→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Fichier
Nom du fichier
1721, 10-12
Taille
25.70 Mo
Format
Nombre de pages
691
Source
Année de téléchargement
Texte
Presented by
John
Bigelow
to the
Century
Association
DM
Mercure


M
LE
MERCURE
D'OCTOBRE 1721 .
Le prix eft de 25 fols.
A PARIS ,
1
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU, Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis .
GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , à la Fleur -de- Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , lace de Sorbonne.
M DC C. XXI.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
335130
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOULDATIONS.
AVIS.
Nprie ceux qui adreferont des Lettres ou
Paquets d'en affranchir le Port , comme
cela s'elt toujours pratiqué , fans quoi on
ne les recevra point.
L'Adreffe generale pour toutes chofes fera à
Monfieur MOREAU , Commis au Mercure , chez
Monfieur le Commiffaire le Comte , vis à - vis la
Comedie Françoife , à Paris .
Ceux qui pour leur commodité , voudront
remettre leurs Paquets cachetez aux Libraires
qui vendent le Mercure à Paris , pourront fe fervir
de cette voye pour les faire tenir.
On donne avis que le fonds des Mercures de
feu M. Buchet , fe trouve actuellement chez Mrs
Buchet fes freres , Cloître S. Germain l'Auxerrois
, où ils continueront de les vendre , en gros
ou en détail.
On trouve le prefent Mercure à Lyon , cheg
Plaignard.
A Nantes , chez Julien Maillard , dans la
grande ruë.
A Tours , chez Gripon .
Amiens , chez le François..
Abbeville , chez Dumefnil.
Bordeaux , chez la veuve Labottiere , & Fils,
Châlons , chez Seneufe.
Bayonne , chez Etienne Labottiere.
Rennes , chez Vattar , près la Pompe,
Montpelliers chez les freres Faures ,
Lille , chez Danel .
Touloufe , chez Tene.
Angers , chés Fourreau ,
LE
MERCURE
D'OCTOBRE.
EXTRAIT D'UNE RELATION
envoyée de Rome.
Ly eut à Rome le 15 Août
dernier , un très- beau feu
l'artifice , ferenade folemnelle
, collation , &c . au
Palais de la Chancellerie
Apoftolique , à l'occafion
de la fête de l'Affomption.
On voyoit dans la Place de ce Palais ,
qui répond à quatre grandes rues , un
rocher élevé de 70 palmes , pofé fur une
bafe quarrée de so palmes de face . * Sur
les angles quatre ftatues coloffales affifes ,
Le palme Romain eft de 8 pouces 3 lignes .
A ij
de
LE MERCURE
de 22 palmes de haut , reprefentoient les
quatre parties du monde. Le Temple de
Rome étoit placé fur le fommet du rocher ,
foutenu par douze colonnes , imité d'après
celui qu'on voit far les medailles d'Antonn
, Pie & de Probus , avec l'infcription
Rome æterna .
Le milieu du Temple étoit occupé par
la ftatue de Rome en pied fur un piedestal ,
en habit d'Heroïne femblable à Minerve.
Sur le haut du Temple on voyoit le fimulacre
de la Gloire, haut de dix palmes , prefentant
une couronne d'une main dans la
même attitude qu'on voit dans la me
daille de Maxence , & de l'autre tenant un
rouleau avec ces mots , Difcipula veritatis,
paroles tirées de S. Leon le Grand , qui en
parlant de la predication du Prince des
Apôtres , & de l'établiffement du Saint
Siege , dit que Rome , de Maîtreffe de
P'erreur étoit devenuë Difciple de la verité.
Ce qui étoit encore marqué par des lampions
dont toute la machine étoit illuminée
, qui faifoient d'une nuit obfcure
d'erreurs & de fuperftitions un jour lumineux
de verité fur le Temple de Rome
chrétienne .
Vis-à-vis le Palais de la Chancellerie
on avoit élevé deux grands échafauts où
étoient placés 160 Muficiens ; fçavoir 42
voix pour les choeurs , 114 inftrumens de
plufieurs
D'OCTOBRE.
plufieurs genres , & quatre Chantres de
la Chapelle du Pape , qui font Sig Francelco
Finaja , S. Pasqualino Betti , S. D.
Virginio Unioni Cimapani , & Sigr Carlo
Difcretti. La Mufique de Sig Jean- Baptifte
Coftanzi Romain , & les paroles du
Sig Abbé Gaetano Lenier ; les échaffauts -
étoient éclairés par cent flambeaux , & les
fenêtres du Palais par 400. Toute la place
étoit entourée d'Amphitheâtres ; on en
avoit dreffé un fous la grande porte du
Palais pour les Cardinaux & pour leurs
amis , pour les Miniftres des Princes étrangers
, les Princes , les Dames , & les
Seigneurs Romains.
Le premier amufement donné aux fpecta-
&teurs fut le feu d'artifice , pendant lequel
la fimphonie & les choeurs de Mufique
fe firent entendre diftinctement , & dominerent
toujours malgré le bruit des petards,
des fufées & des ferpenteaux , ce qui repreſentoit
d'une maniere toute nouvelle ,
non feulement le triomphe , mais encore
l'origine de la Mufique , que les Poëtes
feignent avoir pris naiffance dans les forges
de Vulcain , & que les fpectateurs
retrouvoient avec plaifir dans cette nouvelle
forge harmonieufe , que Rome en
joie ouvroit au milieu de fes montagnes.
A la fin de la premiere Cantate on vit
partir une magnifique girandole placée à
A iij
la
6 LE MERCURE
la loge des Seigneurs Ciampini , vis- à vis
le Palais de la Chancellerie.
Enfuite les quatre Chantres dont nous
avons parlé ramenerent le caline par la
douce melodie de leurs voix , & executerent
la Cantate intitulée , Roma Guiliva
nell' Efaltatione del fuo San&tiffimo
Paftore , Principe , è Cittadino , qu'on voit
imprimée avec l'eftampe de la repreſentation
du feu d'artifice , gravée par le
Sigr Philippe Vafconio , fur les deffeins du
Cavalier Gregorini .
La collation prefentée aux perfonnes
de diftinction invitées à ce fuperbe fpectacle
, fut auffi magnifique qu'ingenieufe.
Dans le plus grand appartement du Palais
de la Chancellerie , on vit fur une grande
table une efpece de colifée ovale, avec cinq
ordres d'arcades de 22 palmes de circonference
, fur 11 d'élevation , aux quatre
coins duquel on avoit placé des jeux d'enfans
qui badinoient avec un aigle , fimbole
des Ancêtres du Pape Regnant , dont
les Armories font de gueule à l'aigle échiquetée
de fable . Sur le haut de cet admi--
rable édifice , on voyoit la ftatuë d'un
Genie , qui de la main droite foutenoit la
tiare , & de la gauche les clefs .
Dans chacune des quatre bafes angulaires
il y avoit une grande coquil'e pleine
de toutes fortes de confitures & de bifcuit
exquis
D'OCTOBRE. *
exquis ; tout le pourtour étoit orné de
feuillages d'où fortoient des cornes d'abon
dance qui offroient des fruits & des eaux
glacées , des forbets de toute forte , &c.
& tous les cinq ordres étoient entremêlés
de vafes remplis de fleurs , & d'autres
vaiffeaux remplis de fruits , placés avec
fimetrie.
Deux belles piramides terminoient les
deux bouts de cet édifice , fi heureuſement
compofé pour fatisfaire les yeux & le goût :.
toutes les figures , les ornemens , & les
principaux membres de cette fabrique ,
compofée felon les regles les plus exactes
de l'Architecture , ainfi que les fleurs &
quelques fruits , étoient travaillés avec de
la pâte de fucre , par le Sig Thomas
Corfini , fur les deffeins du Cavalier Gre
gorini.
A iiij COMPLIM .
LE MERCURE
COMPLIMENT
fait à M l'Abbé de S. ALBIN
nommé Coadjuteur à l'Evêché
de Laon , de la part des Meffieurs
les Bacheliers en Licence de la
Faculté de Paris , prononcé par
Mr l'Abbé Beaulieu , Doyen de la
Licence , & Theologal de Mortain.
MONSEIGNEUR ,
Nous ne venons point ici vous feliciter
de vôtre nouvelle élevation ; né pour tout
ce qu'il y a de grand vous êtes encore
beaucoup au deffus d'elle , & nous ne fommes
pas furpris de voir dans une des premieres
Dignitez de l'Eglife & du Royaume,
celui qui les merite toutes . Nos voeux ,
MONSEIGNEUR, avoient déja prévenu
ce que la joye publique nous apprend , &
ils plaçoient depuis long - temps au comble
des honneurs un Athlete illuftre qui s'est
lui- même élevé au comble de la gloire
dans toutes les carrieres pénibles qu'il a
couruës.
Nous en fourniffons une, MONSEIGNEUR ,

D'OCTOBRE.
où chaque pas a été pour vous une victoire.
Nous en avons été les heureux témoins ,
les Licences futures s'en fouviendront à
jamais , & peut-être vous admireront- elles
plus que nous encore , parce que le bonheur
de vous poffeder au milieu de nous
peut nous avoir trop accoutumés à vos
prodiges.
la
Nous nous faifions cependant auffi à vos
bontés, MONSEIGNEUR, & c'eft la confiance
que vous nous avez promis d'y prendre
qui nous amene ici vous ſupplier de nous
en honorer toujours . Si vous avez été l'ornement
de la Licence , Elle vous demande
grace d'en être toujours le Protecteur ;
fi vous vous êtes plû à y être aimé comme
un frere, Elle fouhaite que vous en deveniez
maintenant le pere ; & tandis que croiffant
en Emplois & en Dignitez vous allez
mettre dans un plus grand jour la fuperio- .
rité de genie , le feu & la netteté d'efprit , la
droiture de coeur , & je ne fçay quelle candeur
aimable , la fage conduite , & la
prudence qu'elle a admirés en vous , & qui
font votre caractere ; fes plus tendres defirs
feront comblez , fi vous recevez fes homages
, fi vous agréez les voux qu'Elle ne ceffera
jamais de faire pour vous , & fi vous
vous fouvenez quelquefois des Bacheliers
qui ont eu l'honneur d'être vos Confreres ,
& au nom de qui j'ay celui de vous parler.
Lettre
10 LE MERCURE
Lettre écrite de Toulou e , le 14 Septembre.
J
E puis vous affurer , Monfieur , que fi
les Peuples n'ont jamais eu tant de fujer
de faire des réjouiffances , jamais auffi ils
n'en ont fait en plus grand nombre, ni avec
tant d'acclamations. Il y a près d'un mois
que la joye des Touloufains fournit
tous les jours des fpectacles auffi agréables
que variés. Je n'ay pas deffein de les
faire tous paffer fous vos yeux ; ceux même
dont je parlerai perdront beaucoup , car
je ne fuis propre ni à leur prérer les charmes
d'une vive deſcription ,ni d'humeur à prendre
dans mon imagination de quoi les embellir.
Après avoir reçu l'heureufe nouvelle
qui a réjoui toutes les Nations , le Parlement
s'affembla & fit chanter le Te Deum
dans la Salle du Palais . La Maifon de Ville
imita le même jour l'exemple du Parle
ment, qui le tranfinit , fi j'ofe ainfi parler ,
à tous les autres Corps . Les Magiftrats ,
les Capitouls & quantité de Particuliers
éclairerent à l'entrée de la nuit les portes
& les fenêtres de leurs maifons avec des
falors , des lanternes de papier & des bougies
, en forte que prefque toute la Ville fe
trouva illuminée.
Le 20 d'Août on chanta le Te Deum à
>
l'Eglife
D'OCTOBRE.
I
Eglife Metropolitaine de S. Etienne , à
laquelle on fit le foir des illuminations qui
durerent plufieurs nuits .
Le 21 , le Corps des Marchands fit chanter
un Te Deum ; la Bourfe fut magnifiquement
illuminée. Le Prevôt des Marchands
mit le feu au bucher au bruit des
tambours & des fanfarres , ce qui fut fuivi
de plufieurs décharges de moufqueterie
& de quantité de fufées volantes.
La Royale Compagnie des Penitens
Bleus à Touloufe , eft compofée des perfonnes
les plus qualifiées de la Ville & de
la Province. M. Cortade , Docteur ès
Droits , Avocat au Parlement , Syndic de la
Compagnie, fit ce Difcours à l'Affemblée ,
convoquée extraordinairement le 18 Aouft .
MESSIEURS ,
La joye commune , que je vois répandue fur
chacun de nous , annonce le fujet qui nous affemble
, & exprime mieux ce qu'elle m'empêche
prefque de dire. Si c'eftun foulagement de par.
ler des malheurs qu'on a évitez , je puis vous.
rappeller les jours plus longs que des années , où
à la premiere nouvelle de la maladie du Roy
tout le Royaume fut faifi & accablé d'une fi vive
douleur . Dans cet abbatement general ; nos
coeurs ont crié vers le Ciel , leur voix a été
écoute ; le Roy eft gueri. Reconnoillons que
D'eu a voulu nous apprendre par les grands
Princes qu'il nous a ôrez , à cherir de plus en
plus le une Prince qu'il nous laiffe . Aimons
donc
12 LE MERCURE
donc encore davantage , s'il eft poffible , un Roy ,
que tout nous affure devoir être le digne fuc
ceffeur de tant d'Auguftes Princes , dont le nom
eft bien mieux gravé dans nos coeurs , que dans
nos Regiſtres. En lui fe trouvent toutes les
vertus & les grandes qualitez qui , avec l'amour
des Sujets , attirent l'eftime & l'admiration de
PUnivers. Puiffe cet aimable Prince , faire longtems
notre bonheur ,& être les delices du monde !
Puiffe-t'il vivre , outre fes années , celles qui ont
manqué à fon Pere & à fon Ayeul , nez pour le
bonheur des hommes , & trop tôt enlevez à la
France. Je laiffe , Meffieurs , à des perfonnes
plus dignes de louer un fi grand Roy , à faire
fon éloge , où mon amour m'avoit indifcretement
engagé. Je ne dois vous parler que des
témoignages de joye que nous devons mêler
dans les chants d'allegreffe dont toute la
France retentit , & c.
A peine le Sindic eut fini fon Difcours
que fur les propofitions , il fut deliberé
unanimement & par acclamation , qu'un
Te Deum folemnel feroit chanté dans la
Chapelle Rayale le Vendredi 22 Août .
Qu'il y auroit enfuite Feu de joye & illumination
; que chaque Officier & Confrere
de la Compagnie donneroit en fon particulier
dans fa maifon des marques de fon
attachement à la Perfonne du Roy. Que
les Compagnies Superieures feroient invi-
1
* Louis XIII fit l'honneur à la Compagnie de s'infcrire
fur fes Regiftres le 23 Novembre 1621. Louis XIV .
le 19 O&obre 1659. M. le Duc de Bourgogne le 16 Fevrier
170 , & M. le Duc de Berri le 1 Fevrier de la
même année.
tées
D'OCTOBRE .
tées d'affifter au Te Deum ; que le quatriéme
jour du mois d'Août jour heureux
auquel le Roy s'eft trouvé guéri , feroit
ajouté au nombre des jours folemnels
de la Compagnie ; & qu'à perpetuité il
feroit chanté un Te Deum tous les ans dans
la Chapelle Royale, Nos defcendaņs ne
peuvent apprendre par trop de monumens,
quel a toujours été l'amour de leurs Peres
pour leur Prince. Il est beau d'ailleurs que
nous les engagions à partager encore après
plufieurs fiècles , la joye que nous reffentons
aujourd'hui , & à rendre à Dieu d'immortelles
Actions de graces pour l'éclatant
témoignage que nous venons de recevoir
de la bonté.
Mrs. Niquet & Aimar , Confeillers au <
Parlement , Maîtres de Chapelle , & M. le
Şindic , furent chargez du foin & de l'ordre
de la Fête , où tout s'eft paffé fort heureufement,
M. Lanes fit chanter par plus de cent
voix ou inftrumens un beau Te Deum de
fa compofition . M. Boyer , Chanoine
Theologal de l'Eglife de Toulouze , Confeiller
-Clerc au Parlement , & Prieur
nommé de la Compagnie , officia . On entendit
pendant & après le Te Deum diverſes
décharges de moufqueterie du Guet à pied ,
& dans les intervales un bruit de trompettes
, de timbales & de hautbois.
L'Illumination
14
LE MERCURE
L'illumination , des deux côtez de la
grande rue des Penitens Bleus dans toute
fa longueur , commença à huit heures du
foir. Elle étoit compofée de plus de 20000
lampions , bougies ou flambeaux de cire
blanche , & des falors qui formoient les
Armes du Roy & celles de la Royale Chapelle
, qui font un Lion d'or en champ
d'azur , avec ces mots autour : Sana me
Domine.
La couverture de la Chapelle , les fenêtres
& les murs étoient chargez de lampions
qui formoient diverfes figures. La
grande Porte , fur laquelle on avoit mis le
Portrait du Roy , étoit magnifiquement
ornée , & entourée de flambeaux de cire
blanche.
-
Les Chanoines Reguliers de S. Antoine,
affociez à la Royale Compagnie , qui ont
leur Maifon dans cette grande rue , avec
une très belle façade l'illuminerent
magnifiquement , ainfi que M. d'Arexis ,
Officier de la Compagnie , qui eft fur la
même ligne.
>
Vers les 9 heures , Mrs. le Sindic & le
Maître de Chapelle , allumerent le Feu qui
avoit été preparé , ayant chacun un flambeau
orné de fleurs de lys d'or fur un fond
bleu. La moufqueterie fe fit entendre , &
plus encore les acclamations réiterées de
Vive le Roy. Ils entrerent enfuite dans la
Salle
-D'OCTOBRE.
"IS
Salle de l'Opera , qui eſt vis à - vis , où il y
eut un magnifique fouper à quatre fervices.
Plufieurs tables furent fervies en même
tems. Le Sindic commença le repas par la
fanté du Roy, que tous les convives burent
debout & découverts . Cette Santé fut celebrée
par trois décharges des Soldats du
Guet , par un nombre infini de fulées , &
par les fanfarres .
Après le repas toute la Compagnie fe
rendit chez M. Niquet , & enfuite chez
M. Cortade , precedée des trompettes &
des hautbois , où l'on trouva encore des
Feux de joye , des illuminations , & des
rafraîchiffemens en très - grande abondance .
Le 23. Août il y eut Te Deum & illumination
à l'Eglife Abbatiale de S. Sernin
, & le lendemain l'Univerfité donna
les mêmes marques de joye .
;
Le 25 , jour de la Fête de Sa Majeſté
les Jefuites firent chanter le Te Deum à
leur Maiſon Profeffe , où il y eut le foir
illumination , ainfi qu'à leur Noviciat ,
à leur Seminaire & à plufieurs Maiſons
Religieufes qui font fous leur direction ;
Mais la principale fe fit à leur College,
Le toit des bâtimens des trois cours étoit
bordé de falots , auffi près qu'ils le pouvoient
être. Les fenêtres étoient garnies
de lanternes de papier & de plufieurs
rangs de bougies. Les portes étoient auffi
ornées
16 LE MERCURE
1
>
ornées de quantité de lampions , dont la
difference difpofition étoit fort agreable.
Rien n'étoit plus beau que de voir les
trois cours dont les bâtimens font
uniformes , fi bien illuminées. Au haut
de la tour qui domine fur tous les lieux
les plus élevez du voifinage , on voyoit
une belle Piramide de lumieres , & c'eft
de cet endroit que partoient les fufées
volantes qu'on tiroit fans ceffe.
Les jeunes Penfionnaires firent /merveille
; Les uns faifoient retentir la maiſon
de frequentes acclamations de Vive le Roy ;
les autres danfoient en rond des Chanfons
, compofées à la louange de Sa Majefté
, & le tefte avec de petits ferpenteaux
caufoient un defordre fort réjouiffant dans
la marche trop unie du Peuple , qui traverfoit
en foule les trois cours. Au furplus
, on admiroit deux grands Tableaux
artiftement découpez & placez entre un
grand nombre de lumieres & l'oeil des
fpectateurs qui prefentoient chacun un
Diftique Latin , écrit en caracteres brillans ,
& entouré d'ornemens que la lumiere
en paffant à travers des papiers de differentes
couleurs , diverfifioit très - agreablement.
>
Je finirai cet article par une petite Piéce,
34.
dont un de ces Penfionnaires eft l'Auteur.-
Les
D'OCTOBR E. 17
Les Penfionnaires du College des PP. Jeſuites
de Toulouſe , aux Penſionnaires du
College des Pr. Jefuites de Paris .
V
EPITRE.
Ous êtes des Seigneurs au prix de nous j
mais quay ?
Vivant tous fous de mêmes Peres ,
Nous nous pouvons nommer freres, je croy.
Ça done , Freres , bon jour , bon-jour nos très..
chers freres,
A la Cour aujourd'huy fervés- nous d'Emiffaires ,
Et mandés- nous des nouvelles du Roy.
Les filles du Stix fur fa vie
Ont eu , dit- on , de criminels deffeins.
Le fort d'un fi bon Prince eft- il entre leurs mains
Inftruifés nous- en , je vous prie ,
Quoy ? faut- il pour LOUIS redouter leur furie,
Lui compte - t'on des jours comme aux autres Hu
mains !
Puiffent les Dieux aux dépens de nos tétes
Conferver aux François des jours fi precieux !
Ils viennent d'écarter d'effroyables tempêtes.
De ce bienfait nos coeurs s'acquittent envers eux;
Et cependant l'éclat de nos petites fêtes
Ranime ici les Ris , les Flaifirs & les Jeux.
B Du
1
18 MERCURE LE
Du Ciel vous devés voir les voûtes embrafées
Quand vous tournés les yeux vers ce féjour.
L'air eft par tout en feu ; nos brillantes fufées ,
Au milieu de la nuit nous font trouver le jour
Et de les avoir compofées ,
Chacun de nous s'applaudit tour à tour.
VIVE LOUIS ! nos murs , nos feux , femblent
le dire;
Avec nous mille fois les échos l'ont redit.
VIVE LOUIS ! ces mots ne ſe peuvent bien lire,,
Qu'en nos coeurs où l'Amour de nouveau les
écrit ,
Tandis que fur nos fronts le plaifir femble écrire
Que LOUIS vit.
Par les fuperbes Jeux qui fe font chés vous autres,,
De tout Paris les yeux font réjouïs ,
Et les nôtres , dit on , en feroient éblouis .
Nous le croyons : vos Jux l'emportent fur les
nôtres ;
Mais je croy que nos coeurs l'emportent fur les
vôtres
Par l'amour qu'ils ont pour LOUIS .
A peine il eft guéri , qu'il nous le fait apprendre
Cette bonté ne fe peut bien comprendre
Encore en ce moment nous nous en furprenons.
Mais ce qui doit plus nous furprendre
Vous êtes peu furpris , & fans tant de façons
Vous
D'OCTOBRE. 19
Vous renvoyés au Roy , quoy ? des Chanfons
!
En fon deshabillé votre petite Muſe
Court au lever du Roy ; librement elle en uſe ,
Elle folâtre fans façon,
4 Porte lyre, prend cornemuſe ,
Et des gens du Village affecte le jargon.
La nôtre a plus de refpect pour le Prince,
Elle eût pris pour le voir tous fes plus beaux
atours ;
Et n'auroit point ufé d'un langage fi mince ,
A celebrer LOUIS s'inftruifant tous les jours,
Helas ! elle fe plaint qu'on ne peut en Province ,
Pour le louer, trouver d'affez beaux tours.
Vous êtes franchement de petits temeraires ;
Ma foi , LOUIS vous gâte , il eft trop bon ma
foi....
Nous parlons , dirés vous , par envie , oh ! mes
freres ;
Vous le croyés ; hé bien , comme vous je le croi,
Soiés contens : en Cour fervés nous d'Emiſſaires,
Et mandés nous des nouvelles du Roi.
Le même jour as Août , les Treforiers
de France , après les Actions de graces ren-
* Le Roi ayant fait fçavoir fa guériſon aux Penſion
naires , ils lui envoyerent pour le remercier une Chanfon
impromptue
Bij dues
10 LE MERCURES
dues au Tout-puiffant,illuminerent magnifiquement
la Place du Salin , où l'on tira
quantité de lances à feu , au bruit des tambours
, des trompettes & des décharges de
moufquererie.
Le 27 fut remarquable par les réjouïlfances
de la nouvelle Academie de Mufique
, formée fur le modele de celle de
Montpellier. Elle doit fa naiffance à quelques
jeunes gens , qui en ayant conçu
l'idée lorqu'ils mangeoient un Alloyau ,
s'affemblerent les jours fuivans autour d'un
pareil mets , pour en dreffer les Statuts. Ils
prirent le titre d'Academiciens de l'Aloyaus.
de crainte fans doute qu'on ne le leur
donnât. Cette Academie eft à prefent com
pofée de tout ce qu'il y a de gens de merite
& de confideration dans la Ville . Ceux
qui y font reçûs donnent cent livres par
an ; moyennant quoi ils ont place pour
eux & pour deux de leurs amis , aux Con
certs qu'on donne deux fois la femaine.
Ces Meffieurs firent chanter le Te Deum
de Lully , d'une maniere à n'y rien defirer
; avec les plus excellentes voix & les
meilleurs Symphoniſtes de la Ville , les
perfonnes les plus diftinguées dans la Robe
& dans l'Epée qui s'appliquent à la Mufique
, y chanterent ou y jouérent des inftrumens.
La maifon de l'Affemblée , où
les Academiciens fouperent , fut ornée
en
D'OCTOBRE. 21
en dehors de quantité de Buftes & de Tableaux
, & parfaitement illuminée. Deux
fontaines de Vin coulerent toute la nuit.
Le 28 on chanta le Te Deum dans la
Metropole par ordre de la Cour. Le Parlement
, les Capitouls , l'Univerfité y affifterent.
Il y eut le foir dans la Ville illumination
generale , des feux de joye
dans toutes les rues , au tour defquels on
voyoit le Peuple danfer , & c.
Le 29 , les Notaires & l'Academie des
Jeux Floraux donnerent aufli des marques
de leur joye après la Meffe , le Te Deum ,
& c .
Le 30 & les jours fuivans , il y eut encore
d'autres fêtes & folemnitez . Le Peuple
affiftoit en foule à ces ceremonies , &
on peut affurer que la devotion y en attiroit
beaucoup plus que la curiofité. Je
fus fur-tour fort édifié d'une bonne vieille ,
auprès de qui je me trouvai à un de ces Te
Deum ; elle fe profternoit plufieurs fois la
face contre terre , en parcourant fon Chapelet
, & en difant avec ferveur fur chaque
grain Vive le Roy , Amen.
Les PP. de l'Oratoire ont pris part à la
joye publique de la maniere du monde la
plus Chrétienne. Adorant la main du
Très- Haut dans la confervation de S. M.
ils lui ont témoigné leur reconnoiffance
en la perfonne de fes ineinbres fouffrans
aufquels
22 LE MERCURE
aufquels ils diftribuérent une fomme d'ar
gent très-confiderable , eu égard au grand
nombre de befoins qu'elle foulagea.
Le 2 Septembre Mrs. de la Monnoye ſe
fignalerent en fomptuofitez , & le 4 le Te
Deum & Fillumination fut chez les Peni
tens Gris , qui découvrirent une partie
du toit de leur Chapelle pour le mieux
illuminer ; & felon le génie propre aux
Artifans ils drefferent fur la Porte un
grand échafaut , où l'on voyoit fur un dais
de papier doré , la reprefentation du Roy
tenant fon Lit de Juftice .
Le s5, la
Confrerie
des
Penitens
Noirs
,
prefque
entierement
compofée
de
riches
Marchands
, fit
des
réjouiffances
dignes
de
terminer
toutes
les
autres
.
Le
dehors
de
leur
magnifique
Chapelle
, fut
après
le
Te
Deum
très
- ingenieufement
illuminé
par
plufieurs
rangées
de
lanternes
, de
bougies
, de
falots
& de
flambeaux
de
cire
blanche
, qui
éclairoient
nombre
de
Devifes
, au
milieu
defquelles
le
Portrait
du
Roy
étoit
placé
fous
un
Dais
. Voici
deux
de
ces
Devifes
que
j'ai
retenues
. Un
Soleil
fortant
d'un
nuage
, &
pour
ame
ces
mots
,
Nunc
illuftrabit
omnia
. Le
Soleil
qui
fort
de
l'Eclipfe
, &
Terruit
orbem
. Les
maifons
autour
de
la
place
étoient
illuminées
;
on
avoit
élevé
des
Arcs
de
Triomphe
au
bout
des
quatre
rues
qui
y aboutiffent
,
*
22
qui
D'OCTOBRE. 23
qui faifoient face au Feu d'artifice conftruit
au milieu de la place en forme d'o .
belifque , & qui fut très - heureulement
executé. Je fuis , & c.
LARR
Lettre écrite aux Auteurs du Mercure.
Le 20 Septembre 1721 .
E vous écris un peu piqué , Meffieurs ,
diter un Ouvrage pour lequel j'ay toujours
eu une furieuſe prévention ; un Ouvrage
qu'une poffeffion de plus de 30 années
fembloit avoir mis hors d'infulte ; un Ouvrage
enfin,qui peut- être eft le plus achevé
qu'on ait vû fur nos Theâtres , depuis
qu'on a perdu ces grands Homines , qui
ont fait les delices du fiécle de Louis XIV.
& qui ont tant contribué aux plaifirs & à
la gloire de la Nation .
Vous m'entendez , Meffieurs , & vous
jugez bien que je parle d'Alcibiade . Vous
dires que du Rier eft un des Poëtes Dramatiques
du fiècle paffé qui a le plus travaillé
& fur les terres duquel nos Anteurs
modernes ont le plus fourrage. Pour s'en
-convaincre par un exemple du moins , on
´n'a qu'à comparer la Tragedie de cet¹ Auteur,
avec la Tragedie moderne d'Alcibiade,
an trouvera que c'est presque la même chofe,
non feulement pour la conduite totale , mais
même
24
LE
MERCURE
même pour quantité de Vers copiez tout de
Suite.
Oui , Meffieurs , je le foutiens avec confiance
; j'ay les deux Fiéces fous mes yeux,
le Themistocle , & l'Alcibiade ne fe reffemblent
en prefque aucune de leurs parties
: le fond du fujet des deux Tragedies
eft la retraite de ces deux illuftres Atheniens
en Perfe. Plutarque a écrit leurs vies , &
a fourni la matiere des deux Poëmes ;
les deux fujets ont été maniez differemment
; d'ailleurs , & ce n'eft pas une nouveauté
au Parnaffe , le même fujet peut
être traité par differens Auteurs. Les deux
Corneilles & Racine nous en fourniroient
au beſoin des exemples .
Je ne veux pas faire une profonde analife
de ces deux Ouvrages ; ils font entre
les mains de tout le monde , Ribou a imprimé
en 1705 le Themistocle , avec plufieurs
autres Tragedies fous le titre de
Theâtre François . Il y a peu de gens à qui
l'Alcibiade ne foit connu , & qui n'ayent
pris plaifir à apprendre une multitude de
traits admirables & brillans dont cette
Piéce eft remplie.
A Dieu ne plaife que je veuille atta
quer Du Rier : mais fon Themistocle eft
peut être le plus mauvais & le moins fuivi
de tous fes Ouvrages . Themiftocle n'aime
ni fon païs , ni la Perfe , ni la Maîtreffe
que
D'OCTOBRE. 25
que du Rier lui donne , c'eft un perfonnage
ambigu & équivoque , qui ne fçauroit
attacher. Mandane & Palmis , mere &
file , parentes de Xerxés , font ( ou peu
s'en faut ) deux vifionaires , dont les fentimens
n'ont rien d'intereffant ni de determiné.
Xerxés foutient affez mal le caractere
de Roy. Artabaze , premier Miniſtre,
n'est qu'un mêchant qu'on ne punit point.
La feule Roxane Confidente de Mandane ,
eft veritablement amoureufe de Themifto- -
cle cetté paffion tombant fur un perfonnage
bas , fait un miferable effet. Enfin
Themiftocle contre la verité de l'hiftoire
époufe Palmis , & Xerxès promet à Themistocle
de ne jamais faire la guerre à la
Grece. Voilà à peu près le portrait des
perfommages , & la cataſtrophe du Themiftocle
; peu de beaux traits . On doit cependant
être touché de celui- cy , il eft dans
la bouche de Palinis , elle parle de Themiftocle
:
Son exil trop injufte eft le crime d'autrui s
Mais en dépit du fort fes vertus font à lui.
A l'égard de l'Alcibiade , fon Auteur s'eft
attaché à le peindre tel que les Hiftoriens
& les Poëtes nous le reprefentent , beau ,
vaillant , plein d'efprit & voluptueux ; c'eft
ici un Grec idolâtre de fa Patrie , il aime
mieux mourir par la main de fes Conci-
C toyens ,
L
26 LE MERCURE
toyens , que de porter la guerre dans fon
pays natal ; Artaxerxés eft un veritable
Roy , occupé de la gloire & de la grandeur
de fon Etat ; il croit que la faine Politique
lui doit faire gagner Alcibiade , ou qu'elle
l'engage à l'abandonner à la fureur de la
Grece il parle ainfi de ce profcrit à Artemife
:
Infenfible , & fidele à nos mortelles hainės ,
·
Verra t'il d'un oeil fec tomber les nurs
d'Athenes ?
Et refufera - t'il fon bras victorieux
A la Grece mourante & mourante à fes yeux?
Quelle nobleffe dans ce difcours ? &
qu'il eft digne de la majefté de celui qui
le prononce ! Les amours d'Artemife , &
fur- tout celles de Palmis , font ménagées
avec une adreffe & une fageffe infinies.
Les fituations de la Piéce en general font
touchantes , heureufes & Theâtrales. Tout
y court au dénouement
, & tout agit avec
ordre. Les moeurs des Perfes & des Grecs
y font confervées avec fcrupule , l'on y
ramene avec avantage les principales
guerres que ces deux Peuples ont eues enfemblc
; enfin , Meffieurs , fi l'on excepte
le feul trait que je vais rapporter
, on ne
trouveia rien dans le Themistocle
dont
l'Auteur d'Alcibiade
ait voulu profiter ,
& ceux qui voudront juger avec équité
remarqueront
1
D'OCTOBRE. 27
remarqueront fans peine que le moderne
s'eft étudié avec foin & avec raifon à évi
ter l'ancien. Voici l'endroit imité. Xerxés
accorde Palmis à Themiftocle ; & l'invite
à le fervir contre la Grece celui - cy oppole
feulement à Xerxés que ce feroit travailler
pour
la gloire de la Grece ,
Que de faire paroître aux yeux de l'Univers ,
Qu'on eut befoin d'un Grec pour la reduire
aux fers ,
Et que pour triompher de fon orgueil extréme
Il vous fallut un bras qui fortît d'elle- même .
Le moderne tourne cette penfée d'unc
maniere bien plus agreable.
Voulés- vous qu'on publie un jour dan
l'avenir
Qu'il vous fallut un Grec , Seigneur , pous
la punir :
Et qu'elle auroit joui d'une gloire immor.
telle ,
Si l'un de ses enfans n'eût confpiré contre
elle.
Qu'on foit plagiaire à ce prix ; ce font
des copies qui dépriferont toujours les originaux
.
C'eft , Meffieurs , je le repete , le feul
Cij
trait
28 LE MERCURE
trait que l'Auteur d'Alcibiade a emprunté
de du Rier : il n'y a qu'à lire ces deux Piéces
pour s'en convaincre , & c . Je fuis , &c.
J
REPONSE.
>
E vous affure , Monfieur , qu'en parlant
d'Alcibiade nous n'avons nullement
prétendu infulter à l'Ouvrage ni à l'Auteur,
on doit à l'un & à l'autre de juftes éloges ;
le merite de cette Tragedie eft fi connu ?
que fi nous la difions mauvaife, tout le Public
nous démentiroit ; mais nous fommes
perfuadez avec ce même Public que fi du
Rier n'avoit jamais fait fa Tragedie de
Themistocle , peut - être n'y auroit - il jamais
eu de Tragedie d'Alcibiade, du moins
auffi belle que celle dont il eft ici queſtion ;
car nous ne demeurerons pas d'accord avec
vous , quelque connoiffance que vous ayez
du Theâtre ancien , que le Themiftocle de
du Rier foit le plus mauvais & le moins
fuivi de fes Ouvrages ; fi vous le prouviés,
Monfieur , vous releveriés beaucoup les
autres Pièces de cet Auteur , & vous ne lui
donneriés pas un petit éloge. A l'égard
des Vers d'Alcibiade , dont vous avez fait
choix , fi vous les citez comme les plus
beaux , c'eft encore une chofe dont nous ne
conviendrons pas . Voilà , Monfieur , nos
fentimens , que nous foumettons à ceux du
Public. Je fuis , & c.
SUITE
D'OCTOBRE
SUITE DU VOYAGE
de Zulma.
HISTOIRE DE HASSAM
& de Zatime.
M
On pere s'appelloit Haffam , &
ma mere Zatime , ( c'eft Almanfine
qui parle au Sultan :) Il étoit Bacha
de l'Ifle de Chio avant Uffin ,
qui a eu fa place par la tromperie
qu'il lui a faite . Haffam & Zatime avoient l'un
pour l'autre la plus violente paffion que l'on
puiffe avoir , elle étoit tendre & remplie de delicateffe
, comme ils n'ont jamais eu d'enfans que
moi , j'en ai toujours été témoin , & c'eſt par
eux , Seigneur, que j'ai commencé à connoître
le bonheur d'une paffion mutuelle ; Uffin m'a
appris depuis par les malheurs qu'il a caufés à
moi & à ma mere , que l'amour eft à craindre
quand il eft joint avec l'autorité , & que l'op
n'eft pas difpofé à y répondre.
Il étoit ami de mon pere pendant qu'il étoit
Bacha , Haffam avoit tant de confiance en Za
time , qu'il ne craignoit point de la laiffer voir
à fes amis , & de la faire manger avec lui &
eux. Uffin en devint amoureux , il fit des promeffes
& des menaces à Zatime pour la gagner ;
elle y refifta long temps fans avertir Hallam ,
mais laffe de fes perfecutions , elle le lui dit
enfin : Hallam étoit le maître dans l'Ifle , il
ordonna a Uffin d'en fortir ; il viot à la Porte
fe plaindre d'Hallam ; il lui fuppofa mille
Giij crimes ;
30 LE MERCURE
crimes ; on lui donna la place de mon pere ,
& on le renvoya à Chio avec les muets pour lui
demander fa tête ; il en fut averti une heure avant
qu'ils arrivaffent ; il n'eut que le temps de fe
fauver. Uffin fit vendre ma mere & moi, & tous
les meubles au plus offrant ; il l'acheta & moi
auffi ; elle lui a toujours refifté , & pour s'en
venger , il m'a revendue à uu Marchand de
Conftantinople qui étoit à Chio , pour acheter
des Efclaves , c'eſt celui qui me vendit hier
au Vilir.
Je vous ai parlé , Seigneur , avec précipita
tion de l'amour , parce que je voulois avoir le
temps de vous dire ce que je penfe avant que
vous euffiez pris aucune refolution fur la maniere
dont vous voulés en ufer avec moi .
>
Je fuis fille de Zatime , Seigneur , j'ai autant
de courage qu'elle , & je mourray plutôt
quoi que je fois votre esclave , que de vous
obéir , fi vous voulez avoir par force ce qui ne
peut être agréable que par un confentement
reciproque , fi je fuis affés heureuſe pour vous
plaire , vous devés fonger à vous faire aimer
avant que de vous faire obéir .
>
C'eft mon fentiment auffi bien que le vôtre ,
lui répondit le Sultan , c'eft fans doute le peu
de delicateſſe des Muſulmans , qui leur fait enfermer
leurs femmes avec tant de précautions
& en fi grand nombre ; c'eft une façon de penfer
differente qui m'a fait demander au Vifir
fa fille , j'ai crû que je trouverois en elle
à caufe de fon éducation , plus de goût à l'aimer,
& que j'en ferois aimé de même , qu'elle
me fçauroit gré de l'avoir choifie , que cette preference
lui infpireroit tout au moins une reconnoiffance
qui avec le temps amene de l'an
our quand les femmes ne font pas prévenuës
pour un autre,
Avec
D'OCTOBRE. 31
Avec cette façon de penfer , Seigneur, lui dit
Almanfine , vous avés raifon de croire qu'il
n'y a qu'une prévention , même bien forte , qui
puifle empêcher que l'on ne vous aime.
Je n'ai aucun regret à la fille du Vifir , lui
dit le Sultan , puifque je trouve en vous ce que
je cherchois en elle , je veux cependant le punis
de fon infolente tromperie.
Ah ! Seigneur , reprit Almanfine , vous venés
de me dire que vous vouliés fonger à me plaire,
ce feroit mal commencer que de me donner le
regret d'avoir caufé la mort à un homme qui
a cru faire mon bonheur , quoi que par une
tromperie.
Je conviens , lui dit ce Sultan , de ce que
je vous ai dit , & je veux vous le confirmer
en ne tirant point du Vifir cette vengeance qui
eft jufte cependant , mais vous ne le voulez pas ,
eela fuffit.
Dites moi feulement , Almanfine , avés- vous
vû la fille du Vifir ? oüi Seigneur , j'ai paffe
cette nuit avec elle ; vous pourés donc , reprit
le Sultan , fi on vous la fait voir, la reconnoître
? oui , Seigneur , répondit Almanfine , mais
fr vous avés fur elle quelque deffein pareil à
celui que vous aviés fur le Vifir , je vous demande
encore fa grace ; elle ne fçait point la
tromperie de fon pere , elle croit feulement ,
par ce qu'il lui a dit , qu'il m'a achetée pour
vous , elle a mis tous fes foins à me parer pour
me mettre plus à portée de vous plaire dans
le peu que je l'ay vûe , elle m'a paru remplie de
bonté & de douceur.
Non , lui dit le Sultan , je ne veux point la
punir d'une façon fi cruelle , je veux feulement
donner par elle à fon pere la plus grande mor.
tification qu'il puiffe aveir.
Le Sultan quitta enfuite Almanfine ,
C iiij
en
l'affurant
22 LE MERCURE
l'affurant de fon amour & de fa complaifance a
toutes fes volontés ; eile l'en remercia avec modeftie
& beaucoup de froideur : elle fe retira
dans l'appartement qu'on lui avoit deſtiné ; elle
ypaffa la nuit à faire des reflexions für les bontés
du Sultan ; elle auroit fouhaité pouvoir en
être touchée ; mais elle avoit été fi frappée de la
vûë d'Achmet: & des regards tendres qu'il avoit
jettés fur elle , qu'il lui étoit imposible d'en
éloigner fa penfée, el'e prit la refolution de mourir
plutôt que de donner de l'efperance au Sultan ,
fans en avoir confervé de revoir jamais Achmet.
Cependant le Sultan envoya chercher le Vifir
Je lendemain , après la priere du matin , pour
lui venir parler dans le moment.
Il arriva avec un air gay , ne doutant pas
que le Sultan ne fut content , & que ce ne fût
pour lui faire part de fes plaifi.s qu'il l'avoit
envoyé chercher , il fat fuipris de le trouver
avec un vifage fevere .
Il lui dit , vous m'avés trompé , Amulaxi ::
l'Esclave que vous m'avés amenée n'est point
votre fille vous auriés payé de votre vie cette
fauffeté , fi elle ne m'avoit demandé en grace
de n'en rien faire ; mais je fçay un autre moyen
de vous punir encore plus feverement : allés
chercher votre fille , je veux qu'elle foit en ma.
puiffance ; ou elle , vous & votre fils ferés punis
de votre refus par les plus grands fupplices.
Amulaki fe retira fans rien dire ; à peine put il
arriver jufques chés lui : fon fils vint le recevoir
à la porte comme à fon ordinaire ; il étoit
lui-même dans un état qui l'empêcha de remar
quer le vifage affligé de fon pere ; il s'attendoit
qu'il alloit lui donner la mort , par le.
recit qu'il ne doutoit pas que le Sultan li ve-
Doit de faire de ce qui fe feroit paffé entre Almanfine
& lui ,
LG
D'OCTOBRE. 33
Le Vibr le prit par la main fans lui rien dire ,
& fans fe donner le temps d'aller jufques chés
lui ; il entra dans unè falle baffe , & lui dit avec
precipitation ; Achmet , mon malheur ne fe peut
furmonter ; l'Efclave a dit au Sultan qu'elle
n'étoit point ma fille , & le Sultan me redemande
votre foeur , que ferons -nous ?
Seigneur , lui dit Achmet ( qu'une fecrete
joie faifit ), puifque le Sultan veut vous donner
ce chagrin , il n'eft pas content d'Almanfine ,
elle ne lui a pas fait plus d'impreffion que les
autres : il eft aifé de voir qu'elle ne lui plaît pas,
puis qu'il eft fâché , felon toutes les apparences ,
de la tromperie que vous lui avés faite ; s'il étoir
devenu amoureux d'Almanfine il ne fongeroit
pas à ma foeur ; mais Seigneur , ayés la bonté
de me dire ce qu'il vous a dit , j'en jugerar
encore mieux par le recit.
Le Vifir dit à Achmet , le vifage fevere qu'il'
avoit trouvé au Sultan,& les mêmes paroles qu'il
lui avoit dites : Seigneur , lui répondit Achmet
quand il eut fini fon recit ; il eft plus aifé de
remedier à cet inconvenient qu'à l'autre ; nous
nous reffemblons ma foeur & moi ; vous ne
m'avés point encore fait faire ma Cour au Sultan,
faites prendre à ma foeur mes habits , donnés
moi les fiens , je vais vous fuivre , & vous me
prefenterés au Sultan.
Et que voulés v s- vous , lui dit le Vifir' , en l'in
terrompant , quail faffe de vous quand vous ferés
dans le Serrail ? Seigneur , lui dit Achmet ,
puis qu'il eft mal content de vous , il ne demande
ma four que pour vous punir , & certainement
ce n'eft pas pour en faire une Sulcane?
favorite laiffés- moi jouer le perfonnage de ma
four,foit par Almanfine (fi le Sultan l'aime) ou par
ma dexterité , je fortirai de ceci à mon honneur.
La Vifir aimoit fon fils , mais fon amitié pour
lui
34 LE MERCURE
lui ne pouvoit fe comparer à la paffion qu'i
avoit pour fa fille , quoi que le perfonnage qu'il
vouloit faire les mit l'un & l'autre en danger ,
il ne put refifter à fa propofition , il prit le
parti de le laiffer faire.
Achmet s'habilla des habits de fa foeur , fa
jeuneffe & fa beauté rendirent fon déguiſement
très-vrai-femblable ; le Vifir lui- même en fut
furpris : il le mena enfuite au Sultan , qui ne
daigna pas feulement la faire dévoiler , pour
marquer plus de mépris au Vifir ; le Sultan avoit
fait venir dans fa chambre le Chef des Eunu.
ques ; il lui dit en prefence du Vifir Haly ,
menés la fille d'Amulaki devant Almanfine ,
qu'elle vous dife fi elle la reconnoît , & fi ce
n'eft pas encore une tromperie , fi elle dit que
c'eſt elle , vous lui ferés donner un habit d'Efclave
; je vous dirai à quoi je la deftine : enfuite
addreffant la parole au Vifir , il lui dit , Amulaki
, je vous donne votre maifon pour priſon,
& à votre fils , jufqu'à ce que je vous envoye
un ordre d'en fortir : votre fille eft deſtinée
à fervir d'Efclave dans le Serrail aux fervices les
plus bas ; je vous le repete encore , fans les
bontés d'Almanfine vous auriés eu l'un & l'autre
une deftinée plus tragique , mais moins
malheureuſe .
Le Viſir ſe retira , Haly conduifit la pretenduë
fille du Vifir devant Almanfine ; Madame , lui
dit-il , le Sultan vous envoye la fille du Vilir ;
il m'a chargé de fçavoir de vous fi vous la reconnoiflés
, & fi c'est bien certainement elle s
vôtre réponſe doit decider de fon fort : vous
lui avés deffendu de ne le point faire mourir ,
à votre confideration il veut bien ne tirer d'au
tre vengeance que de la faire fervir d'Efclave
dans le Serrail ; en achevant ces paroles Haly
leva le voile à la fauffe Attalide ; Almanfine la re
connut
D'OCTOBRE. 35
connut pour Achmet , fon trouble fut fi grand ;
qu'elle penfa tomber de fon haut fur un fopha
qui étoit derriere elle : mais le danger d'Achmet
Jui donna des forces pour répondre ; vous pouvés
, dit- elle , Haly , affurer le Sultan que c'eſt
elle , mais dites lui en même-temps que s'il me
l'envoye pour fatisfaire ma vanité ou pour la
maltraiter , qu'il s'eft trompé , il ne connoît
pas mon caractere : fi ce n'eft que pour punir
fon pere ,je ne fçaurois m'oppofer à fa volonté.
Haly fit apporter un habit d'Eſclave , qu'il
laiſſa à Attalide , & fortit pour aller rendre
compte au grand Seigneur de ce qu'Almanfine
venoit de dire.
Quand Haly fut forti , Almanfine voulut diré
quelque chofe à la nouvelle Efclave , & feindre
de ne la pas reconnoître , comme en effet la
reflemblance étoit grande , & qu'elle les avois
vû peu l'un & l'autre , cela pouvoit paroître
vrai ſemblable à Achmet , mais il avoit eu trop
d'attention au mouvement naturel de fon vifage,
pour ne fe pas être apperçu qu'elle l'avoit reconnu
, il attendoit en la regardant qu'elle prit
la parole.
Almanfine avoit les yeux baiffés , & vouloit
commencer un difcours qu'elle ne pouvoit proferer
par le battement de coeur que lui donnoit
la prefence d'Achmet : elle fut quelque
temps fans rien dire ; elle alloit enfin commencer
de parler , lors qu'elle entendit arriver le
Sultan : fauvés vous , lui dit elle , le Sultan
vient ici , il feroit peut être fâché de vous voir
fans votre habit d'Efclave , allés le mettre , &
ne vous montrés pas devant lui que je ne vous
en aye donné la permiffion.
Achmet fortit fans rien dire , il prit l'habit
d'Efclave pour aller le mettre dans une chambr
: où Almanfine l'avoit pouflé elle mêmes
cette
36
MERCURE LE
cette chambre étoit derriere celle d'Almanfine
elle fe communiquoit par une porte à la ruelle
du lit elle avoit un dégagement dans un Coridor
, où rendo ent tous les appartemens des
Sultanes ; celui d'Almanfine étoit le premier
& celui qui eft destiné de tout temps à la Sultane
favorite . La chambre où Achmet entra par
l'ordre d'Almanfine , étoit celle où demeurent
les Efclaves qui font attachées à elle en particulier
; il y a d'autres Efclaves qui fervent tour
tes les Sultanes fans diftinction , felon qu'elles en
ont befoin ; c'êtoit de celles de ce dernier étage
à quoi le Sultan avoit deftiné la fille du Vifir.
Il entra dans la chambre d'Almanfine , elle
prit la parole la premiere , avec un vifage plus
gay que le jour precedent : elle lui dit , Seigneur
, je fuis toute émuë de compaffion pour
Attalide ( c'eft le nom de la fille du Vifir ) elle
prend fon malheur avec douceut , j'en fuis
même fi contente , que je vous prie de ne la
faire fervir que moi , elle borne là toute fon
ambition : j'auray foir qu'elle ne fe montre pas
devant vous ; cette derniere preuve de votre
bonté me comblera de joie , & augmentera ma
reconnoiffance
Je voulois l'humilier davantage , lui répondit
le Sultan , mais vous êtes la maîtreffe , pourvu
que le Vifir la croye bien malheureufe , qu'il foit
bien perfuadé qu'il ne la reverra jamais , cela
faffit à ma vengeance.
Almanfine remercia le Sultan ; il commença
avec elle une converfation fort tendre , Almanfine
y répondoit avec tant de diftraction , que
le Sultan qui n'en fçavoit pas la caufe , en prit
une joie fecrete ; elle avoit le vifage plus doux
& plus gay dans des momens , tout cela lui :
paroiffoit un préfage qu'il ne lui déplairoit
pas : il fortit de chés elle plus tard qu'il n'a
voit deffein de faire. Almanfine
D'OCTOBRE. 37
Almanfine en étoit defefperée , la crainte
qu'elle avoit que la converfation ne fe tournât.
de façon à lui donner envie de voir la fauffe
Attalide , faifoit qu'elle n'ofoit l'interrompre ,
ni le faire appercevoir que fes affaires l'appelloient
ailleurs : c'étoit la raison qu'il lui
avoit dite la veille en lui demandant excufe de
la quitter fi promptement.
Pour comprendre l'état où elle étoit , il fau
droit être femme , avoir été enfermée par un
mary jaloux & puillant , il faudroit en même
temps avoir été dans l'attente d'un premier
rendez - vous avec un amant qui hazarde fa vie
pour marquer fon amour ; mais une pareille
fituation eft difficile à trouver : je ne me flate
pas de pouvoir la faire entendré , ni de pouvoir
l'exprimer.
Achmet étoit à la porte de la chambre qui
communiquoit , comme j'ai déja dit , à celle
d'Almanfine , il y étoit demeuré pour entendre
les difcours du Sultan , il croyoit même que
les chofes iroient plus loin que la converfation ;
il ne pouvoit s'imaginer que le Sultan fut demeuré
dans cette retenuë fans un miracle ; tout
ce qu'il avoit entendu lui faifoit voir clairement
qu'elle n'avoit jamais été plus loin : il
étoit dans le tranfport que doit donner une
joie auffi peu attendue , lors qu'Almanfine alla
droit à cette chambre lui rendre compte
de ce qu'elle avoit dit au Sultan , & pour lui apprendre
qu'il demeureroit auprès d'elle . Son deffein
étoit , comme je l'ai déja dit , de feindre
qu'elle ne l'avoit pas reconnu pour être plus en
liberté avec lui , & pour éviter l'embarras d'une
premiere converfation ; une femme fait toujours
Faveu d'une paffion le plus tard qu'elle peut,
fur tout quand c'eft la premiere.
pour
Almantine approcha donc de la porte , elle
38 LE MERCURE
y trouva Achmet , fon amour & le tranſport
de la joie où il étoit le firent tomber à fes
pieds vous m'avez reconnu , Madame , lui
di:-il , il n'eft plus temps de me le cacher , je
re me fuis pas encore flaté que ma prefence
vous fût agreable ; je fçay que vous pouvés
difpofer de ma vie , elle eft entre vos mains
mais quoi qu'il puiffe m'arriver à l'avenir , je
ne fçaurois plus être malheureux , puifque rien
ne peut me priver de vous voir & de vous
aimer que la mort ; je ne puis plus fortir d'ici
que par cette voye , c'est ce qui cauſe mon
tranfport jugés à quel point il feroit s'il
m'étoit permis de croire qu'un autre motif que
votre bonté vous a fait demander au Sultan de
m'attacher à vous feule , & de rendre ma condition
fi douce.
Je fuis trop fincere , lui répondit Almanfine ,
pour vous dire que je vous ai cru Attalide
quoi que vous vous reffembliés fort , je vous
avois vu dans l'appartement au bout du jardin ,
j'avois crû que c'éroit pour vous que le Vifir
m'achetoit , ne doutant pas qu'il n'eût affés de
femmes pour n'avoir pas envie d'en acheter
davantage ; cette penfée m'avoit donné une
grande attention à vous regarder ; vous pouvés
même vous en être apperçu ; ma ſurpriſe & mon
affliction furent à l'excès , quand j'entendis qu'il
faifoit le marché pour lui , & qu'il m'emmenoit
fans vous rien dire , elle augmenta encore le
lendemain, quand il m'aprit qu'il me deftinoit au
Serrail Je faifois fi peu de cas de cet honneur ,
que je ne trouvois de confolation pour moi que
de ne point plaire au Grand Seigneur ; il lui
avoit promis en ma prefence de me rendre à
fui en cas que cela fût avant de m'avoir fait
dévoiler ; mais j'ai été affés malheureuſe pour
que notre grand Prophete n'ait eu aucun
égard
D'OCTOBRE.
égard à mes prieres ; le Sultan après m'avoir
vie m'a gardée , & quoi que jufqu'ici j'aye lieu
de me flatter qu'il aura pour moi plus d'égard
que les Sultans n'en ont ordinairement pour
leurs Efclaves , les chofes ne peuvent pas fubfifter
fur le pied où elles font , j'avois pris un parti
dont j'aurai le temps de vous parler ; mais votre
arrivée ici que je ne puis comprendre , l'inquietude
qu'elle me donne , jointe à la paſſion
que vous me marqués , dont la preuve eſt ſi
hazardeuſe , dérange mon projet.
Vous ne me parlés , Madame , que de mes fentimens
pour vous , lui dit Achmet ; j'ai été affés
heureux pour trouver une occafion de vous les
prouver, fans que vous puiffiés en être offenſée ;
mais vous ne me dites point s'ils vous ſont agréables
, c'eft de cela cependant que dépend ma vie
ou ma mort.
Vous avés penetré avec une grande vivacité,
Ipi répondit Almanfine , que je vous avois reconnu
le parti que vous avés pris de venir
vous enfermer ici , quoi que j'en ignore le
moyen , ne m'en laiffe pas ignorer la caufe ,
tout cela me donne lieu de croire que vous fçavés
ce que je penfe ; il ne vient gueres dans
l'efprit d'un homme qui ne fe croit pas aimé ,
un deffein pareil au vôtre.
Quand j'aurois eu lieu , reprit Achmet , de
me flatter , Madame , je ne l'aurois pas pu faire ;
vous n'aimés point , Madame , fi vous ne fentés
pas que l'on doute toujours de fon bonheur ,
quoi que l'on ait lieu d'efperer ; ce que j'ai fait
vient moins de ma confiance que de mon defefpoir
, l'impoffibilité de vivre fans vous voir m'a
fait hazarder de vous donner une marque d'amour
ficonvaincante que vous ne puiffiez dous
ter de mes fentimens , que vous auriés peut- être
ignorés toute votre vie je voulois en même
temps
*0 LE MERCURE
temps vous obliger à plaindre ma mort , je fçai
que je ne puis l'éviter , qu'il n'eft pas poffible
que je puife cacher plus long temps qui je
fuis , mais je mourrai prefentement content , &
je ferois mort dans le defefpoir.
Aimanfine & Achmet pafferent une partie de
la nuit dans une converfation à peu près pareille.
Achmet lui rendit compte de ce qu'il avoit fait
pour s'introduire dans le Serrail ; elle lui dit la
maniere & le moyen dont elle s'étoit ſervie pour
contenir la paffion du Sultan..
Ils paffoient dans cette converfation des mouvemens
les plus vifs aux reflexions les plus triftes ;
Achmet ne laiffoit pas d'avoir de l'inquietude
du Sultan , il étoit jeune & bien fait , les marques
d'amour qu'il donnoit à Almanfine par fa
retenue & fon reſpect , étoient plus grandes pour
un homme qui eft le Maître , que tout ce qu'il
venoit de faire de plus , il falloit que ce refpect
cût une fin d'une façon tragique , ou d'une autre
qu'il trouvoit encore plus facheufe pour lui .
Almanfine de fon côté étoit dans des alarmes
cruelles , elle achetoit bien cher le plaifir de voir
Achmet par les craintes que la preſence lui donnoit
.
Quelques jours fe pafferent , comme je viens
de vous le dire , au bout defquels le Sultan vint
trouver Almanfine pour la mener voir une pêche
qu'il faifoit faire exprès pour elle au bout
du jardin du Serrail ; il eft fitué de façon qu'il
y a une terraffe qui donne fur la mer ; elle eft
faite comme une jettée , au bout de cette terraffe
il y a un petit pavillon fermé , où le Sultan
va quelquefois prendre l'air : les Turcs ne fe
promenent jamais pour le plaifir de la promenade,
ils prennent feulement l'air affis fur des carreaux
ou des bancs fort bas comme leurs fophas.
Soliman mena Almanfine dans ce cabinet : il
lu
D'OCTOBRE.
foi fir remarquer la mer toute couverte de pê
tites bacques de Pêcheurs , dont il y en avoit
plufieurs attachées par des anneaux de fer qui
font dans la muraille de cette terralle .
Au fignal que le Sultan donna toutes les barques
fe détacherent pour s'en aller à la pêche ;
elle fut magnifique tant par la propreté des
barques & les habillemens des Pêcheurs , que
par la quantité de poiffons qu'ils prirent : Al--
manfine en parut fort fatisfaite , elle demanda au ,
Sultan d'y retourner le lendemain ; elle le pria
auffi de trouver bon qu'elle eût une clef de ce
petit pavillon , parce qu'elle aimoit là vuë dë
la mer .
D
Il y confentit : il lui demanda ſeulement en
grace de n'y mener jamais aucune Sultane
qu'il vouloit qu'elle fut feule en droit d'y venir
quand il y alloit pour ſe repofer : elle n'eut au
cune peine à le lui promettre , ce n'étoit pass
là fon deffein .
Lorfqu Almanfine fut rentrée dans fon appar
tement , elle dit à fon Efclave , je viens de
voir une pêche que j'ay trouvée fort agreable ,
parce qu'elle m'a donné des efperances bien
fondées de pouvoir fortir d'icy avec vous ; elle
Jai dit aufli que les barques des Pêcheurs arrívoient
jufqu'au pied de la terraffe , & precifement
au bas des fenêtres du pavillón , qu'elle ens
avoit demandé la clef au Sultan , & qu'elle iroit
avec lui dès la même nuit pour visiter les lieux
tour à leur aife .
T
Achmet ne répondit rien à ce difcours , il regardoit
comme une folie de pouvoir imaginer
de fortir du Serrail ; il ne vouloit point non
plus la contredire , il avoit pris le parti de mou- :
rir quand il feroit tems ; fa feule inquiétude étoit
pour elle , il étoit inutile de détruire fes efpe-
Fances , c'eſt toujours un plaifir prefent. -
D Elles
42 LE MERCURE
Elle en étoit cependant fi occupée qu'elle fir
un paquet de tout ce que le Sultan lui avoit don
né de pierreries , elle les mit dans une caffette ;
elle n'en garda qu'un diamant qu'elle envelopa
dans une Lettre ; Achmet la regardoit avec étonnement
; la gayeté qu'elle avoit en faisant les
preparatifs d'un voyage qu'il ne croyoit pas
qu'elle fit , & qui cependant pouvoit avancer
leur perte , faifoit qu'il en étoit plus trifte , elle
lui en fit des reproches.
Dès que la nuit fut venue elle fortit avec lui
& s'en alla dans le pavillon du bout de la terraffe
, elle prit dans fa main fon diamant & fa
Lettre , elle ouvrit une fenêtre en entrant , &
s'appuya fur le balcon qui donnoit fur la mers
le bruit qu'elle fit en ouvrant la fenêtre fit lever
la tête à un Pêcheur qui étoit dans fa barque
´au-deffous ; elle entendoit qu'il difoit , allons
nous en , mon fils , nous reviendrons dans quelques
heures , voilà le Grand Seigneur qui va arriver
puifqu'on ouvre les fenêtres du pavillon . ,
comme il ne vient jamais à des heures fi induës il
faut qu'il y ait affaire , il feroit peut - être fâché
de nous trouver icy : nous accommoderons aufi
bien nos filets à la pointe du jour que prefentement.
La Sultane jugea que puifqu'elle les entendoit,
elle en pouvoit être entendue , achevez votre
ouvrage , leur dit elle , & recevez feulement fe
paquet que je vous jette : ce n'eft qu'un échantillon
de ma liberalité fi vous êtes affez courageux
pour executer ce que je vous propoſe , votre
fortune eft faite.
Le Pêcheur ramaffa le paquet qui contenoit la
Lettre & le diamant ; il fut fort diftinctement au
clair de la Lune ce qu'Almanfine lui marquoit
ily rêva quelque tems , & lui répondit enfuite :
vous voulez , Madame , vous trouver demain
>
icy
D'OCTOBRE. 43
fcy à la même heure la Mer fera encore plus haute :
j'apporterai des cordes & des perches d'une lon
gueur affez grande pour les porter juſqu'à vous,
notre grand Prophete fera le refte.
Almanfine referma la fenêtre & s'en retourne
avec Achmet dans fon appartement , elle lui dit
en y rentrant : Eh bien , Ashmet , nous fortirons
demain d'esclavage ; il lui répondit avec la
même froideur , je le fouhaite plus que je ne
l'efpere ; mais quand vous, feries allez heureuſe
pour être fortie du Serrail par cette voye , croyez
vous en être plus avancée ? le Sultan vous fera
ehercher , & nous ne pourrons lui échaper.
N'importe , répondit - elle , nous n'avons pas le
tems ni l'occafion de prendre des mesures plus
fûres ; à cet égard , lui dit Achmet , vous avez
raifon , & votre courage me charme . Ils paffe
rent tout le reste de la nuit à ſe preparer pour
Je lendemain ; leurs projets étoient accompagnés
de difcours fort tendres , & de toute la fermeté
que donne la neceffité de vaincre ou de mouric
au plus brave Janiflaire.
Le Sultan la vint prendre le lendemain à la
même heure pour la remener à la pêche ; il fe
retira la pêche finie , après l'avoir entretenue
long tems de fon amour , elle lui marqua plus
de gayeté qu'à l'ordinaire : elle lui laiffa même
entendre que les foins qu'il prenoit pour la divertir
lui étoient agreables , & lui marquoient
des fentimens dont elle étoit contente.
L'heure étant venue elle fortit comme le jour
precedent pour aller dans le pavillon , foit qu'elle
fut arrivée de meilleure heure , ou que le Pêcheur
n'eût pas encore pris fon parti , la barque
ne fe trouva pas au bas de la fenêtre jugez de
leur inquiétude : Achmet fe feroit trouvé fort
heureux dans ce moment s'il en avoit été quitte
pour la vie : la crainte que le Pêcheur n'eût trahi
Dij Alinan44
LE MERCURE
Almanfine, & que le Sultan ne tournât fon amour
en fureur , ne lui laiffoit pas la force de parler.
Il étoit dans cet état lorfqu'Almanfine plus - acceffible
à l'efperance , lui dit qu'elle voyoit de:
loin quelque chofe , & que c'étoit fans doute le
Pêcheur. Achmet ne regardoit point du côté de
la Mer , tant il étoit perfuadé que leur perte,
étoit fûre , il approcha de la fenêtre ; il jugea
comme elle que c'étoit une barque , elle aprocha
en effet , le Pêcheur avoit tenu fa parole : après
Pavoir arrêtée au deffous , il leur donna des cordes
, comme il avoit projetté ; Almanfine defcendit
la premiere , elle avoit pris foin de la,
caffette , & Achmet defcendit enſuite avec elle...
fans obftacle ; le Pécheur étoit feul dans fa barque
: il leur donna en s'éloignant à l'un & à l'autre
des habits qu'il avoit apportés pour eux ; la
Sultane & Achmet jetterent les leurs dans la Mer,
de peur que le Pêcheur tenté de la valeur de celui
d'Almanfine n'en voulût conferver quelque..
chofe , & que cela ne les fit découvrir dans la recherche
qu'ils ne doutoient pas que l'on feroit
d'eux .
Almanfine avoit eu la précaution de laiffer fur
la table qui étoit au milieu du pavillon , une-
Lettre pour le Sultan, toute ouverte .
Le lendemain le Sultan vint voir comme à
l'ordinaire Almanfine , & ne la trouvant point,
dans fon appartement , il la fit chercher par tout
le Serrail , il fe reffouvint qu'il avoit trouvé bon
qu'elle eût une clef du pavillon , il ne douta
point qu'elle n'y fût , il ne l'y trouva pas ,
il commença à fentir quelque inquiétude , il
jetta les yeux fur la table , il trouva le papier.
- ces paroles :
qu'Alman
manfin
D'OCTOBRE.
45
Atmanfine , à fon Empereur & fon Maître
Soliman.
"3
">
" Une paffion matheureufe que j'ay fentie ,
», avant d'avoir éprouvé les bontés de Votre
,, Hautefle ,m'a empêché d'y répondre ; il eft jufte
», que je prévienne le châtiment que je merite ,
& qu'elle feroit en droit de me faire : cette
,,raifon m'a fait prendre le parti de me jetter
», dans la Mer , trop heureufe fi je puis prouver
à Votre Hauteffe par ce que je fais contre
„ moy- même , qu'elle ne doit pas condamner
des fentimens involontaires. Áttalidé de for… .
côté plus fenfible à l'éfclavage qu'à la mort ,,
≫ veut fuivre mon exemple. Je lui ai fait la
confidence de mon amour & de mon déffein .
y Recevés , Seigneur , les dernieres marques de
,, mon defefpoir , & du regret que j'ay de pa-
,, roître ingrare au plus grand & au plus aimable
Empereur qui ait jamais été , mais mon malheur
me l'a fait voir trop tard.
25
"3
33
ALMANSINE.
Le Sultan après avoir lû cette Lettre plufieurs
fois , ne put s'imaginer qu'Almanfine cut prefers
la mort au bonheur de lui plaire :la premiere choſe
qui lui vint dans l'efprit fut que la fille du Vifir
avoit confervé quelque commerce avec fon pere
par le moyen de quelques Efclaves Noirs , qu'elle
en avoit fait part à Almanfine , qu'elles avoient
pris des mefures enſemble pour fortir du Serrall ,
il fut fur le point de faire mourir tous fes Efclas
ves Noirs dans des tourmens fi horribles qu'ils
fuffent obligez de confeffer la verité ; mais trou
vant quelque chofe de trop barbare de faire moutir
un fi grand nombre d'innecens pour un cous
pable
46
LE
MERCURE
pable , il trouva plus à propos d'envoyer droir
à la maison du Vifir s'emparer de toutes les
portes , & de l'amener , fi on pouvoit le prendre
en vie , & fon fils auffi . Ses ordres furent
executés avec promtitude ; mais le Vifir qui
étoit toujours inquiet depuis qu'Achmet étoit
dans le Serrail , au premier bruit qu'il entendic
à la porte de fa maifon , courut à l'appartement
du jardin , il fut affez heureux pour ſe fauver
avant que ceux que le Grand Seigneur envoya,
lui euflent fermé le paflage .
Ils frapperent au nom du Sultan , on leur ouvrit
ils coururent inutilement toute la maifon
en le cherchant , fon prétendu fils étoit cou
ché fur un fopha dans cette falle baſſe , dont
j'ay déja parle. Il fortit pour fçavoir ce que
c'étoit que le bruit qu'il entendoit ; on le faifir
& on le conduifit au Sultan ; par le compte qu'ils
lui rendirent de leur commiffion , il fut confirmé
dans fa penfée que le Vifir s'étoit enfuy avec fá
fille & Almanfine , & que c'étoit lui qui leur en
avoit fourni les moyens ; il ordonna au Chef
des Eunuques de prendre le fils du Vifir , & de
le châtier de la maniere accoutumée , juſqu'à ce
qu'il eût dit où étoit fon pere & fa ſoeur.
Haly fortit dans le deffein d'executer les or
dres du Sultan ; mais lorsqu'il voulut mettre là
main fur le feint Achmet , N'approche pas , lui
dit -elle , je fuis une fille , de pareils châtimens
ne font pas convenables à mon fexe ; fais- moi
parler au Sultan , ou donne- moi la mort.
Elle ôta en même tems fon turban , fes che
veux longs & frifez naturellement lui tomberent
fur les épaules. Haly rentra dans la chambre du
Sultan pour lui demander un nouvel ordre , &
lui apprendre l'erreur où il étoit.
Seigneur , lui dit Haly , Votre Hauteffe a cru
nous livrer un jeune homme , c'eft'une file ,
elle
3

2
D'OCTOBRE, **
elle nous l'a declaré quand nous avons voulu
la punir felon votre ordre , & elle nous a prouvé
la verité en ôtant fon turban , qui nous a laiffé
voir des cheveux longs ; elle demande à parler
à votre Hautelle , qu'est ce qu'elle ordonne ?
*
Le Sultan répondit avec précipitation faitesla
venir devant moy , je ferai bien aife d'éclaircir
moi-même une chofe qui me paroît fi furprenante.
Haly fortit pour l'aller chercher : il
rentra avec elle dans la chambre du Sultan ;
elle avoit les cheveux épars , les yeux baillés
l'air noble & modefte : le Sultan fut frapé de fa
beauté comme d'un coup de foudre , & par un
mouvement dont il ne fut pas . le maître , il ſe
jetta à fes pieds pour lui demander excufe . Vous
jugerés aifément quelle fut fa furpriſe : elle ve
noit d'être traitée indignement , on la menoit
en criminelle devant lui : elle n'attendoit que la
mort , quoiqu'elle ne connût point fon crime ,
la confiance de fon innocence lui avoit fait de
mander de lui parler fans efperer qu'il le voulût :
elle s'en étoit même repentie quand elle s'étoit
vue conduire devant lui . Qui peut donc imaginer
fa furpriſe lorfqu'elle le vit à fes pieds ? la frayeur
qu'elle avoit eue & fa furpriſe la firent tomber de
fon haut : une pâleur mortelle fir juger au Sultan,
qui la regardoit , qu'elle fe trouvoit fort mal : il
appella du monde pour la fecourir ,fon inquietude
fut fi marquée, que les Efclaves curent peur qu'il
ne crût qu'ils l'avoient maltraitée , quoique ce
fut par fes ordres ; les foins qu'il prit lui même
la firent revenir il jugea par les couleurs qui
paro ffoient fur fon vifage qu'elle étoit mieux ;
elle témoigna fa honte d'être avec l'habit d'un
homme devant lui ; le Sultan lui fit apporter un
habit de Sultane ; il la mena lui -même dans
Fappartement où étoit Almanline auparavant ,
& il lui ordonna de fe repofer , it fit femblant
de
LE MERCURE
:
de s'en aller par difcretion de peur de la contraindre
il voulut cependant demeurer dans
la chambre à côté ; il ne lui permit 'pas d'entamer
aucun difcours qu'elle ne fut parfaitement
revenue de fa frayeur , & de tout ce qui venoit
de lui arriver ; il ne garda que Haly avec lui
pendant qu'elle étoit feule . "
!
Qu'elle est belle , lui difoit le Sultan , que
j'en ay été frapé que je crains de lui avoir
déplû par l'état où mes ordres l'ont mife ; il eft
bien certain que je ne la croyois pas ce qu'elle
eft je lui ai marqué par la confideration que
j'ai eue pour elle mon ignorance ; mais elle no
laiffera cependant de men fçavoir mauvais gré,
elle me craindra , l'amour & la crainte ne vont
point enfemble .
Seigneur , lui difoit Haly , fi j'ofois je vous
dirois que vous n'aimés point en Sultan co
font les ménagemens que vous avez eus pour
Almanfine qui lui ont donné la hardieffe de vous
offenfer : Je puis avoir eu tort , reprit le Sultan ,
à l'égard d'Almanfine , mais pour celle cy j'ay,
raiſon ; elle m'a vu pour la premiere fois com.me
fon perfecuteur , je fuis caufe des plaintes que je
l'entends faires je fuis fûr que les Noirs l'ont
horriblement maltraitée quand je n'y étois pas.
Non , Seigneur , elle ne nous a pas donné
le tems d'executer vos ordres : Mes ordres
étoient , reprit le Sultan en colere , pour Achmer ,
& non pas pour elle ; Seigneur , repartit Haly
nous fommes prefentement inftruits de vos fen
imens notre refpect pour elle égalera notre
obéiflance pour vous.
,
Le Sultan dit à Haly de fe retirer , & de faire
fçavoir qu'il coucheroit dans le Serrail & dans
la chambre de l'Efclave d'Almanfine , qu'il ferviroit
de garde à la perfonne qu'il avoit amenée
avec lui : il ne fçavoit pas encore qui elle étoit
&
D'OCTOBRE. 49
& quoiqu'il eût une impatience extréme de l'apprendre
, la frayeur qu'il avoit de l'incommoder
en la faifant parler , l'avoit obligé de remettre
au lendemain à le lui demander .
Il difoit en lui - même , j'étois la dupe d'Almanfine
, parce que je l'aimois mediocrement
c'eſt une grande difference d'un goût à une paffion
, on ne sçauroit en juger que lorsqu'on a
fenti l'un & l'autre , l'on fuit un goût , mais une
paſſion nous entraîne , on eft capable de reflechir
quand on n'eft point frappé vivement s
mais une grande pallion eft plus forte que nous ;
l'on ne peut que lui obéir , rien ne peut la contredire
, il ne dépend pas de moi , par exemple
, de ne pas demeurer ici ; la mort me feroit
moins cruelle que de m'en éloigner ; je
n'étois pas de même pour Almanfine, je la voyois
avec plaifir , l'efperance de lui plaire me flatoit,
mais je la quittois tous les jours , je pouvois
vaquer à mes affaires jufqu'à l'heure que je de-.
vois la revoir ; je ne fens pas que je puiffe faile
de même prefentement , & je fuis perfuadé que
me voilà ici pour toujours , à moins que je re
puifle travailler & parler d'affaires devant elle.
Pendant que le Sultan faifoit ces reflexions ,
Attalide étoit couchée , mais elle ne dormoit pas,
elle étoit fi accablée qu'elle ne put fermer l'oeil
de toute la nuit , elle n'avoit vû le Sultan que
dans un moment où elle étoit fi troublée qu'elle
l'avoit à peine remarqué ; cependant elle repaffoit
fouvent dans fon efprit qu'elle l'avoit vû à
fes pieds , & qu'il lui avoit marqué de l'inquiétude
de fon état , ele fouhaitoit de le revoir le
lendemain , & de le trouver aimable .
Elle fe leva pour ouvrir dans une fenêtre
l'impatience que le jour commençât ; une lampe
éclairoit fa chambre , le Sultan qui étoit à fa
porte , & qui la voyoit ſans être vû , s'aperçut
E qu'elle
50 LE MERCURE
qu'elle alloit à la fenêtre & qu'elle l'ouvroit
il crut qu'un pareil defefpoir que celui d'Almanfine
lui faifoit faire cette démarche, & qu'elle
vouloit fe jetter en bas ; cette pensée lui fit faire
un cry effroyable ; il fortit de la porte , il courut
à elle pour la retenir. Attalide fut effrayée,
elle tomba tremblante entre fes bras , le Sultan
lui dit , que voulez vous faire , Madame , je fuis
affez malheureux & affez haïffable pour que toutes
les femmes veuillent m'éviter aux dépens
même de leurs vies . Je n'entends rien, Seigneur,
( car elle le reconnut à fon habit ) lui dit Attalide
, à ce que vous dites , j'allois , ne pouvant
dormir , ouvrir une fenêtre pour voir s'il étoit
jour , & faire ma Priere du matin ; je croyois
être feule dans cet appartements Je n'ay voulu
confier à perfonne , Madame , lui répondit le
Sultan , le foin de vous fervir ; ma difcretion
m'a fait fortir de votre prefence pour vous donner
le tems de repofer , mais mon amour
m'a empêché de m'éloigner : Seigneur , lui dit
Attalide , je ne devois pas me flater de vous
donner de l'amour , l'état où vous n'avez vû peur
faire compaffion , c'eft je crois le feul fentiment
que je devois infpirer ; Je vous fuplie , lui dit le
Sultan , d'oublier , s'il fe peut , tout ce qui s'eft
paffé, vous auriés horreur d'un homme qui vous a
donné tant d'inquiéude , & qui vous parle d'amour
un moment après ; men ignorance eft excufable
, vous avés été prife avec les habits d'un
homme qui m'a offenfe ; je ne pouvois deviner
qui vous étiés , je fuis mème fort curieux de
fçavoir quelle peut être la caufe de votre déguifement
: Seigneur , lui dit Attalide , je n'en ai
jamais fçû la raifon , je fçai feulement que mon
pere m'a fait prendre les habits de mon frere
qu'il m'a ordonné depuis plufieurs jours de me
fervir de la reffemblance qui eft entre nous pour
trompe
>
D'OCTOBRE. ff
tromper jufqu'à nos Efclaves , que mon frere eft
forti de la maifen avec mes habits,fans qu'il m'ait
dit , ni mon pere non plus , où ils alloient .
Vous êtes donc la fille du Vifir ? Oüi Seigneur,
répondit Attalide , je croyois que vous le fça ..
viés , les Noirs m'ont demandé de votre part ce
qu'étoit devenu Almanfine , & comme je ne l'ai
jamais vûe qu'une nuit , je n'ai pu les inftruire;
j'étois couchée dans une falle baffe fur un fopha
lorfque les gens que vous avez envoyés à la maifon
du Vifir ont fait du bruit , jay voolu fortir
de la falle pour demander ce que c'étoit que
j'entendois , l'on m'a faife , & l'on m'a amenée
ici en criminelle ; mon pere étoit dans fa maiſon
quand je me fuis couchée ; à l'égard d'Almanfine
je ne l'ai point vue depuis que mon pere l'amena
dans ma chambre , où il m'ordonna de lui
donner un de mes habits pour vous la prefenter ,
il , croyoit , me ditil , qu'elle feroit plusen état
de vous plaire dans cet habit que dans celui d'Efclave
qu'elle avoit auparavant , parce qu'il l'a
voit achetée pour vous ; voilà , Seigneur , tout
ceque je fçais d'elle.
Je fuis fort obligé , dit le Sultan , à la fuite
d'Almanfine, puifqu'elle eft caufe , Madame , que
vous êtes ici , pourvû que vous n'en foyez point
fâchée ; vous y êtes Maîtreffe abfoluë, votre beau .
té vous donné le droit de me commander ; tout
vous y eft foumis , à commencer par moi ; fi cela
eft , Seigneur, faites moi la grace de me dire pour
quelle raifon j'y fuis , & quelle étoit le fujet dela
colere qui vous a obligé fans me connoître , de
m'y faire conduire indignement .
Le Sultan lui conta ce qui s'étoit paffé à fon
fujet , les deux tromperies que le Vifir lui avoit
faites , la fuite d'Almanfine avec la prétenduë Attalide
; il lui dit enfuite qu'il avoit été perfuadé
E ij que
52 LE MERCURE
que le Vifir les avoit fait fauver , qu'il avoit
envoyé chez lui pour s'aflurer de fa perfonne
pour en fçavoir la verité , que l'on n'avoit point
trouvé le Vifir , & qu'on l'avoit amenée pour
Achmet fon frere.
Le Vifir , lui dit Attalide , n'a point de part ,
je crois , àla fuite d'Almanfine ; il n'a pas forti
de fa maifon depuis le lendemain qu'il vous l'a
amenée , il faut que l'on ne l'ait manqué que
d'un moment , puifqu'on ne l'a point trouvé
quand vous y avez envoyé ; mais , Seigneur ,
continua Attalide , vous êtiés donc bien amoureux
d'Almanfine , puifque vous preniés tant de
foin pour la ravoir ? Je ne vous avois pas encore
vûe , Madame , de plus il entroit plus de colere
contre votre pere , que d'amour pour elle dans
l'ordre que j'ai donné. Je penfois même dans le
moment que vous vous êtes levée à la difference
de ce que je fens pour vous au goût que j'avois
pour elle . Seigneur , dit Attalide , paffe- t'on d'un
moment un autre à deux differentes paffions ?
Non , Madame , répondit le Sultan , fi elles
étoient égales , on n'aime pas autant que l'on
peur aimer toutes les fois qu'on le croit , on eft
de bonne foi lorfqu'on le dit , mais l'experience
apprend que l'on s'est trompé : l'on n'en fçauroit
juger que par - là : vous croyez donc , Seigneur,
dit Attalide , m'aimer davantage qu'Almanfine ;
je fais plus que le croire , Madame , reprit le
Sultan car j'en fuis certain ; c'eſt l'amour que
j'ay pour vous qui me fait connoître que je n'ai
point aimé Almanfine ; Si ce que vous me dites
eft vrai , Seigneur , je ferai fort heureuſe , je
trouvois beaucoup de legereté à changer d'objet
fouvent , je pourrois craindre qu'il n'en vint
un autre demain qui vous fit regarder comme un
fonge ce que vous me dites aujourd'hui.
Je vous mettrai , Madame , lui dit le Sultan ,
hors
भू
D'OCTOBRE. 53
hors de portée de m'en foupçonner , fi vous voulés
bien fouffrir que je fuive vos pas , & que je
demeure le reste de mes jours attaché à vous
comme votre ombre.
Les Sultans ont plus d'une choſe à faire ,
Seigneur, lui répondit Attalide , je ferai très - contente
pourvû que vous ne donniés point à d'autres
les heures que vous pouvés paffer dansle Serrail.
Le Sultan le lui promit : Attalide lui laiſſa voir
beaucoup de tendreffe , elle fit en même tems
attention que le Sultan étoit fâché contre fon
pere ; elle lui demanda fa grace , il la lui donna :
il lui laiffa même la liberté de le voir quelquefois
en fa prefence : outre la Charge de Vilir,
il le fit Grand Jardinier ( cette Charge donne
les entrées dans le Serrail ; ) l'on l'avoit trouvé
dans une maiſon voifine ; laiffons le Sultan prefentement
pour parler d'Almanfine.
Elle arriva heureufement dans la cabane du
Pêcheur , elle n'y trouva perfonne , il n'avoit
d'autre famille qu'un fils ; il cacha Achmet &
elle dans un petit reduit , où il metroit fes filets ,
& les autres chofes neceffaires à fon ménage ;
il leur dit de ne point fortir de-là qu'il n'eût
été comme à fon ordinaire vendre fon poiffon
dans la Ville , il fortit quelques heures après
la pointe du jour.
Almanfine prit la parole & dit : vous aviés
raifon , Achmet , je ne crois pas que nous en
foyons plus avancés pour être ici : il me paroît
encore plus difficile d'en fortir fans être reconnus
, que du Serrail ; Achmet lui répondit ,
notre grand Prophete & votre courage qui nous
y conduits , nous en fortira peut-être .
Almanfine rêva quelque tems , elle prit la parole
enfuite. Je me fouviens , dit - elle , d'avoir
vû faire chez mon pere une pomade , dont on
fe fervoit pour fes Efclaves , elle leur faifoit
E iij encore
$4
MERCURE LE
encore la peau plus noire & plus luifante , IT'
faut en faire , elle peut nous déguifer au point
de n'être pas reconnus de ceux qui feront char-
´gés de notre recherche , qu'ils ne peuvent faire
que fur le portrait qu'on leur aura fait de nous ,
puifqu'ils ne nous ont jamais vûs ; cela feroit
bon , dit Achmet , fi nous étions Noirs en effer
& nous euffions les traits faits comme eux : mais
à la couleur de notre peau cela ne fera que
jaunir & marquer davantage un déguiſement ,
pour moi je fuis d'avis que nous nous tenions
Cachés & que , file Pêcheur voit venir quelqu'un
pour chercher chez lui ,
tions dans fa Barque & que nous aillions à la
Mer , il faut feulement être alerte , il ne fçauroit
venir ici perfonne que l'on ne les voye de
loin , nous en aurons fans doute le tems.
>
nous mon-
Si nous pouvions tenir la Mer dans une barque
, reprit Almanfine, le jour & la nuit , cela
feroit affez bien , mais il faut revenir coucher
ici , & l'on peut nous y attendre , fi nous ne
pouvons pas nous donner la couleur & les traits
des Noirs , nous pouvons au moins imiter celle
de ces Peuples qui font aux ctôes de Coromandel
, qui n'ont qu'une demi teinte , & qui
d'ailleurs ont les cheveux & les traits reguliers :
nos habits ne font pas remarquables , leur pauvreté
, jointe à ce déguisement , peut nous fervir
pendant la vivacité de notre recherche
Almanfine appella le fils du Pêcheur pour l'envoyer
à Conftantinople acheter les drogues ne
ceffaires pour faire cette pomade , le pere revine
pendant ce tems -là , il dit qu'il n'avoit entendu
parler de rien , que tout étoit tranquille.
Il avoit apporté leurs provifions , Almanfine
& Achmet mangerent avec lui , il demanda fon
fils , elle lui dit qu'elle l'avoit envoyé à la Ville
pour acheter quelque chofe qui leur étoit neceffaire
D'OCTOBRE.
S$
ceffaire: il revint quelque tems après fort effrayé
il leur dit qu'il y avoit bien du defordre
dans Conftantinople , que la Garde du Grand
Seigneur s'étoit emparée du Vifir & de fa maifon
, & qu'il avoit vû fon fils qu'on meroit au
Sultan , qui étoit , à ce qu'on difoit , dans une
furieufe colere , qu'il vouloit le faire mourir
s'il ne lui faifoit pas retrouver une Sultane qui
s'étoit fauvée du Serrail par le moyen du Vilir,
il fe tourna enfuite du côté d'Almanfine : c'eft
vous , je crois , Madame , que l'on cherche ; fi
l'on vient icy, nous fommes tous perdus .
Achinet à ce recit fut accablé de douleur , il
frut fon pere mort & fa foeur auffi dans des tourmens
horribles pour faire l'aveu d'une chofe
dont ils n'avoient aucune connoiffance ; il difoit
en lui- même , que je fuis malheureux d'avoir
confenti aux projets d'Almanfine ! j'aurois péri
feul , & prefentement j'entraîne dans ma perte
qui eft aufli certainę , celle d'Almanfine , de
mon pere & de ma foeur.
Almanfine de fon côté penfoit à peu près la
même chofe ; mon cher Achmet , lui dit- elle ,
je ne fuis pas furpriſe de votre affliction , je
ferois de même fi j'étois en votre place , ce qui
me donne le plus de chagrin c'eft que vous allés
me hair à caufe des malheurs que j'attire à vous
& à votre famille ; mais faites reflexion , je vous
prie , que tout ce que j'ai fait n'a été que pour
me conferver toute entiere à vous , je me flatois
que le Sultan pourroit croire que je m'étois jettée
dans la Mer comme je lui ai écrit , il étoit
impoffible de prévoir qu'il auroit du foupçon
du Vifir , puifque nous ne pouvions avoir de
commerce avec lui , c'est une chofe faite , & s'il
ne faut que me livrer au Sultan pour détourner
ce malheur , pourvû que vous me promettiés de
vous fauver , & de faire ce que je vous dirai , je
E iij me
56 LE MERCURE
me donnerai la mort devant lui , car je ne puis
me refoudre de retomber en fon pouvoir que e
n'aye pris les précautions neceffaires pour qu'il
ne puiffe pas me fauver la vie & me pardonner.
Je fuis fi éloigné de vous haïr , Madame , lui
dit Achmet , que ce que vous dites me fait fremir
, il faut fuivre notre deſtinée ne fonger
qu'à ce qui peut contribuer à votre fûreté , j'y
fuis lié infeparablement , & je vous jure que je
ne fuis fenfible à la mienne que par l'interêt que
Vous y prenés ; voyés donc ce que vous voulés
faire , & ce que vous avés à m'ordonner , car
je fuis incapable de rien par moi- même , je ne
fçaurois me tirer de la douleur où je fuis , que
par la crainte de vous perdre prenés - foin de
Vous & de moi.
Almanfine le remercia ; elle lui fit encore des
difcours fort tendres : elle s'en alla enſuite faire
fa pomade , elle le retrouva dans le même endroit .
où elle l'avoit laiffé accablé de la même douleur
: elle voulut faire l'effai de fa pomade fur
elle , de peur
de
n'avoir
pas bien
réuffi
, & qu'il
n'y eût quelque
chofe
dedans
qui put
lui faire
mal
en effet
, cette
pomade
la rendit
de la même
couleur
que
les peuples
des côtes
de Coromandel
; elle
en mit
enfuite
à Achmet
; le Pêcheur
& fon fils les méconnurent
quand
ils les
virent
. Il n'en
falloit
pas
davantage
pour
remettre
l'efperance
dans
le coeur
d'Almanfine
,
elle
paffa
la nuit
à confoler
Achmet
.
Le lendemain le Pécheur alla à Conftantinople
comme à fon ordinaire , il avoit paffé la journée
à la pêche pendant qu'Almanfine avoit fait fa
pomade , & Achmet le guet pour voir s'il ne venoit
perfonne pour les chercher.
La confiance d'Almanfine étoit fi grande en
fon déguisement , qu'elle regardoit continuellement
par la fenêtre qui étoit du côté de la Ville
pour
D'OCTOBRE.
$7
pour voir revenir le Pêcheur ; elle l'apperçue
enfin quand il fut dans une diftance où elle
pouvoit diftinguer fon vifage , elle n'y trouva
rien de trifte ni d'inquiet : elle dit à Achmet ,
venés voir notre Pêcheur , il nous apporte de
bonnes nouvelles , fon vifage me le marque ;
il a fans doute bien vendu fon poiffon , lui dit
Achmet , la feule bonne nouvelle qu'il nous peut
apporter , c'eſt que l'on ne nous a pas encore
trouvés , & nous le fçavons fans lui. Le Pêcheur
arriva comme il finiffoit cette parole ; il leur dit
en arrivant , les nouvelles de la Ville font bien
differentes aujourd'hui de ce qu'elles étoient
hier. Le Sultan qui croyoit qu'on avoit pris le
fils du Vifir parce que fa fille avoit pris fes habits
, l'a voulu voir , il en eft devenu amoureux,
il a paffé la nuit avec elle , & ce matin on a declaré
la grace du Vifir : il étoit caché dans une,
maiſon voisine , où l'on l'avoit déja trouvé avant
de fçavoir que le Sultan lui pardonnoit ; je l'ai
vû paffer , if alloit le trouver : il avoit le vifage
fort gay ; l'avez - vous vû lai même , lui dit Achmet
en l'interrompant ? & le connoiffez - vous ?
Je l'ai vû fouvent , lui dit le Pêcheur , à cheval
dans les rues de Conſtantinople , & je le connois
très bien.
O notre grand Prophete ! dit Achmer , que
vous êtes juſte ! & que vous êtes bon ! Almanhine
eut tant de joye de voir Achmet hors de
l'inquiétude qu'il avoit pour fon pere & pour fa
foeur , qu'elle oublia de demander fi l'on ne difoit
rien d'elle ; mais Achmet revenu à lui le demanda
avec empreffement au Pêcheur , qui lui
répondit , l'on dit auffi qu'il fait chercher Madame
avec beaucoup de foin pour la punir ;
Almanfine prit la parole : que cela ne vous inquiette
point , mon cher Achmet , fa nouvelle
Paffion rallentira ma recherche : nous n'avons
qu' ,
$8
LE
MERCURE
qu'à nous tenir ici quelque tems fans fortir ,
nous aurons tous les jours des nouvelles de la
Ville , fur lefquelles nous prendrons nos mefures
, Achmet trouva cela à propos .
Quoiqu'ils ne fuffent pas loin du Serrail , ils
étoient enfemble , rien ne troubloit leurs plaifirs ,
il ne leur en falloit pas davantage pour fe trouver
parfaitement heureux.
Quelques jours fe paflerent fans projets de leur
part , recevant tous les jours par le Pêcheur de
nouvelles confirmations de l'amour du Sultan
pour Attalide ; c'étoit autant de fujets de fecurité
pour eux, ils n'ont peut - être jamais pallé de plus
douces journées au bout de quelque tems Almanfine
dit à Achmet , nous ne pouvons pas
demeurer ici toute notre vie ; le Pècheur veut,
dit- elle , fe défaire de fon diamant , il faut que
nous foyous partis pour qu'il le puiffe faire en
fûreté pour lui & pour nous , depuis hier il m'en a
parlé dix fois. J'ai imaginé qu'il faut que nous
Fallions un pelerinage à la Meque pour voir le
tombeau de Mahomet , & le remercier , enfuite
nous nous établirons dans quelque Ifle , avec ce
que nous avons de pierreries nous aurons de
quoi vivre paisiblement.
Achmet approuva ce deflein , il chargea le Pêcheur
de s'informer s'il n'y avoit point de Vaif.
feau qui fit voile de ce côté- là ; le Pêcheur en
trouva un , il fir un marché avec le Capitaine
pour deux voyageurs : il le leur revint dire , ils
firent leurs preparatifs pour ce voyage , ils laifferent
au Pêcheur ce qu'ils avoient refolu de lui
donner,& il les conduifit à la nuit dans leVaiffeau
où ils devoient s'embarquer à la pointe du jour ,
le lendemain la chofe fut heureufement executée .
Lorfque le Fêcheur eut vû le Vaiffeau appa .
reillé & mettre à la voile , il s'en retourna avec
une grande impatience dans la Ville pour vendre
D'OCTOBRE. 50
dre fes diamans ; il s'adreffa pour cela aux plus
fameux Marchands , qui jugerent à leur beauté
qu'ils ne pouvoient appartenir qu'au Sultan , &
ne pouvant comprendre par quel hazard ils
étoient entre les mains d'un Pêcheur , ils l'arrêterent
l'un d'eux alla les porter au Sultan ,
qui le reconnut pour être du nombre de ceux
qu'il avoit donnés à Almanfine , le Sultan dit
qu'il vouloit parler lui - même à celui qu'il venoit
d'arrêter le Marchand alla le chercher , il l'amena
devant le Grand Seigneur ; fa prefence ,
jointe à la peur , fit tout avouer au Pêcheur :
il n'orblia aucune girconftance , pas. méme celle
de leur déguifement ; fa bonne foy lui fauva la
vie , le Sultan lui pardonna , il fe contenta de
reprendre fes diamans , qu'il porta dans le mo
ment à Attalide ; il lui compta en les lui don
nant ce que le Pêcheur avoit dit d'A'manfine &
d'Achmet ; car depuis qu'il s'étoit éclairci avec
le Vifir pourquoi Actalide avoit les habits de
fon frere quand on l'avoit trouvée chez lui
il avoit découvert que c'étoit Achmet qui s'étoit
fauvé avec elle .
Il donna fes ordres en même temps pour faire
partir une Fregate des plus legeres , & de joindre
le Vaiffeau qui venoit de fortis du Port
quelques heures devant ; il inftruifit celui auquel
il donnoit cet ordre de ce qu'il vouloir
qu'il fit : le Capitaine de la Fregate mit à la mer
avec le plus de diligence qu'il pur , il joignit
promptement le Vaiffeau , après avoir reconou
le pavillon , & avoir fait les fignaux de paix.
Le Capitaine de la Fregate defcendit dans fa
chaloupe & vint à bord , il monta dans le Vaiſfeau
pour parler au Capitaine qui le commandoit
; il lui montra les ordres du Sultan : on
ft paffer devant lui tous les Voyageurs ; il reconnut.
Achmet à fon déguisement , on le fic
lier
60 LE MERCURE
lier , & on le defcendit dans la chaloupe : if
ordonna au Capitaine d'enfermer Almanfine
dans fa chambre , fous la garde de deux hom
mes qu'il lui donna , & d'attendre dans le Port
de Smirne de nouveaux ordres du Sultan pour
fçavoir ce qu'il ordonneroit à fon égard.
Almanfine demeura dans le Vaiffeau , accablée
de defefpoir de voir partir Achmet par
ordre du Grand Seigneur , elle ne pouvoit prefque
pas douter de fa mort ; ce qui la confirmoit
dans cette penfée , c'étoit de ne les avoir
pas menés enfemble ; elle regardoit comme un
refte de bonté du Sultan pour elle de ne l'avoir
point fait conduire avec lui , pour avoir un
prétexte de ne fauver la vie qu'à elle feule s
elle avoit pris la refolution de fe donner la
mort , fi elle n'en apprenoit point des nouvelles
dans quelques jours.
D'un autre côté Achmet que l'on menoit fans
fçavoir où il alloit , n'étoit pas plus tranquille ,
il arriva en peu de temps à Conftantinople ;
la Fregate avoit joint le Vaiffeau fort près ,
on le fit defcendre & on le conduifit chés le
Sultan ; il avoit peu d'inquietude pour lui ,
l'affliction où il croyoit Almanfine l'occupoit
uniquement ; il étoit même incertain de fon
fort , il craignoit quelque ordre particulier
pour elle ; il arriva devant le Sultan fans fçavoir
ce qu'il voyoit , ni où il étoit , tant il
étoit occupé de cette penfée.
mais
Le Sultan lui dit d'abord ; Achmet , je fçay
ce qui eft dû à votre infolente temerité ,
je ne veux pas être votre Juge & votre Partie ,
fuivez- moi , vous fçaurés d'une autre bouche
que de la mienne votre destinée ; il faut que
ce foit dans le même lieu où vous m'avés
offenfé que votre condamnation foit executée .
Alle mena en achevant ces paroles dans
l'appartement
D'OCTOBRE. 6.1
l'appartement d'Attalide , elle étoit affife fur un
fopha ; dès qu'elle l'apperçut elle courut à lui
les bras ouverts , avec une joye incroyable ';
le Sultan m'a ordonné , lui dit - elle , de vous
apprendre votre Sentence , Achmet , écoutés - là.
Il vous pardonne : il pouffe fa bonté encore
plus loin ; le Soudan d'Egypte vient de mourir ,
il vous envoye à fa place , il vous permet d'aller
chercher Álmanfine qui eft à Smyrne , &
de l'emmener avec vous .
La delicateffe de fes fentimens pour moy l'a
empêché de la faire amener ici avec vous , il
a crû que fa prefence me pourroit donner de
l'inquietude.
Achmet étoit quafi fans fentiment , il ne pouvoit
répondre à fa foeur , la prefence du Sultan
offenfé & fi plein de bonté lui ôtoit l'ufage de
la parole , il fe jetta cependant à fes pieds , il
les tint long- temps embraffés , & rappellant
toutes les forces , il lui dir : Vous connoiffés ,
Seigneur , ma confufion par mon filence , votre
bonté & ma reconnoiffance feront mon fupplice
à l'avenir , fi ma foeur n'avoit pas été aflès :
heureuse pour vous faire connoître l'amour ,
je ne pourrois me justifier , je me flate que
mon refpect & mon zele dans l'employ dont
vous m'honorés , vous prouveront qu'il falloit
une paffion auffi tirannique pour obliger Achmet
à manquer au plus grand & au plus aimable Empereur
du monde ; ceft ce même aveuglement
qui m'a confervé le coeur d'Almanfine , elle étoit
prévenue pour moi avant d'avoir vu votre Hauteffe
: Pardonnés-lui , Seigneur , par cette raifon
de vous avoir preferé un miferable comme moi.
Le Sultan prit la parole , & dit : Laiffés le
foin de votre juftification à la Sultane , embraflés
votre pere que j'ay fait venir , & partés
fur le champ , l'inquiétude que doit avoir Almanfine
<
62 LE MERCURE
1
manfine pourroit la faire malade , je vous envoyeray
mes ordres pour le Gouvernement de
l'Egypte , lors que vous ferés arrivé à Smyrne.
Achmet fortit , après avoir dit adieu à la Sultane
& à fon pere ; la même Fregate étoit commandée
pour le remener.
Il arriva à Smyrne fans aucun accident , il
y- trouva Almanfine , elle étoit déja changée
par l'inquietude qu'elle avoit eues la joie de
revoir Achmet , la certitude de ne le jamais
quitter , une grande fortune fi peu attendue par
l'un & par l'autre ; tout cela lui rendit fa beauté -
comme auparavant ; ils partirent pour l'Egypte :
peu de temps après , où ils y font depuis .
vingt- deux ans leur paffion eft auffi vive que
le premier jour. Jay oublié de vous dire , continua
Gracieufe , qu'Almanfine avoit retrouvé
Haflam & Zatime en l'abſence d'Achmet. Je
vous diray une autre fois par quelle avanture
ils étoient venus à Smyrne ; car j'entends du
bruit voilà le Genie Mahoufmaha qui vient .
Comme Gracieufe achevoit ces paroles , elle
apperçut en effet le Genie qui arrivoit : foyés
attentif , dit- elle à Zulma , & moi aufli à ce
qu'il va faire elle remarqua & lui auffi qu'il
entroit par le haut du dôme , qui fe levoit
comme une calotte , tout le relte du pavillon
étoit fcellé du fceau de Laide des Laides , le
Genie lui-même n'y auroit pas pû paffer.
Gracieuſe fit defcendre fon char à côté des
fenêtres , elle entendit leur converfation , Mahoufmaha
l'accabloit de reproches , & la menaçoit
de la faire mourir fi elle ne confentoit à
l'époufer ; il fçavoit bien cependant qu'il ne
pouvoit rien fur fa perfonne que de fon confentement,
par les paroles que Gracieufe avoit prononcées
après celles de la méchante Fée , mais la
Princeffe ne les fçavoit pas, & quoi qu'elleen cut..
Jane
D'OCTOBRE, 63
une frayeur mortelle , elle y refiftoit courageufemeat
, & le prioit même d'executer fes menaces,
La converfation finie Mahoufmaha fortit par
le même endroit dans une colere incroyable.
Gracieufe le laiffa partir , & lors qu'il fut
hors de la portée de fa vûë , elle leva comme
lui la calotte du dôme du pavillon , prit la
Princeffe entre fes bras , & la mit dans fon
char entre Zulma & elle ; elle prit une route
toute oppofée au Genie ; la crainte qu'elle cut
que Mahoufmaha ne revînt fur fes pas , lui fie
prendre la refolution de ne pas perdre un moment
pour la confier aux Nimphes; elle éleva fon char
fort haut , & lors qu'elle fut au milieu de la mer
Mediterranée , elle fe précipita dedans avec une
telle viteffe , que la Princeffe crut être perduë .
Le char , Gracieuſe , la Princefle & Zulma arriverent
au fonds de la Mer , fans qu'elle cut eu
le temps de refpirer : la furprife de la Princefle
fut grande de fe trouver au fonds de l'eau fans
l'avoir fenti , & d'y trouver les plus belles habitations
du monde. Pour Zulma il ne pouvoit
plus être furpris de rien .
Le char de Gracieufe s'arrêta à une grande
porte de cristal , qui fermoit une Ville de même
matiere ; elle étoit éclairée , quoi qu'elle
für au fonds de la mer , par un beau foleil ,
tel qu'il nous paroît ici ; cela n'eft pas furprenant
, puis que c'eſt le même.
Je fçai bien que les Aftrologues modernes
difent qu'il tourne autour de la terre ; d'autres
que la terre tourne elle -même , & qu'il éclaire
l'autre partie du monde quand il fe cache pour
nous ; mais ils fe trompeat , nos anciens en
fcavoient plus qu'eux , ils convenoient qu'il
alloit fe coucher chés Tethys : or Tethys , les
Naïades & toutes les Divinités de la mer , dont
ils ont eu une connoiffance moins parfaite que
Zulma
64 LE MERCURE
Zulma , n'étoient autre chofe que les Nimphes
dont je vous parle .
Je n'ay fait cette digreffion que pour prévenir
de mauvais efprits entêtés de pretendues
découvertes qui ont été faites fur les aftres , qui
auroient crû que j'étois un ignorant . & pour
leur faire voir que j'en fçais plus qu'eux, puiſque
j'en parle de fcience certaine .
Il est donc conftant que le foleil rentre dans
la mer quand il ceffe de nous éclairer , & qu'il
n'en fort que pour nous rendre la lumiere ; c'eft
ainfi que l'a ordonné le Deftin .
Les peuples de la Mer ont des nuits comme
nous , aufquelles ils fuppléent par des lampes
de criftal de même matiere que leurs Palais ,
qui leur donnent le plus agréable jour que l'on
puifle voir.
Gracieuſe arriva donc à cette porte , elle l'ouvrit
, elle entra , & dit aux Aigles qui traînoient
fon char de fe trouver le lendemain à la même
heure au même licu.
Elle fut reçue par un nombre infini de Nimphes
pour le moins auffi belles que les Sylphides.
Elles l'avoient veu deſcendre , & elles venoient
en foule lui demander ce qu'elle leur ordonnoit
; Gracieufe leur dit qu'elle leur amenoit
la Princeffe de Perfe , qu'elle leur en confioit le
foin jufqu'à ce qu'elle pût en difpofer autrement.
Gracieufe fe tourna du côté de la Princeffe ,
qui n'avoit point encore parlé , & lui dit : Pardonnés
Princeffe , à la frayeur que j'ay été obligée
de vous donner , parce que je n'avois pas
le temps de vous avertir de ce que je voulois
faire pour vous rendre fervice ; je vous avois
même ôté l'ufage de la voix pour vous empêcher
de crier dans le premier moment de votre
furprife ; il étoit d'une fi grande confequence
pour vous que je vous tranfportaffe avec filence ,
que
D'OCTOBRE.
que le moindre bruit auroit fait revenir le Ge.
nie fur fes pas ; il eft auffi prompt que nous
à tout ce qu'il fait ; j'aurois eu un combat à
livrer en votre prefence , & celle de Zulma
m'auroit fort embarraffé : vous êtes prefentement
en feareté , & vous pouvés dire & faire tout
ce que vous voudrés .
La Princeffe à qui Gracieufe venoit de rendre
la parole , la remercia avec beaucoup de grace
& d'amitié ; elle avoit appris par le Genie ce
que c'étoit que les Fées , parce qu'il s'étoit
vanté de fa naiffance & du pouvoir qu'il tenoit
de fa mere ; il lui avoit dit auffi plufieurs fois
qu'elle étoit fous fa puiflance par l'ordre du
Deftin , mais il ne lui avoit pas dit qu'elle étoit
fous la protection de Belle des Belles , pour ne
lai laiffer aucune efpérance de fortir du lieu où
elle étoit.
Les premiers complimens paffés , qui fe faifoient
en marchant , Gracieuſe arriva dans le
plus beau Palais de la Ville , il appartenoir à
la Nimphe Meline , qui lui en fit les honneurs.
Gracieufe la pria de faire coucher la Princeffe
& Zulma dans les deux appartemens qu'elle
leur avoit deſtinés , & de leur faire fervir à
manger cela fut executé au même inſtant :
Gracieufe s'apperçut que la Princeffe rougifloit ,
qu'elle ouvroit la bouche pour parler , & qu'elle
la refermoit avec un air embarraffe ; elle lui
addreffa la parole , & lui dit : Avoiiez , Princeffe
, que l'on eft bien-heureufe d'avoir affaire
à des efpeces qui entendent , fans que l'on ait
la peine de leur parler , fur tout quand il eft
queftion de certaines matieres ; elle approcha
enfuite de fon oreille , & lui dit : ma foeur
Agreable qui a prefidé à la naiffance du Prince
Ormofa , a reçû ordre de Belle des Belles d'aller
à fon fecours , & de le tirer de la peine où la
E douleur
66 LE MERCURE
douleur de vous avoir perdue l'a mis ; il ne tiendra
pas à elle & à moi que vous foyez heureux.
La Princeffe lui baifa la main , pour lui marquer
fa joie & fa reconnoiffance , ella la pria de
ne la pas laiffer auffi long-temps dans cette Ville,
qu'elle avoit été dans fon Palais .
Gracieufe fourit, & lui dit qu'elle y feroit peu,.
mais qu'elle étoit feure que le temps lui paroîtroit
beaucoup plus long : la Princeſſe rougit
encore à ce difcours : Gracieuse pour la tirer de
l'embarras où elle l'avoit mis , addreſſa la parole
à la Nimphe , pour lui apprendre combien cette
Princeffe étoit chere à Belle des Belles , & la
prier de l'envoyer coucher.
Grac eufe paffa la nuit à donner les ordres aux
Nimphes pour la garde de la Princeffe , & fon.
divertiffement ; Meline s'en chargea , fans fe
flater de réuffit au dernier commandement.
La Princeffe étoit trop occupée d'Ormofa
pour croire que toute autre chofe que fa prefence
lui pût être fenfible.
"
Quand le foleil fut de retour , Gracieufe dit
aux Nimphes qu'il falloit éveiller Zulma , &
laiffer dormir la Princeffe , parce qu'elle voulait
fortir fans lui dire adieu , de peur qu'elle ne .
lui fit quelques queftions fur le Prince Ormofa ,
à quoi elle ne pouvoit encore lui répondre.
Les Nimphes reconduifirent Gracieufe & Zulma
, que l'on venoit d'éveiller , jufqu'à la porte
par où elle étoit arrivée ; elle fit remarquer à
Zulma l'extrême beauté du Palais de cette Ville ,
la voûte de criftal qui formoit leur ciel & qui
foutenoit ce prodigieux volume d'eau , que nous
appellons la mer , les differentes couleurs qui y
paroiffent attachées par la reflexion des rayons
du foleil qui venoit de fe coucher pour nous &
de fe lever pour eux : ce peuple qui habitoit
fous cette même youre beau & bien fait ; en un
douf
D'OCTOBRE. 67
mot un peuple nouveau qui n'avoit d'autres
occupations que le plaifir.
Gracieuſe montra auffi à Zulma une infinité de
mortels , que le Deftin avoit favorisés dans les
naufrages , qu'il avoit ordonné aux Nimphes de
retirer dans leurs habitations , pour leur procurer
l'immortalité ; on les diftinguoit aisément ,
par ce que leur figure étoit infiniment moins
belle.
Gracieufe arriva enfuite à la porte , elle y
trouva fon char : elle dit adieu aux Nimphes :
elle y monta avec Zulma ; elle perça la voûte
& l'eau avec autant de viteffe en remontant
qu'elle avoit fait en defcendant ; elle prit la
route qui lui avoit été marquée par Belle des
Belles dans le milieu de l'air , en traverfant l'Egypte
; elle s'arrêta tout d'un coup au deffus
d'une des Pyramides , Zulma en fut furpris &
la regarda pour lui en demander la raifon , mais
la Fée lui fit figne de fe taire , en mettant le doigt
fur fa bouche ; il remarqua qu'elle étoit fort atrentive
& fembloit écouter quelque chofe d'impor
tant ; pour lui il n'entendoit qu'une voix peu
tincte qui proferoit quelques paroles d'un ton
trifte.
י
dif-
Arrêtons -nous ici , dit Gracieuſe , voici deux
hommes retirés dans cette Pyramide ruinée , qui
ont befoin de mon fecours , je veux y defcendre ,
mais pour attirer leur confiance , il faut que je ne
paroiffe pas ce que je fuis , ni vous non plus.
Elle fit defcendre fon char à l'inſtant à la porte
de cette Pyramide : elle paffa la main fur le vifage
de Zulma, enfuite fur le fien , & l'un & l'autre prisent
la figure de deux vieillards très caffés .
Gracieufe entra la premiere dans le bas de cette
Pyramide, & dit à Zulma de la fuivre . Deux hommes
étoient affis fur du jonc dans le fonds de
cette efpece de cave faite comme un tombeau .
Fij Tou:
68 LE MERCURE
Tout le monde fçait qu'en effet les anciens Rois
d'Egypte n'avoient point d'autres Mauſolées : le
temps en a détruit plufieurs, & ce qu'il en refte eft
abandonné , comme le font toutes les vieilles
mazures .
L'un de ces deux hommes parut à Zulma , beau,
bien- fait , & d'une mine très haute : l'autre étoit
courbé au point d'avoir prefque la tête à fés
pieds ; fon vifage étoit difforme , les yeux rouges
& chaffieux , & les autres traits horribles.
Ils parurent l'un & l'autre furpris de voir entrer
deux hommes dans ce lieu ; celui qui étoit
bien fait prit la parole , & dit : Qui que vous
foyés , fortés d'ici vieillards , & nous y laifles
feuls ; nous y fammes avant vous , & vous nous
difputeriés la place avec peu de fuccès.
Gracieufe prit la parole avec un ton de voix
caffé , & lui répondit : Nous ne venons pas mon
frere & moi pour vous importuner ; un orage
nous a fait entrer ici , trouvés bon que nous y
demeurions. jufqu'à ce qu'il foit fini ; nous ne
vous connoiffons point , vous pouvés parler en
liberté , mon frere & moi n'entendons que par
fignes ; c'est l'air que vous aves pris quand vous
nous avés vûs , plutôt que vos paroles , qui nous
a fait entendre ce que vous avés dit .
Le même homme leur fit figne de demeurer :
Gracieufe & Zulma allerent s'affeoir loin d'eux ,
sependant dans le même lieu .
Il reprit la parole & dit à cette efpece de
fage qui étoit affis à côté de lui : Abenfaï recommencés
ce que vous me difiés ,, auffi bien
je ne fçai encore que votre nom , & puifque
Vous êtes malheureux , foyés certain de ma
compaffion , auffi bien que de mon fecret , je
vous donneray la même marque de confiance
fur ce qui me regarde après que vous aur
parlé
POESIES ,
D'OCTOBRE. 6
POESIES , ENIGMES , CHANSONS.
F
Sur le Rétabliſſement
de la Santé
du ROY
,
ODE.
Rance , quelle horrible tempête
Vient d'obfcurcir ton oeil ferein !
Quel danger menace ta tête ,
Et porte l'horreur dans ton fein !
Ton Soleil nàiffant fe confume ,
La terre gémit , l'eau s'allume "
Je vois tes beaux Altres pâlir.
A quels maux le fort te deftine !)
Ou tu touches à ta ruine Y
Ou c'eft Louis qui va périr.
Ouy c'eft lui. Mort impitoyable ,
Voy fur qui tu portes tes mains !
Sur Louis le Ciel favorable
Fit rouler le fort des humains.
Que plutot ta rage ennemie
Tranche le fil de notre vie ,
S'il le faut , pour fauver les jours !
Vains fouhaits ! la Barbare avance
Leve fa faux , & de la France
S'apprête à ravir les Amours.
Daigne
70% LE
MERCURE
Daigne refpecter nos allarmes ,
O Mort fufpens le coup mortel !
Laiffe aller la voix de nos larmes
Jufqu'au Thrône de l'Eternel !
Peut être que par des offrandes , (a)
Que par d'importunes demandes
Nous fléchirons le Toutpuiffant.
Si la France eft affez coupable
Pour lui paroître méprifable ,
Son Roy du moins eft innocent.
Dieu de David dans ta colere.
As-tu rejetté loin de toy
Ce Joas , la tige derniere
Qui nous refte du plus grand Roy ?
Cher Rejetton , fleur précieuſe ,
Faut-il que la mort envieufe
T'enleve au point de ta beauté
Déja ta tête languiffante
Se courbe , & femble gemiffante ,
Taxer le Ciel de cruauté.
Sage Mentor , Heres illuftre , (b)
Qui gardes les jours précieux
D'un Roy , que depuis plus d'un luftre
Tu vois fe former fous tes yeux
a Prieres publiques ordonnées dans toutes les Eglifeš
par Monfeigneur l'Archevêque de Lyon , dès qu'il eur
appris la maladie du Roy..
Monfeigneur le Maréchal de Villeroy,
De
D'OCTOBRE
.
De quels traits peut la Renommée
Peindre ta teadreſſe allarmée ,
Tes foins , tes frayeurs , tou ennui
Si du Roy la mort eft prochaine
La tienne nous devient certaine ,
Tu ne la craignois que pour lui.
R'affure-toy , les Cieux propices
Exaucent ta voix & nos pleurs.
Nos cris , nos voeux , nos facrifices ,
Ont fçû détourner nos malheurs.
Tel qu'une fleur déracinée
Par l'ardeur du Soleil fanée
Dans l'onde reprend fa vigueur ;
Frappé d'une atteinte mortelle ,
Tei LOUIS dans ton fein fidelle ,
Revient bien -tôt de fa langueur..
O toy , que pour regir la France
La nature exprès a formé ;
A peine forti de l'enfance
Goûte le plaifir d'être aimé ::
Par fa joie , & par ſa triſteſſe
Ta France a marqué fa . tendreffe ,
Quel charme plus touchant pour toy?
Si fur le thrône de ta gloire
Tu n'en perds jamais la memoire ,
C'eft affez pour être un bon Roy.
Quie
72 LE MERCURE
Que pour toy notre ardeur fidelle
Fait de miracles en ce jour !
Malgré l'indigence cruelle ,
Tout eft poffible à notre amour :
Nos jours n'ont plus de nuit obfcure ,
Nos places font champs de verdure ,
Nos ruiffeaux font ruiffeaux de vins
Ce n'eft que parfums qu'on refpire ,
Nous dormons au fon de la lyre;
1
Et nos fêtes n'ont plus de fin .
Quels feux quels fillons de fumiere
Formant cent fpectacles divers ,
S'élevent d'une audace altiere
Dans l'immenfe vuide des airs ?
Quels brillants éclairs ! quel tonnerre ?
Eft- ce Mars qui vient fur la terre
Porter l'horreur & le trépas ?
Non . C'eſt l'amour qui pour un maître
Prodigue le bruyant falpêtre
Plus que Mars en mille combats.
Prince , tant de réjoiſſances
Furent l'effet d'un libre choix ,
Et plus prompt que nos déferences ,
Notre amour devança tes loix : (c )
Seul il nous guide & nous anime ,
o Oħ a chauré le Te Deum à Lyon , avant la Lettre de
achete .
TAL
D'OCTOBRE..
73
rend notre ardeur legitime ,
Sans craindre de s'en voir punir ;
Quand ta Loy du peuple adorée ,
Viendroit fur l'aile de Borée ,
L'amour fçauroit la prevenir.
Sur
l'univerfelle allegreffe ,
Prelat , tu voulus l'emporter , ( d)
En magnificence
, en tendreffe
Qui pourroit te le diſputer ?
Tes fêtes font multipliées ; (e)
Qu'elles foient au loin publiées ;
Les Ottomans en font furpris : (f)
Bien tôt ils inftruiront leur Maître
Du zele que tu fis paroître
En faveur du jeune LOUIS.
Quel autre fpectacle s'apprête ?
Ta joye a paſſé juſqu'aux champs ,
A Neuville nouvelle fête , (g ).
C'est la mufette que j'entends s
Sa vafte foreſt enflammée
Brille de mille feux femée ,
Les jours y font jaloux des nuits ;
Et l'écho de ce lieu tranquille
d Monfeigneur l'Archevêque de Lyon.
ella donné trois Fêtes magnifiques .
f L'Ambaffadeur Ture fut témoin de la feconde.
g Maifon de Campagne du Prélat .
G Inftruit
74
LE MERCURE
Inftruit autrefois par Camille , (b)
Repete le nom de LOUIS .
Fils de ce Héros magnanime
Qui forme un Maître à l'Univers ,
Reçois ce tribut legitime
Que mon zele t'offre en ces Vers :
Prelat , le fujet t'intereffe ,
Pour ton Roy , j'y peins ta tendreffe
Tes ris , tes genereux tranfports ;
Mais fi le defir de te plaire ,
Me fait paroître temeraire ,
Approuve du moins mes efforts.
Fais plus , & que notre Patric
Te doive l'établiſſement
De la naiffante Academie ( i )
Dont tu fais déja l'ornement ;
Par cette Epoque fortunée
Immortalife une journée
Si chere au fage Villeroy
2
Nous compterons notre naiffance
Du beau jour qui fauva la France
En confervant fon jeune Roy.
Gamille de Villeroy Archevêque de Lyon , Oncle
du Prélat d'aujourd'huy.
ill s'eft formé depuis quelques années en cètte Ville
une Affemblée de gens de Lettres , qui a l'honneur d'ayoir
Monfeigneur l'Archevêque à fa tête.
EPITRE
D'OCTOBRE.
EPITRE à M ....
Sur le Rétablissement de la Santé du Roy.
T
U le veux , j'obéis , & je vas à mon tour
Entrer dans la carriere , & reparoître au
jour.
Tu fçais que de long-tems , loin des bords d
Permeffe ,
La gloire dans mon coeur cedoit à la pareffe
Je voyois fans chagrin d'audacieux mortels
Ennemis du bon fens , détruire fes autels ;
Je fouffrois qu'éblouis d'un frivole fuffrage ,
Qu'on accorde à l'Auteur plus fouvent qu'a
l'Ouvrage ,
De leurs Vers languiffans ils vinffent chaque jour
Etourdir le Monarque , & fatiguer la Cour,
Ne le critiquons point , me difois je fans ceffe
Ainfi que la douleur , la joye a fon yvreffe ,
C'est le zéle qui parle. Il faut en fa faveur
Tenir compte à l'efprit des mouvemens du coeur.
Toi , qui connois le mien , tu vois ce qui le
guide ,
De loüange & d'honneur moderément avide ,
A l'éclat d'un grand nom preferant le repos
Jamais d'un ceil jaloux je n'ay vû mes rivaux.
Gij
Accablé
76 LE MERCURE
>
Accablé fous le poids d'une douleur muette ,
De mon abbattement éloquente interprete ,
J'ofe le dire , helas ! nul autre plus que moi
N'a fenti le danger qui menaçoit le Roi,
Mais je n'empruntois point pour marquer mes
allarmes
Ces cris entrecoupés de fanglots & de larmes ,
De crainte palpitant , le coeur rongé d'ennuy,
Les pleurs que je verfois n'alloient point jufqu'à
lui ,
Jecrois encor le voir , ce Prince que j'adore ,
Confumé par l'ardeur du feu qui le devore ,
Le mal victorieux n'offre de toutes parts
Que lugubres objets à mes triſtes regards.
Lamort , les yeux bandés , elle- même interdite
De l'affreux attentat que fa fureur medice ,
Leve fa faux barbare, elle avance,grands Dieux !
N'avez - vous que montré ce cher Prince à nos
yeux ?
De la divinité défigurant l'image ,
C'est vous en ce moment que lá cruelle
outrage.
Vous vous attendriffez. Mes cris ne font pas
vains >
Elle frenit . Le fer s'échape de ſes mains ;
Bonheur inesperé ! Tout prend une autre face ,
L'efpir flateur renaît , la trifteffe s'efface ,
L: calme le plus doux fuccede à nos douleurs ,
Et la joye à fon tour nous fait verier des pleurs ,
Ce
D'OCTOBRE.
77
Ce ne font que plaifirs , que feftes , que fpectacles
,
L'amour ingenieux enfante des miracles ,
Et cet amour fi tendre , auteur de nos tranfports,
Au fein de la mifere a trouvé des tréfors.
Durés , momens heureux ! que le Ciel favo
rable
Long-tems à fes Sujets conferve un Maître ar
mable ,
Que fenfible à leurs maux , par un juſte retour
Ses bontez foient le prix de leur fidelle amour.
Qu'il fonge, qu'en lui feul mettant notre efperance
,
Il nous doit des Vertus dignes de fa naiſſance.
Heft né genereux , il n'oublira jamais
Que le bonheur des Rois eft celui des Sujets.
Ainfi nous le verrors occupé de fa gloire ,
Des Heros les plus grands effacer la memoire,
Compter , nouveau Titus , fes jours par les fa
veurs y
N'aimer , ne rechercher que l'empire des coeurs
Pour obtenir la Paix entreprendre la Guerre ,
Etre l'étonnement & l'amour de la Terre.
Ta main , en le formant , fignala ton pouvoir,
Seigneur , impofe lui le joug faint du devoir ,
Que con feul intereft & l'anime & le guide ,
Gij
Et
78
*
LE
MERCURE
Et qu'à tous fes difcours la verité prefide ,
Qu'avec un coeur de Pere il ait celui d'un Roy
Et pour tout dire , enfin , qu'il foit digne de toy.
L'effet juftifira le fortuné préfage
Des grands évenemens dont vous êtes le gage ,
Huftre Maréchal , fous vos yeux élevé ,
Et par vos tendres foins du trépas prefervé ,
LOUIS à la Vertu formé dès fa jeuneſſe
Ne démentira point vos leçons de fageffe ,
Et nos neveux charmés en beniffant leur Roy ,
Beniront comme nous le nom de Villeroy ;
Ouy, ce nom glorieux , cheri dans tous les âges,
Chez les Peuples heureux trouvera des hommages
,
Vivez donc , & fongez que pour fon Peuple encor
Telemaque a befoin des confeils de Mentor.
C
※ 光諾諾: 粥粥粥粥粥粥粥粥糕
Sur la Convalescence du Roy.
ODE.
Effons nos pleurs & nos allarmes ,
François , tous nos voeux font remplis ,
Le Ciel vient de rendre à nos larmes
La gloire , & le falut des Lys.
Le Monarque , fur qui la France
Fonde toute fon eſperance ,
Recouvre
D'OCTOBRĚ.
72
Recouvre une heureuſe ſanté .
A nos voix tout à coup propice ,
Grand Dieu , ta divine Juftice
Couronne ainfi la pieré.
Oui , les violentes atteintes
De la foudre qui part de l'air ,
Portent dans l'ame moins de craintes
Que le péril d'un Roy fi cher.
Quels tranfports d'amour pour ce Prince
A la Ville , dans la Province ,
Tous les Peuples font éperdus ',
On prie , on accourt , on s'empreffe ,
Et devant les Autels fans ceffe
Tous les Ordres font confondus ."
Dans cette allarme univerfelle
De Mars craindroit- on la fureur ?
Aimable Prince , un fi grand zéle
Eft il l'effet de la terreur ?
Il n'eft point de coeur qui n'envie
La gloire de donner fa vie
Pour fauver les jours de fon Roy,
Et point de François qui ne penfe
Faire un facrifice à la France
En fe facrifiant pour Toy.
Ton Peuple à mille foins en proye
Inquiet de fa fûreté ,
Giiij Attend
LE MERCURE
Attend la trifteffe ou la joye
Des bruits divers de ta fanté :
D'abord fur un heureux préfage
11 refpire , il reprend courage ,
Il montre un air plus affuré ;
Veillant à ta convalefcence ,
Il eft à chaque circonſtance
Ou content , ou defefperé
Mais que vois -je ! quelle Déeffe
Accourt d'un air precipite !
Que de foupirs pleins de tendi effe
Partent de fon coeur agité !
Ah ! je connois cette Heroïne ,
C'eft cette ame toute divine
C'eft la Minerve de LOUIS ,
Que ta préfence nous eft chere !
'Approche , à tes regards de mere
Déja fes. fens font réjouis.
Enfin Dieu rempli de clemence ,
Vient de jetter fes yeux fur nous ;
Ne tremble plus , heureuſe France
Tu vas goûter un fort plus doux.
Il écarte de notre tête
Le coup affreux de la tempête ,
Qui mit l'effroy dans notre coeur
Pour ton bonheur il s'intereffe ,
Reprend ta premiere allegreffe ."
Tos
D'OCTOBRE.. Fx

Ton Prince a repris fa vigueur .
. Déja les Temples retentiffent
Du fon des Cantiques facrés ,
Par tout les Peuples applaudiffent ,
Quels fpectacles font preparés !
Jeune Monarque , ta naiſſance
Et ta prompte Convalescence
Semblent aux yeux us même jour,
De feux la nuit eft éclatante ,
Toute la Ville triomphante
Jure pour Toy le même amour.
Aug. Poubeau de Bellechaume
REMERCIMENT
A SON ALTESSE SERENISSIME
MONSEIGNEUR
LE PRINCE DE CONTI ,
Par Delaifme de Grand Bois, Cavalier
dans le Regiment de Conti..
Toi ! qui guides fur le Parnaffe
Un Prince avide de Lauriers ,
Qui veut affembler ceux d'Horace
Avec ceux des plus grands Guerriers,
De
82 LE MERCURE
De CONTI , Mufe délicate !
Docile à ce nom qui te flatte
Seconde un illuftre projet :
"
Parle un langage non vulgaire ;
C'eſt à CONTI que je veux plaire ,.
Et fes bienfaits font mon fujet.
D'une Mufe encor begayante
Je lui confacray les effais ,
Et fa main trop tôt bienfa anter
L'encouragea par fes bienfaits
Tes champs rendus à ta Mulette
Virgile ont fait de ta Troinpette
Entendre les fons vigoureux :
Oui , ton exemple m'en affure ,
On doit le Poëte à la nature ,
L'ouvrage au Prince généreux.
"
Quel foupçon honteux , mais trop juſte
Contre un Empereur fi cheri !
Je crains d'eftimer dans Augufte
Les vertus de fon favori ;
Sans Mécénas qui l'accrédite ,
Il n'eut pas counu le merite ,
On n'en auroit point . fait de cas ;
Habile & jufte par lui - même ,
Mon Prince le connoît , il l'aime
Il vaut Augufte & Mécénas.
1
PO
'
Honte
D'OCTOBRE. LY
Honte des Rois ! du lâche Admette ,
Apollon garde les troupeaux ;
Il le voit , fans qu'il le commette
A quelques plus nobles travaux :
En vain brilla ta Poefie !
Un Roi fans moeurs & fans génie
Méprife les Dieux & les Arts ;
Et par fon exemple féduite
Sa Cour , pour toi , pour ton merite
N'oſe avoir de juſtes égards.
y Suis- je encor aux bords de la Seine
Ou fuis-je aux bords de l'Eurotas !
Villon ! au mépris de ta veine ,
Quelle honte fuit ton trepas :
N'étoit- ii plus dans nos Provinces
De Roi , de Sçavants , ou de Princes
Pour cherir tes doctes écrits ?
Non : fiton eſprit fat ſublime
Ton ame abandonnée au crime
Livra tes vers à leurs mépris.
Dépouillons l'efprit & la rime ,
D'un honneur trop peu merité,
A la vertu fe doit l'eſtime ,
Et l'amour à la probité :
Par elles j'afpire à te plaire ,
Bien plus qu'en me rendant fevere
Sur
84
MERCURE LE
11
Sur un vers grand' ou delicat :
L'équitable Bourzac m'approuvé ,
Attentif fur mes moeurs il trouve
L'honnête-homme dans le Soldat.
Oh ! dans l'héroïque carriere ,
Quand fuivrons- nous tes étendards
Tes confeils , ton ardeur guerriere
Ont étonné Neptune & Mars : *
De tes faits , par la Renommée
La gloire par tout fut femée ,
Elle réjouit l'Univers :
Mufe fois témoin de fa gloire ,
Tu trouveras dans fon hiftoire
La matiere des plus beaux Versi
Que fa valeur & fa prudence
De l'étranger faffent l'effroi !
Il eft aimé de notre France ,
C'eſt un plus noble champ pour toi s
Des peuples tu feras chérie
Si tu le peins à la Patrie
Grand , tendre , juſte , libéral :
Si dans ton hommage fincere ,
On le trouve égal à fon Pere ,
Qui ne reconnut point d'égal.
mes
* Fontarabic & Saint Sebaſtien , Places Mariti-
Doctes
D'OCTOBRE.
Doctes & magnanimes ombres
Du grand CONTI , du grand CONDE' !
Joüiffez aux demeures fombres
Du bien qui nous eſt accordé ;
De votre fang voyez renaître
Des fils qui s'emprefferont d'être
L'appui des vertus & des Arts ;
Un fi beau fang s'immortalife ,
Ayẹc lui croît & s'éterniſe
L'amour de Minerve & de Mars.
UN
FABLE ,
Par Monfieur Demoncrif.
N Croniqueur dit que jadis les belles.
N'étoient qu'orgueil, que mépris, que rigueurs,
Or maintenant plus douces font les moeurs ;
Comment? falloit des ardeurs éternelles ,
Pour les toucher , toutes étoient cruelles ,
Si qu'une Iris n'auroit à fon amant
Ofé donner un baiſer feulement
Sans un Arreft de la Cour de Cithere,
Voyés combien amour avoit affaire ?
Qu'arriva- t'il ? droit au Ciel il vola ;
Pere des Dieux , dit il , tenés voilà
Mon arc , mes traits , trop rude eſt l'exercice ,
Jc


86 LE MERCURE
Je ne puis feul les amants gouverner.
A ce propos Jupin de lui donner
Un Lieutenant ; qui fut ce , le caprice ,
Dont bien nous prit ; le fexe dès ce jour
Perdit fierté , fcrupule , humeur fevere ,
Il n'eft amant fi peu digne de plaire .
Qui n'ait pour foy le caprice , ou l'amour.
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé eft la Mer: Voici l'explication de
la feconde , par Monfieur G. D. M.
Je lifois en rêvant l'Enigme du Mercure ,
Et de rêver en vain j'étois au deſeſpoir ,
Quand un Gafcon eft venu pour me voir
J'en fais encore avec lui la lecture.
Vous ne devinez pas , dit il ? non , vous riez ?
Non , eh vous riez , Dieu me damne ;
Car vous êtes deffus & vous cherchez votre âne
Puifque c'est la plante des piés.
J
PREMIERE ENIGME.
E fuls materiel , triangulaire & rond ,
D'un ufage fort ordinaire
Plat , haut , large , profond ;
Mais aux Dames peu neceffaire.
Cependant
D'OCTOBRE. 871
<
Cependant ( fi je l'ofe dire ) '
Je n'en fuis pas trop méprifé ,
Car fouvent après moi le beau fexe foupire ,
Et même j'en fuis courtilé.
Ma couleur dépend du caprice
De ceux à qui je rends fervices
Quelquefois blanc , plus fouvent noir ,
Mais quand rouge je me fais voir
Je parois peu chez la jeuneffe.
Sur un fommet je ſuis placé ,
D'où je defcends par politeffe.
La faim ne m'a jamais preſſé ,
La farine me fuit fans ceffe.
On me donne fouvent le nom
Ou d'une Ville ou d'une bête ;
De cent efprits divers je ferois la maiſon ,
Mais prêt à les loger , en chemin on m'arrête
Je fuis toujours coëffé fans avoir une tête.
O
SECONDE ENIG ME
N me trouve deux pieds ſi je fuis animée
Sans ame je n'en ai plus qu'un :
Et par ce pied je fuis armée ,
:
On me bouche mes yeux comme il plaît à chacun,
Je viens de loin,je fuis utile à la vieilleffe,
Jc
88 LE MERCURE

Je badine avec la jeuneffe ,
Amuſement du Maître & terreur du Valet ,
Mon corps eft toujours rondelet ,
Chés les Grands ma tête eft petite
Elle eft grande ches les petits .
Je frappe fans que je m'irrite ,
Je foutiens les Rois mêmes & leurs fils.
CHANSON
FY, fy, du Cabaret où la faufſe meſure
Fait qu'on ne peut au plus s'enyvrer qu'à
demy :
Vive , vive Lucas ; cheux ce loyal amy
Le Vin n'a point de pots , la cave eft fans ferrure
La taſſe en main affis près des toniaux
Je nous foulons fans ftratagême ;
Point de garçon ne viant controller nos morciaux

Je buvons fans compter & je fortons de même,
Vaudeville du Fleuve d'Oubly ;
petite Comedie des Italiens,
MAA Maîtreffe infidelle
Aime le gros Lucas'a a a ;
> Ma foy tant pis pour elle
Je n'en pleurerai pas a a a :
Pour en perdre la memoire
Dans
xo
lus senyvrerqu'a demy:
n'a point de pots, La
des toniaux Je nous Sou...
iant controller nos marNEW
YORK
PUBLIC LIBRARY.
„ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
D'OCTOBRE.
Dans le Fleuve d'Oubli , Biribi ,
Je veux boire , je veux boire.
A toute heure à ma porte
Il vient maint creancier ééé ,
Mais que le diable emporte
Qui fonge à le payer ééé :
Pour en perdre , &c.
Notre mary careffe
Ma fervante Magot o o 0,
J'en mourrois de trifteffe
Sans fon Valet Pierrot o oo :
Pour en perdre , &c.
J'avois pris femme laide
Pour n'être poin: Cocu uuu ,
Mais c'eft un vain remede ,
Et j'en fuis convaincu u u u .
Pour en perdre , & c.
Arlequin au Parterre
Je compte fur la Piéce
Puifque vous avez ri i ii ,
Si quelque endroit vous blefle
Et n'a pas réuffi i ii ,
Pour en perdre la memoire
Dans le Fleuve d'Oubly , Biribi ,
Venez boire , venez boire.
H NOUVELLES
DO LE MERCURE
NOUVELLES LITTERAIRES
E T
DES BEAUX ARTS.
Ans le quatorziéme Recueil des
Lettres éfidiantes & curieuſes
écrites des Miffions Etrangeres
par quelques Miffionnaires de
,
la Compagnie de Jefus , imprimé à Paris
chez le Clerc l'année paffée , on trouve ,
parmi quantité d'autres chofes , qui rempliffent
parfaitement le titre du Livre ,
une curiofité qu'on fera fans doute bien
aife de trouver icy. Un Miffionnaire envoye
de Pekin à un de fes amis un Muſc
& il lui en explique l'origine & les propriétez
Le Mufc , lui dit - il , le forme dans
la veffie d'une eſpèce de Chevreuil ; c'eſt
comine un fel qui s'attache tout au tour ;
il s'y en forme de deux fortes ; celui qui
eft en grain eft le plus precieux ; l'autre
qui eft moins eftimé , eft plus menu , c'eft
à dire , qu'il eft comme en poudre . La
Chevrette ne porte point de mufc , il n'y a
que le mâle. Quand les Chinois prennent
un de ces animaux , ils lui tirent auffi-tôt
la veffie , & de peur que le mufc ne s'évapore
,
-D'OCTOBRE
vapore ,
que
ils en lient le conduit avec une
ficelle , & l'ayant fufpendu ils la font fécher.
Le Mufc le
Miffionnaire envoye
à fon ami , n'a point eu d'autre preparation.
Cependant il a une proprieté bien
finguliere à une certaine diftance il
endort les plus énormes ferpens , & il les
rend immobiles ; le Chevreuil mufqué fe
nourrit de leur chair & les devore fans
qu'ils puiffent fe défendre ni s'enfuir . Les
Payfans Chinois , que leur travail oblige
de dormir dans les forêts & fur les montagnes
où il y a beaucoup de ces bêtes
venimeuſes , n'ont point de meilleur fecret
pour le garentir de leur morfure que
d'avoir fur eux qu'elles grains de mufc :
avec cette amulette ils n'ont rien à crain
dre.
PRIERES ET INSTRUCTIONS CHRETIENNES
, dans lesquelles fe trouve renfermé
tout ce que la Religion veut que
nous croyions , que nous pratiquions , &
que nous demandions . Avec les Offices de
l'Eglife à l'ufage de Rome & de Paris .
Chez Ph. Nicolas Lottin , rue S. Jacques,
à la Verité , in 12. 1721 .
Le même Libraire vient d'imprimer un
petit in 12 de 154 pages , intitulé , Cas
DE CONSCIENCE , fur le Carême , fur
Hij I'Yvrognerie
92 LE MERCURE
I'Yvrognerie & fur les Danfes, decidez par
Mrs. les Docteurs en Theologie de la Fa
culté de Paris. On parle dans la derniere
Partie de cet Ouvrage d'une coutume qui
s'eft introduite dans quelques Paroiffes de
la Campagne , où l'on vend , & l'on adjuge
comme à l'encan dans le Eieu Saint,
le droit de primauté dans la Danſe publique
, à celui qui offre le plus de cire pour
P'Eglife ; on avertit les Curez de ces Paroiffes
de mettre tout en ufage pour abolir
un fi grand abus .. .
REFUTATION du petit Livre intitulé ,
la grande & fameule découverte de la
QUADRATURE DU CERCLE , par le fieur
R. Baudemont , Mathematicien de Reims.
Enſemble plufieurs nouvelles propofitions:
Geometriques , dans lesquelles font faites
quelques comparaiſons du Cercle , avec la
parabole quarrée , &c. par M. le Nounier
Mathematicien . A Roüen , chez P. Machuel
, & fe vend à Paris chez Claude:
Jombert , à l'Image Notre- Dame . 1721..
OBSERVATIONS ET REFLEXIONS tou
shant la nature , les évenemens & le traitement
de la Pefte de Marseille , pour confirmer
ce qui eft avancé dans la Relation
Sur les accidens de la: Pefte , fon pronoſtic:
¿ fø curation, &c.. Par Mrs. Chicoineau ,,
Vernii
D'OCTOBRE. 93
Verni & Soulier , Deputez de la Cour à
Marſeille. A Lyon, chez les Freres Bruiffet,
au Soleil , 1721. in 12. & fe vend à
Paris , chez Etienne Ganeau,
LETTRE SUR LA MALADIE de Mar-
SEILLE , de M. Didier , Confeiller Medecin
dù Roy , & Profeſſeur en Medecine
de l'Univerfité de Montpellier , écrite à M.
Fizes , Confeiller du Roy , Profeſſeur de
Mathematique , & Medecin de la même
Univerfité. A Montpellier , chez Hilaire
Fleuri. 1721. Brochure in 12.
Avrs & Remedes contre la Pefte. A
Beziers , chez Etienne Barbut. 1721. in 80%
pp. 14.
M. Bouillet , Medecin de la Faculté de
Montpellier , combat dans cette Differtation
par de folides raiſons la prévention
populaire au ſujet de la Peſte , qui ne peut
muire , dit- il , qu'autant qu'on lui prête
des armes ; & il foutient que fon progrès.
n'eft dû qu'au chagrin , à la crainte de la
mort , à la confternation des Peuples , &
à leur découragement , qui entraînent toujours
la défolation . , la cherté & la difette
des vivres ; Chacun fe retire , les parens ,
Les amis font abandonnés , les Pauvres ne
font point fecourus ; le defordre & la confufion
s'emparent d'une Ville affligée ; les
cadavre
94
LE MERCURE
cadavres pourriffent. dans les ruës ' , l'air
s'infecte de plus en plus ; & cette infection
fe glifant dans les maisons des Particuliers,
où le defaut d'exercice , la trifteffe , la difette
on l'ufage des mauvais alimens , ont
déja alteré la conſtitution de leurs humeurs,
affoibli le reffort de leurs parties folides,
des familles entieres deviennent la vidime
de ce faux fyftéme , & ceux qui en font les
auteurs , fuccombent eux- mêmes . Une mort
bonteufe & funefte les punit , on a pour
eux la même dureté qu'ils ont témoignée
envers leurs parens , leurs amis , & leurs
voiſins. Ils périſſent ſouvent fans confolation
fans fecours.
TRAITE' DE LA GOUTE , par M. le
Févre de la Rochelle , ſe vend à Paris chez
Etienne Ganeau , rue S. Jacques.
LE CAPUCIN CHARITABLE , où il eft
traité de la Pefte , &c . Par le P. Maurice
de Toulon. A Lyon , chez Bruiffet , nou
velle édition . 1721.1
Selon le bon Capucin , il eft inutile de
- retenir pendant quarante jours les hommes
en qui on ne remarque aucun figne
de Pefte . Les plus démonſtratifs , dit- il ,
qui ſe manifeſtent toujours en moins de
quinze jours , font les fiévres inquiétes
la démarche chancelante , le vifage défiguré
D'OCTOBRE.
guré , les yeux abatus & étinceláns , l'envie
de vomir , le fommeil letargique , la
frenefie furieufe , &c. Il ajoûte que là
quarantaine réduite à vingt jours pour les
perfonnes , eft plus que fuffifante.
LE THEATRE DE LA FOIRE OU L'OPERA
COMIQUE , contenant les meilleures Pieces
qui ont été repreſentées aux Foires Saint
Germain& S. Laurent ; enrichies d'Eftampes
en taille douce , avec une Table de
tous les Vaudevilles & autres airs gravez ,
notez à la fin de chaque Volume ; recueillies
, revâës & corrigées : Par Meffieurs le
Sage & d'Orneval , 3. vol . in 8 °. A Paris ,
chez Etienne Ganeau , rue Saint Jacques.
1721.
Nous n'avons pû que ce mois- ci nous
acquitter de la promeffe que nous avions
faite de parler de ce Livre . Réduits à ne
pouvoir entrer dans aucuns détails des
Pieces qu'il contient , nous nous bornerons
à en donner le Catalogue , & à
extraire quelque chofe de la Preface : Les
Auteurs la commençent ainsi .
Ce n'est point pour difputer de prix
avec les chef- d'oeuvres immortels , qui
mettent le Theâtre François au deffus de
tous les Theâtres du monde , que ce Recueil
paroît aujourd'hui : ce n'eſt
pas même.
96 LE MERCURE
me pour entrer en comparaifon avec les
deux autres Spectacles reglez , où l'on
n'obſerve pourtant pas exactement les preceptes
d'Ariftote : c'eft pour laiffer à l'ave
nir un monument qui faffe connoître les
diverfes formes fous lefquelles on a vû le
Thâtre de la Foire.
On avertit enfuite que quantité de mauvaifes
productions qui ont paru fur le
Theâtre de la Foire , ne font point employées
dans ce Recueil ; qu'on n'a pas
même jugé à propos de faire imprimer
celles qui ont dû tout leur fuccès au jeu
des Acteurs , ou à des Ballets brillants ,
pour ne donner place qu'aux Pieces qui
ont plû par le merite de leur propre fond ,
& fur lefquelles feulement on peut juger
des ouvrages de l'Opera Comique. Peutêtre
, dit l'Auteur de la Preface , n'y trou
vera-t'on pas dequoi juftifier le plaifir
que tout Paris y prenoit ; quoi qu'il y ait
des caracteres plaifans , du naturel , de la
varieté Elles perdront beaucoup d'être
dépouillées de l'agrément de la repreſentation
, fur tout auprès des perfonnes qui
ont peu frequenté ce Spectacle.
Il n'y faut point chercher d'intrigues
compofées ; chaque Piece contient une
action fimple , & même fi ferrée , qu'on
n'y voit point de ces Scenes de liaiſon
languiffantes qu'il faut toujours effuyer:
dans
D'OCTOBRE. 97
dans les meilleures Comedies. Quand
cette précifion , dont les autres Theatres
femblent s'éloigner , feroit en effet un
defaut , elle étbit abfolument néceffaire au
nôtre , & devenoit la premiere de nos
regles. Nous avons mieux aimé divertir ,
ne faifane qu'effleurer les matieres , que
d'ennuyer en les épuifant. Il n'eft pas
facile de trouver un milieu entre le haut
& le bas ; de rafer la terre , pour ainfi
dire , fans la toucher. Le fublime n'eft
pas plus difficile à attraper , que l'art
d'amufer l'efprit en badinant.
Nous ne prétendons point foutenir que
nos Pieces font parfaites dans leur genre.
Quel Theâtre a jamais été dès fon commencement
ce qu'on l'a vû devenir
dans la fuite ? Qu'eft ce que c'étoit que
les Tragedies & les Comedies Françoiſes
avant Corneille & Moliere ! mais fi l'Opera
Comique , quand on l'a feriné , n'étoit
pas encore parvenu à fon degré de perfection
, il y tendoit du moins. On peut
dire qu'il commençoit à intereffer les honnêtes
gens qui trouvoient dans ce ſpectacle
un ingenieux mêlangé de tous les autres
enfemble. Auffi n'a- t'il point fini
faute de fpectateurs.
On y voyoit à la verité regner ordinaitement
du merveilleux ; mais ce merveilleux
étoit toujours joint à des fentimens
I naturels
98 LE MERCURE
naturels & à des portraits fatyriques , qui
contentoient les perfonnes qui veulent de
la Morale, De plus , ce Theatre étoit caracterifé
par le Vaudeville , efpece de
Poëfie particuliere aux François , eftimée
des Etrangers , aimée de tout le monde ,
& la plus propre de toutes à faire valoir
les faillies de l'efprit , à relever le ridicule ,
à corriger les moeurs , Ce Vaudeville
dont on ne fe fervoit dans les commencemens
que par neceffité , puis qu'il étoit
défendu aux Acteurs Forains de parler ,
fut d'abord par eux affez mal employé,
Point de fineffe dans les pentées , point
de delicateffe dans les expreffions , aucun
goût dans le choix des airs ; c'étoit entre
leurs mains un diamant brut , dont ils ne
connoiffoient pas le prix , & que les Auteurs
ont mieux mis en oeuvre dans la
fuite .
Le Theâtre de la Foire ( dont voici l'hiftoire
en peu de mots ) a commencé par
des Farces que les Danfeurs de corde mêloient
à leurs exercices . On joüa enfuite
des fragments de vieilles Pieces Italiennes.
Les Comediens François firent cefler ces
reprefentations , qui attiroient beaucoup
de monde , & obtinrent un Arreſt qui
faifoit défenſe aux Acteurs Forains de
donner aucune Comedie par dialogue,
Ceux- ci abufant des termes de l'Arreft ,
s'aviferent
1
2
D'OCTOBRE.
99.
1
s'aviferent du Monologue ; un Acteur
venoit feul fur le Theâtre , difoit une tirade
, & le retiroit enfuite pour faire place
à l'Acteur qui devoit lui répondre. Cette
maniere bizarre de dialoguer trouvant
encore des ſpectateurs , il intervint un Arreft
qui leur défendit mêmele Monologue ;
mais les nouvelles défenfes ne fervant
qu'à leur faire chercher de nouveaux expediens
, ils eurent recours aux écriteaux
, c'eſt- à - dire que chaque Acteur
avoit fon rôle écrit en gros caractere fur
du carton , qu'il prefentoit aux yeux des
fpectateurs. Ces infcriptions parurent d'abord
en Profe , après cela on les mit en
Chanfons , que l'Orchestre joüoit , & que
les affiftans s'accoûtumerent à chanter ;
mais comme ces écriteaux embaraffoient
fur la Scene , les Acteurs s'aviferent de les
faire defcendre du ceintre : ces derniers
écriteaux étoient une efpece de cartouche
de toile roulée fur un bâton , & dans lequel
étoit écrit en gros caractere le couplet
avec le nom du perfonnage qui au.
roit dû le chanter : l'écriteau defcendoit
du ceintre , & étoit porté par deux
enfans habillez en Amours , qui le tenoient
en ſupport : les enfans fufpendus
en l'air , par le moyen des contrepoids ,
dérouloient l'écriteau . POrchestre joüoit
auffi-tôt l'air du couplet , & donnoit le
I ij
ton
334130
Too LE MERCURE
on aux fpectateurs , qui chantoient euxêmes
ce qu'ils voyoient écrit , pendant
ue les Acteurs y accommodoient leurs
eftes .
Les Forains voyant que le Public
oûtoit ce spectacle en chantons , s'imaherent
avec raifon que fi les Acteurs
chantoient eux - mêmes les Vaudevilles ,
plairoient encore davantage , Ils traitent
avec l'Opera , qui , en vertu de fon
ivilege , leur accorda la permiffion de
anter. On compofa auffi tôt des Pieces
urement en Vaudevilles ; & le fpectacle
lors prit le nom d'Opera Comique . On
hêla peu
peu de la Profe avec les Vers,
our mieux lier les couplets , ou pour
fifpenfer d'en trop faire de communs ;
de forte qu'infenfiblement les Pieces devinrent
mixtes. Elles étoient telles , quand
P'Opera Comique fut interrompu en 1718 ,
à la Foire Saint Laurent ..
à
fe
On fuit cette Chronologie dans la diftribution
des Pieces de ce Livre ; on en donne
d'abord trois par écriteaux ; on met en
fuite celles qui font en purs Vaudevilles
chantez par les Acteurs , & enfin les
Pieces qui font mêlées de Profe.
Les Auteurs n'ont rien negligé pour
rendre cet ouvrage utile & agreable. Les
autres Theâtres , difent -ils , n'ont pas plus
que lui pour but la correction des incurs ,
D'OCTOBRE. 10
& il n'eft pas moins propre qu'eux à dé
laffer un homme ferieux de fes grandes
occupations. Il peut fur tout être d'un
grand fecours à la campagne , où l'on fait
fouvent fucceder aux autres plaifirs , celui
de reprefenter dans une famille de petites
Pieces Dramatiques . Si l'on peut en choifir
de meilleures , celles ci du moins ont
Pagrément d'être nouvelles & d'un goût
fingulier.
La Préface finit par un avertiffement
qui eft qu'il faut chanter, & ne pas lire
fimplement les couplets. Regardez - les ,
ajoute-t'on , comme les Vers des divertiffemens
d'Opera : les uns & les autres
font faits pour des canevas. Le chant vous
inſpirera une gayeté indulgente . Enfin ,
en les chantant , vous y mettez du vôtre ,
& nous aurons meilleur marché de vous':
au lieu que fi vous ne faites que les lire ,
vous prendrez garde à tout.
Sur l'air de Grimandin.
Un mot dur nous ôte l'eftime
D'un fin Lecteur ,
Il s'attache au tour , à la rime ,'
Mais un Chanteur
Occupé du charme des airs ,
En fredonnant fait grace aux Vers.
I iij PREM.
702 LE MERCURE
PREMIER VOLUME.
Pieces par Ecriteaux.
Arlequin Roy de Serendib , en trois
Ates , par Mr. le Sage , reprefenté en
1713 , à la Foire Saint Germain.
Arlequin Thétis Piece d'un Atte
par Mr. le S. à la Foire Saint Laurent
1713 .
,
Arlequin inviſible , d'un A&te , par M.
le S. 1713 , à la Foire Saint Laurent."
Pieces chantées par les A&teurs.
Arlequin Mahomet , & le tombeau de
Noftradamus , Pieces d'un Acte chacune ,
liées par un Prologue intitulé : La Foire de
Guibray , par M. le s. à la Foire Saint
Laurent , 1714.
Arlequin Sultane Favorite , en trois
Ates , par M. le Tellier , 1715 , à la
Foire faint Germain.
La ceinture de Venus , en deux Altes ,
par M. le S. 1715 , Foire faint Germain.
Parodie de l'Opera de Telemaque
Piece d'un Alte , par M. le S. Foire faint
Germain. 1715.
Le Temple du Deſtin , Un Atte , par
M. le S. à la Foire faint Laurent . 1715..
TOME
D'OCTOBRE. 10}
TOME I I.
Arlequin défenfeur d'Homère , Piece
d'un Atte , par M. Fuzelier , à la Foire
Saint Laurent. 1715 .
Colombine Arlequin , ou Arlequin Colombine
, Piece d'un Atte , par M. le S.
à la Foire faint Laurent. 1715 .
Les Eaux de Merlin , Piece d'un Ade ,
précedée d'un Prologue , par M. le S.
Foire faint Laurent. 1715 .
Les Arrefts de l'Amour , Piece d'un
Atte , par M. d'Orneval , reprefentée à
la Foire faint Germain en 1716 .
Arlequin Traitant , en trois Ades , par
M. d'Orn. Foire faint Germain . 1716.
Le Temple de l'Ennuy , Prologue , par
Meffieurs le S. & F. à la Foire faint Germain.
1716 .
Le Tableau du Mariage , Piece d'un A&te,
par Mrs. le S. & F. Foire faint Germain.
1716 .
L'Ecole des Amans , Piece d'un Atte ,
par Mrs. le S. & F. Foire Saint Germain.
1716.
Arlequin Hulla , ou la Femme repudiée,
Piece d'un Acte , par Mrs. le S. &
d'Orn. à la Foire faint Laurent. 1716 .
Le Pharaon , Piece d'un Ade , par M. F.
à la Foire faint Germain . 1717.
I iiij
TOME
304 LE MERCURE
TOME III.
Les Animaux raifonnables , Piece d'un
Atte , par Mrs. F. & le G. Foire ſaint
Germain. 1718.
La Querelle des Theâtres , Prologue
par Mrs. S. & de la F. reprefenté
la Foire faint Laurent en 1718 , &
enfuite fur le Theâtre de l'Opera , par
par ordre de MADAME .
Le Jugement de Paris , Piece d'un A&te,
par M. d'Orn . Foirefaint Laurent. 1718 .
La Princeffe de Carizme , en trois Altes ,
par M. le Sage , à la Foire faint Laurent.
1718 , & fur le Theâtre de l'Opera ,
par ordre de MADAME.
Le Monde renverfé , Piece d'un A&te ,
par Mrs. le S. & d'Orn. fur le plan
de M. de la F. à la Foire faint Laurent.
.1718.
Les Amours de Nanterre , Piece d'un
Atte , par Mrs. le S. & d'Orn. à la
Foire faint Laurent , 1718 , & fur le
Theâtre du Palais Royal , par ordre de
MADAME.
L'Ifle des Amazones , en un Alte ,
par Meffieurs le S. & d'Orn. qui n'a ja
mais été reprefentée , à caufe de la fuppreffion
de l'Opera Comique.
Les Funerailles de la Foire , Piece d'un
Alte
D'OCTOBRE .
105
A&te , par Meffieurs le S. & d'Orn . reprefentéefur
le Theâtre de l'Opera , par ordre
de MADAME , le Jendy 6 Octobre 1718.
Le Rapel de la Foire à la vie , Piece
d'un Atte , par Mrs. le S. & d'Orn .
reprefentée à la Foire faint Laurent en
1721 , & fur le Theâtre de l'Opera le
deuxième Octobre, par ordre de MADAME .
BIBLIOTHEQUE DES GENS DE CCUR ,
ou mêlange curieux des Bons Mots d'Henzi
IV , de Louis XIV , de plufieurs Princes
& Seigneurs de la Cour , & autres Perfonnes
illuftres , avec un choix de traits
naïfs , Gaſcons & Comiques , de plufieurs
petites Piéces de Poëfies & de penſées ingenieufes
propres à orner l'efprit , & à le
remplir d'idées vives & riantes .
Ce Livre est tout nouvellement imprimé
à Paris en deux Volumes in 12. chez
Theodore le Gras , au Palais . C'eft un
Recueil complet de bons Mots on en
trouve du grand Prince de Condé
de
M. de Harlay Premier Preſident , du Comte
de Grammont de M. Bautru , de Santeuil
, & c. On y a joint plufieurs autres
traits de perfonnes diftinguées & d'Auteurs
modernes . Le Jeu , l'Amour le
Mariage , les Femmes : ces quatre Chapitres
offrent pluſieurs pensées vives qui
n'ont point encore été imprimées. On
trouvera
106 LE MERCURE
trouvera auffi un choix de Devifes , d'Epitaphes
& de Comparaifons , avec un
mêlange de plufieurs Poëfies & d'Hiftorietes
. Une infinité de faillies de Gafcons,
& divers traits d'efprit des Dames illu-
Ares qui n'ont point vu le jour. Nous
pourrons parler de ce Recueil plus amplement.
Discours prononcez dans les Conferences
de l'Academie Royale de Peinture
& Sculpture. Par M. Coypel , Ecuyer
Premier Peintre du Roy , de M. le Duc
d'Orleans Regent , & Directeur de l'Arademie
, &c. Dedié à S. A. R. Monfeigneur
le Duc d'Orleans in 4 ° . de 189 pages ,
fans la Table , l'Epitre & la Preface. A
Paris chez Collombar ruë S. Jacques.
1721 .
>
Voici l'idée que l'Auteur donne de la
Peinture dans la Preface. La Peinture eft
un Art qui par des lignes & des couleurs
fçait reprefenter aux yeux fur une fimple.
fuperficie tout ce que l'Univers comprend
d'objets vifibles ; elle a pour objet la matiere
& l'efprit ; en un mot la Nature entiere
, qu'elle doit non -feulement imiter
mais fouvent furpaffer : elle eft la mere
de tous les Arts , parce qu'elle eft ellemême
l'Art du deffein . Philoftrate dit que
la Peinture ne confiſte pas feulement dans
les
D'OCTOBRE. 107
les couleurs , puifqu'aux Peintres anciens
une feule couleur fuffifoit. Il eft vrai que
ceux qui font venus enfuite en ont ajoûté
quatre ; & quoique peu à peu ils les ayent
augmentées , il eft vrai de dire que l'on
peut quelquefois bien peindre avec des
traits fimples fans aucune couleur ; la
quelle forte de Peinture , il faut l'avouer,
ne reprefente que les jours & les ombres ;
cependant la marque naïve de la chofe fe
diftingue parfaitement; on y découvre nonfeulement
la forme , mais même la penfée
; on y diftingue la modeftie de l'audace
, & toutes les paffions , quoiqu'elles
n'ayent point de couleurs en elles - mêmes.
Elle exprime en même tems le fang , les
cheveux & la barbe qui ne fait que commencer
à poindre ; la reffemblance d'un
homme blond & de blanche charnure ,
&c. & tout cela quelquefois d'un feul
trait & d'une même maniere ; & qui plus
eſt , ſi nous venons à reprefenter d'un
crayon blanc un Indien , il ne laiffera pas
de paroître dans l'idée du Spectateur
comme un homme noir ; car fon nez camus
, fes cheveux heriffez & crépus , fes
groffes jouës le feront diftinguer. On voit
par -là de quelle utilité eft un Art , qui
par de fimples traits & par l'imitation du
vray , nous reprefente les differens Pays,
& femble nous y tranfporter ; qui nous
1
fair
108
LE MERCURE
fait connoître non - feulement les moeurs
les coutumes , les vêtemens ; mais les événemens
, & en quelque forte l'hiftoire des
Nations ; les hommes & leur reffemblance
particuliere ; les bâtimens divers , les arbres
, les plantes , les fleurs , la Terre &
les Eaux , & toutes les efpeces d'animaux
qui les habitent ; enfin tout ce que le
Createur a voulu former lui-même. C'eft
un langage qui peut être cominun à tous
les Peuples que les fourds entendent ,
& par lequel les muets peuvent fe faire
entendre , &c. L'utilité d'un fi bel Art ,
qui rend la vie aux chofes paffées , n'eft
pas feulement d'animer les hommes aux
vertus morales , elle les fait atteindre à
cette gloire que la Renommée confacre à
la pofterité , elle peut encore élever l'ame
à des veritez plus utiles & plus folides ,
qui font celles de la Religion .
L'Auteur paffe enfuite de l'utile à l'agréable
. La peinture , dit- il , orne & anime
tous les lieux où elle eft placée ; & fi
elle n'occupe pas toujours l'efprit , elle
fçait au moins amufer & plaire aux yeux
fans qu'on en fçache la raifon. En effet ,
dans la retraite la plus trifte , la Peinture
femble vous mettre toujours en compagnie.
Il eft vrai que la converfation eft muette ;
mais le langage des yeux n'eft pas toujours
le moins vif. Quel plaifir ce grand Art
nc

D'OCTOBRE. 109
.
ne fait- il pas fentir à ceux qui font capables
de penfer , de mediter , & qui ſçavent
mettre à profit les charmes de la
tranquilité ?
Il y a des gens cependant , pourſuit
M. Coypel , qui affectent de n'aimer rien
de ce qui fait plaifir aux autres , & qui
par un air fingulier & une gravité or
gueilleufe & méprifante , croyent honorer
beaucoup quand ils daignent regarder &
faire grace quand ils parlent. On en voit
d'autres tellement infenfibles , qu'à peine
tiennent- ils du caractere de l'homme qui
regardent tout fans rien voir. La multitude
ordinairement le laiffant entraîner à l'impreffion
des autres , court où elle voit aller,
& ne s'arrêtant qu'où il y a un plus grand
concours , augmente fouvent les voyes de
P'erreur , & la fait triompher de la raiſon
& de l'équité même. L'ignorance groffiere
, le bandeau toujours fur les yeux ,
s'attache en tâtonnant à chercher toujours
des defauts , fans entrevoir jamais les plus
grandes beautez .
Mais quel plaifir n'aura pas un connoiffeur
éclairé , épris des beautez de lą
Peinture , en comparant dans fon Cabinet
les talens differens des plus grands Maî
tres & les parties qui les ont diftinguez ,
foit fur la maniere de penfer , fur la force
& la vivacité de l'imagination , les idées
élevées,
110 LE MERCURE
;
élevées > communes ou baffes de l'invention
, l'Art & le fçavoir de la compofition
fur la fidelité de l'hiftoire & les
traits d'érudition , le coftume , les conve
nances , la nobleffe & le grand ; fur l'expreffion
generale , & fur les divers mouvemens
de l'ame ; enfin fur le goût du
deffein , la correction , la grace & je ne
fçai quoi qui charme les vrais connoiffeurs,
le clair obfcur , & le coloris general , qui
forment enſemble cette harmonie qui enchante
les yeux , & fur les couleurs locales
, qui donnent à chaque objet leurs
propres caracteres de verité ? Non-feulement
ce bel Art caufe des plaifirs infinis
aux gens de goût qui l'aiment , & qui le
connoiffent : mais ceux qui l'exercent avec
diftinction,trouvent dans leurs occupations
des attraits que l'on ne peut exprimer.
Quel contentement fecret n'eft- ce pas en
effet de voir naître fous fes doigts une
efpéce de creation , & par l'effort de l'imagination
, par de fimples traits , & l'intelligence
des lumieres & des ombres
faire paroître des corps & des objets qui
ne font point , & en trompant agreablement
fes propres yeux , pouvoir le flater
de tromper encore ceux des autres !
Nous paffons avec regret fur bien des
chofes agreables , inftructives , fçavantes
& hiftoriques , dont cette Preface eft remplie
į
D'OCTOBRE.
7
plie ; mais nous efperons nous recompenfer
en parlant du Corps de l'Ouvrage dans
un autre Mercure , les beaux Arts y perdroient
trop , fi nous manquions à les celebrer
dans cette occafion.
VOYAGES DE FRANÇOIS COREAL aux
Indes Orientales , depuis 1666 juſqu'en
1697 , traduit de l'Eſpagnol , 3 Vol . in 12
avec Figures. Ces Voyages s'achevent d'imprimer
à Amfterdam chez Jean Frederic
Bernard ; on affure qu'ils font très-curieux,
& qu'ils contiennent des particularitez
fort remarquables fur l'état des Indes
Occidentales , & principalement du Mexique
, du Brezil , du Paragay & du Perou ;
l'utilité qu'on pourroit tirer d'un établiſfement
à l'Oronoque , & fur l'Amazone
&c. C'est une nouvelle édition,
L'HISTOIRE DE SUEDE , où l'on voit
toute la guerre du Nord , les revolutions
arrivées en differens tems dans ce Royaume
, l'établiſſement du Droit Hereditaire ,
du Pouvoir abſolu , & l'Abolition de la
Souveraineté à l'avénement duKoy regnant
à la Couronne, Par M. Limier . Enrichie
de Médailles , & autres Figures. Amfter
dam , chez Janſſons. 6. vol. in 12 .
VITA DI SIXTO V, Pontefice Romano,
fcrita
712 LE MERCURE
ferita da Gregorio Leti , ornata di molte
figure. 3. vol. in 12 .
CEREMONIES ET COUTUMES de tous
les Peuples du monde , reprefentées par
des figures deffinées de la main de Bernard
Picard , avec une explication hiſtorique
, &c. chez J. F. Bernard, Libraire
à Amfterdam. 8. vol . in 4
› Ce Livre , fur un plan nouveau fera
orné de plus de fix cens figures , fans
compter les vignettes , placées à la tête
des Differtations où l'on n'avance rien
qu'on ne puiffe garentir par des citations
exactes des Sçavans qui ont écrit fur ces
matieres , & par les Relations les plus
eftimées. Des chofes , dont très -fouvent
on n'a que des idées confufes , y font expliquées
avec clarté. L'écriture & la Peinture
le prêtent en cette occafion des fecours
mutuels & abfolument neceffaires .
Les trois premiers Volumes de cet Ouvrage
traitent des Ceremonies , des diverfes
Religions du monde ; des Pratiques &
des Ufages introduits à l'occafion de la
Religion ; des Talifmans, Gamaés , Idoles,
Statues , Figures Symboliques , Hieroglyphes,
Emblêmes, tout ce qui fait l'objet
de quelque fuperftition , & c.
Le quatrième contient les Ceremonies
Nuptiales , de Nativité , & Funebres de
tous
D'OCTOBRE. 115
tous les Peuples , fans oublier divers Monumens
de la vanité des hommes für ce
fujet.
Dans le cinquiéme & fixiéme , on traite
des Ceremonies qui fe pratiquent au Cou
ronnement des Souverains ; des Ceremo
nies Ecclefiaftiques ; des Jeux & autres
Exercices ; des Entrées publiques , des
Tournois , Balets , Carroufels , Inftallations
de Chevaliers , Mafcarades , &c.
Des Peines & des Suplices , & de cé qui
concerne divers Ufages dans la vie Civile.
Dans le feptiéme , on donne les divers
Habillemens de toutes les Nations ; des
Femmes , des Enfans , des Prêtres , des
Magiftrats , des Officiers Publics , &c.
2
Enfin le huitiéme , traite des Ceremonies
anciennes des Peuples de l'Europe
réputez autrefois Barbares chez les Grecs
& chez les Romains.
On aprend de Londres que la deuxićme
Edition de l'Algebre de M. Newton
eft fort avancée ; elle fera plus exacte &
plus correcte que la premiere. C'eft M.
Machin , fecond Secretaire de la Societé
Royale , qui en prend foin.
Les Tables Aftronomiques de M. Halley
, corrigées & augmentées , paroîtront
aufli bien-tôt . Elles fourniffent une très-
K belle
114 LE MERCURE
belle Démonftration des principes de M.
Newton. On y verra que fon Siftême de
la gravitation ne donne pas feulement
raifon du mouvement des Planettes , mais
encore de celui des Comettes & de la Proceffion
des Equinoxes , que l'on regardoit
auparavant comme inexpliquables. La
mort de M. Keill arrivée le 31 du mois
d'Août dernier en Angleterre , va faire
ceffer les difputes contre M. Bernovilly.
L'HISTOIRE DES JUIFS & des Peuples
voifins , depuis la décadence des Royaumes
d'Ifraël & de Juda , jufqu'à la mort
de J.C. Par le Docteur Prideaux , traduit
de l'Anglois. in 12. 5. vol . à Amſterdam
cher Henry du Sauſet.
MEMOIRES& Négociations de diverſes
Cours de l'Europe depuis la Paix de Rifwick
, Par M. de la Torre , in 8. AAmfterdam
, chez Adrien Moetjens.
Le même Libraire debite Le Guide de
ba Haye , propre à tous les Etrangers , & c.
On a vû dans le Mercure precedent que
Je Czar à fait graver une nouvelle Carte
Hydrographique de la Mer Cafpienne ,
fur les obfervations des Geographes & des
Aftronomes , que S. M. Cz. y avoit envoyez
il y a deux ans , pour reconnoître
les gifemens des Côtes de cette Mer , &
pour
D'OCTOBRE. FIF
>
pour en prendre les hauteurs exactes. Nous
avons apris depuis de Petersbourg , que
quelques-uns de ceux qui étoient chargez
de ce foin ont raporté depuis leur retour,
qu'étant entrez dans les Terres & s'y
étant avancez juſqu'à 150 lieuës au Nord
d'Eft de cette Mer , ils avoient trouvé
un grand bâtiment de pierre , plus d'amoitié
couvert de fable , & d'une architecture
à peu près femblable à celle des
ruines de l'ancienne Perfepolis ; qu'y étan
entrez ils avoient trouvé des Armoires
d'un bois noir & très- dur , qui renferment
près de 3000 Volumes reliez dans la forme
des grands in 4° . dont les feuillets épais
de 2 à 3 lignes , font de couleur bleuë
écrits en caracteres blancs : qu'ayant voulu
enlever cette Bibliothéque , les Habitans
fuperftitieux du Pays s'y étoient oppofés
parce que regardant ce Bâtiment comme
un monument confacré , ils croiroient le
profaner que d'en laiffer emporter quelque
chofe. Les Voyageurs Mofcovites ont cependant
trouvé moyen d'en détourner
trois Volumes, qu'ils ont apportés à Petersbourg
, mais il ne s'eft rencontré perfonne
qui en ait pû déchifrer les caracteres ; ce
qui a engagé le Czar à faire faire des
copies figurées des premieres pages de ces
Livres , pour les envoyer aux Sçavans de
France & d'Angleterre. Les Sçavans de
Kij ce
116 LE MERCURE
ce Pays conjecturent que l'endroit où l'on a
découvert ce Bâtiment pourroit être celui
où étoit autrefois la Capitale des Scithes,
connue dans les anciennes Hiftoires fous
le nom d'ledon Scithica , quoique les
Anciens en ayent donné une pofition
beaucoup plus éloignée . Le Bibliothequaire
du Czar , qui eft actuellement à
Paris , prétend qu'on n'a apporté à Petersbourg
que trois feuilles manufcrites ,
au lieu de trois Volumes , & qu'il n'eſt
pas vrai que le nombre des Volumes qu'on
a trouvez dans les Armoires approchât de
wois mille.
Le Public fera fans doute bien aife d'être
informé que l'on imprime actuellement
à Paris chez Quillau , ruë Galande ,
une Methode pour faire une infinité de
Compartimens & de Deffeins differents ,
avec des Carreaux mi- partis de deux couleurs
par une ligne diagonale. Ce Livie
renferme les Obfervations du R. P. Dominique
Douat , Religieux Carme de la
Province de Touloufe , fur un Memoire
inferé dans l'Hiftoire de l'Academie Royale
des Sciences de Paris , prefenté en 1704
par le R. P. Sebaftien Truchet , Religieux
du même Ordre , & l'un des Academiciens
honoraires .
·
L'Ouvrage du P. Doüat fera d'une
grande

D'OCTOBRE 117
grande utilité , non feulement pour la perfection
de l'Architecture , mais on y trou
vera encore un nombre infini de Deffeins
pour paver les Eglifes , carreler les Appartemens
, faire des Cabinets , avec de
trés-beaux compartimens. Les Peintres
les Ouvriers en Marqueterie, les Ebenistes ,
les Menuifiers , les Vitriers , les Tapif
fiers , les brodeurs , & les Tifferans , en
un mot tous ceux qui fe fervent de l'éguille
y apprendront à faire toutes fortes
de Deffeins avec quatre Carreaux mi-partis
de deux couleurs par une ligne diagonale.
Ce que ce Livre aura de particulier , c'eft
que ceux mêmes qui ne fçavent pas lire ,
pourvû qu'ils fuivent les Planches qui y
font gravées , en pourront tirer le même
avantage que les fçavans. Ce Livre paroî
tra à la fin de ce mois. Nous en parle→
rons plus amplement , & nous donnerons
une Planche qui mettra le Lecteur au fait
de cet Ouvrage .
Nous apprenons de Lisbonne , que le
21 Août dernier le Pere Manuel Gaëtano
de Souza , Clerc Regulier de la Divine
Providence , & Membre de l'Academie
Royale de l'Hiftoire , celebra par fes Poëfies
les Victoires remportées par les Portugais
contre les Peuples du Royaume de
Mafcate dans l'Arabie heureufe , & enfuite
il prononça l'éloge du Comte d'Ericeyra
Viceroy
118 LE MERCURE
Viceroy des Indes . François Xavier de
Mollo , Principal du College de S. Pierre
dans l'Univerfité de Coimbre , mourut en
cette Ville le 23. dans la vingt- neuviéme
année de fon âge.
Le 7 Septembre , l'Academie Royale de
l'Hiftoire , celebra le jour de la naiffance
de la Reine , qui entroit ce jour - là dans
fa trente-neuvième année , par un Panegyrique
fort éloquent , que le Comte d'Ericeyra
prononça .
:
On écrit de Rome que l'Academie des Arcadi
fit au commencement du mois dernier
l'ouverture de fesConferences.LeChevalier
Cordoua Espagnol prononça un Diſcours
Latin Don Patricio Alfarani en recita
un en Grec , & Don Jean Antonio Santibono
de Morata en lut un autre en Hebreu.
Les Cardinaux qui affifterent à
cette Conference étonnés de la vafte érudition
de ces Academiciens , parurent très-
- fatisfaits d'un Poëme Italien que M. de
Bonavalle Prefident de cette Academie ,
a fait à la loüange du Pape.
Le 4 Septembre , les jeunes Eleves du
Seminaire Romain tinrent Academie publique
à l'honneur du nouveau Pape , dans
leur grande cour , au milieu de laquelle
on avoit élevé une espéce de Theâtre ,
couvert de tapis de Turquie , & toutes les
Loges aux environs , ornées de bandes de
damas
D'OCTOBRE. 119
danias crameifi avec des galons d'or ; les
Cardinaux au nombre de 19 , y étoient
placez , avec les Officiers de la Chambre
fecrette du Pape , & toute la Prelature ,
au nombre de plus de 60 , & encore les
Ambaffadeurs , les Princes Romains , & autres
Miniftres en très - grand nombre. Le
détail de ce qui fe paffa à cette Academie ,
foit pour les lettres ,foit pour les divers exercices
d'Armes & de Manége , eft contenu
dans un Livre imprimé depuis peu fous ce
titre : L'Idea d'un animo ben regolato. Mais
on ne fçauroit exprimer les louanges & les
aplaudiffemens que cette augufte Affemblée,
pleine d'admiration , donna à l'adreffe , à la
vivacité & à la grace de cette belle Jeuneffe
, dans la varieté de fes Exercices.
Les fameux Tableaux de la fucceffion
de la Reine Chriftine de Suéde , doivent
arriver dans peu de jours. Ils étoient autrefois
à Mantouë , où le General Galleas
s'en faifit lorfqu'il furprit cette Ville. Il les
fit porter à Prague en Bohëme , où Guſtave
Adolphe , pere de cette Reine, s'en empara
à fon retour. Chriftine les fit tranſporter
à Rome lorfqu'elle y fixa fon féjour . A fa
mort Don Livio Odefcalchi les acheta de
fes heritiers. Le Duc de Bracciano en herita
après le decès de ce dernier , & M. le
Duc d'Orleans les a fait acheter pour les
joindre aux rares & nombreux morceaux
defon Cabinet, SPECTACLES.
120 LE MERCURE
AAAAAAAAAAA
SPECTACLES .
LE THEATRE FRANCOIS.
E3 Octobre. La Dlle. d'Oflife a joüé
le rôle d'Ifabelle dans la Tragedie du
COMTE D'ESSEX . Cette Actrice avoit reprefenté
quelques jours auparavant Emilie
dans Cinna.
Les , on a joué MOMUS FABULISTE ,
de M. Fuzelier . Cette Piéce , qui fut reprefentée
il y a deux ans avec un fi grand
concours dans la nouveauté , a été revuë
avec beaucoup de plaifir. Le fieur Quinault
y joue le principal rôle. Les Dīks
Chanvalon & Quinault ceux de Junon &
de Venus , & la petite Dlle. Lavoye celui
d'Eglé..
Le 17 Octobre. LA THEBAÏDE , ou les
Freres Ennemis ; c'est la premiere Tragedie
de M. Racine , qui n'avoit été reprefentée
depuis plus de trente ans. Elle a
fait beaucoup de plaifir , principalement
dans les trois derniers Actes. Le fieur Baron
y a joué le rôle de Creon , la Dile . le
Couvreur celui d'Antigone , & les fieurs
Quinault ceux d'Eteocle & de Polinice.;
Cette
D'OCTOBRE. T21
Cette Piéce fut jouée pour la premiere
fois par la Troupe de Moliere fur le Theâ.
tre du Palais Royal , le Vendredi 20 Juin
1664. fçavoir , les rôles de Jocafte &
d'Antigone , par les Dlles Bejard & de
Brie , ceux d'Eteocle,de Polinice, de Creon
& d'Emon , par les fieurs Hubert , la Grange
, la Thorilliere , & Bejard. Elle fut
jouée quatorze fois de fuite. A la cinquiéme
repreſentation on ajoûta la petite Comedie
du Medecin volant , de Bourfault.
L'Auteur de l'hiftoire de la Poëfie
Françoife , dit que M. de Racine fit
cette piéce à l'âge de vingt & un an , &
qu'elle lui valut une Penfion , que le Roy
augmenta toujours dans la fuite. Moliere
qui étoit de fes amis , dit - il , découvrit
des premiers les talens qu'il avoit pour
les belles productions : il l'exhorta de s'appliquer
au Poëme Dramatique , & lui
confeilla de faire l'Antigone qui avoit
déja été mife au Theâtre par Rotrou ;
mais dans l'ordre de cette Piéce , qu'il
donna fous le nom de la Thebaïde , il
fuivit plus les confeils de Defpreaux que
ceux de Moliere .
Si l'on en croit M. Grimareft , l'émulation
qu'eut Moliere , avec le Theâtre de
l'Hôtel de Bourgogne , * lui fit fouhaiter
d'avoir des Tragedies nouvelles à repre-
* Vie de Moliere,
L fenter ;
122 LE MERCURE
fenter ; il donna le deffein de celle- cy à
un jaune homme , qu'il avoit connu avoir
du génie , & qui y travailla ; mais le nouveau
Poëte prit prefque tout dans la
Thebaide de Rotrou ; c'est pourquoi
continue Grimareft , Moliere le mit à
changer ce qui étoit pillé , & acheva la
Piéce. Le jeune Auteur fut pourtant animé
par le fuccès , & c . Si la chole étoit
ainfi , le Theâtre feroit redevable à Moliere
des excellens Poëmes que M. de
Racine a donnez dans la fuite ,
14
"
M. l'Abbé Dubos , dit que M. de
Racine compofa cette Piece dans le goût
de Corneille , quoique fon talent ne fur
pas pour traiter la Tragedie comme Corneille
l'avoit traitée . Il y a lieu de croire,
ajoute-t'l , qu'il n'auroit pû fe foutenir ,
s'il avoit continué de marcher avec les
brodequins de fon devancier. Il eft na
turel que les jeunes Poëtes , qui au lieu
d'imiter la nature du côté que le génie la
leur prefente , l'imitent du côté par lequel
les autres l'ont imitée , ne faffent d'abord
que des Ouvrages mediocres , en forçant
leur talent , & le voulant affujetir à tenir
la même route qu'un autre tient avec
fuccès .
De la maniere dont M. de Racine parle
lui-même dans fa Preface , il tembleroit
Reflex. critiques,
que
D'OCTOBRE 123
que cette Piéce eft moins reguliere que
les fuivantes. Il juge que la cataſtrophe
pourroit paroître un peu trop fanglante
, parce qu'effectivement on n'y
voit prefque pas un Acteur qui ne meure
à la fin . Mais ce qu'il y a de fingulier ,
c'est que l'Amour , à qui il a donné tant
de part dans les autres Tragédies , n'en a
prefque pas dans celle cy. Il ajoûte qu'il
ne lui en donneroit pas davantage fi c'étoit
à recommencer. Marque évidente que,
felon lui , l'Amour n'eſt pas une paffion
effentielle , ou abfolument neceſſaire à une
Tragédie , que l'on feroit ſur les régles
du Theâtre moderne. Mais quelque choſe
que M. de Racine ait voulu dire contre
la regularité de fa Piéce , il s'est trouvé
un Auteur anonime * , qui n'a pas laiffé
de reconnoître que les beautez en font regulieres.
Differt, fur les Trag, de phedre & Hip. P. 6.
Lij
L'OPERA.
124
LE MERCURE
❁དཔ ༽ : གུད K°
L'OPERA.
E feudy deuxième Oftobre . La
Troupe de l'Opera Comique de
la Foire faint Laurent , reprefenta
fur le Theâtre du Palais Royal ,
devant MADAME , les trois petites Pieces
Des Funerailles de la Foire , de fon Rapel
à la vie , & & du Regiment de la Calotte .
Nous avons parlé de ces Pieces dans le
dernier Mercure .
Le Dimanche 12 Octobre. L'Academie
Royale de Mufique reprefenta pour la premiere
fois , Le Soleil vainqueur des nuages
, divertiffement allegorique fur le rétabliffement
de la fanté du Roy. Les paroles
font de Mr D. B. & la Mufique de
Mr Clerambault..
Le fujet de ce petit Poëme eft tiré de la
devile du Roy , qui eft un Soleil naiffant
avec ces mots : Jubet ſperare , Il fait eſperer.
Les facrifices que les anciens peuples
de Perfe faifoient au foleil , & les differens
tranfports de joie & de trifteffe qu'ils
y faifoient éclater au lever de cet aftre ,
felon qu'il leur paroiffoit plus ou moins
ferein , peignent allegoriquement les divers
mouvemens de trifteffe & de joye ,
qui
D'OCTOBRE. 125
qui dans ces derniers jours ont agité les
coeurs des François fur la maladie & la
fanté du Roy.
*
Herodote & Diogene Laërce , qui ont
décrit les facrifices des Perfes , ont été
fuivis litteralement . Les Perfes , dit le
premier , n'ont ni Autels ni Statuës . Ils
montent fur les plus hautes montagnes
& facrifient au Soleil. Celui qui facrifie
a fa thiare couronnée de myrte ; il ne doit
pas prier pour lui en particulier , fon objet
doit être le bien de toute la Nation & du
Roy. Le Mage chante la Theogonie , qu'ils
appellent an chant myfterieux. Les Mages,
ajoute Diogène Laerce , font dévouez au
culte Divin , & font les facrifices. Ils font
vêtus de blane , ayant une baguette à la
main , & fur la tête une haute thiare qui
defcend jufques fur les joues , & c.
Les peuples de Perfe forment les Choeurs,
& les Balets des divertiffemens ; le Mage
& la Grande Prêtreffe font les deux feuls
interlocuteurs reprefentez par la Die
Antier & le Sr le Mire. Le Theâtre
ye.
prefente les campagnes de Perfe , envi-
Fonnées de montagnes , qui ne paroiffent
d'abord éclairées que d'une foible clarté ,
qui s'augmente à mesure que le foleil s'éleve
fur l'horifon . , i
Comme ce Divertiffement n'a pas eu
beaucoup de fuccès , mous n'en dirons,
Liij rien
-126 LE MERCURE
rien davantage. D'ailleurs on peut voir
la meilleure partie des Vers dont il eft
compofé dans la Cantate intitulée le Soleil
, que nous avons donnée dans notre
dernier Mercure. Il n'y a ici qne le facrifice
de plus. A propos de cette Cantate ;
nous prions le Lecteur de corriger une
faute qui s'eft gliffée page 55. lig . 9. où
l'on a mis Dement pour Devient.
On a reprefenté à la fuite de ce Divertiffement
trois Entrées du Balet des Fêtes
Venitiennes.
On doit donner quelques Reprefentations
de l'Opera d'Iffé , où l'on affure
que la Dlle Lagarde , qui n'a paru depuis
près de deux ans , jouera le principal rôle.
Cette circonftance redouble l'impatience
du Public , pour revoir cette Paftorale .
On efpere auffi lui voir remplir le rôle
de Lybie dans Phaeton , qu'on jouera
cet hyver.
wana ,
COMEDIE
Ler
ITALIENNE.
Es Comediens Italiens ont r'ouvert
leur Theâtre de l'Hôtel de Bourgogne
le Mercredy huitième O&obre , par la Comedie
du PHENIX de l'ancien Theâtre
Italien , compofé en trois Actes , par M.
Delofme
D'OCTOBRE. 117
Delofme de Montchenay , & repreſentée
fur le même Theâtre au mois de Novembre
1691. Elle eut un fort grand fuccès
en ce teins-là ; on y à fait quelques changemens.
La petite Comedie nouvelle du FLEUVE
D'OUBLY, dont nous n'avons donné que lë
titre dans notre precedent Journal , ayane
été goûtée , il eft jufte d'en dire quelque
chole de plus. Elle est à peu près conduite
dans le goût des Fâcheux de Moliere &
des deux Efopes de Bourfault , dont les
perſonnages , fans avoir aucune relation
les uns avec les autres , viennent tous fur
la Scene pour le même fujet. Ce font plu
fieurs gens mécontens de leur fort , qui
pour oublier diverfes chofes , viennent
boire des eaux du Fleuve Lethé. Trivelin ,
que Pluton en a fait le diftributeur , en
donne ou en refuſe felon qu'il le juge à
propos , & lui-même commence par en
boire , pour oublier fon ignorance , &
être plus en état de les diftribuer aux autres
avec difcernement .
Le Fleuve ouvre la Scene , appuyé fur
fon urne ; il chante ces paroles.
Comme mes eaux le tems coule fans ceffe ;
Le paffé ne peut revenir ;
Perdez-en le fouvenir ,
Sage veilleffe ..
L iiij
Ne
*25 LE MERCURE
Ne comptez point fur l'avenir ,
Folle jeuneffe ,
Foüiffez du prefent qui va bien- tôt finir .
9' .
Un Marquis de fraîche datte vient
boire de ces eaux pour oublier fes Ayeux .
Une médifante qui fe laffe de l'être , pour
oublier les defauts des hommes. Un ingrat ,
pour oublier les bienfaits d'un ami , qui
lui eft devenu inutile. Une femme , pour
oublier l'amour qu'elle a pour fon mary.
Un Apotiquaire enfin en vient boire
pour oublier les idées qu'il a d'être cocu :
Et un Gafcon en vient faire une ample
provifion , dans le deffein d'en faire boire
à fes creanciers , pour leur faire oublier
porte. Toutes ces Scenes font fort vives,
& le diftributeur des eaux debite à tous
ces divers caracteres une morale fort
plaifante. Enfuite plufieurs perfonnes ſe
réjouiffent des moyens que Pluton leur a
procurés pour oublier leurs chagrins . Une
Nimphe du Fleuve chante ..
fa
En vain une auftere beauté
Fait vanité
De la fierté ;
Amans , fi vous voulez m'en croire ,
Pour vous en venger , vencz boire
Au Fleuve Lethé ;
Elle
D'OCTOBRE . T29
Elle perdra toute la gloire
De fa cruauté ,
Si vous en perdez la memoire.
Vaudeville fur a , e , i , o , u . Vous
en trouverez les couplets , avec l'air notté ,
à la fin des Poëftes , pages 88 & ſuiv.
Le 19 Octobre. LA VEUVE COQUETTE,
Piece nouvelle Françoiſe d'un Acte , dont
voici le fujet.
Une Veuve furanée & coquette , qui
ne fonge qu'à fe remarier , s'imagine que
tout les amans de fa fille Silvia font amoureux
d'Elle . Mario , à qui Silvia a donné
fa foy , eft fort en peine pour obtenir le
confentement de Flaminia fa prétendue
belle-mère , laquelle devenant amoureuſe
de lui , a envie de l'époufer. Elle rebutte:
le vieux Medecin Rhubarbini , qui fur
le bruit de fes richeffes la recherche en
mariage , & lui fait une declaration d'amour
en ftile de la Faculté , &c. Mario
de concert avec fa Maîtreffe , vient la.
demander à fa mere dans les termes generaux
, qu'il feroit charmé d'entrer dansfa
famille , mais la veuve qui aime à fe
flater , & qui n'aime point fa fille , croit
que le compliment la regarde feule , le
reçoit le plus favorablement du monde ,
lui dit qu'il y a long- temps qu'elle s'eſt
apperçue de fa paffion , qu'elle ne veut
pas,
130 LE MERCURE
pas le faire languir davantage , ' & pour
lui en donner des preuves veritables , elle
le charge d'aller chez fon Notaire faire
dreffer le Contract , & d'y faire mettre
qu'elle lui donne les trois quarts de fon
bien en faveur de ce mariage , qui lui
paroît fi agréable & fi avantageux . Mario
eft au comble de fa joye de trouver des
difpofitions fi favorables , fur lefquelles il
n'avoit pas compté , ne doutant pas qu'il
ne s'agiffe de Silvia & de lui ; il fait faire
le Contract avec précipitation , & revient
avec le Notaire & Silvia . La veuve elt
fi transportée de joye de fon pretendu mariage
, qu'elle figne fans vouloir en entendre
la lecture , & engage la fille d'un ton
de mere à faire la même choſe . Le divertiffement
que Mario a fait préparer pour
celebrer fes nôces , arrive en même-tems:
La Veuve ordonne que les nouveaux marież
commencent la fête . Auffi -tôt Silvia
& Mario le prennent par la main pour
danfer. Flaminia croit que c'eft un qui
pro quo , mais on lui fait entendre qu'elle
s'eft trompée elle- même. Outrée de dépit,
elle veut le dédommager en époufant le
Medecin ; celui- ci qui a appris fon avan.
ture en arrivant , fui dit que la faignée
qu'elle vient de faire à fon bien , l'a gueri
radicalement de fa paffion . La Veuve fe retire
en colere ; la fête continue , & finit par
in Vaudeville. MORTS
D'OCTOBRE. 131
MORTS
DES PATS ETRANGERS
FR
Ranceſco Giuſeppe Bernini , âgé de
plus de foixante ans , eft mort à Rome
depuis peu , après avoir paffé fa vie dans
les dignités Ecclefiaftiques. Il a été enterré
à fainte Marie Majeure.
La Marquise de Palombara eft morte
auffi à Rome , & a été enterrée dans le
Cimetiere de S. silveftro.
Le 19 Août on fit à Rome l'anniverfaire
du Pape Innocent XI. dans l'Eglife
de Saint Pierre. Le Cardinal Pamphile ,
unique creature qui refte de ce Pontificat
fit les honneurs de la ceremonie , &*reçut
les autres Cardinaux.
La Ducheffe Del Vito eft morte à Naples
d'une attaque d'apoplexie.
M. Szaritza , qui étoit Maréchal des
Nonces pendant la Diete generale qui fut
tenue au mois d'Octobre de l'année derniere
, eft mort en Pologne à Bordyszevo.
Le Baron de Keller , fecond Plenipotentiaire
de l'Empereur au Congrès de
Brunswick , y eft mort le mois paffé.
Le Chevalier David Hamilton , Mede- >
cia
131 LE MERCURE ]
cin de la Princeffe de Galles , eft mort
depuis peu ; il a laiffé par fon Teftament
quinze cens livres fterlin de rente pour
ériger dans le Royaume d'Ecoffe fa patrie ,
une Ecole de Medecine .
. Milord Crew Evêque de Durham , eft
mort dans fa Baronie de Stéane , Province
de Northampton , le 29 Septembre , âgé
de 88 ans. Il poffedoit fon Evêché depuis
quarante-cinq ans ; ce Benefice vaut 7000
livres sterlin . Il avoit été fait Evêque
d'Oxford le 13 Juillet 1671. Il étoit paffé
en 1674 à celui de Durham : Il avoit été
Confeiller duConfeil Privé fous les Regnes
de Charles H. & Jacques H.
M. Prior , illuftre par fon talent pour
la Poëfie , & par la negociation que lui
confia la Reine Anne , eft mort à Londres
le Vendredy 3 Octobre ; c'est lui qui avoit
été envoyé en France avec les Préliminai
res de la Paix d'Utreck. Il a été enterré
à Veftminster , près du tombeau du fameux
Poëte Spencer.
Le Docteur Philippe Biff , Evêque de
Hereford , eft mort le 9 Octobre.
L'Evêque de Meath en Irlande , y eft:

mort le 12 Octobre.
Don François de Saint Jerôme , Evêque
du Rio de Janeiro , dans le Brefil , et
mort le 14 Juin .
Don Manuel de Souza Tanarés , Gouverneur
D'OCTOBRE. 133
verneur de Fernambuc dans les Indes
Orientales , eft mort le 17 Juillet.
Don Lopo Jofeph d'Almeida , Amiral
de la Flotte Portugaife envoyée contre
les Arabes , eft mort fur les côtes de la
Perle.
La Comteffe d'Althone , veuve du Maréchal
de ce nom , eft morte le premier
Octobre dans fon Château de Middagn ,
dans la Province de Gueldres.
bjbjbjbbbsb:jb
MARIAGES DES PATS
Etrangers.
Om Marc Antonio Conti , neveu du
Pape , doit époufer inceffamment
Donna Faustina Matthei , fille du Duc
de Paganica. Le Duc , pere de la mariée ,
doit entrer dans les Ordres facrez , &
ne ſe reſerve. fur fon bien qu'un revenu
modique , dont même il ne joüira ' que
jufqu'à-ce qu'il ait obtenu l'équivalent
en penſions fur des Benefices. L'Archevêque
de Fermo , oncle de Donna Fauftina ',
lui remet fa legitime en confideration de
ce mariage.
)
Le fils du Starofte Sapieha , âgé dẹ
vingt ans , a époufé à Petersbourg la fille
aînée du Prince Menzikof , qui n'a que
suf ans, Dom
134 LE MERCURE
Dom Manuel Mafcarenhas , Comte
d'Obidos , époufa le premier Septembre
à Lisbone Donna Helene de Bourbon
feconde fille de Don Manuel Telles de
Silva , quatrième Comte de Villarmajor.
Le Prince Guillaume Georges de Bade
Baden , va à Schlakenwerde en Boheme ,
épouler la Princeffe de Schwartzemberg ,
fille de Adam François- Charles Prince de
Schwartzemberg , Chevalier de la Toilon
d'or , & grand Maréchal de la Cour Imperiale
, & d'Eleonore - Amelie- Madelaine,
Princeffe de Lobkowits .
Le Prince Royal , fils du Roy de Dannemarck
, épouse la Princeffe Sophie de
Brandebourg Culmbac .
90920
CHARGES, BENEFICES ET DIGNITEZ "
des Pays Etrangers.
Mi
Onofrio Elefco da Foligno , a paffé à
l'Evêché d'Orviette.
Gio Batista Amadei , Religieux de l'Ordre
de S. Auguftin , Soû Sacriftain du
Palais Apoftolique , a été chargé par les
Cardinaux de Cunffa & Pereira , de l'Argenterie
& des Ornemens de la Chapelle
Royale de Portugal.
M. Gio Francefco Leonino , qui étoit
-de
1
D'OCTOBRE. 135
Gouverneur de la Marine , & Referendaire
des deux Signatures , a été fait
Evêque de S. Severino .
par le Pape
M. l'Abbé Onofrio Pini , Archidiacre
de la Cathedrale d'Ofimo , a été fait Evêque
de Bagnorea , dans l'Etat Eclefiaftique.
M. l'Abbé Gio Franceſco Biſlesti , Chanoine
de la Cathedrale de Veroli , a été
fait Evêque de Cagli»
M. Onofrio Elifée de Faligno , Evêque
de Bagnorea , a obtenu du Pape l'Evêché
d'Orviette , vacant par la mort de M.
Nuzzi,
M. Etienne Rupuiewski , Evêque de
Kaminiek , a été fait Evêque de Lukco ,
M. Gio Adamo de Conti de Wratiflaw,
Evêque de Kinigrats , eſt paflé à l'Evêché
de Lientmeritz en Boheme,
D. Antoine Mufaert , Benedictin , a
obtenu l'Abbaye de S. Pierre nel Monte
Blandinia, Diocéte de Gand en Flandres.
;
M. Franconi Leonini Romani , a été
preconifé par le Cardinal Origli pour l'EL
vêché de S. Severino .
M. Berrin , cy-devant Colonel de Dragons
Genevois , a obtenu du Roy de Sardaigne
le Gouvernement de la Ville &
du Territoire de Mondovi.
Le Roy de Pologne a conferé à Drefde
POrde de l'Aigle Blanc au Baron de Levendall
, Grand Maréchal de la Cour ;
au
1.3.6
LE
MERCURE
au Comte de Vitzum d'Eckeft , Premier-
Gentilhomme de la Chambre; & au Comte
de Kinigzeg , Premier Maître d'Hôtel de
l'Archiducheffe..
Le Comte Nicolas Brankovich , Chanoine
du Chapitre de Sabárie dans la
Baffe Hongrie , a obtenu de l'Empereur
P'Abbaye de S. Sauveur du Comté de Saladie
, vacante par le decès de l'Evêque de
Belgrade ...
Le Comte Rabata frere aîné de l'Evêque
de Paffau , a été nommé Confeiller
d'Etat par l'Empereur.
Le General Patté a obtenu de l'Empereur
le Gouvernement de Charleroy.
Le General Faber a obtenu du même
Prince celui de Peterwaradin. sunb I
Le General Veterani a obtenu de l'Empereur
le Regiment de Martini.
Le General , Trautfon a eu le Regiment
de Gefchwind .
M. Langenbak , Confeiller Aulique de
l'Empire , a été nommé par l'Empereur
Plenipotentiaire au Congrès de Brunfwik,
à la place du Baron de Keller , qui vient
d'y mourir.
M. Jean- Jofeph Stamfer , Baron de
Walchemberg , Conſeiller Aulique , a été
auffi nommé par l'Empereur premier Com-
-miffaire & Directeur General des Mines
de Hongrie & de celles de Rame , de
Grosfragant
D'OCTOBRE.
137
Grosfragant , & de Walken.
Lé Lord Harcourt a été créé Vicomte.
en Angleterre.
M. Nicolas Lechmere a été créé Baron
de la Grande Bretagne .
M. Burton a été élu Maire de Porftmouth
en Angleterre .
Le Lord Herberti , fils du Comte de
Pembroch , a obtenu la premierė Com
pagnie des Gardes du Corps de S. M. B.
fur la démillion volontaire du Duc de Montagu
.
Le Lord Parker Grand Chancelier , a
été fait Vicomte & Comte de la Grande
Bretagne , fous le titre de Vicomte Parker
d'Ewelem dans le Comté d'Oxford , & de-
Cointe de Macclefield dans le Comté Pá--
latin de Cheſter.
Le Duc de Portland a été fait par le
Roy d'Angleterre Capitaine General &
Gouverneur de l'Ile de la Jamaïque , &
Amiral des Mers qui environnent les
Ines.
1
M. Antilles du Bourguay , Colonel , a
été fait Lieutenant - Gouverneur de la même
Inle.
Le Colonel Jean Hope a été fait par
S. M. B. Lieutenant- Gouverneur & Conmandant
de l'Ile de Bermude ..
Le Chevalier Bing a été fait Baron Bing
de Southel dans le Comté de Bedford.
M. Le
338 LE MERCURE
"
Le Vicomte de Torrington dans le Comté
de Deven .
Mad . Sophie Charlote Baronne de Kilmauzege
, a obtenu par des Lettres Patentes
du Roy d'Angleterre le titre de
Comteffe du Royaume d'Irlande , ſous le
nom de Comteffe de Linfter.
Le Chevalier Jean Eides , Soû- Gouverneur
de la Compagnie de la Mer du Sud,
a été élû Juge Gruyer de la Foreft d'Eping,
appartenante à la Couronne d'Angleterre.
M. Fonlis Conful à Oftende a été nommé
Conful de Saint Lucas en Efpagne.
M, Daniel Putrency a été fait un des
Seigneurs Commiffaires de l'Amirauté
d'Angleterre.
M. Jean Hebert fuccede à M. Pultenay
dans la place de Commiffaire du Commerce
.
L'Evêque de Bangor a été fait Evêque
de Hereford..
Le Docteur Green a été fair Evêque de
Norwich .
Le Docteur Reynols , Doyen de Peterboroug
, a été fait Evêque de Bangor
par le Roy d'Angleterre.
Le Docteur Canon a été fait Doyen de
Lincoln par S. M. B.
Le Docteur Wilcox a obtenu l'Evêché
de Glocefter.
Le
D'OCTOBRE.
139
Le Docteur Goë a obtenu le Doyenné
de Peterboroug.
La Comteffe Douairiere de Stanhope a
obtenu une penfion de deux mille livres
fterlin par an fur l'établiffement de la
future Banque d'Irlande.
M. Daniel Bragadin eft parti de Venife
pour Madrid en qualité d'Ambaffadeur
de cette Republique.
*
Le Duc de Montelleno prit poffeffion
de la Grandeffe d'Efpagne le 30 Août.
Le Marquis de Ariza en avoit pris poffeffion
le 25 du même mois.
Le Duc d'Abranter de Linarés a été
facré Evêque de Cuença par l'Archevêque
de Tolede. Leurs M. C. honorerent cette
Ceremonie de leur prefence.
Le Marquis de Baloufe a obtenu du Roy
d'Eſpagne la Charge de Premier Ecuyer.
Le Duc d'Arco a obtenu de S. M. C.
la Charge de Grand Ecuyer , fur la démiffion
volontaire du Duc de la Mirandole
, à qui les honneurs & appointemens
attachés à cette Charge font confervés .
L'Archevêque de Tolede , Primat de
toutes les Eſpagnes , & le premier des
Grands du Royaume , a obtenu du Roy
pour lui & fes fucceffeurs la permiffion
de le faire traiter d'Excellence..
Le Roy d'Espagne a donné la Toifon
d'Or au Marquis de Maulevrier , Envoyé
Mij de
140 LE MERCURE
de France à Madrid , le jour qu'il lui
annonça la nouvelle de la conclufion du
Mariage de S. M. C. avec l'Infante d'Efpagne
.

M. Robin , Secretaire de M. le Marquis
de Maulevrier , a été honoré le même.
jour d'un titre de Caftille ..
M. le Duc d'Offone a été nommé Ambaffadeur
près de S. M. T. C. au fujet.
de la conclufion de fon Mariage avec
l'Infante d'Espagne.
Don Guillaume Cardofo de Campos ,
Colonel reformé de la Province de Peira ,
a obtenu du Roy de Portugal le Gouvernement
d'Alfayates..
Don Antonio Gayofo Nogueiral' , Sergent
Major d'un des Regimens de la Garde
de Lisbone , a obtenu le Gouvernement de
Santos dans le Bréfil .
Le R. P. Manuel de Saint Jean Batifte
Recteur du College de S. Pierre de Coimbre
en Portugal , a été élû Provincial à
Lisbone le 9 Août , par le Chapitre General
des Religieux du Tiers- Ordre de
Saint François.
Don Antoine de Figuereido Utra, Amiral
de la Flotte Portugaife envoyée au fe
cours de la Perfe contre les Arabes , a ob
tenu du Viceroy de Goa le titre de Gentilhomme
de la Maifon du Roy , & de
Ordre de Chrift , pour le prix de fes victoires
Navales.. NOUV..
"
A
D'OCTOBRE. 141
NOUVELLES E'TRANGERES ..
L
De Petersbourg le. 22 Août
A fête Navale dont on a parlé dans
les dernières nouvelles de Mofcovie
A
a coûté au Czar en poudre feulement quatorze
mille Roubels ( monnoye Ruffienne .),
Voici le détail de cette Fête donnée à
Cronflot. Le 13 Août S. M. Czarienne ,,
accompagnée du Duc de Holftein , fe rendit
à bord de la Flotte . Elle étoit compofée
de dix-huit Vaiffeaux de ligne &
de deux Fregates , qui s'étendoient depuis
Cronflot jufqu'à Krafnoi - Gorchi , & étoient
diftans les uns des autres de vingt- cinq
toifes. Après que le Czar & fa fuite eurent
fait le tour de tous les Vaiffeaux
ilmonta fon Vaiffeau appellé l'Ingermanie:
Tous les Vaiffeanx de la Flotte le falué
rent alors de quinze coups de canon cha❤
cun. Toute la Cour du Czar fut
par
lui
regalée für fon bord.. Le 14 , la Flotte ,
au fignal que donna le Czar , leva l'ancre
& s'avança dans la Mer ; après quelques
autres fignaux elle fe partagea en deuxlignes
, & fe rangea en bataille. Le Czar
en qualité de Vice - Amiral commanda.
June
2
142 LE MERCURE
l'une de ces deux lignes , & le Prince
Menzicof Contr’Amiral du Pavillon Blanc
commanda l'autre . Ces deux Efcadres s'attaquerent
, & obferverent dans ce combat
toutes les manoeuvres les plus recherchées
dans la guerre Maritime. Le 15 , le Czar
& le Duc de Holftein vifiterent tous les
Vaiffeaux , où ils furent regalés par les
Commandans. De-là S. M. Czarienne &
fa Cour fe rendirent les jours fuivans dans
differentes Maiſons de Campagne , où on
trouva de nouveaux plaifirs. On alla à
Orange-Boon , Maifon du Prince Menzikof
, à Peterhof , Château appartenant
au Czar ; à Profchoska , Mailon de Plaifance
de M. Goloskin Grand Chancelier ;
à Strelina Mira , où on parcourut les nou- >
veaux Palais qu'on y a conftruits . Enfin
la Cour revint le 22 à Petersbourg trèsfatisfaite
de fon voyage & des travaux du
Czar , qui furent admirés par les Miniftres
Etrangers , qui avoient eu l'honneur de
l'accompagner. Le premier Septembre ,
on celebra le jour de la naiffance de la-
Princeffe Natalie Alexowna, fille du Czar,
& de deffunte Ottokeza Federeowna fa
premiere femme. La jeune Princeffe entroit
ce jour - là dans fa huitiéme année.
Le Czar a dépêché le General Major Jagozinski
à Neuftad , chargé de fon contentement
à la fignature du Traité.
De
D'OCTOBRE. 14 %
OF
De Varfovie du 2. Septembre.
N attend le Roy en cette Ville vers
la fin du mois , pour difpofer de la
Primatie du Royaume , & regler d'autres
importantes affaires qui exigent fa prefence.
M. Grimaldi Nonce du Pape en
cette Cour , en partit le 22. Août pour
Drefde , où il va prendre fon audience de
congé , de-là il fe rendra à Vienne . M.
FAbbé Archinto qui doit le remplacer eft
attendu ici & arrivera dans peu de jours.La
Nobleffe a parfaitement bien reçu lesUniverfaux
que le Grand General de l'armée
de la Couronne avoit envoyés dans tous les
Palatinats de la Pologne,pour faire marcher
les troupes reglées. Il s'agit de l'interét
cominun, & de prévenir une invafion des
Tartares , qui paroiffent favorifés des
Turcs. L'Armée de la Couronne confiderablement
augmentée par ces troupes , &
même par la garnison de Kaminiek , qui
eft prefentement de fept à huit mille hommes
, s'oppofera aifément aux entreprises
de la garnifon de Choczin , qui fembloit
fe preparer à envoyer des partis dans le
Palatinat de Podolie , dans le deffein d'y
lever des contributions.
On mande de Drefde que le premier
Août le Prince Hereditaire étoit arrivé au
Château
144 LE MERCURE
:
Château de Lactenbourg , d'où il étoit
allé le lendemain au matin à Pilnits ; là il
reçût les complimens de tous les Miniftres
Etrangers & des Seigneurs de la Cour.
Le Roy confera l'Ordre de l'Aigle Blanc à
quelques Seigneurs , qu'il regala magnifiquement
d'un grand repas , & d'une
Comedie Françoife ; le fouper fut accompagné
des fanfares , des trompettes & des
timbales , & du bruit de toute l'artillerie
du Château , du Port & des Vaiffeaux , on
n'épargna pas auffi la moufqueterie. Les
illuminations ne manquerent pas à la fête,
auffi-bien que le feu d'artifice qui dura deux
heures entieres , & reprefenta le nom du
Roy couronné , & enſuite quantité d'autres
noms des Princeffes & Dames de la Cour.
Le Roy avoit fourni de fes chevaux pour
tirer la Barque qui va & revient de Pilnitz
à Drefde trois fois par jour , & voiture
gratuitement les Curieux . Sur le raport
quelques Efpions envoyés du côté de la
Valaquie par le Gouverneur de Kaminiek
on a fçû qu'un corps de Janniffaires avoit
paflé le Danube, & qu'il marchoit à Choczin
pour y former un Camp ; fur ces avis
le Grand General de la Couronne s'eft
avancé avec fes troupes fous le canon de
Kaminiek , un de fes détachemens a furpris
& battu entierement une troupe de
Tartares qui avoient pouffé jufques fur les
frontieres
-
de
D'OCTOBRE.
145
frontieres du Palatinat de Podolie. On
apprend de Pofnanie que la Diette de
cette Province s'étoit paffée avec tumulte,
& fans fruit . M. Archinto nouveau Nonce
du Pape en Pologne , eft arrivé de Dreſde
le fept Septembre. L'Evêque d'Emerland,
le Palatin de Plosko & le Notaire General
du Grand Duché de Lituanie , font)
auffi revenus de Saxe. On écrit de Leopold
que le Bacha qui commande dans
Choczin avoit répondu enfin aux deux
Lettres lui avoit écrites le Grand Geque
neral de la Couronne , & qu'il l'affuroit
que les mouvemens des Turcs ne devoient
porter aucun ombrage à la Republique ,
la Porte defiroit entretenir une bonne
intelligence avec la Pologne
que l'on
n'approuvoit point du tout les irruptions
des Tartares dans la Podolie , & qu'elle les
obligeroit de rendre les beftiaux & autres
effers . volés.
que
L
>
De Stokholm , du 17 Septembre.
Es Flotes Combinées font de retour
de Capelscheer , & font arrivées à
Waxholm . Le Comte de Vandernath a
prefenté au Senat un Memoire , & de_
mande la permiffion de fe retirer en Alle
magne , fans être obligé d'attendre la dé
cifion de fon affaire. On lui a accordé
N cett
146 LE MERCURE
cette permiffion . Le Roy prend toujours
les eaux à Witzberg , & fe rendra bientôt
avec la Reine au Château de Gipsholm.
S. M. S. a nommé des Commiffaires pour
regler avec ceux du Roy de Dannemark
les pretentions des Particuliers Danois.
qui avant la derniere guerre avoient acheté
des Terres dans ce Royaume . Ces Commiffaires
partiront inceffamment pour la
Scanie . On mande d'Abo , que le Prince
Galixin faifoit tranfporter les bleds & le
bifcuit des magazins de cette Ville dans
les autres Places de la Finlande , Enfin le
Traité de Paix a été figné à Niftad le 11
par les Plenipotentiaires Suédois & Mofcovites.
Le Comte de Lilienſted l'a ap,
porté au Roy. L'Amiral Noris & M. Finch
Miniftre de la Grande Bretagne , ont dépêché
fur le champ un Courier en Angleterre
. On atrend l'échange des ratifications
pour publier les Articles de ce Traité.
De Coppenhague , le 14 Septembre,
N eft actuellement occupé à dreffer
Etat ce
un Etat de ce qui eft dû aux Officiers
employés pendant la derniere guerre. Les
premiers deniers de la recette des Doüanes
font deftinés pour leur payement, M. de
Gocz , Miniftre des Etats Generaux , &
chargé par eux des Pouvoirs neceffaires ,
travaille
D'OCTOBRE. 147
es
5,
travaille à renouveller le Traité de Commerce
entre Sa Majefté Danoife & Leuts
Hautes Puiffances. Le terme porté par le
dernier Traité eft expiré , & le Directeur
General des Peages qui fe levent au paffage
du Sund , a commencé déja à faire la vifite
des Vaiffeaux Hollandois. L'Entrée publique
du Prince Royal & de la Princeffe
fon époule , doit fe faire inceffamment.
Tout eft ici preparé pour cette ceremonie.
On a envoyé à Nahé près de Frederisbourg
une Compagnie de Grenadiers , avec un
détachement de Gardes du Corps pour
escorter la Cour qui y eft attenduë : un
Courier de l'Amiral Noris paffa le 18 par
cette Ville , & y apprit qu'il portoit à
Londres la nouvelle de la fignature du
Traité de Paix entre le Roy de Suede &
le Czar. Les fix Vaiffeaux Anglois qui ont
apporté des rafraîchiffemens pour la Flotte
de l'Amiral Noris font retournés dans la
Grande Bretagne.
De Vienne, le 29 Septembre.
a encore declaré qu'il don-
L'Empereur
neroit une jufte fatisfaction aux Etats
Proteftans de Hongrie. Le Duc de Saxe-
Gotha eft arrivé en Boheme , & doit
prendre les eaux de Careflbad . Le Comte
de Staremberg qu'on croyoit parti pour
Nij la
148 LE MERCURE
-
la grande Bretagne , eſt allé à Links , où
la Comteffe fon époule eft accouchée . Le
Comte François Ferdinand de Kinski ,
Chancelier du Royaume de Boheme , &
Ambaffadeur de l'Empereur à Rome , à
l'occafion du dernier Conclave , eft arrivé
de Rome le premier Septembre . L'Evêque
de Paffau s'eft enfin determiné au démembrement
de fon Dioceſe à ces conditions.
Primò , la fomme qui lui eft promife
pour l'équivalent fera remife dans
le fonds de la Compagnie Orientale de
Vienne , dont il retirera les interefts pendant
fa vie , & pourra difpofer dans fon
Teftament. Secundò , les Cures démembrées
de fon Diocefe , pour être unies à
celui de Vienne , demeureront à fa nomination
pendant fa vie. Le Comte Contard
de Staremberg , doit partir inceffamment
pour fon Ambaffade d'Angleterre . Les
Députés de Hambourg fe préparent auffi
à quitter cette Ville ; ils ont reçû la ratification
de ce qu'ils ont negocié ici . On
prétend qu'on leur a accordé un delai
d'une année pour la remife de cent cinquante
mille florins qu'ils doivent de refte
à l'Empereur pour la reparation de l'attentat
commis envers fon Envoyé & la Chapelle
dont on a fi fouvent parlé dans les
nouvelles publiques . Le Prince Eugene de
Savoye accompagnera l'Imperatrice au
pelerinage
D'OCTOBRE. 149
pelerinage de Notre-Dame de Zell . Des
Lettres de Silefie difent que M. Grimaldi ,
cy-devant Nonce du Pape en Pologne
étoit arrivé à Breflau le 4 Séptembre , &
qu'il en étoit parti le 6 pour venir en cette
Ville. L'Empereur a fait deffendre de paroître
à la Cour à M. Kannegiefter , Refident
du Roy de Pruffe . On a en mêmetemps
dépêché un Courier à Berlin , pottant
ordre de revenir à M. Vos , Refident
de S. M. I. auprès du Roy de Pruffe. On
fit le 14 aux Auguftins Déchauffés la Proceffion
qui fe fait tous les ans en memoire
de la délivrance de Vienne par Jean So-..
bieski Roy de Pologne , & le Prince Char
les de Lorraine , Generaliflime des Troupes
Imperiales , qui défirent lé 14 Juillet
1683 Cara Muftapha grand Vifir ,
fous Mahomet IV, avec fon Armée de
deux cens mille Turcs. Le même jour
l'Imperatrice Amelie , accompagnée de
l'Archiducheffe fa fille , fe rendit à l'Eglife
de la Maifon Profeffe des Jefuites , ou
elle entendit la Meffe. Toutes les Dames :
de l'Ordre de la Croizade Y allerent a
l'Offrande : enfuite l'Imperatrice affocia à
cet Ordre l'Infante de Portugal Marie-
Françoife Xavier , & donna la Croix d'or
à vingt & une Dames de la Cour , pour
remplacer celles qui font mortes depuis
un an. On a commencé le 21 Septembre
Nii par
150 LE MERCURE
>
par une Proceffion generale le Jubilé accordé
par la Bulle du Pape. L'Empereur
l'Imperatrice & les Archiduchelles ont
affifté à cette Proceffion folemnelle , &
après la Meffe firent leurs Stations dans
P'Eglife Cathedrale de faint Etienne , dans
celle de faint Michel , & dans celle dest
Benedictins Ecoffois.
I'
De Londres le 15 Octobre.
Left arrivé le premier Octobre un
Courier de Stokolm , portant copie du
Traité de Paix conclu à Neuftad entre le
Roy de Suede & le Czar. Le Comte de
Clincarny , beaufrere du Comte de Sunderland
, qui avoit été profcrit fous le
Regne de Guillaume III , au fujet de la
Religion , a obtenu la liberté de revenir
dans le Royaume. M. Deftouches Secretaire
de l'Ambaffade de France , a notifié
au Roy le Traité de Mariage conclu entre
Sa M. T. C. & l'Infante d'Efpagne . Les
Miniftres Etrangers ont fait leurs compliments
fur cette affaire au Marquis de
Pozzobueno Ambaffadeur d'Efpagne. La
Ducheffe d'Argile eft accouchée d'une
fille. Il y eut le 12 Septembre une Affemblée
generale de la Compagnie de la Mer
du Sud ; on y rejetta prefque d'une feule
voix l'incorporation qu'on avoit projettée
de
D'OCTOBRE.
11
de faire d'une partie du capital de cette
Compagnie dans les fonds de la Banque ,
& dans ceux de la Compagnie des Indes .
On enregiſtra enfuite l'Acte par lequella
Banque s'eft engagée de prendre fur
le pied de quatre pour cent les Actions
de cette Compagnie , en payement de ce
qu'elle doit lui remettre pour l'acquitte
ment d'une certaine partie des dettes de
P'Etat. On dit que la Banque perdra plus
de feize cens mille livres fterling , fi le
prochain Parlement l'affujettit à l'execution
des claufes de ce Contract . Les Lettres
de Dublin portent que le Duc de
Grafton Viceroy d'Irlande , y étoit arrivé
le 7 Septembre . Le Parlement de ce
Royaume s'eft affemblé à Dublin le 23
du même mois , qui a reçu parfaitement
bien toutes les propofitions du Viceroy
au fujet de la Banque propofée fur le modelle
de celle de Londres , des mesures
qu'il faut prendre pour éviter la communication
du mal contagieux ; & enfin de
celles qui conviennent pour l'affermiffement
de la fucceffion dans la ligne proteftante
, & pour la feureté de l'Eglife .
Anglicane. Le 26 du même mois on envoya
ordre à tous les Gouverneurs des
Ifles Angloifes , & des Places du continent
de l'Amerique , de
pagnols tous les effets qui
rendre aux Efont
été pris fur
Niiij eux
152 LE MERCURE
eux pendant la derniere guerre . M. Deftouches
alla le 2 Octobre à Kinfington pour
faire part au Roy de la demande faite par
le Roy d'Efpagne de Mademoitelle de.
Montpenfier , fille de Monfieur le Duc
d'Orleans , pour le Prince des Afturies .
Sa M.B. envoyaauffi - tôt les ordres au Che-..
valier Sutton fon Miniftre en France , &
au Colonel Stanhope fon Envoyé à la
Cour de Madrid , pour complimenter
le Roy de France & le Roy d'Efpagne
fur le Mariage conclu de Sa Majesté
Très - Chretienne avec l'Infante d'Efpagne
, & fur celui du Prince des Afturies
avec Mademoiſelle de Montpenfier,
Les Actions de la Mer du Sud font à
quatre- vingt- dix -fept.
Mi
De la Haye le 16 Ottobre.
. de Ganfinot a été admis par les
Etats Generaux en qualité de Refident
de l'Electeur de Baviere & du Prince
Evêque de Munfter & de Paderborn.
M. de Mynershagen , Miniftre du Roy
de Pruffe à la Haye , a eu quelques. Conferences
avec le Prefident de femaine des
Etats Generaux au fujet des nouveaux
droits que ce Prince prétend établir à
Cleves & autres Villes qui lui appartienment
fur le Rhin. On compte qu'il remettra
D'OCTOBRE. 753
mettra ces droits fur l'ancien Tarif , ainfi
que l'ont fait l'Electeur de Cologne &
P'Electeur Palatin . Le Prince Kurakin
Ambaffadeur du Czar , a notifié aux Etats-
Generaux la conclufion & fignature du
Traité fait à Niftad entre Sa Majesté
Czarienne & le Roy de Suede.
De Rome.
LES
Es Religieux de la Trinité du Mont fe
font diftingués le jour de la celebration
de la Convalescence du Roy Très - Chrétien
. par des illuminations brillantes & des cano- !
nades redoublées . Outre le Cardinal Aquaviva
& les Miniftres Étrangers cités dans le
precedent Mercure pour s'être fignalés
dans cette occafion , on doit compter encore
les Cardinaux Gualtieri , Biſſy , Ortoboni
, l'Evêque de Siſteron & Meldames
Orfini & Scarlatti. Le Commandeur &
Prince Giuftiniani chargé à Rome des affaires
de la Religion de Malte , a prefenté
au Pape l'Etendard du gros Vaiffeau de
Tunis pris par l'efcadre du Chevalier de
Langon à la vnë d'Oran , & un petit Ef
clave Négre âgé de feize ans , richement
paré ; on mettra l'Etendard dans la Baſi
lique de S. Jean de Latran , & le petit
Efclave dans le College de Propagandajide.
Le huit Septembre Un orage des plus vio
lens.
154⋅ LE MERCURE
lens caufa dans la Ville une fubite épouvante
le Tonnerre tomba plus d'une
fois , & marqua fa chûte par des morts
& des incendies. La pluye fut fi abondante
& fi precipitée qu'il s'en forma un torrent
impetueux , qui entraîná dans la Place
Navone toutes les danrées expofées en
vente ce jour-là. Une jeune Juive de dixfept
ans nommée l'Esperance , fille de Piacentino
, confideré dans fa Nation , a été
prife fur le foir par le Guer , fans qu'elle
ait pû dire ce qui avoit occafionné fa cap
ture , ni pourquoi elle fe declaroit pour
la Religion Chrétienne . Dans les réponſes
qu'elle faifoit à ceux qui la queftionnerent,
elle répondoit fimplement que c'étoit la
grace du Dieu . On la configna chés dest
Perſonnes vertueufes par ordre de M. le
Vice - Regent , & de- là on la mena à la
Maifon des Catecumenes , où après avoir
été inftruite des Mifteres & des Maximes
de l'Evangile , elle demanda le Batême. Le
Cardinal Nugno de Cugna ayant entendu
parler de cette converfion prefque miraculeuſe
, voulut être le Parrain de la jeune
Juïve , & fa generofité fe joignant à fa
pieté il voulut celebrer ce triomphe de la
Foy par la magnificence auffi-bien que par
la charité. Cette Chrétienne Ceremonie
fe paffa dans l'Eglife de S. Antoine de la
Nation Portugaile. Les ornemens les plus
riches
D'OCTOBRE.
155
riches y furent étalés . Le velours & le
damas gallonés d'or occuperent juſqu'à la ›
coupole de cet édifice. Francefco Charas ,
fameux Muficien du Pape , cut foin de
raffembler les meilleures voix & les plus
habiles Simphoniſtes de Rome , qui exe- ,
cuterent un Te Deum d'une excellente
compofition , après un Concert d'inftrumens
auffi parfait. Le Cardinal da Cunha
avant de fe rendre à l'Eglife , avoit reçû
dans fon Palais tous les Prélats invités au
cortége , & les avoit regalés. On alla
prendre la nouvelle Convertie à la Maiſon
des Catecumenes dans le premier caroffe
du Cardinal Paracciani pour la conduire.
à l'Eglife Portugaife ; elle y fut accompagnée
par la Comteffe Piccini , & fuivie
par un Peuple innombrable touché de cet.
édifiant fpectacle , qu'il applaudiffoit par
cette pieuſe acclamation , Viva la Fede di
Chrifto. La Garde Suiffe , commandée par
fes Officiers, ne pouvoit retenir la foule .
des Spectateurs. La jeune Juïve fut reçûe
à la Porte de l'Eglife au bruit de plus de
cent inftruméns par M. Baccari Evêque
de Boiano Vice- Regent de Rome , en mitre
blanche , & par M Gambarucci , & l'Abbé
Reale , premiers Maîtres des Ceremonies
de Sa Sainteté . Le Cardinal da Cunha
qui étoit arrivé avec une fuite pompeufe
de Prelats , rempliffans onze caroffes ma .
gnifiques ,
156
LE MERCURE
gnifiques , s'avança vers le Grand Autel ,
où il donna à la Catecumene le nom de
Marie , Anaftafie , Conftance da Cunha.
Après la Ceremonie du Batême , le Te Deum
fut chanté en actions de graces. L'Evêque :
de Boiano donna la Benediction au Peuple
, & le Maître des Ceremonies conduifit
la jeune Batifée , qui étoit vêtue de
damas blanc , aux pieds du Cardinal da
Cunha ce genereux Parrain lui fit prefenter
auffi - tôt par le fieur Francefco Franfa
fon Treforier , une bourfe blanche enrichie
d'or , où étoit renfermé un billet de
mille écus Romains , en lui difant , Voilà
votre Dot , foit que vous preniés un Mary
dans le monde , fait que vous époufiés Jeſus-
Chrift dans un Convent . Cette Ceremonie
fut illuftrée par la prefence du Cardinal
Pereira , de l'Ambaffadeur de Portugal ,
de M. Batelli , Archevêque d'Amafie ; de
M. Davanzaft , Archevêque de Trani ; de
M. Brafchi , Evêque de Safina ; de M.
Piametti , Evêque de drino ; de M. Te
defchi , Evêque de Lipari , Secretaire de
la Congregation des Rites ; de M. Colombono
Acoramboni , Evêque de Montalte 5
de M. Loyeri , Evêque d'Umbriatico ; de
M. Tanni , Evêque de Teramo ; de M.
Bichi , Protonotaire Apoftolique ; de M.
Vanicelli , de M. Francefco, Colonna , Ne- ›
groni , & M. Dandini , tous trois Votans
de
- D' OCTOBRE. 157
de la Signature ; de M. Altieri , Dɔyen
de la Chambre Apoftolique , & autres
Prelats & premiers Officiers de l'Eglife
Romaine , dont la Lifte feroit trop longue.
Le Cardinal da Cunha ne borna pas fes
beralités à fa Filleule , il fit preſent à
chacun des deux Maîtres des Ceremonies
de cent écus Romains , & d'une belle
Tabatiere au Maître de Chapelle pour
la Mufique , cent écus Romains ; pour
la Cire & les Ornemens , deux cens trentefix
écus Romains ; aux bas Officiers de
la Chapelle Portugaife & aux Pauvres ,
cent écus Romains.
;
.
Le R. P. Antonio Evangelifta , de la
Compagnie de Jefus , Profeffeur de Rétorique
dans le College Romain , recita le
Mercredi 14 Septembre , un Poëme à la
louange du Cardinal Conti , frere du Pape :
le ftile en fut extrémement aplaudi par
les Auditeurs. L'Affemblée étoit nombreuſe
, on y remarqua un grand nombre
de celebres Benedictins .
On apprend par des Lettres venues des
Indes Orientales du 21 Janvier dernier ,
que le fieur de Meffa Baiba , Legat Apoftolique
, étoit arrivé à Canton dans la
Chine , avec les Miffionaires qui l'accompagnent
; quatorze Vaiffeaux Européens
qui étoient dans ce Port l'y ont reçû au
bruit de toute leur artillerie , Ce Miniftre
de
158
LE MERCURE
de l'Evangile après avoir reſté vingt jours
à Canton en eft parti pour Peckin , Capitale
de la Chine , où il eft attendu . Le
30 d'Août le matin , M. le Cardinal de
Rohan eut une longue audiance du Pape ;
il s'étoit rendu à Montecavallo , avec un
cortege fuperbe. Cette Eminence eut
l'après midy du même jour une feconde
audiance de Sa Sainteté au Monaftere de
Sainte Catherine de Sienne , où le Saint
Pere s'étoit rendu pour vifiter fes parentes
Religieufes dans ce Couvent. M. le Cardinal
de Rohan au fujet de la Convalefcence
du Roy , a fait diſtribuer mille écus
à quarante pauvres filles. Le Cardinal
Alberoni doit loger inceffamment au Palais
qui appartient aux Religieufes Benedictines
du Champ de Mars. Le Cardinal
Conti , frere de Sa Sainteté , qui a été de
la Congregation des Benedictins du Mont
Caffin , & par confequent obligé , fuivant
les Loix de l'Eglife Romaine , de conferver
dans fes habits , quoique Cardinal , la
couleur de fon Ordre , a obtenu d'une
Congregation de Cardinaux confultée fur
ce fujet , la permiffion de mettre des boutons
& des boutonnieres rouges à fa Soutane
; permiffion qui a été autrefois accordée
à des Regullers élevés par les Papes
à la pourpre de l'Eglife . Le Cardinal
Alexandre Albani exerce les fonctions de
Camerlingue ,
D'OCTOBRE.
(159
Camerlingue , à la place du Cardinal Annibal
Albani fon frere , qui eft allé paffer
quelque mois dans fa Terre de Soriano ,
érigée depuis peu en Principauté . Le Pape
a donné à Dom Marc Antonio Conti fon
neveu l'inveftiture d'un Fief de l'Etat de
Ferrare , qui vaquoit par le decès du dernier
de la famille , qui en étoit proprietaire.
On travaille à reparer & même à
embellir la Villa Ludovicia de Freſcati ,
que le Pape deftine pour être fa Maifon
de Plaifance . Le Cardinal de Schomborn
a obtenu une difpenfe de Sa Sainteté pour
paffer de l'Ordre des Cardinaux Diacres
dans l'Ordre des Cardinaux Prêtres ; il
opra le Titre de Saint Pancrace , qui va
quoit par la démiffion du feu Cardinal
Panciatichi , quand il prit celui de S. Praffede
, & remit en même tems le titre de
S. Nicolas in Carcere . Le Cardinal Acquaviva
Miniftre de la Cour de Madrid , &
le Cardinal d'Altan Miniftre de l'Empereur
, firent leurs proteftations dans le
dernier Confiftoire , au fujet du Service
annuel que l'on a celebré jufqu'à l'année
derniere le jour de la Nativité de la Vierge
dans l'Eglife de Sainte Marie Majeure ,
pour le repos de l'ame des Rois & des
Reines d'Espagne , fuivant la fondation
de Philippes IV . Le Cardinal d'Altan foutient
que c'eft à lui à faire cette Cere,
monie
160 LE MERCURE
monie , & à tenir la Chapelle , attendu que
le revenu annuel pour cette fondation ſe
trouve afligné fur le Royaume de Sicile ,
actuellement poffedé par l'Empereur. Le
Cardinal Aquaviva répond qu'il a droit
de faire les honneurs de cette Chapelle
publique , la fondation qui occafionne la
conteſtation n'étant point faite par Philippe
IV, en qualité de Roy de Sicile ,
mais comme Roy d'Efpagne ; de plus
S. M. C. offre d'affigner un autre fonds
dans fes Etats pour les revenus de certe
Fondation.
L
De Lisbone.
A Flotte de la Baye de Tous les Saints
& de Fernanbuc, compolée de foixante
& deux Bâtimens , eft entrée dans le Tage
le 19 & le 20 Août , aprés un voyage
de cent trente- huit jours . Voicy le détail
de fa charge : vingt - quatre mille Caiffes
de fucre, 28000 mille rouleaux de Tabac,
24773 Moédores trois quarts pour le Roy,
283487 Moédores pour les Particuliers ,
2308 26 Oytavas d'or en lingots , 704250
Réales en argent, Les Victoires remportées
par les Portugais fur les Peuples du
Royaume de Maſcau dans l'Arabie heureufe
, fe trouvent confirmées par des Lettres
des Indes Orientales. On aprend de
Sainte Luzie de Chalé , que les Idolâtres
voifins
D'OCTOBRE. 161
voifins ont arrêté deux Peres Jefuites
& les ont laillé prefque morts à force de
mauvais traitemens ; le Viceroy fur l'avis
qu'on lui en donna fit faifir les coupables
par un détachement commandé exprés ,
on en a pris vingt- quatre , qui furent punis
exemplairement. M. de Montagnac ,
Conful General de la Nation Françoife a
Lisbone , fit le 25 Août chanter le Te Deum
dans la Chapelle Royale de S. Louis , en
actions de graces pour l'heureux rétablif- ?
fement de la fanté du Roy Très - Chrétien
Le Comte d'Arcos , Colonel d'un Regiment
de Cavalerie , a fait dreffer devant
le Palais du Roy un amphireâtre qui peut
contenir deux inille cinq cens Spectateurs.
Cet édifice lui coûte dix - fept mille cru
zades , & eft deftiné pour donner au Pu
blic le fpectacle d'un combat de Taureaux,
qui fera continué pendant quatre femaines
les Mardis & les Jeudis. On a dreffé devant
le Palais un Trône magn fique pour
leurs M. P. & la Famille Royale. Le
Comte d'Arcos qui a fait la dépenfe de
cet Amphiteâtre en retirera les profits . Le
3 Septembre , Fernand Jofeph de Gama
Lobo, Gentilhomme de la Maifon du Roy,
fe fignala par fon adreffe dans un de ces
combats en prefence de S. M. & de toute
fa Cour. Le 7 Septembre , les Miniftres
Etrangers & les-Seigneurs Portugais eurent
O Phonneur
162 LE MERCURE
l'honneur de baifer la main à la Reine ;
qui entroit ce jour- là dans fa trente-neuviéme
année .
De Madrid , leLe
1s Ottobre.
E Marquis de Léde a commencé em
Catalogne la reforme des Troupes , il
y a déja trois Bataillons de congediés
Les garnisons Françoiſes de Fontarabie &
de Saint Sebaftien ont évacué ces deux
Places le 26 Août . On écrit de Tarifa,
que cinq Corfaires Algeriens avoient pris
à la hauteur de ce Port une Barque Ef
pagnole & deux Felouques , dont une alloit
à Ceuta. Le 21 Septembre , M. le
Marquis de Maulevrier , Envoyé de France
à la Cour d'Espagne , annonça au Roy que
le Roy Très-Chrétien , par l'avis de Monfieur
le Duc d'Orleans Regent , avoit accepté
avec joye les offres , & que
le mariage
de S.. M. T. C. avee Doña Marie
Anne Victoire Infante d'Espagne avoit été.
arrêté. Cette nouvelle fut reçue par leurs .
M.C. avec des marques finceres de leur
joye reciproque. Le Roy , la Reine & le
Prince des Afturies écrivirent aufli tôt à
P'Infante pour lui en faire part ; & fur le
midy le Duc de Popoli partit pour lui ,
porter les Lettres de leur Majettez & de
Son Alteffe Royale . L'après midi on chanta.
Ja:
D'OCTOBRE. 163
,
le Te Deum à Notre-Dame de Fuencifla ,
pour remercier Dieu d'une alliance fi convenable
& fi heureufe . Le fon des cloches,
les feux & les illuminations ont fignalé
pendant trois jours la joye des Peuples.
La Flotte de la Nouvelle Efpagne eft arrivée
au Port de Cadix , elle cft compoféc
de douze Vaiffeaux , & commandée par
Don Ferdinand Chacon ; cette Flotte étoit
fortie du Port de Cadix le fept Août
1720 ; elle entra dans celui de la Veracrus
le 26 Octobre la même année , elle en
partit le 29 May dernier pour revenir en
Eſpagne , où elle eft arrivée le 19 Septembre
& après avoir refté trente- cinq
jours à la Havane. Voici le détail de fes
cargaifons : 88921 pézos en argent & ent
or pour le compte de Sa Majefté , 719
quintaux de cuivre , plufieurs facs d'anis ,
des planches de Cédre , des morceaux de
bois de Campefche , des facs de Tabac en
poudre , & des rouleaux d'autre Tabac . Et
voici ce qui appartient aux Particuliers fur
cette Flotte 7767963 pezos d'argent
marqués au coin ; 1291929 pezos d'or
auffi marqués au coin ; 5600 pezos d'or
en parte ; 119488 pezos d'argent travaillé
; des Caiffes de graine fine pour la
reinture , de Jalap , de Vanille , de Carreaux
de la Chine , de Copal , de Cafcailles
, de Contrayerua , de Sucre ,
O ij
>
de
Poudre
164 LE MERCURE
Poudre d'Oaxaca , de Chocolat , de Salfe
p.reille , de fruits des Indes confits , &
autres Drogueries ; on peut ajoûter à ces
Marchandiles celles qui ont été aportées
par un Vaiffeau d'avis de Terre Ferine ,
qui eft venu de conferve avec la Flottedepuis
la Havane : 64000 pezos d'or ,
quelques ouvrages d'Argenterie , plufieurs
caiffes de Cacao , & une très - grandequantité
de Tabac de toutes les efpéces.
SUITE DES REJOUISSANCES
publiques.
1 E rétabliſſement de la fanté du Roy
'occafionné tant de Fêtes & tant de Pieces
de Poefi , qu'il eft impoffible d'en donner
au Public un détail exact. On ſuivra pour
les narrations qui ſuivent la ` methode que
nous avons déja obfervée le mois de nier ,
qui eft d'employer les Lettres mêmes qui
nous ont été envoyées par les Villes curieufes
de publier les tranfports de leur joye : éclat
qui ne peut être que loïé , puis qu'il ne
manifefte que les fentimens les plus eſtima
bles dans un peuple.
> On mande de Valogues du 14 Septembre
que le Samely 30 Août les Ecoliers reprefen- .
terent la Tragedie du Cid , entre mêlée de Batlets
, de Simphonie & de Mufique , qui fut fuivie
de
'D'OCTOBRE. 169
de la Comedie du Bourgeois Gentilhomme
très bien executée par les foins de M. l'Abbé
Boquet , dont tout le Prologue rouloit fur la
convalefcence de Sa Ma té.
Le lendemain qui étoit deftiné pour les feux
de joye, la fête fut annoncée dès la pointe du
jour par tous les Tambours.
A Pilue des Vêpres , où avoient affifté les
Corps du Bailliage & Vicomté , Mr. le Gou-
• verneur à leur tête , & toutes les Communautés
tant Seculieres que Regulieres , le Te Deum y
fut entonné par Mr. Delailly Archidiacre & Curé
de la Ville , & continué en Mufique avec fim-.
phonie , & au bruit des c'oches qui compofent
fans contredit la plus belle fonnerie de la
Province. L'Exaudiar fut auffi chanté. On fe
rendit enfuite à la place du Château , où étoit
préparé un grand bûcher , qui fut allumé par
le Gouverneur , & les Maire & Echevins ; toute
la Bourgeoise étant fous les armes . Sur les
neuf heures la Ville parut toute en feu , par la
quantité de lampions & chandelles qui furent
placés jufques fur les toicts L'on tira toute
la nuit des fufées volantes , boëttes , & autres
feux d'artifices . Toutes les Communautés ont
fuivi cet exemple ; l'Abbaye Royale de Protection
, dout Madame de Saint Pierre , four
de Mr. le Comte de Saint Pierre , premier
Ecuyer de Madame la Regente , eft Abelle, s'eſt
diftinguée par la Mufique, les illuminations , &c.
Les Prieres & les réjouiffances ont été faites
à Estampes le Dimanche 24 Août en l'Eglife
Royale & Collegiale Notre - Dame.
Le lendemain 25 fête de Saint Louis , les
Bourgeois de la rue de la Juiverie fe font auli
figna'és en particulier à leur ordinaire ; car:
après avoir affifté au Te Deum chanté dans
l'Eglife
166 LE MERCURE
l'Eglife de Saint Bafile leur Paroiffe , & avor
mis des illuminations aux fenêtres ; ils ont fait
tirer un feu dreffé au milieu de la ruë , précedé
d'un petit Difcours prononcé par l'un d'eux ,
au fujet de la convalefcence du Roy , qui fut
fuivi des acclamations de Vive le Roy , & de
toutes les autres marques de joie que peuvent
donner de bons & fidelles Sujets.
Le Dimanche 17 Août on celebra dans notre
Eglife Metropolitaine & Primatialle de Sens ,
une Meffe folemne le avec les plus magnifiques
ornemens : la Table d'Or enrichie de Pierreries
étoit expofée , ce qui n'a coutume de ſe faire
qu'aux deux Fêtes de S. Etienne notre Patron ;
Mrs. du Prefidial , le Corps de Ville , l'Election ,
les Officiers de notre garnifon & les autres Compagnies
y affifterent . Mrs. nos Chanoines étoient
revêtus de leurs Soutannes rouges, comme aux
Fêtes annuelles.
Après Vêpres le Te Deum fut chanté , auquel,
de même qu'à la Meffe , affifterent toutes les
Compagnies enfuite le Corps de Ville fit allamer
un Feu de joye dans la grande Place de
S. Etienne , la Bourgeoifie étoit fous les armes
rangée fous fes Enfeignes , les Officiers des
Quartiers à leur tête , il fe fit une décharge generale
, & on tira les canons de la Ville , qui
retentit d'acclamations jufqu'au Lundi matin.
Le Chapitre donna à fon tour des marques
de fon zéle. Sur les fix heures du foir on expofa
le S. Sacrement dans l'Eglife Metropolitaine
, & après la Benediction , Mrs. les Chanoines
fortirent proceffionnellement de l'Eglife ,
revêtus de leurs habits de Ceremonie ils fe
rendirent dans leur Cloître en chantant des
Pleaumes & des Antienues convenables les.
principales Dignitez & les plus anciens Cha-
Y
noines
D'OCTOBRE. 167
noines allumerent enfemble le feu qu'ils avoient
fait preparer , pendant lequel on fonna toutes
les cloches des deux Tours ; enfuite Mr Fenel ,
Doyen , donna un magnifique fouper au Chapitre.
Le reste da jour & pendant toute la nuit on
alluma des feux particuliers dans les Places pu
bliques , Carrefours & autres endroits convenables
, toutes les maifons étoient illuminées ;
plufieurs Bourgeois avoient fait dreffer des Tables
devant leurs portes , & les paffans étoient
invités à boire la fanté de Sa Majesté.
Le Sr Gibier de Serbois , Vicomte de Sens ,
s'eft diftingué plus que perfonne ; pendant deux
nuits entieres toure fa maiſon été illuminée ,
plufieurs fontaines de Vin couloient aux coins
de fa cour ; un grand nombre de fufées de toutes
façons , & qu'il avoit lui - même preparées , ont
fait admirer fon zéle & fa liberalité.
Y
A Caudebec , le 19 Août 1721. Je vous ai
promis , Monfieur , de vous mander la fête que
M. de Francheville , Gentilhomme fervant de
Sa Majefté , a donné pour le rétabliſſement de la
fanté du Roy tout y a été magnifique , bien
ordonné & bien executé. Le 17 dès que le feu
de joye de la Ville fut fait il fit tirer trois
coups de canon pour annoncer fa fête pour le
lendemain & commença par envoyer de la
vande aux Religieufes , aux Capucins , & à
l'Hôpital , avec du Cidre , & à chacun un fac
de bled , & aux pauvres Prifonniers de l'argent.
Le 18 à fix heures du matin il fit tirer le canon,
& à dix tous les principaux Mrs. & Dames de
la Ville fe rendirent chez lui pour aller à l'Eglife
, qui étoit tendue magnifiquement. La
grande Meffe fut chantée , & enfuite le Te Deum
au bruit du canon & de la moufqueterie. On
forcie
168 LE MERCURE
>
fortit de la cour de M. de Francheville dans
cet ordre ; la Compagnie des Archers du Prevôt
à cheval , l'épée à la main un Trompette a
lear têtes enfuite une Compagnie de Bourgeois
avec fix Tambours , fix Violons & deux Baffes ;
après M. & Madame de Francheville & tous les
conviés , & une infinité de Peuple qui crioit
Vive le Roy. On revint de la même maniere de
l'Eglife ; il y eut trois tables fervies à midy ;
& fur les fept heures on fut dans le même or
dre qu'à l'Eglife , allumer le feu fur le Quay ,
où il y avoit un tonneau de Cidre pour le
Peuple. Cette Ceremonie fe fit au bruit de plufeurs
décharges de canon & de moufqueterie.
On rentra enfuite dans la maifon , qui étoit il
luminée de routes parts , où le bal commença ;
il fut interrompu à dix heures pour fervi les
tables, On but cent fois la fanté du Roy , toujours
au bruit du canon . La fête dura jufqu'à
fix heures du matin ; j'oubliois de vous dire que
M, de Francheville donna so fols par tête à tours
les Fuzeliers , qu'il y eut le foir une table pour
les Archers du Prevôt , &c.
A Barfur Aube. Le Chapitre , la Maifon de
Ville , les Jurifdictions , Mrs les Officiers du
Grenier à Sel , les rs . des Aydes , & generalemene
toute la Ville , fans en exclure même
les enfans , ont celebré en general & en particu
lier la memoire d'un fi grand bonheur , avec
des marques de piété & de joye les plus vives
& les plus finceres. Les Te Deu & toutes les
autres Prieres & Actions de graces , les illuminations
, les cris d'allegreffe , les feux de jove
& d'artifice , les fontaines de Vin , les affem.
blées de Bourgeois , des Artifans , Voifins , les
Repas dans les rues , & les tables ouvertes ,
les Symphonies , les Danfes & les autres mar-
"
ques
D'OCTOBRE.. 169
ques de joye que produit une auffi heureufe
nouvelle que celle du proint rétabliſſement d'un
Roy comme celui que la France a le bonheur
d'avoir , ont certainement diftingué la Ville de
Bar-fur Aube dans le devoir qu'elle a rendu à
fon aimable Prince dans cette occafion , La
Compagnie du Jeu de l'Arquebu´e s'eſt fur - tout
fignalée. M. le Marquis d'Eftain , Colonel du
Regiment de Foreft , fils de M. le Comte d'Eftain
, Lieutenant General des Armées de Sa Majeſté
, fut par eux invité à leurs réjoüiflances ,
& y parut à leur tête .
Lettre écrite de Vendôme par M. Rigault ancien
Lieutenant General , & Echevin de la Ville
à M. le Duc de . •
Ous avons reçû , Monfeigneur , avec autant
joye que
vous a plû nous adreffer au ſujet de la conyalefcence
du Roy.
La Lettre de S. M. & la vôtre furent d'abord
notifices , & le feu general annoncé au fon des
trompettes & des tambours ... Le jour de S. Louis,
auquel devoit éclater notre joye , la Milice
Bourgeoise rangée fous quatre Drapeaux vint
fur les deux heures nous prendre à l'Hôtel de
de Ville ; de - là nous nous rendîmes en ordre
à l'Eglife Collegiale Royale de S. Georges , où
le Te Deum fut chanté par la Mufique au bruit
de toutes les cloches de la Ville , & de plufieurs
décharges de moufqueterie faites par la Milice
Bourgeoife , & quatre Compagnies du Regiment
du Colonel General Cavalerie. Le Clergé , les
Religieux Mandians , les Officiers du Bailliage ,
& Prevôté Royale , ceux des Elections & du
Grenier à Sel convoqués fuivant l'uſage , y affifterent
en ceremonie... Après le Te Deum on
P allum
170 LE MERCURE
alluma le grand bucher qui avoit été preparé...
Vis -à- vis on avoit placé deux tonneaux de Vin,
entourés de pampres & de lauriers , avec dés
Infcriptions convenables à la fête.. Après que
les Officiers , à l'exemple du Lieutenant General
& des Echevins , eurent bû la fanté du Roy,
& caffé leurs verres , tout retentit des acclamations
de Vive le Roy , repetées par les échos de
la montagne , & de tous les coeurs ouverts
à la joye on ne vit, plus dans les Places publiques
que feftins & que danfes... Sur le foir il y
eut un grand repas dans la Sale de l'Hôtel de
Ville , & jufques bien avant dans la nuit des ca
rillons de toutes les cloches , & par tout des il-
Juminations .

Depuis les differens Quartiers de la Ville ong
celebré la fanté du Roy par des feux d'artifice,
& des Te Deum chantés en Mufique , les Bour
geois étant toujours fous les armes , & commandés
par des Officiers richement vêtus . Chacun
d'eux a regalé fa Compagnie , & toutes ont
reçu des rafraîchiffemens dans l'Abbaye Cardinale...
Enfin les Officiers du Colonel General
& les Chanoines ont tiré des feux & fait des
illuminations pendant plufieurs jours : chacun
d'eux penfant terminer les fêtes publiques,. Heureux
, Monfeigneur , fi par- là nous pouvions témoigner
une partie de notre zéle pour la Perfonne
Sacrée du Roy , & meriter votre prorection
pour une Ville qui a l'honneur d'être
f'ancien Patrimoine , & la dépofitaire des cendres
de fes Ayeux , & qui par ces titres particuliers
, unis à ceux qui lui font communs avec
Les autres Villes du Royaume , fe croit mieux
fondée à efperer en fes bontés , & plus étroitement
obligée à faire des voeux pour fa confervation,
Les
D'OCTOBRE.
Les Officiers & Chevaliers du noble Jeu de
Arquebufe de Reims , toujours zélés & trèsfideles
Sujets de S. M. viennent de donner une
marque éclatante de leur joye pour le rétabliſfement
de la fanté du Roy , par un Te Deum
qu'ils ont fait chanter en actions de graces ,
chez les RR. PP . Cordeliers , qui fut fuivi d'un
Feu d'artifice tiré dans la grande Place de la
Couture , qui fait face à leur Château de l'Arquebufe.
Ce feu étoit fur un échafaut à quatre faces ,
où étoient les armes du Roy, au milieu on voyoit
un piedestal de cinq pieds de hauteur , au- deffus
duquel s'élevoit une Piramide très haute remplie
d'artifice , qui produifit un effet merveilleux.
Au premier Cartouche du piédeſtal étoit une
Devife qui avoit pour corps des ciprès de differente
hauteur , avec deux troncs d'arbres , an
dernier defquels étoit un rejetton , cette Deviſe
avoit pour ame ces paroles ;
Vivat & aquabit.
Et au-deffous de la Devife le Quatrain fuis
vant ,
Ceux qu'entre eux le plus on eftime
Dignement il remplacera ,
Quelque haute que foit leur cime ,
Qu'il vive il les égalera.
Au fecond Cartouche étoit peint un Soleit
prefque éclipfé , lançant le refte de ſes rayons
fur la Ville de Reims ,
Gratior inde redit.
Si cette nuit trop redoutable
• A jetté l'effroy dans les coeurs ,
Après l'orage & fes rigueurs ,
Mon retour eft plus agreable.
Pij Au
172
MERCURE LE
Au troifiéme Cartouche étoit peinte une Ruche
, de laquelle fortoient quantité d'abeilles
qui fuivoient leur Roy,
Illo incolumi , mens omnibus una .
De ce Peuple à mes Loix foumis ,
Mon falut ranime le zéle ,
Et dans tous les coeurs réunis
La joye en eft univerſelle .
Au quatriéme Cartouche , le corps de la De
vife étoit un Laurier menacé par la foudre,
Minatur tantum.
1 Non , point d'allarmes , point de crainte ,
La foudre qu'on voit s'élancer
Sans me donner aucune atteinte
S
Ne fera que me menacer.
Aux quatre coins de l'Appareil du Feu étoient
pofées les Armes de M. le Prince de Rohan
Gouverneur de la Province ; celles de M. le
Cardinal de Mailly , celles de la Ville, & celles
de la Compagnie de l'Arquebufe , au deffous def
quelles étoient quatre fontaines de Vin. Il y
avoit à chacun des quatre coins des Vive le
Roy.
La facade du Château de l'Arquebule étoit
illuminée par 300 lampions , qui faifoient un
effet merveilleux autour du Portrait du Roy
placé au-deffus de la Porte du Château , faus un
Dais magnifique , avec cette infcription ;
Multos ut vivat in annos .
?
Le tout fut terminé par un grand Repas , où
furent invitées plufieurs perfonnes de diſtinction .
Le
D'OCTOBRE. - 173
Les réjouiffances faites à Marseille , meritent
de terminer ces Relations. Rien ne
marque plus vivement l'amour des Peuples
pour leur Prince , que de trouver des fentimens
de joye auffi vifs dans une Ville
qui a été fi cruellement affligée on fe
gardera bien d'en affoiblir le tableau ; on
va le voir prefque tel qu'il nous a été envoyé
de Marfeille.
La nouvelle du rétabliffement de la fanté du
Roy ne fut pas plutôt fçûë à Marseille , qu'elle
y fit entierement oublier tous les maux & tous
les ravages que la contagion y a faits , & cette
Ville qui fembloit n'être plus confacrée qu'à
la trittelle & an deüil , parut dans un état de
joye fi extraordinaire , que l'on vit ce que peur
fur les cens d'uffi bons & fideles Sujets
l'amour refpectueux dont is brûlent pour la
Perfonne Augulte de Sa Majesté.
M. le Bailly de Langeron , Commandant
dans cette Ville , & à la fage & vigilante conduite
duquel ( fecondée du foin de Mrs, les
Ecnevins ) elle eft ridevable de fon falut , n'eut
pas befoin d'infpiser par fes ordres de l'ému
Iation à des Sujets fi bien difpoiés , & qu'i
faloit plutôt contenir qu'exciter 250
Mrs les Echevins firent avec empreffement
mille projets de fête & de réjouifiance ; Mis
du Corps des Galeres animés de la même ar
deur n'en fient pas moins , & chacun dans fon
département travailla pour faire éclater four
zele.
La Ville retentiffoit par tout des acclamas
tions & des Cris de Vive le Roy , les Eglifes
Pij
274 LE MERCURE
toure
qui par l'entiere ceflation du mal , y font ou
vertes depuis quelque temps , étoient remplies
d'une foule de peuple , qui y couroit de
part , pour rendre graces à Dieu , non de l'avoir
prefervé de la contagion , mais d'avoir établi
la fanté du Roy , comme leur étant infiniment:
plus chere & plus précieufe que la leur.
1
M. l'Evêque de Marfeille touché d'un empreffement,
fi conforme à fes fentimens , convint
avec M. le Bailly. de Langeron & avec
Mrs les Echevins de ne pas differer les réjouiffances
auffi long tems qu'il eût fallu pour mettre
à execution tous les préparatifs qu'on
avoit commencés , & on choifit le 15 du mois.
de Septembre pour faire chanter le Te Deum,
"T
Qui auroit dit qu'après une année entere
de calamités , on verroit dans cette Ville infortunée
un jour fi agréable ? chacun fembloit
chercher à fe dédommager de la trifteffe paflée ,.
Tur le bonheur prefent ; les fentimens de joyefe
répandoient par des tranfports d'autant plus.
grands , qu'ils avoient été plus long tems fufpendus
par une affreufe trifteffe.
M.. l'Evêque donna dans fon Palais à M. le
Bailly de Langeron , à Mrs les Echevins , & à
un grand nombre de perfonnes diftinguées , un
Tomptueux & magnifique dîner .
Sur les quatre heures tous les principaux.
Citoyens & Negociants s'étant rendus à l'Hôtel
de Ville pour accompagner Meffieurs les Echevins
, ces Magiftrats en fortirent en robes
rouges , précedés de leurs Gardes & gens de
Livrée , d'une nombreuſe bande de Violons &
Hautbois , & de quatre Compagnies de Soldats
qui marchoient en bon ordre , ayant tous à
leurs chapeaux des noeuds de rubans aux couleurs
de la Ville , conduits par les Capitainesde
Quartier , très richement vêtus. Ils étoient
1
précedéss
D'OCTOBRE 179
précédés par les Trompettes de la Ville à cheval ,
par un grand nombre de Tambours & Fiffres ,
& par plus de mille jeunes enfans. portants
des
Banderolles aux Armes du Roy , dont les cris
de Vive le Roy qu'ils redoubloient à tout moment
, joint au bruit des Fanfares & des Violons,
faifoient une harmonie cent fois plus belle &
plus réjouiffante que toutes celles qu'on ménage
par les regles de l'art.
Ils marcherent dans cet ordre vers l'Hôtel de
M. le Bailly de Langeron , qui ayant joint"
ces Magiftrats , fe mit à leur tête , précedé
de fes Gardes & de toute la Nobleffe qui
s'étoit renduë chés lui pour l'accompagner.
La marche continua dans le même ordre julqu'à
la Cathedrale , où ils arriverent au bruit des
boëtes & de la moufqueterie , à travers d'un
peuple infini qui bordoit par tout les paffages.
1
Le Te Deum y fut chanté folemnellement
par deux Choeurs de Mufique , M. l'Evêque y
officia pontificalement , & les actions de graces
rendues à Dieu , au bruit réiteré des boetes ,
ils fortirent pour fe rendre au Cours , où Mrs
les Echevins avoient fait élever un grand bucher,
& un feu d'artifice : la nuit qui commençoit
d'être clofe , ne fit qu'augmenter l'éclat de leur
marche , qui fut éclairée par trois cens flam
Beaux de cire blanche.
A leur approche du Cours une falve de 400
boëtes rangées le long de la Canebiere , fit
retentir les airs , & les accompagna jufqu'à la
place où le feu étoit préparé. L'étendue & la
beauté de cette Place , la fimetrie égale des maifons
, les illuminations qui regnoient à l'entour
fur toutes les façades , la multitude de peuples
de tout fexe & de tout âge , les cris d'alle
greffe qui étoieut pouffés parmi le bruit des
inftruments de guerre , faifoient un de ces mer-
Piiij . veilleux
176 LE MERCURE
veilleux effets qui enchantent , & qui font que
l'on eft tranfporté par des mouvements extraordinaires
.
A peine M. le Bailly de Langeron & Mrs
les Echevins eurent allumé le feu , que de fix
groffes colonnes d'artifice de quatorze pieds
de hauteur , qui étoient pofées autour pour
former des portiques , & dont les bafes & les
chapiteaux étoient d'or feint ; on vit partir fucceffivement
une fi prodigieufe quantité de gerbes
& de fufées , que l'air en parut tout à
Coup
embrafé, lefquelles tombant enfuite en pluye d'or,
en Cometes & en étoilles brillantes , remplifoient
tout ce vafte lieu de feux & deflammes , qui faifant
reculer Précipitamment la foule qui étoit à l'entour,
excitoient un agreable defor tre qui redoubla
la joye publique & les cris de Vive le Roy.
On conduifit dans le même ordre de marche
M. le Bailly de Langeron jufqu'à fon Hôtel ,
où en arrivant on entendit encore le bruit de
300 boëtes , & où l'on vit un appareil éclatant
qui annonçoit des magnificences qui ne de
voient terminer que bien tard cette grande
fête. Mrs les Echevins & toute la Nobleffe s'y
étant arrêtés , les Capitaines de Quartier avec
leur Compagnies , firent pendant ce temps tout
le tour de Ville , marchant en bon ordre , &c.
Dans ce même temps le Port de Marſeille
étoit tout en feu , & ce fpectacle plus brillant
& plus admirable que tout ce qu'on en peut ,
imaginer , y faifoit accourir tout le monde"
en foule tous les femparts , les tours de la
Ville , les deux Citadelles , le Fort de Notre-
Dame de la Garde , tout l'Arcenal , l'Hôtel de
Ville , l'Abbaye faint Victor , toutes les maifons
tant du côté de la Ville que de la Rive - neuve ;
enfin toutes les Galeres du Roy , illuminées "
d'une maniere extraordinaire , paroiffoient embrafées
D'OCTOBRE. 177
brafées par le moyen de plus d'un million de
bougies dont elles étoient couvertes.
1
Mais plus que tout , la façade de l'Hôtel de
Ville attiroit les yeux de tout le monde ; chacun
couroit fur la Place qui eft au devant ,
pour admirer de près tant d'éclatans & d'ingenieux
ouvrages , dont Mrs les Echevins l'avoient
faite orner ; plufieurs s'écartoient enfuite dans
le Port , dans des batteaux , pour admirer le
fpectacle brillant que cette façade prefentot
de loin à la vûë .
A cette façade fuperbe , qui eft d'une Architecture
d'ordre Compofite , & fur l'Attique que
porte le grand balcon de marbre blanc , étoient
élevées entre les colonnes de marbre rouge
jaſpé , trois piramides de feu de 28 pieds de hauteur
fur une bafe de 16 de largeur , qui s'apuyoie
fur la balustrade du balcon .
Celle du milieu étoit terminée par un groupe
de Genies qui portoient un écuffon magnifique
aux Armes du Roy , dont les trophées & fupports
éto ent rehauffez d'or . Sur le fronton de
ce, pompeux édifice , on voyoit un foleil brillant
, qui s'élevoit hos de la corniche.
Les deux autres piramides de feu étoient terminées
chacune par un tmpan chargé d'un
groupe de Genies portant des banderolles,
Du fommet du timpan s'élevoit une Renommée
qui avoit fur la tête une Couronne de lys &
de laurier , tenant d'une main deux palmes , &
de l'autre une trompette dont elle fembloit
fonner pour annoncer la joye & l'allegreffe de
Maríeille.
Dans les entrecolonnemens des portiques
étoient élevées les piramides de lampions &
falots, fous des feftons formés par des lampions ,
étoient de magnifiques Cartouches dans des
bordures de palmes & de laurier dorez , dans
l'un
978 LE MERCURE
F'un defquels étoit peinte en camayeu la pro
meffe que Dieu fit à Salomon dans le Livre
roifiéme des Rois , fur la durée de fon Regne.
Dans un autre étoit ce diſtique :
Quot feftos, Lodoice, tibi domus excitat ignes ,
Tot tibi corda ardent , tot tibi corda micant.
Et dans un troifiéme cet autre diſtique
où Marfeille qui fut honnorée autrefois du
titre de Soeur de Rome , eft entendue par
Altera Roma :
Ridet humus , rider Zephiris fpirantibus ather,
It tota in plaufus altera Roma novos.
A chaque bout du Balcon on avoit placé deux
lions en relief qui foutenoient les Armes de la
Ville , & de la gueule defquels couloient deuxfontaines
de vin..
Sur le fuperbe Ecuffon de marbre blanc aux
Armes du Roy , chef d'oeuvre du fameux Puget
de Marfeille , étoit expofé le portrait de Sa
Majefté , fous un fuperbe dais de velours cra
moifi , orné de franges d'or , éclairé de luftress
& d'une infinité de bougies.
1
Tout le monde étoit ainfi ravi , lorfque les
Citadelles , les Forts , & les Galeres ayant faic
leur décharges du canon , on vit s'élever de la
proue de chaque Galere une quantité prodigicufe
de gerbes & de fufées qui partirent tou
tes à la foist
L'Hôtel de M. le Bailly de Langeron étoit alors
illuminé d'une maniere finguliere , l'illuminations
du jardin qui eft fur le derriere , & qu'on découvroitdu
grand Portail de la Cour à travers les appartemens,
furprenoit d'abord les yeux. On voioit
au bout de ce jardin deux piramides de feu
de:
D'OCTOBRE. 179
de plus de trente pieds de hauteur , aux côtés
d'un grand portique terminé par un foleil brillant
, qui portoit dans un lointain où paroiffoit
fous des grands arbres une efpece de cafcade
de flammes tous les berceaux , terraffes , portiques
, arcades , compartiments de gazons ,
bordures de baffins , & tout ce qui figuroit dans
ce jardin , étoit marqué par des lampions.
Sous la Terraffe il y avoit de grands buffets
à divers gradins , garnis de toutes fortes de
vins & de liqueurs , dont les Officiers de ce
Commandant s'empreffoient de prefenter à tour
le monde. Les portes furent ouvertes pendant
toute la nuit on y fervit cinq tables d'une
delicateffe & d'une fumptuofité furprenante . La
fanté du Roy , qu'on eut l'honneur d'y boire,
fut accompagnée du bruit de 200 boètes & des
eris de Vive le Roy. Il y avoit Bal cependant
dans tous les appartemens- ; jamais on n'a vu
plus de joye & plus de magnificence. Cette
fuperbe fête ne fut terminée que le lendemain
à cinq heures du matin.
L'Hôtel de M. le Marquis de Pilles , Gou--
verneur Viguier de Marfeille , étoit auffi parfaitement
bien illuminé ; il y fit allumer au
devant un très beau feu , & jetter quantité de
fufées , deux. fontaines de vin exquis couloient
abondamment pour le peuple , il y eut un très
magnifique fouper , il fir diftribuer beaucoupd'argent
aux pauvres , & donna toutes les marques
poffibles de l'attachement & du zele qu'il
a toujours cu pour tout ce qui regarde Sat
Majefte.
M. de Vaucreffon Intendant des Galeres ,
regala ce même foir avec magnificence: les
principaux Officiers de cet illuftre Corps , dans
la maifon du Roy , qu'il avoit fait illuminer
d'une maniere admirable , aufli bien que tout
Arcenal
180 LE MERCURE
l'Arcenal. M. De Barras Commandant des Galeres
, avoit commencé le matin par un feſtin
qu'il donna dans fon Hôtel .
Chaque Citoyen dans fa maifon marquoit la
joye qu'il faifoit paroître au dehors. On voyoit
à l'éclat de celles de chacun de Mrs les Echevins
, par les grands feux qui brûloient devant ,
& aux aumônes qu'on y diftribua , l'ardeur de
ces zelés Magiftrats , qui ont fi genereufement
expofé leur vie pour la confervation de la Patrie
, & qui font toujours prêts de s'immoler
pour le fervice & pour la gloire du Roy.
Le Batiment des Infirmeries , dont l'aspect
a été fi long tempssaffreux , charmoit d'autant
plus tout le monde par l'illumination qui y
brilloit , & par le bruit des boêtes qu'on y
tiroit , que l'on jugeoit de là qu'il n'y reftoit
plus aucune idée du mal pafié , & que la fanté
y étant parfaite , rien ne détournoit les Officiers
de prendre part à la joye publique,
Defcription historique du Chevalet."
Que'que exactitude que nous avons eue à
décrite la plupart des amulemens que le
Peaple a voulu offrir au Roy depuis le retour
de fa fasté , & quelque crainte qu'on nous ait
donnée que ce détail ne parut à la fin trop long,
nous ne combattrons point la demangeaifon de
dire un mot du Chevalet , qui doit tenir ici fa
place , & par la vivacité de fon execution , &
par la fingularité de fon origine .
Fernand V. Roy d'Arragon & de Mayorque .
ayant époufé en 1251 Marie fille unique de
Gui Comte de Montpellier , fut demeurer avec
elle au Château d'Aumelas dans le voisinage ;
c'eft ainfi que le rapporte Gabriel , dans fon
Hiftoire des Evêques de Maguelone.
Ce
D'OCTOBRE . 181
Ce Prince devint éperdument amoureux d'une
jeune fille de Montpellier , nommée Catherine
Rebuffie , il oublia bien tôt la Reine fon Epoufe,
& fon averfion pour elle augmentant de jour en
jour , la race des anciens Comtes de Montpellier
alloit être éteinte fans le ftratagême dont
fe fervit genereufement la belle Catherine , en
fubftituant la Reine à fa place , & la mettant
coucher dans fon lit une nuit qu'elle y attendoit
le Roy.
Fernand ne diftingua point l'Epoufe de la
Maîtreffe , & dans les fuites il fut tavi de devoir
à cette innocente tromperie la naiffance
d'un heritier legitime : ce fut Jacques d'Arragon
qui fucceda depuis à fon pere.
Pour Catherine Rebuffie elle n'en fut que
plus confiderée de tout le monde , & plus tendrement
aimée du Roy de Mayorque. Il pouffa
même fa paffion jnfqu'à entrer pu liquement dans
la Ville de Montpellier fur une Haquenée blanche
, portant derriere lui fa Maîtreffe en croupe.
Les Habitans flatés de l'honneur qu'avoit reçû
leur Concitoyenne , demanderent au Roy
cette même Haquenée , ils l'obtinrent , & impoférent
à la Ville la charge de la faire nourrir ,
& d'en prendre foin ; elle vêcut près de vingr
ans , & ne paroiffoit qu'au même jour auquel
le Roy avoit fait fon entrée , on la promenoit
autour de la Ville , les chemins étoient parfemés
de fleurs , & toute la jeuneffe étoit occupée
autour de la Haquenée à chanter ou à danfer
(Exercices prefque naturels à ceux du
Pays. )
Ils prirent goût à cette efpece de fête ; &
quand cette pauvre bête eut affez vêcu , ils imaginerent
de remplir fa peau de foin , & de re
commencer tous les ans à peu près la même
ceremonie.
C'eft
182 LE 4 MERCURE
C'eft de cette peau empaillée que le Chevalet
a pris fa naiffance , & s'eft perpetué jusqu'à
nous. Un jeune homme monté fur un petit cheval
de carton proprement équipé , & femblable
à ceux qu'on introduit quelquefois dans les
Balets , lui fait faire le manége au fon des hautbois
& des tambourins un de fes camarades
tourne autour de lui ayant un tambour de
bafque , dans lequel il fait femblant de vou .
loir donner de l'avoine au Chevalet.

L'adreffe confifte en ce que le Chevalet doit
paroître éviter l'avoine pour ne point fe détourner
de fon exercice , & que l'affectueux
donneur de Civade doit le fuivre dans toutes
fes caracolles , fans s'embarafler avec lui , ce
qui fe fait avec beaucoup d'agilité , & toujours
en cadence.
Vingt - quatre autres Danfeurs vêtus à la legere
, avec des grelots aux jambes , & conduits
par deux Capitaines entourent ces deux - cy , &
s'entrelacent en plufieurs façons , en danfant
toujours les mêmes rigaudons que le Chevalet .
2
C'eft ainfi qu'ils l'executerent le 21 Août
dernier , dans la Salle où le Roy a accoutumé
de manger , ils étoient tous de Montpellier
& Sa Majefté en parut affez contente Elle
écouta aufli avec plaifir la Chanfon Languedocienne
que le Conducteur du Chevalet lui chanta,
fur l'air d'un des Rigaudons qu'ils avoient
danfé , dont nous donnons icy feulement trois
couplets.
Chanfon Languedocienne du Chevalet.
RIGAUDON.
Riguen , danſen , capten ,
Aguen l'ou cor conten ,
Noftré
D'OCTOBRE
283.
Noftré bon Rey fe porte ben.
Din noftré lingagé ,
As yols de la Cour ,
Moſtrenly noftre amour.
Ay! quinté doumage !
Que ferian devangus ,
de nautres l'avian pas pus.
Noftré Chivalet ,
Danfe l'ou trioulet ,
Bondis de joyo tout foulet ,
Jufqu'à la vicilleſſe
Tout fante & tout dis ;
Vive l'ou Rey LOUIS .
Rediguen fans ceffe ,
Danfen , & canten ,
Noftré bon Rey fe porte ben
Princé tant aymat ,
Aigas à voftre grat ,
De noftre cor aquefte plat's
Voudrian bien pecaire !
Faire quicon mai ,
De plus bel , de plus gai ,
Ma que pouden faire
Que douna noftre cor ,
Et vous aima juſqu'à la mor.
1 JOURNAL
18.4 LE MERCURE
JOURNAL DE PARIS.
'ARTICLE du dernier Mercure
qui concerne M. le Curé de
Saint Benoift , a été donné fur
un Memoire infidelle.
On dit que M. l'Abbé Paffarini , Camerier
d'honneur du Pape , qui a apporté
la Barette à M. le Cardinal du Bois , a
remis à fon Eminence un très beau tableau
de Saint Michel , & deux portraits de Sa
Sainteté.
M. l'ancien Evêque de Frejus , Precepteur
du Roy , a refufé l'Archevêché
de Rheims , quoique preffé de l'accepter
par Sa Majefté même ce Prelat defintereffé
n'a de l'attachement que pour fon
Augufte Eleve , attachement prouvé par
mille attentions , & fignalé fur-tout pendant
la maladie de ce Prince , l'efperance
des Peuples.
Le premier Octobre M. le Prince de
Conti fut au Palais Royal feliciter Monfieur
le Duc d'Orleans fur le Mariage de
Mademoiſelle de Montpenfier avec le
Prince des Afturies. Le lendemain les autres
Princes & Seigneurs de la Cour firent
les
D'OCTOBRE. 185
les mêmes felicitations à S. A. K.
Ce fut ce jour- là que M. le Duc de
Brancas pere , partit de Paris. pour le res
tirer à l'Abbaye du Bec en Normandie ;
il a remis toutes les Penfions qu'il avoit
du Roy , & ne s'eſt reſervé que fix mille
livres de rente.
M. le Marquis de Biron , premier
Ecuyer de Monfieur le Duc d'Orleans ,
a remis à M. le Blanc Miniftre de la
Guerre , le détail de l'Infanterie , & a été
en même temps gratifié d'une place dans
le Confeil de Regence.
On a déja tranfporté à la Banque les
Eftampes de la Biblioteque du Roy , &
la plus grande partie des Livres imprimés
& Manufcrits , qu'on a placez dans la
Salle qui eft fous le cadran .
J
On affure ici que le Pape veut achever
trois grands travaux commencés par fes .
predeceffeurs , pour l'embelliffement de
Rom . La clôture de la Place de Saint
Pierre , la façade de Saint Jean , & le degré
de la Trinité du Mont.
M. Aroüet de Voltaire a obtenu de
Monfieur le Duc d'Orleans une Ordonnance
de mille livres , qui lui a été payée
Comptant , après une lecture faire à Saint
Cloud de fon Poëme d'Henry IV . qui
paffe pour un ouvrage rempli des veritables
beautez de la Poëfie.
Q Monfieu
1186 LE MERCURE
Monfieur le Duc d'Orleans à donné à
M. l'Evêque de Nantes la direction generale
des Economiats vacante par la mort
de M. l'Archevêque de Rouen.
f
M. le Cardinal du Bois a obtenu la
Charge de Surintendant des Poftes de
France , fur la démiffion de M. le Marquis
de Torcy, qui eft dédommagé par
Le Roy des revenus de cette Charge..
On prétend qu'on a découvert auprès
de Beauvais une mine d'azur , où après .
avoir un peu fouillé , on a trouvé plufieurs .
fillons de mine d'ot..
Le 4 Octobre , jour de la fefte de Saint
François d'Alfile , le Roy alla entendrele
Salut dans l'Eglife des Recolers aus
Fauxbourg Saint Laurent. Après la benediction
Sa Majesté vifita la Maifon , fe
recommanda aux prieres de ces Religieux ,
& les affura de fa protection . Le Roy fut
accompagné dans cette vifite pieufe par.
M. le Maréchal Duc de Villeroy fon Gouverneur
, & par M. l'ancien Evêque de
Frejus fon Precepteur.
Le 7 Sa Majefté alla aux Galeries dus
Louvre , il parcourut avec plaifir le C3-
binet curieux du fieur d'Hermand Ingenieur
, & vit une machine qui repreſente
le campement d'une Armée avec toutes ,
fes évolutions , par le moyen des refforts
cachés qui la font agit . Monfieur le Duc
d'Orleans
D'OCTOBRE. 187
d'Orleans avoit été la veille examiner
cette machine , & en avoir été fort fatisfait.

Le 8 le Roy accompagné de M. le
Comte de Clermont , de M. le Maréchal
Duc de Villeroy , & de M. l'ancien Evêque
de Frejus , fut dîner au Château de
la Muette , & s'occupa l'après midy du
divertiffement de la chaffe. Sa Majefté
tua plufieurs preces de Gibier. Elle fit
le même jour les vendanges , accompagné
de jeunes Seigneurs de fa Cour , en pet
tites hottes paniers , & ferpettes .
La Princeffe Ragotzi eft arrivée à Pa.-
ris le 6 Octobre , & le Comte d'Albert
Miniftre de l'Electeur de Baviere , en eft
parti pour fe rendre à la Cour de fon
Alteffe Electorale.
Le 13 Octobre le Roy fit dans les
Champs Elifées la Revûë des deux Compagnies
des Moufquetaires. Sa Majesté
monta à cheval , paffa dans les rangs , &
lés vit défiler. Elle étoit accompagnée de :
Monfieur le Duc d'Orleans , de M. le
Duc de Chartres , de M. le Duc de Bourbon
, & de M. le Maréchal Duc de Vil
léroy.
Le 14 Octobre on a arrêté le fameux
Cartouche dans un Cabaret de la Courtille
. C'eſt un Sergent des Gardes Fran--
çoiles , qui a fait cette capture futile au
public..
a88 LE MERCURE
Public. Quelques jours auparavant on
avoit trouvé dans la Campagne , derriere
les murs des Chartreux , un homme aſfaffiné
d'une maniere cruelle ; ce qui portoit
le caractere d'une vangeance meditée .
Ce cadavre avoit fur une de fes cuiffes un
billet attaché , conçu en des termes qui définiffent
les Auteurs de ce meurtre .
po- , On prétend qu'on a trouvé dans la
che de Cartouche quelques couplets de
chanfon faits par lui ou par un de fes camarades
, fur un de leurs derniers exploits,
quile trouvent écrits de la même main qui a
rédigé l'Epitaphe du malheureux le Fevre.
Des Grammairiens favans dans la Langue
de l'Argot , difent que Rebaty fignifie en
François un tué. Cartouche eft fils d'un
Tonelier du Pont aux Choux , & n'a , diton
, que 26 ans. On a pris avec lui trois
de fes Compagnons & le Cabaretier qui les
hébergeoit. Les Soldats commandés pour
s'en failir , ont executé cet ordre avec tant
d'adreffe & de bonheur , que Cartouche
n'a pas eu le temps de fe mettre en deffenſe.
On le conduifit au Grand Châtelet , après
l'avoir mené chez M. le Blanc , Miniftre de
Guerre, qui récompenfa liberalement les
onducteurs. On le mit dans un Cachor
rès -profond , on lui enchaîna les pieds &
es mains , & malgré ces précautions extraordinaires
, il a prefque échapé à la vigi-
* C'eft le nomde l'homme aliafline.tance
D'OCTOBRE. 189
lance de la Juſtice la nuit de Lundy à Mardy
21 de ce mois. Le cachot de Cartouche
avoit une partie de fon plancher plus
élevée d'un pied que l'autre ; dans l'angle'
de la partie fuperieure il y a une lunette qui
répond à une toffe qui occupe le deffus du
Cachot . Cartouche étoit couché fur la
paille dans la partie inferieure avec un autre
criminel , qui partageoit avec lui ce
funefte appartement. Uniquement occupé
du defir d'en déménager , il entendit le
bruit de la Ruë , & comprit d'abord qu'il
n'en étoit pas loin. Cette reflexion lui fit
concevoir le deffein de recouvrer fa liberté.
Il fe mit auffi tôt à travailler , & gratta le
mur d'un pied d'élevation , qui feparoit la
partie haute du Cachot d'avec la partie
baffe. Le mur fe trouva prefque pouri par
l'humidité & la puanteur d'une foffe voiline .
Il fe fit en peu de tems une large ouverture
, qui lui permit de defcendre dans
la foffe , les pierres qu'il avoit arrachées
lui formerent une espece de chauffée dans
ce fale marécage. Alors notre ouvrier temeraire
arracha un des morceaux de fer
qui bouchoient la lunette , & attaqua vigoureufement
un fecond mur qu'il perça
encore. Alors il defcendit dans une autre
foffe qui ne le rebuta point , il fit un troifiéme
trou dans le mur , qu'il jugea devoir
être mitoyen de quelque mailon voifine
1900 LE MERCURE
fine ; fon eſtimation ſe trouva juſte ; après
avoir rompa ce mar , Cartouche , accom
pagné de fon Camarade , entra dans- la
cave d'un Layetier , dont il monta l'eſcalier
, & parvint jufqu'à la boutique , la
porte de cette cave n'étant point fermée.
Là de petits chiens le reçûrent avec des
jappemens effroyables : Cartouche tou ---
jours appliqué à fe vanger de fes ennemis
, attrapa un des roquets qu'il voulut :
étrangler , le petit chien le mordit à
pos & le fauva en criant plus fort ; fes
cris réveillerent le Layetier , fa femme &
fa fille ; le Layetier alluma de la chan- ~
delle , s'arma d'une Pèrtuifane & defsendir
dans fa boutique.
pro
Cartouche fe cacha & lui furprit en
paflant fa pertuifane ; le Bourgeois effrayé
tomba à la renverfe , éteignit fa
chandelle, & fe mit à crier au voleur. Car--
touche lui dit , nous ne fommes point des
voleurs , nous fommes de pauvres Pri--
fonniers qui cherchent à fe fauver , ayés
pitié de nous. Le Layetier épouventé fut
fourd à cette requefte , it remonta dans fa
chambre , l'obfcurité favorifa fa retraite ,
là fa femme , fa fille & lui fe mirent à la s
fenêtre & crierent au voleur de toute leur
force & e'étoit justement entre trois &
quatre heures du matin , à l'heure que le
Guet le fepare & fe retire. Des Archers .
:
C
avant
D'OCTOBRE.- 191
avant de fe quitter buvoient de l'eau dee
vie près du Grand Châtelet , ils accou
rurent aux cris du Layetier & defa petite :
famille. La porte fat bien tôt enfoncée,,
& Cartouche repris & femené en prifon.
Il prétend que fi fon Camarade n'avoit pas
été un fot & un ignorant , ils fe feroient
fauvés fort aifément. On a pris de nou ,
velles précautions pour garder Cartou- ~
che ..
M. le Duc de Saint - Simon eft parti de :
Paris le Jeudi 23 Octobre , pour aller en
Efpagne en qualité d'Ambaffadeur Extra--
ordinaire demander en mariage pour le
Roy l'Infante Marie Anne- Victoire , &
figner les conclufions ; il eft accompagné
dans ce voyage par fes deux fils ,, M. le
Vidame & M. le Marquis de Ruffec, à
qui Sa Majesté a donné le Juftaucorps à
Brevet. -M. l'Abbé de Saint - Simon fuit :
auffi Son Excellence , qui doit avoir à
Madrid fix caroffes aurelés chacun de fix
mules , & trois tables tenues tant par lui
que par Mrs. fes fils.
Le Mercredi 22 , on fit dans la Cha→
pelle du Palais Royal les Ceremonies qui
devoient être fuppléées au Batême de ·
Mademoifelte de Montpenfier , promife
au Prince des Atturies . Madame fur Ma
reine & M. le Duc de Chartres Parain
de la jeune Princeffe , qui fut nommée
Louife-
192 LE MERCURE
Louife- Elizabeth. La Ceremonie fe fit par
M. l'Evêque de Nantes.
EVESCHEZ , BENEFICES.
. l'Abbé de Saint- Albin ( Charles )
Prêtre du Diocéfe de Paris , qui
étoit Coadjuteur de M. l'Evêque de Laon,,
poffede à prefent cet Evêché depuis la
mort du dernier Titulaire avec confir
mation d'union audit Evêché de l'Abbaye
Reguliere de Saint Martin de Laon.
M. l'Abbé de Maniban a été propofe
à Rome pour l'Evêché de Mirepoix , par
Male Cardinal Ottoboni , Protecteur des
Affaires de France , qui enfuite préconifa
les Prelats fuivans .
M. l'Archevêque d'Alby ' pour l'Archevêché
de Toulouze .
M. l'Abbé d'Auvergne , qui étoit nommé
à l'Archevêché de Tours , pour l'Archevêché
de Vienne .
M. l'Evêque d'Autun , pour l'Evêché
de Verdun.
M. l'Abbé de Raffignac , pour l'Evêché
de Tulles.
M. l'Abbé le Begue de Majenville , pour
l'Abbave de Morigny ; jocéfe de Sens .
Le R. P. Jean Baptifte Pelué , pour la
Coadjutorerie de l'Abbaye de la Luzerne ,
Ordre de Premontré, Diocéfe d'Avranches .
On
D'OCTOBRE. 193
On demanda auffi , fuivant la coutume,
le Pallium pour M. l'Archevêque de Narbonne.
M. l'Ancien Evêque de Frejus , Precepteur
du Roy , a obtenu l'Abbaye Commandataire
de S. Etienne de Caën , Ordre
de S. Benoift , Diocéfe de Bayeux.
M. le Comte de Mailly de Rubempré,
Chevalier des Ordres de Notre- Dame de
Mont-Carmel , a une penfion de 645 .
ducats d'or fur cette Abbaye , valant 4000
livres monnoye de France.
M. Armand Bazin de Bezons , Clerc
tonfuré du Diocefe de Paris , neveu de feu
M. l'Archevêque de Rouen , a obtenu
l'Abbaye Commandataire de la Grace
Ordre de S. Benoist , Diocéſe de Carcaffone
, vacante par le decès de fon oncle.
L'Abbaye Reguliere de S. Martin de
Laon , eft unie à l'Evêché de Laon pour
en augmenter la dotatión.
Le Vicaire de S. Cyr , qui a eu l'honneur
d'offrir au Roy la Sphere qui eft dans
fon Cabinet , a obtenu de Sa Majesté le
Prieuré de S. Sernin d'Autun , vacant par
la mort de M. l'Abbé de Montrevel , fils.
du Maréchal de ce nom.
Le Grand Archidiaconé de l'Eglife Metropolitaine
de Toulouze , qui a vaqué par
la démiffion pure & fimple de Meffire
François- Honoré de Maniban dernier Ti-
R tulaire
LE
MERCURE
194
tulaire , a été donné à Meffire Jacques de
Foucault , Prêtre , Bachelier en Theologie ,
L'Abbaye
Commandataire
de Saint-
Seine , Ordre de Saint Benoît , Diocéfe
de Langres , qui a vaqué par le decès de
P'Abbé de Viffac , a été donnée à M. l'Abbé
de Corberon , Chanoine
de l'Eglife de
Paris,
BATESMES
, MORTS ET MARIAGES
.
N affure que M. le Marquis de Châ-
Otelus , Capitaine de Gendarmerie ,
époufe Mademoiſelle
d'Agueffeau , fille de
M. le Chancelier. Le Roy fait preſent à
la future de deux cens mille livres.
Le 19 Août , on a batifé à S. Sulpice
Helene-Madeleine- Louiſe , née le 18 , fille
de M. le Comte de Sabran & de Forcal..
quier , Premier Chambellan de S. A. R.
Monfeigneur le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume , & de Dame Madeleine-
Louife -Charlotte de Foix fon époufe . M. le
Duc de Brancas a été le Parrain , Madame la
Marquife de Saintrailles a été la Marraine.
Le premier Septembre, on a batifé dans la
même Eglife Baptifte - Charles - Anne- Sigif
mond de Montmorency- Luxembourg , né
le dernier Aouft , fils de M. le Duc d'Olone,
& de Dame Anne-Angelique d'Harlus
de Vertilly fon époufe. M. le Duc de Châ
tillon
D'OCTOBRE.
195
tillon a été Parrain , & Madame la Marquife
de Vertilly Marraine .
Le 4Octobre on a batilé auffi à S.Sulpice
Claude fils de M. le Comte de Biffy ,
Colonel & Sous - Lieutenant des Chevaux
Legers Dauphin , & de Dame Silvie- Angelique
Andrault.de Langeron ton époule.
Il a eu pour Parrain M. le Comte de Biffy
fon Ayeul , & pour Marraine Madame la
Marquife de Langeron , Veuve de M. le
Marquis de Langeron , Lieutenant General
des Armées du Roy , & Lieurénant General
des quatre Evêchez de Baffe-Bretagne.
Meffire Armand Bazin de Bezons , Archevêque
de Rouen , Abbé de la Grace ,
Diocéfe de Carcaffone , & de Reffons ,
Diocéfe de ... Confeiller au Confeil de
Regence , eft mort le 8 Octobre dans fa
Maifon de Gaillon , âgé de 66 ans . Il avoit -
obtenu d'abord l'Evêché d'Aire , & enfuite
l'Archevêché de Bordeaux. Les trois Diocéfes
qu'il a gouvernés avec autant de Religion
que de fageffe , publieront à jamais
fon favoir & fa pieté. Les Economats
étoient fous fa direction . Il a laiffé pour
heritiers M. le Maréchal de Bezons avec fa
famille , & M. le Blanc Miniftre d'Etat
de la Guerre.
Meffire Louis- Anne de Clermont de
Charte de Rouffillon , Evêque Duc de
-Laon , Pair de France , mourut le 5 Octo-
Rij
S
bre
196
LE MERCURE
bre dans fon Diocéfe , regretté des Peuples
qu'il conduiloit.
Le Lord Duc de Fits -James , Pair de
France , Gouverneur du Haut & Bas Linofin
, Colonel d'Infanterie , fils aîné de
M. le Maréchal Duc de Berwik , eft mort
le Lundi 13 Octobre , âgé de 19 ans . Il
laiffe une Veuve de 15 ans , fille de M.
le Duc de Duras,
On écrit de Falaife en Baffe Normandie
que Madame Raifin y étoit morte le 30
Septembre dernier dans la foixantiéme année
de fon âge , extrémement regrettée ,
fur-tout des Pauvres , qu'elle affiftoit en
toutes fortes d'occafions.
Le 4 Octobre , Charles Jaloux Datteinville
, Ecuyer , Commiffaire à la Conduite
& Police du Regiment des Gardes Françoiles
, eft mort à Paris,
Le même jour , M. Rolland Pierre
Gruyn , Confeiller du Roy , Maître aux
Deniers de la Chambre de S. M. Seigneur
de Tigeri & autres lieux.
Le 8 Octobre , Dame Marie-Jeanne le
Rebours , époufe de Meffire Jean Rouillé
des Fontaines , Seigneur de Marly-Laville,
Maître des Requêtes , &c.
Le 17 , M. Doye , Docteur Regent , &
ancien Doyen de la Faculté de Medecine
en PUnivertité de Paris .
Abe, 』,。, 。 Dame Henrierre - Cathe
pin
D'OCTOBRE.. 197
tine Gaudin , époufe de M. Alexandre
Julien Clement , Chevalier , Seigneur do
Feilles & autres lieux , Confeiller au Parlement.
Le 23 , M. de la Plante , Secretaire des
Commandemens de S. A. S. Monfeigneur
le Duc de Bourbon.
Le même jour , M. Jean Palapra ,
Ecuyer , Seigneur de Bigot , Doyen des
anciens Capitouls de Toulouze , Academicien
des Jeux Floraux , & Secretaire des
Commandemens de S. A. Monfeigneur le
Prince de Vendôme , Auteur de plufieurs
Piéces de Theâtre & de quantité de Poëfies,
eft mort à Paris , âgé de 72 ans. M. da
Launay remplit fa place auprès de S. A.
Lae
EMPLOIS DONNEZ.
E Commandement du Reduit du Fort
de Pierre de Strasbourg , vacant par
la
mort de M. de Margrain , a été donné au
feur Maran , Capitaine au Regiment
Royal Artillerie.
La Lieutenance de Roy à Huningue ,
par la mort de M. Defroberts , au fieur
Fernex , Major de la Place.
La Majorité , au fieur Dubordey , Major
du Regiment du Meſtre de Camp General
des Dragons .
Riij ARRESTS ,
198 LE MERCURE
ARRESTS , LETTRES PATENTES , &c..
A
RREST du Confeil d'Etat du Roy, du
29 Juillet 1721. qui réfilie & annulle
, à commencer du premier Septembre
1721. le Bail de la Ferme Generale de la
vente exclufive des Tabacs de toutes efpeces
dans le Royaume , fait à la Compagnie d'Oc¬
cident , maintenant les Indes ; & révoque ,
à commencer dudit jour premier Septembre ,
le Privilege de l'entrée & Vente en gros des
Tabacs qui avoit été accordée à ladite Cempagnie
des Indes , par la Declaration du 17
Octobre 17.2.0.
ARREST du Confeil du 26 Aouft 1721 .
Pour la Prife de poffeffion de Me Edouard
du Verdier , du Bail de la Ferme Generale
du Tabac , pendant neufannées & un mois
Commencées le premier Septembre 1721. En
vertu duquel Bail ledit du Verdier fera mis
en poffeffion de la Ferme , Privilege , Entrée
, Fabrication & Vente exclufive du
Tabacen gros & en détail , & de la faculté
de le vendre ; fçavoir, les Tabacs fuperieurs
en corde mêlez & compofez des feuilles
des crus étrangers , & des feuilles des Ifles
& Colonies Françoifes , & des Provinces
privilegiées où les Plantations ont lieu , jufqu'à
cinquante fols la livre dans les Magafins
& Bureaux , & en détail par les Partiticuliers
D'OCTOBRE.
199
culiers qui en auront fa permiffion , jufqu'à
foixante fols la livre ; les Tabacs inferieurs
auffi en Corde , compoſez ſeulement de
feuilles des crus defdites Provinces privilegiées
où les Plantations ont lieu , jufqu'à
vingt- cinq fols la livre dans fes Magafins &
Bureaux , & en détail , jufqu'à trente - deux
fols la livre ; Le Tabac de Brefil , juſqu'à
trois livres dix fols dans fes Magaſins & Bureaux,
& en détail , jufquà quatre francs la
livre ; & les Tabacs en poudre , aux prix
fixez par l'Ordonnance de 1681. Comme
auffi en poffeffion & jouiffance du droit de
Marque fur les Tabacs qui fe trouveront
audit jour premier Septembre prochain en
la poffeffion des Marchands Manufacturiers
, & autres Particuliers , à raiſon de
fept fols fix deniers pour chaque livre de
toutes efpeces de Tabac fabriqué , en Corde
, Andouilles , Carotes , Bâtons , haché
ou autrement fabriqué , de vingt fols pour
chaque livre de Tabac d'Efpagne parfait ,
& de dix fols pour chaque livre de toutes
autres efpeces de Tabac en poudre , ou grené
; le tout fuivant & conformément à la
Declaration de Sa Majefté du premier du
prefent mois d'Aouft , portant Reglement ,
tant pour la Police , Manutention & Regie
de ladite Ferme , que pour la fixation du
droit de Marque , & du prix de la vente des
Tabacs en gros & en détail , & conformé-
Riiij ment
200 LE MERCURE
ment à l'Ordonnance du mois de Juillet
1681.-
LETTRES d'Attache fur la Patente d'u
nion des Miffions des Freres Prêcheurs ,
établies dans les Ifles Françoifes de l'Ame
rique , à la Province de Toulouſe. Données
à Paris au mois de Septembre 1721 .
ARREST de la Cour de Parlement , du 6
Septembre 1721. qui declare nul un Exploit
fait à la requeſte du nommé Claude
le Febvre , par un Huiffier fon parent aa
troifiéme degré.
LETTRES Patentes fur Arreft , données
à Paris le 25 Septembre 1721. Qui ordonnent
la réduction à l'âge de 25 ans , des
coupes des Bois taillis de la fabrique de
Reims , & l'adjudication des anciens baliveaux
étant fur lefdits Bois , & de tous les
modernes de mauvaiſe nature & déperiffans
.
LETTRES Patentes fur Arreſt , données
à Paris le 25 Septembre 1721. Qui ordonnent
des Coupes extraordinaires dans les
Forêts du Reffort des Maîtrifes de S. Dizier,
Urany & Sainte Menehould, & la réduction
des Coupes à l'àge de 25 ans , dans
des Bois tenus en grurie & grairie , dans
l'étendue de la Maîtriſe de Reims.
LETTRES Patentes , qui ordonnent les
coupes extraordinaires dans plufieurs Bois
Communaux & Ecclefiaftiques du Département

D'OCTOBRE. 201
tement de Paris. Données le 26 Septembre
1721.
LETTRES Patentes fur Arrêts , données
à Paris le premier Ottobre 1721. Qui ordonnent
plufieurs Ventes de bois dans la
Foreft de S. Germain en Laye.
ARREST du conſeil d'Etat , du premier
O&obre , concernant les précautions que
les Vaiffeaux étrangers feront obligez de
prendre pour entrer dans les Ports de ce
Royaume .
LETTRES Patentes fur Arreft , données
le 3 Octobre ; Qui ordonne des Coupes de
bois dans les Parcs de Verfailles & de Mar
ly , pour l'ordinaire 1721.
LETTRES Patentes fur Arteft , données
le Octobre ; Qui réuniffent au Domaine
du Roy la Seigneurie de Crecy , domaine
& Bois dépendans.
Avertiffement pour les Maladies de l'oeil.
Onfieur DE WOOLHOUSE ( Gentil
Mhomme Anglois , & Oculifte de pere en
fils, depuis quatre generations ) continue dépuis
plus de 3 annies fs Cours de Pathologie &
de Chirurgie Oculaire , avee fes reveuës & démonftrations
generales d'environ 230 diverſes
maladies de l'oeil fur des fujets vivans . Il enfeigne
aux Etrangers plus dess differentes operations
Ophthalmiques , auffi aifées qu'utiles
& feures pour la guerifon radicale des maux
de la vue , auxquels les foi difans Oculiſtes em
ployent
201
MERCURE LE
organe
ployent mal à propos certaines Eaux , Poudres,
Fumigations & autres petits fecrets hazardez ,
qui minent , fapent , fondent ou corrodent la
tiffure compacte ou ferrée de l'oeil par la fuite
du temps , en penetrant , gonflant , relâchant
& affoibliflant les parties faines de ce tendre
fans difcernement ni diſtinction ſpe
cifique d'avec fes parties déja alterées ; de for.
te que ces maladies deviennent incurables à la
fin , tant par rapport à ces remedes impropres,
qu'eu égard à la perte irréparable du temps :
mais les inftrumens délicats portez fur la partie
de l'oeil avec l'adreffe & experience d'un
habile Oculifte , ne fçauroient produire femblables
defordres.
Mr de Woolhouſe emporte toutes les taches,
nuages , tayes , perles , toiles , mailles , cicatrices
, onglets , & le refte des ulceres &
d'abfcez., mauvaiſes empreintes de la petite
verole , de la rougeole , & d'inflammations
inveterées , ou des écrouelles , des coups , du
feu & des corps étrangers qui ont bleffé la vifiere
, en quinze jours , pourveu qu'on ne les
ait pas abbreuvées & imbues de liqueurs étrangeres
d'une vertu cauftique & brûlante , ni
touché avec le feu potentiel ; ce qui les rend
incurables à jamais , en cauterifant la tranfparence
du miroir , comme on voit ici arriver
tous les jours à des perfonnes mal adreflées .
Mr de Woolhoufe declare à vûë d'oeil la
nature du mal en queftion , & s'il eft gueriffable
, en combien de temps , & par quels remedes
ou operations. Il entreprend même de
les guerir à forfait par des medicamens prompts,
feurs & doux , quand fa Chirurgie spécifique
n'y est pas abfolument neceffaire.
Mais comme la cataracte adherante interieurement
à l'Iris du côté de la temple , a toû
jours
2
D'OCTOBRE ." 203
jours éludé la pointe de l'aiguille qu'on paffe
précisément de ce côté de la prunelle , il a
découvert nouvellement un expedient certain
& aifé pour vaincre cette difficulté , qu'on
étoit obligé ci-devant d'abandonner comme infurmontable
en forte qu'en huit jours ledit
Sieur de Woolhoufe garentit , fans retour
routes fortes de cataractes fimples .
Et quant à la vraie Fiftule lacrymale , avec
carie ou callocité , qu'il eft impoflible de guerir
par les injections ou applications des mé
dicamens topiques , Mr de . Woolhoufe la guetit
, fans récidive , par une methode à lui par
ticuliere , qui ne lui a jamais manqué depuis
plus de vingt années qu'il l'a pratiquée , fans
fe fervir du feu , comme on a annoncé dans
le Journal des Sçavaus du Lundy 22 Février
1712 .
$
Depuis 33 années qu'il pratique dans ce
Royaume , il a porté fes reveues generales , fes
recherches & découvertes oculaires à tel point
de perfection , qu'on y peut apprendre de lui
dans une feule journée , plus qu'on ne fçauroit
autrement approfondir pendant le cours ordinaire
de la vie d'un homme.
Les differentes efpeces de gouttes fereines ,
des cataractes , de glaucomes du Cryftallin ,
& de la vitrée , des chancres & d'ulceres de la
cornée , des fiftules lacrymales fimples & compliquées
, des obftructions des points lacrymaux
du conduit nazal & de la hernie du
fac , de l'onglet & taye de l'oeil , d'avec l'eucauthis
& la Pannicule , de l'albugo ou perle
incurable , d'avec les taches , mailles & cicatrices
gueriffables , & beaucoup d'autres mala
dies qu'aucun Auteur n'a pas encore bien démélées
, s'y démontrent très évidemment.
Le Grand Duc de Tofcane, les Rois de Pruffe &
d'Angleterre,
204 LE MERCURE
d'Angleterre, & bien d'autres Puiffances de l'Eu
rope ont chargé Mr de Woolhoufe de leur former
de fçavans Eleves pour le foulagement de
leurs peuples ; & S. M. Czarienne lui fit l'honneur
de lui voir faire l'operation de la catarace
, laquelle maladie a fufcité une vive difpute
parmi les Sçavans depuis l'année 1706 ,
qui n'a été décidée que par la publication ( en)
François & en Latin ) d'un Ouvrage de Mr. de
Woolhoufe fur ce fujet , dont le Journal des
Sçavans , du Lundy quatrième Mars 1720 a
donné un Extrait comme les Ephemerides
d'Allemagne de l'année 1717 , & le Mercure
Galant du mois de Novembre 1718 , ont fait
mention des diverfes operations fubtiles que Mr
de Woolhouse enfeigne & pratique fur les
yeux. Les Envieux ont fait courir differens
faux bruits touchant la mort ,, l'aveuglement &
L'abandon prétendu que Mr de Woolhoufe a
fait de fa profeffion d'Oculifte , & ils font
même apofter des Gens pour détourner ( par
des fupercheries & des medifances ) les Etrangers
qui viennent de toutes les parties de l'Eusope
ici à Paris pour le confulter..
On le trouvera conftamment dans l'Hôpital
Royal des Quinze Vingts , à la Porte Cochere
de la grande Aumônerie , à coté de Mr Roffignol
, Maître Ecrivain.
L
AUTRE AVIS.
E Remede que Mlle. DE REZE' a donné
jufqu'à prefent pour guerir de la Goutte ,
avec lequel elle a fait des cures confiderables
érant d'un très grand volume & difficile à traofporter
à caufe des rifques & des grands frais
qu'il falloit faire pour le tranfport , elle a cru
neceffaire d'avertir le Public qu'elle a levé touses
ces difficultés à la perfuafion de quelques
Perfonnes
$
1
D'OCTOBRE.
205
Perfonnes de confideration des Provinces & des
Pays Etrangers , de la maniere qui fuit,
Ce Remede eft un Elixir qui étoit mêlé dans
une cau appropriée , chaque doze de cette eau
étoit de vingt - quatre à trente pintes , à trois
livres chaque pinte ; comme outre les risques.
il en coûtoit beaucoup de frais à chaque Particulier
pour les caiffes , caraffons , emballages,
& pour le port , elle a refolu de n'envoyer que
l'Elixir , qui eft proprement le Remede , qui
confifte en une feule pinte , l'eau dans laquelle
il étoit mêlé n'en étant que la baze , & d'enfeigner
à chaque Particulier en lui envoyant
ledit Remede , la maniere de faire une Tifane
qui tiendra leu de ladite eau , & la maniere d'y
mêler ledit Elixir ; le prix de la pinte de cet
Elixir eft vingt- quatre écus , il n'en faut pas
moins d'une pinte pour guerir un Gouteux , il
peut être gardé mille aps , & tranfporté facilement
par tout fans s'alterer , ainfi op pourra
s'en fervir quand on voudra , on épargnera par
ce moyen beaucoup de peine & de frais ..
Elle continue à donner fes autres Remedes
fans aucun changement , fçavoir , le Baume pour
les maux de Dents , dont les Bouteilles font de
trois livres , & de fix livres , les Boutons pour
les fluxions fur les Dents , à quinze fols chaque
Bouton ; le Baume Univerfel , à fix livres l'once ;
l'Eau pour les maux des Yeux , dont les Bouteilles
font de dix fols & de vingt fols ; & la
Teinture Prophilactique pour la cure & la prefervation
de la Pefte , à fix livres l'once . Les
Obfervations fur la Pefte par Mlle. de Rezél,
& l'ufage de cette Teinture , ont été rendus
publics par le Journal de Verdun du mois de
Juillet dernier,
Mlle. Rezé demeure à Paris , rue de la Co
medie Françoife. Il y a une Affiche au - deffus
de la Porte, TROISIE ME
206 LE MERCURE
TROISIE ME AVIS.
Ademoiſelle BLONDEL , avertit le Public
qu'elle a feule la compofition d'un Baume,
qu'on peut nommer univerfel.
L'experience qu'elle en a l'a engagée à l'annoncer
au Public , après en avoir obtenu la
permiffion .
Ce Baume eft un Remede fi fimpatique pour
Fun & pour l'autre fexe , qu'il fortifie le temperament
alteré & affoibli par l'âge , par l'excès
du travail & par les maladies.
Il guerit toutes fortes de bleffures & de playes ,
foit de coups de fer , foit de feu , dans quelque
partie du corps que ce foit , encore que les
vaiffeaux fe trouvent coupés & les os fracaffez.
Il guerit auffi les fiftules , fait tomber les
calus , quelque endureis qu'ils foient , il purifie
les chairs , & les fait reprendre en moins
de dix jours , pour les playes les plus dangereuſes
.
Il guerit encore les Humeurs froides , les
Dartres vives , les Feux fauvages , Gratelles ou
Galles , quoique ulcerées , les Cancers , les
Ecroüelles, & les Fiévres malignes , les Goutes ,
les Rhumatismes , les piqueures des bêtes 'venimeufes
, les Hemorroides internes ou externes ;
il fait fortir le fang fuperflu ; il arrête auffi
le flux de fang.
Il guerit toutes les fluxions de quelque nature
qu'elles foient , les maux d'oreilles , ou
tintemens , même la Surdité accidentelle , les
maux de Dents , ceux des Yeux , & les Tayes .
Ce Baume eft bon contre les indigeftions ,
& c'eft un préfervatif contre l'Apoplexie &
contre la Pelte .
La Vente des Bouteilles de ce Baume Je fait
chit
D'OCTOBRE. 207
chez M. Langlois , Maitre Tabletier rue Greneta,
du côté de la rue S. Martin , à l'Enfeigne du Point
du Jour.
On donnera en même tems la maniere de fe
fervir de ce Baume.
Les grandes Bouteilles font de quatre livres ,
les demies de quarante fols.
LA COMPAGNIE DES INDES ,
Vendra argent comptant dans la ville de Nantes
le 12 Novembre 1721. les Marchandises cyapres
apportées par les Navires le Solide , la
Vierge de Grace & l'Amphitrite , Sçavoir ,
220000. Livres de Poivre.
100000. Livres de Cauris .
39670. Livres de Salpeftre.
40936. Livres de Bois de Sapan .
7600. Livres Terramerita .
18375. Livres Laque platte."
19450. Livres Laque en bois-
16856. Livres Soye de Bengalle.
19030. Pieces Salempouris blancs.
6070. Idem Guinées blanches,
480. Id. Socretons.
80. Id. Percalles .
3040. Id . Garas blancs .
700. Id. Bafferas blancs.
2800. Id. Sanas blancs.
1900. Id. Hamans .
400. Id. Bazins .
3200. Id. Chavonis .
2160. Id. Ternatannes.
$ 430. Piéces betilles diverfes longueurs.
5680. Id. Organdis diverses .
1221o. Id. Caffes diverses.
169. Id. Nanfouques ,
2
4690
208 LE MERCURE
4690. Id . Tanjebs.
14105. Id. Mallemolles diverſes .

870. Id . Terindannes & Terindins.
4700. Id. Toques de Bengalle .
80. Id. Serbatis .
5520. Id . Doreas .
140. Id . Terindannes rayées.
320. Id . Tanjebs brodées.
160. Id . Mallemolles brodées.
240. Id. Terindannes brodées.
1630. Id. Stinquerques brodées.
160. Id . Cravattes fil de Tarnatannes.
480. Piéces Cravattes fil de Betilles .
240. Id. Cravattes fil d'Organdy.
2800. Id. Cravattes de Bengalle .
800. Id . Guingans de Pondichery.
300. Id. Garas bleües.
600. Id. Sanas bleües .
1550. Id. Fottes.
2100. Id. Bolfas ou Coutis.
420. Id. Fottamouras.
1500. Id. Coupis .
3600. Id. Calladaris diverfes,
2240. Id . Halibanis .
100. Id. Tepays .
3800. Id. Tapfeis.
1080. Piéces Guingans de Bengalle.
1800. Id . Mouchoirs de Pondichery.
5400. Id. de Bengalle.
2000. Id. de Soye.
1800. Id. Nillas.
600. Id . Allegeas.
soc. Id. Chalbafs.
200, Id. Chaquelas
1120. Id. Soucis .
240. Id. d'Arains ou Taffetas rayez.
400. Id. Armoifins.
$ 500. Id . Chillas .
749. Paquets de Rottins.
SUPPLEMENT.
D'OCTOBRE. 217
de fçavoir que vous feriez auprès d'Elle . Ce
fera un grand bonheur pour Elle de recevoir
fon éducation d'une perfonne auffi capable de
la lui donner telle qu'il convient au rang ou
Elle eſt deſtinée. Ainfi vous pouvez juger du
plaifir que j'en reffens ; für comme je le fuis , que
je n'ai pas befoin de vous prier de vouloir bien
avoir foin de ma Fille , puifque votre amitié
pour moi me répond que vous n'omettrez rien
pour la rendre agreable au Prince qui doit
faire tout fon bonheur. Auffi pouvez vous compter
que j'ai de mon côté pour vous toute celle
que je dois avoir , & toute l'eftime que de-
-mande votre merite. Sur ce , je prie Dieu qu'il
Vous ait , MA COUSINE , en fa fainte &
digne garde. A Balſaim le 5. Octobre 17210
Signé , PHILIPPE
Lettre de la Reine d'Eſpagne , à la Duchelle
de ventadour.
MA
COUSINE;
Ja ne fçaurois affés vous exprimer combien
de plaifir j'ai eu en voyant par votre Lettre
du 21 du mois paflé , que le Roy de France
& M. le Duc d'Orleans vous avoient nommée
pour être auprès de ma fille. C'eſt une choſe
que j'ai fouhaitée avec tout l'empreffement poffible
: ainfi , par-là vous pouvés être perfuadée
combien j'ay été fenfible à un choix auffi agreable
pour moi . Je fais trop heureufe que le Roy
de France veuille bien avoir la bonté de parler
Couvent de ma fille avec vous & j'ofe affurer
qu'autant qu'elle en eft capable à fon âge ,
elle a une tendreffe refpectueufe pour Sa Majefté
, & elle dit qu'elle l'aime beaucoup , &
I qu'il
>:
218 LE MERCURE
qu'il n'y a pas au monde un plus bel homme
que lui. Je vous prie de me donner fouvent
de vos nouvelles , en attendant que vous puiffiez
me les donner conjointement avec celles de
ma fille , & de croire que j'ai pour vous la
plus veritable & la plus fincere amitié. Sur ce ,
je prie Dieu qu'il vous air , MA COUSINE ,
en fa fainte & digne garde . A Balſaïm , ce
3. Octobre 1721.
JA
Signé , ELIZABETH.
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
Le Mercure pour le mois d'Octobre , & j'ay
Cû qu'on pouvoit en permettre l'impreffion
A Paris le 2 Novembre 1721 .
Ext
HARDIO N..
TABL E..
Xtrait d'une Relation envoyée de Rome ,
au fujer d'un feu d'artifice , ferenade folemnelle
, collation , & c . page 3
8.
Compliment fait à M. l'Abbé de Saint ALBIN ,.
nommé Coadjuteur à l'Evêché de Laon .
Lettre écrite de Touloufe le 14 Septembre. 10
Lettre écrite aux Auteurs du Mercure .
Réponse.
23
28
Suite du Voyage de Zulma. Hiſtoire de Haffam
& de Zatime. 29.
Poëfies , Enigmes , Chanfons . Sur le rétabliffement
de la fanté du Roy. Ode . 69.
Epitre à M... fur le rétabliffement de la fanté
du Roy. Ode de M. de Bellechaume..
Sur la Convalefcence du Roy. Ode .
.75-
78.
Remerciment à fon Alteffe Sereniffime Monfeigneur
le Prince de Conti , par Delaifme
de Grand Bois , Cavalier dans le Regiment:
da
de Conti.
Fable , par Monfieur Demonerif
Enigmes
86л
Chanfon.
88
Vaudeville du Fleuve d'Oubly.
ibid .
Nouvelles Litteraires & des beaux Arts 20
Spectacles. Le Théatre François.
120 *
L'Opera.
144
Comedie Italienne . 126
13-11
Morts & Mariages des Pays Etrangers.
Charges , Benefices & Dignitez des Pays Etrangers.
Nouvelles Etrangeres..
Suite des réjouillances publiques.
Journal de Paris .
La prife de Cartouche.
Batêmes , Morts & Mariages.
Evêchez ,. Benefices..
Emplois donnez.
Arrefts , Lettres Patentes , & c..
134
141
164
1844
187
I 912
194
197
19:8
Avertiffement pour les maladies de l'oeil . 201
Autres Avis .
Supplément.
204
209:
Lettre du Roy d'Efpagne ,, à la Ducheffe de
Vantadour. 216
Lettre de la Reine d'Eſpagne , à là Ducheffe
de Vantadour. 217
FIN.
ERRATA

des fautes échappées au Mercure de Juin
& Fuillet.
A La première page de l'Avertiſſement , ligüt
16. ce que lifez & que.
Page 2 du même Avertiffement , ligne 13 , au
nôtre , lifez aux nôtres .
Page 2 du premier. volume ligne 19 , Tarterie ,
lifez Tartaric.
Page
* Page 24 ligners , de , lifez du
Page 16 ligne 16 , m'efflige , lifez m'oblige
Page 46 ligne 16 , ôtez que je trouve
Page 47 ligne 20 , encore plus de la revoir , lifeg
encore de la revoir
Idem ligne 1 , il fortit par une fenêtre de fa
chambre dans , lifez il entra dans le Jardin
Idem , ligne 23 , ôtez de fes
Page 48 lig. 4, ôtez comme ils en avoient la figure
Page 49 ligne 10 , le , lifez les
Page 72 derniere ligne , ôtez qu'on
Page 94 lig. 10, Cardamoine , lifez Cardamonie
Page 96 ligne 24 , à , lifez &
Page 129 ligne 11, mettez au bout de la ligne en
blanc , Sayd Effendi .
Page 15 ligne , le Coureur , lifez le Couvreur
Pages de la feconde partie , ligne 21 , autres
lifez autant
Page 7 ligne 6 , Tulon , lifez Tulou
Page 9 ligne 9 , chagez , lifez ornez
Idem ligne 22 , qui donne dans les Jardins , li
fez au bas de
Page ro ligne 4 , ville , lifez veille
Page 26 ligne 9 , paru , lifez été repreſentée
Page 97 ligne zo , de protection , lifez de fa protection
Page 101 ligne 10 , étoit en bataille , lifez du
détachement étoit fous les armes.
Page 102 ligne 18 , Peintres , lifez peintures
Page 108 ligne 20 , trop long , liez tres - long
Page 117 lig. 22 , étoit en faction fur , liſez occu
poit
Page 125 ligne 11 , Moraldi , lifez Maraldi .
Page 127 ligne 27 , Le Roy a pris à fon fervicele
fameux Coureur nommé Grippe - Soleil ; ce
Bafque prend les lapins au gîte & à la courfe
tez le reste de l'Article.
On donnera les autres Errata le Mois prochain
1
D'OCTOBRE. 209
SUPPLEMENT.
R. Doros , Confeiller au Parlement
Mde Besançon , vient d'obtenir la
Charge de Procureur General du même
Parlement.
La Bibliotheque de feu M. Defmaretz
Controlleur General des Finances , doit
eftre vendue en détail après la faint Martin.
Elle eft compofée de Livres choifis & bien
conditionnez. Il y a fur- tout une collection
de manufcrits très curieux , dont les Regiftres
du Parlement & les procès Crimi
nels de plufieurs Princes & Seigneurs depuis
près de quatre fiecles , font une partie
confiderable. Le Catalogue imprimé de
cette Bibliotheque , de 90 pages , fe diftribue
chez Gabriel Martin & Jean Boudot ,
Libraires rue faint Jacques.
Le 19 de ce mois le Cardinal du Bois
prêta ferment entre les mains du Roy pour
la Charge de Sur- Intendant des Poftes &
Relais de France.
Le 20 & le 2r de ce mois les Theatres
François & Italien ont celebré la priſe de
Cartouche , par deux Comedies , dont ce
fameux voleur fait le fujet , qui ont attiré
un très grand concours. Celle des François
et en trois Actes , avec des Chanfons
S à
210 LE MERCURE
à la fin , & difpofée d'une maniere Theatrale
& fort Comique. Celle des Italiens
eft en 5 Actes , mais ce ne font que des Sce- 5
nes coufuës les unes avec les autres , plaifantes
à la verité , mais fans forme de Comedie.
Nous rapporterons quelques traitsde
ces deux Pieces le mois prochain.
L'Ambaffadeur de la Porte Othomane
partit du Port de Cere le 7 Septembre ,
fur les Vaiffeaux du Roy qui doivent le
conduire à Conftantinople. Il arriva le 16
du même mois à Tunis en Affrique . C'eft
de là que nous avons vû des Lettres de
Sayd Effendi fon fils , qu'il écrit à fes amis
de Paris , en françois , & de fa main , d'une
maniere très polie & très tendre.

Le Roy a fait faire dans fa chambre
du Trône un cabinet boifé pour y poſer
un Tour d'un travail très recherché & très
fini , dont M. d'Otambray a fait prefent
à Sa Majefté. C'est l'ouvrage de l'illuftre
Mademoiselle Maubois , fameuse pour
tous les ouvrages du Tour , qui vient d'être
gratifiée d'une penfion de 1500 livres . Elle
a l'honneur de montrer au Roy , qui fait
paroître beaucoup d'adreffe & de gour dans
cet amufement. Sa Majefté a commencé à
tourner le 10 Octobre.
Le 12 du même mois le Roy eut un
concert de fumphonie guerriere & de
chaffe , à fon dîner , de la compofition de
M.
D'OCTOBRE. 211
M. Philidor le pere , âgé de 69 ans , qui
divertit beaucoup Sa Majefté. Mr. Dampierre
, Lieutenant des Chaffes de M. le
Duc du Maine , y fonna du cor dans la
derniere perfection ; le Sieur Dubois , excellent
Baffon , le Trompette Anglois , un
Tambour des Cent Suiffes , fur le tout les
timbales compoferent une melodie bruyante
& variée , avec les violons & lès autres
fimphoniſtes la plus agreable du monde .
Le départ de Mademoiſelle de Montpenfier
, quatriéme fille de M. le Duc
d'Orleans , eft fixé au 15 de Novembre :
Elle fera conduite par Madame la Ducheffe
de Vantadour, nommée par le Roy
Gouvernante de l'Infante d'Espagne ,
qu'elle recevra fur la frontiere , dans l'e
des Faifans , où l'échange des deux futures
Reines doit le faire. L'Infante y fera conduite
par le Marquis de Sainte Croix ,
Majordome- Major de la Reine d'Espagne,
qui recevra Mademoiſelle de Montpenfier,
& l'accompagnera jufqu'à la Cour de Madrid
, où s'il en faut juger , par le Te Deum ,
que le Roy & la Reine d'Efpagne ont fait
chanter , au fujet de cette heureuſe & double
alliance , & des réjouiffances publiques
qui ont duré trois jours : Elle fera
reçûë avec de grandes acclamations. Les
Officiers de la Maifon du Prince des Aftuties
, & de la Princeffe fa future épouſe ,
Sij
font
2:12 LE MERCURE
font déja nommez. Le Duc de Popoli ,
Majordome- Major , ou Grand Maître de
la Maifon de S. A. Royale. Le Comte
d'Altamira , Sumelier du Corps , ou Grand
Chambellan . Le Comte de S. Eftevan ,
Grand Ecuyer . Les Charges de Gentilshommes
de la Chambre ont été données
au Duc de Candia , au Marquis de Los
Balbafés , & au Marquis del Surco , lequel
a éré auffi nommé premier Ecuyer. Les
Majordomes de femaine font , le Comte
de Safaleli , & le Comte d'Arenales . Pour
la Maiton de la Princeffe, le Marquis de
Valero, actuellement Viceroy du Mexique,
a obtenu la Charge de Majordome- Major.
Le Marquis de Caftel Rodrigo celle de
Grand Ecuyer ; le Comte d'Anquifola &
Don Jean Pizaro d'Aragon , fils du Marquis
de S. Jean , ont été nommez Majordomes
de femaine : le dernier des deux
a auffi obtenu la Charge de premier
Ecuyer. La Ducheffe de Montellano a été
choifie pour Camerera-Ma'or , ou Grande
Chambellane de la Princeffe ; la Duchefe
de Liria , la Marquile de Torreculo , &
la Marquile d'Affeutar , pour Dames du
Palais. Dona- Marie de Las- Nieves- Angulo
, & Dona Jofephe-Marie de Ulloa ,
pour filles d'honneur ; & Dona Ifabelle-
Marie Marin , pour Dame d'Atours. Le
P. Ignace Laubrufel Jefuite , a auffi , éné
choifi
D'OCTOBRE. 213
choisi pour Confeffeur de la Princeffe.
Le Duc d'Offone , Ambaffadeur extraordinaire
d'Eſpagne , frere du Duc de ce
nom , mort à Paris il y a quelques an
nées , & connu ici fous le nom de Comte
de Pinto , eft arrivé le 29 de ce mois.
On vend chez Colombat depuis pen
un Livre intitulé l'Art du feu , on de
peindre en émail , dans lequel l'on decon
vre les plus beaux fecrets de cette ſcience ,
avec des inftructions pour peindre & apprêter
les couleurs de Miniature dans leur
perfettion , par le fieur Jacques Philippes
Ferrand , Peintre ordinaire du Roy en fon
Academie Royale de Peinture & Sculpture.
Odes Morales fur plufieurs veritez de
la Religion avec des Cantiques , des Pleaumes
, & des Maximes pour la conduits
d'un Roy. Le tout en Vers François par le
R. P. D. Bernard Theatin , qui donnera
ce Livre parfoufcription de trois livres cha
cune. Elles font ouvertes dans la maiſon
des Theatins à Paris depuis le 25 de ce
mois. Les exemplaires fe fourniront au
mois d'Avril prochain 1722 , le prix fera
de quatre liv. pour ceux qui n'auront pas
Loufcrit
Le R. P. Dom Pierre Couftant , Doyen
des Religieux de l'Abbaye Saint Germain
des Prez , Auteur d'une Edition de Saint
Hilaire ,
214 LE MERCURE
Hilaire , & d'une nouvelle Compilation
des Lettres des Papes , dont il a donné un
premier volume cette année , eft mort le
18 de ce mois , laiffant un fecond volume
de cet ouvrage tout preft pour l'impreffion
, & le refte de fon entrepriſe fort
avancé.
Les ouvrages de feu Monfieur de Fer ,
Geographe du Roy d'Efpagne , qui demeuroit
fur le Quay de l'horloge du Palais
,
ſe vendent à prefent chez Danet ,
fur le Pont N. Dame à la Sphere Royale,
& chez Bernard , fur le Quay de l'horloge
à la même enfeigne , tous deux gendres
dudit fieur de Fer.
Le fieur Chevillard Hiftoriographe de
France & Genealogifte du Roy , vient de
mettre au jour , une Carte d'une feuille
des Portes- Oriflames , & des Colonels Generaux
de l'Infanterie Françoife . Il a eu
l'honneur de la prefenter à Son Alteffe
Sereniffime Monfeigneur le Duc de Chartres
; elle fait la 127e feuille de fon grand
Armorial , avec quatre autres feuilles du
Nobiliaire de Champagne , qui paroîtra
dans peu de jours , ce qui fera la 131º dont
ce grand Volume tera rempli. L'Auteur 3
mis au jour depuis deux ans 25 feuilles
de differents fujets . Entre autres tous les
Papes depuis Saint Pierre , le Conclave
du Pape Innocent XIII ; les Nobiliaires
de
D'OCTOBRE. 215
de Picardie , de Bretagne , & de Champagne
, & des autres Cartes de la fuitte
des grands Officiers de la Maiſon de France
, & c.
Le fieur Chevillard demeure toujours
au coin de la rue Neuve Notre- Dame.
Montalant , Libraire à Paris , Quay des
Auguftins , qui fait imprimer par Soufcriptions
le Spicilege de D. Luc d'Achery en
3 Vol. in fol. & les Analectes de D. Jean
Mabillon in fol. avec des augmentations
confiderables , conformément au projet qui
en a été diſtribué , donne avis au Public ,
que paffé le dernier Decembre prochain , il
n'admettra plus perfonne à foufcrire , attendu
que le nombre de Soufcriptions qu'il
s'eft propofé de confommer eft presque
entierement rempli.
Les Soufcripteurs payent 54 livres pour
le Spicilege , & 15 liv . pour les Analectes,
dont moitié en foufcrivant. L'un & l'autre
Ouvrage fera achevé d'imprimer à la fin de
l'année prochaine.
Le fieur Jacques - Louis Chevillard fils,
rue Neuve Notre- Dame à la Providence ,
vient de mettre au jour une nouvelle Carte
en quatre feuilles , trés- curieuſe & trésutile
, qui a pour titre , Nobiliaire ou Catalogue
des Nobles de la Province de
Champagne, où il y a prés de Soo Ecuffons
ou Armoiries. L'Auteur fait remarquer
par
215 LE MERCURE
par le moyen des lettres alphabetiques la
maniere de trouver avec facilité les noms
des Familles , Seigneuries , leur origine ,
& le tems auquel ils ont obtenu leur Ar
reft de Nobleffe , dreffé fut le procés verbal
de Mrs de Caumartin & Larcher. -
Les Sçavans feront bien aifes d'être infruits
, que le P. Mery , Benedictin d'Or
leans travaille actuellement à un Ouvrage
fur les Peres Grecs qui verra bien- tôt le
jour. Nous avons déja de ce Pere une
Difcuffion Critique & Theologique , on
Remarques fur le Dictionnaire de Moreri
de l'Edition de 1718. L'Auteur s'eft déguilé
dans cet Ouvrage , qui est fort recherché
des Sçavans , fous le nom de M
Thomas Docteur de Louvain.
On nous mande encore d'Orleans qu'il
va paroître inceffamment un Poeme de la
Pucelle, compofé par un Chanoine Regu
lier de l'Abbaye de Saint Euvert de la
même Ville..
Lettre du Roy d'Eſpagne à la Ducheſſe
de Vantadour.
MA
COUSINE ,
Il ne manquoit à la joye inexprimable que
je reffens de la conclusion du Mariage du
Roy man Neveu , avec l'Infante ma Fille , que
de
LE
MERCURE
DE
NOVEMBRE 1721 .
Le prix eft de 30 fols.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis .
GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , à la Fleur-de- Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne.
M D'C C. X XI.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
NW YORK
PUBLIC LIBRARY
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
AVIS.
Nprie ceux qui adrefferont des Lettres ou
Paquets d'en affranchir le Port , comme
cela s'eft toujours pratiqué , fans quoi on
ne les recevra point.
L'Adreffe generale pour toutes choſes eft à
Mr MOREAU , Commis au Mercure , chez
Monfieur le Commiffaire le Comte , vis - à - vis la
Comedie Françoiſe , à Paris .
Ceux qui pour leur commodité , voudront
remettre leurs Paquets cachetez aux Libraires
qui vendent le Mercure à Paris , pourront fe fervir
de cette voye pour les faire tenir.
On trouve le prefent Mercure à Lyon , cheq
Plaignard .
A Nantes , chez Julien Maillard , dans la
grande rue.
A Tours , chez Gripon .
Amiens , chez le François.
Abbeville , chez Dumeſnil.
Bordeaux , chez la veuve Labottiere , & Fik .
Châlons , chez Seneufe,
Bayonne , chez Etienne Labottiere.
Rennes , cheg Vattar , près la Pompe,
Montpellier , chez les freres Faures.
Lille , chez Danel .
Toulouse , chez Tene.
Aagers , ches Fourreau.
3
※ 粥粥粥: 粥粥粥粥粥、
AVERTISSEMENT.
Voiqu'on ait toujours la précaution defaire
mettre à la tête de chaque Mercure , un
Avis au Public , pour l'avertir qu'on ne reçoit point
de Lettres ni de Paquets par la Pofte , que le Port
n'en foit affranchi , il en vient cependant trèsfouvent
que nous sommes obligez de rebuter ; ainf
ceux qui n'ont pas pris cette précaution ne doivent
pas être furpris , fi les Pieces & Memoires qu'ils
nous ont adreffez pour inferer dans notre Journal
ne paroiffent point.
Au reste , nous avertiffons encore le Public au
fujet du prix de ce Livre , qu'il eft impoffible de
donner dans la conjoncture du tems prefent a
ving- cinqfols. Nous avons attendu à la derniere
extremité pour l'augmenter , mais enfin la difficulté
de tirer du Papier des Manufactures d'Auvergne,
où les Provinces voisines ne portent plus les
drapeaux le autres matieres propres à ſafabrication
; fa cherté qui eft confiderablement augmentée
dans tout le Royaume , & la groffeur du
Livre , qui excede de plus de 50. pages les Mercures
de notre predeceffeur , & que nous tâcherons
de foutenir fur ce pied la , afin de pouvoir donner
à chaque Article une jufte étendue ; tout cela nous
oblige à augmenter le prix du Mercure de cinq fols ,
pour le remettre au prix ordinaire , d'abord
nous le pourrons .
que
Voici le cinquiéme Volume du Mercure que
nous compofons , nous n'avons jamais cru què ce
que nous rapportons au fujet de divers Faits ,
de diverfes Piéces dont nous ne donnons qu'um
Extrait , pût plaire à tout le monde ; en effet on a
murmuré. Les uns fe font plaints qu'on ne parle
point affez avantageufement de certaines personnes
Aj à la
4
AVERTISSEMENT.
"
à la gloire , ou à la reputation deſquelles ils s'intereffnt
d'autres ont dit qu'on est trop prodi--
gue d'éloges. On ne s'uitend pas de trouver des
hommes fans paffion , fans prévention fansfoi
bleffe . Nous avons par experience qu'il y a tout
à craindre de la diverfité des goûts , même parmi
ceux qui paffent pour les meilleurs connoiffeurs.
Tant qu'on ne s'accordera pas avec tout le monde,
comme dit un de nos meilleus Ecrivains , que
La difference des humeurs des inclinations fuivra
celle des efprits , il n'y a point lieu de croire
qu'on trouve de l'uniformité dans les fentimens ,
・fur tout dans les chofes dont le Createur a laiffé
à l'homme la liberté de s'entretenir & dejuger."
ع و م
Comme perfonne n'est plus capable , generalement
parlant , defaire l'Extrait d'une Piéce de
Theatre que celui qui l'a compofée , nous avertif
fons aufi les Auteurs qui doivent craindre qu'un
Autre ne les falle pas parler & penjer auſſi bien
qu'ils croyent avoir fait , de composer eux mêmes
les Extraits de leurs Pieces , & de nous les faire
tenir enfuite , leur promettant de les inferer dans
notre Journal tels que nous les recevrons ; pourv
toutesfois qu'ils foient affez fidelles , & qu'on ne
donne point dans les excès que nous avons dit
que nous fuirions , dans notre premiere Preface.
Car réfolus de n'embraſſer ni de favorifer aucun
parti , dans quelque contestation de Science &
de Litterature que ce foit , nous ne voulons point
fortir de la neutralité qui nous convient ; mais
feulement expofer les Ouvrages les Ecrits qu'on
·Soumet à la décision du Public avec la plus
grande fimplicité que faire fe pourra , en retranchant
ce que la chaleur pourroit faire dire d'injurieux
ou de defobligeant. On aura la même
attention pour les louanges affectées.
>
Les fautes étant inévitables dans toutes fortes
de compilations , il n'est pas poſſible qu'il ne s'en
sliffe
AVERTISSEMENT.
gliffe toujours quelqu'une dans celle- cy , où il y a
une fi grande multiplicité de Faits , de Noms propres
d'Evenemens , presque toujours appris &
narrez avec precipitation ; nsus prions ceux qui
´s'en appercevront , & plus encore les perfonnes intereffées
, de vouloir bien nous avertir , pour que
nous foyens en étas de reparer les manquemens
dans lesquels il eft prefque impoffible de ne pas
tomber quelquefois . Et qu'on ne nous dife pas
qu'il n'y a qu'à prendre des informations juftes s
douze Emiffaires ne fuffiroient pas à verifier tous.
les Faits qu'on rapporte , & quatre mois fe pafferoient
fans pouvoir donner un Mercure.
Difons un mot au fujet des chofes qui n'ont
plus la grace de la nouveauté a Paris lorfquelles
paroifent dans notre Livre , & qui font
jugées d'une très - petite importance, par quantité.
de nos Lecteurs . Nous regardons le Mercure comve
le Journal de la Nation , qui doit contenir
des Memoires fideles de l'histoire de notre tems :
nous écrivons pour les Etrangers comme pour les
François ; or ce qui paroit infipide & de peu de
con equence à Pari , eſt goûté dans les Provinces
, & plus encore dans les Pays Etrangers. Ceux
qui vont tous les jours à l'Opera & à la Comedie
, qui affiftent à toutes les Fêtes , & qui font
témoins oculaires de tout ce qui fe paffe à la Cour
à la Ville , ne feront jamais bien empreffez ni
bien difpofez à s'amufer de nos recits; ils font rebatus
de ces matieres . Mais combien de perfonnes
à la Campagne , & dans Paris nême qui ne
font point à portée de voir les spectacles , font
bien aifes de fçavoir ces fortès de nouveautez ,
capables d'inftruire & d'amuser agreablement &
Ceux qui ont goûté à tous les mets d'un festin
ne peuvent pas fe plaire beaucoup à en lire une
fimple defcription .
Si le Public continue à goûter cet ouvrage
A iij
nous
D
AVERTISSEMENT.
;
nous redoublerons nos foins pour qu'il devienne
meilleur les correspondances que nous commençons
d'établir folidement , & les fecours que nous
en attendons , nous font efperer que le Mercure
fera encore plus intereffant , les matieres plus variées
& plus agreables à l'avenir. Nous comptons
de l'orner de quelques Gravures & de Representations
en taille- douce qui feront plaisir.
des
Comme il y a beaucoup de perfonnes qui cher
chent avec le même empressement à acheter ous
fe défaire de certaines chofes , telles que
Biblioteques , Cabinets de Medailles , & autres
Antiques , de Manuſcripts rares , d'Inftrumens de
Mathematiques , de Tableaux , Deffeins & Eftamd'nciennes
Editions de certains Livres
plufieurs autres Onvrages de l'Art & de la
Nature , qui inte effent les Curieux & les Sçawans
i nous offrons à ceux qui se trouvent dans
ee cas , de publier gratuitement leurs intentions
pour faciliter ce qu'ils fouhaitent.
pes
Les perfonnes qui defirent avoir le Mercure
des premiers , foit dans les Provinces on dans les
Pays Etrangers , pourront s'adreßer à notre Commis
, qui le leur envoyera par la voye la plus
convenable qu'ils indiqueront , & avant qu'il foit
en vente à Paris . Les amis à qui on a recours
pour cesfortes de commiffions , ne manquentgueres
après avoir acheté le Livre , de commencer par
le lire , fouvent même le prêtent à plufieurs perfonnes
, & ne l'envoyent que quand il leur plait ,
fous le pretexte fpecieux que le Mercure n'a pas
paru plutôt.
LE
LE
MERCURE
DE
NOVEMBRE 1721.
PIECES FUGITIVES.
Lettre de M. Petit , de l'Academie
Royale des Sciences , à M **
Vous me demandés Monfieur
, mon avis au fujet de
l'obfervation de Mr Diamerbroch
, inferée dans le Mercure
de Juin & Juillet 1721 .
Je ne la revoque point en douté , le
nom de l'Auteur eft mon garant ; je vous
dirai mon fentiment fur les caufes du
fait qui paroît extraordinaire , & que fans
doute Mr. Diamerbroch ne s'eft pas foucié
d'expliquer, puis qu'il a recours au Diable ,
quoi que Medecin.
A iiij
Vous
LE MERCURE
"
Vous fçavés que l'on appelle merveil
leux tout ce dont on ne connoît point
la caufe , & que les differens degrés
d'ignorance font des admirateurs de differentes
claffes : Je pense que s'il fe trouve
quelque Phenoméne que l'on ne puiffe
point expliquer par la figure & le mouvement
des corps , c'eft parce que nous
ignorons quelques proprietés de ces deux
caufes naturelles . Les Journaux des Sçavans
font remplis d'obfervations prefque
femblables à celles dont il s'agit . Mr. le
Gendre , premier Chirurgien du Roy
d'Efpagne , m'écrivit il y a deux ou trois
ans , qu'un Seigneur Efpagnol avoit avallé
une fourchette , qui fut quinze ou dix- huit
mois à faire fon chemin pour fortir
par
l'anus , chemin dont elle a marqué les
principales routes & fon fejour en differens
endroits , par la douleur & les fâcheux
fimptomes qui font marqués dans
l'obfervation ; fi cette fourchette n'eût pû.
fuivre ce chemin , elle auroit caufé la
mort , ou fe feroit fait une autre route à
travers la ſubſtance des parties ; peut-être
auroit- elle pû trouver un lieu , où n'incommodant
point , les parties du voifinage
l'auroient laiffée en repos quelque
temps . J'ay plufieurs faits de cette efpece
qui m'ont été rapportés , ou que j'ay vûs
moi-même , lefquels me ferviront à remplic
DE
NOVEMBRE 1721.
plir votre attente , pourvû que vous
ceffiés d'être frigide Pirronien .
-
1
Les corps étrangers que l'on a trouvés
dans plufieurs parties , la plupart font entrés
dans le corps par les ouvertures naturelles
; les épingles , les éguilles . les
clous , les os , les noyaux des fruits font
les plus ordinaires ; une fourchette , un
couteau , une alêne , une clef , le criftal
du hochet des enfans , & autres , font
plus extraordinaires mais ils ont été
trouvés comme les autres , & n'ont des
plus furprenant que leur groffeur. Les
corps entrés par la bouche , & qui fe font
trouvés en des lieux écartés de la route
des boyaux font de deux fortes ; les uns
ont été avalés , & les autres font reſtez
dans la gorge ; J'ay été plus de fix mois
fatigué par les frequentes vifites d'une
Demoiſelle qui difoit avoir un os arrêté
dans le gofier , en avalant une cueillerée
de foupe ; le premier jour je fis d'inutiles
tentatives pour le tirer ; le lendemain elle
le fentoit plus bas , au deffous de ce qu'on
appelle la pomme d'Adam ; je lui donnai
plufieurs avis tendans à dilater l'oefophage
& à faite defcendre le corps étranger fans
courir rifque de l'enfoncer dans la fubftance
des parties , où il n'étoit arrêté que
parce qu'il étoit de biais , ou parce que
fa pointe déja engagée ne lui permettoit
A v pas
10 LE MERCURE
uns que
pas de gliffer ; elle voulut fe fervir d'un
poireau , du manche d'un fouet de corde ,
d'une baleine , & autres corps de cette
nature , qui ne réuffirent pas mieux les
les autres ; elle venoit tous les
jours pour le plaindre de fon mal , &
m'engager à lui trouver quelques inftrumens
pour l'en delivrer ; mais parce que
depuis deux jours elle avaloit bien , qu'elle
dormoit , & ne ſouffroit qu'une douleur
très -legere , j'aimai mieux l'amufer par
des paroles confolantes , pendant que la
nature qui fembloit déja s'être declarée
fon Chirurgien , travailleroit à fa guerifon
. Elle fe laffa de m'importuner , lors
qu'elle ne fentoit plus le corps étranger,
que quand elle faifoit de violentes infpirations
, quand elle touffoit , crachoit ,
éternuoit , ou vomiffoit ; plus d'un an
après elle m'envoya chercher pour la faigner
, me montra l'endroit où elle fentoit
encore de la douleur dans les grands
efforts de vomiffement , dont elle étoit
tourmentée depuis cinq mois , en confequence
d'une groffeffe , premier fruit du
mariage qu'elle avoit contracté depuis que
je ne l'avois vûë ; je touchai toutes les
parties de la gorge jufqu'au paffage de
Poefophage dans la poitrine , environ visà
-vis la jointure des clavicules avec le
Bernum je remarquai le corps étranger
;
qui
DE NOVEMBRE 1721. Ir
qui me parut de travers , fentant les deux
bouts l'un plus près du côté droit que
l'autre n'étoit du gauche , ce qui me fit
penfer qu'il avoit percé l'ofophage : un
mois après je la refaignay ; elle me dit que
Pos qu'elle avoit avalé s'approchoit de la
peau en effet je ne fentis plus le bout
du côté gauche , & le bout du côté droit
s'étoit fi fort approché de la peau , qu'il
la foulevoit & faifoit boffe , lors qu'elle
tournoit le col du côté oppofé , je me
promis de la voir de temps en temps pour
fuivre le progrès de cer os : Plus de trois
mois après l'ayant oubliée , feu Mr Ledran
m'en fit reffouvenir en me parlant d'une
épingle qu'il avoit trouvée au bras de
Mr Dupil , laquelle épingle avoit été avalée
depuis plufieurs années ; j'allai voir
la Dame , je trouvai que la cauſe de ſa
douleur & de fon inquietude s'étoit avancée
dans la graiffe fous la peau qui couvre
le moignon de l'épaule , & je reconnus
au toûcher que ce n'étoit point un os ,
mais une épingle ; elle ne fouffroit plus
depuis quelque temps , fi ce n'eft lors que
quelque chofe la touchoit ; plufieurs fois
elle s'étoit réveillée par la douleur que l'oreiller
, le traverfin , le drap, ou autre
corps lui avoit caufée en lui touchant l'épaule
: Je confeillai à cette Dame de fe
laiffer tirer cette épingle ; la promeffe que
A vj
je
12 LE MERCURE
gueje
lui fis que cette operation ne feroit pas
plus douloureufe qu'une faignée, fit qu'elle
y confentit : Pour tenir ma parole j'appuyai
le doigt indicateur de la main gauche fur.
la peau qui couvroit la tête de l'épingle,
& qui fouleva la pointe & la pattie de la
peau qui la couvroit , fur laquelle avec
une lancette je fis une petite ouverture.
Par où je tirai l'épingle ; la playe fut
fie le lendemain , ou plutôt la nuit , puis .
qu'en fe retournant la compreffe & le petit
bandage que j'avois appliqué fe défirent ,
& que le matin il n'y paroiffoit plus ; :
l'épingle étoit noire par tout , hors la tête
qui avoit quelques points verds de gris..
Quoique j'aye de plus furprenantes obfervations
que celle- ci j'ai cru devoir la placerla
premiere, parce qu'elle dévoilera plus facilement
le miftere , mais j'apprehende que:
l'on n'admire plus les autres , puifque de- .
venues faciles à expliquer , elles ne porteront
plus le caractere de merveilleux , qui :
eft pour bien des gens le feul merite qu'elles.
puiffent avoir.
EXPLICATION
du Phénomene.
Es arétes , les os & les épingles font
les corps qui s'avalent plus ordinairement
; les arétes dans le poiffon , les, os „
&
DE NOVEMBRE 1721. 13
& les épingles dans la foupe ; fi c'eſt la
faute de ceux qui les avalent , elle eft.
moins pardonnable à ceux qui mangent
le poiffon , qu'à ceux qui mangent la foupe
; on fçait que le poiffon a des arréres ;
la foupe ne nous prévient d'aucun corps
dur ; quand il s'y trouve des os ou des
épingles , c'eft la faute des Cuifinieres ;,
fi elles paffoient leur boüillon , il n'y auroit
point d'os , & fi elles n'avoient point
comme elles ont toujours , un magalim
d'épingles à leurs bavettes & à leurs corfets
, contre lefquels elles appuyent le pain.
pour tailler la foupe , elles n'en feroient
pas tomber dans le plat . L'épingle de la.
Dame dont je viens de parler , fut portée:
au gofier dans une cueillerée de foupe ,,
elle refta au paffage , parce que la pointe
fe trouva en bas , ou parce qu'elle étoit
fituée un peu de travers ; la douleur qu'elle
caufa fit contracter ces parties , & l'on
fçait que ce n'étoit pas le moyen de s'en
délivrer ; les efforts , le poireau , la baléne,.
& autres ne firent que l'enfoncer plus
avant dans les parois du gofier , puis cette
partie continuellement piquée fut dans des
contractions continuelles & involontaires.
qui pouffoient l'épingle par delà les parois
du gofier ; pour lors les douleurs diminuerent
, parce que la pointe fe trouva dans .
la graiffe qui remplit l'intervalle des parties
14
LE MERCURE
ties ; c'eft -là où elle refta long- temps
parce que la tête n'étoit pas encore paffée ;
c'eft- là où elle auroit pû être oubliée fans
les efforts de la toux & du vomiffement
qui obligeant les parties du col à des mouvemens
violens , les approchoient de la
pointe de l'épingle , & renouvelloient la
douleur : peu à peu par fucceffion de temps,
les impulfions contre la tête de l'épingle ,
quoi que legeres , la firent paffer ; pour
fors l'épingle fe trouvant toute hors du
gofier , fit le refte de fon chemin en peu
de temps ; toujours pouffée , elle arrivoit
où la pointe lui preparoit la voye , & tou
jours dans la graiffe de l'intervalle des *
mufcles ou du deffous de la peau ;elle arriva
à l'épaule fans prefque aucune douleur ,
parce que la graiffe n'eft point fenfible
que le prouvent ceux qui enfoncent
des épingles dans leurs bras , qui ne ſentent
plus de douleurs quand la pointe a
paffé la peau , parce qu'ils la dirigent dans
la graiffe en la faifant paffer obliquement
pour éviter la membrane qui couvre les
muſcles : on peut prouver encore ce fait
par les incifions qui fe font fans douleur
dans les corps graiffeux ; je n'ay point de
peine à croire que l'épingle ait pris cette
route , depuis que j'ai ouvert le cadavre
d'une femme pendue, dans lequel je trouvai
une épingle placée au mefentere , à trois.
ainf
travers
DE NOVEMBRE 1721 .
travers de doigt de l'attache des boyaux ;
cette épingle n'y étoit fans doute parvenuë
qu'après avoir percé le boyau dans
P'endroit où il s'attache au mezentere.
Si je n'avois pas tiré l'épingle de la
Dame dont il s'agit , elle auroit pû faire
plus de chemin , comme avoit fait celle
que feu Mr Ledran m'a dit avoir vû au
milieu du bras. Il n'y a pas plus d'un mois
qu'une Dame m'en a fait toucher une
qui eft parvenue jufqu'au pied , à la racine
du doigt du milieu où elle s'eft placée ,
ayant trouvé plus de graiffe & par confequent
plus de facilité à fe tourner de ce
côté là, qu'elle n'en auroit eu à continuer
fon chemin fous la peau du doigt , qui
comme on fçait eft bien moins garnie de
graiffe ; je ne ferois pas étonné fi cette
épingle remontoit le long de la cuiffe ,
parce que la pointe fraye toujours le che
min,& que les parties voifines font toujours
effort pour la pouffer.
Si les épingles , les éguilles ou autres
corps qui voyagent ainsi , trouvent dans
leurs chemins quelque obftacle invincible,
elles y caufent des depôts : on a vû beaucoup
d'abfcès au fondement , qui ont été
caufés par des corps avalés qui parcourant
la route des boyaux ont été retenus par
les replis , par le fphinter de l'anus , ou
des hemorroïdes , & fe font introduits par
dan's
T.G. LE MERCURE
dans la
paroy du boyau , ont percé l'épaif ,
feur , font entrés dans les graiffes , & ont
caufé des abfcès dans lequels on les a
trouvés. C'est - ce que j'ay và plufieurs fois ,
& j'ay actuellement un malade qui avoit
un petit os de poulet dans un abfcès gangreneux
que je lui ai ouvert au fondement.
Une Demoifelle , qui depuis fix mois
fentoit des douleurs très - vives toutes lesfois
qu'elle alloit à la felle me confulta ;
en examinant la caufe de ces douleurs , je
reconnu un corps étranger fous la peau ,
à un pouce du ffoonnddeemmeenntt ;; deux jours.
après je lui fis une incifion , par laquelle
je tirai une éguille qu'elle avoit avallée en
mangeant la foupe..
Un Rotiffeur incommodé d'une hernie
qui rentroit avec facilité , fe trouva un jour
dans des vomiffemens très - violens , & fentoit
des douleurs trés-vives à l'endroit de
la defcente qu'il avoit tâché de faire rentrer
inutilement : on lui confeilla l'opera--
tion , à laquelle il ne confentit que lors
qu'il fut fi mal que fon Chirurgien ni moi
n'ofions l'entreprendre crainte de le
voir perir entre nos mains : la charité plus
forte que la crainte nous y détermina ,
nous trouvâmes le boyau percé dans le fac
de la hernie par la patte d'une moviette :
qu'il avoit avallée .
Pete
DE NOVEMBRE 1721. 17
J'en pourrois rapporter bien d'autres
qui rendroient ma Lettre trop longue , &
peut-être ennuyeufe ; je finis fans vous
parler du coûteau , de la fourchette , non
plus que du criftal d'un hochet qu'avala
un enfant de neuf ou dix ans , je me contente
de dire pour fatisfaire à votre defir
que l'alefne fans manche dont parle M.
Diamerbroch avoit été avalée , qu'elle s'étoit
arrêtée dans un lieu où fa pointe fe
trouvant tournée du côté des teguments
du ventre , s'y eft determinée , & aprés,
avoir écarté peu peu la fubftance du
boyau qui la contenoit , comme l'épingle
de la Dame , avoit percé le gofier , elle
s'étoit approchée de la peau, & la foulevoit,
ce qui détermina M. Diamerbroch à faire
l'incifion , par laquelle il la fit fortir . Je
Luis , &c.. 2
à
Voici le 'Memoire que nous avons promis.
de donner au fujet de l'Abbaye de Saint.
Martin de Tours , qui a les Rois de
France pour Abbés perpetuels.
N Os Rois ont un droit particulier fur
l'Eglife de Saint Martin de Tours :
c'étoit anciennement une Abbaye de l'Or.
dre de Saint Benoît , qui fut fecularifée.
quelque tems après l'irruption des Nermands
18
LE MERCURE
mands , lefquels la détruifirent aprés l'avoir
pillée , & maffacré les Religieux . Par
ancienne Tranfaction & Coutume immémoriale
marquées dans le Rituel & dans les
Statuts de cette Eglife, le Roy en eft Abbé,
Protecteur & Chanoine : il préte le ferment
d'Abbé , porte l'aumuffe fur le
bras , & c.
Au rapport de Rouillard dans fon Hiftoire
de Melun , page 480. les Rois one
droit de prefenter & nommer au Doyenné
& à la Treforerie de l'Eglife de S. Mar
tin , la Collation appartient au Chapitre ,
& en confequence de ce , le Roy lors de
fon Joyeux Avenement à la Couronne
ou pour mieux dire , à fa premiere entrée
én cette Eglife , a droit de nommer un
Chanoine.
Le ferment que le Roy fait quand il eft
reçû Abbé & Chanoine de S. Martin de
Tours , eft fingulier ; il fe voit en la Pancarte
noire l'un des plus anciens & auten
tiques Cartulaires qui foit en France , il eſt
inferé au dernier feüillet du Livre des Evangiles
, écrit en lettres d'or en ces termes :
Ego , annuente Domino , Francorum Rex ,
Abbas Canonicus hujus Ecclefia Beati
Martini Turonenfis , furo Deo & Beato
Martino , me de cætero protectorem &defenforem
fore hujus Ecclefiæ , in omnibus
neceffitatibus fuis , cuftodiendo & confervando
DE NOVEMBRE 1721. 19
vando poffeffiones , honores , jura , privilegia
, libertates , franchiſias , & immunitates
ejufdem Ecclefiæ , quantùm divinô fultus adjutorio
fecundùm poffe meum , rectâ & purâ
fide , fic me Deus adjuvet .
Ce ferment a été fait par Louis XIII . le
Vendredi 25 Juillet 1614 , & l'Acte Ca
pitulaire porte que, » le Lundi 21 du même
» mois à la premiere entrée que Sa Ma-
» jefté avoit faite en l'Eglife de S. Martin,
» Elle auroit fait difficuté de préter fer-
>> ment pour n'être pas duëment informée,
l'ayant été depuis , Elle auroit à l'exemple
de fes predeceffeurs Rois à l'iffuë de
la Meffe celebrée dans le Choeur au grand
» Autel par l'un de fes Aumôniers , prêté
» le ferment à genoux fur les faints Evangiles
.
"
»
"
Dans le Livre des Statuts de ladite Eglife
eft écrit ce qui fuit : ----- Abbas B. Martini,
fcilicet Rex Francia , eft Canonicus de confuetudine
, & habet parvam Prebendam
quam habet fanctus Venantius , & debet fe
dere in fede Thefaurarii , & debet pro ea
fieri feptimana , &c. Nous omettons le paffage
trop long que l'Auteur du Memoire
rapporte , & qui fe trouve d'ailleurs dans
le Traité des anciennes Enfeignes & Etendards
de France d'Augufte Galland . * Il merite
d'être lû par les Auteurs du nouveau
Chap. 1. De la Chappe de S. Martin .
Gloffaire ,
20 MERCURE LE
Gloffaire , à caufe de quelques termes finguliers
de la baffe latinité.
Le Roy en qualité d'Abbé de l'Eglife
Royale & Collegiale de Saint Martin de
Tours , a pourvû en Regale M. l'Abbé
Vauquelin , Prêtre du Diocéle de Lifieux ,
le 7. Août 1721.
Extrait d'une Lettre écrite de Quinpercorentin
, le 28 Août 1721 .
O
N mande de Baffe -Bretagne , qu'il fut
pêché au mois de Juillet dernier un
Poiffon monftrueux , d'une beauté rare ,
pelant 300. livres ; il a la tête fort belle,
le front quarré , la gueule fort petite , baffe
& en deffous . Il n'a qu'un feul boyau , une
groffe arrête , foit prés & tout le long de
l'épine du dos , & prefque pas de ventre ,
cependant fa longueur eft de fix pieds &
demi , fur quatre pieds de groffeur , avec
une queue qui reffemble en quelque façon
à une ancre de Navire. Mais ce qu'on admire
le plus dans cet animal ce font les
couleurs vives dont fa peau trés -unie eft
variée. Le plus beau rouge , le vert , le
bleu & l'aurore y brillent jufqu'à la moitié
du corps , le refte du côté de la tête eft
comme bariolé de noir & d'une autre cou
Leur qui a tout l'éclat de la nacre de perle ..
C&
DE
NOVEMBRE 1721. 21
Ce beau Poiffon eft inconnu à tous les
Pêcheurs & à tous les Marins . On lui
trouve quelque reffemblance avec la Dorade
, avec cette difference que la Dorade
a le nombril en bas , comme tous les autres
Poiffons , & que celui - cy l'a en haut.
On l'a gardé quelque tems en vie , & on
l'a tué de maniere qu'il n'eft point endommagé.
On l'a fait faler tout entier , & on
doit l'envoyer à Paris , pour l'expoſer aux
yeux des Curieux à la Foire Saint Germain
prochaine. Cet animal a la chair fort
blanche ; en le falant on en a coupé un
morceau en dedans , qu'on a fait cuire , &
fix perfonnes qui en ont mangé affurent
qu'elle eft très -bonne , & qu'elle a le goût
de l'écreviffe,
HISTOIRE D'ABENSAÏ.
C'eft lui qui parle.
L prit la parole la parole en ces termes :
Je vous ai dit , Seigneur , que j'é
tois le fils du Roy de Tombut
j'étois né avec affez de graces dans
le figure , quoique cela foit difficile à
croire par l'état où vous me voyés : pour
celles de l'efprit , Seigneur , vous en jugerés
par vous-même.
Mon
22 LE MERCURE
;
Mon pere qui vit encore eft un homme
d'un favoir profond qui ne fe communique
à perfonne , & qui gouverne fon Peuple
quoique très groffier , de fon cabinet d'une
façon très-fage : l'on ne connoiffoit point
avant lui à Tombut aucune des commoditez
de la vie , les bâtimens , les habillemens
n'étoient comptés pour rien. L'on
vendoit fes enfans auxEtrangers en échange
de vivres pour les faire fervir d'Efclaves
depuis foixante & dix ans qu'il regne , il a
deffendu que l'on vendît les hommes
comme auparavant , il a fuppléé à cela en
donnant à chacun ce dont il avoit befoin
il a fait faire des habitations , il a reglé
fon Etat de façon qu'il eft abondant par
le travail , & poli par les moeurs , & cela
fans que l'on fçache d'où lui viennent les
fecours qu'il donne à fes Peuples journellement
; ce que je vais vous dire , Seigneur,
eft encore plus incroyable ; c'eft que l'on
ne lui connoît pas de femmes , & qu'il a
plufieurs entans , même très -jeunes , il les
donne à élever à un Favort qui eft le ſeul
homme qui habite avec lui & nous dans
Ton Palais. Ce Favori nous amenoit quelquefois
dans une Chambre proche de cellé
du Roy , il fortoit de fon Cabinet & venoit
nous embraffer , il nous faifoit quelques
difcours fur la fageffe , il fortoit enfuite
de cette Chambre & nous y laiſſoit,
il
DE NOVEMBRE 1721 23
"
il alloit entretenir fon Favori dans une autre
& lui donnoit fes ordres : le Favori
affembloit enfuite un Confeil , où il rendoit
compte de ce que mon pere lui venoit
de dire , rien n'étoit plus fage , rien n'étoit
mieux ordonné que fes Cominandemens
; c'eſt dans ce Confeil que l'on dif
tribue l'or & l'argent que le Roy envoye
par fon Favori à tous ceux qu'il juge en
avoir befoin : les chofes étoient fur ce
pied- là lorfque je fuis forti de Tombut ;
je fuis perfuadé qu'elles fubfiftent de même,
Quand nous avions rendu notre vifite
du matin , & fait nos études ; il nous étoit
permis de faire le refte du jour ce que nous
voulions .
J'avois à peu près dix- huit ans lorfque
fis l'imprudence qui a caufé tous mes
malheurs ; mon pere fur le recit de fon
Favori , & peut- être fur ma figure , qui
étoit plus belle que celle de mes freres
car vous voyés , Seigneur , que je ne fuis
pas noir , & mon pere l'eft comme ceux
de fon pays , fans doute que je reffemble
à mamere que je ne connois point : mon
pere done me témoignoit infiniment plus
d'amitié qu'aux autres , il me parloit fouvent
en particulier , quoique ce fut dans
la même chambre & en prefence de mes
autres freres , pour lefquels il n'a jamais
eu cette diftinction , aucun de nous n'ofoit
24 LE MERCURE
foit entrer dans fon Cabinet , quoiqu'il en
laiffat la porte ouverte , lorfqu'il alloit
parler dans celle que je vous ay dit à fon
Favori ; la confiance que j'avois en fon
amitié , & la curiofité ordinaire à la jeuneffe
de voir les chofes qu'on leur tient
cachées, m'y fit entrer malgré fa deffenſe ,
je n'y trouvai qu'une table de bois fort
fimple , une chaife de paille , beaucoup
de Livres , j'en pris un qui étoit fur la
table , que j'ouvris au hazard , je pronònçai
deux mots que je n'entendois point
comme je les voyois écrits en lettres
Grecques.
Dans le moment un petit homme parut
à mes yeux haut environ de deux pieds ,
habillé d'une vefte de fatin verd bordé
d'or , il avoit un très-joli vifage , une tête
blonde , des cheveux courts & frifés, avec
un bonnet bordé d'or comme fon habit,
qu'il avoit quafi fur l'oreille , une taille ,
des jambes & des pieds proportionnés à
fa grandeur , c'étoit par confequent la plus
jolie poupée que l'on pût voir , il monta
fur la table d'un air fort étourdi & me
demanda que me voulez- vous , mon Maître
? il avoit monté apparemment fur cette
table fans me regarder , croyant que c'étoit
Orma ( c'eft le nom de mon pere ) qui
l'avoit appellé , mon filence le fit appercevoir
qu'il s'étoit trompé : il me lança
un
DE NOVEMBRE 1721 25
un regard furieux , & me dit , Qui vous a
rendu fi temeraire , jeune homme , d'entrer
ici & .de m'appeller ? J'allois lui répondre,
mais il ne m'en donna pas le tems :
vous en ferez puni , continua - t'il d'un ton
colere , affez feverement pour vous en repentir
long- temps ; il monta en diſant cela
fur mes épaules fon poids me parut fi
grand que je me courbai connne vous me
voyés , il me paffa fa méchante petite main
fur le vifage & il devint tel que je l'ai aujourd'hui
: Va , me dit- il enfuite , te montrer
à ton pere & à tes freres dans l'état
où te voilà ; Je me mis à fes pieds quand
il fut defcendu de deffus mes épaules , &
que je fentis que je ne pouvois me redreſfer
, pour le prier de me pardonner , je lui
dis que je n'avois fait cette faute que par
ignorance & par hazard ; il me dit qu'il
falloit inftruire la jeuneffe à fes dépens ,
& difparut en finiffant ces paroles.
Je pris le parti de ne me montrer jamais
à mon pere & à mes freres , j'ouvris une
fenêtre qui donnoit dans un jardin fermé
par de grandes murailles pour empêcher
que perfonne ne pût regarder Orma quand
il s'y promenoit ; lorfque je fus dans ce
jardin j'en fis le tour deux ou trois fois
pour en fortir , & m'en aller enſuite ſi loin
que je ne puffe revenir dans la maifon pa-
Fernelle , mais ne trouvant point de porte,
B je
26 LE MERCURE
je revenois defefperé à la fenêtre par laquelle
j'étois entré , lorfqu'une femme à
peu près de même grandeur que le petit
homme qui m'a mis dans l'état où je fuis ,
fortit de terre devant moy ; elle pleuroit
amerement elle me prit par la main &
frappa la terre avec fon pied , il s'ouvrit
un abîme devant moi , elle m'y entraîna
avec elle , je perdis connoiffance dans le
moment , je ne fçai ce que je devins ni elle
non plus.
>
Lorfque j'ouvris les yeux je me trouvai
au milieu d'un grand chemin tout feul ,
j'avois chaffé affez fouvent dans toutes les
Campagnes de Tombut pour les reconnoître
, mais de quelque côté que je puffe regarder
, rien ne parut à mes yeux qui fut
de ma connoiffance , je vis de très - loin une
Ville , je pris le parti d'y aller , j'y arrivai
à l'entrée de la nuit , je la paffai fous la
porte ne pouvant aller plus loin par l'accablement
& la laffitude où j'étois , je
m'endormis fur la terre , & je me réveillai
comme le Soleil fe levoit ; je trouvai auprés
de moi de l'eau & d'autres nourritures
fuffifamment pour ma journée , j'avançai
dans la Ville en demandant à ceux que je
rencontrois en quel endroit j'étois , & je
les priai inftamment de me le dire . Quelques
- uns fe mettoient à rire en me voyant,
d'autres détournoient la vue avec compaffon
;
DE
NOVEMBRE 172 1 27
fion ; mais aucun ne me répondoit . J'allai
jufqu'à la porte d'une Molquée , un Prêtre
qui la fervoit arriva d'un pas grave , il
étoit fuivi d'un nombre infini de Peuples
qui paroiffoient lui porter un grand refpect :
je me mis fur fon chemin & foulevant
ma tête autant qu'il étoit en mon pouvoir ,
je lui fis la même question que j'avois faite
jufques- là inutilement.
Il s'arrêta & m'ayant fait une profonde
reverence la main au Turban , il me dit ,
Seigneur , vous êtes à Bagdad : à ce mot
de Bagdad Zulma treffaillit , mais Gracieuſe
lui fit figne de fe contenir : Abenfaï
continua , car il ne s'étoit point apperçu du
mouvement de Zulma: je fus furpris , dit il,
&avec raiſon, que cet homme qui paroiffoit
refpecté de la populace me traitât de Seigneur
fans me connoître avec la figure que
j'avois ; je lui répondis avec refpect de mon
côté & je lui fis encore quelques queftions ;
au lieu de me répondre precifément fur
ce que je lui demandois , il me dit : Seigneur,
fi vous me jugés digne de me faire
-P'honneurde venir chez moi après la Priere,
je pourrai vous fatisfaire fur ce que vous
avez envie de fçavoir ; il entra en même
' tems dans la Moſquée , & je l'y fuivis ;
j'affiftai à la Priere , & lorfqu'elle fut finie
il en fortit. Je m'étois tenu à la porte pour
qu'il ne pât paffer fans que je le viffe : il
Bij
ving
28 LE MERCURE
vint droit à moy , & m'ayant encore falué
avec refpect , il me conduifit chez lui , il
me fit donner à manger & fe mit à table
avec moi , toujours avec des marques de
confideration très grandes , je le priai de
me dire ce qui me les avoit attirées , il me
répondit , Seigneur, vos malheurs ne m'enpêchent
point de reconnoître le fang dont
vous êtes né , vous n'en (çavez pas encore
toute la grandeur : mais il ne m'eft pas permis
de vous l'apprendre ; je fçai , Abenfai
fils du Roy de Tombut, votre imprudence,
vous n'êtes pas à la fin de vos peines ; vous
n'en pouvez fortir qu'en recevant d'un
homme ruiné une piéce d'or , il doit vous
la donner par un pur motifde compaffion ,
fans que vous la lui demandiés : fi vous pou
ves trouver cet homme genereux, vous reprendrés
votre premiere figure , & vous
ferés auffi heureux que vous êtes à plaindre.
Je le remerciai de fon avis , & l'efperance
de trouver quelque homme affez
charitable pour me donner cette piéce d'or,
me fit concevoir quelque joye : la circonftance
qu'il falloir qu'il fut ruiné,me donna
d'un autre côté beaucoup d'inquiétude.
-
2
Comment trouverai-je , difois je en
moi-même,un homme dont l'ame foit affez
noble pour fe priver d'une piece d'or par
le pur motif de compaffion , étant luimême
dans le befoin ? N'im
DE NOVEMBRE 1721. 2
N'importe , difois - je enfuite , je ne dois
pas en defefperer , puifque cet homme
fçait que je dois reprendre ma figure par
ce moyen peut être en fçait- il davantage
qu'il ne lui eft pas permis de me dire ,
non plus que le fecret de ma naiſſance !
je lui demandai enfuite de demeurer quel
que tems à Bagdad , & de trouver bor
que je me rendiffe les foirs chez lui lorf
que j'aurois couru la Ville pendant le jour ,
dans l'efperance de trouver à Bagdad même
le fecours dont il me flatoit , & il le trouva
bon.
Un foir que je rentrai de meilleure
heure › parce que je n'avois pû foutenir la
chaleur de ce jour dans les rues , j'entrai
comme il ne m'attendoit pas jufqu'à la
porte d'un Cabinet qu'il ne m'avoit pas
encore laiffé voir ; je le trouvai de bout
parlant à l'oreille d'un homme , à ce que
je crus , cet homme avoit la phyfionomic
agreable , il paroiffoir environ quarante
ans ; quoiqu'il lui parlât avec action , l'autre
paroiffoit égallement tranquille ; und
jeune fille feule affife dans un coin du Cabi
net belle comme le jour me frapa les yeux ,
je m'approchai d'elle tant pour ne pas in
terrompre la converfation de mon hôte ,
que par les charmes de fa beauté ; je fus
furpris de ce qu'elle. ne faifoit pas femblanc
de me voir ; ma figure eft fi furprenante
B iij que
૬૦
LE MERCURE
que je n'avois encore vû perſonne me regarder
fi tranquillement. Aprés un com.
pliment , je lui fis excufe d'ofer l'aborder
& l'expofer à la frayeur que devoit lui
caufer ma figure ; j'attendois fa réponſe ,
ne pouvant revenir de la furprife où j'étois
que cette perfonne ne fit aucun mouvement
, pas même des yeux , mon hôte
tourna la tête dans ce moment , & me
voyant parler avec une pofture refpectueule
à cette perfonne immobile , il fe mit à rîre
& me dit : Abenfaï , vous perdés votre
tems , cette Statuë que vous voyés ne peut
vous répondre , & ne fçauroit vous voir :
tout autre que vous la prendroit en effet
pour une perfonne ; elle eft faite par on
fi grand Ouvrier que l'on peut s'y méprendre
, celle à qui vous avez vû que je
parlois eft pareille à celle - là ; ce n'eft
point un homme non plus , elle repreſente
un de ros Sages avec lequel j'ay un
grand commerce, par ce moyen, fans fortir
de món Cabinet , quand je parle à cette
Figure à l'oreille , mon ami l'entend ; il
répond à une Figure pareille qu'il a de
moy , & je l'entends de même : celle
que vous voyés affife reprefente fa fille ;
il m'a chargé de fon éducation , & fans
qu'il foit neceffaire que je la voye , je lui
donne par la même moyen des preceptes
de fageffe ; je lui demandai le nom du pere
&
DE NOVEMBRE 1721. 37
& de la fille , il me répondit qu'il ne lui
étoit pas permis de me le dire : ce que l'amour
fait penfer de déraifonnable ne fe peut
dire , Seigneur , j'avois été frappé de cette
perfonne comme d'un coup de tonnerre ,
je devois me trouver trop heureux de
pouvoir lui parler & de n'en être pas vû :
c'étoit ce que j'avois de mieux à ſouhairer
dans l'état où je fuis ; cependant je
courois la Ville toute la journée , moins
pour chercher la perfonne charitable qui
devoit me rendre ma premiere figure en
me donnant une piéce d'or , que pour rencontrer
le pere de celle que j'adorois , &
faire connoiffance avec lui pour m'introduire
enfuite dans fa maifon ; c'étoit tous
les foirs un chagrin nouveau pour moi de
ne l'avoir point rencontré ; je rentrois dans
la maison avec une trifteffe mortelle , je
venois le dire à ma Figure ; le Sage m'avoit
laiffé la libérté de lui parler , difant
que puifque cela me faifoit plaiſir il ne s'y
oppofoit pas , qu'il trouvoit que j'avois
befoin de confolation dans un état fi malheureux
, & qu'il vouloit bien me donner
toute celle qui dépendroit de lui.
Je paffai quelque tems dans cette yvreffe
d'amour qui ne laiffe pas de donner du
plaifir , quoique les fujets n'en foient pas
bien réels : j'étois fûr que cette perfonne
m'entendoit , qu'elle étoit perfuadée par
Biiij mes
32 LE MERCURE
mes difcours que j'étois infiniment amou
reux ; il eft vray qu'elle ne me répondoit
point , & que je ne pouvois fçavoir fi
mon amour lui étoit agreable ; mais d'un
autre côté c'étoit une grande conſolation
de fonger que nul homme que moy ne
pouvoit la voir ; je me flatois quelquefois
que le Sage qui vouloit bien me laiffer
cette confolation , vouloit la preparer par
mes difcours & les marques que je lui
donnois de mon amour ,, à voir ma figure
fans horreur ; il me trouve peut - être tel
que je fuis , difois je en moi- même , affez
bon parti pour cette fille ; le tems m'éclaircira
fur cela , & dans cette attente je jouïs
du plaifir de la voir & de lui parler..
Car , Seigneur , hors de toucher cette
Figure , l'on ne fçauroit douter que ce ne
foit une veritable perfonne , rien ne sçauroit
être fi parfait pour tromper les yeux.
Au bout de quelques mois le Sage me
dit , Abenfaï , vous perdés icy du tems ;
fi vous aviés dû trouver dans Bagdad la
perfonne qui doit vous tirer de l'état où
Vous êtes , vous l'auriés rencontrée : vous
vous amufés à parler d'amour fans qu'on
puiffe vous répondre ; il faut être cependant
à portée de plaire lorfque l'on eft
amoureux , faites vos reflexions fur ce que
je vous dis , je ne veux pas vous prefer
de partir , mais je ne veux pas auffi que
YOUS
DE
NOVEMBRE 1721. 53
Vous ayés à me reprocher de ne vous avoir
pas dit ce que je penſe.
Je vous fuis fort obligé , lui dis -je , je
ine fuis fait la même leçon ; mais j'avois'
befoin de votre conféil pour m'arracher
à une image fi parfaite , pendant que je
dois craindre d'être vû de la perfonne
même de plus vous m'avés affuré qu'elle
eft dans Bagdad , c'est ce qui n'y retient
encore.

Moi , Seigneur , me répondit le Sage , je
ne vous ai point dit où elle eft , ni mon
ami non plus , je vous ai dit feulemens
qu'il m'entendoit lorfque je lui parlois ,
& qu'elle vous entendoit de même ; maist
it n'eft pas plus difficile de fe faire entendre
par cette voye à deux mille lieuës , que "
d'une maison à une autre ; vous dévés vous e;
fouvenir , lorfque vous m'avés fait l'hon-"
neur de me demauder leurs noms , que je
vous ai répondu qu'il ne m'étoit pas permis
de vous le dire.
Ge difcours me fit prendre dans le mo
ment la refolution de partir de Bagdad
je difois en moi-même , puifqu'il ne me l'a
point fait voir , il faut qu'elle ne foit pas
icy , fans doute qu'il a voulu fortifier mon
amour, pour me donner tout le courage
qu'il faut avoir pour courir le monde dans
Phumiliation où je fuis .
Le lendemain à la pointe du jour an
BY lien

34 LE MERCURE -
lieu defortir , comme je faifois, pour aller
dans la Ville , j'allai trouver le Sage , &-
lui dis que j'avois fait mes reflexions , &
que j'avois pris le parti de m'en aller , que,
je venois prendre congé de lui , & parler
encore une fois à la perfonne dont j'étois
fi charmé. Je me jettai enfuite à genoux,
devant cette Figure , je lui dis les raifonsde
mon départ ; je l'affurai de l'excès de
mon amour , & j'employai les termes les plus
vifs
pour
la perfuader
qu'il
n'y avoit
que
la mort
qui pût me faire
changer
de
fentiment
pour
elle .
Le Sage avoit paffé dans la Chambre
prochaine pour me laiffer la liberté de
parler fans être entendu , il en avoit ulé
de même tout le tems que j'avois demeuré
chés lui ; je ne pûs m'empêcher en lui
difant adieu de lui témoigner mon inquié
wude fur le peu de moyens que j'avois
pour faire mon voyage , je le confultai fur
les lieux où je devois aller ; à cet égard
me dit-il , c'eft à vous , Abenfaï , de vous
déterminer la puiffance fuprême vous
infpirera , vous ne devés pas avoir moins
de confiance fur vos befoins , avés- vous
manqué depuis que vous êtes forti de la
maifon paternelle ? Je compris qu'il avoit
raifon , je le priai d'oublier mon peu de
foy , je lui fis mille proteftations d'amitié
& de reconnoiffance , & je le quittai enfuire
DE NOVEMBRE 1721 . 35
fuite , je fortis de Bagdad à la pointe du
jour.
Je ne vous ennuierai point , Seigneur ,
de mes voyages & de mes peines : il ne
m'eft rien arrivé de remarquable depuis
quatre ans que je marche toujours , aprés
avoir fait tout le tour de l'Afrique en fuivant
les côtes , je fuis arrivé icy ; j'avois
accoutumé de paffer les nuits ou la grande
chaleur du jour dans le premier lieu que
je trouvois commode , quand l'extrême laffitude
m'ôtoit le pouvoir de marcher :
cette Pyramide que j'ai trouvée fur mon
chemin me parut propre à me retirer , je
vous y ay trouvé, Seigneur , c'eft le premier
bonheur que j'ay fenti depuis que je fuis
forti de Bagdad, vous avez eu plus de compaffion
de moy que de frayeur ; & j'ay ſenti
pour vous tout le refpect que vous impofés
par votre prefence , l'efperance que vous
m'avez donnée de me faire fçavoir les raifons
pour lesquelles un homme comme
vous le tient caché dans un endroit fi peu
convenable , me donnera une feconde confolation
: je vous fupplie, Seigneur ,de ne me
point faire languir dans cette impatience.
B vj POESIES ,
B6
LE
MERCURE
POESIES , ENIGMES , CHANSONS..
PARAPHRASE
fur le Pfeaume cent onzième.
+ Beatus vir qui timet Dominum : in mandatis
jus volet nimis..
ARBITRE de la nature ,
Source d'immenfes bienfaits !:
Heureufe la creature ,
Qui fuit tes divins attraits !
Heureux , à qui ta voix fainte
D'une falutaire crainte
Soutient le don de la foy !
Conftant ennemi du vice ,
Jon amour pour la juftice
Luy fait obferver ta loy..
Potens in terrâ erit femen ejus generasia
redorum benedicetur.
Ouy , Seigneur , un coeur fidele
Par tes éternels refforts ,
1
Trouve pour prix de fon.zele
D'intariffables tréfors
Précieux fruit de ta grace.
Cer
DE NOVEMBRE 721 37
Beni dans toute fa race.
Le jufte fera vanté :
Et plus ferme que la pierre ,
Avec éclat fur la terre
Vivra fa pofterité.
Gloria & divitia in domo ejus : & juftician
ejus manet in faculum`faculi.
Ainfi l'heureuſe abondance
Luy donnant tout à foiſon ,
Sur la gloire & la puiffánce.
Il fondera fa maiſon :
La vertu de l'homme fåge
Eft l'infaillible préfage
Qui le fait vivre à jamais ::
A tout amré objer nuifibié
Son efprit inacceffible.
Goûte une éternelle paix..
Exortum eft in tenebris lumen rectis : "miferiăors
, & miferator, &justus .
"
De tes fécondes richeffes >
Telles font les profondeurs :
Tu nous combles de largeffes ,
Souverain maître des coeurs :
Toujours affez . bon pour plaindre
Le jufte qui te fait craindre ,
E le pecheur qui te fuit :
38 LE MERCURE
]
Des plus épaiffes tenebres
Tes dons à jamais celebres
Font difparoître la nuit.
Jucundus homo qui miferetur commodat ,
difponet fermones fuos in judicio : quia in asernum
non commovebitur.
Incapable de mal faire ,
Avec le même maintien ,
Le mortel qui veut te plaire ,
Hait le mal , & fait le bien :
Sa langue eft par tout affable ,
Son ame à tous fecourable
Confole les affligez :
Auffi , toujours bienfaisante ,
Les faints projets qu'elle enfante
Ne feront jamais changez.
In memoriâ aterna erit juftus : ab auditions
mala non timebit.
Mais , à fource de cabale ,
Efprit noir & tenebreux !
Toy , que la voûte infernale
Sufcite aux coeurs genereux :
Monftre digne d'anathême ,
Envie au front trifte & blême ,
Tes traîtres efforts font vains
Que fait à leur renommée
Ta
DE NOVEMBRE 1711- 39
Ta fureur envenimée ?
Leur Dieu les tient dans fes mains.
Paratum cor ejus fperare in Domino , confirmatum
eft cor ejus : non commovebitur donec
defpiciat inimicos fuos.
En vain l'Enfer & le Monde
S'arment contre leur ferveur :
La mer & toute fon onde
N'éteindroit pas leur ardeur :
Une fainte confiance
Les foutient dans l'efperance
Du terme de leurs defirs :
A couvert des calomnies ,
Leur mépris pour les impies
Ne fait qu'aider leurs foupirs.
Difperfit dedit pauperibus , juſtitia ejus manet
infaculumfaculi : cornu ejus exaltabitur in gloria.
C'eft ainfi que la juftice ,
Aux yeux de tout l'Univers ,
Triomphe de la malice
Des mortels les plus pervers :
Ses faveurs toujours égales ,
Sont dans fes mains liberales
Pour le pauvre un prompt fecours ;
Et fa gloire lui difpenfe
L'abondante recompenfe ,
Qui l'enrichit pour toujours.
Peccat
40
LE MERCURE
Peccator videbit & irafcetur : dentibus fuis
fremet tab feet , defiderium peccatorum peribit. ·
Cependant l'honneur du fage-
Livrant l'injufte à l'ennuy ,-
Le défefpoir & la rage
Bien tôt s'emparent de lui :/
Son ame à la douleur cede ,.
L'emportement qui l'obfede
Fait éclater fon dépit :
Mais la fureur qu'il exhale :
Eft au jufte moius fatale ,.
Qu'au peclicur qu'elle endurcit
Les Vers Latins qui fuivent font un
des plus beaux endroits da Poëme de
BArt de bien écrire , chef- d'oeuvre du Pi
Rainier Carfughi Jefuite Italien , Livre 3.-
où il eft traité de l'Imitation . L'Auteur
2
+
ne veut pas qu'on porte l'admiration pour
les Anciens , jufqu'à marcher toujours
fur leurs pas ; juſqu'à étouffer la noble
émulation d'aller plus loin qu'eux , &c.
& amene enfin le fameux exemple d'une
heureuſe audace , qui a fait découvrir un
nouveau Monde , & c.
Quis finem ingenio ftatuat ?
Alcides Nautis metas defixerat , undas
Ne
DE NOVEMBRE 1721. 4
Ne Gaditanas violarent remige fcripfit
Mortales , huc ufque licet : defiftite , feffus
Hic ftetit Alcides . Has vidit Nauta eolumnas
Plurimus , ac timidus retrò fua carbafa flexit .
Non ita , non Ligurum Tiphis , feliciter audax
Effe fuum credens quidquid natura creaffet ,
Herculeas Italos contempfit pectore metas ..
Sic decet ; audendum eft , Imitantem nobilis ardos
Deferat Antiquos ultrà : viciffe Magiftros
Forfitan & poterit , qui vincere poffe putabit.
Traduction.
L'efprit n'a point de borne en fes productions
Hercule ayant couru de vaſtes regions ,
Fixe au fameux Détroit fa courfe vagabonde ,
Qu'il prend fans raifonner pour les confins du
monde ;
C'est là qu'il erigea ce double monument ,
Source aux fieeles futurs d'un long égarement
Colomb vint, ce Genois plus courageux qu'Alcide,,
Entreprend de franchir la barriere timide ;
Heureux en fon audace , il croit , non pas en vain,,
Sur toute la Nature avoir un droit certain.
Du fils de Jupiter la borne méprifée ,
Il joüit du fuccès de fa noble penſée ..
Il est beau d'entreprendre ; un effort genereux
Peut faire aller plus loin que n'ont fait vos .
aycux ,
Fr
42
LE MERCURE
Et le Difciple acquiert une gloire immortelle ,
Qui fürpaffe fon Maître en fa route nouvelle.
Le Poëme du P. Carfughi a été imprime
à Rome en 1709 , il y en a un bel extrait
dans le Journal de Trevoux du mois de
May 1711 .
REFLEXIONS
Sur l'inconftance des chofes humaines.
D'Ans
la Nature
Tout change , tout fe détruit.
L'eau la plus pure
Céde à l'eau qui la fuit .
Tel qu'au nuage
Par un nuage pouffé ,
Le temps volage
Fuit par le temps chaffé.
A la nuit fombre
Succede l'éclat du jour ,
Que l'épaiffe ombre
Diffipe à fon retour.
Dès qu'il a l'être
L'homme eft foumis à périr :
Avant de naître
Helas il peut mourir.
La
DE
NOVEMBRE 1721. 45
La Terre & l'Onde
D'un Vainqueur (a) fuivent les Loix ,
Il meurt , le Monde
Rentre dans tous fes droits.
Rome s'éleve ;
Elle forme des projets ,
La Guerre acheve ,
Rois , vous êtes Sujets .
Ville fuprême ,
Quel fort après tant d'Exploits !
Dans ton fein même
Un Roy (b) vange les Rois .
Fameufes Maffes , (c)
Monumens de vanité ,
Où font les Places
Ou vous avez été ?
D'affreux
ravages
Ont détruit lieux éclatans.
Ciel que d'Ouvrages
Le Téms ravit au Tems !
Dans la jeuneffe
Une femme a mille appas ;
Mais la vieilleffe
Ne les refpecte pas.
[a] Alexandre.
b] Alaric Roy des Gots qui prit & brûla Rome.
[ Les Piramides d'Egypte,
1
L'homme
44 LE MERCURE
L'homme varie
Trop ami du changement :
Vivre l'ennuye ,
S'il faut vivre uniment .
Le plaifir laffe ,
La tendreffe n'a qu'un cours ,
Hors Dieu tout paſſe ,
Rien ne dure toujours
ADIEUX
A MADEMOISELLE.
Par M, DE LONGUE Pere Nourriffier deMademoi
felle de Chartres . Prefentez le 16 de ce mois.
.
ALLEZ , PRINCESSE , allez où le
Ciel vous appelle 5
Affurez à l'Europe une Paix éternelle :
Et que ce double Hymen , formant de nouveaux
noeuds ,
Rende deux Rois contents , & leurs Sujets heu
reux !
Vous devez affetmir le bonheur de la France ;
L'Espagne voit en vous fa plus chere Efperance ,
Déja de vos attraits l'éclat brille à fes yeux ;
Déja l'air retentit de chants mélodieux.
La Difcorde en couroux vainement fe mutine ;
Frappé
DE NOVEMBRE 1721. 45
x
Frappé de vos Vertus , PHILIPPE( 1 ) Vous deſtine
Sur les rives du Tage un jeune ( 2 ) SOUVERAIN,
Qui Vous conduit au Tiône , en Vous offrant fa
main.
C'eft le fruit précieux d'une rare Prudence ,
Ce feront les lauriers dignes de la Regence :
Jouiffez des faveurs d'un ( 3 ) PERE genereux;
Courez à l'Univers donner des Demi dieux.
1 Le Sceptre fut jadis le prix de la Sageffe ;
Elle fait feule encor une grande Princeſſe :
CELLE , (4) qui Vous porta dans fon illuftre
fein ,
D'élever une Reine eut toujours le deffein ;
Mais une Reine , en qui fa juſte Prévoyance
Vouloit que le Mérite égalât la Naiſſance : '
Reine , en qui la Raiſon , affemblant les Vertus,
Tint les moindres défauts fous fes loix abbatus .
Les Aftres vous marquoient une haute Puiffance
:
Sur votre front férein , dès la premiere Enfance,
De la Majesté fainte on reconnut le Sceau ,
Vous parutes regner en fortant du Berceau.
PRINCESSE, confervez le noble Caractére ,
(1 ) Sa Majefté Catholique .
(2 ) LOUIS , Prince ds Afturies . "
(3 ) Monfeigneur le Regent.
[4] S, A. Madame la Ducheffe d'Orleans,
L'Esprit
46 MERCURE LE
L'Efprit , la Pieté de votre Augufte MERE ,
Ce Modéle accompli de folides Grandeurs ;
De cent Peuples foumis Vous ravirez les coeurs,
Qu'une ( 1 ) AYEULE fans ceffe à vos yeux fe
prefente ,
Faites revivre en Vous fon Equité conſtante ;
Le Diadême aura des charmes inouis ,
Nos Neveux béniront le Regne de LOUIS.
Faut-il Vous rapprocher MODENE , ou ( 2 )
LUNEVILLE ,
Là , cheris des Mortels , dans un Etat tranquille,
Deux fidéles Amans , plutôt que deux Epoux ,
Goûtent d'un fort heureux les plaiſirs les plus
doux.
Marchez avec ardeur fur de fi belles traces ;
Verfez à pleines mains les honneurs & les Graces :
Qu'au coeur du tendre INFANT le vôtre foit
uni ,
Rapellez Vous en tout la fage ( 3 ) CHIVERNI.
Mais , tandis qu'à chanter ces vivantes Merveilles
Les Mufes donneront , & leurs foins & leurs
veilles ;
Tandis qu'auprès de Vous les Jeux & les Amours
[1 ] Madame.
[2 ] Demeure de L. A. R. de Lorraine.
[3] Gouvernante de la Princele.
Dans
DE
NOVEMBRE 1721.
47
Dans la felicité feront couler vos jours ;
PRINCESS E , laiflez - nous Vous cacher nos
allarmes ,
Et foyez , s'il le peut , infenfible à nos larmes.
A M. DE BRYE , Maître en Fait d'Armes.
Sur fon Traité de l'Art de tirer des Armes , dedié
à Monfeigneur le Maréchal Duc de Villeroy , qui
lui a fait l'honneur de le prefenter au Roy.
SONNET.
S Cavant Maître en cet Art ficher à la Nobleffe ,
Ouy , de Brye, en formant les Nourriſſous de
Márs ,
Tu donnes à leurs corps la grace & la foup!effe ,
Tu prépares leur coeur à braver les hazards.
Mais leur communiquant ta Martialeadreſſe ,
Tu fçais leur infpirer que les plus grands Céfars ,
Les Armes à la main , ont auffi la Sagefle ,
De qui les traits vainqueurs font craints de
toutes parts..
Ce font là de ton Art les principes fublimes
Et ton bras merita par tes rares maximes ,
D'exercer ( 1) les Heros du fang de Villeroy.
De concert avec Mars les neuf Soeurs Pacifi
ques ,
Elles mêmes loüant tes Leçons heroïques ,
En ont fait la lecture à notre Augufte Roy.
A P. de Bellechaume.
[1] Mrs. les Marquis de Villeroy , Mrs. Les Ducs de
Boulders , Briffas , de l'Efdiguieres ,
Elles
LE MERCURE
Vers de Madame de . . .
En envoyant un Ceinturon à Mr de ..
Pour la mere des Amours
Les Graces autrefois firent une Ceinture ,
Un certain charme étoit caché dans la tiffure:
Avec ce talifman la Déeffe étoit fûre
De fe faire aimer toujours.
Et pourquoi n'eft- il plus de femblable parure ?
De la même Manufacture
Cortit un Ceinturon pour Amant de Venus :
Mars en fentit d'abord mille effets inconnus.
Venus , qui fit le don , ne fe vit pas trompée ,
Aufli depuis ce tems le fexe eft pour l'épée .
Les Graces , qui pour vous travaillent de leur
mieux ,
Ont fait un Ceinturon fur le même modele ;
Que ne puis-je obtenir des Dieux
La Ceinture qui rend fi belle ,
Pour l'être toujours à vos yeux !
DE NOVEMBRE 1721. 49.
A Madame ***
NE quittez point des lieux fi beawz
Où l'ombre de Ninon de myrthe couronnée
Ne le montra jamais fous de triftes lambeaux ,
Mais de Jeux & d'Amours toujours environnée,
Ce féjour par elle habité
Devint un temple refpecté ;
Ou tous les coeurs voloient à l'envi fur fes traces?
Joüiffez y du fort qu'elle a long tems goûté ,
Elle n'eut point votre beauté >
Et vous avez fon efprit & fes graces.
Le mot de la premiere Enigme du
mois paffé eft le Chapeau ; celui de la
feconde , c'eft la Canne.
J
PREMIERE ENIGME.
E nefuis point efprit , ni fubftance , ni corps,
J'ay cependant , dit-on , des ailes ,
Je fuis en terre , aux voutes immortelles ,
Tout l'Univers fe meut par mes refforts .
Je fuis à charge aux uns , aux autres neceſſaire ,
Les debiteurs connoiffent bien mon prix ,
C
Jo
LE MERCURE
Je fçai calmer la douleur , la colere ,
Et moderer la chaleur des efprits.
Je fçai flechir l'Iris la plus cruelle ,
Et des Amans couronner les efforts ,
Souvent auffi par moy plus d'une belle
Des plus beaux noeuds a rompu les accords,
Je fuis plus promt qu'Atalante & qu'Achille ,
On fait pour m'errêter des efforts fuperflus ;
A deviner , Lecteur , foyez habile
Ou je m'échape , & ne reviendrai plus.
SECONDE ENIGME.
Sfez fot pour fervir de modele en betife
A Un jeu fameux pourtant que chez le Peuple
on priſe
A mon honneur eſt confacré.
Trois Elemens que j'habite
Vantent très- peu mon merite .
Je meurs très fouvent ignoré,
Et quelquefois mon trépas celebré
Fft compté pour plaifir dans une grande fètes
Là pour m'ôter le jour il faut plus d'un effort ,
Et je n'expire pas fans bien laver la tête
A celui qui jure ma mort.
CHANSON
DE NOVEMBRE
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY,
ASTOR,
LENOX AND
TILDEN
FOUNDATIONĄ,
9
Recit de Basse .
Souvent du Dieu divé les
X
traits des amours Je tous à
ACAR
DE NOVEMBRE 1721. 57°
CHANSON
Ouvent du Dieu du Vin j'ai chanté la 橘
S victoire ,
Et bravé les traits des Amours ;
Je goûtois en paix d'heureux jours .
Et je les paffois tous à boire.
Mais l'Amour , ce tyran des Dieux ,
M'aprend enfin quel eft fon pouvoir redoutable ,
Et pour percer mon coeur d'un coup inévitable ,
Il a recours à vos beaux yeux.
AAAAAAAAAAA
NOUVELLES LITTERAIRES
ET
DES BEAUX ARTS.
M
ETHODE pour faire une infinité do
deffeins differens , avec des carreaux
mi- partis de deux couleurs par une ligne
diagonale , ou obfervations du R. P. Dominique
Doüat , Religieux Carme de la
Province de Toulouze , fur un Memoire
inferé dans l'Hiftoire de l'Academie Royale
des Sciences de l'année 1704 , prefenté
parle R. P. Sebaftien Truchet , Religieux
du même Ordre , Academicien honoraire,
volume in 4º . à Paris chez Delaulne ,
Cij ruë
2
S
-
LE MERCURE
rue faint Jacques , chez Jombert , & chez
Cailleau , Place de Sorbonne. 1721 .
Ce Livre eft orné de 29 planches en
taille douce , avec une efpece de Dictio
naire contenant toutes les permutations
que peuvent recevoir quatre carreaux repettez
& mi partis par une diagonale.
Nous avons annoncé cet ouvrage dans
notre dernier Journal , & nous avons dit
quelque chofe de fon utilité & de fes agrémens
. L'amour des beaux Arts nous engage
à en donner une idée un peu plus étendue.
L'Auteur démontre d'abord qu'un carreau
mi -parti de deux couleurs par une
ligne diagonale , peut , par rapport au même
afpect , recevoir quatre differentes pofitions.
Il infere de cette démonftration .
qu'un même carreau , diverfement placé
& apperçû d'un même côté , peut être
confideré comme quatre differens carreaux.
Quand l'angle ombré du carreau mi- parti
de deux couleurs eft en bas à gauche , il
appelle ce carreau A ; quand il eft en haut
à gauche , il l'appelle B. Quand il eft en
haut à droite , il l'appelle C. Enfin quand
il eft en bas à droite , il l'appelle D.
A.
B.
C. D.
L'Auteur obferve que ces quatre carreaux
DE NOVEMBRE 1721. 53
3
reaux A , B , C , D , étant comparez entre
eux , font oppoſez en trois differentes façons
; fçavoir , diagonalement , horifontalement
, & perpendiculairement. Il démontre
que pris un à un ils reçoivent qua
tre permutations ; que pris 2 à 2 ils reçoivent
6 combinaiſons , & 12 permutations.
Que pris 3 à 3 ils reçoivent 12
combinaitons & 24 permutations ; que
pris enfin 4 à 4 , ils reçoivent 24 combi-
તે
naifons , & 48 permutations . Deux Tables
reprefentent chacune les permutations :
la premiere , avec des carreaux figurez :
la feconde , avec des lettres de l'alphabet
l'une & l'autre cottés par des chiffres.
2 ,
Le P. Douar prend enſuite dans un autre
fens les carreaux A , B , C , D , qu'il a
fuppofé jufqu'ici n'être point repetez . Il
démontre qu'étant repetez & pris 2
à
ils reçoivent 16 permutations ; que pris
3 à 3 & repetés , ils reçoivent 64 permutations
, & que pris 4 à 4 & reperez , ils
reçoivent 256 permutations. Des Tables
reprefentent ces permutations avec des
carreaux figurez , avec des lettres , & c.
Tous les divers choix & les differens arrangemens
des carreaux A , B , C , D ,
font marqués dans ces Tables dans quelque
fens qu'on les y rapporte : l'Autheur
obferve que ces differens arrangemens faifant
des figures agréables à la vûë , on
C iij
peut
$4 MERCURE LE
peut avec ces permutations , jointes enfeinble
, faire un très grand nombre de deffeins
variez. Il propofe enfuite ce Problême
qu'il refout dans le Livre.
Fixer le nombre des deffeins differens
qui peuvent être faits avec les 256 permutations
des carreaux A, B , C , D ,.
foit qu'on les prenne une à une , 2 à 2,
3 à 3 , ou 4 à 4 , & c. jusques à 25.6.
Pour marquer le nombre de deffeins
differens qui peuvent être compofez , on
voit une Table dreffée felon les Regles de
P'Algebre , qui contient un nombre de
deffeins fi prodigieux , que quand l'Au--
teur vivroit autant que Mathufalem , par
deffus 40 ans qu'il a déja , il ne pourroit
les figurer tous fur le papier , quand mê
me il auroit toujours le crayon à la main.
Pour convaincre le Lecteur de la poffibilité
de cette prodigieufe quantité de
deffeins , le P. Douat le renvoye aux
Elemens de Mathematique du P. Prefter ,
en attendant que fon Arithmetique fpeculative
& pratique paroiffe , afin que , lifant
dans les ouvrages de ce grand Mathematicien
, que puifque les huit mots
Latins qui compofent ce Vers fait à la
louange de la fainte Vierge ,
Tot tibi funt dotes , Virgo , quot fidera calo...
peuvent recevoir 40 320 permutations ,
G
DE NOVEMBRE 1721. 5 $
l'on n'a pas égard à la mefure du Vers
hexametre , & 3176 , en gardant les Regles
de la Poëfie ; & que puis qu'avec les
lettres de l'alphabet l'on peut faire ce
nombre prodigieux de 1391724288872
$2999425128493402200 mots differens
; il conclue qu'il n'eft pas impoffi
ble avec 256 permutations de faire une infinité
de deffeins & de compofitions differentes.
Parmi cette multitude de Deffeins , que
je n'ai jamais vûs , dit l'Auteur , puis qu'il
n'y a que le P. Sebaftien & moy qui ayons
jamais travaillé fur cette matiere , & que
je ne verrai jamais , la vie de l'homme
étant trop courte ; j'en découvre pourtant
de quatre fortes ; fçavoir , de fimples , de
moins fimples , de compofez & de plus
coinpofez. Il donne les Regles pour faire
les uns & les autres , & figure dans for
ouvrage une centaine de deffeins de ces
quatre efpeces . Il les explique en marquant
les permutations dont il s'eft fervi pour
les compofer , & il obferve s'il a repeté
de fuite ou alternativement ces mêmes
permutations
Il explique encore comment font compofez
leurs Deffeins oppofez diagonalement
, horisontalement & perpendiculairement
; de forte qu'avec ces cent Deffeins
gravez , on en a d'abord 400 fans beau-
-Ciiij
coup
A
56 LE MERCURE
coup de peine , & avec un peu plus d'application
, & recourant aux Tables des
Permutations , le Lecteur ftudieux peut en
compofer à l'infini.
L'Auteur donne une pratique pour exe
cuter fes deffeins , fans recourir aux Tables
des permutations , ni qu'il foit neceffaire
d'avoir ces deffeins devant les yeux ; com
me auffi pour tracer leurs deffeins oppo
fez diametralement , horisontalement , &
perpendiculairement , par le moyen de ces
quatre lettres A , B , C , D , & avec ces
mêmes lettres il donne 256 Deffeins differens
, que les curieux pourront executer
en s'amufant agreablement , s'étant munis
de 144 petits carreaux de carton
ou d'autre matiere , mi- partis de deux
couleurs par une ligne diagonale. I
donne de plus tous les centres & les angles
des Deffeins plus compofez . Voici
une planche qui donnera une idée agreable
de ces compofitions .
Il paroîtra fans doute étonnant qu'avec
une figure auffi fimple qu'un carreau miparti
de deux couleurs par une diagonale ,
on puiffe faire une fi prodigieufe quantiré
de Deffeins variez ; mais, comme dit le P.
Douat dans fa Preface , on doit faire attention
que les fciences les plus étendues ont
des principes tres fimples. Les Mathema
tiques n'ont qu'un point , dont on compofe
GT

DE NOVEMBRE 1721. 57
pofe les lignes , les furfaces & les folides.
L'arithmetique n'employe que neuf chifres
fignificatifs , pour exprimer tous les
nombres imaginables. La Mufique n'a
que fept notes.
Ce feroit peu , fur-tout en Mechanique,
de donner des Regles , fi on n'en rendoit
la pratique aifée & facile ; c'eſt à quoi
P'Auteur a pleinement fatisfait ; car les
plus fimples trouveront dans fon Livre une
methode courte & ailée pour former tous
fes differens Deffeins , n'étant neceffaire
que de connoître la valeur des quatre
lettres A , B , C , D , & même fans cette
connoiffance , ils pourroient encore également
executer tous les Deffeins fans
jetter les yeux fur les planches , en obſervant
feulement les quatre differentes pofitions
du carreau mi- parti.
Cette nouvelle invention fera très utile
aux beaux Arts & à la Mechanique. Ceux
qui ont écrit de l'Architecture jufqu'à
prefent , ont très peu parlé du pavé , du
carrelage , des parquets, &c. On trouvera
dans le Livre du P. Douat , une fource
intariffable pour paver les Eglifes , les
Galeries , les Sales , les Cabinets , & pour
faire de très beaux compartimens. Le
Peintre y puifera de belles idées ; les Ouvriers
en pieces de rapport , pour la marqueterie
, les Marbriers , les Tailleurs-de
Cv pierre
LE MERCURE
pierre , les Ebeniftes , les Vitriers , less
Menuifiers , les Tapifliers , Brodeurs ,
Tifferands , ceux qui travaillent fur les
Canevas , & generalement tous ceux qui
font des ouvrages à l'éguille , y pourront
apprendre à compofer & à execurer les
Deffeins les plus beaux & les plus variez .
Tout l'ouvrage eft divifé en quatre par
ties : La premiere , contient les principespour
faire des Deſſeins à l'infini. Dans la
feconde , on donne 72 Deffeins differens ,
compofez avec les mêmes pieces. Les expli
cations des Deffeins font la troifiéme partie ;.
& la quatriéme comprend la pratique
pour executer les Defleins.
Ce Livre eft orné de huit Approbations
de confequence ; la premiere , de M. Bon
Prefident de l'Academie Royale des Sciences
de Montpellier , qui certifie avoir lû
avec plaifir l'ouvrage du P. Doüat . Il en
trouve la methode claire , bien raiſonnée
& très utile au Public.
M. Gauteron Secretaire perpetuel de la
même Academie , dit que c'eft un tiffu
de confequences , tirées des principes.
clairs & évidens , où l'on voit un ordre
& une netteté , qui font l'effet de l'efprit
Geometrique qui regne dans tout l'ouvra
ge , où le P. Douat a épuifé l'art des
combinaiſons & des permutations.
M. Niquer Directeur des Fortifications
de
<
DE NOVEMBRE 1721. 59
de Languedoc , trouve cette methode très
ingenieufe & fort aifée à pratiquer pour
carreler les planchers , &c.
M. de Mirabel Ingenieur en Chef, &c.
dit avoir lû avec une finguliere attention ,
l'Art de combiner & permuter les quatre
carreaux mi- partis de deux couleurs.
Il ajouté que cette matiere n'a jamais été
& ne peut être traitée plus profondément ,
plus methodiquement , ni plus utilement ,
tant pour les Sçavans que pour les Ouvriers,
& pour le` Public qui en tirera un grand
avantage.
J'ay lû avec fatisfaction , dit le P. Saguens
, l'ouvrage du P. Doüat ; il eft
rempli de fpeculations fort élevées , &
d'autant de demonftrations tres folides
Les Ouvriers en Marqueterie y pourront
apprendre la perfection de leur Art , &
les doctes curieux , qui s'adonnent à la
Phyfique , pourront auffi en tirer un grand
avantage , pour arriver à la connoiffance
de cette varieté incomprehenfible qu'on
voit dans les effets de la Nature.
Le Pere Durant Jéfaire , reconnoît dans
fon Approbation , que l'invention & l'execution
de tous les Deffeins poffibles , font
réduits dans cet Ouvrage à la derniere
facilité ; on pourra deformais , dit- il , tout
trouver & tout executer prefque en ſe
joüant.
C vj
Extrait
60 LE MERCURE
Extrait des Regiftres de l'Academie Royale
des Sciences , du 14 May 1721 .
Mrs. de Lagni & Saurin , qui ont été
nommés pour examiner les obfervations
du P. D: Doüat , Religieux Carme de la
Province de Toulouſe , fur le Memoire
du P. Sebaftien Truchet , inferé dans
l'Hiftoire de l'Academie de l'année 1704,
en ayant fait leur rapport à la Compagnie ,
elle a jugé que l'Auteur avoit appliqué
la methode des combinaiſons & des permutations
avec beaucoup d'ordre & de
netteté aux differens arrangemens qu'on
peut donner à des carreaux mi-partis de
deux couleurs , pour en former des compartimens
agreables , & qu'il avoit perfectionné
& pouffé auffi loin qu'il étoit
poffible , l'idée du P. Sebaftien : en foy
de quoi j'ay figné le prefent Certificat
A Paris , le 17 May 1721. FONTENELLE ,
Secretaire perpetuel de l'Academie Royale
des Sciences .
M. Varignon , de l'Academie Royale ,
Approbateur du Livre , dit que l'Auteur
a pouffé l'idée du P. Sebaſtien beaucoup
plus loin , par le moyen de la doctrine
des combinaiſons & des permutations qu'il
a conduit dans un plus grand détail des
differens arrangemens & difpofitions que
peuvent avoir entre eux les carreaux mi-
A
partis
DE NOVEMBRE 1721. 61
partis de deux couleurs , deftinez aux
compartimens qu'on en veut faire . Il en
donne dans fon Livre , dit ce Cenfeur ,
plufieurs Deffeins differens , très agreables
à la vûë , & enfeigne une maniere facile
d'en conftruire tant d'autres qu'on voudra ,
tous differens & également curieux ; ce
qui me perfuade , ajoute- t'il , que cet
Ouvrage fera plaifir au Public , &c .
NOUVELLE GRAMMAIRE Françoife &
Latine, enrichie de tailles- douces , plus cu-
Fieufe & plus methodique que toutes celles
qui ont paru jufqu'à prefent, dediée auRoy.
Par M. Beaumont , Prêtre , Bachelier de
Sorbonne. Vol. in 4 ° . trois livres. A Paris,
chez la Veuve le Fevre , rue S. Severin.
1721.
Ce Livre , dont nous avons déja parlé
dans le Mercure de Septembre , fait le
premier Volume du Traité des Arts & des
Sciences , que l'Auteur va donner au Public
, & qui paroîtra le mois prochain fous
ce titre Traité de tout ce qu'il y a de plus.
neceffaire & de plus curieux pour la veritable
intelligence de l'Hiftoire, avec un Abregé
de Chronologie.
M. Beaumont reconnoît avec beaucoup
de modeftie fon infuffifance à faire des
projets qui puiffent favorifer les Etudes
du Roy. J'admirerai toujours , dit-il dans
fom
12 LE MERCURE
fon Epitre , la bonté des nouveaux Plans
qui fervent à l'éducation de V. M. & qui
marquent également & les grands biens
qu'une Ame Royale en peut tirer , & la`
fecondité furprenante des perfonnes qui
les ont inventez . Ces perfonnes , SIRE ,
n'ont d'autre deffein , tout le monde le 1çait ,
& jone fais gloire de le publier , que de'
conduize V. M. par des routes courtes ,
fimples & aifées , pour arriver plus fure.
ment à cette haute perfection , qui doit
faire la gloire folide d'un Souverain , &
la vraye felicité des Sujets . On voit des
preuves autentiques de ces Génies éclairez ,
dans des exemples recens , qui plaifent ,
qui charment , & qui édifient tout le monde
; enforte qu'une grande vigilance,jointe,
à un defintereffement entier
plus brillantes Dignitez , perfuadent ailément
qu'ils veulent conftamment demeurer
attachez à Votre Perfonne Sacrée , pour
pouvoir plus efficacement travailler à la
rendre heureufe & parfaite , & c .
même des
Dans fon premier Difcours l'Auteur dit
que ce Livre peut être appellé Rudiment
Royal , eu égard à fes hautes perfections.
Voilà , ajoûte-t'il , fuffifamment de quoi
contenter les Dames de qualité , les jeunes
Seigneurs , & les Religieufes qui voudront
avoir la fatisfaction de lire ou d'apprendre
la Grammaire Latine & Françoile , avec
des
DE NOVEMBRE 1721. 63
1
des ornemens nouveaux .
M. Beaumont n'omet rien d'effentiel ;4
il donne jufqu'à l'étimologie des mots ,
leurs définitions , & leurs divifions , &c...
ETAT DU CIEL , ou Journal de ce qui
arrivera chaque jour de plus confiderable
dans les mouvemens des Aftres , avec les
afcenfions du Soleil , & celles des principales
Eto les pour avoir l'heure pendant la
nuit augmenté d'une Methode pour reduire
le Lever & le Coucher des Etoiles ;
& les crepufcules du matin & du foir
& pour dreffer les Thêmes celeftes, calculé
pour Paris , à l'horifon de toutes fortes >
d'autres lieux . Brochure in 2. Chez Collombat
, rue S. Jacques.
RECUEIL des Actes , Titres & Memoires
concernant le Clergé de France
augmenté d'un grand nombre de Piéces ¿
d'Obfervations fur la Diſcipline preſente de
PEglife , divifé en douze tomes , & mis en
nouvel ordre ſuivant la Deliberation de
PAffemblée Generale du Clergé, du 29 Août
1705. Tome huitiéme , contenant ce qui
concerne les Affemblées du Clergé , les
differens Départemens ; les Receveurs &
les Bureaux des Decimes ; les Droits &
Fonctions des Agens Generaux du Clergé,
& les Deliberations pour la confervation
de ſes Archives. A Paris ; chez P. Simon.
TRAITE 1721 .
64 .
LE MERCURE
TRAITE' DE LA PESTE , par M. Ran
chin , Medecin de Montpellier , avec l'hiftoire
de la Pefte qui affligea cette Ville en
1630, les ordres qu'on y apporta , la definfection
particuliere des maiſons , &c. &
un Remede fpecifique contre la Peſte ,
feur M. le Curé de Colonges , &c. 1721 .
A Lion , & fe vend à Paris chez Jean Pepingué
Libraire , Quay des Auguftins , au
S. Efprit.
de
DISSERTATION SUR L'ASPHALTE ,
ou Ciment naturel , découvert depuis quel
ques années au Val Travers dans la Comté
de Neufchâtel , par le Sr Eirini d'Eyrinis ,
Profeffeur en Grec, & Docteur en Medecine.
Avec la maniere de l'employer , tant fur la
pierre que fur le bois , les utilitez de
Phuile que l'on en tire . A Paris , chez Nicolas
Lottin , rue S. Jacques , 1721. Bro
chure de 40. pages.
Cet Afphalte Européen , dit l'Auteur ,
ne differe de celui d'Afie en aucune de
fes parties. Il a l'odeur de l'ambre & la
couleur brune. C'eft une Pierre minerale,
graffe & chaude, vifqueufe, & plus gluante
que la poix : fes pores font extrémement
ferrés , quoique remplis d'huile. Il aproche
fort du marbre par fa pefanteur ; il devient
auffi dur quand il eft fondu comme
il faut , & il refifte tellement au froid &
à l'eau qu'il n'en peut être penetré. C'eſt
un
DE NOVEMBRE 1721. 65
un Ciment naturel & le meilleur qu'il y ait
dans le monde : il garentit le bois de la
pourriture , des vers , & des dommages de
la vieilleffe on le compofe en mettant
neuf livres d'afphalte en poudre & une
livre de poix de Bourgogne fonduë. On
en peut former des vafes , foit avec des
moules ou autrement , qui durent d'autant
plus , qu'on en peut rejoindre les morceaux
par le moyen du feu , lorfqu'ils viennent
à fe caffer fans qu'il y paroiffe . L'huile
qui fe tire de la Pierre d'Afphalte tuë les
punaifes & leurs graines quand on en frotte
les fentes & les trous où elles fe retirent ;
& la fumée qui fort de cette pierre , quand
on la fait calciner fur le feu dans une
cueillere de fer , fuffit pour les détruire ,
en fermant les portes & les fenêtres pendant
une demi heure , afin que la fumée
puiffe penetrer dans les plis des rideaux ,
&c.
L'Auteur croit que ce parfum foulage
les perfonnes attaquées de rhumes de cerveau
& de fluxions dans la tête , & qu'il
eft admirable pour chaffer l'air contagieux .
Il croit auffi , & cela eft autorisé par des
Certificats du Chirurgien Major des Invalides
, que
, que l'huile d'Afphalte foulage les
rhumatifmes douloureux ; le Baume d'Afphalte
eft fort bon contre la galle , la
teigne , les engelures , les dartres vives ,
en
66 LE MERCURE
en l'appliquant avec les precautions neeeffaires
; ainfi que pour les bleffures ,
pour le claveau des Moutons , la rage muë
des Chiens , & c.
On trouve de ce Baume , du Ciment & de
la même Pierre d'Aſphalte , chez le fieur
Beni , rue S. Jean de Beauvais .
NOUVELLES Conjectures fur le Globe
de la Terre , où l'onfait voir de quelle maniere
la Terre fe détruit journellement pour
pouvoir changer à l'avenir de figure : comment
les pierres , les mineraux , les metaux
les montagnes ont été formez les corps
étrangers , comme les carcaffes des animaux,
Les coquillages , &c. y ont été introduits ;
Le promt retour des marées, par des abymes
dans des mers interieures où elles circulent
fous fa croûte, pour produire le flux & reflux.
L'on y démontre l'épaiffeur determinée de
cette croûte , celle de la profondeur de toutes
les Mers , le grand vuide qui occupe le dedans
de fon Globe , la hauteur de notre
Atmosphere , & plufieurs autres difficultez
rés curieufes que l'on y refoût , dont on ne
pouvoit rendre aucune raifon . Le tout prouvé
par des experiences trés - naturelles. in 8º
de 53. pages fans la Preface . A Paris ,
chez André Cailleau , Place de Sorbonne,
à S. André. 1721
NOUVELLES
DE NOVEMBRE 1721. 67
NOUVELLES Conjectures fur l'Origine
de la Pefte ; en deux Lettres , l'une de
M. Gautier , Infpecteur des Ponts & Chauf-
Jées du Royaume ; & l'autre de M. Baux ,
Medecin à Nîmes. Brochure in 8 ° . de 220
pages , imprimée à Meaux chez Frederic
Alart , & fe vend à Paris chez Cailleau .
NOUVELLES Conjectures Phyfiques ,
concernant la difpofition de tous les corps
animez. Deux Lettres de dix pages à chacune
Brochure in 80. A Meaux , chez
Alart . 1721 .
Ces trois Ouvrages font les fruits des
meditations de M, Gautier fur la Phyfique
generale & particuliere. Ils meritent d'être
lus ; les Curieux y trouveront des peníćes
fingulieres , & des routes toutes nouvelles
que l'Auteur découvre dans l'examen de
la Nature.
L'HISTOIRE de l'Abbaye de S. Germain
des Prez , de la compofition de Dom
Jacques Bouillard , vient d'être mife entre
les mains de ... Dupuis , Libraire à Paris
, qui s'eft chargé de l'impreffion , &
de la gravure de quantité de Planches
dont cet Ouvrage doit être orné.
NOUVEAUX Voyages aux Ifles de l'Amerique
, contenant l'Hiftoire naturelle
de
68 LE MERCURE
;
de ces Pays , l'Origine , les Moeurs , la
Religion & le Gouvernement des Habitans
, anciens & modernes ; les Guerres
& les évenemens finguliers qui y font arrivez
pendant le long féjour que l'Auteur
y a fait le Commerce & les Manufactures
qui y font établies , & le moyen de
les augmenter : avec une deſcription exacte
& curieufe de toutes ces Ifles ; Ouvrage
enrichi de plus de cent Cartes , Plans &
& Figures en taille- douce. A Paris , chez
Guillaume Cavelier & le Gras , au Palais,
& chez Cavelier fils & Giffart , ruë S.
Jacques. 1722 .
L'Ouvrage qui porte ce titre , & qui eft
en vente actuellement , eft divifé en fix
Parties , qui compofent autant de Volumes
qui renferment l'Hiftoire Naturelle ,
Civile & Militaire de ces Ifles la plus détaillée
, la plus exacte & la plus complette
qui ait paru jufqu'à prefent.
L'Auteur , qui eft un Miffionnaire de
l'Ordre des Jacobins , a demeuré dans
ces Pays plus de douze années , & s'eſt
fervi des differens emplois qu'il y a eus,
& des voyages qu'il y a faits pour acquerir
des connoiffances très- étendues d'une infinité
de chofes qu'on ne connoiffoit que
très -imparfaitement. Il paroît que ceux
qui avoient parlé avant lui des Manufactures
du fucre , de l'indigo , du rocou,
n'étoient
DE NOVEMBRE 1721. 69
n'étoient point au fait de ce dont ils vouloient
inftruire le Public , au lieu qu'on
ne trouve rien de mieux détaillé que ce
que cet Auteur écrit de ces marchandiſes.
On voit ailément qu'il les connoît à fond ,
& qu'il a joint une longue pratique à une
theorie fort recherchée. Il parle avec la
même netteté de la culture du tabac , du
cotton , de la vanille , du cacao , du chocolat
qui en eft compofé , de la cochenille,
& de quantité d'autres chofes. Il ne tiendra
pas à lui qu'on ne travaille à bien des
Manufactures dont il montre l'utilité & la
facilité , & il entre pour cela dans des détails
également curieux & inftructifs , &
d'une maniere que fans ennuyer le Lecteur,
il ne lui laiſſe rien à defirer , & répond
par avance à toutes les objections qu'on
lui pourroit faire.
› ?
On trouve par-tout un mêlange agreable
de faits hiftoriques de defcriptions d'arbres
de plantes , de fruits , d'animaux
des raifonnemens phyfiques , des démontrations
, des remedes , des reçits d'entreprifes
de Guerre , de Commerce , de nouvelles
découvertes , d'évenemens intereffans
, dont l'enchaînement eft auffi naturel
& auffi fuivi qu'il eft écrit d'un ftile net ,
pur & concis , qui dans fa fimplicité ne
laiffe pas d'avoir toutes les beautés d'une
éloquence vive & engageante qui entraîne
&
70 LE MERCURE
& qui oblige de continuer la lecture qu'on
a commencée , quelque régle & quelque
borne qu'on le foit impolée quand on a
commencé à lire un Volume .
On ne trouve point ailleurs des remarques
fi curieufes fur l'origine des Caraï
bes , leurs differens langages , leur Religion
, leurs Mours & leurs Coutumes.
Il parle de la même maniere des Negres
elclaves , dont on fe fert pour faire
valoir les terres , il paroît qu'il en a gouverné
un grand nombre & bien du tems,
& qu'il les connoît à fond.
Les fonctions d'Ingenieur qu'il a exercées
lui ont donné des connoiffances trèsparticulieres
de la plus grande partie des
Iles Françoiſes & Etrangeres , & les defcriptions
qu'il en fait font fi exactes, qu'on
les connoît parfaitement quand on a une
fois lû ce qu'il en écrit.
Il a eu encore un foin particulier de
corriger les erreurs des Ecrivains qui l'ont
precedé , peu ont échapé à fa critique.
Geographes , Botaniſtes , Ingenieurs , Ar
chitectes , Gens de Guerre & de Plume ,
Ouvriers, Marchands, & Habitans remar
queront leurs defauts dans cet Ouvrage,
& trouveront de quoi s'inftruire.
On a eu foin d'enrichir ces fix Volu
mes d'un nombre confiderable de Cartes ,
de Flans & de Figures deffinées & gravées
par
DE NOVEMBRE 1721. 71
par les plus habiles gens dans ces Profelfions
: de forte qu'il y a lieu d'efperer que
le Public recevra agreablement un Ou,
vrage qui lui donne une connoiffance auffi
parfaite & auffi entiere de ces Pays-là.
DICTIONNAIRE UNIVERSEL , Chro
nologique & Historique , de Juftice , Police
& Finance , diftribué par ordre de
matieres ; contenant tous Edits , Declarations
du Roy , Lettres Patentes , & Arrefts
du Confeil , rendus depuis l'année
900. jufques & compris l'année 1720 ,
compilé par M. Franç. Jacques Charles
Avocat en Parlement.
L'étendue & la confequence des matieres
que ce Livre renferme intereffent
une infinité de perfonnes ; il y eft fait
mention de tout ce qui concerne le Domaine
du Roy , fes Fermiers tant Generaux
que Particuliers ; les Confeils d'Etat
& Privé , le Confeil des Parties ; les
Communautez Ecclefiaftiques & Laïques,
la Nobleffe & la Roture ; les Cours Souveraines
& Subalternes ; les Juftices des
Seigneurs , les Dignitez Ecclefiaftiques &
Larques ; les Erections des Principautez ,
Duchez Pairies , Marquifats , Comtez ,
Vicomtez , Baronnies , Châtellenies , &
Fiefs relevans du Roy ; les Corps des Officiers
de Justice , Police & Finance ; la
Guerre
74 LE MERCURE
Guerre tant fur Mer que fur Terre ; les
Officiers & Commenfaux de la Maiſon
du Roy , les Officiers de Guerre & de
Marine ; le Commerce tant de Mer que
de Terre ; les Corps des Marchands , les
Communautez d'Arts & Metiers ; les Manufactures
, les Academies , les Univerfitez
, les Fondations , les Hôpitaux , les
Communautez des Villes , Bourgs & Bourgades
du Royaume ; les Traitans & Gens
d'Affaires , les Gages , Augmentations de
Gages , Taxes , Finances , Emprunts ; les
Changemens arrivez jufqu'en 1720. à ce
fujer ; les Démembremens furvenus , &c.
On imprime actuellement cet Ouvrage en
trois Volumes in folio. Le prix fera de
cent francs.
NOUVEAU COUTUMIER GENERAL ,
ou Corps des Coutumes generales & particulieres
de France , &c. Par M. C. A.
Bourdez de Richebourg , Avocat , en 4.
Volumes infol. L'impreffion de ce Livre
qui le fait chez le Gras & Robuftel s'avance
, on efpere qu'elle fera finie au commencement
de l'année prochaine. Le prix
ferade 120. liv . pour chaque exemplaire.
HISTOIRE DE FRANCE , depuis l'établiffement
de la Monarchie Françoiſe dans
les Gaules , dediée au Roy , Par le Pere
Daniel
DE NOVEMBRE 1721. 73
Daniel de la Compagnie de fefus . Nouvelle
Edition , revuë, corrigée & augmentée
par l'Auteur. 7. Vol. in 4. enrichis
de Figures en taille- douce , &de plufieurs
Medailles autentiques . A Paris rue S Jacques
, chez Denis Mariette ; Jean- Baptifte
de Lefpine , & Jean - Baptifte Coignard fils.
L'impreffion par foufçription de cette Hiftoire
fera achevée & delivrée en Juillet
1722. pour ceux qui n'auront pas foufcrit
moyennant 90. liv . en blanc.
MAGIE NATURELLE de J. B. Porta ,
par Meyfonnier , vol . in 12. chez.Collombat
, ruë faint Jacques.
La Maiſon reglée , & l'art de la bien
diriger , chez le même.
Meditation Chretienne & Metaphyſique
du P. Malebranche , vol . in 12. idem.
Remedes faciles & domeftiques , recueillis
par Madame Fouquet, derniere Edition,
aug. 2. vol. in 12. idem.
.LA Cantate fur le rétabliſſement de la
fanté du Roy , miſe en Mufique par M.
Clerambaut , paroît depuis quelques jours ;
on la vend chez l'Auteur , rue du Four ,
Fauxbourg faint Germain , & à la Regle
d'or , ruë faint Honnoré , chez Foucault .
Cette Mufique n'eft nullement inferieure
à celle des autres Cantates de cet illuftre
Auteur.
D HISTOIRE
74 LE MERCURE
HISTOIRE DE LA MEDECINE , & des
Medecins , par Bernier , deuxième Edition ,
in 4 ° . à Paris chez L. d'Houri,
L'anatomie du corps humain , par
Diamerbroch , avec figures , vol. in 4 °,
chez le même.
ANDRE' CAILLEAU Libraire , Place de
Sorbonne , qui a imprimé le Voyage de
l'Arabie Heureufe, & celui de la Paleltine ,
&c. par M. de la R. imprime actuellement
le Voyage de Syrie & du Mont
Liban , avec des figures , &c. du mêine
Auteur. Il promet cet ouvrage au Public
pour le commencement de la nouvelle
année 1722.
LA Carte de la Mer Cafpienne , que
le Czar a envoyée à l'Academie Royale des
Sciences , par le S Schoumaker , fon Bibliothequaire
, eft la feconde que ce Prince
a fait lever ; la premiere ayant été dreflée
pår
les Mathematiciens qu'il avoit envoyez
il y a plufieurs années dans cette Mer ,
fut communiquée à M. de l'Ifle , Premier
Geographe du Roy ; mais comme le Czar
n'étoit point fatisfait de ce premier Ouvrage
, il refolut d'envoyer les mêmes Mathematiciens
, pour faire de nouvelles obfervations
, lever le Plan des côtes , fixer
la pofition des principales Villes , determiner
DE NOVEMBRE 1728 75
miner la profondeur de l'entrée des Rivieres
& des Ports , & c.
A l'égard des Livres qui ont été trouvez
dans les ruines du grand Bâtiment "dont
on a parlé dans le precedent Mercure
ce font de grandes feuilles d'un papier fort
épais , qu'on croit fait de cotton ou d'écorce
d'arbre , lefquelles font couvertes
de deux vernis appliquez l'un fur l'autre ,
dont l'un eft bleu & l'autre noir , ainfi
que cela paroît par quelques endroits qui
font écaillez . Les caracteres bien formez
& détachez les uns des autres font peints
en blanc les lignes font difpofées horifontalement
; mais comme elles font toutes
égales , on ne peut diftinguer fi elles vont
de gauche à droite , ainfi que l'écriture des
Indiens & des Européens , ou de droite
à gauche comme celle des Hebreux & des
Arabes. Quoiqu'on n'ait pû encore découvrir
avec quelle écriture ces caracteres
ont rapport , on foupçonne qu'ils tiennent
de celle des Calmouks & des Mo,
gols , qui font à l'Occident de la Chine ;
ce qui eft d'autant plus vrai-femblable
que le pays des Calmouks a été dans le
treize , le quatorze & le quinziéme fiécle,
le centre de deux grands Empires , fous
les fucceffeurs de Ginghiskan & de Tamerlan
, & que parmi ces Princes , il y
en a eu de très- fçavans , & dont les Ou-
Dij vrages
76
LE MERCURE
>
vrages d'Aftronomie & de Geographic
font fort estimez en Europe. Outre la découverte
de cette Bibliotheque , que le
Czaf regarde comme un tréfor precicux ,
des Paylans voifins des ruines qui la renferment
, ont raporté plufieurs Statues de
bronze , qu'ils ont trouvées au milieu des
bois , dans des Sepultures de Calmouks ;
& parmi celles que le Czar a fait placer
dans fon Cabinet on voit une Lampe
Romaine , avec la Statue Equeſtre d'un
General Romain , qui a fur la tête une couronne
de Laurier deux autres figures
d'hommes à cheval avec des armoiries de
plaques , femblables à celles que l'on portoit
en Occident , dans les douze & treiziéme
fiécles : plufieurs Idoles Indiennes ,
& entre autres , deux de cette Divinité
fameufe à la Chine fous le nom de Pouſſa,
& au Thibet , fous celui de Manippé . Les
Peuples de la Tartarie , de la Chine , de
Siam & des Indes , la reverent comme la
mere d'un de leurs Prophetes , qui vivoit
600. ans avant JESUS-CHRIST , &
qui eft nommé Foé à la Chine , Ogouskan
par les Tartares , Sommona - Kodon par les
Siamois , & Boudda par les Indiens . Les
Siamois , qui lui rendent des hommages
comme à une Divinité , fe fervent de l'époque
de fa mort pour dater les Actes publics
, & cette époque precede de 545 ans
PEre Chrétienne, On
DE NOVEMBRE 1721. 77
ON nous mande de Lisbonne qu'au
commencement de l'autre mois le Roy de
Portugal avoit rendu une Ordonnance ,
par laquelle il eft enjoint à toutes les
perfonnes de quelque rang & qualité
qu'elles puiffent être , de reprefenter inceffamment
tout ce qu'elles ont en leurs
mains de Statuës , Médailles , Monnoyes
anciennes , Eftampes ; Livres rares , Memoires
, Manufcrits , Infcriptions , tant
en Langue Phenicienne , Grecque , Carthaginoife
, que dans la Langue des Goths ,
des Arabes ou des Maures , foit du tems
que les Pheniciens , Grecs , Goths , Romains
, Carthaginois ou Maures étoient
les Maitres du Portugal , foit même.depuis
le Regne de Don Sebaſtien , qui fut
tué en Afrique à la bataille d'Alcacer l'aa
1578 , à peine contre les Nobles d'encourir
la difgrace de S. M. & contre les
Roturiers d'être punis fuivant la rigueur
du Titre V. de l'Ordonnance des Monnoyes.
Le 21. Septembre dernier, l'Academie de
Gli Arcadi à Rome a fait fa feconde Affemblée
deftinée aux louanges du nouveau Pontife,
qui fut honorée de la prefence du Cardinal
Conti frere de S. S. & aprés un fçavant
Difcours de l'Abbé Zucchetti Pifano
on recita une Couronne de Sonnets , qui
qui font déja imprimez,
Diij
La
78
LE
MERCURE
La même Academie confiderant les
qualitez des Cardinaux Pereira, da Canuha
& de Rohan , les ont agregez dans cette
celebre Compagnie avec de folemnelles
acclamations , le premier fous le nom de
Retimo , le fecond de Bafilide , & le troifiéme
de Aretauro. Les feurs Co. Fran.
Maria della Volpe , d'Imola , & l'Abbé
Ant . Fran. Felici Romain , dignes Membres
de cette Academie , furent choifis
pour porter les Lettres d'Agregation aux
nouveaux Academiciens , qu'ils accompagnerent
d'une Epigramme Latine à la
louange de chaque Cardinal : la premiere
eft du Sig. Masia della Volpe , & les deux
autres de l'Abbé Felici.
Ad Excellentiffimum PEREIRUM DE LA
CERDO , inter Arcades acclamatum , cui
nomen retinemus Retimus Sideates ..
EPIGRAMMA.
DECUS OcciduæGentis ! te clara propago,
Te magnum virtus fecerat effe virum .
Magnus eras longinquus adhuc ; nunc , judice
Româ ,
Vicifti laudes quas tibi fama dedit .
Te benè tractantem jam Tybridis audiit unda
Inter purpureos dogmata facra Patres.
Grandia
DE NOVEMBRE 1721. 79
Grandia te ftupuit Latio fermone loquentem ;
Tantus honor linguæ , tantus in ore vigor !
Mille tibi dotes : pietas tibi fumma : tuumque ,
Munera dum fpargis , fpargis ubique Tagum,
Scimus & Algarves inter , pro Rege , fedentem
Magnanimâ fceptrum fuftinuiffe manu :
Novimus , & Latio valeas in carmine quantum,
Quàm dulces veniant ad tua plectra Dex.
Hinc eft, Pharrhafiæ quod nos gens inclyta Sylvæ
In defiderium cogimur ire tui :
Et quia clamantis pro te fuffragia coetus
Te noftrum faciunt , tu quoque Paftor eris.
Scripfimus ecce tuum noftro jam nomen in albo ;
Cordibus in noftris cætera fcripfit amor.
Pour M. le Cardinal de Canuha.
O Lufitani decus admirabile coeli ,
O & purpurex gloria fumma toga ,
Quem virtute gravem , quem majeftate verenda,
Infignem atque aureis moribus orbis amat .
Quíque animo fuperas patriæ, Regnique potentis
Quas gaudes populis fpargere , divitias ;
Inter magna tuæ commiffa negotia curæ ,
Queis conftat vera Relligionis honos ,
Cùm te delectent , Nunni clariffime , Mufæ ,
Muneribufque ipfas præfidioque juves ;
Ingeniorum altrix , Mufarumque inclyta fedes
.D iiij Scribere •
80 MERCURE LE
Scribere te faftis eligit Arcadia ;
Paftor & Arcadia cunctorum diceris ore ;
BASILIDES nomen quin tibi forte datum.
BASILIDES grajo Rex nomine dicitur ; ergo
Dum tu Paftor eris , Rex quoque nofter eris.
Pour M. le Cardinal de Rohan.
Olim quantus eras , Princeps , fas credere tantùm
;
Famaque erat de te màxima ; fama tamen.
Nunc fpes , & laudes vicit præfentia. Mentem
At dum Roma tuam novit , & ingenium ;
Atque oris fpeciem ,
majeftatemque ſerenam ,
Dextraque quas multas prodiga fpargit opes ;
Lætior exclamat : Pomum non fufficit unum ;
Æthereus mittat jam tria Poma pater.
'Arbitrium mihi fit ; Capitoli in colle fedebo
Aqua magis judex , quàm fuit antè Paris.
Dotibus ipfe tribus tria Poma, ARMANDE , me--
reris;
Pomum opibus cedet Regia Juno tuis.
Alterum & ingenio Pallas contenta remittet ,
Pro formâ Pomum cedet & ipfa Venus.
Le fameux Bonaventure Lamberti, Eleve
du celebre. Cignani , qui depuis quarante
ans demeuroit à Rome , y elt mort âgé de
73 ans , fort regretté des Profeffeurs &
des .
DE NOVEMBRE 1721 . 81
des amateurs de la Peinture : Carle Cignani
étoit Difciple de l'Albane .
On nous écrit de Baffe Normandie
qu'on y a trouvé depuis peu dans la démolition
d'un vieux Château ruiné, qu'on
dit avoir appartenu aux anciens Ducs de
Normandie , une petite Statue Equeftre ,
de bronze doré , fort bien confervée ; fa
hauteur eft de quinze pouces & demi , en y
comprenant l'homme & le cheval , & pele
environ vingt livres. Elle étoit élevée fur
une colonne de même métal , proportionnée
à la grandeur de la Statue , & de 7
à 8 pieds de haut , mais fi ruinée qu'on
l'a vendue aux Fondeurs de Ville - Dieu.
Les Curieux du Pays croyent que c'est la
Statuë de Guillaume le Conquerant , Duc
de Normandie & depuis Roy d'Angleterre,
qui mourut fur la fin du douziéme fiécle .
D'autres croyent ce Monument moins an »
cien , parce que du tems de ce grand
Prince , les Arts du Deffein , & fur-tout
la Sculpture , étoient entièrement negligez
; ils le donnent cependant tous à un
Heros Normand , à caufe principalement
d'un mufle de lion , qu'on voit fur l'Ecu ,
dont la Figure eft armée. Le lion fut de
tout tems le fimbole de la Normandie , &
encore aujourd'hui cette Province en porte
deux dans fes armès . Quoiqu'il en foit ,
cette Statue paroît meriter l'attention des
D v Curieux ,
82 LE
MERCURE
Curieux , & d'entrer dans quelque Ca
binet de diftinction . C'eft pour cela qu'on
la fait porter à Paris , le proprietaire ne
voulant pas la garder. On la pourra voir
chez M. Bonneau Perruquier , rue des
Boucheries , Faubourg S. Germain , près
M. Charras , Apoticaire .
Le Mercredi 12 Novembre 1721 , il y
eut une Affemblée publique à l'Academie
Royale des Sciences , aprés deux mois de
vacances , M. l'Abbé Bignon qui préfidoit
, annonça que M. de Fontenelle, Secretaire
Perpetuel de cette Academie , ne liroit
point l'Eloge de M. d'Argenfon , qu'on
étoit en droit d'attendre , parce qu'on n'avoit
pas encore fourni les Memoires fuffilans
.
M. de Reaumur , Academicien Pen--
fionnaire , lut un Memoire fur la maniere:
de faire l'acier , dont voici l'extrait ..
DERNIERE
DE NOVEMBRE 1721. 33
DERNIERE PARTIE
de l'art de convertir le Fer
en Acier :
Où l'on apprend à corriger les defauts des
Aciers , foit que ces deffants viennent
de la mauvaise qualité des Fers , foit
qu'ils viennent de ce qu'on n'aura pas
fuivi affez exactement les regles preferites
pour la converfion du Fer en excellent
Acier.
LEL
Royaume tire tous les ans des Aciers
ou des outils d'Acier des Pays étrangers
pour plufieurs millions ; on n'y a
prefque fait jufques ici que des Aciers
groffiers , & des Aciers communs , parce
qu'on a ignoré le veritable art de convertir
le Fer en Aciers fins . M. de Reaumur
, qui dans ſes recherches fe propoſe
fur-tout ce qui a un rapport direct au bien
du Royaume , a travaillé à découvrir , fi
c'étoit notre faute , ou celle de nos Fers,
& après une infinité d'experiences il a reconnu
qu'il ne tenoit qu'à nous de nous
paffer des Aciers étrangers , & d'en avoit
même à revendre. Il lut l'an paffé un Me
moire dans une Affemblée publique , out
il rapporta le nombre prodigieux de tentatives
qu'il avoit faites pour parvenir à
DVD
84 LE MERCURE
cette découverte , & publia genereufement
le fecret important qu'elles lui avoient
apris ; il donna les compofitions les plus
fûres pour convertir le Fer en excellent
Acier, & cela à fi peu de frais , que l'Acier
le plus fin ne fçauroit revenir à l'Entrepreneur
un fol ou dix-huit deniers plus cher
que le Fer ordinaire : mais il avertit en
même temps qu'il lui reftoit à donner plu.
fieurs Memoires fur cette matiere , pour
l'éclaircir à fond ; que quoique quantité
de Fers du Royaume fuffent très propres
à être convertis en Acier , il y en avoit
de plus propres les uns que les autres , &
qu'il y en avoit d'autres qu'il ne falloit
jamais employer à faire l'Acier ; que les
Memoires qu'il lui reftoit à donner détermineroient
les caracteres de ces Fers, qu'ils
apprendroient la conftruction des nouveaux
Fourneaux , au moyen defquels on
épargnera beaucoup de dépenfe, & on conduira
l'operation plus furement ; qu'ils
apprendront à regler la force & la durée
du feu , & qu'ils preferiront toutes les
regles neceffaires pour conduire les Ouvriers
dans la pratique d'un Art fi utile.
M. de Reaumur a annoncé dans la derniere
Affemblée , qu'il fera inceffamment imprimer
tous ces Memoires , qui doivent preceder
celui dont nous venons de donner
le titre , & qu'il y lut. Il regarde ce dernier
DE
NOVEMBRE 1721 .
nier comme le plus effentiel ; il apprend
à reparer les fautes que les Ouvriers auront
faites , en ne fuivant pas les regles
qui leur auront été prefcrites. Si on doze
mal les compofitions ; fi on ne choifit pas
bien les Fers ; fi on donne un feu trop violent
, ou trop long , l'Acier dans lequel le
fer a été converti , eft très fin ; mais il eſt
intraitable , il foutient mal le marteau , on
ne peut le fouder ni le corroyer , les ou.
vrages qui en font faits reftent pleins de
fentes & de gerfures ; par confequent ces
Aciers deviennent inutiles , ils cauferoient
des pertes confiderables aux Entrepreneurs
M. de Reaumur enfeigne ici le fecret de
raccommoder ces Aciers defectueux , & ce
qu'il y a d'heureux , c'eft que ces Aciers
raccommodez ont des avantages fur ceux
qui ont le mieux réuffi.
**
C'est l'idée claire que M. de Reaumur
s'étoit faite de la nature de l'Acier qui l'a
conduit à la découverte de ce fecret , en
examinant en Phyficien l'effet que produifent
fur le Fer les compofitions qu'il employe
pour le convertir en Acier. Il a
reconnu qu'on n'avoir eu jufques ici que
des idées confufes de la nature de l'Acier ,
lors qu'on l'a appellé un fer plus raffiné ,
un fer plus parfait ; que ce qui le caracterife
, c'eft qu'il eft un Fer plus penetré de
fouffres & de fels , qu'il eft Acier plus ou
moins
36 LE MERCURE
moins fin , felon la quantité de fouffres &
de fels dont il eft penetré ; mais que s'il
en eft penetré exceffivement , alors il
eft intraitable , on ne peut le forger qu'il
ne fe gerfe : fuivant cette idée M. de Reaumur
a cherché à ôter à l'Acier difficile à
travailler les fouffres & les fels fuperflus ,
& il a imaginé des recuits qui operent
fûrement cet effet.Au moyen de ces recuits
il ramenne l'Acier au point où il le veut ,
il le dépouille à fon gré de fes fouffres &
de fes fels. Jufques là qu'il n'y a point
d'Acier qu'il ne ramenne même à être entierement
Fer , & cela fans l'expofer à une
chaleur violente. Avec ce fecret on pourra
raccommoder tous les Aciers defectueux
des Pays étrangers , dont nos Ouvriersne
fe trouvent que trop chargés.
On pourra faire les Aciers , pour ainfi
dire , tels qu'on les voudra. Les Couteliers
font des étoffes qui font des compofés de
lames d'Aciers fins , d'Aciers communs ,
& d'Aciers groffiers , ou de Fer , au moyen
de ce fecret on donnera aux Aciers les
perfections
des étoffes : on aura des Aciers enveloppés
de couches de Fer plus ou moins
épaiffes , felon le befoin qu'on en aura, ce
qui épargnera beaucoup de travail.
Enfin au moyen de ce fecret nos fabriques
naiffantes auront un avantage confi
derable fur celles des Pays étrangers , it
affurera
DE NOVEMBRE 1721. 87
affurera leur établiffement , en mettant les-
Entrepreneurs à couvert des mauvais fuccès
, qui jufques ici en ont fait échouer
plufieurs.
M. Lemeri , Docteur en Medecine , &
Membre de l'Academie , fit l'hiftoire abregée
d'un Remede appellé Kermés mineral ,
connu fous le nom de la Roudre des Chartreux.
Il fit connoître que ce Remede
étoit tiré des Oeuvres du fameux Chimiſte
Vanhelmont. Que feu M. Lemeri fon pere
l'avoit donné au Public dans fon Traité
de l'Antimoine , & que M. de la Ligerie
n'avoit rien donné de nouveau . Il orna fa
narration de reflexions , qui firent fentir le
caprice , qui laiffe long- tems inconnu &
ne fait aucun cas d'un Remede excellent,,
parce qu'il eft donné par un Medecin ,
& met enfuite le même Remede fur le
pinacle , parce qu'il vient d'une main inconnue
, ou qui n'a point de rapport à la
Medecine. Il marqua après les particula
ritez & la progreffion du Remede , & rapporta
des experiences qui prouvent les miraculeux
effets qu'il produit très - fouvent.
M. de Reaumur finit la féance par la
lecture d'un autre Memoire , dont nous
allons parler.
SECOND
$8 LE MERCURE
MEMOIRE SECOND
de M. de Reaumur .
Art de faire des Ouvrages de Fer fondu
auſſi beaux & auffi finis qu'on les peut
faire de Fer forgé.
O
N épargne bien du temps quand on
peut jetter en moule des ouvrages
de métal , au lieu de les faire au marteau ,
au cifeau & à la lime : le prix des beaux
ouvrages de Fer eft exceffif, parce qu'on
n'a pas le fecret de les mouler , ou plu
τότ
les
parce qu'on ne peut pas reparer
quand ils font fortis du moule ; leur dureté
eft à l'épreuve des limes , des cifeaux , &
des burins ; d'ailleurs les ouvrages de Fer
fondu font prefque auffi caffants que le
verre . On a cherché pendant long- temps
le fecret de rendre le Fer fondu traitable :
on prétend qu'il a été trouvé & perdu en
differens temps ; s'il a été trouvé , ceux
qui l'ont eu l'ont gardé mifterieufement ,
mais il y a apparence que tout ce qui a
été découvert là- deffus jufqu'ici , a été
très imparfait : les profits immenfes que
cette découverte eût donné occafion de
faire , fi elle eût été portée à un certain
degré de perfection , ne nous laifferoient
pas incertains , fi elle a exifté . Quoy qu'il
DE NOVEMBRE 1721. 89
en foit , ce fecret important eft trouvé
aujourd'hui , & ne courra plus rifque de
fe perdre. M. de Reaumur en fuivant la
nature pied à pied , eft parvenu à rendre
le Fer fondu auffi aifé & plus aifé à travailler
au cifeau & à la lime que le fer
forgé , & à lui faire prendre plus de foupleffe
que n'en ont bien des Fers forgés.
Comine il n'a cherché ce fecret , que
parce qu'il fçavoit l'importance dont il
étoit au Public , qu'il n'a en vûë que de
lui être utile , il le lui a communiqué fans
referve. Il a détaillé tous les procédés
qu'il faut fuivre d'une maniere très claire ,
il a appris à lever toutes les difficultés qui
peuvent le prefenter dans la pratique d'un
art fi utile , le fond du fecret confifte dans
des recuits qu'il donne aux ouvrages de
Fer fondu. Des raifonnemens femblables
à ceux qui l'ont conduit à trouver le moyen
de raccommoder les defauts des Aciers ,
l'ont conduit à ce nouvel Art . Nous ne
nous hazarderons point à rapporter le détail
des procedés , nous pourrions omettre
des circonstances qui peut- être expoſeroient
à de fauffes dépenfes , ceux qui fe
fiant fur notre Extrait , voudroient faire
des tentatives. D'ailleurs quoi que M. de
Reaumur ait pouffé la lecture de fon Memoire
une demie heure par- delà le temps
de la durée ordinaire des Affemblées , il
en
༡༠་ LE MERCURE
en retrancha confiderablement , une heure
de lecture n'étant pas fuffifante pour entrer
dans tous les détails d'un Art entierement
nouveau & fi confiderable ; mais au
moins ferons nous entrevoir une partie
des avantages qu'on doit s'en promettre .
Tout ce que la Serrurerie peut entreprendre
d'ouvrages d'ornemens , balcons , ram-
'pes d'escalier , grilles , portes grillées , &c.
Tous ces Ouvrages , dis-je , pourront être
incomparablement plus beaux qu'on ne
les a faits jufques ici , & à meilleur marché.
Pour donner une idée de la difference
du prix , nous rapporterons un exemple bien
fenfible que M. de Reaumur en a donné. Il
'ya àla porte de l'Hôtel de la Ferté, rue de
Richelieu , un marteau d'une grande beauté
, il a coûté fept cens livres , & n'a pas
été payé trop cher ; M. de Reaumur en
a fait faire plufieurs , parfaitement femblables
, qui ne reviennent pas à deux
piftoles ; il montra ces marteaux à l'Affemblée
, qui les vit avec furprife ; il y montra
auffi un nouveau marteau , qui ne pouvoit
être execute en Fer forgé pour douze
à quinze cens livres , & qui tout fini ne
lui eft pas revenu à vingt - cinq livres .
Au moyen de ce nouvel Art , tout ce
qu'on fait de plus fini , de plus travaillé
en Acier ne coûtera prefque rien ; les
gardes d'épées d'Acier qui occupoient des
Ouvriers
DE
NOVEMBRE 1721. 91
Ouvriers prefque pendant des années , ne
feront plus que l'ouvrage de quelques
jours. Tout ce que l'Arquebufier fait d'ouvrages
d'ornemens pourra de même être
jetté en moule.
Un des grands avantages de ce nouvel
Art regarde fur- tout les Canons ; ceuxde
Fer fondu fe crevent par éclats qui
tuent les Canoniers ; comme leur matiere
eſt caffante , on eft obligé de les faire plus
pelants que ceux de bronze , & on ne
s'en fert que parce qu'il en coûteroit trop ,
fi l'Artillerie de mer , comme celle de
terre étoit de bronze ; au moyen du fecret
de M. de Reaumur , on rendra les Canons
de Fer fondu au moins auffi legers , &
peut-être en même tems plus forts que
ceux de bronze.
Mais un avantage encore plus confideble
qu'on peut fe promettre de ce nouvel
Art , c'eft qu'il donnera la facilité de
faire en Fer toute la batterie de cuifine ;
marmittes , chaudrons , cafferolles , & autres
uftenciles de cuivre , qui font dange
reux par leur vert de gris , & qui fouvent
communiquent un goût defagreable à ce
qui a été cuit dedans , pourront être faits .
de Fer fondu , au moyen du nouvel Art
on les rendra aufli minces qu'on voudra ,
fans être caffantes ; quelle épargne ne ferace
pas pour le Royaume , qui tire tous
les
92 LE MERCURE
cuivres qu'il employe des Pays étrangers ?
& quelle commodité pour les Particuliers
d'avoir des uftenciles à meilleur marché ,
& d'un meilleur ufage ?
Enfin plus on pente à l'étendue de ce
nouvel Art , & plus il paroît immenfe
il doit faire changer la face de bien d'autres
Arts , multiplier prodigieufement les
beaux ouvrages , & les ouvrages utiles . Le
Public attend de M. de Reaumur qu'il fera
bien- tôt imprimer ce qu'il lui a feulement
apris de vive voix , afin qu'il puiffe profiter
: inceffamment de toutes les utilités d'une
fi importante découverte .
Le 14 Novembre l'Academie des Infcriptions
& Belles Lettres tint fon Affemblée
publique , Mr l'Abbé Boutard lut
d'abord une Ode Latine au fujet du rétabliffement
de la fanté du Roy ,à laquelle M.
l'Evêque de Blois , qui prefidoit à l'Affemblée
, répondit , que M. l'Abbé Boutard
n'avoit jamais employé fa Mufe à un fujet
plus intereffant que celui qu'il venoit de
traiter .
M. Baudelot d'Airval lut enfuite une
Differtation , où il prouva que ce que
raconte Platon dans fon Crittias , de la
Guerre des Atheniens contre les Peuples
de l'Ifle Atlantide, n'eft point une fiction ;
& après avoir refuté le fentiment de ceux
qui ne regardent le fujet de ce dialogue
que
DE
NOVEMBRE 1721.
93
que comme une allegorie , il prouva par
tout ce qui nous refte de l'antiquité
fur ce fujet , que Platon racontoit en cet
endroit l'hiftoire d'une veritable guerre.
M. le Prefident en refumant le difcours
de M. Baudelot , y ajoûta de nouvelles
preuves , & conclut que la découverte
de l'Amerique par les Anciens , & les
Colonies qu'on pouvoit y avoir envoyées
ne feroient pas une chofe problematique ,
fi l'Ile Atlantique qui a fans doute été
fubmergée , avoit comme joint le continent
du nouveau Monde aux Ifles Açores,
aux Terceres , & aux autres qui font aſſez
voifines de l'Espagne & du Portugal ,
pour avoir été vifitées par les Pheniciens ,
qui ont fçu les premiers l'art de la navigation
, & qu'on fçait par les relations
d'Hannon, avoir hazardé des voyages dans
P'Ocean Atlantique : il ajouta méme que
le grand Ban qui a fi peu de profondeur
en comparaifon de la Mer qui l'environne ,
étoit peut- être le lieu où cette Ifle avoit
été fubmergée.
M. de Chambert , reçu depuis peu à
P'Academic, lut pour la premiere fois un
Difcours fur la confideration que les anciens
Germains avoient euë dans tous les
remps pour les Dames Germaines . L'Auteur
après avoir donné d'après Célar &
Tacite , une defcriptton exacte de l'Allemagne
a
94
LE MERCURE
de
magne , & des moeurs des anciens Germains
, entre dans les caufes de la confi- ·
ration que les Dames Germaines s'étoient
attirée : leur courage , leur modeftie , leur
attachement à leur devoir , & leur beauté
avoient fans doute merité l'eftime de leurs
maris , & la part qu'ils leur donnoient
dans les affaires publiques. M. de Chambert
avoit ouvert un trop grand champ
pour pouvoir le parcourir dans le peu
temps que les regles de l'Academie prefcrivent
pour les lectures publiques ; ainfi
il fe refferra dans la defcription des moeurs
des Dames Germaines , de leur maniere
de s'habiller , & de leur beauté . M. l'Evêque
de Blois fit fentir à l'affemblée le merite
du choix qu'avoir fait M. de Chambert
, & ajouta que les fentimens qu'il
avoit fait paroître dans le cours de fa Differtation
, étoient dignes de lui.
M. l'Abbé Banier , avant que de lire
fa Differtation , prit occafion de la fin de
celle de M. de Chambért , pour faire des
excufes à la Compagnie fur ce qu'il l'alloit
entretenir de l'Hiftoire de trois Dames
qui n'étoient pas à beaucoup près fi belles
que celles dont on venoit de parler ; c'étoit
une Differtation fur les Furies. L'Auteur
qui travaille depuis quelque temps à éclaircit
ce que les Anciens ont penfé fur l'état
des Ames après la mort , fur l'Enfer &
les
DE NOVEMBRE 1721. 95
les Champs Elilées , & qui a déja lù
quelques Memoires fur ce fujet, commence
par faire un portrait du Paganifme tel que
les Peres de l'Eglife & les premiers Apologiftes
de la Religion chretienne l'ont
reprefenté , & il fait voir enfuite que ce
que les Anciens avoient dit de l'Enfer , des
Juges de ce trifte lieu , des Parques & des
Furies , étoit propre à diminuer l'abfurdité
de leur fyftême , & à nous faire voir qu'ils
n'avoient pas du moins abandonné entierement
les lumieres de la raifon & de l'équité
, en confervant l'idée des récompenfes
& des châtimens qui étoient refervés
après cette vie. M. l'Abbé B. entre enfuite
dans le fond de la matiere , & explique
l'origine des Furies , leurs noms , leurs
emplois , leur caractere , le culte qu'on
leur a rendu , les figures fous lefquelles on
les a reprefentées , & les portraits que les
Poëtes nous en ont laiffez ; & on fçait affez
qu'ils les ont peintes d'une maniere à les
rendre effroyables , ce qui donne lieu à
l'Auteur de finir ainfi fa Differtation . » On
» n'aura pas de peine à concevoir que ces
» Déeffes avec un air fi affreux ayc . pû
»porter par- tout la crainte & l'horieur ;
» mais qu'elles ayent voulu infpirer de
» l'amour , c'est ce qu'on aura de la peine
» à croire ; & on regarderoit ce que je
» vais repporter comme un paradoxe de
» l'hiftoire
9.6 LE MERCUREA 36
» l'hiftoire galante des Dieux , fi je n'avois
» un garant du fait que j'avance.
و د
""
» L'Hiftorien Menandre raconte que
Tifiphone paffant près du Mont Aftere,
» & ayant vu le jeune Cytheron , en de-
» vint éperdument amoureufe ; comme
» elle vit bien que fes attraits feroient peu
d'impreffion fur le coeur de ce jeune
» Prince , elle n'eut pas affés de vanité
» pour efperer qu'il fit les avances ; il eft
permis aux perfonnes faites comme cette
» Furie, de franchir les regles de la bienfeance
: ainfi elle lui fit fa declaration ,
mais il eft aifé de juger qu'elle fut mal
reçûë , & la Déeffe piquée au vif d'un
» refus outrageant , délia un des ferpens
» de fa coëffure , & l'ayant jetté à la tête
» de Cytheron , la couleuvre s'entortilla
""
و د
و ر
"
autour de fon col , & l'étrangla. Les-
» Dieux , ajoûte mon Auteur , touchez de
» compaffion , le changerent en cette montagne
qui a depuis porté fon nom .
» Menandre au refte , auroit pû épargner
, aux Dieux les frais de cette Metamor-
""
phofe , pui que la vûë feule de Tifipho-
» ne auroit fuffi de refte , pour pétrifier
» l'Amant le plus paffionné.
M.l'Evêque de Blois , dit que M. l'Abbé
B. avoit rempli fon miniftere & le fien ,
en raffemblant fur ce fujet trout ce qu'on
fçavoit , & plufieurs chofes qu'on ne fçavoit
DE NOVEMBRE 1721.
97
.
voit pas , & qui ne pouvoient être tirées
que d'anciens Auteurs qui demandoient
beaucoup dérudition dans ceux qui les
lifent & qui fçavent en profiter . Il le loia
fur-tout d'avoir tiré de cette matiere les
reflexions morales qui ont appris dans tous
les temps & dans toutes les Religions à
refpecter un Dieu vengeur , qui dès cètte
vie fait fentir aux pecheurs ces remords
fecrets qui ne leur donnent aucun relâche,
& l'on voit bien , ajouta- t'il , que le vers
rongeur dont parle l'Ecriture , témoin implacable
& incorruptible , a donné lieu
à peindre ces Furies armées de fouets &
de ferpens.
Les Profeffeurs du College Royal de
France , fondé à Paris par François I. ont
repris leurs Exercices , & commencé leur
année Academique le Lundi 17 du mois
de vovembre 1721. Voici les noms de
ceux qui rempliffent actuellement les
Chaires de ce fameux College.
Pour la Langue Hebraïque.
Mrs. Pinſſonnat & Sallier .
Pour la Lanque Grecque.
Mrs. Boivin & Maffieu.
Pour les Mathematiques.
Mrs. Chevalier & de l'Ile .
Pour la Philofophie.
Mrs. Varignon & Terraſſon .
E Pour
98 LE MERCURE
Pour l'Eloquence Latine,
Mrs. Couture & Rollin.
Pour la Medecine , la Chirurgie , la Pharmacie
& la Botanique.
Mrs. Preaux , Andry , Geoffroy & Burette.
M. Andry dictera un Traité entier de
la Pefte , dans lequel il s'étendra particulierement
fur les précautions & fur les Remedes
, & pour être plus utile au Public
il parlera François , contre l'ufage ordinaire
de ce College .
Pour la Langue Arabe.
Mrs. Defiennes & Fourmont.
Pour le Droit Canon.
Mrs. Capon & le Merre .
Pour la Langue Syriaque.
M. Fourmont .
M. l'Abbé Fourmont , Confeiller du
Roy , Profeffeur Royal de la Langue Sy →
riaque au College Royal de France , Interprete
du Roy des Langues Indiennes ,
Ethiopienne & Copte , & Soû - Bibliothecaire
de Sa Majefté , eft le premier qui
ait enfeigné la Langue Ethiopienne dans
le Royaume ; il a commencé fes leçons
au College Royal le Mardi 18 Novembre
1721. comme il en avoit averti le
Public par un Programme Latin.
Il a plufieurs Difciples en cette Langue,
qui prennent les leçons exactement , &
он
DE
NOVEMBRE 1721.
99
on ne doute pas qu'il ne leur infpire un
grand amour pour les Langues fçavante
& que par fon moyen la connoiffance de
celle-cy qui eft fi ancienne & fi neceffaire
aux vrais Sçavans , ne devienne commune
dans le Royaume.
Il donnera dans peu des Differtations
Critiques.
1. Sur l'origine des Ethiopiens.
2 °. Sur leut Langue , tant ancienne que
moderne.
3. Sur leur Religion & leurs Moeurs.
SPECTACLES ,
Piéces Dramatiques & Jeux
des Colleges .
Cet Article n'a pas pû trouver place dans les
deux derniers mois.
O
N ne peut pas douter que les Conciles
, les $ S. Peres , & les autres
Docteurs qui ont blâmé laComedie, n'ayent
eu de bonnes intentions . Mais on doit raifonnablement
penfer que fi le Poëme Dramatique
avoit été , comme nous le voyons
de notre tems , il n'auroit pas été l'objet
de leur fevere cenfure. Pour s'en convain-
E ij
cre
330101
100 LE MERCURE
ere il n'y a qu'à voir les Repielentations
>
'on donne tous les ans , fur des Theatres
magnifiques , dans les Colleges , &
dans d'autres Maifons & Communautez
Religieufes , qui font profeflion d'enſeigner
, & qui pratiquent en effet la Morale
la plus étroite , où l'on voit des Tra
gedies & d'autres Piéces de Theâtre , dans
lefquelles par un mêlange ingenieux du
Sacré & du Profane toutes les paffions
font admirablement inifes en leur jour.
On y employe même pour de certains
rôles d'autres perfonnes que des Ecoliers.
On y danfe des Balets , & toute la difference
qui fe trouve entre ces Spectacles.
& ceux qu'on donne fur le Theâtre François
, ne confifte que dans la qualité des
Acteurs , & en ce qu'on n'y voit point de
femmes. Mais l'amour , l'ambition , la colere
, la vengeance , & les autres paffions,
qu'on veut que la Comedie fouleve , tandis
que le Chriftianifme a pour but de les
abatre , peuvent faire une auffi forte impreffion
, qu'elles en feroient fur les autres
Theâtres .
Les Spectacles qui fe donnent aux Col
leges font très - loüables & très - anciens .
On les regarde comme des fêtes publiques,
qui fervent comme de couronnement aux
penibles travaux de toute une année : on y
diftribue des prix à la jeuneffe qui a fourni
La
4
DE NOVEMBRE 1721. ΙΟΥ
fa carriere au gré des Profeffeurs. Cela
l'excite à y rentrer avec plus d'ardeur
après quelque relâche , & cela donne une
noble affurance , & une fage hardieffe pour
pouvoir paroître & parler en public d'un
ton ferme , & avec un gefte libre & fans
contrainte. Apparemment les Spectacles
n'étoient pas fi reglez autrefois qu'ils le
font aujourd'hui , car l'Article 19. de la
Pragmatique Sanction , défend les Spectacles
& les Banquets dans les Eglifes , & c.
>
Pour mettre au fait des lieux où le donnent
ces Spectacles , difons un mot de
l'Univerfité de Paris. Elle confifte en so .
Colleges , dont dix feulement font de plein
exercice , c'eft-à- dire , qu'on y enfeigne
les Belles Lettres & la Philofophie fans re-.
ftriction au lieu que les autres font bornez
aux élemens de quelques Sciences . Il
y en a même où il n'y a aucun exercice ,
ni Profeffeurs , comme celui de Maître
Gervais , &c. ce font des lieux fondez pour
y entretenir quelques pauvres Garçons
& leur donner le moyen d'étudier fous le
nom de Bourfiers .
A ces dix Colleges de plein exercice ,
il faut en ajoûter un onzième , qui , pour
n'être pas du Corps de l'Univerfité , n'en
est pas moins utile , c'eft le College des
Jefuites , cy- devant appellé de Clermont,
depuis de Louis le Grand , Restaura-
Eij
teur
102 LE MERCURE
teur & Bienfaiteur. Les dix Colleges dont
nous parlons font , Navarre , Harcour ,
Lifieux , le Pleffis , Beauvais , la Marche ,
Montaigu , le Cardinal le Moine les
Graffins , & celui des Quatre Nations
ou College Mazarin . A


On donne ordinairement à Paris ces .
fortes de Spectacles dans le mois d'Aouft ,
mais comme cela groffiroit trop notre
Journal , fr on parloit de toutes dans ce
Livre , & feroit contraire à la varieté que
nous voulons y conferver , nous diftribuerons
les Extraits de ces Piéces dans les
mois fuivans , & quand il nous en tombera
entre les mains d'anciennes , qui en
vaudront la peine , nous ne laifferons pas
d'en faire ufage , pour les conferver au
Public , car ces fortes de Piéces font pour
l'ordinaire perdues & aneanties en peu de
tems . Nous prions ceux qui en ont de
vouloir nous en faire part , & les Superieurs
des Colleges , Confrairies & Communautez
dans les Provinces , de nous
faire remettre à l'adreffe. du Mercure , les
Programmes , ou les Piéces entieres des
Spectacles , Jeux , Divertiffemens , Actes ,
Réprefentations de Tragedies , Comedies,
Paftorales , Balets , & c. donnez dans leurs
Maifons , en Latin , ou en François , pour
en gratifier le Public .
Le Mercredi 6. Août , le PARFAIT MONARQUE
DE NOVEMBRE 1721. 103
NARQUE , Ballet danfé au College de Louis
le Grand , à la Tragedie de Regulus.
DESSEIN ET DIVISION
ON
DU BALLET.
N ne peut remplir l'idée d'un parfait Souverain
, qu'on ne rempliffe parfaitement les devoirs
attachés à la Souveraineté . Ces importans
devoirs fourniffent la matiere de ce Ballet. La
premiere partie reprefente ce que doit faire un
Souverain pour la propre gloire. La feconde , ce
qu'il doit faire pour le bonheur de fes Sujets.
La troifiéme , ce qu'il doit faire pour reduire
Jes Ennemis. La quatrième , ce qu'il doit faire
pour l'honneur des Autels . On place cette partie
la derniere , comme cel'e qui met le comble à la
perfection d'un Souverain.
Les aimables qualités que la France admire.
en fon jeune Roy , femblent déja promettre & aſſu
rer à ce Prince le Titre de ROY PARFAIT,
pour lequel il ne marque tant d'inclination , que
parce qu'il veut le meriter dans le cours d'un
Regne heureux & glorieux.
OUVERTURE DU BALLET.
A
TLAS dans fa vieilleffe ne fe fentant plus
affez de forces pour porter le Globe du
monde , s'en décharge en prefence de Jupiter,
affis fur l'Olympe avec les Demi- Dieux , &
demande au Souverain de l'Univers un Potentat
qui puiffe deformais foutenir ce poids immenfe.
Les Quatre Parties du monde fortent
de ce Globe , & viennent avec leurs Peuples
faire des voeux , pour obtenir un Roy , qui
tienne fur la terre la place qu'occupoient les
demi Dieux , avant que Jupiter les appellât au
Ciel.
E iiij
PREM
104 LE MERCURE
PREMIERE
Ce que
PARTIE.
doit faire un Souverain pour fa propre
gloire.
1. Eftre à l'épreuve de toutes les Paffions contraires
à la vraie grandeur.
1. Joindre à la fupréme Puiſſance toutes les Vertus
Royales dans un fupréme degré.
3. Regner par la même , & n'ufer que de confeils
utiles à fa gloire & au bien de fes Etats.
4. Se faire aimer & respecter tant des fiens , que
des étrangers.
C'eft le fujet des quatre Entrées de cette premiere
Partie , où l'on n'envifage que les qualitez
perfonnelles du Souverain , fins rapport
aux autres chofes qui contribuent à ſa gloire.
I. ENTRE' E.
Perfée couvert de l'Egide de Pallas , avec
laquelle il repouffe tous les traits de la volupté,
& dompte la fureur des Gorgones , reprefente
un Prince que fa haute fagefle met à l'épreuve
des paffions douces , & des pallions violentes.
11. ENTRE' E
La Juftice , la Prudence , la Liberalité , la
Conftance ,& les autres Vertus Royales reglent
tous les pas & les démarches de Lycurge Roy
& Legiſlateur de Lacedemone . Elles le couronne
à l'envi , & par reconnoiffance il les fait affeoir
à fes côtez fur le Thrône , d'où il prononce
fes Loix.
III. ENTRE' E.
Auffi -tôt que Lycurge eft placé fur le Thrône,
les divers Ordres de l'Etat viennent recevoir
fes Loix , qu'il énonce lui même , & ne prend
confeil que des Vertus qui l'environnent .
IV . ENTRE' E.
Titus Empereur Romain , que fon coeur
genereux
1
DE
NOVEMBRE. 1721. 105
!
genereux & bienfaifant fit appeller Les delices
du Genre humain , reçoit avec autant de bonté
que de majefté , les hommages que lui viennent
rendre les principaux Remains & les Ambafiadeurs
d'Afie & d'Afrique . Chacun d'eux préfente
refpectueufement à ce Prince les coeurs de leurs
Nations . Les Suivans des Ambaffadeurs font
upe Fête avec les Romains en l'honneur de Titus
, qui leur a fait un accueil fi gracieux.
II. PARTIE.
Ce que doit faire un Souverain pour le bonheur
de fes Sujets.
C'eft de leur procurer , autant qu'il eft en fom
pouvoir , tous les avantages qui concernent la
Neceffité , l'utilité , l'Ag ément ; mais aucun
qui puiffe dégenerer en licence.
I. ENTRE' B.
Cerès , Bacchus & Cybelle , irritez du cruel
feftin que leur avoit fait fervir Tantale , & ne
voulant plus fournir ni bled ni vin à cette contrée
barbare , font naître de ce feftin même la Faim ,
la Soif , &c . pour tourmenter ce Prince & fon
Peuple. Pelops fils & fucceffeur de Tantale , fléchit
par fa pieté la colere des Divinitez outragées.
Il invoque Neptune qui lui fait venir par
mer des bleds & des vins en abondance pour le
foulagement de fes fujets .
II. ENTRE' E.
Agenor Roi des Pheniciens pourvoit à l'utilité
• de fon peuple par le commerce que lui enfeigne
Mercure ; & Idomenée par les Arts qu'il fait
fleurir en fon nouveau Royaume de Salente
fuivant le confeil de Minerve.
III. ENTRE' E,
Pendant que Saturne regue en Italie , les villes
2
Ev &
106 LE MERCURE
.
& les campagnes goûtent fous fon Empire la douceur
des plaifirs innocens . ;
IV. ENTRE' E.
Le Peuple de Theffalonique abufant des Profperitez
qu'il devoit à la bonté de Theodofe , devient
oilf , s'amufe à des fpectacles de Pantomimes
& de Saltinbanques , où il maltraite un
Officier que l'Empereur envoye pour y prefider,
Ce qui engage ce Prince à une vengeance outrée,
qui change ce fpectacle licentieux en un theâtre
d'horreur.
Ce
III. PARTIE .
que doit faire le Souverain pour reduire fes
ennemis.
1. N'entreprende la Guerre que pour de juftes:
raifons , & en vuë de la Paix.
2. Bien agguerri , & bien conduire fes Troupes .
3. Ufer de clemence & de moderation dans la
victoire..
4. Rendre fa Domination aimable aux vainaus
, pour la rendre durable.
I. ENTREE.
Agefilas Roy de Sparte , toujours attentif à vivre
en bonne intelligence avec fes voisins , & fes
alliez ,n'entreprend la guerre contre Thiffapherne
Roi de Perfe , que pour repouffer la violence de
cet ennemi , qui venoit piller fon Royaume , &
qu'après lui avoir fait offrir la paix par fes Envoyez.
Themis lui met le Glaive en main pour
marquer la Juftice de fes Armes ; Mars l'arme
' d'un Bouclier pour fa défenfe ; la Victoire lur
montre le Laurier ; la Paix l'invite à preferer le
Rameau d'Olive qu'elle lui prefente ..
II. ENTRE'E.
Cyrus fait faire l'exercice , & former un Siege
DE NOVEMBRE 1721. 107
des jeunes Guerriers , qu'il conduit à la conquête
de l'Afie.
III. ENTREE
Trajan , le meilleur des Céfars , fait ôter les
chaînes aux Captifs qu'on avoit attachez à fon
Char de Triomphe. Il eft ravi de les voir prem
dre part à la joye publique des Romains .
IV . ENTRE' E.
Le même Trajan ne fe contente pas d'avoir
donné la liberté aux Captifs , il donne encore
à leurs pricipaux Chefs le droit de Bourgeoifie
dans Rome , & de fes ennemis en fait fes allicz.
Cc
que
1
IV. PARTIE.
doit faire un Souverain
des Autels .
pour l'honneur
1. L'établir. 2. Le maintenir 3. L'étendres
4 Le perpetuer.
I ENTRE' I

Conftantin le Grand , après la défaite du Ty
ran Maxence , vient avec fes Officiers & quelques
Mineurs faire démolir les Temples
abbatre les Statues des fauffes Divinitez , pour
établir le culte facré fur les ruines du Prophane..
Les Génies qui animent les Statues , tâchent d'as
bord de le flechir par leurs fupplications ,
mais
Fe voyant inflexible , ils marquent leur dépie
par une danfe furieufe .
II. ENTRE E
Le Genie de la France va de la part de Philippe
Augufte prefenter des Armes au Comte:
Simon de Montfort , pour combattre l'Herefig
contraire à l'honneur des Autels, Ce Generary
E vj comme
r08 LE MERCURE
comme un autre Hercule François , terraffe
cette Hydre fortie de l'Abîme.
III. ENTRE'S.
Les Barbares que Charlemague n'avoit fubjuguez
que pour étendre l'Empire du Chriftianifme
, viennent mettre les armes bas aux pieds
des Generaux François , qui en dreffent un Tro
phée à la vraie Religion .
IV . ENTRE'E.
Pendant qu'on éleve ce Trophée à la gloire
des Autels , le Tems armé de fa faulx , tâche en
vain de renverfer cet ouvrage . Les braves François
, fuivant l'ordre qu'ils ont reçû de leur Roi
défarment cet implacable ennemi des plus beaux
établiffemens . 4
BALLET GENERAL.
Les Peuples s'applaudiffent du parfait Monarque
que le Ciel leur adonné. Ils en temoignent
leur joye par diverfes Danfes conformes au goût
& au genie des differens climats . Tous à l'envi fe
rangent fous fon Empire , marchent fous fes Ordres
, & font des voeux pour la durée de fon
Regne.
Les Danfes font de la compofition de M.
FROMENT.
Le 27 Aouft , à trois heures après midi , les
Rhetoriciens du même College ont plaidé une
Caufe dont voici le fujet.
ARISTE , Négociant habile & vertueux , ayant
amaffé de grands bien ; dans une Ville maritime du
Royaumesne devant fa fortune qu'à lui même ,
voulut la partager entre les pauvres &fes heritiers .
Illaiffa parfon teftament de quoyfonder uz Hôpital,
por loger , nourrir , & entretenir au moins trois
consperfonnes ; avec cette condition , qu'on admettroit
DE
NOVEMBRE 1721. 109
troit préferablement à tout autre, l'ejpece de fauvres
dont la mifere paroîtroit plus digne de compaffon
pour qui il n'y auroit point encore de retraite
établie en cette même Ville.
On prefente des pauvres de quatre especes ; des
Aveugles , des Infen ez , des Enfans Orphelins ,
des Vieillard's qui ne font plus en état de travailler.
Il s'agit de fçavoir laquelle de ces efpeces doit l'emporterfur
les autres ; & dans quel rang ces differents
pauvres doivent eftre admis , pour remplir les p'aces
fondées par Arifte.
Les fieurs Maffon , Patin , de Villeneuve & de
Marfi ont parlé pour les Aveugles , les Infenfez ,
les Orphelins & les Vieillards. Le fieur de Marville
a jugé en faveur des Infenfez.
On a reprefenté dans le même mois d'Aouft au
College du Pleffis une Tragedie intitulée Pompée.
L'Apologue qu'on va lire , eft tiré de la petite
Piéce qui fert d'Epilogue. C'est Lycidas qui parle.
L'AIGLON ORPHELIN,
Un jeune Aiglon à peine avoit commencé
d'être ,
Que par un coup.fatal il fe vit orphelin.
Il devoit des Oyſeaux un jour par fon deſtin
Etre, ainfi que fon Pere, & le Prince & le Maître,
Et porter comme lui le foudre de Jupin.
La Républiqué allée étant donc inquiéte
Comment l'Enfant Royal apprendroit à regner,
Ayant perdu celui qui pouvoit l'enfeigner ,
Dans un Bois écarté convoqua la Diéte.
Après qu'on eut longtemps raifonné , difputé ,
Qu'on eût fait , qu'on cut dit tout ce qu'on pou
voit dire ,
LE MERCURE
Il y fut enfin arrêté
Qu'il feroit au plutôt choifi dans tout l'Empire
Deux Sujets capables d'inftruire
Le Monarque naiffant. On regarde , & d'abord
On choifit d'un commun accord
Un Faucon , l'ornement de la Race emplumée,
Qui par fon âge , & beaucoup plus encor
Par fa Prudence confommée
Etoit du Peuple Oifeau devenu le Neſtor .
Pour le Monarque Enfant c'étoit un vrai trefor.-
Il devoit lui montrer par quelle noble audace
Il pourroit s'élevant jufqu'au plus haut des airs
Affronter le Soleil , & braver les éclairs
Comment digne heritier des vertus de fa Race ,
Il devoit fur les pas de fes braves Ayeux ,
Des Dragons , des Serpens méprifer la menace,
Et malgréleurs efforts , leurs replis tortueux ,
Les combattre , & triompher d'eux
Dans cette glorieufe place
On lui donna pour compagnon
Un Cygne , Mais c'étoit un Cygne de renom ,.
Que la blancheur de fon plumage
Relevoit beaucoup moins que les rares talens
Qu'il reçut du Ciel en partage :
Careffant, doux, modefte , acceffible en tout tems
De tout inftruit , parlant bien le langage
Propre aux Oiseaux , mais parlant encore
mieux
DE NOVEMBRE 172 F.
Le langage des Dieux.
Son miniftere devoit être
D'infpirer au Monarque une tendre bonté
Pour ceux à qui le Ciel le deftinoit pour Maître.
Il devoit par fes fains en fon coeur faire naître
Douceur , Clemence , Humanité ,
Le convaincre fur- tout que ce Dieu redouté
Qui lui devoit bien- tot confier fon Tonnerre,
Veut que les Rois , les Peuples , tout revéré
Sa redoutable Majefté.
Les lots ainfi donnés, chacun du fien s'acquite ,
Chacun fait leçon à son tour.
C'eſt merveille de voir comment l'Aiglon profite
On voit en lui fe former chaque jour
Quelque perfection nouvelle .
Jamais terre ne fut plus prompte & plus fidelle
Aremplir l'efpoir empreffé
Du Laboureur intéreſſé .
Mais parmi les progrès d'un Eleve fi digne
Ce qui furprend le plus ceux qu'ils ont pour te
moins
C'eſt que bien que formé par les fideles foins
Du Faucon & du Cygne ,
On voit en lui pourtant par un prodige infigne
Je ne fçai quoi , qui n'eft ni Cygne ni Faucon ,
Mais quelque chofe encor de plus fublime
De plus grand , de plus magnanime ,
Je
712 MERCURE LE
Je ne fçai quoi fentant plus fon Aiglon ,
Que l'on conçoit mieux que l'on ne l'exprime
,
Et qui ne peut par aucune leçon
Eftre donné. Les Oifeaux s'en étonnent ,
Et comme entr'eux ils en raiſonnent,
Ne foyez point furpris , leur dit d'un grave ton
Un Corbeau prefque centenaire ,
Le Roy que vont avoir les habitans de l'air ,
Jupiter le deftine à porter fon tonnerre ,
Son premier Maître auffi c'eft Jupiter :
Ce Dieu puiffant & debonnaire
Joignit en le formant les vertus de fon Pere
A celles du plus GRAND de fes nobles Ayeux ,
Et compofa pour lui cet heureux caractere
Qui nous annonce un Regne falutaire ,
Et nous répond d'un Roy felon nos voeux,
Puiffe ce Dieu clement agréant nos offrandes ,
Défendre notre Aiglon , le proteger toujours ,
Et lui donnant des jours
Au gré de nos demandes ,
De fon Regne attendu prolonger l'heureux cours.
APOLLON répond .
Oui , Lycidas , Jupiter l'aime
Cet Aiglon que ta main vient de peindre à nos
yeux,
A
DE NOVEMBRE 1721. 113
Afes foins paternels , à fa bonté fuprême ,
Il fera toujours précieux.
Tandis que tout à fon repos confpire ;
Que par des foins actifs , par d'importans fecours,
Un Augufte Heros veille fur fon Empire ,
Jupiter veille fur fes jours.
En vain l'impitoyable Parque
L'avoit conduit au bord de la fatale Barque
Où tout mortel eft attendu :
En vain prête à souper la trâme du Monarque ,
Elle tenoit déja fon cizeau fufpendu ;
Jupiter attentifde fon Palais celefte
A détourné le coup funefte
Par qui ce Roy des airs dans la nuit du tombeau
Alloit voir de fes jours éteindre le flambeau :
Ce Dieu parle . A ſa voix puiſſante
La Parque obéifflaate
A laiffé tomber fon cizeau .
Quelles fêtes , grands Dieux quels tranſports
d'alegreffe
Ont diffipé foudain la mortelle triſteſſe
Où tous les coeurs étoient plongez !
Par tout en cris de joye on voit les pleurs changez.
Grands , Petits , Enfance , Vieilleffe ,
Tout s'anime , tout s'intereſſe ,
Tout goûte avec plaifir un bien fi précieux ;
De toutes parts chacun s'emprefle
114
LE
MERCURE
A chanter le bienfait des Dieux.
Les Temples chaque jour retentiffent fans ceffe
Des plus melodieux accens ;
Par-tout fur les Autels on voit fumer l'encens ,
Et la Terre livrée à la réjoüiſſance ,
Semble vouloir par mille feux divers
Elancez dans les airs ,
Forcer le Ciel , témoin de fa reconnoiffance ,
A partager fa joye & fes concerts.
Heureux le Roy que tout un Peuple adore !
Qui des voeux de ce Peuple eft l'objet fortuné.
Mais cent fois plus heureux encore
Le Peuple à qui ce Roy par les Dieux eft donné !
& c.
La Piéce qu'on vient de lire eft de M. Piat , Regent
de Rhetorique du College du Pleffis.
On nous écrit de Rome que le Jeudi
18. Septembre , dans la grande Salle du
College Romain , tenduë de belles tapilferies
de velours & de damas cramoifi , on
avoit dreffé un Theâtre magnifique fur le
deffein & par les foins du Sig. Jean Dominique
Pioli , très - habile en perfpective
& en décorations , fur lequel Theâtre on
reprefenta une Tragedie en Vers Latins ,
intitulée ALTEMENE , du P. Carpani Jefuite
, compofée fur le modele des Tragedies
de Seneque ; en cinq Actes , avec un
Prologue
DE NOVEMBRE 1721. iff
Prologue & des intermedes en Mufique de
la compofition du fameux Sig. Carlo Fran.
Cefarini , Maître de la Chapelle du Pape ,
& d'autres ornemens & exercices convenables
à cette Piéce , un Ballet où les Jeux
Olympiques étoient reprefentez , &c. Ce
noble Spectacle étoit dedié au Cardinal
Nugno de Cunha d'Attayde , lequel a fait
éclater fa magnificence & fa liberalité ,
non - feulement en fourniffant à toute la
dépense pour cette magnique repreſentation,
mais encore en faitant donner des prefens
, proportionnez à la generofité , aux
huit jeunes Ecoliers qui ont declamé la
Tragedie , aux plus habiles Rhetoriciens ,
Humaniſtes , & autres de la premiere , de
la feconde & de la troifiéme Claffe . On
diſtribua des Livres & des bougies à tous
les Spectateurs , qui étoient en trés grand
nombre , & à tous les Entr'Actes on fervoittoutes
fortes de rafraîchiffemens , des
forbets de toute efpece , des bifcuits , des
fruits glacez , &c. Ce magnifique Spectacle
, honoré de la prefence de 23 Cardinaux
, des Miniftres des Princes Etrangers,
de divers Princes & Seigneurs Romains ,
ne finit qu'à deux heures de nuit.
L'après-dinée du 5 Octobre il y eut une
fête Academique au College Clementin ,
où les Academiftes celebrerent les Lettres,
les Armes, & les beaux Arts, par un aparat
des
116 LE MERCURE
des plus magnifiques . On voyoit repre
fenté fur un grand Theatre élevé dans la
grande cour , le Temple de la Gloire , foutenu
par des colonnes , avec un frontispice
fort élevé , orné de trophées , de palmes ,
& de lauriers , avec des feitons de fleurs
qui indiquoient les divers exercices des
Armes & des Lettres qu'on cultive dans
ce College. Le fimulacre de la Gloire paroiffoit
entre Pallas & Hercule , & c . tout
cet aparat fut defliné par le celebre Fran .
Bibiana Architecte & Ingenieur. La fête
étoit dediée au Cardinal Pereira , & honorée
de la prefence de 19. Cardinaux , &
de grand nombre de Princes & Seigneurs .
Après une tymphonie bruyante de trompettes
, timbales, cors de chaffe & hautbois,
on recita desVers Latins & Italiens , & quelques
difcours en profe , contenus dans les
Livres imprimés qu'on diftribua. Enfuite
parurent les Danfeurs du Ballet , lequel
Ballet varié & ingenieufement compofé ,
fut fuivi de l'exercice de l'Epée , de la Pique,
du Drapeau , & c. aprés quoi les Cavaliers
entrerent en lice pour l'exercice du manege:
ils formerent des tournois , des joûtes, &c.
Cette agreable fête fut terminée par une
Cantate à trois voix, qui faifoit allufion aux
trois principaux exercices de ce College ,
qui ont pour objet la Religion , la Vertu
& la Nobleffe.
L'OPERA.
DE NOVEMBRE 1721. 117
LA
L'OPERA.
'Academie Royale de Mufique a ceffé
les repreſentations du Baller des Fêtes
Venitiennes , pour reprendre Iffé. Le 21
du mois dernier la Dile la Garde , dont
on a parlé dans le dernier Journal , y a
chanté le premier Rôle , avec beaucoup
de goût & d'expreffion ; mais on a trouvé
que fa voix avoit moins d'étendue. La
Ülle Tulou a repris ce Rôle le 4 de ce
mois , & la chanté jufqu'au Mardy 11 .
quand on a ceffé cet Opera,
Le 11. de ce mois , Fête de faint Martin
, on a commencé les Bals qu'on donne
en hyver fur le Theâtre de l'Opera , &
qui durent depuis onze heures du foir
jufqu'à fix heures du matin ; on y paye
le prix ordinaire des livres par perfonne.
Le 13 Novembre. PHAETON Tragedie
de M. Quinault , mife en Mufique par
M. de Lully , que le Public attendoit avec
impatience , n'ayant pas été repreſentée
depuis près de douze ans. Elle parut à la
Cour pour la premiere fois au mois de
Janvier 1683. Comme il n'y avoit point
å Verfailles de lieu propre pour y faire
des machines , cet Opera fut executé avec
les
113 LE MERCURE
les feules decorations. Il fut enfuite reprefenté
à Paris le 27 Avril dans tout fon
luftre.
Dans cette reprife , les deux Roles du
Prologue font chantez par la Dlle Hermans
& le fieur Chaffé . Ceux de Libye
de Theone & de Climene dans la Tragedie
par les Diles Tulou , Antier & Lambert.
Phaeton , Epaphus , Prothée , Triton ,
Merops , le Soleil , par les Srs. Muraire ,
Thevenard , Dubourg , Jaffier , le Mire
& Tribout. Ce dernier Acteur n'avoit
jamais paru à Paris ; c'eft un jeune homme
fort bien fait , à qui on trouve beaucoup
de graces dans la declamation , dans
le gefte , & dans la voix.
Phaeton a été la premiere Piece Lirique
qui ait paru à Lyon , lors qu'on y établit
une Academie de Mufique en 1687. Elle
y fut reprefentée avec un fuccès fi extraordinaire
, qu'on la venoit voir de plus de
trente lieuës à la ronde.
M. de Freneufe dans fa comparaifon de
la Mufique Italienne à la Mufique Françoife
, dit dans fon premier Dialogue
page 69 , que le Duo , Helas ! une chaîne
fi belle, &c. qui a tant eu de cours , n'eſt
pas cru de tout le monde de Lully. On
prétend qu'il eft de l'Alloüette l'aîné , qui
étoit fon Secretaire. La preference que M.
de Lully donne à cer autre Duo , Que mon
fort
}
DE NOVEMBRE 1721. 119
fort feroit doux , &c . fortifia la tuſpicion
qu'on avoit fur l'autre , que quelques- uns
attribuoient à fon Secretaire ; & il n'eft
pas fans apparence , pourfuit le même
Auteur , que Lully , en homme d'efprit ,
n'ait été bien aife d'élever , Que mon fort ,
c. qui eft fûrement de lui , aux dépens
de l'autre , qui eft peut - être de l'Allonette
.
Mais le même M. de Freneufe reconnoît
dans fon quatriéme Dialogue , page
124 , que c'étoit un faux bruit ; car Lully,
dit-il , avoit congedié l'Alloüette plus de
quatre ans auparavant , fur ce qu'il lui
revint que l'Allouette fe vantoit d'avoir
fait les plus beaux airs de l'Opera' d'Ifis.
Le même Auteur remarque que le Rôle
de Phaeton eft fingulier , en ce que ce
jeune ambitieux paye à toute heure d'efprit
, où les autres Heros d'Opera payent
de tendreffe .
Il admire ce trait de Libye dans la deuxićme
Scene du premier Acte : Vous y venez
réver auffi , en ce que Libye rend là malignement
à Theone, le reproche que celleci
lui fait de chercher la folitude. Le ton
marque à merveille que Libye entend
fineffe à cette réponſe,
Dans la troifiéme Scene du fecond Acte,
on a cependant critiqué , & avec raifon ,
cer endroit :
Que
1
120 LE MERCURE
Que l'incertitude
Eft un rigoureux tourment , & c.
Quoi que l'air foit beau & agréable à
l'oreille , il n'eft point expreffif, ni dans
le caractere qu'il faut , car Libye fe plaint
de la rigueur d'une incertitude douloureufe
, & elle s'en plaint d'un ton & d'un
mouvement gay & badin , qui fait un contre-
temps que le bon fens ne peut fouffrir.
Mais c'eft une legere tache dans un fi
magnifique Opera ; on admire fur tout
dans le genre ferieux & grave , au premier
Acte .
Le fort de Phaeton fe découvre à mes yeux , & c.
Au quatriéme Acte .
Vous êtes fon fils , je le jure
Par ce Dieu , & c .
Au cinquiéme Acte.
C'eft toy que j'en atteſte ,
Fleuve , & c.
N'oublions pas de faire remarquer le
beau Duo.
Non , non , rien n'eſt comparable
Au deftin glorieux , &c .
Le Choeur merveilleux du quatriéme
Acte.
Allez répandre la lumiere , &c.
Qui eft admiré par tout ce qu'il y a de
gens
DE NOVEMBRE 1721. 121
gens de bon goût & d'habilesMuficiens . On
ne peut pas douter que toutes les parties
generalement ne foient de fon incomparable
Auteur , car fouvent il fe déchargeoit
fur d'autres du foin de faire celles du milieu
.
Il y a encore au se . Acte , un bel air de
baffe.
Dieu , qui vous declarez mon pere , & c.
Quelques - uns ont trouvé ce dernier
Acte trop inégal , & trop mélé d'excellent
& de chofes moins travaillées. Le Duo que
font Climene & Theone , après que Phaeton
a trébuché , paroît de cette derniere eſpéce.
O fort fatal , ô chute affreufe !
O temerité malheureuſe !
Au refte , cet Opera , le douziéme & un
des plus beaux des illuftres Aureurs qui
l'ont confpofé, eft parfaitement bien remis :
le Ballet compofé par le Sr Pecourt a été
trouvé fort brillant & fort beau on reconnoît
par tout le génie & le goût de M.
de Francines, qui dirige l'Academie Royale
de Mufique. Les rôles font bien diftribuez,
les habits très-riches & dans le vrai caractere
qu'il faut , les decorations magnifi-
F ques
122 LE MERCURE
ques ; une entre les autres a frappé les
Spectateurs , qui l'ont aplaudie avec acclamation
, c'eft celle qui repreſente le
Palais du Soleil au 4. Acte , elle eſt d'ordre
Jonique compofé . On voit dans les entrecolonemens
douze figures affifes , reprefentant
les 12. mois de l'année avec leurs attributs
; un médaillon attaché à la corniche ,
pend au- deffus de chaque figure , entouré
de guirlandes & de feftons , compoſez des
fleurs & des fruits de chaque faifon . Dans
les Médaillons font peints les fignes du
Zodiaque , qu'on ne voit point aux figures
placées fur les piedeftaux ; dans quelques-
uns les Mufes font reprefentées, & c ,
Le riche platfond eft compofé dans le goût
de la décoration .
Au feptiéme chaffis de chaque côté , on
voit deux colonnes ifolées fur le devant ,
qui terminent une eftrade élevée de fix degrez
, avec une balustrade qui femble être
envelopée de nuées , où font affifes douze
Actrices reprefentant les douze heures du
jour. Le haur de cette eftrade eft de figure
circulaire , & femble percé de fept arcades,
dont la corniche eft foutenue par des grou
pes de cariatides , & l'entablement eft enrichi
de divers ornemens & attributs , qui
accompagnent quatre bas reliefs , où font
reprefentez quatre fujets choifis du Dieu
de
DE NOVEMBRE 172 T. 123
de la Lumiere . Au milieu de l'eftrade eft
placé le trône lumineux du Soleil , enrichi
de pierreries & d'autres ornemens brillans
de differentes couleurs. Tout le Palais en
general paroît entouré d'une gloire trèsrefplandiffente.
Cette fuperbe 'décoration a été executée
en peinture par M. Perrault , Peintre de
l'Academie , fur les deffeins & la conduite
de M. Berain , Deffinateur de la Chambre
& Cabinet du Roy.
Le Dimanche 10 Novembre , le Roy
honora de la prefence la troifiéme reprefentation
de PHAETON , avec tous les Prin--
ces , Princeffes , Seigneurs & Dames de la
Cour , les Miniftres des Princes Etrangers,
&c. ce qui forma la plus augufte & la plus
brillante affemblée qu'il foit poffible de
voir. S. M. voyoit l'Opera pour la premiere
fois. Elle partit du Palais des Thuilleries
à 5. heures en caroffe à deux chevaux
, accompagnée de M. le Duc de Bour
bon , de M. le Comte de Clermont , de M.
le Maréchal Duc de Villeroy fon Gouverneur
, de M. le Duc de Bouillon , Grand
Chambellan de France , & de M. le Duc
d'Harcour Capitaine des Gardes du Corps.
Le Roy entra par le Palais Royal , où il
trouva S.A. R. Monfeigneur le Duc d'Orleans
au haut du grand Efcalier , qui conduifit
S. M. par la Salle des Gardes , où les
Fij Gardes
$ 24 LE MERCURE
Gardes du Roy avoient pris leurs poftes ,
dans l'appartement de Mademoiſelle de
Montpenfier , qui reçut les complimens de
S. M. fur fon mariage avec le Prince des
Afturies : Le Roi alla enfuite dans la Loge de
Madame , où S.M. fe plaça entre cette Princeffe
& M. le Duc d'Orleans . Dans la Loge
attenant , la Princeffe, des Afturies , Madame
la Ducheffe d'Orleans , M. le Duc de
Chartres Mademoiſelle de Chartres ,
Monfieur le Duc , Monfieur le Comte
de Clermont , le Prince de Turenne , & c,
L'Opera fut parfaitement repreſenté , &
Sa Majesté parut y prendre grand plaifir.
Tous les efpaces étoient extremement
ménagez , & jufques aux moindres
places occupées par des gens de diftinction,
dont la parure , par la richeffe des étoffes
& l'éclat d'une infinité de pierreries , produifoit
un effet admirable . On avoit élevé
un Parquet dans le Parterre de deux pieds
de hauteur , fur lequel on avoit placé des
bancs comme à l'Amphiteâtre. C'étoient les
Officiers des Gardes du Roy qui plaçoient
fur les billets de M. le Duc d'Harcour,
En parcille occafion le Roy fait feul les
frais de l'Opera. S. M. donne 400.
piftoles , & fait fournir les bougies. Le
Spectacle finit à l'heure ordinaire. Le Roy
s'en retourna fouper aux Thuilleries , pour
revenir au Bal du Palais Royal , dont nous
Parlerons plus bas,
On
DE NOVEMBRE 1721. 125
On apprend par les dernieres nouvelles
de Rome, que Don André Mello de Caſtro
Ambaffadeur de Portugal , faifoit preparer
un Opera à l'honneur du Pape , qu'il a
dû faire repreſenter dans fon Palais le 16.
de ce mois , jour auquel S. S. avoit de
claré qu'Elle prendroit poffeffion de l'Eglife
de S. Jean de Latran .
THEATRE ITALIEN.
A
RLEQUIN CARTOUCHE , Comedie
Italienne , en cinq Actes , fans
noeud , & fans autre dénouement que la
prife de ce Voleur . Ce font des tours de
Filoux dont on a compofé plufieurs Scenes
, coufues précipitemment les unes aux
autres , pour prévenir une Piece fous le
même titre, affichée pour le Theâtre François.
On a tant parlé de Cartouche , que
perfonne n'ignore prefque que c'eſt lo
nom d'un jeune homme d'environ 16 ans,
chef d'une bande de Voleurs , fameux par
quantité de vols & de meurtres , & plus
encore par fon adrefle , fon courage &
fes fubterfuges à fe fouftraite aux pourfuites
de la Juftice , qui s'eft fauvé plufieurs
fois des Prifons & des mains des
Archers ; qu'on pourſuivoit depuis longtemps
a Fiij
126 LE MERCURE
temps , & qui en dernier lieu depuis qu'il
eft pris , a fait des efforts incroyables pour
fortir de fon Cachot pendant la nuit , lai
deuxième , quoi qu'il eût les fers aux
mains & aux pieds. Après avoir percé
deux murs , & traverfé deux latrines &
une cave , il étoit parvenu jufques dans
la Boutique d'un Artifan , à plain pied de la
ruë , où il fut découvert & repris außi - tôt.
Cette Comedie a été jouée pour la prehiere
fois le Lundi 20 Octobre fur le
Theâtre du Palais Royal . On l'a ceffée
après treize reprefentations très nombreufes
, le 11 Novembre . Quoi que ce foit
une Piece toute de jeu , & dont par confequent
tout l'agrément confifte dans l'ac
tion , nous ne laifferions pas de dire quelque
chofe des principales Scenes , afin d'en
donner une legere idée à ceux qui ne l'ont
pas vûë ; mais des perfonnes réfpectables
aux lumieres defquelles nous foumettons
volontiers les nôtres , nous ont confeillé
de ne pas entrer dans ce détail.
Vaudeville de la Veuve Coquette , petite
Comedie du Theatre Italien , dont nous
avons parlé le mois paſſé.
UNN Amant avant l'himenée ,
Enchanté de fa deſtinée ,
Croit
DE NOVEMBRE 1721. 117
Croit que les feux feront fans fin.
L'Hymen fouhaité vient enfin :
La premiere nuit l'amour refte ,
Mais fouvent le petit malin ,
Zeſte ,
S'envole dès le lendemain.
,
La plus vive douleur s'appaife,
Comme la Matrone d'Ephefe
Une, Veuve eft elle aux abois ;
Un vivant de joli minois ,
A la regaillardir ´eſt preſte ,
Il fait fi bien du premier coup ,
Zeſte ,
Qu'à l'Hymen elle reprend goût.
En vain dans fon humeur jalbufe ,
Un Epoux croit de fon épouſe
Ecarter toujours les galans
Que fervent les foins vigilans ?
Il ne faut qu'un moment funefte ,
Un jeune gaillard qui plaira ,
Zeſte ,
A fa barbe lui croquera.
SILVIA.
Les Meres qui font les jeunettes
Ne veulent pas que leurs fillettes
F iiij
Ecoûtent
130
LE MERCURE
LE THEATRE FRANCOIS.
3
Es Demoiſelles Doflis & Labat ,
qui ont reprefenté divers Rôles
leparément , viennent de paroître
enfemble dans la Tregedie
du Comte d'Effex : La premiere a joué
le Rôle de la Reine Elizabeth ; & la feconde
celui de la Ducheffe d'Irton. Elles
ont été aplaudies , & le Public paroît
fouhaiter qu'on les reçoive toutes deux .
La Dlle Drever , qui avoit paru fur ce
Theâtre il y a trois ans , dans le Rôle de
Jocafte , dans l'Edipe de M. de Voltaire ,
& dans le Rôle de la Servante dans les
Folies amoureufes de M Renard , viene
de fe montrer encore dans les deux Rôles
Comiques du Tartuffe & du Legatatre.
La Comedie de CARTOUCHE , que les
Comediens François ont jouée le 1r de
ce mois pour la 13. & derniere fois , eft
une de ces Pieces qu'on doit regarder
comme un Vaudeville , fait fur un évenement
nouveau & fingulier , dont tout le
monde s'entretient , & que chacun s'empreffe
de fçavoir. Dans de pareilles circonftances
une Piece de Theatre ne manque
1-
DE NOVEMBRE 1721. 131 .
que jamais de réuffir & d'attirer la foule ,
pour peu qu'elle foit ingenieufement conduite.
Les plaifanteries prifes du fujet , ou
qui y font ramenées , ne portent jamais
à faux : Le lieu de la Scene & l'action
prêtent encore de nouveaux agrémens à
des chofes qui ont déja diverti dans le fimple
recit qu'on en a entendu faire ; ajoûtez
à cela qu'on ne va guere voir ces fortes
de Pieces qu'avec une pleine confiance d'y
avoir du plaifir , excité par l'envie de fçavoir
comment l'Auteur aura mis en oeuvre
les traits dont on eft déja inftruit . D'ail-
-leurs dans une nombreuſe affemblée , les
fpectateurs s'ameutent , pour ainfi dire ,
les uns les autres ; les éclats de rire
qu'on entend provoquent , en forte que
fouvent tel homme froid & mal-aifé à faire
fortir de fa taciturnité , fe laiffe pourtant
entraîner , fans pouvoir en fortant fe rendre
raifon du plaifir qu'il a eu.
L'impatience étoit fi grande de voir
cette Piece le jour qu'on la reprefenta pour
la premiere fois , qu'on ne pur pas achever
la premiere Scene de la Comedie d'Efope
à la Cour , qu'on devoit jouer d'abord ,
il fallut l'interrompre & ceder aux cris
tumultueux du Parterre , qui demandoit
Cartouche. Comment la pofterité jugerat'elle
du goût de notre fiecle , fi elle aprend
qu'on a preferé la Piece de Cartouche à
F vj la
134 LE MERCURE
En vain un air modefte
Vous empêche d'étre jaloux ,
Et zefte & zefte & zeſte ,
Qui peut être foible pour vous ,
L'eft pour le refte.
Le plumet hardiment
Frappe au coeur d'une belle ,
L'Abbé dans la ruelle
L'attaque doucement , )
En vain elle conteſte ,
Et de l'Amour brave les traits ;
Et zefte & zefte & zefte ,
Un Financier furvient après
Qui fait le refte .
Chez un Marchand Badaut }
Qu'un Galand fafle emplette ,
Ce qu'il prend il l'achette
Deux fois plus qu'il ne vaut ,
Quel befoin qu'il contefte ,
La femme dont il eſt cheri ,
Et zefte & zeste & zefte ,
Dans l'abfence de fon
Lui rend fon refte.
mary
Au Parterre.
Nos plus ardens defirs
Sont de vous fatisfaire ,
Le
DE NOVEMBRE 1721 135
Le bonheur de vous plaire
Fait nos plus doux plaiſirs ;
La critique funeſte
Dit que nous volens votre argent ,
Et zeſte & zeſte & zeſte,
Le Parterre , s'il eft content ,
Répond du refte.
Le 17. Novembre , la Dlle. Dubreuil ,
Comedienne qui joue dans les Troupes de
Province , s'eft preſentée pour la feconde
fois pour remplir les rôles de Reines Meres ;
c'eft une grande perfonne qui pare bien le
Theâtre , qui a de la voix & qui peut avoir
quelques talens pour la declamation qui
ne font pas encore bien dévelopez . Elle
vient de paroître dans le rôle d'Agrippine ,
dans la Tragedie de Britanicus. Elle avoit
auparavant joué celui de Clytemnestre
dans Iphigenie.
Le 18 du même mois , on a repreſenté
la Tragedie nouvelle d'EGYSTE . Les rôles
font diftribuez en cette maniere.
TYNDARE , Roy de Sparte ,
le Sr Poiffon fils.
ATRE'E , Roy d'Argos ,
le Sr le Grand.
THYESTE , frere d'Atrée ,
te Sr Baron.
EGYSTE
11 LE MERCURE
EGYSTE , fils de Thyefte & de Pelopée ;
le Sr Quinant.
AGAMENNON , fils d'Atrée ,
le Sr Q. Dufrefne.
PELOPE'E , fille de Thiefte , & mere d'Egyfte,
connue fous le nom d'Irene ,
la Dlle. Lécouvreur.
La Scene eft à Sparte.
Comme cette Piéce n'eft point imprimée
, nous ne pouvons pas en donner un
Extrait dans les formes . En attendant voici
un petit Memoire qu'un des Auteurs de
cette piece nous a prié d'inferer dans le
Mercure. Nous infererons de même les
deffenfes que celui qui y eft attaqué voudra
nous faire tenir.
Onfait que la nouvelle Tragedie d'Egyfte
eft un ouvrage de focieté , & je ne me
deffens pas d'y avoir beaucoup de part ;·
mais il n'eft pas jufte que je partage avec
mon afſocié des louanges qu'il a ſeul meritées.
Je lui laiffe toute la gloire de fa Pelopée
je n'y prétens rien. J'ai même ſujet de me
plaindre qu'une étrangere fe foit introduite
à mon infçu , pour y mettre le defordre
en mon abfence , après avoir chaffe la
fille de la maifon . Clytemnestre dont elle a
pris la place , ne fçauroit rien perdre de ſes
droits jufqu'à ce qu'elle foit jugée ; elle est
bien éloignée d'y vouloir rentrer avec triomthe
DE NOVEMBRE 1721. 137
phe & pour les reclamer feulement en jufice
, tout favorables qu'ils font , elle auroit
befoin d'un peu de cette confiance avec laquelle
fa Rivalle s'eft ofé introduire.
Voilà ce que j'ay à dire de plus preſſé,
J'aurois d'autres éclairciſſemens à donner
pour mon interêt ; mais je promets que je
n'en fatiguerai point le Public , & que je
ne les lui donnerai qu'à mesure on qu'il
paroîtra le fonbaitter , ou qu'on m'y forcera.
Au refte , fi on a trouvé des défauts dans
la Tragedie d'Egyfte , on y a auffi trouvé
des beautez , dont nous pourrons parler le
mois prochain. Un Argument fait fur les
repreſentations de cette Piéce , qu'on vient
de nous envoyer , pourra cependant fatisfaire
la curiofité des Lecteurs. Nous n'y
changerons rien.
La haine qui regnoit depuis long tems entre
Atrée & Thyefte , avoit produit des effets fi funeftes
, que Tyndare Roy de Sparte , felon cette
Fable , pour en arrêter le cours , entreprit de reconcilier
ces deux freres ennemis . Sparte qui fervoit
déja d'afile à Thyefte , fur lequel Atrée
avoit ufurpé le trône d'Argos , fut le lieu du
Congrès. Atrée s'y rendit. Tyndare lui avoit
promis en mariage fa fille Clytemneftre pour fon
fils Agamemnon ; la paix devoit fe conclure à la
faveur de cet hymen , par la reftitution du Trône
ufurpés en quoi Tyndare eft d'autant plus genereux,
que par-là fa fille devoit avoir un Trône de
moins.
Thyefte témoigne beaucoup de défiance à l'approche
138 LE MERCURE

proche d'Atrée , & Atrée ne peut fi bien diffimuler
à fon arrivée , qu'il ne lui échape quelques
marques de fa mauvaise volonté , en prefence
même de Tyndare . Il fe plaint que les Argiens
fe font revoltez en faveur de fon frere , qu'il accufe
d'avoir fomenté cette revolte , & fait connoître
à Tyndare qu'il vient d'envoyer fon fils
Agamemnon contre les rebelles pour les faile
rentrer dans fon obéiffance , fe refervant aprés le
droit de faire une reftitution volontaire d'un
Trône qui lui appartient par droit de conquête .
Des pretextes i frivoles irritent Tyndare , qui
lui fait connoître qu'il pourroit bien prendre
parti contre lui , s'il s'obſtine dans fon injuftice.
Atrée a recours à fa diffimulation ordinaire.Il fait
efperer qu'il n'apportera plus d'obftacle à cette
paix tant defirée ; mais dans un monologue immediatement
après , il fait connoître que ce prétendu
Traité de paix eft un nouveau piége qu'il
tend à Thyefte , pour exercer de nouvelles barbaries
centre lui , ne fe promettant pas moins que
de le faire affaffiner par fon propre fils Egyfte
dont lui feul connoît le fort ; & qui femble lui
avoir été adreffé par les Dieux.
>
Au fecond Acte , Egyfte fe plaint aux Dieux
de la cruauré qu'ils ont de lui cacher fon origine.
Atrée le trouvant agité lui demande d'où vient
fon trouble. Egyfte lui raconte un fonge dont
T'aplication équivoque flate Atrée du fuccès de
fes voeux ; il dit à Egyfte qu'il cft feul inftruit
du fecret de fanaiffance , qu'elle eft des plus illuftres
, mais qu'il n'aprendra qui lui a donné le
jour qu'à une condition , qu'Egyfte brûle de fçavoir
, mais Atrée l'oblige à fe retirer , voyant
Agamemnon qui furvient avec une prétendue
fille du Gouverneur d'Argos , qui lui eft prefentée
comme un garant de la foy du Gouverneur.
Atrée paroît fatisfait de fon fils , vainqueur dès
Argiens ;

DE NOVEMBRE 1721. 139
Argiens il l'envoye annoncer cette heureufe
nouvelle à Tyndare ; il fait quelques complimens
à fon ôtage , & fe retire. Le prétendu ôtage
fe fait connoître à fa confidente pour Pelopée
fille de Thyefte. Elle lui dit que fon malheureux
pere effrayé d'un oracle qu'elle ignoroit , l'avoit
bannie pour jamais de fa prefence , & qu'elle
s'étoit confacrée à Minerve par fes ordres : elle
ajoûte qu'un jour étant fur le bord d'un fleuve ,
un inconnu woulut lui faire violence , qu'elle fe
fauva dans le Temple , où malgré fes cris &
malgré Minerve & tous les Dieux atteftés , cet inconnu
la fuivit & executa fon facrilege deffein.
Elle lui dit encore que s'étant jettée fur l'épée
pour vanger fon honneur outragé , cette épée lui
étoit reftée entre les mains par la fuite de fon
ennemi , & qu'elle avoit reconnu à ce funcfte
fer , que celui qui venoit de l'outrager étoit fon
propre pere. Cette affreufe connoiffance , pourfuit
- elle , me porta à expofer aux bêtes farouches
le déteftable fruit d'un crime qui faifoit fremir
la Nature ; mais les Dieux le conferverent
malgré moi ; des bergers qui en avoient pris
foin me le prefenterent quelques années après ,
& me le firent reconnoître à des circonftances
convainquantes ; je lui dis que Minerve le prenoit
fous fes aufpices ; je l'armai de l'épée de
Thyefte , & lui annonçai , fans lui reveler fon
fort , que ce fer devoit fervir à executer les ordres
irrevocables du Deftin . Pe'opée dit enfin
qu'elle a quitté les autels facrés par un ordre
exprès de Minerve , qui lui a promis qu'elle
trouveroit la fin de fes malheurs dans la Cour
de Tyndare , où fon pere Thyefte & fon fils
Egyfte font actuellement fans connoitre leur ve- •
ritable fort.
Pelopée , fous le nom d'Irene , dit à Agamemnon
, au.troifiéme Acte , que l'amour qu'il a
Pris
140 LE MERCURE

pris pour elle ne doit pas rompre une paix qui
doit faire la fecilité de tant de Peuples , & que
d'ailleurs elle ne fçauroit répondre à fa tendrelle.
Agamemnon fe laiffe perfuader , & promet de
lui facrifier jufqu'à fon amour , en recevant la
main de Clytemneftre , & c . Pelopée fe retire ;
Thyefte vient ; la Scene entre l'oncle & le neveu
eſt affectueufe de part & d'autre. Atrée qui
furvient ne trouve pas bon que fon fils ait des
conferences fecrettes avec fon mortel ensemi.*
Les deux freres s'injurient reciproquement en
prefence d'Agamemnon . Atrée refté ſeul avec ce
dernier lui reproche fa tendreffe pour fon oncle
, & le renvoye aux pieds de Clytemnestre
offenfée de fon amour pour la prétenduë fille du
Gouverneur d'Argos. Dans le monologue fuivant
, il fe prepare à mettre la derniere main
à fa vengeance ; Egyfte vient à propos pour en
être l'inftrument ; Atrée lui promet le Tiône
d'Argos & Clytemneftre , outre la connoiflance
de fon fort ; pourvû qu'il le vange de fon ennemi
. Egyfte eft preft à le vanger , mais à peine
a t'il appris que cet ennemi eft Thyefte , qu'il
frémit à ce nom , par une efpece de preffentiment
que les Dieux font naître dans fon coeur.
Il fe determine enfin à tuer Thyefte:
Thyefte commence le quatrième Acte avec
Tyndare , à qui il fait entendre qu'Atrée a quelque
mauvais deffein . Tyndare ne peut croire ce
que Thyefte lui veut perfuader , & jure de fe
vanger avec éclat , s'il vient à découvrir qu'A
trée tráme quelque perfidie . Thyefte refte feul
fur la Scene à reflechir fur fon fort ; Egyfte vient
à deffein de l'affaffiner ; il tire l'épée fans que
Thyefte s'en apperçoive ; mais par un fecret avis
des Dieux il n'ofe lui porter le coup mortel,
preflé même par de violens remords , il met
entre les mains de Thyeſte ce même fer qu'il
devoit
DE NOVEMBRE 1721. 149
, devoit tremper dans fon fang & demande la
mort à celui à qui il avoit juré de la donner,
Thyefte , à la vue de cette fatale épée , fremit
d'horreur ; il fe fouvient qu'il l'a laiffée autrefois
entre les mains d'une fille qu'il a violées
il tremble qu'il n'air rempli malgré lui l'oracle
qu'il avoit voulu démentir , en confacrant Pelopée
fa fille au fervice de la chafte Minerve,
11 interroge Egyfte , & par fes réponses il fe
trouve confirmé dans fes foupçons . Egyfte re
connoît Thyefte pour fon pere , & ne doutant
point qu'Atrée , informé du fecret de fa naiffance
, n'ait voulu le rendre parricide ; il reprend
fon épée , & malgré tout ce que fon pere
lui peut dire , il court le vanger ; Pelopée furvient,
& fe faifant connoître pour fille de Thyeſte
& pour mere & foeur d'Egyfte , elle l'invite à la
vengeance que les Deftins exigent de lui .
re-
Au cinquiéme Acte s'execute ce qui a été projetté
dans la derniere Scene du quatrième. Thyefte
apprend à Tyndare & à Agamemnon , que le
cruel Atrée a voulu employer la main d'Egyſte
fon fils à lui donner la mort , pour avoir le barbare
plaifir de le faire perir par un forfait affreux ,
Agamemnon fremit de ce parricide ; il prie cependant
encore Thyefte de fe reconcilier avec
fon frere. Pendant cette Scene Egyfte tuë Atrée ;
Agamemnon qui entend du bruit vient pour le
fecourir , mais à peine eft- il forti , qu'Egyfte
vient annoncer à Thyefte qu'Atrée ne vit plus ,
qu'il l'a tué au milieu de fa garde , qui eſt demeurée
immobile par une efpece de miracle .
Dans les premieres reprefentations , Pelopée
venoit fe poignarder fur la Scene ; mais on a
retranché & fa prefence & les predictions qu'elle
y yenoit faire .
NOUVELLES
142. LE MERCURE
AAAAAAAAAAA
NOUVELLES E'TRANGERES.
De Conftantinople le 18 Octobre.
Mi
Noplief Envoyé extraordinaire du Czar
auprès de fa Hauteffe , eft arrivé à Conftantinople
le 19 Septembre. On a été à la
veille d'une rupture avec la Republique de
Venife , au fujet d'un Batiment de Dulcigno
qui a été brûlé par les Venitiens . Le Grand
Seigneur fort irrité de cette action , demandoit
pour reparation les Fortereffes de Preveſa & dé
Vonilla. Certe diffenfion naiffante a été apaifée
par la mediation de M. Dierling Secretaire
d'Ambaffade de l'Empereur à la Cour Ottomane,
&
par les foins
de M. Jean
Emo
, Baile
de la
Republique
de Venife
, l'accord
a été figné
le
10 Septembre
. Le Baile
s'eft
chargé
de faire
confentir
la Republique
à relâcher
tous
les
Efclaves
Turcs
qu'elle
retient
dans
fes Etats
,
& à payer
la fomme
de trente
mille
livres
aux
Habitans
de Dulcigno
, pour
le prix
du Navire
brûlé
. Il a été écrit
de Conftantinople
en Italie
,
que
dans
le dernier
Diva
, après
avoir
terminé
quelque
affaire
importante
, on avoit
proposé
au Grand
Seigneur
d'envoyer
fon fils aîné
voyager
en Europe
, pour
en connoître
les Monarchies
& les
moeurs
. Les
principaux
Officiers
du Divan
aplaudirent
à cette
propofition
, quoi
qu'oppofée
aux
Loix
de Mahomet
, & allegue
rent
pour
la juftifier
le bien
de l'Etat
& l'exemple
du Czar
, qui
a fi bien
fçu profiter
de cé
qu'il
a remarqué
dans
les differens
Pays
qu'il
a parcourus
utilement
, & qui
n'a pas fait
un
feul
DE NOVEMBRE 1721 143
feul voyage fans emmener avec lui dans fes
Etats , des Arts & des Sciences , jufqu'alors ,
inconnus aux Mofcovites. On affure que les
Lettres , écrites de Paris par l'Amballadeur de
la Porte , ont fort contribué à faire naître cette
idée.
MOSCOVIE.
De Petersbourg le 8 Octobre.
Lepremier de ce mois le Comte de Kinski
Ambaffadeur de la Cour de Vienne , eut
fa premiere audience du Czar. La ratification '
du Traité de Paix eft arrivée de Nyftad , & fur
reçue avec une triple falve d'Artillerie , feux
de joye & illuminations. L'Empereur de la Chine
a permis aux Négocians de Ruffie de venir deux
fois par an dans fes Etats avec leurs Caravanes
& S. M. Cz. fera escorter ces Caravanes jufqu'aux
murailles de la Chine , par un Détachement
de foixante Soldats . S. M. Cz . a depuis
peu fait prefent de dix mille Roubles au premier
Plenipotentiaire de Suede , de huit mille
au deuxième , & de deux mille au Secretaire
d'Ambaffade . Il ne faut pas omettre ici les divertiffemens
occafionnés par le mariage du Prince
Poop , qui fut celebré le mois paffé avec une
magnificence & un goût extraordinaire . La
marche commençoit par le Czar , habillé de vest
lours noir , en Matelot Hollandois ; M. Butulin
un des Lieutenans Generaux de fes Armées
M. Gollovvin & M. Chernicof , Majors Genele
précedoient , battant le Tambour . La
Czarine déguifée en Payfane Hollandoife , &
tenant dans fon bras un panier d'oeufs , accom-.
pagnoit le Czar . Ils étoient fuivis par le Duc
d'Holftein & les Seigneurs de la Cour , dégui-
Lez en Vendangeurs François , portant des raifius
raux ,
144 LE MERCURE
à la main . Enfuite marchoient differens joueurs
d'inftrumens , qui annonçoient & conduifoient
les nouveaux mariez . Le repas ne démentit
point l'ordre & l'agrément de la Fête : Le Bal
dura toute la nuit. La même Mafcarade fut
repetée le lendemain ; on fut prendre les deux
nouveaux Epoux dans leur Hôtel , & delà on les
mena au Port , où on s'embarqua fur une Flote
galante , de petites Barques ornées pour la promenade
fur la Riviere , en la termina par un fouper
fuperbe au Bureau de la Pofte. Le troifiéme
jour le Prince Menzicof, vêtu en Bourgue
meftre de Hambourg , regala tous les illuftres
Acteurs de cette agréable Mafcarade . La Féte
enfin finit par le fpectacle de voir lancer à l'eau
un nouveau Bâtiment , & par un combat d'un
Lion contre un Ours , qui fut donné par l'Amiral
Apraxin dans fon Hôtel. Le bruit court que
la Czarine eft enceinte. M. le Fort Envoyé du
Roy de Pologne a eu l'honneur le 5 Octobre
d'être admis dans le Senat à l'audience de Sa
Majefté Czarienne , à qui il préfenta fa lettre
de creance ; il fut reçu trés gracieufement . Le
Traité de paix conclu à Nyitad , dont on a fait
la publication , eft compofé de vingt - quatre
Articles ; en voici l'extrait . Il y aura amnistic
generale pour tous les Sujets de leurs Majeftez
Czarienne & Suedoife , excepté pour les Cofaques.
Les hoftilitez cefferont de part & d'autre.
aprés la fignature du Traité. Le Roy de Suede
cede au Czar la Livonie , l'Eftonie , l'Ingrie , une
partie de la Carelie & du district de Vibourg ,
ies Illes d'Ozel , d'Agoé , de Moën , & quelques
autres . Le Czar rend à la Suede le grand Duche
de Finlande , excepté une partie refervée , dont
les Miniftres Suedois & Mofcovites font convenus
: il s'oblige à payer à S. M. S. deux - millions
de Rifdales dans les termes ſpecifiez par
an
DE
NOVEMBRE 1721. 143
articleffeparé. La Finlande rendue par le Czar
fera évacuée un mois après l'échange des ratifications
; les Suedois auront la liberté d'achetter
tous les ans pour cinquante mille Roubles de
grains dans les Ports de Riga , de Revel & de
Vibourg , fans payer aucun droit de fortie ;
eet Article cependant n'aura point d'exécution
dans les années de difette , ou lorfqu'il y aura
quelque raifon fuprême d'empêcher le tranfport
des graios. Le Czar promet de ne fe point mêler
en aucune maniere des affaires domestiques
du Royaume de Suede ; que les limites des Etats
qui reftent au Czar, ou qui reviennent à la Suede,
feront reglez par des Commiffaires députez de
part & d'autre après l'échange des ratifications :
que les habitans de laLivonie, l'Eftonie & de l'Ifle
d'Ozel jouiront des mêmes privileges dont ils
ont joui fous les Gouvernemens précedens ; que
l'exercice de la Religion fera libre dans ces
Provinces , & que la Religion Grecque
y fera tolerée. Que la proprieté des fonds
de terre reftera à ceux qui pourront prouver
une poffeffion juridique que tous les biens
confifquez pendant la derniere guerre feront rendus
à leurs proprietaires , fans reftitution de
fruits & de revenus . Que les Gentilshommes &
autres habitans des Provinces cedées au Czar
par le Traité , pourront lui prefter ferment de
fidelité , fans que cela les empêche d'aller fervir
ailleurs que ceux qui refuferont de faire ce
ferment auront trois ans pour vendre leurs
biens , en rembourfant les rentes qui feroient
kypotequées deflus : que du jour de la fignature'
du Traité on ne levera plus de contributions
en Finlande , & que cette Province fournira des
vivres aux troupes du Czar jufqu'à ce qu'elles
foient arrivées fur les frontieres : qu'il fera libre
au Czar d'en emmener le Canon , & que les
habitans
:
G
146 LE MERCURE
habitans feront tenus de luj fournir les chevau
neceffaires pour cette voiture. Que de part &
d'autre les prifonniers feront relâchez fans rançon
, à condition feulement de payer leurs dettes;
qu'ils pourront cependant demeurer au fervice
du Prince dans les Etats duquel ils font detenus .
Le Roy de Pologne eft compris dans ce Traité ;
1 negociation doit fe faire par l'entremise du
Czar qui promet de traiter les Commerçans
Suedois , comme les nations qu'il a le plus favo
rifées dans les Etats . Il a été auffi arrêté qu'à
l'avenir les Ambaffadeurs & autres Miniftres
que leursM. Cz. & S. s'envoyeront ne feront plus
defrayez , comme ils l'étoient , par le Prince
près de qui ils réfideront . Le Czar & le Roy
de Suede pourront dans le terme de trois mois
aprés la ratification nommer ceux qu'ils you .
dront comprendre dans cette Paix . On ne derogera
en aucune maniere au prefent Traité dans
le reglement des differends qui pourroient furvenir
dans la fuite . Tous les deferteurs & malfaiteurs
feront rendus de part & d'autre
à la premiere requifition ; & les ratifications
feront échangées trois femaines après la fignature
des Plenipotentiaires .
Le 9 Octobre on celebra l'anniverſaire de la
Victoire que les Ruffiens remporterent prés de
Lefna l'année 1708. fur les Suedois , commandés
par le General Lewenhaupt . Le même jour le Czar
rendit la liberté aux prifonniers Suedois , les
paffa en revue , & leur fit donner des habits
neufs ; on équipe trois Vaifleaux pour les conduire
dans leur patrie . A l'égard des autres
prifonniers diftribuez dans la Province d'Aftra
can , & dans la Siberie , Sa M. Cz. a fait offrir
de l'emploi à ceux qui en voudront accepter.
Les Reformez de la ville de Riga ont obtenu
la permiffion d'y bâtir une Eglife pour l'exercice
DE NOVEMBRE 1721. 147
cice de leur Religion . On fe prépare pour ce
Febrer la Paix conclue à Nystad , le Prince Menzikof
eft chargé du foin des divertiffemens que
Le Czar a ordonnez pour cette fêre .
SUEDE.
De Stokholm , le 23 Octobre.
,
E Roy qui jouit à prefent d'une parfaite
fanté , fit le 25 Septembre la revue du Regi
ment de Westmouland Infanterie , & le 26 celle
du Regiment d'Oftrogothie , qui depuis font retournez
l'uu & l'autre dans leurs quartiers . M.
de Cromitrom , brigadier , qui elt arrivé depuis
deux jours a cu l'honneur de baifer la
main de Sa Majefté , qui lui a fait un accueil trèsfavorable.
La Flotte commandée par le Vice-
Amiral Noris partit le 5. Octobre avec un trèsbon
vent pour retourner dans la Grande Bre- ,
tague. Le Comte de Velling Plenipotentiaire de
Suede au Congrès de Brunfwich , a reçu ordre
de revenir inceffamment en cette Ville . On a publié
une Ordonnance qui oblige tous les Vailfeaux
Etrangers qui arriveront dans les Ports de
ce Royaume de faire la quarantaine, avec dett.nfe
fous des peines très rigoureufes de donner entrée.
aux marchandifes venant des Ports de la Mediterranée.
On n'a point encore reçu la ratification
du Traité de Nystadt , on a pourtant des nouvelles
de la publication de la Paix à Petersbourg ;
on croit que le grand vent qui regne depuis
quelques jours aura obligé le Courier venant.
de Nystadt de relâcher dans quelque Port. Le,
Colonel Stobens s'eft entierement juſt fié des ac
cufations portées contre lui ; il a été déchargé par
le Confeil de Guerre du crime de Leze - Majesté
dont on l'avoit pretendu coupable ; on a condamné
à mort fix de fes accufateurs convaincus
Gij
do
148 LE MERCURE
de fauffeté & de faux témoignage , & tous leurs
biens ont été confifqués. Le Major General
Cayet , M. de Rofenfpa , & M d'Alhman Audi .
teur General , font nommez pour aller en Scanie,
regler avec les Commiffaires du Roy de Dannemarck
les differends des deux Nations.
D'ANNE MARC.
De Coppenhague , le 24 Ottobre.
E Roy pour augmenter le débit du marbre
de Norwege , a mis un impôt très - confiderable
fur tout le marbre Etranger. M. Weftfalen,
cy- devant Envoyé du Roy auprès de 6. M. Cza
rienne , eft revenu de Perersbourg .
La Cour a celebré à Valloé le 11 du mois l'anmiverfaire
de la Naiffance du Roy , qui entroir
ce jour- là dans fa cinquante & uniéme année de
fon âge , étant né à pareil jour en 1671. La Flote
d'Angleterre eft partie pour retourner dans fes
Forts. On a pris icy des mefures pour payer dans
le terme de trois mois tout ce qui eft du d'arrerages
aux Troupes & aux Matelots Nationaux
qui ont fervi fur la Flotte Danoife pendant la
derniere guerre contre la Suede. On a envoyé
ordre au Receveur du Peage du Sund de ne plus
recevoir jufqu'à nouvel ordre Paugmentation de
fix fols fur les Rifdales ou Efpeces qu'on exigeoit
depuis quelque tems des Vaiffeaux Etrangers
. Ainfi les Droits qui avoient été pouffes
jufqu'à 25. pour cent , font rétablis fur l'ancien
pied de 12. & demi . On a publié une autre Ordonnance
du Roy qui revoque la permiffion accordée
pendant la derniere guerre aux Peuples
de Norvege d'apporter des bleds dans cette Ville
fans y payer aucuns Droits d'entrée , Sa Majeſté
Dano fe rétablit ces Droits , & n'en exemte que
les habitans de Nordenfield , à qui la franchife
de ce Port a été accordée dès l'année 1694 .
POLOGNE
DE
NOVEMBRE 1721. 149
POLOGNE .
De Varsovie , le Octobre.
L'animatiede Pologne à l'Evêque de Cu-
'Empereur s'intereffe fort pour faire obtenir
javie. On fe flatte que le Roy arrivera dans cette
Ville au commencement de Novembre prochaia ,
& qu'il aura égard aux preffantes reprefentations
des Deputez qui lui ont été envoyés à Drefde
pour l'inviter à revenir dans le Royaume , où fa
prefence eft très neceffaire. Les dernieres Lettres
de Kaminieck portent , qu'il y étoit arrivé
deux Turcs munis d'un Paffeport du BachaCon
mandant à Choczin , fous pretexte de recevoir
quelques fommes qui leur étoient duës , & qu'ils
avoient fait un achat confiderable de farine
qu'ils avoient fait tranfporter dans leurs quar
fiers . Le Tribunal de Vilna en Lithuanie a été
transferé à Minfch. Le Bacha de Sileftrie a mandé
au Grand General de la Couronne qu'il va
faire reftituer aux Polonois tous les beftiaux
qui leur ont été enlevés , & permettra le paffage
dans fon Gouvernement à ceux qui viennent de
Pologne , & aux Marchands Polaques , & qu'il
remettroit le commerce fur l'ancien pied . Sur
ectte nouvelle le Grand General a envoyé ordre
aux Troupes qui s'étoient avancées vers Kaminieck
de retourner dans leurs quartiers .
O
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 8 Novembre.
>
N ne parle plus de la Reforme projettée
dans les Troupes Imperiales ; on continuë
à les payer exactement tous les mois ; on a
feulement commencé la Reforme de quelques
Giij Regimens
150
LE MERCURE
Regimens Efpagnols en Hongrie . Le Miniftre
de France a fait part à l'Empereur du mariage
du Roy Très Chretien avec l'Infante d'Efpagne.
M. le Comte de Saint Saphorin , Miniftre du
Roy de la Grande Bretagne , a notifié à Sa Majeffé
Imperiale la conclufion de la paix entre
le Czar & le Roy de Suede. Le premier d'Octobre
on a celebré avec magnificence l'Anniver
faire de la naiffance de l'Empereur , qui entroit
ce jour-là dans la trente feptiéme année de fon
âge , étant né à pareil jour de l'année 1685 .
S. M. I. reçut les compliments des Imperatri
ccs , des Archiducheffes , des Miniftres Etrangers,
& des principaux Seigneurs de fa Cour.
L'Empereur a donné fon portrait enrichi de
diamans , avec une bague de prix au Baron de
Halden , Miniftre de l'Evêque de Saltsbourg ,
qui fe difpofe pour fe rendre à Ratisbone. On
mande de Cologne que la Ville de Lichenau
fituée à deux lieues de Paderborn , a été entierement
confumée par un incendie . On reforme
en Allemagne les Regimens de Konjgfek ,
de Tolede , Nadafti , Stenville , Veterani , Batée,
Cordoue , Vafques , Konigftein , Trautfon ,
Alumada , & Faber. On reforme en Ital e les
Regimens de Langhts , Rome , Tige , Walme
rode , Lucini , & Eftarhafi .
PORTUGAL.
De Lisbone , le 27 Ottobre.
1
N Indien , natif de la côte de Malabar
fut batifé dans l'Eglife de Saint Roch le
8 Septembre. M. Viconti Bichi , Nonce du
Pape en cette Cour , a eu fon audience de congé
du Roy , & fe difpofe à retourner en Italie .
Le Capitaine d'un Vaiffeau Hollandois , attaqué
fur les côtes de Portugal par un Corfaire de
Salé
DE NOVEMBRE 1711. 1st
Salé , a fait mettre le feu aux poudres , & s'eft
fait fauter en l'air plutôt que de fe rendre à
fon ennemy. Trente fix Soldats du Bâtiment
Saltin , qui étoient paffez for le Navire de
Hollande , pour s'en faifir , ont partagé le fort
de leurs genereux vaincus. Le 18 Septembre
le Roy , la Reine & les Infants virent des balcons
du Palais le cinquième combat de Taureaux.
Le Cavalier Gregoire Sernache de Noronha
s'y diftingua par fon adreffe . Des Let
tres de l'Ifle de Solor , apprennent que les habitans
de l'Ile de Sumba fe font foumis à la
domination du Roy de Portugal , ce Pays
abonde en cire , en miel , & en métaux. On
a. reçu de Goa une Relation des évenemens
extraordinaires arrivez depuis peu dans l'Empire
du Grand Mogol , dont voici les principaux
faits . Le Vizir Abulkan & fon frere Alan Askan ,
Grand General de l'Empire , s'étant faifis du
Gouvernement par leurs intrigues & leurs libe
ralitez outrées , emprisonnerent auffi tôt le
Grand Mogol Pharurxer , & après lui avoir
crevé les yeux , ils lui firent fouffrir une mort
ignominieufe. Ils placerent enfuite fur le Throne
Raffer Darkan , Prince du Sang de l'Empereur
immolé à leur perfidie. Ce Prince avoit été
détenu en prifon jufqu'au moment de fon élevation
, qui ne dura pas ; il mourut très- peu
de temps après . Le Vizir & le Grand General
proclamierent à l'inftant le Prince Samjabador .
Les Habitans d'Agra , capitale de l'Empire ,
n'aprouverent pas ce choix . Ils firent élection
du Prince Nicorxer , de la Race du fameux
Arang Zurch : ces deux proclamations enfanterent
d'abord une guerre civile ; chaque parci
voulut foutenir fon choix , les Armées fe mirent
en campagne , & fe firent des attaques
réïterées ; mais la conteftation n'ayant pû être
Giiij deeidée
. LE MERCURE
decidée par les armes , le Vizir fit fucceder
la rufe à la force , il corrompit par fes largeffes
les principaux Habitans d'Agra , qui
ouvrirent leur Ville. à fon parti , & lui livrerent
le Prince Nicorfner ; mais fon deftin le
tira de ce précipice. Un bruit fans fondement
fe répandit , en crut qu'on avoit fait mouriz
à Deli le Prince Samjabador fon competiteur ,
& fur cette nouvelle imaginaire on lui rendit
la liberté & l'Empire , de l'aveu même de fes
ennemis. Le Prince Samjabador paya cher cette
séunion , elle lui coûta la vie . Le Vizir & fon
frere ont eu l'habileté non feulement de maintenir
leur autorité pendant ces troubles , mais
encore de feparer les Armées , & de rétablir la.
paix fans le compron.ettre.
ESPAGNE.
De Madrid , le 3.0 Octobre.
4. Bragadin Ambaffadeur de la Republique
de Venife , en eft parti pour se rendre à
Madrid. Le Capitaine Stuart , Envoyé du Roy
de la Grande Bretagne auprès du Roy de Ma
roc , eft revenu de Tétuan & arrivé à Gibraltar ,
avec deux cens quatre - vingts- dix Efclaves Chretiens
qu'il a ramenez . Les Octobre , fête du
Rofaire , le Roy affifta au Service. Divin , &
prit enfuite le divertiffement de la Pêche avec
la Reine & le Prince des Afturies . La Chambre
du Commerce des Indes tint le 30 Septembre
une Affemblée generale à Cadix ; on informa
tous les Intereffez des ordres que le Roy avoit
donnez pour remettre aux Proprietaires l'or
& l'argent & les autres effets apportez par la
derniere Flote de la nouvelle Espagne , en
payant feulement par eux les droits accoutumez.
In reconnoiffance de cette bonté , l'Affemblée
refolut
DE NOVEMBRE 1721 153
refolut auffi tot de faire à Sa Majefté un dos
de trente mille doublons. L'Amiral Sommelsdick
continuë à croifer dans le détroit . Quatre
de ſes Vaiſſeaux ont paru le 24 Septembre
à la vue du Port de Cadix , & y jetterent
l'anchre le 25. Ils envoyerent le même jour
un petit Bâtiment Auglois par eux repris fur
les Saltins , qui avoit far fon bord dix fept
Anglois. On mande de Cadix qu'il y eft arrivé
du Perou un Vaiffeau , dont la cargaifon fe
monte à un million & demy. On apprend de
Lisbone que la Flotte partie de la Baye de tous
les Saints , compofée de foixante Navires , eſt
arrivée dans le Port de serre Ville , chargée
des effets fuivans . 24770 pieces d'or pour le
Roy. 283487 pieces d'or , pour les Particuliers.
2-30826 ortane d'or en poudre. 5270 quintaux
de bois de brefil . 18762 caiffes de fucre. 27558.
roulleaux de tabac , & autres marchandiſes .
ITALI E.
De Rome , le premier Novembre.
EPapeacontinué dans la Dignité de Confer-
Yateurs du Peuple Romain pour les trois
derniers mois de la prefente année le Marquis
Serlupi , le Marquis Maffinii , le Marquis Caffarelli
& M. Vitellefchi , qui font les mêmes qui
ont été élus au commencement de Janvier fous
le precedent Pontificat. On a fait à l'ordinaire
la Calvacade pour l'ouverture du Tribunal de
la Rote. M. Crifpoldi & Calcagnini derniers Auditeurs
M. Hrrer Efpagnol , & M. Coyro de
Milan , fe rendirent à S. Pierre avec un cortege
nombreux , & là M. Fofcari qui eft de ce Tri-
' bunal , fit un Difcours auffi élegant que profond
& merita les fuffrages de toute cette fçavante
Aflemblée. Le 29 Septembre M. Andrea de Mello
G V
154 LE MERCURE
Caftro de Conti di Galucas , Ambafladeur duRoy
dePortugal,cut fa premiere audience publique du
Pape dans fon Palais Quirinal . Cette Ceremonie
fut des plus magnifiques . Quand tout fut difpofé
, le Pape fe rendit pour être le témoin caché
de cette marche fuperbe à une fenetre fituée
devant la Bafilique de Sainte Marie Madeleine.
Le premier caroffe qu'occupoit l'Ambaſſadeur
avec M. Mattei Archevêque de Fermo , M. Petra
Archevêque de Damafco , M. Nicolai Archevêque
de Mia , M. Cernini Archevêque de Nicomedia
, & M. Brafchi Evêque de Sarfina , étoit
precedé par quarante Eftafiers , dont les juftaucorpsd'écarlate
fine galonnés d'un large galon de
velours verd & enrichi d'or , laiffoient voir des
veftes d'une étoffe verte & or. Ces Eftafiers
avoient tous fur leurs chapeaux des Plumets rou
ges & blancs. Le refte de leur ajustement répondoir
à la richeffe de leurs livrées . Le nombre
des autres Domestiques , Poftillons , Cochers
& autres montoit à plus de quatre vingts . Huit
Pages fuperbement habillés fuivoient les Eftafiers
& le caroffe de Son Excellence étoit entouré
de huit Gardes & de fix Mores vêtus richement
, mais dans le goût de leur Pays . Ce
Caroffe , qui attira & fatisfit les regards de toute
la Ville , étoit fuivi par cinq autres variés par
le goût , mais égaux par la magnificence. L'Am-
Baffadeur fut reçu au Quirinal par M. Doria
Archevêque de Patraffo , & conduit par ce Prelat
dans l'antichambre de Sa Sainteté , où il n'attendit
qu'un moment pour être introduit à l'au
dience par M. Meniconi Maître de Chambre ;
M. Gieudice Majordome le reçut à l'entrée de
la Chambre ; là l'Ambaffadeur obferva le Ceremonial
reglé , & obtint du Pape une audience
d'une heure , qui fut terminée auffi gracieufement
qu'elle avoit commencé. En fortant du
Palais
DE NOVEMBRE 1721. 155
Palais Apoftolique , Son Excellence fut vifiter
le Cardinal Conti frere de Sa Sainteté , & le
Cardinal S. Agnese Secretaire d'Etat. Le même
jour , le Cardinal de Rohan reçut un Courier
de la Cour de France ; il eut le lendemain une
audience particuliere de Sa Sainteté . On publia
enfuite la nouvelle du mariage du Roy Très-
Chrétien avec l'Infante d'Efpagne. Le Diman
che s . Octobre au matin , le Cardinal Buffy Evêque
d'Ancone , fit dans l'Eglife des Religieufes
du Champ de Mars la ceremonie du Sacre de
M. Biflexi Evêque de Cagli , de M. Leonini Evêque
de s. Severino de M. Pini Evêque de
Bagnarea. Il fut affifté dans cette fainte Cere .
monie par M. Mattei Archevêque de Fermo ,
par M. Batelli Archevêque d'Amafia.
&
Les Ducheffes foeurs du Pape ont été avec
leurs enfans au Palais du Cardinal d'Acunha
voir paffer la Proceffion de la Confrairie des
Stigmates ; cette Eminence les a reçues avec
toutes les diftinctions poffibles , & leur a fait
prefent de boëtes d'or garnies de diamans. Le
Cardinal de Rohan a fait prefent au Cardinal
Conti d'un très bel attelage de chevaux gris
pommelés , qui , le lendemain les a donnés au
Pape fon frere. Sa Sainteté touchée du mal qui
afflige la Ville d'Avignon , y a envoyé des fecours
d'argent confiderables . Le Cardinal de
Biffy a eu fon audience de congé , & eſt pasti
de Rome le 12. Octobre.
·
ANGLETERRE.
De Londres le 10 Novembre.
au
Leende ravagea la belle maison de campagne
A nuit du 11 20 12 Octobre un funcfte indu
Comte de Rocheſter , fituée à Pietersham an
bout du Parc de Richemont. Madame la Com-
G vj refle
156 LE MERCURE
:
teffe d'Effex , fille aînée de ce Seigneur , étant
prête d'accoucher , la Sage femme & la Garde
qui chauffoient la nuit des linges devant un
grand feu , s'endormirent toutes les deux lé
feu prit au linge , & gagna d'abord les chambres
voisines. Un Payfan qui paffoit reveillä
tous les domeftiques enfevelis malheureufement:
dans un fommeil profond : le Comte & la Comteffe
de Rochefter qui s'éveillerent les premiers ,.
fe fauverent en chemife. On enveloppa la jeune
Comteffe d'Effex dans des couvertures , & on.
la porta dans le Jardin. La Gouvernante de fa
Loeur Meledy Charlote Hyde , la fit defcendie
dans une cave par des linges nouez les uns anx
autres. On y trouva fix heures aprés certe petite
infortunée enfevelie fous les ruines ; la Gou
vernante ayant voulu fuivre fa jeune. Maîtrelle
par
le même chemin , un des linges manqua , &
la Gouvernante fit une chute fi rude , qu'elle.co
mourut. La Sage- femn qui fauta par la fenêtre
tomba fur les pointes d'une balustrade de fer ,.
fe rompit une jambe , & mourut auffi quelques
heures aprés. Tous les Domeftiques furent bleffez
, & le Jardinier füt écrafé par l'éboulement
d'une muraille. La maiſon fût entierement confumée
, papier , meubles , argenterie , pierreries,
rien n'échappa à la fureur des flames : la perte
eft eftimée quarante mille livres fterlings . Les
Sçavans regrettent fort la belle Bibliotheque
aflemblée par le Comte de Clarendon Chancelier
d'Angleterre , ayeul du Comte de Rochefter.
La Comteffe d'Effex accoucha le lendemain.
chez Milord Carelton . Le 28 Octobre , le Roy
revint de Kinfington au Palais de Saint James.
Les trois jeunes Princeffes y étoient arrivées .
des le matin. Le 29 les Miniftres Etrangers &
kes principaux Seigneurs
complimenterent Sa
Majefte fur fon retour, Le Parlement s'eft affem ,
big
DE
NOVEMBRE 1721.
157"
blé le même jour au matin , & le Roy s'eft -renda :
à la Chambre des Pairs : là il a remis au Chan
'celier fon difcours , qui notifie aux déux Chambres
la conclufion de la Paix du Nord, & la fignature
du Traité entre l'Angleterre & le Roy de
Maroc. Aprés la lecture de ce difcours , qui
recommande l'avancement du Commerce , pro
met une diminution des droits d'entrée & des
fortie fur les provifions & fur les marchandifes
qui feront tranfportés dans les Colonies de l'Amerique
, a'ni que fur celles qui en viendronts
& enfin exhorte à prendre toutes les précautions
poffibles pour prevenir la communication>
du inal contagieux ; LeLord Lechmere & le Com
te de Torrington prirent féance dans la Chambre
Haute. Le Marquis de Pozzobuero ; Ambala
deur du Roy d'Espagne , a préfenté au Roy les
Lettres de Sa Majefte Catholique , qui lui fone:
part du mariage de l'Infante fa fille avec le Roy
Tres Chretien , & . de celui du Prince des Afto
ries avec Mademoifelle de Montpenfier. Le Vi
ce Amiral Norris arriva le premier Novembre :
de la Buoy de Nord où il avoit laiffé fa Flotte ,
& le 2 il eur l'honneur de faluer le Roy , & de
lui rendre compte, de fon Expedition dans la
Mer Baltique.
KKKKKKKKKKKKK
CHARGES ET DIGNITEZ
des Pays Etrangers .
ΚΟΜΕ
.
E Grand Duc, de Tofcane envoya fur
la fin du mois dernier . là Crois de LE
l'Ordre de S. Etienne , à Don Marc-An

158 LE MERCURE
toine Conti neveu du Pape , & ce Prince
l'a nommé depuis à une Commanderie de
soo. écus de revenů.
Le Pape a donné l'Anneau de Cardinal
au Cardinal Albani , avec le Diaconat de
S. Adrien qui vaquoit , le Cardinal Prieuli
étant paffé dans l'Ordre des Prêtres.
éten-
Le R. P. Antonio Federici , General des
Capucins , voulant fe débaraffer à cauſe
de fon grand âge d'un Emploi trop
du , l'a remis , avec l'agrément de Sa
Sainteté , au R. P. Bernardino de S. Angelo
in Vado , qui étoit Procureur General
de fon Ordre. Un Bref l'a declaré
Vicaire General. Et les fonctions de Procureur
General ont été confiées au R. P.
Pietro Maria de Lucca Confulteur.
L'Abbé D. Ettoré Quarti a obtenu de
Sa Sainteté l'Evêché d'Anglona , Suffragant
de l'Archevêché de Matera.
Le Cardinal Albani a obtenu l'Abbaye
de S. Leonard dans la Poüille , vacante
par la mort du Cardinal de Tournon.
VIENNE.
Le Comte d'Althan Grand Ecuyer de
l'Empereur , a eu le jour de fa fête un
prefent de quinze mille écus de fa Majeſté
'Imperiale.
Le Comte d'Alteni , Commandant de
Bran en Moravie , a obtenu le Regiment
de Bagni,
Le
DE
NOVEMBRE 1721.
159
Le Marquis de Villanova , Colonel du
Regiment de Cordua qui a été caffé ,
obtenu ce Regiment de Galuas.
y
Le Prince Jean -Leopold Donet de
Trautfon Chevalier de la Toifon d'Or,
& Confeiller d'Etat , a obtenu la Charge
de-Grand Maître de la Maifon de l'Empereur
, vacante par le decés du Prince de.
Lichtenſtein .
Le Comte d'Ahumada a été nommé
Commandant General des Troupes en Sicile
, à la place du General Zumjungen .
Le Comte Jean Draskowits Lieutenant
General de Croatie , a pris féance dans le
Confeil Aulique de la guerre.
?
Le Comte de Herbeftein Grand Prieur
de Bohême , le Comte de Tefchon Grand
Bailly de la haute Silefie , & le Comte
Etienne de Kinski , actuellement Ambaffadeur
à la Cour de Ruffie , ont été nommés
par l'Empereur Confeillers au Confeil
Privé.
Le Marquis Garofalofa a été nommé
par l'Empereur Regent du Vicariat dans
le Royaume de Naples.
ESPAGNE.
Don Michel Stella , cy- devant General
de l'Ordre des Minimes , a été facré Evêque
de Xaca , dans l'Eglife du Couvent
de la Victoria à Madrid par l'Inquifiteur
General , affifté des Evêques de Sion &
de
160 LE MERCURE
de Laren. Cette Ceremonie fut illuftrée
par la prefence de tous lesGrands d'Eſpagne
réfidens à Madrid , qui avoient été invités
par le Comte de Lemus , que l'Evêque de
Xaça avoit choifi pour fon Parrain.
ANGLETERRE.
Le Chevalier Guillaume Stwart , le plus
ancien des Aldermans de la Ville de Londres
, fut élu Lord - Maire de cette Ville
le 10 Octobre.
M. François Child a été élu Alderman
de la Ville de Londres , à la place du
Chevalier Child fon frere , qui eft decedé
le 17 Octobre .
L'Evêque de Wincheſter a été élu Gou
verneur de la Corporation ou Communauté
des enfans du Clergé à Londres,
à la place du feu Evêque d'Ereford.
M. Monck a été nommé par le Roy
d'Angleterre Procureur General à la Jamaïque
, à la place de M. Emond Kelli.
Le Lord Fairfax a été fait Cornette dans
le Regiment des Gardes Cavalerie , commandé
par le Marquis de wincheſter.
L'Evêque de Lincoln a été nommé par
lé Roy Doyen de la Chapelle Royale du
Palais , à la place de l'Evêque de Durhan,
qui s'eft démis volontairement de cette
Charge .
TURQUIE
Mustapha Bacha gendre du Grand
Seigneur ,
DE. NOVEMBRE 1721. 16
Seigneur , a obtenu la Charge d'Amiral &
Capitaine General de fes Flottes & Armées
Navales , vacantes par la mort du Capitan
Bacha dans l'Archipel .
Abdula Effendi , cy devant Commiffaire
General de l'Arſenal , a obtenu la Charge
de Nifchangi ou Garde des Sceaux , dont
étoit revêtu le nouvel Amiral.
On apprend de Gand que le Baron de
Pottels Bergue- Boulanchin , y fut élu Chef
de la Regence , ou premier Echevin de la
Keuré , le 27 de l'autre mois.-
MORTS ET MARIAGES
des Pays Etrangers..
Milhomme de la Chambre du Prince
le Chevalier Giorgio Thun , Gen
de la Mirandole , eft mort à siniglia ,
après avoir pris les bains de Nocera.
M. Domenico Sabbatini de Strongoli
Evêque d'Anglona, Suffragant de Matera ,
eft mort dans fon Diocefele zo Septem
bre , âgé de foixante- huit ans .
M. Tommaso Bonaventura de Gherar
defca , Archevêque de Firenze , eft mort
à l'âge de foixante & onze ans & demy ,
après avoir gouverné ce Dioceſe avec une
très grande integrité durant dix- fept anaces
& dix mois.
99
M..
162 LE MERCURE
M. Jerôme Archinto de Milan , Archevêque
de Tarfe , cy- devant Nonce du Pape
à Cologne , & depuis à Varfovie , y elt
mort le 30 Septembre , fans avoir fait
l'ouverture du Tribunal de la Nonciature ;
fon corps a été inhumé dans l'Eglife des
Théatins de Varfovie , fans aucune pompe
& ceremonie , ainfi qu'il l'avoit très- expreffément
recommandé par fon Teſtament.
M. le Comte Scipio Bagny , General
des Troupes de l'Empereur , Confeiller
aux Confeils d'Etat & de Guerre , & Colonel
d'un des plus beaux Regimens d'Infanterie
qui foit au fervice de S. M. I. eſt
mort à Vienne d'apoplexie le premier
Octobre .
Le Prince Antoine Florian de Lichtenftein
, Grand Maître de la Maifon de
P'Empereur , & Chevalier de la Toifon
d'Or , eft decedé à Vienne le 11 Octobre,
âgé de foixante- cinq ans, Son corps a été
inhumé au tombeau de fes ancêtres.
La Baronne . Sophie Barbe de Keller ,
Dame de l'Ordre de la Croifade , eft morte
à Vienne le 28 Septembre.
le
Le Prince de Radzewil eft mort à Vilna
4. Septembre.
Diego de Corta , Portugais , eft mort à
Santarem le 25 Août , âgé de cent fix ans .
Ce rare vieillard avoit confervé tout fon
bon
DE NOVEMBRE 1721. 163
bon fens , & une fi prodigieufe memoire ,
qu'il n'avoit oublié aucuns des noms &
furnoms des Ayeuls & Bitayeuls de la plus
grande partie des Bourgeois de fa Ville :
il fe fouvenoit même de leur âge & du
lieu de leur fépulture. Il avoit été batifé
dans l'Eglife Parroiffiale de Marville , au
mois de Novembre 16'15.
ай
Don Louis de Saldanha de Gama , Confeiller
au Confeil de Guerre du Roy de
Portugal , Seigneur de la Ville de Bemporta
, Commandeur de Salvaterra , de
l'Ordre de Chrift , eft mort à Lisbonne
le 24 Septembre , âgé de foixante & onze
ans.
4
Le Marquis de Tolofa , cy- devant Se
cretaire d'Etat des Dépêches univerfelles
de la Guerre , de la Marine & des Indes ,
eft mort à Madrid le 10 Octobre , âgé
de quarante ans .
Le Chevalier Robert Child , Alderman'
de la Ville de Londres , y eft mort le 17
Octobre.
M. Jofeph Olano , Secretaire du ' Cabinet
de l'Empereur , eſt mort à Rome le
12 Octobre . Son corps fut porté à l'Eglife
Paroiffiale de Sainte Marie in Aquiro ,
M. le Cardinal d'Alton lui ordonna un
Convoy , où il fit éclater ſa magnificence
ordinaire.
M. Blaife Gambaro Napolitain , Evêque
de
164 LE MERCURE
de Telefe , Suffragant de Benevent , et
mort à Rome , âgé de foixante & onze
ans, après vingt- huit années d'Epifcopat
Don Thomas d'Aquin , Prince de Caf
tillon , Viceroy & Capitaine General du
Royaume de Navarre , mourut à Pampelune
le zo . du mois dernier.
Le Brigadier Hans Hamilton eft mox
à Londres au commencement de ce mois.
Le Prince Marc- Antoine Conti époule
à Rome la fille du Duc de Paganico.
MARIAGES.
Le Prince de Salsbach , fecond fils du
Comte Palatin de Sultsbach , époufe la
Princeffe d'Auvergne , Marquife de Bergenhopzoom.
M. Michel Antoine Comte d'Althan ,
a épousé à Vienne en Autriche M. Jeanne
Françoife Bonaventure Comteffe d'Efterhafi
de Galanta , Dame du Palais de l'Imperatrice
Amelie. Le 22 Octobre , leurs
Majeftés Imperiales accompagnées des Archiducheffes
, affifterent à la celebration
de ce mariage.
M. le Comte de Cartelli époufa le 23
Octobre la Comteffe d'Erps. La ceremonie
le fit au Château de Pilnits , & fut
décorée par la prefence du Roy de Pologne
, accompagné du Prince Electoral .
de Saxe fon fils , & de la Princeffe fos
époufe. Il y eut un grand repas & un bal
magnifiDE
NOVEMBRE 1721. ` $ 65
magnifique : la Princeffe Electorale après
y avoir danfé jufqu'à minuit , fentit quelques
douleurs , & accoucha deux heures
après d'un Prince , qui fut batilé le léndemain
25 Octobre , & nommé Jofeph .
Augufte. C'est l'unique heritier du Prince
Electoral . Cette heureufe naiffance fut celebrée
à Dreſde par une triple falve d'Artillerie
, & par un Te Deum qui fut chanté
Kaprès-midi dans l'Eglife de Sainte Croix,
a
Le 29 de l'autre mois , le Comte Sigifmond
Tfehirnhaus , Chambellan de l'Empereur
, époufa à Vienne la Comteffe Marie
Therefe de Rappach , Demoifelle d'Honneur
de l'Imperatrice. Leurs M. I. & les
Archiducheffes , ont honoré de leur pre-
Lence la ceremonie de ce mariage.
JOURNAL DE PARIS.
D
Ans le dernier Mercure , M.
Robin a été qualifié Secretaire
de l'Ambaffadeur de France
en Efpagne au fujet de la diftinction
qui lui a été accordée par Sa Majefté
Catholique , & M, Robin eft en Efpagne
en qualité de Commiffaire du Roy
Très- Chrétien , voilà fon titre le Roy
d'Espagne content de fes negociations auprès
de lui , l'a fait Comte de Caftille.
On
166 . LE MERCURE
On dit ici que l'empereur a arrêté le
mariage , de l'Archiducheffe Marie- Amelie,
feconde fille de l'Empereur Jofeph avec le
Prince Electoral de Baviere.
M. Gedda , Refident du Roy de Suede
en cette Cour , a notifié au Roy la conclufion
de la Paix fignée à Nystadt par les
Plenipotentiaires Suedois & Molcovites.
Monfieur le Duc d'Orleans a fait un
prefent au Prince des Afturies des plus
belles Tapifferies qui foient à la Manufature
Royale des Gobelins.
M. le Comte de Verdun eft parti de
Paris pour aller commander dans le Foreft,
dont il eft Lieutenant General , & y donner
les attentions dont il eft très- capable ,
pour éviter la communication du mal
contagieux dans cette Province.
La veille de la Fête de tous les Saints
le Roy affifta aux premieres Vêpres dans
la Chapelle des Tuilleries. M. l'ancien
Evêque de Frejus Precepteur de Sa Majefté
, y officia. Et le lendemain premier
Novembre & jour de la Fête , le Roy ,
accompagné de Monfieur le Duc d'Or
leans , de M. le Duc de Chartres , de M.
le Maréchal Duc de Villeroy Gouverneur
de Sa Majefté , entendit la grande Meſſe
celebrée Pontificalement par M. l'ancien
Evêque de Frejus . Le Roy s'étoit auparavant
DE NOVEMBRE 1721. 167
vant confeffé à M. l'Abbé Fleury fon
Confeffeur. Madame la Ducheffe de Bou-
Alers , petite-fille de M. le Maréchal de
Villeroy , fit la Quête pour les Pauvres .
Le deux Novembre , le Roy quitta le .
detiil qu'il avoit pris pour Madame la
Grande Ducheffe de Tofcane , & entendit
la Meffe dans fa Chapelle , où la Mufique
chanta un De profundis de la compofition
de M. de la Lande .
La veille de la Touffaints , M. le Duc
d'Offone , Ambaffadeur Extraordinrire du
Roy d'Espagne , eut une audience particuliere
du Roy ; il y fur conduit par M.
Remond Introducteur des Ambaffadeurs ;
& préfenté par M. le Cardinal du Bois . Sa
Majefté étoit accompagnée de M. le Maréchal
Duc de Villeroy fon Gouverneur , &
de M. l'ancien Evêque de Frejus (on Précepteur.
Le même jour M. le Cardinal de
Noailles Archevêque de Paris donna le Sacrement
de la Confirmation à Mademoifelle
de Montpenfier dans l'Eglife du Monaftere
Royal du Val- de - Grace : enfuite
cette jeune Princeffe fit fa premiere Communion
par les mains de M. le Curé de
S. Euſtache , fon Confeffeur & fon Curé .
M. de Manibant , Prefident à Mortier
du Parlement de Toulouſe , a été nommé
Premier Prefident de ce Parlement , par la
demiffion volontaire de M. de Bertier.
M.
6-8 LE MERCURE
1
M. le Cardinal du Bois a fait rendre
le Pain-beni datis l'Eglife S. Euftache fa
Faroiffe avec une pompe digne de fon rang
& de fes emplois.
.
Le 6 Novembre la Faculté de Sorbone
fit dans fon Eglife un ſervice folemnel pour
le repos de l'ame de feu M. l'Archevêque
de Rouen. Meffieurs les Evêques d'Avranches
& de Sarlat , & M. l'Abbé de Beſons,
fes neveux , affifterent à la ceremonie.
Le 9 , M. l'Abbé de Tavannes fut facré
Evêque de Châlons fur Marne dans l'Eglife
des Theatins par M. l'ancien Evêque de
Frejus , Precepteur du Roy , qui fut affifté
dans cette fainte ceremonie par M. les Evêques
d'Avranches & de Mirepoix.

Le même jour le Roy alla au Châteaude
la Muette ; Sa Majefté y prit le divertiffement
de la chaffe, Elle fut accompagnée
dans cette promenade par M. le Comte de
Clermont , & M. le Maréchal Duc de Villeroy.
Le to Novembre , Madame la Ducheffe
de Vantadour préfenta au Roy les Femmes
de chambre de l'Infante , qui furent enfuite
faluer M. le Duc d'Orleans , Madame la
Ducheffe d'Orleans , & Mademoiſelle de
Montpenfier.
Le même jour M. l'Abbé de Maniban
Evêque de Mirepoix & M. l'Abbé de Tavannes
Evêque de Chalons fur Marne,
prêterent
DE NOVEMBRE 1721. 169
prêterent ferment de fidelité entre les mains.
du Roy à la Chapelle en prefence de M.
le Duc d'Orleans .
Le 12 , l'ouverture du Parlement fe fit
par une Meffe celebrée par l'Abbé de
Champigny Chantre de la Sainte Chapelle,
dans la Chapelle de la grande Salle du Palais.
M. le Premier Prefident & les Chambres
affiftérent à la ceremonie dans l'Ordre
accoutumé.
Le 13 , M le Duc d'Offone Ambaffadeur
extraordinaire du Roy d'Espagne
eut fa premiere audience publique au Louvre.
Il y fut conduit par M. le Prince d'Elboeuf
& M. le Chevalier de Sainctot Introducteurs
des Ambaffadeurs , qui l'avoient
été prendre dans le Caroffe du Roy
à l'Hôtel des Ambaffadeurs. L'ordre de
la marche fut ainfi arrangé. Le Caroffe
de l'Introducteur , celui du Prince d'Elboeuf
, les Pages de l'Ambaffadeur , la Livrée
tres- nombreuſe & tres - richement vêtue
d'habits jaunes, couverts fur toutes les
coutures d'un galon de velours rouge ,
accompagné de deux galons d'or. Les habits
des Pages font d'écarlate tres - fine
& galonnez d'or avec goût & avec
magnificence. Enfuite paroiffoit le Caroffe
du Roy fuivi de fix luperbes Caroffes
de l'Ambaffadeur , remplis de la Nobleſſe
Efpagnole du Cortege . M. le Duc d'Offo-
H ne
170 LE MERCURE
ne trouva fur fon paffage les Compagnies
des Gardes Françoiles & Suiffes tous les
armes & les tambours apellans dans la place
du Carrouzel , dans la Cour du Louvre
les Gardes de la Porte & ceux de la Prévôt
en haye auffi fous les armes & dans
leurs poftes ordinaires , M. des Granges
Maître des ceremonies , le reçut au baş
de l'Escalier , les Cent Suiffes étoient rangez
fur l'Escalier & dans leur Salle la hallebarde
à la main. M. le Duc d'Harcourt
Capitaine d'une des Compagnies des
Gardes du Corps , le reçut en dedans
de la Salle des Gardes , qui étoienț
pareillement fous les armes & en haye.
M. le Duc d'Offone arrivé au Trône du
Roy , lui fit compliment de la part de leurs
Majeftez Catholiques fur la convention
de fon mariage avec l'Infante d'Efpagne ,
& demanda en même tems à Sa Majesté
au nom du Roy d'Espagne , Mademoiſelle
de Montpenfier fille de M. le Duc d'Or
leans Regent , pour le Prince des Afturies ;
ce qui lui fut accordé par le Roy avec une
fatisfaction parfaite , qui marqua à l'Ambaffadeur
la joye fincere que lui cautoir
cette double alliance fi chere aux deux
Nations . Après l'Audience , M. le Chevalier
de Sainctot reconduifit M. le Duc
d'Offone dans le même Caroffe du Roy à
Hotel des Ambaffadeurs. L'aprés- midi
du
DE NOVEMBRE 1721. 171
du même jour , M. le Duc d'Orleans donna
audience publique au Palais Royal à
M. le Duc d'Offone , qui fut conduit par
M. de Marpré Introducteur des Ambailadeurs
auprés de Son Alteffe Royale.
Deux jours aprés ces Audiences , M. le
Chancelier , M. le Maréchal Duc de Villeroy
, Gouverneur du Roy , & M. le Pelletier
de la Houffaye , Confeiller d'Etat &
Controleur General des Finances , nommez
par Sa Majesté pour figner les Articles du
mariage du Prince desAfturies avec Made
moifelle de Montpenfier, fille de M. le Du
d'Orleans , s'acquitterent de cette gloricu
fe commiffion . Ces Articles furent fignez
de la part du Roy d'Espagne par M. le
Duc d'Offone, Ambaffadeur Extraordinaire
de Sa Majesté Catholique , & Dom Patricio
Laulés , fon Ambaſſadeur Ordinaire.
Le lendemain 16 après midi , ces deux
Ambaffadeurs furent conduits au Louvre
par M. le Prince d'Elbeuf & M. le Prince
Charles de Lorraine , accompagnez de M.
le Chevalier de Saintot , & de M. Remond
, Introducteurs des Ambaffadeurs :
On obferva le même ordre & les mêmes
ceremonies de l'Audience publique de M.
le Duc d'Offone. A quatre heu es le Roy
entra dans fon Cabinet , & le plaça fous
le dais devant fon fauteuil , avec une table
devant lui ; Madame & Monfieur le
Hij
Duc
172 LE MERCURE
Duc d'Orleans étoient aux deux côtez de
cette table , & fur le tapis de l'eftrade tous
les Princes & Princeffes de la MaitonRoyale
paroiffoient de l'un & de l'autre côté
chacun dans leur rang , & formoient autour
de Sa Majefté un cercle augufte &
brillant. Alors on avertit les deux Ambaffadeurs
, qui furent conduits dans le
Cabinet du Roy , là M. le Duc d'Offone
fit fon compliment à Sa Majefté , & le
retira enfuite avec l'Ambaffadeur ordinaire
à leur place marquée au bas du tapis ;
après quoi M. le Comte de Maurepas ,
Secretaire d'Etat , lut le Contract de Mariage
du Prince des Afturies avec Mademoifelle
de Montpenfier , qui fur la premiere
colonne fut figné par le Roy , enfuite
par Madame , par Monfieur le Duc
d'Orleans , & par tous les Princes & Princeffes
de la Maifon Royale. Les deux Ambaffadeurs
du Roy d'Efpagne fignerent
fur la feconde colonne . M. le Duc d'Offone
après la fignature fit fon remerciment
au Roy , & le retira avec Dom Patricio
Laulés , Ambaffadeur ordinaire d'Ef
pagne. On les reconduifit fuivant le ceremonial
ufité.
Dès que cette ceremonie fut achevée ,
le Roy alla au Palais Royal rendre vifite
à Mademoiſelle de Montpenfier , qui reçut
cet honneur , étant auprés de Madame,
De
DE } NOVEMBRE 1721. 173
De là Sa Majesté ſe rendit dans la Loge
du Palais Royal , où elle vit reprefenter
P'Opera de Phaeton ; Madame étoit à la
droite du Roy , & Monfieur le Duc d'Orleans
à fa gauche. M. le Duc de Bouillon
Grand Chambellan , M. le Duc de Mortemar
, premier Gentilhomme de la Chambre
, & M. le Duc d'Harcourt , Capitaine
des Gardes du Corps , étoient derriere le
fauteuil du Roy . Dans la loge à côté il
y avoit M. le Duc de Chartres , M. le
Duc de Bourbon , & M. le Comte de
Clermont . Comme le Roy donnoit l'Opera,
on n'y admit que les compagnies les
plus brillantes de la Cour & de la Ville .
Après l'Opera Sa Majefté fut fouper au
Louvre , & revint fur les dix heures du
foir , commençer avec Mademoifelle de
Montpenfier un Bal magnifique preparé
par les ordres de Monfieur le Duc d'Orleans
, au Palais Royal. Le Roy fit remar
quer dans fa danfe une grace qui caracterife
toutes les actions. Fn le retirant du
Bal il traverfa huit Salles peuplées de
Dames très parées , & de Mafques galament
déguifés. Le départ du Roy fut fuivi
d'un grand fouper que donna M. le Duc .
de Chartres dans la Galerie de fon appartement
, aux Ambaffadeurs du Roy d'Efpagne
, à la Nobleffe Efpagnole qui les
elcortoit , & aux principaux Seigneurs de
H iij
La
#74 LE MERCURE
les
fa Cour. On danſa jufqu'au jour dans roug
appartemens du Palais Royal , & les
rafraichiffemens furent diftribuez avec une
fi prodigicufe liberalité , que , quoi que
l'affluence des Mafques fut continuelle ,
aucun n'y defira rien de ce qui compofe
un ambigu le plus varié , qu'il ne l'eût
dans le moment.
Le 18 au matin , jour du départ de
Mademoifelle de Montpenfier , elle fut
complimentée au nom du Roy par M. le
Maréchal Duc de Villeroy ; M. de Châcau-
neuf Confeiller d'Etat & Prevôt des
Marchands , lui fit les complimens & les
préfens de la Ville enfuite cette jeune
Princeffe fortit du Palais Royal , dans un
carroffe du Roy , où étoient Monfieur le
Duc d'Orleans , M. le Duc de Chartres ,
Madame la Ducheffe de Vantadour , Madame
la Princeffe de Soubife , & Madame
la Comteffe de Chiverni.
:
Ce premier carroffe étoit fuivi par le
détachement des Gardes du Corps , ordonné
par le Roy pour conduire Mademoifelle
de Montpenfier en Espagne , & par
les autres carroffes & Officiers de la Maifon
de Sa Majefté , commandés pour le
même fervice. Monfieur le Duc d'Orleans
accompagna la Princeffe fa fille juſqu'au
Bourg la- Reine , & M. le Duc de Chartres
pouffa jufqu'à Châtres , qu'on appelle
prefenDE
NOVEMBRE 1721. 175.
prefentement Arpajon , ainſi qu'il a été
accordé à M. le Marquis d'Arpajon
Lieutenant General des Armées de Sa
Majefté , Chevalier de la Toifon d'Or ,
& Gouverneur de Berry.
Le détachement des Gardes du Corps
deftiné pour escorter l'Infante , eft commandé
par M. de la Billarderie l'aîné ,
Lieutenant , M. de Sommery , & M. de
Boifendu , tous deux Exempts , font de
ce détachement avec M. de Nantia , Brigadier
de la Compagnie de Noailles , M.
Patris , Sous-Brigadier de la Compagnie
de Villeroy , M. Moiron , Brigadier de la
Compagnie de Charoft , & M. Dufage ,
Sous- Brigadier de la Compagnie d'Harcourt.
M. Duval fait les fonctions de Contrôleur
General de la Maifon du Roy. On
donnera le mois prochain un Etat exact
de la Maiſon de l'Infante.
Carroffes du Voyage.
>
1 Caroffe du Corps. Mademoiſelle de
Montpenfier,Madame la Ducheffe de Vantadour
, Madame la Princeffe de Soubife
Madame de la Lande Soû- Gouvernante de
l'Infante , Madame de Chiverni Gouver
nante de la Princeffe.
2. Madame de Villefort , Mlle. Lary ,
M. de Jour Ecuyer du Roy , M. des
Granges Maître des Ceremonies.
Hiiij
176 LE MERCURE

3 & 4 Caroffes à fix places chacun
Mad. Mercier & Mlle. Mercier fa fille
premieres Femmes de Chambre de l'Infante
Mefdames la Baume , Perfeval
Leriche , le Moine , Threux , Perin ;
Mad. Chapard premiere Femme de Cham
bre de Mademoiſelle de Montpenfier , &
quatre autres Femmes de Chambre.
se Caroffe. M. Boudin Premier Medecin
de l'Infante , M. de la Foffe Chirurgien
, M. Bolduc Apoticaire , & M.
.Mercier mari de Madame la Nourrice
premiere Femme de Chambre.
6e. Caroffe. M. l'Abbé de Pelé , Aumonier
du Roy , l'Abbé de Varennes Chapelain
, l'Abbé Peigné Clerc de Chapelle ,
& M... Maître de Langue de l'Infante .
7c. M. Porée & M. de Bonnefois
Huiffiers de la Chambre du Roy , Mrs.
Larcher & Courteil Valets dé Chambre . '
8e . Mrs.Clerambaut & Hollande Garçons
du Garde - Meuble du Roy , Mrs. le Comte
& Marefchal , Garçons de la Chambre du
Roy.
Trois Caroffes à huit places pour les
Femmes de Chambre de Mefdames les
Soû-Gouvernante & Femmes de Chambre
de l'Infante. Une Blanchiffeufe , une Cou
turiere , une Empefeufe , deux Portefaix ,
& c .
Trois Caroffes pour la maison de Madame
La
DE NOVEMBRE 1721. 177
fa D. de Vantadour. Un Gentilhomme ,
un Maître d'Hôtel , un Chef de Cuiſine ,
un Officier deux Valets de Chambre
trois femines de Chambre , cinq Laquais
deux Porteurs de Chaife , & c.
Route de Paris à Bayonne.
.
De Paris à Châtres :- 18 Novembre.
Éftampes
Touri
19
ΤΟ
Orleans , fejour
21 22
23
24
Saint Laurent des Eaux
Blois
Amboife , fejour
Loche
La Haye en Touraine
Chaſtellerault
Poitiers , deux fejours .
Lufignan
Saint- Leger de Melle
Aunay
Saint - Jean d'Angely
Xaintes , deux fejours.
Pons
Mirambault
Blaye par cau
Bordeaux , trois fejours.
Poudonzac
2526
27
28
2.9
30. 1. & 2 Decr
3
4
$
6.
7.8.9.
TO
II
12
13. 14. 15. 16
17
Bazas
Rocfort
Mont de Marfan , fejour.
13
19
20. 21 .
Hv Tartas
178 LE MERCURE
Tartas
22
Ponton 23
Dax 24
Saint -Vincent
25
Bayonne
10 Sejours.
26
38 jours de marche.
Et 181 Lienes.
On fçait qu'il eft d'ufage dans les Ceremonies
qui regardent les Têtes couronnées
, où les Perfonnes deftinées pour
l'être , d'envoyer un Prince étranger de
France , foit pour les conduire , foit pour
les recevoir donner Atte de délivrance
ou de reception , &c. M. le Prince de
Rohan a été nommé pour remettre Mademoiſelle
de Montpenfier à M. de Santa
Crux , Grand d'Efpagne , Major-Dome
Major de la Maifon de la Reine d'Efpagne
, & recevoir de lui l'Infante d'Efpagne
futute Reine de France. Ce Seigneur
a fait partir vingt- cinq Gentils
hommes , feize Pages , & foixante Hommes
de Livrée , pour avoir un cortege
honorable , & s'acquitter dignement de
cette Commiffion ,
Nous avons omis dans le precedent
Mercure , en parlant des réjouiffances
faites à Valognes , de dire qu'elles avoient
été faites par les ordres , les foins & à
P'exemple de M. de Courci , Gouverneur
de
DE NOVEMBRE 1721 . 179
de la Ville & du Château , qu'il a eu la
principale part à cette fête , & qu'il y a
fait une dépenfe très-confiderable en feftins
& autres fomptuofitez .
C BENEFICES
L
DONNE Z.
Du 13 Novembre 1721 .
'ABBAYE de Notre- Dame de Crizenon
, Ordre de Saint Beneift , Dioceſe
d'Auxerre , a été donnée fur la démiſſion
de la Dame de Romainval Abbeffe , à la
Dame de Beaufoleil Religieufe du même
Ordre.
Du 11 Novembre.
Le Prieuré de Donnemarie , Ordre de
faint Auguftin , Diocefe de Sens , qui a
vaqué par le decès de la Dame de Megrigny
, à la Dame de Pigray , Religieufe
du même Ordre.
Le Prieuré de Saint Pierre de Chaumont
, Dioceſe de Rouen , qui a vaque
par le decès de M. de Bezons Archevêque
de Rouen , a été donné à Meffire François
de Bonecourt de Prulay, Clerc Tonfuré.
Dadit jour 21 Novembre.
La Prévôté de l'Eglife Cathedrale d'Ar-
Yas , qui a vaqué par la démiffion de M.
l'Abbé de la Croix , Chanoine de l'Eglife
de Paris , à M. l'Abbé de la Vieuville ,
Hvj
Chantre
180 LE MERCURE
F
Chantre & Chanoine de l'Eglife d'Arras
La Coadjutorerie de l'Abbaye Reguliere
des Pierres , Ordre de Cîteaux , Dioceſe
de Bourges , a été donnée au Frere Silvain
Simonet , Prêtre Religieux dudit Ordre.
La Prevôté d'Onaly dans l'Eglife Royale
& Collegiale de Saint Martin de Tours ,
à laquelle le Roy a droit de prefenter à
titre de Regale , à caufe de la vacance du
Doyenné de ladite Eglifé , la Collation
appartenante au Chapitre , vacante par le
decès du Sieur Auboüin du Part , dernier
Titulaire , en faveur du Sr.
de Miffy , Prêtre du Diocefe de
Docteur de Sorbonne.
I
La Chapellenie ou Legat , vulgairement
appellé le Benefice des Camus , deffervi
en l'Eglife Paroiffiale de Saint Cyr , va
cant en Regale par le decès du Sr. Jean
Germon , dernier . Titulaire , en faveur du
S. Pierre Cofe Acolythe , fur lareprefen
ration des Srs. Renaudin & Beillevaire ,
Fabriqueurs en charge de ladite Eglife .
EMPLOIS DONNEZ.
Mio
.. de Courtade , Commandant au
Fort des Bains en Rouffillon , s'eft
retiré avec les appointemens que le Roy
lui a confervés
M. Pilor , Commandant au Fort Saint
Elme, a eu la place. M.
DE NOVEMBRE 172r. 185
-M. de Sicard , Garde de la Manche du
Roy , a eu le Commandement du Fort
Saint Elme
Ave
M. de Mirmant , Commandant au Port
de Vendre , eft mort.
M. de Valabry , Garde de la Manche ,
a été pourvû de cet Employ.
BAPTEMES , MORTS ET MARIAGES.
MADAME Elifabeth Gobelin , Comteffe
de Sainte Mefme, Dame d'honneur
de la grande Ducheffe de Tofcane
veuve de M. Anne de l'Hopital , Comte de
Sainte Mefine , Lieutenant General des Ar
mées du Roy, & premier Ecuyer de Gafton
Fils de France , Duc d'Orleans , eft morte
à Paris le 23 Octobre , âgée de quatrevingt
fept ans.
.
Frere Adrien Claude le Tellier , Cheyalier
de l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem
, Comimandeur de Louviers Vaumion
eft mort à Paris les Novembre , âgé de
foixante cinq ans il a été enterré dans
P'Eglife du Temple.
Mademoiſelle Henriette de la Rochefoucault
, eft morte à Paris le 3 , âgée de
quatre- vingt quatre ans..
M Jacqueline Gremoard de Beauvoir
du Roure , veuve de M. Louis Armand,
Vicomte
182 LE MERCURE
Vicomte de Polignac , Chevalier des Ordres
du Roy , Marquis de Chalençon ,
Comte de Randon & de Brieux ,
Chef de la Nobleffe de Languedoc , &
Gouverneur du Vélay , eft morte à Paris
le 7 Novembre , à l'âge de quatre- vingts
ans.
Les Novembre , Dame Marie - Elizabeth
Raince , veuve de Melire Hilaire
Bernard de Requeleine , Baron de Longepierre
, Secretaire des Commandemens de
Monfeigneur le Duc de Berry.
"
Le 8. Dame Marthe- Marguerite Jallot,
époufe de Jean Jacques Fenel , Ecuyer
Confeiller-Secretaire du Roy , Mailon ,
Couronne de France & de fes Finances ,
Contrôleur General de la Grande Chancellerie.
Le 11. Daine Marie Antoinette Croifer,
épouse de Meflire Jean - Baptifte Louis Laugeois
d'Imbercourt Confeiller du Roy
en fes Confeils , Maître des Requêtes or
dinaire de fon Hôtel.
Le 11. Meffire Nicolas de Chanterair
Sieur d'Ormoy , Confeiller du Roy , Ancien
Contrôleur ordinaire des Guerres au
Regiment des Gardes Suiffes , & autres
Troupes Etrangeres de Sa Majesté.
Me. Louis Gondoin ; ancien Avocat
au Parlement , Adminiftrateur de l'Hôpi
tal General de Paris ; Me Quilles de Blaru
Avocat,
DE NOVEMBRE 1721. 183
Avocat , lui fuccede dans cet Employ.
Jean Aniffon , Ecuyer Sieur de Hauteroche
, Chevalier de l'un des Ordres du
Roy , mort à Paris le 13 Novembre , âgé
de 74 ans. Il étoit député de la Ville de
Lyon au Confeil de Commerce , depuis
l'établiffement de ce Confeil , & il avoit
eu l'honneur d'être envoyé deux fois par
le feu Roy en Angleterre , pour y nego
cier un Traité de Commerce lors de la
derniere Paix.
Le 18. Dame Aymée- Chacheré , Veuve
de Nicolas Fayet , Ecuyer , Seigneur de
Coudray , Lieutenant des Chaffes de Varennes
& de Lormere.
Le 20. Meffire Nicolas Fraguier , Chevalier
, Seigneur Dumée , Confeiller du
Roy en la Cour de Parlement & Grand-
Chambre d'icelle , decedé en fon Château
près Melun.
Bâtêmes.
Le 11. Novembre , Louis né du Mardy
4. du mois , fils de M. le Comte de Melfort
, Chevalier des Ordres Militaires de
S. Louis & de S. Lazare , Meftre de Camp
de Cavalerie , & de Dame Madeleine-
Silvie de Sainte- Hermine fon épouſe , a
été batilé dans la Chapelle du Palais Royal,
Mademoiselle de Montpenfier , promiſe
au Prince des Afturies , a été la Marraine ,
& M. le Duc de Chartres a été le Parrain.
Le
194 LE MERCURE
Le 24 Novembre a été batilé à S. Suf
pice Alexis Gaucher , fils d'Alexis- Madeleine
Rozalie Comte de Châtillon , Grand
Bailly d'Hagulnan , Maréchal des Camps
& Armées du Roy , Meftre de Camp General
de la Cavalerie de France , & Madame
Charlote Vautru de Voyfin fon époule.
Mariages.
>
Le mariage de Meffire Benjamin ,
Louis Marie Frottier , Chevalier Marquis
de la Cofte , âgé de 22 ans , Meſtre de
Camp de Cavalerie , Cornette de la Compagnie
des 200. Chevaux-Legers fervans
Fa garde ordinaire du Roy , fils de Melfire.
Benjamin Louis Frottier , Chevalier Mare
quis de la Cofte Meffelierre , Lieutenant
de Roy de la Province de Poitou , & de
Dame Elizabeth Olive de Saint- George
de Verac avec Demoifelle Marie- Marguerite
Radegonde de Mefgrigny de Vi
vonne , âgée d'environ 20 ans , fille de feu
Meffire François Romain Luc de Mefgrigny,
Chevalier Comte de Belin , & c. &
de Dame Marguerite Radegonde de Beffey
de Lufignan , Comteffe de Belin , a été
selebré à S. Sulpice le 25 de ce mois.
François de Roye de la Rochefoucault,
Comte de Roucy , Lieutenant General
des Armées du Roy , Gouverneur de Ba
paulme , mourut à Paris le 29 Novembre
, âgé de 62 ans ..
SUPPLEMENT
DE NOVEMBRE. 1721. 185
SUPPLEMENT.
LE24.Nov . le Parlement affemblé commença
les Mercuriales à la Grand
Chambre ' ; M. de Lamoignon premier
Avocat General, fit un difcours où l'on
reconnut & fa propre éloquence & celle
de fes ancêtres. Ce difcours difcutoit la
profeflion d'Avocat , & prouvoit avec autant
de force que d'agrément que la probité
& la fcience étoient la baze de cette
illuftre profeffion. M. de Lamoignon fit
les portraits de quelques anciens Avocats
qui avoient raffemblé les rares qualitez
qu'il exigeoit dans leurs nouveaux confreres.
M.d'Agueffeau le fils,pourvû depuis
peu de la Charge d'Avocat General , trouva
une place meritée dans ces éloges. Les
fecondes Mercuriales qui devoient le faire
le 26 , furent remifes au 28 , pour donner
ce jour au Jugement de Cartouche , qui
reçut le 27 la jufte punition de fes crimes
, aprés avoir refilé avec fermeté aux
tourmens de la Queftion fans déclarer fes
complices ; & ce ne fut qu'au pied de l'échafaut
que touché des vives exhortations
de M. Delan , Docteur de Sorbonne, qu'il
Le
186 LE MERCURE
fe fit mener à l'Hôtel de Ville , où il avoua
fon nom , tous les crimes , & découvrit
tous les complices. Sur les dépofitions
on , fit venir pendant toute la nuit & la
matinée une trentaine de perfonnes accufées
, prifonniers , & autres pour éclaircir
divers Faits. Enfin aprés cette longue &
trifte Scene , il fut executé le lendemain
à une heure & demie après midi.
On apprend de Francfort que depuis la
mort du Prince de Naffau Saarbrug , deux
Princeffes les filles font auffi mortes de
la petite verole , & qu'une troifiéme Princeffe
eft attaquée de la même maladie.
Les nouvelles de Turin portent , que
le voyage de M. de l'Epine à Lisbonne ,
& celui d'un Gentilhomme què le Roy
de Sardaigne y a envoyé , ne regardent
point le mariage du Prince de Piémont
avec une Princeffe de Portugal ; & on diɛ
qu'on negocie le mariage de ce Prince
avec une Princeffe Palatine de Sultzbach ,
âgée de 16 à 17 ans.
On mande de Vienne que le 4 de ce
mois on y celebra avec pompe la fête de
faint Charles , dont S. M. I. porte le
nom . Elle affifta le foir à la reprefenta
tion d'un Opera intitulé Ormifde.
On écrit de Drefde qu'il y étoit arrivé
au commencement de ce mois un Juif de
Valachie ,
DE NOVEMBRE 1721. 187
Valachie , âgé de cent dix ans , qui fçait
toutes langues vivantes , & qui a fervi
d'Interprete au feu Roy de Suede Charles
XII. pendant fon fejour à Bender : on
affure que ce vieillard eft auffi droit &
auffi agile que le pourroit être un homme
de cinquante ans . Le Roy de Pologne , le
Prince Electoral , & tous les Seigneurs de
cette Cour fe font un plaifir de l'interroger
fur les particuliaritez de fa vie , & fur
le regime qu'il a oblervé pour arriver à
un fi grand âge.
par
Les dernieres Lettres de Madrid portent
que le 9 de ce mois l'Infante d'Espagne
Marie-Anne Victoire , née le 3 Mars 1718,
avoit reçu les ceremonies du Batême
les mains de Don Alexandre Aldobrandini,
Archevêque de Rhodes , Nonce du Pape
à Madrid , & fon Legat à Latere , affifté
des Evêques de Sion & de Laren . Cette
ceremonie fe fit en prefence du Roy , de
la Reine & des Infants. Le Prince des
Afturies a été Parrain de la Princeffe .
On a appris à Madrid par les Lettres
du Mexique du 15 Avril dernier , que le
principal Capitaine des Indiens de Nayarit
y étoit arrivé avec les principaux Caciques
de fon parti , pour demander lé Batême
, & pour prêter ferment de fidelité
à Sa M. C. Ils étoient conduits par le
Capiraine Jean de la Torre , à qui ils ont
obligation
188 LE MERCURE
obligation de leur converfion , & ils furent
reçus dans la Ville par le Marquis de Valero
, Viceroy du Pays , qui leur a donné
des , Millionnaires de la Compagnie de
Jefus , pour les inftruire dans les mitteres
de la foy , avant que de les recevoir au
baptême.
Les dernieres Lettres de Rome portent
qu'on y attendoit le Prince hereditaire de
Modene & la Princeffe fon époule , qui
doivent venir voir le ceremonie de la prife.
de poffeffion de faint Jean de Latran . On
prepare le Palais des Angelis pour les
recevoir.
On apprend par les Lettres de Provence,
qu'à la Ville d'Avignon près , cette Province
eft entierentent délivrée de la contagion
, qu'elle eft prefque ceffée à Oran
ge ; qu'on s'accoutume à entendre parler
du mal fans s'effrayer , & qu'on a beaucoup
plus d'efperance que de crainte. Les
mêmes Lettres ajoutent que la mortalité
diminue confiderablement à Avignon &
dans tout le Comtat. Les lignes qu'on a
faites pour enfermer le Gevaudant , font
Fres-exactement gardées par les Troupes ,
qui continuent de jouir d'une parfaite
fanté. Le mal s'éteint vifiblement à Mendes
& aux environs .
Le Marquis de la Fare , avant fon départ
pour Madrid , a vendu fon Regiment
de
DE NOVEMBRE . 1721. 189
de Normandie au Duc d'Olonne , qui a
cedé le fien au Comte de Ligny .
Le 25 de ce mois , M. Azevedo Coutinho
, Envoyé Extraordinaire de Portugal
, eut fa premiere audience publique du
Roy , y étant conduit par le Chevalier de
Sainctot , Introducteur des Ambaffadcurs ,
qui étoit allé le prendre en fon Hôtel dans
les Caroffes de S. M.
On nous écrit d'Orleans du 29 de ce
mois , que Mademoiselle de Montpenfier y
arriva le ai à 4 heures du foir . S. A. R.
fut reçue & haranguée par le Maire ,
à la tête des autres Magiftrats , qui
lui prefenterent les Clefs de la Ville , fon
Difcours fut trouvé éloquent & poli. La
Milice Bourgeoife étoit fous les armes , en
double haye dans les rues , depuis la Porte
Banier jufqu'au Palais Epifcopal , où M.
Gafton Fleuriau d'Armenonville Evêque
d'Orleans reçut la Princeffe , qui confia fa
garde à la Milice de la Ville , toujours inviolablement
attachée auSang de Bourbon.
Le 22 S. A. R. fut haranguée par le Cha
pitre de Sainte Croix , par l'Univerſité ,
par le Bailliage , & les autres Corps de
Juftice. La Princeffe partit le 23 à huit
heures du matin , & fut conduite jufqu'à
Cleri par un Efcadron , compofé de la plus
brillante Jeuneffe d'Orleans, tous fort leftes
& fort bien montez ; ils avoient été audevant
1.90 LE MERCURE

devant de S. A. R. le jour de fon arrivée.
La Ville d'Orleans & les Habitans de la
Campagne qui accouroient en foule , ont
donné en cette occafion des marques éclatantes
de leur amour & de leur refpect
pour la Maiſon d'Orleans.
"
Le P. Prieur des Feuillans de l'Abbaye de
S. Mefinin , à deux lieues d'Orleans , eur
l'honneur de complimenter la Princeffe
& de lui prefenter des rafraîchiffemens.
La Pieceſuivante nous fut remiſe trop tard.
Le mois paffé , pour pouvoir entrer dans le
dernier journal.
ACTE declaratoire de l'état de la
Santé de la Ville de Marfeille.
E jourd'huy dernier Septembre 1721.
CM. le bailli de Langeron, Chef d'Eſcadre
des Galeres , & Maréchal de Camp des
· Armées du Roy , Commandant dans la
Ville de Marfeille , fon Territoire & lieux
voifins ; & Mrs. Eftelle , Audimar , Mouf
ties , & Dieudé , Echevins , Protecteurs &
Deffenfeurs des Privileges , Franchiſes &
Libertés de cette Ville, Confeillers du Roy,
Lieutenans Generaux de Police , étant aſ◄
femblés dans l'Hôtel de Ville , avec les
principaux Officiers Municipaux ; ſçavoir,
le Procureur du Roy de la Police , les Intendans
DE NOVEMBRE 1721. 191
rendans de la Santé , les Deputés de la
Chambre du Commerce , les Directeurs
des Hôpitaux , plufieurs des Commiffaires
Generaux & Particuliers des Quartiers &
Parroiffes , & autres notables Citoyens.
M. Eftelle , Premier Echevin , a repre
fenté à l'Affemblée que l'incertitude où
l'on peut être dans les Pays Etrangers de
Pétat où la Santé fe trouve dans cette
Ville , pouvant empêcher ceux qui y ont
des affaires & négoces de prendre les me,
fures qui leur conviennent ; il feroit à propos
, pour que chacun fût inftruit & certain
de la verité , de manifefter par un
Acte le bon état & la Santé où eft Marfeille
à prefent ; & que le jour d'hier
aprés quarante jours paffés , fans qu'il ait
plus paru de marques de Contagion , le
Te Deum fut chanté en Action de graces
pour la delivrance de ce mal.
>
Sur , aux fins fuldites , & en foy & témoignage
de la verité, Nous Commandant,
Echevins , Officiers , Citoyens & Affemblée
, difons , declarons & faiſons fçavoir
que depuis le 19 Août , il n'y a eu aucun
malade atteint ni fufpect du mal conta
gieux dans cette Ville de Marfeille : &
comme précedemment ce mal avoit fi fort
baiffé & diminué depuis quelques mois
qu'on n'en voyoit prefque plus que par intervale
& de loin en loin , que la communication
192 LE MERCURE
munication ne produifoit aucun mauvais
effet , & que les definfections generales
avoient été réitérées tant de fois & avec
tant d'exactitude , qu'il ne refte rien qui
n'ait été parfaitement purgé ; ayant lieu
de croire que dans cette heureufe fituation,
Dieu nous avoit fait la grace de nous de
livrer entierement de ce mal , nous priâmes
M. l'Evêque de faire chanter le Te
Deum en Action de graces ; ce qui fut fait
le jour d'hier , 29 Septembre , à l'Eglife
Cathedrale , où il officia Pontificalement,
& où Nous Commandant affiftâmes , avec
Mrs les Echevins , auffi - bien qu'à la Proceffion
Generale qui fut faite enfuite , avec
toute la folemnité poffible , & un concours
extraordinaire , tant de la Nobleffe que
des Negocians & du Peuple , ce qui fut
fuivi de feux de joye & autres réjoüiffances
publiques. Et d'autant qu'il importe au
bien du Commerce de meriter la confiance
de nos Voifins & des Nations Etrangeres ,
& voulant employer pour cela les moyens
qui nous paroiffent les plus efficaces , &c.
En foy de quoi le prefent Acte a été dreffé
au lieu , an & jour que deffus , &c. Signé,
le Bailly de Langeron , & c.
M. le Duc d'Offonne , Ambaffadeur Extraordinaire
d'Elpagne , occupe toujours
avec toute fa fuite l'Hôtel des Ambaffadeurs
depuis le 9 de ce mois , où il eft
fervi
DE NOVEMBRE 1721. 193
Hervi avec toute la magnificence poffible
par les Officiers du Roy. M. Meffier ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis,
Maitre d'Hôtel du Roy , a été nommé
pour l'y recevoir au nom de S. M. pendant
tout le féjour que Son Excellence fera
à Paris.
Les Vers fuivans ont été donnés à M. le
Maréchal de Villeroy le 25 Novembre.
Sur le pied que les Louis font ,
Le Sieur Barême dans fes Livres ,
M'apprend que quinze Louis font
Six cens foixante & quinze livres ,
Ah ! que joyeufement ma Mufe chanteroit
Sur la Lyre & fur la Trompette >
LOUIS Quinze s'il me donnait
Quinze Louis fur fa Caffette.
On repete fort affidument le Baller
du Roy , il fera danfé le treiziéme
Decembre dans la Gallerie des Ambaffadeurs
, où l'on a dreffé un Theâtre
d'une maniere fort ingenieufe , au bou
qui eft du côté de la Riviere : l'autre eſpact
qui fait prefque la moitié de la longueue
de la Gallerie , contiendra les ſpectateurst
On fçait que cette fuperbe Gallerie fai
un des plus beaux ornemens du Palais dest
Tuilleries ; le feu Roy y a donné autrefois
des Audiences publiques. Le plafond
I eft
194 LE MERCURE
eft copié d'après celui de la Galerie Farnefe,
peint par le fameux Annibal Carache,
la Fable de Pfiché y eft repreſentée
en differens Tableaux , avec d'autres fujets
tirez des Metamorphofes , mais placées
& difpofées d'une maniere fort differente .
On ne peut trop admirer ces belles copies ,
qui le cedent peu aux originaux , ayant
été faites par de très habiles Peintres.
Le 28 de ce mois les Comediens Italiens
ont reprefenté une Piece nouvelle toute
Italienne , en trois Actes , intitulée Arlequin
faux brave. Ils doivent donner au
commencement du mois prochain Phaeton,
Parodie nouvelle.
Les Comediens François donneront le
Jeudy quatrieme du même mois , la Vengeance
de l'Amour , Comedie en Vers en
cinq Actes , par l'Auteur de l'Ecole des
Amans.
En attendant que nous puiffions donner
un détail exact de la Maifon de l'Infante, il
faut ajouter au nombre des Dames & des
Officiers dont nous avons parlé au fujer
du Voyage d'Espagne , fix Pages de la
grande Ecurie , à cheval , un détachement
de douze Suiffes , commandez par un
Exempt , un Brigadier & un Soû- Brigadier.
Deux Valets de Chambre du Roy ,
deux Huiffiers de la Chambre , un Maréchal
des Logis , huit Fourriers , & autres
Officiers
DE NOVEMBRE 1721 195
Officiers de la Bouche & Ecurie de Sa
Majefté.
REPONSE DV ROY ,
à la Lettre de Sa Majesté Catholique.
J
E ne puis affés marquer à Votre Majeſté
avec quelle joie & quelle reconnoiffance
J'accepte une propofition qui me prévient
fur tout ce que j'aurois de plus à defirer :
ce qui augmente encore le plaifir que je
reffens , c'eft qu'elle foit fi conforme aux
fentimens du Roy mon Bifayeul , dont
l'exemple & les intentions feront toujours
les règles de ma conduite. La connoiffance
de fes vertus & le refpect pour fa memoire ,
font la plus confiderable partie de l'éducation
que je reçois ; & tout plein que
j'en fuis , il me femble que e le vois ordonner
cette union qui refferre les liens
du Sang , déja fi étroits entre nous . Les
tendres fentimens d'amitié & de confideration
que je vous dois comme à mon
Oncle , feront encore fortifiés par ceux
'que je vous devrai comme à mon Beau-
Pere. Je regarderay l'Infante d'Eſpagne
' comme une Princeffe deftinée à faire le
bonheur de ma vie ; je me tiendrai heureux
moi-même de pouvoir contribuer
au fren , & c'eſt par cette attention que
I ij je
196 LE MERCURE
je me promets de marquer à Votre Majefté
la fincere reconnoiffance que je lui
dois , & c. LOUIS .
StubJbJbJbJbJbJbJbJbJbskid
LETTRE
TR
DU ROY ,
aux Etats Generaux.
à
Res chers , Grands Amis , Alliez &
Confederez . Nous fommes fi perfuadez
que vous prenez part tous les évenemens
qui nous intereffent , que Nous
nous promettons que vous apprendrés
avec plaifir la convention de notre Mariage
avec notre Coufine l'Infante d'Efpagne
, & la conclufion prochaine de celui
de notre Coufin le Prince des Afturies ,
avec notre Tante la Princeffe de Montpenfier
, fille du Duc d'Orleans notre
Oncle ; & Nous ne doutons point aufli
que vous ne foyés fenfibles à la fatisfaction
que nous avons de l'un & de l'autre . De
notre côté Nous vous affurerons qu'ayant
pour vous une parfaite eftime & une fincere
bien veillance , Nous ferons toujours
très difpofés à vous en donner des marques.
Sur ce , Nous prions Dieu qu'il vous
ait , Très chers , Grands Amis , Alliés &
Confederés , en fa fante & digne garde.
Ecrit à Paris le 2 Novembre 1721 .
Votre
DE NOVEMBRE 1721. 19
Votre bon Ami , Allié & Confederé.
Signé , LOUIS. Et plus bas , Le Cardinal
Du Bois . An dos de la Lettre eft
écrit : A nos Très - chers Grands Amis
Alliez & Confederés les Srs. Etats Generaux
des Provinces Unies des Pays- Bas
On apprend de Petersbourg que le z
de ce mois les Miniftres de l'Empereur
du Roy de France , de Pruffe , & dé Hollande
, ayant été invitez de fe trouver à
la ceremonie de la publication de la Paix
avec la Suede , ils accompagnerent le
Czar à l'Eglife , de même que les Senareurs
& autres Grands Seigneurs . Après
le Service Divin on lut publiquement le
Traité de Paix ; après quoy l'Evêque do
Berna prononça une belle Oraifon , qui
fut fuivie d'un Difcours du Chancelier ,
adreffé à Sa Majefté Czarienne au nom du
Senat & de tous les Etats , dans lequel il
lui donna le titre de PrERRE LE GRAND,
Pere de la Patrie , & Empereur de toute
la Ruffie. On fit enfuite une décharge de
tout le canon des Remparts , de l'Amirauté
& des Galeres , & une décharge
de toute la Moufqueterie. Le foir il y eut
un magnifique feftin au Senat , après lequel
on tira un beau feu d'artifice : il y eut
quantité d'illuminations . On fit couler
deux fontaines de vin rouge & blanc , &
I iij rôtir
198 • LE MERCURE
rôtir un boeuf pour le Peuple. Il y aura
encore d'autres feftins pendant cinq ou fix
jours , & une Mafcarade.
MONT07:01umın
REMEDE PRESERVATIF
contre la Peſte.
I
L faut mettre dans huit livres de bon.
Vinaigre , une poignée de chacune
des Herbes fuivantes , de Ruë , de Menthe
, de Romarin , de petite Abſynthe
& de Lavande ; on peut y ajouter , fi
l'on veut , une poignée de Thym , &
une de graine de Geniévre ; faire infufer
le tout pendant huit jours dans un
pot de terre verniffé , bien bouché avec
de la pâte autour du couvercle , fur des
cendres chaudes ; enfuite couler le tout.
en preffant & exprimant les herbes , après
y faire fondre une once de Camphre ,
& conferver le Vinaigre dans des Bouteilles
bien bouchées.
Ufage de ce Vinaigre.
Il faut s'en frotter les Temples , les
Narines , s'en rincer la bouche tous les
jours , & en imbiber une petite Eponge .
fine , pour la porter au nez dans le befoin
,
DE NOVEMBRE 1721. 199
foin , c'est un des meilleurs Préfervatifs
contre la Pelte .
Cette Recette a été tirée des Regiſtres
du Parlement de Touloufe , parce que
quatre Voleurs y furent convaincus , lors
de l'ancienne grande Pefte , qu'ils alloient
chez les Peftiferez , les étrangloient dans
leur lit , & aprés voloient leurs Maiſons ;
pour quoi ils furent condamnés à être
brûlés vifs ; & pour qu'on leur adoucît
la peine , ils découvrirent leur fecret Préfervatif,
aprés quoi ils furent pendus.
LETTRES PATENTES , ARRESTS &C.
ARREST DU CONSEIL D'ESTAT
DU ROY ,
Du 23. Nombre 1721 .
Qui ordonne qu'à commencer en l'année 1722 ,
il fera fait un funds annuel de la fomme de
Quarante Millions , dont l'employ fera fait
dans les Etats du Roy , des Fermes & des
Finances , pour fervir au payement des arrerages
des dettes vifées en execution de l'Arrest
du 26 Janvier dernier , qui feront liquidées
fuivant le Reglement annexé à la minute du
du prefent Arreft,
LE
E ROY ayant fait examiner en fon Confeil
l'Etat de fes fonds , & celui des dépenfès
abfolument neceflaires , pour connoître quelle
I iiij partic
200 LE MERCURE
>
la
partie de fes revenus Sa Majefté peut affecter
dès à prefent au payement des diff rentes destes
de l'Etat , dont les titres ont été reprefentez.
aux Sieurs Commiffaires de fon Confeil à Paris ,
& dans les Provinces , & par eux viſez en éxecution
des Arrefts des 26 Janvier , 16 Fevrier ,
18 Mars , 27 Avril , 18 & 20 May de la prefente
année ; & ayant reconnu par cet examen
que fes fonds annuels ont été confiderablement
diminuez , tant par la fuppreffion du Dixiéme
& par celle de plufieurs droits , que par
circonftance prefente de la Contagion , qui par
l'interruption qu'elle caufe au Commerce , ne
Juy permet pas de demander de nouveaux fecours
à fes Peuples , & met Sa Majefte dans
la neceffité de fe charger fur fes propres revenus
du payement de toutes les dettes qui feront
liquidées Et à cet effet de diftraire dès- àprefent
de les mêmes revenus jufqu'à la fomme
de Quarante Millions de livres , pour eftre
annuellement employée , d'abord au payement
exact & regulier des arterages desdites dettes ,
& fucceffivement au remboursement des capitaux
, avec ce qui proviendra de l'extinction
des Rentes viageres des autres fonds que Sa
Majefté y deftinera , dans l'intention de diminuer
par des rembourfemens effectifs cette partie
des dettes de l'Etat , lorfqu'il plaira à Dieu
de faire ceffer le mal contagieux , & à proportion
du rétabliffement du Commerce , qui
produira dans les Revenus de Sa Majesté une
augmentation , qu'Elle veut auffi eftre invariablement
deftinée & affectée à ces mêmes rembourfemens
. Et Sa Majefté defirant qu'il foie
inceffamment procedé à la reconnoiſſance &
liquidation generale defdites dettes , relativement
à la nature des differens titres de creances
reprefentez , & à leurs enfeignements &
origincs
DE NOVEMBRE 1721. 201
origines indiquées par les Declarations & Bordereaux
que les Proprietaires & Porteurs de
ces effets en ont fournis ; Elle auroit cejourd'huy
fait arréter en fon Confeil le Reglement
general quElle vent eftre obfervé dans la liquidation
& reduction de ces creances : Et par
l'ordre que Sa Majefté fe propofe de faire
obferver dans le Recouvrement , employ &
diftribution de la fomme de Quarante Millions ,
qu'Elle veut bien dès - à - prefent affecter , tant
au payement regulier des arrerages , qu'aux
rembour femens fucceffifs des capitaux des detres
qui feront reconnues : Ces divers titres de
creances pourront acquerir & conferver une
valeur abfolue , au lieu du difcredit dans lequel
ils ont été depuis long temps , furquoy
defirant expliquer fes intentions , Ouy le Rapport
du Sieur Le Pelletier de la Houfflaye ,
Confeiller d'Etat ordinaire & au Confeil de
Regence pour les Finances , Controlleur General
des Finances : SA MAJESTE ' ESTANT EN SON
CONSEIL , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a ordonné & ordonne que
le capital des effets & titres de creances des
dettes concernant Sa Majefté , qui ont été reprefentez
aux Sieurs Commiffaires de fon Confeil
à ce députez , tant à Paris que dans les
Provinces , & par eux vifez en execution des
Arrefts des 26 Janvier , 16 Fevrier , 18 Mars
27 Avril , 18 & 20 May de la prefente année
fera & demeurera liquidé & réduit conformément
au Reglement general que Sa Majesté en
a fait arrêter ce jourd'huy en fon Confeil , &
qui demeurera annexé à la minutte du prefent
Arreft , fans que les Commiffaires qui feront
nommez par Sa Majefté pour proceder à la
verification defdits effets & titres de créance
puisent fous quelque pretexte que ce foir
2
excedes:
202 LE MERCURE
exceder les quotitez fixées , relativement à l'ori-.
gine & à la nature des effets par ledit Reglement
general : Et pour fatisfaire tant au payement
annuel des arrerages , qu'aux rembourfemens
fucceffifs des capitaux. Veut & entend
Sa Majefté , qu'à commencer du premier Janvier
de l'année prochaine 1722 , il foit fair
& laiffé fonds annuellement dans fes Etats des
Fermes , & dans ceux des Finances , tant des
vingt Generalitez des Pays d'Election , que
des Provinces & Pays d'Etats , de la fomme
de Quarante Millions de livres de revenu actuel
& effectif, laquelle fomme , avec ce qui proviendra
de l'extinction des Rentes viageres ,
& de l'accroiffement des Revenus, & autres fonds
qui y feront deftinez , S. M. a affecté & affecte
par privilege & preference à la partie revenante
à fon Trefor Royal , au payement des arrerages
& capitaux defdites dettes ; & fera ladite
fomme remife directement par les Fermiers ,
Receveurs & Treforiers , aux Payeurs des Rentes
créez , & autres qui feront à ce commis ;
le tout fuivant la repartition qui en fera arrêtée
au Confeil : Lefquels Payeurs & autres chargez
defdits deniers , feront tenus d'en compter annuellement
par Etat au vray au Confeil , &
enfuite aux Chambres des Comptes en la maniere
accoutumée . Ordonne en outre Sa Majefté
, que quelque diminution qui puiffe arriver
fur le capital des dettes , foit par le rembourfement
effectif des Rentes perpetuelles , ou
par l'extinction des Rentes viageres , ou même
par les fonds extraordinaires , que Sa Majefté
fe propofe de deftiner au remboursement des
Capitaux , le méme fonds de Quarante Millions
de revenu actuel & effectif , continuëra toujours
d'être fait dans les Etats de Sa Majefté , pour
eftre l'excedant des arrerages employé fans aucun
DE
NOVEMBRE 1721. 203
cun divertiffement , au remboursement fucceffif
defdits Capitaux. Et fera le prefent Arreft ,
enfemble le Reglement general y annexé ,
executé nonobftant toutes oppofitions & autres
empêchemens , dont fi aucuns interviennent
Sa Majesté s'en eft refervé la connoiffance
, & icelle interdit à toutes fes Cours
& autres Juges .
REGLEMENT General que Sa Majesté
étant en fon Confeil , Veut & entend étre
obfervé & executé , pour parvenir à la Re ·
connoiffance , Liquidation & Reduction
des Effets Titres de Creance qui ont
été repreſentez aux Sieurs Commiſſaires
defon Confeil à ce Deputez , & par eux
viſez en execution des Arrefts du Confeil
des 26. Janvier , 16 Fevrier, 18. Mars,
27. Avril, 18. 20. May 172 1.
Les Dettes de l'Etat qui font la matiere du
prefent Reglement , confiftent en Sept differentes
natures d'Effets.
SCAVOIR.
Effets prefentez au Vifa à liquider.
1. Les Rentes Perpetuelles de l'Hôtel de
Ville , créées par Edit du mois de Juin 1720, ou
reftantes des anciennes creations.
20. Les nouvelles Rentes Viageres fur l'Hôtel
de Ville.
3 ° . Les Rentes Provinciales fur les Tailles .
4°. Les Billets de la Banque Royale,
5. Les Rentes Viageres fur la Compagnie des .
Indes, I vj
204 LE MERCURE
6. Les Certificats pour Ecritures en Banque
70. Les Actions Rentieres fur la Compagnie
des Indes .
Origines des Effets.
La Liquidation de tous ces Effets fera faite
fuivant les differentes origines portées dans les
Declarations des Particuliers , fauf plus grande
reduction en cas de preuve contraire.
Ces Origines feront diftribuées en Cinq
Claffes.
SCAVOIR.
La première , des Rembourfemens faits par le
Roy.
La deuxième , des Rembourfemens de Particulier
à Particulier.
La troifiéme , des Ventes d'Immeubles .
La quatriéme , des Ventes de Meubles , Marchandifes
& deniers comptans .
La cinquième , des Origines non declarées.
I. CLASSE.
Des Remboursemens faits par le Roy
Dans la premiere Claffe des Remboursemens
faits par le Roy , feront comprifes les ſept Origines
fuivantes.
1. Les Rentes fur les Aydes & Gabelles ,
foit les Contrats restent en nature , ou qu'il
que
ait eu Remboursement.
20. Les Rentes fur les Poftes .
39. Les Rentes fur le Controlle des Actes &
des Exploits.
4. Les Rentes far les Tailles .
fo. Les Rembourfemens de Charges & Augmentations
de Gages , depuis Septembre 1719.
Les Appointemens , Penfions & Gratifications
DE
NOVEMBRE 1721. 20 Si
tions des Officiers Militaires & autres ,
Septembre 1719.
depuis
7°. Les Dettes de Communaurez des Officiers.
fur les Quays , Ports & Halles de Paris , que le
Roy s'eft chargé d'acquitter.
Les Effets dont les origines font comprifes
dans la premiere Claffe cy deffus , feront liqui
dez comme il fuit :
SÇAVOIR,
Les Rentes Perpetuelles fur l'Hôtel de Ville
feront confervées en leur entier fans aucune reduction.
Les Renres Viageres fur l'Hôtel de Ville fe
ront auffi confervées en leur entier fans aucune
reduction:
Les Rentes Provinciales fur les Tailles feront
pareillement confervées en leur entier fans aucune
reduction.
Les Parties de Billets de Banque de Dix mille
livres , & an- deffus , même celles au deffous de
certe fomme , qui fe trouveront jointes à d'autres
Effets , feront reduites d'un tiers , & liqui
dées aux deux tiers , lefquelles dans ce cas , n'ont
plus le privilege de petites fommes expliquées
cy:après.
Les Parties depuis Dix mille livres exclufive
ment jufqu'à Six mille livres inclufivement
compofées uniquement de Billets de Banque ,
feront reduites d'un quart , & liquidées aux trois
quarts.
Les Parties depuis Six mille livres exclufivement
jufqu'à Deux mille livres inclufivement
compofées uniquement de Billets de Banque
feront reduites dun cinquième , & liquidées à
quatre cinquiémcs .
Les Parties depuis Deux mille livres exclufi
Tement jufqu'à Cinq cens livres exclufivement
compofées
206 LE MERCURE ..
compofées feulement de Billets de Banque , fe
ront reduites d'un fixième , & liquidées aux cinq
fixièmes.
Les Parties de Cinq cens livres & au deffous
compofées feulement de Billets de Banque , feront
confervées en entier fans aucune reduction .
Les Rentes Viageres fur la Compagnie des Indes
feront reduites de deux cinquièmes , & liquidées
à trois cinquièmes.
1
Les Certificats pour Ecritures en Banque fe
ront reduits de deux cinquièmes . & liquidez à
trois cinquièmes de leur premiere valeur .
Les Actions Rentieres évaluées feront reduites
de deux cinquiémes , & liquidées à trois cinquiémes.
II. CLASSE.
Rembourfemens de Particulier à Particulier.
Dans la feconde Claffe des Rembouſemens de
Particulier à Particulier , font comprifes les fept
Origines fuivantes :
10. Les Rentes fur le Clergé .
20. Les Rentes fur les Pays d'Etats .
30. Les Rentes fur les Secretaires du Roy ,
Notaires & autres Corps & Communautez , dont
le Roi ne s'eft point chargé d'acquitter les dettes.
4° . Les Contrats fur les Particuliers , Obligations
, & Condamnations fur Billets & Lettres
de Change avant Septembre 1719. & acquitez
depuis .
5o. Les Effets reprefentez par les Depofitaires
autorifez en Juftice , quoyque l'origine n'en foit
point declarée , à l'exception de ceux defdits
Effets dépofez qui reviendront ou devront reveair
au pouvoir des dépofans , lefquels en ce cas
feront
DE NOVEMBRE 1721. 207
feront tenus d'en juftifier les origines ."
6. Les Ventes d'Immeubles & Charges avant
Septembre 1719 , & payées en 1720.
7. Les Retraits faits depuis Septembre 1719
de Biens acquis avant ledit tems.
Les Effets , dont les origines font compriſes
dans la feconde Claffe cy deffus , feront liquidez
comme il fuit :
SCAVOIR ,
Les Rentes Perpetuelles fur l'Hôtel de Ville
feront confervées en entier fans aucune redu-
&tion. 1
Les Rentes Viageres fur l'Hôtel de Ville ſeront
auffi confervées fans aucune reduction,
Les Rentes Provinciales fur les Tailles feront
auffi pareillement confervées en leur entier fans
aucune reduction .
Les Parties de Billets de Banque de Dix mille
livres & au deffus , même celles au deffous de
cette fomme qui fe trouveront jointes à d'autres
Effets , feront reduites d'un Tiers , & liquidées
aux deux Tiers .
Les Parties depuis Dix mille livres exclufivement
jufqu'à Six mille livres inclufivement ,
compofées uniquement de Billets de Banque
feront reduites d'un quart , & liquidées aux trois
quarts.
Les Parties depuis Six mille livres exclufivement
jufqu'à Deux mille livres inclufivement ,
compofées uniquement de Billers de Banque
feront reduites d'un cinquième , & liquidées
quatre cinquiémes.
Les Parties depuis Deux mille livres exclufivement
jufqu'à Cinq cens livres exclufivement ,
compofées feulement de Billets de Banque , feront
reduites d'un fixiéme , & liquidées à cinq
fixiémes .
Les Parties de Cinq cens livres & au- deffous
compofées
9
203 LE MERCURE .
compofées feulement de Billets de Banque , feront
confervées en entier fans aucune reduction.
Les Rentes Viageres fur la Compagnie des
Indes feront reduites de deux Cinquièmes , & liquidées
à trois Cinquièmes .
Les Certificats pour Ecritures en Banque , fe.
ront reduits de deux Cinquiémes , & liquidées
à trois Cinquiémes .
Les Actions Rentieres évaluées
feront pas
reillement reduites de deux Cinquiémes , & -liquidées
à trois Cinquièmes.
III. CLA SS E..
Ventes d'Immeubles:
Dans la troifiéme Claffe feront comprifes les
Ventes des Terres , Maifons , Charges & autres
Immeubles , faites depuis le mois de Septembre-
1719;
Les effets dont les origines font comprises dans
la troifféme Claffe cy - deffus , feront liquidez
comme cy- après ,
SÇAVOIR ,
Les Rentes Perpetuelles fur l'Hôtel de Ville
feront reduites & liquidées à moitié de leur Capital
.
Les Rentes Viageres fur l'Hôtel de Ville feront
auffi reduites & liquidées à moitié. <
Les Rentes Provinciales fur les Tailles, feront
pareillement reduires & liquidées à moitié.
.
Les Parties de Billets de Banque de Dix mille
livres & au deffus , même celles au deffous de
cette fomme , qui fe trouveront jointes à d'autres
Effets , feront reduites de deux tiers , & liqui
dées à un tiers .
Les Parties depuis Dix mille livres exclufives
ment jufqu'à Six mille livres inclufivement
compofées
DE NOVEMBRE 1721 209
Compofées uniquement de Billets de Banque ,
feront reduites de deux Cinquiémes , & liquidées
à trois Cinquièmes .
Les Parties depuis Six mille livres exclufivement
jufqu'à Deux mille livres inclufivement ,
compofées feulement de Billets de Banque , feront
reduites d'un tiers , & liquidées à deux tiers,
Les Parties depuis Deux mille livres excluſivement
jufqu'à Cinq cens livres exclufivement ,
compofées feulement de Billets de Banque , fesont
reduites d'un quart , & liquidées à trois
quarts:
Les Parties de Cinq cens livres & au deſſous,
compofées feulement de Rillets de Banque , feroat
conſervées en entier , fans aucune reduction.
Les Rentes Viageres fur la Compagnie des
Indes , feront reduites de deux tiers , & liquidez
à un tiers.
Les Certificats pour Ecritures en Banque , feront
auffi reduits de deux tiers , & liquidez à un
riers.
Les Actions Rentieres évaluées , feront pareillement
reduites de deux tiers , & liquidées
à un tiers.
IV. CLASSE.
Ventes de Meubles on Marchandifes &
Deniers comptans.
La quatrième Claffe des Ventes de Meubles our
Marchandifes & Deniers comptans , fera diftin
guée en quatre Subdiviſions.
I. SUBDIVISION.
La premiere Subdiviſion ne renfermera pour
origines que les Rembourfemens ordonnez par
Le Roy , prouvez par les Liquidations non ac
quittées ,
210 LE MERCURE
quitées , & qui font rapportées par les mêmes
Porteurs aufquelles elles ont été expediées , ou
les Recepiffez de la Monnoye prefentez au Vifa.
Les Effets dont les origines font comprifes
dans la premiere Subdivifion de la quatrième
Claffe cy deffus, feront liquidez comme il fuit ,
SÇAYOIR ,
Les Rentes Perpetuelles fur l'Hôtel de Ville,
feront confervées en entier , fans aucun reduction.
Les Rentes Viageres fur la Ville , feront auffi
confervées en leur entier fans aucune reduction.
,
Les Rentes fur les Tailles , feront pareillement
confervées en leur entier , fans aucune re
duction .
Les Parties de Billets de Banque de Dix mille
livres & au- deffus , mêre celles au deffous de
cette fomme qui fe trouveront jointes à d'au
tres effets , feront reduites d'un tiers , & liquidées
aux deux tiers .

Les Parties depuis Dix mille livres exclufivement
jufqu'à Six mille livres inclufivement
compofées feulement de Billers de Banque , feront
reduites d'un quare , & liquidées aux trois
quarts.
>
Les Parties depuis Six mille livres exclufivement
jufqu'à Deux mille livres inclufivement
compofées feulement de Billets de Banque , feront
reduites d'un cinquième, & liquidées à quatre
cinquièmes.
Les Parties depuis Deux mille livres exclufivement
jufqu'à Cinq cens livres exclufivement ,
compofées feulement de Billets de Banque , feront
reduites d'un fixième , & liquidées à cinq
fixiémes.
Les Parties de Cinq cens livres & au- deffous
compofées uniquement de Billets de Banque ,
feront
1
DE
NOVEMBRE 1721. 211
feront confervées en leur entier , fans aucune reduction.
Les Rentes Viageres fur la Compagnie des Indes
, feront reduites de deux cinquièmes , & liquidées
à trois cinquièmes.
Les Certificats pour Ecritures en Banque , fe
ront auli reduits de deux cinquièmes , & liquidez
à trois cinquièmes,
Les Actions Rentieres évaluées , feront pareillement
reduites de deux cinquièmes , & liquidées
à trois cinquièmes.
II.
SUBDIVISION.
De la Quatriéme Claffe.
La feconde Subdivifion de la Quatriéme Claſſe
comprendra les neuf origines fuivantes. "
1º. Les Converfions de Billets de l'Etat en
Recepiffez du Trefor Royal , depuis payez en
Billets de Banque .
2 Les Produits des Billets & autres Crean .
ces des Entrepreneurs de Vivres Eftapes &
Fourages , fuivant les liquidations .
>
30. Les Apointemens de Commis.
4°. Les Gages de Domeſtiques.
5. Les Salaires des Ouvriers & Artifans.
60. Les Arrerages des Rentes & autres Revenus
des Fonds & Epargnes.
7°. Les Penfions & Gratifications à des Veuves
d'Officiers & autres avant le mois de Septem→
bre 1719.
?
8. Les Rembourfemens de Creances par
Obligations , & autres Actes qui n'ont point de
datte autentique.
9 ° . Les Sommes payées aux Marchands en
1720. pour livraifons faites avant ladite année ,
fuivant leurs Livres.
Les Effets dont les origines fe trouveront
comprifes
111 LE MERCURE
comprifes drns la feconde Subdivifion de la qua
triéme Claffe cy deffus , feront liquidez comme
ey après :
SCAVOIR ,
Les Rentes Perpetuelles fur l'Hôtel de Ville ,
feront reduites d'un tiers , & liquidées à deux
tiers.
Les Rentes Viageres fur l'Hôtel de Ville , fe
ront auffi reduites d'un tiers , & liquidées à deux
ties.
Les Rentes Provinciales fur les Tailles , feront
pareillement reduites d'un tiers , & liquidées à
deux tiers .
Les Parties de Billets de Banque de Dix mille
lives & au deffus , mêine celles au deffous de
cette fomme , qui fe trouveront jointes á d'au
tres Effets , feront reduites & liquidées à moitié. "
Les Parties depuis Dix mil e livres exclufivement
jufquà Six mille livres inclufivement
compofécs feulement de Billets de Banque , fe
ront reduites de deux cinquiétes , & liquidées
à trois cinquiémes.
Les Parties depuis Six mille livres exclufive
vement jufqu'à Deux mille livres inclufivement ,
compofées feulentent de Billets de Banque , fe
ront'eeduites d'un tiers , & liquidées à deux tiers .
Les Parties depuis Deux mille livres exclufivement
jufqu'à Cinq cens livres exclufivement ,
compofées uniquement de Billets de Banque ,
feront reduites d'un quart , & liquidées aux trois
quarts .
Les Parties de Cinq cens livres & au deffous ,
compofées feulement de Billets de Banque , feront
confervées en entier , fans aucune reduction.
Les Rentes Viageres fur la Compagnie des Indes
, feront reduites de deux tiers , & liquidées à
un tiers .
Les Certificats pour Ecritures en Banque
feron
t.
DE NOVEMBRE 1721. ETS
feront anffi reduits de deux tiers , & liquidez à
un tiers .
Les Actions Rentieres évaluées , feront pareillement
reduites de deux tiers , & liquidées à
up tiers.
III. SUBDIVISION.
De la Quatrième Claffe.
La troifiéme Subdivifion de la Quatriéme Clafle
fera compofée de dix origines ,
SCAVOIR ,
1P. Les Ventes de Meubles , Marchandifes ,
Pierreries , Bijoux & Vailleaux .
2 °. Les Ventes de Fonds de Boutique , depuis
le premier Septembre 1719 .
3. Les Rembourfemens de Billets purs &
fimples ou Lettres de Change dattées ou non
dattées , fans autre Titre.
40. Les Payemens en Compte en Banque ou
Billets de Banque , pour Lettres de Chauge tirées
du Pays Etranger , & autres.
5o. Les Efpeces portées à la Banque où à la
Monnoye , ou autres Bureaux de Recette .
60. Les Effets provenans des Dividendes d'Actions
.
7. Les Fmprunts faits par Contracts de
Conftitution , avant Septembre 1719.
80. Les Dots portées par Contracts de Mariage
, avant Septembre 1719 , ou depuis , fans
origines declarées .
5. Les Rembourfemens faits par le Roy , ou
par les Particuliers avant Septembre 1719.
10. Les Retraits faits des biens achetez depuis
Septembre 1719.
Les Effets dont les origines font compriſes.
dans la troifiéme Subdivifion de la quatrième
Claffe
214
MERCURE LE
Claſſe cy- deffus > feront liquidez comme il
fait .
SÇAVOIR ,
Les Rentes perpetuelles fur l'Hôtel de Ville,
feront reduites & liquidées à la moitié.
Les Rentes Viageres fur l'Hôtel de Ville , feront
auffi reduices & liquidées à la moitié.
Les Rentes fur les Tailles , feront pareillement
reduites & liquidées à la moitié.
Les Parties de Billets de Banque de Dix mille
livres & au deffus , même celles au deffous de
cette fomme , qui fe trouveront jointes avec
d'autres effets , feront reduites de trois cinquiémes
, & liquidées à deux cinquiémes.
Les Parties depuis Dix mille livres exclufivement
jufqu'à Six mille livres inclufivement,
compofées uniquement de Billets de Banque ,
feront reduites de deux cinquiémes , & liqui
dées à trois cinquièmes.
Les Parties depuis fix mille livres exclufivement
, jufqu'à deux mille livres inclufivement
compofées feulement de Billets de Banque ,
feront reduites d'un tiers , & liquidées aux
deux tiers.
Les Parties depuis Deux mille livres exclufivement
jufqu'à Cinq cens livres exclufivement
, compofées feulement de Billets de
Banque , feront reduites d'un quart . & liquidées
aux trois quarts.
Les Parties de Cinq cens livres & au def
fous , composées feulement de Billets de Banque
, feront confervées en entier fans aucune
reduction.
>
Les Rentes Viageres fur la Compagnie des
Indes , feront reduites de deux tiers , & liquidez
à un tiers.
Les Certificats pour Ecritures en Banque ,
feroat
DE NOVEMBRE 1721. 215
feront auffi reduits de deux tiers , & liquidez
à un tiers .
Les Actions Rentieres évaluées , feront pareillement
reduites de deux tiers , & liquidées
à un tiers.
IV. SUBDIVISION.
De la Quatriéme Claffe.
La Quatriéme Subdivifion de la quatrième
Claffe comprendra trois origines.
SCAVOIR ,
r . Les Emprunts faits par Contract de
Conftitution depuis le premier Septembre 1719,
fans origine declarée .
2º. Les Dons pars & fimples , ou à charge
de Rentes Viageres , fans ftipulation d'origines.
39. Les fommes payées pour deſiſtemens de
Retraits .
Les Effets , dont les origines font comprifes
dans la quatriéme Subdivifion de la quatriéme
Claffe cy-deffus , feront liquidez comme
il fuit.
SÇAVOIR.
Les Rentes perpetuelles fur l'Hôtel de Ville ,
feront reduites de deux tiers , & liquidées à un
tiers.
Les Rentes Viageres fur l'Hôtel de Ville , ſeront
de même reduites de deux tiers , & liquidées
à un tiers .
Les Rentes fur les Tailles feront reduites
de deux tiers , & liquidées à un tiers .
Les Parties de Billets de Banque de dix mille
livres & au deffus , même celles audeffous de
cette fomme , qui fe trouveront jointes à d'au-
2 tres
216
LE
MERCURE
tres Effets , feront reduites de trois quarts , &liquidées
à un quart.
Les Parties depuis Dix mille livres exclufivement
jufqu'à fix mille livres inclufivement , compofées
feulement de Billets de Banque feront re
duires & liquidées à moitié.
Les Parties depuis Six mille livres exclufivement
jufqu'à Deux mille livres inclufivement ,
compofées feulement de Billets de Banque , feront
reduites de deux cinquièmes , & liquidées
à trois cinquièmes.
Les Parties depuis Deux mille livres exclufivement
jufqu'à Cinq ceas livres exclufivement ,
compofées uniquenent de Billets de Banque , feront
reduites d'un tiers , & liquidées à deux tiers.
Les Parties de Cinq cens livres & au -deffous ,
compofees feulement de Billets de Banque , feront
confervées en entier, fans aucune reduction .
Les Rentes Viageres fur la Compagnie des Indes
, feront reduites de trois quarts , & liquidées
à un quart.
Les Certificats pour Ecritures en Banque , fe
ront auffi reduits de trois quarts , & liquidez à
un quart.
Les Actions Rentieres évaluées , feront pa
reillement reduites de trois quarts , & liquidées
à un quart.
V. CLASSE
Origines non declarées.
La Cinquiéme Claffe des origines non declarées
comprendra non feulement les cas où les Porteurs
d'Effets n'ont pas voulu dire d'où ils les tiennent ,
nais encore ceux où ils ont declaré que les Effets
proviennent des profits par eux faits fur le
Papier.
Tous les Effets qui font dans l'un des deux cas
Contenus
DE
NOVEMBRE 1721 217
contenus en la Claffe ci deffus , fans autre origine
, de quelque nature qu'ils foient , feront reduits
des dixneuf vingtièmes , & liquidez à un
vinguiéme. =
ni
Et à l'égard de tous les Effets qui ont dû être
reprefentez & vifez , & qui ne l'ont pas été , ils
demeureront eteints & fupprimez , fans que les
Proprietaires ou Porteurs d'iceux en puiflent jamais
prétendre ou repeter aucune valeur ,
qu'ils puiffent eftré expofez en vente ou autreinent
negociez , fous la peine de trois mille livres
d'amende , & même de plus grande , fuivant l'exigence
des cas . Fait au Confeil d'Etat du Roy .
Sa Majesté y étant , tenu à Paris le vingt -troifiéme
jour de Novembre mil fept cent vingt- un.
Signé , PHEALPEAUX .
AAAAAAAAAAA
ARREST DU CONSEIL D'ETAT
DU ROY,
Du 23 Novembre 1721.
Concernant les A&tions de la Compagnie
des Indes , portant que celles qui ont
été prefentées au Vifa , en execution
de l'Arreft du 26 Janvier 1721 ,
demeureront fixées au nombre de Cinquante
mille , dont la reduction fera
faite fuivant les origines , & fuivant
le Reglement qui y eft aunexé.
L & affecté annuellement fur fes plus clairs
E ROY ayant par l'Arreft de ce jour , deſtiné
evenus jufques à la fomme de Quarante Mil-
K lions
218 LE MERCURE
1
lions de livres , au payement regulier des arrerages
, même au remboursement fuccellif des
capitaux des dertes de l'Etat , que Sa Majelté
a bien voulu reconnoître ; & ayant prefcrit
par le Reglement general qu'elle a fait arrêter
le même jour en fon Confeil , la forme
en laquelle Elle entend qu'il foit procedé à la
liquidation & reduction des differens titres de
creances qui ont été reprefentez aux Sieurs
Commiffaires du Confeil à ce députez , tant à
Paris que dans les Provinces , & qui ont été
par eux viſez en execution des Arrefts du Confeil
des 26 Janvier , 16 Fevrier , 18 Mars ,
27 Avril , 18 & 20 May de la preſente année ;
Sa Majesté a crû devoir en même temps porter
fon attention fur les Actions & Dixièmes
d'Actions intereffées de la Compagnie des Indes
, qui ont été répandues dans le Public ,
& dont un grand nombre fe trouve à des tí
tres très -favorables , entre les mains de plu
fieurs de fes Sujets de toutes conditions , à
qui elles tiennent même lieu de leur ancien
Patrimoine . Ces motifs joints à la neceffité
de conferver , & même d'accroître le Commerce
du Royaume , en formant un Corps de
Compagnie , qui par le choix des Sujets qui la
compoferont , & par une Regie exacte , puifle
faire ufage , pour le plus grand bien de l'Etat ,
des établiſſemens confiderables qui fe trouvent
déja faits dans prefque toutes les parties du
monde , & des fonds fuffifans qui exiftent
pour foutenir fes differentes operations , qui
font l'objet de fon Commerce ; ont determine
Sa Majesté dans le même efprit d'aſſurer la
fortune des Creanciers legitimes de la Compagnie
des Indes , à fe faire rendre un compre
exact de l'adminiftration qui a été faite par
les Directeurs , pour connoître au jufte quels
engaDE
NOVEMBRE 1721. 219
engagemens elle auroit contractez , tant envers
Sa Majefté , qu'envers le Public. Pour remplir
T'une & l'autre de ces vies , Sa Majesté ayant
par les Arrefts de fon Confeil des 26 Janvier
& 7 Avril de la prefente année , pourvû
à la fureté des Actionnaires , & ordonné
que les Directeurs de ladite Compagnie fero
ent tenus de compter pardevant les Sieurs
Commiffaires de fon . Confeil députez à cet
effet , des differens Fonds & Revenus de Sa
Majefté , de l'admiftation defquels elle avoit
étê chargée : 11 ne reste plus qu'à affûrer la
condition des Creanciers de bonne foy de cette
même Compagnie , en procedant à une repartition
proportionnelle de fes Actions intereffées
, fur les mêmes principes que Sa Majesté
a établis pour la liquidation & reduction des
autres dettes , dont Elle a bien voulu fe char
ger , relativement à leurs origines : au moyen
de laquelle Repartition la totalité defdites
Actions , bien que reduite à une moindre
quantité , confervera toujours les mêmes pro
duits & les mêmes avantages qui étoient affectez
à un plus grand nombre d'Actions : Se refervant
d'ailleurs Sa Majefté , d'augmenter dans
la fuite , par la protection fpeciale qu'Elle.
donnera au Commerce , & même de par nouvelles
graces , les produits & benefices de cette
Compagnie ; enforte qu'elle fe trouve toujours
en état d'affurer aux Actions un Dividende
fixe , qui foit au moins en proportion avec
les Revenus attachez aux autres Effets liquidez
: A quǝy Sa Majesté defirant pourvoir ,
Ouy le Rapport du Sieur , Le Pelletier de la
Houffaye , Confeiller d'Etat ordinaire & au
Confeil de Regence pour les Finances , Controlleur
General des Finances : SA MAJESTE'
ESTANT EN SON CONSEIL , de l'avis
K ij de
220 LE MERCURE
de Monfieur le Duc d'Orleans Regent , a ordonné
& ordonne que toutes les Act ons &
Dixiémes d'Actions intereffées qui ont été reprefentées
aux Sieurs Commiffaires du Confeil ,
tant à Paris que dans les Provinces , & par
eux vifées en execution des Arrefts des 2'6 Janvier
, 16 Fevrier , 18 Mars , 27 Avril , 18 &
20 May derniers , feront & demeureront reduites
au nombre de Cinquante mille , fuivant la
reduction & repartition qui en fera faite relativement
aux diverfes origines , le tout con
formément au Reglement General que Sa Mai
jefté en a cejourd'huy fait arrêter en fon Confeil
, & qui demeurera annexé à la minute du
prefent Arreft : N'entend neanmoins Sa Majesté
comprendre dans ladite repartition les Actions
intereflées du premier Timbre feulement , quoy
qu'elles ayent été prefentées au Vifa , attendu
qu'elle ont été annulées par l'Arreft du 2 Decembre
1720. Veut pareillement Sa Majesté ,
que toutes les Actions & Dixiemes d'Actions ,
qui n'ont pas efté vifées , de quelque maniere
qu'elles foient Timbrées , demeurent nulles
fupprimées & éteintes , fuivant l'Arreft du 10
Aouft dernier : Lefquels Arrefts des 2. Decembre
1720. & 10 Aouft dernier , Sa Majeſte
entend eftre executez felon leur forme & to
meur,
Reglement
DE NOVEMBRE 1721. 221
REGLEMENT GENERAL
que Sa Majefté , étant en fon Confeil ,
veut & entend eftre obſervé , pour parvenir
à la Repartition & Reduction des
Actions & Dixiémes d'Actions intereffées
de la Compagnie dès Indes , qui
ent efté reprefentées aux Sieurs Com
miffaires de fon Confeil à ce deputez ,
&par enx vifées en execution des Arrefts
du Confeil des 26. Janvier , 16
Fevrier , 18 Mars , 27 Avril , 18 &
20 May 1721 .
LesActions & Dixiémes d'Actions intereffées
de la Compagnie des Indes , feront liquidées cu
égard au nombre , & non felon leur évaluation
en reglant la décision fur les differentes origines
portées par les Declarations des Porteurs , fauf
å en faire plus grande reduction , en cas de preuve
contraire à l'Expofé de la Declaration.
Ces Origines feront diftribuées en cinq Claffes
La Premiere , des Rembourſemens faits par le
Roy.
La Deuxième , des Rembourfemens de particulier
à particulier.
La Troisième , des Ventes d'Immeubles.
La Quatrième , des Ventes des Meubles ou
Machandifes & deniers comptans.
1
La Cinquiéme , des Origines non declarées .
K iij I. Claffe.
222 LE MERCURE
1. CLASSE.
Des Remboursemens faits par le Roy.
La Premiere Claffe des Rembourfemens faits
par le Roy , contiendra les 7 Origines fuivantes .
1. Des Rentes remboursées fur les Aydes &
Gabelles , depuis Septembre 1719.
2. Des Rentes remboursées fur les Poftes , depuis
Septembre 1719 .
3. Des Rentes rembourlées fur le Controlle
des Actes & Exploits , depuis Septembre 1719.
4. Des Rentes remboursées fur les Tailles ,, depais
Septembre 1719 .
1. Des Rembourfemens de Charges & Aug.
mentations de Gages , depuis Septembre 1719.
6. Des Appointemens , Penfions & Gratifications
des Officiers Militaires , depuis Septembre
1719.
7. Des Dettes des Communautez des Officiers
fur les Quays , Ports & Halles de Paris , que le
Roy s'eft chargé d'acquitter .
Les Actions & Dixièmes d'Actions intereffées
, dont les origines font compriſes dans
la Caffe cy deffus , feront liquidées comme cy
aprés.
Les Parties compofées d'une Action & audeffous
, feront confervées en entier fans aucune
réduction.
Les Parties compofées depuis une Action juſqu'à
deux inclufivement , feront réduites d'un
dixième du total , & liquidées aux neuf dixiémes.
Les Parties compofées depuis deux Actions
jufqu'à cinq exclufivement , feront réduites de
deux dixièmes du total , & liquidées aux huit
dixiémes.
Les Parties compofées de cinq Actions & audeffus
,2
DE NOVEMBRE 1721 . 223
deffus , feront réduites de quatre dixiémes du
total , & liquidées aux fix dixiémes ,
II. CLASSE.
1
Des Remboursemens de Particulier
à Particulier.
La feconde Claffe des Rembourfemens de particulier
à particulier , comprendra les ſept Öxi«
gines cy- aprés :
SÇAVOIR ,
1. Des Rentes fur le Clergé , rembourfées depuis
Septembre 1719.
2. Des Rentes fur les Pays d'Etats , depuis
Septembre 1719.
3 Des Rentes fur les Secretaires du Roy , Notaires
& autres Corps & Communautez , dont le
Royne s'eft point chargé d'acquitter les dettes ,
depuis Septembre 17 19.
4. Des Contrats fur les particuliers, Obligations
& Sentences fur Billets & Lettres de Change
renduës avant Septembre 1719 , & acquittées
depuis.
5. Des Effets déposez par autorité de Juftice ,
reçûs par les Créanciers , & non par les Depafans
, depuis Septembre 1711.
6. Des Ventes d'Immeubles & Charges , avant
Septembre 1719 , payées en 1720.
7. Des Retraits faits depuis Septembre 1719,
de Biens acquis avant ledit temps.
Les Actions & Dixièmes d'Actions intereffées
dont les Origines font comprifes dans la feconde
Claffe cy dellus , feront liquidées comme il fuit .
Les Parties compofées d'une Action & audeffous
, feront confervées en entier fans aucune
réduction .
K iijj
Les
224 LE
MERCURE
Les Parties compofées depuis une Action juf .
qu'à deux inclufivement , feront réduites d'un
dixiéme du total , & liquidées aux neuf dixièmes.
Les Parties compofées depuis deux Actions
jufqu'à cinq exclufivement , feront réduites de
deux dixiémes du total , & liquidées aux huit
dixièmes.
Les Parties compofées de cinq Actions & audeffus
, feront réduites de quatre dixiémes du tosal
, & liquidées aux fix dixièmes .
III. CLASSE.
Des Ventes
d'immeubles on Emprunts
justifiez
La Troifiéme Claffe des Ventes d'immeubles
me contiendra que les Origines provenantes de
Ventes de Terres , Maifoas , Charges & autres
Immeubles , faits depuis le mois de Septembre
1719 , ou des Emprunts faits & juftifiez depuis
ledit temps, & dont l'engagement fubfifte encore.
Les Actions & Dixiémes d'Actions interefées
, dont les Origines font compriſes dans
la troifiéme Clafle cy deflus , feront liquidées
comme cy-après.
Les Parties compofées d'une Action & audeffous
, feront confervées en entier fans aucu--
ne reduction .
>
Les Pirties compofées depuis une Action jufqu'à
deux inclufivement feront reduites de
trois dixièmes du total , & liquidées aux ſept
dixièmes.
Les Parties compofées depuis deux Actiong
jufqu'à cinq exclufivement , feront reduites de
cinq dixiémes , ou de moitié du total , & liquidées
aux cinq dixiémes.
Les Parties compofées de cinq Actions & audeflus
DE NOVEMBRE 1721. 225
deflus , feront reduites de fept dixiémes du total,
liquidées à trois dixièmes.
I V. CLASS E.
Des Ventes de Meubles on Marchandiſes ,
deniers comptans.
La Quatrié ne Claffe des Ventes de Meubles ,
ou Marchandiſes & Deniers comptans , contien
dra les vingt Origines cy- après.
SCAVOIR ,
1. Des Rembourfemens faits par le Roy depuis
Septembre 1719 , prouvez par des liqui
dations rapportées par les mêmes Porteurs aufquels
elles ont efté expediées.
Les Actions & Dixiémes d'Actions intereffées
qui fe trouveront dans le cas de la premiere
origine cy deffus , feront liquidées en la ma
niere fuivante , comme dans la premiere Claffe-
Les Parties compofées d'une Action & au
deffous feront confervées en entier fans aucune
reduction,
Les Parties compofées depuis une Action
jufqu'à deux inclufivement , feront reduites
d'un dixième du total , & liquidées aux neuf
dixiémes.
Les Parties compofées depuis deux Actions
jufqu'à cinq exclufivement , feront reduites de
deux dixièmes du total , & liquidées aux huit
dixiémes .
Les Parties compofées de cinq Actions & audeffus
, feront reduites de quatre dixièmes du
total ; & liquidées aux fix dixièmes.
Les auttes Origines comprifes dans la Quatriéme
Claffe , feront celles qui proviennent.
2. Des Converfions de Billets de l'Estat em
Kv Recepiflés
226 LE MERCURE
Recepiffez du Trefor Koyal , depuis payez en
Billets de Banque.
3. Des produits des Billets & autres Creances
des Entrepreneurs des Vivres , Etapes & Fourrages
, fuivant les Liquidations.
4. Des Appointemens des Commis .
5. Des Gages des Domestiques .
6. Des Salaires des Ouvriers & Artifans .
7. Des Arrerages de Rentes & autres Revenus
des fonds & Epargnes.
8. Des Penfions & Gratifications à des Veuves
d'Officiers , & aux Nouveaux Catholiques .
9. Des Rembourfemens des Creances par
Obligations & autres Actes non dattez .
10. Des Sommes payées aux Marchands en
1720. pour livraiſons faites avant ladite année
fuivant leurs Livres.
II. Des Ventes de Meubles , Marchandifes
Pierreries , Bijoux & Vaiſleaux , depuis le pre.
mier Septembre 1719.
12. Des Ventes de Fonds de Boutiques , depuis
le premier Septembre 1719.
13. Des Rembourfemens de Billets pars &
fimples ou Lettres de change , dattez ou non
dattez , fans autre titre.
14. Des Payemens en Comptes en Banque ,
ou Billets de Banque , de Lettres de change rirées
des Pays Eftrangers.
15. Des Elpeces portées à la Banque ou à la
Monnoye , juſtifiées ou non juſtifiées.
16. Des Dividendes d'Actions.
17. Des Emprunts faits par Contrats de Con-
Aitution , avant Septembre 1719.
18. Des Dots portées par Contrats de Mariages
, avant Septembre 1719. ou depuis , fans
Origine declarée .
19. Det Rembourfemens faits par le Roy ou
par les Particuliers , avant Septembre 1719.
10. Des
DE
NOVEMBRE 1721. 227
20. Des Retraits faits en 1720. de Biens acquis
depuis Septembre 1719 .
Les Actions ou Dixièmes d'Actions , dont les
Origines font comprifes dans les 19. dernieres
cy-deffus , feront liquidées comme cy après.
Les Parties compofées d'une Action & au deffous
, feront confervées en leur entier fans aucune
reduction.
Les Parties compofées depuis une Action jufques
à deux inclufivement , feront réduites de
trois dixiémes du total , & liquidées aux fepti
dixièmes .
Les Parties compofées depuis deux Actions
jufques à cinq exclufivement , feront réduites de
cinq dixièmes , ou de moitié dų total , & liquidées
à la moitié .
Les Parties compofées de cinq Actions & audeffus
, feront réduites de fept dixiémes du total ,
& liquidées aux trois dixièmes .
Lorfque l'Evaluation des Actions n'aura pû
eftre faite par les declarations , parce qu'elles
auront efté trouvées fous des fcellez , fans qu'on
en ait pu fçavoir l'Origine , elles feront liquidées
comme cy- aprés .
Les Parties compofées d'une Action & au - deffous
, feront confervées en entier fans réduction.
Les Parties compofées depuis une Action jufqu'à
deux inclufivement , feront reduites d'un
dixième du total ; & liquidées aux neuf dixiemes.
Les Parties compofées depuis deux Actions jufqu'à
cinq exclufivement , feront reduites de deux
dixiémes fur le total , & liquidées aux huit dixiémes.
Les Parties compofées de cinq Actions & audeffus
, feront reduites de quatre dixiémes fur
le total , & liquidées aux fix dixiémes.
K vj
V.
CLASSE
228 LE MERCURE
V. CI. ASSE .
Des Origines non déclarées.
La Cinquiéme Claffe des Origines non decla- ' rées , renfermera non feulement les cas où lesd'Actions
n'ont voulu dire d'où ils porteurs pas
les tiennent , mais encore ceux où ils ont decla- *
ré qu'elles proviennent des profits par eux faits
fur le Papier.
Les Actions & D'xièmes d'Actions intereffées ,
qui fe trouveront dans le cas de la cinquiéme
Claffe , quelle qu'en puiffe eftre la quantité , feront
& demeureront annullées en entier,& il n'en
fera fait aucune liquidation.
Les Actons du premier Timbre , feront & demeureront
annullées , conformément à l'Arreft
.faute
du Confeil du mois de Decembre 1710 ,
d'avoir cfté déposées à la Banque , & il n'en fera
fait aucune liquidation.
FAIT au Confeil d'Etat du Roy , Sa Majelté
y eftant , tenu à Paris le vingt troifiéme jour de
Novembre mil fept cent vingt-un. Signé , PHLYPEAUX
.
ETTRES PATENTES donnée à Pa is le 6 Octo-
171
"
le procès au nommé Tiby & fes complices , &c..
ARREST du Parlement du 26 Novembre 1721 ,
portant condamnation
de mort contre Louis-
Dominique Cartouche & fes complices , & c.
par lequel la Cour declare la contumace bien
inftruite contre lefdits Camus , Antoine François
& Blaife , & adjugeant le profit d'icelle ; pour réparation
des cas mentionnez au procès , condam-
Be lefdirs Camus , Louis -Dominique Cartouche,
dit
DE NOVEMBRE 1721. 229.
3
dit Lamare, ou Petit, ou Bourguignon ; Jacques
Maire , dit Limoufin ; Jean Pierre Balagny , die
Capucin; Pierre François Grurhus du Chafteler,
dit Lorrain , & Charles Blanchard , dit Gaillard ,
avoir les jambes , cuiffes , bras & seins rompus
vifs , fur un échaffaut , qui pour cet effet fera
dreffé en Place de Grève de cette Ville de Paris ;
ce fait leurs corps mis chacun fur une rouë, la face
tournée vers le Ciel , pour y finir leurs jours ; &
lefdits Jean Baptifte Madelaine , dic Beaulieu , &
Jean-Baptifte Meffié , dit Flamand , être pendus
& étranglez , jufqu'à ce que mort s'enſuive , à
des potences , qui pour cet effet feront plantées
en ladite Place de Gréve , & leurs corps morts y
demeurer vingt - quatre heures , puis portez au
gibe: de Paris ; & feront préalablement lefdits
Louis Dominique Cartouche , dit Lamare , ou
Petit , ou Bourguignon ; Jacques Maire , dit
Limoufin Jean Pierre Balagny , dit le Capucin ;
Pierre François Gruthus du Chafteler , dit Lorrain
; Charles Blanchard , dit Gaillard ; Jean-
Baptifte Madelaine , dit Béaulieu ; & Jean-
Baptifte Mellié , dit Flamand , app iquez à la
queftion ordinaire & extraordinaire , declare
tous & chacuns leurs biens ; enſemble ceux dudit
le Camus , fiuez en pays de confifcation , acquis
& confifquez au Roy ou à qui il appartiendra ,
fur chacun d'iceux , & autres non fujets à confifcation
, préalablement pris la fomme de cent
livres d amende vers ledit Seigneur Roy , & a
furfis à faire droit à l'égard defdits Jean- Baptifte
Chevrelor , dit Drillon Marie le Roy ; Etienne
Verel , dit Loyfon ; Madelaine Henry , dit la
Bonne ; Marie - Madelaine Chevalier ; Marie-
Jeanne Rolland ; Marie- Anne Rolland ; Marie-
Antoinette Neron ; Pierre Dantragues , dir
Dupleffis ; Louis Sauvé ; Antoine Deſcroix , dit
la Tefte de Mouton ; Chriftophe Neron ; André
Vilars,
3
230
LE MERCURE
Villars , dit Caftellard ; Jean Baptifte Rofy , dit'
le Chevalier le Craqueur ; Louis Lamy ; Philippe
Saunier ; Pierre Didier Dutaut , Martin
Marin ; Anne Joffe , femme Marin ; Michel
Miché , dit Parifien ; Marie Françoife Chante--
loup ; Louis Cartouche ; Jacques Tauton ; Simon
Marchandon ; Pierre Jomas ; François-
Antoine Cartouche ; Marguerite Molle , femme
Millebled ; Jeanne Pellier , veuve Menel ;
Eft enne Petit ; Pierre Collet ; Nicolas Courtin ,
dit Jacob de Mouchy ; Gervais Savard ; Francoife
Gauche Antoine François , & Blaife ,
jufqu'après l'entiere execution du prefent Arreft
& c.
Les Arrests concernant les Billets de
Banque les Actions , qui intereffent &
fi fort le public , aprés lesquels nous
avons attendu long- temps , font la caule
Mercure paroît un peu tard.
Se que
Not
OUS avons oublié de dire en parlant
de M. le Duc d'Offonne , que
le 19 Novembre Meffieurs les Prevôt des
Marchands & Efchevins à la tête du Corps
de Ville , allerent par ordre exprès du Roy,
luy faire les complimens de la Ville de Paris
, fur la convention du mariage du Roy,
avec l'Infante d'Efpagne , & fur la convention
de celuy du Prince des Afturies , avec
Mademoiſelle de Montpenfier : ce qui fut
executé
DE NOVEMBRE 1721. 231
executé avec les cérémonies ordinaires ';
& avec les prefens que la Ville a accoùtumé
de faire dans ces occafions. S. E.
étoit accompagné de Don Patricio Lawlés,
Ambaffadeur ordinaire de S. M. C.
On écrit d'Efpagne que le 25 de ce
mois , le Roy & la Reine devoient partir
pour aller conduire l'Infante d'Epagne
jufqu'à Lerme , Ville de la vieille Caftille ,
à fix lieues de Burgos , & que leurs Majeftez
& le Prince des Afturies y attendront
Mademoiſelle de Montpenfier.
On aprend de Rome que le Prince hereditaire
de Modene , & la Princeffe fon
Epoufe , y arriverent le 6 Novembre incognito
, fous le nom du Comte & de la
Comteffe de San Felice : ils allerent defcendre
au Palais qu'occupoit le Cardinal
de Biffy , le Cardinal de Rohan , qui ne
revint que le 7 d'Albano , alla leur rendre
vifite , & fut receu avec toutes les
marques de confideration imaginables. «
Le premier Decembre , Dame Marie
Charlotte Charon de Menars , Epoufe de
M. Jean René de Longueil , Marquis de
Maifons & de Poiffy , Prefident à Mortier
, mourut à Paris âgée de 14 ans
Le deux , le Baron de Hop , Ambaffadeur
des Etats Generaux des Provinces
unies , eut audience particuliere du Roy
étant conduit par le Chevalier de Saintor,
Introducteur
232 LE MERCURE
Introducteur des Ambaffadeurs.
Le quatre, M. de Tavanes Evêque de
Châlonsfur Marne fut receu Comte & Pair
de France , & prit féance au Parlement
avec les cérémonies accoûtumées.
Le Roy vient de nommer la Dame de
Tavanes à l'Abbaye de S. Andoche , Ordre
de S. Benoist , Dioceſe d'Autun ,
vacante par le deceds de la Dame d'Epinac.
APPROBATION.
" Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
Le Mercure pour le mois de Novembre , &
j'ay crû qu'on pouvoit en permettre l'impref-
Lon. A Paris les Decembre 1721 .
HARDIO N.
L
TABLE.
Ettre de M. Petft , au fujet du Fer d'une
alefne de Cordonnier , avalé par un enfant.
Memoire fur l'Abbaye de faint
page 7
Martin de
Tours , dont le Roy eft Abbé & Chanoi
De . 17
Poiffon monstrueux pêché en Baffe Bretagne, 20
Hiftoire d'Abenfaï.
Poëfies, Paraphrafe du Ffeaume 111.
21
36
Vers
Vers Latins traduits .
Reflexions en Vers.
Adieux à Mademoiſelle .
Sonnet à Mr. de Brye.
42
44
47
Vers de Mad. de *** en envoyant un ceinturon
.
A Mad . Vers .
Enigmes.
49
Chanfon , Vaudevilles notées des Comedies de
Cartouche & de la Veuve coquette.
SI
61
6.4
67
On trouvera les paroles de ces deux Vaudevilles
aux pages 126 , &c. & 133 , &c.
Nouvelles Litteraires & des Beaux Arts. Methode
pour faire une infinité de Deffeins
differens , avec des carreaux mi - partis de
deux couleurs par une diagonale.
Nouvelle Grammaire Françoife & Latine.
Diflertation fur l'Afphalte , & c.
Nouveaux Voyages aux Ifles de l'Amerique.
Dictionnaire univerfel , &c .
Reception des Cardinaux de Rohan , &c . à
l'Academie des Arcadi à Rome.
Statue Equeftre trouvée en Bafie. Normandie. $ 1
Affemblées publiques des Academies à Paris ,
& Memoires de M. de Reaumur , pour convertir
le Fer en Acier , & pour faire des
Ouvrages de Fer fondu auffi beaux & auffi
fins qu'on les peut faire de Fer forgé. 82
Difcours de M. Chambert de l'Academie des
71
77
Belles Lettres , fur la beauté & le merite
des Dames Germaines. 93
Differtation de M. l'Abbé Banier de la même
Academie , fur les trois Furics.
Profeffeurs du College Royal.
Spectacles , Jeux des Colleges , & c .
Le parfait Monarque.
Caufe plaidée au College des Jefuites.
L'Aiglon orphelin , Poëme.
94
97
199
IC2
( 108)
109
L'Opera
L'Opera , Phaeton 119
Theâtre Italien , Cartouche. La Soubrette ,
& c. 125
Thâtre François . Cartouche . Egyfte , & c. 130'
Nouvelles Etrangeres. Charges & Dignitez.
Morts & Mariages .
Journal de Paris . Benefices & Emplois donnez
.
142
179
Naiffances , Morts & Mariages. Voyage d'Ef
pagne.
Supplément.
181
185
Acte declaratoire de l'état de la fanté de la
Ville de Marfeille . 1.90
Réponse du Roy à la Lettre de Sa Majesté
Catholique.
Lettre du Roy aux Etats Generaux.
Remede Prefervatif contre la Pefte .
195
196
198
Arrefts pour les Billets de Banque & les Actions.
199
ERRATA
Pour le Mercure d'Aouft.
age 8. ligne 22. pour fa Nice , lifez pour
-Pag Nice.
Page 8. ligne 9. 1698 , lifez- 1668.
Page 63 ligne 25. un pitoyable , lifez un fi pitoyable
.
Page 90. ligne 18. bientôt , lifez à la fin
Page 118. derniere ligne , habillées , lifez habillez
Page 130. ligne z . que prés de vingt- un , lifez
que 21 an .
Page 159. ligne 19. Volnire , lifez Voluire.
Page 201. ligne 8. fimphonies , lifez Simphoniftes.
Errata
Errata de Septembre.
PAGE
AGE 6. ligne 9. Thenenot , liſez Thevenot .
Page 25. ligne 10. lefquels , lifez lesquelles
Page 31 ligne 3. Conperet , lifez Couperiè
Page 3 4. ligne 24. le jour , lifez ce jour.
Page 48. Brumai , lifez Bru'noi .
Page 5. ligne 10. dement , lifez devient.
Page 74. ligne 8. j'hefifte , lifez j'hefite .
Page 75. ligne 2. dans l'Abbaye de S. Marcel à
Châlons , liez le Prieuré de S. Marcel prés
Challon.
Page 81. ligne 6. quand , liſez quant
Page 83.1. 2. du bas , Champagne , lifez Bourgogne.
Page 88. ligne penult. fes , lifez ces.
Page 100 ligne 6. aprés ce mot l'Academie , ajoutez
Cette traduction n'eſt pas de nous.
Idem , derniere ligne , cu , lifeż élu.
Page 109. ligne 7. Bernier , lifez Bernin.
Page 112. ligne 28 du bas , Vanvres , lifez
Vanves.
Page 131. ligne 27. de la Plaine , lifez de Plaine .
Idem , derniere ligne , l'Amour vengé , lifez la
vengeance de l'Amour.
Page 1 5o. ligne 2. & Generaux , lifez & les Generaux
.
Page 1 o . ligne 9. Suede , eft , lifez , & eft.
Page 152. ligne 9. du bas , Brigantin , font , lifez
Brigantin & font.
Page 153. ligne 12. & Galeres, lifez & les Galeres .
Page 159. ligne 11.Secretaire des , lifez Secretaire
de la Congregation
.
Page 176. ligne 20. Boujols , lifez Bouzols.
Page 116. derniere ligne , a péri , lifez eft péri.
Errata
Errata d'Ottobre..
AGE 6. ligne 6. Guiliva , lifez Gioliva .
P Page 9. ligne 11. promis , lifez permis .
Page 10. ligne 10. même , liſez mêmes .
Page 18. ligne 21 nous , lifez vous.
Page 29. ligne 24. & eux , lifez & avec eux.
Page 52. ligne 7. il n'a pas , lifiz il n'eft pas .
Page 53. ligne 34. y conduits , lijez y a conduir
nous en tirera.
Page 54. ligne 8. & nous , lifez & que nous .
Page 54. lignes . du bas , ctoes , lifez coftes,
Page 5. ligne 14. ôtez auffi.
Ibid. ligne 18. j'aurois , lifez je ferois.
Ibid. lignes 11 & 12. à vous , biſex ſur vous &
fur.
Page 56 ligne 34. Achmet le , lifez Achmet avoit
fait le .
Page 69. ligne 2. ton oeil , lifez ton ciel .
Idem ligne 6. l'eau s'allume , lifez l'air s'allume.
Page 74. ligne 9. tes ris , lifez tes vifs. I
Page 1. ligne 16. qu'elles , lifez quelques.
Page 111. ligne 7. Orientales , lifez Occidentales.
Page 114. ligne 10. Bernouilli , lifez Bernoulli .
Page 135. ligne 9. Origli , lifez Orighi .
Page 139. ligne 18. Baloufe , lifez Valoufe .
Page 140.ligne 5. Secretaire de M. le Marquis
de Maulevrier , lifez Commiſſaire du Roy en
Espagne.
Ibid. ligne 3. S. M. T. lifez S. M. T. C.
Page 148. ligne 14. & pourra , life & en pourra,
Page 157. ligne 6. du bas Meffa , lifez Mezza.
Page 162. ligne du bas a , leur , lifez curs.
Page 195. ligne 17. Dioceſe de , ajoutez Rouen
au Vexin François .
Page 212. ligne 4. Sumelier , lifez , Sumiller
Page 216. ligne 2 1. Euvert , lifez Euverte.
PRIVILEGE DU ROY.
L
OUIS par la grace de Dieu Roy de France & de
Navarre : A nos amez & feaux Confeiller's les Gens
tenans nos Cours de Parlemens , Maitres des Requeſtes
ordinaires de notre Hôtel , Grand Confeil de Paris ,
Baillifs , Senechaux , leurs Lieutenans Civils & autres
nos Jufticiers qu'il appartiendra, SALUT. Nos bien amez
les Sieurs Du FRENY , DE LA ROQUE , & FUSELLIER
Nous ont fait remontrer qu'ils fouhaitoient faire imprimer
& donner au Public tous les mois un Ouvrage qui a
pour titre , Le Mercure , s'il Nous plaifoit leur accorder
nos Lettres de Privilege fur ce neceffaire ; A CES CAUSES
voulant favorablement traiter lefdits Sieurs Expófans ,
Nous leur avons permis & permettons par ces Prefences
de faire imprimer ledit Livre en tels yolumes , forme
marge , caractere , conjointement ou feparément , &
autant de fois que bon leur femblera & de le faire
vendre & debiter par tout notre Royaume pendant
le temps de douze années confecutives , à compter
du jour de la datte defdires Prefentes , à condition near
moins que chaque Volume portera fon Approbation expreffe
de l'Examinateur qui aura été commis à cet effet
& que lefdirs Sieurs Expofans ne pourront ceder ni
transporter qu'entre eux & non à d'autres le prefent
Privilege , lequel en cas de decès d'aucun d'iceux appartiendra
en entier au furvivant. Failons deffenfes à
Routes fortes de perfonnes de quelque qualité & condition
qu'elles foient d'en introduire d'impreffion étrangere
dans aucun lieu de notre obéiffance ; comme auffi
à tous Libraires, Imprimeurs & autres d'imprimer , faire
imprimer , vendre , faire vendre , debiter ni contrefaire
ledic Livre cy-deffus expofé en tout ou en partie ,
ni d'en faire aucuns Extraits , fous quelque pretexte que
ce foit , d'augmentation , correction , changement de
titre ou autrement , fans la permiffion expreffe & par
écrit defdits fieurs Expofans , ou de ceux qui auront
droit d'eux , à peine de confifcation d s Exemplaires
contrefaits , de trois mille livres d'amande contre
chacun des contrevenans , dont un tiers à Nous , un
tiers à l'Hôtel Dieu de Paris , l'autre tiers aufdits
Sieurs Expofans , ou de ceux qui auront droit d'eux
& de tours dépens , dommages & interefts , à la charge
que ces Prefentes feront enregistrées tout au long fur
les Regiftres de la Communauté des Libraires & Imprimeurs
de Paris , & ce dans trois mois de la datte
"
D
9
d'icelles ; que l'impreffion de ce Livre fera faire dans
notre Royaume & non ailleurs en bon papier & en
beaux caracteres , conformément aux Reglemens de la
Librairie ; & qu'avant de l'expofer en vente , le Ma
nuferit ou Imprimé qui aura fervi de Copie à l'impreffion
dudit Livre fera remis dans le même état où les
Approbations y auront été données , és mains de notre
trés cher & feal Chevalier Chancelier de France le
Sieur Dagueffeau , & qu il en fera enfuite remis deux
Exemplaires de chacun dans notre Biblioréque publique,
un dans celle de notre Château du Louvre , & un
dans celle de notredit trés cher & feal Chancelier de
France le Sieur Dagueffeau , le tout à peine de nullité
des Prefentes ; du contenu defquelles vous enjoignons
de faire jouir lesdits fieurs Expofans , ou leurs ayans
caufe , pleinement & paisiblement , fans fouffrir qu'il
leurfoit fait aucun trouble & empêchement. VouLONS
que la Copie defdites Pref.ntes qui fera imprimée
tout au long au commencement ou à la fin dudit Livre
foit tenue pour dûement fignifiée , & qu'aux Copies
collationnées par l'un de nos amez & feaux Conſeillers
Secretaires foy foit a oûtée comme à l'Original . ‹ OM•
MANDONS au premier notre Huiffier ou Sergent de
faire pour l'execution d'icelles tous Ades requis &
neceffaires , fans demander autre permiffion &
nonobftant Clameur de Haro , Charte Normande &
Lettres à ce contraires : CAR tel eft notre plaifir.
DONNE' à Paris le troifiéme jour du mois de Juillet
l'An de grace mil fest cenr vingt-un , & de notre
Regne le cinquiéme, Signé , Par le Roy en fon Confeil,
DE SAINT- HILAIRE.
Et à côté eft écrit :
Il eft ordonné par l'ɛdit du Roy du mois d'Aouft 1686 0Atreft
defon Confeil , que les Livres dont l'impreſſion ſe permes
par Privilege de Sa Majefté , ne pourront être vendus que
par un Libraire ou un Imprimeur.
Regiftré fur le Registre quatrieme de la Communauté
des Libraires & Imprimeurs de Paris , page 748 , No 811
conformément aux Arrefts & Reglemens , & notamment à
Arrest du Confeil du 13 Aouft 1703 , AParis le 4 luillet
1721. Signé , Delaulna , Syndic.
LE
MERCURE
DE DECEMBRE 1721 .
Le prix eft de 30 fols.
R
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis.
GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , à la Fleur -de-Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saing
André , Place de Sorbonne .
M DCC. XXI.
Avec Approbation & Privilege du Roye
THE NEW YO
PUBLIC LIBRARY
330132
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
AVIS.
ceux qui adrefferont des Lettres ou
Paquets d'en affranchir le Port , comme
cela s'ett toujours pratiqué , fans quoi on
ne les recevra point.
L'Adreffe generale pour toutes chofes eft à
Mr MOREAU , Commis au Mercare , chez
Monfieur le Commiffaire le Comte , vis à - vis la
Comedie Françoiſe , à Paris .
Ceux qui pour leur commodité , voudront
semettre leurs Paquets cachetez aux Libraires
qui vendent le Mercure à Paris , pourront fe fervir
de cette voye pour les faire tenir .
On trouve le preſent Mercure à Lyon , cheą
Plaignard.
A Nantes , chez Julien Maillard , dans la
grande ruë.
A Tours , chez Gripon.
Amiens , chez le François.
Bordeaux , chez la veuve Labottiere , & Fils,
Châlons , chez Seneufe.
Bayonne , chez Etienne Labottiere.
Rennes , chez Vattar , près la Pompe.
Montpellier , chez lesfreres Faures.
Lille , chez Danel .
Toulouſe , chez Tene.
Angers , chés Fourreau ,
LE
MERCURE
DE DECEMBRE 1721.
PIECES FUGITIVE S.
Extrait d'une Lettre de Monfieur
D. C. A. D. S. fur le Trou du
Cluzeau en Perigord.
A plupart des Ecrivains François
, qui jufqu'à prefent nous
ont donné des delcriptions de
la France , le font contentés
de les compofer dans leurs
Cabinets , fans fe donner la peine de parcourir
le Royaume pour connoître par
eux- mêmes les merveilles de la Nature &
de l'Att , qui font dans les Provinces ,
les Villes & les Bourgs dont ils ont parlé
Ce qu'ils en ont donné au Public n'eft
A ij pro
"4 LE MERCURE
prement qu'on fimple extrait des Auteurs
qui en ont écrit avant eux.
Il n'en est pas de même des Etrangers
qui voyagent en France : Ils veulent tout
voir de leurs propres yeux ; ils s'informent
de ce qu'il y a de fingulier & de plus
remarquable dans les lieux qu'ils vifitent ;
leur curiofité les porte à voir les mines ,
les fontaines minerales , celles dont les eaux
croiffent & décroiffent par une espece de
flux & de reflux journalier , les monumens
de l'antiquité, les veftiges qui nous reſtent
des grands chemins des Romains , & une
infinité d'autres chofes dont ils font des
obfervations & defcriptions exactes dans
les Journaux de leurs voyages , & lors
qu'on a le foin de leur en demander la
communication , l'on y trouve des fingularités
que l'on eft furpris que les François
mêmes , qui nous ont donné ces defcriptions
, n'ayent pas obfervées.
Ce n'eft que par la lecture du Journal
manufcrit du voyage que Mr. de Wilde
d'Amfterdam a fait en France il y a fix
ans que j'ay eu quelque connoiffance du
merveilleux Trou du Cluzeau , fitué dans
la Terre de Mirmont en Perigord , dans
lequel il a eu la curiofité d'entrer ; mais
comme il obferve qu'il n'y a fait qu'enwiron
une lieuë & demie de chemin avec
Les guides qui le conduifoient , & que fans
aller
DE DECEMBRE 1721 .
aller plus loin , il eft retourné fur fes pas ;
pour en eftre mieux informé , j'en ay écrit
à Monfieur le Marquis de Mirmont ,
Meftre de Camp de Cavelerie , qui en
eft le Seigneur. Je lui ay fait plufieurs
queftions qui tendent à un plus grand
éclairciffement ; il s'eft donné la peine d'y
répondre article par article.
1 °. Le Trou du Cluzeau , ou autre- :
ment de Grandville , eft l'entrée d'une ca- i
verne ou longue voûte qui paffe deffous
une montagne fort haute appellée Chantepit.
Cette entrée eft fi baffe que l'on ne
peut s'y introduire fans fe courber ; mais
elle peut-être aggrandie autant que l'on
voudra , en la dégageant des terres qui s'y
font accrûës.
La tradition du païs eft que c'eft une
voûte que les anciens ont fait faire par
deffous cette montagne pour paffer d'un
lieu à un autre , & en accourcir le chemin.
2 On ne peut y entrer fans de bons
guides & fans une bonne proviſion de
Hambeaux ou de falots de paille & de
fufils pour les rallumer lors qu'ils s'éteignent.

3 °. La premiere voûte que l'on y trouve
eft d'environ trente pieds de haut.
4° . Affés proche de l'entrée & durant
quarante ou cinquante pas , on fent fous
les pieds une terre argilleufe, dans laquelle

A iij
6 LE MERCURE
on enfonceroit jufqu'à demi -jambe fi l'on
s'y arrêtoit .
. Toutes les voûtes font tres belles .
mais elles ne font pas de la même hauteur.
Il paroît deffus plufieurs belles peintures.
& quantité de ftatues formées apparemment
par les goutes d'eau qui en diftillent
fans ceffe ; d'où il paroît que le tout eft
naturel , n'y ayant nulle apparence que
l'Ouvrier y ait mis la main. On y voit.
aufli plufieurs autres chofes tres- remarquables
, mais principalement la maniere
dont les voûtes font taillées .
6. A l'égard de la diftance qu'il y a
de l'entrée jufqu'à un ruiffeau que l'on
trouve à fon extrémité , elle eſt de huit
à neuf lieuës. Tres - peu de perfonnes ont
eu le courage d'en faire le trajet. Ce ruiffeau
n'a que deux pieds de largeur ; il
n'eft point rapide , on le voit en bas en
abordant ; & fi l'on defcendoit de l'autre
côté , on ne fçauroit en revenir fans une
échelle. On voit au delà de ce ruiffeau un
autre efpace fouterrain fort étendu. On
ne fçait fi perfonne a eu la curiofité d'y
paffer.
7. Il y á plufieurs chemins qui font
aufli voûtés ; ainfi on ne peut y aller en
droiture.
89. Celui qui conduit au ruiffeau eſt
beaucoup plus fpacieux que les autres .
9°.
DE DECEMBRE 1721 . 78
9. Les chemins ne font point impratiquables
, quoi que penibles , fur tout
pour ceux qui ne font point accoutumés à
aller à pied. On y trouve plufieurs endroits
où trois caroffes pafferoient de front.
10° . Le rapport de ceux qui affurent
que tous les chemins font pavés , n'eft pas
jufte. Il eft vrai qu'en une grande pattie
du chemin on paffe fur du rocher , qui
tient lieu de pavé , & c'eſt ce qui fait que
plufieurs s'y font mépris.
11º . A trois cens pas au delà de l'entrée
du Cluzeau , on voit une pierre qui eft
faite en pain de fucre , fur la pointe de
laquelle il tombe des gouttes d'eau qui
découlent de la voûte , & qui produifent
une espece de fumée ; on la nomme vulgairement
l'Etron de la vieille.
139. On tire à quelque distance de
cette pierre , une espece de bol Armenien
de couleur rougeâtre que l'on nomme
dans le pays Baljarmeno , qui eſt un remede
fouverain pour remettre les bras &
les jambes rompues , en le paitriffant avec
du blanc d'oeuf. Ce bol eft encore meilleur
pour les coupures ,
faifant confolider la
playe en tres- peu de temps . On s'en
fert auffi pour tirer les empreintes des pierres
gravées.
13. A l'égard de la chambre appellée
la chambre dorée ; elle eft à côté d'une
A iiij
autre
. LE MERCURE
autre ruë ; fa grandeur eſt d'environ dix
ou douze pieds en quarré ; l'entrée reffemble
à celle d'un four. A la voir à la faveur
des flambeaux , fes murailles produifent
le même effet que fi elles étoient parfemées
de pierreries les plus fines . En fortant
elles reffemblent à du criſtal ; & enfin
après en être forti , elles ne luifent plus ,
quoi qu'on les regarde avec la lumiere des
flambeaux.
14°. La diſtance qu'il y a de l'entrée du
Trou du Cluzeau à une place fort ſpacieuſe
nommée le Marché , eft d'une lieuë
& demie. Sa grandeur eft de deux quartonnées
, c'eſt - à- dire de deux quarts d'arpens .
Elle eſt toute fablée , les goutes d'eau qui
découlent de la voûte tombant fur ce fable,
forment une infinité de figures qui reffemblent
à celles que plufieurs animaux differens
forment en paffant fur du fable moüillé
: & cela a donné lieu de croire à plufieurs
perfonnes qu'il y avoit aux environs
des animaux de toutes efpeces.
15º . A l'égard des tables de pierre qu'on
dit être autour de ce marché , faites en
apparence pour étaler des marchandiſes ,
il n'y en a pas. Il eft vrai qu'il y a plu
fieurs endroits où le rocher qui avance
forme quelque chose d'approchant à la forme
d'une table. A un coin de ce marché
on voit un gros pillier qui femble foutenir
la
DE DECEMBRE. 1721.
la voûte ; il s'en faut cependant environ
un.pied qu'il ne touche à terre. Ceux qui
y entrent écrivent leur nom fur ce pillier.
160. On trouve affés proche du Marché
une pierre tres- longue , que l'on nomme
le tombeau de Gargantua . Elle eft de la
longueur de vingt- cinq à trente pieds , &
pointuë par les deux bouts.
17°. Quant au ruiffeau qui termine le
chemin de cette longue voûte , il ne feroit
pas poffible d'y faire conduire un petit
batteau ; il n'eft pas même affés large ni
affés rapide pour le porter. On affure
qu'ayant mis fur l'eau de ce petit ruiffeau
un canard avec un ruban au col , il fortit
quelque temps aprés fous le pont de Perigueux
, qui eft à quatre grandes lieuës
¯à
de là.
180. Il eft vrai que l'on voit plufieurs
rues qui prenant fin , forment pluſieurs
endroits qu'on peut appeller des chambres.
feu
Voilà , MONSIEUR, tout ce que
M. le Marquis de Mirmont s'eft donné
la peine de m'en écrire. Il ajoute qu'il eft
informé de toutes ces circonstances ,
par le rapport qui lui en a été fait par
M. fon pere , qui eft allé jufqu'au ruiffeau
, & les guides qui ont coutume d'y
conduire les Etrangers , que par ce qu'il
a vû de les propres yeux. Si vous voulés.
A y en
110 LE MERCURE
?
en fçavoir davantage , prenés la peine
d'aller voir vous même cette merveille .
ن م
L'Auteur de la Differtation fuivante , eft .
connu dans la Republique des Lettres par
plufieurs Pieces qui ont été inferées dans divers
Journaux. Les unes ont paru fous fon
nom , & les autres font anonymes , comme
celle qu'il fit à l'âge de dix - neuf ans
qui a été inferée dans les nouvelles litteraires
dufamedi douziéme Septembre mil fept
cent feize , avec ces lettres initiales 1I.. F. G.
D. L. H. , car les trois premieres lettres marquentfon
nom,& les trois dernieres defignent
le lieu où il a pris naiſſance , qui eft la Haye
en Hollande.
Differtation fur l'Arc de Triomphe
de la Ville d'Orange , adreſſée
à Mr Thomaffin de Mazaugues ,
& c.
Nne N ne fçauroit douter que le tems ne
détruite à la fin les plus fuperbes &
les plus folides édifices , aprés les preuves
éclatantes que nous en fournit cette Ville :
les Anciens s'étoient fait un plaifir de l'embellir
d'un nombre infini de magnifiques.
Bâtimens . Mais helas ! combien de ruines,
combien de mazures ne voit- on pas de ces
beaux
DE DECEMBRE 1721. II
beaux Monumens , fi dignes d'avoir eu une
durée qui égalât celle des fiécles ? 11 eft
Vray que nous avons encore la fatisfaction
de faire voir aux Etrangers un Theâtre
antique , un Arc de Triomphe , &c. qui
quoiqu'alterés par l'injure des tems , leur
font cependant visiblement connoître que
tout ce qu'ils ont lû de la magnificence des
Anciens ne font point de choſes fabuleuſes .
Il feroit à fouhaiter que les Magiftrats ,
dont on ne fçauroit trop louer la fageffe
& la vigilance , vouluffent un peu s'inte
reffer à la confervation de ces belles Antiquitez
qui font tant d'honneur à cette
Ville. Leur gloire & leur amour pour le
bien public les devroit engager à s'en declarer
les protecteurs , fur-tout à prefent
que nous vivons dans un fiécle où les Belles
Lettres fleuriffent avec tant d'éclat , & où
elles ont le bonheur d'être honorées des favorables
regards de notre Augufte Souves
rain. Ce feroit là un moyen sûr & infaillible
pour que Orange fût dans tous les âges
une Ville illuftre & celebre , toujours rem
plie de Curieux qui ne pourroient fe laffer
d'admirer de fi precieux Trefors. Mais où
m'emporte le zéle & l'amitié que j'ay pour
cette feconde Patrie ! J'avoue que charmé,
ébloui des grandes richeffes que nous poffedons,
je me ſuis infenfiblement un peu
arop arrêté au plaifir d'en parler , & j'ay
A vj
prefque
12 LE MERCURE
prefque oublié que j'avois l'honneur d'écrire
à une perfonne qui n'eſt pas moins
celebre par la beauté de fon efprit , que
par la methode admirable qu'elle obferve
en traitant les matieres les plus épineufes.
Mon deffein eft de rechercher à qui
nous fommes redevables de ces Antiquitez;
je commencerai par notre Arc de Triomphe
, qui eft , à mon avis , infiniment plus
ancien que notre Theâtre.
Je crois que cet Arc de Triomphe ,
qu'on apelle vulgairement la Tour de l'Arc,
fut conftruit environ 121. ans avant la
naiffance de Notre - Seigneur Jeſus Chriſt
par Cneius Domitius Anobarbus , & par
Quintus Fabius Maximus , après les Victoires
que ces Confuls Romains remporterent
fur divers Peuples qui habitoient
autrefois dans ces Provinces. Mais comme
ce n'eft qu'aprés un mûr examen que j'ay
embraffé ce fentiment que j'ay l'avantage
de vous propofer , il me femble qu'il eft
neceffaire que je vous explique ma peníée
un peu plus en détail .
Quelque tems après que M. Fulvius
Flaccus eur défait les Liguriens , & c. qui
étoient en- deçà des Alpes , les Marſeillois
fe plaignirent aux Romains que divers
Peuples qui habitoient aux environs de
leur Territoire , faifoient des courſes fur
leurs terres , & leur caufoient beaucoup
dc
DE DECEMBRE. 1721. 13
de dommages ils ajoûtoient même qu'ils
avoient à leur tête Teutomalion , Roy des
Saliens ( ils poffedoient une grande partie
de la Provence ) & qu'il étoit impoffible
qu'ils puffent refifter à tant de Peuples ligués
enfemble , à moins qu'ils ne lui envoyaffent
du fecours . Les Romains acquiefçant
aux prieres des Marfeillois leur
envoyerent Caius Sextius , qui ayant défait
ces Peuples , mit une Colonie Romaine
dans Aix , qui eft une Ville fituée
auprès de diverfes Fontaines d'eau chaude,
-ce qui lui fit donner le nom d'Aqua Sextia .
Cependant le Roi Teutomalion s'étant refugié
chez les Allobroges , qui étoient des
Peuples du Dauphiné , les Romains jugerent
à propos d'envoyer contre ces Peu- 3
ples Domitius Enobarbus , qui eur un
luccès affez heureux dans cette guerre ,
car ils les batit , fuivant Tite-Live , Liv .
61. dans un combat qui fe donna auprès
deVindalion ; Ville , pour le dire en paffant,
qui étoit fituée , ſuivant Strabon , Liv. 4.
dans l'endroit où la Sorgue fe jette dans
le Rhône , & par confequent il me femble
qu'on peut affurer que les Campagnes
de cette Principauté d'Orange ont été le
Theâtre fur lequel Domitius Anobarbus
fe fignala d'une maniere fi diftinguée ;
mais comme ces Peuples ne furent pas entierement
défaits , & que d'ailleurs Bitui-
Us
1
14 LE MERCURE
tus Roy des Auvergnats s'étoit joint aux
Allobroges , le Conful Fabius Maximus
vint dans ces quartiers , & eut le bonheur
de les vaincre dans un combat qui ne fut
pas moins fanglant que memorable. Bu
côté des Romains il n'y eut que quinze
hommes de tuez , mais les ennemis y perdirent
deux cens mille hommes , il y en
eut cent vingt mille qui refterent fur le
champ de bataille , & les autres furent
pris prifonniers , ou fe noyerent dans le
Rhône en voulant traverfer un Pont de
Bateaux qu'ils avoient faits fur ce Fleuve ,
qui étant trop furchargé de monde fondit
fous eux. Bituitus même fut pris prifonnier
& conduit en triomphe fur le même
Char d'argent qu'il montoit lorſqu'il combatit.
Par ce moyen les Romains furent
entierement maîtres de ces Provinces
comme l'a très- bien remarqué Ammien
Marcellin fur la fin du xv. Liv. de fon
Hiftoire Ha regiones , dit- il , primò tentate
per Fulvium , deinde præliis parvis
quaffata per Sextium , ad ultimum per Fas
bium Maximum domita.
Domitius Ænobarbus & Fabius Maximus
reffentirent une grande joye d'avoir
vaincu des Peuples , qui outre la bravoure
& la valeur qui leur étoient naturelles
avoient contracté quelque politeffe par le
commerce qu'ils avoient cu avec les Villes
de
DE DECEMBRE 1721. 15
de Marſeille, de Nice , d'Antibes , d'Arles,
d'Orange , & c . dont les unes avoient été
fondées par les Habitans de Phocée , Ville .
de l'lonie dans l'Afie Mineure , & les autres
en avoient reçu des Colonies. Ils refolurent
de faire conftruire quelques Monumens
pour laiffer à la pofterité des marques
authentiques des Pays qu'ils avoient
foumis à la domination Romaine par les
deux Victoires qu'ils venoient de remporter.
Ils éleverent , au raport de Florus, Liv.
3. chap. 1 , des Tours de pierre aux lieux
où ils avoient vaincu leurs ennemis.
Si on fait reflexion fur ce que je viens
de dire , & qu'enfuite on regarde la fituation
de cette Ville , on verra facilement
les raifons qui engagerent ces Confuls Romains
à choisir notre Terroir pour y faire
bâtir notre Arc de Triomphe ; ajoûtez à
cela qui Bituitus fut auffi défait tout contre
le Rhône , ( juxta Rhodanum Fluvium )
felon Eutrope , Liv . 4. & à mon avis dans
le Territoire de cette Ville. En cela ils
introduifirent l'ufage qui a été obſervé inviolablement
par les Romains de ne con-
Aruire des Trophées que dans les lieux
mêmes , ou tout auprès des endroits où
les ennemis avoient été mis en fuite. Ils
illuftrerent fi fort la Ville d'Orange par
la conftruction de ce fuperbe édifice , qui
d'inconnue qu'elle étoit auparavant , elle
devint
16 LE MERCURE
devint fameufe & fi floriffante , que 43.
ans après la Naiffance de Notre- Seigneur
Jefus Chrift Pomponius la nomma Aranfio
Secundanorum , & affure en même tems
qu'elle étoit très opulente.
Quand je confidere que dans toute la
côte du Dauphiné qui borde le Rhône on
ne trouve aucune trace de ces Tours de
Pierre , je me confirme toujours de plus
en plus dans le fentiment que notre Arc
de Triomphe doit fon origine aux victoires
remportées par ces Generaux Romains. Ils
battent les Peuples du Dauphiné , ils font
élever de Tours de Pierre , & cela tout
contre le Rhône , où trouver cela que dans
notre Territoire ? D'ailleurs fi on examine
avec attention cet édifice , on y verra une
infinité de caractéres qui conviennent parfaitement
à Domitius Anobarbus & à
Fabius Maximus , & qui ne fçauroient convenir
à Marius.
Ces tridens , ces firenes , ces mats , ces
cordages , ces ancres , & ces navires qui
paroiffent à moitié , que fignifient ils autre
chofe ? fi ce n'eft , 1 °. Que c'étoit par
le fecours des Dieux de la Mer que les
ennemis du Peuple Romain s'étoient noyez
dans le Rhône. 2 ° . Que Bituitus , ce formidable
ennemi , fut conduit par mer juf
qu'à Rome , fuivant Valere Maxime, Liv.
9. chap. 6. 3 ° . Que les Romains étoient
Ledevables
DE DECEMBRE 1721. 17
rédevables aux Marfeillois de la conquête
de ces Pays ; car , pour me fervir des paroles
de Ciceron au fecond Livre de fes
Offices, on peut affurer que fans le fecours
de la Ville de Marfeille les Generaux Romains
n'auroient jamais triomphé des Peuples
de deçà les Alpes .
On y voit encore des Enfeignes militaires
qui étoient en ufage dans le tems
de ces deux grands hommes , au lieu que
l'on n'y remarque point l'Aigle , qui étoit
l'Enfeigne Militaire que Marius lui même.
s'appropria , au rapport de Pline le Naturaliſte
, Liv. 13. chap. 4. dans ſon ſecond
Confulat , c'eſt -à- dire , un peu avant qu'on
vint pour faire la guerre aux Cimbres &
aux Teutons. Je ne fçaurois croire qu'on
eût oublié d'y reprefenter la figure d'une
Aigle , s'il étoit vrai que Marius eût fait
élever cet Arc de Triomphe. Auroit -on negligé
d'y mettre une particularité auffi remarquable
& auffi glorieufe pour Marius ,
tandis qu'on y a gravé plufieurs chofes qui .
ne font pas à beaucoup prés fi confiderables.
Permettez - moy , Monfieur , que je raporte
en cet endroit ce que j'ay découvert
fur la face Septentrionale de ce Bâtiment.
J'ai remarqué qu'on y voit du côté droit
la tête d'un homme qui a une longue barbe
& une face venerable & majeftueufe , mais
dont
18 LE MERCURE
,
dont le haut du vifage eft à moitié effacé
par l'injure des tems , ayant derriere lui
des inftrumens de Marine. Sur la même
face & du côté gauche & à une égale hauteur
au- deffus d'un mur qui eft rompu
& brifé par le temps , & de quelques autres
inftrumens de Marine , on y voit une tête
d'un jeune homme , autour de laquelle il
y a deux cercles remplis d'ornemens d'Architecture.
Ne pourroit-on pas conjecturer
que le premier eft le Bituitus dont j'ay
déja parlé , & que le fecond eft fon fils
Congentiatus, qui fut auffi conduit à Rome
fuivant Tite-Live , Liv. 61 ? Je croirois fa-
`cilement que ce n'eft pas fans fujet qu'on
a placé ces Reprefentations fur la face Septentrionale
de cet Edifice. On a fans doute
voulu marquer par- là que la bataille dans
laquelle Bituitus fut vaincu , fe donna au
Septentrion de la Ville d'Orange. En ef
fet , de la maniere dont Bituitus eft placé ,
il femble qu'il regarde continuellement
l'endroit où il perdit fa liberté.
S'il m'étoit permis de raporter un ouydire
, je remarquerois que l'on m'a dit que
fur la face Occidentale il y avoit la reprefentation
de trois perfonnages , dont deux
feulement avoient une longue barbe , je n'oferois
affurer que cela foit veritable , attendu
que cette face tomba en 1705 & 1707 ;
mais s'il étoit vrai qu'on y ait vû autrefois
ces
DE DECEMBRE 1721. 19
ces Repreſentations , je conjecturerois que
la premiere figure en tirant du côté du Septentrion
étoit le Dieu Mars , celle du milieu
Hercule , & enfin la tróifiéme en tifant
du côté du Midi étoit le Roi Teutomalion
. Par- là il eft clair que la figure de
ce Roy étoit placée dans la même attitude.
que celle de Bituitus ; ce qui font des circonftances
qui me paroiffent fort confiderables.
Plutarque dépeint les Cimbres & les
Teutons vaincus par Marius de la maniere
fuivante : Ces Barbares , dit - il , felon la
verfion d'Amiot , étoient remarquables par
la grandeur de leur corps ... leurs vifages
étoient hideux à voir... & leur parole étoit
merveillenſement étrange & beftiale... La
façon de leurs armes , & la maniere de les
manier du tout inufitée ... Ces hommes beftiaux
burloient à hauts cris , qui n'étoient
point femblables aux soupirs & gemiſſemens
des hommes , mais plutôt aux burlemens des
bêtes fauvages. Ils avoient , ajoûte- t - il , fur
leur tête des armets en forme de gueules de
bêtes fauvages, des mufles étranges , fur
lefquels ils portoient degrands & hauts pennaches
qui fembloient des aîles , & les faifoient
trouver à l'ail encore plus hauts &
plus grands hommes qu'ils n'étoient Cette
defcription ne fçauroit fe rapporter aux.
Figures
20 LE MERCURE
Figures & Repreſentations qui fe voyent
encore fur cet Arc de Triomphe , car les
vaincus y font reprefentez avec le cafque
& la cuiraffe , fans que leurs têtes foient
chargées de ces armets faits en forme de
bétes fauvages , & de ces grands & hants
pennaches femblables à des ailes. Ils y font
reprefentez combattans avec le vifage découvert
, les uns à pied & les autres à cheval.
Ils tiennent tous d'une main un bouclier
, & de l'autre il y en a qui tiennent
une épée , d'autres une façon de fabre ,
d'autres un dard , d'autres une lance ou
une pique. Ils ont tous une chauffure qui
leur couvre la moitié de la jambe , & qui
eft prefque à la Romaine. Leurs chevaux
font reprefentez avec la bride & la felle
fans aucuns étriers. Toutes ces chofes femblent
plutôt convenir aux Peuples qui habitoient
dans ces Provinces du tems de
Domitius Anobarbus & de Fabius Maximus,
que non pas aux Cimbres & aux Teutons
, qui étoient des Peuples barbares
d'une certaine ferocité qui tenoit prefque
plus de la bête que de l'homme , & qui
n'avoient rien d'humain que la parole.
Mais ce qui me paroît remarquable c'eſt
la maniere dont on vient de voir que ces
chevaux étoient enharnachez , parce que
par - là on peut ailément juger que Pancirol
Rer. memorab. lib. 2. pag. 273. Mezeray
dans
DE
DECEMBRE 1721. 21
dans fon Hiftoire de France avant Clovis ,
pag. 37. & une infinité d'autres Auteurs
fe font trompez , lorſqu'ils ont affuré que
l'ufage des felles étoit inconnu aux Romains.
Tite Live , Velleius Paterculus , Florus
, Plutarque , Aurelius Victor , &c. affirment
que Marius défit les Teutons auprès
d'Aix , qui eft une Ville éloignée de
celle cy d'environ quinze lieuës. Marius
fe feroit- il écarté d'un uſage qui a toujours
été fi conftamment fuivi de bâtir des Tro
phées dans le même endroit où les ennemis
avoient pris la fuite ?
Valere Maxime , Liv. 6. chap. 9. dit
que Marius fit élever deux Trophées à
Rome pour avoir défait les Cimbres & les
Teutons cujus Bina Trophaa in Urbe
Spectantur. Si ce General en avoit auffi fait
conftruire quelqu'un dans ce Pays , il eſt
à prefumer que cet auteur ne l'auroit
reu .
pas
Le même Valere Maxime Liv. 3. ch . 6.
a écrit que Marius , après qu'il eût triomphé
des Cimbres & des Teutons , ne but
plus que dans un gobelet apellé Cantharus,
à cauſe que Bacchus revenant victorieux
des climats de l'Aurore bûvoit dans un
femblable gobelet , voulant par- là mettre
Les victoires en parallele avec celles de
Bacchus . Cependant on auroit omis cette
particularité
22 LE MERCURE
particularité fur notre Arc de Triomphe,
ce qui me femble être contraire à ce que
les Romains obfervoient dans leurs bâtimens
publics , car ils étoient fi exacts
qu'ils y faifoient reprefenter jufques aux
moindres circonftances des chofes qui
pouvoient fervir à relever la gloire de
ceux en l'honneur defquels on les faifoit
conftruire.
On auroit auffi oublié de marquer fur
ce fuperbe Edifice les actions heroïques
des femmes de ces Barbares , de même
que la fureur dont elles furent tranfportées
lorfque leurs maris eurent été vaincus.
Ceft en vain qu'on objecte que fi on
attribue cet Ouvrage à Marius , on eft
fondé fur une Tradition de plus de 19 fiecles
, car c'eſt une objection qui paroit foible
, attendu les grandes revolutions qui
font arrivées dans cette Ville. On y a vù
en divers tems des guerres , des famines ,
des maffacres & des peftes qui peuvent
avoir entierement aboli la connoiffance de
ce qui a précédé. Ceux qui échapent de
ces fortes de fleaux expliquent enfuite les
⚫ monumens anciens , fuivant qu'ils le ju
gent à propos , foit qu'ils manquent d'érudition
, ou de bonne foi . Par confequent
il n'y a pas grand fonds à faire fur
ce que l'on lit fut un des Boucliers de cet
Arc de triomphe Marios ( notez que fur
2
un
DE DECEMBRE 1721. 23
un autre Bouclier il y a Dacado , fur un
aurre Vdillus , fur un autre Caius , fur un
autre Rodagus , ) parce qu'il femble que la
raiſon & le bon fens dictent que fi Marius
avoit fait conftruire cet Edifice , il auroit
mieux aimé faire mettre une Inſcription
fur ce Bâtiment , plûtôt que de faire graver
fon nom fur un Bouclier ; mais comme
il eft certain qu'il n'y a point d'infcription
, il est fort vraifemblable que
quelqu'un aura écrit ces paroles , dans la
veue d'en impoſer à la poſterité. Cet homme
, quel qu'il foit , & en quel tems qu'il
ait vecu , n'auroit pas été le feul qui eût
tenda de ces fortes de pieges aux Antiquaires.
M. Bayle dans l'article Graffis de
fon Dia. Hist. Crit. a raporté des exemples
de pareilles impoftures. D'ailleurs
comme le nom de Marius étoit anciennement
un nom affez commun , je croirois
facilement que l'on a confondu ce Marie
que l'on voit gravé fur un Bouclier de cet
Edifice , avec le Marius qui eft fi celebre
dans l'Hiftoire Romaine. On fçait que
ceux qui étoient dans les troupes avoient
accoutumé de mettre leurs noms fur leurs
Boucliers. Ainfi fuivant toutes les aparences
Mario , Dacado , & c. font des noms
des Officiers ou de Soldats de l'armée de
Domitius Anobarbus & de Fabius
Maximus,
2
Quand
24 LE MERCURE
Quand à ce que l'on objecte que M.
de la Pife a écrit que des perfonnes dignes
de foi lui avoient attefté qu'au commencement
du dix - feptiéme fiecle , il avoit
tombé de la face Occidentale de cet Arc
de Triomphe une groffe pierre , fur laquelle
étoit écrit : Teutobochus . J'aurai l'honneur
de vous dire , Monfieur , qu'il arrive quelque
fois , que lors que l'on eft préoccupé
pour quelque fentiment , l'on ne confidere
pas ce que l'on lit avec cet efprit de Pyrronifme
, qui eft fi utile dans l'étude des
ſciences . On n'examine pas alors avec toute
l'attention neceffaire fi un nom est écrit
d'un caractere qui convienne au tems qu'il
doit avoir été veritablement gravé ; s'il
manque quelque lettre , on l'a fuplée avec
facilité ; fi le nom n'eft pas tout à fait lifible
, on a tellement l'idée remplie du fentiment
que l'on a embraffé , qu'à la fin
on voit ce que peut - être d'autres , qui
n'auroient aucun préjugé , ne verroient
point. On ne fe donne pas la peine de
verifier fi Eutrope livre 4 a affûré que ce
Roi des Teutons s'appelloit Teutobodus.
( Nottez qu'Eufebe dans fa Chronique pag.
141 , l'a nommé Teutomodus . ) L'on n'a
égard qu'à ce que l'on a dans l'efprit , fans
le mettre en peine fi ce qu'on pente eft
conforme à ce que les Auteurs anciens ont
écrit. N'y ayant perfonne qui ait déterré
comme
DE
DECEMBRE 1721. , 15
comme vous , Monfieur , les particularités
les plus cachées de l'Hiftoire ancienne &
moderne; vous vous reffouvenez fans doute
que les Romains tranſporterent autrefois à
Rome un des Dieux des Toſcans qui àvoit
nom semo Sancus , & qu'ils mirent cette
inſcription au pied de fa Statuë : Simoni
Sanco Deo fidio Sacrum. Saint Juſtin Martyr
, cet illuftre défenfeur de la Religion
chretienne , tout rempli du beau zele qui
anime les veritables Chretiens , crut que
les Romains avoient érigé une ftatue à
Simon Magicien , quoi qu'il y ait une difference
infinie de Semoni Sanco à Simoni
Sandto , qu'il croyoit avoir lû dans cette
Infcription. Tant il eft vrai que quand
l'efprit eft prévenu , on voit ce que l'on
fouhaite de voir.
Je ne doute point qu'il ne foit arrivé
la même choſe à ceux qui ont pris une tête
que l'on voit fur la face meridionale de
notre Arc de Triomphe , pour la celebre
Marthe ; cette femme Syrienne & Pythoneffe
de Marius , à caufe de quelque legere
reffemblance qu'il y a de cette figure avec
cette Marthe ; car fi ceux qui ont les premiers
confideré cette tête n'avoient eu adcun
préjugé , ils fe feroient fans doute
aperçus que bien loin d'être la Pythoneffe
de Marius , c'étoit au contraire la Déeffe
que
les Romains adoroient fous le nom de
B
26 LE MERCURE
l'Esperance. En effet on y remarque la
reprefentation d'une tête avec une main
gauche qui femble la toucher , & autour
de cette tête il y a fept à huit cercles
éloignés les uns des autres d'environ deux
doigts , ce qui eft la maniere dont ces
Payens reprefentoient la Déeffe Eſperance ,
à laquelle ils avoient même fait bâtir des
Temples dans Rome. C'eft là uniquement
ce que l'on voit fur cet Edifice , & il y a
lieu de s'étonner que M. de la Pife ait eu
la hardieffe d'affurer qu'il y a fur cette
face la tête d'une femme montrant les bras
& tes épaules. ayant la tête appuyée
fur fon bras & main droite , & tenant le
"doigt à l'oreille , & qu'enfuite il en ait fait તે
graver une copie qui eft à la verité conforme
aux idées qu'il avoit que c'étoit la
Pythoneffe , mais qui ne reffemble en aucune
maniere à l'original. Ce defaut de
fincerité me femble trop confiderable , car
fi ce bâtiment fut venu à périr , où eft la
perfonne qui n'eût crû fur la foi de M.
de la Pife , que l'on voyoit fur la face
meridionale de cet Edifice une main reprefentée
dans une femblable attitude? Cette
falfification me fait avoir de fort grands
foupçons , pour ne rien dire de pis , fur ce
que cet Hiftorien a écrit au fujet du Roy
Theutobochus.
i A côté de cette Déeffe on voit la reprefentation
DE DECEMBRE 1721. 17
fentation d'un des Generaux qui ont fait
conftruire ce Bâtiment ; je croy que c'eſt
Domitius Enobarbus , parce que de la.
maniere dont il eft fitué , il femble qu'il
regarde le lieu où il cueillit autrefois les
lauriers qui lui ont acquis une gloire immortelle.
Ce General a à fon côté droit
la reprefentation de la Bataille dans laquelle
le Roy Teutomalion fut vaincu.
Er comme de ce même endroit Anobarbus
a vis-à- vis de lui le refte de la Gaule
qui n'avoit point encore été fubjuguée
par les Romains , c'eſt à jufte titre qu'à
fon côté gauche on a placé la Déeffe Elperance
, comme voulant marquér par là
l'efperance qu'il avoit qu'un jour ce beau
pais feroit foumis à la puiffance Romaine.
L'exemple du fameux Capde Bonne Efperance
pourroit fervir à fortifier mon
fentiment , je ne m'y arrêterai pourtant
pas , j'aime mieux dire que fur la face
Septentrionale & à une égale hauteur ,
on voit du côté droit un General , & du
côté gauche une Bataille ; je conjecture
que c'eft Fabius Maximus , lors qu'il vainquit
le Roy Bituitus.
Enfin je ne dois pas oublier de marquer
que dans l'interieur de cet Edifice il y a
quelques têtes de femme. L'exactitude
des Romains étoit trop grande pour que
ij'ofaffendouter que ces figures ont été mi-
Bij fes
28
MERCURE LE
fes en cet endroit au hazard & fans deffcin.
Voilà , MONSIEUR, les raifons qui m'ont
obligé à rapporter à Domitius Anobarbus
& à Fabius Maximus , la conſtruction
de notre Arc de triomphe. Oppofé en cela
au fentiment d'un illuftre Sçavant , qui
fait l'ornement & la gloire de cette Ville ,
tant par la pieté que par les découvertes
curieufes & fçavantes qu'il a faites fur
l'Hiftoire de nos Evêques. Ce fçavant homme
attribue la conftruction de cet Edifice
aux Confuls Romains Caius Marius &
Catulus Lutatius ; fans doute fon fentiment
eft fondé fur des preuves folides à
quoi n'aura pas peu contribué les lumieres
qu'il aura tirées des Medailles , ſcience
qu'il poffède à un degré éminent. Cette
difference d'opinion m'a tenu quelque
temps en fufpens , n'ofant qu'à peine mettre
fur le papier tout ce qui fe penfoit ſur
ce fujet ; mais enfin j'ay furmonté tous
ces fcrupules , autant pour m'inftruiré que
pour avoir lieu de m'exercer & profiter
en même- tems des connoiffances que l'un
& l'aurre avés acquifes par une continuelle
application aux Belles Lettres. Je prens
la liberté de vous envoyer cette Differtation
, perfuadé , MONSIEUR , que rien
n'échappe à la fagacité de votre critique ,
& qu'en matiere d'Antiquitez tout ce qui
n'el :
DE DECEMBRE 1721. 29
n'eft
pas recevable ne fçauroit fubfifter devant
vous. S'il arrive que vous ne trouviés
pas les preuves que j'avance folides & fuffifantes
, je ferai toujours gloire d'acquiefcer
à votre jugement , comme étant avec une
profonde foumiffion , MONSIEUR , Votre
tres-humble & tres- obéiffant ferviteur ,
JEAN FREDERIC GUIB , Docteur ès
Droits.
A Orange ce 25 Août 1721.
Lettre écrite de Londres an mois d'Oftobre
V
dernier.
ap . Oici , Monfieur , ce que j'ay
prendre , & les chofes que j'ay vues ,
au fujet de ce que vous me demandez .
La Couronne que le Roy d'Angleterre
porte au Parlement a quatre branches ,
terminéeé par une Croix de pierreries. Il
y a un rubis d'une prodigieufe groffeur
fur la bande d'or , au- deffous de laquelle
eft une bordure d'hermine , mouchetée
de noir à l'entour. Une émeraude d'une
groffeur extraordinaire eft placée precifément
au-deffous de la Croix , & au - deffus
des branches d'or.
La Couronne que l'Archevêque de Cantorberi
met fur la tête du Roy à fón Couronnement
, a au milieu une rofe d'é,
meraudes
B iij
30 LE MERCURE
meraudes terminée par une groffe ametifte.
Elle n'eft pas fi enrichie de pierre,
ries que celle que S. M. porte au Parlement.
On voit dans la Chambre des Joyaux
& richeffes de la Couronne , dans la Tour
de Londres ,
1. La Couronne Imperiale , avec laquelle
tous les Rois d'Angleterre ont été
lacrez depuis Edouard le Confeffeur .
Le Globe que le Roy tient en fa main
gauche à fon Couronnement , au haut du.
quel il y a une pierre precieufe de la
gioffeur prefque d'un pouce & demi.
Le Sceptre Royal avec la Croix , au
bas duquel il y a une autre pierre preçieufe
de trés- grand prix.
Le Sceptre avec la Colombe , emblême
de la Paix .
Le Bâton de S. Edouard , d'or maſſif ,
qu'on porte devant le Roy à fon Couronnement.
Une Saliere de parade , qui a la même
figure de la Tour de Londres , dont on fe
fert à la table du Roy à fon Couronnement.
La Courtana , ou Epée de Grace , qu'on
porte entre les deux Epées de Juftice Spirituelle
& Temporelle.
Un beau Baptiftaire de vermeil doré ,
dans lequel on baptife les Princes & Princelles
DE DECEMBRE 1721. 3 x
ceffes de la Famille Royale.
Une grande Fontaine d'Argent , dont
la Ville de Plimouth fit prefent au Roy
Charles II .
La Couronne de Son Alteffe Royale le
Prince de Galles .
La Couronne de la Reine Marie , fon
Globe & fes Sceptres , avec le Diadéme
qu'elle porta à la Ceremonie de fon Couronnement,
Un Sceptre d'yvoire , avec la Colombe ,
fait pour la Reine , époufe du Roy Jacques.
Les Eperons d'or , & les Bracelets, dont
on fe fert au Couronnement des Rois .
L'Ampoule , ou l'Aigle d'or , qui contient
l'huile facrée , pour oindre les Rois
& les Reines d'Angleterre , &c..
Je fuis revenu depuis peu d'Oxford ,
Ville Capitale de la Comté de ce nom ,
à 16 lieuës de Londres , ainfi je puis vous
dire des nouvelles bien fraîches de cette
fameufe Univerſité , qui fut fondée en
895. par le Roy Alfred. Elle eft compofée
de dix- neuf Colleges , où l'on compte
deux mille cinq cens perfonnes , tant Docteurs
qu'Ecoliers. Le Chancelier eſt toujours
un Seigneur qui eft élû à vie par
l'Univerfité. C'eſt à prefent le Comte
d'Arran , frere du Duc d'Ormond. Le
Vice-Chancelier eft élu tous les trois ans .
B iiij
On
32 LE MERCURE
On voit un trés -beau bâtiment où font les
Imprimeriesde l'Univerfité Le Sr Baſquet,
Libraire de Londres , en eft le Directeur.
Le Mufaum Ashmolcanum eft d'an bòn
goûtd'Architecture; on y conſerve plufieurs
raretez, comme metaux , mineraux , animaux
, foffiles , infectes , fquelettes , &c.
J'y ay vû deux pierres naturelles ; qui reffemblent
parfaitement au cerveau humain.
On y voit le chapeau noir de Jean Bradshaw,
Prefident du Confeil , qui prononça
l'Arreft de mort de Charles I. il eft fort
haut , avec une calotte de fer en dedans.
On montre auffi l'Epée de Cromwel &
celle d'Henry VIII . Dans la grande Bibliotheque
Bodleienne , P'Epée que le Pape
lui envoya pour lui témoigner fa fatisfaction
de ce qu'il avoit écrit contre Luther:
la poignée eft de criſtal , dans laquelle il y
quelques Reliques. On y voit quantité de
Medailles antiques & modernes ; plufieurs
petits cercles d'écorce d'arbre , fur lefquels
il y a des caracteres Mexicains ; divers
Manufcrits très -anciens Grecs & Latins ,
dans un de quels il y a un Symbole des
Apôtres , où il n'eft point fait mention de
la defcente de J. C. aux enfers. Il finit
larefurrection de la chair.
par
Dans la Bibliotheque du College de S.
Jean , j'ay vû un chapeau fait de cloux de
gerofle. Une tête de Charles I. deffinée
par
DE DECEMBRE 1721. 33
par de fi petits caracteres Anglois , qu'on a
de la peine à les lire , à moins d'avoir une
loupe qui groffiffe beaucoup. Ce font tous
les Pleaumes de David. On me montra le
Livre de Prieres d'Henry VIII. avec des
Images colorées , & la Vie des Saints , avec
d'autres Images fur du vêlin .
L'Amphiteâtre a été bâti ſous le Regne
de Charles II. en 1668. aux dépens de
Gilbert Scheldon , Archevêque de Cantorbery,
& Chancelier de l'Univerfité, lequel
fournit 60000. livres sterlin. Il peut contenir
5000 perfones . On voit deux Chaires
vis -à- vis l'une de l'autre , pour ceux qui
foutiennent des Thefes . Elles ont une
prouë de Navire fur le devant , è roftro
dicunt , ficut in antique Roma. La Chaire
du Chancelier eft au milieu plus élevée
que les autres.
Les Peintures du platfond reprefentent
Apollon & les Mufes , avec quantité de
figures allegoriques . La charpente du bâ
timent eft trés ingenieuſement compoſée
principalement celle qui foutient le platfond
, où il ne paroît aucun pilier.
Dans le New College il y a un Jardin,
dont l'extremité elt terminée par une hauteur
, qu'on appelle le Parnaffe , où l'on
voit deux Ifs taillez en Suiffes , dont les
figures font fort fingulieres. On voit aufli
deux arbres dans le Jardin de Medecine ,
BY taillez
34 LE MERCURE
taillez en piedeftaux , fur lefquels il y a
des vales dont il fort comme des fleurs.
Chaque piedeſtal n'a qu'un arbre. Au Jardin
du Prefident du College de la Madeleine
, il y a encore plufieurs ifs taillez en
figures humaines , dont les têtes font de
bois coloré , & dans le Jardin des Plantes
on eft très- étonné de voir à l'entrée deux
Suiffes d'une taille gigantefque , formez
par les mêmes arbres les têtes font de
bois coloré de chair ; ils ont une veritable
cravatte de linge , & tiennent chacun une
hallebarde.
Le College de Chrift eft le plus grand
College d'Oxford . On voit une affez belte
figure de Mercure dans un baffin au milieu
de la cour , qui fait jaillir l'eau par les talonnieres
, par le caducée , &c.
Il n'y a des Orgues que dans quatre Col
leges.
La Bibliotheque Bodleïenne eft dans le
bâtiment des Ecoles Publiques. J'ai vu audeffus
une galerie en équerre , où font les
Portraits de plufieurs grands hommes ,
entre autres Jofeph Scaliger , Cafaubon
pere & fils , Galilée , Grotius , Martin
Frobiler , qui a le premier fait le tour du
Monde , & c .
La Devile de l'Univerfité eftpeinte dans
la voûte de la Biblioteque & de la galerie
fuperieure. C'est un Livre ouvert fur un
fond
DE
DECEMBRE 1721. 35
fond d'azur & trois couronnes d'or. Les
paroles du Livre font , Dominus illuminatio
mea.
Il y a une groffe Cloche dans la Tour
du College de Chrift , qui eft le plus beau
de tous, & qui reffemble plutôt à un grand
Palais qu'à un College , laquelle Cloche
fonne tous les jours à neuf heures du foir
autant de coups qu'il y a de gens de la
fondation dans le College , dans le tems
qu'elle fonne.
Les Vacances de l'Univerfité commencent
le 15. Juillet , vieux ftile , & finiffent
le 10. Octobre , & à Noël depuis le
18. Decembre, jufqu'au 14. Janvier. Il
y a encore de petites Vacances au mois
d'Avril , depuis le premier de ce mois
jufqu'au 14.
M.Jaques Broadley vient d'être choiſi
Profeffeur en Aftronomie dans cette Univerfité
, à la place du feu Docteur Kerl .,
A propos de Profeffeur , vons ferez
peut- être bien aife d'apprendre un prodige
vivant de l'Univerfité de Cambrige . C'eft
un Profeffenr en Mathematique & en Optique
, nommé Sanderfon , lequel eft
aveugle depuis l'âge de fix mois.
J'ay vû à Londres , MONSIEUR , la
nouvelle fabrique de Peinture , dont vous
avez parlé dans votre Mercure du mois
de Juillet dernier. Le fieur le Blon , Pein-
B vj
tre
·36 LE MERCURE
tre Allemand , en eft , comme vous fçavés ,
l'inventeur & l'artifan . Voici la maniere
d'operer pour copier toutes fortes de tableaux
& de portraits , par le moyen de
trois planches de cuivre. On remplit d'abord
d'une couleur bleue les traits & les
hachures de la premiere planche , où le
fujet elt gravé , on l'imprime fur une feüille
de papier blanc, à la maniere ordinaire dont
les Imprimeurs en taille douce impriment
les Eftampes . Cette Eftampe fort de deffous
la preffe , ombrée de bleu . On prend enfuite
la feconde planche , où le même fujet
eft gravé , on y met du jaune , & on l'imprime
fur la feuille déja tirée en bleu . De
ces deux couleurs jaune & bleu , il en refulte
du verd , dont l'Eftampe de cette
feconde impreffion paroît ombrée . On fait
la même chofe avec du rouge que l'on
met fur la troifiéme planche ( où le ſujet
eft pareillement gravé ) laquelle étant imprimée
fur la même feuille ombrée de
verd , on voit paroître la couleur naturelle
de la chair . produite par cet accord da
bleu , du jaune & du rouge.
A l'égard des draperies , on prépare la
planche fur les differentes couleurs du ta
bleau qu'on copie , en fe fervant fucceffivement
des trois couleurs dont je viens
de parler.
Je referve à une autre fois à vous parler
des
DE DECEMBRE 1721. 37
des Theâtres , des Pieces & des Auteurs
Dramatiques de cette Nation , &c. Je ſuis.
Extrait d'une Lettre écrite de Lyon aux
Auteurs du Mercure .
Ivos recherches litteraires , qu'il n'échape
L eft impoffible , MESSIEURS , dans
toujours quelque chofe à votre vigilance.
Vous n'avez point encore parlé du Jourmal
abregé de ce qui s'eft paffé en la Ville
de Marseille , depuis qu'elle eft affligée de
la contagion , tiré du Memorial de la Chambre
du Confeil , tenu par le fieur Pichatty
de Croiffainte , Confeiller & Orateur de la
Communauté , & Procureur du Roy de la
Police. Cet ouvrage merite d'être lû par
l'importance de la matiere , malgré les
negligences du ftile & l'obfcurité du langage
, qu'on trouve dès le titre même du
Livre. Un fujer auffi lamentable , & qui
ne fournit que de triftes & affreufes images,
a fans doute plus occupé l'Auteur ,
en qualité de Citoyen , affligé des maux
de fa Patrie , qu'en qualité d'Orateur qui
fçait parler & écrire correctement. Čes
images font en effet capables de troubler
& de faire pâlir PEcrivain le plus affuré.
C'est pour parler avec Juvenal , Marcher
fur des ferpens , c'eft jouer le perfonnage
de
38 LE MERCURE
de l'Orateur de Lyon, qui pour les (4) raifons
que l'on fçait , ne haranguoit qu'en
tremblant devant l'Autel fatal érigé dans
cette Ville , en l'honneur de Rome &
d'Augufte .
(6) • • & fic
Palleat , ut audis preffis qui calcibus anguem ,
Aut Lugdunenfem Rhetor dicturus ad aram .
Quoi qu'il en foit , ce Livre quoi que
mal limé , & peu intelligible en plufieurs
endroits , a déja été imprimé deux ou trois
fois. On y voit de grands & heroïques
exemples de charité , de vigilance & d'intrepidité
chretienne. Il feroit enfin à fouhaiter
pour rendre ce Journal hiſtorique
utile à un plus grand nombre de Lecteurs,
& pour en tranfinettre plus feurement les
faits à la pofterité , que quelqu'un prit
la peine d'en faire une bonne traduction
en notre Langue , en attendant on le trouve:
à Paris chez Charpentier , chez Joffe ,
& Prault Libraires.
« L'Auteur d'une mauvaife Piéce n'en étoit
pas quitte pour être fifflé : la Loy de Caligule ,
Inftituteur des Jeux litteraires de Lyon , le
condamnoit à l'effacer avec la langue , ou avec
une éponge , fi mieux n'aimoit le pauvre Orateur
être plongé dans le Rhône , après avoir
été rudement battu à coups de ferule.
(b ) Satyr. I.
Permettez-
3
DE DECEMBRE 1721 . 39.
Permettez- moy , MESSIEURS , MESSIEURS , encore
un petit avis fur une legere omiffion ,
qui regarde auffi la Ville de Marſeille ,
non pas cette Ville abbatue & affligée ,
dont nous venons de parler , mais Marfeille
heureufe & triomphante . Vous avez
remarqué , en parlant de la mort du grand
Prieur de Saint Gilles F. Jofeph de Felix
la Renarde , ( a ) qu'un de les parens fe
fignala beaucoup en l'année 1637 , lors
de la repriſe des Ifles de Lerins fur les
Efpagnols . A la tête d'un Corps confiderable
, & entouré de la Nobleffe Marſeil
loiſe , il ſe détacha pour attaquer l'un des
principaux Chefs des Ennemis , il le combattit
long- temps , & le terraffa enfin ,
lui enlevant fes armes , dont il fir l'ufage
que vous avez dit , par un enthouſiaſme
de devotion guerriere. Cette action de
valeur contribua beaucoup à l'heureux
fuccés de cette journée , ( b ) qui fut celebrée
par les meilleurs Poëtes du temps .
Vous parlez même d'une Ode qui eft
toute entiere dans le xx1 . Tome du Mercure
François , où le genereux Felix n'eft
pas oublié : Voici la ftrophe qui le regarde
, laquelle n'auroit pas allongé de
beaucoup votre remarqué .
( * ) Mercure de Juillet , page 80
b ) 14. May 1637.
"
Dans
40 LE MERCURE
1
Dans l'incertitude du fort
Felix d'une ardeur incroyable
Se vint oppoſer à l'effort
D'un Capitaine redoutable :
Enfin après quelque combat ,
Ce brave Marſeillois l'abbat ,
Rapportant fa dépouille même ,
Que par un voeu devotieux
( Connoiffant ce bonheur extrême )
Il offre à la Reyne des Cieux .
*
Je fuis , MESSIEURS , &C.
*
Nous donnerons le mois prochain l'Hiftoire
d'Abulmer , qui ne peut trouver ici
Sa place , à cause de l'abondance des ma
tieres.
* Felix offre & append à la Chapelle de
Notre - Dame , qui eft fur le gravier de Cannes,
le baudrier & armes de ce Capitaine Eſpagnol.
Cette Note eft du Mercure François. Cannes
Ville Maritime de Provence.
POESIES.
DE DECEMBRE 1721. 41
POESIE S.
DIDO N.
CANTATE , mife en Mufique par M. Collin
de Blamont , Surintendant de la
Musique du Roy.
Echappé Chappé de l'horreur d'un terrible naufrage ,
Malgré tout le courroux des Dieux ,
Enée arrivé dans Carthage
Goûtoit le bonheur précieux
De fe voir adoré d'une Amante fidelle ,
L'amour pour ce Heros avoit bleffé Didon ;
Le funefte recit des malheurs d'llion ,
Paroiffoit lui donner une grace nouvelle.
Servés cet Amant glorieux ,
Jeunes Enfans quittés Cytherre ,
Venés tous avec votre Mere
Embellir ces aimables lieux.
Que le puiffant Dieu de la Thrace
Daigne à la terre faire grace ,
Qu'il s'uniffe à vous dans ce jour ,
Pour celebrer les charmes de l'amour ;
Servés cet Amant glorieux ,
Jeunes Enfans quittés Cytherre ,
Venés
42 LE MERCURE
Venés tous avec votre Mere
Embellir ces aimables lieux .
Mais tandis qu'occupé d'une fi belle chaîne ,
Enée oublie & Junon & fa haine ;
Mercure fe prefente & montre à ce Heros
Du fort de l'Univers l'arrêt irrevocable ;
Quittés , lui dit ce Dieu , cet objet trop aimable ,
Cherchés la gloire & les travaux ,
Il est beau de marcher fur les traces d'Alcide ,
Déja l'on voit fur la plaine liquide
Ce frere de l'Amour qui va fendre les flots ."
1
Courés à la victoire ,
Combattés tous les Dieux ,
Leurs tranfports furieux
Serviront votre gloire.
Courés , &c.
Leurs tranfports , & c.
Laiflés aux timides Bergers
Le foin de conter des Aeurettes ,
Laiflés les au fon des mufettes
Goûter des plaifirs fans dangers .
Courés à la victoire ,
Combattés tous les Dieux ,
Leurs tranfports furieux
Serviront votre gloire.
Didon voit partir fon Amant ;
L'on
DE DECEMBRE 1721 .
43
L'on entend de fes cris retentir le rivage ;
Elle demande aux Dieux de foulever l'orage :
Volés , fiers Aquilons , en ce fatal inſtant
Et ramenés un inconftant ,
Difoit cette Reine éperdüe ;
Mais le Vaiffeau qui s'éloigne du Port
Dans le defefpoir qui la tue ,
Ne lui fait plus fouhaitter que la mort.
L'amour a trop d'empire
Sur tout ce qui refpire :
Fuyons , fuyons ces feux .
Il faut fe deffendre
D'avoir un coeur tendre
Pour être heureux ;
L'amour a trop d'empire
Sur tout ce qui refpire.
D'une jeune beauté
Il ne faut qu'un fourire
Pour nous ôter la liberté ,
L'amoura trop d'empire
Sur tout ce qui refpire ;
Fuyons , fuyons ces feux ,
Il faut fe deffendre
D'avoir un coeur tendre
Pour être heureux ,
L'amour a trop d'empire
Sur tout ce qui reſpire .
A
44
MERCURE LE
**W***RAK:KKKKKKKK☀
A SON ALTESSE SERENISSIME
D
MONSEIGNEUR
11
LE COMTE DE CLERMONT.
E la mafle Vertu redoutable ennemie
La molle Oifiveté fi fatale aux Heros ,
Efperoit fur LOUIS verfer fes froids pavots ,
Et fans peine regner fur fon ame endormie.
Mais deteftant Fleuri , maudiſſant Villeroy ,
Surveillans importuns qui l'écartent du Roy ,
Elle fuyoit enfin triſte , deſeſperée ,
Loin du Louvre portant fon dépit orgueilleux.
Le Palais de Clermont s'offre alors à fes yeux ;
Elley court : fa retraite y doit eftre affurée :
Vou droit on la bannir de cet heureux fejour ?
Que LOUIS du travail faffe l'apprentiffage ,
Pour le repos du monde il doit veiller un jour ,
Mais à l'OifivetéClermont doit rendre hommage;
Un Prince né pour vivre au gré de fes defirs ,
Peut- il ne pas aimer la mere des Plaiſirs ?
Elle ignoroit encor , que malgré la jeuneſſe ,
Loin de lui chaque jour repouffant la Pareffe ,
Dont la trompeufe voix le follicite en vain ,
Clermont met à profit ces heures fi rapides ,
Ces inftans precieux qu'à nos defirs avides
Le
DE DECEMBRE 1721. 45
.
Le Tems donne à regret & dérobe foudain .
Il comparoit alors , attaché fur l'Hiftoire ,
D'Augufte triomphant le regne plein de gloire ,
Et celui de Titus moins brillant , mais plus doux,
( Tems heureux ! que LOUIS réunira pour nous).
L'Oifiveté fremit , ah ! c'en eft trop , dit elle ,
On me brave , on m'inſulte , & tel eſt je le voy ,
Le fruit pernicieux de l'exemple du Roy.
Clermont qui veut toujours le prendre pour modele
,
Prétend donc comme lui , me chaſſer à ſon tour
Et du triſte travail goûter le fol amour.
Je fçai que par l'effet d'une aveugle tendreffe
Sur de vils faineans la prodigue Richeſſe
A répandu fans choit fon or à pleines mains ,
Et rangé fous mon joug tous ces lâches humains .
Mais quel frivole honneur d'être leur fouveraine?
Cet indigne triomphe eft pour moi fans appas :
Méprifables captifs dévoüez à ma chaîne
Ils groffiffent ma Cour & ne l'honnorent pas.
Clermont fera pour nous une illuſtre conqueſte ;
Soumettons fon orgüeil ; & brûlons à fes yeux
Ce deteftable amas de Livres odieux.
Courons ... elle y voloit ; Minerve qui l'arrefte,
La menace & lui dit : Infenfée où vas-tu ?
Dans ce lieu , mon fejour , tu n'as rien à prés
tendre.
1
Je prends foin de Clermont ; refpecte la vertu ,
Tes
46 MERCURE LE
Tes attraits feducteurs ne pourront la furpren
dre.
Le fang dont il eft né , plein d'une noble ardeur,
Ne te permettra pas de refroidir fon coeur.
Coupable Oifiveté , LOUIS qui te detefte ,
Déja t'annonce un Regne à toy feule funefte ,
Favorable aux Mortels .
De la bonté des Dieux les peuples qui l'attendent
Sans ceffe le demandent : 8
Les Dieux exauceront leurs foupirs éternels.
C
Il arrive ce Regne , où de la Vertu mefme ,
Affife fur le thrône auprès du Roi qu'elle aime ,
On recevra les loix .
Tous les crimes fuiront cette heureuſe contrée ,
-Et la divine Aftrée
Defcendra fur la terre une feconde fois.
Le Soleil qui bientôt va fortir du nuage ,
Réchaufera les coeurs & rendra le courage
Aux efprits languiffans.
La Gloire & la Fortune en ces tems defirables ,
De leurs mains fecourables .
Soutiendront à l'envi tous les Arts floriffans.
Les Sçavans que Philippe anima dans leurs veilles
Répondront à leur tour par d'utiles merveilles
Aux dons qu'il leur a faits.
Du
DE
DECEMBRE 1721 47
DuRoy, leur dira - t il , confacrez la memoire ,
Travaillez pourfa gloire ,
Je vous demande à tous ce prix de mes bienfaits.
Peuples , raſſemblez - vous, & preparez vos feſtes,
Commencez à benir l'Aftre qui fur vos teftes
Fera des jours fi beaux :
Déja rempli du feu que fon approche inſpire ,
Apollon prend fa Lyre,
Les Mufes vont former des Poëtes nouveaux.
La Naiffance de JESUS- CHRIST.
CANTATE.
P Rès de ces triftes lieux
Que tant de mortels malheureux
Font retentir de cris funebres
Eft un antre profond , noir fejour des tenebres;
Là les Prophetes renfermez
Pleins d'ardeur & d'efpoir attendoient le Meffie ,
Et vers la Celeſte Patrie
Pouffoient mille voeux enflammez.
Nous gemiffons dans l'esclavage
Dieu jufte , écoutez nos foupirs ,
Ne differez pas davantage ,
Exaucez nos brûlans defirs .
Que
48
LE MERCURE
Que l'impieté triomphante
Soit releguée aux noirs Enfers ,
Grand Dieu , que votre main puiffante
Daigne à jamais brifer nos fers ;
Cieux ouvrez - vous , & que la Terre enfante
Le Redempteur de l'Univers .
Prophetes , vous verrés vos defirs accomplis ,
La nuit regne'déja ſur la Terre & fur l'Onde ,
Le Sauveur va paroître , & les tems font remplis ,
Il fort du chafte fein d'une Vierge feconde.
O nuit , à travers votre horreur
Malgré vous brille la fplendeur ,
L'humble Foy le trouve & l'adore ,
Et jufques aux climats où fe leve l'Aurore
Un Aftre lumineux annonce fa grandeur.
Celeſtes Habitans de la voûte azurée ,
Purs Efprits , du Très- Haut Miniftres éternels ,
Defcendez , accourez , volez chez les Mortels ,
Là refide le Dieu qui forma l'Empirée ,
Offrez - lui votre Encess , dreflez - lui des Autels.
Venez lui rendre hommage
Vous qui donnez des Loix aux barbares climats
Du plus lointain rivage
Precipitez vos pas ,
Votre falut doit être fon
ouvrage,
Du
DE DECEMBRE 1721. 49
Du haut des Cieux une legion d'Anges
Tombe aux genoux de ce Divin Enfant
L'air retentit de fes loüanges ;
Trois Rois du fond de l'Orient
Viennent mettre à fes pieds leur Sceptre & leur
Couronne.
L'Enfer fremit , la Nature s'étonne ;
Jefus dans fa Creche eft plus grand
Qu'Herode fur fon Thrône.
Peuple à gemir fi long tems condamné ,
Le Ciel enfin à vos maux s'intereffe ;
Ifraël , c'est pour vous que le Sauveur eft né.
Que tout chante , que tout s'empreffe ,
Sur votre front de feftons couronné ,
Faites éclater l'allegreffe ,
Ifraël , c'eft pour vous que le Sauveur eft aé,
Plus d'allarmes
Plus de larmes ,
Sion ,livrez Vous
Aux tranfports les plus doux ;
Reprenez tous vos charmes ,
Allez recevoir votre Epoux.
Plus d'allarmes , & c.
Par le P. DE PONCY , Jefuite , de la Province
de Lyon , âgé de 2.2. ans.
So
LE MERCURE
LE LYS ET LA VIOLETTE.
UN
ALLEGORIE.
N Lys avoit fa Cour. En quels lieux étoit.
elle ?
L'hiftoire ne nous en dit rien :
Elle dit feulement , & je le croirois bien
Que jamais Cour ne fut plus belle.
On y voyoit de tous côtés
Mille fleurs étaler leurs naïves beautés ,
L'Anemone à l'oeil vif , la blanche Tubereufe ,
La Rofe , la Tulippe , au maintien gracieuſe
La Jonquille à l'odeur flateufe ,
Se difputoient à qui mieux mieux
L'honneur d'entretenir l'agrément de ces lieux,
Certaines fleurs fur-tout de la Chine apportées
Faifoient grand bruit & grand fracas ,
In vingt endroits divers fuperbement plantées,
avoir le pas. Elles vouloient partout
On y couroit , c'étoit la mode ,
On aimoit ( de tout tems on eut cette methodê }
La nouveauté de leurs appas.
En brillant équipage
On voyoit chaque jour
Maints papillon volage
Leur venir rendre homage
Et leur faire la cour.
La
1
DE
DECEMBRE 1721.
La Violette feule au fond de la contrée
Vivoit modeftement en un coin retirée.
Elle avoit eu jadis un fort plus glorieux
Née au pied du Lys même , à ce que dit l'hiftoire,
Elle avoit fçû long-tems briller feule à fes yeux s
Mais ce tems n'étoit plus : le faſte ambitieux
En avoit prefque éteint jufques à la memoire .
Elle n'avoit gardé de fa premiere gloire
Qu'une fierté modeſte , une noble candeur ,
Unebeauté fans fard , une agreable odeur
Pour le noir artifice une haine implacable ,
Et fur-tout pour le Lys un zéle inalterable.
Au refte elle étoit fimple , & par cette raiſon
Chacun la méprifoit : ce n'eftoit , difoit- on ,
Qu'une plante vulgaire , une fleur furannée ,
Priſée aux tems paffés des Grecs & des Latins ;
Mais pour le tems prefent les goûts étant plus fins
A quoi pouvoit fervir la pauvre infortunée ?
A rien , ou tout au plus à parer quelquefois
Ou les Bergers des Champs , ou les Nimphes des
Bois,
2
Ainfi vivoit au loin la triſte Violette ,
Lorfque le Lys parcourant ſes Etats
Les Dieux vers l'humble fleur conduisirent fes
pas.
Dés le premier regard que ce Prince lui jette ,
Il reconnoît ſes innocens appas ,
Ces charmes naturels qui dans les premiers âges
Cij
Avoient
2
12 LE MERCURE
Avoient de fes Ayeux merité les fuffrages.
Il s'arrête , & d'un ton qui marquoit fa bonté
Sortés , dit- il , de votre obfcurité ,
Suivés votre Monarque : A ces ordres
foumife ,
Elle part fur le champ , à la Cour elle vient :
Nombre d'admirateurs auffi - tôt la courtife.
On la careffe , on la vante , on la priſe ,
En maints endroits on s'entretient
De la beauté , chacun la trouve exquife ,
Ceux-ci par inclination ,
Ceux-là par politique . Il n'eft fleur fi haue
taine
Qui fufpendant en cette occafion
Son orgiicil & fa haine ,
De fon affection ,
A la nouvelle fleur ne donne quelque marque ,
Sur-tout on loia fort le bon goût du Monarque .
Nous le loüons auffi ; puifle ce Roy des Fleurs
Reguer auffi long - tems que notre coeur ſouhaitte,
Et continuant fes faveurs
Auffi long-tmems cherir la fimple Violette.
Cette Piéce eft de M. Piat , Regent de
Rhetorique du College du Pleffis , Auteur de
l'Aiglon orphelin, Elle fut luë fur le Theâ¬
tre , &fort applaudie , le 21 Aonft dernier,
ors de la diftribution des prix ,
Epiftre
DE DECEMBRE 1721. 53.
EPISTRE DE M. THIRIOT ,
à M. D. V.
Futur Virgile de la France ,
Tandis que d'une égale voix
Vous chantez les fameux exploits
Du Heros qui par fa vaillance
Releva la vafte puiffance
De l'Empire & du nom François ,
Reduifit la ligue aux abois ,
Qui mèconnoiffoit fa naiffance ,
Et reprimant fon infolence ,
Luy fit fi bien goûter fes loix
Par fon adorable clemence ,
Qu'il fut l'amour du monde : & l'exemple des
Rois.
Tandis que vous achevez votre Poëme ,
je paffe les jours & les nuits dans des
fouffrances & des infomnies continuelles.
Un feu coulant de veine en veine ,
Toujours m'agite & me fait peine ,
Semblable à celui dont brûla
Le fier & fameux fils d'Alcmene ,
Quand par malheur il s'affubla
De cette robe fi mal faine ,
Que le Centaure enfanglanta ,
C iij Dont
54 LE MERCURE
Dont il fouffrit mort inhumaine
Sur la montagne d'Oëta .
Si ce mal redouble & s'irrite ,
Je fubiray bien- tôt la loy
Qui fur les rives du Cocyte
Confond Achille avec Therfite ,
Et le Berger avec le Roy.
Cette trifte fituation me réduit à peſer
tous mes befoins avec fcrupule , malgré
la faim canine qui me devore : je m'occupe
de reflexions , & j'ay remis à un autre
temps certaines recherches dont nous
étions convenus , Nam non ideo vivimus
utftudeamus , fed ideo ftudemns ut fuaviter
vivamus. Tâchez , mon cher Monfieur ,
de venir me tirer de l'accablement où je
fuis , & dont les Vers que je vous envoye
ne fe reffentent que trop.
Ille te mecum lacus , & beata poſtulant arces :
Ibi tu calentem debita ſparges lacryma favillam
... amici.
Je vous attends dans ce fejour ,
Où content de fa folitude ,
Vous pourrez couler tout le jour
Dans l'honnête repos d'une facile étude.
Le Printems habillé de diverfes couleurs ,
Les
DE DECEMBRE 172 1
35
Les chants des oifeaux , les Prairies ,
Les Eaux , les Zephirs & les Fleurs ,
Exciteront en vous d'heureuſes rêveries
Au fon du champêtre hautbois ,
Le Silvain , la Nimphe legere
Forment des danfes dans nos Bois.
Sous des antres profonds ignorés du vulgaire ,
Le filence ami des Forests ,
chimeres,
Pour le Poëte a des attraits ,
Pour les autres humains ce ne font que
C'eft dans ces refpectables lieux
Qu'il s'entretient avec les Dieux ,
Et participe à leurs myfteres..
Sur le foir avec liberté
Et dans le fein de l'indolence ,
Un fouper où la propreté
Dédommage de l'abondance ,
Regalera votre Excellence ,
Et voilà tout en verité .
Mais je fens bien
que ce n'eſt pas affés
pour vous dédommager de la froide compagnie
d'un homme que la Medecine a
condamné pour long-tems à ne vivre que
de laict .
C iiij
$ 6 LE MERCURE
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé , c'est le Temps : celui de la feconde ,
c'est l'Oye.
PREMIERE ENIGME.
E fuis un triple cabinet ,
JAAvec une triple ouverture
Par où paffe plus d'une ordure ,
Que chacun y porte à regret.
Celui qui porte le paquet ,
Ne le porte pas fans murmure ;
Deux patiens font la figure
De geus condamnés au gibet.
Pendant que l'un des deux raifonne ,
Un tiers fans confeil de perfonne ,
De tout point veut être éclairci ;
Là pour le repos de fon ame >
Il ne faudroit
pas qu'un mary
Se trouvât
derriere
fa femme.
SECONDE ENIGM E.
Aigredos porte chair,& chair auffi le porte;
Maigredos eft pourtant & fur chair & fur osi
Quelque fois il eft en repos ,
Quelque fois on diroit que le vent le tranſporte.
Il
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
DE DECEMBRE 1721. 57
Il trotte dans les champs , caracole à la Cour ;
Avec fon Medecin de Paris fait le tour.
Si l'on dépêche aux Rois une grande nouvelle ,
Il arrive avec le Courrier ;
Au combat il foutient le plus brave guerrier ,
Mais avec le poltron il fuit à tire d'aîle.
Enfin vous voyez Maigredos
Servir près du Goujat , comme près du Heros .
T
CHANSON
U me trompes , cruel amour ;
Ne me flate plus du retour
De l'ingrat objet que j'adore.
Bacchus c'est toi feul que j'implore ,
Viens regner fur l'Amour ,
Viens , triompher ici.
Leuvons... mais quand j'ay bû je fens que j'aime
encore :
Bacchus me trompe- t'il auffi ?
NOUVELLES LITERAIRES
ET DES BEAUX ARTS .
D
ISCOURS prononcez dans les
Conferences de l'Academie de Peinture
& Sculpture. Par M. Coypel, Ecuyer,
C v Premier
58
MERCURE
LE
Fremier Peintre du Roy , & c. in 4° . A Paris
chez Collombat 1721 .
Après avoir donné l'exttait de la Preface
de ce Livre dans un de nos derniers
Mercures , nous avons fait attendre quelque
chofe du corps de l'Ouvrage : nous
tenons parole. Il commence par une Epitre
en Vers que M. Coypel adreffe à lon
fils. Les Difcours qu'on lit enfuite font
relatifs à cette Epitre , & les Vers qui en
font fucceffivement citez fervent de texte à
ces mêmes Difcours : donnons quelques
fragmens de l'Epitre.
Un Peintre qui fe flate , en fon orgueil extrême,
Connoiffant peu fon Art, fe connoit peu lui - mêmes
Et charine de l'encens dont on vient l'entêter ,
En nourrit les erreurs qu'il devoit rejetter.
Des grands Maitres de l'Art contemplez les merveilles
,
Profitez avec foin de leurs fçavantes veilles ;
Que leurs talens divers foient par vous reſpectés:
Mais fuiez leurs défauts en cherchant leurs beau-
Rés.
Suivant done la raison , cette vive lumiere ,
Cherchez dans le Correge une grande maniere ,
Va grand goût de deffein , un heureux choix du
beau ;
La grace , le naif, le charmes du Pinceau ;
Mais
DE DECEMBRE 1721 . 19
Mais n'en imitez pas , par un eſprit bizarre ,
Les caprices outrez , où fa verve s'égare.
Du fameux Titien , le coloris charmant ,
Dans ces tableaux exquis eſt un enchantement :
C'est là que le Pinceau par fa docte impofture ,
Semble , en nous féduiſant , ſurpaſſer la nature :
Là des douces couleurs les tons harmonieux ,
Par des divins accords fçavent charmer les yeux.
On y voit du Pinceau les plus grands avantages ,
Et la force & le vrai frapent dans fes Ouvrages ;
Gardez vous cependant , plein de fon coloris ,
D'être de fon deffein également épris.
-
Pour cet Art qu'on neglige , un plus parfait modelle
Offre à votre genie une route fidelle ;
ANNIBAL vous y peut conduire feurement ;
En marchant fur fes pas on s'avance aiſément.
MICHEL- ANGE avant lui par un Deflein févére,
D'un goût terrible & fier forma le caractére ;
Mais le foigneux CARACHE en demêla le beau,
Et fçut y joindre encor les graces du Pinceau .
Du grand majestueux , puifé dans MICHELANGE
,
Et du vrai du CORREGE il fit un doux mélange
Mais malgré les talens fi juftement vantés ,
Il n'atteignit jamais les fublimes beautez ,
Dont le Grand RAPHAEL , dès fes premieres
veilles ,
Seut étalet aux yeux les fçavantes merveilles.
Cvi
бо LE MERCURE
Il découvre à la fois les plus rares trefors
Juftefle de contours , proportion de corps ,
Le deffein élegant de l'Antique Sculpture ,
Joint aux effets naïfs que fournit la Nature ;
Un choix pur & fçavant , de fimples agrémens ,
Un grand goût de draper , de beaux ajuſtemens
Negligez avec art , conduits avec prudence ;
Une docte fageffe , une juſte abondance ,
Un genie à la fois & fublime & profond ;
Aifé , fimple , folide , agreable , fecond ,
Sage , fans être froid , & fimple fans baffeffe ,
Grand fans paroitre outré , toujours plein de nobleffe
,
Profond fans être obfcur , agréable fans färd
La raifon y paroit Souveraine de l'art :
On ne l'y trouve point lachement abaiſſée
Sous le joug dangereux d'une fougue inſenſée
Qui par le faux éclat d'un feu pernicieux ,.
Fait la guerre au bon fens pour éblouir les yeux ;
Là des expreffions les beautés naturelles ,.
Nous offrant du fujet les images fidelles :
Les mouvemensde l'ame y font peints doctement,
La force s'y fait voir unie à l'agrément :
Tout prenoit fous fà main un divin caractere
Et fuivant une route inconnue au Vulgaire ,
Par les charmes touchans des fimples verités ,
If s'élevoit toujours aux fublimes beautés.
Julea
DE
DECEMBRE 1721. GI
Jule , plus abondant par mille inventions ,
Seut enchanter l'efprit par fes productions ;
Er fidele amateur des beautés de l'Antique ,
Il en remit au jour la grandeur heroique..
Heureux s'il eut pû joindre à fa noble fierté
Un Pinceau moins aride & plus de verité !
Que de fon feu divin la vehemente flame
Echaufe votre verve & paffe dans votre ame.
Allez, mon fils , allez plein d'un hardi deffein ,
Semblable à Promethée en faire un beau larcin.
On pardonne aifément cette heureuſe fineffe ,
Quand le Peintre fçait bien déguiſer ſon adreſſe ,
Er qu'une autre beauté, jointe au beau qu'il a pris;
Coulant de même fource , en égale le prix :
Mais loin ces Peintres froids , preffez dans leur
genie ,
Qui derobant des biens que le Ciel leur denie ,
Du merite d'autrui font valoir leur Pinceau ,
Et de lambeaux exquis font un mauvais tableau ,
Que la nature foit votre guide fidelle ,
Et qu'aucun faux éclat ne vous écarte d'elle.
N'allez pas cependant , trop timide & peu vif,
Ralentir d'un beau feu les mouvemens actifs :
Saififfez promptement l'inftant qui vous anime ,
C'est lui feul qui produit le grand & le ſublime.
Jules Romain Difciple de Raphach
Soyez
62 MERCURE LE
Soyez fur ee precepte attentif à ma voix ,
Imitez la nature , & fachez faire un choix ;
Tachez de peindre enfemble & le grand & l'aimable
,
Le tendre & le naïf , le fort & l'agréable ;
Sçachez fraper l'efprit en abufant les yeux :
Soyez vif & correct , toujours harmonieux.
Il eft dans les couleurs de douces fympaties ,
Qui par un art divin doctement afforties ,
Sçavent charmer les yeux d'autant d'accords touchans
,
Qu'à l'orielle ravie en offrent les beaux chants.
Des ombres & des jours menagez l'avantage ,
C'est de là que dépend tout l'effet d'un Ouvrage.
Mais que de ce grand Art le myftere enchanté ,
Soit pris fur la raiſon & fur la verité.
Je hais d'un Peintre froid l'aveuglement extrême,
Qui rempant & fans force , eft content de luimême
:
D'une exacte froideur mes yeux font rebutes ;
J'aime mieux des défauts & de grandes beautés ;
Mais n'allez pas pourtant , prompt à vous ſatisfaire
Pour quelque faux brillant fotement vous complaire
. & c .
Infenfiblement nous copierions toute
P'Epitre , le Lecteur n'en feroit fans doute
pas fâché , & nous y gagnerions auffi ,
mais
DE DECEMBRE 1721. 63
mais il faut fe borner pour ne pas trop
allonger cet Extrait.
A la tête du premier Difcours eft une
belle Vignette en Taille - douce , où l'on
voit la Peinture au milieu , & aux côtez
les Statues de Michel - Ange , de Raphaël ,
du Titien & du Correge , avec ce Vers au
bas , tiré de l'Epitre fur la Peinture
Des Grands Mitres de l'Art comtemplez les
merveilles .
Quoique beaucoup de perfonnes croyent ,
dit l'Auteur dans le premier Difcours , que
la perfection de la Peinture ne confifte que
dans le rapport & la reffemblance aux objets
vifibles de la Nature , elle ne fe boine
pas là ; elle doit joindre à la fidelité de
l'hiftoire , toute l'élevation & le fublime
de la Poëfie , de même que la Tragedie :
elle doit trouver des reffors qui remuent
les paffions , & qui infpirent à fon gré la
joye , la trifteffe , la douceur , la colere &
l'horreur. Elle doit par la force de fes
enchantemens nous tranfporter dans les
Pays , & parmi les Nations qu'elle veut
reprefenter. Enfin fur une fuperficie plate ,
elle doit , en abufant les yeux , toucher le
coeur inftruire l'efprit , contenter la
raifon.
Le grand Peintre doit fçavoir par d'in
genieuíes allegories donner des corps aux
idées
64 1 LE MERCURE
idées mêmes , & tromper tellement les
yeux & l'efprit , qu'il faffe prendre pour
des veritez , des chofes qui n'ont jamais
été , & qui ne peuvent jamais être.
*
,
Les Sçavans & les gens de Lettres que
le Peintre doit confulter ne font pas
toujours fenfibles à de grandes beautez.
Le Mathematicien raporte tout à la Geometrie
, aux Plans & à la Perſpective ;
les beautez de l'imagination le touchent
peu . L'Hiftorien n'eft faifi que de la fide
lité de l'hiſtoire , de la regularité du Coltume.
L'Orateur & le Poëte , de l'invention
, de la grandeur des idées , & des
paffions en general . Peu de ces Mrs. s'apperçoivent
que l'economie d'une Piéce
d'Eloquence , ou d'un Poëme , doit fe
trouver dans un Tableau bien difpofé.
Au fujer de ceux qui copient fans difcernement
, qui entêtez des ouvrages des
grands Maîtres rencheriffent fouvent fur
les duretez & les fechereffes qui fe trouvent
en beaucoup d'endroits , l'Auteur dit
avoir vû à Rome un Peintre qui faifoit
fon idole des Frefques du Vatican , &
dont la ridicule exactitude , alloit juſqu'à
imiter fidellement les fentes du Plâtre ,
qu'il prenoit pour des muſcles ou des plis
de draperie : ainfi , ajoûte- t-il , copiant
fans goût d'excellens originaux , des basreliefs
& des ftatuës antiques , on ne fait
quelque
DE DECEMBRE 1721 . 65
quelquefois , à force de travail & de peine,
qu'augmenter fon incapacité & fa prefomption
: chi fegne ſempre mai va avanti,
difoit le grand Michel-Ange.
L'imitation plaît generalement , puifque
dans les moindres objets exactement
imitez , elle fait toujours fon effet. Les
petits Tableaux Flamans font bien recommandables
par cette partie par cette partie , & je fuis
quelquefois tâché , dit Mr Coypel , qu'on
les banniffe des Cabinets , où l'on raffemble
les Tableaux des anciens Maîtres d'Italie
je fçai qu'il manque aux premiers
le choix la nobleffe & l'élevation qui
fe trouve dans les derniers ; mais dans les
fujets qui leur conviennent , ils font quelquefois
parfaits , même par la naïveté des
expreffions. Le Calfe , qui dans les objets
qu'il a imitez d'après Narure , me paroît
imiter le langage de la Peinture aufſibien
que le Georgion & le Titien , avec
la difference qu'il ne fait pas dire d'auffi
grandes chofes que ces grands Maîtres de
l'Art.
,
Quand les beautez l'emportent de beaucoup
dans un ouvrage , je ne ferai point
choqué d'y voir certaines taches qui viennent
ou d'une negligence pardonnable ,
ou de l'infirmité fi naturelle aux hommes.
Il y a des tableaux prefque exempts de
defauts , juftes dans les mefures & les
.
propor66-
MERCURE LE
proportions , reguliers par les plans & la
perſpective , fans erreur fur la jufteffe des
lumieres & des ombres , peints avec agrément
; mais tellement dénuez du feu divin
qui anime tous les Arts , qu'ils coûtent autant
de peine à être regardez , qu'ils pa
roiffent en avoir coûté à être produits.
On en voit d'autres pleins d'irregularitez
& de licences , propres enfin à exercer
agréablement ceux pour qui la plus fevere
critique a des douceurs charmantes , qui ,
malgré leurs defauts , frapent , remuent ,
étonnent.
Entre le grand nombre de preceptes
que l'Auteur donne à fes Eleves , il dit
que les regles de la declamation font ne
ceffaires à la Peinture ; le Peintre ne pou
vant fuppléer à la parole que par la vive
expreffion des geftes & des actions dont
fe fervent les muets pour le faire entendre.
Les Peintres doivent auffi avoir quelque
connoiffance de l'Art des Ballets , non
feulement par le choix noble & gracieux
des attitudes , mais auffi pour imiter en
partie les Pantomimes celebres chez les
anciens , dont les pas reglez , les mouvemens
, les expreffions du vifage & les
geftes parloient aux yeux.
Il faut bien fe garder , pourfuit Mr
Coypel ailleurs , de fuivre le goût du
fiecle , pour vouloir ajoûter des graces à
la
DE DECEMBRE 1721. 67
la nature; car les ornemens avec lefquels on
s'imagine l'embellir la défigurent tellement,
qu'à peine peut- on la reconnoître. Tout ce
qui eft hors d'elle ne fçauroit veritablement
plaire. Un Vieillard , fi j'ofe le dire , a plus
de grace avec une barbe venerable , & des
cheveux blancs naturels , qu'avec des cheveux
poftiches , bouclez & poudrez. Je dirois
même , fi j'ofois , que les Dames font
mille fois plus gracieufes avec leur teint
naturel , qu'avec tout l'art & les couleurs
qu'elles prodiguent pour peindre leurs vifages
, & qui defefperent les Peintres qui
font obligez de les imiter pour leur plaire.
Que les anciens Peintres étoient heureux !
La nature s'offroit toujours à leurs yeux
avec les plus naïves beautez ; ils n'avoient
qu'à la voir & à l'imiter. Nous ne pouvons
pas la fuivre fidellement , parce que
nous ne la voyons que contrefaite &
mafquée ; cependant notre objet eft de
l'imiter : cela est bien trifte.
Les Peintres font prefque toujours contraints
par les caprices differens de ceux
pour qui ils travaillent. N'exige t'on pas
même d'eux de farder quelquefois une
vieille , de rendre blancs les cheveux d'une
jeune perfonne , d'habiller la moindre
Bourgeoife en fuperbe Princeffe , le Financier
en Heros , le Magiftrat en Adonis?
Pour exprimer & peindre d'après nature
,
68 LE MERCURE
ture , M. Coypel confeille à fes Eleves
de frequenter la Cour , pour étudier fur
ce grand theâtre du monde , le vrai des
moeurs , des caracteres & des paffions :
Par exemple , l'humanité , la douceur , la
bonté , & la dignité du Maître : la politeffe
& la fimplicité de la plupart des Grands,
l'orgueil des inferieurs , & la hauteur des
petits en general ; car il y a de l'exception
par tout ; l'air important des uns , l'air
myſterieux des autres ; l'attention & l'affiduité
importune de ceux qui ne font jamais
vûs , & qui ne le feront peut- être
jamais l'inquietude & l'agitation de ceux
qui courent aprés les bienfaits & les
graces ; la jaloufie de ceux qui voyent
faire du bien aux autres , l'air faux de
leurs complimens & de leurs embraſſemens;
la legereté & la confiance des jeunes
gens , leur air decifif pour juger de tout
ce qu'ils ne connoiffent point & qu'ils ne
veulent point le donner la peine de connoître
, l'avarice, l'ambition hors de faiſon
des Vieillards qui courent après des graces
dont ils ne fçauroient jouir , leurs
regrets du paffé , leur mépris du prefent ;
la baffeffe & la foupleffe des uns , l'audace
hardie & temeraire des autres. Enfin c'eſt
là qu'on peut étudier tout ce qui agite &
trouble l'ame & le coeur de tous les hommes.
Ce
DE DECEMBRE 1721. 69
Ce Livre eft accompagné de deux Aprobations
, la premiere de l'Academie des
Infcriptions & belles Lettres , où M. Gros
de Boze , Secretaire perpetuel , qui parle
au nom de certe Academie , dit que M,
Coypel joint dans ces difcours , à tout ce
qui peut donner une parfaite connoiffance
de fon Art , les traits d'une éruditiou peu
commune, La feconde de l'Academie
Royale de Peinture & Sculpture , dans
laquelle M. Tavernier Secretaire s'exprime
ainfi. L'Academie affemblée a jugé que
l'impreffion de ces Difcours , qui ont été
prononcez publiquement avec l'aplaudiffement
general , tant de la Compagnie que
de nombre d'Illuftres Auditeurs qui s'y
font trouvez , feroit très agreable aux Sçavans
& aux amateurs de l'Art de Peinture ,
& très utile pour les Etudians qui voudront
fe perfectionner dans la pratique des
chofes abfolument neceffaires pour atteindre
à la perfection de cet Arr ; c'eſt ce
que M. Coypel décrit & enfeigne parfaitement
dans les Difcours qu'il a compolez
, &c,
ON debite chez Jacques Colombat ,
Imprimeur ordinaire du Roy & de l'Aca
demie Royale de Peinture & Sculpture,
rue S. Jacques au Pelican , un Programe
en Langue Latine , qui contient le projet
d'une
70 LE MERCURE
d'une Grammaire Hebraïque & Chaldéenne
, & d'un Dictionaire nouveau pour ces
deux Langues , qui depuis tant de fiecles
font l'objet des recherches des Sçavans.
Cet Ouvrage curieux , qui fera vendu
par Soufcriptions , a pour Auteur le R. P.
Dom Pierre Guarin , Religieux Benedictin
de la Congregation de Saint - Maur . On
le diviſera en trois volumes in 4 °
Voici les conditions propofées aux Souferipteurs.
Les exemplaires en blanc leur
feront livrez pour quarante francs monnoie
de France. On les vendra foixante livres
au Public. Ainfi les Soufcripteurs gagne
ront un tiers fur le prix . On ne commencera
à recevoir les Soufcriptions qu'au
mois de Janvier 1722. L'Imprimeur en
donnera fon Reçu , en payant par le Souf
cripteur la moitié du prix ; le reftant ne
fe payera qu'en 1724. lorfqu'on livrera
l'Ouvrage imprimé.
Le P. Guarin explique dans fon Programme
les raifons qui l'ont déterminé à
une étude penible & embaraffée. Il expoſe
enfuite que quoique depuis deux fiecles le
nombre des Grammaires Hebraïques foit
confiderablement augmenté , on n'en eft
pas cependant plus inftruit dans la Langue
des Saintes Ecritures , les uns ayant dans
leurs Methodes facrifié la clarté à la brieveté
, les autres n'ayant pû s'expliquer entierement
DE DECEMBRE 1721. 71
tierement malgré leur diffufion . Le P. Guarin
divile fon Ouvrage en trois volumes ,
dont les deux premiers comprendront la
Grammaire , & le troifiéme le Lexicon ,
qui fera affez étendu pour être divifé &
relié en deux volumes , au gré des acheteurs.
La Grammaire fera divifée en trois Livres
. Le premier renfermera l'étymologie ,
ou pour mieux dire, l'analogie des mots. Le
fecond contiendra la Syntaxe tant fimple
que figurée . Enfin le troifiéme fera pour
divers Traitez qui regardent la Grammaire
& la Litterature Hebraïque. Le tout fera
fuivi de trois Indices fort amples . Le premier
, des paffages de l'Ecriture qui font expliquez
en très grand nombre dans l'Ouvrage.
Le fecond , des mots difficiles &
irreguliers. Le troifiéme fera pour la Table
des matieres.
Quoique cette Grammaire comprenant
deux volumes in 4° . paroiffe fort étendue ,
elle fera cependant affez courte & abregée
pour les Commençans ; car l'Auteur fait imprimer
en plus gros caracteres , & à longues
lignes ce qui les regarde ; & en deux colonnes
, & d'un caractere plus petit ce qu'il
deftine pour ceux qui ont deja fait quelque
progrès dans cette Langue .
La Syntaxe eft fort étendue ; mais auffi
le P. Guarin efpere qu'elle pourra fervir de
Com72
LE MERCURE
Commentaire pour expliquer tous les idiotifmes
ou façons de parler particulieres de
l'ancien & du nouveau Teftament ; & qu'avec
ce fecours on entendra facilement quantité
d'endroits difficiles de l'Ecriture , dont
l'intelligence ne fe trouve que dans un
grand nombre de gros volumes , que tout
le monde n'eft pas en état d'acheter , ni de
lire.
peut
Le troifiéme Livre de cette Grammaire
renferme plufieurs Traitez , dont la plupart
ne font pas moins curieux qu'utiles : on en
voir la liſte dans le Programme , qui
nous fait comprendre que l'Auteur a été
trop modeſte dans le titre de fon Ouvrage..
Il a voulu fans doute furprendre agréablement
fes Lecteurs , en leur préfentant une
petite Bibliotheque Hebraïque , au lieu
d'une fimple Grammaire. On voit en effet
par le plan de cet Ouvrage , que le P. Guarin
a deffein que fon Livre puiffe fuffire
lui feul pour acquerir une folide & parfaite
connoiffance de la Langue Sainte ,
fans donner dans les rêveries des Rabbins.
Le Dictionaire , qui eft le troifiéme volume
, & la derniere partie de tout l'Ouvrage
, eft d'un goût nouveau , foit pour
l'arrangement des mots , foit pour leur fignification.
Non feulement les Racines ,
mais encore les mots derivez , qui commencent
par les lettres que les Grammairiens
DE DECEMBRE 1721. 73
riens Hebreux appellent heemantiques , &
que les Commençans ont tant de peine à
trouver dans leurs Dictionaires , font mis
par ordre alphabetique , outre les fignifications
des mots qui font renfermées dans
les autres Lexicons ; l'Auteur a ajouté dans
celuy- ci celles que donne l'ancienne Verfion
Grecque des Septante , & les fragmens qui
nous reftentde celles d'Aquila , de Syinma
que, de Theodotion & c. de la se , 6c & 7e
Éditions , perfuadé que ces Interpretes
étant plus proches des temps où la Langue
Hebraïque étoit en uſage , étoient auffi
eux mêmes plus en état de l'entendre , que
ceux qui ne font venus que mille ou douze
cens ans aprés. Il n'oublie pas fur-tout
l'ancienne Verfion Vulgate , qui eft chez.
lui comme chez tous les Catholiques ,
d'un tres grand poids , & qui a été juſtement
eftimée des plus habiles Proteftans.
Il ne s'eft pas borné lá ; car dans les mots
difficiles , & qui ne le trouvent qu'une ou
deux fois dans l'Ecriture , il a cru devoir.
encore confulter les plus habiles Conmentateurs
de nos jours , & les Langues Orientales
, qui tifent leur origine de l'Hebraïque.
Après le plan general de l'Ouvrage , le
På Guarin donne pour échantillon des caracteres
& de la difpofition typographique,
les fept premieres pages de la Grammaire ,
D &
74 LE MERCURE
& les deux premieres du Lexicon. Nous
pouvons dire qu'il donne en même tems
un échantillon de la netteté & de l'érudition
avec laquelle il traite fa matiere . Il
joint à l'Alphabet Hebreu l'Alphabet Samaritain
, & l'Alphabet Rabinique , afin
que ceux qui voudront lire le Pentateuque
Samaritain & les Rabins , en connoiffent
au moins les lettres , & n'ayent pas befoin
de recourir à d'autres Grammaires.
Dans les Notes qui fuivent la feconde
page de la Grammaire , il prouve que les
Grecs ayant reçu des Pheniciens leurs lettres
, au moins celles dont on fe fert aujourd'hui
, lifoient autrefois comme les
Orientaux , de droit à gauche . Il fait voir
par des paffages formels des Anciens , tant
Juifs , que Chrétiens , que les caracteres
Samaritains étoient en ufage chez les Juifs
avant la Captivité de Babylone , & que les
caracteres Hebreux d'aujourd'huy font les
caracteres Chaldéens, qu'Efdras permit aux
Juits de garder quand ils furent de retour
Jerufalem. En expliquant la valeur des
lettres Hebraïques , il montre par un texte
décifif de S. Jerôme , que la double prononciation
, du Schin Schibboleth , & du
Sin Sibboleth , n'étoit pas inconnue du
temps de ce faint Docteur , comme l'a
avancé un Auteur moderne,
Le Programme
finit par un morceau dų
Lexicon
DE DECEMBRE 1721. 75
Lexicon , où aprés le mot Hebreu ou Chaldéen
on met la fignification ou l'interpré
tation des Septante , qui eft fuivie de celles
que donnent les autres Verſions Grecques !
d'Aquila , de Symmaque , de Theodotion
&c. Puis vient celle de la Vulgate , & en
dernier lieu celle qu'on trouve dans les
Dictionnaires modernes; & quand la ſigni¬
fication du mot eft douteufe , on la cherche
dans les langues voifines de l'Hebraïque.
Enforte qu'on trouve dans ce Dictionnaire
toutes les differentes interprétations
que les Anciens & les Modernes ont données
des mots Hebreux & Chaldéens de
l'Ecriture.
Au reste , c'eft rendre juftice au Sieur
Colombat , de dire avec le R. P. Guarin
que fon Imprimerie eft enrichie des Caracteres
Orientaux les plus finis . Cet habile
homme a un fils né avec des talens heureux
, lequel pour imprimer cet Ouvrage
avec plus d'exactitude , a appris l'Hebreu
& le Grec , & fe diſpoſe à apprendre les
autres Langues de l'Orient.
LA MEDECINE AISE'E, où l'on
donne à connoître les caufes des maladies ,
& les remedes propres à les guerir . Par
M. le Clerc , nouvelle Edition augmentée.
A Paris , chez L. d'Houry , in 12.
CHIRURGIE Complette , du même Au-
D ij teur
76 LE MERCURE
teur , par demandes & par réponſes , chez
le méme.
Son Ofteologie , contenant la fuite de
lá Chirurgie complette , & c. idem.

Le même Libraire r'imprime le Traité
des maladies les plus frequentes , & les
remedes specifiques pour les guerir. Par
M. Heluetins , beaucoup augmenté.
LE PARFAIT NEGOCIANT ,
on inftruction generale pour ce qui regarde
le Commerce des Marchandifes de
France & des pays étrangers . Far le fieur
J. Savari des Brulons , huitiéme Edition
revue corrigée , & nouvellement augmentée
des Edits , Declarations , Arrefts &
Reglemens intervenus fur le fait du Com→
mercedes Manufactures , depuis laprecedente
Edition ; enſemble de la vie de
l'Auteur : Par M. Philemon Louis Savari
fon fils , Chanoine de l'Eglife Royale de
faint Maur. A Paris , chez Cl. Kobuſtel,
rue faint Jacques , à l'Image faint Jean ,
in 4º, 1721 .
Ön aprend dans ce Livre autre chofe
que les belles Lettres & les beaux Arts ,
le bon & l'utile l'emportent de beaucoup
fur le beau & l'agreable . C'est un excellent
ouvrage dans fon efpece, que les Avocats
citent tous les jours au Palais. Il a été
traduit en Allemand , en Hollandois , en
Anglois ,
DE DECEMBRE 1721 . 77
Anglois , & en Italien. Les augmentations
de la feconde partie concernent la permiffion
accordée aux Nobles de faire le Commerce
en gros , les Banques de France ,
d'Amfterdam , de Hambourg , &c.
Jacques Etienne , Libraire ruë faint
Jacques, vient de propofer par foufcription
le DICTIONNAIRE UNIVERSEL DE
COMMERCE , Contenant tout ce qui concerne
le Commerce qui fe fait dans les
quatre parties du Monde , en gros , en
détail , par terre , par mer , de proche en
proche , & par des voyages de long cours.
L'explication de tous les termes dont on
fe fert dans ce Negoce , ou qui y ont rapport.
Les monnoyes de compte qui y fervent
à tenir les Livres &Ecritures des Marchands
: Les Monnoyes réelles d'or & d'argent
, de billon , de cuivre , d'étain , de
plomb , de coquillages & de fruits qui y
ont cours ; leur titre , leur valeur , leur
fabrique & monnoyage , & leur évaluation
fur le pied de celles de France. Les
poids & mefures qui y font en uſage ,
reduites les unes aux autres. Les productions
qui croiffent & qui fe trouvent dans
tous les lieux où les Nations d'Europe
ont porté leur Commerce , ou qu'elles ont
chez elles ; comme les metaux , mineraux ,
les pierreries , les drogues pour la Mede-
D iij
cine
78 LE MERCURE
cine & la Teinture ; les Epiceries , les
Beftiaux , les Grains , Legumes , Sels ,
Vins , & autres boiffons , les Bois , les
Soyes , les Laines , Cottons , Chanvres ,
Lins ; les Poiffons , les Pelleteries , les
Cuirs , les Huiles , & c. les Etoffes , ouvrages
& Manufactures d'or , d'argent , de
loye & autres , leur aulnage , & c . La
defcription des Métiers & Machines qui
fervent à leur fabrication , avec les droits
d'entrée & de fortie , & c. Les Compagnies
de Commerce , tant Françoifes qu'Etrangeres
, pour les Indes Orientales & Occidentales,
la Chine , le Senegal , la Guinée ,
le Levant , le Sud , le Nort , la Mer Baltique
, & c. avec l'Hiftoire de leurs établiffemens
, leur regie & adminiſtration ,
leurs Conceffions & Privileges , leurs
Actions , Primes , Soufcriptions , & leur
Negoce. Les Banques établies pour la commodité
& la feureté des Negocians. La
Banque Royale de France , celle de Venife
d'Amfterdam , de Roterdam , de Hambourg
, avec la Police qui s'y obferve. Les
Confuls que les Nations de l'Europe ont
les unes chez les autres , leur Jurifdiction,
leurs Droits & leurs Prerogatives. Cet
Ouvrage contient auffi le detail du Com .
merce de la France en general , & de la
Ville de Paris en particulier , & qui comprend
le Confeil Royal de Commerce , les
Chambres
DE DECEMBRE 1721. 79
Chambres des Villes qui ont droit d'y entrer,
leurs Deputez , les Juges des Manufactures
, & les Infpecteurs départis dans les
Provinces.Les Jurifdictions Confulaires de
Paris & des autres Villes, & c. Les Edits ,
Declarations , Ordonnances, Arreſts & Reglemmens
fur le Commerce . Les Chambres
d'Affurances : l'Etabliffement des fix Corps
des Marchands , & des 124 Communautés
des Arts & Métiers de la Ville de Paris ;
leurs Statuts , leurs Privileges , leur Negoce
; enſemble la defcription de tous les
outils & inftruments qui fervent aux Artifans
de ces divers Métiers . L'Arithmetique
mercantile , les differens Livres des Marchands
, leurs Comptes , leurs Societez ;
les Banquiers & Agens de Banque , les
Lettres de Change , les efpeces de Billets
de Commerce , &c. L'établiffement des
Prevôt des Marchands & Echevins de la
Ville de Paris , leur Juriſdiction & droit
de Police fur les Marchands & marchandifes
qui y arrivent par la Riviere. Enfin
toutes les Foires , tant franches qu'autres ,
qui fe tiennent en France & dans les lieux
les plus celebres de l'Europe , & autres
parties du Monde. Par M. Jacques Savary
des Brulons . Le nom feul de l'Auteur , G
connu dans toute l'Europe , annonce le
merite de cet Ouvrage. Les matieres im .
menfes qu'il renferme , la curiofité des
Diiij recheri
80 LE MERCURE
recherches fur l'Hiftoire naturelle , la Botanique
, les Mechaniques, &c . en affurent
P'utilité , non feulement aux Marchands ,
mais aux gens de toute condition . Il fera
en deux gros volumes in folio , en bon
papier & beaux caracteres , dont le prémier
eft achevé. Les Soufcripteurs ne payeront
que 15 livres en foufcrivant , & r's
livres lors qu'on leur délivrera l'Ouvrage
complet en feuilles , qui fera achevé d'imprimer
vers la fin de l'année 1722. Ceux
qui ne foufcriront pas le
payeront 45 livres
en blanc .
VOYAGE DU TOUR DU MONDE
traduit de l'Italien de Gemelli Carreri ,
par L. M. N. enrichi d'un grand nombre
de figures. 6. vol . in 12. A Paris , chez
Etienne Ganeau. A la fin du fecond volume
l'Auteur parle du Golfe Perfique , où
fe fait le grand Commerce des Perles &
de l'Ile de Baharen , où l'on pêche les
plus belles ; & il rapporte une fingularité
digne de la curiofité du Public. Comme il
n'y a aux environs de cette Ifle que des
eaux falées & fort mauvaiſes , dit - il , auxquelles
les Etrangers qui viennent à la
pêche des perles,ne font point accoûtumez ,
ils en envoyent prendre de douce au
fond de la mer , à une lieuë de l'Ifle . Voici
comment cela fe fait : quatre hommes
*
vont
DE DECEMBRE 1721. F81
vont dans une Barque , & lors qu'ils font
arrivez à une lieuë en mer , deux plongent
avec des vafes bien bouchez à leur ceinture
; quand ils fentent le fonds , ils les
débouchent vîte & les empliffent d'eau
douce , qui fe trouve jufqu'à trois pieds
au deffus du fond , & ſe font enfuite retirer
en haut par le moyen d'une corde à
laquelle ils font attachez. M. Gemelli
parle enfuite du fameux arbre des Banianes
, qui eft d'une telle grandeur , qu'il
peut couvrir mille perfonnes affifes fur un
mur élevé de deux pieds , & bâti exprès
en quarré.
TRAITE' DE LA PESTE , recueilli des
meilleurs Auteurs anciens & modernes ,&
enrichi de remarques & obfervations theoriques
& pratiques ; Par M. Manget ,
Medecin du Roy de Pruffe , & Membre
de l'illuflre Societé des Spenfierati de Roſſano.
A Genes , chez Philippe Planche
1721. in 12. & fe vend à Paris , chez
Montalant.
2
(
LE CALENDRIER DE LA COUR ,
qui s'imprime tous les ans pour la famille
Royale & Maifon de Sa Majesté , contenant
le lever & coucher du Soleil & de
la Lune , la durée des jours , leurs accroiffemens
& diminutions , avec la naiffance
Dv
des
82 LE MERCURE
des Rois , Reines , Princes & Princeffes
de l'Europe , les poids & mefures , & plufieurs
autres chofes curieufes & utiles ;
Brochure in 24. chez Collombat, ruë faint
Jacques 1722 .
CONNOISSANCE DES TEMPS pour l'année
1722 , au Meridien de Paris , publiće
Par l'ordre de l'Academie Royale des Sciences
, & calculée par M. Lieutaud , de la
même Academie , vol. in 12. A Paris ,
chez Jean Mariette , ruë faint Jacques ,
aux -colonnes d'Hercules.
METHODE FACILE, ou Conduite Chretienne
pour bien entendre la fainte Meffe ,
avec l'Ordinaire en Latin & en François,
des Prieres & des Reflexions pour le Matin
& pour le foir , & c. chez le même.
VOYAGE pour la Redemption des Captifs
aux Royaumes d'Alger & de Tunis ,
fait en 1720 par les RR. PP. François
Comelin , Philemont de la Motte , & Jofeph
Bernard , de l'Ordre de la Sainte
Trinité , dits Maturins , dedié au Roy ,
volume in 12. A Paris , chez Anne Seveftre
, Pont faint Michel , près le Marché
neuf. Et Pierre - François Gifart , ruë faint
Jacques , à fainte Therefe.
ULTIMA verba fa&aque & ultima vomi
luntates
DE DECEMBRE 1721. 83
luntates morientium Philofophorum, Virorumque
Faminarum illuftrium &c. Les
dernieres paroles , les dernieres actions ,
& les dernieres volontez des Perfonnes
illuftres de toutes fortes de conditions , Rois ,
Princes , Cardinaux , Evêques , Papes ,
Philofophes celebres , Dames de tous les
fiecles , &c. Tout l'Ouvrage eft en Latin ,
imprimé à Anvers chez J. François Lucas
en deux vol. in folio. 1721.
RECUEIL de plufieurs Pieces de Phyſique
, où l'on montre l'invalidité du Systéme
de M. Newton , avec une Differtation
fur les Paffions de l'ame , par M. N. Hartfoeker
, in 12. chez la Veuve Broedelet à
Utrecht.
PIERRE HUMBERT Libraire à Amfterdam
, debite la nouvelle édition du Didionaire
Critique de fen M. Baile , augmen
tée par l'Auteur de plus de 260 articles ,
fans compter diverfes augmentations dans
le corps de l'Ouvrage ; 4 volumes in folio.
ON vend actuellement à Utrecht , chez
Desbordes & van Poolfum le Voyage d'Itale
de M. Miffon , traduit de l'Anglois, avec
un Memoire contenant des avis utiles à
éeux qui voudront faire le même voyage .
Cinquième édition , enrichie de nouvelles
D vj figures
8.4
MERCURE LE
1
+
figures , & augmentée d'un quatrième volume
, contenant des Remarques que M.
Addiffon a faites dans fon dernier voiage
d'Italie. 4 volumes in 12 .
Le 22 d'Octobre dernier , jour auquel
le Roy de Portugal entroit dans fa trentetroifiéme
année , l'Academie Royale de
l'Histoire à Lisbone s'affembla dans une des
Salles du Palais , en prefence du Roy , de
la Reine , & de toute la Famille, Royale.
Le Marquis d'Abrantes , Directeur & Préfident
ce jour- là , commença la Séance par
un éloge des principales actions de Sa Majefté
, &c. Aprés fon compliment , il rendit
compte au Roy du progrès de cette
Academie.
Le 13 de l'autre mois , les Députez de
l'Academie que le Roy d'Efpagne a établic
à Madrid pour perfectionner la Langue
Efpagnole , eurent l'honneur de faluer fa
Majefté , de lui baifer la main , & de le
complimenter fur la convention du mariage
de l'Infante la fille avec le Roy de
France..
Nous aprenons avec regret aux amateurs
des Arts du Deffein , la mort d'Etienne
Picard , furnommé le Romain , arrivée
à Amfterdam le 12 du mois dernier , à la
".
quarre
DE DECEMBRE 1721. 85
quatre- vingt-dixième année de fon âge .
C'étoit un des plus habiles Graveurs du
hecle. Il fut reçu en 1664. membre de
l'Academie Royale de Peinture & Sculptu
re à Paris , & il en étoit le Doyen depuis
1705 ; il quitta Paris en 1710 , pour aller
demeurer en Hollande.
Les fameux Tableaux que Monfieur le
Regent attendoit d'Italie , font arrivez au
nombre de plus de deux cens. Nous en donnerons
un Catalogue circonftancié , & la
defcription des plus confiderables .
Nous aprenons d'Angleterre , au fujet
de l'infertion dont nous avons parlé dans
le Mercure de Septembre , que la Princeffe
de Galles a fair faire une lifte de tous les
orphelins de la Paroiffe de S. James , afin
que ceux qui n'ont point encore eu la petite
verole , puiffent la prendre par la voie
de l'infertion .
C On écrit de Drefde, que le Roy de Pologne
fe rendit au cominencement de ce mois
à Ofterwifen , accompagné de plufieurs
Miniftres , pour voir & examiner une machine
propre à éteindre le feu , qu'un particulier
d'Ausbourg a inventée , & aportée
exprès. On en fit l'épreuve devant S. M.
fur une maison de bois , qu'on avoit conftruite
à ce deffein , & qui étoit remplie de
Copeaux de fapin & de cercles poiffez
Lorfque
r
86 LE MERCURE
Lorfque cette maifon fut en flammes , l'Inventeur
employa fon fecret , & jetta dans
le feu ce qu'il avoit préparé , qui fit un
terrible fracas , & le feu s'éteignit tout d'un
coup. Le Roy lui a fait donner zoo Ducats
, & l'on ne doute pas qu'il n'obtienne
une recompenfe confiderable de l'Empire ,
pour publier fon fecret ; d'autant plus que
chaque proprietaire de maiſon pourroit
alors l'avoir pour deux Florins.
SPECTACLES.
PIECES DRAMATIQUES
ET JEUX DES COLLEGES.
LE
E 10 Août dernier on reprefenta à
Paris fur le Theâtre du College
Mazarin , pour la diftribution des prix ,
la Tragedie de SDECIAS , en trois Actes ,
dont voici le fujet.
Sedecias , fils de Jolias , ayant été établi
Roi des Juifs par Nabuchodonozor , à la…
place de Joachim fon neveu , que ce Roy
des Affiriens emmena captif à Babylone ;
bien loin de reconnoître une fi grande fa->
veur , & d'entretenir avec fon bienfaicteur
une paix fincere & folide fuivant le ferment
qu'il en avoit fait , il , rompit peu.
de
DE DECEMBRE 1721. 87
de temps après avec lui , fit alliance avec
le Roy d'Egypte , & fans refpecter les
avis que le Prophete Jeremie lui donnor
de la
part de Dieu , pour prévenir les derniers
malheurs dont il étoit menacé , k
imita les excès & les impietés de fon Predeceffeur
, & porta par fon exemple fon
Peuple à toutes fortes d'abominations.
Cette conduite attira fur lui & fur les Sujets
la colere & la vengeance du Seigneur
car étant fur la fin de la neuvième année
de fon Regne , Dieu fufcita auffi contré
lui Nabuchodonofor , qui ne penfant qu'à
venger fes injures particulieres , vengea
en effet celles de Dieu. Le Siege de Jerufalem
qu'il tint long temps environnée de
toutes les Troupes , la réduifit à une famine
effroyable ; & après deux ans on
donna à la Ville un grand affaut , & on y
entra par la breche. Plufieurs perfonnes
de qualité s'enfuirent pendant les renebres
de la nuit, & Sedécias lui -même avec fes
deux enfans , le fauva par une porte fecrete,
mais Nabuchodonofor l'ayant fait pourfuivre
, il fut attrapé près de Jericho , &
amené devant ce vainqueur , qui ayant
fait tuer en fa prefence fes deux fils , luż
fit crever les yeux , le chargea de chaînes
& le mena en cet état à Babylone.
PERSONNAGES,
88 LE MERCURE
PERSONNAGE S.
NABUCHODONOSOR Roi de Babylone.
NABAZARIS , Prince Chaldéen , & Geral
des Armées de Nabuchodonofor.
AREMANTUS & EMEGARUS, Lieutenans
Generaux de Nabuchodonofor.
SEDECIAS Roi des Juifs .
JEREMIE , Prophete.
MARDOCHE'E , Prince Juif.
GEDELIAS , premier Miniftre de Sedecias.
HELCIAS , fils de Sedecias.
AZARIAS , frere d'Helcias .
La Scene eft à Jerufalem , dans le Palais
de David.
Au refte cette Piece n'eft point nouvelle
; elle a déja été reprefentée fur le
même Theâtre en 1703. Il y a même
affez long -tems que les Profeffeurs de ce
College n'en ont donné de leur compofition.
Une autre Tragedie fous le même
titre fut reprefentée au College d'Harcour
au mois d'Août 1717 , par les Ecoliers
de ce College , M. Joffet , qui y étoit Profefleur
DE DECEMBRE 1721 . 89
.
feffeur de Rhetorique , en eft l'Auteur.
Nous allons donner le nom des Perfonnages
, après avoir dit un mot du fujer
qui eft pris du quatriéme Livre des Rois .
Ayant donc pris le Roy , ils l'emmenerent
au Roy de Babylone , à Reblata , & le Roy
de Babylone lui prononça fon Arreft ; il fit
mourir les fils de Sedécias aux yeux de leur
pere , il lui creva les yeux , le chargea de
chaînes , & l'emmena à Babylone.
PERSONNAGES DE LA PIECE.
SEDECIAS , Roy de Juda.
OSIAS & MISAEL , fils de Sedecias.
SAREA , Pontife.
NABUCHODONOSOR , Roy d'Affyrie.
AREMANT , Generaliſſime de l'Armée de
Nabuchodonofor.
ARIOC , Capitaine des Gardes de Nabuchodonofor.
NABUZARDAN , General de l'Armée
-de Nabuchodonofor..
ZACHUR , ami d'Aremant .
La Scene eft à Reblata ; Ville de syrie.
THEATRE
90 LE MERCURE
AAAAAAAAAAA
THEATRE ITALIEN.
LE
E Decembre les Comediens Italiens
ont repréfenté pour la premiere fois
la Parodie de Phaeton , petite Comedie
fort ingenieulement compolée . C'eft l'Opera
réduit en un acte , & mis en Comique
l'Auteur a travefti les Rois & les
Princes en Cabaretiers & en Payfans , Epaphus
en Arlequin , & Phaeton en Trivelin.
Tous deux n'ayant d'autre ambition que
d'époufer la fille , du Cabaretier Colas ,
pour être maître du Cellier , qu'on a ſubftitué
à la place du Royaume ,dont il s'agit
à l'Opera . Trivelin l'emporte fur fon Kival.
Il y a divers traits comiques de critique
fenfée ; par exemple , la querelle
d'Arlequin & de Trivelin , finit par ces
mots que dit ce dernier , Allons , l'épée à
la main , nous ne sommes pas ici à l'opera.
Sur la fin de la Piece , la Bergere Climene ,
mere de Phaeton, ne l'ayant point vû depuis
qu'il eft monté au Ciel , reçoit une lettre
de fa part , & dit , Il a bienfait de m'é.
crire , car fans cela je n'aurois pas fçu ce
qu'il étoit devenu.
L'OPERA
DE DECEMBRÉ 1721. 91
JtjbjbjbJtJb JbJbJbJbJbJttp
L'OPERA.
'Academie Royale de Mufique ne nous
L'ounit nouveau
fournit prefque rien de nouveau ce
mois- ci , qui merite d'être raporté. Elle
continue toujours les repréſentations de
Phaeton . Mais nous ne devons pas paffer
fous filence la Dile Maure , jeune perfonne
qui vient de chanter le Rôle d'Aftrée
dans le Prologue de cet Opera. On lui
trouve des graces & de l'expreffion dans
le vifage , dans les yeux & dans le geſte ;
& pour la voix , on ne la compare pas
moins qu'à Mile Rochoys , la plus fameule
Actrice qui ait paru fur ce Theatre.
1
Le fieur Tribout , chante depuis quelques
jours dans le même Opera le Rôle de
Phaeton , avec beaucoup d'aplaudiffement ,
On apprend de Vienne qu'on y a repréfenté
le 19 du paffé ún Opera intitulé le
Jugement d'Enone , à l'occafion de la fête
de l'Archiducheffe Elizabeth , four aînée
de l'Empereur.
On a reprefenté à Madrid , devant leurs
M. C. quelques jours après l'arrivée du
Duc de Saint Simon , Ambaffadeur extraordinaire
de France , une Tragedie en
Mufique , intitulée Semelé embraſée .
LE
92 LE MERCURE
LE THEATRE FRANCOIS.
3
LEMardy 2ºDecembre , les Comediens
du Roy ont remis au Theâtre Colin
Maillard , petite Comedie d'un Acte en
Profe , ornée de chants & de danfes , da
Sieur Dancourt , qui n'avoit été jouée depuis
très long temps , & que le Public a
revue avec plaifir .
LA VENGEANCE DE L'Amour , Comedie
de M. Joly, que nous avions annoncée,
& que le Public n'a point goûtée ,
n'ayant été reprefentée qu'une fois . Nous
n'entrerons point dans les defauts qu'on
reproche à l'Auteur , lequel nous écrit
en ces termes : Meffieurs , aprés avoir vù
réuffir ma Comedie de l'Ecole des Amans ,
dont la fimplicité , la pureté du ftile , la
verfification châtiée , & les refforts du coeur
humain affez heureusement développez , faifoient
tout le mertte , j'ay cru que je devois
m'attacher à ce genre de Comedie , c'est ce
qui m'a déterminé à choisir la Vengeance
de l'Amour , où je m'étois imaginé que je
pourrois employer les mêmes moyens qui
m'avoient fi utilement fervi , puis que le
Public en avoit été content , au delà même
de mon eſperance ; mais je vois bien què
18
DE DECEMBRE 1721. 93
je n'ay point affez refléchi ſur la grandeur
de l'entreprise , & fur le danger qu'il y a de
- traiter de pareils fujets en cinq Actes , où la
fimplicité quelque ornée qu'elle puiffe eftre, ne
Se peut foutenir ; au lieu que dans une
Piece en trois Actes ; cette même fimplicité
accompagnée des circonftances dont j'ay
Parlé , peut être favorablement reçûë.
Je pourrois vous faire part de quelques
reflexions que jay faites fur la difficulté ,
on pour mieux dire fur l'impoffibilité qu'il
y a de divifer une action theâtrale en cinq
parties , fans qu'il y en ait deux qui prenant
fur les trois autres , les alterent
les affoibliffent , puis que l'expofition , le
naud& le dénouement doivent la compofer ;
mais ce détail me meneroit trop loin. Je
fuis , & c,
Nous joignons ici un fragment de
cette Comedie , fait dans l'idée des tableaux
de l'Albane ; il eft placé à la ſuite
d'un recit que la Servante fait d'une jeune
perfonne qui eft revenue du Bal avec une.
paffion dans la tête , & voulant à ce fujet
donner l'effor à fon imagination , elle
ajoùre çeş Vers ,
Une troupe d'Amours
Entre de tous côtez , & vole à fon fecours ,
Autour d'elle auffi tôt tous à l'envi s'empreffent,
Les uns baifent fes mains , les autres la careffent
L'un
94
LE MERCURE
A
L'un compoſe un bouquet, la couronne de fleurs,
Un autre tend la main pour recueillir fes pleurs,
Un autre prend fon pouls , le tâte , l'étudie ,
Et rit du prompt fuccès dont fa fleche eft fuivic.
Ce n'est pas tout, tandis que j'obſerve avec foin ,
L'un d'eux vient m'avertir & me montre en un
coin ,
Quatre de ces fripons charmez de leur conquête,
Dont la danfe legere inventoit une fête ,
Et qui par leur tranfport & leur air triomphant
M'apprenoient que contre eux en vain on ſe
defend ,
Et que des coeurs mutins la folle reſiſtance
Donne encor plus d'éclat à leur toute-puiffance.
Le 10 Decembre on a remis au Theâtre
la Tragedie d'Elettre de Mr , Crébillon,
que le Public a revûe avec beaucoup de
plaifir. La Dlle Lecouvreur & le Sr. &
du Frefne , ont extrémement plû dans les
Rôles d'Electre & d'Orefte .
Le 20 Decembre la Dlle Châteauneuf
qui n'avoit jamais reprefenté fur ce Theâtre
, y a joué deux Rôles de fuivante dans
les Comedies de Tartuffe & des Folies
amoureuſes ; un air gay , de la vivacité ,
& une voix agreable , lui ont attiré les
aplaudiffemens du Public,
Le 21 on a donné la feconde repreſentation
de Vencellas Tragedie de Rotrɔn,
que
DE DECEMBRE 1721. 95
que le Public demandoit depuis très long
temps , & qui eft fort aplaudie. Le Sr,
Baron y reprefente Ladiflas d'une maniere
inimitable. C'est par ce Rôle qu'il terminą
fa premiere carriere , lors qu'il quitta le
Theatre en 1691 , jouant devant la Cour
à Fontainebleau,
Ce n'eft pas d'aujourd'huy qu'on trouve
setre Piece excellente ,foit par la conduite,
foit par les caracteres : c'eft la feule de
cet Auteur, avec Cofroes , qui fe foit confervée
au Theatre , & qui plaife toujours
malgré l'air gothique de fa verfification,
Elle fut imprimée à Paris en 1648 , quelque
temps après les premieres reprefen-.
tations , & dediée au Cardinal Mazarin ,
Au refte , quoi que le grand Corneille
feit generalement parlant bien fuperieur
à Rotrou , qu'il appelloit cependant ſon
pere ; il y a quelques unes de fes Trage
dies qui ne foutiendroient pas le parallele
qu'on en pourroit faire avec celle ci ,
Comme toutes les Pieces de Theatre
de Rotrou , dont les Maîtres de l'Art
font encore aujourd'hui beaucoup de cas ,"
n'ont jamais été affemblés en corps d'ou
vrage , les curieux ne feront pas fâchés
d'en trouver ici les titres recueillis avec
foin , mais comme Rotrou , homme mal
à fon aile , & grand dépenfier , faifoit
quelque fois une Piece en deux nuits ,
lors
95 MERCURE LE
lers qu'il étoit preffé d'argent , nous ne
fommes pas fûrs qu'il ne nous en foit
échapé aucune.
CAT AL O G U E.
L'hypocondre , Comedie en 1631 .
Diane , Comedie. 1635 .
La Bague de l'oubly , Comedie. 1635.
Les occafions perdues , Comedie . 1636 .
Clorinde , Comedie . 1636 .
Celiane , Comedie. 1637.
Philandre , Comedie . 1637 .
L'heureux naufrage . Tragi - Comedie . 1638 .
Alfrede , Comedie. 1639 .
Les deux Pucelles , Comedie. 1639. ( a )
La Soeur , Comedie . 1647 .
Les Menechmes , Comedie , imitée de
Plaute . 1636.
Les Sofies , Comedie imitée. idem . 1638 .
Les Captifs , Comedie. idem. 1640 .
Celimene , Paftorale. 1636. ( b )
Cleagenor & Doriftée , Tragi- Comedie.
1635. 3
L'heureuſe conftance, idem. 1636.
( a ) La premiere Comedie de Quinaut , est
imitée prefque mot à mot de celle - ci , fous le
nom des Soeurs Rivales .
(b) On joua cette Piece plus de vingt ans
aprés , retouchée par Tristan, fous le nom d'Amarillis.
Agefilan
DE DECEMBRE 1721. 97
1
Agefilan de Colchos , Tragi- Comedie
1637.
L'innocente infidelité , idem.
1637.
La Pelerine amoureuſe , idem.
1637 .
Amelie , idem, 1638 .
Laure perfecutée , idem. 1639 .
Clarice, ou l'Amour conftant. idem. 1643v
Celje , ou le Viceroy de Naples , idem.
1646.
Dom Bernard de Cabrere , idem. 1647,
D. Alvare de Lune. idem.
Hercule mourant , Tragedie. 1636.
Chryfante , Tragedie. 1640 .
Antigone , ou la Thebaïde , Trag. 1640;
Iphigenic , Tragedie . 1642 .
Belifaire , Tragedie. 1644.
Venceflas , Tragedie. 1648 .
Saint Geneft, fon martyre, Tragedie. 16482
Cofroes , Tragedie. 1649.
Florimonde , Tragi- Comedie. 1654. c'eſt
fon dernier ouvrage.
E NOUVELLES
LE MERCURE
NOUVELLES E'TRANGERES.
De Petersbourg ce 18 Novembre.
L
E. Czar est allé pour quelques
jours à Cronflot , avec tous les
nafques qui ont affifté aux nôces
du Knes Papa ; la Cour en
revint le 19 Octobre. On dit que fa Majefté
Czarienne a fait affembler près d'Aftracan
, une Flote de Galeres , & l'on parle
d'une expedition dans la Mer Cafpienne.
Les Troupes Mofcovites qui étoient campées
le long de la Riviere de Duna , près
de Riga , font entrées, en quartier d'hyver.
Les Troupes de Curlande en ont
fait autant ; mais les Officiers Subalternes
ont ordre de ne point quitter leurs Regimens
fous peine d'être caffez . Le 28 Octobre
le Czar figna un ordre pour faire
transporter à Petersbourg le principal commerce
établi à Archangel. Les Troupes
de Suede font heureufement arrivées en
Finlande , & l'évacuation des places de ce
Duché convenue au Traité de Nyſtadt ſe
fera inceffamment . Le 17 Novembre il y
eut un débordement d'eau fi furieux ,
qu'on ne pouvoit aller dans les rues qu'en
batteau ;
DE
DECEMBRE 1721 .
99
batteau ; des ponts & des maifons de bois
ont été entraînées par le torrent , qui a
fubmergé plufieurs perfonnes. Les Commiffaires
nommés pour livrer les Places du
Duché de Finlande que le Czar doit rendre
au Roy de Suede , fuivant le Traité de
Nystadt , font partis pour Vibourg , où il
doivent attendre les Commiffaires Suedois.
Relation de ce qui s'eft paffé à Petersbourg,
à l'occafion de la Paix entre le Czar
de Mofcovie & le Roy de Suede.
Le
E Dimanche 2 Novembre 1721 , le Czar fe
rendit avec tous les Seigneurs de fa Cour
& les Miniftres Etrangers à l'Eglife Cathedrale
de Petersbourg , où la ceremonie de la publication
de la Paix devoit le faire .
Ce Prince chanta lui - même en cette ceremonie
fuivant fa coutume en qualité de Chef de
fon Eglife ; il étoit affifté de deux Evêques &
de plufieurs Prelats officians pontificalement
avec des ornemens & des bonnets tres - riches ,
au lieu de mitres .
on Auffi-tôt que le Service Divin fut fini ,
lut en langue Ruffe le Traité de la ratification
de la Paix avec la Suede. Aprés cette lecture
un des Evêques officians fit un fermon fur le
fujet de la Paix , & ce Sermon étant fini , le
Chancelier Golofxin fit au Czar un compliment
dans les termes fuivans.
SIRE ,
Les foins infatigables de V. M. fon applica
E ij
tion
385132
100 LE MERCURE
tion , & fon attention continuelle au bien de fes
Sujets , ont diffipé les tenebres où nous étions enfevelis.
Votre Majeflé toute seule fans aucun
fecours étranger a pour ainsi dire de rien produis
des merveilles qui font aujourd'huy la juste admiration
de toute la terre . C'est vous , SIRE ,
qui nous avez guidés fur le grand theatre du
monde , où graces à vos foins nous tenons aujourd'huy
un rang confiderable entre les Nations
les plus civilifées de l'Europe. Le grand nom &
les actions immortelles de V. M. font parvenus
jufques dans les Pays même les plus éloignez.
Qui pourroit jamais trouver des éloges & des
expreffions proportionnées à la grandeur & à la
gloire de tant d'illufires travaux fuivis d'une
paix encore plus glorieufe que vous venez d'accorder
à vos Ennemis ? Ce font là , SIRE , les
doux fruits de vos foins de votre vigilance.
Nous nignorons pas que la modeftie de V. M.
fouhaite de s'epargner le recit de tant defaits
glorieux nous craindrions de la fatiguer defes
propres exploits . Pour ne nous pas attirer cependant
le reproche inévitable d'ingratitude envers
V. M. fi nous ne lui donnions aucune marque
publique de notre zele ,fouffrez , SIRE , que vos
fideles Sujets affemblez au Senat par ordre exprés
de V. M. pour le gouvernement de fes Peuples ,
Vous proclament au nom de tous les Etats de
vot.e Empire, Grand Empereur , & Perç de la
Patrie.
Recevez , SIRE , ce doux nom des acclamations
de votre Peuple , qui ſe ſent penetré de la
plus vive & de la plus tendre reconnoiffance de
tant de bienfaits qu'il a reçûs de V. M. Quelque
étrangers , SIRE , que ces titres vous parroiffent
, ils n'ont rien qui vous doive furprendre-
Depuis plus de deux fiecles celug
d'Empereurfut donné à l'un de vos predeceſſeurs
par
DE DECEMBRE 1721 1

101
par Maximilien premier , Empereur d'Allemagne.
Nous avons veu de nos jours que
plufieurs têtes couronnées n'ont pas fait difficulté
de vous donner ce titre qui vous eft fi legitimement
du. Vous vous êtes acquis , SIRE , celuy
de Grand , au prix de votre fang que vous
avez fouvent exposé pour le falut de vos Peu
ples . Déja plufieurs Auteurs d'un commun accord,
par un préſage heureux vous l'ont donné dans
leurs écrits , & ont devancé nos intentions . Il
n'y a que le nom de Pere de la Patrie que nous
avons cru pouvoiry ajouter à l'exemple du Senat
de l'ancienne Rome de ceux de la Grece qui
Prociamoient de ce nom ceux de leurs Monarques,
qui par leurs bienfaits , leurs vertus hercïques ,
ou quelques actions tout à fait extraordinaires
fe l'étoient comme vous justement acquis en fe
rendant l'amour les delices de leurs Sujets .
Vous êtes déja , SIRE , le vrai Pere de votre
Peuple , nous vous confiderons comme le prefent
te plus cher & le plus precieux que le Ciel nous
ait fait. Ce font vos bontez qui nous ont enconragés
de joindre à nos remerciemens le nom de
Pere de la Patrie. Acceptez le donc , SIRE ,
recevez- le comme un témoignage public & antentique
du zele du respect dont vous verrez
tout un Peuple reconnoiffant. Il ne vous offre ,
SIRE , que votre bien. Il ne fait que confirmer
d'une commune voix par ſes cris d'allegreffe
fes acclamations des noms que vos vertus avoient
merités depuis long- temps.
Le Czar répondit à ce difcours qu'il rece
voit avec reconnoiflance cette marque de l'affection
de fes Peuples , qu'il les traiteroit en
Pere , mais qu'il leur recommandoit de bien
prendre garde que la Paix gloricufe qu'il venoit
de conclure , ne fût pas une occafion de rallen
tir leur courage & la difcipline militaire , feule
E iij capable
102
LE MERCURE
capable d'éviter la décadence où est tombé
l'Empire d'Orient , dont la moleffe & le luxe
avoient été la caufe ; qu'il continueroit fes travaux
& fes foins pour la confervation de leur
gloire , & pour la profperité de la Nation , &
qu'il les exhortoit à fuivre les bons exemples
qu'il leur donneroit.
Le Te Deum fut enfuite entonné , & l'on fit
une triple décharge de l'Artillerie de la Citadelle
, de 144 Galeres qui venoient d'arriver
de Finlande , & d'un Regiment des Gardes qui
étoient rangez dans la Place.
Au fortir de l'Eglife on fe rendit dans la
Maifon du Senat , où il y avoit des tables rangées
pour plus de mille perfonnes. Le Czar
fe mit à la feconde table ; la Czarine étoir
dans une autre chambre à côté , avec les Dames
de fa Cour , fans hommes .
Avant que l'on fe mit à table un Secretaire
lut à haute voix la promotion des Officiers de
Marine , & la lifte des prefens que le Czar
avoit faits à l'occafion de la Paix.
Le Czar avoit ordonné que pendant le dîner
chacun bût à ſa volonté , & que l'on fe refervât
pour le foir après le feu d'artifice .
La decoration de ce feu reprefentoit le Temple
de Janus : il étoit placé vis à- vis les fenêtres
du Senat. Tous les ornemens , les corni
ches , les portes , les colonnes , & le dôme qui
reprefentoit une couronne Imperiale , étoient
formés par vingt mille lampions , dont l'effet
étoit très beau .
Il y avoit à gauche à la diftance de 20 toifes
un autre édifice d'où devoit paroître une ftatue
formée par le feu , reprefentant la Juftice qui
fouloit aux pieds l'Envie , tenant d'une main
un glaive , & de l'autre une balance , avec cette
infcription , La Juftice triomphe de tout.
Du
DE DECEMBRE 1721. 103
Du côté droit à même diftance devoit paroître
un Vaiffeau arrivant à pleines voiles dans
le Port , avec cette infcription , La fin a couronné
l'oeuvre.
Entre les efpaces il y avoit deux piramides
de chaque côté.
Toutes les Galeres étoient rangées à l'oppofite
, ornées de leurs pavillons & banderolles ,
& près des fenêtres le Yacht du Czar , illuminé
de lampions.
Pendant que ce Prince donnoit lui - même
fes ordres pour l'execution du feu d'artifice , la
Czarine fortit dans la grande Salle avec les Princeffes
& autres Dames , & elle ouvrit le Bal en
danfant avec le Duc de Holſtein .
Tout étant preft , vers les onze heures du
-foir le Czar entra dans la Salle , diftribua luimême
aux principaux de la Cour des deffeins
du feu d'artifice , dont il eft l'Auteur , & fit
donner le fignal par un grand bruit de trompettes
, de tambours , de timballes , & d'artillerie.
Un moment après les portes du Temple s'ouvrirent
, & la ftatuë de Janus parut dans le
fond du Temple.
Lors que le feu qui compofoit cette ftatuë
fut fur fa fin , la Juftice & le Vaiffeau parurent
& un moment après il fortit de derriere la
Juftice une ftatuë en feu , montée fur un Aigle,
reprefentant la Ruffie , & de derriere le Vaiſſeau
' une autre ftatuë montée, fur un Lion , reprefentant
la Suede , ayant chacune la main droite
en avant.
Ces ftatues s'avancerent à pas égal , fermerent
les portes du Temple , & fe donnerent enfuite
la main en figne de reconciliation .
Lors que ces deux ftatues furent confumées
il parut dans un inftant quatre piramides com-
E iiij
me
"
104
LE MERCURE
me de diamans ; l'on tira fix mille fufées & d'autres
artifices , dont l'effet fut auffi agréable que
l'execution bien fuivie.
On fit couler deux copieufes fontaines de vin
pour le peuple , & on leur abandonna un boeuf
rôty , qui étoit fur une eftrade , & dont le Czar
alla couper un morceau avant que les aſſiſtans
y touchaffent.
Au moment que les feux d'artifices furent
finis fur la Place , on vit paroître fur l'eau quatre
figures en feu , l'une reprefentant la Renommée
, & les trois autres la Juftice , la Prudence
& la Victoire , & pendant qu'elles durerent , la
Riviere fut couverte de plufieurs efpeces de
decorations de feu ties agreables à la `vûë juſqu'à
trois heures du matin .
Pendant ce fpectacle les rafraîchiflemens furent
diftribuez en abondance.
L
De Stokholm , ce 28 Novembre.
E Comte Liewen eft parti pour Carelscroon
, où il doit prefider à la
Commiffion qui y eft établie. Le 24
Octobre la nouvelle de l'échange des ratifications
du Traité de paix conclu à
Nyftade arriva ici , & le 25 la publication
de cette paix fut faite au fon des timbales
& trompettes , & au bruit de l'artillerie.
On a tenu un grand Confeil de guerre ,
les Officiers Generaux avoient tous reçu
ordre de s'y trouver , il y fut refolu de
faire une reforme de dix mille hommes ,
de donner les chevaux des Cavaliers &
Dragons aux Payfans ruinez par les cour-
Les
T
DE DECEMBRE 1721. 105
fes des Mofcovites , & de leur accorder
trois années de franchiſe pour les mettre
en état de fe retablir. On a auffi arrêté
de faire la même grace à ceux du Duché de
Finlande , que la derniere guerre a fort
maltraitez. Le Commiffaire Oofthof qui
avoit été impliqué dans l'affaire du Colonel
Stobens a été lavé de toutes les accufations
intentées contre luy. M. Bruec ,
premier Plenipotenriaire du Czar à Nyftadt
, reçoit ici , quoi que fans caractere,
tous les honneurs imaginables. Le General
Duker & plufieurs anciens Gentilhommes
de Livonie fe préparent à paffer dans cette
Province , pour y rentrer en poffeffion de
leurs Terres , en vertu de l'Article IX.
du Traité de Nystadt.
De Coppenhague , ce 3 Decembre..
LA
A Princeffe Sophie Hedwige , four
du Roy , a été dangereufement malade
à Wemmelſtor , mais fa fanté eft parfaitement
rétablie. On travaille à l'inftruction
du procès du fieur Martens , accusé de
quelque correfpondance avec le Duc
d'Holſtein. M. Gabel Gentilhomme de la
Chambre du Roy , & le Major General
Oertzen , font partis pour aller faire la
réforme de quelques Regimens , & en incorporer
les Soldats dans les autres Regi-
E v mens
106 LE MERCURE
mens qui font confervés. Le 28 Novem
bre on celebra l'anniverfaire de la naiffance
de la Princeffe époufe du Prince Royal de
Dannemarck , les Miniftres étrangers &
les Seigneurs de la Cour complimenterent
leurs Majeftez à cette occafion . Au
commencement de ce mois une tempête
violente repouffa les eaux de la Mer
avec tant de force , qu'on pouvoit mar.
cher à pied ſec depuis le Tolbude jufqu'au
Fort des trois Couronnes , ce que les vieillards
les plus âgez ne fe fouviennent pas
d'avoir vû .
De Varfovie , ce 19 Novembre.
La
fait
publier le
General de l'Armée de la Couronne
Octobre un Reglement
concernant les quartiers d'hyver. Il
a auffi écrit au Treforier de la Couronne
pour
le folliciter de faire les fonds necelfaires
au payement des Troupes qui menacent
de lever les contributions dans le
Pays. On mande de Drefde que le Roy doit
aller vers le commencement de l'année prochaine
à Frauſtad , & que le grand Chancelier
de la Couronne a reçu des ordres pour
s'y rendre dans le même tems. Le Palatin
de Kiovie a rendu par ordre du Czar aux
Députés du Grand General de Pologne ,
l'Artillerie qui avoit été enlevée par les
Mofcovites
DE
DECEMBRE 1721. 107
"
Moscovites aux Polonois , dé même que
tous les prifonniers. Le Roy a fait part aux
principaux Seigneurs du Royaume de la
naiffance du Prince fon petit - fils ; les Magiftrats
de Pofnanie ont deffendu aux
Juifs de faire aucun commerce dans la
Ville le jour du Dimanche , & les Habitans
ont auffi ordre de ne les point troubler
le jour du Sabbat. Le Roy a donné
fon portrait garni de diamans & cinq cens
ducats au Colonel de Camphaufen , qui
a porté la nouvelle de la Paix concluë à
Nyſtadt avec le Czar & le Roy de Suede .
La Foire de Mohilow en Lithuanie , s'eft
tenuë cette année avec tout l'ordre poffible;
on y a remarqué une très grande abon
dance de beftiaux , & d'autres marchandifes
.
L
"De Vienne , ce 30 Novembre.
E 28 Octobre il y eut fête au Palais
pour l'anniverſaire de la naiffance de
la Reine douairiere d'Espagne , veuve de
Charles II. & foeur de la feue Imperatrice
Eleonoré , qui entroit ce jour- là dans la
cinquante- cinquiéme année de fon âge ,
étant née à pareil jour de l'année 1667.
Le premier Novembre jour de la fête de
tous les Saints , l'Empereur accompagné
de l'Imperatrice , des Archiducheffes , de
Ambaffadeur de Veniſe , & des Cheva-
E vj .
liers
·108 LE MERCURE
liers de la Toifon d'or , tint Chapelle
publique , & l'après midy il entendit les
Vêpres & la Prédication dans l'Eglife
Aulique des Auguftins Dechauffés. Le z
Sa Majefté Imperiale affifta dans la même
Eglife à tout l'Office des Morts . Le 4
fête de faint Charles Borromée , dont
P'Empereur porte le nom , les Imperatrices,
les Archiducheffes , les Miniftres étran- .
-gers , & tous les Seigneurs de la Cour ,
firent leurs complimens à Sa M. I. qui s'y
rendit fuivi d'un grand cortege à l'Egliſe
Paroiffiale de Saint Micheldes Barnabites,
où la grande Meffe fut celebrée pontifica
lement par l'Evêque de Vienne. L'Empe
rent revint enfuite au Palais , accompagné
du même cortege , là il dîna publiquement
, & le foir il vit reprefenter un
Opera , qui a pour titre Ormifde. M.
Lantinski Gentilhomme de la Chambre
du Czar , a donné une fêre au fujer de la
Paix conclue entre fon Maître & la Suede.
Les divertiffemens ont duré trois jours
le Comte de Kinski , Confeiller d'Etat de
l'Empereur , a été le Roy du Bal , & la
Reme a éré la Comteffe de Staremberg,
née Princeffe de Lowenfteni Werfteni. Sa
Majefté a donné au Duc de Lorraine la
Principauté de Tefchin en Silefie , dont
les revenus tiendront lieu en partie des
interêts que l'Empereur doit payer à ce
Prince
DE
DECEMBRE 1721. 109
Prince pour les trois millions qu'il lui a
avancez fur le produit des Mines de vif
argent de Hongrie & Tranfilvanie. l'Envoyé
de Lorraine à la Cour Imperiale à
pris poffeffion de cette Principauté au nom
du Duc fon Maître. Le 18 Novembre on
fit l'ouverture de PAffemblée des Etatsde
la Baffe Autriche , où tout fe paffa au
gré de l'Empereur & de fes Sujets.
LE
De Londres ce 12 Decembre.
Es Communes en grand comité ont
refolu après de longues conteftations
d'entretenir autant de Troupes que l'an
née derniere , cela monte à 14294 hommes,
y compris les Officiers & les Invalides.
Cetre decifion a paffé à la pluralité
de 121 voix contre 37. On a accordé un
Million pour décharger une partie des
dettes de la Marine . Le nombre des Marelors
pour le fervice de cette année , në
fera que d'environ fept mille , il étoit
les années precedentes de treize mille ,
à caufe des efcadres envoyées dans la Mer
Baltique. Le 10 Novembre on celebra
Panniverſaire de la naiffance du Prince de
Galles , qui entroit dans fa trente - neuvićme
année. Ily eut des illuminations dans
toute la Ville , & un grand Bal à Leiceſter
dans l'Hôtel du Prince. Le Chevalier Ro
ber
110 LE MERCURE
bert Sutton , Envoyé extraordinaire du
Roy à la Cour de France , arriva de Paris
le 6 Decembre . Milord Cadogan revint
le même jour de la Haye , mais la navigation
ne fut pas fi heureufe , il effuya
une tempête de quatorze heures , & fut
obligé pour fauver le Vaiffeau qui le portoit
d'en faire jetter à la mer les canons
& fes propres équipages . Le nouvel Evêque
de Salisbury , Chancelier né de l'Ordre
de la Jarretiere , a prêté ferment dans
un Chapitre de l'Ordre , tenu pour le recevoir.
L
De Lisbone , ce 17 Novembre.
E Roy accompagné des Infants Don
François Xavier , Antoine & Dob
Antoine François fes freres , partir le 12
Octobre de Lisbonne , & fe rendit à
Cinira , maiſon de campagne du Duc , de
Cadaval de la Maifon de Bragance , où Sa
Majesté doit voir les fêtes que ce Seigneur
a coutume d'y donner tous les ans . Le
Marquis de Capichelatro , Ambaffadeur
extraordinaire de Sa Majefté Catholique
à la Cour de Portugal , a donné dans ion
Hôtel une fête remarquable par la magnificence
, au fujet de la convention du
mariage de l'Infante d'Elpagne avec le
Roy Très -Chretien. Il fit tirer un très .
beau
DE DECEMBRE 172T. IFF
beau feu d'artifice ; toute la façade de fon
Hôtel fut illuminée , & les appartemens
furent occupés par un Bal fuperbe . La
Flotte deftinée pour Fernambuc mit à la
voile le premier Novembre avec un vent
favorable ; elle eſt compofée de huic Navires
, & efcostée par la Notre- Dame de
Palme , Vaiffeau de guerre commandé par
le Capitaine Jean Antumés ; il doit fuivant
les ordres relâcher à la Baye de tous
les Saints , où il doit eftre joint par d'autres
Vaiſſeaux , entre autres le Triomphe
de la Foy , la Notre- Dame de l'Alfomption ,
la Notre- Dame de Pieté , la Notre- Dame
de l'Incarnation , & la Notre Dame de Paraife
: le Gouverneus Don Antonio d'Albuquerque
Coeslo , & l'Evêque Don
Manuel de Sainte Catherine , font partis
fur ces Vaiffeaux pour fe rendre à leurs
nouveaux poftes dans le Royaume d'Angola
. On écrit de Lagos , qu'on avoit
pris fur la Plage de cette Ville un poiffon
monftrueux de plus de vingt palmes de
circonference , & fi exceffivement long ,
qu'il a fallu deux paires de boeufs pour le
conduire jufqu'au Château .
De Madrid , ce 3 Decembres
E Roy arriva de l'Efcurial ici le 4 Novembre
; ^ il étoit atcompagné de la Le
Reine >
712 LE MERCURE
Reine , du Prince des Afturies , des Infants
& de l'Infante.Leurs Majeftez virent tirer le
foir même un feu d'artifice dreffé dans la
la Place devant le Palais par les foins du
Corregidor Don François Antoine de Salfedo
, Marquis de Vadillo . Le 8 , leurs
Majeftez , le Prince des Afturies , les Infants
& l'Infante donnerent andience au
Nonce du Pape Don Alexandre Aldobrandini
, Archevêque de Rhodes , & Légat à
latere. Il partit à cheval du Palais de la
Nonciature , accompagné par Don Gafpar
Giron , le plus ancien des Majordomes de
femaine de Sa Majefté , & fuivi de fon
Auditeur , des autres Miniftres de fon Tribunal
, de fes Aumoniers & Chapelains ,
de les Pages , & d'une Livrée nombreuſe.
Le 11 Novembre , ce Prelat a adminiſtré le
Sacrement du Baptême à l'Infante , affiſté
des Evêques de Sion & de Laren. Cette
Princeffe a eu pour Parain le Prince des
Afturies , affifté des Ducs de la Mirandole ,
de Medina Celi , de Seffa , d'Albuquerque,
de Varaguas & d'Hijar. Le 19 , jour de la
fefte de Sainte Elifabeth , dont la Reine
porte le nom, L. M. C. furent complimentées
par les Grands du Royaume , & les
Officiers des Tribunaux . Le foir le Comte
de la Torrés donna à Buon- Retiro le divertiffement
d'une Comedie en Mufique.
La nuit du 21 , M. le Duc de Saint-
Simon,
DE DECEMBRE 1721. 113
Simon , Ambaffadeur extraordinaire du
Roy Tres- Chrétien arriva en cette Ville ,
accompagné d'une fuite nombreuſe &
choific de Nobleffe Françoile. Le 22 , il
fut conduit à l'audience particuliere de Sa
Majefté , qui le reçut avec une tres -particuliere
confideration . M. le Marquis de
Grimaldo Confeiller d'Etat , Miniftre &
Premier Secretaire d'Etat , l'avoit été prendre
dans fes Caroffes. Les articles préliminaires
du Mariage du Roy Tres - Chrétien
avec l'Infante d'Elpagne ont été fignez par
M. le Duc de Saint - Simon , Ambaffadeur
extraordinaire de S. M. T. C. par le Marquis
de Maulevrier , fon Ambafladeur , par
le Marquis de Bedmar Premier Miniftre &
Préfident du Confeil de la Guerre , & par
le Marquis de Grimaldo , Conſeiller d'Etat,
Miniftre & Premier Secretaire d'Etat , que
S. M. C. avoit nommé pour remplir cette
honorable fonction. Le 25 Novembre ,
Don Gafpar Gira , Majordome du Roy.
alla avec les Caroffes de Sa Majefté prendre
le Duc de Saint- Simon & le Marquis
de Maulevrier dans leur Hôtel : & de là
les conduifit à l'audience publique du Roy.
Les Caroffes du Roy occupez par les deux
Ambaffadeurs , étoient fuivis de ceux du
Duc de Saint- Simon, remplis de la Nobleffe
Françoife , qui l'a accompagné dans fon
Ambaffade. Enfuite marchoient les Gentils114
LE MERCURE
tilshommes , fes Pages , & fa Livrée auffi
magnifique que nombreute.
Le même jour fur les cinq heures après
midi , leurs Majeftés Catholiques, le Prince
des Afturies , les Infants & l'Infante fignerent
avec une grande folemnité la convention
du Mariage du Roy Trés- Chrétien
avec l'Infante d'Efpagne. Elle fut fignée
au nom de S. M. T. C. par fes deux Ambaffadeurs.
Cette augufte ceremonie fe
paffa en prefence du Nonce du Pape , de
l'Archevêque de Tolede , du grand Inquifiteur
, du Duc d'Abrantes , de l'Evêque de
Cuença , des Chefs des Maiſons Royales ,
des Confeillers d'Etat , du Préfident des
Confeils , & de plufieurs autres Miniftres
& Grands d'Efpagne. Le foir il y eut dans
tout Madrid des Feux & des Illuminations ,
& leurs Majeftez donnerent un grand
Bal. Le 27 leurs Majeftez , leur famille ,
& leur Cour , prirent la route de Lerma ,
où elles doivent attendre Mademoiſelle
de Montpenfier.
Explication
DE
DECEMBRE 1721 115
EXPLICATION HISTORIQUE
& Topographique d'une Carte de dix
pieds de long fur quatre de large , qui
a été dreffée pour l'usage du Roy , par
le fieur Rouffel Ingenieur de Sa Majefté
, fur les Memoires de M. l'Abbé de
Vayrac , dans laquelle on voit tous les
endroits où la Sereniffime Infante d'Efpagne
couchera , & Séjournera depuis
Madrid ju qu'à Iren derniere Bourgade
d'Espagne.
E. 27 Novembre dernier la Sereniffime
Infante accompagnée du Roy fon Pere ,
de la Reine fa Mere , & du Prince des Aftu
ries fon frere , partit de Madrid , & alla
coucher à Alcala d'Henares. ( licuës 6 ) . C'eſt
une Ville confiderable fituée fur le bord Occidental
de la Riviere Henares , dont elle porte
le furnom , pour la diftinguer d'une autre
Ville d'Andaloufie appellée Alcala del Rio . Elle
eft environnée de Murailles , & on y entre
Par quatre Portes qui conduifent à quatre
Places , dans chacune defquelles il y a une
fontaine jailliffante . On y compte mille familles
>
une Eglife Collegiale , compofée d'un
Abbé , de quatre Dignités , de 36 Chanoines ,
de 18 Prebendiers , & de 20 Chantres ; dixneuf
Courens de Religieux , neuf de Religieufes
; quatre celebres Hôpitaux ; vingt Colleges,
& une fameufe Univerfité , qui doit tout fon
éclat au Cardinal Ximenes. Elle eft gouvernée
par un Corregidor , un Alguazite Mayor,
&
116. LE MERCURE
*
& douze Rigidors. Le 28 elle alla coucher à
Guadalajara. ( Séjour , 4 lieuës. )
Guadalajara , Capitale de la petite Province
d'Alcaria , eft une grande Ville ancienne ,
fituée fur la Croupe d'une Montagne , dont le
pied eft arrofé par le bord Oriental de la Riviere
d'Henares. Elle appartient au Duc de
l'Infantado , où il a un magnifique Palais ,
& un Arcenal rempli de toutes fortes d'Armes.
On y compte 1300 familles , neuf Paroiffes
, fept Couvens de Religieux , & autant
de Religieufes . Ses Murailles font défenduës
par plufieurs Tours . L'inégalité de fon terrain
fait qu'elle eft fort irregulierement conftruite.
Lezo elle alla coucher àSo,stran . (féjour, lieuës)
Sopetran eft une Abbaye de l'ordre de faint
Bernard , fituée à quatre lieues de Guadala
jara dans un Vallon , qui s'étend de l'Orient
à l'Occident , & environné de Montagnes du
côté du Nord & du Midy. Le Koy Philippe
V. y établit fon Camp pendant toute la Campagne
de 1706 ( féjour, 3 lienës. )
Le premier Decembre à XADRAQUES. C'eft
une petite Ville for jolie , fituée dans un
agréable Vallon , arrofé par un Ruiſſeau , &
bordé de Montagnes au Nord & au Midy.
Elle appartient au Duc de l'infantado :
On y voit un très beau Couvent de Capucins
fondé par les Ducs de l'infantado ,
dont la Genealogie eft reprefentée historiquement
dans des Tableaux qui font l'ornement
du Cloiftre . (féjour , lieues ) .
·

Le trois à ATIENZA qui ett une Ville antique
qu'on croit avoir été fondée par les Romains ,
fous le nom de Nondagufta : ce qui a donné
lieu a quelques Hiftoriens de dire qu'Augufte
en étoit le Fondateur , quoique dans le
fonds ils ne puiffent appuyer leur fentiment
que
<
DE DECEMBRE 1721. 117
M
que fur la reflemblance des noms. Elle eft environnée
de murailles , & défenduë par un
Château fort delabré , auffi - bien que la plupart
des Maifons qui la compofent , elle eft bâtie
autour d'une Montagne en forme d'un pain
de fucre au milieu d'un Pays uni : on y compte
soo feux , un Couvent de Cordeliers , & deux
Hopitaux. ( féjour , 4 lieuës. )
Les à Berlanga , Ville murée , fituée dans
une Plaine , & défendue par un bọn Chateau .
Elle renferme 400 feux , & eft le Chef lieu
d'un Marquifat , compofé de treize Paroifles ,
lequel appartient au Conneftable de Caftille ,
de l'illuftre Maiton de Velasco , dont le pere
çût l'honneur de venir complimenter le feu
Roy fur l'avenement de Philippe V à la Couronne
d'Espagne. Il y a un College de Jefuites
fort celebre. ( féjour, 3 lieuës .)
Le à BURGO ' OSMA, Ville fitué au bord
Meridional de la Riviere de Duero , dans une
belle Plaine , ayant de l'autre côté de la Riviere
l'ancienne Ville d'Ofma fi.connue du temps
des Romains fous le nom d'vxama , & fi recommandable
par fon Evêché , & par une celebre
Univerfité ; mais ayant été détruite par
Pompée , elle est toujours allée en déperiffant
depuis ce temps-là ; de forte qu'on n'en voit
prefque plus que les ruines , defquelles on a
bâti le Burgo , lequel peut avoir environ 400
feux. ( féjour, a lieuës. )
Le & à faint Estevan de Gormas , petite Ville
murée avec un Château fituée dans une
Plaine , mais mal bâtie. On y compte 250
familles diftribuées en quatre Paroiffes. On
prétend qu'elle fût fondée par les Celtiberiens,
l'an du Monde 3021 , & avant la Naiffance
de J. C. 920. Elle fût érigée en Comté par
Henry IV Roy de Caftille , furnommé l'impuiſſant
118
LE MERCURE
puiffant, elle appartient au Duc d'Escalona , dont
le fils aîné porte le nom. (féjour, 2 lieuës demie.)
Le dix à ARANDA DE DUERO , grande Ville ,
belle , marchande , bien peuplée , & fituée dans
une Plaine au bord Septentrional de la Riviere
de Duero , qu'on paſſe ſur un très beau Pont de
pierre en venant de la nouvelle Caftille . Elle eſt
environnée de bonnes murailles , les rues y font
belles , les maifons bien bafties , dont plufieurs
font habitées par des perfonnes d'une naiffance
diftinguée. On y entre par quatre portes , & on
y compte jufqu'à 1000 familles . ( féjour,4 lieuës.}
Le onze à GOMIEL DE CAN . C'est une groffe
Bourgade fituée dans un fond environné de bois
de tous coſtez. Le lieu eft agréable & fort bien
bafti ; il peut contenir environ 200 feux , & on
y trouve commodément les chofes dont les Voyageurs
peuvent avoir befoin . ( féjour, 2 lieuës. )
Le 13 à Lerma , petite Ville fituée fur un
Promontoire qui domine de tous côtés de fort
belles plaines . Celle qui eft à l'Orient eft la
plus brillante d'autant qu'outre qu'elle eft
toute couverte de beftiaux qui paiffent continuellement
dans de grands pâturages , elle eft
arrofée par la riviere d'Arlanga , dont les bords
font fort agreables , & les eaux très claires .
Du côté de l'Occident on voit un Convent de
Recolets bâti non loin de la riviere , dans un
terrain uni & environné de bois : ce qu'il y a,
de plus remarquable dans la Ville , c'eft une
celebre Abbaye de Chanoines Reguliers de l'Ordre
de S. Auguftin , dont l'Abbé eft vêtu
de Rouge comme un Cardinal , & un Palais
magnifique qui apartient au Duc de l'Infantado.
Ce Palais fut bâti par le Cardinal de
Lerma favori de Philippe III. qui , pour ſe met
tre à l'abri de la difgrace qui le menaçoit ,
embraffa l'Etat Ecclefiaftique , & après avoir
teçü
+
DE DECEMBRE 1721. 119.
.
receu le Chapeau de Cardinal , il fe retira
dans ce Palais , qui eft fans contredit le plus ,
beau & le plus régulier qu'on voye en Eſpagne.
Il eft compofé de quatre gros Corps de
logis de belle pierre de taille , qui compofent
un fuperbe quarré orné de Portiques au dedans ,
de la Cour , qui fervent de paffages pour
avoir communication avec tous les Appartemens
& Offices de la maifon . On voit un magnifique
Escalier incrusté de fayanee jufqu'à hau
Leur d'homme ; tous les Apartemens le font
auffi , & font pavés de même. Les lambris brillent
par quantité de dorures & de belles peintures.
C'est ici où la Cour doit attendre Mademoiſelle
de Montpenfier , & où s'eft faite.
la féparation de leurs M. C. avec l'Infante
leur fille , après un jour de féjour.
Le quinze à CoGOLLOS. C'eft un gros Village
qui peut contenir environ 150 feux , & un fort
mauvais gîte. L'Infante alla coucher à Cardena ,
laiffant à deux lieues à la gauche la Ville de Bur
gos Capitale de la vieille Caftille , où le Roy
Catholique n'a pas trouvé à propos de faire paffer
l'Infante , à caufe de la petite verolle qui y
regne depuis quelque temps, ( féjour, 2 lieuës,).
Le feize à CARDENA , Bourg dans un fond enviroané
de Monticules , qui peut contenir 150
feux ou environ , & qui n'a rien d'affez remar
quable pour qu'on en parle. ( féjour, 4 lienës, )
Le à QUINTANA PALLA. C'est une groffe
Bourgade fituée dans un Pays uni , couvert de
bois , de vignobles , & fort agréable. Les maifons
y font bien bâties , & les Payſans accommodez.
(féjour, 3 lieuës.)
Le dix- huit à BIRVIEZCA , petite Ville trés
agréable fituée dans une fort belle plaine arrofée
par une petite riviere , bordée du cofté du Nord
par une chaîne de montagnes qu'on Domme ier
ra
120 LE MERCURE
ras de Occa. La Ville eft baſtie fur le bord de la
riviere ; elle eft compofée d'environ 5oo maifons
bien conftruites ; il y a une Eglife Collegiale
, un magnifique Couvent de Jacobins , &
un beau College de Jefuites. On y entre par
quatre portes , qui toutes conduisent à une
grande place. Ellé eft fi régulierement conftruite
, qu'elle fervit de modele pour former le
Plan de la Ville de Sainte Foy dans les Indes
Occidentales. En 1388 le Roy Don Jean I. y
convoqua les Etats Generaux , pour y ftatuer
que dans la fuite les fils aînez des Rois d'Efpagne
porteroient le titre de Prince des Afturies.
Elle appartient à la Maiſon de Velasco , & eft Ca.
pitale d'un petit Pays appellé Burera . (féjour, 41. )
Le vingt à PANCORBO, petite Ville fituée dans
un Vallon qui s'étend du Midy au Nord entre
deux hautes montagnes efcarpées . Ells eft fort
longue & fort étroite , & deffendue par un vieux
Chafteau qui feroit trés fort , fi on le muniffoit
des chofes neceffaires , mais on l'a tellement negligé
qu'il tombe en ruine. On y compte environ
250 familles. ( féjour, 3 lieuës. )
A MIRANDA D'EBRE , petite Ville murée fituée
fur le bord occidental de la Riviere d'Ebre dont
elle porte le furnom pour la diftinguer d'une
autre Ville de même nom qui eft fur le Duero en
Portugal.
Le vingt- un à la PUEBLA , groffe Bourgade fituée
dans une des plus belles plaines qu'on voye
dans toute l'Espagne. Elle eft compofée de plus
de 300 maifons , parmi lesquelles il y en a de
trés bien baſties , avec une grande Place. ( féjour,
3 lieuës.)
Le vingt trois à VICTORIA, grande Ville, avee
titre de Cité , qui eft une très grande marque de
diftinction en Espagne , & Capitale de la Province
d'Alava. Elle eſt fituée fur un promon-
1
1
toire
DE DECEMBRE 1721. 121
toire , & environnée d'une double enceinte de
murailles , dont l'une eft antique & l'autre moderne
, mais fans aucune fortification . Elle eſt
divifée en vieille &_ en nouvelle . C'eſt un des
plus beaux afpects de Ville qu'il y ait en Eſpague
, car du cofté du Levant elle a un trés beau
vallon bordé par des monticules fertiles en grains
& en vin . Du cofté du Midy & de l'Occident ,
on voit une vafte plaine couverte de Bourgs &
de Village , & du cofté du Nord , on apperçoit
le fameux Mont Saint Adrien . Du coſté du Midy
on trouve une Place d'une grandeur extraordinaire
bordée au Nord par la Maiſon de Ville , &
par une grande Eglife. Au levant par le Couvent
des Cordeliers , où les Moines de l'Ordre de
Saint François tiennent ordinairement leurs Chapitres
Generaux , & où l'on voit un Refectoire
dans lequel 3000 perfonnes fe placent commodément
au Midy & à l'Occident par des maifons
bien bafties . Au milieu on voit un belle
Fontaine . Il fe fait à Victoria un grand com
merce de fer qu'on envoye dans toutes les Provinces
d'Efpagne. Il s'y debite auffi quantité de
laine , de vin & de lames d'épées qu'on y fabri
que. Il y a même un étalon pour mefurer toutes
celles qui s'y font , afin de fçavoir fi elles font
de la longueur portée par les Ordonnances ; on
y compte juſqu'à 4000 familles , parmi leſquelles
il y a beaucoup de Nobleffe & de riches Marchands
. On tient que cette Ville doit ſa fondation
à Sanche Roy de Navarre , lequel aprés
avoir conquis la Province d'Alava fur les Mores
, la fit baftir fous le nom de Victoria , en memoire
de la celebre victoire qu'il remporta fur
ces Infideles. Quelques Hiltoriens ajoutent
qu'elle luy fervit de rempart contre le Roy de
Caftille qui auroit pû luy difputer fa conquefte.
Au refte , cette Ville eft pourvûe abondamment
F de
522 LE MERCURE
de toutes les chofes neceffaires à la vie , & renferme
dans l'enceinte de fes murailles une belle
Eglife Collegiale , un magnifique College de
Jefuites , & divers Convents de l'un & de l'autre
fexe. Toutes ces commoditez y attirent une infinité
de gens de diſtinction qui y vont faire leur
féjour. ( féjour. 4 lieues . )
Le 25 à SALINAS petite Ville de la Province de
Guipuzcoa fituée au Nord de Victoria fur l'endroit
de la montagne qui fépare la Province de Guipuzcoa
de celle d'Alava où la Riviere de Dava
a fa fource. Elle tire fon origine de diverfes fourées
d'eau falée qui fe trouvent au pied de la montagne
. Elle fut fondée l'an 1331 par Alfonfe XII
Roy de Caftille. On y compte 150 feux , ( féjour.
4 lieues.)
Le vingt fept à MONDRAGON , Ville fituée au
bas de la côte dont nous venons de parler , dans
un vallon très fertile au bord d'un des bras de
la Riviere de Dava. Sanche Abarca Roy de
Navarre la fonda l'an 900 & la fit entourer de
bonnes murailles fous le nom d'Arafate , & com,
me cete Place étoit d'une grande confequence
pour luy , il la fortifia d'un bon Chafteau , qui
dans la fuire devint le refuge de quantité de voleurs
qui detrouficient les Voyageurs , & faifoient
de frequentes incurfions dans les Villages
voifins,ce qui obligea DonJean IIRoy de Caftille
de faire abbattre & la Ville & le Chafteau ; mais
en 1260 le Roy Don Alfonfe le Sage fit rétablir
da Ville , laquelle renferme 400 familles , deux
Convents & u College de Jefuites . Il s'y fait
un fort grand commerce en fer , en acier & en
Armes de toute efpece, ( 3 lieues . )
A ONATE Ville aflez confiderable fituée dans
un vallon fpacieux & fertile . On y compte environ
800 familles , une bonne Univerfité & divers
Convens de l'un & de l'autre fexe, Elle appartient
DE DECEMBRE 1721. 123
partient à la Maifon de Guevarra à titre de Comté.
( 2 lieues. )
A VILLA REAL , Bourgade d'environ 150 feux,
bien baſtic , & fituée dans un des plus beaux ens
droits de toute la Province de Guipuzcoa. ( léjour
3 lieues.)
Le 29 à VILLA FRANCA petite Ville murée
fituée dans un beau vallon environnée de
hautes montagnes au bord de la Riviere d'oria.
On prétend qu'elle fut fondée l'an 1290 par le
Roy Don Sanche IV. Elle eſt une des Villes d'Efpagne
la mieux baltie , & peut contenir 250 fa
milles , parmi lesquelles il y en a de très Nobles.
(féjour, 2 lieues . ).
Le 31 à TOLOSA OU TOLOSETTA , comme
bien des gens l'appellent , pour la diftinguer de
Toulouse en France , fort jolie Ville fituée entre
deux montagnes dans un agréable vallon au
confluent des deux Rivieres Araxe & Oria , qui
s'étant jointes enſemble lavent fes murs , & coulent
fous deux beaux Ponts de pierre , & font
plufieurs cafcades fort agreables à la vûe. Quoy
qu'elle ne foit pas fort grande , elle eft pourtant
la Capitale de la Province de Guipuzcoa . Elle
eft environnée de bonnes murailles avec de beaux
foffez qui font toujours remplis d'eau . Alfonſe le
Sage la fonda , & Sanche IV : fon fils l'acheva
l'an 1290. Les rues y font belles , les maifons
bien baſties & on y voit une belle Place. On y
compte 400 familles & deux Convens . Il y a de
très belles fabriques d'Armes , & fur tout de fines
lames d'épées , dont les habitans font un
grand commerce . ( 4 lieues. )
A ERNANI , gros Bourg fituée fur le dos d'une
haute montagne , lequel peut contenir environ
250 familles ( féjour. )
Le deux Janvier à YRON , derniere Bourgade
de la Province de Guipuzcoa , fituée à une petite
Fij deini :
124
LE MERCURE
demi lieue de la mer , fur le bord Occidental de
la Riviere de Bidaftoa dans une Plaine qui peut
avoir demi lieue de long fur un quart de large.
Du cofté du Midy , elle eft dominée par des -
montagnes . Du cofté de l'Occident par des bois
taillis , & par une montagne qui s'éleve depuis
le bord de la mer jufqu'au Paffage . Du cofté du
Nord par la même montagne , & de celuy de
l'Orient par la Riviere de Bidaftoa , laquelle eft
affez large , fur tout lorfque les neiges fondent.
Le Bourg d'Andaye derniere Place de France
eft profque vis -à- vis de Fontarabie , un peu au
deffous de l'ile des Faifans , ou de la Conference
, celebre dans l'Hiftoire par le fameux
Traité de Paix entre les deux Couronnes , qui y
fut figné l'an 1659 , & qui le deviendra encore
davantage par l'échange qui s'y doit faire de l'Infante
d'Efpagne avec Mademoiſelle de Montpenfier.
.I
Nous donnerons le mois prochain la ronte
de l'Infante , d'Iron à Paris . "
De Rome , ce 25 Novembre.
E 36 Octobre le Cardinal Pereira de
la Lia Cerda , fe rendit à fon Egliſe Titulaire
de Sainte Suzanne , avec un cortege
de onze Prelats ; il y tint fur les
Fonts de Baptême un Juif nommé Santoro
Tedeschi , qu'il appella Jean - Jofeph Pereira,
& le declara fon Camerier pour le
retenir auprès de lui , & lui faire donner
de plus feures & de plus frequentes inftructions
de Chriftianiſme , M. Baccari
Evêque
DE DECEMBRE 1721. 125
Evêque de Boyano , qui eft Vicegerent ,
fit cette fainte ceremonie qui fut celebrée
pat une belle fimphonie & par un Te Deum
de la compofition du fameux Jofeph
Amadofi , & illuftrée par la prefence de
l'Ambaffadeur de Portugal. M. le Cardinal
Pereira fit des prefens magnifiques à
tous ceux qui avoient partagé les fonctions
& le foin de cette fête. On écrit de Florence
que Ifuf Coggia , qui va en Angleterre
en qualité d'Envoyé du Bey de Tunis,
eft arrivé à Florence , après avoir fait fa
quarantaine à Livourne. Il a eu l'honneur
le lendemain de faluer le grand Duc , enfuite
il eft parti & va continuer fon voya
ge pat l'Allemagne & la Hollande. Il a
envoyé fes équipages par Mer , avec un
Lion & quatre beaux Chevaux couverts
de harnois fuperbes. Le 9 Novembre le
Cardinal Tanara Doyen du facré College ,
donna le voile à la niéce du fieur Ricci ,
Clerc de la Chambre , qui prit l'habit de
Religion dans le Monaftere de Tordifpec
chio , en prefence du Prince & de la Princeffe
de Modene.
F iij RELATION
126 LE MERCURE
鮮粥粥光: 粥粥粥粥粥粥粥粥※
RELATION DE LA CALVA CADE
des ceremonies faites à Rome , le
Dimanche 16 Novembre , au fujet de la
prife de poffeffion de l'Eglife de Saint
Jean de Latran par le Pape Innocent
XIII. qui occupe aujourd'huy la Chaire
de Saint Pierre.
à
A Sainteté ayant marqué le Dimanche
16 Novembre pour le jour qu'Elle
deftinoit à la Ceremonie de la prife
de poffeffion de Saint Jean de Latran ,
& du Souverain Pontificat qu'elle avoit
obtenu le 8 May dernier , avec l'aplaudiffement
de tout le Conclave ; toute la Ville de Rome fe
prepara cette grande fete , avec une joye qui
égala du moins la magnificence qu'elle fit écla
ter dans cette occafion . Les détails de cette
pompeufe ceremonie peuvent joindre le merite
d'inftruire à l'agrément de plaire , ils expliquent
les prérogatives du Saint Siege , & la nobleffe
& les illuftrations de la Maifon Conti ; Maifon
celebre qui a donné à l'Eglife douze Papes &
vingt fept. Cardinaux , fans compter un nombre
prodigieux d'hommes diftingués par les Armes
& les Lettres , Evêques , Archevêques , Nonces
Apoftoliques , Abbés , Generaux d'Ordres ,
Préfets & Senateurs de Rome , Maîtres du faint
Hofpice , Generaux des Troupes de l'Etat Eeclefiaftique
, & des autres Potentats.
Le jour de cette augufte fête étant arrivé ,.
les Corps de Métiers , les Confiairies du Peuple
, les Archiconfreries , & les Communautés
Religieufes
DE DECEMBRE 1721.127
Religieufes fe placerent à leurs poftes . On para
de tapifleries & de riches tapis toutes les Places
& ruës que devoit embellir la Cavalcade . Elle
partit de la grande Place de faint Pierre du
Vatican , & continua fa route par les rues de
Borgonovo , du Pont Saint Ange , de Banchi ,
de Mont-Jourdain , de Parione , de Pafquin ,
de faint André de la Vallée , de Cézarini , de
Jefus , du Capitole , de Campo Vaccino , de
l'Are de Titus , du Colifée , & enfin la termina
à la Bafilique de faint Jean de Latran. Le Portail
des Eglifes fe faifoit remarquer non feulement
par la richeffe , mais encore par la fainteté
de fes parures . Les fenêtres des Palais &
Maifons particulieres étoient ornées à l'envi pac
le velours , le damas , le galon & la broderie
d'or & d'argent . Au pied du Capitole où font
les deux Lions de marbre d'Egypte , on avoit
dreffé deux fontaines decorées par la Peinture ,
qui répandoient du vin aux pauvres , quelques
Officiers du Capitole placés près de ces fontaines
, diftribuoient du pain à ces mêmes Pauvres
avant & après la cavalcade ; mais rien ne
fe fit plus admirer parmi les pompes de ce beau
jour que deux magnifiques Arcs de triomphe
érigés à la gloire d'Innocent XIII . l'un par
le Senat de Rome , & l'autre par le Prince de
Parme.
Le premier fe voyoit au haut du Capitole
, où font les trophées de Marius , près
des deux ftatues équestres de Caftor & de Pollux,
qui fe trouverent placées ingenieuſement
dans les ornemens de ce fuperbe Arc triomphal
, par le genie d'Alexandre Specchi , fameux
Architecte du Senat Romain . L'ordre Corinthien
qui regne dans l'architecture du Capitole
, regnoit auffi dans l'Arc de triomphe, qui
avoit eeat quarante palmes de hauteur , &
F iiij foixante
128 LE MERCURE
foixante & dix palmes de largeur . Les Armes
de la Maifon Conti , foutenues par deux Renommées
caracterifées par leurs trompettes & leurs
aîles occupoient le haut de l'édifice . A côté
des deux Renommées, & des Armes du Saint
Pere , on remarquoit la Juftice & la Charité
avec leurs attributs , fous ce trophée , enrichi de
cornes d'abondance , on lifoit cette infeription .
InnocentioX111 ,Romano Pont.Opt.Max. S.P.Q_R.
Sous cette infcription deux Victoires affifes
fur la grande corniche , tenoient d'une main un
écuffon oval chargé des Armoiries du Senat de
Rome , & de l'autre une couronne d'or avec
un rameau d'olivier , aimables fimboles de la
Paix. La grande corniche & l'architrave étoient
ornées de faints trophées , compofés de toutes
les marques des dignités Ecclefiaftiques . La
Thiarre & les Clefs de faint Pierre en occupoient
avec droit la place la plus honorable.
Sous l'architrave on comptoit fix colonnes fur
leurs piedeftaux ; le refte de la façade de.
l'arc de triomphe étoit femé de croix , de hierogliphes
facrés , & d'aigles relatives aux armoiries
du Saint Pere , avec des couronnes de
laurier & des gerbes de bled , le tout peint &
relevé d'or ; on y remarquoit deux hiftoires
peintes en couleur de métal ; fous l'une qui
reprefentoit Jofeph allant chercher du bled en
Egypte , étoit cette Infcription :
Omnefque Provincia veniebant in Ægyptum ,
ut emerent efcas. Gen. cap. 12 .
Toutes les Provinces envoyoient acheter des
vivres dans l'Egypte.
Sous la feconde , qui offroit Moiſe dans le
defert , priant l'Eternel pour le peuple Hebreu
qu'il
DE DECEMBRE 1721 .
129
.
:
qu'il conduifoit , on lifoit cette Infcription
Ecce ego pluam vobis Panes de coelo.Exod.cap. 16
Je vous ferai pleuvoir du Pain du haut des Cieux.
3
La face de l'Arc de triomphe opposée au
Palais du Senat , étoit compofée du même ordre
Corinthien , & decorée des mêmes ornemens :
Elle portoit cette Infcription :
Innocentio XIII , Pontifici Maximo
Quod clivum Capitolinum
XII. retro Pontificum Gentiliumfuorum exemple
Pontificio cultu & majeftate confcendens
Plaudentis vrbis obfequia excipit
Providentia fua
Ad benè de omni Republica fperandum
Claro omine firmato ,
Senatus Populufque Romanus.
-A Innocent XIII . Souverain Pontife , de
ce qu'à l'exemple de douze Papes de fa Maifon
il monte au Capitole avec une pompe &
une majefté digne de la Thiarre , au bruit des
acclamations de la Ville , dont il reçoit les
hommages , & qui efpere de lui toutes fortes
de profperités , par le Seaat & le Peuple Romain.
Les grands Médaillons qui paroiffoient fur cette
façade, reprefentoient la Louve allaitanteRomulus
& Remus ; ce font les Armes de la Ville
de Rome. La façade du vieux Palais & les deux
aîles étoient decorées par une chaîne de feftons
verds , rehauffée d'or , qui entouroit douze
Médaillons de couleur de métal , qui conte
F v noient
130 LE MERCURE
noient les Portraits de douze Papes qui font
fortis de l'illuftre Maiſon Conti , & qui ont
gouverné le Monde Chretien pendant l'efpace
de cent dix - huit années. Voici leurs noms &
les dattes de leur exaltation au Pontificat .
Sergius I. l'an 904. Jean XI . l'an 930. Jean-
XII. l'an 936. Benoist VI . l'an 964. Benoist
VI . dit VI . l'an 972. Benoist VIII , die VII.
l'an 975. Benoist IX . dit VIII. l'an 1012 .
Jean XIX. l'an 1024. Benoift X. die IX. l'an
1033. Innocent III . l'an 1198. Gregoire IX.
l'an 1227. Alexandre IV . l'an 1254.
Sur la façade du fonds du Palais , Rome
Chretienne & Triomphante , paroiffoit au haut
ayant la main droite appuyée fur un Temple ,
& tenant une Croix ; elle étoit accompagnée
de figures reprefentantes les dix Provinces de la
dépendance du Saint Stege. La Romagne , l'Umbrie
, le Latium , Marca , le Patrimoine de
Saint Pierre , Sabine , Boulogne , Ferrare ,
Avignon , & Urbin.
En montant l'efcalier du Palais ; on trouvoit
au milieu un Aigle de relief , peint au:
naturel , fignifiant les Armes d'Innocent XIII.
à fes deux côtés deux globes avec cette-
Infcription abregée S. P. Q. R. Deux globles
pareils occupoient le bas de l'efealer , &
Je haut étoit orné de Croix & autres Symboles
de l'Eglife autour de la Chaire de Saint Pierre.
Voici l'Infcription de la porte du Palais ..
Innocentio X 111. P. M.
Ex Comitum gente ,
Optatiffimo Principi Romani naminis propagatori
Faufto ejus in Capitolium afcenfu
Excitata Populo Romano,
Veterum Triumpharum latitia
Civi
DE DECEMBRE 1721
131
f
Civi , Alumno , & Dominofuo
Submiffis fafcibus.
S. P. & R.
A Innocent XIII. Souverain Pontife de la
Maiſon Conti , Prince fouhaité Propagateur de
la gloire du nom Romain, qui en montant au Capitole
renouvelle dans les coeurs du Peuple Ro
main la joye de fes anciens Triomphes , a fon Citoyen,
fon Fils& fon Souverain, par le Senat & le
Peuple Romain, baiffant les faifceaux devant lui,
Les deux Lions de pierre d'Egypte vomirent
le vin depuis le matin jufqu'au foir ; on n'ar
rêta ces fontaines que durant le paffage de la
Cavalcade , pour éviter le tumulte. M.le Marquis
Girolamo Muti , & M. Francefco Gortifredi
, prefidoient à cette liberalité de la part
du Senat. L'Arc de Severe étoit chargé de cette
nouvelle Infeription.
Innocentio XIII. P. M.
Jufto , Sapienti , Pio ,
Provinciis , Legationibus , Sacerdotiis feliciter
adminiftratis
Per Arcum Triumphis infigdam
Cafaribus ob res bene geftas domi forifque dicatum
Delati Imperii in poffeffionem eunti
Ob faufta pablica tranquillitatis & propaganda
Religionis aufpicia ,
S. P. 2. R.
A Innocent XIII. Souverain Pontife , Jufte ,
Sage , Pieux , diftingué par des Gouvernemens
des Nonciatures & des Dignités Ecclefiaftiques
toujours heureufement remplis , paffant fous
cet Arc monument de Triomphe , & la fage
adininiftration
F vj
132 LE MERCURE
adminiftration des Céfars , tant à la Ville que
dans les Provinces , allant prendre poffeffion de
l'Empire accordé à fes vertus , préfages de la
tranquillité publique , & de l'accroiffement de
la Religion ; par le Senat & le Peuple Romain.
L'Arc de Titus aveit auffi fon Infcription
Latine , accommodée comme les precedentes ,
au fujet de la Fête. Près des Jardins Farnefes ,
le Duc de Parme avoit fait dreffer un Arc de
triomphe d'ordre compofite de la hauteur de
quatre -vingt feize palmes , & large de foixante
& quatorze , deffiné & inventé par l'illuftre
Pompeo Aldrovandini de Boulogne , & foutenu
par quatre colonnes de marbre verd , enrichies
d'or au milieu de la cime de ce fuperbe édifice
on voyoit la ftatue, majeftueufe de la Foy,
couverte d'un long voile , tenant dans la main
droite un Calice , & dans la gauche une Croix ,
& entourée d'enfans dans des attitudes d'ador
ration d'un côté elle avoit la Renommée , &
de l'autre la Victoire. Au deffous de ces Statuës
on lifoit cette Infcription en lettre d'or..
Innocentio XIII. Pont. Max.
Pio , Jufto , Clementi ,
Magnor, Pontificum confanguine
Et avita virtutis haredi
Publ. felicit. ac latitia authori
Francifcus Farn . Par. & Plac. Dux. P.
A Innocent XIII. Souverain Pontife pieux
jufte , clement , parent de plufieurs Papes , he
ritier des vertus de fes nobles ancêtres , auteur
de la felicité & de la joye publique , par François
Farnefe , Duc de Paime & de Plaisance .
Sous
4
4
DE DECEMBRE 1721. 133
Sous l'infcription deux enfans tenans d'une
main , l'un la Thiare , l'autre les clefs de Saint
Pierre , foutenoient de l'autre l'Ecuffon des Armes
de fa Sainteté . Entre les deux colonnes à
droite la ftatue de la Religion avec fa Croix pa
roiffoit tenant dans fa main droite les Livres de
l'Ancien Teſtament , & dans fa gauche les Evangiles.
Au cofté gauche de la Religion on reconnoiffoit
dans un médaillon la Magnificence affife
fur un Thrône , reveſtue d'un manteau Royal ,à
qui deux Génies prefentoient un modelle de
Temple , avec cette Infcription :
Magnificentia opus ejus . Salom. 110.
La magnificence conduit fes ouvrages.
Au cofté droit de la Religion , la ſtatue de la
Charité , ainfi qu'elle eft ordinairement caracterifée
ferroit un petit enfant entre ſes baras , & en
couvroit une multitude de ſon manteau . Entre
les deux colonnes de la gauche la ftatue de la
Juftice portant une épée dans fa main droite , &
des balances dans fa main gauche , avoit à fes
pieds les faifeeaux & la hache confulaires , fymboles
de fa puiffance . A la droite de la Juftice ,
on étoit réjoui par le portrait de l'Abondance
reprefentée dans un médaillon avec un air gracieux
, couronnée d'épis de bled & de fruits
affiſe ſur un trône de verdure , à l'ombre d'arbres
utiles aux hommes , & prefentant à leurs regards
fa Corne fertile & liberale , avec cette Infcription
:
Factus esfortitudo Pauperi . Ifai . cap . 25.
Tu es devenu le fecours du Pauvre.
La ftatue de la Prudence tenant de la main
droite un Miroir & de la main gauche un Livre
Byecun Serpent à fes pieds , occupoit la gauche
*
de
134:
LE MERCURE
de la ftatue de la Juftice . Sous la voûte de l'are
de triomphe , on voyoit dans un grand ovale
une galerie peinte , où fur les murs étoient artachés
les portraits des treize Papes de la Maifon
Conti , Cette illuftreMaifon figurée par une Dame
d'une phifionomie noble & brillante , admiroit
l'image du Pape regnant pofée dans le lieu le plus
apparent de cette galerie , & ornée de cette Infcription
:
Sicut aquila humilia deferit ,
Alta petit, coelorum vicina confcendit.
Ainfique l'Aigle il s'éleve jufqu'aux endroits
les plus voifins des Cieux .
Le grand ovale étoit accompagné de deux quadres.
Le premier reprefentoit dans un lointain
l'Afrique, la Georgie & la Chine & leurs peuples,
les uns recevant les Sacremens de la main Apoftolique
des Miffionnaires , les autres écoutans
leurs ferventes inftructions , avec cette legende :
Zelat zelum legis . Mach . cap. 2. v. 5&.
Il eft devoré du zele de la Loy.
Le deuxième reprefentoit la Liberalité richement
habillée , & entourée de genies , chargée
de corbeilles remplies de Joyaux , de chames
, d'anneaux , & de monnoyes d'or & d'argent
, de Chapeaux de Cardinal , de Mitres ,
de Sceptres , de Couronnes , & de Croix Epifcopales
; autour de la Liberalité , les Vertus,
les Sciences & les Arts par elle appellés , recevoient
de fa main les prix qui leur font dûse
ce qui étoit clairement expliqué par la Légende
Nutriunt pramiorum exempla virtutes, Caffiod.
La récompenfe entretient les Vertus.
A
DE DECEMBRE 1721 135
A la droite de l'Arc de Triomphe on diftinguoit
la Force , ayant la main, gauche apuiée
fur une demie colonne , & tenant une pique dans
la main droite avec un lion à fes pieds menaçant
un groupe de vices effrayez , avec cette
Legende :
,
Accinxitfortitudine lumbos fuos.Prov. c. 3. v.17
Il eft armé par la force,
A la gauche de l'Arc de Triomphe , la Clemence
près du Thrône du Souverain Pontife ,
tenoit dans la main un rameau d'Olivier ; on
voyoit accourir à fes pieds des perfonnes qui
l'imploroient , on en voyoit d'autres qu'elle
renvoyoit fatisfaites . Voici fom infcription.
Roboratur clementiâ Thronus ejus . Prov. cap. 20
verf. 28.
Son Throne eft affermi par la Clemence .
Sur la façade de l'Arc de Triomphe qui regardoit
fainte Françoife Romaine , on trouvoit
fous les Armes de Sa Sainteté l'Infcription fuivante.
Ecclefia vota , orbis plaufus &
Generis , meritorumque præftantiâ
Jamdiù Pontificem Maximum expetebant
Innocentium X111.
Que ferius ad Imperium acceffit ,
Or eo diutiùs feliciter imperet ,
Et Gentilium fuorum annos impetrer
Idem Franc. Dux optima Principi
Obfequentiffimè obſequatur.
Le
136 LE MERCURE
Les fouhaits de l'Eglife & du monde entier ,
le merite & la naiffance appelloient depuis longtemps
Innocent XIII. au fouverain Pontificat.
S'il eft arrivé tard à l'Empire , qu'il le gouverne
long temps , qu'il y rempliffe toutes les
années des Papes de fa maifon qui l'ont précedé.
C'est ce que defire & ce qu'annonce à
fon Prince très bon , François Duc.
Ce dernier Arc de Triomphe a été gravé par
Arnoldo Vanvverterhom Graveur du Duc de
Parme.
Les cinquante Corps de Métiers & les Juifs
établis à Rome , avoient executé les ordres qui
leur avoient été donnés le 3 Novembre par une
Ordonnance des Confervateurs , & paré le quar.
tier qui leur étoit configné. Les Juifs avoient
embelli la rue qu'ils étoient chargés de déco .
rer , par des Devifes ingenieufes , des Emble
mes & des Infcriptions tirées des Saintes Ecritures
tant en Latin qu'en Hebreu , le tout
faifant allufion au nom , à la famille & à la
dignité du nouveau Pape : Ce qui s'étendoit
depuis l'Arc de Titus jufqu'au Colifée. Voicy
I'Infcription qui commençoit à droite cette fçavante
décoration.
>
Innocentio XIII. Pont. Opt. Max.
Gratulationis obfequii
Argumentum hoc exp.
Vniverfitas Hebræorum Urbis.
A Innocent XIII. Pontife très- bon & très.
grand , la focieté des Juifs de la Ville érige te
monument de fon devoir & de félicitation.
Infcription de la gauche.
Eadem univerfitas Hebræorum
Felix,
DE
DECEMBRE 1721. 137
"
Felix , fauftumque precatur iter ,
Precatur & ipfum
Gloriofa poffeffionis ingreſſum.
Les mêmes Juifs fouhaitent au même Sou
verain Pontife une route heureufe & une gloricufe
entrée dans fon Empire.
Emblêmes , Devifes & Paffages de l'Ecriture
Sainte .
L
Un Toupeau paiffant au Lever du Soleil.
Legende : In fplendore ortûs tui . Paſſage. Benedictus
eris ingrediens . Deut . cap. 28.
II.
Un Aigle volant au deffus des nues dans un
Ciel ferain . Legende . Sublimitate fecuritas . Paffage
: Vir prudens & litteratus. Paral . 1. cap.
27.
III.
Une Grenade ouverte . Legende. Tot Zopiros.
Paffage. Confurge ficut in diebus antiquis. Ifai.
cap. 51.
IV.
Un Ciel ferein rempli de tous fes Aftres .
Legende. Jamfeliciter omnia. Paffage. Quia in
eo latabitur cor noftrum. Pfal . 32 .
V.
, Une Grenade ouverte dont on voit les
grains lancer des gouttes de leur douce liqueur,
Legende. Sub cortice tego. Paffage. vt viderem
virtutem tuam & gloriam tuam. Pfal . 62 .
V I.
Un Lis vieilliffant , qui rend encore une odeur
agreable. Legende. Diuturnitate fragrantior.
Pallage. Generatio rectorum benedicetur . Pfal.
77.
VII.
138 LE MERCURE
VII.
Une Branche de Corail fur un Rocher battu
des ondes molle & verte d'un côté , & dure
& roage de l'autre. Legende. Robur & decus.
Paffage. Tibi erit brachium cum fortitudine.
Pfal. 88 .
VIII.
Un laurier au milieu d'autres arbres , frappés
du Tonerre. Legende . Intacta virefcit. Pal
fage . Fundamenta generationis & generationis
fufcitabit. Ifaiacap so.
I X.
Le Phenix fur fon bucher . Legende . Nepe
reat. Pallage. Quis unquam innocens pertit, Job.
C. 4,
X.
Des Boeufs foulagés du joug que leur ofte
une main en l'air. Legende. Amore tantùm,
Paffage. Innocens egofum & regnum meum. Reg.
cap. 3. v. 28. 3
XI.
Une Abeille qui fait fon miel dans le fein
d'un Aigle. Legende Mens omnibus una eft.
Paffage . Innocens manibus & mundo corde. PL
23 , V. 4.
XII.
Un Cigne dans un Lac. Legende. Abluor non
obruor. Pallage . Lavabo inter innocentes manus
meas. Pfal. 25. v. 6.
XIII.
Une Rofe avec un Eſcarbot au milieu , qu'el
le tue par fon odeur. Legende. Turpibus exitium
. Paffage. Et innocens contra hypocritamfufcitabitur.
Job. cap. 17. v . 8.
Les Emblemes , Devifes & Infcriptions fuivantes
font relatives à l'Aigle couronné qui
compofe les Armes d'Innocent XIII.
41
XIV.
DE DECEMBRE 1721 . 139
XIV.
Un Aigle en échiquier qui foule à fes pieds le
Croiffant . Legende . A. D. S. I. T. Ces Lettres fi
gnifient : A, adjuvante, D, Deo , § , fuperabo, I,
Imperium, T , Turearum Paffage . Et fatta eft
Aquila altera magna grandis Magnis Alis Multifque
Plumis. Remarqués que les Lettres initiales
des quatre derniers mots de ce Paffage
qui eft tiré d'Ezechiel chap. 17. V. } ;
font
auffi les Lettres initiales du nom de Sa Sainteté.
M. A. M. P. Michael Angelus . Maz. Pont,
X V.
Une Aigle avec les Aiglons dans fon nid fur
le fommet d'une haute montagne , & regardant
le foleil. Legende. Sublimi fublime . Paffage .
Aquilis velociores . 2. Reg. cap . verf. 23.
XV I.
Un Aigle qui regarde le foleil. Legende . Semol
in aternum. Pallage. Viam aquilà in coele. Prov..
cap. 30. verf. 19.
XVII.
Un Aigle regardant une couronne élevée
fur fa tête. Legende. Diffipat ac tendit . Paffage.
Et portaverim vos fuper alas aquilarum , Ezech .
cap. 19. verf. 4 .
XVIII.
Un Echiquier avec des dez qui ont chacun
une lettre de l'alphabet . Legende. Dilectando
docet . Paffage . Vir prudens dirigit greffus . Prov .
cap. 15. verf. 22 .
XIX .
Un Echiquier avec fes pieces en ordre , ayant
feulement deux pions avancés. Legende . Porrsget
hora. Paffage . Qui ambulat fimpliciter falvus
erit. Prov. cap . 28. verf. 18 .
XX.
Une Couronne enfilée dans une lance. Legende.
Efte Duces. Paffage. Et corona in lita .
Proteger te. Prov. cap . 4. verf. 9.
Uue
140 LE MERCURE
XXI.
Une Couronne entourée de rameaux d'or ,
avec une roſe au milieu . Legende . Inftar om
nium . Paffage. Et eris corona gloria in manibus
Domini. Efai . cap . 62. verf. 3 .
Le reste a rapport à la nobleffe , aux vertus
& aux illuftrations de la Maiſon Conti.
XXII.
Un fceptre entortille d'un ferpent pofé fur
un horloge de fable , avec deux miroirs , un
devant & l'autre derriere . Legende . Que fint, que
fuerint ,, qua mox ventura trahantur. Paffage .
enarretis in progenie altesa . Pf.1 . 47. verf. 12
XXIII.
Un Lion fe regardant dans un mitoir convexe
, où il fe voit de tous cô ez. Legende.
Semper ejufdem Pallage Et dicant femper magnificetur
Dominus. Pfal . 34. verf. 31 .
XXIV.
Une charrue tirée par deux abeilles . Legende.
Omne tulit punctum. Pallage Beata terra cujus
Rex nobilis . Eccl . cap . 10. verf. 17.
XXV.
Une branche de Rofier , chargée de roſes &
d'épines . Legende Cum lenitate afperitas
Pallage. Sed judicabit in juftitia pauperes . Efai.
cap. 11. verf. 4.
XXVI.
Une harpe couronnée. Legende. Majora minoribus
confonant Paffage. Virga directionis virga
regni tui. Pfal . 44 verf. 8.
XXVII
Un Elephant dans une foreft , qui remet dans
-fon chemin un voyageur égaré. Le ende. Dux
oberranti. Pallage. Quiafactus es fortitudo pawperi.
Efa. cap. 25. verf. 4.
XXVIII
Une Autruche qui garde fes oeufs. Legende.
Las
DE DECEMBRE 1711. 142
Lux vitam. Paffage . In hilaritate vultus Regis
vita. Prov. cap . 16. verf. 15 .
f
XXIX.
*
Un chefne , d'où pend un ferpent , qui tenant
fa queue avec fes dents forme un cercle.
Legende. Cariem non fentit. Pallage. Frudus
juſti lignum vita . Prov . cap. 11. verf. 30 .
XXX
Un Pelican qui fe perce le fein pour donner
la vie à fes petits . Legende. Sic his quos diligo,
Paflage, Judicium & juſtitiamfecit vita, viyet.
Ezech. cap . 33. verf. 16 .
XXXI.
Un Lion rugiffant , dont la voix réjouit les
Lionceaux & épouvante les autres animaux,
Legende . Vivificat & terret. Paflage . Exultaba
latabor in mifericord a tua . Pfal. 39. verf, 8 ,
XXXII .
Un Navire dans une tempête , qui a fur les
antennes les feux de Caftor & Pollux . Legende,
Afpectu tranquillitas . Paffage. Quoniam gloria.
virtutis eorum tú es . Pfal . 88. verf. 18 .
XXXIII.
Un Tournefol regardé du foleil . Legende ,
Te aufpice implebor . Paflage. Benè fit tibi &
Longo vivas tempore. Deut. cap. 22. verf. 7.
XXXIV. f la
Des Abeilles , qui du thin amer tirent un
fuc doux. Legende Et ex amaro Pallage. Erifque
in latitia. Deuter, cap. 16. verf. 15,
XXX V.
Un Amandier chargé de fruits . Legende.
Celeriter floret. Paffage . Venientque fuper te uni
verfa benedictiones . Deut : cap . 28. verf. 20 .
XXXVI
Un olivier chargé de branches de grandeurs
inégales , dont une taillée renaît plus grande
& chargée de fruits. Legende. Feliciorem . Paffage.
842 LE MERCURE
fage. & benedictus eris egrediens . Deut . cap. 28.
verf. 6.
Voici les Emblemes , Devifes & Infcriptions
qui étoient attachées à la gauche du chemin
orné par les Juifs .
I.
Un Soleil levant , éclairant un Quadran.
Legende. Lumine defignat . Paffage . Pacificus
eft ingreffus tuus . Reg. cap. 16. verf. 4.
II.
Une licorne qui trempe fa cornè dans une
fontaine entourée de ferpens , afpics , & autres
reptiles veneneux. Legende. Obnoxia pellit.
Paffage. Timore malum fublato . Prov. cap. 1.
verf. 23 .
III.
Un canon fur fon affut, dirigé horisontalement
par une main , qui tient une équerre . Legende.
Non folum armis . Paffage. Pretiofi ſpiritus vir
eruditus. Prov. cap. 17. verf. 27.
IV.
Une Cicogne qui taë un ferpent en le mordant.
Tuto conterit, Pallage. Diſſipat omne ma •
lum intuitu fuo . Prov. cap. 20. verf. 8 .
V.
Une hirondelle qui s'envole de la maison
où eft fon nid. Legende. Vitam potius quam
libertatem. Pallage. Protegens & liberans , tran
fens & falvans. Efa. cap. 31. verf. 5.
V I.
Un Vaiffeau conduit par le poiffon appellé
Pompile Legende Ducit in tutum. Paffage . Protector
eft omnium fperantium in fe. Pfal . 17 .
verf
.-33.
VII.
Un lis naiffant au milieu d'autres fleurs.
Legende. Semper inclità virtus . Pallage . Gene
ratio generatio laudabit opera tun Pſal. 144-
verf. 4. La
DE DÉCEMBRE 1721. 143
VIII
La voye lactée. Legende . Nec fallit euntes.
Paffage. Quoniam non dereliquiſti quarentes te.
Pfal . 9. verf. 10 .
IX.
Un Cerf qui avec fon haleine attire les
ferpens hors de leurs trous , & les tuë. Legende.
Evocat ut enecet. Paſſage. Salvabitur innocens .
Job, cap. 22. verſ. 6 .
X.
Le poiffon nommé Callionima , qui a les yeux
fur la tête . Legende . Ad fidera vultus . Paffage.
Ego autem Innocentia mea ingreffus fum . Pfal .
25. verf. 11 ..
X I.
L'Oifeau nommé Hercinio , qui a les plumes
ignées & lumineufes , fanal des Voyageurs
pendant la nuit dans les grandes Forêts de la
Mofcovie. Légende. Lux in tenebris . Paffage .
Rex autem & thronus ejus fuit Innocens XIII,
2. Reg. cap. 14. verf. 9 .
X II.
Un Cerf qui arrache un Rameau d'olivier,
Legende. vna falus. Paſſage . Innocens eris´à
maledictione. Genef. cap. 24. verf. 41 .
Il faut obferver que les quatre premieres
lettres du mot Eris , dans le calcul des Hebreux
font le nombre de 13 , nombre du Paperegnant
, Innocent XIII ,
XIII.
Un Ours qui incommodé d'une fluxion fur
les yeux , eft piqué par des abeiles qui le gueriffent.
Légende . Et ex inimicis . Paffage,& innocens
fubfanabit eos . Job. cap . 22. verf. 19.
XIV .
Un Aigle tenant un échiquier fur un arbre
avec des Corbeaux qui ofent l'attaquer. Légende.
Ego moveber. Pallage. Ecce quafi Aquila afcendet
144 LE MERCURE
det & avolabit . Jer. cap. 49. verf 22 .
X V.
Un Aigle qui inftruit fes Aiglons à regar
der le Soleil . Legende. Mei non degenerant.
Paffage. Sicut Aquila provocans ad volandum
pullos fuos. Deuter . cap . 32. verf. 1 .
XVI
Un Aigle preste à combattre un Lion . Légende.
Fortes creantur fortibus. Paſſage. Aſſument
pennas ficut Aquila. Efa . cap. 40. verf.
31.
XVII.
Une Aigle qui fe prepare à fe laver dans une
Fontaine expofée au foleil , & à aiguiſer ſon
bec fur une pierre . Legende. Donec renover.
Paffage. Renovabitur ut Aqvila juventus tua ,
Pfal . 102. verf. 13 .
XVIII,
Un Echiquier garni du Roi , de la Reine ,
des Cavaliers & des Pions. Legende. Sors nequaquam.
Paffage . Beatus homo qui invenit fapientiam.
Prov . bap , 3 verf. 13.
XIX .
Un Echiquier où le Roi eft roqué . Legende.
Tutior ab hofte. Paffage. Cuftos prudentis invenit
bona. Prov. cap , 19 verf 8 .
XX.
Une Couronne , ayant au milieu deux palmes
& un Sceptre. Legende. Constanter & fincere.
Paffage. Corona dignitatis ejus . Prov. cap . 16 .
verf. 31.
XXI.
Une Couronne imperiale au haut d'une pyramide
qui refifte à deux vents qui s'éforcent de
l'ébranler. Légende . Adhuc ftat. Paffage. Corona
fenumfiliifiliorum. Prov . cap . 17. verf. 6 .
XXII.
Une Trompette. Legende. Interclufa refpirat.
Paffage
DE DECEMBRE 1721 149
Paffage. Lingua autem fapientium fanitas eft,
Prov. cap. 12. verf, 18 .
XXIII.
Une Colonne où font attachées des proues de
vaiffeaux. Légende. Fulcitur experientiis . Paffage .
Mifi ergo virum prudentem & fcientiffimum. 2 .
Paralip . cap. 2. verf. 13 .
XXIV.
Un Vaiffeau à l'ancre , tant à la poupe qu'à la
proue. Légende. Confule utrique . Paffage. Sedifti
fuper thronum qui judicas juſtitiam. ĕſal.
verf. 4.
XXV .
Une Porte Royale où pend une peau de Lion
liée avec la peau d'un ferpent. Legende. Ut fciat
regnare. Paffage . Rex quijudicat in veritatepanperes.
Prov. cap. 29. verf. 14.
XXVI.
Un veau marin au milieu de la mer. Légende
Ei refpondere paratus. Paffage . Audit pauperes
dominus. Pfal . 68. verf. 38 .
XXVII.
Un Elephant paffant à travers d'un troupeau &
rangeant les brebis avec fa trompe pour ne les
pas bleffer. Légende . Manfuetis grandia cedunt.-
Paffage. Qui miferetur pauperis beatus erit , Pfal.
14. verf. 21 .
XXVIII.
Un Agnus Caftus ou Amerine , dont l'ombre
feule écarte les Serpens . Légende. Nocentiorem
fugat. Paffage. Eritque omnipotens contra hoftes
tuos. Job. cap. 21. verf. 25 .
XXIX.
$:
Un Chefne que ne peut ébranler le fouffle
impétueux des aquilons . Légende. Incurfionibus
folidatur. Paffage . Firmetur manus tua &exulte-
#ur dextera tua . Pfal . 88. verf. 14.″
G XXX.
146 ..LE
MERCURE
XXX.
Un ciel pluvieux avec l'arc-en - ciel Légende,
Divinofoedere tatus. Pallage. Dabit dominus inimicos
tuos corruentes in confpectu tuo. Deuter.
cap. 28. verf. 6.
XXXI.
Le Lotos qui fort tout fleuri des eaux du Nil à
l'afpect du Soleil. Légende. Sic diva lux mihi.
Pallage. Ego autem cantabo for itudinem tuam.
Pfal . 58. verf. 18.
XXX II
Un Calandre , oyfeau qui regardant un malade
le guérit . Légende . Ex afpectu vita . Paſſage.
Quoniam invocatum eft nomen tuum fuper me .
Jer. cap. 15. verf. 16.
XXXIII.
Le Poillon nommé l'étoile marine qui jette de la
flame du fein des eaux & réchauffe tout ce qui
l'approche. Légende. Flamma inextinguibilis.
Pallage. Et imperes omnibus ficut defiderat anima
tua. 2. Reg. cap. 3. verf. 21.
XXXIV.
Le Soleil parcourant le Zodiaque. Légende.
Numquam declinat. Paflage. Er ommes via tul
ftabilientur. Prov, cap. 4. verf. 26.
XXXV.
Un Epervier fur la cime d'un arbre qui étale
fes ailes au foleil. Légende. Renovataa juventus.
Paffage. Dies fuper dies regis adjicies. Pfal. 60.
verf. 60. XXXVI.
Un chien gardant un troupeau . Légende. Non
dormit qui cuftodit . Paffage, Dominus cuflodias
introitum tuum exitum tuum. Pf. 120 , verf. 8 .
Deux grandes Infcriptions placées à la fuite
des precedentes recapituloient labregé de toutes
les louanges données juftement à Innocent XIII ,
& fous ces Infcriptions on voyoit encore trois
Emblêmes.
I.
DE DECEMBRE 1721. 147
I.
Un Aigle couronné qui tient une fléche. Lé
gende. Adjutorium domini fit inimicis timor.
II.
Un Aigle entre un Sceptre & une Couronne
imperiale. Légende. Virtutis pramia.
III.
Un Aigle tenant dans fon bec une Couronne
d'or. Légende. Jupiter merentibus offert.
On n'a pas crù devoir traduire tous ces Paſſages
de l'Ecriture Sainte & les Légendes des Emblêmes
& Devifes , cela eut efté prolixe , & de
plus ces fortes d'applications ne flattent gueres
que des perfonnes qui fçavent les oelles Lettres ,
& qui par confequent poffedent la langue Latine.
A l'égard des lafcriptions des Arcs de triomphes
& des Bafiliques , comme elles expliquent plus
particulierement le fujet de la Fefte , il a fallu
les paraphrafer & les rendre intelligibles à tout
le monde. On croit aufli qu'il eſt neceſſaire de
ne pas achever cette Relation fans inftruire le
Public de l'antiquité de l'ufage d'ériger des Arcs
de triomphes dans les principales cérémonies de
la Papauté. On ne fera pas moins curieux de
fçavoir pourquoi les Juifs habitans de Rome
font obligez dans ce jour folemnel de préfenter
au Souverain Pontife tant de Sentences tirées de
l'Ancien Teftament.
On donnera le mois prochain la fuite de cette
Relation , qui détaille non feulement tout ce qui
concerne une des plus éclatantes Feftes du Souve
rain Pontificat , mais encore des faits curieux qui
regardent l'illuftre Maison Corti qui a donné à
l'Eglife le Pape regnant . Cette Relation eft exacte
traduite fur des Memoires envoyés de Rome &
verifiés fur les lieux.
Gij CHARGES
148 LE MERCURE
ZmZİLDİGİ GU
CHARGES, BENEFICES ET DIGNITEZ
des Pays Etrangers.
L
MOSCOVIE.
E Czar a declaré M. Henry Jean-
Frederic d'Ofterman , Confeiller privé
& Baron , & l'a gratifié de fon portrait
enrichi de diamans. M. d'Ofterman étoit
fecond Plenipotentiaire au Congrès de
Nystadt , & les dignitez que lui accorda
Sa Majefté Czarienne font la recompenfe
de fes habiles negociations.
SUEDE.
M. Cadernereits Confeiller de la Chancellerie
, a été nommé Envoyé extraordinaire
de Sa Majeſté S. auprès du Czar.
Le fils aîné de M. de Knipercrona , cydevant
Refident de Suede à la Cour de
Rutfie , doit y refter en qualité de Commiffaire.
Le fils de M. de Cronftrom Brigadier ,
a été fait Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majesté Suzdoife.
Le Contre-Amiral Ehrenschiuld , qui
étoit prifonnier en Moſcovie , où le Czar
l'a gratifié en partant de fon portrait enri .
chi de diamans , & d'une Lettre de recommandation
pour S. M. S. a été fait Amiral .
DANNEMAR C.
DE DECEMBRE 1721. 149
D'ANNE MARC.
M. Benjamin Veife a été nommé par Sa
Majefté Danoiſe, Confeiller de Commerce.
POLOGNE.
M. le Baron de Lerenhal a été fait
Colonel à la place de M. Cabrok , qui
á été tué en duel.
ALLEMAGNE.
Les Barons de Polheim freres , l'un
Chambellan de l'Empereur , l'autre Confeiller
d'Etat de l'Electeur Palatin , & Maréchal
de la Cour de l'Evêque d'Ausbourg,
ont été faits Comtes de l'Empire , digne récompenfe
des fervices que leurs ancêtres
ont rendus à la Maifon d'Autriche.
Le Prince de Fuftemberg a été continué
pour trois ans dans l'exercice de la Charge
de premier Juge de la Chambre de Verzelar
, & l'Empereur lui a augmenté fes appointemens
de la fomme de douze mille'
florins par an.
Le General Langlet a obtenu de Sa
Majefté Imperiale le Regiment de Bagni.
Le Colonel Rudolphin a été nommé
Commandant de Peter-Varadin..
- M. Nicolas de Groff, Capitaine dans le
Regiment du Prince Beveren , a obtenu
G iij la
150 LE MERCURE
la Majorité de Carelsbourg enTranfilvanie .
M. Jean Frederic Comte de Globen ,
Confeiller d'Etat & grand Maréchal de la
Cour de l'Electeur Palatin , a obtenu de
P'Empereur une place de Confeiller au
Confeil d'Etat de Sa M. I.
" $
ANGLETERRE .
Le Docteur Gilbert a été nommé Cha
pellain ordinaire du Roy.
L'Evêque de Lincoln a été nommé par
le Roy Doyen de la Chapelle Royale du
Palais , à la place de l'Evêque de Durham
, qui s'est démis volontairement de
cette Charge.
M. Bing a été élu Député au Parle
ment pour la Ville de Plimouth , à la place
du Lord Torrington , & y a pris féance
en cette qualité.
Le Duc de Chandois , le Comte de
Portmore & le Lord Cornuailles ont été
nommez Confeillers au Confeil Privé du
Roy , & ont prêté ferment en cette qualité
le 25 Novembre.
M. Vortfley Envoyé d'Angleterre à la
Cour de Portugal , a obtenu de Sa Majeſté
Britannique le Gouvernement des Barbades.
Le Colonel Lumley a été nommé pour
remplacer M. Wortſley à la Cour de Portugal.
M.
DE DECEMBRE 1711. 151
M. Steward , neveu du Lord Maire de
la Ville de Londres , a été choisi par lui
pour remplacer M. Colliers dans les fonctions
de Porte- épée de la Ville.
Le Docteur Alleu Archidiacre de Staf
ford , a été nommé par le Roy au Doyenné
de Chefter.
Le Docteur Pearce , Chapelain du Lord
Chancelier , a été fait Chapelain ordinaire
du Roy.
Le Docteur Henry Bridges , frere du
Duc de Chandois , a obtenu du Roy le
Benefice de Aymon Duhan , dans le Comté
de Beck .
M. Henry Tompfon a été nommé
Juge de la Vice- Amirauté de l'Ile de la
Jamaïque.
M. Guillaume Broderick , cy- devant
Procureur General , a été nommé Juge
du Banc du Roy en Irlande.
M. Guillaume Puftenay a été nommé
Lieutenant Gouverneur de l'Eft de Reding,
"dans le Comté d'Yorck.
PORTUGA L.
Le R. P. Etienne de Coimbre , Predicateur
renommé , a été élu Provincial par
le Chapitre des Religieux de Saint Antoine
de la Province de Soledade , tenu
le 1. Octobre dans leur Monaftere de
G iiij
la
152 LE MERCURE :
la Vallée de Pieté , près de Porto.
Donna Brités Maxima de Bourbon ,
fille de Don Alveira de Sylveira , & Dona
Marie de Tanora , fille de Don Louis de
Almada , ont été nommées Dames d'honneur
de la Reine.
Le Docteur Fernand Pirès Mouraon , Receveur
du College Royal de Saint Paul de
Coimbre , & Lecteur des Loix dans l'Univerfité
de la même Ville , a obtenu la
Charge de Defembargador de la Ville de
Porto.
ESPAGNE.
M. le Marquis de Grimaldo , Confeiller
d'Etat & premier Secretaire d'Etat au
département des affaires étrangeres , a été
nommé Prefident du Confeil pour l'expedition
des affaires étrangeres , qui avoit
été interrompu pendant deux ans , & que
le Roy d'Efpagne a rétabli dans le mois
de Novembre de l'année 1721.
Don Sebaſtien Gartia Romero , & Don
Pierre Jofeph- de la Grana , tous les deux
Confeillers au Confeil Royal de la Caftille :
Don Jofeph de Munive , & Don Sebaſtien
Montufar du Confeil de la Guerre ; Don
Thomas de Sola , & Don Pedro Afan de
Ribera du Confeil des Indes ; Don Jean
Perés de la Puente , & Don Antonio Romuald
de Lara du Confeil des Finances
ont
DE DECEMBRE 1721. 153
ont été nommés par le Roy Conſeillers du
Confeil rétabli.
Don Jean- Baptifte de Orendayn , Secretaire
de Sa Majefté , qui eft chargé de
P'expedition des Decrets dans la premiere
Secretairerie d'Etat , & dans celle des Dépêches
, a été nommé Secretaire de ce
nouveau Confeil .
Le Marquis de Los Balbafés , l'un des
Gentilshommes de la Chambre du Prince
des Afturies , a prêté ferment le 7 Novembre
en qualité de Grand d'Efpagne ,
& a pris poffeffion de ce titre.
Le Duc de Medina Sidonia prit poffelfion
le 10. du même titre d'honneur.
ROME.
M. Vincent Santini , Archevêque de
Trebifonde , prefentement Nonce à Cologne
, a été nommé par Sa Sainteté à la
Nonciature de Pologne , vacante par la
mort du Comte Archinto.
M. Gaétan de Cavalieri , a été nommé
à la Nonciature de Cologne.
M. Profper Colonne Romani a obtenu
de Sa Sainteté la Charge d'Auditeur general
de la Chambre Apoftolique , qui
étoit exercée par M. Camille Cibo , Patriarche
de Conftantinople , dont Sa Sainseté
n'a accepté la demiffion qu'avec peine ,
Gv &
154
LE MERCURE
& après l'avoir refuſée pluſieurs fois.
M. André Juftiniani a été revêtu de
la Charge de Clerc de la Chambre que
poffedoit M. Cibo..
MARIAGES MORTS ET
Leers
des Pays Etrangers.
E Prince Traberskoi a épousé à Pe
tersbourg la fille du Major General
Michelowits. Leurs Majeftez Czariennes
ont honoré ce Mariage de leur prefence
le 17 Novembre .
Le Comte de Mornay , Pun'des vingt
deux Senateurs du Royaume de Suede ,
& Prefident du Tribunal de Juftice pour
les caufes civiles & criminelles , eft mort
* Jen Kopping.
M. le Comte de Ranzau a été tué dans
fon Château prés de Hambourg le 10
Novembre, par deux affaffins inconnus
qui fe font fauvez.
M. Scoltein General Danois , eft mort
à Copenhague le 28. Octobre. On a em-
Barqué fon corps pour le tranporter à
Lubec , & delà à Altena , où il doit être
inhumé.
Deux Princeffes filles du Prince de Naffau
Saarbrug , font mortes de la petite
verole.
Le
DE DECEMBRE 1721. iss
Le Comte Sigifmond de Tfirehnhau
Chambellan de l'Empereur , a épousé
Vienne la Comteffe Marie Therele de
Rappach , Dame du Palais de l'Imperatrice.
Sa Majefté Imperiale accompagnée
de l'Imperatrice , & des Imperatrices ,
honora de fa prefence la ceremonie de ce
Mariage , qui fe celebra fur les onze heures
du matin le 29 Octobre.
Madame Marie Camille , Comteffe de
Veterani , épouſe de Jules Comte de Veterani
, Maréchal de Camp des Armées
de l'Empereur , & Colonel des Cuiraffiers,
eft morte à Vienne le z Novembre , âgée
de quarante- deux ans.
Le Comte de Balcarras , Pair d'Ecoffe ,
eft mort à Londres.
M. Colliers , Porte- épée de la Ville de
Londres , eft mort. La Charge de Porteépée
de la Ville de Londres rapporte par
an de revenu la fomme de trois mille
cinq cens livres sterling.
Le Lord Belhaven , Gouverneur des
Barbades , & l'un des feize Pairs d'Ecoffe
le Chevalier Guillaume Sanage , Procureur
du Roy de la même Ile ; le fils
aîné de feu le Chevalier David Hamil
ton, & plnfieurs autres Gentilshommes
& plufieurs Marchands paffagers ont péri
près du Cap Lezar le 2 Novembre. Ils
étoient fut le Vaiffeau Royal Anne Gal-
Gvj ley's
1956
LE MERCURE
ley, de quarante-deux pieces de canon & de
cent quatre-vingt-dix hommes d'équipage,
commandé par le Capitaine Willis , qui
a péri de même , ne s'étant fauvé feulement
que trois hommes de ce naufrage.
M. le Comte de Montrotk , Irlandois
, a époufé à Londres le 9 Decembre
Demoiſelle Diane Niewport , la plus
jeune des filles du Comte de Bradford.
Le Docteur Antoine de Béja de Norouha
, du Confeil du Roy de Portugal ,
eft mort à Lisbone le 24 Octobre.
Don Pierre Jofeph de la Grana , Confeiller
au Confeil Royal de Caftille , eft
nort à Madrid , le Novembre, dans
Ja cinquante- fixiéme année de fon âge.
JOURNAL
DE DECEMBRE 1721. 157
JOURNAL DE PARIS.
M
. d'Azevedo Continho , Commandeur
des Ordres de Chrift
& de Saint Jacques , Grand
Bailly de Viniolo , Envoyé
éxtraordinaire du Roy de Portugal , eut
fa premiere audience publique au Palais
des Thuilleries , le Mardy 25 Novembre.
II y fut conduit , fuivant le ceremonial
ufié par M. le Chevalier de Sainctor ,.
qui étoit allé le prendre en fon Hôtel
dans les Carroffes du Roy , qui furent
fuivis de huit Carroffes remplis de Gentilshommes
attachés à M. d'Azevedo.
En revenant de l'Audience la Compagnie
trouva chés lui un repas exquis & magnifique,
où le goût & la politeffe de ceSeigneur
Portugais fe diftinguerent également . Le
premier Decembre il eut audience de Mon
fieur le Duc d'Orleans Regent du Royaume,
à qui il prefenta M. le Comte de
Gaillette , jeune Seigneur Portugais élevé
au College des R. P. Jefuites de Paris ;
M. fon pere eft grand de Portugal , &
Madame fa mere eft Rohan Soubize..
M. l'Envoyé donna encore ce jour là un
diner magnifique. Peu de jours après
M
158
S LE MERCURE
:
M. le Comte d'Acunha , Ambaffadeur
Plenipotentiaire au Congrès de Cambray ,
donna chez lui un repas , dont Madame
la Princeffe d'Auvergne Aremberg fit les
honneurs : Il y eut cinq fervices de mers
choifis , & des Conviés de la premiere
diftinction ; Mefdames d'Auvergne , M.
le Cardinal de Polignac , M. le Maréchal
de Villeroy Gouverneur de Sa Majesté ,
M. le Maréchal de Villars , & M. le
Comte de Penterider , Ambaffadeur de
P'Empereur , illuftrerent la fête par leur
prefence.
Le 30 Novembre premier Dimanche
de l'Avent , le Roy entendit dans fa Chapelle
la Meffe chantée par fa Mufique ,
& l'après midy Sa Majefté entendit la
prédication du R. P. Dardenne de la
Doctrine, Chretienne.
Le corps de Cartouche fur après fon
execution transporté à Saint Colme , &
ce fut par fa diffection que fe fit le chefd'oeuvre
du fieur Meunier Callac , fils du
heur Meunier Callac , fi expert pour les
maladies fecretes.
Ley de ce mois fecond Dimanche de
l'Avent , le Roy entendit la Meffe chantée
par fa Mufique dans la Chapelle du Palais
des Tuilleries.
Le 8. jour de la fête de la Conception
de la Vierge , Sa Majefté après avoir entendu
DE DECEMBRE 1721. 159
tendu le matin la Meffe chantée par la
Mufique , entendit l'après midy le Sermon
du R. P. Dardene de la Doctrine Chresienne
, & enfuite les Vêpres.
Le M. le Cardinal de Biffy arriva de
Rome le même jour le Prieur de l'Abbaye
fuivi de toute la Communauté , alla le
complimenter , le foir on tira des fulées.
dans la cour Abatiale , & le lendemain
ieur l'honneur de faluer le Roy qui luy
fit un accueil tres favorable.
i
L'Abbé Paffarini eft parti de Paris pour
s'en retourner à Rome , fort fatisfait des
prefens & de la reception gracieuſe de
M. le Cardinal du Bois.
Le 11 on benit une cloche à Saint
Euftache , M. le Duc de Chartres qui la
Bomma avoit choifi Mademoifelle de
Montpenfier fa four , promife au Prince
des Afturies , pour partager avec lui cette
pieufe fonction. La Princeffe obligée de
partir pour l'Espagne avant la ceremonie ,
laiffa & Mademoiſelle de Beaujolois fa
foeur l'employ de nommer cette cloche
pour elle . L'Eglife fut très ornée ce jour
, & M. le Duc de Chartres & les Prin
ceffes fes foeurs y furent reçus par Ma
d'Armenonville , Secretaire d'Etat & Mar
guillier d'honneur , à la tête des autres
Marguilliers , au bruit de l'orgue , des
Kambours & des trompettes : Après les
prieces
160 LE MERCURE

prieres & benedictions requifes , M. le
Curé demanda au Prince & à la Princeffe
quel nom ils vouloient donner à la cloche.
Voici fon infcription qui inftruira du refte
de la formalité.
INSCRIPTION DE LA CLOCHE
benîte à faint Eustache.
Lab
'An 1721 j'ay été benîte par Vénérable
& Scientifique perfonne Meffire
FRANÇOIS-ROBERT SECOUSSE , Prêtre,
Docteur en Theologie de la Faculté de
Paris , de la Maifon & Societé Royale de
Navarre , Curé de cette Eglife ; & j'ay
été nommée LOUISE ELISABETH ,
par Très- Haut , Très Puiffant & Excellent
Prince LOUIS D'ORLEANS DUC DE
CHARTRES , Premier Prince du Sang,
Colonel General de l'Infanterie Françoiſe
& Etrangere : Et par Très - Haute
Très- Puiffante , & Excellente Princeffe
MADEMOISELLE LOUISE- ELISABETH
D'ORLEANS DE MONTPENSIER
, promile en Mariage au Prince
des Afturies. Etant Marguilliers en Charge
, Haut & Puiffant Seigneur Meffire
JOSEPH JEAN - BAPTISTE FLEURIAU ,
Chevalier Seigneur d'Armenonville , Gas,
Houx , Hanches , Morville , & autres
Lieux , Grand Croix de l'Ordre Militaire
DE DECEMBRE 1721. 161
de Saint Louis , Confeiller d'Etat ordinaire
, & Secretaire d'Etat des Commandemens
& Finances du Roy , Grand Bailly
& Gouverneur de Chartres , Capitaine
Gruyer des Châteaux de la Muette &
Madrid , Parc du Bois de Boulogne :
Meffire CLAUDE HENIN , Ecuyer , Confeiller
du Roy en fes Confeils , Secretaire
de Sa Majesté & de fes Finances , Garde
des Rôles honoraire des Offices de France :
Sieur ETIENNE VINCENT DE LALEU ,
Marchand , Bourgeois de Paris ; & Sieur
RENE' LE FEVRE , auffi Marchand , Bourgeois
de Paris.
.
, י
Après la ceremonie M. le Duc de
Chartres s'appercevant qu'on alloit dire
le Salut , voulut l'entendre avec les Princeffes
les foeurs , qui refterent malgré le
froid qui étoit piquant ce jour là. Leur .
pieté édifia fort le peuple de cette grande ,
Parroiffe.
On a rétabli la troifiéme Charge de
Garde du Trefor Royal , en faveur de
M. Paris.
Tous les alignemens font pris pour
percer une rue qui paffera par l'Hôtel
de Crequy , place du Carroufel , & qui
ira en droite ligne du Palais des Tuilleries
au vieux Louvre , afin que le Roy
& l'Infante puiffent fe vifiter plus commodément.
Le
162 LE MERCURE
Le Grand Maître de Malthe á envoyé
la Croix à M. l'Abbé de Vertot , qui
travaille à l'Hiftoire de cet Ordre celebre ,
& le Chapirre General affemblé au Temple
, lui a donné la Commanderie de
Creteil.
M. de Manibant a prêté ferment entre
les mains du Roy le 14 de ce mois pour
la Charge de premier Prefident du Parlement
de Toulouze .
Le 16 M. Werner Dodace Liegeois ,
General des Chanoines Réguliers de Sainte
Croix , qui tire fon origine d'une des
plus illuftres Familles de Ferrare , eut une
audience publique du Roy , où il fut conduit
par M. le Chevalier de Sainctor Introducteur
des Ambaffadeurs , qui étoit
allé le prendre à Sainte Croix dans le
Caroffe de Sa Majefté. Le zo il fut conduit
au Palais Royal par M. de Marpré,
où il eut audience de Madame & de Monfieur
le Regent , avec les ceremonies ordinaires.
Le Dimanche 21 M. le Prince Dolorouki
a celebré dans fon Hoftel rue de l'Univerfité
, la Paix fignée à Nyftadt entre les
Plenipotentiaires de fon Prince & ceux du
Roy de Suede , par une Fefte fuperbe
compolée d'un grand Repas , d'Illumination
, Feu d'artifice & Bal . Cette Fête
a duré trois jours ; l'un a été donné aux
Miniftres
DE DECEMBRE 1721. 163
,
Miniftres étrangers , l'autre aux Seigneurs
& Dames de la Cour & le troifiéme
au Peuple que cette Excellence a regalé
d'un Boeuf roti , accompagné de deux
Veaux , quatre Moutons , cinquante Cochons
de lait , autant de Dindons , d'Oifons
, de Chapons & de Poulardes , de
deux cens Poulets , de trois mille petits
Pains , & du Vin en abondance : Toutes
ces Viandes étoient proprement miles fur
un Chariot qu'on conduifit dans la ruë de
'Univerfité , & on les diftribua au Peuple
devant l'Hôtel du Prince Dolorouki.
L'ufage de donner des Boeufs rotis
au Peuple dans les grandes Feftes ; ne
vient pas feulement du Nort , cette coû
tume regnoit dans la République Romaine
, & faifoit partie des divertiffemens
publics.
Le 24 veille de Noel , le Coadjuteur
de Carcaffone officia dans la Chapelle des
Tuilleries aux premieres Vêpres chantées
par la Mufique de Sa Majefté qui les entendit.
Le Roy affifta le 25 aux trois Meffes
de Minuit. A onze heures la Grande
Meffe fut celebrée pontificalement par M.
le Coadjuteur de Carcaffone , & Sa Majefté
y affifta. Et après midi Elle entendit
le Sermon du Pere Dardene , & enfuite
les Vêpres.
Le
164
LE MERCURE
1
Le Roy vient de gratifier M. le Prince
d'Elbeuf de l'Habit à Brevet & d'une Penfion
de 12000 livres.
Le Comte de Montfort frere du Duc
de Luines , s'eft retiré à Iffy , au Seminaire
de S. Sulpice , pour entrer dans
l'Etat Ecclefiaftique : fon Regiment a été
donné à M. le Comte de Pequigny , fils
de M. le Duc de Chaulnes.
Les Theatres François & Italien ont
obtenu la fuppreffion de l'Opera Comique,
Le Pierrot qui en faifoit l'agrément
eft en Angleterre , Olivette qui chantoit
fi gratieufement les Vaudevilles, prend un
autre parti , & enfin les Auteurs qui foùtenoient
cette nouvelle forme de Spectacle
, ne s'en mêleront plus. On ne verra
plus dans la Foire Saint Germain prochaine
, que des Danfeurs de Corde , des
Marionettes & des Curioſitez .
BENEFICES.
E Roy a accordé la Chapelle de fainte
Anne dans l'Eglife Paroiffiale de S.
Barthelemy à Paris , à laquelle le Roy
pourvoit de plein droit vacante par le
decès du fieur René le Vifeur dernier
Titulaire , au fieur Pierre Louis Menard
Clerc tonfuré du Diocefe de Paris.
>
Le Canonicat & la Chancellerie de l'Eglife
DE DECEMBRE 1721. 165
glife de faint Gatien Métropolitaine de
Tours , vacante en Regale par le decès
du fieur Jacques Michon dernier Titulaire
, en faveur du fieur
Miffy Preftre , Docteur de Sorbonne .
de
Le Canonicat , premier Archidiaconé
de l'Eglife Cathedrale de Sarlat , vacant
en Regale par le decès du fieur Jean-
Baptifte- Gabriel de Bars dernier Titulaire
, en faveur du fieur Jean Fajol Clerc
tonfuré du Dioceſe de Sarlat,
Le Canonicat de l'Eglife Collegiale de
faint Paulien Dioceſe du Puy , vacant en
Regale par le decès du fieur Saron dernier
Titulaire , en faveur du fieur Gautier
Preftre du Dioceſe de Viviers.
Changement fur les Eftats Majors des Places
du Royaume pendant le prefent mois
de Decembre 1721.
Les Gouvernemens d'Antibes en furvivance
de M. le Marquis de Janfon pere,
pour M. le Marquis de Janton fils.
Le Gouvernement de Bapaume pour M,
le Combe de Blanzac , à la place de M ,
le Comte de Rouffy qui eft decedé.
Le Commandement en la Citadelle de
S. Nicolas de Marfeille , vacant par le
decès de M. de Menonville , pour M.
Puget Colonel réformé , ci -devant Major
du
166
LE MERCURE
du Regiment du Roy.
Le Gouvernement de Salins en furvivance
de M. Davignon , pour M. le Comte
de Saumery , Lieutenant General au
Gouvernement d'Orleanois.
Le Commandement au Fort de Socra,
vacant par le decès du fieur de Barette ,
pour le fieur de la Serre , Lieutenant Co-
Jonel réformé d'Infanterie.
Lieutenance de Roy de la Ville de
Marle , vacante par la démiſſion du ſieur
Defnotz de la Motte , pour le fieur Dauzel
Major du Regiment de Lorraine.
NAISSANCES , MORTS
& Mariages.
L
E 7 Decembre , Marie- Adelaide fille
de Frederic- Jules de la Tour d'Auvergne
, & de Dame Olive Catherine de
Treante fon épouſe , a été baptiſée à S.
Jofeph M. le Comte d'Evreux Colonel
General de la Cavalerie & Gouver
neur de l'Ile de France , oncle de l'Enfant
, a été Parrain , & Mademoiſelle Elifabeth
de la Tour d'Auvergne de Bouillon
, Tante de l'Enfant , a été Marraine .
MORTS.
Le 9 Dame Marie- Marguerite Porlier
époule
DE DECEMBRE 1721. 167
époufe de Meffire Pierre Porlier Confeiller
du Roy , Maiſtre ordinaire en fa Chambre
des Comptes , Chancelier de l'Ordre
de Malthe au grand Prieuré de France.
Dame Marie- Pelagie Tourtaine de Carency
, époule de M. le Marquis de la
Vieuville , eft morte le 9 Decembre âgée
de 45 ans. 2.
M. le Marquis de Torcy Maréchal de
Camp és Armées du Roy , ci- devant Sous
Lieutenant des Chevaux- Legers de la Garde
de Sa Majefté , qu'il a commandez
avec diſtinction , eft mort le 11 Decem
bre à Egreville en Gaftinois , l'une de fes
terres , d'où il a été tranfporté le 21 du
même mois à S. Jacques du Haut- pas.
M. le Marquis de Torcy avoit époufé en
premieres nôces Mademoiſelle Marie de
l'Hopital de Vitry , fille & unique he
ritiere de M. le Duc de Vitry , & en ſecondes
nôces Mademoiſelle Anne Rouault,
fille de M. le Marquis de Gamaches Lieu
renant General des Armées du Roy , &
foeur de M. le Comte de Caieux Meftre de
Camp de Cavalerie & Brigadier des Armées
du Roy , & de M. l'Abbé de Gamaches
Auditeur de Rote à Rome. Tou
tes ces illuftres Mailons font trop connues
pour en dérailler les genealogies .
Le 1s de ce mois M. Boucher Abbé
de Nôtre-Dame de la Capelle , Ordre de
S.
168 LE MERCURE
S. Benoist , Diocefe de Boulogne , eft mort
en fon Prieuré de la Fontaine- aux- Bois
prés Provins. Il étoit oncle de M. Boucher
Intendant en Guienne .
Le 16 Meffire Amand Douté , Confeiller
du Roy , Premier Medecin de feue
Madame Fille de France , Ducheffe de Berry
, Docteur Regent , & ancien Doyen
de la Faculté de Medecine en l'Univerfité
de Paris.
Le 20 dudit , Meffire Charles de Hautefort
, Chevalier Marquis de Sarville
Lieutenant General des Armées du Roy .
Le 24 dudit , Meffire Pierre- Jean le
Chapelier , Docteur de la Maiſon & Societé
de Sorbonne , Abbé de Bofquen ;
ancien Pénitencier , Chanoine honoraire
de l'Eglife de Paris , Grand-Maiſtre &
Principal du College. Mazarin .
Maboul , Maistre des Requeftes
, eft mort d'Apoplexie le 24 de
ce mois , âgé de plus de 80 ans.
Dame Marie le Feron , époufe de M.
Claude de Thiars , Chevalier-Comte de
Biffy ,, auparavant veuve de M. François
le Maître , Chevalier- Seigneur de Perfac
Confeiller au Parlement.
MARIAGES.
Le 2 de ce mois le Comte de Volvire
DE DECEMBRE 1721 . 169
a époufé Mademoiſelle de Chaffonville ,
fille du Comte de Chaffonville , mort Maréchal
de Camp des Armées du Roy , &
qui étoit Premier Gentilhomme de la
Chambre de Leur A. S. E. de Baviere &
de Cologne , & mari de Dame de Glimes
de Braban . La naiffance du Comte de
Voluire illuftre par elle - même , l'eft encore
par les alliances que fes peres ont
contractées , & qui lui en donnent avec
plufieurs Teftes Couronnées .
*
La Maiſon de Voluire defcend de celle
de Thouars , qui prenoit feule en Poitou
le titre de Vicomte ; il n'y en avoit jamais
qu'un qui prît cette qualité , & les
puifnés la prenoient fucceffivement , après
eux le titre de Vicomte retournoit au fils
de l'aîné.
}
Un puîné de cette Maifon , nommé Ingelelme
, eut pour fon apanage la terre
de Voluire en Poitou , il en portoit le
nom , fes defcendans ont continué , ainfi 、
qu'il paroît par un Acte de Chartes de
l'Abbaye de S. Cyprien de Poitiers , datté
du Regne du Roy Robert en l'an 1020,
dans lequel ledit Ingelelme prend la qualité
de Vicomte .
On n'ignore pas que la Maifon de
Thouars defcend par ligne féminine de
* Voyez du Tillet , Hiftoire de Berry , Sainte-
Marthe Duchefne.
H
plufieurs
170-
LE MERCURE
plufieurs Teftes Couronnées , & que Guy
de Thouars puîné fur Duc de Bretagne
par fon mariage avec Conftance fille de
Conan III du nom Duc de Bretagne , &
après la mort de Conftance la femme
Regent du Duché pour les Princeffes fes
filles , dont l'aînée fut mariée à Pierre
de Dreux petit fils de Louis le Gros , &
la Cadette à André de Vitré.

La branche de Voluire n'a jamais pris
d'alliances que dans des Maifons illuftres;
ils ont eu pour meres , Alix de Montreuil
Bellay , Beatrix de Lufignan , Agnés
de Mauze heritiere Antéze du Pontchafteau
, qui dans la fuite fut heritiere
de la Maifon , Marie Chabot heritiere de
La branche aînée , Alienor de Ruffec heritiere
; elle defcendoit de Guillaume
Taillefer Comte Souverain d'Angouleme,
& de, Gilbergue fille de Geoffroy Grifegonelle
, Grand Maître d'Hôtel & Comte
d'Anjou ; Marie de Rochefort grande
maifon de Bretagne , Marie de Bazoge ,
la petite fille de fon frere Joachim de
Bazoge , époufa Charles de Bourbon
Prince de la Roche fur-Yon de la Branche
de Montpenfier , auquel elle fit donation
de fes grands biens , Marguerite
de Belleville Herpedanne : fes deux oncles
étoient l'un Connétable d'Angleterre , &
Pautre de Cliffon Connétable de France ;
Catherine
DE DECEMBRE 1721. 171
Catherine de Combort. , maifon tombée
dans celle de France ; elle tiroit fon ori
gine d'Archambault , Ir du nom Vi- Comte
de Comborn , & de Turenne gendre de
Richard , Ir Duc de Normandie , & beau
frere de Deltede Roy d'Angleterre , de
Geoffroy Comte de Bretagne , & d'Eude
II du nom , Comte de Champagne , de
Chartres , de Blois & de Tours ; Jeanne
de la Rochefoucault , Jeanne de Guienne
fille naturelle du Duc de Guienne
frere de Louis XI ; Françoile d'Amboiſe,
fes deux oncles Cardinaux , Pun Premier
Miniftre l'autre Archevêque de Roueng
une Françoife.d'Amboife époufa Pierre II
du nom , Duc de Bretagne ; Anne du
Chatelier , Catherine de Rohan- Montauban
, heritiere du Bois de la Roche &
autres terres ; Perrine de Salignac de
Fennelon , Gabrielle de Rochechouart de
Mortemart , Anne de Daillon du Lude ,
laquelle étoit femme de Philippe de Voluire
, Chevalier de l'Ordre du S. Efprit,
Gouverneur de Xaintonge , Angounois ,
Aunis & la Rochelle , fon fils puîné :
Henry de Voluire fe retira dans les terres
, par le mécontentement qu'il eut de
n'avoir pas été fait Chevalier de l'Or
dre , ayant été nommé pour l'être , pare
ce qu'il fut enseveli dans la difgrace du
Garde des Sceaux : Il étoit grand pere du
Hij Comte
172 LE MERCURE
Comte du Bois de la Roche , pere du
Marquis de Volaire d'aujourd'hui.
Ses ayeux ont été régardez du nombre
des plus importants fujets , tant dans
la féance du Lit de Juftice tenu par François
I , que par leur procuration envoyée
& reçûe aux Etats Generaux tenus à Tours.
Ils ont été honorés des Ordres de tous
les Rois , ils ont été Chambellans de plufieurs
, ils ont été qualifiés de Coufin ,
indépendamment & avant le retrait lignager
du Fief de Vendôme , annexé au
Comté du Bois de la Roche , comme
proche parent de François de Bourbon ,
l'un des ayeux d'Henry IV , fur la vente
que ce Prince avoit faite de ce Fief au
Maréchal de Gié.
Marie-Henriette de Chaffonville , fille
du Comte de Chaffonville , mort Gentilhomme
de la Chambre de Leur Alteffe
Sereniffime Electorale de Baviere & de
Cologne ; il étoit à la tête d'un Régiment
de Dragons , & Maréchal de Camp;
fille auffi de Mademoiſelle de Glimes de
Braban , Maiſon fouveraine , & niéce du
Comte de Glimes , Premier Miniftre de
S. A. S. E. de Cologne , & Commandant
les troupes, & du Marquis de Glimes
Lieutenant General dans les troupes du
Roy d'Espagne , & Gouverneur de Tortoze
; elle eft auffi très - proche parente du
Maréchal d'Huxelles.
DE
DECEMBRE 1721. 3
7
7304
173
Meffire Gabriel Salignac , Chevalier-
Marquis de la Motte - Fenellon , Brigadier
des Armées du Roy , Infpecteur General
de l'Infanterie , fils de Meffire François
Salignac , Chevalier Marquis de la Motte-
Fenellon , & de Dame Elifabeth de St
Aulaire , a époufé Damoifelle Louife--
Françoiſe le Pelletier , fille de Meffire
Louis le Pelletier,, ancien Premier Pré-,
fident du Parlement de Paris , & de Dame
Charlotte- Henriette le Mairat.
LETTRES PATENTES, ARRESTS,& C.
BTTRES PATENTES for Arreſt , qui or
Le bois de
Fontainebleau , pour l'ordinaire & l'extraordinaire
de l'année 1722 , données à Paris le 12
Octobre 1721.
LETTRES Patentes fur Arreft , du 22 Octobre
, qui acceptent le rabais de deux cens trois
mille huit cens livres offert par le nommé Jeanfon
& Chedoue fur le prix du repeuplement de
la Foreft de Fontainebleau , & les fubrogent au
lieu & place des nommez Pauly & Giſta ,
LETTRES Patentes fur Arreft , du 22 Octobre
, qui ordonnent des coupes dans la Foreft de
S. Germain en Laye , pour l'ordinaire & l'extraordinare
de 1722.
LETTRES Patentes fur Arreft , du 22 Octobre,
qui ordonnent la coupe par réapage de plu-
Hiij fieurs
T
174
LE MERCURE
fieurs cantons de bois incendiez en la Foreft de
Chaftres .
LETTRES Patentes fur Arreft , du zz Octobre
, qui ordonnent la coupe de feize cens qua-
Tante arbres du Parc de Limours non en cimes &
racines. )
EDIT du Roy donné au mois d'Octobre , portant
création d'une feptiéme charge de Portier du
Parc de Boulogne . 10
ARREST DU CONSEIL D'ESTAT ,
Du 23 Novembre(1172 1.5°
Qui Preferit la formeen laquelle Sa Majesté entend
qu'il foit procedé à l'Examen & Liquidation
des Declarationsqui ont efté fournies par les Preprietaires
Porteurs d'Effets , & fur les Extraits
des Contrats & autres Alles qui ont efté &fevont
delivrezpar les Notaires & Tabellions,
L
-TO
EROY ayant par l'Arreft de fon Confeil
du 14 Septembre dernier , Ordonne que
pour faciliter l'examen , & affurer la verification
des Declarations qui ont efté fournies en Execution
des Arrests des 26 Janvier , 16 Fevrier , 18
Mars 27 Avril , 18 & 20 May de la prefente année
, les Notaires du Chalteler de Paris , enfemble
toas les Notaires & Tabellions de toutes les
Jurifdictions du Royaume , Pays , Terres & Sei .
gneuries de l'obéillance de Sa Majefté , feroient
tenus de fournir dans un mois du jour de la Publication
dudit Arreft , des Extraits fidelles &
circonftanciez de tous les Actes y énoncez , &
autres tranflatifs de Proprieté , ou conftitutifs de
Creances , ou qui emportent Quittances ou desharges
, qu'ils ont reçûs & paffez, ou qui leur
ont efté déposez en ladite qualité de Notaires &
Tabellions
DE
DECEMBRE 1721. 175
>
Tabellions , depuis le premier Jailler 1719 jufques
au dernier Decembre 1720 pour aprés que
lefdits Extraits aurout efté rapport ez , eftre pro.
-cedé par les Srs Commiffaires de fon Confeil
fuivant les ordres & Inftructions qui leur feront
donnez par Sa Majeſté , à la Verification & Liquidation
des Effets contenus dans les Declarations
cy-devant fournies ; Et Sa Majesté ayant par
autre Arreft de cejourd'huy pourvû aux Fonds neceffaires
pour l'acquittement des Arrerages , &
de parties des Capitaux des Dettes qui feront
reconnues & liquidées conformément au Reglement
general que Sa Majefté a fait arrefter le
même jour en fon Confeil : Et defirant preferire
la forme en laquelle Elle entend qu'il foit procedé
à l'examen & verification des Declarations
qui ont efté fournies par les Proprietaires &
Porteurs d'Effets , fur les Extraits des Contrats
& Actes qui ont efté & feront delivrez par les
Notaires & Tabellions , en execution dudit Arreft
du 14 Septembre dernier , & établir dans ce
travail , également confiderable & intereffant
pour le Public , un ordre qui puiffe en même
temps accelerer les Liquidations , & affûrer la
Juftice des Reductions qui feront faites , fans
pouvoir admettre aucun cas arbitraire , conformément
audit Reglement , pour fur lesdites Liquidations
& Reductions , tant generales que
particulieres , eftre enfuite pourvû à la delivrance
des Valeurs que Sa Majesté a deſtinées aux Particuliers
qui raporteront lefdits Effets vifez . Ouy
le Rapport , &c.
ARTICLE PREMIER.
Qu'ilfera inceffamment formé un Bureau compofé
de Cinquante Commiffaires du Confeil
qui feront choifis & deputez par Sa Majefté ,
l'effet de verifier par chacun d'eux , le travail
& les operations qui auront effé faites par les
Hiiij Commis
176 LE MERCURE
"

Commis & prepofez , fur chaque Bordereau &
Declaration des titres de Creance prefentez au
vifa , & Extraits d'Actes fournis par les Notaires
& Tabellions ; & pour y proceder , chacun defdits
Srs Commiffaires ayant devant luy la feuille
contenant l'extrait des differentes òperations qui
ont efté faites fur chaque Bordereau , & Declaration
, fera lire le Bordereau , la Declaration
& le rapport fur le Journal , pour en affûrer la
conformité, & aprés cette verification ledit Sr
Commiflaire arreftera la Liquidation & Redution
des effets vifez , mentionnez dans chaque Declaration,
fuivant l'Arreft & le Reglement general
de ce jour ; Lequel arrefté , aprés avoir efté écrit
en toutes Lettres , & figné par ledit Sr Commiffaire
, tant fur le Regiftre Journal , que fur
ladite feuille , fixera la Reduction définitive des
Effets contenus dans chaque Declaration .
11. Comme dans le nombre des Parties qui
feront examinées par lefdits Srs Commiffaires , il
s'en trouvera plufieurs qui par la concurrence de
quelques faits particuliers , ne demander ont
pour eltre arreftées , que de fimples éclairciffemens
fur l'application du Regement ; Ordonne
Sa Majefté que toutes celles qui fe trouveront
dans ce cas , feront portées à l'un des quatre
Bureaux qui feront à cet effet inceffamment eftablis
par Sa Majefté , chacun defquels Bureaux
fera compofé de deux Confeillers d'Eftat & de
deux Maiftres des Requestes à ce deputez , lefquels
fur le rapport qui leur en fera tait par le
Commiffaire , y ftatueront définitivement .
III. Quant à celles qui , par la fingularité
de leur efpece , ou par d'autres circonstances
importantes , pourroient fe trouver dans quelques
cas non préveûs par le Reglement general ,
enforte qu'il fut abfolument neceffaire pour
decifion , foit d'interpreter ce Reglement , ou
: même
lear
DE DECEMBRE 1721. 177
même d'y pourvoir par une difpofition nouvelle i
Ordonne Sa Majefté que dans l'un ou l'autre de
ces deux cas feulement , l'examen & difcution de
ces Parties feront faits par la Commiflion Generale
que Sa Majesté formera auffi inceſſamment .
pour y eftre ftatué définitivement & fans retour ,
fur le rapport qui y fera pareillement fait par ledit
Sr Commiflaire.
IV. Dans les cas qui exigeront des éclairciffemens
ou des preuves de la part des Particuliers
porteurs d'Effets , lefdits Srs Commiffaires feront
expedier un Extrait des difficultez ,' lequel
fera envoyé à la Partie , qui fera tenue d'y répondre
dans le temps & en la forme que lefdits Srs
Commiffaires preferiront ; faute dequoy il fera
paffé outre au jugement définitif.
V. Veut au furplus Sa Majefté que les Bureaux,
dont il est fait mention dans les Articles II & III
du prefent Arreft , ne s'affemblent que lorsqu'il
fe prefentera à décider un nombre fuffifant de
Queſtions , qui par leur nature devront y eftre
portées ; enforte que le travail journalier des Srs
Commiffaires pour la Liquidation , & Redu- (
tion définitive des Parties , non fufceptibles de
difficultez , foit fuivi autant qu'il fera poffible
jour par jour , & fans interruption juſqu'à fon
entiere confommation.
VI. Ordonne en outre Sa Majefté , que les
Décisions qui émaneront des Bureaux mentionnez
dans lefdits Articles II & III feront enregiftrées
, & qu'il en fera fourni des Copies à
chacun defdits Srs Commiflaires , pour s'y conformer
, & les appliquer aux efpeces femblables
qui fe prefenteront à regler dans la fuite de leur
travail , en fe conformant au furplus aux ordres
& inftructions particulieres qui leur feront donnez
par Sa Majesté. Enjoint aufdits Srs Commiffaires
, chacun pour ce qui les concerne, de te-
Hy nix
·178 LE MERCURE
nit la main à ce que le prefent Arrelt foit execusé
, nonobftant toutes oppofitions ou autres em²
pefchemens , dont fi aucuns interviennent , Sa
Majefté s'en eft reſervé la connoiffance & à fon
Confeil , & icelle interdit à toutes Cours &
autres Juges , &c.
DECLARATION DU ROY ,
Du 23 Novembre 1721 .
Concernant la Vaiffelle d'Argent.
OUIS par la grace de Dieu , &c. Salut.
Nous fommes toûjours perfuadez que Nous
ne pouvons apporter trop d'attention pour reprimer
le luxe qu caufe fa ruine de nos Sujets
& pour empêcher que les matieres précieufes
d'or & d'argent ne foient employéesen ouvrages
d'Orfevrerie inutiles & fuperflus ; C'est dans
sette vie que par noftre Declaration du 18 Fevrier
1720 , Nous avons deffendu de fabriquer
ancun ouvrage d'or excedant le poids d'une once
, Et de fabriquer pareillement aucune Vail
felle d'argent platte fans noftre permiffion par
écrit , iufqu'à ce que par Nous il en eût efté autrement
ordonné Mais noftre intention n'a pas
efté d'interdire pour toujours à nos Sujets l'a
fage raisonnable des Bijoux d'or , ni celui de la
Vaiffelle d'argent d'un poids fuffifant pour la
pouvoir conferver fans déperiffement. Nous
tommes d'ailleurs informez que depuis noftredite
Declaration il s'eft introduit dans noftre Royau
me par des Brocanteurs & Colporteurs Eftrangers
une grande quantité de Tabatieres , Eftays
& autres Bijoux d'or , la pluſpart à bas titre ,
ce qui a caufé un double préjudice à nos Sujets
, dont les uns ont efté trompez , & les
aucres privez.du profir de la Fabrication , qui
excede
DE DECEMBRE 1721. 3179
excede fouvent la valeur de la matiere , & dont
le prix a paffé à l'Eftranger, Nous fçavons même
que le Titre de l'or reglé par les Ordonnances à
vingt - deux Karats un quart de remede , ne peut
eftre obfervé que pour des Medailles , Jettons &
ouvrages folides Mais que les menus ouvrages
dans lefquels il entre de la foudure ne pouvant
eftre travaillez à ce titre , on s'en eft tellement
écarté , qu'il s'en trouve qui ne font pas même
à quatorze Karats . A quoy nous croyons qu'il
eft également neceflaire de pour voir pour la feureté
de nos Sujets . A ces Cauſes , &c.
;
ARTICLE PREMIER.
Qu'il puiffe eftre fabriqué dans l'Eftenduë de
noftre Royaume , Pays , Terres & Seigneuries de
noftre obéiflance , des Bijoux d'Or , comme
Tabatieres , Eftuys & autres , jufqu'au poids de
fept onces au pluss Qu'il puiffe pareillement
eftre fabriqué , conformement à l'Edit du feu
Roy noftre tres honoré Seigneur & Bifaycul , du
mois deMars 1700 & à l'Ordonnance de Police du
19Juillet 1701 rendue en confequence duditEdit,
des Baffins d'argent de douze marcs ; des Plats
de huit marcs ; des Affiettes d'argent de trente
mares à la douzaine ; des Soucoupes de cinq
marcs ; des Aiguieres de fept marcs : des Flambeaux
& Chandeliers de quatre marcs piece; des
Ecuelles de cinq marcs ; des Sucriers de trois
marcs ; des Salicres ; des Poivrieres & autres me-
:nues Vaiflelles pour l'ufage des Tables de deux
marcs des Rechauds de fix marcs ; des Caffetieres
& Chocolatieres de même poids , des
Porte- Huiliers , Jattes , Saladiers , Boëtes à
Sucre , & Taffes couvertes de trois marcs ; des
Baffinoires de neufmarcs ; des Pots à Thé ; Baffus
à barbe ;Coquemars; Pots à l'eau & Poe-
Hvj lons
130 LE MERCURE
:
lons de cinq marcs ; des Ecritoires garnies de
leur . Encrier , Poudrier & Sonnette , de fix
marcs.
II. Faifons deffenfes à tous Orfevres & autres
Ouvriers , de fabriquer aucuns ouvrages d'or & ¸
d'argent excedans les poids cy- deffus marquez,
à peine de confifcation & de Trois mille livres
d'amende , Et encore contre les Maîtres de perte
de la Maîtriſe , & contre les Compagnons & Appreatifs
de ne pouvoir eftre admis à ladite Maî
trife.
III. Deffendons auffi aux Maîtres & Gardes
des Orfevres , & à noftre Fermier de la marque.
d'or & d'argent , d'appofer aux ouvrages exce
dans lefdits poids aucuns de leurs poinçons , à
peine d'eftre condamnez folidairement emladite
amende de Trois mille livres , & de parellle dé
chéance de la Maîtrife à l'égard defdits Maîtres
& Gardes des Orfevres.
IV. Voulons que ceux qui vendront & debiteront
des ouvrages d'or & d'argent , qui n'auront
point efté effayez ni marquez du Poinçon des
Maîtres & Gardes des Orfevres de l'une des
Villes de noftre Royaume , où il y a Maiſon
commune eftablie , foient auffi , outre la confif.
cation defdits ouvrages , condamnez en pareille
amende de Trois mille livres , jufqu'au payement
de laquelle ils tiendront prifon.
V. Réiterons tres expreflément les deffenfes.
portées par ledit Edit du moisde Mars 1700 de
fabriquer , vendre ou expofer en vente aucuns
des ouvrages d'or & d'argent prohibez par ledit
Edit , aufli fous les mêmes peines de Trois mille
livres d'amende , de déchéance de la Maîtrife &
d'incapacité d'y parvenir lesquelles amendes
feront appliquées , un tiers à noftre profit , un
tiers à l'Hopital General de noftre bonne Ville de
Paris , ou aux Hôpitaux des lieux , & le tiers
reftant
DE DECEMBRE 1721. 181
reftant aux dénonciateurs . Enjoignons à nos
Lieutenans de Police de tenir exactement la
main pour empêcher les contraventions.
VI. Permettons aux Orfèvres & Horlogers de
fabriquer & vendre des menus ouvrages d'or fu
jets à foudures , comme Creix , Tabatieres
Eftuys , Boucles , Boutons , Boëtes de Montres
& autres , au titre feulement de vingt Karats un
quart , au remede d'un quart de Karat , Leur
deffendons , fous quelque prétexte que ce foit ,
d'en fabriquer & vendre au deffous du titre cydeffus
preferit ; Voulons que les autres ouvrages
d'or ne puiffent eftre fabriquez qu'au titre de
vingt -deux Karats un quart de remede , confor
mément aux anciennes Ordonnances , & qu'il
n'en puiffe eftre fait aucuns du poids excedant
fept onces , fans noftre permiffron par écrit , le
tout fous les peines cy deffus ordonnées.
VII. Tous les ouvrages d'or feront marquez
du Poinçon du Maître qui les aura fabriquez ,
Et cffayez & marquez par les Jurez & Gardes
aux Bureaux des Maifons communes des Orfevres
, ainfi qu'il fe pratique pour les ouvrages
d'argent ; Seront neantmoins tenus les Jurez &
Gardes de rendre le Bouton d'Effay aux Maîtres
qui auront fabriqué les ouvrages d'or , en leur
payant quarante fols pour tous droits , fi mieux
n'aiment les ouvriers abandonner ledit Bouton
d'eflay ; Er quant aux menus ouvrages d'or qui ne
pourront fouffrir les Effais à la coupelle , ils feiont
effayez aux touchaux , Et s'ils fe trouvent au
titre , ils feront marquez du Poinçon defdits JurezGardes
, finon ils feront rompus . Voulons
qu'il ne puiffe eftre perçu plus de trois fols des
ouvrages au deffous de deux onces , & plus de
cinq fols de ceux de deux onces & au - deffus pour
Jedit Effay.
VIII. Permettons neantmoins aur Orfevres
382 LE MERCURE
Jouailliers de vendre & expofer en vente durant
fix mois , à compter du jour de la publication
des prefentes , tous les ouvrages d'or qu'ils
ont actuellemen: en leur poffeffion , à la charge
de les porter pendant le temps d'un mois pour
tout delay , aux Bureaux des Maifons communes
les plus prochaines , pour eftre marquez d'un
Poinçon qui fera gravé à cet effet , fans que lefdits
ouvrages foient fajets à l'Ellay , après lequel
temps ledie Poinçon fera rompu , & il en fera
dreffé des Procès verbaux dont il fera envoyé des
Expeditions aux Procureurs Generaux de nos
Cours des Monnoyes.
IX. Les ouvrages mentionnez en l'Article cye
deffus , qui ne fe trouveront point marquez du
Poinçon du Fermier de nos droits , le feront en
même tems que de celui de la Maiſon commune ,
& les droits payez , fans que noftredit Fermier
puiffe faifir aux Bureaux lefdits ouvrages. Deffendons
aux Jurez Gardes de faire les Effais , &
d'appliquer aucuns Poinçons fur lefdits ouvrages
d'or fabriquez devant ou après la publication de
noftre prefente Declaration , qu'en prefence du
Fermier de nos droits , fes Procureurs & Commis
, à peine de tous dépens , dommages , inte
refts , & de cinq cens livres d'amende au profit
de noftredit Fermier pour chacune contravention.
X. Deffendons auffi à tous Orfevres , jouailliers
, Tireurs & Batteurs d'or & d'argent , &
autres employans lefdites matieres , de travailler
dans des Monafteres & autres lieux clos ,
sinfi que dans les lieux privilegiez ou prétendus
sels , fi ce n'eft en nos Galleries du Louvre , fous
peine de trois ans de Galere .
XL. Voulons que tous les ouvrages failis à la
Requefte de noftre Fermier du Droit de Marque,
foient remis au Greffe de la Cour des Monnoyes ,
DE DECEMBRE 1721. 1831
Da des Monnoyes les plus prochaines , pour y
refter pendant le temps de quinzaine au plus , &
eftre le titre jugé fuivant l'Ordonnance , Ce que
Nous voulons cftre executé , foit que les Juges
qui connoiffent des Droits de nos Ferines , accordent
main- levée des ouvrages faifis , ou qu'ils
en ordonnent la confifcation ou même que les
parties s'accommodent. Faifons deffenſes à tous
Greffiers , Gardiens ou autres dépositaires , de
les remettre ailleurs , Et au Fermier de nos Droits
de les rendre aux parties faißes , que le titre n'ait
elté jugé, à peine d'en répondre & de Mille livres
d'amende contre chacun des contrevenans . Vou
lons que les ouvrages qui ne fe trouveront point
an titre , foient portez aux Hoftels de nos Monnoyes
, & le prix d'iceux remis fur le champ à
noftredit Fermier , en cas que la confifcation
defdits ouvrages air efté jugée à fon profit , fauf
à prononcer telles condamnations qu'il appor
tiendra contre les Orfevres & Ouvriers qui aus
ront fabriqué lesdits ouvrages , & contre ceux
qui les auront expofez en vente. Si dannons en
Mandement , &c.
ARREST DU CONSEIL D'ESTAT
Du 7 Decembre 1721. 7
Qui Nomme des Commiffaires du Confeil , pour
Proceder à la Verification , & Liquidation de
tous les Effers qui ont ofté Vifez.
EROY s'eftant fait reprefenter l'Arreft
de fon Confeil du 23 Novembre dernier , pat
Jequel , Articles 1. 1. & 111. Sa Majeſté a entr'autres
ordonné qu'il fera inceffamment Eſtabli
-trois differens ordres de Bureaux qui feront
compofez des Srs Commilaires de fon Confeil ,
à cedéputez à l'effet de proceder aux Verifica
zion
184 LE MERCURE
tion , Liquidation & Reduction définitive de
tous les Fffets qui ont efté reprefentez , tant à
Paris que dans les Provinces , aux Srs Commiffaires
de fon Confeil , & par eux vifez en execution
des Arrests des 26 Janvier , 16 Fevrier , 18
Mars , 27 Avril , 18 & 10 May de la prefente année
, conformément aux Arrefts de fon Confeil
dudit jour 23 Novembre dernier , & aux deux
Reglemens Generaux que Sa Majeſté a fait arrefter
le même jour ; A quoy Sa Majefté defirant pours
voir & accelerer cette Expedition , fi neceffaire
pour affeûrer l'Eftat des legitimes Creanciers , &
pour ranimer le Commerce & la Circulation ,
Ouy le Rapport , &c.
ARTICLE PREMIER .
**
Le Bureau des Srs Commiffaires du Confeil ,
mentionné dans l'Article premier de l'Arreſt du
13 Novembre de la prefeute année , fera compofé
des Srs d'Auneüil, d'Herbigny, de Gourgues
' Aulnay , Dugué , de Richebourg , de Morangis
, de Thuify , de Maupeou d'Ableiges , Ber-
Dard , Hebert , Doublet de Crouy , de Bauſlan ,
l'Abbé Crozat , de Saint Aubin , de Berulle , de
la Grandville , Orry de Vignory , Angrand , de
la Fond , de Bouville , Poncher , Roüillé , de
la Vigerie , Doublet de Perfán , Bertin , Parifot,
de Vatan , Midorge , Olier de Touquin , Roffignol
, Regnault , le Feron , de Villayer , de
Verthamon , Pajot , le Gras du Luart , le Tellier
, Bignon de Blanzy , Moreau de Sechelles ,
Herault Lalleman de Levignan , de Fontanieu,
de Talhouet , Aubert de Tourny , Mandat , Dupuis
, Pinon d'Avor , de Racinoux & Caumartin
de Boilly Maîtres des Requeſtes , & du Sr
'Aube Conſeiller au Confeil de Commerce , lefquels
Sa Majefté a Commis & deputez à l'effet
de proceder chacun endroit foy àla Verification,
Liquidation
+
DE DÉCEMBRE 1721. 185
t
Liquidation & Reduction defdits Effets vifez , le
tout conformément aufdits Arrefts & Reglemens
Generaux arreftez au Confeil ledit jour 23
Novembre dernier , & aux ordres & Instructions
particulieres qui leur feront donnez à cet effet
par Sa Majesté.
11. Les quatre Bureaux que Sa Majeſté a or
donné eftre formez par l'Article Il du même Arreft
de fon Confeil dudit jour 23 Novembre dernier
, feront ccmpofez ; Sçavoir , Le premier
des Srs de la Bourdonnaye & Ferrand Confeillers
d'Eftat , & des Srs d'Auneuil & d'Herbigny Maîtres
des Requeltes ; Le fecond des Srs de la Rochepot
& le Guerchois Confeillers d'Eftat , &
des Srs de Bauffan & de la Grandville Maîtres
des Requeftes Le troifiéme , des Srs Fagon &
de Machault Confeillers d'Eftat , & des Srs Orry
& Bernard Maîtres des Requettes ; Le quatriéme
des Srs de Courfon & de Harlay Confeillers d'Etat
, & des Srs de Richebourg & de Vatan Maîtres
des Requeftes , que Sa Majefté a pareillement
Commis & Deputez , pour ftatuer définiti
vement fur les difficultez qui leur feront rapportées
par lefdits Srs Commiflaires du premier Bureau
, en fe conformant pareillement tant aux
deux Arreſts du 23 Novembre dernier , & Regle
mens arreftez au Confeil le même jour , qu'aux
Memoires & Inftructions particulieres que Sa
Majefté leur fera remettre à cet effet.
III . Ordonne en outre Sa Majesté , que la
Commiffion Generale qu'Elle a declaré par l'Article
III du même Arteft du 23 Novembre der
nier , devoir eftre inceffamment formée , fera
compofée des Srs de la Houflaye Confeiller d'Etat
& Controlleur General des Finances , de la
Bourdonnaye , de la Rochepot , Fagon , de
Courfon . le Guerchois , Ferrand , de Machault
& de Harlay Confeillers d'fiftat ,& des Srs d'Au
neuil
186 LE MERCURE :
neul & d'Herbigny Maîtres des Requeſtes , lef
quels s'aflembleront chez Monfieur le Chancelier
, pour fur le rapport qui y fera fait par l'un
defdits Srs Commiffaires du premier Bureau ý
eftre ftatué définitivement fur tous les cas non
prevûs , & pour la décifion defquels il fera juge
neceffaire d'interpreter Jefdits Reglemens Generaux
, ou d'y pourvoir par nouvelle difpofition,
Veut & entend Sa Majesté que ceux des Confeil.
lers au Confeil de Regence , qui voudront aſſiſter
à ladite Affemblée , puiffeat s'y trouver quand
jls le jugeront à propos , pour deliberer fur les
Affaires qui y feront portées , ainfi que s'ils
étoient nommément Commis par le preſent Arreft
; Et feront au furplus lefdits Arrefts & Reglemens
executez felon leur forme & teneur.
Fair , &c.
ARREST du Confeil d'Eftat du Roy , du
Decembre 17215, Qui Proroge jufqu'au dernier
Mars 1722 le terme porté par celuy du 16 Septembre
1721 pour le Payement des Droits des
Changeurs.
Er renouvelle les Deffenfes de donner ni rece,
voir en Payement les anciennes Efpeces , fi ce
n'eft dans les Bureaux des Recettes.
Avertiffement pour les Maladies de l'ail.
Monfieur de Woo1 HOUSE Gentilhomme
Anglois , Oculifte de pere es
en fils depuis quetre generations , prefentement
interprete du Roy dans fa Bibliotheque,
& nouvellement élû membre de la focieté
Royale d'Angleterre ) continue depuis plus de
30 années fes Cours de Pathologie & de Chirurgie
Oculaire avec les reveues & démon-
Atrations
DE DECEMBRE 1721 187
ftrations generales d'environ 230 diverfes maladies
de l'oeil fur des fujets vivans. Il en
feigne aux Etrangers plus de 5 differentes
operations Ophthalmiques , auffi aifées qu'uti
les & feures pour la guerifen radicale des
maux de la vie , aufquels les foi difans Ocu
liftes employent mal à propos certaines Eaux ,
Poudres Fumigations & autres petits fecrets hazardez,
qui minent, fapent , fondent ou corrodent
4a tiffure compacte ou ferrée de l'oeil par la fuite
du temps , en penetrant ; gonflant , relâchant
& affoibliffant les parties faines de ce tendre
organe , fans difcernement ni diftinction ſpe
cifique d'avec les parties déja alterées ; de for
te que ces maladies deviennent incurables à la
fin , tant par rapport à ces remedes impropres ,
qu'en égard à la perte irréparable du temps :
mais les inftrumens délicate portez fur la partie
de l'oeil avec l'adrelle & l'experience d'un
habile Oculifte , ne fçauroient produire fem
blables defordres.
>
**
Mr de Woolhouse emporte toutes les taches,
nuages , tayes , perles , toilles , mailles , cicatrices
, onglets & le refte des ulceres &
dabfcez , mauvaifes empreintes de la petite
verole de la rougeole , & d'inflammations
inveterées , ou des écrouelles , des coups , du
feu & des corps étrangers qui ont bleffe la vihere
, en quinze jours , pourveu qu'on ne les
ait pas abreuvées & imbues de liqueurs étrangeres
d'une vertu cauftique & brûlante , ni
touché avec le feu potentiel ; ce qui les rend
incurables à jamais , en cauterifant la tranfparence
du miroir , comme on voit ici arriver tous
les jous à des perfoones mal adreffées .
Mr de Woolhoufe declare à vue d'oeil la
nature du mal en queſtion , & s'il eft gueriffable
, en combien de temps , & par quels ree
medes
J
488 LE MERCURE =
.
medes ou operations . Il entreprend même de
les guerir à forfait par des medicamens prompts,
feurs & doux , quand fa Chirurgie ſpécifique
n'y eft pas abfolument neceffaire.
5.
Mais comme la cataracte adherante interieurement
à l'Iris du côté de la temple , a toûjours
éludé la pointe de l'aiguille qu'on paffe
précisément de ce côté de la prunelle , il a
découvert nouvellement un expedient certain
& aifé pour vaincre cette difficulté , qu'on
étoit obligé ci devant d'abandonner comme infurmontable
: en forte qu'en huit jours le dit ſieur
de Woolhoufe garențit , fans retour , toutes fortes
de cataractes fimples.
Et quant à la vraie Fiftule lacrymale , avec
carie, ou callocité , qu'il elt impoffible de guerir
par les injections ou applications des médicamens
topiques , Mr de Woolhouse la guerit
, fans récidive , par une methode à lui particuliere
, qui ne lui a jamais manqué depuis
plus de vingt années qu'il l'a pratiquée , fans
fe fervir du feu ´s comme on a annoncé dans
le Journal des Sçavans du Lundy 22 Février
3712 .
"
Depuis 33 années qu'il pratique dans ce
Royaume , il a porté fes revûës generales , fes
recherches & découvertes oculaires à tel point
de perfection , qu'on y peut apprendre de lui
dans une feule journée , plus qu'on ne sçauroit
autrement approfondir pendant le cours ordinai
re de la vie d'un homme.
*

Les differentes efpeces de gouttes fereines ,
des cataractes , de glaucomes du Crystallin ,
& de la vitrée , des chancres & d'ulceres de la
cornée , des fiftules lacrymales fimples & compliquées
, des obftructions des points lacrymaux,
du conduit nazal & de la hernie du fac , de l'onglet
& tayede l'oeil , d'avec l'eucauthis & la Pannicule
DE DECEMBRE 1721. 18
nicule , de l'albugo ou perle incurable , d'avec
les taches , mailles & cicatrices gueriffables , &
beaucoup d'autres maladies qu'aucun Auteur n'a
pas encore bien démêlées , s'y démontrent trésévidemment
. “
Le Grand Duc de Tofcane , les Rois de Pruffe &
d'Angleterre , & bien d'autres Puiffances de l'Europe
ont chargé Mr de Vvoolhoufe de leur former
de fçavans Eleves pour le foulagement de
leurs peuples ; & S. M. Czarienne lui fit l'honneur
de lui voir faire l'operation de la cata .
racte , laquelle maladie a fufcité une vive difpute
parmi les Sçavans depuis l'année 1706 ,
qui n'a été decidée que par la publication ( en
François & en Latin d'un Ouvrage de Mr de
Vvoolhouse fur ce fujet , dont le Journal des
Sçavans , du Lundy quatriéme Mars 1710. , a
donné un Extrait comme les Ephemerides
d'Allemagne de l'année 1717 , & le Mercure
Galant du mois de Novembre 1718 , ont fait
mention des diverſes operations fubtiles que Mr
de Vvoolhoufe enfeigne & pratique fur les
yeux. Les envieux ont fait courir differens
faux bruits touchant la mort , l'aveuglement &
l'abandon prétendu que Mr de Vvoolhouſe a
fait de fa profeffion d'Oculifte , & ils font
même apofter des Gens pour détourner ( par
des fupercheries & des medifances ) les Etrangers
qui viennent de toutes les parties de l'Eutope
ici à Paris pour le confulter .
On le trouvera conftamment dans l'Hôpital
Royal des Quinze Vingts , à la Porte Cochere
de la grande Aumônerie , à coté de Mr Rof
gnol , Maiſtre Ecrivain .
SUP.
--LE MERCURE
SUPPLEMENT.
AU ROY ,
ETRENNE S.
Ovis , je vandrois bien te
donner aujourd'buy
Quelque préfent d'Auteur ( c'eft
fouvent de l'ennuy , )
Ainfi dans monprojet jufte crainte m'arrête,
Quoi qu'enfant d'Apollonj'écoute la Pudear .
Mon efpritferoit mal·les honneurs de lafête,
J'aime mieux encharger mon coeur.
Je ne t'apporteray que mes voeux pour
offrande ,
Des voeux lors qu'ilsfontfaits par la finceritë
Valent bien d'Helicon laplus belleguirlande,
De telsvauxfont l'encens rarement merité,
"Qu'on n'offre qu'à ces Rois appui de l'innocence
,
Vertueux Souverains fammis à l'équité ,
Qui ne cheriffent leur puiſſance
Que
DE DECEMBRE 1721. 19t
Que quand elle établit notre felicité ;
Cet encens prétieux fume partout en France.
Que LOUIS fçeura bien ennemi des flaten s
Diftinguer leurs diſcours d'avec ces veuxfind
ceres !
LOVIS a près de lui d'excellens connoiffeurs
Qui ne s'y trompent gueres. ~
Bourbon que gouverna toujours la verité ,
Villeroy fi connu par ſa noblefranchiſe ,
Fleury de qui la pieté
Fait laire à la Cour même un Flambeau de
l'Eglife :
Jages quefuit l'erreur, que craint lafauffeté;
Pourroient-ils le méprendre en coeurs vrais
&fidelles ?
I
Ils en ont chez eux les modelles.
M. le Cardinal de Rohan eft parti de
Rome le 8 de ce mois pour venir en France ,
après avoir pris poffeffion le 4 de fon titre
de la Sainte Trinité du Mont dit in Pincio.
Son Eminence paffe par Turin , & M. le
Prince de Rohan fon frere eft parti d'ici
en pofte le 23 pour le rendre à Bayonne ,
& de là fur la frontiere , pour y recevoir
des mains de M. le Marquis de Sancta
Crux l'Infante d'Espagne , & lui remettre
Mad.
192 LE MERCURE
Mademoiſelle de Montpenfier.
Le 30 de ce mois le Prince d'Elbeuf&
le Chevalier de Saintot , Introducteur des
Ambaffadeurs , allerent dans le Carroffe
du Roy à l'Hôtel des Ambaſſadeurs extraordinaires
prendre le Duc d'Offonne ,
Ambaffadeur extraordinaire du Roy d'Efpagne
, & le conduifirent à l'audience publique
de Sa Majesté. Il trouva à lon
paffage dans la place du Caroufel les Compagnies
des Gardes Françoiſes & Suiffes
lous les armes , les Tambours appellants.
Dans la cour du Palais des Tuilleries les
Gardes de la Porte & ceux de la Prevôté
en haye fous les armes à leurs poftes ordinaires.
Il fut reçu au bas de l'escalier
par le Marquis de Dreux , Grand Maître
des ceremonies , les Cent Suiffes étant
fur l'Escalier & dans leur Salle , la hallebarde
à la main. Il fut reçu en dedans de
la Salle des Gardes par le Duc d'Harcourt,
Capitaine d'une des Compagnies des Gardes
du Corps , qui étoient en haye &
fous les armes. Aptès l'audience du Roy ,
il fut reconduit par le Chevalier de
Saintot , avec les ceremonies accoutu
mées.
Le même jour M. de Martine , Envoyé
extraordinaire du Landgrave de Heffe-
Caffel , eut audience particuliere du Roy,
conduit par le même Introducteur.
IM.
DE DECEMBRE 1721. 193 .
M. Philippe , ancien premier Commis
du Trefor Royal , a été nommé Caiſſier
general de tous les effets Royaux.
Le 31 de ce mois on reprefenta pour la
premiere fois fur le Theatre dreffé dans
la Gallerie du Palais des Tuilleries , le
Ballet des Elemens , dans lequel Sa Majesté
danfa avec beaucoup de grace . Monſieur
le Duc d'Orleans , le Duc de Chartres
& les Princes & Princeffes fe trouverent
à cette reprefentation . Nous parleronsplus
amplement de ce Ballet le mois prochain.
Nous donnerons un extrait du Poëme , &
une defcription du Theâtre , de fa difpofition,
des decorations & des ornemens
Le 2 Janvier les Comediens Italiens
ont donné la premiere reprefentation d'une
Comedie en Profe en trois Actes , avec.
un Prologue & des Divertiffemens dans
les entr'Actes , intitulée Timon le Mi-
Santrope , qui a un très-grand fuccès . Elle
eft du même Auteur qu'Arlequin fauvage,
dont nous avons donné un extrait dans
le Mercure du mois de Juillet dernier .
Nous nous refervons au mois prochain à
donner à nos Lecteurs une idée plus ample
de cette nouvelle Piece , qui paffe pour
excellente,
Il vient de nous tomber entre les mains
une copie du troifiéme Oedipe qui fait
ici tant de bruit , que tant de gens fouhaitent
194 LE MERCURE
haitent de voir , & que fi peu ont déja vû.
Tout ceque nous en pouvons dire pour fatisfaire
la premiere impatience du Public ,
c'eft que cette Piece eft toute neuve fur
le fujet du monde le plus rebattu. Elle eſt
pleine de beautés fi naturellement imąginées
, qu'il eft furprenant qu'on ne les
ait pas déja trouvées depuis long temps,
L'intrigue en eft extremement fimple &
une ; elle eft pourtant très vive & très
intereffante . Elle eft liée avec tant d'art ,
qu'il n'y en paroît point . L'Epiſode de
Ménécée , tiré d'Euripide , eft produit
par le fujet même , & il produit à fon
tour en partie le dénouement. Les caracteres
font nobles , & pris d'après la belle
nature, Oedipe n'y eft point purement
malheureux comme dans tous les autres
Oedipes. L'Auteur le fait affés vertueux ,
pour eftre plaint dans les malheurs , mais
affez coupable pour abfoudre les Dieux
qui le puniffent. La morale en eft utile
& feroit fur le Theâtre très propre à former
les moeurs publiques . Les fentimens
font généreux , naïfs , pleins d'un grand
fens. Quant à la verfification elle eft aifée ,
coulante , châtiée ; elle s'éleve de temps.
en temps avec nobleffe & énergie , &
defcend fans tomber felon les diverfes fituations
& les divers interefts des perfonnages.
Nous en donnerons le mois prochain
DE DÉCEMBRE 1921. 199
chain un extrait plus étendu.
>
Nous apprenons par les nouvelles qui
font venues de Petersbourg depuis peu ,
que le Baron de Schaffirol , Vice- Chancelier
, declara aux Miniftres étrangers
que le Czar à la follicitation de fes fideles
Sujets , ayant accepté & pris le titre d'Empereur
de Ruffie , Sa Majefté s'attendoit
que leurs Souverains ne leur refuſeroient
pas le même titre , d'autant plus qu'il
avoit été donné il y a plus de deux cens
ans par l'Empereur Maximilien au Czar
Bafilowitz , & en dernier lieu à S. M. par
les Rois d'Espagne & d'Angleterre , &
par la Republique de Venife , & ce Baron
montra en même temps , à ce qu'on dit
les Lettres originales de ces Puiſſan ces fur
ce ſujet .
#
>
Sa Majesté Czarienne a fait publier
une Amniftie generale dans tous fes Etats ,
tant pour ceux qui par leurs crimes ont
merité d'être punis , ou qui ſont déja condamnez
, que pour ceux qui font détenus
ou condamnez pour des dettes publiques ,
& qui n'ont pas de quoi les payer , re-.
mettant aux pauvres Sujets les arrerages
des vieilles impofitions qu'ils n'ont pas
payées jufqu'à prefent par impuiffance ,
lefquelles fe montent à plufieurs Millions
depuis le commencement de la guerre
jufqu'en 1718. On a élargi tous les Pri-
Lij fonniers
196 LE MERCURE
fonniers qui étoient aux Galeres ou en
prifon , jufqu'au 22 Octobre inclufivement
, pour dettes , & même pour crime
de leze - Majeſté.
Le premier jour de l'an , Madame ,
Monfieur le Duc d'Orleans , Madame la
Ducheffe d'Orleans , le Duc de Chartres ,
& tous les Princes & Princeffes de la Maifon
Royale , allerent au Palais des Tuilleries
faluer le Roy.
Le Prevôt des Marchands & Echevins ,
rendirent enfuite leurs refpects à Sa Majefté
, étant conduits par le Marquis de
Dreux , Grand Maître des ceremonies.
Le même jour le Roy accompagné du
Duc de Bourbon , du Maréchal Duc de
Villeroy , Gouverneur de S. M. précedé
des Gardes de la Prevôté, des Cent Suiffes,
leur Etendart deployé , les Gardes du
Corps marchant autour du Carroffe , alla
à l'Eglife des Capucins de la rue Saint
Honoré , où il entendit la grande Meſſe
chantée par
fa Mufique , & celebrée par
l'Abbé du Bois , Chapelain ordinaire de
. la Chapelle de Mufique ,
Les 24 Violons de la Chambre du Roy
donnerent à leur ordmhaire un Concert de
fymphonie pendant le dîner de Sa Majesté.
Le foir le Roy alla entendre le Salut dans
l'Eglife de la Maifon Profeffe des Jefuites,
& y reçut la Benediction du Saint Sacrement,
Le
DE DECEMBRE 1721. 197
Le Roy continuë à s'amufer quelque
fois des leçons que Sa Majesté reçoit fur
l'Art du Tour , ce qui a donné lieu aux
Vers qu'on va lire.
JJJbbjbbjjJbJbJbJbJJ
ELOGE DU TOUR.
A MADEMOISELLE MAUBOIS
fous le nom d'Euphrofine , nom Grec
qui fignifie Heureux Genie : Elle a
l'honneur d'enfeigner au Roy l'Art du
Tour , pour lequel Sa Majefté a beaucoup
de goûr.
ODE.-
UY j'admire , fage Euphrosine ,
Dans tes ouvrages curieux
Une, perfection divine ,
Qui charme l'efprit & les yeux.
Inimitable en ta maniere ,
Tu fçais d'un cizeau delicat ,
A la plus informe matiere
Donner & la forme & l'éclat.
La main ouvriere duimonde ,
D'un cahos d'atômes divers ,
Formant une ſurface ronde ,
Perfectiona l'Univers.
Iiij
Cette
198 MERCURE LE
Cette circulaire figure ,
Qui fait l'excellence du Tour ,
Fait la beauté de la Nature,
Et de l'Aftre d'où naiſt le jour.
Ainfi l'on peut dire , Euphrofine ,
Que les Chefs d'oeuvres précieux ,
Que fur le Tour ta main deffine
Imitent la beauté des Cieux,
Ton Art plein de grace & d'adreſſe ,
Fait le plaifir des beaux efprits ,
Il donne au Bois de la richeffe ,
Et même à l'Or un plus grand 'priz.
Quel éloge plus magnifique ,
Enfin pour le Tour & pour toy ?
Ton Art eft un goût heroïque ,
Il fait les delices du Roy.
A. P. De Bellechaume.
M. l'Abbé Fyot mourut le 27 Avril
1722 , âgé de 91 ans , il avoit été Aumônier
du Roy Louis XIV. qui avoit
affilé en perfonne aux Theles de Theologie
, que cet Abbé foutint autrefois à
Dijon , où la Cour te trouvoit alors : 11
étoit d'une ancienne Nobleffe & d'une
Maiſon fort connuë & fort eſtimée dans
le Parlement de Bourgogne , auquel elte
a donné quatre Prefidens à Mortier de
fuite ,
DE DECEMBRE 1721. 199
fuite , l'un defquels étoit Confeiller d'Etat.
Plufieurs Gentilshommes de la même famille
fe font auffi fignalez durant la Ligue
au fervice du Roy Henry IV. & il en eft
forti un Secretaire d'Etat des anciens Ducs
de Bourgogne , fous le Regne defquels
elle étoit déja diftinguée dans cette Province.
Voici le Difcours que M. Joly Curé
de faint Michel de Dijon prononça le
troifiéme Dimanche d'après Pâques , fur
la mort de M. l'Abbé Fyot.
JESUS- CHRIST dans l'Evangile de ce
jour prépare les Difciples à fon départ ,
& les confole de fon abfence par l'efperance
de fon retour : Il appelle le temps
de fa féparation un moment , Modicam.
L'intervalle de fon avenement , un autre
moment , iterùm modicum : Si donc la vie
préfente n'eft qu'un moment ; fi l'avènement
du Fils de l'homme n'eft éloigné que
d'un autre moment ; quelle folie , Mes
Freres , de fonder fa félicité fur l'inftabilité
& l'inconftance des choſes d'ici- bas ?
Ouy , tout difparoît , tout s'évanouit ,
tout tombe en ruine ; mais tout cela a été
prévu par JESUS- CHRIST ; tout cela a
été prédit à fon Eglife afin qu'on s'en
fouvint , lors que l'heure en feroit venue :
Hæclocutus fum vobis , nt cùm venerit hora,
corum reminifcamini , quia ego dixi , vobis.
1 iiij
C'eft
(200 LE MERCURE
C'est dans l'ordre des évenemens douloureux
, auxquels JESUS- CHRIST a voulu
nous préparer , que nous devons regarder
la perte que nous venons de faire de notre
illuftre & vertueux Prélat Meffire Claude
Fyot de la Marche, Abbé de Saint Etienne,
Superieur de cette Eglife, & Curé primitif
de cette Paroiffe.
Le Clergé perd en lui un pere ; la Religion
un modéle ; le Sacerdoce un appui ;
les Pauvres un confolateur : Quelle eft
donc la condition qui ne ſe reffente d'une
perte fi difficile à reparer ?
Capable des plus grandes affaires & en
état de briller parmi les perfonnes d'un
goût le plus exquis , & d'un merite le plus
accompli ; il avoit outre cela une vertu ,
qui auffi- tôt qu'elle fut connuë , fut honorée
avec diftinction de la bienveillance de
Louis XIV. & de l'eftime univerfelle de
toute la Cour.
:
Placé fur le chandelier dans la Maiſon
de Dieu , il ne regarda pas fa Dignité
comme un degré pour monter à une plus
élevée il s'enfevelit dans cette Province ,
jors que fes talens & fes vertus lui donnoient
droit de prétendre aux premieres
places du Sanctuaire : Abbé lors qu'il pouvoit
être Evêque , il a fait plus d'honneur
à l'Abbaye dont il étoit revêtu , qu'il n'en
eût
DE DECEMBRE 1721. 201
eût reçu de l'Epifcopat , s'il y eût afpiré.
Chargé plus d'une fois des interefts de
notre Province , avec quel fuccès l'a-t'on
vu porter jufqu'à l'oreille du Prince les befoins
des Peuples , & en obtenir les fecours
& les foulagemens , qu'il demandoit avec
un coeur de pere en faveur de ceux qu'il
regardoit comme ſes enfans ?
Affis fur les Tribunaux * & dans l'Affemblée
de ceux que le Seigneur a établis les
Juges de fon peuple , on a vû la fageffe ſe
repofer fur fes lévres , l'efprit de confeil
prefider à fes décifions , & un Areopage
chretien admirer la pénétration de fon efprit
, & la droiture de fon coeur .
S'il trouve l'Eglife qui lui eft donnée
pour époufe, dans l'abandon & dans l'índigence
, il releve fes ruines & lui redonne
L'éclat & la fplendeur dont elle brille aujourd'huy
, & qu'elle ne tient que de fes
liberalitez .
S'il eft par fa Prélature le Chef d'un
Clergé nombreux & le Paſteur de diverſes
Eglifes , il les conduit dans les fentiers de
l'équité & de la juftice avec l'efprit & la
douceur de JESUS - CHRIST fes Loix
font des Loix de paix , & fon joug eſt un
joug de clémence , que rien n'a jamais pû
ni aigrir ni altérer : homme véritablement
* Il ésoit Confeiller d'honneur du Parlement
de Bourgogne.
I v jufte
202 LE MERCURE
jufte felon le coeur de Dieu , il ne donnoit
pour regle que les oeuvres & les exemples,
qui prêchoient f éloquemment la vertu ,
que le vice étoit forcé ou de fuir ou de
fe cachér.
Sa naiffance qui meriteroit ici des louanges
auffi finceres que magnifiques , puis
qu'il fçut la confacrer par la vertu , ne
trouvera point de place parmi ce que j'ay
à dire à la gloire : car je ne me propofe
point de vous le montrer comme grand
devant les hommes , dès que j'ay à vous
le préfenter comime Saint aux yeux de
Dieu ; ce n'eft point par le nombre de
fes ancêtres , ni par leurs vertus devenuës
hereditaires dans fa Maifon , où les honneurs
& les richeffes n'ont rien d'incompatible
avec la fainteté , que je prétens
le rélever à la face des Autels ; mais c'eft
par fes propres vertus & par la pureté
d'une vie qui merite que la Religion même
faffe de lui des éloges dignes de la
pofterité.
Enfin après un grand nombre d'années
qu'ila remplis d'un nombre infini de bonnes
oeuvres , le jufte Juge vient de le retirer
de ce mondé pour recompenfer fes
travaux , & pour couronner fa charité ;
mais quoi qu'il foit mort , il vivra à jamais
dans tous les coeurs , & il lui fera
payé dans tous les tems un tribut de larmcs
DE DECEMBRE 1721. 203
mes par un Peuple dont il faifoit les delices
& la gloire ; par un Clergé , dont
il étoit le protecteur : & l'exemple &
par moi- même , fi je Pofe dire , qu'il a
honoré de fes bontez & de fes bienfaits ,
& c.
*
JbJbJbJbJkJb Jb JbJbJb Jb Jbbb
RELATION
Des honneurs rendus à S. A. R. Mademoifelle
de Montpenſier à ſon arrivée
à Bordeaux , & pendant le féjour
qu'elle y a fait.
L
ES Jurats de Bordeaux informez
que S. A. R. devoit paffer
& prendre fon logement dans
l'Hoſtel de Ville , ont crû qu'il
étoit de leur devoir de donner en cette occafion
des marques , de leur zele & de leur
attention pour que la Princeffe fut reçûe &
logée d'une maniere convenable à fon Augufte
Naiffance & à la Majefté du Trône
qui lui eft deftiné.
Ils ont donné leur premiere attention à
faire conftruire une maifon navalle pour
paffer S. A. R. de Blaye à Bordeaux , &
Jui rendre ce paffage plus facile & plus
agréable.
I vj Cette
204 LE MERCURE
Cette maifon navale conftruite fur un
grand batteau formoit un pavillon de 24
pieds de long fut 14 de large & 12 de hauteur
; il étoit percé de dix grandes fenêtres
& trois portes. Ce Pavillon étoit orné au
dedans d'une Tapifferie de velours cramoifi
enrichie de galons d'or ; on y avoit pratiqué
une Eftrade couverte d'un riche tapis
fur lequel on avoit élevé un dais magnifique
du même velours quela tapifferie, avec
des galons & crépines d'or en feftons : on .
avoit placé fous le dais un fauteuil & un
carreau couverts de velours enrichis d'un
grand galon & des glands d'or. L'eftrade
étoit féparée du refte de la chambre par une
balustrade dorée ; il y avoit plufieurs banquettes
garnies de velours & de damas ,
avee des galons d'or, deftinées pour les Damés
de la fuite de la Princeffe ; les portieres
& les rideaux des portes & des fenêtres
étoient d'un damas cramoifi.
Le dehors de ce logement ou de ce Pavillon
étoit proprement peint & orné de
beaux cartouches ; une gallerie y regnoit
tout à l'entour.
Meffieurs Perros & Billate Jurats , &
Dubofq Secretaire de la Ville ayant eſté
chargez d'offrir à la Princeffe cette maifon
navale à fon arrivée à Blaye , s'y rendirent
13 du mois de Decembre , la Princeffe
y arriva le même jour , ils furent introduits
le
par
1
DE DECEMBRE. 1721. 205
par M. des Granges Maître des cérémonies ,
& ils eurent l'honneur de complimenter
S. A. R. qui s'embarqua le lendemain 14
à dix heures du matin , avec les Dames &
les Seigneurs de fa fuite dans ce Château
flottant , fans témoigner la moindre
crainte...
Quatre demi Galeres à 24 rames chacune
ornées & peintes aux Armes de la.
Ville remorquoient cette maifon navalle ;
les Rameurs étoient uniformément vêtus
de bleu avec un galon d'argent fur les courures
de leurs camifoles & de leurs bon-
.nets .
Des Chaloupes chargées de toutes fortes
d'inftrumens qui formoient une agréable
fymphonie , fuivoient de près le Pavillon
, des Brigantins proprement ornez
& chargez de quantité de perfonnes des
deux fexes , très proprement miles , voguoient
tout autour : la beauté du jour , au
delà de ce qu'on auroit pû efperer dans
la faifon , invita la Princeffe de fortir fur
la Gallerie , pour voir la manoeuvre des
Galeres qui remorquoient , & plus encore
les petites Flottes de Brigantins qui voltigeoient
à l'entour de fa Nef. Les Jurats
s'étant apperçûs que la Princeffe fe plaifoit
à voir ce fpectacle , donnerent leurs
ordres pour faire ralentir l'ardeur des ra-
-meurs.
On
206 LE MERCURE
On trouva dans la Route à deux
lieues de Blaye des Cuiſines & des Offices
flotantes qui vinrent joindre la. Maiſon
navale , il enfortit nombre d'Officiers qui
drefferent dans un moment une table dans
Pappartement de la Princeffe ; les Jurats
deputés eurent l'honneur d'yfervir.S . A.R.
qui parut furprife , de même que toute fa
fuite , de l'ordre de ce repas , ainfi que de
la delicateffe & de la quantité des mers qui
le compoloient,
Il étoit environ une heure & demie lors
qu'on découvrit la Ville & le Port de
Bordeaux , où il y avoit plus de 400 Navires
François ou Etrangers rangés fur
deux lignes , on fit paffer la Maifon Navalle
& toute fa fuite entre ces deux Lignes;
ces: Vaiffeaux qui étoient ornés de leurs
Pavillon , Flammes & Pavois , firent des
décharges de leur canon , qui furent ſuivies
de celles de plufieurs groffes batteries
dreffées le long du Port , & du canon de
la Citadelle , en telle forte qu'il le tira
près de deux mille coups de canon en une
demi - heure.
Le débarquement fe fit à deux heures ,
fur un Pont que les Jurats avoient fait
conftruire , ils y reçurent la Princeffe , &
M. de Segur , Lieutenant de Maire , à leur
tête , lui fit le compliment de la Ville ,
après lequel S. A. R. monta dans un caraffe
DE DECEMBRE . 1721. f
P
107
roffe avec Madame la Ducheffe de Vanta
dour , la Princeffe de Soubife , & c. Et les
autres Dames & Officiers de fa fuite dans
d'autres carroffes que les Jurats avoient
eu attention de faire trouver fur le Port.
La Princeffe & fon cortege entra dans la
Ville par la porte de Saligneres , la marche
commença par les Officiers & Archers du
Güet , les Gardes du Corps à cheval entouroient
le carroffe de S. A. R. les Troupes
Bourgeoifes leftement vêtuës , formoient
une double haye de chaque côté
depuis le débarquement jufques à l'Hôtel
de Ville : Tout ce terrain qui eft affez long,
& qui ne forme qu'une feule ruë en ligne
droite , large d'environ 140 pieds , étoit
fablé , & le devant des mailons tapiffé.
On voit dans cette rue deux corps de
bâtimens neufs qui compofent chacun
douze belles maifons uniformes , les bal
cons, les fenêtres , & le bas de ces maiſons
& de toutes les autres , étoient remplis
d'une infinité de perfonnes , extremement
parées , & qui formoient un afpect tresbrillant
& tres-gracieux .
On avoit pofté à l'entrée de l'Hôtel de
Ville un Détachement des Troupes Bourgeoifes
deftiné pour la garde de la Princeffe
; elle y fut conduite , dans l'appar
sement qui lui avoit été preparé par les
Jurats, qui lui prefenterent les prefens de la
Ville. La
208 LE MERCURE
1
La nuit étant furveuuë , on ne vit que
des illuminations & des feux de joye dans
toute la Ville , fur le Port & fur les Vaiffeaux
; on a vû les mêmes feux & illumi
nations pendant les quatre jours fuivans.
Le feu d'artifice qui avoit été preparé au
devant des fenêtres de l'appartement de la
Princeffe , à une distance convenable ,
& remis par fon ordre au lendemain ,
eut tout le fuccès qu'on en pouvoit attendre.
S. A. R. a fejourné quatre jours entiers
à Bordeaux , & elle a foupé en Public les
trois derniers jours.
M. Bouché , Intendant de la Province,
s'eft diftingué par une attention continuelle
à tout ce qui pouvoit contribuer à la fatisfaction
de la Princeffe , & par la fomptuofité
& la delicateffe des tables qu'il a
tenues chez lui ; les Jurats ont tenu table
pour les Officiers de la fuite de S. A. R.
Le Parlement & les autres Cours ont
eu l'honneur de faluer la Princeffe.
La Princeffe partit de Bordeaux le 19, à
neuf heures du matin , Elle paffa au milieu
d'une double haye de Troupes Bourgeoiles,
les rues tapiffées & fablées de même que
le jour de fon arrivée , les Jurats fe rendirent
à la Porte Saint Julien , par laquelle
elle fortit , pour avoir l'honneur de lui
faire la reverence.
PLAN
DE DECEMBRE 1721. 209
AAAAAAKAAAA
PLAN D'UN SUPPLEMENT
à l'ouvrage de l'Antiquité , expliquée
reprefentée en figures.
Es monumens de l'Antiquité font une
Lmatiere indifpenfable : on en a publié
un fi grand nombre en differens temps &
en divers pays , que quand on veut les
raffembler , il n'eft pas poffible que plufieurs
n'échappent à la recherche la plus
exacte. Les Cabinets en renferment encore
beaucoup d'autres inconnus au Public ,
& quelquefois même à ceux qui les poffedent.
Outre ceux-là , on déterre tous
les jours de nouveaux , qui apprennent
fouvent des chofes aufquelles on n'auroit
jamais penfé , ou qui éclairciffent
tellement des points conteſtez , qu'on voit
avec certitude ce qu'on ne connoiffoit devant
que par conjecture. Voilà les principales
fources d'où j'ay tiré ce qui compoſe
ce nouveau Recueil.
Accoutumé depuis long- temps à cette
efpece de phenomenes antiques , je jugeai
dans le temps même que j'imprimois
l'Antiquité expliquée , &c. que je ferois
obligé d'y faire quelque Supplément , je
le fis preffentir dans ma Préface , & je me .
fuis
110 LE MERCURE
fuis vû en état de l'executer plutôt que
je n'aurois ofé l'efperer . Voici comment.
L'ouvrage de l'Antiquité s'étant répandu
dans tout le Royaume , & dans plufieurs
autres parties de l'Europe ; ceux qui
avoient des Cabinets d'Antiques ont été
curieux de voir s'ils auroient des pieces
inconnues à l'Auteur. Cette recherche n'a
pas été inutile , on m'en a envoyé de differens
endroits un grand nombre , fans compter
celles que j'ay trouvées à Paris ; fans
y comprendre auffi les Medaillons du Roy,
les Antiques de Verſailles , que j'avois omi
fes , dans l'efperance d'en trouver de meilleurs
deffeins , & d'autres déja imprimées ,
qui m'avoient échappé. Rome m'a fourni
d'excellens monumens , trouvez en differens
endroits. C'eft là principalement où
les Antiques fortent de terre comme en
foule. En un mot la moiffon eft fi ample ,
que je me trouve en état de donner environ
cinq cens planches , qui avec les explications
feront cinq volumes in folio ; c'eftà-
dire plus de la moitié de l'ouvrage de
l'Antiquité expliquée , &c.
J'ole me promettre que ce Supplément
fera plus de plaifir que l'ouvrage même ,
par la grande quantité de pieces qu'il renferme
, dont la plupart ont tout le merite
de la nouveauré. Leur fingularité m'a
obligé de m'étendre , en les expliquant
bien
DE DECEMBRE 1721. 211
bien davantage que je n'ay fait dans l'autre
ouvrage ; j'ay eu fur-tout foin de profiter
de quelques avis qu'on m'a donnez , quand
ils meritoient attention .
Il ne faut pas douter que je n'euffe encore
groffi ce nouveau Recueil , fi j'avois voulu
differer plus long- temps à le publier : car
c'eft , comme j'ai dit , une matiere dont
on ne trouve jamais la fin ; mais outre qu'il
faut bien du tems pour graver les planches ,
& que pendant ce temps- là , il nous viendra
quantité de pieces ou ci-devant inconnuës
, ou nouvellement déterrées ; ce que
nous avons déja eft affez confiderable pour
ne pas nous expofer à tous les inconveniens
que les délais apportent. D'ailleurs
les principaux cabinets étant épuifez , les
monumens ne viendront plus en foule
comme auparavant .
Le Supplément le vendra comme l'ouvrage
par foufcription , dont le prix a été
fixé par les Libraires fur le pied de la feconde
édition , qui va paroître inceffamment;
c'est-à- dire que le Supplément
qui fait au moins la moitié de l'ouvrage ,
fera à so livres pour le petit papier , quand
on prendra les billets de foufcription , &
autant quand on retirera les exemplaires ;
& pour
le grand papier à 75 livres pour
le premier , & autant pour le fecond payement
. J'aurois bien voulu que les foufcriptions
212 LE MERCURE
criptions euffent été fur le pied de la premiere
édition, c'est-à- dire à un tiers moins;
mais les Libraires m'ont reprefenté que le
cuivre & les gravûres étant de près de la
moitié , & le papier d'un tiers plus chers
que lors qu'on travailloit à la premiere édition
, ils ne peuvent donner le Supplément
qu'au prix marqué. Je me fuis rendu à leurs
raifons , façhant bien qu'ils ne parlent que
felon la voix publique .
Une édition du Supplément ne pouvant
pas fuffire pour les deux éditions de l'Antiquité
, parce que les planches ne peuvent
fournir pour les deux fans être , ou retouchées
, ou refaites ; la juftice demande
que ceux qui ont foufcrit pour la premiere
édition , foient les premiers reçûs à
foufcrire pour le Supplément . Pour leur
donner donc le tems de prévenir les autres,
on ne donnera des billets qu'à ceux- ci
jufqu'au premier jour de Fevrier 1722 .
Alors tous indifferemment feront reçûs à
foufcrire pendant tout le mois de Fevrier
& de Mars , & jufqu'au premier jour d'Avril
, où l'on ceffera de prendre des foufcriptions.
On averti auffi que l'on n'imprimera
du Supplément qu'autant d'exemplaires
qu'il en faudra pour les foufcripteurs , qui
feront tenus de les retirer dans l'année , à
compter du jour qu'on les délivrera , faute
dequoi ils feront acquis au profit des Libraires,
QnoiDE
DECEMBRE 1721. 213
Quoiqu'on ne puiffe pas fixer le tems
où l'on diftribuera les exemplaires , on efpere
que ce fera dans tout le cours de l'an
1713. La diligence qu'on a faite fur les
deux éditions de l'Antiquité doit fervir de
garand pour le Supplément.
Ceux qui voudront foufcrire s'adrefferont
, s'il leur plaît , à Dom Bernard de
Montfaucon , en l'Abbaye de S. Germain
des Prez , ou à quelqu'un des Libraires
ici nommez.
FLORENTIN DEL AULNE ,
VEUVE D'HILAIRE FOUCAULT,
Rue Saint-Jacques.
MICHEL

CLOUSIER ,
JEAN- GEOFFROY NYON ,
Sur le Quay des Auguftins ,
ETIENNE GANEAU , Rue S. Jac
NICOLAS GOSSELIN , au Palais,
PIERRE-FRANÇOIS GIFFART ,
Rue Saint- Jacques.
Ces Antiquitex font fort gouttes dans
les Pays Etrangers. Elles ont été traduites
en Anglois par M. Humphreys , Profeſſeur
du College de la Trinité à Cambridge.
Les Soufcripteurs de la feconde Edition
de l'Antiquité font avertis qu'on leur en
delivrera
214. LE
MERCURE
delivrera fan faute les
Exemplaires au Collège
de Montaigu , près fainte Genevieve ,
au mois deJanvier 1722.
· Le grand nombre de Fêtes eft la cauſe
que le Mercure paroift fi tard. On prendra
à
Pavenir deplus juft's mesures pour que
cela n'arrive point.
Par la même raiſon nous ne donnerons
qu'au mois de Janvier les
Medailles frapées
l'honneur du Roy , depuis le
commencement
de fon Regne juſqu'à prefent, que nous
faifons graver.
L'Hiftoire
Metallique de
ce jeune
Monarque
commencera dans nos
Mercures avec la nouvelle année 1722.
ନଟ
APPROBATION.
Ar lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
Le Mercure pour le mois de Decembre , &
j'ay cru qu'on pouvoit en permettre l'impreffion.
A Paris le 13 Janvier 1722 .
H-ARDION.
TABLE.
PIE
IECES fugitives , Lettre fur le Trou du
Clufeau en Perigord ,
pages
Differtation fur l'Arc de Triomphe d'Orange, 10
Lettre écrite de Londres , fur les Eſtampes colo-
1
rées
- rées , l'Univerfité d'Oxford , & aurres curios
fitez , & c.
Lettre écrites de Lion
29
37
Poëfies. Didon Cantate , Vers fur l'oifiveté ,
Cantate fur la naiffance de J. C. Le Lys &
la Violette. Allegorie , Epitre de M, Tiriot à
M. de ... Enigmes , Chanfon , 45
Nouvelles Litteraires ✯ des Beaux Arts. Difcours
prononcez dans les Conferences de l'Acacademie
Royale de Peinture par M.Coypel, 57
Grammaire Hebraïque & Chaldéenne .. 69
Le Parfait Negociant & le Dictionnaire Univer-.
fel de Commerce , & c.

76
Voyage du Tour du Monde ; Traité de la Peſte
89
&c.
Spectacles , Pieces Dramatiques des Colleges .
Sedecias Tragedie , &c.
Theatre Italien. La Parodie de Phaeton ,
L'Opera ,
99
94
Le Theatre François. Colin Maillard , la vengeance
de l'Amour , Venceflas , &c .
Nouvelles Errangeres, de Petersbourg & relation
de ce qui s'y eft paffé au ſujet de la Paix, &c 98
Route de l'Infante d'Espagne depuis Madrid jufqu'à
Yron
Relation de la Cavalcade du Pape pour la prise
de Poffeffion de Saint Jean de Latran , 126
Charges , Dignitez , Benefices , Mort , & Mariages
des Pays Ettangers ,
Journal de Paris ,
Cloche benite à Saint Euftache ,
Boeuf roti donné au Peuple ,
IIS
148
157
160
162
' 166
169
173
190
Naillances , Morts & Mariages
Genealogie de la Maifon de Voluire
Lettres Patentes , Arreſts , &c.
Suplement , Etrennes au Roy ,
Nouvelle Tragedie d'OEdipe
Eloge du Tour , à Mademoiſelle Maubois ,
Relation de Bordeaux ,
193
197
203
Plan
Plan du Suplement de l'Ouvrage de l'Antiquité
expliquée. 209
Errata du Mois de Novembre.
Page 29 ligne 24 une jeune , lifez , l'éclat
d'une. Page 93 ligne 25 Chambert , lifez,
Chambort . Page 102 lig. 10 de toutes , life ,
de tous. Page 115 lig. 24 Spectacle honoré ,
lifez ,fut honoré. Page 118 lig. derniere, donne ,
lifez , donna. Page 128 lig. 4 du bas , Chimifte,
ôtez ce mot. Page 175 lig . 10 Boifendu , lie ,
Boifandré. Idem lig. 15 Dafage , lifez , Dufaye.
Idem lig. 18 de Jour ,lifez,de Jouy. Page 184
1ig. 14 fervant la, lifez fervans à la,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le