attraits que Paris vous étalle ,
Ferez- vous triompher la France ma rivale !
Arrachez -vous , Princeffe , à de fi doux plaifirs
Venez d'un jeune Dieu remplir tous les defirs ,.
Accourez en ces lieux où l'amour vous apprête
L'inestimable prix d'une chere conquête.
L'Hymen vous y prepare un fort plein de douceurs
,
Il vous fera goûter fes plus tendres faveurs ,
Et les Dieux aux doux fruits d'un fi haut
hymenée ,
Donneront une heureufe & longue deſtinée ;
Lachefis attentive au travail de fes mains ,
Mefurera vos jours aux fouhaits des humains ,
Rien de ces jours heureux ne corromprales charmes;
Que dis je ! votre Epoux vous coûtera des larmes
,
c Louis Philippe , Prince des Afturies,
Quand
DE JUIN 1722 . 31
辈
Quand fes ans plus nombreux l'appellant aux
combats ,
Il portera par tout l'horreur & le trépas .
Sechez ces tendres pleurs , voyez le plein de
gloire ,
Attacher à fes pas la fidele victoire ,
Par des faits éclatants étonner le Dieu Mars ,
Et fe mettre au deffus du fort & des hazards .
MONTPENSIER à ces mots fentira dans fon ame
Les fecrets mouvements d'une fidele fâme ,
Et pour guides prenant fon devoir, ſon amour
Elle abandonnera les charmes de la Cour.
La Nymphe qui prefide aux richeffes du Tage ,
La recevra bien- tôt fur fon heureux rivage ,
Orgueilleuse de voir MONTPENSIER fur fes bords ,
Elle negligera le foin de fes trefors.
Du Chevalier Poulet , âgé de 18 ans.
>
Deffenfe de l'Etymologie quefeu M. Huet,
Evêque d'Avranches a donnée du nom
de la ville d'Eu , fur laquelle M.
Capperon, ancien Doyen de S.Maxent,
affure dans une piéce du Mercure du
mois de May dernier que ce Prelat n'a
pas penſé jufte.
Mi
Capperon qui a promis au Public ,
l'Hiftoire du Comté d'En lui en
donna un Effay fur l'antiquité de ce Comté.
B vj dans
32
LE MERCURE
dans les Memoires de Trevoux du mois.
de May 1716. il entreprit d'y prouver
qu'En étoit la Ville des Effui , mentionnée
dans les Commentaires de Cefar , que ces
Peuples tiroient leur nom du Dieu Efus
qu'ils adoroient plus particulierement que
les autres Gaulois , & que d'eux il paffa
à leur Ville . C'est- à- dire , qu'ils avoient
d'abord été appellez Efni , & leur Ville
Efua , laquelle auroit enfuite par corrup
tion été appellée Eu , ce qui parut fi exact
& fi curieux à l'Auteur qu'il crut en devoir
par avance faire part aux amateurs.
de l'Hiftoire .
Cependant on lui objecta dans les mê
mes Memoires au mois de Septembre fuivant,
qu'il étoit manifefte par la narration
de Cefar que les Effu étoient affez éloignez
du Pays d'En , quoiqu'on ne puiffe determiner
leur ficuation précife , qu'ainſi ſon
étymologie n'étoit pas foutenable , & qu'il
n'y avoit qu'à fe tenir à celle que M. Huet
avoit rapportée du nom de cette Ville
dans les origines de la Ville de Caën ,
pag. 293. puifqu'elle étoit toute naturelle.
Que felon ce fçavant Evêque & M.
du Cange les mots au , auu , auve , eu 5.0..
on , onu , qui forment en ce Royaume
plufieurs noms de lieu , ou qui entrent dans
leur compofition , fignifient en Allemand.
un Pré , & que ces lieux fe trouvent tous»
dans
'DE JUIN 1722- 33
**
>
dans des prairies. On ajoûta que cela n'empêchoit
pourtant pas qu'Es ne pût exiſter
dans le tems de Cefar ; que les mots cideffus
pouvoient auffi -bien fignifier un Pré
dans l'ancien Gaulois que dans l'Allemand,
für-tout fi leur origine eft Hébraïque
comme M. Huet le croyoit , les Langues
voifines ayant toujours des mots communs
, & que quand le nom que porte
aujourd'hui cette Ville , lui auroit été feulement
impofé par les François , qui ne
conquirent les Gaules qu'au cinquième.
fiécle , il ne s'enfuivroit nullement qu'ils.
en fuffent les fondateurs , puifque plufieurs
lieux anciens ont changé de nom depuis
la; domination Françoiſe.
から
Cette objection étoit demeurée jufqu'à
prefent fans réponfe. Mais quelques vieux:
·Sepulcres , qu'un Laboureur découvrit
avec la charue fur la fin de l'année derniere
à cent cinquante pas de la Ville d'En
à l'Orient proche d'un grand chemin , ont
relevé la confiance de M. Capperon ; &
il a cru que de ce coup- là fon fentiment
étoit hors d'atteinte . Non content de deux
Tombeaux de pierre trouvez par le Laboureur
, dont l'un contenoit un corps ,
& l'autre étoit vuide , il fit fouir aux en--
virons dans l'efperance d'une plus grande
découverte , & il fut affez heureux pour
rencontrer quelques offemens dans quatre
out }
34 LE MERCURE
ou cinq foffes , & même une urne remplie
de terre grife.
>
C'eft principalement cette urne & le
peu d'os , qui étoient dans chaque foffe ,
qui ont fait juger à M. Capperon que ces
fepulcres étoient & Romains & Payens .
Car il fçavoit , dit - il ,
les Ro-
› que
mains idolâtres enterroient leurs morts ou
entiers , ou après les avoir brûlez , mettant
feulement dans les urnes les cendres
& les offemens de ceux-ci , qu'ils recueilloient
aprés que le feu du bucher étoit
éteint & que lorfque les urnes ne pouvoient
tout contenir ils enterroient le
furplus des offemens à côté de ces vales.
Il fçavoit auffi qu'ils plaçoient leurs fepultures
à l'Orient, des Villes & fur les
grands chemins ; toutes circonftances qui
ne lui ont pas permis de douter que celles
qu'on a découvertes auprès d'Eu , ne leur ·
appartinffent. Ce qui l'a encore confirmé
dans cette perfuafion, eft que ces fepultures
ont precedé l'an 160. de Jefus- Chrift ,
puifque l'ufage de brûler les corps morts
n'a point paflé les Antonins qui l'abregerent
, & que Commode eft le dernier des
Empereurs de cette famille , fur quoi Alexander
ab Alexandro eit fon garent.
A ces preuves M. Capperon joint auffi
celle d'un Temple encore entier , confacré
autrefois aux Dieux des Gaulois , qui eft à
Ен
DE JUIN 1722. 35
1
Ez dans la ruë de la Chauſſée , & de la
verité duquel il le tient bien affuré par la
maçonnerie & le mortier qui en font femblables
à la maçonnerie & au mortier des
plus anciennes murailles de cette Ville ,
lefquelles font du tems des Romains ; outre
que la Porte de ce côté- là qui eft bouchée
, s'appelle même encore aujourd'hui
La Porte de l'Empire . Enfin il obferve qu'il
n'y a qu'une petite partie d'Eu qui foir
dans la prairies , tout le refte étant fur le
côteau qui la commande ; & c'eft par toutes
ces raifons , qu'il s'eft crû en droit de
conclure que M. Huet n'a pas penfe jufte
fur l'étymologie du nom de la même
Ville.
Mais comme les jugemens des Sçavans
font toujours fujets à revifion , on avoue
qu'on ne peut admettre celui de M. Capperon
, & que c'est la conclufion elle-même
qui ne paroît nullement jufte. En effet ,
il y a à En un Temple & des murailles du
temps des Romains , & auprés de cette Ville
quelqnes Tombeaux du même temps ; dong
le nom de la même Ville n'eft pas Allemand,
& ne fignifie pas un Pré. Donc il ne le
fignifioit pas non plus en Gaulois .. Donc il
vient du nom des Peuples Effui & tout
cela eft il bien confequent ? Ne falloit - il
pas prouver prealablement contre ce qui
lui avoit été objecté , que la Ville d'En
portoit
36 LE MERCURE
portoit ce nom avant que les François
vinffent d'Allemagne dans les Gaules , ou
que le mot qui fignifioit Pré en Gaulois
n'avoit point de rapport avec le mot On ,
qui le fignifie en Allemand , & qu'indubitablement
les Effai étoient les Peuples.
du Pays d'Eu , car fans tout cela , fon
raiſonnement fera fans appui , & fupofera
ce qui eft en queſtion.
.
M. de Marca a obfervé dans une Differtation
inferée au tome 10. des Conciles
du P. Labbe pag. 542. que les noms de
la plupart des lieux des Gaules furent
changez dés le troifiéme fiecle fous la do→
mination Romaine. Pourquoi n'en auroit -
il pas pû arriver de même fous la domination
Françoife ? Et dans tous les tems
les grands changemens de Maîtres n'ont- ils
pas fait changer des noms de Villes ? On
en peut voir bien des exemples pour la
Terre- Sainte dans les Livres Sacrez , &
il feroit d'ailleurs ridicule de fuppofer que
tant de lieux des Gaules , dont il eft parlé
dans les anciens Ecrivains , & qu'on ne
peut plus diftinguer , foient aujourd'hui
fans nom & abfolument détruits. Selon
Orderic Vital la Ville de l'Aigle fut ainfi
appellée à cause d'un nid d'Aigle qu'on y
trouva , lorfqu'on la fortifioit vers l'an
1000. auparavant elle s'appelloit Richerville
, & fans doute que ce n'étoit pas encoré
là fon premier nom .
Ce
DE JUIN. 1722 . 3.7
Ce n'eſt que le petit rapport des noms
d'En & d'Effui par leur premiere Lettre ,
qui a fait naître l'idée à M. Capperon que
l'un venoit de l'autre , & il n'a pas fait reflexion
que ce nom d'En eft affez moderne .
Car dans les plus anciens titres cette Ville
eft constamment appellée Au , On , ce qui
fait qu'elle est encore à prefent appellée
Aucum en Latin , & elle n'a été nommée
En que par une fuite de la prononciation
Normande , qui comme l'Angloiſe convertit
affez louvent l'o en E. Ainfi les
Normands écrivent & prononcent aujourd'hui
Argenten autre Ville de leur Province
, qui eſt toujours appellée dans les
anciens Aureurs Argentonium ou Argen
tomum. Au lieu de ton pere , ton mari , ton
fils , ils difent ( du moins le petit peuple )
ten pere , ten mari , ten fils , & c'eft auffi la
même choſe dans la Picardie , à laquelle
Ja Ville d'En eft contiguë , témoin ce dicton
la Fontaine a immortalifé dans fes Eaque
bles :
Biaux chiré leups necontez mie ,
Mere tenchent chen fieux qui crie.
Puis donc que le veritable nom d'Eneft
An ou On , que ce mot fignifie encore
à prefent un Pré en Allemand , & que tous
les lieux du Pays dont il førme le nom foit
feul ,foir en compofition , fe trouvent dans
des Prairies , n'eft-il pas dès-là certain que
c'eft
38
LE
MERCURE
c'eft cette fituation qui les a fait ainfi nommer
? On n'ignore pas combien il eft facile
de fe laiffer éblouir par des étymologies,
mais celle dont il s'agit eft affurément marquée
au bon coin.
M. Capperon la rejette , parce qu'il n'y a
qu'une petite partie d'En qui foit dans la
Prairie ; mais quand cette Ville feroit toute
entiere fur le côteau qui la borde cette
Prairie , cela ne fuffiroit- il pas pour lui en
avoir fait donner le nom ? La Ville de
Mayenne n'a- t'elle pas pris fon nom de la
Riviere qui paffe feulement à côté de fes
murs ? Et celle de Pontoife ne doit- elle pas
le fien au Pont qui y conduit fimplement ?
C'eſt chicaner de faire une femblable objection.
Il y a bien des côteaux qui tiennent
nature de Prairie .
Comine on n'a jamais été à Es , on ne
s'ingerera pas de dire ici fon fentinent fur
le Temple confa ré aux Dieux des Gaulois ,
ni fur les murs du temps des Romains , que
M. Capperon vante fr hardiment à fes
Lecteurs : & c'eſt au (çavant Dom Bernard
de Montfaucon , qui a entrepris de donner
tous les anciens Monumens des Gaules gravez
, à faire examiner par de bons Connoiffeurs
fi ceux- là font du nombre ; mais
pour les Tombeaux de nouvelle découverte
, il n'eft point du tout neceffaire de
les avoir fous les yeux pour en bien juger
&
DE JUIN 1722 . 39
ger , & on n'a pour cela befoin que de ce
que M. Capperon en a lui - même obfervé .
Ils ne portent pas la moindre marque de
Paganiline , & même rien n'oblige à les
croire d'une fi grande antiquité , car ils
pourroient bien n'être que du huitiéme ou
du neuviéme fiecle..
Si M. Capperon avoit lû l'excellent Livre
de Kircmanus De Funeribus Romanorum
, il n'auroit pas avancé fur la foy
d'Alexander ab Alexandro que les Empereurs
Antoxins deffendirent de , brûler les
corps des deffunts , ce fçavant homme af
furant qu'il n'a jamais pû trouver fur quoi
on fonde l'exiſtence d'une telle Loi . Qu'il
elt faux
que
cette ceremonie ait ceffé dès
le temps de ces Princes ; qu'elle étoit encore
bien en vogue quand Minutius Felix
écrivoit fon Dialogue au troifiéme fiécle ;
& qu'on voit feulement par Macrobe qui
vivoit fous Theodofe le jeune , qu'elle
n'étoit plus alors pratiquée ; ce dont il croit
qu'on fut redevable à la Religion Chré
tienne qui l'avoit toujours beaucoup condamnée
: Nam , dit - il , ab Antoninis ( cremationem
effe abrogatam ut quidam volunt
, neque fitum , neque fcriptum , neque
pictun ufquam memini legere , Lib . 3. C. F.2 .
D'ailleurs M. Capperon infere de ce que
Commode fut le dernier des Antonins , que
les corps trouvez à Es furent brûlez avant
l'an
40
. LE MERCURE
l'an 160. & cet Empereur ne mourut qu'en
192
Mais ce n'eft pas là fon erreur effentielle.
Il prétend que les Romains avoient accoutumé
, lorfque les urnes ne pouvoient pas
contenir tous les os , qu'on retiroit des
cendres du bucher , d'entourer à côté d'elles
ceux qui n'y avoient pû entrer , ce qui paroît
être purement de fon invention , &
imaginé feulement afin d'expliquer pourquoi
on a auffi trouvé à En des offemens
dans la foffe où étoit l'urne qui auroit dû
les renfermer. Car on le défieroit bien de
citer quelque Ancien qui eût marqué un
tel ufage ; que le même Kircmanus , dont
on vient de l'autorifer , nie abfolument en
ces termes au Liv. 3. chap. 8. Ne quaquam
tamen cineres & offa nudè componebantur
tumulo , fed vafculis quibufdam inclufa
que Latini urnas vocabant , &c.
En effet , les os étant ce qui reftoit de
plus certain des corps qu'on avoit brûlez ,
on n'avoit garde de fe contenter de les
couvrir de terre au fond d'un trou , pendant
qu'on auroit mis des cendres douteufes
dans des urnes. Non- feulement on les
recueilloit bien religieufement & on les
arrofoit avec du vieux vin , & enſuite avec
du lait , comme le dit M. Capperon , mais
on avoit encore grand foin de les faire
fecher avant que de les dépofer dans l'urne ,
avec
DE JUIN 1722. 41
S
S
1
[
avec des aromates , aufquels on joignoit
auffi les phioles où l'on avoit mis les larmes
que les Pleureuſes avoient verfées pour
les deffunts ; & une pareille précaution
auroit été bien inutile , fi après avoir pris
toutes ces peines , on avoit enterré ces offe
nens à nud. Toutes ces ceremonies font
parfaitement bien décrites dans ces Vers
de Tibulle , que le fçavant Allemand a
auffi indiquez , & qui font de la feconde
Elegie du 3e. Livre de ce celebre Poëte .
Pars que fola mei fuperabit corporis , offa
Incinta nigrâ candida vefte legant.
Etprimum annofofpargant collecta Lyao ,
Mox etiam nives fundere latte parent.
Poft hæc carbafeis humorem tollere ventis,
Atque in marmorea ponere ficca doma.
Illic quas mittit dives Panchaïa mèrces,
Eoïque Arabes , dives & Aſſyria.
Et nostri memores lacrymæ fundantur
eodem.
De plus , comment M. Capperon a- t'il
pû fuppofer que fouvent les urnes ne fuffifoient
pas pour renfermer ces offemens ?
car n'avoit- on pas la liberté d'en choiſir
de plus grandes ? & ne s'en faifoit- il pas
de toute forte de matiere & de forme ?
Celle que Tibulle vient d'appeller une
Maifon de marbre , femble être reprefentée
par une de marbre blanc qui eft à Paris
dans l'Abbaye de Sainte Genevieve , elle
eft
42 LE MERCURE
eft faite comme un petit Temple , & on
l'a gravée avec les autres Antiques du riche
Cabinet de cette Abbaye.
;
On pourroit encore preffer M. Capperon
fur ce que ces urnes ,
auffi-bien que
les cercueils étoient appellés Offuaria , car
il fe trompe très- fort de s'imaginer que
ce mot fignifie des Cimetieres , fur quoi il
n'a qu'à confulter les bons Dictionnaires
Latins mais on le borne à lui faire remarquer
que des os brûlez s'en vont aifément
en cendre , & que fi ceux qu'il a
trouvez à En avoient effuyé la force du
feu d'un grand bucher , ils n'auroient pas
refifté fi long temps au poids de la terre ,
qui en les écrafant les auroit bien tôt incorporez
avec elle.
Enfin puifque les offemens trouvez à
En étoient fans urnes dans quatre foffes ,
loin que M. Capperon ait eu lieu d'infefer
de l'urne qui étoit dans la cinquième
foffe , que ces offemens étoient des reftes
de corps brûlez il devoit en conclure tout
le contraire , & juger que cette urne fervoit
à un autre ufage , rencontrant autant
d'os dans la foffe où elle étoit , que dans
celles où elle n'étoit pas. Il n'eft pas rare
de trouver de pareils vafes dans les anciennes
fepultures Chrétiennes ; on les emplif
foit de charbon & d'encens , & la terre
qui contenoit celui-là s'y étoit fans doute
formée
DE JUIN 1722 .
43
30
a
S
formé
peu à peu par l'humidité du lieu ,
qui s'y infinuoit .
C'est là ce femble ce qu'on peut penſer
de plus jufte fur les Sepultures dont il s'agit.
Elles étoient de Chrétiens. Des per
fonnes riches ou de confideration étoient
dans les deux Tombeaux de pierre , & des
perfonnes du commun étoient dans les
fimples foffes. Le Tombeau qui s'eft trouvé
vuide , pouvoit avoir déja été ouvert. Et
fi on vouloit qu'il n'y eut jamais eu de
corps , c'eſt la perfonne pour qui il
auroit été preparé , feroit morte ailleurs ,
ou auroit changé de deffein . Que M. Capperon
recherche bien les Antiquitez Eccle
fiaftiques d'Eu , & peut- être trouvera t'il
qu'il y a eu autrefois quelque Chapelle
proche ces mêmes Tombeaux , car les incurfions
des Barbares , les guerres & le
tems en ont bien détruit.
que
Dans le fiecle dernier un Laboureur de :
la Paroiffe de Montmerré , à deux lieuës
& demie de la Ville de Seez , découvrit
auffi des Tombeaux de pierre dans fon
champ. Comme la tradition du Pays eſt
qu'il s'eft donné une bataille en ce lieux
du temps des Romains , des Romains , & peut- être parce
qu'il eft appellé Mons - maroris dans quelques
Actes de trois ou quatre cens ans ;
On vouloit pareillement qu'ils fuffent
de quelques Officiers qui y auroient perdu
la
44 LE MERCURE
la vie. Mais il eft clair par la Legende de
Saint-Evremont mort vers l'an 718. qu'ils
étoient ou de Religieux du Monaftere que
ce Saint avoit bâti en cet endroit , ou de
Gentilshommes qui auroient eu la devo .
tion d'être inhumez avec eux. C'étoit en
ce temps - là l'ufage d'enterrer les uns &
les autres dans des cercueils de pierre ; &
Orderic Vital qui fleuriffoit au commencement
du douziéme fiécle, affure pag. 675
qu'on voyoit encore alors à S. Celerin fur
Sarte proche d'Alençon plufieurs Tombeaux
femblables des Difciples de ce Saint,
dont le nom Latin eft Serenicus.
Il eft dit dans la Legende de S.Evremond
qu'il fe retira d'abord à Fontenay dans la
Foreft d'Efconves , & qu'il fonda en ce
lieu & aux environs fix Monafteres , dont
un étoit fous l'invocation de S. Didier :
Que S. Annobert Evêque de Seez informé
de fa grande pieté le benit Abbé , & l'envoya
enfuite au Mont - du- Maire Mons-
Majoris , où il conftruifit encore un Monaftere
, avec trois Eglifes ou Chapelles.
Comme il n'y a dans le Diocéfe de Seez
que Mont- Merré qui réponde au Mons-
Majoris de cette Legende , qu'on y voit
encore deux Eglites , & qu'on en abbatit
il y a environ loixante ans une troiſième
qui tomboit en ruine , & qui étoit inutile ,
il faudroit le crever les yeux pour ne pas
reconnoître
DE JUIN 1722. 45
reconnoître que c'étoit là le lieu du dernier
Monaftere de S. Evremond , quoique'
ce Saint y foit abfolument oublié. Et auli
les tombeaux qu'on y trouva étoient - ils
affez près de la Chapelle de la Vierge ,
à laquelle une des trois Chapelles du Saint
étoit auffi dedié , felon la même Legende .
On ne defefpere pas que M. Capperon
ne donne quelque femblable éclairciffement
fur ceux dont il eſt queſtion .
Au refte , il eft bon en paffant d'obferver
que l'Auteur du Neuftria Pia , le P.
Mabillon , & quelques autres Auteurs ,
ont bien pris le change fur le Fontenay ,
premiere Retraite de ce Saint , qu'ils ont
crû être le Fontenay proche de Caën ,
( où eft une Abbaye confiderable de l'Or
dre de S. Benoit , que les Teflon , grands
Seigneurs Normands fonderent au onziémé
fiécle ) quoiqu'il foit du Diocéſe de
Bayeux , & éloigné de quinze lieuës de
la Foreft d'Efconves , le Fontenay de S. Evremond,
eft encore dans cette Foreft à trois
lieuës & demie de Seez , fa memoire s'y
eft confervée jufqu'à prefent , & il y a
grande apparence que c'est là qu'il finit
fes jours , felon qu'on le croit dans le
lieu. Ce Fontenay eft furnommé Louvet
pour le diftinguer des autres Fontenay. II
n'y a plus aujourd'hui qu'une Egliſe Paroiffiale
fans Monaftere ; ce qui eft arrivé
C aufi
46 LE MERCURE
auffi au lieu où étoit le Monaftere en
Phonneur de Saint Didier , qui eſt encore
le Patron de l'Eglife Paroiffiale , &
qui a donné le nom à la Paroiffe , laquelle
joint celle de Fontenay.
Pour revenir aux Tombeaux de la Ville
d'En , fi M. Capperoh y avoit trouvé
quelques Medailles Romaines , comme on
en trouva il y a environ vingt - cinq ans
dans la Paroiffe d'Alleaume près Vallognes,
où outre les fondemens de l'enceinte d'un
Camp Romain , on découvrit encore à
quelque diftance plufieurs urnes cineraires,
dans chacune defquelles il y avoit ordinairement
une de ces Medailles , on croiroit
volontiers auffi avec lui que ce feroit
des Tombeaux des Payens. Mais dès qu'on
n'y apperçoit rien qui ne convienne aux
Coutumes & aux moeurs des Chrétiens ,
c'eft certainement aimer à fe faire illufion
de vouloir les attribuer à d'autres.
Ce 8. Juin 1722.
ELEGIE
D'un Fils fur la mort de fon Pere,
E vais donc fans témoins , cedant à mes dou-
JE leurs ,
Donner un libre cours à de trop juftes pleurs ;
Je
DE JUIN 1711 . 47
Je vais me trouver feul dans les lieux où mon pere
Me laiffa , pour aller au Ciel joindre ma mere :
O fouvenir enſemble & cher & douloureux ,
Je fus trop fortuné , je fuis trop malheureux !
Helas de quels parents je reçûs la lumiere !
Leurs foins fembloient m'ouvrir une noble
carriere ,
Leurs folides confeils , dont je faifois ma loy,
Malgré les paffions me répondoient de moy :
Je me trouve mon maitre en ce perilleux âge ,
Où par la liberté l'on court à l'efelavage ,
mettre en fes fers & feduire nos
Pour nous
coeurs ,
Le vice fçait cacher ſes armes fous les fleurs :
Contre fes faux attraits qui pourra me deffendre ?
Où trouver un amy jufte , fincere , & tendre ,
Qui reprime l'ardeur de mes jeunes defirs ,
Et m'arrache du fein des dangereux plaifirs !
Contre notre raiſon leur troupe enchantereſſe
\ Sçait mettre en fon party l'imprudente jeuneſſe ;
Devient-on vertueux dans l'âge où je me voy ,
Quand on n'a fur fa vie à confulter que foy ?
Qu'eftes vous devenus, guides fûrs & finceres !
Dépourvû du fecours de vos fages lumieres ;
Votre fils aujourd'huy languiffant , abattu ,
Après votre trépas tremble pour ſa vertu :
Voilà le lieu , la place où d'un foin noble &
tendre
Vous daigniez chaque jour & m'inftruire &
m'entendre ,
Cij
Av
48
LE MERCURE
Avec même amitié vous me formiez tous deux .
Et pour vous deux au Ciel j'offrois les mêmes
voeux ,
Avec quelles bontez , ô mon maître , ô mon
pere ,
De votre art à mes yeux dévoilant le myſtere ,
Me donniez-vous l'efpoir d'être un jour votre
égal !
Ce qui fic mes plaifirs fait aujourd'huy mon mal
Ce noble & doux travail , où mon ame ravie
Trouvoit un feur remede à fa melancolie ,
Ne me fert aujourd'hui qu'à nourrir dans mon
coeur
Des plus juftes chagrins l'amertume & l'aigreur '
Je ne puis m'occuper fans pleurer votre perte ,
A mes triftes efprits par - tout elle eft offerte ;
Sur le moindre projet que je veux méditer ,
Mon premier mouvement eft de vous confulter ;
Je cours, mais vainement ! ô douleur qui me tue !
Les lieux où je vous vis s'offrent feuls à ma vûe ,
Sortant de mon erreur je vous perds de nouveau
De nouveau je fuis preft à vous fuivre au
tombeau ;
Mais quoy je vous entends , vous m'ordonnez
de vivre
Il n'eft pas temps encor, dites - vous, de me fuivre,
Quoy ! t'ay-je donc tracé le chemin des vertus
Pour voir fous les revers tes efprits abattus ?
A pleurer tes malheurs tu trouves trop de
charmes ;
Crois-tu ne me devoir que d'inutiles larmes ?
Des
፡
DE JUIN 1722 . 4.9
Des leçons qu'on reçut montrer un digne fruit ,
C'eft honorer celui par qui l'on fut inftruit ,
Bien mieux que par des pleurs qu'on voit fouvent
J répandre
Pour des morts dont le nom s'éteint avec leurs
cendres :
Diftingue toy, mon fils , dans cet art enchanteur,
Qui d'un Prince éclairé m'attira la faveur ;
Montre pour tes devoirs une ardeur toujours
vive ,
Ne pleure plus ma mort, fais qu'en toy je revive.
Compliment fait au Roy par M. l'Abbé
Aulanier , prêchant devant Sa Majesté
le jour de la Pentecôte de l'année
prefente 1722 .
N
Ous avons tout lieu d'efperer, S1RE,
que vous mettant fous la conduite ,
auffi bien que fous la protection de cet
Efprit Divin , il prefidera à toutes vos
entreprites ; il reglera toutes vos démarches
; il fanctifiera toutes vos oeuvres :
Vous le fçavez fans doute , que l'homme ,
de quelque condition qu'il foit , porte en
lui-même un fonds de tenebres & de corruption
; que le Thrône qui tranfmet
l'autorité du commandement , & le pouvoir
C iij
So
LE MERCURE
voir de gouverner , ne fçauroit donner la
fageffe des confeils ,. & la fcience de bien
regner ; que c'eft d'enhaut par confequent
que votre Majefté doit attendre ces lumieres
fuperieures & ces dons fublimes.
qui forment les grands Princes. Déja la
divine Providence qui veille fpecialemen
fur votre destinée , vous a menagé pour
conducteurs de votre premier âge des perfonnes
dont les noms feuls rappellent l'idée
d'une probité confommée ; & attentif à
recueillir & à faire fructifier la femence
d'une Royale éducation ; quelles eſperances
ne nous donnez- vous pas pour l'avenir ?
Quel jufte fujet de prefumer que profitant
de plus en plus des fecours que l'Elprit
Saint vous offre , vous acheverez de former
en vous le grand Prince que nous
voyons fi heureuſement ébauché , & que
nous aurons le bonheur de trouver dans
votre augufte perfonne un Roy dont la
pieté & la juftice releveront l'éclat de fon
Throne , qui plus jaloux de fon caractere de
Chretien, que de fa dignité de Roy, rendra
plus d'hommages à Dieu qu'il n'en recevra
de fes peuples , & s'eftimera plus heureux
d'être maître de fes paffions , que d'être
poffeffeur d'une Couronne ; qui ne perdant
jamais de vûë la main fuprême de
qui il tient fon autorité , ne l'employera
fur fes Sujets que pour les affujettir à
l'Empire
1
DE JUIN 1712. st
l'Empire du premier Maître. Un Roy qui
perfuadé qu'il n'eft en poffeffion du glaive
que pour repouffer la violence , ou pour
punir le crime , ne s'en fervira jamais au
gré d'une injufte ambition , ou d'un reffenriment
amer ; qui s'appliquera à penetrer
les interefts & les deffeins de fes voifins ,
dans la vûë non d'entreprendre fur leurs
droits , mais feulement de garantir les
fiens ; qui étudiera avec foin la maniere
de faire la guerre , l'art de la foutenir , &
plus encore le fecret de la prévenir & de
Péviter. Un Roy qui convaincu qu'il n'eft
- établi fur d'autres hommes que pour procurer
leur avantage , fera bienfaifant par
inclination , fevere par neceffité , lent à
punir , prompt à pardonner ; ennemi de
la flatterie , ami de la verité , affable aux
petits , acceffible aux miferables , équitable
envers tous , reffentant comme perfonnelles
les calamitez de fon Royaume , confondant
fon bonheur avec celui de fes Sujets ;
qui aimant mieux regner par la bonté ,
que de dominer par la force , recevoir le
tribut de l'amour , que celui de la crainte ,
affermira la puiffance en gagnant les cours.
Un Roy enfin qui fidele à tous fes devoirs,
fera fur la terre l'image de Dieu , le vengeur
de fes loix , le protecteur de fes Autels
, le defenfeur de fon Eglife , le Pere
de fes Peuples .
C iiij
Voilà
52 LE MERCURE
Voilà , SIRE , ce que nous promettent
les richeffes de votre naturel heureux ,
& ces grandes qualitez qui fe développent
chaque jour en vous , & par où vous meriterez
de paffer d'un Royaume temporel
à un Royaume éternel .
GADGADRADITUTTOCAERÁ CAS QAS RADELERAARADRAGEFORLORAATTY
O DE
A MONSIEUR LE REGENT ,
à l'occafion d'une Thefe dediée à S. A. R.
par M. l'Abbé Choplet , à laquello
préfidoit M. l'Evêque de Laon .
Uv, grand Prince , ton Alteffe ,"
Dès qu'Elle brille à nos yeux ,
Infpirant de l'allegreffe ,
Réjouit ces doctes lieux :
L'Aftre qui te doit fon être ,
Comme toy nous fait parêtre
Une agreable fplendeur ;
Courant fa noble carriere ,
Il emprunte fa lumiere
De l'éclat de fon Auteur.
Dans la Célefte Contrée ,
Tel quelquefois le Soleil
Nous furprend , & nous récrée ,
En produifant fon pareil .
De ton lumineux génic
Toute l'ardeur réunie
Eclate
DE JUIN 1722 . 553
Eclatte dans SAINT - ALBIN :
Ta fagefle & ton courage
Dans les traits de fon vifage
Marquerent fon haut deftin .
Dans l'Eglife , dans les Armes ,
Il eft de nobles travaux :
L'un & l'autre a fes allarmes ,
L'un & l'autre a fes Drapeaux :
Pour l'Eglife & pour la Guerre
Ton Sang fournit à la Terre
Des Docteurs , & des Céfars ,
Dans notre Ecole Divine
CHARLES triomphe , domine ,
Et PHILIPPE au Champ de Mars .
Parlez , Italie , Eſpagnes ,
Aujourd'huy dans le repos ,
Vites- vous dans vos Campagnes
Combattre un plus grand Héros ?
Parle , Ecole , Eft ce un faint Pere ,
Un Oracle dans ta Chaire ,
Qui s'énonce fur la Loy?
De quelle voix énergique
Ce jeune Prelat explique
है Les Myfteres de la Foy !
Tous tes efforts font frivoles ,
Monftre affreux , aveugle erreur , 2.
Cv Cet
54 LE MERCURE
Cet Hercule des Ecoles
Réprimera ta fureur :
Plein d'un beau feu qui le guide ,
Dans les combats intrepide ,
Par tout il va te forcer :
Eloigne - toy de ſa vûë ,
Sa parole eft la maffuë
Dont il doit te renverfer.
Sage Prince de l'Eglife ,
Miniftre de nos Autels ,
Qui dans la Terre promiſe
Dois conduire les Mortels ,
Que déja chacun contemple ,
Pour fe former fur l'exemple
De ta rare pieté ,
Tu fçauras Guide & Modele
Remplir le coeur du Fidele
D'amour pour la Verité.
Contre le Vice funeſte
Que je vois d'heureux progrès ,
Quand de la Cauſe Célefte
Tu prendras les interêts !
Ouvert , prévenant , facile ,
Tu poffedes Chef habile
L'art de te gagner les coeurs :
Mieux que ta Grandeur brillante ,
Ton
DE
JUIN 1722.-
5.5
Ton air fage nous préfente
Des charmes toujours vainqueurs.
Les yeux fur ta Bergerie ,
Comme un vigilant Paſteur ,
Ta braveras la furie
De l'infernal Seducteur :
Enfin je vois fous ton zele
Tomber cetre Hydre nouvelle ,
Dont le fouffle eft infecté ,
Et toujours ta fainte Eglife ,
Sous la garde d'un Moïfe
Conferver fa pureté,
Aug. Poubean de Bellechaume.
Suite des Remarques Critiques. fur les
Memoires Hiftoriques de Champagne .
D
E's le tems de Gregoire de Tours il y
avoit au moins unComte dans chaque
Diocéfe. Pour ce qui eft de la Jurifdiction
des Evêques , il eft certain qu'elle s'étendoit
aux affaires temporelles , & que Charlemagne
& fes fucceffeurs y ont fouvent
engagé eux -mêmes les Evêques. M. Baugier
m'obligeroit de montrer la preuve dece
qu'il dit page 44 que Louis le Debon
C vj.
naire
56 LE MERCURE
:
naire retrancha le luxe des Ecclefiaftiques, &
obligea les Prelats qui étoient à la Cour de ſe
retirer dans leurs Diocefes. Plufieurs murmurerent,
&c . Il avance encore fans bonne
preuve page 69. que le Roy Raoul mourut
rongé de vermine . Revenons à ce qui regarde
l'Hiftoire de la Champagne.L'Auteur
des Memoires a mis entre les Ducs de ce
Pays Grimoald , qui étoit Maire du Palais
en Auftrafie je ne vois pas auffi pourquoi
il met Amalon entre les Ducs de Champagne.
Ce fut le 7 Juin de l'année 948.
que commença le Concile d'Ingelhein ,
où fut excommunié. Hugues qui difputoit
le Siege de Reims à Artaud ( Flodoard .
dans du Chefne page 610. &c. tome 2 .
Ce que M. Bangier raporte de Thibaud
le Tricheur , furnommé auffi le Champenois
, eft tiré d'Auteurs très -fufpects fur
ce qui regarde ce Comte : ces Auteurs qui
n'ont écrit que bien du tems après Thibaud
, le font fils de Gerfon , ce qui paroît
très-faux à ceux qui ont eu communication
des Chartes de S.Martin de Tours.
Ce que notre Auteur raconte des meurtres
& des trahilons de Thibaud n'eſt guere'
mieux fondé que ce qu'il a dit de fon pere.
Dudon & Guillaume de Jumieges qui rapportent
les circonftances du meurtre de
Guillaume Duc de Normandie , ne mêlent
point dans cette affaire Thibaud. Lorfque
M.
DE JUIN 1722. 5-7
į
M. Baugier aura declaré qui eſt le Foulques
Comte d'Anjou qui a épouſé la foeur de
Thibaud le Tricheur , Veuve d'Alain Barbetorte
, mort en 952 , je lui ferai voir que
tout ce qu'il dit de cette Comteffe fent
bien la fable ; pour ce qui eft de ce qu'il
nomme la Fourberie de Chartres , cela ne
s'accorde point avec la vie de Thibaud le
Tricheur , à moins qu'on ne veuille croire
qu'il ait vêcu du moins 120 ans ; mais
puifque M. Baugier reçoit cette Hiſtoire
pour veritable , pourquoi dit - il page 101
que l'Evêque de Chartres étoit Prince de
Chartres avant cette fourberie ? C'étoit ,
felon les anciens Hiftoriens , le fameux
Hafting qui étoit maître de Chartres , depuis
que Charles le Chauve lui en eut fait
don. Thibaud ayant été défait par Richard
Duc de Normandie , ne fe fauva point à
Evreux , comme il eft marqué à la page
103. des Memoires de Champagne , mais
il s'enfuit droit à Chartres , fans paffer par
Evreux. Il perdit à Chartres vers ce tems -là
fon fils , dont on ignore le nom. Voyez Dudon,
Flodoard , &c. dans du Cheſne . Ils ne
mettent point la mort du fils de Thibaud
pendant un fiege de Chartres . L'Auteur
des Memoires de Champagne pag. 102.
prend la Riviere d'Epte pour la Riviere
de Dièpe. Il n'étoit pas à propos de donner
fans preuve les mauvaifes qualités de
Thibaud
58
MERCURE LE
Thibaud à Odom fon fils , mort en 995 .
ou en 996. Il laiffa trois enfans , fçavoir ,
Thibaud , Odon & Agnés . Thibaud mourut
vers l'an 1004 & fut enterré dans le
Chapitre de S. Pierre de Chartres , aux
pieds de fon frere Theodoric. Odon qui
lui fucceda paroît auffi remuant & auffi
rufé que Thibaud fon grand- pere . Ce que
M. Baugier dit de Couci ne regarde point.
cet Odon : il donne pour premiere femme
à Odon ( c'eſt le petit- fils de Thibaud le
Tricheur ) Mahaut fille de Richard Duc
de Normandie . Cette Mahaut étoit foeur
de Richard . Voyez Guillaume de Jumieges-
L. 5. c. 10 .. Il y a une Charte dans le tom.
4. de Gallia Chriftiana , qui prouve qu’Etienne
Comte de Troyes n'eft pas mort
avant l'an 1019. Odon Comte Palatin du
Roy des François , fucceffeur d'Etienne ,
eft mort en 1037. le 15 Novembre. Voyez
Chronic. Lobienfe, dans le Pere Martenne
thef. anecd. tom. 3. pag. 1417. & c . Glabert
ne dit rien de contraire à ces époques..
La défaite d'Odon , qui venoit attaquer
Mentrichard , n'arriva pas comme notre
Auteur pretend pag . 106 en 1029.ou 1030.
mais en 1015. Odon laiffa deux fils , Thibaud
& Etienne. Où M. Baugier a- t'il
trouvé pag. 112. un troifiéme fils nommé
Hugues , à qui le Roy Robert donna le
Monaftere de Marmoutier ? Les découyertes
9M
DE JUIN 1722 .
vertes de cet Auteur feront plaifir au Public
, pourvû qu'il cite de bons garents ;
je le prie donc de nous en donner au fujet
de ce Hugues , & de ce qu'il dit pag. 1 19 .
que Thibaud ne pouvant ravoir du Roy fa
Comté de Champagne , ferendit vers l'Empereur
; en attendant je croirai que Thibaud
joüiffoit dans ce tems - là paifiblement
des Comtés de Chartres , de Meaux & de
Troyes. Le P. Mabillon a dit dans fon
Voyage d'Italie que S. Thibaud Hermite
en Italie , a été Comte de Champagne ; .
mais dans fes Annales & dans fes Actes de
l'Ordre de S.. Benoift , il s'explique plus
exactement fur ce point. Thibaud qu'on
honore au commencement de Juillet , eft
mort en 1c65. mais Thibaud Comte de
Champagne eft mort vers l'an 1090. Il
y a une Abbaye de S. Pierre à Lagni , qui
appartient aux Benedictins , de laquelle
dépend un Prieuré proche de Lagny , où.
il y a des Reliques de S. Thibaud. Gertrude
, que M. Baugier fait époufer à Thibaud
en premieres nôces , ne fe trouve:
point dans les anciens Hiftoriens qui font
imprimés. Henri n'étoit point Archevêque
, comme l'Auteur le dit , page 125 ,
mais Evêque de Wincheſter ; il mourut en
Angleterre , & non pas à Cluni en 1171
ou 1172. Louis VII. ne fucceda à Louis
VI qu'en 1137. Il brûla Vitri en 1141 .
οι
Qu
LE MERCURE
ou en l'une des deux années ſuivantes.
Voyez Historiam Norman . dans du Chefne ,
Sigeb. Guil . Nang. &c. Que M. Baugier
prenne la peine de citer quelque bon Auteur
qui mette cet incendie en 1144. comme
il fait, page 139. L'Auteur avance d'un
an l'Affemblée de Vezelai pour la Croifade.
Thibaud ne paroît point dans cette Croifade.
Voyez Odon , de Agillo , &c. mais
nous apprenons de S. Bernard Epiftol. 124
que Henri fon fils y fignala fes premieres
armes. Cet Henri ne paroit point avoir jamais
eu la qualité de Grand Senechal de
France. On voit par differentes Chartes
que c'eft Thibaud le bon Comte de Blois
qui à poffedé cette Charge depuis environ
Fan 1153. jufqu'à 1190. qui fut l'année
de fa mort , arrivée au fiege d'Acre , autrefois
Ptolemaïde. Voyez Roger . de Ho
veden , Guil, de Nangis , Urfperg , &c.
Ces Auteurs ferviront à rectifier ce que M.
Baugier dit , page 145 .
Il eft certain que Marie mere de Henri
II . ne mourut que l'année qui fuivit celle
de la mort de fon fils. Notre Auteur a mis
Amauri pour Hugues , qui époufa Aelis
fille de Henri II. Roy de Jerufalem &
Comte de Champagne . Ifabelle veuve de
ce Prince époula Aimeric ou Amaury ,
Seigneur de Chypre . S'il eft vrai , comme
on le dit page 177. des , Memoires de
4
Champagne ,
DE JUIN 1722.
61
.
Champagne que Thiband fit graver fur le
bronzè ¿expoſer dans les Galeries de Troyes
de Provins fes Chansons , cela réjouira
les curieux qui croyoient que ces Chanfons
ne fubfiftoient qu'en partie dans Fauchet
& dans quelques autres Livres imprimés
, ou dans quelques Manufcrits ;
mais il faut indiquer où fe trouvent les
plaques de bronze , fur lefquelles ont été
gravées les Chanfons du Comte Thibaud.
J'ai connu une perfonne qui a vu de fes
Chanfons au Château de Provins , elles
étoient peintés fur le mur ; & ce qui reftoit
du Château a été ruiné pour faire
les Claffes du College des Peres de l'Oratoire
de cette Ville . M. Baugier abandonne
lui- même , page 369. les plaques
de bronze , puifqu'il fe contente de dire
que les Chanjons de Thibaud furent écrites
avec le pinceau dans la grande Salle du
Palais de ce Prince.
L'Auteur des Memoires fait partir pag.
200. Thibaud pour la Croifade en 1238.
cependant il n'y alla qu'en 1239. Agnés
de Beaujeu , femme de Thibaud , mourut
vers l'an 123 1. avant que le Royaume
de Navarre tombât dans la famille des
Comtes de Champagne , ce qui arriva en
1234. Elle ne fut point enterrée à Panpelune
, mais à Clairvaux . Thibaud ſe
remaria à Marguerite fille d'Archambaud
dc
"
6.2 LE MERCURE
de Bourbon , qui lui donna trente-fix mille
livres Parifis en mariage.
Je ne içai comment notre Auteur prouveta
que Guillaume fils de Thibaud , Roy
de Navarre , a été enterré aux Cordelieres
de Provins ; l'Hiftoire manufcrite de ce
Monaftere n'en dit rien , quoiqu'elle marque
exactement tous les autres Princes
qui y ont été inhumés .. Blanche , femme
de Henri III . lui apporta vingt- trois mille
livres tournois. Voyez Sarita & Gomés :
on lit dans M. Baugier 24 mille , ce qui
peut venir , comme plufieurs autres fautes
dont j'ai negligé de parler , de la part de
l'Imprimeur , ou de quelque Copifte . Ala
page 290 il faut mettre fept cens mille
hommes dans l'endroit où les Memoires
ne mettent que cent mille ames . Guillaume
de Nangis & Mathieu de Weftm . mettent
la mort d'Edmond en 1296. Blanche fa
femme mourut en 1302
>
Sigebert ne parle point fur l'an 1015
de Chaalons comme on le fuppofe page
232 des Memoires de Champagne ; mais
il parle du Comté de Beauvais , qu'Odon'
échangea avec Roger Evêque de Beauvais ,
en lui cedant le Comté de Sancerre en
Berry. L'Abbaye de Prully , dont il eſt
parlé page 370 qui eft à trois ou quatre
lieues de Provins n'a été fondée qu'en
2118 , ainfi les Abbayes de Clairvaux &
,
de
DE JUIN 1722.
6.3
от
6
e
>
2.
de Morimont , fondées en 1115 le font
avant Prully . M. Baugier fe trompe encore
tome 2 page 244 , lorfqu'il dit qu'
Argenfoles dont il met le commencement
de la fondation en 1220 , eſt la premiere
Abbaye de Filles de Citeaux ; cette
prééminence appartient au Monaftere du
Tatt. Je connois deux filles de Henri -
Etienne , la premiere , eft Mathilde mariée
à Richard Comte de Cheftre ; la feconde
dont j'ignore le nom , fut mariée à Milon:
Seigneur de Bray & de Montlheri ; ſi M..
Baugier a des preuves que Henri- Etienne
ait eu une fille nommée Alix , il m'obligera
de m'en avertir afin de l'ajoûter à
mon Manufcrit ; de mêine qu'il doit ajoûter
dans les Memoires page 124. tom . 1 .
que Fenri Etienne a eu plufieurs filles .
Ce qu'il dit page 125 du mariage d'Alix.
avec Guillaume frere de Godefroy & pere
de Thierri Duc de Lorraine doit être
retranché comme fabuleux . Chantereau
le Feuvre a fi bien refuté les imaginations
de Champier , de Waffebourg & de Rofieres.
fur l'origine de la Maifon de Lorraine
qu'il eft honteux de renouveller ces contes,,
ainfi il doit paffer pour conftant, que quand
même Godefroy de Bouillon auroit eu un
fere nommé Guillaume , ce qui eſt trèsincertain
; ce Guillaume n'a point été pere
de Thierri Duc de Lorraine ; c'eft Gerard.
d'Alface
,
64 LE MERCURE
d'Alface qui eft pere de ce Thierri , d'où
defcend la Maiſon de Lorraine. Provins
dont l'Auteur parle tom. 1 p. 368. en Latin
Pravinum ne fe trouve point dans Cefar
; ceux qui l'y trouvent confondent
Sens , appellée autrefois Agendicum , ávec
Provins. Cette derniere Ville n'eft pas fur
le Morin , comme l'Auteur le dit après
Belleforeft & d'Avity , elle eft fur la Vonzies
une autre petite Riviere nommée Durtin
paffe auffi dans Provins ; ces deux Rivieres
fe jettent enfuite dans la Seine à quelques
lieues de- là . M. Baugier n'eft gueres didi-
'cile en fait de belles Eglifes , puifqu'il en
trouve un grand nombre à Provins ; cepen-.
dant à peine y en trouve- t'on une ; celle de
S. Quiriace , qui peur paffer pour une belle
Eglife , n'a prefque point de nef. Notre
Auteur retranche à M. d'Aligre trois ans
du tems qu'il a été Abbé de S. Jacques de
Provins. M. d'Aligre a été nommé à cette
Abbaye en 1643 par le Roy Louis XIII .
& eft mort le 21 Janvier 1712 âgé de 92
ans ; quand le Pere Martene donnera une
nouvelle Edition de fon Voyage Litteraire,
il corrigera , s'il lui plaît cette faute , &
quelques autres fur le même article de S.
Jacques de Provins . Il s'est encore trompé
auffi bien que M. Baugier , quand il dit
que M. l'Abbé d'Aligre avoit mis le Coeur
& les entrailles de S. Edme dans une riche
Châffe.
DE JUIN 1722. 65
;
;
Châffe. Le coeur de S. Edme a toujours été
dans une ancienne Châffe d'argent , qui
reprefente ce Saint affis en habits Pontifi
caux. La Châffe que M. d'Aligre a fait faire
, ne contient que les entrailles de S.
Edme Archevêque de Cantorberi , avec
[ une partie du Crâne de Sainte Marguerite,
quelques offemens de S. Agile Abbé de
*
Rebais , & plufieurs autres Reliques
comme de S. Philippe Apôtre , &c.
粥豐銀銀老雜鈮鐡迷弟弟弟弟弟弟弟弟排濮
· DEUCALION ET PIRRHA,
D
CANT AT E.
*
Ans ces vaftes deferts où l'aveugle fortune
Aux courfiers du Soleil faifoit traîner fon
char ,
L'inexorable Athos fur les fils de Neptun
Lançoit un funefte regard ;
Déja de fon onde écumante
L'Araxe à fon afpe& irrite fa fureur.
Amphitrite en pâlit d'horreur ,
Mars remplit de fes cris les forêts d'Erimante ,
Et dans les champs Thebains va porter la terreur
Accourez , Dieu de la Thrace ,
Soutenez ces triftes bords ;
Tonnez , confondez l'audace
Du tyran qui nous menace
Au fond du fejour des morts ;
Et
66 LE MERCURE
Et de vos tendres accords
Raffurez l'humaine race .
Tels furent de Pirrha les pleurs & les fanglots ,
Objet infortuné de la fureur des flots ,
En vain Deucalion s'oppofoit à leur rage ,
L'amour arrache fon bandeau ,
Et dans le fein des mers precipitant l'orage ,
Des larmes de Venus honore fon tombeau.
Enfans de Cithere
Redoublez vos pleurs ,
Qu'un refpect auftere
Au Dieu folitaire
Porte vos douleurs.
Un fort formidable
Dechaîne les vents ,
La mer implacable
Au coup qui l'accable
Rejoint les vivants.
Où fuis je , quels éclats diffipent les tempêtes !
Quels fons harmonieux font retentir les airs !
Phoebus de fes rayons embellit l'Univers ,
Les feux étincelants éclattent fur nos têtes :
Venez , accourez cher époux ,
Allons par de pompeufes fêtes.
Celebrer fon jufte couroux.
Grand Dieu , dont le pouvoir écarte loin de nous
Ces torrents engloutis dans leurs vaſtes abîmes ,
Penetrez ces climats de vos feux les plus doux ;
Que
DE JUIN 1722.
67
Que les cris redoublez des tremblantes victimes
D'un peuple gemiffant puiffe étouffer les crimes
Et chanter les bienfaits qu'il a reçûs de vous :
Un peuple forti de la terre
Pour donner l'exemple aux humaine
Vers les regions du tonnerre
Porte fes innocentes mains .
Dieux puiffants , recevez l'hommage
Que vous prefentent les mortels .
Et dans leur nombreux affemblage
Reconnoiffez vos faints Autels .
LETTRE DU R. P. MATHIEU TEXTE
de l'ordre de Saint Dominique
écrite à M. le Curé de Maintenon ,
fur l'origine de certaines Pierres.
E vous ay promis , MONSIEUR , à mon
dès que je ferois à Paris , l'origine des
Pierres tout - à- fait fingulieres , que l'on
trouve dans le Territoire de votre petite
Ville. J'ay d'abord fait voir les deux Pierres
que j'ay apportées , à plufieurs Meffieurs.
de l'Academie des Sciences , & en particulier
au R. P. Sebaftien : ce celebre Academicien
croit que ces , Pierres ſe font
formées
LE MERCURE
"
formées depuis plufieurs fiecles d'une
eau filtrée , & qui s'eft gliffée par les trous
dans les coquilles d'une efpece de limaçon
appellé l'Heriffon de mer , en Latin Echimus.
Il m'a montré la figure de cet Heriffon
dans toutes les differentes fituations , avec
les cinq rangs de perits points & les compartimens
comme d'un mur de brique tel
qu'on les voit fur ces Pierres de Maintenon
, dans le Thefaurus imaginum piſcium
teftaceorum de Georgius Everhardus Rumphinus
, furnommé Plinus Indicus , où il eſt
dit fous la figure XIV Echini plani fecunda
Species : Echinus qui dicitur Diadema Tur-
Carum en François l'Heriffon de mer ,
appellé auffi le Diadême des Turcs , où
plutôt le Turban des Orientaux. Je me
fuis auffi addreffé fur ce fujet à M. de
Juffieu de la même Academie , Profeffeur
en Botanique au Jardin Royal ; ce fçavant
homme , l'un des plus grands Naturaliſtes
de l'Europe, m'a montré dans fon Cabinet
des Pierres en queftion de toutes gran
deurs , femblables les unes à des moules
de boutons , & les autres à des turbans ,
comme celles qu'on voit à Maintenon :
il y en a une changée en cryſtal de roche ,
une autre couverte encore à moitié de la
coquille qui eft blanche & luifante comme
de la nacre de perle de l'épaiffeur d'un écu .
Il a auffi une peau de l'animal qui forme
cette
DE JUIN 1722. 69
cette coquille , qu'on ne trouve plus que
dans des Ports de mer éloignez , ce qui
fait comprendre , difent ces Meffieurs , que
la mer qui change , pour ainſi dire , quelquefois
de lit ou de fituation fur fes bords ,
paffoit autrefois aux environs de Maintenon
, ou que des Etangs profonds , qui ne
fubfiftent plus , avoient la proprieté de produire
cet animal. Cette peau elt femblable
à celle d'un Maron d'Inde , tout heriffé
de pointes avec une infinité de petits pieds
comme des filets qui fortent par les trous
de la coquille , marquez en cinq rangs ,
ainſi qu'on les voit fur la Pierre de Maintenon.
La tête & la queue fortent quand l'animal
y eft , par les deux grands trous faits
comme ceux d'une lampe aux deux extremitez
de la partie fuperieure ; la tête par
où eft le centre des cinq coutures , & la
queüe du côté le plus pointu. Je finis par
les propres termes de la definition que
M. de Juffieu m'a donnée par écrit.
و د
que
» Les deux Pierres que V. R. a appor
» tées de Maintenon , font des petrifications
P'on nomme Echinites , parce
qu'elles tirent leur origine du teft qui
» couvre le Heriffon de mer , appellé en
» Latin Echinus .
"
Les coquilles petrifiées qui ont la forme
d'un moule de bouton , ont un trou au
centre de la partie platte où eft la bouche *
D de
79
LE MERCURE
de l'animal , avec quatre petites dents .
deux en haut , & deux en bas . Voilà ,
MONSIEUR , tout ce que j'ay pû faire
pour contenter votre curiofité & celle de
vos amis. Je fuis , &c .
A Paris , ce 31 May 1722.
L'Auteur de la Lettre cy - deffus a bien
voulu nous donner une des deux Pierres
en queſtion , qui nous paroît fort curieufe.
Elle pefe environ treize onces ; fa longueur
eft de trois pouces fur deux & demy de
hauteur & deux de largeur , de figure prefque
ovale , & elle rend beaucoup de fey
comme une pierre à fufil .
Le mot de la premiere Enigme du dernier
Mercure eft la Canne à lorgnette . Elle
eft du Pere Maire , Jefuite , Profeffeur de
Rhetorique du grand College de Lyon,
M. Cholier , fils de M. le Prevôt des Marchands
, l'explica l'année paffée avec beaucoup
de fuccès , devant une Affemblée des
plus nombreuſes & des plus illuftres qu'on
ait vues à Lyon. La Fourmi & le Miroir
font les mots des deux autres Enigmes du
même Mercure,
Premiere
DE JUIN 1722 .
71
PREMIERE ENIGME,
Ous fommes un corps fingulier
Nouiportons un nom pluries.
Par rapport à notre figure ,
Longues jambes , ventre pointu ,
Deux grands yeux en architecture
Compofent notre individu.
Nous n'avons jamais pú fous aucune pofture ,
Ni nous tenir debout , ni même nous affeoir ,
Dans un berceau du matin jufqu'au foir ,
Comme enfans nous faifons notre exacte demeure,
Jufqu'à ce que pour travailler
On nous vienne enfin éveiller.
Tant que dure le jour nous n'avons rien à
faire ,
Moins encor fi la nuit nous manquons de lumiere
,
Nous en avons befoin en tout tems en tous lieux
Pour remplir notre miniftere ,
Mais il faut pour cela qu'on nous bouche les
yeux .
E
SECONDE ENIGME.
Ntre le Firmament & le centre du monde
Je jouis d'un domaine à titre fouverain .
Dij Je
72 LE MERCURE
Je n'ay point de commerce avec le genre humain
,
Et moins encore avec les Habitans de l'Onde.
Mon domicile eft à l'abry ,
Des ardeurs du Soleil , des Vents & du Tonnerre ,
C'eft moy-même qui l'ay bâti
} Sans employer ni bois ni pierres ;
S'il eft long ou quarré , raboteux ou poli
C'est ce que je ne fçaurois dire .
Tout ce que je puis declarer
C'est que nul mortel ne defire ,
S'il eft dans le bon ſens , m'y venir vifiter.
TROISIEME ENIGME.
SQrti d'un corps vivant , & de vile naiſſance,
J'acquiers pour certain tems du luftre & de l'éclat
Et fur gens d'un certain état
Je domine avec arrogance.
En paix , à la guerre , au combat ,
Au- deffus des Heros je porte mon audace ,
Plus ils ont de fierté , moins je cede ma place ,
Et la moindre femme m'abbat.
Mon Trône eft de figure ronde ,
Quoique formé fans regle & fans compas ,
Superbe j'y parois aux yeux de tout le monde ,
Et celui qui fous moy s'enfle de fes appas ,
Eft le feul qui ne m'y voit pas,
Mais
TEE
Ler
Juin 1722.Printemps pe
Enfin les noirsfrimats ontf
Mais
DE JUIN 1722. 73
Mais comme au changement laNature eft fujette ,
Je tombe en vieilliffant dans un mépris outré ,
Et j'en viens quelquefois à telle extremité ,
Qu'il faut qu'avec les gueux je mandie & je
quête.
CHANSON
Par M... à Mademoiſelle ...
La Mufique eft de Mlle . Meunier.
E Nfin les noirs frimats ont fait place aux
Zephirs
Tout change en la Nature , & l'Empire de Flore
Fait mille fleurs éclorre ,
Et des tendres oifeaux ranime les defirs .
Mais , helas ! mon Iris eft toujours inflexible ,
Rien ne peut adoucir fon extrême rigueurs
Printems , à tes plaifirs je ne fuis point fenfible ,
Lorfque l'affreux Hyver regne encor dans fon
€
coeur.
AIR A BOIRE.
Uand on veut avoir la gloire
QDe chanter un Air à boire ,
Il faut fçavoir entonner.
Il ne faut point annoner
Les tons ni les intervales y
Mais il faut fans tâtonner ,
Chanter drû comme on avale.
Diij NOUVELLES.
74
LE MERCURE
1
NOUVELLES LITERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
He
ISTOIRE DU THEATRE FRANÇOIS
depuis fon origine jufqu'à preſent
où il fera parlé de tout ce qui concerne
la reprefentation des Pieces , des Auteurs.
Dramatiques , des Acteurs & Actrices lesplus
diftinguez ; enfemble une compilation
de tout ce qui a été écrit pour &
contre la Comedie , & c.
L'Auteur qui nous engage à publier le
projet de cet Ouvrage , prie les Gens de
Lettres & les amateurs du Theâtre , de
vouloir le fecourir des Pieces & Memoires.
qu'ils peuvent avoir fur ces matieres ; il
les recevra fûrement par l'adreffe du Mercure
, il parlera dans les termes les plust
convenibles de ceux qui voudront être
nommez , & leur rendra toute la juftice
qu'ils pourront ſouhaitter.
Le premier Livre , qui ne doit être regardé
que comme un préliminaire de
l'Ouvrage, contiendra tout ce qui concerne
la reprefentation des Pieces , & c . Sçavoir ,.
De la Police , Gouvernement & Affemblées
des Comediens , & des Jettons qu'ils
y reçoivent , & c,
Des
DE JUIN 1722. 75
Des Conditions qu'ils font aux Auteurs
à la reception des Pieces : de l'ordre établi
pour les Semainiers , & les Repertoires ,
où font déterminées les Pieces qu'on doit
reprefenter d'une Semaine à l'autre , & où
chaque Acteur eft inftruit du Rôle qu'il
doit jouer.
De la diftribution des Rôles , & de ce
qu'on doit obferver pour ceux qui en font
une fois en poffeffion . Des Acteurs & des
Actrices , & de leur reception . De leurs
habits dans les fujets Tragiques , Mixtes ,
& Comiques . Des differens Perfonnages
Serieux , Comiques & Grotefques . Des
Malques & des déguiſemens. Des Repetitions
de Pieces nouvelles , & des anciennes
qu'on remet au Theâtre.
De la Salle du Spectacle , du Theâtre ,
de l'Amphiteâtre , des Loges , du Parterre .
Des Decorations & Machines . De la
maniere dont le Theâtre a été éclairé
dans divers temps.
De la Déclamation , du Gefte & de
l'action , de la reprefentation & de fes
effers , & c .
Des dépenfes journalieres pour les Reprefentations
, des aprêts , &c.
Des jours deftinez aux Reprefentations ,
& de leur ceffation .
Des Representations que les Comediens
donnent chez le Roy & ailleurs , ce qu'on
D iiij appelle
76 LE MERCURE
1
appelle jouer en vifite ou en bourgeoifie .
De l'Orcheftre , de la Symphonie , du
Chant & de la Danfe à la Comedie .
Des aplaudiffemens , des acclaimations, &c .
Des Annonces , Harangues & Affiches ,
& de l'impreffion des Pieces.
Des Officiers du Theâtre , Decorateurs
& Gagiftes .
1
De la Garde à la porte de la Comedie ,
pour la tranquillité du Spectacle.
des
Des Entrées à la Comedie , des differenres
places , & des prix qu'on y paye ,
gratis , &c.
Des Chauffoirs , des précautions qu'on
prend contre les accidens du feu , & des
loges ou chambres dans lefquelles s'habil ..
lent les Comediens.
Des amendes & des peines établies pour
ceux qui manquent.
Des
parts , des penfions , &c.
Des Troupes de Comediens de Province,
& des reprefentations que divers Particuliers
donnent chez eux à la ville & à la
campagne .
Denxiéme Livre , où il fera traité ,
De la décadence des Spectacles , & de
leur renouvellement .
De la premiere origine de la Comedie
Françoife , des Hiftoriens , &c.
Des Bardes & des Druides , des Runers
ou Rimes , des Fatiſtes , & c...
Des
DE JUIN 1722. 77
Des Troubadours ou Trouveres , & c.
Des Couteours , Jongleurs , Mufars ,
Comirs , Plaiſantins , Pantomimes , & c.
Des Romanciers , & de ceux qui ont
les premiers porté le nom de Poëte en
France ; des Hiftorietes , Fables ou Fabliaux
, &c.
Des Pelerins qui ont donné lieu aux
premieres Repreſentions Theâtrales à
Paris.
Des Confreres de la Paffion , les premiers
après les Pelerins , qui ont reprefenté
des fujets fpirituels fur un Theatre
en public.
Du Theâtre des Confreres de la Paffion,
établi à l'Hôpital de la Trinité , & enfuite
à l'Hôtel de Bourgogne.
Du Prince des fots , & de la Fête des
Fous.
Du Roy de la Bazoche.
Du Theâtre François , occupé pendant
plus d'un fiecle , à la repreſentation de
fujets fpirituels.
Des Reprefentations & Pieces qu'on
appelloit Moralitez.
Des Jeux des Pois piller , des Farces
& des Perfonnages Comiques de ce tems là
Le troifiéme Livre contiendra ce qui s'eft
paffé au Theâtre François depuis la Comedie
de la Sotie , où la Mere fotte , qu'on
peut regarder comme une des premières
D v Pieces
78 LE MERCURE LE
f
Pieces de Theâtre qui ait paru en France
jufqu'au temps des Pieces de Robert Garnier
& d'Alex . Hardy.
De la Farce intitulée Pierre Patelin , & c..
Des Fêtes & Spectacles dans diverfes
Provinces du Royaume , & c .
Du temps que les Regles du Theâtre ont
été observées..
De la Comedie Françoife , fon commencement
& fon progrès.
Des petites Pieces ou Farces qu'on commença
à donner après une Tragedie .
De la fuppreffion des Choeurs dans la
Tragedie , & de l'introduction des Violons
pour jouer dans les entr'Actes.
Du progrès du Poëine Dramatique , &.
de l'état du Theâtre avant P. Corneille.
Dans le quatriéme Livre , on verra ce
qui s'eft paffé en France au fujet du Theâtre
depuis les premieres Pieces du grand.
Corneille , jufqu'au temps de Moliere..
De la Troupe Royale , & du Theâtre de
l'Hôtel de Bourgogne .
De la Troupe établie rue du Grenier
Saint Lazare , & de quelques autres Theâtres
qui n'ont pas fubfifté long temps.
De la Troupe des Comediens du Marais .
Du rétabliſſement du Theâtre & de fon
luftre , par P. Corneille..
De l'état du Theâtre après la mort du
Cardinal de Richelieu ..
De
DE JUIN 1722.1 79
De la Retraite de P. Corneille , des Pieces
de Thomas Corneille , & des premieres
Pieces de Moliere.
Du Theâtre de l'Hôtel du petit Bourbon .
Du Theâtre du Palais Royal , & de la
Troupe de Moliere.
Le cinquiéme Livre contiendra les faits
remarquables arrivez au Theâtre quand les
premieres Pieces de M. de Racine parurent,
à la mort de Moliere , lors de la réunion.
des Theâtres du Palais Royal & du Marais
à l'Hôtel de Guenegaud , rue Mazarine
, & c.
Des Bamboches ou grandes Marionettes
fur le Theâtre du Marais , Spectacle mêlé
de chant & de fimphonic.
Des Comediens Eſpagnols à l'Hôtel du
petit Bourbon.
Etabliffement d'un nouveau Spectacle
au Palais Royal , fous le nom d'Opera .
Sixiéme Livre de ce qui s'eft paffé depuis
la mort de Mohere , julqua la mort du
grand Corneille .
Réunion de la Troupe Royale de l'Hôtel
de Bourgogne , à celle de la ruë Mazarine ,
& établiffement des Comediens Italiens à
l'Hôtel de Bourgogne..
Nouvel établiffement des Comediens
du Roy dans l'Hôtel où ils font aujourd'hui ,
De la Troupe des petits Comediens de
M. le Duc de Bourgogne.
D vj . Septiéme
30
MERCURE
LE
Septicme Livre , contenant les évenemens
remarquables depuis le nouvel établiffement
jufqu'à la fin du Regne de
Louis XIV .
Des differens entre les Comediens François
& les Comediens Italiens.
Demêlez entre l'Opera & la Comedie
Françoife.
Differens entre les Comediens & les Entrepreneurs
des Spectacles des Foires.
Le huitiéme Livre contiendra l'Hiftoire
des Theâtres depuis la mort du feu Roy
jufqu'à prefent.
Le rétabliffement des Comediens Italiens.
en 1716.
L'Opera Comique & autres Spectacles
des Foires S. Germain & S. Laurent , & c .
PATHOLOGIE de Chirurgie , où l'on
explique toutes les maladies externes dur
corps humain , felon les principes des Modernes.
Par J. B. Verduc , Medecin. 4" ~
Edition , &c. 2 Vol . in 12. chez d'Houri ..
Sa maniere de guerir les fractures & les
luxations , par le moyen des bandages ..
3. Edit. avec Fig in 12. chez le même..
ABREGE' Hiftorique de la defcription
de la maifon de Nazareth , ou de Notre-
Dame de Lorette , traduit de l'Italien ,
petit in 12 de 71. pages. A Lyon , chez
Pierre Bruyffet. COURS
DE JUIN 172 .
8x
COURS D'ARCHITECTURE , qui contprend
les Ordres de Vignoles , avec des
Commentaires , les Figures & Defcriptions
de ceux de Michel Ange. Plufieurs nouveaux
Deffeins ', Ornemens & Preceptes
concernant la diftribution ; la matiere & la
conftruction des Edifices , la Maçonnerie,
la Charpenterie , la Couverture , la Serrurerie
, la Menuiferie , le Jardinage & tout
ce qui regarde l'Art de bâtir ; avec une
ample explication par ordre alphabetique
de tous les termes qui font ufitez dans ces
Arts ; augmenté dans cette nouvelle Edition
de nouveaux Deffeins pour la diftribution
des Bâtimens & pour leur décoration
, & celle des Efcaliers , des Croilées
des Cheminées , des Portes à Placards ,
Lambris & Buffets , des Corniches , & c.
fuivant l'ufage & le goût d'aprefent ; avec
des Remarques , des Corrections & des
Définitions nouvelles de plufieurs termes
qui ne fe trouvent point dans la premiere
Edition . Par M. Daviler , Architecte.
2. Vol. in 40. A Paris , chez
Mariette , rue S. Jaques , aux Colonnes
d'Hercule .
*
LES DIX LIVRES D'ARCHITECTURE
DE VITRUVE , corrigez & traduits par
M. Perrault , avec des Notes & des Fi .
gures. Revus , corrigés & beaucoup augmenrés
,
82 LE MERCURE
1
mentés , tant aux Notes qu'aux Figures.
2. Edition in fo . chez le même.
PRATIQUE DE LA GUERRE , où il eft
traité de l'Artillerie , des Bombes & des
Mortiers , Feux artificiels & Petards , Sapes
& Mines , Ponts & Pontons , Tranchées
& Travaux : l'ordre des Affauts aux Breches
;
& un Traité des Feux de Joye.. Par
le Sr Malthus. in 8o . avec Figures. A Paris
, rue S. Jacques .
On imprime à Amfterdam chez David
Paul Matret , l'Art de bien tenir les Livres
de comptes en parties doubles à l'Italienne ; -
Par S. Richard , & augmenté confiderablement
par J. P. Richard , in folio ..
Le même Libraire va mettre en vente le
dixiéme Tome de la Bibliotheque Angloife .
>
DISSERTATIO MEDICA de Cataracta ,
&c. Differtation touchant la Cataracte
compofée & foutenue par Jean Henry
Freytag , de Zurich , &c . à Strasbourg
de l'Imprimerie de Jean Paftorius . 1721
in 4. PP. 40.
Il paroît un Difcours Anglois fur la
Pefte de 75 pages , imprimé à Londres
in 89. où l'on examine & l'on refute les
idées de M. Mead fur ce fujet , par M.
Pye ,
DE JUIN 1722.
Pye , Docteur en Medecine . Il n'eft d'ac
cord prefque fur aucun point avec l'Ecrivain
qu'il attaque . Entre autres choſes il
s'aplique à prouver que la Pefte ne peut.
paffer d'un païs dans un autre par l'entremife
des gens infectez , non plus que
par le commerce & le tranfport des marchandifes.
Les mauvaifes qualitez de l'air.
exterieur font , à fon fentiment , abfolument
neceffaires pour developper & mettre
en action les femences peftilentielles dans
les climats où cette maladie eft épidemique.
Pour defabufer ceux qui croyent que
les Peftiferez peuvent infecter les perſonnes
faines ;fuppofons , dit - il , qu'une perfonne
faine , fe tenant pendant une minute
à 3 ou 4 toifes de distance d'un peftiferé ,
puiffe avoir reçu une quantité fuffifante.
de la matiere contagieufe pour en devenir
malade , on peut compter que pendant le
même efpace de temps le peftiferé a répandu
à la ronde au moins autant de cette
même matiere qu'il en eft entré dans le
corps de celui qu'elle a infecté ; en forte
que dans l'efpace d'une heure' il peut exhaler
d'un feul peftiferé affez de matiere
contagieufe pour infecter 1200 perfonnes,.
& en l'efpace de 24 heures affez pour en
infecter 28800. Si donc il arrivoit que
dans un temps de pefte seooo perfonnes
en fuffent frappées , & que le levain contagieux
$4
LE
MERCURE
tagieux en émanat feulement pendant trois
jours , il y en auroit affez pour infecter
plufieurs centaines de millions de perſonnes
faines d'où il s'enfuit que la Pefte qui
ravageroit un grand païs , n'y cefferoit jamais
, qu'après la deftruction totale de
tous les Habitans , ce qui eft également
abfurde , & contraire à l'experience.
Il ne reconnoît que deux caufes de la
Pefte , la mauvaife conftiturion de l'air &
les mauvaiſes qualitez des alimens . Il
avoue qu'il y en a une troisiéme qui contribue
beaucoup à l'accroiffement de la
maladie ; c'eft , dit- il , la terreur panique
& la confternation : mais il croit devoir
mettre encore en queftion , fi cette crainte
par elle-même eft capable de caufer la
Pefte , quoi qu'il foit perfuadé que rien
ne contribue davantage à rendre cette maladie
plus cruelle & plus meurtriere ; la
frayeur , par le trouble & le defordre
qu'elle jette dans le mouvement du fang
& des efprits animaux , mettant toute la
machine dans la difpofition la plus propre
à ceder aux impreffions du venin peftilen
tiel répandu dans l'air.
M. Pye pretend que la faignée ne peut
qu'être pernicieuſe à la Pefte ; que la pargation
ne peut réuffir qu'au commencement
de la maladie , que les vomitifs , tel's
que l'Ipecacuabna & le Gilla Vitrioli ,
peuvent
DE JUIN 1722. 85
peuvent être employez très utilement ,
pourvû que ce foit dès le commencement
du mal ; que les cordiaux trop vifs , &
fur tout ceux où entre l'Opium , comme
la Theriaque , le Mithridate , & femblables
, doivent être évitez , comme propres
à donner au fang & aux autres liquides
trop de mouvement , & à fupprimer par là
les fecretions , & c.
ARTIS APELLE THESAURUS , ou
trefor des Arts qui ont rapport au Deffein,
par Louis Renard. A Amſterdam , ƒ vol.
in fol . qui fe vendront tous enſemble ou
feparément chez l'Auteur : Le premier tome
pour la Peinture contient 167 planches
de Bloemart , qui expofent tout ce qui a
du rapport aux principes , à la conduite &
à la perfection du Deffein.
Le fecond volume fur la Sculpture , eſt
une collection de plus de cent ftatues &
buftes antiques , les plus belles & les mieux
confervées de l'antiquité , deffinées par feu
M. Gerard Reynft , gravées par Gerard
de Lareiffe , fous ce titre , Signorum veteram
Icones , & c.
Le troifiéme contient plus de cent planches
d'ornemens pour des meubles , carroffes
, cachers & vaiffelle , & particulierement
des chiffres de toutes fortes , fimples,
doubles , triples & quatruples , avec &
fans
86 LE MERCURE
fans cartouches , des cartouches d'armoi-
& c. ries ,
Les quatre & cinquiéme volumes , pour
la Peinture hiftorique , font un recueil de
plus de 5oo planches en figures de la Bible
, des plus fameux Peintres & Graveurs
des Païs - Bas ; comme Martin de Vos ,
Sadeler , Moftaert , Heemskerke , Vander
Broch , Antoine Vierinx , Savari , Brucghel
, Paul Bril , Ambroife Franc , Pierrede
Jode , Goltzius , Collaert , &c. Chaque
planche eft expliquée par de fimples paffages
ou citations de l'Ancien & du Nouveau
Teftament , dans un très bel ordre .
Les Profeffeurs de Rhetorique du grand
College des Jefuites de Lyon pour former
leurs Eleves à l'Eloquence , font plaider
tous les Samedis publiquement une Caufe
par les Penfionnaires de leur College &
par les Externes alternativement ; ces jeunés
Mrs. font voir dans cet exercice un
goût bien au -deffus de la portée de leur
âge . M. Cholier , fils de M. le Prevôt des
Marchands de Lyon fe diftingua dans la
derniere Cauſe , en qualité de Juge .. Il s'agiffoit
de déterminer une Profeffion en
particulier , un avantage accordé en general
à la Profeffion la plus utile à l'Etat.
La Robe , l'Epée , & l'Agriculture con-
Couroient. Mrs. d'Arefte de Magloire &
Reveroni
DE JUIN 1722. 87
Reveroni Penfionnaires qui faifoient l'office
d'Avocats , mirent les avantages de
ces Profeffions dans tout leur jour , & les
traiterent d'une maniere à embaraffer &
à éblouir même des perfonnes éclairées.
Le Juge diftingua avec beaucoup d'adreffe
la dignité des Profeffions , & leur utilité ;
il dévelopa avec toute la netteté & toute
la precifion poffible les avantages des trois
qui concouroient , & après un parallele de
ces Profeffions qui parut achevé , il com
clut qu'à confiderer l'excellence des Profeffions
& le merite des perfonnes qui lès
exercent , l'Epée & la Robe devoient l'emporter
fur l'Agriculture , mais qu'à ne confiderer
que P'utilité , l'Agriculture devoit
avoir l'avantage.
L'ECOLE DES PERES , Drame , du Pere
du Cerceau , Jefuite, reprefenté à Paris par
les Penfionnaires du College de Louis le
Grand , le Mardi 2 de ce mois .
On a expofé cette année , felon la Cou
tume , quantité de Tableaux des meilleurs.
Maîtres de l'Academie Royale de Peinture
, le jour de la Fére- Dieu & le Jeudid'après
, à l'endroit du Pont- Neuf qui eft
vis - à- vis la State Equeftre d'Henri IV . &
dans la Place Dauphine , où l'on voyoit
-auffi divers morceaux confiderables des.
anciens
38 LE MERCURE
anciens Maîtres Italiens , François & Flamands.
Entre les Tableaux des Peintres
vivans une belle Defcente de Croix du
fieur Retout , neveu & Eleve de feu M.
Jouvenet , dont les figures font grandes
comme nature , dominoit fur les Tableaux
de cette efpece , par l'élegance de la compofition
& du deffein. Dans un goût tout
oppofé , on voyoit divers fujets galans du
fieur Lancret , traitez de la maniere du
monde la plus gracieufe. Entre les Tableaux
que le Public a vûs avec beaucoup
de plaifir , il ne faut pas oublier ceux du
fieur J. B. Oudry , qui a un talent admirable
pour tous les genres de la Peinture ,
mais qui excelle dans les Payfages , les
Fleurs & les Animaux de toute efpece . Le
fieur Deflions , digne Eleve de M. de Largiliere
, s'eft auffi fait admirer dans les
Portraits qu'on a vûs de lui. Nous donnerions
une deſcription plus étendue & plus
circonftanciée de ces Tableaux & des autres
excellens morceaux dont nous ne difons
rien , fi le Memoire qu'on nous a remis
étoit plus exact & moins affecté , pour
ne pas dire partial.
Le jour que le Roy alla entendre le Salut
aux Invalides , M. le Blanc Secretaire d'Etat
de la Guerre , fit voir à S. M. un Moulin
d'une nouvelle invention , qui peut
moudre un muid de farine par jour , dont
le
DE JUIN 1722. 89
le fon fe fepare en même tems. Quatre
chevaux font tourner les roues & les
Meules de ce Moulin . M. le Blanc avoit
fait dreffer une batterie de petits canons ,
qu'on fit fervir devant le Roy , avec tous
les uftenciles propres à l'artillerie. On
tira auffi quelques bombes , groffes comme
des grenades , qui divertirent S. M. Elle
accorda en fortant la liberté à tous ceux
qui étoient retenus dans les Prifons de
l'Hôtel .
Un Confeiller de la Chambre des Finances
de l'Electeur de Baviere , a envoyé
icy de Munik un très - beau Tableau du
Correge pour y être vendu. On le voit
chez l'Intendant de M. le Chevalier de
Baviere. Il reprefente Mercure qui montre
à lire à l'Amour , en preſence de Venus.
ZDRİDRİDRÍA RED RAD TET THE RAQ RAD RKORLI
A M. GEUSLAIN.
Sur le Portrait de Mlle . D ***
MADRIGAL.
Ans tous les differens Portraits
Qu'on a faits de celle que j'aime ,
J'y reconnoiffois tous les traits
Sans la reconnoître elle-même ,
On eut même en vain fait des vocux
Pour tranfmettre Doris à nos derniers neveux ,
A
90 MERCURE LE
A moins que tu n'y travaillaffes ,
Ce projet auroit avorté ,
Tes Rivaux ne pouvoient peindre que fa beauté
Toy feul pouvais peindre fes graces .
Charles Etienne Geuſlain, à qui s'adreffe
ce Madrigal , fut agréé le 30 du mois dernier
à l'Academie Royale de Sculpture &
Peinture , fur deux Portraits , qui depuis
ont été aplaudis du Public , comme ils
l'avoient été de Mrs les Academiciens .
Il eft fils de feu M. Geuflain , fi conna
par les beaux Portraits qu'il a faits , & par
l'honneur qu'il a eu de rétablir excellemment
le Saint Michel de Raphaël , & plufieurs
autres Tableaux d'anciens Maîtres
que le Cabinet du Roy , & ceux des Seigneurs
les plus curieux , n'avoient pû met
tre à l'abri des injures du tems. C'eſt un
talent dont fon fils a herité .
On mande de Londres qu'un Domeſtique
du Lord Bathurst eft mort de la petite
Verole le douzième jour de l'Inoculation
, & que cependant les fix enfans de
ce Seigneur en font parfaitement rétablis .
On ajoûte qu'on vient de faire cette operation
au Lord Durfley , & à la Demoiſelle
Elizabeth , enfans du Comte de Berkley.
On écrit de Milan que les Barnabites y
ont tenu leur Chapitre general , dans lequel
DE JUIN 1722. SI
quel ils ont élu pour General le R. P. Strada.
Ce Pere eft d'une famille fort ancienne
& fort illuftre de cette Ville , à laquelle
la Republique des Lettres doit l'Hiftorien
Famien Strada ; il eft parvenu à cette
dignité après avoir paffé par toutes les
Charges de fon Ordre , & y avoir fait connoître
fa prudence & ſa capacité. Ce même
Chapitre a élu pour Provincial de
France le R. P. Guillemeau , d'une famille
diftinguée dans la Robbe , & fort eſtimé
dans la Congregation par fon érudition ,
ſa litterature , & fon habileté dans la connoiffance
des Langues . Il travaille même
à un Ouvrage fort confiderable & fort
curieux , dont il eft à craindre cependant
que fes grandes occupations ne privent le
Public.
L'Academie Royale de l'Hiftoire de
Portugal continue fes Affemblées ordinaires
, & le 16 d'Avril Jofeph Contador
d'Argote , Jofeph du Couto - Peftana , le Pere
Jofeph de la Purification , Jofeph Suarez
de Silva , & Laurent Botelho de Sotomayor,
rendirent compte aux Academiciens de
leurs Etudes. Il y eut une longue Conference
touchant divers Actes & Livres Manufcrits
qui avoient été envoyez à l'Academie
des Archives de la Couronne , de
ceux du Couvent de Saint François de
Porto ,
92 LE MERCURE
Porto , & de divers autres endroits , defquels
on a fait des extraits très curieux , &
qui feront d'une grande utilité pour éclaircir
une infinité de faits douteux ou apocriphes.
Le 30 du même mois on propofa deux
Problemes qui furent envoyez de Setubal ;
fçavoir , fi les Peres devoient eftre plus
refpectez par leurs Enfans,, que les Precepteurs
par leurs Difciples ; ou les Maîtres
par leurs Difciples , que les Peres par
leurs Enfans. La premiere propofition fut
deffendue par Don François d'Affa & Figueiredo
Pontoja , & la feconde par le
Docteur Jean de Dieu de Silva ; après
quoy plufieurs membres de l'Academie
reciterent de très-beaux Vers fur l'Emblême
du Roy Don Jean II , qui étoit un
Pelican nourri dans le Coeur de ſes enfans,
avec cette Devile : Pour la Loy & pour
le
peuple.
Dans le College Royal de Saint Antoine
de la Compagnie de JESUS , on celebra
les obfeques du Marquis Das Minas , &
il y eut un celebre Acte d'Humanitez fur
les actions heroïques de ce Seigneur , auquel
prefida le Pere Brifto de la même
Compagnie , Profeffeur de la premiere
Claffe de Rhetorique. Cet Acte tut precedé
d'un Panegyrique funebre fort éloquent
, dans lequel l'Orateur après avoir
prouvé
ti-
LYON
LAVILLE
E.HRYS
le
OHA HOO An
P
d
I
il
le
C
C
4
AGENDA
RIS.
DE JUIN 1722 . ཉབུ་
prouvé que ce General des Troupes Por
tugaises dans la derniere guerre entre le
Portugal & l'Espagne , s'étoit fignalé par
mille faits éclatants , & s'étoit montré encore
plus grand à fa mort par les hauts fentimens
de Religion & de pieté qu'il fit paroître.
La feance fe termina par plufieurs
élegantes Poëfies que les neuf Profeffeurs
de Rhetorique reciterent en prefence du
Marquis Das Minas , fils du défunt , &
de quantité de perfonnes de la premiere
diſtinction.
AAAAAAKAAAA
SUITE DES MEDAILLES DU ROY ,
avec l'explication des Types & Legendes.
MEDAILLE VIII.
LE BONHEUR DE LA FRANCE . D'un
côté la tête de Louis XV. avec l'infcription
ordinaire . Revers . Aftrée qui defcend
du Ciel fur la Terre . Legende. AMAT
AUREA CONDERE SACLA : c'est elle qui
fait les fiécles d'or. Exergue. 1716 .
IX.
L'EDUCATION DU ROY. D'un côté la
tête de Louis XV. avec l'infcription or .
dinaire. Revers . Minerve qui montre le
E Temple
94
LE MERCURE
Temple de la Gloire au Roy. Pour Legende
, ces mots de.Virgile : AccIPE QUA
PERAGENDA PRIUS : Aprenés ce qu'il
faut faire pour y parvenir. Exergue . 1717 .
X.
LE PROGREZ DU ROY. D'un côté la
tête de Louis XV. avec l'infcription ordinaire,
Revers . Apollon vainqueur du .
Serpent Python . Pour Legende , ces mots
de Claudien , VIS ANIMI CUM CORPORE
CRESCIT : L'efprit croît avec le
corps . Exergue. 1718 ,
XI.
Le même fujet , où l'on voit d'un côté
la tête du Roy avec l'infcription ordinarre
; pour Revers , un Oranger dans une
caiffe , & ces mots de Virgile pour Legende
, RESPONDET CURIS . Il répond
aux foins qu'on en prend. Exergue, 1718 ,
NOUVELLES
DE JUIN 1722. 95
NOUVELLES E'TRANGERES .
De Mofcou ce premier Juin 1722 .
N fe difpofe toujours vivement pour
l'expedition d'Atracan ; on embarque
avec diligence les Troupes deſtinées
& quatre cens pieces , tant de batterie que
de campagne , fuivant l'ordre porté de la
Cour à Revel , à Cronflot , & dans les
autres Ports où les Vaiffeaux de guerre .
font diftribuez . Le Czar a fait publier un
Manifefte qui contient fes motifs de mécontentement
contre les Tartares rebelles ;
on dit qu'il retournera dans peu de jours à
Petersbourg , où les gros bagages font
prefque tous arrivez . Le Comte de Kinski
Ambaffadeur de l'Empereur , a pris fon
audience de congé de Sa Majeſté Czarienne
, qui lui a remis des Lettres pour Sa
Majefté Imperiale , & l'a affuré de la difpofition
où elle étoit de vivre en bonne
intelligence avec l'Empire. On preffe toujours
fortement les Marchands d'Archangel
de quitter le fejour de cette Ville , &
d'aller s'établir à Petersbourg , s'ils veulent
meriter la protection du Czar , qui a
refolu ce mouvement dans le Commerce
Eij
de
96 LE MERCURE
de la Ruffie. Le General Hallard qui devoit
être de l'expedition d'Aftracan , eſt
tombé malade, Le Czar prend des mesures.
certaines pour fonder des Colleges dans
les principales Villes de fes Etats ; l'éducation
de la Jeuneffe , foin digne d'un fage
Monarque , entre dans les grands projets
qu'il forme chaque jour , & qu'il exe
cure avec activité,
De Varfovie , ce 20 May 1722 .
N voit arriver ici chaque jour les
Senateurs , qui abandonnent leurs
Terres & leurs Maifons de campagne pour
fe trouver à l'arrivée du Roy , & déliberer
avec lui fur les moyens de s'opposer aux
entrepriſes du Czar & du Grand Seigneur ,
Les Troupes de ces Puiffances qui continuent
de s'affembler fur les frontieres du
Duché de Curlande & du Palatinat de Podolie
, inquietent extremement le Royaume.
Les Magiftrats de Dantzik ont fait
un dénombrement de toute la Jeuneffe
qui eft en état de porter les armes , pour
fe deffendre contre les Troupes du Czar ,
qu'on dit avoir projetté le Siege de cette
Ville . Le Duc de Mekelbourg y vit toujours
incognito ; il a été obligé de vendre
fes pierreries , ne pouvant les mettre en
gage .
De
T
}
DE JUIN 1722. 97
De Stokolm , ce 28 May 1722 .
A Cour a nommé des Commiffaires
pour examiner les plaintes portées depuis
quelques jours contre le Comte de
Schwerini , l'un des Officiers generaux du
Roy de Suede , par le Comte de Freytad
Miniftre de l'Empereur. Ces Commiffaires
ont déja entendu les dépofitions des
Colonels Stobl & Bodenbrok . On fera
le rapport de cette affaire à Sa Majesté à
fon retour d'Ekelfund , où elle est allée
prendre le divertiffement de la chaffe-
On n'a pas encore fait de réponſe au
Memoire prefenté au Roy par les Miniftres
du Roy d'Angleterre & des Etats Generaux
, au fujet des Certificats qu'on exige
pour les Vaiffeaux de leur pays ; la Chancellerie
a feulement envoyé aux Miniftres
du Roy auprès des Puflances étrangeres
une lifte des Marchandifes qui feront apportées
à Stokolm fur de fimples certifi
cats de fanté y fuivant cette lifte les Anglois
pourront dorenavant embarquer des
grains , toutes fortes de métaux , des cuirs ,
des peaux , du charbon de terre , du tabac
en feuilles , du fel d'Ecoffe , & du favon :
& les Hollandois pourront charger des
épiceries venues en droiture des Indes
* Orientales , des grains , du tabac en feüil-
E iij
les ,
98 LE MERCURE
les , des vaiffeaux de terre , de fayance ,
& de porcelaines.
-On écrit de Finlande que le Réglement
des limites ftipulé par le Traité de Nydftadt
n'eft pas encore fini ; les Commiffaires
Mofcovites font lents & difficultueux : on
parle cependant d'un nouveau Traité de
Commerce entre la Ruffie & la Suede ,
dont les conditions font encore fecrettes ;
en debite feulement que Sa Majesté Suedoife
y prend toutes les mefures poffibles
pour ne pas inquieter les Puiffances du
Nord.
De Coppenhague , ce premier Juin 1722 .
O
Na pourvû l'Efcadre de ce Royaume
de vivres & de munitions de guerte
pour quatre mois , & l'équipage a reçu
trois mois de folde . On a dépêché un Courier
au Secretaire d'Ambaffade à Stokolm ,
après plufieurs Confeils tenus à Friderisbourg.
Le Comte de Rantzau arrêté à Hambourg
, & conduit enfuite à Remsbourg ,
doit être amené à Coppenhague pour y
être jugé par des Commiffaires particuliers
qui ont été nommez par Sa Majesté
Danoife . Voici leurs noms ; M. Blomt ,
Confeiller du Confeil privé , M. Reventlau
de Smol , Confeiller de Conference.
&
7)
TH
LA VILLE
DE JUIN. 1712 .
& M. Jahn , Vice - Chancelier . #1893
La Flotte a eu ordre de fe rendre à
Rade de cette Ville , pour eftre à portée de
s'opposer aux deffeins du Czar , foit qu'il
medite quelque entreprife fur le Dannemarck
, foit qu'il ait refolu de force le
paffage du Sund.
De Vienne , ce premier Juin 1722 .
LEX
E 16 May l'Empereur tint Confeil à
Laxembourg ; le 19 il alla voir les
chevaux du Haras de Halbthurn , accompagné
du Prince de Schuartfemberg for
grand Ecuyer . Le même jour au foir le
Prince de Radfevil partit en pofte pour fe
rendre en Pologne , aprés avoir fait un
fejour d'un mois en cette Ville . Le 21 le
General Zumjumgen prit congé de Sa
Majefté Imperiale , & partit pour la Sicile ,
dont il eft Commandant ; il fut fuivi de
près par le General Ronia . Le Comte de
Colloredo Gouverneur du Milanois , eft
appellé à la Cour pour s'informer de l'état
prefent des affaires d'Italie , & de la difpofition
des Peuples. Le 26 M. Priuli
Ambaffadeur de Venife , eut fon audience
de congé de l'Empereur , qui lui fit prefent
de fon portrait enrichi de diainans ;
le lendemain il prit congé de l'Imperatrice
Amelie.
E iiij
Les
100 LE MERCURE
Les Etats de Tranfilvanie ont prefenté
un Memoire pour eftre admis à la prochaine
Affemblée des Etats d'Hongrie ,
malgré Loppofition des Grands du Royaume.
On croit que ces prétentions feront
examinées avant l'ouverture de la Diette.
De Lisbone , ce 9 May 1722.
LF
E 2 May les Grands fe rendirent au
Palais en habit de ceremonie , & eurent
l'honneur de baiter la main de Sa
Majefté , qu'ils allerent complimenter fur
l'anniverfaire de la naiffance de l'Infant
Den Carlos , fecond fils du Roy , qui entroit
ce jour-là dans la feptiéme année de
fon âge.
Don Lopo d'Almeida , Commandeur
d'Aguas Santas & de Céfures , Commanderie
de l'Ordre de Malthe , Prefident de
P'Affemblée , Procureur General & Receveur
du même Ordre , a reçu un Decret
du Grand Maître , qui lui ordonne d'avertir
tous les Chevaliers de ce Royaume de
fe tenir prefts à partir au premier Com .
mandement pour le rendre à Malthe , pour
deffendre cette Ifle contre la defcente des
Turcs , dont elle eſt menacée ,
Le 23 du mois d'Avril dernier un Vaif.
feau d'Amfterdam nommé le Saint Jean
commandé par le Capitaine Pierre Hilke ,
dont
DE JUIN 1722
jor
dont la charge étoit deftinée pour Cadix ,
a été pris auprès de Faro par trois Coifaires
de Barbarie , l'équipage feul a eu le
temps de fe fauver à terre.
De Madrid , ce 3 Juin 1722.
ON
N mande de Gibraltar que le Commerce
de ce Port avec les autres Vil
les du Royaume , eft entierement rétabli
tant par Mer que par Terre.
On continue d'armer plufieurs Vaiffeaux
dans differens Ports de ce Royaume. On
parie d'augmenter les Garnifons du Perou
& de la côte de Chily , & d'embarquer
pour cet effet deux mille homines , avec un
grand nombre d'Officiers fur les premiers
Navires qui partiront pour les Indes Occidentales
.
.
Le Vaiffeau d'avis nommé la Solitude
de la Vierge , eft arrivé à Cadix le 25
Avril , il étoit commandé par le Capitaine
Mathias Gonçalés d'Oliviera. Sa charge
confifte en quatre mille deux cens pezos
en argent , quatre cens quarante Caftillans
en or ; quatre mille fept cens quaranteneuf
cuirs crus ; deux cens quintaux de
bois de Brefil , cinq cens dix - fept balles de
Cacao, trente- quatre deQuinquina, vingtcing
caiffes de fucre ; deux cens vingtlept
cocos de beaume du Perou ; quinze
E v milliers
102 LE MERCURE "
milliers de gouffes de Vanille ; plufieurs
ca iffes de Chocolat fabriqué dans les Indes ;
mille cinquante- fix cuirs préparés ; treize
mille deux cens cinquante fept liv. pefant
de Tabac en feüille ; dix- fept facs de Tabac
en poudre , & cinq caiffes de fruits confits .
De Rome , ce 30 May 1722 .
Leenfion , le Pape accompagné du Car-
E 14 May , jour de la fête de l'Af
dinal de Saint Agnès Secretaire d'Etat ,
& du Cardinal Conti frere de Sa Sainteté ,
ſe rendit avec fon cortege ordinaire à l'Eglife
de Saint Jean de Latran , où il entendit
la Meffe celebrée par le Cardinal
del Giudicé ; il donna enfuite . la benediction
au peuple affemblé dans la Place ,.
& retourna au Quirinal au bruit de l'Artillerie
du Château Saint Ange.
Le Pape a tenu depuis peu une Congregation
extraordinaire de Cardinaux ,
qui ont conferé fur la fituation prefente des
affaires d Italie : l'après midi du jour de
cette Congregation on fit partir un Courier
pour la Cour de Vienne.
Le 17 le Cardinal d'Althan eut une
audience extraordinaire du Pape ; on prétend
qu'il remit à Sa Sainteté un Acte
figné de l'Empereur , concernant l'Invefti .
ture du Royaume de Naples , dont les Articles
DE JUIN 1722. 103
ticles doivent , dit-on , être inceffamment
propofés dans un confiftoire general de
tous les Cardinaux qui font ici . On dit
auffi que le Connêtable Colone prefentera
la Haquenée au Pape , & que le Cardinal
ne prendra poffeffion de la Viceroyauté
de Naples qu'après cette ceremo
nie .
Le 18 jour de l'anniverſaire du couronnement
du Pape , il y eut dans Rome des
feux & des illuminations , & une girandole
au Château de Saint Ange . Le 17 le
Cardinal Zondondari fit la confecration
& la dedicace de l'Eglife Saint Ignace des
Peres Jefuites . Le 20 il y eut Congregation
au fujet du differend du Cardinal Bellug
avec fon Clergé de Murcie , & l'après .
midi une autre Congregation au fujet des
troubles de Religion en Allemagne .
De Florence ce 28 May.
E grand Duc travaille à rendre fes Regimens
complets , & les Capitaines
n'engagent que des foldats du Pays , ou
qui ne font point foupçonnez d'avoir fervi
dans les Troupes étrangeres .
On pourvoit les Places maritimes avec
un grand foin , il a paru fur les Côtes quelques
Corfaires de Barbarie , qui ont fait
rentrer dans les Ports plufieurs Bâtimens.
E vj qui
104 LE MERCURE
qui étoient prêts à faire voile pour le Levant
, quatre Galeres le font mifes en mer
pour leur donner la chaffe. M. Bardi Ser
gent Major dans les Troupes de Toſcane,
eft parti, pour fe rendre à fon pofte de
Portoferraio..
Le 26 , le Doge de Venife , accompagné
de la Seigneurie & du Nonce du Pape ,
monta fur le Bucentaure , & s'avança hors
des Canaux , il jetta dans la Mer un anneau
pour marque qu'il époufoit la Mer Adriatique
en figne de Souveraineté. Les deux
Princes de Baviere virent cette finguliere
ceremonie.
L
De Londres , ce 12 Juin.
précy,
A tranquilité fe rétablit icy, cela n'em.
pêche pas qu'on ne prenne,
toutes les
précautions qui peuvent l'affurer . Les
Troupes continuent à marcher vers les
divers campemens qui leur font marqués.
Les Regimens qu'on attendoit d'Irlande
font arrivés à POüeft d'Angleterre.
Le 28 May , le Lord Maire rendit
compte au Lord Townshend des recherches
qu'il avoit faites par ordre du Roy pour
découvrir les magafins d'armes des Catholiques
qui ont eté denoncés , & il certifia
qu'il n'avoit rien découvert de fufpect contre
le Gouvernement. Malgré cette affurance
DE JUIN 1722. 105
rance on n'a pas encore renvoyé les Troudes
campées à Hydepark. Les Directeurs
de la Pofte ont ordonné à tous les Maîtres
des Poftes de la partie Meridionale de ce
Royaume , de ne point fournir de chevaux
à qui que ce ſoit fans un ordre exprès ſigné
d'eux. Le voyage du Roy pour Hanover
eft remis à l'année prochaine, & Sa Majeſté
paffera une partie de l'Eté à Kinfington.
On a fait dans le Comté de Middelfex &
dans le Palais de Sommerfet differentes
recherches qui n'ont pas été plus utiles
que les premieres.
On a feulement arrêté en Irlande le
Lord Kingſton avec plufieurs autres Gentilshommes
foupçonnez de vouloir changer
le Gouvernement . Le Chevalier Patrik
Strahan fait conſtruire par ordre de la Cour
des Barraques en differens Ports des Côtes
d'Ecoffe , pour veiller aux débarquemens
qui pourroient s'y faire.
De la Haye ce 15 Juin.
Tous les Deputés des differentes Provinces
confentent unanimement à
fournir au Roy d'Angleterre les trois mille
hommes qu'il a demandés aux Etats Generaux.
Ces Troupes feront compofées
d'un Bataillon du Regiment de Keppel ,
d'un de celui de Joncker , d'un de celui de
Swartlemberg,
106 LE MERCURE
Swartlemberg , de deux Wertmullers ,
d'un de Goumonis , & d'un du Regiment
de Wander-Duyn Dragons ; fi ce fecours
paffe la Mer il fera commandé par le Major
general Keppel , le Brigadier d'Abbadie
& le Capitaine Philipe Alberti qui en ſera
Brigadier Major.
M. de Sonibesk & M. Nicrop font
partis le 3 Juin pour aller en Flandres vifiter
les Places fortifiées dépendantes de
la Republique.
M. Horace Valpole a remis aux Etats
Generaux les Lettres de Creance , & a pris
le caractere d'Envoyé Extraordinaire du
Roy d'Angleterre.
IIMTA:GAT
MORTS, MARIAGES ET NAISSANCES
des Pays Etrangers .
. Volinski Gouverneur d'Aftracan
Ma épouté la Princeffe Nariskin.
Le jeune Prince Troubezkoi a épousé
une fille du Comte Golofkin , Grand
Chancelier de Ruffie.
Madame la Ducheffe de Ploën accoucha
le 28 May d'une Princeffe , qui n'a vêcu
que pour recevoir le Baptême , & mourut
enfuite
Le General Rappe , Officier General de
Pologne ,
DE JUIN 1722 . 107
Pologne, eft mort à Kaminiek , après avoir
quitté Ambaffadeur que la Republique
envoyoit à la Porte , qu'il étoit chargé
d'eſcorter.
M. Jaques - Ignace de Focki , Medecin
de Sa Majesté Imperiale , eft mort à Vienne
le 20 May , âgé de cinquante & un an.
>
M. Dominique Valentini Confeiller
Imperial de la Chambre Aulique d'Hongrie
, & Refident du Duc de Lorraine auprès
de l'Empereur , eft mort à Vienne le
23 May, âgé de quatre -vingts dix- neuf ans.
Le Docteur Jean Henriqués , Allemand
de Nation , Gentilhomme de la Chambredu
Roy , Medecin de Sa Majesté , & Chevalier
de l'Ordre de Chrift , eft mort à
Lisbone au commencement de May.
Le Comte de Tancarville, Grand'Maître
des Eaux & Forêts du Roy d'Angleterre
dans le Sud de la Riviere de Trent , eft
mort à Londres le premier Juin. Il étoit
Chevalier de l'ancien Ordre du Chardon
en Ecoffe , & l'un des Confeillers du Con-
.feil Privé de Sa Majesté . Le Lord Offulton
fon fils lui fuccede dans les titres & dans
fes biens.
Le General Hamilton , Gouverneur des
Ifles de Leward , y eft mort le 29 Avril
dernier. 1
Le Comte Frederic Belgius Charles ,
aîné des fils de la Comteffe Doüairiere de
Benthe
108 LE MERCURE
Bentheni Stemfort , épouſe la Comteffe de
la Lippe , foeur du Comte de la Lippe
Regent.
DIGNITEZ , CHARGES ET BENEFICES
des Pays Etrangers .
ALLEMAGNE.
LEConte Et Prefident de la
E Comte Jaques Erneft de Lerlie ,
Chambre Aulique de la Baffe Autriche ,
a été fait Confeiller d'Etat par l'Empereur
le 18 May.
Le Baron de Livingſtein , Sergent General
des Armées de l'Empereur , a obtenu
de Sa Majesté Imperiale le Regiment vacant
par le mort du Comte de Virmont .
Le jeune Comte d'Althan a obtenu de
l'Empereur la Seigneurie de Jacathurn en
Hongrie , 'où il fe rendra pour être inftalé
à la Diete Grand du Royaume.
Le Comte Henri Guillaume de Wilzek ,
General d'Artillerie , Colonel d'un Regiment
, & Commandant de Glogaw en Silefie
, a été nommé Confeiller d'Etat par
l'Empereur.
Don Antoine Thomas Venini , Capitaine
de Dragons dans le Regiment d'Anf-` -
pach, a été fait Comte par l'Empereur.
Le
DE JUIN 1722. 109
1
Le Comte Jean Gafpard de Cobenfel
prit poffeffion de fa nouvelle Charge de
Maréchal de la Cour , le 25 May.
Le Marquis d'Almenara partit le même
jour pour la Sicile , dont il a été depuis peu
nommé Viceroy.
Le Comte de Wallis l'aîné , Confeiller
au Confeil de Guerre , Maréchal de Camp
& Colonel d'un Regiment d'Infanterie ,
a été continué pour trois ans dans fon
Gouvernement de Melline.
ITALIE.
M. Dominique Marie Corfi , Gouver
neur de Tivoli , a été nommé par le Pape
Gouverneur de Benevent.
M. Fabretti a été nommé par Sa Sainteté
Gouverneur de Narni.
M. François Marie Riceveri , l'un des
Echanfons du Pape , a obtenu pour prix
de fes fervices le titre de Camerier de
Cape & d'Epée.
M. l'Abbé Jourdan a obtenu du Pape le
titre de Mathematicien de la Chambre.
Apoftolique.
ANGLETERRE.
Le Duc de Queensbury a été nommé par
le Roy Amiral d'Ecoffe , Charge vacante
par le decés du Comte de Rothes .
M. Guillaume Mitlhel a été élu Moderateur
X 10 LE MERCURE
rateur par l'Affemblée generale des Eglifes
d'Ecoffe .
M. le Comte Loudun a été continué par
le Roy dans la Charge de Grand Commiffaire
de Sa Majefté à l'Aſſemblée des Eglifes
d'Ecoffe.
HOLLANDE.
>
Le Baron de Linden , Gouverneur du
jeune Prince de Naffau Lewardt
a été
nommé par les Etats Generaux Grand
Droffart ou Bailly de la Ville de Grave &
du Pays de Kintz , à la place du feu fieur
Heumen.
M. de Sichterman , Colonel du Regiment
des Gardes à pied du Prince de Naffau,
a été nommé Gouverneur de Grave , fur
la démiffion volontaire du Major General
Eh.
L'Electeur de Cologne a nommé pour
fes Confeillers Privés le Comte Ferdinand
de Hohenzollern , le Baron de Blettenberg-
Leenhuysen , & M. Duyker.
TOSCANE .
Le Bailli Lorenfi , chargé des affaires
du Roy Trés - Chrétien à la Cour de Florence,
a été fait Comte par le Grand Duc.
SPECTACLES
DE JUIN 1722. 111
:
x
17 7İ01:117
L
SPECTACLES.
Es Comediens du Roy ont remis au
Theâtre dès le commencement de ce
mois , la Tragedie de Regulus , que le
Public a honorée de beaucoup de larmes .
Le Sr Baron & la Dlle. Duclos y jouënt
les principaux Rôles de Regulus & de
Fulvie. Cette Piéce , la meilleure de celles
de Pradon , fut joüée dans fa nouveauté
dans les premiers jours de Janvier 1688
fur le Theatre de Guenegaud. On la reprefenta
27 fois de fuite avec un trésgrand
concours. Le Sr Baron y joüoit le
même rôle qu'il jouë aujourd'hui , la Dlle.
Champmeflé y joiioit celui de Fulvie . Le
fils du Sr Baron , inort en 1712 , trés regretté
du Public , y joüoit le jeune Attilius .
Quoique la Satyre n'ait pas toujours
traité favorablement les Tragedies de Pradon
, natif de Rouen , mort en 1697. on
peut dire qu'elles n'ont pas laiffé d'avoir
leurs admirateurs . Elles font au nombre
de huit , fçavoir ,
Arface , Roy des Parthes , en 1666.
Tamerlan , ou la mort de Bajazet.
Pirame & Thisbé.
Phedre & Hippolyte , en 1677.
La
112 LE MERCURE
La Troade , en 1679.
Statira , idem .
Regulus , 1688 .
Scipion l'Africain .
L'Academie Royale de Mufique à ceffé
les Reprefentations du Balet des Saifons
dès le 23 de ce mois , elle avoit donné
le 16 à la fuite de ce même Balet , Pour-
Seangnat Mafcarade. Tout le monde fçait
que ce Divertiffement eft pris des Entractes
de la Comedie de Pourteaugnac en trois
Actes de M. Moliere, elle fut jouée pour la
premiere fois à Chambor au mois de Septembre
1669 , & à Paris en Novembre de
la même année avec beaucoup de fuccès.
Deux femmes qui veulent faire accroire
à Pourfeaugnac qu'il les a époufées , deux
Medecins qui veulent le guerir d'une maladie
qu'il n'a pas , & deux Avocats que
Pourfeaugnac confulte pour fe tirer d'af
faire , font le fujet du Divertiffement , dont
la Mufique eft de M. de Lully , & toute
charmante. Cette Mafcarade a été jouée la
derniere fois fur le Theatre de l'Opera en
à la fuite du Balet des Fêtes de Thalie.
Ce Balet dont les paroles font de M.
de la Font , & la Mufique de M. Mouret,
vient d'être remis au Theatre . Il eft fort
aplaudi du Public , qui le demandoit avec
empreffement ; il fût repreſenté pour la
premiere
1715
DE
JUIN 1722.
113
premiere fois au mois d'Août 1714 ; on
avoit ajoûté enfuite la Critique du même
Balet , qui fut fort goûtée . C'étoient
les Mufes du Poëme , de la Mufique , de
la Danfe , Momus & fa fuite qui compofoient
ce
Divertiffement on n'a point
donné cette Critique dans cette derniere
reprife,
Les
Comediens Italiens ont
reprefenté
fur leur Theatre le 21 de ce mois la Comedie
d'Efope de M, le Noble , en cinq
Actes , imprimée au Theatre Italien de
Gherardi ; cette Piece avoit été jouée pour
la premiere fois à l'Hôtel de
Bourgogne
en Fevrier 1691 avec beaucoup de fuccès.
LETTRE écrite de Cambray ,
le 9 Juin 1722 .
JE
E n'ay encore eu , Monfieur , à vous
entretenir que des plaifirs de l'Avant-
Congrès , s'il fe traite quelques affaires c'eft
entre quelques Miniftres dans des vifites
& des promenades , & il ne paroîtra que
l'on en parle bien
ferieufement, que lorfque
le Milord Wilvarden , fecond Pienipotentiaire
d'Angleterre fera arrivé , ce qui , à
ce que l'on croit , decidera de l'arrivée de
M
114 LE MERCURE
M. le Comte de Morville. Vous êtes inftruit
de la grande chere de nos Ambaſſadeurs.
Je vous ai mandé les beaux Concerts
que les Officiers du Regiment Dauphin
Infanterie , qui fait partie de la garniſon ,
nous ont donnés , chantez par les Officiers
de ce Regiment , qui font pour
la plupart Muficiens , & ont de belles
voix ; mais j'étois encore peu inſtruit de
ce que nous avons fçu depuis , & je ne
1çai même fi j'y avois fait affez de reflexion
pour vous dire qu'il y a dans ce Regiment
un Ordre qu'ils nomment la Concorde ,
compofé de douze Chevaliers Capitaines ,
compris le Meftre de Camp qui en eft le
Grand Maître. Cet Ordre eft l'origine des
plaifirs qu'ils prennent & qu'ils donnent
aux autres , avec tout le goût & la politeffe
imaginable . Il a été inftitué pendant
le fiége de Fribourg en 1713. Les Chevaliers
portent une Medaille d'argent gravée
par les meilleurs Maîtres , dont le type
eft un Dauphin fur le bord de la Mer , que
Venus & Bacchus , accompagnez de leurs attributs
, ornent de feftons de fleurs & de
pamptes , avec ces mots pour Legende :
Ils s'accordent en fa faveur. Cette Medaille
renferme l'efprit de l'Ordre , qui eſt de
goûter les Plaiſirs dans le point qui en laiffe
toujours lentir les douceurs , & d'éviter
par un jufte milieu qu'on s'y propofe , de
tomber
DE JUIN 1722.
II
•
tomber dans la débauche . CetOrdre eft double,
il y a des Soeurs, qui font choifies entre
les femmes les plus aimables & les plus
qualifiées des Provinces où le Regiment a
paffé . Six Lieutenans qui portent un Dauphin
d'argent , couronné de Fleurs & de
Pampres , fous le nom de Freres Afpirans ,
font auffi-bien que le Frere Secretaire
deftinez à fervir les Soeurs ou autres Dames
, quand il y en a aux Fêtes de l'Ordre.
L'ufage de cet Ordre eft de faire une Fête
toutes les fois qu'un nouveau Chevalier
eft reçu. Deux places vaquantes , qui ont
été remplies à Cambray , ont donné lieu
à la Fête dont vous verrez la defcription
après que je vous auray entretenu de ce
qui fe paffa la veille , non-feulement pour
fuivre l'ordre des temps , mais auffi pour
imiter ce Regiment , qui donne toujours
au fervice du Roy , la preference fur les
plaifirs .
>
Le plus vilain de tous les mois de May
retardoit de jour en jour celui auquel le
Regiment Dauphin devoit faire voir aux
Ambaffadeurs toutes les évolutions & les
mouvemens que l'Infanterie peut faire
dans l'exercice de la Guerre . Plufieurs
d'entr'eux arrivez nouvellement , n'avoient
point encore vû ce Regimént fous les arines
; enfin le temps ayant paru affez beau
le 3 de ce mois , le Regiment marcha dans
une
116
LE MERCURE
›
' une Prairie qui eft le long de l'Eſcaut , les
Officiers en Cocardes blanches , qu'ils
avoient mêlées de jaune , couleur favorite
de Mad. la Comteffe Wendifgras , épouſe
du premier Plenipotentiaire de l'Empereur
& la feule prefentement à Cambray.
Cette Dame s'étant rendue à midy
dans la Prairie , fuivie des Ambaffadeurs,
des autres Miniftres du Congrès , des Dames
des Principaux de la Ville , & des
Officiers de la garniſon , dont le nombre
étoit augmenté de plufieurs des garniſons
voifines , alla fe placer avec cette illuftre
Compagnie , fous un Parafol élevé au milieu
de la Prairie , affez grand pour contenir
toutes les Dames & une partie des
hommes ; la Prairie étoit entourée du Peu
ple , que l'on avoit arrêté de l'autre côté
des foffez qui la bordent.
›
Les deux Bataillons après avoir fait
l'exercice avec la jufteffe que l'on pourroit
attendre des Moufquetaires du Roy , s'ébranlerent
, & pár un quart de converſion
que l'on fit en marchant , s'étant trouvez en
prefence , firent alte pour mettre la bayonnette
au bout du fufil , & prefenter les
armes ; ils fe chargérent & le mêlérent ;
celui qui avoit fait le premier la décharge
prit la fuite , mais il eut fon tour enfuite,
après quoi les deux Bataillons reprirent
leur terrain , ſe remirent par un quart de
converfion
DE JUIN 1722 117
'
converfion en bataille , faifant face aux
Spectateurs , & ne faifant plus qu'un Bataillon
. Ce fut une chofe admirable que
la jutteffe avec laquelle ces Troupes imitérent
la fuite & le raliement fans aucun
defordre ce qui eft d'autant plus furprenant
qu'il y avoit peu d'Officiers vous
allez voir à quoi ils étoient employés :
mais fuivons nos Guerriers , qui devenus
amis , poferent leurs armes à terre &
furent envoyés à la paille . Il fut fort
plaifant de voir tous ces Soldats débandez
l'épée à la main , comme pour fe jetter dans
un Village voifin , borner leur pillage à
des Tonnes de Bieres , que le Marquis de
Chafte , Brigadier des Armées du Roy ,
leur Meftre de Camp , avoit fait trouver
là exprès il pria en même tems les
Ambaffadeurs & les Dames de venir ſe
rafraîchir , & donnant la main à Mad.
la Comteffe de wendifgras il conduifit les
principaux Spectateurs à un coin de la
Prairie , où l'on trouva fous une grande
Tente une magnifique halte chaude, qui fut
arrofée de Vin de Champagne rouge &
blanc à la glace ; une Tente voifine fut une
Cave feconde pour tout ce qui étoit dans
la Prairie , où quantité de Tables furent
bien- tôt formées fur l'herbe , aux dépens
de celle qui étoit fous la Tente .
Une 1roupe de Houffards affez diferette
F pour
718
LE
MERCURE
pour n'interrompre
la halte que fur la fin ,
paro ffant fur les hauteurs de la plaine voi-
Line , obligea de courir aux armes : fi vous
vous doutez que ces Houffards étoient les
Officiers que je vous ai dit qui manquoient
aux Bataillons , vous aurez penſé jufte .
L'Infanterie prit autfi tôt le parti de former
un Bataillon quarré pour pouvoir à
la faveur d'un feu de tous côtez , gagner
un Pont qui eft fur l'Escaut au coin de cette
Prairie , & fe retirer de l'autre côté de la
Riviere. Toute cette manoeuvre s'executa
auffi parfaitement de la part du Bataillon
quarré que plaifamment de celle des Houlfards
, qui imitterent auffi bien les Hongrois
par leurs habillemens , que par leurs
manoeuvres. Ils revinrent vingt fois à la
charge à toutes les faces du Bataillon , qui
ménagea parfaitement
fon feu , & ils n'abandonnerent
leurs pourfuites pour aller
piller les reftes de la halte , qu'après que
les Grenadiers , qui des quatre angles réunis
infenfiblement
, avoient formé un fecond
Bataillon quarré à la tête du Pont ,
pour favorifer la retraite des Fufiliers
l'eurent enfin eux- mêmes paffé , & teint
de le rompre
,
Le mauvais tems avoit tellement reculé
cette journée , qu'elle fe trouva enfin la
veille de la Fête de l'Ordre de la Concorde,
dont je vous ai promis de vous faire le
détail ,
DE JUIN 1722, 119
dérail , laquelle avoit été fixée au quatre de
Juin , mais elle fut auffi reculée, & l'on fut
obligé de la partager , & d'en remettre au
lendemain une partie. On commença par
le louper , qui etoit preparé dans la Maifon
de Campagne de l'Abbaye du S. Sepulchre.
Le recit qu'en ont fait M. de
Saint Conteſt & les autres Conviés , nous
a appris que les Officiers de M. le Comte
de Morville , que l'Ordre avoit employés
pendant l'ablence de leur Maître , ont par
faitement réulfi.
Je vous ai déja dit que ces Chevaliers
font dans l'ulage de donner des Fêtes pour
les Receptions de leurs nouveaux Freres,
auffi n'ont ils point prié les Ambaſſadeurs
, ayant affecté de faire voir que c'étoit
une Fête qu'ils ne faifoient que pour
eux , de laquelle ils prioient feulement
quelques amis , & c'eft en cette qualité que
M. de Saint -Conteft , qu'ils avoient prié
de quitter pour ce jour - là fon Caractere
d'Ambaffadeur , y alla. Mais leur attention
pour les Plenipotentiaires & pour toute la
Ville , n'en parut pas moins par le choix
du lieu de la Fête , qui fut vue de tous vuë
côtez , & par ce qu'ils eurent foin de
mettre dans une espece de Programe, que
M. de Saint-Contest montra aux Ambaſfadeurs
à la promenade , où tout le monde
s'étoit affemblé pour te rendre au lieu
Fij deftiné
120 LE MERCU.RE
deſtiné ; on le pria bien - tôt d'envoyer demander
d'autres Programes ; il m'en tomba
un entre les mains.
Vous y trouverez , je croy , dans un tiffu
de morceaux de plufieurs Opera de l'invention
& du goût ; il y a quelques
endroits changés dans le recit de Venus
& de la Difcorde, pour que tout fe raporte
mieux au fujet , & je ne fçai fi vous trouverez
comme moy que ce Divertiſſement
tire une espece de merite d'avoir été fait
Pa
par des gens qui manient plus l'Epée que
la Plume.
J'ajoûterai que la Reprefentation des
Forges de Vulcain étoit trés-bien peinte
fur un papier huilé , qui étoit éclairé par
derriere's on voyoit dans les Forges les Cyclopes
occupés à executer les ordres que
Venus , fuivie de Cupidon , adreffoit à
Vulcain , lequel étant appuyé fur fon marteau
, paroiffoit par fon action ,
attentif
à l'entendre. Toutes les Figures étoient
de grandeur naturelle , & les Batteaux des
deux Flotes étoient ornez de Repreſenta
tions de flames de Galeres , avec les Rames
fufpenduës & illuminées de même , ce
qui faifoit au milieu d'une nuit trés - noire,
l'effet du monde le plus gracieux ; les
Feux d'Artifices furent , ainfi que tout le
le reſte , très bien executez .
Je finiraj ma Lettre par la Fête
que Milord
DE JUIN 1722%
121
lordPolefworh, premier Ambaffadeur d'Angleterre
, a donné hier pour la naiffance
du Roy Georges ; tout ce que l'on peut
faire dans le terrain refferré d'une Maifon
y fut employé pour la rendre magnifique,
la belle Vaiffelle de ce Miniftre , en fut
un grand ornement ; car outre la fienne
particuliere qui eft fuperbe , il a deux Services
complets de vermeil , aux Armes
d'Angleterre , prefent que le Roy fait aux
Seigneurs à chaque Ambaffade qu'il leur
confie ; & celle cy eft la feconde dont ce
Milord a été honoré. Je fuis , Mr & c.
LE TRIOMPHE
DE L'AMOUR ET DE BACCUS
DANS L'UNION DE L'EUROPE. '
FESTE donnée par l'Ordre de la Concorde à
la Reception des Freres EGAL & AGILE , chantée
par l'Academie de Mufique de l'Ordre de
la Concorde , fur la flaque d'Eau près de la
Porte du S. Sepulchre , au milieu de laquelle
fost reprefentées les Forges de Vulcain , dans
lefquelles Venus ordonne aux Cyclopes de forger
des Traits pour fon fils.
La Symphonie jonë l'ouverture de l'Europe
Galante.
VENUS.
FRappez , frappez , ne vous laffez jamais ,
Qu'à vos travaux l'écho réponde ,
Bour le fils de Venus forgez de nouveaux Traits,
Fij Qu'ils
322
LE
MERCURE
Qu'ils portent dans les coeurs une atteinte prefonde
, &c.
Frappez , frappez , ne vous laffez jamais ,
Vous travaillez pour le bonheur du monde .
Le Chaur repete, Frappons, frappons, & c .
1
BACCUS revenant vainqueur des Indes
paroît dans l'éloignement , accompagné dẻ
La Flotte Dauphine , montée par les Chevaliers
de la Concorde , en approchant
des Forges ils chantent i
LES CHEVALIERS.
Baccus revient vainqueur des Climats de l'Au
rore ,
Il traîne apès fon Char mille Peuples vaincus..
DEUX PILOTES DE BACCUS.
Le plus puiffant des Dieux eft le charmant Baccus
Il a de fes bienfaits comblé toute la terre ;
Jupiter dans les airs peut prendre le deffus ,
Il gronde , il tonne , il lance le Tonnerre ,
Mais il ne verfe que de l'eau ;
Sans faire tant de bruit Baccus de fon Tonneau
Fait couler le vin à plein verre .
Une Grace de la fuite de Venus répond :
Dans les Concerts que vous faites entendre
Mêlez l'Amour & fes plaifirs ,
Le Dieu que vous chantez a pouffé des foupirs ,.
Vos coeurs de ce penchant doivent - ils fe deffen.
dre ?
Les
DE JUIN 1722 .
123
Les Matelots & les Fogerons enſemble
chantent enfuite la Chanfon adoptée par
POrdre de la Concorde , qui renferme l'ef
prit de cet Ordre .
Le Vin fans l'Amour ne fçauroit plaire ,
L'Amour fans le Vin n'eft que langueurs ?
Quand ils font unis , l'ame la plus fevere ,
Ne peut fe refufer leurs charmantes douceurs .
Ces Chants font interrompus par un bruit
de Guerre ; des Trompettes & des Timbales
annoncent la Difcorde.
VENUS.
Quelle foudaine horreur ! & quels terribles bruits
Ciel ! qui peut amener la Difcorde où je fuis ?
LA DISCORDE.
C'eft en vain qu'à tes Loix tu prétends qu'on réponde
,
Déeffe , fait ceffer d'inutiles travaux ,
A quel coin reculé du monde' ,
L'Amour, veut il tenter des triomphes nouveaux ?
Pour, qui deftine- t - il les Traits qu'on lui prepare
?
De tous côtez je le fais dédaigner ;
Et fi de tous les coeurs la Difcorde s'empare ,
Sur qui veut-il encor regner ? &c .
Fit VENUS.
324
LE MERCURE
VENUS.
Tu t'applaudis d'une fauffe victoire ,
L'Amour a dans l'Europe une nouvelle gloire
Il recueille le fruit de tes noires fureurs ,
Il regne , il fait ceffer la guerre ; 11
Malgré tes vains efforts il raffemble deux coeurs
Qui feront quelque jour le deftin de la Terre ,
Le Heros qui les joint parvient à dénoüer
Le noeud que tu formas avec un foin funefte..
LA DISCORDE .
C'en eft affez , épargne - moy le refte,
Et ne me force pas à t'entendre loücr
Celui qui me derefte.
VENUS.
Je teferai fouffrir de plus cruels tourmens ,.
Tu méprifes l'Amour , tu verras fa victoire ,
Et je veux que ces lieux par des plaifirs charman
Servent de Theatre à fa gloire ;-
L'Europe que tu crois attentive à ta voix ,
Va chanter à tes yeux la douceur de ces Loix ,,
Avec Baccus l'Amour fera toujours le Maître.
LA DISCORDE.
Ah ! ne te flatte pas de m'en rendre témoin,
VENUS.
Je veux te contraindre de l'être ,
Tu prends pour t'en deffendre un inutile foin .
LA
DE JUIN 1722 . 121
LA DISCORDE.
Puifque dans ces lieux on m'arrête ,
Fureurs , fecondez -moy , troublons au moins
Fête ;
Rappellons du Dieu Mars les tranfports furieux,
Jettons dans tous les coeurs des foupçons & des
craintes ,
Qu'on reconnoiffe à mille plaintes
Que la Difcorde eft en ces lieux.
Un Feu d'Artifice , dont l'effet redouble
en tombant dans l'eau , reprefente les troubles
& la guerre que la Difcorde s'efforce
d'exciter.
VENUS .
Tu ne peux exciter que de vaines allarmes ,
Tu rendras mon triomphe encor plus glorieux
Faifons regner l'Amour , faifons briller fes
charmes ;
Les doux plaiſirs , font fes plus fortes armes.
Le Choeur repete les deux derniers Vers
Une Flotte , compofée de divers Pavillonsdes
Puiffances qui ont leurs Plenipotentiaires
à. Cambray , paroît alors dans l'éloignement
s'approchant vers les Forges..
བསྙན་ LES
126 LE MERCURE
LES PILOTES.
Que la Guerre eft effroyable !
Quel bien eft plus doux que la Paix ?
Peut-on trop cherir fes attraits ?
Que fon Regne eſt aimable ,
Qu'il dure à jamais .
Nous n'aurons que de beaux jours ,,
Que de jeux vont paroître,
Que nous verrons naître.
De tendres Amours !
Tout rit , tout enchante ,
Chantons la Paix charmante ,.
Chantons le fort heureux
Qui doit combler nos Voeux..
Toutes les Flottes réunies forment avec les
Forgerons de Vulcain le Chaur fuivant :
Reguez plaifirs , regnez , faites briller vos .
charmes ,
Que la foudre qui gronde étonne d'autres lieux .
Un Feu d'Artifice part alors des Forges
des Flottes pour la Victoire remportée fur
la Diſcorde par l'Amour & Baccus . La part
que l'Europe vient prendre à cette Victoire
aux plaifirs de l'Ordre de la Concorde , eft
un heureux prefage du fuccés des foins des
Miniftres des differens Etats de l'Europe ,
de lafageffe des Princes qui les gouvernent..
م ی ر م
Executé à Cambray le 4 Juin 1722:
THEATRE
A
DE JUIN 1722. 127
THEATRE ANGLOIS.
Ly a deux Theâtres à Londres , où
l'on reprefente toutes fortes de Fieces,&
indifferemment les mêmesfur
l'un & fur l'autre . Le premier , où
font les meilleurs Comediens , eſt dans le
quartier du Convent- Jardin , & l'autre eft
à l'extremité de la Place appellée Lincolns
Inn Fields.
La difpofition des places eft la même
dans l'une & dans l'autre Salle . On eft
commodément affis dans le Parterre für
des bancs difpofez en Amphitheâtre . Le
prix ordinaire eft de trente fols . Aux Balcons
du Theâtre de chaque côté , & aux
Loges enfuite des deux côtez du fond.
d'enbas & d'enhaut , on paye quatre Shellings
, ou 48 fols . Aux Pieces nouvelles ,
& lors qu'il y a quelque chofe d'extraordinaire
, le prix des places des Loges &
du Parterre eft augmenté d'un quart , &
les autres à proportion ; car il y a encore.
deux autres fortes de places aux Galleriesd'enhaut
des côtez , dont le prix ordinaire
eft de 18 fols ; & celles d'enhaut, dans le
fond , où l'on paye trente fols comme au
Parterre .
F vj Aucun
130 LE MERCURE
>
d'entendre dire par des Comediens , que
Le Diable a emporté l'un ; que l'autre s'engraiffe
aux dépens des malheureux ; que
tous enfin font plongez dans les plus infames
débauches. Les Evêques même , dont
la dignité devroit les mettre à couvert de
ces infultes , font ceux qu'on outrage le
plus.
Des Poëtes Anglois qui vivoient avant
le Regne de Charles II , il n'y a que Shakefpear
qui ait maltraité le Clergé. Ben
Johnfon , Fletcher & Beaumont en parlent
prefque toujours avec éloge.
*
Mais ce n'eft pas affez aux Poëtes de
cette Nation d'être impies , ils tâchent
d'infpirer le même efprit à leurs Auditeurs .
Si ce n'eft pas là le but où ils vifent , je
demande , dit M. Collier , pourquoy les
Libertins ſe trouvent toujours recompenfés
à la fin de la Piece ? Pourquoi les principaux
Acteurs font Athées ? Pourquoi enfin
le vice paroît avec tant d'éclat ? D'ailleurs
, continue le même Auteur , les Regles
du Theâtre font fi fort negligées en
Angleterre , qu'il femble que la régularité
& la vrai-femblance en foient bannies.
On n'y a aucun égard aux moeurs qu'Ariftote
appelle les caufes & les principes.
de l'action . Une Villageoife élevée à la
campagne paroît fouvent fur le Theâtre.
Critique du Theatre Anglois,
avec
DE JUIN 1722. 130
avec outes les manieres des femmes de las
premiere qualité. D'autres fois on y voit
une fille d'une naiſſance illuftre tenir des
difcours tales , & vivre dans une honteuſe
proftitution ; car ce n'eft pas feulement
P'organe des hommes qu'on emprunte pour
parler le langage de la débauche , c'eft
dans la bouche des femmes qu'on ofe
mettre les termes les plus infames .
Les trois unitez font prefque toujours
mal obfervées par les Poëtes Anglois.
L'action eft fouvent double , & l'on ne
trouve qu'un amas confus d'évenemens .
fans liaiſon , & fouvent fans jugement..
On peche ſi ſouvent contre l'unité de lieu ,
qu'il femble que les intrigues des Pieces.
ont été inventées pour paroître incroyables.
La Scene du premier Acte eft à Londres
; peu de temps après elle en eſt à so
lieuës ; & enfin les Spectateurs font furpris
au cinquiéme Acte de la revoir encore
une fois à Londres .
Tout le monde fçait que l'intrigue de la
Fable ne doit durer que le temps qu'on
met à la reprefenter , & que cette reprefentation
ne doit jamais paffer 24 heures ;
cependant on voit que des femaines entieres
ne fuffiroient pas à nouer une intrigue
d'une piece Angloife. Le moins qu'on
puiffe donner aux Relaps eft cinq ou fix
jours. Il eft vrai que Dreyden & quel-
( ques
132 LE MERCURE
ques autres Anglois fe juftifient là deffus
ils pretendent que les libertez qu'ils prennent
pour plaire davantage , font preferables
aux regles ennuyeufes que quelques
Poëtes fe font une Loy d'obferver .
2.
L'homme fans façon , Le Moine Eſpagnol,
L'Amour triomphant : Ces trois Comedies,
felon M. Collier , font trois prodiges
d'obscenité. Dans l'Aftrologne , le lieu où
la Scene s'ouvre eft une Chapelle : on y
tourne en ridicule le foin de prier Dieu.
La coquetterie s'y mêle à l'irreligion , &
le Paradis de Mahomet y eft preferé à
celui de JESUS- CHRIST. Un Diable pa
roît , il éternuë. Dieu vous beniffe , lui
dit- on , n'auriez- vous point attrapé un
rhume pour vous eftre trop éloigné du feu ?
Plaifanterie fade dont le fel eft dans l'impicté.
Dans cette même piece, une fille
fous le nom d'Hyacinthe , avoue que ce
qui la fâche de n'être pas homme , c'eſt
qu'elle n'eft point en état de pouffer quelques
bottes à fon malin vieillard de Pere..
Les imprécations font une grande reffource
pour les Dramatiques d'Angleterre :
elles rempliffent le vuide de leurs penſées,
elles renflent quelques- unes de leurs expreffions
trop plattes ; elles donnent de
P'harmonie & de la rondeur aux periodes . -
Les Comedies de Dom Quichotte , de la
Femme provoquée , & du Relaps , font en
SC
DE JUIN 1722 . 133
ce genre des modeles affreux. D'anciens
Comiques Anglois , comme Beaumont &
Fletcher , ne mettent des juremens que
dans la bouche des fcelerats , pour les
rendre odieux . Les modernes les prodiguent
fans égard , & les portent à l'excès.
Le plus grand defordre du Theâtre Anglois
, c'eft qu'il met le vice en honneur ,
& qu'il l'établit en la place de la vertus
car qui font les Heros des Comedies Angloifes
? En faveur defquels hommes fe
font les plus heureufes peripeties ? Sur
qui font - elles tomber de grands biens
& des établiffemens fortunez ? fur
d'indignes Libertins , fur des Blafphemateurs
, fur des Athées. Selon les Poëtes ,
plaifanter fur des veritez refpectables ,
dire des infamies au fexe même , violer
toutes les Loix de l'amitié , déchirer les :
amis en leur abfence , & trahir leurs intereſts
, c'eſt l'idée d'un galant homme ,
d'un homme qui fçait le monde , fur qui
pleuvent les récompenfes que les Auteurs
diftribuent à la cataftrophe de leurs Pieces
; fon rôla eft le plus brillant , & le
Poëte lui prodigue tout ce qu'il a d'efprit.
Le Mary indolent eft une Comedie
Angloife dont le Heros las de prendre de
la peine pour les Amantes , en veut dire
deux mots à la fille de chambre de fa feme
; il la mene dans un appartement , où
quelque
134 LE MERCURE
quelque tems après on les voit chacun dans
un fauteuil, fatiguez de leur converſation .
On ne fçauroit peindre avec des traits
affez noirs des infamies fi publiques & fi
pernicieuſes ; mais quelque chofe qu'on
dife on ne réullira pas à faire revenir les
Auteurs d'un égarement fi icandaleux . Ils
craignent trop de diminuer le nombre des
Spectateurs , en donnant plus de merite
aux Spectacles , & en les rendant moins
obtcenes ; mais ils devroient bannir cette
crainte mercenaire & fervile , & s'en fier
à l'exemple de Moliere , qui par la fuperiorité
de lon genie , a changé en France
le goût de fes contemporains pour l'obfcenité
, & les a forcés à venir en foule fe
divertir en gens raisonnables , & non pas
en crocheteurs.
1
Le Pathetique de la declamation Tra
gique en Angleterre , dit M. l'Abbé Dubosdans
fes Reflexions Critiques , confifte en
des tons furieux , en un maintien ou inorne
ou effaré , & dans des geftes de forcenez .
Les Acteurs de la Scene Tragique font
difpenfez de toute nobleffe dans leur gefte,
de mefure dans leur prononciation , de
dignité dans leur maintien , & de décence
dans leurs démarches. Il fuffit qu'ils faſ
fent parade d'une morgue bien noire &
bien fombre , ou qu'ils paroiffent livrez
à des tranfports de fureur qui les faffent
extravaguer,
DE JUIN 1722 . 135
extravaguer. Sur ce Theâtre il eft permis
à Jules Cefar de s'arracher les cheveux,
ainfi que feroit un homme de la lie du
Peuple , pour exprimer fa colere . Alexandre
pour mieux marquer fon emportement
y peut frapper du pied , action
que nous ne permettons pas aux Ecoliers.
qui jouent la Tragedie dans nos Colleges .
Ces. Vers ne definiffent pas mal le caractere
du Theâtre Anglois .
D'un Spectacle cruel l'Anglois eft idolâtre ,
La torture chez lui fe donne en plein Theâtre ,
Edipe racontant fes innocens pechez ,
Montre un bandeau fanglant fur fes yeux arra
chez .
JOURNAL
36 LE MERCURE
JOURNAL DE PARIS.
O
N croit toujours que le Sacre du Roy
fe fera au mois d'Octobre . Monfieur
le Duc d'Orleans y doit reprefenter le Duc
de Bourgogne.
M. le Duc de Chartres , le Duc d'Aquitaine
.
M. le Duc de Bourbon , le Duc de Normandie.
M. le Comte de Charolois , le Comte
de Flandres .
M. le Comte de Clermont , le Comte
de Toulouſe.
M. le Prince de Conti , le Comte de
Champagne.
tre.
Le Maréchal de Villeroy, le Coneftable.
Le Maréchal de Villars , le Grand Maî-
Le Maréchal d'Eftrées portera la Conronne
, le Maréchal d'Uxelles , la Main
de fuftice, le Maréchal de Teffé , le Sceptre ;
le Maréchal de Talard , les Offrandes , &
le Comte de Matignon l'Oriflame.
Les Pairs Ecclefiaftiques feront chacun
leurs fonctions.
9 Le Prince Charles Comte d'Armagnac
portera la queue du Manteau Royal le
jour
DE JUIN 1722 . 137
jour du Sacre , & le Marquis de Nefle la
queue du Manteau de l'Ordre le jour de
la Ceremonie des Chevaliers du S. Efprit.
Les quatre Barons pour ôtage feront le
Marquis d'Alegre , le Comte d'Eftein , le
Marquis de Beauveau , Lieutenans Gene
raux , & le Marquis de Prié , Maréchal de
Camp.
Les quatre Chevaliers qui accompagneront
le Roy le lendemain du Sacre , pour
la Reception des Cordons bleus , feront
le Maréchal d'Eftrées , le Marquis de Be
ringhen , premier Ecuyer , le Comte de
Medavi & le Comte du Bourg.
M. Poncet de la Riviere , Evêque d'Angers
, doit prêcher devant cette auguſte
Affemblée.
Toutes les nouvelles qui viennent des
Provinces affligées du mal Contagieux ,
remettent la tranquillité dans les efprits.
La fanté fait chaque jour des progrés vifibles
, même à Avignon .
On mande de Malte que le Grand Maître
eft dangereufement malade , & que les
ordres font déja dépêchez à tous les Chevaliers
pour proceder en cas d'accident à
l'élection d'un nouveau Grand - Maître,
Frere Gafpard Govy Mancini , trés verlé
dans le Droit Civil & Canonique , a été
facré à Rome Evêque de Malte. L'ufage
eft que trois de l'Affemblée des Prêtres
Conventuels
38 LE MERCURE
Conventuels font propofés au Confeil de
l'Ordre de Malte , pour être envoyés enfuite
au Roy de Sicille , qui nomme un
des trois , & le Pape lui donne des Bulles.
Il eft obligé d'aller à Rome pour fe fairo
(acrer , fuivant l'ufage.
On apprend de Luneville que les remedes
injectifs du fieur Munier réuffiffiffent
& que le Duc de Lorraine eft
prefque gueri. Son Alteffe Koyale s'eft
• trouvée en état d'affifter à la grande Meffe
le jour de la Fefte Dieu , & à la Procel
fion , qui dura plus d'une heure. Les deux
Princes aînés & toure la Cour fuivirent le
Duc de Lorraine dans cette Ceremonie ;
le même jour Son Alteffe Royal dîna en
public pour la premiere fois depuis fon indifpofition.
M. l'Abbé Sommier qui a été
fon Envoyé à la Cour de Rome , a été
nommé Confeiller- Prelat du Parlement de
Nancy , à la place de deffunt M. l'Abbé
Domepure.
Le 4 Juin , M. le Comte d'Albert , Envoyé
Extraordinaire de l'Electeur de Baviere
, arriva de Munik..
Le jour de la Fefte- Dieu les deux Proceffions
de S. Germain l'Auxerrois & de
S. Euſtache le rencontrerent dans la ruë
Saint honoré ; cette derniere s'arrêta. Mon-
Geur le Duc d'Orleans qui l'accompagnoit,
s'avança jufqu'au ruiffeau pour faluer le
Roy .
DE JUIN 1722. 139.
Roy , qui accompagnoit celle de S. Germain
.
Le 8, Milord Polefworth Plenipotentiaire
du Roy de la Grande Bretagne , celebra
à Cambray l'anniverfaire de la naiffance
de Sa Majesté Britanique , par une Fefte
fuperbe. On yfervit en même tems quatre
tables couvertes des mets les plus exquis.
Il y eut quatre fervices variés &
fomptueux le premier en vaiffelle d'argent
, le fecond & le troifiéme en vermeil
doré , & le quatriéme en porcelaine rare ;
le deffert fut nouveau & magnifique , on
pofa fur la table une colonne terminée par
une Couronne Royale , remplie de differentes
liqueurs . Des figures groupées au
tour de la colonne diftribuoient ces liqueurs
par des tuyaux. Le Jeu & le Bal
fuivirent ce pompeux feftin , le jardin &
les cours de l'Hôtel du Milord Ambaffadeur
, furent illuminées ; M. le Marquis
de Befons , Gouverneur de Cambray, s'eſt
trouvé à cette Fefte.
Le Duc de Noailles & le Marquis de
Canillac ont en ordre de fe retirer , le premier
à fa terre de Peynieres , à trois lieuës
d'Aurillac en Auvergne , & le fecond à
Blois,
M. le Maréchal de Berwik eft arrivé à
la Cour depuis le commencement de ce
mois,
L'Eglife
140 LE MERCURE
L'Eglife de S. Germain en Laye a étể
fouillée le premier Juin par le meurtre d'un
garçon Tailleur. C'eft un Suiffe qui a commis
ce crime. Un-Grand Vicaire a donné
une nouvelle benediction à cette Eglife.
Le Parlement continue à détruire les
complices de Cartouche . Chaque jour eft
marqué par le fuplice de quelqu'un de ces
brigans, il paroît qu'ils deviennent fort indifcrets
, car ils revelent tout ce qu'ils fçavent
avant que de partir pour l'autre
monde. Le cinq Juin on en pendit deux ,
qui accuferent un de leurs complices
qu'on envoya chercher auffi -tôt , mais il
ne fut pas curieux de les voir & de leur
parler , en defcendant de caroffe il trompa
la vigilance des Archers , & fe fauva dans
la foule.
Le Roy a donné une penfion à M. Helvetius
le fils , fon Medecin ordinaire , pour
refider à Verſailles.
Le 13 , le R. Pere Briere fut élû Gardien
des Cordeliers du grand Couvent de Paris.
Le 14
les Deputés du Chapitre de
Reims , prefentés par M. le Garde des
Sceaux , prirent l'ordre du Roy pour
Ceremonie du Sacre de Sa Majesté .
la
M. le Duc d'Orleans viendra tous les
Jeudis à quatre heures du foir à Paris , &
s'en retournera le lendemain à la même
heure à Versailles. Les Miniftres feront la
même choſe. Le
DE JUIN 1722. ·141·
Le Roy a accordé les grandes Entrées à
AM . le Cardinal du Bois.
L'apartement du Duc de Noailles à Verfailles
, a été donné à la Comteffe de Guile
& à la Princeffe de Leon.
Le Gouvernement de Maubeuge , vacant
par la mort de M. le Marquis de
Saint Fremont ; a été donné à M. le
Marquis de Ruffey , Soû- Lieutenant de
la premiere Compagnie des Moulquetaires
du Roy , & Soù - Gouverneur de
Sa Majesté. Le Gouvernement de Saint-
Venant qu'il avoit , a été donné à M.
le Marquis de Sailly , Lieutenant General
des Armées du Roy , Commandeur de
l'Ordre Militaire de Saint Louis.
Divers Auteurs parlent de la Maifon de
Sailly ; les uns la font fortir des anciens
Comtes d'Oyfi , defcendus des Ducs d'Aquitaine,
dont la branche aînée eft tombée
par la maifon de Châtillon dans celle de
France. D'autres avec plus de vrai-ſemblance
, des anciens Ducs de Luxembourg,
portant les mêmes armes , & pour devife,
( Du plus haut Sailly. ) Sa grande an ienneté
le prouve fans en trouver de commencement
, par plufieurs Titres & Chartes
d'Abbayes. En l'an 1102 , Baudouin Sire
de Sailly paroît entre les Chevaliers de
hautes marques felon la Charte de ladite
année 1102 de l'Abbaye de Fornhem
G Infra
142 LE MERCURE
Infra Milites Primates . En 1106. Bernardin
Sire de Sailly qualifié Miles en une
Charte de la Dedicace de l'Abbaye d'Arouaife
, voifine du Château de Sailly , &
dont les Seigneurs font bienfaiteurs . Ce
Château relevant du Roy à caufe de celui
de Peronne , étoit anciennement très -fort,
M. de Sailly prouve cent vingt- huit quar
tiers , par où il fait voir fes defcendances &
alliances avec beaucoup de Têtes Couronnées
, & entr'autres de celle de France , des
Empereurs d'Allemagne , des Rois d'Angleterre
, des Ducs de Bretagne , des Comtes
de Flandres , de Champagne , de Bar ,
des Maifons de Craon , de Châtillon , de
Montmorency , de Laval , de Crequy , de
Clermont , de Neele , de Roucy , de Sarrebruche
, de Coucy , de Bethune , de la
Tremoille , de Roye , de Ponthieux , de
Dampmartin , de Dacigné , de Rohan , de
Hainault , de Bourbon ancien , de Thouars,
& de quantité d'autres Maifons très-illu
ftres . M. le Marquis de Sailly defcend de
Jean Sire de Croy , Grand Bouteiller de →
France , & de Marguerite de Craon par la
Maifon d'Aveluys ; ce qui lui donne l'honneur
de toucher de parenté au feptiéme
degré à toutes les branches de la Maiſon de
Croy , Ducs d'Avré , de Ligne , Aremberg
, aux Mailons Palatine , de Baviere &
de Neubourg , dont le Ray. de Suede defcend
;
DE JUIN 1722. 143
} cend à l'Empereur , au Roy de Sardaigne,
au Roy d'Elpagne par la feuë Reine fon
époule , au Roy par feuë Madame la Dauphine
la mere ; à la Maifon de Medicis ;
à plufieurs branches de la Maifon de Lorraine
; à celles d'Eftrées de Vendôme ,
Melun, Epinoy, Darfort , Duras , Luxembourg
, Monchy , Mailly , Rounel de
Medavy , la Marck , Bouillon , Noailles ,
Villeroy , Bouflers , Launoy , Levy , Vantadour
, Briffac , &c.
"
>
Gilbert de Sailly , Grand Maître de
P'Ordre de Saint Jean de Jerufalem en
l'année 1167. étoit de cette Maifon . Jean
Sire de Sailly fon neveu , donna à la Čommanderie
d'Eterpigny trois muids de bled
fur fa Terre de Sailly en 1170. Il avoit
époufé Fredeſcende du Breüil , d'une trèsancienne
Maiſon de Flandres , par où fe
prouve la filiation & de très- grandes alliances
, jufqu'à Charles Sire Marquis de
Sailly , qui avoit époufé Marie - Claude de
Monchy , fille de Charles de Monchy de la
branche de Montcaurrel , & du Maréchal
d'Hocquincourt. Charles de Monchy avoit
eu pour femme Madelaine de Bournonville,
defcendante par Ifabelle de Flandres , fille
de Guy Comte de Flandres , & d'Ifabeau de
Luxembourg , du Roy Louis VII . defcen
dante encore de la grandeTante d'Eleonore
& de Charlotte de Roye, Eleonore, femme
Gij
de
144 LE MERCURE
de Louis de Bourbon , Prince de Condé ;
Charlotte de Roye , femme de François
III. Comte de la Rochefoucault.
M. le Marquis de Sailly , dont les fervices
font affez connus , fert dès l'âge de
douze ans , ayant fuivi le feu Roy à la
guerre d'Hollande , alors Page de la grande
Ecurie. Il a reçu onze bleffures en differentes
occafions ; la premiere , à la vûe du
Roy , à l'attaque du chemin couvert & de
la demi -lune de Maftrick ; la derniere , au
fiége de Douay en l'année 1712 , y commandant
la tranchée . Il a commandé en
plufieurs Provinces & beaucoup de Corps
détachez ; entr'autres en Provence en l'an
1707 , s'étant pofté ſur le Varr. Quoi qu’-
avec fort peu de troupes , il y arrêta pendant
quatre jours l'armée commandée par
le Duc de Savoye & le Prince Eugene , &
donna le tems par le retardement de leur
marche aux Troupes du Roy d'arriver &
fe pofter fous Toulon , ce qui contribua
au falut de la Provence , Les Seigneurs de
Sailly ont dans tous les tems poffedé des
Emplois confiderables ; plufieurs ont été
Gouverneurs de Peronne fous les Rois
Louis XI. & Charles VIII.
Le Gouvernement de Philippeville , vacant
par la démiffion de M. Durepaire ,
qui en étoit pourvû , a été donné à M. le
Comte de Laval- Montmorency,
En
DE JUIN 1722 . 145
En partant de Paris pour Verfailles , le
Roy étoit accompagné dans fon carroffe
de Monfieur le Duc d'Orleans , du Duc
de Chartres , du Duc de Bourbon , du
Comte de Clermont , & du Maréchal de
Villeroy fon Gouverneur. Les Détachemens
des Gendarmes & Chevaux- Légers
de la Garde , & des deux Compagnies de
Moufquetaires , les Commandans à leur
tête , precedoient le carroffe de Sa Majeſté,
qui étoit fuivi du Guet des Gardes du
Corps. Les Habitans de Verfailles qui
étoient accourus aux avenuës du Château ,
reçurent le Roy avec de grandes acclamations
, & le foir ils témoignerent encore
leur joye par des feux , des illuminations
& des feftins . En defcendant de carroffe
Sa Majesté alla faire fa priere à la Chapelle
, monta entuite dans fon Appartement
, où elle ne fut pas long temps , &
fut enfuite le promener dans le petit Parc.
Le lendemain on chanta le Te Deum en
action de graces dans la Chapelle du Château
, à la Parroiffe & aux Recolets .
Le 17 après midi l'Infante Reine , accompagnée
de la Ducheffe de Vantadour
& de la Princeffe de Soubife , ſe rendit à
Verfailles. Le Roy qui alla la recevoir ,
la conduifit par le grand Appartement
dans celui qui lui avoit été preparé.
G iij
On
$46 LE MERCURE
On apprend de Mofcou que le vingtfept
Avril dernier le Prince Trubeskoy y
avoit époufé la fille du Comte Golofkin ;
que le 29 il y avoit eu une grande fêteà
la Cour , à l'occafion du mariage de la
Princeffe Nariskin avec le Prince de Valenski
, Gouverneur d'Aftracan , & que
le 30 , jour de l'anniverfaire de la naiffance
du Duc d'Holftein , qui entroit dans
fa vingt- troifiéme année ; ce Prince avoit
donné un repas magnifique , auquel-leurs,
Majeftez Czariennes s'étoient trouvées
avec les Miniftres Etrangers & les Seigneurs
de la Cour
L'Empereur a confenti au mariage de
l'Archiducheffe Marie- Amelie fa niéce
avec le Prince Electoral Charles - Albert-
Gaëtan de Baviere . On croit que les nôces.
s'en feront au mois de Septembre prochain.
à la Favorite.
On apprend par les dernieres Lettres
venues de Levant , écrite par les Religieux
de l'Obfervance de Saint François , que
les Arabes ont entierement faccagé la
Ville de Jaffa , à huit lieues de Jerufalem,
& que le Monaftere de Saint Pierre , deffervi
par ces Religieux , a été entierement
ruiné.
Les Minimes n'ayant pû tenir cette
année
DE JUIN 1722. 147
année leur Chapitre à Marfeille , le Pape
par un Bref particulier a nommé pour leur
General le Pere Bertrand Munfinat , François
, & pour leur Procureur General le
Pere François Zavarroni.
Selon les nouvelles de Londres , le Roy
eft parti pour Kinfington , où Sa Majesté
doit paffer tout l'Eté. Les actions de la
Compagnie de la Mer du Sud font à 93 .
On apprend de Bruxelles que le Prince
de Horn y époula le 17 de ce mois- Mylady
- Marie , Comteffe d'Alisbury.
Le Comte de Levenftein Evêque de
Tournay , & Grand Doyen de l'Eglife de
Strasbourg , ayant donné la démilion de
fon Doyenné , qui eft incompatible avec
un Evêché , les Chanoines de Strasbourg
indiquerent un Chapitre General au vingtdeuxième
du mois de Juin pour l'élection
d'un nouveau grand Doyen ; & ce jour - là
tous les Chanoines qui étoient à Strasbourg
s'étant affemblez , le Prince Frederic
d'Auvergne , Chanoine Capitulaire de
ladite Eglife , en fut élu grand Doyen
tout d'une voix & à la fatisfaction de toute
la Ville & de tout le Païs qui le fouhaitoit
depuis long- temps : auffi n'y a - t'il per fonne
qui n'ait donné à cette occafiondes marques
d'une joie très - vive. Après l'élection ,
Meffieurs les Chanoines donnerent un
fuperbe repas au nouveau grand Doyen ,
G iiij
· &
148
LE
MERCURE
& à tout ce qu'il y a de perfonnes diftin
guées à Strasbourg ; trois grandes tables
y furent fervies magnifiquement ; on y but
les fantez du Roy , de Monfieur le
Regent , du Cardinal de Rohan , celle du
grand Doyen , & beaucoup d'autres , à
P'harmonie d'un grand choeur de Mufique,
relevé
par des Timballes & des Trompettes
, & même des Cors de chaffe ; enfin
ce fur une fête auffi bien entenduë qu'on
en puiffe imaginer , & dont l'execution
répondit en tout à la magnificence
des aprêts . La mailon du Prince Frederic
d'Auvergne eft trop connue , pour qu
il
foit beloin de parler ici de fa naiffance
quant à fon merite perfonnel , c'est un parfaitement
honnête homme , & c'est tout
dire ; car on ne fçauroit rien ajoûter à un
pareil éloge , & il eft connu pour tel à la
Cour , à la Ville , & dans la Province :
autfi eft- ce ce qui a réuni tous les fuffrages
en fa faveur , ceux des Chanoines Allcmands
, comme ceux des François qui ont
concouru avec une joye également vive à
fon élection.
Le Cardinal d'Althan voulant être informé
des honneurs qu'on rend ordinairement
à Rome aux Vicerois de Naples ,
on y tint à cette occafion le 30 du mois
dernier une Congregation du Ceremonial ,
dans laquelle on allegua en faveur de
cette
DE JUIN 1722. 149
cette Eminence , ce qui fe pratiqua en
1664 en faveur du Cardinal d'Arragon
revêtu de la même dignité , lequel fur
logé & defrayé pendant trois jours aux
dépens de la Chambre Apoftolique , fervi
par les Officiers du Pape , puis conduit
jufqu'aux frontières de l'Etat Ecclefiaftique
, fans neanmoins avoir eu l'honneur
de manger avec Sa Sainteté , comme l'eut
le Duc de Medina - Celi , Ambaſſadeur
d'Espagne , lors qu'il fut nommé Viceroy
de Naples.
Le Roy qui fe plaît toujours à Verſailles,
y jouit d'une parfaite fanté ; Sa Majeſté
entendit le 21 & le 24 de ce mois , dans
la magnifique Chapelle du Château , la
Meffe chantée par fa Mufique.
Le Duc d'Offone & la Ducheffe fon
époule font attendus ici à la fin du mois
prochain .
Le nommé Silvain Tiriot , Laboureur
d'auprès de Chattelier en Berry , eft
mort le 7 du meis dernier , âgé de cent
feize ans. Cinq jours avant la mort il tra .
vailloit encore à la terre .
⚫ M. l'Abbé de Rohan Guímené , nommé
à l'Archevêché de Reims , arriva à Paris
au commencement de ce mois ; M. le Cardinal
de Rohan Grand Aumônier de France
, le prefenta au Roy & à Monfieur le
Regent. Tout le monde fçait que l'Arche-
Gv vêque
150
LE MERCURE
vêque de Reims a l'augufte prerogativede
lacrer nos Rois ; il eft premier Duc & .
Pair de France , & Legat né du S. Siege.
Le nouveau Prelat eft de la branche aînée
de la Maifon de Rohan ; il alla à Rome
l'année derniere avec M. le Cardinal de
Rohan , qui l'a élevé , & y prit le bonnet
de Docteur en Theologie au mois d'Octo-.
bre . Il vient de recevoir les complimens
d'une députation de vingt Chanoines de
la Cathedrale de Reims , l'Abbé de Saint
Hermine portant la parole.
Les Vaiffeaux l'Eclatant & l'Amazone ,
que le Roy a fait armer à Breft pour croifer
contre les Forbans fur le grand Banc ,
mirent à la voile le 15 - Juin.
> .
On apprend par la Gazette d'Amfterdam
du 18 de ce mois , qu'on eft dans une
étrange furpriſe à Mofcou , fur les nouvelles
que quelques Gazettes ont debitées ,
& répandues dans le Public , contre toute
verité & fans aucun fondement , tant au
fujet de la fucceffion d'un certain Nariskin
à l'Empire de Ruffie ,, que par rapport à
certains pretendus mariages. On ne peut
comprendre quel mal intentionné s'eft
avifé d'avancer , au grand prejudice de Sa
Majefté Czarienne & de fon Gouvernement
, de pareilles nouvelles fauffes , mal
fondées & inventées à plaifir , pour donmen
an Public des impreffions finiftres &
contraires
DE " JUIN. 1722 .
contraires aux intentions de Sa Majesté.
Czarienne.
1
Charles Louis Antoine d'Alface ,.Comter
de Bouffu , Prince de Chimay & du Saint
Empire , Grand d'Efpagne de la premiere
Claffe , Chevalier de la Toifon d'or , &
Lieutenant General de Sa Majefté , époufa.
dans la Chapelle du Château de Meudon
la nuit du 15 au 16 de ce mois Charlotte
de Saint Simon , fille de Louis Duc de
Saint Simon , Pair de France , Grand d'Efpagne
de la premiere Claffe , & cy- devant
Ambaffadeur extraordinaire près de Sa
Majefté Catholique , & de Marie Gabrielle
de Durfort de Lorges. La ceremonie ſe fit
par M. le Curé de Saint Sulpice , en prefence
de M. le Curé de Meudon.
La grandeur , les illuftrations & les
alliances de ces deux Maiſons font affez
connues. Celle du Prince de Chimay a
porté jufqu'à ces derniers temps le nom
de Henin- Lietard & de Cuvillers . On
peut voir dans l'Histoire de Cambray de
Carpentier , vol. 2 part. 3 page 477 &
fuivantes fa Geneologie , & les raiſons
qu'elle a eues de prendre le nom d'Alface.
Le Prince de Chimay a toujours été atta
ché à Sa Majefté Catholique , & a ſervi
avec diftinction dans fes Troupes pendant
la derniere guerre. Le Roy vient de l'attacher
plus particulierement à fon fervice ,
G vj
en
T
152 LE MERCURE
en le faifant Lieutenant General de fes
Armées , & en lui donnant en France le
même rang d'ancienneté qu'il avoit en
Efpagne. Il avoit époufé en premieres
noces Diane de Mancini Nevers , foeur
du Duc de Nevers , de laquelle il n'a
point eu d'enfans . Il eſt frere du Cardinal
d'Alface Archevêque de Malines , & du
Marquis de la Verre , auffi Lieutenant-
General .
La Maifon de Saint Simon eft une des
plus anciennes de la Province de Picardie ,
connue depuis le treiziéme fiecle fous le
nom de Rouvroy . Matthieu de Rouvroy ,
Chevalier , dit le Borgne , fameux Capitaine
dans les guerres des Anglois , épouſa
vers 1330 Marguerite de Saint Simon ,
iffue des anciens Comtes de Vermandois ;
leur pofterité eft dans l'Hiftoire des Grands
Officiers de la Couronne , tome 11 page
1524. Voyez auffi la même Hiftoire ,
page 35 .
Le 15 Juin , a été baptifée à S. Sulpice
Marie-Antoinette fille de M. Jean- Joachim
Rouault Comte de Cayeux , Colonel d'un
Regiment de Cavalerie , & Brigadier des
Armées du Roy , & de Dame Catherine-
Conftance Emilie Arnault de Pompone ;
le Parain M. Nicolas - Simon Arnault de
Pompone , Chevalier Marquis de Pomgone
, Palaiſeau & Champlan , Brigadier
des
DE JUIN 1722. 153
des Armées du Roy , Lieutenant General
au Gouvernement de l'Ile de France &
Soiffonnois ; la Marraine Dame Louife-
Madeleine de Lomenie de Brienne , Marquife
de Gamache, épouſe de Claude Jean-
Baptifte - Joachim Rouault , Lieutenant
General des Armées du Roy.
MORT S.
RE. Charles Louis de Montmorin >
MChevalier Marquis de Saint - Herem,
Comte de Chateauneuf & de Rolore , Baron
de la Moliere , Gouverneur & Capitaine
des Chaffes de Fontainebleau , Capitaine
& Maitre Particulier des Eaux &
Forefts , & Grand Foreftier de la Foreft de
Bierre , mourut le 11 Juin âgé de 52 ans .
Le 12 , Mre . François Albert de Caf
tellas , Lieutenant general des Armées du
Roy , Lieutenant- Colonel des Gardes Suiffes
, & Colonel d'un Regiment de la même
Nation. Il fut enterré avec beaucoup de
pompe
à S. Roch fa Paroiffe. Il y fut efcorté
par 400. Soldats des Gardes Suiffes,
qui firent trois décharges. Tous les Officiers
du Corps affifterent en deuil à cette
ceremonie.
M.
54
LE MERCURE
M. Jean - François Ravend de Saint-
Fremond , Baron de Saint - Hilaire , Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis ,
Lieutenant General des Armées du Roy
Gouverneur de. Maubeuge & du Pays
d'entre Sambre & Meufe , mort le 18 Juin
âgé de 78 ans . Il laiffe par fon Teftament
10000. liv. aux Freres de la Charité , &
il a voulu être enterré dans leur Eglife .
Dame Marie Elizabeth de Vienne , foeur
de lait de Monfieur le Duc d'Orleans , &
femme de Mre. Thomas Dreux le Hayer,
Seigneur de la Folaine , Lieutenant de Roy
à Toul, & l'un des Maîtres d'Hôtel de Sa
Majefté , eft morte à Paris le 3 Juin..
L
BENEFICES.
A Coadjutorerie de l'Abbaye Royale
de Sainte Auftreberte de Montreuil
Ordre de S. Benoift , Diocéfe d'Amiens ,
dont la Dame Marguerite Boucher d'Orfay
eft Abbeffe , en faveur de Soeur Catherine
Elizabeth de Tilly de Blaru , Religieufe
du même Ordre.
La Coadjutorerie de l'Abbaye de Notre-
Dame de Gomerfontaine , Ordre de Ci--
teaux , Diocefe de Rouen , dont la Dame
Marie Anne de la Viefville eft Abbeffe , en
faveur de Dame Marie - Angelique de la.
Viefville ,
1
DE JUIN 17226
7553
Viefville , dite Melanie , Religieuſe dans
ladite Abbaye.
L'Abbaye Reguliere Danieres Bellay ,
Ordre de S. Benoift , Dioceſe d'Angers ,
vacante par le decès de Dom Botloy , Religieux
Profès dudit Ordre , en faveur de
Dom René Charles Vefnier , Religieux
Profés dudit Ordre..
L'Abbaye de Paimpont , Ordre de Saint-
Auguftin , Dioceſe S. Mâlo , vacante par
le decès du fieur Abbé Robert , en faveur
du fieur Henry Conftance de Lort de Serignan
de Valras , Prêtre du Dioceſe de :
Beziers , & Vicaire General de l'Evêché
de Laon..
>
L'Abbaye de Saint Amand , Ordre de
Saint Auguftin, Dioceſe de Sarlat , vacante
par le decès du dernier titulaire , en faveur
du fieur Bocault , Prêtre du Dioceſe de
Montpellier, & Grand - Vicaire de l'Evêché
d'Alais .
›
L'Abbaye Reguliere de Bergue- Saint-
Winock , Ordre de S. Benoist Dioceſe
d'Ypres , vacante par le decès du fieur
Vanderhague , en faveur de Mr le Cardinal
Dubois.
L'Abbaye de Saint Martin de Pleinpied
, Ordre de S. Auguftin , Dioceſe de
Bourges , vacante par la demiffion du fieur
Tournely , en faveur du fieur Henriau
Prêtre du Dioceſe de
Extrait
156 LE MERCURE
EXTRAIT d'une Lettre écrite
d'Etampes le 10 Juin 1722 .
Ous fommes très - obligés à M. l'Ab-
Nbe de Vayrac de P'honneur qu'il
nous a faitde ne point oublier notre Ville
dans fa belle & fçavante Defcription des
lieux qui ont été honorés de la prefence
de l'Infante- Reine . Nous prenons la liberté
de relever une omiffion qui nous intereffe
, & nous vous prions , Meffieurs ,
de vouloir bien y fuppléer par cette petite
addition. Il y a à Etampes deux Chapitres,
l'un d'une Eglife Collegiale & en même
tems Parroiffe fous le titre de Notre- Dame ,
le Chef de ce Chapitre a la dignité de
Chantre. L'autre Chapitre de Chanoines
eft celui de Sainte Croix , dont la premiere
Dignité eft un Doyen. Nous fommes ,
Meffieurs , & c.
ARRESTS.
DE JUIN 1722 . 157
[
A
ARREST
S.
RREST DU CONSEIL du 6 fuin
1722 , Qui ordonne que les Engagiftes
des Domaines feront tenus de faire
toutes les Reparations neceffaires , de quelque
nature qu'elles foient.
༡ ARREST du 9 Juin , Qui nomme des
Commiffaires pour faire les mentions neceffaires
, tant pour les Groffes des Contrats
qui auront été liquidez , que fur les
feuilles de liquidation relatives ; & figner
les Certificats de Liquidation des autres
Effets joints aufdits Contrats.
ARREST du 12 Fuin , Qui ordonne
que les Changeurs continueront d'être
payez de leurs Droits par les Directeurs
des Monnoyes .
ARRESTS de la Cour de Parlement, des
15 , 18 & 25 Juin , Portant condamnation
de , mort contre Elizabeth Gonon ,
femme de débauche , convaincuë de Vols,
dans les Foires & Marchez , à Paris , dans
le Louvre , & autres Maifons Royales :
Contre
858 LE MERCURE
Contre Simon Marchand , dit Marchan
don , convaincu de Vols faits dans les
Foires & Marchez , avec effraction , avec
port d'armes , avec attroupemens , dans les
Maifons à main armée , & dans les Maifons
Royales : Contre Antoine Descroix ,
dit la Tête de Mouton , Maçon de Profeffion
, atteint & convaincu de plufieurs
Vols , tant dans le Louvre , qu'autres Maifons
Royales , dans les Eglites , & puitament
dans les Rues de Paris , foit à main
armée & port d'armes deffendues , foit en
donnant des coups de bâton & avec effration
, avec barres & pinces de fer dans les
Maifons & Boutiques; complices de Louis-
Dominique Ca touche , de Dantragues dit
Dupleffis , & autres executez à mort , &c.
ARREST du 22 Juin 1722 , Qui ordonne
qu'au lieu de Confeil de Commerce
établi par l'Ordonnance du 4 Janvier
716 , il fera rétabli un Bureau compofé
de huit perfonnes feulement , du nombret
defquelles feront toujours le Contrôleur
General des Finances , un des Confeillers
du Confeil de Marine, & le Lieutenant General
de Police de la Ville de Paris. Les cinq
autres feront choifis par S. M. entre ceux
de fon Confeil qui auront le plus d'experience
au fait du Commerce . Ordonne
S. M.. que les Députez des principales
Villes
DE JUIN 1722. 159
Villes de Commerce du Royaume, & ceux
des Fermiers Generaux , qui avoient entrée
au Confeil de Commerce , auront pareillement
entrée établie par le prefent Ar--
reft. Veur S. M. que dans ledit Bureau
foient difcutées & examinées toutes les
Propofitions & Memoires qui y feront:
envoyez . Enſemble les affaires & difficultez
, qui furviendront concernant le
Commerce , tant de Terre que de Mer ,
au dedans & au- dehors du Royaume , &
concernant les Fabriques & Manufactu
res , & c..
ARREST du 24 Juin , Qui regle les
Formalitez qui doivent être obfervées au
fujets des Contrats de Rentes fur l'Hôtel.
de Ville de Paris , qui ont été vilez &
liquidez , pour mettre les Rentiers en état
d'en recevoir les arrerages des fix premiers.
mois de la prefente année , dont le payement
commencera au premier Juillet pro
chain.
ADDITION
160 LE MERCURE
ADDITION.
Lettre où l'on examine fi les premiers
Landgraves de Turinge defcendoient
en ligne mafculine de Charles Duc de
baße Lorraine , que Hugues Capet fit
exclure de la fucceffion à la Couronne
de France.
MONSIEUR ,
J'ay examiné de nouveau avec beau→
coup d'attention le fait à l'égard duquel
Vous craignéz que je ne me fois trompé
dans mes Remarques fur le fyftême de M.
l'Abbé de Camps , touchant l'origine de
la Maifon de France , qui font dans le
Mercure du mois de Decembre 1720.
J'ay comparé plufieurs fois ce qui eft pour
& contre ; cependant je ne puis me refoudre
à changer de fentiment , & je me vois
feulement obligé d'avouer que l'opinion
contraire à celle que je foutiens a été fuivie
de prefque tous ceux qui ont le plus approfondi
les difficultez de notre Hiftoire.
Témoin le très fçavant hoinine que vous
m'avez cité , qui en est encore aujourd'hui
le défenfeur : Mais comme il eft au moins
jufte de fe defier des lumieres de ceux que
je
DE JUIN 1722
161
je leur prefere , je vais , MONSIEUR , VOUS
expofer avec le plus d'ordre que je pourray
les preuves de chaque opinion indépendamment
de l'autorité de ceux qu'elles
partagent , afin que vous me faffiez encore
la
la grace de m'apprendre ce qui m'aura
jetté dans l'erreur , j'y fuis .
Il s'agit de fçavoir fi , comme le fuppofent
en particulier Vignier , Fauchet, Blondel
, les Sainte Marthe , & le P. Pagy , les
premiers Landgraves de Turinge , qui
n'ont fini qu'en 1248 , étoient fortis en
ligne mafculine de Charles Duc de Baffe-
Lorraine , qui auroit dû fucceder à la
Couronne de France après fon neveu
Louis V. dernier Roy de la feconde Race ;
ou s'ils étoient d'une autre famille , ainfi
que le croyent du Filler , Mrs Chantereau ,
du Bouchet , du Fourny , de Mezeray , &
la plupart des autres Hiftoriens modernes.
Le P. Labbe a pris pareillement parti pour
- cette derniere opinion dans fes Tableaux
genealogiques , mais il a voulu favorifer
auffi l'autre fentiment dans la feconde Edition
de cet Ouvrage , il l'a enrichie de la
fuite de ces Landgraves qui manquoient
dans la premiere Edition , & il a témoigné
qu'il le faifoit à la priere d'un ami dont il
eftimoit beaucoup le merite & le jugement,
Voici les preuves fur lefquelles ce fentiment
eft appuyé, La Chronique d'Aimar
de
162 LE MERCURE
y
de Chabanois , qui ne paffe point l'an
1028 , & celle de Saint Maixant ou de
Maillezais bien plus récentes , qui font dans
la Bibliotheque du P. Labbe , marquent
que le Duc Charles ayant été livré à Hugues
Capet par la perfidie de l'Evêque de
Laon , fut enfermé à Orleans avec Agnès
de Vermandois fa feconde femme ; qu'il
devint de deux fils nommez Charles
pere
& Louis , que les enfans furent chaffez
par les François , & qu'ils fe retirerent auprès
de l'Empereur des Romains , avec qui
ils demeurerent , ( 1 ) ce qui eft auffi attefté
en partie par Hugues de Fleury le
Continuateur d'Aimoin , & Robert de
Saint Marien d'Auxerre. De plus on trouve
dans l'Abbaye d'Uferche en Limofin , une
Chartre de l'an 1009 , dattée du Regne de
Robert , de Louis & de Charles , regnante
Roberto& Ludovico & Karlonio ; d'où l'on
infere que ces deux derniers Princes étoient
alors reconnus Rois dans l'Aquitaine , &
c'est ce qu'on conclut encore d'une autre
Chartre rapportée par Belly, dans fes Comtes
de Poitou , page 385 , laquelle fut
( 1 ) At vero Carolus in carcere ufque ad mortem
retentus eft Aurelianis ; ubi genuit filios Carolum
& Ludovicum & expulfi funt filii ejus
Francis profectique ad Imperatorem Romanorum
habitaverunt cum eo . Aimar. Caban , in Bibl.
Labb . t. 2. pag . 167. & Chron . S. Maxentii ,
ibid. pag. 204•
donnée
དྷཱ
DE JUIN 1722 . 163
donnée , Louis étant Roy , Data Ludovico
Rege ; car Blondel prétend que ce Louis
étoit le fils du Duc Charles. Voyez fon
Plenior affertio genealogia Francia , p. 37. *
A ces Chroniques de France on joint
celles d'Allemagne , qui contiennent la
fuite des Landgraves en queſtion , & que
Pictorius a publiées avec plufieurs autres ,
elles font des XIV , XV & XVI fiecles. On
dit qu'en 1015 il y avoit en ce pays un
Comte nommé Louis , avec fon frere auffi
Comte , qu'ils étoient iffus des Rois de
France Charlemagne & Louis le Debonnaire
, & parens de l'Empereur Conrad le
Salique , par l'Imperatrice Epifele ( petite
fille de Maltide Reine de Bourgogne , foeur
du Duc Charles ) ( 2 ) ce qui femble être
comme le fupplément des Chroniques
d'Aimar & de Maillezais : Elles marquent
auffi que Louis, qui fut furnommé le Barbu
obtint une partie de la Turinge en 1025 ,
( 2 ) Anno Domini 1015 Conradus Francigena
quidam Dux Francorum Imperator habebat duos
confanguineos, fcilicet Hugonem &Ludovicumfratrem
fuum ex ftirpe Regum Francorum progenitos
& multumpecuniofos . Hugo fuit in curia Archiepifcopi
Moguntinenfis , & fibi ferviebat . Quo mor.
tuod filiofuo omnia que reliquit devolutafuerunt
ad Ludovicumfratrem , qui fuit in curia Imperatoris
Chunradi, page 913 , ou il y a erreur dans
cette datte , Conrad n'ayant été Empereur qu'en
1025 ou il eft appellé là Empereur par anticipation..
après
164
LE MERCURE
'
après la mort de fon frere & de fon neveu.
Qu'en 1039 Conrad lui confirma par une
Charte qu'elles rapportent plufieurs 1erces
qu'il y avoit acquifes , & que de lui
defcendoient les anciens Landgraves. ( 3 )
Enfin Meffieurs de Sainte Marthe obfervent
que quelques Auteurs Allemands ont
cru que ces Princes venoient des Comtes
d'Orleans , & que ce qui avoit pû donner
lieu à cette fauffe opinion , eft que Louis
y étoit né , & que Charles fon pere y étoit
mort.
C'eft - là , MONSIEUR , ce qui a deter
miné Vignier & les autres fçavans hommes
de fon fentiment à croire que ce Louis
le Barbu étoit le même que le Louis fils du
Duc Charles de France , & il faut prefente
ment voir ce qu'on y peut oppofer , car
il est bien jufte d'entendre les deux parties,
(3 ) Ifte Imperator diligens Ludovicum cognatum
fuum , volens fibi providere de aliqua hereditate
beneficiis , mifit eum ad Archiepifcopum
Moguntinum Burdonem.... ut amorefui &propter
fervitium fratris fui Hugonis conferrer Ludovico
cognato fuo aliqua beneficia in Duecefi in
feudum, Epifcopus ve ò ad nutum Imperatoris ipfum
in Thuringiam mifit , & iidem vice Dominum
, id eft vicarium per totam Thuringiam fecit...
Ille igitur Ludovicus veniens in Thuringiam
ann. D. 1025 , le prafentavit nobilibus terra
,. c. page 913. Cette datte eft faufle suffi ,
Buidon n'ayant été élu Archevêque de Mayence
qu'en 1031 .
Les
DE JUIN 1712. 165
Les adverfaires de cette opinion tirent
auffi leurs preuves des mêmes Chroniques ,
& ils prétendent que les deux Princes dont
parlent les unes , font bien differens de
ceux dont il est fait mention dans les autres.
1°. Selon celles de Piftorius , Louis le
Barbu & fon frere fortoient de Princes du
Sang de France , établis au delà du Rhin
à notre égard , les Auteurs écrivant en Turinge
, & par confequent on ne croyoit pas
alors en Allemagne qu'ils fuffent venus de
la France occidentale , ce qui cft decifif :
Erant duo fratres Germani ex Francis
oriundi cis Rhenum de eleganti ftirpe Regum
Francorum Caroli Ludovici , confanguinei
Gifele Imperatricis , page 957.
2°. On ydit que ce Louis le Barbu , furnommé
encore Dide , étoit un des Ducs
de Souabe , & qu'ayant été forcé de quitter
ce païs , après avoir perdu plufieurs
Batailles , il obtint une partie de la Tu
ringe , que l'extinction de fes Ducs avoit
fait mettre en pieces. (4 ) Or comme l'Im-
(4) Nota , quod primus Ludovicus de que
Landgraviinati funt vocabatur Ludovicus Diaus
Barbatus , & ipfe defcenderat de genealogia Caroli
Magni Imperatoris , & cum cffet unus de Ducibus
Suevia , praliis annihilatus inde ceffit. Cum
autem dudum Duces Thuringorum defeciffent idem
Ludovicus Barbatus jufcepit principatum dicte
terra , qua tunc per plures diftracta & ufurpata
ceffavit dici Ducatus , pag. 692 .
H
peratrice
166
LE
MERCURE
peratrice Gifele , dont il étoit parent , avoit
pour pere Herman Duc de Souabe , &
que felon les mêmes Chroniques la Maiſon
de Sonabe & toutes les autres grandes
Maifons d'Allemagne avoient leur fource
dans le fang de Charlemagne , n'eft - il pas
naturel de croire que les Auteurs de ces
Chroniques tiroient la parenté de Louis
avec cette Princeffe du côté d'Herman , &
qu'il ne paffoit auprès d'eux pour être de
la Race de ce fameux Empereur , que parce
qu'il étoit auffi de la Maifon de Souabe ,
laquelle ne pouvoit venir de Charlemagne
que par les femmes , fi elle en venoit . ( 5 )
3 Le frere de Louis le Barbu s'appelloit
Hugues , & étoit fon aîné. Il devoit
même Pêtre de plufieurs années , ayant
laiffé un fils qui lui fucceda , & qui étoit
( s ) Notandum quod genus Caroli non ex toto
finen habuit ut dicitur , fed tantum à Romano,
rum regno finem accepit . Nam ut in Chronicis
invenitur , omnes Reges Francorum & Germanorum
, fed Principes & Duces & Comites iftarum
Provinciarum , fcilicet in Thuringia , in Ba-
Daria , in Franconia in Carinthia , in Bohemia,
in Suevia , in Saxonia , in Frifia , in Lotharingia ,
fed & omnes nobiles Alamannorum originem duxerunt
à genere Carolorum . Nam & Cunradus Imperator..
genus duxit à nobilibus Romanorum
fcilicet ab Anea & posteris fuis , & uxor ejus Gefila
originem habuit de nobilibus Francorum
Priamo Trojano pag. 956. Cunradus defcende-
Tat de firpe Chlodovei pag. 690.
• ?
mort
DE JUIN 1722. 167
fort avant l'an 1031. lorfque Louis étoit
à peine marié , car fon fils aîné nommé
Louis le Sauteur nâquit au plutôt en 1940,
puifqu'il deceda en 1123 , âgé de 8 3 ans,
felon une des Chroniques , pages 772 ,
786 , ou feulement de 73 ans felon une
autre Chronique plus ancienne , p . 916 .
Mais au contraire le frere de Louis fils du
Duc Charles fe nommoit comme fon pere,
& étoit né le dernier. Il est vrai que
Vignier cite une Chronique de France où
il étoit pareillement ,appellé Hugues , mais
ce ne peut être qu'une faute , les autres
Chroniques du Royaume qui lui donnent
le nom de Charles , étant confirmées par
la Chartre de l'Abbaye d'Uferche , déja
citée .
+
>
4°. Le fils de Hugues s'appelloit Wigman
nom abfolument inconnu aux Prin.
ces Carliens ; & le lui auroit - on jamais
donné s'il avoit été de leur Race , fur - tout
fi fon pere avoit été exclus de la Cou
ronne de France ? N'auroit- on pas même
alors choifi le nom de quelqu'un des Rois
fes ancêtres les plus cheris des François ,
afin de tâcher de ranimer leur affection
pour lui. Je fçai bien que l'attachement
du Duc Charles pour Othon II. à qui il
devoit la baffe Lorraine , l'engagea à donner
le nom de cet Empereur à fon fils
aîné , quoique, affez odieux aux François ,
Hij mais
168 LE MERCURE
mais c'étoit au tems où le Roy fon frere
avoit un fils pour lui fucceder , & il n'eut
garde de commettre une pareille faute pour
les deux autres fils , qu'on dit qu'il eut depuis
fon exclufion de la Couronne , qu'il
appella Louis & Charles , noms juſques -là
les plus reverez de la Nation .
5. Piftorius remarque page 962. que
le même Wigman ayant tué un de ſes ennemis
, fut dépouillé de fes biens & condamné
à mort par Aribon Archevêque de
Mayence , qui deceda en 1031. (6 ) Ec
qui croira que ce Prelat auroit traité de la
forte le veritable heritier de la Couronne
de France ; qui fe feroit refugié auprès de
lui , & à qui il feroit feulement arrivé un
pareil malheur ? outre qu'on ne fçauroit
prefque fe refoudre de fuppofer que ce
wigman fut fils d'un Prince qui ne ſeroit
né que depuis l'an 990.
6°. On dit que les deux freres étoient
fort riches en argent , (7) & que par cette
raifon l'aîné ne voulut s'attacher qu'au fer-
(6 ) Wichmannus fpoliatus paternis bonis , cum
adverfarium occidiffet , capitis condemnatus eft
ab Aribone Epifcopo Mogunting.
(7 ) Hugo Comes ob divitias nulli fervire voluit
ni Fuldenfi Moguntinenfi Principibus , que
mortuo filius ejus Wigmannus hareditatemfortitus
eft. Is in Moguntia occubuit. Page 957. Voyez
la feconde notte ,
vice
DE JUIN 1722 . 169
vice de l'Archevêque de Mayence & de
l'Abbé de Fulde . Que lui & fon fils étant
morts , l'Empereur Conrad qui aimoit
Louis cadet de Hugues , qui étoit demeuré
à la Cour , pria Burdon , fucceffeur de
l'Archevêque Aribon , de lui accorder
quelque Office de fon Eglife en Fief , par
la confideration des fervices de fon frere
& que fur une telle recommandation le
Prelat le fit fon Vidame pour la Turinge ,
dont il alla prendre poffeffion avec douze
Chevaliers Compagnons de fa Fortune.
(8 )
Mais fre'étoient là les fils duDuc Charles ,
d'où leur feroient venus ces grands trefors ?
Les auroient- ils trouvez dans leur prifon à
Orleans ? Et d'ailleurs comment auroientils
fi tôt oublié leur naiffance Royale ?
Etant en France ils auroient revendiqué
la Couronne avec le fecours de Guillaume
IV, ou V. Duc d'Aquitaine qui avoit pris
leur parti . Et neanmoins ils n'auront pas
enfuite plutôt refpiré l'air Germanique ,
qu'ils auront borné leur ambition à devenir
les Vaffaux de l'Archevêque de Mayence
& de l'Abbé de Fulde.
On répond que c'étoit un procès perdu
auquel ces Princes ne penfoient plus . Mais
(8) Ludovicus cum Barba cum duodecim Mi.
litaribns viris veniens Thuringiam &c. page 957.
Voyez la Notte troifiéme.
H iij
un
170
LE MERCURE
procès perdu pour le Royaume le plus im
portant de l'Europe , pouvoit-il ainſi abſolument
fortir du coeur & de la memoire de
ceux qui en avoient été privez injuſtement ,
& qui fe fentoient iffus de tant d'Empereurs
& de Rois dont il avoit été l'heritage ?
7. Les Landgravès venus de Louis le
Barbu ne fe feroient pas montrez auffi
moins indifferens à cet égard , quoique
prefque tous très- vaillans , pleins d'ambition
, & que le dernier d'entr'eux eût confenti
d'être couronné Roy des Romains
pour faire- tête à l'Empereur Frederic II.
ce qui lui coûta la vie. Pas un d'eux ne reclama
la Couronne de France , ni ne fe
plaignit d'en avoir été exclus , quelque facile
qu'il leur eut été de brouiller l'E
tat en s'uniffant aux hauts Vaffaux , affez
fouvent alors en guerre avec les Rois de
la nouvelle Race . Bien plus , on a une Lettre
du Landgrave Louis IV . à Louis le
jeune, où loin de lui redemander le Royaume
, il le fupplioit ſeulement d'accorder fa
protection à deux de fes fils qu'il vouloit
envoyer étudier à Paris . Il fe cenfeffoit :
coupable d'avoir jufques-là negligé fon
amitié . Mais afin de reparer fa faute , il
lui offroit fes fervices en toutes chofes , foit
ferienfes , foit divertiffantes . Et comme ce
Monarque avoit en ce temps - là des differens
avec l'Empereur , il s'engageoit mê-.
me
DE JUIN 1722. 171
me d'executer tout ce qu'il voudroit lui
commander , affuré , diloit - il , qu'il étoit
que de fon côté il obferveroit exactement
auffi fa parole. (9)
Que de reflexions , Monfieur , feroient
à faire fur une telle démarche , fi ce Prince
étoit le veritable heritier de Charlemagne.
Les François confervoient toujours une
grande affection pour les defcendans.
comme on le reconnut à l'égard de Louis
le Lion , petit-fils du même Louis le jeune.
Car dès qu'ils le virent fur le Trône ils ne
manquerent pas de remarquer qu'en lui la
(9 ) Regi Francorum Ludovicus D. G. Land .
gravius devotam fervitium cum fincera dilectione.
Quod hactenus nullam veftri notitiam habuimus
, fatis moleftefecimus. Super quod Majeftati
veftra deinceps fervitiis noftris tam jocofis quàm
feriis notificari volumus , veftre voluntati
fuper omnia refpondere cupimus. Filio enim meos
mnes litteras difcere propofui , ut qui majoris
ingenii necnon majoris inter eos notaretur dif
cretionis in ftudio perfeveraret. Ex his verò duos
ad præfens nobilitati veftra mittere propofui , ut
veftr juvamine nec non veftra defenfione Parifiis
ftabilius poffint locari. Ita tamen ut filva pace
veftra pro difcordia que eft inter vos & Imperato
rem hoc fecurè peragere poffint. Sicut enim abfque
medio bamus & capit & capitur , tali modo
fcimus quod quidquid fuper hoc nobis manda-
Veri'is illud omni dubio remoto aggredi audemus
quia non hoc immutabitis . V. Scriptor. rerum
Germanic . ex edition . Freheri. p . 309.
>
Hiiij.
Race
172 LE MERCURE
par
Race de ce grand Empereur recommençoit
à regner ( 1c) , quoiqu'il n'en fut iffu que
Itabelle fa mere , fille de l'arriere- petite
fille de la fille du Duc Charles. Et le grand
loge des autres Rois Capetiens étoit auffi
toujours pour eux de ce qu'ils defcendoient
du même Conquerant. Ainfi quelle joye
& en même tems quelle compaffion n'auroient
ils point reffentie s'ils avoient vû
dans la Capitale du Royaume fes petits-fils
en ligne maſculine fe porter avec ardeur à la
vertu dès leur jeuneffe , & fe montrer par là
dignes de fon Trône . Dans cet état , j'oſe
le dire , il n'auroit pas été prudent ni au
Landgrave de faire étudier les fils à Paris ,
où l'on auroit pû chercher à abreger leurs
jours , ni au Roy de les y recevoir , leur
naiffance étant capable d'exciter des fou
levemens contre lui. C'eft ce qui feroit
même vray à l'égard des autres Nations
quoiqu'elles ayent bien moins d'attache
que la Françoile pour la fucceffion legitime
à la Couronne.
9
On objecte que les Ducs de Medina
Cali , à qui la Couronne d'Espagne appartenoit
indubitablement , ont même
confenti de demeurer foumis aux Rois
(10) In hoc ergo ( Ludovico VIII , ) rediit
Regnum ad ftirpem Caroli Magni Imperatoris de
qua originem ex parte matris dignofcitur contraxiffe.
V. Chefnium Tom. s . pag. 28.4 . & 285 .
defcendus
DE JUIN 1722. 173
>
y
defcendus de celui qui l'avoit ufurpée.
Mais la comparaifon eft des plus imparfaites
, & pour en convenir on n'a qu'à lire
ce que Mrs. de Sainte- Marthe ont dit fur
ce fujet en parlant de Blanche , fille de
Saint Louis , & femme de Ferdinand fils
aîné d'Alfonfe X. Roy de Caftille , duquel
ces Ducs font iffus par une fille . Ils remarquent
que ce Prince qui mourut avant
fon pere , laiffa deux fils , Alfonſe & Ferdinand
; que leur ayeul les exclat de la
fucceffion au Royaume , pour l'affurer à
Sanche IV. fon fils puîné , qu'il fuppofoit
en être devenu le plus proche heritier , &
que cette difpofition eut fon execution
nonobftant que ce Monarque l'eût revoquée
depuis , outré qu'il fut de l'ingratitude
de Sanche à fon égard . Qu'à la verité
notre Roy Philippe le Bel leur couſin
germain , qui avoit lui - même des pretentions
fur la Caftille du côté de Blanche
mere de Saint Louis , fa bifayeule , prit
leur deffenſe , mais que par un Traité de
Paix conclu à Lion en 1290 , ils abandonnerent
leurs droits à Sanche à de certaines
conditions. Alfonfe , l'aîné des deux freres,
eut un fils nommé Louis pere d'Ifabelle,
qui époufa Bernard fils naturel de Gafton
Phoebus Comte de Foix. Ce Bernard fur
fait Comte de Medina Cali , en confidesation
de cette Alliance , & Louis petit
H v fils
174 LE MERCURE
fils de fon petit- fils en fut fait Duc , l'um
& l'autre par des Rois de Caftille fortis de
Sanche . Or la renonciation de l'ayeul
d'Ifabelle ôtant à cette Princeffe & au Bâtard
de Foix fon mari toute efperance de
pouvoir le faire reftituer le Royaume de
Caftille par les Princes du Sang mafculinqui
en étoient demeurez en poffeffion , &
voyant d'ailleurs qu'ils feroient comblez
de biens & d'honneurs en demeurant auprès
de ces Monarques , eft- il furprenant
qu'ils ayent & leur pofterité auffi , mieux
aimé prendre ce parti ( ce qui fur- tout ne
devoit pas coûter beaucoup à Bernard
qui avoit bien fujet d'être content d'une ,
fi bonne fortune ) que de fe retirer fous
une Puiffance Etrangere pour fubfifter de
fes liberalitez , qui n'auroient pas fouvent
été fort affurées ? C'eft veritablement à ces
Ducs de Medina Cali , qu'il convient de
n'être pas plus touchez de la perte de la
Couronne dont il s'agit , que de celle d'un
procès.
>
80. Le filence de tous les Ecrivains du
tems des anciens Landgraves , ou qui en
étoient proches , dont aucun n'a dit qu'ils
euffent droit à la Couronne de France
non pas même dans les occafions où il auroit
été très-naturel de le remarquer , s'ils
en avoient eu quelqu'un , doit paroître
auffi d'une grande autorité. Car chacun
fçait
DE JUIN 1722. 175
fçait qu'alors les Auteurs rendent volontiers
juftice à qui elle eft due . Gregoire
VII. par exemple , étant irrité contre le
Roy Philippe I. mandoit aux Evêques
François qu'il n'étoit qu'un Tyran , qu'ils
euffent à lui refuſer l'obeiffance , à n'avoir
plus de Communion avec lui , à jetter l'Interdit
fur les Etats ; & il ajoûtoit , que fi
après cela il ne fe corrigeoit pas , il vouloit
bien que chacun fçut qu'il mettroit
tous moyens en oeuvre pour lui ôter le
Royaume ( 11) C'étoit en 1074. Le Landgrave
Louis le Sauteur , fils de Louis le
Barbu n'avoit encore que 34 ans , & ainſi
il auroit été très propre pour l'execution
du deffein de ce violent Pape , s'il avoit
été le petit-fils du Duc Charles , à qui
Hugues Capet avoit enlevé la Couronne.
Or dans cet état comment Gregoire , pour
fe rendre plus redoutable, auroit-il manqué
de témoigner encore à ces Prelats, que certe
Couronne appartenoit même à ce Landgrave
, & qu'il étoit bien jufte de la lui
reftituer..
(11 ) Rex vefter qui non eft Rex. Sed tyrannus
dicendus eft.... ab ejus vos obfequio atque communione
penitus feparantes per univerfam Fran .
ciam omne divinum officium publié celebrari
interdicite. Quod fi nec hujufmodi diftrictione
voluerit refipifcere , nulli clam aut dubium effe*
volumus quin modis omnibu Regnum Francia de
ejus occupatione adjuvante Deo tentemu er pere.
Ex Epila s.
Libri KI. H.vi
176 . LE MERCURE
99. Il eft contre toute vraisemblance
qu'Aimar de Chabanois & l'Auteur de la
Chronique de S. Maixant ayent compris
les enfans , qu'ils difent être nez à Charles
durant fa prifon , parmi ceux qu'ils affurent
avoir été chaffez par les François , &
s'être refugiez auprès de l'Empereur des
Romains , puifqu'ils rapportent leur expulfion
au tems de la détention de leur pore,
& que ces derniers Princes alors à la
mamelle , étoient encore en France dixhuit
ans après. Ainfi ces Chronographes .
n'auront donc entendu parler que des autres
enfans du Duc Charles , dont le nouveau
Monarque ne put pas le faifir , & que les
François ne voulurent point reconnoitre.
وہ
A la verité on ne voit dans l'Hiftoire:
qu'Othon fon fils aîné , & les deux filles
Ermengarde & Gerberge qui faffent demeurez
fous la protection de l'Empereur. Maispeut
être y en auroit- il eu encore d'autres,
dont la memoire ne fe feroit point confervée
, ou bien nos deux Ecrivains auront
été mal informez , ce que je montrerai
cy-après être fort probable. L'Empereur
laiffa le Duché de Baffe Lorraine à
Othon, Ermengarde époufa Albert L.Comte
de Namur , Gerberge fut mariée à Lambert
II. Comte de Mons & de Louvain ,
l'un & l'autre Princes relevans auffi de
l'Empire.
DE JUIN 1722. 177
l'Empire. Voilà ce qui aura fait dire à ces
Auteurs que les fils de Charles avoient
été chaffez , & étoient allez trouver l'Empereur
des Romains , après que leur pere
cut été fait prifonnier en 990 .
Cependant Blondel & le P. Pagy veu→
lent que l'expulfion dont ces Ecrivains
parlent , foit pofterieure à l'an 1009. la
Chartre d'Uferche faifant foy que les deuxderniers
fils du Duc Charles étoient encore
en France en cette année- là . Ils pré--
tendent même auffi par cette Chartre que
ces Princes regnoient réellement alors fur
les Aquitains , & que le Duc d'Aquitaine
avoit jufqu'à ce tems là foutenu leur parti :
mais qui embraffera jamais un tel fentiment
, quand on ne voit aucune trace de
cette longue guerre entre les premiers
Rois Capetiens & les Ducs d'Aquitaine ,
laquelle pourtant à ce compte auroit duré
plus de vingt années ? Les Chroniques remarquent
feulement que Guillaume IV .
Duc d'Aquitaine , retufa d'abord de reconnoître
Hugues Capet , que celui - cy
pour l'y forcer affiegea Poitiers , qu'il ne
put prendre , mais que Guillaume l'ayant
pourfuivi jufqu'à la Loire , fut défait , de
maniere qu'il le foumit auffi au nouveau
Souverain , & à Robert fon fils , qu'il
avoit affocié à la Royauté le 1. Janvier
988.
178 LE MERCURE
988. ( 12 ) C'eſt ce qui dût arriver avant
la fin de l'an 991. & du vivant même du
Duc Charles , à caufe d'une Chartre de ce
Duc Guillaume , dattée de la quatriéme
année du Regne de Hugues, facré en Juillet
987. laquelle eft dans l'Hiftoire des Comres
de Poitou , page 279.
Il y eut bien encore d'autres Grands qui
rejetterent l'élection de ce Prince , & même
d'entre ceux qui lui avoient auparavant
été fort attachez ; mais il fçut les
faire revenir à lui peu à peu , au témoignage
de Glabert ; ( 13 ) & loin que la
Chartre d'Uferche prouve que le Roy Robert
fut en guerre avec Guillaume V.
Duc d'Aquitaine en 1009. & que les fils.
du Duc Charles regnaffent alors dans ce
(12 ) Sanè Du Aquitanorum reprobans ne- ·
quitiam Francorum goni fubditus effe noluit.
Onde factum est ut go exercitu Francorum admoto
urbem Pictavi obfidione fatigaret. Dumque
fruftratus receffiffet , cum Aquitanorum manu willelmus
infecutus eft Ligerim , ubi in gravi pralio
decertantes Francorum & Aquitano - um animofirates
multo fanguine alterna cade fulo fuperiores
Franci extiterunt fic reverfi funt , pacem
poftmodo willelmus cum vgone & Roberto filie
ejus fecit. Aimar . Caban . pag. 167.
,
(13 ) Non multo post plerofque fuorum ques
etiam prius in univerfis habuerat fubditos , perfenfit
contumaces ; tamen ut erat corpore & mente.
vividus , cunctos fibi rebelles paulatim compelcuit.
Glaber Lib . 1. c . I.
Pays ,
DE JUIN 1722. $79
Pays , on en infere tout le contraire , &
neceffaitement puifqu'elle eft auffi caracterifée
par le Regne de ce Monarque , qui
y eft nommé le premier , Regnante Roberto
& Ludovico& Karlonio , n'eft-il pas dès- là
manifefte que ces autres Princes ne lui
étoient joints que parce qu'on fouhaittoit
qu'ils regnaffent , & s'ils avoient effectivement
été élevez fur le Trône , auroit- on
mis Robert leur mortel ennemi avant eux
dans cette Chartre , ou l'y auroit- on même
nommé en aucune façon ? C'eft dans ces
occafions qu'on ne fçauroit fervir deux
Maîtres ; mais ces jeunes Princes étant
apparemment toujours enfermez , l'Auteur
de la Chartre étoit bien aiſe d'y témoigner
qu'il auroit eu bien du plaifir à les voir
fur le Trône , & que ce n'étoit que par
force qu'il le foumettoit à celui qui l'occupoit
en leur place.
Il faut remarquer que cette Chartre eſt
d'un fimple Particulier , & non pas d'un
Duc d'Aquitaine , à qui il ne feroit pas.
convenu de la faire datter d'une ſemblable
maniere , & qu'il y a dans l'hiſtoire des
Comtes de Poitou , pages 357, 377 &
380 des Chartres du Duc Guillaume V.
des années 1002 , 1004 & 1009 , où il
n'eft fait mention que du Regne de Robert
, ce qui ne laiffe aucun lieu de douter
que ce Monarque ne fûtfeul reconnu Roy
dans
180 LE MERCURE
9
dans cette Province au temps de la Chartre
en queſtion, qui eft de cette derniere année.
A l'égard de la Chartre qui eft dattée
du Regne du Roy Louis , & que j'ay déja
citée , je ne croirai jamais avec Blondek
que ce Louis fut le fils du Duc Charles
tant cela eft contre toute vraisemblance
& je demeureray toujours très perfuadé
qu'il eft le Roy Louis V , fils de Lothaire ,
qui mourut en 987 , puiſque cette Chartre
ne paroît pofterieure à cette année par aucun
caractere certain , & d'ailleurs s'il s'y
trouvoit des preuves de pofteriorité , j'aimerois
encore mieux la fuppofer ou fauffe
ou alterée , que d'admettre l'autre opinion ,
qui ne s'accorde avec ancun Hiftorien , &
que Blondel n'a imaginée que parce que
Befly a attribué cette Chartre à Guillaume
V Duc d'Aquitaine , qui ne parvint à ce
Duché qu'en 993. Au moins on doit convenir
que les deux derniers fils du Duc
Charles étoient encore prifonniers en
100s lors de la mort d'Othon ( 14 ) leur
( 14 ) I femble que le fçavant M. le Fevre
Chantereau , n'ait pas connu la Chartre d'Uferche
, qui prouve que deux freres de cet
Othon vivoient encore en 1009 , lors qu'il oſe
afiurer que ce Prince fut le dernier de la Race
de Charlemagne , tant en France qu'en Allemagne,
& en quelqu'autre endroit du monde
que ce fut . C'eft dans fés Confiderations Hiftoiques
fur la Lorraine , page 130
frere
DE JUIN 1722.
183
frere aîné Duc de Baffe Lorraine , qui deceda
fans enfans , puifque ni l'un ni l'autre
ne lui fucceda dans ce Duché , qui étoit
l'heritage de leur pere.L'Empereur S. Henry
le donna à Geofroy d'Ardenne , & auroit-
il pû leur en refufer l'inveftiture ſous
aucune couleur , s'ils avoient été en état
de la lui demander ? fur tout n'étant privez
de la Couronne de France qu'à cauſe du
trop grand attachement que leur pere avoit
témoigné pour Othon III fon predeceffeur
. Or file Roy Robert les retint jufques
là dans fes liens , comment feroit il probable
qu'il leur eut rendu depuis la liberté ?
& la raison de fureté qui avoit determiné
Hugues Caper à laiffer mourir le Duc
Charles leur pere dans fa prifon , n'obligeoit
-elle pas encore plus fortement Robert
à les traiter avec la même rigueur
quand il vit qu'en eux les Princes legiti
mes de la feconde Race achevoient de s'éteindre
? car leur permettre alors d'aller
s'établir dans les païs voifins de la France ,
ç'auroit été vouloir fe perpetuer des competiteurs
redoutables pour la Couronne
ce qui n'eft pas concevable.
Au refte , quoi que je me fois ici attaché
à faire voir que ce qui fe lit dans la Chronique
d'Aimar touchant l'expulfion des fils
du Duc Charles par les François , ne fçauroit
regarder ceux que Hugues Capet eut
entre
182 LE MERCURE
entre les mains , je fuis pourtant très porté
à croire que l'endroit dont il s'agit n'eft
qu'une addition aflez pofterieure à cet Autéur
, & c'est ce qui ne furprendra que
ceux qui ne fçavent pas qu'il eft bien peu
de Chroniques de ces temps - là , qui n'ayent
été ainfi augmentées par les Copiſtes qui
fe donnoient la liberté d'inferer dans le
texte les faits omis que les Lecteurs ajoutoient
fouvent en marge , & qui fe trouvoient
en d'autres Chroniques. Ce qui
m'a ainfi prévenu* fur cet endroit , eft
qu'il contient des fauffetez dans lefquelles
un Ecrivain contemporain & homme de
qualité , comme Aimar , n'étoit, guere capable
de tomber , & qu on y paroît parler
de chofes affez éloignées de foy .
Aimar , felon que le P. Mabillon l'ob
ferve dans les Annales , tome 4 , pages
341 & 348 , avoit quarante ans en 1028 ,
& n'a pouffé fa Chronique que jufqu'à
cette année , ce qui fait conjecturer au
fçavant Benedictin qu'il aura peu vêcu depuis
, ainfi il avoit huit ou neuf ans à la
mort de Hugues Capet , & le furnom de
ce Prince lui devoit être bien connu . Cependant
on le lui ôte dans cet endroit
de la Chronique de cet Auteur , & on l'attribue
à fon pere , qui avoit ceux de Grand
& de Blanc Ugo Dux , y dit- on , filius Hngonis
Caputii in Regem elevatus eft , page
157.
DE JUIN 1712. 183
157. Aimar aura- t'il commis une telle
faute ?
J'ay bien voulu fuppofer juſques ici ſur
Pautorité de ce même endroit , que Louis
fils du Duc Charles étoit veritablement né
durant la prifon de fon pere , qui fut enfermé
dans le Château d'Orleans en 990 ,
mais le fait eft neanmoins faux , comme
Blondel l'a invinciblement prouvé par l'Hiftoire
du Concile tenu en Juin 991 à Saint
Balle près de Reims , pour la dépofition
d'Arnoul Archevêque de cette Ville , laquelle
Hiftoire eft du celebre Gerbert ,
qu'on fubftitua à ce Prelat , & qui fur
enfin élevé fur le fiege même de S. Pierre
fous le nom de Sylveftre H. Un des crimes
qu'on y reprocha à Arnoul , étoit
qu'il avoit exhorté Reinier Vicomte de
Reims , à tâcher de fauver le jeune Prince
qu'il aimoit extremément , & de l'éducation
duquel il prennoit apparemment foin.
Nefcis te , lui dit Reinier lui même , Ludovici
amorem filii Caroli omnibus prætuliffe
mortalibus , & placere vellem ut de ejus
falute cogitarem. Ainfi la naiffance de Louis
ayant precedé la détention de fon pere , &
peut - être même de plufieurs années , comment
Aimar auroit-il pû s'imaginer qu'elle
ne feroit arrivée que depuis , & que Charles
l'auroit engendré durant fa captivité ?
On ne reconnoît point là un Ecrivain du
temps
184 LE MERCURE
temps , mais bien celui qui rapporte
feule
ment ce qu'il a appris par tradition , en
quoi il eft rarement exact. Louis dès
fon enfance fera auffi tombé au pouvoir
de Hugues Capet , qui le faifoit chercher ,
comme on le voit par l'accufation cy- deffus
de Reinier , & il fera mort ainfi que for
perc dans les liens de ce Monarque , ce qui
aura pleinement fuffi pour faire fuppofer
dans la fuite qu'il étoit même né dans la
prifon.
Une autre preuve de l'addition de cet
endroit dans la Chronique d'Aimar , eft
que l'Auteur ne paroît pas avoir connu
diftinctement Othon fils aîné de Charles ,
puis qu'il ne le nomme point , ni fçu qu'il
avoit fuccedé aux Etats de fon pere , puis:
que s'il avoit été inftruit de ce fait , il ne
fe feroit pas contenté de dire en general ,
après avoir rapporté la naiffance de Charles
& de Louis fes freres , que les fils du
Duc Charles avoient été chaffez par les
François , & s'étoient retirez vers l'Empereur
des Romains , auprès duquel ils demeurerent.
Au furplus il eft étrange que
les Sainte Marthe ayent cru que cet Empereur
des Romains étoit Conrad le Salique
, lequel ne fut élu qu'en 1025 , car
en differant juſques- là la retraite des Prin
ces que le Chroniqueur a eu en vûë , il
faut fuppofer qu'ils feroient encore reftez
en
DE JUIN 1722.
en France au moins 3 3 ans après la mort
de leur pere , qui eft ce que les Sçavans
dans notre Hiftoire n'admettront jamais.
Pour revenir aux Landgraves de Thuringe
, j'ay encore à repondre à l'induction
que les Sainte Marthe tirent de ce qu'ils
paffoient en Allemagne pour eftre fortis
des Comtes d'Orleans . Comme Blondel
n'a pû trouver de plus ancien garent de
cette tradition que Peuçer , Ecrivain du
milieu du xvx fiecle , qui a obfervé dans
fes additions à la Chronique de Carion
que quelques uns attribuoient le titre de
Comte des Orleanois à Louis le Barbu ( 15 )
Un témoignage fi recent ne fçauroit être
d'aucun poids , d'autant plus qu'il eft certainement
faux qu'il y ait eu alors aucun
Comte d'Orleans ; c'eft pourquoy il a été
rejeté avec mépris par Piftorius, ( 16 ) Ce
dernier , qui a donné la Genealogie de ces
Princes à la fuite de leurs Chroniques
croit que le même Louis étoit fils de Guillaume
I, ou II . Comte d'Arles , mais ce
( 15) Cui ( Ludovico nonnulli tribuune
titulum Comitum Aurelianenfium. Vid, Chron .
Carion,
( 16 ) Hugo & Ludovicus Barbatus filii Willelmi
Comitis Arelatenfis ) fic enim fentio , cum
alii contra omnium hiftoriarum teftimonia contendant
fuiffe Aurelianenfem quo nomine tum
nulli erant per univerfum Gälliam principes ,
Page 962 .
n'eft
86 LE MERCURE
n'eft que par conjecture , car il ne rapporte
aucune preuve ( 17 ) & il ne s'en trouve
aucune dans les Hiftoires modernes de
Provence , dont les Auteurs ont tant recherché
les antiquitez de ce païs , ce qui
rend le fait plus que douteux ; ainfi quoi
que je me tienne bien affuré que ces Landgraves
n'étoient point du Sang mafculin
de nos Rois Carliens , je fuis pourtant
reduit à ne pouvoir démontrer leur veritable
origine.
Il me faut donc en demeurer neceffairement
là , & c'eft prefentement , MONSIEUR
, à vous de voir fi l'opinion que
j'ay embraffée n'eſt pas la plus vrai- femblable
& la mieux établic ; car je croi vous
avoir mis en état de prononcer fur ce different
, il y aura toujours à gagner pour moy
de quelque côté que vous vous declariez :
fi c'eft en ma faveur , je triompheray d'a
voir enlevé au parti oppofé un homme
( 17 ) Peut- être que la facilité qu'il y a de
confondre le mot Arelatenfis avec le mot Aurelianenfis
, aura porté Piftorius à fuppofer que
l'on auroit cru les Landgraves iffus d'un Comte
d'Orleans, parce qu'ils feroient venus d'un Comte
d'Arles ; cependant il eft bon de remarquer
que les noms de Hugues , de Louis , & de Bereger
, qu'on voit dans les premiers Princes de
cette famille , ont étê iflus d'autant de Rois
d'Italie & d'Arles qui les ont precedez , & qu'ils
auroient pû avoir quelque parenté avec ces Momarques.
} de
DE JUIN 1722. 187
de votre penetration , & fi vous ne jugez
pas devoir changer de fentiment , ce ne
lera fans doute qu'en me marquant clairement
le defaut du mien , ce qui me le fera
auffi -tôt abandonner , & redoublera l'eftime
fincere avec laquelle vous fçavez que
je fuis depuis long-temps , MONSIEUR ,
Votre &c.
Ce premier Fevrier 1721 .
Fragment d'une Lettre de M. L. M. S. P.
à un de fes Amis de Province .
J
A Paris , ce 30 May 1722 .
'Oubliois à vous propoſer un Problême
au fujet de la Comedie de l'Opiniâtre.
Cette Piéce a été annoncée ſous le
>
nom de l'Auteur du Grondeur qui de
notorieté publique eft de feu M. de Palaprat
& de M. l'Abbé . : car perfonne
n'ignore que ce cher affocié , dont
parle fi fouvent & en de fi bons termes
M. de Palaprat dans fes Prefaces , ne foir
ce fçavant Abbé * . On demande fi M.
l'Abbé ... qui a fait prefenter l'Opiniâtre
aux Comediens comme de luia
eu deffein de faire entendre au Public
que M. de Palaprat en a partagé le tra-
* Oeuvres de Palaprat , Edit. 1712
vail ,
*** LE MERCURE
vail , où s'il veut s'arroger la gloire d'avoir
fait feul le Grondeur.
On répond à ceux qui foutiennent le
premier de ces fentimens , qu'il n'eſt pas
naturel de croire que cet Abbé ait voulu
partager avec quelqu'un la reputation qu'il
efperoit de cet Ouvrage , puifqu'il n'a pris
aucunes mefures pour en partager le profit
avec les heritiers de M. de Palaprat ;
& à ceux qui foutiennent le fecond , que
ce feroit faire injure à M. l'Abbé ...
que de le foupçonner de vouloir Aetrir
la memoire de fon ancien Affocié ; que la
bonté de fon coeur lui auroit fait ablolument
abandonner un tel projet , ou les
lumieres de fon efprit choisir un temps
moins fufpect , par exemple , celui où il
donna les Empiriques , M. de Palaprat
vivoit pour lors , il auroit repouffé vivement
la calomnie , ou foufcrit modeftement
à la verité voilà ce qui fe dit dans le
monde. La forte de Pirrhoniſme dont je
fais profeffion , ne me permet pas de refoudre
ce Probléme . Pour vous , qui
comme un autre Ciceron , êtes Magnus.
Opinator , vous allez , j'en fuis sûr , porter
un Jugement bien favorable , ou bien
delavantageux à M. l'Abbé.... & c.
Le 23 de Juin , veille de S. Jean Baptifte
on expliqua une Enigme dans le
Grand
DE JUIN 1722.
189
les
le
Grand College des Jefuites de Lyon : le-
Tableau reprefentoit la Tête de S. Jean-
Baptifte , qu'Herodiade , après l'avoir reçue
des mains d'un Soldat , avoit pofée fur
une table , & dont Herodias venoit de
percer la langue avec un poinçon : après
deux fens differens , qui furent donnés à
cette Enigme , on fit connoître à l'Affemblée
que le veritable étoit le Jet d'Eau :
rien en effet ne le reprefente plus naturellement
les veines , d'où jaillifoient
quelques goutes de fang , font le fimbole
naturel des canaux fouterrains
, que
Auteurs , qui ont écrit fur le Jet d'Eau ,
n'appellent jamais que vene latentes
poinçon figuroit le jailliffement , qui ne
s'exprime en Latin que par le mot de fa-
"gitta : Ceu rotet undantem , liquidum per¹
inane , fagittam , dit le P. Rapin dans
fon Poëme des Jardins . L'eau ne peut
être mieux reprefentée que par le fang ,
qui eft auffi un corps fluide , & la tête
du Dauphin , dans laquelle eft renfermée
le tuyau , par celle du Saint , qui paroît
à peu près dans la même fituation : les
cheveux furent expliqués fur la mouffe
fuivant ce Vers Latin d'un Poëte , qui dit
en parlant des monftres Marins , qui femblent
jetter l'eau : Horrendo capiti veluti
coma muſcus inhæret. L'application du plat
eft aiſéé : la forme & la figure du baffin
I eft
190 LE MERCURE
eft à peu prés la même , & le même mor
en François , & en Latin les fignifie éga
lement tous les deux pour la table coùverte
d'un tapis verd bordé d'une affez
longue frange , elle fervit à marquer le
quarré de gazon , au milieu duquel on a
coutume de placer le jet d'eau avec le bouis
qui l'entoure : les carreaux qui paroiffoient
Lous la table étoient les divers compartimens
d'un parterre , qu'on appelle auffi
carreaux. Les quatre figures rangées autour
de la table , fçavoir Herode , &
celles qu'on a déja nommées , pafferent
pour les Statues , qui environnent ordinairement
le jet d'eau , & qui par un effet
de l'art font toujours placées , & animées
de telle forte , qu'elles femblent prendre
plaifir à voir jaillir l'eau , ainfi que celles- là
fembloient en prendre à voir couler le
fang du Saint : le Thrône , fur lequel Horode
étoit affis, fut le pied d'eftail , fur lequel
on a coutume d'élever les ftatues :
ces applications furent trouvées affez heureufes
, auffi - bien que le rapport qu'on fit
voir entre le jet d'eau , & Saint Jean-
Baptifte lui-même : il fut tiré de fon nom,
qui dans les Langues originales fignifie
arrofer, & de l'eau du jet d'eau , qui s'élevant
& retombant d'abord aprés fur la
tête du Monftre marin , marque affez bien
la manière dont ce grand Prophete adminiftroir
DE JUIN 1722. 191
niftroit le Baptême : l'explication de l'Enigme
commença & finit par ces quatre
Vers :
Au Jet d'Eau ce Portrait eft tout -à- fait femblable
,
Il en offre lui -même un Portrait admirable ,
Et jufqu'au moindre trait it reffemble fi fort ,
Qu'il eft für que chacun le reconnoît d'abord.
SUPPLEMENT.
Ele Roy étoit
accompagné dans fon
N partant de Paris pour Verfailles ,
Carroffe de Monfieur le Duc d'Orleans ,
du Duc de Chartres , du Duc de Bourbon,
du Comte de Clermont , & du Maréchal
de Villeroy fon Gouverneur. Les Détachemens
des Gendarmes & Chevaux-
Legers de la Garde , & des deux Compagnies
de Moufquetaires , les Commandans
à leur tête , precedoient le Carroffe
de Sa Majefté , qui étoit fuivi du Guer
des Gardes du Corps . Les Habitans de
Verſailles qui étoient accourus aux avenuës
du Château , reçurent le Roy avec
de grandes acclamations , & le foir ils
témoignerent encore leur joye par des
feux , des illuminations & des feſtins.
I ij
En
192 LE MERCURE
En defcendant de Carroffe Sa Majesté
alla faire la priere à la Chapelle , monta
enfuite dans fon appartement , où elle ne
fut pas long temps ; & alla aprés le promener
dans le petit Parc. Le lendemain
on chanta le Te Deum en action de graces
dans la Chapelle du Château , à la Paroiffe
& aux Recolets.
1
Le 17 après midi l'Infante Reine ,
accompagnée de la Ducheffe de Vantadour
& de la Princeffe de Soubife , fe
rendit à Verfailles . Le Roy qui alla la
recevoir , la conduifit par le grand appartement
dans celui qui lui avoit été preparé.
Madame du Taur , foeur du Comte de
Nocé , qui avoit eu ordre de fe retirer
en Touraine , a eu la permiffion de revenir
à Paris .
M. Arnaud de Boëx , Confeiller au
Parlement , Rapporteur de l'importante
& penible procedure des complices de
Cartouche , vient d'être gratifié d'une
penfion du Roy de 3000 livres .
Le Parlement vient de rendre encore
trois Arrefts du 30 de ce mois , portant
condamnation de mort contre Nicolas
Moure , dit More , Soldat Irlandois ,
convaincu d'affaffinats à coups de bâtons ,
& à main armée , nuitamment volant
dans les rues de Paris , & de vols dans
le
DE JUIN 1722 .
193
T le Louvre & autres Maifons Royales :
contre Louis Hervé , Garçon Perruquier ,
Voleur dans les Thuilleries , & autres
Maiſons Royales , dans les Eglifes , Forres
, Marchez , & autres endroits publics ,
& contre Jean Milorin , convaincu des
mêmes crimes ; tous trois complices de
Cartouche .
Le Roy a donné le Prieuré Conventuel
de Chalard , Ordre de S. Auguſtin , Dio.
céle de Limoges , au fieur François de
Beauroyre de Villiac , Clerc tonfuré , fur
la démiffion du fieur Abbé de Couftin du
Maſnadeaux , dernier titulaire.
L'Archidiaconé du Detroit du Razés
dans l'Eglife Metropolitaine de Narbonne,
qui a vaqué en Regale par le decés du fieur
Juif , au fieur Gerard du Barry , Prêtre
du Diocele de Sarlat.
La Coadjutorerie de l'Abbaye de N. D.
de Belcombe , Ordre de Citeaux , Dioceſe
du Puy , fur le confentement de Madame
de Morangiers , Abbeffe , à la Dame Ma
delaine de Chaftel de Condres , Religieufe
du même Ordre .
L'Abbaye Commandataire de S. Fucien
au-Bois , Ordre de S. Benoit , Dioceſe de
Limoges , fur la démiffion du fieur Sublet
d'Heudicourt , a été donnée au fieur Phihabert
Bernard Baudry , Clerc tonfuré ,
I iij avec
194 LE MERCURE
avec referve de 800 liv. de penfion pour
le fieur d'Heudicourt.
Le 29 de ce mois , le Roy alla entendre
Ja Meffe dans l'Egliſe de S. Cyr , où S. M.
fe confeffa au Pere de Lignieres , Jefuite
& l'après-midy le Roy entendit dans la
Chapelle du Château de Verfailles , les
Vêpres chantées par fa Mufique.
> M. Charles Benigne Hervé ancien
Evêque de Gap , & Dom d'Aubrac ,
Ordre de Saint Auguſtin , Diocéfe de
Rhodez , mourut à Paris le 27. Il avoit
été nommé à cet Evêché en 1684. & s'en
étoit démis en 1706 .
On apprend par les dernieres Lettres de
Madrid que le Roy d'Efpagne a accordé
la Grandeffe au Comte de la Mothe
Houdancourt.
Les Etats de Bretagne doivent fe tenir
à Nantes au mois de Novembre prochain.
Le Maréchal d'Eftrées , Commandant dans
la Province , y fera le Commiffaire du
Roy , le Prince de Leon à la tête de la
Nobleffe , & l'Evêque de Nântes député
pour le Clergé.
Le 13 de ce mois l'Abbé de la Châtre
foutint en Sorbonne fa Mineure , ayant
pour Prefident M. de Raffignac , Evêque
de Tulles. Quantité de Cardinaux , d'auares
Prelats , & beaucoup de perfonnes
de
DE JUIN 1722. 195
de confideration fe trouverent à cette
Theſe.
Il y a eu un orage en Champagne ,
mêlé de grefle d'une groffeur prodigieufe ,
qui a caufé beaucoup de dommage , &
prefque ruiné huit lieuës de pays aux
environs de Château - Thierry.
?
Nous n'avons apris que depuis peu la mort
de Mre Nicolas- François de Montgommery
, Chevalier , Seigneur Comte dudit
lieu , Baron des Baronnies d'Efcots , Vignaift,
Saint Silvain , la Breuiere , Verneuillet
, Camembect , Saint Georre en Auge
le Mefle fur Sarthe , Marchemaifons , le
Mefnilbrouft , Beaumont & autres Seigneuries
, arrivée en fon Château de Saint
Germain de Montgommery en Normandie
le 26 Novembre dernier , âgé d'environ
65 ans. La branche aînée de cette
illuftre Maiſon eft éteinte en fa perfonne ;
il laiffe quatre niéces de fon nom qui ne
font point mariées. Madame la Comteffe
de Montgommery fa veuve , eft de la Maifon
de Montlivaut.
Il étoit fils de M. François de Montgommery
, Chevalier , Seigneur Comte
dudit lieu , & defcendoit en droite ligne
de Roger de Montgommery , qui fut Tuteur
& Regent du Roy d'Angleterre &
Duc de Normandie , & qui fut un des
principaux Seigneurs qui aida à Guillaume
le
196 LE MERCURE
r
le Conquerant à faire la conquête d'u
Royaume d'Angleterre , où il y a encore
une branche de Montgoinmery , auffi bien
qu'en Ecoffe ; mais il n'en refte plus en
France que M. Jean de Montgommery ,
Maréchal des Camps & Armées de Sa
Majefté , qui n'eft point marié.
Nous ne nous étendrons point fur les
illuftrations de cette Mailon , aliée aux
principales têtes couronnées de l'Europe ,
dont on peut voir les éclairciffemèns plus
au long dans le Pere Sainte Marthe , la
Clergerie , & dans plufieurs autres Genealogiftes.
9
Le Parlement vient encore de rendre
deux Arreſts du 3 & 4 Juillet , portant
condamnation d'être rompus vifs , contre
Jean Baptifte Chevrelot , dit Drillon
dit Beaulieu ou Beaufort , Garçon Perruquier
, cy-devant Soldat , convaincu
de meurtres & affaffinats , & entre
autres de l'affaffinat commis en la perfonne
du nommné Maffé fur le Quay des
Auguftins , de vols dans Paris à main armée,
& dans les Maifons Royales : Et
contre Louis de la Riviere , dit , Va- debon-
coeur , cy- devant Soldat , convaincu
de vols avec effraction nuitament dans
les rues de Paris ; notamment de neuf
pieces de drap écarlate des Gobelins ,
attroupement de nuit dans les rues de
Paris ,
DE JUIN 1722 . 197
Paris , avec port d'armes , affaffinat à
coups de bâtons & barres de fer , vols
dans les Maifons Royales & Eglifes ;
complices de Louis-Dominique Cartouche
, & c .
La Differtation de M. l'Abbé de
Camps , concernant le Sacre Couronnement
des Rois de France , depuis
Pepin jufqu'à Louis XIV inclufivement
, fe vend chez les mêmes Libraires
qui debitent le Mercure.
1 TX:101DIT :100%
J's
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux le Mercure du mois de Juin , & j'ay
crû qu'on pouvoit en permettre l'impreffion.
Paris le fixiéme jour de Juillet 1722.
HARDIO N
!
TABLE
TABLE.
IECES
FUGITIVES , Ode fur le Mariage
PduRoy ,
Réponse de M. l'Abbé de Vayrac à une Lettre ,
Anonyme , au fujet de Guillaume fi.s d'Etienne
Comte de Blois ,
Poëme fur le Mariage du Prince des Afturies.
avec la Princeffe d'Orleans' ,
27
Deffenſe de l'Etymologie de M. Huet , donnée
à la Ville d'Eu , contre M. Capperon
Elegie d'un fils fur la mort de fon
Compliment fait au Roy ,
Ode à M. le Regent ,
31
pere 46
49
12
Suite des Remarques fur les Memoires Hiftoriques
de Champagne ,
Deucalion & Pyrrha , Cantate ,
55
65
Lettre fur l'origine de cèrtaines Pierres , &c.
Enigmes ,
Chanfons ,
67
7L
73
NOUVELLES LITTERAIRES des beaux
Arts , & c.
>
74
81
82
Cours d'Architecture , les dix Livres d'Architecture
, Pratique de la Guerre ,
Difcours fur la Pefte , & c.
Trefor des Arts qui ont raport au Deffein , & c.
Tableaux expofez ,
85
87.
Madrigal fur un Portrait , 89
! Nouvelles
Nouvelles de l'Academie de Lisbonne ,.
Suite des Medailles du Roy , 93
NOUVELLES ETRANGERES , fçavoir , de
Ruffie , de Varfovie , de Stokolm , de Coppenhague
, de Vienne , de Lisbonne , de Madrid
, de Rome , de Florence , de Londres ,
de la Haye , 95
Naiffances , Mariages & Morts des Pays Etran-´
gers ,
Dignitez , Charges & Benefices ,
SPECTACLES , Tragedie de Regulus ,
106
108
III
Les Fêtes de Thalie , Balet remis au Theâtre ,
112
Lettre écrite de Cambray , où il eft parlé de
l'Ordre de la Concorde & d'un Diyertiflement
en Mufique ,
Theatre Anglois ,
Journal de Paris ,
:
Morts , &c ,
Benefices ,
Arrefts
113
127
136
153
854
357
Fragment d'une Lettre de M. L. M. 5. P. à un
de fes Amis de Province ,
Enigme expliquée à Lyon.
Suppléme.t
187
189
191
ERRATA du supplément de May.
Page 7 ligue premiere , épouté , liſex épou̟-
Page 49 , ligne 27 , fuite cette , lifez fuice
de certe
Page
Page 93 ligne 7 fon fils , lifey fon frere:
Même page , ligne 16 fils , lifex frere.
Page 100 ligne 14 preftations , lifez proteſta.
tions .
Page 150 ligne ftatuts , lifeg ſtatuës . 3
Fautes furvenues pendant l'impreſſion
de ce volume.
Page
Age 37 , ligne 12 , lifez l'O en A ou en E,
ainfi les Normands écrivent & prononcent
Argentan .
Page 76 ligne du bas , Hiftoriens , liſez
Hiftrions.
La Chanfon doit regarder la page 73
La planche des quatre Medailles du Roy
doit regarder la page 93
LE
MERCURE
DE
JUILLET 1722-
THEQUE
LYON
*
1893*
LAVILLE
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVFLIER , au Palais .
GUILLAUME CAVELIER , Fils
·
Tue
S. Jacques , à la Fleur- de- Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'image Saint
André , Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT , Quay des Auguftins , à la
defcente du Pont- neuf , à la Croix d'Or ,
M DC C. XXII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
}
4
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & dans les
Pays étrangers.
Lyon , chez Plaignard , Libraire.
Marfeille chez Carry.
Montpellier , chez les freres Faures.
Toulouse , chez la veuve Tene.
Bayonne , ch. Etienne Labottiere.
Charles Labortiere , vis à vis la Bourfe , ibide
Rennes , chez Vattar .
Nantes , chez Julien Mai'lard.
Saint Malo , chez la Mare.
Poitiers , chez Faucon.
Xaintes , chez Delpech .
Elois , chez Maffon:
Orleans , chez Rouzeau .
La Rochelle , chez Desbordes .
Angers , chez Fourreau.
Tours , chez Gripon .
Caen , chez Cavalier..
Rouen , chez la Veuve Herault,
Le Mans , chez Pequincau.
Chartres , chez Felil .
Châlons , chez Seneuze.
Troye , chez Fouillerot .
Rheims , chez Godard .
Dijon , chez la veuve Armil.
Beauvais , chez Courtois
Abbeville , chez Dum efnil.
Soiffons , chez Courtois.
Amiens , chez le François , & chez Godard.
Arias , chez C. Duchamp .
Sedan , chez Renaud .
Metz , chez Colignon.
Strasbourg , chez Doulfeker.
Cologne , chez Meternik .
Francfort , chez J. L. Koniq
Berlin , chez Etienne.
Leipfic , chez Gledich.
Lille , chez Dancl .
Bruxelles , chez Tferftevens.
Anvers , chez Verduffen.
La Haye , chez Rogiffard.
Amfterdam , chez Bernard .
Roterdam , chez Vander Linden .
Londres , chez du Noyer.
Madrid , chez Aniffon .
Geneve , chez les freres de Tournes,
Tarin , chez Reinffan.
Le prix eft de 30. fölsi
A if
L
A VIS,
'ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis- à-vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - instamment quand on
adreffe des Lettres on Paquets par la Poſte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
* E
LA
LEBIBLIO
LYON
MERCURE
DE
JUILLET 1722 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe .
L'ESPAGNE A LA FRANCE
fur le mariage du Roy."
T
U me donnas jadis un Prince de ton
Sang ,
Four m'acquitter d'un fi riche prefent
Aujourd'huy , malgré ma tendreffe ,
Je te donne en échange une aimable Princeffe ;
Qui fera l'ornement de l'Empire François ,
Et dont l'heureux Hymen terminera nos haines:
C'eft à l'Espagne à produire des Reines ,
Comme c'eſt à la France à produire des Rois.
B
A iij REPONSE
LE MERCURE
RE'PONSE aux remarques critiques fur
les Memoires de la Province de Champagne
qui font dans le - Mercure du mois
d'Avril 1722. adreffée par M. Baugier,
Auteur de ces Memoires à un de fes
amis.
J'Ay lû M. cette critique que vousavez
pris la peine de m'envoyer dans la folitude
de ma petite campagne ; je vais y
répondre , puifque vous le fouhaitez .
L'Auteur fe plaint d'abord d'avoir été
malheureufement arraché d'une bonne
bibliotheque , ce qui me perfuade que cet
écrivain eft un Moine ou Religieux mécontant
, qui après avoir exageré fa difgrace
, attaque dans l'amertume de fon
coeur l'hiftoire d'Oger d'Anglure que
j'ay raporté tome 2. page 331. il fuppofe
que je fuis tombé dans un anacronifme
confiderable , que j'ajoûte , dit- il , à une
hiftoire qui fans cela paroît fort douteufe ;
il me permettra de lui dire qu'il devoit
lire le chapitre des additions & corrections
, il y auroit vû que j'ay dit , page
403. ligne 11. Oger , premier de ce nom
qui vivoit du temps de Philippe Augufte,
ayeul de Saint Louis ; où trouvera- t- il
après cela fon anacronifme prétendu .
Cette
DE JUILLET 1722 .
Cette réponſe le détruit d'abord ; en at
tendant que je donne fur ce fujet un plus
grand éclairciffement dans mon fupplement
, qui outre les corrections & differtations
que je croirai utiles , contiendra
les vies des Archevêques de Reims , des
Evêques de Langres , de Châlons , de
Troyes , & plufieurs autres chofes curieufes
& obmiles. Le critique ajoûte que
l'hiftoire d'Oger premier lui paroît douteufe
, parce qu'il ne la lûe dans aucunes
hiftoires digne de foi ; eft - il permis à cet
écrivain qui fe vánte d'être fçavant dans
l'hiftoire , & que je ne luy contefte d'ipas
gnorer que la notorieté publique , les an
ciens manufcrits , les titres & les monumens
des familles diftinguées foient des preuves
pour établir un fait hiftorique : telles
font celles de l'hiftoire dont il s'agit . On
ne peut contefter la notorieté publique
dans une partie confiderable de la Province
, foûtenuë de la tradition , & des
titres de cette ancienne maifon , le nom de
Saladin , que fes aînez ont toûjours porté.
Un ancien manufcrit que feu M. le Marquis
Danglure m'a communiqué , qui eft
d'une écriture anterieure à l'année 14420
temps auquel l'imprimerie a été inventée ,
& enfin un nombre confiderable de pierres
précieuſes , dont Saladin fit prefent à
ce Seigneur , lorſqu'il luy accorda gene-
A iiij
reufement
g LE MERCURE
}
reufement fa liberté , qui ont été confer
vées avec foin dans la famille jufques à.
nos jours tous ces faits font des preuves
autentiques de cet évenement , dont je
parlerai encore dans mon fupplement.
A l'égard de l'hiftoire du Comte Henry
le Liberal que j'ay rapportée tome. I
page 1o . le critique dit que je devois
me fervir des mêmes termes qui font
écrits dans Joinville qu'il rapporte . II'
devoit donc établir d'abord fon fiftême ,
à expliquer ce que fignifioit alors le mot
de chappe , & prouver cette obligation
felon luy , indifpenfable , & de fuite que
les hiftoriens qui ont écrit depuis Joinville
n'ont pas pû changer ces expreffions
gauloifes. C'eft ce que le Critique ne fera
pas , qu'en avançant des principes fondez.
fur fa feule imagination , car il ne doit
pas ignorer qu'il eft permis à un écrivain
de fuivre les fentimens des hiftoriens de
reputation , tels qu'il juge à propos , &
qu'il luy eft impoffible d'écrire , fuivant
le caprice , & au goût de tous les lecreurs.
J'ay fuivi en cette occafion Meferay,
hiftorien connu & eftimé des fçavans , qui
dans fon hiftoire de France infolio tome
I. page $ 74. ligne 15. rapporte l'évenement
tel que je l'ay décrit , ainfi qu'avoient
fait avant luy plufieurs autres hiftoriens
, à l'exception qu'il ne dit rien
1.
de
DE JUILLET 17227
,
de la beauté des deux Damoifelles qui
furent prefentées au Comte par leur pere
; mais eft-il à prefumer qu'un Gentilhomme
de Nobleffe diftinguée , puifque
Joinville luy donne la qualité de Chevalier
ait ofé prefenter à fon Souverain
deux laiderons pour exciter fa liberalité.
Je fuis fâché que ce terme favori ait
caufé quelque trouble dans l'efprit du cririque
, qui demande en outre où j'ay trouvé
qu'Artaud gouvernoit les finances du
Comte , & qu'il en devint affez riche
pour bâtir Nogent. Il peut pour s'en convaincre
lire Meferay , au lieu cité cydeffus
, & la plupart des hiftoriens qui
Font precedé. Il y trouvera le fait tel que
je l'ay raporté , qui eft d'autant plus certain
que Nogent porte encore aujour
d'huy le nom de Nogent l'Artaud .
La fertilité que j'attribue aux campa
gnes de la Province, tome 1. page 1. & la
fechereffe & fterilité dont je parle tome
2. page 277. n'ont rien de contraire. Qui
eft ce qu'ignore que toutes ces contrées
de la Province ne font pas femblables ?
Non omnis fert omnia tellus.
J'en ai marqué la difference dans touste
l'étendue de mes memoires , & j'ay
diftingué celles qui portoient du froment
que j'ay appellé fertiles , de celles qui ne
produifoient que du feigle , de l'avoine: „
Ay &
10 LE MERCURE
du Sarrafin que j'ay appellé feches &
fteriles par raport au froment. J'ay parlé
des vins & de leurs differences , fuivant
les contrées ; des bois , des beftiaux , & de
tout ce qui croît , fe nourrit , où fe fabrique
dans la Province , même du commerce
d'où il refulte ce que j'ay avancé,
qu'elle produit tout ce qui eft neceffaire
à la vie.
Le critique prétend que je me fuis
trompé dans le blafon des armes de la
champagne. Il les trouvera telles que je
les ay blafonnées à nôtre Hôtel de Ville
qui y ont été mifes fous le regne de François
I. & elles font encore blafonnées de
même dans la premiere page de la feconde
partie d'un livre indouze , imprimé à
Paris en 1693. qui fe vend chez Eftienne
du Caftin au Palais , qui a pour titre , Tableau
des Provinces de France ; d'ailleurs
cette critique eft de petite confequence ,
& ne meritoit pas d'interrompre les momens
précieux de fon auteur.
Nôtre Critique ajoûte que je donne
trop de longitude à la Champagne , il
doit demeurer d'accord que jufques à
prefent il n'y a point eu de Carte exacte
de cette Province ; ce fait eft certain ce
qui obligea M. Larcher dans le temps
qu'il en étoit Intendant , d'en faire tracer
ane manufcfite , qui eft grande & la plus
exacte
DE JUILLET 1722 . II
exacte qui ait paru . Elle a fervi depuis
& continue de fervir à Meffieurs les Intendans
, & elle comprend toute l'étenduë
de leur Jurifdiction . J'ay crû que je
ne pouvois mieux faire que de la fuivre ,
d'autant plus que les fentimens ont été
& font encore aujourd'huy partagez fur
ce fait.
Le Critique avance encore que je fuis
dans l'erreur en ce que j'ay rapporté de
la victoire des François fur les Sarrafins
attendu que je n'ay pas fuivi ce qu'en
ont écrit les Peres le Cointe & Pagi . Je
reſpecte les fentimens de ces fçavans fans
avoir lû leurs ouvrages ; mais pourquoi
m'impoſer la neceffité de m'y conformer
& de ne pas fuivre des hiftoriens de réputation
que le Critique n'a pas lû арра-
remment , puifqu'il demande où j'ay trouvé
ce que j'ay dit, tome 2. page 41. de la
portion des dixmes accordées par le Clergé
à la Nobleffe & c. Il peut lire , outre
ce que j'ay dit de Meferay , l'hiftoire de
France par Dupleix , tome 1. page 265.
n. 1o. qui après plufieurs hiftoriens dignes
de foy rapporte ce fait tel que je l'ay
avancé , & refute ceux qui ont écrit le
contraire. Ce Critique dira peut- être que
Meffieurs de Saint Germain & de Baffompierre
ont critiqué l'hiftorien Dupleix ,
ce qui eſt vrai ; mais c'eſt ſur les faits qui
A vj
regardoient
I 2 LE MERCURE
regardoient l'hiftoire de fon temps , joint
que les critiques n'ont pas toûjours raifon
, & que le caprice & les paffions ont
fouvent plus de part à leurs écrits
que la
verité. Il eft certain que les hiſtoriens qui
n'ont été d'aucun parti , n'ont pas contefté
le fait dont il s'agit , qui eft confir
mé par l'autorité des Jurifconfultes , &
qui n'eft combattu que par quelques écrivains
Ecclefiaftiques , Moines, Religieux,
& gens de leur parti , qui ont même inventé
des hiftoires fabuleufes contre la
memoire de Charles Martel , qui n'ont
pas fait plus d'impreffion fur l'efprit des
veritables hiftoriens , qu'une mouche
Guefpe peut en faire fur un taureau d'airain.
Quant au Confeil tenu à Chaalons fur
Marne ou à Châlons fur Saône , le Criti
que peut avoir railon , la difference du
lieu n'eft pas de confequence en cette
occafion. Je m'en éclaircirai , & j'en rendrai
compte dans mon fupplement.
A l'égard des Envoyez de nos Rois ,
appellez miffi dominici & miffi regales
dont j'ay parlé tome 1. page 42. le Critique
dit que les termes dont je me fuis
fervi , font entendre que ces Envoyez faifoient
executet leurs propres ordonnances
, & non celles de leurs Maîtres , ou du
moins que mes termes font équivoques ; il
yeut
F
DE JUILLET 1722. 13's
veut apparemment tâcher d'infinuer à
ceux qui liront fa Critiq e , que je ne
fçai pas parler françois ; x afin de réüſfir
dans fon idée , il a affecté de ne pas
ajoûter ces deux mots demiffi Regales
amiffi dominici , parce qu'étant joints
enſemble ils détruifoient fon équivoque
prétendue. Il croit auffi que les Lecteurs.
ignoreront que la principale fonction de
ces Envoyez par nos Rois , qui étoient
tels que font aujourd'hui les Intendans
des Provinces , étoit de faire executer les
Capitulaires qui ont été en vigueur en
France jufques au regne dePhilippe le Bel .
Comment donc le Critique a - t- il pû fe
perfuader qu'on pouvoit donner un fens
ridicule & chimerique aux termes dont je
me fuis fervi ?
Ceux qui ont quelque teinture de l'Hiftoire
,fçavent parfaitement que nos Rois
ont envoïé des Prelats dans leurs Etats
en qualité de miffi dominici. Hy en a même
eu plufieurs qui ont été Miniftres d'Etat
, tels que Meffieurs les Cardinaux de
Richelieu & Mazarin ; mais ces exemples
particuliers ne détruiſent pas la maxime
generale , comme le prétend le Critique
, & ne donnent aucune atteinte à ce
que j'ai dit furce fujet , tome 1. page 57.
& 58. & en plufieurs autres endroits de
mes memoires .
L'Auteur
14
LE MERCURE
L'Auteur de la Critique me reproche
que je ne cite pas toûjours mes garants ;
je l'ai fait dans les cas que j'ai crû en
avoir befoin. Mais où a - t- il trouvé qu'on
foit obligé de citer fes garants à chaque
eirconftance d'un évenement , il faudroit,
felon lui , faire un commentaire fort ennuyeux
pour la plupart des Lecteurs , &
plus étendu queles memoires. Je l'invite
de donner au public quelque hiftoire intereffante
de fa façon , ornée d'un tek
commentaire qui pourra peut- être faire
venir cette pratique à la mode .
J'avois d'abord eu le deffein de ne pas
répondre à cette Critique , je le fais neanmoins
par complaifance ; mais j'ai refolu
de ne plus répondre à ceux qui affecteront
de faire imprimer leurs idées dans
les Mercures & les Journaux , & de referver
ma réponſe pour être inferée dans
mon fupplément. J'aurai neanmoins bien
de la reconnoiffance pour ceux qui m'enverront
leurs obfervations , ce que j'ai
prié de faire dans la Preface de mes Memoires.
C'eft ainfi que plufieurs perſonnes
fçavantes , & d'un rang très - diftingué
en ont ufé , mais il n'appartient pas
à
le monde d'avoir en partage ces manicres
honnêtes & polies , qui font pour
l'ordinaire l'appanage des perfonnes de
naiffance,
Dans
DE
JUILLET 1722
Dans l'extrême paffion que le Critique
a euë de faire imprimer quelque Ouvrage
de fa façon , il pouvoit m'en informer
j'aurois peut- être pû avoir affez de condefcendance
pour lui communiquer les
faits qui fuivent , qui font en effet à corriger
dans mes Memoires , il pourra y
faire un commentaire , & fi cela lui fait
plaifir , je lui en communiquerai quelques
autres , dont une partie demande une
differtation , & qui pourra lui donner occafion
d'employer les grands talens dont
le Ciel l'a favorilé. Je ne me fuis pas
flatté , étant le premier qui ait entrepris
d'écrire l'hiftoire de la Province , de plaire
à tous ceux qui liroient mes Memoires
, mais je me fuis fort peu embaraffé de
certains Critiques.
Correction du Tome I. de mes Memoires
Page 19. ligne derniere. J'ai dit qu'en
576. la fête de Noël échût un Dimanche,
j'ai reconnu depuis qu'en cette année on
avoit eu la lettre D pour lettre Dominicale
, ainfi la fête de Noël échut un Vendredi
.
Page 90. Le Critique pourroit faire une
Differtation fur l'âge de la Reine Ogine
mere du Roy Louis IV. lorfqu'elle fe
remaria avec le Comte Herbert , c'eft ce
que je ferai dans mon Supplément.
Page 94. ligne derniere. Adelaide épou
La
16 LE MERCURE
fa Lambert Comte d'Anjou , & nom de
Chalon fur Saone.
Page 258. Les deux F qui font à la
Médaille de la Ville de Chaalons , doivent
s'expliquer pár Flando feriundo , &
non par Fabrefactum.
Page 363. ligne 21. Trois Suffragans
de l'Archevêché de Paris ; il y en a qua
tre , Blois avoit été oublié .
Page 365. ligne 26. S. Sanctin , life
S. Sintin .
Page 367. Nôtre - Dame du Change , lifez
de Chage , de Cagia.
Page 368. Gemini , life Germigni.
Corrections du fecond Tome.
Page 10. S. Simphorien 12. Chanoines,
lifez 21.
Page 55. L'Abbaïe de Chehery n'eſt
pas fur la riviere d'Aifne , mais fur la ri
re d'Aire , proche la riviere d'Aifne.
Page 63. J'ai dit que chaque côté du
grand Cloître de la Chartreufe du Mont-
Dieu , eft compofé de trente- deux arcades
, il y en a cinquante.
Page 186. On prétend que les Cha→
noines de S. Pierre de Troyes font tous
à la nomination de l'Evêque.
Page 190. On prétend qu'il n'y a jamais
eu plus de 70. Chanoines à faint
Eftienne de Troyes , que le Sous- Chantre
de la Cathedrale eft le dernier du
Choeur,
DE JUILLET 1722. 17
Choeur , qu'il le regle neanmoins , & eft
à la nomination du Chantre .
jot.
Page 194. Nicolas Frejot , life For-
Page 198. ligne 7. Le revenu du Seminaire
de Troyes eft de 45000. livres
de rente , life 4. à 5000. livres de rente .
Page 203. ligne 26. au lieu de 1570.
Life 1370. temps de la mort d'Henri
Poitier.
Page 227. J'ai dit qu'on chantoit dans
l'Abbaïe du Paraclet la Meffe en grec le
jour de la Pentecôte , ce qui étoit encore
en ufage du temps que Camufat a écrit
fon Hiftoire , mais à prefent cela ne fe
fait plus.
Page 237. Elle eft mal chifrée à la tê
te ou il y a 337. Le Prieuré de Delleau
proche de trois faux , il faut dire Treffoux
dans la Paroiffe de
proche
de Villeneuve la Lionne ; fon revenu
eft à prefent de 1200. livres .
Page 220. 345. & 371 .
Choifcul.
Choiseuil , life
Page 325. Le Marquifat de Sillery releve
de l'Archevêché de Reims .
Page 340. Le Comté de Vaubecourt a
été érigé en Octobre 1633. regiftré au
Parlement de Mets le 28. Novembre
1634 .
Page 354. J'ai dit que M. de
BeauYS
LE MERCURE
Beauvaux , Marquis de Fleville , a été
Gouverneur du Prince Electoral de Baviere
, c'eft à prefent M. l'Electeur .
M. de Fleville n'eft pas le feul de
cette Maifon qui foit refté en France.
Il y en a plufieurs autres , tels que Mon
fieur l'Archevêque de Narbonne & Meffieurs
fes neveux , de la Branche de Ri
coux , & autres d'autres Branches.
Page 380. Claude Depenſe , life Deſpence.
Page 381. ligne 4. François - Henri , lig
Sex François-Jofeph.
EPISTRE
A M. le Maréchal de Villars
M. de Voltaire.
J
par
F me flatois de l'efperance ,
D'aller goûter quelque repos ,
Dans votre maifon de plaisance
mais inache a ma confiance ;
Je prens pour guerir de mes maux ;
de fa ptifane , à toute outrance ,
Et j'ai donné la préference
Sur le plus grand de nos Heros
Au
DE JUILLET 1722 . 19
Au plus grand Charlatan de France,
Ce difcours vous déplaira fort ,
Et je confeffe que j'ai tort ,
De parler du foin de ma vie ,
A celui qui n'eut d'autre envie
Que de chercher par tout la mort ;
Mais fouffrez que jevous réponde
Sans m'attirer votre couroux ,
Que j'ai plus de raifon que vous ,
De vouloir rcfter dans le monde.
Car fi quelque coup de canon ,
Dans vos beaux jours , brillans de gloire ,
Vous eut emporté chez Pluton ,
N'auriez-vous pas dans la nuit noire
Beaucoup de confolation ,
Lorfque vous fçauriez la façon ,
Dont vous auroit traité l'Hiftoire.
Paris vous eut premierement
Fait un Service fort celebre ,
En prefence du Parlement ,
Et quelque Prelat ignoranť
Auroit prononcé hardiment ▲
Une longue Oraifon funebre
Qu'il n'eût pas faite affurément.
Puis
20 LE
MERCURE
Puis en vertueux Capitaine ,
On vous auroit proprement mis
Dans l'Eglife de faint Denis
Entre du Guefclin & Turenne ,
Mais fi quelque jour , moi chetif,
Je paffois fur le uoir efquif,
Je n'aurois qu'une vile biete ,
Deux Prêtres s'en iroient
Porter ma figure legere ,
Et la loger
mefquinement
gayement
Dans un recoin du Cimetiere.
Mes nieces au lieu de prieres ,
Et mon Janfenifte de frere
Riroient à mon
enterrement.
Et j'aurois l'honneur feulement ,
Que quelque Mufe medifante
M'affubleroit pour monument
D'une Epitaphe impertinente ;
Vous voyez donc par confequent
Qu'il eft bon que je me conſerve ;
Pour être encor témoin long- temps
De tous les exploits éclatans ,
<
Que vôtre deftin nous referve.
LETTRE
DE
JUILLET 1722. 21
LETTRE écrite de l'Ifle de Montreal
en Canada à M. Simon ,
Prêtre de la Communauté de
S.Sulpice à Paris , fur la maniere
de tirer du fucre de l'Era
ble.
MONSI ONSIEUR ,
Je commence par vous remercier de la
grace que vous me faites , en m'adreſſant
des memoires auffi intereffans que le font
ceux que j'ai reçûs de vous. Enfuite
vous dirai que j'ai tenu parole , &je vous
envoie le capilaire que vous m'avez demandé.
Pour ce qui eft de la maniere de
faire le firop d'Erable , voici ce que j'en
fçai pour l'avoir vû & pratiqué.
On choifit premierement la faifon du
Printems , & c'eft vers le 15. de Mars
que les Erables commencent à couler ,
quelquefois plutôt , quelquefois plus tard .
Je vous donne une regle fixe. Quand fur
le haut du jour le foleil eft affez ardent
pour faire fondre la nége , & pour échauffer
les arbres , alors les Erables coulent ,
pourvû que la nége où la glace fe trouve
au
1
22 LE MERCURE
au pied de l'arbre . Deux ou trois circonftances
doivent concourir pour faire trou
ver un tems propice à faire couler l'eau ,
La premiere , il faut qu'il gele la nuit ou
le matin . La feconde , il faut que le tems
foit calme ; car les gros vents empêchent
l'arbre de donner fon eau fucrée. La troifiéme
, il faut qu'il faffe doux pendant le
jour , & que la nége foit au pied de l'arbre.
Toutes ces circonftances fe rencontrent
en ce païs vers le 15. Mars juſques
au 15. Avril. Elles fe réuniroient plutôt
dans les païs chauds , ou dans ceux qui
font plus temperez . Je crois qu'en France
on pourroit le faire couler du côté de
Paris au commencement de Fevrier , &
même plutôt , parce que les arbres y gelent
rarement. Il faut remarquer que la
Plaine eft auffi propre que l'Erable , &
que le firop de l'un eft auffi eftimé
que celui
de l'autre. Cependant il y a une trèsgrande
difference entre ces deux efpeces
d'arbres , foit qu'on en confidere la fubftance
, la feuille & les fruits ; foit qu'on
les regarde par leurs écorces. Non feulement
l'Erable & la Plaine font propres au
firop , le Noyer tendre donne auffi une
eau fortfucrée, quoiqu'en petite quantité,
d'où on faitauffi du fucre qui eft fort bon.
J'ai plufieurs fois bû du firop de Merifier
& de Prunier ; mais quoiqu'il foie
aife
DE
JUILLET 1722.
23
aiſé à faire , l'eau qu'on tire de ces fortes
d'arbres étant fort abondante & affez
gommeufe , il n'eft fi bon & a le gout
pas
fauvage. On pourroit en faire de Ceri
fier, de Pommier, & de beaucoup d'autres
arbres , fi on en vouloit faire l'experience.
Il faudroit donner ce foin à quelque
Chimifte curieux , capable de faire la
difference des diverfes fortes de firops, &
d'en marquer les bonnes & les mauvailes
qualitez . Car pour ce qui eft des firops ,
qui fe font en Canada , ils font fort contraires
aux perfonnes attaquées de gra
velle & de rétention d'urine .
,
Il faut faire provifion d'autant de
vaiffeaux propres à recevoir l'eau qu'on
a d'arbres d'où on la veut tirer. Il faut
avoir plufieurs chaudieres grandes &
petites , & une barrique ou cuve pour fervir
de refervoir pour mettre l'eau , fuppolé
qu'on ait quantité d'arbres . Ón nẹ
choifit pas ordinairement les arbres qui
ont moins d'un pied de diamettre ; cependant
on peut en tirer d'un petit. On
fait une entaille dans l'arbre avec la hache
, profonde de deux pouces ou environ
, & haute de quatre , à deux ou trois
pieds au deffus de la terre ou de la nége .
11 faut la faire en biaffant , enforte qu'elle
foit plus baffe d'un côté que de l'autre ,
afin que l'eau puiffe defcendre par le bas
côté,
24
LE MERCURE
côté , & qu'elle ne s'arrête point dans
Pentaille. Il faut que les bords d'en bas
de l'entaille foient relevez , pour empêcher
que l'eau ne s'écoule par le devant.
Enfin il faut qu'elle foit faite d'une maniere
que l'eau s'aille rendre toute par le
bas côté , au deffous duquel à un demi
travers de doigt , on doit faire entrer
dans l'arbre , ou un morceau de bois , ou
de fer , long d'un demi -pied , qui foit
fort panché , & qui conduife l'eau dans le
vaiffeau que vous mettez deffous . Il faut
que ce bois ou ce fer foit attaché d'une
maniere qu'il ne laiffe point échaper l'eaule
long de l'arbre. Au refte cette eau ne
tombe ordinairement que goutte à goutte
, à moins que le tems ne foit très favorable
, comme feroit un tems de nége ou
de pluie . Il faut remarquer que l'arbre ne
meurt point après cette operation ; à peu
près comme un animal à qui on ouvre la
veine , ne laiffe pas de fe bien porter après
la faignée. On peut l'année d'après faire
la même chofe au même arbre fans aucun
danger , pourvû que ce foit dans un
endroit different . Je croirois cependant
qu'il ne faudroit le traiter de la forte
que
deux ou trois fois , furtout s'il étoit petit ;
car on peut moins menager un grand arbre.
Il faut remarquer que quand on fe
roit en même tems deux ou trois inciſions
au
DE JUILLET 1722. 25
au même arbre , on n'en tireroit pas plus
d'eau que d'une feule .
Il n'eft pas neceffaire de vous marquer
ici , qu'à meſure que les vaiffeaux fe rempliffent
, il faut vuider , ou dans la chaudiere
, ou fi elle eft pleine, dans vôtre refervoir.
En Canada où la difette des vaif-
Leaux eft grande , on fait de petites auges
de bois qui reçoivent l'eau qui coule des
Erables , & qu'on laiffe au pied des arbres
jufques à l'année fuivante que l'on
s'en fert de la même maniere . Ce ne font
que les préparatifs . Voici la maniere de
faire le fucre.
Mettez l'eau bouillir dans une chaudiere
proportionnée à la quantité de vôtre
eau. N'épargnez ni le feu , ni le bois , jufques
à ce que l'eau étant fort diminuée
vous la mettez dans une plus petite chaudiere
où vous continuerez de la faire
bouillir jufques à ce qu'elle file en tom-
.bant de la fpatule . Quand elle file comme
il faut , vôtre firop eft fait. Et fi vous
voulez en faire du fucre , il faut continuer
à faire bouillir le firop jufques à ce
qu'il foit fort épais , & alors vous le metgez
refroidir dans un vaiffeau où il prend
de la confiftence , à mesure qu'il le refroidit
, & fe durcit enfin en confervant
la figure qu'il emprunte du vaiffeau où
vous le mettez. Pour ne pas vous trom-
B
per,
26
LE
MERCURE
per , le firop d'Erable & le fucre fe font
avec la même methode , & avec les mêmes.
précautions que le firop & le fucre
d'orge , rofat , & c.
Remarquez que l'eau d'Erable fe change
en très - bon & très-fort vinaigre quand
on l'expofe long - tems au foleil ; mais il
faut fe fervir de celle qui coule fur la fin ,
alors elle eft blanchâtre , gluante , glaireuſe
comme des blancs d'oeufs , & n'eſt
plus propre qu'à faire du firop , le fucre
qu'on voudroit en tirer ne pouvant avoir
fa confiftence. Voilà , Monfieur , tout ce
que je fçai fur cette matiere . Je fuis , & c.
.STANCES IRREGULIERES
ADAM 0⋅N.
Q
Ue l'âge d'or , fi nous croïons Ovide ,
Etoit un fiecle heureux.
Les mortels n'y fuivoient que la raiſon pour
guide ,
Et rien ne manquoit à leurs voeux.
Point d'été , point d'hyver fous le regne
d'Aftréc ,
Le Printems tenoit lieu de toutes les Saifons .
Et par le foc tranchan: maintenant déchirée ,
La
DE JUILLET 1722
27
La terre d'elle même offroit alors fes dons.
Mille ruiffeaux de lait ferpentoient dans les
plaines
Des plus brillantes fleurs les champs étoient couverts
,
Et les zephirs de leurs douces haleines
Agitoient feuls les airs.
L'art n'avoit point bâti ces Temples magnifi
ques ,
De fuperbes feftons pompeufement parez ,
Les Dieux n'avoient alors que des Autels rufti
ques ,
Mais ils étoient mieux honorez.
A l'infatiable avarice
Les coeurs encor ne s'étoient pas vendus
Et les mortels depuis livrez à l'injuftice
Ignoroient jufqu'au nom de l'aveugle Plutus,
Les vertus , c'étoient là les uniques richeffes ,
Où l'homme rencontroit la paix que nous cher
chons ,
Les femmes étoient des Lucreces
Les amis autant de Damons .
L'innocence regnoit , la dif orde ennemie
Bij
n'avoit
28 MERCURE LE
N'avoit point allumé fon trifte & noir flambeau
, -
On vivoit fans foupçons, fans crainte ,fans envie
,
Qui s'aimoient une fois , s'aimoient jufqu'au
tombeau .
Des frivoles grandeurs on ignoroit l'ivreffe
Dans les rangs , dans les biens , point d'inégas
lité ,
Des vils flateurs la voix enchantereffe
N'al teroit point la fimple verité ,
Sincere fans être farouche ,
Chacun à fon ami s'exprimoit librement ,
Le coeur étoit toûjours d'accord avec la bouche,
Qu'il étoit doux alors de fe parler fouvent.
11 n'étoit point de marâtres cruelles ,
De Sergens inhumains , d'avides Procureurs ,
L'hymen rendoit fidelles
Ceux dont l'amour avoit uni les coeurs,
O faintes moeurs qu'étes - vous devenuës ?
Siecle de nos ayeux ne renaîtrez -vous pas ;
Probité , bonne foi , vous éres méconnuës ,
On commet fans remords les plus noirs attentats
!
DE JUILLET 1722. 29
Du plus fort tous les jours le foible eft la vic
time .
On fçait fe faire un front, qui ne rougit jamais,
Le plaifir eft- il legitime ,
Dès lors il perd tous les attraits.
L'amour ne fait plus l'hymenée ,
Le coeur reclame envain fes droits ,
Du barbare intereft , victime infortunée ,
Il fuit en gemiffant fes tyranniques loix.
Par lui les ames afforties
Ne cherchent qu'à brifer des noeuds tiffus d'ennuts
,
Troubles , dépits fecrets , fureurs , antipathies,
De ces funeftes nous voilà les triftes fruits .
L'intereft regle tout ; c'eft la commune idole,
La feule deïté qu'on adore aujourd'hui ,
Dès qu'il ordonne tout s'immole ,
Vertu , devoir , bienfaits , rien n'eſt ſacré pour
lui.
Mais on m'emporte une verve bizarre ,
Singe de Juvenal ; prétens - je par des vers
Tout dégoutans du fiel qu'hexhale le Tartare.
Reformer les erreurs de ce vafte univers ?
Ton exemple, Damon, fuffit pour le confondre ,
B iij
Tu
130
MERCURE LE
Tu fais voir des vertus dignes des premiers
tems ,
Aux traits de la cenfure on peut toûjours répondre
,
L'exemple feul détruit tous les raifonnemens,
Par le P. de P. J.
HISTOIRE
D'A BULMER .
Suite & fin des voiages de Zulma dans
le pais des Fées.
A
BULMER prit ainfi la parole :
Je m'appelle Abulmer , Seigneur
je tuis fils du Soudan d'Egypte , il commande
dans le païs où vous me voïez dans
un état fi malheureux , que vous conviendrez
, quand vous fçaurez mes avantures
, que vous étes moins à plaindre : Il
vous refte au moins quelque efperance de
voir changer votre état ; vous aimez , &
vous ne fçavez point fi vous étes haï : moi
je n'en puis douter , & ce qui augmente
mon defefpoir , c'eft que je ferois heureux ,
fi j'avois été aufli fage que je fuis amoureux
.
Il continua fon difcours en ces termes :
Je fuis né , Seigneur , avec toutes fortes
d'efperances , mon pere qui s'appelle Achmet
DE
JUILLET 1722 .
31
met , & ma mere Almanfine , avoient
pour moi une amitié qui égaloit leur
amour ; jamais paffion n'a été plus vio
lente , puifqu'elle fubfifte encore ; ils
m'ont élevé avec beaucoup de foin , & j'ai
été affez heureux dans les commencemens
de ma vie de réüffir à tous mes exercices,
& de répondre aux efperances qu'ils
avoient conçues, par la fatisfaction que le
public avoit de me voir , lorfque je remportois
le prix dans quelques tournois , ou
dins quelques difputes que l'on me faifoit
faire avec les plus fçavans du Caire .
Mon pere & ma mere m'en fourniffoient
tous les jours les occafions ; c'étoit leur
plus grand plaifir : ma paffion dominante
étoit la chaffe , j'étois moins flatté des
applaudiffemens que je recevois fur mon
efprit & mes fentimens , que lorsque j'avois
mis à mort quelques bêtes dans la forêt.
Un jour que la pourfuite d'un taureau
fauvage m'avoit éloigné de mes gens ,
glorieux de l'avoir vaincu , j'en rappor
tois la tête qui étoit prodigieufe , & je
revenois au petit pas de mon cheval , qui
étoit fort las , le long des bords du Nil ;
j'apperçus de loin une femme qui fuïoit
& qui étoit pourfuivie par ces animaux fi
dangereux ,qui ne fortent du Nil que pour
chercher une proïe. Quoique mon cheval
fut fatigué , je le pouffai de viccffe fur
B iiij cette
32 LE MERCURE
cette bête , & je la fis rentrer dans le Nil
avec épouvante ; la femme qu'elle avoit
pourfuivie couroit toûjours , quoique je
lui criaffe de toute ma force qu'elle n'avoit
plus rien à craindre ; elle arriva fans
m'écouter à l'entrée de cette pyramide
où nous fommes prefentement : Je defcendis
de cheval , & je la trouvai prefque
évanouie de laffitude & de fraïeur ; elle
étoit couchée à terre comme une perfonne
à qui les jambes avoient manqué ,
ne pouvant aller plus loin ; je m'approchai
d'elle par un mouvement de compaffion
pour la fecourir , l'admiration de
fa beauté fufpendit le difcours que je voulois
lui faire .
و ت
Elle fouleva la tête , & me regardant
avec un air fort doux , elle me dit : Je
vous dois la vie , Seigneur , & je ne ferai
aucune façon de vous dire que l'on
doit fe trouver heureufe d'être engagée
par reconnoiffance à aimer une perfonne
comme vous ces paroles étoient dites
avec un ton fi doux, & fortoient d'une fi
belle bouche , qu'elles allerent jufqu'à
mon coeur.
L'amour commence toûjours par nous
Alatter , il ne fait fentir fes peines que lorfque
nous ne fommes plus à portée de l'éloigner
il n'y a que l'experience qui
puiffe nous apprendre à nous tenir fur
nos
;
DE JUILLET 1722. 33
nos gardes contre des commencemens qui
font fi feduilans : helas , je n'en avois
point ; je n'avois jamais eu de paffion que
pour la chaffe , le commerce des femmeseft
interdit , comme vous le fçavez , chez
les Mufulmans aux jeunes gens , & je n'ai
jamais eu de goût pour celles qui font publiques
, mon éducation m'en avoit éloigné.
Je fentis tout le charme de ce premier
moment qui nous porte à aimer ; rien
ne pouvoit m'en éloigner , la beauté de
celle qui me parloit étoit au - deffus de ce
que je peux dire , les paroles étoient Alateufes
; & quoiqu'elles fuffent un peu trop
libres pour un homme qu'elle ne connoiffoit
point , la magnificence de fes habits
ne me permettoit pas de croire qu'elle fut
une femme du commun , ni de celles dont
je viens de parler.
Je m'approchai d'elle & lui donnai la
main pour la relever fans lui rien dire ,
elle la reçut avec une politéffe noble , qui
me confirma dans les reflexions que je ve
nois de faire ; fa beauté s'augmenta à mes
yeux ; lorſqu'elle fut debout , la grace &
la liberté de fa taille y donnoient encore
un nouvel éclat.
Mais , Seigneur , admirez ma fortife, je
difputois tous les jours avec fuccès con--
tre les plus fçavans du Caire , je devois
avoir par confequent la parole affez li
Bv ore :
34
LE MERCURE
bre , je ne pûs cependant ouvrir la bou
che ; & cette perfonne fut encore obligée
de reprendre la parole , & ine dit :
Je juge à vôtre habit & à vôtre turban
que je dois vous nommer Seigneur , & le
fecours que vous venez de me donner, me
fait efperer que vous étes affez genereux
pour me remener ici près dans une habitation
qui m'appartient , & où l'on eft
fans doute en peine de moi ; vous avez
railon , lui répondis - je , Madame , de
croire que je ferai tout ce qu'il vous plaira
de me commander ; mais fi le lieu où
vous voulez que je vous conduiſe , eſt aſfez
loin pour ne pouvoir y aller à pied
je n'aurois qu'un cheval rendu à vous of
frir , qui fans doute expire à cette porte.
Puifque cela eft , me répondit - elle , il
vaut mieux paſſer ici la nuit , à moins que
vous ne craigniez de déplaire à quelqu'un
qui vous attend fans doute ce foir avec
impatience. Je ne crains , Madame , que
de vous quitter , & fi vous le trouvez
bon , je demeurerai non feulement cette
nuit , mais tout le refte de ma vie auprès
de vous : Je me trouverois trop heureuſe,
Seigneur , me dit - elle, mais je ferois bien
fâchée de vous mettre à une fi rude épreuve
, je fçai diftinguer un difcours poli de
ceux qu'on doit prendre à la lettre ; non,
Madame, lui répondis-je, celui- ci ne vient
point
DE JUILLET 1722. 35
,
point de ma politeffe ; & puifque vous fçavez
fi bien connoître la verité , vous devez
démêler mieux que je ne fçaurois faire
moi-même ce que je penfe dans ce moment
; je vous avoiierai , Seigneur, me ditelle
, que je dois être furprife du temps que
vous avez été fans parler , car il me femble
que vous n'avez point fujet d'être timide.
Ne devinez -vous point , Madame
luy répondis- je , la raiſon qui me rendoit
ainfi mon peu d'experience m'empêche
d'en juger , & je vous ferois infiniment
obligé de me l'apprendre , la crainte de
vous dire quelque chofe là deffus que
vous n'approuveriez peut- être pas.... Je
vous entends , Seigneur , me dit- elle , en
m'interrompant , vous ne me connoiffez
point , vous vous trouvez feul avec une
femme qui vous a dit fans doute trop
promptement qu'elle vous trouvoit ai
mable , je n'avois pas eu le tems d'y faire
reflexion , vous avez fait un jugement un
peu trop leger fur une verité que je n'ai
pû retenir dans le premier mouvement
de la reconnoiffance que je devois avoir
du fervice que vous m'avez rendu ; mais ,
Seigneur , je ne fuis pas en peine avec
le
temps de vous donner meilleur opinion
de moi ; fi vous voulez bien continuer
une connoiffance que le hazard a commencée
, je fuis feure que l'eftime en fera
la fuite. Bvj- J'ay
.
36
LE
MERCURE
J'ay pour vous , Madame , luy répon
dis-je, tout le refpect que l'on doit au fexe
, lorfque l'on eft bjen né , cela nɛ
m'empêche pas d'admirer vôtre beauté ,
je pretends vous marquer mes fentimens
par ma retenue, vous reglerez mes actions,
fi
je ne puis regler ma penfée , je pren
drai foin de vous la cacher. Je veux à
l'avenir n'avoir d'autre deffein que celui
de vous plaire ; j'en fais mon unique bonheur
, en quelque lieu que vous vouliez
que je vous conduife , pourvû que je ne
vous quitte plus ; les deferts de l'Arabie
n'auront rien d'affreux pour moy.
Quoi , Seigneur , me dit- elle , fi vous
ne pouviez me voir que dans cette vieille
malure , vous y feriez avec plaifir , & vous
quitteriez pour cela le Caire & vôtre
maîtreffe ? car fans doute vous n'avez
point encore de femme à vous . Je n'ai
jamais fouhaité d'en avoir , luy répondis-
je , je ne fais aucun cas de celles qui
font publiques , & je ne compte point fur
le coeur de celles que l'on enferme après
les avoir achetées ; j'approuve fort ce fentiment
, me dit - elle ; & puifque vous avez
de la délicateffe , Seigneur , vous êtes
capable d'une vraye paffion : je ne veuxpas
cependant que vous demeuriez ici fans
en fortir ; mais j'exige de vous d'y venir
tous les jours , j'aurai foin de m'y ren
dre
DE JUILLET 1722 . 37
dre , je ferai avertie quand vous partirez
du Caire , vous ferez femblant d'aller à la
chaffe vous quitterez vos gens comme
vous faites quelquefois , vous reviendrez
& vous me trouverez ici.
fur vos pas ,
Tant que
ce commerce
vous
convien
dra il ne finira
pas ; mais
fi vous
êtes
capable
de me faire
la moindre
infidelité
vous
ne me reverrez
jamais
; je fais bien
aiſe
de vous
avertir
auffi
que
je ne bornerai
pas là ma vengeance
, & qu'il
n'y a
rien
que
je ne fois
capable
de faire
pour
Vous
marquer
combien
cette
offenſe
me
fera
fenfible
; fongez
- y bien
. avant
de me
répondre
, & de vous
engager
avec
moi
J'étois
fi perfuadé
, Seigneur
, dans
ce
moment
que
j'étois
incapable
de rien
faire
qui putluy
déplaire
, que je n'eus
aueune
peine
à luy faire
tous
les fermens
que
je crûs
capables
de la raffeurer
fur la crain
te qu'elle
me marquoit
de ma legereté
·
Nous pafsâmes la nuit en converſation ',
fans qu'elle voulut me dire fon nom , ni
fa condition , quoique je l'en preffaffe
extrêmement.
A la pointe du jour elle me dit voilà
T'heure , Abulmer , qu'il faut que vous vous
en alliez & moi auffi , conduifez- moi feu
lement jufqu'à une avenue de palmiers
qui eft devant ma maiſon , je ne veux pas
que mes efclaves yous voyent ; comme' je
puis
38
LE
MERCURE
puis difpofer de moi , je fuis libre de fortir
leule pour me promener , j'en ufe de
même tous les jours , hors hier il ne m'é-
{ toit jamais arrivé d'accident.
Elle ſe leva en difant cette parole ; je fortis
avec elle, & je la reconduifis par unpetit
fentier droit à cette allée de palmiers ,
dont elle m'avoit parlé, au bout de laquelle
j'apperçus en effet une maison qui me parut
très- belle , & que je ne pûs reconnoître
quoique la challe me menât fouvent de ce
côté- là; elle me dit , adieu , & m'ordonna
de me trouver le lendemain dans cette piramide
; elle voulut , je crois , me donner
plus d'impatience de la revoir par la défenfe
qu'elle me fit d'y revenir le même
jour , elle me dit pour les raifons qu'il
falloit donner ce jour là tout entier à ma
famille qui auroit fans doute trouvé mauvais
que j'euffe paffé la nuit dehors.
Je la quittai avec peine , je voulois la
conduire plus loin , mais elle s'y oppofa ;
je la fuivis des yeux tant que je pûs la
voir ; fi je l'avois trouvée belle à la lueur
fombre qui eft ici , elle m'éblouit au grand
jour ; fa démarche legere & la grace qui
étoit répandue dans toute fa perfonne
achevoient de me charmer.
Je demeurai quelque temps après l'avoir
perdue de vue , comme une ftatuë ,
les yeux tournez du même côté ; je repris
enfiu
DE JUILLET 1722. 39
enfin mes efprits , & je me mis à marcher
pour retourner au Caire ; mon cheval
que je n'avois pû trouver en fortant
de la piramide ſe preſenta devant moi ,
quand j'eus fait environ cent pas ; il étoit
couché au pied d'un arbre , il fe leva
comme s'il m'eut reconnu , il vint droit à
moi , & je montai deflus.
Un moment après je trouvai plufieurs
efclaves d'Achmet difperfez qui me cher
choient par fon ordre ; je leur dis que
mon cheval s'étoit rendu trop loin du
Caire pour qu'il fut en mon pouvoir d'y
retourner à pied , que j'avois trouvé
plus à propos de le laiffer repofer pendant
quelques heures , qu'enfuite j'avois
repris le chemin du Caire ; ils me crurent
& l'un d'eux fe chargea d'aller dire d'a
vance que l'on m'avoit retrouvé.
Je fus très-bien receu dans le Caire ; en
arrivant les peuples me témoignerent l'in
quietude que mon abſence leur avoit cau
fée par la joye qu'ils marquerent de mon
retour.
Mon
pere meme fit des reproches de pouffer
la chaffe jufqu'à m'obliger de coucher
dehors , je lui promis que cela ne m'arri
veroit plus ; fa reprimande fervit de prétexte
à l'inquietude que j'eus toute la
journée , je ne pouvois demeurer un moment
dans la même place; je repaffois dans
mon
40
LE MERCURE
mon efprit jufques aux moindres paroles
de la perfonne que j'avois vûë , je croyois
dans des momens que le rendez vous
qu'elle m'avoit donné pour le lendemain
n'étoit qu'un amuſement , que fe voyant
feule avec un jeune homme dans un lieu
auffi retiré que celui où nous fommes ,
elle avoit youlu me tenir dans le refpect ,
en me donnant une efperance qui me fit
remettre au lendemain , ce qu'elle avoit
peur que je ne tentaffe dans la même nuit,
fi j'avois crû ne la revoir jamais.
Le foin avec lequel elle m'avoit caché
fon nom , après m'avoir fait dire le mien ,
me rendoit fa verité fufpecte ; enfin je
paffai ma journée & toute la nuit dans des
agitations que je ne peux exprimer.
de
L'heure étant venue où j'avois accou
tumé d'aller à la chaffe , je partis da
Caire , je difperfai enſuite mes gens
façon que je me trouvai en liberté de ve
nir ici ; j'attachai mon cheval à ce pala
mier qui eft auprès de la porte , j'entrai ,
Seigneur , avec un battement de coeur
qui faifoit trembler mes jambes , & quit
me mettoit hors d'état de pouvoir avan
eer ; je fis tant d'efforts que je fis quelques
pas , & je tombai à l'endroit où j'ay
apperceu ces deux vieillards ; la perfonne
qui m'attendoit étoit ici ; elle fit un grand
cri en me voyant tomber , & vint au deyant
DE JUILLET 1722. 4X
vant de moi pour me relever.
Rien ne peut faire entendre , Seigneur,
ce que je fentis dans ce moment ; je la
trouvois contre mon efperance comme
elle me l'avoit promis , elle me donnoit
une marque de l'intereft qu'elle prenois
á moi par le cri qu'elle avoit fait en me
voyant tomber ; l'agitation de fon viſage
me montroit qu'il étoit fincere : Non , Seigneur,
on ne meurt point de plaifir puifque
je fuis encore envie ; je demeurai à fes
pieds,je les tins long -temps embraffez fans
répondre aux queftions qu'elle me faifoit
fur ma chûte ; mon tranfport étoit trop
grand pour qu'elle fut en doute de fa caufe
: toute autre chofe quel'amour , & l'a
mour le plus violent ne fçauroit faire un
fi grand effet.
Je ne vous ennuirai point , Seigneur ,
de nos converfations ; je venois ici tous
les jours , il me paroiffoit qu'elle n'avoit
aucun doute fur la verité de ma paffion ,
elle ine donnoit toutes les marques Сле
je
pouvois fouhaiter , que celle qu'elle avoit
pour moi étoit auffi vive ; j'étois par confequent
, Seigneur , le plus heureux de
tous les hommes , puifque j'étois fans
doute le plus amoureux .
Un jour comme je venois comme à
mon ordinaire ici , je m'égarai , fans роц-
voir imaginer par quel enchantement je
ne
42 LE MERCURE
ne pouvois trouver un chemin queje faifois
tous les jours.Je tournai & retournai toute
la journée fans voir cette piramide , le ſoleil
étoit fi violent que ne pouvant plus le
foutenir , & me trouvant auprès d'une
maifon , je pris le parti de fraper à la
porre , quoiqu'elle ne fut pas de ma con→
noiffance, pour demander à me repofer un
moment. Un esclave me vint ouvrir ; je
lui dis que je m'étois perdu à la chafle ,
& que ne pouvant fupporter l'ardeur du
foleil , je le priois de me laiffer entrer
dans quelque chambre de la maifon ; l'efclave
me répondit que j'étois le maître ,
que je pouvois defcendre dans une falle
baffe où il n'y avoit perfonné , qu'il auroit
foin de mon cheval ; je le remerciai ,
& lui dis que je ne pouvois refter qu'un
moment parce que j'avois une affaire
preffée au Caire.
Au Caire , Seigneur , reprit l'efclave ',
fçavez-vous qu'il y a plus de vingt lieuës
d'ici je ne crois pas que vous ni vôtre
cheval y arriviez fi ailement d'aujourd'huy
: je fis un cris horrible en attendant
ces paroles , je me jettai fur un fopha
penetré de douleur ; vous n'aurez pas de
peine à croire , Seigneur , que j'étois au
defefpoir , je croyois que c'étoit ma faute
de m'être perdu , que la perfonne qui
m'attendoit , me foupçonnoit de luy avoir
preferé
DE JUILLET 1722. 43
preferé quelque autre plaifir ; je me reffouvenois
qu''eellllee mm''aavvooiitt ddiitt que fi je luy
faifois la moindre infidelité , je ne la reverrois
jamais. Qui pourra luy perfuader,
difois- je en moi-même , que je me fuis
perdu dans un chemin que je fais tous les
jours depuis un mois ? quoique cela foiť
vrai , cela n'eft pas vrai - femblable , j'étois
dans ces triftes réflexions lorfqu'une
jeune fille très - belle , les cheveux épars ,
avec une couronne de fleur fur la tête
un habit blanc brodé de fleurs , pareilles
à celles dont elle étoit coëffée , entra avec
des rafraîchiffemens dans la chambre où
j'étois ; elle me dit en arrivant , Seigneur,
ma maîtreffe vient de vous voir entrer
ici , elle eſt dans le bain , elle m'envoye
pour vous apporter ces rafraîchiffemens
elle viendra elle même pour vous faire
les honneurs de fa maifon , en attendant
elle envoïe vous aflurer que vous en êtes
le maître .
Je luy fuis fort obligé , luy répondisje
, mais il faut que je forte d'ici dans le
moment , j'ay une affaire preffée qui
m'empêche de pouvoir profiter de l'honneur
qu'elle me veut faire : Seigneur , me
répondit cette fille , vous ne ferez pas
une fi grande impoliteffe ; je me levai
fans la regarder , & fans luy répondre
pour reprendre le chemin de la porte ,
je
44 LE MERCURË
je redemandai mon cheval à l'esclave qui
m'avoit ouvert. Comme j'entrois dans la
cour , j'apperceus la maîtreffe de la maifon
qui venoit droit à moi ; je voulus faire
femblant de ne l'avoir point vûë ; j'approchois
de la porte, comme elle m'arrêta ,
& me dit j'ay forti de mon bain , Seigneur
, pour vous voir , je me flate que
Vous voudrez bien me donner un moment
d'audiance , j'ay quelque chofe d'impor
tant à vous dire ; je luy répondis que j'é
tois très fâché d'être obligé indifpenfablement
de m'en aller , & que je ne pouvois
l'entendre ; elle m'arrêta encore , &
me dit d'un ton haut & faché : vous
pouvez fans doute ne me pás écouter ,
mais il ne dépend plus de vous de fortir
d'ici : que l'on ferme les portes , dit- elle ,
à cet efclave qui m'avoit ouvert , je veux
voir fi ce brutal mettra le fabre à la main
contre des femmes & un vil efclave : ces
paroles me firent rentrer en moi -même ,
je lui fis des excufes de mon peu de politeffe
, je l'aflurai que fi elle fçavoit les
affaires que j'avois , elle me pardonneroit.
Quelles affaires peux tu avoir à ton
age , me dit- elle ? tu ne dois fonger qu'à
l'amour ; fi c'eft un rendez- vous , on peut
te dédommager ; elle me dit enfuite beau-
сопр de chofes fort preffantes pour m'arrêter
; j'étois fi peu en état de l'entendre,
que
+
1 DE JUILLET 1722.
45
>
que je ne faifois aucune attention à ce
qu'elle me difoit ; elle s'en appercevoit ,
& fe fâchoit ; elle paffoit enfuite de la
colere à la tendreffe ; elle étoit belle , elle
parloit très-bien ; elle me marquoit une
paffion fort grande , mais rien ne pût me
retenir ; je perfiftai à luy demander en
grace de me laiffer fortir . Son vifage pâlit
, en me difant que ma cruauté la feroit
mourir , elle tomba évanouie , & à ce
qu'il me parut me parut fans connoiffance , je pro- .
fitai de ce moment là pour fortir ; je dis
à l'efclave que fa maîtreffe fe trouvoit
mal , il courut à elle pour la fecourir ; les
clefs luy tomberent des mains , je les ramaffai
, j'allai chercher mon cheval , j'ouvris
la porte , & je fortis de la maifon
fans obftacles . Quand j'eus fait environ
quatre ou cinq cent pas de toute la vîteffe
de mon cheval à qui j'avois baillé la main,
je crûs reconnoître le pays où j'étois , &
y avoir chaffé , mais il étoit directement
oppofé au lieu où je voulois aller , je pouffai
encore plus vivement mon cheval , &
j'arrivai à la nuit fermée ici , je trouvai
la perfonne qui m'y avoit attendu qui en
fortoit ; je mis pied à terre pour lui conter
mon avanture , elle ne vouloit point
m'entendre. Après beaucoup de prieres
je l'obligeai enfin à rentrer un moment ;
elle m'écouta fans me répondre . Quand
j'eus
46 LE MERCURE
j'eus achevé de parler elle me dit ; vous
m'avez fait rentrer ici , Abulmer , pour
me conter une fable ; fi vous n'avez point
d'autre chofe à me dire , je ferai aufli
bien d'en fortir ; vous fçavez ce que je
vous ai dit , fongez- y , elle fortit en achevant
ces paroles , je voulus encore la retenir
, mais elle s'échapa de mes mains
avec tant de legereté & de fubtilité que
je la perdis de vie en un moment . Je
m'en retournai au Caire dans un deſeſpoir
incroyable ; je revins le lendemain ici , je
ne l'y trouvai point , je fis plufieurs jours
de fuite le même voyage inutilement,
Comme je ne fçavois point fon nom , &
que je ne pouvois imaginer aucun moyen
de luy faire fçavoir de mes nouvelles , je
ne doutai point que je ne la reverrois jamais
. Mon innocence ne pouvoit me raffeurer
, parce que toutes les apparences
étoient contre moi ; j'en reffentis un chagrin
fi violent que je tombai très- dangereufement
malade ; je ferois mort fans
doute , s'il elle n'avoit pas trouvé le moyen ,
fans que j'aye jamais Içû comment , de me
faire trouver un billet où il y avoit ces
deux mots.
Je ne pouße pas la colere , Abulmer ,
jufqu'à la mort, fongez à rétablir vôtre
fanté , la premiere fois qu'elle vous permettra
defortir du Gaire , vous trouverez
vôtre
DE JUILLET 1722.
47
vôtre amie dans le même lieu où vous l'alliez
chercher inutilement avant vôtre ma
ladie,
Je fus tranfporté de joye d'abord ;
mais je fis enfuite des réflexions qui mẹ
firent croire que je ne devois pas m'y
abandonner ; je n'avois vû entrer dans
ma chambre que des gens attachez à mon
pere ; je m'imaginai qu'il avoit fait épier
mes actions depuis la nuit que j'avois
couché dehors , qu'il fçavoit que j'allois
tous les jours à cette piramide , que j'y
trouvois une femme , dans les premiers ;
temps que j'en fortois fort gay , que peu
de jours avant ma maladie les mêmes
gens avoient remarqué ma trifteffe , &
que je n'y trouvois plus la perfonne que
j'y voyois auparavant, qu'il avoit conclu
de toutes ces circonftances ramaffées
que c'étoit là le fujet de ma maladie
qu'il falloit me donner quelque efperance
de la revoir , ne doutant pas que ce
fût une broüillerie entre nous qui l'empêchoit
d'y venit. J'étois d'autant plus
confirmé dans cette penfée , que je trouvois
la lettre trop courte , & trop froide.
pour une perfonne qui m'avoit donné
tant de marques d'une paffion veritable .
Malgré mes raifonnemens l'efperance
prit le deffus & la fanté auſſi , je n’attendis
48 LE MERCURE
marque
dis pas qu'elle fut parfaite , je me fis mettre
à cheval trois jours après , quoique je ne
puffe quafi me foûtenir ; je vins ici comane
à mon ordinaire , je ne fus point deceu
, je trouvai que j'y étois attendu .
Mon extrême pâleur, la
d'amour
que je luy donnois , de fortir dans
Fétat où j'étois , l'attendrit , elle me fit
cent amitiez , & je revins au Caire avec
une figrande joye qu'Achmet & Almanfine
furent perfuadez , tant par ce que je
leur dis que par le changement qu'ils virent
fur mon vifage , que la chaffe étoit
abſolument neceffaire à ma fanté.
Je paffai encore quelque temps tranquillement
, j'allois tous les jours au même
lieu ; elle y étoit avant moi , & plus je la
voyois & plus j'étois amoureux. Ses dif-
Cours & fon procedé m'avoient ôté toute
l'inquietude que j'avois auparavant de ne
pouvoir fçavoir ni fon nom , ni fa condition
; quelque extraordinaire que me parut
fen opiniâtreté là deffus, me donnant d'ailleurs
tant de marques de confiance , je ne
pouvois penfer que du bien d'elle.
Un jour que je fortois d'avec elle , &
que je m'en retournois au Caire au petit
pas , mon cheval s'arrêta , & fe mit à
reculer en reniflant , comme s'il avoit eu
peur , je luy donnai un coup d'éperon
le faire avancer , il fe cabra fibruf pour
quement
DE JUILLET 1722 . 49
quement,que quoique je fois un affez bon
homme de cheval , il me jetta à la renverfe
,fans cependant me faire aucun mal ;
dès qu'il fe vit en liberté il partit comme
un trait , & je le perdis de vûë , je pris
mon parti de m'en aller au Caire à pied .
Aprés avoir fait environ cent pas je
trouvai un eſclave noir qui fe jetta à mes
pieds, en verfant un torrent de larmes :
Seigneur , me dit-il , que vôtre valeur &
vôtre generofité vous engagent à venir
avec moi délivrer une jeune Princeffe qui
eft au pouvoir d'un affieux tiran qui luy
fait fouffrir tous les jours mille maux ;
vous aurez peu de chemin à faire , elle
n'eft qu'à un mile d'ici ; je luy répondis
que je me trouvois fort heureux d'une
pareille avanture , fi je la pouvois croire
veritable , mais qu'il étoit difficile de me
perfuader qu'il fe pafsât fi proche du
Caire quelque chofe d'injufte , & de tyrannique
, fans que le Soudan en fut informé
, & qu'il en fût informé fans y avoir
mis ordre.
Il le fçauroit fans doute , Seigneur ,
me dit l'efclave , fi on avoit pû le luy .
apprendre ; mais nous ne fommes que
d'hier ici , il n'a pas encore eu le tems de
le fçavoir , nous ne demeurons tout au
plus que deux fois vingt - quatre heures
dans le même lieu ; nôtre tiran eft un genie
C qui
So LE MERCURE
2
qui tranfporte par fon pouvoir la Princeffe
& le Palais , où il la retient d'un
lieu à un autre , comme il luy plaît , depuis
qu'elle eft en fon pouvoir ; je crois que
nous avons été dans toute l'Afrique &
l'Afie , fans qu'on ait jamais ſceu où nous
étions ; il n'y a qu'une gouvernante &
moi qui foyons attachez. à la Princeffe
& l'on nous retient avec beaucoup de
précaution ; le Palais eft gardé par des
bêtes feroces qui ne laiffent approcher
perfonne. Eh ! comment avez vous pû
faire , luy dis- je , pour fortir de ce Palais ,
& me venir trouver ? Seigneur , me répondit
l'efclave , j'ay dérobé au Genie
cette nuit le fabre que vous voyez à ma
main pendant qu'il dormoit. Ce fabre a
le pouvoir d'éloigner les bêtes farouches ;
je fuis forti par . ce moyen , je me fuis
caché pendant le jour dans ce petit bois
où vos gens chaifoient. L'un d'eux m'a
affeuré que vous pafferiez par ici , & je
vous y ai attendu ; ce qu'il m'a dit de la
bonté de vôtre coeur m'a donné quelque
efpoir que vous voudriez bien venir avec
moi délivrer la Princeffe ; & je vous ai
reconnu , Seigneur , quoique vous fuffiez
à pied à l'extrême beauté dont ils m'ont
dépeint vôtre figure .
Je vous trouve trop flateur pcur être
veritable , luy dis- je , mais je ne veux pas
que
DE JUILLET 1722.
ނ
que vous me foupçonniez de feindre d'ê
tre incredule par la crainte que peut
donner une avanture auffi extraordinaire
que celle dont vous me parlez ; montrezmoi
feulement le chemin que je dois tenir,
& je le fuivrai.
L'efclave marcha devant moi fans me
répondre ; après avoir traverfé une partie
du bois dans lequel il m'avoit conduit,
j'apperceus au travers des arbres de la
lumiere ; l'efclave fe retourna & me dit :
Seigneur , voilà le Palais dont je vous ai
parlé yous trouverez à la porte des animaux
de toutes efpeces pour en défendre
Pentrée ; il eft neceffaire que je vous
donne prefentement le fabre que j'ay dérobé
au Genie , ils ne peuvent être vaincus
que par luy ; il me prefenta le fabre
en même temps , je le pris , & il acheva
de me mener juſqu'au lieu où je voyois la
lumiere ; j'arrivai vis - à- vis d'une porte
qui me parut de fer ; deux lions d'une
groffeur prodigieufe étoient couchez en
travers vis- à- vis l'un de l'autre ; je marchai
à eux le fabre à la mair , ils firent
des rugiffemens affreux , & vinrent fe
coucher à mes pieds ; l'un d'eux frapa la
porte avec fa queue , elle s'ouvrit ; un
nombre infini de pantheres , de lions , de
dragons fortirent de plufieurs petites maifons
de bois pour venir à moi , je levaile
Cij fabre
52
LE MERCURE
fabre en l'air comme pour les fraper , ils
s'abbaifferent à mes pieds comme les
lions , & je traverfai enfuite fans aucune.
difficulté une très - grande cour fort bien
éclairée par des lumieres qui paroiffoient ,
des quatre côtez dans le bâtiment qui
n'étoit que d'un étage feulement ; il me
parut d'une beauté finguliere , vis à - vis
de la porte par où j'étois entré , je trouvai
quatre marches à monter qui conduifoient
dans un falon qui me parut éclairé
de mille bougies jaunes , une porte ouverte
qui étoit oppotée à celle par où j'entrois
, me laiffa voir un appartement tendu
de noir comme le falon , & éclairé de
même ; j'entrai dans cet appartement qui
étoit fort long , je traverfai toutes les
chambres fans y trouver perfonne. L'efclave
qui m'avoit conduit avoit difparu
fans que je m'en fuffe apperceu ; j'arrivai
au bout de cet appartement lugubre dans
un autre falon qui n'étoit point tendu de
noir , il étoit éclairé par des bougies blanches
, des colonnes de marbre blanc foutenoient
la voûte , entre chaque colonne
il y avoit une niche , & une figure noire
fur un -piédeftal comme l'efclave qui m'avoit
conduit ; elles avoient toutes le fabre
à la main , mais elles n'avoient aucun
mouvement ; je m'arrêtai quelque temps
à les examiner , & les voyant toûjours
dans
30
DE JUILLET 17227 53
dans la même pofture , je jugeai qu'elles
étoient de marbre . Au bout de ce falon
il y avoit un tombeau de marbre noir ,
élevé de terre par trois marches de marbie
blanc ; au bas de la premiere marche
une vieille femme étoit affife, la tête dans
fes mains , & les coudes appuyez fur les
genoux , elle pleuroit amerement ; & quoique
j'approchaffe près d'elle , elle ne me
parut faire aucune attention à moi. Je
montai les marches qui conduifoient à ce
tombeau , je levai une couverture de drap
d'or qui le couvroit , je trouvai dedans
une femme couchée d'une beauté fingu
liere , une fléche luy perçoit le coeur , &
il en fortoit encore du fang.
Je dis en moi -même : voilà fans doute
la malheureufe Princeffe pour qui l'efcla
ve m'a demandé mon lecours , il faut
qu'il ait appris en arrivant que le Genie
l'a tué , & qu'il l'a abandonné , c'eſt ce
qui eft cauffe que je ne l'ai pas vû depuis ;
c'eft fans doute ce qui eft caufe auffi que
je fuis arrivé dans ce lieu fans y trouver
d'obft cles ; dans l'état où le Genie l'a
mis il ne fe foucie point de la garder ;
elle ne fçauroit plus luy donner de jalonfie
; je voulus luy prendre la main
pour juger à peu près du temps qu'elle
étoit morte , parce que je voyois encore
fon fang couler elle fit un mouvement
Cij
qui
$4
LE MERCURE
qui me fit juger qu'elle ne l'étoit pas ens
core. Quoique je ne dûffe pas me flåter de
Juy fauver la vie en luy donnant du fecours
, je voulus effayer de luy ôter la
fléche qui luy perçoit le coeur ; je la pris
par le bout , je la tirai de toute ma force,
& je l'arrachai ; la perfonne couchée fit
un foupir , & ouvrit les yeux. La vieille
femme qui étoit affiſe ſur le degré ſe leva
avecun vilage gay, & me cria : Courage ,
Seigneur , que vôtre valeur acheve cette
avanture ; je retournai la tête pour regarder
celle qui me parloit , j'apperceus en
même temps toutes ces figures que j'avois
crû de marbre , qui étoient defcenduës
de leurs piédeſtaux qui venoient à moi let
fabre haut , je repris celuy que l'efclave
m'avoit donné que je venois de poſer fur
ce tombeau pour tirer cette fléche ; je
m'en allai à eux pour les combattre , dans
le même moment ces esclaves armez ſe
jetterent à genoux , & me demanderent
grace. La perfonne qui étoit dans le tombeau
fe leva fur fon féant , & dit en m'addreflant
la parole : Quoi ! ce n'eft point
mon perfecuteur qui me tire aujourd'hui
du malheureux état où il me met tous les
jours ? Non , Madame , luy répondis - je
fi vous êtes en état de vous lever , je vous
fortirai d'ici avec l'aide de cette femme
qui me paroît prendre intereft à ce qui
Vous
DE JUILLET 1622 .
vous regarde ; vous êtes en Egypte , mon
pere y eft le maître , & nous ne fommes
pas loin du Caire.
Seigneur , me répondit-elle , en fortant
du tombeau d'une maniere fort legere
nous n'avons plus rien qui nous preffe ,
vous avez dû juger par tout ce que vous
avez vû qu'il y a quelque chofe qui n'eſt
pas naturel dans une guerifon auffi promp
te que la mienne. La fléche que vous m'avez
arrachée , & le fabre que vous avez!,
me tirent des mains du Genie ; vous êtes
prefentement en droit de commander
dans ce Palais , vous vous en appercevrez
même par le changement de decoration
que vous trouverez dans l'appartement
tendu de noir ; elle me prit enfuite par
la main , & repaffant par les mêmes
chambres , je les trouvai magnifiquement
meublées , & très bien éclairées par d'autres
bougies & lampes de criftal. Ma
furprife fut trop grande pour la cacher ,
elle s'en apperçût , & me dit en continuant
fon chemin : Ne foyez point furpris
, Seigneur , de ce que vous voyez ,
vous trouverez encore des chofes plus extraordinaires
dans mes avantures que je
vais vous conter , quand nous ferons arrivez
au lieu que je vous deftine pour paffer
cette nuit. J'ofe me flater que vous
voudrez bien demeurer avec moi plus
C iiij d'un
56 LE MERCURE
d'un jour. Si je vous étois encore utile à
quelque chofe , Madame , luy répondisje
, j'y demeurerois avec plaifir ; mais il
me femble que vous m'avez dit que vous
êtes fortie du pouvoir du Genie , & que
vous êtes la maîtreffe ici . Dès que vous
m'aurez fait la grace de me dire vos
avantures , je recevrai vos ordres , & je
partirai pour m'en retourner au Caire . Je
Juis dans une fituation que je ne ſçaurois
m'en abfenter, fans livrer des perfonnes à
qui je dois beaucoup , à des inquietudes
bien fondées , fi je pouffois mon abſence
au-delà d'un jour.
Il me parut à ce difcours un chagrin
fort marqué fur le vifage de la Princeffe ;
elle ne me répondit rien ; j'entrai avec
elle dans le lieu où elle avoit deffein de
s'arrêter ; elle s'affit, en arrivant , fur un
fopha , & m'ordonna de me mettre auprès
d'elle.
La vieille qui nous avoit toûjours fuivi
, fe mit à genoux devai telle , & luy
dit : Ma belle Princcffe, laiffez moi conter
vos avantures à ce geneieux Prince.
Il y a mille chofes, que vous ne luy direz
point par modeftie , que je fuis bien aife
qu'il fçache. La Princeffe ne luy répondit
point , la vieille fe leva & prononça en-.
fuite fon difcours.
La Princeffe que vous voyez , Seigneur,
DE JUILLET 1722. 57
gneur , eft fille du Roi de Congo , &
d'une Princeffe qu'il fit enlever a cauſe
de la réputation de fa beauté. Son nom
n'eft point neceffaire à mon hiftoire ; ils
ont nommé leur fille Melifienne . Son extrême
beauté vient de fa mere ; vous.
voyez qu'elle eft blanche , & que les peuples
du lieu d'où elle eft née font noirs ;
outre la beauté dont elle eft pourvûë
elle a toutes les vertus que l'on peut defirer
même au plus plus honnête homme : le
courage , l'efprit , le fecret , la droiture
T'amitié , la moderation , la generofité
toutes ces qualitez font en elle dans leur
plus grande perfection.
Le Roy fon pere qui a beaucoup d'ef
prit a toûjours reconnu en elle toutes ces
vertus dès fa plus rendre jeuneffe ; moins
en pere préoccupé qu'en habile homme
il luy a toujours confié le fecret de for
état fans referve , & ne l'a point tenue
comme les autres femmes enfermée. Elle:
vivoit au milieu de fa cour avec liberté ;
elle avoit des amies à qui elle procuroit
la même fatisfaction ; elle difpofoit qua
de toutes les graces , parce que le Roy
n'en faifoit point fans la confulter , & que:
fon avis le déterminoit toûjours ; elle less
diftribuoit avec tant de juftice & de difcerrement
qu'elle ne s'eft jamais fait un
ennemi. Il y a environ deux ans qu'ill
Cv Parug
$8 LE MERCURE
parut à la cour un homme extraordinaire ,
tant pour la figure que pour les moeurs ;
il fe difoit Prince d'une Souveraineté en
Europe ; il n'eut pas de peine à le perfuader
par la couleur de fa peau . Le Roy a
toûjours aimé cette partie du monde
parce que la Reine la femme en étoit ,;
& que la Princeffe eft blanche comme
elle. >
>
Le Roy luy faifoit des amitiez incroyables
; il fut long - temps à faire fa cour ,
& à donner des Fêtes à la Princeffe fans
fe declarer. Un jour que le Roy tenoit
un Confeil pour répondre à plufieurs Envoyez
des Royaumes voifins qui de part
& d'autre venoient luy demander du fecours
pour une guerre qui commençoit
entre eux. Le Prince entra dans la Chambre
du Confeil , & dit au Roy qu'il venoit
pour luy offrir du fecours pour celuy
qu'il voudroit favorifer , qu'il luy
fourniroit tant d'hommes & d'argent qu'il
en auroit befoin ; mais qu'il vouloit pour
ce fervice qu'il luy donnât la Princeffe ,
& qu'il luy permît de l'emmener dans.
fes Etats. Le Roy luy répondit qu'il falloit
plus d'un moment pour déliberer
d'une fi grande affaire . Le Roy leva le
Confeil , en difant ces paroles , & alla
chez la Princeffe , il luy fit le recit de ce
quele Prince luy avoit dit dans fon Confeil
;i
DE
JUILLET 1722. 59
feil . La Princeffe fut effraïée de fa, propofition
; le Prince ne lui plaifoit pas , elle
ne vouloit pas abandonner ni le Roi , ni
fon Roïaume . Elle pria le Roi qu'il trouvât
bon qu'elle parlât elle- même au Prince
pour l'éloigner d'elle. Elle ne vouloit
pas que cela attirât des affaires au Roi ,
difant qu'il falloit que ce fût un Prince
puiffant , puifqu'il avoit offert un fi grand
lecours .
Le Roile trouva bon ; elle envoïa chercher
le Prince , elle lui parla dans les termes
dont elle étoit convenue avec le Roi.
Elle fut bien furprife d'entendre un Amant
parler en maître , & la menacer des malheurs
les plus terribles , fi elle ne confentoit
à l'époufer : il lui fit valoir fa moderation
& fa retenue depuis qu'il étoit
à la Cour , les attentions qu'il avoit euës
pour lui plaire. En un mot , il lui dit tout
ce qui pouvoit lui faire peur , en cas qu'elle
le refufât , & tout ce qui pouvoit la
flatter , fi elle l'acceptoit ; mais la Princeffe
demeura ferme dans fa refolution
elle lui défendit même de paroître devant
elle. Melifienne s'enferma dans fa chambre
avec toutes les amies , elle m'ordonna
de ne la point quitter.
Nous paflâmes quelque tems à ne voir
d'hommes que le Roi , il nous apprit un
jour que le Prince avoit pris fon parti
C vj plus
60 LE MERCURE
plus honnêtement que l'on ne devoit fe
flatter par l'emportement de fon humeur,
& les menaces qu'il avoit faites dans le
commencement , & qu'il étoit enfin parti
Trois ou quatre jours après , le Roi
étant avec la Princeffe dans fa chambre,
l'endroit du plancher où étoit le Roi s'enfonça
, à peine la Princeffe & moi eûmes
le tems de nous en appercevoir , nous
nous fentîmes tranfportez en l'air , nous
perdîmes connoiffance ; & lorfqu'elle
Пous fut rendue , la Princefle ' fe trouva
dans ce Palais ambulant où nous fommes
prefentement . Ce prétendu Prince fe préfenta
devant Melifienne & lui dit : Vous
étes préfentement en ma puiffance , vos
refus ne peuvent m'allarmer , puifque rien
ne peut fortir d'ici , & que j'y fuis le
maître. La Princeffe incertaine de ce
qu'elle devoit lui dire , garda un profond
filence ; il la mena enfuite promener par
tout le Palais , il lui fit voir des richeffes
immenfes , & lui apprit fa veritable condition
: il lui dit qu'il étoit un Genie , ik
nous fit voir les précautions qu'il avoit
prifes pour la garde de la Princeſſe , &
pour lui ôter , difoit- il , route efperance
de recouvrer la liberté.
Melifienne a eu depuis qu'elle eft ici
une conduite auffi fage & auffi ferme que
le premier jour qu'elle lui parla : je crois
que
DE JUILLET 1722. 61
>
que l'efclave qui vous rencontra hier vous
aura dit qu'il lui avoit pris le fabre que
vous avez, comme il dormoit & qu'il
avoit remarqué que quand il forroit , il le
montroit feulement à ces animaux qu'il
avoit mis à nôtre garde. Il avoit fi bien
pris fon tems , qu'il avoit pu le lui ôter. Il
eft forti par le même moïen ; il faut que
vous fçachiez auffi qu'il y a quelques
jours que le Genie outré des refus de Melifienne
, fit faire l'appartement d'où vous
fortez. Lorfqu'il étoit obligé de fe retirer
le foir , il lançoit à la Princeffe cette fleche
qui lui perçoit le coeur , & m'obligeoit
à la porter entre mes bras dans le
tombeau où vous l'avez trouvée , il nous
mettoit l'une & l'autre fous la garde de
ces esclaves noirs que vous avez vûs.
Le lendemain il venoit tirer la fleche
comme vous avez fait : elle revenoit de
fa prétendue mort , & il la perfecutoit jufqu'au
foir qu'il la remettoit dans le mênie
état: difant qu'il vouloit lui faire fouffrir
une partie des maux que fa beauté lui caufoit
, puifqu'il n'avoit pas la permiffion
qu'il lui falloir pour fe fervir contre elle
de toutes les forces . La vieille finit à cet
endroit de fa narration , & je lui rendis
compte enfuite de la façon dont l'efclave
m'avoit parlé , & du parti que j'avois pris
de venir avec lui , quoique j'eaffe pen de
confiance
62 ' LE MERCURE
confiance à ce qu'il me difoit.
La Princeffe qui n'avoit point parlé de
puis que nous étions dans cette chambre,
me fit un difcours fur le pouvoir des Genies
& celui des Fées ; elle me parla auſſi
de l'obéïffance que les efprits elementaires
avoient pour elles , & du caractere de
ces efprits. Je trouvai dans ce qu'elle me
dit beaucoup d'efprit & beaucoup de connoiffance
, fort au-deffus de ce que les
femmes de fa nation ont ordinairement .
Elle m'apprit enfuite que le Genie lui
avoit dit , que s'il pouvoit entrer un homme
dans fon Palais , il feroit obligé de l'abandonner
par l'ordre du Deftin : que
c'étoit pour cette raifon qu'il avoit tant
de gens où elle étoit , & tant de bêtes farouches
pour en garder l'entrée.
La vieille me conduifit enfuite'dans
une chambre bien meublée , & me laiſſa
en liberté de repofer ; j'avois tant de chofes
dans la tête que je ne pûs dormir je
fouhaittois le jour avec une impatience extrême
pour m'en aller ; la crainte de manquér
encore une feconde fois à mon rendez
vous , & de fâcher la perfonne que
j'aimois , ne tint alerte toute la nuit . Le
jour arriva enfin , & je me préparois à
partir , lorfque la vieille entra dans ma
chambre & me dit : Seigneur , la Princefle
Melifienne m'envoie , vous prier de
lui
DE JUILLET 1722 63
lui aller dire un mot ; je fortis dans le
moment , la vieille me conduifit dans une
chambre à côté de la mienne ; je trouvai
la Princeffe fort parée ; j'avouerai franchement
qu'elle me parut plus belle au
jour qu'elle ne m'avoit paru le foir , quoique
fon appartement fut fort bien éclairé.
Elle commença une converfation avec
moi , où il me parut autant d'efprit qu'elle
m'en avoit fait voir la veille . Quoiqu'elle
ne roulât point fur des matieres
auffi ferieufes , elle avoit un tour libre &
naturel qui plaît infiniment , même dans
les bagatelles ; elle me demanda ce que je
voulois faire dans la journée : je veux
vous mener au Caire , Madame , lui ré
pondis-je , fi vous voulez bien y venir ,
pour vous confier au Soudan jufqu'à ce
que vous puiffiez retourner dans vôtre
Etat.
Quoi , dit-elle , il ne vous eft pas venu
feulement une fois dans l'efprit cette
nuit que vous pouvez paffer ici quelques
jours avec moi , puifque le Genie n'y
fçauroit revenir ?
Non , Madame , lui répondis - je , je
ne me flatte pas fi aifément ; & quelque
agreable que cette idée pût être pour moi,
comme elle cft impoffible , elle ne m'eſt
pas venuë.
Il n'y a d'impoffibilité , me dit - elle ,
que
64
LE
MERCURE
que dans votre volonté ; mais je me flatte
qu'en vous le demandant en grace , vous
ne me le refuferez pas. Je me trouvai ſi
embarraffé d'une répon'e que je n'en fis
point. Elle prit mon filence fans doute
pour un confentement ; & fe tournant du
côté de la vieille , elle lui dit : Qu'on
nous apporte des rafraîchiffemens , & que
tout le fente de l'abfence du Genie & de
la prefence d'Abulmer.
Les mêmes efclaves noirs nous fervirent
des rafraîchiffeinens ; j'entendis après une
fimphonie la plus agreable du monde
Comme j'étois inquiet de la façon dont je
lui dirois que je voulois m'en aller , elle
s'en apperçût , & me dit qu'elle étoit
étonnée qu'une mufique auffi agreable fut
entendue avec tant de diftraction .
Je pris l'occafion de ce reproche pour
fui dire naturellement ce qui m'en donnoit
; elle tomba elle-mêine dans un chagrin
inquiet : elle prit cette vieille par la
main , & l'emmena dans l'embrafure d'une
fenêtre ; & lui parla long- tems à l'oreil
le. Je voulus prendre ce moment pour
fortir, mais je trouvai toutes les portes
fermées , je revins fur mes pas pour prier
la Princeffe puifqu'elle commandoit
dans ce Palais , de me faire ouvrir ; elle
ne me répondit point , fon chagrin parut
s'augmenter ; elle fortit avec cette vieil-
,
le
DE JUILLET 17225
ES
le , & me laifla feul . Je demeurai quelque
tems à me promener à grands pas ,
murmurant contre l'injuftice de cette
Princeffe , de me retenir prifonnier après
F'avoir tirée du plus rude de tous les efclavages.
J'étois dans cette penfée lorsque cette
vieille entra dans ma chambre , & me dit
en m'embraffant : Avez - vous bien refolu ,
Abulmer , de vous en aller ? Qüi , lui répondis
- je , fi j'en ai la liberté. Quoi ! la
beauté , l'efprit de la Princeffe ne peuvent
vous retenir encore un jour , me dit - elle?
Si j'étois neceffaire à fon fervice , lui disje
, je demeurerois ; mais elle m'a dit
elle - même qu'elle n'avoit plus rien à
craindre ; & je m'en apperçois , puiſque
fes ordres font fi bien executez , que je
n'ai pas la liberté de fortir de cette chambre
par le foin que l'on a eu d'en fermer
toutes les
portes.
Le motif qui fait agir la Princeffe n'a
rien d'offenfant pour vous , me dit elle ,
vous n'étes pas affez novice pour ne vous
être pas apperçu que cette Princeffe
vous aime plus qu'elle ne veut , & plus
qu'elle ne doit : c'eft le moins que vous
puiffiez faire de lui donner quelques
jours.
que
Si ce que vous me dites eft vraí , lui
répondis - je , je ne fçaurois partir trop
tôt i
66 LE MERCURE
tôt ; je ne veux point la tromper ; je në
fçaurois répondre à fa paffion , & je ne
veux point la fortifier. Mais , me dit la
vieille : fi vous vous en allez aujourd'hui,
je vous jure que de l'humeur dont je connois
cette Princeffe , elle fe donnera la
mort ; & fi vous demeurez , je vous ai dit
qu'elle a beaucoup de courage , elle fe
guerira peut- être. Si elle eft capable de
fe guerir en fi peu de tems , lui d s- je , fon
amour eft leger , l'abfence le fera mieux
que ma prefence. J'ai entendu dire que
les années diminuoient les paffions , mais
que peu de jours fervent à les augmenter,
Prenez cependant vôtre parti , me dit la
vieille , de ne vous en aller que demain :
je vous promets que fi vous perfiftez à
partir , que vous ferez le maître ; mais
au nom de ce que vous avez de plus cher,
parlez -lui fur l'état de vôtre coeur naturellement
, ne la flattez pas , & ne paroif.
fez pas trifte , aïez pour elle cette complaifance.
Je lui promis , les portes de ma
chambre s'ouvrirent comme auparavant,
& j'entrai dans celle où étoit la Princeffe
avec la vieille qui me menoit.
Elle
parut embaraffée en me volant , &
je le fus auffi ; l'on nous fervit à manger
, & tout le refte du jour ſe paſſa ,
elle fans parler , & moi à lui parler fur le
ton que j'avois promis à la vieille.
Le
DE JUILLET 1722. 67
>
Le jour commençoit à baifler , & le
clair de la lune donnoit dans les fenêtres
de cette chambre. La vieille qui ne nous
avoit point quitté , dit à la Princeſſe : il
faut faire allumer . Allez l'ordonner , répondit
la Princeffe , la vieille fortit un
moment après la même mufique que j'avois
entendue recommença dans le jar
din. J'avois l'efprit moins agité , j'étois
fûr de partir le lendemain , j'étois con
teng de ma fincerité & de ma fidelité ;
tout cela me raffuroit fur ce que pouvoit
penfer la perfonne que j'aimois , comme
- fi elle l'avoit pû fçavoir. J'eus par cette
raifon plus d'attention à la mufique , elle
m'attendrit , & me jetta dans la rêverie ,
& dans une rêverie fort douce ; elle étoit
augmentée par le clair de lune & la pri
vation de lumiere. La Princeffe étoit fans
doute dans une rêverie à peu près pareille
; elle fit un grand foûpir ; j'y répondis
par un autres elle s'approcha fort près
de moi , nous étions fur le même fopha ,
mais loin l'un de l'autre. Auparavant elle
me dit : nous foûpirons l'un & l'autre
Abulmer ; mais la difference eft grande
dans la cauſe qui nous fait foû pirer ; je
lui répondis avec plus de politeffe que je
n'avois fait toute la journée . Abulmer
s'arrêta en cet endroit , il paffa la main
fur fon vilage pour cacher la rougeur , &
demeura
68 LE MERCURE
demeura un moment fans parler.
Il reprit enfuite fon diſcours , & dit ; Je
ne veux point , Seigneur , vous faire un
détail de ma foibleffe ; la Princeſte me
marqua une tendreffe fi vive que j'y fus
fenfible , & que je lui en donnai des marques
, quoique je ne fus point amoureux ;
mon coeur y eut moins de part que la
compaffion , qu'il eft naturel d'avoir pour
une paffion malheureufe , particulierement
lorfqu'on eft fort amoureux.
Un éclat de tonnerre ſe fit entendre
auffi- tôt le Palais , me parut en feu , je
tetournai la tête , j'apperçus des flânesfortir
des lambris & du plancher ; je crûs
que je n'avois pas un moment a perdre
pour me fauver & la Princeffe auffi. Je
voulus la prendre entre mes bras , mais
elle me repouffa avec violence . Regar
de moi , dit- elle , tu peux me reconnoître
nous fommes mieux éclairez que par
la lune.
Quelle fut ma douleur & ma furprife ! →
au lieu de la Princeffe , de trouver celle
que j'adorois & que je venois d'offenſer ;
elle me laila quelques momens dans la
furpriſe & la confufion où fa prefence me
jettoit ; & voïant que je ne parlois point,
elle prit la parole , & me dit :
Tu me vois , Abulmer , pour la derniere
fois ; juge de la grandeur de la perte
DE JUILET 1722 . 69.
te que tu fais par le pouvoir que tu me
connois : elle le précipita dans le moment
au milieu des flames. Mon premier mouvement
fut de la fuivre ou de perir ; mais
une main invifible plus forte que moi me
couvrit les yeux & m'arrêta . Lorfqu'elle
m'eut laiffé en liberté de les ouvrir , je
me trouvai au bord de ce bois dont je
vous ai parlé , que je reconnus au clair
de la lune.
Je me laiffai tomber accablé de douleur
, & j'y paffai le refte de la nuit . Je
fus tenté cent fois de me donner la mort ;
mais outre que je n'avois point d'armes,
je me reflouvins qu'elle m'avoit dit plus
fieurs fois qu'elle ne borneroit pas
fa vengeance
à me priver de la voir , je voulus
lui laiffer le plaifir de fe venger comme elle
fouhaittoir.
Le lever du foleil me tira de mes reflexions
, il falloit prendre mon parti fur ce
que j'avois à faire , puifque je n'avois perfonne
pour me donner confeil. Je ne pûs
me refoudre de retourner au Caire ; je
pris la refolution de venir ici m'enfermer,
& de me laiffer mourir de faim . Je crûs
qué ce lieu , fouvent témoin de mon bonheur
, me donneroit encore plus de remords
& de defefpoir , & qu'il avanceroit
ma mort.
J'en pris le chemin , & j'y arrivai fans
rens
70 LE MERCURE
rencontrer perfonne. Il y a plufieurs mois
que j'y fuis , & je fuis refolu à n'en jamais
fortir. Au refte , il faut , Seigneur ,
que je vous dife , que ce n'eft pas faute
de courage , fi je ne fuis pas mort comme
je l'avois refolu .
Le même foir que j'y arrivai , une voix ,
telle que celle qui caufe mon malheur ,
me dit , fans que je pûs m'appercevoir
d'où elle fortoit ; ma vengeance ne feroit
pas remplie , Abulmer , fi vôtre mort
étoit fi proche ; je vous ordonne de manger
, & je vous en fournirai les moïens .
Un inftant après il fe préfenta cette table
devant moi avec de la nourriture , &
elle fe trouva couverte le foir & le matin
, fans que je voïe perfonne qui me
ferve,
Abulmer aïant achevé de parler , Abenfai
alloit prendre la parole ; mais un bruit.
qu'il entendit auffi- bien qu'Abulmer , les
fit lever l'un & l'autre.
C'étoit Gracieufe qui avoit tiré de fa
poche une petite trompette de diamant ,
& qui avoit appellé avec cette trompette
d'un ton fort haut & fort clair trois fois
Olindine,
Gracieuſe continua après le troifiéme
appel ; elle dit venez , Olindine , recevoir
les ordres du Deftin que je vous apporte
; ils entendirent un coup de tonn
erre
DE JUILLET 1722. 71
nerre , une flâme fort claire entra dans la
pyramide : Gracieufe reprit fa figure ordinaire
, & rendit à Zulma la fienne.
Abenfaï & Abuliner furent fi furpris ,
qu'ils garderent un profond filence.
La Fée continua de parler , & dit : Le
Deftin vous ordonne , Olindine , de pardonner
à ce Prince fa faute , elle eft excufable
; les hommes ne font pas faits
d'une effence auffi pure que la vôtre . Il
faut leur paffer les défauts où le coeur n'a
point de part , de plus fon infidelité n'eft
pas veritable , puifqu'elle n'a été que pour
vous.
Il fortit de cette flâme une voix qui répondit
: elle eft auffi grande qu'elle le
peut être , puifqu'il étoit perfuadé que
j'étois la Princeffe Melifienne ; mais les
ordres du Deftin font plus juftes que mes
raifonnemens ; j'y fuis foûmife , & je n'en
murmure point. Il pouvoit même , répondit
Gracieufe , vous impofer une peine
plus rude d'avoir trompé un Prince
qui vous aime , & qu'il vous avoit donné
lui-même : vôtre hiftoire apprendra à toutes
les falamandres à ne pas hafarder leur
bonheur fi legerement , & à ne pas tenter
la fidelité des hommes .
Olindine parut en même tems aux yeux
d'Abulmer. Gracieufe à l'endroit de la
pyramide éleva un Palais ; elle ordonna
72 LE MERCURE
.
à Olindine d'y demeurer, & d'y recevoir
Abulmer , comme elle faifoit auparavant
dans la pyramide. Elle fe tourna du côté
d'Abenfaï , & lui dit : Prince , je laiffe
le foin à vôtre mere de vous tirer de l'état
où vous étes ; recevez feulement ce
prefent de moi ; elle lui préfenta en même
tems une cane , & lui dit : Cette cane
vous conduira , vous n'avez qu'à la ſuivre
, elle foulagera auffi la peine que vous
avez à marcher , toutes les fois que vous
aurez befoin de quelque chofe , enfoncezla
dans la terre , & ce que vous voudrez
paroîtra ; je fuis bien fachée de ne pouvoir
rien faire de plus pour vous préfentement.
Abulmer , pendant que Gracieufe parloit
au Prince de Tombut , étoit à genoux
devant Olindine , & lui baifoit les
belles mains avec un tranfport qui ne
fe peut exprimer. Gracieufe le fit lever
après l'avoir conduit dans le Palais ,
Elle convint avec lui qu'il feroit part de
fon avanture feulement à fon pere & à fa
mere , qu'il vivroit au Caire comme auparavant
, qu'il viendroit voir Olindine
tous les jours , & qu'il lui feroit fidele à
l'avenir . Elle ordonna auffi à Olindine
de lui rendre fon amour & fa confiance.
Olindine affura Gracieuſe qu'elle lui
obeïroit d'autant plus volontiers qu'elle
avoit
DE JUILLET 1722. 73
avoit été punie elle- même de l'épreuve
qu'elle avoit voulu faire .
Gracieufe monta dans fon char , Abenfaï
prit le chemin que la cane de Gracieufe
lui marquoir : Abulmer & Olindine
demeurerent dans le Palais .
Gracieuſe en continuant fon voïage
rencontra Agreable , elles s'arrêterent
toutes deux , & defcendirent à terre dans
une 1fle que leurs chars laiffoient à gauche
pour rentrer dans leurs terres . Elles fe
mirent fur l'herbe au bord d'un ruiſſeau ,
qui couloit dans une prairie couverte de
Aeurs entre deux rangées de grenadiers
auffi hauts que les plus grands chênes ,
& qui étoient couverts de fleurs & de
fruits.
Gracieuſe demanda à fa foeur Agreable
ce qu'elle avoit fait pour le Prince
Ormofa ; Agreable alloit le lui dire, Zulmá
l'écoutoit avec une attention , qui
marquoit l'intereft qu'il prenoit à ce malheureux
Prince , lorfqu'une mufique toute
nouvelle à Zulma par fa douceur &
Les fons fe fit entendre : il entra en même
tems dans la prairie , où ils étoient
plufieurs perfonnes de fexe different , qui
fortoient d'un petit bois au bout de la
prairie ils chantoient en choeurs cet
hymne.
D
74 MERCURE LE
O Deftin ! quelle puiffance
Ne fe foumet pas à toi ?
Tout féchit fous ta loi .
Tes ordres n'ont jamais trouvé de refiftance,
O Deftin quelle puiſſance
Ne fe foumet pas à toi ?
Malgré nous tu nous entraînes
Où tu veux.
C'est toi qui nous amencs
Tous les évenemens heureux ou malheureux,
Tu les as liez entre eux
Avec d'indivifibles chaînes ,
Par des moyens fecrets
Ton pouvoir les prepare , ts
Et chaque inftant declare
Quelqu'un de tes arrefts.
C'eft en vain qu'un mortelpleure , gemit , fou
pire ,
Un Roi voudroit en vain t'oppofer fa fierté ,
Rien ne charge les loix qu'il te plaît de prefcrire.
Ton inflexible dureté
Fait la grandeur de ton empire ,
Ton inflexible dureté
En fait la majefté ,
Quelque
DE JUILLET 2722. 75
Quelque envie que Zulma eut de fçavoir
la fin de l'hiftoire du Prince Ormofa
, il ne pût s'empêcher de demander à
Gracieufe quel étoit le peuple qu'il voïoit,
qu'il trouvoit fi beau & fi religieux ? Gracieuſe
répondit à Zulma : ces hommes
que vous voïez ne font point comme les
autres hommes , ils peuvent nous voir
comme vous les voïez ; mais avant de
vous en dire la raiſon , je crois qu'il faut
que vous fçachiez où vous étes.
Cette terre eft une Ifle inacceffible à
tous les mortels , le Deftin l'a refervée pour
la demeure des hommes , dont le travail ,
la fageffe , & le commerce qu'ils ont eu
avec les efprits elementaires leur a procuré
l'immortalité.
Il les laiffe ordinairement plus longtems
que les autres hommes fur la terre
qui leur eft commune , parce qu'il ordonne
au tems de les refpecter jufqu'à ce qu'il
lui plaife de les délivrer de leur dépouil
le mortelle , & de tranfporter ici leurs
ames dans des corps qu'il fait exprès pour
eux , aufquels il a donné tous les fens qui
font agreables , & retranché tous ceux qui
donnent aux hommes de la douleur : ils
ne font fujets à aucune neceffité humaine ;
& cependant leurs plaifirs n'en font pas
moins vifs ; c'eft une erreur très - commune
aux hommes de croire que le befoin ,
Dij par
1
7.6
LE MERCURE
par exemple , de boire & de manger auge
mente la fatisfaction d'être à table , nous
prouvons le contraire , le defir eft un befoin
qui n'a point de bornes , il manque
aux hommes la poffibilité de le pouffer
plus loin que la fatieté , & ils ne connoiffent
point l'état à qui l'experience des
hommes ordinaires a donné ce nom : vous
concevrez aisément par ce que je vous dis
le bonheur de l'immortalité , ces hommes
épurez revivent ici dans la plus parfaite
union ; ils y font tous égaux , parce qu'ils
y arrivent tous par la fageffe , qui ne fouffre
ni l'ambition , ni le divorcé dont elle
eft la fource , leur conduite eft égale
quoique leurs plaifirs foient diverfifiez
en un mot , vous étes dans le lieu de la
fuprême felicité , où vous ferez après le
nombre d'années que le Deftin vous
marqué pour demeurer fur la terre ; fi
vous continuez à meriter par vôtre conduite
les faveurs prématurées dont il vous
a honoré jufques ici .
a
Zulma répondit à Gracieufe qu'il n'avoit
befoin que de l'extrême envie qu'il
avoit de lui plaire pour le rendre parfait:
il alloit continuer , mais les deux Fées furént
apperçues par les ames bien - heureufes
qui vinrent à elles avec refpect.
Une grande levrette blanche que les
Fées n'avoient pas remarqué, vint les flatter
&
DE JUILLET 1722. 77
ter , & fe coucher devant elles avec des
plaintes qui attendrirent Zulma , un jeune
homme beau & bien-fait la tenoit en
leffe.
A M. le Marquis de ... à Avi.
gnon le 15. Fevrier 1722 .
MONSIEUR
,
Je me procurerai fouvent le plaifir de
vous écrire , puifque vous femblez vousmême
m'y inviter . Je commence à m'ennuïer
d'une prifon fi longue ; encore fi
j'étois courageux , je pourrois diffiper mon
chagrin par des promenades prudentes ;
en gardant certaines mefures , on ne rifque
rien , pourvû qu'on foit éloigné feulement
de trois pas , le venin ne peut arriver
jufqu'à nous , & pour expliquer ce
ci en Phyficien :
Les
Il émane de tous les corps ,
Par l'organe de leurs refforts ,
D'efprits je ne fçai quelle chaîne' ,
Telle qu'un amas de fourmis ,
Qui dans les guerets fe promene ,
uns crochus , les autres arrondis ,
Ils font pour la plupart voleurs , fubtils , har
dis , D iij
Les
78
LE MERCURE
Rien ne peut s'oppoſer à leur fureur foudaine?
L'air même par eux eft furpris ,
Et ne fe fauvent qu'avec peine
A travers leurs petits pertuis.
Ils ne s'écartent pas de leur vafte logis ;
Mais à peine en font- ils fortis ,
Qu'ils cherchent ailleurs un domaine
Pour y porter le venin qu'ils ont pris;
Il faut par des détours fubits
Se mettre à couvert de leur haine.
Malgré tous ces raifonnemens je n'ofe
pas fortir de ma clôture : car la peur
Queje nomme avec raiſon
Intendante de la maiſon ,
Mere de la melancolie ,
De fes froi les chaînes me lie ,
Et me rend trifte prifonnier.
Quand on m'apporte quelque lettre,
Elle monte jufqu'au grenier ,
Et dans l'effroi qui la penetre,
Elle jette un petit panier ,
Qui pend au bout d'une fiffelle ,
Puis après le tirant non fans crainte mortelle,
Elle croit voir dans lepapier
DE JUILLET 1722. 79 .
Des Bubons incivils la femence cruelle ,
Et troublée auffi- tô: d'une main qui chancelle,
Elle tient cet écrit captif pour quelquetems
Dans le fein de Bacchus à la folle cervelle ,
Aux ordres de la peur , à Dieu toûjours fidele ,
Contre l'Ecriture rebelle ,
Itrite en bouillonnant fes acides piquans.
Je fuis , &c .
kakakakakakkkkkkk
V
Lettre de M. &c.
Oici , Monfieur , la relation fidele
& exacte de l'ouverture de la femme
du fieur Planta Limonadier , demeu
rant place de Carrefour de l'Ecole à Paris
, dont on a parlé dans le Mercure de
Mai ... Cette operation fut faite par M.
Coffart Chirurgien de la Charité , de la
Paroiffe faint Germain l'Auxerrois , dans
laquelle il demeure , proche le Grenier à
Sel. Il trouva dans le ventre de cette femme
un enfant flottant fur le col de la matrice
dans environ une pinte de matiere
ou pus ; l'oeuf qui forma cet enfant felon
toute apparence , avoit échappé au pavillon
de la trompe , & n'aïant pû y entrer ,
étoit tombé dans le ventre.
D iiij
Cette
80 LE MERCURE
६
Cette femme commença à fe fentir
groffe au mois de Fevrier de l'année 1719 .
Sa groffeffe fut accompagnée des fimptômes
ordinaires d'inquietudes , de naufées,
& vomiffemens ; elle continua jufqu'au
mois de Juillet fuivant , qui étoit fon fixiême
, fans aucun accident , à l'exception
que fes regles la prenoient de tems
en tems , & que fon enfant étoit fitué un
peu plus haut , qu'il ne l'eft dans les groffeffes
ordinaires , même un peu plus du
côté gauche ; elle te fentit renuer depuis le
quatrième mois ou environ jufqu'au fi
xiéme ou feptiéme mois , & elle étoit d'une
groffeur ordinaire. Le 10. de Juillet , qui
étoit le commencement de fon feptiéme ,
elle fentit des douleurs violentes dans le
ventre , mais elles diminuerent le lende
main , & elle ne fentit plus fon enfant remuer.
Son ventre diminua de volume , ib
lui refta une dureté fous l'hipogaftre, qui
a perfeveré jufqu'à fa mort.
Deux jours après avoir reffenti ces dou
leurs violentes , fes mammelles devinrent
gonflées & remplies de lait , qu'on diffipa
par l'ufage des remedes. Pendant un
an il ne fe paffa rien d'extraordinaire ;
elle fut affez bien reglée , ayant cependant
quelques pertes de fang moderées ;
fes regles & fes pertes cefferent par une
nouvelle groffeffe , qui n'a rien eu d'extraordinaire
' DE
JUILLET 1722. 8r
traordinaire dans fon cours , & elle eft
accouché à terme & fort heureufement ;
après quoi fon ventre reprit fon diametre
ordinaire , à l'exception de la dureté qui
exiftoit toûjours . Son lait fut fi abondant,
qu'il excita la fievre , lui caufa des douleurs
vagues des tumeurs , & des tumeurs , qui cependant
fe refolvoient. Les remedes dont elle
ufa arrêterent les accidens , la tumeur ou
la dureté ancienne de fon ventre diminua
jufqu'au point qu'on ne doutoit plus que
fa guerifon ne fût prochaine , quoiqu'elle
reffentît de tems en tems des douleurs
dans le ventre qu'on prenoit pour des co
liques.
Le deuxième mois après fes couches
fes douleurs augmenterent , quoique
la tumeur diminuât ; la fievre s'y joignit
, & elle devint fiextenuée , qu'on
la croïoit ptifique : elle mourut enfin le
cinquième du mois de Mai , qui étoit le
quatrieme mois après fes couches. Elle
étoit âgée de 29. ans.
L'ouverture fut faite en la maniere a
coûtumée ; le pipleon , le mefentere , le
foye , & les inteftins furent trouvez . en
bon état , de même que les parties de la
poitrine , finon le lobe du poulmon du
côté droit dont le volume , beaucoup plus
petit que le gauche , étoit adherant aux
côtes par toute la furface.
D V
Je
82 LE MERCURE
Je repouffai les inteftins pour vifiter
les reins , les ureteres , la veffie , la matrice
; à l'exterieur de cette derniere , près
de la trompe gauche , je fentis un corps
que la matiere & la ferofité m'empêchoient
de diftinguer ; après l'évacuation
de ces matieres , je découvris que c'étoit
un enfant qui n'étoit enveloppé d'aucune
membrane , & dont toutes les parties molles
étoient prefque fondues , & pour ainfi
dire . aneanties par la fuppuration ; il en
exhaloit une odeur qu'on fupportoit à peine.
On peut croire que cet enfant étoit
le fruit de la premiere groffeffe , lequel ,
comme nous l'avons dit , n'ayant pû entrer
dans la trompe , ni par confequent
dans la matrice , étoit tombé dans le ventre
où il avoit pris fa nourriture , & s'étoit
confervé malgré la feconde groffeffe
, jufqu'à ce qu'il eût produit la pourriture
& l'abcès dont la mere eft morte .
Je fuis , &c.
Lettre de M. de ... à M... .fur
le Mercure de Paris du mois
de Mai.
J
E reçois actuellement , Monfieur ;
la lettre que vous m'avez fait l'honneur
DE
JUILLET 1722. 83
•
neur de m'écrire dattée du 9. de ce
mois. Comme je dois partir demain pour
Paris , vous me permettrez de répondre
le plus brièvement que je pourrai aux
questions que vous me faites un homine:
fur le point d'un départ a plus d'une af--
faire ; vous étes charmé du nouveau Mercure
de Paris que vous n'aviez pas eu occafion
de voir ; vous êtes en cela du goût
de tous les honnêtes gens , qui trouvent
une difference infinie de la maniere dont
on le fait maintenant , d'avec celle dont
on le faifoit autrefois. Vous me de--
mandez qui font ceux qui y travaillent.
Trois Auteurs connus par leurs ouvrages,
& d'une reputation diftinguée. Le Mercure
en de fi bonnes mains peut- il manquer
de plaire ? La devife adreffée à M ..
Chollier ,vous a fait deviner que l'Auteur
étoit à Lyon , & qu'étant encore en cette
Ville , jepourrois le connoître. Vous :
ne vous êtes pas trompé , c'eft un jeune:
Jefuite , nommé le P. de Poncy Parifien
, & très-proche parent de vôtre illuftre
ami , M. Dandrefel , Intendant de
Perpignan. Je fuis ravi que l'Ode de la
Religion , & l'Epître à Damon ait étéde
votre goût ; il y a du genie dans ces
deux Ouvrages , de l'élevation ; mais ,
comme vous dites , cela n'eft pas encore
châtié , je fuis de vôtre fentiinent ; on
D vj
peut
84
LE MERCURE
peut dire pourtant que cela promet pour
l'avenir quelque chofe de peu commun ,
s'il continue à cultiver fon talent . Le même
Pere Poncy eft l'Auteur d'une Can-
M. tate fur le fupplce de Cupidon , que
Bergiron le fils , un des plus habiles Compofiteurs
, a fait chanter au grand Concert.
Il y a fur tout quatre arietes , qui
ont infiniment plû. En voici quelques
morceaux du fecond recitatif , où les
Nimphes de Pallas fe réjouiffent de la
victoire qu'elles ont remportée fur l'amour.
Triomphez , chafte Déeffe ,
Fille de Jupiter , invincible Pallas ;
Vous avez guidé notre bras.
Que les échos difent fans ceffe ,
Triomphez , chafte Décfſe ,
Fille de Jupiter , invincible Pallas ,
ᎪᏂ ! que ne furmonte- t- on pas
Sous l'étendart de la Sageffe.
Perfide amour , nous fuïons vos
Autels ,
Nous déteftons vos trompeuſes amorces.
Frivole Deité , vous n'avez d'autres
forces
Que la foibleffe des mortels , &c.
DE
JUILLET 1722 .
8$
Et ces deux derniers recitatifs.
Craignez le charme feducteur:
Du Dieu qu'on adore à Cytheres
Il n'est jamais plus impofteur
Que lorsqu'il paroît plus fincere,
Les jardins au printemps
Ont moins de fleurs nouvelles
Qu'il n'a trompé d'amants ,
Qu'il n'a féduit de belles
Les zephirs inconftants
Emportent fur leurs ailes
Ses frivoles ferments.
Vous êtes curieux de fçavoir le nom
de ce prétendu Damon , dont il eft parlé
dans l'Epître , c'eft M. Michon le fils,
neveu du Treforier de France qui porte
le même nom , & qui eft maintenant.
Echevin de nôtre Ville. Quelque , flateur
que vous ait paru le portrait que fait
le Pere de Poncy , du jeune M. Michon,
vous n'y trouveriez rien d'outré fi vous
le connoiffiez. Il eft difficile de rencontrer
dans un homme de fon âge tant de
qualitez raffemblées , il eft ici univerfellement
aimé & eftimé.
Les trois Odes traduites d'Horace font
du
86
LE MERCURE
du Pere du Bois , je ne le connois pas
particulierement , mais j'ay oüy dire qu'il
avoit l'efprit très- délicat , & qu'il n'avoit
pas moins de genie pour les plus hautes
fciences , que pour les belles lettres , il
excelle dans les Mathematiques . Le nouvel
Adipe eft du Pere Folard ; eft- il poffible
que vous l'ignoriez ? le jugement
qu'on en porte dans le Mercure eft le
plus jufte de tous ceux qu'on en a porté.
L'Auteur du Spectateur François fe nomme
M. de Marivaux , Auteur de la Tragedie
d'Annibal , vous me paroiffez allez
content des feuilles que vous avez lûës , il
y a de l'efprit , mais le ftile en beaucoup
d'endroits me paroît gêné , il y a des
phrafes un peu obfcures , & qu'il faut
relire pour les bien entendre. Les portraits ›
en font ingenieux , & tracez par une main
habile. Je fuis , & c.
"
A Lyon ce 14. Juin 1722.
Fragment
DE JUILLET 1722. 87
XX:XXXXXXXXXXX :XX
Fragment d'une Lettre de M. B... écrite
à un de fes amis , qui peut fervir de
réponse à celle qu'on a vu dans le der
nier Mercure fur ce sujet.
A
U refte je ne fçai dequoi s'avife
l'heritier de nôtre cher ami ; il eſt
vrai que nous avons été autrefois affociez,
mais il y a plus de quarante ans que nôtre
focieté eft finie , & depuis ce temps- là
M. Palaprat & moi avons donné des pieces
de Theatre pour notre compte particulier
& fans partage , lefquelles nous
nous communiquions l'un à l'autre , com--
me amis qui fe confultent , & c'eft ainfi
que je puis avoir envoyé à Paris. Il y a
15. ou 16. ans , un canevas de l'Opiniâtre
en 5. actes , qu'on peut avoir trouvé
parmi les papiers de ce cher ami ; mais
il n'a jamais , ni travaillé , ni prétendu ,
ni pû prétendre aucune part au produit
de cette piece , qui de fon vivant , & fans
fa participation a été prefentée par vous
M. aux Comediens .
Je ne fuis pas moins furpris de ce que
cet heritier trouve mauvais , qu'on ait
annoncé l'Opiniâtre de l'auteur du grondeur,
Mrs les Comediens , && tout
Paris
88 LE MERCURE
Paris ne fçavent-ils pas que j'en fuis veri
tablement le pere ? quoique M. Palaprat
l'ait produit dans le monde , l'ait enrichi
de fes biens , & m'ait fait l'honneur de
l'adopter Ainfi que je le luy écrivis à
huy-même il y a huit à dix ans , ce qu'il
ne defavoiia point par la réponſe qu'il
me fit , que j'ay heureuſement conſervée,
& que je fis voir à M. le Duc de Roquelauree
, parce qu'il s'étoit élevé chez luy
fur ce fujet une querelle de Parnaffe qui
fut décidée par là . M. de Palaprat luymême
ne laiffa - t-il pas annoncer la Tragedie
de Gabinie , de l'Auteur du Grondeur
, quoiqu'elle fut imprimée fous mon
nom , & dediée à M. le Duc de Nouailles
d'aujourd'huy ? Les Empiriques , & Patelin
, n'ont- ils pas été annoncez de même
du vivant , & au fçû de M. Palaprat
, fans qu'il ait tiré aucune part de ces
pieces , ni qu'il m'ait cherché aucune
chicane fur l'annoncé ? Que veut donc
dire le ridicule problême de cet heritier ?
je ne veux ni partager avec luy le produit
d'une piece qui eft de moi - feul , ni
Aétrir la memoire de mon cher ami , en le
privant de la gloire d'avoir quelque part
à la production du Grondeur ; je veux
même par le refpect que j'ay pour fa me
moire avoir affez de confideration pour
fon neveu,pour ne pas dire tout ce que je
penfe
DE
JUILLET 1722 . 客噪
penfe fur un procedé fi extraordinaire, & c .
L'auteur de cette Lettre l'eft auff de
l'Important, du Muet , & de la Tragedie
d'Alba qui doit être repreſentée cette:
année. On ne peut trop admirer la fecondité
de fon genie qui à 84. ans , comme
nous l'avons déja dit, a la même vivacité ,
la même folidité , la même netteté , &
le même feu qu'il avoit dans fa jeuneffe ;
il n'eft pas furprenant qu'un homme ,
dont le merite fe foutient auffi bien , mal--
gré le poids des années , ne veüille ceder
ni partager la gloire avec perſonne .
Ceux qui ont expliqué les trois Enigmes
du dernier mois par les Mouchettes , la
Taupe , & le Chapeau, ont rencontréjufte
J
PREMIERE ENIGME.
E crois parmi les vegetaux ,
Et par une prudence extrême
Je choifis les jours les plus chauds
Pour être utile à ceux que j'aime.
J'évite l'arriere- faiſon ,
Le printemps n'a rien qui me plaife ;
Je laiffe paffer fans façon
Toue
90 LE MERCURE
Tout les frimats fort à leur aife.
J'affecte de paroître tard ,
De bonne heure je me retire ,
Parce qu'à vous parler fans fard
Le mauvais tems fait mon martyre.
D'habiles & bons ouvriers
3.-
Trouvent par moi leur nourriture
Les temples tirent leur parure
Du travail qu'ils font à milliers,
Pour le luxe le plus étrange
ls travaillent pareillement ,
Se mocquant de toute louange
Et de tout blâme également .
Je produis des biens d'autre forte
Que l'on cherche dès le matin ,
Mais de la main qui les emporte
Els terniffent le blanc fatin.
·L
SECONDE ENIGME
E feu par fon activité
Me donne ma premiere forme ,
Et le froid exceffif fait par fon âpreté
Une chofe qui m'eft pour le nom très- conforme,
Je
DE JUILLET 1722.
Je fuis fine autrement que ne l'eft un Renard ,
Tout autrement auffi qu'un Chien je fuis fidele,
Veut-on m'avoir bien naturele ,
Qu'on me fafle avec beaucoup d'art.
Un oracle fameux , un Avocat habile
Ne font point comme moi , fans ceffe confultez,
Je fuis Juge inflexible , & Juge très fragile ,
Qui fans parler jamais dis bien des veritez .
L
TROISIEME ENIGME.
'Hiftoire au prix de nous découvre
chofe ,
peu
de
Nous en faifons voir beaucoup plus ,
Notre place toûjours c'eft d'avoir le deffus
Et le feul piédeftal fur lequel on nous pofe ,
Ne fe donneroit pas pour cinq cens mille é us?
Incommodes toûjours à ceux que nous fervons,
On les voit nous ôter , & bien-tôt nous remettre?
Nôtre folide corps , qu'aifément on penetre
Peut fervir à tout fexe en toutes les faifons.
CHANSON
51
LE MERCURE
***********************XXXX *
CHANSON.
Echos, qui repetież mes tranquilles plaifirs
Aprenez un nouveau langage .
Vous ne repondiez plus qu'à mes triftes foupirs,
L'objet dé mon amour est devenu volage .
Echos qui repetiez , & c.
NOUVELLES LITERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
Hiftoire de l'Abbaye Royale de S. Gera
main des Prez, par Dom JACQUES
BOUILLART, Prêtre , Religieux
Benedictin de la Congregation de Saint
Maur.Infolio,propofee par fonfcription .
' Abbaye de Saint Germain des Prez,
L'une des plus anciennes & des plus
illuftres de l'Ordre de Saint Benoît a
été fondée peu après la mort de ce Saint
Patriarche , quoique fa Regle n'y ait pas
été d'abord obfervée. Elle eſt un monument
de la pieté & de la magnificence de
Childebert
Ju
particulierement à celle de la Ville &
Diocéfe de Paris . Plufieurs perfonnes
d'abord obfervée . Elle eit un monut
de la pieté & de la magnificence de
Childebert
DE JUILLET 1722. 93 .
L
Childebert I. fils du grand Clovis . Les
plus anciens Auteurs de l'hiftoire de France
en ont fait mention dans plufieurs endroits
de leurs ouvrages ; & ceux qui ont
écrit dans les ficcles pofterieurs n'ont pas
ômis d'en parler , fur tout lorfqu'il s'agiffoit
de la ville de Paris. Mais ce qu'ils
en ont dit n'eſt pas fuffifant pour donner
une connoiffance exacte d'une Abbaye ſi
favorifée par les fouverains Pontifes , &
fi cherie de nos Rois . Saint Germain Evêque
de Paris la choifit pour fa fepulture ,
& Dieu opera tant de miracles par fon
interceffion , au rapport de Fortunat &
d'Aimoin , qu'elle devint un Sanctuaire
refpectable aux fideles & à la pofterité.
Les illuftres Abbez qui l'ont gouvernée ,
& qui fe font fignalez par leur pieté & leur
fageffe n'ont pas peu contribué à fa fplendeur.
Plufieurs étoient du Sang Royal ,
d'autres ont été Chanceliers & Grands
Aumôniers de France , d'autres élevez
au Cardinalat & aux premieres dignitez
de l'Eglife . Elle a produit un nombre
confiderable de grands hommes. Il s'y eft
paffé quantité d'évenemens remarquables
qui ne font pas venus à la connoiffance
des écrivains du tems , & qui neanmoins
peuvent beaucoup fervir à l'hiſtoire , &
particulierement à celle de la Ville & du
Diocéfe de Paris . Plufieurs perfonnes ont
été
1
94
LE MERCURE
été furpris que l'on n'eût pas encore donné
au public l'Hiftoire de cette Abbaye ,
perfuadez que l'on y trouveroit beaucoup
de faits intereffants , dont la lecture feroit
également utile & agreable. C'est pour
répondre à leurs intentions que l'on a entrepris
de donner cette Hiftoire au public.
Pour en faciliter la lecture , l'Auteur l'a
divifée en cinq Livres , precedez d'une
Preface , où il traite de plufieurs chofes
importantes qui n'ont pû être inferées
dans le corps de l'Hiftoire. Il a commencé
chaque Livre par quelque époque
connue & celebre.
Le I. Livre comprend la fondation de
l'Abbaye ; un abregé de la vie de Saint
Germain Evêque de Paris ; ce qui s'eſt
paffé de plus confiderable fous les premiers
Abbez ; les fepultures de plufieurs
Rois & Reines de la premiere race.
Le II. commence par le facre de Pepin ,
qui affifta peu après avec Charlemagne
fon fils à la celebre tranflation du corps
de S. Germain . On voit enſuite les donations
& les privileges accordez à l'Abbaye
par Charlemagne , par Louis le Débonnaire
& par fes fils , fous le gouvernement
des Abbez Lantfroy , Wichad
Robert precepteur de Pepin & Irminon,
Hilduin fon fucceffeur qui fut élevé à la
dignité de Grand- Aumônier de France
&
DE JUILLET 1722. 95
& qui eut tant de part aux affaires de
l'Etat fous Louis le Débonnaire , fournit
une ample matiere à la narration , auffi
bien qu'Ebroïn qui luy fucceda dans fes
dignitez. On rapporte encore dans ce
même Livre les irruptions des Normans
qui ravagerent la France fous le regne
de Charles le Chauve & de fes fucceffeurs
, qui affiegerent plufieurs fois la
ville de Paris , & qui pillerent & brûlerent
l'Abbaye jufques à trois fois . On fait
une defcription exacte de ce fiege , dans
lequel les Parifiens fignalerent leur va
leur fous la conduite d'Eude , Comte de
Paris , de Gozlin & d'Eble , tous deux
Abbez de Saint Germain .
Hugue Capet , Chef de la troifiéme
race ouvre le troifiéme Livre comme reſtaurateur
de la difcipline reguliere dans
l'Abbaye de S. Germain , en faveur de
laquelle il fe démit volontairement dutitre
d'Abbé qu'il portoit , comme plufieurs
de fes predeceffeurs Rois de France
ou Comtes de Paris , pour rétablir les
Abbez reguliers . La fuite de ce même Livre
fait voir les accroiffemens de la ville
de Paris fous Philippe Augufte , & comment
elle fut environnée de murailles , de
tours & de foffez depuis la tour de Phi-
Jippe Hamelin ou de Nefle , maintenant
Le College des quatre Nations , jufques à
la
96
LE
MERCURE
la Tournelle ou la porte de S. Bernard
Ony voit enfuite l'erection des Paroiffes
de S. André des Arcs & de S. Cofme, &
de quelques autres dans le Diocéſe de
Paris , l'établiffement des Freres Mineurs
ou Cordeliers dans le territoire de S. Germain
; l'affranchiffement ou manumiffion
des vaffaux de l'Abbaye ; & ce qui
s'obfervoit dans les élections des Abbez
de S. Germain ; enfin on y parle de l'origine
& de la fuite du differend qui dura
long temps entre les Religieux de l'Abbaye
& l'Univerfité de Paris touchant le
Pré aux Clercs.
Le IV. Livre commence par le regne
de Philippe de Valois. Il y eft fait mention
de la Bulle de Benoît XII. pour la
reforme de l'Ordre de Saint Benoît ; des
affemblées ou chapitres generaux tenus
pour ce fujet dans l'Abbaye ; des differens
accords faits avec l'Univerfité ;
des fortifications faites autour de l'Abbaye
par ordre du Roi Charles V. après
qu'il eut declaré la guerre aux Anglois ;
l'élection de Guillaume III. furnommé
1'Evêque , pour être Abbé de S. Germain
; la découverte de fon corps qui perfevere
encore aujourd'hui dans fon integrité
& fans corruption .
Le V. Livre comprend ce qui s'eft paſſé
fous les Abbez Commendataires juſques
en
DE JUILLET 1722. 97.
en 1700. l'introduction de la réforme par
les Religieux de la Congregation de Chezal
. Benoît fous les aufpices de Guillaume
Briçonnet , Evêque de Meaux & Abbé
de S. Germain ; l'hiftoire abregée de
çette réforme ; fes progrez ; le commencement
de la guerre des Huguenots en
France; ce qui fe fit alors dans Paris ; les
nouvelles entreprifes des Ecoliers de l'Univerfité
contre l'Abbaye au fujet du Pré
aux Clercs ; leurs affemblées féditieufes ;
la reconciliation de l'Univerfité avec les
Religieux de S. Germain. Le féjour que
le Roy Charles IX. fit dans l'Abbaye
avec toute la Cour ; ce qui s'y paffa pour
lors ; les nouveaux troubles excitez
les Heretiques ; la retraite de l'Abbéffe
& des Religieufes de Chelles dans l'Abbaye
, & la trifte fituation où l'on étoit
pour lors dans Paris & aux environs. On
y parle des affemblées du Clergé de Fran
ce tenues dans l'Abbaye ; de la conftruction
de la maiſon Abbatiale ; des proceffions
de la Chafle de S. Germain faites
en differens temps pour les neceffitez publiques
; on rapporte ce qui s'eft paffé
dans l'Abbaye pendant la Ligue ; l'entrée
du Roy Henry IV. dans le Monaftere ;
les obfeques du Cardinal de Bourbon , de
la Princeffe Catherine de Bourbon , & de
par
Françoise d'Orleans
veuve du Prince
E- de
98 LE MERCURE
de Condé , l'origine de la réforme de la
Congregation de S. Maur , & fon introduction
dans l'Abbaye ; l'on fait une relation
hiftorique des differens établiflemens
de Communautez de Religieux & de Religieufes
dans le Fauxbourg de S. Germain
, tant de celles qui ſubſiſtent maintenant
, que de celles qui ne fubfiftent plus ;
des fondations des Hôpitaux des Incurables
, des Petites Maifons & des Convalefcens.
On y parle auffi des découvertes
de plufieurs tombeaux de Rois & de Reines
de la premiere race , & ce qu'on y a
trouvé des fondations des Seminaires de
S. Sulpice , des Miffions Etrangeres , &
du College de Mazarin , &c . La fuite fait
voir un abregé de la vie de plufieurs Superieurs
Generaux de la Congregation de
Saint Maur , & des autres Religieux diftinguez
par leur pieté & par leur fcience.
L'on fait mention de plufieurs Sacres
d'Archevêques & d'Evêques , benedictions
d'Abbez & d'Abbeffes , & autres
ceremonies. L'on y voit la Jurifdiction
fpirituelle du Fauxbourg cedée aux Archevêques
de Paris par le moyen d'une
tranfaction ; la conftruction de l'Hôtel
Royal des Invalides , la réiinion de la
Juftice de l'Abbaye au Châtelet de Paris,
& comme elle eft confervée dans l'enclos
de la même Abbaye , les fepultures de
plufieurs
DE JUILLET 1722. 99
plufieurs perfonnes de confideration inhumées
dans l'Eglife ; leurs épitaphes &
maufolées ; les donations de Reliques
confiderables faites aux Religieux de Saint
Germain , & c.
A ces cinq Livres qui forment le corps
de l'Hiftoire , l'on a joint une ample def
cription de l'Eglife , & de ce qu'il y a de
plus digne de remarque ; ce qui comprend
fous divers titres les tombeaux des Rois
& des Reines , leurs épitaphes , celles des
hommes illuftres , des Abbez & Religieux
de S. Germain, Ce fupplément eft accom
pagné de plufieurs plans & vûes de l'Ab .
baye & de l'Eglife , tant anciens que modernes
, de figures des Reliquaires , des
tombeaux & autres antiquitez , le tout au
nombre de vingt- fix planches de la main
des meilleurs deffinateurs & des meilleurs
graveurs. Enfin l'on trouvera un recueil
de titres & pieces choifies , pour fervir
de preuves à cette Hiftoire . Elles font ti
rées pour la plupart des Archives de l'Ab .
baye , où le trouvent quantité de monu
mens anciens , qui peuvent illuftrer l'Hif
toire de France . L'Auteur a crû ne devoir
pas omettre un ancien Necrologe de
l'Abbaye de S. Germain , qui commence
dès le temps de Pepin pere de Charlemagne
, comme pouvant beaucoup fervir à
rectifier les époques de la mort de plu-
E ij.
fieurs
700 LE MERCURE
fieurs perfonnes illuftres. Il a ajoûté les
anciens uſages où ceremonies de l'Abbaye,
& les exercices des anciens Religieux .
Enfin l'on trouvera dans ce Livre un car
talogue exact de tous les ouvrages compofez
par les Religieux de la Congregation
de S. Maur , qui ont été imprimez à Par
ris ou ailleurs,
Ceux qui voudront foufcrire payeront
dix livres en prenant leur Soufcription ,
& dix livres lors qu'en remettant leur
Soufcription ils retireront le Livre imprimé
en blanc.
Ceux qui voudront pareillement foufcrire
pour le grand papier payeront 15.
livres comptant , & 15. livres en retirant
leur exemplaire de grand papier en blanc.
On ne fera imprimer.qu'un très- petit
nombre de grand papier. Et fi il refte au
Libraire quelques exemplaires non foufcripts
, il les vendra il les vendra 40. livres .
Le petit papier fera vendu 30. livres à
ceux qui n'auront pas foufcrit . Ce Livre
fera imprimé fur de beau papier , & en
beaux caracteres , les planches , tant plans,
vûës , tombeaux , qu'autres fujets , ſeront
très- exactement deffinées & bien gravées.
Ce Livre paroîtra à la S. Martin 1723 .
Et le Libraire fera fes efforts pour le donner
plutôt qu'il ne le promet.
Ceux
DE JUILLET 1722 . for
Ceux qui voudront ſouſcrire auront la
bonté de s'adreffer à Gregoire Dupuis ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Couronne
d'Or , proche la Fontaine S. Benoît.
Le R. P. Dom Jacques Bouillart
Prêtre , Religieux de l'Abbaye , Auteur
du Livre , délivrera auffi des Soufcriptions
fignées de la main du Libraire , à
ceux qui voudront s'adreffer à luy.
L'on ne recevra des Soufcriptions que
jufques au premier May 1723 .
A Paris , le premier Juillet 1722 ..
CONSTRUCTION nouvelle de trois
Montres portatives , d'un nouveau Balancier
, en forme de croix , qui fait les
Ofcillations des Pendules très - petites ,
d'un Gnomon Speculaire , pour regler
jufte au Soleil , les Pendules , & les Montres
; d'un inftrument qui donnera lieu
aux Peintres de faire leurs ouvrages plus
parfaits , & autres curiofitez . Par M. l´Abbé
de Haute- Feuille . Brochure in quarto
de 16 pages , contenant une Lettre écrite
d'Orleans au mois de Juin dernier , fans
nom de Ville , ni d'Imprimeur.
Nous n'entrerons point dans le détail
des matieres que cette Lettre contient ;
mais pour faire connoître le merite &
l'application de l'auteur fur tout ce qui
E iij regarde
1ΟΣ LE MERCURE
regarde la Phyfique , les Mathematiques,
& les Mechaniques ; voici une lifte de
fes ouvrages.
OUVRAGES IMPRIMEZ
du même Auteur.
Explicationde l'effet des Trompettes
parlantes 1674 In Quarto , 16. pag.
. Factum touchant les Pendules de poche
, contre M. Hugens 1675. 20. pag.
Pendule perpetueile , & la maniere d'élever
l'eau par le moyen de la Poudre à
Canon , & c. 1678. 20. pag.
1
Defcription d'une nouvelle Lunette 、
& d'un Niveau très- fenfible 1679. 12. P.
L'Art de refpirer fous l'eau , & le
moyen d'entretenir,la flamme enfermée
dans un petit lieu 1681. 20. pag .
Reflexions fur quelques Machines à
élever les eaux , & c. 1682. 16. pag.
Invention pour fe fervir des longues
Lunettes fans tuyaux 1683. 12. pag.
Lettre fur l'ufage des Billets du Roy
dans le public 1694. 8. pag. ,
Sentiment fur le differend du P. Malebranche
& de M. Regis , touchant l'apparence
de la Lune vûë à l'Horizon 1694
8. pages.
Moyen de diminuer la longueur des
Lunettes d'approche , &c. 1697. 10. p.
Machine
DE JUILLET 1722. 103
Machine Loxodromique , &c. 1701 .
12. pages.
Balance Magnetique , & c. 1702. 10. p.
Microfcope Micrometrique , Gnômon
Horizontal , & c . 1703. 30. pag.
Deux Problêmes de Gnomonique à
réfoudre 1704. 4. pag.
Explication de la Figure pour remon
ter les Batteaux contre le courant des
Rivieres rapides , 1704. 4. pag.
Placet au Royfur les Rames , 1705.
Folio , 4. pag.
Placet au Roy fur les Longitudes ,
1709. Folio , 4. pag.
Figure des Objectifs Poliedres & Spheriques
à plufieurs Centres , 1711. L'Explication
n'a point été imprimée .
La Machine arpentante , 1712. 18. p.
La perfection des Inftrumens de Mer ,
1715. 24. pag.
Inventions nouvelles. Pendule dont le
Cadran eft rectiligne , & les heures montrées
par des Statues ou des Figures qui
fe meuvent fur un Pian horizontal , Moulin
à Girouettes , &c. 1717. 10. pag.
Differtation fur la caufe de l'Echo ,
qui a remporté le prix de l'Academie
Royale de Bordeaux , 1718. In 12. 40. P.
Deux Problèmes d'Horlogerie propo
fez à réfoudre , 1718. 4. pag .
Nouveau Siftême du Flux & Reflux de
E iiij
la
104 LE MERCURE
la Mer , Thalaffametre , 1719. 20. pag.
Le Mouvement perpetuel Magnetique,
perfection de la Fulée des Montres
1719. 12. pag .
Lettre fur le fecret des longitudes , 1719 .
12. pag.
Machine Parallactique , Horloge Elaftique
Centrifuge , & c. 1720. 16. pag.
Réponse au Memoire de M. de la
Hire , inferé dans l'Hiftoire de l'Academie
des Sciences de l'année 1717. 1720.
10. pages.
Moyens de faire des Experiences fenfibles
qui prouvent le mouvement de la
Terre , 17.20. & 1721. 12. pag.
RECUEIL des Vers Solitaires , & autres
de diverfes efpeces , citez & expliquez
dans le livre de la generation des
Vers , reprefentez en plufieurs planches.
Par M. Andri , in 4 ° . chez L. d'Houry
à Paris.
REMARQUES du même Auteur , fur
differens fujets de Medecine , principalement
fur l'orgafme dans les maladies ,
fur la faignée , la boiffon & la purgation ,
2. édition augmentée de la traduction d'une
Thefe , que
l'homme vient d'un ver. Chez
Le même.
PROJET de Réformation de la Medecine.
DE JUILLET 1722.
decine. Par M• le François , Medecin
de la Faculté de Paris , chez le même.
,
ABREGE' des bons fruits avec la
maniere de les connoître , & de cultiver
les arbres , divifé par chapitres , felon les
elpeces, Par J. Merlet , Ecuyer. 3. Edition
, augmentée de plufieurs experiences
fur le fait du jardinage , & de quantité
de nouveaux & excellens fruits , volum
in 12.
POESTES Françoifes , Latines , Grec
ques , Italiennes & Eſpagnoles. Par M.
Menage , à Paris , rue S. Jacques , chez
Delaune , huitième édition , in 12.
HEURES Canoniales , contenues dans
le Pfeaume 118. Beati immaculati , & c.
avec un commentaire tiré des Saints Peres
, & augmentées de l'explication du
Pleaume 50. Miferere , quatrième édition,
in 12. chez le même Libraire.
LES vies des Hommes Illuftres de Plu
tarque , revues fur les manufcrits , & traduites
en François , avec des remarques
hiftoriques & critiques , & le fupplement
des comparaifons qui ont été perdues . On
y a joint les têtes que l'on a pû trouver ,
& une table generale des matieres . Par
E v M
106 LE MERCURE
M. Dacier de l'Academie des Infcriptions
& belles Lettres , Secretaire perpetuel de
l'Academie Françoife , & Garde des Livres
du Cabinet du Roy , à Paris , chez
M. Clouzier , Quay de Conti , N. Goſfelin
au Palais , & A. U. Coutelier, Quay
des Auguftins , 1721. in 4. 8. vol.
Il paroît depuis quelque tems une trèsbelle
Edition des Oeuvres de Virgile
avec des explications & des notes du P.
de la Rue Jefuite , vol. in 4. de 860. pages
; elle fe vend à Paris chez les frères
Barbou , rue S. Jacques 1721.
ENTRETIENS fur un nouveau fyftême
de Morale & de Phyfique , ou la
Recherche de la vie heureufe , felon les
lumieres naturelles . A Paris , chez Jean
Boudot & Laurent Rondet , Libraires ,
ruë S. Jacques , vol. in 12. de 491. pag.
L'HISTOIRE du Theatre François ,
'dont nous avons donné le projet dans le
dernier Mercure fera fuivie d'un Abregé
de la vie des plus celebres Comediens &
Comediennes , anciens & modernes de
toutes nations , furquoi l'Auteur demande
encore des fecours aux perfonnes qui
peuvent luy en donner fur cette matiere,
pour leurs portraits , &c.
EDITION
DE JUILLET 1722. 107
EDITIΟΝ
Des Oeuvres de M. Bayle,
L
Es fieurs P. Huflon , T. Johnfon ;
P. Goffe , J. Swart , H. Scheurleer.
J. Van Duren , R. Alberts , C. Le Vier ,
& F. Boucquet , Libraires à la Haye ont
annoncé au Public une Edition entiere
de tous les ouvrages de M. Bayle , perfuadez
, difent- ils , dans leur Projet imprimé
, que toutes les perfonnes qui ont
de l'efprit & du goût , leur fçauront bon
gré du foin qu'ils prennent de raffembler
ces differens ouvrages pour les imprimer
en un feul corps in folio , & dele propofer
par foufcriptions. On a fait tous
les arrangemens neceffaires pour commencer
l'impreffion le 1. Fevrier 1723."
& l'on a pris de bonnes mefures pour
que les deux premiers volumes foient
achevez d'imprimer dans l'efpace de
quinze mois , & les deux derniers, quinze
mois après . On mettra à la tête du premier
volume une hiftoire de la vie & des
Ecrits de M. Bayle , & à la fin du quatriéme
une table exacte qui contiendra en
abregé les chofes les plus remarquables
dans tout l'ouvrage.
E vj
Conditions
108 LE MERCURE
Conditions de la Soufcription.
Tout l'ouvrage fera imprimé fur le
même papier que celui du projet publié
par les Libraires , & du même caractere.
Le prix pour les 4. volumes in fol. fur
le pied de 660. feuilles ne fera
pour les
foufcrivans que de trente florins argent
courant d'Hollande payables , fçavoir un
tiers lorfqu'on foufcrira , un autre tiers
en recevant les deux premiers volumes
& le refte en recevant les deux derniers.
On n'imprimera fur un beau & grand
papier royal que le jufte nombre d'exemplaires
pour lefquels on aura foufcrit , &
l'on n'en tirera pas un feul au delà ; le
prix d'un exemplaire en grand papier
fera de so. florins , payables à peu près
comme cy-deffus . Ceux qui n'auront
point foufciit n'auront rien de l'ouvrage
qu'après qu'il fera entierement fini , ils ne
pourront point avoir d'exemplaire en
grand papier , & ils payeront le papier
ordinaire 40. florins . On a commencé à
recevoir les foufcriptions le zo . Mai dernier
, & on continuera jufqu'au 31. Janvier
1723. paffé lequel temps on n'en
recevra plus. On pourra fouſcrire à la
Haye chez les Libraires cy- deffus nommez,
qui ont entrepris l'impreffion de cet
ouvrage
A
DE JUILLET 1722. 109
Ouvrage ; & on donnera aux foufcrivans,
en recevant leur premier payement des
quittances fignées de cinq ou fix d'entre
eux. On pourra auffi foufcrire chez les
principaux Libraires des autres Villes des
Provinces- Unies ; & à l'égard de la France
, on pourra fouſcrire à Paris , à Roiien ,
à Rennes , à Bordeaux , à Toulouſe ,
Montpellier , à Marfeille , à Aix , à Gre
noble , à Lyon , & à Dijon.
M.deVallange, qui a compofé differens
Traitez fur les Sciences, fur les Arts , fur
les Langues , & fur les exercices du corps,
vient de faire paroître deux petits Livres,
qui ont pour titre , Ortholexie Latine , on
l'art qui enfeigne à lire le Latin par regles
& par principes , & ufage de l'Ortholexie
Latine , &c. accompagnez de
plufieurs petites cartes feparées de l'Ouvrage
, & chargées de figures & d'explications
, pour inftruir agreablement la
jeuneffe. Nous ne hazırdons rien de dire
, après l'Approbation de M. de Fontenelle
, que ces nouvelles productions de
M. de Vallange , ne peuvent être qu'uti
les au public. On les trouvera à Paris ,
chez Claude Jombert , rue S. Jacques
à l'Image Notre- Dame ; chez André
Cailleau , Place de Sorbonne , à l'Ima
ge S. André ; & chez J. B. Lamefle
rue
Ifo LE MERCURE
ruë des Noyers , à la Minerve.
M. Gautier , Ingenieur du Roi , &
Infpecteur des Ponts & Chauffées du
Roïaume , a prefenté à M. le Blanc la
Carte du Dioceſe d'Alais , qu'il a levée
fur les lieux avec beaucoup de précifion .
Elle fera gravée par le fieur Nollin .
Un Auteur appliqué , qui travaille depuis
quelque tems à la vie des Poëtes
François anciens & modernes , prie les
gens de Lettres de vouloir bien l'aider des
memoires & pieces anecdotes qu'ils peuvent
avoir fur cette matiere, par le moïen
de l'adreffe du Mercure. Il donnera avec
le Catalogue de leurs Ouvrages quelquesunes
de leurs meilleures pieces , entieres
ou par extraits , & ferà graver leurs portraits
s'il peut les découvrir , fans oublier
les marques de fa reconnoiffance envers
ceux qui lui auront communiqué quelque
chofe de particulier.
Charles - Cefar Baudelot de Dairval
Avocat en Parlement , de l'Academie
Roïale des Infcriptions , & des belles
Lettres , mourut à Paris le 27. Juin der.
nier , âgé de 73. aus . Il étoit auffi re
commandable par fa grande probité , que
par fon érudition , & par la connoiffance
parfaite qu'il avoit des Antiques de toute
cfpece ; il poffedoit un très - beau Cabinet
DE JUILLET 1722. tíf
que
>
net qui étoit ouvert à tout le monde fçavant
& curieux ; il l'a donné par fon
teftament à la même Academie avec
tous les livres de fa Bibliotheque qu'elle
n'auroit point. M. Baudelot a enrichi la
Republique des Lettres de plufieurs Dif
fertations ; mais fon principal Ouvrage
eft celui qui a été publié fous ce titre , De
Putilité des voiages , & de l'avantage
la recherche de l'antiquité procure
aux fçavans , 2. vol . 12. Paris 1686. avec
beaucoup de figures . L'Auteur , qui en
preparoit une feconde édition , beaucoup
augmentée , a embraffé dans ce feul Ou
vrage toutes les matieres qui regardent
l'antiquité , & on peut affurer , qu'en le
lifant avec les difpofitions neceffaires , il
eft aifé de devenir bon Antiquaire & ha
bile voïageur . Ses Differtations imprimées
, & toutes les pieces particulieres
qu'il a lûës en public , depuis fon entrée
à l'Academie, meriteroient d'être recueillies
en un corps d'Ouvrage , qui feroit
plaifir aux fçavans , en y joignant fon
Traité entier des Actions de graces , &
quelques autres Differtations , qu'il n'avoit
encore montrées qu'à fes amis parti
culiers .
>
La fontaine minerale de Segray , près
Piviers en Gâtinois , dont les eaux ont été
reconnues depuis plus de 390. ans pour
excelTIX
LE MERCURE
> excellentes & très- efficaces contre les
maladies chroniques , a été depuis peu
bâtie par les ordres de M. le Duc d'Antin
, Surintendant des Bâtimens du Roi
& Gouverneur de la Province , fous la
conduite du fieur Aveau , Fontainier de
Sa Majefté , qui aïant trouvé le moyen
d'écarter deux fources d'eau douce , qui
fe mêloient à la minerale dans l'ancien
baffin ; a rendu ces eaux fort au- deffus de
ce qu'elles ont jamais été , & en état de
le difputer aux eaux de Forges .
ces eaux ,
Les commoditez qu'on trouve prefentement
à cette fource falutaire, doivent convier
les Etrangers à venir partager avec
tout l'Orleanois les fecours qu'elle apporte
contre les maladies les plus opiniâtres .
On connoît par le goût ferré qu'ont
& par la roüillure qu'elles
communiquent aux pierres qu'elles arrofent
, qu'elles tirent leurs vertus du mars ;
l'analyle qu'on en a fait en prefence de
M. Gouttard , Medecin ordinaire du
Roi , également connu par fa profonde
érudition , & fon heureuſe pratique , a
découvert qu'elles doivent leurs qualitez
à un fel uni par une legere portion de
terre , à quelques parties fulphureuſes
qu'elles ont détaché des mines de fer
qu'elles ont parcouru , lefquelles font fi
communes dans toute la montagne de Segray
DE JUILLET 1722. 115
gray, que pour peu qu'on creufe dans
toute l'étendue du vallon , on voit pouffer
des eaux ferrugineufes
.
Ce fel martial , qui eft le capital prin
cipe en quoi confifte l'efficacité de ces
eaux , eft du genre des fels alkali ; les experiences
qu'on en a faites ne permettent
pas d'en douter ; les changemens & les
teintures qu'elles produisent en les mêlant
avec des corps de differente nature , font
aifément juger des alterations qu'elles doivent
apporter aux differentes faveurs dont
le fang peut être vitié .
La legereté & la foupleffe qu'ont ces
eaux , & le goût qu'on leur trouve , qui
n'a rien d'âpre , de ftyptique & de mordant
, doivent s'attribuer aux parties fulphurées
volatiles , dont elles font chargées
, lefquelles par leur réunion forment
cette pellicule graiffeule & changeante.
de couleur de nacie de perle , ou plutôc
de gorge de pigeon , qu'on voit les ma
tins & les foirs fur la fuperficie du baffin
, & qui fe trouve toûjours , & en tout
tems , en grande quantité dans la circonference
de la foupape.
Outre la fluidité que ces eaux donnent
au fang & aux liqueurs , qui doivent parcourir
les parties folides qui nous compofent
, elles rendent les fibres fouples &
pliantes , & mettent leur reffort au point
où
1f4 LE MERCURE
où il doit être pour une libre circulation
elles font éprouvées par une longue fuite
d'experiences pour les eftomacs farcis de
glaires , les pâles couleurs , les jauniffes ,
icterities , diarrhées , coliques , dyffenteries
, hydropifies naiflantes , duretez , &
ſchirres au foye , & à la ratte , fuppreffion
de menftruës , fleurs blanches ; gos
norrhées , vapeurs tant hyfteriques qu'hypocondriaques
, vertiges , dyluries ou ardeurs
d'urine , coliques nephretiques ,
douleurs de reins , dont elles chaffent auffi-
bien que de la veffie , les glaires , fa
bles & pierrettes , maux d'eftomac , dégoût
, perte
, perte
d'appetit
, appetit
dépravé
,
embarras
des premieres
voyes , obftruc→
tions des vifceres
, ébullitions
, dartres
,
demangeaifons
qu'un fang chargé
de fels
trop acres a coûtume
de caufer ; elles gueriffent
les maladies
que
l'épaiffeur
& la
glutinofité
du fang occafionnent
. Plufieurs
y ont trouvé
la guerifon
de rhumatifmes
qui avoient
refifté aux
fudorifiques
& aux refolutifs
les plus
fpécifiques
; enfin
, on ne peut s'imaginer
les effets
merveilleux
qu'operent
tous les ans ces eaux
bien-faifantes
, dans la cure des maladies
les plus
extraordinaires
& les plus invincibles.
Nouvelle
DE
JUILLET 1722. 11§
Nouvelle invention d'Inftrumens de Ma
thematiques juge utiles au public par
M
Mrs de l'Ac . R. des Sc.
R du Val a trouvé le moïen de
divifer la circonference du cercle
en degrez , minutes & fecondes , mar
quées d'une en une geometriquement ,
fenfiblement , & fans confufion , quoique
le cercle foit petit.
Cette divifion donne la facilité de
prendre exactement toutes fortes d'angles
fur un plan horiſontal , vertical , &
oblique .
L'Auteur affemblant des cercles , a
compofé une machine , qu'il appelle fphe
rule , ou compas trigonometrique , par laquelle
il imite & mefure les mouvemens
celeftes.
છે
Cette machine donne les moïens de la
mettre parallele à la ſphere du monde , à
l'aide de deux points connus au Ciel , &
elle verifie ces points qu'on a fuppofez
être connus.
Etant parallele à la ſphere du monde .
elle indique les points d'Orient & d'Occident
, le plan du meridien , la latitude
du lieu , & l'heure aftronomique des aftres
qu'on obferve. Elle
f16 LE MERCURE
Elle porte des lunettes pour
& couper les objets éloignez .
découvrit
Elle indique la declinaifon des aftres ,
& leur difference afcenfionnelle .
Elle indique l'écliptique , & la longi- -
tude avec la latitude des aftres.
Elle fert de cadran univerfel , à faire
& à verifier les cartes celeftes & terreftres
; à verifier la bouffole , à faire & à
verifier toutes fortes de cadrans ; à lever
toutes fortes de plans ; elle fert à touté
obfervation mathematique.
も
L'Auteur en a le privilege du Roi exclufif
, on en trouvera chez lui de toutes
fortes de manieres , grandes & petites . II
demeure rue de l'Hirondelle , à l'Aigle
de pierre , à Paris.
On apprend de Londres que le Docteur
Willon reçoit actuellement des foufcriptions
pour lever une fomme de 600. liv .
fterlin , pour employer à faire l'experience
de fes aiguilles aimantées , qui ont
trois ou quatre pieds de long , fur une
vingraine de Vailleaux Marchands , qui
iront faire des voïages de long cours , &
dans des mers fort éloignées les unes des
autres. Le Docteur prétend , que fi l'experience
des aiguilles aimantées répond
fur mer à celles qu'il a faites fur terse
, on aura trouvé le veritable fecret de
fixer
DE
JUILLET 1722 17
fixer les longitudes par la découverte du
Lieu où eft le pole de la maffe de la matiere
magnetique , qui eft dans les entrailles
de la terre. Le Roi d'Angleterre a , diten
, donné cent guinées pour cette en,
trepriſe. Le Prince & la Princeffe de
Galles ont pareillement contribué , de
même que quelques Seigneurs , & autres
perfonnes de diftinction.
On mande de Bafton , Ville de l'Amerique
Septentrionale , dans la nouvelle
Angleterre , près du Cap Aune que
tous ceux à qui on avoit fait l'inoculation
de la petite verole , en mouroient , &
qu'elle caufoit une fi grande infection
que les plus proches parens mêmes n'ofoient
en approcher. On a remarqué d'un
autre côté , que prefque aucun de ceux
qui l'avoient naturellement , n'en mous
roit ; de forte qu'on avoit ceffé cette ope
ration .
On nous mande de Lifbonne , que
dans une conference qu'eurent les Academiciens
de l'Hiftoire de Portugal le
30. du mois d'Avril , le Pere Dom Manuel
Caetano de Soufa , ci- devant Directeur
de l'Academie , fit un diſcours trèséloquent
, pour remercier le Roi de l'ho
norable Privilege que Sa Majeté Portugaile
118 LE MERCURE
gaife avoit accordé aux Academiciens
en leur permettant de publier leurs Ouvrages
fans Approbation des Cenfeurs or
dinaires des Livres , pourvû qu'ils fuffent
approuvez par un des Cenfeurs de l'Academie.
Le Pere Lucas de Sainte Catherine ;
l'Ingenieur Major Manuel d'Azeridefortes
, le même Pere Manuel Castano de
Soufa , le Comte Villar- Mayor , Martin
de Mendoza de Pina , rendirent compte
de leurs écrits. Le Pere Michel de Sainte
Marie rapporta hiftoriquement les
noms de tous les Officiers de la Maifon
du Roi Dom Edouard .
,
Le 8. de Mai les Religieux de l'Ordre
de faint Benoît , tinrent leur Chapitre
general dans le Monaftere de Timaens
& le Pere Antoine de faint Laurent , reconnu
depuis long- tems pour un homme
d'un merite très-diftingué , fut élû Genepar
le concours unanime de tous les
fuffrages .
ral
A la requête de François Perciva
de Silva - Pacheco , Seigneur de Tranfimil
, en qualité de Prieur , du Tiers Or
dre de Nôtre- Dame du Mont Carmel ,
nouvellement érigé en la Ville de Foro ,
par Antoine de Pereira de Silva fon oncle
, & Evêque de l'Algarve , le Roi a
accordé aux Confreres dudit Ordre , la
per
DE JUILLET 1722. 119
•
permiffion d'établir une Foire franche
qui durera depuis le 16. Juillet juſqu'au
18. dans l'endroit où leur Eglife eft fituée
, & d'appliquer le revenu qu'elle
produira aux Oeuvres pies dudit Ordre,
On efpere qu'elle fera une des plus celebres
de tout le Roïaume d'Algarve,
L'Academie problematique de Setubal
emploïa fa Conference du 31. Mai , à
examiner, fi un faux ami eft plus à crain
dre qu'un ennemi declaré. Les Docteurs
Jerôme- Alphonfe Botelho , & Clement-
Rodrigues Montanha , fe diftinguerent
par leurs Differtations fur les deux parties
de cette propofition . On lût enfuite
des vers fur les actions heroïques de Dom
François d'Almeyda , premier Viceroi des
Indes , qui fut cruellement maffacré par
les peuples du Cap de Bonne Efperance ,
Nous avons oublié de dire dans le Mercure
de Juin , que l'Infante alla quelques
jours avant fon départ pour Verfailles
à la Monnoïe des Medailles , pour y voir
la magnifique toilette que le Roi fait faire
pour cette Princeffe , fur les deffeins,
& fous la conduite de M. de Launay ,
Directeur de cette Monnoïe , & de l'Orfevrerie
de S. M. L'Infante étoit ac
compagnée de Madame la Ducheffe de
Ventadour fa Gouvernante , & de Ma-
+
dame
120 LE MERCURE
dame la Princeffe de Soubize. Elle vid
frapper plufieurs Medailles de differente
grandeur , de celles qui ont été faites
pour fon arrivée. Après elle fut conduite
dans la Galerie où l'on conferve les poinçons
& les quarrez du Roi , & paffa de
là dans un Cabinet , où toutes les pieces
qui doivent compofer la toilette , étoient
rangées , quoiqu'il y en eut plufieurs qui
ne font pas encore tout- à- fait finies , mais
c'étoit pour faire voir le tout. L'Infante
trouva dans un autre Cabinet quantité de
curiofitez qui l'amuferent fort. En fortant
M. de Launay lui préfenta les Médailles
qui avoient été frappées en fa prefence
& elle les diftribua aux Dames de fa fuite.
Quand cette fuperbe toilette fera entierement
achevée nous en donnerons
une deſcription exacte .
و
Lefieur Raoux , Peintre de M. le Prince
de Vendôme , de l'Academie Roïale
de Peinture, natif de Montpellier ,vient de
faire par ordre de S. A. un affez grand
tableau , extrêmement riche & varié , dont
le fujet eft Telemaque dans l'Ifle de Callipfo
après fon naufrage. Nous ne pouvons
rien dire de plus avantageux pour
l'Ouvrage & pour l'Auteur ,finon que M.
le Prince de Vendôme a preſenté ce tableau
à Monfieur le Duc d'Orleans , &
que
DE
JUILLET 1722. 127
que S. A. R. l'a reçû avec éloges , & l'a
fait placer dans fon grand appartement au
Palais Roïal.
L'habile Peintre , qui s'eft entierement
conformé à l'Ouvrage de M. de Cambray
, pour ce qui regarde cet endroit
des avantures de Telemaque , a choiſi
l'inftant que ce Prince raconte à Calipfo
ce qui lui cft arrivé de remarquable
depuis qu'il cherche Uliffe. La Déeffe
eft fur le devant du tableau , affife fur un
fiege de gazon , couvert d'une peau de
Panthere ; elle.regarde Telemaque , &
l'écoute avec une attention , qui marque
l'interêt tendre qu'elle commence à
prendre
en lui. Telemaque eft vû de profil
dans une contenance noble & refpectueufe.
Mentor eft entre les deux , un peu
derriere, du côté de Calipfo. Il a les yeux
fixez fur Telemaque , & femble le
der avec une efpece de feverité mêlée de
douceur. Le caractere de divinité , exprimé
fur le vifage de ce vieillard venerable
, imprime du refpect & de l'admiration
. On voit Eucharis derriere Calipfo.
Elle est très- attentive aux recits de
Telemaque , & par l'expreffion que le
Peintre a fçû mettre dans fes yeux , &
fur fon vifage , on penetre les premiers
fentimens de fon coeur pour le Prince ,
en qui elle commence à s'interefler, Voi-
F
regarlà
122 LE MERCURE
là le groupe dominant , & comme le
noeud & le fujet principal du Poëme.
Paflons aux Epifodes , & aux ornemens
de la Scene.
Leucothoé placée du côté de Calipfo,
vers la premiere ligne du tableau , impoſe
filence par un gefte à une autre Nymphe
qui veut lui parler. Une troifiéme Nymphe
termine le groupe du côté de Tele
maque.
›
Ce qui fert de fond à cette magnifique
ordonance , eft une grotte qu'on voit
à la droite du tableau . Elle eſt formée
par
une voute obfcure & profonde , dont
l'entrée eft ornée par des vignes , des
fleurs des fruits , & des coquillages.
L'enfoncement eft éclairé par un jour
échappé , qui fait appercevoir des Nymphes
, dont les unes font occupées à preparer
le repas ; les autres apportent des
fruits , d'autres encore preparent la table
du feftin , & dreffent le buffet orné de
quantité de vafes.
Une chûte d'eau qui fe précipite de
fort haut à gros bouillons , forme un
ruiffeau au pied de la grotte.
›
Dans une échapée de vûë à la gauche
du tableau on découvre la mer encore
agitée de la tempête , le vaiffeau de Telemaque
brifé fur le rivage , des mâts , des
rames , & autres débris encore battus par
les
DE
LA
LYON
BIBLI
F
VILLE
XII
A DEA
JACT
REPTUM
TALI
LI
SE
LUSTRAND
I.B.
M.DCC.XIX
UDOV
XIV
FOVETIM
PTA
IS
INUNO.
DUM SUAM NUMISM
FABRI
O.V.
PIGNUS.
DE
JUILLET 1722. 123
les flots . L'intervale qui eft entre la grotte
& le lointain eft interrompu par des arbres
chargez de differens fruits , que des
Nymphes cueillent.
SUITE DES MED AILLES DU ROY,
avec l'explication des Types &
Legendes.
MEDAILLE XII,
Cette Medaille à été frapée fur le même
fujet que les deux précedentes , c'eftà
-dire , fur les progrès que le Roi fait.
On voit à la face droite , la tête de Louis
XV. avec l'infcription ordinaire , & au,
Revers , Minerve , avec les attributs des
Sciences & des Arts , inftruifant le Roi.
Legende. TALI SE DEA JACTAT
ALUMNO. Cette Déeffe fait gloire d'avoir
un tel Eleve . Exergue. 1719.
XIII.
3
LA PRISE DE FONTARA BIE . D'un
côté la tête de Louis XV , avec l'infcription
ordinaire . Revers , la France foulant
aux pieds un bouclier aux armes de
Fontarabie & préfentant un rameau
d'olivier à l'Espagne . Legende , PACIS
FIRMANDÆ EREPTUM PIGNUS ; gage
Fij enlevé
s
124 LE MERCURE
enlevé pour l'affurance de la paix. Exer
gue. FONTARABIA CAPTA . XVI. Junii
M. DCCXIX .
XIV .
LA MONNOYE DES MEDAILLES
ISITE'E PAR LE ROY. On voit d'un
côté la tête de Louis XV. avec l'infcription
ordinaire . Au Revers , le Soleil
dans le Signe du Lyon . Legende , Lus-
TRANDO FOVET ET RECREAT. Sa
vifite anime & donne de la joie. Exergue,
DUM SUAM NUMISMATUM FABRICAM
INVISERET. Lorfqu'il vifitoit fa
Monnoye des Medailles. M. DCCXIX ,
X V.
L'INSTRUCTION DU Ror . D'un
côté la tête de Louis XV. avec l'infcription
ordinaire . Revers , Le Roy entre
Mars & Minerve , & pour Legende ces
mots de Virgile , STAT CURA OMNIS
IN UNO. Tous les foins font pour lui
feul. Exergue. M. DCCXX.
SPECT
DE JUILLET 1722. 117
SPECTACLES.
Lufieurs perfonnes qui ont lû avec
P plaifir le projet de l'Hiftoire du
Theatre François , & qui ont marqué en
attendre l'execution avec impatience ,
ont été furpris avec raifon , de voir qu'on
ne doit parler que de la reprefentation
ou execution des pieces , &c. Mais l'Auteur
que nous avons confulté , nous a dit ,
que le projet n'étoit defectueux à cet
égard , que parce qu'il deftinoit à mettre
dans un autre corps d'Ouvrage
dont nous publierons le projet le mõis
prochain , tout ce qui regarde les Poëmes
Dramatiques , avec des extraits
fommaires , leur critique & c . Cependant
pour fatisfaire au goût que le public
fait paroître , l'Auteur de cet Ouvrage
donnera dans l'Hiftoire du Theatre
François des catalogues exacts de toutes
les Pieces qui ont été reprefentées fur
C
les divers Theatres de Paris & des Provinces
, avec quelques remarques fur lear
fuccès ou leur chute , & le tems , & les
circonftances particulieres dans lefquelles
elles ont paru.
Le Pere Follart Jefuite , qui a donné
Fiij la
126 LE MERCURE
la Tragedie d'Edipe , dont nous avons
parlé dans plufieurs Mercures , doit faire
imprimer une autre Piece , intitulée
Agrippa . C'est l'Agrippa que Tacite appelle
Pofthume , & que Tibere facrifia à
fa fureté & à fon ambition . Cette Tragedie
n'enrichira point la Scene Françoife
, fi connue dans la premiere , le P.
Fellart prend la précaution de faire défendre
dans le privilege à tous Comediens
de la reprefenter.
On parle beaucoup d'une nouvelle Tragedie
d'Edipe qui doit paroître , fans
qu'on en fçache l'Auteur.
Les Comediens du Roi ont reçû une
Comedie en trois Actes , en vers, avec un
Prologue, intitulée les Noces de Gamache,
par M. Gautier. Ils ont auffi reçû la
Tragedie d'Alba , de l'Auteur de l'Opiniâtre.
Et en dernier lieu , une autre Tiagedie
, intitulée Nithetis de M. Dauchet ,
de l'Academie Françoife. Nous avons une
Tragedie fous ce titre , de Madame de
Ville Dieu, auparavant M des Jardins .
Le fieur de la Torilliere fils , qui
avoit été reçû dans la Troupe Françoife
, & qui n'avoit pas encore parû
vient de jouer le rôle de Xiphares dans
Mithridate , & a été applaudi .
L'Academie Roïale de Mufique a remis
la reprefentation du Mardi au Jeudi,
depuis
DĚ
JUILLET 1722 . 127
depuis que la Cour eft à Verfailles.
Les Fêtes de Thalie , Ballet, attirent toûjoursun
très- grand concours ; & quoiqu'on
y regrette les Dc Journet , Heufé & Pouf '
fin , leurs rôles font fi bien remplacez par
les Des Antier, Minier & Tulou , que cet
Opera fait tout le plaifir imaginable . It
eft étonnant de voir comment la premiere
entre dans fon rôle comique de Soubrette
qu'elle a hazardé , & qu'elle a
joué pour la premiere fois fur ce Theâtre
, où elle jouie ordinairement fi parfaitement
le grand Tragique avec tant de
fuccès. La Dile Minier le diftingue dans
le rôle de la petite fille par fon air de
jeuneffe , fon goût de chant , & fon enjouement.
Dans le Ballet le public rend
juftice à la Dile Prevoft , & au fieur Dumoulin
le jeune , qui fe furpaffent tous
deux , fur tout dans la Bergerie.
Fij
MEMOIRE
1 128 LE MERCURE
MEMOIRE
Pourfervir à l'histoire du Theatre
François , & aux recherches
de l'origine des Spectacles en
France.
FChateau de Souliers dans la Provin
Rançois Triftan l'Hermite , né au
ce de la Marche , avoit une Charge de
Gentilhomme ordinaire près de Gaſton ,
Duc d'Orleans. Il prétendoit defcendre
de Triftan l'Hermite , qui étoit Grand
Prevoft de Louis XI . Il fut élevé jeune
Garçon chez Scevole de Sainte Marthe.
Depuis ce tems- là on a vû de fes Poëfies
imprimées , & l'on peut juger de fon
genie par fa Mariane . Le jeu étoit fa
paffion dominante , & il y perdoit tout ce
qu'il pouvoit hazarder. Il a reçû à diverfes
fois de M. le Duc de Saint Aignan
mille piftolles , & n'a pas trouvé
dans cette fomme dequoi fe faire un habit
honnête .
Cette paffion du jeu étoit fi grande que
dès la jeuneffe elle l'avoit jetté dans des
embarras , dont il ne fe feroit pas tiré
facilement
DE JUILLET 1722. 12
›
facilement , fi fa vivacité ne luy en avoit
fuggeré les moyens. Un jour que fon
maître étoit malade , il luy perfuada que
la tranquillité qui regnoit dans fa chambre
étoit peut -être caufe de fa triſtelſe ,
& que pour y donner quelque remede
un oifeau de prix foulageroit fon inquietude
; que s'il vouloit une perſonne
luy en avoit propoſé un qui le divertiroit
extrêmement & qu'il en feroit quitte
pour dix piftolles. Son maître les luy
donna. Etant fur le point d'executer fa
commiffion , il rencontra par malheur
trois ou quatre Pages de fa connoiffance
qui joüoient aux dez fur les degrez d'une:
grande porte. Il fut quelque tems à les
confiderer fans vouloir jouer. Mais la tentation
fut fi forte qu'elle vint à bout de
vaincre fa- réfiftance ; il s'imagina qu'il
gagneroit , ou que du moins il fe retireroit
du jeu quand il auroit perdu là moitié
de fon argent ; mais il ne fit ni l'un
ni l'autre : Je jouai , dit- il , dès le commen-
» cement avec crainte , & après avoir per-
» du une partie de mon argent , je voulus
combattre mon malheur avec une obftination
qui me fir perdre l'autre , fi bien
de la rançon de la Linote prétenduë,
je ne me vis plus que deux quarts d'écu ,
que j'empruntai fur mon dernier refte..
Ainfi gros de douleur , rouge de honte ,
que
Fy &
130
LE MERCURE
& fans fçavoir à quoi fe réfoudre , il courut
chez un Oifeleur qu'il trouva , ayant
fur fon épaule un filet plein de Chardonrerets
, & de Bruyans , parmi lesquels il
rencontra une affez belle Linote qu'il eût
pour trente fols avec la cage. Je revinsauffi
- tôt au logis , ajoûte- t- il , & prenant
un vifage plus gay que n'étoit mon ame ;
j'expofai hardiment ma Linote fauvage
aux yeux de mon maître , qui ne fut pas
peu réjoui d'apprendre de moi , que j'avois
furmonté mille difficultez pour luy
avoir cet animal incomparable. On ferma
auffi- tôt toutes les fenêtres de la Chambre,
& on flt retirer tout le monde , afin
d'affurer ce petit oifeau. Le Page trouva
facilement des excufes pour fon filence
le premier jour qu'il l'apporta ; mais
quand on l'eût veu muet deux ou trois
jours , il n'y eût plus moyen d'excufer ce
même filence. Triftan faifoit mille voeux
fecrets au Ciel , afin qu'il luy déliât la
langue , mais nul ramage ne donna des
marques de fa rareté. Le maître ennuyé
de ce filence , luy dit un jour en le regardant
: que veut dire cela , perit Page, vôtre
Linote ne dit mot ? il luy répondit ingenuëment
, M. je vous réponds que fi elle
ne dit mot , elle n'en pense pas moins..
Cette réponſe pour un enfant qui n'avoit
qu'onze ou douze ans , parut fi fpiri
tuelle
DE
JUILLET 1722. 131
tuelle , qu'elle fit rire tous ceux qui l'entendirent.
Triftan rapporte luy - même
cette petite hiftoire dans fon Page difgracié
, qui eft celle même de toutes les
difgraces affez ordinaires aux courtilans.
Je donnerois ici un extrait de ce Livre ,
fi Bayle ne m'avoit prévenu ; nommer cet
illuftre critique , c'eft faire l'éloge de fon
Dictionnaire , & le titre de cet ouvrage
fuffit feul pour ne rien trouver d'agreable
à dire après luy. Il a cependant omis un
fait qui paroît affez rifible . Un officier
amoureux s'étoit enfermé deux jours &
deux nuits dans une cave , & avoit brouillé
deux mains de papier pour mettre au jour
des vers , aufquels il donnoit le titre d'Ode.
Ma Clʊrie , ma Clorie
A qui j'ay donné mon coeur
Je ferai toute ma vie
Vôtre très humble ferviteur.
Des deux volumes du Page difgracie
on tireroit dequoi inftruire iuffifamment
fur la genealogie & la vie de Triſtan , f
le fujet n'en étoit trop long , & peu intereffant.
Ils meritent cependant d'être lûs
par rapport à quelques ancedotes qui re
gardent des perfonnes d'une haute dif
tinction , à qui il touchoit de près du côté
de la naiffance & de fes emplois.
F vj
Ce
132
LE MERCURE
1
Ce qui a davantage diftingué Triſtan
à la Cour eft un nombre de pieces de
Theatre qui ont paffé pour les plus excellentes
de fon tems . La Mariane Tragedie
fe voit encore de nos jours fur ce
pied là , & la gloire que Polieucte a acquis
à Corneille , n'empêche pas les critiques
, d'en rejetter une partie fur la piece
de Triftan. Le P. Rapin * a remarqué
que quand Mondori joüoit la Mariane au
Marais , le peuple n'en fortoit jamais
que refveur & penfif , faifant refléxion à
ce qu'il venoit de voir , & penetré en
même tems d'un grand plaifir , en quoi
on a vu un petit crayon des fortes impreffions
qui faifoit la Tragedie Greque. Cette
Tragedie eft dediée à Monfieur le Duc
d'Orleans , frere du Roy , à qui il adreſſe
encore cette belle Ode qui commence par
ce vers ,
Ingrate caufe de mes veilles , & c.
Panthée fuivit de près la Mariane ; à peine
peut-on s'imaginer , dit Triftan , qu'il y ait
allez de matiere en l'avanture de Panthée
pour faire deux actes entiers . C'eſt un
champ fort étroit & fort fterile , qu'il ne
pouvoit cultiver qu'ingratement. Auffi
n'eut été quelque fecrette raifon , ajoûte-
t-il , j'euffe pris un plus favorable ſujet
pour donner une four à Mariane . Ve
* Ref. fur la Poëtige
ritablement
DE
JUILLET 1722.
137
€
ritablement il faut avoüer
que nonobftan
les avantages que la jeuneffe peut donner ,
l'aînée a plus de beauté que la cadette ,
& qu'il s'en faut quelque chofe que cetté
production de mon efprit ne merite autant
d'applaudiffemens que la premiere.
La Tragedie de Panthée s'eft fentie da
funefte coup, dont le Theatre du Marais.
faignoit encore. Il eft aifé de deviner que
e'eft de l'accident du celebre Mondory
qui fut attaqué d'une efpece d'apoplexie,
dont il n'étoit pas encore gueri , il auroit
fait valoir Arafpe auffi bien qu'Herode .
Cet accident penfa le dégoûter de tra
vailler pour le Theatre , & fi le Cardinal
ne l'avoit engagé à continuer , il l'auroit
entierement abandonné. Il y a au devant
de Panthée une très belle eftampe gravée
d'après M. de la Hire. Les autres pieces
de Triftan ne font pas moins bien ornées ,
les fujets en ayant été gravez par Boffe
& Chauveau.
Il a dedié la mort de Seneque , Trâ
gedie , à M. le Comte de Saint Aignan
Dans le Panegyrique qu'il veut faire de
fa perfonne , il dit que ce qu'il y a de penible
en cet ouvrage l'étonne moins que
ce qu'il y a d'éclatant en ce fujet ne l'ébloüit.
J'y vois par tout , ajoûte-t- il , de
fi grandes beautez qu'elles tiennent mon
choix en balance , & je confommerois bien
134 LE MERCURE
›
à les admirer tout le tems qui me feroit
donné pour les décrire. Si je regarde la
grandeur de vôtre race j'y apperçois
la plus grande partie des plus Nobles
Maifons de France ; c'eft un champ femé
de Lauriers , c'eft un arbre de plufeurs
fiecles , dont toutes les branches
font couronnées , c'eft un long ordre
de Heros où l'on peut compter autant
de demi Dieux que de têtes . Si je tourne
les yeux fur vôtre valeur , je n'y vois que
des prodiges heroïques dès vôtre plus
tendre jeuneffe , j'y remarque beaucoup.
plus de combats , plus dignes d'être celebrez
par les belles plumes , que celuy
d'Hector & d'Ajex , & c . Il eſt aifé de
remarquer que Triftan a mis dans la bouche
de Seneque les grands fentimens ,
dont on trouve de fi beaux exemples dans
les ouvrages de ce Philofophe.
Ses autres productions font , la Mer ,
Ode en 1627. la Lyre , l'Orphée , & autres
mélanges , vol . 4. Aug. Courbé 1641 .
Il affure que les honnêtes gens trouveront
dans ce Recueil de Poëfies , des chofes
affez agreables pour avouer que tous les
éxilez qui ont écrit d'amour , depuis l'ingenieux
Ovide , n'ont pas mieux employé
de fi triftes loifirs .
La folie du Sage , Tragi- Comedie , 4º
Touf. Quinet 1645.
La
DE JUILLET 1622.
134
La mort de Chrifpe , Tragedie , 4°
Cardin Befongne 1645 .
Ofman , Tragedie , 4º Guillaume de
Luyne 1656. dediée à M. le Comte de
Buffy par Quinault ; en lui dédiant cette
piece , il n'a fait après la mort de Triſtan
que ce qu'il avoit deffein de faire pendant
fa vie. Quelques inftructions favorables
dit- il à M. de Buffy , que j'aye eu l'honneur
de recevoir de cet écrivain renommé
de qui je pleure encore la
je fens bien que cet illuftre mort , dont la
memoire eft immortelle , ne m'a pas laiffé
tout l'art , dont il fçavoit vous honorer
bien qu'il m'en ait laiffé tout le zele.
Le Parafite , Comedie , 4 ° Aug. Courbé
1654. reprefentée dans le Louvre avec
applaudiffement.
perte .....
Poëlies Galantes & Heroïques , 4° J.
B. Loyfon. 1662.
Les Amours & autres pieces très- curieules
, Gabriël Quinet , in 12. 1662. voici
un Sixain de ce Recueii pour mettre
devant un Livre d'Endimion .
Trouvant ici l'hiftoire d'un Berger ,
Qu'amour expoſe en un fi grand danger ,
Pendant l'erreur où le fommeil le plonge,
O ! bel ob et plein de ſeverité ,
Souvenez- vous que fa peine eft un fonge,
Et que la mienne eft une verité.
Un
136 LE MERCURE
Un volume de Lettres , & quelques autres
petits Traitez , up Roman de plufieurs volumes
, qu'il appelle la Coromene, Hiftoire
Orientale. C'eft auffi de lui l'Office de
la Vierge en vers François qui contient
diverfes pieces fpirituelles en vers , & en
profe ; il prefenta ce dernier Livre à la
Reine. Peu de tems après il tomba malade
à l'Hôtel de Guife , où il mourutpulmonique
le 7. Septembre 1655. &
fut enterré à Saint Jean . Morery marque
fa reception à l'Academie Françoiſe l'an
1649. Chevreau trouve que Triftan étoit.
trop grand admirateur de toutes les vifions
du Marin. C'eft un reproche qu'il
avoit déja fait à la Mefnardiere ; mais
Chevreau ne dit pas que ce défaut lai
étoit commun avec ces deux Poëtes. Je
m'en tiendrai donc à fon premier éloge
de Triftan ; la Reine de Suede , dit- il ,
fe connoiffoit pour un grand homme ,
mais pour un homme dont les ouvrages
pouvoient bien n'être pas tous de la mês
ane force.
Il fit luy-même fon Epitaphe
en cette maniere.
Ebloui de l'éclat de la fplendeur mondaine
Je me fa tai toujours l'efperanae yaine
DE JUILLET 1722. 137
Faifant le chien couchant auprès d'un grand
Seigneur ;
Je me vis toûjours pauvre , & tachai de pa
roître ;
Je vêcus dans la peine attendant le bonheur,
Et mourus fur un coffre en attendant mon
maître.
BENEFICES;
138
LE MERCURE
BENEFICES , CHARGES
& Dignitez des Pays Etrangers,
M
MOSCO VI E.
R Dafcof qui a été envoyé du
Czar à la porte Ottomane , a été
nommé Surintendant General des poftes
de Ruffie , & les revenus ont été réünis
au Domaine de la Couronné.
POLOGNE ET PRUSSE.
Guillaume Guftave , Prince hereditaire
d'Anhalt Deffau , & Leopold Maximilien
, fon frere , ont été nommez Majors
Generaux des Troupes du Roy de
Pruffe.
Le Comte de Lottum a été nommé auffi
Major General des Armées du Roy de
Pruffe.
SUEDE.
Mrs de Stakelberg , Creus , Hamilton
, & Kreu'e , Lieutenans Generaux
des Armées du Roy de Suede , qui étoient
cy- devant prifonniers de guerre en Mofcovie
ont été faits Generaux.
Le Major General Gyllenstiern , & les
Colonels Gyllenkirock , Wenneftedt ,
Cronman ,
DE JUILLET 1722. 739
Cronman , & Gedeonfock ont été nommez
Lieutenans Generaux .
Le Colonel Ramfwerd arrivé depuis
peu de Ruffie , où il étoit prifonnier de
guerre , a été fait Lieutenant General des
Armées du Roy .
Les Colonels Tegenfchuil & Rofenſtierne
ont obtenu le rang de Majors Ger
neraux des Armées du Roy de Suede.
ALLEMAGNE.
Le Comte François Antoine de Pachtay
Baron de Reyofeu , & de Bukau , Confeiller
de la Chambre Aulique a obtenu
de l'Empereur la Charge d'Intendant de
laChambre de l'Argenterie de fa Maiſon .
M. Piffacano , Confeiller au Confeil
Collateral , a obtenu un Brevet de Prefident
au même Confeil.
L'Evêque de Munter & de Paderborn ,
a été nommé Coadjuteur de Cologne , &
fes Bulles font expédiées .
M. de Ransfeld Houen , Colonel du
Regiment de Travelon , a été fait Come
mandant d'Orfova.
ANGLETERRE.
M. Alexandre Deuton a éré fait Juge
des Plaidoyers à Londres , à la place de
M. Dormer qui a donné fa démiffion volontaire
de cette Charge.
M
940
LE MERCURE
M. Thomas Caufton a été nommé Inf
pecteur General de tous les ports d'Angleterre
, excepté celui de Londres , à la
place de M. Thomas Boyde .
Le Major General Sybourg a ob
tenu le Gouvernement de l'Ifle de Newi,
une des Antilles, à la place de feu M. Smith.
M. Charles Dilke a obtenu la Licutenance
du Gouvernement de Montferrat
en Amerique , à la place de M. Thomas
Talmath.
Le Duc de Montagu a obtenu en pro
prieté les Ifles de S. Lucie , & de S. Vincent
en Amerique .
Le Lord Cornwalisa été fait Grand
Maître des Eaux & Forefts de la partie
Meridionale de la Riviere de Trem à la
place du feu Comte de Tancarville.
Le Major General Laton a été fait
Lieutenant Colonel du premier Regiment
des Gardes à pied.
Le Brigadier General Ruslel , fecond
Major du Regiment a été fait premier
Major.
Le Comte de Cadogan a été nommé
Grand-Maître de l'Artillerie , & Colonel
du premier Regiment des Gardes , à la
place du feu Duc de Marlboroug.
Le Comte de Scarboroug a été fait
Colonel du fecond Regiment des Gardes.
M. Robert Mutlow a été fait Conſul à
Oftende
DE JUILLET 1722 .
$48
Oftende , à la place du fieur David Fovlis
qui paffe au Confulat de Seville & de
S. Lucas.
M. Humphrey , Parfons , & François
Child, Aldermans , ont été élûs Sherifs do
Londres pour la prefente année.
Le Duc de Warthon a été élû pour
Gouverneur par l'ancienne focieté des
Architectes , & le Docteur Defaguillers
pour Sous - Gouverneur ,
ESPAGNE.
Don Juan d'Herrera , Doyen de l'E
glife de Palencia , Auditeur de Rote à la
Cour de Rome a été nommé à l'Evêché
de Siguença.
Don Louis de Saa- Rangel , Maréchal
de Camp des Armées du Roy d'Eſpagne
en a obtenu le Gouvernement civil &
militaire de Peniſcola.
Don Jofeph Lopis Alcaide de la Cour,
a obtenu une place dans le Confeil des
Finances.
Don Miguel de Aguero a été nommé.
par fa Majefté Catholique , Adminiftrateur
des Manufactures Royales de Draps
de Guadalaxara .
Don Manuel de Andrade a obtenu de
fa Majefté Catholique la Recette de ces
Manufactures,
PORTUGAL.
£42
LE MERCURE
PORTUGAL.
Le R. Pere Antoine de S. Laurent a
été unanimement élû General des Benedictins
, tant dans le Roïaume qu'au Brefil
, dans leur Chapitre general , affemblé
dans le Monaftere de Tibacus.
Dom Aerès de Saldaigne d'Albuquerque
a été continué dans le Gouverne
ment du Rio de Janeiro , à la follicitation
du païs.
Dom Michel - Charles de Tavora aob
tenu du Roi , pour récompenfe de fes
longs fervices , la Seigneurie de S. Vincent
de Beyra , avec deux mille cruzades
de rente en Commanderie.
Le Pere Jéan du Mont- Calvaire , Auguftin
Déchauffé , a été élû pour Vicaire
general de fa Congregation , dans le
Chapitre Provincial affemblé le 23. Mai.
Le 24. Mai les Religieux de S. Paul
Hermite , élûrent pour leur Superieur ,
le R. Pere Antoine de la Trinité , & pour
Recteur de leur Monaftere de Lisbonne
le R. Pere Alvaro de Corta.
Dom François Pereira de Silva- Pacheco
, Seigneur de Tranfimil , & Prieur du
Tiers- Ordre de Notre- Dame de Mont-
Carmel , a obtenu du Roi des Létties patentes
, pour l'établiſſement d'une Foire
franche de trois jours confecutifs , dans
la
DE JUILLET 1722 . 148
la Ville de Faro , au jour & fête de Nô
tre Dame , que les Confreres de cet Ordre
celebrent tous les ans dans la même
Ville le 3. Juillet , à condition que cette
Foire fe tiendra dans la place qui entou .
re l'Eglife qu'ils y ont fait bâtir , & que
les revenus qu'elle pourra rapporter feront
emploïez aux befoins de l'Eglife &
de l'Ordre.
Jean Alvarès de Seyfas a été nommé
par le Roi Colonel du nouveau Regiment
de Marine & d'Artillerie , levé par
le Gouverneur des Forts de Caftro - Marius
& d'Alcoutin .
Manuel - Antoine de Mattos en a été
nommé Sergent Major. Ces poftes ont été
donnez à tous les deux , pour récompenfe
des fervices qu'ils ont rendus à l'Etat
dans leurs emplois d'Ingenieurs .
ITA LIE .
Dom Gafpard Goui Mancini , origis
naire de Sienne , a été agréé pour l'Evêché
de Malthe , dans l'examen des Evêques
, tenu à Rome le 29. Mai.
Le R. Pere Gafpard Pizzolani a été
élû General des Carmes dans leur Chapitre
general tenu à Rome le 25. Mai
en prefence du Cardinal Sacripante, Protecteur
de leur Ordre.
L'Abbé Colholini , autrefois Secretaire
de
$44
LE MERCURE
de l'Abbé Paffionei à Utrect , a été nommé
pour remplacer le Comte Mazziotti ,
qui faifoit à Rome les affaires de l'Electeur
Palatin.
M. Jean Zappalta , prefenté par fa Majefté
Catholique pour l'Evêché de Majorque
, a été proposé par Sa Sainteté.
M. Matthieu- Georges Stuchanovich ,
a été proposé pour l'Evêché d'Antivari
en Albanie par le Cardinal Fabroni.
M. Sylveftre Stana , pour l'Evêché de
Minuti dans le Roïaume de Naples , par
le Cardinal Tolomei.
Le R. Pere Charles de Blitterdorf ,
Religieux Benedictin , pour l'Abbaïe de
Corwey & Corbie , Diocefe de Paderborn
, par le Cardinal d'Althan .
L'Evêque d'Autun pour l'Evêché de
Verdun , par le Cardinal Ottoboni , Protecteur
des affaires de France .
L'Abbé Campani de S. Martin , pour
l'Abbaïe de Nôtre - Dame de Clermont
Ordre de Citeaux par le même Cardinal.
L'Abbé Racine pour l'Abbaïe de S.
Marian , Ordre de Prémontré , Dioceſe
d'Auxerre.
L'Abbé de Montmorillon , pour l'Abbaïe
de Valhonnefte , ou de Fefnieres ,
Ordre de Citeaux , Diocefe de Cler
mont,
M.
*
DE JUILLET 1722. 141
M. Bernard Godsky , pour le Tirre.
Epifcopal d'Ifauric , & pour celui de
Suffragant de Pofnanie , par le Cardinal
Albani.
Le Pape a accordé le Pallium à l'Archevêque
de Chieti (on neveu .
M. Luc- Antoine della Gata a été nommé
par Sa Sainteté à l'Evêché d'Otrante .
M. Matthieu Scaglioni , Secretaire des
Brefs aux Princes , a obtenu le Canonicat
de S Jean de Latran , qu'avoit ci - de-
-vant M. de Montes , Archevêque de Seleucie
, à qui on a confervé deux cens
écus de penfion fur ce Benefice.
HOLLANDE.
M. Johan de Hoornbeck a été choisi
les Etats de Hollande & de Weftfri-
-par
fe , pour remplir la place d'Echevin de la
Haye, vacante par la mort de M. Ewond-
Brand.
Le Comte François- Georges de Schomborn-
Buc keni a été élû Doyen de la Cathedrale
de Spire .
Le Prince Hereditaire de Heffe d'Armftad
, a reçû à Francfort le Brevet de
Lieutenant general Felt- Marêchal des Armées
de l'Empereur.
G MORTS,
146 LE MERCURE
*** * * ak akik Jit at Jikakat
MORTS , BAPTESMES , ET MAriages
des Païs Etrangers.
L
E Major General Roos Suedois eft
mort à Abo en Finlande , en revenant
de Mofcovie.
Le 31. Mai Dimanche de la Trinité
l'Empereur chargea le Prince Eugene de
Savoye , de declarer au Comte de Thering
, Envoïé Extraordinaire de l'Electeur
de Baviere , qu'il confentoit au Mariage
de l'Archiducheffe Marie- Amelie ,
fa niece , avec le Prince Electoral Charles-
Albert- Gaëtan de Baviere.
Le 6. Juin la fille du Comte Jean -André
Lengheim , Chambellan de l'Empereur
, & Confeiller ordinaire de la
Chambre Aulique de la Baffe- Autriche,
fut tenue fur les Fonts de Baptême à Vienne
, par l'Imperatrice Amelie , qui lui
donna le nom de Marie- Amelie-Jofephe-
Anne- Walburge.
M. Pierre Katfchin , Baron de Rifembourg
, autrefois Echar fon de l'Empereur
, & Colonel d'un Regiment d'Infanterie
, eft mort à Vienne en Autriche,
le 2. Juin , dans la foixante- dix neuviéme
année de fon âge .
M ,
'DE JUILLET 1722. 147
M. Chriftophle - Henri de Hack
Confeiller de la Chambre Aulique , cft
auffi mort à Vienne le 15. Juin dans la
foixante-troifiéme année de fon âge.
Le Lord Arundel de Trenier , a épou
fé à Londres la foeur du Comte de Straf
ford.
Le Duc de Bridgvvater a époufé celle
du Duc de Bedford.
M. Sackvvel Tufton , neveu du Comte
de Thanet , & Membre du Parlement
pour Apulby , a épousé à Londres Mademoiselle
Marie Savill , une des filles
du feu Marquis d'Halifax , qu'on dit
avoir en mariage foixante mille livres fterling.
Jean Churchil , Prince de Mindelheim
dans l'Empire , Duc de Marlborough ,
ce General fi fameux dans les dernieres
Guerres d'Angleterre, eft mort le 27.Juin
à la Loge près dé Windfor , dans la foixante-
quatorziéme année de fon age. Il
étoit Capitaine general des Armées de fa
Majefté Britannique , General de l'Artillerie
, Colonel du premier Regiment des
Gardes , Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere
, & Confeiller du Confeil Privé.
Il joignoit à ces dignitez le titre de Mir
quis de Blandford , Baron de Churchil
& de Sandriague dans le Comté de Hereford
, & de Baron d'Aymouft en Ecof-
G ij fe.
148 LE MERCURE
fe . Il avoit époufé en premieres nôces
Mademoiſelle Sara , fille de M. Richard
Jennings de Sandrige , dont il a eu le
Marquis de Blandford , decedé à Cambridge
en 1703. & trois filles ; la Lady
Anne , défunte épouſe du feu Comte de
Sunderland ; la Lady Elifabeth , défunte
époufe du Duc de Bridgwater ; la Lady
Marie , qui a époulé le Duc de Montagu
. Cinq jours avant fa mort , ce Gene-
Tal a ordonné par un Codicile , que fon
corps foit inhumé dans la Chapelle de fa
belle maifon de Blenheim , & que celui
du Marquis de Blandford fon fils , enterré
dans le College Roïal de l'Univerfité
de Cambridge , y feroit apporté , &
mis auprès du fien : mais cette difpofi
tion teftamentaire ne fera pas fuivie. Le
Roi d'Angleterre , pour honorer la memoire
de ce General , veut que fon corps
foit inhumé dans l'Abbaïe de Weſtminſter
, avec une pompe extraordinaire , qui
fe fera aux dépens de l'Etat. La ceremonie
a été reglée par deux Confeils tenus
à Kinfington. Le corps doit être apporté
de Windfor à Londres , & expoſé dans
l'Hôtel du défunt , fitué près du Palais
de faint James . Le titre de Duc de Marlborough
paffe à fes heritiers mâles , d'Henriette
Churchil , Comteffe de Godolphin,
avec la Seigneurie de Woodſtock ,
&
DE JUFLET 1722. 149
cinq mille livres fterling de rente fur
les Poftes , à la charge d'ufufruit pour
la Ducheffe Douairiere. Cela a été ainfi -
reglé par un Acte du Parlement , datté
de la cinquième année du Regne de la
Reine Anne. "
Le Duc de Medina - Sidonia doit épou
fer ince lamment à Madrid la fille du
Comte de San - Eftevan de Gormas .
Dom Jofeph Mofcolo - Oforio , frere
du Comte d'Altamira , doit époufer dans
la même Ville la Comteffe de los Arcos.
Le Duc de Feria , fils aîné du Duc de
Medina Celi , y doit époufer la fille du
Marquis d'Ayetonne , & les deux fils du
Comte de Benevent épouferont les deux
filles du Duc de l'Infantado .
Le R. Pere Louis de la Purification
Religieux de l'Ordre de S. Jerôme ,
Docteur & Profeffeur en Theologie dans
PUniverfité de Coimbre & autrefois
Chancelier de la même Univerfité , eft
mort le 27. Avril , dans la quatrevingt-
cinquième année de fon âge , diftingué
par fa pieté & fon profond fçavoir.
Le Mariage de Dom Fernand Telles
de Silva , fils aîné du Comte de Villar-
Mayor , a été conclu à Lifbonne avec
Donna Marie - Anne Françoife - Xavier de
Menefes , feconde fille du Comte de Tarouca
, Ambaffadeur de fa Majefté Por-
G-iij
tugaile
150
LE MERCURE
1
tugaife auprès des Etats Generaux , & for
Plenipotentiaire au Congrês -de Cambray
La Comteffe d'Arcos eft accouchée
d'un fils à Liſbonne le 31. Mai.
M. Durazzi , Evêque de Savone , dans
l'Etat de Gennes , eft mort âgé de foixante-
dix-neuf ans.
Madame la Comteffe de . Colloredo
époufe de l'Ambaffadeur de l'Empereur à
Venife , y eft accouchée le 27. Mai d'une
fille , qui fut baptifée le même jour dans
le Palais Ducal , par le Nonce.
M. Pieurfon , Lieutenant general , &
Amiral du College de l'Amirauté de la
Nort-Hollande , eft mort le 13. Juin .
M. le Jeune , Major general , & Colonel
Commandant du Regiment du Marquis
de Werterio , eft mort à Bruxelles le
24. Juin , âgé de foixante - quinze ans.
La Princeffe dont la Princeffe de Sultf
bach eft accouchée le 22. Juin , a été prefentée
fur les Fonts de Baptême au nom
de l'Imperatrice , de la Reine de Sardaigne
, & de Madame la Ducheffe d'Or
lens . Elle a été nommée Marie- Anne.
La Comteffe Doüairiere de Suffolk , &
la Vicomtefle de Faulkan , qui avoit ti
tre & rang de Pairie en Ecoffe, font mortes
dans leurs Terres dans la Grande- Bretagne.
Marie
DE JUILLET 1722. 751
*
Marie Demilfon , de la Secte des Quakers
, eft morte à Kirbey dans le Comté
de Weſtmorland le 30. Mai âgée de cent
trente- un an , fans avoir rien perdu de
fa memoire jufqu'au dernier moment de
fa vie.
Le Duc Felletti , Regent du Confeil
Collateral de Naples , & Dom Bartolomeo
Amorofo , Prefident de la Chambre
Royale de la même Ville , y font
morts le 13. Juin.
iiij
NOU152
LE
MERCURE
NOUVELLES ETRANGERES.
De Conftantinople ce 1. Juin 1722.
Neftici extrêmement occupé d'une
grande revolution qui vient d'arriver
dans le Roïaume de Perfe , par l'audace
& la valeur de deux Chefs de Rebelles.
Le premier & le plus fameux fe
nomme Mirivels , Tartare originaire d'Ufbek.
Il fe fait nommer Mahomet , Prince
de Caski ou du Dagueftan. Il eft d'autant
plus formidable , qu'il eft à la tête
d'une armée nombreufe , compofée de
Volontaires qu'il a fçû s'attacher par la
licence & l'impunité : il leur accorde le
pillage de toutes les Villes qui fe trouvent
fur fon paffage , & n'épargne pas plus les
Mahometans que les Chrétiens. Le fecond
de ces Ufurpateurs s'appelleScheich-
Mahmud , & fuit de près les traces du
premier . Leur rebellion eft foûtenue par
le Grand Mogol . Un apui fi confiderable
, & la rapidité de leurs conquêtes , ne
laiffent pas que d'inquieter extrêmement
la Turquie. Mirivels , après avoir foûmis &
ravagé toutes les Provinces , depuis Candahar
jufqu'à Ifpahan , & rempo
té une
victoire
DE JUILLET 1722. 153
victoire complette fur l'Armée du Roi ;
a mis le fiege devant la Capitale de la Perfe
; a emporté le Château d'affaut , &
pillé la Ville avec une rapidité prodi--
gieufe . Le Roi de Perfe s'eft à peine fauvé
fuivi ſeulement de quatre ou cinq des
principaux de fa Cour , & a gagné les
frontieres de la Turquie , d'où il a de-
- mandé du fecours à la Porte , qui pourra
bien le lui accorder , cette guerre l'intereffant
elle- même . On craint que les Rebelles
, profitant de leur bonheur & de
l'effroi des peuples , n'entreprennent de
reprendre les Places conquifes autrefois
fur les Perfans par Sultan Amurat-
Le Divan a refolu de les faire fortifier
d'en augmenter la Garnifon , & d'envoïer
inceffamment une Armée de ce côté- là
pour s'opposer aux progrès de l'Ufurpa--
teur. Quant à Scheich- Mahmud , il a
tout fubjugué avec une promptitude &
une fureur égales , depuis le Dagueftan
jufqu'à la Province d'Erivan ; ainfi le
Roi de Perfe , qui a refifté tant de fois
aux forces de l'Empire Ottoman , & auxplus
redoutables Puiflances de l'Afie , fe:
voit dépouillé de tous fes Etats , par des
Tartares ordinairement occupez à comabattre
des Caravannes de Marchands .
>
On mande d'Alger , que le 28. Avrili
le Bey du Levant y étoit arrivé avec vingt
Gy mulets's
154 LE MERCURE
mulets chargez de 40660. pieces de huit.
Le 30. le Bey d'Oran arriva auſſi avec
vingt- quatre mulets chargez de 48000.
pieces de huit ; & le Bey de Citere amene
fix mulets chargez de 7200. des mêmes
pieces.
L'Eſcadre du Grand Seigneur a mis à
la voile , environ à la moitié du mois de
Mai ; elle eft compofée de huit Vaiffeaux
de guerre , qui , après avoir pris des provifions
, & embarqué des troupes aux
Dardannelles , pourfuivront leur route
vers les côtes de Barbarie , & fe joindront
aux Elcadres de Tunis & de Tripoli.
On ne fçait pas encore quelle fera leur
expedition.
L'Evêque Catholique de l'Ifle de Chio,
aïant fait bâtir deux Eglifes dans cette
Ifle fans permiffion de la Porte , on l'a
conduit à Conftantinople avec onze de
fes Diocefains , tant Prêtres que Seculiers
, & on les a condamnez à l'efclavage
; on efpere cependant que l'argent les
tirera de captivité , & qu'en païant une
rançon , ils obtiendront non feulement
leur liberté , mais encore un confentement
pour la continuation de leurs édifices.
DE
DE JUILLET 1722. 155
De Petersbourg, ce 8. Juin.
Lai, & prisle chemin d'Aftra-
E Czar eft parti de Mofcou le 24.
a
cans il a été precedé de quelques jours
par le Comte Apraxin , Grand Amiral ,
M. Tolstoy , Confeiller Privé , M. Daturlan
, Lieutenant general , M. Trubefkoy
, Premier Prefident du College de
la Regence , & le Prince Demetrius Cantamir
, Hofpodar de Valachie , Quoique
les troupes deftinées à l'expedition de la
Mer Cafpienne , aïent reçû d'avance quatre
mois de leur folde , ce long voïage
n'eft pourtant pas encore certain , & on
croit que fa Majefté Czarienne n'ira qu'à
Cazan , pour de- là revenir en cette Ville.
L'Efcadre qu'on vient d'y équiper , ainfi
que dans le Port de Cromflot , doit être
commandée par le Vice- Amiral Gordon,
& par le Contre- Amiral Sanders : on
dit qu'ils monteront cette flotte dans
peu de jours , pour en exercer l'équipage.
Les Etats Generaux ont refolu de réconnoître
le Czar en qualité d'Empereur
de la Grande Ruffie. M. Wild leur Refident
à la Cour de fa Majefté Czarienne ,
lui a fait fçavoir cette refolution , qui en
reconnoiffance a attiré un Reglement fi-
G. vj
vorable
156
LE MERCURE
vorable au commerce de la Hollande. II
eft ordonné à l'Amirauté de donner toutes
les facilitez poffibles aux vaiffeaux de
la République.
On a fait un état des revenus des Egli
fes , & comme ils font confiderables on
croit que le Czar les obligera de contribuer
aux dépenses du Royaume.
On a, fuivant des ordres nouveaux, ab
batu tant dans les Eglifes , que dans les
grands chemins plufieurs petites Chapel
les & Images , objets d'un culte fuperftitieux
, les peuples en murmurent , &
veulent les relever malgré les remontrandes
Eeclefiaftiques chargez de les
inftruire.
Le Czar a nommé le Major General
Henning pour aller lever un plan des
lieux les mieux difpofez pour y faire paſ
fer le canal que l'on doit conftruire , &
qui doit joindre Petefbourg à Mofcou ..
D
De Varsovie ce 1. Juillet.
Es tous les Senateurs du Royau
que
me feront arrivez en cette Ville , ce
qui fera inceffamment , ils doivent y tenir
un Confeil pour déliberer , & ftatuer
fur les demandes contenues dans les dépêches
que le Roy leur a envoyées de
Drefde , d'où fa Majefté ne partira que
lorfqu'elle
DE JUILLET 1722. 237
lorfqu'elle fera certaine de pouvoir remplirà
fon gré les Charges vacantes.
Le Bacha de Chocfin attend un corps
de troupes confiderable , & les Turcs
ont fait quelques mouvemens aux envi
rons de cette place , mais cela n'inquiete
pas. Les lettres qu'on reçoit de l'Ambafladeur
de la Republique portent qu'il
reçoit tous les honneurs poffibles fur les
terres du Grand Seigneur , où il eft entré.
6
Les Etats de l'Electorat de Saxe font.
convenus des fubfides qu'ils donneront au
Roy , ainfi la Diette s'eft feparée..
Les lettres de Drefde portent que la :
Roy eft fur fon départ pour Varfovie
mais on vient d'apprendre par un courier
extraordinaire que fa Majefté est tombée
dangereufement
inalade , & que l'on avoit
dépêché à Careflbat pour en informer la
Reine qui y prend actuellement les bains. -
M
De Stokolm ce 26. Juin
R le Baron de Cederkruitz , Envoyé
extraordinaire à la Cour de
Ruffie s'eft embarqué le 28. May pour, Le
rendre à Petefbourg .
Le Comte de Metfch , Plenipotentiaire
de l'Empereur auprès des Princes de la
baffe Saxe , a fait prendre poffeffion des
Eiefs de la fucceffion du feu Duc d'Holf
tein . Plóën
158 LE MERCURE
tein- Ploën , & a prévenu les Commiſflai
res que le Duc d'Holftein Retwich avoit
chargez d'un pareil acte, qui font le Baron
d'Eichols fon Grand Maréchal , &
M. Zitſcher fon Confeiller privé . Ils ont
fait leurs proteftations au nom du Duc
leur maître , on ignore ce que le Roy de
Dannemark réfoudra fur cette démarche
de l'Empereur.
"
.
Il paroît qu'on ſe rallentit fur les ar
memens d'une efcadre , & qu'on ne compte
pas de mettre en mer cette année aucun
vaiffeau de guerre.
Les Commiffaires du Roy qui font à
Wibourg ont reçû le premier payement
des deux millions de Rifdales , que fuivant
le traité de Nystadt le Czar doit
fournir à la Suede. On dit que M. Bertuchef
, Miniftre de fa Majefté Czarienne
offre de payer en bled , le fecond terme
qui eft prêt à écheoir , on ne on ne fçait
pas fila Cour acceptera cette propoſition.
Le Comte de Tarlo Polonois eft arrivê
ici depuis quelques jours chargé par le
Roy Staniflas de demander qu'il foit
compris dans le traité que l'on doit renouveller
entre la Suede & la Pologne.
M. de Bertuchef , Miniftre du Czar
demande que les vaiffeaux Ruffiens qui
negocieront dans les ports de Suede puiffent
tranfporter leurs marchandifes dans
leurs
DE
JUILLET 1722. 155
leurs magafins , fans être obligez de les
faire paffer aux entrepôts de la Douane ;
mais l'article XIV. du traité de Nystadt
eft formellement oppofé à cette demande ,
.& porte expreffément qu'en attendant la
fignature d'un nouveau traité de commerce
entre le Czar & le Roy de Suede ,
les negocians Ruffiens & Suedois joüiront
reciproquement des privileges ac
cordez aux plus grands amis des deux
Etats , & la facilité que propoſe le Czar
n'a jamais été comprife dans ces prerogatives
.
·De Coppenhague ce 27. Juin.
A flote Danoiſe eſt toûjours à la rade
Ldecote Danoife
>
à
au commencement du mois de Juillet.
On mande d'Elfeneur que les Commiffaires
des Couronnes de Suede & de
Dannemark , affemblez depuis quelques
mois pour regler quelques conteftations
entre les fujets des deux Royaumes , ſe
font feparez fans avoir fait aucune décifion.
Les habitans du Duché de Ploen
ont demandé un délai au Capitaine Danois
, chargé d'exiger d'eux le ferment de
fidelité de la part du Roy fon maître ,
& il n'a pu le leur refufer.
Le procès du Comte de Rantzau eft
confé
> 160 LE MERCURE
confié par le Roy à huit Juges qu'il a
nommez , quatre Confeillers privez de
Dannemark , & quatre de la Regence de
Glukftad : ils doivent s'affembler inceffamment
à Rendsbourg ,
Ꮮ
De Vienne ce 28. Juin.
E Comte de Konigseg eft parti le z
Juin de Laxembourg pour aller à
Drelde prendre congé de l'Archiducheffe
Marie- Jofephe , Princeffe Electorale de
Saxe , & revenir enfuite à Vienne d'où il
doit fe rendre dans la Tranfilvanie en
qualité de Commandant general de cette
Principauté.
Le même jour , des ordres ont été expediez
pour faire marcher le Regiment
des Cuiraffiers de Palfi , deux bataillons
du Regiment d'Harack , Infanterie , &
cinq Compagnies du même Regiment ,
du côté de Prefbourg , où l'Empereur
doit affifter à la tenue des Etats d'Hongrie.
On y a arrêté depuis quelques jours
deux Officiers qui levoient des foldats
pour le fervice du Roy de Pruffe.
On a embarqué fur le Danube douzé
pieces de canon pour les tranfporter à
Prefbourg.
Le Pape a enfin érigé l'Evêché de
cette Ville en Archevêché , & a accordé
l'inveftiture
DE JUILLET 1722. 161
Finveftiture du Royaume de Naples
Cette nouvelle a été apportée ici par le
fieur Miget , courier du Cabinet , dépêché
par le Cardinal d'Althan . On a reçiçû
avis que le Grand Seigneur avoit envoyé
trois mille Janniffaires à Widin , auffitôt
le Confeil de guerre s'eft affemblé
& l'on a dépêché des couriers à Belgrade
, à Panzova , & à Orfova , avec ordre
d'en faire achever
promptement
fortifications.
L
De Londres ce 10. Juillet.
les
E Parlement qui devoit s'affembler
le 15. Juin a été prorogé jufques au
14. Juillet.
Les Commiffaires Jufticiers du Royau
me d'Irlande s'étant aflemblez pendant
plufieurs jours à Cork pour examiner les
accufations intentées contre un grand
nombre de mal intentionnez ; le Grand
Juré a prononcé Sentences de morts
contre une centaine de particuliers convaincus
d'avoir levé des foldats pour le
fervice d'une Puiffance étrangere ; mais
comme ce Juge panche à la clemence ,
on croit qu'il ne fera fupplicier qu'autant
qu'il fera neceffaire pour l'exemple , &
qu'il pardonnera au plus grand nombre
des coupables. Le Grand Juré doit en fortang
182 LE MERCURE
tant de Cork ſe tranſporter à Waterford
pour faire une femblable recherche.
Les camps diftribuez dans le Royaume
font parfaitement difpofez à la défenfe
, & cette difpofition a calmé les efprits ,
on ne parle plus d'émeutes , on ne découvre
au plus de mauvaifes intentions
que dans un petit nombre de fimples par
ticuliers incapables d'operer un foulevement.
Jean de Connor , Prêtre Catholi
que a été executé à Waterford en Irlan
de pour crime de haute trahison .
>
Le 22. Juin le Roy fit dans Hydepark
la revûë des trois Regimens d'Infanterie
de fes Gardes. Le Comte de Cadogan s'y
diftingua par le repas magnifique qu'il
donna au Roy , & à toute fa Cour.
La Princefle de Galles a declaré depuis
peu qu'elle étoit enceinte.
L
De la Haye ce 12. Juillet.
Es Etats de Hollande & de Weſtfrife
fe font feparez le 12. Juin , & fe
font raffemblez le 17. Le 13. le Marquis
de Monteleon , Ambaffadeur d'Espagne
eut une longue conference avec les Dé
putez des Etats Generaux .
On écrit de Bruxelles que l'Empereur
a réfolu d'accorder un octroi pour l'établiffement
d'une Compagnie des Indes en
Flandres >
}
DE
JUILLET 1722. 163
Flandres , avec des conditions très -favorables.
Le Grand- Maître de l'Ordre de
S. Georges qui y a féjourné fous le nom
de Comte de Lafcaris eft parti pour Vien
ne , d'où il doit fe rendre à Prefbourg.
& affifter à la diete generale des Etats en
qualité de Grand de ce Royaume.
On frette à Roterdam cinq navires
pour tranfporter dans les Colonies An
gloifes de l'Amerique les neuf cens familles
Luteriennes du Palatinat ; mais on a
fait publier qu'on ne laifferoit plus entrer
un fi grand nombre d'Etrangers fur les
terres de la Republique fans un congé de
leurs Souverains .
De Rome ce 26. Juin.
Lgregation des Rites
E 2. Juin le Pape affifta à la Conpour
la pres
miere fois depuis fon exaltation au
Souverain Pontificat ; il y prêta le
ferment ufité entre les mains du Cardinal
Prefet. Après cette ceremonie on
propofa la canonifation du R. Pere André
Conti , Carme , de la foeur Hyacin
the Marefcoti , & de Louis Gonzague.
Le 4. jour du S. Sacrement le Pape fe
rendit à l'Eglife de S. Pierre , les Cardinaux
de Ste Agnés & Conti l'accompagnerent
dans fon caroffe , fa Sainteté
après
# 64
LE
MERCURE
après avoir celebré une Meffe baffe ;
porta le Saint Sacrement en Proceffion .
L'affemblée generale des Cardinaux ,
qui font actuellement à Rome , fe tint le
6. au Palais Quirinal . Ils s'y rendirent au
nombre de vingt- fept pour donner leur
avis fur l'inveftiture du Royaume de Naples
, dont la Bulle fut fignée le même
jour. Le Cardinal Belluga , Elpagnol ne
parut point à la preftation de ferment du
Cardinal d'Althan , Viceroi de Naples ,
à qui le Pape ne voulut point accorder les
honneurs qui furent autrefois accordez
au Duc de Medina - Celi , quand il alla
remplir la même Viceroyauté. On ob
ferva le ceremonial qu'on avoit ſuivi à
l'égard des Cardinaux Zapata & d'Arragon
lorfqu'ils furent nommez à ce grand
emploi. Cette décifion du Sacré College
n'a pas fatisfait le Cardinal d'Althan.
2
La Princeffe Clementine Sobieska ,
époufe du Chevalier de S. Georges a declaré
fa groffeffe..
Le Dimanche de l'Octave de la Fête
du S. Sacrement , le Cardinal Ottoboni ,
*protecteur des affaires de France, tint Cha
pelle dans l'Eglife de S. Louis des Fran
çois. Les Cardinaux de Gualterio & Belluga
s'y trouverent avec un très- grand
nombre de Prelats .
M. l'Abbé de Teveni Miniftre de
***
France
DE JUILLET 1722. 185
France reçoit avec agrément & dignité
les Chevaliers de Malthe que le féjour
de leurs deux galeres à Nettuno mer en
état de voir les raretez de cette Ville . Les
dernieres nouvelles qu'on a reçûës de la
fanté de leur Grand - Maître , ne donnent
aucune efperance de la guerilon , & on
eft difpolé à recevoir l'avis de fa mort
par le premier courier.
Le 14. Juin le Cardinal de Cieufvegos
prit le caractere de Miniftre Plenipotentiaire
de l'Empereur.
Les nouvelles de l'armement des Turcs ;
du paffage de leur flote dans l'Archipel
& de quelques- uns de leurs vaiffeaux dans
le Golphe de Venife , caufent ici de fortes
inquiétudes ; on doit tenir exprès une
congregation pour arranger les précautions
que la fituation des affaires femble exiger.
L
De Florence ce 2. Juillet.
E convoi Espagnol chargé de bois
propre à conftruire des vaiffeaux , &
d'agrets militaires , eft arrivé à Orbitello.
On y en attend un fecond . La Cour de
Vienne a tenu compte à l'Etat de cinq
mille écus qu'il avoit payés au- delà de fa
quorte part pour les contributions.
Il est arrivé à Civitavecchia cinq galeres
de Malthe pour y venir chercher
les
766 LE MERCURE
les revenus des Commanderies d'Italie qui
appartiennent à la Religion .
Le Prince Electoral de Baviere a fait
part au Grand Duc de la conclufion
de fon Mariage avec l'Archiducheffe
Marie Amelie , niece de l'Empereur ;
les Comtes de Molza & de Tirel
partirent auffi - tôt en pofte pour alfer
à Sienne , complimenter la Grande
Princeffe Doüairiere de Florence de la
part du Grand Duc, Ce Prince fera inceffamment
la revûë de fes troupes , &
des diftribuera enfuite dans les poftes convenables
, & principalement dans les paf
fages de Sienne , qui ont befoin d'être plus
foigneufement gardez .
De Madrid , ce 1. Juillet.
Eurs Majeftez Catholiques font de-
Luis quelques jours au Château de
Balfain , elles y joüiffent d'une fanté parfaite.
Le Prince & la Princeffe des Aftu-^
ries font reftez avec les Infants au Buen-
Retiro , & l'Infant Dom Philippe , dont
la fanté eft entierement rétablie , alla les
joindre le 13. Juin.
On parle ici d'une grande reforme de
troupes , & du départ du Duc d'Offore
pour la Cour de France , qu'on prétend
être fixé au 18 , Juin. La Ducheffe fon
époufe
DE
JUILLET 1722.
167
poule l'accompagnera dans cette Ambaffade.
L'Efcadre qu'on arme dans le Port de
Cadix , fera compofée de huit vaiffeaux
de guerre , & de trois mille cent hommes
d'équipage. Ces vaiffeaux font le
Catalan
, commandé
par
le Comte de
Mortalede. Le Conquerant , par le Comte
de Claniho. Le Camby , par le Chevalier
Regio. Le Lyon franc , par le Sieur
Giuftiniano . Le Ruby , par Dom Vin
cent de la Torre. La Fregate fidele , par
Dom Sebaſtien Vila. La Fregate S. Jo-
Seph ,› par Dom Martin de Chuos : & la
Fregate Notre- Dame du Carmel, par Dom
Jofeph Sapion. Cette flotte commandée
par Dom Antonio Serrano , a mis à la
voile le 2. Juin , on croit qu'elle a pris
la route du détroit de Gibraltar,
Le Gouverneur de Cadix a notifié de
la
part de Sa Majesté Catholique au Conful
Hollandois , qu'elle lui défendoit
ainfi qu'aux Confuls des autres nations,
de faire dreffer aucun inventaire des effets
des étrangers , qui decederont ab inteftat
dans fes Etats. Le Conful a preſen
té un Memoire pour remontrer que cette
défenfe eft contraire à l'art. XXVI ;
-du Traité d'Urrect entre le Roi & leurs
Hautes Puiffances , ainfi qu'à l'article
XXXIV . de celui qui fut conclu à Ma-
·
drid
68 LE MERCURE
@
drid le 23. Mai 1667. entre Sa Majesté
Catholique & le Roi d'Angletene , &
qui depuis a été renouvellé à Ütrec.
On a envoïé le Capitaine Donturo avec
fa Compagnie de Houffards en Eftremadure
, pour empêcher le tranfport des
bleds de cette Province en Portugal.
M Ham , Secretaire d'Anbaffade des
Etats Generaux , a demandé au Roi , qu'il
lui plû: d'ordonner à tous les Commandans
des Ports de fon Roïaume, d'affifter
1'Efcadre mife en mer contre les
d'Alger & de Maroc.
L
De Lifbonne ce 12. Juin.
pirates
E 28. & le 29. Mai , la flotte deftinée
pour le Rio de Janeiro , partit
du Port de cette Ville compoféé de vingtdeux
Bâtimens , efcortez par la Notre-
-Dame de neceffité , & par la Notre-Dame
d'Oliviera , vaiffeaux de guerre commandez
par le Capitaine Louis de Abreu - pre
go. Le même jour on vit auffi fortir du
-Port divers vaiffeaux pour des païs divers.
La Notre- Dame d'Angola & le S.
·Antoine , pour la côte des Mines . La Notre.
Dame de piele & le S. Jofeph pour Angola.
La Notre- Dame Penha de Franca
& le S. Antoine d'Almas pour l'Ile
de Madere.
Le
DE JUILLET 17220 169
Le Comte de Undaon , Gouverneur &
Capitaine general du Roïaume d'Algar
ve , a fait la vifite des fortifications de
Villa-nova, Por e mahon , de S. Antoine
de Pera , & de quelques autres places fituées
le long de la côte : il y a fait auff
conftruire quelques barques longues &
armécs , pour s'oppoſer aux débarquemens
des Maures .
Le Roi a mis une impofition de cinq
pour cent fur tous les revenus Ecclefiaftiques
de les Etats . Ce qui en proviendra
fervira à payer les ving deux mille écus
que doit l'Eglife de S. Antoine à Rome.
On a reçû par la voye de Hollande ,
une lettre des Indes Orientales , qui porte
que le Viceroi Dom Jofeph - François
de faint Paio , affembloit des troupes pour
aller combler les ports d'Angaria , &
pour en rafer les fortifications ; s'il rétiffic
dans ce projet , le commerce des places
qui appartiennent aux Portugais dans les
Indes en deviendra plus confiderable.
H. JOUR
170 LE MERCURE
JOURNAL DE PARIS
& la grêle , qui ont incom-
L mode quelques Villages de la Provin
ce de Champagne , n'ont pas épargné les
païs étrangers. Ily a eu une tempête des
plus terribles à Eskingue , Monaftere Imperial.
La grêle a ravagé des deux côtez
du Danube près de dix lieues de païs
qu'elle a dépouillé de grains , de fruits
& de fourages. L'Angleterre a éprouvé
le fort de la France & de l'Allemagne.
Un orage mêlé de tonnerre & de pluye ,
a caufé de grands defordres autour d'Eland
dans la Province d'York ; les rivieres
fe font débordées , & l'inondation s'eft
fi fort étendue , qu'elle a ruiné plufieurs
lieues de païs. Les beftiaux , les hommes
même ont été entraînez & noyez ;
diverſes manufactures de laine , & d'autres
marchandiſes ont été détruites &
renversées ; enfin la defolation & la
perte
ont été confiderables .
M. le Prince de Conti a été malade pendant
quelques jours. La fievre le prit
étant à Iffy , d'où il eft revenu à Paris
dans fon Hôtel ; il eft actuellement
dans
t
DE JUILLET 1722.
17!
dans une heureufe convalefcence .
Le 3. Juillet le Roi alla à Marly , en
vifita les appartemens , & fe promena
dans les jardins. Il fut accompagné dans
cette promenade par M. le Duc de Bourbon
, M. le Comte de Clermont , & le
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouverneur.
Sa Majefté alla le 6. à Trianon , où
elle prit le divertiffement de la chaffe.
Le Cardinal d'Acunha , qui s'eft fi fort
diftingué à Rome par fa liberalité , a eu
l'honneur de faluer le Roi le 4. Juillet.
Cefut le mêmejour que les deux Ambaffadeurs
Extraordinaires de la Republique
de Venife , Mrs Tiepolo & Fofcarini arriverent
à Paris à cinq heures du matin.
Ils ont commandé fix cároffes magnifiques
pour leur entrée , qui fe doit faire
au mois de Septembre prochain. Li Republique
de Venife a nommé M. Morofini
pour leur fucceder dans cette Cour ,
en qualité d'Ambaffadeur ordinaire ,
quand ils en partiront.
Le Mardi 7. de Juillet , Madame la
Princeffe , Madame la Duchelle d'Hanovre
, & Mademoiſelle de Clermont ,
allerent à Chantilly , où elles furent magnifiquement
reçûës . M. le Comte de
Charolois leur donna le Jeudy le divertiffement
d'un feu d'artifice , de la compofition
du Sieur Morel . Artificier du
Hij
Roi ,
172 LE MERCURE
Roi , qui fut executé avec vivacité . On
commença par une décharge de 12. pieces
de canon ; enfuite on tira les fufées volan ,
tes , qui furent très- groffes & très-belles.
Elles furent fuivies de deux globes de feu
changeant , qui parurent' avec éclat fur
l'eau des foffez du Château , & precederent
le feu d'artifice , qui fut nombreux &
brillant. Il fut terminé par douze gerbes
accompagnées d'un foleil que l'eau rendoit
double aux yeux des fpectateurs
& par une girande de cent fufées .
Le 7. a été marqué par une conquête
de la Religion . Moyle Albhoéré , Juif
de nation , & profeffant le Mahometifine,
a été batifé dans l'Eglife Parciffiale de
S. Nicolas du Chardonet , par l'ancien
Evêque de Saintes ; M. le Duc de Charoft
& Madame la Ducheffe de Chaulnes , qui
l'ont tenu fur les Fonts au nom du Roi ,
& de l'Infante , l'ont nommé Louis . Il n'a
point fait d'abjuration , parce qu'il ne
s'en fait point avant le Batême.
Le Pape a accordé au Cardinal du
Bois un Indult , pour conferer tous les
mois de l'année , fa vie durant , les Benefices
de fa Metropolitaine , qui fuit le
Concordat du Corps Germanique.
M. le Marquis de Saillant a parié contre
M. le Marquis d'Antragues , la fomme
de dix mille livres, qu'en fix heures
il
ག
DE JUILLET 1722. 173
if iroit,& reviendroit deux fois de Parisà
Chantilly à cheval. Cette gageure a piqué
des curieux qui s'y font intereffez ;
on dit qu'elle monte à prefent à plus de
foixante mille livres .
Le 12. le Roi accompagné de Monfieur
le Duc d'Orleans & de M. le Duc
de Bourbon , a entendu dans la Chapelle
du Château de Verfailles , la Meffe
chantée par fa Mufique , & l'aprèsmidi
Sa Majefté alla fe promener à Trianon.
Le 14. le Roi alla à S. Cloud voir Madame
; Monfieur le Duc d'Orleans s'y
étoit rendu pour recevoir Sa Majeſté ,
qui étoit accompagnée de M. le Duc de
Bourbon , M. le Comte de Clermont, &
M. le Maréchal Duc de Villeroy fon
Gouverneur.
་
Le 1. le Sieur Bourgeois , Directeur
de la Banque , a perdu un grand procès
avec dépens contre M. de la Vrilliere ,
Secretaire d'Etat , au fujet d'une Terrerelevante
du Marquifat de Châteauneuf,
que le Sieur Bourgeois avoit achetée quinze
cens mille livres : le quint & requint
montent à trois cens foixante- cinq mille
livres payables dans un mois.
Le 13. un Jardinier , Collecteur du
Village de Romainville , a été volé par
trois Soldats , qui l'ont pendu à un ar-
H iij bre
174 LE MERCURE
bre avec fa cravate ; on l'a détaché affez
promptement pour lui fauver la vie , &
il ne lui en a coûté que deux cens cinquante
livres , que lui ont emporté ces
affallins.
Le 16. l'Ordre de S. Lazare a celebré
pour la premiere fois fa Fête de Nôtre-
Dame de Mont- Carmel , dans l'Hôpital
de S. Jacques qui lui a été réüni.
Le 15. Madame la Ducheffe d'Orleans
a fait prefent à l'Infante- Reine , d'une
Toilette fuperbe , convenant à l'âge de
la Princeffe , avec une Poupée magnifique
, dont la garderobe eft complette &
fournie d'habits variez . On dit que ce
preſent monte à près de vingt- deux mille
Îivres .
Il eft arrivé au Port- Loüis deux vaiffeaux
chargez de marchandifes de la
Chine , pour la Compagnie des Indes ,
& on en attend un troifiéme , qui a
été feparé des deux autres pendant la
route.
M. le Comte de Windifgrats , premier
Plenipotentiaire de l'Empereur au
Congrès de Cambray , eft arrivé à Paris
avec Madame fon époufe , & ont été
voir Verfailles .
Le Pape a donné l'Ordre de Chrift ,
du confentement du Roy de Portugal,
à M. de Sourdeval , Secretaire de la Sur-
Inten
DE
JUILLET 1721.
175
Intendance des Poftes , qui eft attaché
à M. le Cardinal du Bois.
Le 16. Juillet le Roi a rendu un Arreft
en faveur des Habitans de S. Germain en
Laye , concernant les entrées , & le droit
de Boucherie qu'on y vouloit établir , fur
les très- humbles remontrances des Officiers
de fa Maiſon qui demeurent dans
cette Ville. Ils ont montré par plufieurs
Arrefts rendus depuis le Regne d'Henri
IV. qu'elle eft exempte de taille & droit
d'entrée .
M. d'Andrefel le fils a prêté ferment
entre les mains du Roi , en prefence de
Monfieur le Duc d'Orleans , en qualité
de Lieutenant de Roi du Rouffillon :
& M. le Marquis de Beuvron a auffi
prêté ferment de la même maniere ,
pour la Lieutenance generale de Normandie.
Liste des perfonnes à qui le Roi vient
d'accorder les grandes Entrées.
M. le Comte de Charolois .
M. le Comte de Clermont.
M. le Cardinal du Bois.
M. le Prince d'Auvergne.
M. le Maréchal de Berwich.
M. le Marquis Biron.
H isij
M.
*76
MERCURE LE *
M. le Duc de S. Agnan .
M. le Marquis d'O .
M. lc Conte de S. Maur.
M. de la Chefnaye.
Lifte despersonnes à qui le Roi vient d'accorder
les petites Entrées.
M. le Grand Prieur de France .
M. le Garde des Sceaux .
M. le Marquis de la Vrilliere, Secre
M. le Comte de Maurepas.
M. le Comte de Morville.
M. le Blanc.
M. le Duc de Boufflers .
M. le Duc d'Epernon .
M. le Controlleur General
taires
d'Etat
Le 19. de ce mois la Marquife du Roure
accoucha à l'Hôtel de la Force , d'une
fille qui fut tenue fur les Fonts de Baptême
de la Paroiffe S. Sulpice , par
S. E. le Cardinal de Polignac , & par la
Ducheffe de la Force , & nommée Anne-
Victoire.
Le Vaiffeau l'Indien eft arrivé à l'Orient
le 3. de ce mois ; il a apporté quelques
bales de Caffé du crû de l'Ile de
Bourbon.
Le Bailli de Langeron arriva le 27. du
pois dernier à neuf heures du foir à Marfeille,
DE
JUILLET 1722. 177
*
, feille trouva la Ville en fort bon
état. Les nouvelles qu'on a apprifes depuis
de cette Ville & de toute la Provence
font très confolantes , la contagion:
étant prefque éteinte par tout.
On apprend qu'un Vaiffeau de guerre,
Anglois , nommé l'Hirondelle , de 50.
canons , avoit pris depuis peu à la côte de
Guinée , trois Forbans , un de 40. canons
, l'autre de 30. & le troifiéme de 20.
ces trois vaiffeaux avoient 576. hommes
d'équipage .
Le Roi a acheté de la veuve de M. Vailfint
, fameux Botaniste de l'Académie.
Royale des Sciences , qui vient de mou--
rir , fon précieux Cabinet de curiofitez
naturelles . S. M. a fait prefent à M. le
Duc de Bourbon de tous les coquillages
BENEFICES DONNE Z.
L
A Coadjutorerie de l'Abbaïe Regu
liere de Baltam , dans la Ville de Be
zançon , dont la Dame Elifabeth- Chriſtine
Voiturier de Changin eft Abbeffe , en
faveur de la Soeur Jeanne- Gabrielle de.
Scey Religieufe Profeffe dans ladite
Abbaye.
→
L'Evêché d'Apt , vacant par la démif-
Hy fion
178
LE
MERCURE
fion pure & fimple de M. Jofeph-
Ignace Forefta de Colongue dernier Titulaire
, en faveur du Sieur Vacon , Prêtre
du Dioceſe d'Aix , à la charge de quatre
mille livres de penfion annuelle &
viagere , à prendre fur les fruits & revenus
dudit Evêché pour ledit Sieur Forefta
de Colongue.
L'Abbaye Commandataire de Nôtre-
Dame de Longues , Ordre de S. Benoît ,
Dioceſe de Bayeux , vacante par la démiffion
pure & fimple du Sieur Pierre
Huvet dernier Titulaire , en faveur du
Sieur Jacques Huvet , Diacre du Diocefe
de Lyon , Chanoine & Prevoſt de
l'Eglife de S. Juft de Lyon , à la charge
de feize cens livres de penfions annuelles
& viageres , à prendre fur les fruits &
revenus de ladite Abbaye , fçavoir mille
livres en faveur dudit Sieur Pierre Hu-
& fix cens livres en faveur du Sieur
André Falconet , Clerc du Dioceſe de
Paris.
,
La Coadjutorerie de l'Abbaye Reguliere
de Caloché , Ordre de Cîteaux , Dioceſe
d'Angers , dont Frere Marc- Antoine de
Beaurepaire eft Titulaire , en faveur de
FrereEuftacheMalfilatrePrêtre Religieux
dudit Ordre , Docteur en Theologie ,
Prieur Clauftral de l'Abbaye de Buzay ;
à la charge de mille livres de penfion annuelle
DE
JUILLET 1722.
172
nuelle & viagere , à prendre fur les fruits
& revenus de ladite Abbaye , en faveur
du Sieur Louis- Armand de S. Bon , Prêtre
du Dioceſe de Grenoble.
La Prevôté de l'Eglife
Metropolitaine
de Reims , vacante en Regale par la dé
miffion pure & fimple du Sieur Louis-
François de Lopis la Farre , en faveur du
Sieur Nicolas Parchappe de Vinay , Prêtre
du Diocefe de Chaalons , Docteur de
Sorbonne , & Chanoine de ladite Eglife.
›
MORT S
E 3. Juillet 1722. Mre Louis Dou
blet , Secretaire des Commandemens
du Cabinet de S. A. R. Monfieur le
Duc d'Orleans , Regent , Chevalier ,
Greffier , & Commandeur de l'Ordre
Royal , Militaire , & Hofpitalier de Nôtre-
Dame de Mont- Carmel , & de S. Lazare
de Jerufalem , Seigneur de Breuilpont
, Merey , Lorey , S. Cheron , Villegaft
& autres lieux ,eft mort à Paris âgé
de 52. ans .
Le s . Mre Claude Potier , Chevalier ,
Comte de Novion , Brigadier des Armées
du Roi , ci-devant Colonel du Regiment
de Bretagne , âgé de 84. ans.
H vj
Le
780 LE MERCURE
Le 10. Mre Claude Anjorrant , Che
valier , Conſeiller du Roi en fa Cour de
Parlement , Grand' Chambre d'icelle , &
Commiffaire aux Requêtes du Palais ,
âgé de 58 ans.
Le 12. Mre Thomas de Bragelongne ,
Prêtre , Docteur en Theologie de la Faculté
de Paris , & Chanoine de l'Eglife
de Paris , âgé de 58. ans , eft mort fubi
tement.
Le 14. Mre Louis- François le Fevre
de Caumartin , Chevalier , Seigneur de
Caumartin , Boiffy- le- Chaftel , & autres
lieux , Confeiller du Roi en fes Confeils ,.
Maître des Requêtes honoraire , âgé de
$7. ans.
M. le Comte de Blenac , ci - devant
Gouverneur general de l'Ile de S. Domingue
, eft mort à Rochefort le 9. de
ce mois , après une longue maladie.
M. Philippe le Fevre , Confeiller du
Roi , Intendant & Controlleur general
des menus plaifirs , & affaires de la Chambre
de Sa Majefté , decedé le 22. Juiller
âgé de 76. ans .
Dame Therefe- Angelique Collin , veu
ve en premieres nôces de Mre Jerôme
Chenel , Chevalier , Marquis de Meux,.
Meftte de Camp du Regiment Colonel
general de Cavalerie ; & en fecondes ,
épouse de Mre Anne- François de Paris ,,
Che
DE JUILLET 1722 . 100%
Chevalier , Seigneur de la Broffe , & aures
lieux , Confeiller du Roi en tous fas
Confeils , Prefident en la Chambre des
Comptes , decedée le 21. de ce mois
âgée de 65. ans.
Le 23. M. Jean Bede , Chevalier , Sei
gneur de la haute Cuve , Capitaine du
Regiment de la Marine , eft mort âgé de
4. ans.
DECLAY
182 LE MERCURE
kjkjkjkjkjkk
DECLARATIONS ,
Arrefts , &c .
A
RREST du Confeil d'Etat du
Roy du 2. Decembre 1721. concernant
la jotiiffance des rentes viageres ,
créées par Edit du mois de Juin 1720. &
acquifes depuis le 1. Novembre audit an.
ARREST du 13. Janvier 1722. qui
ordonne que les certificats de liquidation
qui ont été ou feront délivrez par le fieur
Brehamel ou fes Procureurs , contrôlez
& vifez , feront reçûs comme deniers
comptans pour acquifition de rentes viageres
au denier 25. jufqu'à concurrence
de ce qui refte à remplir des 4000000. liv.
créées fur les Aides & Gabelles par Edit
du mois d'Aouft 1720. ordonne en outre
S. M. que lesdits certificats contrôlez &
vifez en la forme prefcrite par les deux
Arrefts du 4. Janvier de la prefente année
feront reçûs pour l'acquifition defdites
rentes viageres par le fieur Jofeph le
Noir , lequel S. M. a commis & commet
à cet effet , &c.
ARREST du Confeil d'Etat Privé
du
DE JUILLET 1722. 18%
-
du Roy du 25. Avril 1722. qui ordonne
l'execution de ceux des 7. Novembre
1646. & 14. Juillet 1656. & qui décharge
M. le Procureur General de la
Cour des Aides de l'affignation à lui
donnée au Confeil le 8. Avril 1722. avec
défenfes à tous Huiffiers de lui donner à
l'avenir aucunes affignations , à peine de
nullité , & de soo. liv. d'amende contre
chacun des contrevenans.
4
DECLARATION du Roy du 25 .
Mai 1722. pour autorifer les Confuls de
la nation Françoife à rendre leurs Sentences
, en y appellant deux Députez ou
principaux negocians de la nation. Veut
Sa Majefté que les Confuls de la nation
Françoife établis dans les pays étrangers
donnent à l'avenir leurs Sentençes fur les
affaires civiles , dont la connoiffance leur
eft attribuée , en appellant à leurs jugemens
les deux députez de la nation , ou
à leur défaut deux des principaux negocians
François , fans qu'ils ayent befoin
d'en appeller un plus grand nombre . Ordonnons
que les jugemens defdits Confeils
feront executez par provifion , en
donnant caution , pourvû qu'ils foient
rendus avec lefdits deux députez , ou
principaux negocians de la nation , & ce
nonobftant ce qui eft porté par l'article
T
XIII .
184
LE MERCURE
XIII. du titre IX. de l'Ordonnance de
la Marine de 1681. auquel nous dérogeons
à cet égard feulement.
ARREST du 4. Juillet pour le payement
des arrerages des rentes du Clergé...
ARREST du même jour 4. Juillet ,
qui ordonne que le fieur Ogier , Receveur
General du Clergé , remettra les .
fommes qu'il a actuellement entre les
mains , & celles qu'il recevra par la fuite
aux Payeurs établis pour le payemen
des anciennes parties de rentes dues par
le Clergé , pour fur lefdites fommes être
les Rentiers payez , à commencer du
premier quartier de l'année 1680. & autres
fuivans.
ARREST du 8. Juillet , qui ordonne
que les certificats des Notaires qui doivent
être fournis par les Rentiers à leurs .
Payeurs , en execution de l'article II ..
de l'Arreft du 24. Juin dernier , feront.
portez par lefdits Notaires au Greffe de.
l'Hôtel de Ville , pour fervir à faire l'enregiſtrement
de leurs rentes , moyennant
quoi les Rentiers demeureront difpenfez.
de porter à l'Hôtel de Ville les groffes,
de leurs contracts . ·
ARRESTS
DE JUILLET 1722 : 18y
A
Rreft , de la Cour de Parlement
des 7. 8. 9. 10. 14, 15. 16. 17. 21
22. 23. Juillet 1722. portant condamnation
d'être rompu vif contre Louis
Lamy , garçon Serrurier , convaincu d'avoir
été de la compagnie de Louis Dominique
Cartouche , lors du meurtre du
nommé Pepin , Sergent du Guet , d'avoir
fait des fauffes clefs , crochets de fer &
pinces , d'avoir fait des vols de nuit avec:
effraction ,, & c.
Contre Adrien Chevalier , Patiffier ,
dit Patiffier , ou le Petit Chevalier , convaincu
d'affaffinats , & vols faits nuitamment
avec bâtons , épées & armes à feu
dans les rues de Paris , complice de Louis.
Dominique Cartouche , & c .
Contre Jacques Chopin , convaincu
d'affaffinats & vols faits nuitamment avec
bâtons dans les rues de Paris , complice
de Cartouche , & c.
Contre Jean - Baptifte le Maître , autrement
dit Boucher-le- Maître , convaincu
de plufieurs vols avec effraction , &
en montant fur les fenêtres nuitamment
dans les maiſons , vols & affaffinats auffi
nuitamment dans les rues de Paris , à
main armée , & en donnant des coups da
bâton , & autres vols par lui faits dans
}
les
186 LE MERCURE
les maiſons Royales & endroits publics à
complice de Louis Dominique Carrouche
, Nicolas Feron , le Craqueur , Dupleffis
, & autres voleurs & filoux de
Paris.
Contre Jean Riffault , dit la Marmotte
, convaincu de vol avec effraction , &
par les fenêtres pendant le jour , de vols
d'épées , de vols dans les Thuilleries , &
autres maiſons Royales , condamné d'être
pendu , &c. ancien complice de Cartouche
, Balagni , dit le Capucin , Guy le
Sage , & autres executez à mort.
Contre la nommée Antoinette Neron ,
fille de débauche , maîtreffe , & l'une des
concubines de Louis Dominique Cartou
che , condamnée d'être penduë , convaincuë
d'être anquilleufe , c'eſt -à - dire , voler
chez les Marchands fous le tablier ;
de vols dans les preffes , dans les places
de la banque , dans les Thuilleries , &
autres maifons Royales , & d'avoir été
prefente aux meurtres faits par Cartouche
, Magdelaine , & autres executez à
mort , & entre autres au meurtre de Mondelot
à la grande Pinte.
Contre Jean - Baptifte Cybour , dit
Baptifte , ou Aubinot , laquais , foldat &
valet dans la Banque , convaincu de vols
'dans les rues de Paris avec effraction , en
paffant par les fenêtres , de vols dans la
Banque ,
DE JUILLET 1722. 187
Banque , & y foutenant & protegeant les
voleurs , tels que Cartouche , Marcant ,
Coffade , dit Prevoft , Ferron ou Ferrand
, & autres executez à mort , def
quels il tiroit l'eftuc , c'eſt - à - dire , part
du vol , & de vols avec port d'armes , &
fauffes clefs , condamné d'être pendu , &c.
Contre Charles le Clerc , dit Picard
la Vallée , joueur de violon aux Guinguettes
, convaincu de vols fur les grands
chemins , dans les ruës de Paris , dans les
Thuilleries , & autres maiſons Royales
complice de Cartouche , & c . condamné
d'être rompu vif , &c.
Contre Nicolas Courtin , dit Jacob
de Mouchi , garçon Menuifier , convaincu
de vols à main armée , avec effraction,
nuitamment dans les rues de Paris , &
notamment du vol fait aux Gobelins
complice de Cartouche , la Riviere , Defcroix
, & fuivant Cartouche , & ceux de
fa bande dans tous leurs crimes , & de
vols faits fur les avenues de Paris , &
dans les maiſons Royales.
Contre Pierre Didier Dutaut , ou Dutemps
, convaincu de vols avec effraction
& à main armée , dans les Fauxbourgs &
rues de Paris , vehementement fufpect
de trois meurtres & affaffinats à coups de
couteaux , dont eft l'affaffinat du fieur de
la Perelle , Moufquetaire , ledit Dutaut
complice
188. LE MERCURE
complice de Louis Dominique Cartou
che , Perault , Duplefis , le Craqueur ,
& autres rompus vifs .
Contre Jacques Peliffier Matelot , garçon
Chirurgien , dit Boileau , fe faifant
appeller le Marquis de Peliffier , ou le
Marquis de Boiflaigne , condamné d'être
pendu , y- devant condamné par Sentence
du Prefidial de Bordeaux , pour vols
aux galeres à perpetuité , dont il s'eft
fauvé en 1719. convaincu de vols dans les,
rues de Paris , dans les places de la Banque
, dans les Thuilleries , & autres maifons
Royales , complice de Cartouche
Marchandon , Cofte , du Bourguet , &
Autres executez à mort , vehementement
fufpect des vols de la diligence de Lyon ,
& fur les grands chemins , & du vol d'un
porte - feuille de 1300000. livres fait au
fieur d'Ermote Anglois , & de vols avec
effraction & fauffes clefs.
çon
و ا
Contre Pierre Verel , dit Loyfon , gar
çon Boucher , convaincu de complicité
de meurtres , & entre autres de celui de-
Huron , Inspecteur de Police , de vols
avec effraction , vols de nuit à coups de
bâtons dans les rues de Paris , condamné
d'être rompu vif , complice de Cartouche
, Magdelaine , le Craqueur , & autres
executez à mort.
Contre François le Moine , Cocher de
place ,
DE JUILLET 2722. 180
place , convaincu de nombre de vols dans
Paris , dont un d'une caffetiere d'argent,
en la boutique du nommé Béche , Limonadier
, & de vols de nuit avec effraction ,
& notamment du vol de 9. pieces de
draps aux Gobelins , complice de Car
touche , de Perault , &c. & autres exe
cutez à mort , lefquels il conduifoit ordinairement
dans fon Caroffe de Fiacre aux
promenades des environs de Paris.
Contre François Premarteau , foldat
condamné d'être pendu , &c. convaincu
de vols dans les Thuilleries , & autres
Maifons Royales , de fondre la vaiffelle .
d'argent volée , d'avoir fait fuer les voleurs
dans le Louvre ,Thuilleries , Luxembourg,
& autres endroits de Paris , c'eſtà-
dire , d'avoir forcé les voleurs à lui
donner part de leurs vols faits dans lefdites
Maifons Royales , & vehementement
fufpect de meurtres , & d'avoir jetté des
particuliers pardeffus les ponts dans la
riviere , complice de Louis Dominique
Cartouche , & c.
Contre Jacques Belleville , garçon Serrurier
, foldat , condamné d'être rompu
vif , convaincu de nombre de vols dans
Paris , & notamment du vol de nuit avec
effraction fait aux Gobelins , & d'avoir
été prefent , lorfqu'un de fes camarades
voleurs tua à coups de couteau le nommé
Bellefeuille
190 LE MERCURE
1
Bellefeuille , autre voleur , dans un cabaret
de la Courtille , complice de Cartouche
, le Moine , &c.
Contre Cyr Cochois , cy - devant foldat
, condamné depuis en Provence ſous
le nom de Charenton à la queftion , &
enfuite aux galeres , d'où étant forti , re.
venu à Paris , reçû Archer du Guet ,
convaincu de retirer chez lui nombre de
voleurs , laroneffes , & meurtriers de Paris
, d'avoir recelé les vols ,
dont le partage
fe faifoit dans fa cave , d'avoir l'ef
c'eft-à-dire , fa part , & d'avoir
tuc ,
achetté celle des autres , d'avoir abufé
des ordres qu'il s'étoit fait donner pour
arrêter Cartouche , quoiqu'il le retirât
fouvent chez lui , & expofant les Archers
à la fureur des camarades de Cartouche
, feignant de le chercher d'un côté
, dans les momens qu'il le fçavoir d'un
autre , & d'avoir étant chaffé du Guet →
habillé d'habit d'Officier du Guet , un
bâton de Commandement à la main
foutenu les voleurs , & d'avoir , étant
déguifé fous differens habits , armé d'épée
, bayonnette , de piftolets de poche
guetté de nuit les paffans , aidé des voleurs
qu'il logeoit pour voler , & dẹ
complicité de vols avec effraction.
2
Contre Germain Savard , Cabaretier à
à la
DE JUILLET 1722. 191
la Haute-Borne , condamné d'être pendu
convaincu d'avoir fciemment retiré & caché
chez lui , fuivant le mot du guet de jour
& de nuit , Loiiis Dominique Cartouche ,
Limoufin , Balagni & Blanchard , où ils
furent arrêtez le 15. Octobre 1721. fuivant
le mot du guet , donné pour ce jourlà
à Savard , y a -t-il quatre femmes , même
tous les autres voleurs & meurtriers ,
complices de Cartouche , d'avoir recelé
les effets & argenterie par eux volez ,
d'avoir été prefent à leur partage , & d'a
voir fourni des inftrumens pour brifer la
vaiffelle d'argent , & en effacer les armes
, & fourni les balances pour la peſer.
›
Contre Marie- Jeanne Roger , dite la
grande Jeanneton veuve de Nicolas
Alexandre , femme de débauche , concubine
de Verel , dit Loyfon , & puis de la
Riviere dit Va - de- bon- coeur condamnée
à mort , convaincuë d'avoir été
de la compagnie de Va-de- bon- coeur
le Moine , Jacob de Mouchi , & autres ,
lors du vol fait aux Gobelins avec effrac
tion , & d'avoir emporté la part de Va
de-bon-coeur , & d'être receleuſe , & an
quilleufe , complice de Cartouche , Magdelaine
, Verel , & autres , &c .
On
192 LE MERCURE
1
N nous écrit de Bourges qu'après
Ole jugement que nous avons rappar
porté , page 83. & 84 du Mercure du
mois de Mai dernier , il a été rendu
les mêmes Juges le 8. Juillet 1722. un
autre jugement , dont on nous envoye
une copie imprimée , par lequel le nommé
Pierre Bouyer , Serrurier dela Monnoye
de Bourges eft declaré dûëment.
atteint & convaincu d'avoir fauffement ,
& calomnieufement accufé , & dénoncé
à juftice les fieurs Lançon , Baret , & Du-*
man , & porté contre eux faux témoignage
du vol fait en l'Hôtel de la Monnoye
de ladite Ville , pour reparation dequoi
il eft condamné à fervir comme for
çat dans les Galeres du Roy à perpetuité
, & c .
On ajoûte qu'il interviendra un troifiéme
jugement à l'égard des Juges fubalternes
, que cette affaire eft d'une grande
confequence , & auffi grave que celle qui
eft rapportée dans le cinquiéme tome du
Journal du Palais au fujet de quelques
Officiers de la Juftice de Mante.
SUPPLEMENT,
DE
JUILLET 1722. 193
XXX :XXX
SUPPLEMENT.
N mande de Mofcou du 16. Juin
qu'on y avoit reçû avis pár un Expres
de Conftantinople , que la Porte Otthomane
avoit affuré , qu'elle ne ſe mêleroit
en aucune maniere des differens fürvenus
entre le Czar & les rebelles de Perfe
, & qu'elle ne leur accorderoit aucune
protection , jufqu'à ce qu'ils euffent donné
une entiere fatisfaction à S. M. Czarienne
, touchant les dommages caufez
aux Mofcovites. On ajoûte qu'on avoit
appris par un Exprès d'Ifpahan , la nouvelle
rebellion arrivée en Perfe ; que les
rebelles s'étant emparez de diverfes Places
, avoient dépoféle Sophi , & élevé fon
fils aîné fur le Trône ; mais que celui- ci
n'ayant pas répondu à leur attente , ils l'avoient
auffi dépofé , & remplacé par le
fecond fils ; lequel avoit eu enfuite le
même fort , fon frere cadet ayant été mis
à fa place. On n'a point de nouvelles
du Roi de Pere , depuis qu'on a fçû qu'il
s'eft fauvé à Babilone.
Le 3. de ce mois le Cardinal Czalk
arriva de Prefbourg à Vienne avec divers
Seigneurs Hongrois ; il eut le lendemain
1 audience
194
LE MERCURE
audience publique de l'Empereur au Palais
de la Favorite , où il fe rendit avec
un cortege de 36. caroffes à 6. chevaux .
Il prefenta à S. M. I. la refolution des
Etats de Hongrie dreffée en latin ,
par la
quelle on admet à la fucceffion du Royaume
de Hongrie la ligne feminine de
S. M. I. au défaut des defcendans mâles.
L'Empereur répondit en latin , & d'une
maniere très gracieuſe. Le Cardinal fuc
enfuite admis à l'Audience de l'Imperatrice
regnante , & à baifer la main de
l'Archiducheffe Therefe , qui doit fucceder
au Royaume de Hongrie , au défaut
d'heritiers mâles ; par déliberation
des Etats , ordine genita primo femper
fervato. Elle fera reconnue comme legitime
Reine hereditaire du Royaume de
Hongrie , qui à l'avenir fera regardé ,
comme compofant un feul & même corps
avec tous les autres Royaumes & Païs
appartenans à la Maifon d'Autriche.
La ceremonie de prefenter la haquenée
au Pape , fut faite à Rome le Dimanche
28. de l'autre mois , avec un grand concours
de peuple & de curieux , qui n'avoient
point vû pareille chofe depuis 22 .
ans . Le Pape allà dîner ce jour - là au Varican
, & l'après- midi S. S. fortant de
Vêpres dans fa Chaire Pontificale , rencontra
entre les deux benitiers de la place,
DE JUILLET 1722. 195
ce , le Connêtable Colonne , qui ayant
mis un genouil à terre , lui préfenta au
nom de l'Empereur une bourfe de 5000 .
écus d'or & une haquenée richement caparaçonnée
, pour le tribut & la reconnoiffance
accoûtumée de l'inveftiture du
Royaume de Naples , qui vient d'être accordé
à Sa Majesté Imperiale.
Les Sultanes Turques qui ont paru dans
le Golfe , caufent de grandes inquietudes
dans tous les lieux qui font expofez
à leur débarquement. Le Pape a envoyé
des ordres pour raffembler & armer fans
perte de tems les milices des Provinces ,
& pour tranfporter le tréfor de N. D. de
Lorette dans le Château d'Ancone.
Extrait d'une Lettre écrite de Rome le 16.
Juin dernier,
M
R l'Ambaffade ut de
Portugal
continue fes vilites du Sacré College
avec une magnificence , dont tout
Rome eft furpris . Voici l'ordre de la
marche.
Le premier caroffe eft à fix chevaux
alezans brûlés , à crin blanc .
Le fecond à fix chevaux noirs .
Le troifiéme à fix chevaux gris- pommelez.
Le quatrième à fix chevaux bey - brun .
Ces quatre carolles font à la Françoiſe,
I ij
196 LE MERCURE
à deux fonds , plus grands , & beaucoup
plus riches que celui que le feu Duc d'Of
fonne amena de Paris à Utreck .
Le cinquième à fix chevaux gris à crin
noir.
de
Dix grands caroffes à deux chevaux .
Ces quinze caroffes font précedez de
Sc Valets de pied , d'une livrée beaucoup
plus riche que celle du Comte de
Ribeira , lorfqu'il fit fon entrée à Paris .
Huit Maures fuperbement habillez à
la Turque , avec des gros bouquets de
plumes fur leurs turbans. Ils vont devant
le caroffe de l'Ambaffadeur.
Dix Gardes avec des Baudriers , dont
les habits font differens , & plus riches que
ceux des Valets de pied , avec des cocardes
& des plumets .
Dix Pages qui vont aux portieres du
caroffe à pied leurs habits coûtent 300,
écus Romains chacun.
Dix Valets de Chambre occupent les
deux derniers caroffes avec les Maîtres
d'Hôtel.
Douze Gentilshommes. Deux Secretaires
. Un Aumônier. Un Maître de
Chambre.
Un Major - d'homme.
Un Sous- Ecuyer , & tous les Nationaux
& Señors Romains , habillez en ceremonie
très magnifiquement.
L'EDE
JUILLET 1922 . 197
L'Ecuyer va immediatement après l'Ambaffadeur
fur un cheval d'Elpagne des
plus beaux , fuperbement harnaché , avec
un Valet de pied de chaque côté , & un
derriere , quiporte une couverture en broderie
d'or , pour couvrir la felle lorsqu'il .
met pied à terre , pour donner la main à
l'Ambaffadeur à la defcente du caroffe.
On écrit de Naples de la fin du mois
dernier , que le Cardinal d'Althan y arriva
le 22. au bruit d'une falve de toute
l'artillerie des Forts. S. E. prit poffeffion
le lendemain de fa Viceroyauté avec les
formalitez ordinaires , le Prince Borghefe
lui ayant remis le Gouvernement du
Royaume dans l'Affemblée du Confeil
Collateral . Le Comte d'Almenara , qui
paffe à la Viceroyauté de Sicile , pour y
relever le Duc de Monteleon , eft arrivé
en même tems. Il doit partir pour Palerme
au premier vent favorable.
Les mêmes Lettres portent qu'on a eu
-avis que 13. Sultanes fe font jointes aux
5. forties des Dardannelles , avec des
troupes de débarquement , & quantité
d'attirails de guerre : fur quoi on feſe prepare
à Malthe pour une vigoureufe refiftance
en cas d'atraque ; & le General des
Galeres eft attendu en Sicile , pour y faire
embarquer quelques Regimens Imperiaux
, qui ont été accordez par l'Empe-
I iij reur,
198 LE MERCURE
reur , pour fervir en cas de befoin, On
ajoûte que douze vaiffeaux de Barbarie',
bien armez , & chargez de troupes de débarquement
, doivent fe joindre aux Sultanes
, ce qui répand la terreur dans toute
cette Ifle , ainfi que fur les côtes de
l'Etat Ecclefiaftique . On a appris de
Gennes , que quatre Galiotes de Malthe
& de Sardaigne , croifent dans les mers
de Tunis & de Biferte , pour empêcher
les bâtimens de Barbarie de fortir de leurs
ports , & que trois Corfaires d'Alger
montez chacun de 60. canons , avoient
mis en mer , pour aller joindre ceux qui
croifent fur les côtes d'Espagne..
On travaille à Londres pour regler l'ordre
des funerailles du feu Duc de Marlborough
, qui feront , dit- on , d'une pompe
& d'une magnificence extraordinaire , &
qui furpafferont de beaucoup celles du
General Mork. Le Comte de Godolfin a
la direction de cette pompe funebre, pour
laquelle on a , dit- on , deftiné un fonds
de 30000, livres fterlin , dont la Ducheffe
Doüairiere veut faire toute la dépenſe .
Le Roi a ordonné de plus un fuperbe
Maufolée , qui fera élevé à fa memoire ,
dans l'Abbaye de Weftminſter , aux dé
pens de S. M. On affure qu'il laiffe par
fon Teftament 15000. liv. fter . de rente
à la Ducheffe fon épouse , 6000. liv. aux
enfans
THEQUE
BLA
VILL
LION
DE
JUILLET 1722.
enfans de la Comteffe de Sunderan la
fille , 2000. liv. à ceux du Duc de Brid
water , & autant à la Ducheffe de Montaigu
, fa plus jeune fille , outre 60000.
liv . à la Comteffe de Godolfin fa fille aînée
, pour foûtenir le Titre & la Dignité
de Ducheffe de Marlborough , qui pafferont
au Marquis de Brandfort ion fils.
Les Executeurs de ce Teftament font la
Ducheffe (Doüairiere de Marlborough , le
Comte de Godolfin , le Duc de Bridgwater
, & Mrs Cleyton , Jean Hamburi ,
& Guillaume Guidot , Ecuyers . Les Lettres
de Londres ajoûtent qu'on a mis une
nouvelle tombe à l'endroit où le corps
de Thomas Par a été enterré : on prétend
qu'il a vêcu 152. ans , étant né en
1483. & qu'il a vû dix regnes confecutifs
, fçavoir , depuis Edouard IV. juſqu'à
Charles I. qu'il mourut en 1635 .
Dans le dernier Confeil Privé du Roi ,
tenu à Kinfington , il y fut refolu de proroger
encore le Parlement jufqu'au 13. du
mois d'Aouft prochain .
Le Cardinal d'Acunha , Grand Inqui
fiteur de tous les païs fujets au Roi de
Portugal , arriva de Rome à Paris le 27 .
Juin ; M. l'Ambaffadeur Don Louis d'Acunha
, & M. l'Envoyé de Portugal ,
avec M. le Comte d'Ericeira , & M. l'Abbé
de Mendoce , étoient allez au devant
I iiij .
?
de
200 LE MERCURE
de fon Eminence à Fontainebleau , d'ou
ils la conduifirent
à l'Hôtel de M. l'Ambaffadeur
, qui étoit préparé pour elle &
fa nombreule fuite. M. l'Ambaffadeur a
reçû un tel hôte avec la nobleffe & la galanterie
propres à fà nation , & l'aifance
auffi naturelle au caractere de ce Miniftre ,
qu'au genie du païs dans lequel il refide
depuis près de deux ans. M. le Cardinal
envoya le furlendemain de fon arrivée faire
des complimens à fes illuftres Confreres,
qui n'ont pas manqué de venir lui marquer
au phitôt toute leur confideration.
La premiere vifite de fon Eminence fut
celle qu'elle eut l'honneur de faire le 4.
Juillet au Roi , en gardant l'incognito
comme elle a toûjours fait durant fon féjour.
Elle ne pouvoit fe détacher de l'augufte
prefence du jeune Monarque , fait
pour infpirer la plus tendre admiration.
Les politeffes que reçût M. le Cardinal
de S. A. R. Monfieur le Regent , terminerent
au gré de fes voeux les audiences
qu'il eut à Versailles . Son Eminence fut
parfaitement regalée chez M. le Cardinal
du Bois , après quoi on fit jouer les
caux pour elle , qui ne furent pas la feule
chofe qu'elle trouva au - deffus de ce qu'on
voit de plus merveilleux en Italie. M. le
Cardinal de Rohan lui donna`4. jours
après un dîné , où il ne fe pouvoit rien
defirer,
DE JUILLET 1722. 201
defirer , ni pour la chere , ni pour la
compagnie . Le Jeudy 9. M. l'Ambaffadeur
de Portugal , qui avoit fait inviter
Mrs les Cardinaux , Mrs les Ambaſſadeurs
, & quantité d'autres perfonnes de
la premiere diftinction , fignala par un
magnifique repas le zele qu'il a pour l'illuftre
parent , qui étoit le fujet de la fête.
Son Eminence s'eft attachée à voir
chaque jour ce qu'il y avoit de plus remarquable.
Le Mercredi 16. elle alla à
Marly , où elle employa cinq heures à
confiderer fes differentes beautez . De là:
elle vint prendre congé de S. M. & dîner
chez M. le Maréchal de Villeroy ; il
a été particulierement occupé de ce qui
pouvoit faire juger le mieux à fon Eminence
du païs où elle fe trouvoit ; ainfi il'
lui a fait les honneurs de la Cour d'une
façon convenable au pofte qu'il y remplit.
M. le Cardinal (de Biffy donna le
lendemain un fomptueux dîné dans fon
Palais Abbatial de S. Germain à la même
Eminence , ce qui a été imité par M.;
l'Ambaffadeur de Sardaigne , & Par M.
le Nonce.
La vifite qu'a fait à Madame M. le Car
dinal d'Acunha , & l'attention qu'il a
donnée à S. Cloud , ont terminé les honneurs
& les plaifirs qu'il a cus ici .
Le 23 , de ce mois , jour du départ de
I.v
fon:
202 LE MERCURE
Eminence , M. l'Ambaffadeur de Portu
gal reçut une nouvelle capable d'adoucir
fon chagrin , c'étoit l'élevation de Don
Antoine Manuel à la dignité de Grand-
Maître de la Religion de Malthe , à la
place de Marc- Antoine Zondodary , mort
à Malthe le 16. du mois dernier , âgé
d'environ 63. ans. Le Pere de Don Manuel
étoit frere de la mere de M. l'Ambaffadeur
, & avoit époufé la foeur de ce
Miniftre , lequel avoit d'ailleurs été élevé
avec le nouveau Grand- Maître , lui &
fon aîné , qui eft Commandeur de Malthe
, font reftez ſeuls de 7. garçons.
Les biens de leurs maifons, & la Grandeffe
ont paffé au fils de leur foeur : ce
dernier privilege n'eft attribué qu'à trois
titres de Grands de Portugal. Ils font
fils du Comte de Vilaflor qui a foutenu
la Couronne fur la tête du Roy Jean IV.
par la bataille d'Amexoal qu'il gagna fur
Don Juan d'Autriche , fils naturel de
Philippe III .
M. le Grand - Maître a un merite qui
le rend digne du fang illuftre dont il fort.
La nouvelle de la nomination de M.
l'Abbé de Rohan à l'Archevêché de
Reims , a été reçûë à Rome avec de
grands applaudiffemens. M. l'Abbé de
Taucin travaille à faire expedier les Bulles
fans peite de tems , afin de le mettre
en
DE JUILLET 1722. 203
en état de pouvoir facrer le Roy au mois
d'Octobre prochain .
M. le Cardinal de Noailles a donné le
Canonicat de Nôtre - Dame , vacant par
la mort de l'Abbé de Bragelonne à l'Abbé
Paris. }
La Fête de Nôtre- Dame du Mont-
Carmel , arrivée le 16. de ce mois , a été
celebrée pour la premiere fois , par le
Duc de Chartres , & les Chevaliers de
l'Ordre de S. Lazare , dans l'Eglife de
S. Jacques de l'Hôpital ; les Chanoines
& Chapelains de cette Eglife paroiffent
au choeur avec la Croix , le camail & le
rochet comine les Ecclefiaftiques de l'Ordre
de Malthe , on y reçût ce jour - là
2. Chevaliers , & un frere fervant.
Le 19. de ce mois M. Dandrefel prêta
ferment pour la Lieutenance du Roy du
Rouffillon . །
Le 18. le Roy alla voir jouer à la
Paume.
Le 19. S. M. accompagné de Monfieur
le Duc d'Orleans , entendit dans
la Chapelle du Château de Verſailles la
Melle chantée par la Mufique .
Le 20. le Roy accompagné du Duc
de Chartres , du Comte de Clermont
& du Maréchal de Villeroy , fon Goufe
verneur promena à cheval dans le
•
Parc de Chav ille.
I vj Les
204
LE MERCURE
Les 2. vaiffeaux de la compagnie des
Indes arrivez depuis peu au port de l'Orient
en Bretagne , font le More & la
Galathée ; leur charge confifte en riches
étoffes de la Chine , en belles foyes , en
cabinets , & en porcelaines porcelaines fabriquées fur
des modeles qu'on y avoit envoyez de
France , il y a auffi beaucoup de thé , &
autres marchandifes. La vente s'en doit
faire à Nantes inceffamment , & l'on
prétend qu'elle rapportera environ 10 .
inillions . Les Commiffaires du Confeil
qui ont l'infpection des affaires de cette
Compagnie ont déja fait partir M. Ardencourt
pour affifter à cette vente .
On attend inceffamment le vaiffeau le
Prince de Conti venant auffi de la Chine.
On a eu avis que la flotte des Indes
Hollandoifes , en faifant route du détroit
de la Sund pour le Cap - de - Bonne- Efperance
, avoit été furprife d'une violente
tempête , deux de leurs vaiffeaux ont
peri , fans qu'on en ait pû fauver plus de
trois hommes ; cinq vaiffeaux font arrivez
au Cap fort maltraitez , ayant eu
beaucoup de peine à réfifter à la tempête ,
& leurs marchandifes étant prefque toutes
avatiées ; on étoit fort en peine de cinq
autres vaiffeaux de la même flote qui
n'étoient point encórè arrivez .
Les Comediens Italiens ont ceffé de
jouer
DE JUILLET 1722. 205
•
jouer fur leur Theatre de l'Hôtel de
Bourgogne dès le 20. de ce mois pour
preparer les pieces qu'ils devcient donner
fur leur Theatre du Fauxbourg S. Laurent.
La derniere piece qu'ils ont joué à
l'Hôtel de Bourgogne le 19. eft celle du
Soupçonneux , Comedie Italienne en trois
Actes , qui a été fort goûtée dans fa nouveauté
en Janvier 1721. & qui fait encore
aujourd'huy le même plaifir . C'eſt
une piece dont le caractere eft admirable,
& parfaitement bien rendu par celui qui
le joüe .
Le 25. les mêmes Comediens ont fait
l'ouverture de leur Theatre du Fauxbourg
S. Laurent , & ils y ont reprefenté
une piece nouvelle en trois actes ,
avec un Prologue , & des agremens , intitulée
le jeune Vieillard.
Les Comediens François doivent joüer
inceffamment une piece en trois Actes , en
vers libres , avec un Prologue , & des
agremens qu'ils ont reçûe depuis peu ;
elle eft intitulée le nouveau Monde. L'auteur
ne fe nomme point.
Le fieur le Grand , Comedien du Roy
a auffi prefenté & lû à fes camarades une
petite piece de fa compofition avec des
Vaudevilles , qui a été reçûë ; elle eft intitulé
l'Ouvrage d'un Moment.
Le dix de ce mois Monfieur le Duc
d'Orleans
205 LE MERCURE
tint fur les Fonds de Baptême dans l'E
glife du Val de Grace , l'enfant de M. Poiffon
un des Officiers de MADAME
Madame d'Orleans , Abbeffe de Chelles
fut la maraine.
,
›
›
On mande du Gevaudan qu'il n'y a eu
ni morts ni nouveaux malades de la
pefte depuis le commencement du mois
de Mai dernier , & de Marfeille qu'on y
eft en parfaite fanté dans la Ville , & dans
le territoire , ainfi que dans toute la Provence.
La Dile Hortense Desjardins a été reçûë
le 25. de ce mois dans la Mufique de
la Chapelle & de la chambre du Roy
après avoir chanté à la Meffe , en prefence
de S. M. le verfet Benedictus Dominus
du Pleaume 123. que chante ordinairement
le fieur Pachini.
re
e
Le 23. de ce mois ont été mariez à
S. Sulpice M Claude de Thiange , Chevalier-
Seigneur de Bord- Pechin- Chauroche
, & autres lieux , fils de défunt
Me Jofeph de Thiange , Chevalier - Seigneur
de Luffac- Malleville , Lefpoux , le
Chauchay , & autres lieux, & de Dn Mrie
de Montagnac- Larfeuilliere fes pere
& mere , demeurant au Château . & Paroiffe
de Luffac en Bourbonnois , &
Dle Louife Henriette de S. Simon de
Courtomer , fille de Mre Jacques Antoine
DE
JUILLET 1722. 207
toine de S. Simon , Chevalier - Comte de
Courtomer , Seigneur & Patron de Sainte
Mere Eglife , le Chef du Pont Bouhon
Lapitte- Boudiere , & autres lieux , & de
Dame Marthe Chardon fes pere & mere,
>
Les troubles furvenus en Perſe font
craindre une révolution generale dans ce
Royaume , à ce qu'on apprend par les
dernieres nouvelles de Turquie , outre
les fuccès rapides du rebelle qui a faccagé
Schamachia , il s'eft excité un autre
foulevement par l'Iman ou Prince de
Mafcatte , qui , dit- on , s'eft rendu maître
de diverfes Provinces Meridionales ,
& a pouffé fa marche jufques vers Bender-
Abaffi , la principale place de commerce
dans la Baye d'Ormus. Ces deux
foulevemens ont été fuivis d'un troifiéme
, infiniment plus à craindre & plus
dangereux. Ces derniers rebelles ont à
leur tête Mirveiz , qui prétend être Prince
de Candahar à caufe que fon pere ,
Gouverneur de cette Province- là , fituée
fur les frontieres du Mogol , s'en étoit
rendu maître , & lui en avoit laiffé la
poffeffion après fa mort. Mirveiz , non
content de cette Principauté , entreprit
l'année derniere la conquête de Cherman,
Ville renommée pour fes fabriques de
foye, & après s'en être emparé, il la pilla ,
de même que toute la Province . Après
ce
208 LE MERCURE
ce fuccès , Mirveiz tout fier de fes conquêtes
, voulut les pouffer plus loin ; il
fe mit en marche il y a quelques mois
& prit la route d'Ifpahan , Capitale de
la Perfe , & penfa y furprendre le Roi ,
qui eut à peine le tems de fe fauver dans
un Château , d'où l'on dit qu'il s'eft enfuite
retiré avec une fuite de 200. perfonnes.
Mirveiz fit piller à Ifpahan tous
les Perfans qui font de la Secte d'Ali , &
mit à contribution les Marchands libres ,
par forme d'emprunt pour payer les troupes
, promettant de rembourfer cet argent
dès qu'il feroit en état de le faire .
Mirveiz eft Mufulman , de la Secte de
Mahomet , ainfi que tous les rebelles ; au
lieu que la plupart des Perfans font Sectai--
res d'Ali, & font regardez par les premiers
comme heretiques. Mirveiz declare par
tout où il paffe qu'il ne prétend point à
la couronne , mais feulement d'engager
le Roi à embraffer la veritable Religion ;
promettant de mettre les armes bas , &
de fe foumettre à fon Empire dès qu'il
aura abjuré fes erreurs . Ce pretexte a
un tel fuccès , que les peuples accourent
de tous côtez pour fe joindre à ce
Rebelle.
On mande de Conftantinople qu'il s'y
étoit tenu un grand Divan , fur ce que
les Bachas d'Erzerum & de Babilone repreDE
JUILLET 1722. 209/
prefentent , qu'il feroit très facile au
Grand Seigneur , dans ce tems de trou
bles , de s'emparer de diverles Provinces
de Perfe. Quelques Bachas furent d'avis
de profiter de cette favorable conjoncture
; mais le Grand Vifir reprefenta à
l'Affemblée, que le Grand Seigneur trouvoit
qu'il feroit injufte & deshonorant
de profiter de l'état déplorable où fe
trouvoit le Roi de Perle fon bon ami
dont le Royaume ne s'étoit pas encore
rétabli du coup que lui avoit porté le
Sultan Amurath , bifayeul de fa Hautef
fe ; qu'il étoit plutôt d'avis , d'envoyer
fur les frontieres de Perfe un corps confiderable
de troupes , avec toutes for
tes de provifions ; d'enjoindre aux Bachas
de prendre fous leur protection , & de
traiter à l'amiable toutes les Provinces
qui auroient recours à eux ; & qu'en cas
que le Roi de Perfe vint fe refugier chez
ils lui rendiffent tous les honneurs
poffibles , & l'entretinffent aux dépens
du Grand Seigneur . Que de plus s'il
avoit le bonheur de remonter fur le trône
, on lui reftituât toutes les Provinces,
qui auroient imploré la protection de la
Porte ; ainfi que cela s'eft pratiqué cidevant
à l'égard des Provinces de Schirvan
, d'Iran , de Ghifan , & de la Ville
de Tauris , &c . Le Divan approuva l'avis
du Grand Vilir .
eux ,
Ex
118 LE MERCURE
Extrait d'une Lettre écrite de Rome le 16.
V
Juin 1722.
Oici un prodige étonnant , dont
tout Rome a été témoin . Un Boucher
de cette Ville acheta dans le Royaume
de Naples un troupeau de moutons ,
pour le débiter ici en détail . Ceux à qui
il en vendit , s'apperçûrent que ces moutons
avoient les dents toutes dorées vers
la gencive. M. le Cardinal Ottoboni ,
qui l'on porta une tête de mouton , en fit
racler les dents , & cette raclure rendit
le poids de deux écus d'or très- pur. Son
Eminence a une autre de ces têtes qu'il
garde très -précieuſement.
J'en ai vû à plusieurs particuliers qui
pouvoient avoir pour fix ou huit Jules
fe /
d'or , d'autres moins . M. Goffet qui fe
fert de ce Boucher , a une mâchoire de
cette même qualité , choſe très - curieuſe ,
qui donnera fans doute matiere à raifonner
aux Naturaliſtes.
Nous donnons l'avis qu'on va lire dans
le moment que nous le recevons , pour ne
pas retarder les fecours qu'on en peut tirer
dans la faifon preſente.
Mous
DE
JUILLET 1722. 217
Mouvement alternatif pour faire jouer
des fleaux par le moyen d'un cheval.
I
1
L a été annoncé dans le Mercure de
Mai de la prefente année , à la page
137. que le Rot a accordé un privi
lege exclufif à M. du Quet Ingenieur,
fur le mouvement alternatif qu'il a inventé
pour faire jouer des fleaux. Ce
mouvement a été executé en grand aú
Château du Mefnil - Voifin , à côté de la
route de Parie à Orleans , deux lieues
au deffus d'Arpajon. Les experiences qui
en ont été faites au commencement de
Juillet dernier , en prefence du Se gneur,
de la Nobleffe des environs , des Curez ,
& autres perfonnes de ce païs , font connoître
feurement qu'un cheval peut faire
joüer fix à fept fleaux , pour battre auffi
fort & auffi vite , que peuvent faire fix à
fept batteurs.
- Ce mouvement eft compofé de deux
grandes poulies , l'une attachée vers la
muraille de la baffe- court à un pieu , ou
dans un clós à un arbre ; l'autre à la muraille
de la grange par dedans ou par dehors.
Le cheval parcourant la diſtance
qui eft entre ces deux poulies , tire une
corde paffée un tour fur l'une des poulies
, & deux ou trois tours fur l'autre ;
cette
212 LE MERCURE
per
cette derniere poulie fait tourner une
manivelle de fer , dont la tige lui fert d'arbre
: cette manivelle , en tournant , pouſſe
& tire une perche , laquelle communique
fon mouvement à un arbre pivoté
dans les deux paliers de l'ai é ; cet arbre
qui porte les fleaux , les oblige de frapviolemment
tous à la fois fur un bout
de l'airé , & fur l'autre alternativement ,
à chaque pas du cheval. Le cheval eft attaché
à un palomier , qui prend les deux
bouts de la corde paffée fur les deux poulies
, & il marche pendant fix à ſept toifes
entre cette corde & des perches pofées
fur des piquets , puis ayant retourné
de l'autre côté , il revient fur les pas ,
en faifant frapper les fleaux de la même
force , autant de coups qu'auparavant.
Ce qu'il y a de très favorable , eft , que
la dépenfe de la conftruction de ce mouvement
n'ira pas à dix piftoles , à cauſe
de la fimplicité de fa compofition , &
qu'un garçon de baffe-court fuffira pour
gouverner le tout ; mais quelque détail
qu'il s'en puiffe faire , il faut toûjours
que l'Auteur , ou quelqu'un inſtruit par
lui , voye les granges pour juger par
leur fituation , de quelle maniere on doit
faire travailler le cheval , pour déterminer
l'ordre des pieces qui compofent
ce mouvement.
La
DE
JUILLET 1722.
213
La demeure de M. du Quet eft dans
ruë de l'Arbre- Sec , vis- à - vis du petit
Paradis. Il recevra toutes les lettres franches
de port qu'on lui écrira fur cette
matiere.
APPROBATION.
" Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure du mois de Juillet,
& ' ay cru qu'on pouvoit en permettre l'im
preffion. A Paris le 2. Aouſt 1721.
HARDION,
**HHHHHHHH.
TABLE .
IECES FUGITIVES. Vers fur le mariage
P
du
Roy.
I
Réponse de M. Baugier aux remarques critiques
fur les memoires de la Province de
Champagne . 6
Epître au Maréchal de Villars par M. de Voltaire
. 18
Lettre écrite de Canada fur la maniere de tirer
du fucre de l'érable.
Stances irregulieres à Damon .
26
Hiftoire d'Abulmer , fuite & fin des voyages
de Zulma dans le pays des Fées . 31
Lettre
Lettre en profe & en vers fur la peſte d'Avi
gnon.
Lettre fur une groffeffe extraordinaire.
- Lettre fur le Mercure de Paris , & c .
77
79
82
Fagnient de Lettre fur la Comedie de l'Opiniâtre.
Enigmes ,
87
89
Chansons. 92
NOUVELLES LITTERAIRES , & des beaux
-Arts . Hiftoire de l'Abbaye Royale de Saint
Germain des Prez . idem .
Conftruction nouvelle de trois montres portatives
, d'un nouveau balancier , & c. paz
M l'Abbé de Hautefeuille.
Edition de oeuvres de M. Bayle , & c .
101
107
Vie des Poëtes François anciens & modernes .
110
Mort de M. Baulelot , fes ouvrages , & fon
éloge .
idem.
Eaux minerales de Segray en Gatinois , & c . 111.
Nouvelle invention d'inftrumens de Mathematiques.
115
Aiguilles aimantées pour fixer les longitudes ,
& c. 116
Nouvelles de l'Academie de Portugal , & c . 117
Tableau de Telemaque prefenté à Monfieur le
Regent.
Suite des Medailles du Roy .
110
123
SPECTACLES
SPECTACLES. Pieces nouvelles reçûës , &c .
125
126 L'Opera , Têres de Thalie & c.
Memoire pour fervir à l'Hiftoire du Theatre
François. 128
Benefi es , Charges & Dignitez des Pays
étranger , 138
Baptêmes , morts & mariages des perfonnes
illuftres.
146
Nouvelles étrangeres , de Conftantinople , de
Peicfbourg , de Varfovie , de Stoкolm , de
Coppenhague , de Vienne , de Londres , de la
Haye , de Rome , de Florence , de Madrid ,
de Lisbonne , &c.
Journal de Paris.
152
170
Courſe à cheval , gageure des Marquis de
Sail ant & d'Entragues 173
Prelent de Madame la Ducheffe d'Orleans
d'une Poupée avec fa Garderobbe fait à l'In
fan e.
Benefices donnez .
Morts.
Declaration , Arrefts , & c,
174
177
179
182
185
Lix-huit complices de Cartouche executez à
mort en place de Gréve à Paris .
Jugement rendu à Bourges contre un faux témoin.
192
Supplement , nouvelle de Perfe , de Hongrie ,
& c. 193
De Rome, la haquenée prefentée au Pape , cortege
de l'Ambaffadeur de Portugal en cette
Cour. armement du Grand Seigneur , & c. 194
Nouvelles d'Angleterre , funerailles du Duc de
Marlboroug.
198
199 Arrivée à Paris du Cardinal d'Acunha , fon départ
& c.
Autres nouvelles de Perfe , du Rebelle Mirveiz ,
& c. 207
Dents de mouton , dorées , nouvelle de Rome ,
& c.
210
Avis pour faire jouer des fleaux pour battre à
la grange.
A VIS.
211
Il y a àla fin du Mercure du mois dernier un
Errata des fautes furvenues dans l'impreffion de
La Dißeriationfur le Sacre & Couronnement des
Rois de France , qui est dans le Supplement du
Mercure de May Comme quelques perfonnes ne
s'en font point apperçu , nous averriffons de nouveau
que ces fautes font corrigées dans l'Errata ,
dont nous parlons , où il est dit qu'à la page 93 .
ligne 7 il faut lire frere au lieu de fils , à la page
16. de la même Differtation , ligne 24. il faut
Lire minorité au lieu de facre , c.
Fautes à corriger au mois de Juin
dernier.
Age 1. ligne 8. une , lifez un.
Pag. 56. 1. 220. Gerfon , lifez Gerlon .
Pag. 81. 8. Theodoric , lifez heoderie.
Pag. 60. 1. 9. Odon de Agilo , lifez Oson
de Diogilo , lig. 10. Epiftol . 114. lifez 4:4.
Pag. 61. 1. 13. & ce qui reftoit du Château ,
Lifez & ce qui en reftoit a été ruiné avec le
Château.
Pag. 62.1. 11. Sarita , lifez Surita . "
Pag 76 1.3 . du bas Hiftoriea , lifez Hiftrion .
Pag. 99. 1. 11. s'informer , lifez l'informer.
La chanson®
La planche
doit regarder
426081
MERCURE
DE JUIN 17 2 2.
REQUE
DE
LA
ON
VILLE
QUÆ COLLIGIT SPARGIT ,
A PARIS ,
> Chez GUILLAUME CAVELIER au Palais.
GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , à la Fleur - de- Lys d'Or .
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT ,Quay des Auguftins , à la
deſcente du Pont - Neuf, à la Croix d'Or
M DC C. XXII.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
SjksbjbJtjbjbjbJtjbjbétjbj
LISTE DES LIBRAIRES
qui debitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & dans les
Pays étrangers.
Lyon , chez Plaignard , Libraire.
Montpellier , chez les freres Faures .
Toulouſe , chez la Veuve Tene.
Bayonne , chez Etienne Labottiere.
Bordeaux , chez la veuve Labottiere .
Charles Labottiere , vis à - vis la Bourſe. ibido
Rennes , chez Vattar.
Nantes , chez Julien Maillard.
Saint Malo , chez la Mare .
Poitiers , chez Faucon .
Xaintes , chez Delpech.
Blois , chez Maffon .
Orleans , chez Rouzeau .
La Rochelle , chez Desbordes.
Angers , chez Fourreau .
Tours , chez Gripon.
Caen , chez Cavelier.
Rouen , chez la Veuve Herault.
Le Mans , chez Pequineau.
Chartres , chez Feltil ..
Châlons , chez Seneuze.
Troye , chez Bouillerot.
Rheims , chez Godard .
Dijon , chez la veuve Armil.
Beauvais , chez Courtois.
Abbeville , chez Dumefnil.
Soiffons , chez Courtois.
Amiens , chez le François , & chez Godard.
Arras , chez C. Duchamp.
Sedan , chez Renaud .
C
Metz , chez Colignon.
Strasbourg , ch. Dou'feker .
Cologne , chez Mete nik,
Francfort , chez J. L. Koeniq .
Berlin , chez Etienne.
Leipfic , chez Gledich .
Litle , chez
R
ancl .
Bruxelles , chez Tierſtevens.
Anvers , chez Verduflen .
La Haye , chez Rogiffard.
Amfterdam , chez Bernard.
Roterdam , chez Vander Linden .
Londres , chez du Noyer.
Madrid , chez Aniflon.
Geneve , chez les freies de Tournes .
Turin , chez Reinflan .
Le prix eft de 30 fols .
A ij
A VIS.
ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU ,
Commis au Mercure , chez M. le
Commiffaire le Comte , vis- à - vis
la Comedie Françoise à Paris . Ceux qui
pour leur commodité voudront remettre
leursPaquets cachetez aux Libraires qui
vendent le Mercure à Paris , peuvent ſe
fervir de cette voye pour les faire tenir.
On prie très-inflamment quand on
adreffe des Lettres ou Paquets par la Pofte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toujours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non feulement de ne pas voir
paroître leurs ouvrages , mais même de
es perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
De l'Imprimerie de C. L. THIBOUST,
Place de Cambray.
LE
LE
BIBLIO
LYON
VILLE
MERCURE
DE
JUIN 1722.
PIECES FUGITIVES.
en Vers & en Profe .
ODE
Sur le Mariage du Roy ;
Par une jeune Auteur de dix-sept ans.
HASTES Nymphes , dont la préfence
Peutfeule à mes foibles accords
Quoiqu'à peine dans leur naiſfance
,
nfpirer de nobles tranſports ;
Doctes Maîtreffes de la Lyre ,
Daignez à l'ardeur qui m'inſpire
Affocier vos doux accens ,
Cedez à mon impatience ,
A iij Jamais
2 LE MERCURE
Jamais plus augufte alliance
Ne fût digne de votre encens.
Ce n'eft point ici la peinture
Du terrible Dieu des combats
Qui vient défoler la nature,
Semant l'horreur & le trépas ;
Un Dieu plus paisible m'enflâme
Et c'est l'Amour que je reclame :
Paiffe la douteur de mes fons
Egaler , s'il fe peut , fa grace ,
Et que leur melodie efface
Celle des plus doctes chanfons .
Mais pourquoi d'une vaine idole
Reclamer ici le fecours ?
Cet Hymen d'un amour frivole
Vient- il donc terminer le cours
Jamais une aveugle foibleffe
D'une voluptueufe yvreffe
Empoifonna- t- elle ces coeurs ?
Et viendrai- je flateur infame ,
Approuvant une indigne trame ,
Chanter de coupables ardeurs ?
Mais de quelle erreur infenfée
Mon Apollon eft- il épris ?
A quelle coupable penfée
Laifféje égarer mes efprits ?
Loin d'ici l'image honteuſe ,
Qui
DE JUIN 1722
Qui d'une flamme vertueufe
Vient ternir le pudique éclat s
Du noeud d'un fi faint Hymenée
Dépend l'heureuſe deſtinée
Et le repos de tout l'Etat .
Une chafte Amitié le lie ,
La Sageffe en eft le flambeau ;
Et le bien feul de la Parrie
Vient allumer, un feu fi beau.
Peuples , que le Ciel a fait naître
Pour vivre fous l'augufte Maître ,
Pour qui j'ofe former des voeux , -
Chantez cette heureufe alliance ,
Et repaiffez vous par avance
de l'avenir le plus heureux.
·
Déja dans le fein de vos Villes
Regne l'abondance & la paix ;
L'injuftice n'a plus d'aziles ,
L'indigence en fuit pour jamais :
L'inique opulence profcrite ,
Et l'erreur au front hypocrite
Cedent au plus fage des Rois ;
La veuve & l'orphelin timide ,
Sans craindre l'oppreffeur avide ,
Vivent à l'ombre de fes lois .
Et vous que ma douleur profonde
Cherche à regret parmi les morts ,
A iiij
Manes
LE MERCURE
Manes du plus grand Roi du monde ,
Paroiffez encor fur ces bords ;
Jadis dans le cours d'une année
Si votre Race moiffonnée
Vous fit répandre tant de pleurs ,.
Une fi confolante fête ,
Et le jour pompeux qui s'apprête ,
Ont de quoy calmer vos douleurs,
En vain la Parque conjurée
A coups preffez tranche les ans.
D'une Race , dont la durée
Doit égaler celle des tems .
En vain fa derniere furie
Réunit ton Ombre cherie
A celles de tant de Heros ;
Malgré fa rage triomphante ,
Je vois d'une tige mourante
Refleurir les tendres rameaux.
Ton Sang va reprendre fa courfe ,
Ce fleuve qui fembloit tarir ,
A flots nombreux fort de la fource ,
Que cet Himen vient de r'ouvrir.
Malgré tant de revers funeftes >
Le Ciel dans tes prétieux reftes ,
Te rend à ton Peuple allarmé ,
Et le Cyprès qui te couronne ,
1
Malgré
DE JUIN 1722.
Malgré le chagrin qu'il lui donne ,
Vient d'être en Laurier transformé.
Avec cette Race immortelle
Renait le fiecle floriflant ,
Où Saturne fous fa tutelle
Tint l'Univers encor naiſſant ;
Ses loix des peuples regrettées
Vont être de nouveau dictées
Par la bouche de l'Equité ;
Reftaurateur du premier âge ,
Cet Hymen eft l'heureux préfage
D'une égale felicité.
La France à l'Espagne s'allie ,
Pour rétablir le fiecle d'or ,
Des richeffes de l'Iberie
Elle prend le plus cher tréfor
Mais , ò Nation fortunée ,
Beniffant l'heureufe journée ,
Où ces deffeins furent conçus »
Malgré votre orgueil ordinaire ,
Faites -nous un aveu fincere ,
Qui donne , ou qui reçoit le plus ?
Av Riponfe
6 LE MERCURE
1
RAAAAAAAAA
REPONSE de M. l'Abbé de vayrac à la.
Lettre Anonyme écrite aux Auteurs
du Mercure le 6. May 1722. au fujet.
de Guillaume fils d'Etienne Comte
de Blois , & d'autres Faits Hifto...
riques contenus dans l'explication de
la Carte qui marque les endroits par
où l'Infante REINE apaßé.
J
E me flattois , Meffieurs , que le plaifir
que je m'étois fait de vous communiquer
le Manufcrit de mon Explication Hiftorique
& Topographique de la Carte qui
marque les endroits par où l'INFANTEREINE
a paffé , pour en mettre des Extraits
dans vos Mercures , ne me donneroit
aucun lieu de repentir ; mais la Lettre
d'un Auteur Anonyme, que vous avez inferée
dans le premier tome du mois dernier ,
vient de m'aprendre que je m'étois trompé
en m'annonçant que j'avois à combattre
contre tous les Hiftoriens , tant anciens
que modernes. Je l'ay luë , & je vous
avouerai qu'elle m'a effrayé. Les noms
refpectables d'Orderic- Vital , d'Alberic ,
du Pere Labbe ; le ton décifif de celui qui
me declare la guerre , je ne fçai quel air
d'ingenuke
DE JUIN 17226 7
d'ingenuité & de franchiſe qu'il affecte de
répandre avec adreffe dans toutes les décifions
, & une fecurité qui marque la profondeur
de fon fçavoir , fembloient devoir
me reduire à la trifte neceffité de foufcrire
à une retractation publique. Mais comme
les gens de mon Pays ne font ces fortes
de démarches humiliantes qu'à bonnes enfeignes
, j'ai voulu avant que d'en venir
là , fçavoir fi j'étois auffi reprehenfible
que mon Antagoniſte prétend l'infinuer
au Public. Pour cet effet j'ai relû fa Critique
avec attention , je l'ai examinée de
prés , j'en ai fondé les fondemens , & je
me fuis enfin aperçu qu'à la premiere lecture
une fauffe lueur, que j'avois prife pour
un vray jour , m'avoit éblouy. Alors la
terreur panique dont j'avois été faiſi a diſ---
paru , j'ai eu honte de ma trop grande timidité,
tranchons le mot , j'ai rougi en
fecret d'avoir craint un ennemi fi peu dangereux
fes Remarques , qui m'avoient
allarmé au commencement , ne m'ont plus
paru que comine ces femmes fardées , qui
ne paroiffent belles qu'à une certaine di-
Atance d'où l'on ne voit les objets qu'imparfaitement
, qui ne ramenent le coeur
qu'en trompant les yeux , & qui ne doi .
vent leur beauté qu'à l'artifice dont elles
fe parent. Que vous dirai - je ? Peu s'en eft *
fallu que je n'aye laiffé à l'équité des gens .
A vj de
& LE MERCURE
de Lettres le foin de faire mon apologic
Cependant feit vanité , foit amour propre
j'ai enfin fuccombé à la tentation , & me
fuis determiné à faire l'analyfe de cette
bifarre Critique. Ne foyez pas furpris
Meffieurs, de l'épithete que je lui donne ,
fi vous vous êtes donné la peine de la lire
attentivement , vous conviendrez que je ne
fçaurois lui en donner d'autre qui lui convienne
mieux. Tant de chofes inutiles
tant d'autres contraires en quelque maniere
aux deffeins que l'Auteur fe propoſe,
y font entaffées avec fi peu d'ordre , que
je défie le plus habile Ecrivain de leur
donner un arrangement qu'elles n'ont pas
reçu en fortant de les mains . Semblable
à cet homme dont parle Horace , tantôt
il s'efforce , il fe donne la torture pour
trouver à mordre fur mon Ouvrage, tantôt
il me pique par des termes infultans ,
tantôt il me fate , il me louë ironiquement
, tantôt il femble vouloir m'accabler
fous le poids d'une foule d'Hiftoriens qu'il
appelle à fon fecours.
Inaniter angit,
Irritat , mulcet , falfis terroribus implet.
Cependant malgré cette bizarrerie , de
peur qu'il ne m'accufe de chercher des
fauxfuyans pour éluder les coups qu'il me
porte , je le fuivrai pied à pied jufques
dans les égaremens pour ne le pas perdre
de
DE JUIN 1722.
de vue, je raporterai fidellement les propres
termes dont il s'eft fervi , j'expoferai fes.
difficultez , j'employerai fes autoritez , &
enfuite je lui oppoſerai les raifons qui
peuvent fervir à ma deffenſe..
1. Il dit que dans votre Mercure d'A
vril j'avance un fait qui furprendra bien
les Hiftoriens de ce tems fi je puis le prouver,
& comme s'il avoit recueilli leurs fuffrages
, & qu'il fut chargé de leur part de
me citer à fon Tribunal , il foutient que
tous juſqu'à preſent ont cru que Guillaume
fils unique d'Etienne Comte de Blois avoit
été desherité parce qu'il étoit begue , fans.
aucun merite , & qu'il avoit eu le coeur aßez
bas pour épouser Agnés de Sully , qui étoit
attachée au fervice de la Comteffe fa mere ,
au lieu que j'affure que ce Prince fut fi extravagant
que de fe qualifier SEIGNEUR.
DU SOLEIL, que par cette raison il fur
privé defon droit d'aîneffe , & qu'il n'ent
en partage que le Comté de Chartres , ce qui
lui paroît fi furprenant , qu'il a grande envie
de fçavoir où j'ai pris une telle particularité
: & comme de SQLEIUM on SOLLEIUM
on a dit d'abord SOLEI , on
SOLLEI , avant que de dire SULLY , il
eft tenté de croire que je me fuis imaginé que
Guillaume deBlois fe qualifioit SEIGNEUR
DU SOLEIL , parce qu'il étoit dit SEIGNEUR
DE SOLEI , ou que peut- être.
j'ais
10 LE MERCURE
j'ai été affez fimple pour avoir pris cette
chimere de quelque vieux Romancier , qui
eût donné ce titre de SEIGNEUR DU
SOLEIL an Prince dont il s'agit par alluſion
au nom de SOLEI..
Qui ne croiroit à entendre parler notre
Anonyme de la forte , qu'il va mettre ſur
Ja Scene tous les Hiftoriens qui ont parn
jufqu'à prefent, pour m'obliger à faire reparation
d'honneur à la memoire du Prince
Guillaume , par une confeffion fincere qu'il
prétend être en droit d'exiger de moy ,
fuppofé que je ne lui donne pas lespreuves
qu'il attend? Mais par malheur perfonne ne
fe declare pour lui , dans le tems qu'il parle
au nom de tous , fi ce n'eft Orderic -Vital
Auteur contemporain du Heros dont j'attaque
la reputation , & le fçavant Alberic
qui vivoit au fiécle fuivant..
Mais quel langage fait- il tenir au premier
? Que Guillaume étoit fils aîné d'Etienne
Comte de Blois , qu'il fe maria avec
la fille de Gilon de sully , qu'il recueillie
Ha fucceffion de fon beaupere , qu'il vêcur
long - temps dans une profonde paix , &
qu'il eut une illuftre famille : Guillelmus
qui major natu erat , filiam de Soleio
uxorem duxit , & foceri ſui hereditatem poffidens
, diù pacificè vixit , laudabilemque ·
fobolem genuit. Mais que prétend conclurecontre
moy cet Anonyme du paffage d'OrdericDE
JUIN 17226
ง
deric-Vital ? Se flatte- t'il de prouver par-làque
j'ai commis un crime en difant que
Guillaumefut ft extravagant que de ſe qua•
lifier SEIGNEUR DU SOLEIL , & que
par cette raison il fut privé de fon droit
d'aineffe ? Si cela eft , qu'il ait la bonté de
nous dire quelle nouvelle dialectique la
fecondité de lon génie a pû inventer pour.
tirer d'un principe fi éloigné de ſon ſujer ,
une confequence fi extraordinaire. Car
enfin , je fuis l'homme du monde le plus
trompé ou le plus ignorant , fi du paffage
de cet Auteur on peut conclure autre
chofe fi ce n'eft 9
comme je viens de le
dire , que Guillaume étoit l'aîné des enfans
d'Etienne Comte de Blois , Guillelmus qui
major natu erat ; qu'il fe maria avec la Fille
de Gilon de Sully , filiam Gilonis de Soleio
uxorem duxit ; qu'il fut heritier de fon
beau- pere , & foceri fui hereditatem poffi...
dens ; qu'il vêcut long tems dans une profonde
paix , & qu'il eut une illuftre fa.
mille , diù pacificè vixit laudabilemquefobolem
genuit. Qu'on examine tous les termes
de ce paffage avec toute l'attention imaginable
, qu'on les prenne dans toute la ri
gueur , jamais on n'y trouvera ce que l'Anonyme
pretend , & tandis qu'il n'aura pas
de plus fortes armes à m'oppofer , je ſerai
toujours en état de me deffendre contre
Jui , & en droit de dire & de foutenir que
Guillaume
LE MERCURE
Guillaume pouvoit fort bien être le fils
aîné d'Etienne Comte de Blois ; s'être
marié avec la fille de Gilon de Sully , &
être en même tems aſſez extravagant pour
Se qualifier Seigneur du Soleil. Le recit que
fait Orderic du mariage de ce Prince , ne
prouve point que tous les Hiftoriens ayent
cru jufqu'à prefent qu'il y ait eu en lui de
baffeffe de caur en fe mariant avec Agnés
de Sully , ni qu'il ait été desherité à cauſe
de ce mariage : & pendant que l'Anonyme
à l'ombre d'un celebre Hiftorien , qui ne
dit rien en fa faveur , nous viendra débiter
des fauffetez groffieres , j'infifterai à
demander qu'elles foient condamnées aa
feu comme les Annales de Volufe , & dirai
avec Catule ,
At vos interea venite in ignem
Pleni ruris , & inficetiarum
Annales voluft.
Les gens de Lettres ne doivent pas être
livrez au caprice de ces Auteurs mafquez
, qui faifant parade d'une fauffe éru
dition , jouiffent en fecret de la maligne
fatisfaction qu'ils ont de critiquer les au
tres fans compromettre leur reputation.
Mais pourquoi nous mettre de mauvaiſe
humeur contre l'Anonyme Peut - être
qu'Alberic , dont il cite un long paffage ·
lui fera plus favorable qu'Orderic. Voici
comme il le fait parler : Horum omnium
paterDE
JUIN 1722 .
1
pater Guillelmus dicitur extitiße magni Comitis
Campania Theobaldi ; fed quia nul ·
lius valoris fuit & balbus , &quandam nobilem
puellam , quæ erat in fervitio matris
fuæ filiam Domini de Solliaco accepit , idcircò
à Comitatu alienatus fuit. Voyons fr
ce paffage eft fi oppofé à ce que je dis, que
l'Anonyme le prétend. Pourquoi , felon,
Alberic , le Prince Guillaume fut- il exheredé
? Pour trois raifons. La premiere ,.
parce qu'il étoit un imbecile , quia nullius.
aloris fuit la feconde , parce qu'il étoit
begue & balbus , & la troifiéme , parce.
qu'il fe maria avec Agnés de Sully ,
quandam nobilem puellam filiam Domini
de Solliaco accepit.
:
Or de ces trois raifons , quelle eft celle.
qui détermina fa mere à l'exclure du Comté.
de Blois ? Il n'y a perfonne qui doute que
ce ne fut parce qu'il étoit un imbecile , un
infenfé, un fou , un extravagant , incapable
de gouverner les Etats , quia nullius valoris
fuit. Son begayement ni fon mariage
n'étoient que des défectuofitez acceffoires
à fon imbecilité, qui par elles- mêmes n'au-
Eoient jamais pû operer l'exclufion au
Comté de Blois : on a vû des begues qui
ont fagement gouverné leurs biens & leurs.
familles , mais les Loix ont toujours regardé
les imbeciles comme incapables d'aucun
gouvernement. Auffi Aberic ne parlet'il
14 LE MERCURE
t'il du begayement & du mariage de Guil
laume que fecondairement, ou acceſſoirement,
s'il m'eft permis de in'expliquer de la forte.
·
Mais je fuppofe pour un moment qu'il·
eut éré au pouvoir de la mere de ce Prince
de l'exclure du Comté de Blois , au cas
qu'il n'eût pas ééttéé iimmbbeecciillee ,, n'auroit-elle
pas pû avoir de l'éloignement pour fon
mariage avec Agnés de Sully , fans que
pour cela il y eût eu en lui aucune
baffeffe de coeur en contractant ce mariage ?
Cet éloignement ne pouvoit- il pas venir
d'une certaine antipathie qui fe trouve louvent
entre des familles d'une égale con .
dition ? Y a- t'il un homme de Lettres qui
ignore que celle de Sully étoit fort illuftre
dans le tems que celle de Champagne étoit
dans l'obfcurité ? Que l'Anonyme faffe le
parallele de ce que dit Orderic fon garent
en faveur de la premiere , & Glabert- Ro .
dalphe contre la feconde , & il verra s'il
eft bien fondé à dire que Guillaume avoit
été desherité parce qu'il avoit en le coeur
affez bas pour fe marier avec Agnés fille de
Gilon de Sully ; ou s'il ne trouve pas à pro
pos de le faire , qu'il trouve bon que je le
faffe.
4
Gilon de Sully , dit Ordéric , étoit un ancien
& très-noble Heros parmi les Gaulois
, qui defcendoit de la Race de Henri
Roy des François , lequel affifta à plufieurs
grandes
DE JUIN 1722. 1.S
}
grandes Affemblées de la Nation. Gilo de
Seleio de nobiliffimis Gallorum antiques Heros
, de familia Henrici Regis Francorum
qui multas viderat & magnas Congregationes
Populorum. Voila la maniere avec laquelle
Orderic-Vital , Auteur contemporain-
& garent de l'Anonyme, s'explique en parlant
de Gilon de Sully , pere d'Agnés de
Sully , que Guillaume eut le coeur affez bass
pour l'époufer. Voyons comment Glabert
Rodulphe s'explique en parlant des predeceffeurs
de Guillaume ..
Il dit , que pendant que le Roy Robert
gouvernoit le Royaume , il fut cruellement
infulté par ceux - là même que lui , fon
pere & fon grand- pere avoient tirés de la
pouffiere d'une naiffance obfcure pour les
élever au faite des honneurs . parmi lef
quels Odon fils de Thibaud , Comte , de
Chartres , furnommé le Tricheur , avoit été
un grand Perturbateur de l'Etat par les Rebellions
qu'il y avoit excitées : In præfcripto .
igitur tempore difponente Francorum Regnum
Roberto Rege , plurimas ei intulere contumelia
infolentias , illi maximè, quos aut :
mediocri , aut ex infimo genere tam ipfe ,
quàm uterque Hugo ei , fcilicet pater atque
avus ,fecerant maximis honoribus fublimes :
inter quos fuit Odo Rebellionum maximus ,
qui fuit filius Theobaldi Carnotenfis cogno→
mento Fallacis, Cer Odon , ajoûte- t'il dans
ן ו מ
LE MERCURE
un autre Chapitre , defcendoit d'une fille
de Conrard Roy des Auftrafiens , appellée
Berthe , quoique du côté de fon pere & de
les ayeuls il fut d'une naiffance très obfcure
Erat enim idem Odo natus ex filia
Chuonradi Regis Auftrafiorum Berta nomine
, licet à patrisfui proavis obſcuræ duxiffet
genus linea. Que l'Anonyme ne s'avife
donc plus de prendre Orderic - Vital
pour fon garent , lorſqu'il lui prendra envie
de perfuader au Public que Guillaume fut
exheredéparce qu'il ent le coeur aſſez bas
pour épouser Agnés de Sully , d'autant
que ceux qui fçavent les avantages que la
Maifon de Sully avoit en ce tems - là fur
celle de Champagne , le revolteront contre
lui. Mais ce n'eft pas affez de lui avoir
prouvé qu'il accuſe faux , il faut lui prouver
que j'ai acculé juſte , lorſque j'ai dit
que Guillaume avoit été privé de fon droit
d'aineffe à cause de fes extravagances
,
qu'il s'étoit qualifié Seigneur du Soleil.
ن م
Baugier dans fes Remarques Hiftoriques
de Champagne dit que Gaillaume
fut privé de fon droit d'aîneffe à cauſe de
l'imbecillité de fon efprit. Ainfi quand je
n'aurois que ce feul garant , il feroit vrai
de dire que l'Anonyme a tort de foutenir
que tous les Hiftoriens ont cru jusqu'à
prèſent que c'étoit à cause qu'il avoit en le
caur affez bas ,pour ſe marier avec Agnès:
de Sully.. La
DE JUIN 1722. 17
La Thaumafiere dans fon Hiftoire de
Berry affure pofitivement que ce me fut
pas feulement le mariage qu'il contratta
avec l'heritiere de la Maifon de sully ( qui
n'étoit pas indigne de fa naissance ) qui
obligea fon frere à l'exclure de la fucceffion
du Comté de Champagne , mais parce qu'il
étoit begue , mal - fait , & qu'il n'avoit pas
les qualitez requiſes pour foutenir l'éclat de
Sa naissance , gouverner fon Etat. Peuton
mieux caracterifer un imbecille , un
fou , un extravagant , que de dire qu'il
n'avoit pas les qualitez requifes pour foutenir
l'éclat de la naiffance , & gouverner
fes Etats ? L'Anonyme veut- il être pleinement
inftruit de l'imbecillité , de la folie ,
de l'extravagance de ce Prince ? qu'il life
l'Epitre 134 d'Yves de Chartres ; il y
trouvera que Guillaume , ou pour mieux
dire , que ce monftre dans l'ordre de la
nature, confpira contre la vie de tous les
Ecclefiaftiques de l'Evêché de Chartres
& que par un facrilege ferment , que le Venerable
Prelat appelle Herodien , pour bien
exprimer combien il devoit être en execation
, il fit jurer au pied de l'Autel Notre
Dame tous les Habitans de la Ville & de
de la Banlieue , d'entrer dans cette barbare
confpiration ; ce qui fit tant d'horreur à
Yves , qu'il ne voulut pas adminiftrer les
divins Sacremens en prefence des ces abominables
18 LE MERCURE
>
minables Confpirateurs , ni leur donner la
benediction Epifcopale. Guillelmus, écritil
à Daimbert Archevêque de Sens , in
mortem Clericorum Carnotenfium , & in
perniciem meam , & omnium ad nos pertinentium
confpiraverit coram Altare Beate
Mariæ , & omnes cives qui fub Banno
funt ad eandem confpirationem compulerit.
Ego itaque hoc juramentum Herodianum
audiens , nolui poftea in præfentiâ hujuſmodi
Confpiratorum divina Sacramenta
tractare nec benedictionem Epifcopalem
fuper eos more folito dare. Que l'Anony
me me donne l'idée d'un homme plus fou ,
plus extravagant que le Prince Guillaume ,
& j'applauditai à fa critique ; mais s'il
n'eft pas en état de la faire , qu'il avoue
ingenuement qu'il s'eft trompé ; au lieu
d'entreprendre , comme il fait , de m'obliger
à me fetracter. par une confeffion fincere
de mon ignorance. Que fi tout ce que
je viens de dire fur la foy de tant d'Auteurs
. n'eft pas capable de le defarmer , qu'il jetre
les yeux fur la page 295 de l'Hiftoire de
Blois compofée par Bernier , & il y lira que
Guillaume , l'aîné de huit ou dix enfans
qu'avoit Etienne Comte de Blo's , fut fi
extravagant , qu'il ajoutoit à jes autres qua-
Litez celle de Seigneur du Soleil , & que
ce fut pour cette raison , & pour quelques
violences dont Yves de Chartres ſe plaint
qu'il
DE JUIN 1722. 19
96.
qu'il fut privé de fon droit d'aineffe . Donc
par une confequence jufte & naturelle ,
notre Anonyme a grand tort d'avancer
hardiment que tous les hiftoriens ont cru
jufqu'à prefent que Guillaume fils aîné d'EStienne
avoit été desherité , par ce qu'il
avoit en le coeur aſſez bas pour ſe marier
avec Agnés de Sully; & s'il n'eft pas le
plus obftiné de tous les hommes , je me
Aatte qu'après des témoignages fi authentiques
, fi décififs , fi refpectables , il ne
fera plus tenté de croire que je fois fi peu
werfé dans la Langue Latine , pour m'étre
imaginé que ce Princefe qualifioit Seigneur
du Soleil , parce qu'il étoit dit Dominus
Solei on Sollei ; ou bien , que par une
imbecillité auffi grande que la fienne , j'ai
pris cette particularité de quelque vieux
Romancier , qui eut donné ce titre de Seigneur
du Soleil au Prince dont il s'agit ,
par allufion au nom de Solei. Mais c'eft
affez fur cet article , continuons l'analyte
de la Critique.
2. Aprés avoir donné une idée avilif
fante de la Maifon de Sally , en difant que
Guillaume eut le coeur affez bas pour fe
marier avec Agnés de Sully , il ne prend
pas garde que la demangeaifon qu'il a de
m'écrafer , s'il étoit en fon pouvoir , en
mettant à mon ouvrage le fceau de la plus
craffe ignorance , le fait tomber dans une
contradiction
ΣΟ LE MERCURE'
contradiction fi manifefte , qu'elle faute
aux yeux des moins clairvoyans , ce qui
prouve qu'il n'eft ni attentif à ce qu'il
dit , ni verfé dans la Chronologie , puifqu'il
affure que la Maifon de Sully étoit fi
illuftre , que Charles de Berry , petit-fils
du Roy Jean, ſe maria avec Marie de Sully
vers l'an 1386. Mais ce n'eft pas affez de
fe contredire fi manifeftement touchant
l'éclat de cette Maiſon , il fe précipite dans
une erreur pitoyable , en la confondant
avec celle de Champagne . Il eft vrai que
Marie qui fut mariée avec Charles de Berry
portoit le nom de Sully , mais ce n'étoit
qu'un nom adoptif , fon propre & veritable
nom étoit celui de Champagne , & elle ne
portoit celui de Sully , que parce qu'elle
en defcendoit par femmes , & non pas
du côté paternel . Mais fuppofons qu'elle
fût veritablement de la Maiſon de Sully ,
il ne feroit pas plus excufable , en ce que
d'un côté il s'efforce de perfuader au Public
que Guillaume le degrada en quelque
maniere en époufant Agnés de Sully , &
il ne dit pas que Charles de Berry ſe degradat
en époufant Marie de Sully . Quoi !
le fils d'un petit Comte de Blois fe fera
mefallié en fe mariant avec une fille de
cette Mailon ? & un defcendant de l'augufte
Maiſon de France , ne fe fera pas
mefallié ? c'est ce qui me paroît inconcevable
,
DE JUIN 1722. 21
vable , & je ne comprends pas qu'un homme
qui prend un ton fi haut en parlant
des Auteurs , puiffe fouffler ainfi en même
tems le froid & le chaud. Mais font- ce
là toutes les méprifes de notre Anonyme ?
non en voici encore deux qui meritent
d'être relevées , puifqu'elles renferment
deux Anachroniſmes .
>
Après avoir cité les Tableaux Genealogiques
du Pere Labbe , comme s'il les fçavoit
par coeur , quoiqu'il ne les ait vus
qu'à tergo , il dit que Charles de Berry fe
maria avec Marie de Sully vers l'an 1386,
quoiqu'il foit de notorieté publique que
ce fut pofitivement l'an 1380 : donc il y
a dans fon calcul une erreur de fix ans
que la modification de vers l'an ne fauroit
effacer , d'autant que le terme de vers ne
peut s'étendre tout au plus qu'à un ou
deux ans de difference. Après avoir éloigné
de fix ans le mariage de Marie de
Sully , il anticipe l'extinction de la Maiſon
de Sully de près de 200 ans , en la faifant
périr à la mort de cette même Marie ,
dans le quatorziéme fiecle , au lieu qu'elle.
exiftoit fort avant dans le feizième : car
felon la Thaumaffiere , & tous les autres
Genealogistes , Guion de Sully Seigneur
de Cors , de Gargileffe , de Romefort , vivoit
en 1511 , & il laiffa de jeanne de
Carbonnel la femme Antoine de Sully , &
B plufieurs
22 MERCURE LE
plufieurs filles , dont l'aînée appellée Françoise
de Sully , fut mariée en premieres
noces en 1522 avec Philippe de Saint Romain
, lequel étant mort , elle fe remaria
en 1527 avec Pierre d'Aumont. Mais
pourquoy chicaner notre Anonyme fur
une femblable vetille ? il ne vaut pas la
peine de parler de près de 200 ans entre
Pexistence ou l'extinction d'une Maiſon,
Pourfuivons l'analyſe de la Critique.
3. Il n'a pas plutôt éteint par anticipation
la Maifon de Sully , que pour me
faire de la peine , il va renouveller une
vieille querelle depuis longtemps affoupie
, que la faute du Copifte avoit
fait naître entre Monfieur le Comte de
Pons & moy. Vous fçavez que par la
confrontation que vous , M. le Comte de
` Pons , M. de Vignau & moy fimes de mon
original avec l'Extrait qui en avoit été fait ,
il fut prouvé qu'au lieu de donner la Maifon
de Pons pour éteinte , comme l'Anonyme
le prétend , je difois : Cette Branche
dans le dernierfiecle paffa dans celle d'Albret
par le mariage d'Antoinette de Pons `avec
Antoine d'Albret . Or qui dit Branche , ne
dit pas Maifon , puifque les feuls termes
de cette Branche en fuppofent une ou plufieurs
autres ; fi bien qu'en parlant de la
forte , je ne donnois aucune atteinte à la
Branche de Pons la Caze , de laquelle M. le
Comte
DE JUIN 1722 . 23
Comte de Pons eft le Chef. Auffi vous
fouviendrez - vous , Meffieurs , qu'après un
examen ferieux de mon original , M. le
Comte de Pons me fit l'honneur de me témoigner
qu'il étoit auffi content de mon
exactitude , qu'il avoit lieu de fe plaindre
de la negligence du Copifte. C'est donc
à tort que l'Anonyme me fait une que-.
relle d'Allemand touchant la Maifon de
Pons , dont je connois peutêtre mieux que.
lui l'ancienneté , l'éclat , les progrès , les
alliances , les perfonnes exiftantes qui en
portent à jufte titre le nom & les Armes ;
& pour finir une fois pour toutes , ce que
j'ai à dire fur cet article , c'est que je reconnois
pour vrais Defcendans de la Maifon
de Pons, à laquelle le Titre de SIRAUTE'
eft attaché depuis tant de fiecles ,
Renaud-Conftance de Pons , Comte de
Pons , mari de Dame Louiſe - Charlotte de
Gadaigne d'Hoftun , fille unique du Comte
de Verdun , qui avoit été mariée en premieres
noces avec le Marquis de la Baume,
fils aîné du Marêchal deTalart : Gui - Louis
de Fons , Marquis de Thors ; Jacques-
Augufte de Pons , Chevalier de Pons , fon
frere : Charles Armand de Pons , fils unique
de Pons , de Pons Comte de Roquefort & de
Charlotte Armande de Rohan , foeur du
Prince deGuimené : & Sophie de Pons,foeur
du Comte de Pons , & veuve de Louis de
Bij Courbon
24 LE MERCURE
Courbon , Marquis de Blenac. Quand il
plaira à l'Anonyme de m'indiquer les autres
Collateraux du Comte de Pons , qu'il fait
exifter en plufieurs autres branches , &
qu'il me donne de bonnes preuves de leur
existence , je les adopterai de tout mon
coeur , & les mettrai à la fuite de la Genealogie
de la Maifon de Pons , que je
tiens d'une bonne main. Mais jufqu'alors ,
quod fcripfi , fcripfi. Je ne puis me prêter
à d'autres reconnoiffances des Defcendans
de la Maifon de Pons.
4. L'Anonyme ne veut pas croire que
Guillaume ait été Comte de Chartres , quoiqu'il
foit forcé de convenir qu'il est vrai
qu'il a été appellé Comte de Chartres dans
quelques Titres. Mais que faire à cela ?
Laiffons-le dans fon incredulité, c'eft fa manie
; cependant je n'en fuis pas moins en
droit de donner ce titre à Guillaume a
puifque je trouve que Bernier qui a écrit
ex profeffo fur l'Hiftoire de Blois , dit en
termes formels que lorsqu'il fut privé de
fon droit d'aineffe , la Princeſſe ſa mere në
lui affigna que la Ville de Chartres . La
Thanmaiere après avoir parlé de l'exheredation
de ce Prince , tient le même langage
que Bernier , en difant que quoiqu'-
exheredé , il ne laiffa pas neanmoins de
prendre la qualité de Comte , tant par
cofideration de fa haute naissance & de la
Maiſon
DE JUIN 1712 . 25
Maifon dont il étoitriſſu , que parce qu'il
avoit pris le titre de Comte de Chartres.
Mais , dit l'Anonyme , apparemment il
ne prit ce titre qu'avant son mariage ; à
quoi je pourrois répondre que lorsque je
donne ce Titre à Guillaume , je ne decide
pas fi ce fut avant ou aprés fon mariage ,
& par confequent il a grand tort de me
chicaner là - deffus . Mais la Thaumaffiere
lui prouve qu'il le prit avant & après . Réduit
à avouer que Guillaume prit ce Titre
avant fon mariage , il foutient qu'il nefut
jamais le Maître du Comté de Chartres.
Je pourrois me difpenfer de répondre à
cette objection , parce que je n'ai pas dit
qu'il en fut le Maître. Mais pour faire
voir qu'il s'appuie mal à propos fur l'autorité
d'Orderic Vital , en dilant que cet
Auteur prouve ce fait affez clairement , je
lui foutiens qu'il n'en a jamais dit un mor
& en me fervant des mêmes expreffions
dont il fe fert contre moy , je pourrois lui
dire qu'Yves de Chartres , Auteur contemporain
du Prince , témoigne affez clairement
qu'il fut Maître abfolu de ce Comté , puis
qu'il eut le pouvoir d'obliger par ferment
Tous les habitans de la Ville & de la Banlieuë
à entrer dans une confpiration contre
la vie de tous les Ecclefiaftiques du
Dioceſe : Guillelmus in mortem Carnotenfium
confpiraverit , & omnes cives , qui
B. iij Jab
26
LE MERCURE
fub Banno funt , ad eandem confpirationen
compulerit.
>
5. Il fe plaint enfin de ce que je fais
mourir Eudes II . fans enfans , & je lui réponds
que s'il fe fut donné la peine d'examiner
les chofes de près , il fe feroit aperçu
que c'eft une meprife du Copifte .
qui a jetté quelque confufion dans cet endroit
, puis que cinq lignes après je dis
qu'il épousa en fecondes nôces Ermengarde
d'Auvergne , de laquelle il eut trais fils ,
ce qui prouve manifeftement que cette
faute ne peut pas m'être imputée : ainſi je
ne crois pas être obligé de perdre beaucoup
de temps à lui répondre , non plus que
lors qu'il dit qu'Etienne Comte de Méaux
& de Troyes ne fut pas Comte de Blois. Il
trouvera la verité de ce que je dis dans
Bangier , dans Belly , dans du chefne , dans
Sainte Marthe , dans la Taumaffiere , dans
Bernier , qui tous élevent la voix en ma faveur
, aufli bien que pour lui foutenir
qu'Eudes fe faifit du Comté de Blais après
la mort d'Etienne , & qu'il prit la qualité
de Comte de Champagne. La feule indulgence
que je lui demande , c'eft de me
paffer un degré & demi de parenté entre
Eudes & Etienne ; car comme je n'ay vû les
extraits baptiſteres ni de l'un ni de l'autre ,
ce fait pourroit bien être problematique ,
& j'avoue ingenuement que je n'aurois jamais
DE JUIN 1722 . :27
mais de honte d'avoir fait couſins germains ,
fur la foy de certains Auteurs qui peuvent
être peu exacts , de ux Princes , qui peutêtre
n'étoient que coufins feconds.
Voilà , MESSIFURS , un expofé fincere
de la Critique de l'Anonyme dont j'ay rapporté
les termes fidelement , afin qu'on ne
m'accufe pas de fupercherie. J'ay tâché d'y
répondre par la bouche de nos meilleurs
Auteurs ; c'eft au Public éclairé, & arbitre
fouverain des difputes Literaires , à deci -
der qui ,
de mon Antagoniſte ou de moy ,
eft plus digne de reprehenfion . C'eft
donc aux gens de Lettres à qui j'appelle
des conclufions prifes contre moy
par l'inexorable Anonyme. J'ole me
Hatter qu'ils me feront favorables , & j'efpere
que s'il ne porte pas des coups plus
mortels à ma reputation que ceux qu'il lui
a portés , elle peut s'attendre à mourir de
vicilleffe. J'ay l'honneur d'être , &c.
POEM E
Sur le Mariage du Prince des Afturies ,
avec Mademoiſelle de Montpenfier.
V
Enus erroit un jour dans l'Ifle de Cithere ,
Afes côtez marchoit faCour tendre & legere;
Elle s'affic fur l'herbe ; un fommeil gracieux
B iiij
Sous
28 MERCURE LE
Sous fes charmants pavots appefantit fes yeux ,
Auffi tôt accourut le doux effain des ſonges
Qui trompoit fon efprit par de riants menfonges ;
Elle croyoit encore abufant fon Epoux
Par de tendres larcins rendre les Dieux jaloux ,
Mars à fes loix foumis lui dreffoit un Trophée :
Tandis qu'elle gouroi : les douceurs de Morphée
Les Amours difperfez couroient avec les Ris ,
Des oifeaux pare ffeux ils dépoüilloient les nids
L'un bleffe les Sylvains de fes fleches rapides ,
L'autre fuit dans les champs les Dryades timides ;
Ils fe cachent aprés dans l'épaiffeur des bois ,
Le foleil reflechy fait briller leurs Carquois ;
Quand tout à coup l'Hymen avec fa Cour facrée
Glorieux , defcendit de la voute azurée ,
L'amour l'accompagnoit , ils remplifſoient les
airs
Des accords immortels de leurs divins concerts
Venus s'éveille au bruit de leur chant agreable ,
Où volez vous , mon fils , & vous Dieu refpecta
ble ,
Dit-elle , quel fujet vous amene en ces lieux ,
Et vous force à quitter la demeure des Dieux ?
MONTPENSIER , lui répond le Dieu de l'hymenée
A fixé d'un Heros la noble deftinée ,
L'aimable MONTPENSIER dont les attraits vainqueurs
Sçavent s'affujettir les efprits & les coeurs ,
Et qui fait éclater dans fa tendre jeuneffe
Les
DE JUIN 1722 . 29
Les fruits meurs & divins d'une haute fageffe :
Un Prince en qui le Ciel fait briller mille appas ,
Qui voit naître & mourir le jour dans fes Etats ,
Brûle pour MONTPENSIER d'une flamme immortelle
,
Il attend de mes foins une gloire nouvelle ,
Les uniffant tous deux par de facrez liens ,
Les mortels fe verront comblez de mille biens .
La Seine ( a ) cependant enfantant des miracles ,
Charmera MONTPENSIER par de brillants ſpectacles
Et faifant éclater fa joie & fes tranſports ,
Verra tous les plaiſirs raſſemblez ſur ſes bords ;
Le Monarque ( b ) charmant qui commande à la
France ,
Afferviffant fes pas aux loix de la cadence ,
Fera briller en lui la majefté des Dieux ,
Et le fils du Soleil ( c ) pour enchanter les yeux-
Faifant rouler fon char fur la celefte plaine ,
De fa cheute orgueilleufe embellira la Scene :
MONTPENSIER accroîtra la pompe de ce jour ,
Les Dieux (d ) feront jaloux de fa fuperbe Cour,.
Elle aura de Junon la majeſté , les graces ,
Et les coeurs à l'envy woleront fur fes traces :
a Fêtes qu'onfit à Paris au départ de la Princeffe dese
Afturies.
b Il y eut un Bal fuperbe au Palais Royal , le Roy
2 dansa.
c Le Roy & toute la Cour allerent à l'Opera : on jona
Phaeton , remis magnifiquement au Theatre
d Au Bal du Palais Royal les Dames étoient en corps
de jupes , & leurs habits d'une magnificence extraordisaire .
By L'aurore
30
LE MERCURE
L'Aurore a moins d'éclat au point de fon réveil ,
Quand ſon char diligent devance le Soleil.
Louis ( e ) à la douleur fera bien-tôt en proye ,
Seul il fera chagrin dans la commune joye ,
Et l'Espagne fenfible au fort de ce Heros ,
Tâchera d'attirer MONTPENSIER par ces mots ;
Destinée à porter le facré diadême ,
Méprifez vous les voeux d'un Prince qui vous
aime ?
Oubliez- vous ainfi votre amour , votre foye
N'aurai je plus l'efpoir d'être fous votre loy ?
Trop fenfible aux attraits que Paris vous étalle ,
Ferez- vous triompher la France ma rivale !
Arrachez -vous , Princeffe , à de fi doux plaifirs
Venez d'un jeune Dieu remplir tous les defirs ,.
Accourez en ces lieux où l'amour vous apprête
L'inestimable prix d'une chere conquête.
L'Hymen vous y prepare un fort plein de douceurs
,
Il vous fera goûter fes plus tendres faveurs ,
Et les Dieux aux doux fruits d'un fi haut
hymenée ,
Donneront une heureufe & longue deſtinée ;
Lachefis attentive au travail de fes mains ,
Mefurera vos jours aux fouhaits des humains ,
Rien de ces jours heureux ne corromprales charmes;
Que dis je ! votre Epoux vous coûtera des larmes
,
c Louis Philippe , Prince des Afturies,
Quand
DE JUIN 1722 . 31
辈
Quand fes ans plus nombreux l'appellant aux
combats ,
Il portera par tout l'horreur & le trépas .
Sechez ces tendres pleurs , voyez le plein de
gloire ,
Attacher à fes pas la fidele victoire ,
Par des faits éclatants étonner le Dieu Mars ,
Et fe mettre au deffus du fort & des hazards .
MONTPENSIER à ces mots fentira dans fon ame
Les fecrets mouvements d'une fidele fâme ,
Et pour guides prenant fon devoir, ſon amour
Elle abandonnera les charmes de la Cour.
La Nymphe qui prefide aux richeffes du Tage ,
La recevra bien- tôt fur fon heureux rivage ,
Orgueilleuse de voir MONTPENSIER fur fes bords ,
Elle negligera le foin de fes trefors.
Du Chevalier Poulet , âgé de 18 ans.
>
Deffenfe de l'Etymologie quefeu M. Huet,
Evêque d'Avranches a donnée du nom
de la ville d'Eu , fur laquelle M.
Capperon, ancien Doyen de S.Maxent,
affure dans une piéce du Mercure du
mois de May dernier que ce Prelat n'a
pas penſé jufte.
Mi
Capperon qui a promis au Public ,
l'Hiftoire du Comté d'En lui en
donna un Effay fur l'antiquité de ce Comté.
B vj dans
32
LE MERCURE
dans les Memoires de Trevoux du mois.
de May 1716. il entreprit d'y prouver
qu'En étoit la Ville des Effui , mentionnée
dans les Commentaires de Cefar , que ces
Peuples tiroient leur nom du Dieu Efus
qu'ils adoroient plus particulierement que
les autres Gaulois , & que d'eux il paffa
à leur Ville . C'est- à- dire , qu'ils avoient
d'abord été appellez Efni , & leur Ville
Efua , laquelle auroit enfuite par corrup
tion été appellée Eu , ce qui parut fi exact
& fi curieux à l'Auteur qu'il crut en devoir
par avance faire part aux amateurs.
de l'Hiftoire .
Cependant on lui objecta dans les mê
mes Memoires au mois de Septembre fuivant,
qu'il étoit manifefte par la narration
de Cefar que les Effu étoient affez éloignez
du Pays d'En , quoiqu'on ne puiffe determiner
leur ficuation précife , qu'ainſi ſon
étymologie n'étoit pas foutenable , & qu'il
n'y avoit qu'à fe tenir à celle que M. Huet
avoit rapportée du nom de cette Ville
dans les origines de la Ville de Caën ,
pag. 293. puifqu'elle étoit toute naturelle.
Que felon ce fçavant Evêque & M.
du Cange les mots au , auu , auve , eu 5.0..
on , onu , qui forment en ce Royaume
plufieurs noms de lieu , ou qui entrent dans
leur compofition , fignifient en Allemand.
un Pré , & que ces lieux fe trouvent tous»
dans
'DE JUIN 1722- 33
**
>
dans des prairies. On ajoûta que cela n'empêchoit
pourtant pas qu'Es ne pût exiſter
dans le tems de Cefar ; que les mots cideffus
pouvoient auffi -bien fignifier un Pré
dans l'ancien Gaulois que dans l'Allemand,
für-tout fi leur origine eft Hébraïque
comme M. Huet le croyoit , les Langues
voifines ayant toujours des mots communs
, & que quand le nom que porte
aujourd'hui cette Ville , lui auroit été feulement
impofé par les François , qui ne
conquirent les Gaules qu'au cinquième.
fiécle , il ne s'enfuivroit nullement qu'ils.
en fuffent les fondateurs , puifque plufieurs
lieux anciens ont changé de nom depuis
la; domination Françoiſe.
から
Cette objection étoit demeurée jufqu'à
prefent fans réponfe. Mais quelques vieux:
·Sepulcres , qu'un Laboureur découvrit
avec la charue fur la fin de l'année derniere
à cent cinquante pas de la Ville d'En
à l'Orient proche d'un grand chemin , ont
relevé la confiance de M. Capperon ; &
il a cru que de ce coup- là fon fentiment
étoit hors d'atteinte . Non content de deux
Tombeaux de pierre trouvez par le Laboureur
, dont l'un contenoit un corps ,
& l'autre étoit vuide , il fit fouir aux en--
virons dans l'efperance d'une plus grande
découverte , & il fut affez heureux pour
rencontrer quelques offemens dans quatre
out }
34 LE MERCURE
ou cinq foffes , & même une urne remplie
de terre grife.
>
C'eft principalement cette urne & le
peu d'os , qui étoient dans chaque foffe ,
qui ont fait juger à M. Capperon que ces
fepulcres étoient & Romains & Payens .
Car il fçavoit , dit - il ,
les Ro-
› que
mains idolâtres enterroient leurs morts ou
entiers , ou après les avoir brûlez , mettant
feulement dans les urnes les cendres
& les offemens de ceux-ci , qu'ils recueilloient
aprés que le feu du bucher étoit
éteint & que lorfque les urnes ne pouvoient
tout contenir ils enterroient le
furplus des offemens à côté de ces vales.
Il fçavoit auffi qu'ils plaçoient leurs fepultures
à l'Orient, des Villes & fur les
grands chemins ; toutes circonftances qui
ne lui ont pas permis de douter que celles
qu'on a découvertes auprès d'Eu , ne leur ·
appartinffent. Ce qui l'a encore confirmé
dans cette perfuafion, eft que ces fepultures
ont precedé l'an 160. de Jefus- Chrift ,
puifque l'ufage de brûler les corps morts
n'a point paflé les Antonins qui l'abregerent
, & que Commode eft le dernier des
Empereurs de cette famille , fur quoi Alexander
ab Alexandro eit fon garent.
A ces preuves M. Capperon joint auffi
celle d'un Temple encore entier , confacré
autrefois aux Dieux des Gaulois , qui eft à
Ен
DE JUIN 1722. 35
1
Ez dans la ruë de la Chauſſée , & de la
verité duquel il le tient bien affuré par la
maçonnerie & le mortier qui en font femblables
à la maçonnerie & au mortier des
plus anciennes murailles de cette Ville ,
lefquelles font du tems des Romains ; outre
que la Porte de ce côté- là qui eft bouchée
, s'appelle même encore aujourd'hui
La Porte de l'Empire . Enfin il obferve qu'il
n'y a qu'une petite partie d'Eu qui foir
dans la prairies , tout le refte étant fur le
côteau qui la commande ; & c'eft par toutes
ces raifons , qu'il s'eft crû en droit de
conclure que M. Huet n'a pas penfe jufte
fur l'étymologie du nom de la même
Ville.
Mais comme les jugemens des Sçavans
font toujours fujets à revifion , on avoue
qu'on ne peut admettre celui de M. Capperon
, & que c'est la conclufion elle-même
qui ne paroît nullement jufte. En effet ,
il y a à En un Temple & des murailles du
temps des Romains , & auprés de cette Ville
quelqnes Tombeaux du même temps ; dong
le nom de la même Ville n'eft pas Allemand,
& ne fignifie pas un Pré. Donc il ne le
fignifioit pas non plus en Gaulois .. Donc il
vient du nom des Peuples Effui & tout
cela eft il bien confequent ? Ne falloit - il
pas prouver prealablement contre ce qui
lui avoit été objecté , que la Ville d'En
portoit
36 LE MERCURE
portoit ce nom avant que les François
vinffent d'Allemagne dans les Gaules , ou
que le mot qui fignifioit Pré en Gaulois
n'avoit point de rapport avec le mot On ,
qui le fignifie en Allemand , & qu'indubitablement
les Effai étoient les Peuples.
du Pays d'Eu , car fans tout cela , fon
raiſonnement fera fans appui , & fupofera
ce qui eft en queſtion.
.
M. de Marca a obfervé dans une Differtation
inferée au tome 10. des Conciles
du P. Labbe pag. 542. que les noms de
la plupart des lieux des Gaules furent
changez dés le troifiéme fiecle fous la do→
mination Romaine. Pourquoi n'en auroit -
il pas pû arriver de même fous la domination
Françoife ? Et dans tous les tems
les grands changemens de Maîtres n'ont- ils
pas fait changer des noms de Villes ? On
en peut voir bien des exemples pour la
Terre- Sainte dans les Livres Sacrez , &
il feroit d'ailleurs ridicule de fuppofer que
tant de lieux des Gaules , dont il eft parlé
dans les anciens Ecrivains , & qu'on ne
peut plus diftinguer , foient aujourd'hui
fans nom & abfolument détruits. Selon
Orderic Vital la Ville de l'Aigle fut ainfi
appellée à cause d'un nid d'Aigle qu'on y
trouva , lorfqu'on la fortifioit vers l'an
1000. auparavant elle s'appelloit Richerville
, & fans doute que ce n'étoit pas encoré
là fon premier nom .
Ce
DE JUIN. 1722 . 3.7
Ce n'eſt que le petit rapport des noms
d'En & d'Effui par leur premiere Lettre ,
qui a fait naître l'idée à M. Capperon que
l'un venoit de l'autre , & il n'a pas fait reflexion
que ce nom d'En eft affez moderne .
Car dans les plus anciens titres cette Ville
eft constamment appellée Au , On , ce qui
fait qu'elle est encore à prefent appellée
Aucum en Latin , & elle n'a été nommée
En que par une fuite de la prononciation
Normande , qui comme l'Angloiſe convertit
affez louvent l'o en E. Ainfi les
Normands écrivent & prononcent aujourd'hui
Argenten autre Ville de leur Province
, qui eſt toujours appellée dans les
anciens Aureurs Argentonium ou Argen
tomum. Au lieu de ton pere , ton mari , ton
fils , ils difent ( du moins le petit peuple )
ten pere , ten mari , ten fils , & c'eft auffi la
même choſe dans la Picardie , à laquelle
Ja Ville d'En eft contiguë , témoin ce dicton
la Fontaine a immortalifé dans fes Eaque
bles :
Biaux chiré leups necontez mie ,
Mere tenchent chen fieux qui crie.
Puis donc que le veritable nom d'Eneft
An ou On , que ce mot fignifie encore
à prefent un Pré en Allemand , & que tous
les lieux du Pays dont il førme le nom foit
feul ,foir en compofition , fe trouvent dans
des Prairies , n'eft-il pas dès-là certain que
c'eft
38
LE
MERCURE
c'eft cette fituation qui les a fait ainfi nommer
? On n'ignore pas combien il eft facile
de fe laiffer éblouir par des étymologies,
mais celle dont il s'agit eft affurément marquée
au bon coin.
M. Capperon la rejette , parce qu'il n'y a
qu'une petite partie d'En qui foit dans la
Prairie ; mais quand cette Ville feroit toute
entiere fur le côteau qui la borde cette
Prairie , cela ne fuffiroit- il pas pour lui en
avoir fait donner le nom ? La Ville de
Mayenne n'a- t'elle pas pris fon nom de la
Riviere qui paffe feulement à côté de fes
murs ? Et celle de Pontoife ne doit- elle pas
le fien au Pont qui y conduit fimplement ?
C'eſt chicaner de faire une femblable objection.
Il y a bien des côteaux qui tiennent
nature de Prairie .
Comine on n'a jamais été à Es , on ne
s'ingerera pas de dire ici fon fentinent fur
le Temple confa ré aux Dieux des Gaulois ,
ni fur les murs du temps des Romains , que
M. Capperon vante fr hardiment à fes
Lecteurs : & c'eſt au (çavant Dom Bernard
de Montfaucon , qui a entrepris de donner
tous les anciens Monumens des Gaules gravez
, à faire examiner par de bons Connoiffeurs
fi ceux- là font du nombre ; mais
pour les Tombeaux de nouvelle découverte
, il n'eft point du tout neceffaire de
les avoir fous les yeux pour en bien juger
&
DE JUIN 1722 . 39
ger , & on n'a pour cela befoin que de ce
que M. Capperon en a lui - même obfervé .
Ils ne portent pas la moindre marque de
Paganiline , & même rien n'oblige à les
croire d'une fi grande antiquité , car ils
pourroient bien n'être que du huitiéme ou
du neuviéme fiecle..
Si M. Capperon avoit lû l'excellent Livre
de Kircmanus De Funeribus Romanorum
, il n'auroit pas avancé fur la foy
d'Alexander ab Alexandro que les Empereurs
Antoxins deffendirent de , brûler les
corps des deffunts , ce fçavant homme af
furant qu'il n'a jamais pû trouver fur quoi
on fonde l'exiſtence d'une telle Loi . Qu'il
elt faux
que
cette ceremonie ait ceffé dès
le temps de ces Princes ; qu'elle étoit encore
bien en vogue quand Minutius Felix
écrivoit fon Dialogue au troifiéme fiécle ;
& qu'on voit feulement par Macrobe qui
vivoit fous Theodofe le jeune , qu'elle
n'étoit plus alors pratiquée ; ce dont il croit
qu'on fut redevable à la Religion Chré
tienne qui l'avoit toujours beaucoup condamnée
: Nam , dit - il , ab Antoninis ( cremationem
effe abrogatam ut quidam volunt
, neque fitum , neque fcriptum , neque
pictun ufquam memini legere , Lib . 3. C. F.2 .
D'ailleurs M. Capperon infere de ce que
Commode fut le dernier des Antonins , que
les corps trouvez à Es furent brûlez avant
l'an
40
. LE MERCURE
l'an 160. & cet Empereur ne mourut qu'en
192
Mais ce n'eft pas là fon erreur effentielle.
Il prétend que les Romains avoient accoutumé
, lorfque les urnes ne pouvoient pas
contenir tous les os , qu'on retiroit des
cendres du bucher , d'entourer à côté d'elles
ceux qui n'y avoient pû entrer , ce qui paroît
être purement de fon invention , &
imaginé feulement afin d'expliquer pourquoi
on a auffi trouvé à En des offemens
dans la foffe où étoit l'urne qui auroit dû
les renfermer. Car on le défieroit bien de
citer quelque Ancien qui eût marqué un
tel ufage ; que le même Kircmanus , dont
on vient de l'autorifer , nie abfolument en
ces termes au Liv. 3. chap. 8. Ne quaquam
tamen cineres & offa nudè componebantur
tumulo , fed vafculis quibufdam inclufa
que Latini urnas vocabant , &c.
En effet , les os étant ce qui reftoit de
plus certain des corps qu'on avoit brûlez ,
on n'avoit garde de fe contenter de les
couvrir de terre au fond d'un trou , pendant
qu'on auroit mis des cendres douteufes
dans des urnes. Non- feulement on les
recueilloit bien religieufement & on les
arrofoit avec du vieux vin , & enſuite avec
du lait , comme le dit M. Capperon , mais
on avoit encore grand foin de les faire
fecher avant que de les dépofer dans l'urne ,
avec
DE JUIN 1722. 41
S
S
1
[
avec des aromates , aufquels on joignoit
auffi les phioles où l'on avoit mis les larmes
que les Pleureuſes avoient verfées pour
les deffunts ; & une pareille précaution
auroit été bien inutile , fi après avoir pris
toutes ces peines , on avoit enterré ces offe
nens à nud. Toutes ces ceremonies font
parfaitement bien décrites dans ces Vers
de Tibulle , que le fçavant Allemand a
auffi indiquez , & qui font de la feconde
Elegie du 3e. Livre de ce celebre Poëte .
Pars que fola mei fuperabit corporis , offa
Incinta nigrâ candida vefte legant.
Etprimum annofofpargant collecta Lyao ,
Mox etiam nives fundere latte parent.
Poft hæc carbafeis humorem tollere ventis,
Atque in marmorea ponere ficca doma.
Illic quas mittit dives Panchaïa mèrces,
Eoïque Arabes , dives & Aſſyria.
Et nostri memores lacrymæ fundantur
eodem.
De plus , comment M. Capperon a- t'il
pû fuppofer que fouvent les urnes ne fuffifoient
pas pour renfermer ces offemens ?
car n'avoit- on pas la liberté d'en choiſir
de plus grandes ? & ne s'en faifoit- il pas
de toute forte de matiere & de forme ?
Celle que Tibulle vient d'appeller une
Maifon de marbre , femble être reprefentée
par une de marbre blanc qui eft à Paris
dans l'Abbaye de Sainte Genevieve , elle
eft
42 LE MERCURE
eft faite comme un petit Temple , & on
l'a gravée avec les autres Antiques du riche
Cabinet de cette Abbaye.
;
On pourroit encore preffer M. Capperon
fur ce que ces urnes ,
auffi-bien que
les cercueils étoient appellés Offuaria , car
il fe trompe très- fort de s'imaginer que
ce mot fignifie des Cimetieres , fur quoi il
n'a qu'à confulter les bons Dictionnaires
Latins mais on le borne à lui faire remarquer
que des os brûlez s'en vont aifément
en cendre , & que fi ceux qu'il a
trouvez à En avoient effuyé la force du
feu d'un grand bucher , ils n'auroient pas
refifté fi long temps au poids de la terre ,
qui en les écrafant les auroit bien tôt incorporez
avec elle.
Enfin puifque les offemens trouvez à
En étoient fans urnes dans quatre foffes ,
loin que M. Capperon ait eu lieu d'infefer
de l'urne qui étoit dans la cinquième
foffe , que ces offemens étoient des reftes
de corps brûlez il devoit en conclure tout
le contraire , & juger que cette urne fervoit
à un autre ufage , rencontrant autant
d'os dans la foffe où elle étoit , que dans
celles où elle n'étoit pas. Il n'eft pas rare
de trouver de pareils vafes dans les anciennes
fepultures Chrétiennes ; on les emplif
foit de charbon & d'encens , & la terre
qui contenoit celui-là s'y étoit fans doute
formée
DE JUIN 1722 .
43
30
a
S
formé
peu à peu par l'humidité du lieu ,
qui s'y infinuoit .
C'est là ce femble ce qu'on peut penſer
de plus jufte fur les Sepultures dont il s'agit.
Elles étoient de Chrétiens. Des per
fonnes riches ou de confideration étoient
dans les deux Tombeaux de pierre , & des
perfonnes du commun étoient dans les
fimples foffes. Le Tombeau qui s'eft trouvé
vuide , pouvoit avoir déja été ouvert. Et
fi on vouloit qu'il n'y eut jamais eu de
corps , c'eſt la perfonne pour qui il
auroit été preparé , feroit morte ailleurs ,
ou auroit changé de deffein . Que M. Capperon
recherche bien les Antiquitez Eccle
fiaftiques d'Eu , & peut- être trouvera t'il
qu'il y a eu autrefois quelque Chapelle
proche ces mêmes Tombeaux , car les incurfions
des Barbares , les guerres & le
tems en ont bien détruit.
que
Dans le fiecle dernier un Laboureur de :
la Paroiffe de Montmerré , à deux lieuës
& demie de la Ville de Seez , découvrit
auffi des Tombeaux de pierre dans fon
champ. Comme la tradition du Pays eſt
qu'il s'eft donné une bataille en ce lieux
du temps des Romains , des Romains , & peut- être parce
qu'il eft appellé Mons - maroris dans quelques
Actes de trois ou quatre cens ans ;
On vouloit pareillement qu'ils fuffent
de quelques Officiers qui y auroient perdu
la
44 LE MERCURE
la vie. Mais il eft clair par la Legende de
Saint-Evremont mort vers l'an 718. qu'ils
étoient ou de Religieux du Monaftere que
ce Saint avoit bâti en cet endroit , ou de
Gentilshommes qui auroient eu la devo .
tion d'être inhumez avec eux. C'étoit en
ce temps - là l'ufage d'enterrer les uns &
les autres dans des cercueils de pierre ; &
Orderic Vital qui fleuriffoit au commencement
du douziéme fiécle, affure pag. 675
qu'on voyoit encore alors à S. Celerin fur
Sarte proche d'Alençon plufieurs Tombeaux
femblables des Difciples de ce Saint,
dont le nom Latin eft Serenicus.
Il eft dit dans la Legende de S.Evremond
qu'il fe retira d'abord à Fontenay dans la
Foreft d'Efconves , & qu'il fonda en ce
lieu & aux environs fix Monafteres , dont
un étoit fous l'invocation de S. Didier :
Que S. Annobert Evêque de Seez informé
de fa grande pieté le benit Abbé , & l'envoya
enfuite au Mont - du- Maire Mons-
Majoris , où il conftruifit encore un Monaftere
, avec trois Eglifes ou Chapelles.
Comme il n'y a dans le Diocéfe de Seez
que Mont- Merré qui réponde au Mons-
Majoris de cette Legende , qu'on y voit
encore deux Eglites , & qu'on en abbatit
il y a environ loixante ans une troiſième
qui tomboit en ruine , & qui étoit inutile ,
il faudroit le crever les yeux pour ne pas
reconnoître
DE JUIN 1722. 45
reconnoître que c'étoit là le lieu du dernier
Monaftere de S. Evremond , quoique'
ce Saint y foit abfolument oublié. Et auli
les tombeaux qu'on y trouva étoient - ils
affez près de la Chapelle de la Vierge ,
à laquelle une des trois Chapelles du Saint
étoit auffi dedié , felon la même Legende .
On ne defefpere pas que M. Capperon
ne donne quelque femblable éclairciffement
fur ceux dont il eſt queſtion .
Au refte , il eft bon en paffant d'obferver
que l'Auteur du Neuftria Pia , le P.
Mabillon , & quelques autres Auteurs ,
ont bien pris le change fur le Fontenay ,
premiere Retraite de ce Saint , qu'ils ont
crû être le Fontenay proche de Caën ,
( où eft une Abbaye confiderable de l'Or
dre de S. Benoit , que les Teflon , grands
Seigneurs Normands fonderent au onziémé
fiécle ) quoiqu'il foit du Diocéſe de
Bayeux , & éloigné de quinze lieuës de
la Foreft d'Efconves , le Fontenay de S. Evremond,
eft encore dans cette Foreft à trois
lieuës & demie de Seez , fa memoire s'y
eft confervée jufqu'à prefent , & il y a
grande apparence que c'est là qu'il finit
fes jours , felon qu'on le croit dans le
lieu. Ce Fontenay eft furnommé Louvet
pour le diftinguer des autres Fontenay. II
n'y a plus aujourd'hui qu'une Egliſe Paroiffiale
fans Monaftere ; ce qui eft arrivé
C aufi
46 LE MERCURE
auffi au lieu où étoit le Monaftere en
Phonneur de Saint Didier , qui eſt encore
le Patron de l'Eglife Paroiffiale , &
qui a donné le nom à la Paroiffe , laquelle
joint celle de Fontenay.
Pour revenir aux Tombeaux de la Ville
d'En , fi M. Capperoh y avoit trouvé
quelques Medailles Romaines , comme on
en trouva il y a environ vingt - cinq ans
dans la Paroiffe d'Alleaume près Vallognes,
où outre les fondemens de l'enceinte d'un
Camp Romain , on découvrit encore à
quelque diftance plufieurs urnes cineraires,
dans chacune defquelles il y avoit ordinairement
une de ces Medailles , on croiroit
volontiers auffi avec lui que ce feroit
des Tombeaux des Payens. Mais dès qu'on
n'y apperçoit rien qui ne convienne aux
Coutumes & aux moeurs des Chrétiens ,
c'eft certainement aimer à fe faire illufion
de vouloir les attribuer à d'autres.
Ce 8. Juin 1722.
ELEGIE
D'un Fils fur la mort de fon Pere,
E vais donc fans témoins , cedant à mes dou-
JE leurs ,
Donner un libre cours à de trop juftes pleurs ;
Je
DE JUIN 1711 . 47
Je vais me trouver feul dans les lieux où mon pere
Me laiffa , pour aller au Ciel joindre ma mere :
O fouvenir enſemble & cher & douloureux ,
Je fus trop fortuné , je fuis trop malheureux !
Helas de quels parents je reçûs la lumiere !
Leurs foins fembloient m'ouvrir une noble
carriere ,
Leurs folides confeils , dont je faifois ma loy,
Malgré les paffions me répondoient de moy :
Je me trouve mon maitre en ce perilleux âge ,
Où par la liberté l'on court à l'efelavage ,
mettre en fes fers & feduire nos
Pour nous
coeurs ,
Le vice fçait cacher ſes armes fous les fleurs :
Contre fes faux attraits qui pourra me deffendre ?
Où trouver un amy jufte , fincere , & tendre ,
Qui reprime l'ardeur de mes jeunes defirs ,
Et m'arrache du fein des dangereux plaifirs !
Contre notre raiſon leur troupe enchantereſſe
\ Sçait mettre en fon party l'imprudente jeuneſſe ;
Devient-on vertueux dans l'âge où je me voy ,
Quand on n'a fur fa vie à confulter que foy ?
Qu'eftes vous devenus, guides fûrs & finceres !
Dépourvû du fecours de vos fages lumieres ;
Votre fils aujourd'huy languiffant , abattu ,
Après votre trépas tremble pour ſa vertu :
Voilà le lieu , la place où d'un foin noble &
tendre
Vous daigniez chaque jour & m'inftruire &
m'entendre ,
Cij
Av
48
LE MERCURE
Avec même amitié vous me formiez tous deux .
Et pour vous deux au Ciel j'offrois les mêmes
voeux ,
Avec quelles bontez , ô mon maître , ô mon
pere ,
De votre art à mes yeux dévoilant le myſtere ,
Me donniez-vous l'efpoir d'être un jour votre
égal !
Ce qui fic mes plaifirs fait aujourd'huy mon mal
Ce noble & doux travail , où mon ame ravie
Trouvoit un feur remede à fa melancolie ,
Ne me fert aujourd'hui qu'à nourrir dans mon
coeur
Des plus juftes chagrins l'amertume & l'aigreur '
Je ne puis m'occuper fans pleurer votre perte ,
A mes triftes efprits par - tout elle eft offerte ;
Sur le moindre projet que je veux méditer ,
Mon premier mouvement eft de vous confulter ;
Je cours, mais vainement ! ô douleur qui me tue !
Les lieux où je vous vis s'offrent feuls à ma vûe ,
Sortant de mon erreur je vous perds de nouveau
De nouveau je fuis preft à vous fuivre au
tombeau ;
Mais quoy je vous entends , vous m'ordonnez
de vivre
Il n'eft pas temps encor, dites - vous, de me fuivre,
Quoy ! t'ay-je donc tracé le chemin des vertus
Pour voir fous les revers tes efprits abattus ?
A pleurer tes malheurs tu trouves trop de
charmes ;
Crois-tu ne me devoir que d'inutiles larmes ?
Des
፡
DE JUIN 1722 . 4.9
Des leçons qu'on reçut montrer un digne fruit ,
C'eft honorer celui par qui l'on fut inftruit ,
Bien mieux que par des pleurs qu'on voit fouvent
J répandre
Pour des morts dont le nom s'éteint avec leurs
cendres :
Diftingue toy, mon fils , dans cet art enchanteur,
Qui d'un Prince éclairé m'attira la faveur ;
Montre pour tes devoirs une ardeur toujours
vive ,
Ne pleure plus ma mort, fais qu'en toy je revive.
Compliment fait au Roy par M. l'Abbé
Aulanier , prêchant devant Sa Majesté
le jour de la Pentecôte de l'année
prefente 1722 .
N
Ous avons tout lieu d'efperer, S1RE,
que vous mettant fous la conduite ,
auffi bien que fous la protection de cet
Efprit Divin , il prefidera à toutes vos
entreprites ; il reglera toutes vos démarches
; il fanctifiera toutes vos oeuvres :
Vous le fçavez fans doute , que l'homme ,
de quelque condition qu'il foit , porte en
lui-même un fonds de tenebres & de corruption
; que le Thrône qui tranfmet
l'autorité du commandement , & le pouvoir
C iij
So
LE MERCURE
voir de gouverner , ne fçauroit donner la
fageffe des confeils ,. & la fcience de bien
regner ; que c'eft d'enhaut par confequent
que votre Majefté doit attendre ces lumieres
fuperieures & ces dons fublimes.
qui forment les grands Princes. Déja la
divine Providence qui veille fpecialemen
fur votre destinée , vous a menagé pour
conducteurs de votre premier âge des perfonnes
dont les noms feuls rappellent l'idée
d'une probité confommée ; & attentif à
recueillir & à faire fructifier la femence
d'une Royale éducation ; quelles eſperances
ne nous donnez- vous pas pour l'avenir ?
Quel jufte fujet de prefumer que profitant
de plus en plus des fecours que l'Elprit
Saint vous offre , vous acheverez de former
en vous le grand Prince que nous
voyons fi heureuſement ébauché , & que
nous aurons le bonheur de trouver dans
votre augufte perfonne un Roy dont la
pieté & la juftice releveront l'éclat de fon
Throne , qui plus jaloux de fon caractere de
Chretien, que de fa dignité de Roy, rendra
plus d'hommages à Dieu qu'il n'en recevra
de fes peuples , & s'eftimera plus heureux
d'être maître de fes paffions , que d'être
poffeffeur d'une Couronne ; qui ne perdant
jamais de vûë la main fuprême de
qui il tient fon autorité , ne l'employera
fur fes Sujets que pour les affujettir à
l'Empire
1
DE JUIN 1712. st
l'Empire du premier Maître. Un Roy qui
perfuadé qu'il n'eft en poffeffion du glaive
que pour repouffer la violence , ou pour
punir le crime , ne s'en fervira jamais au
gré d'une injufte ambition , ou d'un reffenriment
amer ; qui s'appliquera à penetrer
les interefts & les deffeins de fes voifins ,
dans la vûë non d'entreprendre fur leurs
droits , mais feulement de garantir les
fiens ; qui étudiera avec foin la maniere
de faire la guerre , l'art de la foutenir , &
plus encore le fecret de la prévenir & de
Péviter. Un Roy qui convaincu qu'il n'eft
- établi fur d'autres hommes que pour procurer
leur avantage , fera bienfaifant par
inclination , fevere par neceffité , lent à
punir , prompt à pardonner ; ennemi de
la flatterie , ami de la verité , affable aux
petits , acceffible aux miferables , équitable
envers tous , reffentant comme perfonnelles
les calamitez de fon Royaume , confondant
fon bonheur avec celui de fes Sujets ;
qui aimant mieux regner par la bonté ,
que de dominer par la force , recevoir le
tribut de l'amour , que celui de la crainte ,
affermira la puiffance en gagnant les cours.
Un Roy enfin qui fidele à tous fes devoirs,
fera fur la terre l'image de Dieu , le vengeur
de fes loix , le protecteur de fes Autels
, le defenfeur de fon Eglife , le Pere
de fes Peuples .
C iiij
Voilà
52 LE MERCURE
Voilà , SIRE , ce que nous promettent
les richeffes de votre naturel heureux ,
& ces grandes qualitez qui fe développent
chaque jour en vous , & par où vous meriterez
de paffer d'un Royaume temporel
à un Royaume éternel .
GADGADRADITUTTOCAERÁ CAS QAS RADELERAARADRAGEFORLORAATTY
O DE
A MONSIEUR LE REGENT ,
à l'occafion d'une Thefe dediée à S. A. R.
par M. l'Abbé Choplet , à laquello
préfidoit M. l'Evêque de Laon .
Uv, grand Prince , ton Alteffe ,"
Dès qu'Elle brille à nos yeux ,
Infpirant de l'allegreffe ,
Réjouit ces doctes lieux :
L'Aftre qui te doit fon être ,
Comme toy nous fait parêtre
Une agreable fplendeur ;
Courant fa noble carriere ,
Il emprunte fa lumiere
De l'éclat de fon Auteur.
Dans la Célefte Contrée ,
Tel quelquefois le Soleil
Nous furprend , & nous récrée ,
En produifant fon pareil .
De ton lumineux génic
Toute l'ardeur réunie
Eclate
DE JUIN 1722 . 553
Eclatte dans SAINT - ALBIN :
Ta fagefle & ton courage
Dans les traits de fon vifage
Marquerent fon haut deftin .
Dans l'Eglife , dans les Armes ,
Il eft de nobles travaux :
L'un & l'autre a fes allarmes ,
L'un & l'autre a fes Drapeaux :
Pour l'Eglife & pour la Guerre
Ton Sang fournit à la Terre
Des Docteurs , & des Céfars ,
Dans notre Ecole Divine
CHARLES triomphe , domine ,
Et PHILIPPE au Champ de Mars .
Parlez , Italie , Eſpagnes ,
Aujourd'huy dans le repos ,
Vites- vous dans vos Campagnes
Combattre un plus grand Héros ?
Parle , Ecole , Eft ce un faint Pere ,
Un Oracle dans ta Chaire ,
Qui s'énonce fur la Loy?
De quelle voix énergique
Ce jeune Prelat explique
है Les Myfteres de la Foy !
Tous tes efforts font frivoles ,
Monftre affreux , aveugle erreur , 2.
Cv Cet
54 LE MERCURE
Cet Hercule des Ecoles
Réprimera ta fureur :
Plein d'un beau feu qui le guide ,
Dans les combats intrepide ,
Par tout il va te forcer :
Eloigne - toy de ſa vûë ,
Sa parole eft la maffuë
Dont il doit te renverfer.
Sage Prince de l'Eglife ,
Miniftre de nos Autels ,
Qui dans la Terre promiſe
Dois conduire les Mortels ,
Que déja chacun contemple ,
Pour fe former fur l'exemple
De ta rare pieté ,
Tu fçauras Guide & Modele
Remplir le coeur du Fidele
D'amour pour la Verité.
Contre le Vice funeſte
Que je vois d'heureux progrès ,
Quand de la Cauſe Célefte
Tu prendras les interêts !
Ouvert , prévenant , facile ,
Tu poffedes Chef habile
L'art de te gagner les coeurs :
Mieux que ta Grandeur brillante ,
Ton
DE
JUIN 1722.-
5.5
Ton air fage nous préfente
Des charmes toujours vainqueurs.
Les yeux fur ta Bergerie ,
Comme un vigilant Paſteur ,
Ta braveras la furie
De l'infernal Seducteur :
Enfin je vois fous ton zele
Tomber cetre Hydre nouvelle ,
Dont le fouffle eft infecté ,
Et toujours ta fainte Eglife ,
Sous la garde d'un Moïfe
Conferver fa pureté,
Aug. Poubean de Bellechaume.
Suite des Remarques Critiques. fur les
Memoires Hiftoriques de Champagne .
D
E's le tems de Gregoire de Tours il y
avoit au moins unComte dans chaque
Diocéfe. Pour ce qui eft de la Jurifdiction
des Evêques , il eft certain qu'elle s'étendoit
aux affaires temporelles , & que Charlemagne
& fes fucceffeurs y ont fouvent
engagé eux -mêmes les Evêques. M. Baugier
m'obligeroit de montrer la preuve dece
qu'il dit page 44 que Louis le Debon
C vj.
naire
56 LE MERCURE
:
naire retrancha le luxe des Ecclefiaftiques, &
obligea les Prelats qui étoient à la Cour de ſe
retirer dans leurs Diocefes. Plufieurs murmurerent,
&c . Il avance encore fans bonne
preuve page 69. que le Roy Raoul mourut
rongé de vermine . Revenons à ce qui regarde
l'Hiftoire de la Champagne.L'Auteur
des Memoires a mis entre les Ducs de ce
Pays Grimoald , qui étoit Maire du Palais
en Auftrafie je ne vois pas auffi pourquoi
il met Amalon entre les Ducs de Champagne.
Ce fut le 7 Juin de l'année 948.
que commença le Concile d'Ingelhein ,
où fut excommunié. Hugues qui difputoit
le Siege de Reims à Artaud ( Flodoard .
dans du Chefne page 610. &c. tome 2 .
Ce que M. Bangier raporte de Thibaud
le Tricheur , furnommé auffi le Champenois
, eft tiré d'Auteurs très -fufpects fur
ce qui regarde ce Comte : ces Auteurs qui
n'ont écrit que bien du tems après Thibaud
, le font fils de Gerfon , ce qui paroît
très-faux à ceux qui ont eu communication
des Chartes de S.Martin de Tours.
Ce que notre Auteur raconte des meurtres
& des trahilons de Thibaud n'eſt guere'
mieux fondé que ce qu'il a dit de fon pere.
Dudon & Guillaume de Jumieges qui rapportent
les circonftances du meurtre de
Guillaume Duc de Normandie , ne mêlent
point dans cette affaire Thibaud. Lorfque
M.
DE JUIN 1722. 5-7
į
M. Baugier aura declaré qui eſt le Foulques
Comte d'Anjou qui a épouſé la foeur de
Thibaud le Tricheur , Veuve d'Alain Barbetorte
, mort en 952 , je lui ferai voir que
tout ce qu'il dit de cette Comteffe fent
bien la fable ; pour ce qui eft de ce qu'il
nomme la Fourberie de Chartres , cela ne
s'accorde point avec la vie de Thibaud le
Tricheur , à moins qu'on ne veuille croire
qu'il ait vêcu du moins 120 ans ; mais
puifque M. Baugier reçoit cette Hiſtoire
pour veritable , pourquoi dit - il page 101
que l'Evêque de Chartres étoit Prince de
Chartres avant cette fourberie ? C'étoit ,
felon les anciens Hiftoriens , le fameux
Hafting qui étoit maître de Chartres , depuis
que Charles le Chauve lui en eut fait
don. Thibaud ayant été défait par Richard
Duc de Normandie , ne fe fauva point à
Evreux , comme il eft marqué à la page
103. des Memoires de Champagne , mais
il s'enfuit droit à Chartres , fans paffer par
Evreux. Il perdit à Chartres vers ce tems -là
fon fils , dont on ignore le nom. Voyez Dudon,
Flodoard , &c. dans du Cheſne . Ils ne
mettent point la mort du fils de Thibaud
pendant un fiege de Chartres . L'Auteur
des Memoires de Champagne pag. 102.
prend la Riviere d'Epte pour la Riviere
de Dièpe. Il n'étoit pas à propos de donner
fans preuve les mauvaifes qualités de
Thibaud
58
MERCURE LE
Thibaud à Odom fon fils , mort en 995 .
ou en 996. Il laiffa trois enfans , fçavoir ,
Thibaud , Odon & Agnés . Thibaud mourut
vers l'an 1004 & fut enterré dans le
Chapitre de S. Pierre de Chartres , aux
pieds de fon frere Theodoric. Odon qui
lui fucceda paroît auffi remuant & auffi
rufé que Thibaud fon grand- pere . Ce que
M. Baugier dit de Couci ne regarde point.
cet Odon : il donne pour premiere femme
à Odon ( c'eſt le petit- fils de Thibaud le
Tricheur ) Mahaut fille de Richard Duc
de Normandie . Cette Mahaut étoit foeur
de Richard . Voyez Guillaume de Jumieges-
L. 5. c. 10 .. Il y a une Charte dans le tom.
4. de Gallia Chriftiana , qui prouve qu’Etienne
Comte de Troyes n'eft pas mort
avant l'an 1019. Odon Comte Palatin du
Roy des François , fucceffeur d'Etienne ,
eft mort en 1037. le 15 Novembre. Voyez
Chronic. Lobienfe, dans le Pere Martenne
thef. anecd. tom. 3. pag. 1417. & c . Glabert
ne dit rien de contraire à ces époques..
La défaite d'Odon , qui venoit attaquer
Mentrichard , n'arriva pas comme notre
Auteur pretend pag . 106 en 1029.ou 1030.
mais en 1015. Odon laiffa deux fils , Thibaud
& Etienne. Où M. Baugier a- t'il
trouvé pag. 112. un troifiéme fils nommé
Hugues , à qui le Roy Robert donna le
Monaftere de Marmoutier ? Les découyertes
9M
DE JUIN 1722 .
vertes de cet Auteur feront plaifir au Public
, pourvû qu'il cite de bons garents ;
je le prie donc de nous en donner au fujet
de ce Hugues , & de ce qu'il dit pag. 1 19 .
que Thibaud ne pouvant ravoir du Roy fa
Comté de Champagne , ferendit vers l'Empereur
; en attendant je croirai que Thibaud
joüiffoit dans ce tems - là paifiblement
des Comtés de Chartres , de Meaux & de
Troyes. Le P. Mabillon a dit dans fon
Voyage d'Italie que S. Thibaud Hermite
en Italie , a été Comte de Champagne ; .
mais dans fes Annales & dans fes Actes de
l'Ordre de S.. Benoift , il s'explique plus
exactement fur ce point. Thibaud qu'on
honore au commencement de Juillet , eft
mort en 1c65. mais Thibaud Comte de
Champagne eft mort vers l'an 1090. Il
y a une Abbaye de S. Pierre à Lagni , qui
appartient aux Benedictins , de laquelle
dépend un Prieuré proche de Lagny , où.
il y a des Reliques de S. Thibaud. Gertrude
, que M. Baugier fait époufer à Thibaud
en premieres nôces , ne fe trouve:
point dans les anciens Hiftoriens qui font
imprimés. Henri n'étoit point Archevêque
, comme l'Auteur le dit , page 125 ,
mais Evêque de Wincheſter ; il mourut en
Angleterre , & non pas à Cluni en 1171
ou 1172. Louis VII. ne fucceda à Louis
VI qu'en 1137. Il brûla Vitri en 1141 .
οι
Qu
LE MERCURE
ou en l'une des deux années ſuivantes.
Voyez Historiam Norman . dans du Chefne ,
Sigeb. Guil . Nang. &c. Que M. Baugier
prenne la peine de citer quelque bon Auteur
qui mette cet incendie en 1144. comme
il fait, page 139. L'Auteur avance d'un
an l'Affemblée de Vezelai pour la Croifade.
Thibaud ne paroît point dans cette Croifade.
Voyez Odon , de Agillo , &c. mais
nous apprenons de S. Bernard Epiftol. 124
que Henri fon fils y fignala fes premieres
armes. Cet Henri ne paroit point avoir jamais
eu la qualité de Grand Senechal de
France. On voit par differentes Chartes
que c'eft Thibaud le bon Comte de Blois
qui à poffedé cette Charge depuis environ
Fan 1153. jufqu'à 1190. qui fut l'année
de fa mort , arrivée au fiege d'Acre , autrefois
Ptolemaïde. Voyez Roger . de Ho
veden , Guil, de Nangis , Urfperg , &c.
Ces Auteurs ferviront à rectifier ce que M.
Baugier dit , page 145 .
Il eft certain que Marie mere de Henri
II . ne mourut que l'année qui fuivit celle
de la mort de fon fils. Notre Auteur a mis
Amauri pour Hugues , qui époufa Aelis
fille de Henri II. Roy de Jerufalem &
Comte de Champagne . Ifabelle veuve de
ce Prince époula Aimeric ou Amaury ,
Seigneur de Chypre . S'il eft vrai , comme
on le dit page 177. des , Memoires de
4
Champagne ,
DE JUIN 1722.
61
.
Champagne que Thiband fit graver fur le
bronzè ¿expoſer dans les Galeries de Troyes
de Provins fes Chansons , cela réjouira
les curieux qui croyoient que ces Chanfons
ne fubfiftoient qu'en partie dans Fauchet
& dans quelques autres Livres imprimés
, ou dans quelques Manufcrits ;
mais il faut indiquer où fe trouvent les
plaques de bronze , fur lefquelles ont été
gravées les Chanfons du Comte Thibaud.
J'ai connu une perfonne qui a vu de fes
Chanfons au Château de Provins , elles
étoient peintés fur le mur ; & ce qui reftoit
du Château a été ruiné pour faire
les Claffes du College des Peres de l'Oratoire
de cette Ville . M. Baugier abandonne
lui- même , page 369. les plaques
de bronze , puifqu'il fe contente de dire
que les Chanjons de Thibaud furent écrites
avec le pinceau dans la grande Salle du
Palais de ce Prince.
L'Auteur des Memoires fait partir pag.
200. Thibaud pour la Croifade en 1238.
cependant il n'y alla qu'en 1239. Agnés
de Beaujeu , femme de Thibaud , mourut
vers l'an 123 1. avant que le Royaume
de Navarre tombât dans la famille des
Comtes de Champagne , ce qui arriva en
1234. Elle ne fut point enterrée à Panpelune
, mais à Clairvaux . Thibaud ſe
remaria à Marguerite fille d'Archambaud
dc
"
6.2 LE MERCURE
de Bourbon , qui lui donna trente-fix mille
livres Parifis en mariage.
Je ne içai comment notre Auteur prouveta
que Guillaume fils de Thibaud , Roy
de Navarre , a été enterré aux Cordelieres
de Provins ; l'Hiftoire manufcrite de ce
Monaftere n'en dit rien , quoiqu'elle marque
exactement tous les autres Princes
qui y ont été inhumés .. Blanche , femme
de Henri III . lui apporta vingt- trois mille
livres tournois. Voyez Sarita & Gomés :
on lit dans M. Baugier 24 mille , ce qui
peut venir , comme plufieurs autres fautes
dont j'ai negligé de parler , de la part de
l'Imprimeur , ou de quelque Copifte . Ala
page 290 il faut mettre fept cens mille
hommes dans l'endroit où les Memoires
ne mettent que cent mille ames . Guillaume
de Nangis & Mathieu de Weftm . mettent
la mort d'Edmond en 1296. Blanche fa
femme mourut en 1302
>
Sigebert ne parle point fur l'an 1015
de Chaalons comme on le fuppofe page
232 des Memoires de Champagne ; mais
il parle du Comté de Beauvais , qu'Odon'
échangea avec Roger Evêque de Beauvais ,
en lui cedant le Comté de Sancerre en
Berry. L'Abbaye de Prully , dont il eſt
parlé page 370 qui eft à trois ou quatre
lieues de Provins n'a été fondée qu'en
2118 , ainfi les Abbayes de Clairvaux &
,
de
DE JUIN 1722.
6.3
от
6
e
>
2.
de Morimont , fondées en 1115 le font
avant Prully . M. Baugier fe trompe encore
tome 2 page 244 , lorfqu'il dit qu'
Argenfoles dont il met le commencement
de la fondation en 1220 , eſt la premiere
Abbaye de Filles de Citeaux ; cette
prééminence appartient au Monaftere du
Tatt. Je connois deux filles de Henri -
Etienne , la premiere , eft Mathilde mariée
à Richard Comte de Cheftre ; la feconde
dont j'ignore le nom , fut mariée à Milon:
Seigneur de Bray & de Montlheri ; ſi M..
Baugier a des preuves que Henri- Etienne
ait eu une fille nommée Alix , il m'obligera
de m'en avertir afin de l'ajoûter à
mon Manufcrit ; de mêine qu'il doit ajoûter
dans les Memoires page 124. tom . 1 .
que Fenri Etienne a eu plufieurs filles .
Ce qu'il dit page 125 du mariage d'Alix.
avec Guillaume frere de Godefroy & pere
de Thierri Duc de Lorraine doit être
retranché comme fabuleux . Chantereau
le Feuvre a fi bien refuté les imaginations
de Champier , de Waffebourg & de Rofieres.
fur l'origine de la Maifon de Lorraine
qu'il eft honteux de renouveller ces contes,,
ainfi il doit paffer pour conftant, que quand
même Godefroy de Bouillon auroit eu un
fere nommé Guillaume , ce qui eſt trèsincertain
; ce Guillaume n'a point été pere
de Thierri Duc de Lorraine ; c'eft Gerard.
d'Alface
,
64 LE MERCURE
d'Alface qui eft pere de ce Thierri , d'où
defcend la Maiſon de Lorraine. Provins
dont l'Auteur parle tom. 1 p. 368. en Latin
Pravinum ne fe trouve point dans Cefar
; ceux qui l'y trouvent confondent
Sens , appellée autrefois Agendicum , ávec
Provins. Cette derniere Ville n'eft pas fur
le Morin , comme l'Auteur le dit après
Belleforeft & d'Avity , elle eft fur la Vonzies
une autre petite Riviere nommée Durtin
paffe auffi dans Provins ; ces deux Rivieres
fe jettent enfuite dans la Seine à quelques
lieues de- là . M. Baugier n'eft gueres didi-
'cile en fait de belles Eglifes , puifqu'il en
trouve un grand nombre à Provins ; cepen-.
dant à peine y en trouve- t'on une ; celle de
S. Quiriace , qui peur paffer pour une belle
Eglife , n'a prefque point de nef. Notre
Auteur retranche à M. d'Aligre trois ans
du tems qu'il a été Abbé de S. Jacques de
Provins. M. d'Aligre a été nommé à cette
Abbaye en 1643 par le Roy Louis XIII .
& eft mort le 21 Janvier 1712 âgé de 92
ans ; quand le Pere Martene donnera une
nouvelle Edition de fon Voyage Litteraire,
il corrigera , s'il lui plaît cette faute , &
quelques autres fur le même article de S.
Jacques de Provins . Il s'est encore trompé
auffi bien que M. Baugier , quand il dit
que M. l'Abbé d'Aligre avoit mis le Coeur
& les entrailles de S. Edme dans une riche
Châffe.
DE JUIN 1722. 65
;
;
Châffe. Le coeur de S. Edme a toujours été
dans une ancienne Châffe d'argent , qui
reprefente ce Saint affis en habits Pontifi
caux. La Châffe que M. d'Aligre a fait faire
, ne contient que les entrailles de S.
Edme Archevêque de Cantorberi , avec
[ une partie du Crâne de Sainte Marguerite,
quelques offemens de S. Agile Abbé de
*
Rebais , & plufieurs autres Reliques
comme de S. Philippe Apôtre , &c.
粥豐銀銀老雜鈮鐡迷弟弟弟弟弟弟弟弟排濮
· DEUCALION ET PIRRHA,
D
CANT AT E.
*
Ans ces vaftes deferts où l'aveugle fortune
Aux courfiers du Soleil faifoit traîner fon
char ,
L'inexorable Athos fur les fils de Neptun
Lançoit un funefte regard ;
Déja de fon onde écumante
L'Araxe à fon afpe& irrite fa fureur.
Amphitrite en pâlit d'horreur ,
Mars remplit de fes cris les forêts d'Erimante ,
Et dans les champs Thebains va porter la terreur
Accourez , Dieu de la Thrace ,
Soutenez ces triftes bords ;
Tonnez , confondez l'audace
Du tyran qui nous menace
Au fond du fejour des morts ;
Et
66 LE MERCURE
Et de vos tendres accords
Raffurez l'humaine race .
Tels furent de Pirrha les pleurs & les fanglots ,
Objet infortuné de la fureur des flots ,
En vain Deucalion s'oppofoit à leur rage ,
L'amour arrache fon bandeau ,
Et dans le fein des mers precipitant l'orage ,
Des larmes de Venus honore fon tombeau.
Enfans de Cithere
Redoublez vos pleurs ,
Qu'un refpect auftere
Au Dieu folitaire
Porte vos douleurs.
Un fort formidable
Dechaîne les vents ,
La mer implacable
Au coup qui l'accable
Rejoint les vivants.
Où fuis je , quels éclats diffipent les tempêtes !
Quels fons harmonieux font retentir les airs !
Phoebus de fes rayons embellit l'Univers ,
Les feux étincelants éclattent fur nos têtes :
Venez , accourez cher époux ,
Allons par de pompeufes fêtes.
Celebrer fon jufte couroux.
Grand Dieu , dont le pouvoir écarte loin de nous
Ces torrents engloutis dans leurs vaſtes abîmes ,
Penetrez ces climats de vos feux les plus doux ;
Que
DE JUIN 1722.
67
Que les cris redoublez des tremblantes victimes
D'un peuple gemiffant puiffe étouffer les crimes
Et chanter les bienfaits qu'il a reçûs de vous :
Un peuple forti de la terre
Pour donner l'exemple aux humaine
Vers les regions du tonnerre
Porte fes innocentes mains .
Dieux puiffants , recevez l'hommage
Que vous prefentent les mortels .
Et dans leur nombreux affemblage
Reconnoiffez vos faints Autels .
LETTRE DU R. P. MATHIEU TEXTE
de l'ordre de Saint Dominique
écrite à M. le Curé de Maintenon ,
fur l'origine de certaines Pierres.
E vous ay promis , MONSIEUR , à mon
dès que je ferois à Paris , l'origine des
Pierres tout - à- fait fingulieres , que l'on
trouve dans le Territoire de votre petite
Ville. J'ay d'abord fait voir les deux Pierres
que j'ay apportées , à plufieurs Meffieurs.
de l'Academie des Sciences , & en particulier
au R. P. Sebaftien : ce celebre Academicien
croit que ces , Pierres ſe font
formées
LE MERCURE
"
formées depuis plufieurs fiecles d'une
eau filtrée , & qui s'eft gliffée par les trous
dans les coquilles d'une efpece de limaçon
appellé l'Heriffon de mer , en Latin Echimus.
Il m'a montré la figure de cet Heriffon
dans toutes les differentes fituations , avec
les cinq rangs de perits points & les compartimens
comme d'un mur de brique tel
qu'on les voit fur ces Pierres de Maintenon
, dans le Thefaurus imaginum piſcium
teftaceorum de Georgius Everhardus Rumphinus
, furnommé Plinus Indicus , où il eſt
dit fous la figure XIV Echini plani fecunda
Species : Echinus qui dicitur Diadema Tur-
Carum en François l'Heriffon de mer ,
appellé auffi le Diadême des Turcs , où
plutôt le Turban des Orientaux. Je me
fuis auffi addreffé fur ce fujet à M. de
Juffieu de la même Academie , Profeffeur
en Botanique au Jardin Royal ; ce fçavant
homme , l'un des plus grands Naturaliſtes
de l'Europe, m'a montré dans fon Cabinet
des Pierres en queftion de toutes gran
deurs , femblables les unes à des moules
de boutons , & les autres à des turbans ,
comme celles qu'on voit à Maintenon :
il y en a une changée en cryſtal de roche ,
une autre couverte encore à moitié de la
coquille qui eft blanche & luifante comme
de la nacre de perle de l'épaiffeur d'un écu .
Il a auffi une peau de l'animal qui forme
cette
DE JUIN 1722. 69
cette coquille , qu'on ne trouve plus que
dans des Ports de mer éloignez , ce qui
fait comprendre , difent ces Meffieurs , que
la mer qui change , pour ainſi dire , quelquefois
de lit ou de fituation fur fes bords ,
paffoit autrefois aux environs de Maintenon
, ou que des Etangs profonds , qui ne
fubfiftent plus , avoient la proprieté de produire
cet animal. Cette peau elt femblable
à celle d'un Maron d'Inde , tout heriffé
de pointes avec une infinité de petits pieds
comme des filets qui fortent par les trous
de la coquille , marquez en cinq rangs ,
ainſi qu'on les voit fur la Pierre de Maintenon.
La tête & la queue fortent quand l'animal
y eft , par les deux grands trous faits
comme ceux d'une lampe aux deux extremitez
de la partie fuperieure ; la tête par
où eft le centre des cinq coutures , & la
queüe du côté le plus pointu. Je finis par
les propres termes de la definition que
M. de Juffieu m'a donnée par écrit.
و د
que
» Les deux Pierres que V. R. a appor
» tées de Maintenon , font des petrifications
P'on nomme Echinites , parce
qu'elles tirent leur origine du teft qui
» couvre le Heriffon de mer , appellé en
» Latin Echinus .
"
Les coquilles petrifiées qui ont la forme
d'un moule de bouton , ont un trou au
centre de la partie platte où eft la bouche *
D de
79
LE MERCURE
de l'animal , avec quatre petites dents .
deux en haut , & deux en bas . Voilà ,
MONSIEUR , tout ce que j'ay pû faire
pour contenter votre curiofité & celle de
vos amis. Je fuis , &c .
A Paris , ce 31 May 1722.
L'Auteur de la Lettre cy - deffus a bien
voulu nous donner une des deux Pierres
en queſtion , qui nous paroît fort curieufe.
Elle pefe environ treize onces ; fa longueur
eft de trois pouces fur deux & demy de
hauteur & deux de largeur , de figure prefque
ovale , & elle rend beaucoup de fey
comme une pierre à fufil .
Le mot de la premiere Enigme du dernier
Mercure eft la Canne à lorgnette . Elle
eft du Pere Maire , Jefuite , Profeffeur de
Rhetorique du grand College de Lyon,
M. Cholier , fils de M. le Prevôt des Marchands
, l'explica l'année paffée avec beaucoup
de fuccès , devant une Affemblée des
plus nombreuſes & des plus illuftres qu'on
ait vues à Lyon. La Fourmi & le Miroir
font les mots des deux autres Enigmes du
même Mercure,
Premiere
DE JUIN 1722 .
71
PREMIERE ENIGME,
Ous fommes un corps fingulier
Nouiportons un nom pluries.
Par rapport à notre figure ,
Longues jambes , ventre pointu ,
Deux grands yeux en architecture
Compofent notre individu.
Nous n'avons jamais pú fous aucune pofture ,
Ni nous tenir debout , ni même nous affeoir ,
Dans un berceau du matin jufqu'au foir ,
Comme enfans nous faifons notre exacte demeure,
Jufqu'à ce que pour travailler
On nous vienne enfin éveiller.
Tant que dure le jour nous n'avons rien à
faire ,
Moins encor fi la nuit nous manquons de lumiere
,
Nous en avons befoin en tout tems en tous lieux
Pour remplir notre miniftere ,
Mais il faut pour cela qu'on nous bouche les
yeux .
E
SECONDE ENIGME.
Ntre le Firmament & le centre du monde
Je jouis d'un domaine à titre fouverain .
Dij Je
72 LE MERCURE
Je n'ay point de commerce avec le genre humain
,
Et moins encore avec les Habitans de l'Onde.
Mon domicile eft à l'abry ,
Des ardeurs du Soleil , des Vents & du Tonnerre ,
C'eft moy-même qui l'ay bâti
} Sans employer ni bois ni pierres ;
S'il eft long ou quarré , raboteux ou poli
C'est ce que je ne fçaurois dire .
Tout ce que je puis declarer
C'est que nul mortel ne defire ,
S'il eft dans le bon ſens , m'y venir vifiter.
TROISIEME ENIGME.
SQrti d'un corps vivant , & de vile naiſſance,
J'acquiers pour certain tems du luftre & de l'éclat
Et fur gens d'un certain état
Je domine avec arrogance.
En paix , à la guerre , au combat ,
Au- deffus des Heros je porte mon audace ,
Plus ils ont de fierté , moins je cede ma place ,
Et la moindre femme m'abbat.
Mon Trône eft de figure ronde ,
Quoique formé fans regle & fans compas ,
Superbe j'y parois aux yeux de tout le monde ,
Et celui qui fous moy s'enfle de fes appas ,
Eft le feul qui ne m'y voit pas,
Mais
TEE
Ler
Juin 1722.Printemps pe
Enfin les noirsfrimats ontf
Mais
DE JUIN 1722. 73
Mais comme au changement laNature eft fujette ,
Je tombe en vieilliffant dans un mépris outré ,
Et j'en viens quelquefois à telle extremité ,
Qu'il faut qu'avec les gueux je mandie & je
quête.
CHANSON
Par M... à Mademoiſelle ...
La Mufique eft de Mlle . Meunier.
E Nfin les noirs frimats ont fait place aux
Zephirs
Tout change en la Nature , & l'Empire de Flore
Fait mille fleurs éclorre ,
Et des tendres oifeaux ranime les defirs .
Mais , helas ! mon Iris eft toujours inflexible ,
Rien ne peut adoucir fon extrême rigueurs
Printems , à tes plaifirs je ne fuis point fenfible ,
Lorfque l'affreux Hyver regne encor dans fon
€
coeur.
AIR A BOIRE.
Uand on veut avoir la gloire
QDe chanter un Air à boire ,
Il faut fçavoir entonner.
Il ne faut point annoner
Les tons ni les intervales y
Mais il faut fans tâtonner ,
Chanter drû comme on avale.
Diij NOUVELLES.
74
LE MERCURE
1
NOUVELLES LITERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
He
ISTOIRE DU THEATRE FRANÇOIS
depuis fon origine jufqu'à preſent
où il fera parlé de tout ce qui concerne
la reprefentation des Pieces , des Auteurs.
Dramatiques , des Acteurs & Actrices lesplus
diftinguez ; enfemble une compilation
de tout ce qui a été écrit pour &
contre la Comedie , & c.
L'Auteur qui nous engage à publier le
projet de cet Ouvrage , prie les Gens de
Lettres & les amateurs du Theâtre , de
vouloir le fecourir des Pieces & Memoires.
qu'ils peuvent avoir fur ces matieres ; il
les recevra fûrement par l'adreffe du Mercure
, il parlera dans les termes les plust
convenibles de ceux qui voudront être
nommez , & leur rendra toute la juftice
qu'ils pourront ſouhaitter.
Le premier Livre , qui ne doit être regardé
que comme un préliminaire de
l'Ouvrage, contiendra tout ce qui concerne
la reprefentation des Pieces , & c . Sçavoir ,.
De la Police , Gouvernement & Affemblées
des Comediens , & des Jettons qu'ils
y reçoivent , & c,
Des
DE JUIN 1722. 75
Des Conditions qu'ils font aux Auteurs
à la reception des Pieces : de l'ordre établi
pour les Semainiers , & les Repertoires ,
où font déterminées les Pieces qu'on doit
reprefenter d'une Semaine à l'autre , & où
chaque Acteur eft inftruit du Rôle qu'il
doit jouer.
De la diftribution des Rôles , & de ce
qu'on doit obferver pour ceux qui en font
une fois en poffeffion . Des Acteurs & des
Actrices , & de leur reception . De leurs
habits dans les fujets Tragiques , Mixtes ,
& Comiques . Des differens Perfonnages
Serieux , Comiques & Grotefques . Des
Malques & des déguiſemens. Des Repetitions
de Pieces nouvelles , & des anciennes
qu'on remet au Theâtre.
De la Salle du Spectacle , du Theâtre ,
de l'Amphiteâtre , des Loges , du Parterre .
Des Decorations & Machines . De la
maniere dont le Theâtre a été éclairé
dans divers temps.
De la Déclamation , du Gefte & de
l'action , de la reprefentation & de fes
effers , & c .
Des dépenfes journalieres pour les Reprefentations
, des aprêts , &c.
Des jours deftinez aux Reprefentations ,
& de leur ceffation .
Des Representations que les Comediens
donnent chez le Roy & ailleurs , ce qu'on
D iiij appelle
76 LE MERCURE
1
appelle jouer en vifite ou en bourgeoifie .
De l'Orcheftre , de la Symphonie , du
Chant & de la Danfe à la Comedie .
Des aplaudiffemens , des acclaimations, &c .
Des Annonces , Harangues & Affiches ,
& de l'impreffion des Pieces.
Des Officiers du Theâtre , Decorateurs
& Gagiftes .
1
De la Garde à la porte de la Comedie ,
pour la tranquillité du Spectacle.
des
Des Entrées à la Comedie , des differenres
places , & des prix qu'on y paye ,
gratis , &c.
Des Chauffoirs , des précautions qu'on
prend contre les accidens du feu , & des
loges ou chambres dans lefquelles s'habil ..
lent les Comediens.
Des amendes & des peines établies pour
ceux qui manquent.
Des
parts , des penfions , &c.
Des Troupes de Comediens de Province,
& des reprefentations que divers Particuliers
donnent chez eux à la ville & à la
campagne .
Denxiéme Livre , où il fera traité ,
De la décadence des Spectacles , & de
leur renouvellement .
De la premiere origine de la Comedie
Françoife , des Hiftoriens , &c.
Des Bardes & des Druides , des Runers
ou Rimes , des Fatiſtes , & c...
Des
DE JUIN 1722. 77
Des Troubadours ou Trouveres , & c.
Des Couteours , Jongleurs , Mufars ,
Comirs , Plaiſantins , Pantomimes , & c.
Des Romanciers , & de ceux qui ont
les premiers porté le nom de Poëte en
France ; des Hiftorietes , Fables ou Fabliaux
, &c.
Des Pelerins qui ont donné lieu aux
premieres Repreſentions Theâtrales à
Paris.
Des Confreres de la Paffion , les premiers
après les Pelerins , qui ont reprefenté
des fujets fpirituels fur un Theatre
en public.
Du Theâtre des Confreres de la Paffion,
établi à l'Hôpital de la Trinité , & enfuite
à l'Hôtel de Bourgogne.
Du Prince des fots , & de la Fête des
Fous.
Du Roy de la Bazoche.
Du Theâtre François , occupé pendant
plus d'un fiecle , à la repreſentation de
fujets fpirituels.
Des Reprefentations & Pieces qu'on
appelloit Moralitez.
Des Jeux des Pois piller , des Farces
& des Perfonnages Comiques de ce tems là
Le troifiéme Livre contiendra ce qui s'eft
paffé au Theâtre François depuis la Comedie
de la Sotie , où la Mere fotte , qu'on
peut regarder comme une des premières
D v Pieces
78 LE MERCURE LE
f
Pieces de Theâtre qui ait paru en France
jufqu'au temps des Pieces de Robert Garnier
& d'Alex . Hardy.
De la Farce intitulée Pierre Patelin , & c..
Des Fêtes & Spectacles dans diverfes
Provinces du Royaume , & c .
Du temps que les Regles du Theâtre ont
été observées..
De la Comedie Françoife , fon commencement
& fon progrès.
Des petites Pieces ou Farces qu'on commença
à donner après une Tragedie .
De la fuppreffion des Choeurs dans la
Tragedie , & de l'introduction des Violons
pour jouer dans les entr'Actes.
Du progrès du Poëine Dramatique , &.
de l'état du Theâtre avant P. Corneille.
Dans le quatriéme Livre , on verra ce
qui s'eft paffé en France au fujet du Theâtre
depuis les premieres Pieces du grand.
Corneille , jufqu'au temps de Moliere..
De la Troupe Royale , & du Theâtre de
l'Hôtel de Bourgogne .
De la Troupe établie rue du Grenier
Saint Lazare , & de quelques autres Theâtres
qui n'ont pas fubfifté long temps.
De la Troupe des Comediens du Marais .
Du rétabliſſement du Theâtre & de fon
luftre , par P. Corneille..
De l'état du Theâtre après la mort du
Cardinal de Richelieu ..
De
DE JUIN 1722.1 79
De la Retraite de P. Corneille , des Pieces
de Thomas Corneille , & des premieres
Pieces de Moliere.
Du Theâtre de l'Hôtel du petit Bourbon .
Du Theâtre du Palais Royal , & de la
Troupe de Moliere.
Le cinquiéme Livre contiendra les faits
remarquables arrivez au Theâtre quand les
premieres Pieces de M. de Racine parurent,
à la mort de Moliere , lors de la réunion.
des Theâtres du Palais Royal & du Marais
à l'Hôtel de Guenegaud , rue Mazarine
, & c.
Des Bamboches ou grandes Marionettes
fur le Theâtre du Marais , Spectacle mêlé
de chant & de fimphonic.
Des Comediens Eſpagnols à l'Hôtel du
petit Bourbon.
Etabliffement d'un nouveau Spectacle
au Palais Royal , fous le nom d'Opera .
Sixiéme Livre de ce qui s'eft paffé depuis
la mort de Mohere , julqua la mort du
grand Corneille .
Réunion de la Troupe Royale de l'Hôtel
de Bourgogne , à celle de la ruë Mazarine ,
& établiffement des Comediens Italiens à
l'Hôtel de Bourgogne..
Nouvel établiffement des Comediens
du Roy dans l'Hôtel où ils font aujourd'hui ,
De la Troupe des petits Comediens de
M. le Duc de Bourgogne.
D vj . Septiéme
30
MERCURE
LE
Septicme Livre , contenant les évenemens
remarquables depuis le nouvel établiffement
jufqu'à la fin du Regne de
Louis XIV .
Des differens entre les Comediens François
& les Comediens Italiens.
Demêlez entre l'Opera & la Comedie
Françoife.
Differens entre les Comediens & les Entrepreneurs
des Spectacles des Foires.
Le huitiéme Livre contiendra l'Hiftoire
des Theâtres depuis la mort du feu Roy
jufqu'à prefent.
Le rétabliffement des Comediens Italiens.
en 1716.
L'Opera Comique & autres Spectacles
des Foires S. Germain & S. Laurent , & c .
PATHOLOGIE de Chirurgie , où l'on
explique toutes les maladies externes dur
corps humain , felon les principes des Modernes.
Par J. B. Verduc , Medecin. 4" ~
Edition , &c. 2 Vol . in 12. chez d'Houri ..
Sa maniere de guerir les fractures & les
luxations , par le moyen des bandages ..
3. Edit. avec Fig in 12. chez le même..
ABREGE' Hiftorique de la defcription
de la maifon de Nazareth , ou de Notre-
Dame de Lorette , traduit de l'Italien ,
petit in 12 de 71. pages. A Lyon , chez
Pierre Bruyffet. COURS
DE JUIN 172 .
8x
COURS D'ARCHITECTURE , qui contprend
les Ordres de Vignoles , avec des
Commentaires , les Figures & Defcriptions
de ceux de Michel Ange. Plufieurs nouveaux
Deffeins ', Ornemens & Preceptes
concernant la diftribution ; la matiere & la
conftruction des Edifices , la Maçonnerie,
la Charpenterie , la Couverture , la Serrurerie
, la Menuiferie , le Jardinage & tout
ce qui regarde l'Art de bâtir ; avec une
ample explication par ordre alphabetique
de tous les termes qui font ufitez dans ces
Arts ; augmenté dans cette nouvelle Edition
de nouveaux Deffeins pour la diftribution
des Bâtimens & pour leur décoration
, & celle des Efcaliers , des Croilées
des Cheminées , des Portes à Placards ,
Lambris & Buffets , des Corniches , & c.
fuivant l'ufage & le goût d'aprefent ; avec
des Remarques , des Corrections & des
Définitions nouvelles de plufieurs termes
qui ne fe trouvent point dans la premiere
Edition . Par M. Daviler , Architecte.
2. Vol. in 40. A Paris , chez
Mariette , rue S. Jaques , aux Colonnes
d'Hercule .
*
LES DIX LIVRES D'ARCHITECTURE
DE VITRUVE , corrigez & traduits par
M. Perrault , avec des Notes & des Fi .
gures. Revus , corrigés & beaucoup augmenrés
,
82 LE MERCURE
1
mentés , tant aux Notes qu'aux Figures.
2. Edition in fo . chez le même.
PRATIQUE DE LA GUERRE , où il eft
traité de l'Artillerie , des Bombes & des
Mortiers , Feux artificiels & Petards , Sapes
& Mines , Ponts & Pontons , Tranchées
& Travaux : l'ordre des Affauts aux Breches
;
& un Traité des Feux de Joye.. Par
le Sr Malthus. in 8o . avec Figures. A Paris
, rue S. Jacques .
On imprime à Amfterdam chez David
Paul Matret , l'Art de bien tenir les Livres
de comptes en parties doubles à l'Italienne ; -
Par S. Richard , & augmenté confiderablement
par J. P. Richard , in folio ..
Le même Libraire va mettre en vente le
dixiéme Tome de la Bibliotheque Angloife .
>
DISSERTATIO MEDICA de Cataracta ,
&c. Differtation touchant la Cataracte
compofée & foutenue par Jean Henry
Freytag , de Zurich , &c . à Strasbourg
de l'Imprimerie de Jean Paftorius . 1721
in 4. PP. 40.
Il paroît un Difcours Anglois fur la
Pefte de 75 pages , imprimé à Londres
in 89. où l'on examine & l'on refute les
idées de M. Mead fur ce fujet , par M.
Pye ,
DE JUIN 1722.
Pye , Docteur en Medecine . Il n'eft d'ac
cord prefque fur aucun point avec l'Ecrivain
qu'il attaque . Entre autres choſes il
s'aplique à prouver que la Pefte ne peut.
paffer d'un païs dans un autre par l'entremife
des gens infectez , non plus que
par le commerce & le tranfport des marchandifes.
Les mauvaifes qualitez de l'air.
exterieur font , à fon fentiment , abfolument
neceffaires pour developper & mettre
en action les femences peftilentielles dans
les climats où cette maladie eft épidemique.
Pour defabufer ceux qui croyent que
les Peftiferez peuvent infecter les perſonnes
faines ;fuppofons , dit - il , qu'une perfonne
faine , fe tenant pendant une minute
à 3 ou 4 toifes de distance d'un peftiferé ,
puiffe avoir reçu une quantité fuffifante.
de la matiere contagieufe pour en devenir
malade , on peut compter que pendant le
même efpace de temps le peftiferé a répandu
à la ronde au moins autant de cette
même matiere qu'il en eft entré dans le
corps de celui qu'elle a infecté ; en forte
que dans l'efpace d'une heure' il peut exhaler
d'un feul peftiferé affez de matiere
contagieufe pour infecter 1200 perfonnes,.
& en l'efpace de 24 heures affez pour en
infecter 28800. Si donc il arrivoit que
dans un temps de pefte seooo perfonnes
en fuffent frappées , & que le levain contagieux
$4
LE
MERCURE
tagieux en émanat feulement pendant trois
jours , il y en auroit affez pour infecter
plufieurs centaines de millions de perſonnes
faines d'où il s'enfuit que la Pefte qui
ravageroit un grand païs , n'y cefferoit jamais
, qu'après la deftruction totale de
tous les Habitans , ce qui eft également
abfurde , & contraire à l'experience.
Il ne reconnoît que deux caufes de la
Pefte , la mauvaife conftiturion de l'air &
les mauvaiſes qualitez des alimens . Il
avoue qu'il y en a une troisiéme qui contribue
beaucoup à l'accroiffement de la
maladie ; c'eft , dit- il , la terreur panique
& la confternation : mais il croit devoir
mettre encore en queftion , fi cette crainte
par elle-même eft capable de caufer la
Pefte , quoi qu'il foit perfuadé que rien
ne contribue davantage à rendre cette maladie
plus cruelle & plus meurtriere ; la
frayeur , par le trouble & le defordre
qu'elle jette dans le mouvement du fang
& des efprits animaux , mettant toute la
machine dans la difpofition la plus propre
à ceder aux impreffions du venin peftilen
tiel répandu dans l'air.
M. Pye pretend que la faignée ne peut
qu'être pernicieuſe à la Pefte ; que la pargation
ne peut réuffir qu'au commencement
de la maladie , que les vomitifs , tel's
que l'Ipecacuabna & le Gilla Vitrioli ,
peuvent
DE JUIN 1722. 85
peuvent être employez très utilement ,
pourvû que ce foit dès le commencement
du mal ; que les cordiaux trop vifs , &
fur tout ceux où entre l'Opium , comme
la Theriaque , le Mithridate , & femblables
, doivent être évitez , comme propres
à donner au fang & aux autres liquides
trop de mouvement , & à fupprimer par là
les fecretions , & c.
ARTIS APELLE THESAURUS , ou
trefor des Arts qui ont rapport au Deffein,
par Louis Renard. A Amſterdam , ƒ vol.
in fol . qui fe vendront tous enſemble ou
feparément chez l'Auteur : Le premier tome
pour la Peinture contient 167 planches
de Bloemart , qui expofent tout ce qui a
du rapport aux principes , à la conduite &
à la perfection du Deffein.
Le fecond volume fur la Sculpture , eſt
une collection de plus de cent ftatues &
buftes antiques , les plus belles & les mieux
confervées de l'antiquité , deffinées par feu
M. Gerard Reynft , gravées par Gerard
de Lareiffe , fous ce titre , Signorum veteram
Icones , & c.
Le troifiéme contient plus de cent planches
d'ornemens pour des meubles , carroffes
, cachers & vaiffelle , & particulierement
des chiffres de toutes fortes , fimples,
doubles , triples & quatruples , avec &
fans
86 LE MERCURE
fans cartouches , des cartouches d'armoi-
& c. ries ,
Les quatre & cinquiéme volumes , pour
la Peinture hiftorique , font un recueil de
plus de 5oo planches en figures de la Bible
, des plus fameux Peintres & Graveurs
des Païs - Bas ; comme Martin de Vos ,
Sadeler , Moftaert , Heemskerke , Vander
Broch , Antoine Vierinx , Savari , Brucghel
, Paul Bril , Ambroife Franc , Pierrede
Jode , Goltzius , Collaert , &c. Chaque
planche eft expliquée par de fimples paffages
ou citations de l'Ancien & du Nouveau
Teftament , dans un très bel ordre .
Les Profeffeurs de Rhetorique du grand
College des Jefuites de Lyon pour former
leurs Eleves à l'Eloquence , font plaider
tous les Samedis publiquement une Caufe
par les Penfionnaires de leur College &
par les Externes alternativement ; ces jeunés
Mrs. font voir dans cet exercice un
goût bien au -deffus de la portée de leur
âge . M. Cholier , fils de M. le Prevôt des
Marchands de Lyon fe diftingua dans la
derniere Cauſe , en qualité de Juge .. Il s'agiffoit
de déterminer une Profeffion en
particulier , un avantage accordé en general
à la Profeffion la plus utile à l'Etat.
La Robe , l'Epée , & l'Agriculture con-
Couroient. Mrs. d'Arefte de Magloire &
Reveroni
DE JUIN 1722. 87
Reveroni Penfionnaires qui faifoient l'office
d'Avocats , mirent les avantages de
ces Profeffions dans tout leur jour , & les
traiterent d'une maniere à embaraffer &
à éblouir même des perfonnes éclairées.
Le Juge diftingua avec beaucoup d'adreffe
la dignité des Profeffions , & leur utilité ;
il dévelopa avec toute la netteté & toute
la precifion poffible les avantages des trois
qui concouroient , & après un parallele de
ces Profeffions qui parut achevé , il com
clut qu'à confiderer l'excellence des Profeffions
& le merite des perfonnes qui lès
exercent , l'Epée & la Robe devoient l'emporter
fur l'Agriculture , mais qu'à ne confiderer
que P'utilité , l'Agriculture devoit
avoir l'avantage.
L'ECOLE DES PERES , Drame , du Pere
du Cerceau , Jefuite, reprefenté à Paris par
les Penfionnaires du College de Louis le
Grand , le Mardi 2 de ce mois .
On a expofé cette année , felon la Cou
tume , quantité de Tableaux des meilleurs.
Maîtres de l'Academie Royale de Peinture
, le jour de la Fére- Dieu & le Jeudid'après
, à l'endroit du Pont- Neuf qui eft
vis - à- vis la State Equeftre d'Henri IV . &
dans la Place Dauphine , où l'on voyoit
-auffi divers morceaux confiderables des.
anciens
38 LE MERCURE
anciens Maîtres Italiens , François & Flamands.
Entre les Tableaux des Peintres
vivans une belle Defcente de Croix du
fieur Retout , neveu & Eleve de feu M.
Jouvenet , dont les figures font grandes
comme nature , dominoit fur les Tableaux
de cette efpece , par l'élegance de la compofition
& du deffein. Dans un goût tout
oppofé , on voyoit divers fujets galans du
fieur Lancret , traitez de la maniere du
monde la plus gracieufe. Entre les Tableaux
que le Public a vûs avec beaucoup
de plaifir , il ne faut pas oublier ceux du
fieur J. B. Oudry , qui a un talent admirable
pour tous les genres de la Peinture ,
mais qui excelle dans les Payfages , les
Fleurs & les Animaux de toute efpece . Le
fieur Deflions , digne Eleve de M. de Largiliere
, s'eft auffi fait admirer dans les
Portraits qu'on a vûs de lui. Nous donnerions
une deſcription plus étendue & plus
circonftanciée de ces Tableaux & des autres
excellens morceaux dont nous ne difons
rien , fi le Memoire qu'on nous a remis
étoit plus exact & moins affecté , pour
ne pas dire partial.
Le jour que le Roy alla entendre le Salut
aux Invalides , M. le Blanc Secretaire d'Etat
de la Guerre , fit voir à S. M. un Moulin
d'une nouvelle invention , qui peut
moudre un muid de farine par jour , dont
le
DE JUIN 1722. 89
le fon fe fepare en même tems. Quatre
chevaux font tourner les roues & les
Meules de ce Moulin . M. le Blanc avoit
fait dreffer une batterie de petits canons ,
qu'on fit fervir devant le Roy , avec tous
les uftenciles propres à l'artillerie. On
tira auffi quelques bombes , groffes comme
des grenades , qui divertirent S. M. Elle
accorda en fortant la liberté à tous ceux
qui étoient retenus dans les Prifons de
l'Hôtel .
Un Confeiller de la Chambre des Finances
de l'Electeur de Baviere , a envoyé
icy de Munik un très - beau Tableau du
Correge pour y être vendu. On le voit
chez l'Intendant de M. le Chevalier de
Baviere. Il reprefente Mercure qui montre
à lire à l'Amour , en preſence de Venus.
ZDRİDRİDRÍA RED RAD TET THE RAQ RAD RKORLI
A M. GEUSLAIN.
Sur le Portrait de Mlle . D ***
MADRIGAL.
Ans tous les differens Portraits
Qu'on a faits de celle que j'aime ,
J'y reconnoiffois tous les traits
Sans la reconnoître elle-même ,
On eut même en vain fait des vocux
Pour tranfmettre Doris à nos derniers neveux ,
A
90 MERCURE LE
A moins que tu n'y travaillaffes ,
Ce projet auroit avorté ,
Tes Rivaux ne pouvoient peindre que fa beauté
Toy feul pouvais peindre fes graces .
Charles Etienne Geuſlain, à qui s'adreffe
ce Madrigal , fut agréé le 30 du mois dernier
à l'Academie Royale de Sculpture &
Peinture , fur deux Portraits , qui depuis
ont été aplaudis du Public , comme ils
l'avoient été de Mrs les Academiciens .
Il eft fils de feu M. Geuflain , fi conna
par les beaux Portraits qu'il a faits , & par
l'honneur qu'il a eu de rétablir excellemment
le Saint Michel de Raphaël , & plufieurs
autres Tableaux d'anciens Maîtres
que le Cabinet du Roy , & ceux des Seigneurs
les plus curieux , n'avoient pû met
tre à l'abri des injures du tems. C'eſt un
talent dont fon fils a herité .
On mande de Londres qu'un Domeſtique
du Lord Bathurst eft mort de la petite
Verole le douzième jour de l'Inoculation
, & que cependant les fix enfans de
ce Seigneur en font parfaitement rétablis .
On ajoûte qu'on vient de faire cette operation
au Lord Durfley , & à la Demoiſelle
Elizabeth , enfans du Comte de Berkley.
On écrit de Milan que les Barnabites y
ont tenu leur Chapitre general , dans lequel
DE JUIN 1722. SI
quel ils ont élu pour General le R. P. Strada.
Ce Pere eft d'une famille fort ancienne
& fort illuftre de cette Ville , à laquelle
la Republique des Lettres doit l'Hiftorien
Famien Strada ; il eft parvenu à cette
dignité après avoir paffé par toutes les
Charges de fon Ordre , & y avoir fait connoître
fa prudence & ſa capacité. Ce même
Chapitre a élu pour Provincial de
France le R. P. Guillemeau , d'une famille
diftinguée dans la Robbe , & fort eſtimé
dans la Congregation par fon érudition ,
ſa litterature , & fon habileté dans la connoiffance
des Langues . Il travaille même
à un Ouvrage fort confiderable & fort
curieux , dont il eft à craindre cependant
que fes grandes occupations ne privent le
Public.
L'Academie Royale de l'Hiftoire de
Portugal continue fes Affemblées ordinaires
, & le 16 d'Avril Jofeph Contador
d'Argote , Jofeph du Couto - Peftana , le Pere
Jofeph de la Purification , Jofeph Suarez
de Silva , & Laurent Botelho de Sotomayor,
rendirent compte aux Academiciens de
leurs Etudes. Il y eut une longue Conference
touchant divers Actes & Livres Manufcrits
qui avoient été envoyez à l'Academie
des Archives de la Couronne , de
ceux du Couvent de Saint François de
Porto ,
92 LE MERCURE
Porto , & de divers autres endroits , defquels
on a fait des extraits très curieux , &
qui feront d'une grande utilité pour éclaircir
une infinité de faits douteux ou apocriphes.
Le 30 du même mois on propofa deux
Problemes qui furent envoyez de Setubal ;
fçavoir , fi les Peres devoient eftre plus
refpectez par leurs Enfans,, que les Precepteurs
par leurs Difciples ; ou les Maîtres
par leurs Difciples , que les Peres par
leurs Enfans. La premiere propofition fut
deffendue par Don François d'Affa & Figueiredo
Pontoja , & la feconde par le
Docteur Jean de Dieu de Silva ; après
quoy plufieurs membres de l'Academie
reciterent de très-beaux Vers fur l'Emblême
du Roy Don Jean II , qui étoit un
Pelican nourri dans le Coeur de ſes enfans,
avec cette Devile : Pour la Loy & pour
le
peuple.
Dans le College Royal de Saint Antoine
de la Compagnie de JESUS , on celebra
les obfeques du Marquis Das Minas , &
il y eut un celebre Acte d'Humanitez fur
les actions heroïques de ce Seigneur , auquel
prefida le Pere Brifto de la même
Compagnie , Profeffeur de la premiere
Claffe de Rhetorique. Cet Acte tut precedé
d'un Panegyrique funebre fort éloquent
, dans lequel l'Orateur après avoir
prouvé
ti-
LYON
LAVILLE
E.HRYS
le
OHA HOO An
P
d
I
il
le
C
C
4
AGENDA
RIS.
DE JUIN 1722 . ཉབུ་
prouvé que ce General des Troupes Por
tugaises dans la derniere guerre entre le
Portugal & l'Espagne , s'étoit fignalé par
mille faits éclatants , & s'étoit montré encore
plus grand à fa mort par les hauts fentimens
de Religion & de pieté qu'il fit paroître.
La feance fe termina par plufieurs
élegantes Poëfies que les neuf Profeffeurs
de Rhetorique reciterent en prefence du
Marquis Das Minas , fils du défunt , &
de quantité de perfonnes de la premiere
diſtinction.
AAAAAAKAAAA
SUITE DES MEDAILLES DU ROY ,
avec l'explication des Types & Legendes.
MEDAILLE VIII.
LE BONHEUR DE LA FRANCE . D'un
côté la tête de Louis XV. avec l'infcription
ordinaire . Revers . Aftrée qui defcend
du Ciel fur la Terre . Legende. AMAT
AUREA CONDERE SACLA : c'est elle qui
fait les fiécles d'or. Exergue. 1716 .
IX.
L'EDUCATION DU ROY. D'un côté la
tête de Louis XV. avec l'infcription or .
dinaire. Revers . Minerve qui montre le
E Temple
94
LE MERCURE
Temple de la Gloire au Roy. Pour Legende
, ces mots de.Virgile : AccIPE QUA
PERAGENDA PRIUS : Aprenés ce qu'il
faut faire pour y parvenir. Exergue . 1717 .
X.
LE PROGREZ DU ROY. D'un côté la
tête de Louis XV. avec l'infcription ordinaire,
Revers . Apollon vainqueur du .
Serpent Python . Pour Legende , ces mots
de Claudien , VIS ANIMI CUM CORPORE
CRESCIT : L'efprit croît avec le
corps . Exergue. 1718 ,
XI.
Le même fujet , où l'on voit d'un côté
la tête du Roy avec l'infcription ordinarre
; pour Revers , un Oranger dans une
caiffe , & ces mots de Virgile pour Legende
, RESPONDET CURIS . Il répond
aux foins qu'on en prend. Exergue, 1718 ,
NOUVELLES
DE JUIN 1722. 95
NOUVELLES E'TRANGERES .
De Mofcou ce premier Juin 1722 .
N fe difpofe toujours vivement pour
l'expedition d'Atracan ; on embarque
avec diligence les Troupes deſtinées
& quatre cens pieces , tant de batterie que
de campagne , fuivant l'ordre porté de la
Cour à Revel , à Cronflot , & dans les
autres Ports où les Vaiffeaux de guerre .
font diftribuez . Le Czar a fait publier un
Manifefte qui contient fes motifs de mécontentement
contre les Tartares rebelles ;
on dit qu'il retournera dans peu de jours à
Petersbourg , où les gros bagages font
prefque tous arrivez . Le Comte de Kinski
Ambaffadeur de l'Empereur , a pris fon
audience de congé de Sa Majeſté Czarienne
, qui lui a remis des Lettres pour Sa
Majefté Imperiale , & l'a affuré de la difpofition
où elle étoit de vivre en bonne
intelligence avec l'Empire. On preffe toujours
fortement les Marchands d'Archangel
de quitter le fejour de cette Ville , &
d'aller s'établir à Petersbourg , s'ils veulent
meriter la protection du Czar , qui a
refolu ce mouvement dans le Commerce
Eij
de
96 LE MERCURE
de la Ruffie. Le General Hallard qui devoit
être de l'expedition d'Aftracan , eſt
tombé malade, Le Czar prend des mesures.
certaines pour fonder des Colleges dans
les principales Villes de fes Etats ; l'éducation
de la Jeuneffe , foin digne d'un fage
Monarque , entre dans les grands projets
qu'il forme chaque jour , & qu'il exe
cure avec activité,
De Varfovie , ce 20 May 1722 .
N voit arriver ici chaque jour les
Senateurs , qui abandonnent leurs
Terres & leurs Maifons de campagne pour
fe trouver à l'arrivée du Roy , & déliberer
avec lui fur les moyens de s'opposer aux
entrepriſes du Czar & du Grand Seigneur ,
Les Troupes de ces Puiffances qui continuent
de s'affembler fur les frontieres du
Duché de Curlande & du Palatinat de Podolie
, inquietent extremement le Royaume.
Les Magiftrats de Dantzik ont fait
un dénombrement de toute la Jeuneffe
qui eft en état de porter les armes , pour
fe deffendre contre les Troupes du Czar ,
qu'on dit avoir projetté le Siege de cette
Ville . Le Duc de Mekelbourg y vit toujours
incognito ; il a été obligé de vendre
fes pierreries , ne pouvant les mettre en
gage .
De
T
}
DE JUIN 1722. 97
De Stokolm , ce 28 May 1722 .
A Cour a nommé des Commiffaires
pour examiner les plaintes portées depuis
quelques jours contre le Comte de
Schwerini , l'un des Officiers generaux du
Roy de Suede , par le Comte de Freytad
Miniftre de l'Empereur. Ces Commiffaires
ont déja entendu les dépofitions des
Colonels Stobl & Bodenbrok . On fera
le rapport de cette affaire à Sa Majesté à
fon retour d'Ekelfund , où elle est allée
prendre le divertiffement de la chaffe-
On n'a pas encore fait de réponſe au
Memoire prefenté au Roy par les Miniftres
du Roy d'Angleterre & des Etats Generaux
, au fujet des Certificats qu'on exige
pour les Vaiffeaux de leur pays ; la Chancellerie
a feulement envoyé aux Miniftres
du Roy auprès des Puflances étrangeres
une lifte des Marchandifes qui feront apportées
à Stokolm fur de fimples certifi
cats de fanté y fuivant cette lifte les Anglois
pourront dorenavant embarquer des
grains , toutes fortes de métaux , des cuirs ,
des peaux , du charbon de terre , du tabac
en feuilles , du fel d'Ecoffe , & du favon :
& les Hollandois pourront charger des
épiceries venues en droiture des Indes
* Orientales , des grains , du tabac en feüil-
E iij
les ,
98 LE MERCURE
les , des vaiffeaux de terre , de fayance ,
& de porcelaines.
-On écrit de Finlande que le Réglement
des limites ftipulé par le Traité de Nydftadt
n'eft pas encore fini ; les Commiffaires
Mofcovites font lents & difficultueux : on
parle cependant d'un nouveau Traité de
Commerce entre la Ruffie & la Suede ,
dont les conditions font encore fecrettes ;
en debite feulement que Sa Majesté Suedoife
y prend toutes les mefures poffibles
pour ne pas inquieter les Puiffances du
Nord.
De Coppenhague , ce premier Juin 1722 .
O
Na pourvû l'Efcadre de ce Royaume
de vivres & de munitions de guerte
pour quatre mois , & l'équipage a reçu
trois mois de folde . On a dépêché un Courier
au Secretaire d'Ambaffade à Stokolm ,
après plufieurs Confeils tenus à Friderisbourg.
Le Comte de Rantzau arrêté à Hambourg
, & conduit enfuite à Remsbourg ,
doit être amené à Coppenhague pour y
être jugé par des Commiffaires particuliers
qui ont été nommez par Sa Majesté
Danoife . Voici leurs noms ; M. Blomt ,
Confeiller du Confeil privé , M. Reventlau
de Smol , Confeiller de Conference.
&
7)
TH
LA VILLE
DE JUIN. 1712 .
& M. Jahn , Vice - Chancelier . #1893
La Flotte a eu ordre de fe rendre à
Rade de cette Ville , pour eftre à portée de
s'opposer aux deffeins du Czar , foit qu'il
medite quelque entreprife fur le Dannemarck
, foit qu'il ait refolu de force le
paffage du Sund.
De Vienne , ce premier Juin 1722 .
LEX
E 16 May l'Empereur tint Confeil à
Laxembourg ; le 19 il alla voir les
chevaux du Haras de Halbthurn , accompagné
du Prince de Schuartfemberg for
grand Ecuyer . Le même jour au foir le
Prince de Radfevil partit en pofte pour fe
rendre en Pologne , aprés avoir fait un
fejour d'un mois en cette Ville . Le 21 le
General Zumjumgen prit congé de Sa
Majefté Imperiale , & partit pour la Sicile ,
dont il eft Commandant ; il fut fuivi de
près par le General Ronia . Le Comte de
Colloredo Gouverneur du Milanois , eft
appellé à la Cour pour s'informer de l'état
prefent des affaires d'Italie , & de la difpofition
des Peuples. Le 26 M. Priuli
Ambaffadeur de Venife , eut fon audience
de congé de l'Empereur , qui lui fit prefent
de fon portrait enrichi de diainans ;
le lendemain il prit congé de l'Imperatrice
Amelie.
E iiij
Les
100 LE MERCURE
Les Etats de Tranfilvanie ont prefenté
un Memoire pour eftre admis à la prochaine
Affemblée des Etats d'Hongrie ,
malgré Loppofition des Grands du Royaume.
On croit que ces prétentions feront
examinées avant l'ouverture de la Diette.
De Lisbone , ce 9 May 1722.
LF
E 2 May les Grands fe rendirent au
Palais en habit de ceremonie , & eurent
l'honneur de baiter la main de Sa
Majefté , qu'ils allerent complimenter fur
l'anniverfaire de la naiffance de l'Infant
Den Carlos , fecond fils du Roy , qui entroit
ce jour-là dans la feptiéme année de
fon âge.
Don Lopo d'Almeida , Commandeur
d'Aguas Santas & de Céfures , Commanderie
de l'Ordre de Malthe , Prefident de
P'Affemblée , Procureur General & Receveur
du même Ordre , a reçu un Decret
du Grand Maître , qui lui ordonne d'avertir
tous les Chevaliers de ce Royaume de
fe tenir prefts à partir au premier Com .
mandement pour le rendre à Malthe , pour
deffendre cette Ifle contre la defcente des
Turcs , dont elle eſt menacée ,
Le 23 du mois d'Avril dernier un Vaif.
feau d'Amfterdam nommé le Saint Jean
commandé par le Capitaine Pierre Hilke ,
dont
DE JUIN 1722
jor
dont la charge étoit deftinée pour Cadix ,
a été pris auprès de Faro par trois Coifaires
de Barbarie , l'équipage feul a eu le
temps de fe fauver à terre.
De Madrid , ce 3 Juin 1722.
ON
N mande de Gibraltar que le Commerce
de ce Port avec les autres Vil
les du Royaume , eft entierement rétabli
tant par Mer que par Terre.
On continue d'armer plufieurs Vaiffeaux
dans differens Ports de ce Royaume. On
parie d'augmenter les Garnifons du Perou
& de la côte de Chily , & d'embarquer
pour cet effet deux mille homines , avec un
grand nombre d'Officiers fur les premiers
Navires qui partiront pour les Indes Occidentales
.
.
Le Vaiffeau d'avis nommé la Solitude
de la Vierge , eft arrivé à Cadix le 25
Avril , il étoit commandé par le Capitaine
Mathias Gonçalés d'Oliviera. Sa charge
confifte en quatre mille deux cens pezos
en argent , quatre cens quarante Caftillans
en or ; quatre mille fept cens quaranteneuf
cuirs crus ; deux cens quintaux de
bois de Brefil , cinq cens dix - fept balles de
Cacao, trente- quatre deQuinquina, vingtcing
caiffes de fucre ; deux cens vingtlept
cocos de beaume du Perou ; quinze
E v milliers
102 LE MERCURE "
milliers de gouffes de Vanille ; plufieurs
ca iffes de Chocolat fabriqué dans les Indes ;
mille cinquante- fix cuirs préparés ; treize
mille deux cens cinquante fept liv. pefant
de Tabac en feüille ; dix- fept facs de Tabac
en poudre , & cinq caiffes de fruits confits .
De Rome , ce 30 May 1722 .
Leenfion , le Pape accompagné du Car-
E 14 May , jour de la fête de l'Af
dinal de Saint Agnès Secretaire d'Etat ,
& du Cardinal Conti frere de Sa Sainteté ,
ſe rendit avec fon cortege ordinaire à l'Eglife
de Saint Jean de Latran , où il entendit
la Meffe celebrée par le Cardinal
del Giudicé ; il donna enfuite . la benediction
au peuple affemblé dans la Place ,.
& retourna au Quirinal au bruit de l'Artillerie
du Château Saint Ange.
Le Pape a tenu depuis peu une Congregation
extraordinaire de Cardinaux ,
qui ont conferé fur la fituation prefente des
affaires d Italie : l'après midi du jour de
cette Congregation on fit partir un Courier
pour la Cour de Vienne.
Le 17 le Cardinal d'Althan eut une
audience extraordinaire du Pape ; on prétend
qu'il remit à Sa Sainteté un Acte
figné de l'Empereur , concernant l'Invefti .
ture du Royaume de Naples , dont les Articles
DE JUIN 1722. 103
ticles doivent , dit-on , être inceffamment
propofés dans un confiftoire general de
tous les Cardinaux qui font ici . On dit
auffi que le Connêtable Colone prefentera
la Haquenée au Pape , & que le Cardinal
ne prendra poffeffion de la Viceroyauté
de Naples qu'après cette ceremo
nie .
Le 18 jour de l'anniverſaire du couronnement
du Pape , il y eut dans Rome des
feux & des illuminations , & une girandole
au Château de Saint Ange . Le 17 le
Cardinal Zondondari fit la confecration
& la dedicace de l'Eglife Saint Ignace des
Peres Jefuites . Le 20 il y eut Congregation
au fujet du differend du Cardinal Bellug
avec fon Clergé de Murcie , & l'après .
midi une autre Congregation au fujet des
troubles de Religion en Allemagne .
De Florence ce 28 May.
E grand Duc travaille à rendre fes Regimens
complets , & les Capitaines
n'engagent que des foldats du Pays , ou
qui ne font point foupçonnez d'avoir fervi
dans les Troupes étrangeres .
On pourvoit les Places maritimes avec
un grand foin , il a paru fur les Côtes quelques
Corfaires de Barbarie , qui ont fait
rentrer dans les Ports plufieurs Bâtimens.
E vj qui
104 LE MERCURE
qui étoient prêts à faire voile pour le Levant
, quatre Galeres le font mifes en mer
pour leur donner la chaffe. M. Bardi Ser
gent Major dans les Troupes de Toſcane,
eft parti, pour fe rendre à fon pofte de
Portoferraio..
Le 26 , le Doge de Venife , accompagné
de la Seigneurie & du Nonce du Pape ,
monta fur le Bucentaure , & s'avança hors
des Canaux , il jetta dans la Mer un anneau
pour marque qu'il époufoit la Mer Adriatique
en figne de Souveraineté. Les deux
Princes de Baviere virent cette finguliere
ceremonie.
L
De Londres , ce 12 Juin.
précy,
A tranquilité fe rétablit icy, cela n'em.
pêche pas qu'on ne prenne,
toutes les
précautions qui peuvent l'affurer . Les
Troupes continuent à marcher vers les
divers campemens qui leur font marqués.
Les Regimens qu'on attendoit d'Irlande
font arrivés à POüeft d'Angleterre.
Le 28 May , le Lord Maire rendit
compte au Lord Townshend des recherches
qu'il avoit faites par ordre du Roy pour
découvrir les magafins d'armes des Catholiques
qui ont eté denoncés , & il certifia
qu'il n'avoit rien découvert de fufpect contre
le Gouvernement. Malgré cette affurance
DE JUIN 1722. 105
rance on n'a pas encore renvoyé les Troudes
campées à Hydepark. Les Directeurs
de la Pofte ont ordonné à tous les Maîtres
des Poftes de la partie Meridionale de ce
Royaume , de ne point fournir de chevaux
à qui que ce ſoit fans un ordre exprès ſigné
d'eux. Le voyage du Roy pour Hanover
eft remis à l'année prochaine, & Sa Majeſté
paffera une partie de l'Eté à Kinfington.
On a fait dans le Comté de Middelfex &
dans le Palais de Sommerfet differentes
recherches qui n'ont pas été plus utiles
que les premieres.
On a feulement arrêté en Irlande le
Lord Kingſton avec plufieurs autres Gentilshommes
foupçonnez de vouloir changer
le Gouvernement . Le Chevalier Patrik
Strahan fait conſtruire par ordre de la Cour
des Barraques en differens Ports des Côtes
d'Ecoffe , pour veiller aux débarquemens
qui pourroient s'y faire.
De la Haye ce 15 Juin.
Tous les Deputés des differentes Provinces
confentent unanimement à
fournir au Roy d'Angleterre les trois mille
hommes qu'il a demandés aux Etats Generaux.
Ces Troupes feront compofées
d'un Bataillon du Regiment de Keppel ,
d'un de celui de Joncker , d'un de celui de
Swartlemberg,
106 LE MERCURE
Swartlemberg , de deux Wertmullers ,
d'un de Goumonis , & d'un du Regiment
de Wander-Duyn Dragons ; fi ce fecours
paffe la Mer il fera commandé par le Major
general Keppel , le Brigadier d'Abbadie
& le Capitaine Philipe Alberti qui en ſera
Brigadier Major.
M. de Sonibesk & M. Nicrop font
partis le 3 Juin pour aller en Flandres vifiter
les Places fortifiées dépendantes de
la Republique.
M. Horace Valpole a remis aux Etats
Generaux les Lettres de Creance , & a pris
le caractere d'Envoyé Extraordinaire du
Roy d'Angleterre.
IIMTA:GAT
MORTS, MARIAGES ET NAISSANCES
des Pays Etrangers .
. Volinski Gouverneur d'Aftracan
Ma épouté la Princeffe Nariskin.
Le jeune Prince Troubezkoi a épousé
une fille du Comte Golofkin , Grand
Chancelier de Ruffie.
Madame la Ducheffe de Ploën accoucha
le 28 May d'une Princeffe , qui n'a vêcu
que pour recevoir le Baptême , & mourut
enfuite
Le General Rappe , Officier General de
Pologne ,
DE JUIN 1722 . 107
Pologne, eft mort à Kaminiek , après avoir
quitté Ambaffadeur que la Republique
envoyoit à la Porte , qu'il étoit chargé
d'eſcorter.
M. Jaques - Ignace de Focki , Medecin
de Sa Majesté Imperiale , eft mort à Vienne
le 20 May , âgé de cinquante & un an.
>
M. Dominique Valentini Confeiller
Imperial de la Chambre Aulique d'Hongrie
, & Refident du Duc de Lorraine auprès
de l'Empereur , eft mort à Vienne le
23 May, âgé de quatre -vingts dix- neuf ans.
Le Docteur Jean Henriqués , Allemand
de Nation , Gentilhomme de la Chambredu
Roy , Medecin de Sa Majesté , & Chevalier
de l'Ordre de Chrift , eft mort à
Lisbone au commencement de May.
Le Comte de Tancarville, Grand'Maître
des Eaux & Forêts du Roy d'Angleterre
dans le Sud de la Riviere de Trent , eft
mort à Londres le premier Juin. Il étoit
Chevalier de l'ancien Ordre du Chardon
en Ecoffe , & l'un des Confeillers du Con-
.feil Privé de Sa Majesté . Le Lord Offulton
fon fils lui fuccede dans les titres & dans
fes biens.
Le General Hamilton , Gouverneur des
Ifles de Leward , y eft mort le 29 Avril
dernier. 1
Le Comte Frederic Belgius Charles ,
aîné des fils de la Comteffe Doüairiere de
Benthe
108 LE MERCURE
Bentheni Stemfort , épouſe la Comteffe de
la Lippe , foeur du Comte de la Lippe
Regent.
DIGNITEZ , CHARGES ET BENEFICES
des Pays Etrangers .
ALLEMAGNE.
LEConte Et Prefident de la
E Comte Jaques Erneft de Lerlie ,
Chambre Aulique de la Baffe Autriche ,
a été fait Confeiller d'Etat par l'Empereur
le 18 May.
Le Baron de Livingſtein , Sergent General
des Armées de l'Empereur , a obtenu
de Sa Majesté Imperiale le Regiment vacant
par le mort du Comte de Virmont .
Le jeune Comte d'Althan a obtenu de
l'Empereur la Seigneurie de Jacathurn en
Hongrie , 'où il fe rendra pour être inftalé
à la Diete Grand du Royaume.
Le Comte Henri Guillaume de Wilzek ,
General d'Artillerie , Colonel d'un Regiment
, & Commandant de Glogaw en Silefie
, a été nommé Confeiller d'Etat par
l'Empereur.
Don Antoine Thomas Venini , Capitaine
de Dragons dans le Regiment d'Anf-` -
pach, a été fait Comte par l'Empereur.
Le
DE JUIN 1722. 109
1
Le Comte Jean Gafpard de Cobenfel
prit poffeffion de fa nouvelle Charge de
Maréchal de la Cour , le 25 May.
Le Marquis d'Almenara partit le même
jour pour la Sicile , dont il a été depuis peu
nommé Viceroy.
Le Comte de Wallis l'aîné , Confeiller
au Confeil de Guerre , Maréchal de Camp
& Colonel d'un Regiment d'Infanterie ,
a été continué pour trois ans dans fon
Gouvernement de Melline.
ITALIE.
M. Dominique Marie Corfi , Gouver
neur de Tivoli , a été nommé par le Pape
Gouverneur de Benevent.
M. Fabretti a été nommé par Sa Sainteté
Gouverneur de Narni.
M. François Marie Riceveri , l'un des
Echanfons du Pape , a obtenu pour prix
de fes fervices le titre de Camerier de
Cape & d'Epée.
M. l'Abbé Jourdan a obtenu du Pape le
titre de Mathematicien de la Chambre.
Apoftolique.
ANGLETERRE.
Le Duc de Queensbury a été nommé par
le Roy Amiral d'Ecoffe , Charge vacante
par le decés du Comte de Rothes .
M. Guillaume Mitlhel a été élu Moderateur
X 10 LE MERCURE
rateur par l'Affemblée generale des Eglifes
d'Ecoffe .
M. le Comte Loudun a été continué par
le Roy dans la Charge de Grand Commiffaire
de Sa Majefté à l'Aſſemblée des Eglifes
d'Ecoffe.
HOLLANDE.
>
Le Baron de Linden , Gouverneur du
jeune Prince de Naffau Lewardt
a été
nommé par les Etats Generaux Grand
Droffart ou Bailly de la Ville de Grave &
du Pays de Kintz , à la place du feu fieur
Heumen.
M. de Sichterman , Colonel du Regiment
des Gardes à pied du Prince de Naffau,
a été nommé Gouverneur de Grave , fur
la démiffion volontaire du Major General
Eh.
L'Electeur de Cologne a nommé pour
fes Confeillers Privés le Comte Ferdinand
de Hohenzollern , le Baron de Blettenberg-
Leenhuysen , & M. Duyker.
TOSCANE .
Le Bailli Lorenfi , chargé des affaires
du Roy Trés - Chrétien à la Cour de Florence,
a été fait Comte par le Grand Duc.
SPECTACLES
DE JUIN 1722. 111
:
x
17 7İ01:117
L
SPECTACLES.
Es Comediens du Roy ont remis au
Theâtre dès le commencement de ce
mois , la Tragedie de Regulus , que le
Public a honorée de beaucoup de larmes .
Le Sr Baron & la Dlle. Duclos y jouënt
les principaux Rôles de Regulus & de
Fulvie. Cette Piéce , la meilleure de celles
de Pradon , fut joüée dans fa nouveauté
dans les premiers jours de Janvier 1688
fur le Theatre de Guenegaud. On la reprefenta
27 fois de fuite avec un trésgrand
concours. Le Sr Baron y joüoit le
même rôle qu'il jouë aujourd'hui , la Dlle.
Champmeflé y joiioit celui de Fulvie . Le
fils du Sr Baron , inort en 1712 , trés regretté
du Public , y joüoit le jeune Attilius .
Quoique la Satyre n'ait pas toujours
traité favorablement les Tragedies de Pradon
, natif de Rouen , mort en 1697. on
peut dire qu'elles n'ont pas laiffé d'avoir
leurs admirateurs . Elles font au nombre
de huit , fçavoir ,
Arface , Roy des Parthes , en 1666.
Tamerlan , ou la mort de Bajazet.
Pirame & Thisbé.
Phedre & Hippolyte , en 1677.
La
112 LE MERCURE
La Troade , en 1679.
Statira , idem .
Regulus , 1688 .
Scipion l'Africain .
L'Academie Royale de Mufique à ceffé
les Reprefentations du Balet des Saifons
dès le 23 de ce mois , elle avoit donné
le 16 à la fuite de ce même Balet , Pour-
Seangnat Mafcarade. Tout le monde fçait
que ce Divertiffement eft pris des Entractes
de la Comedie de Pourteaugnac en trois
Actes de M. Moliere, elle fut jouée pour la
premiere fois à Chambor au mois de Septembre
1669 , & à Paris en Novembre de
la même année avec beaucoup de fuccès.
Deux femmes qui veulent faire accroire
à Pourfeaugnac qu'il les a époufées , deux
Medecins qui veulent le guerir d'une maladie
qu'il n'a pas , & deux Avocats que
Pourfeaugnac confulte pour fe tirer d'af
faire , font le fujet du Divertiffement , dont
la Mufique eft de M. de Lully , & toute
charmante. Cette Mafcarade a été jouée la
derniere fois fur le Theatre de l'Opera en
à la fuite du Balet des Fêtes de Thalie.
Ce Balet dont les paroles font de M.
de la Font , & la Mufique de M. Mouret,
vient d'être remis au Theatre . Il eft fort
aplaudi du Public , qui le demandoit avec
empreffement ; il fût repreſenté pour la
premiere
1715
DE
JUIN 1722.
113
premiere fois au mois d'Août 1714 ; on
avoit ajoûté enfuite la Critique du même
Balet , qui fut fort goûtée . C'étoient
les Mufes du Poëme , de la Mufique , de
la Danfe , Momus & fa fuite qui compofoient
ce
Divertiffement on n'a point
donné cette Critique dans cette derniere
reprife,
Les
Comediens Italiens ont
reprefenté
fur leur Theatre le 21 de ce mois la Comedie
d'Efope de M, le Noble , en cinq
Actes , imprimée au Theatre Italien de
Gherardi ; cette Piece avoit été jouée pour
la premiere fois à l'Hôtel de
Bourgogne
en Fevrier 1691 avec beaucoup de fuccès.
LETTRE écrite de Cambray ,
le 9 Juin 1722 .
JE
E n'ay encore eu , Monfieur , à vous
entretenir que des plaifirs de l'Avant-
Congrès , s'il fe traite quelques affaires c'eft
entre quelques Miniftres dans des vifites
& des promenades , & il ne paroîtra que
l'on en parle bien
ferieufement, que lorfque
le Milord Wilvarden , fecond Pienipotentiaire
d'Angleterre fera arrivé , ce qui , à
ce que l'on croit , decidera de l'arrivée de
M
114 LE MERCURE
M. le Comte de Morville. Vous êtes inftruit
de la grande chere de nos Ambaſſadeurs.
Je vous ai mandé les beaux Concerts
que les Officiers du Regiment Dauphin
Infanterie , qui fait partie de la garniſon ,
nous ont donnés , chantez par les Officiers
de ce Regiment , qui font pour
la plupart Muficiens , & ont de belles
voix ; mais j'étois encore peu inſtruit de
ce que nous avons fçu depuis , & je ne
1çai même fi j'y avois fait affez de reflexion
pour vous dire qu'il y a dans ce Regiment
un Ordre qu'ils nomment la Concorde ,
compofé de douze Chevaliers Capitaines ,
compris le Meftre de Camp qui en eft le
Grand Maître. Cet Ordre eft l'origine des
plaifirs qu'ils prennent & qu'ils donnent
aux autres , avec tout le goût & la politeffe
imaginable . Il a été inftitué pendant
le fiége de Fribourg en 1713. Les Chevaliers
portent une Medaille d'argent gravée
par les meilleurs Maîtres , dont le type
eft un Dauphin fur le bord de la Mer , que
Venus & Bacchus , accompagnez de leurs attributs
, ornent de feftons de fleurs & de
pamptes , avec ces mots pour Legende :
Ils s'accordent en fa faveur. Cette Medaille
renferme l'efprit de l'Ordre , qui eſt de
goûter les Plaiſirs dans le point qui en laiffe
toujours lentir les douceurs , & d'éviter
par un jufte milieu qu'on s'y propofe , de
tomber
DE JUIN 1722.
II
•
tomber dans la débauche . CetOrdre eft double,
il y a des Soeurs, qui font choifies entre
les femmes les plus aimables & les plus
qualifiées des Provinces où le Regiment a
paffé . Six Lieutenans qui portent un Dauphin
d'argent , couronné de Fleurs & de
Pampres , fous le nom de Freres Afpirans ,
font auffi-bien que le Frere Secretaire
deftinez à fervir les Soeurs ou autres Dames
, quand il y en a aux Fêtes de l'Ordre.
L'ufage de cet Ordre eft de faire une Fête
toutes les fois qu'un nouveau Chevalier
eft reçu. Deux places vaquantes , qui ont
été remplies à Cambray , ont donné lieu
à la Fête dont vous verrez la defcription
après que je vous auray entretenu de ce
qui fe paffa la veille , non-feulement pour
fuivre l'ordre des temps , mais auffi pour
imiter ce Regiment , qui donne toujours
au fervice du Roy , la preference fur les
plaifirs .
>
Le plus vilain de tous les mois de May
retardoit de jour en jour celui auquel le
Regiment Dauphin devoit faire voir aux
Ambaffadeurs toutes les évolutions & les
mouvemens que l'Infanterie peut faire
dans l'exercice de la Guerre . Plufieurs
d'entr'eux arrivez nouvellement , n'avoient
point encore vû ce Regimént fous les arines
; enfin le temps ayant paru affez beau
le 3 de ce mois , le Regiment marcha dans
une
116
LE MERCURE
›
' une Prairie qui eft le long de l'Eſcaut , les
Officiers en Cocardes blanches , qu'ils
avoient mêlées de jaune , couleur favorite
de Mad. la Comteffe Wendifgras , épouſe
du premier Plenipotentiaire de l'Empereur
& la feule prefentement à Cambray.
Cette Dame s'étant rendue à midy
dans la Prairie , fuivie des Ambaffadeurs,
des autres Miniftres du Congrès , des Dames
des Principaux de la Ville , & des
Officiers de la garniſon , dont le nombre
étoit augmenté de plufieurs des garniſons
voifines , alla fe placer avec cette illuftre
Compagnie , fous un Parafol élevé au milieu
de la Prairie , affez grand pour contenir
toutes les Dames & une partie des
hommes ; la Prairie étoit entourée du Peu
ple , que l'on avoit arrêté de l'autre côté
des foffez qui la bordent.
›
Les deux Bataillons après avoir fait
l'exercice avec la jufteffe que l'on pourroit
attendre des Moufquetaires du Roy , s'ébranlerent
, & pár un quart de converſion
que l'on fit en marchant , s'étant trouvez en
prefence , firent alte pour mettre la bayonnette
au bout du fufil , & prefenter les
armes ; ils fe chargérent & le mêlérent ;
celui qui avoit fait le premier la décharge
prit la fuite , mais il eut fon tour enfuite,
après quoi les deux Bataillons reprirent
leur terrain , ſe remirent par un quart de
converfion
DE JUIN 1722 117
'
converfion en bataille , faifant face aux
Spectateurs , & ne faifant plus qu'un Bataillon
. Ce fut une chofe admirable que
la jutteffe avec laquelle ces Troupes imitérent
la fuite & le raliement fans aucun
defordre ce qui eft d'autant plus furprenant
qu'il y avoit peu d'Officiers vous
allez voir à quoi ils étoient employés :
mais fuivons nos Guerriers , qui devenus
amis , poferent leurs armes à terre &
furent envoyés à la paille . Il fut fort
plaifant de voir tous ces Soldats débandez
l'épée à la main , comme pour fe jetter dans
un Village voifin , borner leur pillage à
des Tonnes de Bieres , que le Marquis de
Chafte , Brigadier des Armées du Roy ,
leur Meftre de Camp , avoit fait trouver
là exprès il pria en même tems les
Ambaffadeurs & les Dames de venir ſe
rafraîchir , & donnant la main à Mad.
la Comteffe de wendifgras il conduifit les
principaux Spectateurs à un coin de la
Prairie , où l'on trouva fous une grande
Tente une magnifique halte chaude, qui fut
arrofée de Vin de Champagne rouge &
blanc à la glace ; une Tente voifine fut une
Cave feconde pour tout ce qui étoit dans
la Prairie , où quantité de Tables furent
bien- tôt formées fur l'herbe , aux dépens
de celle qui étoit fous la Tente .
Une 1roupe de Houffards affez diferette
F pour
718
LE
MERCURE
pour n'interrompre
la halte que fur la fin ,
paro ffant fur les hauteurs de la plaine voi-
Line , obligea de courir aux armes : fi vous
vous doutez que ces Houffards étoient les
Officiers que je vous ai dit qui manquoient
aux Bataillons , vous aurez penſé jufte .
L'Infanterie prit autfi tôt le parti de former
un Bataillon quarré pour pouvoir à
la faveur d'un feu de tous côtez , gagner
un Pont qui eft fur l'Escaut au coin de cette
Prairie , & fe retirer de l'autre côté de la
Riviere. Toute cette manoeuvre s'executa
auffi parfaitement de la part du Bataillon
quarré que plaifamment de celle des Houlfards
, qui imitterent auffi bien les Hongrois
par leurs habillemens , que par leurs
manoeuvres. Ils revinrent vingt fois à la
charge à toutes les faces du Bataillon , qui
ménagea parfaitement
fon feu , & ils n'abandonnerent
leurs pourfuites pour aller
piller les reftes de la halte , qu'après que
les Grenadiers , qui des quatre angles réunis
infenfiblement
, avoient formé un fecond
Bataillon quarré à la tête du Pont ,
pour favorifer la retraite des Fufiliers
l'eurent enfin eux- mêmes paffé , & teint
de le rompre
,
Le mauvais tems avoit tellement reculé
cette journée , qu'elle fe trouva enfin la
veille de la Fête de l'Ordre de la Concorde,
dont je vous ai promis de vous faire le
détail ,
DE JUIN 1722, 119
dérail , laquelle avoit été fixée au quatre de
Juin , mais elle fut auffi reculée, & l'on fut
obligé de la partager , & d'en remettre au
lendemain une partie. On commença par
le louper , qui etoit preparé dans la Maifon
de Campagne de l'Abbaye du S. Sepulchre.
Le recit qu'en ont fait M. de
Saint Conteſt & les autres Conviés , nous
a appris que les Officiers de M. le Comte
de Morville , que l'Ordre avoit employés
pendant l'ablence de leur Maître , ont par
faitement réulfi.
Je vous ai déja dit que ces Chevaliers
font dans l'ulage de donner des Fêtes pour
les Receptions de leurs nouveaux Freres,
auffi n'ont ils point prié les Ambaſſadeurs
, ayant affecté de faire voir que c'étoit
une Fête qu'ils ne faifoient que pour
eux , de laquelle ils prioient feulement
quelques amis , & c'eft en cette qualité que
M. de Saint -Conteft , qu'ils avoient prié
de quitter pour ce jour - là fon Caractere
d'Ambaffadeur , y alla. Mais leur attention
pour les Plenipotentiaires & pour toute la
Ville , n'en parut pas moins par le choix
du lieu de la Fête , qui fut vue de tous vuë
côtez , & par ce qu'ils eurent foin de
mettre dans une espece de Programe, que
M. de Saint-Contest montra aux Ambaſfadeurs
à la promenade , où tout le monde
s'étoit affemblé pour te rendre au lieu
Fij deftiné
120 LE MERCU.RE
deſtiné ; on le pria bien - tôt d'envoyer demander
d'autres Programes ; il m'en tomba
un entre les mains.
Vous y trouverez , je croy , dans un tiffu
de morceaux de plufieurs Opera de l'invention
& du goût ; il y a quelques
endroits changés dans le recit de Venus
& de la Difcorde, pour que tout fe raporte
mieux au fujet , & je ne fçai fi vous trouverez
comme moy que ce Divertiſſement
tire une espece de merite d'avoir été fait
Pa
par des gens qui manient plus l'Epée que
la Plume.
J'ajoûterai que la Reprefentation des
Forges de Vulcain étoit trés-bien peinte
fur un papier huilé , qui étoit éclairé par
derriere's on voyoit dans les Forges les Cyclopes
occupés à executer les ordres que
Venus , fuivie de Cupidon , adreffoit à
Vulcain , lequel étant appuyé fur fon marteau
, paroiffoit par fon action ,
attentif
à l'entendre. Toutes les Figures étoient
de grandeur naturelle , & les Batteaux des
deux Flotes étoient ornez de Repreſenta
tions de flames de Galeres , avec les Rames
fufpenduës & illuminées de même , ce
qui faifoit au milieu d'une nuit trés - noire,
l'effet du monde le plus gracieux ; les
Feux d'Artifices furent , ainfi que tout le
le reſte , très bien executez .
Je finiraj ma Lettre par la Fête
que Milord
DE JUIN 1722%
121
lordPolefworh, premier Ambaffadeur d'Angleterre
, a donné hier pour la naiffance
du Roy Georges ; tout ce que l'on peut
faire dans le terrain refferré d'une Maifon
y fut employé pour la rendre magnifique,
la belle Vaiffelle de ce Miniftre , en fut
un grand ornement ; car outre la fienne
particuliere qui eft fuperbe , il a deux Services
complets de vermeil , aux Armes
d'Angleterre , prefent que le Roy fait aux
Seigneurs à chaque Ambaffade qu'il leur
confie ; & celle cy eft la feconde dont ce
Milord a été honoré. Je fuis , Mr & c.
LE TRIOMPHE
DE L'AMOUR ET DE BACCUS
DANS L'UNION DE L'EUROPE. '
FESTE donnée par l'Ordre de la Concorde à
la Reception des Freres EGAL & AGILE , chantée
par l'Academie de Mufique de l'Ordre de
la Concorde , fur la flaque d'Eau près de la
Porte du S. Sepulchre , au milieu de laquelle
fost reprefentées les Forges de Vulcain , dans
lefquelles Venus ordonne aux Cyclopes de forger
des Traits pour fon fils.
La Symphonie jonë l'ouverture de l'Europe
Galante.
VENUS.
FRappez , frappez , ne vous laffez jamais ,
Qu'à vos travaux l'écho réponde ,
Bour le fils de Venus forgez de nouveaux Traits,
Fij Qu'ils
322
LE
MERCURE
Qu'ils portent dans les coeurs une atteinte prefonde
, &c.
Frappez , frappez , ne vous laffez jamais ,
Vous travaillez pour le bonheur du monde .
Le Chaur repete, Frappons, frappons, & c .
1
BACCUS revenant vainqueur des Indes
paroît dans l'éloignement , accompagné dẻ
La Flotte Dauphine , montée par les Chevaliers
de la Concorde , en approchant
des Forges ils chantent i
LES CHEVALIERS.
Baccus revient vainqueur des Climats de l'Au
rore ,
Il traîne apès fon Char mille Peuples vaincus..
DEUX PILOTES DE BACCUS.
Le plus puiffant des Dieux eft le charmant Baccus
Il a de fes bienfaits comblé toute la terre ;
Jupiter dans les airs peut prendre le deffus ,
Il gronde , il tonne , il lance le Tonnerre ,
Mais il ne verfe que de l'eau ;
Sans faire tant de bruit Baccus de fon Tonneau
Fait couler le vin à plein verre .
Une Grace de la fuite de Venus répond :
Dans les Concerts que vous faites entendre
Mêlez l'Amour & fes plaifirs ,
Le Dieu que vous chantez a pouffé des foupirs ,.
Vos coeurs de ce penchant doivent - ils fe deffen.
dre ?
Les
DE JUIN 1722 .
123
Les Matelots & les Fogerons enſemble
chantent enfuite la Chanfon adoptée par
POrdre de la Concorde , qui renferme l'ef
prit de cet Ordre .
Le Vin fans l'Amour ne fçauroit plaire ,
L'Amour fans le Vin n'eft que langueurs ?
Quand ils font unis , l'ame la plus fevere ,
Ne peut fe refufer leurs charmantes douceurs .
Ces Chants font interrompus par un bruit
de Guerre ; des Trompettes & des Timbales
annoncent la Difcorde.
VENUS.
Quelle foudaine horreur ! & quels terribles bruits
Ciel ! qui peut amener la Difcorde où je fuis ?
LA DISCORDE.
C'eft en vain qu'à tes Loix tu prétends qu'on réponde
,
Déeffe , fait ceffer d'inutiles travaux ,
A quel coin reculé du monde' ,
L'Amour, veut il tenter des triomphes nouveaux ?
Pour, qui deftine- t - il les Traits qu'on lui prepare
?
De tous côtez je le fais dédaigner ;
Et fi de tous les coeurs la Difcorde s'empare ,
Sur qui veut-il encor regner ? &c .
Fit VENUS.
324
LE MERCURE
VENUS.
Tu t'applaudis d'une fauffe victoire ,
L'Amour a dans l'Europe une nouvelle gloire
Il recueille le fruit de tes noires fureurs ,
Il regne , il fait ceffer la guerre ; 11
Malgré tes vains efforts il raffemble deux coeurs
Qui feront quelque jour le deftin de la Terre ,
Le Heros qui les joint parvient à dénoüer
Le noeud que tu formas avec un foin funefte..
LA DISCORDE .
C'en eft affez , épargne - moy le refte,
Et ne me force pas à t'entendre loücr
Celui qui me derefte.
VENUS.
Je teferai fouffrir de plus cruels tourmens ,.
Tu méprifes l'Amour , tu verras fa victoire ,
Et je veux que ces lieux par des plaifirs charman
Servent de Theatre à fa gloire ;-
L'Europe que tu crois attentive à ta voix ,
Va chanter à tes yeux la douceur de ces Loix ,,
Avec Baccus l'Amour fera toujours le Maître.
LA DISCORDE.
Ah ! ne te flatte pas de m'en rendre témoin,
VENUS.
Je veux te contraindre de l'être ,
Tu prends pour t'en deffendre un inutile foin .
LA
DE JUIN 1722 . 121
LA DISCORDE.
Puifque dans ces lieux on m'arrête ,
Fureurs , fecondez -moy , troublons au moins
Fête ;
Rappellons du Dieu Mars les tranfports furieux,
Jettons dans tous les coeurs des foupçons & des
craintes ,
Qu'on reconnoiffe à mille plaintes
Que la Difcorde eft en ces lieux.
Un Feu d'Artifice , dont l'effet redouble
en tombant dans l'eau , reprefente les troubles
& la guerre que la Difcorde s'efforce
d'exciter.
VENUS .
Tu ne peux exciter que de vaines allarmes ,
Tu rendras mon triomphe encor plus glorieux
Faifons regner l'Amour , faifons briller fes
charmes ;
Les doux plaiſirs , font fes plus fortes armes.
Le Choeur repete les deux derniers Vers
Une Flotte , compofée de divers Pavillonsdes
Puiffances qui ont leurs Plenipotentiaires
à. Cambray , paroît alors dans l'éloignement
s'approchant vers les Forges..
བསྙན་ LES
126 LE MERCURE
LES PILOTES.
Que la Guerre eft effroyable !
Quel bien eft plus doux que la Paix ?
Peut-on trop cherir fes attraits ?
Que fon Regne eſt aimable ,
Qu'il dure à jamais .
Nous n'aurons que de beaux jours ,,
Que de jeux vont paroître,
Que nous verrons naître.
De tendres Amours !
Tout rit , tout enchante ,
Chantons la Paix charmante ,.
Chantons le fort heureux
Qui doit combler nos Voeux..
Toutes les Flottes réunies forment avec les
Forgerons de Vulcain le Chaur fuivant :
Reguez plaifirs , regnez , faites briller vos .
charmes ,
Que la foudre qui gronde étonne d'autres lieux .
Un Feu d'Artifice part alors des Forges
des Flottes pour la Victoire remportée fur
la Diſcorde par l'Amour & Baccus . La part
que l'Europe vient prendre à cette Victoire
aux plaifirs de l'Ordre de la Concorde , eft
un heureux prefage du fuccés des foins des
Miniftres des differens Etats de l'Europe ,
de lafageffe des Princes qui les gouvernent..
م ی ر م
Executé à Cambray le 4 Juin 1722:
THEATRE
A
DE JUIN 1722. 127
THEATRE ANGLOIS.
Ly a deux Theâtres à Londres , où
l'on reprefente toutes fortes de Fieces,&
indifferemment les mêmesfur
l'un & fur l'autre . Le premier , où
font les meilleurs Comediens , eſt dans le
quartier du Convent- Jardin , & l'autre eft
à l'extremité de la Place appellée Lincolns
Inn Fields.
La difpofition des places eft la même
dans l'une & dans l'autre Salle . On eft
commodément affis dans le Parterre für
des bancs difpofez en Amphitheâtre . Le
prix ordinaire eft de trente fols . Aux Balcons
du Theâtre de chaque côté , & aux
Loges enfuite des deux côtez du fond.
d'enbas & d'enhaut , on paye quatre Shellings
, ou 48 fols . Aux Pieces nouvelles ,
& lors qu'il y a quelque chofe d'extraordinaire
, le prix des places des Loges &
du Parterre eft augmenté d'un quart , &
les autres à proportion ; car il y a encore.
deux autres fortes de places aux Galleriesd'enhaut
des côtez , dont le prix ordinaire
eft de 18 fols ; & celles d'enhaut, dans le
fond , où l'on paye trente fols comme au
Parterre .
F vj Aucun
130 LE MERCURE
>
d'entendre dire par des Comediens , que
Le Diable a emporté l'un ; que l'autre s'engraiffe
aux dépens des malheureux ; que
tous enfin font plongez dans les plus infames
débauches. Les Evêques même , dont
la dignité devroit les mettre à couvert de
ces infultes , font ceux qu'on outrage le
plus.
Des Poëtes Anglois qui vivoient avant
le Regne de Charles II , il n'y a que Shakefpear
qui ait maltraité le Clergé. Ben
Johnfon , Fletcher & Beaumont en parlent
prefque toujours avec éloge.
*
Mais ce n'eft pas affez aux Poëtes de
cette Nation d'être impies , ils tâchent
d'infpirer le même efprit à leurs Auditeurs .
Si ce n'eft pas là le but où ils vifent , je
demande , dit M. Collier , pourquoy les
Libertins ſe trouvent toujours recompenfés
à la fin de la Piece ? Pourquoi les principaux
Acteurs font Athées ? Pourquoi enfin
le vice paroît avec tant d'éclat ? D'ailleurs
, continue le même Auteur , les Regles
du Theâtre font fi fort negligées en
Angleterre , qu'il femble que la régularité
& la vrai-femblance en foient bannies.
On n'y a aucun égard aux moeurs qu'Ariftote
appelle les caufes & les principes.
de l'action . Une Villageoife élevée à la
campagne paroît fouvent fur le Theâtre.
Critique du Theatre Anglois,
avec
DE JUIN 1722. 130
avec outes les manieres des femmes de las
premiere qualité. D'autres fois on y voit
une fille d'une naiſſance illuftre tenir des
difcours tales , & vivre dans une honteuſe
proftitution ; car ce n'eft pas feulement
P'organe des hommes qu'on emprunte pour
parler le langage de la débauche , c'eft
dans la bouche des femmes qu'on ofe
mettre les termes les plus infames .
Les trois unitez font prefque toujours
mal obfervées par les Poëtes Anglois.
L'action eft fouvent double , & l'on ne
trouve qu'un amas confus d'évenemens .
fans liaiſon , & fouvent fans jugement..
On peche ſi ſouvent contre l'unité de lieu ,
qu'il femble que les intrigues des Pieces.
ont été inventées pour paroître incroyables.
La Scene du premier Acte eft à Londres
; peu de temps après elle en eſt à so
lieuës ; & enfin les Spectateurs font furpris
au cinquiéme Acte de la revoir encore
une fois à Londres .
Tout le monde fçait que l'intrigue de la
Fable ne doit durer que le temps qu'on
met à la reprefenter , & que cette reprefentation
ne doit jamais paffer 24 heures ;
cependant on voit que des femaines entieres
ne fuffiroient pas à nouer une intrigue
d'une piece Angloife. Le moins qu'on
puiffe donner aux Relaps eft cinq ou fix
jours. Il eft vrai que Dreyden & quel-
( ques
132 LE MERCURE
ques autres Anglois fe juftifient là deffus
ils pretendent que les libertez qu'ils prennent
pour plaire davantage , font preferables
aux regles ennuyeufes que quelques
Poëtes fe font une Loy d'obferver .
2.
L'homme fans façon , Le Moine Eſpagnol,
L'Amour triomphant : Ces trois Comedies,
felon M. Collier , font trois prodiges
d'obscenité. Dans l'Aftrologne , le lieu où
la Scene s'ouvre eft une Chapelle : on y
tourne en ridicule le foin de prier Dieu.
La coquetterie s'y mêle à l'irreligion , &
le Paradis de Mahomet y eft preferé à
celui de JESUS- CHRIST. Un Diable pa
roît , il éternuë. Dieu vous beniffe , lui
dit- on , n'auriez- vous point attrapé un
rhume pour vous eftre trop éloigné du feu ?
Plaifanterie fade dont le fel eft dans l'impicté.
Dans cette même piece, une fille
fous le nom d'Hyacinthe , avoue que ce
qui la fâche de n'être pas homme , c'eſt
qu'elle n'eft point en état de pouffer quelques
bottes à fon malin vieillard de Pere..
Les imprécations font une grande reffource
pour les Dramatiques d'Angleterre :
elles rempliffent le vuide de leurs penſées,
elles renflent quelques- unes de leurs expreffions
trop plattes ; elles donnent de
P'harmonie & de la rondeur aux periodes . -
Les Comedies de Dom Quichotte , de la
Femme provoquée , & du Relaps , font en
SC
DE JUIN 1722 . 133
ce genre des modeles affreux. D'anciens
Comiques Anglois , comme Beaumont &
Fletcher , ne mettent des juremens que
dans la bouche des fcelerats , pour les
rendre odieux . Les modernes les prodiguent
fans égard , & les portent à l'excès.
Le plus grand defordre du Theâtre Anglois
, c'eft qu'il met le vice en honneur ,
& qu'il l'établit en la place de la vertus
car qui font les Heros des Comedies Angloifes
? En faveur defquels hommes fe
font les plus heureufes peripeties ? Sur
qui font - elles tomber de grands biens
& des établiffemens fortunez ? fur
d'indignes Libertins , fur des Blafphemateurs
, fur des Athées. Selon les Poëtes ,
plaifanter fur des veritez refpectables ,
dire des infamies au fexe même , violer
toutes les Loix de l'amitié , déchirer les :
amis en leur abfence , & trahir leurs intereſts
, c'eſt l'idée d'un galant homme ,
d'un homme qui fçait le monde , fur qui
pleuvent les récompenfes que les Auteurs
diftribuent à la cataftrophe de leurs Pieces
; fon rôla eft le plus brillant , & le
Poëte lui prodigue tout ce qu'il a d'efprit.
Le Mary indolent eft une Comedie
Angloife dont le Heros las de prendre de
la peine pour les Amantes , en veut dire
deux mots à la fille de chambre de fa feme
; il la mene dans un appartement , où
quelque
134 LE MERCURE
quelque tems après on les voit chacun dans
un fauteuil, fatiguez de leur converſation .
On ne fçauroit peindre avec des traits
affez noirs des infamies fi publiques & fi
pernicieuſes ; mais quelque chofe qu'on
dife on ne réullira pas à faire revenir les
Auteurs d'un égarement fi icandaleux . Ils
craignent trop de diminuer le nombre des
Spectateurs , en donnant plus de merite
aux Spectacles , & en les rendant moins
obtcenes ; mais ils devroient bannir cette
crainte mercenaire & fervile , & s'en fier
à l'exemple de Moliere , qui par la fuperiorité
de lon genie , a changé en France
le goût de fes contemporains pour l'obfcenité
, & les a forcés à venir en foule fe
divertir en gens raisonnables , & non pas
en crocheteurs.
1
Le Pathetique de la declamation Tra
gique en Angleterre , dit M. l'Abbé Dubosdans
fes Reflexions Critiques , confifte en
des tons furieux , en un maintien ou inorne
ou effaré , & dans des geftes de forcenez .
Les Acteurs de la Scene Tragique font
difpenfez de toute nobleffe dans leur gefte,
de mefure dans leur prononciation , de
dignité dans leur maintien , & de décence
dans leurs démarches. Il fuffit qu'ils faſ
fent parade d'une morgue bien noire &
bien fombre , ou qu'ils paroiffent livrez
à des tranfports de fureur qui les faffent
extravaguer,
DE JUIN 1722 . 135
extravaguer. Sur ce Theâtre il eft permis
à Jules Cefar de s'arracher les cheveux,
ainfi que feroit un homme de la lie du
Peuple , pour exprimer fa colere . Alexandre
pour mieux marquer fon emportement
y peut frapper du pied , action
que nous ne permettons pas aux Ecoliers.
qui jouent la Tragedie dans nos Colleges .
Ces. Vers ne definiffent pas mal le caractere
du Theâtre Anglois .
D'un Spectacle cruel l'Anglois eft idolâtre ,
La torture chez lui fe donne en plein Theâtre ,
Edipe racontant fes innocens pechez ,
Montre un bandeau fanglant fur fes yeux arra
chez .
JOURNAL
36 LE MERCURE
JOURNAL DE PARIS.
O
N croit toujours que le Sacre du Roy
fe fera au mois d'Octobre . Monfieur
le Duc d'Orleans y doit reprefenter le Duc
de Bourgogne.
M. le Duc de Chartres , le Duc d'Aquitaine
.
M. le Duc de Bourbon , le Duc de Normandie.
M. le Comte de Charolois , le Comte
de Flandres .
M. le Comte de Clermont , le Comte
de Toulouſe.
M. le Prince de Conti , le Comte de
Champagne.
tre.
Le Maréchal de Villeroy, le Coneftable.
Le Maréchal de Villars , le Grand Maî-
Le Maréchal d'Eftrées portera la Conronne
, le Maréchal d'Uxelles , la Main
de fuftice, le Maréchal de Teffé , le Sceptre ;
le Maréchal de Talard , les Offrandes , &
le Comte de Matignon l'Oriflame.
Les Pairs Ecclefiaftiques feront chacun
leurs fonctions.
9 Le Prince Charles Comte d'Armagnac
portera la queue du Manteau Royal le
jour
DE JUIN 1722 . 137
jour du Sacre , & le Marquis de Nefle la
queue du Manteau de l'Ordre le jour de
la Ceremonie des Chevaliers du S. Efprit.
Les quatre Barons pour ôtage feront le
Marquis d'Alegre , le Comte d'Eftein , le
Marquis de Beauveau , Lieutenans Gene
raux , & le Marquis de Prié , Maréchal de
Camp.
Les quatre Chevaliers qui accompagneront
le Roy le lendemain du Sacre , pour
la Reception des Cordons bleus , feront
le Maréchal d'Eftrées , le Marquis de Be
ringhen , premier Ecuyer , le Comte de
Medavi & le Comte du Bourg.
M. Poncet de la Riviere , Evêque d'Angers
, doit prêcher devant cette auguſte
Affemblée.
Toutes les nouvelles qui viennent des
Provinces affligées du mal Contagieux ,
remettent la tranquillité dans les efprits.
La fanté fait chaque jour des progrés vifibles
, même à Avignon .
On mande de Malte que le Grand Maître
eft dangereufement malade , & que les
ordres font déja dépêchez à tous les Chevaliers
pour proceder en cas d'accident à
l'élection d'un nouveau Grand - Maître,
Frere Gafpard Govy Mancini , trés verlé
dans le Droit Civil & Canonique , a été
facré à Rome Evêque de Malte. L'ufage
eft que trois de l'Affemblée des Prêtres
Conventuels
38 LE MERCURE
Conventuels font propofés au Confeil de
l'Ordre de Malte , pour être envoyés enfuite
au Roy de Sicille , qui nomme un
des trois , & le Pape lui donne des Bulles.
Il eft obligé d'aller à Rome pour fe fairo
(acrer , fuivant l'ufage.
On apprend de Luneville que les remedes
injectifs du fieur Munier réuffiffiffent
& que le Duc de Lorraine eft
prefque gueri. Son Alteffe Koyale s'eft
• trouvée en état d'affifter à la grande Meffe
le jour de la Fefte Dieu , & à la Procel
fion , qui dura plus d'une heure. Les deux
Princes aînés & toure la Cour fuivirent le
Duc de Lorraine dans cette Ceremonie ;
le même jour Son Alteffe Royal dîna en
public pour la premiere fois depuis fon indifpofition.
M. l'Abbé Sommier qui a été
fon Envoyé à la Cour de Rome , a été
nommé Confeiller- Prelat du Parlement de
Nancy , à la place de deffunt M. l'Abbé
Domepure.
Le 4 Juin , M. le Comte d'Albert , Envoyé
Extraordinaire de l'Electeur de Baviere
, arriva de Munik..
Le jour de la Fefte- Dieu les deux Proceffions
de S. Germain l'Auxerrois & de
S. Euſtache le rencontrerent dans la ruë
Saint honoré ; cette derniere s'arrêta. Mon-
Geur le Duc d'Orleans qui l'accompagnoit,
s'avança jufqu'au ruiffeau pour faluer le
Roy .
DE JUIN 1722. 139.
Roy , qui accompagnoit celle de S. Germain
.
Le 8, Milord Polefworth Plenipotentiaire
du Roy de la Grande Bretagne , celebra
à Cambray l'anniverfaire de la naiffance
de Sa Majesté Britanique , par une Fefte
fuperbe. On yfervit en même tems quatre
tables couvertes des mets les plus exquis.
Il y eut quatre fervices variés &
fomptueux le premier en vaiffelle d'argent
, le fecond & le troifiéme en vermeil
doré , & le quatriéme en porcelaine rare ;
le deffert fut nouveau & magnifique , on
pofa fur la table une colonne terminée par
une Couronne Royale , remplie de differentes
liqueurs . Des figures groupées au
tour de la colonne diftribuoient ces liqueurs
par des tuyaux. Le Jeu & le Bal
fuivirent ce pompeux feftin , le jardin &
les cours de l'Hôtel du Milord Ambaffadeur
, furent illuminées ; M. le Marquis
de Befons , Gouverneur de Cambray, s'eſt
trouvé à cette Fefte.
Le Duc de Noailles & le Marquis de
Canillac ont en ordre de fe retirer , le premier
à fa terre de Peynieres , à trois lieuës
d'Aurillac en Auvergne , & le fecond à
Blois,
M. le Maréchal de Berwik eft arrivé à
la Cour depuis le commencement de ce
mois,
L'Eglife
140 LE MERCURE
L'Eglife de S. Germain en Laye a étể
fouillée le premier Juin par le meurtre d'un
garçon Tailleur. C'eft un Suiffe qui a commis
ce crime. Un-Grand Vicaire a donné
une nouvelle benediction à cette Eglife.
Le Parlement continue à détruire les
complices de Cartouche . Chaque jour eft
marqué par le fuplice de quelqu'un de ces
brigans, il paroît qu'ils deviennent fort indifcrets
, car ils revelent tout ce qu'ils fçavent
avant que de partir pour l'autre
monde. Le cinq Juin on en pendit deux ,
qui accuferent un de leurs complices
qu'on envoya chercher auffi -tôt , mais il
ne fut pas curieux de les voir & de leur
parler , en defcendant de caroffe il trompa
la vigilance des Archers , & fe fauva dans
la foule.
Le Roy a donné une penfion à M. Helvetius
le fils , fon Medecin ordinaire , pour
refider à Verſailles.
Le 13 , le R. Pere Briere fut élû Gardien
des Cordeliers du grand Couvent de Paris.
Le 14
les Deputés du Chapitre de
Reims , prefentés par M. le Garde des
Sceaux , prirent l'ordre du Roy pour
Ceremonie du Sacre de Sa Majesté .
la
M. le Duc d'Orleans viendra tous les
Jeudis à quatre heures du foir à Paris , &
s'en retournera le lendemain à la même
heure à Versailles. Les Miniftres feront la
même choſe. Le
DE JUIN 1722. ·141·
Le Roy a accordé les grandes Entrées à
AM . le Cardinal du Bois.
L'apartement du Duc de Noailles à Verfailles
, a été donné à la Comteffe de Guile
& à la Princeffe de Leon.
Le Gouvernement de Maubeuge , vacant
par la mort de M. le Marquis de
Saint Fremont ; a été donné à M. le
Marquis de Ruffey , Soû- Lieutenant de
la premiere Compagnie des Moulquetaires
du Roy , & Soù - Gouverneur de
Sa Majesté. Le Gouvernement de Saint-
Venant qu'il avoit , a été donné à M.
le Marquis de Sailly , Lieutenant General
des Armées du Roy , Commandeur de
l'Ordre Militaire de Saint Louis.
Divers Auteurs parlent de la Maifon de
Sailly ; les uns la font fortir des anciens
Comtes d'Oyfi , defcendus des Ducs d'Aquitaine,
dont la branche aînée eft tombée
par la maifon de Châtillon dans celle de
France. D'autres avec plus de vrai-ſemblance
, des anciens Ducs de Luxembourg,
portant les mêmes armes , & pour devife,
( Du plus haut Sailly. ) Sa grande an ienneté
le prouve fans en trouver de commencement
, par plufieurs Titres & Chartes
d'Abbayes. En l'an 1102 , Baudouin Sire
de Sailly paroît entre les Chevaliers de
hautes marques felon la Charte de ladite
année 1102 de l'Abbaye de Fornhem
G Infra
142 LE MERCURE
Infra Milites Primates . En 1106. Bernardin
Sire de Sailly qualifié Miles en une
Charte de la Dedicace de l'Abbaye d'Arouaife
, voifine du Château de Sailly , &
dont les Seigneurs font bienfaiteurs . Ce
Château relevant du Roy à caufe de celui
de Peronne , étoit anciennement très -fort,
M. de Sailly prouve cent vingt- huit quar
tiers , par où il fait voir fes defcendances &
alliances avec beaucoup de Têtes Couronnées
, & entr'autres de celle de France , des
Empereurs d'Allemagne , des Rois d'Angleterre
, des Ducs de Bretagne , des Comtes
de Flandres , de Champagne , de Bar ,
des Maifons de Craon , de Châtillon , de
Montmorency , de Laval , de Crequy , de
Clermont , de Neele , de Roucy , de Sarrebruche
, de Coucy , de Bethune , de la
Tremoille , de Roye , de Ponthieux , de
Dampmartin , de Dacigné , de Rohan , de
Hainault , de Bourbon ancien , de Thouars,
& de quantité d'autres Maifons très-illu
ftres . M. le Marquis de Sailly defcend de
Jean Sire de Croy , Grand Bouteiller de →
France , & de Marguerite de Craon par la
Maifon d'Aveluys ; ce qui lui donne l'honneur
de toucher de parenté au feptiéme
degré à toutes les branches de la Maiſon de
Croy , Ducs d'Avré , de Ligne , Aremberg
, aux Mailons Palatine , de Baviere &
de Neubourg , dont le Ray. de Suede defcend
;
DE JUIN 1722. 143
} cend à l'Empereur , au Roy de Sardaigne,
au Roy d'Elpagne par la feuë Reine fon
époule , au Roy par feuë Madame la Dauphine
la mere ; à la Maifon de Medicis ;
à plufieurs branches de la Maifon de Lorraine
; à celles d'Eftrées de Vendôme ,
Melun, Epinoy, Darfort , Duras , Luxembourg
, Monchy , Mailly , Rounel de
Medavy , la Marck , Bouillon , Noailles ,
Villeroy , Bouflers , Launoy , Levy , Vantadour
, Briffac , &c.
"
>
Gilbert de Sailly , Grand Maître de
P'Ordre de Saint Jean de Jerufalem en
l'année 1167. étoit de cette Maifon . Jean
Sire de Sailly fon neveu , donna à la Čommanderie
d'Eterpigny trois muids de bled
fur fa Terre de Sailly en 1170. Il avoit
époufé Fredeſcende du Breüil , d'une trèsancienne
Maiſon de Flandres , par où fe
prouve la filiation & de très- grandes alliances
, jufqu'à Charles Sire Marquis de
Sailly , qui avoit époufé Marie - Claude de
Monchy , fille de Charles de Monchy de la
branche de Montcaurrel , & du Maréchal
d'Hocquincourt. Charles de Monchy avoit
eu pour femme Madelaine de Bournonville,
defcendante par Ifabelle de Flandres , fille
de Guy Comte de Flandres , & d'Ifabeau de
Luxembourg , du Roy Louis VII . defcen
dante encore de la grandeTante d'Eleonore
& de Charlotte de Roye, Eleonore, femme
Gij
de
144 LE MERCURE
de Louis de Bourbon , Prince de Condé ;
Charlotte de Roye , femme de François
III. Comte de la Rochefoucault.
M. le Marquis de Sailly , dont les fervices
font affez connus , fert dès l'âge de
douze ans , ayant fuivi le feu Roy à la
guerre d'Hollande , alors Page de la grande
Ecurie. Il a reçu onze bleffures en differentes
occafions ; la premiere , à la vûe du
Roy , à l'attaque du chemin couvert & de
la demi -lune de Maftrick ; la derniere , au
fiége de Douay en l'année 1712 , y commandant
la tranchée . Il a commandé en
plufieurs Provinces & beaucoup de Corps
détachez ; entr'autres en Provence en l'an
1707 , s'étant pofté ſur le Varr. Quoi qu’-
avec fort peu de troupes , il y arrêta pendant
quatre jours l'armée commandée par
le Duc de Savoye & le Prince Eugene , &
donna le tems par le retardement de leur
marche aux Troupes du Roy d'arriver &
fe pofter fous Toulon , ce qui contribua
au falut de la Provence , Les Seigneurs de
Sailly ont dans tous les tems poffedé des
Emplois confiderables ; plufieurs ont été
Gouverneurs de Peronne fous les Rois
Louis XI. & Charles VIII.
Le Gouvernement de Philippeville , vacant
par la démiffion de M. Durepaire ,
qui en étoit pourvû , a été donné à M. le
Comte de Laval- Montmorency,
En
DE JUIN 1722 . 145
En partant de Paris pour Verfailles , le
Roy étoit accompagné dans fon carroffe
de Monfieur le Duc d'Orleans , du Duc
de Chartres , du Duc de Bourbon , du
Comte de Clermont , & du Maréchal de
Villeroy fon Gouverneur. Les Détachemens
des Gendarmes & Chevaux- Légers
de la Garde , & des deux Compagnies de
Moufquetaires , les Commandans à leur
tête , precedoient le carroffe de Sa Majeſté,
qui étoit fuivi du Guet des Gardes du
Corps. Les Habitans de Verfailles qui
étoient accourus aux avenuës du Château ,
reçurent le Roy avec de grandes acclamations
, & le foir ils témoignerent encore
leur joye par des feux , des illuminations
& des feftins . En defcendant de carroffe
Sa Majesté alla faire fa priere à la Chapelle
, monta entuite dans fon Appartement
, où elle ne fut pas long temps , &
fut enfuite le promener dans le petit Parc.
Le lendemain on chanta le Te Deum en
action de graces dans la Chapelle du Château
, à la Parroiffe & aux Recolets .
Le 17 après midi l'Infante Reine , accompagnée
de la Ducheffe de Vantadour
& de la Princeffe de Soubife , ſe rendit à
Verfailles. Le Roy qui alla la recevoir ,
la conduifit par le grand Appartement
dans celui qui lui avoit été preparé.
G iij
On
$46 LE MERCURE
On apprend de Mofcou que le vingtfept
Avril dernier le Prince Trubeskoy y
avoit époufé la fille du Comte Golofkin ;
que le 29 il y avoit eu une grande fêteà
la Cour , à l'occafion du mariage de la
Princeffe Nariskin avec le Prince de Valenski
, Gouverneur d'Aftracan , & que
le 30 , jour de l'anniverfaire de la naiffance
du Duc d'Holftein , qui entroit dans
fa vingt- troifiéme année ; ce Prince avoit
donné un repas magnifique , auquel-leurs,
Majeftez Czariennes s'étoient trouvées
avec les Miniftres Etrangers & les Seigneurs
de la Cour
L'Empereur a confenti au mariage de
l'Archiducheffe Marie- Amelie fa niéce
avec le Prince Electoral Charles - Albert-
Gaëtan de Baviere . On croit que les nôces.
s'en feront au mois de Septembre prochain.
à la Favorite.
On apprend par les dernieres Lettres
venues de Levant , écrite par les Religieux
de l'Obfervance de Saint François , que
les Arabes ont entierement faccagé la
Ville de Jaffa , à huit lieues de Jerufalem,
& que le Monaftere de Saint Pierre , deffervi
par ces Religieux , a été entierement
ruiné.
Les Minimes n'ayant pû tenir cette
année
DE JUIN 1722. 147
année leur Chapitre à Marfeille , le Pape
par un Bref particulier a nommé pour leur
General le Pere Bertrand Munfinat , François
, & pour leur Procureur General le
Pere François Zavarroni.
Selon les nouvelles de Londres , le Roy
eft parti pour Kinfington , où Sa Majesté
doit paffer tout l'Eté. Les actions de la
Compagnie de la Mer du Sud font à 93 .
On apprend de Bruxelles que le Prince
de Horn y époula le 17 de ce mois- Mylady
- Marie , Comteffe d'Alisbury.
Le Comte de Levenftein Evêque de
Tournay , & Grand Doyen de l'Eglife de
Strasbourg , ayant donné la démilion de
fon Doyenné , qui eft incompatible avec
un Evêché , les Chanoines de Strasbourg
indiquerent un Chapitre General au vingtdeuxième
du mois de Juin pour l'élection
d'un nouveau grand Doyen ; & ce jour - là
tous les Chanoines qui étoient à Strasbourg
s'étant affemblez , le Prince Frederic
d'Auvergne , Chanoine Capitulaire de
ladite Eglife , en fut élu grand Doyen
tout d'une voix & à la fatisfaction de toute
la Ville & de tout le Païs qui le fouhaitoit
depuis long- temps : auffi n'y a - t'il per fonne
qui n'ait donné à cette occafiondes marques
d'une joie très - vive. Après l'élection ,
Meffieurs les Chanoines donnerent un
fuperbe repas au nouveau grand Doyen ,
G iiij
· &
148
LE
MERCURE
& à tout ce qu'il y a de perfonnes diftin
guées à Strasbourg ; trois grandes tables
y furent fervies magnifiquement ; on y but
les fantez du Roy , de Monfieur le
Regent , du Cardinal de Rohan , celle du
grand Doyen , & beaucoup d'autres , à
P'harmonie d'un grand choeur de Mufique,
relevé
par des Timballes & des Trompettes
, & même des Cors de chaffe ; enfin
ce fur une fête auffi bien entenduë qu'on
en puiffe imaginer , & dont l'execution
répondit en tout à la magnificence
des aprêts . La mailon du Prince Frederic
d'Auvergne eft trop connue , pour qu
il
foit beloin de parler ici de fa naiffance
quant à fon merite perfonnel , c'est un parfaitement
honnête homme , & c'est tout
dire ; car on ne fçauroit rien ajoûter à un
pareil éloge , & il eft connu pour tel à la
Cour , à la Ville , & dans la Province :
autfi eft- ce ce qui a réuni tous les fuffrages
en fa faveur , ceux des Chanoines Allcmands
, comme ceux des François qui ont
concouru avec une joye également vive à
fon élection.
Le Cardinal d'Althan voulant être informé
des honneurs qu'on rend ordinairement
à Rome aux Vicerois de Naples ,
on y tint à cette occafion le 30 du mois
dernier une Congregation du Ceremonial ,
dans laquelle on allegua en faveur de
cette
DE JUIN 1722. 149
cette Eminence , ce qui fe pratiqua en
1664 en faveur du Cardinal d'Arragon
revêtu de la même dignité , lequel fur
logé & defrayé pendant trois jours aux
dépens de la Chambre Apoftolique , fervi
par les Officiers du Pape , puis conduit
jufqu'aux frontières de l'Etat Ecclefiaftique
, fans neanmoins avoir eu l'honneur
de manger avec Sa Sainteté , comme l'eut
le Duc de Medina - Celi , Ambaſſadeur
d'Espagne , lors qu'il fut nommé Viceroy
de Naples.
Le Roy qui fe plaît toujours à Verſailles,
y jouit d'une parfaite fanté ; Sa Majeſté
entendit le 21 & le 24 de ce mois , dans
la magnifique Chapelle du Château , la
Meffe chantée par fa Mufique.
Le Duc d'Offone & la Ducheffe fon
époule font attendus ici à la fin du mois
prochain .
Le nommé Silvain Tiriot , Laboureur
d'auprès de Chattelier en Berry , eft
mort le 7 du meis dernier , âgé de cent
feize ans. Cinq jours avant la mort il tra .
vailloit encore à la terre .
⚫ M. l'Abbé de Rohan Guímené , nommé
à l'Archevêché de Reims , arriva à Paris
au commencement de ce mois ; M. le Cardinal
de Rohan Grand Aumônier de France
, le prefenta au Roy & à Monfieur le
Regent. Tout le monde fçait que l'Arche-
Gv vêque
150
LE MERCURE
vêque de Reims a l'augufte prerogativede
lacrer nos Rois ; il eft premier Duc & .
Pair de France , & Legat né du S. Siege.
Le nouveau Prelat eft de la branche aînée
de la Maifon de Rohan ; il alla à Rome
l'année derniere avec M. le Cardinal de
Rohan , qui l'a élevé , & y prit le bonnet
de Docteur en Theologie au mois d'Octo-.
bre . Il vient de recevoir les complimens
d'une députation de vingt Chanoines de
la Cathedrale de Reims , l'Abbé de Saint
Hermine portant la parole.
Les Vaiffeaux l'Eclatant & l'Amazone ,
que le Roy a fait armer à Breft pour croifer
contre les Forbans fur le grand Banc ,
mirent à la voile le 15 - Juin.
> .
On apprend par la Gazette d'Amfterdam
du 18 de ce mois , qu'on eft dans une
étrange furpriſe à Mofcou , fur les nouvelles
que quelques Gazettes ont debitées ,
& répandues dans le Public , contre toute
verité & fans aucun fondement , tant au
fujet de la fucceffion d'un certain Nariskin
à l'Empire de Ruffie ,, que par rapport à
certains pretendus mariages. On ne peut
comprendre quel mal intentionné s'eft
avifé d'avancer , au grand prejudice de Sa
Majefté Czarienne & de fon Gouvernement
, de pareilles nouvelles fauffes , mal
fondées & inventées à plaifir , pour donmen
an Public des impreffions finiftres &
contraires
DE " JUIN. 1722 .
contraires aux intentions de Sa Majesté.
Czarienne.
1
Charles Louis Antoine d'Alface ,.Comter
de Bouffu , Prince de Chimay & du Saint
Empire , Grand d'Efpagne de la premiere
Claffe , Chevalier de la Toifon d'or , &
Lieutenant General de Sa Majefté , époufa.
dans la Chapelle du Château de Meudon
la nuit du 15 au 16 de ce mois Charlotte
de Saint Simon , fille de Louis Duc de
Saint Simon , Pair de France , Grand d'Efpagne
de la premiere Claffe , & cy- devant
Ambaffadeur extraordinaire près de Sa
Majefté Catholique , & de Marie Gabrielle
de Durfort de Lorges. La ceremonie ſe fit
par M. le Curé de Saint Sulpice , en prefence
de M. le Curé de Meudon.
La grandeur , les illuftrations & les
alliances de ces deux Maiſons font affez
connues. Celle du Prince de Chimay a
porté jufqu'à ces derniers temps le nom
de Henin- Lietard & de Cuvillers . On
peut voir dans l'Histoire de Cambray de
Carpentier , vol. 2 part. 3 page 477 &
fuivantes fa Geneologie , & les raiſons
qu'elle a eues de prendre le nom d'Alface.
Le Prince de Chimay a toujours été atta
ché à Sa Majefté Catholique , & a ſervi
avec diftinction dans fes Troupes pendant
la derniere guerre. Le Roy vient de l'attacher
plus particulierement à fon fervice ,
G vj
en
T
152 LE MERCURE
en le faifant Lieutenant General de fes
Armées , & en lui donnant en France le
même rang d'ancienneté qu'il avoit en
Efpagne. Il avoit époufé en premieres
noces Diane de Mancini Nevers , foeur
du Duc de Nevers , de laquelle il n'a
point eu d'enfans . Il eſt frere du Cardinal
d'Alface Archevêque de Malines , & du
Marquis de la Verre , auffi Lieutenant-
General .
La Maifon de Saint Simon eft une des
plus anciennes de la Province de Picardie ,
connue depuis le treiziéme fiecle fous le
nom de Rouvroy . Matthieu de Rouvroy ,
Chevalier , dit le Borgne , fameux Capitaine
dans les guerres des Anglois , épouſa
vers 1330 Marguerite de Saint Simon ,
iffue des anciens Comtes de Vermandois ;
leur pofterité eft dans l'Hiftoire des Grands
Officiers de la Couronne , tome 11 page
1524. Voyez auffi la même Hiftoire ,
page 35 .
Le 15 Juin , a été baptifée à S. Sulpice
Marie-Antoinette fille de M. Jean- Joachim
Rouault Comte de Cayeux , Colonel d'un
Regiment de Cavalerie , & Brigadier des
Armées du Roy , & de Dame Catherine-
Conftance Emilie Arnault de Pompone ;
le Parain M. Nicolas - Simon Arnault de
Pompone , Chevalier Marquis de Pomgone
, Palaiſeau & Champlan , Brigadier
des
DE JUIN 1722. 153
des Armées du Roy , Lieutenant General
au Gouvernement de l'Ile de France &
Soiffonnois ; la Marraine Dame Louife-
Madeleine de Lomenie de Brienne , Marquife
de Gamache, épouſe de Claude Jean-
Baptifte - Joachim Rouault , Lieutenant
General des Armées du Roy.
MORT S.
RE. Charles Louis de Montmorin >
MChevalier Marquis de Saint - Herem,
Comte de Chateauneuf & de Rolore , Baron
de la Moliere , Gouverneur & Capitaine
des Chaffes de Fontainebleau , Capitaine
& Maitre Particulier des Eaux &
Forefts , & Grand Foreftier de la Foreft de
Bierre , mourut le 11 Juin âgé de 52 ans .
Le 12 , Mre . François Albert de Caf
tellas , Lieutenant general des Armées du
Roy , Lieutenant- Colonel des Gardes Suiffes
, & Colonel d'un Regiment de la même
Nation. Il fut enterré avec beaucoup de
pompe
à S. Roch fa Paroiffe. Il y fut efcorté
par 400. Soldats des Gardes Suiffes,
qui firent trois décharges. Tous les Officiers
du Corps affifterent en deuil à cette
ceremonie.
M.
54
LE MERCURE
M. Jean - François Ravend de Saint-
Fremond , Baron de Saint - Hilaire , Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis ,
Lieutenant General des Armées du Roy
Gouverneur de. Maubeuge & du Pays
d'entre Sambre & Meufe , mort le 18 Juin
âgé de 78 ans . Il laiffe par fon Teftament
10000. liv. aux Freres de la Charité , &
il a voulu être enterré dans leur Eglife .
Dame Marie Elizabeth de Vienne , foeur
de lait de Monfieur le Duc d'Orleans , &
femme de Mre. Thomas Dreux le Hayer,
Seigneur de la Folaine , Lieutenant de Roy
à Toul, & l'un des Maîtres d'Hôtel de Sa
Majefté , eft morte à Paris le 3 Juin..
L
BENEFICES.
A Coadjutorerie de l'Abbaye Royale
de Sainte Auftreberte de Montreuil
Ordre de S. Benoift , Diocéfe d'Amiens ,
dont la Dame Marguerite Boucher d'Orfay
eft Abbeffe , en faveur de Soeur Catherine
Elizabeth de Tilly de Blaru , Religieufe
du même Ordre.
La Coadjutorerie de l'Abbaye de Notre-
Dame de Gomerfontaine , Ordre de Ci--
teaux , Diocefe de Rouen , dont la Dame
Marie Anne de la Viefville eft Abbeffe , en
faveur de Dame Marie - Angelique de la.
Viefville ,
1
DE JUIN 17226
7553
Viefville , dite Melanie , Religieuſe dans
ladite Abbaye.
L'Abbaye Reguliere Danieres Bellay ,
Ordre de S. Benoift , Dioceſe d'Angers ,
vacante par le decès de Dom Botloy , Religieux
Profès dudit Ordre , en faveur de
Dom René Charles Vefnier , Religieux
Profés dudit Ordre..
L'Abbaye de Paimpont , Ordre de Saint-
Auguftin , Dioceſe S. Mâlo , vacante par
le decès du fieur Abbé Robert , en faveur
du fieur Henry Conftance de Lort de Serignan
de Valras , Prêtre du Dioceſe de :
Beziers , & Vicaire General de l'Evêché
de Laon..
>
L'Abbaye de Saint Amand , Ordre de
Saint Auguftin, Dioceſe de Sarlat , vacante
par le decès du dernier titulaire , en faveur
du fieur Bocault , Prêtre du Dioceſe de
Montpellier, & Grand - Vicaire de l'Evêché
d'Alais .
›
L'Abbaye Reguliere de Bergue- Saint-
Winock , Ordre de S. Benoist Dioceſe
d'Ypres , vacante par le decès du fieur
Vanderhague , en faveur de Mr le Cardinal
Dubois.
L'Abbaye de Saint Martin de Pleinpied
, Ordre de S. Auguftin , Dioceſe de
Bourges , vacante par la demiffion du fieur
Tournely , en faveur du fieur Henriau
Prêtre du Dioceſe de
Extrait
156 LE MERCURE
EXTRAIT d'une Lettre écrite
d'Etampes le 10 Juin 1722 .
Ous fommes très - obligés à M. l'Ab-
Nbe de Vayrac de P'honneur qu'il
nous a faitde ne point oublier notre Ville
dans fa belle & fçavante Defcription des
lieux qui ont été honorés de la prefence
de l'Infante- Reine . Nous prenons la liberté
de relever une omiffion qui nous intereffe
, & nous vous prions , Meffieurs ,
de vouloir bien y fuppléer par cette petite
addition. Il y a à Etampes deux Chapitres,
l'un d'une Eglife Collegiale & en même
tems Parroiffe fous le titre de Notre- Dame ,
le Chef de ce Chapitre a la dignité de
Chantre. L'autre Chapitre de Chanoines
eft celui de Sainte Croix , dont la premiere
Dignité eft un Doyen. Nous fommes ,
Meffieurs , & c.
ARRESTS.
DE JUIN 1722 . 157
[
A
ARREST
S.
RREST DU CONSEIL du 6 fuin
1722 , Qui ordonne que les Engagiftes
des Domaines feront tenus de faire
toutes les Reparations neceffaires , de quelque
nature qu'elles foient.
༡ ARREST du 9 Juin , Qui nomme des
Commiffaires pour faire les mentions neceffaires
, tant pour les Groffes des Contrats
qui auront été liquidez , que fur les
feuilles de liquidation relatives ; & figner
les Certificats de Liquidation des autres
Effets joints aufdits Contrats.
ARREST du 12 Fuin , Qui ordonne
que les Changeurs continueront d'être
payez de leurs Droits par les Directeurs
des Monnoyes .
ARRESTS de la Cour de Parlement, des
15 , 18 & 25 Juin , Portant condamnation
de , mort contre Elizabeth Gonon ,
femme de débauche , convaincuë de Vols,
dans les Foires & Marchez , à Paris , dans
le Louvre , & autres Maifons Royales :
Contre
858 LE MERCURE
Contre Simon Marchand , dit Marchan
don , convaincu de Vols faits dans les
Foires & Marchez , avec effraction , avec
port d'armes , avec attroupemens , dans les
Maifons à main armée , & dans les Maifons
Royales : Contre Antoine Descroix ,
dit la Tête de Mouton , Maçon de Profeffion
, atteint & convaincu de plufieurs
Vols , tant dans le Louvre , qu'autres Maifons
Royales , dans les Eglites , & puitament
dans les Rues de Paris , foit à main
armée & port d'armes deffendues , foit en
donnant des coups de bâton & avec effration
, avec barres & pinces de fer dans les
Maifons & Boutiques; complices de Louis-
Dominique Ca touche , de Dantragues dit
Dupleffis , & autres executez à mort , &c.
ARREST du 22 Juin 1722 , Qui ordonne
qu'au lieu de Confeil de Commerce
établi par l'Ordonnance du 4 Janvier
716 , il fera rétabli un Bureau compofé
de huit perfonnes feulement , du nombret
defquelles feront toujours le Contrôleur
General des Finances , un des Confeillers
du Confeil de Marine, & le Lieutenant General
de Police de la Ville de Paris. Les cinq
autres feront choifis par S. M. entre ceux
de fon Confeil qui auront le plus d'experience
au fait du Commerce . Ordonne
S. M.. que les Députez des principales
Villes
DE JUIN 1722. 159
Villes de Commerce du Royaume, & ceux
des Fermiers Generaux , qui avoient entrée
au Confeil de Commerce , auront pareillement
entrée établie par le prefent Ar--
reft. Veur S. M. que dans ledit Bureau
foient difcutées & examinées toutes les
Propofitions & Memoires qui y feront:
envoyez . Enſemble les affaires & difficultez
, qui furviendront concernant le
Commerce , tant de Terre que de Mer ,
au dedans & au- dehors du Royaume , &
concernant les Fabriques & Manufactu
res , & c..
ARREST du 24 Juin , Qui regle les
Formalitez qui doivent être obfervées au
fujets des Contrats de Rentes fur l'Hôtel.
de Ville de Paris , qui ont été vilez &
liquidez , pour mettre les Rentiers en état
d'en recevoir les arrerages des fix premiers.
mois de la prefente année , dont le payement
commencera au premier Juillet pro
chain.
ADDITION
160 LE MERCURE
ADDITION.
Lettre où l'on examine fi les premiers
Landgraves de Turinge defcendoient
en ligne mafculine de Charles Duc de
baße Lorraine , que Hugues Capet fit
exclure de la fucceffion à la Couronne
de France.
MONSIEUR ,
J'ay examiné de nouveau avec beau→
coup d'attention le fait à l'égard duquel
Vous craignéz que je ne me fois trompé
dans mes Remarques fur le fyftême de M.
l'Abbé de Camps , touchant l'origine de
la Maifon de France , qui font dans le
Mercure du mois de Decembre 1720.
J'ay comparé plufieurs fois ce qui eft pour
& contre ; cependant je ne puis me refoudre
à changer de fentiment , & je me vois
feulement obligé d'avouer que l'opinion
contraire à celle que je foutiens a été fuivie
de prefque tous ceux qui ont le plus approfondi
les difficultez de notre Hiftoire.
Témoin le très fçavant hoinine que vous
m'avez cité , qui en est encore aujourd'hui
le défenfeur : Mais comme il eft au moins
jufte de fe defier des lumieres de ceux que
je
DE JUIN 1722
161
je leur prefere , je vais , MONSIEUR , VOUS
expofer avec le plus d'ordre que je pourray
les preuves de chaque opinion indépendamment
de l'autorité de ceux qu'elles
partagent , afin que vous me faffiez encore
la
la grace de m'apprendre ce qui m'aura
jetté dans l'erreur , j'y fuis .
Il s'agit de fçavoir fi , comme le fuppofent
en particulier Vignier , Fauchet, Blondel
, les Sainte Marthe , & le P. Pagy , les
premiers Landgraves de Turinge , qui
n'ont fini qu'en 1248 , étoient fortis en
ligne mafculine de Charles Duc de Baffe-
Lorraine , qui auroit dû fucceder à la
Couronne de France après fon neveu
Louis V. dernier Roy de la feconde Race ;
ou s'ils étoient d'une autre famille , ainfi
que le croyent du Filler , Mrs Chantereau ,
du Bouchet , du Fourny , de Mezeray , &
la plupart des autres Hiftoriens modernes.
Le P. Labbe a pris pareillement parti pour
- cette derniere opinion dans fes Tableaux
genealogiques , mais il a voulu favorifer
auffi l'autre fentiment dans la feconde Edition
de cet Ouvrage , il l'a enrichie de la
fuite de ces Landgraves qui manquoient
dans la premiere Edition , & il a témoigné
qu'il le faifoit à la priere d'un ami dont il
eftimoit beaucoup le merite & le jugement,
Voici les preuves fur lefquelles ce fentiment
eft appuyé, La Chronique d'Aimar
de
162 LE MERCURE
y
de Chabanois , qui ne paffe point l'an
1028 , & celle de Saint Maixant ou de
Maillezais bien plus récentes , qui font dans
la Bibliotheque du P. Labbe , marquent
que le Duc Charles ayant été livré à Hugues
Capet par la perfidie de l'Evêque de
Laon , fut enfermé à Orleans avec Agnès
de Vermandois fa feconde femme ; qu'il
devint de deux fils nommez Charles
pere
& Louis , que les enfans furent chaffez
par les François , & qu'ils fe retirerent auprès
de l'Empereur des Romains , avec qui
ils demeurerent , ( 1 ) ce qui eft auffi attefté
en partie par Hugues de Fleury le
Continuateur d'Aimoin , & Robert de
Saint Marien d'Auxerre. De plus on trouve
dans l'Abbaye d'Uferche en Limofin , une
Chartre de l'an 1009 , dattée du Regne de
Robert , de Louis & de Charles , regnante
Roberto& Ludovico & Karlonio ; d'où l'on
infere que ces deux derniers Princes étoient
alors reconnus Rois dans l'Aquitaine , &
c'est ce qu'on conclut encore d'une autre
Chartre rapportée par Belly, dans fes Comtes
de Poitou , page 385 , laquelle fut
( 1 ) At vero Carolus in carcere ufque ad mortem
retentus eft Aurelianis ; ubi genuit filios Carolum
& Ludovicum & expulfi funt filii ejus
Francis profectique ad Imperatorem Romanorum
habitaverunt cum eo . Aimar. Caban , in Bibl.
Labb . t. 2. pag . 167. & Chron . S. Maxentii ,
ibid. pag. 204•
donnée
དྷཱ
DE JUIN 1722 . 163
donnée , Louis étant Roy , Data Ludovico
Rege ; car Blondel prétend que ce Louis
étoit le fils du Duc Charles. Voyez fon
Plenior affertio genealogia Francia , p. 37. *
A ces Chroniques de France on joint
celles d'Allemagne , qui contiennent la
fuite des Landgraves en queſtion , & que
Pictorius a publiées avec plufieurs autres ,
elles font des XIV , XV & XVI fiecles. On
dit qu'en 1015 il y avoit en ce pays un
Comte nommé Louis , avec fon frere auffi
Comte , qu'ils étoient iffus des Rois de
France Charlemagne & Louis le Debonnaire
, & parens de l'Empereur Conrad le
Salique , par l'Imperatrice Epifele ( petite
fille de Maltide Reine de Bourgogne , foeur
du Duc Charles ) ( 2 ) ce qui femble être
comme le fupplément des Chroniques
d'Aimar & de Maillezais : Elles marquent
auffi que Louis, qui fut furnommé le Barbu
obtint une partie de la Turinge en 1025 ,
( 2 ) Anno Domini 1015 Conradus Francigena
quidam Dux Francorum Imperator habebat duos
confanguineos, fcilicet Hugonem &Ludovicumfratrem
fuum ex ftirpe Regum Francorum progenitos
& multumpecuniofos . Hugo fuit in curia Archiepifcopi
Moguntinenfis , & fibi ferviebat . Quo mor.
tuod filiofuo omnia que reliquit devolutafuerunt
ad Ludovicumfratrem , qui fuit in curia Imperatoris
Chunradi, page 913 , ou il y a erreur dans
cette datte , Conrad n'ayant été Empereur qu'en
1025 ou il eft appellé là Empereur par anticipation..
après
164
LE MERCURE
'
après la mort de fon frere & de fon neveu.
Qu'en 1039 Conrad lui confirma par une
Charte qu'elles rapportent plufieurs 1erces
qu'il y avoit acquifes , & que de lui
defcendoient les anciens Landgraves. ( 3 )
Enfin Meffieurs de Sainte Marthe obfervent
que quelques Auteurs Allemands ont
cru que ces Princes venoient des Comtes
d'Orleans , & que ce qui avoit pû donner
lieu à cette fauffe opinion , eft que Louis
y étoit né , & que Charles fon pere y étoit
mort.
C'eft - là , MONSIEUR , ce qui a deter
miné Vignier & les autres fçavans hommes
de fon fentiment à croire que ce Louis
le Barbu étoit le même que le Louis fils du
Duc Charles de France , & il faut prefente
ment voir ce qu'on y peut oppofer , car
il est bien jufte d'entendre les deux parties,
(3 ) Ifte Imperator diligens Ludovicum cognatum
fuum , volens fibi providere de aliqua hereditate
beneficiis , mifit eum ad Archiepifcopum
Moguntinum Burdonem.... ut amorefui &propter
fervitium fratris fui Hugonis conferrer Ludovico
cognato fuo aliqua beneficia in Duecefi in
feudum, Epifcopus ve ò ad nutum Imperatoris ipfum
in Thuringiam mifit , & iidem vice Dominum
, id eft vicarium per totam Thuringiam fecit...
Ille igitur Ludovicus veniens in Thuringiam
ann. D. 1025 , le prafentavit nobilibus terra
,. c. page 913. Cette datte eft faufle suffi ,
Buidon n'ayant été élu Archevêque de Mayence
qu'en 1031 .
Les
DE JUIN 1712. 165
Les adverfaires de cette opinion tirent
auffi leurs preuves des mêmes Chroniques ,
& ils prétendent que les deux Princes dont
parlent les unes , font bien differens de
ceux dont il est fait mention dans les autres.
1°. Selon celles de Piftorius , Louis le
Barbu & fon frere fortoient de Princes du
Sang de France , établis au delà du Rhin
à notre égard , les Auteurs écrivant en Turinge
, & par confequent on ne croyoit pas
alors en Allemagne qu'ils fuffent venus de
la France occidentale , ce qui cft decifif :
Erant duo fratres Germani ex Francis
oriundi cis Rhenum de eleganti ftirpe Regum
Francorum Caroli Ludovici , confanguinei
Gifele Imperatricis , page 957.
2°. On ydit que ce Louis le Barbu , furnommé
encore Dide , étoit un des Ducs
de Souabe , & qu'ayant été forcé de quitter
ce païs , après avoir perdu plufieurs
Batailles , il obtint une partie de la Tu
ringe , que l'extinction de fes Ducs avoit
fait mettre en pieces. (4 ) Or comme l'Im-
(4) Nota , quod primus Ludovicus de que
Landgraviinati funt vocabatur Ludovicus Diaus
Barbatus , & ipfe defcenderat de genealogia Caroli
Magni Imperatoris , & cum cffet unus de Ducibus
Suevia , praliis annihilatus inde ceffit. Cum
autem dudum Duces Thuringorum defeciffent idem
Ludovicus Barbatus jufcepit principatum dicte
terra , qua tunc per plures diftracta & ufurpata
ceffavit dici Ducatus , pag. 692 .
H
peratrice
166
LE
MERCURE
peratrice Gifele , dont il étoit parent , avoit
pour pere Herman Duc de Souabe , &
que felon les mêmes Chroniques la Maiſon
de Sonabe & toutes les autres grandes
Maifons d'Allemagne avoient leur fource
dans le fang de Charlemagne , n'eft - il pas
naturel de croire que les Auteurs de ces
Chroniques tiroient la parenté de Louis
avec cette Princeffe du côté d'Herman , &
qu'il ne paffoit auprès d'eux pour être de
la Race de ce fameux Empereur , que parce
qu'il étoit auffi de la Maifon de Souabe ,
laquelle ne pouvoit venir de Charlemagne
que par les femmes , fi elle en venoit . ( 5 )
3 Le frere de Louis le Barbu s'appelloit
Hugues , & étoit fon aîné. Il devoit
même Pêtre de plufieurs années , ayant
laiffé un fils qui lui fucceda , & qui étoit
( s ) Notandum quod genus Caroli non ex toto
finen habuit ut dicitur , fed tantum à Romano,
rum regno finem accepit . Nam ut in Chronicis
invenitur , omnes Reges Francorum & Germanorum
, fed Principes & Duces & Comites iftarum
Provinciarum , fcilicet in Thuringia , in Ba-
Daria , in Franconia in Carinthia , in Bohemia,
in Suevia , in Saxonia , in Frifia , in Lotharingia ,
fed & omnes nobiles Alamannorum originem duxerunt
à genere Carolorum . Nam & Cunradus Imperator..
genus duxit à nobilibus Romanorum
fcilicet ab Anea & posteris fuis , & uxor ejus Gefila
originem habuit de nobilibus Francorum
Priamo Trojano pag. 956. Cunradus defcende-
Tat de firpe Chlodovei pag. 690.
• ?
mort
DE JUIN 1722. 167
fort avant l'an 1031. lorfque Louis étoit
à peine marié , car fon fils aîné nommé
Louis le Sauteur nâquit au plutôt en 1940,
puifqu'il deceda en 1123 , âgé de 8 3 ans,
felon une des Chroniques , pages 772 ,
786 , ou feulement de 73 ans felon une
autre Chronique plus ancienne , p . 916 .
Mais au contraire le frere de Louis fils du
Duc Charles fe nommoit comme fon pere,
& étoit né le dernier. Il est vrai que
Vignier cite une Chronique de France où
il étoit pareillement ,appellé Hugues , mais
ce ne peut être qu'une faute , les autres
Chroniques du Royaume qui lui donnent
le nom de Charles , étant confirmées par
la Chartre de l'Abbaye d'Uferche , déja
citée .
+
>
4°. Le fils de Hugues s'appelloit Wigman
nom abfolument inconnu aux Prin.
ces Carliens ; & le lui auroit - on jamais
donné s'il avoit été de leur Race , fur - tout
fi fon pere avoit été exclus de la Cou
ronne de France ? N'auroit- on pas même
alors choifi le nom de quelqu'un des Rois
fes ancêtres les plus cheris des François ,
afin de tâcher de ranimer leur affection
pour lui. Je fçai bien que l'attachement
du Duc Charles pour Othon II. à qui il
devoit la baffe Lorraine , l'engagea à donner
le nom de cet Empereur à fon fils
aîné , quoique, affez odieux aux François ,
Hij mais
168 LE MERCURE
mais c'étoit au tems où le Roy fon frere
avoit un fils pour lui fucceder , & il n'eut
garde de commettre une pareille faute pour
les deux autres fils , qu'on dit qu'il eut depuis
fon exclufion de la Couronne , qu'il
appella Louis & Charles , noms juſques -là
les plus reverez de la Nation .
5. Piftorius remarque page 962. que
le même Wigman ayant tué un de ſes ennemis
, fut dépouillé de fes biens & condamné
à mort par Aribon Archevêque de
Mayence , qui deceda en 1031. (6 ) Ec
qui croira que ce Prelat auroit traité de la
forte le veritable heritier de la Couronne
de France ; qui fe feroit refugié auprès de
lui , & à qui il feroit feulement arrivé un
pareil malheur ? outre qu'on ne fçauroit
prefque fe refoudre de fuppofer que ce
wigman fut fils d'un Prince qui ne ſeroit
né que depuis l'an 990.
6°. On dit que les deux freres étoient
fort riches en argent , (7) & que par cette
raifon l'aîné ne voulut s'attacher qu'au fer-
(6 ) Wichmannus fpoliatus paternis bonis , cum
adverfarium occidiffet , capitis condemnatus eft
ab Aribone Epifcopo Mogunting.
(7 ) Hugo Comes ob divitias nulli fervire voluit
ni Fuldenfi Moguntinenfi Principibus , que
mortuo filius ejus Wigmannus hareditatemfortitus
eft. Is in Moguntia occubuit. Page 957. Voyez
la feconde notte ,
vice
DE JUIN 1722 . 169
vice de l'Archevêque de Mayence & de
l'Abbé de Fulde . Que lui & fon fils étant
morts , l'Empereur Conrad qui aimoit
Louis cadet de Hugues , qui étoit demeuré
à la Cour , pria Burdon , fucceffeur de
l'Archevêque Aribon , de lui accorder
quelque Office de fon Eglife en Fief , par
la confideration des fervices de fon frere
& que fur une telle recommandation le
Prelat le fit fon Vidame pour la Turinge ,
dont il alla prendre poffeffion avec douze
Chevaliers Compagnons de fa Fortune.
(8 )
Mais fre'étoient là les fils duDuc Charles ,
d'où leur feroient venus ces grands trefors ?
Les auroient- ils trouvez dans leur prifon à
Orleans ? Et d'ailleurs comment auroientils
fi tôt oublié leur naiffance Royale ?
Etant en France ils auroient revendiqué
la Couronne avec le fecours de Guillaume
IV, ou V. Duc d'Aquitaine qui avoit pris
leur parti . Et neanmoins ils n'auront pas
enfuite plutôt refpiré l'air Germanique ,
qu'ils auront borné leur ambition à devenir
les Vaffaux de l'Archevêque de Mayence
& de l'Abbé de Fulde.
On répond que c'étoit un procès perdu
auquel ces Princes ne penfoient plus . Mais
(8) Ludovicus cum Barba cum duodecim Mi.
litaribns viris veniens Thuringiam &c. page 957.
Voyez la Notte troifiéme.
H iij
un
170
LE MERCURE
procès perdu pour le Royaume le plus im
portant de l'Europe , pouvoit-il ainſi abſolument
fortir du coeur & de la memoire de
ceux qui en avoient été privez injuſtement ,
& qui fe fentoient iffus de tant d'Empereurs
& de Rois dont il avoit été l'heritage ?
7. Les Landgravès venus de Louis le
Barbu ne fe feroient pas montrez auffi
moins indifferens à cet égard , quoique
prefque tous très- vaillans , pleins d'ambition
, & que le dernier d'entr'eux eût confenti
d'être couronné Roy des Romains
pour faire- tête à l'Empereur Frederic II.
ce qui lui coûta la vie. Pas un d'eux ne reclama
la Couronne de France , ni ne fe
plaignit d'en avoir été exclus , quelque facile
qu'il leur eut été de brouiller l'E
tat en s'uniffant aux hauts Vaffaux , affez
fouvent alors en guerre avec les Rois de
la nouvelle Race . Bien plus , on a une Lettre
du Landgrave Louis IV . à Louis le
jeune, où loin de lui redemander le Royaume
, il le fupplioit ſeulement d'accorder fa
protection à deux de fes fils qu'il vouloit
envoyer étudier à Paris . Il fe cenfeffoit :
coupable d'avoir jufques-là negligé fon
amitié . Mais afin de reparer fa faute , il
lui offroit fes fervices en toutes chofes , foit
ferienfes , foit divertiffantes . Et comme ce
Monarque avoit en ce temps - là des differens
avec l'Empereur , il s'engageoit mê-.
me
DE JUIN 1722. 171
me d'executer tout ce qu'il voudroit lui
commander , affuré , diloit - il , qu'il étoit
que de fon côté il obferveroit exactement
auffi fa parole. (9)
Que de reflexions , Monfieur , feroient
à faire fur une telle démarche , fi ce Prince
étoit le veritable heritier de Charlemagne.
Les François confervoient toujours une
grande affection pour les defcendans.
comme on le reconnut à l'égard de Louis
le Lion , petit-fils du même Louis le jeune.
Car dès qu'ils le virent fur le Trône ils ne
manquerent pas de remarquer qu'en lui la
(9 ) Regi Francorum Ludovicus D. G. Land .
gravius devotam fervitium cum fincera dilectione.
Quod hactenus nullam veftri notitiam habuimus
, fatis moleftefecimus. Super quod Majeftati
veftra deinceps fervitiis noftris tam jocofis quàm
feriis notificari volumus , veftre voluntati
fuper omnia refpondere cupimus. Filio enim meos
mnes litteras difcere propofui , ut qui majoris
ingenii necnon majoris inter eos notaretur dif
cretionis in ftudio perfeveraret. Ex his verò duos
ad præfens nobilitati veftra mittere propofui , ut
veftr juvamine nec non veftra defenfione Parifiis
ftabilius poffint locari. Ita tamen ut filva pace
veftra pro difcordia que eft inter vos & Imperato
rem hoc fecurè peragere poffint. Sicut enim abfque
medio bamus & capit & capitur , tali modo
fcimus quod quidquid fuper hoc nobis manda-
Veri'is illud omni dubio remoto aggredi audemus
quia non hoc immutabitis . V. Scriptor. rerum
Germanic . ex edition . Freheri. p . 309.
>
Hiiij.
Race
172 LE MERCURE
par
Race de ce grand Empereur recommençoit
à regner ( 1c) , quoiqu'il n'en fut iffu que
Itabelle fa mere , fille de l'arriere- petite
fille de la fille du Duc Charles. Et le grand
loge des autres Rois Capetiens étoit auffi
toujours pour eux de ce qu'ils defcendoient
du même Conquerant. Ainfi quelle joye
& en même tems quelle compaffion n'auroient
ils point reffentie s'ils avoient vû
dans la Capitale du Royaume fes petits-fils
en ligne maſculine fe porter avec ardeur à la
vertu dès leur jeuneffe , & fe montrer par là
dignes de fon Trône . Dans cet état , j'oſe
le dire , il n'auroit pas été prudent ni au
Landgrave de faire étudier les fils à Paris ,
où l'on auroit pû chercher à abreger leurs
jours , ni au Roy de les y recevoir , leur
naiffance étant capable d'exciter des fou
levemens contre lui. C'eft ce qui feroit
même vray à l'égard des autres Nations
quoiqu'elles ayent bien moins d'attache
que la Françoile pour la fucceffion legitime
à la Couronne.
9
On objecte que les Ducs de Medina
Cali , à qui la Couronne d'Espagne appartenoit
indubitablement , ont même
confenti de demeurer foumis aux Rois
(10) In hoc ergo ( Ludovico VIII , ) rediit
Regnum ad ftirpem Caroli Magni Imperatoris de
qua originem ex parte matris dignofcitur contraxiffe.
V. Chefnium Tom. s . pag. 28.4 . & 285 .
defcendus
DE JUIN 1722. 173
>
y
defcendus de celui qui l'avoit ufurpée.
Mais la comparaifon eft des plus imparfaites
, & pour en convenir on n'a qu'à lire
ce que Mrs. de Sainte- Marthe ont dit fur
ce fujet en parlant de Blanche , fille de
Saint Louis , & femme de Ferdinand fils
aîné d'Alfonfe X. Roy de Caftille , duquel
ces Ducs font iffus par une fille . Ils remarquent
que ce Prince qui mourut avant
fon pere , laiffa deux fils , Alfonſe & Ferdinand
; que leur ayeul les exclat de la
fucceffion au Royaume , pour l'affurer à
Sanche IV. fon fils puîné , qu'il fuppofoit
en être devenu le plus proche heritier , &
que cette difpofition eut fon execution
nonobftant que ce Monarque l'eût revoquée
depuis , outré qu'il fut de l'ingratitude
de Sanche à fon égard . Qu'à la verité
notre Roy Philippe le Bel leur couſin
germain , qui avoit lui - même des pretentions
fur la Caftille du côté de Blanche
mere de Saint Louis , fa bifayeule , prit
leur deffenſe , mais que par un Traité de
Paix conclu à Lion en 1290 , ils abandonnerent
leurs droits à Sanche à de certaines
conditions. Alfonfe , l'aîné des deux freres,
eut un fils nommé Louis pere d'Ifabelle,
qui époufa Bernard fils naturel de Gafton
Phoebus Comte de Foix. Ce Bernard fur
fait Comte de Medina Cali , en confidesation
de cette Alliance , & Louis petit
H v fils
174 LE MERCURE
fils de fon petit- fils en fut fait Duc , l'um
& l'autre par des Rois de Caftille fortis de
Sanche . Or la renonciation de l'ayeul
d'Ifabelle ôtant à cette Princeffe & au Bâtard
de Foix fon mari toute efperance de
pouvoir le faire reftituer le Royaume de
Caftille par les Princes du Sang mafculinqui
en étoient demeurez en poffeffion , &
voyant d'ailleurs qu'ils feroient comblez
de biens & d'honneurs en demeurant auprès
de ces Monarques , eft- il furprenant
qu'ils ayent & leur pofterité auffi , mieux
aimé prendre ce parti ( ce qui fur- tout ne
devoit pas coûter beaucoup à Bernard
qui avoit bien fujet d'être content d'une ,
fi bonne fortune ) que de fe retirer fous
une Puiffance Etrangere pour fubfifter de
fes liberalitez , qui n'auroient pas fouvent
été fort affurées ? C'eft veritablement à ces
Ducs de Medina Cali , qu'il convient de
n'être pas plus touchez de la perte de la
Couronne dont il s'agit , que de celle d'un
procès.
>
80. Le filence de tous les Ecrivains du
tems des anciens Landgraves , ou qui en
étoient proches , dont aucun n'a dit qu'ils
euffent droit à la Couronne de France
non pas même dans les occafions où il auroit
été très-naturel de le remarquer , s'ils
en avoient eu quelqu'un , doit paroître
auffi d'une grande autorité. Car chacun
fçait
DE JUIN 1722. 175
fçait qu'alors les Auteurs rendent volontiers
juftice à qui elle eft due . Gregoire
VII. par exemple , étant irrité contre le
Roy Philippe I. mandoit aux Evêques
François qu'il n'étoit qu'un Tyran , qu'ils
euffent à lui refuſer l'obeiffance , à n'avoir
plus de Communion avec lui , à jetter l'Interdit
fur les Etats ; & il ajoûtoit , que fi
après cela il ne fe corrigeoit pas , il vouloit
bien que chacun fçut qu'il mettroit
tous moyens en oeuvre pour lui ôter le
Royaume ( 11) C'étoit en 1074. Le Landgrave
Louis le Sauteur , fils de Louis le
Barbu n'avoit encore que 34 ans , & ainſi
il auroit été très propre pour l'execution
du deffein de ce violent Pape , s'il avoit
été le petit-fils du Duc Charles , à qui
Hugues Capet avoit enlevé la Couronne.
Or dans cet état comment Gregoire , pour
fe rendre plus redoutable, auroit-il manqué
de témoigner encore à ces Prelats, que certe
Couronne appartenoit même à ce Landgrave
, & qu'il étoit bien jufte de la lui
reftituer..
(11 ) Rex vefter qui non eft Rex. Sed tyrannus
dicendus eft.... ab ejus vos obfequio atque communione
penitus feparantes per univerfam Fran .
ciam omne divinum officium publié celebrari
interdicite. Quod fi nec hujufmodi diftrictione
voluerit refipifcere , nulli clam aut dubium effe*
volumus quin modis omnibu Regnum Francia de
ejus occupatione adjuvante Deo tentemu er pere.
Ex Epila s.
Libri KI. H.vi
176 . LE MERCURE
99. Il eft contre toute vraisemblance
qu'Aimar de Chabanois & l'Auteur de la
Chronique de S. Maixant ayent compris
les enfans , qu'ils difent être nez à Charles
durant fa prifon , parmi ceux qu'ils affurent
avoir été chaffez par les François , &
s'être refugiez auprès de l'Empereur des
Romains , puifqu'ils rapportent leur expulfion
au tems de la détention de leur pore,
& que ces derniers Princes alors à la
mamelle , étoient encore en France dixhuit
ans après. Ainfi ces Chronographes .
n'auront donc entendu parler que des autres
enfans du Duc Charles , dont le nouveau
Monarque ne put pas le faifir , & que les
François ne voulurent point reconnoitre.
وہ
A la verité on ne voit dans l'Hiftoire:
qu'Othon fon fils aîné , & les deux filles
Ermengarde & Gerberge qui faffent demeurez
fous la protection de l'Empereur. Maispeut
être y en auroit- il eu encore d'autres,
dont la memoire ne fe feroit point confervée
, ou bien nos deux Ecrivains auront
été mal informez , ce que je montrerai
cy-après être fort probable. L'Empereur
laiffa le Duché de Baffe Lorraine à
Othon, Ermengarde époufa Albert L.Comte
de Namur , Gerberge fut mariée à Lambert
II. Comte de Mons & de Louvain ,
l'un & l'autre Princes relevans auffi de
l'Empire.
DE JUIN 1722. 177
l'Empire. Voilà ce qui aura fait dire à ces
Auteurs que les fils de Charles avoient
été chaffez , & étoient allez trouver l'Empereur
des Romains , après que leur pere
cut été fait prifonnier en 990 .
Cependant Blondel & le P. Pagy veu→
lent que l'expulfion dont ces Ecrivains
parlent , foit pofterieure à l'an 1009. la
Chartre d'Uferche faifant foy que les deuxderniers
fils du Duc Charles étoient encore
en France en cette année- là . Ils pré--
tendent même auffi par cette Chartre que
ces Princes regnoient réellement alors fur
les Aquitains , & que le Duc d'Aquitaine
avoit jufqu'à ce tems là foutenu leur parti :
mais qui embraffera jamais un tel fentiment
, quand on ne voit aucune trace de
cette longue guerre entre les premiers
Rois Capetiens & les Ducs d'Aquitaine ,
laquelle pourtant à ce compte auroit duré
plus de vingt années ? Les Chroniques remarquent
feulement que Guillaume IV .
Duc d'Aquitaine , retufa d'abord de reconnoître
Hugues Capet , que celui - cy
pour l'y forcer affiegea Poitiers , qu'il ne
put prendre , mais que Guillaume l'ayant
pourfuivi jufqu'à la Loire , fut défait , de
maniere qu'il le foumit auffi au nouveau
Souverain , & à Robert fon fils , qu'il
avoit affocié à la Royauté le 1. Janvier
988.
178 LE MERCURE
988. ( 12 ) C'eſt ce qui dût arriver avant
la fin de l'an 991. & du vivant même du
Duc Charles , à caufe d'une Chartre de ce
Duc Guillaume , dattée de la quatriéme
année du Regne de Hugues, facré en Juillet
987. laquelle eft dans l'Hiftoire des Comres
de Poitou , page 279.
Il y eut bien encore d'autres Grands qui
rejetterent l'élection de ce Prince , & même
d'entre ceux qui lui avoient auparavant
été fort attachez ; mais il fçut les
faire revenir à lui peu à peu , au témoignage
de Glabert ; ( 13 ) & loin que la
Chartre d'Uferche prouve que le Roy Robert
fut en guerre avec Guillaume V.
Duc d'Aquitaine en 1009. & que les fils.
du Duc Charles regnaffent alors dans ce
(12 ) Sanè Du Aquitanorum reprobans ne- ·
quitiam Francorum goni fubditus effe noluit.
Onde factum est ut go exercitu Francorum admoto
urbem Pictavi obfidione fatigaret. Dumque
fruftratus receffiffet , cum Aquitanorum manu willelmus
infecutus eft Ligerim , ubi in gravi pralio
decertantes Francorum & Aquitano - um animofirates
multo fanguine alterna cade fulo fuperiores
Franci extiterunt fic reverfi funt , pacem
poftmodo willelmus cum vgone & Roberto filie
ejus fecit. Aimar . Caban . pag. 167.
,
(13 ) Non multo post plerofque fuorum ques
etiam prius in univerfis habuerat fubditos , perfenfit
contumaces ; tamen ut erat corpore & mente.
vividus , cunctos fibi rebelles paulatim compelcuit.
Glaber Lib . 1. c . I.
Pays ,
DE JUIN 1722. $79
Pays , on en infere tout le contraire , &
neceffaitement puifqu'elle eft auffi caracterifée
par le Regne de ce Monarque , qui
y eft nommé le premier , Regnante Roberto
& Ludovico& Karlonio , n'eft-il pas dès- là
manifefte que ces autres Princes ne lui
étoient joints que parce qu'on fouhaittoit
qu'ils regnaffent , & s'ils avoient effectivement
été élevez fur le Trône , auroit- on
mis Robert leur mortel ennemi avant eux
dans cette Chartre , ou l'y auroit- on même
nommé en aucune façon ? C'eft dans ces
occafions qu'on ne fçauroit fervir deux
Maîtres ; mais ces jeunes Princes étant
apparemment toujours enfermez , l'Auteur
de la Chartre étoit bien aiſe d'y témoigner
qu'il auroit eu bien du plaifir à les voir
fur le Trône , & que ce n'étoit que par
force qu'il le foumettoit à celui qui l'occupoit
en leur place.
Il faut remarquer que cette Chartre eſt
d'un fimple Particulier , & non pas d'un
Duc d'Aquitaine , à qui il ne feroit pas.
convenu de la faire datter d'une ſemblable
maniere , & qu'il y a dans l'hiſtoire des
Comtes de Poitou , pages 357, 377 &
380 des Chartres du Duc Guillaume V.
des années 1002 , 1004 & 1009 , où il
n'eft fait mention que du Regne de Robert
, ce qui ne laiffe aucun lieu de douter
que ce Monarque ne fûtfeul reconnu Roy
dans
180 LE MERCURE
9
dans cette Province au temps de la Chartre
en queſtion, qui eft de cette derniere année.
A l'égard de la Chartre qui eft dattée
du Regne du Roy Louis , & que j'ay déja
citée , je ne croirai jamais avec Blondek
que ce Louis fut le fils du Duc Charles
tant cela eft contre toute vraisemblance
& je demeureray toujours très perfuadé
qu'il eft le Roy Louis V , fils de Lothaire ,
qui mourut en 987 , puiſque cette Chartre
ne paroît pofterieure à cette année par aucun
caractere certain , & d'ailleurs s'il s'y
trouvoit des preuves de pofteriorité , j'aimerois
encore mieux la fuppofer ou fauffe
ou alterée , que d'admettre l'autre opinion ,
qui ne s'accorde avec ancun Hiftorien , &
que Blondel n'a imaginée que parce que
Befly a attribué cette Chartre à Guillaume
V Duc d'Aquitaine , qui ne parvint à ce
Duché qu'en 993. Au moins on doit convenir
que les deux derniers fils du Duc
Charles étoient encore prifonniers en
100s lors de la mort d'Othon ( 14 ) leur
( 14 ) I femble que le fçavant M. le Fevre
Chantereau , n'ait pas connu la Chartre d'Uferche
, qui prouve que deux freres de cet
Othon vivoient encore en 1009 , lors qu'il oſe
afiurer que ce Prince fut le dernier de la Race
de Charlemagne , tant en France qu'en Allemagne,
& en quelqu'autre endroit du monde
que ce fut . C'eft dans fés Confiderations Hiftoiques
fur la Lorraine , page 130
frere
DE JUIN 1722.
183
frere aîné Duc de Baffe Lorraine , qui deceda
fans enfans , puifque ni l'un ni l'autre
ne lui fucceda dans ce Duché , qui étoit
l'heritage de leur pere.L'Empereur S. Henry
le donna à Geofroy d'Ardenne , & auroit-
il pû leur en refufer l'inveftiture ſous
aucune couleur , s'ils avoient été en état
de la lui demander ? fur tout n'étant privez
de la Couronne de France qu'à cauſe du
trop grand attachement que leur pere avoit
témoigné pour Othon III fon predeceffeur
. Or file Roy Robert les retint jufques
là dans fes liens , comment feroit il probable
qu'il leur eut rendu depuis la liberté ?
& la raison de fureté qui avoit determiné
Hugues Caper à laiffer mourir le Duc
Charles leur pere dans fa prifon , n'obligeoit
-elle pas encore plus fortement Robert
à les traiter avec la même rigueur
quand il vit qu'en eux les Princes legiti
mes de la feconde Race achevoient de s'éteindre
? car leur permettre alors d'aller
s'établir dans les païs voifins de la France ,
ç'auroit été vouloir fe perpetuer des competiteurs
redoutables pour la Couronne
ce qui n'eft pas concevable.
Au refte , quoi que je me fois ici attaché
à faire voir que ce qui fe lit dans la Chronique
d'Aimar touchant l'expulfion des fils
du Duc Charles par les François , ne fçauroit
regarder ceux que Hugues Capet eut
entre
182 LE MERCURE
entre les mains , je fuis pourtant très porté
à croire que l'endroit dont il s'agit n'eft
qu'une addition aflez pofterieure à cet Autéur
, & c'est ce qui ne furprendra que
ceux qui ne fçavent pas qu'il eft bien peu
de Chroniques de ces temps - là , qui n'ayent
été ainfi augmentées par les Copiſtes qui
fe donnoient la liberté d'inferer dans le
texte les faits omis que les Lecteurs ajoutoient
fouvent en marge , & qui fe trouvoient
en d'autres Chroniques. Ce qui
m'a ainfi prévenu* fur cet endroit , eft
qu'il contient des fauffetez dans lefquelles
un Ecrivain contemporain & homme de
qualité , comme Aimar , n'étoit, guere capable
de tomber , & qu on y paroît parler
de chofes affez éloignées de foy .
Aimar , felon que le P. Mabillon l'ob
ferve dans les Annales , tome 4 , pages
341 & 348 , avoit quarante ans en 1028 ,
& n'a pouffé fa Chronique que jufqu'à
cette année , ce qui fait conjecturer au
fçavant Benedictin qu'il aura peu vêcu depuis
, ainfi il avoit huit ou neuf ans à la
mort de Hugues Capet , & le furnom de
ce Prince lui devoit être bien connu . Cependant
on le lui ôte dans cet endroit
de la Chronique de cet Auteur , & on l'attribue
à fon pere , qui avoit ceux de Grand
& de Blanc Ugo Dux , y dit- on , filius Hngonis
Caputii in Regem elevatus eft , page
157.
DE JUIN 1712. 183
157. Aimar aura- t'il commis une telle
faute ?
J'ay bien voulu fuppofer juſques ici ſur
Pautorité de ce même endroit , que Louis
fils du Duc Charles étoit veritablement né
durant la prifon de fon pere , qui fut enfermé
dans le Château d'Orleans en 990 ,
mais le fait eft neanmoins faux , comme
Blondel l'a invinciblement prouvé par l'Hiftoire
du Concile tenu en Juin 991 à Saint
Balle près de Reims , pour la dépofition
d'Arnoul Archevêque de cette Ville , laquelle
Hiftoire eft du celebre Gerbert ,
qu'on fubftitua à ce Prelat , & qui fur
enfin élevé fur le fiege même de S. Pierre
fous le nom de Sylveftre H. Un des crimes
qu'on y reprocha à Arnoul , étoit
qu'il avoit exhorté Reinier Vicomte de
Reims , à tâcher de fauver le jeune Prince
qu'il aimoit extremément , & de l'éducation
duquel il prennoit apparemment foin.
Nefcis te , lui dit Reinier lui même , Ludovici
amorem filii Caroli omnibus prætuliffe
mortalibus , & placere vellem ut de ejus
falute cogitarem. Ainfi la naiffance de Louis
ayant precedé la détention de fon pere , &
peut - être même de plufieurs années , comment
Aimar auroit-il pû s'imaginer qu'elle
ne feroit arrivée que depuis , & que Charles
l'auroit engendré durant fa captivité ?
On ne reconnoît point là un Ecrivain du
temps
184 LE MERCURE
temps , mais bien celui qui rapporte
feule
ment ce qu'il a appris par tradition , en
quoi il eft rarement exact. Louis dès
fon enfance fera auffi tombé au pouvoir
de Hugues Capet , qui le faifoit chercher ,
comme on le voit par l'accufation cy- deffus
de Reinier , & il fera mort ainfi que for
perc dans les liens de ce Monarque , ce qui
aura pleinement fuffi pour faire fuppofer
dans la fuite qu'il étoit même né dans la
prifon.
Une autre preuve de l'addition de cet
endroit dans la Chronique d'Aimar , eft
que l'Auteur ne paroît pas avoir connu
diftinctement Othon fils aîné de Charles ,
puis qu'il ne le nomme point , ni fçu qu'il
avoit fuccedé aux Etats de fon pere , puis:
que s'il avoit été inftruit de ce fait , il ne
fe feroit pas contenté de dire en general ,
après avoir rapporté la naiffance de Charles
& de Louis fes freres , que les fils du
Duc Charles avoient été chaffez par les
François , & s'étoient retirez vers l'Empereur
des Romains , auprès duquel ils demeurerent.
Au furplus il eft étrange que
les Sainte Marthe ayent cru que cet Empereur
des Romains étoit Conrad le Salique
, lequel ne fut élu qu'en 1025 , car
en differant juſques- là la retraite des Prin
ces que le Chroniqueur a eu en vûë , il
faut fuppofer qu'ils feroient encore reftez
en
DE JUIN 1722.
en France au moins 3 3 ans après la mort
de leur pere , qui eft ce que les Sçavans
dans notre Hiftoire n'admettront jamais.
Pour revenir aux Landgraves de Thuringe
, j'ay encore à repondre à l'induction
que les Sainte Marthe tirent de ce qu'ils
paffoient en Allemagne pour eftre fortis
des Comtes d'Orleans . Comme Blondel
n'a pû trouver de plus ancien garent de
cette tradition que Peuçer , Ecrivain du
milieu du xvx fiecle , qui a obfervé dans
fes additions à la Chronique de Carion
que quelques uns attribuoient le titre de
Comte des Orleanois à Louis le Barbu ( 15 )
Un témoignage fi recent ne fçauroit être
d'aucun poids , d'autant plus qu'il eft certainement
faux qu'il y ait eu alors aucun
Comte d'Orleans ; c'eft pourquoy il a été
rejeté avec mépris par Piftorius, ( 16 ) Ce
dernier , qui a donné la Genealogie de ces
Princes à la fuite de leurs Chroniques
croit que le même Louis étoit fils de Guillaume
I, ou II . Comte d'Arles , mais ce
( 15) Cui ( Ludovico nonnulli tribuune
titulum Comitum Aurelianenfium. Vid, Chron .
Carion,
( 16 ) Hugo & Ludovicus Barbatus filii Willelmi
Comitis Arelatenfis ) fic enim fentio , cum
alii contra omnium hiftoriarum teftimonia contendant
fuiffe Aurelianenfem quo nomine tum
nulli erant per univerfum Gälliam principes ,
Page 962 .
n'eft
86 LE MERCURE
n'eft que par conjecture , car il ne rapporte
aucune preuve ( 17 ) & il ne s'en trouve
aucune dans les Hiftoires modernes de
Provence , dont les Auteurs ont tant recherché
les antiquitez de ce païs , ce qui
rend le fait plus que douteux ; ainfi quoi
que je me tienne bien affuré que ces Landgraves
n'étoient point du Sang mafculin
de nos Rois Carliens , je fuis pourtant
reduit à ne pouvoir démontrer leur veritable
origine.
Il me faut donc en demeurer neceffairement
là , & c'eft prefentement , MONSIEUR
, à vous de voir fi l'opinion que
j'ay embraffée n'eſt pas la plus vrai- femblable
& la mieux établic ; car je croi vous
avoir mis en état de prononcer fur ce different
, il y aura toujours à gagner pour moy
de quelque côté que vous vous declariez :
fi c'eft en ma faveur , je triompheray d'a
voir enlevé au parti oppofé un homme
( 17 ) Peut- être que la facilité qu'il y a de
confondre le mot Arelatenfis avec le mot Aurelianenfis
, aura porté Piftorius à fuppofer que
l'on auroit cru les Landgraves iffus d'un Comte
d'Orleans, parce qu'ils feroient venus d'un Comte
d'Arles ; cependant il eft bon de remarquer
que les noms de Hugues , de Louis , & de Bereger
, qu'on voit dans les premiers Princes de
cette famille , ont étê iflus d'autant de Rois
d'Italie & d'Arles qui les ont precedez , & qu'ils
auroient pû avoir quelque parenté avec ces Momarques.
} de
DE JUIN 1722. 187
de votre penetration , & fi vous ne jugez
pas devoir changer de fentiment , ce ne
lera fans doute qu'en me marquant clairement
le defaut du mien , ce qui me le fera
auffi -tôt abandonner , & redoublera l'eftime
fincere avec laquelle vous fçavez que
je fuis depuis long-temps , MONSIEUR ,
Votre &c.
Ce premier Fevrier 1721 .
Fragment d'une Lettre de M. L. M. S. P.
à un de fes Amis de Province .
J
A Paris , ce 30 May 1722 .
'Oubliois à vous propoſer un Problême
au fujet de la Comedie de l'Opiniâtre.
Cette Piéce a été annoncée ſous le
>
nom de l'Auteur du Grondeur qui de
notorieté publique eft de feu M. de Palaprat
& de M. l'Abbé . : car perfonne
n'ignore que ce cher affocié , dont
parle fi fouvent & en de fi bons termes
M. de Palaprat dans fes Prefaces , ne foir
ce fçavant Abbé * . On demande fi M.
l'Abbé ... qui a fait prefenter l'Opiniâtre
aux Comediens comme de luia
eu deffein de faire entendre au Public
que M. de Palaprat en a partagé le tra-
* Oeuvres de Palaprat , Edit. 1712
vail ,
*** LE MERCURE
vail , où s'il veut s'arroger la gloire d'avoir
fait feul le Grondeur.
On répond à ceux qui foutiennent le
premier de ces fentimens , qu'il n'eſt pas
naturel de croire que cet Abbé ait voulu
partager avec quelqu'un la reputation qu'il
efperoit de cet Ouvrage , puifqu'il n'a pris
aucunes mefures pour en partager le profit
avec les heritiers de M. de Palaprat ;
& à ceux qui foutiennent le fecond , que
ce feroit faire injure à M. l'Abbé ...
que de le foupçonner de vouloir Aetrir
la memoire de fon ancien Affocié ; que la
bonté de fon coeur lui auroit fait ablolument
abandonner un tel projet , ou les
lumieres de fon efprit choisir un temps
moins fufpect , par exemple , celui où il
donna les Empiriques , M. de Palaprat
vivoit pour lors , il auroit repouffé vivement
la calomnie , ou foufcrit modeftement
à la verité voilà ce qui fe dit dans le
monde. La forte de Pirrhoniſme dont je
fais profeffion , ne me permet pas de refoudre
ce Probléme . Pour vous , qui
comme un autre Ciceron , êtes Magnus.
Opinator , vous allez , j'en fuis sûr , porter
un Jugement bien favorable , ou bien
delavantageux à M. l'Abbé.... & c.
Le 23 de Juin , veille de S. Jean Baptifte
on expliqua une Enigme dans le
Grand
DE JUIN 1722.
189
les
le
Grand College des Jefuites de Lyon : le-
Tableau reprefentoit la Tête de S. Jean-
Baptifte , qu'Herodiade , après l'avoir reçue
des mains d'un Soldat , avoit pofée fur
une table , & dont Herodias venoit de
percer la langue avec un poinçon : après
deux fens differens , qui furent donnés à
cette Enigme , on fit connoître à l'Affemblée
que le veritable étoit le Jet d'Eau :
rien en effet ne le reprefente plus naturellement
les veines , d'où jaillifoient
quelques goutes de fang , font le fimbole
naturel des canaux fouterrains
, que
Auteurs , qui ont écrit fur le Jet d'Eau ,
n'appellent jamais que vene latentes
poinçon figuroit le jailliffement , qui ne
s'exprime en Latin que par le mot de fa-
"gitta : Ceu rotet undantem , liquidum per¹
inane , fagittam , dit le P. Rapin dans
fon Poëme des Jardins . L'eau ne peut
être mieux reprefentée que par le fang ,
qui eft auffi un corps fluide , & la tête
du Dauphin , dans laquelle eft renfermée
le tuyau , par celle du Saint , qui paroît
à peu près dans la même fituation : les
cheveux furent expliqués fur la mouffe
fuivant ce Vers Latin d'un Poëte , qui dit
en parlant des monftres Marins , qui femblent
jetter l'eau : Horrendo capiti veluti
coma muſcus inhæret. L'application du plat
eft aiſéé : la forme & la figure du baffin
I eft
190 LE MERCURE
eft à peu prés la même , & le même mor
en François , & en Latin les fignifie éga
lement tous les deux pour la table coùverte
d'un tapis verd bordé d'une affez
longue frange , elle fervit à marquer le
quarré de gazon , au milieu duquel on a
coutume de placer le jet d'eau avec le bouis
qui l'entoure : les carreaux qui paroiffoient
Lous la table étoient les divers compartimens
d'un parterre , qu'on appelle auffi
carreaux. Les quatre figures rangées autour
de la table , fçavoir Herode , &
celles qu'on a déja nommées , pafferent
pour les Statues , qui environnent ordinairement
le jet d'eau , & qui par un effet
de l'art font toujours placées , & animées
de telle forte , qu'elles femblent prendre
plaifir à voir jaillir l'eau , ainfi que celles- là
fembloient en prendre à voir couler le
fang du Saint : le Thrône , fur lequel Horode
étoit affis, fut le pied d'eftail , fur lequel
on a coutume d'élever les ftatues :
ces applications furent trouvées affez heureufes
, auffi - bien que le rapport qu'on fit
voir entre le jet d'eau , & Saint Jean-
Baptifte lui-même : il fut tiré de fon nom,
qui dans les Langues originales fignifie
arrofer, & de l'eau du jet d'eau , qui s'élevant
& retombant d'abord aprés fur la
tête du Monftre marin , marque affez bien
la manière dont ce grand Prophete adminiftroir
DE JUIN 1722. 191
niftroit le Baptême : l'explication de l'Enigme
commença & finit par ces quatre
Vers :
Au Jet d'Eau ce Portrait eft tout -à- fait femblable
,
Il en offre lui -même un Portrait admirable ,
Et jufqu'au moindre trait it reffemble fi fort ,
Qu'il eft für que chacun le reconnoît d'abord.
SUPPLEMENT.
Ele Roy étoit
accompagné dans fon
N partant de Paris pour Verfailles ,
Carroffe de Monfieur le Duc d'Orleans ,
du Duc de Chartres , du Duc de Bourbon,
du Comte de Clermont , & du Maréchal
de Villeroy fon Gouverneur. Les Détachemens
des Gendarmes & Chevaux-
Legers de la Garde , & des deux Compagnies
de Moufquetaires , les Commandans
à leur tête , precedoient le Carroffe
de Sa Majefté , qui étoit fuivi du Guer
des Gardes du Corps . Les Habitans de
Verſailles qui étoient accourus aux avenuës
du Château , reçurent le Roy avec
de grandes acclamations , & le foir ils
témoignerent encore leur joye par des
feux , des illuminations & des feſtins.
I ij
En
192 LE MERCURE
En defcendant de Carroffe Sa Majesté
alla faire la priere à la Chapelle , monta
enfuite dans fon appartement , où elle ne
fut pas long temps ; & alla aprés le promener
dans le petit Parc. Le lendemain
on chanta le Te Deum en action de graces
dans la Chapelle du Château , à la Paroiffe
& aux Recolets.
1
Le 17 après midi l'Infante Reine ,
accompagnée de la Ducheffe de Vantadour
& de la Princeffe de Soubife , fe
rendit à Verfailles . Le Roy qui alla la
recevoir , la conduifit par le grand appartement
dans celui qui lui avoit été preparé.
Madame du Taur , foeur du Comte de
Nocé , qui avoit eu ordre de fe retirer
en Touraine , a eu la permiffion de revenir
à Paris .
M. Arnaud de Boëx , Confeiller au
Parlement , Rapporteur de l'importante
& penible procedure des complices de
Cartouche , vient d'être gratifié d'une
penfion du Roy de 3000 livres .
Le Parlement vient de rendre encore
trois Arrefts du 30 de ce mois , portant
condamnation de mort contre Nicolas
Moure , dit More , Soldat Irlandois ,
convaincu d'affaffinats à coups de bâtons ,
& à main armée , nuitamment volant
dans les rues de Paris , & de vols dans
le
DE JUIN 1722 .
193
T le Louvre & autres Maifons Royales :
contre Louis Hervé , Garçon Perruquier ,
Voleur dans les Thuilleries , & autres
Maiſons Royales , dans les Eglifes , Forres
, Marchez , & autres endroits publics ,
& contre Jean Milorin , convaincu des
mêmes crimes ; tous trois complices de
Cartouche .
Le Roy a donné le Prieuré Conventuel
de Chalard , Ordre de S. Auguſtin , Dio.
céle de Limoges , au fieur François de
Beauroyre de Villiac , Clerc tonfuré , fur
la démiffion du fieur Abbé de Couftin du
Maſnadeaux , dernier titulaire.
L'Archidiaconé du Detroit du Razés
dans l'Eglife Metropolitaine de Narbonne,
qui a vaqué en Regale par le decés du fieur
Juif , au fieur Gerard du Barry , Prêtre
du Diocele de Sarlat.
La Coadjutorerie de l'Abbaye de N. D.
de Belcombe , Ordre de Citeaux , Dioceſe
du Puy , fur le confentement de Madame
de Morangiers , Abbeffe , à la Dame Ma
delaine de Chaftel de Condres , Religieufe
du même Ordre .
L'Abbaye Commandataire de S. Fucien
au-Bois , Ordre de S. Benoit , Dioceſe de
Limoges , fur la démiffion du fieur Sublet
d'Heudicourt , a été donnée au fieur Phihabert
Bernard Baudry , Clerc tonfuré ,
I iij avec
194 LE MERCURE
avec referve de 800 liv. de penfion pour
le fieur d'Heudicourt.
Le 29 de ce mois , le Roy alla entendre
Ja Meffe dans l'Egliſe de S. Cyr , où S. M.
fe confeffa au Pere de Lignieres , Jefuite
& l'après-midy le Roy entendit dans la
Chapelle du Château de Verfailles , les
Vêpres chantées par fa Mufique.
> M. Charles Benigne Hervé ancien
Evêque de Gap , & Dom d'Aubrac ,
Ordre de Saint Auguſtin , Diocéfe de
Rhodez , mourut à Paris le 27. Il avoit
été nommé à cet Evêché en 1684. & s'en
étoit démis en 1706 .
On apprend par les dernieres Lettres de
Madrid que le Roy d'Efpagne a accordé
la Grandeffe au Comte de la Mothe
Houdancourt.
Les Etats de Bretagne doivent fe tenir
à Nantes au mois de Novembre prochain.
Le Maréchal d'Eftrées , Commandant dans
la Province , y fera le Commiffaire du
Roy , le Prince de Leon à la tête de la
Nobleffe , & l'Evêque de Nântes député
pour le Clergé.
Le 13 de ce mois l'Abbé de la Châtre
foutint en Sorbonne fa Mineure , ayant
pour Prefident M. de Raffignac , Evêque
de Tulles. Quantité de Cardinaux , d'auares
Prelats , & beaucoup de perfonnes
de
DE JUIN 1722. 195
de confideration fe trouverent à cette
Theſe.
Il y a eu un orage en Champagne ,
mêlé de grefle d'une groffeur prodigieufe ,
qui a caufé beaucoup de dommage , &
prefque ruiné huit lieuës de pays aux
environs de Château - Thierry.
?
Nous n'avons apris que depuis peu la mort
de Mre Nicolas- François de Montgommery
, Chevalier , Seigneur Comte dudit
lieu , Baron des Baronnies d'Efcots , Vignaift,
Saint Silvain , la Breuiere , Verneuillet
, Camembect , Saint Georre en Auge
le Mefle fur Sarthe , Marchemaifons , le
Mefnilbrouft , Beaumont & autres Seigneuries
, arrivée en fon Château de Saint
Germain de Montgommery en Normandie
le 26 Novembre dernier , âgé d'environ
65 ans. La branche aînée de cette
illuftre Maiſon eft éteinte en fa perfonne ;
il laiffe quatre niéces de fon nom qui ne
font point mariées. Madame la Comteffe
de Montgommery fa veuve , eft de la Maifon
de Montlivaut.
Il étoit fils de M. François de Montgommery
, Chevalier , Seigneur Comte
dudit lieu , & defcendoit en droite ligne
de Roger de Montgommery , qui fut Tuteur
& Regent du Roy d'Angleterre &
Duc de Normandie , & qui fut un des
principaux Seigneurs qui aida à Guillaume
le
196 LE MERCURE
r
le Conquerant à faire la conquête d'u
Royaume d'Angleterre , où il y a encore
une branche de Montgoinmery , auffi bien
qu'en Ecoffe ; mais il n'en refte plus en
France que M. Jean de Montgommery ,
Maréchal des Camps & Armées de Sa
Majefté , qui n'eft point marié.
Nous ne nous étendrons point fur les
illuftrations de cette Mailon , aliée aux
principales têtes couronnées de l'Europe ,
dont on peut voir les éclairciffemèns plus
au long dans le Pere Sainte Marthe , la
Clergerie , & dans plufieurs autres Genealogiftes.
9
Le Parlement vient encore de rendre
deux Arreſts du 3 & 4 Juillet , portant
condamnation d'être rompus vifs , contre
Jean Baptifte Chevrelot , dit Drillon
dit Beaulieu ou Beaufort , Garçon Perruquier
, cy-devant Soldat , convaincu
de meurtres & affaffinats , & entre
autres de l'affaffinat commis en la perfonne
du nommné Maffé fur le Quay des
Auguftins , de vols dans Paris à main armée,
& dans les Maifons Royales : Et
contre Louis de la Riviere , dit , Va- debon-
coeur , cy- devant Soldat , convaincu
de vols avec effraction nuitament dans
les rues de Paris ; notamment de neuf
pieces de drap écarlate des Gobelins ,
attroupement de nuit dans les rues de
Paris ,
DE JUIN 1722 . 197
Paris , avec port d'armes , affaffinat à
coups de bâtons & barres de fer , vols
dans les Maifons Royales & Eglifes ;
complices de Louis-Dominique Cartouche
, & c .
La Differtation de M. l'Abbé de
Camps , concernant le Sacre Couronnement
des Rois de France , depuis
Pepin jufqu'à Louis XIV inclufivement
, fe vend chez les mêmes Libraires
qui debitent le Mercure.
1 TX:101DIT :100%
J's
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux le Mercure du mois de Juin , & j'ay
crû qu'on pouvoit en permettre l'impreffion.
Paris le fixiéme jour de Juillet 1722.
HARDIO N
!
TABLE
TABLE.
IECES
FUGITIVES , Ode fur le Mariage
PduRoy ,
Réponse de M. l'Abbé de Vayrac à une Lettre ,
Anonyme , au fujet de Guillaume fi.s d'Etienne
Comte de Blois ,
Poëme fur le Mariage du Prince des Afturies.
avec la Princeffe d'Orleans' ,
27
Deffenſe de l'Etymologie de M. Huet , donnée
à la Ville d'Eu , contre M. Capperon
Elegie d'un fils fur la mort de fon
Compliment fait au Roy ,
Ode à M. le Regent ,
31
pere 46
49
12
Suite des Remarques fur les Memoires Hiftoriques
de Champagne ,
Deucalion & Pyrrha , Cantate ,
55
65
Lettre fur l'origine de cèrtaines Pierres , &c.
Enigmes ,
Chanfons ,
67
7L
73
NOUVELLES LITTERAIRES des beaux
Arts , & c.
>
74
81
82
Cours d'Architecture , les dix Livres d'Architecture
, Pratique de la Guerre ,
Difcours fur la Pefte , & c.
Trefor des Arts qui ont raport au Deffein , & c.
Tableaux expofez ,
85
87.
Madrigal fur un Portrait , 89
! Nouvelles
Nouvelles de l'Academie de Lisbonne ,.
Suite des Medailles du Roy , 93
NOUVELLES ETRANGERES , fçavoir , de
Ruffie , de Varfovie , de Stokolm , de Coppenhague
, de Vienne , de Lisbonne , de Madrid
, de Rome , de Florence , de Londres ,
de la Haye , 95
Naiffances , Mariages & Morts des Pays Etran-´
gers ,
Dignitez , Charges & Benefices ,
SPECTACLES , Tragedie de Regulus ,
106
108
III
Les Fêtes de Thalie , Balet remis au Theâtre ,
112
Lettre écrite de Cambray , où il eft parlé de
l'Ordre de la Concorde & d'un Diyertiflement
en Mufique ,
Theatre Anglois ,
Journal de Paris ,
:
Morts , &c ,
Benefices ,
Arrefts
113
127
136
153
854
357
Fragment d'une Lettre de M. L. M. 5. P. à un
de fes Amis de Province ,
Enigme expliquée à Lyon.
Suppléme.t
187
189
191
ERRATA du supplément de May.
Page 7 ligue premiere , épouté , liſex épou̟-
Page 49 , ligne 27 , fuite cette , lifez fuice
de certe
Page
Page 93 ligne 7 fon fils , lifey fon frere:
Même page , ligne 16 fils , lifex frere.
Page 100 ligne 14 preftations , lifez proteſta.
tions .
Page 150 ligne ftatuts , lifeg ſtatuës . 3
Fautes furvenues pendant l'impreſſion
de ce volume.
Page
Age 37 , ligne 12 , lifez l'O en A ou en E,
ainfi les Normands écrivent & prononcent
Argentan .
Page 76 ligne du bas , Hiftoriens , liſez
Hiftrions.
La Chanfon doit regarder la page 73
La planche des quatre Medailles du Roy
doit regarder la page 93
LE
MERCURE
DE
JUILLET 1722-
THEQUE
LYON
*
1893*
LAVILLE
QUÆ COLLIGIT SPARGIT.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVFLIER , au Palais .
GUILLAUME CAVELIER , Fils
·
Tue
S. Jacques , à la Fleur- de- Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'image Saint
André , Place de Sorbonne.
NOEL PISSOT , Quay des Auguftins , à la
defcente du Pont- neuf , à la Croix d'Or ,
M DC C. XXII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
}
4
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , & dans les
Pays étrangers.
Lyon , chez Plaignard , Libraire.
Marfeille chez Carry.
Montpellier , chez les freres Faures.
Toulouse , chez la veuve Tene.
Bayonne , ch. Etienne Labottiere.
Charles Labortiere , vis à vis la Bourfe , ibide
Rennes , chez Vattar .
Nantes , chez Julien Mai'lard.
Saint Malo , chez la Mare.
Poitiers , chez Faucon.
Xaintes , chez Delpech .
Elois , chez Maffon:
Orleans , chez Rouzeau .
La Rochelle , chez Desbordes .
Angers , chez Fourreau.
Tours , chez Gripon .
Caen , chez Cavalier..
Rouen , chez la Veuve Herault,
Le Mans , chez Pequincau.
Chartres , chez Felil .
Châlons , chez Seneuze.
Troye , chez Fouillerot .
Rheims , chez Godard .
Dijon , chez la veuve Armil.
Beauvais , chez Courtois
Abbeville , chez Dum efnil.
Soiffons , chez Courtois.
Amiens , chez le François , & chez Godard.
Arias , chez C. Duchamp .
Sedan , chez Renaud .
Metz , chez Colignon.
Strasbourg , chez Doulfeker.
Cologne , chez Meternik .
Francfort , chez J. L. Koniq
Berlin , chez Etienne.
Leipfic , chez Gledich.
Lille , chez Dancl .
Bruxelles , chez Tferftevens.
Anvers , chez Verduffen.
La Haye , chez Rogiffard.
Amfterdam , chez Bernard .
Roterdam , chez Vander Linden .
Londres , chez du Noyer.
Madrid , chez Aniffon .
Geneve , chez les freres de Tournes,
Tarin , chez Reinffan.
Le prix eft de 30. fölsi
A if
L
A VIS,
'ADRESSE generale pour toutes
chofes eft à M. MOREAU
Commis au Mercure , chez M. le Commiffaire
le Comte , vis- à-vis la Comedie
Françoife , à Paris . Ceux qui pour leur
commodité voudront remettre leurs Paquets
cachetez aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent fe fervir de
cette voye pour les faire tenir.
On prie très - instamment quand on
adreffe des Lettres on Paquets par la Poſte,
d'avoir foin d'en affranchir le Port ,
comme cela s'eft toûjours pratiqué , afin
d'épargner , à nous le déplaifir de les
rebuter , & à ceux qui les envoyent ,
celui , non - feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de
les perdre , s'ils n'en ont pas gardé de
copie.
* E
LA
LEBIBLIO
LYON
MERCURE
DE
JUILLET 1722 .
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe .
L'ESPAGNE A LA FRANCE
fur le mariage du Roy."
T
U me donnas jadis un Prince de ton
Sang ,
Four m'acquitter d'un fi riche prefent
Aujourd'huy , malgré ma tendreffe ,
Je te donne en échange une aimable Princeffe ;
Qui fera l'ornement de l'Empire François ,
Et dont l'heureux Hymen terminera nos haines:
C'eft à l'Espagne à produire des Reines ,
Comme c'eſt à la France à produire des Rois.
B
A iij REPONSE
LE MERCURE
RE'PONSE aux remarques critiques fur
les Memoires de la Province de Champagne
qui font dans le - Mercure du mois
d'Avril 1722. adreffée par M. Baugier,
Auteur de ces Memoires à un de fes
amis.
J'Ay lû M. cette critique que vousavez
pris la peine de m'envoyer dans la folitude
de ma petite campagne ; je vais y
répondre , puifque vous le fouhaitez .
L'Auteur fe plaint d'abord d'avoir été
malheureufement arraché d'une bonne
bibliotheque , ce qui me perfuade que cet
écrivain eft un Moine ou Religieux mécontant
, qui après avoir exageré fa difgrace
, attaque dans l'amertume de fon
coeur l'hiftoire d'Oger d'Anglure que
j'ay raporté tome 2. page 331. il fuppofe
que je fuis tombé dans un anacronifme
confiderable , que j'ajoûte , dit- il , à une
hiftoire qui fans cela paroît fort douteufe ;
il me permettra de lui dire qu'il devoit
lire le chapitre des additions & corrections
, il y auroit vû que j'ay dit , page
403. ligne 11. Oger , premier de ce nom
qui vivoit du temps de Philippe Augufte,
ayeul de Saint Louis ; où trouvera- t- il
après cela fon anacronifme prétendu .
Cette
DE JUILLET 1722 .
Cette réponſe le détruit d'abord ; en at
tendant que je donne fur ce fujet un plus
grand éclairciffement dans mon fupplement
, qui outre les corrections & differtations
que je croirai utiles , contiendra
les vies des Archevêques de Reims , des
Evêques de Langres , de Châlons , de
Troyes , & plufieurs autres chofes curieufes
& obmiles. Le critique ajoûte que
l'hiftoire d'Oger premier lui paroît douteufe
, parce qu'il ne la lûe dans aucunes
hiftoires digne de foi ; eft - il permis à cet
écrivain qui fe vánte d'être fçavant dans
l'hiftoire , & que je ne luy contefte d'ipas
gnorer que la notorieté publique , les an
ciens manufcrits , les titres & les monumens
des familles diftinguées foient des preuves
pour établir un fait hiftorique : telles
font celles de l'hiftoire dont il s'agit . On
ne peut contefter la notorieté publique
dans une partie confiderable de la Province
, foûtenuë de la tradition , & des
titres de cette ancienne maifon , le nom de
Saladin , que fes aînez ont toûjours porté.
Un ancien manufcrit que feu M. le Marquis
Danglure m'a communiqué , qui eft
d'une écriture anterieure à l'année 14420
temps auquel l'imprimerie a été inventée ,
& enfin un nombre confiderable de pierres
précieuſes , dont Saladin fit prefent à
ce Seigneur , lorſqu'il luy accorda gene-
A iiij
reufement
g LE MERCURE
}
reufement fa liberté , qui ont été confer
vées avec foin dans la famille jufques à.
nos jours tous ces faits font des preuves
autentiques de cet évenement , dont je
parlerai encore dans mon fupplement.
A l'égard de l'hiftoire du Comte Henry
le Liberal que j'ay rapportée tome. I
page 1o . le critique dit que je devois
me fervir des mêmes termes qui font
écrits dans Joinville qu'il rapporte . II'
devoit donc établir d'abord fon fiftême ,
à expliquer ce que fignifioit alors le mot
de chappe , & prouver cette obligation
felon luy , indifpenfable , & de fuite que
les hiftoriens qui ont écrit depuis Joinville
n'ont pas pû changer ces expreffions
gauloifes. C'eft ce que le Critique ne fera
pas , qu'en avançant des principes fondez.
fur fa feule imagination , car il ne doit
pas ignorer qu'il eft permis à un écrivain
de fuivre les fentimens des hiftoriens de
reputation , tels qu'il juge à propos , &
qu'il luy eft impoffible d'écrire , fuivant
le caprice , & au goût de tous les lecreurs.
J'ay fuivi en cette occafion Meferay,
hiftorien connu & eftimé des fçavans , qui
dans fon hiftoire de France infolio tome
I. page $ 74. ligne 15. rapporte l'évenement
tel que je l'ay décrit , ainfi qu'avoient
fait avant luy plufieurs autres hiftoriens
, à l'exception qu'il ne dit rien
1.
de
DE JUILLET 17227
,
de la beauté des deux Damoifelles qui
furent prefentées au Comte par leur pere
; mais eft-il à prefumer qu'un Gentilhomme
de Nobleffe diftinguée , puifque
Joinville luy donne la qualité de Chevalier
ait ofé prefenter à fon Souverain
deux laiderons pour exciter fa liberalité.
Je fuis fâché que ce terme favori ait
caufé quelque trouble dans l'efprit du cririque
, qui demande en outre où j'ay trouvé
qu'Artaud gouvernoit les finances du
Comte , & qu'il en devint affez riche
pour bâtir Nogent. Il peut pour s'en convaincre
lire Meferay , au lieu cité cydeffus
, & la plupart des hiftoriens qui
Font precedé. Il y trouvera le fait tel que
je l'ay raporté , qui eft d'autant plus certain
que Nogent porte encore aujour
d'huy le nom de Nogent l'Artaud .
La fertilité que j'attribue aux campa
gnes de la Province, tome 1. page 1. & la
fechereffe & fterilité dont je parle tome
2. page 277. n'ont rien de contraire. Qui
eft ce qu'ignore que toutes ces contrées
de la Province ne font pas femblables ?
Non omnis fert omnia tellus.
J'en ai marqué la difference dans touste
l'étendue de mes memoires , & j'ay
diftingué celles qui portoient du froment
que j'ay appellé fertiles , de celles qui ne
produifoient que du feigle , de l'avoine: „
Ay &
10 LE MERCURE
du Sarrafin que j'ay appellé feches &
fteriles par raport au froment. J'ay parlé
des vins & de leurs differences , fuivant
les contrées ; des bois , des beftiaux , & de
tout ce qui croît , fe nourrit , où fe fabrique
dans la Province , même du commerce
d'où il refulte ce que j'ay avancé,
qu'elle produit tout ce qui eft neceffaire
à la vie.
Le critique prétend que je me fuis
trompé dans le blafon des armes de la
champagne. Il les trouvera telles que je
les ay blafonnées à nôtre Hôtel de Ville
qui y ont été mifes fous le regne de François
I. & elles font encore blafonnées de
même dans la premiere page de la feconde
partie d'un livre indouze , imprimé à
Paris en 1693. qui fe vend chez Eftienne
du Caftin au Palais , qui a pour titre , Tableau
des Provinces de France ; d'ailleurs
cette critique eft de petite confequence ,
& ne meritoit pas d'interrompre les momens
précieux de fon auteur.
Nôtre Critique ajoûte que je donne
trop de longitude à la Champagne , il
doit demeurer d'accord que jufques à
prefent il n'y a point eu de Carte exacte
de cette Province ; ce fait eft certain ce
qui obligea M. Larcher dans le temps
qu'il en étoit Intendant , d'en faire tracer
ane manufcfite , qui eft grande & la plus
exacte
DE JUILLET 1722 . II
exacte qui ait paru . Elle a fervi depuis
& continue de fervir à Meffieurs les Intendans
, & elle comprend toute l'étenduë
de leur Jurifdiction . J'ay crû que je
ne pouvois mieux faire que de la fuivre ,
d'autant plus que les fentimens ont été
& font encore aujourd'huy partagez fur
ce fait.
Le Critique avance encore que je fuis
dans l'erreur en ce que j'ay rapporté de
la victoire des François fur les Sarrafins
attendu que je n'ay pas fuivi ce qu'en
ont écrit les Peres le Cointe & Pagi . Je
reſpecte les fentimens de ces fçavans fans
avoir lû leurs ouvrages ; mais pourquoi
m'impoſer la neceffité de m'y conformer
& de ne pas fuivre des hiftoriens de réputation
que le Critique n'a pas lû арра-
remment , puifqu'il demande où j'ay trouvé
ce que j'ay dit, tome 2. page 41. de la
portion des dixmes accordées par le Clergé
à la Nobleffe & c. Il peut lire , outre
ce que j'ay dit de Meferay , l'hiftoire de
France par Dupleix , tome 1. page 265.
n. 1o. qui après plufieurs hiftoriens dignes
de foy rapporte ce fait tel que je l'ay
avancé , & refute ceux qui ont écrit le
contraire. Ce Critique dira peut- être que
Meffieurs de Saint Germain & de Baffompierre
ont critiqué l'hiftorien Dupleix ,
ce qui eſt vrai ; mais c'eſt ſur les faits qui
A vj
regardoient
I 2 LE MERCURE
regardoient l'hiftoire de fon temps , joint
que les critiques n'ont pas toûjours raifon
, & que le caprice & les paffions ont
fouvent plus de part à leurs écrits
que la
verité. Il eft certain que les hiſtoriens qui
n'ont été d'aucun parti , n'ont pas contefté
le fait dont il s'agit , qui eft confir
mé par l'autorité des Jurifconfultes , &
qui n'eft combattu que par quelques écrivains
Ecclefiaftiques , Moines, Religieux,
& gens de leur parti , qui ont même inventé
des hiftoires fabuleufes contre la
memoire de Charles Martel , qui n'ont
pas fait plus d'impreffion fur l'efprit des
veritables hiftoriens , qu'une mouche
Guefpe peut en faire fur un taureau d'airain.
Quant au Confeil tenu à Chaalons fur
Marne ou à Châlons fur Saône , le Criti
que peut avoir railon , la difference du
lieu n'eft pas de confequence en cette
occafion. Je m'en éclaircirai , & j'en rendrai
compte dans mon fupplement.
A l'égard des Envoyez de nos Rois ,
appellez miffi dominici & miffi regales
dont j'ay parlé tome 1. page 42. le Critique
dit que les termes dont je me fuis
fervi , font entendre que ces Envoyez faifoient
executet leurs propres ordonnances
, & non celles de leurs Maîtres , ou du
moins que mes termes font équivoques ; il
yeut
F
DE JUILLET 1722. 13's
veut apparemment tâcher d'infinuer à
ceux qui liront fa Critiq e , que je ne
fçai pas parler françois ; x afin de réüſfir
dans fon idée , il a affecté de ne pas
ajoûter ces deux mots demiffi Regales
amiffi dominici , parce qu'étant joints
enſemble ils détruifoient fon équivoque
prétendue. Il croit auffi que les Lecteurs.
ignoreront que la principale fonction de
ces Envoyez par nos Rois , qui étoient
tels que font aujourd'hui les Intendans
des Provinces , étoit de faire executer les
Capitulaires qui ont été en vigueur en
France jufques au regne dePhilippe le Bel .
Comment donc le Critique a - t- il pû fe
perfuader qu'on pouvoit donner un fens
ridicule & chimerique aux termes dont je
me fuis fervi ?
Ceux qui ont quelque teinture de l'Hiftoire
,fçavent parfaitement que nos Rois
ont envoïé des Prelats dans leurs Etats
en qualité de miffi dominici. Hy en a même
eu plufieurs qui ont été Miniftres d'Etat
, tels que Meffieurs les Cardinaux de
Richelieu & Mazarin ; mais ces exemples
particuliers ne détruiſent pas la maxime
generale , comme le prétend le Critique
, & ne donnent aucune atteinte à ce
que j'ai dit furce fujet , tome 1. page 57.
& 58. & en plufieurs autres endroits de
mes memoires .
L'Auteur
14
LE MERCURE
L'Auteur de la Critique me reproche
que je ne cite pas toûjours mes garants ;
je l'ai fait dans les cas que j'ai crû en
avoir befoin. Mais où a - t- il trouvé qu'on
foit obligé de citer fes garants à chaque
eirconftance d'un évenement , il faudroit,
felon lui , faire un commentaire fort ennuyeux
pour la plupart des Lecteurs , &
plus étendu queles memoires. Je l'invite
de donner au public quelque hiftoire intereffante
de fa façon , ornée d'un tek
commentaire qui pourra peut- être faire
venir cette pratique à la mode .
J'avois d'abord eu le deffein de ne pas
répondre à cette Critique , je le fais neanmoins
par complaifance ; mais j'ai refolu
de ne plus répondre à ceux qui affecteront
de faire imprimer leurs idées dans
les Mercures & les Journaux , & de referver
ma réponſe pour être inferée dans
mon fupplément. J'aurai neanmoins bien
de la reconnoiffance pour ceux qui m'enverront
leurs obfervations , ce que j'ai
prié de faire dans la Preface de mes Memoires.
C'eft ainfi que plufieurs perſonnes
fçavantes , & d'un rang très - diftingué
en ont ufé , mais il n'appartient pas
à
le monde d'avoir en partage ces manicres
honnêtes & polies , qui font pour
l'ordinaire l'appanage des perfonnes de
naiffance,
Dans
DE
JUILLET 1722
Dans l'extrême paffion que le Critique
a euë de faire imprimer quelque Ouvrage
de fa façon , il pouvoit m'en informer
j'aurois peut- être pû avoir affez de condefcendance
pour lui communiquer les
faits qui fuivent , qui font en effet à corriger
dans mes Memoires , il pourra y
faire un commentaire , & fi cela lui fait
plaifir , je lui en communiquerai quelques
autres , dont une partie demande une
differtation , & qui pourra lui donner occafion
d'employer les grands talens dont
le Ciel l'a favorilé. Je ne me fuis pas
flatté , étant le premier qui ait entrepris
d'écrire l'hiftoire de la Province , de plaire
à tous ceux qui liroient mes Memoires
, mais je me fuis fort peu embaraffé de
certains Critiques.
Correction du Tome I. de mes Memoires
Page 19. ligne derniere. J'ai dit qu'en
576. la fête de Noël échût un Dimanche,
j'ai reconnu depuis qu'en cette année on
avoit eu la lettre D pour lettre Dominicale
, ainfi la fête de Noël échut un Vendredi
.
Page 90. Le Critique pourroit faire une
Differtation fur l'âge de la Reine Ogine
mere du Roy Louis IV. lorfqu'elle fe
remaria avec le Comte Herbert , c'eft ce
que je ferai dans mon Supplément.
Page 94. ligne derniere. Adelaide épou
La
16 LE MERCURE
fa Lambert Comte d'Anjou , & nom de
Chalon fur Saone.
Page 258. Les deux F qui font à la
Médaille de la Ville de Chaalons , doivent
s'expliquer pár Flando feriundo , &
non par Fabrefactum.
Page 363. ligne 21. Trois Suffragans
de l'Archevêché de Paris ; il y en a qua
tre , Blois avoit été oublié .
Page 365. ligne 26. S. Sanctin , life
S. Sintin .
Page 367. Nôtre - Dame du Change , lifez
de Chage , de Cagia.
Page 368. Gemini , life Germigni.
Corrections du fecond Tome.
Page 10. S. Simphorien 12. Chanoines,
lifez 21.
Page 55. L'Abbaïe de Chehery n'eſt
pas fur la riviere d'Aifne , mais fur la ri
re d'Aire , proche la riviere d'Aifne.
Page 63. J'ai dit que chaque côté du
grand Cloître de la Chartreufe du Mont-
Dieu , eft compofé de trente- deux arcades
, il y en a cinquante.
Page 186. On prétend que les Cha→
noines de S. Pierre de Troyes font tous
à la nomination de l'Evêque.
Page 190. On prétend qu'il n'y a jamais
eu plus de 70. Chanoines à faint
Eftienne de Troyes , que le Sous- Chantre
de la Cathedrale eft le dernier du
Choeur,
DE JUILLET 1722. 17
Choeur , qu'il le regle neanmoins , & eft
à la nomination du Chantre .
jot.
Page 194. Nicolas Frejot , life For-
Page 198. ligne 7. Le revenu du Seminaire
de Troyes eft de 45000. livres
de rente , life 4. à 5000. livres de rente .
Page 203. ligne 26. au lieu de 1570.
Life 1370. temps de la mort d'Henri
Poitier.
Page 227. J'ai dit qu'on chantoit dans
l'Abbaïe du Paraclet la Meffe en grec le
jour de la Pentecôte , ce qui étoit encore
en ufage du temps que Camufat a écrit
fon Hiftoire , mais à prefent cela ne fe
fait plus.
Page 237. Elle eft mal chifrée à la tê
te ou il y a 337. Le Prieuré de Delleau
proche de trois faux , il faut dire Treffoux
dans la Paroiffe de
proche
de Villeneuve la Lionne ; fon revenu
eft à prefent de 1200. livres .
Page 220. 345. & 371 .
Choifcul.
Choiseuil , life
Page 325. Le Marquifat de Sillery releve
de l'Archevêché de Reims .
Page 340. Le Comté de Vaubecourt a
été érigé en Octobre 1633. regiftré au
Parlement de Mets le 28. Novembre
1634 .
Page 354. J'ai dit que M. de
BeauYS
LE MERCURE
Beauvaux , Marquis de Fleville , a été
Gouverneur du Prince Electoral de Baviere
, c'eft à prefent M. l'Electeur .
M. de Fleville n'eft pas le feul de
cette Maifon qui foit refté en France.
Il y en a plufieurs autres , tels que Mon
fieur l'Archevêque de Narbonne & Meffieurs
fes neveux , de la Branche de Ri
coux , & autres d'autres Branches.
Page 380. Claude Depenſe , life Deſpence.
Page 381. ligne 4. François - Henri , lig
Sex François-Jofeph.
EPISTRE
A M. le Maréchal de Villars
M. de Voltaire.
J
par
F me flatois de l'efperance ,
D'aller goûter quelque repos ,
Dans votre maifon de plaisance
mais inache a ma confiance ;
Je prens pour guerir de mes maux ;
de fa ptifane , à toute outrance ,
Et j'ai donné la préference
Sur le plus grand de nos Heros
Au
DE JUILLET 1722 . 19
Au plus grand Charlatan de France,
Ce difcours vous déplaira fort ,
Et je confeffe que j'ai tort ,
De parler du foin de ma vie ,
A celui qui n'eut d'autre envie
Que de chercher par tout la mort ;
Mais fouffrez que jevous réponde
Sans m'attirer votre couroux ,
Que j'ai plus de raifon que vous ,
De vouloir rcfter dans le monde.
Car fi quelque coup de canon ,
Dans vos beaux jours , brillans de gloire ,
Vous eut emporté chez Pluton ,
N'auriez-vous pas dans la nuit noire
Beaucoup de confolation ,
Lorfque vous fçauriez la façon ,
Dont vous auroit traité l'Hiftoire.
Paris vous eut premierement
Fait un Service fort celebre ,
En prefence du Parlement ,
Et quelque Prelat ignoranť
Auroit prononcé hardiment ▲
Une longue Oraifon funebre
Qu'il n'eût pas faite affurément.
Puis
20 LE
MERCURE
Puis en vertueux Capitaine ,
On vous auroit proprement mis
Dans l'Eglife de faint Denis
Entre du Guefclin & Turenne ,
Mais fi quelque jour , moi chetif,
Je paffois fur le uoir efquif,
Je n'aurois qu'une vile biete ,
Deux Prêtres s'en iroient
Porter ma figure legere ,
Et la loger
mefquinement
gayement
Dans un recoin du Cimetiere.
Mes nieces au lieu de prieres ,
Et mon Janfenifte de frere
Riroient à mon
enterrement.
Et j'aurois l'honneur feulement ,
Que quelque Mufe medifante
M'affubleroit pour monument
D'une Epitaphe impertinente ;
Vous voyez donc par confequent
Qu'il eft bon que je me conſerve ;
Pour être encor témoin long- temps
De tous les exploits éclatans ,
<
Que vôtre deftin nous referve.
LETTRE
DE
JUILLET 1722. 21
LETTRE écrite de l'Ifle de Montreal
en Canada à M. Simon ,
Prêtre de la Communauté de
S.Sulpice à Paris , fur la maniere
de tirer du fucre de l'Era
ble.
MONSI ONSIEUR ,
Je commence par vous remercier de la
grace que vous me faites , en m'adreſſant
des memoires auffi intereffans que le font
ceux que j'ai reçûs de vous. Enfuite
vous dirai que j'ai tenu parole , &je vous
envoie le capilaire que vous m'avez demandé.
Pour ce qui eft de la maniere de
faire le firop d'Erable , voici ce que j'en
fçai pour l'avoir vû & pratiqué.
On choifit premierement la faifon du
Printems , & c'eft vers le 15. de Mars
que les Erables commencent à couler ,
quelquefois plutôt , quelquefois plus tard .
Je vous donne une regle fixe. Quand fur
le haut du jour le foleil eft affez ardent
pour faire fondre la nége , & pour échauffer
les arbres , alors les Erables coulent ,
pourvû que la nége où la glace fe trouve
au
1
22 LE MERCURE
au pied de l'arbre . Deux ou trois circonftances
doivent concourir pour faire trou
ver un tems propice à faire couler l'eau ,
La premiere , il faut qu'il gele la nuit ou
le matin . La feconde , il faut que le tems
foit calme ; car les gros vents empêchent
l'arbre de donner fon eau fucrée. La troifiéme
, il faut qu'il faffe doux pendant le
jour , & que la nége foit au pied de l'arbre.
Toutes ces circonftances fe rencontrent
en ce païs vers le 15. Mars juſques
au 15. Avril. Elles fe réuniroient plutôt
dans les païs chauds , ou dans ceux qui
font plus temperez . Je crois qu'en France
on pourroit le faire couler du côté de
Paris au commencement de Fevrier , &
même plutôt , parce que les arbres y gelent
rarement. Il faut remarquer que la
Plaine eft auffi propre que l'Erable , &
que le firop de l'un eft auffi eftimé
que celui
de l'autre. Cependant il y a une trèsgrande
difference entre ces deux efpeces
d'arbres , foit qu'on en confidere la fubftance
, la feuille & les fruits ; foit qu'on
les regarde par leurs écorces. Non feulement
l'Erable & la Plaine font propres au
firop , le Noyer tendre donne auffi une
eau fortfucrée, quoiqu'en petite quantité,
d'où on faitauffi du fucre qui eft fort bon.
J'ai plufieurs fois bû du firop de Merifier
& de Prunier ; mais quoiqu'il foie
aife
DE
JUILLET 1722.
23
aiſé à faire , l'eau qu'on tire de ces fortes
d'arbres étant fort abondante & affez
gommeufe , il n'eft fi bon & a le gout
pas
fauvage. On pourroit en faire de Ceri
fier, de Pommier, & de beaucoup d'autres
arbres , fi on en vouloit faire l'experience.
Il faudroit donner ce foin à quelque
Chimifte curieux , capable de faire la
difference des diverfes fortes de firops, &
d'en marquer les bonnes & les mauvailes
qualitez . Car pour ce qui eft des firops ,
qui fe font en Canada , ils font fort contraires
aux perfonnes attaquées de gra
velle & de rétention d'urine .
,
Il faut faire provifion d'autant de
vaiffeaux propres à recevoir l'eau qu'on
a d'arbres d'où on la veut tirer. Il faut
avoir plufieurs chaudieres grandes &
petites , & une barrique ou cuve pour fervir
de refervoir pour mettre l'eau , fuppolé
qu'on ait quantité d'arbres . Ón nẹ
choifit pas ordinairement les arbres qui
ont moins d'un pied de diamettre ; cependant
on peut en tirer d'un petit. On
fait une entaille dans l'arbre avec la hache
, profonde de deux pouces ou environ
, & haute de quatre , à deux ou trois
pieds au deffus de la terre ou de la nége .
11 faut la faire en biaffant , enforte qu'elle
foit plus baffe d'un côté que de l'autre ,
afin que l'eau puiffe defcendre par le bas
côté,
24
LE MERCURE
côté , & qu'elle ne s'arrête point dans
Pentaille. Il faut que les bords d'en bas
de l'entaille foient relevez , pour empêcher
que l'eau ne s'écoule par le devant.
Enfin il faut qu'elle foit faite d'une maniere
que l'eau s'aille rendre toute par le
bas côté , au deffous duquel à un demi
travers de doigt , on doit faire entrer
dans l'arbre , ou un morceau de bois , ou
de fer , long d'un demi -pied , qui foit
fort panché , & qui conduife l'eau dans le
vaiffeau que vous mettez deffous . Il faut
que ce bois ou ce fer foit attaché d'une
maniere qu'il ne laiffe point échaper l'eaule
long de l'arbre. Au refte cette eau ne
tombe ordinairement que goutte à goutte
, à moins que le tems ne foit très favorable
, comme feroit un tems de nége ou
de pluie . Il faut remarquer que l'arbre ne
meurt point après cette operation ; à peu
près comme un animal à qui on ouvre la
veine , ne laiffe pas de fe bien porter après
la faignée. On peut l'année d'après faire
la même chofe au même arbre fans aucun
danger , pourvû que ce foit dans un
endroit different . Je croirois cependant
qu'il ne faudroit le traiter de la forte
que
deux ou trois fois , furtout s'il étoit petit ;
car on peut moins menager un grand arbre.
Il faut remarquer que quand on fe
roit en même tems deux ou trois inciſions
au
DE JUILLET 1722. 25
au même arbre , on n'en tireroit pas plus
d'eau que d'une feule .
Il n'eft pas neceffaire de vous marquer
ici , qu'à meſure que les vaiffeaux fe rempliffent
, il faut vuider , ou dans la chaudiere
, ou fi elle eft pleine, dans vôtre refervoir.
En Canada où la difette des vaif-
Leaux eft grande , on fait de petites auges
de bois qui reçoivent l'eau qui coule des
Erables , & qu'on laiffe au pied des arbres
jufques à l'année fuivante que l'on
s'en fert de la même maniere . Ce ne font
que les préparatifs . Voici la maniere de
faire le fucre.
Mettez l'eau bouillir dans une chaudiere
proportionnée à la quantité de vôtre
eau. N'épargnez ni le feu , ni le bois , jufques
à ce que l'eau étant fort diminuée
vous la mettez dans une plus petite chaudiere
où vous continuerez de la faire
bouillir jufques à ce qu'elle file en tom-
.bant de la fpatule . Quand elle file comme
il faut , vôtre firop eft fait. Et fi vous
voulez en faire du fucre , il faut continuer
à faire bouillir le firop jufques à ce
qu'il foit fort épais , & alors vous le metgez
refroidir dans un vaiffeau où il prend
de la confiftence , à mesure qu'il le refroidit
, & fe durcit enfin en confervant
la figure qu'il emprunte du vaiffeau où
vous le mettez. Pour ne pas vous trom-
B
per,
26
LE
MERCURE
per , le firop d'Erable & le fucre fe font
avec la même methode , & avec les mêmes.
précautions que le firop & le fucre
d'orge , rofat , & c.
Remarquez que l'eau d'Erable fe change
en très - bon & très-fort vinaigre quand
on l'expofe long - tems au foleil ; mais il
faut fe fervir de celle qui coule fur la fin ,
alors elle eft blanchâtre , gluante , glaireuſe
comme des blancs d'oeufs , & n'eſt
plus propre qu'à faire du firop , le fucre
qu'on voudroit en tirer ne pouvant avoir
fa confiftence. Voilà , Monfieur , tout ce
que je fçai fur cette matiere . Je fuis , & c.
.STANCES IRREGULIERES
ADAM 0⋅N.
Q
Ue l'âge d'or , fi nous croïons Ovide ,
Etoit un fiecle heureux.
Les mortels n'y fuivoient que la raiſon pour
guide ,
Et rien ne manquoit à leurs voeux.
Point d'été , point d'hyver fous le regne
d'Aftréc ,
Le Printems tenoit lieu de toutes les Saifons .
Et par le foc tranchan: maintenant déchirée ,
La
DE JUILLET 1722
27
La terre d'elle même offroit alors fes dons.
Mille ruiffeaux de lait ferpentoient dans les
plaines
Des plus brillantes fleurs les champs étoient couverts
,
Et les zephirs de leurs douces haleines
Agitoient feuls les airs.
L'art n'avoit point bâti ces Temples magnifi
ques ,
De fuperbes feftons pompeufement parez ,
Les Dieux n'avoient alors que des Autels rufti
ques ,
Mais ils étoient mieux honorez.
A l'infatiable avarice
Les coeurs encor ne s'étoient pas vendus
Et les mortels depuis livrez à l'injuftice
Ignoroient jufqu'au nom de l'aveugle Plutus,
Les vertus , c'étoient là les uniques richeffes ,
Où l'homme rencontroit la paix que nous cher
chons ,
Les femmes étoient des Lucreces
Les amis autant de Damons .
L'innocence regnoit , la dif orde ennemie
Bij
n'avoit
28 MERCURE LE
N'avoit point allumé fon trifte & noir flambeau
, -
On vivoit fans foupçons, fans crainte ,fans envie
,
Qui s'aimoient une fois , s'aimoient jufqu'au
tombeau .
Des frivoles grandeurs on ignoroit l'ivreffe
Dans les rangs , dans les biens , point d'inégas
lité ,
Des vils flateurs la voix enchantereffe
N'al teroit point la fimple verité ,
Sincere fans être farouche ,
Chacun à fon ami s'exprimoit librement ,
Le coeur étoit toûjours d'accord avec la bouche,
Qu'il étoit doux alors de fe parler fouvent.
11 n'étoit point de marâtres cruelles ,
De Sergens inhumains , d'avides Procureurs ,
L'hymen rendoit fidelles
Ceux dont l'amour avoit uni les coeurs,
O faintes moeurs qu'étes - vous devenuës ?
Siecle de nos ayeux ne renaîtrez -vous pas ;
Probité , bonne foi , vous éres méconnuës ,
On commet fans remords les plus noirs attentats
!
DE JUILLET 1722. 29
Du plus fort tous les jours le foible eft la vic
time .
On fçait fe faire un front, qui ne rougit jamais,
Le plaifir eft- il legitime ,
Dès lors il perd tous les attraits.
L'amour ne fait plus l'hymenée ,
Le coeur reclame envain fes droits ,
Du barbare intereft , victime infortunée ,
Il fuit en gemiffant fes tyranniques loix.
Par lui les ames afforties
Ne cherchent qu'à brifer des noeuds tiffus d'ennuts
,
Troubles , dépits fecrets , fureurs , antipathies,
De ces funeftes nous voilà les triftes fruits .
L'intereft regle tout ; c'eft la commune idole,
La feule deïté qu'on adore aujourd'hui ,
Dès qu'il ordonne tout s'immole ,
Vertu , devoir , bienfaits , rien n'eſt ſacré pour
lui.
Mais on m'emporte une verve bizarre ,
Singe de Juvenal ; prétens - je par des vers
Tout dégoutans du fiel qu'hexhale le Tartare.
Reformer les erreurs de ce vafte univers ?
Ton exemple, Damon, fuffit pour le confondre ,
B iij
Tu
130
MERCURE LE
Tu fais voir des vertus dignes des premiers
tems ,
Aux traits de la cenfure on peut toûjours répondre
,
L'exemple feul détruit tous les raifonnemens,
Par le P. de P. J.
HISTOIRE
D'A BULMER .
Suite & fin des voiages de Zulma dans
le pais des Fées.
A
BULMER prit ainfi la parole :
Je m'appelle Abulmer , Seigneur
je tuis fils du Soudan d'Egypte , il commande
dans le païs où vous me voïez dans
un état fi malheureux , que vous conviendrez
, quand vous fçaurez mes avantures
, que vous étes moins à plaindre : Il
vous refte au moins quelque efperance de
voir changer votre état ; vous aimez , &
vous ne fçavez point fi vous étes haï : moi
je n'en puis douter , & ce qui augmente
mon defefpoir , c'eft que je ferois heureux ,
fi j'avois été aufli fage que je fuis amoureux
.
Il continua fon difcours en ces termes :
Je fuis né , Seigneur , avec toutes fortes
d'efperances , mon pere qui s'appelle Achmet
DE
JUILLET 1722 .
31
met , & ma mere Almanfine , avoient
pour moi une amitié qui égaloit leur
amour ; jamais paffion n'a été plus vio
lente , puifqu'elle fubfifte encore ; ils
m'ont élevé avec beaucoup de foin , & j'ai
été affez heureux dans les commencemens
de ma vie de réüffir à tous mes exercices,
& de répondre aux efperances qu'ils
avoient conçues, par la fatisfaction que le
public avoit de me voir , lorfque je remportois
le prix dans quelques tournois , ou
dins quelques difputes que l'on me faifoit
faire avec les plus fçavans du Caire .
Mon pere & ma mere m'en fourniffoient
tous les jours les occafions ; c'étoit leur
plus grand plaifir : ma paffion dominante
étoit la chaffe , j'étois moins flatté des
applaudiffemens que je recevois fur mon
efprit & mes fentimens , que lorsque j'avois
mis à mort quelques bêtes dans la forêt.
Un jour que la pourfuite d'un taureau
fauvage m'avoit éloigné de mes gens ,
glorieux de l'avoir vaincu , j'en rappor
tois la tête qui étoit prodigieufe , & je
revenois au petit pas de mon cheval , qui
étoit fort las , le long des bords du Nil ;
j'apperçus de loin une femme qui fuïoit
& qui étoit pourfuivie par ces animaux fi
dangereux ,qui ne fortent du Nil que pour
chercher une proïe. Quoique mon cheval
fut fatigué , je le pouffai de viccffe fur
B iiij cette
32 LE MERCURE
cette bête , & je la fis rentrer dans le Nil
avec épouvante ; la femme qu'elle avoit
pourfuivie couroit toûjours , quoique je
lui criaffe de toute ma force qu'elle n'avoit
plus rien à craindre ; elle arriva fans
m'écouter à l'entrée de cette pyramide
où nous fommes prefentement : Je defcendis
de cheval , & je la trouvai prefque
évanouie de laffitude & de fraïeur ; elle
étoit couchée à terre comme une perfonne
à qui les jambes avoient manqué ,
ne pouvant aller plus loin ; je m'approchai
d'elle par un mouvement de compaffion
pour la fecourir , l'admiration de
fa beauté fufpendit le difcours que je voulois
lui faire .
و ت
Elle fouleva la tête , & me regardant
avec un air fort doux , elle me dit : Je
vous dois la vie , Seigneur , & je ne ferai
aucune façon de vous dire que l'on
doit fe trouver heureufe d'être engagée
par reconnoiffance à aimer une perfonne
comme vous ces paroles étoient dites
avec un ton fi doux, & fortoient d'une fi
belle bouche , qu'elles allerent jufqu'à
mon coeur.
L'amour commence toûjours par nous
Alatter , il ne fait fentir fes peines que lorfque
nous ne fommes plus à portée de l'éloigner
il n'y a que l'experience qui
puiffe nous apprendre à nous tenir fur
nos
;
DE JUILLET 1722. 33
nos gardes contre des commencemens qui
font fi feduilans : helas , je n'en avois
point ; je n'avois jamais eu de paffion que
pour la chaffe , le commerce des femmeseft
interdit , comme vous le fçavez , chez
les Mufulmans aux jeunes gens , & je n'ai
jamais eu de goût pour celles qui font publiques
, mon éducation m'en avoit éloigné.
Je fentis tout le charme de ce premier
moment qui nous porte à aimer ; rien
ne pouvoit m'en éloigner , la beauté de
celle qui me parloit étoit au - deffus de ce
que je peux dire , les paroles étoient Alateufes
; & quoiqu'elles fuffent un peu trop
libres pour un homme qu'elle ne connoiffoit
point , la magnificence de fes habits
ne me permettoit pas de croire qu'elle fut
une femme du commun , ni de celles dont
je viens de parler.
Je m'approchai d'elle & lui donnai la
main pour la relever fans lui rien dire ,
elle la reçut avec une politéffe noble , qui
me confirma dans les reflexions que je ve
nois de faire ; fa beauté s'augmenta à mes
yeux ; lorſqu'elle fut debout , la grace &
la liberté de fa taille y donnoient encore
un nouvel éclat.
Mais , Seigneur , admirez ma fortife, je
difputois tous les jours avec fuccès con--
tre les plus fçavans du Caire , je devois
avoir par confequent la parole affez li
Bv ore :
34
LE MERCURE
bre , je ne pûs cependant ouvrir la bou
che ; & cette perfonne fut encore obligée
de reprendre la parole , & ine dit :
Je juge à vôtre habit & à vôtre turban
que je dois vous nommer Seigneur , & le
fecours que vous venez de me donner, me
fait efperer que vous étes affez genereux
pour me remener ici près dans une habitation
qui m'appartient , & où l'on eft
fans doute en peine de moi ; vous avez
railon , lui répondis - je , Madame , de
croire que je ferai tout ce qu'il vous plaira
de me commander ; mais fi le lieu où
vous voulez que je vous conduiſe , eſt aſfez
loin pour ne pouvoir y aller à pied
je n'aurois qu'un cheval rendu à vous of
frir , qui fans doute expire à cette porte.
Puifque cela eft , me répondit - elle , il
vaut mieux paſſer ici la nuit , à moins que
vous ne craigniez de déplaire à quelqu'un
qui vous attend fans doute ce foir avec
impatience. Je ne crains , Madame , que
de vous quitter , & fi vous le trouvez
bon , je demeurerai non feulement cette
nuit , mais tout le refte de ma vie auprès
de vous : Je me trouverois trop heureuſe,
Seigneur , me dit - elle, mais je ferois bien
fâchée de vous mettre à une fi rude épreuve
, je fçai diftinguer un difcours poli de
ceux qu'on doit prendre à la lettre ; non,
Madame, lui répondis-je, celui- ci ne vient
point
DE JUILLET 1722. 35
,
point de ma politeffe ; & puifque vous fçavez
fi bien connoître la verité , vous devez
démêler mieux que je ne fçaurois faire
moi-même ce que je penfe dans ce moment
; je vous avoiierai , Seigneur, me ditelle
, que je dois être furprife du temps que
vous avez été fans parler , car il me femble
que vous n'avez point fujet d'être timide.
Ne devinez -vous point , Madame
luy répondis- je , la raiſon qui me rendoit
ainfi mon peu d'experience m'empêche
d'en juger , & je vous ferois infiniment
obligé de me l'apprendre , la crainte de
vous dire quelque chofe là deffus que
vous n'approuveriez peut- être pas.... Je
vous entends , Seigneur , me dit- elle , en
m'interrompant , vous ne me connoiffez
point , vous vous trouvez feul avec une
femme qui vous a dit fans doute trop
promptement qu'elle vous trouvoit ai
mable , je n'avois pas eu le tems d'y faire
reflexion , vous avez fait un jugement un
peu trop leger fur une verité que je n'ai
pû retenir dans le premier mouvement
de la reconnoiffance que je devois avoir
du fervice que vous m'avez rendu ; mais ,
Seigneur , je ne fuis pas en peine avec
le
temps de vous donner meilleur opinion
de moi ; fi vous voulez bien continuer
une connoiffance que le hazard a commencée
, je fuis feure que l'eftime en fera
la fuite. Bvj- J'ay
.
36
LE
MERCURE
J'ay pour vous , Madame , luy répon
dis-je, tout le refpect que l'on doit au fexe
, lorfque l'on eft bjen né , cela nɛ
m'empêche pas d'admirer vôtre beauté ,
je pretends vous marquer mes fentimens
par ma retenue, vous reglerez mes actions,
fi
je ne puis regler ma penfée , je pren
drai foin de vous la cacher. Je veux à
l'avenir n'avoir d'autre deffein que celui
de vous plaire ; j'en fais mon unique bonheur
, en quelque lieu que vous vouliez
que je vous conduife , pourvû que je ne
vous quitte plus ; les deferts de l'Arabie
n'auront rien d'affreux pour moy.
Quoi , Seigneur , me dit- elle , fi vous
ne pouviez me voir que dans cette vieille
malure , vous y feriez avec plaifir , & vous
quitteriez pour cela le Caire & vôtre
maîtreffe ? car fans doute vous n'avez
point encore de femme à vous . Je n'ai
jamais fouhaité d'en avoir , luy répondis-
je , je ne fais aucun cas de celles qui
font publiques , & je ne compte point fur
le coeur de celles que l'on enferme après
les avoir achetées ; j'approuve fort ce fentiment
, me dit - elle ; & puifque vous avez
de la délicateffe , Seigneur , vous êtes
capable d'une vraye paffion : je ne veuxpas
cependant que vous demeuriez ici fans
en fortir ; mais j'exige de vous d'y venir
tous les jours , j'aurai foin de m'y ren
dre
DE JUILLET 1722 . 37
dre , je ferai avertie quand vous partirez
du Caire , vous ferez femblant d'aller à la
chaffe vous quitterez vos gens comme
vous faites quelquefois , vous reviendrez
& vous me trouverez ici.
fur vos pas ,
Tant que
ce commerce
vous
convien
dra il ne finira
pas ; mais
fi vous
êtes
capable
de me faire
la moindre
infidelité
vous
ne me reverrez
jamais
; je fais bien
aiſe
de vous
avertir
auffi
que
je ne bornerai
pas là ma vengeance
, & qu'il
n'y a
rien
que
je ne fois
capable
de faire
pour
Vous
marquer
combien
cette
offenſe
me
fera
fenfible
; fongez
- y bien
. avant
de me
répondre
, & de vous
engager
avec
moi
J'étois
fi perfuadé
, Seigneur
, dans
ce
moment
que
j'étois
incapable
de rien
faire
qui putluy
déplaire
, que je n'eus
aueune
peine
à luy faire
tous
les fermens
que
je crûs
capables
de la raffeurer
fur la crain
te qu'elle
me marquoit
de ma legereté
·
Nous pafsâmes la nuit en converſation ',
fans qu'elle voulut me dire fon nom , ni
fa condition , quoique je l'en preffaffe
extrêmement.
A la pointe du jour elle me dit voilà
T'heure , Abulmer , qu'il faut que vous vous
en alliez & moi auffi , conduifez- moi feu
lement jufqu'à une avenue de palmiers
qui eft devant ma maiſon , je ne veux pas
que mes efclaves yous voyent ; comme' je
puis
38
LE
MERCURE
puis difpofer de moi , je fuis libre de fortir
leule pour me promener , j'en ufe de
même tous les jours , hors hier il ne m'é-
{ toit jamais arrivé d'accident.
Elle ſe leva en difant cette parole ; je fortis
avec elle, & je la reconduifis par unpetit
fentier droit à cette allée de palmiers ,
dont elle m'avoit parlé, au bout de laquelle
j'apperçus en effet une maison qui me parut
très- belle , & que je ne pûs reconnoître
quoique la challe me menât fouvent de ce
côté- là; elle me dit , adieu , & m'ordonna
de me trouver le lendemain dans cette piramide
; elle voulut , je crois , me donner
plus d'impatience de la revoir par la défenfe
qu'elle me fit d'y revenir le même
jour , elle me dit pour les raifons qu'il
falloit donner ce jour là tout entier à ma
famille qui auroit fans doute trouvé mauvais
que j'euffe paffé la nuit dehors.
Je la quittai avec peine , je voulois la
conduire plus loin , mais elle s'y oppofa ;
je la fuivis des yeux tant que je pûs la
voir ; fi je l'avois trouvée belle à la lueur
fombre qui eft ici , elle m'éblouit au grand
jour ; fa démarche legere & la grace qui
étoit répandue dans toute fa perfonne
achevoient de me charmer.
Je demeurai quelque temps après l'avoir
perdue de vue , comme une ftatuë ,
les yeux tournez du même côté ; je repris
enfiu
DE JUILLET 1722. 39
enfin mes efprits , & je me mis à marcher
pour retourner au Caire ; mon cheval
que je n'avois pû trouver en fortant
de la piramide ſe preſenta devant moi ,
quand j'eus fait environ cent pas ; il étoit
couché au pied d'un arbre , il fe leva
comme s'il m'eut reconnu , il vint droit à
moi , & je montai deflus.
Un moment après je trouvai plufieurs
efclaves d'Achmet difperfez qui me cher
choient par fon ordre ; je leur dis que
mon cheval s'étoit rendu trop loin du
Caire pour qu'il fut en mon pouvoir d'y
retourner à pied , que j'avois trouvé
plus à propos de le laiffer repofer pendant
quelques heures , qu'enfuite j'avois
repris le chemin du Caire ; ils me crurent
& l'un d'eux fe chargea d'aller dire d'a
vance que l'on m'avoit retrouvé.
Je fus très-bien receu dans le Caire ; en
arrivant les peuples me témoignerent l'in
quietude que mon abſence leur avoit cau
fée par la joye qu'ils marquerent de mon
retour.
Mon
pere meme fit des reproches de pouffer
la chaffe jufqu'à m'obliger de coucher
dehors , je lui promis que cela ne m'arri
veroit plus ; fa reprimande fervit de prétexte
à l'inquietude que j'eus toute la
journée , je ne pouvois demeurer un moment
dans la même place; je repaffois dans
mon
40
LE MERCURE
mon efprit jufques aux moindres paroles
de la perfonne que j'avois vûë , je croyois
dans des momens que le rendez vous
qu'elle m'avoit donné pour le lendemain
n'étoit qu'un amuſement , que fe voyant
feule avec un jeune homme dans un lieu
auffi retiré que celui où nous fommes ,
elle avoit youlu me tenir dans le refpect ,
en me donnant une efperance qui me fit
remettre au lendemain , ce qu'elle avoit
peur que je ne tentaffe dans la même nuit,
fi j'avois crû ne la revoir jamais.
Le foin avec lequel elle m'avoit caché
fon nom , après m'avoir fait dire le mien ,
me rendoit fa verité fufpecte ; enfin je
paffai ma journée & toute la nuit dans des
agitations que je ne peux exprimer.
de
L'heure étant venue où j'avois accou
tumé d'aller à la chaffe , je partis da
Caire , je difperfai enſuite mes gens
façon que je me trouvai en liberté de ve
nir ici ; j'attachai mon cheval à ce pala
mier qui eft auprès de la porte , j'entrai ,
Seigneur , avec un battement de coeur
qui faifoit trembler mes jambes , & quit
me mettoit hors d'état de pouvoir avan
eer ; je fis tant d'efforts que je fis quelques
pas , & je tombai à l'endroit où j'ay
apperceu ces deux vieillards ; la perfonne
qui m'attendoit étoit ici ; elle fit un grand
cri en me voyant tomber , & vint au deyant
DE JUILLET 1722. 4X
vant de moi pour me relever.
Rien ne peut faire entendre , Seigneur,
ce que je fentis dans ce moment ; je la
trouvois contre mon efperance comme
elle me l'avoit promis , elle me donnoit
une marque de l'intereft qu'elle prenois
á moi par le cri qu'elle avoit fait en me
voyant tomber ; l'agitation de fon viſage
me montroit qu'il étoit fincere : Non , Seigneur,
on ne meurt point de plaifir puifque
je fuis encore envie ; je demeurai à fes
pieds,je les tins long -temps embraffez fans
répondre aux queftions qu'elle me faifoit
fur ma chûte ; mon tranfport étoit trop
grand pour qu'elle fut en doute de fa caufe
: toute autre chofe quel'amour , & l'a
mour le plus violent ne fçauroit faire un
fi grand effet.
Je ne vous ennuirai point , Seigneur ,
de nos converfations ; je venois ici tous
les jours , il me paroiffoit qu'elle n'avoit
aucun doute fur la verité de ma paffion ,
elle ine donnoit toutes les marques Сле
je
pouvois fouhaiter , que celle qu'elle avoit
pour moi étoit auffi vive ; j'étois par confequent
, Seigneur , le plus heureux de
tous les hommes , puifque j'étois fans
doute le plus amoureux .
Un jour comme je venois comme à
mon ordinaire ici , je m'égarai , fans роц-
voir imaginer par quel enchantement je
ne
42 LE MERCURE
ne pouvois trouver un chemin queje faifois
tous les jours.Je tournai & retournai toute
la journée fans voir cette piramide , le ſoleil
étoit fi violent que ne pouvant plus le
foutenir , & me trouvant auprès d'une
maifon , je pris le parti de fraper à la
porre , quoiqu'elle ne fut pas de ma con→
noiffance, pour demander à me repofer un
moment. Un esclave me vint ouvrir ; je
lui dis que je m'étois perdu à la chafle ,
& que ne pouvant fupporter l'ardeur du
foleil , je le priois de me laiffer entrer
dans quelque chambre de la maifon ; l'efclave
me répondit que j'étois le maître ,
que je pouvois defcendre dans une falle
baffe où il n'y avoit perfonné , qu'il auroit
foin de mon cheval ; je le remerciai ,
& lui dis que je ne pouvois refter qu'un
moment parce que j'avois une affaire
preffée au Caire.
Au Caire , Seigneur , reprit l'efclave ',
fçavez-vous qu'il y a plus de vingt lieuës
d'ici je ne crois pas que vous ni vôtre
cheval y arriviez fi ailement d'aujourd'huy
: je fis un cris horrible en attendant
ces paroles , je me jettai fur un fopha
penetré de douleur ; vous n'aurez pas de
peine à croire , Seigneur , que j'étois au
defefpoir , je croyois que c'étoit ma faute
de m'être perdu , que la perfonne qui
m'attendoit , me foupçonnoit de luy avoir
preferé
DE JUILLET 1722. 43
preferé quelque autre plaifir ; je me reffouvenois
qu''eellllee mm''aavvooiitt ddiitt que fi je luy
faifois la moindre infidelité , je ne la reverrois
jamais. Qui pourra luy perfuader,
difois- je en moi-même , que je me fuis
perdu dans un chemin que je fais tous les
jours depuis un mois ? quoique cela foiť
vrai , cela n'eft pas vrai - femblable , j'étois
dans ces triftes réflexions lorfqu'une
jeune fille très - belle , les cheveux épars ,
avec une couronne de fleur fur la tête
un habit blanc brodé de fleurs , pareilles
à celles dont elle étoit coëffée , entra avec
des rafraîchiffemens dans la chambre où
j'étois ; elle me dit en arrivant , Seigneur,
ma maîtreffe vient de vous voir entrer
ici , elle eſt dans le bain , elle m'envoye
pour vous apporter ces rafraîchiffemens
elle viendra elle même pour vous faire
les honneurs de fa maifon , en attendant
elle envoïe vous aflurer que vous en êtes
le maître .
Je luy fuis fort obligé , luy répondisje
, mais il faut que je forte d'ici dans le
moment , j'ay une affaire preffée qui
m'empêche de pouvoir profiter de l'honneur
qu'elle me veut faire : Seigneur , me
répondit cette fille , vous ne ferez pas
une fi grande impoliteffe ; je me levai
fans la regarder , & fans luy répondre
pour reprendre le chemin de la porte ,
je
44 LE MERCURË
je redemandai mon cheval à l'esclave qui
m'avoit ouvert. Comme j'entrois dans la
cour , j'apperceus la maîtreffe de la maifon
qui venoit droit à moi ; je voulus faire
femblant de ne l'avoir point vûë ; j'approchois
de la porte, comme elle m'arrêta ,
& me dit j'ay forti de mon bain , Seigneur
, pour vous voir , je me flate que
Vous voudrez bien me donner un moment
d'audiance , j'ay quelque chofe d'impor
tant à vous dire ; je luy répondis que j'é
tois très fâché d'être obligé indifpenfablement
de m'en aller , & que je ne pouvois
l'entendre ; elle m'arrêta encore , &
me dit d'un ton haut & faché : vous
pouvez fans doute ne me pás écouter ,
mais il ne dépend plus de vous de fortir
d'ici : que l'on ferme les portes , dit- elle ,
à cet efclave qui m'avoit ouvert , je veux
voir fi ce brutal mettra le fabre à la main
contre des femmes & un vil efclave : ces
paroles me firent rentrer en moi -même ,
je lui fis des excufes de mon peu de politeffe
, je l'aflurai que fi elle fçavoit les
affaires que j'avois , elle me pardonneroit.
Quelles affaires peux tu avoir à ton
age , me dit- elle ? tu ne dois fonger qu'à
l'amour ; fi c'eft un rendez- vous , on peut
te dédommager ; elle me dit enfuite beau-
сопр de chofes fort preffantes pour m'arrêter
; j'étois fi peu en état de l'entendre,
que
+
1 DE JUILLET 1722.
45
>
que je ne faifois aucune attention à ce
qu'elle me difoit ; elle s'en appercevoit ,
& fe fâchoit ; elle paffoit enfuite de la
colere à la tendreffe ; elle étoit belle , elle
parloit très-bien ; elle me marquoit une
paffion fort grande , mais rien ne pût me
retenir ; je perfiftai à luy demander en
grace de me laiffer fortir . Son vifage pâlit
, en me difant que ma cruauté la feroit
mourir , elle tomba évanouie , & à ce
qu'il me parut me parut fans connoiffance , je pro- .
fitai de ce moment là pour fortir ; je dis
à l'efclave que fa maîtreffe fe trouvoit
mal , il courut à elle pour la fecourir ; les
clefs luy tomberent des mains , je les ramaffai
, j'allai chercher mon cheval , j'ouvris
la porte , & je fortis de la maifon
fans obftacles . Quand j'eus fait environ
quatre ou cinq cent pas de toute la vîteffe
de mon cheval à qui j'avois baillé la main,
je crûs reconnoître le pays où j'étois , &
y avoir chaffé , mais il étoit directement
oppofé au lieu où je voulois aller , je pouffai
encore plus vivement mon cheval , &
j'arrivai à la nuit fermée ici , je trouvai
la perfonne qui m'y avoit attendu qui en
fortoit ; je mis pied à terre pour lui conter
mon avanture , elle ne vouloit point
m'entendre. Après beaucoup de prieres
je l'obligeai enfin à rentrer un moment ;
elle m'écouta fans me répondre . Quand
j'eus
46 LE MERCURE
j'eus achevé de parler elle me dit ; vous
m'avez fait rentrer ici , Abulmer , pour
me conter une fable ; fi vous n'avez point
d'autre chofe à me dire , je ferai aufli
bien d'en fortir ; vous fçavez ce que je
vous ai dit , fongez- y , elle fortit en achevant
ces paroles , je voulus encore la retenir
, mais elle s'échapa de mes mains
avec tant de legereté & de fubtilité que
je la perdis de vie en un moment . Je
m'en retournai au Caire dans un deſeſpoir
incroyable ; je revins le lendemain ici , je
ne l'y trouvai point , je fis plufieurs jours
de fuite le même voyage inutilement,
Comme je ne fçavois point fon nom , &
que je ne pouvois imaginer aucun moyen
de luy faire fçavoir de mes nouvelles , je
ne doutai point que je ne la reverrois jamais
. Mon innocence ne pouvoit me raffeurer
, parce que toutes les apparences
étoient contre moi ; j'en reffentis un chagrin
fi violent que je tombai très- dangereufement
malade ; je ferois mort fans
doute , s'il elle n'avoit pas trouvé le moyen ,
fans que j'aye jamais Içû comment , de me
faire trouver un billet où il y avoit ces
deux mots.
Je ne pouße pas la colere , Abulmer ,
jufqu'à la mort, fongez à rétablir vôtre
fanté , la premiere fois qu'elle vous permettra
defortir du Gaire , vous trouverez
vôtre
DE JUILLET 1722.
47
vôtre amie dans le même lieu où vous l'alliez
chercher inutilement avant vôtre ma
ladie,
Je fus tranfporté de joye d'abord ;
mais je fis enfuite des réflexions qui mẹ
firent croire que je ne devois pas m'y
abandonner ; je n'avois vû entrer dans
ma chambre que des gens attachez à mon
pere ; je m'imaginai qu'il avoit fait épier
mes actions depuis la nuit que j'avois
couché dehors , qu'il fçavoit que j'allois
tous les jours à cette piramide , que j'y
trouvois une femme , dans les premiers ;
temps que j'en fortois fort gay , que peu
de jours avant ma maladie les mêmes
gens avoient remarqué ma trifteffe , &
que je n'y trouvois plus la perfonne que
j'y voyois auparavant, qu'il avoit conclu
de toutes ces circonftances ramaffées
que c'étoit là le fujet de ma maladie
qu'il falloit me donner quelque efperance
de la revoir , ne doutant pas que ce
fût une broüillerie entre nous qui l'empêchoit
d'y venit. J'étois d'autant plus
confirmé dans cette penfée , que je trouvois
la lettre trop courte , & trop froide.
pour une perfonne qui m'avoit donné
tant de marques d'une paffion veritable .
Malgré mes raifonnemens l'efperance
prit le deffus & la fanté auſſi , je n’attendis
48 LE MERCURE
marque
dis pas qu'elle fut parfaite , je me fis mettre
à cheval trois jours après , quoique je ne
puffe quafi me foûtenir ; je vins ici comane
à mon ordinaire , je ne fus point deceu
, je trouvai que j'y étois attendu .
Mon extrême pâleur, la
d'amour
que je luy donnois , de fortir dans
Fétat où j'étois , l'attendrit , elle me fit
cent amitiez , & je revins au Caire avec
une figrande joye qu'Achmet & Almanfine
furent perfuadez , tant par ce que je
leur dis que par le changement qu'ils virent
fur mon vifage , que la chaffe étoit
abſolument neceffaire à ma fanté.
Je paffai encore quelque temps tranquillement
, j'allois tous les jours au même
lieu ; elle y étoit avant moi , & plus je la
voyois & plus j'étois amoureux. Ses dif-
Cours & fon procedé m'avoient ôté toute
l'inquietude que j'avois auparavant de ne
pouvoir fçavoir ni fon nom , ni fa condition
; quelque extraordinaire que me parut
fen opiniâtreté là deffus, me donnant d'ailleurs
tant de marques de confiance , je ne
pouvois penfer que du bien d'elle.
Un jour que je fortois d'avec elle , &
que je m'en retournois au Caire au petit
pas , mon cheval s'arrêta , & fe mit à
reculer en reniflant , comme s'il avoit eu
peur , je luy donnai un coup d'éperon
le faire avancer , il fe cabra fibruf pour
quement
DE JUILLET 1722 . 49
quement,que quoique je fois un affez bon
homme de cheval , il me jetta à la renverfe
,fans cependant me faire aucun mal ;
dès qu'il fe vit en liberté il partit comme
un trait , & je le perdis de vûë , je pris
mon parti de m'en aller au Caire à pied .
Aprés avoir fait environ cent pas je
trouvai un eſclave noir qui fe jetta à mes
pieds, en verfant un torrent de larmes :
Seigneur , me dit-il , que vôtre valeur &
vôtre generofité vous engagent à venir
avec moi délivrer une jeune Princeffe qui
eft au pouvoir d'un affieux tiran qui luy
fait fouffrir tous les jours mille maux ;
vous aurez peu de chemin à faire , elle
n'eft qu'à un mile d'ici ; je luy répondis
que je me trouvois fort heureux d'une
pareille avanture , fi je la pouvois croire
veritable , mais qu'il étoit difficile de me
perfuader qu'il fe pafsât fi proche du
Caire quelque chofe d'injufte , & de tyrannique
, fans que le Soudan en fut informé
, & qu'il en fût informé fans y avoir
mis ordre.
Il le fçauroit fans doute , Seigneur ,
me dit l'efclave , fi on avoit pû le luy .
apprendre ; mais nous ne fommes que
d'hier ici , il n'a pas encore eu le tems de
le fçavoir , nous ne demeurons tout au
plus que deux fois vingt - quatre heures
dans le même lieu ; nôtre tiran eft un genie
C qui
So LE MERCURE
2
qui tranfporte par fon pouvoir la Princeffe
& le Palais , où il la retient d'un
lieu à un autre , comme il luy plaît , depuis
qu'elle eft en fon pouvoir ; je crois que
nous avons été dans toute l'Afrique &
l'Afie , fans qu'on ait jamais ſceu où nous
étions ; il n'y a qu'une gouvernante &
moi qui foyons attachez. à la Princeffe
& l'on nous retient avec beaucoup de
précaution ; le Palais eft gardé par des
bêtes feroces qui ne laiffent approcher
perfonne. Eh ! comment avez vous pû
faire , luy dis- je , pour fortir de ce Palais ,
& me venir trouver ? Seigneur , me répondit
l'efclave , j'ay dérobé au Genie
cette nuit le fabre que vous voyez à ma
main pendant qu'il dormoit. Ce fabre a
le pouvoir d'éloigner les bêtes farouches ;
je fuis forti par . ce moyen , je me fuis
caché pendant le jour dans ce petit bois
où vos gens chaifoient. L'un d'eux m'a
affeuré que vous pafferiez par ici , & je
vous y ai attendu ; ce qu'il m'a dit de la
bonté de vôtre coeur m'a donné quelque
efpoir que vous voudriez bien venir avec
moi délivrer la Princeffe ; & je vous ai
reconnu , Seigneur , quoique vous fuffiez
à pied à l'extrême beauté dont ils m'ont
dépeint vôtre figure .
Je vous trouve trop flateur pcur être
veritable , luy dis- je , mais je ne veux pas
que
DE JUILLET 1722.
ނ
que vous me foupçonniez de feindre d'ê
tre incredule par la crainte que peut
donner une avanture auffi extraordinaire
que celle dont vous me parlez ; montrezmoi
feulement le chemin que je dois tenir,
& je le fuivrai.
L'efclave marcha devant moi fans me
répondre ; après avoir traverfé une partie
du bois dans lequel il m'avoit conduit,
j'apperceus au travers des arbres de la
lumiere ; l'efclave fe retourna & me dit :
Seigneur , voilà le Palais dont je vous ai
parlé yous trouverez à la porte des animaux
de toutes efpeces pour en défendre
Pentrée ; il eft neceffaire que je vous
donne prefentement le fabre que j'ay dérobé
au Genie , ils ne peuvent être vaincus
que par luy ; il me prefenta le fabre
en même temps , je le pris , & il acheva
de me mener juſqu'au lieu où je voyois la
lumiere ; j'arrivai vis - à- vis d'une porte
qui me parut de fer ; deux lions d'une
groffeur prodigieufe étoient couchez en
travers vis- à- vis l'un de l'autre ; je marchai
à eux le fabre à la mair , ils firent
des rugiffemens affreux , & vinrent fe
coucher à mes pieds ; l'un d'eux frapa la
porte avec fa queue , elle s'ouvrit ; un
nombre infini de pantheres , de lions , de
dragons fortirent de plufieurs petites maifons
de bois pour venir à moi , je levaile
Cij fabre
52
LE MERCURE
fabre en l'air comme pour les fraper , ils
s'abbaifferent à mes pieds comme les
lions , & je traverfai enfuite fans aucune.
difficulté une très - grande cour fort bien
éclairée par des lumieres qui paroiffoient ,
des quatre côtez dans le bâtiment qui
n'étoit que d'un étage feulement ; il me
parut d'une beauté finguliere , vis à - vis
de la porte par où j'étois entré , je trouvai
quatre marches à monter qui conduifoient
dans un falon qui me parut éclairé
de mille bougies jaunes , une porte ouverte
qui étoit oppotée à celle par où j'entrois
, me laiffa voir un appartement tendu
de noir comme le falon , & éclairé de
même ; j'entrai dans cet appartement qui
étoit fort long , je traverfai toutes les
chambres fans y trouver perfonne. L'efclave
qui m'avoit conduit avoit difparu
fans que je m'en fuffe apperceu ; j'arrivai
au bout de cet appartement lugubre dans
un autre falon qui n'étoit point tendu de
noir , il étoit éclairé par des bougies blanches
, des colonnes de marbre blanc foutenoient
la voûte , entre chaque colonne
il y avoit une niche , & une figure noire
fur un -piédeftal comme l'efclave qui m'avoit
conduit ; elles avoient toutes le fabre
à la main , mais elles n'avoient aucun
mouvement ; je m'arrêtai quelque temps
à les examiner , & les voyant toûjours
dans
30
DE JUILLET 17227 53
dans la même pofture , je jugeai qu'elles
étoient de marbre . Au bout de ce falon
il y avoit un tombeau de marbre noir ,
élevé de terre par trois marches de marbie
blanc ; au bas de la premiere marche
une vieille femme étoit affife, la tête dans
fes mains , & les coudes appuyez fur les
genoux , elle pleuroit amerement ; & quoique
j'approchaffe près d'elle , elle ne me
parut faire aucune attention à moi. Je
montai les marches qui conduifoient à ce
tombeau , je levai une couverture de drap
d'or qui le couvroit , je trouvai dedans
une femme couchée d'une beauté fingu
liere , une fléche luy perçoit le coeur , &
il en fortoit encore du fang.
Je dis en moi -même : voilà fans doute
la malheureufe Princeffe pour qui l'efcla
ve m'a demandé mon lecours , il faut
qu'il ait appris en arrivant que le Genie
l'a tué , & qu'il l'a abandonné , c'eſt ce
qui eft cauffe que je ne l'ai pas vû depuis ;
c'eft fans doute ce qui eft caufe auffi que
je fuis arrivé dans ce lieu fans y trouver
d'obft cles ; dans l'état où le Genie l'a
mis il ne fe foucie point de la garder ;
elle ne fçauroit plus luy donner de jalonfie
; je voulus luy prendre la main
pour juger à peu près du temps qu'elle
étoit morte , parce que je voyois encore
fon fang couler elle fit un mouvement
Cij
qui
$4
LE MERCURE
qui me fit juger qu'elle ne l'étoit pas ens
core. Quoique je ne dûffe pas me flåter de
Juy fauver la vie en luy donnant du fecours
, je voulus effayer de luy ôter la
fléche qui luy perçoit le coeur ; je la pris
par le bout , je la tirai de toute ma force,
& je l'arrachai ; la perfonne couchée fit
un foupir , & ouvrit les yeux. La vieille
femme qui étoit affiſe ſur le degré ſe leva
avecun vilage gay, & me cria : Courage ,
Seigneur , que vôtre valeur acheve cette
avanture ; je retournai la tête pour regarder
celle qui me parloit , j'apperceus en
même temps toutes ces figures que j'avois
crû de marbre , qui étoient defcenduës
de leurs piédeſtaux qui venoient à moi let
fabre haut , je repris celuy que l'efclave
m'avoit donné que je venois de poſer fur
ce tombeau pour tirer cette fléche ; je
m'en allai à eux pour les combattre , dans
le même moment ces esclaves armez ſe
jetterent à genoux , & me demanderent
grace. La perfonne qui étoit dans le tombeau
fe leva fur fon féant , & dit en m'addreflant
la parole : Quoi ! ce n'eft point
mon perfecuteur qui me tire aujourd'hui
du malheureux état où il me met tous les
jours ? Non , Madame , luy répondis - je
fi vous êtes en état de vous lever , je vous
fortirai d'ici avec l'aide de cette femme
qui me paroît prendre intereft à ce qui
Vous
DE JUILLET 1622 .
vous regarde ; vous êtes en Egypte , mon
pere y eft le maître , & nous ne fommes
pas loin du Caire.
Seigneur , me répondit-elle , en fortant
du tombeau d'une maniere fort legere
nous n'avons plus rien qui nous preffe ,
vous avez dû juger par tout ce que vous
avez vû qu'il y a quelque chofe qui n'eſt
pas naturel dans une guerifon auffi promp
te que la mienne. La fléche que vous m'avez
arrachée , & le fabre que vous avez!,
me tirent des mains du Genie ; vous êtes
prefentement en droit de commander
dans ce Palais , vous vous en appercevrez
même par le changement de decoration
que vous trouverez dans l'appartement
tendu de noir ; elle me prit enfuite par
la main , & repaffant par les mêmes
chambres , je les trouvai magnifiquement
meublées , & très bien éclairées par d'autres
bougies & lampes de criftal. Ma
furprife fut trop grande pour la cacher ,
elle s'en apperçût , & me dit en continuant
fon chemin : Ne foyez point furpris
, Seigneur , de ce que vous voyez ,
vous trouverez encore des chofes plus extraordinaires
dans mes avantures que je
vais vous conter , quand nous ferons arrivez
au lieu que je vous deftine pour paffer
cette nuit. J'ofe me flater que vous
voudrez bien demeurer avec moi plus
C iiij d'un
56 LE MERCURE
d'un jour. Si je vous étois encore utile à
quelque chofe , Madame , luy répondisje
, j'y demeurerois avec plaifir ; mais il
me femble que vous m'avez dit que vous
êtes fortie du pouvoir du Genie , & que
vous êtes la maîtreffe ici . Dès que vous
m'aurez fait la grace de me dire vos
avantures , je recevrai vos ordres , & je
partirai pour m'en retourner au Caire . Je
Juis dans une fituation que je ne ſçaurois
m'en abfenter, fans livrer des perfonnes à
qui je dois beaucoup , à des inquietudes
bien fondées , fi je pouffois mon abſence
au-delà d'un jour.
Il me parut à ce difcours un chagrin
fort marqué fur le vifage de la Princeffe ;
elle ne me répondit rien ; j'entrai avec
elle dans le lieu où elle avoit deffein de
s'arrêter ; elle s'affit, en arrivant , fur un
fopha , & m'ordonna de me mettre auprès
d'elle.
La vieille qui nous avoit toûjours fuivi
, fe mit à genoux devai telle , & luy
dit : Ma belle Princcffe, laiffez moi conter
vos avantures à ce geneieux Prince.
Il y a mille chofes, que vous ne luy direz
point par modeftie , que je fuis bien aife
qu'il fçache. La Princeffe ne luy répondit
point , la vieille fe leva & prononça en-.
fuite fon difcours.
La Princeffe que vous voyez , Seigneur,
DE JUILLET 1722. 57
gneur , eft fille du Roi de Congo , &
d'une Princeffe qu'il fit enlever a cauſe
de la réputation de fa beauté. Son nom
n'eft point neceffaire à mon hiftoire ; ils
ont nommé leur fille Melifienne . Son extrême
beauté vient de fa mere ; vous.
voyez qu'elle eft blanche , & que les peuples
du lieu d'où elle eft née font noirs ;
outre la beauté dont elle eft pourvûë
elle a toutes les vertus que l'on peut defirer
même au plus plus honnête homme : le
courage , l'efprit , le fecret , la droiture
T'amitié , la moderation , la generofité
toutes ces qualitez font en elle dans leur
plus grande perfection.
Le Roy fon pere qui a beaucoup d'ef
prit a toûjours reconnu en elle toutes ces
vertus dès fa plus rendre jeuneffe ; moins
en pere préoccupé qu'en habile homme
il luy a toujours confié le fecret de for
état fans referve , & ne l'a point tenue
comme les autres femmes enfermée. Elle:
vivoit au milieu de fa cour avec liberté ;
elle avoit des amies à qui elle procuroit
la même fatisfaction ; elle difpofoit qua
de toutes les graces , parce que le Roy
n'en faifoit point fans la confulter , & que:
fon avis le déterminoit toûjours ; elle less
diftribuoit avec tant de juftice & de difcerrement
qu'elle ne s'eft jamais fait un
ennemi. Il y a environ deux ans qu'ill
Cv Parug
$8 LE MERCURE
parut à la cour un homme extraordinaire ,
tant pour la figure que pour les moeurs ;
il fe difoit Prince d'une Souveraineté en
Europe ; il n'eut pas de peine à le perfuader
par la couleur de fa peau . Le Roy a
toûjours aimé cette partie du monde
parce que la Reine la femme en étoit ,;
& que la Princeffe eft blanche comme
elle. >
>
Le Roy luy faifoit des amitiez incroyables
; il fut long - temps à faire fa cour ,
& à donner des Fêtes à la Princeffe fans
fe declarer. Un jour que le Roy tenoit
un Confeil pour répondre à plufieurs Envoyez
des Royaumes voifins qui de part
& d'autre venoient luy demander du fecours
pour une guerre qui commençoit
entre eux. Le Prince entra dans la Chambre
du Confeil , & dit au Roy qu'il venoit
pour luy offrir du fecours pour celuy
qu'il voudroit favorifer , qu'il luy
fourniroit tant d'hommes & d'argent qu'il
en auroit befoin ; mais qu'il vouloit pour
ce fervice qu'il luy donnât la Princeffe ,
& qu'il luy permît de l'emmener dans.
fes Etats. Le Roy luy répondit qu'il falloit
plus d'un moment pour déliberer
d'une fi grande affaire . Le Roy leva le
Confeil , en difant ces paroles , & alla
chez la Princeffe , il luy fit le recit de ce
quele Prince luy avoit dit dans fon Confeil
;i
DE
JUILLET 1722. 59
feil . La Princeffe fut effraïée de fa, propofition
; le Prince ne lui plaifoit pas , elle
ne vouloit pas abandonner ni le Roi , ni
fon Roïaume . Elle pria le Roi qu'il trouvât
bon qu'elle parlât elle- même au Prince
pour l'éloigner d'elle. Elle ne vouloit
pas que cela attirât des affaires au Roi ,
difant qu'il falloit que ce fût un Prince
puiffant , puifqu'il avoit offert un fi grand
lecours .
Le Roile trouva bon ; elle envoïa chercher
le Prince , elle lui parla dans les termes
dont elle étoit convenue avec le Roi.
Elle fut bien furprife d'entendre un Amant
parler en maître , & la menacer des malheurs
les plus terribles , fi elle ne confentoit
à l'époufer : il lui fit valoir fa moderation
& fa retenue depuis qu'il étoit
à la Cour , les attentions qu'il avoit euës
pour lui plaire. En un mot , il lui dit tout
ce qui pouvoit lui faire peur , en cas qu'elle
le refufât , & tout ce qui pouvoit la
flatter , fi elle l'acceptoit ; mais la Princeffe
demeura ferme dans fa refolution
elle lui défendit même de paroître devant
elle. Melifienne s'enferma dans fa chambre
avec toutes les amies , elle m'ordonna
de ne la point quitter.
Nous paflâmes quelque tems à ne voir
d'hommes que le Roi , il nous apprit un
jour que le Prince avoit pris fon parti
C vj plus
60 LE MERCURE
plus honnêtement que l'on ne devoit fe
flatter par l'emportement de fon humeur,
& les menaces qu'il avoit faites dans le
commencement , & qu'il étoit enfin parti
Trois ou quatre jours après , le Roi
étant avec la Princeffe dans fa chambre,
l'endroit du plancher où étoit le Roi s'enfonça
, à peine la Princeffe & moi eûmes
le tems de nous en appercevoir , nous
nous fentîmes tranfportez en l'air , nous
perdîmes connoiffance ; & lorfqu'elle
Пous fut rendue , la Princefle ' fe trouva
dans ce Palais ambulant où nous fommes
prefentement . Ce prétendu Prince fe préfenta
devant Melifienne & lui dit : Vous
étes préfentement en ma puiffance , vos
refus ne peuvent m'allarmer , puifque rien
ne peut fortir d'ici , & que j'y fuis le
maître. La Princeffe incertaine de ce
qu'elle devoit lui dire , garda un profond
filence ; il la mena enfuite promener par
tout le Palais , il lui fit voir des richeffes
immenfes , & lui apprit fa veritable condition
: il lui dit qu'il étoit un Genie , ik
nous fit voir les précautions qu'il avoit
prifes pour la garde de la Princeſſe , &
pour lui ôter , difoit- il , route efperance
de recouvrer la liberté.
Melifienne a eu depuis qu'elle eft ici
une conduite auffi fage & auffi ferme que
le premier jour qu'elle lui parla : je crois
que
DE JUILLET 1722. 61
>
que l'efclave qui vous rencontra hier vous
aura dit qu'il lui avoit pris le fabre que
vous avez, comme il dormoit & qu'il
avoit remarqué que quand il forroit , il le
montroit feulement à ces animaux qu'il
avoit mis à nôtre garde. Il avoit fi bien
pris fon tems , qu'il avoit pu le lui ôter. Il
eft forti par le même moïen ; il faut que
vous fçachiez auffi qu'il y a quelques
jours que le Genie outré des refus de Melifienne
, fit faire l'appartement d'où vous
fortez. Lorfqu'il étoit obligé de fe retirer
le foir , il lançoit à la Princeffe cette fleche
qui lui perçoit le coeur , & m'obligeoit
à la porter entre mes bras dans le
tombeau où vous l'avez trouvée , il nous
mettoit l'une & l'autre fous la garde de
ces esclaves noirs que vous avez vûs.
Le lendemain il venoit tirer la fleche
comme vous avez fait : elle revenoit de
fa prétendue mort , & il la perfecutoit jufqu'au
foir qu'il la remettoit dans le mênie
état: difant qu'il vouloit lui faire fouffrir
une partie des maux que fa beauté lui caufoit
, puifqu'il n'avoit pas la permiffion
qu'il lui falloir pour fe fervir contre elle
de toutes les forces . La vieille finit à cet
endroit de fa narration , & je lui rendis
compte enfuite de la façon dont l'efclave
m'avoit parlé , & du parti que j'avois pris
de venir avec lui , quoique j'eaffe pen de
confiance
62 ' LE MERCURE
confiance à ce qu'il me difoit.
La Princeffe qui n'avoit point parlé de
puis que nous étions dans cette chambre,
me fit un difcours fur le pouvoir des Genies
& celui des Fées ; elle me parla auſſi
de l'obéïffance que les efprits elementaires
avoient pour elles , & du caractere de
ces efprits. Je trouvai dans ce qu'elle me
dit beaucoup d'efprit & beaucoup de connoiffance
, fort au-deffus de ce que les
femmes de fa nation ont ordinairement .
Elle m'apprit enfuite que le Genie lui
avoit dit , que s'il pouvoit entrer un homme
dans fon Palais , il feroit obligé de l'abandonner
par l'ordre du Deftin : que
c'étoit pour cette raifon qu'il avoit tant
de gens où elle étoit , & tant de bêtes farouches
pour en garder l'entrée.
La vieille me conduifit enfuite'dans
une chambre bien meublée , & me laiſſa
en liberté de repofer ; j'avois tant de chofes
dans la tête que je ne pûs dormir je
fouhaittois le jour avec une impatience extrême
pour m'en aller ; la crainte de manquér
encore une feconde fois à mon rendez
vous , & de fâcher la perfonne que
j'aimois , ne tint alerte toute la nuit . Le
jour arriva enfin , & je me préparois à
partir , lorfque la vieille entra dans ma
chambre & me dit : Seigneur , la Princefle
Melifienne m'envoie , vous prier de
lui
DE JUILLET 1722 63
lui aller dire un mot ; je fortis dans le
moment , la vieille me conduifit dans une
chambre à côté de la mienne ; je trouvai
la Princeffe fort parée ; j'avouerai franchement
qu'elle me parut plus belle au
jour qu'elle ne m'avoit paru le foir , quoique
fon appartement fut fort bien éclairé.
Elle commença une converfation avec
moi , où il me parut autant d'efprit qu'elle
m'en avoit fait voir la veille . Quoiqu'elle
ne roulât point fur des matieres
auffi ferieufes , elle avoit un tour libre &
naturel qui plaît infiniment , même dans
les bagatelles ; elle me demanda ce que je
voulois faire dans la journée : je veux
vous mener au Caire , Madame , lui ré
pondis-je , fi vous voulez bien y venir ,
pour vous confier au Soudan jufqu'à ce
que vous puiffiez retourner dans vôtre
Etat.
Quoi , dit-elle , il ne vous eft pas venu
feulement une fois dans l'efprit cette
nuit que vous pouvez paffer ici quelques
jours avec moi , puifque le Genie n'y
fçauroit revenir ?
Non , Madame , lui répondis - je , je
ne me flatte pas fi aifément ; & quelque
agreable que cette idée pût être pour moi,
comme elle cft impoffible , elle ne m'eſt
pas venuë.
Il n'y a d'impoffibilité , me dit - elle ,
que
64
LE
MERCURE
que dans votre volonté ; mais je me flatte
qu'en vous le demandant en grace , vous
ne me le refuferez pas. Je me trouvai ſi
embarraffé d'une répon'e que je n'en fis
point. Elle prit mon filence fans doute
pour un confentement ; & fe tournant du
côté de la vieille , elle lui dit : Qu'on
nous apporte des rafraîchiffemens , & que
tout le fente de l'abfence du Genie & de
la prefence d'Abulmer.
Les mêmes efclaves noirs nous fervirent
des rafraîchiffeinens ; j'entendis après une
fimphonie la plus agreable du monde
Comme j'étois inquiet de la façon dont je
lui dirois que je voulois m'en aller , elle
s'en apperçût , & me dit qu'elle étoit
étonnée qu'une mufique auffi agreable fut
entendue avec tant de diftraction .
Je pris l'occafion de ce reproche pour
fui dire naturellement ce qui m'en donnoit
; elle tomba elle-mêine dans un chagrin
inquiet : elle prit cette vieille par la
main , & l'emmena dans l'embrafure d'une
fenêtre ; & lui parla long- tems à l'oreil
le. Je voulus prendre ce moment pour
fortir, mais je trouvai toutes les portes
fermées , je revins fur mes pas pour prier
la Princeffe puifqu'elle commandoit
dans ce Palais , de me faire ouvrir ; elle
ne me répondit point , fon chagrin parut
s'augmenter ; elle fortit avec cette vieil-
,
le
DE JUILLET 17225
ES
le , & me laifla feul . Je demeurai quelque
tems à me promener à grands pas ,
murmurant contre l'injuftice de cette
Princeffe , de me retenir prifonnier après
F'avoir tirée du plus rude de tous les efclavages.
J'étois dans cette penfée lorsque cette
vieille entra dans ma chambre , & me dit
en m'embraffant : Avez - vous bien refolu ,
Abulmer , de vous en aller ? Qüi , lui répondis
- je , fi j'en ai la liberté. Quoi ! la
beauté , l'efprit de la Princeffe ne peuvent
vous retenir encore un jour , me dit - elle?
Si j'étois neceffaire à fon fervice , lui disje
, je demeurerois ; mais elle m'a dit
elle - même qu'elle n'avoit plus rien à
craindre ; & je m'en apperçois , puiſque
fes ordres font fi bien executez , que je
n'ai pas la liberté de fortir de cette chambre
par le foin que l'on a eu d'en fermer
toutes les
portes.
Le motif qui fait agir la Princeffe n'a
rien d'offenfant pour vous , me dit elle ,
vous n'étes pas affez novice pour ne vous
être pas apperçu que cette Princeffe
vous aime plus qu'elle ne veut , & plus
qu'elle ne doit : c'eft le moins que vous
puiffiez faire de lui donner quelques
jours.
que
Si ce que vous me dites eft vraí , lui
répondis - je , je ne fçaurois partir trop
tôt i
66 LE MERCURE
tôt ; je ne veux point la tromper ; je në
fçaurois répondre à fa paffion , & je ne
veux point la fortifier. Mais , me dit la
vieille : fi vous vous en allez aujourd'hui,
je vous jure que de l'humeur dont je connois
cette Princeffe , elle fe donnera la
mort ; & fi vous demeurez , je vous ai dit
qu'elle a beaucoup de courage , elle fe
guerira peut- être. Si elle eft capable de
fe guerir en fi peu de tems , lui d s- je , fon
amour eft leger , l'abfence le fera mieux
que ma prefence. J'ai entendu dire que
les années diminuoient les paffions , mais
que peu de jours fervent à les augmenter,
Prenez cependant vôtre parti , me dit la
vieille , de ne vous en aller que demain :
je vous promets que fi vous perfiftez à
partir , que vous ferez le maître ; mais
au nom de ce que vous avez de plus cher,
parlez -lui fur l'état de vôtre coeur naturellement
, ne la flattez pas , & ne paroif.
fez pas trifte , aïez pour elle cette complaifance.
Je lui promis , les portes de ma
chambre s'ouvrirent comme auparavant,
& j'entrai dans celle où étoit la Princeffe
avec la vieille qui me menoit.
Elle
parut embaraffée en me volant , &
je le fus auffi ; l'on nous fervit à manger
, & tout le refte du jour ſe paſſa ,
elle fans parler , & moi à lui parler fur le
ton que j'avois promis à la vieille.
Le
DE JUILLET 1722. 67
>
Le jour commençoit à baifler , & le
clair de la lune donnoit dans les fenêtres
de cette chambre. La vieille qui ne nous
avoit point quitté , dit à la Princeſſe : il
faut faire allumer . Allez l'ordonner , répondit
la Princeffe , la vieille fortit un
moment après la même mufique que j'avois
entendue recommença dans le jar
din. J'avois l'efprit moins agité , j'étois
fûr de partir le lendemain , j'étois con
teng de ma fincerité & de ma fidelité ;
tout cela me raffuroit fur ce que pouvoit
penfer la perfonne que j'aimois , comme
- fi elle l'avoit pû fçavoir. J'eus par cette
raifon plus d'attention à la mufique , elle
m'attendrit , & me jetta dans la rêverie ,
& dans une rêverie fort douce ; elle étoit
augmentée par le clair de lune & la pri
vation de lumiere. La Princeffe étoit fans
doute dans une rêverie à peu près pareille
; elle fit un grand foûpir ; j'y répondis
par un autres elle s'approcha fort près
de moi , nous étions fur le même fopha ,
mais loin l'un de l'autre. Auparavant elle
me dit : nous foûpirons l'un & l'autre
Abulmer ; mais la difference eft grande
dans la cauſe qui nous fait foû pirer ; je
lui répondis avec plus de politeffe que je
n'avois fait toute la journée . Abulmer
s'arrêta en cet endroit , il paffa la main
fur fon vilage pour cacher la rougeur , &
demeura
68 LE MERCURE
demeura un moment fans parler.
Il reprit enfuite fon diſcours , & dit ; Je
ne veux point , Seigneur , vous faire un
détail de ma foibleffe ; la Princeſte me
marqua une tendreffe fi vive que j'y fus
fenfible , & que je lui en donnai des marques
, quoique je ne fus point amoureux ;
mon coeur y eut moins de part que la
compaffion , qu'il eft naturel d'avoir pour
une paffion malheureufe , particulierement
lorfqu'on eft fort amoureux.
Un éclat de tonnerre ſe fit entendre
auffi- tôt le Palais , me parut en feu , je
tetournai la tête , j'apperçus des flânesfortir
des lambris & du plancher ; je crûs
que je n'avois pas un moment a perdre
pour me fauver & la Princeffe auffi. Je
voulus la prendre entre mes bras , mais
elle me repouffa avec violence . Regar
de moi , dit- elle , tu peux me reconnoître
nous fommes mieux éclairez que par
la lune.
Quelle fut ma douleur & ma furprife ! →
au lieu de la Princeffe , de trouver celle
que j'adorois & que je venois d'offenſer ;
elle me laila quelques momens dans la
furpriſe & la confufion où fa prefence me
jettoit ; & voïant que je ne parlois point,
elle prit la parole , & me dit :
Tu me vois , Abulmer , pour la derniere
fois ; juge de la grandeur de la perte
DE JUILET 1722 . 69.
te que tu fais par le pouvoir que tu me
connois : elle le précipita dans le moment
au milieu des flames. Mon premier mouvement
fut de la fuivre ou de perir ; mais
une main invifible plus forte que moi me
couvrit les yeux & m'arrêta . Lorfqu'elle
m'eut laiffé en liberté de les ouvrir , je
me trouvai au bord de ce bois dont je
vous ai parlé , que je reconnus au clair
de la lune.
Je me laiffai tomber accablé de douleur
, & j'y paffai le refte de la nuit . Je
fus tenté cent fois de me donner la mort ;
mais outre que je n'avois point d'armes,
je me reflouvins qu'elle m'avoit dit plus
fieurs fois qu'elle ne borneroit pas
fa vengeance
à me priver de la voir , je voulus
lui laiffer le plaifir de fe venger comme elle
fouhaittoir.
Le lever du foleil me tira de mes reflexions
, il falloit prendre mon parti fur ce
que j'avois à faire , puifque je n'avois perfonne
pour me donner confeil. Je ne pûs
me refoudre de retourner au Caire ; je
pris la refolution de venir ici m'enfermer,
& de me laiffer mourir de faim . Je crûs
qué ce lieu , fouvent témoin de mon bonheur
, me donneroit encore plus de remords
& de defefpoir , & qu'il avanceroit
ma mort.
J'en pris le chemin , & j'y arrivai fans
rens
70 LE MERCURE
rencontrer perfonne. Il y a plufieurs mois
que j'y fuis , & je fuis refolu à n'en jamais
fortir. Au refte , il faut , Seigneur ,
que je vous dife , que ce n'eft pas faute
de courage , fi je ne fuis pas mort comme
je l'avois refolu .
Le même foir que j'y arrivai , une voix ,
telle que celle qui caufe mon malheur ,
me dit , fans que je pûs m'appercevoir
d'où elle fortoit ; ma vengeance ne feroit
pas remplie , Abulmer , fi vôtre mort
étoit fi proche ; je vous ordonne de manger
, & je vous en fournirai les moïens .
Un inftant après il fe préfenta cette table
devant moi avec de la nourriture , &
elle fe trouva couverte le foir & le matin
, fans que je voïe perfonne qui me
ferve,
Abulmer aïant achevé de parler , Abenfai
alloit prendre la parole ; mais un bruit.
qu'il entendit auffi- bien qu'Abulmer , les
fit lever l'un & l'autre.
C'étoit Gracieufe qui avoit tiré de fa
poche une petite trompette de diamant ,
& qui avoit appellé avec cette trompette
d'un ton fort haut & fort clair trois fois
Olindine,
Gracieuſe continua après le troifiéme
appel ; elle dit venez , Olindine , recevoir
les ordres du Deftin que je vous apporte
; ils entendirent un coup de tonn
erre
DE JUILLET 1722. 71
nerre , une flâme fort claire entra dans la
pyramide : Gracieufe reprit fa figure ordinaire
, & rendit à Zulma la fienne.
Abenfaï & Abuliner furent fi furpris ,
qu'ils garderent un profond filence.
La Fée continua de parler , & dit : Le
Deftin vous ordonne , Olindine , de pardonner
à ce Prince fa faute , elle eft excufable
; les hommes ne font pas faits
d'une effence auffi pure que la vôtre . Il
faut leur paffer les défauts où le coeur n'a
point de part , de plus fon infidelité n'eft
pas veritable , puifqu'elle n'a été que pour
vous.
Il fortit de cette flâme une voix qui répondit
: elle eft auffi grande qu'elle le
peut être , puifqu'il étoit perfuadé que
j'étois la Princeffe Melifienne ; mais les
ordres du Deftin font plus juftes que mes
raifonnemens ; j'y fuis foûmife , & je n'en
murmure point. Il pouvoit même , répondit
Gracieufe , vous impofer une peine
plus rude d'avoir trompé un Prince
qui vous aime , & qu'il vous avoit donné
lui-même : vôtre hiftoire apprendra à toutes
les falamandres à ne pas hafarder leur
bonheur fi legerement , & à ne pas tenter
la fidelité des hommes .
Olindine parut en même tems aux yeux
d'Abulmer. Gracieufe à l'endroit de la
pyramide éleva un Palais ; elle ordonna
72 LE MERCURE
.
à Olindine d'y demeurer, & d'y recevoir
Abulmer , comme elle faifoit auparavant
dans la pyramide. Elle fe tourna du côté
d'Abenfaï , & lui dit : Prince , je laiffe
le foin à vôtre mere de vous tirer de l'état
où vous étes ; recevez feulement ce
prefent de moi ; elle lui préfenta en même
tems une cane , & lui dit : Cette cane
vous conduira , vous n'avez qu'à la ſuivre
, elle foulagera auffi la peine que vous
avez à marcher , toutes les fois que vous
aurez befoin de quelque chofe , enfoncezla
dans la terre , & ce que vous voudrez
paroîtra ; je fuis bien fachée de ne pouvoir
rien faire de plus pour vous préfentement.
Abulmer , pendant que Gracieufe parloit
au Prince de Tombut , étoit à genoux
devant Olindine , & lui baifoit les
belles mains avec un tranfport qui ne
fe peut exprimer. Gracieufe le fit lever
après l'avoir conduit dans le Palais ,
Elle convint avec lui qu'il feroit part de
fon avanture feulement à fon pere & à fa
mere , qu'il vivroit au Caire comme auparavant
, qu'il viendroit voir Olindine
tous les jours , & qu'il lui feroit fidele à
l'avenir . Elle ordonna auffi à Olindine
de lui rendre fon amour & fa confiance.
Olindine affura Gracieuſe qu'elle lui
obeïroit d'autant plus volontiers qu'elle
avoit
DE JUILLET 1722. 73
avoit été punie elle- même de l'épreuve
qu'elle avoit voulu faire .
Gracieufe monta dans fon char , Abenfaï
prit le chemin que la cane de Gracieufe
lui marquoir : Abulmer & Olindine
demeurerent dans le Palais .
Gracieuſe en continuant fon voïage
rencontra Agreable , elles s'arrêterent
toutes deux , & defcendirent à terre dans
une 1fle que leurs chars laiffoient à gauche
pour rentrer dans leurs terres . Elles fe
mirent fur l'herbe au bord d'un ruiſſeau ,
qui couloit dans une prairie couverte de
Aeurs entre deux rangées de grenadiers
auffi hauts que les plus grands chênes ,
& qui étoient couverts de fleurs & de
fruits.
Gracieuſe demanda à fa foeur Agreable
ce qu'elle avoit fait pour le Prince
Ormofa ; Agreable alloit le lui dire, Zulmá
l'écoutoit avec une attention , qui
marquoit l'intereft qu'il prenoit à ce malheureux
Prince , lorfqu'une mufique toute
nouvelle à Zulma par fa douceur &
Les fons fe fit entendre : il entra en même
tems dans la prairie , où ils étoient
plufieurs perfonnes de fexe different , qui
fortoient d'un petit bois au bout de la
prairie ils chantoient en choeurs cet
hymne.
D
74 MERCURE LE
O Deftin ! quelle puiffance
Ne fe foumet pas à toi ?
Tout féchit fous ta loi .
Tes ordres n'ont jamais trouvé de refiftance,
O Deftin quelle puiſſance
Ne fe foumet pas à toi ?
Malgré nous tu nous entraînes
Où tu veux.
C'est toi qui nous amencs
Tous les évenemens heureux ou malheureux,
Tu les as liez entre eux
Avec d'indivifibles chaînes ,
Par des moyens fecrets
Ton pouvoir les prepare , ts
Et chaque inftant declare
Quelqu'un de tes arrefts.
C'eft en vain qu'un mortelpleure , gemit , fou
pire ,
Un Roi voudroit en vain t'oppofer fa fierté ,
Rien ne charge les loix qu'il te plaît de prefcrire.
Ton inflexible dureté
Fait la grandeur de ton empire ,
Ton inflexible dureté
En fait la majefté ,
Quelque
DE JUILLET 2722. 75
Quelque envie que Zulma eut de fçavoir
la fin de l'hiftoire du Prince Ormofa
, il ne pût s'empêcher de demander à
Gracieufe quel étoit le peuple qu'il voïoit,
qu'il trouvoit fi beau & fi religieux ? Gracieuſe
répondit à Zulma : ces hommes
que vous voïez ne font point comme les
autres hommes , ils peuvent nous voir
comme vous les voïez ; mais avant de
vous en dire la raiſon , je crois qu'il faut
que vous fçachiez où vous étes.
Cette terre eft une Ifle inacceffible à
tous les mortels , le Deftin l'a refervée pour
la demeure des hommes , dont le travail ,
la fageffe , & le commerce qu'ils ont eu
avec les efprits elementaires leur a procuré
l'immortalité.
Il les laiffe ordinairement plus longtems
que les autres hommes fur la terre
qui leur eft commune , parce qu'il ordonne
au tems de les refpecter jufqu'à ce qu'il
lui plaife de les délivrer de leur dépouil
le mortelle , & de tranfporter ici leurs
ames dans des corps qu'il fait exprès pour
eux , aufquels il a donné tous les fens qui
font agreables , & retranché tous ceux qui
donnent aux hommes de la douleur : ils
ne font fujets à aucune neceffité humaine ;
& cependant leurs plaifirs n'en font pas
moins vifs ; c'eft une erreur très - commune
aux hommes de croire que le befoin ,
Dij par
1
7.6
LE MERCURE
par exemple , de boire & de manger auge
mente la fatisfaction d'être à table , nous
prouvons le contraire , le defir eft un befoin
qui n'a point de bornes , il manque
aux hommes la poffibilité de le pouffer
plus loin que la fatieté , & ils ne connoiffent
point l'état à qui l'experience des
hommes ordinaires a donné ce nom : vous
concevrez aisément par ce que je vous dis
le bonheur de l'immortalité , ces hommes
épurez revivent ici dans la plus parfaite
union ; ils y font tous égaux , parce qu'ils
y arrivent tous par la fageffe , qui ne fouffre
ni l'ambition , ni le divorcé dont elle
eft la fource , leur conduite eft égale
quoique leurs plaifirs foient diverfifiez
en un mot , vous étes dans le lieu de la
fuprême felicité , où vous ferez après le
nombre d'années que le Deftin vous
marqué pour demeurer fur la terre ; fi
vous continuez à meriter par vôtre conduite
les faveurs prématurées dont il vous
a honoré jufques ici .
a
Zulma répondit à Gracieufe qu'il n'avoit
befoin que de l'extrême envie qu'il
avoit de lui plaire pour le rendre parfait:
il alloit continuer , mais les deux Fées furént
apperçues par les ames bien - heureufes
qui vinrent à elles avec refpect.
Une grande levrette blanche que les
Fées n'avoient pas remarqué, vint les flatter
&
DE JUILLET 1722. 77
ter , & fe coucher devant elles avec des
plaintes qui attendrirent Zulma , un jeune
homme beau & bien-fait la tenoit en
leffe.
A M. le Marquis de ... à Avi.
gnon le 15. Fevrier 1722 .
MONSIEUR
,
Je me procurerai fouvent le plaifir de
vous écrire , puifque vous femblez vousmême
m'y inviter . Je commence à m'ennuïer
d'une prifon fi longue ; encore fi
j'étois courageux , je pourrois diffiper mon
chagrin par des promenades prudentes ;
en gardant certaines mefures , on ne rifque
rien , pourvû qu'on foit éloigné feulement
de trois pas , le venin ne peut arriver
jufqu'à nous , & pour expliquer ce
ci en Phyficien :
Les
Il émane de tous les corps ,
Par l'organe de leurs refforts ,
D'efprits je ne fçai quelle chaîne' ,
Telle qu'un amas de fourmis ,
Qui dans les guerets fe promene ,
uns crochus , les autres arrondis ,
Ils font pour la plupart voleurs , fubtils , har
dis , D iij
Les
78
LE MERCURE
Rien ne peut s'oppoſer à leur fureur foudaine?
L'air même par eux eft furpris ,
Et ne fe fauvent qu'avec peine
A travers leurs petits pertuis.
Ils ne s'écartent pas de leur vafte logis ;
Mais à peine en font- ils fortis ,
Qu'ils cherchent ailleurs un domaine
Pour y porter le venin qu'ils ont pris;
Il faut par des détours fubits
Se mettre à couvert de leur haine.
Malgré tous ces raifonnemens je n'ofe
pas fortir de ma clôture : car la peur
Queje nomme avec raiſon
Intendante de la maiſon ,
Mere de la melancolie ,
De fes froi les chaînes me lie ,
Et me rend trifte prifonnier.
Quand on m'apporte quelque lettre,
Elle monte jufqu'au grenier ,
Et dans l'effroi qui la penetre,
Elle jette un petit panier ,
Qui pend au bout d'une fiffelle ,
Puis après le tirant non fans crainte mortelle,
Elle croit voir dans lepapier
DE JUILLET 1722. 79 .
Des Bubons incivils la femence cruelle ,
Et troublée auffi- tô: d'une main qui chancelle,
Elle tient cet écrit captif pour quelquetems
Dans le fein de Bacchus à la folle cervelle ,
Aux ordres de la peur , à Dieu toûjours fidele ,
Contre l'Ecriture rebelle ,
Itrite en bouillonnant fes acides piquans.
Je fuis , &c .
kakakakakakkkkkkk
V
Lettre de M. &c.
Oici , Monfieur , la relation fidele
& exacte de l'ouverture de la femme
du fieur Planta Limonadier , demeu
rant place de Carrefour de l'Ecole à Paris
, dont on a parlé dans le Mercure de
Mai ... Cette operation fut faite par M.
Coffart Chirurgien de la Charité , de la
Paroiffe faint Germain l'Auxerrois , dans
laquelle il demeure , proche le Grenier à
Sel. Il trouva dans le ventre de cette femme
un enfant flottant fur le col de la matrice
dans environ une pinte de matiere
ou pus ; l'oeuf qui forma cet enfant felon
toute apparence , avoit échappé au pavillon
de la trompe , & n'aïant pû y entrer ,
étoit tombé dans le ventre.
D iiij
Cette
80 LE MERCURE
६
Cette femme commença à fe fentir
groffe au mois de Fevrier de l'année 1719 .
Sa groffeffe fut accompagnée des fimptômes
ordinaires d'inquietudes , de naufées,
& vomiffemens ; elle continua jufqu'au
mois de Juillet fuivant , qui étoit fon fixiême
, fans aucun accident , à l'exception
que fes regles la prenoient de tems
en tems , & que fon enfant étoit fitué un
peu plus haut , qu'il ne l'eft dans les groffeffes
ordinaires , même un peu plus du
côté gauche ; elle te fentit renuer depuis le
quatrième mois ou environ jufqu'au fi
xiéme ou feptiéme mois , & elle étoit d'une
groffeur ordinaire. Le 10. de Juillet , qui
étoit le commencement de fon feptiéme ,
elle fentit des douleurs violentes dans le
ventre , mais elles diminuerent le lende
main , & elle ne fentit plus fon enfant remuer.
Son ventre diminua de volume , ib
lui refta une dureté fous l'hipogaftre, qui
a perfeveré jufqu'à fa mort.
Deux jours après avoir reffenti ces dou
leurs violentes , fes mammelles devinrent
gonflées & remplies de lait , qu'on diffipa
par l'ufage des remedes. Pendant un
an il ne fe paffa rien d'extraordinaire ;
elle fut affez bien reglée , ayant cependant
quelques pertes de fang moderées ;
fes regles & fes pertes cefferent par une
nouvelle groffeffe , qui n'a rien eu d'extraordinaire
' DE
JUILLET 1722. 8r
traordinaire dans fon cours , & elle eft
accouché à terme & fort heureufement ;
après quoi fon ventre reprit fon diametre
ordinaire , à l'exception de la dureté qui
exiftoit toûjours . Son lait fut fi abondant,
qu'il excita la fievre , lui caufa des douleurs
vagues des tumeurs , & des tumeurs , qui cependant
fe refolvoient. Les remedes dont elle
ufa arrêterent les accidens , la tumeur ou
la dureté ancienne de fon ventre diminua
jufqu'au point qu'on ne doutoit plus que
fa guerifon ne fût prochaine , quoiqu'elle
reffentît de tems en tems des douleurs
dans le ventre qu'on prenoit pour des co
liques.
Le deuxième mois après fes couches
fes douleurs augmenterent , quoique
la tumeur diminuât ; la fievre s'y joignit
, & elle devint fiextenuée , qu'on
la croïoit ptifique : elle mourut enfin le
cinquième du mois de Mai , qui étoit le
quatrieme mois après fes couches. Elle
étoit âgée de 29. ans.
L'ouverture fut faite en la maniere a
coûtumée ; le pipleon , le mefentere , le
foye , & les inteftins furent trouvez . en
bon état , de même que les parties de la
poitrine , finon le lobe du poulmon du
côté droit dont le volume , beaucoup plus
petit que le gauche , étoit adherant aux
côtes par toute la furface.
D V
Je
82 LE MERCURE
Je repouffai les inteftins pour vifiter
les reins , les ureteres , la veffie , la matrice
; à l'exterieur de cette derniere , près
de la trompe gauche , je fentis un corps
que la matiere & la ferofité m'empêchoient
de diftinguer ; après l'évacuation
de ces matieres , je découvris que c'étoit
un enfant qui n'étoit enveloppé d'aucune
membrane , & dont toutes les parties molles
étoient prefque fondues , & pour ainfi
dire . aneanties par la fuppuration ; il en
exhaloit une odeur qu'on fupportoit à peine.
On peut croire que cet enfant étoit
le fruit de la premiere groffeffe , lequel ,
comme nous l'avons dit , n'ayant pû entrer
dans la trompe , ni par confequent
dans la matrice , étoit tombé dans le ventre
où il avoit pris fa nourriture , & s'étoit
confervé malgré la feconde groffeffe
, jufqu'à ce qu'il eût produit la pourriture
& l'abcès dont la mere eft morte .
Je fuis , &c.
Lettre de M. de ... à M... .fur
le Mercure de Paris du mois
de Mai.
J
E reçois actuellement , Monfieur ;
la lettre que vous m'avez fait l'honneur
DE
JUILLET 1722. 83
•
neur de m'écrire dattée du 9. de ce
mois. Comme je dois partir demain pour
Paris , vous me permettrez de répondre
le plus brièvement que je pourrai aux
questions que vous me faites un homine:
fur le point d'un départ a plus d'une af--
faire ; vous étes charmé du nouveau Mercure
de Paris que vous n'aviez pas eu occafion
de voir ; vous êtes en cela du goût
de tous les honnêtes gens , qui trouvent
une difference infinie de la maniere dont
on le fait maintenant , d'avec celle dont
on le faifoit autrefois. Vous me de--
mandez qui font ceux qui y travaillent.
Trois Auteurs connus par leurs ouvrages,
& d'une reputation diftinguée. Le Mercure
en de fi bonnes mains peut- il manquer
de plaire ? La devife adreffée à M ..
Chollier ,vous a fait deviner que l'Auteur
étoit à Lyon , & qu'étant encore en cette
Ville , jepourrois le connoître. Vous :
ne vous êtes pas trompé , c'eft un jeune:
Jefuite , nommé le P. de Poncy Parifien
, & très-proche parent de vôtre illuftre
ami , M. Dandrefel , Intendant de
Perpignan. Je fuis ravi que l'Ode de la
Religion , & l'Epître à Damon ait étéde
votre goût ; il y a du genie dans ces
deux Ouvrages , de l'élevation ; mais ,
comme vous dites , cela n'eft pas encore
châtié , je fuis de vôtre fentiinent ; on
D vj
peut
84
LE MERCURE
peut dire pourtant que cela promet pour
l'avenir quelque chofe de peu commun ,
s'il continue à cultiver fon talent . Le même
Pere Poncy eft l'Auteur d'une Can-
M. tate fur le fupplce de Cupidon , que
Bergiron le fils , un des plus habiles Compofiteurs
, a fait chanter au grand Concert.
Il y a fur tout quatre arietes , qui
ont infiniment plû. En voici quelques
morceaux du fecond recitatif , où les
Nimphes de Pallas fe réjouiffent de la
victoire qu'elles ont remportée fur l'amour.
Triomphez , chafte Déeffe ,
Fille de Jupiter , invincible Pallas ;
Vous avez guidé notre bras.
Que les échos difent fans ceffe ,
Triomphez , chafte Décfſe ,
Fille de Jupiter , invincible Pallas ,
ᎪᏂ ! que ne furmonte- t- on pas
Sous l'étendart de la Sageffe.
Perfide amour , nous fuïons vos
Autels ,
Nous déteftons vos trompeuſes amorces.
Frivole Deité , vous n'avez d'autres
forces
Que la foibleffe des mortels , &c.
DE
JUILLET 1722 .
8$
Et ces deux derniers recitatifs.
Craignez le charme feducteur:
Du Dieu qu'on adore à Cytheres
Il n'est jamais plus impofteur
Que lorsqu'il paroît plus fincere,
Les jardins au printemps
Ont moins de fleurs nouvelles
Qu'il n'a trompé d'amants ,
Qu'il n'a féduit de belles
Les zephirs inconftants
Emportent fur leurs ailes
Ses frivoles ferments.
Vous êtes curieux de fçavoir le nom
de ce prétendu Damon , dont il eft parlé
dans l'Epître , c'eft M. Michon le fils,
neveu du Treforier de France qui porte
le même nom , & qui eft maintenant.
Echevin de nôtre Ville. Quelque , flateur
que vous ait paru le portrait que fait
le Pere de Poncy , du jeune M. Michon,
vous n'y trouveriez rien d'outré fi vous
le connoiffiez. Il eft difficile de rencontrer
dans un homme de fon âge tant de
qualitez raffemblées , il eft ici univerfellement
aimé & eftimé.
Les trois Odes traduites d'Horace font
du
86
LE MERCURE
du Pere du Bois , je ne le connois pas
particulierement , mais j'ay oüy dire qu'il
avoit l'efprit très- délicat , & qu'il n'avoit
pas moins de genie pour les plus hautes
fciences , que pour les belles lettres , il
excelle dans les Mathematiques . Le nouvel
Adipe eft du Pere Folard ; eft- il poffible
que vous l'ignoriez ? le jugement
qu'on en porte dans le Mercure eft le
plus jufte de tous ceux qu'on en a porté.
L'Auteur du Spectateur François fe nomme
M. de Marivaux , Auteur de la Tragedie
d'Annibal , vous me paroiffez allez
content des feuilles que vous avez lûës , il
y a de l'efprit , mais le ftile en beaucoup
d'endroits me paroît gêné , il y a des
phrafes un peu obfcures , & qu'il faut
relire pour les bien entendre. Les portraits ›
en font ingenieux , & tracez par une main
habile. Je fuis , & c.
"
A Lyon ce 14. Juin 1722.
Fragment
DE JUILLET 1722. 87
XX:XXXXXXXXXXX :XX
Fragment d'une Lettre de M. B... écrite
à un de fes amis , qui peut fervir de
réponse à celle qu'on a vu dans le der
nier Mercure fur ce sujet.
A
U refte je ne fçai dequoi s'avife
l'heritier de nôtre cher ami ; il eſt
vrai que nous avons été autrefois affociez,
mais il y a plus de quarante ans que nôtre
focieté eft finie , & depuis ce temps- là
M. Palaprat & moi avons donné des pieces
de Theatre pour notre compte particulier
& fans partage , lefquelles nous
nous communiquions l'un à l'autre , com--
me amis qui fe confultent , & c'eft ainfi
que je puis avoir envoyé à Paris. Il y a
15. ou 16. ans , un canevas de l'Opiniâtre
en 5. actes , qu'on peut avoir trouvé
parmi les papiers de ce cher ami ; mais
il n'a jamais , ni travaillé , ni prétendu ,
ni pû prétendre aucune part au produit
de cette piece , qui de fon vivant , & fans
fa participation a été prefentée par vous
M. aux Comediens .
Je ne fuis pas moins furpris de ce que
cet heritier trouve mauvais , qu'on ait
annoncé l'Opiniâtre de l'auteur du grondeur,
Mrs les Comediens , && tout
Paris
88 LE MERCURE
Paris ne fçavent-ils pas que j'en fuis veri
tablement le pere ? quoique M. Palaprat
l'ait produit dans le monde , l'ait enrichi
de fes biens , & m'ait fait l'honneur de
l'adopter Ainfi que je le luy écrivis à
huy-même il y a huit à dix ans , ce qu'il
ne defavoiia point par la réponſe qu'il
me fit , que j'ay heureuſement conſervée,
& que je fis voir à M. le Duc de Roquelauree
, parce qu'il s'étoit élevé chez luy
fur ce fujet une querelle de Parnaffe qui
fut décidée par là . M. de Palaprat luymême
ne laiffa - t-il pas annoncer la Tragedie
de Gabinie , de l'Auteur du Grondeur
, quoiqu'elle fut imprimée fous mon
nom , & dediée à M. le Duc de Nouailles
d'aujourd'huy ? Les Empiriques , & Patelin
, n'ont- ils pas été annoncez de même
du vivant , & au fçû de M. Palaprat
, fans qu'il ait tiré aucune part de ces
pieces , ni qu'il m'ait cherché aucune
chicane fur l'annoncé ? Que veut donc
dire le ridicule problême de cet heritier ?
je ne veux ni partager avec luy le produit
d'une piece qui eft de moi - feul , ni
Aétrir la memoire de mon cher ami , en le
privant de la gloire d'avoir quelque part
à la production du Grondeur ; je veux
même par le refpect que j'ay pour fa me
moire avoir affez de confideration pour
fon neveu,pour ne pas dire tout ce que je
penfe
DE
JUILLET 1722 . 客噪
penfe fur un procedé fi extraordinaire, & c .
L'auteur de cette Lettre l'eft auff de
l'Important, du Muet , & de la Tragedie
d'Alba qui doit être repreſentée cette:
année. On ne peut trop admirer la fecondité
de fon genie qui à 84. ans , comme
nous l'avons déja dit, a la même vivacité ,
la même folidité , la même netteté , &
le même feu qu'il avoit dans fa jeuneffe ;
il n'eft pas furprenant qu'un homme ,
dont le merite fe foutient auffi bien , mal--
gré le poids des années , ne veüille ceder
ni partager la gloire avec perſonne .
Ceux qui ont expliqué les trois Enigmes
du dernier mois par les Mouchettes , la
Taupe , & le Chapeau, ont rencontréjufte
J
PREMIERE ENIGME.
E crois parmi les vegetaux ,
Et par une prudence extrême
Je choifis les jours les plus chauds
Pour être utile à ceux que j'aime.
J'évite l'arriere- faiſon ,
Le printemps n'a rien qui me plaife ;
Je laiffe paffer fans façon
Toue
90 LE MERCURE
Tout les frimats fort à leur aife.
J'affecte de paroître tard ,
De bonne heure je me retire ,
Parce qu'à vous parler fans fard
Le mauvais tems fait mon martyre.
D'habiles & bons ouvriers
3.-
Trouvent par moi leur nourriture
Les temples tirent leur parure
Du travail qu'ils font à milliers,
Pour le luxe le plus étrange
ls travaillent pareillement ,
Se mocquant de toute louange
Et de tout blâme également .
Je produis des biens d'autre forte
Que l'on cherche dès le matin ,
Mais de la main qui les emporte
Els terniffent le blanc fatin.
·L
SECONDE ENIGME
E feu par fon activité
Me donne ma premiere forme ,
Et le froid exceffif fait par fon âpreté
Une chofe qui m'eft pour le nom très- conforme,
Je
DE JUILLET 1722.
Je fuis fine autrement que ne l'eft un Renard ,
Tout autrement auffi qu'un Chien je fuis fidele,
Veut-on m'avoir bien naturele ,
Qu'on me fafle avec beaucoup d'art.
Un oracle fameux , un Avocat habile
Ne font point comme moi , fans ceffe confultez,
Je fuis Juge inflexible , & Juge très fragile ,
Qui fans parler jamais dis bien des veritez .
L
TROISIEME ENIGME.
'Hiftoire au prix de nous découvre
chofe ,
peu
de
Nous en faifons voir beaucoup plus ,
Notre place toûjours c'eft d'avoir le deffus
Et le feul piédeftal fur lequel on nous pofe ,
Ne fe donneroit pas pour cinq cens mille é us?
Incommodes toûjours à ceux que nous fervons,
On les voit nous ôter , & bien-tôt nous remettre?
Nôtre folide corps , qu'aifément on penetre
Peut fervir à tout fexe en toutes les faifons.
CHANSON
51
LE MERCURE
***********************XXXX *
CHANSON.
Echos, qui repetież mes tranquilles plaifirs
Aprenez un nouveau langage .
Vous ne repondiez plus qu'à mes triftes foupirs,
L'objet dé mon amour est devenu volage .
Echos qui repetiez , & c.
NOUVELLES LITERAIRES
DES BEAUX ARTS , & c.
Hiftoire de l'Abbaye Royale de S. Gera
main des Prez, par Dom JACQUES
BOUILLART, Prêtre , Religieux
Benedictin de la Congregation de Saint
Maur.Infolio,propofee par fonfcription .
' Abbaye de Saint Germain des Prez,
L'une des plus anciennes & des plus
illuftres de l'Ordre de Saint Benoît a
été fondée peu après la mort de ce Saint
Patriarche , quoique fa Regle n'y ait pas
été d'abord obfervée. Elle eſt un monument
de la pieté & de la magnificence de
Childebert
Ju
particulierement à celle de la Ville &
Diocéfe de Paris . Plufieurs perfonnes
d'abord obfervée . Elle eit un monut
de la pieté & de la magnificence de
Childebert
DE JUILLET 1722. 93 .
L
Childebert I. fils du grand Clovis . Les
plus anciens Auteurs de l'hiftoire de France
en ont fait mention dans plufieurs endroits
de leurs ouvrages ; & ceux qui ont
écrit dans les ficcles pofterieurs n'ont pas
ômis d'en parler , fur tout lorfqu'il s'agiffoit
de la ville de Paris. Mais ce qu'ils
en ont dit n'eſt pas fuffifant pour donner
une connoiffance exacte d'une Abbaye ſi
favorifée par les fouverains Pontifes , &
fi cherie de nos Rois . Saint Germain Evêque
de Paris la choifit pour fa fepulture ,
& Dieu opera tant de miracles par fon
interceffion , au rapport de Fortunat &
d'Aimoin , qu'elle devint un Sanctuaire
refpectable aux fideles & à la pofterité.
Les illuftres Abbez qui l'ont gouvernée ,
& qui fe font fignalez par leur pieté & leur
fageffe n'ont pas peu contribué à fa fplendeur.
Plufieurs étoient du Sang Royal ,
d'autres ont été Chanceliers & Grands
Aumôniers de France , d'autres élevez
au Cardinalat & aux premieres dignitez
de l'Eglife . Elle a produit un nombre
confiderable de grands hommes. Il s'y eft
paffé quantité d'évenemens remarquables
qui ne font pas venus à la connoiffance
des écrivains du tems , & qui neanmoins
peuvent beaucoup fervir à l'hiſtoire , &
particulierement à celle de la Ville & du
Diocéfe de Paris . Plufieurs perfonnes ont
été
1
94
LE MERCURE
été furpris que l'on n'eût pas encore donné
au public l'Hiftoire de cette Abbaye ,
perfuadez que l'on y trouveroit beaucoup
de faits intereffants , dont la lecture feroit
également utile & agreable. C'est pour
répondre à leurs intentions que l'on a entrepris
de donner cette Hiftoire au public.
Pour en faciliter la lecture , l'Auteur l'a
divifée en cinq Livres , precedez d'une
Preface , où il traite de plufieurs chofes
importantes qui n'ont pû être inferées
dans le corps de l'Hiftoire. Il a commencé
chaque Livre par quelque époque
connue & celebre.
Le I. Livre comprend la fondation de
l'Abbaye ; un abregé de la vie de Saint
Germain Evêque de Paris ; ce qui s'eſt
paffé de plus confiderable fous les premiers
Abbez ; les fepultures de plufieurs
Rois & Reines de la premiere race.
Le II. commence par le facre de Pepin ,
qui affifta peu après avec Charlemagne
fon fils à la celebre tranflation du corps
de S. Germain . On voit enſuite les donations
& les privileges accordez à l'Abbaye
par Charlemagne , par Louis le Débonnaire
& par fes fils , fous le gouvernement
des Abbez Lantfroy , Wichad
Robert precepteur de Pepin & Irminon,
Hilduin fon fucceffeur qui fut élevé à la
dignité de Grand- Aumônier de France
&
DE JUILLET 1722. 95
& qui eut tant de part aux affaires de
l'Etat fous Louis le Débonnaire , fournit
une ample matiere à la narration , auffi
bien qu'Ebroïn qui luy fucceda dans fes
dignitez. On rapporte encore dans ce
même Livre les irruptions des Normans
qui ravagerent la France fous le regne
de Charles le Chauve & de fes fucceffeurs
, qui affiegerent plufieurs fois la
ville de Paris , & qui pillerent & brûlerent
l'Abbaye jufques à trois fois . On fait
une defcription exacte de ce fiege , dans
lequel les Parifiens fignalerent leur va
leur fous la conduite d'Eude , Comte de
Paris , de Gozlin & d'Eble , tous deux
Abbez de Saint Germain .
Hugue Capet , Chef de la troifiéme
race ouvre le troifiéme Livre comme reſtaurateur
de la difcipline reguliere dans
l'Abbaye de S. Germain , en faveur de
laquelle il fe démit volontairement dutitre
d'Abbé qu'il portoit , comme plufieurs
de fes predeceffeurs Rois de France
ou Comtes de Paris , pour rétablir les
Abbez reguliers . La fuite de ce même Livre
fait voir les accroiffemens de la ville
de Paris fous Philippe Augufte , & comment
elle fut environnée de murailles , de
tours & de foffez depuis la tour de Phi-
Jippe Hamelin ou de Nefle , maintenant
Le College des quatre Nations , jufques à
la
96
LE
MERCURE
la Tournelle ou la porte de S. Bernard
Ony voit enfuite l'erection des Paroiffes
de S. André des Arcs & de S. Cofme, &
de quelques autres dans le Diocéſe de
Paris , l'établiffement des Freres Mineurs
ou Cordeliers dans le territoire de S. Germain
; l'affranchiffement ou manumiffion
des vaffaux de l'Abbaye ; & ce qui
s'obfervoit dans les élections des Abbez
de S. Germain ; enfin on y parle de l'origine
& de la fuite du differend qui dura
long temps entre les Religieux de l'Abbaye
& l'Univerfité de Paris touchant le
Pré aux Clercs.
Le IV. Livre commence par le regne
de Philippe de Valois. Il y eft fait mention
de la Bulle de Benoît XII. pour la
reforme de l'Ordre de Saint Benoît ; des
affemblées ou chapitres generaux tenus
pour ce fujet dans l'Abbaye ; des differens
accords faits avec l'Univerfité ;
des fortifications faites autour de l'Abbaye
par ordre du Roi Charles V. après
qu'il eut declaré la guerre aux Anglois ;
l'élection de Guillaume III. furnommé
1'Evêque , pour être Abbé de S. Germain
; la découverte de fon corps qui perfevere
encore aujourd'hui dans fon integrité
& fans corruption .
Le V. Livre comprend ce qui s'eft paſſé
fous les Abbez Commendataires juſques
en
DE JUILLET 1722. 97.
en 1700. l'introduction de la réforme par
les Religieux de la Congregation de Chezal
. Benoît fous les aufpices de Guillaume
Briçonnet , Evêque de Meaux & Abbé
de S. Germain ; l'hiftoire abregée de
çette réforme ; fes progrez ; le commencement
de la guerre des Huguenots en
France; ce qui fe fit alors dans Paris ; les
nouvelles entreprifes des Ecoliers de l'Univerfité
contre l'Abbaye au fujet du Pré
aux Clercs ; leurs affemblées féditieufes ;
la reconciliation de l'Univerfité avec les
Religieux de S. Germain. Le féjour que
le Roy Charles IX. fit dans l'Abbaye
avec toute la Cour ; ce qui s'y paffa pour
lors ; les nouveaux troubles excitez
les Heretiques ; la retraite de l'Abbéffe
& des Religieufes de Chelles dans l'Abbaye
, & la trifte fituation où l'on étoit
pour lors dans Paris & aux environs. On
y parle des affemblées du Clergé de Fran
ce tenues dans l'Abbaye ; de la conftruction
de la maiſon Abbatiale ; des proceffions
de la Chafle de S. Germain faites
en differens temps pour les neceffitez publiques
; on rapporte ce qui s'eft paffé
dans l'Abbaye pendant la Ligue ; l'entrée
du Roy Henry IV. dans le Monaftere ;
les obfeques du Cardinal de Bourbon , de
la Princeffe Catherine de Bourbon , & de
par
Françoise d'Orleans
veuve du Prince
E- de
98 LE MERCURE
de Condé , l'origine de la réforme de la
Congregation de S. Maur , & fon introduction
dans l'Abbaye ; l'on fait une relation
hiftorique des differens établiflemens
de Communautez de Religieux & de Religieufes
dans le Fauxbourg de S. Germain
, tant de celles qui ſubſiſtent maintenant
, que de celles qui ne fubfiftent plus ;
des fondations des Hôpitaux des Incurables
, des Petites Maifons & des Convalefcens.
On y parle auffi des découvertes
de plufieurs tombeaux de Rois & de Reines
de la premiere race , & ce qu'on y a
trouvé des fondations des Seminaires de
S. Sulpice , des Miffions Etrangeres , &
du College de Mazarin , &c . La fuite fait
voir un abregé de la vie de plufieurs Superieurs
Generaux de la Congregation de
Saint Maur , & des autres Religieux diftinguez
par leur pieté & par leur fcience.
L'on fait mention de plufieurs Sacres
d'Archevêques & d'Evêques , benedictions
d'Abbez & d'Abbeffes , & autres
ceremonies. L'on y voit la Jurifdiction
fpirituelle du Fauxbourg cedée aux Archevêques
de Paris par le moyen d'une
tranfaction ; la conftruction de l'Hôtel
Royal des Invalides , la réiinion de la
Juftice de l'Abbaye au Châtelet de Paris,
& comme elle eft confervée dans l'enclos
de la même Abbaye , les fepultures de
plufieurs
DE JUILLET 1722. 99
plufieurs perfonnes de confideration inhumées
dans l'Eglife ; leurs épitaphes &
maufolées ; les donations de Reliques
confiderables faites aux Religieux de Saint
Germain , & c.
A ces cinq Livres qui forment le corps
de l'Hiftoire , l'on a joint une ample def
cription de l'Eglife , & de ce qu'il y a de
plus digne de remarque ; ce qui comprend
fous divers titres les tombeaux des Rois
& des Reines , leurs épitaphes , celles des
hommes illuftres , des Abbez & Religieux
de S. Germain, Ce fupplément eft accom
pagné de plufieurs plans & vûes de l'Ab .
baye & de l'Eglife , tant anciens que modernes
, de figures des Reliquaires , des
tombeaux & autres antiquitez , le tout au
nombre de vingt- fix planches de la main
des meilleurs deffinateurs & des meilleurs
graveurs. Enfin l'on trouvera un recueil
de titres & pieces choifies , pour fervir
de preuves à cette Hiftoire . Elles font ti
rées pour la plupart des Archives de l'Ab .
baye , où le trouvent quantité de monu
mens anciens , qui peuvent illuftrer l'Hif
toire de France . L'Auteur a crû ne devoir
pas omettre un ancien Necrologe de
l'Abbaye de S. Germain , qui commence
dès le temps de Pepin pere de Charlemagne
, comme pouvant beaucoup fervir à
rectifier les époques de la mort de plu-
E ij.
fieurs
700 LE MERCURE
fieurs perfonnes illuftres. Il a ajoûté les
anciens uſages où ceremonies de l'Abbaye,
& les exercices des anciens Religieux .
Enfin l'on trouvera dans ce Livre un car
talogue exact de tous les ouvrages compofez
par les Religieux de la Congregation
de S. Maur , qui ont été imprimez à Par
ris ou ailleurs,
Ceux qui voudront foufcrire payeront
dix livres en prenant leur Soufcription ,
& dix livres lors qu'en remettant leur
Soufcription ils retireront le Livre imprimé
en blanc.
Ceux qui voudront pareillement foufcrire
pour le grand papier payeront 15.
livres comptant , & 15. livres en retirant
leur exemplaire de grand papier en blanc.
On ne fera imprimer.qu'un très- petit
nombre de grand papier. Et fi il refte au
Libraire quelques exemplaires non foufcripts
, il les vendra il les vendra 40. livres .
Le petit papier fera vendu 30. livres à
ceux qui n'auront pas foufcrit . Ce Livre
fera imprimé fur de beau papier , & en
beaux caracteres , les planches , tant plans,
vûës , tombeaux , qu'autres fujets , ſeront
très- exactement deffinées & bien gravées.
Ce Livre paroîtra à la S. Martin 1723 .
Et le Libraire fera fes efforts pour le donner
plutôt qu'il ne le promet.
Ceux
DE JUILLET 1722 . for
Ceux qui voudront ſouſcrire auront la
bonté de s'adreffer à Gregoire Dupuis ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Couronne
d'Or , proche la Fontaine S. Benoît.
Le R. P. Dom Jacques Bouillart
Prêtre , Religieux de l'Abbaye , Auteur
du Livre , délivrera auffi des Soufcriptions
fignées de la main du Libraire , à
ceux qui voudront s'adreffer à luy.
L'on ne recevra des Soufcriptions que
jufques au premier May 1723 .
A Paris , le premier Juillet 1722 ..
CONSTRUCTION nouvelle de trois
Montres portatives , d'un nouveau Balancier
, en forme de croix , qui fait les
Ofcillations des Pendules très - petites ,
d'un Gnomon Speculaire , pour regler
jufte au Soleil , les Pendules , & les Montres
; d'un inftrument qui donnera lieu
aux Peintres de faire leurs ouvrages plus
parfaits , & autres curiofitez . Par M. l´Abbé
de Haute- Feuille . Brochure in quarto
de 16 pages , contenant une Lettre écrite
d'Orleans au mois de Juin dernier , fans
nom de Ville , ni d'Imprimeur.
Nous n'entrerons point dans le détail
des matieres que cette Lettre contient ;
mais pour faire connoître le merite &
l'application de l'auteur fur tout ce qui
E iij regarde
1ΟΣ LE MERCURE
regarde la Phyfique , les Mathematiques,
& les Mechaniques ; voici une lifte de
fes ouvrages.
OUVRAGES IMPRIMEZ
du même Auteur.
Explicationde l'effet des Trompettes
parlantes 1674 In Quarto , 16. pag.
. Factum touchant les Pendules de poche
, contre M. Hugens 1675. 20. pag.
Pendule perpetueile , & la maniere d'élever
l'eau par le moyen de la Poudre à
Canon , & c. 1678. 20. pag.
1
Defcription d'une nouvelle Lunette 、
& d'un Niveau très- fenfible 1679. 12. P.
L'Art de refpirer fous l'eau , & le
moyen d'entretenir,la flamme enfermée
dans un petit lieu 1681. 20. pag .
Reflexions fur quelques Machines à
élever les eaux , & c. 1682. 16. pag.
Invention pour fe fervir des longues
Lunettes fans tuyaux 1683. 12. pag.
Lettre fur l'ufage des Billets du Roy
dans le public 1694. 8. pag. ,
Sentiment fur le differend du P. Malebranche
& de M. Regis , touchant l'apparence
de la Lune vûë à l'Horizon 1694
8. pages.
Moyen de diminuer la longueur des
Lunettes d'approche , &c. 1697. 10. p.
Machine
DE JUILLET 1722. 103
Machine Loxodromique , &c. 1701 .
12. pages.
Balance Magnetique , & c. 1702. 10. p.
Microfcope Micrometrique , Gnômon
Horizontal , & c . 1703. 30. pag.
Deux Problêmes de Gnomonique à
réfoudre 1704. 4. pag.
Explication de la Figure pour remon
ter les Batteaux contre le courant des
Rivieres rapides , 1704. 4. pag.
Placet au Royfur les Rames , 1705.
Folio , 4. pag.
Placet au Roy fur les Longitudes ,
1709. Folio , 4. pag.
Figure des Objectifs Poliedres & Spheriques
à plufieurs Centres , 1711. L'Explication
n'a point été imprimée .
La Machine arpentante , 1712. 18. p.
La perfection des Inftrumens de Mer ,
1715. 24. pag.
Inventions nouvelles. Pendule dont le
Cadran eft rectiligne , & les heures montrées
par des Statues ou des Figures qui
fe meuvent fur un Pian horizontal , Moulin
à Girouettes , &c. 1717. 10. pag.
Differtation fur la caufe de l'Echo ,
qui a remporté le prix de l'Academie
Royale de Bordeaux , 1718. In 12. 40. P.
Deux Problèmes d'Horlogerie propo
fez à réfoudre , 1718. 4. pag .
Nouveau Siftême du Flux & Reflux de
E iiij
la
104 LE MERCURE
la Mer , Thalaffametre , 1719. 20. pag.
Le Mouvement perpetuel Magnetique,
perfection de la Fulée des Montres
1719. 12. pag .
Lettre fur le fecret des longitudes , 1719 .
12. pag.
Machine Parallactique , Horloge Elaftique
Centrifuge , & c. 1720. 16. pag.
Réponse au Memoire de M. de la
Hire , inferé dans l'Hiftoire de l'Academie
des Sciences de l'année 1717. 1720.
10. pages.
Moyens de faire des Experiences fenfibles
qui prouvent le mouvement de la
Terre , 17.20. & 1721. 12. pag.
RECUEIL des Vers Solitaires , & autres
de diverfes efpeces , citez & expliquez
dans le livre de la generation des
Vers , reprefentez en plufieurs planches.
Par M. Andri , in 4 ° . chez L. d'Houry
à Paris.
REMARQUES du même Auteur , fur
differens fujets de Medecine , principalement
fur l'orgafme dans les maladies ,
fur la faignée , la boiffon & la purgation ,
2. édition augmentée de la traduction d'une
Thefe , que
l'homme vient d'un ver. Chez
Le même.
PROJET de Réformation de la Medecine.
DE JUILLET 1722.
decine. Par M• le François , Medecin
de la Faculté de Paris , chez le même.
,
ABREGE' des bons fruits avec la
maniere de les connoître , & de cultiver
les arbres , divifé par chapitres , felon les
elpeces, Par J. Merlet , Ecuyer. 3. Edition
, augmentée de plufieurs experiences
fur le fait du jardinage , & de quantité
de nouveaux & excellens fruits , volum
in 12.
POESTES Françoifes , Latines , Grec
ques , Italiennes & Eſpagnoles. Par M.
Menage , à Paris , rue S. Jacques , chez
Delaune , huitième édition , in 12.
HEURES Canoniales , contenues dans
le Pfeaume 118. Beati immaculati , & c.
avec un commentaire tiré des Saints Peres
, & augmentées de l'explication du
Pleaume 50. Miferere , quatrième édition,
in 12. chez le même Libraire.
LES vies des Hommes Illuftres de Plu
tarque , revues fur les manufcrits , & traduites
en François , avec des remarques
hiftoriques & critiques , & le fupplement
des comparaifons qui ont été perdues . On
y a joint les têtes que l'on a pû trouver ,
& une table generale des matieres . Par
E v M
106 LE MERCURE
M. Dacier de l'Academie des Infcriptions
& belles Lettres , Secretaire perpetuel de
l'Academie Françoife , & Garde des Livres
du Cabinet du Roy , à Paris , chez
M. Clouzier , Quay de Conti , N. Goſfelin
au Palais , & A. U. Coutelier, Quay
des Auguftins , 1721. in 4. 8. vol.
Il paroît depuis quelque tems une trèsbelle
Edition des Oeuvres de Virgile
avec des explications & des notes du P.
de la Rue Jefuite , vol. in 4. de 860. pages
; elle fe vend à Paris chez les frères
Barbou , rue S. Jacques 1721.
ENTRETIENS fur un nouveau fyftême
de Morale & de Phyfique , ou la
Recherche de la vie heureufe , felon les
lumieres naturelles . A Paris , chez Jean
Boudot & Laurent Rondet , Libraires ,
ruë S. Jacques , vol. in 12. de 491. pag.
L'HISTOIRE du Theatre François ,
'dont nous avons donné le projet dans le
dernier Mercure fera fuivie d'un Abregé
de la vie des plus celebres Comediens &
Comediennes , anciens & modernes de
toutes nations , furquoi l'Auteur demande
encore des fecours aux perfonnes qui
peuvent luy en donner fur cette matiere,
pour leurs portraits , &c.
EDITION
DE JUILLET 1722. 107
EDITIΟΝ
Des Oeuvres de M. Bayle,
L
Es fieurs P. Huflon , T. Johnfon ;
P. Goffe , J. Swart , H. Scheurleer.
J. Van Duren , R. Alberts , C. Le Vier ,
& F. Boucquet , Libraires à la Haye ont
annoncé au Public une Edition entiere
de tous les ouvrages de M. Bayle , perfuadez
, difent- ils , dans leur Projet imprimé
, que toutes les perfonnes qui ont
de l'efprit & du goût , leur fçauront bon
gré du foin qu'ils prennent de raffembler
ces differens ouvrages pour les imprimer
en un feul corps in folio , & dele propofer
par foufcriptions. On a fait tous
les arrangemens neceffaires pour commencer
l'impreffion le 1. Fevrier 1723."
& l'on a pris de bonnes mefures pour
que les deux premiers volumes foient
achevez d'imprimer dans l'efpace de
quinze mois , & les deux derniers, quinze
mois après . On mettra à la tête du premier
volume une hiftoire de la vie & des
Ecrits de M. Bayle , & à la fin du quatriéme
une table exacte qui contiendra en
abregé les chofes les plus remarquables
dans tout l'ouvrage.
E vj
Conditions
108 LE MERCURE
Conditions de la Soufcription.
Tout l'ouvrage fera imprimé fur le
même papier que celui du projet publié
par les Libraires , & du même caractere.
Le prix pour les 4. volumes in fol. fur
le pied de 660. feuilles ne fera
pour les
foufcrivans que de trente florins argent
courant d'Hollande payables , fçavoir un
tiers lorfqu'on foufcrira , un autre tiers
en recevant les deux premiers volumes
& le refte en recevant les deux derniers.
On n'imprimera fur un beau & grand
papier royal que le jufte nombre d'exemplaires
pour lefquels on aura foufcrit , &
l'on n'en tirera pas un feul au delà ; le
prix d'un exemplaire en grand papier
fera de so. florins , payables à peu près
comme cy-deffus . Ceux qui n'auront
point foufciit n'auront rien de l'ouvrage
qu'après qu'il fera entierement fini , ils ne
pourront point avoir d'exemplaire en
grand papier , & ils payeront le papier
ordinaire 40. florins . On a commencé à
recevoir les foufcriptions le zo . Mai dernier
, & on continuera jufqu'au 31. Janvier
1723. paffé lequel temps on n'en
recevra plus. On pourra fouſcrire à la
Haye chez les Libraires cy- deffus nommez,
qui ont entrepris l'impreffion de cet
ouvrage
A
DE JUILLET 1722. 109
Ouvrage ; & on donnera aux foufcrivans,
en recevant leur premier payement des
quittances fignées de cinq ou fix d'entre
eux. On pourra auffi foufcrire chez les
principaux Libraires des autres Villes des
Provinces- Unies ; & à l'égard de la France
, on pourra fouſcrire à Paris , à Roiien ,
à Rennes , à Bordeaux , à Toulouſe ,
Montpellier , à Marfeille , à Aix , à Gre
noble , à Lyon , & à Dijon.
M.deVallange, qui a compofé differens
Traitez fur les Sciences, fur les Arts , fur
les Langues , & fur les exercices du corps,
vient de faire paroître deux petits Livres,
qui ont pour titre , Ortholexie Latine , on
l'art qui enfeigne à lire le Latin par regles
& par principes , & ufage de l'Ortholexie
Latine , &c. accompagnez de
plufieurs petites cartes feparées de l'Ouvrage
, & chargées de figures & d'explications
, pour inftruir agreablement la
jeuneffe. Nous ne hazırdons rien de dire
, après l'Approbation de M. de Fontenelle
, que ces nouvelles productions de
M. de Vallange , ne peuvent être qu'uti
les au public. On les trouvera à Paris ,
chez Claude Jombert , rue S. Jacques
à l'Image Notre- Dame ; chez André
Cailleau , Place de Sorbonne , à l'Ima
ge S. André ; & chez J. B. Lamefle
rue
Ifo LE MERCURE
ruë des Noyers , à la Minerve.
M. Gautier , Ingenieur du Roi , &
Infpecteur des Ponts & Chauffées du
Roïaume , a prefenté à M. le Blanc la
Carte du Dioceſe d'Alais , qu'il a levée
fur les lieux avec beaucoup de précifion .
Elle fera gravée par le fieur Nollin .
Un Auteur appliqué , qui travaille depuis
quelque tems à la vie des Poëtes
François anciens & modernes , prie les
gens de Lettres de vouloir bien l'aider des
memoires & pieces anecdotes qu'ils peuvent
avoir fur cette matiere, par le moïen
de l'adreffe du Mercure. Il donnera avec
le Catalogue de leurs Ouvrages quelquesunes
de leurs meilleures pieces , entieres
ou par extraits , & ferà graver leurs portraits
s'il peut les découvrir , fans oublier
les marques de fa reconnoiffance envers
ceux qui lui auront communiqué quelque
chofe de particulier.
Charles - Cefar Baudelot de Dairval
Avocat en Parlement , de l'Academie
Roïale des Infcriptions , & des belles
Lettres , mourut à Paris le 27. Juin der.
nier , âgé de 73. aus . Il étoit auffi re
commandable par fa grande probité , que
par fon érudition , & par la connoiffance
parfaite qu'il avoit des Antiques de toute
cfpece ; il poffedoit un très - beau Cabinet
DE JUILLET 1722. tíf
que
>
net qui étoit ouvert à tout le monde fçavant
& curieux ; il l'a donné par fon
teftament à la même Academie avec
tous les livres de fa Bibliotheque qu'elle
n'auroit point. M. Baudelot a enrichi la
Republique des Lettres de plufieurs Dif
fertations ; mais fon principal Ouvrage
eft celui qui a été publié fous ce titre , De
Putilité des voiages , & de l'avantage
la recherche de l'antiquité procure
aux fçavans , 2. vol . 12. Paris 1686. avec
beaucoup de figures . L'Auteur , qui en
preparoit une feconde édition , beaucoup
augmentée , a embraffé dans ce feul Ou
vrage toutes les matieres qui regardent
l'antiquité , & on peut affurer , qu'en le
lifant avec les difpofitions neceffaires , il
eft aifé de devenir bon Antiquaire & ha
bile voïageur . Ses Differtations imprimées
, & toutes les pieces particulieres
qu'il a lûës en public , depuis fon entrée
à l'Academie, meriteroient d'être recueillies
en un corps d'Ouvrage , qui feroit
plaifir aux fçavans , en y joignant fon
Traité entier des Actions de graces , &
quelques autres Differtations , qu'il n'avoit
encore montrées qu'à fes amis parti
culiers .
>
La fontaine minerale de Segray , près
Piviers en Gâtinois , dont les eaux ont été
reconnues depuis plus de 390. ans pour
excelTIX
LE MERCURE
> excellentes & très- efficaces contre les
maladies chroniques , a été depuis peu
bâtie par les ordres de M. le Duc d'Antin
, Surintendant des Bâtimens du Roi
& Gouverneur de la Province , fous la
conduite du fieur Aveau , Fontainier de
Sa Majefté , qui aïant trouvé le moyen
d'écarter deux fources d'eau douce , qui
fe mêloient à la minerale dans l'ancien
baffin ; a rendu ces eaux fort au- deffus de
ce qu'elles ont jamais été , & en état de
le difputer aux eaux de Forges .
ces eaux ,
Les commoditez qu'on trouve prefentement
à cette fource falutaire, doivent convier
les Etrangers à venir partager avec
tout l'Orleanois les fecours qu'elle apporte
contre les maladies les plus opiniâtres .
On connoît par le goût ferré qu'ont
& par la roüillure qu'elles
communiquent aux pierres qu'elles arrofent
, qu'elles tirent leurs vertus du mars ;
l'analyle qu'on en a fait en prefence de
M. Gouttard , Medecin ordinaire du
Roi , également connu par fa profonde
érudition , & fon heureuſe pratique , a
découvert qu'elles doivent leurs qualitez
à un fel uni par une legere portion de
terre , à quelques parties fulphureuſes
qu'elles ont détaché des mines de fer
qu'elles ont parcouru , lefquelles font fi
communes dans toute la montagne de Segray
DE JUILLET 1722. 115
gray, que pour peu qu'on creufe dans
toute l'étendue du vallon , on voit pouffer
des eaux ferrugineufes
.
Ce fel martial , qui eft le capital prin
cipe en quoi confifte l'efficacité de ces
eaux , eft du genre des fels alkali ; les experiences
qu'on en a faites ne permettent
pas d'en douter ; les changemens & les
teintures qu'elles produisent en les mêlant
avec des corps de differente nature , font
aifément juger des alterations qu'elles doivent
apporter aux differentes faveurs dont
le fang peut être vitié .
La legereté & la foupleffe qu'ont ces
eaux , & le goût qu'on leur trouve , qui
n'a rien d'âpre , de ftyptique & de mordant
, doivent s'attribuer aux parties fulphurées
volatiles , dont elles font chargées
, lefquelles par leur réunion forment
cette pellicule graiffeule & changeante.
de couleur de nacie de perle , ou plutôc
de gorge de pigeon , qu'on voit les ma
tins & les foirs fur la fuperficie du baffin
, & qui fe trouve toûjours , & en tout
tems , en grande quantité dans la circonference
de la foupape.
Outre la fluidité que ces eaux donnent
au fang & aux liqueurs , qui doivent parcourir
les parties folides qui nous compofent
, elles rendent les fibres fouples &
pliantes , & mettent leur reffort au point
où
1f4 LE MERCURE
où il doit être pour une libre circulation
elles font éprouvées par une longue fuite
d'experiences pour les eftomacs farcis de
glaires , les pâles couleurs , les jauniffes ,
icterities , diarrhées , coliques , dyffenteries
, hydropifies naiflantes , duretez , &
ſchirres au foye , & à la ratte , fuppreffion
de menftruës , fleurs blanches ; gos
norrhées , vapeurs tant hyfteriques qu'hypocondriaques
, vertiges , dyluries ou ardeurs
d'urine , coliques nephretiques ,
douleurs de reins , dont elles chaffent auffi-
bien que de la veffie , les glaires , fa
bles & pierrettes , maux d'eftomac , dégoût
, perte
, perte
d'appetit
, appetit
dépravé
,
embarras
des premieres
voyes , obftruc→
tions des vifceres
, ébullitions
, dartres
,
demangeaifons
qu'un fang chargé
de fels
trop acres a coûtume
de caufer ; elles gueriffent
les maladies
que
l'épaiffeur
& la
glutinofité
du fang occafionnent
. Plufieurs
y ont trouvé
la guerifon
de rhumatifmes
qui avoient
refifté aux
fudorifiques
& aux refolutifs
les plus
fpécifiques
; enfin
, on ne peut s'imaginer
les effets
merveilleux
qu'operent
tous les ans ces eaux
bien-faifantes
, dans la cure des maladies
les plus
extraordinaires
& les plus invincibles.
Nouvelle
DE
JUILLET 1722. 11§
Nouvelle invention d'Inftrumens de Ma
thematiques juge utiles au public par
M
Mrs de l'Ac . R. des Sc.
R du Val a trouvé le moïen de
divifer la circonference du cercle
en degrez , minutes & fecondes , mar
quées d'une en une geometriquement ,
fenfiblement , & fans confufion , quoique
le cercle foit petit.
Cette divifion donne la facilité de
prendre exactement toutes fortes d'angles
fur un plan horiſontal , vertical , &
oblique .
L'Auteur affemblant des cercles , a
compofé une machine , qu'il appelle fphe
rule , ou compas trigonometrique , par laquelle
il imite & mefure les mouvemens
celeftes.
છે
Cette machine donne les moïens de la
mettre parallele à la ſphere du monde , à
l'aide de deux points connus au Ciel , &
elle verifie ces points qu'on a fuppofez
être connus.
Etant parallele à la ſphere du monde .
elle indique les points d'Orient & d'Occident
, le plan du meridien , la latitude
du lieu , & l'heure aftronomique des aftres
qu'on obferve. Elle
f16 LE MERCURE
Elle porte des lunettes pour
& couper les objets éloignez .
découvrit
Elle indique la declinaifon des aftres ,
& leur difference afcenfionnelle .
Elle indique l'écliptique , & la longi- -
tude avec la latitude des aftres.
Elle fert de cadran univerfel , à faire
& à verifier les cartes celeftes & terreftres
; à verifier la bouffole , à faire & à
verifier toutes fortes de cadrans ; à lever
toutes fortes de plans ; elle fert à touté
obfervation mathematique.
も
L'Auteur en a le privilege du Roi exclufif
, on en trouvera chez lui de toutes
fortes de manieres , grandes & petites . II
demeure rue de l'Hirondelle , à l'Aigle
de pierre , à Paris.
On apprend de Londres que le Docteur
Willon reçoit actuellement des foufcriptions
pour lever une fomme de 600. liv .
fterlin , pour employer à faire l'experience
de fes aiguilles aimantées , qui ont
trois ou quatre pieds de long , fur une
vingraine de Vailleaux Marchands , qui
iront faire des voïages de long cours , &
dans des mers fort éloignées les unes des
autres. Le Docteur prétend , que fi l'experience
des aiguilles aimantées répond
fur mer à celles qu'il a faites fur terse
, on aura trouvé le veritable fecret de
fixer
DE
JUILLET 1722 17
fixer les longitudes par la découverte du
Lieu où eft le pole de la maffe de la matiere
magnetique , qui eft dans les entrailles
de la terre. Le Roi d'Angleterre a , diten
, donné cent guinées pour cette en,
trepriſe. Le Prince & la Princeffe de
Galles ont pareillement contribué , de
même que quelques Seigneurs , & autres
perfonnes de diftinction.
On mande de Bafton , Ville de l'Amerique
Septentrionale , dans la nouvelle
Angleterre , près du Cap Aune que
tous ceux à qui on avoit fait l'inoculation
de la petite verole , en mouroient , &
qu'elle caufoit une fi grande infection
que les plus proches parens mêmes n'ofoient
en approcher. On a remarqué d'un
autre côté , que prefque aucun de ceux
qui l'avoient naturellement , n'en mous
roit ; de forte qu'on avoit ceffé cette ope
ration .
On nous mande de Lifbonne , que
dans une conference qu'eurent les Academiciens
de l'Hiftoire de Portugal le
30. du mois d'Avril , le Pere Dom Manuel
Caetano de Soufa , ci- devant Directeur
de l'Academie , fit un diſcours trèséloquent
, pour remercier le Roi de l'ho
norable Privilege que Sa Majeté Portugaile
118 LE MERCURE
gaife avoit accordé aux Academiciens
en leur permettant de publier leurs Ouvrages
fans Approbation des Cenfeurs or
dinaires des Livres , pourvû qu'ils fuffent
approuvez par un des Cenfeurs de l'Academie.
Le Pere Lucas de Sainte Catherine ;
l'Ingenieur Major Manuel d'Azeridefortes
, le même Pere Manuel Castano de
Soufa , le Comte Villar- Mayor , Martin
de Mendoza de Pina , rendirent compte
de leurs écrits. Le Pere Michel de Sainte
Marie rapporta hiftoriquement les
noms de tous les Officiers de la Maifon
du Roi Dom Edouard .
,
Le 8. de Mai les Religieux de l'Ordre
de faint Benoît , tinrent leur Chapitre
general dans le Monaftere de Timaens
& le Pere Antoine de faint Laurent , reconnu
depuis long- tems pour un homme
d'un merite très-diftingué , fut élû Genepar
le concours unanime de tous les
fuffrages .
ral
A la requête de François Perciva
de Silva - Pacheco , Seigneur de Tranfimil
, en qualité de Prieur , du Tiers Or
dre de Nôtre- Dame du Mont Carmel ,
nouvellement érigé en la Ville de Foro ,
par Antoine de Pereira de Silva fon oncle
, & Evêque de l'Algarve , le Roi a
accordé aux Confreres dudit Ordre , la
per
DE JUILLET 1722. 119
•
permiffion d'établir une Foire franche
qui durera depuis le 16. Juillet juſqu'au
18. dans l'endroit où leur Eglife eft fituée
, & d'appliquer le revenu qu'elle
produira aux Oeuvres pies dudit Ordre,
On efpere qu'elle fera une des plus celebres
de tout le Roïaume d'Algarve,
L'Academie problematique de Setubal
emploïa fa Conference du 31. Mai , à
examiner, fi un faux ami eft plus à crain
dre qu'un ennemi declaré. Les Docteurs
Jerôme- Alphonfe Botelho , & Clement-
Rodrigues Montanha , fe diftinguerent
par leurs Differtations fur les deux parties
de cette propofition . On lût enfuite
des vers fur les actions heroïques de Dom
François d'Almeyda , premier Viceroi des
Indes , qui fut cruellement maffacré par
les peuples du Cap de Bonne Efperance ,
Nous avons oublié de dire dans le Mercure
de Juin , que l'Infante alla quelques
jours avant fon départ pour Verfailles
à la Monnoïe des Medailles , pour y voir
la magnifique toilette que le Roi fait faire
pour cette Princeffe , fur les deffeins,
& fous la conduite de M. de Launay ,
Directeur de cette Monnoïe , & de l'Orfevrerie
de S. M. L'Infante étoit ac
compagnée de Madame la Ducheffe de
Ventadour fa Gouvernante , & de Ma-
+
dame
120 LE MERCURE
dame la Princeffe de Soubize. Elle vid
frapper plufieurs Medailles de differente
grandeur , de celles qui ont été faites
pour fon arrivée. Après elle fut conduite
dans la Galerie où l'on conferve les poinçons
& les quarrez du Roi , & paffa de
là dans un Cabinet , où toutes les pieces
qui doivent compofer la toilette , étoient
rangées , quoiqu'il y en eut plufieurs qui
ne font pas encore tout- à- fait finies , mais
c'étoit pour faire voir le tout. L'Infante
trouva dans un autre Cabinet quantité de
curiofitez qui l'amuferent fort. En fortant
M. de Launay lui préfenta les Médailles
qui avoient été frappées en fa prefence
& elle les diftribua aux Dames de fa fuite.
Quand cette fuperbe toilette fera entierement
achevée nous en donnerons
une deſcription exacte .
و
Lefieur Raoux , Peintre de M. le Prince
de Vendôme , de l'Academie Roïale
de Peinture, natif de Montpellier ,vient de
faire par ordre de S. A. un affez grand
tableau , extrêmement riche & varié , dont
le fujet eft Telemaque dans l'Ifle de Callipfo
après fon naufrage. Nous ne pouvons
rien dire de plus avantageux pour
l'Ouvrage & pour l'Auteur ,finon que M.
le Prince de Vendôme a preſenté ce tableau
à Monfieur le Duc d'Orleans , &
que
DE
JUILLET 1722. 127
que S. A. R. l'a reçû avec éloges , & l'a
fait placer dans fon grand appartement au
Palais Roïal.
L'habile Peintre , qui s'eft entierement
conformé à l'Ouvrage de M. de Cambray
, pour ce qui regarde cet endroit
des avantures de Telemaque , a choiſi
l'inftant que ce Prince raconte à Calipfo
ce qui lui cft arrivé de remarquable
depuis qu'il cherche Uliffe. La Déeffe
eft fur le devant du tableau , affife fur un
fiege de gazon , couvert d'une peau de
Panthere ; elle.regarde Telemaque , &
l'écoute avec une attention , qui marque
l'interêt tendre qu'elle commence à
prendre
en lui. Telemaque eft vû de profil
dans une contenance noble & refpectueufe.
Mentor eft entre les deux , un peu
derriere, du côté de Calipfo. Il a les yeux
fixez fur Telemaque , & femble le
der avec une efpece de feverité mêlée de
douceur. Le caractere de divinité , exprimé
fur le vifage de ce vieillard venerable
, imprime du refpect & de l'admiration
. On voit Eucharis derriere Calipfo.
Elle est très- attentive aux recits de
Telemaque , & par l'expreffion que le
Peintre a fçû mettre dans fes yeux , &
fur fon vifage , on penetre les premiers
fentimens de fon coeur pour le Prince ,
en qui elle commence à s'interefler, Voi-
F
regarlà
122 LE MERCURE
là le groupe dominant , & comme le
noeud & le fujet principal du Poëme.
Paflons aux Epifodes , & aux ornemens
de la Scene.
Leucothoé placée du côté de Calipfo,
vers la premiere ligne du tableau , impoſe
filence par un gefte à une autre Nymphe
qui veut lui parler. Une troifiéme Nymphe
termine le groupe du côté de Tele
maque.
›
Ce qui fert de fond à cette magnifique
ordonance , eft une grotte qu'on voit
à la droite du tableau . Elle eſt formée
par
une voute obfcure & profonde , dont
l'entrée eft ornée par des vignes , des
fleurs des fruits , & des coquillages.
L'enfoncement eft éclairé par un jour
échappé , qui fait appercevoir des Nymphes
, dont les unes font occupées à preparer
le repas ; les autres apportent des
fruits , d'autres encore preparent la table
du feftin , & dreffent le buffet orné de
quantité de vafes.
Une chûte d'eau qui fe précipite de
fort haut à gros bouillons , forme un
ruiffeau au pied de la grotte.
›
Dans une échapée de vûë à la gauche
du tableau on découvre la mer encore
agitée de la tempête , le vaiffeau de Telemaque
brifé fur le rivage , des mâts , des
rames , & autres débris encore battus par
les
DE
LA
LYON
BIBLI
F
VILLE
XII
A DEA
JACT
REPTUM
TALI
LI
SE
LUSTRAND
I.B.
M.DCC.XIX
UDOV
XIV
FOVETIM
PTA
IS
INUNO.
DUM SUAM NUMISM
FABRI
O.V.
PIGNUS.
DE
JUILLET 1722. 123
les flots . L'intervale qui eft entre la grotte
& le lointain eft interrompu par des arbres
chargez de differens fruits , que des
Nymphes cueillent.
SUITE DES MED AILLES DU ROY,
avec l'explication des Types &
Legendes.
MEDAILLE XII,
Cette Medaille à été frapée fur le même
fujet que les deux précedentes , c'eftà
-dire , fur les progrès que le Roi fait.
On voit à la face droite , la tête de Louis
XV. avec l'infcription ordinaire , & au,
Revers , Minerve , avec les attributs des
Sciences & des Arts , inftruifant le Roi.
Legende. TALI SE DEA JACTAT
ALUMNO. Cette Déeffe fait gloire d'avoir
un tel Eleve . Exergue. 1719.
XIII.
3
LA PRISE DE FONTARA BIE . D'un
côté la tête de Louis XV , avec l'infcription
ordinaire . Revers , la France foulant
aux pieds un bouclier aux armes de
Fontarabie & préfentant un rameau
d'olivier à l'Espagne . Legende , PACIS
FIRMANDÆ EREPTUM PIGNUS ; gage
Fij enlevé
s
124 LE MERCURE
enlevé pour l'affurance de la paix. Exer
gue. FONTARABIA CAPTA . XVI. Junii
M. DCCXIX .
XIV .
LA MONNOYE DES MEDAILLES
ISITE'E PAR LE ROY. On voit d'un
côté la tête de Louis XV. avec l'infcription
ordinaire . Au Revers , le Soleil
dans le Signe du Lyon . Legende , Lus-
TRANDO FOVET ET RECREAT. Sa
vifite anime & donne de la joie. Exergue,
DUM SUAM NUMISMATUM FABRICAM
INVISERET. Lorfqu'il vifitoit fa
Monnoye des Medailles. M. DCCXIX ,
X V.
L'INSTRUCTION DU Ror . D'un
côté la tête de Louis XV. avec l'infcription
ordinaire . Revers , Le Roy entre
Mars & Minerve , & pour Legende ces
mots de Virgile , STAT CURA OMNIS
IN UNO. Tous les foins font pour lui
feul. Exergue. M. DCCXX.
SPECT
DE JUILLET 1722. 117
SPECTACLES.
Lufieurs perfonnes qui ont lû avec
P plaifir le projet de l'Hiftoire du
Theatre François , & qui ont marqué en
attendre l'execution avec impatience ,
ont été furpris avec raifon , de voir qu'on
ne doit parler que de la reprefentation
ou execution des pieces , &c. Mais l'Auteur
que nous avons confulté , nous a dit ,
que le projet n'étoit defectueux à cet
égard , que parce qu'il deftinoit à mettre
dans un autre corps d'Ouvrage
dont nous publierons le projet le mõis
prochain , tout ce qui regarde les Poëmes
Dramatiques , avec des extraits
fommaires , leur critique & c . Cependant
pour fatisfaire au goût que le public
fait paroître , l'Auteur de cet Ouvrage
donnera dans l'Hiftoire du Theatre
François des catalogues exacts de toutes
les Pieces qui ont été reprefentées fur
C
les divers Theatres de Paris & des Provinces
, avec quelques remarques fur lear
fuccès ou leur chute , & le tems , & les
circonftances particulieres dans lefquelles
elles ont paru.
Le Pere Follart Jefuite , qui a donné
Fiij la
126 LE MERCURE
la Tragedie d'Edipe , dont nous avons
parlé dans plufieurs Mercures , doit faire
imprimer une autre Piece , intitulée
Agrippa . C'est l'Agrippa que Tacite appelle
Pofthume , & que Tibere facrifia à
fa fureté & à fon ambition . Cette Tragedie
n'enrichira point la Scene Françoife
, fi connue dans la premiere , le P.
Fellart prend la précaution de faire défendre
dans le privilege à tous Comediens
de la reprefenter.
On parle beaucoup d'une nouvelle Tragedie
d'Edipe qui doit paroître , fans
qu'on en fçache l'Auteur.
Les Comediens du Roi ont reçû une
Comedie en trois Actes , en vers, avec un
Prologue, intitulée les Noces de Gamache,
par M. Gautier. Ils ont auffi reçû la
Tragedie d'Alba , de l'Auteur de l'Opiniâtre.
Et en dernier lieu , une autre Tiagedie
, intitulée Nithetis de M. Dauchet ,
de l'Academie Françoife. Nous avons une
Tragedie fous ce titre , de Madame de
Ville Dieu, auparavant M des Jardins .
Le fieur de la Torilliere fils , qui
avoit été reçû dans la Troupe Françoife
, & qui n'avoit pas encore parû
vient de jouer le rôle de Xiphares dans
Mithridate , & a été applaudi .
L'Academie Roïale de Mufique a remis
la reprefentation du Mardi au Jeudi,
depuis
DĚ
JUILLET 1722 . 127
depuis que la Cour eft à Verfailles.
Les Fêtes de Thalie , Ballet, attirent toûjoursun
très- grand concours ; & quoiqu'on
y regrette les Dc Journet , Heufé & Pouf '
fin , leurs rôles font fi bien remplacez par
les Des Antier, Minier & Tulou , que cet
Opera fait tout le plaifir imaginable . It
eft étonnant de voir comment la premiere
entre dans fon rôle comique de Soubrette
qu'elle a hazardé , & qu'elle a
joué pour la premiere fois fur ce Theâtre
, où elle jouie ordinairement fi parfaitement
le grand Tragique avec tant de
fuccès. La Dile Minier le diftingue dans
le rôle de la petite fille par fon air de
jeuneffe , fon goût de chant , & fon enjouement.
Dans le Ballet le public rend
juftice à la Dile Prevoft , & au fieur Dumoulin
le jeune , qui fe furpaffent tous
deux , fur tout dans la Bergerie.
Fij
MEMOIRE
1 128 LE MERCURE
MEMOIRE
Pourfervir à l'histoire du Theatre
François , & aux recherches
de l'origine des Spectacles en
France.
FChateau de Souliers dans la Provin
Rançois Triftan l'Hermite , né au
ce de la Marche , avoit une Charge de
Gentilhomme ordinaire près de Gaſton ,
Duc d'Orleans. Il prétendoit defcendre
de Triftan l'Hermite , qui étoit Grand
Prevoft de Louis XI . Il fut élevé jeune
Garçon chez Scevole de Sainte Marthe.
Depuis ce tems- là on a vû de fes Poëfies
imprimées , & l'on peut juger de fon
genie par fa Mariane . Le jeu étoit fa
paffion dominante , & il y perdoit tout ce
qu'il pouvoit hazarder. Il a reçû à diverfes
fois de M. le Duc de Saint Aignan
mille piftolles , & n'a pas trouvé
dans cette fomme dequoi fe faire un habit
honnête .
Cette paffion du jeu étoit fi grande que
dès la jeuneffe elle l'avoit jetté dans des
embarras , dont il ne fe feroit pas tiré
facilement
DE JUILLET 1722. 12
›
facilement , fi fa vivacité ne luy en avoit
fuggeré les moyens. Un jour que fon
maître étoit malade , il luy perfuada que
la tranquillité qui regnoit dans fa chambre
étoit peut -être caufe de fa triſtelſe ,
& que pour y donner quelque remede
un oifeau de prix foulageroit fon inquietude
; que s'il vouloit une perſonne
luy en avoit propoſé un qui le divertiroit
extrêmement & qu'il en feroit quitte
pour dix piftolles. Son maître les luy
donna. Etant fur le point d'executer fa
commiffion , il rencontra par malheur
trois ou quatre Pages de fa connoiffance
qui joüoient aux dez fur les degrez d'une:
grande porte. Il fut quelque tems à les
confiderer fans vouloir jouer. Mais la tentation
fut fi forte qu'elle vint à bout de
vaincre fa- réfiftance ; il s'imagina qu'il
gagneroit , ou que du moins il fe retireroit
du jeu quand il auroit perdu là moitié
de fon argent ; mais il ne fit ni l'un
ni l'autre : Je jouai , dit- il , dès le commen-
» cement avec crainte , & après avoir per-
» du une partie de mon argent , je voulus
combattre mon malheur avec une obftination
qui me fir perdre l'autre , fi bien
de la rançon de la Linote prétenduë,
je ne me vis plus que deux quarts d'écu ,
que j'empruntai fur mon dernier refte..
Ainfi gros de douleur , rouge de honte ,
que
Fy &
130
LE MERCURE
& fans fçavoir à quoi fe réfoudre , il courut
chez un Oifeleur qu'il trouva , ayant
fur fon épaule un filet plein de Chardonrerets
, & de Bruyans , parmi lesquels il
rencontra une affez belle Linote qu'il eût
pour trente fols avec la cage. Je revinsauffi
- tôt au logis , ajoûte- t- il , & prenant
un vifage plus gay que n'étoit mon ame ;
j'expofai hardiment ma Linote fauvage
aux yeux de mon maître , qui ne fut pas
peu réjoui d'apprendre de moi , que j'avois
furmonté mille difficultez pour luy
avoir cet animal incomparable. On ferma
auffi- tôt toutes les fenêtres de la Chambre,
& on flt retirer tout le monde , afin
d'affurer ce petit oifeau. Le Page trouva
facilement des excufes pour fon filence
le premier jour qu'il l'apporta ; mais
quand on l'eût veu muet deux ou trois
jours , il n'y eût plus moyen d'excufer ce
même filence. Triftan faifoit mille voeux
fecrets au Ciel , afin qu'il luy déliât la
langue , mais nul ramage ne donna des
marques de fa rareté. Le maître ennuyé
de ce filence , luy dit un jour en le regardant
: que veut dire cela , perit Page, vôtre
Linote ne dit mot ? il luy répondit ingenuëment
, M. je vous réponds que fi elle
ne dit mot , elle n'en pense pas moins..
Cette réponſe pour un enfant qui n'avoit
qu'onze ou douze ans , parut fi fpiri
tuelle
DE
JUILLET 1722. 131
tuelle , qu'elle fit rire tous ceux qui l'entendirent.
Triftan rapporte luy - même
cette petite hiftoire dans fon Page difgracié
, qui eft celle même de toutes les
difgraces affez ordinaires aux courtilans.
Je donnerois ici un extrait de ce Livre ,
fi Bayle ne m'avoit prévenu ; nommer cet
illuftre critique , c'eft faire l'éloge de fon
Dictionnaire , & le titre de cet ouvrage
fuffit feul pour ne rien trouver d'agreable
à dire après luy. Il a cependant omis un
fait qui paroît affez rifible . Un officier
amoureux s'étoit enfermé deux jours &
deux nuits dans une cave , & avoit brouillé
deux mains de papier pour mettre au jour
des vers , aufquels il donnoit le titre d'Ode.
Ma Clʊrie , ma Clorie
A qui j'ay donné mon coeur
Je ferai toute ma vie
Vôtre très humble ferviteur.
Des deux volumes du Page difgracie
on tireroit dequoi inftruire iuffifamment
fur la genealogie & la vie de Triſtan , f
le fujet n'en étoit trop long , & peu intereffant.
Ils meritent cependant d'être lûs
par rapport à quelques ancedotes qui re
gardent des perfonnes d'une haute dif
tinction , à qui il touchoit de près du côté
de la naiffance & de fes emplois.
F vj
Ce
132
LE MERCURE
1
Ce qui a davantage diftingué Triſtan
à la Cour eft un nombre de pieces de
Theatre qui ont paffé pour les plus excellentes
de fon tems . La Mariane Tragedie
fe voit encore de nos jours fur ce
pied là , & la gloire que Polieucte a acquis
à Corneille , n'empêche pas les critiques
, d'en rejetter une partie fur la piece
de Triftan. Le P. Rapin * a remarqué
que quand Mondori joüoit la Mariane au
Marais , le peuple n'en fortoit jamais
que refveur & penfif , faifant refléxion à
ce qu'il venoit de voir , & penetré en
même tems d'un grand plaifir , en quoi
on a vu un petit crayon des fortes impreffions
qui faifoit la Tragedie Greque. Cette
Tragedie eft dediée à Monfieur le Duc
d'Orleans , frere du Roy , à qui il adreſſe
encore cette belle Ode qui commence par
ce vers ,
Ingrate caufe de mes veilles , & c.
Panthée fuivit de près la Mariane ; à peine
peut-on s'imaginer , dit Triftan , qu'il y ait
allez de matiere en l'avanture de Panthée
pour faire deux actes entiers . C'eſt un
champ fort étroit & fort fterile , qu'il ne
pouvoit cultiver qu'ingratement. Auffi
n'eut été quelque fecrette raifon , ajoûte-
t-il , j'euffe pris un plus favorable ſujet
pour donner une four à Mariane . Ve
* Ref. fur la Poëtige
ritablement
DE
JUILLET 1722.
137
€
ritablement il faut avoüer
que nonobftan
les avantages que la jeuneffe peut donner ,
l'aînée a plus de beauté que la cadette ,
& qu'il s'en faut quelque chofe que cetté
production de mon efprit ne merite autant
d'applaudiffemens que la premiere.
La Tragedie de Panthée s'eft fentie da
funefte coup, dont le Theatre du Marais.
faignoit encore. Il eft aifé de deviner que
e'eft de l'accident du celebre Mondory
qui fut attaqué d'une efpece d'apoplexie,
dont il n'étoit pas encore gueri , il auroit
fait valoir Arafpe auffi bien qu'Herode .
Cet accident penfa le dégoûter de tra
vailler pour le Theatre , & fi le Cardinal
ne l'avoit engagé à continuer , il l'auroit
entierement abandonné. Il y a au devant
de Panthée une très belle eftampe gravée
d'après M. de la Hire. Les autres pieces
de Triftan ne font pas moins bien ornées ,
les fujets en ayant été gravez par Boffe
& Chauveau.
Il a dedié la mort de Seneque , Trâ
gedie , à M. le Comte de Saint Aignan
Dans le Panegyrique qu'il veut faire de
fa perfonne , il dit que ce qu'il y a de penible
en cet ouvrage l'étonne moins que
ce qu'il y a d'éclatant en ce fujet ne l'ébloüit.
J'y vois par tout , ajoûte-t- il , de
fi grandes beautez qu'elles tiennent mon
choix en balance , & je confommerois bien
134 LE MERCURE
›
à les admirer tout le tems qui me feroit
donné pour les décrire. Si je regarde la
grandeur de vôtre race j'y apperçois
la plus grande partie des plus Nobles
Maifons de France ; c'eft un champ femé
de Lauriers , c'eft un arbre de plufeurs
fiecles , dont toutes les branches
font couronnées , c'eft un long ordre
de Heros où l'on peut compter autant
de demi Dieux que de têtes . Si je tourne
les yeux fur vôtre valeur , je n'y vois que
des prodiges heroïques dès vôtre plus
tendre jeuneffe , j'y remarque beaucoup.
plus de combats , plus dignes d'être celebrez
par les belles plumes , que celuy
d'Hector & d'Ajex , & c . Il eſt aifé de
remarquer que Triftan a mis dans la bouche
de Seneque les grands fentimens ,
dont on trouve de fi beaux exemples dans
les ouvrages de ce Philofophe.
Ses autres productions font , la Mer ,
Ode en 1627. la Lyre , l'Orphée , & autres
mélanges , vol . 4. Aug. Courbé 1641 .
Il affure que les honnêtes gens trouveront
dans ce Recueil de Poëfies , des chofes
affez agreables pour avouer que tous les
éxilez qui ont écrit d'amour , depuis l'ingenieux
Ovide , n'ont pas mieux employé
de fi triftes loifirs .
La folie du Sage , Tragi- Comedie , 4º
Touf. Quinet 1645.
La
DE JUILLET 1622.
134
La mort de Chrifpe , Tragedie , 4°
Cardin Befongne 1645 .
Ofman , Tragedie , 4º Guillaume de
Luyne 1656. dediée à M. le Comte de
Buffy par Quinault ; en lui dédiant cette
piece , il n'a fait après la mort de Triſtan
que ce qu'il avoit deffein de faire pendant
fa vie. Quelques inftructions favorables
dit- il à M. de Buffy , que j'aye eu l'honneur
de recevoir de cet écrivain renommé
de qui je pleure encore la
je fens bien que cet illuftre mort , dont la
memoire eft immortelle , ne m'a pas laiffé
tout l'art , dont il fçavoit vous honorer
bien qu'il m'en ait laiffé tout le zele.
Le Parafite , Comedie , 4 ° Aug. Courbé
1654. reprefentée dans le Louvre avec
applaudiffement.
perte .....
Poëlies Galantes & Heroïques , 4° J.
B. Loyfon. 1662.
Les Amours & autres pieces très- curieules
, Gabriël Quinet , in 12. 1662. voici
un Sixain de ce Recueii pour mettre
devant un Livre d'Endimion .
Trouvant ici l'hiftoire d'un Berger ,
Qu'amour expoſe en un fi grand danger ,
Pendant l'erreur où le fommeil le plonge,
O ! bel ob et plein de ſeverité ,
Souvenez- vous que fa peine eft un fonge,
Et que la mienne eft une verité.
Un
136 LE MERCURE
Un volume de Lettres , & quelques autres
petits Traitez , up Roman de plufieurs volumes
, qu'il appelle la Coromene, Hiftoire
Orientale. C'eft auffi de lui l'Office de
la Vierge en vers François qui contient
diverfes pieces fpirituelles en vers , & en
profe ; il prefenta ce dernier Livre à la
Reine. Peu de tems après il tomba malade
à l'Hôtel de Guife , où il mourutpulmonique
le 7. Septembre 1655. &
fut enterré à Saint Jean . Morery marque
fa reception à l'Academie Françoiſe l'an
1649. Chevreau trouve que Triftan étoit.
trop grand admirateur de toutes les vifions
du Marin. C'eft un reproche qu'il
avoit déja fait à la Mefnardiere ; mais
Chevreau ne dit pas que ce défaut lai
étoit commun avec ces deux Poëtes. Je
m'en tiendrai donc à fon premier éloge
de Triftan ; la Reine de Suede , dit- il ,
fe connoiffoit pour un grand homme ,
mais pour un homme dont les ouvrages
pouvoient bien n'être pas tous de la mês
ane force.
Il fit luy-même fon Epitaphe
en cette maniere.
Ebloui de l'éclat de la fplendeur mondaine
Je me fa tai toujours l'efperanae yaine
DE JUILLET 1722. 137
Faifant le chien couchant auprès d'un grand
Seigneur ;
Je me vis toûjours pauvre , & tachai de pa
roître ;
Je vêcus dans la peine attendant le bonheur,
Et mourus fur un coffre en attendant mon
maître.
BENEFICES;
138
LE MERCURE
BENEFICES , CHARGES
& Dignitez des Pays Etrangers,
M
MOSCO VI E.
R Dafcof qui a été envoyé du
Czar à la porte Ottomane , a été
nommé Surintendant General des poftes
de Ruffie , & les revenus ont été réünis
au Domaine de la Couronné.
POLOGNE ET PRUSSE.
Guillaume Guftave , Prince hereditaire
d'Anhalt Deffau , & Leopold Maximilien
, fon frere , ont été nommez Majors
Generaux des Troupes du Roy de
Pruffe.
Le Comte de Lottum a été nommé auffi
Major General des Armées du Roy de
Pruffe.
SUEDE.
Mrs de Stakelberg , Creus , Hamilton
, & Kreu'e , Lieutenans Generaux
des Armées du Roy de Suede , qui étoient
cy- devant prifonniers de guerre en Mofcovie
ont été faits Generaux.
Le Major General Gyllenstiern , & les
Colonels Gyllenkirock , Wenneftedt ,
Cronman ,
DE JUILLET 1722. 739
Cronman , & Gedeonfock ont été nommez
Lieutenans Generaux .
Le Colonel Ramfwerd arrivé depuis
peu de Ruffie , où il étoit prifonnier de
guerre , a été fait Lieutenant General des
Armées du Roy .
Les Colonels Tegenfchuil & Rofenſtierne
ont obtenu le rang de Majors Ger
neraux des Armées du Roy de Suede.
ALLEMAGNE.
Le Comte François Antoine de Pachtay
Baron de Reyofeu , & de Bukau , Confeiller
de la Chambre Aulique a obtenu
de l'Empereur la Charge d'Intendant de
laChambre de l'Argenterie de fa Maiſon .
M. Piffacano , Confeiller au Confeil
Collateral , a obtenu un Brevet de Prefident
au même Confeil.
L'Evêque de Munter & de Paderborn ,
a été nommé Coadjuteur de Cologne , &
fes Bulles font expédiées .
M. de Ransfeld Houen , Colonel du
Regiment de Travelon , a été fait Come
mandant d'Orfova.
ANGLETERRE.
M. Alexandre Deuton a éré fait Juge
des Plaidoyers à Londres , à la place de
M. Dormer qui a donné fa démiffion volontaire
de cette Charge.
M
940
LE MERCURE
M. Thomas Caufton a été nommé Inf
pecteur General de tous les ports d'Angleterre
, excepté celui de Londres , à la
place de M. Thomas Boyde .
Le Major General Sybourg a ob
tenu le Gouvernement de l'Ifle de Newi,
une des Antilles, à la place de feu M. Smith.
M. Charles Dilke a obtenu la Licutenance
du Gouvernement de Montferrat
en Amerique , à la place de M. Thomas
Talmath.
Le Duc de Montagu a obtenu en pro
prieté les Ifles de S. Lucie , & de S. Vincent
en Amerique .
Le Lord Cornwalisa été fait Grand
Maître des Eaux & Forefts de la partie
Meridionale de la Riviere de Trem à la
place du feu Comte de Tancarville.
Le Major General Laton a été fait
Lieutenant Colonel du premier Regiment
des Gardes à pied.
Le Brigadier General Ruslel , fecond
Major du Regiment a été fait premier
Major.
Le Comte de Cadogan a été nommé
Grand-Maître de l'Artillerie , & Colonel
du premier Regiment des Gardes , à la
place du feu Duc de Marlboroug.
Le Comte de Scarboroug a été fait
Colonel du fecond Regiment des Gardes.
M. Robert Mutlow a été fait Conſul à
Oftende
DE JUILLET 1722 .
$48
Oftende , à la place du fieur David Fovlis
qui paffe au Confulat de Seville & de
S. Lucas.
M. Humphrey , Parfons , & François
Child, Aldermans , ont été élûs Sherifs do
Londres pour la prefente année.
Le Duc de Warthon a été élû pour
Gouverneur par l'ancienne focieté des
Architectes , & le Docteur Defaguillers
pour Sous - Gouverneur ,
ESPAGNE.
Don Juan d'Herrera , Doyen de l'E
glife de Palencia , Auditeur de Rote à la
Cour de Rome a été nommé à l'Evêché
de Siguença.
Don Louis de Saa- Rangel , Maréchal
de Camp des Armées du Roy d'Eſpagne
en a obtenu le Gouvernement civil &
militaire de Peniſcola.
Don Jofeph Lopis Alcaide de la Cour,
a obtenu une place dans le Confeil des
Finances.
Don Miguel de Aguero a été nommé.
par fa Majefté Catholique , Adminiftrateur
des Manufactures Royales de Draps
de Guadalaxara .
Don Manuel de Andrade a obtenu de
fa Majefté Catholique la Recette de ces
Manufactures,
PORTUGAL.
£42
LE MERCURE
PORTUGAL.
Le R. Pere Antoine de S. Laurent a
été unanimement élû General des Benedictins
, tant dans le Roïaume qu'au Brefil
, dans leur Chapitre general , affemblé
dans le Monaftere de Tibacus.
Dom Aerès de Saldaigne d'Albuquerque
a été continué dans le Gouverne
ment du Rio de Janeiro , à la follicitation
du païs.
Dom Michel - Charles de Tavora aob
tenu du Roi , pour récompenfe de fes
longs fervices , la Seigneurie de S. Vincent
de Beyra , avec deux mille cruzades
de rente en Commanderie.
Le Pere Jéan du Mont- Calvaire , Auguftin
Déchauffé , a été élû pour Vicaire
general de fa Congregation , dans le
Chapitre Provincial affemblé le 23. Mai.
Le 24. Mai les Religieux de S. Paul
Hermite , élûrent pour leur Superieur ,
le R. Pere Antoine de la Trinité , & pour
Recteur de leur Monaftere de Lisbonne
le R. Pere Alvaro de Corta.
Dom François Pereira de Silva- Pacheco
, Seigneur de Tranfimil , & Prieur du
Tiers- Ordre de Notre- Dame de Mont-
Carmel , a obtenu du Roi des Létties patentes
, pour l'établiſſement d'une Foire
franche de trois jours confecutifs , dans
la
DE JUILLET 1722 . 148
la Ville de Faro , au jour & fête de Nô
tre Dame , que les Confreres de cet Ordre
celebrent tous les ans dans la même
Ville le 3. Juillet , à condition que cette
Foire fe tiendra dans la place qui entou .
re l'Eglife qu'ils y ont fait bâtir , & que
les revenus qu'elle pourra rapporter feront
emploïez aux befoins de l'Eglife &
de l'Ordre.
Jean Alvarès de Seyfas a été nommé
par le Roi Colonel du nouveau Regiment
de Marine & d'Artillerie , levé par
le Gouverneur des Forts de Caftro - Marius
& d'Alcoutin .
Manuel - Antoine de Mattos en a été
nommé Sergent Major. Ces poftes ont été
donnez à tous les deux , pour récompenfe
des fervices qu'ils ont rendus à l'Etat
dans leurs emplois d'Ingenieurs .
ITA LIE .
Dom Gafpard Goui Mancini , origis
naire de Sienne , a été agréé pour l'Evêché
de Malthe , dans l'examen des Evêques
, tenu à Rome le 29. Mai.
Le R. Pere Gafpard Pizzolani a été
élû General des Carmes dans leur Chapitre
general tenu à Rome le 25. Mai
en prefence du Cardinal Sacripante, Protecteur
de leur Ordre.
L'Abbé Colholini , autrefois Secretaire
de
$44
LE MERCURE
de l'Abbé Paffionei à Utrect , a été nommé
pour remplacer le Comte Mazziotti ,
qui faifoit à Rome les affaires de l'Electeur
Palatin.
M. Jean Zappalta , prefenté par fa Majefté
Catholique pour l'Evêché de Majorque
, a été proposé par Sa Sainteté.
M. Matthieu- Georges Stuchanovich ,
a été proposé pour l'Evêché d'Antivari
en Albanie par le Cardinal Fabroni.
M. Sylveftre Stana , pour l'Evêché de
Minuti dans le Roïaume de Naples , par
le Cardinal Tolomei.
Le R. Pere Charles de Blitterdorf ,
Religieux Benedictin , pour l'Abbaïe de
Corwey & Corbie , Diocefe de Paderborn
, par le Cardinal d'Althan .
L'Evêque d'Autun pour l'Evêché de
Verdun , par le Cardinal Ottoboni , Protecteur
des affaires de France .
L'Abbé Campani de S. Martin , pour
l'Abbaïe de Nôtre - Dame de Clermont
Ordre de Citeaux par le même Cardinal.
L'Abbé Racine pour l'Abbaïe de S.
Marian , Ordre de Prémontré , Dioceſe
d'Auxerre.
L'Abbé de Montmorillon , pour l'Abbaïe
de Valhonnefte , ou de Fefnieres ,
Ordre de Citeaux , Diocefe de Cler
mont,
M.
*
DE JUILLET 1722. 141
M. Bernard Godsky , pour le Tirre.
Epifcopal d'Ifauric , & pour celui de
Suffragant de Pofnanie , par le Cardinal
Albani.
Le Pape a accordé le Pallium à l'Archevêque
de Chieti (on neveu .
M. Luc- Antoine della Gata a été nommé
par Sa Sainteté à l'Evêché d'Otrante .
M. Matthieu Scaglioni , Secretaire des
Brefs aux Princes , a obtenu le Canonicat
de S Jean de Latran , qu'avoit ci - de-
-vant M. de Montes , Archevêque de Seleucie
, à qui on a confervé deux cens
écus de penfion fur ce Benefice.
HOLLANDE.
M. Johan de Hoornbeck a été choisi
les Etats de Hollande & de Weftfri-
-par
fe , pour remplir la place d'Echevin de la
Haye, vacante par la mort de M. Ewond-
Brand.
Le Comte François- Georges de Schomborn-
Buc keni a été élû Doyen de la Cathedrale
de Spire .
Le Prince Hereditaire de Heffe d'Armftad
, a reçû à Francfort le Brevet de
Lieutenant general Felt- Marêchal des Armées
de l'Empereur.
G MORTS,
146 LE MERCURE
*** * * ak akik Jit at Jikakat
MORTS , BAPTESMES , ET MAriages
des Païs Etrangers.
L
E Major General Roos Suedois eft
mort à Abo en Finlande , en revenant
de Mofcovie.
Le 31. Mai Dimanche de la Trinité
l'Empereur chargea le Prince Eugene de
Savoye , de declarer au Comte de Thering
, Envoïé Extraordinaire de l'Electeur
de Baviere , qu'il confentoit au Mariage
de l'Archiducheffe Marie- Amelie ,
fa niece , avec le Prince Electoral Charles-
Albert- Gaëtan de Baviere.
Le 6. Juin la fille du Comte Jean -André
Lengheim , Chambellan de l'Empereur
, & Confeiller ordinaire de la
Chambre Aulique de la Baffe- Autriche,
fut tenue fur les Fonts de Baptême à Vienne
, par l'Imperatrice Amelie , qui lui
donna le nom de Marie- Amelie-Jofephe-
Anne- Walburge.
M. Pierre Katfchin , Baron de Rifembourg
, autrefois Echar fon de l'Empereur
, & Colonel d'un Regiment d'Infanterie
, eft mort à Vienne en Autriche,
le 2. Juin , dans la foixante- dix neuviéme
année de fon âge .
M ,
'DE JUILLET 1722. 147
M. Chriftophle - Henri de Hack
Confeiller de la Chambre Aulique , cft
auffi mort à Vienne le 15. Juin dans la
foixante-troifiéme année de fon âge.
Le Lord Arundel de Trenier , a épou
fé à Londres la foeur du Comte de Straf
ford.
Le Duc de Bridgvvater a époufé celle
du Duc de Bedford.
M. Sackvvel Tufton , neveu du Comte
de Thanet , & Membre du Parlement
pour Apulby , a épousé à Londres Mademoiselle
Marie Savill , une des filles
du feu Marquis d'Halifax , qu'on dit
avoir en mariage foixante mille livres fterling.
Jean Churchil , Prince de Mindelheim
dans l'Empire , Duc de Marlborough ,
ce General fi fameux dans les dernieres
Guerres d'Angleterre, eft mort le 27.Juin
à la Loge près dé Windfor , dans la foixante-
quatorziéme année de fon age. Il
étoit Capitaine general des Armées de fa
Majefté Britannique , General de l'Artillerie
, Colonel du premier Regiment des
Gardes , Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere
, & Confeiller du Confeil Privé.
Il joignoit à ces dignitez le titre de Mir
quis de Blandford , Baron de Churchil
& de Sandriague dans le Comté de Hereford
, & de Baron d'Aymouft en Ecof-
G ij fe.
148 LE MERCURE
fe . Il avoit époufé en premieres nôces
Mademoiſelle Sara , fille de M. Richard
Jennings de Sandrige , dont il a eu le
Marquis de Blandford , decedé à Cambridge
en 1703. & trois filles ; la Lady
Anne , défunte épouſe du feu Comte de
Sunderland ; la Lady Elifabeth , défunte
époufe du Duc de Bridgwater ; la Lady
Marie , qui a époulé le Duc de Montagu
. Cinq jours avant fa mort , ce Gene-
Tal a ordonné par un Codicile , que fon
corps foit inhumé dans la Chapelle de fa
belle maifon de Blenheim , & que celui
du Marquis de Blandford fon fils , enterré
dans le College Roïal de l'Univerfité
de Cambridge , y feroit apporté , &
mis auprès du fien : mais cette difpofi
tion teftamentaire ne fera pas fuivie. Le
Roi d'Angleterre , pour honorer la memoire
de ce General , veut que fon corps
foit inhumé dans l'Abbaïe de Weſtminſter
, avec une pompe extraordinaire , qui
fe fera aux dépens de l'Etat. La ceremonie
a été reglée par deux Confeils tenus
à Kinfington. Le corps doit être apporté
de Windfor à Londres , & expoſé dans
l'Hôtel du défunt , fitué près du Palais
de faint James . Le titre de Duc de Marlborough
paffe à fes heritiers mâles , d'Henriette
Churchil , Comteffe de Godolphin,
avec la Seigneurie de Woodſtock ,
&
DE JUFLET 1722. 149
cinq mille livres fterling de rente fur
les Poftes , à la charge d'ufufruit pour
la Ducheffe Douairiere. Cela a été ainfi -
reglé par un Acte du Parlement , datté
de la cinquième année du Regne de la
Reine Anne. "
Le Duc de Medina - Sidonia doit épou
fer ince lamment à Madrid la fille du
Comte de San - Eftevan de Gormas .
Dom Jofeph Mofcolo - Oforio , frere
du Comte d'Altamira , doit époufer dans
la même Ville la Comteffe de los Arcos.
Le Duc de Feria , fils aîné du Duc de
Medina Celi , y doit époufer la fille du
Marquis d'Ayetonne , & les deux fils du
Comte de Benevent épouferont les deux
filles du Duc de l'Infantado .
Le R. Pere Louis de la Purification
Religieux de l'Ordre de S. Jerôme ,
Docteur & Profeffeur en Theologie dans
PUniverfité de Coimbre & autrefois
Chancelier de la même Univerfité , eft
mort le 27. Avril , dans la quatrevingt-
cinquième année de fon âge , diftingué
par fa pieté & fon profond fçavoir.
Le Mariage de Dom Fernand Telles
de Silva , fils aîné du Comte de Villar-
Mayor , a été conclu à Lifbonne avec
Donna Marie - Anne Françoife - Xavier de
Menefes , feconde fille du Comte de Tarouca
, Ambaffadeur de fa Majefté Por-
G-iij
tugaile
150
LE MERCURE
1
tugaife auprès des Etats Generaux , & for
Plenipotentiaire au Congrês -de Cambray
La Comteffe d'Arcos eft accouchée
d'un fils à Liſbonne le 31. Mai.
M. Durazzi , Evêque de Savone , dans
l'Etat de Gennes , eft mort âgé de foixante-
dix-neuf ans.
Madame la Comteffe de . Colloredo
époufe de l'Ambaffadeur de l'Empereur à
Venife , y eft accouchée le 27. Mai d'une
fille , qui fut baptifée le même jour dans
le Palais Ducal , par le Nonce.
M. Pieurfon , Lieutenant general , &
Amiral du College de l'Amirauté de la
Nort-Hollande , eft mort le 13. Juin .
M. le Jeune , Major general , & Colonel
Commandant du Regiment du Marquis
de Werterio , eft mort à Bruxelles le
24. Juin , âgé de foixante - quinze ans.
La Princeffe dont la Princeffe de Sultf
bach eft accouchée le 22. Juin , a été prefentée
fur les Fonts de Baptême au nom
de l'Imperatrice , de la Reine de Sardaigne
, & de Madame la Ducheffe d'Or
lens . Elle a été nommée Marie- Anne.
La Comteffe Doüairiere de Suffolk , &
la Vicomtefle de Faulkan , qui avoit ti
tre & rang de Pairie en Ecoffe, font mortes
dans leurs Terres dans la Grande- Bretagne.
Marie
DE JUILLET 1722. 751
*
Marie Demilfon , de la Secte des Quakers
, eft morte à Kirbey dans le Comté
de Weſtmorland le 30. Mai âgée de cent
trente- un an , fans avoir rien perdu de
fa memoire jufqu'au dernier moment de
fa vie.
Le Duc Felletti , Regent du Confeil
Collateral de Naples , & Dom Bartolomeo
Amorofo , Prefident de la Chambre
Royale de la même Ville , y font
morts le 13. Juin.
iiij
NOU152
LE
MERCURE
NOUVELLES ETRANGERES.
De Conftantinople ce 1. Juin 1722.
Neftici extrêmement occupé d'une
grande revolution qui vient d'arriver
dans le Roïaume de Perfe , par l'audace
& la valeur de deux Chefs de Rebelles.
Le premier & le plus fameux fe
nomme Mirivels , Tartare originaire d'Ufbek.
Il fe fait nommer Mahomet , Prince
de Caski ou du Dagueftan. Il eft d'autant
plus formidable , qu'il eft à la tête
d'une armée nombreufe , compofée de
Volontaires qu'il a fçû s'attacher par la
licence & l'impunité : il leur accorde le
pillage de toutes les Villes qui fe trouvent
fur fon paffage , & n'épargne pas plus les
Mahometans que les Chrétiens. Le fecond
de ces Ufurpateurs s'appelleScheich-
Mahmud , & fuit de près les traces du
premier . Leur rebellion eft foûtenue par
le Grand Mogol . Un apui fi confiderable
, & la rapidité de leurs conquêtes , ne
laiffent pas que d'inquieter extrêmement
la Turquie. Mirivels , après avoir foûmis &
ravagé toutes les Provinces , depuis Candahar
jufqu'à Ifpahan , & rempo
té une
victoire
DE JUILLET 1722. 153
victoire complette fur l'Armée du Roi ;
a mis le fiege devant la Capitale de la Perfe
; a emporté le Château d'affaut , &
pillé la Ville avec une rapidité prodi--
gieufe . Le Roi de Perfe s'eft à peine fauvé
fuivi ſeulement de quatre ou cinq des
principaux de fa Cour , & a gagné les
frontieres de la Turquie , d'où il a de-
- mandé du fecours à la Porte , qui pourra
bien le lui accorder , cette guerre l'intereffant
elle- même . On craint que les Rebelles
, profitant de leur bonheur & de
l'effroi des peuples , n'entreprennent de
reprendre les Places conquifes autrefois
fur les Perfans par Sultan Amurat-
Le Divan a refolu de les faire fortifier
d'en augmenter la Garnifon , & d'envoïer
inceffamment une Armée de ce côté- là
pour s'opposer aux progrès de l'Ufurpa--
teur. Quant à Scheich- Mahmud , il a
tout fubjugué avec une promptitude &
une fureur égales , depuis le Dagueftan
jufqu'à la Province d'Erivan ; ainfi le
Roi de Perfe , qui a refifté tant de fois
aux forces de l'Empire Ottoman , & auxplus
redoutables Puiflances de l'Afie , fe:
voit dépouillé de tous fes Etats , par des
Tartares ordinairement occupez à comabattre
des Caravannes de Marchands .
>
On mande d'Alger , que le 28. Avrili
le Bey du Levant y étoit arrivé avec vingt
Gy mulets's
154 LE MERCURE
mulets chargez de 40660. pieces de huit.
Le 30. le Bey d'Oran arriva auſſi avec
vingt- quatre mulets chargez de 48000.
pieces de huit ; & le Bey de Citere amene
fix mulets chargez de 7200. des mêmes
pieces.
L'Eſcadre du Grand Seigneur a mis à
la voile , environ à la moitié du mois de
Mai ; elle eft compofée de huit Vaiffeaux
de guerre , qui , après avoir pris des provifions
, & embarqué des troupes aux
Dardannelles , pourfuivront leur route
vers les côtes de Barbarie , & fe joindront
aux Elcadres de Tunis & de Tripoli.
On ne fçait pas encore quelle fera leur
expedition.
L'Evêque Catholique de l'Ifle de Chio,
aïant fait bâtir deux Eglifes dans cette
Ifle fans permiffion de la Porte , on l'a
conduit à Conftantinople avec onze de
fes Diocefains , tant Prêtres que Seculiers
, & on les a condamnez à l'efclavage
; on efpere cependant que l'argent les
tirera de captivité , & qu'en païant une
rançon , ils obtiendront non feulement
leur liberté , mais encore un confentement
pour la continuation de leurs édifices.
DE
DE JUILLET 1722. 155
De Petersbourg, ce 8. Juin.
Lai, & prisle chemin d'Aftra-
E Czar eft parti de Mofcou le 24.
a
cans il a été precedé de quelques jours
par le Comte Apraxin , Grand Amiral ,
M. Tolstoy , Confeiller Privé , M. Daturlan
, Lieutenant general , M. Trubefkoy
, Premier Prefident du College de
la Regence , & le Prince Demetrius Cantamir
, Hofpodar de Valachie , Quoique
les troupes deftinées à l'expedition de la
Mer Cafpienne , aïent reçû d'avance quatre
mois de leur folde , ce long voïage
n'eft pourtant pas encore certain , & on
croit que fa Majefté Czarienne n'ira qu'à
Cazan , pour de- là revenir en cette Ville.
L'Efcadre qu'on vient d'y équiper , ainfi
que dans le Port de Cromflot , doit être
commandée par le Vice- Amiral Gordon,
& par le Contre- Amiral Sanders : on
dit qu'ils monteront cette flotte dans
peu de jours , pour en exercer l'équipage.
Les Etats Generaux ont refolu de réconnoître
le Czar en qualité d'Empereur
de la Grande Ruffie. M. Wild leur Refident
à la Cour de fa Majefté Czarienne ,
lui a fait fçavoir cette refolution , qui en
reconnoiffance a attiré un Reglement fi-
G. vj
vorable
156
LE MERCURE
vorable au commerce de la Hollande. II
eft ordonné à l'Amirauté de donner toutes
les facilitez poffibles aux vaiffeaux de
la République.
On a fait un état des revenus des Egli
fes , & comme ils font confiderables on
croit que le Czar les obligera de contribuer
aux dépenses du Royaume.
On a, fuivant des ordres nouveaux, ab
batu tant dans les Eglifes , que dans les
grands chemins plufieurs petites Chapel
les & Images , objets d'un culte fuperftitieux
, les peuples en murmurent , &
veulent les relever malgré les remontrandes
Eeclefiaftiques chargez de les
inftruire.
Le Czar a nommé le Major General
Henning pour aller lever un plan des
lieux les mieux difpofez pour y faire paſ
fer le canal que l'on doit conftruire , &
qui doit joindre Petefbourg à Mofcou ..
D
De Varsovie ce 1. Juillet.
Es tous les Senateurs du Royau
que
me feront arrivez en cette Ville , ce
qui fera inceffamment , ils doivent y tenir
un Confeil pour déliberer , & ftatuer
fur les demandes contenues dans les dépêches
que le Roy leur a envoyées de
Drefde , d'où fa Majefté ne partira que
lorfqu'elle
DE JUILLET 1722. 237
lorfqu'elle fera certaine de pouvoir remplirà
fon gré les Charges vacantes.
Le Bacha de Chocfin attend un corps
de troupes confiderable , & les Turcs
ont fait quelques mouvemens aux envi
rons de cette place , mais cela n'inquiete
pas. Les lettres qu'on reçoit de l'Ambafladeur
de la Republique portent qu'il
reçoit tous les honneurs poffibles fur les
terres du Grand Seigneur , où il eft entré.
6
Les Etats de l'Electorat de Saxe font.
convenus des fubfides qu'ils donneront au
Roy , ainfi la Diette s'eft feparée..
Les lettres de Drefde portent que la :
Roy eft fur fon départ pour Varfovie
mais on vient d'apprendre par un courier
extraordinaire que fa Majefté est tombée
dangereufement
inalade , & que l'on avoit
dépêché à Careflbat pour en informer la
Reine qui y prend actuellement les bains. -
M
De Stokolm ce 26. Juin
R le Baron de Cederkruitz , Envoyé
extraordinaire à la Cour de
Ruffie s'eft embarqué le 28. May pour, Le
rendre à Petefbourg .
Le Comte de Metfch , Plenipotentiaire
de l'Empereur auprès des Princes de la
baffe Saxe , a fait prendre poffeffion des
Eiefs de la fucceffion du feu Duc d'Holf
tein . Plóën
158 LE MERCURE
tein- Ploën , & a prévenu les Commiſflai
res que le Duc d'Holftein Retwich avoit
chargez d'un pareil acte, qui font le Baron
d'Eichols fon Grand Maréchal , &
M. Zitſcher fon Confeiller privé . Ils ont
fait leurs proteftations au nom du Duc
leur maître , on ignore ce que le Roy de
Dannemark réfoudra fur cette démarche
de l'Empereur.
"
.
Il paroît qu'on ſe rallentit fur les ar
memens d'une efcadre , & qu'on ne compte
pas de mettre en mer cette année aucun
vaiffeau de guerre.
Les Commiffaires du Roy qui font à
Wibourg ont reçû le premier payement
des deux millions de Rifdales , que fuivant
le traité de Nystadt le Czar doit
fournir à la Suede. On dit que M. Bertuchef
, Miniftre de fa Majefté Czarienne
offre de payer en bled , le fecond terme
qui eft prêt à écheoir , on ne on ne fçait
pas fila Cour acceptera cette propoſition.
Le Comte de Tarlo Polonois eft arrivê
ici depuis quelques jours chargé par le
Roy Staniflas de demander qu'il foit
compris dans le traité que l'on doit renouveller
entre la Suede & la Pologne.
M. de Bertuchef , Miniftre du Czar
demande que les vaiffeaux Ruffiens qui
negocieront dans les ports de Suede puiffent
tranfporter leurs marchandifes dans
leurs
DE
JUILLET 1722. 155
leurs magafins , fans être obligez de les
faire paffer aux entrepôts de la Douane ;
mais l'article XIV. du traité de Nystadt
eft formellement oppofé à cette demande ,
.& porte expreffément qu'en attendant la
fignature d'un nouveau traité de commerce
entre le Czar & le Roy de Suede ,
les negocians Ruffiens & Suedois joüiront
reciproquement des privileges ac
cordez aux plus grands amis des deux
Etats , & la facilité que propoſe le Czar
n'a jamais été comprife dans ces prerogatives
.
·De Coppenhague ce 27. Juin.
A flote Danoiſe eſt toûjours à la rade
Ldecote Danoife
>
à
au commencement du mois de Juillet.
On mande d'Elfeneur que les Commiffaires
des Couronnes de Suede & de
Dannemark , affemblez depuis quelques
mois pour regler quelques conteftations
entre les fujets des deux Royaumes , ſe
font feparez fans avoir fait aucune décifion.
Les habitans du Duché de Ploen
ont demandé un délai au Capitaine Danois
, chargé d'exiger d'eux le ferment de
fidelité de la part du Roy fon maître ,
& il n'a pu le leur refufer.
Le procès du Comte de Rantzau eft
confé
> 160 LE MERCURE
confié par le Roy à huit Juges qu'il a
nommez , quatre Confeillers privez de
Dannemark , & quatre de la Regence de
Glukftad : ils doivent s'affembler inceffamment
à Rendsbourg ,
Ꮮ
De Vienne ce 28. Juin.
E Comte de Konigseg eft parti le z
Juin de Laxembourg pour aller à
Drelde prendre congé de l'Archiducheffe
Marie- Jofephe , Princeffe Electorale de
Saxe , & revenir enfuite à Vienne d'où il
doit fe rendre dans la Tranfilvanie en
qualité de Commandant general de cette
Principauté.
Le même jour , des ordres ont été expediez
pour faire marcher le Regiment
des Cuiraffiers de Palfi , deux bataillons
du Regiment d'Harack , Infanterie , &
cinq Compagnies du même Regiment ,
du côté de Prefbourg , où l'Empereur
doit affifter à la tenue des Etats d'Hongrie.
On y a arrêté depuis quelques jours
deux Officiers qui levoient des foldats
pour le fervice du Roy de Pruffe.
On a embarqué fur le Danube douzé
pieces de canon pour les tranfporter à
Prefbourg.
Le Pape a enfin érigé l'Evêché de
cette Ville en Archevêché , & a accordé
l'inveftiture
DE JUILLET 1722. 161
Finveftiture du Royaume de Naples
Cette nouvelle a été apportée ici par le
fieur Miget , courier du Cabinet , dépêché
par le Cardinal d'Althan . On a reçiçû
avis que le Grand Seigneur avoit envoyé
trois mille Janniffaires à Widin , auffitôt
le Confeil de guerre s'eft affemblé
& l'on a dépêché des couriers à Belgrade
, à Panzova , & à Orfova , avec ordre
d'en faire achever
promptement
fortifications.
L
De Londres ce 10. Juillet.
les
E Parlement qui devoit s'affembler
le 15. Juin a été prorogé jufques au
14. Juillet.
Les Commiffaires Jufticiers du Royau
me d'Irlande s'étant aflemblez pendant
plufieurs jours à Cork pour examiner les
accufations intentées contre un grand
nombre de mal intentionnez ; le Grand
Juré a prononcé Sentences de morts
contre une centaine de particuliers convaincus
d'avoir levé des foldats pour le
fervice d'une Puiffance étrangere ; mais
comme ce Juge panche à la clemence ,
on croit qu'il ne fera fupplicier qu'autant
qu'il fera neceffaire pour l'exemple , &
qu'il pardonnera au plus grand nombre
des coupables. Le Grand Juré doit en fortang
182 LE MERCURE
tant de Cork ſe tranſporter à Waterford
pour faire une femblable recherche.
Les camps diftribuez dans le Royaume
font parfaitement difpofez à la défenfe
, & cette difpofition a calmé les efprits ,
on ne parle plus d'émeutes , on ne découvre
au plus de mauvaifes intentions
que dans un petit nombre de fimples par
ticuliers incapables d'operer un foulevement.
Jean de Connor , Prêtre Catholi
que a été executé à Waterford en Irlan
de pour crime de haute trahison .
>
Le 22. Juin le Roy fit dans Hydepark
la revûë des trois Regimens d'Infanterie
de fes Gardes. Le Comte de Cadogan s'y
diftingua par le repas magnifique qu'il
donna au Roy , & à toute fa Cour.
La Princefle de Galles a declaré depuis
peu qu'elle étoit enceinte.
L
De la Haye ce 12. Juillet.
Es Etats de Hollande & de Weſtfrife
fe font feparez le 12. Juin , & fe
font raffemblez le 17. Le 13. le Marquis
de Monteleon , Ambaffadeur d'Espagne
eut une longue conference avec les Dé
putez des Etats Generaux .
On écrit de Bruxelles que l'Empereur
a réfolu d'accorder un octroi pour l'établiffement
d'une Compagnie des Indes en
Flandres >
}
DE
JUILLET 1722. 163
Flandres , avec des conditions très -favorables.
Le Grand- Maître de l'Ordre de
S. Georges qui y a féjourné fous le nom
de Comte de Lafcaris eft parti pour Vien
ne , d'où il doit fe rendre à Prefbourg.
& affifter à la diete generale des Etats en
qualité de Grand de ce Royaume.
On frette à Roterdam cinq navires
pour tranfporter dans les Colonies An
gloifes de l'Amerique les neuf cens familles
Luteriennes du Palatinat ; mais on a
fait publier qu'on ne laifferoit plus entrer
un fi grand nombre d'Etrangers fur les
terres de la Republique fans un congé de
leurs Souverains .
De Rome ce 26. Juin.
Lgregation des Rites
E 2. Juin le Pape affifta à la Conpour
la pres
miere fois depuis fon exaltation au
Souverain Pontificat ; il y prêta le
ferment ufité entre les mains du Cardinal
Prefet. Après cette ceremonie on
propofa la canonifation du R. Pere André
Conti , Carme , de la foeur Hyacin
the Marefcoti , & de Louis Gonzague.
Le 4. jour du S. Sacrement le Pape fe
rendit à l'Eglife de S. Pierre , les Cardinaux
de Ste Agnés & Conti l'accompagnerent
dans fon caroffe , fa Sainteté
après
# 64
LE
MERCURE
après avoir celebré une Meffe baffe ;
porta le Saint Sacrement en Proceffion .
L'affemblée generale des Cardinaux ,
qui font actuellement à Rome , fe tint le
6. au Palais Quirinal . Ils s'y rendirent au
nombre de vingt- fept pour donner leur
avis fur l'inveftiture du Royaume de Naples
, dont la Bulle fut fignée le même
jour. Le Cardinal Belluga , Elpagnol ne
parut point à la preftation de ferment du
Cardinal d'Althan , Viceroi de Naples ,
à qui le Pape ne voulut point accorder les
honneurs qui furent autrefois accordez
au Duc de Medina - Celi , quand il alla
remplir la même Viceroyauté. On ob
ferva le ceremonial qu'on avoit ſuivi à
l'égard des Cardinaux Zapata & d'Arragon
lorfqu'ils furent nommez à ce grand
emploi. Cette décifion du Sacré College
n'a pas fatisfait le Cardinal d'Althan.
2
La Princeffe Clementine Sobieska ,
époufe du Chevalier de S. Georges a declaré
fa groffeffe..
Le Dimanche de l'Octave de la Fête
du S. Sacrement , le Cardinal Ottoboni ,
*protecteur des affaires de France, tint Cha
pelle dans l'Eglife de S. Louis des Fran
çois. Les Cardinaux de Gualterio & Belluga
s'y trouverent avec un très- grand
nombre de Prelats .
M. l'Abbé de Teveni Miniftre de
***
France
DE JUILLET 1722. 185
France reçoit avec agrément & dignité
les Chevaliers de Malthe que le féjour
de leurs deux galeres à Nettuno mer en
état de voir les raretez de cette Ville . Les
dernieres nouvelles qu'on a reçûës de la
fanté de leur Grand - Maître , ne donnent
aucune efperance de la guerilon , & on
eft difpolé à recevoir l'avis de fa mort
par le premier courier.
Le 14. Juin le Cardinal de Cieufvegos
prit le caractere de Miniftre Plenipotentiaire
de l'Empereur.
Les nouvelles de l'armement des Turcs ;
du paffage de leur flote dans l'Archipel
& de quelques- uns de leurs vaiffeaux dans
le Golphe de Venife , caufent ici de fortes
inquiétudes ; on doit tenir exprès une
congregation pour arranger les précautions
que la fituation des affaires femble exiger.
L
De Florence ce 2. Juillet.
E convoi Espagnol chargé de bois
propre à conftruire des vaiffeaux , &
d'agrets militaires , eft arrivé à Orbitello.
On y en attend un fecond . La Cour de
Vienne a tenu compte à l'Etat de cinq
mille écus qu'il avoit payés au- delà de fa
quorte part pour les contributions.
Il est arrivé à Civitavecchia cinq galeres
de Malthe pour y venir chercher
les
766 LE MERCURE
les revenus des Commanderies d'Italie qui
appartiennent à la Religion .
Le Prince Electoral de Baviere a fait
part au Grand Duc de la conclufion
de fon Mariage avec l'Archiducheffe
Marie Amelie , niece de l'Empereur ;
les Comtes de Molza & de Tirel
partirent auffi - tôt en pofte pour alfer
à Sienne , complimenter la Grande
Princeffe Doüairiere de Florence de la
part du Grand Duc, Ce Prince fera inceffamment
la revûë de fes troupes , &
des diftribuera enfuite dans les poftes convenables
, & principalement dans les paf
fages de Sienne , qui ont befoin d'être plus
foigneufement gardez .
De Madrid , ce 1. Juillet.
Eurs Majeftez Catholiques font de-
Luis quelques jours au Château de
Balfain , elles y joüiffent d'une fanté parfaite.
Le Prince & la Princeffe des Aftu-^
ries font reftez avec les Infants au Buen-
Retiro , & l'Infant Dom Philippe , dont
la fanté eft entierement rétablie , alla les
joindre le 13. Juin.
On parle ici d'une grande reforme de
troupes , & du départ du Duc d'Offore
pour la Cour de France , qu'on prétend
être fixé au 18 , Juin. La Ducheffe fon
époufe
DE
JUILLET 1722.
167
poule l'accompagnera dans cette Ambaffade.
L'Efcadre qu'on arme dans le Port de
Cadix , fera compofée de huit vaiffeaux
de guerre , & de trois mille cent hommes
d'équipage. Ces vaiffeaux font le
Catalan
, commandé
par
le Comte de
Mortalede. Le Conquerant , par le Comte
de Claniho. Le Camby , par le Chevalier
Regio. Le Lyon franc , par le Sieur
Giuftiniano . Le Ruby , par Dom Vin
cent de la Torre. La Fregate fidele , par
Dom Sebaſtien Vila. La Fregate S. Jo-
Seph ,› par Dom Martin de Chuos : & la
Fregate Notre- Dame du Carmel, par Dom
Jofeph Sapion. Cette flotte commandée
par Dom Antonio Serrano , a mis à la
voile le 2. Juin , on croit qu'elle a pris
la route du détroit de Gibraltar,
Le Gouverneur de Cadix a notifié de
la
part de Sa Majesté Catholique au Conful
Hollandois , qu'elle lui défendoit
ainfi qu'aux Confuls des autres nations,
de faire dreffer aucun inventaire des effets
des étrangers , qui decederont ab inteftat
dans fes Etats. Le Conful a preſen
té un Memoire pour remontrer que cette
défenfe eft contraire à l'art. XXVI ;
-du Traité d'Urrect entre le Roi & leurs
Hautes Puiffances , ainfi qu'à l'article
XXXIV . de celui qui fut conclu à Ma-
·
drid
68 LE MERCURE
@
drid le 23. Mai 1667. entre Sa Majesté
Catholique & le Roi d'Angletene , &
qui depuis a été renouvellé à Ütrec.
On a envoïé le Capitaine Donturo avec
fa Compagnie de Houffards en Eftremadure
, pour empêcher le tranfport des
bleds de cette Province en Portugal.
M Ham , Secretaire d'Anbaffade des
Etats Generaux , a demandé au Roi , qu'il
lui plû: d'ordonner à tous les Commandans
des Ports de fon Roïaume, d'affifter
1'Efcadre mife en mer contre les
d'Alger & de Maroc.
L
De Lifbonne ce 12. Juin.
pirates
E 28. & le 29. Mai , la flotte deftinée
pour le Rio de Janeiro , partit
du Port de cette Ville compoféé de vingtdeux
Bâtimens , efcortez par la Notre-
-Dame de neceffité , & par la Notre-Dame
d'Oliviera , vaiffeaux de guerre commandez
par le Capitaine Louis de Abreu - pre
go. Le même jour on vit auffi fortir du
-Port divers vaiffeaux pour des païs divers.
La Notre- Dame d'Angola & le S.
·Antoine , pour la côte des Mines . La Notre.
Dame de piele & le S. Jofeph pour Angola.
La Notre- Dame Penha de Franca
& le S. Antoine d'Almas pour l'Ile
de Madere.
Le
DE JUILLET 17220 169
Le Comte de Undaon , Gouverneur &
Capitaine general du Roïaume d'Algar
ve , a fait la vifite des fortifications de
Villa-nova, Por e mahon , de S. Antoine
de Pera , & de quelques autres places fituées
le long de la côte : il y a fait auff
conftruire quelques barques longues &
armécs , pour s'oppoſer aux débarquemens
des Maures .
Le Roi a mis une impofition de cinq
pour cent fur tous les revenus Ecclefiaftiques
de les Etats . Ce qui en proviendra
fervira à payer les ving deux mille écus
que doit l'Eglife de S. Antoine à Rome.
On a reçû par la voye de Hollande ,
une lettre des Indes Orientales , qui porte
que le Viceroi Dom Jofeph - François
de faint Paio , affembloit des troupes pour
aller combler les ports d'Angaria , &
pour en rafer les fortifications ; s'il rétiffic
dans ce projet , le commerce des places
qui appartiennent aux Portugais dans les
Indes en deviendra plus confiderable.
H. JOUR
170 LE MERCURE
JOURNAL DE PARIS
& la grêle , qui ont incom-
L mode quelques Villages de la Provin
ce de Champagne , n'ont pas épargné les
païs étrangers. Ily a eu une tempête des
plus terribles à Eskingue , Monaftere Imperial.
La grêle a ravagé des deux côtez
du Danube près de dix lieues de païs
qu'elle a dépouillé de grains , de fruits
& de fourages. L'Angleterre a éprouvé
le fort de la France & de l'Allemagne.
Un orage mêlé de tonnerre & de pluye ,
a caufé de grands defordres autour d'Eland
dans la Province d'York ; les rivieres
fe font débordées , & l'inondation s'eft
fi fort étendue , qu'elle a ruiné plufieurs
lieues de païs. Les beftiaux , les hommes
même ont été entraînez & noyez ;
diverſes manufactures de laine , & d'autres
marchandiſes ont été détruites &
renversées ; enfin la defolation & la
perte
ont été confiderables .
M. le Prince de Conti a été malade pendant
quelques jours. La fievre le prit
étant à Iffy , d'où il eft revenu à Paris
dans fon Hôtel ; il eft actuellement
dans
t
DE JUILLET 1722.
17!
dans une heureufe convalefcence .
Le 3. Juillet le Roi alla à Marly , en
vifita les appartemens , & fe promena
dans les jardins. Il fut accompagné dans
cette promenade par M. le Duc de Bourbon
, M. le Comte de Clermont , & le
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouverneur.
Sa Majefté alla le 6. à Trianon , où
elle prit le divertiffement de la chaffe.
Le Cardinal d'Acunha , qui s'eft fi fort
diftingué à Rome par fa liberalité , a eu
l'honneur de faluer le Roi le 4. Juillet.
Cefut le mêmejour que les deux Ambaffadeurs
Extraordinaires de la Republique
de Venife , Mrs Tiepolo & Fofcarini arriverent
à Paris à cinq heures du matin.
Ils ont commandé fix cároffes magnifiques
pour leur entrée , qui fe doit faire
au mois de Septembre prochain. Li Republique
de Venife a nommé M. Morofini
pour leur fucceder dans cette Cour ,
en qualité d'Ambaffadeur ordinaire ,
quand ils en partiront.
Le Mardi 7. de Juillet , Madame la
Princeffe , Madame la Duchelle d'Hanovre
, & Mademoiſelle de Clermont ,
allerent à Chantilly , où elles furent magnifiquement
reçûës . M. le Comte de
Charolois leur donna le Jeudy le divertiffement
d'un feu d'artifice , de la compofition
du Sieur Morel . Artificier du
Hij
Roi ,
172 LE MERCURE
Roi , qui fut executé avec vivacité . On
commença par une décharge de 12. pieces
de canon ; enfuite on tira les fufées volan ,
tes , qui furent très- groffes & très-belles.
Elles furent fuivies de deux globes de feu
changeant , qui parurent' avec éclat fur
l'eau des foffez du Château , & precederent
le feu d'artifice , qui fut nombreux &
brillant. Il fut terminé par douze gerbes
accompagnées d'un foleil que l'eau rendoit
double aux yeux des fpectateurs
& par une girande de cent fufées .
Le 7. a été marqué par une conquête
de la Religion . Moyle Albhoéré , Juif
de nation , & profeffant le Mahometifine,
a été batifé dans l'Eglife Parciffiale de
S. Nicolas du Chardonet , par l'ancien
Evêque de Saintes ; M. le Duc de Charoft
& Madame la Ducheffe de Chaulnes , qui
l'ont tenu fur les Fonts au nom du Roi ,
& de l'Infante , l'ont nommé Louis . Il n'a
point fait d'abjuration , parce qu'il ne
s'en fait point avant le Batême.
Le Pape a accordé au Cardinal du
Bois un Indult , pour conferer tous les
mois de l'année , fa vie durant , les Benefices
de fa Metropolitaine , qui fuit le
Concordat du Corps Germanique.
M. le Marquis de Saillant a parié contre
M. le Marquis d'Antragues , la fomme
de dix mille livres, qu'en fix heures
il
ག
DE JUILLET 1722. 173
if iroit,& reviendroit deux fois de Parisà
Chantilly à cheval. Cette gageure a piqué
des curieux qui s'y font intereffez ;
on dit qu'elle monte à prefent à plus de
foixante mille livres .
Le 12. le Roi accompagné de Monfieur
le Duc d'Orleans & de M. le Duc
de Bourbon , a entendu dans la Chapelle
du Château de Verfailles , la Meffe
chantée par fa Mufique , & l'aprèsmidi
Sa Majefté alla fe promener à Trianon.
Le 14. le Roi alla à S. Cloud voir Madame
; Monfieur le Duc d'Orleans s'y
étoit rendu pour recevoir Sa Majeſté ,
qui étoit accompagnée de M. le Duc de
Bourbon , M. le Comte de Clermont, &
M. le Maréchal Duc de Villeroy fon
Gouverneur.
་
Le 1. le Sieur Bourgeois , Directeur
de la Banque , a perdu un grand procès
avec dépens contre M. de la Vrilliere ,
Secretaire d'Etat , au fujet d'une Terrerelevante
du Marquifat de Châteauneuf,
que le Sieur Bourgeois avoit achetée quinze
cens mille livres : le quint & requint
montent à trois cens foixante- cinq mille
livres payables dans un mois.
Le 13. un Jardinier , Collecteur du
Village de Romainville , a été volé par
trois Soldats , qui l'ont pendu à un ar-
H iij bre
174 LE MERCURE
bre avec fa cravate ; on l'a détaché affez
promptement pour lui fauver la vie , &
il ne lui en a coûté que deux cens cinquante
livres , que lui ont emporté ces
affallins.
Le 16. l'Ordre de S. Lazare a celebré
pour la premiere fois fa Fête de Nôtre-
Dame de Mont- Carmel , dans l'Hôpital
de S. Jacques qui lui a été réüni.
Le 15. Madame la Ducheffe d'Orleans
a fait prefent à l'Infante- Reine , d'une
Toilette fuperbe , convenant à l'âge de
la Princeffe , avec une Poupée magnifique
, dont la garderobe eft complette &
fournie d'habits variez . On dit que ce
preſent monte à près de vingt- deux mille
Îivres .
Il eft arrivé au Port- Loüis deux vaiffeaux
chargez de marchandifes de la
Chine , pour la Compagnie des Indes ,
& on en attend un troifiéme , qui a
été feparé des deux autres pendant la
route.
M. le Comte de Windifgrats , premier
Plenipotentiaire de l'Empereur au
Congrès de Cambray , eft arrivé à Paris
avec Madame fon époufe , & ont été
voir Verfailles .
Le Pape a donné l'Ordre de Chrift ,
du confentement du Roy de Portugal,
à M. de Sourdeval , Secretaire de la Sur-
Inten
DE
JUILLET 1721.
175
Intendance des Poftes , qui eft attaché
à M. le Cardinal du Bois.
Le 16. Juillet le Roi a rendu un Arreft
en faveur des Habitans de S. Germain en
Laye , concernant les entrées , & le droit
de Boucherie qu'on y vouloit établir , fur
les très- humbles remontrances des Officiers
de fa Maiſon qui demeurent dans
cette Ville. Ils ont montré par plufieurs
Arrefts rendus depuis le Regne d'Henri
IV. qu'elle eft exempte de taille & droit
d'entrée .
M. d'Andrefel le fils a prêté ferment
entre les mains du Roi , en prefence de
Monfieur le Duc d'Orleans , en qualité
de Lieutenant de Roi du Rouffillon :
& M. le Marquis de Beuvron a auffi
prêté ferment de la même maniere ,
pour la Lieutenance generale de Normandie.
Liste des perfonnes à qui le Roi vient
d'accorder les grandes Entrées.
M. le Comte de Charolois .
M. le Comte de Clermont.
M. le Cardinal du Bois.
M. le Prince d'Auvergne.
M. le Maréchal de Berwich.
M. le Marquis Biron.
H isij
M.
*76
MERCURE LE *
M. le Duc de S. Agnan .
M. le Marquis d'O .
M. lc Conte de S. Maur.
M. de la Chefnaye.
Lifte despersonnes à qui le Roi vient d'accorder
les petites Entrées.
M. le Grand Prieur de France .
M. le Garde des Sceaux .
M. le Marquis de la Vrilliere, Secre
M. le Comte de Maurepas.
M. le Comte de Morville.
M. le Blanc.
M. le Duc de Boufflers .
M. le Duc d'Epernon .
M. le Controlleur General
taires
d'Etat
Le 19. de ce mois la Marquife du Roure
accoucha à l'Hôtel de la Force , d'une
fille qui fut tenue fur les Fonts de Baptême
de la Paroiffe S. Sulpice , par
S. E. le Cardinal de Polignac , & par la
Ducheffe de la Force , & nommée Anne-
Victoire.
Le Vaiffeau l'Indien eft arrivé à l'Orient
le 3. de ce mois ; il a apporté quelques
bales de Caffé du crû de l'Ile de
Bourbon.
Le Bailli de Langeron arriva le 27. du
pois dernier à neuf heures du foir à Marfeille,
DE
JUILLET 1722. 177
*
, feille trouva la Ville en fort bon
état. Les nouvelles qu'on a apprifes depuis
de cette Ville & de toute la Provence
font très confolantes , la contagion:
étant prefque éteinte par tout.
On apprend qu'un Vaiffeau de guerre,
Anglois , nommé l'Hirondelle , de 50.
canons , avoit pris depuis peu à la côte de
Guinée , trois Forbans , un de 40. canons
, l'autre de 30. & le troifiéme de 20.
ces trois vaiffeaux avoient 576. hommes
d'équipage .
Le Roi a acheté de la veuve de M. Vailfint
, fameux Botaniste de l'Académie.
Royale des Sciences , qui vient de mou--
rir , fon précieux Cabinet de curiofitez
naturelles . S. M. a fait prefent à M. le
Duc de Bourbon de tous les coquillages
BENEFICES DONNE Z.
L
A Coadjutorerie de l'Abbaïe Regu
liere de Baltam , dans la Ville de Be
zançon , dont la Dame Elifabeth- Chriſtine
Voiturier de Changin eft Abbeffe , en
faveur de la Soeur Jeanne- Gabrielle de.
Scey Religieufe Profeffe dans ladite
Abbaye.
→
L'Evêché d'Apt , vacant par la démif-
Hy fion
178
LE
MERCURE
fion pure & fimple de M. Jofeph-
Ignace Forefta de Colongue dernier Titulaire
, en faveur du Sieur Vacon , Prêtre
du Dioceſe d'Aix , à la charge de quatre
mille livres de penfion annuelle &
viagere , à prendre fur les fruits & revenus
dudit Evêché pour ledit Sieur Forefta
de Colongue.
L'Abbaye Commandataire de Nôtre-
Dame de Longues , Ordre de S. Benoît ,
Dioceſe de Bayeux , vacante par la démiffion
pure & fimple du Sieur Pierre
Huvet dernier Titulaire , en faveur du
Sieur Jacques Huvet , Diacre du Diocefe
de Lyon , Chanoine & Prevoſt de
l'Eglife de S. Juft de Lyon , à la charge
de feize cens livres de penfions annuelles
& viageres , à prendre fur les fruits &
revenus de ladite Abbaye , fçavoir mille
livres en faveur dudit Sieur Pierre Hu-
& fix cens livres en faveur du Sieur
André Falconet , Clerc du Dioceſe de
Paris.
,
La Coadjutorerie de l'Abbaye Reguliere
de Caloché , Ordre de Cîteaux , Dioceſe
d'Angers , dont Frere Marc- Antoine de
Beaurepaire eft Titulaire , en faveur de
FrereEuftacheMalfilatrePrêtre Religieux
dudit Ordre , Docteur en Theologie ,
Prieur Clauftral de l'Abbaye de Buzay ;
à la charge de mille livres de penfion annuelle
DE
JUILLET 1722.
172
nuelle & viagere , à prendre fur les fruits
& revenus de ladite Abbaye , en faveur
du Sieur Louis- Armand de S. Bon , Prêtre
du Dioceſe de Grenoble.
La Prevôté de l'Eglife
Metropolitaine
de Reims , vacante en Regale par la dé
miffion pure & fimple du Sieur Louis-
François de Lopis la Farre , en faveur du
Sieur Nicolas Parchappe de Vinay , Prêtre
du Diocefe de Chaalons , Docteur de
Sorbonne , & Chanoine de ladite Eglife.
›
MORT S
E 3. Juillet 1722. Mre Louis Dou
blet , Secretaire des Commandemens
du Cabinet de S. A. R. Monfieur le
Duc d'Orleans , Regent , Chevalier ,
Greffier , & Commandeur de l'Ordre
Royal , Militaire , & Hofpitalier de Nôtre-
Dame de Mont- Carmel , & de S. Lazare
de Jerufalem , Seigneur de Breuilpont
, Merey , Lorey , S. Cheron , Villegaft
& autres lieux ,eft mort à Paris âgé
de 52. ans .
Le s . Mre Claude Potier , Chevalier ,
Comte de Novion , Brigadier des Armées
du Roi , ci-devant Colonel du Regiment
de Bretagne , âgé de 84. ans.
H vj
Le
780 LE MERCURE
Le 10. Mre Claude Anjorrant , Che
valier , Conſeiller du Roi en fa Cour de
Parlement , Grand' Chambre d'icelle , &
Commiffaire aux Requêtes du Palais ,
âgé de 58 ans.
Le 12. Mre Thomas de Bragelongne ,
Prêtre , Docteur en Theologie de la Faculté
de Paris , & Chanoine de l'Eglife
de Paris , âgé de 58. ans , eft mort fubi
tement.
Le 14. Mre Louis- François le Fevre
de Caumartin , Chevalier , Seigneur de
Caumartin , Boiffy- le- Chaftel , & autres
lieux , Confeiller du Roi en fes Confeils ,.
Maître des Requêtes honoraire , âgé de
$7. ans.
M. le Comte de Blenac , ci - devant
Gouverneur general de l'Ile de S. Domingue
, eft mort à Rochefort le 9. de
ce mois , après une longue maladie.
M. Philippe le Fevre , Confeiller du
Roi , Intendant & Controlleur general
des menus plaifirs , & affaires de la Chambre
de Sa Majefté , decedé le 22. Juiller
âgé de 76. ans .
Dame Therefe- Angelique Collin , veu
ve en premieres nôces de Mre Jerôme
Chenel , Chevalier , Marquis de Meux,.
Meftte de Camp du Regiment Colonel
general de Cavalerie ; & en fecondes ,
épouse de Mre Anne- François de Paris ,,
Che
DE JUILLET 1722 . 100%
Chevalier , Seigneur de la Broffe , & aures
lieux , Confeiller du Roi en tous fas
Confeils , Prefident en la Chambre des
Comptes , decedée le 21. de ce mois
âgée de 65. ans.
Le 23. M. Jean Bede , Chevalier , Sei
gneur de la haute Cuve , Capitaine du
Regiment de la Marine , eft mort âgé de
4. ans.
DECLAY
182 LE MERCURE
kjkjkjkjkjkk
DECLARATIONS ,
Arrefts , &c .
A
RREST du Confeil d'Etat du
Roy du 2. Decembre 1721. concernant
la jotiiffance des rentes viageres ,
créées par Edit du mois de Juin 1720. &
acquifes depuis le 1. Novembre audit an.
ARREST du 13. Janvier 1722. qui
ordonne que les certificats de liquidation
qui ont été ou feront délivrez par le fieur
Brehamel ou fes Procureurs , contrôlez
& vifez , feront reçûs comme deniers
comptans pour acquifition de rentes viageres
au denier 25. jufqu'à concurrence
de ce qui refte à remplir des 4000000. liv.
créées fur les Aides & Gabelles par Edit
du mois d'Aouft 1720. ordonne en outre
S. M. que lesdits certificats contrôlez &
vifez en la forme prefcrite par les deux
Arrefts du 4. Janvier de la prefente année
feront reçûs pour l'acquifition defdites
rentes viageres par le fieur Jofeph le
Noir , lequel S. M. a commis & commet
à cet effet , &c.
ARREST du Confeil d'Etat Privé
du
DE JUILLET 1722. 18%
-
du Roy du 25. Avril 1722. qui ordonne
l'execution de ceux des 7. Novembre
1646. & 14. Juillet 1656. & qui décharge
M. le Procureur General de la
Cour des Aides de l'affignation à lui
donnée au Confeil le 8. Avril 1722. avec
défenfes à tous Huiffiers de lui donner à
l'avenir aucunes affignations , à peine de
nullité , & de soo. liv. d'amende contre
chacun des contrevenans.
4
DECLARATION du Roy du 25 .
Mai 1722. pour autorifer les Confuls de
la nation Françoife à rendre leurs Sentences
, en y appellant deux Députez ou
principaux negocians de la nation. Veut
Sa Majefté que les Confuls de la nation
Françoife établis dans les pays étrangers
donnent à l'avenir leurs Sentençes fur les
affaires civiles , dont la connoiffance leur
eft attribuée , en appellant à leurs jugemens
les deux députez de la nation , ou
à leur défaut deux des principaux negocians
François , fans qu'ils ayent befoin
d'en appeller un plus grand nombre . Ordonnons
que les jugemens defdits Confeils
feront executez par provifion , en
donnant caution , pourvû qu'ils foient
rendus avec lefdits deux députez , ou
principaux negocians de la nation , & ce
nonobftant ce qui eft porté par l'article
T
XIII .
184
LE MERCURE
XIII. du titre IX. de l'Ordonnance de
la Marine de 1681. auquel nous dérogeons
à cet égard feulement.
ARREST du 4. Juillet pour le payement
des arrerages des rentes du Clergé...
ARREST du même jour 4. Juillet ,
qui ordonne que le fieur Ogier , Receveur
General du Clergé , remettra les .
fommes qu'il a actuellement entre les
mains , & celles qu'il recevra par la fuite
aux Payeurs établis pour le payemen
des anciennes parties de rentes dues par
le Clergé , pour fur lefdites fommes être
les Rentiers payez , à commencer du
premier quartier de l'année 1680. & autres
fuivans.
ARREST du 8. Juillet , qui ordonne
que les certificats des Notaires qui doivent
être fournis par les Rentiers à leurs .
Payeurs , en execution de l'article II ..
de l'Arreft du 24. Juin dernier , feront.
portez par lefdits Notaires au Greffe de.
l'Hôtel de Ville , pour fervir à faire l'enregiſtrement
de leurs rentes , moyennant
quoi les Rentiers demeureront difpenfez.
de porter à l'Hôtel de Ville les groffes,
de leurs contracts . ·
ARRESTS
DE JUILLET 1722 : 18y
A
Rreft , de la Cour de Parlement
des 7. 8. 9. 10. 14, 15. 16. 17. 21
22. 23. Juillet 1722. portant condamnation
d'être rompu vif contre Louis
Lamy , garçon Serrurier , convaincu d'avoir
été de la compagnie de Louis Dominique
Cartouche , lors du meurtre du
nommé Pepin , Sergent du Guet , d'avoir
fait des fauffes clefs , crochets de fer &
pinces , d'avoir fait des vols de nuit avec:
effraction ,, & c.
Contre Adrien Chevalier , Patiffier ,
dit Patiffier , ou le Petit Chevalier , convaincu
d'affaffinats , & vols faits nuitamment
avec bâtons , épées & armes à feu
dans les rues de Paris , complice de Louis.
Dominique Cartouche , & c .
Contre Jacques Chopin , convaincu
d'affaffinats & vols faits nuitamment avec
bâtons dans les rues de Paris , complice
de Cartouche , & c.
Contre Jean - Baptifte le Maître , autrement
dit Boucher-le- Maître , convaincu
de plufieurs vols avec effraction , &
en montant fur les fenêtres nuitamment
dans les maiſons , vols & affaffinats auffi
nuitamment dans les rues de Paris , à
main armée , & en donnant des coups da
bâton , & autres vols par lui faits dans
}
les
186 LE MERCURE
les maiſons Royales & endroits publics à
complice de Louis Dominique Carrouche
, Nicolas Feron , le Craqueur , Dupleffis
, & autres voleurs & filoux de
Paris.
Contre Jean Riffault , dit la Marmotte
, convaincu de vol avec effraction , &
par les fenêtres pendant le jour , de vols
d'épées , de vols dans les Thuilleries , &
autres maiſons Royales , condamné d'être
pendu , &c. ancien complice de Cartouche
, Balagni , dit le Capucin , Guy le
Sage , & autres executez à mort.
Contre la nommée Antoinette Neron ,
fille de débauche , maîtreffe , & l'une des
concubines de Louis Dominique Cartou
che , condamnée d'être penduë , convaincuë
d'être anquilleufe , c'eſt -à - dire , voler
chez les Marchands fous le tablier ;
de vols dans les preffes , dans les places
de la banque , dans les Thuilleries , &
autres maifons Royales , & d'avoir été
prefente aux meurtres faits par Cartouche
, Magdelaine , & autres executez à
mort , & entre autres au meurtre de Mondelot
à la grande Pinte.
Contre Jean - Baptifte Cybour , dit
Baptifte , ou Aubinot , laquais , foldat &
valet dans la Banque , convaincu de vols
'dans les rues de Paris avec effraction , en
paffant par les fenêtres , de vols dans la
Banque ,
DE JUILLET 1722. 187
Banque , & y foutenant & protegeant les
voleurs , tels que Cartouche , Marcant ,
Coffade , dit Prevoft , Ferron ou Ferrand
, & autres executez à mort , def
quels il tiroit l'eftuc , c'eſt - à - dire , part
du vol , & de vols avec port d'armes , &
fauffes clefs , condamné d'être pendu , &c.
Contre Charles le Clerc , dit Picard
la Vallée , joueur de violon aux Guinguettes
, convaincu de vols fur les grands
chemins , dans les ruës de Paris , dans les
Thuilleries , & autres maiſons Royales
complice de Cartouche , & c . condamné
d'être rompu vif , &c.
Contre Nicolas Courtin , dit Jacob
de Mouchi , garçon Menuifier , convaincu
de vols à main armée , avec effraction,
nuitamment dans les rues de Paris , &
notamment du vol fait aux Gobelins
complice de Cartouche , la Riviere , Defcroix
, & fuivant Cartouche , & ceux de
fa bande dans tous leurs crimes , & de
vols faits fur les avenues de Paris , &
dans les maiſons Royales.
Contre Pierre Didier Dutaut , ou Dutemps
, convaincu de vols avec effraction
& à main armée , dans les Fauxbourgs &
rues de Paris , vehementement fufpect
de trois meurtres & affaffinats à coups de
couteaux , dont eft l'affaffinat du fieur de
la Perelle , Moufquetaire , ledit Dutaut
complice
188. LE MERCURE
complice de Louis Dominique Cartou
che , Perault , Duplefis , le Craqueur ,
& autres rompus vifs .
Contre Jacques Peliffier Matelot , garçon
Chirurgien , dit Boileau , fe faifant
appeller le Marquis de Peliffier , ou le
Marquis de Boiflaigne , condamné d'être
pendu , y- devant condamné par Sentence
du Prefidial de Bordeaux , pour vols
aux galeres à perpetuité , dont il s'eft
fauvé en 1719. convaincu de vols dans les,
rues de Paris , dans les places de la Banque
, dans les Thuilleries , & autres maifons
Royales , complice de Cartouche
Marchandon , Cofte , du Bourguet , &
Autres executez à mort , vehementement
fufpect des vols de la diligence de Lyon ,
& fur les grands chemins , & du vol d'un
porte - feuille de 1300000. livres fait au
fieur d'Ermote Anglois , & de vols avec
effraction & fauffes clefs.
çon
و ا
Contre Pierre Verel , dit Loyfon , gar
çon Boucher , convaincu de complicité
de meurtres , & entre autres de celui de-
Huron , Inspecteur de Police , de vols
avec effraction , vols de nuit à coups de
bâtons dans les rues de Paris , condamné
d'être rompu vif , complice de Cartouche
, Magdelaine , le Craqueur , & autres
executez à mort.
Contre François le Moine , Cocher de
place ,
DE JUILLET 2722. 180
place , convaincu de nombre de vols dans
Paris , dont un d'une caffetiere d'argent,
en la boutique du nommé Béche , Limonadier
, & de vols de nuit avec effraction ,
& notamment du vol de 9. pieces de
draps aux Gobelins , complice de Car
touche , de Perault , &c. & autres exe
cutez à mort , lefquels il conduifoit ordinairement
dans fon Caroffe de Fiacre aux
promenades des environs de Paris.
Contre François Premarteau , foldat
condamné d'être pendu , &c. convaincu
de vols dans les Thuilleries , & autres
Maifons Royales , de fondre la vaiffelle .
d'argent volée , d'avoir fait fuer les voleurs
dans le Louvre ,Thuilleries , Luxembourg,
& autres endroits de Paris , c'eſtà-
dire , d'avoir forcé les voleurs à lui
donner part de leurs vols faits dans lefdites
Maifons Royales , & vehementement
fufpect de meurtres , & d'avoir jetté des
particuliers pardeffus les ponts dans la
riviere , complice de Louis Dominique
Cartouche , & c.
Contre Jacques Belleville , garçon Serrurier
, foldat , condamné d'être rompu
vif , convaincu de nombre de vols dans
Paris , & notamment du vol de nuit avec
effraction fait aux Gobelins , & d'avoir
été prefent , lorfqu'un de fes camarades
voleurs tua à coups de couteau le nommé
Bellefeuille
190 LE MERCURE
1
Bellefeuille , autre voleur , dans un cabaret
de la Courtille , complice de Cartouche
, le Moine , &c.
Contre Cyr Cochois , cy - devant foldat
, condamné depuis en Provence ſous
le nom de Charenton à la queftion , &
enfuite aux galeres , d'où étant forti , re.
venu à Paris , reçû Archer du Guet ,
convaincu de retirer chez lui nombre de
voleurs , laroneffes , & meurtriers de Paris
, d'avoir recelé les vols ,
dont le partage
fe faifoit dans fa cave , d'avoir l'ef
c'eft-à-dire , fa part , & d'avoir
tuc ,
achetté celle des autres , d'avoir abufé
des ordres qu'il s'étoit fait donner pour
arrêter Cartouche , quoiqu'il le retirât
fouvent chez lui , & expofant les Archers
à la fureur des camarades de Cartouche
, feignant de le chercher d'un côté
, dans les momens qu'il le fçavoir d'un
autre , & d'avoir étant chaffé du Guet →
habillé d'habit d'Officier du Guet , un
bâton de Commandement à la main
foutenu les voleurs , & d'avoir , étant
déguifé fous differens habits , armé d'épée
, bayonnette , de piftolets de poche
guetté de nuit les paffans , aidé des voleurs
qu'il logeoit pour voler , & dẹ
complicité de vols avec effraction.
2
Contre Germain Savard , Cabaretier à
à la
DE JUILLET 1722. 191
la Haute-Borne , condamné d'être pendu
convaincu d'avoir fciemment retiré & caché
chez lui , fuivant le mot du guet de jour
& de nuit , Loiiis Dominique Cartouche ,
Limoufin , Balagni & Blanchard , où ils
furent arrêtez le 15. Octobre 1721. fuivant
le mot du guet , donné pour ce jourlà
à Savard , y a -t-il quatre femmes , même
tous les autres voleurs & meurtriers ,
complices de Cartouche , d'avoir recelé
les effets & argenterie par eux volez ,
d'avoir été prefent à leur partage , & d'a
voir fourni des inftrumens pour brifer la
vaiffelle d'argent , & en effacer les armes
, & fourni les balances pour la peſer.
›
Contre Marie- Jeanne Roger , dite la
grande Jeanneton veuve de Nicolas
Alexandre , femme de débauche , concubine
de Verel , dit Loyfon , & puis de la
Riviere dit Va - de- bon- coeur condamnée
à mort , convaincuë d'avoir été
de la compagnie de Va-de- bon- coeur
le Moine , Jacob de Mouchi , & autres ,
lors du vol fait aux Gobelins avec effrac
tion , & d'avoir emporté la part de Va
de-bon-coeur , & d'être receleuſe , & an
quilleufe , complice de Cartouche , Magdelaine
, Verel , & autres , &c .
On
192 LE MERCURE
1
N nous écrit de Bourges qu'après
Ole jugement que nous avons rappar
porté , page 83. & 84 du Mercure du
mois de Mai dernier , il a été rendu
les mêmes Juges le 8. Juillet 1722. un
autre jugement , dont on nous envoye
une copie imprimée , par lequel le nommé
Pierre Bouyer , Serrurier dela Monnoye
de Bourges eft declaré dûëment.
atteint & convaincu d'avoir fauffement ,
& calomnieufement accufé , & dénoncé
à juftice les fieurs Lançon , Baret , & Du-*
man , & porté contre eux faux témoignage
du vol fait en l'Hôtel de la Monnoye
de ladite Ville , pour reparation dequoi
il eft condamné à fervir comme for
çat dans les Galeres du Roy à perpetuité
, & c .
On ajoûte qu'il interviendra un troifiéme
jugement à l'égard des Juges fubalternes
, que cette affaire eft d'une grande
confequence , & auffi grave que celle qui
eft rapportée dans le cinquiéme tome du
Journal du Palais au fujet de quelques
Officiers de la Juftice de Mante.
SUPPLEMENT,
DE
JUILLET 1722. 193
XXX :XXX
SUPPLEMENT.
N mande de Mofcou du 16. Juin
qu'on y avoit reçû avis pár un Expres
de Conftantinople , que la Porte Otthomane
avoit affuré , qu'elle ne ſe mêleroit
en aucune maniere des differens fürvenus
entre le Czar & les rebelles de Perfe
, & qu'elle ne leur accorderoit aucune
protection , jufqu'à ce qu'ils euffent donné
une entiere fatisfaction à S. M. Czarienne
, touchant les dommages caufez
aux Mofcovites. On ajoûte qu'on avoit
appris par un Exprès d'Ifpahan , la nouvelle
rebellion arrivée en Perfe ; que les
rebelles s'étant emparez de diverfes Places
, avoient dépoféle Sophi , & élevé fon
fils aîné fur le Trône ; mais que celui- ci
n'ayant pas répondu à leur attente , ils l'avoient
auffi dépofé , & remplacé par le
fecond fils ; lequel avoit eu enfuite le
même fort , fon frere cadet ayant été mis
à fa place. On n'a point de nouvelles
du Roi de Pere , depuis qu'on a fçû qu'il
s'eft fauvé à Babilone.
Le 3. de ce mois le Cardinal Czalk
arriva de Prefbourg à Vienne avec divers
Seigneurs Hongrois ; il eut le lendemain
1 audience
194
LE MERCURE
audience publique de l'Empereur au Palais
de la Favorite , où il fe rendit avec
un cortege de 36. caroffes à 6. chevaux .
Il prefenta à S. M. I. la refolution des
Etats de Hongrie dreffée en latin ,
par la
quelle on admet à la fucceffion du Royaume
de Hongrie la ligne feminine de
S. M. I. au défaut des defcendans mâles.
L'Empereur répondit en latin , & d'une
maniere très gracieuſe. Le Cardinal fuc
enfuite admis à l'Audience de l'Imperatrice
regnante , & à baifer la main de
l'Archiducheffe Therefe , qui doit fucceder
au Royaume de Hongrie , au défaut
d'heritiers mâles ; par déliberation
des Etats , ordine genita primo femper
fervato. Elle fera reconnue comme legitime
Reine hereditaire du Royaume de
Hongrie , qui à l'avenir fera regardé ,
comme compofant un feul & même corps
avec tous les autres Royaumes & Païs
appartenans à la Maifon d'Autriche.
La ceremonie de prefenter la haquenée
au Pape , fut faite à Rome le Dimanche
28. de l'autre mois , avec un grand concours
de peuple & de curieux , qui n'avoient
point vû pareille chofe depuis 22 .
ans . Le Pape allà dîner ce jour - là au Varican
, & l'après- midi S. S. fortant de
Vêpres dans fa Chaire Pontificale , rencontra
entre les deux benitiers de la place,
DE JUILLET 1722. 195
ce , le Connêtable Colonne , qui ayant
mis un genouil à terre , lui préfenta au
nom de l'Empereur une bourfe de 5000 .
écus d'or & une haquenée richement caparaçonnée
, pour le tribut & la reconnoiffance
accoûtumée de l'inveftiture du
Royaume de Naples , qui vient d'être accordé
à Sa Majesté Imperiale.
Les Sultanes Turques qui ont paru dans
le Golfe , caufent de grandes inquietudes
dans tous les lieux qui font expofez
à leur débarquement. Le Pape a envoyé
des ordres pour raffembler & armer fans
perte de tems les milices des Provinces ,
& pour tranfporter le tréfor de N. D. de
Lorette dans le Château d'Ancone.
Extrait d'une Lettre écrite de Rome le 16.
Juin dernier,
M
R l'Ambaffade ut de
Portugal
continue fes vilites du Sacré College
avec une magnificence , dont tout
Rome eft furpris . Voici l'ordre de la
marche.
Le premier caroffe eft à fix chevaux
alezans brûlés , à crin blanc .
Le fecond à fix chevaux noirs .
Le troifiéme à fix chevaux gris- pommelez.
Le quatrième à fix chevaux bey - brun .
Ces quatre carolles font à la Françoiſe,
I ij
196 LE MERCURE
à deux fonds , plus grands , & beaucoup
plus riches que celui que le feu Duc d'Of
fonne amena de Paris à Utreck .
Le cinquième à fix chevaux gris à crin
noir.
de
Dix grands caroffes à deux chevaux .
Ces quinze caroffes font précedez de
Sc Valets de pied , d'une livrée beaucoup
plus riche que celle du Comte de
Ribeira , lorfqu'il fit fon entrée à Paris .
Huit Maures fuperbement habillez à
la Turque , avec des gros bouquets de
plumes fur leurs turbans. Ils vont devant
le caroffe de l'Ambaffadeur.
Dix Gardes avec des Baudriers , dont
les habits font differens , & plus riches que
ceux des Valets de pied , avec des cocardes
& des plumets .
Dix Pages qui vont aux portieres du
caroffe à pied leurs habits coûtent 300,
écus Romains chacun.
Dix Valets de Chambre occupent les
deux derniers caroffes avec les Maîtres
d'Hôtel.
Douze Gentilshommes. Deux Secretaires
. Un Aumônier. Un Maître de
Chambre.
Un Major - d'homme.
Un Sous- Ecuyer , & tous les Nationaux
& Señors Romains , habillez en ceremonie
très magnifiquement.
L'EDE
JUILLET 1922 . 197
L'Ecuyer va immediatement après l'Ambaffadeur
fur un cheval d'Elpagne des
plus beaux , fuperbement harnaché , avec
un Valet de pied de chaque côté , & un
derriere , quiporte une couverture en broderie
d'or , pour couvrir la felle lorsqu'il .
met pied à terre , pour donner la main à
l'Ambaffadeur à la defcente du caroffe.
On écrit de Naples de la fin du mois
dernier , que le Cardinal d'Althan y arriva
le 22. au bruit d'une falve de toute
l'artillerie des Forts. S. E. prit poffeffion
le lendemain de fa Viceroyauté avec les
formalitez ordinaires , le Prince Borghefe
lui ayant remis le Gouvernement du
Royaume dans l'Affemblée du Confeil
Collateral . Le Comte d'Almenara , qui
paffe à la Viceroyauté de Sicile , pour y
relever le Duc de Monteleon , eft arrivé
en même tems. Il doit partir pour Palerme
au premier vent favorable.
Les mêmes Lettres portent qu'on a eu
-avis que 13. Sultanes fe font jointes aux
5. forties des Dardannelles , avec des
troupes de débarquement , & quantité
d'attirails de guerre : fur quoi on feſe prepare
à Malthe pour une vigoureufe refiftance
en cas d'atraque ; & le General des
Galeres eft attendu en Sicile , pour y faire
embarquer quelques Regimens Imperiaux
, qui ont été accordez par l'Empe-
I iij reur,
198 LE MERCURE
reur , pour fervir en cas de befoin, On
ajoûte que douze vaiffeaux de Barbarie',
bien armez , & chargez de troupes de débarquement
, doivent fe joindre aux Sultanes
, ce qui répand la terreur dans toute
cette Ifle , ainfi que fur les côtes de
l'Etat Ecclefiaftique . On a appris de
Gennes , que quatre Galiotes de Malthe
& de Sardaigne , croifent dans les mers
de Tunis & de Biferte , pour empêcher
les bâtimens de Barbarie de fortir de leurs
ports , & que trois Corfaires d'Alger
montez chacun de 60. canons , avoient
mis en mer , pour aller joindre ceux qui
croifent fur les côtes d'Espagne..
On travaille à Londres pour regler l'ordre
des funerailles du feu Duc de Marlborough
, qui feront , dit- on , d'une pompe
& d'une magnificence extraordinaire , &
qui furpafferont de beaucoup celles du
General Mork. Le Comte de Godolfin a
la direction de cette pompe funebre, pour
laquelle on a , dit- on , deftiné un fonds
de 30000, livres fterlin , dont la Ducheffe
Doüairiere veut faire toute la dépenſe .
Le Roi a ordonné de plus un fuperbe
Maufolée , qui fera élevé à fa memoire ,
dans l'Abbaye de Weftminſter , aux dé
pens de S. M. On affure qu'il laiffe par
fon Teftament 15000. liv. fter . de rente
à la Ducheffe fon épouse , 6000. liv. aux
enfans
THEQUE
BLA
VILL
LION
DE
JUILLET 1722.
enfans de la Comteffe de Sunderan la
fille , 2000. liv. à ceux du Duc de Brid
water , & autant à la Ducheffe de Montaigu
, fa plus jeune fille , outre 60000.
liv . à la Comteffe de Godolfin fa fille aînée
, pour foûtenir le Titre & la Dignité
de Ducheffe de Marlborough , qui pafferont
au Marquis de Brandfort ion fils.
Les Executeurs de ce Teftament font la
Ducheffe (Doüairiere de Marlborough , le
Comte de Godolfin , le Duc de Bridgwater
, & Mrs Cleyton , Jean Hamburi ,
& Guillaume Guidot , Ecuyers . Les Lettres
de Londres ajoûtent qu'on a mis une
nouvelle tombe à l'endroit où le corps
de Thomas Par a été enterré : on prétend
qu'il a vêcu 152. ans , étant né en
1483. & qu'il a vû dix regnes confecutifs
, fçavoir , depuis Edouard IV. juſqu'à
Charles I. qu'il mourut en 1635 .
Dans le dernier Confeil Privé du Roi ,
tenu à Kinfington , il y fut refolu de proroger
encore le Parlement jufqu'au 13. du
mois d'Aouft prochain .
Le Cardinal d'Acunha , Grand Inqui
fiteur de tous les païs fujets au Roi de
Portugal , arriva de Rome à Paris le 27 .
Juin ; M. l'Ambaffadeur Don Louis d'Acunha
, & M. l'Envoyé de Portugal ,
avec M. le Comte d'Ericeira , & M. l'Abbé
de Mendoce , étoient allez au devant
I iiij .
?
de
200 LE MERCURE
de fon Eminence à Fontainebleau , d'ou
ils la conduifirent
à l'Hôtel de M. l'Ambaffadeur
, qui étoit préparé pour elle &
fa nombreule fuite. M. l'Ambaffadeur a
reçû un tel hôte avec la nobleffe & la galanterie
propres à fà nation , & l'aifance
auffi naturelle au caractere de ce Miniftre ,
qu'au genie du païs dans lequel il refide
depuis près de deux ans. M. le Cardinal
envoya le furlendemain de fon arrivée faire
des complimens à fes illuftres Confreres,
qui n'ont pas manqué de venir lui marquer
au phitôt toute leur confideration.
La premiere vifite de fon Eminence fut
celle qu'elle eut l'honneur de faire le 4.
Juillet au Roi , en gardant l'incognito
comme elle a toûjours fait durant fon féjour.
Elle ne pouvoit fe détacher de l'augufte
prefence du jeune Monarque , fait
pour infpirer la plus tendre admiration.
Les politeffes que reçût M. le Cardinal
de S. A. R. Monfieur le Regent , terminerent
au gré de fes voeux les audiences
qu'il eut à Versailles . Son Eminence fut
parfaitement regalée chez M. le Cardinal
du Bois , après quoi on fit jouer les
caux pour elle , qui ne furent pas la feule
chofe qu'elle trouva au - deffus de ce qu'on
voit de plus merveilleux en Italie. M. le
Cardinal de Rohan lui donna`4. jours
après un dîné , où il ne fe pouvoit rien
defirer,
DE JUILLET 1722. 201
defirer , ni pour la chere , ni pour la
compagnie . Le Jeudy 9. M. l'Ambaffadeur
de Portugal , qui avoit fait inviter
Mrs les Cardinaux , Mrs les Ambaſſadeurs
, & quantité d'autres perfonnes de
la premiere diftinction , fignala par un
magnifique repas le zele qu'il a pour l'illuftre
parent , qui étoit le fujet de la fête.
Son Eminence s'eft attachée à voir
chaque jour ce qu'il y avoit de plus remarquable.
Le Mercredi 16. elle alla à
Marly , où elle employa cinq heures à
confiderer fes differentes beautez . De là:
elle vint prendre congé de S. M. & dîner
chez M. le Maréchal de Villeroy ; il
a été particulierement occupé de ce qui
pouvoit faire juger le mieux à fon Eminence
du païs où elle fe trouvoit ; ainfi il'
lui a fait les honneurs de la Cour d'une
façon convenable au pofte qu'il y remplit.
M. le Cardinal (de Biffy donna le
lendemain un fomptueux dîné dans fon
Palais Abbatial de S. Germain à la même
Eminence , ce qui a été imité par M.;
l'Ambaffadeur de Sardaigne , & Par M.
le Nonce.
La vifite qu'a fait à Madame M. le Car
dinal d'Acunha , & l'attention qu'il a
donnée à S. Cloud , ont terminé les honneurs
& les plaifirs qu'il a cus ici .
Le 23 , de ce mois , jour du départ de
I.v
fon:
202 LE MERCURE
Eminence , M. l'Ambaffadeur de Portu
gal reçut une nouvelle capable d'adoucir
fon chagrin , c'étoit l'élevation de Don
Antoine Manuel à la dignité de Grand-
Maître de la Religion de Malthe , à la
place de Marc- Antoine Zondodary , mort
à Malthe le 16. du mois dernier , âgé
d'environ 63. ans. Le Pere de Don Manuel
étoit frere de la mere de M. l'Ambaffadeur
, & avoit époufé la foeur de ce
Miniftre , lequel avoit d'ailleurs été élevé
avec le nouveau Grand- Maître , lui &
fon aîné , qui eft Commandeur de Malthe
, font reftez ſeuls de 7. garçons.
Les biens de leurs maifons, & la Grandeffe
ont paffé au fils de leur foeur : ce
dernier privilege n'eft attribué qu'à trois
titres de Grands de Portugal. Ils font
fils du Comte de Vilaflor qui a foutenu
la Couronne fur la tête du Roy Jean IV.
par la bataille d'Amexoal qu'il gagna fur
Don Juan d'Autriche , fils naturel de
Philippe III .
M. le Grand - Maître a un merite qui
le rend digne du fang illuftre dont il fort.
La nouvelle de la nomination de M.
l'Abbé de Rohan à l'Archevêché de
Reims , a été reçûë à Rome avec de
grands applaudiffemens. M. l'Abbé de
Taucin travaille à faire expedier les Bulles
fans peite de tems , afin de le mettre
en
DE JUILLET 1722. 203
en état de pouvoir facrer le Roy au mois
d'Octobre prochain .
M. le Cardinal de Noailles a donné le
Canonicat de Nôtre - Dame , vacant par
la mort de l'Abbé de Bragelonne à l'Abbé
Paris. }
La Fête de Nôtre- Dame du Mont-
Carmel , arrivée le 16. de ce mois , a été
celebrée pour la premiere fois , par le
Duc de Chartres , & les Chevaliers de
l'Ordre de S. Lazare , dans l'Eglife de
S. Jacques de l'Hôpital ; les Chanoines
& Chapelains de cette Eglife paroiffent
au choeur avec la Croix , le camail & le
rochet comine les Ecclefiaftiques de l'Ordre
de Malthe , on y reçût ce jour - là
2. Chevaliers , & un frere fervant.
Le 19. de ce mois M. Dandrefel prêta
ferment pour la Lieutenance du Roy du
Rouffillon . །
Le 18. le Roy alla voir jouer à la
Paume.
Le 19. S. M. accompagné de Monfieur
le Duc d'Orleans , entendit dans
la Chapelle du Château de Verſailles la
Melle chantée par la Mufique .
Le 20. le Roy accompagné du Duc
de Chartres , du Comte de Clermont
& du Maréchal de Villeroy , fon Goufe
verneur promena à cheval dans le
•
Parc de Chav ille.
I vj Les
204
LE MERCURE
Les 2. vaiffeaux de la compagnie des
Indes arrivez depuis peu au port de l'Orient
en Bretagne , font le More & la
Galathée ; leur charge confifte en riches
étoffes de la Chine , en belles foyes , en
cabinets , & en porcelaines porcelaines fabriquées fur
des modeles qu'on y avoit envoyez de
France , il y a auffi beaucoup de thé , &
autres marchandifes. La vente s'en doit
faire à Nantes inceffamment , & l'on
prétend qu'elle rapportera environ 10 .
inillions . Les Commiffaires du Confeil
qui ont l'infpection des affaires de cette
Compagnie ont déja fait partir M. Ardencourt
pour affifter à cette vente .
On attend inceffamment le vaiffeau le
Prince de Conti venant auffi de la Chine.
On a eu avis que la flotte des Indes
Hollandoifes , en faifant route du détroit
de la Sund pour le Cap - de - Bonne- Efperance
, avoit été furprife d'une violente
tempête , deux de leurs vaiffeaux ont
peri , fans qu'on en ait pû fauver plus de
trois hommes ; cinq vaiffeaux font arrivez
au Cap fort maltraitez , ayant eu
beaucoup de peine à réfifter à la tempête ,
& leurs marchandifes étant prefque toutes
avatiées ; on étoit fort en peine de cinq
autres vaiffeaux de la même flote qui
n'étoient point encórè arrivez .
Les Comediens Italiens ont ceffé de
jouer
DE JUILLET 1722. 205
•
jouer fur leur Theatre de l'Hôtel de
Bourgogne dès le 20. de ce mois pour
preparer les pieces qu'ils devcient donner
fur leur Theatre du Fauxbourg S. Laurent.
La derniere piece qu'ils ont joué à
l'Hôtel de Bourgogne le 19. eft celle du
Soupçonneux , Comedie Italienne en trois
Actes , qui a été fort goûtée dans fa nouveauté
en Janvier 1721. & qui fait encore
aujourd'huy le même plaifir . C'eſt
une piece dont le caractere eft admirable,
& parfaitement bien rendu par celui qui
le joüe .
Le 25. les mêmes Comediens ont fait
l'ouverture de leur Theatre du Fauxbourg
S. Laurent , & ils y ont reprefenté
une piece nouvelle en trois actes ,
avec un Prologue , & des agremens , intitulée
le jeune Vieillard.
Les Comediens François doivent joüer
inceffamment une piece en trois Actes , en
vers libres , avec un Prologue , & des
agremens qu'ils ont reçûe depuis peu ;
elle eft intitulée le nouveau Monde. L'auteur
ne fe nomme point.
Le fieur le Grand , Comedien du Roy
a auffi prefenté & lû à fes camarades une
petite piece de fa compofition avec des
Vaudevilles , qui a été reçûë ; elle eft intitulé
l'Ouvrage d'un Moment.
Le dix de ce mois Monfieur le Duc
d'Orleans
205 LE MERCURE
tint fur les Fonds de Baptême dans l'E
glife du Val de Grace , l'enfant de M. Poiffon
un des Officiers de MADAME
Madame d'Orleans , Abbeffe de Chelles
fut la maraine.
,
›
›
On mande du Gevaudan qu'il n'y a eu
ni morts ni nouveaux malades de la
pefte depuis le commencement du mois
de Mai dernier , & de Marfeille qu'on y
eft en parfaite fanté dans la Ville , & dans
le territoire , ainfi que dans toute la Provence.
La Dile Hortense Desjardins a été reçûë
le 25. de ce mois dans la Mufique de
la Chapelle & de la chambre du Roy
après avoir chanté à la Meffe , en prefence
de S. M. le verfet Benedictus Dominus
du Pleaume 123. que chante ordinairement
le fieur Pachini.
re
e
Le 23. de ce mois ont été mariez à
S. Sulpice M Claude de Thiange , Chevalier-
Seigneur de Bord- Pechin- Chauroche
, & autres lieux , fils de défunt
Me Jofeph de Thiange , Chevalier - Seigneur
de Luffac- Malleville , Lefpoux , le
Chauchay , & autres lieux, & de Dn Mrie
de Montagnac- Larfeuilliere fes pere
& mere , demeurant au Château . & Paroiffe
de Luffac en Bourbonnois , &
Dle Louife Henriette de S. Simon de
Courtomer , fille de Mre Jacques Antoine
DE
JUILLET 1722. 207
toine de S. Simon , Chevalier - Comte de
Courtomer , Seigneur & Patron de Sainte
Mere Eglife , le Chef du Pont Bouhon
Lapitte- Boudiere , & autres lieux , & de
Dame Marthe Chardon fes pere & mere,
>
Les troubles furvenus en Perſe font
craindre une révolution generale dans ce
Royaume , à ce qu'on apprend par les
dernieres nouvelles de Turquie , outre
les fuccès rapides du rebelle qui a faccagé
Schamachia , il s'eft excité un autre
foulevement par l'Iman ou Prince de
Mafcatte , qui , dit- on , s'eft rendu maître
de diverfes Provinces Meridionales ,
& a pouffé fa marche jufques vers Bender-
Abaffi , la principale place de commerce
dans la Baye d'Ormus. Ces deux
foulevemens ont été fuivis d'un troifiéme
, infiniment plus à craindre & plus
dangereux. Ces derniers rebelles ont à
leur tête Mirveiz , qui prétend être Prince
de Candahar à caufe que fon pere ,
Gouverneur de cette Province- là , fituée
fur les frontieres du Mogol , s'en étoit
rendu maître , & lui en avoit laiffé la
poffeffion après fa mort. Mirveiz , non
content de cette Principauté , entreprit
l'année derniere la conquête de Cherman,
Ville renommée pour fes fabriques de
foye, & après s'en être emparé, il la pilla ,
de même que toute la Province . Après
ce
208 LE MERCURE
ce fuccès , Mirveiz tout fier de fes conquêtes
, voulut les pouffer plus loin ; il
fe mit en marche il y a quelques mois
& prit la route d'Ifpahan , Capitale de
la Perfe , & penfa y furprendre le Roi ,
qui eut à peine le tems de fe fauver dans
un Château , d'où l'on dit qu'il s'eft enfuite
retiré avec une fuite de 200. perfonnes.
Mirveiz fit piller à Ifpahan tous
les Perfans qui font de la Secte d'Ali , &
mit à contribution les Marchands libres ,
par forme d'emprunt pour payer les troupes
, promettant de rembourfer cet argent
dès qu'il feroit en état de le faire .
Mirveiz eft Mufulman , de la Secte de
Mahomet , ainfi que tous les rebelles ; au
lieu que la plupart des Perfans font Sectai--
res d'Ali, & font regardez par les premiers
comme heretiques. Mirveiz declare par
tout où il paffe qu'il ne prétend point à
la couronne , mais feulement d'engager
le Roi à embraffer la veritable Religion ;
promettant de mettre les armes bas , &
de fe foumettre à fon Empire dès qu'il
aura abjuré fes erreurs . Ce pretexte a
un tel fuccès , que les peuples accourent
de tous côtez pour fe joindre à ce
Rebelle.
On mande de Conftantinople qu'il s'y
étoit tenu un grand Divan , fur ce que
les Bachas d'Erzerum & de Babilone repreDE
JUILLET 1722. 209/
prefentent , qu'il feroit très facile au
Grand Seigneur , dans ce tems de trou
bles , de s'emparer de diverles Provinces
de Perfe. Quelques Bachas furent d'avis
de profiter de cette favorable conjoncture
; mais le Grand Vifir reprefenta à
l'Affemblée, que le Grand Seigneur trouvoit
qu'il feroit injufte & deshonorant
de profiter de l'état déplorable où fe
trouvoit le Roi de Perle fon bon ami
dont le Royaume ne s'étoit pas encore
rétabli du coup que lui avoit porté le
Sultan Amurath , bifayeul de fa Hautef
fe ; qu'il étoit plutôt d'avis , d'envoyer
fur les frontieres de Perfe un corps confiderable
de troupes , avec toutes for
tes de provifions ; d'enjoindre aux Bachas
de prendre fous leur protection , & de
traiter à l'amiable toutes les Provinces
qui auroient recours à eux ; & qu'en cas
que le Roi de Perfe vint fe refugier chez
ils lui rendiffent tous les honneurs
poffibles , & l'entretinffent aux dépens
du Grand Seigneur . Que de plus s'il
avoit le bonheur de remonter fur le trône
, on lui reftituât toutes les Provinces,
qui auroient imploré la protection de la
Porte ; ainfi que cela s'eft pratiqué cidevant
à l'égard des Provinces de Schirvan
, d'Iran , de Ghifan , & de la Ville
de Tauris , &c . Le Divan approuva l'avis
du Grand Vilir .
eux ,
Ex
118 LE MERCURE
Extrait d'une Lettre écrite de Rome le 16.
V
Juin 1722.
Oici un prodige étonnant , dont
tout Rome a été témoin . Un Boucher
de cette Ville acheta dans le Royaume
de Naples un troupeau de moutons ,
pour le débiter ici en détail . Ceux à qui
il en vendit , s'apperçûrent que ces moutons
avoient les dents toutes dorées vers
la gencive. M. le Cardinal Ottoboni ,
qui l'on porta une tête de mouton , en fit
racler les dents , & cette raclure rendit
le poids de deux écus d'or très- pur. Son
Eminence a une autre de ces têtes qu'il
garde très -précieuſement.
J'en ai vû à plusieurs particuliers qui
pouvoient avoir pour fix ou huit Jules
fe /
d'or , d'autres moins . M. Goffet qui fe
fert de ce Boucher , a une mâchoire de
cette même qualité , choſe très - curieuſe ,
qui donnera fans doute matiere à raifonner
aux Naturaliſtes.
Nous donnons l'avis qu'on va lire dans
le moment que nous le recevons , pour ne
pas retarder les fecours qu'on en peut tirer
dans la faifon preſente.
Mous
DE
JUILLET 1722. 217
Mouvement alternatif pour faire jouer
des fleaux par le moyen d'un cheval.
I
1
L a été annoncé dans le Mercure de
Mai de la prefente année , à la page
137. que le Rot a accordé un privi
lege exclufif à M. du Quet Ingenieur,
fur le mouvement alternatif qu'il a inventé
pour faire jouer des fleaux. Ce
mouvement a été executé en grand aú
Château du Mefnil - Voifin , à côté de la
route de Parie à Orleans , deux lieues
au deffus d'Arpajon. Les experiences qui
en ont été faites au commencement de
Juillet dernier , en prefence du Se gneur,
de la Nobleffe des environs , des Curez ,
& autres perfonnes de ce païs , font connoître
feurement qu'un cheval peut faire
joüer fix à fept fleaux , pour battre auffi
fort & auffi vite , que peuvent faire fix à
fept batteurs.
- Ce mouvement eft compofé de deux
grandes poulies , l'une attachée vers la
muraille de la baffe- court à un pieu , ou
dans un clós à un arbre ; l'autre à la muraille
de la grange par dedans ou par dehors.
Le cheval parcourant la diſtance
qui eft entre ces deux poulies , tire une
corde paffée un tour fur l'une des poulies
, & deux ou trois tours fur l'autre ;
cette
212 LE MERCURE
per
cette derniere poulie fait tourner une
manivelle de fer , dont la tige lui fert d'arbre
: cette manivelle , en tournant , pouſſe
& tire une perche , laquelle communique
fon mouvement à un arbre pivoté
dans les deux paliers de l'ai é ; cet arbre
qui porte les fleaux , les oblige de frapviolemment
tous à la fois fur un bout
de l'airé , & fur l'autre alternativement ,
à chaque pas du cheval. Le cheval eft attaché
à un palomier , qui prend les deux
bouts de la corde paffée fur les deux poulies
, & il marche pendant fix à ſept toifes
entre cette corde & des perches pofées
fur des piquets , puis ayant retourné
de l'autre côté , il revient fur les pas ,
en faifant frapper les fleaux de la même
force , autant de coups qu'auparavant.
Ce qu'il y a de très favorable , eft , que
la dépenfe de la conftruction de ce mouvement
n'ira pas à dix piftoles , à cauſe
de la fimplicité de fa compofition , &
qu'un garçon de baffe-court fuffira pour
gouverner le tout ; mais quelque détail
qu'il s'en puiffe faire , il faut toûjours
que l'Auteur , ou quelqu'un inſtruit par
lui , voye les granges pour juger par
leur fituation , de quelle maniere on doit
faire travailler le cheval , pour déterminer
l'ordre des pieces qui compofent
ce mouvement.
La
DE
JUILLET 1722.
213
La demeure de M. du Quet eft dans
ruë de l'Arbre- Sec , vis- à - vis du petit
Paradis. Il recevra toutes les lettres franches
de port qu'on lui écrira fur cette
matiere.
APPROBATION.
" Ay lû par ordre de Monfeigneur le Garde
des Sceaux le Mercure du mois de Juillet,
& ' ay cru qu'on pouvoit en permettre l'im
preffion. A Paris le 2. Aouſt 1721.
HARDION,
**HHHHHHHH.
TABLE .
IECES FUGITIVES. Vers fur le mariage
P
du
Roy.
I
Réponse de M. Baugier aux remarques critiques
fur les memoires de la Province de
Champagne . 6
Epître au Maréchal de Villars par M. de Voltaire
. 18
Lettre écrite de Canada fur la maniere de tirer
du fucre de l'érable.
Stances irregulieres à Damon .
26
Hiftoire d'Abulmer , fuite & fin des voyages
de Zulma dans le pays des Fées . 31
Lettre
Lettre en profe & en vers fur la peſte d'Avi
gnon.
Lettre fur une groffeffe extraordinaire.
- Lettre fur le Mercure de Paris , & c .
77
79
82
Fagnient de Lettre fur la Comedie de l'Opiniâtre.
Enigmes ,
87
89
Chansons. 92
NOUVELLES LITTERAIRES , & des beaux
-Arts . Hiftoire de l'Abbaye Royale de Saint
Germain des Prez . idem .
Conftruction nouvelle de trois montres portatives
, d'un nouveau balancier , & c. paz
M l'Abbé de Hautefeuille.
Edition de oeuvres de M. Bayle , & c .
101
107
Vie des Poëtes François anciens & modernes .
110
Mort de M. Baulelot , fes ouvrages , & fon
éloge .
idem.
Eaux minerales de Segray en Gatinois , & c . 111.
Nouvelle invention d'inftrumens de Mathematiques.
115
Aiguilles aimantées pour fixer les longitudes ,
& c. 116
Nouvelles de l'Academie de Portugal , & c . 117
Tableau de Telemaque prefenté à Monfieur le
Regent.
Suite des Medailles du Roy .
110
123
SPECTACLES
SPECTACLES. Pieces nouvelles reçûës , &c .
125
126 L'Opera , Têres de Thalie & c.
Memoire pour fervir à l'Hiftoire du Theatre
François. 128
Benefi es , Charges & Dignitez des Pays
étranger , 138
Baptêmes , morts & mariages des perfonnes
illuftres.
146
Nouvelles étrangeres , de Conftantinople , de
Peicfbourg , de Varfovie , de Stoкolm , de
Coppenhague , de Vienne , de Londres , de la
Haye , de Rome , de Florence , de Madrid ,
de Lisbonne , &c.
Journal de Paris.
152
170
Courſe à cheval , gageure des Marquis de
Sail ant & d'Entragues 173
Prelent de Madame la Ducheffe d'Orleans
d'une Poupée avec fa Garderobbe fait à l'In
fan e.
Benefices donnez .
Morts.
Declaration , Arrefts , & c,
174
177
179
182
185
Lix-huit complices de Cartouche executez à
mort en place de Gréve à Paris .
Jugement rendu à Bourges contre un faux témoin.
192
Supplement , nouvelle de Perfe , de Hongrie ,
& c. 193
De Rome, la haquenée prefentée au Pape , cortege
de l'Ambaffadeur de Portugal en cette
Cour. armement du Grand Seigneur , & c. 194
Nouvelles d'Angleterre , funerailles du Duc de
Marlboroug.
198
199 Arrivée à Paris du Cardinal d'Acunha , fon départ
& c.
Autres nouvelles de Perfe , du Rebelle Mirveiz ,
& c. 207
Dents de mouton , dorées , nouvelle de Rome ,
& c.
210
Avis pour faire jouer des fleaux pour battre à
la grange.
A VIS.
211
Il y a àla fin du Mercure du mois dernier un
Errata des fautes furvenues dans l'impreffion de
La Dißeriationfur le Sacre & Couronnement des
Rois de France , qui est dans le Supplement du
Mercure de May Comme quelques perfonnes ne
s'en font point apperçu , nous averriffons de nouveau
que ces fautes font corrigées dans l'Errata ,
dont nous parlons , où il est dit qu'à la page 93 .
ligne 7 il faut lire frere au lieu de fils , à la page
16. de la même Differtation , ligne 24. il faut
Lire minorité au lieu de facre , c.
Fautes à corriger au mois de Juin
dernier.
Age 1. ligne 8. une , lifez un.
Pag. 56. 1. 220. Gerfon , lifez Gerlon .
Pag. 81. 8. Theodoric , lifez heoderie.
Pag. 60. 1. 9. Odon de Agilo , lifez Oson
de Diogilo , lig. 10. Epiftol . 114. lifez 4:4.
Pag. 61. 1. 13. & ce qui reftoit du Château ,
Lifez & ce qui en reftoit a été ruiné avec le
Château.
Pag. 62.1. 11. Sarita , lifez Surita . "
Pag 76 1.3 . du bas Hiftoriea , lifez Hiftrion .
Pag. 99. 1. 11. s'informer , lifez l'informer.
La chanson®
La planche
doit regarder
Qualité de la reconnaissance optique de caractères