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1721, 06-07, partie 2, 08-09
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Presented by
John
Bigelow
to the
Century
Association
ADM
Mercure
LE
MERCURE
DE
JUIN & JUILLET.
Deux Volumes . 40 fols .
SECONDE PARTIE.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis.
GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , à la Fleur-de- Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonnie
M DC C. XXI.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
3351
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
AVIS .
ON prid Nprie
ceux qui adrefferont
des Le tres ou Paquets
d'en affranchir
le Port
comme cela s'est toujours
pratiqué
, fans quoi on ne les recevra
point.
LAdreffe generale pour toutes chofes fera
Monfieur Moreau , Commis an Mercure,
chez Monfieur le Commiffaire le Comte
vis -à - vis la Comedie Françoise , à Paris,
Ceux qui pour leur commodité , voudront
remettre leurs Paquets cachetez aux
Libraires qui vendent le Mercure à Paris
, pourront fe fervir de cette voye pour
les faire tenir en adreffant toujours à
M. Morean.
›
L'abondance des Matieres nous a obligés
de faire deux Volumes de ces deux mois.
Al'avenir le Mercure paroîtra le premier
de chaque mois, en un Volume , au prix ore
dinaire de 25fols.
On donne avis que le fonds des Mer
cures de feu M. Buchet , fe trouve altuèlle ,
ment chez Mrs. Buchet fes freres , Cloître
S. Germain l'Auxerrois , où ils continueront
de les vendre , en gros ou en détail , avec
Abregé de la Vie du Czar.
MERCURE
DE
JUIN & JUILLET.
SUITE · DE L'ARTICLE
des Spectacles.
L'OPER A.
'ACADEMIE Royale de Mufique
a recommencé fes exercices
& r'ouvert fon Theâtre le
21 Aviil , après trois femaines.
de vacances , par la Tragedie d'Omphale ,
qu'on demandoit avec empreffement. Les
paroles font de M. de la Mothe , & la
Mufique de M. Deftouches. Le Public a
revû certe piece avec d'autant plus de plaifir
, qu'il y avoit vingt ans qu'elle fut reprefentée
pour la premiere fois , & qu'on
ne l'avoit pas revue depuis .
II. Partie.
A ij
MERCURE DE
Le Mardi 13 May l'Ambaffadeur de la
Porte Othomane affifta avec toute fa fuite
à la reprefentation du même Opera : Cette
Excellence avoit déja vu l'Opera de Thefée.
On ne doit pas craindre que l'Academie
Royale de Mufique perde rien de fon brillant
ni de fon ancienne reputation , depuis
que M. de Francines a repris le gouvernement
de ce magnifique fpectacle ; tout
le monde connoit la delicateffe de fon
goût & l'étendue de fes lumieres . Il vient
de faire un fort bon prefent à l'Academie ,
en la perfonne de la Damo felle Hermans
qui avoit déja chanté dans le Balet du Roy ,
l'hyver dernier , & qui doit être reçûë
dans fa Mufique , ayant déja chanté à la
Chapelle avec aplaudiffement
.
j
Elle parut le 17. Juin pour la premiere
fois dans le Prologue de l'Opera d'Iffé ,
& chanta le rôle de la premiere Helperide ,
dans lequel la Damoifelle la Garde avoit
brillé d'abord il y a trois ans. Cette nouvelle
Actrice eft une jeune perfonne de
bonne famille , fort bien faite , qui a la
voix très belle , legere & d'une grande
étendue. C'est un excellent fujet dont le
Public efpere beaucoup.
22. Juin. L'Academie Royale de Mufique
a donné extraordinairement la muie
JUIN & JUILLET. }
du 22 au 23 Juin à l'Ambaffadeur du
Grand Seigneur , un Bal magnifique fur
le Theâtre de l'Opera , & fur le Parquet ,
qui en s'élévant du fol du Parterre , ne
fait plus qu'un plain pied avec le Theâtre
& l'Amphitheâtre. On chanta à minuit le
Prologue de l'Opera de Bellerophon , au
lieu d'un concert travaillé fur des Vers
Turcs , qu'on s'étoit propofé de faire executer.
Le Bal commença après , mais la
foule des mafques étoit fi grande , qu'on
ne put danfer un peu à l'aile qu'à quatre
heures du matin , lors qu'on commença à
fe retirer. M. l'Ambaffadeur en fortit avant
cinq heures , après s'être beaucoup diverti
de ce plaifir tumultueux . Il étoit placé
avec les principaux de fà fuite dans le balcon
à droite. Les places étoient fixées à
cinq livres. On nous a affuré qu'il y avoit
2000 perfonnes payantes , & qu'il y en
avoit eu prefque une fois autres qui s'étoient
prefentées à la porte fans pouvoir
entrer , ou que la trop grande foule avoit
rebutées. M. de Francines fit prefenter à
l'Ambaffadeur & à toute fa fuite une
collation delicate avec toute forte de rafraîchiffemens.
10 Juillet. Les Fêtes Venitiennes , Balet
reprefenté pour la premiere fois en Juin
1710. Il eut alors un fuccès prodigieux ,
A iij
MERCURE DE
ayant été joüé 86 fois fans interruption 3
le Public qui fouhaitteit fort de le revoir
, l'a reçû avec de grands témoignages
de joye. Les paroles font de Monfieur Danchet
, & la Mufique de Monfieur Campra..
Il n'étoit d'abord compofé que d'un Prologue
& de quatre Entrées ; mais les Aureurs
excitez par les aplaudiffemens , en
ont ajouté cinq autres en differens tems .
Voici de quelle maniere cet Opera a été
remis . On a joué le Prologue , & trois
Entrées , fçavoir , les Devins de la Place
faint Marc , les Saltimbanques , & le Bal..
Les deux principaux rôles du Prologue ,
le Carnaval & la Folie , qui avoient été
chantez en 1710 par le fieur Thevenard ,
& par la Demoiſelle Pouffin , ont été remplacez
par le fieur le Mire & par la Demoiſelle
Souris.
Les trois rôles de la premiere Entrée:
des Devins , qui font Leandre Cavalier
François , Zelie jeune Venitienne , & une
Bohemienne. Le fieur Thevenard a joiié
le premier comme en 1710. La Damoifelle
Antier a fuccedé à la Damoifelle Pouffin ,.
dans celui de Zelie , avec des applaudiffemens
infinis & très bien meritez ; & celui
de la Bohemienne par la Damoiſelle Lambert
, qui a fuccedé à Mademoiſelle Dun.
Dans la deuxiéme Entrée de l'Amour
Saltimbanque , le fieur du Bourg a chanté
JUIN & JUILLET.
le rôle du Chef des Saltimbanques , joué
par le fieur Hardouin en 1710. Celui
d'Erafte jeune François , amant de Leandre ,
par le fieur Muraire , à la place du fieur
Cochereau. Celui de Leonore , par la Damoiſelle
Tulon , à la place de la Damoifelle
Pouffin . Le rôle de la furveillante de
Leonore , par , par le fieur Mantienne , & celui
de l'Amour Saltimbanque a été chanté par
la Damoiſelle Minier , à la place de la
Demoiselle Dun .
Le rôle d'Alamir dans la troifiéme Entrée
du Bal , par le fieur Thevenard ; celui
de Themir , Gentilhomme de fa fuite , par
le ficur Artaud , à la place du fieur Bufeau .
Le rôle d'Iphife , par Mademoifelle Antier,
qui remplace dignement Mademoiſelle
Journet , une des plus celebres Actrices
qu'on ait vu fur le Theâtre de l'Opera ,·
que la mort nous a enlevée il y a deux ans ;
& les deux rôles , auffi originaux que finguliers
, du Maitre de Mufique & du
Maître de Danfe , par les fieurs Mantienne
& Marcel.
Le Balet & les Danfes compofées par le
fieur Blondi, à la place du fieur Pecour qui
étoit malade , ont été très bien executées .
L'incomparable Damoifelle Prevôt , qui eft
encore incommodée , pour confoler en
quelque façon le Public de ne la voir pas
à fait dander une Entrée à une jeune per-
A iiij
8 MERCURE DE
fonne de dix à onze ans , fon Eleve , qui
paroît avoir de grandes difpofitions , &
qui a fait beaucoup de plaifir.
La petite Relation qu'on va lire , & qui
a quelque rapport avec l'Opera , merite de
trouver ici fa place.
RELATION
d'une Féte donnée à Lyon à Madame
Poulletier Intendante , par Meffieurs
de l'Academie de Mufique & .
beaux Arts , établie dans cette Ville
Jous laprotection de M. le Maréchal
Duc de Villeroy , qui en eft le Chef.
Undi 14 de Juillet , veille de faint
Henry ,l'Academic de Mufique donna
à Madame Poultetier ' un très beau
concert à l'occafion de fa fête , où toutes
les Dames les plus qualifiées de Lyon
affifterent , de même que la plus grande
partie des principaux du païs , qui font
inembres de cette Academie , formée par
les foins de Madame l'Intendante : le nom
d'Henriette qu'elle porte y fut celebré par
des Vers faits à la louange de fes charmes
& de toutes fes rares qualités. Le lendemain
à l'entrée de la nuit un grand Batteau
JUIN & JUILLET ༡
artiſtement decoré , ( qui portoit dans fon
enceinte un magnifique falon , dont les
portiques étoient ornez de guirlandes de
fleurs , avec les Armes de Madame l'Intendante
, & des H qui marquoient fon
nom & le fujet de la fête ) fut conduit fur
la Saône , au fon des timbales & des trompettes
, par des Matelots , en habits galans
& uniformes , chargez de rubans de ſes livrées
: Ce grand Batteau étoit precedé d'un
Brigantin , & fuivi de quatre gondoles ,
où les Academiciens étoient placez ; ils ſe
rendirent dans cet ordre à la vûë d'un
ар-
partement que Madame l'Intendante occupe
à l'Arfenal ; l'ancre fut jettée au milieu
de la Riviere , & le Batteau qui reprefentoit
le Temple d'Apollon , s'arrêta devant
les fenêtres de Madame Poulletier ; Monfieur
le Comte de Suze , Chef de l'Academie
de Lyon , & Monfieur de Grange
Blanche Avocat general de la Ville , s'approcherent
de la Terraffe qui donne dans
les jardins de l'apartement de Madame
l'Intendante . On lui prefenta au nom de
toute l'affemblée un bouquet des plus belles
fleurs de la faifon , & on lui fit un difcours
aufli galand que rempli d'éloquence ; dans
l'inftant le Temple d'Apollon éclairé par
plufieurs luftres de criftaux en dedans , &
par une infinité de lampions & de quantité
de gros flambeaux de cire blanche placez
IG MERCURE DE
au dehors , retentit du fon des hautbois ,
flutes, violons , & autres inftrumens de Mufique,
qui firent un concert qui ne cedoit en
rien à celur de la Ville : le concours des
perfonnes
de l'un & l'autre fexe , formoit fur
la Riviere le plus agreable fpectacle que
l'on ait vû de long- tems ; diverfes illuminations
étoient dans les petits Batteaux, que
chacun avoit embellis à qui mieux mieux ,
& rendoient dans le plus fort de la nuit la
clarté neceffaire pour fe reconnoître d'affez
loin ; les Academiciens monterent fur la
Terraffe , où Madame l'Intendante offrit
à la Compagnie tous les rafraîchiffemens
de la faifon , on y danfa , & les Dames qui
étoient avec elle , fe mêlant avec celles
que la fête y avoit attirées , formerent un
Bal qui ne ceffa que le lendemain fort
avant dans la matinée. Le bruit de l'artillerie
que Monfieur le Chevalier de Saint
Mars fit tirer pour honorer cette fête , ne
contribua pas peu à la rendre parfaite.
Chacun fe retira fort content , & Madame
PIntendante donna lieu à tous ceux qui
étoient accourus de l'être extremement ,
de fes manieres gracieufes & prévenantes.
y
JUIN & JUILLET. FE
LA COMEDIE ITALIENNE.
Es Comediens Italiens de l'Hôtel de
L Bourgogne ont prefenté aux yeux de
leurs Spectateurs à l'ouverture de leur
Theatre , une nouvelle toile ou rideau
à la place de celui qu'ils avoient fait peindre
lors de leur rétabliſſement en 1716.
où l'on voyoit un Phenix fur un bucher
avec ces mots : Je renais . Dans celui - ci ,
en a reprefenté la Mufe Thalie qui prefideà
la Comedie , couronnée d'une guirlande
de lierre , tenant un mafque à la main
avec des brodequins pour chauffure. Certe
figure, au moins grande comme nature, eſt
accompagnée de quatre Médaillons , deux
de chaque côtez , où l'on voit les buftes.
de quatre Poëtes Comiques , Ariftophane ,
Eupolis , Cratinus & Plaute , avec un
Soleil tout en haut , & ces deux Vers en
bas :
,
Qui quarit alia his ,
Malum videtur quarere..
21 Avril. Les Comediens ont com
mencé leurs repreſentations par Arlequin
12 MERCURE DE
Pluton , de M. Gu . Piéce en trois Actes ,
avec des agrémens en François & en Italien
, jouée pour la premiere fois au mois
de Janvier 1719.
24 Avril. Le Negligent , Comedie nouvelle
en un Acte , avec des agrémens , du
fieur Lelio.
12 May. Le double mariage d'Arlequin ,
Piece Italienne en trois Actes , dont on
trouve que le dernier ne répond pas aux
deux autres qui ont fait beaucoup de plaifir.
Cette Piece a été jouée pour la premiere
fois fur le Theâtre du Palais Royal , où les
Italiens donnent deux reprefentations par
femaine , le Lundi & le Samedi .
Extrait de la Piece.
ACTE PREMIER.
La Piece commence par une tendre converfation
entre Lelio. & Flaminia fa Maîtreffe
, fille unique de Pantalon , qui la
tient fort refferrée , n'ayant aucune liberté
de voir fon amant , elle vient le trouver
pendant que fon pere eft en ville , & le
charge de la faire demander en mariage .
Elle eft affublée d'une jupe noire ſur ſon
habit , & d'une mante par deffus fa tête ,
JUIN & JUILLET. 13
pour n'être pas reconnue. Dans le tems
de leurs plus vives proteftations Pantalon
qui eft eur peine de ta fille l'appelle & paroît
; auffi - tôt Flaminia baiffe fon voile
& prend la fuite ; fon pere court après
elle pour voir fi ce ne feroit
pas fa fille ;
Lelio s'y oppofe en vain , & le fuit pour
empêcher qu'il ne maltraite fa maîtreffe.
Flaminia revient , ayant évité Pantalon ,
& ne retrouvant point Lelio , elle en eft
fort en peine . Arlequin vient qui la trouve
fort embarraffée , & lui dit , qu'il eſt luimême
fort à plaindre , parce que Scapin
le veut faire mettre en prifon pour cent
écus de fromage qu'il lui doit , & qu'il ne
peut lui payer. Dans ce moment Flaminia
entend la voix de fon père , elle ôte vîte
fa jupe & fon voile , & en couvre Arlequin
, lui promettant de le recompenfer
& rentre chez fon pere . Arlequin qui ne
peut rien comprendre à ce déguifement ,
en paroît extraordinairement étonné. Pentalon
qui furvient tout effouflé avec Lelio ,
le prend pour fa file , lui fait une longue.
mercuriale , & lui reproche le tort qu'elle
fait à fa famille de courir ainfi après fon
amant. Lelio trompé comme le vicillard ,
s'oppofe à les emportemens , & pour les
calmer lui demande Flaminia en mariage.
Le vieillard y confent & les marie fur le
champ. Arlequin après s'étre bien diverti
$4
DE
MERCURE
de leur extravagance , ſe découvre , &
d'un ton tout - à - fait comique leur dit :
ô caro Padre ! ô amato conforte ! L'époux
pretendu fe retire tout confus , & Pantalon
plus en colere que jamais , appelle Flaminia
, qui vient avec fes habits ordinaires,
& à toutes les interrogations de fon pere ,
répond avec fermeté qu'elle n'a pas forti
de la maiſon , ce qui fait croire à Pentalon
qu'il s'eft trompé , en prenant ce fou
d'Arlequin , qu'il a và d'abord avec une
mante , courant après Lelio , pour fa fille.
Le Docteur arrive ; Pantalon le preſente
à Flaminia , comme un homme qu'elle
doit époufer dans la journée. Lelio paraît
au fond du Theâtre. Flaminia fort intriguée
de cet ordre , ne fçachant comment
parer ce fâcheux mariage , s'avile d'en
fuppofer un autre , en difant qu'elle a
promis fa foy à Mario , fils du Docteur ,
avant qu'il partit pour l'armée. Les deux
vieillards voyant la chofe fans remede , y
donnent les mains.
Dans la dixiéme Scene Lelio qui a tout
entendu , fait de fanglans reproches à Flaminia
, & fe retire fans lui donner le tems
de fe juftifier. Arlequin qui aime Violette,
lui fait prefent de la mante & de la jupe
dont il croit d'avoir herité , mais Flaminia
qui furvient interrompt les remercimens
que Violette fait à fon amant , reprend fes
JUIN & JUILLET.
hardes , s'en deguife , & court après Lelio,
pour tâcher de le defabuter. Violette ne
peut revenir de fon étonnement , & outrée
de la tranquillité avec laquelle Arlequin
a vû emporter les nipes qu'il lui avoir données
, s'imagine qué Flaminia eft fa rivale,
& qu'elle eft aimée ; elle s'emporte contre
lui , & le menace de fe vanger . Lelio qui
trouve Arlequin fur la Scene , lui fait pluficurs
questions au fujet de Flaminia , pourquoi
il avoit cette jupe & ce voile ? par
quel hazard il la connoiffoit ? s'il n'eft
pas fon Mezzano ? s'il n'a pas foin de porter
fes Lettres ? &c. Arlequin dit aparte ,
que pour ne pas paroître un ignorant , un
for , il va lui répondre comme il faut ; en
effet , il répond affirmativement à tout ,
ajoute qu'il s'étoit ainfi deguifé pour fe
divertir ; qu'il connoît Flaminia depuis
long-tems , qu'elle eft fort de fes amies
& qu'à l'égard de fes amours avec Mario ,
il en eft le confident. Lelio outré de fureur
& de jalousie , met l'épée à la main
& veut tuer notre balourd . Il en eft empêché
par Flaminia , qui couverte de fa
le cherche pour fe juftifier . Elle
le prie de ne point maltraiter ce pauvre
garçon. Cette démarche irrite encore plus
Lelio , & augmente la jaloufie & fes
foupçons , dont la fureur eft au dernier
point à l'arrivée de Violette , qui chante
mante ,
16 MERCURE
DE
poüille à Flaminia, lui reproché de lui avoir
enlevé fon amant Arlequin , & prie Lelio
de fe joindre à elle pour le vanger . Ils
difent tous deux mille injures à Flaminia ,
& fortent brufquement enſemble fans vouloir
l'écouter.Flaminia
baiffe fon voile pour
les fuivre , mais elle en eft empêchée par
Pantalon , qui furvient avec le Docteur :
elle n'oſe l'éviter , crainte qu'il ne la pourfuive
avec plus d'opiniâtreté . Pantalon qui
l'aperçoit à un coin du Theâtre , dit en
riant au Docteur , que ce n'eft pas là fa
fille , mais ce benêt d'Arlequin , qui fe
plaît à fe déguifer de la forte. Il en dit
autant à Scapin , qui vient lui demander
où il pourroit trouver Arlequin , pour fe
faire payer de cent écus qu'il lui doit ,
ajoutant à ce dernier qu'il n'eft plus furpris
de le voir ainfi fe cacher pour ne pas payer .
fes dettes. Scapin ne perd point de tems ,
il appelle les Sbires , qui faififfent la pauvre
Flaminia , & la menent en priſon , la
prenant pour Arlequin . Pantalon fâché d'avoir
procuré ce malheur à Arlequin , fans
fçavoir de quoi il s'agifloit , veut y appor
ter du remede ; mais Arlequin paroît dans
ce moment ; les vieillards le felicitent de
s'être fauvé des mains des Sbires . Dans le
tems qu'il fe mocque d'eux , Scapin revient
, & furpris de trouver fon debiteur
en liberté , il rapelle les Sbires & le fait
mener
JUIN & JUILLET.
17
mener en prifon. Dans la vingt - deuxième
Scene , qui eft la derniere de cet Acte ,
Violette aprenant la difgrace de fon amant,
fent pour lui un retour de tendreffe , &
veut le fecourir.
ACTE II.
Le Theatre reprefente une Prifon .
Arlequin eft bien étonné de trouver
Flaminia dans la Friton ; ils s'inftruilent
reciproquement de ce qui les y a fait conduire.
Flaminia donne un diamant à Ar-
1
lequin pour payer les cent écus qu'il doit ,
ne doutant pas qu'ils ne puiffent fortir tous
deux d'abord après. Le Geolier ayant
reçû le diamant pour nantiffement , élar
git Arlequin qui va chercher Scapin , &
retient Flaminia . Dans l'intervalle Violette
vient dans la Prifon chercher fon cher Arlequin
, furprife d'y rencontrer Flaminia ,
& confirmée de plus en plus qu'elle eit
fa Rivale , lui dit cent injures , lui reproche
fon effronterie de venir chercher fon
Amant juſques dans la Prifon . Flaminia
tâche de lui faire entendre raifon , en lui
contant ce qui a donné lieu à cette méprife
. Pantalon furvient dans le deffein de
rendre fervice à Arlequin . Violette malgré
fa colere , ne laiffe pas par complai-
Lance pour Flaminia , de la faire paffer pour !
II. Partie. B
IS MERCURE DE
une de fes amies , & la tire ainſi d'affaire ,
aprés avoir pourtant dit au Vieillard que la
fille aime éperdument Arlequin . Scapin
dans une autre Scene réjoui d'avoir été
payé, montre à Pantalon le diamant qu'il a
reçu d'Arlequin : Pantalon le reconnoît , fe:
perfuade que Violette lui a dit la verité ,
& ne doute pas que fa fille ne l'ait donné
à Arlequin pour le tirer de prifon ; il entre:
>
en fureur contre elle , veut la tuer , & c.
Scapin tâche de l'appaifer , & lui confeille
pour la punir de la marier avec ce malotru
d'Arlequin , & de les envoyer tous
deux fi loin qu'on n'en entende jamais .
parler..
Aprés la cinquiéme Scene le Theatre change
, reprefente une Place Publique ..
Violette, raconte à Lelio & au Docteur
la maniere dont elle a tiré Flaminia de
prifon , en perfuadant au Geolier qu'elle.
n'y avoit été conduite que par méprife ::
elle leur parle encore des folles amours
de Flaminia pour Arlequin , & c. Pantalon:
furvenant avec Scapin , leur declare le
parti qu'il a pris pour punir fa fille . Violette
dit qu'elle lui a donné retraite chez :
elle , & qu'elle va la querir pour la mener
au rendez- vous qu'on a pris hors la Ville:
pour faire ce beau mariage , &c. Panta-
Jon & Scapin conduifent Arlequin au rendez-
vous ,,fans lui rien dire, à grands coups :
JUIN & JUILLET
191
de pied. Alors la stene change , & repre-
Jente un Bois..
Le Docteur , Lelio & Violette ne veu
lent point écouter la malheureuſe Ainante, »
qui cherche à fe juftifier. Pantalon ſuivi
de Scapin , lui impofe filence d'un air ſevere
, auffi bien qu'à Arlequin , les marie,
& par un effort de tendreffe & de generofité
, leur donne pour prefent de nôces
un Ecrain de pierreries , avec commandement
exprès de s'en aller fi loin qu'on
n'entende jamais parler d'eux. La cere--
monie finie on plante là les nouveaux ma--
riez , qui , fort embaraffez du chemin
qu'ils doivent prendre , des Voleurs furviennent
, fe faififfent de l'Ecrain ' , dé--
pouillent Arlequin, & lorfqu'ils en veulent
faire autant à Flaminia , ils en font em--
pêchez par Mario qui arrive de Flandres.-
Il les met en fuite , & emmene la pauvre
infortunée , après avoir entendu le recit
defon avanture , la dureté de fon pere, & c.
ACTE III .
Pantalon rongé de remords du mauvais
traitement qu'il a fait à fa fille , témoi jne
fon déplaifir au Docteur. Mario les interrompt.
Il embraffe lon pere qui elt char né
de le revoir , & c. Pantalon fax , cette re-
Aexion : Il a le plaifir de revoir fon fils
Bij
20 MERCURE DE
·
aprés une courte abfence , & moi je ne
reverrai jamais ma fille . Mario le rebute
quand il vient pour l'embraffer , & le
quitte en lui difant , qu'il veut le voir
l'épée à la main , pour le punir de la barbarie
qu'il a eue pour une Dame de me--
rite. Le Docteur croit que fon fils extravague
. Pour Pantalon , j'accepte le défi.
avec joye , dit- il , puifque c'eft courir à
une mort certaine qui peut feule terminer
tous mes déplaifirs. Le Docteur lui dit.
qu'il ne l'abandonnera pas , quand il devroit
le battre contre fon fils . Arlequin
deguifé en eftropié vient demander l'au
mône à Violette , & lui dit qu'Arlequin
a été tué par des Voleurs . Violette , faifie
de cette nouvelle , tombe évanouie entre
fes bras. Lelio le méconnoiffant auffi , &
indigné qu'un birbante , un gueux , prenne
tant de familiarité avec Violette , le chaffe .
Un Laquais aporte deux Lettres ; l'une
pour Lelio , par laquelle il eft appellé en
duel ,
>
, pour fon ingratitude envers fa maîtreffe
; & l'autre pour Violette qu'on
veut auffi voir l'épée à la main. Arlequin ,.
qui du fond du Theatre entend parler de
ce dernier défi le refoût à prendre la >
défenſe de fa Maitreffe .. Pantalon vient
armé pour le combat. Le Docteur le fuis
pour l'empêcher, ou pour fecourir fon ami
Lazzi de Lelio & de Violette , qui croyent
JUIN & JUILLET.
22
que ces Vieillards font ceux qui les ont
défiez. Poltronnerie de Pantalon & du
Docteur qui fe laiffent defarmer. Arlequin
qui furvient & le retire après quelques
Lazzi , augmente encore leur peur. Enfin
Mario paroît , & declare que c'eft lui qui a
fait un apel à Lelio pour des foupçons injultes
qu'il a eus contre l'honneur de Flaminia.
Il fait venir cette Amante infortu
née , qui dit qu'elle veut avoir raifon l'épée
à la main des outrages qu'elle a reçus
de Violette. Elle éclaircit la mépriſe de
la Prilon , & à l'égard du prétendu mariage
de Mario , elle proteste qu'elle ne l'a feint
que pour parer celui que fon pere lui propoloit.
Ce qui eft confirmé par Mario
même , qui prie fon pere de confentir à
un mariage pour lequel il a des engagemens
avec une Dame Flamande. Aprés
bien des traverfes on arrive au dénouement
qui fe fait par le double hymenée de Fla-.
minia avec Lelio , & d'Arlequin , qui vient
armé de pied- en- cap , pour prendre la défenfe
de la Maîtreffe , & voyant qu'elle
n'a point d'ennemis , il fe découvre & l'é
poule.
15 May. Hercule filant. Piece d'un Acte
avec un Prologue , dans le goût des piéces
de l'Opera Comique , avec des Vaudevilles.
dialoguez , &c. nous en pourrons donner
2223 MERCURE
DE
un Extrait le mois prochain..
20 May. Arlequin enfant , ftatuë &
Perroquet , Comedie en trois Actes , dia
l'Ambaffadeur de Turquie a aflifté avec
toute fa fuite.
17 Juin: Arlequin Sauvage , Piece :
Françoife en trois Actes , qui a eu beau .
coup de fuccés. Le fieur Thomaffin , quis
ne degenere point des Acteurs de la
premiere
reputation qui ont porté le maſque
d'Arlequin avant lui fur le même Theatre,
a joué dans cette Piece avec ces graces
naïves , & cet élegant badinage qui lui
ont acquis la reputation du plus excellent
Pantomime & du plus joli Comedien que
nous euffions encore vu de cette efpece ..
Reputation qu'il a beaucoup augmentée
dans cette occafion , car on peut dire que
fon rôle contient prefque toute la Piece ,
qu'il joue precifément dans le vrai caractere.
qu'il foutient , & fans dire un feul mot d'Italien.
L'Auteur oppofe dans cette Comedie
d'Arlequin Sauvage , la fimple nature à
nos moeurs , afin de faire voir par le con--
trafte combien nous fommes éloignez du
vrai. Pour cela on conduit ce Sauvage :
en France avec toute fon ignorance ;
n'ayant d'autres lumieres que celles que
JUIN & JUILLET.
233
il la raifon naturelle lui fournit : comme
eft fans prejugé il juge fans erreur des
chofes qu'on lui fait connoître. Il s'étonne :
que les hommes ayent befoin de Loix pour
les obliger à faire leur devoir , & il juge
que de tels hommes font naturellement
mauvais & dangereux. Il fe moque de nos
politeffes & de nos complimens , & par des.
ingenuitez qui naiffent de la verité de fes.
fentimens ,, il condamne la mauvaiſe foy,
qui n'est que trop en ufage dans les proteſtations
d'amitié & de tendreffe que les
hommes fe font. Il méprife notre fafte &
notre luxe , & rit de l'attachement que·
nous avons pour les chofes frivoles , ne
pouvant concevoir qu'avec de la raifon on
puiffe diftinguer les hommes par leur pa
rure. Left épouventé d'aprendre qu'il y a
des pauvres & des riches parmi nous . La
dépendance & l'efelavage où les pauvres.
font à l'égard des riches , & la reflexion
qu'il fait dans ce moment qu'il eft pauvre .
lui-même , le met au defefpoir. Il fe plaint
amerement à fon Capitaine de l'avoir
mené dans ce Pays , pour lui faire connoître
qu'il eft pauvre , que fans lui il
auroit ignoré toute fa vie cette cruelle ve
rité.. Ces reproches , fa douleur & fes lar--
mes nous font fentir vivement que ces poffellions
, dont notre ambition & notre vanité
font flatées , font oppofées à la Na»
24
MERCURE
DE
ture , & font réellement tous nos malheurs
La cenfure eft generale fans bleffer aucune
des idées que l'on doit refpecter dans le
monde. Elle influë fur nos moeurs , car le
Sauvage condamne à la fois chez nous &
le fond & la forme , par des raifonnemens
d'autant plus forts , qu'ils font ingenus ,
& que la fimple Nature les lui dicte. Tout
eft vrai , tout eft fimple & naïf dans cette
Piéce ; elle eft affés reguliere , la difpofition
heureuſe & le caractere du Sauvage
fourenu . On l'inftruit par des moyens
fimples & proportionnez à ſa propre fimplicité.
Sa rafon qui n'eft offufquée d'aucuns
de nos prejugez , l'empêche d'être la
dupe de nos idées : en tout le refte il eft
la dupe de fon ignorance & de fa credulité
ftupide & raifonnable tout à la fois ,
mais toujours fauvage . Comme il n'a aucune
connoiffance des Arts il fe fâche qu'un
Violon raifonne micux entre les mains.
d'un autre qu'entre les fiennes. S'il montre
quelquefois de l'efprit , c'eft un efprit
naturelles traits qu'il en fait paroître.
font fi naïfs , qu'on peut dire qu'ils ne font
pas moins d'un Sauvage , que ce qu'il dit
fur les fons du Violon. Un feul exemple:
peut juftifier ce que nous difonsici . Dans
P'endroit où Arlequin a oublié les complimens
qu'il avoit apris pour dire à Violette,
il répond à Silvia , qu'il en eft tout confolé
par
JUIN & JUILLET. 25
par le plaifir qu'il aura à ne dire que ce
qu'il penfe. Il y avoit ce me femble dans
ce compliment , dit-il , des chofes impertinentes
, comme celle cy , que je voulois
mourir pour Violette, & cela n'eft pas vrai ;
ainfi je craignois de le dire de peur de la
tromper. Cette réponſe qu'il ne puife que
dans le fond du fentiment qui lui aprend
qu'il n'a pas deffein de mourir pour Violette
, n'eft- elle pas toute fauvage ? Il feroit
à fouhaiter qu'elle le fut moins. Aù ſurplus
, comme l'habile Auteur n'a eu en vue
que fon Sauvage , toute l'intrigue n'eſt
qu'un feul évenement pour faire paroître
le caractere d'Arlequin.
FOIRE S. LAURENT.
LE Judy 24 Juillet , Monfieur de
Baudry Lieutenant General de Police,
fit la ceremonie de l'ouverture de cette
Foire , qui doit durer jufqu'à la S. Michel.
Les Comediens Italiens , qui ont abandonné
leur Theatre de l'Hôtel de Bourgogne
depuis le 13 de ce mois`, ont reprefenté
, le lendemain 25 Juillet fur le
Theatre & dans la belle Loge que M.
Pelegrin a fait conftruire au Fauxbourg
II. Part. .C
26
DE MERCURE
S. Laurent , attenant la Foire , Danat ,
Piéce nouvelle en trois Actes , avec un
Prologue & des intermedes. Le concours
a été fort grand , & le Public a paru s'amufer
à ce nouveau fpectacle , qui eft fort
orné & fort brillant. On dit que Danaé
eft une ancienne Piéce , faite par M. de S.
avant 1697 pour les anciens Comediens
Italiens , mais qui n'a jamais paru. Nous
en parlerons plus au long dans le prochain
Mercure.
Ces Comediens donnent des Bals fur
ce nouveau Theatre le Dimanche & le
Mercredi de chaque femaine , depuis onze
heures du foir jufqu'à fix heures du matin
, pareils à ceux qui ont attiré une fi
grande foule à l'Opera , & à la Comedie
Françoife. On prend 5.liv. par perfønne.
Le même jour 25 Juillet la Troupe de
Baxter a ouvert fon Theatre de l'Opera
Comique , par une Piece en trois Actes ,
& un Prologue en Vaudeville , intitulée ,
la Fontaine de Jouvence , ou , la Guittare
enchantée. On s'attend auffi à voir bientôt
la Troupe de Francifque , où la Dlle.
de Lille , connuë fous le nom d'Olivette
& Hamoche , le bon Pierrot , tâcheront
d'obtenir gratuitement du Public le privivege
de l'amufer.
JUIN & JUILLET 27
ARTICLE DES EDITS ;
Declarations , Lettres Patentes ,
Ordonnancesi, Arrêts , &c.
On ſe propoſe de mettre dans cet Article à
l'avenir , les autres matieres concernant la
Jurifprudence , le Gouvernement , la Police,
la Guerre , les Finances & le Commerce..
A
RREST du Confeil du 14 May
1721 , qui ordonne que les Poffeffeurs
des Domaines qui ont acquis
des Rentes albergues & redevances
, foient tenus de payer un
hiplément de finance.
ARREST du Confeil du 17 May , qui
rétablit les foixante Offices d'Agent de Change,
& défend à toutes perfonnes , même à ceux qui
ont obtenu commiffion en execution de l'Arreſt
du 30 Aouft dernier , de s'immifcer dans les
fonctions d'Agent de Change , s'ils ne font
pourvûs d'un defdies Offices , à peine de trois
mille livres d'amende , applicable à la Communauté
defdits Officiers .
ARREST du Confeil du 18 May , concernant
le dépôt des Actions intereffées , fait dans
les Provinces , qui ordonne , 1 ° . Que les Directeurs
des Compres en Banque dans les Provinces
, rendront inceffamment aux Proprietaires
d'Actions déposées en leurs Bureaux les Actions
Cij
28 DE MERCURE
telles qu'ils les ont , timbrées de deux fceaux ,
vifées & controllées , en faifant mention par eux,
fur chacune defdites Actions, que le preft de 105
livres n'en a point été payé . 20. Que les Actions
timbrées d'un feul fceau , qui restent entre leurs
mains, feront par eux rendues aux Proprietaires,
en faifant mention fur lefdites Actions qu'elles
ont été déposées en leur Bureau en execution
de l'Arrelt du Confeil du premier Novembre
1720, & que toutes les mentions qui
feront faites fur les unes & fur les autres
Actions , feront fignées par deux Directeurs au
moins.
ARREST du Confeil du 18 May 1721 ,
ordonnant que les Recepiffez qui ont été délivrez
par les Directeurs des Comptes en Banqué
dans les Provinces , pour valeur des Billets de
Banque de mille livres & de dix milte livres ,
lefdits Recepiffez portant promeffes de fournir
des Actions & des dixièmes d'Actions rentieres ,
feront vifez par les Commiflaires du Confeil
nommez par les Arrefts du 30 Janvier & 23
Fevrier derniers,
ARREST du Confeil du 20 May 1721 ,
qui ordonne que les Proprietaires des Billets au
Porteur , reftans de ceux délivrez pour liquidation
des rentes viageres au Denier vingt cinq
fur la Compagnie des Indes , en execution des
Arrefts du Confeil des 16 May & 5 Juin 1720 ,
feront tenus de les reprefenter au Viſa , & de
les comprendre dans leurs declarations , ainfi
que les autres effets fujets audit Vifa , & ce
dans les délais prefcrits par l'Arreft du 18 du
prefent mois . Voulant Sa Majeſte que ceux defdits
Billets qui n'auront pas été reprefentés
avant le premier jour de Juillet prochain ,
JUIN & JUILLET. 29
foient fujets aux réductions portées par ledic
Arreft du 18 du prefent mois..
DECLARATION du Roy du 20 May
1721 , concernant les Officiers de la Venerie ,
portant qu'à l'avenir tous les Officiers de la
Venerie feront tenus d'envoyer tous les ans au
grand Veneur dans le mois de Decembre un
Certificat de leur vie & domicile , legalisé par
le Juge des lieux , fur lequel , & non autrement ,
ils feront employez dans l'Etat qui doit cftre
prefenté par le grand Veneur , pour eftre enregiftré
tous les ans à la Cour des Aydes de
Paris , dont ils pourront fe faire délivrer des
extraits à ladite Cour des Aydes , & faute par
lefdits Officiers de s'eftre fait comprendre pendant
deux années de fuite dans lédit Etat , voulons
que leurs Commiffions: demeurent nulles
de plein droit.
ARREST du Confeil du 21 May 1721 ,
qui ordonne que les Pelleteries & denrées provenant
du cru & fabrique du Canada , de quelque
nature qu'elles puiflent être , joüiront du
benefice du tranfit.
ARREST du Confeil du 24 May 1721 ,
qui accorde aux Creanciers des Communautés
fur les Ports & Quays de la Ville de Paris , un
delay jufqu'au premier Juillet pour obtenir
leurs quittances de finance , pour joüir des arrerages
de leurs rentes , compter du premier
Juillet 1720.
à
ORDONNANCE du Roy du 27 May
1721 , concernant la Ville de Verfailles & fa
Police:
Citj
30
MERCURE DE
EDIT du Roy , donné à Paris au mois
d'Avril 1721 , & regiftré en Parlement le 28
May fuivant , qui concerne les Religieux de
l'Etroite Obfervance de Cluny , & ordonne que
l'Edit du mois de Juin 1671 foit exceuté , &
que les Religieux de l'Etroite Obfervance qui
fe font établis depuis ledit Edit du mois de
Juin 1671 dans des Maifons de l'ancienne Obfervance
, foient tenus de reprefenter les Lettres
en vertu defquelles ils y ont été établis, dans
trois mois au plus tard.
ARREST du Confeil d'Etat , du 28 May
1721 , concernant les Comptes en Banque.
EDIT du Roy , portant creation de fix Offices
de Payeurs , & de fix Offices de Controlleurs
des Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris ,
donné au mois de May 1721 , & Regiftré en
Parlement le 28 dudit mois de May.
ARREST du Confeil du 30 May 1721 ,
qui commet Jean Camiaille pour figner au lieu
& place du nommé Cochois , les marques &
parchemins qui doivent eftre attachées au chef
& à la queiie de chaque piece de Mouffeline
& toile de Cotton blanche , provenant du Commerce
de la Compagnie des Indes.
ARREST du Confeil du 30 May 1721 ,
qui ordonne le rétabliffement du privilege exclufif
de la vente du Caftor en faveur de la
Compagnie des Indes.
ARREST du Confeil du 3 Juin 1721 ,
portant que les fols ou douzains n'auront plus
cours dans tout le Royaume que pour 25 demiers
, au lieu de 27 deniers.
JUIN & JUILLET. 31
ARREST du Confeil du 10 Juin , qui
ordonne le remboursement des Creanciers de la
Communauté des Chargeurs de bois.
ARREST du Confeil du 10 Juin , qui ordonne
le payement des Creanciers de la Communauté
des Controlleurs Commiffaires Jurez
Gardes de nuit.
ARREST du Confeil du re Juin , qui renouvelle
les défenſes cycdevant faites de l'introduction
dans le Royaume , & du Commerce ,
port & ufage des étoffes des Indes , de la Chine
& du Levant , & des toiles peintes & autres
venant defits Pays .
Cet Arreft n'ayant pour motif que le bien du
Peuple , la confervation des Manufactures du
Royaume, & fur tout celle de la vie des Sujets du
Roy menacée par la pefte qui defole la Provence,
ne devoit pas avoir befoin d'aucune interpreta
tion.
ARREST du Confeil du 17 Juin , qui
erdonne qu'avant la fin du prefent mois , pour
tout delay , les Proprietaires d'Actions interefffées
, Actions & dixièmes d'Actions rentieres
de la Compagnie des Indes , qui ont été par
eux remifes és mains des Directeurs des Comptes
en Banque établis dans les Provinces ,
feront tenus de les retirer , & qu'après ledit
tems paffé lefdits Directeurs envoyeront , à peine
d'en répondre en leurs propres & privez noms ,
lefdites Actions , &c ; au Greffier de l'Hôtel de
Ville de Paris, avec un double Etat d'icelles , & c .
Ordonne pareillement Sa Majesté que dans le
même delay les Particuliers à qui les Directeurs.
des Comptes en Banque ont délivré leurs
Recepiffez conformément aux Arrefts des 8 Novembre,
& 18 Decembre , & qui n'ont pas 3
C iiij
32
MERCURE DE
fait vifer lefdits Recepiflez , les remettront aufdits
Directeurs, pour eftre convertis en Actions
ou dixièmes d'Actions rentieres , & que fi lefdits
Recepiffez ont été précedemment viſez , les
Directeurs feront tenus de biffer leurs fignatures
étant au bas defdits Recepiffez , de rendre lefdits
Recepiffez aux porteurs ou dépofitaires d'iceux
, avec des Actions ou dixièmes d'Actions
rentieres , jufqu'à concurrence du montant def
dits Recepiffez.
EDIT du Roy , donné au mois de May ,
Regiltré en la Cour des Aydes le 13.Juin 1721 ,
qui porte la fuppreffion de la Charge de Maréchal
ferrant , & création d'un Porte - manteau
des Ecuries de Madame.
ARREST du Confeil du 23 Juin , qui ordonne
que les poffeffeurs des Rentes , albergues
& redevances alienées du Domaine de Sa Majefté ,
continueront de joüir de la moitié desdites Rentes;
à l'égard de celles dont l'alienation a été faite
au denier douze, & à proportion pour celles alienées
au denier quinze . Permet neanmoins à ceux
defdits poffeffeurs qui ont acquis plufieurs Rentes
, même en differentes Provinces , d'en conferver
une ou plufieurs entieres; le tout en forte que
le revenu de ce qui leur fera confervé n'excede
pas le Denier vingt quatre du prix principal
de la totalité de leurs finances , ou à condition
d'en payer l'excedent. Veut Sa Majesté que ceux
qui payeront la finance audit Denier , fçavoir à
Paris entre les mains & fur les quittances du
Garde du Trefor Royal en exercice , & dans
les Provinces entre les mains des Receveurs des
Domaines & Bois en exercice , for leurs Recepiffez
portant promeffe de fournir les quittances
du Garde du Trefor Royal , & fuivant les Rôles
JUIN & JUILLET.
3.3
qui en feront arrêtez au Confeil , feront & demeuteront
fubrogez aux premiers Engagiftes ,
pour joüir defdites rentes ou portions de rentes
réunies au même titre. Veut pareillement
Sa Majefté que les Cautions de Charles Cordier
, chargé de la Regie de fes Fermes , faffent
le recouvrement à compter du premier Janvier
dernier , des portions defdites Ren : es qui feront
réunies & qui fe trouveront encore entre les.
mains de Sa Majefté au dernier Decembre prochain
. Fait iteratives défenſes aux redevables.
defdites Rentes de payer aux anciens Engagiftes
d'icelles au delà des portions qui leur doivent
demeurer aux termes de l'Arreft du 14 May
dernier , s'ils ne leur font aparoir des quittances
du payement du fupplément de finance ordonné
par ledit Arreft.
ARREST du Confeil du 24 Juin 1721 ,
portant que les Commiffaires tant de la Ville
de Paris , que des autres Villes . du Royaume
qui expediront pour les Rouliers & autres Voituriers
des marchandifes & effets , feront tenus
d'y joindre des certificats fignez d'eux , contenant
les noms des Rouliers & Voituriers qu'ils
en chargeront , la qualité , la quantité & le
poids defdites marchandifes & effets.
LETTRES Patentes fur Arreft , données.
le 9 Juin 1721 , qui ordonnent des coupes
extraordinaires dans les Forefts du Roy du département
de Soiflons , pour la proviſion de
Paris.
DECLARATION DU ROY , donnée le 24
Juin 1721 , Registrée en Parlement le 7 Juillet
fuivant , Qui ordonne ,
ART. I. Que par les Gardes de notre Trefor
34 MERCURE DE
Royal , il foit delivré à chacun des Receveurs
des Confignations & des Commiffai : es aux Sai - 1
fies Réelles de notre Royaume , une quittance
de finance pour le montant des effets provemans
de leur recette qu'ils ont actuellement entre
les mains , de la nature de ceux pour lefquels
Nous avons ordonné par notre Edit du
mois de Juin dernier , qu'il fût conftitué des
Contrats de Conftitutions fur l'Hôtel de notre
bonne Ville de Paris , au denier Quarante
affignez fur le produit de nos Fermes , à l'effet
de quoy , lefdits Receveurs des Confignations
& Commiffaires aux Saifies Réelles , feront tenus
de porter lefdits eff ts en notre Trefor Royal
dans un mois du jour de la publication des Prefentes.
Voulons qu'il foit delivré à ceux des
Receveurs des Configuations ou Commiffaires
aux Saifies Réelles , qui font Titulaires defdits
Offices ou Regiffeurs dans differentes Jurifdictions
, une quittance de Finance diftincte & feparée
, pour les effets provenans de leur Recette
& Commiffion de chaque Jurifdiction ; & fera
fur lefdites quittances de Finances paffé à chacun
defdits Receveurs des Confignations &
Commiffaires aux Saifies Réelles , un Contrat de
Conftitution , par les Prevôt des Marchands &
Echevins de notre bonne Ville de Paris , à prendre
dans les vingt- cinq millions de livres créez
par l'Edit du mois de Juin dernier , au nom de
chacun defdits Receveurs & Commiffaires
pour & au profit des Créanciers qui auront à
recevoir d'eux.
II. Les arrerages defdites Rentes feront payez,
à compter du premier Juillet 1720 en la maniere
accoutumée , en l'Hôtel de notre bonné
Ville de Paris , aufdits Receveurs des Confignations
& Commiflaires aux Saifies Réelles , & à
leurs fucceffeurs dans lefdites Charges , & fur
JUIN & JUILLET 35
leurs quittances , jufqu'à ce qu'il ait été fait
délivrance aux Creanciers colloquez defdits
Contrats , ainfi qu'il fera dit cy- après ; à la
charge par lefdits Receveurs & Commiffaires ,
d'en tenir compte aufdits Creanciers , & par
ties faifies , lorfque les Creanciers auront été
payez, & feront lefdits arrerages employez par
preference au payement des frais , & autres fommes
privilegiées.
III. Lorfque la liquidation aura été faite de
ce que chacun defdits Creanciers aura touché
en Contrats ou arrerages , il lui fera delivré
par le Receveur des Confignations ou Commiffaires
aux Saifies Réelles , pour le montant de
! ce qu'il devra toucher en Contrats , une declatation
devant Notaires de la portion qui lui
appartiendra dans le principal du Contrat paſſé
au nom de chacun defdits Receveurs & Commiffaires
, avec deux ampliations dudit Contrat
, fur une defquelles & une expedition de
Ladite declaration , chaque Creancier fera immatriculé
par le Payeur de la rente , pour jouïr
des arrerages de fa portion , quand même elle
feroit au deffous de la fomme de mille livres,
& fans qu'il foir befoin de Lettres de ratification
, dérogeant à cet effet à tous Edits à ce
contraires , & notamment à l'Edit du mois de
Juin 1720 , & l'autre ampliation lui demeurera
entre les mains pour titre de proprieté de ladite
rente , ce qui fera pratiqué pareillement
pour les parties faifies dans les cas , où , après
le payement de tous les Creanciers , il pourroit
leur revenir quelque portion dans lefdits Contrats.
IV. Les groffes defdits Contrats de Conftitution
demeureront ès mains defdits Receveurs
des Confignations & Commiffaires aux Saifies
Réelles , & de leurs fucceffeurs dans lefdites
36 MERCURE DE
Charges , jufqu'à l'entiere diftribution du Contrat
, après laquelle ils feront tenus de la dépofer
chez le même Notaire qui en aura reçu
la minute , ou fon fucceffeur › pour la fûreté
des Creanciers & parties faifies , au profit def
quels les declarations en auront été pallées.
ARREST du Confeil du 3 Juillet 1721 ,
qui deffend la fabrique des Bas d'Eftame à
deux fils .
ARREST de la Cour des Aydes du 3 Juillet,
qui enjoint à tous les Receveurs des Greniers
Sel , en conformité de l'Ordonnance , de delivrer
le Sel aux Veuves des Officiers aufquels
le Scel eft attribué.
ARREST du Confeil du 8 Juiller , en interpretation
de celui du 10 Juin 1721 , au ſujer
des deffenfes des Etoffes des Indes.
me ,
ART. I. Fait Sa Majefté trés- expreffes & ite
ratives inhibitions & deffenfes fous peine de la
vie , à tous Negocians , Marchands , Colporteurs
, Porte balles & Revendeufes à la Toilette,
& autres perfonnes , de quelque qualité & condition
qu'elles foient , d'introduire dans le Royau
faire Commerce , expofer en vente ,
col.
porter , debiter ni acheter pour vendre en gros,
ou en détail , aucunes Etoffes des Indes , de la
Chine , de Perfe , ou du Levant , tant les Etoffes
de Soye pure , que celles mêlées d'or ou
d'argent , celles d'Ecorce d'Arbre , Laine , Fil,
Poil de Chevre , ou Cotton , Satins , Taffetas,
Gazes , & generalement toutes fortes d'Etoffes
brodées ou autrement , fous quelque dénomina
tion que ce foit , provenant du crû & fabrique
defdits Pays ; Comme auffi celles peintes en
Furies & à fleurs , les Toiles peintes , teintes &
JUIN & JUILLET. 37
>
rayées , de couleur , ou à carreaux , & imprimées
de la fabrique des Indes , ou contrefaites dans
le pays Etranger , qui auront été peintes ou
imprimées à l'imitation de celles des Indes
vieilles ou neuves , en pieces ou en coupons ,
Couvertures , Toilettes , Habits & autres vête .
mens enſemble les Meubles de toutes fortes,
compofez desdites Etoffes & Toiles ; comme
auffi les Etoffes fabriquées dans la Ville de Marfeille
, de quelque matiere qu'elles foient compofées
, méme les Toiles de Coton blanches ,
& Mouffelines des Indes , autres que les Toiles
de Coton blanches , & Mouffelines venues directement
des Indes Orientales , & provenant des
Ventes faites ou à faire par les Directeurs de la
Compagnie des Indes.
II. Deffend pareillement Sa Majefté , fous la
même peine de la vie , à tous Directeurs , Receveurs
, Commis , Contrôleurs , Vifiteurs , Brigadiers
, Gardes , & autres Employez dans fes
Fermes , de laiffer entrer dans le Royaume aucunes
defdites Etoffes & Toiles prohibées , &
énoncées dans l'Article precedent , par les Bureaux
d'Entrée ; Comme auffi à tous Aubergiftés
, Hôteliers , Cabaretiers & autres perfonnes,
de retirer fciemment dans leurs Maifons les
Voituriers & Porteurs defdites Marchandiſes ,
ni recevoir icelles en dépôt.
par-
III . Fait Sa Majefté très expreffes deffenfes à
tous Fripiers , Tailleurs , Couturieres , Tapif
fiers , Brodeurs , & autres Ouvriers & Ouvrieres,
d'employer chez eux , ou dans des maiſons
ticulieres , ni d'avoir dans leurs Magazins , Boutiques
, ou Chambres , aucunes desdites Etoffes
& Toiles, ni aucuns Habits , Vêtemens , ou Meubles
faits d'icelles , neuf ou vieux , à peine du
Fouet & du Banniffement à temps pour la premiere
contravention , & en cas de recidive , des
38 MERCURE DE
Galeres contre les hommes , & du Banniſſement
perperuel contre les femmes.
IV. Défend pareillement Sa Majesté à toutes
perfonnes , de quelque qualité & condition.
qu'elles foient , de porter dedans ou dehors leurs
Maiſons , ou de faire faire aucuns Habits , Vêtemens
, ni Meubles defdites Etoffes & Toiles ,
ni d'en avoir dans leurs Maifons , qui foient en
pieces ou coupons , & non employées , à peine
de confifcation , & de trois mille livres d'amende.
Veut & ordonne Sa Majefté que les Maris , &
Peres de famille foient civilement refponfables
des amendes aufquelles leurs Femmes & Enfans
étant en leur puiffance , auront été condamnez .
Permet neanmoins à toutes perfonnes de fe fervir
des Meubles compofez defdites Etoffes & Toiles,
dont ils fe trouveront avoir fait une declaration
fidelle en la forme & dans les termes preſcrits
par les Arrefts du Confeil des 11 Juin 1714 ,
16 Fevrier & 21 May 1715 , & 20 Janvier
1717.
V. Veut & entend Sa Majefté que les deffenfes
contenues dans les Articles cy- deffus foient executées
, même dans les lieux pretendus privilegięzi
Et pour faire ceffer les abus qui fe commettent
dans lefdits lieux prétendus privilegiez
de la Ville , Fauxbourgs & Banlieuë de Paris ,
tels que les Enclos du Temple , de S. Jean de
Latran , de l'Abbaye Saint Germain des Prez &
autres , Permet Sa Majefté au fieur Lieutenant
General de Police de ladite Ville de Paris , d'y
faire , ou faire faire des Vifites par telles Perfonnes
qu'il prépofera pour cet effet , & lui
donne pouvoir de juger des Contraventions qui
y auront été pratiquées , ainfi & en la même
forme que de celles qui auront été commiſes
dans le furplus de l'étendue de ladite Ville .
VI. Enjoint Sa Majefté au ficur Lieutenant
JUIN & JUILLET. 39
General de Police à Paris , & aux fieurs Intendans
& Commiffaires départis dans les Provin
ces , de tenir la main à ce que toutes les Etoffes
& Toiles , les Meubles & Habits des qualitez
cy deffus , qui auront été faifis en contravention
, foient brûlez par les mains de l'Executeur
de la haute juſtice.
>
VII. Veut & entend Sa Majefté que le prefent
Arreſt ſoit publié & affiché de fix mois en fix
mois par cout où befoin ſera , en vertu de l'Ordonnance
du Lieutenant General de Police à
Paris , & des fieurs Intendans & Commiffaires
départis dans les Provinces de fon Royaume
Pays , Terres & Seigneuries de fon obéiffance
aufquels Sa Majesté enjoint de tenir la main à
l'exécution dudit Arreft , Et de faire faire de frequentes
Vifites par les Infpecteurs des Manufactures
, & autres perfonnes à ce prepofées ,
dans les Boutiques & Magafins des Negocians ,
Marchands & autres , même de ceux établis dans
les lieux prétendus privilegiez ; Et feront au
furplus les Edics , Declarations & Arrests rendus
fur cette matiere , notamment ceux du 27 Septembre
1719 & 10 Juin dernier executez felon
leur forme & teneur .
DECLARATION DU ROY , Regiſtrée en
Parlement le 11 Juillet , qui ordonne que toutes
les Requeftes Civiles qui font actuellement dans
les Rôles des Audiances de la Grand'Chambre
du Parlement de Paris , faits depuis le mois de
Novembre 1720 , jufqu'au 7 Septembre 1721 ,
demeurent apointées à la fin defdits Kôles ,
ainfi que les autres Caufes , & foient renvoyées
dans les Chambres où les Arrefts contre lefquels
on ſe pourvoit ont été rendus .
MERCURE DE
MORTS ET MARIAGES
des Pays Etrangers.
E Docteur Jean Bernard de Moraes ,
Lenothermen diente de laMaton
du Roy d'Espagne , Chevalier de l'Ordre
de Chrift , & premier Medecin de la Reine,
eft mort à Madrid le 26 May.
Le Cardinal Jean Dominique Paracciani,
eft mort à Rome le 9 May , âgé de 75 .
ans. Il avoit été fait Cardinal Prêtre du
Titre de Sainte Anaſtaſe le 17 May 1706 .
Il étoit au jour de fon decès Préfet de la
Congregation des Evêques , & Vicaire de
Sa Sainteté dans le Dioceſe de Rome.
Dom Jofeph de Cofta , fecond fils du
Comte de Souré , eft mort à Evora en
Portugal le mois de May dernier.
Dom Jofeph Corréa de Caftro , qui
avoit été nommé Gouverneur de Pareiba
par le Roy de Portugal , eft mort dans
fon Gouvernement le May.
L'Abbé Chiericelli , Chanoine de Sainte
Marie Majeure , eft mort à Rome le
Juin.
Le Sultan Muret , fils puifné du Grand
Seigneur , eft mort le Avril à Conftantinople.
Le Prince Jofeph Antoine Efterhafi de
Galantha ,
JUIN & JUILLET.
Galantha , mourut le 7 Juin à Eyfenſtadt
en Hongrie , âgé feulement de 34 ans.
Le Duc de Rutland , Lieutenant de Roy
du Comté de Leycefter , eft mort en Angleterre.
Le fils unique du Lord Carteret , eft
mort le 20 Juin de la petite verole.
Donna Catarina Henriquez , époufe de
Don Laurent d'Almeda , eft morte à Lis-
Fonne le 16 May , âgée de 76 ans ; elle
étoit foeur de Don Pierre d'Almeida , qui
a été Viceroy dans les Indes..
Le Landgrave de Heffe Philipsdah ,
mourut le 18 Juin à Aix - la - Chapelle ,.
où il prenoit les bains. Ce Prince fut attaqué
d'une violente apoplexie , dans le
temps qu'il joüiffoit d'une fanté parfaite,
& que les bains lui . en promettoient une
longue continuation . Il eft generalement
regretté à la Haye , où il demeuroit depuis .
21 ans. On doit y apporter fon corps , &
l'inhumer dans la Chapelle qu'il a fait
bâtir pour fa famille dans l'Eglife Allemande.
Le Lord Perey , fecond' fils du Duc de
Sommerfet , & membre de la Chambre
des Communes , eft mort à Londres le
Juillet.
Don Jerôme Altieri s'eft marié à Milan
à la fille du Comte Charles Boromeo..
Le Comte Aloïfe Thomas Raimond da
II. Part.. D
י ד
42
MERCURE DE
Harrach , Chevalier de la Toilon d'or
Confeiller d'Etat , Grand Ecuyer hereditaire
de la haute & baffe Autriche , &
Maréchal Provincial , a époufé le 8 Juin
à Bruck en Hongrie , la Comteffe douais
riere de Gallaſch , de la Maiſon de Dic
trichftein.
DIGNITEZ , CHARGES,
& Benefices des Pays Etrangers..
Ernard Marie Conti , frere de Sa Sainteté
, a été fait Cardinal le Juin
Il est né le 29 Mars 1664 ; il a été Benedictin
au fameux Monaftere du Mont-
Caffin , & facré Evêque de Terracine au
mois de Novembre 1710.
Le Commandant de Ceuta a obtenu
du Roy d'Efpagne une augmentation de
cent pieces de huit par année fur fes ap
pointemens , en confideration de ſa valeur
& de fes fervices..
Dom Manuel de Samaniego y Jaca ,
Chanoine de l'Eglife de la Calçada , a été
nommé par Sa Majefté Catholique à l'Archevêché
de Tarragone.
Le Colonel Dom François Izquier Ze
ron , a été nommé par le Roy d'Efpagne ,,
Lieutenant de Roy du Château d'Alicante.
JUIN & JUILLET. 43
Le Duc de Saint Michel Sicilien , a été
fait par Sa Majefté Catholique , Grand
de la premiere Claffe.
La Princeffe de Sangro , fille du Prince
de Sanfevero Grand d'Efpagne & Chevalier
de la Toifon d'Or , a été choiſie
pour
eftre Dame d'honneur de l'Imperatrice
Regnante..
Le Marquis Mary , qui étoit Chef
d'Efcadre des Flottes d'Efpagne , a été fait
Lieutenant General..
L'Evêque de Boyano a été fait Vice-
Regent de Rome par le nouveau Pape ,
dont il a été autrefois Grand Vicaire dans
le temps qu'il poffedoit l'Evêché de Vi
terbe.
Le Cardinal Paulucci a été fait par Sa
Sainteté fon , Vicaire dans le Dioceſe de:
Rome.
Le R. Pere Pipia , Secretaire de la
Congregation de l'Indice , a été élu le 31
May General des Dominicains.
Le Cardinal Pereira a été fait Confeiller
d'Etat par le Roy de Portugal.
Don Jean Alvarés de Seixas , a été fait
Colonel du Regiment de la Marine Ar
tillerie , créé par le Roy de Portugal depuis
la réforme des Officiers & des Soldats
fervans dans les Places du Royaume
des Algarves , & formé des anciens Offidiers
& des plus beaux hommes de la
Réforme,.
Dij
44
DE
MERCURE
Don Jean Paféra Pélingua Paléra Péfingua a été fait
Lieutenant Colonel de ce Regiment.
Et Don Manuel Antoine de Matos
Sergent Major.
Don Antoine Mafcarenhas , fils aîné du
Duc de Fonteira , a été gratifié par le Roy
de Portugal d'une Compagnie d'Infanterie..
Le R. Pere Pierre Martin de Saint
Pierre de Mélo , Docteur en Theologie ,
a été élu le 26 May General par les Chanoines
Seculiers de Saint Jean l'Evange
lifte , dans leur Chapitre general tenu au.
Monaftere de Saint Benoît de Xabrégas
en Portugal..
Le Comte d'Holftein , Beaufrere de la
Reine de Dannemarck , a été nommé
grand Chancelier de ce Royaume..
M. d'Holften grand Maître de la Cour
de la Reine de Dannemarck.
M, Gersdorff, premier Chambellan dü
Prince Royal de Dannemarck.
M. Hagen , Confeiller d'Etat de Șa Majefté
Danoife.
M. Wolf premier Medecin du Roy de
Dannemarck , a été fait par lui Conſeiller
d'Etat.
M. Berkenftien le jeune , a été choisi
par Sa Majesté Danoife pour eftre envoyé
à la Cour de Suede.
Le Connêtable Colone a été declaré
Ambaffadeur ordinaire à Rome par l'Em
JUIN & JUILLET. 45
pereur , pour prefenter la Haquenée à Sa
Sainteté
Le Bey du Caire a été choisi par les
principaux du Pays pour gouverner à la
place du Bacha , en attendant les ordres
de la Porte.
Le Duc de Rutland a obtenu de Sa
Majefté Britanique la Lieutenance de Roy
du Comté de Leycefter , vacante par la:
mort de fon pere.
Le Colonel Hart , qui avoit le Gouver
nement de Maryland , a été fait par le
Roy d'Angleterre Gouverneur des Illes de
Leward , à la place du Colonel Hamilton
qui a demandé fon rappel.
Le Colonel Hopkin de Coventri , a
été fait Secretaire du Duc de Grafton Vi
ceroy d'Irlande , à la place de M. Horace
Walpole Secretaire de la Treforerie.
Le Capitaine Femmy a été nommé Gouverneur
de l'Ile de la Providence , à la
place du Capitaine Roger,
Le Cardinal RuffoDaa été declaré Vice
Légat à Bologne par Sa Sainteté , le,
Juin...
Don Stephano Conti , fils du Duc
de Poli & neveu du Pape regnant ,
a été fait par lui Protonotaire Apoftolique..
Le Cardinal Acquaviva a été gratifié
par le Roy d'Eſpagne d'une groffe pen
46 MERCURE DE
hion , & de deux mille piftoles pour les
frais du Conclave.
י
Le R. Pere Thomas Cerniconi , a été
élu à Rome General des Auguftins le
Juin. Il a été Vicaire General de cet Ordre.
L'Abbé de Zinzendorf a été nommé par
F'Empereur Auditeur de Rote à Rome.
Le Comte Bartholomeo a été honoré
le Juin par le Pape , du Gouvernement
des armes de Ferrare .
Le Comte Pacciotti a eu celui des armes
d'Urbin..
Le Marquis Palcotti celui des armes
de Nettuno..
Le fieur Paffionei de Foffombrone , a
été declaré Nonce Apoftolique auprès
des Cantons Suiffes. Catholiques , le
Juin.
Le fieur Jean Vincent Luchefini eft
rentré à Rome dans fa Charge de Secre
faire des Lettres Latines aux Princes.
Le, Lord Ferbes a été fait Amital par
F'Empereur , avec l'agrément du Roy de
la Grande Bretagne.
Don Carlo Albani a été fait Prince
du Soglio à Rome , par l'érection de fa
Terre de Soriano en Principauté , le
Juin.
Le fieur Morofini Podeftat de Verone ,
a été nommé par la Republique de Venife
pour fon Ambaffadeur à la Courde Frances
JUIN & JUILLET. 47
M. Barni a obténu de Sa Sainteté le
Gouvernement de perugia.
M. Giuftiniani a eu celui de Macerata.
M. de Carolis a en la Surintendance:
des Côtes Maritimes de l'Etat Ecclefiaftique.
Le Grand Maître de Malthe a nommé
le Bailly de Spinola pour Ambaſſadeur
auprès de Sa Sainteté.
Le Cardinal Scotti a obtenu une augmentation
de penfion de quatorze cens.
écus pour les fervices qu'il a rendus en
qualité de Prefet de la fignature de Justice..
Le fieur François Marie Tangi , cydevant
Vicaire General de Salerno , & en
dernier lieu Vicaire Apoftolique El Aquila
, eft à prefent Evêque de Teramo.
Le fieur Mencioni , Echanfon de Sa
Sainteté, en a obtenu un Canonicat de
Sainte Marie Majeure , à la charge d'une
penfion de cent écus pour le fieur Phi
lippo Magnoni Camerier fecret..
; Le fieur Ferrante Aumônier fecret de
Sa Sainterć , a obtenu un Benefice vacant
dans l'Eglife de Saint Pierre , auffi à la
charge d'une penfion de cent écus pour
le fieur Tafca , un des Maîtres de la . Garde
tobe..
Le Comte de Blankenheim , Chanoine
de Cologne & de Strasbourg , a eu de
PEmpereur PEvêché de Neuftad..
48 MER CURE DE
Le fieur le Fort a été nommé Envoyé
auprés du Czar , par le Roy de Pologne.
Le Comte de Herbeftein a reçu de Rome
fes Bulles pour le Grand Prieuré de
Boheme ..
Le Marquis d'Ariza a obtenu pour lui
& fes deſcendans , le titre de Grand d'Eſ
pagne de la premiere Claffe.
NOUVELLES E'TRANGERES ..
U
De Riga..
9
Norage extraordinaire pour
la faifon & pour le climat
nous a fort étonné la nuit du
20 au 21 Mars le tonnerre
tomba fur l'Eglife de S. Pierre , & la détruifit
entierement. On en regrette fort leclocher
& le carillon.. Les ordres du Czar
ponctuellement executés par les foldats
ont fauvé les Maifons de la Ville &
même. les. Vaiffeaux du Port , la violence
du vent y portoit des étincelles affés vives
pour les menacer de l'incendie. Les Ouvriers
Etrangers que Sa M., Czarienne :
avoit engagés pour un certain tems , craignent
de ne pas retourner dans leur. Pa
tie
JUIN & JUILLET. 49
trie à la fin de leurs engagemens . Il eſt
deffendu aux Commandans des Frontieres
de les laiffer fortir fans Paffeports.
On parle toujours du mariage du Prince
de Saxe Weiffenfelds avec la niéce du
Czar , & l'on mande que le Duc de Wirtemberg
a été declaré Generaliffime des
Troupes Ruffiennes ; Il fe rendra inceffamment
à Peterbourg pour y donner les
ordres neceffaires. Le départ du Czar pour
Revel qui étoit fixé au 20 May , a été
differé , & le Baron d'Ofterman fecond
Plenipotentiaire de Sa Majeſté Czarienne
à la Conference de Neuftadt eft parti le 25
de May pour s'y rendre . On apprend par
les Lettres de Petersbourg que la Riviere
de Nye n'eft plus glacée , & qu'on a com
mencé à faire fortir de Cronflot les Vaiſ
feaux qui étoient retenus dans ce Port.
Le Prince Menzicof en a fait la vifite &
donné les ordres pour la Campagne prochaine
. Un Exprés de Neustadt arrivé
à Stokholm le 11 Juin , a donné avis
de l'arrivée de M. Ofterman , & aporte
des dépêches importantes , qui ont fait
naître un bruit de Paix qui s'eft répandu .
Cependant on affure que le Czar s'obtine
à vouloir garder la Livonie. On ne fçait
encore rien de certain fur le mariage du
Duc de Holstein avec lá Princeffe Cza
rienne. Ce Prince a fuivi le Czar , qui eft
E
MERCURE DE
parti pour Revel le 4 Juin , accompagné
du Duc d'Holſtein , de fes principaux Miniftres
& du ficur Wilfter Vice-Amiral
Suedois , qui eft entré depuis peu au fervice
de Sa Majesté Czarienne. Les nouvelles
de Ruffie font d'autant moins communes,
que Sa Majefté Czarienne a renouvellé
les deffenfes d'écrire dans les Pays
étrangers ce qui fe paffe dans fes Etats,
Le Comte Apraxin a reçu ordre le 10 Juin
de ne point agir contre la Suede , & de
fufpendre fon départ avec la Flote, attendu
que les Suedois ont demandé une fufpenfion
d'armes dès la premiere Conference
de Neuftard. Le Czar voulant donner une
Cour polie & cultivée à la Princeffe ſa fille ,
a mandé les jeunes Seigneurs Molcovites
nouvellement revenus des Pays Etrangers,
pour choisir ceux qui lui fembleront dignes
de former la Maifon d'une jeune Princeffe,
De Stokholm.
A tranquillité commence à regner fur
les côtes . Le Roy a vifité & fait fortifier
tous les poftes favorables à la defcente
des Mofcovites. L'Efcadre Angloife
arrivée dans ces Mers & la Flotte Suedoife,
qui l'a dû joindre , raffurent les Peuples
Contre les projets du Czar, On fe flatte
que le Congrès de Neuftad ne fera pas
1
JUIN & JUILLET. ST
infructueux. On vient d'y remettre en liberté
M. Hagen Confeiller de Holſtein
qui avoit été en arrêt depuis la mort du
Koy.
On mande du 21 May que toutes les
Troupes qui doivent compofer l'armée
Suedoife font déja entrées dans le Camp ,
& qu'elles feront commandées par le Roy
même. Il est parfaitement rétabli de la
fiévre & de la colique , qui l'ont tourmenté
durant quelques jours. Les efperances
flateules de la prochaine Paix ont
été troublées le 28 May par la nouvelle
'd'une defcente fur la côte de Geftricia ,
à fix lieuës de Gevalie . Dix à douze mille
Mofcovites & Colaques conduits par le
Prince Galicfin ont pillé & brûlé le Bourg
de Soderhamn , ravagé une étendue de
pays affez confiderable & ruiné des Minieres
rétablies depuis leur derniere irruption.
Les avis de Neuftad portent que M. Of
terman a declaré que cette defcente avoit
été faite fans les ordres du Czar. On a
cependant renforcé le petit Camp du General
Hamilton , qui eft du côté de Gevalie
, & on & on a refolu dans le Conſeil de
Guerre d'envoyer les Flottes unies vers
l'Ifle d'Aland pour obſerver dans le Golfe
de Finlande les mouvemens de la Flotte
de Rullie . Des Lettres de Petersbourg da
Eij
32
DE MERCURE
13 Juin marquent que le Comte Apraxin
Amital General , a reçû de Revel un or
dre de ne point agir offenfivement contre
la Suede ; & cet ordre eft le premier fruit
des Conferences de Neuftad .
D'Allemagne .
N mande du 31 May que l'Empereur
ount
ouit à Laxembourg d'une fanté par.
faite , & qu'avant de revenir au Château
de la Favorite S. M. I. doit aller à Neuftad
, qui n'eft éloigné de Vienne que de
fix lieues feulement. L'Imperatrice qui
prend les eaux à Careflbadt y a été faignéé
le 22 , & le même jour elle y a reçû des
mains du Comte de Hohenfeld un trésbeau
prefent de l'Empereur , c'eft un dia-
-mant de grand prix . A l'égard de l'infulte
faite à Laxembourg aux Domeftiques de
l'Envoyé du Roy d'Angleterre, il ne paroît
pas qu'elle puiffe avoir des fuites impor-.
tantes, C'est une brutalité de Payfans ,
qui ne connoiffoient pas les confequences
de leur action. L'Anniverfaire de la naiffance
de l'Archiducheffe Marie Therefe
Walburge , a été celebré au Palais par une
fère . Cette jeune Princeffe eft fille de l'Em .
pereur , & dans fa cinquième année . Un
Courier de l'Electeur Palatin a apportéle
Memoire des Griefs que S. A. E. a déja
reparés en faveur de fes Sujets Proteftans.
JUIN & JUILLET. 53
Ce Memoire étoit accompagné d'une pro
meffe pofitive d'executer ponctuellement
dans fon Electorat les ordres de Sa Majesté
Imperiale fur tout ce qui refte à regler .
Le premier de Juin l'Empereur entendit
la Grand'Meffe & le Sermon à la Cha
pelle du Palais de Laxembourg, & le lendemain
S. M. I. remplit le même devoir
de Religion dans l'Eglife des Capucins de
Medlingh. Les Lettres du 14 portent que
les Deputés des Proteftans de Hongrie ont
eu de l'Empereur une audiance favorable .
Les Deputés de Hambourg ne font pas fi
gracieulement accuei.lis ; ils n'ont pû parvenir
encore qu'à l'audience du Prince Eugene
, & on leur a declaré nettement qu'ils
ne devoient point efperer de paroître devant
S. M. I. s'ils ne convenoient préalablement
du point principal de la réparation
qu'on leur demande .
L'Imperatrice a ceffé le 18 Juin de
prendre les eaux à Carefibad . En prenant
le dernier verre , les Trompettes & Timbales
lui annoncerent la joye des Troupes
au fujet du rétabliffement de fa fanté. Le
foir il y eut un feu d'artifice , exécuté aux
dépens de M. Laver Confeiller de la
Chambre Aulique , & près de 900 Ouvriers
des Mines régalerent à leur tour
l'Imperatrice d'un concert ruftique , qui
plut i fort à S. M. I. qu'Elle leur fit di-
E iij
54
MERCURE DE
ftribuer 1000 florins ; elle honora le zéle
de M. Laver d'une chaîne d'or.
Les nouvelles reprefentations du Corps
Evangelique au fujet de l'execution des
Mandemens Imperiaux dans le Palatinat
ont été fort bien reçues de l'Empereur.
Il a fort approuvé le ftile refpectueux &
moderé des Proteftans , & leur a promis
un Jugement impartial. Cependant les Miwiftres
Palatins publient à Vienne & à
Ratisbone que leur Maître a fatisfait en-
Herement aux ordres de la Cour de Vienne.
L'Ecrit Proteftant ne convient pas du fait.
Les Deputés des Proteftans d'Hongrie ont
eu le fort de ceux du Palatinat , l'Empereur
les a favorablement écoutés à Laxem
bourg. Le Comte de Virmont parti depuis
deux jours , eft chargé de donner en Tran
fylvanie tous les ordres neceffaires à la
deffenſe de cette Province. Le Comte de
Wendifgratz eft atttendu à Vienne , d'où
il doit fe rendre à Cambray. S. M. I. eft
fort fatisfaite du choix que le Pape a fait
du fieur Grimaldi pour exercer la Nonciature
de cette Cour. Le Cardinal d'Althan
va reprendre à Rome pour fix mois le caractere
de Miniftre Imperial au départ du
Comte de Kinski Ambaffadeur Extraor
dinaire de l'Empereur prés de Sa Sainteté,
qui par un Exprès envoyé à la Cour Imperiale,
& renvoyé à l'Archevêque de PraJUIN
& JUILLET.
gue , ordonne la ceremonie de la Beatincation
de Saint Jean Népomucene ; elle
s'eft faire folemnellement à Prague , en
prefence de l'Imperatrice Regnante , qui
s'y étoit renduë de Carelsbad .
Le fieur de Saint Saphorin Miniftre de
la Grande Bretagne en eerte Cour , a obtenu
toutes les reparations qu'il pouvoit
fouhaiter du Curé du Village our fon caractere
avoit été infulté. Ces reparations
fe font faites par ordre de S. M. I.
Les Députez de la Ville de Hambourg ,
quoi que bien reçus de l'Empereur , le
jour qu'ils ont enfin obtenu la permiffion
de le jetter à fes pieds , ne laiffent pas que
de craindre une forte amende. On prétend
que la Ville de Hambourg payera deux
cens mille Rifdales , & doit rétablir à fes
frais la Maiton & la Chapelle du Refident
de Sa Majesté Imperiale.
Les Députez des Proteftans d'Hongrie ,
arrivez de Peft , attendent un fuccès favozable
de leur negociation ; on leur a promis
de leurrendre les cent quarante Eglifes
qu'on leur a ôtées depuis le Regne prefent .
LE
De Varfovie.
E 21 May le Roy partit de Varfovie
pour fe rendre à Drefde . Les dernieres
Lettres du Grand Maréchal mandent que
56 MERCURE DE
les Turcs ont douze mille homines près
de la Fortereffe de Chocfin , vingt mille
Tartares les ont joints . On écrit de Podolie
que les Turcs rétabliffent leur pont
de batteaux fur le Danube. L'Evêque de
Cracovie & le Palatin de Mazovie font
chargez de dreffer les inftructions pour le
Regent de la Couronne , qui eft nommé
à l'Ambaffade de Ruffie , & le Staroſte
Stucrapski deftiné pour celle de Conftantinople.
Ces deux Miniftres partiront auffitôt
que leurs Pouvoirs feront reglez . Ces
démarches n'empêchent pas qu'on ne
prenne des mefures pour la fureté du
Royaume. Sa Majesté eft partie le 18
May pour la Saxe , & doit revenir inceffamment.
Depuis fon départ les Senateurs
ont eu de nouvelles Conférences fur les
affaires de la République . Ils ont figné
un Mandement de mille écus par mois
pour la dépenfe extraordinaire du Regent
de la Couronne , Ambaffadeur à la Cour
du Czar. Le Staroſte Stucrapski , qui doit
aller à Conftantinople avec le même caractere
, a une Ordonnance de neuf mille
écus que doit lui payer le Treforier de la
Couronne. Le Palatin de Podolie , & le
Commiffaire Ottoman continuent leurs
Conferences au fujet des differends des
deux Nations fur les frontieres . On repare
les fortifications de Kaminiek , & les
t
JUIN & JUILLET.
Troupes que le Grand General de la Cou
ronne y faifoit marcher,font enfin arrivées.
L'Evêque de Neutra Ambaffadeur de
l'Empereur , eft le feul Miniftre étranger
qui foit resté à Varfovie , tous les autres
font retournez auprès des Princes leurs
Maîtres. Le renouvellement des anciens
Traitez d'alliance entre la Republique Polonoife
& l'Empereur , eft vivement follicité
par l'Ambaffadeur Imperial. C
De Coppenhague.
E 30 May la Ducheffe de Sleswik
Lépoufe du Roy , fut declarée
par
lui
Reine de Dannemark & de Norwege.
La Comteffe de Holftein & la Baronne
d'Outzen lui mirent la Couronne fur la
tête ; enfuite la nouvelle Reine alla fe pla
cer à table entre le Roy & le Prince
Royal. Après le repas leurs Majeftez furent
complimentées par les Seigneurs de
leur Cour & les Miniftres étrangers . Elle
retournerent l'après midi à Frederisbourg ,
& la Reine n'en reviendra que pour faire
fon entrée à Coppenhague . La ceremonnie
du couronnement de la Reine s'eft faite
au Château de Frederisberg. Les nouvelles
de Norwege difent , que la difette y eft
affreufe ; on a été obligé malgré la rigueur
du froid , qui regne encore , de mettre
MERCURE DE
les beftiaux aux champs ; ils y font reduits
à chercher l'herbe fous la neige. La crainte
d'une famine n'a que trop de fondement.
Les Terres que le Roy a ôtées à leurs Proprietaires
, pour en gratifier fa Cavalerie ,
font fr mal cultivées , que l'on ne change
cette difpofition , la recolte fera des moins
heureufes.
,
Milord Glenorchi , Envoyé de la Grande
Bretagne , s'eft rendu le 23 May à Frederisbourg
, avec des dépêches qu'il avoit
reçues de Londres par un Exprès. Il expedia
le foir un Courier pour Stokolm. On
mande du ro Juin que le Prince Royal
a donné le 9 un repas fuperbe au Roy ,
à la Reine , & à un grand nombre de principaux
Seigneurs de la Cour. Le Prince
Charles & la Princeffe Sophie Hedwige ,
Le font abfentez de toutes les fêtes du
couronnement de la Reine. Suivant les
Lettres de Gottembourg du 9 Juin , les
deux Vaiffeaux Mofcovites qui ont resté
fi long temps à la Rade de Coppenhague ,
ont paffé le détroit du Sund , & fait du
dégaft dans l'Ile de Brenoé. On prétend
qu'ils ont brûlé deux Villages & enlevé
trois Bâtimens Suedois.
<
JUIN & JUILLET. " $9
LE
De Londres.
E 8 de Juin jour de la Pentecôte
, fuivant l'ancien ftile , étoit
auffi le jour de l'anniverfaire du Roy , qui
entroit dans fa foixante- deuxième année :
cette ceremonie fe paffa dans la Chapelle
Royale du Palais , & fut decorée par la
prefence des Miniftres étrangers & des
Chevaliers de la Jarretiere en habits de
l'Ordre. Le 9 qui étoit l'anniverſaire du
rétabliffement du Roy Charles II, le Roy
accompagné du même cortege , entendit
le Service Divin dans la Chapelle du Palais.
Toutes les Eglifes de Londres rempli
rent le même devoir.
On arrêta le 7 de ce mois le nommé
Mift Imprimeur , pour avoir inferé dans
fon Journal une Lettre feditieufe. Le Lord
Inchinbroke , Prefident établi pour le
Comité de cette affaire , a envoyé ce criminel
à la prifon de Newgate, avec ordre de
l'y garder étroitement , & cela parce qu'il
a refulé de répondre aux interrogations
il a pourtant , dit on , enfin declaré que
l'Auteur du Libelle étoit un Miniftre de
P'Eglife Anglicane , dont il ne fçavoit pas
le nom. On croit qu'il n'en fera pas quitte
pour cet aveu , & qu'il fera obligé de
nommer l'Ecrivain feditieux ; on a mê
60 MERCURE DE
me trouvé l'original du libelle > cr
faifant par ordre de la Chambre des
Communes l'Inventaire des papiers du
Prifonnier. L'infolente temerité de cet
Imprimeur , ne l'engage pas feul dans
un pas dangereux , le Comité a fait
comparoître tous ceux qui le mêlent
d'impr.mer & de publier le Journal de
Londres & quelques autres Ecrits qui contiennent
des Reflexions trop libres fur
l'état des affaires de la Nation Britanique .
Le nommé Peeble , qui diftribuoit le Journal
où l'on voit les Lettres du Caton Britanique
, s'eft abfenté. On inquiete aufi
le fieur Gordon , foupçonné d'être Auteur
de quelques-unes de ces Lettres . On a
inftruit & batifé à Londres deux Princes
Africains . On a remis aux Communes ,
par ordre de Sa Majefté Britanique une
copie du Traité conclu entre la Grande
Bretagne & la Suede .
LE
De la Haye.
Es Etats de Hollande fe font feparez
le 28 Juin , & doivent fe raffembler
au 15 Juillet ; ils n'ont encore rien decidé
au fujet de la vente du Domaine du Comté
de Hollande ; on efpere voir terminer
cette affaire dans l'Affemblée prochaine .
On équipe actuellement dans un des Ports
JUIN & JUILLET.
61
de la Republique trois Fregates de 44 pieces
de canon à Hellevoetiluys . La Compagnie
des Indes Orientales a reçu d'heureufes
nouvelles des vingt-fix Vaiffeaux
qu'elle attend. Le produit de ce retour
& des autres Vaiffeaux déja arrivez , pourra
monter cette année à trente millions de
florins, Ce bruit a fait monter les Actions
de cette Compagnie jufqu'à huit cent.
Jacques Fabre , Directeur de la Loterie
de Groningue , avertit que les deux premieres
Claffes réunies , feront certaine
ment & infailliblement tirées le 20 Août
prochain , fous promeffe de faire une doųble
reftitution de chaque Lot , au cas que
ladite Loterie ne foit point entierement
tirée le 24 Septembre,
La
De Cambray,
E Comte de Morville , Plenipotentiaire
de France , & Madame fon époufe
, arriverent à Cambray le 12. Juin
L. E. ont reçû depuis les vifites de tous
les Miniftres qui font déja arrivez à Cambray
pour le Congrès . Toutes les perfon--
nes diftinguées de la Province ont auf
tendu à Monfieur le Comte de Mo
des devoirs que lui attirent en
on merite & fa politeffe. I
Fête- Dieu , le Marqui
62 MERCURE DE
Plenipotentiaire du Roy d'efpagne , fit
orner magnifiquement fon Palais , qui fe
trouvoit fur la route de la Proceffion du
Saint Sacrement : les Muficiens Italiens
de S. E. y executerent un très beau concert
, qui charma tous les auditeurs. La
Fête finit par un dîner fomptueux , qui
raffembla les convives les plus qualifiez de
la Ville ; le Comte de San- Eftevan , le
Comte & la Comteffe de Morville , &
M. de Provana , y avoient été invitez.
De Madrid.
E3 Juin on a fait des illuminations
Lpendant trois jours de fujer de l'ex
tation du Cardinal Conti au Pontificat.
Le Tribunal de l'Inquifition a condamné
à divers fuplices vingt- quatre perfonnes ,
les unes acculées de malefices , les autres
de Judaïfme. On dit que le Marquis de
Léde doit aller en Andaloufie.
L'Efcadre de la Religion demandée au
Grand Maître par S. M. C. & fortie du
Tort de Malthe le 3 Avril , fous les orres
du Bailly de Langon fe trouva le 6
la vue de l'Ile de Sardaigne. Le Chede
la Groys qui commandoit le
es apperçut le premier une
rbarie qui croiſoit depuis
ang des Côtes de Sarc
JUIN & JUILLET. 63
daigne , & malgré toute la diligence qu'il
fit pour la joindre , cette Galiotte lui
échapa ; un Pinque Chrétien qu'elle avoit
pris depuis quelques jours , fut pourtant
le fruit de fon activité & de fa valeur.
Les Algeriens avoient laiffé fur ce Bâtiment
deux Renegats avec un de leurs
Officiers , & douze Paffagers ; on y trouva
trois Efpagnols de diftinction , deux Capitaines
de Dragons & un Chanoine.
L'Eſcadre après certe Prife continua fa
route. On vit arriver les premiers dans le
Port d'Alicant le Saint Vincent , commandé
par le Chevalier de Grille , & le Saint
Jean monté par le Bailly de Langon , qui
dépêcha d'abord un Courier à Madrid
pour informer le Roy de fon arrivée. Le
même Courier rapporta les ordres de Sa
M..C.. & fans attendre le Saint Georges
qui étoit resté derriere , on mit à la voile
pour croifer le long des côtes de Valence ,
de Murcie & de Grenade. Le 20 , le Soleil
d'or Vaiffeau Algerien de 260 homnes
d'equipage fut rencontré vers le Cap
de Gatte par le Saint Jean , & piis après
une heure de combat. Cette Prile a coûté
la vie à cent quatorze Algeriens , & rendu
la liberté à vingt Efclaves Chrétiens. Les
Prifonniers ayant appris au Chevalier de
Langon qu'il devoit dans trois jours fortir
encore trois Vaiffeaux ennemis pour
64
MERCURE DE
aller en courſe , il envoya le Soleil d'Or
à Cartagene , fous l'efcorte du Saint Georges
, qui venoit de joindre l'Efcadre. Il
s'y rendit lui- même quelques jours aprés,
n'entendant point parler de l'Eſcadre Algerienne.
Là il fit radouber fa Prife , &
la fit partir pour Malthe, eſcortée du Saint
Georges. Ces deux Vaiffeaux faifant route
le 25 May à la hauteur du Cap d'Alicante
, le Chevalier de la Groys qui les
commandoit , fut averti qu'on découvroit
en Mer trois gros Bâtimens. On reconnut
une heure après l'Eſcadre de Tunis , compofée
de la Capitane , la Patrone & le
Porc- epi. On reconnut auffi qu'ils meditoient
le combat. Cela fit réfoudre le Chevalier
de la Groys à retirer l'équipage de
la Prife qu'il conduifoit qu'il fit couler
auffi -tôt à fonds . Alors dégagé de foins intereffés
, & occupé feulement du defir de
vaincre , il fe jetta bravement au milieu
de l'Elcadre de Tunis , faifant un feu terrible
& continuel de fes deux bords. Les
Ennemis n'y pûrent refifter , & après un
combat fort long & fort opiniâtré , la Capitane
& la Patrone profitérent de l'obfcurité
de la nuit pour échaper au courage du
Vaiffeau Chrétien. Le Porc- epi fut pourfuivi
& canonné jufqu'à dix heures du
foir , & enfin forcé de fe rendre. De trois
cens hommes que portoit ceVaiffeau; cent-.
un
JUIN & JUILLET.
65
un font morts les armes à la main , & les
cent quatre- vingts dix- neuf autres ont été
conduits à bord du Vaiffeau Maltois , qui
n'eut de bleffés que quelques foldats . Le
Chevalier de la Romagere Capitaine en
fecond à reçu un coup de feu dans l'épaule
, mais cette bleffure n'aura point de
fuites fâcheufes. Il a mené fa Prife à Malthe
, & dès que le Saint George fera reparé
il doit rejoindre les deux autres
Vaiffeaux de la Religion .
L
De Venife .
E Comte Cremona nouveau Refiden
du Duc de Lorraine à Venile , eur le
6 May fa premiere audience dans le College
des Senateurs . Le Convoy deſtiné
pour l'Ifle de Corfou y eft arrivé en 22
jours , foldats & provifions , tout eſt heureufement
débarqué. Le 11 l'Exaltation
du Cardinal Conti au Souverain Pontificat
fut celebrée par un Te Deum chanté
dans l'Eglife de Saint Marc , & par le fon
de toutes les cloches de la Ville. Le 25 ,
le Senat affemblé pour témoigner encore
plus particulierement fa joye au nouveau
Pape agregea au Corps de la Nobleffe
Venitienne les freres , les neveux & les
parens de Sa Sainteté cette aggregation
tombe fur tous les defcendans de fa fa-
11. Part.
F
66 MERCURE DE
mille à perpetuité . Tandis que le Senat fe
montroit fenfible à la profperité du Saint
Pere élu , l'intereft de la Republique lui a
procuré une nouvelle joye , lorfqu'il a été
informé de la deftruction des fauterelles
qui ravageoient un terrain de plus de dix
milles de circuit du côté de la Polefine de
Rovigo. On compte que M. le Nonce
fera fon entrée le 14 Juillet.
De Rome.
ELECTION ET COURONNEMENT
DU PAPE .
Près une vacance de quarante
-neuf
jours feulement
, le Saint Siége s'eft
trouvé dignement
rempli
le 8 May par l'élection
du Cardinal
Michel Ange Conti
Romain
, & Evêque
de Viterbe , âgé de
66 ans moins cinq jours. Il est né le 15 May 165 , & a été fait Cardinal
Prêtre
du titre de Saint Quirico
& Sainte Julite
Le 7 Juin 1707. Le Portugal
l'avoit choif
pour Protecteur
de fes affaires à Rome.
On ne compte dans l'Etat Ecclefiaftique
que trois Maifons
égales à la Maifon Conti
Colonne
, Urfin & Savelli ; la Maifon de Savelli
eft éteinte . Les Maifons
Colonne
& Urfin jouiffent
des honneurs
de Princes
JUIN & JUILLET. 67
de Soglio depuis le Pontificat de Sixte V.
Ces honneurs confiftent dans le droit d'être
auprés du Trône du Pape lorfque Sa
Sainteté tient Chapelle , & dans quelques
autres Ceremonies .
" Quant à la Maifon Conti , elle a donné
quarante Cardinaux & fept Papes au
Monde Chrétien . Celui qu'on vient d'élire
eft le huitiéme. Cette Maiſon jadis
connue fous le nom de Sculanie , eft plus
celebre encore fous le nom de Conti de
puis fept fécles au moins ..
Sans entrer dans le détail des illuftress
ancêtres du nouveau Pape qui feroit trop
long , contentons- nous d'apprendre qu'il
eft fils de Charles Conti Duc de Poli, qui
avoit épousé la foeur du Duc de Muti. Less
Armoiries de la Maiſon Conti font de
gueules à l'Aigle échiquetée d'or & de fai
ble; l'écu eft foutenu d'un trophée compofe
de deux piéces de canon tirant , de huit Dra
peaux & de fix Etendards . Les deux piéces ;
de canon & les huit Drapeaux font une
conceffion de l'Empereur Ferdinand 11%.
au General Torquato Conti , qui s'étoit extrémement
diftingué dans le commandement
des Armées de S. M. F. La Maifon
Conti avoit déja les fix Etendards..
Le nouveau Pape n'eſt pas moins ill
Juftre par fes emplois que par fa naiffance..
En Avril 1620 il porta le Bonnet & PEFij
;
68 MERCURE DE
.
pée benits au Doge de Venife ; c'étoit le
fameux Francefco Morofini , fi fouvent
élû Generaliffime des Armées de la Repu
blique , & fi connu par fes Victoires contre
les Ottomans. En May 1693. l'Abbé
Conti fut fait Gouverneur de Viterbe . Il
fut nommé Nonce en Suiffe en May 1695,
& fut facré la même année Archevêque
de Tarfe par le Cardinal Marefcotti ; au
mois de Novembre 1697 on le chargea
de la Nonciature de Portugal , il s'y rendit
l'année fuivante , & durant ſon ſéjour
à Lisbone il refufa l'Evêché d'Ancone
que le Pape lui avoit offert. Il revint à
Rome en 1711 avec le titre de Vice- Protecteur
des affaires de Portugal . En 1712
il fut fait Evêque de Viterbe ; en 1718
il fut élevé à la dignité de Préfet de la
Congregation des Confins ; en Mars 1719
il fe démit de fon Evêché de Viterbe ;
enfin il a pour garants de fes vertus &
de fa capacité toutes les Congregations ,
où l'ont placé fes talens & le difcernement
du Saint Pere qui l'employoit. La Confiftoriale
, celle du Concile & celle de
Propaganda fide ont toujours publié fon
merite , que la Thiarre couronne aujourd'hui
. Il n'a manqué à fon élection que
fon propre fuffrage. Le Scrutin fini , le
Cardinal Doyen , accompagné du CardinaŁ
Albani Camerlingue de la Sainte Eglife
JUIN & JUILLET.
69
& de deux autres Cardinaux conduits par
Les Maîtres des Ceremonies , allerent trouver
le Cardinal élû , & lui demanderent
s'il acceptoit l'élection legitime qui venoit
d'être faite de fa perfonne pour fouverain
Pontife ; il répondit avec une humilité de
la primitive Eglife , & accepta..
La memoire d'Innocent III , un des Papes
des plus recommandables qu'ait donnés
à l'Eglife la Maifon Conti , infpira au
Pontife élû le choix du nom d'Innocent
XIII . On annonça l'acceptation aux autres
Cardinaux , & l'Acte en fut dreffé par
le Maître des Ceremonies ; alors les deux
premiers Cardinaux Diacres vinrent prendre
Sa Sainteté & la conduifirent à l'Au.
tel de la Chapelle de Sixte , où elle fit fa
priere , & entrant aprés dans un lieu preparé
, on ôta au nouveau Pontife fes ha
bits de Cardinal , & on le revêtit d'une
Soutane blanche , du Rochet , du Camail
& du bonnet rouge ; on lui mit des fouliers
brodés d'or avec une Croix . Couvert
de ces ornemens on le plaça devant
l'Autel fur la Chaire Pontificale , où il
reçût les premiers hommages du Sacré
College. Le Cardinal Tanara , Doyen
commença la ceremonie. Tous les Cardinaux
bailérent à leur tour la main du Saint
Pere, qui les embraffa. Le Cardinal Albani
Camerlingue en rendant fes refpects à Sa
70 MER CURE DE
Sainteté lui mit au doigt l'Anneau du
Pêcheur. Entre onze heures & midy let
Cardinal Pamphile premier Diacre , accompagné
du Maître des Ceremonies avec
la Croix , fe rendit à la Loge de la Benedition
, fituée fur la façade de S. Pierre,,
de - là il declara au Peuple impatient, affemblé
dans la Place , l'Election du nouveau
Pape , en difant à haute voix , Annuntio
vobis gandium magnum , &c.. Je vous
annonce une grande joye , nous avons un
Pape qui eft l'Eminentiſſime & Reverendiffime
Seigneur Michel Ange Cardinal Conti,
qui fe nomme Innocent XIII. Le Peuple
fatisfait , reçut cette nouvelle avec de vi
ves acclamations . Les tambours , les trompettes
, les falves de la moufqueterie , la
décharge de toute l'artillerie du Château
Saint- Ange , & le fon de toutes les cloches
de Rome fecondoient & redoubloient
la joye du Peuple. Après cette proclamation
les Cardinaux Affiftans conduifirent
Sa Sainteté dans la Cellule du Cardinal
Albani. Tandis que le S. Pere y dînoit , le
Cardinal de Rohan régala dans la Cellule
vacante d'un Cardinal , les Cardinaux
Ottoboni Gualterio » Aquaviva
Biffi , & d'Althan , le Duc de Poli & l'Evêque
de Terracine frères de Sa Sainteté ,.
fes trois neveux , le Duc de Talard , l'Evêque
de Sifteron , l'Abbé de Rohan
>
" de
JUIN & JUILLET. 70
Don Carlo & Don Alexandre Albani..
L'après-midy fur les cinq heures , les cloifons
du Conclave furent ouvertes , les
deux premiers Cardinaux Diacres dépoüillerent
Sa Sainteté des ornemens qu'ils.
lui avoient donnés le matin , & la revêtirent
d'un Amic , d'une Aube , d'une
Ceinture , de l'Etole & de la Chape Pontificale.
Le Pape ainfi revêtu fut mis (ur
l'Autel de Sixte , où les Cardinaux lui
rendirent leurs feconds hommages en pre--
fence d'un peuple innombrable , attiré par
cette augufte Ceremonie . Enfin ayant la
Mitre en tête il fut porté dans la Bafilique:
du Vatican fur l'Autel de la Confeffion des
Apôtres ; là le concours du Peuple curieux.
redoubla , & tous les Cardinaux du Conclave
, au nombre de 54 , baiférent les
pieds & la main du Souverain Pontife
qui les embraffa , comme il avoit fait la
premiere & la feconde fois . Ces trois Ceremonies
s'appellent vulgairement l'Adoration.
Dès qu'elles furent terminées
douze Porteurs en longs manteaux d'écarlate
porterent Sa Sainteté dans fes appartemens
dans une Chaife fermée , qui fut
precedée & fuivie par un corrége illuftre
& nombreux ..
2:
A l'arrivée du Pape le fieur Falconieri
Gouverneur de Rome , alla fe profterner
aux pieds de Sa Sainteté & lui rendit le
72 LE MERCURE DE
Bâton , marque de fon autorité ; le Pape
prit ce Bâton , & après avoir exhorté par
un difcours plein de fageffe le fieur Falconieri
à continuer fon emploi avec fon
exactitude & fa juftice ordinaires , il remit
à ce Prelat le fimbole de fa Dignité .
La Ville fit éclater fa joye pendant trois
jours par des fêtes , & les trois nuits fuirent
embellies par de brillantes illuminations
, qui éclairoient les Places & les Rues
de Rome.
La Ceremonie du Couronnement fe fit
dans l'Eglife de Saint Pierre le Dimanche
18 May. Dans le Portique devant la Porte-
Sainte on avoit élevé le Trône Pontifical
fous un Dais , avec des bancs à côté pour
les Cardinaux. Le Cardinal Camerlinguet
Archiprêtre de Saint Pierre , avoit fait
orner l'Eglife d'une maniere digne de la
grande action qui devoit s'y paffer . Le
Pape après avoir entendu une Meffe baffe
dans la petite Chapelle du Palais , en fortit.
à neuf heures , & fe rendit à la Chapelle
de Sixte , qui fervit de Chambre des Paremens
que e Pape porta dans cette au
gufte Ceremonie. Dès qu'il fut prêt à
partir un des . Soûdiacres prit la Croix , qui
fut faluée par le S. Pere , & on commença
à marcher proceffionnellement pour fe rendre
a l'Eglife de S. Pierre. Les Maffiers &
La Garde Suiffe du Pape efcortoient la
Chaire
JUIN & JUILLET.
Chaire Pontificale où il étoit porté ; les
deux Cardinaux Diacres, tenoient les bords
de fa Chappe. Arrivé au Portique de Saint
Pierre il s'affit fur le Trône avec les deux
Cardinaux Diacres Affiftans ; là le Cardinal
Camerlingue après lui avoir remis
les Clefs de l'Eglife , lui prefenta le Cha-.
pitre & le Clergé de Saint Pierre , qui lui
baiferent les pieds ; enfuite il remonta dans
fa Chaire & entra majestueufement dans
l'Eglife par le grand Portail , il alla à l'Autel
du Saint Sacrement , où il quitta fa
Mitre , & fit fa Priere à genoux.
Il fut porté de - là à la Chapelle Clementine
, & reçut l'Obedience des Cardinaux
& des Prelats. Pendant la Proceffion
des Cardinaux autour du Choeur , le
Maître des Ceremonies brûla trois fois
des étoupes, en difant Pere Saint , ainſi
paffe la gloire du monde. La Proceffion
finie , ainfi que la feconde Adoration qui la
fuivit , le Pape commença la Meffe ; après
le Confiteor il alla s'affeoir fur fon Trône
au-devant duquel les trois premiers Cardinaux
Prêtres dirent chacun une Oraifon
pour fon Sacre ; après ces Prieres il defcendit
, il ôta fa Mitre , & le Cardinal
Pamfilio premier Diacre lui mit le Pallium,
où le Cardinal Diacre de l'Evangile attacha
trois groffes agraffes de Diamans . &
le S. Pere fans remettre la Mine monta
11. Partie. G
74 DE
MERCURERE
•
à l'Autel pour y recevoir les encenfemens
prefcrits dans cette occafion ; aprés quoi
le paffa la troifiéme Adoration . Auffi-tôt
que la Meffe fut finie , le Cardinal Albani
prefenta au Pape au nom du Chapitre une
bourfe de 25 pieces de Monnoye anciennes
des Souverains Pontifes , & Sa Sainteté
les remit au Cardinal Diacre pour en faire
la diftribution . Enfin on porta le S. Pere
à la Loge de la Benediction fur un Trône
élevé fous un Dais fuperbe , & ce fut là .
qu'après quelques ceremonies s'acheva
celle de fon Couronnement . Le Cardinal
fecond Diacre lui pofa fur la tête la
Tiare enrichie de diamans , & le Papecouronné
donna la Benediction au Peuple,
qui la reçut avec de nouvelles & de finceres
acclamations de joye , les cloches ,
les trompettes & l'artillerie mêlerent leur
bruit éclatant aux cris du Peuple.
,
>
Le 21 May , le Pape tint Chapelle pour
les premieres Vêpres de la Fête de l'Aſcenfion
le Duc de Gravina petit neveu
de Sa Sainteté le trouva au Soglio. La
Terre de Soriano a été érigée depuis quelques
jours en Principauté , pour procurer
le même honneur à Don Carlo Albani ,
neveu du deffunt Pape. Les Cardinaux
avertis qu'il fe tiendroit un Confiftoire
public le 10 Juin , pour donner le Cha
peau aux Cardinaux Etrangers , fe rendi-
45
JUIN & JUILLET. 75
rent le même jour au marin à Sainte Marie
del Popolo ; le Cardinal de Kohan , le
plus ancien des dix Cardinaux qui devoient
recevoir le Chapeau , les y régala avec ſa
magnificence ordinaire. Après le repas ils
marcherent en cavalcade ju qu'au Palais
du Quirinal dans l'ordre qui fuit : le fieur
Phiffler Capitaine de la Garde Suiffe ,
commençoit la marche à la tête de fix de
fes foldats ; on voyoit enfuite à cheval les
Adjudans de Chambre des Cardinaux ,
avec leurs maffes ; les fieurs Pierfanti &
Chezzi Maîtres des Ceremonics precedoient
le Cardinal Doyen , qui conduifoit
les autres Cardinaux , rangés fuivant l'ancienneté
de leur promotion . Leurs Palfreniers
les accompagnoient avec des bâtons
dorés à la main , & des foldats Suiffes
difpofés en file fur les aîles contenoient
la foule , & confervoient l'ordre de la
marche. Les Cardinaux pour qui fe faifoit
la Ceremonie étoient conduits par d'anciens
Cardinaux . Le Cardinal de Sccmborn
étoit mené par le Cardinal Barberin ;
le Cardinal Cinfuegos , par le Cardinal
Gualteri ; le Cardinal Borgia , par le Cardinal
Priuli ; le Cardinal Pererra , par le
Cardinal Piazza ; le Cardinal Belluga
par le Cardinal Zondodari ; le Cardinal
Boffu d'Alfaer , par le Cardinal Buffi ; le
Cardinal Czacki , par le Cardinal Odef-
Gij
76 DE MERCURE
calchi , le Cardinal de Billi , par les Cardinaux
Scotti & Patrizzi ; le Cardinal
d'Acunha , par les Cardinaux Bentivoglio
& d'Althan , & enfin le Cardinal de Rohan
terminoit dignement cette pompeufe Calvacade
, au milieu des Cardinaux Albani
& Olivieri. Lorſqu'ils furent arrivés aμ
Quirinal , ils entrerent dans la Chapelle
Pauline , où fuivant la coûtume , les dix
Cardinaux jurerent l'obfervation des Bulles .
De-là ils furent introduits dans le Confiftoire
, où ils baiferent le pied & la main
du Pape , qui les embraffa en leur donnant
le Chapeau. Le Cardinal de Rohan parla
tant pour lui que pour fes Confreres , &
remercia Sa Sainteté en Langue Latine ,
avec cette élegance qui l'a fait admirer
dans fes difcours publics dès fes premieres
études. La prefence du Pape ne put retenir
les applaudiffemens de l'affemblée .
S'il fit briller fon éloquence le jour de
la Cavalcade , il ne fit pas moins éclater
fon zéle pour l'honneur de fa Nation le
15 Juin , Dimanche de l'Octave de la
Fete -Dieu ; il tint Chapelle dans l'Eglife
de Saint Louis des François . Là les Cardinaux
Acquaviva , Borgia , Belluga ,
Gualtieri , Biff & Ottoboni invités par
lui à cette ceremonie , affifterent à la plus
magnifique Proceffion qui ait jamais été
faite à Rome en pareille occafion. Il ne
JUIN & JUILLET. ナブ
•
manquoit aux dix Cardinaux qui avoient
reçu le Chapeaù le ro Juin , que la ceremonie
de leur ouvrir & de leur fermer
la bouche.
"
Le Pape dans un Confiftoire qu'il a tenut
à l'occafion du Cardinal Czacki , preffe
de retourner en Hongrie , a fait cette ceremonie
& en fermant & ouvrant la
bouche aux dix Cardinaux , leur a donné
le titre de leur Cardinalat. Avant cette
formalité un Cardinal ne peut entrer dans
aucune Congregation , à moins que par
un Bref il ne foit exemté de la regle generale.
, A l'égard du Cardinal Alberoni on
compte qu'il ne fortira pas de Rome ,
comme on l'avoit crût , on lui cherche un
Palais , & il fait pourtant fes vifires en
habit court. Le Chevalier Tobin Commandant
du Vaiffeau nommé le Prince
Eugene , arrivé depuis peu de la Chine à
Oftende , a fait remettre au fieur Santink
Internonce à Bruxelles une Lettre qu'il a
envoyée auffi-tôt au Cardinal del Giudicé,
qui détaille l'arrivée à Peckin du fieur
Mezzabarba Patriarche d'Antioche , &
Nonce Apoftolique à la Chine. El paroît
par cette Lettre qu'il a été reçû avec une
grande diftinction par les principaux Mandarins
de ce puiffant Empire. Cette nouvelle
a fort réjoui Sa Sainteté , qui n'an-
G iij
78 MERCURE
DE
nonce dans fes premieres démarches qu'un
zéle éclairé pour la Religion , & des vuës
du faint Throne qu'Elle remplit.
Le Juillet , le S. Pere s'eft trouvé fort
incommodé d'une douleur de gravelle, qui
l'a retenu dans fon Palais . Sa Sainteté
n'a pû affifter aux ceremonies de la Fête
de S. Pierre ; mais enfin le Dimanche 16
Juillet Elle fe trouva infiniment mieux ,
& rendit le foir une quantité de fable
ce qui la foulagea extrémement .
>
Le Cardinal de Rohan a eu fa premiere
audience en qualité de Miniftre du Roy
Très - Chrétien , & a conferé avec le
nouveau Cardinal Conti & le Cardinal
Spinola . Le 22 Juin , le Chevalier de Saint
Georges & la Princeffe Clementine Sobieska
fon épouſe , accompagnés du jeune
Prince leur fils , eurent une longue audience
de Sa Sainteté , qui leur fit preſent
d'un billet de huit mille écus , & donna
des bijoux au jeune Prince . Le Cardinal
Alberoni a rendu une longue vifite à la
Ducheffe d'Aquafparta foeur du Pape. On
croit que l'affaire de ce Cardinal est prête
à s'accommoder. Il confent à donner fa
démiffion de l'Evêché de Malaga , que le
Roy d'Efpagne lui fait demander par le
Cardinal Borgia.
JUIN & JUILLET.
79
AAAAAAAAAAA
MORTS DE FRANCE.
Louis Vincent de Mauleon , Mar-
Mquis de Caufans , eft mort le 11
Juin dans fon Château de Caufans en
Provence , âgé de 77 ans .
M. Baflin Confeiller au Châtelet , eſt
mort le 8 Juillet ; il avoit du talent pour
la Poëfie.
Dame de Barantin , Abbeffe de
l'Abbaye Royale de Saint Amand de
Rouen , eft morte le 13 Juin.
Dame Anne Marguerite de Rohan ,
Abbeffe de l'Abbaye Royale de Joüarre ,
Dioceſe de Meaux , eft morte le 21 Juin
dans fa cinquante- huitième année.
M. Du Saut , qui a été fi long - tems
Envoyé de France à Alger & à Tunis ,
eft mort à Toulon , âgé de plus de 80
ans.
M. l'Abbé de Lyonne , fils du Miniftre
d'Etat , eft mort le Juin , âgé de 74
ans. Il avoit outre le Prieuré de Saint
Martin des Champs , quatre groffes Abbayes
.
M. de Bullion , Marquis de Bonnelles ,
Prevost de la Vicomté de Paris , & Gouverneur
des Provinces du Perche & du
G iiij
80 MERCURE DE
Maine , & du Comté de Laval , eft mort
dans une de les Terres.
Son petit - fils , fils de M. le Marquis
de Fervaques , eft mort le
M. Trudaine , ancien Prevôt des Marchands
de la Ville de Paris , Confeiller
d'Etat , & qui avoit été Intendant à Dijon
& à Lyon , eft mort le 21 Juillet ; âgé
de 61 ans ; il étoit beau frere de feu M.
le Chancelier Voyfin.
M. le Chevalier de Souvré s'eft noyé
en fe baignant dans la Marne en Champagne.
Dame Elifabeth Claude Gallois , femme
de M. Biraut Confeiller au Grand Confeil
, eft morte le 2 Juin.
Meffire Matthieu de la Rochefoucaut ,
Marquis de Bayers , eft mort le 12 Juin.
Dame Marie- Anne Daurat , veuve de
M. de Saint Conteſt Maître des Requêtes
, eft morte le 20 Juin .
Frere Jofeph Felix de la Renarde , Chevalier
de l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem
de la Ville de Marfeille , & d'une des
meilleures Maifons de Provence , eft mort
à Malte le âgé de 90 ans :
Il étoit Commandeur de Trinquetailles ,
& Grand Prieur de Saint Gilles ; il avoit
fuccedé dans cette derniere dignité à Frere
Richard de Sade de Mazan , Chevalie
du même Ordre , qui mourut à Malth
<
JUIN & JUILLET.
81
âgé de 89 ans , le 17 Mars 1719. Sa
dépouille a valu plus de cent mille écus
à la Religion.
La Maiſon de Felix eft originaire de
Piémont , & s'eft toujours diftinguée par
fa fidelité envers fes Souverains ; c'eſt par
cette raison qu'elle porte trois F. dans fes
Armes , qui fignifient Felices , Fuerunt ,
Fideles , éloge qui lui fut donné par un
Comte de Savoye.
Le Chevalier qui vient de mourir , étoit
neveu du fameux Felix de Marfeille
, qui commandoit un corps confiderable
, & qui le ſignala à la repriſe des
Ifles de Lérins fur les Efpagnols en l'année
1637 , par des Actions de valeur qui
contribuerent beaucoup à cet heureux évenement
. On voit encore dans la Chapelle
de Notre- Dame , qui eft fur le bord de
la Mer , auprès de la Ville de Cannes , le
baudrier & les armes d'un Capitaine Elpagnol
, que Felix combatit & terraffa
dans cette périlleufe journée. La repriſe
des Ifles de Lérins fut celebrée par les
meilleurs Poëtes du temps . Il y a une Ode
dans le vingt & uniéme Tome du Mercure
François , où la valeur de ce genereux
Felix eft celebrée particulierement .
La Maiſon de Felix , divifée en plufieurs
branches , a aujourd'hui pour Chef
Meffire Jean Baptiſte Felix , Chevalier
82 MERCURE DE '
Marquis du Muy, Seigneur de la Renarde,
&c. Confeiller au Parlement de Provence ,
qui a époulé D.... de Mifon , fille du
Marquis de Mifon , & de Dame... de
Valbelle Montfuron , foeur de M. le Comte
de Valbelles , Brigadier des Armées du
Roy, Capitaine Sous - Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes de la Garde
de Sa Majefté . M. le Marquis du Muy
eft neveu du Grand Prieur de Saint Gilles ,
qui vient de mourir.
Meffire Claude de Rhodes , Brigadier
des Armées de Sa Majefté , & cy- devant
Commandant d'Abbeville , eft imort le 4
Juillet.
M. de Catelan , Gouverneur du Château
Royal des Tuilleries , eft mort le 24
Juillet , âgé de 32 ans.
Le fieur le Blond , ancien Conful de
France à Venife , eft mort en cette Ville
le premier Juillet , âgé de 95 ans.
JUIN & JUILLET. &3
MARIAGES.
Miette, Chevalier
7. Charles Antoine Marquis de Fontette
, Chevalier Seigneur du Vaumain
, ancien Capitaine de Cavalerie dans
le Regiment d'Orleans , fils de feu M. le
Marquis de Fontette , & de Dame Anne-
Louife de Boulainvilliers , à époufé le
Juillet Demoiselle Antoinette - Madelaine
d'Arville , fille de défunt M. le Comte
d'Arville , & de Dame Antoinette Madelaine
de Chaffebras .
M. Jofeph de Nicolai Chevalier Baron
de Sabran , Capitaine de Dragons dans le
Regiment d'Orleans , fils de feu M. le
Baron de Sabran , & de Dame Marie-
Louiſe Angratie de la Fare , a épousé
le Juillet Demoifelle Louife de Saint
André de Saint Juft , fille de M. le Baron
de Saint Juft , & de Dame Marguerite de
Belverede de Joncheres.
M. le Comte de Nonant de Bertoncelles
, Capitaine au Regiment du Roy , Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis,
fils de M. le Comte de Nonant , & de
Dame Marie- Anne de Rians de Villeray ,
a époufé le 17 Juin à Saint Eustache De
moifelle Elizabeth - Françoiſe de Gillier ,
fille de Meffire Melchior de Gillier 3
84 MERCURE DE
Chevalier Baron de la Baftie & de la Frette,
& de Dame Marie - Françoiſe de Machaut.
Meffire Charles Henry Gafpard de Saux,
Vicomte de Tavanes , Lieutenant General
pour le Roy au Duché de Bourgogne ,
Brigadier des Armées de Sa Majeſté , &
premier Gentilhomme de la Chambre de
M. le Duc de Bourbon , fils de M. le Comte
de Saux , & de défunte Dame Marie de
Grimonville , a épousé à Saint Euſtache le
Lundy 23 Juin Demoiſelle Elizabeth Maill
du Breuil , fille de M. André Mailly du
Breuil , Receveur General des finances de
Touraine,& de Dame Françoife Defchiense
Melfire Jean - Charles Jofeph d'Andigné ,
Comte de Vefins , fils de feu M. le
Comte de Vefins , Maréchal des Camps
& Armées de Sa Majefté , & Lieutenant
General de l'Artillerie , & de Dame Ma→
rie d'Andigné , a épousé le Juin Demoiſelle
Marie Sophie- Eleonore de Choifeul
, fille de Meffire François Eleonor de
Choifeul de Traves , Maréchal des Camps
& Armées du Roy , & de Dame Marie-
Louiſe de Villars , foeur de M. le Maré--
chal de Villars.
M. le Comte de Colbert , Mestre de
Camp de Cavalerie , Cornette de la Com
pagnie des Chevaux - Legers de la Garde
du Roy , fils de M. le Comte de Colbert ,
Grand Croix de l'Ordre Militaire de Saint.
JUIN & JUILLET. 85
Louis , & de Dame Charlotte de Lée , a
épousé le Juin Demoitelle Marie - Charlotte
de Gouffier , fille de M. Charles-
Antoine de Gouffier , Maréchal des Camps
& Armées du Roy , & ancien premier
Enfeigne des Gendarmes de la Garde , &
de Dame Catherine Angelique d'Albert
de Luynes.
M. Robert Langlois , Chevalier Seigneur
de la Fortelle , Confeiller du Roy
en fes Confeils , Prefident en fa Chambre
des Comptes , & Confeiller honoraire en
fa Cour de Parlement , fils de feu M.
Pierre Langlois , Prefident en la Chambre
des Comptes , & de Dame Marie- Françoife-
Louife Therefe Humbert , a épousé
le Mardy 10 Juin Demoitelle Genevieve
Sophie Cherré , fille de M. Pierre Jean
Cherré , Maître des Comptes .
M. Guy-Etienne Alexandre , Marquis
de Faouq , Seigneur de Garnetot , Mestre
de Camp de Cavalerie , Sous - Lieutenant
de la Compagnie des Chevaux-Legers de
Bretagne , fils de M. le Marquis de Faouq,
Seigneur de Garnetot , & de Dame Marie-
Louife du Houlay , a époufé le Lundy 30
Juin à Saint Euftache Demoifelle Charlotte
Sophie de Sonning , fille de M.
André Nicolas de Sonning , Receveur general
des Finances de Paris , & de Dame
Louife - Charlotte de Launay. M. le Prince
-
36 MER CURE · DE.
1
de Conti s'eft trouvé à la ceremonie.
Meffire Louis- Claude Scipion de Grimoard
de Beauvoir de Montlaur , Marquis
du Roure , fils de M. le Marquis du
Roure , & de Dame Louife Victoire de
Caumont de la Force , a épousé le Metcredy
16 Juillet Demoifelle Marie Antonine
Victoire de Gontaut de Biron , fille
de Meffire Charles Armand de Gontaut ,
Seigneur de Biron , premiere Baronie de
Perigord , Lieutenant General des Armées
de Sa Majesté Gouverneur de la Ville
de Landau , Confeiller du Roy en fes Confeils
& au Confeil de la Guerre , chargé
du détail de l'Infanterie , & premier Ecuyèr
de S. A. R. Monfeigneur le Duc d'Or
leans Regent du Royaume , & de Dame
Marie Antonine de Bautru. Ce mariage a
été celebré à minuit dans la Chapelle particuliere
de l'Hôtel Colbert , où demeure
M. le Marquis de Biron . M. le Curé de
Saint Euſtache a dit la Meffe . M. l'Abbé
de Saint Aulain a fait la cérémonie du
mariage : elle a été precedée par un grand
fouper donné par M. le Marquis de Biron ,
pere de la mariée.
1 Le Marquis de Coaquin , qui épouſe
Mademoiſelle Nicolaï , a obtenu la furvivance
du Gouvernement de Saint Malo,
JUIN & JUILLET.
87
Day:Dynami
DIGNITEZ ET CHARGES.
ONSIEUR Bouchard Gentilhomme.
Mde
Normandie a été fait Gouverneur
du Pont- de - l'Arche .
M. Feydeau de Brou Intendant de Bretagne
a obtenu du Roy une Expectative
de Confeiller d'Etat.
Le Marquis de Bonas eft nommé pour
commander fous M-le Maréchal de Barvick
le Camp de Montauban , compofé de
12000 hommes.
M. de Gaumont , Chef du Confeil de
M. le Prince de Conti , a eu une Expectative
de la place de Confeiller d'Etat dų
23 Juillet.
Le Roy a donné un Brevet de Meſtre
de Camp de Cavalerie à M. le Marquis
de Bethune , Capitaine dans le Regiment
de Cavalerie de Bretagne.
Le fieur Defangles a obtenu du Roy la
. Lieutenance de Roy de Monaco , vacante
par la retraite du fieur de Beaucoroy.
M. de Curty Maréchal de Camp des
Armées du Roy , a obtenu de Sa Majesté
le Commandement au Gouvernement de
la Ville de Douay , vacant par le decès
du fieur de Brefly .
88 MERCURE DE
Le fieur Panvaux , cy- devant Lieutenant
Colonel du Regiment de Duchevron , a
le Gouvernement de la Tour de Pillemil
en Bretagne.
M. de Contades , fils de M. de Con
tades , a eu la furvivance du Gouvernement
des Ville & Château de Beaufort.
Du 23 Juiller , M. d'Ormeffon a la place
de Confeiller d'Etat Semeftre de M. de
la Rochepot ;
Et M. de la Rochepot eft monté par
la mort de M. Trudaine , à la place de
Confeiller d'Etat ordinaire.
M. Bontemps , Premier Valet de Chambre
du Roy , & Chevalier de l'Ordre de
Saint Lazáre , eft Gouverneur du Château
des Tuilleries , & fon fils en a la ſurvivance
depuis la inort de M. Catelan , qui
poffedoit ce Gouvernement. Mrs. Bontemps
font en poffeffion depuis long - tems
d'approcher de nos Rois & d'en être
aimés .
>
M. de Reffon Lieutenant General d'Artillerie
, Brigadier des Armées de Sa Majefté
, a obtenu le Cordon de Grandcroix
de l'Ordre Militaire de S. Louis .
EVECHEZ ,
JUIN & JUILLET.
89
ORADto tort
EVESCHEZ, ABBAY ES ET BENEFICESM
Onfieur l'Abbé Comte de Cler
mont eft devenu Titulaire des Abbayes
de Marmoutier & de Chailli , par
la mort de l'Abbé de Lionne , dont il étoit
Coadjuteur.
"
L'Abbé de Saint- Albin eft devenu Ti
rulaire du Prieuré de S. Martin des Champs
par la même mort.
Madame de Quintin de l'Orge , foeur
de Madame la Ducheffe de S. Simon , a
obtenu l'Abbaye Royale de Saint - Amant
de Rouen de 35000 livres de revenu , qui
vaquoit par la mort de Madame de Ba
rantin.
Madame de Soubife poffede à prefent
Abbaye de Jouarre , à la Place de Madame
fa Tante , dont elle étoit Coadju
trice.
Le Mardi 22 Juillet , M. le Curé de
S. Mederic a pris poffeffion du Doyenné
de S. Germain l'Auxerrois,pour M. P'Abbé
Vivant , qui eft encore à Rome , où il a
feivi de Conclavifte à . M. le Cardinal de-
Rohan.
Du 30 May , la Coadjutorerie de l'AB
baye de Sainte Anne d'uffy , Ortre de S.
H. Partic
༡༠ MERCURE DE
Benoift , Dioceſe de Paris , dont Madame
de Caumont de la Force eft Abbeſſe , a été
donnée à Madame Delmances de Veruë ,
Religieufe du même Ordre.
Du 20 Jun , l'Office de Grand Sacriftain
Major dans l'Abbaye Reguliere de
Saint Michel de Cuixa , Ordre de Saint
Benoist , Diocéfe de Perpignan , vacante
par la Promotion de Dom Sauveur de
Copons à cette Abbaye a été donné à
Don Ignace de Valls Religieux du même
Couvent.
>
La Prevôté ou Pavordie de Fillols dans
la même Abbaye , vacante par la promotion
de Don Ignace de Valls à l'Office
de Grand Sacriftain , a été donnée à Don
Jean de Copons. Il faut remarquer que
le Roy nomme à ces deux Benefices par
droit de Refulte dans l'Evêché de Perpignan
, fuffragant de Tarragonne , dont on
fuit les ufages.
Du s Juillet , P'Office de Chantre de
P'Eglife Royale & Collegiale de Saint-
Hipolite de Poligni Diocefe de Befançon ,
qui a vaqué par le decés du fieur Dagan
a été donné fur la prefentation duChapitre,
au fieur Charles Bouhelier , Prêtre Docteur
en Theologie.
16
Du 19 Juillet , la Coadjutorerie de
P'Abbaye de Notre-Dame de Rieunette
Ordre de Citeaux, Diocéle de Carcaffonne ,
JUIN & JUILLET. 91
a été donnée à Madame de Cofrange de
Beduer Religieufe du même Ordre.
Le Prieuré de Saint Antoine de Dom .
front a été donné à Madame de Crevecoeur.
PENSIONS.
MP'Academie
Royale de
Mufique , Ile. Antier , premiere
Actrice de
qui a eu l'honneur de chanter dans les
Ballets du Roy , a été gratifiée d'une
penfion de 1200 livres , avec un Brevet
de Muficienne de la Chambre du Roy.
Le Baron de Vels a obtenu à la recommandation
de M. le Maréchal de Villeroy
une penfion de 800 liv.
Le Comte d'Auteuil , Ecuyer de M. le
Duc de Bourbon , a obtenu fur l'Abbaye
de Chailly une penfion de zooo- liv.
L'Abbé de Borfac , Aumônier de M.
le Duc de Bourbon , a auffi obtenu fur
sette Abbaye une penfion de 1 zoo liv.
L'Abbé de Fortia , fils de M. de Fortia,
Chef du Confeil de M. le Duc de Bourbon
, a eu fur la même Abbaye une penfion
de 1500 livres.
L'Abbé Guyon , Precepteur de M. le
Hij
92 MERCURE DE
Comte de Clermont , a eu une penfion de
1800 livres.
L'Abbé de Farges fon Sou -Precepteur,
en a eu une de 1200 liv.
Un Page de M. le Duc de Bourbon
qui eft entré au Seminaire de S. Sulpice ,
en a eu une de 600 liv.
> M. Colbert de Saint - Mars ancien
Capitaine des Vaiffeaux du Roy , ayant
demandé à fe retirer , S. M. le lui a permis
, & lui a accordé une penfion de 6000
liv. fur le Trefor Royal , & des Provi
fions de Chef d'Efcadre des Armées Nar
vales .
JUIN & JUILLET. 93
JOURNAL DE PARIS.
L
E 25 May , le fieur Pelletier de la
Houffaye ,Contrôleur General des
Finances , prêta ferment entre les
mains du Roy pour la Charge de
> Prevôt Maître des Ceremonies , & Com
mandeur des Ordies de Sa Majesté . Cette
Charge lui a été accordée par le Roy fur
la démiffion volontaire du fieur le Camus
Premier Prefident de la Cour des Aydes .
Le 28 , l'Ambaffadeur de la Porte alla
fe promener à S. Clou , il y fut accompagné
de M. le Marquis de Biron , premier
Ecuyer de Monfieur le Duc Regent ; on
lui fervit dans le Château une trés - belle
collation.
Le 29 , cet Ambaffadeur alla fe prome
ner au Jardin du Roy , qu'on appelle des
Simples , où M. l'Archevêque de Cambray
Miniftre des Affaires Etrangeres , le regala
de confitures & de liqueues fra ches .
Le 31 , veille de la Pentecôte , le Roy
entendit dans fa Chapelle les premieres:
Vêpres , & Sa Majeſté s'étant confeffée le
lendemain jour de la Fête à l'Abbé Fleury
fon Confeffeur , entendit la Grand'Meffe
celebrée- par l'Abbé du Bois , Chapelain
ordinaire.
94
MERCURE
DE
L'après midi l'Abbé Eftor prêcha devant
le Roy , & Sa Majefté après le Sermon
entendit les Vêpres . Tout l'Office du
jour & de la veille fut chanté par la Mufique.
>
M. Dierback de Belleroche Lieutenant
Suiffe de la Compagnie des Cent Suiffes
Gardes du Corps ordinaires du Roy , fils
de feu Georges -Nicolas de Dierback
Sieur de Belleroche & de Prémon , qui
avoit fuccedé à Ulrich de Dierback , Sieur
de Premon de Fribourg fön oncle dans
cette Charge , a prêté ferment le premier
Juin jour de la Pentecôte entre les mains
de M. de Bogue , Lieutenant François ,
qui doit commander en chef la Compagnie
des Cent Suiffes pendant la minorité de
M. le Tellier de Louvois , Marquis de
Montmirel leur Capitaine Colonel . Cette
ceremonie fe paffa dans la Salle des Cent
Suiffes au Château des Tuilleries , tambours
appellans , Enfeigne déployée , les
Suiffes rangés en cercle , la halebarde à la
main , le nouveau Lieutenant de bout au
milieu de l'enceinte ; après le ferment il
leva les trois premiers doigts de la main
droite , fuivant l'ufage des Suiffes ; & le
Commandant lui remit entre les mains le
bâton de Commandement , enfuite il l'embraffa
, ce que firent auffi tous les autres
Officiers de la Compagnie.
JUIN & JUILLET. 95
Cette Charge eft la plus ancienne dù
Corps ; quand il fut créé par Louis XI.en
1471 il n'y avoit pour Commandant que
le Lieutenant Suiffe , qui refta feul à la
tête de la Compagnie jufqu'en 1496 que
Charles VIII créa étant à Lyon un Capitaine
François pour la commander. La
Charge de Lieutenant François fut creée
en 1578 ; le Lieutenant Suiffe retient encore
l'ancien droit de Commandement fur
la Compagnie en ce qui concerne la Juſtice
, tant au Civil qu'au Criminel ; il eſt
feul Juge Souverain des Cent Suiffes
c'est lui qui à leur mort appofe le Scellé
fur leurs effets , & connoît de toutes conteftations
entr'eux. Les Jugemens font
rendus par lui , en fon nom , & fans apel .
M. d'Argenfon Maître des Requêtes &
Intendant à Tours , préta ferment entre
les mains du Roy pour la Charge de Chancelier
Garde des Sceaux de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , vacante par la
démiffion volontaire du fieur d'Argenfon
Confeiller d'Etat fon frere aîné. Le Roy
n'accorde pas ces honneurs à la feule memoire
de M. le Garde des Sceaux ,
Le Juin , M. d'Armenonville Secretaire
d'Etat invita au Château de Ma
drid quelques Miniftres Etrangers & de la
Cour qui doivent fe trouver au Congrez
de Cambray , & les régala magnifique
ment
96
MERCURE
DE
Le Dimanche de la Trinité 8 Juin ,
PAmbaffadeur Turc fe rendit de Meudon
à Verfailles , où il coucha. Le lendemain
Lundi après le dîner , Son Excellence vir
jouer les eaux , Spectacle tout neuf pour
des Orientaux , qui les étonna en les charmant..
Le Mardi l'Ambaffadeur alla voir
la Machine de Marly , enfuite aprés la collation
il vit jouer les eaux de cette fuperbe
Solitude , & s'en retourna à Ver--
failles , d'où il fut à Trianon avant de revenir
à Paris . Il a été très content de tout
ce qu'il a vû dans ces Palais & ces- Jardins
il en a partagé les plaifirs avec un
grand nombre de Dames qualifiées qui fe
font trouvées aux collations qu'on lui a
prefentées par ordre du Roy . Le féjour
de l'Ambaffadeur Turc à Verfailles a coûté
cher aux curieux qu'il y a attirés , on n'y a
pas dormi à bon marché , les lits ont été
louiés jufqu'à dix écus par nuit .
Le Jeudi 12 Juin , jour de la Fête- Dieu,,
la Proceflion de S. Germain l'Auxerrois
Paroiffe du Louvre , vint à la Chapelle de
ce Château , le Roy la joignit à la pre
miere Porte de la Cour , qui étoit ornée
de Tapiflerie de la Couronne , & y reçut
là Benediction du Saint Sacrement , qu'il
accompagna enfuite jufqu'à la Chapelle ,
où l'on chanta un très- beau Motet, de la
compofition de M. de la Lande Surinten
· dant
JUIN & JUILLET. 97
dant de la Mufique de Sa Majefté. Après
cette Station le Roy reconduifit le Saint
Sacrement jufqu'à la premiere porte de la
Cour , où il l'avoit joint , & y reçut une
feconde fois la benediction ; de là il retourna
dans fa Chapelle , & entendit la
Meffe chantée par få Mufique , & le foir
le Salut aux Capucins de la rue fainr Honoré.
Le même jour M. le Duc d'Orleans ,
accompagné de M. le Duc de Chartres ,
& fuivi des principaux Officiers de fa Maifon
, alla à l'Eglife de faint Euſtache ſa
Paroiffe , affifta à la Proceffion , & entendit
après la grande Meſſe.
Le Vendredy le Roy alla entendre le
Salut au Couvent des Religieufes aufteres
de l'Avé Maria. Après la benediction du
Saint Sacrement Sa Majefté monta à la
grille , & fe recommanda aux prieres de
la Communauté , qu'il affura de protection.
Le Samedy le Roy affifta au Salut des
Theatins ; le Dimanche à celui des Capucines
; le Lundy à celui des Filles du Saint
Sacrement au Marais , d'où Sa Majeſté
alla au Mefnil- montant , voir la Maiſon
& le Parc de M. Pelletier de Souzy ,
Doyen des Confeillers d'Etat. On y
fervit une fuperbe collation . Le Mardy
le Roy entendit le Salut à Saint Victor ,
d'où il fut fe promener à Bercy dans le
II. Partie. I
98 MERCURE DE
Jardin de M. d'Ofembray , & vifita ce fameux
& fçavant cabinet que Sa Majesté
a revû plus d'une fois avec plaifir . Le
Mercredy Elle fut aux Minimes de Paffy.
pas
1
Le Jeudy matin jour de l'Octave de
la Fête Dieu , la Roy alla voir la Proceffion
de Saint Sulpice , fpectacle digne d'un
Roy Très- Chretien. On ne fera peut-être
fâché de trouver ici la deſcription de
cette ceremonie , qui attire tous les ans un
nombre prodigieux de fpectateurs , de qui
la curiofité ne peut être entierement affouvie.
La curiofité fait naître la foulé , & la
foule empêche la curiofité de fe fatisfaire.
Voici d'abord l'ordre de la marche de cette
édifiante Proceffion : Les deux Suiffes de
la Parrbiffe , avec leurs halebardes . Un
Timbalier , quatre Trompettes , quatre
-Hautbois & deux Baffons. La Banniere ,
magnifiquement brodée. La Livrée avec
les torches & les flambeaux ; deux Prêtres
en furplis , chargez de veiller à conferver
l'ordre de la marche . Six Communautez
Religieufes , écoles utiles où l'on
inftruit au travail & on forme à la picté
toutes les filles de la Parroiffe qui ne font
pas affez riches pour avoir une plus mauvaife
éducation. Après cette troupe modefte
venoit la Congregation des hommes ,
compofée de quatre cens particuliers de
differentes profeffions. Ils étoient ſuivis
JUIN & JUILLET. 99
pár fix nombreuſes Confrairies , rangées
fur deux lignes . Ici étoient placez les
Tambours & Hautbois des Moufquetaires
; ils quittoient le hautbois aux Repofoirs
, pour jouer de la flute traverſiere
de qui les fons plus doux conviennent
mieux à l'humilité de la Priere. Enfuite
marchoient les Confreres du Saint Sacrement
, le Collectaire & les Enfans de
Choeur , les Acolytes en tuniques avec
leurs chandeliers ; la Croix ; d'autres Acolytes
en tunique , pour relever ceux qui
portoient les chandeliers , & deux Prêtres
en chappes pour relever de même le Prê
tre qui portoit la Croix : Cent jeunes enfans
vêtus en Anges , conduits par un Prêtre.
Le Clergé en furplis , le Clergé en
tuniques & dalmatiques , le Clergé & les
Chantres en chappes , les Prêtres en chafubles
: Ce Clergé fi bien difcipliné eft
compofé de quatre cens Ecclefiaftiques ,
tant du Séminaire que de la Parroiffe. A la
fuite du Clergé paroiffoient en furplis les
Ecclefiaftiques deſtinez à jetter des fleurs
devant le Saint Sacrement , avec ceux qui
portoient les corbeilles de fleurs : deux
Ecclefiaftiques en aubes & ceintures rouges
, portant chacun un baffin d'argent
plein d'encens : douze Acolytes en aubes
& ceintures rouges , encenfans alternati
vement , & quelquefois tous enfemble le
I ij
800.97
100 MERCURE DE
Saint Sacrement : fix Prêtres en aubes &
ceintures rouges , avec de longs cordons
d'or deftinez à relever les Prêtres qui portoient
le Dais : fix Ecclefiaftiques portant
des flambeaux. M. le Cardinal de Polignac,
avec plufieurs Archevêques & Evêques ,
précedoit immediatement le Dais qui étoit
porté par fix Ecclefiaftiques en aubes &
ceintures rouges & cordons d'or , & enfouré
par les Pages des Princes & Prin,
ceffes de la Maifon de Condé , portans des
flambeaux. M. le Curé fous le dais , accompagné
de deux Prêtres en chafubles , por¬
toit le Saint Sacrement , & terminoit cette
Proceffion folemnelle , fi bien reglée par
fon goût confacré à la Religion . M. le
Maréchal de Matignon & M. de Chartraire
de Saint Aignan , premiers Marguilliers
fuivoient le Dais avec les deux Marguil
liers en exercice , & étoient fuivis par tous
les anciens Marguilliers rangez für deux
colonnes , ainfi que les perfonnes de diſtintion
de la Parroiffe , qui marchoient
après eux. Le Peuple enfin venant en foule
faifoit voir la confufion auprès de l'ordre.
Des Soldats du Regiment desGardes Suiffes
, difpofez dans tous les endroits neceffaires
, empêchoient le trouble que pouvoit
exciter la multitude des fpectateurs
répandus dans la route de cette auguſte
Proceflion ; lors qu'après un long circuit
JUIN & JUILLET. 101
elle arriva au bas de la rue de Tournon,
large & belle avenuë du Palais du Luxembourg
; elle trouva le Guet à pied , qui
occupoit la porte de la Foire Saint Germain
, & le haut de la rue des Quatre-
Vents ; les Inspecteurs de Police auffi à
pied étoient à la tête du Guet , & les
Gardes Françoifes bordoient les deux côtez
de la ruë de Tournon , jufqu'à là
grande porte du Luxembourg , où le refte
étoit en bataille. Des détachemens des Gardes
du Corps & des Cent Suiffes du Roy
gardoient la Porte : c'eft de là qu'on ap
percevoit un magnifique Repoloir place
au haut des dernieres marches de la petite
cour du Palais , exhauffée & fermée par
une balustrade de marbre blanc , & fous
la principale Porte qui va au Jardin ;
L'enfoncement de ce Repofoir occupant
le quarré du veftibule étoit orné de paremens
de damas cramoifi , avec des crépines
& galons d'or , ainfi que le dais qui
le couvroit : les deux côtez du Repofoir
dans tout l'avant corps du Pavillon qu'il
occupoit , étoient cachez fous des pentes
de velours de la même couleur, & pareille,
ment galonées d'or : on y avoit placé deux
grands tableaux , dont les fujets avoient
rapport aux myfteres du jour . Sous ces
tableaux paroiffoient deux crédences faifant
fumetrie , illuminées par des cierges
I iij
ΤΟΣ MERCURE DE
& des bougies fans nombre , de même
que le fonds du Repofoir , le tout couronné
d'une grande pente en broderie d'or ,
pofée fur la premiere corniche , élevée de
plus de vingt-deux pieds , en comptant de
la marche la plus prochaine : le refte de
cet avant- corps d'architecture étoit décoré
jufqu'à fon fronton de tapifferies de la Cou-
'ronne , ainſi que tout le circuit des deux
cours aux deux aîles : ces tapifferies étoient
tendues à vingt - huit pieds de haut fous la
premiere corniche feulement , pour ména
ger plus de diftinction au Repofoir , &
laiffer les croifées libres . Dans la petite
cour , aux deux côtez de l'avant- corps
jufqu'à la balustrade de marbre blanc ,
étoient tendues les belles tapifferies faites
d'après les Peintres des Loges de Raphaël
au Vatican : La grande cour étoit parée à
l'Occident de la tenture de Jules Romani ,
dite Fructus belli , qui reprefente routes
les circonftances de la Guerre. A l'Orient
on admiroit les tapifleries faites aux Gobelins
fur les deffeins du fameux le Brun ,
où l'hiftoire d'Alexandre le Grand paroît
travaillée d'après Quintcurce. Sous la terraffe
, oppofée directement au Repofoir ,
P'hiftoire du grand Conftantin rempliffoit
depuis les angles jufqu'à la porte de la
grande cour. Sous le paffage de la cour ,
les mois grotelques de Raphael alloient
JUIN & JUILLET. 103
fe joindre dehors aux élémens & aux fai
fons de le Brun. L'hiftoire de Coriolan &
celle d'Artemife fe lifoient dans le refte
des tapifferies qui achevoient d'orner l'étendue
exterieure du Luxembourg. Les
cinquante fix fenêtres qui ont vûë fur la
grande & petite cour étoient couvertes de
tapis de velours & de damas galonnez
d'or : le pavé de marbre de la petite cour
étoit entierement caché fous de très beaux
tapis de Turquie & de la Savonnerie , &
les pilaftres de la balustrade de matbre
étoient chargez de caiffes d'orangers . Le
falon du dôme qui eft élevé fur la porte
de la grande cour , étoit meublé pour
recevoir le Roy qui s'y étoit rendu avee
M. le Duc de Bourbon , M. le Comte de
Clermont , M. le Nonce , M. le Maréchal
de Villeroy , M. l'Evêque de Fréjus , M.
le Duc de Mortemart , & autres Seigneurs
de la Cour : les Trompettes de la Chambre
, les Trompettes des Gardes du Corps
& leurs Timbales , portées fur la terraſſe ,
répondoient à celles qui accompagnoient
la Proceffion. En paffant devant l'Hôtel
des Ambaffadeurs extraordinaires le Mi
niftre de la Porte & fes principaux Officiers
Turcs la regarderent avec une atten.
tion refpectueuse qui fatisfit extrémement
les Chretiens. Le Public fut fur tout charmé
de la pieté du Roy , qui ne ceffa point
I iiij
104 MERCURE DE
.
d'être à genoux tant que la Proceffion
fut à fa vûë. Dès qu'on eut chanté l'Hymne
au Repofoir , M. le Curé députa M. l'Abbé
Courchetet , qui a prêché avec fuccès le
Carême dernier à Saint Sulpice , pour
porter au Roy la couronne de fleurs du
Saint Sacrement. Cet Abbé fut conduit
par un Exempt & deux Gardes du Corps,
& prefenté à Sa Majefté par M. l'Abbé
Alaric , qui a l'honneur de lui enfeigner
le Blafon , & qui eft de ce très petit nom
bre de Sçavans qui joignent un efprit delicat
& poli à la plus profonde érudition.
8
L'après midi le Roy fut entendre le
Salut aux Chartreux , & vifitant après les
cellules de ces Solitaires , fuivi de fa Cour ,
on vit la pompe & les plaifirs dans la
retraite de l'humilité , du filence & de la
mortification . 4
Le Lundi veille de la S. Jean , le Miniftre
de la Porte alla voir tirer leur feu
d'artifice preparé fuivant la coutume dans
la Pace de Gréve. On y fervit à Son Excellence
des rafraîchiffemens & des confitures
. Les fenêtres de l'Hôtel de Ville fe
trouverent remplies de Dames diftinguées.
Le Juin, l'Ambaffadeur de la Porte
& fa fuite commencerent leur Ramadhan.
C'eſt le Carême des Mahometans , & leur
neuvième mois. Ce mot de Ramadhan eſt
Arabe , & fignifie une chaleur qui con-
›
JUIN & JUILLET 105
fume , ce qui ſemble prouver que ce mois
étoit dans les plus grandes chaleurs de
l'Eté , lorſqu'on donna de nouveaux noms
aux mois des anciens Arabes . C'eſt dans
ce mois de Ramadhan que le Legiſlateur
Turc a commandé l'obſervance d'un jeûne
très auftere , qui confifte à s'abstenir de
boire & manger chaque jour depuis le
lever du Soleil jufqu'à ce que les Etoiles
paroiffent. Les Ouvriers & les Soldats ,
font affujettis à cette rigoureuſe Loy , &
même les malades font obligés de l'ob
ferver dès qu'ils ont repris leur fanté ; ce
jeûne s'étend jufqu'aux droits du mariage,
qui font interdits aux Turcs pendant le
Ramadhan . Auffi - tôt que le Soleil eft
couché l'Iman fait allumer les lampes
qu'on met alors au haut des Minarets ou
Tours de chaque Mofquée , & c'eſt là
le fignal qui permet de fervir le repas.
On prétend que les Turcs Formaliſtes
pouffent la fuperftition ſi loin au ſujet de
Pexecution de ce Precepte , qu'ils n'oſeroient
pendant les heures du jeûne laver
leur bouche , non pas même avaler leur
falive.
Les hommes peuvent fe baigner, pourvû
qu'ils ne mettent pas la tête dans l'eau , car
ils pourroient rompre le jeune par la bouche
ou par les oreilles ; quant aux femmes
, le bain leur eſt abſolument deffendu ..
106 MERCURE DE
›
M. Paul Lucas , dit dans fon dernier
Voyage fair par ordre du feu Roy en
1714 , que s'étant trouvé à Conftantinople
lors du Ramadhan il y eut un
malheureux qui fut cruellement puni pour
avoir été trouvé yvre pendant ce tems
d'abftinence ; on lui fit avaler du plomb
fondu , dont il mourut fur le champ.
Le 29 Juin , le Comte de Charolois
prêta ferment entre les mains de Sa Majefté
pour le Gouvernement de Touraine.
Le Juin , l'Abbé de Saint- Albin
eft entré au Seminaire des Bons - Enfans ,
dans la vûë de fe mettre dans les Ordres
Sacrés .
On a envoyé ordre aux Intendans de
furfeoir l'établiffement de la Dîme Royale
dans toutes les Generalités où on travailloit
à cette nouvelle forme de Régie.
On a appris que le Roy d'Efpagne
toujours attentif à remplir les titres &
les devoirs de Prince Catholique , a congedié
les Proteftans qui fervoient dans
les Troupes.
Les Etats de Bourgogne ont accordé au
Roy cette année pour leur Don gratuic
la fomme de neuf cens mille livres , dont
ils doivent payer en argent celle de ſept
cens cinquante mille livres , & cent cinquante
mille livres en billets de Banque .,
Le Comte de Roucy , f dangereuſe- fi
JUIN & JUILLET. 107
*
ment malade , qu'il avoit été abandonné
par les Medecins , a pris des remedes
d'un Payfan du Village de la Trape , qui
l'ont entierement guéri . Ne feroit- ce point
ici un rejetton du Medecin de Chaudray ?
Le Confeil de Santé , de qui toutes les
vuës ne tendent qu'au bien public , a envoyé
à Toulon Mrs Bailly & le Moine
Docteurs Regens de la Faculté de Mede
cine de Paris , on leur donna à chacun
cinq mille livres en partant , & mille li
vres par mois d'appointemens . S'ils ont lé
bonheur d'échaper à la contagion , à leur
retour on leur donnera à tous les deux
une penfion de douze cens livres , & un
Brevet de Medecin ordinaire du Roy. Ils
ont fait une exacte perquifition de l'origine
du mal dans les lieux qu'ils ont vifités
, & par les rapports des Habitans &
P'examen judicieux de ces rapports ,
leur a paru clairement que les differentes.
communications
de la Pefte s'étoient touil
jours
faites
par le tranfport
des marchan-
;
difes ou des hardes le Procés verbal
qu'ils en ont envoyé à la Cour , ne prouve
que trop évidemment la fageffe du dernier
Arreft du Confeil , qui deffend fous des
peines feveres , mais neceffitées , le Commerce
& le débit des Toiles - Peintes &
autres Etoffes des Indes qui peuvent venir
des Villes fufpectes. Il est étonnant que
108 MERCURE DE
l'efprit de Mode gouverne fi fouverainement
les Dames dans de fi triftes circonftances
, & que le goût qu'elles ont pour
une Etoffe prévale fur le foin étendu
qu'elles ont ordinairement de leur fanté.
Les Commandans des Provinces voifines
du mal contagieux ne negligent rien pour
en empêcher le progrès , quoiqu'il dimi
nuë confiderablement. , M. le Maréchal de
Barwick en Guienne , & M. le Duc de
Roquelaure en Languedoc, s'expofent pour
le bien du Royaume à des périls plus redoutables
que ceux de la Guerre.
Le Pape a envoyé un Chapelet magnifique
à M. la Ducheffe de Ventadour. Ce
Chapelet étoit accompagné d'un Bref , qui
fait l'éloge de cette Dame au fujet des
foins conftans qu'elle a pris de la Perfonne
du Roy quand il étoit dans ſon enfance.
Cet éloge , fût- il trop long , ne coûtera
rien à la verité.
Les Chartreux ont fait preſent au Roy
d'une Ruche de bronze doré , toute garnie
de glaces. On voit à travers des criftaux
les mouvemens & le travail des
Mouches à Miel .
Le Roy a donné des Brevets de Colonel
à huit Officiers de la Gendarmerie. Le
Chevalier Dagueffeau , fils de M. le
Chancelier , elt un de ces Officiers , de
qui Sa Majesté a fi glorieufement diſtingué
le merite.
JUIN & JUILLET. 109
Le
›
Juin , l'Ambaffadeur de la Porte
fur à Bercy voir le celebre Cabinet de M.
Pajot d'Ozembray Directeur General
des Poftes , & Academicien honoraire de
l'Academie Royale des Sciences . Ce favant
Cabinet renferme un amas prodigieux
de curiofités , fur toutes les parties
de la Phifique , des Mathematiques & de
PHiftoire Naturelle, L'affemblage qu'on y
voit de differentes Pierres d'Aiman de
toutes grandeurs eft le plus parfait qu'il
y ait en Europe. L'Ambaſſadeur Ottoman
vit avec plaifir toutes les experiences connuës
de ces Pierres choifies. On fit voir
enfuite à Son Excellence des experiences
de Chimie , & celles qui fe font par le
mélange des liqueurs dont il refulte des
fermentations & des changemens de couleurs
, qui le fatisfirent extrémement . 11
parut auffi des Phofphores de plus d'une
elpece , qui par leurs differentes illuminations
furprirent agreablement le Miniftre
de la Porte. Aprés ces jeux de la Nature
& de l'Art , Son Excellence examina
des modelles de Machines propres à la
Mechanique , & une quantité prodigieufe
de deffeins de Plantes & d'Animaux , executés
en couleurs naturelles par les plus
habiles Maîtres , auffi- bien que des morceaux
d'Anatomie en cire colorée . Après
l'examen de ces merveilles fçavantes
110 MERCURE DE
dont M. d'Ozembray eft le Profeffeur
éclairé , l'Ambaffadeur defcendit dans le
Jardin qui eft très- beau , mais comme le
Soleil ne parut point ce jour - là , on ne
put faire voir à Son Excellence les effets
du Miroir ardent de Monfieur le Duc
d'Orleans , qui a été confié depuis quatre
ans à M. d'Ozembray , on lui montra
feulement une petite Ménagerie , où l'on
conferve plufieurs Animaux des Indes ,
tant volatiles que quadrupedes ; après quoi
on conduifit ce Ministre fenfible aux amufemens
Philofophiques , dans un Sallon
riant & d'un goût exquis , où l'on fervit
une collation qui fut fuivie par une galanterie
Orientale ; on brûla d'excellens
parfums qui embaumérent toute la Compagnie
, & terminérent gracieufement la
fête. Quelques jours après l'Ambaffadeur
pria M. d'Ozembray à dîner , & y invita 82-Y
Mrs Geoffroy freres , tous deux de l'Aca,
demie Royale des Sciences , & tous deux
de la Societé Royale de Londres , qui
avoient fait à Berci les curieufes experiences
que l'on vient de ſpecifier.
Il ne faut pas oublier ici un homme qui
eft bien plus décifif que Meffieurs Geoffroy
fur les deffeins de la nature , quoiqu'il
ne foit pas auffi familier avec elle
que ces fçavans Chimiftes. Un particulier
s'eft avifé le jour de la fête de S. Gervais
JUIN & JUILLET.
de parier qu'il pleuvroit quarante jours
de fuite. La confiance qu'il a aux proverbes
, foutenue de la connoiffance exacte
qu'il a de l'Aftronomie , l'a engagé à cette
propofition. On fe doutera bien qu'il n'a
pas puifé cette connoiffance exacte chez
les Moraldi & les Caffini .* D'abord la Ville
& même la Cour fur informée de ce pari
temeraire , & l'on a vu accourir de tous
côtez des Parieurs peu difficiles fur la propofition.
La Renommée qui ne plaint pas
les zeros quand il s'agit d'enrichir une hiftoire
qu'elle debite , a fait monter le
fonds des gageures au moins à quarante
mille écus.Notreparieur de pluye s'eft affez
bien tiré d'affaire jufqu'au Jeudi 3 Juiller.
Mais le tems prefque toujours ennemi
de ces fortes de Prophetes , s'eft ce jour-là
tourné au beau ; tout Paris jufqu'au moment
decifif a paru feulement attentifaux
mouvemens des nuées,jufqu'aux plus indévots
levoient les yeux au Ciel , jamais
parieur n'eut tant de témoins de fa perte.
La raiſon y gagnera - t- elle ? & l'opinion
qu'a le vulgaire des pluyes du jour de la
Fête de S. Gervais ne fe détruira t - elle pas
par cette avanture , qui fait grand tort à
la réputation des Proverbes ? On a cru
pouvoir inferer ce fait badin dans un Jour-
Illuftres Aftronomes de l'Obfervatoire de Paris
112 MERCURE DE :
nal public ; tout ce qui peut fervir à com
battre un préjugé ridicule ne fauroit être
trop connu .
M. le Prince de Conti a donné le
Juin une fête à Clichi au fils de l'Ambaffa
deur.
Le Chevalier de Nangis a été nommé
pour commander un des Vaiffeaux qui
reporteront l'Ambaffadeur Ottoman à
Conftantinople ; M. le Chevalier de Camilli
commandera l'Efcadre.
Dans la faifon des Anemones , des Tu
lipes & des Oeuillets , l'Ambaffadeur de
la Porte , de qui le goût eft univerfel , a
été voir les efpeces rares de ces fleurs dans
les Jardins de differens Curieux . Il a parcouru
plus d'une fois celui de M. de Reffon
Lieutenant General d'Artillerie , & Brigadier
des Armées de Sa Majefté. Il a viſité
auffi le Jardin de M. Moniac à la Croix
Faubin , & celui de M. le Fevre rue de
Charonne.
Sa curiofité ne s'eft pas bornée aux
Aeurs feulement , elle l'a conduit dans tous
les aziles des Sciences. Il a vu l'Abbaye
de Saint- Denis , l'Obſervatoire , les Ecoles
de Medecine & de Chirurgie ; il a même
été en Sorbonne le 8 Juillet , & a été reçu
des Docteurs & des Bacheliers en fourures
& en Robes de ceremonie.
par
Le Juin M. l'Evêque de Soiffons a
éré
JUIN & JUILLET. 13
1
été élu par l'Academie Françoife , pour
remplir la place de feu M. d'Argenſon
Garde des Sceaux.
Le 6 Juillet , l'Ambaſſadeur Turc ſe rendit
dans le Marais au Jeu de Paume de la
Sphere , où il vit trois parties de Paume
tres-divertiffantes , par l'adreffe & l'agilité
des Acteurs qui tenoient la raquette : les
Sieurs la Taille , Maiftre du Jeu , & Lié
baut jouerent contre les fieurs Perdrix ,
Bunel & Laumay ; la victoire fut difputée
avec une grande vivacité de part & d'autre
toutes les foupleffes de l'art furent dé→
ployées , & enfin la premiere & la troiſiéme
partie furent gagnées par le Sieur la
Taille & Liébaut.
Le 6 Juillet , M. l'Abbé de la Vieuxville
Pourpris nommé par le Roy à l'Evê
ché de Saint - Brieux , fut facré dans l'Eglife
des R. P. Jacobins de la rue S. Dominique
Fauxbourg S. Germain , par M. l'Archevêque
de Rouen, affifté des Evêques de
Nantes & de Tarbes...
Le Juillet le fils de l'Ambaffadeur
Turc & fa fuite allerent au Cours voir une
de ces belles Nuits blanches , qui font fi
fort à la mode. Il y eut une fort brillante
illumination , une grande Symphonie , &
la promenade ainfi que le Bal furent fort
peuplez .
Le Mercredi 16 Juillet il fut accompagné
LL Partie.. K
1:14
DE
MERCURE
1
du Kiaia & autres Turcs de fa fuite dans
la Salle du fameux de France fi renommé
pour le Jeu d'Efpadon : fes plus habiles
Ecoliers firent admirer leur adreffe aux
Turcs , & firent cent affauts differens d'efe
padon & de pointe.
Le Juillet le Roy a fait foixante nouveaux
Chevaliers de l'Ordre Militaire de
S. Louis.
Le 13 Juiller le fieur de Breteuil Maîtredes
Requêtes , & Intendant des Provinces,
de Limofin & Angoumois , qui par la demiffion
volontaire du fieur Pelletier de la
Houffaye , Controlleur General des Fi
nances , poffede actuellement la Charge:
de Prevôt Maître des Ceremonies & Com
mandeur des Ordres du Roy , prêta ferment
pour cette Charge entre les mains de
Sa Majefté , qui lui donna le Cordon en
prefence de Monfieur le Duc d'Orleans
Regent. La Charge de Prevôt , Maître des
ceremonies , & Commandeur des Ordres
du Roy eft la feconde Charge des grands
Officiers de l'Ordre du S. Efprit , & une
des deux qui exigent les mêmes preuves
de nobleffe que l'on demande aux Chevalers
de l'Ordre : cette formalité n'a pas
difficile à M. de Breteuil ; fa généalogie eft
exactement détaillée dans le nouveau Moreri.
Le Roy a accordé à M. de Breteuil un
brevet de retenue de 150000 liv..qui eft
la moitié du prix de la Charge
été
JUIN & JUILLET. 11
Le même jour le Cardinal de Noailles
affifté des Evêques de Lodéve & de Tarbes
, fat la ceremonie du Sacre de l'Evêque
de Lombès , qui étoit M. l'Abbé de Mau
peou
Le 16 , le Roy fut fouper chez Madame
la Ducheffe de Ventadour.
Le 17 , le Roy , de qui la taille fe perfectionne
naturellement , a quitté le corps
de baleine de l'approbation de M. le Ma
réchal de Villeroi , de qui le zele ardent
& noble veille fans relâche à la confervation
de l'auguste dépoft qui lui eft confié ;
& de l'avis de M. Dodart Premier Mede
cin de Sa Majesté , & de M. de la Peronie
fon premier Chirurgien.
Lers , le Roy alla au Jeu de Paume de
la Sphere dans le Marais , voir jouer le
fieur la Taille , qui eft choifi pour mon
trer à Sa Majesté à jouer à la paume : les
heurs Liébaut & Bunel étoient de la partie.
Quand elle fut achevée , le Roy alla fe'
promener à Bercy , & voir encore le cu
rieux cabinet de M. d'Ozembray. Les Mefhieurs
Geoffroy freres , & chimiftes eurent
Phonneur d'occuper agréablement Sa Ma
jefté par differentes experiences ; l'une fut
un mélange de deux liqueurs qui mêlées
enfemble s'enflammoient ; & l'autre fut
un autre mêlange de deux liqueurs , qui
Hanches féparément , deveneient rouges
Kij
116 MERCURE DE
dès qu'on en faifoit la mixion.
Le 19 après midi , Mehemet Effendi
Grand Treforier de l'Empire Ottoman ,
Ambaffadeur extraordinaire du Grand Sei
gneur à la Cour de France , eut fon Audiance
de congé , qui fe paffa dans l'ordre
qui fuit. Le Prince de Lambefc & le Chevalier
de Sainctot Introducteur des Ambaffadeurs
allerent dans le caroffe du Roy
prendre le Miniftre de la Porte à l'Hôtel
des Ambaffadeurs extraordinaires rue de
Tournon prés le Luxembourg : la Compagnie
des Infpecteurs de Police marchoit à
la tête avec des Timbales & des Trompettes.
Enfuite paroiffoient le carroffe de l'Introducteur
, celui du Prince de Lambefc
vingt- quatre Palfreniers du Roy à cheval ;
vingt- quatre Turcs de la fuite de l'Ambaffadeur
à cheval ; la livrée de l'Introducteur
à pied , celle du Prince de Lambeſc ;
feize Valets de pied Turcs ; & enfin le
carroffe du Roy , attelé de fix chevaux ,.
l'Ambaffadeur dans le fonds à droite , le
Prince de Lambefc à gauche , & le Che
valier de Sainctot ayant le fils de l'Ambaffadeur
à ſa droite , occupoit le devant ..
L'Interprete du Roy étoit à la portiere du
côté de l'Ambaffadeur. Le carroffe du Roy
étoit précedé & fuivi par un détachement
de Dragons du Regiment d'Orleans ,
Tambours battans & les armes hautes
JUIN & JUILLET.
117
Après les Dragons on voyoit un carroffe
à huit chevaux où étoient les principaux
de la fuite de l'Ambaffadeur : & enfin le
carroffe ordinaire de fon Excellence. Le
fieur de la Barre Lieutenant des Gardes de
la Connétablie fermoit la marche avec fon
détachement.
瀛
Toute la Route de l'Ambaffadeur fe trouva
gardée par differentes Troupes. Un detachement
du Guet à pied bordoit les
rues du Petit lion & des Foffez Saint Germain
; la Compagnie du Lieutenant de
Robe- courte étoit poftée dans la rue Dauphine
: les Archers de la Monnoye bou .
choient le Pont- neuf : deux détachemens
des Archers de la Ville gardoient l'un le
Quay de Conti , & l'autre le Quay des
Théatins. Le Guet à cheval , avec Timbales
& Trompettes , rempliffoit le Quay
Malaquais le Guer à pied étoit du côté
de la Grénoüilliere . Un détachement des
Gardes Françoifes étoit en faction fur le
Pont Royal : & le long des Galeries du
Louvre jufqu'au premier Guicher , les Gardes
Françoiſes & Suiffes étoient rangées
en bataille fous les armes , les Tambours .
appellans & les drapeaux déployés. La ruë
Saint Nicaife étoit fermée par deux déchemens
des Gardes Françoifes. La Garde
du Roy fous les armes & les Tambours
appellans occupoit la place du Carouzel ,
#18 MERCURE DE
氟
où les deux Compagnies des Moufque
taires du Roy étoient auffi rangées en ba
taille. Dans la cour du Palais des Tuille
ries , les Gardes de la Porte & ceux de la,
Prevôté de l'Hôtel étoient fous les armes
à leurs poftes ordinaires . L'Ambaffadeur
alla defcendre & fe repofer dans l'appartement
qu'on lui avoit preparé au Louvre.
Il en partit à l'heure de l'audience , accompagné
du Prince de Lambefc & du
Chevalier de Sainctot , il fut reçu au bas
de l'escalier par le Marquis de Dreux
grand Maitse des ceremonies , & par le
fieur des Granges , Maître des ceremonies ?
les cent Suiffes la hallebarde à la main,
& le drapeau déployé remplifioient en
files l'efcalier & leur fale. Au -dedans de
la Porte de celle des Gardes-du-Corps ,
où ils étoient rangés en haye fous les armes
, le Duc de Villeroy Capitaine d'une
de leurs Compagnies, reçut l'Ambaffadeur,,
qui aprés avoir traversé le grand Apar- ,
tement du Roy , arriva à la galerie preparée
pour l'Audience. Elle étoit tendue
des Tapifleries de la Couronne. Au fond,
on voyoit deux eftrades l'une fur l'autre,
la premiere élevée de trois marches , Pautre
de deux , le Trône du Roy étoit placé
fur la plus haute , & Sa Majesté y étoit
affife ; Monfieut le Duc d'Orleans Regent
& les Princes de la Maifon Royale étoient
C
JUIN & JUILLET. 119
à leur rang aux deux côtés du Trône : le
Maréchal Duc de Villeroy Gouverneur
du Roy étoit derriere Sa Majeſté à la
droite du Trône , & les principaux Officiers
de la Chambre étoient aufli derriere
le Trône aux places qui leur font marquées
au bas du premier degré du Trône
à droite étoit l'Archevêque de Cambray
Miniftre & Secretaire d'Etat , chargé du
Département des Affaires Etrangeres.
Dès que l'Ambaffadeur aperçut Sa Ma
jefté il fit fa premiere reverence avec une
profonde inclination , la main fur la poitrine.
C'eft ainfi que s'exprime le plus profond
respect chez les Orientaux. Après
cette premiere reverence le Roy fe levá
fans le découvrir , & l'Ambaffadeur s'avança
jufqu'au pied de la premiere eftrade,
où il fit fa feconde reverence , enfuite , il
monta fur l'eftrade & s'approcha du degré
du Trône , accompagné du Prince de Lambeſc
à fa droite , & du Duc de Villeroy à
fa gauche , & fuivi de l'Interpréte du Roy s
le fils de l'Ambaffadeur , qui fait auprés
de fon Pere la fonction de Secretaire de
l'Ambaffade de la Porte , étoit auffi dertiere
lui. Ce fut au bas du degré du Trône
que le Miniftre Ottoman fit la troiſième
reverence Orientale & fon compliment au
Roy, qui fut expliqué à Sa Majesté par
PInterprete , le Maréchal Duc de Villeroy
20 MERCURE DE
fon Gouverneur , y répondit avec cette di
gnité qui lui eft naturelle , & prit fur une
table couverte d'un tapis de brocard d'or
qui étoit prés du Trône à droite, la Lettre
de Récreance du Roy au Grand Seigneur ,
qui étoit envelopée d'une étoffe d'or. Le
Roy ayant reçû cette Lettre des mains
de fon Gouverneur , la remit entre celles
de l'Archevêque de Cambray , qui la prefenta
à l'Ambaffadeur ; ce Miniſtre la
porta à fon front , la baifa , & la donna.
à fon fils , qui réitera les mêmes marques.
de refpect. L'Ambaffadeur en fe retirant
ne tourna point le dos , & renouvella les
reverences & les inclinations qu'il avoit
faites en arrivant. On le remena à l'ap
partement où il s'étoit repofé avant l'Au
dience , & ce fut là que le Prince de Lambefc
prit congé de fon Excellence , qui
après quelques momens de repos remontas
en caroffe , ayant le Chevalier de Sainctot
à fa gauche. Son retour eut les mêmes
honneurs que fon arrivée. Il fut recondait
jufqu'à l'Hôtel des Ambaffadeurs Extraordinaires
par les Troupes à cheval qui
l'avoient accompagné à l'Audience..
Le 15 , le même Mehemet Effendi
Grand Treforier de l'Empire Ottoman
Ambaffadeur Extraordinaire du Grand
Seigneur à la Cour de France , alla pren
de congé de Monfieur le Duc d'Orleans
Regent
JUIN & JUILLET.
12E
Regent , conduit par le fieur de Marpré ,
Introducteur des Ambaffadeurs auprés de
Son Alteffe Royale, qui avoit été chercher
le Miniftre de la Porte à l'Hôtel des Ambaffadeurs
Extraordinaires. Voicy l'ordre
de la marche. Vingt Turcs à cheval , douze
Palfreniers du Regent à cheval , le ca
roffe du fieur de Marpré Introducteur
des Ambaffadeurs auprés de Son Alteffe
Royale ; un détachement de Dragons du
Regiment d'Orleans ; le caroffe du Regent
à huit chevaux , rempli par l'Ambaffadeur,
. P'Introducteur , le fils de l'Ambaffadeur &
l'Interprete ; un détachement de Dragons
du Regiment d'Orleans , tambour batant,
& les armes hautes ; un autre caroffe du
Regent à huit chevaux , où étoient les
principaux de la fuite de l'Ambaffadeur ;
fon caroffe , entouré de douze Valets de
pied Turcs ; le fieur la Barre Lieutenant
des Gardes de la Connetablie , terminoit
la marche avec fon détachement.
>
Depuis un mois & plus le fils de l'Ambaffadeur
apprend à tourner en bois , &
reçoit les leçons de Me. Maubois , trèshabile
Tourneufe , qui a l'honneur d'enfeigner
au Roy fon talent.
Le Juillet , la terre s'enfonça tout à
coup près la Porte de Paris ; trois ou quatre
femmes plus effrayées que bleffées ,
tomberent dans l'ouverture qui fe fit
II. Part.
L
122 MERCURE DE
cautée à ce qu'on dit par l'éboulement
d'une vieille voûte de cave . Ce trou
n'eſt pas fi merveilleux que le Gouffre
enfimé qui s'ouvrit dans Rome du tems
des Confuls , où Curtius s'alla jetter tour
armé , mais en recompenfe il eft plus veritable
.
M. Dubois , frere de M. l'Archevêque
de Cambray , Miniftre des Affaires Etrangeres
, eft à prefent Secretaire du Cabinet
du Roy , par la démiffion volontaire
de M. l'Archevêque de Cambray.
Le 2 Juillet , le fils de l'Ambaffadeur
de la Porte fut à l'Opera , voir reprefenter
les Fêtes Venitiennes ; il fut placé à la
Loge du Roy , & parut fort fatisfait de
çe Ballet varié dans les fujets , la Mufique
& les danfes .
>
Le 21 , M. le Duc du Maine fit dans
la Plaine des Sablons la Revue du Regiment
des Gardes Suiffes.
Nous avons oublié dans le mois de
Juin une avanture que la Foire S. Laurens
, ouverte depuis peu , pourroit fort
bien revendiquer. Un Amint , qui fûrement
n'eft pas Sectateur de Celadon , eur
avec fa Maîtreffe une explication fort vive,
qui fe termina plus vivement encore.
Fatigué de fon inconftance il la jetta par
la fenêtre. Ce dépit amoureux ne s'eft pas
trouvé du goût de la Juftice ; elle a fait
宦
JUIN & JUILLET. 123
conduire en prifon le mécontent . On dit
que Bacchus s'eft un peu mêlé de cette
affaire , & qu'il ett plus coupable que
l'amour , d'un emportement fi furieux ; fi
cela eft vrai , cet Amant n'a pas le vin
tendre. On dit encore que le pere de la
fille maltraitée étoit prefent à cette Scene,
& qu'il partageoit la colere & les tranf
ports de fon gendre futur ; c'eft qu'ils
avoient bu de la mêne bouteille.
Le 24 , Mrs. Moraldi & Caffini fe font
rendus à fix heures du matin fur la galerie
du Château des Tuilleries ; & là ont preparé
leurs Pendules à Minutes & à Secondes
, avec leurs Lunettes d'approche
pour obferver l'Eclipte du Soleil ; le Roy
arriva à fept heures du matin , & ces illuftres
Aftronomes lui firent voir l'Eclipfe
qui commerça à fept heures vingt - doux
minutes du matin ; à fept heures trenteune
minutes le Sokil étoit écliplé d'un
doigt , les nuages ont empêché qu'on
n'ait vu la fin de l'Eclipfe.
Le Vendredi 25 , M. l'Abbé Chomel
fut facré Evêque d'Orange , par M. l'Archevêque
de Bordeaux , allifté de l'Evêque
de Couferans & de celui de Tarbes .
Le Dimanche Juillet , M l'Abbé
d'Avéjan a été facré Evêque d'Alets , aux
Carmes Déchauffés , par M. PArchevêquer
d'Ambrun , alité de l'Evêque de Nantes &
de celui de Lombés.
Lij
124
MERCURE DE
On doit auffi facrer le Dimanche trois
Aouft M. l'Abbé d'Argouges Evêque de
Perigueux : M. l'Archevêque de Bordeaux
fera cette ceremonie.
Le 21 Juillet , le Roy fut chaffer au
Bois de Boulogne , & de- là fe promener
à la Muette , où il rapporta trois Phaifandeaux
& un Lapin .
M. le Chevalier de Lorraine , fils de
feu M. le Comte de Marlan , & frere du
Prince de Pont , doit époufer à Luneville
Mademoiſelle de Craon de la Maiſon de
Beauvau. Il aura la Charge de Grand-
Maître de la Maifon du Duc de Lorraine
& une penfion très - confiderable.
90909
SUPPLEMENT.
A
RREST du Confeil d'Etat du Roy,
du 15 Juillet , qui ordonne que les
Particuliers qui en confequence de Jugemens
rendus par les Sieurs Commiflaires
feulement , ont été ou feront autoriſez à
faire des payemens en Compte en Banque,
& au nom defquels il a été précedemment
expedié des Certificats , pourront , fi bon
leur femble , les remettre aux Greffes des
Hôtels de Ville de Paris & de Lyon , pour
y eſtre coupez , & en être délivré de
JUIN & JUILLET. 1253
nouveaux aux Crear ciers jufqu'à concurrence
des fommes portées par lefdits Ju--
gemens , & pour le furplus aux debiteurs.
Ordonne Sa Majesté que lef'its nouveaux
Certificats ne pourront eft - e expediez par
la Greffier de l'Hôtel de Ville de Paris ,
ni par le Secretaire de l'Hôtel de Ville de
Lyon , ou par fon Commis , qu'en vertu
d'Ordonnances defdits Prevôts des Marchands
defdites Villes , ou du premier
Echevin , & en conformité des Jugemer s
rendus par lefdits Sieurs Commiffaires , &
qu'il fera fait dans lefdits Certificats mintion
defdits Jugemens & Odonnances ,,
de la fomme totale portée dans les anciens
Certificats , au lieu de quels les nouveaux .
feront donnez , & du Vifa , en cas qu'il air
été précedemment appofé fur lefdits anciens
Certificats , dont les fignitures fcront
barrées , & qui tefleront aux Greffess
detdits Hôtels de Ville de Paris & de I yon,,
pour y avoir recours en cas de befoin .
Le 24 Juillet le Roy joia dans la Ga+
lerie une partie de volant , compelée de
Sa Majesté , du Chevalier de Pelé , & de
M. de la Peirouze , contre le Marquis den
Calviere & le fieur la Taille , Maître du
Jeu de Paume de la Sphere , qui a l'honneur
de montrer au Roy.
.. Le 25 Male Duc d'Orleans Regent res
Lij,
116 MERCURE DE
çut de Rome la nouvelle de la promotion Şur
de M. l'Archevêque de Cambray au Cardinalat
; deux jours après le Roy lui donna
l'Abbaye d'Orcan , après avoir reçu la
calotte des mains de Sa Majefté .
Le 25 Geoffroy Maurice de la Tour ,
Duc de Bouillon , d'Albret & de Château-
Thiery , Pair & cy- devant grand Chambellan
de France , Prince de Sedan & de
Raucourt , Comte d'Auvergne , d'Evreux ,
& de Beaumont- le-Roger , Vicomte de
Turenne & de Lanquais , Vidame de Tulles
, Baron de Limeil & de Montgafcon ,
Gouverneur de la haute & baffe Auvergne,
eft mort dans fon Hôtel , âgé de 82 ans :
il avoit prêté ferment entre les mains du
feu Roy de la Charge de grand Chambellan
au mois d'Avril 1658 : il fervit au
Siege de Dunkerque , & à la Bataille des
Dunes , à la tête du Regiment de Turene ;
il le trouva au combat de Saint Godart en
Hongrie en 1554 ; à la prife des Villes
de Tournay , de Douay & de Lille en
en 1667 ; il accompagna le Roy Louis
XIV. à la conquête de la Franche - Comté
en 1668 , à celle de Hollande en 1672 ,
& aux Sieges & prifes des Villes de
Maftrick , de Befançon , de Dole , de
Limbourg , de Valenciennes , de Cambray
& de Gand . Il étoit fils aîné de Frederic
Maurice de la Tour , Duc de Bouillon
JUIN & JUILLET. 127
&c. & d'Eleonore- Catherine de Berghes ,
& petit- fils d'Henry de la Tour , &c . Il
avoit époulé en 1662 Marie Anne Mancini
, niéce du Cardinal Mazarin. Le 28
Juillet , fon coeur fut porté à l'Eglife des
Jefuites , dans un carroffe de deuil attelé
de huit chevaux caparaçonnez , & prefenté
au Pere Recteur par le Curé de Saint Sulpice
, qui firent l'un & l'autre un difcours
fort édifiant fur la trifte ceremonie qui les
occupoit. Le 29 il y cut un lit de parade
à l'Hôtel de Bouillon , où le corps fut expolé
pendant le jour , & conduit avec un
magnifique convoy à la Parroiffe à dix heures
du foir , d'où il doit eftre tranfporté à
Evreux .
Le 28 Juiller M. le Duc de Noailles &
M. le Maréchal de Villars ont demandé
l'agrément du Roy pour le mariage de M.
le Marquis de Villars avec Mademoiſelle
de Noailles.
On affure que le Roy de Sardaigne a envoyé
à Coppenhague un Gentilhomme ,
chargé de propofer le mariage du Prince de
Piémont avec la Princeffe Royale de Dannemarck
.
,
Le Roy a pris à fon fervice le fameux
Coureur du Duc d'Aumont nommé
Grippe foleil Ce Bafque prend les lapins
à la courfe ; la legere Atalante fi vantée
dans les Metamorphofes d'Ovide , auroit
728 MERCURE DE
été obligée de doubler fes pommes d'or
pour vaincre ce Coureur- cy.
L'Ambaffadeur de la Porte eft parti de
Paris le Mardy 29 pour aller à Chantilly ,
où Monfieur le Duc de Bourbon lui a fait
préparer une fête digne d'un ſi beau ſejour..
On le détaillera le mois prochain .
Le Juillet , l'Ambaffadeur Turc alla
voir la Bibliotheque du Roy , avec fon fils
Said Aga ; il y demeura fort longtems , &
y admira le grand nombre de Manufcrits
Arabes qui y font.
M. de la Briffe Intendant à Dijon , a
obtenu une Expectative de Confeiller d'E--
tat , auffi bien que M. le Gendre qui étoit
Intendant à Tours .
M. l'Abbé de Saint - Albin a été fait
Coadjuteur de l'Evêque & tomte de Laon .
M. l'Abbé Raguer connu & eftimé dans
la litterature a obtenu l'Abbaye de Blanchelande
de l'Ordre de Prémontré dans le Diccefe
dé Coutances . Cet Abbé a l'honneur
d'enfeigner au Roy la Geographie . On
fçait que Sa Majesté poffede à un degré fu--
perieur cette Science , digne étude des
Rois. Ne leur convient- il pas de connoître
exactement les differentes Monarchies
qui compofent le Monde ? la terre eft pour
les Potentats ce qu'une ville eft pour les
citoiens .
Le lieur Morel de Cremery , Conful!
1 2
JUIN & JUILLET. 129
de la Canée , a obtenu le Confulat de
Seyde qu'avoit le fieur Poulard , & le
fieur Poulard eft à preſent Conful du grand
Caire.
Le Roy a donné à M. d'Avernes le
Gouvernement de Navarrins .
L'indifpofition de S. A. S. Monfeigneur
le Duc l'ayant empêché d'aller tenir les
Etats de Bourgogne , le Roy y a envoyé
le Comte de Tavanes Lieutenant General
de la Province. Sa Majefté a paru trescontente
de la tenue des Etats , & de la
conduite du Comte de Tavanes , qui s'y eſt
comporté au gré de la Cour & de la
Province , qui l'a vu avec plaifir remplir
une place que plufieurs de fes Ancêtres
avoient déja eu l'honneur d'occuper . At
fon retour le Roy lui a accordé une gratification
de quarante mille francs , & a
attaché à fa Charge de Lieutenant General
deux mille francs d'appointemens de
plus .
Le Jeudi 31 Juillet , jour de la fête de
Saint Germain l'Auxerrois Paroiffe du
Louvre , le Roy eft tombé dangereufement
malade. On donnera le mois prochain
le détail de fa maladie , de fon heureufe
guérifon , & de toutes les fêtes
que l'amour des peuples a celebrées au
retour d'une fanté fi chere au Royaume.
130 MERCURE DE
ம
AU ROY, VERS
Sur le rétabliſſement de fa fanté.
Par un des Auteurs du Mercure.
Notre Journal alloit paraître ,
Et nous le préparions à notre aimable Maître :
Quand les jours menacez ont troublé nos efprits ,
Frapez de la douleur qui frapoit tout Paris ,.
Nous avons auffitôt abandonné la plume ;
A quoi bon achever ce malheureux volume ?
Difions nous en pleurant , helas !
Peutêtre notre Roy ne le verra t-il pas 2
C'étoit le feul honneur d'écrire fon hiftoire ,
Qui nous encourageoit dans de penibles foins
Nous comptions , affidus témoins ,
Voir croître chaque jour fes vertus & fa gloire
Et ce Prince accablé fous un mal dangereux .
Nous annonce aujourd'hui le fort le plus affreux,,
La douce paix nous eft ravie ,
Nous tremblons pour LOUIS , que de cris ,
que de pleurs !
En attaquant fa chere vie ,
Qu'un feul coup va percer de coeurs !-
Mais le Ciel a calmé nos craintes ,
Les chants fuivent de près les plaintes,
LOUISne fouffre plus , il guérit nos douleurs ,
JUIN & JUILLET. 131
Reprenons nos travaux ; notre carriere eft fûre ,
Ah quel bonheur pour nous , notre premier
Mercure
De l'amour des François rendra compte à LOUIS
Que dis- je ? comment peindre un amour fans
mefure ?
D'un fi vaſte deffein nos yeux font éblouis.
Gardons -nous bien de l'entreprendre ,
Le tranfport du Public doit affez nous apprendre
Qu'un femblable tableau paffe notre pouvoir :
Dans une peinture infidelle
LOUIS ne verroit pas malgré tout Botre zele ,
Le quart de ce qu'il y doit voir.
NOVS prions ceux qui ont composé quelques
Fieces pour la convalescence du Roy , qui ont donné
quelquesfêtes , ou fait chanter des Te Deum ,foit
à Paris , ou dans dans les Frovinces , de nous
envoier inceffamment leur memoires , s'ils veulent
qu'on en parle dans la Relation que nous allons .
donner de cet heureux événement.
Jhter
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
Le Mercure des mois de Juin Juillet
1721 , & j'ay crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion. A Paris ce 4 Août 1721 .
HARDIO N.
TABL E.
Opera.
3
Relation d'une Fête donnée à Lyon à Madame
Poulletier Intendante , par Meffieurs de
l'Academie de Mufique & beaux Arts , établie
dans cette Ville fous la protection de M. le
Maréchal Duc de Villeroy , qui en eft le
Chef.
La Comedie Italienne.
La Foire Saint Laurent.
48
IL
25
Article des Edits , Declarations ' , Lettres Patentes
, Ordonnances , Arrefts , &c ,
Morts & Mariages des Pays Etrangers .
27
40
Dignitez , Charges & Benefices des Pays
Etrangers.
Nouvelles Etrangeres.
Election & Couronnement du Pape.
Morts de France .
Mariages.
Dignitez & Charges.
Evêchez , Abbayes & Benefices.
Penfions.
Journal de Paris .
Supplément.
42
48
66
79
· 83
87
89
91
93
124
Vers au Roy fur le rétabliffement de fa fanté ,
par un des Auteurs du Mercure. 130
De l'Imprimerie de C. L. THIBOUST ,
Place de Cambray.
LE
MERCURE
D'A OU S T.
Le prix eft de 25 fols,
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Imaze S. Louis.
GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue
S. Jacques , à la Fleur-de-Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne.
M DCC. XXI.
Avec Approbation & Privilege duRoy
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
AVIS.
›
ON prie ceux qui adrefferont des Letres
on Paquets d'en affranchir le Port
comme cela s'est toujours pratiqué , fans quoi
on ne les recevra point.
L'Adreffe generale pour toutes choſes ſera
à Monfieur Moreau , Commis au Mercure,
chez Monfieur le Commiffaire le Comte ,
vis-à- vis la Comedie Françoife , à Paris.
Ceux qui pour leur commodité , voudront
remettre leurs Paquets cachetez aux
Libraires qui vendent le Mercure à Paris
, pourront ſe ſervir de cette voye pour
les faire tenir , en adreffant toujours à
M. Morean.
On donne avis que le fonds des Mercures
de feu M. Buchet , fe trouve altuellement
chez Mrs. Buchet fes freres , Cloître
S. Germain l'Auxerrois , où ils continueront
de les vendre , en gros ou en détail , avec
PAbregé de la Vie du Czar.
EST
LE
MERCURE
D'AOUS T.
Lettre écrite par Monfieur de la R**
à M. Rigord Subdelegué de M.
l'Intendant de Provence à Marfeille
, au fujet d'une Infcription
Grecque trouvée dans cette Ville.
E n'ay lû que bien tard ,
MONSIEUR , dans l'un
des Journaux de Trevoux ,
qui ont précedé l'interruption
de cet Ouvrage ,
fi utile & fi agreable à la Republique
des Lettres , la Lettre de M. de Valbonnais
, P. refident de la Chambre des
Comptes de Dauphiné , écrite à M. Bon
P. Prefident de la Cour des Aydes de
A ij
LE MERCURE
Montpellier , au fujet de votre Infcription
Grecque. Je l'appelle vôtre , parce que
non feulement vous avez contribué à fa
découverte , mais encore parce qu'elle eft
en vôtre poffeffion , ayant fait tranſporter
dans votre Cabinet la petite colomne de
marbre blanc , fur laquelle nos anciens
Marfeillois l'ont fait graver.
Il paroît par la Lettre de M. de Valbonnais
, qu'il n'eſt content ni de l'explication
que les Autheurs du Journal de
Trevoux ont donnée , & qui le trouve
enfuite de mon interpretation Latine , dans
le Journal du mois d'Octobre 1714 , ni
de cette interpretation , laquelle M. de
Valbonnais vous attribue dans fa Lettre ,
ni du fentiment propofé fur le fens de
cette Infcription par un Sçavant que vous
ne nommez pas dans votre Differtation ,
inferée dans le Journal du mois de Juillet
1715. Il paroîtroit aufli par cette Lettre
que nous n'entendons rien en fait de Monumens
Grecs ; on verra dans la fuite fi
l'explication qu'il donne lui - même de
l'Infcription dont il s'agit eft plus heureufe
, & fi nous fommes bien ou mal
cenfurez ; c'est , MONSIEUR , un jugement
que je porte , fous vos aufpices , au
tribunal de Meffieurs les Antiquaires ;
permettez -moi de les mettre ici brievement
au fait de cette Infcription , & de
D'A OUS T.
leur rendre compte des explications qui
ont precedé la critique de M. de Valbon
nais. L'Infcription , comme vous le fçavez
mieux que perfonne , eft telle.
K. ΛΗΦΕΝΗ
ΠΟΣΙΔΩΝ ΑΧΤΟΣ
ΔΙΟΝΥΣΙΟΣ ΟΥΛΙΟ Σ
ΟΣΟ ΚΑΙ ΔΙΑΣ ΝΙΚΟΥΣ
TH MHT PI. MNHMH Σ.
XAPIN.
Je l'expliquay ainfi dans la Lettre que
j'eus l'honneur de vous écrire au mois de
May 1714 , laquelle eft toute entiere dans
le Journal de Trevoux du mois d'Octobre
fuivant : Caia Lephena Pofidonais Filia.
Dionyfius Julius , qui & Dias Nicus Filius.
Matri memoria gratia.
Les Autheurs du Journal joignirent à
cette interpretation une autre explication
de la même Infcription , en ajoûtant dans
ma ' Lettre immediatement après ces paroles
Latines , les mots qui fuivent : » C'eſt
" à Dias Nicus que Denys Jule fon fils ,
» & Caia Lephena fille de Pofidonax fa
» belle fille ont érigé ce Monument . "
Comme ma Lettre rouloit non feulement
fur cette Inſcription , mais encore
A iij
LE MERCURE
fur plufieurs autres Monumens d'antiquité,
yous la jugeâtes digne de votre attention ,
& vous prîtes , MONSIEUR , la peine de
faire fur le tout une Differtation , addreffée
à M. le Prefident Bon , laquelle fut renduë
publique dans le même Journal de
Trevoux , du mois de Juillet 1715 .
D'abord vous trouvez quelque difficulté
dans mon explication , ce qui n'empêche
pas que vous n'ayez enfin la bonté de
declarer qu'elle eft la plus naturelle qu'on
ait encore donnée à cette Infcription .
Vous propofez enfuite le fentiment d'un
Sçavant , qui n'eft pas bien aife d'être
nommé. Vous dites , MONSIEUR , » que
» ce fçavant a penfé que le ΠΙΟΣΙΔΩΝΑΧ
roz de l'Infcription pourroit bien n'être
» pas un nom propre , mais un nom de
dignité , auquel cas il feroit volontiers du
» Dionyfius Ulius de l'Infcription , un
» Commandant des Port & Mers de Mar-
» feille : car , dit - il , puifque ce mot figni-
» fie litteralement Neptunus Littoralis , ce
» terme pourroit bien avoir été un terme
d'ufage en ce temps-là , & avoir été
donné au Commandant des Mers &
» Port de Marfeille , qui s'étendoient depuis
Genes jufqu'au Port de Vendre , & c.
» Du refte il eft obligé , continuez - vous
» MONSIEUR , de s'en rapporter à la pentée
» de Monfieur de la Roque fur le DIAS
>>
D'A OUS T.
» NIKOTE , ne pouvant mieux l'expli-
» quer , convenant auffi que Dionyfius
» Ulius a dreffé ce Monument à la me
» moire de fa mere Caïa Lephena."
M. de Valbonnais , comme nous l'avons
déja dit , n'ayant goûté aucune de ces explications
, il en a donné une autre dont
nous allons parler , laquelle fe trouve à
la fuite de fa Critique dans le Journal du
mois de Decembre 1716 ; cette Critique
tombe principalement fur l'explication
françoite des Autheurs du Journal , ajoûtée,
comme je l'ay remarqué à la fuite de
mon interpretation latine , ce qui fait une
efpece de contrarieté & de confufion qui
a embarraffé quelques Lecteurs , & qui a
influé jufques dans la Critique de M. de
Valbonnais ; car ce Sçavant venant enfuite
au fens de mes paroles latines , il les met
fur votre compte , & n'en paroît pas plus
fatisfait. » Monfieur Rigord , dit - il , a
» crû donner un meilleur fens à cette Inf-
» cription , en difant que Lephena étoit lat
» mere de Dionyfius Julius , & que c'eſt à
» fa mémoire qu'il avoit dreffé ce Monu-
» ment ; mais on ne trouve pas moins
» d'embarras dans l'une que dans l'autre
» de ces explications , &c.
Je fçay , MONSIEUR , que cette méprife
fuivie d'une autre dont nous parlerons
bien-tôt , ne fait rien au fonds de la
A iiij
LE MERCURE
conteſtation , & je viens à l'explication
donnée par Monfieur de Valbonnais.
Voici , dit - il , litteralement ce que les
termes Grecs fignifient .
*
Caia Lephena Dionifius Julius Neptuno
a&tus qui & Die Nicas matri memoria
gratiâ fupple pofuit. Suivant cette interpretation
ΔΙΑΣ ΝΙΚΟΥΣ que nous
avons tous pris pour un homme devient
ici une femme & une belle femme,
car M. de Valbonnais veut que le mot
AIAE emporte cette fignification ; &
ΠΟΣΙΔΟΝ ΑΚΤΟΣ n'eft ni un nom propre
, ni un nom de dignité ; mais c'eft
un compofé , felon le même Interprete,
qui fait entendre que Denys Jule , maltraité
par Neptune , & venant de faire
naufrage , a dreffé ce monument à la memoire
de C. Lephena , & de la mere de
la belle Nice.
Les égards que ce Denys Jule , dit M. de
Valbonnais , a pour fa Nice fa femme out
fa maîtreffe , l'engagent à celebrer la memoire
de fa mere par une Epitaphe , ou
du moins à rendre cet honneur commun
entre Lephena & la mere de cette même
* Nous avons tous pris ΔΙΑ ΣΝΙΚΟΥΣ
pour un homme : les Autheurs du Journal l'ont
fait pere de Denys Jule ; cependant M. de Val
bonnais leur fait dire tout le contraire dans fa
Critique de leur explication.
D' A OUS T.
Nice , dont il veut meriter les bonnes
graces.
"
Un Grec , ajoûte M. de Valbonnais,
"3 tel que celui qui paroît icy , voyage fur
» Mer
les vents pouffent fon Vaiffeau
" fur les Côtes de Provence , il eft obligé
» d'y relâcher , il aborde à Marſeille ; deux
femmes qui étoient fur fon bord meu-
» rent pendant la navigation , ou bien - tôt
après fon arrivée ; l'une eft Lephena ,
» l'autre qu'il ne nomme point eft mere
» d'une perfonne qu'il aime , foit que ce
" foit fa femme , ou fa maîtreffe. Un de
"
»
fes premiers foins , fuivant la Religion
"" des Anciens , eft de leur rendre les hon-
» neurs de la fepulture , leur memoire lui
» eft chere , il veut en laiffer une marque
» à la poſterité : comme il eft étranger ,
» & qu'il ne fçait point la Langue du
›› Pays , il fe fert de la fienne dans le
>> Monument. C'eft là tout le miftere.
Tels font , Monfieur , l'explication , &
le Commentaire de M. de Valbonnais
aprés avoir exercé fa Critique fur ce que
nous avons penſé avant lui fur votre Infcription.
Je ne fçai fi cette nouvelle explication
aura beaucoup de Partiſans , &
fi elle fera goûtée de nos Maîtres ; mais
fans vouloir anticiper fur leur jugement
je prens la liberté de vous dire que j'ay
été frappé d'une efpece de paradoxe que
✓
10 LE MERCURE
je trouve dans cette explication , & qui
me paroît ébranler tout le refte .
M. de Valbonnais prétend , comme nous
venons de le voir , que le Grec dont il
parle , c'eſt à dire Denys Jule , Auteur de
l'Epitaphe , qu'il fair aborder à Marſeille,
pouffé par les vents contraires , ' y rend les
honneurs de la fepulture , fuivant la Religion
des Anciens , à deux femmes dont la
memoire lui eft chere ; & il veut , dit-il,
en laiffer une marque à la pofterité :
comme il est étranger & qu'il ne fait pas
la Langue du Pays , ajoute M. de Valbonnais
, il fe fert de la fienne dans le Monument.
Selon cette idée ; du tems des Anciens ,
c'est à dire au tems de Marfeille Payenne, la
Langue Grecque étoit étrangere dans cette
Ville , & un Grec n'entendoit rien dans
la Langue qu'on y parloit : à Marteille
dis - je , Colonie Grecque où l'on parloit
communé nent le Grec , * le Gaulois & le
Latin , & où encore au ourd'hui dans le
langage vulgaire de cette Ville on trouve
des traces de fon origine , en quantité de
mots purement Grecs ; origine non- feule-
* C'eft ce qui a fait donner à Marſeille le
nom de Triglotte par les Grecs , & de Trilingue
par les Latins , felon Varron .
Saint Paulin l'appelle la Fille des Grecs :
Maffi ia Grajum Filia , &c.
D'AO U S T.
ment fondée dans l'Hiftoire , mais confirmée
par les Medailles que nous avons de
Marſeille Ancienne & Payenne , où l'on
voit , comme vous le fçavez , une tête
de femme , coëffée à la Grecque , avec
certe legende ΜΑΣΣΑΛΙΗΤΩΝ , &c.
Enfin , Monfieur , felon la penfée de
M. de Valbonnais , le Monument en queftion
n'a été érigé à Marſeille en Langue
étrangere , & pour des perfonnes étrangeres
, que par un pur effet du hazard :
mais que dirons- nous de quantité d'autres
Monuments Grecs , trouvés à Marfeille
& aux environs , conftamment érigés
du tems de Marſeille Payenne pour
des Habitans du Pays , pour des Marfeillois
mêmes , &c? Tout cela me paroît
affez difficile à concilier. Cependant
» M. de Valbonnais ne laiffe pas d'efperer
qu'on recevra favorablement fon expli-
» cation , laquelle , dit- il , en finiffant fa
» Lettre , fe foutient par tant d'endroits ,
» & dont le fens fe prefente fi naturellenment
à l'efprit.
"
C'eft , Monfieur , ce que je vous laiffe
avec tout le reste à juger , & à nos fçavans
Antiquaires. Je fuis toujours avec
beaucoup de dévoûment , votre , &c.
A Paris , ce premier Août 1721 .
12 LE MERCURE
LETTRE
DE M. PIGANIOL DE LA FORCE,
A MONSIEUR D ....
Sur l'ancienneté de la Charge de Capitaine
des Gardes de la Porte du Roy.
J'A
'Ay appris avec joye , Monfieur , que
vous étiez ami de l'Auteur d'un petit
Memoire fur l'ancienneté de la Charge
de Capitaine des Gardes de la Porte , qui a
été inferé dans le Mercure de Paris du
mois de May dernier. La qualité d'ami
commun , & la déférence que nous devons
à vos fentimens nous mettront à
portée de nous concilier , & de ramener
à la raifon celui de nous deux qui s'en eft
écarté.
"
J'ay dit qu'on prétend que la Charge
de Capitaine des Gardes de la Porte eft
une des plus anciennes de la Maiſon du
Roy , & qu'on ajoûte même qu'elle a été
poffedée par Bozon beaufrere de Charles
le Chauve , mais qu'on n'en raporte point,
que je fçache , de preuve.
* Nouvelle Defcriptiou de la France , tom. I.
pag. 125.
D'A OUS T.
Votre ami commente ces paroles à fa
maniere , & debute par une reflexion qui
ne donne pas une grande idée de fa dialectique.
Parler ainsi , dit-il , c'eft dire à
pen près que c'est une tradition mal fondée ;
Car il s'agit icy d'unfait , & d'un fait trésancien
, qui ne doit être reçû qu'autant
qu'il eft apuyé fur de bons témoignages de
l'Antiquité.
,.
•
Parler ainfi , n'eft pas , felon moy , dire
à beaucoup près que c'eft une tradition
mal fondée , c'eft feulement demander de
meilleures preuves , & faite entendre que,
comme il s'agit icy d'un fait , & d'un fait
très-ancien , qui ne doit être reçû qu'autant
qu'il eft appuyé fur de bons témoignages
de l'Antiquité , je n'ay eu garde
de prendre des raiſons tout au moins équivoques
, pour de bons témoignages de
l'Antiquité. Je n'ay donc fait que fufpendre
mon jugement jufqu'à ce que des
preuves plus claires , & plus convaincantes
me déterminent fur la veritable ancienneté
de la Charge dont il eſt queſtion .
L'Auteur du Memoire ajoûte , que j'aurois
dû prévoir que ma propofition bleſſeroit
les perfonnes qui peuvent avoir intereſt à
maintenir l'honneur de cette Charge. J'a-
Youë que
la bonne opinion que j'ay des
hommes , & mon attachement à la verité ,
m'ont empêché de prévoir cet inconve€
4 LE MERCURE
nient. Des propofitions comme celles - cy
peuvent bien ne pas flater les prejugés ,
& l'entêtement , mais bien loin de bleffer
des perfonnes raifonnables , elles ne doi
vent pas même les éfleurer.
&
L'Auteur entreprend enfuite de fixer
l'ancienneté des Gardes de la Porte
remarque qu'ils s'apelloient en Latin Oftiarii
, en François Portiers ; nom qui étantdonné
à des Gardes du Roy ne peut être
bien traduit que par celui de Garde de la
Porte. Je conviens fans doute de ce principe,
mais , pour s'en fervir utilement, l'Auteur
devroit prouver que dans les paffages
qu'il cite de Gregoire de Tours , d'Eginard
, des Annales de S. Bertin , & d'Aymoin
, ce nom étoit donné à des Gardes
du Roy , & pour lors j'aurois embraffé
fon fentiment , & en ferois devenu un des
plus zélés deffenfeurs : mais mon Critique ,
au lieu de fe fervir de fon jugement , n'a
fait ufage que de fes yeux , & par tout où
il a trouvé le mot Oftiarins , ou Oftiarii ;
il y trouve les Gardes de la Porte , fans
s'appercevoir que ce nom convient également
à des Portiers , & à des Huiffiers ,
& fans le reffouvenir que dans les paffages
qu'il allegue il n'y a pas le moindre
mot qui faffe connoître que le nom
d'oftiarii foit donné à des Gardes du Roy .
Le bon Abbé de . Marolles étoit bien
D'A OU´S T.
plus prévoyant , & plus politique que moy,
car apparemment pour ne point bleffer les
perfonnes qui peuvent avoir intereſt à
maintenir l'honneur de la Charge de Capicaine
des Gardes de la Porte , il a traduit
le mot Oftiarius, dont s'eft fervi Gregoire
de Tours dans le Chapitre x1 . du
VIII. Livre de fon Hiftoire , par celui de
Garde de la Porte ; & d'un autre côté ,
pour ne point choquer ceux qui aiment
la verité , il a rendu le mot Oftiarii , que
le même Hiſtorien a employé dans le
Chapitre Ix. du 1x. Livre par celuy
d'Huiffiers
fans qu'il paroiffe d'ailleurs
qu'il ait eu aucune raifon de traduire fi
differemment le même mot.
>
J
Il eft malheureux pour l'Auteur du Memoire
qu'il n'ait pas cherché des preuves
dans les Canoniftes , ni dans les Auteurs
Ecclefiaftiques , car il y auroit fouvent
trouvé les mots d'Oftiarius & d'Oftiarii , &
dans l'envie qu'il a de recruter les Gardes
de la Porte , il auroit enrôlé tous ceux
qui font dans les Ordres mineurs , & en
auroit compofé une Armée au lieu d'une
Compagnie.
Les autres paffages qu'il cite ne font
pas moins équivoques que ceux de Gregoire
de Tours , celui d'Aymoin a mêinc
cela de particulier , qu'il eft plutôt pour
moy que pour le Critique. Cet Hiftorien -
16 LE MERCURE
dans le Chapitre 27 du se . Livre de fon
Hiftoire dit , Carolus autem Bozonem fratrem
uxoris ejus Camerarium , & Oftiarinrum
Magiftrum inftituit. Ces paroles , felon
l'Auteur du Memoire , fignifient que
Charles le Chauve confera à Bozon la
Charge de Chambrier , & celle de Capitaine
des Gardes de la Porte ; mais je demande
fi elles ne difent pas plutôt que
Charles le Chauve en donnant à Bozon
la Charge de Chambrier , lui avoit donné
le Commandement des Huiffiers de fa
Maiſon ? Les Romains avoient un Chambrier
qui commandoit les Huiffiers de leur
Palais. Corippus Africanus décrit les fonctions
de cet Officier en ces termes :
Confervare Domum , ſanctumque intrare
cubile
Internas munire fores , veftefque parare .
Nos Rois de la premiere , & feconde
race, en formant leur Maiſon , imiterent les
Empereurs Romains en plufieurs chofes ,
& eurent comme eux leur Chambrier
qui avoit commandement fur les Huiffiers
tant du Cabinet , que de la Chambre
& de la Salle ou Antichambre. Les premiers
Gentilshommes de la Chambre , qui
ont fuccedé aux fonctions du Chambrier
font encore en poffeffion de recevoir le
ferment
D'AOUST. 17
ferment des Huiffiers du Cabinet , de la
Chambre , de l'Antichambre , de leur don
ner l'Ordre , & des Certificats de fervice.
.
Je paffe fous filence , Monfieur , toutes
les conjectures vagues de l'Auteur du Mcmoire
fur l'ancienneté de la Garde de nos
Rois , & plufieurs autres remarques qui.
ne fervent en aucune maniere à détermi
ner le fens d'Oftiarius & d'Oftiarii.
Vous voyés , Monfieur , par tout ce
que je viens de vous dire que je ne demande
à l'Auteur du Memoire , finon
qu'il me donne de meilleures preuves ,
ou qu'il me laiffe tranquille dans mon
incertitude. C'eft à vous à decider fi ma
demande eft raisonnable ou fi elle ne
Feft pas. Je fuis , &c.
"
18 LE MERCURE
SUITE DES VOYAGES DE ZULMA
dans le Pays des Fées .
Hiftoire de la Princeffe de Perfe , du
Prince des Tartares , & du Genie
Mahoufmaha.
A
>
IMABLE prit la parole , & dit
à Zulma : Vous fçavez ce qui regarde
nôtre naiffance mais Gracieuſe ne
Vous a pas dit que nous ne fommes
pas les feules filles du Deftia & de la
Terre , il y en a encore un plus grand nom
bre que celui que vous avez vu dans le
Temple le jour que vous êtes arrivé ici ;
mais elles n'habitent point avec nous ,
leur Empire eft feparé du nôtre , parce que
nos humeurs & nos figures font tres - differentes
; elles
effet avec nous
partagent en
les terres qui ne font point connues des
hommes , mais elles ne peuvent empiéter
fur nous , ni nous fur ellés par la barriere
que le Deftin a mife entre nous , & par fa
volonté plus forte encore que toutes les
barrieres.
Elles font laides , méchantes , & de fi
mauvaiſe humeur , qu'elles ne s'appliquent
qu'à faire du mal , & à détruire tout le
D'AOUS T. 19
bien que nous pouvons faire : ce n'eft pas
qu'elles & nous puiffions rien changer à
ce que les unes ou les autres ont fait ; mais
elles font fi alertes , qu'elles arrivent pref
que toujours avant nous dans tous les lieux
où le Deftin nous commande d'aller ; elles
fe trouvent aux naiffances des grands Prin
ces & des grandes Princeffes , aux mariages
& aux ceremonies des Mortels , où
nos Reines nous envoient de part & d'autre
tout ce que nous pouvons faire de
mieux, quand elles nous ont devancé , &
qu'elles ont difpenfé quelques mauvaiſes
qualitez du corps ou de l'efprit , d'y fuppléer
au plûtôt , & nous tâchons de répa
rer les defauts qu'elles leur ont donnés.
Ce n'eft pas que nous ne prenions quelquefois
des mefures affez juftes pour être
les premieres , comme vous le verrez dans
P'hiſtoire que je vais vous conter ; mais cela
eft rare , & c'est ce qui fait que les Princes
ont fouvent plus de defauts que les parti
culiers , fur lefquels elles fe foucient moins
de répandre leur venin , parce qu'il n'eſt
pas d'une fi grande confequence pour leurs
méchancetez qu'un particulier foit bon ,
foit genereux , foit aimable de fa perfonne
, qu'un Prince qui tourmente les autres
par les cruautez , qui les ruine par fon
avarice , & qui leur rend par là les dons
qu'ils ont reçus de nous inutiles , & tres
Bij
20 LE MERCURE
fouvent nuifibles par la jaloufie qu'ils en
ont.
Outre ce que je viens de vous dire , nos
foeurs font fujettes à toutes les paffions des
hommes , & fur tout à l'amour , à quoi
elles ne mettent point de bornes ; c'eſt du
commerce honteux qu'elles ont avec eux ,
que font venus les Genies ; ils ont de leurs
peres la mortalité, & de leurs meres le pouvoir
d'être invisibles , & de faire une partic
de ce qu'ils veulent ; ils font fujets aux
pallions comme elles , & n'en connoiffent
que la brutalité , ils demeurent ordinairement
dans leur Empire , mais ils viennent
fur vos terres felon que cela leur plaît à
outre le pouvoir que je viens de vous dire
qu'ils ont par eux- mêmes , leurs meres les
aident encore du leur , dont ils ne fe fer
vent que pour faire du mal.
>
Il y a environ feize ans que la Princeffe
de Perfe vint au monde ; le Deſtin avertic
la Reine Belle-des- belles d'envoyer une de
de nos foeurs comme à l'ordinaire , & de
prendre les mefures fi juftes , qu'elle pût
arriver la premiere ; Gracieuſe fut chargée
de ce foin , & comme elle vouloit en fortir
à fon honneur , elle arriva au pied du
lit de la Reine qui accouchoit : comme
elle faifoit les derniers cris , elle reçut Amefie
la premiere , & prononça en diligence
Les dons qu'elle vouloit lui faire , ce fut
D'A OUST. 22
la grace , la beauté & tous les agrémens
de l'efprit qui peuvent rendre une Princeffe
parfaite. Ma foeur Difgracieuſe arriva auſſi
dans le moment , elle étoit envoyée par
l'ordre de la Reine Laide -des- laides , com- -
me Gracieuſe l'avoit été par Belle- desbelles.
Il faut encore que je vous dife que nous
fommes toutes jumelles, & que nous avons
les noms oppofez les unes aux autres , ik
eft vrai qu'il y en a plus de méchantes que
de bonnes , ce font les dernieres venues ;
c'est ce qui a fait prendre le parti au Deſtin
de n'avoir plus d'enfans ; le dernier eft le
Temps ; je crois que ma foeur vous l'a
dit.
étoit
Difgracieule fut defefperée de voir qu'elle
prevenue , & de n'avoir point de mal
à faire fur la perfonne de la petite Princeffe,
elle dit que fi elle voioit un feul homme
avant feize ans , elle feroit livrée au plus
cruel & au plus laid de tous leurs enfans ,
qu'elle ne pourroit, fortir de ſes mains par
aucun pouvoir humain.
Gracieufe dit dans le même moment ,
qu'il ne pourroit , quoiqu'elle fût en fon
pouvoir , attenter à fa perfonne que par
Ta permiffion.
Les chofes demeurerent en cet état ; Gra
cieuſe fit ſemblant de fe retirer , pour laiffer
partir Difgracicule ; elle s'en alla eneffe a
22 LE MERCURE
outrée de dépit , c'étoit un coup de partie
pour elle : cette Princeffe tenoit au coeur'
de Belle- des- belles & de Laide- des- laides
également , l'une pour lui faire du bien ,
F'autre pour lui faire du mal.
Difgracieufe fit en s'en allant ces reflexions
: J'ay dit que fi la Princeffe voioit
un feul homme avant feize ans , elle tomberoit
au pouvoir du plus mechant de nos
enfans ; dès qu'elle aura les yeux ouverts ,
elle en verra fans doute , quand ce ne feroit
que fon pere que je n'ai pas excepté , &
nous ne pouvons manquer par là de l'avoir
en notre puiffance ; à quoi lui feront bons
les dons de Gracieufe dans ce temps- là 2
ils ne peuvent fervir qu'à la defefperer . Elle
partit avec cette efpece de confolation .
Mais Gracieufe qui avoit prévû cet inconvenient
, quand elle la crut rentrée dans
leurs terres , au lieu de revenir dans les
nôtres , retourna fur fes pas pour ne pas
rendre fon voyage inutile ; elle arriva au
Palais du Roy de Perfe , elle entra dans
l'endroit où l'on avoit mis la petite Princeffe
avec fa Nourrice ; tout le monde étoit
endormi , elle la prit & la nourrice auffi ,
& les tranfporta avec l'aide des Sylphes.
dans le lieu le plus defert de toute la Perfe,
& le plus inacceffible par fa fituation ;
c'étoit fur le haut d'un rocher au bord de
la mer ; elle y bâtit une fortereffe dont les
D'AOUS T. 23
le
murailles étoient d'une hauteur prodigieufe.
Elle ne fit ni portes ni fenêtres par
dehors dans l'enceinte de cette muraille ;
elle fit conftruire le Palais où elle vouloit
que la Princeffe demeurât enfermée jufqu'à
l'âge marqué par notre méchante foeur :
pour rendre encore cette fortereffe plus
fûre , elle mit un foffé large & profond
plein d'eau , qui faifoit le tour de la muraille
en dehors ; elle donna ordre aux
Nymphes qu'elle y envoya , de ne laiffer
mettre aucunes planches ni bâteaux fans les.
culbuter.
Enfuite elle ordonna aux Sylphes de fervir
la Princeffe & fa Nourrice , de leur
donner tout ce qui étoit néceffaire pour
vivre , jufqu'à ce qu'il lui plût de les faire
fortir. Voilà , je croy , toutes les précautions
que l'on peut prendre en pareil cas.
De plus , avant que vous foyez venu dans
notre Empire , il ne fe paffoit gueres de
jours que Gracieufe n'allât voir fi l'on ne
cherchoit pas à tromper les Gardes de la
Princeffe , ce qu'elle faifoit , & ce qu'elle
difoit.
C
Quelques années après que la Princeffe
fut fevrée , Gracieufe trouva que fa Nourrice
lui parloit fouvent de la naiffance
elle lui donnoit envie de voir fon pere
fa mere , elle lui difoit que , quoiqu'elle ne
manquât de rien, la libertéétoit biendouce,
&
24
LE
MERCURE
Gracieufe qui craignoit que cela ne donnât
envie à la Princeffe de fertir , quoi- .
qu'elle erût la chofe impoffible , fongea à
Jui ôter fa Nourrice , & pour l'empêcher
d'aller trouver le Roy, & lui apprendre où
étoit la fille , elle jugea à propos de l'enlever
, & de la confier à un fage de fa
connoiffance qui demeuroit dans l'Arabie ,
elle le pria de lui rendre la vie fi douce ,
qu'elle n'eût rien à regretter.
>
La Princeffe fût d'abord inquiette de
ne la point trouver , elle l'appelloit par
tout le Palais mais n'ayant encore
que quatre ans , fon chagrin fut bientôt
paffé ; elle étoit fervie très exactement
par les Sylphes ; & comme elle n'avoit
point eu, ainfi que vous, de l'eau de verité
dans les yeux , elle ne pouvoit les voir ;
elle parloit feulement avec eux , elle leur
demandoit tout ce qui lui étoit neceſſaire ,
elle étoit fervie dans le moment ; elle fe
promenoit , elle lifoit , tout cela avec un
peuple invifible ; elle croioit qu'elle étoit
de même à leur égard ; mais comme elle
n'avoit jamais été autrement dans ce Palais
, elle n'en étoit point furpriſe ; elle fe
fouvenoit cependant d'avoir vû fa nourrice,
& de ce qu'elle lui avoit dit de la liberté,
elle en foupiroir quelquefois..
Quand les Sylphes la voyoient triſte ,
ils cherchoient à la diftraire & à la divertir,
dans
D'A O UST.
25
dans le moment une Mufique fe faifoit
entendre au bout du jardin , elle y couroit
, le foir c'étoit une illumination dans
le Château ; un autre jour on lui faiſoit
des contes , on lui difoit qu'elle fortiroit
bien tôt ; enfin on a cherché à l'amuſer
jufqu'à la quinziéme année qui vient d'être
achevée.
Mais la Reine a reçu hier un Courier,
par lequel elle a appris que les précautions
de Gracieuſe ont été inutiles , que le Genie
Mahoufinaha l'a enlevée , parce qu'un
mortel eft parvenu à fa vûë , c'eſt pour
cela qu'elle enyoye Gracieuſe au fecours
de cette Princeffe , & que vous allez faire
un fi grand voyage ; nous ignorons encore
de quelles rufes elles fe font fervies
pour y parvenir , la Reine le fçait apparemment
, mais elle ne nous l'a pas dit :
Gracieuſe entretient le Courier , elle a
été avec lui pour recevoir les ordres du
Deftin ; la voici qui revient , nous pouvons
lui demander fi elle ne fçait rien da
vantage que ce que je viens de vous dire.
Aimable dit à Gracieuſe , j'ay appris à
Zulma ce qui regarde la Princeffe de
Perfe , c'eſt à vous prefentement , ma
foeur , de nous dire comment l'on a pû
détruire les
précautions que vous avez
prifes pour la feureté , & quel eft l'homme
qui a pû en être vû,
C
26 LE MERCURẾ
C'eft , dit Gracieuſe , le Prince Tartare
Ormola dont vous avez entendu parler à
ma foeur Agreable , & qu'elle a doüé de
tant de qualitez propres à fe faire aimer
& à fe faire eftimer.
Il faut , reprit Aimable , que vous contiez
à Zulma , avant de vous dire fa derniere
avanture , ce qui s'eft paffé à ſa
naiffance , puis qu'il (çait déja ce que vous ·
fites à celle d'Amafie.
HISTOIRE D'ORMOSA
PRINCE
DES TARTARES.
P
UISQUE Vous êtes inftruit , dit
Gracieufe , de ce qui regarde la Princeffe
de Perfe , & de ce qui eft arrivé à
fa naiffance , il eft jufte que vous fçachiez
auffi celle du Prince des Tartares .
Quand Ermilienne mere d'Ormofa , fut
prête d'accoucher , les Cours des deux
Reines furent en rumeur pour prendre de
part & d'autre des précautions pour douer
cet enfant les premieres ; Belle- des - Belles
choifit ma foeur Agreable pour prefider à
cette naiffance ; les brigues de mes autres
foeurs pour cette ambaffade avoient retardé
pour quelques momens le choix de la
D'AOUS T. 27
Reine ; les momens font precieux , fur
tout quand vos ennemies font du caractere
des nôtres.
Agreable n'arriva que dans le temps
qu'Ermilienne venoit d'accoucher , & que
ma foeur Méchante s'étoit emparée de fon
enfant ; par bonheur pour Ormofa la
Reine étoit groffe de deux enfans , & il
n'étoit pas encore venu au monde : ma
foeur Méchante fuivit la proye avec celle
qui emportoit du lit le premier venu ; elle
le doua de toutes les mauvaifez qualitez
qu'on peut imaginer. Ma foeur Agreable
comprit par un cri que fit encore Ermilienne
, qu'il y avoit un fecond enfant à
venir , elle fe tint fous la couverture , &
lors que la Reine en fut delivrée , elle
le doua de toutes les qualitez oppofées à
celles de fon frere ; elle n'oublia rien de
tout ce qui pouvoit le rendre parfait ,
parce qu'elle ne trouva aucune contradic
tion ; ma foeur Méchante avoit toujours
fuivi celui dont elle s'étoit emparée : elles
s'en allerent l'une & l'autre très fatisfaites
de leur voyage , en rendre compte à leurs
Reines.
Les deux Princes furent élevez enfemble
jufqu'à l'âge de connoiffance ; mais
- quand ils y furent parvenus , il fallut les
feparer , l'on craignit avec jufte raifon que
l'antipathic qu'ils avoient l'un pour l'autre
C ij
28 LE MERCURE
n'eut des fuites funeftes . La douceur de
l'humeur d'Ormofa lui fit prendre le parti
de s'éloigner de fon frere,
Le Grand Kam , quoi qu'il eut beaucoup
d'amitié pour Ormofa , & qu'il eut
extrémement fouhaitté de fe défaire de
l'autre , n'ofa lui rien dire là - deffus ; parce
qu'il craignoit que la preference qu'il lui
marqueroit en cette occafion ne lui fût
funefte , il confentit à ſon départ , fur le
pretexte de l'envoyer voyager dans fes
Etats ; il étoit encore dans ce voyage il
ya peu de temps , lors que chaffant dans
une foreft , il trouva une bête qui avoit
la tête d'une lionne , & le corps d'une
tigreffe ; elle étoit couchée à terre ; elle
tenoit entre fes deux pattes un miroir ; fa
tête étoit appuyée deffus le haut ; elle
avoit les yeux fermez & le corps allongé
d'une façon à faire croire qu'elle dormoit :
Le Prince en approcha très près à cheval ,
elle ne parut point s'éveiller ; il defcendit
& mit le fabre à la main , la nouveauté de
ce miroir entre fes pattes lui donna de la
curiofité , il voulut s'en approcher avec
précaution , en cas qu'elle fit quelque mouvement.
Mais quelle fut fa furprife ! lors qu'il
fe trouva à une diſtance affez proche du
miroirpour diftinguer les objets qui pouvoient
s'y reprefenter , d'y trouver la figure
D'AO US T. 29
de la plus belle perfonne du monde , d'une
façon fi naturelle , que l'on auroit crû
qu'elle étoit à fon miroir ; on la voyoit
fe promener dans une chambre très magnifique
& toute feule ; le Prince eut tout le
temps de la confiderer ; la bête ne branloit
pas : il voulut profiter de fon fommeil pour
tirer le miroir de les pattes , ou pour la
tuer fi elle fe réveilloit ; il mit la main fur
le miroir , fon fabre étoit dans l'autre ; la
bête leva la tête & fit un faut en l'air qui
fit perdre toute mefure au Prince pour la
frapper. Elle fe mit à courir de toute fa
force , le Prince la fuivit de même ; il
arriva au bord d'un étang bourbeux fans
l'avoir perduë de vûë, la bête s'y precipita
avec le mitoir qu'elle avoit mis dans fa
gueule ; une force fuperieure y jetta auffi
Orinofa ; il tomba fans perdre connoiffance
jufqu'au fonds de cette eau puante , il
y trouva une grotte dans laquelle il entra
; une femme affite fur un fiege de
jonc , le prit par la main, & lui dit : remettez
-vous , Ormofa , de votre chute ; vous
n'êtes pas né pour la crainte , écoutezmoi.
Vous devez avoir trouvé la perfonne
que vous avez vûë dans ce miroir, parfaite
ment belle , fi vous avez affez de courage
pour fuivre cette avanture , elle fera à vous.
Cij
30 LE MERCURE
Ormofa lui répondit , la confiance me
manque , Madame , en cette occafion plus
que le courage , mais quelque chofe qu'il
faille faire , vous n'avez qu'à ordonner
quoi que j'aye peu d'efperance du bonheur
dont vous me flattez .
Ouvrez cette porte , lui dit- elle , fuivez
fans rien craindre la route que vous trouverez
faite , votre voyage fera long , mais
il fera heureux ; vous aurez dans votre
chemin toutes les chofes neceffaires
à la
vie quand vous en aurez befoin , auffi bien
vous ne fçauriez plus reculer , vous n'avez
plus d'autre voye pour retourner
fur la
terre : Vous me fâchez , Madame
, lui
répondit
Ormofa , de me faire une neceffité
d'une chofe que j'aurois faite avec plaifir
, par le defir de voir la perfonne
que
vous me promettez
& de vous obéir ;
mais , Madame
, ne puis - je point connoître
celle à qui j'ai tant d'obligations
, vous
le fçaurez , lui dit- elle , de la perfonne
à
qui je vous envoye , vous n'avez plus qu'à
marcher.
Orthofa ouvrit la porte , il fe trouva
dans un petit fentier qui lui parut battu ,
comme s'il étoit fort frequenté , une lueur
fombre l'éclairoit , fans qu'il pût appercevoir
d'où venoit cette lumiere
il regarda
au deffus de fa tête , il y trouva
un nombre infini de petits vers luifans
;
DAOUS T.
qui lui marquoient fa route en éclairam
Il marcha tant qu'il eut de force , & lors
qu'il fut obligé de fe repofer , il trouva à
côté de lui un lit de gazon fait dans la
terre , & une table couverte des choles
dont il faifoit fes repas ordinaires , il s'affic
fur le lit , & la table qui étoit à côté fe
pofa d'elle- même devant lui , il mangea
& s'endormit.
En s'éveillant il trouva d'autres mets ,
il en prit fa provifion , en cas qu'il eut
befoin dans la journée , & recommença
à marcher.
7
Il marcha pendant trois mois , au bout
defquels il apperçut la lumiere du Ciel
par un trou qui fe fit à la terre à trois pas
devant lui ; il trouva un petit degré par
lequel il monta , & lors qu'il fut au haut,
il entra dans un jardin qui lui parut magnifique
, il fuivit une allée au bout de la.
quelle il vit une femme couchée fur un
lit de fleurs ; il fentit pour la premiere
fois de l'efperance ; il approchoit en tremblant
, & regardoit de tous les côtez s'il
ne voyoit perfonne ; nulle autre qu'elle ne
parut à fa vûë : il arriva enfin jufqu'à
l'endroit où elle étoit couchée , & il la
reconnut pour la perfonne qu'il avoit vûë
dans le miroir : fon premier tranfport fut
fi grand , qu'il le porta à fe profterner devant
elle ; cette perfonne fe réveilla ; je
C iiij
LE MERCURE
crois que vous jugez bien que c'étoit la
Princeffe de Perfe : comme elle n'avoit
jamais vû d'homme , fa furpriſe lui fit faire
un cry qui fut entendu de tous les Sylphes
que j'avois mis à fa garde , il n'y avoit plus
de remede , ils ne pouvoient empêcher que
ce malheur ne fut arrivé , & ils ne pouvoient
le prévoit.
:
Ormofa prit la parole , & dit à la Prin
ceffe : fuis-je affez malheureux , Madame ,
pour vous avoir déplu en interrompant votre
fommeil ? Je ne fçay ce que vous êtes ,
ni qui vous êtes , répondit la Princeffe ,
je n'ay jamais vû perfonne ici , j'y fuis
fervie ; l'on m'y parle , mais jufqu'à ce
inoment aucun objet vivant n'a paru de.
vant moi Je demeure dans ce Château
que vous voyez au bout de cette allée , fi
vous voulez y venir , vous me ferez plaiſir.
L'on n'y manque de rien , vous me direz
auffi par quel hazard vous êtes ici ; je vous
fuivrai par tout où vous voudrez, Madame ,
lui dit Ormofa ; il n'y a qu'une choſe fur
laquelle il ne feroit pas en mon pouvoir
de vous obéir , ce feroit de vous quitter ;
tant mieux , lui dit la Princeffe , nous
nous ennuierons moins quand nous ferons
deux j'ai toujours regretté ma nourrice
par cette raifon . Quoi que le Prince n'entendit
rien à tout ce qu'elle lui difoit , il
s'en foucioit peu , rien ne pouvoit lui don
D'AOUS T.
33 .
*
ner d'inquietude , il fongeoit en lui-même,
l'on m'a promis que je la trouverois au
bout de mes peines , & qu'elle feroit à
moi ; on m'a déja tenu parole fur le premier
point , fans doute que je ne ferai point
trompé fur l'autre , la naïveté avec laquelle
la Princeffe lui parloit , & la gayeté qu'il
lui voyoit dans les yeux , lur faifoit croire
qu'il ne lui faifoit pas la même frayeur
que dans les premiers momens.
Il arriva avec elle dans le Châfteau ,
(c'eſt le même jour que vous êtes venu
ici. ) J'ai négligé , je l'avoue , dit Gracieuſe
en adreffant la parole à Zulma , depuis ce
temps- là toute autre chofe que ce qui vous
regarde ; c'eft ce qui a caufé fon malheur :
Lorfqu'il fut arrivé , la Princeffe lui fit
toutes les queftions que la curiofité donne
à une jeune perfonne à qui tout eft nouveau.
Ormoſa lui apprit fon aventure. La
Princeffe de fon côté lui dit que depuis
qu'elle fe connoiffoit , elle étoit . dans ce
Château , mais qu'elle ne fçavoit pas pourquoi
elle y étoit , ni comment elle y étoit
venue.
Ma foeur Méchante qui avoit fait tout
ce que je viens de vous dire pour conduire
le Prince Tartare dans le lieu où je gardois
Amefie , quoique par fes droits elle fût
en état de l'enlever dans le moment , comme
elle me favoit occupée auprès de vous
34 LE MERCURE
elle aima mieux les laiffer quelques jours
elle jugea que leur paffion en feroit plus
forte , & leur malheur plus grand , lorfqu'elle
les fepareroit.
Ils y ont été deux jours , la Princeffe n'avoit
point de foupçon de fon malheur par
fon éducation ; elle n'avoit aucune précau
tion contre l'amour ; je n'avois pas cru neceffaire
de lui en donner feulement l'idée ,
puifqu'elle ne devoit point voir d'hommes
avant le temps qu'elle en auroit eu la liberté
, elle fe livra fans referve à la plus
violente paffion du monde pour ce Prince ;
celle qu'il avoit pour elle étoit égale.
Ils étoient enſemble dans le jardin à
cueillir des fleurs , lorfqu'un nuage trèsépais
defcendit fur eux : Ormofa perdit lá
Princeffe de vue , elle de fon côté ſe lentit
tranfporter en l'air ; c'étoit le Genie Mahoufiaha
qui l'enleva , le Sylphe qui en
a apporté la nouvelle , les a fuivis , le Genie
a lajffé la Princeffe dans le pavillon du
bois invifible , il eft venu le dire ce matin à
la Reine. Et qu'eft- ce que lc Prince eſt devenu
, dir Zulma à Gracieufe ? Il eft demeu
ré , lui répondit - elle , dans la même place ;
le Palais a difparu , car cela doit être dès
qu'ils ne fervent plus aux deffeins pour
lefquels ils ont été bâtis ; vous fçaurez
après notre voyage ce qu'il lui fera arrivé ;
la Reine a chargé ma foeur Agreable , d'en
D A OUS T. 35
prendre foin pendant que je ferai occupée
à tirer la Princeffe du lieu où elle eft ,,
cela ne fera pas aifé , felon toutes les apparences;
Laide- des - Laides y a mis tout fon
fçavoir pour rendre la chofe impoffi
ble.
Gracieuſe achevoit ces paroles , lorfqu'un
Sylphe lui vint dire que tout étoit
prêt pour fon départ ; elle embrafla Aimable
, lui dit adieu , & fortit avec Zulma
de fon appartement ; elle monta dans un
petit char fort leger que deux aigles invifibles
comme eux menoient en l'air ; elle
fut en un moment au bord de la forêt ;
cette forêt eft fituée dans une des Ines
de Salomon : elle dit à Zulma nous dèvons
nous arrêter ici , il faut que je remarque
les lieux , & que je voye entrer
le Génie , elle fit arrêter fon char fur le
haut du plus grand arbre , un nuage fort
épais les envelopa , au travers duquel ils
ne laiffoient pas de voir fans être vûs .
Zulma le voyant feul avec Gracieuſe
prit la refolution de lui parler de fon
amour comme elle fçavoit jufqu'aux
moindres de fes penfées , elle en étoit embaraffée
, mais un Sylphe arriva fort empreffé
, & lui parla long- tems une Langue
que Zulma n'entendit point ; il demanda
à Gracieufe lorfqu'il fut parti ,
s'il oloit la prier de lui dire ce qu'on lui
36 LE MERCURE
venoit d'annoncer , c'eft , lui répondit- elle,
un Courier de Belle - des Belles qui me
donne une nouvelle commiffion aprés
celle- e-cy , avant de rentrer dans nos terres.
J'ai envie , lui dit - elle , pour vous intereffer
davantage à cette commiffion , de
vous conter une hiftoire qui vous fera
connoître la perfonne que Belle - des - Belles
veut favorifer par ordre du Deftin .
La veritable raifon de Gracieuſe pour
conter cette hiftoire fut d'empêcher Zulma
de lui parler de fon amour, pendant qu'elle
étoit obligée de demeurer feule avec lui ;
elle n'avoit pas de meilleur prétexte , fon
refpect l'empêchoit de l'interrompre : elle
commença ainfi fon diſcours.
HISTOIRE D'ALMANSINE .
D'ATTALIDE, DU VISIR AMULAKI
& D'ACHMET fon fils.
SOLIMAN
, à prefent Empereur des
Turcs , à fon avènement à l'Empire
trouva , outre les richeffes de fon, Predeceffeur
, un nombre infini de belles femmes
dont le Serrail étoit rempli ; celui à
qui il fuccedoit les aimoit paffionnément,
& on ne pouvoit lui faire mieux fa cour
que de lui en amener de nouvelles : tout
D'A OUS T.
37
le monde fçait que c'eſt une magnificence
dans l'Empire Othoman que le grand nom
bre de femmes , outre cette raiſon , lon
goût lui portoit.
Ce fut une des premieres chofes que
Soliman fic quand il en fut le maître , que
de les voir toutes enfemble pour faire
fon choix ; Soliman étoit jeune & bien
fait , il étoit naturel qu'il eût une grande
joye dele voir le maître de tant de beautés ;
il ne put cependant fe déterminer , il crut
que le grand nombre l'avoit laiffé dans
cette incertitude , il voulut les yoir chacune
en particulier , mais il fe trouva encore
plus incertain , il ne fentoit pour elles
que de l'admiration qui ne lui donnoit aucun
defir,
Il en parla avec furpriſe à fon Grand
Vifir ; il lui dit : Amulaki , je ne fçaurois
comprendre par quelle fatalité parmi le
nombre infini de beautés dont le Serrail
eft rempli , je n'en trouve aucune qui me
caufe de l'émotion ; je les ay vûës enſemble
&en particulier , & je ne puis déterminer
mon choix, tant elles me font indifferentes;
Seigneur , lui répondit Amulaki , il en faut
chercher d'autres , & j'en prendrai le foin
avec plaifir. J'ay entendu dire , répondit
Soliman , que vous avés une fille parfaitement
belle , je veux la voir demain g
yous l'aimés : c'eft le plus grand bonheur
38
LE
MERCURE
qui lui puiffe arriver & à vous auffi fi elle
peut me plaire.
Amulaki n'ofa lui répondre , & quand
il eut ofé le faire , fa furprife l'en auroit
empêché ; il étoit bien éloigné de penfer
que c'étoit un bonheur pour lui , il aimoit
fa fille avec une paffion demefurée , il
auroit fallu renoncer à la voir , c'est ce
qu'il ne pouvoit envifager ; il s'en retourna
chez lui fort trifte , il n'avoit d'enfant
qu'elle & un fils nommé Achmet : fa tri-
Ateffe étoit fi marquée fur fon vifage , que
fon fils qui l'alloit recevoir à la porte lui
en 'demanda la caufe .
fi
Je fuis perdu Achmet , lui dit- il ,
vous ne trouvés un expedient pour me
tirer de l'embaras où le Grand Seigneur
m'a jetté.
Je fuis fi jeune , lui répondit Achmet ,
qu'il n'eft pas vrai -femblable que je vous
puiffe être utile dans une affaire où votre
efprit & votre experience ne vous auront
pas fervi n'importe , lui dit- il , donnésmoi
votre avis vous êtes plus de fang
froid que moy.
Soliman , continua le Vifir , n'a trouvé
aucune de les femmes à fon gré , il a entendu
dire que votre four eft belle , il
-veut que je la lui mene demain .
Et bien , Seigneur , lui dit Achmet , il
n'y a pas de quoi le defefperer ; vous
D'A O UST.
39
penfés , lui dit- il , comme le Sultan penſe
lui-même > mais pour moy je fuis fort
éloigné du fentiment de l'un & de l'autre ;
file Sultan ne trouve pas votre four plus
aimable que les autres , je la perds , &
je l'aime ; les femmes qui font une fois
dans le Serrail , qu'elles fervent au plaifir.
du Sultan , ou qu'elles lui foient indifferentes
, elles n'en fortent jamais : fi votre
four lui plait aujourd'hui , au peu de
goût que je lui vois pour les femmes , il
en fera ailément dégoûté j'aurai cependant
perdu ma fille , & je l'aime plus que
ma vie.
Seigneur , lui dit Achmet , puifque
votre vie y eft attachée , il faut bien fe
garder de la lui mener ; mais voyés à quel
peril vous vous expofés le Sultan eft
jeune , il vous demande ma foeur , peutêtre
que l'idée qu'il s'en eft faite fur un
recit imaginaire , ou fur ce qu'il vous a
entendu dire à vous-même de fa beauté ,
l'a déja rendu amoureux , c'eft vrai-femblablement
ce qui l'empêche de fentir du
goût pour une autre. Je ne prétends pas ,
mon fils , lui refuſer ma fille ; mais je
voudrois trouver un expedient , qui fans
fâcher le Sultan , me la pût conferver :
autre que vous & moy ne l'a vuë , voyons
ce que nous pouvons faire fur ce pied -là .
Seigneur , lui dit Achmet , il en faut
40 LE MERCURE
fuppofer une autre fous fon nom , vous
pouvés aller chés un de nos Marchands
qui vient d'arriver de l'Ifle de Chio , il a
amené , à ce que l'on dit , les plus belles
Efclaves qu'on puiffe voir ; vous en choifirés
une , vous l'inftruirés ; elle aura au,
tant de raifon que vous de garder le fe.
cret : elle fera trop flatée de l'honneur à
quoi vous la deftinés pour craindre aucune
indifcretion de fa part , vous lui ferés
mettre les habits de ma four , vous la
menerés voilée comme il eft dans l'ordre ;
aucun de vos Efclaves ne le pourra fçavoir
; à l'égard du Marchand , il croira
aifément que c'eft pour vous que vous l'achetés
: rien ne fçauroit découvrir votre
tromperie; fi vous faites valoir au Sultan
le facrifice que vous lui faites par l'extréme
amitié que vous avés pour ma foeur,
& que vous lui demandiés en grace de
vous la rendre fi elle ne lui plaît pas , ce
feroit la feule chofe que vous auriés à
craindre de l'indifcretion de cette perfonne
, qu'elle ne parlât , fi le Grand Seigneur
n'avoit pas pour elle les preferences
à quoi elle s'attendra,
Amulaki approuva tout ce que lui difoit
fon fils , il lui laiffa le foin de choisir
celle qu'il trouveroit la plus belle ; Seigneur
, lui dit Achmet , je fuis trop jeune
pour que l'on me montre des Elclaves
auffi
D'A O UST.
auffi cheres . Le Marchand fçait que je fuis
votre fils , mais il fçait auffi que je ne
dois pas encore avoir des femmes à moi ,
il faut même lui dire que c'eft pour vous ,
& qu'il vous les amene les unes après les
autres ; je vous en charge , lui dit Amulaki
, & je vous attends l'un & Pautre
dans l'appartement au bout du jardin : j'y
ferai feul.
Achmet alla trouver le Marchand , &
lui dit la volonté du Vifir , il la reçut
avec reſpect , il choifit les quatre plas
belles Chiottes qu'il eut acheté pour les lui
amener Achinet lui montra le chemin
& elles arriverent avec le Marchand dans
l'appartement où le Vifir les attendoit.
Il leur fit lever leurs voiles, il les trouva
en effet très-belles ; une des quatre fe mit à
pleurer fi amerement quand elle entendit
que le Vifir la marchandoit pour lui , qu'il
lui en demanda la caufe , le Marchand prit
la parole & lui dit : Seigneur , que cela ne
vous furprenne point , cette fille eft belle
comme vous voyés infiniment au- deffus
des autres ; elle le feroit encore davantage,
fans les chagrins que lui donne fa condition
mais quand elle aura eu le bonheur
d'être icy quelque tems , qu'elle fera reflexion
à l'honneur que vous lui faites
fon humeur changera & fa beauté fera
encore plus parfaite.
:
D
9
42 LE MERCURE
>
Pendant que le Marchand parloit au
Vifir , Achmet avoit toujours eu les yeux
fur l'Efclave afflgée , il la trouvoit d'une
beauté admirable fes pleurs l'attendriffoient
encore , & quelques regards qu'elle
jettoit fur lui achevoient de le defefperer
en fongeant qu'elle alloit être menée dans
le Serrail : les momens étoient fi chers,
qu'il n'ofoit rien dire à fon pere pour l'en
détourner ; de plus il fentoit bien que
cela feroit inutile ; c'étoit lui -même qui
lui en avoit donné l'idée , quelle apparence
y avoit - il de le perfuader d'en acheter
une autre ; la difference de beauté
étoit trop grande , & quand l'Efclave
n'auroit pas été deftinée au Sultan , elle
n'auroit pas été pour lui.
1 L
>
Il étoit dans ces reflexions lorfque le
marché fe conclut & fe paya. Amulaki
prit cette Efclave par la main & l'emmena
avec lui ; Achmet demeura fans mouvement
& fans voix : l'Efclave lui jetta un
regard en partant , qui dans une autre
fituation l'auroit fait mourir de plaifir ,
il étoit fi marqué, qu'il ne pouvoit mettre
en doute qu'il lui avoit fait la même impreffion
qu'elle avoit faite fur lui.
Les cris & les pleurs redoublerent dans
le jardin en s'en allant , Achmet les entendit
, fes larmes coulerent auffi , & fans
fonger qu'il n'étoit pas dans le lieu où il
D'A O UST. 43
"
il
y
avoit accoutumé de paffer la nuit
demeura accablé de douleur & de tant de
differentes penfées , qu'il n'y eut que le
jour qui l'en fit appercevoir ; il fongea
que c'étoit le moment où le Vifir alloit
mener l'Esclave au Sultan ; il courut à
la maifon de fon pere efperant de la voir
encore en paffant il fut defefperé d'apprendre
qu'il étoit parti avec fa faur ;
on lui dit en même tems qu'on lui avoit
fait efperer qu'il la rameneroit bien- tôt
cette parole donna un moment de confolation
à Achmet , il fe flata que le Sultan
ne feroit pas plus touché de fa beauté
qu'il l'avoit été des autres , qu'il la rendroit
à fon pere , qu'elle reviendroit avec
lui , qu'il lui demanderoit , & que fon
pere ne lui refuferoit pas.
D'un autre côté l'extréme beauté d'Almanfine
( c'étoit le nom de l'Efclave ) le
faifoit ailément changer de penfée .
Le retour de fon pere peu de tems après
feul & très-gay lui ôta toute efperance .
Que je vous fuis obligé Achmet , lui
dit le Vifit , le Sultan malgré les pleurs
d'Almanfine la trouve parfaitement belle,
je l'ai laiffé avec elle , il en eft charmé .
Quel difcours pour Achmet ! il en perdit
connoiffance ; je le laiffe pour quelque
tems aux foins que l'on prend pour
le faire revenir , pour vous dire ce qui
Dij
44
MERCURE LE
fe paffoit dans le Serrail pendant ce temslà.
Amulaki , comme vous fçavés , emmena
fon Eſclave , fans fonger qu'il laïffoit
là fon fils & qu'elle fe defefperoit.
Il étoit trop occupé du deffein qu'il avoit
pour le lendemain pour voir ni entendre
autre chofe ; il la mena droit à fa fille &
lui dit , voilà une Efclave que je viens
d'acheter pour le Sultan , je veux lui mener
demain après avoir fait l'Ablution
& la Priere du matin : faites - luy effayer
vos habits pour voir celui qui lui convient
le mieux ; je la veux prefenter au Sultan
plus convenablement habillée : il ne dit
point à fa fille qu'il la fuppofoit à fa
place.
Le lendemain à l'heure marquée le Vifir
vint chercher Almanfine dans la chambre
de fa fille , il la mena dans la fienne pour
lui parler en particulier , il lui dit , je
vous ay achetée , Almanfine , pour le plus
grand Empereur de l'Europe & de l'Alie ,
votre beauté & vos pleurs m'ont touché :
j'ai pouffé la bonté que j'ai pour vous
jufqu'à dire au Sultan que vous étiés ma
fille pour vous attirer plus de confideration
de la part ; je lui ay même demandé
de vous rendre à moi fi vous étiés affés
malheureufe pour ne lui pas plaire ; vous
pouvés compter qu'il n'y a rien que je ne
DA O UST.
45
faffe pour adoucir votre condition , que
vous me paroiffés fupporter avec tant de
peine , la marque de bonté que je vous
donne me coûteroit la vie & à vous auffi ,
s'il pouvoit penetrer que je ne lui - ay pas
dit votre veritable condition ; vous devés
donc foutenir ce que je lui ay avancé
vous pafferés aifément pour ma fille auprès
de lui , puifqu'il n'y a que moi qui
l'ai vûe , & que je vous prefente fous fon
nom.
Le difcours du Vifir loin de calmer les
pleurs d'Almanfine , les augmenta , quoiqu'elle
fût defefperée de le croire à lui ,
Pimpreffion que lui avoit faite Achmer ,
qu'elle avoit connu pour fon fils par les
difcours du Marchand , lui donnoit quelque
confolation d'être au moins dans le même
lieu que lui ; le Serail & l'honneur auquel
on la deftinoit , lui ôtoient toute efperance
de le revoir jamais.
Elle partit fans répondre & fe laiffa conduire
devant le Grand Seigneur . Après les
premiers difcours , elle entendit le Sultan
qui difoit au Vifir qu'il la gardoit , & qu'il
la vouloit mener lui-même dans le Serail ,
qu'il la trouvoit parfaitement belle, malgré
Les pleurs qui n'avoient point ceffé ; le
Sultan la croyant fille du Vilir , la traitoic
avec plus de confideration , que s'il eût
connu fa veritable condition ; il ne fut pas
.
46 LE MERCURE
choqué de la voir pleurer , ne doutant
pas que ce ne fut même la premiere
chofe qu'il lui dit : Je ne fuis pas furpris
de votre affliction , elle me donne feulement
du chagin par rapport à vous ; je me
flate qu'elle finira bientôt , & je vous le
demande.
1
Non , Seigneur , lui dit Almanfine , j'ai
trop de fujet d'être affligée , pour que mes
pleurs aient une fin . Quel en eft donc le
fujet , lui dit le Sultan ? Je pleure , lui répondit
- elle , votre malheur & le mien . Je
ne m'en connois point , dit le Sultan , puifque
vous êtes à moy ; & vous m'allez
fans doute dire le vôtre , auquel je prendrai
part ; je fouhaite qu'il dépende de moi
de le faire ceffer.
Seigneur , dit Almanfine , ce que je regarde
comme un malheur pour vous , c'est
de n'avoir point d'autre idée de l'amour
que le commandement ; & ce qui fait le
mien , c'est que je penfe très - differemment ;
je regarde l'amour tel qu'il doit être ; ce
n'eft point l'autotité qui donne les preferences
flateules , c'eft le coeur ; vous ne
pouvez jamais fçavoir fi vous plaifez , il
fuffit que l'on vous plaife ; vous ne connoiffez
point par confequent le plaifir d'être
aimé , fur tout quand on peut craindre.de
ne l'être pas ;
rien ne fçauroit vous traverfer
, ni vous óter la perfonne que vous
D'A O UST. 47
avez choifie ; car l'on ne peut pas dire que
vous l'aimez , puifque vous ne la connoifpas
, vote feule volonté décide de fes
complaifances.
fez
Vous en fçavez beaucoup , dit le Sultan
en l'interrompart , pour une fille qui ne
doit avoir vu d'hommes que fon pere ; je
crains que le Vifir par la complaifance &
l'amitié aveugle qu'il m'a dit lui même
qu'il avoit toujours eu pour vous , ne
vous aient laiffé l'occafion de vous inftruire
aux dépens de fon honneur & de mon
bien.
Non , Seigneur , dit Almanfine , le Vifir
n'a aucune part à mon éducation ; je ne
fuis point fa fille , comme il a voulu vous le
faire croire ; il m'acheta hier d'un Marchand
qui vient de m'amener de l'Ifle de
Chio ; il m'a fait prendre les habits de
fa fille , pour me procurer le bonheur de
vous plaire , & pour m'attirer fous fon
nom plus de confideration de votre part ,
à ce qu'il m'a dit.
Sa tromperie lui coûtera la vie , lui
dit le Sultan ; mais ma colere ne tombera
pas fur vous ; votre fincerité & votre
beauté ne vous doivent donner aucune
inquietude ; vous me direz fans doute avec
la même franchiſe , par quel hafard à votre
âge vous connoiffez ti bien l'amour , &
par quelle railon vous m'en avez parlé avec
48 LE MERCURE
tant de précipitation , fans me donner le
tems de vous faire voir mes fentimens
qui font peutêtre très- differens de ceux
que les Sultans ont ' ordinairement . En
achevant ces paroles il la fit affeoir auprès
de lui.
Almanfine commença fon difcours , &
lui dit , &c.
Pour le mois prochain.
JOESIES
D'A O UST.
POESIES, ENIGMES , CHANSONS
LA TOILETTE de venus .
El
CANTATE .
BEI Aftre de la Nuit , arrefte ton flambeaut
Sur l'Ifle de Çithere "
Vien feul eftre témoin d'un fpectacle fi beau.
Au fond d'un bois gardé par l'ombre & le miſtere
Venus dort fur un lit que Flore a preparé :
Les Zephirs fur fon fein folâtrent à leur gré :
Le repos lui prête des armes ,
Il répand fur fes charmes
Un doux air de langueur du grand jour ignoré :
Ses traits moins animés ont des forces nouvelles ,
Elle femble en dormant appeller les Plaiſirs ,
En voyant tant d'appas , fes compagnes fidelles
Les Graces même ont des defirs . .
Craignés, jeunes Amours , d'éveiller votre mere,
Volés doucement dans ces lieux ,
Joignés- vous aux Zephirs , & d'une aîle legere
Augmentés de ces bois le frais delicieux :
Volés fans bruit , craignés d'éveiller votre mere ,
Son repos vous eft precieux ,
Tout votre empire eft dans fes yeux.
Et vous , oyfeaux , dormés plus tard fous ce
feuillage ,
E
59 MERCURE LE
Ne chantés pas le lever du Soleil ,
Venus repofe en ce bocage ,
Pour commencer vos chants attendés fon réveil.
L'ombre fuit , & déja l'épouſe de Cephale
Aux portes d'Orient voit briller fa Rivale
Le Soleil qui la fuit recommence fon tour
Et va rendre aux mortels les foins avec le jour,
Déja pour le lever de Venus tout s'aprefte ,
Les Graces en habit de fefte
Elevent un autel & fuperbe & galant
Où la Beauté fuprême
Se doit en s'éveillant .
Rendre hommage elle-même.
On voit de tous côtés accourir les Amours
Pour offrir leur fecours.
L'un tient cette glace fidelle ,
?
Qui ne reproche rien à la Belle immortelle ,
L'autre affortit des noeuds de rubis & de fleurs ,
Un autre en l'effayant aporte la ceinture ,
Tiffu mifterieux plus fort fur tous les coeurs
Que la plus brillante parure.
Mais le Ciel s'embellit , on fent un air plus doux,
De cent nouvelles fleurs la terre eft émaillée
Amours , aprochés- vous ,
Venus eft éveillée.
Les Ris , les Jeux , les Graces font autour 11
Er preparent leurs foins pour la mere d'Amour,
D'AOUST.
Graces , qu'allés - vous faire t
C'eſt un ſoin temeraire
De parer la , Beauté :
Un éclat emprunté
Lui nuit au lieu de plaire.
Venus n'a qu'à fourire ,
Et l'Univers foupire :
Souvent même un regard
Qu'elle jette au hazard .
Suffit pour fon Empire.
Cependant il eft temps de quitter ces climats .
Décffe , vous devés votre prefence au monde
Choififfés avec tant d'appas
Qui vous voulés des Dieux de la Terre ou de
l'Onde.
Partés , & donnés des fers i
Au puiffant Dieu de la Thrace :
Qu'en faveur de l'Univers
Vos yeux lui demandent grace,
C'est trop laiffer fon grand coeur
Dans les bras de la Victoire ,
Acquittés pour fon bonheur
Les promeffes de la gloire.
Eij
J27 LE MERCURE
jksbjbsbjbsbobobobobbejbjp
A Madame la Comteffe de ...
N
EPITRE
Euf fois la Lune a parfait fon grand tour ,
Depuis qu'helas ! ne vous ai fait ma cour
Trifte , je crains qu'une fi longue abfence
N'ait près de vous renom de negligence
Bien que jamais tel foupçon ne dût choir
Sur tout mortel qui de l'heur de vous voir
Peut profiter : j'ai pourtant des allarmes ;
Ouy , votre efprit quoique brillant & fin
Ne connoît pas , je gage , encor ce gain ,
( Car il fçait tout hors le prix de fes charmes )
Ainfi peut être il me condamne fort ,
Et c'eft la regle , abfens ont toujours tort.
Suppofant donc que me trouvés coupable ,
Je me fuis dit : par un tour favorable
Voicy comment faut me juſtifier ,
Et du fuccès ne dois me défier
Prés d'une Dame & bonne & gratieufe ;
Sans la vexer d'une excufe ennuyeuſe
Il faut gagner fon efprit par fon coeur ;
Pour obtenir que fon couroux fe paffe ,
Si par hazard elle m'a fait l'honneur
De fe fâcher , prions- la d'une grace ,
D'AOUST . 53
Elle oublira couroux en ce moment ,
Et me voudra proteger promtement.
C'est là , dit- on , le fecret infaillible
De l'appaifer ; dans fon ame fenfible
Tout fentiment reçoit diftraction.
Par fa bonté l'unique paffion ,
Le feul penchant chés elle incorrigible.
Sur une Jalonfie.
Lorfque dans mon impatience
Je cours chés toy pour revoir tes beaux yeux ,
J'apprens que mon Rival joüit de ta preſence
Et te poffede en d'autres lieux ,
Mòn ame à mes foupçons cede fans refiftance ,
Un mouvement jaloux de ma raiſon vainqueur
S'éleve auffi-tôt dans mon coeur ,
Je te crois dans fes bras , je crois qu'à fes tendreffes
>
Répondent à l'envy tes brûlantes careſſes ,
Je vois ta folle ardeur prevenant fes defirs
Juge de mes tourmens je comptois tes plaifirs
Mais lorfque ton retour diffipant mes allarmes
A mes fens éperdus rend leur tranquillité ,
Le plaifir de te voir me montre dans tes charmes
Mcn injuftice & ta fidelité,
ពួ
E iij
SA
LE MERCURE
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé eft la Balance ; & le mot de la feconde
eft l'Hermine.
D
PREMIERE ENIGME..
Un pere lumineux je fuis la fille obfcure ,
Incertaine dans mon allure
Je m'élève pourtant fur la route des Cieux ;
Souvent aimé , par fois haï dans la Nature
Mon pere réjouit les yeux
2
Quand je les bleffe moi. Dès que je me dévoye
De mon trifte chemin
Je fais pleurer ceux qui font dans la jõje.
Si l'on me fent dans un feftin ,
Je gueris de l'intemperance .
Un des quatre Elemens ne va jamais fans moy>
Dans fon Palais le plus grand Roy
Peut jufques dansfachambre éprouver ma puil
fance.
N
SECONDE ENIGM E.
Ous devons la naiffance & le merite aux
Dames
Prefque jumeaux dans un ſeul jour ,
Mille frères pareils fe montrent à leur tour :
Quelquesfois les plus laides femmes
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY .
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
Gracieusement.
Air
a
Boire
3
Verses
du v
οι
son Ne craignés pas qu'il me
9:*
NEW
YORK
LIC
LIBRARY
.
STOR
, LENOX
AND
LDEN
FOUNDATIONS
..
D'AOUST.
Nous font très beaux : nous n'avons point de
foeeurs,
Mâles , nous n'avons point de peres
Et cependant bien de nos meres
Ont des maris. Nos teints font de toutes couleurs
;
Mais ce qu'on ne voit gueres
Dans les autres enfans
Notre mere eft fouvent par nous mêmes parée,
Et plus fouvent encor nous parons fes galans.
Nous vivons peu. Notre durée
Eft de trois mois au plus : dès qu'on fent les frimats,
Ainfi que les jardins , nous perdons nos appas
A ÍR A BOIRE.
Erfé's , verfés da vin , verfés , jeune Silvie ,
Ne craignés pas pour moy ĉet aimable
poifon,
Ne craignés pas qu'il m'ôte la raifon ,
Vos yeux charmans me l'ont déja ravie,
Verfés , verfés du vin , verfés , jeune Silvic.
20
E iiij
30
LE MERCURE
VAUDEVILLE DE LA TESTE NOIRE .
Petite Comedie du Theâtre de Francifque
Garçons
, qui craignés que
l'hiftoire
Ne vous mette au rang des Coucous ,
Logés - vous à la Tête - Noire ,
11 ira peu d'Amans chés vous.
>
Financiers , chaffeurs de Pucelles ,
Nous n'avés qu'à fonner du cor
On fait venir les plus cruelles
Quand on loge à la Tête- d'Or,
Il faut qu'au vin on fe retranche
Dès qu'on fent venir fes vieux jours
Amans , jamais la Tête- Blanche
Ne fut l'Enfeigne des Amours.
ARLEQUIN au Public.
Meffieurs , donnés - nous la victoire ,
Que votre efprit foit indulgent ;
Faites -nous pendant cette Foire
Loger à la Tête- d'Argent.
J
D'A O UST.
NOUVELLES LITTERAIRES
ET DES BEAUX ARTS.
O
core paru.
Na fait à Florence une nouvelle
Edition du Taffe , où il y
a beaucoup de Pieces de cet
Autheur qui n'avoient pas en
Jean Neaulme Libraire à la Haye vient
'd'imprimer deux Volumes in 1 2. avec figu
res, fous ce titre , Les Amans beuroeıx ¿
malheureux , ou les faveurs & les difgraces
de l'Amour. C'eſt une huitiéme Edition ,
qu'on dit eftre fort bien écrite .
Le premier Juillet le fieur Fauftin Crif
polti de Peroufe , nouvel Auditeur de
Rotte , foutint à Rome , dans la grande
Salle de la Chancellerie Apoftolique , une
loy tirée , ex Capitulo , omnibus , de Clerico
venatore , contre laquelle les fieurs de
Gamache François , Horrera Efpagnol ,
& Coyre Romain , tous trois Auditeurs
de Rotte , difputerent en prefence de 29.
Cardinaux.
$8 LE MERCURE
Le nouveau Pape a fait acheter la belle
Biblotheque d'Ifoldi , pour le prix de laquelle
il a fait payer dix - neuf mille écus
comptant , & les ordres font donnez pour
la tranfporter au Vatican.
Abregé Chronologique de l'Hiftoire de
France de Mezeray , nouvelle Edition ,
revite fur la premiere , imprimée à Paris
en 1698 , corrigée pour le ſtile , & augmentée
fur les dernieres Editions revues
par l'Autheur , &c. A Amſterdam , chez
Steenhouver 1721 , in 12.9 . vol .
L'Academie Del Cimento a fait imprfmer
à Naples , des Effais d'Experiences
fous ce titre : Saggi naturali d'Esperienze
dell Academia del Cimento.
Le fameux Poëte Gigli , qui s'étoit retiré
à Rome , à caufe de quelques Pièces
fatiriques qu'il avoit publiées contre l'Aca
demie della Crufca , a obtenu du Grand
Duc de Florence , la liberté de retourner à
Sienne fa patrie .
Le fixiéme Juin dernier il y eut à Lisbonne
une conference dans l'Academiè
Royale de l'Hiftoire , à laquelle le Roy fe
trouva incognito: le Comte d'Ericeyra y prononça
un difcours très éloquent fur l'ExalDAOUS
T
50
tation & les grandes qualitez d'Innocent
XIII. Cette Academie n'ayant pas paru
fuffifante pour occuper le grand nombre
de Sçavans de ce Royaume , Sa Majeſté
a encore accordé depuis peu des Lettres
Patentes pour l'érection d'une nouvelle
Academie Problematique : elle ne doit
s'affembler que le dernier de chaque mois ;
& comme toutes les queftions Problematiques
, à la referve des Problemes de
Geometric font de fon reffort , la premiere
Conference qui y fút tenuë le 30 du mois
de May dernier , fut employée à determiner
, lequel étoit le plus grand d'Alexandre
qui a conquis le monde , & de Diogene qui
le méprifoit. Le Docteur Clement Rodriguez
Montanha , Frere Conventuel de
P'Ordre de Saint Jacques , & Commiffaire
de l'Inquifition , difputa pour le Conquérant
, & le Docteur Paul Soares de Gama ,
un des grands Jurifconfultes du Royaume ,
-deffendit le Philofophe : l'un & l'autre fe
fervirent d'argumens fi forts & fi convaincants
, que la queftion demeura indecife
comme auparavant , ce qui fait affez voir
que ces Academiciens veulent apparemment
fe renfermer fcrupuleufement dans
les bornes prefcrites par leur inftitution .
Le rèfte de la feance fe paffa à rèciter plufieurs
Pieces de Poëfie Latine & Portugaife ,
qui font les deux feules Langues admifes
60 LE MERCURÈ
31
dans cette Academie , & à lire les Statuts
qui en reglent la difcipline. Avant que de
finir la feance , Don Etienne de Lis- Velho,
Secretaire perpetuel , tira au fort les non's
des Orateurs de la Conference du
Juin , & on leur donna pour Probleme
cette question de Politique , s'il étoit plus
utile à l'Empire Romain de conferver la
Ville de Carthage , que de la détruire , &
pour fujet d'un Poëme Heroïque , l'Exaltion
du Cardinal Conti an Pontificat.
Le Mercredy 6 Août l'Academie Royale
des Sciences à Paris , fit élection à la maniere
accoutumée de plufieurs Academiciens
pour remplir les places vacantes par
mort ou par mutations.
M. l'Evêque de Frejus , Precepteur du
Roy , de l'Academie Françoife , fut élu
honoraire à la place vacante par la mort
de M. le Marquis Dangeau.
M. de Valincourt Secretaire general de
la Marine , de l'Academie Françoiſe , fat
auffi élu honoraire à la place vacante par
la mort de M. le Chevalier Renau.
M. Bénard de Rezé , à celle d'Affocié
libre , vacante par la mort de M. de Montmort.
M. d'Anty d'Ifnard eft monté à la place
d'Affocié Chimifte , vacante depuis que
M. Lemeri eft monté à la place de Penfonnaire
Chimiſte
D'A O UST.
M. de Beaufort à celle d'Adjoint Geometre
, vacante depuis que M. l'Abbé
Terraffon eft monté à celle d'Affocié Geomettre
.
M. l'Abbé Moullier à celle d'Adjoint
Mechanicien , vacante par la mort de M.
Marius.
Tous ces nouveaux Academiciens ont
ptis feance le Mercredy 13 Août .
Le Lundy 18 Août , M, Languet de
Gergy Evêque de Soiffons , fut reçu à
l'Academie Françoife , à la place de M.,
d'Argenfon Garde des Sceaux ; il fit un
difcours fort éloquent , auquel M. Mallet
Directeur de cette Academie répondit,
L'affemblée étoit fort nombreufe , & honorée
de la prefence des plus grands Seigneurs
de la Cour. M. de la Motte y lut
deux Poemes qu'il a compofés pour la
convalefcence du Roy , dont l'un eft une
traduction du Te Deum. M. Danchet teranina
la féance par une Idylle fur le même
fujet , qui fut extrémement aplaudie.
N
De Paris.
Ous avons parlé dans le precedent
Mercure des Memoires de la Province
de Champagne , &c . par M. Baugier
, imprimez à Chalons chez Bouchard
, & qui fe vendent à Paris chez
612 LE MERCURE
Cailleau en 2. vol. in 8. mais nous n'avons
parcouru que le premier volume, dans
lequel même nous avons negligé une fingularité
remarquable , qui , felon l'Auteur,
ne peut paroître fabulenfe qu'à ceux qui
n'ont point été à Troyes , ou quiy ayant été
n'ont point fait attention à cette merveillez
c'est qu'il n'entre point de mouches dans la
Boucherie. Elle eft neanmoins fort grande,
Oil y a dans la faiſon une trés grande
quantité de Mouches aux environs de ce
bâtiment.
attribuent
ques-uns , dit M. Baugier
,
ce prodige à un Talisman , d'au
tres aux prieres de l'Evêque S. Loup.
Dans la feconde partie , en parlant de
l'Abbaye de S. Nicaife de Reims , l'Auteur
remarque une autre fingularité qui
vaut bien celle des mouches , dont l'entrée
eft interdite dans la Boucherie de
Troyes. C'est à l'égard d'un des pilliers ,
ou arc boutans , des plus gros de l'Eglife
de cette Abbaye , qui aide à foutenir le
clocher , on voit diftin &ement , dit-il , ce
pilier trembler au fon d'une des cloches :
maisfi elles fonnent toutes enſemble le pilier ,
ne tremble point.
Au fujet de l'Abbaye de Clairvaux , le
plus confiderable des 160 Monafteres que
S. Bernard ait fondés , l'Auteur dit que
lorfque l'Abbé vient à mourir , l'Office
Divin ceffe jufqu'à l'élection d'un autre
D'A O UST.
635
•
Abbé mais que pour n'être pas privés ,
d'entendre la Meffe , on fait venir des
Religieux de Citeaux pour la celebrer. 11 ,
remarque encore que chaque Religieux
Prêtre de Clervaux a . fon Autel particu
lier pour la dire , n'étant pas permis à,
deux Prêtres , de dire dans un même jour,
la Meffe fur un même Autel ; & on prétend
qu'on fuit en cela l'ancienne Difcipline
de l'Eglife .
La feconde Edition des Lettres d'Heloïfe,
& d'Abailard , mifes en Vers François
par M. de Beauchamp , paroît augmentée
d'une Lettre d'Heloife , & de.
quelques autres ouvrages . Elle fe vend.
chez Collombat , rue S. Jacques au Pelican.
L'Auteur dit dans fa Preface qu'il avoit
deffein de donner l'Hiftoire d'Abailard &
d'Heloife , & d'y inferer leurs Lettres.
Le Libelle qui en porte le titre , dit-il , ne
m'en auroit point empêché ; il eft fi mat
écrit plein de tant defauffetés , groffierement
tiflues , que je n'aurois rien rifqué de
travailler après un pitoyable Ecrivain. Ily
auroit même en de la justice de vanger, ces
illuftres malheureux ; mais malheureufement
pour le Public , M. de Beauchamp
n'a pas affez bonne opinion de fa plume,
& il s'en tient aux Lettres , qu'il donne
64
LE MERCURE
comme un coup d'effai. Si cet avertiffement
eft bien fincere , P'Auteur ne fe
donne pas un petit éloge. Il n'a point
fuivi l'original Latin , parce , dit- il , qu'en
1687. M. le Comte de Buffi , & en 1695
M.... ne s'y font point affujettis , &
qu'ils s'en font bien trouvés .
"
Dans une Lettre écrite à l'Auteur
immediatement après la Preface , on fe
plaint de la critique d'aujourd'hui , c'eſt
à dire , de cette critique fans régle &Sans
mesure qui s'étend indiftinctement fur
tous les Ouvrages qui paroiffent , bons on
mauvais . C'est un livre nouveau ; à Dien
ne plaife qu'on le life ; on n'y trouveroit
ni ftile , ni pensées , ni fentimens. C'eſt
une nouvelle -Piece "
on ne veut point la
voir , ou l'on n'y va que dans le deffein de
la fifler dès la premiere fois. On traite de
gens de l'autre monde ceux qui l'écoutent &
qui veulent la connoître avant que d'enjuger.
C'est un tel qui l'a faite , cela fuffit ,
elle ne vaut rien. C'est aujourd'hui veritablement
que perſonne n'a d'esprit que nous
nos amis . Un autre écueil d'autant plus
dangereux qu'il eft preſque inévitable , c'eft
la tropgrande complaiſance . Un jeune homme
entre dans le monde , il a de l'imagination
, du génie même ; on applaudit à
fes premieres faillies , & qui fonvent ?
des perfonnes plus capables de juger de fa
bonne
D'A OUS T. 65
bonne mine , que de fes ouvrages ; fi la raifon
ne vient à fon fecours , fon efprit eft la
dupe de fa vanité : il a cherché à plaire ,
on le flate qu'il a réuſſi ; le voila perdu .
Il paffe rapidement de la Chanfonnette à la
Tragedie. Cette Lettre contient encore l'éloge
de feu M. l'Abbé de Chaulieu , fi
connu par fes excellentes Peëfies . Venons
à notre Extrait.
Une Lettre qu'Abailard écrivoit à un
de fes amis , dans laquelle il lui faifoit le
detail de fes malheurs , tomba entre les
les mains d'Heloïfe , & lui donna occafion
de faire des reproches à Abailard de
fon infenfibilité , & de fe plaindre qu'il
préferoit les droits de l'amitié à ceux de
l'amour. C'eſt à peu près le fujet de la
premiere Lettre & des deux autres qui la
fuivent.
Premiere Lettre d'Heloïfe
Deviez - vous pour calmer des difgraces legeres,
Faire un fi long recit de toutes nos miferes ?
Non ; vous portez trop loin le zele & l'amitié 5
Cruel , & l'amour feul vous trouve fans pitié
Quelles reflexions vinrent troubler mon amo
Je fentis tout à coup reffufciter ma flame . · ´´
Ces tranfports fi long- tems retenus dans mon
coeur
F
66 LE MERCURE
&
Plus forts que ma vertu ,reprirent leur vigueur.
Dans mes yeux agitez on lifoit ma tendreffe ;
Toutes mes actions annonçoient ma foibleſſe.
Même au pied des Autels trop pleine de mes feux,
De profanes foupirs fe mêloient à mes voeux.
Un portrait de l'abfence adoucit la rigueur ,
Sa douce illufion paffe des yeux au coeur ;
Et l'amour dans fes traits renouvelle fans ceffe
La Maîtreffe à l'Amant , l'Amant à la Maîtreffe ,
De cette erreur flateufe on aime à s'occuper ,
Et fans ofer fe plaindre, un coeur fe fent tromper,
Mais bientôtle retour détruit cette impofture
Ce phantôme charmant , cette aimable peinture,
Quand l'objet de nos voeux vient finir nos dou
leurs ,
N'eft plus qu'un peu de toile & qu'un peu
couleurs.
de
Une lettre plus vive & toujours animée
Nous découvre le coeur de la perfonne aimée :
Elle parles on y voit fes moindres mouvemens
Ses craintes , fes defirs , & fes empreffemens.
Interprete éloquente , une lettre raſſemble
Tout ce qui fe diroit fi l'on étoit enfemble ;
Quelquefois plus hardie , elle fert mieux nos
YOCUX
It l'aultere pudeur y contraint moins nos feux.
D'AOUS T. UST.
Heritieres d'Adam , coupables comme lui ,
Notre coeur à befoin de fecours & d'appui :
Et nous cachons , helas ! fexe foible & fragile ,
Un trouble dévorant fous un dehors tranquile ;
Tantôt enfans de hajne , & tantôt de l'amour ,
La grace & le peché triomphent tour à tour.
Lorfque je vous perdis , je n'avois que vingt ans
Je recevois par tout des voeux & de l'encens
J'avois de la beauté ; la jeuneffe riante
Répandoit für mon téint une fraîcheur naiſſanté
Un naturel heureux , un efprit cultivé,
1
Des biens, de la naiffance , un coeur grand , élevés
J'étois telle en un mot qu'il faut être pour plaire,
Et je pouvois changer fans paroître legere ;
Cependant vous fçavez que fidelle à ma foi ,
De votre volonté je me fis une lois
On me vit aux Autels victime obeiffante
Confacrer ma jeuneffe , & remplir votre attente,
Fourquoi libre vous même, eûtes -vous la rigueur
De difpofer de moi ? Doutiez vous de mon coeur ?
Craigniez vous qu'un rival plus tendre & plus
aimable
N'allumat dans mon fein une flame coupable ?
C'eft ainfi que penfoit mon Oncle furieux ,
Quand il ofa tramer fon complot odieux
Fij
68 MERCURE LE
Il crut que de mon ſexe imitant la foibleffe ,
Le vôtre étoit l'objet de toute ma tendreffe .
Ton crime eft inutile , Oncle denaturé ;
En vain , Barbare , en vain tu l'as defiguré ;
Abailard dans dans mon coeur fera toujours le
même ;
{
Ce que j'aimois en lui , c'eft encor ce que j'aime ,
Et mon amour plus fort que ta ferocité ,
Me vange de ta haine & de ta cruauté.
Quel obftacle fatal s'oppose à cet effort !
Abailard dans mon coeur eft encor le plus fort
Je ne fuis plus à moi . Quel defordre
trouble !
quel
Mon feu fe renouvelle , & ma peine redouble.
Impitoyable amour ! j'oublie en ce moment
Que je dois pour jamais oublier mon Amant. "
Je ne vois plus que lui , ma vertu m'abandonne.
Je m'égare & me perds , je pâlis , je friſſonne :
N'eft- il point de remede à des maux fi preffans ?
Et peut on fans mourir fentir ce que je fens ?
Nous pourrons donner le mais prochain un
Exrait des deux autres Lettres .
L'édition nouvelle des Jugemens des
Sçavans fur les principaux Ouvrages des
Auteurs , paroîtra bientôt , en fept volumes
in 4º. elle fera confiderablement aug
'D'AOUS T. 6
mentée. C'eſt M. de la M. qui en eſt l'Editeur.
Nous n'avons point d'Ouvrage en
notre langue plus étendu pour l'hiftoire
des Sçavans , & de leurs Ecrits. Il n'y en
a pas de plus propre à infpirer le goût &
l'amour des belles Lettres . L'utilité & la
rareté de ce livre ont engagé les Sieurs
Moette , le Clerc , Moricet , Prault &
Coutelier , Libraires à Paris , à en donner
une nouvelle édition..
·
On imprimne en deux Volumes in folio ,
chez Urbain Coutelier , l'Hiftoire Naturelle
de Pline en Latin. On n'a rien oublié
pour rendre cette nouvelle édition plusparfaite
& plus commode que les precedentes.
Le P. Hardoin a ajouté un grand nombre
d'obfervations à celles qu'il avoit déja
faites fur cet Auteur ; on y verra gravéesplus
de 2co Medailles , que l'Auteur explique
à l'occafion de quelques paffages de
Pline. Le premier volume eft bien avancé
on efpere que ce livre paroîtra à la fin de
l'année.
Traité des Cloches , & de la fainteté de
Foffrande du pain & du vin aux Meffes des
Morts , non confondue avec le pain & le
vin qu'on offroit fur les Tombeaux : par
M. Tiers , Docteur en Theologie , Curé
de Vibraic. A Paris , chez Jean de Nully,
90 LE MERCURĚ
Saint-Jacques , à l'Imagé Saint-Pierre ,
1721. in 12. de 270. pages.
rue
C'est ici un Ouvrage poftume de M.
Tiers , qui a été communiqué au Libraire
par fon Neveu s & entre ceux que nous
avons de cet Auteur , il n'eft pas un des
moins finguliers. On y traite de l'origine
des Cloches & de leur ufage , &c.
Rapfodies , Billevefées , Balivernes , Rá
gotons. Vol. in 12. fe vend à Paris 1721 .
Cé Livre nous étant tombé entre les mains,
nous l'avons parcouru avec avidité , nous
paroiffint tout-à - fait du reffort du Mercu
re, & croiant d'y trouver quelques morceaux
propres à amufer : mais l'Auteur a fi
exactement tenu parole , & s'eft tellement
renfermé dans le titre de fon Livre , que
nous aurions cru abuſer de la patience de
nos Lecteurs , d'en donner un Extrait .
Il vient de paroître une brochure in 4
imprimée chez Coignard , de 31 pages ,
contenant les Difcours prononcez dans
l'Academie Françoite , à la reception de
M. l'Evêque de Soiffons , & deux Pieces
de Poëfies , dont nous avons cru devoir
faire part au Public.
L
Extrait du Difcours
E nonvel Academicien commença fon
diſcours d'une maniere bien modefter
D'A O UST. 71
"
1
L'Academie de Soiffons , dont je m'honorois
d'être membre , dit -il , avoit jufqu'ici
borné mon ambition ; mais cette élpece
d'alliance qui m'approchoit de vous ,
m'aprit bien tôt combien j'en étois éloigné .
Plus je méditois vos ouvrages , plus je
fentois la difference qui fe trouve entre
des Maîtres & leurs Eleves , & c. Telles
étoient mes penfées , lors que j'apris que
vos fuffrages in'accordeient ce que je n'ofois
demander , ni prefque defirer . Aprés
fes remercimens à l'Academie , M. l'Evêque
de Soiffons fait l'éloge du Cardinal
de Richelieu , du Chancelier seguier.
Il met enfuite dans un beau jour les grandes
& éminentes qualitez de Louis XIV. Il
dit au fujet de M. le Regent , Les Princes
protegent quelquefois les Sciences , fans
les goûter , fans prefque les connoître :
celui- ci les connoît , il les goûte , il les
perfectionne , il les enrichit par fes recherches
, & par la multitude de fes connoiffances
; il réunit dans fa perfonne , ce qui
dans les fiecles paffez auroit donné de la
renommée à plufieurs perſonnages.
# J
Je laiffe aux Guerriers qui font parmi
vous , dit-il en parlant de Louis le Grand
à peindre en lui le victorieux , aux fages
Politiques à reprefenter le Legiflateur.
Pour moi , je ne voudrois louer que cette
Religion fincere , qui ne fut ni abattuë
7% LE MERCURE
dans les malheurs , ni oubliée dans les
triomphes , ni éteinte dans les plaiſirs , ni
déconcertée à la mort.
Au fujet de Monfieur d'Argenson , l'Orateur
dit , que Paris , cette Ville immenfe,
étoit maintenue dans l'abondance & dans
la paix , par l'austere vigilance du Lieure .
nant de Police . On auroit cru que cette
populace auffi tranquille que nombreuſe,
n'étoit qu'une feule famille , dont il pacifioit
les querelles , dont il jugeoit les
differends , dont il regloit les occupations ,
dont il procuroit la nouriture. A voir
comme il s'occupoit de tous ces détails ,
& la nuit & le jour , fouvent aux dépens
de fes repas & de fon fommeil , on cût
dit qu'il n'avoit point de corps. A voir
comment il fçavoit tout , il pourvoyoit à
rout , il étoit par tout ; on eut dit qu'il
en avoit plufieurs au moins auroit - on
cru que plufieurs Magiftrats paitageoient
le travail dont il fe chargeoit feul . Tranquille
au milieu de fes audiences.tumul
tueufes , il répondoit à tout fans confu
fion ; il moderoit tout fans inquietude ,
fans s'émouvoir , prefque fans parler. Un
inftant lui fuffifoit pour expedier à la fois
plufieurs affaires differentes. Son regard
prononçoit une Sentence , tandis que la
bouche en dictoit une autre , & que fa
main en traçoit une troifiéme. Cependant
:
il
D'AOUST. 75.
il fe faifoit un jeu de ces occupations multipliées
, & fon efprit au milieu d'elles ne ,
perdoit rien de fon enjoüement & de fa
delicateffe . On difoit communément qu'il
y avoit en lui deux perfonnes differentes ,
dont l'une fous un oeil effrayant , & un
vifage fevere confondoit le crime , & faifoit
pâlir la fraude & la violence : Dans,
Pautre l'auftere d'Argenfon n'avoit plus,
rien
que de gay
&
d'aimable
dans
les ma
nieres
, dans
les
difcours
, & prefque
dans
la phifionomie
.
Les éloges pour le Roy , dans lefquels
P'Orateur fait entrer Madame la Ducheffe
de Ventadour font tendres , nobles , &
affectueux. On voit dans ce Prince , dit- il,
de la compaffion pour les malheureux ;
elle nous annonce la tendreffe qu'il aura
pour fon peuple. Je vois près de lui , d'un
côté la fageffe , la valeur , la grandeur , la
magnificence , la bonté , la probiré ſous
l'exterieur d'un Maréchal de France ; (a) de
l'autre , c'eft la Religion même , qui fous
la forme d'un Evêque , ( b ) exerce ce coeur
docile aux devoirs de la pieté. Qu'aper
çois- je encore près du jeune Monarque ?
(c) la Verité , qui approche fi rarement
du thrône des Rois , je la vois qui preſide
(a ) Le Maréchal de Villeroy.
(b ) M. l'Evêque de Frejus .
( c) $ . A. S. Monfieur le Duc.
G
74 LE MERCURE
à l'éducation de celui- ci dans la perfonne·
d'un Prince dont la fincerité fait le
premier
caractere , & qui hait fouverainement
la duplicité & l'artifice .
1
M. l'Evêque de Soiffons termine fon difcours
par ces traits : Et vous , MESSIEURS ,
preparez dès ce jour les éloges que vous
donnerés à ce Roy , bon , jufte , clement
& religieux , puis qu'il fe prepare dès à
prefent à les meriter. Hâtez- vous d'amaffer
des couronnes dignes de lui : Qu'il le fçache
, & que leur vûe excite dans fon coeur
le defir de les acquerir. Que fçai - je s'il
'épuifera pas par fes vertus les éloges dis
à un Roy pacifique , comme fon Bifayeul
déconcerta plufieurs fois par la rapidité de
fes conquêtes , les louanges que vous prepariez
à fes victoires.
Monfieur Maler , Directeur de l'Academic
, répondit à M. l'Evêque de Soiffons,
& lui dir , MONSIEUR , il regne dans
toutes les parties de votre Difcours une
diction pure & polie , une imagination
vive & feconde , un genie noble & élevé,
Ces talens font hereditaires dans votre famille
, & l'on y trouve également dequoi
former l'accord harmonieux de l'Eloquence
,& celui de la Politique. Plus vous avez
de talens , plus vous contractez d'obligations.
Affujetti à nos loix & à norre difcipline
, fouvenez - vous , toutes libres
D'AOUS T.
75
qu'elles font , que vous êtes prefentement
chargé d'une portion du travail commun.
Vous avez fait , MONSIEUR , un ſi beau
portrait des vertus de Louis XIV , & vous
avez expliqué avec tant d'éloquence la protection
dont il honora l'Academie , en l'aprochant
de fon Thrône , & en la croyant
neceffaire à la gloire de la Nation , que je
me contenterai de dire que fi Louis fût par
fa naiffance le plus grand des Rois , fest
exploits , fa justice & fa pieté l'ont rendu
le plus grand des hommes.
VERSprononcer au Royfurfa convalescence
Pør M. DE LA MOTTE de l'Academię
Françoife.
Qu'un U'un feul jour enfante d'allarmes
Tes maux naifoient déja les larmes
Couloient de tous les yeux François ,
Cher PRINCE , une crainte mortelle
Defoloit ce peuple fidelle ,
Fameux par l'amour de fes Rois.
Mais le Ciel fatisfait des premieres menaces
Fait luire les momens heureux ;
Et par ce prompt fecours nos actions de graces
Se confondent avec nos voeux.
Jouis de cette longue joye
Qu'à l'envi- ton peuple déploye ,
Après de fi vives douleurs ;
Er du zele qui le ſignale
ļ
Gij
78 LE MERCURE
Reconnois une épreuve égale
Et dans fa joye & dans fes pleurs.
Pour nous , dans le danger qui menaçoit ta vie ,
Plus de plaifirs , plus de repos ;
Dès qu'elle t'eft rendue au gré de notre envie
Nous ne connoiffons plus de maux.
Quelle voix fidelle s'empreffe
A te conter notre allegreffe ,
Victorieufe du fommeil ?
Qui te peindra ces nuits brillantes ,
Où nos fêtes étincelantes
Trompent l'abfence du ſoleil ?
Avec affez d'ardeur quelle bouche t'exprime
La tendreſſe de nos diſcours ,
Et ces cris enflammez que fans ceffe ranime
Le feul interêt de tes jours ?
Ainfi du bonheur de la France
Fonde en toi l'heureuſe affurance
Tu recueilles déja le prix ;
Ainfi lors que ton peuple efpere ,
Qu'en toi tu lui formes un pere ,
Il a pour toi le coeur d'un fils.
Acheve de former ce Souverain Augufte .
Qu'en toi tous les yeux ont pleuré ;
Acheve de former ce Roy fenfible & juſte
Que notre joye a celebré,
D'AOUS T.
77 .
LA NAYADE DES THUILLERIES ,
Sur l'heureux Rétablissement de la
Santé du ROT.
Par M. DANCHET , de l'Academie Royale
des Infcriptions des Belles Lettres , &
l'un des Quarante de l'Academie Franfoife.
LE Fleuve dont les eaux tranquilles
Embelliffent le fein de la Reine des Villes ,
Avoit quitté fa fource , & vifitoit fes bords :
Il arrive : il entend mille cris d'allegreffe ,
Et voit tout Paris qui s'empreffe
A faire de ſa joye éclater les tranſports.
Surpris il s'arréte ; il appelle
Du Palais de nos Rois la Nayade fidelles
Nymphe , qui par le choix des Dieux ,
Partageant les honneurs de Zephire & de Flore ,
De ces jardins delicieux ,
Baignez les jeunes fleurs & les preffez d'eclore ,
Parlez , de quels concerts retentit ce fejour ?
Quels feux , transformez en étoiles ,
Dans l'absence du Dieu du jour ,
Ont de la nuit obfcure écarté tous les voiles
D'où naiffent ces plaifirs , ces danfes , ces feftias?
Dieu de ces bord's , dit- elle , à quels torrens de
larmes
G iij
LE MERCURE
Succedent ces ris & ces jeux !
Helas ! vous êtes trop heureux
D'avoir ignoré nos allarmes !
Notre Roy,notre eſpoir , nos plus cheres amours,
Ce refte precieux du plus grand des Monarques ,
Ce Prince .... j'en fremis , nous avons vu ces
jours
Menacez du cizeau des Parques !
Yous fremiffez vous - même , ah ! quels troubles
affreux
Agitoient fon Peuple fidelle ,
Auxmomens qu'une ardeur cruelle
our cette tendre fleur faifoit craindre fes feux
Tel qu'un Lis , la gloire de Flore ,
Qu'en naiffant l'Aurore embelit ,
Bitôt que du Midi la chaleur le devore,
Perd fon éclat & s'affoiblit :
Déja fa tige languillante
Succombe fous le poids de ſa tête mourante &
Tel , ce Prince charmant , digue prefent des
Dieux ,
Perdoit tous les attraits dont il brille à nos yeux
Je ne vous dirai point la douleur répanduë ,
La terreur portée en tous lieux ,
Les pleurs d'une Cour éperdue :
Eh! de quelles couleurs peindrois - je Villeroy
Plus languiffant encor , plus mourant que fon
Roy ?
D'A O UST. 72
La valeur du Guerrier , ni la raifon du Sage
Ne parent point de fi grands coups ,
Il croit voir les Deftins jaloux
Prêts à lui ravir fon ouvrage.
Un régard , un foupir de fon Prince accable
Penetre fon ame ſenſible !
Il fe trouble , il pâlic à ce péril terrible ,
Le feul ou fon coeur ait tremblé.
Ff toy (a ) , qui nous a fait admirer ta prudence ,
Lorfque de notre Roy tu cultivois l'enfance ,
Et preparois fon jeune coeur
A ce qui doit un jour fonder notre bonheur.
Quelle mere jamais livrée à la triſteffe ,
Voyant dans fon effroy , le bucher preparé
Pour un fils expirant , feul fruit de fa tendreffe ,
Sentit de plus de traits tout fon fein dechiré
Mais pourquoy rapeller ces images cruelles ?
Des horreurs du trépas notre Roy fort vainqueur,
Il a déja repris ces graces naturelles
Qui lui fçavent ouvrir tous les chemins du coeur,
Chantez, Mufes, chantez, il aime à vous entendre
(b) Le plus cher de vos Favoris ,
Soigneux de le former dès l'âge le plus tendre ,
Lui fait de vos talens connoître tout le prix.
Vous le verrez bien - tôt fur cette heureuſe rive !
A la douceur de vos Chanfons
Madame la Ducheffe de Ventadour.
M'Evêque de Frejusj
Giiij
LE MERCURE
Prêter une oreille attentive ;
Excitez tous vos nourriffons :
Qu'à lui plaire chacun s'empreſſe ,
Mais ne l'occupez point par de frivoles fons ,
Sous l'attrait du plaifir montrez -lui la Sageffe ,
Et jufques dans ces jeux tracez - lui des leçons.
Peignez les vifs tranfports que la France deploye,
Et lui faifant voir notre amour ,
Source unique de notre joye ,
Dites- lui , qu'il nous doit le plus tendre retour.
Ce n'eft point la magnificence ,
Ni la gloire des grands exploits ,
C'est l'amour mutuel des Peuples & des Rois
Qui d'un Thrône éclatant affermit la puiffance :
Qu'à regner dans les coeurs il borne fes projets ;
Nous l'aimons , notre amour efpere
Qu'il gouvernera fes Sujets
Moins comme Roy , que comme Pere.
Nymphe , n'en doutez point : il comblera nos
voeux ,
S'écrie à ce recit , le Fleuve de la Seine ,
Favorables Deftins , Puiffance Souveraine ,
Qu'il vive feulement & nous fommes heureux.
Vous , Nymphe , marquez votre zéle ,
Raffemblez à fes yeux les innocens plaiſirs ,
Le Ciel fe rend à nos defirs ,
Je cours au Dieu des Mers en porter la nouvelle
D'AOUST.
LES BEAUX ARTS.
L
Es beaux Arts ont fait une grande
perte vers la fin du mois dernier en
la perfonne du fieur Watteau , Profeffeur
de l'Academie Royale de Peinture , qui eft
mort d'une maladie du poumon, feulement
âgé de 37 ans , âge fatal à la Peinture. Le
fameux Raphaël d'Urbin , & Euftache le
Sueur font morts à cet âge- là .
Le gracieux & élegant Peintre dont nous
annonçons la mort
dans fa Profeffion
›
› étoit fort diftingué
& fa memoire fera
toujours chere aux vrais amateurs de la
Peinture. Rien ne le prouve mieux que le
prix exceffif auquel font aujourd'hui fes
Tableaux de Chevalet en petites figures.
Il n'en a fait que de cette elpéce , dans le
goût Flamand , mais dont le coloris aproche
fort de celui de Rubens . Il avoit beaucoup
étudié cette l'Ecole. Il a laiffé fes
Deffeins & fes Etudes à M. l'Abbé Harancher,
fon ami , Chanoine de S. Germain
l'Auxerrois , qui aime les bons Tableaux ,
& qui en a des meilleurs Maîtres dans fon
Cabinet.
M. Watteau étoit natif de Valenciennes,
& d'une très- honnête famille. D'un na
1.
$2 LE MERCURE
-
turel doux & affable , fes moeurs furent
toujouts amples , & fa probité égala fon
merite. Exact obfervateur de la Nature ,
il s'ouvrit par elle un nouveau ſentier
pour arriver aux perfections les plus delicates
& les plus piquantes de fon Art.
On fait tout à la fois fon éloge & celui
de l'Academie Royale de Peinture , en racontant
de quelle maniere il y fut agregé.
Watteau , fans être connu , ni protegé de
perfonne , fir un Tableau pour être prefenté
aux Academiciens , dans l'intention
feulement d'obtenir d'eux leurs fuffrages ,
pour aller fous leurs aufpices étudier à
Rome dans l'Academie que le Roy y entretient
pour former de jeunes Eléves , fur
les grandes compofuions des plus celebres
Peintres Sur ce même Tableau , Watteau
qui ignoroit feul fon talent & fa capacité,
obtint bien plus qu'il ne demandoit : Il fut
reçû Profeffeur de l'Academie Royale de'
Peinture à Paris . Quel merite ce trait
de fa vie ne prouve t'il pas en lui ?
Et quelles lumieres & quelle équité ne
nous montre- t'il pas dans les membres
qui compofent cette celebre Compagnie ?
Le Génie de cet habile Artifte le porroit
à compofer de petits fujets galants ;
Nôces champêtres , Bals , Mafcarades ,
Fêtes Marines , &c. La varieté des drapesies
, des ornemens de tête , & des habille
D'AOUST.
mens , font fur-tout grand plaifir dans fes
compofitions. On y voit un agréable mêlange
du ferieux , du grotefque & des
caprices de la mode Françoife ancienne &
moderne. Sur-tout le precieux talent de la
grace dans les airs de têtes, principalement
dans les femmes & les enfans qui fe fait
fentir par tout. Sa touche & la vagnezze
de fes payfages font charmantes. Sa cou
leur eft pure & vraye , fes figures ont
toute la delicateffe & toute la précifion
qu'on pourroit fouhaiter, Les ciels de fes
Tableaux font tendres , legers & variez ,
les arbres font feuillés , difpofés & placés
avec art , les fites de fes payfages font admirables,&
fes terraffes d'une verité naïve,
auffibien que les animaux & les fleurs
La carnation de fes figures eft animée &
douillette , les étoffes de fes draperies font
plus fimples que riches , mais elles font
moëlleufes , avec de beaux plis , & des
couleurs vives & vrayes.
Il avoit été Eleve de M. Gilot , de
PAcademie de Peinture , ce génie fécond
& fingulier , qui manie avec tant d'Art le
Pinceau & le Burin.
LE MERCURE
1
י ו
Suite de l'Extrait de la Piéce intitulée,
Les incommoditez de la Grandeur.
C
ACTE III.
LEON , Confident du Comte de
Charolo's , qu'on avoit chargé de contrefaire
l'Ambaffaieur , ravi du fuccès de
fon entreprise , fe diſpoſe à une ſeconde Ambaffade
porr embaraffer encore davantage
Gregoire , dont l'inquiétude augmente à la
nouvelle de la Guerre qu'un des Princes
Les voisins eft fur le point de lni declarer.
Scene premiere.
LE COMTE.
Il écorche fouvent & les noms & les verbes ,
Et dans tous fes propos il eft riche en proverbes
Mais dans fes quolibets qu'il prodigue à foifon ,
L'on découvre toujours certain fond de raifon
&c.
On affemble le Confeil pour deliberer fur
le parti qu'il y a à prendre. Les differens
avis de fes Confeillers , dont les uns font
pour la Paix , les autres pour la Guerre ,
D'AOUST.
se font qu'augmenter ſa peine , ne fçachant
à quoi fe déterminer. Au fortir du Confeil
il fe trouve affiegé par une troupe de demandeurs
qui lui prefentent des Placets :
mais fur-tout un Sçavrnt ridicule , qui fe
plaint du peu d'égards qu'on a de fon me
rite,
GREGOIRE.
Viens , hé! Cafaquin Noir , qu'eft ce donc que
tu veux ?
Scene III..
FADIUS.
Je viens me plaindre ici du Deftin malheureux,
Où l'on voit les Sçavans reduits dans la Province,
Eloignez de la Cour & des bienfaits du Prince,
J'ay fçû d'un bout à l'autre Ariftote & Platon ,
Euripide , Pindare , Homere & Lycophron ;
Car je ne parle point de Virgile & d'Horace ,
Tous ces Auteurs Latius font des grimauds de
Claffe.
Jefçay le Siriaque & l'Arabe & l'Hebreux,
Le Caldéen , le Caphte ....
GREGOIRE
Oh ne jure pas Dieu !
FADIUS.
J'ay fait depuis vingt ans plus de vingt Commen.
taires ,
De mes Livres fameux j'accable les Libraires.
Il ne s'eft rien paffé de grand dans tout l'Etag
86 LE MERCURE
Qui n'ait reçu de moy quelque nouvel éclat
Et le Prince jamais n'a gagné la victoire
Dont ma plume auffi tôt n'ait celebré la gloire.
Je ne dis rien de faux & pour en faire foy ,
Voici les Vers encor que je porte fur moy.
Ce n'eft pas comme on voit fur rien que je me
fonde ,
Et je les donne à faire aux plus fçavans du monde;
Et lorfque pour les fruits de mes productions ,
On devroit voir fur moy pleuvoir des penfions ,
La Cour, l'ingrate Cour, pour prix de ma fcience,
Me laiffe injuftement languir dans l'indigence.
GREGOIRE.
Ecoute, jette au feu ce vain tas de papier ,
Et fi tu m'en veux croire , aprends un bon metior,
Avec ton Hebrieu je te dirai qu'en fomme ,
Un métier ne vaut rien , s'il ne nourrit fon homme
.
Retiens bien cet avis , & du refte bon foir.
FADIUS.
Ah Ciel + traiter ainfi des gens de mon fçavoir !
O trop injufte Cour ! fejour de l'ignorance !
Voila quels font les fruits de ta reconnoiffance
Va , tu reffentiras mon indignation ;
Je te donne aujourd'huy ma malediction ,
Et pour me bien vanger , & par un trait celebre ,
Ne puiffe tu fçavoir ni l'Hebreu ni l'Algebre ,
&c.
Gregoire revient un peu du chagrin que
D'AOUS T. 87
lui avoient caufé tous ces Placets , par la
vue de fes Trefors qu'on lui mentre ; mais
Ja joye n'eft pas de longue durée , car en
un moment cet argent eft employé à payer
fes Officiers , fans qu'il lui refte rien ; ce
qui l'oblige à dire
Si tout va de la forte , un Prince eft malheureux
Et de tous les Sujets fe trouve le plus gucax.
Il a de grands trefors , mais ils font au pillage,
Oh! je veux cependant mieux regler mon menage,
Je fuis votre valer , & je prétens d'abord ,
Garder à l'avenir la clef du Coffre-fort.
Scene V.
LE DU C.
Mais , Seigneur , Votre Alteffe
GREGOIRE .
Ah ! point tant de paroles.
Belle Alteffe , ma foi , qui n'a pas deux oboles,
Je vois dans ce pays que chacun fonge à foy
Mais je veux, s'il vous plaît, être maître chez moi,
Scene VI.
Bon.... autre dudit jour , dans fa robe de cham
bre ,
Et qui s'en vient fourre comme au mois de Decembre.
C'est un Aftrologue qui fe prefente à
Lui , & qui l'épouvante par de fâcheufes
prédictions. On lui fait entendre un Concert
pour calmer fon efprit ; aprés lequet
88 LE MERCURE
on le conduit par la ville , en attendang
le dîner.
PAROLES DU CONCERT.
Premier Muficien.
Heureux qui fur le Trône & craint & reveré ,
Dans le fein des grandeurs peut voir couler fa
vie.
Second Muficien.
Heureux qui loin du monde & des yeux de l'envie
Dans le fein du repos peut vivre retiré.
I.
Quelle folitude!
2.
Quel embarras !
I.
A vivre dans l'oubli trouvez-vous des appas a
2 .
En trouvez- vous à vivre avec inquietude
I.
Peut- on dans cet état contenter fes defirs ?
2.
On cft toujours exemt de defir & de crainte
I.
On vit fans plaifirs.
2.
On vit fans contrainte,
707
31
D'AOUST,
En Dus,
I.
Non , non , la grandeur
Ne peut trop nous plaire
Non , non , la grandeur
Doit toucher un coeur.
Elle fçait nous faire
Un parfait bonheur.
Non , non , &c.
La Mufique eft de la compofition de Ma
du Tartre
ACTE I V.
Scene premiere.
Gregoire s'étant échapé des Courtisans
qui l'obfedoient , repaffe dans fon efprit
tout ce qui lui eft arrivé depuis qu'il eft
Duc. Il s'exprime ainsi .
Enfin me voila feul , ne vois - je là perfonne ?
Non. Eh ! pargoi , Meffieurs , vous me la baillez
bonne.
Ils m'avoient plus promís de beurre que de pain ?
Je fuis Altefle & Duc , & fi je meurs de faim.
Quel pefte de métier ! & le moyen d'y vivre !
Je ne puis faire un pas , qu'ils ne viennent me
fuivre ;
6
Il faut me fauver d'eux pour être en liberté ,
Et j'ai toujours cent gens pendus à mon côté
Il me faut effuier un Harangueur mauffade :
Et ce vilain braillard avec fon ambaffade !
H
LE MERCURE
Je vois un coffreplein d'argent, & c'eſt fort beaus
Mais les drôles entr'eux partagent le gâteau.
Chacun d'eux fans façon fe nantit à fa guife ,
Et je me trouve moi gueux comme un ra
d'Eglife .
Au lieu d'un bon dîné dont j'aurois grand befoin
A de vaines chanfons ils bornent tout leur foin.
Ma foy l'on ne vit pas de danfe' & de mufique ;
A mener ce beau train on deviendroit étique.
Si c'est là ètre Duc , pargoi point de quartier ,
Je me declare net , je renonce au métier.
Comment ? j'aimetois mieux cent fois être à la
chaine.
Scene II.
LE DUC.
Seigneur , toute la Cour étoit de vous en peine 3
Je vous cherchois.
·
GREGOIRE..
Et moi je ne vous cherchois pas.
ft -ce done que fans vous je ne puis faire un pas
Je me laffe bientôt de tout ce tripotage ,
Et je ne prétends pas qu'il dure davantage..
LE DUC.
Mais vous êtes le Maître , & pouvez ordonner,
GREGOIRE.
Eh bien j'ordonne donc qu'on me faffe dîner.
Voyez vous , je me fens les dents longues d'uno
aune ;
J'en reviens toujours là , c'eft le but de mon
proue.,
1
D'AOUS T.
3
LE DUC.
On eft après , & fi l'on femble reculer ,
Cen'eft qu'afin, Seigneur , de vous mieuxregaler ,
GREGOIRE.
Mon Dieu , je ne veux point tant de ceremonie
Pourvû que j'aie enfin la panfe bien remplic ,
Que m'importe comment ? un bon flacon de vin
Quelque morceau de lard , du fromage du pain a
C'est tout ce qu'il me faut.
LE DU C.
Mais un repas fi mincer
Ne paroit pas, Seigneur, affez digne d'un Prince
Il faut avoir égard à votre dignité.
GREGOIRE .
Compere , ayons égard à la neceffité. -
Carmagnole l'appaise en l'aſſurant que
fon diné fera bientôt prêt. Sur ces entre~
faites un Officier tout effrayé lui apporte
la nouvelle du debarquement de l'Empereur
de la Chine , avec une Armée de dix
mille hommes. L'Ambaſſadeur qui lui avoit
declaré la guerre, lui offre de la part de
Sou Maistre de terminer leur differend par
un duel.
Scene V.
CLEON.
Congez à vous , Seigneur , mon Maître commo
un foudre ,
Hij
LE MERCURE
Tombant fur vos états peut les reduire en
poudre , & e.
Mais le Roy qui connoît qu'en ces combats.
fanglans ,
Les Petits bien fouvent font punis pour les
Grands ,
Par un trait qui fied bien aux ames magnanimes ,
Noudroit bien épargner le nombre des victimes ,
Et je viens en ces lieux vous offrir un parti ,
Dont il ne craindra point de fe voir démenti :
C'eft que vous choififfiez une de ces épées ,
Pour être dans le fang l'un de l'autre trempées s
Il voudroit bien avoir , éprouvant de vos coups,
L'honneur de fe couper la gorge avecque vous.
GREGOIRE.
Quel chien de compliment celui-là vient -il faire ?
Il faut m'aller couper la gorge pour lui plaire.
Pefte du compliment ! voyez le bel honneur ?
CLEON.
Il vous a toujours pris pour un Prince de coeur.
· ; ·
Puis que vous refuſez un parti fi louable ,
Du fang qu'on répandra vous ferez reſponſable. į
Songez que vous pouvez ailément prévenir
Des maux que votre mort pourra feule finir .
GREGOIRE.
Ce maudit Envoyé vient d'échauffer ma bile ;
Au moins qu'on ferme bien les portes de la Ville:
D' A O UST. 93
Pargoi je ne vis pas , pefte foit du mêtier :
Il commence déja bien fort à m'ennuyer .
LE DUC.
Le danger eft preffant ; il eft bon qu'on obferve...
Scene V I.
ORONTE.
Servira t'on , Seigneur ?
GREGOIR E.
Vite , vite, qu'on ferve.
LE DUC.
Mais, Seigneur, l'Ennemi contre nous déchaîné ...
GREGOIRE.
L'Ennemi , l'Ennemi , peut- être a bien dîné.
Dînons à notre tour , point de ceremonie ;
Tout en va beaucoup mieux quand la panfe eft
garnic.
Après tant attendu nous dinerons enfin,
Quel eft cet homme - là ?
Scene VII.
ORONTE. '
C'eft vatre Medecin,
GREGOIRE.
Mon Medecin ! pourquoi ? je ne fuis pas malade.
Ça ça , donnons d'abord deffus cette falade.
Compere , pourquoi donc eft- ce que vous l'ôtez?
LE MEDECIN avec une baguette
dont il touche les plats pour les faire ôter.
Les herbes , Monfeigneur , cauſent des cruditez
94
LE
MERCURE
Et comme mon devoir veut que je m'intereſſe
A conferver toujours en fanté votre Alteſſe ,
Je ne dois point du tout fouffrir qu'on ferve ici
Aucuns mets malfaifants & tel que celui - ci.
GREGOIRE.
Ces Canards que je vois ont affez bonne mine ,
Et me feront grand bien jettez dans ma poitrine.
On te le plat
Encore ! eft-ce pour rire & me faire enrager.
LE MEDECIN..
Monfeigneur, cette viande eft un mauvais manger.
Nous avons condamnétoutes ces chairs noirâtres,
Dures à l'eftomac & trop opiniâtress;
Car ce n'eft pas le tout, Monfeigneur , d'ingerer,
Il faut encore fonger à pouvoir digerer.
Je vous interdis donc ces oifeaux aquatiques ,
Lefquels rendent d'ailleurs les gens melancoliques .
GREGOIRE.
J'aperçois un rágoût là - bas de bonne odeur ;
Ellayons.en.
LE MEDECIN.
Non pas s'il vous plaît , Monſeigueur,
GREGOIRE.
Et pourquoy ?
LE MEDECIN.
Monfeigneur , toutes les fricaffées☀
Tous ces mets de haut goût, ces viandes épicées
Mettent dans l'eftomac un feu tout devorant
Irritent trop la foif par ce feu confumant;
D'A OUST.
T$
Or
Or qui boit trop , éteint cette humeur radicale ,
Qui feule foutient l'homme & la vie animale.
GREGOIRE..
Les fruits du moins , ami , pourront me rafraîchir
Et.
LE MEDECIN.
Non , certes , Monſeigneur, je ne le puis fouffrir ;
Je fçais trop mon devoir , il y va de ma vie.
GREGOIRE..
Ils me femblent fort beaux , & me font grande
envie. 2
LE MEDECIN.
Refrenez , Monfeigneur , cette cupidité ,
Ces fruits font dangereux & pleins d'humidité.
C'eft un fuc flatueux trifte , fluxionnaire ,
Hipocrate en cent lieux que j'ai pris» ſoin d'exe
traire ,,
Par de fortes raifons le prouve évidemment ,,
je fuis en cela fort de fon fentiment.
Mais
GREGOIRE.
que voulez-vous donc , s'il vous plaift, que
je mange ?:
LE MEDECIN.
Vous prendrez , Monfeigneur , cette écorce
d'orange ,
Avec une douzaine environ de cornets ;
Nous pourrez prendre encore une couple d'oeufs
frais
96
MERCURE LE
Et fi vous le voulez cette petite pêche ,
Mettant fur tout cela deux grands verres d'eau
fraîche.
GREGOIRE.
Ah! traître , empoisonneur , fcelerat inhumain ,
Tu me veux donc ainfi faire mourir de faim ?
Le coquin a bien fait d'éviter ma vengence .
Il faut chaffer d'icy cette maudite engence .
Or mangeons maintenant , je fuis en liberté ;
Vangeons - nous en donnant d'abord- fur ce pâté.
Enfin une conſpiration contre sa vie , dont
on lui apprend la nouvelle , joint aux autres
incommoditez qu'il vient d'éprouver, lui fait
prendre la refolution de renoncer à fa now
velle dignité. Il pourſuit ,
Scene IX.
Et dequoi me guerit tout ce fracas de Prince ,
Ces honneurs , ces refpects , & cet éclat nouveau ,
S'il ne m'eft pas permis de manger un morceau ?
Quoy !toujours en danger du fer on de la
faim ,dit-il ?
Parlons fans barguigner , je m'appelle Gregoire ,
Et ne fuis point né Duc fi j'ay bonne memoire.
A mon reveil tantôt je me le fuis trouvé ,
Et je penfe à mon dam , mais Dieu m'a prefervé,
Voilà donc cet état , & ce bonheur de vie ,
Voilà ce qu'on regarde avec des yeux d'envie ,
Et
D'AOUST.
Et pourquoi l'on s'expoſe à cent fortes de maux .
Helas ! par la morgoy , les hommes font bien
fots , &c.
Le Duc ordonne à un de fes Officiers de
lui donner un breavage pour l'endormir ,
de le faire reporter avec ſes premiers.
habits dans l'endroit où on l'avoit pris.
Scene XI.
LE DUC .
Que voulés-vous , mon fils , de plus pour vous
inftruire ?
Cet exemple nous dit tout ce qu'il nous faut dire.
LE COMTE .
Je le comprens , Seigneur , je le fens & je vois
Que de notre grandeur nous fentons mal le poids,
L'habitude nous trompe , & la rend ſuportable :
L'agrément en eft vain , la peine veritable ;
Et fans un fort grand Art en ce poſte orageux ,
Dans le fein de la gloire on ſe voit malheureux .
LE DUC.
Oui , mon fils , notre rang eft plein d'inquiétude,
L'Etat d'un Souverain eft une ſervitude.
Avec ce grand pouvoir dont on eſt fi jaloux ,
Nous dépendons de ceux qui dépendent de nous,
& C,
98 LE MERCURE
ACTE V.
Les ordres du Duc ayant été executez , -
Gregoire eft fort ſurpris en ſe réveillant de
fe trouver dépouillé de toute fa grandeur 5
& croyant que tout ce qui lui eft arrivé n'a
été qu'un fonge , il en fait le recit à Lubin ,
autre Payfan defes amis , qui l'avoit éveillé.
Carmagnole , qui l'obſervoit , s'en farfit
comme d'un defertenr . Gregoire tâche defe
Sauver : mais il eft arrêté par le Capitaine
Valere , qui lui declare l'ordre qu'il a reçû
du Duc de le faire punir dans toute la ri
gueur des Loix , pour fervir d'exemple aux
autres, Le Duc furvient, Gregoire est ſurpris
de revoir fon Chambellan dans celui qu'on
dit être le Duc de Bourgogne , & de trouver
fes prétendus Officiers dans les Courtisans
qui accompagnent ce Prince . Enfin après
bien des frayeurs il obtient fa grace , & le
Due le retient à fon service.
SCENE DERNIERE.
LE COMTE.
Il est divertiffant , & d'une humeur plaifante,
LE DUC.
Daus fon état , mon fils , il a l'ame contente.
Sa grandeur , il cft vrai , n'a pas duré longtems ,
Mais de même en eft-il du deftin des plus Grands.
Le rang que nous tenons paroît digne d'envie
D'A O UST . 99
Mais il le faut , mon fils , quitter avec la vie.
Cette vaine grandeur ne doit point nous enfler ;
C'est un torrent qui paffe, & qu'on voit s'écouler .
Nous qui fommes ici les Princes & les Maîtres ;
Quand la mort nous aura rejoints à nos ancêtres ,
Nous paroîtrons , mon fils , avec tous nos defauts ,
Et nos derniers Sujets deviendront nos égaux .
De nos fameux exploits il faudra rendre
Notre gloire fera peutêtre notre honte.
Pour éviter , mon fils , un fi cruel retour
Regnez en Souverain qui doit mourir un jour.
Honorez la vertu , cultivez la juſtice ;
Puniffez le méchant , & reprimez le vice :
Cheriffez vos Sujets , pour être cheri d'eux,
Et mettez votre gloire à faire des heureux .
FIN.
compte,
>
On travaille à un Ballet pour reprefenter
après la Touffaints devant le Roy au
Palais des Tuilleries. Les paroles ſont de
M. Roy , & la mufique de M. Deftouches ,
Sur-Intendant de la Mufique du Roy ,
reçu en furvivance de la Charge de M. de
la Lande , & Infpecteur de l'Academie
Royale de Mufique. Il eft intitulé les Elemens
, difpofé en quatre Entrées , avec un
Prologue , dont le fujet eft le Cahos .
ssches
I ij
LE MERCURE
LE THEATRE FRANCOIS.
3
E 27 Juillet. La Mere Coquette ou
les Amans brouillez , Comedie de M.
Quinault , qui n'avoit été reprefentée depuis
long- tems; C'eft une excellente Piece,
fi bonne , au dire des connoiffeurs , qu'il
n'y en a pas quatre des meilleures de Moliere
qu'on doive lui preferer. Elle a été
parfaitement bien jouée par les Acteurs
fuivans. Ifmene coquette , la Dile. Chanyalon.
Ifabelle , fille d'Ifmene , la Dlle. d'Angeville.
Laurette , fervante d'Ifmene , la
Dame Deshayes d'Ancourt. Acante
Amant d'ifabelle , le fieur Quinaut. Champagne
, valet d'Acante , le fieur de la
Torilliere. Le Marquis , confin d'Acante ,
le fieur Poiffon. Cremante pere d'Acante ,
de fieur Delavoye.
Cette Piece fut reprefentée en 1664.
fur le Theâtre de l'Hôtel de Bourgogne.
Poiffon l'ancien , cet excellent Comique ,
qui vit encore en la perfonne de fon fils ,
heritier de tous fes talens , y joüoit le rôle
du Marquis . C'eft le premier perfonnage
idicule de cette efpece qu'on ait mis au
Theatre François, '
6. Août. IPHIGENIE, Tragedie de M.
de Racine , fur le Theâtre du Palais Royal,
D'AQUST. 181
4
où la Dlle . Labat , jeune perfonne d'environ
16 ans , & actuellement danfeufe
de l'Opera de Paris , a paru pour la troifiéme
fois dans le rôle d'Iphigenie. Elle a
été extremement goûtée , & le Public, qui
l'a beaucoup aplaudie fur le Theâtre de
l'Hôtel des Comediens & ici , efpere beaucoup
de fes talens : Elle a des graces naturelles
& un air animé qui préviennent en
fa faveur : Outre le merite de la danfe &
de la jeuneffe , elle a encore celui de chanter
fort agreablement . Sa vivacité fait
croire qu'elle réuffira fort bien dans le
Comique La Dlle. le Couvreur a joüé
dans la même Piece , le rôle d'Eriphile ,
dans lequel elle n'avoit point encore paru .
Cette Actrice eft fi fort au goût du Public ,
qu'elle eft fûre de plaire & de toucher ,
dans tous les perfonnages qu'elle entreprend
de reprefenter. La Demoiſelle Duclos
a joué d'une maniere raviffante le rôle
de Clitemnestre.
13. Août. BAJAZET, au Palais Royal ;
la Dile, Labat y a joué le rôle d'Athalide, &
la Dlle. le Couvreur celui de Roxane
qu'elle n'avoit jamais joué. Cette premiere
Actrice chanta & danfa dans la petite Comedie
du Port de Mer, & fut très aplaudie.
Les Comediens du Roy ont commencé
à faire paroître leur zele pour le rétabliſſement
de la fanté de Sa Majefté , le Lundi
I iij
ΤΟΣ LE MERCURE
*
quatriéme Août, par un grand feu devant
leur Hôtel ; ils en firent un femblable le
Mercredy fixième , jour du Te Deum , qui'
fut chanté à Notre- Dame par ordre du
Roy ; & le Vendredy huitiéme Août ils ſe
fignalerent en fomptuofitez de la maniere
qu'on le va voir .
Après avoir annoncé fur leur Theâtre &
affiché la Piece Comique du BOURGEOIS
GENTILHOMME , ornée de chants, de danfes
& de la ceremonie Turque ; ils la reprefenterent
Gratis . La moitié des places
étoient déja occupées avant midi , & en
moins de deux heures après perfonne ne
put plus trouver à fe placer. On avoit ob
fervé dès le commencement de laiffer entrer
aux Loges , au Theâtre & à l'Amphiteâtre
les femmes , les enfans & les hommes
âgez & incommodez , renvoyant au
Parterre les jeunes gens & le bas peuple.
Cette précaution fit que le fpectacle , quoi
que prodigieufement rempli , ( car on a
compté jufqu'à quatorze perfonnes dans
une feule Loge , fut très tranquille , fans
la moindre conteftation ni le moindre accident.
Et ce qu'il y a de particulier , c'est
que cette populace affemblée , fut non
feulement attentive pendant toute la reprefentation
, mais encore elle aplaudit très
jufte & très fenfément aux meilleurs endroits
de la Piece. Une acclamation de
D'AOUS T. 101
Vive le Roy , entre autres fe fit entendre
de bien loin ; elle partit fi fubitement
& avec tant de vehemence
, que
le plafond
& toute la falle en retentirent
long- tems. Ce fut à l'endroit
où M. Jourdain
donne un regal à fa maîtreffe
, &
boit à fa fanté. Le fieur Poiffon , qui joue
ce perfonnage
, but à la fanté du Roy , en
s'adreffant à l'affemblée , laquelle répondit
preftement
& unaniment
par les cris percans
dont nous parlons.
Cette affemblée n'étoit ni brillante ni
augufte,, ppaarr la parure ni par la qualité
des perfonnes qui la compofoient , mais
on peut dire qu'elle étoit fort finguliere ,
& en quelque maniere refpectable , par
les bonnes gens qu'on y voyoit livrés à la
joye , & par le plaifir de la furprife qu'on
temarquoit en eux. Cette diverfité d'expreffions
répandue fur tous les vifages ,
pour fignifier la même chofe , étoit veritablement
digne de la curiofité des meilleurs
efprits.
Au refte , cette Piéce fut jouée par les
meilleurs Acteurs & parfaitement bien
reprefentée. Pour ne pas faire languir la
nombreufe affemblée , on avança l'heure
ordinaire du Spectacle de deux heures ,
en forte qu'il finit à fix heures & demie
auffi tranquillement qu'il avoit commencé.
Depuis deux jours les Comediens faifoient
I iiij
104 LE MERCURE
travailler à la décoration de la façade de
leur Hôtel , pour l'illumination & le feu de
joye qui devoient terminer la fête . L'Hôtel
des Comediens du Roy eft fitué dans la
Rue des Foffés S. Germain , qui eſt une
des plus grandes de Paris. Il eft bâti fur dix
toifes de terrain , & fon élevation eſt de
fix toifes , depuis le rez de chauffée jufqu'au
cordon ou corniche de l'entablement.
Toute la façade eft de pierres de taille à
deux étages de fix croifées chacun , &
d'une architecture fimple ; elle eſt couronnée
d'un fronton triangulaire , foutenu
par des boffages au lieu de pilaftres , dont
le timpan eft orné d'une belle figure de
Minerve en demi relief ; perpendiculairement
au- deffous les Armes du Roy en demy
relief , & plus bas dans l'autre paneau du
milieu , un cartouche orné de feftons , où
eft cette infcription en lettres d'or fur un
marbre noir : HOSTEL DES COMEDIENS
DU ROY , ENTRETENUS PAR
SA MAJESTE'. Un grand balcon de fer
de quatre pieds de faillie regne fur toute
la longueur de la façade, au bas des grandes
croifées du premier étage. Sous ce balcon
font quatre portes quarrées de mêmes
portions , qui font finetrie entr'elles .
pro-
A l'entrée de la nuit toute cette façade
parut illuminée de plus de cinq mille lampions
diftribuez en cet ordre. Toute la
D'AOUS T.
105
rampe du balcon étoit revêtue de voliges
ou planches de fapin fort déliées , & toutes
couverres de lampions difpofez en lozenges.
On avoit laiffé une place au milieu ,
où des lampions formoient en groffes lettres
majufcules de 18 pouces de proportion
, VIVE LEROY , & immediatement
au-deffus on lifoit ces paroles ingenieuſes
très - convenables au fujer , fur un vélin
tranfparent , au-deffous d'une ruche , qui
eft la devife des Comediens , & le type
de leurs jettons : REGE INCOLUMI
OMNIA TUTA. Imitation de Virgile ,
au 4. Liv. des Georgiques.
Trois piramides de lamperons , dans la
même difpofition que ceux du balcon s'élevoient
du bas des croifées du premier
étage jufques vers la corniche de l'édifice .
Celle du milieu qui dominoit für les deux
autres étoit furmontée d'un Soleil rayonnant
, & les deux autres par une Fleur de
Lis. Les deux pilaftres dont nous avons
parlé & les panneaux entre les croisées
étoient illuminez dans la même fimetrie
& à toutes les croifées il y avoit de faux
chambranles appliquez avec des bordures
de lampions. Cette brillante illumination
étoit terminée par deux cens falots rangez
près à près fur la corniche & fur la
cimaife du fronton . Le plus élevé étoit une
groffe terrine , pareille aux fix qu'on avoit
100 LE MERCURE
placées fur les fix lucarnes du toit briſé à
la manfarde.
Le feu d'artifice étoit compofé de douze
douzaines de fufées volantes , de douze
douzaines de lances à feu , placées fur
l'apuy du balcon , & de vingt - quatre
gerbes fur la même ligne , mais un peu
plus élevées . Trois Soleils tournans & un
Soleil fixe , étoient placez vers le bas du
balcon.
Quand tout fut achevé d'allumer , un
bruit de trompettes & de timbales fe fit
entendre & donna le fignal pour mettre
le feu à un grand bucher dreffé devant
PHôtel , les acclamations du peuple fe mêlerent
au bruit des fanfarres , & dans les
intervalles de cette mufique bruyante &
des cris redoublez de Vive le Roy , on entendoit
une fymphonie de hautbois trèsagreables.
On commença à neuf heures à tirer les
fix douzaines de fufées volantes , apellées
des Partemens , on tira enfuite les fix douzaines
, apellées doubles Marquifes , qui
firent le plus bel effet du monde. Après
cela tout le balcon & toute la façade de
l'Hôtel parurent en feu par les gerbes &
les larices à feu , les trois Soleils tournans
leur fuccederent , & ce magnifique Specta
cle finit par le Soleil fixe , dont l'artifice
furprit & charma tous les Spectateurs.
'DA O US T. 107
L'Aca
L'OPERA.
'Academie Royale de Mufique continue
les repreſentations du Balet des
FESTES VENITIENNES , avec le
même fuccès. Le fieur de Chaffé , jeune
homme de Bretagne , parfaitement bien)
fait de fa perfonne , & qui a la plus belle ,
baffe- taille qu'on fçauroit entendre , a
chanté plufieurs fois le rôle du fieur The
venard dans la premiere Entrée ; il a été
extremement aplaudi . On lui trouve l'air"
noble , le vifage agreable , & toutes les
difpofitions neceffaires pour devenir un
excellent Acteur.
Le fieur Muraire a doublé le rôle du
Maître à chanter que le fieur Mantienne
a toujours joué dans l'Entrée du Bal : Ila
parfaitement réuffi dans le chant & dans
les expreffions de ce caractere. L'air Italien
a fur tout été fort aplaudi : cette nouveauté
a attiré bien des fpectateurs qui ne
fe font pas repentis de leur curiofité.
Le Samedy neuviéme Août , l'Academie
Royale de Mufique a donné au Public une
reprefentation du même Opera , gratis ,
pour celebrer la convalefcence du Roy. Il
y eut le foir illumination & feux d'artifice
'208
MERCURE
LE
à la porte
de cette
Academie
. Les ordres
étoient
fi bien donnez
par M. de Francines
,
que tout le paffa
avec beaucoup
de tranquillité
& de plaifir
de la part des fpectateurs,
qui aplaudiffoient
aux beaux
endroits
par des cris de Vive
le Roy. On voyoit
au Parterre
autant
de coëffes
que de chapeaux.
Le 24 Août. La Demoiſelle Dimanche ,
qui danſoit dans les Balets , a chanté dans
le même Opera des Fêtes Venitiennes , une
Cantate & un air Italien , qui lui ont
attiré beaucoup d'applaudiffemens .
COMEDIENS ITALIENS.
A nuit du 6 au 7 de ce mois les Co-
La nusu
mediens Italiens de S. A. R. Monfeigneur
le Duc d'Orleans Regent, ont donné
le Bal gratis , fur leur Theâtre du Fauxbourg
Saint Laurent , dans l'intention de
contribuer par quelque endroit à l'allegreffe
publique pour le rétabliffement de
la fanté du Roy. On n'a rien épargné pour
orner la Salle , & la rendre brillante . La
machine eft bien inventée ; on la trouve
même plus fimple que celles de l'Opera &
de la Comedie Françoife ; par le moyen
de quatre groffes vis , fix hommes la levent
en moins d'un quart d'heure.
Ils avoient reprefenté deux jours aupa
'D' A O UST.
209
ravant fur le Theâtre du Palais Royal une
Piece nouvelle en trois Actes , toute Italienne
, intitulée , Pantalon & Arlequin
Cocus fans femmes . La premiere Scene promettoit
quelque chofe de bon, mais le refte
de la Piece n'a pas répondu au commencement.
Le Dimanche 17 Août la Damoiſelle
la Lande , Actrice nouvelle , a joué les
rôles de Colombine & de Junon dans la
Comedie de Danaé. Dans une espece de
perit Prologue difpofé exprès pour l'introduire
fur la Scene , on a fait la ceremonie
de fa reception dans la Troupe. Cette
Comedienne , quoi que Françoife , parle
affez bien Italien ; elle a été fórt aplaudie
& on efpere qu'elle réuffira fur ce Theâtre.
Nous avions promis l'extrait de cette
derniere Piece ; nous allons en dire un
mot , car comme le Public ne l'a pas generalement
goûtée , il pourroit ne nous pas
fçavoir bon gré de nous y arrêter trop longtemps.
La ferme du Prologue reprefente
la façade de l'Hôtel de Bourgogne , avec
cette Infcription , HOTEL A LOUER
Trivelin répond à la Mufe de la Foire ,
qui l'interroge au fujet de fa trifteffe, qu'il
eft à louer , auffi bien que leur Hôtel. La
Comedie Italienne paroît , la Muſe de la
Foire ne la reconnoît pas d'abord , à cauſe
de fa maigreur , & lui dit ironiquement
LE MERCURE
Madame , foyez la bien venue , il y a
long- tems que vous devriez être ici. Élle
fe retire peu de tems après , pour aller
raffurer les Acteurs, qui craignent l'arrivée
des Italiens , & c. La Comedie Italienne
prefente toute la Troupe au Parterre , &
demande fa protection . Le Prologue finit
par un divertiffement que Flaminia &
Silvia terminent par une danfe qui a été
fort applaudie.
Dans le premier Acte Jupiter amoureux
de Danaé , cherche avec Mercure des expediens
pour tromper la Gouvernante de.
cette Princeffe ; Arlequin confulté leur
conteille de prendre les avis des gens à
bonnes fortunes , & c. Mercure fuivi d'un
homme de robbe , d'un petit Maître , &
d'un nouveau Parvenu , leur dit que fon
Maître eft un Seigneur Etranger qui demande
à les confulter fur l'embarras où
le reduit la vigilance importune d'une fe
vere gouvernante , qui obfede fans ceffe
la beauté qu'il adore , enfermée dans une
tour où perfonne n'a la liberté d'entrer.
L'homme de robbe qui n'a , dit-il , jamais
trouvé de cruelles , ne fçait quel confeil
donner , & dit en s'en allant , preffé par
un émiffaire amoureux qui vient le chercher
, qu'il eft de l'avis de ces Meffieurs.
Le petit Maître dit à peu près la même
chole , & enfin le Parvenu conſeille de ›
DA O UST. III
gagner la Gouvernante par
des liberalitez,
Sans peine
à vos defirs la Vicille ſe rendras
Faites pleuvoir de l'or , & la Tour s'ouvrira.
Jupiter goûte les confeils du Parvenu ,
fe découvre à lui , & pour le recompenfer
le recommande à la Fortune , dont le Pa-
Jais paroît à l'inftant. Certe decoration eſt
très magnifique ; on voit la Déeffe fur un
piedeſtal au deffus de fa roue. Douze colonnes
torfes canellées , rehauffées d'or ,
forment un riche vestibule ; elles tournent
continuellement entre leurs bafes, & leurs
chapiteaux fymbolifent l'inftabilité de la
Fortune , & jettent un grand brillant. La
Fortune répond par un figne de tête ,
quand Jupiter lui recommande le Parvenu
& Arlequin. Après quoi la Décffe defcend
& forme des danfes caracterifées avec les
differentes Nations qui lui font leur cour,
Dans le fecond Acte Jupiter apprend
avec dépit l'amour du Prince de Mycenę
pour Danaé. Il donne toute fa puiffance
à Arlequin , pour épouventer & outrager
fon rival , fans qu'il puiffe en être offenſé,
Arlequin refté feul , veut éprouver s'il
a veritablement tout le pouvoir de Jupiter ,
il trace une grande raye fur le Theatre
& dit qu'il veut que tous ceux qui pafferont
cette marque deviennent fous , &
qu'en la repaffant ils recouvrent leur bon
#12 LE MERCURE
fens. Le Prince de Mycene au defeſpoir
de ne pouvoir delivrer Danać , fe plaint à
Pantalon , &c. mais il paffe la marque , &
jl extravague à l'inftant Pantalon furpris ,
yeut le confoler & le faire revenir , mais
paffant la ligne il perd l'efprit à fon tour,
chante , danfe , & c. Enfuite Arlequin effa
ce la raye , & prend la figure de Danać ;
il dit au Prince qu'il s'eft échapé de la
tour , & difparoît un moment après, &c.
Danaé paroît enfin , Colombine lui apprend
qu'un grand Prince veut l'époufer
l'inftruit & la fait fortir de cet état d'ignorance
dans lequel on l'a toujours tenuë, &c.
Au troifiéme Acte un poftillon fur un
colimaçon conduit Arlequin habillé en
Ambaffadeur , & monté fur une tortue,
Il s'adreffe à la Gouvernante , & lui dit
que fon Maître le Roi de Lydie , dont Jupiter
a pris la figure , eft amoureux de la
Princeffe , &c. Elle reçoit des prefens , &
Jupiter preft d'entrer dans la Tour , apprend
l'arrivée de Junon , qui paroît outrée
de la perfidie de fon époux ; Arlequin
qui veut faire le plaifant , eft changé
par la Déeffe , ce qui lui fait dire
cette efpece de bon mot , On eft étonné
de voir un âne parler comme un homme ,
& l'on voit tous les jours des hommes parler
comme des ânes. Junon apprend au
Prince de Mycene ce qu'il doit craindre
en âne
de
D'AOUS T. 113
de Jupiter , auffi - tôt la pluye d'or tombe ,
& Junon excite une furieufe tempête que
Jupiter calme. Il fe montre dans fa gloire ,
& promet une heureufe abondance , &c.
La Piece finit par des danfes & des chanfons
, dont la Mufique a été fort goûtée ;
elle eft du fieur Mouret.
FOIRE S. LAURENT.
E Jeudy 31 Juillet , la Troupe de
Francifque arrivée depuis peu d'Hollande
, a ouvert fon Theâtre fitué dans le
Preau de la Foire S. Laurent , vis - à - vís
des Comediens Italiens. ་
La gracieuse Olivette & le Pierrot ,
dont tout Paris aime tant le jeu , fe font
joints à Francifque , & ils ont débuté par
deux petites Piéces d'un Acte chacune
precedées d'un Prologue intitulé la Fauſfe
Foire , qui roule fur la malheureuſe fituation
de leurs affaires. Ils y apprennent au
Public qu'il leur eft deffendu de chanter
& de danfer & annoncent leurs deux
petites Piéces qu'un des Acteurs tire de fa
poche un de fes camarades lui demande
le nom de l'Auteur ; oh ! lui répond
l'Acteur , l'Auteur ne veut pas être connu ,
YA
K
114
LE MERCURE
Pefte , interrompt le queftionneur , voil
un incognito qui devient furieufement. à
la mode cependant il ne réuffit pas toujours.
Pendant cette converfation une fymphonie
lugubre. fe fait entendre , un tombeau
s'ouvre , la Foire en fort & prédit
une chûte prochaine à la Fauffe Foire , quí
étoit venue brufquement quereller Francifque.
L'ombre de la veritable Foire difparoît
après cette prophetie, le tombeau fe
referme , la difpute des Acteurs & de la
Fauffe Foire continue ; Thalie arrive ,
qui chaffe la Fauffe Foire , & qui promet
à Francifque fa protection .
La Boëte de Pandore , qui a fait le fujer
du premier Acte, eft unTableau de la Naiffance
des Vices & de l'Innocence des
Moeurs qui a precedé leur origine. Pour
mettre dans un vrai jour un fi grand contrafte
, & raffembler dans un feul groupe
prefque toutes les paffions , on a choifi'le
jour d'une nôce, Avant l'ouverture de la
Boëte de Pandore c'eft une union parfaite
dans la famille. Mercure , qui par ordre
de Jupiter eft refté fur la terre pour
obferver
quel ufage fera Pandore de la Boëte
fatale remplie des maux & des vices , s'eft
infinué parmi ces bonnes gens fous le
nom & la figure d'Arlequin. Il eft le témoin
& l'admirateur de leur candeur &
de leur fimplicité !
D'A O UST.
Mafoy , dit-il , ce fera grand dommage
fi Pandore s'avife d'ouvrir fa Boëte. Quelles
nôces nous venons de voir ! une , Mere qui
n'eft point intereffée ! une Tante qui ne minaude
pas pour effacer fa niéce un Marié
fans jalousie une Mariée qui n'eft point
en mafque de modeftie ! un Vieillard qui fe
fait une raiſon fur fon amour , & qui offre
fon bien à fon Rival heureux fans aucun
intereft de galanterie une Aſſemblée de
Parens qui ne fe querellent point ! voilà ce
qu'on ne verra plus . La prédiction de Mercure
s'accomplit un moment après . Pandore
furvient avec la Boëte. Elle petille
de l'ouvrir , continuë Mercure , elle eft innocente
& cependant curieuſe ; il faut donc
que la curiofité ne foit point un mal , puifqu'elle
n'eft point renfermée avec les Vices
Enfin Pandore fe figurant que la Boëtte
que Jupiter lui a donnée eft pleine de
beaux prefens , elle les deftine à la Mariće
fon amie , & ouvre la funefte Boëtte
l'Innocence & la Bonnefoy s'envolent
les Vices & les Maladies s'échapent à la
fois de la prifon qui les contenoit , & fe
répandent fur la Terre. La nôce ſe raffemble
, mais la décoration eft changée
& ce ne font plus les mêmes Acteurs
du moins ce ne font plus les mêmes Rôles
La Mariée devient ambitieufe , fa Mere
intereffée , fa Tante coquette , le Marié
Kij
116 LE MERCURE
>
inconſtant , le vieux Rival jaloux & de
plus fluxionaire . Le trouble naît fubite
ment dans cette famille , fi unie avant
l'ouverture de la Boëtte. Les paffions naiffantes
font naître de nouvelles fituations
dans la Piéce les mariages commencés
ne s'achevent pas , on en projette & on
en termine d'autres. Coridon riche Laboureur
du pays paroît fous le nom de
Monfieur de la Coridoniere , & s'empare
de la Seigneurie du Village ; il falloit bien
que l'ambition joüât gros jeu dans une
Comedie qui reprefente le progrès fubit
des Vices . Mercure prefent à leur fortie
les qualifie à mefure qu'ils paroiffent , &
débite tous les traits femés dans la Piéce.
Elle devoit finir par des danfes caracterifées
qui auroient puni les Vices qui n'avoient
pas paru dans les Scenes , & pour
montrer que l'Ivrognerie n'étoit pas reftée
au fond de la Boette de Pandore , l'agile
Antoni auroit danfé l'Ivrogne , mais il
n'eft pas permis à cette Troupe d'avoir
des agrémens à la fin de fes Pieces.
La feconde petite Comedie eft intitulée ,
la Tête - Noire ; c'eft un Vaudeville retourné.
La Tête de Mort qui a tant occupé
les Chantres de la Samaritaine cft le sujet
déguifé de cette Piéce. Voicy comme il eft
touré . M. Jacinte riche Negociant de
D'AOUST. 117
la Martinique , en a amené une Niéce orpheline
fort riche , dont il eft le Tuteur ,
il a envie de garder le bien de fa pupille ,
cela eft dans les régles ordinaires . Pour
parvenir à fon but , il renferme fa Niéce ,
& produit en arrivant à fa famille une
parente fuppofée , qui par un caprice
de la Nature a la tête noire . C'eft Arlequin
, Valet gagné par les promeffes du
Vieillard , qui joue le perfonnage de la
niéce Noire. Toute la famille eft effrayée
en la voyant. Mais Madame Candi veuve
d'un Confifeur & foeur de M. Jacinte ,
s'oppose à la volonté qu'il a de faire leur
niéce Religieufe & s'obstine à la marier
; elle publie fon deffein dans tous les
quartiers de la Ville , le bruit fe répand
auffi-tôt qu'une Demoiſelle très- riche &
qui a la tête noire eft à marier. Les époufeurs
accourent , & font rebutés de la laideur
de la fille. Après quelques Scenes
épifodiques , d'un Clerc de Procureur ,
d'un Peintre , d'un Mitron , d'un Suiffe,
& d'un Gascon qui viennent tenter l'aventure
, Leandre ancien Maître d'Arlequin
& Gentilhomme mal aifé fe prefente;
Arlequin le découvre à lui , & lui dit
tout bas de dire qu'il veut bien l'époufer.
Leandre averti perfevere à demander la
Tête noire en mariage , cela déconcerte
M. Jacinte , Madame Candi appuye les
tra
LE MERCURE
.
prétentions de Leandre , & enfin Marinette
trahit le Tuteur fourbe , & amene
la veritable Niéce qui fe trouve trés- jolie ,
Leandre l'époufe de l'aveu de Madame
Candi " & Arlequin époufe Marinette.
Cette Comedie devoit auffi avoir un Divertiffement.
Les Acteurs retenus par la
crainte des Procès verbaux , fe font contentés
de reciter les couplets du Vaudeville
, que l'on trouvera noté à la fuite
de la Chanfon à boire , page 56.
Le Lundi 18 Aouft , le Theâtre de
Francifque à la Foire S. Laurent fut fermé
par un ordre Superieur , & le Vendredi
fuivant il fut r'ouvert par un autre ordre
Superieur. Ce jour même le Privilege exclufif
de l'Opera Comique fut accordé à
la Troupe de Francifque , & celle de la
Lauze qui l'avoit obtenu , n'en jouira que
jufqu'à la fin de la prefente Foire.
On peut ajoûter à cet Article deſtiné
aux Spectacles & aux Fêtes , ce qu'on
écrit de Drefde , qu'au commencement de
l'autre mois , le Roy de Pologne avoit
fait acheter un Champ de bled d'un Payfan
à Bilnitz afin de donner à la Cour le
divertiffement d'une Fête de Campagne.
Les Seigneurs & les Dames feront habillées
en Payfans & Payfanes pour en
,
D'A OUST 119
faire toutes les fonctions . Les Dames faucheront
le bled , les Cavaliers le lieront
& le mettront en gerbes , & le Roy les
conduira à la Grange , & c. Après quoi ces
illuftres Moiffonneurs feront regález comme
les Payfans ; Le Roy a fait preparer
une grande quantité de lits à la façon des
Payfans ; en forte que pendant un jour &
une nuit , ils éprouveront toutes les fatigues
de la vie Ruftique. On dit que la
Cour continuera à fe divertir pendant 1
jours à Bilnitz , & qu'il y aura des Comedies
, des Concerts de Mufique & toutes
fortes de Jeux , entre autres une grande
Chaffe , & une Comedie Françoife , reprefentée
par quelques Seigneurs & Dames
de la Cour..
120 LE MERCURE
EDITS , DECLARATIONS
Arrêts .
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , pour
l'établissement de dix Enfans de Langues ,
au College des Jefuites à Paris.
LR
E ROY étant en fon Confeil , s'étant fait
reprefenter les Arrefts rendus en icelui les
18 Novembre 1669 , 31 Octobre 1670 , & 7
Juin 1718 , par le premier defquels il a été
ordonné que pendant trois ans il feroit envoyé
fix jeunes garçons nez François , par chacune
defdites années , aux Couvents des Peres Capucins
à Conftantinople & à Smirne , pour être
inftruits dans la connoiffance des Langues Orientales
, & fe rendre capables de fervir de Drogmans
près des Confuls & Vice - Confuls de la
Nation Françoife , dans les Echelles de Levant
& de Barbarie : par le fecond , qu'il ne feroit
plus envoyé que fix jeunes garçons pour cet
effet dans lefdits Couvents , de trois en trois ans ;
& par le troifiéme , le nombre de ces Enfans de
Langue entretenus & inftruits dans le Couvent
des Capucins de Conftantinople a été fixé à douze
, & la penfion de chacun à trois cens cinquante
livres , qui feroient payées par la Chambre
du Commerce de Marfeille , ainfi que par
le paffé , & par avance de quartier en quartier ,
compter du jour de leur entrée dans ladite Maifon
jufqu'au jour de leur fortie , de même que
les cent vingt livres accoutumez pour l'habillemcnt
de chacun , pour une fois feulement ,
à
lor
D'AOUS T. 12R
lors de ladite entrée : Et Sa Majesté étant informée
que quelques uns de ces Enfans de Lan .
gue envoyez audit Couvent des Capucins de
Conftantinople , ne s'étant pas trouvé avoir les
difpofitions naturelles & neceffaires pour bien
apprendre les Langues Orientales , & fe rendre
affez capables de fervir utilement dans les Emplois
qui leur font deftinez , tant pour fon fervice
près de fes Ambaffadeurs , que pour celui
de fes Sujets qui font leur Commerce dans les
Echelles de Levant & de Barbarie , on a été
obligé après une longue inftruction de les renvoyer
en France ; & que la dépenſe qui a été
faite fur les fonds du Trefor Royal depuis l'année
1700 , & continuée jufqu'à preſent par fa
Majesté pour élever & enfeigner douze jeunes
Orientaux dans le College des Jefuites à Paris ,
n'ayant pas produit l'effet que la pieté du feuz
Roy fon Bifayeul s'en étoit promis pour le bien
de la Religion en Levant , feroit mieux appliquée
& plus utile , en y faifant inftruire dans
les Langues Latine , Turque & Arabe , le nombre
de dix Enfans François : Elle a eftimé à
propos d'y apporter le changement neceſſaire .
Vu l'avis du Sieur Marquis de Bonnac Ambaffadeur
de France à Conftantinople : Oui le Rapport
, & tout confideré , SA MAJESTE
étant en fon Confeil , de l'avis de Monfieur le
Duc d'Orleans , Regent , a ordonné & ordonne
qu'à l'avenir il fera élevé dans le College des
Jefuites à Paris , au lieu de douze jeunes Ŏrientaux
, dix jeunes enfans François de l'âge de
huit ans ou environ , qui feront par Elle nommez
& pris alternativement de familles de fes
Sujets habitans dans le Royaume , & de celles
des Negocians , Drogmans ou autres François
établis dans les Echelles de Levant , lefquels y
ferent inftruits & enfeignez dans la Langue La-
•
L
122 LE MERCURE
tiné à l'ordinaire , jufque & compris la Rheto
rique , & en même tems dans celles Turque &
Arabe , par deux Maiftres de ces Langues , qui
iront les leur montrer dans ledit College aux
jours & heures qui feront reglez , pour être
enfuite lefdits Enfans de Langue envoyez aux
College des Capucins de Conftantinople, pour fe
perfectionner dans les Langues Orientales , & être
deftinez aux Emplois de Drogmaus ; Voulant
Sa Majefté qu'il ne foit plus reçu dans ledit
College des Jefuites aucun defdits Orientaux ,
& que pareillement il ne foit plus reçu defdits .
Enfans de Langue dans ledit College des Capucins
de Conftantinople , que ceux qui auront
fait leurs Etudes dans celui des Jefuites à Paris ,
& fur fes ordres exprès ; & que fi pendant le
cours defdites Etudes à Paris , le Principal du
College & les Maiftres des Langues Turque &
Arabe connoiffent qu'il y en ait quelques - uns
qui ne foient pas propres à leur destination ,
ils en rendent compre au Confeil de Marine ,
qui prendra les ordres de Sa Majefté , pour les
faire fortir du College , & pourvoir a leur remplacement
: Ordonne que la dépenfe , tant des
penfions des dix Enfans de Langue aux Jefuites
, que les appointemens qui feront reglez aux
deux Maitres de Langues Orientales feront
payez par Sa Majefté des fonds de fon Trefor
Royal , de la même maniere que l'étoient les
penfions des Orientaux audit College ; Et celles
defdits Enfans de Langue au College des Capucins
de Conftantinople , par la Chambre du
Commerce de Marfeille , ainfi qu'il eft accoutymé.
Permet neanmoins Sa Majefté que ceux des
Orientaux qui font actuellement aux Jefuites , y
reftent jufqu'à ce qu'ils ayent achevé leurs étu
des , pour être enfuite renvoyez dans leur pays.
Seront au furplus lefdits Arrefts des 18 NovemD'
A OUS T.
123
3
bre 1669 , 31 Octobre 1670 , & 7 Juia 1718 ,
executez felon leur forme & teneur . Mande audit
Sieur Marquis de Bonnac , & au Sieur Le Bret
Confeiller en fes Confeils , Premier Prefident du
Parlement de Provence , & Intendant du Commerce
de Levant , de tenir chacun en droit føy .
la main à leur execution & à celle du prefent
Arreft. Fait au Confeil d'Etat du Roy , Sa Majefté
y eftant , tenu à Paris le vingtième jour de
Juillet 1721. Signé FLEURIAU .
ARREST du Parlement du 23 Juillet , en
forme de Reglement , concernant le Paturage ,
rendu contre la Communauté des Bouchers de
Nogent fur Seine & autres , qui ordonne aux
Bouchers de ladite Ville de fe retirer pardevant
le Lieutenant General de Nogent fur Seine, lequel
fera affembler les habitans de ladite Ville , à
l'effet d'indiquer aufdits Bouchers un certain
Canton pour mener paître les bêtes à laine neceffaire
à leur commerce , & enjoint aux habitans
de ladite Ville qui ont des bêtes à laine
de les réduire à proportion des Terres qu'ils exploitent
, & c . On trouvera ledit Arrest chez
Louis - Denis de la Tour Pierre Simon , Impri- !
meurs du Parlement & de la Cour des Aydes ,
rue de la Harpe , aux Trois Rois .
ARREST du Confeil du s Aouft , pour
la diminution des Efpeces de cuivre , qui ordonne
qu'à commencer du jour de la publication '
du prefent Arreft , les Efpeces de cuivre feront
réduites dans tout le Royame , fçavoir les Sols '
de cuivre à feize deniers piece , les demis & quarts
defdits Sols à proportion ; les pieces dites de
fix deniers , à huit deniers ; les Liards de France à
quatre deniers , & les Phenins dans la Province
d'Alface à quatre deniers & demi , les demis à
Lij
124 LE MERCURE
Proportion. fur lequel pied lefdites Efpeces
continueront d'avoir cours jufqu'à ce qu'il en
foit autrement ordonné par Sa Majefté , laquelle
fait défenfes à toutes perfonnes d'expofer ni recevoir
aucunes Efpeces étrangeres , fous les
peines portées par les Reglemens .
ARREST du Confeil du 10 Aouft , qui
ordonne que conformément aux Arrefts de fon
Confeil des 18 & 20 du mois de May dernier
les Effets dont la Reprefentation & le Vifa ont
été ordonnez par les Arrefts des 26 Janvier ,
16 Fevrier , 18 Mars , 27 Avril & 20 May de la
prefente année , & qui n'ont pas été reprefentez
& vilez en la forme prefcrite par lefdits Arreſts
& dans les delais accordez par ceux des 18 & 20
dudit mois de May , ne pourront être mis dans
le Commerce pour quelque caufe & fous quelque
pretexte que ce puiffe eftre. Voulant Sa Majesté
que lesdits Effets non vifez demeurent nuls ,
éteints & fupprimez , fans que les Proprietaires
ou Porteurs d'iceux en puiffent jamais prétendre
ni repeter aucune valeur ; Fait Sa Majefté tresexpreffes
défenfes & inhibitions à toutes perfonnes
de les expofer, vendre ou faire vendre, échanger
ou autrement negocier , à peine de trois
mille livres d'amende , & même de plus grande
peine fuivant l'exigence des cas .
à
ARREST du Confeil d'Etat du 2 Aouft ,
qui ordonne que dans un mois , compter du
jour de la publication du prefent Arreft , les
Creauciers proprietaires des augmentations de
Gages , qui auront fait faire fur les Quittances
de Finances d'icelles , les mentions ordonnées
par ledit Arreft du 25 Aouft dernier pour la
reduction au denier Cinquante , feront tenus de
reprefenter leurs Quittances de Finance desdites
D'A O UST. 125
augmentations de Gages , Sçavoir en cette Ville
de Paris pardevant le fieur de Gaumont Confeiller
d'Eftat & Commiffaire des Finances ; & dans
les Provinces & Generalitez du Royaume , par
devant les fieurs Intendans & Commiffaires départis
, qui enregistreront lefdites Quittances
de Finance , avec diftinction des Cours ou autres
Compagnies [fur lefquelles elles font
créées , après avoir mis leur vû fur chacune
defdites Quittances , dont après ledit tems d'un
mois , ils envoyeront les Etats d'eux fignez au
Sieur le Pelletier de la Houffaye , Confeiller
d'Etat ordinaire , & au Confeil de Regence pour
les Finances , Controlleur General des Financés ,
pour eſtre enfuite fait fonds par Sa Majesté pour
le payement annuel defdites augmentations de
Gages , à commencer pour
l'année 1720 .
ARREST du Confeil d'Etat du ro Aouft ,
qui ordonne que les Commiffionnaires tant de
la Ville de Paris , que des autres Villes de
Royaume , qui doivent en execution de l'Arreſt
du Confeil du 24 Juin dernier , delivrer des
Certificars des Marchandifes & Effets qu'ils expedient
par les Rouliers & autres Voituriers ,
feront tenus , à commencer du jour de la publication
du prefent Arreft , de faire vifer lefdits
Certificats par les Officiers Municipaux des
Villes & Lieux d'où ils ferent enlever lefdites
Marchandifes & Effets , Défend Sa Majeſté tresexpreffément
aufdits Rouliers & autres Voituriers
de fe charger à l'avenir d'aucunes Marchandifes
& Effets , s'ils ne font accompagnez
defdits Certificats ainfi vifez par lefdits Officiers
Municipaux ; le tout fous les mêmes peines
portées par ledit Arreft du 24 Juin dernier,
tant à l'égard defdits Commiffionnaires , que des
Rouliers & Voituriers en cas de contravention.
L iij
126
LE MERCURE
Veut au furplus Sa Majefté que ledit Areft du
24 Juin dernier foit executé felon fa forme &
teneur . Enjoint au fieur Lieutenant General de
'Police à Paris , & aux Sieurs In endans & Commiffaires
départis dans les Provinces & Generalitez
du Royaume , de tenir la main chacun - en
droir foi à l'execution du prefent Arrelt , qui
fera lû , publié & affiché partout où beſoin fera ,
à ce que perfonne n'en ignore , & executé nonobftant
oppofitions ou autres empéchemens ,
pour lefquels ne fera differé , & dont fi aucuns
interviennent , Sa Majefté s'eft refervé & à fon
Confeil la connoiflance , icelle interdifant à tou .
tes fes Cours & autres Juges .
ARREST du Confeil d'Etat , du 24 Aout.
E ROY voulant prevenir les fuites danqui
munication de la maladie contagieufe , dont quel-
' ques lieux du Gevaudan , ainfi que de la Provence
fe trouvent affligez , fi l'on donnoit une
entiere liberté aux Maîtres des Caroffes , Meffagers
, Rouliers , Voituriers , & autres venants du
haut & bas Languedoc à Paris , ou allant de Paris
dans le haut & bas Languedoc , de fuivre
& faire fuivre indiftinctement par leurs chevaux
& voitures , les Routes qu'ils voudroient choifir
: A réfolu pour la plus grande fureté des
Villes & Lieux par où ils doivent paffer , pour
obvier aux inconveniens qui pourroient arriver
du choix de Routes detournées ou moins
connues , & pour empêcher , s'il eſt poſſible ,
toute communication du mauvais air , de fixer
les chemins & routes les plus feûres , les plus
commodes & les plus éloignées des lieux infetez
; il ordonne ce qui enfuir.
ART. I. Tous Maiftres de Caroffes & autres
Voitures publiques , Meflagers , Rouliers , Voi-
Turiers & autres conduifants des perfonnnes, harD'AOUS
T. 127
des , équipages , & marchandifes de toutes fortes,
feront tenus pour aller de Paris dans le bas Languedoc
, & venir du bas Languedoc à Paris ,
de fuivre & faire fuivre par leurs chevaux & voitures
, l'une des deux Routes ci - après marquées
pour aller de Paris à Montpellier , & venir de
Montpellier à Paris ; fçavoir , l'une par Lyon ,
& l'autre par Clermont en Auvergne ; de 12-
quelle Ville de Clermont il fera libre pour fe
rendre à Montpellier , de prendre la route par
le Rouergue ou par le Velay , qui font tous
deux également convenables pour la commodité
& feureté du transport.
II. Seront pareillement lefdits Maiftres de Caroffes
& autres Voitures publiques , Meffagers ,
Rouliers,Voituriers & autres conduifans des perfonnes
, hardes , équipages & marchandifes de
toutes fortes , tenus pour aller de Paris dans le
haut Languedoc , & venir du haut Languedoc
à Paris , de fuivre & faire fuivre par leurs chevaux
& voitures , la Route de Paris à Toulouſe
paffant par Limoge , telle qu'elle eft ci - après
marquée ; Sa Majesté laiffant au refte la liberté
de fe fervir de la Route qui conduit du haut
Languedoc par Touloufe à Bordeaux par la
Garonne , ainfi qu'il s'eft toujours pratiqué jufqu'à
prefent.
III. Declare S. M. toutes autres Routes pour ,
aller de Paris en Languedoc , & venir de Languedoc
à Paris , & pour aller & venir de Languedoc
à Bordeaux , Routes obliques & prohíbées
, faifant défenfes de s'en fervir , à peine
de trois mille livres d'amende contre les contrevenans
, & de plus grande peine , s'il y échet :
Le tout en fe conformant aux Arrefts des I-I
Fevrier & 24 Juin 1721. pour les précautions à
prendre pour le tranfport des Balles , Caifles &
Balots de Marchandifes.
Liiij
28 LE MERCURE
Premiere Route pour le bas Languedot.
De Paris à Villeneuve S , Georges , à Melun , à
Montreau , à Sens , à Joigny, à Auxerre , à Vermenton
, à Cuffy les Forges , à Saulieu , à Arnay
le Duc , à Chagny ,à Châlon , à Tournus ,
à Mâcon , à Villefranche , à Lyon , à Vienne ,
à Rouffillon , à Thain * , à Tournou , à la Voute,
Viviers , à Bagnols , à Nifmes , à Montpellier.
Deuxieme Route pour le bas Languedoc .
De Paris à Effone, à Fontainebleau , à Nemours
, à Montargis, à la Buffiere , à Briare , à
Neuvy , à Cofne , à la Charité , à Nevers , à
Saint Pierre le Moutier , à Moulins , à Beffay ,
à Saint Pourcin , à Gannat, à Riom, à Clermont.
Route de Clermont à Montpelier
Par le Rouergue. De Clermont à Iloire , à
Landes , à Maffiat , à Saint- Flour , à Murat , à
Laguyolle , à Efpation , à Pomas , à Millau " ,
à l'Efpitalet , au Cailar , du Cailar à Montpai-
Toux, à Saint Paul , à Montpellier.
Par le Velay. De Clermont à Veyre , à Saint
Germain Lambron , à Brioude , à Poliaguet , à
Fix , au Puy , à Pradelles , à Chambon , aux
Vens , à Alais , à Ledignan , de Ledignan à Sommieres
, à Montpellier.
Route pour le haut Languedoc.
De Paris au Bourg - la - Reine , à Lonjumeau , à
Eftampes , à Angerville , à Toury , à Artenay , à
Orleans , à la Ferté , à Châteauvieux , à Romorentin
, à Vatan , à Châteauroux , à Argenton ,
à S. Benoift du Saut , à Arnac , à Rafés , à Limoges
, à Pierre Buffiere , à Uferches , à Brives ,
à Souillac , à Fraiffinet , à Cahors , à Caftelnau-
Montratier , à Montauban , à Toulouſe .
* De Thain à Tournon on Paffe le Rhône.
** NOTA Cette Route par Millau eft bonne pour les
Dioceſes d'Alby & la Vauge
D' A O UST.
MORT S
DES PATS ETRANGERS.
E fieur Zicgenbalg Miniftre Lutherien
Danois, eft mort aux Indes Orien- LE
tales.
Le fieur Alphonfe Ellincini de Modene
eft mort Evêque de Cagli dans le Duché
d'Urbin , le ...
La Comteffe de Northampton , veuve
du Lord de ce nom , fille du feu Chevalier
Mycady Pierpoint & Coufin germain
du Duc de Newcastle , eft morte à Londres
Juillet.
le
Le fieur Theodore Baillizi Catholique
Romain , eft mort à Londres âgé de qua
tre-vingts onze ans. Il avoit fervi fous les
Regnes de Charles I. & Charles II . &c.
& étoit Echanfon fous le Regne de la
Reine Anne.
?
Le fieur Adrien Vander-Goés , Grand
Veneur , eft mort à la Haye le Juillet.
Le fils unique du Duc de Bornelli eft
Juillet , & fon corps
fut porté dans l'Eglife de Sainte Marie de
la Minerve , où eft la fepulture de la Maimort
à Rome le
730 LE MERCURE
fon de Bornelli. le Convoy fut
pompeux.
Ce jeune Seigneur n'avoit que près de
vingt-un an ; fa mere eft de l'illuftre famille
Anguillara
.
Giuseppe Riganti Evêque de Teramo ,
eft mort le
Giuſeppe Crifpini Evéque d'Amelie ,
qui avoit été Evêque de Bisceglia dans le
Royaume de Naples , eft mort le
Gio-Battifta Giberti da S. Ginnefio Evêque
de Fano , eft mort le ... Il avoit encore
été Evêque della Cana.
Le Lord Vicomte Hatton eft mort le
Juillet à la maifon de Campagne de la
Province de Northampton.
Le Comte de Jerſey eft mort dans une
de fes Terres le 24 Juillet.
L'époufe de Milord Molefworth eft decedée
à Londres le Juillet.
Le Chevalier Jonathan Trelawney Evêque
de Wincheſter , eft mort le 30 de
Juillet , âgé de près de foixanre & onze
ans. Il étoit Prelat de l'Ordre de la Jarretiere
, & l'un des Gouverneurs de la Maifon
des Chartreux .
Le Marquis de Malagon Grand d'Efpagne
de la premiere Claffe , eft mort à
Madrid le 13 Juillet dans la trente-feptiéme
année de fan âge .
" Le Duc de Naxera Lieutenant General
des Armées du Roy d'Espagne , cft mort
D' A OU S. T.. 737
à Madrid , âgé de trente- neuf ans .
Don François Faxardo Confeiller au
Confeil des Finances , eft auffi mort à
Madrid , âgé de cinquante- neuf ans.
Le Comte de Salm Soûdoyen du Chapitre
de Cologne , y eft mort le 20 Juillet.
La Comteffe Marie - Anne de Staremberg
, époufe du Comte François - Jacques
de Brandis , Chambellan Imperial , Confeiller
& Regent de la Baffe Autriche , eſt
morte à Vienne le 16 Juillet , âgé de 38
ans.
Le Comte Louis de Rabatta , Chambellan
Imperial , eft mort de la petite verole
le 26 Juin à Carelftadt en Croatie. Il étoit
fils unique du Comte Jofeph de Rabatta ,
Confeiller d'Etat ordinaire , & Colonel
General de Croatie . Il étoit marié depuis
un an à la Comteffe Marie- Anne de Harrach
, fille du Comte de Harrach Grand
Maréchal de la Baffe Autriche.
Le* fieur Thomas Newton Contrôleur
de la Douane dans la Nouvelle Anglererre
, eft mort le
Juin.
: Le Lord Vicomte de Lisburn Lieutenant
de Roy du Comté de Cardigan , eft
mort en Angleterre le 8 Juillet .
LE MERCURE
DIGNITEZ ET CHARGES
Etrangeres.
LE
E Roy de Dannemarck a accordé une
penfion de trois cens cinquante-deux
Rifdales fur les Poftes à la veuve du fieur
Zicgenbalg Miniftre Lutherien , mort aux
Indes.
L'Empereur a donné l'Evêché de Neufladt
, fuffragant de Salsbourg , au Comte
de Blankenheim , Chanoine de Cologne
& de Strasbourg.
Le Duc de Saint - Michel a été fair
Grand d'Efpagne de la premiere Claffe.
Le Duc de Poli , frere du Pape , a été
declaré par lui Gentilhomme de la Chambre.
Le Pere Frederic Bonaventure Barberini
Capucin , a été nommé par Sa Sainteté
Predicateur ordinaire du Palais Apoftolique.
Le fieur Jean-François Leonini Romani
a été nommé Evêque de Cagli dans le
Duché d'Urbin .
Le fieur Pierre de Carolis a obtenu du
Pape le Gouvernement d'Aſcoli.
Le fieur André de Giuftiniani Romani a
cu le Gouvernement de Macerata .
Le fieur Jean-Batifte Barni a eu le Gou-
Vernement de Peroufe.
D'AOUS T. 1.3
Le fieur Jacques Oddi celui de Viterbe.
Le fieur Louis Anguifciola , celui de
Frosinone.
Le fieur d'Arragona , celui de Civitavecchia.
Le fieur d'Acquaviva , celui d'Anconę,
Le fieur Imperiale , celui de Fermo .
Le fieur Marufcelli , celui d'Afcoli .
Le fieur Efcaloni , celui de Fabriano.
Le fieur Martiani , celui de Spolette .
Le fieur Rezzonico , celui de Fano .
Le fieur Ferniani , celui d'Orviette .
Le fieur Ceva , celui de San - Sevetino.
Le ficur Sciriman , celui de Sabine . Tous
Gouvernemens donnés par Sa Sainteté.
Le fieur Tempi a eu la Vice-Legation
de Boulogne.
Le fieur Cerrini a été rétabli dans fa
Charge d'Infpecteur des Monafteres de
Rome.
Don Carlo Conti , l'aîné des neveux du
Pape , a été reçû Chevalier de Malte ;
il attend la Croix que le Grand - Maître
de cet Ordre envoye dans de femblables
occafions.
C Le fieur Guillaume Hoofs Bourguemaistre
Regent de la Ville de Delfs , a
obtenu des Etats de Hollande la Charge
de Grand Veneur.
Le fieur Berkenfien Gentilhomme de la
Chambre du Roy de Dannemarck , eft
134
LE MERCURE
Envoyé Extraordinaire à la Cour de Suede.
Le fieur Reiffen eft Secretaire de cette Ambaffade.
Le fieur Mario Bolognetti a été mis de
la Congregation d'Avignon par le Pape ,
& fait Clerc de la Chambre. Cette Charge
vaquoit par la promotion de Don Aleſſandro
Albani au Cardinalat.
Le 16 Juillet le Pape propofa pour l'Evêché
de Teramo l'Abbé Franceſco Maria
Tanfi , Doyen de l'Eglife Metropolitaine
de Matera , & Vicaire Apoftolique d'Aquilée.
L'Abbé Giuseppe Renzoli Aretino , né
dans le Diocéfe de Viterbe , Archiprêtre
de la Cathedrale de Viterbe , pour l'Evêché
d'Amelie.
L'Abbé Aleſſandro Dolfi , Grand Vicaire
de Boulogne , pour l'Evêché de Fano dans
l'Ombrie.
L'Abbé Felice Solazzi , Auditeur du
Cardinal Tanara Doyen du Sacré College,
pour l'Evêché de Bifignano , qui releve
immediatement du S. Siege.
Don Thomas de Aguero , Chanoine de
Seville , pour l'Evêché de Céuta en Affrique.
Le fieur Paffionei nommé à la Nonciature
de Suiffe , pour l'Archevêché titulaire
d'Ephefe .
Le Pere Michel Stella Minime , fut proD'A
O UST.
135
rofé par le Cardinal Acquaviva pour l'Evêché
de Jaca en Arragon,
Le fieur Jean Trelawney fuccede par..
la mort de fon pere au titre de Chevalier
Baronet d'Angleterre ,
Le Docteur Trimnell Evêque de Norwich
paffe à l'Evêché de Wincheſter , qui
eft de fept mille livres fterlin de revenu,
Le Docteur Green , Archidiacre de
Cantorbery , & Recteur de Saint Martin
des Champs , a été fait Evêque de Norwich.
I
Le Docteur Wilcox Chapelain des jeunes
Princeffes filles du Prince de Galles ,
& Prebendier de l'Abbaye de Weſtminſter,
a été nommé Vicaire de Saint -Martin .
. M. Matthieu Grawford Miniftre Ecoffois
, aa été fait Profeffeur de l'Hiftoire :
Ecclefiaftique dans le College d'Edim--
bourg.
Le Colonel Huske a obtenu le Gouyernement
du Château de Hurft dans le Comté
de Southampton.
Le fieur Guillaume Pullenie a été fait
Infpecteur des Maifons Royales dans le
Comté de Northumberland.
Le Capitaine Williams a pris dans le
troifiéme Regiment des Gardes la place
du Capitaine Wel .
Le fieur Jaques Chace a obtenu la place .
d'Apoticaire du Roy d'Angleterre,
136 LE MERCURE
A
Le Marquis d'Ariza a été declaré Grand
d'Efpagne de la premiere Claffe , & cet
honneur tombera fur fes defcendans.
Le Duc de Saint- Michel a obtenu la
même dignité pour lui & fes defcendans .
Le Baron de Montbel , qui a fervi en
Pologne & en Suede avec diftinction , a
été fait par le Roy de Portugal Major
General de fes Troupes. Outre les apointemens
de 2000 florins par an , le Roy
l'a gratifié de 3200 florins.
Le Marquis de Léde a été fait par le
Roy d'Espagne Capitaine General de l'Andaloufie.
Don François Baftarde de Cineros a obtenu
du Roy d'Efpagne , pour recompenfe
de fes longs fervices , la Charge de Sénéchal
de la Ville de Huefca.
Don Antonio d'Albukerque a été nommé
Gouverneur d'Angola par le Roy de
Portugal , & doit s'embarquer fur la Flote
de Fernanbouc .
Don Tibere Caraffa , Lieutenant General
, a obtenu dn Roy d'Efpagne le Gouvernement
de Tarragone.
Don Philippe Dupuy , Maréchal de
Camp , a obtenu celui de Ciudad Rodrigo.
Don François Jofeph de Emparan , auffi
Maréchal de Camp , a obtenu la Lieutenance
de Roy de Ceuta.
Don Bernard de Nava y Norona , Capitaine
D'A O UST. 137
taine de Grenadiers , a eu le Gouvernement
de Grao , fitué dans le Royaume do
Valence .
Don Manuel Lorera a été fait Sergent
Major d'Alicante..
Mehemet Bacha , dernier Grand Viſir ,
qui avoit été fait Gouverneur de Candie
depuis fa difgrace , doit paffer au Gou
vernement d'Egipte.
•
Le Baron de Palaki a été fait par P'Empereur
Evêque de Fagaras en Tranfilvanie ,
nouveau Siége Epifcopal érigé en fa faveur.
Guillaume Pofomby , Jaques d'Arcy &
Jean Bligh Ecuyer , ont éte creés Barons
d'Irlande .
Le Lord Vicomte Lisburn a été nommé
par le Roy d'Angletérre Lieutenant de
Roy du Comté de Cardigan .
Le fieur George Phenney a été nommé
#Gouverneur de l'Ile de Bahama.
Le Colonel Jean Haske a été élu Mem→
bre du Parlement d'Angleterre pour la
Communauté de Nieuport dans l'Ile de
Wight.
Le fieur Guillaume Lambert a été nommé
Contrôleur de la Douane dans la
Nouvelle Angleterre .
M
$ 38
LE MERCURE
D
Mariages des Pays Etrangers.
On Marc Antonio Conti , fecond
neveu du Pape , doit époufer inceffamment
la fille du Duc de Paganica
Mathei .
Le Comte de Monrath Irlandois, épouſe
Madame Diane Newport , fille du Comte
de Bradford .
Le Prince Royal de Dannemarck a
époufé la Princeffe Brandebourg - Culmbach
au Château de Prefch , où refide
la Reine Electrice . La Margrave de Culmbach
mere de la Princeffe , le Velt Maréchal
Comte de Flemming , & M. de
Leipziger Prefident du premier Confiftoire
Ecclefiaftique , affifterent à la nôce.
D'A O UST. 139
AAAAAAAAAAA
NOUVELLES E'TRANGERES.
·De Stokholm le 16 Juillet.
O
Na celebré à Carelsberg la fête
du nom de la Reine , les Senateurs
& les Miniftres étrangers
lui firent les complimens ordinaires
: le Bal qu'on devoit donner dans
P'Orangerie fut fufpendu par l'indifpofition
de Sa Majefté , qui fur le foir fe trouva
mal. L'Amiral Norris eft arrivé avec un
Exprès de Neuftad , qui fuivant l'opinion
commune apporte une declaration du Czar,
portant promeffe de reftituer aux Livoniens
qui font ici tous les biens qu'ils poffedent
dans la Livonie , & accorde un ter
me de deux ans pour vendre leurs effets
à ceux qui voudront refter fous la domination
de la Suede . Le Roy eft entierement
remis de fa dernière indifpofition . On fait
fraper ici des médailles d'or pour donner
aux Plenipotentiaires du Czar , cela pronoftique
un heureux fuccès aux conferences
de Neuftad . On affure que le dernier
Courier y a porté les refolutions du
Roy au fujer des limites de feparation de
la Finlande. Cet article avoit retardé juf-
4
Mij
140 LE MERCURE
qu'à prefent la fignature du Traité. Le
fieur Derkentiern , Envoyé extraordinaire
du Roy de Dannemark , eft arrivé ici de
Coppenhague le 28 Juillet.
De Petersbourg le 29 Juillet.
E Prince Galiczin qui commande en
Finlande , ayant détaché le Lieutenant
general Lefli avec une eſcadre de Galeres
chargée de cinq mille hommes de Troupes
reglées , & trois cens foixante & dix Cofaques
; cette Flotte partit d'Ahland le 27
May , & arriva fur la côte de Suede le
jour fuivant les Troupes débarquées près
de Genel ont marché d'abord le long de la
côte vers Suderham & Lekyviksholm , &
enfuite percé jufqu'à Uma, cela fait plus de
cent lieuës Suedoifes. Les Mofcovites ont
trouvé peu
de refiftance ; ils ont pris &
brûlé fix nouvelles Galeres, deux Vaiffeaux
Marchands, & vingt- cinq autres Bâtimens
où l'on a trouvé près de quatre mille aulnes
de toile , & près de cinq, cens moufquets.
Ils ont détruit & pillé plufieurs
lieux confiderables , des forges , des moulins
, & quelques magazins de munitions
& d'armes . Ce fuccès fut celebré à Petersbourg
le Juillet , anniverfaire du couronnement
du Czar ; on joignit les deux
fêtes , & l'on chanta le Te Deum au bruit
D'A O UST. 14
d'une triple falve d'Artillerie de la Ville
de la Citadelle & des Galeres , & l'après
midi les Senateurs , les Generaux , & les
Miniftres étrangers fuivirent le Czar à
Catharin , maiſon de campagne de S. M.
Czarienne , où elle les retint fort avant
dans la nuit , par un grand repas & d'autres
divertiffemens.
Le 8 Juillet a été auffi confacré aux
plaifirs ; on celebra avec éclat l'anniverfaire
de la bataille de Pultowa , gagnée
par le Czar , les falves d'artillerie & de
moufqueterie furent fouvent repetées , le
Te Deum fut chanté dans une tente dreffée
exprès , & le Czar parut à cette fête revêtu
des mêmes habits qu'il avoit à la bataille
de Pultowa.
De Varfovie le 8 Juillet.
LE
E Roy a écrit de Drefde à toutes les
Puiffances
qui ont des Miniftres à
Conftantinople
, pour les prier de porter
fa Hauteffe à regler à l'amiable les differentes
pretentions
qu'elle croit avoir fur
la Pologne. Les Habitans des environs de
Kaminieck
fe retirent avec leurs effets &
leurs beftiaux dans les Places fortifiées . Le
grand General de l'armée de la Couronne
a fait couvrir les frontieres de la Podolie
par quelques Regimens de Cavalerie & de
" 142 LE MERCURE
Dragons, La Bulle du Jubilé univerfel a
été envoyée au fieur Grimaldi , Nonce de
Sa Sainteté en cette Cour ; il en a d'abord
fait tenir des copies autentiques à tous les
Archevêques & Evêques du Royaume
qu'il va quitter inceffamment pour aller
remplir la Nonciature de Vienne. On écrit
de Petersbourg que le Czar continuë fes
preparatifs de guerre ; la Ville de Dantzich
en eft fort allarmée , & craint que ce Prince
ne forme quelques deffeins contre elle.
Le grand General de l'armée de la Couronne
a donné ordre par des lettres circulaires
à tous les Palatinats de tenir les Troupes
en état de marcher contre les Tartares
s'ils font quelque invafion . Des Lettres de
Podolie apprennent qu'ils y ont déja fait
des courfes , pillé deux Villages , & enlevé
les Habitans ; cela fait appréhender
une guerre ouverte avec les Turcs , cette
hoftilité s'étant commife depuis que le
Bacha de Choczin a reçu de la Porte des
ordres de rendre aux Polonois les beftiaux
& les chevaux qui leur ont été pris . Le
Commandant de Varfovie refufe d'executer
les ordres du grand General de l'armée
de la Couronne.
' D'A O UST. B43
De Coppenhague.
Lderiesberg , fit fon entrée publique à
E16 Juillet la Reine venant de Fre-
Coppenhague , où Sa Majefté Danoiſe fut
reçûe avec une magnificence digne d'un
fi beau jour , & au bruit d'une triple falve
de toute l'artillerie des remparts . Voici
Fordre de la marche. On voyoit à la tête
deux Fouriers de la Cour à cheval , fuivis
par un Timbalier & fix Trompettes . Enfuire
le Colonel Nummer commandoit
PEſcadron des Chevaux Noirs , Les Confeillers
de Justice & les Lieutenans - Colonels
à cheval marchoient fur leurs pas :
on comptoit après une longue file de vingtquatre
carroffes à fix chevaux , occupés
par les Miniftres d'Etat , les Generaux &
les Chevaliers des Ordres de Danebroc &
de l'Elephant. A la fuite de ces carroffes
paroiffoient douze Pages & les Maîtres
'Hôtel du Roy. Le fieur Hartman grand
Maître du Menege , précedoit douze carroffes
du Roy , remplis des Dames de la
Cour , dans la parure la plus brillante. Ces
équipages galants étoient fuivis par les
Generaux , les Amiraux , les Confeillers
d'Etat & les Colonels. Le fieur Viereck
Ecuyer , marchoit à leur tête. Seize Valets
de pied de la Reine alloient deux à
144
LE MERCURE
deux devant le fieur Holft , Grand Mai
tre de la Maifon de Sa Majefté , qui jettoit
de l'argent au Peuple. Enfin on remar
quoit la Reine dans un fuperbe carroffe à
huit chevaux , accompagnée de la Princeffe
Royale affife à fa gauche. Les Comtes
de Rantfau , Knuth & Wedel Chambellans
eſcortoient à cheval le carroffe de
Sa Majeſté , & douze Gardes à pied l'entouroient.
La marche fe fermoit par trois
Efcadrons des Gardes . La Reine étant arrivée
au Palais , le Roy lui donna la main
& la conduifit dans la Salle où étoit dreffée
la table du feftin. La Comteffe de
Holft portoit la queue de la robe de Sa
Majefté , & la Comteffe de Reventlau
exerçoit la même fonction près de la Princeffe
Royale. La table étoit de quatrevingt
quatre couverts. On comptoit encore
à d'autres tables près de deux cens
perfonnes. Le foir leurs Majeftez , ac- .
compagnées de yingt - quatre Seigneurs &
Dames de leur Cour , allerent fouper au
Palais de la Reine , & retournerent enfuite
à Fredericsberg , où le Prince Charles & la
Princeffe Sophie Edwige , frere & foeur
du Roy , fe rendirent le 21 Juillet , &
dinerent avec leurs Majeftez. Le 24 le
Roy , la Reine , & la Princeffe Royale:
étant partis pour le Holftein , ils font arrivez
à Coldingue le 26 au foir par la route
de
D'A O UST.
145
de Judtland ; ils doivent de là fe rendre
à Gottorp , où l'on croit que la Cour Danoife
paffera l'hyver . La Chancellerie &
tous les Officiers qui en dépendent , ont
ordre de s'y trouver. On mande que le
Lord Glenarchi , Ambaffadeur du Roy.
d'Angleterre , a reçu le 28 Juillet un Exprès
de l'Amiral Norris , qui le prie de
préparer des rafraîchiffemens à la Flotte
Angloife qui doit paffer inceffamment à
Coppenhague , & de là retourner en Angleterre.
Le Roy a cedé à la Reine fon
epouſe le produit de la pefche des perles
en Norwege , ainfi que la Reine défunte
en joüiffoit. On doit bâtir ici un Hôtel
pour les Cadets qui fervent dans les Trou
pes de Terre & dans la Marine.
+2
De Vienne le 13 Juillet.
E 6 de Juillet , jour de la Tranflation
Lde
de l'Image miraculeufe de Notre-Dame
le Bocz , l'Empereur tint Chapelle dans
'Eglife Cathedrale de Saint Etienne. Quoi
que les Lettres du Sieur Dierling Secreaire
de S. M. I. à la Porte , difent pofivement
que le Grand Seigneur promet
'obſerver avec exactitude le Traité de
affarowits , les avis venus de Nizza por
nt que les Turcs fous prétexte de quelues
differends furvenus entre les Janiffai-
N
1.46. LE MERCURE
res & les Saphis , font avancer des Troupes
affez nombreuſes pour devoir inquieter;
On écrit même qu'ils ont jetté deux ponts
fur le Danube , & qu'ils paroiffent difpofez
à le paffer. Sur ces nouvelles on a
retardé la reforme ordonnée , & l'on a
chargé le Prince Alexandre de Wirtemberg
d'affembler promptement un Corps
d'Armée , & de couvrir la Tranfilvanie.
On a deliberé en prefence de S. M. I.
fur le projet de l'établiffement d'une Compagnie
a Oftende ; on ignore encore ce
qui a été refolu. On mande de Conftantinople
qu'il y avoit eu un grand tremblement
de terre aux environs de cette capitale
de la Turquie , & que le dominage.
caufé par ce funefte accident avoit été
confiderable. On a enfin expedié fur les
inftances du Roy d'Angleterre , comme
Electeur de Brunswick Lunebourg , un
Mandement Imperial pour la tenuë d'une
Diette dans le Duché de Meklenbourg.
Le Comte Etienne de Kinscki eſt parti
pour fon ambaffade de Petersbourg , & le
même jour le General Comte de Mercy
eft parti pour fon Commandement de
Temeswar, L'Empereur a refolu de mettre
le Duc de Meckelbourg au Ban de l'Empire,
s'il ne prévient fa condamnation en
envoyant fes Députez à la Diete qui doit
être convoquée dans les Etats. On preD'A
O UST. 147
tend à Vienne qu'il rende une juftice provifionelle
à la Ñobleffe de fon pays , qui
peut avoir contre lui de juftes fujets de
plaintes.
De Londres le 21 Juillet.
LBurrington ,
E fieur Jean Allen & le Capitaine
accufés par le Chevalier
Guillaume Thompſon , d'avoir infulté
M. Nicolas Philpot, Membre de la Chambre
des Communes , ont été mis fous la
garde du Sergent d'Armes. On doit envoier
en Hollande un Yacht eſcorté d'un
Vaiffeau de guerre pour tranſporter ici le
Prince Royal de Dannemarck , qui à ce
qu'on pretend vient y demander en mariage
la Princeffe Anne , l'aînée des filles
du Prince de Galles. Après bien des de
bats & des Comitez fur le meffage du
Roy , à l'occafion des dettes de la Lifte
Civile , les Communes ont enfin delibere
que Sa Majesté Britannique feroit autorisée
d'emprunter 500 mille livres fterlings fur
les revenus de la Lifte Civile , à cinq pour
cent d'intereſt par an. Enfuite on propofa
de mettre une taxe de fix fols par livres
fterlings fur les gages & penfions de la Lifte
Civile , pour payer l'intereft de cette fomme
de soo mille livres fterlings : Après
quelques repreſentations il fut refolu à la
Nij
148 LE , MERCURE
·
-pluralité des voix que la taxe feroit de 12.f.
par livres fterlings , dont la moitié feroit
employée à payer les interefts de la fomme
de 500 mille liv . fterlings empruntée par
le Roy , & l'autre moitié à acquitter chaque
année une partie du capital . Le Colonel
Montgomery & le Capitaine Cumin ,
après une querelle formée au jeu , le font
battus & bleffez tous les deux. On efpere
toujours un Acte de grace , où feront compris
le Duc d'Ormond , le Comte de Marr
& le Lord Bullinbrook. L'Ambaffadeur
d'Efpagne a fait chanter le Te Deum dans
fa Chapelle , au fujet du dernier Traité
conclu entre les deux Couronnes d'Angleterre
& d'Espagne , dont la ratification a
été apportée de Madrid par un Meffager
d'Etat le 11 Juillet . On compte que le
Marquis de Pozzobueno Miniftre d'Efpagne
à Londres , y prendra bien-tôt le
caractere d'Ambaffadeur extraordinaire.
L'Imprimeur Mift , qui eft prifonnier à
Newgate par ordre de la Chambre des
Communes , eft accufé de grands crimes &
de malverfations. La Princeffe Anne a eu
la rougeole fans fievre ; on a vû avec joye
le. prompt rétabliffement de fa fanté. La
Princeffe Amelie & la Princeffe Caroline
font attaquées du même mal , qui ne fera
pas plus dangereux que la maladie de leus
foeur aîn.c.
D'AOUST. 149
Le 12 Juillet jour de l'anniverſaire de..
l'avenement du Roy à la Couronne , il y
eut le foir au Palais de Saint James un
grand concours des Ambaffadeurs des
Puiffances étrangeres & des Seigneurs du
Royaume ; l'Etendard Royal fur arboré ,
le canon fut tiré tant à la Tour qu'au Pàlais
, & la fête fut complette. Les Priſonniers
qui étoient renfermez par ordre de:
la derniere féance du Parlement , ont été.
élargis ; & même l'Imprimeur Mift & le.
fieur Wilkinſon fortirent fous caution , de
la prifon de Newgate .
De Venife.
LeNoelle fut
E Nonce a fait fon Entrée publique
e ... elle fut pompeuſe & fatisfit .
extrêmement les regards des fpectateurs .
Le Cardinal Czacki arriva le & Juillet à
Venife , & après y avoir vû tout ce qui
pouvoit occuper fa curiofité , il en partit
le 9 pour fon Evêché de Colocza en Hongrie
, avec une fuite nombreuſe ; l'Ambaffadeur
de l'Empereur l'a regalé ici
magnifiquement pendant fon fejour . Le
Comte de Sculembourg General des Armées
de la Republique a fait voile pour
Corfou fur un Vaiffeau armé en guerre .
Le Cardinal Barbarigo attend fon train &
Les équipages à Breſcia , où il garde l'in-
Niij
150 LE MERCURE
cognito. On a apris par des Lettres de
Porto-Ferraio , qu'un magafin à poudres
de Brefcia étoit fauté en l'air , & c'eft un
orage terrible qui a caufé ce funefte accident
: quatre bombes ont crevé en même
temps , leurs éclats ont volé par toute la
Ville , M. Mafetti Provediteur , en a vû
tomber un de dix- neuf livres pefant dans
fa chambre fans en être bleffé. Ce qu'il y
à de plus fingulier dans cette aventure ,
c'eft qu'il n'a péri perfonne de tous ceux
qui s'empreffoient pour éteindre un incendie
fi dangereux , quoi que les grenades
fautaffent de tous côrez.
On a bien-tôt achevé dans l'Arſenal de
Venife les préparatifs que l'on difpofoit
pour douze gros Vaiffeaux de Ligne. Des
Lettres de Modene difent que le Prince
& la Princeffe vont inceffamment partic
pour Boulogne , & qu'ils vifiteront auffi
quelques Places de la Tofcane .
Les dernieres nouvelles de Tunis font ,
qu'il y eft arrivé deux Capigi Bachas ( ce
font les Envoyez du Grand Seigneur ) le
premier portoit des ordres de fa Hauteffe
à cette Regence , à celle d'Alger & de Tripoli
, de faire la paix avec les Venitiens ,
& le fecond étoit chargé de déterminer
les Chefs du Gouvernement de Tunis &
d'Alger de donner du fecours au Bey de
Tripoli , pour l'aider à chaffer du Royaume
D'AOUST. 151
le rebelle Jeanum Codgea , qui a été démis
de fon Gouvernement.
;
Il y a des Lettres de Tripoli du 26 Juillet
, qui marquent que Jeanum Codgea
a pris la fuite qu'il étoit venu à Zouas
avec la Galere & quatre petits Bâtimens ,
dans l'efperance d'y joindre fon Camp ,
& les Mores qui étoient de fon parti , pour
Y faire une defcente ; qu'après avoir attendu
huit jours fans les voir paroître , il
avoit jugé qu'il avoit été trahi , & avoit
remis à la voile , fans qu'on fçache de
quel côté il eft allé.
I
De Madrid , du
Is Failler.
Ambaffadeur de Malthe a reçu la
confirmation de la Victoire remportée
par le Vaiffeau de la Religion fur les
Corfaires d'Alger & de Tunis . L'on mande
de Portugal qu'il eft arrivé à Lisbone un
Miniftre du Roy de Sardaigne , chargé de
conclure le mariage du Prince de Piemont
avec l'Infante Dona Francifca foeur unique
du Roy de Portugal . Ce Miniftre eft le
Marquis de Cantadour. Il a prefenté à la
Princeffe le Portrait du Prince de Piémont
, l'Infante l'a accepté du confentement
du Roy & de la Reine ; ainfi l'on
regarde ce mariage comme abfolument
arrêté.
N iiij
5152 LE MERCURE
Sa Majefté Catholique , la Reine & le
Prince des Afturies font toujours à l'Efcurial.
Il y eut Chapelle publique le jour de
la Fête de Sainte Anne. Le fieur Holfendorf
Secretaire du Colonel Stanhope est
revenu de Londres avec la ratification de
la Convention arrêtée entre les deux Couronnes
d'Agleterre & d'Efpagne. On écrit
de Naples du 22 Juillet , qu'un détachement
Efpagnol du Régiment de la Marine
qui venoit de Manfredonia pour paffer en
Hongrie , étant arrivé à la Montagne de
Troya , voulut executer pendant une halte
le deffein qu'il avoit formé de maſſacrer
les Officiers & de deferter enfuite.
Ce projet criminel ne put être achevé ,
le Commandant qui repofoit , réveillé par
le bruit & les meurtres des mutins , ménagea
les efprits de quelques -uns des vieux
foldats avec tant de prudence & de feraneté
, qu'il les engagea à le foutenir , &
à remettre les Rebelles dans leur devoir.
On en arrêta 36 , qui furent punis diverfement
à proportion des degrez de leur
crime.
De Rome.
E 8 de Juillet , le Pape , de qui la
fanté eft rétablie , alla vifiter l'Eglife
de S. Laurent des Clercs Mineurs Réguliers
; la Calvacade fut belle & nombreuſe.
D'AOUST. 153
C'étoit ce jour-là qu'on celebroit la Fête
de Sainte Lucine. Sa Sainteté affſiſta à la
Meffe avec un grand nombre de Cardinaux
, qui l'avoient devancée dans cette
Eglife. La Ducheffe d'Aquafparta , la Princeffe
Rufpoli & la Ducheffe de Gravina
parentes du Pape furent admiſes à lui
baifer les pieds , ainfi que le General de
l'Ordre des Clercs Mineurs Réguliers Gio
Batifta Bafalotti , avec les Religieux. Cette
Cavalcade réjouit infiniment toute la Ville
de Rome , qui depuis quelques jours étoit
fort inquiete au fujet de la fanté du Saint
Pere. Le Cardinal Spada eft retourné à
fon Evêché d'ofimo. La Princeffe Borghefe
eft partie avec fes fils pour aller s'embarquer
à Nettuno fur les Galeres de Naples,
qui doivent la tranſporter auprès du Prince
fon époux ; cette Princeffe en paffant à
Ariccia a été regalée par le Prince Chigi
Seigneur d'Albano . Le Cardinal d'Althan
l'accompagna une partie du chemin . Le
Cardinal Acquaviva dans une longue audiance
qu'il a obtenue du Pape , lui a prefenté
de la part du Roy d'Espagne une
Lettre de felicitation fur for exaltation au
Souverain Pontificat.
Le Comte Kinski reçut le même jour
fon audience de congé , avec les ceremonies
ufitées dans de pareilles occafions . Le
Mercredi 16 Juillet , le Pape tint Confi
354
LE MERCURE
ftoire fecret , il y fit la formalité de fermer
& d'ouvrir la bouche au Cardinal
Conti , & lui donna l'Anneau de Cardinal
& le titre de S. Bernard des Termes . Ce
fut dans le même Confiftoire qu'il créa
deux nouveaux Cardinaux , l'Archevêque
Duc de Cambray , de l'Ordre des Prêtres ,
& de l'Ordre des Diacres Don Alexandre
Albani neveu du deffunt Pontife . Cette
nouvelle promotion fut celebrée dans
Rome par des illuminations & des fêtes
dans toutes les rues . L'Ordre du Diaconat
de l'Abbé Coetlogon a été declaré nul par
la Congregation du Concile. Celle du
Saint Office n'a pas encore ftatué fur la
difpenfe que demande le Duc de Bracciano ,
pour épouter la jeune Princeffe Borghese,
foeur de fa deffunte femme. L'Abbé Malatesta
Napolitain eft forti du Château
Saint Ange pleinement juftifié. On l'accufoit
de quelques Pafquinades. Le Cardinal
Gofladini eft parti la nuit du Mardi
8 Juillet pour fon Evêché d'Imola. Les
Cardinaux Allemands & les Cardinaux
François fe regalent alternativement avec
une grande magnificence. Le Cardinal
d'Althan chargé des affaires de l'Empereur,
confere fouvent avec les Cardinaux Conti
& de Sainte Agnés au fujet de la reftitutión
de Comacchio . On attend un heureux
fuccès de ces Conferences.
D'A O UST.
La Compagnie de Jefus a fefté à Rome
l'exaltation du Saint Pere avec une diftinction
qui a un trés- legitime fondement,
le nouveau Pontife ayant été élevé dès fa
plus tendre jeuneffe au College Romain.
Cette Ceremonie s'eft paffée dans l'Eglife
de Saint Ignace , qui avoit été difpofée &
parées exprès. Elle fut illuftrée par la prefence
de vingt- neuf Cardinaux & de près
de cent Prelats , avec un concours prodigieux
d'Ecclefiaftiques & de Religieux
de tous les Ordres. On commença la fête
par un beau Concert d'inftrumens , compofé
de plus de trente Muficiens des plus
habiles . Enfuite le Pere Antonio Caftni
Profeffeur de Rhétorique au College Romain
recita le Panegirique du S.Pere divifé
en deux parties , & démontra que le Pape
réuniffoit en lui la fainteté du Sacerdoce
& la majefté d'un Potentat.
La jeune fille de Don Carlo Albani
Prince de Soriano a été prefentée au Bap
tême par l'Ambaffadeur de Portugal au nom
du Roy fon Maître. Il lui donna le nom
d'Anne - Marie-Jofephine , & lui fit prefent
d'une Croix de diamans de la valeur de fix
mille écus Romains . Cette fainte Ceremanie
fe paffa dans le Palais Albani . L'Abbé
Don Stephano Conti , qui a été fait Pro- ,
tonotaire Apoftolique , eft prefentement
logé au Palais de Sa Sainteté , qui après
•
156
LE MERCURE
avoir éprouvé fes talens & reconnu fo.
merite , l'honore de fa confiance. Le 27
Juillet , le Cardinal Conti prit féanc
pour la premiere fois dans la Congrega
tion du Saint Office.
MORTS DE FRANCE..
E Comte de Thuri de Harcour eſt
LEnort le S Aouft , âgé de 62 ans il
avoit été Colonel du Regiment du Maine
Infanterie , & étoit Brigadier des Armées
du Roy.
Dame Marie-Anne Voifin , Veuve de
Meffire Denis Feydeau , Chevalier Seigneur
de Brou & autres lieux , Confeiller
du Roy en fes Confeils , Maistre des
Requeftes honoraire de fon Hotel , & Préfident
au Grand Confeil , eft morte le 31
Aouft . M. de Brou Intendant en Bretagne
eft fon fils .
M.de Maulnoury Confeiller à la Cour
des Aydes , eit mort le 2 Aouft.
Dame Marguerite de Gaudon époufe de
Meflire Nicolas de Vauquelin , Marquis de
Saify , eft morte à Bercy le 16 Aouft.
Dame Catherine - Jeanne de Garot de
Boifemont , épouse de Meffire Louis- François
de Blair , Chevalier Seigneur de Cer
D'A O UST. 157
nay , Courtemanche & autres lieux , Confeiller
au Parlement , eft morte le 17 Aouft.
Dame Marie-Henriete Valtelet , épouse
de Gafpard de Cafe , Ecuyer , Confeiller
du Roy , Tréforier General des Poftes de
France , & Fermier General , eft morte le
16 Aquft.
Dame Catherine Canterel époufe de M.
Durand Confeiller du Roy , Correcteur
ordinaire en fa Chambre des Comptes , eft
morte le 21 Aouft.
Dame Elifabeth d'Epinoy , veuve de
Meffire Jean- Baptifte de Ribaudon , Chevalier
, Seigneur de Monceau & autres
ieux , Conſeiller du Roy en fa Cour de
Parlement , eft morte le 7 Aouft.
Dame Marie - Anne Bertelot , veuve de
Meffire Jofeph Simon de Laiftre , Coneiller
du Roy en fes Confeils , Secretaire
rdinaire du Confeil d'Etat & Direction
les Finances de Sa Majefté , eft morte le
s Aouft , âgée de cinquante ans.
Meffire Jean-Baptifte de Mahuet , Chealier
, Baron du Saint Empire , & de
Drouville , Confeiller de S. A. R. de Lor
ine en fes Confeils d'Etat & Privé , prenier
Préſident de fa Cour Souveraine , &
on Envoyé extraordinaire à la Cour de
rance , eft mort à Paris le 26 Aouft , âgé
e foixante & treize ans.
Demoiſelle Marie Charlotte fille de M,
158
LE MERCURE
le Duc de Luynes eft morte âgée de deux
ans.
M. de Maulnier , Chevalier de S. Louis,
Sous - Lieutenant aux Gardes Françoiſes ,
eft mort à Marſeille le mois paffé d'une
feconde attaque d'apoplexie , âgé de 48
ans . Par cette mort M. Foy de S. Maurice
, le plus ancien Enfeigne à Efponton ,
eft monté à la Sous-Lieutenance.
M. Dutot , Chevalier de Saint- Louis ,
Lieutenant aux Gardes Françoifes , eft
mort à Paris. "
MARIAGES.
Onfieur le Marquis de Villars , fils
Munique du Maréchal de ce nom ,
époufa le 6 Aouft Mademoiſelle de Noailles
, feconde fille du Duc de Noailles. La
ceremonie de ce Mariage fe fit à l'Hôtel de
Noailles. M. le Maréchal de Villars eft
Duc & Pair , Prince de Martigues , Vicomte
de Melun , Marquis de la Melle ,
Comte de la Rochemilay , Chevalier des
Ordres du Roy , & de la Toifon d'or ,
Gouverneur & Lieutenant General du Pays
& Comté de Provence , Marſeille , Arles
& Terres adjacentes Ville , Tours &
Forts de Toulon , Ville & Citadelle de
Saint- Tropes . Il a été Gouverneur de Fribourg
en Brifgau , Generaliffime des Ar-
爨
D'AOUST.
mées du Roy, Ambaffadeur Extraordinai.
& Plenipotentiaire de France à la Paix de
Raftadt , Chef de l'Ambaffade à la Paix
generale de Bade ; enfin il eft Confeiller
au Confeil de Regence , & l'un des Quarante
de l'Academie Françoife. Il avoit
épousé en Dame Angelique Roque
de Varangeville, M.le Duc de Noailles ,
pere de la mariée , eft Grand d'Espagne ,
Chevalier de la Toifon d'or , premier Capitaine
des Gardes du Corps du Roy, Gou
verneur des Vigueries & Comté de Rouffillon
, Conflans & Cerdaigne , & des Ville ,
Château & Citadelle de Perpignan , Gouverneur
& Capitaine des Chaffes de Saint-
Germain , & Confeiller au Confeil de Re
gence. Il avoit épousé en Dame Françoile
Charlote Amable d'Aubigné.
Meffire Philippe- Augufte Comte de Volnire
de Ruffec , fils de M. le Comte de
Ruffec Dubois de la Roche , & de Dame
Elifabeth de Baux de Sainte -Fritte , a
épousé le 17 Aouft Demoiſelle Rebeque
de Malliere de Chaffonville , fille mineure
de M. le Comte de Chaffonville , Gentilhomme
de laChambre de leurs Alteffes Se
reniffimes Electorales de Baviere & de Cologne
, Maréchal de Camp de leur Armée
& de celles du Roy , Colonel d'un Regi
ment de Dragons , & de Dame Marie
Adrienne de Glimet de Brabant.
ノ
LE MERCURE
DIGNITEZ ET CHARGES.
Onfieur le Comte de Morville
Ambaffadeur ordinaire du Roy
près les Etats Generaux des Provinces
Unies , & Plenipotentiaire de Sa Majesté
au Congrès de Cambray , a obtenu du Roy
la furvivance de la Charge de Secretaire
d'Etat , dont eft revêtu M. d'Armenonville
fon pere. LesLettres font du 25 Aouft.
M. le Comte de Combourg Mestre de
Camp de Cavalerie , a obtenu du Roy le
31 Juillet la furvivance du Gouvernement
de la Ville de Saint- Malo
poffede M. le Marquis de Coefquen.
› que
M. le Marquis de Bouzols a obtenu du
Roy le premier Aouft la Charge de Châtelain
de la Châtelenie d'Uffon , que poffedoit
feu M. le Comte de Bouzols fon
pere.
M. le Marquis de Choifeul- Beaupré
Capitaine dans le Regiment d'Orleans
fils de M. le Comte de Choifeul Lieutenant
General des Armêes de Sa Majefté ,
& de Dame Anne Barillon petite - fille de
M. le Chancelier Boucherat , a obtenu du
Roy la furvivance de fon pere qui eft
Lieutenant General au Gouvernement de
Champagne.
M. de Saconai Chevalier de S. Louis ,
Enfeigne
D'AOUST. 161
Enfeigne Suiffe de la Compagnie des Cent
Suiffes Gardes du Corps du Roy , a obtenu
l'agrément de la furvivance de fa Charge
pour M. Glaffon de la Chataigneraye
auffi Chevalier de S. Louis , Exemt Suiffe
de la même Compagnie , lequel a cedé fa
Charge d'Exempt à M. de la Chataigneraye
fon fils , qui fervoit en qualité de Cadet
dans le Regiment des Gardes Suiffes .
BENEFICES.
Rreurs du Mercure de Juin & Juillet ,
Article des Benefices , page 126 du
fecond volume , à l'article de la promotion
de M. l'Archevêque de Cambray au Cardinalat
, il faut mettre l'Abbaye de Cercamps
, au lieu d'Orcamps.
Page 128 , à l'article ,de M. l'Abbé de
S. Albin , il faut mettre de l'Evêque Duc
de Laon , au lieu de Comte .
Du 10 Aouft , le Roy a donné l'Evêché
d'Arras, fur la démiffion de Meffire Guy
de Séve de Rochechouart , à M. l'Abbé
de Séve Docteur de Sorbone , qui en
étoit déja Coadjuteur.
L'Abbaye de Beaupré Ordre de Cifteaux
Diocéfe de Beauvais , à l'Abbé de Pézé .
L'Abbaye du Mont S. Michel, Diocéfe
d'Avranches , à l'Abbé de Broglio .
L'Evêché de Glandeyes , à l'Abbé de
Berton de Grillon . O
762 LE MERCURE
Le fieur. Jean- Baptifte Neret , Soudiacre
du Diocéfe de Paris , a obtenu le
To Aout l'Abbaye Commandataire de .
Saint -Etienne de Vaux , Ordre de Saint
Benoift , Diocéfe de Saintes.
Le fieur Jean - Philippes Waroquier ,
Prêtre du Dioceſe de Paris , a obtenu le
même jour la Chapelle perpetuelle de
Saint Louis , en la baffe Chapelle de
Paris.
le
Il y a erreur dans le dernier Mercure
à l'Article des Penfions accordées par
Roy fur l'Abbaye de Chailly ; le nom du
Precepteur de M. le Comte de Clermont
eft l'Abbé de Guijon , fa penfion eft de
2000 livres , & non de 1500 livres. M.
l'Abbé de Fortia n'a point de penſion , il
n'y a pas méme d'Abbé de ce nom .. M. le
Comte Dauteuil , Ecuyer de M. le Duc
de Bourbon , Chevalier de l'Ordre de S.
Lazare , a eu en cette qualité une penſion
de 200 liv. fur la même Abbaye.
D'A OUS T.
163
JOURNAL DE PARIS.
E Pape a donné au Pete Quinquer
d'Evêque
"
polis ; c'est un Evêché in partibus qui le
rendra fuffragant de l'Archevêché de Cambray
, où il ira refider.. La reputation du
Pere Quinquet eft affez étendue , & difpenfe
de parler ici de fes talens pour la
Prédication.
On ne doute plus que M. Maffei ne
refte ici Nonce ordinaire.
Le Prince de Montauban s'est démis
Vépaule en montant dans fa chaife de Pofte
On dit qu'un Marbrier de Paris , nommé
Prince , a trouvé le fecret de plier les
glaces fans les caffer. L'hiftoire nous raconte
qu'un pareil fecret avoit été décou
vert autrefois à Rome par un fameux Ouvrier
qui avoit fçu rendre le cryftal & le
verre malleables.
On dit encore qu'un Hollandois a inventé
une Porcelaine qui ne fe caffe point
& qu'il en a fait un fervice entier pour le
Roy d'Angleterre.
Le Roy a fait au Cardinal de Polignac
Oij
$64
LE MERCURE
un don de cinq cens mille livres à percevoir
en plufieurs années fur fes Domaines.
Il a auffi accordé à M. d'Avernes un
Brevet de retenuë de vingt- cinq mille écus
fur fon Gouvernement de Navarrins.
On affure que le Roy de Pologne a
nommé l'Abbé de Preaux au Cardinalat ,
pour la premiere promotion des Couronnes.
Un Chanoine de Gournay trop fincere,
ayant confié à un de fes voifins qu'il avoit
chez lui de l'argent vieux ; ce méchant
voifin conçut le projet d'affaffiner le Chanoine
thefaurifeur , & de lui dérober fes
Efpeces. L'occafion s'en prefenta bien- tôt ;
äl fut invité à fouper par l'Ecclefiaftique
imprudent , qui fut tué avec la fervante
fur la fin du repas. Quand l'affaffin eut fait
le coup , il vola le mort , & par un rafinement
de fcelerateffe , il porta le cadavre
de la fervante dans le lit du malheureux
Chanoine , & mit enfuite le feu à la maiſon ,
fe flattant que les flames confommeroient
les preuves de fa noirceur : mais on éteignit
l'incendie , on arrêta l'incendiaire , qui
eft à prefent dans la prifon de Rouen , où
il attend le Jugement de fon procès , &
la peine de fes crimes.
M. de Tarouca Ambaffadeur Plenipotentiaire
du Roy de Portugal au Congrès
D'A O UST. 165
'de Cambray , n'ayant point trouvé de mai
fon affez heureufement difpofée pour la
fefte magnifique qu'il prepare aux Dames ,
il a fait conftruire en Hollande un édifice
propre à fon deffein. Cette maiſon ambulante
doit être apportée à Cambray fur des
charettes ; les premieres font déja arrivées
chargées des gros bois. On ne peut pouffer
la galanterie plus loin. On lit bien que
quelques Romains faifoient venir des pays
lesplus reculez les viandes les plus delicates,
& les poiffons les plus exquis ; mais ils
ne s'avifoient pas de faire bâtir en Afrique
la Salle du feftin qui devoit être donné
en Italie.
•
Le 3 Aouft , M. l'Abbé d'Argouges
nommé par le Roy à l'Evêché de Perigueux
, a été facré dans l'Egliſe des Minimes
de la Place Royalle .
Le même jour trois Aouft , Celebi Mehemet
Effendi Ambaffadeur de la Porte
eft parti avec regret pour retourner à Conftantinople.
Ce Miniftre Oriental a fait
briller dans toutes les demarches & tous
fes difcours un goût Européen. Il a vifité
tous les lieux que cherche la curiofité éclairée
; il a parcouru les Cabinets rares , &
feuilleté les Biblioteques choifies. Enfin
il eftimoit fort les moeurs & les manieres
de notre nation : elle a rendu juftice à fon
merite , & lui a prouvé qu'elle ne juge
166 LE MERCURE
1
pas toujours des hommes par le climat &
par les habits.
Il n'eft pas étonnant que l'Ambaffadeur
Ture quitte la France avec regret ; M. le
Duc de Bourbon l'avoit reçu à Chantilli
peu de jours avant fon départ avec un
agrément qui doit lui rendre la route bien
ennuieufe. Ce fut le mardi 29 Juillet que
cette Excellence. arriva fur les fix heures
du foir dans le fuperbe Château de Chantilli
. Le Chevalier de Dampiere premier
Ecuier de M. le Duc de Bourbon fe trouva
fur le Perron à l'arrivée de l'Ambaffa
deur Ottoman , & le conduifit dans le
grand. Appartement , où il fouhaita être
feul un quart d'heure. Après s'y être repofé
, il defcendit , & trouva dans la grande
Salle une Collation préparée avec goût &
avec choix ; Son Excellence fe mit à table
avec fon . Fils & fon Medecin mangea du
fruit & des compotes , but du Sorbec , de
la Limonade & autres liqueurs fraîches
délicieufement compofées ; Elle fut de là
conduite par le Pont de la Voliere à des
Caleches galamment peintes & dorées.
L'Ambaffadeur en occupa une avec fon Fils,
fon Medecin & le Chevalier de Dampiere,
qui étoit chargé de faire les honneurs de
fa reception : les autres Caleches furent
remplies des Seigneurs invitez à la fefte.
Ces brillans équipages. volerent à la McD'A
OUS T.
167
"
.
8
nagerie ; on s'y amufa deux heures ; pendant
cet intervalle M. le Duc de Bourbon
qui étoit à la Chaffe en revint , & fut trouver
l'Ambaffadeur à la Menagerie ; ils
.monterent enſemble dans une Caleche , &
reprirent le chemin du Château par la tête
du Canal , le Miniftre de la Porte fut
mené dans l'Appartement du . Taffe , qu'il
prefera au grand Appartement. La compagnie
refta avec fon Excellence jufqu'à
neuf heures paffées.. On fervit une Table
de vingt couverts dans la Salle du Taſſe ,
où M. le Duc de Bourbon plaça l'Ambaſſadeur
à fa droite ; deux autres Tables de
quinze couverts chacune furent fervies en
même tems , & occupées par toutes les
perfonnes de diftinction qui fe rencontroient
à Chantilli ; le repas fut long &
toujours gay.
3
9
Le mercredi à fix heures du matin ,
l'Ambaffadeur après avoir pris fon Caffé ,
fortit en Caleche dans le petit Parc , & fut
-conduit à Silvie , c'eft un des plus gracieux.
reduits de Chantilli. A fon retour le dîner
fut fervi dans la Salle de Voute dans le même
ordre que le fouper de la veille : après
le repas on alla au rendez -vous de Chaffe à
la Table : près de là le Cerf fut lancé ;
l'Ambaffadeur fuivit la Chaffe en Caleche ,,
& fon fils à cheval , ce jeune Ture pique:
parfaitement bien..Le Cerf (e laiffa.
prens
168 LE MERCURE
dre aux Etangs on en courut un fecond ,
qui fut pris à la porte de la Menagerie.
En repaffant par la Table les Chaffeurs
trouverent une belle Collation , où l'on
prodigua les liqueurs & les eaux glacées.
Cette agreable Chaffe fut fuivie d'une promenade
le long du Canal jufqu'au fouper,
qui ne démentit point les repas precedens ;
on entendit un Concett avant de fe mettre
à table ; la Mufique continua pendant
qu'on mangeoit , & fe termina par des
Chanfons réjouiffantes , qu'on expliquoit à
l'Ambaffadeur , & qu'il applaudiffoit du
gefte & des yeux . Toutes les fenêtres de
La Salle du feftin étoient bien fermées , &
ce n'étoit pas fans fujet , on ménageoit à
Son Excellence une furprife agreable &
une fin brillante aux plaiſirs de la journée.
L'Ambaffadeur en fortant de table à plus
de minuit , entra dans fön Apartement , &
fut frapédu jour nouveau qui éclairoit les
Jardins , le grand & le petit Parterre , le
tour du foffé & des Baffins étoient enticrement
illuminez. Vingt- quatre pieces de
Canon firent d'abord trois falves , & annoncerent
un tres- beau feu d'artifice , qui
reprefentoit un Soleil & un Croiffant . Ce
fpectacle occupa jufqu'à trois heures du
matin Son Excellence , qui prit alors congé
de M. le Duc de Bourbon , s'alla repofer ,
& monta en Caroffe à huit heures , conduit
par
D' A O UST. 169
par le Chevalier de Dampierre. On lui
prefenta du caffé au moment de fon départ.
Six Turcs qu'il avoit amenez à Chantilly
furent auffi regalez ; de maniere qu'il en
fera furement fait mention plus d'une fois
à Conftantinople.
La nuit du 3 au 4 Août M. le Duc de
Chartres fut attaqué d'une fiévre qui l'obli
gea le lendemain de fe faire faigner du
pied ; heureufement cette indifpofition n'a
pas été longue , & fa fanté eft entiere¬
ment rétablie.
Le 17 le Roy entendit la Meffe chantée
par la Mufique , & l'Evêque d'Orange
prêta ferment de fidelité entre les mains
de Sa Majesté, en prefence de Monfieur
le Duc d'Orleans .
M. le Duc de Boufflers , fils du feu Mas
réchal de ce nom , doit époufer Mademoiſelle
de Villeroy , fille de M. le Duc
de Villeroy , Capitaine des Gardes du
Corps de Sa Majefté , & petite fille de
M. le Maréchal Duc de Villeroy , Gouver
neur du Roy.
Le 11 Aouft M. le Duc du Maine fit
près de Montrouge la Revûe des deux
premieres Compagnies du Regiment des
Gardes Suiffes. M. de Surbec Capitaine de
la Colonelle , qui a une maison de campagne
à Bagneux , village voifin de Montrouge
, y donna un fouper magnifique .&
Р
170 LE MERCURE
delicat à M. le Duc du Maine . Madame
la Ducheffe du Maine , le Prince de Dom- ,
bes & le Comte d'Eu , fe trouverent à ce
repas : Pour rendre la fête generale , on
avoit donné des rafraîchiffemens aux Offi.
ciers Suiffes de la Revûë , & on avoit
fait défoncer quelques tonneaux de vin aux
Soldats , qui n'eurent pas befoin de Troupes
auxiliaires pout vuider cette affaire
d'honneur. Aux cris de Vive le Roy que
repeteremt cent & cent fois ces deux Compagnies
, ont eût dit que tout le Regiment
complet étoit-là.
Le 15 jour de l'Affomption Mlle Antier
premiere Actrice de l'Academie Royale
de Mufique pour fignaler particulierement
fa joye au retour de la fanté du Roy,
donna le Bal fur le bord de la Seine dans
la prairie d'Auteuil : les faules furent illuminez
; on y danfa jufques au matin , &
cette falle ruftique fut peuplée fur les
deux heures de la nuit de mafques de
diftinction que Paris lui envoya. On peut
dire de ce Bal champêtre qui fe renouvelle
tous les ans , tantôt par un Particulier ,
tantôt par un autre , qu'on y voit prefque
depuis le fceptre jufqu'à la houlette .
On a emballé à Rome tous les Tableaux
qui appartenoient jadis à la Reine de Suede
, Monfieur le Duc d'Orleans qui les a
achetez , en laiffe les bordures au Duc de
D'A OUST.
་ ་
Bracciano , heritier de Don Livio Odeſcalchi.
M. le Prince de Conti a fait preſent atr
Roy de cent perdreaux rouges vivants ,
qu'on a portez à la Muette.
Le Roy a donné les Entrées au Duc de
Boufflers , au Dus de Montmorenci , & au
Comte de Ligni.
M. de la Boiffiere , fils du Lieutenant de
Roy de la Ville de Dieppe , épouſe Mademoiſelle
de Boulainvilliers. Le Roy en faveur
de ce mariage donne la furvivance de
la Charge de Lieutenant de Roy de Dieppe
au marié.
Le Roi a donné, au Comte de Morville
Plenipotentiaire au Congrès de Cambray ,
un Brevet de retenue de quatre cens mille
livres fur la Charge de Secretaire d'Etat ,
dont il a la furvivance.
Le 22 il arriva au Port Louis trois
Vaiffeaux de la Compagnie des Indes ,
nommeż le Solide , l'Amphitrite , & la
Vierge de Grace , * richement chargez ; ils
reviennent de Pontichery & de Bengale
dans les Indes Orientales .
Le 24 l'Evêque du Puy prêta ferment
de fidelité pendant la Meffe du Roy entre
les mains de Sa Majefté , en preſence de
Monfieur le Duc d'Orleans .
* Le Solide arriva le 22 , les deux autres ne
parurent que le 24 ,
P ij
172. LE MERCURE
Le 26 le Roy entendit le Salut dans
l'Eglife de Saint Louis en l'Ifle , édifice
qui n'eft pas achevé , dont le feu Roy de
glorieufe mémoire pofa la premiere pierre
le premier Octobre de l'année 1664 : le
Curé de cette Parroiffe fit au Roy un difcours
édifiant , où il rappella cette circonftance
pour infinuer à Sa Majeſté le
deffein d'achever un bâtiment commencé
par fon augufte Bifayeul. La mufique du
Motet , ainfi que celle du Te Deum qu'on
avoit chanté le matin , étoit de la compofition
du fieur de la Ferrieres , Prêtre de la
Parroiffe.
Le 24 M. le Marquis de Maillebois ,
Lieutenant General de Languedoc prefenta
au Roy les Députés des Etats de
cette Province , conjointement avec M. le
Marquis de la Vrilliere Secretaire d'Etat ;
le fieur des Granges Maître des ceremonies
les conduifit : la députation étoit compofée
de l'Evêque de Lavaur pour le Clergé ,
( ce fut lui qui porta la parole ) de M. le
Marquis de Calviffon pour la Nobleſſe ,
des fieurs Matthieu & Pafferot pour le
Tiers Etat ; & enfin du fieur Montferrier
Sindic general de la Province ; ils eurent
audiance le même jour & les fuivans de
Madame à Saint Cloud , de Monfieur le
Duc d'Orleans & de Madame la Ducheffe
d'Orleans au Palais Royal , avec les cereD'A
O UST. 173
monies pratiquées dans femblables , occafions.
Le 25 la fête de Saint Louis fut cele
brée à l'ordinaire par l'Academie Françoife
dans la Chapelle du Louvre , M. l'Evêque
de Soiffons nouvel Academicien y dit la
Meffe ; on y chanta un Pleaume en Mufique
de la compofition du fieur du Bouffet.
L'Abbé Citeri fit avec applaudiffement
le Panegirique du Saint. Le foir l'Academie
donna le prix de Poëfie au Chevalier
de Saint Difdier , celui d'Eloquence fut
refervé pour l'année prochaine . Ou les
Cicerons deviennent rares , ou ils ne veulent
pas compromettre leur Rhétorique.
M. Bailly & le Moine ; Medecins de la
Faculté de Paris , envoyez par la Cour en
Provence , y ont été attaquez l'une après
l'autre de la pefte , & fe font gueris mutuellement.
Cette confiance reciproque &
heurcufe , doit honorer leur capacité , &
encourager leurs malades.
Piij
174
LE MERCURE
JOURNAL
De la maladie du Roy & de toutes les
fêtes qu'on a celebrées à l'occafion
du rétablissement defafanté.
O
Na cru devoir affembler dans
un feul article tout ce qui concerne
un fait auffi intereffant
que la maladie du Roy , les fêtes
innombrables qui ont fuivi le rétabliffement
de fa fanté , prouvent clairement
qu'il eft impoffible de peindre la douleur
qui les a precedées : Ainſi qu'on ne s'attende
pas à de longs détails , ce feroit une
temerité inexcufable de tenter la peinture
: des tranfports François dans cette occafion
: les fentimens vifs ne peuvent jamais
être exprimez qu'imparfaitement ; le coeur
parle toujours infiniment mieux que l'éloquence
même , elle n'eft que fon écoliere.
.
Le Jeudy 31 de Juillet , jour de la fête
de faint Germain l'Auxerrois , Parroiffe
du Louvre , le Roy entendant` la Meffe
dans fa Chapelle , fe fentit incommodé ;
on fit ceffer la Mufique pour abreger
l'Office Divin , que Sa Majefté ne voulut
point quitter. Dès qu'Elle fut rentrée dans
D'A OU ST. 7475
*
1
fon cabinet , elle demanda du feu , qui
fut allumé dans le moment.
M. le Maréchal de Villeroy , & M. le
Duc de Mortemart, premier Gentilhomme
de la Chambre , envoyerent dire aux Officiers
de la Bouche & du Gobelet , que le
Roy ne dîneroit point à fon grand couvert
: Sa Majefté fe coucha fur les trois
heures après midy , attaquée d'un grand
friffon , fuivi d'une fiévre affez forte qui
augmenta pendant la nuit. On mandala
maladie du Roy à M. le Duc de Bourbon ,
qui étoit à Chantilly , auffi - tôt il fut au
Louvre , & paffa la nuit dans la chambre
de Sa Majefté avec M. le Maréchal de
Villeroy qui y couche ordinairement ; M.
le Duc de Mortemart & M. le Duc de la
Rocheguion Grand Maître de la Garderobbe
y refterent auffi , M. Dodart premier
Medecin , & M. Bachelier premier
Valer de Chambre , veillerent pareillement
le Roy , accompagnés de deux Garçons de
la Chambre.
Le Vendredi matin premier Aouft , M.
Dodard premier Medecin , M. Boudin ,
Medecin ordinaire du Roy , M. Helvetius ,
Survivancier de M. Boudin , M. Thevet
Medecin du Roy & de Madame , & M.
Falconet le pere delibererent dans une confultation
que l'on faigneroit le Roy à quatre
heures & demie du foir , M. Marechal
P iiij
176 LE MERCURE
1
t
premier Chirurgien de Sa Majeſté , fit cette
opération avec l'habileté qu'on lui connoit,
& tira deux petites paletes de fang , qui
ne diminuerent que très peu la fievre . Ce
malheureux fuccès obligea M. les Medecins
à fe raffembler fur les dix heures du
foir dans la Galerie , en prefence de M.
le Duc de Bourbon , de M. le Marechal
de Villeroy & de Madame la Ducheffe de
Ventadour ; M. Marechal premier Chirurgien
du Roy , & M. de la Peronie Survivancier
de M. Marechal , affifterent à la
confultation. Cette favante affemblée où
préfidoit le zele circonfpect mais actif ,
opina fagement qu'il falloit faigner au plûtôt
le Roy du pied pour arrêter l'embaras
qui fe formoit dans la tête. Cette ordonnance
fut executéé une heure après par
M. Marechal. L'effet de cette feconde
faignée fut prompt , heureux , & promit
au Roy une nuit plus tranquile que la precedente
: la promeffe ne fut pas vaine ; M.
le Prince de Turenne grand Chambelan en
furvivance de M. le Duc d'Albret fon pere,
M. de Maillebois Maître de la Garderobe ,
M. Bachelier premier Valet de chambre ,
M. le premier Medecin accompagné d'un
⚫autre Medecin & d'un Apoticaire ont gardé
le Roy pendant cette feconde nuit.
.
(
•
Le Samedi 2 Aouft , la ficvre s'appaifa,
⚫ le Roy fut extrémement foulagé , & la
D'A O UST. 177
joye rappellée à la Cour & dans la Ville
en bannit les funeftes allarmes qui dechiroient
tous les coeurs. On fit une troifiéme
confultation plus nombreuſe , & auffi
éclairée que les deux premieres. On joignit
à Meffieurs les Medecins du Roy appellez
, M. Burlet Gendre de M. Dodart ,
& Medecin de Madame la Princeffe de
Conti Douairieré , M. Falconer le fils , M..
du Moulin & M. Silva. Il fut réfolu qu'on
feroit prendre une medecine au Roy ; fur
les huit heures du matin, on lui donna de la
manne , & quelque tems après deux grains
de Tartré émetique . Ce remede réuflit au-
- tant qu'on le fouhaitoit , & plus infiniment
qu'on ne l'avoit efperé. A fept heures du
foir le pouls du Roy fe trouva très - calme.
Cependant comme une fanté fi préticule
& chere ne fauroit exiger trop de foins
& de précautions , les Medecins confultans
furent affemblés dans la Galerie pour
la quatrième fois ; M. le Duc de Bourbon ,
-M. le Prince de Conti , M. le Marechal de
Villeroy & Madame la Ducheffe de Ventadour
furent preſens à cette confultation ;
on y détermina les alimens & la boiffon
du Roy pendant le refte de la maladie . La
nuit fuivante fut parfaitement bonne , le
Roy dormit depuis neuf heures du foir
jufqu'au lendemain cinq heures du matin ,
qu'il prit un bouillon .
178
LE
MERCURE
Le Dimanche 3 Aouft, fa fanté s'affermit,
fon pouls eut un mouvement reglé & tranquile
; M. le Duc de Mortemart premier
Gentilhomme de la Chambre fit entrer
plufieurs perfonnes de diftinction qui eurent
l'honneur de voir Sa Majefté. Sur les
onze heures , M. le Premier Prefident &
Meffieurs du Parlement vinrent voir le
Roy , & entendirent la Meffe dans fa
chambre. La journée fe paffa tres- heureuſement.
M. le Duc de Bourbon, M. le Comte
de Clermont , M. le Comte de Toulouſe ,
M. le Prince de Turenne , & M. de Maillebois
affis autour du lit de Sa Majesté l'amuferent
par des tours de cartes . La nuit
qui fuivit cette heureuſe journée , en confirma
les agréables préfages ; le Roy dortuit
paisiblement depuis neuf heures du
foir jufqu'à fix heures du matin.
Le Lundi 4 Aouft , il prit une ſeconde
medecine fi bien ordonnée & fi falutaire ,
que l'après- midi Sa Majesté fut en état de
recevoir les felicitations des Cours Superieures
fur le rétabliffement de fa fanté.
M. le Duc d'Orleans a vu regulierement
le Roy tous les jours pendant la maladie ,
& a couché au Louvre dans l'appartement
de Madame la Ducheffe , où il doit à prefent
demeurer. Tous les Princes & toutes
les Princeffes de la Maifon de Bourbon ont
eu le même empreffement & la même
D'A O UST. 6179
exactitude. M. le Duc de Bourbon qui n'a
pas quitté le Roi un feul inſtant , avoit ordonné
une table foir & matin dans la Galerie
pour les Medecins , le premier Valet
de chambre & les Apoticaires de quartier.
Voici les noms des perfonnes qui pendant
la maladie de Sa Majefté n'ont pas abandonné
fa chambre. M. le Comte de Saumery
& M. le Marquis de Ruffé , Sous-
Gouverneurs du Roy , M. de Saumery le
fils , Madame la Nourrice , les quatre premiers
Valets de Chambre , qui font Meffieurs
Bontemps , de Niert , de Chanſenay,
& Bachelier actuellement en quartier , les
quatre Apoticaires , Meffieurs Biette , de
la Serre , Boldue & Boulogne ; & enfin
les fix Garçons de la Chambre. Les Officiers
de la Bouche & du Gobelet ont paffé
les nuits chacun à leur tour dans la Galerie.
Le Roy a foutenu fon mal avec une fermeté
qui honoreroit même un Prince d'un âge
plus avancé l'impatience & la crainte
n'ont pas augmenté fes douleurs , & l'on
n'a pu en connoître la nature que par les
fymptomes, que la patience & le courage
ne fauroient cacher à la penetration & à
l'experience de la Medecine.
Tandis que les Grands & le peuple trembloient
pour le Roy , l'Eglife imploroit
pour lui le fecours du Ciel . M. le Cardi--
nal de Noailles ordonna le 2 Aquft lcs
180 LE MERCURE
Prieres de Quarante heures , qui furent
commencées à Notre-Dame : & le Parlement
imitant le zele & la pieté de fon Pre-
'lat , rendit un Arreſt pour découvrir
pendant
neuf jours la Châffe de Sainte Genevieve.
L'Abbé de cette Communauté
donna fon Mandement en confequence.
L'Arreft & le Mandement furent executez
à la vue d'un concours prodigieux de peuple
inquiet pour la fanté de fon Prince. La
grande Meffe & les Vêpres furent celebrées
folennellement pendant la Neuvaine , &
& il yeut jour & nuit dans le Choeur deux
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
en prieres pour le rétabliſſement de la fanté
du Roy. I eft impoffible de détailler tous
les voeux que l'on fit pour Sa Majeſtć.
M. le Prince de Conti fut des premiers à
Sainte Genevieve, & entendit-le Dimanche
3 Aouft une Meffe baffe , qui fut dite par
M. l'Abbé de Roquette..
A
Le même jour le Curé de S. Germain
l'Auxerrois Paroiffe du Roy , publia au
Prone que Sa Majefté fe portoit mieux ,
& fit une prière.pour en rendre graces à
Dieu.
M. le Marechal de Villeroy accompa
gné de M. le Duc de Villeroy fon fils , du
Marquis de Villeroy & du Marquis d'Alincourt
fes petits - fils , entendit pendant les
Prieres de Quarante heures le Salut à NoD'A
OUS T. 181
tre-Dame , où M. le Cardinal de Noailles.
officia chaque jour.
M. le Marquis de Tonay Charente fils
de M. le Duc de Mortemart , dès le premier
indice de la convaleſcence du Roy fignala
fa joye par un feu d'artifice , que
- conduifit M. le Fevre , Intendant des menus
plaifirs de Sa Majesté.
Les , les Ambaffadeurs & Miniftres.
étrangers eurent l'honneur de faluer le
Roy , qui jouiffant le fix d'une fanté parfaite
, fe leva & s'habilla à l'ordinaire. Lá
joye du rétabliffement de cette précieuſe
fanté fut univerfelle , & on ne peut que
la peindre mal : cette joye fi fincere n'eft
- pas affoiblie par la longueur de fa durée
& elle conferve encore toute la vivacité
de fon premier mouvement.
Ne parlons plus de cet évenement funefte
, & que les fêtes qui l'ont fuivi le
rapellent feules dans la mémoire des peuples
. Dès que le Roy fe trouva gueri , fa
premiere penſée fut d'en remercier le Confervateur
de les jours. Il en écrivit à M. le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris ,
& voici ſa Lettre dictée par la pieté & la
reconnoiffance.
MON COUSIN ,
Je viens de recevoir une nouvelle
marque de la protection de Dien dans la
* 82
LE MERCURE
maladie courte mais dangereuse , dont fa
providence m'a tiré , j'ai fenti dans cette
occafion & fon pouvoir & fa bonté : l'un
& l'autre m'engagent à lui témoigner ma
foumiffion & ma reconnoiffance ; c'est par
d'humbles actions de graces que je dois
m'acquitter de ces juftes devoirs; & les
tendres, témoignages que j'ai reçus de l'amour
de mes Sujets , m'aſſurant qu'ils ſeconderont
avec zele mes fentimens : Je vous
fais cette Lettre de l'avis de mon Oncle le
Duc d'Orleans Regent , pour vous dire de
faire chanter le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de ma bonne Ville de Paris
au jour & à l'heure que le Grand- Maître
on le Maître des Ceremonies vous dira de
ma part ; je lui ordonne d'y convier mes
Cours & ceux qui ont coutume d'y affifter.
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin , en fa fainte garde. Ecrit à Paris
le 4 Aouft 1721. Signé LOUIS. Et plus
bas PHELYPEAUX .
>
Le 6. le Te Deum ordonné par cette
Lettre fut chanté dans l'Eglife Metropolitaine
, en Mufique de la compofition du
fieur de l'Alouette illuftre Maître de'
Mufique de cette Eglife ; le Cardinal de
Noailles y officia Pontificalement : Monfieur
le Duc d'Orleans , le Duc de Bourbon,
le Comte de Charolois , le Prince
D'AQUS T. 183
de Conti & le Comte de Touloufe s'y
rendirent avec une fuite diftinguée & nombreuſe
: le Chancelier de France y parut ›
accompagné d'un très-grand nombre de
Confeillers d'Etat & de Maiftres des Requeftes.
Le fieur des Granges invita à ce
Te Deum le Clergé , le Parlement, la Chambre
des Comptes , la Cour des Aydes &
le Corps de Ville qui avoient déja prévenu
ces Actions de graces publiques en faifant
dès le 4 chanter des Te Deum tant à la
Sainte Chapelle , où l'Abbé de Champigny
Treforier officia Pontificalement
qu'à l'Hopital du Saint - Efprit. Le Grand
Confeil fit chanter le 5 un Te Deum dans
fa Chapelle , & les Treforiers de France
firent éclater leur zéle le même jour à la
Sainte Chapelle.
·
Les Officiers de la Maifon du Roy ont
fçu faire diftinguer leur joye particuliere
malgré le jufte excès des réjouiffances publiques
; fur tout le zéle ingenieux de
Meffieurs les premiers Gentilshommes de
la Chambre a fort diverti le Roy. Ils firent
tirer un feu d'artifice dans le parterre
des Tuilleries , qui fut des plus brillans
; deux chaloupes peintes & decorées
en dragons combatirent fur le grand baffin ,
& vomiffant par une gueule enflamée des
torrens de ferpenteaux réjouirent très
long- temps la vue des fpectateurs. La
184 . LE MERCURE
nuit qui fe trouvoit heureufement fans
Lune , rehauffoit par fon ombre l'éclat de
ce tableau .
Le jour du Te Deum public , il y eur
des feux allumés devant toutes les portes ,
& des illuminations fur toutes les fenêtres.
Monfieur le Duc d'Orleans fit éclairer-
en flambeaux de cire blanche la façade
du Palais Royal. Tous les Princes & toutes
les Princeffes du Sang donnerent de
magnifiques fêtes dans leurs Palais , les
lampions difpofés avec fimetrie imitoient
& découvroient tous les morceaux d'architecture
où ils étoient arrangés. Le vin
fut prodigué au Peuple , qui n'a jamais bû
copieufement avec plus de juftice que dans
ces fêtes , où il s'alteroit fans ceffe à force
de crier , Vive le Roy.
Les Poiffonnieres de la Halle fe font
fignalées par le prefent qu'elles ont fait
au Roy le Vendredy 8 Aouft , d'un Efturgeon
de fept pieds quatre pouces de long
& pefant trois cens cinquante livres. Ce
rare poiffon leur avoit coûté cent piſtoles,
on l'avoit amené d'Elbeuf , & il n'étoit
mort qu'à dix-huit lieues de Paris. On
l'avoit orné de rubans bleus , & on lui
ayoit preparé une trés-belle couronne de
fleurs d'orange. Ces genereufes Poiffonnieres
refuferent l'argent qu'on voulut leur
donner de la part du Roy ; les douze principales
D'A OUST -2851
cipales eurent l'honneur de lui baifer la
main , elles pleurerent en la baifant , ce
fur là leur harangue . Madame la Ducheffe
de Ventadour aplaudir à leur zéle , quel
éloge ? & M. le Maréchal de Villeroy les
régala de liqueurs dans fon apartement.
>
Depuis le Te Deum chanté à la Metropolitaine
, toutes les Eglifes & Couvens ,
toutes les Communautés Laïques , tous
les Corps de Metiers , toutes les Confreries
enfin toutes les Compagnies dans
P'Epée , dans la Robe & dans la Finance
ont fait chanter auffi des Te Deum & des
Grandes Meffes pour l'heureux rétabliffement
de la fanté du Roy ; le Clergé , la
Nobleffe & le Tiers Etat feparés par leur
naiffance & leurs employs fe font trouvés
confondus par leurs fentimens , & quelquesfois
par les hommages de leur zéle.
Il faut obferver qu'à chacune de ces
Actions de graces non-feulement les Eglifes
où on les rendoit , mais encore les maifons
de tous les Particuliers de la Communauté
qui donnoît la fête étoient liberalement
illuminées . Chacun ſenſible à la
felicité publique oublioit fes propres malheurs
dés qu'il s'eft agi de dépenfer
pour marquer la joye de l'heureux rétabliffement
de la fanté du Roy , il ne s'eft
plus trouvé de pauvres. Il eft impoffibie
de décrire icy tous les divertiffemens qu'a
186 LE MERCURE
1
occafionnés cette heureufe convalefcence :
les tranfports de la Nation produifoient
à tout moment de nouveaux fpectacles
dans Paris.
Les Aouft fur les huit heures du foir,
on vit des fenêtres du Louvre fur la Riviere
un feu de joye fort fingulier : il étoit
allumé au milieu d'un grand batteau ; des
Blanchiffeurs & Blanchiffeufes danfoient
au tour au fon de quelques inftrumens affis
à la poupe du bateau ; ce bâtiment fuivoit
le fil de l'eau , il paffa le Pont Royal,
& alla difparoître du côté d'Auteuil.
Les Bouquetieres habillées de blanc &
'couvertes de fleurs fe font promenées dans
la Ville avec des violons : on eut dit d'une
fête de Flore.. Ainfi le Peuple divifé par
troupes parées de rubans & portant les
fimboles de leur métier ornés de même
parcouroit les rues , precedé par des tambours
, des hautbois , des trompettes & dès.
timbales on a vu reparoître le Boeuf
gras , fon cortege & fa fimphonie ; enfin.
on a formé dans la Canicule un fecond
Carnaval.
La plus grande partie des Te Deum s'eſt
chantée en Mufique de la compofition des
meilleurs Maîtres. Le fieur de la Lande
Surintendant de la Mufique du Roy , a
fait executer le fien dans la Chapelle du
Louvre. Le fieur Gervais Intendant de la
D'A OUST.i 187
Mufique de Monfieur le Duc d'Orleans
a fait chanter un Te Deum pour les Directeurs
de la Manufacture des Gobelins
dans l'Eglife de Saint Hippolite leur Paroiffe
.
Le fieur du Bouffet Compofiteur de
Mufique de l'Academie . Françoife , de
celles des Belles Lettres & des Sciences ,
a fait fentir la grace de fes chants dans
les fêtes que ces celebres & 1çavantes Societés
ont données pour marquer leur zéle
à leur augufte Protecteur.
L'Academie de Peinture & Sculpture,
la Sorbonne & l'Univerfité ont fait écla
ter les mêmes démonſtrations de joye.
"
Le fieur Campra Maître de Mufique
du College de Louis le Grand a donné
plus de fix fois en differentes Eglifes de
la Mufique qui ne peut être trop repetée ;
le 11 Aouft fon Te Deum fut chanté au
College de Louis le Grand , & fuivi de
l'Exaudiat ; le foir on tira dans la grande
cour un feu d'artifice , qui dura longtems
& fut fort beau ; la cour fut entierement
illuminée , toute vafte qu'elle eſt ,
ainfi que toute la façade du bâtiment qui
donne fur la Rue S. Jacques , qui eft
d'une grande étendue. Au fond de la cour
on lifoit diftinctement en lettres d'or fur
une toile tranſparente cette infcription ::
•Reftitutam falutens publicam Ludovico de
>
Qij
188 LE MERCURE
/
cimo quinto gratulatur Collegium Ludovici
Magni. On diftribua au Peuple du Vin
en très-grande abondance. Plufieurs jeunes
Seigneurs Penfionnaires du College fe font
diftingués par des illuminations qu'ils ont
faites à leurs fenêtres , fur tout M. de Tonnay-
Charente , de Vaffé , de Nicolai , de
Rochechouard & de Leon .
Deux jours avant les réjouiffances qui
ont été faites au College de Louis le Grand ,
où étudie M.. le Duc de la Tremoille
Premier. Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté ce jeune Seigneur chagrin de
ne pas rencontrer chés les Artificiers ce
qu'il fouhaittoit pour exprimer la joye
extréme dont il a été penetré à 1 heureux
retour de la fanté du Roy , écrivit du
College une Lettre à M. le Maréchal de
Villeroy fur la rareté des artifices , &
joignit à cette Lettre ces Vers également
naïfs & fins.
LA
AU ROY.
A Poudre eft plus rare à prefent.
Mille fois que l'or & l'argent':
Pour faire feu joyeux & mainte petarade,
J'ay couru tour Paris en cherchant pots à feu ,
Trompes , gerbes , foleils , j'en ay rouvé bien
peu ,
•
Et fuis très fatigué de cette promenade ;
Eh ! de grace , LOUIS , ne foyés plus malade .
D'AOUS T. 1.89
Cette plainte parut mal fondée le jour
du feu d'artifice qu'il fit tirer dans la cour
du College fur un échafaut élevé de trois
pieds. Sur cet échafaut trois colones de
feuillage portoient un fronton auffi de
feuillage , le tout bien garni de fufées &
de fauciffons . Sur la colone du milieu
paroiffoient les armes de M. le Duc de la
Tremoille , aux deux côtés du feu il y
avoit deux tonneaux de vin qui étoit verfé
au Peuple avec de grandes cueilleres par
deux hommes vétus en Satires , qui ne
s'oublioient pas eux - mêmes dans cette
diſtribution . Aux fenêtres de la Chambre
de ce jeune Duc fix hautbois ', des trompettes
& des timballes tous excellens
jonerent les airs les plus gais pendant toute
la fête ; on fervit dans cette chambre un
ambigu accompagné de toutes fortes de
vins & de liqueurs.
Des Lettres de Guyenne nous apprennent
que le 11 Août le Parlement de
Bordeaux fit chanter au Palais un Te Deum
en Mufique ; toutes les Chambres y affifte
rent en Robes Rouges. Le foir il y eut
dans toute la Ville des feux & des illuminations.
Le 12 Août Madame d'Orleans , premiere
Princeffe du Sang , Abbeffe & Dame
de Chelles , a fait chanter le Te Deum
tant à l'Abbaye que dans les deux Parroiffe
rgo LE MERCURE
du Bourg de Chelles ; le clocher & le
jardin de l'Abbaye furent illuminez avec
goût. On voyoit de tous côtez des fleurs
de lys & des Vive le Roy en lampions. Le
feu d'artifice fe tira dans le jardin , qui
fut ouvert à tout le monde , auffi bien
que toutes les cours de l'Abbaye ; le peuple
danfa au fen des inftrumens , le vin
lui fut prodigué , & des concerts de Mufique
celebrerent & embellirent cette
agreable journée .
Le Lundy 11 M. le Marquis de Nefle
eut l'honneur d'avoir le Roy même pour
témoin de la fête qu'il lui confacra. L'Hôtel
de Mailly où loge ce Seigneur , eft
heureufement fitué au bout du Pont Royal,
én face du Pavillon des Tuilleries. Lors
que le Roy parut dans l'appartement de
M. l'Evêque de Frejus , l'artifice commença
: toute la Terraffe du Jardin de M.
le Marquis de Nefle étoit ornée d'une colonade
de lumiere compofée de quinze
arcades brillantes ; celle du milieu plus
haute que les autres , étoit remplie de
rrois fleurs de lys illuminées ; fur cette
lumineufe arcade , un très grand foleil
répandoit une vive clarté. Sous les autres
arcades on avoit pofé alternativement des
luftres de cristal & des pyramides de lampions.
Aux deux bouts de la Terraffe let
vin couloit & ne tomboit point à terre,
D'AOUS T.
191
""
Le même jour le College des Quatre
Nations , peu éloigné de l'Hôtel de Mailly ,
& fitué fur le même Quay , augmenta
les plaifirs de ce quartier- là par fes fulées
& fes illuminations .
Dans ce jour confacré par plus d'une
fête , ainsi que tous ceux qui l'avoient
precedé, & tous ceux qui le fuivirent , les.
Fermiers Generaux firent celebrer une
Meffe folemnelle & chanter un Te Deum
dans l'Eglife des Jacobins de la ruë faint
Honoré , & le 13 au foir les Receveurs.
Generaux des Finances firent pareillement
chanter le Te Deum dans l'Eglife de la
Maiſon Profeffe des Jéfuites , fuperbement
illuminée par les foins du fieur Berrin
Deffinateur ordinaire du Roy ; le portail
de cette Eglife , qui eft fort haut & fort
chargé d'architecture , étoit auffi magnifiquement
illuminé. Le Cardinal de Polignac
, & plus de vingt Evêques , le Maréchal
de Villeroy , Madame la Ducheffe
de Ventadour , M. de la Houffaye Con- *
trolleur general des Finances , & plus de
cent perfonnes de diftinction affifterent à
cette ceremonie. Le Bureau de la Caiffe.
commune ruë faint Antoine , fut auffi illu
miné.
Le 14 veille de l'Affomption de la fainte
Vierge , le Roy entendit les premieres
Vêpres chantées fa. Mufique dans la
par
192 LE MERCURE
*
Chapelle des Tuileries .
Le 15 jour de la fête le Roy entendit
la Meffe , après s'être confeffé à M. l'Abbé
Fleury fon Confeffeur ; l'après midy Sa
Majefté affifta aux Vêpres & à la Proceffion
.
Le Samedy. 16 Août le Roy fur fur
les onze heures du matin à l'Eglife Métropolitaine
rendre à Dieu de publiques
actions de graces du parfait rétabliſſement
de fa fanté. Il fortit du Louvre dans un
carroffe à deux chevaux chargé devant &
derriere des Pages de la grande & de la
petite Ecurie, c'est l'ufage du grand cere
monial . Sa Majefté étoit accompagnée de
Monfieur le Duc d'Orleans , du Duc de
Chartres, du Duc de Bourbon , du Cointe
de Clermont , du Prince de Conti , & du
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouverneur.
Les Gardes de la Prevôté & les
Cent Suiffes leur étendard deployé &
tambour battant , commandez par le fieur
de Bogue Lieutenant François de cette
Compagnie , précedoient le carroffe qui
étoit entouré par les Gardes du Corps à
pied & leurs Officiers. Le Roy fur reçû
par le Chapitre , & le Cardinal de Noailles
qui étoit à la tête complimenta Sa Majeſté,
qui enfuite s'alla placer fur un Prie- Dieu
devant la Chapelle , de la Sainte Vierge ;
l'Abbé Châtelain , Chapelain du Roy de
quartier
D'A O UST. 193
quartier y dit la Meffe , & on y, chanta un
Motet , executé par la Mufique de Notre-
Dame , & compofé par le feur de Lallouette
, Maître de Mufique du Chapitre.
Dès que la Meffe fut achevée , le Roy
entra dans le Choeur , y fit fá priere , fut
enfin reconduit comme il avoit été reçû
& les acclamations du priple le fuivirent
jufqu'au Louvre.
Le 18 le Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aydes , la Cour
des Monnoyes , * & le Corps de Ville , haranguerent
le Roy fur fon heureufe conva
lefcence. Sa Majefté leur donna audience
dans la gallerie , affife fur fon fauteuil
environnée par Monfieur le Duc d'Or
leans , le Duc de Chartres , le Duc de
Bourbon , le Prince de Conti , le Maréchal
de Villeroy , le Duc de Mortemart
premier Gentilhomme de la Chambre , le
Marquis de Maillebois Maître de la Garde
robe , & autres Seigneurs de fa Cour.
Le lendemain le Grand Confeil & l'Acade
mie Françoife s'acquitterent de ce devoir
ainsi que l'Univerfité , conduite par le
fieur Gibert fon Recteur , Profeffeur de
Rhétorique au College Mazarin , & Auteur
de la Continuation des Jugemens des
Sçavans de M. Baillet. Le même jour le
fieur Maboul Avocat General des Requêres
de l'Hôtel , vint avec le Corps de Ville
R
&
匣
194 LE MERCURE
prefenter le ferutin au Roy , & les fieurs
Rouffel & Sautereau nouveaux Echevins,
prêterent entre les mains de Sa Majefté ,
en prefence de Monfieur le Duc d'Orleans,
de ferment de fidelité ordinaire. Toutes ces
Compagnies furent préfentées au Roy par
le Comte de Maurepas Secretaire d'Etat ,
& conduits par le fieur Defgranges Maître
des Ceremonies,
Le 19 le fieur Danchet de l'Academie
Françoife , eut l'honneur de reciter au Roy
Idille qu'il a compofée fur le retour de
fa fanté, ouvrage qui avoit été fort aplaudi
de jour de la reception de M. l'Evêque de
Soiffons à l'Academie , par une Affemblée
très capable de juger compétemment fur
toutes les matieres de la Litterature,
Le même jour les Pages de la grande
Ecurie firent chanter un Te Deum aux Capucins
de la rue faint Honoré , fuivi d'une
décharge de boettes . Le foir ils firent tirer
un feu d'artifice dans le manége découvert,
qui étoit illuminé. Grand bruit de boëttes
ayant le feu , & grand bruit de boëttes
après , égal du moins par les cris du peuple
qui vuidoit avec empreffement un gros
tonneau de vin livré à fà foif éternelle, par
nos Pages zelez . Sur les onze heures un
Bal fort bien ordonné commença , dont
cette brillante jeuneffe fit très poliment
les honneurs ; on y fetvit une collation
D'AQUS T.
195
variée avec goût , & les liqueurs n'y furent
pas menagées .
Le 20 M. l'Evêque de Beauvais official
dans l'Eglife des Auguftins Déchauffez de
la Place des Victoires , qui firent chanter
un Te Deum & un Exaudiat par plus de
cent Muficiens choifis , & donnerent le
foir au Public le régal de deux décharges.
de boëttes , & d'un beau feu d'artifice
dreffé dans leur cour. La cérémonie commença
par un concert en Dialogue de fimphonie
meflé de Trompettes , Hautbois ,
Flutes & Violons . Dès qu'elle fut terminée
le fieur Campra qui donnoit cette Mufique
fans retribution , crut ne pouvoir mieux
couronner une fi belle fête qu'en rendant
au fameux Lulli , enterré dans l'Eglife où
on la celebroit , un faint hommage que
lui doivent tous les habiles Compofiteurs
de Mufique ; il fit chanter un De profuedis
, fuivi de l'abfoute fur le tombeau de
cet Orphée moderne , genie heureux ,
Maître de l'Art & Difciple de la Nature ,
qui tiroit fes Notes du fonds du coeur
quand il faifoit chanter les paffions .
Le Roy partit le même jour après la
Meffe pour aller dîner à la Muette ; le
Comte de Clermont & le Maréchal de
Villeroy l'y accompagnerent. L'aprés midy
Sa Majesté alla chaffer , & tua près de
trente pieces de gibier. Au retour de la
Rij
196 LE MERCURE
chaffe le Roy trouva dans la plaine des
Sablons les deux Regimens des Gardes
Françoiſes & Suiffes , qui pour exprimer
leur joye de la convalefcence de Sa Majefté
, firent trois falves de Moufqueterie.
Avant l'arrivée du Roy ces Troupes
avoient fait chanter le Te Deum fous une
tente par l'Abbé le Comte , Aumônier des
Gardes Françoiles .
&
Le Vendredy 22 , le Roy partit à dix
heures du matin pour aller entendre la
Meffe à Sainte Genevieve , en nouvelles
actions de graces du rétabliffement parfait
de fa fanté. Il fe mit dans un Caroffe à
huit chevaux , avec M. le Duc d'Orleans
le Comte de Clermont , & le Maréchal
de Villeroy. Sa Garde le fuivit . Toutes les
rues de fon paffage étoient bordées de Soldats
du Regiment des Gardes Françoiles
& Suiffes. l'Abbé de Sainte - Genevieve
avec la Croix & tous fes Chanoines Reguliers
reçut le Roy à la porte de l'Eglife ,
& lui fit un difcours pieux & touchant fur
l'évenement qui l'amenoit aux pieds des
Autels ; enfuite il conduifit Sa Majeſté
dans le Choeur , où on avoit préparé un
Prie- Dieu devant le grand Autel. La
Châffe de la fainte Patrone de Paris étoit
entierement découverte & environnée
d'une trés - grande quantité de cierges.
Après la Meffe qui fut dite par l'Abbé de
D'A OUS T 397
Varennes Chapelain du Roy , de quartier,
Sa Majefté fut reconduite jufqu'à la porte
de l'Eglife par l'Abbé & les Chanoines
Reguliers de Sainte Genevieve , & s'en
retourna au Louvre avec les mêmes acclamations
de Vive le Roy qu'il avoit entendues
le jour qu'il revint de l'Eglife Metropolitaine.
Tandis que tout Paris rétentiffoit des
feftes qu'on y celebroit chaque jour , les
Villes , Bourgs & Villages de la Banlieue
marchoient fidellement fur les traces de la
Capitale du Royaume.
Le 18 au foir , M. le Duc de Noailles
Gouverneur de Saint- Germain en Laye
fit chanter un Te Deum dans la Paroifle
Royalle ; une grande partie de la Mufique
du Roy s'y trouva ; la compofition du Te
Deum étoit du Sieur Bernier favant Compofiteur
de Mufique de la Sainte Chapelle
du Palais. M. le Duc de Noailles fut accompagné
dans cette pieufe ceremonie par
toure fa famille & ungrand nombre d'Officiers
du Roy. Après le Te Deum l'Artillerie
, les boëttes & le feu d'artifice furent
tirez ; on avoit pofté le canon fur la grande
Terraffe ; l'illumination fut très belle : il
y eut bien des tables & bien fervies , &
des fontaines de vin pour le peuple .
Madame la Ducheffe d'Orleans Regente
regala tout Bagnolet un Dimanche les
R iij
198
LE MERCURE
Païfans rencontroient par tout des fources
de vin , & on y diftribua de la viande conme
aux nôces de Gamache , fi vantées
Sancho Panfa , & le foir, il y eur de l'artifice
avec la même profufion.
par
M. le Marquis de Bellefonds Gouverneur
de Vincennes , fit auffi une fort belle:
fête , que l'on ne décrira point ici pour
éviter la monotonie.
Les Provinces ont fuivi de près l'exemiple
de la Capitale . La Ville de Lyon , qui
a pour Gouverneur le Gouverneur même
du Roy , guidée par un zele ardent qui fe
foutient toujours , a répondu parfaitement
aux defirs de M. le Maréchal de Villeroy
dans les témoignages éclatans qu'elle donna
de fa joye , lors qu'elle fut informée du
rétabliffement de la fanté du Roy. Cette
heureufe nouvelle fut bien -tôt divulguée
& aplaudie par les acclamations du Peuple.
M. Cholier , digne Prevôt des Marchands
d'une Ville fi fidelle , alla trouver
M. l'Archevêque de Lyon , qui charmé de
reconnoître dans tous les coeurs les fentimens
qui animoient le fien , refolut avec
lui de fatisfaire le vif empreffement du
peuple , & de hâter le jour des réjouiffan
ces publiques. Les fêtes brufquement preparées
font toujours les plus finceres . Le
10 toutes les cloches annoncerent dès le
matin le commencement de la fête : l'arD'A
OUST. 199
tillerie les feconda auffi bien que la moufqueterie
des Compagnies de la Ville rangécs
fous les armes dans les differentes
Places avec une partie des Pennonages.
L'Archevêque s'étant rendu fur les fix heures
du foir à la Cathedrale , y
officia pontificalement
au Te Deum qui fut chanté
folemnellement ; tous les Corps de la Ville
y affifterent en habits de ceremonie : Partillerie
& les acclamations de Vive le Roy
retentiffoient continuellement pendant ces
Adions de graces. Le Prevôt des Marchands
qui a dans cette occafion fignalé
extremément fon zele & fon goût , avoit
fait préparer un feu d'artifice fur le Pont
de pierre , & dans les Places publiques
toutes illuminées , ainfi que toutes les
rues & les montagnes . M. Poulletier Intendant
de Lyon a fait paroître les mêmes
marques de fon attachement refpectueux
pour la perfonne de Sa Majesté.
Le vin couloit de toutes parts , & le peuple
le payoit par des Vive le Roy redoublez
, monnoye très chere à ceux
qui ouvroient leurs tonneaux . On n'a
pas pû douter dans ce jour-là que le
Gouvernement & le Palais Archiepifcopal
ne fuffent des demeures des Villeroys.
Le lendemain le Château de Neuville
illuminé par les ordres de M. l'Archevê-
Riiij
200 LE MERCURE
que de Lyon , repeta dans la Campagne
les plaifirs de la Ville.
La petite Ville de Montéreau - Faut –
Yonne s'eft acquitée galamment de ce que
fon zéle devoit au Roy. Après un Te Deum
folemnellement chanté , il y a eu un feu
de joye allumé par Madame Chineaufemme
du Lieutenant General , & Madame
Je Breton fenime du Maire , qui toutes
deux vêtues & armées en Amazones &
parées de Cocardes uniformes conduifoient
une troupes d'Habitans Nobles & Bourgeois
tant de la Ville que de la Campagne,
proprement habillés. Après cette joyeuſe
ceremonie nos deux Commandantes
marcherent avec leur fuite vers le Pont
au bruit des tambours & des trompettes ,
& là il fut danfé & chanté une Chanfon
compofée par ces deux Dames à l'honneur
de l'aimable Prince pour qui fe faifoit une
i jolie fête.
>
On referve pour le mois prochain la
continuation du détail des Réjouiffances
faites au fujet de la Convalefcence du
Roy. On va finir ce Journal par un article
de Paris , que les Provinces demanderoient
icy s'il y manquoit ; c'eft la defcription
du Feu d'artifice tiré dans le Jar
din des Tuilleries le 25 jour de la Fête de
Saint Louis , Ayeul & Patron de Sa Majesté.
[
D'AOUST. Lof
L'Academie Royale de Mufique eft en
poffeffion depuis long -temps de donner
chaque année au Roy pour Bouquet un
Concert d'inftrumens executé dans le Jar
din des Thuilleries : les vingt- quatre violons
de Sa Majefté , les trompettes & les
timbales de fa Chambre s'uniffent pour
cette Fête aux fimphonies de l'Academie
de Mufique. Cet affemblage compofe le
plus nombreux & le plus parfait orcheſtre
qu'il y ait en Europe.
Depuis que le Roy habite le Louvre
ce Concert annuel eſt ſuivi d'un Feu d'arvifice
; mais jamais on n'en a tiré un pareil
à celui que l'on va décrire. Ce Feu
fuperbe ordonné par M. le Duc de Morremart
Premier Gentilhomme de la Chambre
du Roy , & conduit par M. le Févre
Intendant des Menus Plaifirs de Sa Majefté
, offrit au Public un des plus nobles
& des plus brillans Spectacles qui l'ait jamois
occupé. L'édifice élevé de cent pieds
fur une largeur proportionnée & fitué entre
le baffin du Parterre & la grande Allée
, regardoit le veftibule du Château .
Sa décoration reprefentoit le Palais de
Vulcain bâti fur des roches. Ce grand
morceau d'Architecture d'un goût nou?
veau , fingulier & parfaitement caracterifé
eft de l'invention du fieur de Vaffé . L'execution
a répondu au deffein. Le fieur Per
202 LE MERCURE
Fot excellent Peintre de l'Academie pour
le Theatre & la perſpective , a raffemblé
dans cet ouvrage la précifion & la verité .
Ce Palais du Forgeron des Dieux ouvert
par cinq Portiques qui fe repetoient dans
la face opofée laiffoit voir l'horifon de toutes
parts. Les trois arcades du milieu préfentoient
un avant - corps fur un plan circulaire
en forme de rotonde . Aux deux
aîles de ce bâtiment deux cavernes trèsbrutes
fembloient s'y communiquer par
deux portes. Ces cavernes pratiquées dans
des rochers efcarpés & fteriles , & fermées
par des grilles de fer , paroiffoient plutôt
ébauchées par le caprice de la Nature ' ,
que conftruites par les régles de l'Art.
A travers de leurs grilles de fer on découvroit
huit Ciclopes naturels qui frapoient
l'enclume dans ces ateliers ruftiques.
L'avant-corps du Palais étoit decoré
par un ordre Tolcan ; huit grands canons
de bronze couplés y fervans de colones ,
avoient pour piedeftaux des mortiers à
bombes , & foutenoient un entablement
du même ordre.. Les quatre colones qui
accompagnoient la principale entrée étoient
couronnées par un fronton , qui au milieu
étoit orné d'un trophée chargé d'une tête
de Médule. Le Dieu Mars affis fur ce fronton
occupoit la droite du trophée , & la
Déeffe Pallas en occupoit la gauche dans
D'A O UST. 203
la même pofture. L'interieur du Palais
éclatoit du feu & des étincelles des Forges
, la fumée en fortoit par le portique ?
& c'étoit à travers de ces flames & de
cette fumée qu'on remarquoit quatre ciclopes
autour d'une enclume où ils entaffoient
confufément des carquois , des arcs,
des filets & des fléches à mesure qu'ils
étoient fabriqués. Sur le devant du portique
Vulcain tenant fon marteau & la
tête haute écoutoit Diane , qui deſcendant
à fa droite fur un nuage venoit lui
commander des arines de chaffe pour le
Roy. L'idée du feu d'artifice fe renfermoit
dans ce tableau. On a voulu celebrer le
goût naiffant que Sa Majefté montre pour
la chaffe , pénible jeu , vive image de la
+
Guerre.
Sur cet avant - corps d'ordre Tofcan s'élevoit
un grand dôme auffi percé à jour,
& decoré par des pilaftres couplés ou
Cariatides,figurant desCiclopes de bronze..
Ces Thermes portoient l'entablement &
foutenoient la coupole du dôme terminé
en vafe d'amortiffement par un globe fervant
de baze à un Jupiter armé du foudre.
A l'entrée de la nuit l'amphithéatre dreffé
pour la Mufique & adoffe fuivant la cou
tume contre la principale Porte du Châ--
teau du Louvre dans le Jardin , fut éclairé
$04 LE MERCURE
,
infiniment mieux qu'à l'ordinaire par unle
belle illumination ingenieufement ordonnée:
au milieu du fond de cet amphithéatre
quarré , dont les coins étoient marqués
par quatre piramides , regnoît le Chiffre
du Roy , furmonté d'une Couronne &
accompagné d'autres ornemens , le tout
figuré par des lampions qui garniffoient
auffi les quatre côtés de l'amphithéatre , &
formoient une bordure éclatante à ce tableau
lumineux. Les croifées des deux terraffes
étoient éclairées par des flambeaux
de cire blanche & toutes ces lumieres
reflechiffant fur les pierreries des Dames
qui rempliffoient les terraffes & les fenê◄
tres du Château , procuroient aux innombrables
Spectateurs répandus dans le Jardin
le plus brillant point de vue qu'on
puiffe imaginer.
›
Après le fouper du Roy , Sa Majesté
vint fur la terraffe voifine de fon Apartement
, & fe plaça fous un dais magnifique
; d'abord qu'elle parut , mille cris
redoublez de Vive le Roy celebrerent fa
prefence.
La Mufique ramena le calme , on debuta
par l'ouverture du Triomphe de l'Amour ,
qui fut fuivie par un des Choeurs chantez
l'hiver paffé au Ballet du Roy. On executa
auffi le fecond Choeur de l'Opera d'Amadis,
Que le Ciel annonce à la terre &
D'AOUST . 205
& le troifiéme de l'Opera d'Atis , Que
devant vous tout s'abaiſſe & tout tremble
&c. D'excellentes fimphonies continuerent
le Concert , qui fut interrompu par les
falves des Boëtes & du Canon ; le Canon
pointé vers la Riviere fur le Quay de la
Conference étoit rangé près du Corps de
Garde le long du parapet , & les Boëtes
étoient alignées fur le même Quay au pied
de la grande Terraffe du Jardin des Tuilleries.
Le fignal pour tirer le feu d'artifice fut
donné par une gerbe allumée à la Garderobe
du Roy. Dans ce moment une Diane
éclatante parut en l'air du côté de la Seine,
& fe tranfporta depuis la cime des Maroniers
d'Inde de la grande Terraffe jufqu'au
Palais de Vulcain , oùì à fon arrivée le travail
des Ciclopes fe fit entendre . Toutes
les forges peintes parurent de veritables
forges ; un artifice continuel y copioit naïvement
les flammes diverſement colorées
que produit le charbon de terre . On fera
curieux de fçavoir quelle machine a voituré
Diane dans les airs. C'étoit une corde
attachée par un bout aux arbres de la
grande Terraffe , & par l'autre à la charpente
du feu; & l'éclat de la Déeffe ve- -
noit d'une toile tranfparente , fur quoi on
l'avoit peinte , qui étoit illuminée par
derriere , & qui de plus étoit chargée de
deux cens lançes à feu ,
206 LE MERCURE
Après le vol de Diane , quatre douzaines
de groffes fufées volantes appellées fufées
d'honneur , préparerent le public au plus
brillant artifice qu'on ait jamais executé : il
partoit à la fois des quarante douzaines
de fufées qui envoyoient au Ciel de nouvelles
étoiles .
Voici en quoy confiftoit l'artifice du
Palais de Vulcain. 250 douzaines de
fufées nommées doubles Marquifes par les
gens du métier , rempliffoient so Caiffes
difpofées au pied de l'Edifice ; cinquante
douzaines plus groffes que ces premieres
étoient difperfées fur le même terrain.
Le premier plancher portoit trois Caiffes
de cent fufées chacune. Quatre Caifles
contenant chacune cent trente , fufées ,
garniffoient le troifiéme plancher . On
avoit diftribué de toutes parts quatre
mille pots à feu de differentes grandeurs ,
pleins de Lardons , Fougades , Dauphins &
autres efpeces d'artifices . Ce feu fuperbe
fut terminé par un grad Soleil fixe qui ramena
le jour pendant une demi - heure ; ce
Soleil étoit placé fur la principale entrée
du Palais de Vulcain.
On vit fur le Baflin le combat amufant
de deux Dragons d'une grandeur démefurée.
Ces deux monftres que la rage paroiffoit
infpirer , avançoient l'un contre
l'autre , & vomiffoient de leur gueule
D'AQUS T. 207
énorme des torrens de flâmes. Ces deux
terribles Dragons étoient deux chaloupes
décorées qui manoeuvrant avec agilité imitoient
tous les mouvemens d'un combat.
Ces monftres peints étoient couverts de
trois mille lances à feu qui leur formoient
des écailles refplendiffantes . Il fortit de
leur gueule béante 30 Caiffes d'artifice ,
300 pors à feu , 20 Balons d'eau , feux
Gregeois qui plongeoient en ferpentant
dans l'eau du Baffin , & en fortoient fans
s'éteindre ; 20 gerbes ou Aigrettes jettanţ
le feu de 25 pieds au loin fervoient de
langues ferpentines aux deux Dragons
combattans.
Le Concert de fimphonie & de chant
recommença après le feu d'artifice. Le
Roy fe retira de la Terraffe d'où il avoit
vû tout Paris dans fon Jardin. Les accla
mations retentirent longtems même après
fon départ , & l'on fortit des Tuilleries
fans confufion & fans peril , tant les or-.
dres avoient été fagement donnez aux
Corps de- Gardes & aux Sentinelles confignez
pour empêcher le tumulte .
Depuis cette fefte celebre , les Bâteliers
de la Seine en differentes troupes & à
differens jours ont eu l'honneur de tirer
l'Oye en prefence du Roy. Le Dimanche
31 Aouft , Sa Majesté placée au petit Pavillon
fitué à l'extremité de la Galerie ,
I
208
LE
MERCURE
après le dernier Guichet , vit les Joûtes
des conducteurs de petits bateaux qui paffent
du Quay du Louvre à celui du College
Mazarin. Ces jeux furent fingulariſez
par des amuſemens nouveaux fur la Riviere.
On y vit des Danfeurs de corde &
des Voltigeurs exercer leurs perilleux talens.
La corde pour la danſe étoit tendue
fur un grand batteau de Rouen , & la corde
à voltiger étoit attachée aux mats de deux
batteaux . Avant de tirer l'Oye , on jetta
dans l'eau des canards liez avec des chats ;
les chats pour ne fe pas noyer fe cramponoient
fur le dos des canards ; & les canards
pour
fe tirer de leur griffes plon
geoient & forçoient les chats de fe mouiller.
D'autres canards lâchez dans la Seine
ètoient pourfuivis par une trentaine de petits
nageurs, & divertirent le Roy par cette
chaffe badine .
SUPPLEMENT.
E
,
Tienne Ganeau Libraire à Paris , &
Directeur de l'Imprimerie de la Souveraineté
de Dombes , vient d'achever
l'édition du Théatre de la Foire en trois
volumes in 12 enrichis d'Eſtampes avec les
airs notes. On n'en donnera point icy
d'autre
D'A O UST. 209
d'autre Extrait que l'Aprobation de M.
Danchet Cenfeur Royal des Livres , qui
caracterife ce Recueil ; la voici. J'ay lú, "
c. le Théatre de la Foire , ou , l'Opera
Comique. Cet ouvrage est un Recueil d'Epigrammes
en Vaudevilles , genre d'écrire
qui a toujours été particulier aux François,
& qui a fait naître une forte de Spectacle
inconnu jufqu'à prefent. Il est plein de traits
piquants , mais propres à exciter l'émulation
dans les autres Théatres ,&c. .. Cette Edition
fera miſe en vente dans huit jours au
plus tard. Nous en parlerons plus ample
ment dans le Mercure prochain .
On aprend par les dernieres Lettres de
Provence , qu'on fit le 20 Aouft l'ouverture
des Eglifes à Marſeille .
Le même jour les Confuls de Toulon
ont fait publier qu'à commencer le lendemain
21 , il feroit permis aux Habitans
de fortir de la Ville pour aller à leurs
Baſtides , & à ceux qui font à la Cam
pagne de rentrer dans la Ville , pour avoir
la liberté les uns & les autres de difpofer
toutes chofes pour leurs Vendanges .
ARREST du 24 Aoust 1721. Qui
ordonne que dans un mois , pour toute:
prefixion & délay , les Traitans Generaux
d'Affaires extraordinaires feront tenus de:
$
210 LE MERCURE
fournir au Garde du Trefor Royal la va
leur de leurs Billets folidaires acquittés.
par Sa Majefté , en leurs Quittances comptables
fur & tant moins des fommes dont
ils font en avance par les Etats finaux de
leurs Comptes ; finon & ledit tems palfé
, Ordonne S. M. qu'à la requête de
François- Nicolas Veron , qu'Elle a commis
à cet effet , ils feront contraints à ce
payement defdits Billets par les voyes.
aufquelles ils étoient obligez envers les
Porteurs d'iceux . Et s'il furvient quelque
conteftation au fujet du prefent Arreſt
Sa Majesté l'a évoquée à Elle , & en a
renvoyé la connoiffance aux fieurs Commiffaires
nominés pour l'examen des.
Comptes & Payement des Billets des Trai--
tans Generaux pour les juger en dernier
Reffort..
ORDONNANCE DU ROT ; du 28:
Aout 1721. Sa Majefté ayant été infor
mée que la plupart des Officiers de fes
Troupes , tant d'infanterie que de Cavalerie
& de Dragons , qui font prefentement
employées à la Garde des paffages.
en Dauphiné , Provence , Languedoc &
Auvergne , & dans les Generalitez de Bordeaux
& de Montauban , ou qui ont or
dre de s'y rendre , en font abfens au préjudice
de leur devoir Et confiderant:
२.
D'A OUS T. 211
combien il importe qu'il foient prefens à ,
leurs Charges pour la feûreté des Poftes
qui leur font confiés , & empêcher la
communication de la maladie contagieufe ,
dont quelques - unes defdites Provinces.
font affligées ; SA MAJESTE ' , de l'Avis
de Monfieur le Duc d'Orleans Regent ,
a Ordonné & ordonne , & Enjoint trèsexpreffément
aux Officiers defdites Troupes
, même à ceux qui ont obtenu des
Cong , de fe rendre à leurs Compagnies
dans le courant du mois de Septembreprochain
pour tout délay , à peine à ceuxqui
y manqueront d'être caffez & privez
de leurs Charges. MANDE & Ordonne
Sa Majesté aux Gouverneurs & à fes Lieu--
tenans Generaux en fes Provinces , & ài
ceux qui y commandent en leur abfence ,,
aux Gouverneurs de fes Villes & Places,
aux Intendans en fefdites Provinces , aux:
Directeurs & Infpecteurs Generaux de fes
Troupes , & aux Commiffaires de fest
Guertes , de tenir la main à l'Execution
de la Prefente , &c.
Declaration du Roy du 12 Acût 1721 ,
portant fuppreffion des droits de fix fols
pour livre attribuez aux Economes fequeftres
, & attribuë deux fols pour livre
aux Préposez à la Regie des Economats
; fçavoir , qu'à commencer du pie
Sij
212 MERCURE LE
mier du mois de Juillet 1721 les droits
de fix fols pour livre qui avoient été
attribuez aux Offices d'Economes fequeftres
, & de leurs Controlleurs , par
les Edits de création defdits Offices , &
par l'Arreft de notre Confeil rendu en
confequence le 2 Octobre 1708 , & qui
avoient été reſervez par l'Edit du mois de
Novembre 1714. foient & demeurent
éteints & fupprimez , comme Nous les
avons éteints & fupprimez , éteignons &
fupprimons par ces Prefentes ; & qu'au
lieu defdits droits , il foit feulement levé
& perçu à l'avenir par les Commis &
Prépofez aux fonctions des Economes fupprimez
, un droit de remiſe de deux fols
fols pour livre fur tous les deniers de
leur recette , lequel droit de remile Nous
feur avons accordé & accordons pour tous
appointemens , gratifications & frais de
Legie..
L'après midy du 25 Aouft , jour de la
Fête de S. Louis , après la diftribution
des Prix , on lut à l'Academie Françoile
une Paraphraſe en Vers fur un Pleaume,
envoyée par l'Academie de Soiffons , pour
fatisfaire à l'engagement où elle eft d'envoyer
tous les ans une pièce d'Eloquence
ou de Poelieà l'Academie , ainfi
que tou
aes les Academies du Royaume..
D'AOUST. 213
>
Le même jour les Academies des Infcriptions
& Belles Lettres , & celle des
Sciences affifterent en Corps dans l'Eglife
des PP. de l'Oratoire , au Panegirique
de S. Louis , prononcé par M.l'Abbé
de la Roche , & à la Meffe celebrée par
M. l'Evêque de Blois , pendant laquelle
le fieur du Bouffet fit chanter un Motet
de fa compofition.
Le Docteur Davach de la Riviere , Medecin
ordinaire de feu S. A. S. M. le Prince
de Condé , dont les experiences font connuës
depuis long - temps , guerit toutes
fortes de maladies par la vertu des Simples.
Il eft Auteur du Miroir des Urines ,
du Trefor de la Medecine , dedié à S. A. R.
Monfieur le Duc d'Orleans Regent du
Royanme , & du Traité des Fiévres , tant
Malignes que Peftilentielles . Il a des remedes
pour les guerir de quelque efpece
qu'elles foient , même la Pefte , pour
preferver, & pour purifier l'air contagieux ,
par la vertu des Simples , & des efprits.
qui en font tirez : de même que les ma-.
ladies fecretes , fans mercure ni flux de
bouche , & fans ceffer de vaquer à fes
affaires . Pour guerir les retentions d'urine,
fortifier les vaiffeaux & rétablir la virilité
offenſée , guerir les vapeurs , les maladies
des yeux , fortifier & conferver la vue ,
s'en
214
LE MERCURE
& enfin pour diffoudre la pierre. Le tout
peut fe tranſporter par Mer & par Terre
fans s'alterer . M.- Davach de la Riviere
demeure à Paris , rue Chapon , près Saint-
Nicolas des Champs.
AP PROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chance--
Hier Le Mercure pour le mois d'Août , & j'ay
Ciû qu'on pouvoit en permettre l'impreffion.
A Paris le 3 Septembre 1721 .
L
HARDIO N.
TABL E.
Ettre écrite par Monfieur de la R *** à
M Rigord , Subdelegué de M. l'Intendant
de Provence à Marseille , au sujet d'une
Infcription Grecque trouvée dans cette Ville. 3
Lettre de M. Piganiol de la Force , à Mondeur
D *** fur l'ancienneté de la Charge de Capitaine
des Gardes de la Porte du Roy . 12
Suite des Voyages de Zulma dans le Pays des
Fées. Hiftoire de la Princeffe des Tartares ,
& du Genie Mahoufmaha.
Hiftoire d'Ormoſa Prince des Tartares .
Hiftoire d'Almanfine , d'Athalide , du Vifir
Amulaki & d'Acmet fon fils .
13.
26
36
Poëties , Enigmes , Chanfons . La toilette de Venus
, Cantare.
A Madame la Comteffe de *** Epitre .
Sur uae jaloufic..
49.
52
533
1
TABLE.
Enigmes,
Air à boire.
Vaudeville de la Tête Noire .
56
579
Nouvelles Litteraires & des beaux Arts.
Vers prononcez au Roy fur fa convalefcence :
Par Monfieur de la Motte , de l'Academie :
Françoife. 75
La Nayade: des Tuilleries , fur l'heureux rétabliffement
de la fanté du Roy , par M. Ban--
chet.
Les beaux Arts.
77'
81
Suite de l'Extrait de la Piéce intitulée , Les
incommoditez de la Grandeur.
Le Theâtre François.
L'Opera.
Comediens Italiens .
84
100
107
Foire Saint Laurent.
Edits , Declarations , Arrêts .
Morts des Pays Etrangers.
Dignitez & Charges Etrangeres .
Mariages des Pays Etrangers .
Nouvelles Etrangeres.
Morts de France.
Mariages .
Dignitez & Charges.
Benefices .
Journal de Paris ..
108
1239
120
129 '
132
1385
139
156
1580
160
161
163
Journal de la maladie du Roy , & de toutes les
Fêtes qu'on a celebrées à l'occafion du rétabliffement
de fa fanté .
Supplément.
174
2083
FIN,.
(
LE
MERCURE
DE SEPTEMBRE.
Le prix eft de 25
fols.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftias , à l'Image S. Louis.
GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue
S. Jacques , à la Fleur-de-Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne.
M DCC. XXI.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
$30120
ASTOR, LENOX, AND
TILDEN FOUNDATIONS
AVIS.
SN prie ceux qui adrefferont des Lettres ou
Paquets d'en affranchir le Port , comme
cela s'eft toujours pratiqué , fans quoi on
ne les recevra point.
L'Adreffe generale pour toutes choſes ſera à
Monfieur MOREAU , Commis au Mercure , chez
Monfieur le Commiffaire le Comte , vis à - vis la
Comedie Françoiſe , à Paris .
Ceux qui pour leur commodité , voudront
remettre leurs Paquets cachetez aux Libraires
qui vendent le Mercure à Paris , pourront ſe ſervir
de cette voye ponr les faire tenir , en adreſfant
toujours à M. Moreau .
On donne avis que le fonds des Mercures de
feu M. Buchet , fe trouve actuellement chez Mrs
Buchet fes freres , Cloître S. Germain l'Auxerrois
, où ils continueront de les vendre , en gros
ou en détail , avec l'Abregé de la Vie du Czar.
On trouve le prefent Mercure à Lyon , chez
Plaignard .
A Nantes , chez Julien Maillard , dans la
grande rue.
A Tours , chez Gripon.
Amiens , chez le François.
Abbeville , chez Dumefnil .
Bordeaux , chez la veuve Labottiere , & Fils.
Châlons , chez Seneufe.
Bayonne , chez Etienne Labottiere.
! Rennes , chez Vattar , près la Pompe.
Montpellier , chez les freres Faures.
Caen , chez Cavelier.
Rouen , chez P. le Boucher.
LE
MERCURE
DE SEPTEMBRE.
INSTRUCTIONS NECESS AIRES
aux Voyageurs pour faire leurs obfervations
; avec une adreffe aux Marchands
& aux Miffionnaires qui fe trouvent dans
les païs Etrangers , & qui peuvent rendre
des fervices confidérables à la Geographie.
1
ZONSIEUR Boyle , dans
fon Livre intitulé, l'Hiftoire
naturelle d'un Païs , a
donné des regles pour ceux
qui voyagent dans les païs
étrangers ; de même que
Leigh, dans la Differtation fur les Voyages ,
écrite en Anglois , & plufieurs autres qu'il
cite, comme Hovvel , Hall , Palmer , Jones,
Gerbier , Negebaverns , Loyzins , Sorbiere ,
A ij Zeilerus
4 LE MERCURE
Zeilerus & autres . Mr. Miffon l'a fait ,
Eachard auffi . Il y a des inftructions très
curieufes , fur - tout par rapport à l'Afie ,
dans l'Introduction à la derniere grande
Collection de voyages que Churchill a imprimée
, & qui paroîtra en peu de tems en
François ; mais comme toutes ces Pieces
ne contiennent pour la plupart que des
segles pour la conduite des Voyageurs dans
les païs étrangers , ou pour faire leurs
remarques fur l'Hiftoire tant Naturelle que
Morale & Politique des lieux , je vais en
donner quelques - unes qui ferviront à faire
des obfervations Geographiques .
Il eft abfolument neceffaire qu'un Voyageur
fçache la Geographie , le Deffein ,
& autant d'Aftronomie qu'il en faut pour
prendre la latitude des lieux , & leur longitude
par les Eclipfes,
Il ne doit point voyager en Courier
mais aller çà & là dans le voisinage des
endroits , & obferver ce que l'on y trouve
de curieux .
il
Il doit faire une exacte defcription des
Routes , & pour un tel Itineraire ,
doit obferver ce qui fuit.
1 °. D'avoir une bonne montre mise à
Pheure du jour de l'endroit d'où il va
partir fur le champ , & obferver la diffeience
de l'heure à la premiere place remarquable
où il arrivera , & continuer
ainſi,
4
DE SEPTEMBRE.
S
aïnfi , ce qui peut aider à déterminer à
peu près la différence de longitude de
deux endroits. L'on n'a pas encore ,mis
ceci en pratique.
zo. Le Voyageur doit s'affocier avec
quelqu'un de la compagnie ou caravane
qui ait déja fait le même chemin , afin de
s'informer des curiofitez que l'on trouve
fur la route & aux environs ; quelles Places
il y a de côté & d'autre ; quand on trouve
des routes qui tombent dans celle que l'an
fait , & à quels endroits remarquables
elles conduifent . C'eft ce qu'a fait M.
Thevenot , de quoi font foi les deux pele-
Finages du Caire & de Bafford à la Mecque ,
dont il n'a pu avoir connoiffance que par
information , comme il a fait aufli pour
la fource du Nil. Finch , que l'on trouve
dans la collection de Purchas , a fait fa
même chofe.
3 °. Il doit s'informer très- exactement
de la diftance d'un lieu à un autre , & păr
la maniere dont il voyagera , il pourra
juger quel fera le compte le plus exact ;
car il trouvera differens rapports des diftances
dans les païs étrangers , comme dans
le fien. Ceux qui s'y font attachez le plus
exactement , font Finch , Texeira , Della
Valle , Fryer , Tavernier , Chardin , Thevenot
& Gemelli .
4°. Le Voyageur doit obferver avec
A iij la
6 LE MERCURE
la bouffolle le cours de fon voyage , ou
les aires de vent des lieux de l'un par rapport
à l'autre ; ce qu'il eft aifé d'executer
dans les routes que l'on fait dans des plaines
ou deſerts , & dans les endroits d'où
l'on peut découvrir plufieurs lieues de
païs à l'entour . Wheeler l'a fait ainſi dans
la Grece. Texeira , Della Valle , Olearius
& Thenenot , font les principaux qui ayent
obfervé la fituation des lieux par rapport
à l'aire de vent.
5. Il ne doit paffer aucun fleuve ou
ruiffeau , fans faire mention de fon nom ,
fans obferver de quel côté eft fon cours ,
& fans s'informer d'où il vient , à quelle
Ville il fe rend , & dans quel fleuve il
tombe. Della Valle , Olearius & Thevenot
font très exacts à cet égard .
6. Il aura foin de prendre les vûës des
Villes , Places , Forts , Bâtimens , Ruines,
& des Curiofitez de l'Art & de la Nature ,
fans quoi l'on ne peut pas avoir une parfaite
idée des chofes. Sandys , Herbert ,
Tavernier , Wheeler &c. excellent en cela ,
mais fur tout Nevvhoff, Baldans , & le
Bruyn.
7°. Un Voyageur doit prendre la latitude
des lieux , & rien n'eft plus aifé de
la prendre avec un inftrument de poche ,
à dix minutes près au pis aller. Si l'on
faifoit cela , on pourroit prefque determiner
DE SEPTEMBRE.
ner la difference de longitude & l'aire de
vent des lieux , avec le fecours des diftances
comptées , que l'on adapteroit avec
difcretion , fur- tout lors que le voyage fe
fait vers l'Orient ou l'Occident . Parmi
les Voyageurs de terre , il n'y a que Della
Valle , Olearins & Wheeler , qui ayent.obfervé
la latitude des lieux , & Isbrand Ides,
fur qui on puiffe compter.
8. Il doit fur le champ faire une Carte
de fon voyage , & qui peut la mieux faire
que l'Autheur ? On parlera dans la fuite
des Autheurs qui les ont faites.
9°. Lorfqu'un Voyageur eft dans la
capitale d'un Royaume , il doit confulter
les Géographes , & leurs Cartes , s'ils en
ont : Il eft fort furprenant que Della Valle,
Olearius & Thevenot ne l'ayent pas fait
eux qui étoient fi curieux & capables de
le faire. Chardin promet dans fon prémier
volume une defcription de la Perſe , tirée
des Géographes & Hiftoriens Perfans , ce
qui feroit très- excellent .
10°. Il doit obſerver les Eclipfes de la
Lune & des Satellites de Jupiter , autant
qu'il le pourra. Les Jefuites dans leur
voyage de Siam , determinérent par ce
moyen la longitude de plufieurs endroits
dans les Indes .
Il feroit à fouhaiter que les jeunes Marchands
, les Facteurs & autres qui vont
A iiij voyager
的
MERCURE
LE
voyager le pourvuffent d'un peu de cette
fcience , cela rendroit leur voyage plus
agreable & utile au Public à leur retour.
Celui qui a voyagé bien loin , doit reffentir
une grande peine , lorfqu'il fait reflexion
fur les occafions de faire des decouvertes
extraordinaires qu'il a perduës
faute d'une connoiffance des matiéres qu'il
auroit pû acquerir en très- peu de tems .
L'on n'a pas befoin de Kelations hiſtoriques
, il y en a déja affez ; & il eſt bien
certain qu'il y a eu beaucoup de Voyageurs
, qui dans leurs Relations ont fupprimé
les obfervations qu'ils avoient faites,
ne les croyant pas dignes d'être publiées.
Il feroit à fouhaitter que nos Voyageurs
modernes aux Indes Occidentales & Orientales
euffent la même ardeur que les premiers
Voyageurs . Si l'on fuivoit leur
exemple , & les regles que j'ay marquées
ci- devant , nous aurions une connoiffance
plus exacte de ces païs éloignez que frequentent
les Européens.
Il feroit très- aifé aux Miffionnaires qui
fe font établis lointains , & fur tout dans
l'Orient , de nous en envoyer des Relations.
Ils en ont à la verité envoyé quelques-
unes qui ont été imprimnées ; on les
lit avec impatience d'y trouver que l'ou
fafle mention de lieux confiderables dont
à peine on a entendu parler en Europe;
Y
ces
4
DE SEPTEMBRE.
ces lieux leur font très - connus par la refidence
qu'ils y font , & ils ne difent cependant
rien du tout de leur fituation.
Les defauts de nos grandes Collections de
Voyages ; avec des regles pour en faire
une complette de tous les voyages qui
exiftent en quelque langue que ce soit ,
& qui ne comprendra que peu de volumes .
ON
pas
N conviendra avec moi que le général
des Livres de Voyages n'étant
exact , comme on l'a obfervé , eſt une maurvaiſe
choſe , mais c'en eft encore une plus
mauvaiſe quand ceux qui ont entrepris
d'en faire des Collections , ont rendu par
leurs abregez infideles , ceux qui étoient
méchants plus imparfaits , & ceux qui
étoient auparavant plus complets plus inu
rilès.
Purchas particulierement en abregeant
le Voyage de Balbi lorfqu'il a defcen duz
l'Euphrate , l'a entierement gâté , & du plus
curieux qu'il y eut pour la defcription de
cette route & des Places fituées fur ce Fleu
ve , il en a fait le plus imparfait , quand
on le compare avec l'original que l'on trouve
dans la collection latine des De Bry: Ila
fait auſſi la même injuſtice aux Voyages de
Furrer , Breidembach , Bellonins , & autres
dans
ΤΟ LE MERCURE
dans la Terre- Sainte ; comme auffi aux Extraits
qu'il a faits du Geographe de Nubie ;
de forte qu'il ne faut pas compter fur lui
dans les endroits où il ne donne pas l'Auteur
entier.
On a publié depuis pen en Angleterre
ane grande collection de Voyages en deux
volumes in folio , qui a les mêmes défauts ;
le deffein en étoit bon , mais il n'a pas réufli
faute d'habiles abbreviateurs . Les Itineraires
font coupez fi court , qu'ils ne peuvent
prefque fervir de rien ; on a fait encore
pis que Purchas , & les Autheurs qu'il a
maltraitez , l'ont encore été davantage ,
comme il le paroît par le Voyage de Balbi
qui y eft réduit en peu de lignes. Les Voyages
de Finch y font abregez deux fois , la
Premiere contenant huit pages , & la feconde
n'en rempliffant pas une fous le titre
de Voyages de Smith ; quoique dans Purchas
il y ait 14 grandes pages in folio.
La route de Smyrne par la Natolie tirée
de Tavernier eft jointe à une route differente
de plus de 1000 milles hors du chemin
; car de Tocat en Natolie l'on faute au
Kerman en Perfe , comme ſi la diſtance n'étoit
que d'une journée de caravanne.Theve .
not, qui eft une des plus curieufes Collections
, y eft abregé en partie & fort à fon
defavantage, enfin le tout eft très - mauvais.
Je n'accuferai pas de pareilles fautes celui
qui
DE SEPTEMBRE. Tr
qui a entrepris la Bibliotheca Navigantium
atque Itinerantium , mais je dirai que pour
abreger des Auteurs , il ne faut employer
que des gens qui fçavent diftinguer la
fubftance de l'ombre , & que l'on ne doit
rien retrancher de ce qui regarde la Geo
graphie ou l'Hiftoire.
Le premier deffein que l'on a eu lorfque
F'on a fait ces Collections de Voyages , a
été pour conferver les meilleurs Traitez de
cette matiere , en les imprimant enſemble
dans un ou plufieurs Volumes . Jean &
Theodore de Bry ont été les premiers qui
ayent fait un Recueil de Voyages en fix
petits Volumes in folio, trois pour l'Orient,
& trois pour l'Occident . Il a été imprimé
à Francfort, & contient tous les meilleurs
morceaux qui ayent été publiez avant leur
tems ; il eft plein d'eftampes & trèseftimé.
Ramufio publia environ dans ce tems -là
à Venise en trois Volumes in folio unegrande
Collection de Voyages en Italien ,
que l'on regarde comme l'ouvrage le plus
complet de cette matiere , mais il n'a pas
Pavantage des eftampes de celui des de
Bry.
Hackluit eft bien éloigné de ces deux
premiers : c'est une Collection en Anglois .
de tout ce qui lui eft venu dans les mains
bon & mauvais ; & il a rempli fes Livres
de:
12
LE MERCURE
de Chartres , de Lettres Patentes & autres
chofes femblables.
Purchas auroit été plus loin qu'aucun
pour un Recueil de Voyages , s'il n'avoit
pas imité fon Predeceffeur , en y'inferant
des Chartres , & c. & s'il n'avoit pas gâté
fes meilleurs Auteurs en les abregeant mal.
Il eft cependant à eftimer pour un grand
nombre de Piéces curieufes , qu'il a fauvées
de l'oubli.
Thevenot fameux par fes propres Voyages
, a fait un Recueil en François des
meilleurs Voyages jufqu'à fon tems , dont
une grande partie eft traduite de Purchas :
la derniere Edition eft en deux Volumies
in folio avec figures .
Ogleby a orné fes Ouvrages de beaucoup
de figures , & eft plus eftimable qu'on ne
le croit. Son Afrique , eft à ce que je penfe,
une traduction du Dapper en François ;
& que l'Auteur de l'introduction aux
Voyages de Churchill dit être la meilleure
qui exifte.
On publia en 1704 en Anglois quatre
Volumes de Voyages , que l'on eftime ,
parce que ce font prefque toutes Traductions
d'Auteurs Etrangers; mais ils ont
le même défaut que les autres Collections
en Anglois , c'est d'être remplis de quantité
de chofes hors de leurs places . Il y a des
Chapitres entiers dans Navarette, Baldens.
Niewoff
DE SEPTEMBRE.
13
Niewhoff & quantité d'autres morceaux
qu'on auroit mieux fait de laiffer , auffibien
que tout ce qui regarde les Monions
qui contient près d'un Volume entier , &
qui ne font nullement placez à propos.
C'eft un bien au refte que les Auteurs n'y
font point abregez ; car fi on en jugeoit
par les Voyages de Jacovitz Boifcour de
Mofcow à la Chine , qui ont été traduits
de Thevenot , les plus entiers ne font faits
que très-groffierement.
Ce Recueil appellé Navigantium atque
Itinerantium Bibliotheca , a paru à peu près
dans le même tems ; il eft auffi fameux
pour les retranchemens qu'on y a faits
que le precedent l'eft pour les agrandif
femens que l'on y a inferez : malgré cela
celui- cy n'eft pas certainement fans fuperfluitez
, comme le Voyage de la Boulaye
aux Indes Orientales , les Boucaniers d'Amerique
, les Voyages d'Espagne de Madame
, &c.
L'on a outre cela la Collection d'Eden
& de Wills in 4°. imprimée en 1577 ;
celle de Biddulph & autres Voyages aux
Indes recueillies par Lavender in 4 .
1609. J'ai vu un petit Recueil Italien de
trois Volumes in douze , qui eſt un Extrait
d'Olearius della Valle , Chardin
& autres.
?
Il y a auffi une Collection de Voyages
de
14
LE MERCURE
de deux Volumes in 4 ° . qui a paru par
mois on y trouve plufieurs bons Recüeils
, fur-tout l'Hiftoire de Maroc , celle
de l'Ethiopie , le Journal de Texeira , &
autres . Si le reste avoit été auffi- bien choifi,
& qu'au lieu des conquêtes des Moluques,
de la Caroline , & c . l'Auteur eût fait une
Collection de ce qui fe trouve de bon
dans les de Bry , Ramufio , Thevenot , &
même Purchas, cela auroit eté mieux reçû.
Toutes ces anciennes Collections étoient
complettes pour leur tems , mais elles deviennent
aujourd'hui defectueules par raport
aux nouvelles découvertes . Outre
cela il y a plufieurs grands & longs Voyages
que l'on n'eftime plus tant , que lorfque
ces endroits étoient peu connus. Enfin
les Collections publiées jufqu'aujourd'huy
contiennent beaucoup de Volumes ,
& n'en font pas toutes enſemble une complette.
Le deffein de celle qui a pour titre Bibliotheca
étoit très- bon , mais pour répondre
au deffein , il manquera toujours
une Collection complette de Voyages ,
'parce qu'il y a trop de Livres fur le fujet ,
outre ceux qui font en Anglois , à la Collection
defquels l'Auteur femble s'être
borné , excepté deux ou trois traductions
qui y font inferées : l'on peut faire une
Collection de la maniere que je propoſe.
rai
DE SEPTEMBRE.
rai , qui ne fera pas beaucoup plus grande
que celle de la Bibliotheca , & qui contiendra
la fubftance de tous les Voyages
qui exiftent en toutes fortes de Langues
ce qui fera plufieurs centaines de plus que
ce qu'on a déja recueilli.
Dans une telle Collection il ne faut
mettre d'un Auteur que la Topographie &
PHiftoire , en retranchant les avantures &
les circonstances dans un ouvrage de cette
nature , où l'on veut reduire plufieurs
Auteurs en moins d'efpace que l'on peut.
Là où il y a plufieurs Voyages d'un
même Pays il faut qu'une Collection
generale de leurs obfervations puiffe fer
vir pour tous. Par exemple : Suppofant
que j'euffe à faire une Collection des
Voyages de Herbert , della Valle , Olearius
, Tavernier , Thevenot , Fryer & Gemelli
, qui ont voyagé dans les mêmes
quartiers ; je choifirois le plus conplet ,
comme Olearius , & j'y ajoûterois les obfervations
des autres , qui font en petit
nombre de plus ; & tous ces Auteurs
abregez , comme il faut , ne tiendront pas
tant de place qu'un d'eux tout ſeul .
On ne doit pas mettre les Journaux de
Voyages qui doivent preceder l'Hiſtoire ,
P'un après l'autre , mais les entremêler
felon les routes : Par exemple , les differentes
routes en Perfe dans Tavernier ,
fçavoir
G LE MERCURE
fçavoir de Tauris , Moful & Bagdat à
Ifpahan ; & d'Ifpahan à Gomron & Canda.
har, ne doivent pas être miles enſemble ,
avant que l'on n'ait pris un autre Auteur ;
mais chaque route , comme de Tauris à
1fpahan, doit être décrite la premiere felon
les differens Auteurs qui en parlent ; enfuite
de Moful à fpahan , & ainſi du
refte ; le Lecteur aura de cette maniere
tout à la fois fous les yeux tous les Journaux
des Voyageurs entre deux lieux remarquables
, & l'on préviendra ainfi quantité
de bévues qui arriveroient, fi l'on mettoit
le Journal de chaque Auteur à part.
Lorique l'on fait une Collection de
Journaux de cette façon , il faut commencer
par le plus exact , & extraire des autres
la defcription des Places que l'on
trouve fur la route ; il faut mettre à la
marge le nom de l'Auteur dont on prend
ce que l'on ajoûte , & inferer le reste en
ordre , avec les differentes obfervations de
la diftance & de la fituation des lieux , &
autres incidens , afin de pouvoir mieux
voir la difference de plufieurs Auteurs.
Celui qui fait la Collection ne doit rien
omettre de ce qui regarde la Geographie
ou l'Hiftoire , on doit avoir particulierement
cette précaution dans les itineraires ,
par raport à l'Hiftoire , afin que s'il y arrivoit
une omiflion , on pût la recouvrer facilement
2
DE SEPTEMBRE. 17
cilement , lorfque les fiècles ne permettront
pas de recouvrer la perte d'un Journal
curieux , & fur-tout quand on confidere
que de ce grand nombre d'Ecrivains , il
y en a bien peu qui fe donnent le foin de
nous laiffer des Journaux exacts de leurs
Voyages.
Celui qui fait une telle Collection doit
eftimer les anciens Voyages , & fouvent
les preferer aux nouveaux ; parce que ceux
qui ont été écrits il y a cent ans , font nonfeulement
les meilleurs , mais ce font les
dernieres Relations que nous ayons des
endroits qu'ils décrivent. La perte des anciens
Journaux eft fans doute une raiſon
pourquoi nous trouvons plus de noms de
lieux dans les anciennes Cartes que dans
les nouvelles : & dans quel état verroit-on
la Geographie de l'Afie , fi l'on avoit perdu.
les anciens Journaux du Voyage de Jean
de Caftro dans la Mer Rouge , de Rauwolf
& de Balbi pour l'Euphrate & le Tigre , de
Texeira , de Finch & autres ?
Ce feroit un Ouvrage fans fin de faire
une Collection de tous les Côtiers que l'on
publie tous les jours ; il fuffit de faire
mention de leur finglage , des places où ils
ont , abordé leurs obfervations fur les
Côtes , les Villes & les Peuples , cela .
convient mieux dans la defcription de chaque
Pays en particulier.
:
B Lorfque
18 LE MERCURE
Lorfque plufieurs Pays produifent les
mêmes espéces d'animaux , arbres, fruits ,
plantes , oifeaux , poiffons , & c . on en doit
faire la Collection par ordre alphabetique.
Quant à la methode , il faut que chachaque
Volume contienne une partie du
Monde ; que cette partie foit divifée par
Royaumes & Pays , comme dans les Livres
de Géographie , fous chacun defquels
on recueillera de tous les Voyages exiftans
, ce qui conviendra à un chacun .
Par exemple pour la Perfe , ou les Indes,
il ne faut tirer des Journaux de Tavernier,
Thevenor , Gemelli , &c. que ce qui a rapport
au Pays feulement , laiffant le refte
pour être difpofé dans les Pays que Pon
confiderera enfuite ; & ainfi chaque Royaume
aura une Collection complette de
Voyages en particulier.
Comme un telle Collection demande
beaucoup de tems & de peines , il n'en
faut pas donner l'execution à gens qui regardent
à leur interêt particulier ; & il faudroit
fi cela étoit poilible , que ce ne fût
qu'une feule perfonne , ou une focieté de
gens également capables , diligens , & amateurs
de la Geographie..
L'ufage d'une Collection de Voyages
faite de cette maniere feroit bien grand ,
1. Cela conferveroit un nombre de morceaux
precieux que l'on pourroit perdre ,
&
DE SEPTEMBRE. 19
& en rendroit communs quantité qui font
très-rares. 20. Cela épargneroit la dépense
d'acheter & la peine de feuilleter un fi
grand nombre de Volumes que l'on doit
confulter & comparer ; ce qui fe peut
faire fur le champ , en trouvant le lieu
demandé , où l'on trouve tout d'un coup
ce que chaque Auteur y a obfervé. 30. Cela.
feroit du plus grand ufage qu'on puiffe
imaginer pour les Voyageurs , qui font
obligez de ne fe point charger de tant de
Livres , & ne peuvent être informez fuffifamment
de tous les lieux avec une petite
quantité. 4° . Les Geographes en tireroient
un grand avantage , & cela feroit
de la derniere importance pour corriger
& augmenter les Cartes de Géographie ..
fo. Ce feroit la Géographie la plus complette
que l'on pourroit faire , puifqu'elle
contiendroit toutes les découvertes faites
en tous les tems pour la Géographie &
l'Hiftoire. 6. On pourroit en faire le
Dictionaire Géographique le plus complet,
en faisant une Table pour les endroits
décrits dans la Collection comme des
Citez , Villes , Villages , Châteaux , Rivieres
, Lacs, Montagnes , Vallées , Plaines ,
Forêts , Bois , Deferts , Ruines , & c.
>
Ceux qui examineront le Livre de M.
Reland , qui a pour titre Hadriani Relandi
Paleftina ex monumentis veteribus illuftrata,,
Bij 3 tomes
20 LE MERCURE
3 tomes in 4°. trouveront que
c'eft un
des morceaux de Géographie le mieux travaillé
qui ait paru jufqu'à prefent. L'Auteur
paroît être l'unique qui ait attrapé la
veritable maniere de faire une Collection
Géographique , ou au moins qui fe foit
donné la peine de la faire comme cela fe
doit car c'eft comme un Livre de lieux
communs , où l'on trouve fous leurs prapres
chefs , avec des Cartes faites exprès,.
toutes les obfervations Géographiques qui
fe trouvent dans les Ecrits des Anciens par
rapport à ce Pays.
ذ
REPONSE
DE SEPTEMBRE. TR
REPONSE DE M. D...
Ala Lettre de M. Piganiol de la Force
fur l'ancienneté de la Charge de Capitaine
des Gardes de la Porte dis
Roy , inferée dans le Mercure d'Août
dernier.
Ou´s ne trouvez pas qu'on
vous donne , MONSIEUR,
preuves claires & convain
cantes pour vous determiner
des
fur la veritable ancienneté de la Charge de
Capitaine des Gardes de là Porte du Roy;
quoique je n'aie pas l'avantage de vous connoître
, ni l'Autheur du Memoire inferé au
Mercure de May dernier , à qui vous les demandez
, mon intention eft cependant de
rendre un fervice égal à l'un & à l'autre , à
vous, M'O'N SIE UK , en vous arrachant à
cette tranquillité d'incertitude qui fied peu à
un Historien quia , comme vous , un attachement
à la verité , incompatible avec
Pincertitude où vous voulez qu'on vous.
laiffe. A l'égard de l'Autheur du Memoire
je ne deffendray point fa dialectique aux
dépens de la vôtre , fur tout dans les fcrupules
1.2 MERCURE LE
pules qu'il voudroit vous infpirer d'avoir
bleffé la charité chretienne : Je vous fçai
bon gré de la bonne opinion que vous
avez de l'humanité , & vous prie d'y perfifter
; je ne feray donc que fournir un
fuplément de preuves qui ont échapé à
cet Autheur , & qui m'ont paru decifives
pour fixer le jugement fur le fait dont il
eft queſtion.
Le point eft de donner un fens vrai &
litteral à ce paffage d'Aymonius Monachus,
au Chapitre 27 du se.Livre de fon Hiftoire:
Carolus autem Bozonem fratrem uxoris ejus
Camerarium & Oftiariorum Magiftrum inftituit.
L'Autheur du Memoire l'a traduit
ainfi ; Charles le Chauve confera à Bozon,
frere de fa femme , la Charge de Chambrier
, & celle de Maître des Portiets , laquelle
il interprete être celle qu'on nomme
aujourd'hui Capitaine des Gardes de la
Porte ; & vous , MONSIEUR , VOUS
voulez que ces mots fignifient feulement
que Charles le Chauve en donnant à Bozon
la Charge de Chambrier , lui avoit
donné le commandement des Huiffiers de
fa Maiſon.
, Permettez - moi , MONSIEUR , de
vous dire qu'en faitant la fimple conſtruction
grammairienne de cette phrafe , vous
ne trouverez jamais le fens que vous lui
voulez donner ; fi le litteral y manque ,
Yoyons
DE SEPTEMBRE. 23
voyons file vrai s'y rencontre . Vous convenez
& avez avancé vous - même que nos
Rois de la rere & 2 Race en formant leurs
Maiſons imiterent les Empereurs Romains,
& eurent comme eux un Chambrier
dont les fonctions étoient entre autres de
commander aux Huiffiers , internas mu
nire fores , il avoit , dites - vous , avec Corripus
Africanus, que vous citez , beaucoup
d'autres fonctions & plus confiderables
, comme de fanctum intrare cubile
& veftes parare ; eet Officier étoit nommé
Camerarius , & n'a jamais joint d'autres
titres à celui-là pour defigner des fonctions
particulieres. Pourquoi donc voulez - vous
qu'Aymoin en donnant le titre de Chambrier
à Bozon , y ait voulu ajouter la circonftance
particuliere que cette Charge de
Chambrier lui donnoit commandement fur
les Huiffiers , qui devoit être fous- entendue
: & pourquoi de gayeté de coeur chargez-
vous Aymoin d'un tel pleonasme ? n'eft.
il pas plus naturel de croire que cet Autheur
a defigné deux Charges differentes:
& trés- compatibles fur une même tête ;.
fçavoir , celle de Chambrier , & celle de
Maître des Portiers , lefquelles avoient été
precedemment poffedées par differentes
perfonnes feparément ? Eginard , Chancelier
de Charlemagne , avoit dit avant Ay.
moin , en écrivant la vie de Louis le
Debonaire ,
24 LE MERCURE
Debonaire , pere de Charles le Chauve ,
que ce Prince envoyant fon fils Lothaire
en Italie , cum eo Valachum propinquum
fuum & Gerungum Oftiariorum Magiftrum
unà mifit , il le fit accompagner par le
Moine Valach fon parent , & pat Geronge
Maître des Portiers ; or ce Geronge n'étoit
certainement pas Chambrier , car outre
qu'en cette qualité il n'eſt pas vraifemblable
qu'il eût pû quitter la Perfonne
du Roy, auprès de qui fes fonctions l'auroient
étroitement attaché , Eginard Chan
celier n'auroit pas manqué de le nommer
par le nom connu & ufité de Camerarius ,
fi effectivement il l'eut été , comme Aymoin
depuis le donna à Bozon , qui lui
fucceda fans douté à celle de Maître des
Portiers.
Nous trouvons dans Duchefne , au tome
2 page 712. deux Lettres écrites par
Flotaire Evêque de Toul , à ce même
Getonge , elles font ainfi adreffées , Illuftriffimo
, Nobiliffimo , Excellentiffimo , celfoque
honore digniffimo viro D. Gerungo ,
Lacri Palatii Oftiario , grand Portier du
facré Palais ; Flotaire le nommoit ainsi ,
attendu qu'effectivement il avoit le com→
mandement fur les Portiers du Palais , car
il y avoit , & y a toujours eu une difference
entre les Huiffiers de l'interieur des
Appartemens du Palais , & les Portiers
du
DE SEPTEMBRE. 25
•
du Palais. Le Poëte Latin que vous avez
cité , MONSIEUR , n'employé le mot
internas fores que pour defigner plus expreffément
les Huilliers interieurs , & les
diftinguer des Oftiarii qui gardoient les
portes extérieures du Palais , qui font nommez
Oftia ; vous avez dû en lifant Guillaume
Marcel , dans fes preuves du neug
viéme fiecle de fon Hiftoire de France ,
dans lefquels vous avez trouvé ces deux
Vers latins de Corripus Africanus , voir
que les Huiffiers fur lefquels le Camerarins
avoit commandement , étoient appellez
Silentiarii , parce qu'ils commandoient
le filence , & vous n'y avez pas lû qu'ils
fuffent nommez Oftiarii ; le mot de Magifter
ajouté à celui d'Oftiariorum , caracte
rife particulierement le Capitaine des Gardes
de la Porte , parce que le mot Ma •
giffer étoit un mot confacré chez les Romains
, dont nos Rois ont été les imitateurs
, pour exprimer le Chef d'une troupe
de Soldats. On voit ce mot de Magifter
militum fouvent employé dans les Loix
Romaines , Leg. ult. dé ordine facri Palatii
, ainfi il éft évident que ce titre de
Magifter donné au Chef des Portiers du
Palais par Eginard Chancelier de Charlemagne
, qui fe fervoit du ftile Romain ,
étant lui- même Cæfarea Majeftas Empereur
des Romains , prouve autentiquement
C que
26 LE MERCURE
que dès lors les Portiers du Palais des
Rois de France étoient une Troupe de
Gardes difciplinez , & faifant fentinelle
fous les armes aux portes du Palais , com
me le font aujourd'hui ces mêmes Por
tiers , qui ne font autres que les Gardes
de la Porte,
Mais pour ne laiffer aucun doute fur
cette fignification , appuyons-la des té
moignages de nos celebres Annaliſtes &
Hiftoriens François , & entre autres de
celui de François de Belleforeft Annaliſte
du Roy , dans les grandes Annales ou̟
Hiftoire generale de France , imprimée à
Paris en 1579 ; voici comme il parle aux
pages 219 & 220.
» Louis le Debonaire dépêcha fon fils
» aîné Lothaire , qu'il avoit fait fon affocié
» à l'Empire , pour l'envoyer en Italie
» prendre poffeffion d'icelle , & y rece-
» voir la benediction du Pape , lui donnant
pour compagnie & confeil Valach
» Moine , & fon parent , lequel avoit été
» prifonnier pour le fait de Bernard Roi
» d'Italie , & encore lui donna- t- il un Sei-
» gneur appellé Geronge ou Geronde , Ca-
» pitaine des Gardes , car ainfi tourné- je
» en notre langue celui qui eft dit par
» Aymoin Magifter Oftiariorum, Maître des
» Portiers , afin qu'il fit tout par l'avis & le
confeil de ces Seigneurs , tant en ce qui
» concernoit
DE
SEPTEMBRE.
27
> concernoit l'état de fa Maiſon , que ce
qui touchoit le
gouvernement du Royaume,
& par là vous voyez combien
faillent ceux qui ont voulu ôter, aux premiers
Rois les Gardes de leurs Corps ,
étant ailé à prouver que jamais ils ne
furent fans en ayoir , vâ que non fans
raifon ce Maître des Portiers étoit en
" Office , & icelui très - confiderable &
» très- honorable , des plus refpectez des
» Rois , & falloit que ces Portiers fuffent
› en grand nombre , & qu'ils fuffent ho
norez de titres de Soldats , & par confequent
ils n'étoient autres que ceux
» qui ores ont la Charge de la Garde du
Roy, foit qu'ils fe tiennent à la
porte
» du Palais Royal , ou à la porte de la
» chambre du Prince , ou qu'ils le pre-
» cedent avec leurs armes quand il marche
"2 par les rues ; auth fçait- on que de
» tout teins & en tout pays les Rois ont
» eu ces Gardes , non pour doute de leurs
perfonnes , ainfi qu'un tiran de Sicile ,
» ains pour leur grandeur, & montrer
que toujours ils font prêts à deffendre
» leur peuple.
""
Joignons à ce témoignage authentique.
ceux de nos autres graves Hiftoriens françois
, qui tous ont diftingué dans Bozon
les deux Charges que Charles le Chauve
lui avoit données , fçavoir celle de Cham-
Cij
brier
28
MERCURE
LE
brier ou Chambellan , & celle de Maître
des Portiers .
Le même Belleforeſt en la page 278 de
fa même Hiftoire , dit : » Charles le Chauve
fit Bozon Chambellan , & outre ce lui
» donna l'état de Capitaine des Gardes ,
Magiftrum Oftiariorum.
....
Cordemoy dans fon Hiftoire de France,
Tome 2e. Page 294 , dit : » Bozon avoit
as les Titres de Chambellan & de Maître
» des Portiers ; il eut outre ces Charges
» toutes celles qui furent ôtées à Gerard.
Dupleix dans fon Hiftoire de France ,
tom . 1. pag. 485 , dit » Bozon fut fait
par la faveur de Richilde Imperatrice
fa four Chambellan , & Maître des
» Portiers du Palais Royal.
››
Fauchet dans fes Antiquitez Françoifes
Liv. 10. ch. 3. pag. 368. diftingue pareillement
ces deux Charges.
Enfin Mezeray dans fon Hiftoire generale
de France , tome 1. pag. 272 dit :
» Bozon fut enrichi des plus grandes
Charges de la Couronne ; & dans .fon
Abregé Hiftorique tom . 3. pag. 393 , il dit
que » Bozon fut fait Grand - Maître des
95
Portiers Princeps Oftiariorum ; il avoit
» dit auparavant dans fon Livre 1. ch . 7.
ɔ que ce mot Princeps s'entendoit de Com-
» mandant de Troupes Militaires .
Mais pour
fermer la bouche à toute incertitude
DE SEPTEMBRE. ' 25
certitude fur la difference des Huiffiers ,
& des Portiers , ouvrons les anciens Manufcrits
concernans les Etats de nos Rois
de la feconde Race , conſervez dans la Biblioteque
du Roy , en l'Etat de l'Hôtel du
Roy S. Louis en 1261 au Manufcrit N °
255 pag. 7 , on lit en Articles feparez ,
" Huiffiers , chacun 1111 f. par jour ,
» C. f. pour Robe par an , 2 Valets man-
« geans à Cour , une torche
par 1 .
& VIII petites chandelles.
» Portiers, chacun une Provende de 1x d.
» par jour , pour Robe xL . fois par an ,
» un Valet mangeant à Cour, ne deformais
prendront poignes , & auront vii pe
" tites chandelles .
IX
&
» Valets de Porte pour Robe & pour
loyer 1x. f. & feront deformais mis par
» le Roy.
Tous les autres Etats des Rois poſte
rieurs y diftinguent par tout les Huilliers,
des Portiers , ce qu'on peut voir dans la
Biblioteque du Roy , on y trouvera auffi
cette. Ordonnance de Police du Roy Philippe
le Long en 1314 dont voici les
propres termes :
Les Huiffiers de Salle , fitôt que l'on
" aura crié aux Queux , feront vuider la
Salle de toutes gens , fors de ceux qui y
» doivent manger , & les doivent livrer à
» l'huis de la Salle aux Valets de Porte ,
Cij
>> les
J
3.0 LE MERCURE
» les Valets de Porte aux Portiers , & Tes
" Portiers doivent tenir la Cour mette
» d'iceux , & les livrer au Roy des Ri-
" baux , qui doit garder qu'ils n'entrent.
→ plus .....
Ce Reglement diftingue clairement les
fonctions des Huiffiers de celles des Portiers
, preuves preuves inconteftables que chacuns .
avoient leurs Chefs & Commandans fe-.
parez , les Huiffiers obéiffoient au Chambellan
& les Portiers depuis appellez
Gardes de la Porte obéiffoient à leur Ca
pitaine
Je fuis , Monfieur , &car
L'abondance des matieres ne nous permes
pas de donner d'Hiftoriette ce mois-cy.
?
ROESIES
DE SEPTEMBRE .. 3r
POESIES , ENIGMES , CHANSON .
EGLOGUE
du R. P. COUPERET Jefuite ;
fur le rétabliſſement de la fanté
du Roy
DAPHNIS . PALEMON.
DAPHNIS.
Que vienescher Palemon , cette fombre
Uel fujet inconnu t'afflige & t'intereffe ?
trifteffe ?
>
Tes yeux de quelques pleurs paroiffent arrofez ›
Apprends-moi tes chagrins , & qui les a caufez.
PALEMON.
Quand je penfe , Daphnis , à ce grand coup de
foudre.
Qui fembloit déja prêt de nous reduire en poudre ,
Puis - je rendre le calme à mes fens agitez ,
Et me livrer fi - tôt à nos profperitez ?
Mais toi, qui me parois tranquille & fans allarmes
,
Ne fçais -tu pas encor le fajet de nos larmes
Ne partages tu pas nos peines , nos dangers ?
Et nos malheurs pour toi font-ils donc étrangers?
Ciiij DAPH
32 LE MERCURE
DAPHNIS.
Eloigné de ces lieux par un deftin fevere ,
Comment aurois - je pû fçavoir votre mifere ?
Mais c'est trop irriter mes defirs empreffez ,
Berger, raconte - moi tes déplaifirs paffez.
PALEMON..
Ecoute , & tu verras fi de fi juftes craintes
N'ont pas bien merité nos foupirs & nos plaintes,
Ce Prince jeune & fage iffu du fang des Dieux ,
Ce Roy de leurs boutez le gage precieux ,
Nous l'avons penfé perdre , & la cruelle Parque
Eût frappé fans refpect cet augufte Monarque ,.
Si quelque Dieu paiffant par un heureux fecours.
Dans un fi grand péril n'eût défendu les jours.
DAPHNIS.
'Ah Berger, que dis tu ! ce Roy qui dès l'enfance
Fut de tous fes Sujets l'amour & l'efperance ,.
LOUIS , a qui Mopfus . a prédit tant de fois
Quil feroit le plus jufte & le plus grand des Rois,
Eût fubi la rigueur de cette Loy commune ,
Qui de tous les humains égale la fortune ; '
Ainfi donc cet efprit qu'il a reçu des Cieux ,
Ce coeur , cette bonté , cet accueil gracieux ,
Ce courage élevé , ces graces raviffantes ,
Tant d'attraits enchanteurs , tant de vertus naiffantes
,
Qui des Peuples charmez font l'efpoir le plus
doux ,
Tour
DE SEPTEMBRE. 33
Tout par un coup fatal étoit perdu pour nous !
Ne fuffifoit - il pas à la Parque homicide
D'avoir tranché les jours de notre grand Alcide !
De nous avoir ravi nos Princes , nos Heros ,
Qui devoient imiter fes glorieux travaux :
GrandsDieux, dont le pouvoir regle nos deftinées ;
N'étes- vous pas contens des pleurs de tant d'années
?
Ne pourrons -nous jamais fléchir votre couroux ??
Et nos malheurs paffez vous femblent - ils trop
doux .
PALEMON.
Nous euffions plus perdu que tu ne fçaurois
croire ,
Si tu fçavois , Daphnis, notre nouvelle gloire !
O Dieux ,quelle bonté ! cet aimable Heros
Envoya l'autre jour vifiter nos hameaux ,
De ces Bergers , dit il , raffurez la tendreffe ,
Je fçais combien pour moy fear amour s'intereffe ,
Qu'ils calment leur douleur & ne s'allarment plus,,
Le peril eft paffé , leurs pleurs font fuperflus.
DAPHNI S.
Berger, que ton recit eft pour moi plein de char--
mes!
Finiffons nos regrets , banniffons nos allarmes
Que chacun pour fon Roy fignale fon amour ,
Qu'au milieu de la nuit on rallume le jour ,
Pour celebrer LOUIS que tous fe réuniffent ,
de nos concerts les échos retentiffent .
Et que
PALEMON
*34*
LE MERCURE
PALEMON.
Tel eft nôtre deffein , déja dans nos forests
D'une fi belle fête on a fait les apprêts ,
Tu verras dès ce foir toute notre jeuneſſe
Par des fignes certains marquer fon allegreffe ,
Tu verras Coridon , Licidas & Moeris ,
Bergers de LOUIS même , & connus & cheris ,
Etaler à nos yeux une magnificence
Qui témoigne leur zele & leur reconnoiſſance ,
Reparer par des feux l'abfence du foleil ,
Et nous faire oublier les douceurs du fommeil :
Tu verras dans la nuit de nouvelles étoiles
Qui d'un rapide effor perçant fes fombres voiles ,
Par l'effet furprenant d'un art induſtrieux ,
Sembleront fe confondre avec celles des Cieux.
DAPHNIS..
Le foleil a bien-tôt terminé fa carriere ,
Et dans le fein des eaux va plonger fa lumiere ,
En attendant la nuit , Berger , que ferons nous?:
PALEMON.
Chantons , je ne vois point d'amuſemens plus
doux ,
Mais à nôtre Roy feul confacrons notre lire ,
Que pour le feul LOUIS dans le jour on foupire,
Choifir d'autres fujets ce feroit l'offenfer .
DAPHNI S.
L'amour m'infpirera , tu n'as qu'à commencer.
* Les Penfionnaires du College de Louis le Grand.
PALEMON.
DE SEPTEMBRE. 35
PALEMON.
Calmez,Nimphes , calmez vos frayeurs inquiertes ,
Danfez fur l'herbe tendre au fon de nos mufettes,
Des plus brillantes fleurs couronnez vos cheveux,
LOUIS vit, & les Dieux one exaucé vos voeux.
DAPHNIS.
Bergers,qui vous livrez à des douleurs mortelles ,
Dillipez vos chagrins & vos peines cruelles ,
Ceffez de redouter les deftins ennemis :
Tous vos maux font paffez , le. Ciel , vous rend
LOUIS
PALEMON.
Je vis ces jours paſſez au pied de ces montagnes
Un lis jeune & brillant , l'honneur de nos cam
pagnes,
Je le revis hier languiffant , deffeché ཧཿ
Un orage cruel l'avoit prefque arraché ,
Mon coeur en foupira , le Berger Philaminte
Me vit , me demanda le fujet de ma plainte ,
Je lui dis , ce beau lis que tu vois fe ternir ,
Rappelle à mon efprit un trifte fouvenir..
DAPHNIS..
Fortunez habitans de nos fombres bocages ,
En faveur de LOUIS redoublez vos ramages .
Si vous fûtes témoins de nos triftes . foupirs ,
Soyez en ce moment témoins de nos plaifirs ;
Joignez vous à nos chants ,› partagez notre joye,,
Etchantez le bonheur que le Ciel nous envoye..
PALEMON..
33
LE
MERCURE
PALEMON.
Nos bois & nos jardins étoient fans ornement ,
Nos ruiffeaux tariffoient, & couloient triftement,
Mais nos bois ont repris leur aimable verdure ,
Nos jardins leur éclat , nos ruiffeaux leur murmure
;
Il n'en faut point douter , LOUIS , le feul
LOUIS ,
A caufé parmi nous ces effets inouis .
DAPHNI S.
Le fougueux Aquilon qui par fa violence
Ravage nos moiffons , détruit notre esperance ;
Nous allarme encor moins que le dernier malheur
Qui detous nos Bergers a caufé la douleur.
PALEMON.
Le gracieux zephir qui foufflant dans la plaine
Du moiffonneur brûlant vient foulager la peine ,
A des charmes bien doux , mais moins que le
bonheur
Qui de tous nos Bergers a calmé la douleur.
DAPHNI S.
Ainfi qu'un calme heureux precedé par l'orage
Paroît beaucoup plus doux & plaît bien davan
tage ,
Ainfi que de la nuit la fombre obfcurité
Du beau jour qui la fuit releve la clarté ;
Ainfi notre douleur dont l'image eft récente ,.
Rend de notre bonheur la douceur plus touchante.
PALEMON
DE SEPTEMBRE.
37,
PALEMON.
Paillez tranquillement, paiſſez , tendres moutons,
Rien ne pourra troubler la paix de ces cantons ,
Vous n'entendrez jamais les bruiantes trompettes,
Le fceptre de LOUIS bien mieux que nos houlettes
•
Eloignera de vous l'ennemi dangereux ,
Et vous ne craindrez rien fous fon empire heureux
DAPHNI S.
Nourriffons de Phoebus , troupe jeune & fidelle ,
Ce Prince près de lui quelquefois vous appelle ;
Quel préfage pour vous ! déja dans fon loifir
Il affifte à vos jeux * & s'en fait un plaifir ,
Pour chanter fes bontez , fes vertus heroïques ,
Mufes, préparez lui des concerts magnifiques .
PALEMON .
Tel que par fon éclat brillant & radieux
Vefper femble effacer tous les aftres des cieux ,
Tel par ſa majeſté , fon efprit , ſa ſageffe ,
LOUIS brille au milieu d'une aimable jeuneffe ,
DAPHNIS,
Tel qu'un chefne élevé bravant les Aquilons ,
Surpaffe l'arbriffeau caché dans les vallons ;
Tel glorieux un jour dans la paix , dans la guerre,
LOUIS furpaffera tous les Rois de la terre .
* Les incommoditez de la Grandeur , petite Piece reprefentée
au Louvre , en prefence de Sa Maj ft , par
quelques Penfionnaires du College de Louis le Grand,
PALEMON
38
LE
MERCURE
PALEMON.
N'efperons pas, Berger, par nos foibles effa's
De l'aimable LOUIS exprimer tous les traits ;
Retirons - nous , déja le jour paroît plus fombre ,
Le crepufcule obfcur nous couvre de fon ombre.
DAPHNI'S.
Qu'entends - je ? un bruit confus de flutes , de
hautbois ,
Quels cris ?
PALEMON.
De nos Bergers je reconnois la voix ,
Marchons vers le côteau, que rien ne nous arrête,
Celebrons avec eux une fi belle fête ;
Chantons un Prince aimable, un Prince genereux,
Un Roy dont les bontez nous rendront tous
heureux.
LA
DE SEPTEMBRE. 39
LA RELIGION.
Sur le parfait Rétabliſſement de la Santé
du ROY.
A
Sfis prés d'un ruiffeau qui bordé de cyprès
Joignoit un bruit lugubre à mes triſtes regrets
;
Je pleurois nos malheurs, & ne trouvois de charmes
Qu'au plaifir que l'on goufte à répandre des
larmes.
O Ciel ! juſques à quand nos jours infortunez
A de plus triftes jours feront- ils enchaînez ?
Helas ! fi jeune encor , un Roy quite revere ,
A-t-il pû meriter les coups de ta colere ?
Precieux rejetton du Sang de tant de Rois
N'a- t- il donc vû le jour , que pour perdre à la
fois
Et fa Mere , & fon Roy , fon Ayeul & fon Pere ,
Et lui-même en mourant nous combler de mifere!
Orphelin fur fon trêne il fe voit condamné
A perir au moment que tu l'as couronné.
Ses Charmes , fa Douceur , fes Vertus , fon En
fance ,
Sont- ils donc devenus des objets de vengeance ?
Helas que bien en vain comptant fur tes bontez
Nous
40 LE MERCURE
Nous fondions noftre efpoir fur fes profperitezt
Son Air , fa Majeſté , tout en lui nous rappelle
Le Roy qui fi long - temps fut des Rois le modelle
Mais triſte ſouvenir ! plus il en a les traits ,
Plus fa perte à nos coeurs va caufer de regrets .
Ah ! pluftoft de nos jours reçois le facrifice ;
S'il ne peut qu'à ce prix défarmer ta Juſtice ,
Trop heureux de mourir , nous nous offrons à toi,
Frappe fur les Sujets, & fauve au moins le Roy.
A ces mots la trifteffe augmentant fes atteintes,
Mes pleurs en difoient plus que ma voix par fes
plaintes ;
Quand la Religion paroiffant dans les airs
A mes triftes regards fait briller mille éclairs.
J'admirois ce ſpectacle , & mon ame charmée
D'un celefte tranfport fe fentoit animée ;
Alors d'un air ferein tournant fur moi les yeux ,
Allez , dit elle , allez rendre graces aux Cieux ;
Du Roy que j'ay formé dès la plus rendre enfance
J'ay confacré les jours au bonheur de la France.
A peine de fa vie il commença le cours ,
Que de la Pieté j'implorai le fecours ;
Elle vint fous les traits d'une illuftre Mortelle , a
lui chaque inftant renouvella fon zéle ;
Occupée à fa garde elle fent tour à tour ,
Et pour
Et la crainte , & l'efpoir , & la joye , & l'amour ;
La mere pourfon fils a bien moins de tendreffe ;
a Madame de Ventadour,
Et
DE SEPTEMBRE.
41
Et comme elle à fes jours ma gloire m'intereffe ,
Auz horreurs du trépas je l'enleve aujourd'hui ,
Et fouftiens tout l'Etat chancelant avec lui .
Sur ce Soleil naiffant jay fouffert ce nuage ,
Et de voſtre bonheur j'en tire le prefage.
Il a vu par vos pleurs jufqu'où va voftre amour,.
Il fçait jufqu'où pour vous doit aller fon retour.
Mais après le danger,quand la crainte eft bannie,,
Tous femblent avec lui reprendre une autre vie
Et par leur allegreffe il apprend encor mieux ,
Comme ils vivent pour lui, qu'il doit regner pour
eux.
Peuples , vous n'aurez plus au Ciel de voeux à
faire ,
Il vous rend en LOUIS moins un Maistre qu'un
Pere.
Le Docte & faint Prelat qui l'inftruit de mes
droits , a
Dont j'anime le coeur , & j'emprunte la voix ,
Et qui formant le Prince acheve mon Ouvrage ,
D'un heureux avenir peut feul eftre le gages,
Sur lui , fur fes confeils on doit s'en affurers
Le Prince fur fes pas ne fçauroit s'égarer.
Desja du plus faint Roy retraçant les exemples,
Il n'afpire après lui qu'à l'honneur de mes Temples
,
Et portant fur le Trône & fon Nom & fa Foi ,,
M. l'Evêque de Frejus,
D II .
LE MERCURE
Il fonde comme lui fa grandeur fur ma Loi ..
Avec la même ardeur je fçaurai le défendre ,,
Et l'orner de l'éclat qu'il a foin de me rendre.
Rappellez-vous ce jour , où proche du trépass
Son Bifayeul mourant le prit entre fes bras ,.
Et le coeur embrafé d'une celefte flamme ,
Lui tranfmit fon efprit en rendant fa grande.ames:
Regnez, dit- il , mon Fils , égalez - vos- Ayeux ,
Et foyez , s'il fe peut ,, plus Saint & plus Grandi
qu'eux ::
Que la Religion fait tousjours voſtre guide ;
Si la paix avec elle à vos confeils préfide ,
Mes voeux font accomplis ; je laiffe à mes Sujets-
Un Roy qui des bons Rois aura . feul tous les
traits.
Il dit , & de fes bras l'Enfant que je retire ,
M'eft offert par ce Roy qui dans les miens expires .
Alors pour cet Enfant redoublant mon ardeur,
Jeregle fon efprit , je lui forme le coeur ;
Pour feconder mes foins un Conducteur fidelle , 4:
Fait veiller l'Equité , la Prudence , le Zele ,
Et toutes les Vertus que fon Pere autrefois
Confultoit pour former le plus Grand de nos Rois
Sous les yeux de ce Guide il marche en affue
rance ,,
In Vice loin de lui fait place à l'Innocence ,,
AbbydeVilleroys.
Dans
DE SEPTEMBRE.. 43 .
Dans fa noble carriere il apprend à dompter
Ce que peut craindre un Roy , ce qui peut l'arrefter.
Desja des feducteurs il perce l'artifice ,
Et des lâches flateurs démafque l'injuftice:
L'indomptable fierté qui des Rois eft l'écueil ,
Auprés de fa douceur vient brifer fon orgueil.
Le triomphe des coeurs feul a pour lui des char*
mes ,
Et la feule bonté lui met en mains fes armes .
S'il permet à fa Cour les plaifirs & les jeux ,
Le feul Amour du Peuple y paroifavec eux :
Quoy qu'il faffe, il ne met l'honneur du Diadême
Qu'en l'art d'aimer fon Peuple & d'eftre aimé de -
même.
Mais de fon Regne heureux fi des voiſins ja--
loux ,
Par une injufte guerre irritoient fon courroux ;
Je vois à fes côtez un Prince de fa Race ,
Des Heros fes Ayeux le mener fur la trace ,
Et d'un Roy pacifique en faire un Conquerant.
Le nom feul deBourbon lui promet ce haut Rang
Cependant le Heros qui lui fervant de Pere, b
De fon pouvoir fuprême eft feul dépofitaire ,
Qui fait naiftre la paix du milieu des combats ,
Et calme l'Univers en calmant fes Eftats ::
M. le Duc.
b.M. le Regent ›
Dij Philippe
44.
LE MERCURE
Philippe de fon Roy fera mettre la gloire
A donner aux vaincus la Paix par la Victoire ,.
Et montrer à fon Peuple en lui fon Bifayeul ,
Qui feul contre l'Europe en fçut triompher feul s
Et malgré les lauriers qui couvrirent fa tefte ,
Fit du bonheur public fa plus belle conquefte .
Ainfi fur ces Confeils LOUIS reglant fes droits
Fera de fes bontez la regle de fes Loix.;.
Il n'aura de plaifir qu'en celui que j'infpire :
De fixer le féjour des Arts en fon Empire ,
De reformer les moeurs , confondre les abus ,
Et faire forhengdu regne des Vertus..
Pomceltrois fois heureux , qui né pour eftre:
Mailtre ,
Par l'amour des Sujets a commencé de l'eftre :.
Qui toûjours équitable ,, amateur de la paix ,
Regnera fur les cours conquis par fes bienfaits ::
Implacable ennemi de l'erreur & du vice ,
De la Religion fouftiendra l'édifice ,
Et dans tous fes projets fera feul le portrait
D'un Chreftien , d'un Heros , d'un Monarque:
parfait.
C'eft moy de mon amour qui lui donne ce gage ,.
C'est la Religion qui lui fait ce préfage,
Elle dit , puis fend l'air , s'élève vers les cieux,
Et reftant dans mon coeur , elle échappe à mes
yeux.
- 1
Bar le Pere de BLAINVILLE , Jefuite..
PLAINTE
DE SEPTEMBRE..
PLAINTE de la Province à la ville de
Paris , à l'occafion de la convalescence
NE
du
Roy
OD E.
E crois
pas , fiere Rivale ,
Que jalouſe de tes droits,
Une ambition fatale
Anime aujourd'hui ma voix .
Une plus douce victoire
Flatte mon amour vainqueur :
Je viens te ravir la gloires
Et l'avantage du coeur.
Je puis te ceder fans peine
Les charmes dont tu jouïs :
Mais pourquoi faire la vaine
De ton amour pour LOUIS
Cet amour tendre & fidele.
Prétend l'emporter fur moy ::
N'eft- ce pas affez , cruelle ,,
Que tu poffedes mon Roy ?
Quand d'une fi chere tête
Tu vis le fort menacé ,
A l'afpect de la tempête
Mon coeur fut- il moins glacé
19.
love.
Dans :
LE MERCURE
Dans ma frayeur défolante ,,
Impitoyables momens ,
1
Que votre courſe trop lente (a))
Multiplia mes tourmens !
Un inftant calma l'orage,
Et dillipa ta pâleur .
Ah ! tureprenois courage ,
Et je fechois de douleur .
J'avois du fein de nos Villess
Chaffé les Jeux éperdus ,
Et déja dans tes azyles
Les cruels s'étoient rendus..
Déja les Graces parées-
Revoloient fous tes lambris
Et les Mufes raffurées
Avoient ramené les Ris.
Tandis qu'alors chancelante
Je crains un bien fuborneur ,.
Et que mon ame tremblante :
Doute encor de fon bonheur.
(b) D'une pompe qui te flate
Tu repaiffois ta fierté.
Le vin coule , l'or éclatte , (e),
La nuit fe change en clarté.
[4] Dans l'attente des nouvelles de la fanté du Roy.
[b] Les Fettes publiques.
[ L'argent diftribué par M. le maréchal de Villeroy
Eft - ceDE
SEPTEMBRE.. 47
Eft ce l'amour qui fe pique
De cette vaine grandeur ?
Le nôtre eft moins magnifique ,
En a-t-il moins de candeur ?
Chez toy les Mufes touchantes-
Fixant leur fejour heureux ,
Par leurs chanfons - élegantes
Stavent embellir les voeux .
Faux éclat , frivole adreffe ,,
Sans penfer fi finement ,
L'amour malgré la radeffe;
Parle affèz élegamment.
C'en eft trop, Rivale auguftes,
Pardonne un combat fi doux ::
Ah ! pour un fujet ſi jufte ,
Il est beau d'être jaloux.
Aimons toujours l'une & l'autres
L'e cher Espoir de nos Lis :
Que ton amour & le nôtre
Difpute toujours le prix !
Daigne le Ciel , que j'implores ,
Favorifant nos defirs ,
Sans- nous allarmer encore ,
Ezernifer nos plaiſirs !
TTO MT
48 LE MERCURE
Toy , qu'attache à notre Prince
Le coeur plus que les bienfaits , (d)
Des plaintes de la Province
Reçois ces heureux effets. t
S'ils expriment mal qu'on l'aime ,
Tu peux les ravir au jour :
Mais rien ne pourra de même
Enfevelir notre amour.
[ d] renfion du Roy au p. de Tournemine.
Du P. BRUMAI , Jefuire
> L'ode Latine qu'on va lire eft la premiere
Piece qu'on ait présentée au Roy , fur le
rétablissement de la Santé.
REGI
Ob reftitutam valetudinem .
O D'E
Sunt votis fua
præmia ,
Nec femper Populus Numen inutili
Supplex follicitat prece.
Vivit R EX ; abeant præteriti metus ,
Hos quamquam pietas benè
Excufat : nimis ah ! vel fpatio brevi ,
Suprema
DE SEPTEMBRE.
Suprema horruimus mala ,
Febris cùm immodicis carperet ignibus
Regis Membra tenelluli ,
Et fpes vifa tuas vertere , Gallia.
Non fic fulmen ab æthere
Lapfum præcipiti , quos femel occupar ,
Percellit neque tam ftupent ,
Si quos forbet hians fub pedibus folum
Ut nos attonuit , novi
Circumquàque ftrepens fama periculi.
Quod fi Te abftulerat femel ,
O PRINCEPS , & idem funus erat Tuis
Condendi & tumulo fimul.
Quæ tum cura fuit ? qui dolor omnium !
Quis non fe bonus obtulit ,
Ut pro Te indomitam vim lueret mali ;
Ipsâ in morte vicarius ?
Ardens follicitis excipere auribus
Morbi & principia & modos ;
Si fortè inciderat trifte aliquod bonumvc
Omen , difpicere inquies :
Vidiffes variâ pro febre , civis ut
Vultus indueret novos ,
Lætus forte fuâ , cùm benè erat Tibi
Moftus , fi audierat malum,
At vivis nihil eft quod metuat fuper ,
Te falvo , tua Gallia :
Et , credo , placidis nos oculis Deus
E Refpexit
కం
LE MERCURE
Refpexit miferans , citò
Dum mortis rabidos contudit impetus ,
-
Febrifque horribiles minas ,
Ne tantus fubitò mos premeret dolor ,
Quanto non fuimus pares .
Hinc feftis refonant compita plaufibus ,
Sacris Templaque Canticis :
Hinc Natalitio par propè claruit
Primus qui incolumem dies
Te vidit , LODOIX ; ipfaque tum fuo
Vicit lumine nox diem.
Quod nafcenti igitur Gallia voverat ,
Nunc optat valido Tibi ;
Hinc & ducere amat quæ Tibi tempora
Regnanti Deus annuet ,
Fortunata utinam longaque tempora.
Quæ laudum feges , aſpice :
Nam feu Te ſtimulis gloria bellicis
Punxit , rumpere idoneum
Æratas acies , vertere & oppida ;
Seu Te pax melior capit ,
Pax illa ingenuis quæ comes artibus
Regemque & Populos beat ;
Num factis pateat latior area , aut
Quâ Te BOR BONIDEM magis
Oftentes ? Valeas Tu modò ; cætera
Virtus expediet , boni
Quam cultus , patriis in penetralibus
Hauftam
DE SEPTEMBRE
Hauftam , fortiùs excitant.
Tuque ô fancte SINEX , cui benè Francici
Pignus creditur Imperi ,
Curas accumula , fi potes ; & diù
Serves innocuum caput ,
Quo languente vides omnia ut horreant ,
Quo fano pariter vigent ,
Quo, quid plura ? Salus publica vertitur
LUDOVICus MARIN ;
Humanitatis Profeſſor ,
in Collegio Sorbona- Pleffao.
J.
REGI ,
OB RECUPERATAM VALETUDINEM.
SOLoriens ,faufto recreas qui lumine mundum
,
Ah ! utinam curfus fit mora longa tui ?
Dum tu penè cadis ; fubitis immerſa tenebris ,
Credidit antiquum terra redire cahos.
Nunquam lætitiæ major , te fofpite ; nunquam
Extincto , major caufa doloris erit.
Dii , victi lacrymis , quem non fervaftis in uno!
Afferta eft falvo publica Rege falus.
1
N. BAUDIN .
E ij
LA
25
LE MERCURE
LA NIM PHE
DE LA SEINE.
IDILLE
Par M. Demoncrif, Receveur general
du Domaine d'Auch.
R Evenez doux plaifirs , fuyez triſtes regrets ,
Le Ciel nous rend un Roy l'amour de fes Sujets,
De la faveur des Dieux , quel plus cher témoignage
?
Jouiffons du repos qui fuccede à l'orage .
Revenez doux plaifirs , fuyez triftes regrets .
Le Ciel nous rend un Roy l'amour de fes Sujets.
Tout s'embelit fous ces heureux rivages ,
L'allegreffe fe peint par mille objets divers ,
En vain l'obfcure nuit étale fes nages ,
Des fpectacles brillans volent au ſein des airs ;
D'un Regne fortuné que d'affurez prefages,
Tout flatte nos tendres voeux ,
D'un fi beau jour chantons les charmes ,
Aprés de cruelles allarmes
Suivons les ris & les jeux.
Mufes
DE SEPTEMBRE .
53
Mufes , raffèmblez vous & mêlez votre homage
Aux voeux ardens de l'Univers
Formez les plus tendres Concerts ,
Vos coeurs charmez n'ont point d'autre langage;
Mufes,raffemblez vous & mêlez votre hommage
Aux voeux ardens de l'Univers .
Qu'Apollon vous difpenfe
Mille talens nouveaux
Le foin d'amufer les Heros
Aux Arts à donner la naiffance.
Qu'entens - je ? Quels tranfports ? Quelles douces
clameurs
Les Bergers ont quitté leur raftique retraite ,
Jufques au pied du Trône on entend la mu fette,
On voit dans tous les yeux & la joye & les pleurs
Le plaifir de marquer fon zele
Egale en ce beau jour & les rangs & les coeurs ,
Le Siecle de Saturne enfin fe renouvelle .
Brillés , reprenez vos attraits ,
Plaifirs, hâtez- vous de renaître)
Amufez notre aimable Maitre ,
Volez , ne le quittez jamais.
Que fon pouvoir au gré de nos fouhaits
Rempliffe un jour la Terre & l'Onde ,
Un Roy qu'adorent fes Sujets
Merite l'Empire du Monde,
Brillés, &c.
E iij
Minerve
54
LE MERCURE
Minerve, tu cheris notre jeune Monarque ,
Puifles tu de fon Regne éternifer le cours,
S'il ne faut que payer un tribut à la Parque ,
Qu'elle difpofe de nos jours.
Chantons , melons nos voix ,
Le deftin nous promet fous de charmantes Loix
Mille douceurs parfaites ,
Chantons dans ces belles retraites ,
Que les Hautbois ,
Que les Mulettes
Celebrent à jamais le plus cheri des Rois .
LE SOLEIL.
CANTATE ALLEGORIQUE
Sur le Rétabliffement de la Santé
du Roy .
Mife en Mufique par M. Clerambaut
, Organifte de faint Sulpice & de
Saint Cyr.
Les Paroles font de M. D. B. l . d. g. d. l . p.
L
ES Perfans raffemblez dans leurs vaftes cam
pagnes ,
Au lever du Soleil qui doroit les montagnes ,
Se promettoient le plus beau jour ,
Leurs yeux goûtoient déja les fruits de fa prefence,
Saps
DE
SEPTEMBRE,
33
Sans ceffe ils beniffoient l'inftant de fa naiffance
Et leurs coeurs par les chants exprimoient 1.ur
amour.
Pourfuis ta brillante carriere ,
Regne divin Soleil , regne fur les mortels ,
Les biens que répand ta lumiere
Dans tous les coeurs t'élevent des Autels.
C'eft peu que d'éclairer le monde ,
Ton cours utile & glorieux
Dément une fource feconde
De mille tréfors précieux.
Pourfuis , & c.
Mais le jour s'obfcurcit ; Dieux , quels nuages
fombres
Dérobent tout à coup la fplendeur qui nous luit?
Le plus noir Aquilon que la terre ait produit
Répand par - tout d'épaiffes ombres ,
Et fait ceder le jour aux horreurs de la nuit.
Arrête, Deftin redoutable ,
Sufpends la rigueur de tes coups ,
Rends nous cet objet adorable
Qui feul fait nos biens les plus doux .
Veux-tu nous punir de nos crimes ?
Que ces monts renverfez fur nous
De la terre ouvrent les abymes ,
Frape , nous t'offrons tes victimes ,
E iiij Epuife
LE MERCURE
•
(
Epuife fur nous ton courroux.
Arrête , &c.
Nos voeux font exaucez , goutons en les préfages
Par l'éclat lumineux qui brille dans les airs ,
•
Des traits de feu diffipent les nuages ,
Et fes rayons par tout s'ouvrant , mille paffages
Vont le rendre plus pur aux yeux de l'Univers ,
*
Préparons d'éclatantes Fêtes ,
Formons les plus aimables jeux ,
De feftons couronnons nos têtes ,
Chantons , chantons ce jour heureux,.
11 rend le Soleil à nos voeux .
Il fait le deftin de la terre ,
De lui dépendent nos beaux jours ,
Que rien ne trouble plus fon cours ,
Qu'aux monftres déclarant la guerre ,,
Il regne , il triomphe toujours.
Préparons , &c..
Cette Cantate a été chantée à la Cour
par Melle Antier , Penfionnaire de la Mufique
de la Chambre du Roy , & premiere
Actrice de l'Academie Royale de Mufique,,
elle a eu un aplaudiffement univerfel.
SUR
DE SEPTEMBRE.
SUR LA CONVALESCENCE
DU ROY.
MUSE, fortez enfin de votre obfcurité ,
Paroiffez au grand jour , votre timidité
Ne peutêtre à prefent une excufe réelle.
Il faut pour votre Roy fignaler votre zele .
Helas frapé fubitement 1
Par les frequens accès d'une fievie en furie ,
Ce Prince voit déja le monument :
Bt la Parque , qui tient le fatal inftrument ,
Va couper le fil de fa vie..
Arrête , cruelle Atropos ,
Lorfque le Ciel accorde à ce jeune Heros
Un Siécle , pour remplir fes hautes deftinées ,
A deux luftres veux - tu terminer les années ?
Fuis . Mais ne craignons plus fon pouvoir inhu
main ,
Nos cris ont fait tomber les cifeaux de fa main ..
Ciel avec quelle promptitude
Calmez-vous notre inquietude !
Seche tes pleurs , confole- toy ,
France , viens voir ton jeune Roy ;*
Ranimer tout par fa prefence ,
Et même en fa convalefceuce
donner
58
LE
MERCURE
+
Donner plus d'éclat à fa Cour
Qu'à Paphos n'en donne l'Amour.
Viens voir les coeurs voler fur fon paffage ,
Lay renouveller leur hommage ,
Et ce Prince , par fes regards ,
Les raffemblant de toutes parts ,
En ce point l'emporter encore
Sur la Divinité qu'à Cythere on adore.
Mais les graces de votre corps ,
SIRE , ne caufent pas l'excès de nos tranfperts .
Vos vertus font notre allegreſſe
Et produifoient helas ! toute notre triſteſſe.
Lorfque fur les humains déployant fon couroux ,
Le Ciel nous enleva le Prince votre Pere :
Par ces rares vertus il fit juger à tous
Qu'il étoit trop parfait pour habiter la terre.
Si cette regle avoit lieu pour vos jours,
Que le Ciel de bonne heure en borneroit le cours!
Mais , non , SIRE , nous ofons croire
Que Dieu ne nous a pas chaffés de fa memoire .
Ce Prince glorieux qui regne dans fon fein ,
De fa pofterité confervera le reſte :
Et , flechiffant pour nous la colere celefte ,
Vous aurez fes vertus fans avoir ſon deſtin ;
CHANSON
DE SEPTEMBRE.
59
71117
CHANSON
IMPROMPTU.
Sur ce que le Roy eut la bonté d'envoyer dire au
College de Louis le Grand , des nouvelles de
Ja fanté , qui furent reçues au moment qu'on
s'habilloit pour la Tragedie.
Où un Payfan chanta¸auffitôt.
A foy j'avons fujet de rire ,
LOUIS eft en bonne fanté ;
Il vien de nous l'envoyer dire ,
Voyez un peu quelle bonté !
i
Il n'a pas fait cela fans caufe ,
Il fçait comme je l'aimons tous .
Que je l'aimions , c'eft peu de chofe
Qu'il le fçache , c'eſt tout pour nous .
Il faut lui payer fon meſſage
Par une chanfon impromptu ,
Du coeur parlons -lui le langage ,
L'amour parle mieux que Phoebu .
Que les Ris chaffent la Trifteffe ;
Venez tous chanter avec moy ,
Et difons dans notre allegreffe ,
Notre Roy vit , Vive le Roy.
*
ENVOY
60 LE MERCURE
ENVOY Sur la premiere Enigme
du mois d'Aouft.
UI d'un pere brillant peut tirer fa naiſſance ?
Eftre fombre, volage habitante des airs ?
Qui peut mouiller des yeux aux plaifirs feuls
ouverts ?
Qui peut chez les Rois même exercer fa puiſſance?
Accompagner par- tout un des quatre élemens
Eftre fouvent haïe , eftre par fois aimée ?
Du ragoût le meilleur ôter les agrémens ?
Qui peut faire cela ? fi ce n'eft la Fumée ?
AUTRE ENVOY ,
Sur la feconde Enigme du Mercure du même
mois.
Ous devez , dites - vous , votre merite aux
Dames , Vous
Vous êtes des freres jumeaux ;
Et par fois les plus laides femmes
Ont trouvé le moyen de vous faire trés - beaux ;
Vous n'avez point de foeurs , vous n'avez point"
de pere;
Et cependant dites vous , votre mere
Souvent a de l'Hymen fubi le joug fâcheux ;*
Vous n'ayez pas une longue durée ;
Votre mere eft fouvent par vous mêmes parée
Et fts galans : vous êtes donc les Nouds .
Premiere
DE SEPTEMBRE. 61
anananana
PREMIERE ENIGME.
E fuis le plus grand corps qui foit dans l'Uni-
JE vers ;
Mon Empire s'étend en cent climats divers ,
Vous chercherez en vain ma grandeur , ma naiffance
,
Mon âge , mon pays , & par quelle puiffance ,
Sans fortir d'où je fuis , vous me voyez mouvoir.
Aucun des Elemens n'a fur moy de pouvoir ,
Le temps même , le temps fatal à la nature ,
Refpectera toujours mon être & ma figure ;
Je ne changerai point ; pour avoir mes trefors ,
Les hommes tous les jours font de nouveaux
efforts ;
L'entrée en mes Etats à chacun eft ouverte ;
Tel croit de s'enrichir , qui vient chercher fa
perte :
Je porte dans mon fein l'épouvante & l'horreur ;
Le moindre de mes bras , quand je fuis en fureur,
Des hommes les plus fiers fait pâlir le vifage :
Il n'eft contre mes coups ni force ni courage ;
De tout l'effort humain je m'embaraffe peu , }
Et je ne crains enfin ni le fer ni le feu .
SECONDE ENIGME.
D
Es plantes que l'on voit en cent climats divers
,
Je fuis la plus connue & la plus neceffaire ;
04
62 LE MERCURE
On me trouve en deça comme en delà des mers ;
Pline n'en a rien dit : quel eft donc le myftere ?
Le Fabricateur fouverain ,
Pour accomplir fon grand deffein ,
En me formant fit deux jumelles ,
Qu'on ne peut feparer , fans des douleurs mortelles
.
ה ס
CHANSON A BOIRE.
Lorfque le jour
commence .
C'eſt à Bacchus que j'adreffe mes voeux ,
Et le verre à la main je chante la puiffance
Du Nectar qui me rend heureux.
A conter fes bienfaits ma voix ne peut
fuffire ;
C'est encor à Bacchus que j'adreſſe mes voeux;
Lorfque le jour expire.
Quand la nuit répand- fes pavots ,
Je verfe le jus de la Treille ;
Jamais je ne fommeille,
Si le vin ne me livre aux douceurs du repos.
C'eit Bacchus qui m'endort ; c'eft Bacchus qui
-m'éveille.
NOUVELLES
Air.
F
Lors que lejour comence
mainje chante la puissa.
Χ
...ter Ses bienfaits
mai
2
ceurs du re....pos;
veille , Cest Baccus quir
C'est Baccus qr gr .
THE NEW YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND✨
TILDEN FOUNDATIONS,
DE SEPTEMBRE. 63
NOUVELLES LITTERAIRES,
ET DES BEAUX ARTS .
Es RR. PP. Benedictins de l'Abbaye
Leaint Germaindes prés, viennentde LE
,
publier une feuille volante au fujet de la
nouvelle Edition qu'ils préparent du Gloffaire
latin de M. du Cange. Nous croyons
qu'on nous fçaura , gré de trouver ici la
traduction d'une Piece qui annonce un
ouvrage fi important à la Republique des
Lettres.
» Il y a déja long-temps que le Public
» attend une nouvelle Edition du Gloffaire
» pour entendre les Ecrivans de la moyenne
» & de la baffe latinité. Un de nos Confre-
»res l'avoit entreprife , dans le temps qu'il
» joüiffoit d'une fanté parfaite : on peut
» dire qu'il étoit très capable de ce tra-
» vail , & que la promeffe qu'il fit alors
» au Public de lui donner en peu de tems
Pouvrage entier confiderablement au-
» gmenté , n'étoit pas tout- à- fait vaine .
» Il est vrai cependant que fe trouvant
» dans la fuite accablé d'infirmités & dans
» un âge fort avancé , il n'a plus été en
Le R. P. Dom Claude Gainić,
"
›› état
64
LE MERCURE
» état de tenir la parole, Dans ces fâcheufes
circonftances , & dans le doute fi
» l'Auteur acheveroit fon entrepriſe ,
,, les chofes ont traîné en longueur ;
و د
c'est ce qui a donné lieu aux plaintes
»de plufieurs perfonnes qui avoient pris
» des foufcriptions pour tout l'ouvrage ;
» mais nous les prions de confiderer que
>> celui qui a promis n'a pû compter d'être
» fidele à fes promeffes , qu'autant qu'il
» auroit la fanté neceffaire , & qu'il ne
» nous eft pas permis , lorfque nous entreprenons
de fi grands travaux , de
» traiter , pour ainfi dire avec Dieu , &
» de ftipuler qu'il nous confervera la fanté
» juſqu'à la fin de la carriere .
"
و د »Cependant,commecelaarrivefou-
» vent , il y a tout lieu d'efperer que cet
» ouvrage , fi long- tems attendu , n'en de-
» viendra que meilleur par l'attente même
: car le très R. Pere Dom Denis de
Sainte Marthe , Superieur General de
» notre Congregation , dont la profonde
» érudition eft affés connue par quantité
» de beaux ouvrages , voyant que le docte
» vieillard , notre Confrere , Auteur de
» l'entrepriſe , étoit tellement épuifé, qu'il
: ne pouvoit plus en aucune façon s'occu-
» per d'un fi grand travail , a fait choix
,, de deux autres Religieux , capables par
leur âge , & par leur fanté , de mettre
55
>
» la »
DE SEPTEMBRE.
65
» la main efficacement à cet ouvrage. Les
» nouveaux ouvriers travaillent déja très
affidument à augmenter , à corriger , à
enrichir le Gloffaire , & ils ne cefferont
point de s'y appliquer jufqu'à ce qu'un
» Livre fi neceffaire foit en état d'être rendu
public : la celerité de leur travail ſera
» neanmoins telle qui convient à des Editeurs
, qui exercent leur induftrie non pas
» pour s'acquitter fimplement de la tâche
» qui leur eft impofée , mais avec toute
» Pattention que demande l'importance
» du fujet.
» Au refte ce Gloffaire , ouvrage du :
grand homme , qui en fon temps fuc
» l'un des ornemens de la France , eft de
» telle nature qu'il peut être augmenté
» preſque à l'infini , ce que M. du Cange
❞ a reconnu lui-même dans fa Preface ...
Or comine depuis qu'il a été publié
» pour la premiere fois , il a paru un très-
» grand nombre d'ouvrages anecdotes ,
» qui font du temps de la moyenne & de
la baffe latinité , ceux qui font chargés
» de cette nouvelle Edition , les examinent
» avec toute la diligence poffible. Mais :
» parce que dans plufieurs Chartres , fur
» tout de celles qui n'ont jamais été im
primées , il fe trouve beaucoup de ter
mes de l'efpece de ceux dont il s'agit
» dans le Gloffaire ; On a auffs pourvû à¹
و ر
F 9) CC
66 LE MERCURE
"
*
» ce que ces Chartres , qui fe trouvent
>> dans quelques Monafteres , foient lûës
» par des perfonnes intelligentes , qui
»› nous feront part des termes par eux re-
» marqués , & qui ne fe trouvent point
ailleurs , pour les inferer chacun en fa
» place dans la nouvelle Edition ; enforte
» qu'on peut efperer qu'on aura enfin un
p Gloffaire extremement augmenté &
» beaucoup plus parfait que le premier ;
» car la matiere de ce Livre eft telle que
?
plufieurs perfonnes peuvent y travailler
» en même temps . C'est pourquoi fi quel-
» ques gens de Lettres ont des exemplai-
» res du premier Gloffaire , avec des addi-
» tions manuſcrites , nous les fupplions de
» ne pas les tenir plus long- temps dans
» l'obſcurité , & de vouloir bien nous
23 les communiquer ; ils doivent eftre allu-
» rés de notre reconnoiffance , & que nous
92 ferons connoître à nos Lecteurs toutes
» les perfonnes auxquelles nous ferons re-
» devables de ces additions."
» Il nous refte à dire qu'on ne recevra
» aucune fouſcription que le Gloffaire ne
» foit effectivement fous la preffe , de peur
» que s'il falloit employer un peu plus de
Le R. P. General a fait écrire la defius
ine Lettre circulaire à tous les Superieurs des
Monafteres de la Congregation , & c. datée da
21 Juillet 1723,
»temps
DE SEPTEMBRE. 67
temps qu'on ne s'eft proposé pour la
» perfection de l'ouvrage , les Soufcrip-
» teurs ne priffent de là occafion de fe
» plaindre , quoique nous allions appor-
» ter une telle diligence, que nous eſperons
du moins fatisfaire là-deffus toutes les
perfonnes fentées . Au refte la condition
» de ceux qui ont déja foufcrit eft affuré
» ment meilleure que celle des autres ;
» car outre qu'ils ont bien placé leur ar-
» gent , ils recevront enfin un Livre beau-
» coup plus augmenté & corrigé qu'on
>> ne l'efperoit lors des premieres fouf-
» criptions , & même à un moindre prix
» que celui qui fera payé par les nouveaux
Soufcripteurs.
"
Gloffarium ad Scriptores mediæ & infimæ
latinitatis , in quo latina vocabula novatæ
fignificationis , aut ufûs ravioris , Barbara
Exotica explicantur , eorum Notisnes &
Originationes reteguntur : Complures ævi
medii Ritus & Mores , Legum , Confuetudinum
municipalium , & Juriſprudentiæ
recentioris Formula , & obfoleta voces :
Utriufque Ordinis , Ecclefiaftici & Laici ,
Dignitates & Officia , & quamplurima alia.
obfervatione digna recenfentur, enucleantur,
illuftrantur. E Libris editis , ineditis , aliifque
monumentis , cùm publicis , tum privatis.
Autore Carolo Dufrefne Domino du,
Fij Cange
1
68 LE MERCURE
Cange , Regi à Confiliis , & Franciæ apud
Ambianos Quaftore. Editio nova , quartâ
parte locupletior & au &tior . Operâ & Studio
Monachorum Ordinis S. Benedicti è Congre
gatione Santi Mauri. Quatuor magnis
voluminibus in folie comprehenfa. Proftabit
Parifiis , fub Oliva . Caroli Ofmont Filii ,
via Jacobaâ.
Quoique les Lettres d'Heloïfe & d'Abailard
ne foient pas une nouveauté , le
Public a fi bien reçu l'extrait que nous
avons donné le mois paffé de la premiere
de ces Lettres , que nous fommes perfuas
dez qu'il ne nous fçaura pas mauvais gré
de lui faire part de la feconde & de la
troifiéme. On ne les a vûës jufqu'ici qu'en
profe ; inais la Poëfie ; qui eft en quelque
forte la langue de l'amour , paroît plus
propre à bien rendre les fentimens dont
elles font remplies , & à foutenir les graces
de l'original. Il feroit à fouhaiter que
quelque plume delicate eûr voulu donner
Phiftoire de ces deux amants , & vanger,
comme dit Monfieur de Beauchamps , ces
illuftres malheureux des fauffetez & des
injures dont elle a été defigurée par la
negligence ou l'incapacité de ceux qui fe
font mêlez de l'écrire . Monfieur de Beauchamps
, comme il eft aifé de le voir ,
feroit auffi capable que perfonne de renplis.
DE SEPTEMBRE.
1
*
*
2
plir ce deffein , & de donner une jufte idée
de l'efprit & de la tendreffe d'Abailard
des fentimens & de la vivacité d'Heloïfe
de leurs foibleffes & de leur penitence
mais il a mieux aimé renoncer à la qualité
d'Hiftorien , & s'en tenir à celle de Poëte-
& de Traducteur. C'eft , dit - il , mon
coup d'effai ; fi j'ai réuffi , le Lecteur en
decidera. Lui demander grace , ce n'eft'
plus la mode , &c . Il n'avoit rien à rifquer
là- deffus. La juftice qu'il merite , ne
doit pas être regardée comme une grace!
On en peut juger par les extraits que nous
donnons de fon ouvrage.
**On voit une vie d'Abailard & d'Heloïfe
imprimée à Paris l'année paffée en 2. vol . in 1 2
Réponse d'Abailard à Heloife..
Nutile raifon ! chimerique devoir !
Rien ne peut de l'amour balancer le pouvoir ,
Dans un Temple brifé trouves tu des delices ,
Dieu cruel ! cherche ailleurs de plus doux facrifices.:
Regne fur les vivans ; qu'ils fentent tes tranf
ports ,
Mais ceffe de vouloir les infpirer aux morts :
Affez & trop long tems foumis à ton Empire,
Tay vêcu fous tes Loix , fouffre que je refpire ,.
20 LE MERCURE
• •
Et vous , qui me nommez votre Epoux , votre
Maître ,
Chere Heloïfe , helas ! meritois je de l'être ?
Je vous montrois le crime ; & lâche ſeducteur
D'un profane fçavoir j'infectai votre coeur.
De vos charmes naiffans je ne pus me défendre ,
Pour ne vous point aimer j'avois le coeur trop
tendre.
C'étoit peu : je voulus vous inſpirer mes feux.
Je réuffis trop bien , vous comblâtes mes voeux.
Bleffez des mêmes traits , & charmez l'un de
l'autre ,
Vous faifiez mon bonheur, & je faifois le vôtre ;
Et votre oncle lui même entrant dans nos projets
Sembloit faciliter nos entretiens fecrets.
Bien tôt il m'en punit. Heureux fi ma difgrace
De mes fens dans mon coeur eut fait paſſer la
glace !
La grace n'a pour nous que de fombres lumieres
Nos voeux les plus facrez font de foibles barrieres.
Nous reprenons nos droits , nous difpofons de
nous.
Vous parlez en Amante , & je parle en Epoux.
Vous
DE SEPTEMBRE. 78
Vous foupirez pour moy , vous ofez me le dire ;
Je foupire pour vous, & j'ofé vous l'écrire .
Quel monftre ! quelle horreu ! que diront nos
neveux ?
Qu'ils ignorent plutôt nos facrileges feux !
Qu'un éternel oubli les couvre & les efface.
Noyons- en dans nos pleurs jufqu'à la moindre
trace !
·
Que peuvent contre moi ton crime & tanoirceur,
Oncle injufte ! as tu crû détruire notre ardeur ?
Tu devois tout d'un coup me priver de la vie
Tu m'as laiffé mon coeur ; ta fureur eſt trahie .
Mais , que dis je , infenfé ! tes voeux font fatisfaits
,
Ma mort n'eût point rempli tes barbares fouhaits ;
Tu voulois à loifir te baigner dans mes larmes ,
Et voir de jour en jour augmenter mes allarmes ,
Ingenieux Boureau , tu fçavois qu'un Amant
Privé de ce qu'il aime , expire à tout moment,
Tu triomphes , perfide , en proye à ma triſteſſe ,
Je ne puis arracher mon ame à fa tendreffe .
Mon amour & mes maux s'irritent tour à tour
Et de mes maux , helas ! le plus grand c'eft l'amour.
Ne me demandez point par quelle deſtinée
Dans
72 LE MERCURE
Dans un Cloître avant moi vous fûtes confinée .
Que vous dire ? j'étois malheureux & jaloux ,'
Et je voulois que Dieu me répondit de vous .
Qu'un motif fi bizarre , & ſi plein d'injuſtice
Vous faffe de mes feux connoître le caprice.
Et fivous ne pouvez vous guerir par raifon ,
Employez le dépit à votre guerifon.
Seconde Lettre d'Heloise à Abailard.
Q
Ue fais je dans ces lieux ! malheureufe &
coupable ,
J'aigris d'un Dieu vengeur le courroux redou
tabler
J'amaffe des trésors de crimes & d'horreurs ,
Chaque jour , chaque inftant ajoute à mes fu
reurs .
Je ne fuis plus , helas ! cette Epoufe facile ,
Qui baiffoit fous le joug une tête docile.
Victime de mes feux , je cede à mes tranſports ,
Et ne conferve plus d'inutiles dehors .
C'eft trop jouer le Ciel fous un mafque hypocrite , -
Si mon coeur eft à vous , tout le refte l'irrite.
Du Té -je vous offrir un objet odieux ,
Rien ne peut m'empêcher de paroître à vos yeux
Vous ne me fuirez point : au fecours de mes charmes
,
At:
DE SEPTEMBRE. 73
Au fecours de mes feux j'apellerai mes larmes ;
Mes foupirs , mes fanglots fléchiront votre
coeur ,
Vous me regarderez avec moins de rigueur ;
Et loin de condamner l'excès où je me livre ,
Peut être que fans moy vous ne voudrez plus
vivre.
Non , cruel , non , jamais tu ne fçus bien aimer ;
Tu n'étois que fenfible au pouvoir de charmer.
J'offris à tes defirs un triomphe agreable ;
J'aimois. C'en fut affez pour te paroître aimables
Eh pourquoi pouvant plaire à mille autres
objets
Vins tu troubler mon coeur, en arracher la paix
Talens pernicieux ! efprit que je derefte :
Prefent , que m'avoit fait la colere celefte ,
C'est par vous que l'amour , feduifant ma railon]
Répandit dans mes fens fon funefte poifon.
Vains defirs de fçavoir ! dangereufes lectures !
Mon coeur ne s'eft rempli que de vos impoftu
res ;
J'en perdis l'innocence , & bien- tôt ma pudeur .
Fit place aux noirs tranfports d'une coupable ardeur.
G Foible
74 MERCURE LE
Foible Heloïfe ! en vain je fens que je le dois,
Mes coupables defirs s'échapent malgré moi,
La raifon veut regner & parle en fouveraine ,
La foibleffe refifte & triomphe fans peine ;
Toujours livrée au trouble , aux regrets , a
dépit ,
Cent fois en un moment mon coeur fe contredit,
Je veux , je ne veux pas , j'hefifte , je chancelle ,
Quand la grace m'attire , Abailard me rappelle;
Et toujours plus puiſſant après de vains efforts ,
C'eft le funefte amour qui caufe mes tranſports ;
Soupirs impetueux, ceffez de vous contraindre ,
Eclatcz , mes fureurs , je n'ay plus rien à craindre;
L'ingrat qui vous fait naître a ceffé de m'aimer :
Il me fuit , il me craint . , . mais puis - je l'en blâ,
mer ?
Ouy. Cruel , ta vertu me confond & m'accable,
Coupable , je voudrois que tu fuffes coupable.
&c.
On eft redevable à Pierre Abailard &
à Heloïfe fon époufe de l'établiffement de
P'Abbaye du Paraclet , Ordre de S. Benoiſt,
au Diocéle de Troyes. C'eft une Abbaye
de Filles qui jouit de 1 5000 liv. de rente,
dont Heloïle fut la premiere Abeffe.
Comme elle étoit fort fçavante , elle faifoit
chanter la Meffe en Grec dans ce Monaftere
ce qui s'obferye ¿ encore tous les
ans
DE SEPTEMBRE.
75
ans le jour de la Pentecôte. Abailard
mourut dans l'Abbaye de S. Marcel à
Châlons -fur-Saône le 21 Avril 1142.
Heloïfe demanda le corps de fon cher
époux à l'Abbé de Cluny , ce qui lui fûr
accordé elle le fit mettre dans le caveau
de l'Eglife du Paraclet , en attendant
qu'elle l'y allât joindre , ce qui n'arriva
que 21 ans après . La Chronique de cette
Abbaye affure , au raport de plufieurs Hif
toriens , & de M. Baugier , qui vient de
donner les Memoires Hiftoriques de
Champagne , qu'à l'ouverture du tom
beau , le corps d'Abailard ſe trouva dans
fon entier ; mais ce qui parut de plus extraordinaire
, c'eft qu'à mesure qu'on defcendoit
le corps de fon épouſe , Abailard
lui tendit les bras , & l'embraffa étroitement.
Voici les termes de la Chronique :
Et fic defun&tâ ad tumulum apertum depor
tatâ , maritus ejus elevatis brachiis illam
recepit , & ita eam complexatus brachiafua
ftrinxit.
Parmi les Piéces de Poëfie qui compoſent
la moitié du Volume que M. de
Beauchamps donne au Public , il y en a
qui font un extréme plaifir à lire . Le
Lecteur en pourra juger par un fragment
de cette Epitre à M ....
Gij
Toi
76
LE MERCURE
Toi ,qui fans prendre un ton de Maître,
Nous foûmets à ton jugement ,
>
Et qui fans vouloir le parêtre ,
Sçavant comme un fage doit l'être ,
Ne t'exprimes que fimplement.
Efprit agreable & folide ,
Qui grave & badin tour à tour
Des lieux où la Vertu refide
De ceux qù Minerve préfide ,
Connois jufqu'au moindre détour,
Ou qui prenant Venus pour guide ,
Des gentilleffes de l'Amour ,
Parles plus galamment qu'Ovide :
Ami , que ne puis - je en ce jour ,
Moins amateur de ma pareffe ,
Sur les bords fleuris du Permeffe
Faire encore aux Mufes ma Cour ?
Peut-être que fous tes aufpices
Je pourrois , non comme Boileau ,
Du ridicule de nos vices
Faire un fatirique tableau.
Mais fur un tendre chalumeau
Chanter l'Amour & fes caprices ,
Qui peut mieux peindre fes rigueurs ?
Eternel objet de fa haine ,
J'éprouve toutes fes fureurs
L
DE
74
SEPTEMBRE.
Idolâtre d'une inhumaine ,
Je paffe mes jours dans les pleurs ,
Et le cruel à mes malheurs
Ajoû e le poids d'une chaîne ,
1
Qui met le comble à mes douleurs.
De là cette amere trifteffe *
Qui de mes fens toujours maîtreffe,
Me rend à moi même odieux ;
De- là ce dégoût pour la vie
Qui fe fait lire dans mes yeux
De - là cette mylantropie
Qu'avec moi je porte en tous lieux , &c .
GRAMMAIRE FRANÇOISE raifonnée , què
enfeigne la pureté & la delicateſſe de la Langue
, avec l'Ortographe, & qui fert de clefair
Latin, & aux autres Langues , que l'on peut
aprendre fans le fecours d'aucun Maître ,
quand on poffede la Langue par principes ,
comme on l'enseigne dans cette Methode.
Par M. de Vallange . A Paris chez Claude
Jombert, André Cailleau , & c . 1721. vo!
in 16. pp. 340. On verra quantité de
nouveautez dans ce Livre , que les Grammairiens
trouveront fans doute hazardées
& qui peut- être ne feront pas fortune .
CICERON DE LA NATURE DES DIEUX ,
Latin & François , avec des Remarques Cri
tiques & Hiftoriques . Par M. l'Abbé le
Giij Maflon
58 LE MERCURE
"
1
Maffon , 3 vol . in 12. 1721. A Paris chez
Claude Jombert , ruë S. Jacques. Cet Auteur
eft déja connu dans le monde Litteraire
par plufieurs bons Ouvrages. La derniere
Traduction de Salufte eft de lui . On va la
reimprimerpour la troifiéme fois , & l'on y
trouvera generalement tous les Ouvrages
de cet Auteur , avec des Notes . Il fe prepare
auffi à donner inceffamment une Traduction
de la premiere Decade de Tite-
Live , avec des Notes .
TRAITE des PartiesDoubles , ou , Methode
mifée pour aprendre à tenir en Parties Donbles
les Livres du Commerce & des inances.
A Paris , chez Nyon Libraire , fur le Quay
des Quatre- Nations , in 4° . 1721. Le même
Auteur promet un autre Ouvrage in
zitulé , l'Ecole des Banquiers.
MEMOIRE Concernant les Tailles , & les
moyens de faire ceffer les abus qui fe commettent
dans fon impofition. Par M. Auber
, cy- devant Receveur des Tailles de
P'Election de Caudebec , & Commiſſaire
pour l'établiſſement de la Taille Prepor.
tionnelle en l'Election de Beauvais. A Paxis
, des nouveaux Caracteres , & de l'Imprimerie
de Jacques Colombat , 1721 .
Brochure in 4. de 78 pages.
Ger Ouvrage , dedié à S. A. R. Monfeigneur
DE SEPTEMBRE. 79
feigneur, le Duc d'Orleans , contient des
moyens prompts , fimples & faciles, pour
anéantir l'Impofition & la Répartition Ar
bitraire de la Taille , & pour l'établir proportionnelle
à la portée des Generalitez &
des Elections , & confequemment aux biens
& facultez de chacun des contribuables .
La force de la verité nous engage à
donner icy de juftes éloges au fieur Colombat
fur fes nouveaux Caracteres , qui
ont toute la beauté de la gravure , fans en
avoir l'incommodité ; cet habille Maître
marche fur les pas des Etiennes , des Plantins
, des Vafcolans & des Elzeviers .
>
TRAITE' de la Conftruction des Chemins,
où il est parlé de ceux des Romains ,
de ceux des Modernes , fuivant qu'on les
pratique en France ; de leursfigures, de leurs
matieres , &c. Nouvelle Edition , revie
corrigée & augmentée. Par le fieur H. Gaultier
, Ingenieur , & Infpecteur des Grands
Chemins , Pont & Chauffées du Royaume.
A Paris , chez André Cailleau , Place de
Sorbonne , 1721.80.
DISSERTATIO de Peftifera contagionis ,
&c . Differtation fur la nature de la Pefte
& fur les Remedes propres à la prévenir.
Par Richard Mead , Docteur en Medecine
traduite de l'Anglois en Latin. A la Haye ,
Giiij chez
30 LE MERCURE
chez Ifaac Vaillant , 1721. in 8. pp: 42+
Non-feulement cet Auteur approuve la
Quarantaine ordinaire pour les hommes &
les marchandifes , mais il veut qu'au bout
du tems preferit, s'il y a quelque notorieté,
ou qu'il puiffe y avoir quelque femence de
contagion , on tire les perfonnes faines
'd'avec les malades , faifant brûler leurs habits
, leur en donnant d'autres , & aprés
leur avoir lavé & rafé tout le corps , qu'on
les conduife à une Infirmerie particuliere ,'
pour y paffer 30 ou 40 jours . Car, dit- il ,
um Peftiferé , quoique gueri & convalefcent
, peut encore conferver en lui quel
ques femences de la matiere contagieufe
long- tems après la guerifon , & les communiquer
à d'autres. On doit faire confumer
les hardes par le feu , avec d'autant
plus de raifon qu'elles font plus propres à
Le charger ou à s'imbiber de ce que le venin
peftilentiel a de plus fultil. Les marchandifes
les plus capables de receler les corpufcules
contagieux font le Cotton , le Chanre
, le Lin , la Laine , le Papier , la Soye ,
& c.
Rien ne rend les corps plus fufceptibles
de la Contagion , que la crainte , le découragement
, le defefpoir & l'ennui d'une vie
fedentaire , & rien ne contribue davantage,
felon M. Mead , à fomenter le venin peftilentiel
, & à le répandre , que ces maifons
fermées
DE SEPTEMBRE. 3 F
fermées & condamnées : ce font , dit- il ,
autant de pepinieres de pefte , où cette
maladie acquiert de jour en jour de nouvelles
forces , & fe communique par la
voye des fenêtres dans les rues & dans les
maifons voifines.
Pour purifier l'air, notre Auteur prefere
la methode des Medecins Arabes , qui font
prefque toujours dans le cas de la Pefte , à
toutes les autres. Elle confifte à purifier l'air
en le rafraichiffant. Ils ont coûtume de faire
laver les maifons avec l'eau & le vinaigre ,
& de les joncher d'herbes & de fleurs ra
fraichiffantes , telles que les rofes , les vio
lettes , le nenuphar , &c. Methode fort differente
de celles que propofent la plupart
des Modernes , & qui fe réduit à parfumer
les logemens avec le benjoin , l'encens ,
l'affa fætida, le ftorax , & c. fumigations en
faveur defquelles l'Auteur paroît peu prévenu
, à l'exception de celle du fouffre ,
à caufe de l'efprit acide dont il abonde y
& qui rabat puiffamment les grandes fermentations.
Quand au regime prefervatif , il faut fenourrir
de bons alimens , capables de fortifier
, retrancher les jeûnes , les veilles ,
les fatigues exceffives : affranchir l'efprit
non feulement de la crainte, mais de toutes
les autres pallions immoderées ; faire un
ulage frequent des fruits acides , tels que
les
LE MERCURE
les grenades , les oranges , les limons , les
pommes aigres , & c. fur-tout du vinaigre ,
où l'on aura fait infufer la gentiane , le
galanga , la zodoaire , les bayes de geniévre
, &c. & fetenir en garde contre l'abus
des drogues aromatiques , qui portent fouvent
trop d'ardeur & de vivacité dans le
fang , & le rendent par- là plus fufceptible
du venin peftilentiel.
A l'égard de ceux qui , par le devoir de
leur Profeffion font obligez de vifiter les
Peftiferez , ils doivent , felon M. Mead ,
tant qu'ils font auprés d'eux , ne point avaler
leur falive, & même retenir leur haleine
s'ils font dans la neceffité d'aprocher de
fort près les malades , ou tout au moins ils
doivent fe boucher le nez avec une éponge
imbibée de vinaigre .
OEUVRES de Racine , nouvelle édition,
augmentée de Remarques & de quelques au
tres Piéces , 2. vol. in 12. chez Jean Ber◄
nard Libraire à Amfterdam.
LES Oeuvres de M.Bourfault, à Amfterdam
, chez Duvillard & Chauguion, 1721 .
2 vol. in 12. nouvelle Edition , contenant
Germanicus , Tragedie. Marie Stuart ,
Reine d'Ecoffe , Trag. La Comedie fans
titre. Phaeton , Comedie en Vers libres.
Meleagre , Trag. Les Fables d'Efope ,
Comedie.
DE SEPTEMBRE. 8%
>
Comedie. Elope à la Cour , Comedie Heroique.
Le Jaloux Prifonnier , ou les Cadenats
, Comedie , & la Satyre des Satyres,
Comedie , contre M. Defpreaux
L'Editeur ne paroît pas informé des
principaux faits qui regardent la vie de
cet Auteur , & il s'en faut bien qu'il n'ait
eu connoiffance de toutes les Piéces de
Theâtre , puifqu'il ne dit rien de fa Comedie
du Mort vivant , fa premiere Piéce ,
repreſentée en 1653 par les Comediens du
Marais ; non plus que de celle des Mots
à la mode qui eft une Satyre fine & plaifante
des modes nouvelles , & des manieres
affectées de parler & de s'habiller ;
Des Nicandres , ou les Menteurs qui ne
mentent point , Comedie , du Medecin
volant , Petite Piece ; du portrait du
Peintre , ou la Critique de la Critique de
PEcole des Femmes , Comedie , contre
Moliere , jouée en 1663 à l'Hôtel de
Bourgogne. La Metamorphofe des yeux
de Philis changez en Aftre, Faftorale , auroit
encore pû trouver place dans le Recueil
qu'on vient d'imprimer , auffi bien
que la Fefte de la Seine , Divertiffement
en Mufique. M. Edme Bourfault étoit
natif de Muffy - Levefque , petite Ville
de Champagne , il mourut à Paris en 1707
âgé de 63 ans.
Differtation
54 LE MERCURE
DISSERTATION Hiftorique fur les Duels,
& fur les ordres de Chevalerie ; par M. B.
à Amfterdam , chez Pierre Brunel..
d'Hollande , que le
Nous aprenons d'Hollande
fieur Gravelande Profeffeur à Leyde eft
allé exprès à Caffel , pour examiner
la famcufe Machine , qui eft en depôt
dans le Cabinet du Land- Grave. Ce fçavant
Mathematicien , ainfi que le Baron
Fifcher Anglois , font l'un & l'autre perfuadés
que cette Machine eft le Mouve
ment perpetuel , cherché depuis fi longtemps.
Le premier en doit écrire fon fentiment
au Chevalier Newton , Prefident
de la Societé Royale de Londres : le fecond
en a envoyé la defcription exterieure
au Docteur Defaguilliers , Demonftrateur
des experiences de Phyfique de la
même Societé. La Machine confiſte principalement
en une roue de douze pieds
de diamettre , couverte d'une toile cirée
pour en cacher la conftruction interieure :
elle tourne fur fon axe d'une fi grande
viteffe , qu'elle fait 26 tours complets ea
une minute. A chacun de ces tours , on
entend le bruit de fept ou huit poids qui
tombent du côté que la roue tourne : lorfqu'on
arrête fon mouvement rapide avec
la main , & qu'on ne lui fait faire que cinq
ou fix tours dans la même minute elle ,
reprend
DE SEPTEMBRE.
reprend d'elle -même peu à peu à peu fa premiere
viteffe. Son mouvement ordinaire examiné
fcrupuleufement avec la pendule à fecondes
, eft toujours le même de 26 tours par
minute. Toutes les experiences particu
lieres qu'on en a faites , ont toujours fair
voir la même regularité & la même force
de la Machine à regagner fa viteffe , au
lieu de la perdre. Si c'eft là le mouvement
perpetuel , comme le fieur Gravefande en
paroît perfuadé , on peut affurer que la découverte
en fera très - utile pour l'Horlo
gerie & pour d'autres Arts . Le Land - Grave
n'a encore voulu faire aucun ufage de cette
Machine , de crainte qu'on n'en découvre
de fecret , ce Prince fouhaitant que l'Aureur
puiffe auparavant recevoir des Pays ,
Etrangers la recompenfe d'une fi belle découverte,
en cas que par l'examen , auquel
il fe foumet , fa Machine puiffe meriter le
nom de Mouvement perpetuel,
C ON a fait à Amfterdam une nouvelle
Edition , augmentée de Figures, Des Avantures
de Gilblas de Santillane. Par M. le
Sage , 2. vol. in 12 .
LA
CHARLATANERIE DES SCAVANS ,
Par M. Mensken , avec des Remarques
Critiques de differens Auteurs. 1721 .
A la Haye , chez Van- Duren, in 8º,
>
Les
BG LE MERCURE
LES Oeuvres Poftumes de M. Hooke,
publiées par M. Richard Walter , Secretaire
de la Societé Royale de Londres. Livre
Anglois imprimé à Londres par Samuel
Smith , &c.
Il y a dans cet Ouvrage quantité de recherches
curieufes , & d'obfervations fingulieres.
Le calcul des idées eft affez de
cette efpece ; il est tiré des Leçons fur la
Lumiere , page 143. Je fupole , dit l'Auteur
, que l'ame à chaque moment , ſoit par
fa propre puiffance , foit par le moyen des
impreffions fenfibles , forme les idées. Ce
que j'appelle moment , peut être plus long
ou plus court, felon que l'ame eft plus ou
moins active , & que les fibres du cerveau
qui reçoivent les traces, font plus ou moins
fouples. Un homme de conftiturion ordinaire
de corps & d'ame eft dans le degré
moyen entre celui qui eft le plus actif&
celui qui eft le plus pefant. On peut fuppofer
que pour former une idée diſtincte,
il n'employe qu'une ſeconde , c'eſt- à- dire,
la foixantiéme partie d'une minute , fuppofons
qu'il vive cent ans. Suppofition
qui n'est que pour la facilité du calcul ,
car on peut parier que dans le nombre de
cent mille hommes , il n'y en a pas mille
qui arrivent à l'âge de cent ans.
Or cent ans contiennent 36525 jours
36525 jours contiennent 876600 heures ;
qui
DE SEPTEMBRE, 営業
qui contiennent 3155760000 fecondes .
Donnant donc à chaque idée une feconde ,
une ame doit former 3600 idées dans une
heure , donc en cent ans elle en forme
3155760000. Par la raifon du fommeil
où l'ame ceffe de former les idées , ou les
forme affez imparfaitement , il faut rabattre
le tiers de ce nombre , ainfi il ne nous
refte que 2103840000 , ou en nombre
rond 21 fois cent millions.
Si l'on confidere tout le tems que l'on
perd dans l'enfance & dans la vieilleffe ,
celui que nous occupent les maladies &
l'inattention , on verra qu'il faut rabattre
encore plus des deux tiers du dernier nombre
, & qu'ainfi il ne nous reftera que fept
cens millions. Si prefentement on choifit
de ce nombre d'idées , celles qui font les
plus claires , les plus diftinctes , & que
nous aimons à garder , tout ce qui nous
refte en cent ans de vie fe reduir tout au
plus à cent millions d'idées ; par confequent
chaque année l'une portant l'autre,
nous ne formons qu'un million d'idées
diftinctes , & qu'on peut ranger en pro
greffion,
ON mande de Londres que les. Medecins
de cette Ville ayant reprefenté au Roy
que pour éviter les fuites fâcheuſes de la
petite Verole , il conviendroit de mettre en
ufage
88 LE MERCURE
ufage le moyen dont les Turcs fe fervent
depuis plus de quarante ans à Conftantinople
, pour la communiquer à leurs enfans
, parce que de cette maniere , la maladie
dont nous parlons , n'a point de
fimptomes fâcheux , qu'elle ne laiffe ni cicatrice
ni marque , & que même elle ne
revient jamais. Le Roy leur permit d'en
faire des experiences fur des Sujets de peu
d'importance , tels que les malfaiteurs qui
étoient dans la Prifon de Newgate . * On
choifit pour faire cette operation , un jeune
garçon de bon temperament , qui ne foit
point infecté d'aucune autre maladie , &
qui ait actuellement une petiteVerole, dont
les grains foient bien feparés les uns des autres:
on perce le 12 ou le 13e jour de la maladie
quelques- uns des grains de la jambe
ou du bras avec une aiguille : on recueille la
liqueur épaiffe qui en fort , dans un petit
Aacon bien net , que l'on conſerve chaudement.
Celui qui fait Poperation va trouver
le fujet qui fe foumet à l'infertion, il lui fcarifie
ou lui pique fimplement le poignet
avec une éguille en deux ou trois endroits,
jufqu'à ce qu'il en forte une goute de fang :
il verfe far fes ouvertures & mêle avec ce
fang la liqueur qu'il a aportée ; enfuite il
*Le Roy d'Angleterre figna au commencement du mois
un Ordre pour faire fortir de Prifon les fix malfaiteurs
fur lefquels on a fait l'experience de l'infertian de la
perite Verole.
recouvre
DE SEPTEMBRE. 89
1
recouvre la playe de quelque chofe de
concave ,afin que le frottement des habits
n'empêche pas l'effet de la liqueur qui doit
exciter la fermentation : le futur malade
fuit un regime de vie exact & moderé.
La petite Verole fort plutôt ou plus tard
fuivant la force du temperament , mais
communément elle paroît le feptiéme jour
de l'infertion . Elle eft fortie ainfi à quatre
malfaiteurs de Londres , fur qui on en a
fait l'experience , & qui , en font parfaitement
gueris on a remarqué que l'infer
tion n'a rien produit fur un cinquiéme qui
avoit déja eu la petite Verole . Comme
cette operation paroît être fans aucun inconvenient
, on pourra prendre le parti de
communiquer cette maladie aux enfans ,
afin d'éviter les fuites fâcheufes & fouvent
mortelles qu'ils éprouvent lorfqu'ils en
font attaquez naturellement .
Iet
On apprend de Lisbonne que l'Academie
des Rhetoriciens s'affembla le 15 Juil
pour la derniere fois , dans le College
de Saint Antoine. Le P. Jofeph Leyte:
Jefuite , qui quittoit fon employ de Directeur
, prit congé des Academiciens part
un long difcours & par une belle Elegi
Latine , fur laquelle il reçut , fuivant la
coutume beaucoup de complimens . Le
refte de la feance fe paffa à difputer für
H diverfes
༡༠
LE MERCURE
diverfes queftions de Philofophie , mêlées
de recherches curieufes & divertiffantes
où chacun tâcha de briller par de fines
allegories . *
Le 27 Juin l'Academie Royale de
Hiftoire s'étoit affemblée , & le Marquis
qui y prefidoit , fit à la place du Marquis
d'Abrantes , qui étoit abfent , la diftribution
des Refultats imprimez des precedentes
Conferences. Enfuite Laurent Botelho
de Soutomayor , Gentilhomme de la Maifon
du Roy, & Chevalier de l'Ordre de
Christ , choisi pour ramaffer des Memoires
utiles à l'hiftoire du Royaume de Portugal,
depuis le commencement du monde ,
jufqu'à l'entrée des Romains , avoua fincerement
que ce temps eft trop reculé ,
pour que la verité n'en foit pas alterée :
que d'ailleurs le Portugal avoit eu autrefois
fi peu de commerce avec les autres
Nations, que prefque aucun Auteur étranger
n'en avoit écrit . Il ajoûta qu'il avoit
feuilleté plufieurs Manufcrits anonimes ,
confus & pleins de lacunes ; que les Auteurs
Grecs & Latins qu'il avoit parcourus,
ne l'avoient pas inftruit davantage , les premiers
affectant plutôt de briller par le tour
& l'arrangement des mots , que par la verité
: les autres prévenus pour la gloire de
leur Nation , n'ayant écrit que pour en
conferver la memoire à la pofterité , plutôt
DE SEPTEMBRE.
91
tôt que pour inftruite de l'Hiftoire particuliere
des Etats qu'ils avoient conquis
qu'ainfi on ne devoit pas s'attendre d'en
tirer rien d'utile aux deffeins de l'Académie.
Il promit cependant de continuer fes
Memoires , fauf au Lecteur à n'y ajoûter
foy qu'avec difcretion .
Manuel de Azevedo Fontés , auffi Gentilhom
ne de la Maifon du Roy , Chevalier
de l'Ordre de Chrift , Brigadier d'armée
& grand Ingenieur , chargé de rectifier
les Cartes modernes de la Geographic
du Royaume , avec le P. Manuel de Campos
Jefuite , Profeffeur de Mathematiques
dans le College de Saint Antoine , eft
occupé prefentement à comparer les Cartes
des anciens Geographes avec la Catte
generale du Royaume de Texeira-, qu'on
a regardée jufqu'à prefent comme la plus
correcte , mais qu'il a reconnu fi defectueufe
en quelques endroits , qu'il a refolu de
faire un choix des Ingenieurs les plus ha
biles pour en corriger les erreurs fur les
lieux , afin d'être en état de dreffer de nou
velles Cartes Cofmographiques qui puiffent
fervir à l'hiftoire des Provinces.
Le Docteur Manuel Pereira de Silva-
Leal , de l'Univerfité de Coimbre qui fait
l'hiftoire de l'Evêché de Guarda , a reconnu
par la lecture de plus de cent Auteurs,
& par l'examen critique qu'il a fait de
Hij vingt92
LE MERCURE
vingt - deux Infcriptions tres anciennes ,
que les Romains ont fondé une Colonie
dans cette Ville , ce qui prouve la faufferé
de l'hiftoire de Flavio Dectro . Il pretend
auffi que le Frere Bernard de Brito , qui
dans fa Chronique a cité un prétendu Concile
de Bracharenfe , s'eft trompé groffiement
, puis qu'il n'y a rien de certain touchant
la fondation de cet Evêché avant le
Concile Provincial qui fut tenu en 569-
dans la Ville de Lugo en Galice.
Le P. Manuel de Rocha Bernardin , qui
s'eft chargé de l'hiftoire de Portugal dans
le temps que les Goths en étoient les Maîtres
, ne donnera rien de bien curieux ni
de certain fur cette matiere , parce que pendant
que les Arabes ou Maures ont regné
dans ce pays , tous les écrits qui pourroient
fervir à l'inftruire , ont été pillez
ou brûlez : il a remarqué cependant dans
quelques vieux Manufcrits , que les Goths
s'appelloient Francs .
Le Pere Manuel de Toja & Silva , a
déja difpofé dans un ordre chronologique
Tout ce qu'il a tiré de plus particulier des
Archives , & qui peut fervir à l'hiſtoire
du Royaume , depuis la proclamation du
Roy Dom Jean IV. jufqu'à prefent : if
regarde fon travail comme le plus difficile
de tous ceux qui ont été diftribués à fes
Coufreres : les grands fuccès de ce Prince
&
DE SEPTEMBRE. 93
il
& les évenemens remarquables des Regnes
de ceux qui lui ont fuccedé , font à la verité
des Epoques certaines ; mais comme
le détail fimple lai en paroît trop fec ,
fouhaitteroit de le rendre interreffant , en
publiant ce qui s'eft paffé de fecret dans
le cabinet des Miniftres , & il y fupplera
par des anecdotes de Politique , reffource
ordinaire des Hiftoriens . La féance finit
par la lecture d'une Differtation critiqueque
le Pere Michel de Sainte Marie , Auguftin
Déchauffé, a faite fur la vie de Saint
Jacques d'Espagne , dans laquelle il prouve
par de fortes raifons que ce Saint n'y
a jamais mis le pied.
Le 5 Août le Comte d'Ericera , l'un
des Prefidens de l'Academie Royale de
Hiftoire , prononça un difcours Academique
fur l'Exaltation d'Innocent XIII .
au Pontificat . Dans la conference que cette
Academie tint le 17 Juiller , le P. Michel
de Sainte Marie , Religieux Hermite Déchauffé
de Saint Auguftin , illuftre Chro
nologifte des évenemens memorables de
fon Ordre , parla d'une Differtation qu'il
avoit faite fur la vie de Saint Jacquesd'Efpagne
, il indiqua feulement les Auteurs
qui lui avoient fourni de preuves
de fon opinion particuliere de l'existence:
de ce Saint.
Le P. Pierre Monteire , Religieux Dominicain,
96 LE MERCURE
fentimens tendres & refpectueux pour
faire chanter le Te Deum dans tous les
Colleges par les Maîtres & les Ecoliers ,
Penfionnaires , Bourfiers ou Externes , ce
qui fait environ foixante Te Deum ; car
il n'y a pas moins de Colleges , en comptant
les grands & les petits .
Dans fon fecond Mandement du 12 .
'Aouft M. le Recteur declare que fon intention
étant que les jeunes gens appren
nent de leurs Maîtres à prier Dieu pour
le Roy , ainfi qu'il eft porté par les Statuts
de l'Univerfité , il ordonne une Proceffion
generale de routes les Compagnies & de
tous les Maîtres , afin de les réunir , &
rendre graces à Dieu tous enſemble du rérabliffement
de la fanté du Roy. Il faut
donner dans cette occafion folemnelle ,
dit il , les marques les plus éclatantes de
notre joye ; c'eft la chofe du monde qui
intereffe le plus tout le Royaume.
Cette Proceffion alla le 16 Août des
Mathurins , où les fept Compagnies qui
compoſent l'Univerfité ; fçavoir , la Faculté
de Theologie , celle des Droits ,
celle de Medecine , & les quatre Nations
de France , de Picardie , de Normandie ,.
'& d'Allemagne , qui forment la Faculté
des Arts , s'affemblerent , à l'Eglife des
Grands A g tins , où la Meffe , le Te
Deum & l'Exandiat furent chantez avec
une
DE
SEPTEMBRE.
97
une décence & une pieté digne de ce grand.
Corps , après quoi on revint aux Mathurins
avec la même folemnité. La Proceffion
marchoit en cet ordre.
La croix étoit portée à l'ordinaire par
un Religieux Auguftin , accompagné de
deux Religieux du même Ordre , portants
chandeliers .
Marchoient enfuite
Les Cordeliers , les Auguftins , les Carmes
, les Jacobins.
Les Maîtres ès Arts en robe noire , avec
le petit chaperon fans fourure.
Six Religieux Benedictins du Prieuré
Royal de Saint Martin des Champs , en
Aubes & Chappes , précedez de quelques
autres Religieux avec l'habit de leur Ordre
, &jde quelques Ecclefiaftiques en furplis
& chappes , ce qui formoit un choeur.
Les Bacheliers en Medecine en robe
noire , avec un chaperon herminé , précedés
du fecond Maffier de la Faculté , en
robe noire.
Les Bacheliers en Theologie , en robe
-noire & fourrure , précedés du fecond
Appariteur de la Faculté , en robe noire.
Les Docteurs Regens en la Faculté des
Arts en robe ou chappe rouge , avec l'épitoge
ou chaperon doublé de fourure.
Les quatre Procureurs des Nations en
robes rouges herminées blanc & gris ,
I
comme
98
MERCURE LE
comme celles des Electeurs de l'Empire ,
précedez chacun du fecond Maffier de leur
Nation.
Les Docteurs en Medecine , auffi en
robes & chapes rouges avec l'épitoge ,
précedés de leur premier Maffier , vêtu
d'une robe bleue fourrée de blanc,
Les Docteurs de la Faculté des Droits ,
en robes rouges , avec leur chaperon herminé
, précedés de leur Maffier , habillé
de violet.
Les Docteurs en Theologie , pareillement
en fourrure & robe noire ou violette
, avec un bonnet de même , précedés
de leur premier Apariteur , qui porte une
robe de drap violet fourrée de blanc .
M. le Recteur en robe violette & mantelet
Royal , avec la bourſe ou efcarcelle
de velours violet , garnie de glands & de
galons d'or , & le bonnet noir , accompagné
du Doyen de Theologie , auffi en
robe violette & fourrure , precedé des
quatre premiers Maffiers des quatre Nations
de la Faculté des Arts.
Immediatement aprés M. le Recteur
Les Sindic , Greffier & Receveur de
l'Univerfité , en roube rouge & fourrure.
Les Libraires-Imprimeurs Jurez de l'Univerfité.
Les Papetiers .
Les Parcheminiers.
Les
DE SEPTEMBRE
Les Ecrivains .
Les Relieurs.
Les Enlumineurs.
par
les.
Enfin la Proceffion étoit fermée
Grands Meffagers Jurez de l'Univerfité ,
précedés de leur Clerc , portant une robe
couleur de roſe feche , & une tunique fur
laquelle font les Armes de l'Univerfité ,
en forme d'un Heraut d'Armes , ayant un
bâton Royal d'azur , femé de fleurs de lis
d'or.
Le 19 Août le Recteur en grande ceremonie
, accompagné des Députez des
Compagnies , & des Officiers de l'Univerfité
, eut l'honneur de complimenter le
Roy. Son Difcours fut fort goûté & aplaudi
de toute la Cour.
La Lettre que l'Academie Royale des
Sciences a reçue , en donnant une grande
idée de cette celebre Societé , donne auffi
une grande idée de l'amour que l'illuftre
Prince qui l'écrit a pour la perfection des
Sciences & des Arts. En voici la tradudion
; l'original eft en Latin. Elle fut préfentée
le 3 de ce mois à l'Academie par le
Bibliothecaire dan Sa Majesté Czarienne
introduit par M. de l'ifle Geographe du
Roy. Aprés que M. de Fontenelle , Secretaire
de l'Academie , en ent fait la ledure ,
Le Marquis de Groiffi , qui préfidoit , re-
I ij
mercia
886129
100 LE MERCURE
mercia Sa Majesté Czarienne au nom
de l'Academie , en des termes tres refpe-
&neux , & il fut ordonné que la Carte de
la Mer Cafpienne envoyée par ordre du
Czar , feroit confervée dans les Archives
de l'Academie.
PAR
AR LA GRACE DE DIEU , NOUS
PIERRE I. fils d'Alexis , Grand
Duc , Autocrateur , Czar & Monarque de
toute la grande , petite & blanche Ruffie ,
Moſcovie , Kiovie , Wolodomerie , Neagerod
, Czar de Cazan , Czar d'Aftracan ,
Czar de Siberie , Seigneur de Pleskow ,
Grand Duc de Sinolenico , Tewer , Inhor ,
Perin , Velquie , Bulgarie & autres ; Seigneur
& grand Duc de Novogrod inferieure
de Tzernigovie , Reffens , Koftof , Jeroflaw
, Bielejezor , Udor , Obdor , Condomir;
Dominateur de tous les quartiers du
Nord , Seigneur d'Iberie , Czar de Cartalinie
, Grazine , Duc de Cabardin , & Duc
des Ducs de Circaffie & Georgie , & par
fücceflion de fon pere & de fes ancêtres ,
Prince Souverain de plufieurs autres Terres
& Domaines dans l'Orient , l'Occident
& le Septentrion , &c . SALUONS gracieufement
l'Academie Royale des Sciences
à Paris.
Il n'a pû nous être que fort agreable ,
que vous Nous ayez éù pour membre de
yotro
DE SEPTEMBRE. ΙΘΙ
votre focieté. Nous n'avons non plus voulu
manquer de vous en temoigner notre
reconnoiffance par la prefente , & de vous
affurer que nous acceptons avec beaucoup
de contentement la place que vous Nous
prefentez , & que Nous ne fouhaitons
rien plus que de pouvoir meriter le titre de
membre de votre Societé , par le zele que
Nous aurons de faire mieux fleurir les
Sciences. Nous avons donné ordre à notre
premier Medecin Blumentroft , de vous
communiquer de tems en tems ce qu'il y
aura dans nos pays de nouveau & digne du
Jugement de l'Academie ; & Nous ferons
bien ailes , fi vous voulez entretenir commerce
de lettres avec lui , & lui communiquer
de même les découvertes qui feront
faites par l'Academie. Jufqu'à prefent on
n'avoit point de Carte exacte de la Mer
Cafpienne : pour cette raiſon , Nous avons
commandé à quelques- uns des plus experimentez
Mariniers d'aller voir ladite Mer ,
& d'en faire une Carte veritable & jufte ;
ce qu'ils ont executé par un travail de deux
ans , felon les regles de l'Hydrographie ,
autant qu'il leur a été poflible de le faire
fur l'eau. Laquelle Carte Nous envoio s
ici à l'Academie pour notre bon fouvenir ,
dans l'efperance qu'étant nouvelle & veritable
, elle vous agréera . Pour le refte , nous
nous en rapportons à ce que vous diront
1
1 iij plus
102 LE MERCURE
plus au long notre premier Medecin pat
écrit , & le Porteur de la prefente , notre
Bibliothecaire , de vive voix.
Votre bien affectionné
PIERRE
Terit à Petersbourg le 11 Fevrier 172.1 .
Le P. d'Avril Jefuite , qui a écrit un
Voyage de Mofcovie , dit qu'on eſt ſi formalifte
à la Cour de Mofcou , que non
feulement il faut . fpecifier toutes les qualitez
& tous les titres qu'on vient de lire au
haut de cette Lettre , lorfqu'on écrit au
Czar , mais encore dans les harangues
qu'on leur fait en public , toutes les fois
qu'on prononce fon nom : de forte que
pour peu que la memoire vienne à manquer
à un Ambaffadeur dans l'énumeration
de ces titres pompeux , il court rifque de
recevoir un affront de la part des Miniftres,
qui aimeroient mieux , dit ce Pere , qu'on
enlevât une Province à l'Etat , que de fouffrir
qu'on ravit à leur Maiftre la moindre
de ces qualitez , qu'ils confiderent comme
autant d'appanages de la Couronne.
Le Roi de France traite le Grand Duc
'de Mofcovie de Majefté , & l'appelle Tres
haut , Tres- excellent , Tres- puiffant , &
Tres- magnanime Prince , notie tres- cher
Frere & parfait Ami.
La
DE SEPTEMBRE.
103
La Republique des Lettres a fait une
perte confiderable le du mois dernier
par la mort du Pere Jacques le Long , âgé
de 56 ans , frere de pere de M. le Long ,
Maistre des Comptes . Il entra fort jeune
dans l'Ordre de Malthe. Il fe trouva dans
cette Ile pendant qu'elle étoit affligée de
la pefte , & ayant fuivi de loin le convoi
d'un peftiferé , le Confeil de fanté fit murer
la maiſon où il demeuroit . Cette précaution
cruelle lui fauva peutêtre la vie ;
tous ceux de la maifon voifine moururent
& aucuns de ceux avec qui il demeuroit ne
furent attaquez de la maladie . La dureté
& le peu de politeffe de celui qui étoit
prépolé à l'éducation des jeunes Novices
le dégouta de l'Ordre de Malthe , il revinc
en France , pour y reſpirer l'air natal . A fon
retour il acheva fes études , & entra peu
aprés dans la Congregation de l'Oratoire ;
il fut ordonné Prêtre à l'âge de 25 ans , &
après avoir rempli divers poftes , & parcouru
plufieurs Maifons , fes Superieurs ,
qui reconnurent fon goût & fon talent
pour l'étude & la grande connoiffance
qu'il avoit des Livres , l'appellerent de la
Maifon de Notre-Dame des Vertus à celle
de S. Honoré , pour y avoir foin de la Biblioteque
, qui eft , comme l'on fçait , une
des plus confiderables de Paris , tant pour
la quantité & le choix des Livres , que
I iiij pour
104 LE MERCURE
pour le grand nombre de Manufcrits Hebreux
qu'elle poffede. Le P. le Long étoit
né pour un tel pofte ; jamais homme n'eut
en un degré plus éminent la fcience des
Livres & de la Librairie. Le Public lui eft
redevable de plufieurs bons Ouvrages . En
1708 il fit imprimer in 8 ° . chez Colombat
la Methode Hebraïque du feu P. Renou
Prêtre de l'Oratoire . L'année ſuivante
il donna au Public la premiere partie de fa
Bibliotheque Sacrée , qui comprend toutes
les Editions du Texte & des Verfions de
l'Ecriture fous ce titre : Bibliotheca Sacra ,
feu Syllabus omnium fermè Sacra Scripture
Editionum ac Verftonum , en deux volumes
in 8 ° . à Paris , chez Pralard . La feconde
partie , qui comprendun catalogue exact &
le plus ample qui ait jamais paru de tous les
Commentateurs de l'Ecriture , foit qu'ils
ayent expliqué tout le Texte facré , ou un
ou plufieurs livres , & même quelques
Verfets , ou compofé des differtations fur
des fujets qui ont rapport à quelques parties
de ce divin Texte ; cette feconde par
tie , dis-je, étoit deflors prête à voir le jour;
mais l'Auteur qui vouloit fonder le goût
du Public , ne jugea pas alors à propos de
la publier. Cette premiere partie fut trésbien
reçue , & on en fit une feconde Edition
à Leipfick chez Gleditfch la même
année , par les foins de M. Chreftien Frederic
DE SEPTEMBRE. 1ος
X
deric Boerner Docteur en Theologie , &
Profeffeur des Belles Lettres en l'Academie
de Leipfick , qui y ajouta quelques éditions
& quelques Manufcrits d'Allemagne , qui
n'avoient pû venir à la connoiffance du P.
le Long. Ĉe Pere fit imprimer en 1713 ,
in 12. chez Pralard , l'Hiftoire des Bibles
Polyglottes , & particulierement de la Bible
de M. le Jay ; & en 1718 , chez Barois ,
l'Hiftoire des Demêlez du Pape Boniface
VIII avec Philippe le Bel Roy de France ,
Ouvrage poftume du fçavans & laborieux.
M. Adrien Baillet , auquel il joignit vingtdeux
Pieces ou Extraits pour fervir de
preuves aux faits rapportez dans cette Hiftoire.
L'année fuivante il fit paroître fa
Bibliotheque Hiftorique de la France , contenant
le Catalogue de tous les Ouvrages
tant imprimez que manufcrits , qui traitent
de l'Hiftoire de ce Royaume , ou qui y ont
rapport , avec des Notes Critiques & Hiforiques
, in fol . chez Ofmont & Martin.
Cet Ouvrage fut reçu avec les applaudiffemens
qu'il meritoit. Le Pere le Long faifoit
imprimer in fol. chez Coutelier fa Bibliotheque
facrée augmentée du Catalogue des
Commentateurs de l'Ecriture , Jorfqu'il fut
attaqué de la maladie dont il eft mort ; ce
qui a fufpendu pour quelque tems l'impreffion
de cet Ouvrage , auquel il ne manque
que quelques Tables pour le rendre
parfait
106 LE MERCURE
parfait. Ces Ouvrages , & fur tout fon hu
meur douce & bienfaifante avoient procuré
au P. le Long la connoiffance de plufieurs
Sçavans qui l'honoroient de leur etti.
me & de leur bienveillance , avec lesquels
il étoit en commerce de lettres , entr'autres
feu M. de Leibnitz , M. le Preſident Bohier
, Mrs. Papillon , Oftius, Chaberlaine
Anglois , &c. On peut dire en general
qu'il étoit eftimé & aimé de tous les Scavans
de Paris. Ce fçavant Bibliothecaire eft
mort d'une maladie de poitrine qui avoit
duré près d'un an , chez M. Ogier Receveur
general du Clergé , dans la Paroille
de S. Louisin l'Ifle ; il fut enterré aux Peres
de l'Oratoire de la rue S. Honoré , le
14 Aouſt 1721 .
Le P. Pierre- Nicolas Defmolez , Prêtre
de l'Oratoire de la même Maiſon luia fuccedé
en l'emploi de Bibliothecaire ; ce
Pere , à qui le feu Pere le Long a laiffé
le foin de l'Edition de fa Bibliotheque facrée
, & fes Additions & Corrections fur
la Bibliotheque Hiftorique de la France ,
prie les Sçavans qui auroient découvert
de nouvelles éditions de Bibles , ou des
Manufcrits des Bibles ou des Commentateurs
, ou des Pieces foit manufcrites
foit imprimées qui peuvent avoir rapport
à l'Hiftoire de France , dont ils n'auroient
point encore fait part au Pere le Long , de
vouloir
DE SEPTEMBRE . · 107
vouloir bien lui en envoyer la Notice , il
s'engage de fa part à leur en témoigner fa
reconnoiffance tant en public qu'en parti
culier.
Urbain Coutelier Libraire à Paris fur le
Quay des Auguftins , propofe des Soufcriptions
pour la nouvelle édition qu'il
fait de la Bibliotheque Sacrée du P. le Long,
qui vient de mourir. C'est ici une troifiéme
édition : la premiere fut faite à Paris en
1708 , en 2 vol . in 80. & la feconde en
1709, à Leipfic , en z vol . auffi in 8 °,
Cette nouvelle édition aura l'avantage
d'être beaucoup plus commode que les
précedentes ; elle fera infiniment plus ample
, non feulement d'un grand nombre de
Textes & de Verfions de la fainte Ecriture,
qui avoient échapé dans les autres Editions ,
mais encore d'une feconde partie qui remplit
la moitié du Volume in folio , & qui
contient un Catalogue exact de tous les
Auteurs anciens & modernes qui ont travaillé
fur la fainte Ecriture , même de
ceux qui ont donné des Grammaires ou
Dictionnaires des Langues fçavantes par
rapport au Texte facré.
L'Ouvrage contiendra environ 250
feuilles in folio , du Caractere nommé
Saint- Auguftin. Il eft imprimé fur trois
fortes de papier. Les Exemplaires en grand
papier , dont on n'a fait tirer que cent ,
coûteront
108 MERCURE LE
coûteront 36 liv. aux Soufcripteurs ; fça
voir 20 liv. comptant , & 16 liv. en recevant
le Livre en blanc.
Pour le Papier fin on payera 20 liv. &
ro livres : & pour le Papier ordinaire 15
livres , & 7 livres 10 fols .
Les Soufcriptions feront reçues jufqu'au
premier Novembre prochain , après lequel
tems paffé les Exemplaires en grand papier
coûteront 45 livres en blanc , &c .
à
Le même Libraire s'engage , s'il fe trou
ve par la fuite des Additions propres
entrer dans une nouvelle Edition , de les
y inferer par forme de Supplement à la
fin du volume , & promet de faire imprimer
à part le Supplement , & d'en délivrer
à ceux qui auront des Exemplaires
de cette prefente Edition .
LES
DE
SEPTEMBRE.
109
47672 ho
LES
BEAUX ARTS.
N
Ous apprenons de Rome , que
la Statue Equeftre de Charlemagne
, faite depuis peu par
le fameux Cornochi Florentin
, doit être placée devant celle de Conftantin
le Grand , du celebre Cavalier Ber
nier .
,
Il paroît dans la même Ville un in folio,
contenant 75 Planches , avec des Explications
intitulé Pitture antiche delle
grotte di Roma è de Sepolcro de Nafoni ,
difegnate è intagliate alla fimilitudine degliantichi
originali . Da Pietro Santi Bartoli
, è Francefco Bartoli fuo figlivolo , def
crite è illuftrate da Gio Pietro Bellori è Michel
Angelo de la Chauffe.
On regarde cet Ouvrage comme nouveau
, quoiqu'il fut fait & publié il y a
14 ans ; mais pour des raifons particulieres
on n'en tira alors qu'une trentaine d'exemplaires
. Meffieurs Bartoli fe font attachez
reprefenter bien exactement ce qui nous
refte des anciennes Peintures , fans rien
ajoûter du leur ; & Meffieurs Bellori & de
La Chauffe à expliquer au jufte , ce que
quel
TID LE MERCURE
de Louis XIV. comparées à celles des He-
Fos de l'Antiquité Sainte , qu'on y voit
repreſentez. Sa M. a reçu favorablement
ces deux Ouvrages , qui peuvent à tout
inftant lui mettre fous les yeux les Actions,
Faits & Dits memorables de fon Bifayeul.
La defcription qu'on va lire peut tenir le
premier rang entre les plus grands & les
plus brillans Spectacles.
FESTE donnée au Roy par S.A. S.
Monfeigneur le Duc en fon Château
de Vanvre , le Lundi 8 Septembre
1721 .
N récit que M. le Duc fit au Roy
UNau retour de fon dernier voyage de
Chantilli , a donné lieu à cette Fête. Il
propofa à S. M. une chaffe au chevreuil
dans le Parc de Vanvre.
Entre le nombre infini de Châteaux &
de Maifons de Campagne fuperbes & magnifiques
dont la Ville de Paris eft environnée
, on peut dire qu'il n'y en a point
dont la fituation foit plus heureuſe que
celle du Château de Vanvre.
M. de Montargis le fit conftruire en
1698,
DE SEPTEMBRE. 113
1698. fur les déffeins de M. Manfard. Il
eft bâti fur le haut de la montagne dans
un lieu trés inculte , & prefque inacceffible
, mais dont le terrain a été ménagé
avec tant d'art , que ce qui faifoit une defectuofité
le trouve heureufement changé
en magnifiques terraffes , plantées d'arbres
& d'arbustes toujours verts , difpofez
de maniere qu'ils ne nuifent point à la
vue du Château , avec des rampes douces
qui fervent de communication aux jardins
& aux boccages.
Le Château , qui eft la Seigneurie du
Village , eft entierement ifolé , il confifte
dans un grand corps de Logis double , de
14 toifes de face,fur huit de côté, la grande
façade percée de fept croifées , & quatre
de côté. Il eft fans aucun ordre d'archi
tecture , tout bâti de pierres de taille par
affifes égales , mais d'une ftructure & belle
& fi fimple , qu'on n'y defire aucun des
ornemens dont on auroit pû l'enrichir.
On entre d'aboid dans un beau veſtibule
du côté de la cour , élevé fur cinq
marches qui conduit à un magnifique
Salon , d'où l'on parvient à la Chambre à
coucher & au grand Cabinet de M. le
Duc , & c. Les autres appartemens du rez
de chauffée confiftent en une Salle à manla
piece du Billard ', & c.
La vue de cette Maifon n'a pour bornes ,
ger ,
K de
714
LE
MERCURE
de quelque côté que ce foit , que celles
qui lui font données par un horifon tréséloigné.
Les yeux font agréablement occupez
de la vuë de Paris du côté d'Orient,
d'où ils parcourent en fe tournant à gauche
la Butte Montmartre , les Champs Elizées,
Auteuil, le Bois de Boulogne & le Château
de Madrid ; la vuë fe promene enfuite dans
les Jardins & les Parcs de S. Cloud , de
Meudon & d'Iffi . On voit le large Canal
de la Riviere de Seine ferpenter majeſtueufement
, & rouler fes eaux fecondes au milieu
du plus beau payfage , & de la plus
siche Campagne de l'Univers.
On arrive au Château par une avenue de
200 toifes de longueur fur 16 de large ,
formée par quatre rangées d'ormes .
Au tour du Bâtiment , à niveau de la
sour , regne une terraffe de 216 toiles de
long fur 20 de large , ornée de parterres
de gazon d'une égale fimetrie.
Une terraffe en amphiteatre de 36 pieds
de large regne au deffous de cette premiere
, bordée ainsi que l'autre de toutes
fortes d'arbres & d'arbustes . Elle communique
à deux rampes qui font en face du
Château , qui fe terminent en fer à cheval,
& conduisent en pente douce dans les
Bois pui font au deffous , par deux belles
allées de maronniers
Dans le plus bas terrain eft un grand
baffin ,
DE SEPTEMBRE.
baffin , à 200 toifes du Château , dont
on voit le Jet d'eau au travers du veſtibule
en entrant par la porte de la cours
& comme le Parc s'étend fort loin des
deux côtez , & qu'il eft traverfé d'allées
& d'arbres de haute futaye , on a interrompu
la fuite des allées , pour conferver
ce point de vue au Château . C'est en effet
la plus belle perfpective qu'on fçauroit
voir la hauteur & la groffeur du Jer
d'eau paroiffant au travers des allées interrompues.
Ce baflin eft accompagné de deux au◄
tres , moindres en grandeur , aux extremi
rez qui font face aux deux allées qui defcendent
, & un autre encore dans une Salle
de marroniers , qui forme un bofquet magnifique
, regulierement percé de huic
allées qui aboutiffent à ce baffin .
Quoique le Parc ne foit pas d'une grande
étendue , il répond parfaitement à la magnificence
des Jardins , par la varieté des
ornemens , & des beautez de la Nature &
de l'Art qu'on y a confervées & pratiquées
beaux bofquets , grandes allées de
300 & 400 toifes de long , plufieurs piéces
d'eau,arbres d'une hauteur prodigieule, & c .
Monfeigneur le Duc de Bourbon , qui a
acheté Vanvre de M. de Montargis Commandeur
& Secretaire des Ordres du Roy ,
Four lui fervir deMaifon de plaifance depuis
К.Н que
116 LE MERCURE
*
que la Surintendance de l'éducation du
Roy ne lui permet pas de longs fejours à
Chantilli , y a fait quantité d'embeliffemens.
Le Roy partit des Tuilleries à quatre
heures après midi , accompagné de S. A.
S. M. le Duc , de M. le Maréchal de Villeroy,
de M. le Prince Charles , de Mellieurs
les Maréchaux d'Eftrées , d'Uxelles & de
Talard , & autres Princes & Seigneurs de
la Cour , avec le cortege ordinaire . Sa Majefté
arriva à Vanvre avant cinq heures.
S. A. S. Madame la Ducheffe , accompagnée
d'un nombre choifi de Dames , vint
au Caroffe du Roy , & le conduifit dans le
grand Appartement du rez de chauffée.
On avoit eu la précaution de jetter dans
le Parc quelques jeunes Chevreuils pris
dans la Forêt de Chantilli , de même que
des Faifandeaux , &c. Aprés que le Roy
fe fut repolé quelque tems , M. le Duc
vint prendre les ordres pour commencer la
Chaffe. S. M. monta à cheval , on découpla
les chiens de fa Meute au bruit des cors ,
& plufieurs Chevreuils furent lancez dans
fes routes du Parc . Cette chaffe , qui fit
beaucoup de plaifir au Roy , dura une
heure , jufqu'à ce que Sa Majesté ayant
deman lé un fafil , Elle tira fur un Chevreuil
avec toute l'adreffe poflible , & le
rua. On en pourfuivit un autre , que les
chiens pritent.
Toure
DE SEPTEMBRE. IIT
4
Toute la Cour , & tous ceux qui avoient
fuivi la Chaffe du Roy trouverent des rafraichiffemens
fur plufieurs' tables qu'on'
avoit dreffées dans le Parc , & qui fe trouverent
couvertes de Jambons , de Pâtez de
gibier , de Langues , &c. & de toutes fortes
de fruits & de bifcuits. Aux deux .bouts
des tables on avoit placé des Cantines ,
avec du Vin de Bourgogne , de Champagne,
des Vins de liqueurs , du Cidre , de
la Biere , de la Limonade , & quantité d'autres
liqueurs , & d'eaux fraîches & glacées,
que des garçons proprement habillez diftribuoient
fans confufion à tous ceux qui fe
préfentoient.
Deux autres tables furent dreffées à une
petite diftance l'une de l'autre , au milieu
du Jardin , fous deux grandes tentes , l'une
defquelles étoit couverte d'un ambigu magnfique
& délicat , où les Pefches & les
plus beaux fruits de la faifon étoient en
grande abondance ; & l'autre étoit garnie
de plufieurs Cabarers , où l'on fervoit du
Thé , du Caffé , du Chocolat , & toutes
fortes de Sorbets & d'Eaux glacées . Entre
ces deux Tables s'élevoit un grand Buffet
garni de toutes fortes de Vaiffelle de verre
& de porcelaine , pour le fervice de ces
deux Tables , aut tous ceux qui fe préfentoient
n'avoient pas le tems de defirer ,
par l'attention des Officiers de M. le Duc
qui
118 LE MERCURE
qui étoient chargez de ce foin , & par les
Garçons d'office qui executoient leurs ordres.
Le pourtour de toutes ces Tables étoit
orné de feftons & de guirlandes de fleurs ,
& l'approche n'en étoit interdite à perſonne;
les Gentilhommes & les Officiers de
S. A. S. prioient même poliment ceux
qui paroiffoient avoir befoin de cette ce-
•
remonie.
Le Roy , après avoir pris fon fecond
Chevreuil , paffa dans le fecond Parc , &
tua fort adroitement quelques Faifans ,
Perdrix , Lievres & Lapins. Après la Chal
fe, S. M. fit fa collation ; Elle fut fervie
fur les lieux par les Officiers de fon Gobelet
, & le Coureur de vin , qui l'avoient
apportée à l'ordinaire .
Sur la fin du jour le Roy monta dans une
des Caleches qui avoient été préparées ,
avec S. A. S. Madame la Ducheffe , &
Madame la Princeffe de Carignan ; toute
la Cour fuivit le Roy , qui fe rendit dans
le grand Salon , pour entendre le magnifique
Concert dont on va parler , exccuté
par les Muficiens de S. A. S. tres. proprement
habillez des couleurs de Condé , avec
un galon d'argent fur toutes les coutures.
M. Danchet de l'Academie Françoiſe ,
Auteur de ce Poëme , n'a pas eu beaucoup
de tems pour y travailler , ayant été compofé
, mis en mufique & executé en moins
de
DE SEPTEMBRE. TI
de fept jours ; mais de quelle ardeur net
fe fent- on pas animé , quand on prépare
une fefte pour le Roy , & qu'on execute
les ordres de M. le Duc ? On peut dire que
se Divertiffement ne fe fent de la précipi
tation avec laquelle il a été fair , que par
ce naturel heureux qu'ont toujours les ouvrages
qui coulent de fource : on y trouve:
de plus tout l'art & tout l'efprit de la Poëfie
Lyrique.
Le fieur Bourgeois eft Auteur de la Mu
fique vocale , & le fieur Aubert de la Symphonie
. Ils ont grande part l'un & l'autre
à l'honneur de cette Fête.-
DIAN E
Divertiſſement en Muſique.
SCENE PREMIERE.
Une Nimphe de Diane ;
Troupe de Bergers & de Bergeres de Vanvre
& des Hameaux voisins.
LA NIMPHE DE DIANE.
SORTEZ.de
ORTEZ de vos Hameaux, Bergers , raſſemblez.
vous ,
Entrez dans ce féjour , Diane doit s'y rendre s
Venez , vous y jcüirez tous
120 LE MERCURE
·
Du plaifir le plus doúx
Que vous puiffiez jamais attendre ..
DEUX BERGERES.
Quel plaifir imprévû doit y combler nos voeux ?
LA NIMPHE.
Menagez des moments heureux,
Preparez vos Mufettes ,
Par des accords touchants celebrez ce beau jour
Dans vos aimables Chanfonnettes ,
Au timide refpect joignez un tendre amour.
CHOEUR.
Preparons nos Mufettes ,
Par des accords touchants celebrons ce beau jours
Dans nos aimables Chanfonnettes ,
Au timide refpect joignons un tendre amour.
On entend un bruit de Cors."
LA NIMPHE. 1
?
Ces Concerts éclatants annoncent la Déeſſe.
UN BERGER.
Qui conduit elle fur fes pas ?
Eft ce l'Amour qu'elle carefle
UNE BERGERE.
Son auftere fierté ne s'en allarme pas !
*
Tous deux enfemble.
Sans êre armé de traits , qu'il fait briller d'appas !
SCENE
DE SEPTEMBRE.
121
SCENE
DEUXIE'ME.
DIANE.
Chaurs de Bergers & de Bergeres .
DIANE .
Je viens recompenfer le zele ,
Qui dans votre bonheur intereffe les Cieux :
Un Peuple pour fes Rois fi tendre & fi fidelle ,
Merite les faveurs des Dieux.
Vous avez reffenti les plus vives allarmes ,
Pour ce Prince charmant que j'amene en ces
fieux ;
Venez le voir , & que vos yeux
Reçoivent le prix de vos larmes .
Un BERGER & une BERGERE.
Touché des voeux ardents que nous t'avons
offerts ,
Ciel, tu nous rends en lui notre unique efperance;
糖Un feul inſtant de fa preſence
)
Repare tous les maux que nous avons foufferts.;
UNE BERGERE.
Les Ris , les Graces
Sont fur fes traces
L'Amour n'a pas
De plus tendres appas.
L Naiffez
122
LE MERCURE
Naiflez , belles fleurs
Volez , zephire ,
Que Flore l'admire ,
Il charme , il attire
Les yeux & les coeurs.
Les Ris , &c .
DIANE.
Chantez , confacrez la memoire
Du jour qui comble vos defirs ;
De votre feul bonheur LOUIS fera fa gloire ,
Faites vos foins de ſes plaifirs.
CHOEUR DE BERGERS,
Que le Deftin favorable
Réponde à tous fes voeux ,
Qu'il regne , qu'il foit heureux
Autant qu'il eft aimable.
On entend un bruit de Timbales & de
Trompettes.
CHOEUR DE BERGERS.
Quel bruit ! c'eft le Dieu des Combats !
On entend une Symphonie de Flûtes
& de Violons.
DIANE.
Bergers , raffurez- vous , Apollon fuit fes pas.
C
SCENE
DE
SEPTEMBRE,
123
SCENE
TROISIE'ME.
DIANE , MARS , APOLLON ,
les CHO UR S.
MARS & APOLLON.
Nous aimons votre Roy d'une égale tendreffe ,
Nous rendrons tour à tour fon Regne glorieux ;
Il fe fait un plaifir dès fa tendre jeuneſſe ,;
De nous avoir devant fes yeux.
MARS.
Ne craignez pas que je l'engage
A former d'injuftes projets :
Je n'animerai fon courage
Que pour défendre fes Sujets,
APOLLON.
A tout l'éclat de la Victoire ' .
Il fçaura préferer les charmes de la Paix :
Beaux Arts , reprenez votre gloire ,
Vos utiles travaux ont pour lui des attraits.
MARS & APOLLON.
Soyons d'intelligence
Pour affermir toujours la gloire & ſa puiſſance,
DIANE.
Je n'afpire qu'au foin d'offrir à fes defirs
Des jeux & d'innocens plaifirs .
Fortunez Habitans de ces belles retraites ,
Pour lui plaire , uniffons nos voix.
Lij
DIANE
134 LE MERCURE
DIANE les CHOEURS.
Timbales & Trompettes ,
Mêlez vos fons guerriers aux doux fons des
Mufettes :
Chantons un Roy charmant, repettons mille fois,
Que nous fommes heureux de vivre fous fes
Joix !
Cette Piéce plut fort au Roy. , & fut
generalement applaudie de toute la Cour ;
elle dura environ trois quarts d'heure. Les
Diles. Antier , de Larnane , Turquois &
Aubert , ainfi que les Srs . Bourgeois &
Dun firent briller leurs belles voix .
Pendant le Concert grand nombre d'Ouvriers
étoient occupez à l'illumination, qui
fut entierement achevée lorsque la Mufique
finit.
Le Lecteur doit s'attendre dans le recit
de ce fuperbe Spectacle , à quatre differentes
décorations , toutes plus brillantes
les unes que les autres , par les feux d'artifice
& les illuminations , en ne comptant
les quatre faces & la cour du Château que
pour une.
Tous les chambranles des croifées du
premier & du fecond étage , des quatre
côtez de l'édifice , étoient garnis d'un double
rang de lampions , de même que les
Flintes entre les étages , & toute la Manfarde
DE SEPTEMBRE. 127
farde profilée de falots ; dont les croilées
qui font le troifiéme étage , étoient éclairées
en plein , avec des terrines fur des
tablettes , les cheminées bordées & furmontées
chacune d'une piramide de même.
Après que le Roy eut fait quelques
tours fur la terraffe pour joüir de cette illumination
, il fut conduit dans le Cabinet
de M. le Duc , d'où il vit toute la lon
gueur des allées dont nous avons parlé ,
marquées par quatre rangées de falots
chaque If planté entre les arbres , -portant
une terrine allumée. L'efpace du mi.
lieu étoit terminée par une grande pira
mide de plus de 40 pieds de haut , ayant
à fon fommet un Soleil rayonnant .
Après que Sa Majefté eut goûté affez
long- temps le plaifir de ce beau point de
vue , Elle paffa dans l'appartement du
côté oppofé , pour voir le Feu d'artifice
qui étoit en face , à quarante toiles du
Château . C'étoit un Arc de triomphe de
so pieds de haut dont tous les profils
étoient marquez par des lumieres . On
voyoit au milieu de l'arcade un piédeſtal
en forme de fontaine , qui fupportoit un
grand Medaillon , où ces vers Latins , de
la compofition de M. Danchet , fe lifoient
en lettres tranfparentes :
"
Qui nunc in lufus Cælum circumvolat ignis ,
Si tibi erunt hoftes , Gallia , fulmen erit.
Traduction L iij
#26 LE MERCURE
Traduction par M ...
France , fi ton bonheur bleffant tes envicux
A s'armer contre toi peut jamais les refoudre ,
Ces feux , dont tout l'éclat n'eſt que pour plaire
aux yeux ,
Dans les mains de ton Roy fe changeront en
foudre .
Quantité de fufées d'honneur furent
d'abord tirées deux à deux : après quoi les
fens furent furpris de voir fe former ſubitement
une allée de gerbes ou fontaines
de feu , qui placées dans l'intervalle de chaque
arbre , & s'élevant à la hauteur de plus
de quarante pieds , furpaffoient de beaucoup
le fommet des arbres de l'allée ; à la
quelle fucceda une feconde allée en berceau,
& enfin une troifiéme après celle- cy, pareille
à la premiere. Alors la fontaine de l'Arc
de triomphe forma deux napes de feu
& l'on vit la bordure du diftique , lancer
à plus de quarante pieds , tout au tour un
nombre infini de rayons étincelans. Enfuite
on fit jouer les pots à feu & les
caiffes en très grande quantité. Ce premier
feu fe termina par une girande * des
plus magnifiques .
·
* On apelle girande , un amas prodigieux de toutes
fortes d'artifices.
N'oublions
DE SEPTEMBRE. 127
N'oublions pas les deux Ifs , qui terminoient
les côtez de l'Arc de triomphe ,
élevez de plus de trente pieds , & figurez
par des lampions & des terrines , où aboutiffoient
les deux contrallées d'arbres , entre
lesquels on avoit fufpendu fur toute la
longueur , des groffes lampes , qui formoient
des espéces de girandoles.
Le Roy vint enfuite avec toute la Cour
dans le veftibule , pour voir ce qui devoit
fe paffer dans les jardins bas , à la tête du
grand baifin. Le fauteuil de S. M. étoit'
placé fous la principale Porte du Château .'
Cette fuperbe & ingenieufe décoration
confiftoit dans un grand Portique , formé
par cinq arcades , dont celle du milieu dominoit
fur les autres ; elles étoient ſeparées
par des pilaftres , terminez par une
corniche , fur laquelle on voyoit des girandoles
d'illumination , precifément audeffus
de chaque pilaftre. Cinq piramides
occupoient les intervalles fous les arcades,
les quatre des côtez étoient dormantes à
l'ordinaire , mais celle du milieu avoit toutes
les dimenfions d'un cône , fes lumieres.
étoient difpofées en ligne fpirale , elle
tournoit continuellement fur un pivot , &
fembloit faire fortir une clarté des plus
brillantes de la terre , qui fe perdoit dans
les airs . Tout ce Portique étoit éclairé
par des falots.
L iiij U₁
128 LE MIERCURE
Un double rang de terrines formait
une allée depuis le Château jufqu'au grand
baffin , lequel en étoit auffi bordé par un
double rang. Il étoit encore entouré de
groffes gerbes de feu qui s'éleverent tout
d'un coup , dans le moment que le Roy
parut. Enfuite on fit jouer une très grande
quantité d'artifice d'eau , qui fe mêloit
avec celle du baffin , & qui fembloit en
fortir avec plus de force & de vehemence.
Pour dernier Spectacle on avoit placé
entre le Château & le baffin une aigrette.
d'artifice , compofée de pots à feu , qui
partirent tout à la fois , & firent place à
une très-grande giran le plus forte encore
que celle du dernier feu , qui termina
cette fuperbe Fête.
Elle a été deffinée & conduite par M.
Berin , Deffinateur ordinaire du Cabinet
& de la Chambre du Roy. Tout l'artifice
a été executé fous les ordres par le fieur
Morel , Artificier du Roy.
Le Roy n'a jamais paru fi content ni
fi charmé ; I le témoigna à pluſieurs
repriſes à M. le Duc da Bourbon . Sa
Majefté s'amufa encore environ trois
quarts d'heure à jouer au Pharaon ,
avec les Princes , Princeffes , Seigneurs &
Dames de la Cour. Le Marquis d'Entrague
tailloit. Aprés le jeu le Roy tira quel
ques poignées de Louis d'or qu'il Îaiſſa
fuc
DE SEPTEMBRE 1.29
fur la table pour les Cartes ; & ayant
encore voulu fe promener pour voir l'illumination
, dont il ne pouvoit fe laffer ,
S. M. s'en retourna un quart d'heure après,
avec tout fon cortege, reconduite par M. le
Duc de Bourbon , qui d'abord que le Roy
fut rentré au Palais des Thuilleries , monta
dans une Chaife de Pofte pour revenir à
Vanvre , où il devoit y avoir un grand
fouper . En effet , deux tables de 20 souverts
chacune y furent fervies avec toute
la delicateffe imaginable . Madame la
Ducheffe faifoit les honneurs de la
premiere
, & M. le Duc de la feconde . C'étoient
les mêmes tables fous les tentes ,
avec le grand buffet entre deux , qui
avoient fervi aux collations dans le Jardin .
Depuis Farrivée du Roy jufqu'à ſon
départ , on ſervit encore plufieurs tables ,
outre celles des Princes & des Seigneurs ,
pour les Pages , les Gardes du Roy , &
pour les Gens de l'Equipage de S. M.
Après les Feux d'artifice les yeux ne
furent plus occupez qu'à voir la regularité
ingenieufe & brillante de l'illumination
du Bâtiment & des Jardins , qui faifoit
un effet merveilleux pendant la plus
belle nuit du monde : elle éclairoit le
Dôme des Invalides & toute la plaine de
Grenelle , qui étoit prefque couverte de
caroffes & éblouiffoit les yeux de plu-
"
fieurs
130 LE MERCURE
fieurs milliers de perfonnes accouruës de
toutes parts & répandues aux environs.
M. d'Eftin Contrôleur des Mailon &
'Affaires de M. le Duc de Bourbon , étoit
chargé generalement de tout le détail immenfe
de ce fuperbe Regal , où le bon
goût , la delicateffe & la profufion ont
également regné , fans qu'il loit arrivé la
moindre confufion , ni le moindre accident.
AAAAAAAAAAA
LE THEATRE FRANCOIS.
3 .
E 23 Aonft. LE MEDISANT , Comedie
en Vers en cinq Actes , par
M. Deftouches , remife au Theatre , qui a
été fort bien reprefentée .
•
Le 30. NICOMEDE , Tragedie de P.
Corneille où le fieur Baron a joué le
principal rôle , & la Dlle. Lecouvreur celui
de Laodice.
Le premier Septembre , la Tragedie de
MITHRIDATE , où la Dlle. Labatte a rempli
le rôle de Monime , & a augmenté les
efperances qu'elle a déja données de devenir
une bonne Actrice.
Le 19 Sept. LA MORT DE POMPEE' ,
Tragedie de Corneille , où le fieur Baron
DE SEPTEMBRE.
131
a joué le rôle de Cefar , & la Dlle. Lecouvreur
celui de Cornelie.
On a donné enfuite la premiere reprefentation
de la Rivale d'elle même , petite
Piece en profe d'un Acte ; elle eft de M.
de B. jeune Auteur , qui n'avoit encore rien
fait pour le Theatre. Le fujet n'en eft pas
nouveau au Theatre ni dans les Livres de
Nouvelles. C'eſt une femme dont le caractere
eft trés- eftimable , elle aime fon mari
de bonne foy.Celui - ci l'aime paffionément ,
mais c'eft quand il la prend pour une autre
, la trouvant dans un Bal deguifée en
Venitienne . Les fieurs de la Torilliere &
Quinaut & la Dlle. Quinaut la four y
jouënt les premiers rôles , & la petite Dlle.
Lavoye , âgée d'onze ans , y joue le perfonnage
d'une petite fille madrée , qui a
fait beaucoup de plaifir.
Les Comediens François ont reçu quatre
Tragedies & une Comedie , pour être
joüées cet hyver , en cet ordre , fçavoir ;
EGISTE , par M ...
ROMULUS , par M. de la Motte.
ARTAXERXES , par M. Defchamps ,
Auteur de Caton d'Utique .
CORIOLAN , par M. de la Plaine.
L'AMOUR VANGE' , Comedie Par M.
Joly.
L'OPERA.
132
LE MERCURE
L'OPER A.
L'ies reprefentations du Balet des Fêtes
Venitiennes depuis le 29 Août , pour reprendre
THESE'E , qu'on avoit déja joué
en Decembre de l'année derniere . Cec
ancien Opera de Lully , dont le Poëme
eft de Quinaut , eft le feul parmi ceux de
ces deux grands Auteurs qui puiffe le difputer
à Armide , qui a toujours paffé pour
le Coriphée de tous les Opera. Thefée finit
froidement par un divertiffement , auquel
les Spectateurs qui restent ne font pas toujours
fort attentifs.
'Academie Royale de Mufique a ceffé
Cette Piéce , la quatriéme des Opera de
Lully fut reprefentée en grand pompe
pour la premiere fois à S. Germain en
Laye devant toute la Cour en 1675 par
les Muficiens du Roy & par ceux de l'Academie
.
Les endroits qui font le plus de plaific
& qui font adimirez de tout le monde font
la premiere Scene du 2. A &te ,.
Doux repos , innocente paix , &c.
A la 3e. Scene du ze. A&te ,
Princeffe , fçavez- vous ce que peut ma colere
, &c.
A
DE SEPTEMBRE. 133.
Alapremiere & à la ze. du 4e Atte ,
Cruelle , ne voulés - vous pas , &c.
Et
Faut-il voir contre moy tous les Enfers armez
, &c.
A la se. du 4e. A&te ,
Eglé ne m'aime plus , & n'a rien à me dire ,
& c.
Ala premiere du se Atte ,
Ah ! faut il me vanger
En perdant ce que j'aime , &c.
La Scene de Medée qui exhorte le Roy
à empoisonner Thefée , la reconnoiffance
de ce fils & de fon pere ; la fuite de Medée ;
Eglé cedée au jeune Heros , & c. le rôle de
Medée en general eft merveilleux ; celui de
la Grande Prêtreffe au premier Acte
Prions , prions la Déeffe , &c. eft fcientifique
& fort eftimé des gens du métier
mais il eft froid & ne fait pas beaucoup
de plaifir à la multitude.
>
Le fieur Thevenard y a joué le rôle d'Egée
, le fieur Muraire celui de Thefée , la
Dile Antier celui de Medée , & la Dlle.
Tulou celui d'Eglé ; dans cette derniere
repriſe le fieur Chaffé , dont il eft parlé dans
le dernier Mercure , y a doublé le rôle d'Egée
, & la Dlle. Lifarde cy-devant Danfeufe
à l'Opera , a chanté pour la premiere
fois le rôle d'Eglé,
134
LE MERCURE
Le 23 Septembre , le Balet des Fêtes Venitiennes
, avec une quatriéme entrée ,
qui a pour titre l'Opera . La Dlle. Antier y
chante un air Italien de la compofition
de M. Campra , & la Dlle. Hermans chante
une Cantate Françoiſe du même Auteur ,
à la fin de l'Acte du Bal.
COMEDIE
L&
ITALIENNE.
E 24 Aonft, BELPHEGOR ou la deſcente
d'Arlequin aux Enfers , Comedie
nouvelle en trois Actes , avec des agrémens.
Elle eft en François , & s'il en
faut juger par les ris des Spectateurs ,
elle a fort réuffi . On n'a pas cru à propos
d'y introduire Madame Honefta ; en effet
fa fageffe & fa pruderie auroient bien pû
ennuyer. Les Demoniaques ne tombent
point dans de grands excès , leur caractere
eft fort adouci par le chant. Au reste
les Vaudevilles des Intermedes font trèsagréables
& très-bien faits. On en va
juger.
FESTE CHAMPESTRE
Premier Divertiſſement,
Vive Jacquet , vive Colette ,
Et yive Colette & Jacquet &
Colette
DE SEPTEMBRE. 135
Colette quitte la Mufette ,
Pour écouter le flageolet ;
Jacquet déniche la fauvette ;
Qu'un autre attend au trébuchet.
Vive Jacquet , &c.
Parmi la grandeur inquiette ,
L'Amour ne regne qu'à regret ,
Il aime mieux notre retraite ,
Il y goûte un plaifir parfait. ›
Vive Jacquet , & c.
Avec la Bergere folette ,
Ce Dieu va cueillir le muguet ,
Il fait un trait de fa houlette ,
Un bandeau de fon bavolet.
Vive Jacquet , &c.
VAUDEVILLE.
Colette je reffens pour
toi
1
Plus que de la tendreſſe ,
Un trouble , une ardeur qui me preffe ,
Qui me fera mourir je croy.
Ah ! c'eſt un certain , je ne fçai qu'est- ce ;
Ah ! c'eft un certain , je ne fçai quoi.
Jacquet , quoi qu'un autre ait ma foy ,
Laiffe moy faire , laiffe ,
* On a blámé l'expreffion, je ne fçai qu'eft- ce , comme
' étant pas Frangoife
I¢
1:36 LE MERCURE
Je me reprocherois fans ceffe ,
Que quelque amant fut mort pour moi ,
Faute d'un certain , je ne fçai qu'eſt-ce ,
Faute d'un certain , je ne fçai quoi.
La beauté ne sçauroit de foy
Attirer ma tendreffe ;
L'efprit & la delicateſſe ,
Peuvent encore moins fur moi ;
Il faut un certain , & c.
En vain tu voudrois tout pour toi ,
Importune fageffe ;
Quand l'amour de fes traits nous bleſſe ,
L'occafion enfraint fa loy.
On cede à certain , &c.
Pour attirer la dupe à foy ,
Iris fait la tigreffe :
Montrer d'abord trop de tendreffe ,
C'eſt faire mal valoir l'employ.
Il faut , &c.
Que le Public de bonne foy
Aplaudiffe une Piéce ,
Le fâcheux critique ne ceffe
D'exercer toujours fon employ :
Il trouve un certain , je ne fçai qu'eft- ce ;
Il blâme un certain , je ne fçai quoi.
FESTE
DE SEPTEMBRE. 437
FESTE INFERNALE.
Deuxieme Divertiſſement.
Je fuis une ombre du vieux tems ,
Qui jadis fus aimable & belle ,
Rebutant toujours mes amants ;
Je fuis enfin morte pucelle ,
Pucelle à l'âge de trente ans ;
Si des Dieux la bonté fupréme
Me rapelloit de mon tombeau ,
En ferois -je de même ?
Diable zot.
Je fais l'ombre d'un vieux Créfus ,
Qui me plaignois le neceffaire ;
J'amaffois écus fur écus ,
Pour faire un neveu legataire ,
Qui joue & fonds & revenus :
Si je repaffois l'onde noire ,
Mourrois je auprès de mon magot ,
Faute de manger & de boire ?
Diable zot.
Je fuis l'ombre d'une beauté ,
Femme d'un vieux jaloux fans bornes
Il étoit brutal , emporté ,.
Son front meritoit bien des cornes ;
Pourtant il n'en a pas porté :
Si j'avois encor la puiffance ,
M Echaperoit138
LE
MERCURE
Echaperoit il d'être for ?
Aurois- je autant de patience ?
Diable zot.
ARLEQUIN.
Que je veux bien à mon retour
A Belphegor chanter fa gamme ;
Quoi m'envoyer dans ce fejour
Pour m'y faire trouver ma femme ?
C'eft me jouer d'un vilain tour ,
Lors que là- haut il fuit la fienne ;
Pourroit-il me croire affez for
Pour tirer d'ici - bas la mienne ?
Diable zot .
Vous voyez l'ombre, d'un cocu ,
Qui fut toujours d'humeur jalouſe ;
Je méprifai le revenu
De la beauté de mon épouſe ,
Et fus gueux tant que j'ai vécus
Mais à prefent que c'est la mode
Que l'époux partage au gâteau ,
Voudrois je n'être pas commode ,
Diable zot.
Aux ombres, s'il étoit permis
De prendre là- haut leurs volées ,
Combien de morts feroient furpris
De your leurs veuves confolées
Fat
DE SEPTEMBRE. 139
Par leurs Clercs ou par leurs Commis :
Près d'un mourant on fe defole ,
Jurant de le fuivre au tombeau :
Après la mort tient - on parole ?
Diable zot.
VAUDEVILLE du 3. Divertiſſement,
LE BAL.
Il n'eſt qu'un certain temps pour plaires
Iris , vendez cher aux amans
Vos beaux ans g
Vers la fin de votre carriere
Vous payerés à votre tour
A l'Amour
Tous les frais qu'il aura pû faire.
Lors.que dans l'hymen on s'engage ,
Tout plaît , parce qu'il eft nouveau ,
C eft le beau ;
Mais deux jours après on enrage
Du mauvais marché qu'on a fait
C'eft le laid :
On n'a plus d'espoir qu'au veuvage,
Femme trop fage me defole ,
Et fa vertu fait er p de bruit ,
Jour & nuit ,
J'aime mieux une jeune folle ,
Mij Ec
140 LE MERCURE
Et je fuis d'être . Cocu:
Convaincu ;
Nombre que je vois m'en confole.
Amant, que rien, ne vous étonne ,
Quoi qu'on oppofe à vos raiſons
Des Chanfons ;,
Lots que l'horloge carillonne
L'heure du Berger n'eſt pas loin 3
Ayés foin
De faifir l'inftant qu'elle fonne..
Arlequin au Partere..
Si l'on vous demande à la porte ,.
Belphegor a t il réjoui ,
Dites oui :
Si quelqu'un parle d'autre forte ,,
Et veur par contradiction .
Dire non ::
Dites .... que le Diable l'emporte..
L'Auteur de cette Piéce ne s'eft point
nommé..
Le 10 Septembre , Les Comediens Itafiens
ont donné le Bal fur leur Theâtre
de l'Hôtel de Bourgogne , où ils n'ont
pas, eu plus de monde qu'à ceux qu'ils:
ont donnés au Fauxbourg Saint Laurent..
Ils
DE
SEPTEMBRE.
141
Ils ont obtenu la permiffion d'en donner
deux par femaine , la nuit du Dimanche
& du Mercredy , jufqu'aux Avents..
Le 12 Septembre , Le Fleuve d'oubli
petite Piéce Françoife en un Acte , aver
des agrémens & un Vaudeville à la fin.
On la croit du même Auteur que Belphegor
, qui eft fans doute d'un caractere
our d'une profeffion qui ne lui permet pas
de fe découvrir.
Le 23 Septembre , Les Amours Aquatiques
, & les Terres Auftrales , deux
petites Piéces nouvelles.
FOIRE S.
LAURENT .
L
A Troupe de Francifque , qui a obtenu
pour neuf ans le Privilege de
P'Opera Comique, en a commencé la jouïffance
le premier Septembre , par la reprefentation
de trois petites Piéces d'un Acte
chacune . Les deux premieres liées pour le
fujet mettent en action fur le Theatre les
frequens démêlés de la Foire avec les deux
Comedies ; & la protection defintereffée
de l'Opera. La premiere eft intitulée , les
Fanerailles de la Foire , & la feconde , te
Rappel
142 LE MERCURE
募
Rappel de la Foire à la vie ; toutes ces co
miques fituations fe trouvent rendues par
des Vaudevilles choifis , & par des Parodies
heureuſement apliquées . On ne donnera
point ici d'Extrait de ces Piéces . Elles
font imprimées dans le troifiéme Volume
du Theatre de la Foire , qui fe debite
actuellement chés Ganeau Ruë S. Jacques,
aux Armes de Dombes.
A l'égard de la troifiéme Comedie intitulée
le Regiment de la Calotte , & tiffuë de
Scenes épifodiques feulement , c'eſt un
fujet qui malgré fon fuccès , n'eft pas fi
theatral que
les autres , & cela vient de ce
que le redoutable Regiment de la Calotte
n'eft pas auffi connu du Public que des
agreables Officiers qui l'ont formé. Il faut
en crayonner une idée legere ; Cette nombreuſe
Troupe a été levée fans Commiffion
par d'enjoüés Eleves de Momus , qui compolent
l'Etat Major du Regiment. Tout
Superieurs qu'ils font , ils ne dédaignent
pas d'enrôler eux mêmes leurs Soldats . Ce
font generalement tous les Particuliers Nobles
& Roturiers qui paroiffent fe diſtinguer
par quelque folie marquée , ou par
quelque fait ridicule. On devine affez que
les engagemens de ces Soldats ne font
point volontaires , & que prefque tous les
Calotins font enrôlez par force. On ne
follicite ni les Emplois ni les Penſions dans
cet
DE SEPTEMBRE. 143
cet équitable Corps. Tout s'accorde au
feul merite & rien à la faveur. Les Brevers
font diftribués gratis , tant en vers
qu'en profe ; les Secretaires du Regiment
n'y pourroient pas fuffire , fi des Poëtes
auxiliaires ne leur prétoient des ſecours
genereux , en travaillant incognito à l'ex
pedition de ces Brevets. Ils pouffent même
leur zéle plus loin pour la gloire du Regiment
, ils lui fourniffent des hommes
qu'il ne leur demande pas , & font de leur
propre autorité des Recrues de gens qui
deshonoreroient le Corps par leur merite
& par leur fageffe , fi le Commiffaire les
paffoit aux Capitaines. Au refte , ce nombreux
Regiment eft toujours complet . On
n'a jamais pû réuffir à y faire de reforme,
pas même à la Foire.
Quant à la petite Comedie du Theatre
de Francifque , on ne fçait fi les Auteurs
de l'Opera Comique ignoroient les anecdotes
du Regiment , ou s'ils ont voulu les
ignorer. Il eft certain que loin de mettre
fur la Scene rien qui pût s'appliquer
aux Particuliers dignes de ménagement ,
qui fe trouvent Calotins malgré eux.
Tous les portraits y font vagues &
indéterminés. Voici le précis de la Piéce .
Momus fait une querelle à la Folie , fur
ce qu'elle enrôle dans le Regiment tout ce….
qui
144 LE MERCURE
qui ſe preſente , & dit qu'il veut faire une
promte Revue de cette nouvelle Milice.
Son projet s'execute auffi-tôt. Les recipiendaires
paroiffent l'un après l'autre ,
& l'Acte finit par la reception d'une
Troupe de Comediens Etrangers dans le
Regiment . Il eft faux qu'un ordre Superieur
ait retranché une Scene de Poëte
de cette Comedie , ainfi que l'écrivent les
Faifeurs de Gazetins.
Le 16 Septembre, la Troupe de la Lauze,
qui avoit cy-devant le Privilege de l'Opera
Comique , a joué le Jugement d'Apollon &
de Pan par Midas , & la Reforme du Regiment
de la Calotte , Piéces nouvelles ,
precedées d'un Prologue intitulé , la Décadence
de l'Opera Comique l'aîné .
StjbJbstjbJtjbjbjbjbttsb:Jb
MORTS ET MARIAGES
des Pays Etrangers .
M
Gerbrand Pancras Michiels Baron
de Wefterdykshorn , l'un des vingtquatre
Bourguemeftres Regens de la Ville
d'Amfterdam , y eft mort le 26 Aouft.
La Marquife Cevi morte à Rome , y fut
portée au tombeau de fes Ancêtres dans
La Bafilique de S. Jean de Latran , par
les
DE SEPTEMBRE.
143
les Freres de l'Archiconfraternité des Sacrés
Stigmates .
M. Aleffandro Organo da Feraro , en
Tofcane , Evêque de San Severino , eſt
mort dans fon Diocéſe , âgé de foixantelept
ans.
Don Emilio Altieri , Prince de Monterano
, eft mort à Rome le 6 Août , dans
la cinquante & uniéme année de fon âge ,
fort eftimé & fort regretté. On a porté
fon corps à la fepulture de fes Ancêtres
dans leur fameufe Chapelle de Sainte Marie
de la Minerve.
Le Pere Galois , qui a été Aſſiſtant du
General des Auguftins , & Prieur du
grand Couvent de cet Ordre à Paris , eft
mort à Rome la nuit du 22 au 23 Août.
Le Comte de Szembeck Archevêque
de Gnefne , Primat du Royaume de Pologne
, eft mort le trois Août dans fon
Château de Scuirniewits ; fon corps a été
transporté à Gnetne , & inhumé avec les
ceremonies dues à fa naiffance & à fon
rang.
M.Zavizen , qui a été Maréchal de la
derniere Diette de Pologne , eft mort à
Bordizeno.
Don François Riomol de Quiroga , l'un
des Membres du Confeil de Caftille , eft
mort à Madrid le 24 Août dans fa quatrevingt-
huitième année .
N Le
246 LE MERCURE
•
Le Comte de Warvick & Holland Gentilhomme
de la Chambre du Roy d'Angleterre
, eft mort à Londres le 28 Aouſt ,
âgé feulement de vingt- trois ans . M. Rich
Gentilhomme du Prince de Galles , herite
de fes Titres.
Le Chevalier Mathieu Dudley , Commiffaire
de la Doüane , eft mort à Londres
le ...
Le Chevalier David Hamilton , Medecin
du Prince & de la Princeffe de Galles ,
& fort renommé pour les Accouchemens ,
eft mort à Kinſington le 8 Septembre .
L
Mariages.
E jeune Prince Sapieha Polonois , doit
époufer à Petersbourg la fille aînée du
Prince Menzikof.
Le Comte Jean Jofeph de Breuner ,
Chambellan Hereditaire de la Baſſe Autriché
, & Chambellan de l'Empereur , a
époufé à Vienne la Comteffe Françoiſe
d'Avefperg , Daine de Chambre de l'Imperatrice
, le 18 Aouſt.
Le Prince Philippe Lubkowits a époufé
le 25 Août à Vienne la Comteffe Guillelmine
d'Althan. Leurs Majeſtez ont honoré
la Ceremonie de leur prefence , auffi - bien
que l'Imperatrice Amelie & les Archiducheffes.
La Benediction Nuptiale fut donnée
par l'Evêque de cette Ville .
CHARGES
DE SEPTEMBRE. 147
CHARGES ET DIGNITEZ
des Pays Etrangers.
E Cardinal Conti , frere de Sa Sainteté
, a été nommé Elle
par
LECardinalConti, frere de Grand Per
>
nitencier , à la place du Cardinal Paulucci,
qui eft à prefent Vicaire de Rome. Cette
Charge de Grand Penitencier étoit poffedée
par le Cardinal Colloredo quand il
vivoit.
M. Leonini a été nommé par Sa Sainteté
Evêque de San Severino.
Et l'Abbé Billetti , qui étoit Grand
Vicaire de Veroli , & auparavant Grand
Vicaire de Terracine , dont étoit Evêque
-le Cardinal Conti , a obtenu l'Evêché de
Cagli.
་
L'Abbé Torrigiani a été pourvû par le
Pape du Gouvernement de Rietti.
L'Abbé Nicolini a obtenu celui deTerni ;
- & l'Abbé Corfi celui de Tivoli.
:
2
Don François Jofeph de Emparan , Maréchal
de Camp des Armées du Roy d'Elpagne
, a obtenu de Sa Majefté Catholique
le Gouvernement de Fontarabie.
. Don Diego de Noriega , Marquis de
Hermofilla , a obtenu du Roy d'Eſpagne
le Gouvernement d'Occana .
Don Lucas Marc , qui étoit Gouverneur
de la Greye de Valence , a été gratifié
Nij par
148 MERCURE LE
par le Roy d'Efpagne d'un Brevet de Colonel
, & de la Lieutenance de Roy de la
Ville de Cartagene dans les Indes .
Don François de Balanca , Grand Commandeur
de Caftille , & Maréchal des
Camps & Armées de Sa Majefté Catholique
en a obtenu une place d'Enfeigne dans
fes Gardes du Corps.
Le Comte de Butte , l'un des feize Pairs
d'Ecoffe , a été nommé par le Roy d'Angleterre
Gentilhomme de fa Chambre
à la place du Lord Carteret , qui a reſigné
cet Employ.
Le Duc de Rutland , fils aîné du Lord
Cornwallis a été auffi fait Gentilhomme
de la Chambre par le Roy d'Angleterre ,
à la place du Comte de Warvick & Holland.
Le Chevalier Jean Evely a été nommé
Commiffaire de la Douane , à la place du
Chevalier Dudley.
Le Lord Clinton a obtenu du Roy d'Angleterre
la Charge de Lord Lieutenant &
Gardes des Archives du Comté de Devon
& de la Ville d'Excefter , fur la demiffion
volontaire du Lord Carteret.
Le Vicomte de Grandifon a été créé
Comte d'Irlande .
L'Evêque de Winchefter a été inftalé
Prélat de l'Ordre de la Jarretiere dans le
Chapitre tenu le 3 Septembre . Cette
Dignité
DE SEPTEMBRE. 149*
Dignité eft attachée à fon Diocéfe .
Le fils du Chevalier Sawnderfon , Huiffer
de l'Ordre , auffi - bien qu'à Verge
Noire , fut le même jour declaré Subftitut
de fon pere.
Le Duc de Chandois a été nommé
par
le Roy d'Angleterre Lieutenant Gouverneur
& Cuftos Rotulorum du Comté de
Hereford , à la place du Comte de Ko
nisgby.
Le Lord Harcourt a été créé Vicomte
de la Grande Bretagne.
Et le fieur Lechmere Baron de la Grande
Bretagne.
aruunive
NOUVELLES E'TRANGERES.
De Petersbourg le 4 Août.
E3 Août leurs Majeftez Cz. accom-
Lpagnéesdu Ducde Hotéis, alcent
par eau à Caterine Hoff , d'où elles revinrent
ici fur les onze heures du foir. Le
Conte Golofskin doit le régaler demain
magnifiquement avec tous les Miniftres
étrangers . On ne fçait rien encore de pofitif
des negociations de Neuftad . Le 6 on
celebra les deux victoires navales remporréés
fur les Suedois , l'une le 6 Août 1714 ,
& Pautre le 6 Août 1720 : on chanta le
Niij Te
150
LE MERCURE
Te Deum à l'Eglife de la Trinité. Le Czar
y affifta avec les Senateurs & Generaux .
Après la ceremonie S. M. Cz . fit lancer à
Peau deux nouveaux Bâtimens de 60 pieces
de canon , l'un nommé le Pantelemon ,
l'autre la Victoire. Le Czar partit le 10
avec le Duc de Holftein pour prendre à
Cronflot le Vice- Amiral Wilfter , qui a
quitté le fervice de Suede , eft arrivé à
Petersbourg avec les deux fils. Il a été
reçu avec une extrême confideration . Le
Tréfor doit lui payer l'équivalent des biens
qu'il a laiffez dans fa Patrie ; il doit fervir
fur la grande Flotte , & fes deux fils y
commanderont deux Vaiffeaux de guerre.
Le Czar eft revenu le 22 avec fa fuite :
Sa Majesté qui avoit regalé le Duc d'Holftein
, les Senateurs & les Generaux qui
l'avoient accompagné dans toutes fes Maifons
de plaifance, leur adonné à fon retour
le divertiffement d'un combat naval tant
des Galeres que des Vaiſſeaux de guerre.
I
De Varsovie le 12 Août.
'Evêque de Plosko qui s'étoit rendu
à Varfovie , fur la nouvelle de la mort
de l'Archevêque de Gnefne , pour folliciter
cette importante dignité , eft tombé
en apoplexie le 8 Août , le danger n'a
pas été long , il fe porte mieux ; il a
pour concurrens dans fa demande les Evêques
DE SEPTEMBRE. 151
ques d'Ermeland & de Cracovie. Le Grand
Vific a écrit au Hofpodar de Walaquie ,
pour l'inviter de fe rendre à Conftantinople
, où l'on doit faire inceffamment la
Circoncifion des Princes Ottomans Sultan
Mehemet , Sultan Soliman , & Sultan
Bajazet. C'eft en qualité de Prince Tributaire
de la Porte , que le Hofpodar de Wa
laquie eft appellé à cette fête . Le Nonce du
Pape doit partir le 15 pour fe rendre à
Winvifobo , où il recevra le Comte Archinto
, qui vient le relever. On a reçu
de Drefde de nouveaux ordres du Roy
pour arrêter les fuites fâcheufes des courfes
des Tartares . Les Compagnies Polonoifes
& les Regimens de Dragons doivent
s'affembler inceffamment
vrir les frontieres du Royaume , par les
foins du Grand General de la Couronne .
Les dernieres Lettres de Kaminiek difent
que les Turcs continuent avec activité
leurs préparatifs de guerre. On apprend :
qu'ils achettent tous les cuirs propres à
faire des Pontons . On affure que douze
Regimens Saxons doivent marcher vers
les frontieres de Podolie . Un efpion arrivé
depuis peu de Turquie , rapporte qu'on
avoit fait partir de Conftantinople un
grand nombre de Canons nouvellement
fondus , pour les mettre dans les Magafins
d'Azof & de Choczin .
pour cou-
N iiij De
52
LE MERCURE
L
De Stokholm le 13 Aonft.
E Comte de Degenfelt eft retourné à
Caffel ; il eft parti de cette Ville le r0-
Le même jour l'Amiral Norris manda par
un Exprès qu'un Païfan l'avoit averti que
la Flotte du Czar avoit paru dans la Riviere
de Carpo , fur les côtes de Finlande ,
vers l'Ifle d'Ahland ; cet avis ne s'eſt pas
Trouvé jufte , & les Officiers generaux
commis pour le rectifier ont rapporté à
Stokolm qu'on n'avoit découvert en mer
que quelques Galeres Rulliennes ſeulement.
Ilgft arrivé deux Exprès de Neuftad
le 14 & le 15 , dont les dépêches ont
été tenues fort fecretes . Les Couriers que
T'on a renvoyés en confequence , portent
des ordres aux Plenipoientiaires Suedois ,
qui font efperer une Paix prochaine . Le-
Comte Lewenhaut a près de 30 Officiers
relâchés par le Czar , qui s'étoient embarqués
à Revel fur un Brigantin , font arrivés
à bord de la Flotte Suedoiſe , fuivant
les Lettres de l'Amiral Sparte. Le 14 le
le Roy foupa à Homelgarde , & le repas
fut fuivi d'un grand Bal. Le 15 Sa Majesté
eut un leger accès de fiévre qui n'a eu
aucune fuite dangereufe. Les deux mois .
de la fufpenfion d'armes convenuë entre
le Czar & Sa Majesté Polonoife , font expirés
;
DE SEPTEMBRE.
pirés ; ainfi comme il n'y a rien d'arrêté
à Neuftad , les Troupes a qui on a confié
la garde des côtes efteront dans leurs
poftes jufqu'à nouvel ordre ; on a revoqué
la permiffion d'entrer en quartier qui leur
avoit été accordée . Les deux Flottes unies
renforcées de mille hommes d'élite , font
dans une fituation avantageufe pour s'oppofer
aux nouvelles defcentes , fi l'on en
tentoit encore.. Les allarmes font pourtant
preſque appailées , par la nouvelle qu'on
a reçûë depuis peu qu'on étoit prêt de
figner à Neuftad les préliminaires de la
Paix , & qu'il ne reftoit à lever que quelques
legeres difficultés au fujet de la féparation
de la Finlande . La tranquilité s'eft
affermie quand on a fçu que les Vaiffeaux
& Galeres Mofcovites avoient quitté l'Ifle,
d'Ahland , pour ſe rendre dans leurs Ports..
De Coppenhague le 19 Aouſt..
E Roy a nommé des Commiffaires
Lou reglerPétat des dommagesque
les Troupes ont caufés depuis 1713 dans
les differens quartiers qu'elles ont occupés .
Sa Majesté D. veut bien donner des dé
dommagemens aux Bourgeois & aux Payfans
qui en ont été incommodez. Le Baron
de Bothmar , Miniftre du Roy d'Angleterre
pour la Cour de Brunswick , eft
parti
154 LE MERCURÈ
parti le 17 pour le Holftein , où cette
Cour eft actuellement. Le Vice Amiral
Bille qui eft revenu de Petersbourg ,
a rendu compte de les négociations. Le
Roy & la Reine font allez à Gottorp . On
a fait à Coppenhague de grands préparatifs
pour y recevoir le Prince Royal & la
Princeffe fon époufe. Les fix Vaiffeaux
Anglois chargés de provifions pour la
Flotte Angloife , font fortis de ce Port le
8 Août. Ils n'ont payé aucun péage en
paffant le Détroit du Sund ; ils vont joindre
à Stokolm l'Amiral Norris . On doit faire
le
4 Septembre l'inauguration du Roy , en
qualité de Duc de Sleswick , dans la capitale
de ce Duché , où le Prince Royal
& la Princeffe fon époufe firent leur Entrée
publique le 28 Août. Le Roy les y
reçut avec toutes les marques de tendreffe
les plus vives & les plus finceres . Toute
la Nobleffe de la Cour & de ce Duché
qui s'y étoit renduë , complimenta S. A. R.
fur fon heureux mariage.
De Vienne , le 16 Août.
N croyoit que le Cardinal de Schonborn
fuccederoit au Cardinal d'Altan
dans l'Ambaffade de Rome , inais comme
il eft chargé de faire executer les Mande .
mens ¡mperiaux au fujet des Griefs de Religion
DE SEPTEMBRE.
ISS
ligion de la Ville de Spire , il ne paroit
pas qu'il puiffe s'en éloigner jufqu'à la
conclufion de cette affaire . Les Proteftans
de Hongrie follicitent l'execution des Ordres
favorables donnés par S. M. I. en
faveur de leurs Eglifes & de leurs Ecoles.
On prétend que les Turcs fortifient Widin ,
Nizza & autres Places fur le Danube , &
qu'ils ont envoyé de nouvelles Troupes
vers le Dnieper. Le Comte de Zinzendorf
Grand Chancelier , qui étoit allé conferer
avec l'Evêque de Paffau à Konigſtette au
fujet de l'érection de l'Evêché de Vienne
en Archevêché , eft revenu le 14 , fans
avoir pû tien obtenir de ce Prelat , qui
refuſe de confentir au démembrement de
fon Evêché , quoiqu'on lui offre un équi .
valent. Il reprefente que le hapitre n'y
veut pas confentir ; armé de ce pretexte
il fe défend avec fermeté. La Daterie de
Rome n'a point encore envoyé le Pallium
du nouvel Archevêque . Elle demande
trente mille florins pour le prix de fes
Bulles. Le Comte Etienne de Kinski,frere
de l'Ambaffadeur Imperial à Rome , eft
tombé malade à Prague en allant à Petersbourg.
Milord Forbes qui commande.
les Troupes Navales de l'Empereur , preffe
vivement pour faire élargir le Port de Comacchio
, & pour établir avec folidité la
navigation du Levant . Le 15 , on tint un
grand
756 LE MERCURE
grand Confeil au Palais de la Favorite
fur les affaires des Pays- Bas Autrichiens ,
& fur celles de l'Italie . Six Regimens de
Cavalerie ont ordre de s'y rendre. Le 27
Août l'Empereur , l'Imperatrice & les Archiducheffes
fe rendirent à Ort , Maifon
de plaifance éloignée de Vienne de quatre
lieuës , là leurs Ma eftez prirent le divertiffement
de la chaffe du Cerf , & retournerent
le foir au Château de la Favorite.
Le 28 l'anniverfaire de la naiffance de
P'Imperatrice fut celebré au Palais . Cette
Princeffe entroit ce jour là dans la trente
& uniéme année de fon âge. Leurs Majeftez
Imperiales dînerent en Public , &
l'après midi on reprefenta devant Elle un
Opera nouveau , intitulé Meride & Se
linunte. Le Prince Eugene doit aller pour
quelques jours à fon Ifle fituée en Hongrie,
avec le Prince de Lichtenftein & quelques
autres Miniftres.
L
De Londres , le 29 Aoust..
E Duc de Grafton , Viceroy d'Irlande,
eft partit pour aller convoquer le Parlement
de ce Royaume- là , qui doit s'affembler
le huit Septembre. Le Comte de
Cadogan fit le 26 dans Hydeparc la revuë
des trois Regimens des Gardes Infanterie.
Le Roy eft toujours à Kinfington en parfaite
DE SEPTEMBRE.
EST
faite fanté. Leurs Alteffes Royales le Prince
& la Princeffe de Galles font auil à leur
Maifon de Plaifance de Richemont. La
Comteffe Douairiere de Stanhoppe açcoucha
le 30 Août d'un fils & d'une fille ;
la même fecondité lui arriva il y a fept ans.
L'on mande de la Barbade que la recolte
du Sucre a fort diminué cette année , &
que les Plantations qui rapportoient cent
barriques de fucre par an , n'en ont pas
rendu dix. Le Capitaine Stuart Plenipotentiaire
de S. M. Britanique auprès da
Roy de Maroc , a terminé heureuſement
fes negociations. Il eft revenu de Miquenés
à Tetuan , avec un grand nombre
d'Efclaves Anglois qui lui ont été rendus .
Le s de Septembre on publia la proclamation
Royale pour faire affembler le
Parlement le 31 Octobre prochain. Les
Seigneurs de la Chambre Haute & les
Membres des Communes doivent s'y trouver
tous pour deliberer fur des affaires
importantes. Les Directeurs de la Compagnie
de la Mer du Sud font charger le
Vaiffeau le Royal Georges de toutes les
marchandifes propres au commerce des
Indes Efpagnoles ; & la Compagnie des
Indes Orientales a reçu avis qu'il étoit
arrivé aux Dunes trois de fes Vaiffeaux.
·le Carnarvan ; le Bridwater , & le Duc de
Torck
De
158 LE MERCURE
De Madrid , le 12 Août.
A Cour qui étoit à Balfaïm eft retour-
Lnée à l'Elcurial , & y a celebré la Fête
de S. Laurent. Le Marquis de Lede eft
parti le 9 pour vifiter la Catalogne , l'Andaloufie
, l'Arragon , Valence , Biſcaye , &
y faire la Revue des Troupes. On ignore
s'il fera la Reforme , & fi le dernier plan
arrêté fera fuivi exactement. Une Tartane
venue des Ifles Canaries aprend que
les Galions partis le 21 Juin dernier des
Côtes d'Espagne , avoient paffé le 29 du
même mois à la vûe de ces Ifles , & pourfuivoient
leur route vers les Indes avec la
faveur des vents. Les Maures rebutés par
les grandes chaleurs ont levé le blocus de
Ceuta , & fe font retirés dans leurs quar
tiers. On mande de Cadix que le Vice-
Amiral de Somelfdick doit remettre à la
voile le 13 Août avec deux Vaiffeaux de
fon Efcadre , qui feront fuivis par les autes
, dès qu'ils feront radoubés. Le 25,
jour de la Fête de S. Louis , dont le Prince
des Afturies porte le nom , il y eut au Pa-
Jais un grand concours de Miniftres Etrangers
& de Seigneurs de la Cour. On complimenta
le Prince au fujet du jour de fa
Fête , qui eft aufli celui de fa naiffance. Le
même jour le Marquis d'Ariza prit pa
icfion
DE SEPTEMBRE 159
feffion de la Grandeffe que S. M. C. lui a
accordée : le Duc de Medina Sidonia qu'il
avoit choisi pour fon Parrain dans cette
Ceremonie , y avoit invité tous les Grands
du Royaume , qui fe trouverent alors à
Madrid , & les regala enfuite magnifiquement.
L
De Rome , le 2 Août.
E Samedi 26 Juiller, l'Archevêque de
Trani batila dans Sainte Marie de la
Minerve une fille de la Marquiſe Gionanna
Gomez Doria , qui fut tenuë fur les Fonts
par le Cardinal Spinola , & fut nominée
Anna Maria Franceſca Lucretia Simforefar
Le Dimanche fuivant , le Cardinal Tanara
Doyen du Sacré College , fit dans l'Eglife
de S. Ignace la ceremonie du Sacre de l'Evêque
de Bifignanon fon Auditeur. Il fut
affifté dans cette fainte fonction par l'Archevêque
di Damafco Secretaire des Evêques
& des Reguliers , & par l'Evêque
de Boiano Vicegerent. Le même jour
l'Evêque de Fano fut facré dans l'Eglife.
de S. André della Valle par le Cardinal
Buon Compagnoni Archevêque de Bou
logne affifté de M. Criftofaro Batelli ,
Archevêque d'Amafie , & de M. Tomaſſo
Cervini Archevêque de Nicomedie. Le
Lundi au foir le Cardinal de Rohan donna
dans fon Palais une Fête à une Affemblée
>
choifie
бо LE MERCURE
choifie de Cardinaux & autres Perfonnes
de grande diſtinction. Le fouper fut magnifique
, & precedé d'une Muſique exquite.
Ony chanta une Cantare compofée exprès
pour le fujet. Le Mardi matin le Cardinal
d'Altan eut fa premiere audiance du Pape
en qualité d'Ambaffadeur de Sa Majesté
Imperiale. Cinq Prelats l'accompagnerent
dans fon Caroffe,l'Archevêque di Damasco,
l'Archevêque de Lariffa , l'Archevêque de
Trani , l'Evêque de Lipari , & l'Evêque
de Sarfina. Dans la même matinée M. Mario
Bolognetti nouveau Clerc de Chambre,
prêta ferment pour cette Charge entre les
mains du Cardinal Albano Camerlingue
de la Sainte Eglife. Le trois Août , jour
de S. Ignace , la Maifon Profeffe de la
Compagnie de Jefus , qui poffede le corps
de fon Fondateur , celebra pompeufement
la folemnité de la Fête , qui avoit été
commencée la veille par les premieres Vêpres
& par les fanfares des Trompettes
& le bruit des Timbales. Plufieurs Cardinaux
vinrent dire la Meffe dans cette
Eglife , le Pape s'y rendit lui -même ; le
Cardinal Corradini & le Cardinal Olivieri
Secretaire des Brefs étoient dans le Caroffe
de Sa Sainteté , & le Connestable Colone
à cheval l'accompagnoit fuivi de plus de
quarante Cavaliers. Sa Sainteté fut reçue
à la Porte de l'Eglife par vingt-lept Car-
8 dinaux
DE SEPTEMBRE. 161 .
dinaux & par le R. Pere Tamburrini General
des Jefuites , qui eut l'honneur d'entretenir
fort long temps le Pape. Après la
Grande - Meffe le R. Pere Vincenfo Caravita
Napolitain , & Religieux de la Compagnie
de Jefus , prononça le Panegirique de S.
Ignace , avec l'applaudiffement de fon illuftre
auditoire. Le Cardinal Conti s'eſt
rendu le même jour à S. Pierre pour prendre
poffeflion de fa Charge de Grand Penitencier
, il y fut reçu par quatre Chanoines
& quatre Beneficiers , qui après la :
Priere faite , le conduifirent au Tombeau
des Saints Apôtres , où il étoit attendu
par tous les Officiers de fon Tribunal
qu'il occupa pour la premiere fois.
-
Le Pape alla le fix au Monaftere des
Religieufes de S. Sixte de l'Ordre de Saint
Dominique , où vingt - trois Cardinaux le
reçûrent , les Religieufes lui báiferent les
pieds , & lui prefenterent un Portrait de
Saint Pie , exécuté par une fille illuftrë
dans la miniature ; ce tableau étoit orné
d'une très belle bordure dans le goût des
Indes. La R, M. Suor Maria Ifabella Rufpoli
, petite niéce de Sa Sainteté , & fillè
du Prince de Cerveteri Rafpoli , eft Religieufe
dans ce Couvent. Le Pape accorda :
auffi la " permiffion de lui baifer les pieds
à la Ducheffe d'Acquasparta fa fceur , à la
Ducheffe de Sforce , à la Princeffe Rufpolf,
0 .
162 LE MERCURE
à la Princeffe Barberini la mere , à la Do
cheffe de Gravina Urfini , à la Comteffe
Borromei la mere , à la Princeffe de Fiano,
auffi-bien qu'à D.Vittoria Sfoffa, fille duDuc
de ce nom , & à D. Vittoria Rufpoli , qui
eft élevée par les Religieufes de S. Sixte .
5
Le 10 Août , le Conneftable Colone
donna une très - belle ferenade à la Pilora,
fur l'un des deux ponts qui joignent fon
Palais à fes Jardins . Il fe trouva dans le
bel appartement voilin du concert une af
femblée des plus qualifiées & des plus
brillantes , qui fut regalée de rafraichiffemens
& de confitures. La fête fe termina
par un beau feu d'artifice mais elle fur
interrompue par un trifte accident. Deux
Eftafiers d'un Cardinal invité s'étant que
rellés firent du bruit , qui attira fur un
balcon une partie de l'affemblée . Le balcon
trop chargé fondit auffi - tôt , & écrafa un
Domeftique du Cardinal Prisli , qui dormoit
auprès. Le Marquis Gabrielli fe rome
pit un bras & une jambe , le Baron Mantona
Ecuyer du Cardinal Priuli , s'eft frapé
fi rudement la poitrine dans fa chûte, qu'il
en eft mort deux jours après. Don Aleffandre
Colone Carboniano n'a point été
bleffé , étant tombé fur les deux autres.
L'Abbé Copelli & l'Abbé Caneftra ont été
quelques jours en danger de la vie . M.
Cinftiniani , Receveur de Malthe , a prefente
DE SEPTEMBRE 163
fenté le 19 Août une Croix de cet Ordre
à Don Camille Cibo Patriarche de Conftantinople
, & Auditeur General de la
Chambre Apoftolique. Cette Croix eft
garnie de diamans , & a été envoyée par
le Grand Maître , qui en a envoyé une pareille
à Don Carlo Conti ; on croit qu'il
ne la portera que quand quelque Commanderie
fera vacante. Le Grand Duc de
Tofcane a envoyé à Don Mario Antonio
Conti neveu de Sa Sainteté , la Croix de
l'Ordre de S. Eftienne. Le malheur arrivé
à la fête donnée par le Connêtable Colone
a fait prendre les précautions les plus fûreş
dans celle donnée le 14 par le Cardinal
Ottoboni. Son Palais fur magnifiquement
illuminé ; un choeur nombreux d'excellentes
voix & d'habiles Simphonistes executa
une Cantate de la compofition de ce
Cardinal . Cette Cantate étoit intitulée
Rome joyeuse pour l'Exaltation de fon trés-
Saint Pasteur Prince & Citoyen. Ces Vers
exprimoient les fentimens de cet illuftre
Poëte & ceux de tous les Sujets de Sa
Sainteté. Le Concert fut fuivi d'un feu
d'artifice ; la décoration du feu reprefen
toit le Temple de Minerve, & les quatre
parties du Monde qui venoient y prefen
ter leurs offrandes. Le Duc de Bracciano
a obtenu enfin la difpenfe qu'il follicitoir
& il va époufer la Princeffe Borghese ,
O ij
*
foeur
164.
MERCURE LE
foeur de fa premiere femme.
Le 19 , le Cardinal de Rohan reçut la
nouvelle de la maladie du Roy Très - Chrétien
, fes allarmes ne furent pas longues ,
un fecond Courier lui aprit le 22 l'heu
reufe convalefcence de Sa Majesté . Il
annonça cette nouvelle au Pape dans une
audience particuliere qu'il en obtint le 23 .
Le 25 , jour de la Fête de S. Louis Roy de.
France , fut celebré dans l'Eglife de la
Nation Françoiſe avec une plus grande.
folemnité qu'à l'ordinaire. Trente - neuf.
Cardinaux invités par le Cardinal de
Rohan formerent une augufte affemblée ,
qui reçut Sa Sainteté dans cette Eglife ,
où Elle vint prendre part à la joye de lá
Nation , & mêler fes Prieres aux Prieres
publiques cette Ceremonie fut fuperbe ,
01 les Domestiques duCardinal de Rohan
étoient vêtus d'habits neufs , & on compra
dans fon cortege dix de fes caroffes magniquement
dorés. Le Pape fit éclater une
entre ffe particuliere pour Sa Majesté
Très -Chrétienne dans les deux audiences
qu'il accorda ce même jour au Cardinal
de Rohan. Le foir , prefque toutes les
rues de Rome furent illuminées ; tous
les François fignalerent leur zéle & leut
joye par les démonftrations les plus vives,
& furent fecondés par le Cardinal Aquaviva
, & les Miniftres de Sardaigne , de
0.15
Baviere .
DE SEPTEMBRE.. 165
Baviere , de Lorraine , de Parme , & autres
Miniftres Etrangers , qui diftinguerent
leurs Palais par des illuminations .
MORTS DE FRANCE.
MLouis ,
. de Gifars , Chevalier de Saint
Louis , Gouverneur de la Citadelle
de Cambray eft mort fubitement le premier
Septembre.
M. de Planipouin , Chevalier de Saint
Louis , Gouverneur de Valence en Dauphiné
, eft mort le Aouft.
M. de Savalu , Ayde Major d'Arras ,
eft mort le C
M. de Croiffy , Capitaine des Portes à
Douay, y eft mort le
eft mort le "Aouft .
M. Du Fort , Chevalier de Saint Louis ,
Brigadier de Dragons , & Gouverneur du
Fort de la Scarpe près de Douay , eft
mort le
M. des Rives , Ayde- Major & Capiraine
des Portes du Fort Blin près Salins ,
eft mort le
Dame Marie Franquin eft morte , & a
été enterrée le 22 Septembre à l'âge de
65 ans. Elle étoit veuve de M. Martin
de Marcara Avanchini Gentilhomme Perfan
, Confeiller au Confeil Souverain de
Pille Dauphine ; & Directeur de la Compagnic
166 LE MERCURE
pagnie des Indes Orientales de Perfe &
des Pays du Sud . Son corps a été tranfporté
aux Capucines.
Dame Gabrielle Angelique Bigres , époufe
de M. Berenger Philip. Ecuyer Baron
de Rye , ancien Confeiller- Secretaire du
Roy , eft morte le dernier Aouft .
M. Thierry Avocat au Confeil , Confeiller
Secretaire & Interprete de Sa
Majesté , eft mort le 5 Septembre.
-
Dame Marie de May, Nourice de S. M.
C. le Roy d'Efpagne , veuve de M. Ronlié
, Valet de Chambre de S. M. C. eſt
morte le 17 Septembre.
- M. Jean Gaisdon Irlandois , Maréchal
des Camps & Armées du Roy , eft mort
le 11 Septembre , âgé de 62 ans .
M. du Verger & de la Chaye , Ayde des
Camps & Armées du Roy , eft mort le
23 Septembre.
Dame Marie Hortence le Haquais ,
veuve de M. de Boiffet , Maitre d'Hôtel
ordinaire du Roy , eft morte à Port
Royal à Paris , le 9 Septembre , âgée de
82 ans.
Dame Catherine Renée Olier , époule
de M. le Comte de Troisvilles , Enteigne
de la premiere Compagnie des Moufquetaires
du Roy , en decedée à Paris le 18
Septembre , âgée de 24 ans .
Urbain le Goux de la Berchere , Chevalier
,
DE SEPTEMBRE. 167
1719.
*
valier , Confeiller du Roy en fes Conteils,
Maître des Requêtes honoraire 'de fon
Hôtel , eft decedé le 30 Août dernier
après une longue malade , âgé de 79 ans ;
il avoit été fucceffivement , Intendant de
Moulins , d'Auvergne , de Montauban , &
de Rouen ; il étoit frere de défunt M. Charles
le Goux de la Berchere Archevêque &
Primat de Narbonne , decedé le 2 Juin
La famille de Mrs de la Berchere a
donné plufieurs Premiers Prefidents , tant
au Parlement de Dijon , qu'au Parlement
de Grenoble , & fon ancienneté eft connue
avec honneur dans la Province de Bourgogne
. Défunt M. de la Berchere avoir
époulé Dame Antoinette le Févre d'Eaubonne
, decedée le 29 Decembre 1708 ,
de laquelle il a eu M. Louis le Goux de
la Berchere , Chevalier , Comte de la Ro
chepot , à prefent Confeiller d'Etat ordinaire
, marié au mois de Janvier 1706 à
Dame Magdelaine Charlotte Voyfin , fille
de défunt M. Voyfin , depuis Chancelier
de France.
François de Mailly , Cardinal Prêtre
Archevêque Duc de Reims , Premier Fair
de France , Abbé de Saint Etienne de
Caën & de Maffey , eft mort le 13 Sep
tembre à quatre heures du foir dans fon
Abbaye de Saint Thierry en Champagne,
étoit âgé de 63 ans : il étoit né le 4
Mars
4768 LE MERCURE
:
Mars 1658 il étoit fils de Louis Marquis
de Mailly & de Nefles , & de Dame Jeanne
de Monchy. Il fut nommé à l'Archevêché
d'Arles en 1697 : il fut Archevêque de
Reims en 1710 , & fut fait Cardinal paɛ
le Pape Clement XI. le 29 Novembre
1719 .
Marguetite Louife d'Orleans , petite
fille de France , Grande Ducheffe de Tofcane
, eft morte le 17 Septembre , âgée
de 77 ans , étant née le 28 Juillet 1645 : ·
Elle étoit fille de Monfieur Gafton Jean-
Baptifte de France , Duc d'Orléans , Frere
unique de Louis XIII . & de Marguerite
de Lorraine fa feconde feimine. Le . 19
Avril 166 elle époufa Cofme III . de
Médicis , Grand Due de Tofcane: Elle a
eu de ce mariage Anne - Marie- Louiſe de
Médicis, née le 11 Aouft 1667 , qui avoit
été mariée à Jean Guillaume dernier Electeur
Palatin , le 29 Avril 1691 , & Jean
Gafton de Médicis , Prince hereditaire de
Tofcane , né le 24 May 1671 , qui le z -
Juillet 1697 époufa Anne - Marie Fran
çoife , fille de Jules François Duc de Saxe
La vembourg , & veuve de Philippes Guillaume
Augufte Comte Palatin. Le corps
de Madame la Grande Ducheffe a été porté
fans aucune ceremonie le 19 au Couvent
des Religieufes de Picpus Fauxbourg Saint
Antoine , conformément à la derniere vo
lonté
DE SEPTEMBRE. - 169
lonté de cette Princeffe formellement
énoncée dans fon Teftament.
MARIAGES.
Faela Boidiere , fils de M. le Come de
Rançois de la Fontaine Solare , Comte
la Boiffiere , Chevalier de Saint Louis , &
Lieutenant de Roy de la Ville de Dieppe ,
& de Dame Marie Anne Bail d'Orcamps ,
a époulé à Saint Eustache le 14 Septembre
Damoiselle Marie- Anne- Henriette de
Boulainvilliers , fille de M. le Comte de
Boulainvilliers , diftingué par la litterature.
On avoit annoncé dans le Mercure de
Juin & Juillet le mariage arrêté entre
M. le Chevalier de Lorraine , & Mademoifelle
de Beauvau- Craon . On a fçû depuis
qu'il avoit été celebré à Luneville le
19 d'Août avec beaucoup de folemnité.
Jacques-Henry de Lorraine connu avant
fon mariage fous le nom de Chevalier de
Lorraine, eft né le 14 Mars 1698 de Charles
de Lorraine , & de Catherine - Therefe
de Matignon.
Charles de Lorraine 5. fils de Henry
Comte d'Harcourt , d'Armagnac , &c.
Grand Ecuyer de France , & de Marguerite-
Philippe du Cambout , né le 8 Avril 1648 ,
fut Comte de Marfan , Sire de Pons , Prince
de Mortagne , & c . Il eft mort le 13
No
vembre 1708.
PL
170 LE MERCURE
Le premier Mars 1683 , il époufa 1 ° .
Marie d'Albret , fille unique de Cefar-
Phebus d'Albret , Comte de Mioffens ,
Maréchal de France , & Veuve de Charles
d'Albret Sire de Pons , Prince de Mortagne
, morte fans enfans.
Il prit une feconde alliance avec Catherine-
Therefe de Matignon, Veuve de Jean-
Baptifte Colbert , Marquis de Seignelay ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , &c, de lalaquelle
il a eu ,
1º. Louis de Lorraine Prince de Pons ,
Comte de Marfan , &c, le 19 Novembre
1696. il a époufé le premier Mars 1714
Elizabeth de Roquelaure fille de Gaſton-
Jean -Baptifte- Antoine Duc de Roquelaure,
& de Marie de Laval.
20. Jacques- Henry de Lorraine , dont
il s'agit icy , premierement Chevalier de
Malthe , fous le nom de Chevalier de Lorraine
, & depuis fon mariage Prince de
Lixin , & Grand- Maître de Lorraine.
C'est tout ce qu'on peut dire de plus
abregé fur la branche de Lorraine , de
laquelle eft iffu le Prince de Lixin : mais
les bornes & la difpofition de cet Ouvrage
ne permettent pas de s'étendre plus loin
fur une Maifon dont perfonne ne peut
ignorer la grandeur,
On n'a pas deffein non plus d'entrer
dans le détail Genealogique de la Maiton
de
DE SEPTEMBRE. 171
de Beauvau Elle eft affez connue par ellemême
, par les grandes alliances qu'elle a
faites dans tous les tems , par le témoignage
des Hiftoriens qui l'ont toujours traitée
comme une Maifon des plus anciennes ,
& des plus illuftres , & enfin par les Génealogies
qui en ont été rendues publiques ,
aufquelles il ne feroit pas difficile d'ajoûter
plufieurs chofes que leurs Auteurs ont
omifes , fi l'on n'étoit point obligé de fe
borner à un fimple éclairciffement trésfuccinct
fur la branche qui vient de contracter
l'alliance dont il s'agit.
Anne - Marguerite de Beauvau - Craon ,
épouſe du Prince de Lixin eft fille puînée de
Marc de Beauvau Marquis de Craon , grand
Ecuyer de Lorraine , & d'Anne - Marguerite
de Ligniville , Dame d'Honneur de S.
A. R. Madame la Ducheffe de Lorraine.
Marc de Beauvaut Marquis de Craon , eft
fils du fecond lit de Louis Marquis de Beauyau,
mort Capitaine des Gardes du Corps
de Leopold I. Duc de Lorraine , & d'Anne
de Ligny. Il a eu de fon mariage avec
Anne -Marguerite de Ligniville plufieurs
enfans , dont ,
1. Elizabeth - Charlotte de Beauvau-
Craon , cy- devant Dame Chanoineffe de
Maubeuge , & aujourd'huy Coadjutrice de
l'Abbaye de Pouffay.
2. Anne Marguerite de Beauvau - Craon
Pij
PLR172
LE MERCURE
Princeffe de Lixin , qui donge lieu à cer
article..
3. N. de Beauvau-Craon , reçu en furvivance
de la Charge de Grand- Ecuyer.
Louis Marquis de Beauvau , pere du
Marquis de Craon , eut de fon premier
mariage avec Charlotte de Florainville
plufieurs enfans , dont l'aîné eft Jofeph-
Louis Marquis de Beauvau Maréchal de
Lorraine , & Barrois , Grand- Bailly d'Al,
lemagne , Marquis de Novian , Baron
d'Hargeville , Seigneur de Fleville , &c .,
lequel a eu auffi plufieurs enfans de fon
premier mariage avec Jeanne-Marie - Madelaine
de Ludres , après la mort de laquelle
il a pris une feconde alliance avec
N. d'Anglure.
C'eſt dans les perfonnes de Jofeph-
Louis Marquis de Beauvau , & de Marc
Marquis de Craon , que refide la branche
aînée de toute la Mailon .
Le premier des Seigneurs de cette bran
che qui paffa en Lorraine , fut Jean Baron
de Beauvau . Il avoit fuivi en ce pays - là
René d'Anjou Roy de Naples , de Sicile ,
& de Jerufalem , Duc de Lorraine , d'Anjou
, & de Bar , Comte de Provence , &c ,
Ily fixa fon établiffement par fon-mariage
avec Jeanne de Mannonville , unique heritiere
de la Maiſon de ce nom . Il fucceda
à fon frere Louis en la Charge -de
Sencchal
DE SEPTEMBRE. 171
Senechal d'Anjou > qu'il aiffa entre les
mains de Ferry de Lorraine , Comte de
Vaudemont, gendre du Roy René, & perę
de René II. Duc de Lorraine & de Bar.
Jean de Beauvau étoit fecond fils de
Pierre de Beauvau & de Jeanne de Craon .
Il vint au monde par le moyen de l'ope
ration Cefarienne . Il en coûta la vie àfa
mere , qui en confideration de ce facrifice
volontaire , exigea que lui & fes defcen
dans porteroient à l'avenir les Armes de
Beauvau écartelées de celles de Craon ;
condition qui a été inviolablement obfervée
.
En 1454 Louis de Beauvau fon frere
aîné, n'ayant point d'enfans mâles , reſerva
par le Contrat de Mariage de la fille Iſabelle
avec Jean de Bourbon Comte de
Vendôme , à fondit frere la Terre de Beauvau,
& autres qu'il avoit entre les Rivieres
de Loire & du Loir pour foutenir le nom >
& les Armes de fa Maiſon . Deux ans aprés
il confirma cette donation , à laquelle il
ajoûta quelques autres Terres qu'il poffedoit
en Provence ; & il les fubftitua toutes
au fils aîné dudit Jean , & à fes deſcendans
aînés , qui effectivement en ont jouï
affez long- tems .
On croit pouvoir faire remarquer au
fujet de cette grande alliance , que de toutes
les Maifons du Royaume qui ont l'hon-
P iij
neur
174
LE
MERCURE
neur d'être aliiées à la Maiſon Royale en
ligne directe , il n'y en a point qui le foit
fi proche que la Maifon de Beauvau . Pour
s'en éclaircir , il n'y a qu'à jetter les yeux
fur la petite Table fuivantë.
JEAN II. DE BOURBON
Comte de Vendôme ,
époufa
FRANÇOIS DE BOURBON
Ifabelle de Beauvau.
Marie deLuxembourg
CHARLES DE BOURBON ,
"
fon fils , époufa
Duc de Vendôme , fon Françoife d'Alençon.
fils , époufa
ANTOINE , Roy de Navarre
fon fis , époufa Jeanne d'Albret.
HENRY IV . Roy des
France & de Navarre
fon fils , époufa
Marie deMedicis ,& c.
Madame la Princeffe de Carignan eft
accouchée d'un fils le 25 Septembre , à
fept heures du matin , à l'Hôtel de Soilfons.
CHARGES , DIGNITEZ ,
Penfions.
Mtant General des Armées du Roy ,
. le Marquis de Chelader , Lieute
eft nommé
pour commander les lignes du
côté de Lyon.
M.
DE SEPTEMBRE. 175
M. Dagueffeau , fils de M. le Chancelier
, fe défait de fa Charge d'Avocat du
Roy au Châtelet , pour acheter celle d'Avocat
General du Parlement , fur la démif
fion volontaire de M. Joly de Fleury .
M. de Saint-Contest le fils achette la
Charge d'Avocat du Roy au Châtelet
que poffedoit M. Daguefleau.
*
Le fecond fils de M. le Chancelier a eu
une difpenfe d'âge pour être reçu Confeiller
au Parlement.
M. Boudin , cy - devant Premier Medecin
de feu Monfeigneur & de deffunte Madame
la Dauphine , & Medecin ordinaire
du Roy, a été nommé Prémier Medecin de
l'Infante d'Efpagne.
M. de la Forcade , Chevalier de S.Louis,
qui étoit Lieutenant de Roy de la Citadelle
de Cambray , en a obtenu le Gou
vernement le 2 Septembre.
Et M. de Bonafaux , Chevalier de Saint
Louis , qui en étoit Major , eft monté à la
Lieutenance de Roy.
Et M. Cornier cy- devant Major de Fontarabie
, a eu la Majorité.
. M. Praflon , Chevalier de S. Louis , a
obtenu le Commandement de Colmar
auffi le 2 Septembre.
Et M. de Chauvigny , Chevalier de
S. Louis , qui en étoit Gouverneur , eft
Lieutenant de Roy du Fort Louis du Rhin .
Piiij M.
176 LE MERCURE
M. d'Arnoult , Chevalier de S. Louis ,
cy- devant Lieutenant de Roy de la Citadelle
de Strasbourg, a obtenu la furvivance
du Commandement du Fort de S. Sauveur
de Lille...
M. Rabincq , Chevalier de S. Louis ,
Lieutenant Colonel reformé d'Infanterie ,
a obtenu le Commandement de Rodemaker
, auffi le 2 Septembre.
M. le Chevalier de Marcieu , Chevalier
de S. Louis , Meſtre de Camp du Regiment
Royal des Vaiffeaux , & Infpecteur Gene .
ral d'Infanterie , a obtenu le 10 Septembre
le Gouvernement de Valence en Dauphiné.
M. de Mianes , Chevalier de S. Louis ,
cy- devant Lieutenant de Roy du Châteaude
Nantes , a obtenu le premier Août le
Gouvernement de la Citadelle d'Arras ,
vacant par la démiffion de M. de Minon.
M. de Boujols a obtenu la Charge de
Châtelain de la Châtelenie d'Uffon en
Auvergne , par la mort de M. le Comte de
Boujols fon pere.
M. Savalu , Capitaine en fecond au
Regiment de Guyenne , a eu l'Ayde- Majorité
d'Arras.
M. de la Douaire , cy - devant Major
de S. Sebastien , a obtenu la Majorité
d'Arras , par la mort de M. le Chevalier
de Percy.
M. de la Motte Cleraut , Capitaine an
Regiment
DE SEPTEMBRE. 177
Regiment de Pons , a obtenu la Majorité
de fon pere , qui eft mort.
M. de la Morte , cy - devant Capitaine
des Portes à S. Sebaftien , a obtenu un
pareil Employ à Douay , par la mort de
M. de Croiffy qui le poffedoit.
M. de Buffy , Maréchal de Camps &
Armées du Roy , a obtenu le Gouvernement
du Fort de la Scarpe , prés Douay.
M. des Marais , Lieutenant des Grenadiers
au Regiment de Nivernois , a été fait
Ayde- Major & Capitaine des Portes du
Fort Blin , près Salins .
M. de Berville , Maréchal des Camps &
Armées du Roy, a une expectative de Commandant
de l'Ordre Militaire de S. Louis,
à 3000 liv. de penfion.
Le Roy a donné une penfion de 3000.
liv à M. de Gaufredy , Avocat General
du Parlement de Provence.
EVESCHEZ, ABBAYES ET BENEFICES.
M
P'Abbé le Blanc , frere de M. le
Blanc Secretaire d'Etat , chargé du
Département de la Guerre , & de M. PEvêque
d'Avranches , a été nommé à l'Evêché
de Sarlat , fur la démiffion volon-
Faire de M. l'Abbé de Valbelle , qui avoit
été nommé à cet Evêché.
Le Pere Polinier , Chanoine Regulier de
Sainte
178 LE MERCURE
Sainte Geneviève , a été élu Abbé par le
Chapitre General le 11 Septembre. II
avoit déja obtenu la même Dignité en
1715.
Il vaque deux Abbayes par la mort de
M. le Cardinal de Mailly.
L'Abbaye de S. Eftienne de Caën de
l'Ordre de S. Benoiſt , dans le Diocéfe
de Bayeux.
Et l'Abbaye de Maffay du même Ordre
, dans le Diocéte de Bourges .
Et le Prieuré de Souliers en Provence.
Le Roy a donné à M. Jofeph Alphonfe
de Valbelle , Aumônier du Roy , nommé
à l'Evêché de Sarlat , la Coadjutorerie de
l'Evêché de Saint Omer , dont M. de Valbelle
de Tourues fon oncle eft Evêque.
M. l'Abbé de Fortia , fils de M. de Fortia
, Confeiller d'Honneur du Parlement
& Chefdu Confeil de la Maifon de Condé,
a eu une penfion de 1 500 liv . fur l'Abbaye
de Chailly, conformément à ce quien a été
dit dans le Mercure de Juin & de Juillet.
Le Roy en qualité d'Abbé de l'Eglife
Royalle & Collegiale de Saint Martin de
Tours, a pourvû en Régale M. l'Abbé Vauquelin
, Prêtre du Diocéfe de Lifieux , de la
Prevôté d'Antony , dépendante de fon Abbaye
de S. Martin , le 7 Août 1721. Qa
donnera le mois prochain un Memoire fur
unDroit fiparticulier , qui eft fort curieux .
JOURNAL
DE SEPTEMBRE. 175
JOURNAL DE PARIS.
PRE's avoir ébauché dans le
precedent. Mercure le Tableau
des Fêtes celebrées à Paris , au
fujet de l'heureufe convalefcence
du Roy, il eft jufte de donner auffi
un crayon de la joye des Provinces dans
cette occafion fignalée par l'amour des
Peuples pour leur aimable Prince. Si on a
trouvé impoffible de détailler exactement
ce qui s'eft paffé dans la Capitale , on trou
ve encore moins faiſable de compter & de
décrire toutes les réjouiffances du Royaume.
Chaque Ville a paru le fejour de Sa
Majefté , & a cru l'avoir pour témoin de
fon zele & de ſes tranfports. On ne fuivra
point d'autre ordre dans ce récit que
la
reception des Lettres qui en contiennent
les détails , & que l'on va lire ainfi qu'elles
ont été écrites , pour ne pas alterer les
fentimens qui les ont dictées .
A Marennes ce 27 Août 1721.
Thamaladie de notre digne Monarque , a
Oute la France juftement allarmée de
fait des prieres à Dieu pour fa confervation,
qu'il
280
LE MERCURE
qu'il lui a plû d'exaucer ; les Peuples ont
à l'envi manifefté leur joye fur l'heureux
retour de fa précieufe fanté , & le moindre
Hameau a donné en cette occafion des
marques de fon zele . Ce lieu qui n'eſt
qu'un Bourg a fait tout ce qu'on pouvoit
attendre des grandes Villes : la Milice du
Païs , tant Dragons qu'Infanterie , fut fous
les armes tout le jour 24 de ce mois , le
Te Deum fut chanté à la Parroiffe , enfuite
grand feu à la Place publique , illuminations
à toutes les fenêtres , artifice en campagne
de toutes parts , & feu devant chaque
maifon ; tout cela a continué pendant
trois jours , & on a propoté de recommencer
, dans le repas qui le fit à cette occafion
le 24 , duquel étoit M. de la Chauvrie ,
Lieutenant de Roy de la Ville & Gouvernement
de Brouage ; M. Binaud Procureur
du Roy , de cette Election , & Docteur en
Medecine , fit impromptu la Chanfon qui
fuit.
SUR L'AIR DU MENUET
Regne Amour dans ce beau fejour.
Ç'a qu'on verfe par tour du vin ,
Que la trifteffe
Cede à l'allegreffe ;
Ç'a qu'on verfe par tout du vin ,
Quand il eft bon
C'est l'ame du feftis. Beuvons
DE SEPTEMBRE. 18#
Beuvons à la fanté d'un Roy ,
Qu'éleve pour nous Villeroy ,
Heureux mille fois vous & moy
De vivre & de mourir fous fa loy ;
De la France
La réjoüiffance
Fait voir chaque jour
Qu'il regne par amour .
De Pezenas le 4 Septembre.
LEst
Es réjoiiiffances qui ont été faites dang
notre Ville à l'occafion de la convalefcence
du Roy , ont été accompagnées de
démonſtrations de joye fi éclatantes , & la
plupart des Habitans s'y font fi fort diſtingués
, que vous me fçauriés mauvais gré
de ne vous en avoir pas informé. Vous
connoiffés l'heureufe fituation de cette
Ville , & fes avantages fur toutes celles
du Languedoc , par la fécondité de fon territoire
, la richeffe de ſes eaux , & la bonté
de fon climat ; il eſt juſte que vous connoiffiez
le zele qui l'anime , quand il s'agit
de l'intereft de Sa Majefté. Mrs les
nouveaux Confuls n'eurent pas plutôt reçû
les ordres pour faire des réjouiffances publiques
, qu'ils donnerent les leurs aux
Prevôts des Arts & Métiers, qui fe rendirent
à l'Hôtel de Ville avec leurs Dra
peaux
282 LE MERCURE
peaux & Tambours le Dimanche 24 Aout ;
le Te Deum fut chanté à l'iffuë de V
Vêpres
par M. les Doyen & Chanoines de l'Eglife
Collegiale de cette Ville , M. de Boudoul
Capitaine Châtelain de la Ville , & Subdelegué
à l'Intendance , y -affifta avec Mrs
les Echevins , & une grande affluence de
peuple. L'on avoit préparé au bout du
Quay dans l'Esplanade un bûcher magnifique
; M. Aftanieres premier Conful ,
auffi diftingué par fon merite perfonnel ,
que par l'exercice de fa Charge , avoit eu
la fage précaution d'ordonner que les portes
fuffent fermées de fort bonne heure ,
pour ne pas déranger les mefures que l'on
prend pour la garde , à caufe de la contagion
; les Prevolts des Arts & Métiers à la
tête des Artifans , fe rendirent dans la
Place de l'Hôtel de Ville avec leurs Tambours
& Fifres , & commencerent la marche
vers les huit heures du foir , pour aller
allumer le feu. Il ne faut pas omettre de
vous parler de la fameule machine du
Poulain , qui précedoit pour écarter la fouon
la faifoit jouer avec un mouvement
& une adreffe inconcevable ; vous auriez
été ravi de la revoir , elle vous auroit
rappellé le fouvenir des plaifirs innocens
que nous goûtions enfemble au College ,
& avec combien de furprife nous regardions
autrefois cette reprefentation , qui
le ;
au
DE SEPTEMBRE. 183
au mouvement près , par fa groffeur , &
les gens qu'elle renferme , reffemble en
quelque façon au cheval de Troye . Cette
machine étoit fuivie par les Valets de Ville,
avec leurs habits & leurs pertuifanes , &
ceux - ci par d'autres Valets qui portoient
des flambeaux de cire blanche , pour allumer
le feu de joye , M. le Châtelain &
les Confuls venoient enfuite revêtus de
leurs robbes , le bruit des Trompettes &
Tambours uni aux acclamations du peuple,
produifoit une vive joye dans les coeurs
des fpectateurs. Les Dames & les perfonnes
de diftinction occupoient les balcons
& les fenêtres des maifons qui font fur le
Quay , cette promenade fi agreable : toute
la Ville fut illuminée. M. de Requefol ,
Capitaine au Regiment de Louvigny , fit
remarquer fa maiſon par le nombre des
lumieres & leur arrangement. Le feu fut
mis au bucher à huit heures du foir ; les
décharges des boëttes & les acclamations
du peuple , dont le Quay & la Place étoient
remplis , accompagnerent la ceremonie.
Po
A Compiegne ces Septembre.
Ourfatisfaire , Monfieur , l'envie que
vous avés de fçavoir les rejoüiffances
faites pour le rétabliffement de la fanté du
Roy dans notre Ville,je vous diray qu'elles
n'ont
184 LE MERCURE
.
n'ont pas commencé fitôt qu'on l'auroit
fouhaité , à caufe de l'utage où l'on eft
d'attendre les ordres du Gouverneur de la
Province & de l'Evêque , pour pouvoir
affembler le Clergé. Dès que M. le Gouverneur
eut envoyé les fiens , on écrivit à
M. l'Evêque de Soiffons : cependant le
II d'Aouft M. de Chambodon Avocat
en Parlement , & Subdelegué de M. l'Intendant
, invita à fouper chés lui toute fa
famille , & une partie des Officiers de la
Garnifon ; il fit faire devant fa porte un
grand feu , illumina fa maiſon , diftribua
du vin à fes voifins , & donna un grand
Bal qui dura toute la nuit. Le Samedy
16 on reçut réponſe de M. l'Evêque de
Soiffons , & auffi - tôt Mrs les Gouver
neurs Attournés ayant choifi pour la folemnité
le Lundi 18 , le firent annoncer dans
toute la Ville par les Tambours , Trompettes
; Violons & Hautbois , ordonnerent
de tenir ce jour là les Boutiques fermées
, de faire des feux , d'illuminer les
maifons , & d'obéir aux Capitaines des
Quartiers qui avoient ordre de mettre la
Bourgeoifie fous les armes. Le Dimanche .
fur les cinq heures du foir Mrs les Gouverneurs
Attournés fitent faire une feconde
publication comme le jour precedent.
Sur les fix heures ils allerent à la defcente
J
des Coches d'eau des Rivieres d'Oife &
d'Aifne ,
DE SEPTEMBRE. 185
3
2
d'Aifne , qui après s'être réunies à une
demie lieue de cette Ville , en viennent
battre les murs , ils firent boire à la fanté
du Roy tous ceux qui fe trouvèrent dans
ces Voitures , pendant que les Tambours,
Trompettes , Violons & Hautbois , qui
étoient le long de la Riviere , joüoient
des fanfares. Sur les huit heures toutes
les cloches de la Ville , la cloche de Triomphe
de l'Hôtel de Ville , & trois décharges
du canon des remparts annoncerent le
Te Deum pour le lendemain . Ce même
jour plufieurs perfonnes illuminerent leuc.
maiſon , ſouperent à leur porte ,
& firent
boire les paffans à la fanté du Roy. Le
Lundy à la pointe du jour le canon recommença
, & l'on n'entendit plus que le
bruit des Tambours , Trompettes , Violons
& Hautbois , chaque Compagnie
Bourgeoife fe mit fous les armes à lá
porte de fon Capitaine. Les Chevaliers de
l'Arquebufe , de l'Arbalêtre & de l'Arc
s'affemblerent à leurs jeux , & toutes enfuite
fe vinrent , ranger en bataille fur la
grande Place , vis - à- vis l'Hôtel de Ville ,
qui étoit orné de riches tapis & du portrait
du Roy , placé entre quatre Deviles
compofées pour la fête.
Dans la première , pour faire voir la terreur
qu'avoit jettée dans les efprits la maladie
de Sa Majefté , on avoit peint un
foleil
186 LE MERCURE
foleil éclipfé & une terre dans les tenebres ,
avec cette Legende , Deliquium tellus patifur
tecum.
La feconde , pour montrer la joye qu'a•
voit caufée fa guerifon , reprefentoit un
foleil qui fe dégage des te ebres qui l'obfcurciffent
, avec cette Infcription , Que
tibi , lux redit orbi.
La troiſième , pour exprimer la promp
titude de fa guerifon reprefentoit un fleuve
qui après s'être precipité fous terre , en
fort peu après plus tranquille & plus pur
autour étoient ces mots , Pulcrior exurgit..
La quatrième , pour marquer que rien
ne devoit moins allarmer les Peuples que
la delicateffe de fon temperament , étoit
un jeune chefne qui croît & fe fortifie
le foufle des vents qui l'agitent , avec
ces mots , Sic robora crefcunt.
par
Sous le portrait du Roy étoit cette In,
fcription :
Reftitutam Regi fanitatem ,,
Affertam Gallia [alutem.
Gratulatur
Civitas Compendienfis.
Sur les quatre heures , temps marqué
pour
le Te Deum , les Compagnies Bourgeoiles
ayant formé une double haye de
puis la porte de l'Hôtel de Ville jufqu'au
Portail
DE SEPTEMBRE.
187:
1
Portail de Saint Corneille, la marche commença
par les Compagnies des Chevaliers.
de l'Arc & de l'Arbalètre , après eux marchoient
les Tambours , Trompettes , Violons
& Hautbois , les Valets de Ville ent
Cafaques , les Gardes de M. le Comte d'Evreux
, Gouverneur de la Province ; ceux
du Duc d'Humieres , Gouverneur de la
Ville & du Château ; M. de Gaya Com--
mandant de la Place ; Mrs de Ville , en
habits de ceremonie , & les Chevaliers de
l'Arquebufe. Les trois Compagnies , dont
deux commençoient la marche , la troifiéme
la terminoit , étoient vêtuës d'habitsuniformes
& magnifiques. Au retour du
Te Deum Mrs les Gouverneurs Attournés -
donnerent un grand repas aux trois Com--
pagnies & aux Officiers des Quartiers..
M. Conftant, l'un des Gouverneurs Attournés
, jetta en differentes fois de l'argent au
peuple. Sur les huit heures toutes les Com
pagnies s'étant rendues à leur pofte autour
du feu , vis- à- vis de l'Hôtel de Ville , Mrs
les Gouverneurs Attournés , précedés de
M. de Gaya , allumerent le feu au fon de :
toutes les cloches de la Ville , au bruite
des décharges de la moufqueterie & du
canon . Dans ce moment toute la façade
de l'Hôtel de Ville , toute remplie de pors
à feu parut enflammée jufqu'au haut du
Beffroy, Ce jour là la fête finit par un
Qij grand
288
MERCURE LE
grand Bal , qui dura toute la nuit dans
la grande Salle de l'Hôtel de Ville.
Les Bourgeois engagés par l'exemple des
Mrs de Ville , & encore plus par le zele &
l'affection refpectueule qu'ils ont pour le
Roy, non feulement ne manquerent en rien
aux ordres qui leur étoient donnés , mais
encore y ajouterent beaucoup. Les femines
même voulurent montrer leur zele , on en
vit plufieurs habillées en Amazones , le mê
ler parmi les Compagnies Bourgeoifes , &
faire retentir toute la Ville des coups de
moufquet qu'elles tiroient continuellement.
Le foir auffi-tôt que le feu de la Ville fut
allumé , on ne vit dans toutes les ruës que
tables dreffées , on n'entendit plus que le
bruit des moufquets & celui des canons.
Le lendemain les Chevaliers de l'Arquebule
, qui avoient fait tout préparer pour
leur Te Deum dans l'Eglife Paroitiale de
Saint Jacques , où eft leuri Chapelle , fe
rendirent dans cette Eglife fur les onze.
heures du matin , précedés des Tambours ,
Trompettes , Violons & Hautbois , & entendirent
une grande Meffe , qui fut accom
pagnée de décharges de moufqueterie , &
fuivie de l'Exaudiat. Le foir fur les cinq
heures ils fe rendirent dans la même Eglife
& dans le même ordre , avec le Corps de
Ville & le Commandant à leur tête ; on
chanta le Te Deum en musique , au bruit
dc
DE SEPTEMBRE. 189-
#
de l'artillerie & de la moniqueterie . Ce
jour là les divertiffemens recommencerent,
on dreffa des tables , & les maifons furent
illuminées comme la veille . Il faut dire à la
louange des Gouverneurs Attournés , qu'ils
montrerent l'exemple par leurs liberalitez
. Mrs de Beauval , le Caron, Levesque,
& Conftant , l'on emporté fur les autres
par leurs illuminations . Les Chevaliers de
l'Arc firent chanter leur Te Deum dans
l'Abbaye de Saint Corneille ; les Jefuites ,.
les Minimes , les Capucins , & les Dames
Chanoineffes de Saint Nicolas , celebreient
la même fête avec le même zele. M. le
Parquet , Curé de la Paroiffe de Saint Jac-'
ques , fe diftingua par une grande folemnité
; il fit chanter dans fon Eglife , Matines
, grande Meffe , Vêpres , Salut , &
pendant le Salut le Te Deum en Mufique..
Les Pelerins de Saint Jacques , les Officiers
du Bailliage , le Doyen de la Collegiale de
Saint Maurice ; enfin tous les Corps de la
Ville s'acquitterent avec empreffement de
ce devoir.
Ma
De Châlons , ce G Septembre.
ael
. l'Abbé le Maître de Paradis , Abbé
de l'Abbaye de Touffaint dans l'ifle
de Châlons en Champagne , Chanoine
de la Cathedrale de la même Ville , & Vicaire
170 LE MERCURE
caire General du Diocéfe , voulant donner
des marques publiques de la joye qu'il a
reffentie du Rétabliffement de la Santé du
Roy, fir chanter le Te Deum en Mufique
dans l'Eglife de fon Abbaye , le 24 Août
dernier , veille de la Fête de S. Louis , à.
fept heures du foir.
İl invita à cette ceremonie les Officiers du
Confeil de la Ville , qui y affifterent en
Corps, precedés & fuivis de leurs Archers;
M. l'Abbé le Maître y officia , & aprés que
les Prieres furent finies , & qu'il ent quitté
les habits de l'Eglife , il vint en long manreau
fe mettre à la tête du Confeil de
Ville , dont il eft Prefident en la qualité
d'Abbé de Touffaint , qui le rend auffi
Seigneur de la Ville , il alla avec ces Melfieurs
allumer un feu de joye qu'il avoit
fait élever dans la Place devant le Portail
de l'Eglife , les Bourgeois fes Vaffaux .
étant fous les armes.
Il entra enfuite avec Meffieurs du Con--
feil de Ville dans fon Palais Abbatial , où
il leur donna un fouper compoté de deux
grandes tables qui furent fervies avec toute
P'abondance , la delicateffe & la propreté
les plus recherchées.
Tout le contour exterieur de l'Eglife de
l'Abbaye étoit illuminé par une grande:
quantité de pots à feu.
Les façades du Palais Abbatial & tous .
les.
DE SEPTEMBRE. 10%
les murs de clôture , qui font d'une vaite
étendue , étoient pareillement illuminées.
Pendant le Te Deum & le Repas on fit.
dans les Jardins de l'Abbaye plufieurs falves
de canon & de boëtes , & il y en eut
une particuliere annoncée par les tambours .
lorfque M. l'Abbé le Maître porta la Santé
1 du Roy , qui fut buë , chacun étant debout
& découvert , avec de grandes acclama→
tions de Vive le Roy.
A l'iffue du fouper fur les onze heures
du foir , M. l'Abbé pour rendre la fête
complette , fit tirer au fond du jardin un
Feu d'artifice fur un theatre preparé à cet
effet.
Ce theatre de quatre toifes en quarré
étoit élevé au niveau des murs du jardin,
faifant face au Palais Abbatial d'un côté,.
& des autres côtés aux Ports & aux diffe
rens Quais qui regnent le long de la Ri-.
viere de Marne , dont les eaux paffent au
bas des murs de l'Abbaye.
On avoit conftruit fur ce theatre une
bâtiment de deux toifes en quarré , qui
formoit quatre grands portiques , ornés de
peintures des chiffres du Roy & d'em
blêmes..
Sur ces portiques regnoit une gallerie ,,
qui étoit bordée de petites gerbes & de :
lances à feu. ;, on voyoit aux quatre en--
cognures
192 LE MERCURE
Cognures huit Statues qui embrasfoient de
groffes gerbes de feu.
Au deffus paroiffoit une Piramide à huit
faces de quinze pieds de haut , pofée fur
fon piédeltal , garnie d'une infinité de lampions
, & terminée par un Soleil de feu ,
& le piédeftal garni de quatre grandes
roues de feu aux quatre faces.
·
Tout ce Feu d'artifice fut tiré avec beaucoup
d'ordre & d'adreffe , & produifit un
fpectacle très brillant ; aprés quoi M,
l'Abbé le Maître fit tirer dans un coin du
jardin une prodigieufe quantité de fufées ,
qui amuferent le Peuple une partie de la
nuit.
Les Dames de la Ville , qui étoient en
grand nombre dans les appartemens , & les
jardins de l'Abbaye , firent ufage des beaux
fruits & des rafraichiffemens que M. l'Ab
bé leur fit prefenter .
Les Chevaliers de l'Arquebuſe de Châlons
s'étant affemblez le 9 d'Août refolu
rent de faire chanter le Te Deum , & priérent
les Chevaliers de Reims , qui étoient
arrivez à Châlons pour un défi , de vouloir
bien les accompagner dans cette Ceremonie.
Le Dimanche fur les quatre heures
après midy , les deux Compagnies fe mirent
en marche , Meffieurs les Chevaliers
de Reims à la tête , & fe rendirent aux
RR. PP. Auguftins . Le Te Deum y fur
chanté
DE SEPTEMBRE. 193
chanté en Mufique au bruit des tambours
& d'une décharge continuelle d'artillerie.
Enfuite les deux Compagnies retournerent
à l'Hôtel des Arquebufiers de Châlons ,
où on voyoit fur la Porte un Tableau ,
reprefentant le Génie Tutelaire de la
France , qui d'une main couvre le Roy
d'un bouclier , pendant que de l'autre il
menace & repouffe la Parque Atropos ,
tenant fes cifeaux à la main. Le Dieu ELculape
, ou le Génie de la Santé prend le
jeune Prince entre les bras , & femble le
tirer hors du lit , auprès duquel Minerve
veille à fa confervation ; la France eft aux
pieds de ce lit , & par fon attitude exprime
fa joye , & les Actions de Graces qu'elle
rend à Dieu pour le Rétabliſſement de la
Santé de fon Roy. Ce Tableau étoit entouré
de lampions & de pots à feu , ainfi que
toutes les autres Portes & murailles du
jardin. Là fe fit ungrand repas , ou Mrs. les
Chevaliers de Reims avoient été invités ,
avec le Grand-Bailly de Châlons , & unebonne
partie de la Nobleffe. Ce Repas fur
precedé d'une décharge d'artillerie , & d'un
Feu d'artifice . L'on y but à la Santé dư
Roy au bruit des violons , des tambours
& des acclamations de Vive le Roy.
Dès que le Rétabliſſement de la Santé
du Roy fut fçû dans les Provinces , Madame
de Gaillarbois Marcouville , Prieure
R dat
194 LE MERCURE
du Prieuré Royal de l'Hôpital S. Jacques
du Petit- Andely en Normandie , fit prier
M. le Lieutenant General de cette Ville ,
avec toutes les Dames les plus diftinguées ,
de fe trouver au Te Deum qu'elle fit chanter
dans fa Maifon , qui fut fuivi d'un trèsgrand
feu devant la Porte du Couvent ,
& de quelques tonneaux de Vin pour le
Peuple.
Fête particuliere an ſujet du Rétabliſſement
de la Santé du Roy.
A
Leuquétot , petit Village du Pays de
Caux , relevant de M. le Marquis du
Becde Fréquienne, Confeiller au Parlement
deRouen, il fut donné le 31 d'Août dernier
par Madame de Villemont , qui y poffede
une petite Terre , une Fête des plus galantes.
Cette belle zélée , tendre & fidele
Sujete du Roy , quoique née Hollandoife,
d'une des plus Nobles familles de la Province
de Gueldre , fit ordonner au Havre
de Grace , voifin du lieu , grand nombre
de futées volantes , avec plus de quatreyingt
boëtes , qui furent tirées par un Canonier
qu'elle avoit fait venir exprès . Entre
8 à 9 heures du foir elie mit elle -même
le feu au bucher preparé pour la tête.
Tous les Paytans de a Patoffe , & quanrité
d'autres des lieux circonve tins , s'y
BLOUVC.Ent
DE SEPTEMBRE. 195
trouverent en armes. La façade de fa mai
ſon , qui eſt aſſez reguliere & à la moderne
, étoit entierement illuminée , ainfi que
la cime des jeunes fapins qui en forment
l'avenue. Les Payfans fient fans relâche
des décharges de moufqueterie , en criant
de bon coeur & à pleine tête , Vive &
vive le Roy quatre violons , deux baffes ,
plufieurs tambours contribuérent à l'agrément
de la fête ; les fufées volantes firent
un très bel effet , & le bruit des boëtes au
milieu de la nuit , retentiffoit à plus d'une
lieuë à la ronde. Cette petite contrée qui
eft fur une éminence , fembloit être tout
en feu. Outre la table de la Maîtreffe >
où elle avoit invité plufieurs , perfonnes de
merite & de confideration , tous les Payfans
furent regalés à part ; & quelque
nombreufe que fut l'affemblée ,perfonne ne
s'en retourna avec la foif. Cette petite
Fête champêtre , où les Payfans & les Payfannes
danferent toute la nuit , avec des
acclamations prefqué continuelles de Vive
Le Roy, fe termina au point du jour. Alors
chacun fe retira chez foy fort content. Il
eft bon de remarquer que cette Dame
pour ne rien oublier de tout ce qui pou.
voit contribuer à marquer fon zéle , avoit
fait mettre en grands caracteres fur le
fronton de fa maifon les . Vers fuivans
qui lui avoient été envoyés quelques jours
kij. auparavant
>
196 LE MERCURE
auparavant par fon mary :
Que de larmes auroient coulé !
Helas ! fi la cruelle Parque
Avoit à fa fureur pour jamais immolé
Notre auguſte & charmant Monarque.
Du Seigneur Toutpuiffant qui le rend à nos
voeux ,
Obtenons par des facrifices
Qu'étant dés à prefent l'objet de nos delices ,
Il vive affez pour l'être encore de nos neveux,
Lejo
A Saint-Omer ,ce 7. septembre,
Er du mois paffé , on fit de grandes
réjouïffances dans la Ville de Saint-
Omer en Artois , au fujet de la convalefcence
de Sa Majeſté, L'on chanta dans
PEglife Cathedrale le Te Deum de Lully ,
qui futexcellemment executé ; cette Eglife
étoit très-bien illuminée , la decoration
magnifique , les Devifes , les Emblé
mes & les Cronographes étoient des plus
heureux , & avoient été imaginez par M.
PAbbé Charlet , Licentié de la Faculté de
Paris, & Chanoine de la Cathedrale . Après
le Te Deum , auquel affifterent tous les
Corps de la Ville , le Magiftrat fit tirer
fur la grande Place un fort beau Feu d'aɛrifice
, qui fut fuivi d'un grand repas ,
pendant
DE SEPTEMBRE. 197
pendant lequel on fit trois falves de boetes
& de l'artillerie de la Ville , du Château
& des remparts. On n'oublia point à ce
repas de boire à la Santé de Sa Majesté ;
les Habitans de la Ville marquerent leur
joye par des illuminations aux fenêtres ;
des feftins dans les rues , & des danfes qui
durerent jufqu'au jour le Cloître de
Mrs. du Chapitre fut auffi trés bien illus
miné ; on trouva l'illumination de cette
partie de la Ville des plus brillantes &
des mieux entendues , celle fur- tout du
Doyenné merita l'attention du Public .
O
A Lyon le 7 Septembre.
N s'eft trompé lorſqu'on a mis dans
le precedent Mercure que l'Acade
mie des beaux Arts de Lyon , qui eft ſous
la protection de M. le Maréchal Duc de
Villeroy , & dont il eft le Chef, a donné
une Fête à Madame Poullettier , Intendante
de cette Ville. C'eft la feconde Academie
qui l'a donnée , laquelle a été établie depuis
peu d'années fous la protection , &
les foins de Madame l'Intendante , &
plufieurs années après l'établiffement de "
la premiere , qui commença en 1713 .
M. le Maréchal de Villeroy , Gouverneur
de cette Province , étant venu à Lyon en
1714, honora non feulement cette premiere
Riij Academie
par
198
LE MERCURE
Academie de fa prefence & de fa protection
, mais encore il voulut que fon
nom parut dans la Lifte des Academiciens .
Il fouhaita auffi que l'on fit des Reglemens
pour rendre cet établiffement plus
folide , qu'il eut la bonté de figner. Cette
Affemblée a lenom d'Academie des beaux
Arts , qu'elle a merité par plufieurs Piéces
de Poëfie & de Mutique qui s'y font
faites , quoique fes exercices les plus frequens
ayent pour objet la Mufique , qui
y eft exercée d'une maniere également
noble & agreable. Cette premiere Academie
eft compofée de perfonnes choilies de
P'un & l'autre fexe , parmi lesquelles il y a
plufieurs Mrs. & Dames de la Cour des
Monnoyes , qui forment un magnifique
concert chaque femaine , dans lequel l'on
n'admet pour Auditeurs que quelques
Etrangers en petit nombre , & la compagnie
d'une feule perfonne de la Ville
avec chaque Damne de l'Academie. M.
l'Archevêque a honoré l'Affemblée dès
qu'il a été Archevêque de Lyon des mêmes
faveurs que M. le Maréchal fon
pere lui avoit faites . Cette Academie
n'a pû retenir fa joye fur la convalefcence
du Roy. Elle en a voulu donner des marques
par un Te Deum qu'elle a chanté à
huis clos aux Carmelites , dont le Montere
eft fondé par la Maifon de Villeroy , &
où
DE SEPTEMBRE. 199
où Madame de Villeroy , fille de M. le Maréchal
, eft Superieure. L'Academie s'y rendit
en Corps le matin duDimanche 17 Août,
ce fut avec un empreffement fimgulier , &
chacun fe fit un devoir de n'y pas manquer.
Le Concert fut compofé de quatrevingt
- dix perfonnes , outre les Academiciens
honoraires , parmi lefquels étoient
M. le Premier Prefident de la Cour des
Monnoyes , & M. le Prevôt des Marchands
, comme Membres de l'Academie.
La Melle tut celebrée par M. l'Abbé
de la Croix Obéancier de Saint Juft ,
P'un des Academiciens on chanta un
tres - beau Motet de la compofition de
M. l'Archevêque , après quoi le Te Deum
compoté par Monticur Bernier , fut
chanté dans tout fon luftre , & fans prévention
avec une execution digne de fa
beauté. Le Te Deum fut precedé &
fuivi des falves ordinaires de la Ville
& de celles de la moufqueterie de plufieurs
Quartiers de la Bourgeoifie, qui s'y étoient
rendus fous les armes , dont les Capitaines
font Academiciens . Au fortir M. l'Archevêque
retint toute l'Affemblée pour la regaler
d'un fuperbe ambigu , qu'il avoit fait
preparer d'une maniere digne de fa Grandeur
& de fa generofité. Le foir , les
Academiciens s'affemblerent dans leurs
Salles pour celebrer la Santé du Roy par
R iiij
un
200 LE MERCURE
un magnifique fouper , pendant lequel on
entendit un bruit d'artillerie & de moufquetterie
des mêmes Quartiers , qui s'étoient
trouvés le matin devant les Carmelites
, & qui fe rendirent le foir fur le
Quay devant l'Academie , pour empêcher
la confufion du Peuple , qui y étoit
accouru . Ce bruit fut accompagné de
plufieurs acclamations de Vive le Roy , formées
par les Academiciens , & par le
Peuple qui y répondit avec une joye finguliere.
M. l'Archevêque honora de fa prefence
l'Affemblée fur la fin du Repas , pour
partager avec l'Academie la joie qu'elle reffentoit.
La façade de la Maifon de l'Academie
étoit illuminée d'une façon trèsbrillante
, & tout le Quay de S. Clair l'étoit
auffi par nombre de pots à feu. Le
fouper fut fuivi d'un Feu d'artifice , après
lequel M. l'Archevêque s'étant retiré , on
commença un très- beau bal , qui ne finit
qu'au jour , où quantité de perfonnes diftinguées
de la Ville fe rendirent , & où
les rafraichiffemens furent fervis à profufion
à toute l'Affemblée,
Le Dimanche fuivant , la feconde Academie
, qui eft la même qui avoit donné
fur la Riviere la brillante Fête à Madame
Poulettier Intendante , chanta à fon tour
dans la Chapelle des Dames Religieufes
de
DE SEPTEMBRE. 201
de Blie , le Te Deum , à portes ouvertes ,
fuivant la coutume.
A
A Orleans le 7 Septembre .
Prefent que je croy Mercure un
peu delaffé d'un travail qui lui a fait
& fera toujours plaifir , lors qu'il s'agira
de parler de notre Roy ; je le prie d'annoncer
à toute la terre que la Ville d'Orleans
a été des premieres à fignaler fon
zele , & même qu'elle a furpaffé les autres
Villes par les voeux finceres , ardents ,
tendres & refpectueux qu'elle a pouffés
au Ciel pour la confervation de la fanté
de fon Maître. Les feux & les illuminations
n'ont pas manqué , & pour échantillon
j'auray l'honneur de vous dire ce
qu'a fait un quartier fous la protection de
Saint Jacques , dont pour cette raiſon les
Habitans font nommez Coquillards . Le
17 Août ils annoncerent leur fête au Public,
par un carillon de cloches magnifique
, & firent chanter un Te Deum par
les meilleurs Muficiens de la Ville , qui
fut executé dans leur Chapelle avec tout
le fuccès & l'aplaudiffement poffible . M.
leur Paſteur & fon nombreux Clergé y
affifterent avec grande devotion. Quand
on eut remercié Dieu de bon coeur , il
fallut aller boire & fe réjouir auffi de bon
coeur :
202 LE MERCURE
coeur : Vous connoiffez , Seigneur Mercure
, l'Orleanois là deffus , & de peur
d'être fatigué par l'affluence du peuple &
par la chaleur , Meffieurs les Coquillards,
gens agiffans avec prudence , gagnerent
la Riviere. Quelle joye pour eux , quand
ils aborderent un grand bâtiment couvert,
illuminé par un grand nombre de lampions
& de bougies , au milieu defquelles
paroiffoit le portrait du Roy. La Mufique
entonna une feconde fois unDominefalvum
fac Regem, & les affiftans celebrerent enfuite
cette fête par plufieurs razades , accompagnées
des cris de Vive le Roy , qui turent
redoublez pendant le repas , où le
peuple accourut en plufieurs batteaux , &
où le vin ne lui fut pas épargné. Enfin
la fête finit par deux feux d'artifice , l'un
fur le fable de la Riviere , & l'autre fur
la Riviere même. Jugez , Monfieur Mercure
, fi pour des Coquillards on peut
mieux témoigner fa joye pour une fanté
auffi précieufe que celle de leur Maître‣
Toute la Ville en a fait de même.
A Bordeaux ce 8 Septembre.
LEs
Jo
Es Jefuites du College de Bourdeaux ,
pour témoigner la part finguliere qu'ils
prenoient au rétabliffement de la fanté
du Roy , donnerent la nuit du 31 dư
mois
DE SEPTEMBRE. 203
X
mois d'Aouft un fpectacle des mieux entendus
, & dont la noble & agréable ſimplicité
charma tous les fpectateurs , qui
avouerent n'avoir jamais vu un coup
d'oeil fi beau & fi frappant.
Ce fut l'illumination de la cour de
leurs Claffes elle donne fur la plus belle
& la plus large ruë de la Ville ; l'entrée
en eft magnifique , les corniches & frontons
du frontispice , élevé de quatre étages
, furent illuminez , comme pour inviter
le monde à entrer dans la cour : elle
eft des plus longues & des plus larges ,
entourée de trois corps de logis , où il y
a plus de cinquante fenêtres à niveau les
unes des autres, à differens étages ; elles
furent toutes garnies de lumieres , & la
plupart à deux rangs élevez l'un -fur l'autre
; tous les toits en étoient auffi bordez,
& le comble du corps de logis du fond
de la cour , fur lequel on avoit mis un
autre rang de lumieres , conduifoit infenfiblement
l'ail à un autre corps de logis
qui le domine...
Sur le bord du toit de ce dernier corps de
logis , & fur le comble , étoient pofez a
égale diftance 6o pots enflâmez , qui jettoient
auloin une clarté ébloüiffante ; ainfi
voyoit d'abord en entrant , comme un am→
phiteatre de neuf rangs de lumieres , què
paroiffoienɛ
204 LE MERCURE
paroiffoient être preſque à égales diſtances
les unes des autres.
L'illumination des deux Corps de Logis
des côtez de la cour , étoient comme ter
minez par l'illumination de deux pavillons
à fix étages , qui font aux extremitez du
dernier corps de logis ; les bords de ces
pavillons , les quatre diagonales ou arrêtiers
, étoient éclairez jufqu'aux deux
éguilles , du milieu defquelles fortoit de
chaque côté une grande flamme furmontée
par des fanaux qu'on avoit attachés au
haut des quatre girouettes , qui pouvoient
être vûs de plus de dix lieuës.
Sur le toit de ce grand Corps de logis ,
étoit attaché au milieu un grand cartou
che couronné, & tout refplendiffant de
lumiere , avec ces mots , Vive le Roy , en
fi gros caractere qu'on pouvoit les lire de
toute la Ville ; les mêmes mots étoient
écrits en moindres caracteres dans une infinité
d'autres endroits , & on les lifoit
ailément du bas de la cour.
De derriere le grand Cartouche , au
bruit des Trompettes , de la moufqueterie
, & de plufieurs petits canons de bronze,
on jetta pendant une heute & demie une
multitude de fufées de toutes efpeces , qui
s'éleverent d'une hauteur prodigieufe , &
amuferent agreablement une multitude in
finic
DE SEPTEMBRE.
205
finie de peuple , & de gens de qualité ,
que le fpectacle avoit attirés.
Au milieu du Corps de logis du fond de
la cour eft un dôme de charpente appliqué
à la muraille , il êtoit environné de lumieres
, & autour étoient artiſtement rangés
plufieurs rouës , lances à feu, carrelets , &c,
Sur les onze heures on alluma le feu d'artifice
, qui eut tout l'effet qu'on pouvoit
fouhaitter : la nuit fut très tranquille , &
Pillumination qui avoit commencé à huit
heures & demie , dura en grande partie
jufqu'à une heure après minuit.
La Ville de Bordeaux a , je croi, ſurpaffé
toutes les autres Provinces par les fêtes
trois & quatre fois réiterées ; le Parlement
fit dreffer dans la grande Salle un Autel ,
où le chanta le Te Deum de la Mufique du
Sieur Abeille , le concours y fut prodigieux
; toutes les Chambres y affifterent en
robes rouges , chacun fit enfuite des illuminations
; ce fut le prélude de toutes celles
qui ont fuivi avec autant de magnificence
que de joye pour le fujet qui les a caufées ;
chaque Corps des autres Cours ont fuivi
cet exemple , comme la Cour des Aydes ,
la Monnoye , les Treforiers , l'Amirauté ,
& fur- tout l'Univerfité qui fit tirer fon feu
d'artifice fur le clocher des Carmes , fituez
fur les foffez de la Maifon de Ville , avec
un
206 LE MERCURE
un aplaudiffement univerfel qui dura toute
la nuit par un feu continuel d'artillerie ,
futées , & au fon des Trompettes qui jouërent
tout le tems , aux cris redoublez des
Vive le Roy. M. d'Albeffar Lieutenant General
au Senechal de Guyenne , & Recteur
de ladite Univerfité , fit le matin chanter
le Te Deum , affifté de tous les Docteurs
& Profeffeurs , revêtus des marques de leur
Doctorat, à l'iffuë de la Meffe ; fon merite
fingulier demanderoit des éloges que tout
le monde lui donne , à la tête de fon illuftre
Corps ; il fait chaque jour paroître
des lumieres dans ces decifions, qui ne font
dûës qu'à lui ; fon zele pour Sa Majesté
s'eft manifefté particulierement dans trois
jours de fêtes qu'il a données.
Le Parlement redoubla fes réjoüiffances
lors du Te Deum chanté dans la Cathedrale,
où il alla en robes rouges , fuivi de toutes
les Cours ; il fe fit le foir des feux par toute
la Ville , avec des illuminations , & à toutes
les Places des feux d'artifice , décharges
d'artillerie & fontaines de vin. Les
Vaiffeaux furent illuminez auffi , & firent
des décharges de leur artillerie .
Л
DE SEPTEMBRE. 207
V
A Montpelier le 8 Septembre.
Ous ferez bien aife , MONSIEUR , de
fçavoir ce qui s'eft paffé dans la Province
du Languedoc , & fur tout dans la
Ville de Montpellier , où tout à retenti de
joye & d'acclamations fur le rétabliſſement
de la fanté du Roy.
Meffieurs les Treforiers de France de
la Generalité de Montpellier, & Intendant
des Gabelles du Languedoc , le 16 du
mois , fête de Saint Roch , firent dire une
Meffe dans leur Chapelle ; ils s'y rendirent
avec leurs robes de ceremonie , la Meffe
finie il fut chanté un Te Deum magnifique ,
par la Mufique de la Cathedrale , qu'on
peut dire une des meilleures dé France ,
étant compofée des meilleures voix de la
Mufique des Etats de la Province ; la
cour du Bureau , qui eft affez vafte , avoit
peine à contenir les fpectateurs. On avoit
donné des ordres pour placer les perfonnes
de diftinction .
M. de Reverffat , Prefident du Bureau
des Finances , qui loge dans la Maiſon du
Roy , voulut donner des marques en particulier
de fon z le pour le retour de la ſanté
de S. M. Il fit faite un feu & une illumina.
tion fur une grande Terraffe qui regne
fur l'Efplanade , de laquelle on d.couvre
la
208 LE MERCURE
la Mer à perte de vûë. Cette illumination
â
qui fut la feule ce jour - là , parut à l'entrée
de la nuit la plus calme & la plus obſcure
du monde , dans le temps que prefque
toute la Ville étoit à la promenade Yinterieur
du Bureau étoit éclairé de même.
Enfin on fit renaître le jour au milieu des
tenebres ; les Hautbois & les Trompettes
faifoient entendre des fanfares réiterées
fur cette Terraffe , où la plupart des Dames
du voisinage fe rendirent avec les
Officiers , pour y danfer. Cette illumination
& le bruit des inftruments attira la
jeuneffe ; le Bal dura bien avant dans la
nuit, & fut varié par toutes fortes de danſes
du païs , fans defordre ni confufion ; on
donna des rafraîchiffements y , &c.
M. l'Evêque de Montpellier voulant
donner en fon particulier des marques de
fon attachement & de fon zele pour la
fanté du Roy , pria les Compagnies de
vouloir affifter le Dimanche dix-feptiéme
à un Te Deum qu'on chanta dans la Cathedrale
: Toutes les Compagnies s'y rendirent
en robe de ceremonie ; il y eut le
foir des feux & des illuminations par toute
la Ville ; la Terraffe & le Bureau des Finances
ne fut pas moins éclairé que la premiere
fois.
M. le Duc de Roquelaure , Commandant
en chef dans la Province , reçut la
Lettre
DE SEPTEMBRE. ་ 209
Lettre du Roy pour le re Deum , dans
le temps qu'il étoit dans le Gevaudan avec
M. l'Intendant où il donne fes ordres avec
des attentions extraordinaires pour empê
cher les progrès du mal contagieux ; à fon
retour on chanta le 3 1 d'Aouſt un Te Deum
dans la Cathedrale , où toutes les Compagnies
affifterent en ceremonie ; le foir on
fit des feux & des illuminations par toute
la Ville ; M. le Duc de Roquelaure fie
illuminer fon Hôtel d'une maniere fuperbe;
il donna au public un feu d'artifice très
beau , & qui réuffit parfaitement. Prefque
toutes les Dames de la Ville furent priées
à ce fpectacle , auffi bien qu'à un magnifique
fouper , où il y eur nombre de tables
fervies également , pour les Dames &
pour les gens de diftinction qui s'y trouverent
en grand nombre. Le Bureau des
Finances fit ce jour- là une troifiéme illumination.
Le corps de la Marine de Breft fit chanter
le 14 d'Aouft dans la Chapelle du Roy
un Te Deum pour le rétabliffement de la
fanté de S. M. Après le Te Deum les Compagnies
de la Marine de ce Port frrent
trois décharges de moufqueterie , qui fu
rént fuivies de celles des boettes & de
tous les canons du Port & de la Rade.
Il y eut le foir une magnifique illumination
à l'Intendance , un grand louper >
$ &
210
LE MERCURE
& un Bal qui dura jufqu'au jour. Le len
demain jour de la fête du Roy , les Offi
ciers de Marine , qui font de l'Ordre de
Saint Louis , firent chanter le Te Deum
fuivant la coutume , & fe rendirent enfuite
chez le Commandant de la Marine ,
qui leur donna un grand repas.
On fçait que toutes les Villes du Royaume
n'ont pas manqué de fignaler auffi leur joye au
fujet du rétabliſſement de la Santé du Roy ,
mais on n'a pû parler icy que d'un petit nombre
, refervant au mois prochain celles qui n'ont
pas pû trouver place dans ce Journal."
Le 12 Aouft , les Chevaliers Voyageurs &
Palmiers de la Confrerie du Saint Sepulcre de
Jerufalem , firent chanter dans leur Chapelle de
I'Eglife des RR . PP. Cordeliers du grand Cou
vent de Paris , une Meffe folemnelle , qui fut
celebrée par M. l'Evêque de Perigueux ; il entonna
enfuite l'Exaudiat & le Te Deum pour
l'heureux Rétabliffement de la Santé du Roy.
Le lendemain le fieur du Val Adminiftrateur
le fieur Etienne Sindic , les fieurs de la Val &
du Plain , Anciens ; les fleurs de Raye , Petit
Vifiteurs ; Jarry , Guillain , Bernard & Laurent,
Deputez , furent prefentez à Sa Majesté par M. le
Maréchal de Villeroy. Le fieur Louis Polycarpe
Jarry, Marchand Epicier Juré Contrôleur de la
Marchandife de Foin porta la parole au Roy
au nom de fes Confreres , & lui demanda fa
protection, pour la Confrerie , à l'imitation des
Roi fes predeceffeurs : Sa Majefté la lui promit
, & Elle agréa la Palme qui lui fut prefentée
par le fieur du Val
Dans
DE SEPTEMBRE 21I
Dans le tems que tout Paris retentifoit de la
Mufique des Te Deum & du bruit des boëtes
& des fulées tirées par toutes les Paroiffes &
Communautés de la Ville , M. le Curé de S. Benoift
s'eft diftingué par une dépenfe finguliere .
Il dit à tous fes Paroiffiens qu'il falloit pour
fignaler leur zéle au fujet de la Convalescence
de Sa Majefté faire une contribution un peu
forte. Chacun ne fe fit pas exhorter long tems ,
la recolte fut ample. Quand M le Curé de S.
Benoist eut ramaffe toutes les fommes qu'on lui
apporta pour affembler un grand Choeur de Mu
fique , & pour fournir aux frais d'un brillant artifice
, il partagea d'abord cet argent entre tous
les Pauvres de fa Paroiffe . Nouvelle forte de
fête dont l'idée n'eſt point pillée .
Il faut ajouter icy la Relation qu'on nous a
écrite de celle qu'a donnée l'Ambaſſadeur de
Portugal pour le méme fujer. La voicy.
Dom Louis Dacunha Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire de Portugal au Congrès
de Cambray , & chargé depuis 25 ans des
plus importantes negociations par la Cour de
Lisbonne a fignalé fes fentimens pour le Roy
le jour de S. Louis , dans un dîner qu'il a donné
dans fon Hôtel , rue de Charonne au Faubourg
S. Antoine .
"
Cet Hôtel bâti aux Portes de la Ville , offre
par fa fituation & fon jardin , prefque tous les
agrémens de la Campagne,
la
L'heureufe difpofition des appartemens ,
richeffe des meubles , & le goût des livrées ,
qui paroiffoient pour la premiere fois à cette
fete , y ajoûterent un ornement confiderable.
Son Excellence , par une galanterie qui reçut
un nouveau merite , de la façon dont Elle s'en
expliqua , avoit fubftitué fous le dais au por
Sij
tra
LE MERCURE
trait de Sa M. Portugaife , celui de Louis XV.
original du fameux Gobert , Elle dit que le Roy
fon Maître cedoit fa place au jeune Monarque,
à qui tous les honneurs de cette journée devoient
être confacrez.
M. l'Ambaffadeur ajouta qu'il n'avoit jamais
mieux entré dans les intentions de Jean V. qu'en
faifant éclater en cette occafion l'inclination &
l'amitié veritable dont il eft penetré à l'égard
de Louis XV. Son Excellence avoit fait inviter
les principaux Miniftres Etrangers , plufieurs
de ceux de S. M. T. C. fon illuftre Gouverneur ,
& les perfonnes de fa famille qu'il voudroit
amener. Le Repas fut fervi dans un Salon trèsorné
& fait d'après celui de Marly ; on y arrivoit
par une Antichambre & une Sale , où étoit
dreffe un buffer auffi galant que magnifique ; ce
Salon communiquoir enfuite à plufieurs chambres
de formes & d'afpects differens , dont celle
du Dais , une joignante , & fon Cabinet , étoient
deftinées à la converfation ; dans la troifiére
étoit preparé le fervice du Caffé & des Liqueurs.
La délicateffe des Mets l'emporta fur l'abon
dance , il y a un merite à éviter celle- cy en de
pareilles rencontres , où l'art confifte à piquer
toujours l'apetit .
Le plaifir qu'infpiroit le fujet de la fête , le
choix des perfonnes conviées , & la fineffe de
tous les vins , rendit ce Feftin un de ces Repas
de focictez aimables qu'une chere delicate affai
fonne , fans en être le premier agrément.
La ceremonie ne parut que fous la forme d'une
politeffe fine & enjoliće ; perfonne n'eft plus propre
à acrediter cette forte de ceremonie que M.
l'Ambaffadeur. La Santé du Roy , celles de M. le
Maréchal de Villeroy & de Son Excellence futent
bues folemnellement , mais avec autant de
joye que de folemnité. Le projet & l'execution
des
DE SEPTEMBRE. 214
t
des fervices attirerent des aplaudiffemens aus
fieurs Soullé Me d'Hôtel , & a Veillame Chefde
Cuifine.
Un Amour en Caramel prefenta au fruit un
papier découpé , où l'on lifoit ces Vers .
Rien ne pouroit celebrer mieux
Une augufte Convalescence ,
Que ceux dont l'illuftre preſence
Vient honorer le Maître de ces lieux ;
Et du jeune LOUIS rien n'eft plus à la gloire ,
Que de voir l'amour aujourd'huy
Vous exciter fur nouveaux frais à boire,
A la ſanté d'un Roy plus aimable que lui.
On a oublié le mois paffé dans l'article de
Paris , que le Samedy 30 Août M. de Vendôme
donna une fête à Mgr le Duc d'Orleans ;
il y cut grand repas , illumination brillante &
Mufique compofée exprès par M. de Lully ,
Surintendant de la Mufique de Sa Majesté. Cette
fefte fe pafla ruë de Varenne Fauxbourg Saint
Germain , dans l'Hotel de M. de Vendôme , &
le goût s'y trouva avce la magnificence.
Le 31 Août le Roy alla à l'Obfervatoire ,
où M. de Maraldi de l'Academie des Sciences ,
fit voir à Sa Majesté tout ce qui merite d'être
obfervé dans le Difque de la Lune .
M. Collin de Blamont , Surintendant de la
Mufique du Roy , qui avoit donné à Sa Majesté
le jour de fa fête un concert de fimphonies de
fa compofition , executé par les vingt - quatre ,
a eu l'honneur de lui faire entendre encore de◄
puis à fon dîner une Idille compofée au fujet de
fa convalefcence , qui fut executée par la Mufique
de Sa Majefté. Mlle Antier y chanta un
Rôlle.
04
€14 LE MERCURE
On mande de Cambray du premier Septent
bre , que le même jour à dix heures du matin,
il avoit paru autour du foleil un grand cercle
lumineux varié par des couleurs, & qu'aux côtés
de ce grand cercle on en avoit vú trois autres
blancs qui formpient par leur arrangement une
efpece de triangle. On mande auffi que la Maifou
portative de M. le Comte de Tarouca ,
Plenipotentiaire de Portugal au Congrès , eft
enfin arrivée par charrois. On a déja poſé quatre
fenêtres.
Les Habitans du Village de Miré près de Blois,
ayant obtenu de leur Seigneur la permiflion de
prendre du bois dans fa foreſt pour faire un
feu au fujet de la convalefcence du Roy ; Ces
bonnes gens éleverent un fi grand bûcher , qu'ils
penferent embrafer toute la foreft , où le feu
fut porté par le vent ; mais ils apporterent euxmêmes
le remede au mal qu'ils avoient fait , &
l'incendie fut éteint par leur activité.
Le 30 Aouft le Roy entendit dans fa Chapell●
des Tuilleries la Meffe de Requiem qui fut chantée
par la Mufique , pour l'Anniverfaire du Roy
Louis XIV . '
. Le premier de Septembre on celebra aufli dans
l'Abbaye Royale de S. Denis un Service pour le
repos de l'ame du même Roy : l'Evêque de Perigueux
y officia ; le Comte de Toulouse & plufieurs
perfonnes de confideration y affiftérent ;
les Religieux Communiérent fous les deux Efpeces
.
" Mehemet Effendi grand Tréforier de l'Empire
Ottoman & Ambasadeur Extraordinaire du
Grand Seigneur à la Cour de France , arriva à
Lyon le 20 u mois dernier , après avoir reçu
dans toutes les Villes qu'il a trouvées fur la routa
DE SEPTEMBRE . 213
te , les honneurs dûs à fon caractere & à fon
merite perfonnel . Voici la Relation de ce qui
s'eft paffé à Lyon pendant le féjour de ce Miniftre
, telle qu'on nous l'a envoyée de la Province.
Si Mehemet Effendy Ambafladeur de la Porte
Ottomane a eu lieu de fe louer des manieres gracieufes
& polies qu'il a trouvées à Paris , il n'a
pas eu moins lieu d'eftre content de la reception
qu'on lui a faite à Lyon , des honneurs qu'on lui
a rendus , & des plaifirs qu'on a tâché de lui
procurer. Le jour qu'il fit fon entrée dans cette
Ville , toute la jeuneffe fuperbement montée &
vêtue magnifiquement fut au devant de fon Excellence
, à une lieuë de la Ville , formant un
cortege auffi nombreux que galant. Depuis la
porte où il entra jufques à l'Hoftel qui lui avoit
efté deftine , les rues étoient bordées des deux
côtez par des Bourgeois fous les armes ; on en
avoit raffemblé l'élite , & foit par leur air , foit
par la magnificence de leurs habis , ils ne firent
point perdre à l'Ambaffadeur Turc l'idée avan
sageufe qu'il a conçue des Troupes Françoifes.
Le même jour M. le Prevolt des Marchands &
les Echevins furent le complimenter , & lui
portérent leurs préfens ; il les reçut avec tout
Faccueillimaginable , & ces Mrs fe retirerent très
fatisfaits de fa politefle . Le lendemain M. l'Ar
chevêque de Lyon le fut vifiter ; il fit çonnoiftre
à ce Prélat l'eftime & la confideration qu'il avoit
fon illuftree Pere , & fut enfuite fouper chez
le Prélat qui lui donna un repas magnifique où
toutes les Dames & les principaux de la Ville
avoienc efté invitez Après le fouper l'on fit paffer
Ambaffadeur fur une terraffe qi -donge fur
la riviere , où.fes yeux furent également furpris
de voir tous les deux Quays illuminés , & fes
oreilles d'entendre un Concert aufli doux que ,
mélodieux qui étoit dans le même Temple d'A
pour
pollon
216 LE MERCURE
pollon qui avoit fervi à la fête de Madame l'Ins
tendante. Plufieurs feux d'artifices qui parurent
tout d'un coup fur la riviere ; deux cens petits
batteaux tout illuminés qui voguoient fur ce
paisible canal , ne fervirent pas peu à rendre la
fête complette. Après avoir fatisfait également
& fes yeux & fes oreilles , il fe retira dans le carolle
de Monfieur l'Archevêque , & arriva dans
fon Hoftel qui étoit vis à vis celui de la Villes
il fut agréablement furpris de voir toute la façade
de cet Hoftel galamment illuminée ; un feu d'artifice
au milieu de cette Place finit la fête qui
Jui avoit été deftinée . Le lendemain il fut voir
tout ce qui eft digne d'eftre vû dans cette grande
Ville ; ilfut à la Biblioteque des Jefuites dont il
paru content , auffi bien que des Manufactures
de draps d'or & d'argent que Mrs de la Ville lui
firent voir ; il fut le foir à un Bal que la Ville lui
donna dans la Salle de la Comédie , felon le modele
de celui de l'Opera de Paris ; le plaifir qu'il
parut y prendre fit que l'on lui en donna un fe
cond ; tous les rafraichiliemens de la faifon y
étoient diftribués en abondance ; les Dames
étoient magnifiquement mafquées , & fou Excellence
a été très fatisfaite & de leur beauté & de
leur agrément . La veille de fon départ , l'Ambaſfadeur
fut dîner chez M. l'Intendant , & on lui
donna l'après - midy fur l'eau une fête galante 3
Madame Poulletier le mena dans un Concert qui
a été formé par fes foins , & où elle eft la principale
Académicienne ; on y chanta l'Acte Turc de
l'Europe galante que fon fils avoit demandé , il
fut très fatisfait & de la fymphonie & des belles
voix qui le compofcnt ; enfin il eft parti ne pon
want fe laffer de fe louer des attentions poties des
Lyonno's.
La Ville de Tauris en Perſe a été abimée pa
un tremblement de terre. On compte qu'il a péri
dans
DE SEPTEMBRE. 217
dans ce funefte accident plus de deux cens cinquante
mille perfonnes. Cela eft arrivé le neuf
Avril entre neuf à dix heures du matin .
. M. d'Aligre doit prefider à 1 Chambre des
Vacations . La Declaration de R ›y qui l'établit
a été enregistrée au Parlement le 30. Aouft.
Le huit Septembre , jour de la Nativité de la
Sainte Vierge , le Roy entendit dans la Chapelle
du Louvre la Meffe chantée par fa Mufique ,
& l'après-midy affifta à Vêpres dans la même
Chapelle.
L'Archevêque de Narbonne a prêté ferment de
fidelité entre les mains du Roy , en prefence de
Monfieur le Duc d'Orleans le 24 Août.
Le 11 Septembre il arriva un accident funefte
chez M. Crozat le cadet , rue de Richelieu . Le
premier & le fecond étage d'une galerie de fa
maifon s'écroulerent tout d'un coup , avec la
moitié d'un pavillon qui joignoit cute galerie,
Les ruines écraférent deux Couvreurs , & blefferent
dangereufement quatre Maffons. On dit
que M. Crozat a donne 10 o liv de penſion à
chaque Veuve des Ouvriers qui ont été tués dans
cette chûte , & des fommes aux bleffés .
qui la
>
des
par
L'Abbé Paffarini Camerier d'honneur du Pape,
arriva le 12 Septembre à Paris avec la Barette
de M. le Cardinal Dubois >
reçut
mains du Roy le Dimanche 21 el e fut pre
fentée à Sa Majesté vers la fin de la Mefle
ce Camerier dans un grand baffin d'or . Sa Majefté
la prit & la m't fur la tête du Cardinal ,
vêtu de violet , en Rocher & Camail , & qui étoit
placé du côté de l'Evangile , près du Prie Dieu)
du Roy. L'Abbé Paffa in avoit remis d'abord
entre les mains du Cardinal le Bref de Sa Sainteté.
Dès que le Roy fortit de la Chapelle le
Cardinal Dubois alla dans la Sacriftie prendre
les habits de fa nouvelle Dignité , & enfuite re
T mercier
218 MERCURE LE
mercier le Roy dans fon Cabinet . M. Remond
Introducteur des Ambaſſadeurs , Pavo t été piendre
au Palais Royal dans les Carolles de Sa Majefté
, & M. des Granges Maître des Ceremonies,
L'avoit reçu a la Porte de la Chapelle . Le 25 ,
Son Eminence eur à S. Cloud audience de Madame.
Il y fut conduit dans les Caroffes de
Madame par M. de Marpré , Introducteur des
Ambaffadeurs auprès de Monfieur le Duc d'Orleans.
On écrit de Marfellle que la fanté alloit toujours
de mieux en mieux , & que perfonne n'y
étoit tombé malade depuis plufieurs mois , que
ceux qui inconfiderément & par une cupidité
outrée ont amaffé des hardes peftiferées . On
apprend auffi que Toulon étoit tout à fait bien ,
de même que la Ville d'Aix , & qu'à Atles il
n'y mouroit prefque plus perfonne .
Les mêmes Lettres difent qu'on fe préparoit
fort à Marseille pour faire des réjouillances au
fujet de la convalefcence du Roy. L'Abbaye de
Saint Victor , dont M. de Matignon , aucien
Evêque de Condom eft Abbé , fit chanter un
Te Deum folemnel par fa Mufi que le 7 du prefent
mois , où ce zélé & pieux Abbé officia pontificalement
; il y cu: le foir une fort belle illumination
& des feux de joye aux portes de
l'Abbaye .
Nous avons reçu par la même voye la traduction
de la Lettre que le Grand Maitre de
Malte écrit à M. le Commandeur de Langeron,
Maréchal de Camp des Armées du Roy , Chef
d'Ffcadre des Galeres , Commandant à Marieille.
L'original de la Lettre eft en Latin .
VE
Au Venerable Bailly de Langeron .
Enerable très cher & bien amé Religieux ,
la maniere genereufe avec laquelle vous
vo us
DE SEPTEMBRE. 219
vous êtes expolé au milieu de tous les périls à
l'occasion du mal contagieux qui a affligè la
Ville de Marſeille , & le bon ordre que vous y
avez fait obferver , après que la Cour vous en
a confié le commandement , a merité l'applaudiflement
de tout le monde , & nous en notre
particulier nous en avons un fingulier plaifir ,
comme nous vous l'avons témoigné par nos precedentes
, comme auifi lors qu'elle vous a con
feré l'Abbaye de Bolbone ; étant une marque du
merite que vous vous etes acquis ; nous ne nous
fommes pas arrêtés -là , nous avons voulu donner
un témoignage public de notre fatisfaction ,
en voyant renouveller en votre perfonne ce zele
de nos glorieux anteceffeus , & afin qu'en vûë
de la reconnoiffance que nous en avons , vos
Collegues nos très chers Religieux ayent le
bonheur de vous imiter , en fecondant l'exemple
que vous leur avez donné ; nous avons
fupplié de notre pur mouvement avec toute
1'ardeur poffible notre Saint Pere le Pape , d'accorder
à nos très humbles remontrances un Bref
de grande Croix en votre faveur , Sa Sainteté a
écouté benignement nos inftances , & l'ayant
reçu nous l'avons tout auffi tôt mis en execution ,
comme vous verrés par l'extrait cy joint , vous
donnant pouvoir de porter publiquement cette
marque de diftinction , afin que tout le monde
foit informé que nous avons voulu à votre infçu
faire éclater votre merite ; joüiffez tranquillement
de cette dignité qui vous eft fi bien acquiſe,
tandis que nous prierons le Seigneur qu'il vous
conferre , & qu'il tienne votre venerable perfonne
en fa fante & digne garde . A Malte le
10 Aouft 1721. Signé , ZONDADARI .
On peut placer ici la generofité d'an Confeiller
au Parlement d'Aix , nommé Henry de
Tij Thomas ,
220 LE MERCURE
Thomas , Chevalier Marquis de Villeneuve , &
defcendu des anciens Rois d'Arragon : ce charitable
Magiftrat a donné aux Pauvres de fa
Ville plus de quarante mille francs . Il les recevoit
chés lui , les exhortoit à la patience , &
les raffuroit par fon exemple contre la crainte
de la contagion . Enfin il ne fe contentoit pas
de répandre fes biens , il prodiguoit encore fa
vie , en s'expofant aux périls d'une communication
peftife ée .
On mande de Rome que M. le Cardinal de
Bfly en partira le premier Octobre , qu'il fe
ren ira a Turin , où la Cour de Savoye l'a fait
inviter de fe repofer quelques jours , pour de
là paffer en France avec une eſcorte qui le
conduira jufqu'à Ly n.
Le Roy a donné les premieres entrées au
Prince de Tonay Charente , fils aîné de M. le
Duc de Mortemart , premier Gentilhomme de
la Chambre du Roy.
On a enregistré au Parlement des Lettres Patentes
données par le Roy pour la démolition
du petit Châtelet , & l'emplacement eft donné
à l'Hôtel - Dieu On parle de démolir aufli les
deux pavillons du College Mazarin .
M. l'Abbé de Saint Albin a été ordonné Prêt
tre à Verfailles le 20 Septembre , en vertu
d'une difpenfe accordée par le Pape . M. l'Evêque
de Viviers a fait cette Ordination.
Le mariage du Roy avec Marie - Anne Victoire
Infante d'Espagne , eft conclu . Cette Princeffe
eft âgée de trois ans & demy ; on doit l'amener
à la Cour de France au mois de Mars prochain,
pour y eftre élevée aux manieres Françoifes.
Madame la Ducheffe de Vantadour , qui a été
nommée fa Gouvernante , l'ira recevoir fur la
frontiere.
M. le Duc de Saint Simon , Pair de France ,
a été
DE SEPTEMBRE: 221
a été nommé pour aller auprès de Sa Majelté
Catholique , en qualité d'Ambaffadeur extraor
dinaire , demander cette Infante au nom du Roy.
La Lettre que le Roy d'Efpagne a écrite au
Roy fur cette alliance , ne peut que finir heureufement
ce Journal.
LETTRE DU ROT D'ESPAGNE,
écrite au Roy de France à l'Efcurial
le troifiéme Septembre 1721 .
Cerand bonheurpour moi que la premiere Let-
' Eft un grand plaifir & en même temps un
tre que j'écris à V. M. de ma main , foit fi conforme
aux liens du Sang qui nous uniffent , & à la
tendre inclination de mon coeur pour Elle. Les
fentimens conformes à ma naiffance que j'y ai
confervés , & les paroles pleines de fageffe & de
bonté que le feu Roy mon Grand Pere me dit dans
le temps de notre feparation , & qui y font demeurez
profondément gravez , auffi bien que
dans mon efprit , me font fouhaiter avec ardeur
de voir affermir & fortifier par de nouveaux
líens l'union étroite & l'amitié qui doit toujours
fubfifter dans notre Maiſon . Dieu femblant donc
en avoir preparé les moyens , en me donnant
une fille dont l'âge eft proportionné à celui de
V. M. je croy remplir les deffeins du feu Roy
mon Grand- pere, & même ceux de la Providence,
& fatisfaire en même temps aux mouvemens de
ma tendre amitié pour Elle , en lui propofant ,
comme je fais aujourd'hui , d'allurer dès à
prefent
fon mariage avec l'Infante ma fille , & de la
faire paffer en France pour y eftre élevée & formée
dans les principes conformes à l'état où Elle fera
appellée , & qui puiffe remplir les voeux finceres
que je feray toujours pour le bonheur de V. M.
Tiij &
222 LE MERCURE
& pour les avantages d'un Royaume où j'ay pris
la naiflance , & qui a taut contribué à me maintenir
fur le throne où Dieu m'a appellé. J'efpere
que V. M. recevra avec plaifir une propofition
fi conforme à notre proximité & à l'amitié parfaire
qui doit être entre nous , & qui me comblera
de joye par le defir que j'ay de lui marquer
Boute la fincerité de mes fentimens pour Elle .
Signé , PHILIPPES , Roy d'Espagne.
DECLARATIONS , ARRETS, &c.
A
RREST du Confeil d'Etat du 21 Juin
1721 , pour la liquidation des 160 Offices
de Mouleurs de bois de la Ville & Fauxbourgs
de Paris .
Declaration du Roy du premier Aouft , portant
Reglement general pour le Tabac .
Declaration &c. dus Aoust , portant que les
Procez pour raifon des faillites & banqueroutes
feront portez devant les Juges Confuls , jufqu'au
premier Juillet 1722.
Arreft du Confeil du 30 Aouft , qui ordonne .
que pendant fix mois les Beftiaux venant d'Aliemagne
& de Flandres feront exemts & déchargez
de tous droits à l'entrée du Royaume.
Arreft du Confeil du 5 Septembre , en faveur
des pauvres des Paroiffes de la Ville & Fauxbourgs
de Paris .
Arreft du Confeil du 11 Septembre , qui fixe
les Routes de Paris en Languedoc , & de Languedoc
à Paris .
Arreft du 14 Septembre , concernant le Commerce
des Marchandifes de Levant.
Arreſt du 14 Septembre , portant que tous les
Notaires & Tabellions eront tenus de fournir
dans un mois des extraits de tous les Contrats ,
sant
DE SEPTEMBRE. 223
;
tant d'acquifitions que de conftitutions , & autres
actes tranflatifs de proprieté , ou conftitu.
tifs de creances , ou qui portent quittances &
décharges , paffez depuis le premier Juillet 1719,
jufqu'au dernier Decembre 1720 , à l'exception
neanmoins des Contrats de mariage , Teftamens ,
Inventaires , Partages , Avis de Parens , & autres
énoncez audit Arreft .
Declaration du 14 Septembre , concernant les
Subftitutions de Franche - Comté .
Arreft du 16 Septembre , concernant les ancicanes
efpeces & matieres d'or & d'argent.
On voit par la groffeur de ce Livre , que nous
avons été furchargez de matieres , dont nous
avons renvoyé une partie au mois prochain. Ainfi
nous prions ceux qui s'attendoient à voir paroître
les Pieces qu'ils nous ont envoyées , de vouloir
´bien fe donner un peu de patience.
SUPPLEMENT
.
E 24 de ce mois , le Comte de Sperling
LChambellan du Roy de Suede , abjura pu
bliquement les erreurs du Lutheranifme dans
l'Eglife des nouvelles Catholiques .
Le Roy a nommé à l'Evêché de Sarlat Mi
l'Abbé le Blanc , frere de M. l'Evêque d'Avranches.
I
Le 28 , le Roy aprés avoir entendu la Meffe
chantée par fa Mufique , alla diner au Chafteau
de la muerte , accompagé du Comte de Clef
mont , & du Maréchal de Villeroy for Gouver
heur. L'après midi 9. PM. prit te divertiffement
de la chaffe , & tua plufieurs picées de gibier.
Le 29, un Expres dépêché de Madrid a appor
té des Lettres du Royd Espagne au Roy & à M.
le Duc d'Orleans , par lefquelles S. M. C. propole
224 LE MERCURE
pofe le Mariage du Prince des Afturies âgé de
14 ans , avec Mademoiſelle de Montpenfier
âgée de 12 ans , troifiéme fille de M le Regent;
& la propofition de S. M. C a été acceptée
par Sa Majesté , à qui M. le Cardinal Dubois
montra le portrait du Prince des Afturies , peint
à Madrid par le fieur Hoüaffe .
Le premier Octobre , Madame la Ducheffe
d'Orleans accompagnée de Madame la Maréchale
de Rochefort , de Madame de Chiverny, de
Madame de Simiane , de Madame d'Epinay , &c .
prefenta au Roy Madame la Princeſſe des Afturies
, qui l'embraffa .
M. de la Fare , Capitaine des Gardes de M.
le Duc d'Orleans , eft nommé pour aller à Madrid
complimenter le Roy d'Efpagne , la Reine
& le Prince des Afturies fur ce Mariage.
•
AVIS très -falutaire aux Dames pour accoucher
beureufement& promtemeni , & pour prévenir
les fuites dangereufes de leurs T couches.
Omme la plupart des maladies qui arrivent
Comme maladiesqui
caufées que par la retention , de ce qui doit les
fuivre , comme auffi par les ravages du lait , le
fieur Lecrom , Privilegie du Roy , a trouve une
Poudre qui eft le meilleur Specifique qu'il y ait
eu jufques icy pour procurer les fuites de l'enfantement
, & en même tems pour faire perdre
le lait d'une maniere fenfible en très - peu de
jours , ce qui previent les accidens dont il eft
la caufe , en la pendant fimplement au col fans
rien prendre par la bouche , Cerre Poudre est
d'autant plus commodo qu'elle ne gâte point la
forge, & qu'elle eft exemte des inconveniens des
drogues dont on s'eft fervi jufques à prefent.
Celles qui font affligées d'un lait répandu , foot
gueries en très- peu de rems , elle ne manque jamais
DE SEPTEMBRE. 225
mais de le faire couler des parties où il s'eft
jetté fans aucun fecours de remedes ni de faignées
, qui ne fervent de rien en ce cas , ce que
Fexperience a fait connoître au fujet de plufieurs
perfonnes en danger de la vie , aufquelles
les formalitez ordinaires avoient été observées
inutilement , qui en ont été delivrées heureuſement
en moins de vingt quatre heures par le
feul ufage de cette Poudre,
Son ufage eft de mettre le paquet qui eft en
petit volume , dans un petit fac de peau de can.
nepin, ou de cuir de gand , & de le pendre au col ,
en forte qu'il foit placé entre les deux mamelles,
& cela immediatement après le travail , ce qui
empêche ou diminuë confiderablement la fiente
du lait , & les tranchées qui arrivent enfuite,
Il y en a qui le portent dès qu'elles fentent les
premieres douleurs de l'enfantement ; ce remede
en modere la violence , rend les tranchées plus
fupportables , & caufe un accouchement d'autant
plus heureux & plus prompt ; on ne rifque jamais
de faire ufage de cette Poudre , parce
qu'elle met en mouvement les fucs & les humeurs
étrangeres que la nature a amaſſés à deffein
de nous faire voir le jour. Elle ne produit jamais
que de très-bons effets dans les accouchemens
difficiles.
On garde le paquet huit jours plus ou moins ,
tant qu'il n'y ait plus rien à craindre . Il peut
fervir toute la vie d'une perfonne fans que fa vertu
foit alterée ; ce n'eft qu'après un grand nombre
d'experiences qu'on en a faites fur des perfonnes
de different temperament , tant à Paris que dans
les Provinces , même dans les Pays Etrangers ,
qu'on en fait part au Public.
PRESERVATIF CONTRE LA PESTE.
On a trouvé que cette Poudre eft très-fpecifi
que pour le preferver du mauvais air , en l'ap
pliquant
226
LE MERCURE
pliquant fur la région du coeur entre la vefte &
la chemife ; fa vertu penetrante deffend le coeur
qui eft le premier attaqué dans un tems de contagion
en maintenant le fang dans fa fluidité naturelle
; on peut encore en porter une autre paquer
dans fa poche , & fe le prefenter au nez de
tems en tems .
On avertir que les paquets de cette Poudre
feront cachetés pour éviter la furprife , & que le
feur Lecrom qui en eft l'inventeur , eft le feul
qui les diftribue à Paris , rue Philipeau , proche
le Temple , chez un Orfévre.
f Le prix eft de dix livres ; ceux qui les prêteront
font avertis de ne les préter qu'a des perfonnes
faines , à caufe des mauvaiſes qualitez
qu'ils pourroient contract r , & qu'ils communiqueroient
à d'autres enfuite.
On nommera des gens de probité qui en rendront
bon temoignage à ceux ou celles qui voudront
pren ire la peine de s'en informer.
On trouve chez ledit Sieur les meilleurs Prefervatifs
interleurs & exterieurs pour la Pefte , &
des Remedes fpecifiques pour les Hydrop fies ,
la Jauniffe , les Pâles couleurs & autres maladies
du fexe , & pour tous les maux d'eftomac.
NOUVELLE GRAMMAIRE Latine & Franço fe ,
dediée au Roy , Par M. Beaumont ; Bachelier
de Sorbonne , vol . in 4 ° . 172 1. Chez la Veuve le
Fevre , rue S. Severin , au Soleil d'Or.
Ce Livre fat annoncé dans le Mercure du mois
de Janvier dernier ; la quantité de gravures dont
il eft rempli , eft la caufe qu'il paroît fi tard . Ou
en compte 8 feuilles & 14 d'impreffion . Il y a
tout lieu de croire que cet Ouvrage fera utile aux
jeunes Etudians , & encore plus à ceux qui dans
un âge plus avancé , veulent aprendre le Latin ;
ils y trouveront en abregé tous les fecours répandus
dans plufieurs Volumes ; rien ne nous paDE
SEPTEMBRE. 227
roît devoir plus contribuer à l'avancement des
Ecoliers , que l'ordre & la facilité que l'Auteur
a imaginée dans ce Livre . Ce font les fentimens
des principaux Profeffeurs de l'Univerfité qui
l'ont approuvé.
L'ART DE TIRER DES ARMES , réduit en abregé
metho lique , dedié à M. le Maréchal de Villeroy.
Par M. de Bre , Maitre en Fait d'Armes.
1721. A Paris , chez Thibouft.
t
Le Corps de la Marine de Toulon fit chanter
le 16 Septembre à 5 heures après midy un Te
Deum dans l'Eglife des Jefuites pour la Convalefcence
du Roy , au bruit de plus de 200 boëtes
qu'on avoit portées dans le Champ de Bataille ,
d'une décharge de 33 pièces de canon , qu'on
avoit mis en batter e dans l'Arfenal , & de tous
les canons de l'Amiral . Le foir ou fit des illuminations
dans l'Arfenal , & on y tira un Feu d'artifice
, qui confiftoit en 700 fufées volantes , & en
3 bombes de carton , remplies de pluyes de feu,
de ferpenteaux & d'étoiles , qui réuffirent toutes
parfaitement. Pendant le Feu d'art fice les canons
de l'Arfenal & de l'Am'ral firent une triple
décharge La Galere l'Eclatante , qui eft dans
le Port de Toulon , étoit pareillement illuminée,
& avoit quatre rangs de lumieres.
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
Le Mercure pour le mois de Settembre , &
jay crû qu'on pouvoit en permettre l'impreffion.
A Paris le 4 Octobre 1721 .
HARDIO N.
TABLE .
I
Nftructions neceffaires aux Voyageurs pour
faire leurs obfervations , &c. Page 3
Réponse de M. D...à la Lettre de M. Piganiol
de la Force , fur l'ancienneté de la Charge de
Capitaine des Gardes de la Porte du Roy. 21
Poëfies , Enigmes , Chanfon , Eglogue , Idille ,
Cantate , &c . fur le rétabliſſement de la fanté
du Roy.
31
Envoy fur la prem, Enigme du mois d'Août .
Envoy fur la feconde Enigme du Mercure du
même mois .
Enigmes.
Chanfon à boire .
Nouvelles Litteraires & des beaux Arts.
Les beaux Arts .
ibid.
61
62
63
109
Fête donnée au Roy par S. A. S. Monfeigneur le
Duc , en fon Château de Vanvre , le Lundy 8
Septembre 1721.
Diane , divertiffement en Mufique.
L'Opera .
Le Theâtre François.
Comedie Italienne .
Foire Saint Laurent .
Morts & Mariages des païs Etrangers.
Charges & Dignitez des pays Etrangers,
Nouvelles Etrangeres.
Morts de France.
Mariages.
Charges , Dignitez , Penfions .
112
119
130
132
134
141
144
147
149
165
169
174
177
179
Evêchez , Abbayes & Benefices .
Journal
de Paris
Lettre du Roy d'Espagne , écrite au Roy de France
, à l'Efcurial le 3 Septembre 1721.
Declarations , Arrelts , &c.
221
222
Supplément.
223
John
Bigelow
to the
Century
Association
ADM
Mercure
LE
MERCURE
DE
JUIN & JUILLET.
Deux Volumes . 40 fols .
SECONDE PARTIE.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis.
GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , à la Fleur-de- Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonnie
M DC C. XXI.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
3351
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
AVIS .
ON prid Nprie
ceux qui adrefferont
des Le tres ou Paquets
d'en affranchir
le Port
comme cela s'est toujours
pratiqué
, fans quoi on ne les recevra
point.
LAdreffe generale pour toutes chofes fera
Monfieur Moreau , Commis an Mercure,
chez Monfieur le Commiffaire le Comte
vis -à - vis la Comedie Françoise , à Paris,
Ceux qui pour leur commodité , voudront
remettre leurs Paquets cachetez aux
Libraires qui vendent le Mercure à Paris
, pourront fe fervir de cette voye pour
les faire tenir en adreffant toujours à
M. Morean.
›
L'abondance des Matieres nous a obligés
de faire deux Volumes de ces deux mois.
Al'avenir le Mercure paroîtra le premier
de chaque mois, en un Volume , au prix ore
dinaire de 25fols.
On donne avis que le fonds des Mer
cures de feu M. Buchet , fe trouve altuèlle ,
ment chez Mrs. Buchet fes freres , Cloître
S. Germain l'Auxerrois , où ils continueront
de les vendre , en gros ou en détail , avec
Abregé de la Vie du Czar.
MERCURE
DE
JUIN & JUILLET.
SUITE · DE L'ARTICLE
des Spectacles.
L'OPER A.
'ACADEMIE Royale de Mufique
a recommencé fes exercices
& r'ouvert fon Theâtre le
21 Aviil , après trois femaines.
de vacances , par la Tragedie d'Omphale ,
qu'on demandoit avec empreffement. Les
paroles font de M. de la Mothe , & la
Mufique de M. Deftouches. Le Public a
revû certe piece avec d'autant plus de plaifir
, qu'il y avoit vingt ans qu'elle fut reprefentée
pour la premiere fois , & qu'on
ne l'avoit pas revue depuis .
II. Partie.
A ij
MERCURE DE
Le Mardi 13 May l'Ambaffadeur de la
Porte Othomane affifta avec toute fa fuite
à la reprefentation du même Opera : Cette
Excellence avoit déja vu l'Opera de Thefée.
On ne doit pas craindre que l'Academie
Royale de Mufique perde rien de fon brillant
ni de fon ancienne reputation , depuis
que M. de Francines a repris le gouvernement
de ce magnifique fpectacle ; tout
le monde connoit la delicateffe de fon
goût & l'étendue de fes lumieres . Il vient
de faire un fort bon prefent à l'Academie ,
en la perfonne de la Damo felle Hermans
qui avoit déja chanté dans le Balet du Roy ,
l'hyver dernier , & qui doit être reçûë
dans fa Mufique , ayant déja chanté à la
Chapelle avec aplaudiffement
.
j
Elle parut le 17. Juin pour la premiere
fois dans le Prologue de l'Opera d'Iffé ,
& chanta le rôle de la premiere Helperide ,
dans lequel la Damoifelle la Garde avoit
brillé d'abord il y a trois ans. Cette nouvelle
Actrice eft une jeune perfonne de
bonne famille , fort bien faite , qui a la
voix très belle , legere & d'une grande
étendue. C'est un excellent fujet dont le
Public efpere beaucoup.
22. Juin. L'Academie Royale de Mufique
a donné extraordinairement la muie
JUIN & JUILLET. }
du 22 au 23 Juin à l'Ambaffadeur du
Grand Seigneur , un Bal magnifique fur
le Theâtre de l'Opera , & fur le Parquet ,
qui en s'élévant du fol du Parterre , ne
fait plus qu'un plain pied avec le Theâtre
& l'Amphitheâtre. On chanta à minuit le
Prologue de l'Opera de Bellerophon , au
lieu d'un concert travaillé fur des Vers
Turcs , qu'on s'étoit propofé de faire executer.
Le Bal commença après , mais la
foule des mafques étoit fi grande , qu'on
ne put danfer un peu à l'aile qu'à quatre
heures du matin , lors qu'on commença à
fe retirer. M. l'Ambaffadeur en fortit avant
cinq heures , après s'être beaucoup diverti
de ce plaifir tumultueux . Il étoit placé
avec les principaux de fà fuite dans le balcon
à droite. Les places étoient fixées à
cinq livres. On nous a affuré qu'il y avoit
2000 perfonnes payantes , & qu'il y en
avoit eu prefque une fois autres qui s'étoient
prefentées à la porte fans pouvoir
entrer , ou que la trop grande foule avoit
rebutées. M. de Francines fit prefenter à
l'Ambaffadeur & à toute fa fuite une
collation delicate avec toute forte de rafraîchiffemens.
10 Juillet. Les Fêtes Venitiennes , Balet
reprefenté pour la premiere fois en Juin
1710. Il eut alors un fuccès prodigieux ,
A iij
MERCURE DE
ayant été joüé 86 fois fans interruption 3
le Public qui fouhaitteit fort de le revoir
, l'a reçû avec de grands témoignages
de joye. Les paroles font de Monfieur Danchet
, & la Mufique de Monfieur Campra..
Il n'étoit d'abord compofé que d'un Prologue
& de quatre Entrées ; mais les Aureurs
excitez par les aplaudiffemens , en
ont ajouté cinq autres en differens tems .
Voici de quelle maniere cet Opera a été
remis . On a joué le Prologue , & trois
Entrées , fçavoir , les Devins de la Place
faint Marc , les Saltimbanques , & le Bal..
Les deux principaux rôles du Prologue ,
le Carnaval & la Folie , qui avoient été
chantez en 1710 par le fieur Thevenard ,
& par la Demoiſelle Pouffin , ont été remplacez
par le fieur le Mire & par la Demoiſelle
Souris.
Les trois rôles de la premiere Entrée:
des Devins , qui font Leandre Cavalier
François , Zelie jeune Venitienne , & une
Bohemienne. Le fieur Thevenard a joiié
le premier comme en 1710. La Damoifelle
Antier a fuccedé à la Damoifelle Pouffin ,.
dans celui de Zelie , avec des applaudiffemens
infinis & très bien meritez ; & celui
de la Bohemienne par la Damoiſelle Lambert
, qui a fuccedé à Mademoiſelle Dun.
Dans la deuxiéme Entrée de l'Amour
Saltimbanque , le fieur du Bourg a chanté
JUIN & JUILLET.
le rôle du Chef des Saltimbanques , joué
par le fieur Hardouin en 1710. Celui
d'Erafte jeune François , amant de Leandre ,
par le fieur Muraire , à la place du fieur
Cochereau. Celui de Leonore , par la Damoiſelle
Tulon , à la place de la Damoifelle
Pouffin . Le rôle de la furveillante de
Leonore , par , par le fieur Mantienne , & celui
de l'Amour Saltimbanque a été chanté par
la Damoiſelle Minier , à la place de la
Demoiselle Dun .
Le rôle d'Alamir dans la troifiéme Entrée
du Bal , par le fieur Thevenard ; celui
de Themir , Gentilhomme de fa fuite , par
le ficur Artaud , à la place du fieur Bufeau .
Le rôle d'Iphife , par Mademoifelle Antier,
qui remplace dignement Mademoiſelle
Journet , une des plus celebres Actrices
qu'on ait vu fur le Theâtre de l'Opera ,·
que la mort nous a enlevée il y a deux ans ;
& les deux rôles , auffi originaux que finguliers
, du Maitre de Mufique & du
Maître de Danfe , par les fieurs Mantienne
& Marcel.
Le Balet & les Danfes compofées par le
fieur Blondi, à la place du fieur Pecour qui
étoit malade , ont été très bien executées .
L'incomparable Damoifelle Prevôt , qui eft
encore incommodée , pour confoler en
quelque façon le Public de ne la voir pas
à fait dander une Entrée à une jeune per-
A iiij
8 MERCURE DE
fonne de dix à onze ans , fon Eleve , qui
paroît avoir de grandes difpofitions , &
qui a fait beaucoup de plaifir.
La petite Relation qu'on va lire , & qui
a quelque rapport avec l'Opera , merite de
trouver ici fa place.
RELATION
d'une Féte donnée à Lyon à Madame
Poulletier Intendante , par Meffieurs
de l'Academie de Mufique & .
beaux Arts , établie dans cette Ville
Jous laprotection de M. le Maréchal
Duc de Villeroy , qui en eft le Chef.
Undi 14 de Juillet , veille de faint
Henry ,l'Academic de Mufique donna
à Madame Poultetier ' un très beau
concert à l'occafion de fa fête , où toutes
les Dames les plus qualifiées de Lyon
affifterent , de même que la plus grande
partie des principaux du païs , qui font
inembres de cette Academie , formée par
les foins de Madame l'Intendante : le nom
d'Henriette qu'elle porte y fut celebré par
des Vers faits à la louange de fes charmes
& de toutes fes rares qualités. Le lendemain
à l'entrée de la nuit un grand Batteau
JUIN & JUILLET ༡
artiſtement decoré , ( qui portoit dans fon
enceinte un magnifique falon , dont les
portiques étoient ornez de guirlandes de
fleurs , avec les Armes de Madame l'Intendante
, & des H qui marquoient fon
nom & le fujet de la fête ) fut conduit fur
la Saône , au fon des timbales & des trompettes
, par des Matelots , en habits galans
& uniformes , chargez de rubans de ſes livrées
: Ce grand Batteau étoit precedé d'un
Brigantin , & fuivi de quatre gondoles ,
où les Academiciens étoient placez ; ils ſe
rendirent dans cet ordre à la vûë d'un
ар-
partement que Madame l'Intendante occupe
à l'Arfenal ; l'ancre fut jettée au milieu
de la Riviere , & le Batteau qui reprefentoit
le Temple d'Apollon , s'arrêta devant
les fenêtres de Madame Poulletier ; Monfieur
le Comte de Suze , Chef de l'Academie
de Lyon , & Monfieur de Grange
Blanche Avocat general de la Ville , s'approcherent
de la Terraffe qui donne dans
les jardins de l'apartement de Madame
l'Intendante . On lui prefenta au nom de
toute l'affemblée un bouquet des plus belles
fleurs de la faifon , & on lui fit un difcours
aufli galand que rempli d'éloquence ; dans
l'inftant le Temple d'Apollon éclairé par
plufieurs luftres de criftaux en dedans , &
par une infinité de lampions & de quantité
de gros flambeaux de cire blanche placez
IG MERCURE DE
au dehors , retentit du fon des hautbois ,
flutes, violons , & autres inftrumens de Mufique,
qui firent un concert qui ne cedoit en
rien à celur de la Ville : le concours des
perfonnes
de l'un & l'autre fexe , formoit fur
la Riviere le plus agreable fpectacle que
l'on ait vû de long- tems ; diverfes illuminations
étoient dans les petits Batteaux, que
chacun avoit embellis à qui mieux mieux ,
& rendoient dans le plus fort de la nuit la
clarté neceffaire pour fe reconnoître d'affez
loin ; les Academiciens monterent fur la
Terraffe , où Madame l'Intendante offrit
à la Compagnie tous les rafraîchiffemens
de la faifon , on y danfa , & les Dames qui
étoient avec elle , fe mêlant avec celles
que la fête y avoit attirées , formerent un
Bal qui ne ceffa que le lendemain fort
avant dans la matinée. Le bruit de l'artillerie
que Monfieur le Chevalier de Saint
Mars fit tirer pour honorer cette fête , ne
contribua pas peu à la rendre parfaite.
Chacun fe retira fort content , & Madame
PIntendante donna lieu à tous ceux qui
étoient accourus de l'être extremement ,
de fes manieres gracieufes & prévenantes.
y
JUIN & JUILLET. FE
LA COMEDIE ITALIENNE.
Es Comediens Italiens de l'Hôtel de
L Bourgogne ont prefenté aux yeux de
leurs Spectateurs à l'ouverture de leur
Theatre , une nouvelle toile ou rideau
à la place de celui qu'ils avoient fait peindre
lors de leur rétabliſſement en 1716.
où l'on voyoit un Phenix fur un bucher
avec ces mots : Je renais . Dans celui - ci ,
en a reprefenté la Mufe Thalie qui prefideà
la Comedie , couronnée d'une guirlande
de lierre , tenant un mafque à la main
avec des brodequins pour chauffure. Certe
figure, au moins grande comme nature, eſt
accompagnée de quatre Médaillons , deux
de chaque côtez , où l'on voit les buftes.
de quatre Poëtes Comiques , Ariftophane ,
Eupolis , Cratinus & Plaute , avec un
Soleil tout en haut , & ces deux Vers en
bas :
,
Qui quarit alia his ,
Malum videtur quarere..
21 Avril. Les Comediens ont com
mencé leurs repreſentations par Arlequin
12 MERCURE DE
Pluton , de M. Gu . Piéce en trois Actes ,
avec des agrémens en François & en Italien
, jouée pour la premiere fois au mois
de Janvier 1719.
24 Avril. Le Negligent , Comedie nouvelle
en un Acte , avec des agrémens , du
fieur Lelio.
12 May. Le double mariage d'Arlequin ,
Piece Italienne en trois Actes , dont on
trouve que le dernier ne répond pas aux
deux autres qui ont fait beaucoup de plaifir.
Cette Piece a été jouée pour la premiere
fois fur le Theâtre du Palais Royal , où les
Italiens donnent deux reprefentations par
femaine , le Lundi & le Samedi .
Extrait de la Piece.
ACTE PREMIER.
La Piece commence par une tendre converfation
entre Lelio. & Flaminia fa Maîtreffe
, fille unique de Pantalon , qui la
tient fort refferrée , n'ayant aucune liberté
de voir fon amant , elle vient le trouver
pendant que fon pere eft en ville , & le
charge de la faire demander en mariage .
Elle eft affublée d'une jupe noire ſur ſon
habit , & d'une mante par deffus fa tête ,
JUIN & JUILLET. 13
pour n'être pas reconnue. Dans le tems
de leurs plus vives proteftations Pantalon
qui eft eur peine de ta fille l'appelle & paroît
; auffi - tôt Flaminia baiffe fon voile
& prend la fuite ; fon pere court après
elle pour voir fi ce ne feroit
pas fa fille ;
Lelio s'y oppofe en vain , & le fuit pour
empêcher qu'il ne maltraite fa maîtreffe.
Flaminia revient , ayant évité Pantalon ,
& ne retrouvant point Lelio , elle en eft
fort en peine . Arlequin vient qui la trouve
fort embarraffée , & lui dit , qu'il eſt luimême
fort à plaindre , parce que Scapin
le veut faire mettre en prifon pour cent
écus de fromage qu'il lui doit , & qu'il ne
peut lui payer. Dans ce moment Flaminia
entend la voix de fon père , elle ôte vîte
fa jupe & fon voile , & en couvre Arlequin
, lui promettant de le recompenfer
& rentre chez fon pere . Arlequin qui ne
peut rien comprendre à ce déguifement ,
en paroît extraordinairement étonné. Pentalon
qui furvient tout effouflé avec Lelio ,
le prend pour fa file , lui fait une longue.
mercuriale , & lui reproche le tort qu'elle
fait à fa famille de courir ainfi après fon
amant. Lelio trompé comme le vicillard ,
s'oppofe à les emportemens , & pour les
calmer lui demande Flaminia en mariage.
Le vieillard y confent & les marie fur le
champ. Arlequin après s'étre bien diverti
$4
DE
MERCURE
de leur extravagance , ſe découvre , &
d'un ton tout - à - fait comique leur dit :
ô caro Padre ! ô amato conforte ! L'époux
pretendu fe retire tout confus , & Pantalon
plus en colere que jamais , appelle Flaminia
, qui vient avec fes habits ordinaires,
& à toutes les interrogations de fon pere ,
répond avec fermeté qu'elle n'a pas forti
de la maiſon , ce qui fait croire à Pentalon
qu'il s'eft trompé , en prenant ce fou
d'Arlequin , qu'il a và d'abord avec une
mante , courant après Lelio , pour fa fille.
Le Docteur arrive ; Pantalon le preſente
à Flaminia , comme un homme qu'elle
doit époufer dans la journée. Lelio paraît
au fond du Theâtre. Flaminia fort intriguée
de cet ordre , ne fçachant comment
parer ce fâcheux mariage , s'avile d'en
fuppofer un autre , en difant qu'elle a
promis fa foy à Mario , fils du Docteur ,
avant qu'il partit pour l'armée. Les deux
vieillards voyant la chofe fans remede , y
donnent les mains.
Dans la dixiéme Scene Lelio qui a tout
entendu , fait de fanglans reproches à Flaminia
, & fe retire fans lui donner le tems
de fe juftifier. Arlequin qui aime Violette,
lui fait prefent de la mante & de la jupe
dont il croit d'avoir herité , mais Flaminia
qui furvient interrompt les remercimens
que Violette fait à fon amant , reprend fes
JUIN & JUILLET.
hardes , s'en deguife , & court après Lelio,
pour tâcher de le defabuter. Violette ne
peut revenir de fon étonnement , & outrée
de la tranquillité avec laquelle Arlequin
a vû emporter les nipes qu'il lui avoir données
, s'imagine qué Flaminia eft fa rivale,
& qu'elle eft aimée ; elle s'emporte contre
lui , & le menace de fe vanger . Lelio qui
trouve Arlequin fur la Scene , lui fait pluficurs
questions au fujet de Flaminia , pourquoi
il avoit cette jupe & ce voile ? par
quel hazard il la connoiffoit ? s'il n'eft
pas fon Mezzano ? s'il n'a pas foin de porter
fes Lettres ? &c. Arlequin dit aparte ,
que pour ne pas paroître un ignorant , un
for , il va lui répondre comme il faut ; en
effet , il répond affirmativement à tout ,
ajoute qu'il s'étoit ainfi deguifé pour fe
divertir ; qu'il connoît Flaminia depuis
long-tems , qu'elle eft fort de fes amies
& qu'à l'égard de fes amours avec Mario ,
il en eft le confident. Lelio outré de fureur
& de jalousie , met l'épée à la main
& veut tuer notre balourd . Il en eft empêché
par Flaminia , qui couverte de fa
le cherche pour fe juftifier . Elle
le prie de ne point maltraiter ce pauvre
garçon. Cette démarche irrite encore plus
Lelio , & augmente la jaloufie & fes
foupçons , dont la fureur eft au dernier
point à l'arrivée de Violette , qui chante
mante ,
16 MERCURE
DE
poüille à Flaminia, lui reproché de lui avoir
enlevé fon amant Arlequin , & prie Lelio
de fe joindre à elle pour le vanger . Ils
difent tous deux mille injures à Flaminia ,
& fortent brufquement enſemble fans vouloir
l'écouter.Flaminia
baiffe fon voile pour
les fuivre , mais elle en eft empêchée par
Pantalon , qui furvient avec le Docteur :
elle n'oſe l'éviter , crainte qu'il ne la pourfuive
avec plus d'opiniâtreté . Pantalon qui
l'aperçoit à un coin du Theâtre , dit en
riant au Docteur , que ce n'eft pas là fa
fille , mais ce benêt d'Arlequin , qui fe
plaît à fe déguifer de la forte. Il en dit
autant à Scapin , qui vient lui demander
où il pourroit trouver Arlequin , pour fe
faire payer de cent écus qu'il lui doit ,
ajoutant à ce dernier qu'il n'eft plus furpris
de le voir ainfi fe cacher pour ne pas payer .
fes dettes. Scapin ne perd point de tems ,
il appelle les Sbires , qui faififfent la pauvre
Flaminia , & la menent en priſon , la
prenant pour Arlequin . Pantalon fâché d'avoir
procuré ce malheur à Arlequin , fans
fçavoir de quoi il s'agifloit , veut y appor
ter du remede ; mais Arlequin paroît dans
ce moment ; les vieillards le felicitent de
s'être fauvé des mains des Sbires . Dans le
tems qu'il fe mocque d'eux , Scapin revient
, & furpris de trouver fon debiteur
en liberté , il rapelle les Sbires & le fait
mener
JUIN & JUILLET.
17
mener en prifon. Dans la vingt - deuxième
Scene , qui eft la derniere de cet Acte ,
Violette aprenant la difgrace de fon amant,
fent pour lui un retour de tendreffe , &
veut le fecourir.
ACTE II.
Le Theatre reprefente une Prifon .
Arlequin eft bien étonné de trouver
Flaminia dans la Friton ; ils s'inftruilent
reciproquement de ce qui les y a fait conduire.
Flaminia donne un diamant à Ar-
1
lequin pour payer les cent écus qu'il doit ,
ne doutant pas qu'ils ne puiffent fortir tous
deux d'abord après. Le Geolier ayant
reçû le diamant pour nantiffement , élar
git Arlequin qui va chercher Scapin , &
retient Flaminia . Dans l'intervalle Violette
vient dans la Prifon chercher fon cher Arlequin
, furprife d'y rencontrer Flaminia ,
& confirmée de plus en plus qu'elle eit
fa Rivale , lui dit cent injures , lui reproche
fon effronterie de venir chercher fon
Amant juſques dans la Prifon . Flaminia
tâche de lui faire entendre raifon , en lui
contant ce qui a donné lieu à cette méprife
. Pantalon furvient dans le deffein de
rendre fervice à Arlequin . Violette malgré
fa colere , ne laiffe pas par complai-
Lance pour Flaminia , de la faire paffer pour !
II. Partie. B
IS MERCURE DE
une de fes amies , & la tire ainſi d'affaire ,
aprés avoir pourtant dit au Vieillard que la
fille aime éperdument Arlequin . Scapin
dans une autre Scene réjoui d'avoir été
payé, montre à Pantalon le diamant qu'il a
reçu d'Arlequin : Pantalon le reconnoît , fe:
perfuade que Violette lui a dit la verité ,
& ne doute pas que fa fille ne l'ait donné
à Arlequin pour le tirer de prifon ; il entre:
>
en fureur contre elle , veut la tuer , & c.
Scapin tâche de l'appaifer , & lui confeille
pour la punir de la marier avec ce malotru
d'Arlequin , & de les envoyer tous
deux fi loin qu'on n'en entende jamais .
parler..
Aprés la cinquiéme Scene le Theatre change
, reprefente une Place Publique ..
Violette, raconte à Lelio & au Docteur
la maniere dont elle a tiré Flaminia de
prifon , en perfuadant au Geolier qu'elle.
n'y avoit été conduite que par méprife ::
elle leur parle encore des folles amours
de Flaminia pour Arlequin , & c. Pantalon:
furvenant avec Scapin , leur declare le
parti qu'il a pris pour punir fa fille . Violette
dit qu'elle lui a donné retraite chez :
elle , & qu'elle va la querir pour la mener
au rendez- vous qu'on a pris hors la Ville:
pour faire ce beau mariage , &c. Panta-
Jon & Scapin conduifent Arlequin au rendez-
vous ,,fans lui rien dire, à grands coups :
JUIN & JUILLET
191
de pied. Alors la stene change , & repre-
Jente un Bois..
Le Docteur , Lelio & Violette ne veu
lent point écouter la malheureuſe Ainante, »
qui cherche à fe juftifier. Pantalon ſuivi
de Scapin , lui impofe filence d'un air ſevere
, auffi bien qu'à Arlequin , les marie,
& par un effort de tendreffe & de generofité
, leur donne pour prefent de nôces
un Ecrain de pierreries , avec commandement
exprès de s'en aller fi loin qu'on
n'entende jamais parler d'eux. La cere--
monie finie on plante là les nouveaux ma--
riez , qui , fort embaraffez du chemin
qu'ils doivent prendre , des Voleurs furviennent
, fe faififfent de l'Ecrain ' , dé--
pouillent Arlequin, & lorfqu'ils en veulent
faire autant à Flaminia , ils en font em--
pêchez par Mario qui arrive de Flandres.-
Il les met en fuite , & emmene la pauvre
infortunée , après avoir entendu le recit
defon avanture , la dureté de fon pere, & c.
ACTE III .
Pantalon rongé de remords du mauvais
traitement qu'il a fait à fa fille , témoi jne
fon déplaifir au Docteur. Mario les interrompt.
Il embraffe lon pere qui elt char né
de le revoir , & c. Pantalon fax , cette re-
Aexion : Il a le plaifir de revoir fon fils
Bij
20 MERCURE DE
·
aprés une courte abfence , & moi je ne
reverrai jamais ma fille . Mario le rebute
quand il vient pour l'embraffer , & le
quitte en lui difant , qu'il veut le voir
l'épée à la main , pour le punir de la barbarie
qu'il a eue pour une Dame de me--
rite. Le Docteur croit que fon fils extravague
. Pour Pantalon , j'accepte le défi.
avec joye , dit- il , puifque c'eft courir à
une mort certaine qui peut feule terminer
tous mes déplaifirs. Le Docteur lui dit.
qu'il ne l'abandonnera pas , quand il devroit
le battre contre fon fils . Arlequin
deguifé en eftropié vient demander l'au
mône à Violette , & lui dit qu'Arlequin
a été tué par des Voleurs . Violette , faifie
de cette nouvelle , tombe évanouie entre
fes bras. Lelio le méconnoiffant auffi , &
indigné qu'un birbante , un gueux , prenne
tant de familiarité avec Violette , le chaffe .
Un Laquais aporte deux Lettres ; l'une
pour Lelio , par laquelle il eft appellé en
duel ,
>
, pour fon ingratitude envers fa maîtreffe
; & l'autre pour Violette qu'on
veut auffi voir l'épée à la main. Arlequin ,.
qui du fond du Theatre entend parler de
ce dernier défi le refoût à prendre la >
défenſe de fa Maitreffe .. Pantalon vient
armé pour le combat. Le Docteur le fuis
pour l'empêcher, ou pour fecourir fon ami
Lazzi de Lelio & de Violette , qui croyent
JUIN & JUILLET.
22
que ces Vieillards font ceux qui les ont
défiez. Poltronnerie de Pantalon & du
Docteur qui fe laiffent defarmer. Arlequin
qui furvient & le retire après quelques
Lazzi , augmente encore leur peur. Enfin
Mario paroît , & declare que c'eft lui qui a
fait un apel à Lelio pour des foupçons injultes
qu'il a eus contre l'honneur de Flaminia.
Il fait venir cette Amante infortu
née , qui dit qu'elle veut avoir raifon l'épée
à la main des outrages qu'elle a reçus
de Violette. Elle éclaircit la mépriſe de
la Prilon , & à l'égard du prétendu mariage
de Mario , elle proteste qu'elle ne l'a feint
que pour parer celui que fon pere lui propoloit.
Ce qui eft confirmé par Mario
même , qui prie fon pere de confentir à
un mariage pour lequel il a des engagemens
avec une Dame Flamande. Aprés
bien des traverfes on arrive au dénouement
qui fe fait par le double hymenée de Fla-.
minia avec Lelio , & d'Arlequin , qui vient
armé de pied- en- cap , pour prendre la défenfe
de la Maîtreffe , & voyant qu'elle
n'a point d'ennemis , il fe découvre & l'é
poule.
15 May. Hercule filant. Piece d'un Acte
avec un Prologue , dans le goût des piéces
de l'Opera Comique , avec des Vaudevilles.
dialoguez , &c. nous en pourrons donner
2223 MERCURE
DE
un Extrait le mois prochain..
20 May. Arlequin enfant , ftatuë &
Perroquet , Comedie en trois Actes , dia
l'Ambaffadeur de Turquie a aflifté avec
toute fa fuite.
17 Juin: Arlequin Sauvage , Piece :
Françoife en trois Actes , qui a eu beau .
coup de fuccés. Le fieur Thomaffin , quis
ne degenere point des Acteurs de la
premiere
reputation qui ont porté le maſque
d'Arlequin avant lui fur le même Theatre,
a joué dans cette Piece avec ces graces
naïves , & cet élegant badinage qui lui
ont acquis la reputation du plus excellent
Pantomime & du plus joli Comedien que
nous euffions encore vu de cette efpece ..
Reputation qu'il a beaucoup augmentée
dans cette occafion , car on peut dire que
fon rôle contient prefque toute la Piece ,
qu'il joue precifément dans le vrai caractere.
qu'il foutient , & fans dire un feul mot d'Italien.
L'Auteur oppofe dans cette Comedie
d'Arlequin Sauvage , la fimple nature à
nos moeurs , afin de faire voir par le con--
trafte combien nous fommes éloignez du
vrai. Pour cela on conduit ce Sauvage :
en France avec toute fon ignorance ;
n'ayant d'autres lumieres que celles que
JUIN & JUILLET.
233
il la raifon naturelle lui fournit : comme
eft fans prejugé il juge fans erreur des
chofes qu'on lui fait connoître. Il s'étonne :
que les hommes ayent befoin de Loix pour
les obliger à faire leur devoir , & il juge
que de tels hommes font naturellement
mauvais & dangereux. Il fe moque de nos
politeffes & de nos complimens , & par des.
ingenuitez qui naiffent de la verité de fes.
fentimens ,, il condamne la mauvaiſe foy,
qui n'est que trop en ufage dans les proteſtations
d'amitié & de tendreffe que les
hommes fe font. Il méprife notre fafte &
notre luxe , & rit de l'attachement que·
nous avons pour les chofes frivoles , ne
pouvant concevoir qu'avec de la raifon on
puiffe diftinguer les hommes par leur pa
rure. Left épouventé d'aprendre qu'il y a
des pauvres & des riches parmi nous . La
dépendance & l'efelavage où les pauvres.
font à l'égard des riches , & la reflexion
qu'il fait dans ce moment qu'il eft pauvre .
lui-même , le met au defefpoir. Il fe plaint
amerement à fon Capitaine de l'avoir
mené dans ce Pays , pour lui faire connoître
qu'il eft pauvre , que fans lui il
auroit ignoré toute fa vie cette cruelle ve
rité.. Ces reproches , fa douleur & fes lar--
mes nous font fentir vivement que ces poffellions
, dont notre ambition & notre vanité
font flatées , font oppofées à la Na»
24
MERCURE
DE
ture , & font réellement tous nos malheurs
La cenfure eft generale fans bleffer aucune
des idées que l'on doit refpecter dans le
monde. Elle influë fur nos moeurs , car le
Sauvage condamne à la fois chez nous &
le fond & la forme , par des raifonnemens
d'autant plus forts , qu'ils font ingenus ,
& que la fimple Nature les lui dicte. Tout
eft vrai , tout eft fimple & naïf dans cette
Piéce ; elle eft affés reguliere , la difpofition
heureuſe & le caractere du Sauvage
fourenu . On l'inftruit par des moyens
fimples & proportionnez à ſa propre fimplicité.
Sa rafon qui n'eft offufquée d'aucuns
de nos prejugez , l'empêche d'être la
dupe de nos idées : en tout le refte il eft
la dupe de fon ignorance & de fa credulité
ftupide & raifonnable tout à la fois ,
mais toujours fauvage . Comme il n'a aucune
connoiffance des Arts il fe fâche qu'un
Violon raifonne micux entre les mains.
d'un autre qu'entre les fiennes. S'il montre
quelquefois de l'efprit , c'eft un efprit
naturelles traits qu'il en fait paroître.
font fi naïfs , qu'on peut dire qu'ils ne font
pas moins d'un Sauvage , que ce qu'il dit
fur les fons du Violon. Un feul exemple:
peut juftifier ce que nous difonsici . Dans
P'endroit où Arlequin a oublié les complimens
qu'il avoit apris pour dire à Violette,
il répond à Silvia , qu'il en eft tout confolé
par
JUIN & JUILLET. 25
par le plaifir qu'il aura à ne dire que ce
qu'il penfe. Il y avoit ce me femble dans
ce compliment , dit-il , des chofes impertinentes
, comme celle cy , que je voulois
mourir pour Violette, & cela n'eft pas vrai ;
ainfi je craignois de le dire de peur de la
tromper. Cette réponſe qu'il ne puife que
dans le fond du fentiment qui lui aprend
qu'il n'a pas deffein de mourir pour Violette
, n'eft- elle pas toute fauvage ? Il feroit
à fouhaiter qu'elle le fut moins. Aù ſurplus
, comme l'habile Auteur n'a eu en vue
que fon Sauvage , toute l'intrigue n'eſt
qu'un feul évenement pour faire paroître
le caractere d'Arlequin.
FOIRE S. LAURENT.
LE Judy 24 Juillet , Monfieur de
Baudry Lieutenant General de Police,
fit la ceremonie de l'ouverture de cette
Foire , qui doit durer jufqu'à la S. Michel.
Les Comediens Italiens , qui ont abandonné
leur Theatre de l'Hôtel de Bourgogne
depuis le 13 de ce mois`, ont reprefenté
, le lendemain 25 Juillet fur le
Theatre & dans la belle Loge que M.
Pelegrin a fait conftruire au Fauxbourg
II. Part. .C
26
DE MERCURE
S. Laurent , attenant la Foire , Danat ,
Piéce nouvelle en trois Actes , avec un
Prologue & des intermedes. Le concours
a été fort grand , & le Public a paru s'amufer
à ce nouveau fpectacle , qui eft fort
orné & fort brillant. On dit que Danaé
eft une ancienne Piéce , faite par M. de S.
avant 1697 pour les anciens Comediens
Italiens , mais qui n'a jamais paru. Nous
en parlerons plus au long dans le prochain
Mercure.
Ces Comediens donnent des Bals fur
ce nouveau Theatre le Dimanche & le
Mercredi de chaque femaine , depuis onze
heures du foir jufqu'à fix heures du matin
, pareils à ceux qui ont attiré une fi
grande foule à l'Opera , & à la Comedie
Françoife. On prend 5.liv. par perfønne.
Le même jour 25 Juillet la Troupe de
Baxter a ouvert fon Theatre de l'Opera
Comique , par une Piece en trois Actes ,
& un Prologue en Vaudeville , intitulée ,
la Fontaine de Jouvence , ou , la Guittare
enchantée. On s'attend auffi à voir bientôt
la Troupe de Francifque , où la Dlle.
de Lille , connuë fous le nom d'Olivette
& Hamoche , le bon Pierrot , tâcheront
d'obtenir gratuitement du Public le privivege
de l'amufer.
JUIN & JUILLET 27
ARTICLE DES EDITS ;
Declarations , Lettres Patentes ,
Ordonnancesi, Arrêts , &c.
On ſe propoſe de mettre dans cet Article à
l'avenir , les autres matieres concernant la
Jurifprudence , le Gouvernement , la Police,
la Guerre , les Finances & le Commerce..
A
RREST du Confeil du 14 May
1721 , qui ordonne que les Poffeffeurs
des Domaines qui ont acquis
des Rentes albergues & redevances
, foient tenus de payer un
hiplément de finance.
ARREST du Confeil du 17 May , qui
rétablit les foixante Offices d'Agent de Change,
& défend à toutes perfonnes , même à ceux qui
ont obtenu commiffion en execution de l'Arreſt
du 30 Aouft dernier , de s'immifcer dans les
fonctions d'Agent de Change , s'ils ne font
pourvûs d'un defdies Offices , à peine de trois
mille livres d'amende , applicable à la Communauté
defdits Officiers .
ARREST du Confeil du 18 May , concernant
le dépôt des Actions intereffées , fait dans
les Provinces , qui ordonne , 1 ° . Que les Directeurs
des Compres en Banque dans les Provinces
, rendront inceffamment aux Proprietaires
d'Actions déposées en leurs Bureaux les Actions
Cij
28 DE MERCURE
telles qu'ils les ont , timbrées de deux fceaux ,
vifées & controllées , en faifant mention par eux,
fur chacune defdites Actions, que le preft de 105
livres n'en a point été payé . 20. Que les Actions
timbrées d'un feul fceau , qui restent entre leurs
mains, feront par eux rendues aux Proprietaires,
en faifant mention fur lefdites Actions qu'elles
ont été déposées en leur Bureau en execution
de l'Arrelt du Confeil du premier Novembre
1720, & que toutes les mentions qui
feront faites fur les unes & fur les autres
Actions , feront fignées par deux Directeurs au
moins.
ARREST du Confeil du 18 May 1721 ,
ordonnant que les Recepiffez qui ont été délivrez
par les Directeurs des Comptes en Banqué
dans les Provinces , pour valeur des Billets de
Banque de mille livres & de dix milte livres ,
lefdits Recepiffez portant promeffes de fournir
des Actions & des dixièmes d'Actions rentieres ,
feront vifez par les Commiflaires du Confeil
nommez par les Arrefts du 30 Janvier & 23
Fevrier derniers,
ARREST du Confeil du 20 May 1721 ,
qui ordonne que les Proprietaires des Billets au
Porteur , reftans de ceux délivrez pour liquidation
des rentes viageres au Denier vingt cinq
fur la Compagnie des Indes , en execution des
Arrefts du Confeil des 16 May & 5 Juin 1720 ,
feront tenus de les reprefenter au Viſa , & de
les comprendre dans leurs declarations , ainfi
que les autres effets fujets audit Vifa , & ce
dans les délais prefcrits par l'Arreft du 18 du
prefent mois . Voulant Sa Majeſte que ceux defdits
Billets qui n'auront pas été reprefentés
avant le premier jour de Juillet prochain ,
JUIN & JUILLET. 29
foient fujets aux réductions portées par ledic
Arreft du 18 du prefent mois..
DECLARATION du Roy du 20 May
1721 , concernant les Officiers de la Venerie ,
portant qu'à l'avenir tous les Officiers de la
Venerie feront tenus d'envoyer tous les ans au
grand Veneur dans le mois de Decembre un
Certificat de leur vie & domicile , legalisé par
le Juge des lieux , fur lequel , & non autrement ,
ils feront employez dans l'Etat qui doit cftre
prefenté par le grand Veneur , pour eftre enregiftré
tous les ans à la Cour des Aydes de
Paris , dont ils pourront fe faire délivrer des
extraits à ladite Cour des Aydes , & faute par
lefdits Officiers de s'eftre fait comprendre pendant
deux années de fuite dans lédit Etat , voulons
que leurs Commiffions: demeurent nulles
de plein droit.
ARREST du Confeil du 21 May 1721 ,
qui ordonne que les Pelleteries & denrées provenant
du cru & fabrique du Canada , de quelque
nature qu'elles puiflent être , joüiront du
benefice du tranfit.
ARREST du Confeil du 24 May 1721 ,
qui accorde aux Creanciers des Communautés
fur les Ports & Quays de la Ville de Paris , un
delay jufqu'au premier Juillet pour obtenir
leurs quittances de finance , pour joüir des arrerages
de leurs rentes , compter du premier
Juillet 1720.
à
ORDONNANCE du Roy du 27 May
1721 , concernant la Ville de Verfailles & fa
Police:
Citj
30
MERCURE DE
EDIT du Roy , donné à Paris au mois
d'Avril 1721 , & regiftré en Parlement le 28
May fuivant , qui concerne les Religieux de
l'Etroite Obfervance de Cluny , & ordonne que
l'Edit du mois de Juin 1671 foit exceuté , &
que les Religieux de l'Etroite Obfervance qui
fe font établis depuis ledit Edit du mois de
Juin 1671 dans des Maifons de l'ancienne Obfervance
, foient tenus de reprefenter les Lettres
en vertu defquelles ils y ont été établis, dans
trois mois au plus tard.
ARREST du Confeil d'Etat , du 28 May
1721 , concernant les Comptes en Banque.
EDIT du Roy , portant creation de fix Offices
de Payeurs , & de fix Offices de Controlleurs
des Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris ,
donné au mois de May 1721 , & Regiftré en
Parlement le 28 dudit mois de May.
ARREST du Confeil du 30 May 1721 ,
qui commet Jean Camiaille pour figner au lieu
& place du nommé Cochois , les marques &
parchemins qui doivent eftre attachées au chef
& à la queiie de chaque piece de Mouffeline
& toile de Cotton blanche , provenant du Commerce
de la Compagnie des Indes.
ARREST du Confeil du 30 May 1721 ,
qui ordonne le rétabliffement du privilege exclufif
de la vente du Caftor en faveur de la
Compagnie des Indes.
ARREST du Confeil du 3 Juin 1721 ,
portant que les fols ou douzains n'auront plus
cours dans tout le Royaume que pour 25 demiers
, au lieu de 27 deniers.
JUIN & JUILLET. 31
ARREST du Confeil du 10 Juin , qui
ordonne le remboursement des Creanciers de la
Communauté des Chargeurs de bois.
ARREST du Confeil du 10 Juin , qui ordonne
le payement des Creanciers de la Communauté
des Controlleurs Commiffaires Jurez
Gardes de nuit.
ARREST du Confeil du re Juin , qui renouvelle
les défenſes cycdevant faites de l'introduction
dans le Royaume , & du Commerce ,
port & ufage des étoffes des Indes , de la Chine
& du Levant , & des toiles peintes & autres
venant defits Pays .
Cet Arreft n'ayant pour motif que le bien du
Peuple , la confervation des Manufactures du
Royaume, & fur tout celle de la vie des Sujets du
Roy menacée par la pefte qui defole la Provence,
ne devoit pas avoir befoin d'aucune interpreta
tion.
ARREST du Confeil du 17 Juin , qui
erdonne qu'avant la fin du prefent mois , pour
tout delay , les Proprietaires d'Actions interefffées
, Actions & dixièmes d'Actions rentieres
de la Compagnie des Indes , qui ont été par
eux remifes és mains des Directeurs des Comptes
en Banque établis dans les Provinces ,
feront tenus de les retirer , & qu'après ledit
tems paffé lefdits Directeurs envoyeront , à peine
d'en répondre en leurs propres & privez noms ,
lefdites Actions , &c ; au Greffier de l'Hôtel de
Ville de Paris, avec un double Etat d'icelles , & c .
Ordonne pareillement Sa Majesté que dans le
même delay les Particuliers à qui les Directeurs.
des Comptes en Banque ont délivré leurs
Recepiffez conformément aux Arrefts des 8 Novembre,
& 18 Decembre , & qui n'ont pas 3
C iiij
32
MERCURE DE
fait vifer lefdits Recepiflez , les remettront aufdits
Directeurs, pour eftre convertis en Actions
ou dixièmes d'Actions rentieres , & que fi lefdits
Recepiffez ont été précedemment viſez , les
Directeurs feront tenus de biffer leurs fignatures
étant au bas defdits Recepiffez , de rendre lefdits
Recepiffez aux porteurs ou dépofitaires d'iceux
, avec des Actions ou dixièmes d'Actions
rentieres , jufqu'à concurrence du montant def
dits Recepiffez.
EDIT du Roy , donné au mois de May ,
Regiltré en la Cour des Aydes le 13.Juin 1721 ,
qui porte la fuppreffion de la Charge de Maréchal
ferrant , & création d'un Porte - manteau
des Ecuries de Madame.
ARREST du Confeil du 23 Juin , qui ordonne
que les poffeffeurs des Rentes , albergues
& redevances alienées du Domaine de Sa Majefté ,
continueront de joüir de la moitié desdites Rentes;
à l'égard de celles dont l'alienation a été faite
au denier douze, & à proportion pour celles alienées
au denier quinze . Permet neanmoins à ceux
defdits poffeffeurs qui ont acquis plufieurs Rentes
, même en differentes Provinces , d'en conferver
une ou plufieurs entieres; le tout en forte que
le revenu de ce qui leur fera confervé n'excede
pas le Denier vingt quatre du prix principal
de la totalité de leurs finances , ou à condition
d'en payer l'excedent. Veut Sa Majesté que ceux
qui payeront la finance audit Denier , fçavoir à
Paris entre les mains & fur les quittances du
Garde du Trefor Royal en exercice , & dans
les Provinces entre les mains des Receveurs des
Domaines & Bois en exercice , for leurs Recepiffez
portant promeffe de fournir les quittances
du Garde du Trefor Royal , & fuivant les Rôles
JUIN & JUILLET.
3.3
qui en feront arrêtez au Confeil , feront & demeuteront
fubrogez aux premiers Engagiftes ,
pour joüir defdites rentes ou portions de rentes
réunies au même titre. Veut pareillement
Sa Majefté que les Cautions de Charles Cordier
, chargé de la Regie de fes Fermes , faffent
le recouvrement à compter du premier Janvier
dernier , des portions defdites Ren : es qui feront
réunies & qui fe trouveront encore entre les.
mains de Sa Majefté au dernier Decembre prochain
. Fait iteratives défenſes aux redevables.
defdites Rentes de payer aux anciens Engagiftes
d'icelles au delà des portions qui leur doivent
demeurer aux termes de l'Arreft du 14 May
dernier , s'ils ne leur font aparoir des quittances
du payement du fupplément de finance ordonné
par ledit Arreft.
ARREST du Confeil du 24 Juin 1721 ,
portant que les Commiffaires tant de la Ville
de Paris , que des autres Villes . du Royaume
qui expediront pour les Rouliers & autres Voituriers
des marchandifes & effets , feront tenus
d'y joindre des certificats fignez d'eux , contenant
les noms des Rouliers & Voituriers qu'ils
en chargeront , la qualité , la quantité & le
poids defdites marchandifes & effets.
LETTRES Patentes fur Arreft , données.
le 9 Juin 1721 , qui ordonnent des coupes
extraordinaires dans les Forefts du Roy du département
de Soiflons , pour la proviſion de
Paris.
DECLARATION DU ROY , donnée le 24
Juin 1721 , Registrée en Parlement le 7 Juillet
fuivant , Qui ordonne ,
ART. I. Que par les Gardes de notre Trefor
34 MERCURE DE
Royal , il foit delivré à chacun des Receveurs
des Confignations & des Commiffai : es aux Sai - 1
fies Réelles de notre Royaume , une quittance
de finance pour le montant des effets provemans
de leur recette qu'ils ont actuellement entre
les mains , de la nature de ceux pour lefquels
Nous avons ordonné par notre Edit du
mois de Juin dernier , qu'il fût conftitué des
Contrats de Conftitutions fur l'Hôtel de notre
bonne Ville de Paris , au denier Quarante
affignez fur le produit de nos Fermes , à l'effet
de quoy , lefdits Receveurs des Confignations
& Commiffaires aux Saifies Réelles , feront tenus
de porter lefdits eff ts en notre Trefor Royal
dans un mois du jour de la publication des Prefentes.
Voulons qu'il foit delivré à ceux des
Receveurs des Configuations ou Commiffaires
aux Saifies Réelles , qui font Titulaires defdits
Offices ou Regiffeurs dans differentes Jurifdictions
, une quittance de Finance diftincte & feparée
, pour les effets provenans de leur Recette
& Commiffion de chaque Jurifdiction ; & fera
fur lefdites quittances de Finances paffé à chacun
defdits Receveurs des Confignations &
Commiffaires aux Saifies Réelles , un Contrat de
Conftitution , par les Prevôt des Marchands &
Echevins de notre bonne Ville de Paris , à prendre
dans les vingt- cinq millions de livres créez
par l'Edit du mois de Juin dernier , au nom de
chacun defdits Receveurs & Commiffaires
pour & au profit des Créanciers qui auront à
recevoir d'eux.
II. Les arrerages defdites Rentes feront payez,
à compter du premier Juillet 1720 en la maniere
accoutumée , en l'Hôtel de notre bonné
Ville de Paris , aufdits Receveurs des Confignations
& Commiflaires aux Saifies Réelles , & à
leurs fucceffeurs dans lefdites Charges , & fur
JUIN & JUILLET 35
leurs quittances , jufqu'à ce qu'il ait été fait
délivrance aux Creanciers colloquez defdits
Contrats , ainfi qu'il fera dit cy- après ; à la
charge par lefdits Receveurs & Commiffaires ,
d'en tenir compte aufdits Creanciers , & par
ties faifies , lorfque les Creanciers auront été
payez, & feront lefdits arrerages employez par
preference au payement des frais , & autres fommes
privilegiées.
III. Lorfque la liquidation aura été faite de
ce que chacun defdits Creanciers aura touché
en Contrats ou arrerages , il lui fera delivré
par le Receveur des Confignations ou Commiffaires
aux Saifies Réelles , pour le montant de
! ce qu'il devra toucher en Contrats , une declatation
devant Notaires de la portion qui lui
appartiendra dans le principal du Contrat paſſé
au nom de chacun defdits Receveurs & Commiffaires
, avec deux ampliations dudit Contrat
, fur une defquelles & une expedition de
Ladite declaration , chaque Creancier fera immatriculé
par le Payeur de la rente , pour jouïr
des arrerages de fa portion , quand même elle
feroit au deffous de la fomme de mille livres,
& fans qu'il foir befoin de Lettres de ratification
, dérogeant à cet effet à tous Edits à ce
contraires , & notamment à l'Edit du mois de
Juin 1720 , & l'autre ampliation lui demeurera
entre les mains pour titre de proprieté de ladite
rente , ce qui fera pratiqué pareillement
pour les parties faifies dans les cas , où , après
le payement de tous les Creanciers , il pourroit
leur revenir quelque portion dans lefdits Contrats.
IV. Les groffes defdits Contrats de Conftitution
demeureront ès mains defdits Receveurs
des Confignations & Commiffaires aux Saifies
Réelles , & de leurs fucceffeurs dans lefdites
36 MERCURE DE
Charges , jufqu'à l'entiere diftribution du Contrat
, après laquelle ils feront tenus de la dépofer
chez le même Notaire qui en aura reçu
la minute , ou fon fucceffeur › pour la fûreté
des Creanciers & parties faifies , au profit def
quels les declarations en auront été pallées.
ARREST du Confeil du 3 Juillet 1721 ,
qui deffend la fabrique des Bas d'Eftame à
deux fils .
ARREST de la Cour des Aydes du 3 Juillet,
qui enjoint à tous les Receveurs des Greniers
Sel , en conformité de l'Ordonnance , de delivrer
le Sel aux Veuves des Officiers aufquels
le Scel eft attribué.
ARREST du Confeil du 8 Juiller , en interpretation
de celui du 10 Juin 1721 , au ſujer
des deffenfes des Etoffes des Indes.
me ,
ART. I. Fait Sa Majefté trés- expreffes & ite
ratives inhibitions & deffenfes fous peine de la
vie , à tous Negocians , Marchands , Colporteurs
, Porte balles & Revendeufes à la Toilette,
& autres perfonnes , de quelque qualité & condition
qu'elles foient , d'introduire dans le Royau
faire Commerce , expofer en vente ,
col.
porter , debiter ni acheter pour vendre en gros,
ou en détail , aucunes Etoffes des Indes , de la
Chine , de Perfe , ou du Levant , tant les Etoffes
de Soye pure , que celles mêlées d'or ou
d'argent , celles d'Ecorce d'Arbre , Laine , Fil,
Poil de Chevre , ou Cotton , Satins , Taffetas,
Gazes , & generalement toutes fortes d'Etoffes
brodées ou autrement , fous quelque dénomina
tion que ce foit , provenant du crû & fabrique
defdits Pays ; Comme auffi celles peintes en
Furies & à fleurs , les Toiles peintes , teintes &
JUIN & JUILLET. 37
>
rayées , de couleur , ou à carreaux , & imprimées
de la fabrique des Indes , ou contrefaites dans
le pays Etranger , qui auront été peintes ou
imprimées à l'imitation de celles des Indes
vieilles ou neuves , en pieces ou en coupons ,
Couvertures , Toilettes , Habits & autres vête .
mens enſemble les Meubles de toutes fortes,
compofez desdites Etoffes & Toiles ; comme
auffi les Etoffes fabriquées dans la Ville de Marfeille
, de quelque matiere qu'elles foient compofées
, méme les Toiles de Coton blanches ,
& Mouffelines des Indes , autres que les Toiles
de Coton blanches , & Mouffelines venues directement
des Indes Orientales , & provenant des
Ventes faites ou à faire par les Directeurs de la
Compagnie des Indes.
II. Deffend pareillement Sa Majefté , fous la
même peine de la vie , à tous Directeurs , Receveurs
, Commis , Contrôleurs , Vifiteurs , Brigadiers
, Gardes , & autres Employez dans fes
Fermes , de laiffer entrer dans le Royaume aucunes
defdites Etoffes & Toiles prohibées , &
énoncées dans l'Article precedent , par les Bureaux
d'Entrée ; Comme auffi à tous Aubergiftés
, Hôteliers , Cabaretiers & autres perfonnes,
de retirer fciemment dans leurs Maifons les
Voituriers & Porteurs defdites Marchandiſes ,
ni recevoir icelles en dépôt.
par-
III . Fait Sa Majefté très expreffes deffenfes à
tous Fripiers , Tailleurs , Couturieres , Tapif
fiers , Brodeurs , & autres Ouvriers & Ouvrieres,
d'employer chez eux , ou dans des maiſons
ticulieres , ni d'avoir dans leurs Magazins , Boutiques
, ou Chambres , aucunes desdites Etoffes
& Toiles, ni aucuns Habits , Vêtemens , ou Meubles
faits d'icelles , neuf ou vieux , à peine du
Fouet & du Banniffement à temps pour la premiere
contravention , & en cas de recidive , des
38 MERCURE DE
Galeres contre les hommes , & du Banniſſement
perperuel contre les femmes.
IV. Défend pareillement Sa Majesté à toutes
perfonnes , de quelque qualité & condition.
qu'elles foient , de porter dedans ou dehors leurs
Maiſons , ou de faire faire aucuns Habits , Vêtemens
, ni Meubles defdites Etoffes & Toiles ,
ni d'en avoir dans leurs Maifons , qui foient en
pieces ou coupons , & non employées , à peine
de confifcation , & de trois mille livres d'amende.
Veut & ordonne Sa Majefté que les Maris , &
Peres de famille foient civilement refponfables
des amendes aufquelles leurs Femmes & Enfans
étant en leur puiffance , auront été condamnez .
Permet neanmoins à toutes perfonnes de fe fervir
des Meubles compofez defdites Etoffes & Toiles,
dont ils fe trouveront avoir fait une declaration
fidelle en la forme & dans les termes preſcrits
par les Arrefts du Confeil des 11 Juin 1714 ,
16 Fevrier & 21 May 1715 , & 20 Janvier
1717.
V. Veut & entend Sa Majefté que les deffenfes
contenues dans les Articles cy- deffus foient executées
, même dans les lieux pretendus privilegięzi
Et pour faire ceffer les abus qui fe commettent
dans lefdits lieux prétendus privilegiez
de la Ville , Fauxbourgs & Banlieuë de Paris ,
tels que les Enclos du Temple , de S. Jean de
Latran , de l'Abbaye Saint Germain des Prez &
autres , Permet Sa Majefté au fieur Lieutenant
General de Police de ladite Ville de Paris , d'y
faire , ou faire faire des Vifites par telles Perfonnes
qu'il prépofera pour cet effet , & lui
donne pouvoir de juger des Contraventions qui
y auront été pratiquées , ainfi & en la même
forme que de celles qui auront été commiſes
dans le furplus de l'étendue de ladite Ville .
VI. Enjoint Sa Majefté au ficur Lieutenant
JUIN & JUILLET. 39
General de Police à Paris , & aux fieurs Intendans
& Commiffaires départis dans les Provin
ces , de tenir la main à ce que toutes les Etoffes
& Toiles , les Meubles & Habits des qualitez
cy deffus , qui auront été faifis en contravention
, foient brûlez par les mains de l'Executeur
de la haute juſtice.
>
VII. Veut & entend Sa Majefté que le prefent
Arreſt ſoit publié & affiché de fix mois en fix
mois par cout où befoin ſera , en vertu de l'Ordonnance
du Lieutenant General de Police à
Paris , & des fieurs Intendans & Commiffaires
départis dans les Provinces de fon Royaume
Pays , Terres & Seigneuries de fon obéiffance
aufquels Sa Majesté enjoint de tenir la main à
l'exécution dudit Arreft , Et de faire faire de frequentes
Vifites par les Infpecteurs des Manufactures
, & autres perfonnes à ce prepofées ,
dans les Boutiques & Magafins des Negocians ,
Marchands & autres , même de ceux établis dans
les lieux prétendus privilegiez ; Et feront au
furplus les Edics , Declarations & Arrests rendus
fur cette matiere , notamment ceux du 27 Septembre
1719 & 10 Juin dernier executez felon
leur forme & teneur .
DECLARATION DU ROY , Regiſtrée en
Parlement le 11 Juillet , qui ordonne que toutes
les Requeftes Civiles qui font actuellement dans
les Rôles des Audiances de la Grand'Chambre
du Parlement de Paris , faits depuis le mois de
Novembre 1720 , jufqu'au 7 Septembre 1721 ,
demeurent apointées à la fin defdits Kôles ,
ainfi que les autres Caufes , & foient renvoyées
dans les Chambres où les Arrefts contre lefquels
on ſe pourvoit ont été rendus .
MERCURE DE
MORTS ET MARIAGES
des Pays Etrangers.
E Docteur Jean Bernard de Moraes ,
Lenothermen diente de laMaton
du Roy d'Espagne , Chevalier de l'Ordre
de Chrift , & premier Medecin de la Reine,
eft mort à Madrid le 26 May.
Le Cardinal Jean Dominique Paracciani,
eft mort à Rome le 9 May , âgé de 75 .
ans. Il avoit été fait Cardinal Prêtre du
Titre de Sainte Anaſtaſe le 17 May 1706 .
Il étoit au jour de fon decès Préfet de la
Congregation des Evêques , & Vicaire de
Sa Sainteté dans le Dioceſe de Rome.
Dom Jofeph de Cofta , fecond fils du
Comte de Souré , eft mort à Evora en
Portugal le mois de May dernier.
Dom Jofeph Corréa de Caftro , qui
avoit été nommé Gouverneur de Pareiba
par le Roy de Portugal , eft mort dans
fon Gouvernement le May.
L'Abbé Chiericelli , Chanoine de Sainte
Marie Majeure , eft mort à Rome le
Juin.
Le Sultan Muret , fils puifné du Grand
Seigneur , eft mort le Avril à Conftantinople.
Le Prince Jofeph Antoine Efterhafi de
Galantha ,
JUIN & JUILLET.
Galantha , mourut le 7 Juin à Eyfenſtadt
en Hongrie , âgé feulement de 34 ans.
Le Duc de Rutland , Lieutenant de Roy
du Comté de Leycefter , eft mort en Angleterre.
Le fils unique du Lord Carteret , eft
mort le 20 Juin de la petite verole.
Donna Catarina Henriquez , époufe de
Don Laurent d'Almeda , eft morte à Lis-
Fonne le 16 May , âgée de 76 ans ; elle
étoit foeur de Don Pierre d'Almeida , qui
a été Viceroy dans les Indes..
Le Landgrave de Heffe Philipsdah ,
mourut le 18 Juin à Aix - la - Chapelle ,.
où il prenoit les bains. Ce Prince fut attaqué
d'une violente apoplexie , dans le
temps qu'il joüiffoit d'une fanté parfaite,
& que les bains lui . en promettoient une
longue continuation . Il eft generalement
regretté à la Haye , où il demeuroit depuis .
21 ans. On doit y apporter fon corps , &
l'inhumer dans la Chapelle qu'il a fait
bâtir pour fa famille dans l'Eglife Allemande.
Le Lord Perey , fecond' fils du Duc de
Sommerfet , & membre de la Chambre
des Communes , eft mort à Londres le
Juillet.
Don Jerôme Altieri s'eft marié à Milan
à la fille du Comte Charles Boromeo..
Le Comte Aloïfe Thomas Raimond da
II. Part.. D
י ד
42
MERCURE DE
Harrach , Chevalier de la Toilon d'or
Confeiller d'Etat , Grand Ecuyer hereditaire
de la haute & baffe Autriche , &
Maréchal Provincial , a époufé le 8 Juin
à Bruck en Hongrie , la Comteffe douais
riere de Gallaſch , de la Maiſon de Dic
trichftein.
DIGNITEZ , CHARGES,
& Benefices des Pays Etrangers..
Ernard Marie Conti , frere de Sa Sainteté
, a été fait Cardinal le Juin
Il est né le 29 Mars 1664 ; il a été Benedictin
au fameux Monaftere du Mont-
Caffin , & facré Evêque de Terracine au
mois de Novembre 1710.
Le Commandant de Ceuta a obtenu
du Roy d'Efpagne une augmentation de
cent pieces de huit par année fur fes ap
pointemens , en confideration de ſa valeur
& de fes fervices..
Dom Manuel de Samaniego y Jaca ,
Chanoine de l'Eglife de la Calçada , a été
nommé par Sa Majefté Catholique à l'Archevêché
de Tarragone.
Le Colonel Dom François Izquier Ze
ron , a été nommé par le Roy d'Efpagne ,,
Lieutenant de Roy du Château d'Alicante.
JUIN & JUILLET. 43
Le Duc de Saint Michel Sicilien , a été
fait par Sa Majefté Catholique , Grand
de la premiere Claffe.
La Princeffe de Sangro , fille du Prince
de Sanfevero Grand d'Efpagne & Chevalier
de la Toifon d'Or , a été choiſie
pour
eftre Dame d'honneur de l'Imperatrice
Regnante..
Le Marquis Mary , qui étoit Chef
d'Efcadre des Flottes d'Efpagne , a été fait
Lieutenant General..
L'Evêque de Boyano a été fait Vice-
Regent de Rome par le nouveau Pape ,
dont il a été autrefois Grand Vicaire dans
le temps qu'il poffedoit l'Evêché de Vi
terbe.
Le Cardinal Paulucci a été fait par Sa
Sainteté fon , Vicaire dans le Dioceſe de:
Rome.
Le R. Pere Pipia , Secretaire de la
Congregation de l'Indice , a été élu le 31
May General des Dominicains.
Le Cardinal Pereira a été fait Confeiller
d'Etat par le Roy de Portugal.
Don Jean Alvarés de Seixas , a été fait
Colonel du Regiment de la Marine Ar
tillerie , créé par le Roy de Portugal depuis
la réforme des Officiers & des Soldats
fervans dans les Places du Royaume
des Algarves , & formé des anciens Offidiers
& des plus beaux hommes de la
Réforme,.
Dij
44
DE
MERCURE
Don Jean Paféra Pélingua Paléra Péfingua a été fait
Lieutenant Colonel de ce Regiment.
Et Don Manuel Antoine de Matos
Sergent Major.
Don Antoine Mafcarenhas , fils aîné du
Duc de Fonteira , a été gratifié par le Roy
de Portugal d'une Compagnie d'Infanterie..
Le R. Pere Pierre Martin de Saint
Pierre de Mélo , Docteur en Theologie ,
a été élu le 26 May General par les Chanoines
Seculiers de Saint Jean l'Evange
lifte , dans leur Chapitre general tenu au.
Monaftere de Saint Benoît de Xabrégas
en Portugal..
Le Comte d'Holftein , Beaufrere de la
Reine de Dannemarck , a été nommé
grand Chancelier de ce Royaume..
M. d'Holften grand Maître de la Cour
de la Reine de Dannemarck.
M, Gersdorff, premier Chambellan dü
Prince Royal de Dannemarck.
M. Hagen , Confeiller d'Etat de Șa Majefté
Danoife.
M. Wolf premier Medecin du Roy de
Dannemarck , a été fait par lui Conſeiller
d'Etat.
M. Berkenftien le jeune , a été choisi
par Sa Majesté Danoife pour eftre envoyé
à la Cour de Suede.
Le Connêtable Colone a été declaré
Ambaffadeur ordinaire à Rome par l'Em
JUIN & JUILLET. 45
pereur , pour prefenter la Haquenée à Sa
Sainteté
Le Bey du Caire a été choisi par les
principaux du Pays pour gouverner à la
place du Bacha , en attendant les ordres
de la Porte.
Le Duc de Rutland a obtenu de Sa
Majefté Britanique la Lieutenance de Roy
du Comté de Leycefter , vacante par la:
mort de fon pere.
Le Colonel Hart , qui avoit le Gouver
nement de Maryland , a été fait par le
Roy d'Angleterre Gouverneur des Illes de
Leward , à la place du Colonel Hamilton
qui a demandé fon rappel.
Le Colonel Hopkin de Coventri , a
été fait Secretaire du Duc de Grafton Vi
ceroy d'Irlande , à la place de M. Horace
Walpole Secretaire de la Treforerie.
Le Capitaine Femmy a été nommé Gouverneur
de l'Ile de la Providence , à la
place du Capitaine Roger,
Le Cardinal RuffoDaa été declaré Vice
Légat à Bologne par Sa Sainteté , le,
Juin...
Don Stephano Conti , fils du Duc
de Poli & neveu du Pape regnant ,
a été fait par lui Protonotaire Apoftolique..
Le Cardinal Acquaviva a été gratifié
par le Roy d'Eſpagne d'une groffe pen
46 MERCURE DE
hion , & de deux mille piftoles pour les
frais du Conclave.
י
Le R. Pere Thomas Cerniconi , a été
élu à Rome General des Auguftins le
Juin. Il a été Vicaire General de cet Ordre.
L'Abbé de Zinzendorf a été nommé par
F'Empereur Auditeur de Rote à Rome.
Le Comte Bartholomeo a été honoré
le Juin par le Pape , du Gouvernement
des armes de Ferrare .
Le Comte Pacciotti a eu celui des armes
d'Urbin..
Le Marquis Palcotti celui des armes
de Nettuno..
Le fieur Paffionei de Foffombrone , a
été declaré Nonce Apoftolique auprès
des Cantons Suiffes. Catholiques , le
Juin.
Le fieur Jean Vincent Luchefini eft
rentré à Rome dans fa Charge de Secre
faire des Lettres Latines aux Princes.
Le, Lord Ferbes a été fait Amital par
F'Empereur , avec l'agrément du Roy de
la Grande Bretagne.
Don Carlo Albani a été fait Prince
du Soglio à Rome , par l'érection de fa
Terre de Soriano en Principauté , le
Juin.
Le fieur Morofini Podeftat de Verone ,
a été nommé par la Republique de Venife
pour fon Ambaffadeur à la Courde Frances
JUIN & JUILLET. 47
M. Barni a obténu de Sa Sainteté le
Gouvernement de perugia.
M. Giuftiniani a eu celui de Macerata.
M. de Carolis a en la Surintendance:
des Côtes Maritimes de l'Etat Ecclefiaftique.
Le Grand Maître de Malthe a nommé
le Bailly de Spinola pour Ambaſſadeur
auprès de Sa Sainteté.
Le Cardinal Scotti a obtenu une augmentation
de penfion de quatorze cens.
écus pour les fervices qu'il a rendus en
qualité de Prefet de la fignature de Justice..
Le fieur François Marie Tangi , cydevant
Vicaire General de Salerno , & en
dernier lieu Vicaire Apoftolique El Aquila
, eft à prefent Evêque de Teramo.
Le fieur Mencioni , Echanfon de Sa
Sainteté, en a obtenu un Canonicat de
Sainte Marie Majeure , à la charge d'une
penfion de cent écus pour le fieur Phi
lippo Magnoni Camerier fecret..
; Le fieur Ferrante Aumônier fecret de
Sa Sainterć , a obtenu un Benefice vacant
dans l'Eglife de Saint Pierre , auffi à la
charge d'une penfion de cent écus pour
le fieur Tafca , un des Maîtres de la . Garde
tobe..
Le Comte de Blankenheim , Chanoine
de Cologne & de Strasbourg , a eu de
PEmpereur PEvêché de Neuftad..
48 MER CURE DE
Le fieur le Fort a été nommé Envoyé
auprés du Czar , par le Roy de Pologne.
Le Comte de Herbeftein a reçu de Rome
fes Bulles pour le Grand Prieuré de
Boheme ..
Le Marquis d'Ariza a obtenu pour lui
& fes deſcendans , le titre de Grand d'Eſ
pagne de la premiere Claffe.
NOUVELLES E'TRANGERES ..
U
De Riga..
9
Norage extraordinaire pour
la faifon & pour le climat
nous a fort étonné la nuit du
20 au 21 Mars le tonnerre
tomba fur l'Eglife de S. Pierre , & la détruifit
entierement. On en regrette fort leclocher
& le carillon.. Les ordres du Czar
ponctuellement executés par les foldats
ont fauvé les Maifons de la Ville &
même. les. Vaiffeaux du Port , la violence
du vent y portoit des étincelles affés vives
pour les menacer de l'incendie. Les Ouvriers
Etrangers que Sa M., Czarienne :
avoit engagés pour un certain tems , craignent
de ne pas retourner dans leur. Pa
tie
JUIN & JUILLET. 49
trie à la fin de leurs engagemens . Il eſt
deffendu aux Commandans des Frontieres
de les laiffer fortir fans Paffeports.
On parle toujours du mariage du Prince
de Saxe Weiffenfelds avec la niéce du
Czar , & l'on mande que le Duc de Wirtemberg
a été declaré Generaliffime des
Troupes Ruffiennes ; Il fe rendra inceffamment
à Peterbourg pour y donner les
ordres neceffaires. Le départ du Czar pour
Revel qui étoit fixé au 20 May , a été
differé , & le Baron d'Ofterman fecond
Plenipotentiaire de Sa Majeſté Czarienne
à la Conference de Neuftadt eft parti le 25
de May pour s'y rendre . On apprend par
les Lettres de Petersbourg que la Riviere
de Nye n'eft plus glacée , & qu'on a com
mencé à faire fortir de Cronflot les Vaiſ
feaux qui étoient retenus dans ce Port.
Le Prince Menzicof en a fait la vifite &
donné les ordres pour la Campagne prochaine
. Un Exprés de Neustadt arrivé
à Stokholm le 11 Juin , a donné avis
de l'arrivée de M. Ofterman , & aporte
des dépêches importantes , qui ont fait
naître un bruit de Paix qui s'eft répandu .
Cependant on affure que le Czar s'obtine
à vouloir garder la Livonie. On ne fçait
encore rien de certain fur le mariage du
Duc de Holstein avec lá Princeffe Cza
rienne. Ce Prince a fuivi le Czar , qui eft
E
MERCURE DE
parti pour Revel le 4 Juin , accompagné
du Duc d'Holſtein , de fes principaux Miniftres
& du ficur Wilfter Vice-Amiral
Suedois , qui eft entré depuis peu au fervice
de Sa Majesté Czarienne. Les nouvelles
de Ruffie font d'autant moins communes,
que Sa Majefté Czarienne a renouvellé
les deffenfes d'écrire dans les Pays
étrangers ce qui fe paffe dans fes Etats,
Le Comte Apraxin a reçu ordre le 10 Juin
de ne point agir contre la Suede , & de
fufpendre fon départ avec la Flote, attendu
que les Suedois ont demandé une fufpenfion
d'armes dès la premiere Conference
de Neuftard. Le Czar voulant donner une
Cour polie & cultivée à la Princeffe ſa fille ,
a mandé les jeunes Seigneurs Molcovites
nouvellement revenus des Pays Etrangers,
pour choisir ceux qui lui fembleront dignes
de former la Maifon d'une jeune Princeffe,
De Stokholm.
A tranquillité commence à regner fur
les côtes . Le Roy a vifité & fait fortifier
tous les poftes favorables à la defcente
des Mofcovites. L'Efcadre Angloife
arrivée dans ces Mers & la Flotte Suedoife,
qui l'a dû joindre , raffurent les Peuples
Contre les projets du Czar, On fe flatte
que le Congrès de Neuftad ne fera pas
1
JUIN & JUILLET. ST
infructueux. On vient d'y remettre en liberté
M. Hagen Confeiller de Holſtein
qui avoit été en arrêt depuis la mort du
Koy.
On mande du 21 May que toutes les
Troupes qui doivent compofer l'armée
Suedoife font déja entrées dans le Camp ,
& qu'elles feront commandées par le Roy
même. Il est parfaitement rétabli de la
fiévre & de la colique , qui l'ont tourmenté
durant quelques jours. Les efperances
flateules de la prochaine Paix ont
été troublées le 28 May par la nouvelle
'd'une defcente fur la côte de Geftricia ,
à fix lieuës de Gevalie . Dix à douze mille
Mofcovites & Colaques conduits par le
Prince Galicfin ont pillé & brûlé le Bourg
de Soderhamn , ravagé une étendue de
pays affez confiderable & ruiné des Minieres
rétablies depuis leur derniere irruption.
Les avis de Neuftad portent que M. Of
terman a declaré que cette defcente avoit
été faite fans les ordres du Czar. On a
cependant renforcé le petit Camp du General
Hamilton , qui eft du côté de Gevalie
, & on & on a refolu dans le Conſeil de
Guerre d'envoyer les Flottes unies vers
l'Ifle d'Aland pour obſerver dans le Golfe
de Finlande les mouvemens de la Flotte
de Rullie . Des Lettres de Petersbourg da
Eij
32
DE MERCURE
13 Juin marquent que le Comte Apraxin
Amital General , a reçû de Revel un or
dre de ne point agir offenfivement contre
la Suede ; & cet ordre eft le premier fruit
des Conferences de Neuftad .
D'Allemagne .
N mande du 31 May que l'Empereur
ount
ouit à Laxembourg d'une fanté par.
faite , & qu'avant de revenir au Château
de la Favorite S. M. I. doit aller à Neuftad
, qui n'eft éloigné de Vienne que de
fix lieues feulement. L'Imperatrice qui
prend les eaux à Careflbadt y a été faignéé
le 22 , & le même jour elle y a reçû des
mains du Comte de Hohenfeld un trésbeau
prefent de l'Empereur , c'eft un dia-
-mant de grand prix . A l'égard de l'infulte
faite à Laxembourg aux Domeftiques de
l'Envoyé du Roy d'Angleterre, il ne paroît
pas qu'elle puiffe avoir des fuites impor-.
tantes, C'est une brutalité de Payfans ,
qui ne connoiffoient pas les confequences
de leur action. L'Anniverfaire de la naiffance
de l'Archiducheffe Marie Therefe
Walburge , a été celebré au Palais par une
fère . Cette jeune Princeffe eft fille de l'Em .
pereur , & dans fa cinquième année . Un
Courier de l'Electeur Palatin a apportéle
Memoire des Griefs que S. A. E. a déja
reparés en faveur de fes Sujets Proteftans.
JUIN & JUILLET. 53
Ce Memoire étoit accompagné d'une pro
meffe pofitive d'executer ponctuellement
dans fon Electorat les ordres de Sa Majesté
Imperiale fur tout ce qui refte à regler .
Le premier de Juin l'Empereur entendit
la Grand'Meffe & le Sermon à la Cha
pelle du Palais de Laxembourg, & le lendemain
S. M. I. remplit le même devoir
de Religion dans l'Eglife des Capucins de
Medlingh. Les Lettres du 14 portent que
les Deputés des Proteftans de Hongrie ont
eu de l'Empereur une audiance favorable .
Les Deputés de Hambourg ne font pas fi
gracieulement accuei.lis ; ils n'ont pû parvenir
encore qu'à l'audience du Prince Eugene
, & on leur a declaré nettement qu'ils
ne devoient point efperer de paroître devant
S. M. I. s'ils ne convenoient préalablement
du point principal de la réparation
qu'on leur demande .
L'Imperatrice a ceffé le 18 Juin de
prendre les eaux à Carefibad . En prenant
le dernier verre , les Trompettes & Timbales
lui annoncerent la joye des Troupes
au fujet du rétabliffement de fa fanté. Le
foir il y eut un feu d'artifice , exécuté aux
dépens de M. Laver Confeiller de la
Chambre Aulique , & près de 900 Ouvriers
des Mines régalerent à leur tour
l'Imperatrice d'un concert ruftique , qui
plut i fort à S. M. I. qu'Elle leur fit di-
E iij
54
MERCURE DE
ftribuer 1000 florins ; elle honora le zéle
de M. Laver d'une chaîne d'or.
Les nouvelles reprefentations du Corps
Evangelique au fujet de l'execution des
Mandemens Imperiaux dans le Palatinat
ont été fort bien reçues de l'Empereur.
Il a fort approuvé le ftile refpectueux &
moderé des Proteftans , & leur a promis
un Jugement impartial. Cependant les Miwiftres
Palatins publient à Vienne & à
Ratisbone que leur Maître a fatisfait en-
Herement aux ordres de la Cour de Vienne.
L'Ecrit Proteftant ne convient pas du fait.
Les Deputés des Proteftans d'Hongrie ont
eu le fort de ceux du Palatinat , l'Empereur
les a favorablement écoutés à Laxem
bourg. Le Comte de Virmont parti depuis
deux jours , eft chargé de donner en Tran
fylvanie tous les ordres neceffaires à la
deffenſe de cette Province. Le Comte de
Wendifgratz eft atttendu à Vienne , d'où
il doit fe rendre à Cambray. S. M. I. eft
fort fatisfaite du choix que le Pape a fait
du fieur Grimaldi pour exercer la Nonciature
de cette Cour. Le Cardinal d'Althan
va reprendre à Rome pour fix mois le caractere
de Miniftre Imperial au départ du
Comte de Kinski Ambaffadeur Extraor
dinaire de l'Empereur prés de Sa Sainteté,
qui par un Exprès envoyé à la Cour Imperiale,
& renvoyé à l'Archevêque de PraJUIN
& JUILLET.
gue , ordonne la ceremonie de la Beatincation
de Saint Jean Népomucene ; elle
s'eft faire folemnellement à Prague , en
prefence de l'Imperatrice Regnante , qui
s'y étoit renduë de Carelsbad .
Le fieur de Saint Saphorin Miniftre de
la Grande Bretagne en eerte Cour , a obtenu
toutes les reparations qu'il pouvoit
fouhaiter du Curé du Village our fon caractere
avoit été infulté. Ces reparations
fe font faites par ordre de S. M. I.
Les Députez de la Ville de Hambourg ,
quoi que bien reçus de l'Empereur , le
jour qu'ils ont enfin obtenu la permiffion
de le jetter à fes pieds , ne laiffent pas que
de craindre une forte amende. On prétend
que la Ville de Hambourg payera deux
cens mille Rifdales , & doit rétablir à fes
frais la Maiton & la Chapelle du Refident
de Sa Majesté Imperiale.
Les Députez des Proteftans d'Hongrie ,
arrivez de Peft , attendent un fuccès favozable
de leur negociation ; on leur a promis
de leurrendre les cent quarante Eglifes
qu'on leur a ôtées depuis le Regne prefent .
LE
De Varfovie.
E 21 May le Roy partit de Varfovie
pour fe rendre à Drefde . Les dernieres
Lettres du Grand Maréchal mandent que
56 MERCURE DE
les Turcs ont douze mille homines près
de la Fortereffe de Chocfin , vingt mille
Tartares les ont joints . On écrit de Podolie
que les Turcs rétabliffent leur pont
de batteaux fur le Danube. L'Evêque de
Cracovie & le Palatin de Mazovie font
chargez de dreffer les inftructions pour le
Regent de la Couronne , qui eft nommé
à l'Ambaffade de Ruffie , & le Staroſte
Stucrapski deftiné pour celle de Conftantinople.
Ces deux Miniftres partiront auffitôt
que leurs Pouvoirs feront reglez . Ces
démarches n'empêchent pas qu'on ne
prenne des mefures pour la fureté du
Royaume. Sa Majesté eft partie le 18
May pour la Saxe , & doit revenir inceffamment.
Depuis fon départ les Senateurs
ont eu de nouvelles Conférences fur les
affaires de la République . Ils ont figné
un Mandement de mille écus par mois
pour la dépenfe extraordinaire du Regent
de la Couronne , Ambaffadeur à la Cour
du Czar. Le Staroſte Stucrapski , qui doit
aller à Conftantinople avec le même caractere
, a une Ordonnance de neuf mille
écus que doit lui payer le Treforier de la
Couronne. Le Palatin de Podolie , & le
Commiffaire Ottoman continuent leurs
Conferences au fujet des differends des
deux Nations fur les frontieres . On repare
les fortifications de Kaminiek , & les
t
JUIN & JUILLET.
Troupes que le Grand General de la Cou
ronne y faifoit marcher,font enfin arrivées.
L'Evêque de Neutra Ambaffadeur de
l'Empereur , eft le feul Miniftre étranger
qui foit resté à Varfovie , tous les autres
font retournez auprès des Princes leurs
Maîtres. Le renouvellement des anciens
Traitez d'alliance entre la Republique Polonoife
& l'Empereur , eft vivement follicité
par l'Ambaffadeur Imperial. C
De Coppenhague.
E 30 May la Ducheffe de Sleswik
Lépoufe du Roy , fut declarée
par
lui
Reine de Dannemark & de Norwege.
La Comteffe de Holftein & la Baronne
d'Outzen lui mirent la Couronne fur la
tête ; enfuite la nouvelle Reine alla fe pla
cer à table entre le Roy & le Prince
Royal. Après le repas leurs Majeftez furent
complimentées par les Seigneurs de
leur Cour & les Miniftres étrangers . Elle
retournerent l'après midi à Frederisbourg ,
& la Reine n'en reviendra que pour faire
fon entrée à Coppenhague . La ceremonnie
du couronnement de la Reine s'eft faite
au Château de Frederisberg. Les nouvelles
de Norwege difent , que la difette y eft
affreufe ; on a été obligé malgré la rigueur
du froid , qui regne encore , de mettre
MERCURE DE
les beftiaux aux champs ; ils y font reduits
à chercher l'herbe fous la neige. La crainte
d'une famine n'a que trop de fondement.
Les Terres que le Roy a ôtées à leurs Proprietaires
, pour en gratifier fa Cavalerie ,
font fr mal cultivées , que l'on ne change
cette difpofition , la recolte fera des moins
heureufes.
,
Milord Glenorchi , Envoyé de la Grande
Bretagne , s'eft rendu le 23 May à Frederisbourg
, avec des dépêches qu'il avoit
reçues de Londres par un Exprès. Il expedia
le foir un Courier pour Stokolm. On
mande du ro Juin que le Prince Royal
a donné le 9 un repas fuperbe au Roy ,
à la Reine , & à un grand nombre de principaux
Seigneurs de la Cour. Le Prince
Charles & la Princeffe Sophie Hedwige ,
Le font abfentez de toutes les fêtes du
couronnement de la Reine. Suivant les
Lettres de Gottembourg du 9 Juin , les
deux Vaiffeaux Mofcovites qui ont resté
fi long temps à la Rade de Coppenhague ,
ont paffé le détroit du Sund , & fait du
dégaft dans l'Ile de Brenoé. On prétend
qu'ils ont brûlé deux Villages & enlevé
trois Bâtimens Suedois.
<
JUIN & JUILLET. " $9
LE
De Londres.
E 8 de Juin jour de la Pentecôte
, fuivant l'ancien ftile , étoit
auffi le jour de l'anniverfaire du Roy , qui
entroit dans fa foixante- deuxième année :
cette ceremonie fe paffa dans la Chapelle
Royale du Palais , & fut decorée par la
prefence des Miniftres étrangers & des
Chevaliers de la Jarretiere en habits de
l'Ordre. Le 9 qui étoit l'anniverſaire du
rétabliffement du Roy Charles II, le Roy
accompagné du même cortege , entendit
le Service Divin dans la Chapelle du Palais.
Toutes les Eglifes de Londres rempli
rent le même devoir.
On arrêta le 7 de ce mois le nommé
Mift Imprimeur , pour avoir inferé dans
fon Journal une Lettre feditieufe. Le Lord
Inchinbroke , Prefident établi pour le
Comité de cette affaire , a envoyé ce criminel
à la prifon de Newgate, avec ordre de
l'y garder étroitement , & cela parce qu'il
a refulé de répondre aux interrogations
il a pourtant , dit on , enfin declaré que
l'Auteur du Libelle étoit un Miniftre de
P'Eglife Anglicane , dont il ne fçavoit pas
le nom. On croit qu'il n'en fera pas quitte
pour cet aveu , & qu'il fera obligé de
nommer l'Ecrivain feditieux ; on a mê
60 MERCURE DE
me trouvé l'original du libelle > cr
faifant par ordre de la Chambre des
Communes l'Inventaire des papiers du
Prifonnier. L'infolente temerité de cet
Imprimeur , ne l'engage pas feul dans
un pas dangereux , le Comité a fait
comparoître tous ceux qui le mêlent
d'impr.mer & de publier le Journal de
Londres & quelques autres Ecrits qui contiennent
des Reflexions trop libres fur
l'état des affaires de la Nation Britanique .
Le nommé Peeble , qui diftribuoit le Journal
où l'on voit les Lettres du Caton Britanique
, s'eft abfenté. On inquiete aufi
le fieur Gordon , foupçonné d'être Auteur
de quelques-unes de ces Lettres . On a
inftruit & batifé à Londres deux Princes
Africains . On a remis aux Communes ,
par ordre de Sa Majefté Britanique une
copie du Traité conclu entre la Grande
Bretagne & la Suede .
LE
De la Haye.
Es Etats de Hollande fe font feparez
le 28 Juin , & doivent fe raffembler
au 15 Juillet ; ils n'ont encore rien decidé
au fujet de la vente du Domaine du Comté
de Hollande ; on efpere voir terminer
cette affaire dans l'Affemblée prochaine .
On équipe actuellement dans un des Ports
JUIN & JUILLET.
61
de la Republique trois Fregates de 44 pieces
de canon à Hellevoetiluys . La Compagnie
des Indes Orientales a reçu d'heureufes
nouvelles des vingt-fix Vaiffeaux
qu'elle attend. Le produit de ce retour
& des autres Vaiffeaux déja arrivez , pourra
monter cette année à trente millions de
florins, Ce bruit a fait monter les Actions
de cette Compagnie jufqu'à huit cent.
Jacques Fabre , Directeur de la Loterie
de Groningue , avertit que les deux premieres
Claffes réunies , feront certaine
ment & infailliblement tirées le 20 Août
prochain , fous promeffe de faire une doųble
reftitution de chaque Lot , au cas que
ladite Loterie ne foit point entierement
tirée le 24 Septembre,
La
De Cambray,
E Comte de Morville , Plenipotentiaire
de France , & Madame fon époufe
, arriverent à Cambray le 12. Juin
L. E. ont reçû depuis les vifites de tous
les Miniftres qui font déja arrivez à Cambray
pour le Congrès . Toutes les perfon--
nes diftinguées de la Province ont auf
tendu à Monfieur le Comte de Mo
des devoirs que lui attirent en
on merite & fa politeffe. I
Fête- Dieu , le Marqui
62 MERCURE DE
Plenipotentiaire du Roy d'efpagne , fit
orner magnifiquement fon Palais , qui fe
trouvoit fur la route de la Proceffion du
Saint Sacrement : les Muficiens Italiens
de S. E. y executerent un très beau concert
, qui charma tous les auditeurs. La
Fête finit par un dîner fomptueux , qui
raffembla les convives les plus qualifiez de
la Ville ; le Comte de San- Eftevan , le
Comte & la Comteffe de Morville , &
M. de Provana , y avoient été invitez.
De Madrid.
E3 Juin on a fait des illuminations
Lpendant trois jours de fujer de l'ex
tation du Cardinal Conti au Pontificat.
Le Tribunal de l'Inquifition a condamné
à divers fuplices vingt- quatre perfonnes ,
les unes acculées de malefices , les autres
de Judaïfme. On dit que le Marquis de
Léde doit aller en Andaloufie.
L'Efcadre de la Religion demandée au
Grand Maître par S. M. C. & fortie du
Tort de Malthe le 3 Avril , fous les orres
du Bailly de Langon fe trouva le 6
la vue de l'Ile de Sardaigne. Le Chede
la Groys qui commandoit le
es apperçut le premier une
rbarie qui croiſoit depuis
ang des Côtes de Sarc
JUIN & JUILLET. 63
daigne , & malgré toute la diligence qu'il
fit pour la joindre , cette Galiotte lui
échapa ; un Pinque Chrétien qu'elle avoit
pris depuis quelques jours , fut pourtant
le fruit de fon activité & de fa valeur.
Les Algeriens avoient laiffé fur ce Bâtiment
deux Renegats avec un de leurs
Officiers , & douze Paffagers ; on y trouva
trois Efpagnols de diftinction , deux Capitaines
de Dragons & un Chanoine.
L'Eſcadre après certe Prife continua fa
route. On vit arriver les premiers dans le
Port d'Alicant le Saint Vincent , commandé
par le Chevalier de Grille , & le Saint
Jean monté par le Bailly de Langon , qui
dépêcha d'abord un Courier à Madrid
pour informer le Roy de fon arrivée. Le
même Courier rapporta les ordres de Sa
M..C.. & fans attendre le Saint Georges
qui étoit resté derriere , on mit à la voile
pour croifer le long des côtes de Valence ,
de Murcie & de Grenade. Le 20 , le Soleil
d'or Vaiffeau Algerien de 260 homnes
d'equipage fut rencontré vers le Cap
de Gatte par le Saint Jean , & piis après
une heure de combat. Cette Prile a coûté
la vie à cent quatorze Algeriens , & rendu
la liberté à vingt Efclaves Chrétiens. Les
Prifonniers ayant appris au Chevalier de
Langon qu'il devoit dans trois jours fortir
encore trois Vaiffeaux ennemis pour
64
MERCURE DE
aller en courſe , il envoya le Soleil d'Or
à Cartagene , fous l'efcorte du Saint Georges
, qui venoit de joindre l'Efcadre. Il
s'y rendit lui- même quelques jours aprés,
n'entendant point parler de l'Eſcadre Algerienne.
Là il fit radouber fa Prife , &
la fit partir pour Malthe, eſcortée du Saint
Georges. Ces deux Vaiffeaux faifant route
le 25 May à la hauteur du Cap d'Alicante
, le Chevalier de la Groys qui les
commandoit , fut averti qu'on découvroit
en Mer trois gros Bâtimens. On reconnut
une heure après l'Eſcadre de Tunis , compofée
de la Capitane , la Patrone & le
Porc- epi. On reconnut auffi qu'ils meditoient
le combat. Cela fit réfoudre le Chevalier
de la Groys à retirer l'équipage de
la Prife qu'il conduifoit qu'il fit couler
auffi -tôt à fonds . Alors dégagé de foins intereffés
, & occupé feulement du defir de
vaincre , il fe jetta bravement au milieu
de l'Elcadre de Tunis , faifant un feu terrible
& continuel de fes deux bords. Les
Ennemis n'y pûrent refifter , & après un
combat fort long & fort opiniâtré , la Capitane
& la Patrone profitérent de l'obfcurité
de la nuit pour échaper au courage du
Vaiffeau Chrétien. Le Porc- epi fut pourfuivi
& canonné jufqu'à dix heures du
foir , & enfin forcé de fe rendre. De trois
cens hommes que portoit ceVaiffeau; cent-.
un
JUIN & JUILLET.
65
un font morts les armes à la main , & les
cent quatre- vingts dix- neuf autres ont été
conduits à bord du Vaiffeau Maltois , qui
n'eut de bleffés que quelques foldats . Le
Chevalier de la Romagere Capitaine en
fecond à reçu un coup de feu dans l'épaule
, mais cette bleffure n'aura point de
fuites fâcheufes. Il a mené fa Prife à Malthe
, & dès que le Saint George fera reparé
il doit rejoindre les deux autres
Vaiffeaux de la Religion .
L
De Venife .
E Comte Cremona nouveau Refiden
du Duc de Lorraine à Venile , eur le
6 May fa premiere audience dans le College
des Senateurs . Le Convoy deſtiné
pour l'Ifle de Corfou y eft arrivé en 22
jours , foldats & provifions , tout eſt heureufement
débarqué. Le 11 l'Exaltation
du Cardinal Conti au Souverain Pontificat
fut celebrée par un Te Deum chanté
dans l'Eglife de Saint Marc , & par le fon
de toutes les cloches de la Ville. Le 25 ,
le Senat affemblé pour témoigner encore
plus particulierement fa joye au nouveau
Pape agregea au Corps de la Nobleffe
Venitienne les freres , les neveux & les
parens de Sa Sainteté cette aggregation
tombe fur tous les defcendans de fa fa-
11. Part.
F
66 MERCURE DE
mille à perpetuité . Tandis que le Senat fe
montroit fenfible à la profperité du Saint
Pere élu , l'intereft de la Republique lui a
procuré une nouvelle joye , lorfqu'il a été
informé de la deftruction des fauterelles
qui ravageoient un terrain de plus de dix
milles de circuit du côté de la Polefine de
Rovigo. On compte que M. le Nonce
fera fon entrée le 14 Juillet.
De Rome.
ELECTION ET COURONNEMENT
DU PAPE .
Près une vacance de quarante
-neuf
jours feulement
, le Saint Siége s'eft
trouvé dignement
rempli
le 8 May par l'élection
du Cardinal
Michel Ange Conti
Romain
, & Evêque
de Viterbe , âgé de
66 ans moins cinq jours. Il est né le 15 May 165 , & a été fait Cardinal
Prêtre
du titre de Saint Quirico
& Sainte Julite
Le 7 Juin 1707. Le Portugal
l'avoit choif
pour Protecteur
de fes affaires à Rome.
On ne compte dans l'Etat Ecclefiaftique
que trois Maifons
égales à la Maifon Conti
Colonne
, Urfin & Savelli ; la Maifon de Savelli
eft éteinte . Les Maifons
Colonne
& Urfin jouiffent
des honneurs
de Princes
JUIN & JUILLET. 67
de Soglio depuis le Pontificat de Sixte V.
Ces honneurs confiftent dans le droit d'être
auprés du Trône du Pape lorfque Sa
Sainteté tient Chapelle , & dans quelques
autres Ceremonies .
" Quant à la Maifon Conti , elle a donné
quarante Cardinaux & fept Papes au
Monde Chrétien . Celui qu'on vient d'élire
eft le huitiéme. Cette Maiſon jadis
connue fous le nom de Sculanie , eft plus
celebre encore fous le nom de Conti de
puis fept fécles au moins ..
Sans entrer dans le détail des illuftress
ancêtres du nouveau Pape qui feroit trop
long , contentons- nous d'apprendre qu'il
eft fils de Charles Conti Duc de Poli, qui
avoit épousé la foeur du Duc de Muti. Less
Armoiries de la Maiſon Conti font de
gueules à l'Aigle échiquetée d'or & de fai
ble; l'écu eft foutenu d'un trophée compofe
de deux piéces de canon tirant , de huit Dra
peaux & de fix Etendards . Les deux piéces ;
de canon & les huit Drapeaux font une
conceffion de l'Empereur Ferdinand 11%.
au General Torquato Conti , qui s'étoit extrémement
diftingué dans le commandement
des Armées de S. M. F. La Maifon
Conti avoit déja les fix Etendards..
Le nouveau Pape n'eſt pas moins ill
Juftre par fes emplois que par fa naiffance..
En Avril 1620 il porta le Bonnet & PEFij
;
68 MERCURE DE
.
pée benits au Doge de Venife ; c'étoit le
fameux Francefco Morofini , fi fouvent
élû Generaliffime des Armées de la Repu
blique , & fi connu par fes Victoires contre
les Ottomans. En May 1693. l'Abbé
Conti fut fait Gouverneur de Viterbe . Il
fut nommé Nonce en Suiffe en May 1695,
& fut facré la même année Archevêque
de Tarfe par le Cardinal Marefcotti ; au
mois de Novembre 1697 on le chargea
de la Nonciature de Portugal , il s'y rendit
l'année fuivante , & durant ſon ſéjour
à Lisbone il refufa l'Evêché d'Ancone
que le Pape lui avoit offert. Il revint à
Rome en 1711 avec le titre de Vice- Protecteur
des affaires de Portugal . En 1712
il fut fait Evêque de Viterbe ; en 1718
il fut élevé à la dignité de Préfet de la
Congregation des Confins ; en Mars 1719
il fe démit de fon Evêché de Viterbe ;
enfin il a pour garants de fes vertus &
de fa capacité toutes les Congregations ,
où l'ont placé fes talens & le difcernement
du Saint Pere qui l'employoit. La Confiftoriale
, celle du Concile & celle de
Propaganda fide ont toujours publié fon
merite , que la Thiarre couronne aujourd'hui
. Il n'a manqué à fon élection que
fon propre fuffrage. Le Scrutin fini , le
Cardinal Doyen , accompagné du CardinaŁ
Albani Camerlingue de la Sainte Eglife
JUIN & JUILLET.
69
& de deux autres Cardinaux conduits par
Les Maîtres des Ceremonies , allerent trouver
le Cardinal élû , & lui demanderent
s'il acceptoit l'élection legitime qui venoit
d'être faite de fa perfonne pour fouverain
Pontife ; il répondit avec une humilité de
la primitive Eglife , & accepta..
La memoire d'Innocent III , un des Papes
des plus recommandables qu'ait donnés
à l'Eglife la Maifon Conti , infpira au
Pontife élû le choix du nom d'Innocent
XIII . On annonça l'acceptation aux autres
Cardinaux , & l'Acte en fut dreffé par
le Maître des Ceremonies ; alors les deux
premiers Cardinaux Diacres vinrent prendre
Sa Sainteté & la conduifirent à l'Au.
tel de la Chapelle de Sixte , où elle fit fa
priere , & entrant aprés dans un lieu preparé
, on ôta au nouveau Pontife fes ha
bits de Cardinal , & on le revêtit d'une
Soutane blanche , du Rochet , du Camail
& du bonnet rouge ; on lui mit des fouliers
brodés d'or avec une Croix . Couvert
de ces ornemens on le plaça devant
l'Autel fur la Chaire Pontificale , où il
reçût les premiers hommages du Sacré
College. Le Cardinal Tanara , Doyen
commença la ceremonie. Tous les Cardinaux
bailérent à leur tour la main du Saint
Pere, qui les embraffa. Le Cardinal Albani
Camerlingue en rendant fes refpects à Sa
70 MER CURE DE
Sainteté lui mit au doigt l'Anneau du
Pêcheur. Entre onze heures & midy let
Cardinal Pamphile premier Diacre , accompagné
du Maître des Ceremonies avec
la Croix , fe rendit à la Loge de la Benedition
, fituée fur la façade de S. Pierre,,
de - là il declara au Peuple impatient, affemblé
dans la Place , l'Election du nouveau
Pape , en difant à haute voix , Annuntio
vobis gandium magnum , &c.. Je vous
annonce une grande joye , nous avons un
Pape qui eft l'Eminentiſſime & Reverendiffime
Seigneur Michel Ange Cardinal Conti,
qui fe nomme Innocent XIII. Le Peuple
fatisfait , reçut cette nouvelle avec de vi
ves acclamations . Les tambours , les trompettes
, les falves de la moufqueterie , la
décharge de toute l'artillerie du Château
Saint- Ange , & le fon de toutes les cloches
de Rome fecondoient & redoubloient
la joye du Peuple. Après cette proclamation
les Cardinaux Affiftans conduifirent
Sa Sainteté dans la Cellule du Cardinal
Albani. Tandis que le S. Pere y dînoit , le
Cardinal de Rohan régala dans la Cellule
vacante d'un Cardinal , les Cardinaux
Ottoboni Gualterio » Aquaviva
Biffi , & d'Althan , le Duc de Poli & l'Evêque
de Terracine frères de Sa Sainteté ,.
fes trois neveux , le Duc de Talard , l'Evêque
de Sifteron , l'Abbé de Rohan
>
" de
JUIN & JUILLET. 70
Don Carlo & Don Alexandre Albani..
L'après-midy fur les cinq heures , les cloifons
du Conclave furent ouvertes , les
deux premiers Cardinaux Diacres dépoüillerent
Sa Sainteté des ornemens qu'ils.
lui avoient donnés le matin , & la revêtirent
d'un Amic , d'une Aube , d'une
Ceinture , de l'Etole & de la Chape Pontificale.
Le Pape ainfi revêtu fut mis (ur
l'Autel de Sixte , où les Cardinaux lui
rendirent leurs feconds hommages en pre--
fence d'un peuple innombrable , attiré par
cette augufte Ceremonie . Enfin ayant la
Mitre en tête il fut porté dans la Bafilique:
du Vatican fur l'Autel de la Confeffion des
Apôtres ; là le concours du Peuple curieux.
redoubla , & tous les Cardinaux du Conclave
, au nombre de 54 , baiférent les
pieds & la main du Souverain Pontife
qui les embraffa , comme il avoit fait la
premiere & la feconde fois . Ces trois Ceremonies
s'appellent vulgairement l'Adoration.
Dès qu'elles furent terminées
douze Porteurs en longs manteaux d'écarlate
porterent Sa Sainteté dans fes appartemens
dans une Chaife fermée , qui fut
precedée & fuivie par un corrége illuftre
& nombreux ..
2:
A l'arrivée du Pape le fieur Falconieri
Gouverneur de Rome , alla fe profterner
aux pieds de Sa Sainteté & lui rendit le
72 LE MERCURE DE
Bâton , marque de fon autorité ; le Pape
prit ce Bâton , & après avoir exhorté par
un difcours plein de fageffe le fieur Falconieri
à continuer fon emploi avec fon
exactitude & fa juftice ordinaires , il remit
à ce Prelat le fimbole de fa Dignité .
La Ville fit éclater fa joye pendant trois
jours par des fêtes , & les trois nuits fuirent
embellies par de brillantes illuminations
, qui éclairoient les Places & les Rues
de Rome.
La Ceremonie du Couronnement fe fit
dans l'Eglife de Saint Pierre le Dimanche
18 May. Dans le Portique devant la Porte-
Sainte on avoit élevé le Trône Pontifical
fous un Dais , avec des bancs à côté pour
les Cardinaux. Le Cardinal Camerlinguet
Archiprêtre de Saint Pierre , avoit fait
orner l'Eglife d'une maniere digne de la
grande action qui devoit s'y paffer . Le
Pape après avoir entendu une Meffe baffe
dans la petite Chapelle du Palais , en fortit.
à neuf heures , & fe rendit à la Chapelle
de Sixte , qui fervit de Chambre des Paremens
que e Pape porta dans cette au
gufte Ceremonie. Dès qu'il fut prêt à
partir un des . Soûdiacres prit la Croix , qui
fut faluée par le S. Pere , & on commença
à marcher proceffionnellement pour fe rendre
a l'Eglife de S. Pierre. Les Maffiers &
La Garde Suiffe du Pape efcortoient la
Chaire
JUIN & JUILLET.
Chaire Pontificale où il étoit porté ; les
deux Cardinaux Diacres, tenoient les bords
de fa Chappe. Arrivé au Portique de Saint
Pierre il s'affit fur le Trône avec les deux
Cardinaux Diacres Affiftans ; là le Cardinal
Camerlingue après lui avoir remis
les Clefs de l'Eglife , lui prefenta le Cha-.
pitre & le Clergé de Saint Pierre , qui lui
baiferent les pieds ; enfuite il remonta dans
fa Chaire & entra majestueufement dans
l'Eglife par le grand Portail , il alla à l'Autel
du Saint Sacrement , où il quitta fa
Mitre , & fit fa Priere à genoux.
Il fut porté de - là à la Chapelle Clementine
, & reçut l'Obedience des Cardinaux
& des Prelats. Pendant la Proceffion
des Cardinaux autour du Choeur , le
Maître des Ceremonies brûla trois fois
des étoupes, en difant Pere Saint , ainſi
paffe la gloire du monde. La Proceffion
finie , ainfi que la feconde Adoration qui la
fuivit , le Pape commença la Meffe ; après
le Confiteor il alla s'affeoir fur fon Trône
au-devant duquel les trois premiers Cardinaux
Prêtres dirent chacun une Oraifon
pour fon Sacre ; après ces Prieres il defcendit
, il ôta fa Mitre , & le Cardinal
Pamfilio premier Diacre lui mit le Pallium,
où le Cardinal Diacre de l'Evangile attacha
trois groffes agraffes de Diamans . &
le S. Pere fans remettre la Mine monta
11. Partie. G
74 DE
MERCURERE
•
à l'Autel pour y recevoir les encenfemens
prefcrits dans cette occafion ; aprés quoi
le paffa la troifiéme Adoration . Auffi-tôt
que la Meffe fut finie , le Cardinal Albani
prefenta au Pape au nom du Chapitre une
bourfe de 25 pieces de Monnoye anciennes
des Souverains Pontifes , & Sa Sainteté
les remit au Cardinal Diacre pour en faire
la diftribution . Enfin on porta le S. Pere
à la Loge de la Benediction fur un Trône
élevé fous un Dais fuperbe , & ce fut là .
qu'après quelques ceremonies s'acheva
celle de fon Couronnement . Le Cardinal
fecond Diacre lui pofa fur la tête la
Tiare enrichie de diamans , & le Papecouronné
donna la Benediction au Peuple,
qui la reçut avec de nouvelles & de finceres
acclamations de joye , les cloches ,
les trompettes & l'artillerie mêlerent leur
bruit éclatant aux cris du Peuple.
,
>
Le 21 May , le Pape tint Chapelle pour
les premieres Vêpres de la Fête de l'Aſcenfion
le Duc de Gravina petit neveu
de Sa Sainteté le trouva au Soglio. La
Terre de Soriano a été érigée depuis quelques
jours en Principauté , pour procurer
le même honneur à Don Carlo Albani ,
neveu du deffunt Pape. Les Cardinaux
avertis qu'il fe tiendroit un Confiftoire
public le 10 Juin , pour donner le Cha
peau aux Cardinaux Etrangers , fe rendi-
45
JUIN & JUILLET. 75
rent le même jour au marin à Sainte Marie
del Popolo ; le Cardinal de Kohan , le
plus ancien des dix Cardinaux qui devoient
recevoir le Chapeau , les y régala avec ſa
magnificence ordinaire. Après le repas ils
marcherent en cavalcade ju qu'au Palais
du Quirinal dans l'ordre qui fuit : le fieur
Phiffler Capitaine de la Garde Suiffe ,
commençoit la marche à la tête de fix de
fes foldats ; on voyoit enfuite à cheval les
Adjudans de Chambre des Cardinaux ,
avec leurs maffes ; les fieurs Pierfanti &
Chezzi Maîtres des Ceremonics precedoient
le Cardinal Doyen , qui conduifoit
les autres Cardinaux , rangés fuivant l'ancienneté
de leur promotion . Leurs Palfreniers
les accompagnoient avec des bâtons
dorés à la main , & des foldats Suiffes
difpofés en file fur les aîles contenoient
la foule , & confervoient l'ordre de la
marche. Les Cardinaux pour qui fe faifoit
la Ceremonie étoient conduits par d'anciens
Cardinaux . Le Cardinal de Sccmborn
étoit mené par le Cardinal Barberin ;
le Cardinal Cinfuegos , par le Cardinal
Gualteri ; le Cardinal Borgia , par le Cardinal
Priuli ; le Cardinal Pererra , par le
Cardinal Piazza ; le Cardinal Belluga
par le Cardinal Zondodari ; le Cardinal
Boffu d'Alfaer , par le Cardinal Buffi ; le
Cardinal Czacki , par le Cardinal Odef-
Gij
76 DE MERCURE
calchi , le Cardinal de Billi , par les Cardinaux
Scotti & Patrizzi ; le Cardinal
d'Acunha , par les Cardinaux Bentivoglio
& d'Althan , & enfin le Cardinal de Rohan
terminoit dignement cette pompeufe Calvacade
, au milieu des Cardinaux Albani
& Olivieri. Lorſqu'ils furent arrivés aμ
Quirinal , ils entrerent dans la Chapelle
Pauline , où fuivant la coûtume , les dix
Cardinaux jurerent l'obfervation des Bulles .
De-là ils furent introduits dans le Confiftoire
, où ils baiferent le pied & la main
du Pape , qui les embraffa en leur donnant
le Chapeau. Le Cardinal de Rohan parla
tant pour lui que pour fes Confreres , &
remercia Sa Sainteté en Langue Latine ,
avec cette élegance qui l'a fait admirer
dans fes difcours publics dès fes premieres
études. La prefence du Pape ne put retenir
les applaudiffemens de l'affemblée .
S'il fit briller fon éloquence le jour de
la Cavalcade , il ne fit pas moins éclater
fon zéle pour l'honneur de fa Nation le
15 Juin , Dimanche de l'Octave de la
Fete -Dieu ; il tint Chapelle dans l'Eglife
de Saint Louis des François . Là les Cardinaux
Acquaviva , Borgia , Belluga ,
Gualtieri , Biff & Ottoboni invités par
lui à cette ceremonie , affifterent à la plus
magnifique Proceffion qui ait jamais été
faite à Rome en pareille occafion. Il ne
JUIN & JUILLET. ナブ
•
manquoit aux dix Cardinaux qui avoient
reçu le Chapeaù le ro Juin , que la ceremonie
de leur ouvrir & de leur fermer
la bouche.
"
Le Pape dans un Confiftoire qu'il a tenut
à l'occafion du Cardinal Czacki , preffe
de retourner en Hongrie , a fait cette ceremonie
& en fermant & ouvrant la
bouche aux dix Cardinaux , leur a donné
le titre de leur Cardinalat. Avant cette
formalité un Cardinal ne peut entrer dans
aucune Congregation , à moins que par
un Bref il ne foit exemté de la regle generale.
, A l'égard du Cardinal Alberoni on
compte qu'il ne fortira pas de Rome ,
comme on l'avoit crût , on lui cherche un
Palais , & il fait pourtant fes vifires en
habit court. Le Chevalier Tobin Commandant
du Vaiffeau nommé le Prince
Eugene , arrivé depuis peu de la Chine à
Oftende , a fait remettre au fieur Santink
Internonce à Bruxelles une Lettre qu'il a
envoyée auffi-tôt au Cardinal del Giudicé,
qui détaille l'arrivée à Peckin du fieur
Mezzabarba Patriarche d'Antioche , &
Nonce Apoftolique à la Chine. El paroît
par cette Lettre qu'il a été reçû avec une
grande diftinction par les principaux Mandarins
de ce puiffant Empire. Cette nouvelle
a fort réjoui Sa Sainteté , qui n'an-
G iij
78 MERCURE
DE
nonce dans fes premieres démarches qu'un
zéle éclairé pour la Religion , & des vuës
du faint Throne qu'Elle remplit.
Le Juillet , le S. Pere s'eft trouvé fort
incommodé d'une douleur de gravelle, qui
l'a retenu dans fon Palais . Sa Sainteté
n'a pû affifter aux ceremonies de la Fête
de S. Pierre ; mais enfin le Dimanche 16
Juillet Elle fe trouva infiniment mieux ,
& rendit le foir une quantité de fable
ce qui la foulagea extrémement .
>
Le Cardinal de Rohan a eu fa premiere
audience en qualité de Miniftre du Roy
Très - Chrétien , & a conferé avec le
nouveau Cardinal Conti & le Cardinal
Spinola . Le 22 Juin , le Chevalier de Saint
Georges & la Princeffe Clementine Sobieska
fon épouſe , accompagnés du jeune
Prince leur fils , eurent une longue audience
de Sa Sainteté , qui leur fit preſent
d'un billet de huit mille écus , & donna
des bijoux au jeune Prince . Le Cardinal
Alberoni a rendu une longue vifite à la
Ducheffe d'Aquafparta foeur du Pape. On
croit que l'affaire de ce Cardinal est prête
à s'accommoder. Il confent à donner fa
démiffion de l'Evêché de Malaga , que le
Roy d'Efpagne lui fait demander par le
Cardinal Borgia.
JUIN & JUILLET.
79
AAAAAAAAAAA
MORTS DE FRANCE.
Louis Vincent de Mauleon , Mar-
Mquis de Caufans , eft mort le 11
Juin dans fon Château de Caufans en
Provence , âgé de 77 ans .
M. Baflin Confeiller au Châtelet , eſt
mort le 8 Juillet ; il avoit du talent pour
la Poëfie.
Dame de Barantin , Abbeffe de
l'Abbaye Royale de Saint Amand de
Rouen , eft morte le 13 Juin.
Dame Anne Marguerite de Rohan ,
Abbeffe de l'Abbaye Royale de Joüarre ,
Dioceſe de Meaux , eft morte le 21 Juin
dans fa cinquante- huitième année.
M. Du Saut , qui a été fi long - tems
Envoyé de France à Alger & à Tunis ,
eft mort à Toulon , âgé de plus de 80
ans.
M. l'Abbé de Lyonne , fils du Miniftre
d'Etat , eft mort le Juin , âgé de 74
ans. Il avoit outre le Prieuré de Saint
Martin des Champs , quatre groffes Abbayes
.
M. de Bullion , Marquis de Bonnelles ,
Prevost de la Vicomté de Paris , & Gouverneur
des Provinces du Perche & du
G iiij
80 MERCURE DE
Maine , & du Comté de Laval , eft mort
dans une de les Terres.
Son petit - fils , fils de M. le Marquis
de Fervaques , eft mort le
M. Trudaine , ancien Prevôt des Marchands
de la Ville de Paris , Confeiller
d'Etat , & qui avoit été Intendant à Dijon
& à Lyon , eft mort le 21 Juillet ; âgé
de 61 ans ; il étoit beau frere de feu M.
le Chancelier Voyfin.
M. le Chevalier de Souvré s'eft noyé
en fe baignant dans la Marne en Champagne.
Dame Elifabeth Claude Gallois , femme
de M. Biraut Confeiller au Grand Confeil
, eft morte le 2 Juin.
Meffire Matthieu de la Rochefoucaut ,
Marquis de Bayers , eft mort le 12 Juin.
Dame Marie- Anne Daurat , veuve de
M. de Saint Conteſt Maître des Requêtes
, eft morte le 20 Juin .
Frere Jofeph Felix de la Renarde , Chevalier
de l'Ordre de Saint Jean de Jerufalem
de la Ville de Marfeille , & d'une des
meilleures Maifons de Provence , eft mort
à Malte le âgé de 90 ans :
Il étoit Commandeur de Trinquetailles ,
& Grand Prieur de Saint Gilles ; il avoit
fuccedé dans cette derniere dignité à Frere
Richard de Sade de Mazan , Chevalie
du même Ordre , qui mourut à Malth
<
JUIN & JUILLET.
81
âgé de 89 ans , le 17 Mars 1719. Sa
dépouille a valu plus de cent mille écus
à la Religion.
La Maiſon de Felix eft originaire de
Piémont , & s'eft toujours diftinguée par
fa fidelité envers fes Souverains ; c'eſt par
cette raison qu'elle porte trois F. dans fes
Armes , qui fignifient Felices , Fuerunt ,
Fideles , éloge qui lui fut donné par un
Comte de Savoye.
Le Chevalier qui vient de mourir , étoit
neveu du fameux Felix de Marfeille
, qui commandoit un corps confiderable
, & qui le ſignala à la repriſe des
Ifles de Lérins fur les Efpagnols en l'année
1637 , par des Actions de valeur qui
contribuerent beaucoup à cet heureux évenement
. On voit encore dans la Chapelle
de Notre- Dame , qui eft fur le bord de
la Mer , auprès de la Ville de Cannes , le
baudrier & les armes d'un Capitaine Elpagnol
, que Felix combatit & terraffa
dans cette périlleufe journée. La repriſe
des Ifles de Lérins fut celebrée par les
meilleurs Poëtes du temps . Il y a une Ode
dans le vingt & uniéme Tome du Mercure
François , où la valeur de ce genereux
Felix eft celebrée particulierement .
La Maiſon de Felix , divifée en plufieurs
branches , a aujourd'hui pour Chef
Meffire Jean Baptiſte Felix , Chevalier
82 MERCURE DE '
Marquis du Muy, Seigneur de la Renarde,
&c. Confeiller au Parlement de Provence ,
qui a époulé D.... de Mifon , fille du
Marquis de Mifon , & de Dame... de
Valbelle Montfuron , foeur de M. le Comte
de Valbelles , Brigadier des Armées du
Roy, Capitaine Sous - Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes de la Garde
de Sa Majefté . M. le Marquis du Muy
eft neveu du Grand Prieur de Saint Gilles ,
qui vient de mourir.
Meffire Claude de Rhodes , Brigadier
des Armées de Sa Majefté , & cy- devant
Commandant d'Abbeville , eft imort le 4
Juillet.
M. de Catelan , Gouverneur du Château
Royal des Tuilleries , eft mort le 24
Juillet , âgé de 32 ans.
Le fieur le Blond , ancien Conful de
France à Venife , eft mort en cette Ville
le premier Juillet , âgé de 95 ans.
JUIN & JUILLET. &3
MARIAGES.
Miette, Chevalier
7. Charles Antoine Marquis de Fontette
, Chevalier Seigneur du Vaumain
, ancien Capitaine de Cavalerie dans
le Regiment d'Orleans , fils de feu M. le
Marquis de Fontette , & de Dame Anne-
Louife de Boulainvilliers , à époufé le
Juillet Demoiselle Antoinette - Madelaine
d'Arville , fille de défunt M. le Comte
d'Arville , & de Dame Antoinette Madelaine
de Chaffebras .
M. Jofeph de Nicolai Chevalier Baron
de Sabran , Capitaine de Dragons dans le
Regiment d'Orleans , fils de feu M. le
Baron de Sabran , & de Dame Marie-
Louiſe Angratie de la Fare , a épousé
le Juillet Demoifelle Louife de Saint
André de Saint Juft , fille de M. le Baron
de Saint Juft , & de Dame Marguerite de
Belverede de Joncheres.
M. le Comte de Nonant de Bertoncelles
, Capitaine au Regiment du Roy , Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis,
fils de M. le Comte de Nonant , & de
Dame Marie- Anne de Rians de Villeray ,
a époufé le 17 Juin à Saint Eustache De
moifelle Elizabeth - Françoiſe de Gillier ,
fille de Meffire Melchior de Gillier 3
84 MERCURE DE
Chevalier Baron de la Baftie & de la Frette,
& de Dame Marie - Françoiſe de Machaut.
Meffire Charles Henry Gafpard de Saux,
Vicomte de Tavanes , Lieutenant General
pour le Roy au Duché de Bourgogne ,
Brigadier des Armées de Sa Majeſté , &
premier Gentilhomme de la Chambre de
M. le Duc de Bourbon , fils de M. le Comte
de Saux , & de défunte Dame Marie de
Grimonville , a épousé à Saint Euſtache le
Lundy 23 Juin Demoiſelle Elizabeth Maill
du Breuil , fille de M. André Mailly du
Breuil , Receveur General des finances de
Touraine,& de Dame Françoife Defchiense
Melfire Jean - Charles Jofeph d'Andigné ,
Comte de Vefins , fils de feu M. le
Comte de Vefins , Maréchal des Camps
& Armées de Sa Majefté , & Lieutenant
General de l'Artillerie , & de Dame Ma→
rie d'Andigné , a épousé le Juin Demoiſelle
Marie Sophie- Eleonore de Choifeul
, fille de Meffire François Eleonor de
Choifeul de Traves , Maréchal des Camps
& Armées du Roy , & de Dame Marie-
Louiſe de Villars , foeur de M. le Maré--
chal de Villars.
M. le Comte de Colbert , Mestre de
Camp de Cavalerie , Cornette de la Com
pagnie des Chevaux - Legers de la Garde
du Roy , fils de M. le Comte de Colbert ,
Grand Croix de l'Ordre Militaire de Saint.
JUIN & JUILLET. 85
Louis , & de Dame Charlotte de Lée , a
épousé le Juin Demoitelle Marie - Charlotte
de Gouffier , fille de M. Charles-
Antoine de Gouffier , Maréchal des Camps
& Armées du Roy , & ancien premier
Enfeigne des Gendarmes de la Garde , &
de Dame Catherine Angelique d'Albert
de Luynes.
M. Robert Langlois , Chevalier Seigneur
de la Fortelle , Confeiller du Roy
en fes Confeils , Prefident en fa Chambre
des Comptes , & Confeiller honoraire en
fa Cour de Parlement , fils de feu M.
Pierre Langlois , Prefident en la Chambre
des Comptes , & de Dame Marie- Françoife-
Louife Therefe Humbert , a épousé
le Mardy 10 Juin Demoitelle Genevieve
Sophie Cherré , fille de M. Pierre Jean
Cherré , Maître des Comptes .
M. Guy-Etienne Alexandre , Marquis
de Faouq , Seigneur de Garnetot , Mestre
de Camp de Cavalerie , Sous - Lieutenant
de la Compagnie des Chevaux-Legers de
Bretagne , fils de M. le Marquis de Faouq,
Seigneur de Garnetot , & de Dame Marie-
Louife du Houlay , a époufé le Lundy 30
Juin à Saint Euftache Demoifelle Charlotte
Sophie de Sonning , fille de M.
André Nicolas de Sonning , Receveur general
des Finances de Paris , & de Dame
Louife - Charlotte de Launay. M. le Prince
-
36 MER CURE · DE.
1
de Conti s'eft trouvé à la ceremonie.
Meffire Louis- Claude Scipion de Grimoard
de Beauvoir de Montlaur , Marquis
du Roure , fils de M. le Marquis du
Roure , & de Dame Louife Victoire de
Caumont de la Force , a épousé le Metcredy
16 Juillet Demoifelle Marie Antonine
Victoire de Gontaut de Biron , fille
de Meffire Charles Armand de Gontaut ,
Seigneur de Biron , premiere Baronie de
Perigord , Lieutenant General des Armées
de Sa Majesté Gouverneur de la Ville
de Landau , Confeiller du Roy en fes Confeils
& au Confeil de la Guerre , chargé
du détail de l'Infanterie , & premier Ecuyèr
de S. A. R. Monfeigneur le Duc d'Or
leans Regent du Royaume , & de Dame
Marie Antonine de Bautru. Ce mariage a
été celebré à minuit dans la Chapelle particuliere
de l'Hôtel Colbert , où demeure
M. le Marquis de Biron . M. le Curé de
Saint Euſtache a dit la Meffe . M. l'Abbé
de Saint Aulain a fait la cérémonie du
mariage : elle a été precedée par un grand
fouper donné par M. le Marquis de Biron ,
pere de la mariée.
1 Le Marquis de Coaquin , qui épouſe
Mademoiſelle Nicolaï , a obtenu la furvivance
du Gouvernement de Saint Malo,
JUIN & JUILLET.
87
Day:Dynami
DIGNITEZ ET CHARGES.
ONSIEUR Bouchard Gentilhomme.
Mde
Normandie a été fait Gouverneur
du Pont- de - l'Arche .
M. Feydeau de Brou Intendant de Bretagne
a obtenu du Roy une Expectative
de Confeiller d'Etat.
Le Marquis de Bonas eft nommé pour
commander fous M-le Maréchal de Barvick
le Camp de Montauban , compofé de
12000 hommes.
M. de Gaumont , Chef du Confeil de
M. le Prince de Conti , a eu une Expectative
de la place de Confeiller d'Etat dų
23 Juillet.
Le Roy a donné un Brevet de Meſtre
de Camp de Cavalerie à M. le Marquis
de Bethune , Capitaine dans le Regiment
de Cavalerie de Bretagne.
Le fieur Defangles a obtenu du Roy la
. Lieutenance de Roy de Monaco , vacante
par la retraite du fieur de Beaucoroy.
M. de Curty Maréchal de Camp des
Armées du Roy , a obtenu de Sa Majesté
le Commandement au Gouvernement de
la Ville de Douay , vacant par le decès
du fieur de Brefly .
88 MERCURE DE
Le fieur Panvaux , cy- devant Lieutenant
Colonel du Regiment de Duchevron , a
le Gouvernement de la Tour de Pillemil
en Bretagne.
M. de Contades , fils de M. de Con
tades , a eu la furvivance du Gouvernement
des Ville & Château de Beaufort.
Du 23 Juiller , M. d'Ormeffon a la place
de Confeiller d'Etat Semeftre de M. de
la Rochepot ;
Et M. de la Rochepot eft monté par
la mort de M. Trudaine , à la place de
Confeiller d'Etat ordinaire.
M. Bontemps , Premier Valet de Chambre
du Roy , & Chevalier de l'Ordre de
Saint Lazáre , eft Gouverneur du Château
des Tuilleries , & fon fils en a la ſurvivance
depuis la inort de M. Catelan , qui
poffedoit ce Gouvernement. Mrs. Bontemps
font en poffeffion depuis long - tems
d'approcher de nos Rois & d'en être
aimés .
>
M. de Reffon Lieutenant General d'Artillerie
, Brigadier des Armées de Sa Majefté
, a obtenu le Cordon de Grandcroix
de l'Ordre Militaire de S. Louis .
EVECHEZ ,
JUIN & JUILLET.
89
ORADto tort
EVESCHEZ, ABBAY ES ET BENEFICESM
Onfieur l'Abbé Comte de Cler
mont eft devenu Titulaire des Abbayes
de Marmoutier & de Chailli , par
la mort de l'Abbé de Lionne , dont il étoit
Coadjuteur.
"
L'Abbé de Saint- Albin eft devenu Ti
rulaire du Prieuré de S. Martin des Champs
par la même mort.
Madame de Quintin de l'Orge , foeur
de Madame la Ducheffe de S. Simon , a
obtenu l'Abbaye Royale de Saint - Amant
de Rouen de 35000 livres de revenu , qui
vaquoit par la mort de Madame de Ba
rantin.
Madame de Soubife poffede à prefent
Abbaye de Jouarre , à la Place de Madame
fa Tante , dont elle étoit Coadju
trice.
Le Mardi 22 Juillet , M. le Curé de
S. Mederic a pris poffeffion du Doyenné
de S. Germain l'Auxerrois,pour M. P'Abbé
Vivant , qui eft encore à Rome , où il a
feivi de Conclavifte à . M. le Cardinal de-
Rohan.
Du 30 May , la Coadjutorerie de l'AB
baye de Sainte Anne d'uffy , Ortre de S.
H. Partic
༡༠ MERCURE DE
Benoift , Dioceſe de Paris , dont Madame
de Caumont de la Force eft Abbeſſe , a été
donnée à Madame Delmances de Veruë ,
Religieufe du même Ordre.
Du 20 Jun , l'Office de Grand Sacriftain
Major dans l'Abbaye Reguliere de
Saint Michel de Cuixa , Ordre de Saint
Benoist , Diocéfe de Perpignan , vacante
par la Promotion de Dom Sauveur de
Copons à cette Abbaye a été donné à
Don Ignace de Valls Religieux du même
Couvent.
>
La Prevôté ou Pavordie de Fillols dans
la même Abbaye , vacante par la promotion
de Don Ignace de Valls à l'Office
de Grand Sacriftain , a été donnée à Don
Jean de Copons. Il faut remarquer que
le Roy nomme à ces deux Benefices par
droit de Refulte dans l'Evêché de Perpignan
, fuffragant de Tarragonne , dont on
fuit les ufages.
Du s Juillet , P'Office de Chantre de
P'Eglife Royale & Collegiale de Saint-
Hipolite de Poligni Diocefe de Befançon ,
qui a vaqué par le decés du fieur Dagan
a été donné fur la prefentation duChapitre,
au fieur Charles Bouhelier , Prêtre Docteur
en Theologie.
16
Du 19 Juillet , la Coadjutorerie de
P'Abbaye de Notre-Dame de Rieunette
Ordre de Citeaux, Diocéle de Carcaffonne ,
JUIN & JUILLET. 91
a été donnée à Madame de Cofrange de
Beduer Religieufe du même Ordre.
Le Prieuré de Saint Antoine de Dom .
front a été donné à Madame de Crevecoeur.
PENSIONS.
MP'Academie
Royale de
Mufique , Ile. Antier , premiere
Actrice de
qui a eu l'honneur de chanter dans les
Ballets du Roy , a été gratifiée d'une
penfion de 1200 livres , avec un Brevet
de Muficienne de la Chambre du Roy.
Le Baron de Vels a obtenu à la recommandation
de M. le Maréchal de Villeroy
une penfion de 800 liv.
Le Comte d'Auteuil , Ecuyer de M. le
Duc de Bourbon , a obtenu fur l'Abbaye
de Chailly une penfion de zooo- liv.
L'Abbé de Borfac , Aumônier de M.
le Duc de Bourbon , a auffi obtenu fur
sette Abbaye une penfion de 1 zoo liv.
L'Abbé de Fortia , fils de M. de Fortia,
Chef du Confeil de M. le Duc de Bourbon
, a eu fur la même Abbaye une penfion
de 1500 livres.
L'Abbé Guyon , Precepteur de M. le
Hij
92 MERCURE DE
Comte de Clermont , a eu une penfion de
1800 livres.
L'Abbé de Farges fon Sou -Precepteur,
en a eu une de 1200 liv.
Un Page de M. le Duc de Bourbon
qui eft entré au Seminaire de S. Sulpice ,
en a eu une de 600 liv.
> M. Colbert de Saint - Mars ancien
Capitaine des Vaiffeaux du Roy , ayant
demandé à fe retirer , S. M. le lui a permis
, & lui a accordé une penfion de 6000
liv. fur le Trefor Royal , & des Provi
fions de Chef d'Efcadre des Armées Nar
vales .
JUIN & JUILLET. 93
JOURNAL DE PARIS.
L
E 25 May , le fieur Pelletier de la
Houffaye ,Contrôleur General des
Finances , prêta ferment entre les
mains du Roy pour la Charge de
> Prevôt Maître des Ceremonies , & Com
mandeur des Ordies de Sa Majesté . Cette
Charge lui a été accordée par le Roy fur
la démiffion volontaire du fieur le Camus
Premier Prefident de la Cour des Aydes .
Le 28 , l'Ambaffadeur de la Porte alla
fe promener à S. Clou , il y fut accompagné
de M. le Marquis de Biron , premier
Ecuyer de Monfieur le Duc Regent ; on
lui fervit dans le Château une trés - belle
collation.
Le 29 , cet Ambaffadeur alla fe prome
ner au Jardin du Roy , qu'on appelle des
Simples , où M. l'Archevêque de Cambray
Miniftre des Affaires Etrangeres , le regala
de confitures & de liqueues fra ches .
Le 31 , veille de la Pentecôte , le Roy
entendit dans fa Chapelle les premieres:
Vêpres , & Sa Majeſté s'étant confeffée le
lendemain jour de la Fête à l'Abbé Fleury
fon Confeffeur , entendit la Grand'Meffe
celebrée- par l'Abbé du Bois , Chapelain
ordinaire.
94
MERCURE
DE
L'après midi l'Abbé Eftor prêcha devant
le Roy , & Sa Majefté après le Sermon
entendit les Vêpres . Tout l'Office du
jour & de la veille fut chanté par la Mufique.
>
M. Dierback de Belleroche Lieutenant
Suiffe de la Compagnie des Cent Suiffes
Gardes du Corps ordinaires du Roy , fils
de feu Georges -Nicolas de Dierback
Sieur de Belleroche & de Prémon , qui
avoit fuccedé à Ulrich de Dierback , Sieur
de Premon de Fribourg fön oncle dans
cette Charge , a prêté ferment le premier
Juin jour de la Pentecôte entre les mains
de M. de Bogue , Lieutenant François ,
qui doit commander en chef la Compagnie
des Cent Suiffes pendant la minorité de
M. le Tellier de Louvois , Marquis de
Montmirel leur Capitaine Colonel . Cette
ceremonie fe paffa dans la Salle des Cent
Suiffes au Château des Tuilleries , tambours
appellans , Enfeigne déployée , les
Suiffes rangés en cercle , la halebarde à la
main , le nouveau Lieutenant de bout au
milieu de l'enceinte ; après le ferment il
leva les trois premiers doigts de la main
droite , fuivant l'ufage des Suiffes ; & le
Commandant lui remit entre les mains le
bâton de Commandement , enfuite il l'embraffa
, ce que firent auffi tous les autres
Officiers de la Compagnie.
JUIN & JUILLET. 95
Cette Charge eft la plus ancienne dù
Corps ; quand il fut créé par Louis XI.en
1471 il n'y avoit pour Commandant que
le Lieutenant Suiffe , qui refta feul à la
tête de la Compagnie jufqu'en 1496 que
Charles VIII créa étant à Lyon un Capitaine
François pour la commander. La
Charge de Lieutenant François fut creée
en 1578 ; le Lieutenant Suiffe retient encore
l'ancien droit de Commandement fur
la Compagnie en ce qui concerne la Juſtice
, tant au Civil qu'au Criminel ; il eſt
feul Juge Souverain des Cent Suiffes
c'est lui qui à leur mort appofe le Scellé
fur leurs effets , & connoît de toutes conteftations
entr'eux. Les Jugemens font
rendus par lui , en fon nom , & fans apel .
M. d'Argenfon Maître des Requêtes &
Intendant à Tours , préta ferment entre
les mains du Roy pour la Charge de Chancelier
Garde des Sceaux de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , vacante par la
démiffion volontaire du fieur d'Argenfon
Confeiller d'Etat fon frere aîné. Le Roy
n'accorde pas ces honneurs à la feule memoire
de M. le Garde des Sceaux ,
Le Juin , M. d'Armenonville Secretaire
d'Etat invita au Château de Ma
drid quelques Miniftres Etrangers & de la
Cour qui doivent fe trouver au Congrez
de Cambray , & les régala magnifique
ment
96
MERCURE
DE
Le Dimanche de la Trinité 8 Juin ,
PAmbaffadeur Turc fe rendit de Meudon
à Verfailles , où il coucha. Le lendemain
Lundi après le dîner , Son Excellence vir
jouer les eaux , Spectacle tout neuf pour
des Orientaux , qui les étonna en les charmant..
Le Mardi l'Ambaffadeur alla voir
la Machine de Marly , enfuite aprés la collation
il vit jouer les eaux de cette fuperbe
Solitude , & s'en retourna à Ver--
failles , d'où il fut à Trianon avant de revenir
à Paris . Il a été très content de tout
ce qu'il a vû dans ces Palais & ces- Jardins
il en a partagé les plaifirs avec un
grand nombre de Dames qualifiées qui fe
font trouvées aux collations qu'on lui a
prefentées par ordre du Roy . Le féjour
de l'Ambaffadeur Turc à Verfailles a coûté
cher aux curieux qu'il y a attirés , on n'y a
pas dormi à bon marché , les lits ont été
louiés jufqu'à dix écus par nuit .
Le Jeudi 12 Juin , jour de la Fête- Dieu,,
la Proceflion de S. Germain l'Auxerrois
Paroiffe du Louvre , vint à la Chapelle de
ce Château , le Roy la joignit à la pre
miere Porte de la Cour , qui étoit ornée
de Tapiflerie de la Couronne , & y reçut
là Benediction du Saint Sacrement , qu'il
accompagna enfuite jufqu'à la Chapelle ,
où l'on chanta un très- beau Motet, de la
compofition de M. de la Lande Surinten
· dant
JUIN & JUILLET. 97
dant de la Mufique de Sa Majefté. Après
cette Station le Roy reconduifit le Saint
Sacrement jufqu'à la premiere porte de la
Cour , où il l'avoit joint , & y reçut une
feconde fois la benediction ; de là il retourna
dans fa Chapelle , & entendit la
Meffe chantée par få Mufique , & le foir
le Salut aux Capucins de la rue fainr Honoré.
Le même jour M. le Duc d'Orleans ,
accompagné de M. le Duc de Chartres ,
& fuivi des principaux Officiers de fa Maifon
, alla à l'Eglife de faint Euſtache ſa
Paroiffe , affifta à la Proceffion , & entendit
après la grande Meſſe.
Le Vendredy le Roy alla entendre le
Salut au Couvent des Religieufes aufteres
de l'Avé Maria. Après la benediction du
Saint Sacrement Sa Majefté monta à la
grille , & fe recommanda aux prieres de
la Communauté , qu'il affura de protection.
Le Samedy le Roy affifta au Salut des
Theatins ; le Dimanche à celui des Capucines
; le Lundy à celui des Filles du Saint
Sacrement au Marais , d'où Sa Majeſté
alla au Mefnil- montant , voir la Maiſon
& le Parc de M. Pelletier de Souzy ,
Doyen des Confeillers d'Etat. On y
fervit une fuperbe collation . Le Mardy
le Roy entendit le Salut à Saint Victor ,
d'où il fut fe promener à Bercy dans le
II. Partie. I
98 MERCURE DE
Jardin de M. d'Ofembray , & vifita ce fameux
& fçavant cabinet que Sa Majesté
a revû plus d'une fois avec plaifir . Le
Mercredy Elle fut aux Minimes de Paffy.
pas
1
Le Jeudy matin jour de l'Octave de
la Fête Dieu , la Roy alla voir la Proceffion
de Saint Sulpice , fpectacle digne d'un
Roy Très- Chretien. On ne fera peut-être
fâché de trouver ici la deſcription de
cette ceremonie , qui attire tous les ans un
nombre prodigieux de fpectateurs , de qui
la curiofité ne peut être entierement affouvie.
La curiofité fait naître la foulé , & la
foule empêche la curiofité de fe fatisfaire.
Voici d'abord l'ordre de la marche de cette
édifiante Proceffion : Les deux Suiffes de
la Parrbiffe , avec leurs halebardes . Un
Timbalier , quatre Trompettes , quatre
-Hautbois & deux Baffons. La Banniere ,
magnifiquement brodée. La Livrée avec
les torches & les flambeaux ; deux Prêtres
en furplis , chargez de veiller à conferver
l'ordre de la marche . Six Communautez
Religieufes , écoles utiles où l'on
inftruit au travail & on forme à la picté
toutes les filles de la Parroiffe qui ne font
pas affez riches pour avoir une plus mauvaife
éducation. Après cette troupe modefte
venoit la Congregation des hommes ,
compofée de quatre cens particuliers de
differentes profeffions. Ils étoient ſuivis
JUIN & JUILLET. 99
pár fix nombreuſes Confrairies , rangées
fur deux lignes . Ici étoient placez les
Tambours & Hautbois des Moufquetaires
; ils quittoient le hautbois aux Repofoirs
, pour jouer de la flute traverſiere
de qui les fons plus doux conviennent
mieux à l'humilité de la Priere. Enfuite
marchoient les Confreres du Saint Sacrement
, le Collectaire & les Enfans de
Choeur , les Acolytes en tuniques avec
leurs chandeliers ; la Croix ; d'autres Acolytes
en tunique , pour relever ceux qui
portoient les chandeliers , & deux Prêtres
en chappes pour relever de même le Prê
tre qui portoit la Croix : Cent jeunes enfans
vêtus en Anges , conduits par un Prêtre.
Le Clergé en furplis , le Clergé en
tuniques & dalmatiques , le Clergé & les
Chantres en chappes , les Prêtres en chafubles
: Ce Clergé fi bien difcipliné eft
compofé de quatre cens Ecclefiaftiques ,
tant du Séminaire que de la Parroiffe. A la
fuite du Clergé paroiffoient en furplis les
Ecclefiaftiques deſtinez à jetter des fleurs
devant le Saint Sacrement , avec ceux qui
portoient les corbeilles de fleurs : deux
Ecclefiaftiques en aubes & ceintures rouges
, portant chacun un baffin d'argent
plein d'encens : douze Acolytes en aubes
& ceintures rouges , encenfans alternati
vement , & quelquefois tous enfemble le
I ij
800.97
100 MERCURE DE
Saint Sacrement : fix Prêtres en aubes &
ceintures rouges , avec de longs cordons
d'or deftinez à relever les Prêtres qui portoient
le Dais : fix Ecclefiaftiques portant
des flambeaux. M. le Cardinal de Polignac,
avec plufieurs Archevêques & Evêques ,
précedoit immediatement le Dais qui étoit
porté par fix Ecclefiaftiques en aubes &
ceintures rouges & cordons d'or , & enfouré
par les Pages des Princes & Prin,
ceffes de la Maifon de Condé , portans des
flambeaux. M. le Curé fous le dais , accompagné
de deux Prêtres en chafubles , por¬
toit le Saint Sacrement , & terminoit cette
Proceffion folemnelle , fi bien reglée par
fon goût confacré à la Religion . M. le
Maréchal de Matignon & M. de Chartraire
de Saint Aignan , premiers Marguilliers
fuivoient le Dais avec les deux Marguil
liers en exercice , & étoient fuivis par tous
les anciens Marguilliers rangez für deux
colonnes , ainfi que les perfonnes de diſtintion
de la Parroiffe , qui marchoient
après eux. Le Peuple enfin venant en foule
faifoit voir la confufion auprès de l'ordre.
Des Soldats du Regiment desGardes Suiffes
, difpofez dans tous les endroits neceffaires
, empêchoient le trouble que pouvoit
exciter la multitude des fpectateurs
répandus dans la route de cette auguſte
Proceflion ; lors qu'après un long circuit
JUIN & JUILLET. 101
elle arriva au bas de la rue de Tournon,
large & belle avenuë du Palais du Luxembourg
; elle trouva le Guet à pied , qui
occupoit la porte de la Foire Saint Germain
, & le haut de la rue des Quatre-
Vents ; les Inspecteurs de Police auffi à
pied étoient à la tête du Guet , & les
Gardes Françoifes bordoient les deux côtez
de la ruë de Tournon , jufqu'à là
grande porte du Luxembourg , où le refte
étoit en bataille. Des détachemens des Gardes
du Corps & des Cent Suiffes du Roy
gardoient la Porte : c'eft de là qu'on ap
percevoit un magnifique Repoloir place
au haut des dernieres marches de la petite
cour du Palais , exhauffée & fermée par
une balustrade de marbre blanc , & fous
la principale Porte qui va au Jardin ;
L'enfoncement de ce Repofoir occupant
le quarré du veftibule étoit orné de paremens
de damas cramoifi , avec des crépines
& galons d'or , ainfi que le dais qui
le couvroit : les deux côtez du Repofoir
dans tout l'avant corps du Pavillon qu'il
occupoit , étoient cachez fous des pentes
de velours de la même couleur, & pareille,
ment galonées d'or : on y avoit placé deux
grands tableaux , dont les fujets avoient
rapport aux myfteres du jour . Sous ces
tableaux paroiffoient deux crédences faifant
fumetrie , illuminées par des cierges
I iij
ΤΟΣ MERCURE DE
& des bougies fans nombre , de même
que le fonds du Repofoir , le tout couronné
d'une grande pente en broderie d'or ,
pofée fur la premiere corniche , élevée de
plus de vingt-deux pieds , en comptant de
la marche la plus prochaine : le refte de
cet avant- corps d'architecture étoit décoré
jufqu'à fon fronton de tapifferies de la Cou-
'ronne , ainſi que tout le circuit des deux
cours aux deux aîles : ces tapifferies étoient
tendues à vingt - huit pieds de haut fous la
premiere corniche feulement , pour ména
ger plus de diftinction au Repofoir , &
laiffer les croifées libres . Dans la petite
cour , aux deux côtez de l'avant- corps
jufqu'à la balustrade de marbre blanc ,
étoient tendues les belles tapifferies faites
d'après les Peintres des Loges de Raphaël
au Vatican : La grande cour étoit parée à
l'Occident de la tenture de Jules Romani ,
dite Fructus belli , qui reprefente routes
les circonftances de la Guerre. A l'Orient
on admiroit les tapifleries faites aux Gobelins
fur les deffeins du fameux le Brun ,
où l'hiftoire d'Alexandre le Grand paroît
travaillée d'après Quintcurce. Sous la terraffe
, oppofée directement au Repofoir ,
P'hiftoire du grand Conftantin rempliffoit
depuis les angles jufqu'à la porte de la
grande cour. Sous le paffage de la cour ,
les mois grotelques de Raphael alloient
JUIN & JUILLET. 103
fe joindre dehors aux élémens & aux fai
fons de le Brun. L'hiftoire de Coriolan &
celle d'Artemife fe lifoient dans le refte
des tapifferies qui achevoient d'orner l'étendue
exterieure du Luxembourg. Les
cinquante fix fenêtres qui ont vûë fur la
grande & petite cour étoient couvertes de
tapis de velours & de damas galonnez
d'or : le pavé de marbre de la petite cour
étoit entierement caché fous de très beaux
tapis de Turquie & de la Savonnerie , &
les pilaftres de la balustrade de matbre
étoient chargez de caiffes d'orangers . Le
falon du dôme qui eft élevé fur la porte
de la grande cour , étoit meublé pour
recevoir le Roy qui s'y étoit rendu avee
M. le Duc de Bourbon , M. le Comte de
Clermont , M. le Nonce , M. le Maréchal
de Villeroy , M. l'Evêque de Fréjus , M.
le Duc de Mortemart , & autres Seigneurs
de la Cour : les Trompettes de la Chambre
, les Trompettes des Gardes du Corps
& leurs Timbales , portées fur la terraſſe ,
répondoient à celles qui accompagnoient
la Proceffion. En paffant devant l'Hôtel
des Ambaffadeurs extraordinaires le Mi
niftre de la Porte & fes principaux Officiers
Turcs la regarderent avec une atten.
tion refpectueuse qui fatisfit extrémement
les Chretiens. Le Public fut fur tout charmé
de la pieté du Roy , qui ne ceffa point
I iiij
104 MERCURE DE
.
d'être à genoux tant que la Proceffion
fut à fa vûë. Dès qu'on eut chanté l'Hymne
au Repofoir , M. le Curé députa M. l'Abbé
Courchetet , qui a prêché avec fuccès le
Carême dernier à Saint Sulpice , pour
porter au Roy la couronne de fleurs du
Saint Sacrement. Cet Abbé fut conduit
par un Exempt & deux Gardes du Corps,
& prefenté à Sa Majefté par M. l'Abbé
Alaric , qui a l'honneur de lui enfeigner
le Blafon , & qui eft de ce très petit nom
bre de Sçavans qui joignent un efprit delicat
& poli à la plus profonde érudition.
8
L'après midi le Roy fut entendre le
Salut aux Chartreux , & vifitant après les
cellules de ces Solitaires , fuivi de fa Cour ,
on vit la pompe & les plaifirs dans la
retraite de l'humilité , du filence & de la
mortification . 4
Le Lundi veille de la S. Jean , le Miniftre
de la Porte alla voir tirer leur feu
d'artifice preparé fuivant la coutume dans
la Pace de Gréve. On y fervit à Son Excellence
des rafraîchiffemens & des confitures
. Les fenêtres de l'Hôtel de Ville fe
trouverent remplies de Dames diftinguées.
Le Juin, l'Ambaffadeur de la Porte
& fa fuite commencerent leur Ramadhan.
C'eſt le Carême des Mahometans , & leur
neuvième mois. Ce mot de Ramadhan eſt
Arabe , & fignifie une chaleur qui con-
›
JUIN & JUILLET 105
fume , ce qui ſemble prouver que ce mois
étoit dans les plus grandes chaleurs de
l'Eté , lorſqu'on donna de nouveaux noms
aux mois des anciens Arabes . C'eſt dans
ce mois de Ramadhan que le Legiſlateur
Turc a commandé l'obſervance d'un jeûne
très auftere , qui confifte à s'abstenir de
boire & manger chaque jour depuis le
lever du Soleil jufqu'à ce que les Etoiles
paroiffent. Les Ouvriers & les Soldats ,
font affujettis à cette rigoureuſe Loy , &
même les malades font obligés de l'ob
ferver dès qu'ils ont repris leur fanté ; ce
jeûne s'étend jufqu'aux droits du mariage,
qui font interdits aux Turcs pendant le
Ramadhan . Auffi - tôt que le Soleil eft
couché l'Iman fait allumer les lampes
qu'on met alors au haut des Minarets ou
Tours de chaque Mofquée , & c'eſt là
le fignal qui permet de fervir le repas.
On prétend que les Turcs Formaliſtes
pouffent la fuperftition ſi loin au ſujet de
Pexecution de ce Precepte , qu'ils n'oſeroient
pendant les heures du jeûne laver
leur bouche , non pas même avaler leur
falive.
Les hommes peuvent fe baigner, pourvû
qu'ils ne mettent pas la tête dans l'eau , car
ils pourroient rompre le jeune par la bouche
ou par les oreilles ; quant aux femmes
, le bain leur eſt abſolument deffendu ..
106 MERCURE DE
›
M. Paul Lucas , dit dans fon dernier
Voyage fair par ordre du feu Roy en
1714 , que s'étant trouvé à Conftantinople
lors du Ramadhan il y eut un
malheureux qui fut cruellement puni pour
avoir été trouvé yvre pendant ce tems
d'abftinence ; on lui fit avaler du plomb
fondu , dont il mourut fur le champ.
Le 29 Juin , le Comte de Charolois
prêta ferment entre les mains de Sa Majefté
pour le Gouvernement de Touraine.
Le Juin , l'Abbé de Saint- Albin
eft entré au Seminaire des Bons - Enfans ,
dans la vûë de fe mettre dans les Ordres
Sacrés .
On a envoyé ordre aux Intendans de
furfeoir l'établiffement de la Dîme Royale
dans toutes les Generalités où on travailloit
à cette nouvelle forme de Régie.
On a appris que le Roy d'Efpagne
toujours attentif à remplir les titres &
les devoirs de Prince Catholique , a congedié
les Proteftans qui fervoient dans
les Troupes.
Les Etats de Bourgogne ont accordé au
Roy cette année pour leur Don gratuic
la fomme de neuf cens mille livres , dont
ils doivent payer en argent celle de ſept
cens cinquante mille livres , & cent cinquante
mille livres en billets de Banque .,
Le Comte de Roucy , f dangereuſe- fi
JUIN & JUILLET. 107
*
ment malade , qu'il avoit été abandonné
par les Medecins , a pris des remedes
d'un Payfan du Village de la Trape , qui
l'ont entierement guéri . Ne feroit- ce point
ici un rejetton du Medecin de Chaudray ?
Le Confeil de Santé , de qui toutes les
vuës ne tendent qu'au bien public , a envoyé
à Toulon Mrs Bailly & le Moine
Docteurs Regens de la Faculté de Mede
cine de Paris , on leur donna à chacun
cinq mille livres en partant , & mille li
vres par mois d'appointemens . S'ils ont lé
bonheur d'échaper à la contagion , à leur
retour on leur donnera à tous les deux
une penfion de douze cens livres , & un
Brevet de Medecin ordinaire du Roy. Ils
ont fait une exacte perquifition de l'origine
du mal dans les lieux qu'ils ont vifités
, & par les rapports des Habitans &
P'examen judicieux de ces rapports ,
leur a paru clairement que les differentes.
communications
de la Pefte s'étoient touil
jours
faites
par le tranfport
des marchan-
;
difes ou des hardes le Procés verbal
qu'ils en ont envoyé à la Cour , ne prouve
que trop évidemment la fageffe du dernier
Arreft du Confeil , qui deffend fous des
peines feveres , mais neceffitées , le Commerce
& le débit des Toiles - Peintes &
autres Etoffes des Indes qui peuvent venir
des Villes fufpectes. Il est étonnant que
108 MERCURE DE
l'efprit de Mode gouverne fi fouverainement
les Dames dans de fi triftes circonftances
, & que le goût qu'elles ont pour
une Etoffe prévale fur le foin étendu
qu'elles ont ordinairement de leur fanté.
Les Commandans des Provinces voifines
du mal contagieux ne negligent rien pour
en empêcher le progrès , quoiqu'il dimi
nuë confiderablement. , M. le Maréchal de
Barwick en Guienne , & M. le Duc de
Roquelaure en Languedoc, s'expofent pour
le bien du Royaume à des périls plus redoutables
que ceux de la Guerre.
Le Pape a envoyé un Chapelet magnifique
à M. la Ducheffe de Ventadour. Ce
Chapelet étoit accompagné d'un Bref , qui
fait l'éloge de cette Dame au fujet des
foins conftans qu'elle a pris de la Perfonne
du Roy quand il étoit dans ſon enfance.
Cet éloge , fût- il trop long , ne coûtera
rien à la verité.
Les Chartreux ont fait preſent au Roy
d'une Ruche de bronze doré , toute garnie
de glaces. On voit à travers des criftaux
les mouvemens & le travail des
Mouches à Miel .
Le Roy a donné des Brevets de Colonel
à huit Officiers de la Gendarmerie. Le
Chevalier Dagueffeau , fils de M. le
Chancelier , elt un de ces Officiers , de
qui Sa Majesté a fi glorieufement diſtingué
le merite.
JUIN & JUILLET. 109
Le
›
Juin , l'Ambaffadeur de la Porte
fur à Bercy voir le celebre Cabinet de M.
Pajot d'Ozembray Directeur General
des Poftes , & Academicien honoraire de
l'Academie Royale des Sciences . Ce favant
Cabinet renferme un amas prodigieux
de curiofités , fur toutes les parties
de la Phifique , des Mathematiques & de
PHiftoire Naturelle, L'affemblage qu'on y
voit de differentes Pierres d'Aiman de
toutes grandeurs eft le plus parfait qu'il
y ait en Europe. L'Ambaſſadeur Ottoman
vit avec plaifir toutes les experiences connuës
de ces Pierres choifies. On fit voir
enfuite à Son Excellence des experiences
de Chimie , & celles qui fe font par le
mélange des liqueurs dont il refulte des
fermentations & des changemens de couleurs
, qui le fatisfirent extrémement . 11
parut auffi des Phofphores de plus d'une
elpece , qui par leurs differentes illuminations
furprirent agreablement le Miniftre
de la Porte. Aprés ces jeux de la Nature
& de l'Art , Son Excellence examina
des modelles de Machines propres à la
Mechanique , & une quantité prodigieufe
de deffeins de Plantes & d'Animaux , executés
en couleurs naturelles par les plus
habiles Maîtres , auffi- bien que des morceaux
d'Anatomie en cire colorée . Après
l'examen de ces merveilles fçavantes
110 MERCURE DE
dont M. d'Ozembray eft le Profeffeur
éclairé , l'Ambaffadeur defcendit dans le
Jardin qui eft très- beau , mais comme le
Soleil ne parut point ce jour - là , on ne
put faire voir à Son Excellence les effets
du Miroir ardent de Monfieur le Duc
d'Orleans , qui a été confié depuis quatre
ans à M. d'Ozembray , on lui montra
feulement une petite Ménagerie , où l'on
conferve plufieurs Animaux des Indes ,
tant volatiles que quadrupedes ; après quoi
on conduifit ce Ministre fenfible aux amufemens
Philofophiques , dans un Sallon
riant & d'un goût exquis , où l'on fervit
une collation qui fut fuivie par une galanterie
Orientale ; on brûla d'excellens
parfums qui embaumérent toute la Compagnie
, & terminérent gracieufement la
fête. Quelques jours après l'Ambaffadeur
pria M. d'Ozembray à dîner , & y invita 82-Y
Mrs Geoffroy freres , tous deux de l'Aca,
demie Royale des Sciences , & tous deux
de la Societé Royale de Londres , qui
avoient fait à Berci les curieufes experiences
que l'on vient de ſpecifier.
Il ne faut pas oublier ici un homme qui
eft bien plus décifif que Meffieurs Geoffroy
fur les deffeins de la nature , quoiqu'il
ne foit pas auffi familier avec elle
que ces fçavans Chimiftes. Un particulier
s'eft avifé le jour de la fête de S. Gervais
JUIN & JUILLET.
de parier qu'il pleuvroit quarante jours
de fuite. La confiance qu'il a aux proverbes
, foutenue de la connoiffance exacte
qu'il a de l'Aftronomie , l'a engagé à cette
propofition. On fe doutera bien qu'il n'a
pas puifé cette connoiffance exacte chez
les Moraldi & les Caffini .* D'abord la Ville
& même la Cour fur informée de ce pari
temeraire , & l'on a vu accourir de tous
côtez des Parieurs peu difficiles fur la propofition.
La Renommée qui ne plaint pas
les zeros quand il s'agit d'enrichir une hiftoire
qu'elle debite , a fait monter le
fonds des gageures au moins à quarante
mille écus.Notreparieur de pluye s'eft affez
bien tiré d'affaire jufqu'au Jeudi 3 Juiller.
Mais le tems prefque toujours ennemi
de ces fortes de Prophetes , s'eft ce jour-là
tourné au beau ; tout Paris jufqu'au moment
decifif a paru feulement attentifaux
mouvemens des nuées,jufqu'aux plus indévots
levoient les yeux au Ciel , jamais
parieur n'eut tant de témoins de fa perte.
La raiſon y gagnera - t- elle ? & l'opinion
qu'a le vulgaire des pluyes du jour de la
Fête de S. Gervais ne fe détruira t - elle pas
par cette avanture , qui fait grand tort à
la réputation des Proverbes ? On a cru
pouvoir inferer ce fait badin dans un Jour-
Illuftres Aftronomes de l'Obfervatoire de Paris
112 MERCURE DE :
nal public ; tout ce qui peut fervir à com
battre un préjugé ridicule ne fauroit être
trop connu .
M. le Prince de Conti a donné le
Juin une fête à Clichi au fils de l'Ambaffa
deur.
Le Chevalier de Nangis a été nommé
pour commander un des Vaiffeaux qui
reporteront l'Ambaffadeur Ottoman à
Conftantinople ; M. le Chevalier de Camilli
commandera l'Efcadre.
Dans la faifon des Anemones , des Tu
lipes & des Oeuillets , l'Ambaffadeur de
la Porte , de qui le goût eft univerfel , a
été voir les efpeces rares de ces fleurs dans
les Jardins de differens Curieux . Il a parcouru
plus d'une fois celui de M. de Reffon
Lieutenant General d'Artillerie , & Brigadier
des Armées de Sa Majefté. Il a viſité
auffi le Jardin de M. Moniac à la Croix
Faubin , & celui de M. le Fevre rue de
Charonne.
Sa curiofité ne s'eft pas bornée aux
Aeurs feulement , elle l'a conduit dans tous
les aziles des Sciences. Il a vu l'Abbaye
de Saint- Denis , l'Obſervatoire , les Ecoles
de Medecine & de Chirurgie ; il a même
été en Sorbonne le 8 Juillet , & a été reçu
des Docteurs & des Bacheliers en fourures
& en Robes de ceremonie.
par
Le Juin M. l'Evêque de Soiffons a
éré
JUIN & JUILLET. 13
1
été élu par l'Academie Françoife , pour
remplir la place de feu M. d'Argenſon
Garde des Sceaux.
Le 6 Juillet , l'Ambaſſadeur Turc ſe rendit
dans le Marais au Jeu de Paume de la
Sphere , où il vit trois parties de Paume
tres-divertiffantes , par l'adreffe & l'agilité
des Acteurs qui tenoient la raquette : les
Sieurs la Taille , Maiftre du Jeu , & Lié
baut jouerent contre les fieurs Perdrix ,
Bunel & Laumay ; la victoire fut difputée
avec une grande vivacité de part & d'autre
toutes les foupleffes de l'art furent dé→
ployées , & enfin la premiere & la troiſiéme
partie furent gagnées par le Sieur la
Taille & Liébaut.
Le 6 Juillet , M. l'Abbé de la Vieuxville
Pourpris nommé par le Roy à l'Evê
ché de Saint - Brieux , fut facré dans l'Eglife
des R. P. Jacobins de la rue S. Dominique
Fauxbourg S. Germain , par M. l'Archevêque
de Rouen, affifté des Evêques de
Nantes & de Tarbes...
Le Juillet le fils de l'Ambaffadeur
Turc & fa fuite allerent au Cours voir une
de ces belles Nuits blanches , qui font fi
fort à la mode. Il y eut une fort brillante
illumination , une grande Symphonie , &
la promenade ainfi que le Bal furent fort
peuplez .
Le Mercredi 16 Juillet il fut accompagné
LL Partie.. K
1:14
DE
MERCURE
1
du Kiaia & autres Turcs de fa fuite dans
la Salle du fameux de France fi renommé
pour le Jeu d'Efpadon : fes plus habiles
Ecoliers firent admirer leur adreffe aux
Turcs , & firent cent affauts differens d'efe
padon & de pointe.
Le Juillet le Roy a fait foixante nouveaux
Chevaliers de l'Ordre Militaire de
S. Louis.
Le 13 Juiller le fieur de Breteuil Maîtredes
Requêtes , & Intendant des Provinces,
de Limofin & Angoumois , qui par la demiffion
volontaire du fieur Pelletier de la
Houffaye , Controlleur General des Fi
nances , poffede actuellement la Charge:
de Prevôt Maître des Ceremonies & Com
mandeur des Ordres du Roy , prêta ferment
pour cette Charge entre les mains de
Sa Majefté , qui lui donna le Cordon en
prefence de Monfieur le Duc d'Orleans
Regent. La Charge de Prevôt , Maître des
ceremonies , & Commandeur des Ordres
du Roy eft la feconde Charge des grands
Officiers de l'Ordre du S. Efprit , & une
des deux qui exigent les mêmes preuves
de nobleffe que l'on demande aux Chevalers
de l'Ordre : cette formalité n'a pas
difficile à M. de Breteuil ; fa généalogie eft
exactement détaillée dans le nouveau Moreri.
Le Roy a accordé à M. de Breteuil un
brevet de retenue de 150000 liv..qui eft
la moitié du prix de la Charge
été
JUIN & JUILLET. 11
Le même jour le Cardinal de Noailles
affifté des Evêques de Lodéve & de Tarbes
, fat la ceremonie du Sacre de l'Evêque
de Lombès , qui étoit M. l'Abbé de Mau
peou
Le 16 , le Roy fut fouper chez Madame
la Ducheffe de Ventadour.
Le 17 , le Roy , de qui la taille fe perfectionne
naturellement , a quitté le corps
de baleine de l'approbation de M. le Ma
réchal de Villeroi , de qui le zele ardent
& noble veille fans relâche à la confervation
de l'auguste dépoft qui lui eft confié ;
& de l'avis de M. Dodart Premier Mede
cin de Sa Majesté , & de M. de la Peronie
fon premier Chirurgien.
Lers , le Roy alla au Jeu de Paume de
la Sphere dans le Marais , voir jouer le
fieur la Taille , qui eft choifi pour mon
trer à Sa Majesté à jouer à la paume : les
heurs Liébaut & Bunel étoient de la partie.
Quand elle fut achevée , le Roy alla fe'
promener à Bercy , & voir encore le cu
rieux cabinet de M. d'Ozembray. Les Mefhieurs
Geoffroy freres , & chimiftes eurent
Phonneur d'occuper agréablement Sa Ma
jefté par differentes experiences ; l'une fut
un mélange de deux liqueurs qui mêlées
enfemble s'enflammoient ; & l'autre fut
un autre mêlange de deux liqueurs , qui
Hanches féparément , deveneient rouges
Kij
116 MERCURE DE
dès qu'on en faifoit la mixion.
Le 19 après midi , Mehemet Effendi
Grand Treforier de l'Empire Ottoman ,
Ambaffadeur extraordinaire du Grand Sei
gneur à la Cour de France , eut fon Audiance
de congé , qui fe paffa dans l'ordre
qui fuit. Le Prince de Lambefc & le Chevalier
de Sainctot Introducteur des Ambaffadeurs
allerent dans le caroffe du Roy
prendre le Miniftre de la Porte à l'Hôtel
des Ambaffadeurs extraordinaires rue de
Tournon prés le Luxembourg : la Compagnie
des Infpecteurs de Police marchoit à
la tête avec des Timbales & des Trompettes.
Enfuite paroiffoient le carroffe de l'Introducteur
, celui du Prince de Lambefc
vingt- quatre Palfreniers du Roy à cheval ;
vingt- quatre Turcs de la fuite de l'Ambaffadeur
à cheval ; la livrée de l'Introducteur
à pied , celle du Prince de Lambeſc ;
feize Valets de pied Turcs ; & enfin le
carroffe du Roy , attelé de fix chevaux ,.
l'Ambaffadeur dans le fonds à droite , le
Prince de Lambefc à gauche , & le Che
valier de Sainctot ayant le fils de l'Ambaffadeur
à ſa droite , occupoit le devant ..
L'Interprete du Roy étoit à la portiere du
côté de l'Ambaffadeur. Le carroffe du Roy
étoit précedé & fuivi par un détachement
de Dragons du Regiment d'Orleans ,
Tambours battans & les armes hautes
JUIN & JUILLET.
117
Après les Dragons on voyoit un carroffe
à huit chevaux où étoient les principaux
de la fuite de l'Ambaffadeur : & enfin le
carroffe ordinaire de fon Excellence. Le
fieur de la Barre Lieutenant des Gardes de
la Connétablie fermoit la marche avec fon
détachement.
瀛
Toute la Route de l'Ambaffadeur fe trouva
gardée par differentes Troupes. Un detachement
du Guet à pied bordoit les
rues du Petit lion & des Foffez Saint Germain
; la Compagnie du Lieutenant de
Robe- courte étoit poftée dans la rue Dauphine
: les Archers de la Monnoye bou .
choient le Pont- neuf : deux détachemens
des Archers de la Ville gardoient l'un le
Quay de Conti , & l'autre le Quay des
Théatins. Le Guet à cheval , avec Timbales
& Trompettes , rempliffoit le Quay
Malaquais le Guer à pied étoit du côté
de la Grénoüilliere . Un détachement des
Gardes Françoifes étoit en faction fur le
Pont Royal : & le long des Galeries du
Louvre jufqu'au premier Guicher , les Gardes
Françoiſes & Suiffes étoient rangées
en bataille fous les armes , les Tambours .
appellans & les drapeaux déployés. La ruë
Saint Nicaife étoit fermée par deux déchemens
des Gardes Françoifes. La Garde
du Roy fous les armes & les Tambours
appellans occupoit la place du Carouzel ,
#18 MERCURE DE
氟
où les deux Compagnies des Moufque
taires du Roy étoient auffi rangées en ba
taille. Dans la cour du Palais des Tuille
ries , les Gardes de la Porte & ceux de la,
Prevôté de l'Hôtel étoient fous les armes
à leurs poftes ordinaires . L'Ambaffadeur
alla defcendre & fe repofer dans l'appartement
qu'on lui avoit preparé au Louvre.
Il en partit à l'heure de l'audience , accompagné
du Prince de Lambefc & du
Chevalier de Sainctot , il fut reçu au bas
de l'escalier par le Marquis de Dreux
grand Maitse des ceremonies , & par le
fieur des Granges , Maître des ceremonies ?
les cent Suiffes la hallebarde à la main,
& le drapeau déployé remplifioient en
files l'efcalier & leur fale. Au -dedans de
la Porte de celle des Gardes-du-Corps ,
où ils étoient rangés en haye fous les armes
, le Duc de Villeroy Capitaine d'une
de leurs Compagnies, reçut l'Ambaffadeur,,
qui aprés avoir traversé le grand Apar- ,
tement du Roy , arriva à la galerie preparée
pour l'Audience. Elle étoit tendue
des Tapifleries de la Couronne. Au fond,
on voyoit deux eftrades l'une fur l'autre,
la premiere élevée de trois marches , Pautre
de deux , le Trône du Roy étoit placé
fur la plus haute , & Sa Majesté y étoit
affife ; Monfieut le Duc d'Orleans Regent
& les Princes de la Maifon Royale étoient
C
JUIN & JUILLET. 119
à leur rang aux deux côtés du Trône : le
Maréchal Duc de Villeroy Gouverneur
du Roy étoit derriere Sa Majeſté à la
droite du Trône , & les principaux Officiers
de la Chambre étoient aufli derriere
le Trône aux places qui leur font marquées
au bas du premier degré du Trône
à droite étoit l'Archevêque de Cambray
Miniftre & Secretaire d'Etat , chargé du
Département des Affaires Etrangeres.
Dès que l'Ambaffadeur aperçut Sa Ma
jefté il fit fa premiere reverence avec une
profonde inclination , la main fur la poitrine.
C'eft ainfi que s'exprime le plus profond
respect chez les Orientaux. Après
cette premiere reverence le Roy fe levá
fans le découvrir , & l'Ambaffadeur s'avança
jufqu'au pied de la premiere eftrade,
où il fit fa feconde reverence , enfuite , il
monta fur l'eftrade & s'approcha du degré
du Trône , accompagné du Prince de Lambeſc
à fa droite , & du Duc de Villeroy à
fa gauche , & fuivi de l'Interpréte du Roy s
le fils de l'Ambaffadeur , qui fait auprés
de fon Pere la fonction de Secretaire de
l'Ambaffade de la Porte , étoit auffi dertiere
lui. Ce fut au bas du degré du Trône
que le Miniftre Ottoman fit la troiſième
reverence Orientale & fon compliment au
Roy, qui fut expliqué à Sa Majesté par
PInterprete , le Maréchal Duc de Villeroy
20 MERCURE DE
fon Gouverneur , y répondit avec cette di
gnité qui lui eft naturelle , & prit fur une
table couverte d'un tapis de brocard d'or
qui étoit prés du Trône à droite, la Lettre
de Récreance du Roy au Grand Seigneur ,
qui étoit envelopée d'une étoffe d'or. Le
Roy ayant reçû cette Lettre des mains
de fon Gouverneur , la remit entre celles
de l'Archevêque de Cambray , qui la prefenta
à l'Ambaffadeur ; ce Miniſtre la
porta à fon front , la baifa , & la donna.
à fon fils , qui réitera les mêmes marques.
de refpect. L'Ambaffadeur en fe retirant
ne tourna point le dos , & renouvella les
reverences & les inclinations qu'il avoit
faites en arrivant. On le remena à l'ap
partement où il s'étoit repofé avant l'Au
dience , & ce fut là que le Prince de Lambefc
prit congé de fon Excellence , qui
après quelques momens de repos remontas
en caroffe , ayant le Chevalier de Sainctot
à fa gauche. Son retour eut les mêmes
honneurs que fon arrivée. Il fut recondait
jufqu'à l'Hôtel des Ambaffadeurs Extraordinaires
par les Troupes à cheval qui
l'avoient accompagné à l'Audience..
Le 15 , le même Mehemet Effendi
Grand Treforier de l'Empire Ottoman
Ambaffadeur Extraordinaire du Grand
Seigneur à la Cour de France , alla pren
de congé de Monfieur le Duc d'Orleans
Regent
JUIN & JUILLET.
12E
Regent , conduit par le fieur de Marpré ,
Introducteur des Ambaffadeurs auprés de
Son Alteffe Royale, qui avoit été chercher
le Miniftre de la Porte à l'Hôtel des Ambaffadeurs
Extraordinaires. Voicy l'ordre
de la marche. Vingt Turcs à cheval , douze
Palfreniers du Regent à cheval , le ca
roffe du fieur de Marpré Introducteur
des Ambaffadeurs auprés de Son Alteffe
Royale ; un détachement de Dragons du
Regiment d'Orleans ; le caroffe du Regent
à huit chevaux , rempli par l'Ambaffadeur,
. P'Introducteur , le fils de l'Ambaffadeur &
l'Interprete ; un détachement de Dragons
du Regiment d'Orleans , tambour batant,
& les armes hautes ; un autre caroffe du
Regent à huit chevaux , où étoient les
principaux de la fuite de l'Ambaffadeur ;
fon caroffe , entouré de douze Valets de
pied Turcs ; le fieur la Barre Lieutenant
des Gardes de la Connetablie , terminoit
la marche avec fon détachement.
>
Depuis un mois & plus le fils de l'Ambaffadeur
apprend à tourner en bois , &
reçoit les leçons de Me. Maubois , trèshabile
Tourneufe , qui a l'honneur d'enfeigner
au Roy fon talent.
Le Juillet , la terre s'enfonça tout à
coup près la Porte de Paris ; trois ou quatre
femmes plus effrayées que bleffées ,
tomberent dans l'ouverture qui fe fit
II. Part.
L
122 MERCURE DE
cautée à ce qu'on dit par l'éboulement
d'une vieille voûte de cave . Ce trou
n'eſt pas fi merveilleux que le Gouffre
enfimé qui s'ouvrit dans Rome du tems
des Confuls , où Curtius s'alla jetter tour
armé , mais en recompenfe il eft plus veritable
.
M. Dubois , frere de M. l'Archevêque
de Cambray , Miniftre des Affaires Etrangeres
, eft à prefent Secretaire du Cabinet
du Roy , par la démiffion volontaire
de M. l'Archevêque de Cambray.
Le 2 Juillet , le fils de l'Ambaffadeur
de la Porte fut à l'Opera , voir reprefenter
les Fêtes Venitiennes ; il fut placé à la
Loge du Roy , & parut fort fatisfait de
çe Ballet varié dans les fujets , la Mufique
& les danfes .
>
Le 21 , M. le Duc du Maine fit dans
la Plaine des Sablons la Revue du Regiment
des Gardes Suiffes.
Nous avons oublié dans le mois de
Juin une avanture que la Foire S. Laurens
, ouverte depuis peu , pourroit fort
bien revendiquer. Un Amint , qui fûrement
n'eft pas Sectateur de Celadon , eur
avec fa Maîtreffe une explication fort vive,
qui fe termina plus vivement encore.
Fatigué de fon inconftance il la jetta par
la fenêtre. Ce dépit amoureux ne s'eft pas
trouvé du goût de la Juftice ; elle a fait
宦
JUIN & JUILLET. 123
conduire en prifon le mécontent . On dit
que Bacchus s'eft un peu mêlé de cette
affaire , & qu'il ett plus coupable que
l'amour , d'un emportement fi furieux ; fi
cela eft vrai , cet Amant n'a pas le vin
tendre. On dit encore que le pere de la
fille maltraitée étoit prefent à cette Scene,
& qu'il partageoit la colere & les tranf
ports de fon gendre futur ; c'eft qu'ils
avoient bu de la mêne bouteille.
Le 24 , Mrs. Moraldi & Caffini fe font
rendus à fix heures du matin fur la galerie
du Château des Tuilleries ; & là ont preparé
leurs Pendules à Minutes & à Secondes
, avec leurs Lunettes d'approche
pour obferver l'Eclipte du Soleil ; le Roy
arriva à fept heures du matin , & ces illuftres
Aftronomes lui firent voir l'Eclipfe
qui commerça à fept heures vingt - doux
minutes du matin ; à fept heures trenteune
minutes le Sokil étoit écliplé d'un
doigt , les nuages ont empêché qu'on
n'ait vu la fin de l'Eclipfe.
Le Vendredi 25 , M. l'Abbé Chomel
fut facré Evêque d'Orange , par M. l'Archevêque
de Bordeaux , allifté de l'Evêque
de Couferans & de celui de Tarbes .
Le Dimanche Juillet , M l'Abbé
d'Avéjan a été facré Evêque d'Alets , aux
Carmes Déchauffés , par M. PArchevêquer
d'Ambrun , alité de l'Evêque de Nantes &
de celui de Lombés.
Lij
124
MERCURE DE
On doit auffi facrer le Dimanche trois
Aouft M. l'Abbé d'Argouges Evêque de
Perigueux : M. l'Archevêque de Bordeaux
fera cette ceremonie.
Le 21 Juillet , le Roy fut chaffer au
Bois de Boulogne , & de- là fe promener
à la Muette , où il rapporta trois Phaifandeaux
& un Lapin .
M. le Chevalier de Lorraine , fils de
feu M. le Comte de Marlan , & frere du
Prince de Pont , doit époufer à Luneville
Mademoiſelle de Craon de la Maiſon de
Beauvau. Il aura la Charge de Grand-
Maître de la Maifon du Duc de Lorraine
& une penfion très - confiderable.
90909
SUPPLEMENT.
A
RREST du Confeil d'Etat du Roy,
du 15 Juillet , qui ordonne que les
Particuliers qui en confequence de Jugemens
rendus par les Sieurs Commiflaires
feulement , ont été ou feront autoriſez à
faire des payemens en Compte en Banque,
& au nom defquels il a été précedemment
expedié des Certificats , pourront , fi bon
leur femble , les remettre aux Greffes des
Hôtels de Ville de Paris & de Lyon , pour
y eſtre coupez , & en être délivré de
JUIN & JUILLET. 1253
nouveaux aux Crear ciers jufqu'à concurrence
des fommes portées par lefdits Ju--
gemens , & pour le furplus aux debiteurs.
Ordonne Sa Majesté que lef'its nouveaux
Certificats ne pourront eft - e expediez par
la Greffier de l'Hôtel de Ville de Paris ,
ni par le Secretaire de l'Hôtel de Ville de
Lyon , ou par fon Commis , qu'en vertu
d'Ordonnances defdits Prevôts des Marchands
defdites Villes , ou du premier
Echevin , & en conformité des Jugemer s
rendus par lefdits Sieurs Commiffaires , &
qu'il fera fait dans lefdits Certificats mintion
defdits Jugemens & Odonnances ,,
de la fomme totale portée dans les anciens
Certificats , au lieu de quels les nouveaux .
feront donnez , & du Vifa , en cas qu'il air
été précedemment appofé fur lefdits anciens
Certificats , dont les fignitures fcront
barrées , & qui tefleront aux Greffess
detdits Hôtels de Ville de Paris & de I yon,,
pour y avoir recours en cas de befoin .
Le 24 Juillet le Roy joia dans la Ga+
lerie une partie de volant , compelée de
Sa Majesté , du Chevalier de Pelé , & de
M. de la Peirouze , contre le Marquis den
Calviere & le fieur la Taille , Maître du
Jeu de Paume de la Sphere , qui a l'honneur
de montrer au Roy.
.. Le 25 Male Duc d'Orleans Regent res
Lij,
116 MERCURE DE
çut de Rome la nouvelle de la promotion Şur
de M. l'Archevêque de Cambray au Cardinalat
; deux jours après le Roy lui donna
l'Abbaye d'Orcan , après avoir reçu la
calotte des mains de Sa Majefté .
Le 25 Geoffroy Maurice de la Tour ,
Duc de Bouillon , d'Albret & de Château-
Thiery , Pair & cy- devant grand Chambellan
de France , Prince de Sedan & de
Raucourt , Comte d'Auvergne , d'Evreux ,
& de Beaumont- le-Roger , Vicomte de
Turenne & de Lanquais , Vidame de Tulles
, Baron de Limeil & de Montgafcon ,
Gouverneur de la haute & baffe Auvergne,
eft mort dans fon Hôtel , âgé de 82 ans :
il avoit prêté ferment entre les mains du
feu Roy de la Charge de grand Chambellan
au mois d'Avril 1658 : il fervit au
Siege de Dunkerque , & à la Bataille des
Dunes , à la tête du Regiment de Turene ;
il le trouva au combat de Saint Godart en
Hongrie en 1554 ; à la prife des Villes
de Tournay , de Douay & de Lille en
en 1667 ; il accompagna le Roy Louis
XIV. à la conquête de la Franche - Comté
en 1668 , à celle de Hollande en 1672 ,
& aux Sieges & prifes des Villes de
Maftrick , de Befançon , de Dole , de
Limbourg , de Valenciennes , de Cambray
& de Gand . Il étoit fils aîné de Frederic
Maurice de la Tour , Duc de Bouillon
JUIN & JUILLET. 127
&c. & d'Eleonore- Catherine de Berghes ,
& petit- fils d'Henry de la Tour , &c . Il
avoit époulé en 1662 Marie Anne Mancini
, niéce du Cardinal Mazarin. Le 28
Juillet , fon coeur fut porté à l'Eglife des
Jefuites , dans un carroffe de deuil attelé
de huit chevaux caparaçonnez , & prefenté
au Pere Recteur par le Curé de Saint Sulpice
, qui firent l'un & l'autre un difcours
fort édifiant fur la trifte ceremonie qui les
occupoit. Le 29 il y cut un lit de parade
à l'Hôtel de Bouillon , où le corps fut expolé
pendant le jour , & conduit avec un
magnifique convoy à la Parroiffe à dix heures
du foir , d'où il doit eftre tranfporté à
Evreux .
Le 28 Juiller M. le Duc de Noailles &
M. le Maréchal de Villars ont demandé
l'agrément du Roy pour le mariage de M.
le Marquis de Villars avec Mademoiſelle
de Noailles.
On affure que le Roy de Sardaigne a envoyé
à Coppenhague un Gentilhomme ,
chargé de propofer le mariage du Prince de
Piémont avec la Princeffe Royale de Dannemarck
.
,
Le Roy a pris à fon fervice le fameux
Coureur du Duc d'Aumont nommé
Grippe foleil Ce Bafque prend les lapins
à la courfe ; la legere Atalante fi vantée
dans les Metamorphofes d'Ovide , auroit
728 MERCURE DE
été obligée de doubler fes pommes d'or
pour vaincre ce Coureur- cy.
L'Ambaffadeur de la Porte eft parti de
Paris le Mardy 29 pour aller à Chantilly ,
où Monfieur le Duc de Bourbon lui a fait
préparer une fête digne d'un ſi beau ſejour..
On le détaillera le mois prochain .
Le Juillet , l'Ambaffadeur Turc alla
voir la Bibliotheque du Roy , avec fon fils
Said Aga ; il y demeura fort longtems , &
y admira le grand nombre de Manufcrits
Arabes qui y font.
M. de la Briffe Intendant à Dijon , a
obtenu une Expectative de Confeiller d'E--
tat , auffi bien que M. le Gendre qui étoit
Intendant à Tours .
M. l'Abbé de Saint - Albin a été fait
Coadjuteur de l'Evêque & tomte de Laon .
M. l'Abbé Raguer connu & eftimé dans
la litterature a obtenu l'Abbaye de Blanchelande
de l'Ordre de Prémontré dans le Diccefe
dé Coutances . Cet Abbé a l'honneur
d'enfeigner au Roy la Geographie . On
fçait que Sa Majesté poffede à un degré fu--
perieur cette Science , digne étude des
Rois. Ne leur convient- il pas de connoître
exactement les differentes Monarchies
qui compofent le Monde ? la terre eft pour
les Potentats ce qu'une ville eft pour les
citoiens .
Le lieur Morel de Cremery , Conful!
1 2
JUIN & JUILLET. 129
de la Canée , a obtenu le Confulat de
Seyde qu'avoit le fieur Poulard , & le
fieur Poulard eft à preſent Conful du grand
Caire.
Le Roy a donné à M. d'Avernes le
Gouvernement de Navarrins .
L'indifpofition de S. A. S. Monfeigneur
le Duc l'ayant empêché d'aller tenir les
Etats de Bourgogne , le Roy y a envoyé
le Comte de Tavanes Lieutenant General
de la Province. Sa Majefté a paru trescontente
de la tenue des Etats , & de la
conduite du Comte de Tavanes , qui s'y eſt
comporté au gré de la Cour & de la
Province , qui l'a vu avec plaifir remplir
une place que plufieurs de fes Ancêtres
avoient déja eu l'honneur d'occuper . At
fon retour le Roy lui a accordé une gratification
de quarante mille francs , & a
attaché à fa Charge de Lieutenant General
deux mille francs d'appointemens de
plus .
Le Jeudi 31 Juillet , jour de la fête de
Saint Germain l'Auxerrois Paroiffe du
Louvre , le Roy eft tombé dangereufement
malade. On donnera le mois prochain
le détail de fa maladie , de fon heureufe
guérifon , & de toutes les fêtes
que l'amour des peuples a celebrées au
retour d'une fanté fi chere au Royaume.
130 MERCURE DE
ம
AU ROY, VERS
Sur le rétabliſſement de fa fanté.
Par un des Auteurs du Mercure.
Notre Journal alloit paraître ,
Et nous le préparions à notre aimable Maître :
Quand les jours menacez ont troublé nos efprits ,
Frapez de la douleur qui frapoit tout Paris ,.
Nous avons auffitôt abandonné la plume ;
A quoi bon achever ce malheureux volume ?
Difions nous en pleurant , helas !
Peutêtre notre Roy ne le verra t-il pas 2
C'étoit le feul honneur d'écrire fon hiftoire ,
Qui nous encourageoit dans de penibles foins
Nous comptions , affidus témoins ,
Voir croître chaque jour fes vertus & fa gloire
Et ce Prince accablé fous un mal dangereux .
Nous annonce aujourd'hui le fort le plus affreux,,
La douce paix nous eft ravie ,
Nous tremblons pour LOUIS , que de cris ,
que de pleurs !
En attaquant fa chere vie ,
Qu'un feul coup va percer de coeurs !-
Mais le Ciel a calmé nos craintes ,
Les chants fuivent de près les plaintes,
LOUISne fouffre plus , il guérit nos douleurs ,
JUIN & JUILLET. 131
Reprenons nos travaux ; notre carriere eft fûre ,
Ah quel bonheur pour nous , notre premier
Mercure
De l'amour des François rendra compte à LOUIS
Que dis- je ? comment peindre un amour fans
mefure ?
D'un fi vaſte deffein nos yeux font éblouis.
Gardons -nous bien de l'entreprendre ,
Le tranfport du Public doit affez nous apprendre
Qu'un femblable tableau paffe notre pouvoir :
Dans une peinture infidelle
LOUIS ne verroit pas malgré tout Botre zele ,
Le quart de ce qu'il y doit voir.
NOVS prions ceux qui ont composé quelques
Fieces pour la convalescence du Roy , qui ont donné
quelquesfêtes , ou fait chanter des Te Deum ,foit
à Paris , ou dans dans les Frovinces , de nous
envoier inceffamment leur memoires , s'ils veulent
qu'on en parle dans la Relation que nous allons .
donner de cet heureux événement.
Jhter
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
Le Mercure des mois de Juin Juillet
1721 , & j'ay crû qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion. A Paris ce 4 Août 1721 .
HARDIO N.
TABL E.
Opera.
3
Relation d'une Fête donnée à Lyon à Madame
Poulletier Intendante , par Meffieurs de
l'Academie de Mufique & beaux Arts , établie
dans cette Ville fous la protection de M. le
Maréchal Duc de Villeroy , qui en eft le
Chef.
La Comedie Italienne.
La Foire Saint Laurent.
48
IL
25
Article des Edits , Declarations ' , Lettres Patentes
, Ordonnances , Arrefts , &c ,
Morts & Mariages des Pays Etrangers .
27
40
Dignitez , Charges & Benefices des Pays
Etrangers.
Nouvelles Etrangeres.
Election & Couronnement du Pape.
Morts de France .
Mariages.
Dignitez & Charges.
Evêchez , Abbayes & Benefices.
Penfions.
Journal de Paris .
Supplément.
42
48
66
79
· 83
87
89
91
93
124
Vers au Roy fur le rétabliffement de fa fanté ,
par un des Auteurs du Mercure. 130
De l'Imprimerie de C. L. THIBOUST ,
Place de Cambray.
LE
MERCURE
D'A OU S T.
Le prix eft de 25 fols,
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Imaze S. Louis.
GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue
S. Jacques , à la Fleur-de-Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne.
M DCC. XXI.
Avec Approbation & Privilege duRoy
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
AVIS.
›
ON prie ceux qui adrefferont des Letres
on Paquets d'en affranchir le Port
comme cela s'est toujours pratiqué , fans quoi
on ne les recevra point.
L'Adreffe generale pour toutes choſes ſera
à Monfieur Moreau , Commis au Mercure,
chez Monfieur le Commiffaire le Comte ,
vis-à- vis la Comedie Françoife , à Paris.
Ceux qui pour leur commodité , voudront
remettre leurs Paquets cachetez aux
Libraires qui vendent le Mercure à Paris
, pourront ſe ſervir de cette voye pour
les faire tenir , en adreffant toujours à
M. Morean.
On donne avis que le fonds des Mercures
de feu M. Buchet , fe trouve altuellement
chez Mrs. Buchet fes freres , Cloître
S. Germain l'Auxerrois , où ils continueront
de les vendre , en gros ou en détail , avec
PAbregé de la Vie du Czar.
EST
LE
MERCURE
D'AOUS T.
Lettre écrite par Monfieur de la R**
à M. Rigord Subdelegué de M.
l'Intendant de Provence à Marfeille
, au fujet d'une Infcription
Grecque trouvée dans cette Ville.
E n'ay lû que bien tard ,
MONSIEUR , dans l'un
des Journaux de Trevoux ,
qui ont précedé l'interruption
de cet Ouvrage ,
fi utile & fi agreable à la Republique
des Lettres , la Lettre de M. de Valbonnais
, P. refident de la Chambre des
Comptes de Dauphiné , écrite à M. Bon
P. Prefident de la Cour des Aydes de
A ij
LE MERCURE
Montpellier , au fujet de votre Infcription
Grecque. Je l'appelle vôtre , parce que
non feulement vous avez contribué à fa
découverte , mais encore parce qu'elle eft
en vôtre poffeffion , ayant fait tranſporter
dans votre Cabinet la petite colomne de
marbre blanc , fur laquelle nos anciens
Marfeillois l'ont fait graver.
Il paroît par la Lettre de M. de Valbonnais
, qu'il n'eſt content ni de l'explication
que les Autheurs du Journal de
Trevoux ont donnée , & qui le trouve
enfuite de mon interpretation Latine , dans
le Journal du mois d'Octobre 1714 , ni
de cette interpretation , laquelle M. de
Valbonnais vous attribue dans fa Lettre ,
ni du fentiment propofé fur le fens de
cette Infcription par un Sçavant que vous
ne nommez pas dans votre Differtation ,
inferée dans le Journal du mois de Juillet
1715. Il paroîtroit aufli par cette Lettre
que nous n'entendons rien en fait de Monumens
Grecs ; on verra dans la fuite fi
l'explication qu'il donne lui - même de
l'Infcription dont il s'agit eft plus heureufe
, & fi nous fommes bien ou mal
cenfurez ; c'est , MONSIEUR , un jugement
que je porte , fous vos aufpices , au
tribunal de Meffieurs les Antiquaires ;
permettez -moi de les mettre ici brievement
au fait de cette Infcription , & de
D'A OUS T.
leur rendre compte des explications qui
ont precedé la critique de M. de Valbon
nais. L'Infcription , comme vous le fçavez
mieux que perfonne , eft telle.
K. ΛΗΦΕΝΗ
ΠΟΣΙΔΩΝ ΑΧΤΟΣ
ΔΙΟΝΥΣΙΟΣ ΟΥΛΙΟ Σ
ΟΣΟ ΚΑΙ ΔΙΑΣ ΝΙΚΟΥΣ
TH MHT PI. MNHMH Σ.
XAPIN.
Je l'expliquay ainfi dans la Lettre que
j'eus l'honneur de vous écrire au mois de
May 1714 , laquelle eft toute entiere dans
le Journal de Trevoux du mois d'Octobre
fuivant : Caia Lephena Pofidonais Filia.
Dionyfius Julius , qui & Dias Nicus Filius.
Matri memoria gratia.
Les Autheurs du Journal joignirent à
cette interpretation une autre explication
de la même Infcription , en ajoûtant dans
ma ' Lettre immediatement après ces paroles
Latines , les mots qui fuivent : » C'eſt
" à Dias Nicus que Denys Jule fon fils ,
» & Caia Lephena fille de Pofidonax fa
» belle fille ont érigé ce Monument . "
Comme ma Lettre rouloit non feulement
fur cette Inſcription , mais encore
A iij
LE MERCURE
fur plufieurs autres Monumens d'antiquité,
yous la jugeâtes digne de votre attention ,
& vous prîtes , MONSIEUR , la peine de
faire fur le tout une Differtation , addreffée
à M. le Prefident Bon , laquelle fut renduë
publique dans le même Journal de
Trevoux , du mois de Juillet 1715 .
D'abord vous trouvez quelque difficulté
dans mon explication , ce qui n'empêche
pas que vous n'ayez enfin la bonté de
declarer qu'elle eft la plus naturelle qu'on
ait encore donnée à cette Infcription .
Vous propofez enfuite le fentiment d'un
Sçavant , qui n'eft pas bien aife d'être
nommé. Vous dites , MONSIEUR , » que
» ce fçavant a penfé que le ΠΙΟΣΙΔΩΝΑΧ
roz de l'Infcription pourroit bien n'être
» pas un nom propre , mais un nom de
dignité , auquel cas il feroit volontiers du
» Dionyfius Ulius de l'Infcription , un
» Commandant des Port & Mers de Mar-
» feille : car , dit - il , puifque ce mot figni-
» fie litteralement Neptunus Littoralis , ce
» terme pourroit bien avoir été un terme
d'ufage en ce temps-là , & avoir été
donné au Commandant des Mers &
» Port de Marfeille , qui s'étendoient depuis
Genes jufqu'au Port de Vendre , & c.
» Du refte il eft obligé , continuez - vous
» MONSIEUR , de s'en rapporter à la pentée
» de Monfieur de la Roque fur le DIAS
>>
D'A OUS T.
» NIKOTE , ne pouvant mieux l'expli-
» quer , convenant auffi que Dionyfius
» Ulius a dreffé ce Monument à la me
» moire de fa mere Caïa Lephena."
M. de Valbonnais , comme nous l'avons
déja dit , n'ayant goûté aucune de ces explications
, il en a donné une autre dont
nous allons parler , laquelle fe trouve à
la fuite de fa Critique dans le Journal du
mois de Decembre 1716 ; cette Critique
tombe principalement fur l'explication
françoite des Autheurs du Journal , ajoûtée,
comme je l'ay remarqué à la fuite de
mon interpretation latine , ce qui fait une
efpece de contrarieté & de confufion qui
a embarraffé quelques Lecteurs , & qui a
influé jufques dans la Critique de M. de
Valbonnais ; car ce Sçavant venant enfuite
au fens de mes paroles latines , il les met
fur votre compte , & n'en paroît pas plus
fatisfait. » Monfieur Rigord , dit - il , a
» crû donner un meilleur fens à cette Inf-
» cription , en difant que Lephena étoit lat
» mere de Dionyfius Julius , & que c'eſt à
» fa mémoire qu'il avoit dreffé ce Monu-
» ment ; mais on ne trouve pas moins
» d'embarras dans l'une que dans l'autre
» de ces explications , &c.
Je fçay , MONSIEUR , que cette méprife
fuivie d'une autre dont nous parlerons
bien-tôt , ne fait rien au fonds de la
A iiij
LE MERCURE
conteſtation , & je viens à l'explication
donnée par Monfieur de Valbonnais.
Voici , dit - il , litteralement ce que les
termes Grecs fignifient .
*
Caia Lephena Dionifius Julius Neptuno
a&tus qui & Die Nicas matri memoria
gratiâ fupple pofuit. Suivant cette interpretation
ΔΙΑΣ ΝΙΚΟΥΣ que nous
avons tous pris pour un homme devient
ici une femme & une belle femme,
car M. de Valbonnais veut que le mot
AIAE emporte cette fignification ; &
ΠΟΣΙΔΟΝ ΑΚΤΟΣ n'eft ni un nom propre
, ni un nom de dignité ; mais c'eft
un compofé , felon le même Interprete,
qui fait entendre que Denys Jule , maltraité
par Neptune , & venant de faire
naufrage , a dreffé ce monument à la memoire
de C. Lephena , & de la mere de
la belle Nice.
Les égards que ce Denys Jule , dit M. de
Valbonnais , a pour fa Nice fa femme out
fa maîtreffe , l'engagent à celebrer la memoire
de fa mere par une Epitaphe , ou
du moins à rendre cet honneur commun
entre Lephena & la mere de cette même
* Nous avons tous pris ΔΙΑ ΣΝΙΚΟΥΣ
pour un homme : les Autheurs du Journal l'ont
fait pere de Denys Jule ; cependant M. de Val
bonnais leur fait dire tout le contraire dans fa
Critique de leur explication.
D' A OUS T.
Nice , dont il veut meriter les bonnes
graces.
"
Un Grec , ajoûte M. de Valbonnais,
"3 tel que celui qui paroît icy , voyage fur
» Mer
les vents pouffent fon Vaiffeau
" fur les Côtes de Provence , il eft obligé
» d'y relâcher , il aborde à Marſeille ; deux
femmes qui étoient fur fon bord meu-
» rent pendant la navigation , ou bien - tôt
après fon arrivée ; l'une eft Lephena ,
» l'autre qu'il ne nomme point eft mere
» d'une perfonne qu'il aime , foit que ce
" foit fa femme , ou fa maîtreffe. Un de
"
»
fes premiers foins , fuivant la Religion
"" des Anciens , eft de leur rendre les hon-
» neurs de la fepulture , leur memoire lui
» eft chere , il veut en laiffer une marque
» à la poſterité : comme il eft étranger ,
» & qu'il ne fçait point la Langue du
›› Pays , il fe fert de la fienne dans le
>> Monument. C'eft là tout le miftere.
Tels font , Monfieur , l'explication , &
le Commentaire de M. de Valbonnais
aprés avoir exercé fa Critique fur ce que
nous avons penſé avant lui fur votre Infcription.
Je ne fçai fi cette nouvelle explication
aura beaucoup de Partiſans , &
fi elle fera goûtée de nos Maîtres ; mais
fans vouloir anticiper fur leur jugement
je prens la liberté de vous dire que j'ay
été frappé d'une efpece de paradoxe que
✓
10 LE MERCURE
je trouve dans cette explication , & qui
me paroît ébranler tout le refte .
M. de Valbonnais prétend , comme nous
venons de le voir , que le Grec dont il
parle , c'eſt à dire Denys Jule , Auteur de
l'Epitaphe , qu'il fair aborder à Marſeille,
pouffé par les vents contraires , ' y rend les
honneurs de la fepulture , fuivant la Religion
des Anciens , à deux femmes dont la
memoire lui eft chere ; & il veut , dit-il,
en laiffer une marque à la pofterité :
comme il est étranger & qu'il ne fait pas
la Langue du Pays , ajoute M. de Valbonnais
, il fe fert de la fienne dans le Monument.
Selon cette idée ; du tems des Anciens ,
c'est à dire au tems de Marfeille Payenne, la
Langue Grecque étoit étrangere dans cette
Ville , & un Grec n'entendoit rien dans
la Langue qu'on y parloit : à Marteille
dis - je , Colonie Grecque où l'on parloit
communé nent le Grec , * le Gaulois & le
Latin , & où encore au ourd'hui dans le
langage vulgaire de cette Ville on trouve
des traces de fon origine , en quantité de
mots purement Grecs ; origine non- feule-
* C'eft ce qui a fait donner à Marſeille le
nom de Triglotte par les Grecs , & de Trilingue
par les Latins , felon Varron .
Saint Paulin l'appelle la Fille des Grecs :
Maffi ia Grajum Filia , &c.
D'AO U S T.
ment fondée dans l'Hiftoire , mais confirmée
par les Medailles que nous avons de
Marſeille Ancienne & Payenne , où l'on
voit , comme vous le fçavez , une tête
de femme , coëffée à la Grecque , avec
certe legende ΜΑΣΣΑΛΙΗΤΩΝ , &c.
Enfin , Monfieur , felon la penfée de
M. de Valbonnais , le Monument en queftion
n'a été érigé à Marſeille en Langue
étrangere , & pour des perfonnes étrangeres
, que par un pur effet du hazard :
mais que dirons- nous de quantité d'autres
Monuments Grecs , trouvés à Marfeille
& aux environs , conftamment érigés
du tems de Marſeille Payenne pour
des Habitans du Pays , pour des Marfeillois
mêmes , &c? Tout cela me paroît
affez difficile à concilier. Cependant
» M. de Valbonnais ne laiffe pas d'efperer
qu'on recevra favorablement fon expli-
» cation , laquelle , dit- il , en finiffant fa
» Lettre , fe foutient par tant d'endroits ,
» & dont le fens fe prefente fi naturellenment
à l'efprit.
"
C'eft , Monfieur , ce que je vous laiffe
avec tout le reste à juger , & à nos fçavans
Antiquaires. Je fuis toujours avec
beaucoup de dévoûment , votre , &c.
A Paris , ce premier Août 1721 .
12 LE MERCURE
LETTRE
DE M. PIGANIOL DE LA FORCE,
A MONSIEUR D ....
Sur l'ancienneté de la Charge de Capitaine
des Gardes de la Porte du Roy.
J'A
'Ay appris avec joye , Monfieur , que
vous étiez ami de l'Auteur d'un petit
Memoire fur l'ancienneté de la Charge
de Capitaine des Gardes de la Porte , qui a
été inferé dans le Mercure de Paris du
mois de May dernier. La qualité d'ami
commun , & la déférence que nous devons
à vos fentimens nous mettront à
portée de nous concilier , & de ramener
à la raifon celui de nous deux qui s'en eft
écarté.
"
J'ay dit qu'on prétend que la Charge
de Capitaine des Gardes de la Porte eft
une des plus anciennes de la Maiſon du
Roy , & qu'on ajoûte même qu'elle a été
poffedée par Bozon beaufrere de Charles
le Chauve , mais qu'on n'en raporte point,
que je fçache , de preuve.
* Nouvelle Defcriptiou de la France , tom. I.
pag. 125.
D'A OUS T.
Votre ami commente ces paroles à fa
maniere , & debute par une reflexion qui
ne donne pas une grande idée de fa dialectique.
Parler ainsi , dit-il , c'eft dire à
pen près que c'est une tradition mal fondée ;
Car il s'agit icy d'unfait , & d'un fait trésancien
, qui ne doit être reçû qu'autant
qu'il eft apuyé fur de bons témoignages de
l'Antiquité.
,.
•
Parler ainfi , n'eft pas , felon moy , dire
à beaucoup près que c'eft une tradition
mal fondée , c'eft feulement demander de
meilleures preuves , & faite entendre que,
comme il s'agit icy d'un fait , & d'un fait
très-ancien , qui ne doit être reçû qu'autant
qu'il eft appuyé fur de bons témoignages
de l'Antiquité , je n'ay eu garde
de prendre des raiſons tout au moins équivoques
, pour de bons témoignages de
l'Antiquité. Je n'ay donc fait que fufpendre
mon jugement jufqu'à ce que des
preuves plus claires , & plus convaincantes
me déterminent fur la veritable ancienneté
de la Charge dont il eſt queſtion .
L'Auteur du Memoire ajoûte , que j'aurois
dû prévoir que ma propofition bleſſeroit
les perfonnes qui peuvent avoir intereſt à
maintenir l'honneur de cette Charge. J'a-
Youë que
la bonne opinion que j'ay des
hommes , & mon attachement à la verité ,
m'ont empêché de prévoir cet inconve€
4 LE MERCURE
nient. Des propofitions comme celles - cy
peuvent bien ne pas flater les prejugés ,
& l'entêtement , mais bien loin de bleffer
des perfonnes raifonnables , elles ne doi
vent pas même les éfleurer.
&
L'Auteur entreprend enfuite de fixer
l'ancienneté des Gardes de la Porte
remarque qu'ils s'apelloient en Latin Oftiarii
, en François Portiers ; nom qui étantdonné
à des Gardes du Roy ne peut être
bien traduit que par celui de Garde de la
Porte. Je conviens fans doute de ce principe,
mais , pour s'en fervir utilement, l'Auteur
devroit prouver que dans les paffages
qu'il cite de Gregoire de Tours , d'Eginard
, des Annales de S. Bertin , & d'Aymoin
, ce nom étoit donné à des Gardes
du Roy , & pour lors j'aurois embraffé
fon fentiment , & en ferois devenu un des
plus zélés deffenfeurs : mais mon Critique ,
au lieu de fe fervir de fon jugement , n'a
fait ufage que de fes yeux , & par tout où
il a trouvé le mot Oftiarins , ou Oftiarii ;
il y trouve les Gardes de la Porte , fans
s'appercevoir que ce nom convient également
à des Portiers , & à des Huiffiers ,
& fans le reffouvenir que dans les paffages
qu'il allegue il n'y a pas le moindre
mot qui faffe connoître que le nom
d'oftiarii foit donné à des Gardes du Roy .
Le bon Abbé de . Marolles étoit bien
D'A OU´S T.
plus prévoyant , & plus politique que moy,
car apparemment pour ne point bleffer les
perfonnes qui peuvent avoir intereſt à
maintenir l'honneur de la Charge de Capicaine
des Gardes de la Porte , il a traduit
le mot Oftiarius, dont s'eft fervi Gregoire
de Tours dans le Chapitre x1 . du
VIII. Livre de fon Hiftoire , par celui de
Garde de la Porte ; & d'un autre côté ,
pour ne point choquer ceux qui aiment
la verité , il a rendu le mot Oftiarii , que
le même Hiſtorien a employé dans le
Chapitre Ix. du 1x. Livre par celuy
d'Huiffiers
fans qu'il paroiffe d'ailleurs
qu'il ait eu aucune raifon de traduire fi
differemment le même mot.
>
J
Il eft malheureux pour l'Auteur du Memoire
qu'il n'ait pas cherché des preuves
dans les Canoniftes , ni dans les Auteurs
Ecclefiaftiques , car il y auroit fouvent
trouvé les mots d'Oftiarius & d'Oftiarii , &
dans l'envie qu'il a de recruter les Gardes
de la Porte , il auroit enrôlé tous ceux
qui font dans les Ordres mineurs , & en
auroit compofé une Armée au lieu d'une
Compagnie.
Les autres paffages qu'il cite ne font
pas moins équivoques que ceux de Gregoire
de Tours , celui d'Aymoin a mêinc
cela de particulier , qu'il eft plutôt pour
moy que pour le Critique. Cet Hiftorien -
16 LE MERCURE
dans le Chapitre 27 du se . Livre de fon
Hiftoire dit , Carolus autem Bozonem fratrem
uxoris ejus Camerarium , & Oftiarinrum
Magiftrum inftituit. Ces paroles , felon
l'Auteur du Memoire , fignifient que
Charles le Chauve confera à Bozon la
Charge de Chambrier , & celle de Capitaine
des Gardes de la Porte ; mais je demande
fi elles ne difent pas plutôt que
Charles le Chauve en donnant à Bozon
la Charge de Chambrier , lui avoit donné
le Commandement des Huiffiers de fa
Maiſon ? Les Romains avoient un Chambrier
qui commandoit les Huiffiers de leur
Palais. Corippus Africanus décrit les fonctions
de cet Officier en ces termes :
Confervare Domum , ſanctumque intrare
cubile
Internas munire fores , veftefque parare .
Nos Rois de la premiere , & feconde
race, en formant leur Maiſon , imiterent les
Empereurs Romains en plufieurs chofes ,
& eurent comme eux leur Chambrier
qui avoit commandement fur les Huiffiers
tant du Cabinet , que de la Chambre
& de la Salle ou Antichambre. Les premiers
Gentilshommes de la Chambre , qui
ont fuccedé aux fonctions du Chambrier
font encore en poffeffion de recevoir le
ferment
D'AOUST. 17
ferment des Huiffiers du Cabinet , de la
Chambre , de l'Antichambre , de leur don
ner l'Ordre , & des Certificats de fervice.
.
Je paffe fous filence , Monfieur , toutes
les conjectures vagues de l'Auteur du Mcmoire
fur l'ancienneté de la Garde de nos
Rois , & plufieurs autres remarques qui.
ne fervent en aucune maniere à détermi
ner le fens d'Oftiarius & d'Oftiarii.
Vous voyés , Monfieur , par tout ce
que je viens de vous dire que je ne demande
à l'Auteur du Memoire , finon
qu'il me donne de meilleures preuves ,
ou qu'il me laiffe tranquille dans mon
incertitude. C'eft à vous à decider fi ma
demande eft raisonnable ou fi elle ne
Feft pas. Je fuis , &c.
"
18 LE MERCURE
SUITE DES VOYAGES DE ZULMA
dans le Pays des Fées .
Hiftoire de la Princeffe de Perfe , du
Prince des Tartares , & du Genie
Mahoufmaha.
A
>
IMABLE prit la parole , & dit
à Zulma : Vous fçavez ce qui regarde
nôtre naiffance mais Gracieuſe ne
Vous a pas dit que nous ne fommes
pas les feules filles du Deftia & de la
Terre , il y en a encore un plus grand nom
bre que celui que vous avez vu dans le
Temple le jour que vous êtes arrivé ici ;
mais elles n'habitent point avec nous ,
leur Empire eft feparé du nôtre , parce que
nos humeurs & nos figures font tres - differentes
; elles
effet avec nous
partagent en
les terres qui ne font point connues des
hommes , mais elles ne peuvent empiéter
fur nous , ni nous fur ellés par la barriere
que le Deftin a mife entre nous , & par fa
volonté plus forte encore que toutes les
barrieres.
Elles font laides , méchantes , & de fi
mauvaiſe humeur , qu'elles ne s'appliquent
qu'à faire du mal , & à détruire tout le
D'AOUS T. 19
bien que nous pouvons faire : ce n'eft pas
qu'elles & nous puiffions rien changer à
ce que les unes ou les autres ont fait ; mais
elles font fi alertes , qu'elles arrivent pref
que toujours avant nous dans tous les lieux
où le Deftin nous commande d'aller ; elles
fe trouvent aux naiffances des grands Prin
ces & des grandes Princeffes , aux mariages
& aux ceremonies des Mortels , où
nos Reines nous envoient de part & d'autre
tout ce que nous pouvons faire de
mieux, quand elles nous ont devancé , &
qu'elles ont difpenfé quelques mauvaiſes
qualitez du corps ou de l'efprit , d'y fuppléer
au plûtôt , & nous tâchons de répa
rer les defauts qu'elles leur ont donnés.
Ce n'eft pas que nous ne prenions quelquefois
des mefures affez juftes pour être
les premieres , comme vous le verrez dans
P'hiſtoire que je vais vous conter ; mais cela
eft rare , & c'est ce qui fait que les Princes
ont fouvent plus de defauts que les parti
culiers , fur lefquels elles fe foucient moins
de répandre leur venin , parce qu'il n'eſt
pas d'une fi grande confequence pour leurs
méchancetez qu'un particulier foit bon ,
foit genereux , foit aimable de fa perfonne
, qu'un Prince qui tourmente les autres
par les cruautez , qui les ruine par fon
avarice , & qui leur rend par là les dons
qu'ils ont reçus de nous inutiles , & tres
Bij
20 LE MERCURE
fouvent nuifibles par la jaloufie qu'ils en
ont.
Outre ce que je viens de vous dire , nos
foeurs font fujettes à toutes les paffions des
hommes , & fur tout à l'amour , à quoi
elles ne mettent point de bornes ; c'eſt du
commerce honteux qu'elles ont avec eux ,
que font venus les Genies ; ils ont de leurs
peres la mortalité, & de leurs meres le pouvoir
d'être invisibles , & de faire une partic
de ce qu'ils veulent ; ils font fujets aux
pallions comme elles , & n'en connoiffent
que la brutalité , ils demeurent ordinairement
dans leur Empire , mais ils viennent
fur vos terres felon que cela leur plaît à
outre le pouvoir que je viens de vous dire
qu'ils ont par eux- mêmes , leurs meres les
aident encore du leur , dont ils ne fe fer
vent que pour faire du mal.
>
Il y a environ feize ans que la Princeffe
de Perfe vint au monde ; le Deſtin avertic
la Reine Belle-des- belles d'envoyer une de
de nos foeurs comme à l'ordinaire , & de
prendre les mefures fi juftes , qu'elle pût
arriver la premiere ; Gracieuſe fut chargée
de ce foin , & comme elle vouloit en fortir
à fon honneur , elle arriva au pied du
lit de la Reine qui accouchoit : comme
elle faifoit les derniers cris , elle reçut Amefie
la premiere , & prononça en diligence
Les dons qu'elle vouloit lui faire , ce fut
D'A OUST. 22
la grace , la beauté & tous les agrémens
de l'efprit qui peuvent rendre une Princeffe
parfaite. Ma foeur Difgracieuſe arriva auſſi
dans le moment , elle étoit envoyée par
l'ordre de la Reine Laide -des- laides , com- -
me Gracieuſe l'avoit été par Belle- desbelles.
Il faut encore que je vous dife que nous
fommes toutes jumelles, & que nous avons
les noms oppofez les unes aux autres , ik
eft vrai qu'il y en a plus de méchantes que
de bonnes , ce font les dernieres venues ;
c'est ce qui a fait prendre le parti au Deſtin
de n'avoir plus d'enfans ; le dernier eft le
Temps ; je crois que ma foeur vous l'a
dit.
étoit
Difgracieule fut defefperée de voir qu'elle
prevenue , & de n'avoir point de mal
à faire fur la perfonne de la petite Princeffe,
elle dit que fi elle voioit un feul homme
avant feize ans , elle feroit livrée au plus
cruel & au plus laid de tous leurs enfans ,
qu'elle ne pourroit, fortir de ſes mains par
aucun pouvoir humain.
Gracieufe dit dans le même moment ,
qu'il ne pourroit , quoiqu'elle fût en fon
pouvoir , attenter à fa perfonne que par
Ta permiffion.
Les chofes demeurerent en cet état ; Gra
cieuſe fit ſemblant de fe retirer , pour laiffer
partir Difgracicule ; elle s'en alla eneffe a
22 LE MERCURE
outrée de dépit , c'étoit un coup de partie
pour elle : cette Princeffe tenoit au coeur'
de Belle- des- belles & de Laide- des- laides
également , l'une pour lui faire du bien ,
F'autre pour lui faire du mal.
Difgracieufe fit en s'en allant ces reflexions
: J'ay dit que fi la Princeffe voioit
un feul homme avant feize ans , elle tomberoit
au pouvoir du plus mechant de nos
enfans ; dès qu'elle aura les yeux ouverts ,
elle en verra fans doute , quand ce ne feroit
que fon pere que je n'ai pas excepté , &
nous ne pouvons manquer par là de l'avoir
en notre puiffance ; à quoi lui feront bons
les dons de Gracieufe dans ce temps- là 2
ils ne peuvent fervir qu'à la defefperer . Elle
partit avec cette efpece de confolation .
Mais Gracieufe qui avoit prévû cet inconvenient
, quand elle la crut rentrée dans
leurs terres , au lieu de revenir dans les
nôtres , retourna fur fes pas pour ne pas
rendre fon voyage inutile ; elle arriva au
Palais du Roy de Perfe , elle entra dans
l'endroit où l'on avoit mis la petite Princeffe
avec fa Nourrice ; tout le monde étoit
endormi , elle la prit & la nourrice auffi ,
& les tranfporta avec l'aide des Sylphes.
dans le lieu le plus defert de toute la Perfe,
& le plus inacceffible par fa fituation ;
c'étoit fur le haut d'un rocher au bord de
la mer ; elle y bâtit une fortereffe dont les
D'AOUS T. 23
le
murailles étoient d'une hauteur prodigieufe.
Elle ne fit ni portes ni fenêtres par
dehors dans l'enceinte de cette muraille ;
elle fit conftruire le Palais où elle vouloit
que la Princeffe demeurât enfermée jufqu'à
l'âge marqué par notre méchante foeur :
pour rendre encore cette fortereffe plus
fûre , elle mit un foffé large & profond
plein d'eau , qui faifoit le tour de la muraille
en dehors ; elle donna ordre aux
Nymphes qu'elle y envoya , de ne laiffer
mettre aucunes planches ni bâteaux fans les.
culbuter.
Enfuite elle ordonna aux Sylphes de fervir
la Princeffe & fa Nourrice , de leur
donner tout ce qui étoit néceffaire pour
vivre , jufqu'à ce qu'il lui plût de les faire
fortir. Voilà , je croy , toutes les précautions
que l'on peut prendre en pareil cas.
De plus , avant que vous foyez venu dans
notre Empire , il ne fe paffoit gueres de
jours que Gracieufe n'allât voir fi l'on ne
cherchoit pas à tromper les Gardes de la
Princeffe , ce qu'elle faifoit , & ce qu'elle
difoit.
C
Quelques années après que la Princeffe
fut fevrée , Gracieufe trouva que fa Nourrice
lui parloit fouvent de la naiffance
elle lui donnoit envie de voir fon pere
fa mere , elle lui difoit que , quoiqu'elle ne
manquât de rien, la libertéétoit biendouce,
&
24
LE
MERCURE
Gracieufe qui craignoit que cela ne donnât
envie à la Princeffe de fertir , quoi- .
qu'elle erût la chofe impoffible , fongea à
Jui ôter fa Nourrice , & pour l'empêcher
d'aller trouver le Roy, & lui apprendre où
étoit la fille , elle jugea à propos de l'enlever
, & de la confier à un fage de fa
connoiffance qui demeuroit dans l'Arabie ,
elle le pria de lui rendre la vie fi douce ,
qu'elle n'eût rien à regretter.
>
La Princeffe fût d'abord inquiette de
ne la point trouver , elle l'appelloit par
tout le Palais mais n'ayant encore
que quatre ans , fon chagrin fut bientôt
paffé ; elle étoit fervie très exactement
par les Sylphes ; & comme elle n'avoit
point eu, ainfi que vous, de l'eau de verité
dans les yeux , elle ne pouvoit les voir ;
elle parloit feulement avec eux , elle leur
demandoit tout ce qui lui étoit neceſſaire ,
elle étoit fervie dans le moment ; elle fe
promenoit , elle lifoit , tout cela avec un
peuple invifible ; elle croioit qu'elle étoit
de même à leur égard ; mais comme elle
n'avoit jamais été autrement dans ce Palais
, elle n'en étoit point furpriſe ; elle fe
fouvenoit cependant d'avoir vû fa nourrice,
& de ce qu'elle lui avoit dit de la liberté,
elle en foupiroir quelquefois..
Quand les Sylphes la voyoient triſte ,
ils cherchoient à la diftraire & à la divertir,
dans
D'A O UST.
25
dans le moment une Mufique fe faifoit
entendre au bout du jardin , elle y couroit
, le foir c'étoit une illumination dans
le Château ; un autre jour on lui faiſoit
des contes , on lui difoit qu'elle fortiroit
bien tôt ; enfin on a cherché à l'amuſer
jufqu'à la quinziéme année qui vient d'être
achevée.
Mais la Reine a reçu hier un Courier,
par lequel elle a appris que les précautions
de Gracieuſe ont été inutiles , que le Genie
Mahoufinaha l'a enlevée , parce qu'un
mortel eft parvenu à fa vûë , c'eſt pour
cela qu'elle enyoye Gracieuſe au fecours
de cette Princeffe , & que vous allez faire
un fi grand voyage ; nous ignorons encore
de quelles rufes elles fe font fervies
pour y parvenir , la Reine le fçait apparemment
, mais elle ne nous l'a pas dit :
Gracieuſe entretient le Courier , elle a
été avec lui pour recevoir les ordres du
Deftin ; la voici qui revient , nous pouvons
lui demander fi elle ne fçait rien da
vantage que ce que je viens de vous dire.
Aimable dit à Gracieuſe , j'ay appris à
Zulma ce qui regarde la Princeffe de
Perfe , c'eſt à vous prefentement , ma
foeur , de nous dire comment l'on a pû
détruire les
précautions que vous avez
prifes pour la feureté , & quel eft l'homme
qui a pû en être vû,
C
26 LE MERCURẾ
C'eft , dit Gracieuſe , le Prince Tartare
Ormola dont vous avez entendu parler à
ma foeur Agreable , & qu'elle a doüé de
tant de qualitez propres à fe faire aimer
& à fe faire eftimer.
Il faut , reprit Aimable , que vous contiez
à Zulma , avant de vous dire fa derniere
avanture , ce qui s'eft paffé à ſa
naiffance , puis qu'il (çait déja ce que vous ·
fites à celle d'Amafie.
HISTOIRE D'ORMOSA
PRINCE
DES TARTARES.
P
UISQUE Vous êtes inftruit , dit
Gracieufe , de ce qui regarde la Princeffe
de Perfe , & de ce qui eft arrivé à
fa naiffance , il eft jufte que vous fçachiez
auffi celle du Prince des Tartares .
Quand Ermilienne mere d'Ormofa , fut
prête d'accoucher , les Cours des deux
Reines furent en rumeur pour prendre de
part & d'autre des précautions pour douer
cet enfant les premieres ; Belle- des - Belles
choifit ma foeur Agreable pour prefider à
cette naiffance ; les brigues de mes autres
foeurs pour cette ambaffade avoient retardé
pour quelques momens le choix de la
D'AOUS T. 27
Reine ; les momens font precieux , fur
tout quand vos ennemies font du caractere
des nôtres.
Agreable n'arriva que dans le temps
qu'Ermilienne venoit d'accoucher , & que
ma foeur Méchante s'étoit emparée de fon
enfant ; par bonheur pour Ormofa la
Reine étoit groffe de deux enfans , & il
n'étoit pas encore venu au monde : ma
foeur Méchante fuivit la proye avec celle
qui emportoit du lit le premier venu ; elle
le doua de toutes les mauvaifez qualitez
qu'on peut imaginer. Ma foeur Agreable
comprit par un cri que fit encore Ermilienne
, qu'il y avoit un fecond enfant à
venir , elle fe tint fous la couverture , &
lors que la Reine en fut delivrée , elle
le doua de toutes les qualitez oppofées à
celles de fon frere ; elle n'oublia rien de
tout ce qui pouvoit le rendre parfait ,
parce qu'elle ne trouva aucune contradic
tion ; ma foeur Méchante avoit toujours
fuivi celui dont elle s'étoit emparée : elles
s'en allerent l'une & l'autre très fatisfaites
de leur voyage , en rendre compte à leurs
Reines.
Les deux Princes furent élevez enfemble
jufqu'à l'âge de connoiffance ; mais
- quand ils y furent parvenus , il fallut les
feparer , l'on craignit avec jufte raifon que
l'antipathic qu'ils avoient l'un pour l'autre
C ij
28 LE MERCURE
n'eut des fuites funeftes . La douceur de
l'humeur d'Ormofa lui fit prendre le parti
de s'éloigner de fon frere,
Le Grand Kam , quoi qu'il eut beaucoup
d'amitié pour Ormofa , & qu'il eut
extrémement fouhaitté de fe défaire de
l'autre , n'ofa lui rien dire là - deffus ; parce
qu'il craignoit que la preference qu'il lui
marqueroit en cette occafion ne lui fût
funefte , il confentit à ſon départ , fur le
pretexte de l'envoyer voyager dans fes
Etats ; il étoit encore dans ce voyage il
ya peu de temps , lors que chaffant dans
une foreft , il trouva une bête qui avoit
la tête d'une lionne , & le corps d'une
tigreffe ; elle étoit couchée à terre ; elle
tenoit entre fes deux pattes un miroir ; fa
tête étoit appuyée deffus le haut ; elle
avoit les yeux fermez & le corps allongé
d'une façon à faire croire qu'elle dormoit :
Le Prince en approcha très près à cheval ,
elle ne parut point s'éveiller ; il defcendit
& mit le fabre à la main , la nouveauté de
ce miroir entre fes pattes lui donna de la
curiofité , il voulut s'en approcher avec
précaution , en cas qu'elle fit quelque mouvement.
Mais quelle fut fa furprife ! lors qu'il
fe trouva à une diſtance affez proche du
miroirpour diftinguer les objets qui pouvoient
s'y reprefenter , d'y trouver la figure
D'AO US T. 29
de la plus belle perfonne du monde , d'une
façon fi naturelle , que l'on auroit crû
qu'elle étoit à fon miroir ; on la voyoit
fe promener dans une chambre très magnifique
& toute feule ; le Prince eut tout le
temps de la confiderer ; la bête ne branloit
pas : il voulut profiter de fon fommeil pour
tirer le miroir de les pattes , ou pour la
tuer fi elle fe réveilloit ; il mit la main fur
le miroir , fon fabre étoit dans l'autre ; la
bête leva la tête & fit un faut en l'air qui
fit perdre toute mefure au Prince pour la
frapper. Elle fe mit à courir de toute fa
force , le Prince la fuivit de même ; il
arriva au bord d'un étang bourbeux fans
l'avoir perduë de vûë, la bête s'y precipita
avec le mitoir qu'elle avoit mis dans fa
gueule ; une force fuperieure y jetta auffi
Orinofa ; il tomba fans perdre connoiffance
jufqu'au fonds de cette eau puante , il
y trouva une grotte dans laquelle il entra
; une femme affite fur un fiege de
jonc , le prit par la main, & lui dit : remettez
-vous , Ormofa , de votre chute ; vous
n'êtes pas né pour la crainte , écoutezmoi.
Vous devez avoir trouvé la perfonne
que vous avez vûë dans ce miroir, parfaite
ment belle , fi vous avez affez de courage
pour fuivre cette avanture , elle fera à vous.
Cij
30 LE MERCURE
Ormofa lui répondit , la confiance me
manque , Madame , en cette occafion plus
que le courage , mais quelque chofe qu'il
faille faire , vous n'avez qu'à ordonner
quoi que j'aye peu d'efperance du bonheur
dont vous me flattez .
Ouvrez cette porte , lui dit- elle , fuivez
fans rien craindre la route que vous trouverez
faite , votre voyage fera long , mais
il fera heureux ; vous aurez dans votre
chemin toutes les chofes neceffaires
à la
vie quand vous en aurez befoin , auffi bien
vous ne fçauriez plus reculer , vous n'avez
plus d'autre voye pour retourner
fur la
terre : Vous me fâchez , Madame
, lui
répondit
Ormofa , de me faire une neceffité
d'une chofe que j'aurois faite avec plaifir
, par le defir de voir la perfonne
que
vous me promettez
& de vous obéir ;
mais , Madame
, ne puis - je point connoître
celle à qui j'ai tant d'obligations
, vous
le fçaurez , lui dit- elle , de la perfonne
à
qui je vous envoye , vous n'avez plus qu'à
marcher.
Orthofa ouvrit la porte , il fe trouva
dans un petit fentier qui lui parut battu ,
comme s'il étoit fort frequenté , une lueur
fombre l'éclairoit , fans qu'il pût appercevoir
d'où venoit cette lumiere
il regarda
au deffus de fa tête , il y trouva
un nombre infini de petits vers luifans
;
DAOUS T.
qui lui marquoient fa route en éclairam
Il marcha tant qu'il eut de force , & lors
qu'il fut obligé de fe repofer , il trouva à
côté de lui un lit de gazon fait dans la
terre , & une table couverte des choles
dont il faifoit fes repas ordinaires , il s'affic
fur le lit , & la table qui étoit à côté fe
pofa d'elle- même devant lui , il mangea
& s'endormit.
En s'éveillant il trouva d'autres mets ,
il en prit fa provifion , en cas qu'il eut
befoin dans la journée , & recommença
à marcher.
7
Il marcha pendant trois mois , au bout
defquels il apperçut la lumiere du Ciel
par un trou qui fe fit à la terre à trois pas
devant lui ; il trouva un petit degré par
lequel il monta , & lors qu'il fut au haut,
il entra dans un jardin qui lui parut magnifique
, il fuivit une allée au bout de la.
quelle il vit une femme couchée fur un
lit de fleurs ; il fentit pour la premiere
fois de l'efperance ; il approchoit en tremblant
, & regardoit de tous les côtez s'il
ne voyoit perfonne ; nulle autre qu'elle ne
parut à fa vûë : il arriva enfin jufqu'à
l'endroit où elle étoit couchée , & il la
reconnut pour la perfonne qu'il avoit vûë
dans le miroir : fon premier tranfport fut
fi grand , qu'il le porta à fe profterner devant
elle ; cette perfonne fe réveilla ; je
C iiij
LE MERCURE
crois que vous jugez bien que c'étoit la
Princeffe de Perfe : comme elle n'avoit
jamais vû d'homme , fa furpriſe lui fit faire
un cry qui fut entendu de tous les Sylphes
que j'avois mis à fa garde , il n'y avoit plus
de remede , ils ne pouvoient empêcher que
ce malheur ne fut arrivé , & ils ne pouvoient
le prévoit.
:
Ormofa prit la parole , & dit à la Prin
ceffe : fuis-je affez malheureux , Madame ,
pour vous avoir déplu en interrompant votre
fommeil ? Je ne fçay ce que vous êtes ,
ni qui vous êtes , répondit la Princeffe ,
je n'ay jamais vû perfonne ici , j'y fuis
fervie ; l'on m'y parle , mais jufqu'à ce
inoment aucun objet vivant n'a paru de.
vant moi Je demeure dans ce Château
que vous voyez au bout de cette allée , fi
vous voulez y venir , vous me ferez plaiſir.
L'on n'y manque de rien , vous me direz
auffi par quel hazard vous êtes ici ; je vous
fuivrai par tout où vous voudrez, Madame ,
lui dit Ormofa ; il n'y a qu'une choſe fur
laquelle il ne feroit pas en mon pouvoir
de vous obéir , ce feroit de vous quitter ;
tant mieux , lui dit la Princeffe , nous
nous ennuierons moins quand nous ferons
deux j'ai toujours regretté ma nourrice
par cette raifon . Quoi que le Prince n'entendit
rien à tout ce qu'elle lui difoit , il
s'en foucioit peu , rien ne pouvoit lui don
D'AOUS T.
33 .
*
ner d'inquietude , il fongeoit en lui-même,
l'on m'a promis que je la trouverois au
bout de mes peines , & qu'elle feroit à
moi ; on m'a déja tenu parole fur le premier
point , fans doute que je ne ferai point
trompé fur l'autre , la naïveté avec laquelle
la Princeffe lui parloit , & la gayeté qu'il
lui voyoit dans les yeux , lur faifoit croire
qu'il ne lui faifoit pas la même frayeur
que dans les premiers momens.
Il arriva avec elle dans le Châfteau ,
(c'eſt le même jour que vous êtes venu
ici. ) J'ai négligé , je l'avoue , dit Gracieuſe
en adreffant la parole à Zulma , depuis ce
temps- là toute autre chofe que ce qui vous
regarde ; c'eft ce qui a caufé fon malheur :
Lorfqu'il fut arrivé , la Princeffe lui fit
toutes les queftions que la curiofité donne
à une jeune perfonne à qui tout eft nouveau.
Ormoſa lui apprit fon aventure. La
Princeffe de fon côté lui dit que depuis
qu'elle fe connoiffoit , elle étoit . dans ce
Château , mais qu'elle ne fçavoit pas pourquoi
elle y étoit , ni comment elle y étoit
venue.
Ma foeur Méchante qui avoit fait tout
ce que je viens de vous dire pour conduire
le Prince Tartare dans le lieu où je gardois
Amefie , quoique par fes droits elle fût
en état de l'enlever dans le moment , comme
elle me favoit occupée auprès de vous
34 LE MERCURE
elle aima mieux les laiffer quelques jours
elle jugea que leur paffion en feroit plus
forte , & leur malheur plus grand , lorfqu'elle
les fepareroit.
Ils y ont été deux jours , la Princeffe n'avoit
point de foupçon de fon malheur par
fon éducation ; elle n'avoit aucune précau
tion contre l'amour ; je n'avois pas cru neceffaire
de lui en donner feulement l'idée ,
puifqu'elle ne devoit point voir d'hommes
avant le temps qu'elle en auroit eu la liberté
, elle fe livra fans referve à la plus
violente paffion du monde pour ce Prince ;
celle qu'il avoit pour elle étoit égale.
Ils étoient enſemble dans le jardin à
cueillir des fleurs , lorfqu'un nuage trèsépais
defcendit fur eux : Ormofa perdit lá
Princeffe de vue , elle de fon côté ſe lentit
tranfporter en l'air ; c'étoit le Genie Mahoufiaha
qui l'enleva , le Sylphe qui en
a apporté la nouvelle , les a fuivis , le Genie
a lajffé la Princeffe dans le pavillon du
bois invifible , il eft venu le dire ce matin à
la Reine. Et qu'eft- ce que lc Prince eſt devenu
, dir Zulma à Gracieufe ? Il eft demeu
ré , lui répondit - elle , dans la même place ;
le Palais a difparu , car cela doit être dès
qu'ils ne fervent plus aux deffeins pour
lefquels ils ont été bâtis ; vous fçaurez
après notre voyage ce qu'il lui fera arrivé ;
la Reine a chargé ma foeur Agreable , d'en
D A OUS T. 35
prendre foin pendant que je ferai occupée
à tirer la Princeffe du lieu où elle eft ,,
cela ne fera pas aifé , felon toutes les apparences;
Laide- des - Laides y a mis tout fon
fçavoir pour rendre la chofe impoffi
ble.
Gracieuſe achevoit ces paroles , lorfqu'un
Sylphe lui vint dire que tout étoit
prêt pour fon départ ; elle embrafla Aimable
, lui dit adieu , & fortit avec Zulma
de fon appartement ; elle monta dans un
petit char fort leger que deux aigles invifibles
comme eux menoient en l'air ; elle
fut en un moment au bord de la forêt ;
cette forêt eft fituée dans une des Ines
de Salomon : elle dit à Zulma nous dèvons
nous arrêter ici , il faut que je remarque
les lieux , & que je voye entrer
le Génie , elle fit arrêter fon char fur le
haut du plus grand arbre , un nuage fort
épais les envelopa , au travers duquel ils
ne laiffoient pas de voir fans être vûs .
Zulma le voyant feul avec Gracieuſe
prit la refolution de lui parler de fon
amour comme elle fçavoit jufqu'aux
moindres de fes penfées , elle en étoit embaraffée
, mais un Sylphe arriva fort empreffé
, & lui parla long- tems une Langue
que Zulma n'entendit point ; il demanda
à Gracieufe lorfqu'il fut parti ,
s'il oloit la prier de lui dire ce qu'on lui
36 LE MERCURE
venoit d'annoncer , c'eft , lui répondit- elle,
un Courier de Belle - des Belles qui me
donne une nouvelle commiffion aprés
celle- e-cy , avant de rentrer dans nos terres.
J'ai envie , lui dit - elle , pour vous intereffer
davantage à cette commiffion , de
vous conter une hiftoire qui vous fera
connoître la perfonne que Belle - des - Belles
veut favorifer par ordre du Deftin .
La veritable raifon de Gracieuſe pour
conter cette hiftoire fut d'empêcher Zulma
de lui parler de fon amour, pendant qu'elle
étoit obligée de demeurer feule avec lui ;
elle n'avoit pas de meilleur prétexte , fon
refpect l'empêchoit de l'interrompre : elle
commença ainfi fon diſcours.
HISTOIRE D'ALMANSINE .
D'ATTALIDE, DU VISIR AMULAKI
& D'ACHMET fon fils.
SOLIMAN
, à prefent Empereur des
Turcs , à fon avènement à l'Empire
trouva , outre les richeffes de fon, Predeceffeur
, un nombre infini de belles femmes
dont le Serrail étoit rempli ; celui à
qui il fuccedoit les aimoit paffionnément,
& on ne pouvoit lui faire mieux fa cour
que de lui en amener de nouvelles : tout
D'A OUS T.
37
le monde fçait que c'eſt une magnificence
dans l'Empire Othoman que le grand nom
bre de femmes , outre cette raiſon , lon
goût lui portoit.
Ce fut une des premieres chofes que
Soliman fic quand il en fut le maître , que
de les voir toutes enfemble pour faire
fon choix ; Soliman étoit jeune & bien
fait , il étoit naturel qu'il eût une grande
joye dele voir le maître de tant de beautés ;
il ne put cependant fe déterminer , il crut
que le grand nombre l'avoit laiffé dans
cette incertitude , il voulut les yoir chacune
en particulier , mais il fe trouva encore
plus incertain , il ne fentoit pour elles
que de l'admiration qui ne lui donnoit aucun
defir,
Il en parla avec furpriſe à fon Grand
Vifir ; il lui dit : Amulaki , je ne fçaurois
comprendre par quelle fatalité parmi le
nombre infini de beautés dont le Serrail
eft rempli , je n'en trouve aucune qui me
caufe de l'émotion ; je les ay vûës enſemble
&en particulier , & je ne puis déterminer
mon choix, tant elles me font indifferentes;
Seigneur , lui répondit Amulaki , il en faut
chercher d'autres , & j'en prendrai le foin
avec plaifir. J'ay entendu dire , répondit
Soliman , que vous avés une fille parfaitement
belle , je veux la voir demain g
yous l'aimés : c'eft le plus grand bonheur
38
LE
MERCURE
qui lui puiffe arriver & à vous auffi fi elle
peut me plaire.
Amulaki n'ofa lui répondre , & quand
il eut ofé le faire , fa furprife l'en auroit
empêché ; il étoit bien éloigné de penfer
que c'étoit un bonheur pour lui , il aimoit
fa fille avec une paffion demefurée , il
auroit fallu renoncer à la voir , c'est ce
qu'il ne pouvoit envifager ; il s'en retourna
chez lui fort trifte , il n'avoit d'enfant
qu'elle & un fils nommé Achmet : fa tri-
Ateffe étoit fi marquée fur fon vifage , que
fon fils qui l'alloit recevoir à la porte lui
en 'demanda la caufe .
fi
Je fuis perdu Achmet , lui dit- il ,
vous ne trouvés un expedient pour me
tirer de l'embaras où le Grand Seigneur
m'a jetté.
Je fuis fi jeune , lui répondit Achmet ,
qu'il n'eft pas vrai -femblable que je vous
puiffe être utile dans une affaire où votre
efprit & votre experience ne vous auront
pas fervi n'importe , lui dit- il , donnésmoi
votre avis vous êtes plus de fang
froid que moy.
Soliman , continua le Vifir , n'a trouvé
aucune de les femmes à fon gré , il a entendu
dire que votre four eft belle , il
-veut que je la lui mene demain .
Et bien , Seigneur , lui dit Achmet , il
n'y a pas de quoi le defefperer ; vous
D'A O UST.
39
penfés , lui dit- il , comme le Sultan penſe
lui-même > mais pour moy je fuis fort
éloigné du fentiment de l'un & de l'autre ;
file Sultan ne trouve pas votre four plus
aimable que les autres , je la perds , &
je l'aime ; les femmes qui font une fois
dans le Serrail , qu'elles fervent au plaifir.
du Sultan , ou qu'elles lui foient indifferentes
, elles n'en fortent jamais : fi votre
four lui plait aujourd'hui , au peu de
goût que je lui vois pour les femmes , il
en fera ailément dégoûté j'aurai cependant
perdu ma fille , & je l'aime plus que
ma vie.
Seigneur , lui dit Achmet , puifque
votre vie y eft attachée , il faut bien fe
garder de la lui mener ; mais voyés à quel
peril vous vous expofés le Sultan eft
jeune , il vous demande ma foeur , peutêtre
que l'idée qu'il s'en eft faite fur un
recit imaginaire , ou fur ce qu'il vous a
entendu dire à vous-même de fa beauté ,
l'a déja rendu amoureux , c'eft vrai-femblablement
ce qui l'empêche de fentir du
goût pour une autre. Je ne prétends pas ,
mon fils , lui refuſer ma fille ; mais je
voudrois trouver un expedient , qui fans
fâcher le Sultan , me la pût conferver :
autre que vous & moy ne l'a vuë , voyons
ce que nous pouvons faire fur ce pied -là .
Seigneur , lui dit Achmet , il en faut
40 LE MERCURE
fuppofer une autre fous fon nom , vous
pouvés aller chés un de nos Marchands
qui vient d'arriver de l'Ifle de Chio , il a
amené , à ce que l'on dit , les plus belles
Efclaves qu'on puiffe voir ; vous en choifirés
une , vous l'inftruirés ; elle aura au,
tant de raifon que vous de garder le fe.
cret : elle fera trop flatée de l'honneur à
quoi vous la deftinés pour craindre aucune
indifcretion de fa part , vous lui ferés
mettre les habits de ma four , vous la
menerés voilée comme il eft dans l'ordre ;
aucun de vos Efclaves ne le pourra fçavoir
; à l'égard du Marchand , il croira
aifément que c'eft pour vous que vous l'achetés
: rien ne fçauroit découvrir votre
tromperie; fi vous faites valoir au Sultan
le facrifice que vous lui faites par l'extréme
amitié que vous avés pour ma foeur,
& que vous lui demandiés en grace de
vous la rendre fi elle ne lui plaît pas , ce
feroit la feule chofe que vous auriés à
craindre de l'indifcretion de cette perfonne
, qu'elle ne parlât , fi le Grand Seigneur
n'avoit pas pour elle les preferences
à quoi elle s'attendra,
Amulaki approuva tout ce que lui difoit
fon fils , il lui laiffa le foin de choisir
celle qu'il trouveroit la plus belle ; Seigneur
, lui dit Achmet , je fuis trop jeune
pour que l'on me montre des Elclaves
auffi
D'A O UST.
auffi cheres . Le Marchand fçait que je fuis
votre fils , mais il fçait auffi que je ne
dois pas encore avoir des femmes à moi ,
il faut même lui dire que c'eft pour vous ,
& qu'il vous les amene les unes après les
autres ; je vous en charge , lui dit Amulaki
, & je vous attends l'un & Pautre
dans l'appartement au bout du jardin : j'y
ferai feul.
Achmet alla trouver le Marchand , &
lui dit la volonté du Vifir , il la reçut
avec reſpect , il choifit les quatre plas
belles Chiottes qu'il eut acheté pour les lui
amener Achinet lui montra le chemin
& elles arriverent avec le Marchand dans
l'appartement où le Vifir les attendoit.
Il leur fit lever leurs voiles, il les trouva
en effet très-belles ; une des quatre fe mit à
pleurer fi amerement quand elle entendit
que le Vifir la marchandoit pour lui , qu'il
lui en demanda la caufe , le Marchand prit
la parole & lui dit : Seigneur , que cela ne
vous furprenne point , cette fille eft belle
comme vous voyés infiniment au- deffus
des autres ; elle le feroit encore davantage,
fans les chagrins que lui donne fa condition
mais quand elle aura eu le bonheur
d'être icy quelque tems , qu'elle fera reflexion
à l'honneur que vous lui faites
fon humeur changera & fa beauté fera
encore plus parfaite.
:
D
9
42 LE MERCURE
>
Pendant que le Marchand parloit au
Vifir , Achmet avoit toujours eu les yeux
fur l'Efclave afflgée , il la trouvoit d'une
beauté admirable fes pleurs l'attendriffoient
encore , & quelques regards qu'elle
jettoit fur lui achevoient de le defefperer
en fongeant qu'elle alloit être menée dans
le Serrail : les momens étoient fi chers,
qu'il n'ofoit rien dire à fon pere pour l'en
détourner ; de plus il fentoit bien que
cela feroit inutile ; c'étoit lui -même qui
lui en avoit donné l'idée , quelle apparence
y avoit - il de le perfuader d'en acheter
une autre ; la difference de beauté
étoit trop grande , & quand l'Efclave
n'auroit pas été deftinée au Sultan , elle
n'auroit pas été pour lui.
1 L
>
Il étoit dans ces reflexions lorfque le
marché fe conclut & fe paya. Amulaki
prit cette Efclave par la main & l'emmena
avec lui ; Achmet demeura fans mouvement
& fans voix : l'Efclave lui jetta un
regard en partant , qui dans une autre
fituation l'auroit fait mourir de plaifir ,
il étoit fi marqué, qu'il ne pouvoit mettre
en doute qu'il lui avoit fait la même impreffion
qu'elle avoit faite fur lui.
Les cris & les pleurs redoublerent dans
le jardin en s'en allant , Achmet les entendit
, fes larmes coulerent auffi , & fans
fonger qu'il n'étoit pas dans le lieu où il
D'A O UST. 43
"
il
y
avoit accoutumé de paffer la nuit
demeura accablé de douleur & de tant de
differentes penfées , qu'il n'y eut que le
jour qui l'en fit appercevoir ; il fongea
que c'étoit le moment où le Vifir alloit
mener l'Esclave au Sultan ; il courut à
la maifon de fon pere efperant de la voir
encore en paffant il fut defefperé d'apprendre
qu'il étoit parti avec fa faur ;
on lui dit en même tems qu'on lui avoit
fait efperer qu'il la rameneroit bien- tôt
cette parole donna un moment de confolation
à Achmet , il fe flata que le Sultan
ne feroit pas plus touché de fa beauté
qu'il l'avoit été des autres , qu'il la rendroit
à fon pere , qu'elle reviendroit avec
lui , qu'il lui demanderoit , & que fon
pere ne lui refuferoit pas.
D'un autre côté l'extréme beauté d'Almanfine
( c'étoit le nom de l'Efclave ) le
faifoit ailément changer de penfée .
Le retour de fon pere peu de tems après
feul & très-gay lui ôta toute efperance .
Que je vous fuis obligé Achmet , lui
dit le Vifit , le Sultan malgré les pleurs
d'Almanfine la trouve parfaitement belle,
je l'ai laiffé avec elle , il en eft charmé .
Quel difcours pour Achmet ! il en perdit
connoiffance ; je le laiffe pour quelque
tems aux foins que l'on prend pour
le faire revenir , pour vous dire ce qui
Dij
44
MERCURE LE
fe paffoit dans le Serrail pendant ce temslà.
Amulaki , comme vous fçavés , emmena
fon Eſclave , fans fonger qu'il laïffoit
là fon fils & qu'elle fe defefperoit.
Il étoit trop occupé du deffein qu'il avoit
pour le lendemain pour voir ni entendre
autre chofe ; il la mena droit à fa fille &
lui dit , voilà une Efclave que je viens
d'acheter pour le Sultan , je veux lui mener
demain après avoir fait l'Ablution
& la Priere du matin : faites - luy effayer
vos habits pour voir celui qui lui convient
le mieux ; je la veux prefenter au Sultan
plus convenablement habillée : il ne dit
point à fa fille qu'il la fuppofoit à fa
place.
Le lendemain à l'heure marquée le Vifir
vint chercher Almanfine dans la chambre
de fa fille , il la mena dans la fienne pour
lui parler en particulier , il lui dit , je
vous ay achetée , Almanfine , pour le plus
grand Empereur de l'Europe & de l'Alie ,
votre beauté & vos pleurs m'ont touché :
j'ai pouffé la bonté que j'ai pour vous
jufqu'à dire au Sultan que vous étiés ma
fille pour vous attirer plus de confideration
de la part ; je lui ay même demandé
de vous rendre à moi fi vous étiés affés
malheureufe pour ne lui pas plaire ; vous
pouvés compter qu'il n'y a rien que je ne
DA O UST.
45
faffe pour adoucir votre condition , que
vous me paroiffés fupporter avec tant de
peine , la marque de bonté que je vous
donne me coûteroit la vie & à vous auffi ,
s'il pouvoit penetrer que je ne lui - ay pas
dit votre veritable condition ; vous devés
donc foutenir ce que je lui ay avancé
vous pafferés aifément pour ma fille auprès
de lui , puifqu'il n'y a que moi qui
l'ai vûe , & que je vous prefente fous fon
nom.
Le difcours du Vifir loin de calmer les
pleurs d'Almanfine , les augmenta , quoiqu'elle
fût defefperée de le croire à lui ,
Pimpreffion que lui avoit faite Achmer ,
qu'elle avoit connu pour fon fils par les
difcours du Marchand , lui donnoit quelque
confolation d'être au moins dans le même
lieu que lui ; le Serail & l'honneur auquel
on la deftinoit , lui ôtoient toute efperance
de le revoir jamais.
Elle partit fans répondre & fe laiffa conduire
devant le Grand Seigneur . Après les
premiers difcours , elle entendit le Sultan
qui difoit au Vifir qu'il la gardoit , & qu'il
la vouloit mener lui-même dans le Serail ,
qu'il la trouvoit parfaitement belle, malgré
Les pleurs qui n'avoient point ceffé ; le
Sultan la croyant fille du Vilir , la traitoic
avec plus de confideration , que s'il eût
connu fa veritable condition ; il ne fut pas
.
46 LE MERCURE
choqué de la voir pleurer , ne doutant
pas que ce ne fut même la premiere
chofe qu'il lui dit : Je ne fuis pas furpris
de votre affliction , elle me donne feulement
du chagin par rapport à vous ; je me
flate qu'elle finira bientôt , & je vous le
demande.
1
Non , Seigneur , lui dit Almanfine , j'ai
trop de fujet d'être affligée , pour que mes
pleurs aient une fin . Quel en eft donc le
fujet , lui dit le Sultan ? Je pleure , lui répondit
- elle , votre malheur & le mien . Je
ne m'en connois point , dit le Sultan , puifque
vous êtes à moy ; & vous m'allez
fans doute dire le vôtre , auquel je prendrai
part ; je fouhaite qu'il dépende de moi
de le faire ceffer.
Seigneur , dit Almanfine , ce que je regarde
comme un malheur pour vous , c'est
de n'avoir point d'autre idée de l'amour
que le commandement ; & ce qui fait le
mien , c'est que je penfe très - differemment ;
je regarde l'amour tel qu'il doit être ; ce
n'eft point l'autotité qui donne les preferences
flateules , c'eft le coeur ; vous ne
pouvez jamais fçavoir fi vous plaifez , il
fuffit que l'on vous plaife ; vous ne connoiffez
point par confequent le plaifir d'être
aimé , fur tout quand on peut craindre.de
ne l'être pas ;
rien ne fçauroit vous traverfer
, ni vous óter la perfonne que vous
D'A O UST. 47
avez choifie ; car l'on ne peut pas dire que
vous l'aimez , puifque vous ne la connoifpas
, vote feule volonté décide de fes
complaifances.
fez
Vous en fçavez beaucoup , dit le Sultan
en l'interrompart , pour une fille qui ne
doit avoir vu d'hommes que fon pere ; je
crains que le Vifir par la complaifance &
l'amitié aveugle qu'il m'a dit lui même
qu'il avoit toujours eu pour vous , ne
vous aient laiffé l'occafion de vous inftruire
aux dépens de fon honneur & de mon
bien.
Non , Seigneur , dit Almanfine , le Vifir
n'a aucune part à mon éducation ; je ne
fuis point fa fille , comme il a voulu vous le
faire croire ; il m'acheta hier d'un Marchand
qui vient de m'amener de l'Ifle de
Chio ; il m'a fait prendre les habits de
fa fille , pour me procurer le bonheur de
vous plaire , & pour m'attirer fous fon
nom plus de confideration de votre part ,
à ce qu'il m'a dit.
Sa tromperie lui coûtera la vie , lui
dit le Sultan ; mais ma colere ne tombera
pas fur vous ; votre fincerité & votre
beauté ne vous doivent donner aucune
inquietude ; vous me direz fans doute avec
la même franchiſe , par quel hafard à votre
âge vous connoiffez ti bien l'amour , &
par quelle railon vous m'en avez parlé avec
48 LE MERCURE
tant de précipitation , fans me donner le
tems de vous faire voir mes fentimens
qui font peutêtre très- differens de ceux
que les Sultans ont ' ordinairement . En
achevant ces paroles il la fit affeoir auprès
de lui.
Almanfine commença fon difcours , &
lui dit , &c.
Pour le mois prochain.
JOESIES
D'A O UST.
POESIES, ENIGMES , CHANSONS
LA TOILETTE de venus .
El
CANTATE .
BEI Aftre de la Nuit , arrefte ton flambeaut
Sur l'Ifle de Çithere "
Vien feul eftre témoin d'un fpectacle fi beau.
Au fond d'un bois gardé par l'ombre & le miſtere
Venus dort fur un lit que Flore a preparé :
Les Zephirs fur fon fein folâtrent à leur gré :
Le repos lui prête des armes ,
Il répand fur fes charmes
Un doux air de langueur du grand jour ignoré :
Ses traits moins animés ont des forces nouvelles ,
Elle femble en dormant appeller les Plaiſirs ,
En voyant tant d'appas , fes compagnes fidelles
Les Graces même ont des defirs . .
Craignés, jeunes Amours , d'éveiller votre mere,
Volés doucement dans ces lieux ,
Joignés- vous aux Zephirs , & d'une aîle legere
Augmentés de ces bois le frais delicieux :
Volés fans bruit , craignés d'éveiller votre mere ,
Son repos vous eft precieux ,
Tout votre empire eft dans fes yeux.
Et vous , oyfeaux , dormés plus tard fous ce
feuillage ,
E
59 MERCURE LE
Ne chantés pas le lever du Soleil ,
Venus repofe en ce bocage ,
Pour commencer vos chants attendés fon réveil.
L'ombre fuit , & déja l'épouſe de Cephale
Aux portes d'Orient voit briller fa Rivale
Le Soleil qui la fuit recommence fon tour
Et va rendre aux mortels les foins avec le jour,
Déja pour le lever de Venus tout s'aprefte ,
Les Graces en habit de fefte
Elevent un autel & fuperbe & galant
Où la Beauté fuprême
Se doit en s'éveillant .
Rendre hommage elle-même.
On voit de tous côtés accourir les Amours
Pour offrir leur fecours.
L'un tient cette glace fidelle ,
?
Qui ne reproche rien à la Belle immortelle ,
L'autre affortit des noeuds de rubis & de fleurs ,
Un autre en l'effayant aporte la ceinture ,
Tiffu mifterieux plus fort fur tous les coeurs
Que la plus brillante parure.
Mais le Ciel s'embellit , on fent un air plus doux,
De cent nouvelles fleurs la terre eft émaillée
Amours , aprochés- vous ,
Venus eft éveillée.
Les Ris , les Jeux , les Graces font autour 11
Er preparent leurs foins pour la mere d'Amour,
D'AOUST.
Graces , qu'allés - vous faire t
C'eſt un ſoin temeraire
De parer la , Beauté :
Un éclat emprunté
Lui nuit au lieu de plaire.
Venus n'a qu'à fourire ,
Et l'Univers foupire :
Souvent même un regard
Qu'elle jette au hazard .
Suffit pour fon Empire.
Cependant il eft temps de quitter ces climats .
Décffe , vous devés votre prefence au monde
Choififfés avec tant d'appas
Qui vous voulés des Dieux de la Terre ou de
l'Onde.
Partés , & donnés des fers i
Au puiffant Dieu de la Thrace :
Qu'en faveur de l'Univers
Vos yeux lui demandent grace,
C'est trop laiffer fon grand coeur
Dans les bras de la Victoire ,
Acquittés pour fon bonheur
Les promeffes de la gloire.
Eij
J27 LE MERCURE
jksbjbsbjbsbobobobobbejbjp
A Madame la Comteffe de ...
N
EPITRE
Euf fois la Lune a parfait fon grand tour ,
Depuis qu'helas ! ne vous ai fait ma cour
Trifte , je crains qu'une fi longue abfence
N'ait près de vous renom de negligence
Bien que jamais tel foupçon ne dût choir
Sur tout mortel qui de l'heur de vous voir
Peut profiter : j'ai pourtant des allarmes ;
Ouy , votre efprit quoique brillant & fin
Ne connoît pas , je gage , encor ce gain ,
( Car il fçait tout hors le prix de fes charmes )
Ainfi peut être il me condamne fort ,
Et c'eft la regle , abfens ont toujours tort.
Suppofant donc que me trouvés coupable ,
Je me fuis dit : par un tour favorable
Voicy comment faut me juſtifier ,
Et du fuccès ne dois me défier
Prés d'une Dame & bonne & gratieufe ;
Sans la vexer d'une excufe ennuyeuſe
Il faut gagner fon efprit par fon coeur ;
Pour obtenir que fon couroux fe paffe ,
Si par hazard elle m'a fait l'honneur
De fe fâcher , prions- la d'une grace ,
D'AOUST . 53
Elle oublira couroux en ce moment ,
Et me voudra proteger promtement.
C'est là , dit- on , le fecret infaillible
De l'appaifer ; dans fon ame fenfible
Tout fentiment reçoit diftraction.
Par fa bonté l'unique paffion ,
Le feul penchant chés elle incorrigible.
Sur une Jalonfie.
Lorfque dans mon impatience
Je cours chés toy pour revoir tes beaux yeux ,
J'apprens que mon Rival joüit de ta preſence
Et te poffede en d'autres lieux ,
Mòn ame à mes foupçons cede fans refiftance ,
Un mouvement jaloux de ma raiſon vainqueur
S'éleve auffi-tôt dans mon coeur ,
Je te crois dans fes bras , je crois qu'à fes tendreffes
>
Répondent à l'envy tes brûlantes careſſes ,
Je vois ta folle ardeur prevenant fes defirs
Juge de mes tourmens je comptois tes plaifirs
Mais lorfque ton retour diffipant mes allarmes
A mes fens éperdus rend leur tranquillité ,
Le plaifir de te voir me montre dans tes charmes
Mcn injuftice & ta fidelité,
ពួ
E iij
SA
LE MERCURE
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé eft la Balance ; & le mot de la feconde
eft l'Hermine.
D
PREMIERE ENIGME..
Un pere lumineux je fuis la fille obfcure ,
Incertaine dans mon allure
Je m'élève pourtant fur la route des Cieux ;
Souvent aimé , par fois haï dans la Nature
Mon pere réjouit les yeux
2
Quand je les bleffe moi. Dès que je me dévoye
De mon trifte chemin
Je fais pleurer ceux qui font dans la jõje.
Si l'on me fent dans un feftin ,
Je gueris de l'intemperance .
Un des quatre Elemens ne va jamais fans moy>
Dans fon Palais le plus grand Roy
Peut jufques dansfachambre éprouver ma puil
fance.
N
SECONDE ENIGM E.
Ous devons la naiffance & le merite aux
Dames
Prefque jumeaux dans un ſeul jour ,
Mille frères pareils fe montrent à leur tour :
Quelquesfois les plus laides femmes
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY .
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
Gracieusement.
Air
a
Boire
3
Verses
du v
οι
son Ne craignés pas qu'il me
9:*
NEW
YORK
LIC
LIBRARY
.
STOR
, LENOX
AND
LDEN
FOUNDATIONS
..
D'AOUST.
Nous font très beaux : nous n'avons point de
foeeurs,
Mâles , nous n'avons point de peres
Et cependant bien de nos meres
Ont des maris. Nos teints font de toutes couleurs
;
Mais ce qu'on ne voit gueres
Dans les autres enfans
Notre mere eft fouvent par nous mêmes parée,
Et plus fouvent encor nous parons fes galans.
Nous vivons peu. Notre durée
Eft de trois mois au plus : dès qu'on fent les frimats,
Ainfi que les jardins , nous perdons nos appas
A ÍR A BOIRE.
Erfé's , verfés da vin , verfés , jeune Silvie ,
Ne craignés pas pour moy ĉet aimable
poifon,
Ne craignés pas qu'il m'ôte la raifon ,
Vos yeux charmans me l'ont déja ravie,
Verfés , verfés du vin , verfés , jeune Silvic.
20
E iiij
30
LE MERCURE
VAUDEVILLE DE LA TESTE NOIRE .
Petite Comedie du Theâtre de Francifque
Garçons
, qui craignés que
l'hiftoire
Ne vous mette au rang des Coucous ,
Logés - vous à la Tête - Noire ,
11 ira peu d'Amans chés vous.
>
Financiers , chaffeurs de Pucelles ,
Nous n'avés qu'à fonner du cor
On fait venir les plus cruelles
Quand on loge à la Tête- d'Or,
Il faut qu'au vin on fe retranche
Dès qu'on fent venir fes vieux jours
Amans , jamais la Tête- Blanche
Ne fut l'Enfeigne des Amours.
ARLEQUIN au Public.
Meffieurs , donnés - nous la victoire ,
Que votre efprit foit indulgent ;
Faites -nous pendant cette Foire
Loger à la Tête- d'Argent.
J
D'A O UST.
NOUVELLES LITTERAIRES
ET DES BEAUX ARTS.
O
core paru.
Na fait à Florence une nouvelle
Edition du Taffe , où il y
a beaucoup de Pieces de cet
Autheur qui n'avoient pas en
Jean Neaulme Libraire à la Haye vient
'd'imprimer deux Volumes in 1 2. avec figu
res, fous ce titre , Les Amans beuroeıx ¿
malheureux , ou les faveurs & les difgraces
de l'Amour. C'eſt une huitiéme Edition ,
qu'on dit eftre fort bien écrite .
Le premier Juillet le fieur Fauftin Crif
polti de Peroufe , nouvel Auditeur de
Rotte , foutint à Rome , dans la grande
Salle de la Chancellerie Apoftolique , une
loy tirée , ex Capitulo , omnibus , de Clerico
venatore , contre laquelle les fieurs de
Gamache François , Horrera Efpagnol ,
& Coyre Romain , tous trois Auditeurs
de Rotte , difputerent en prefence de 29.
Cardinaux.
$8 LE MERCURE
Le nouveau Pape a fait acheter la belle
Biblotheque d'Ifoldi , pour le prix de laquelle
il a fait payer dix - neuf mille écus
comptant , & les ordres font donnez pour
la tranfporter au Vatican.
Abregé Chronologique de l'Hiftoire de
France de Mezeray , nouvelle Edition ,
revite fur la premiere , imprimée à Paris
en 1698 , corrigée pour le ſtile , & augmentée
fur les dernieres Editions revues
par l'Autheur , &c. A Amſterdam , chez
Steenhouver 1721 , in 12.9 . vol .
L'Academie Del Cimento a fait imprfmer
à Naples , des Effais d'Experiences
fous ce titre : Saggi naturali d'Esperienze
dell Academia del Cimento.
Le fameux Poëte Gigli , qui s'étoit retiré
à Rome , à caufe de quelques Pièces
fatiriques qu'il avoit publiées contre l'Aca
demie della Crufca , a obtenu du Grand
Duc de Florence , la liberté de retourner à
Sienne fa patrie .
Le fixiéme Juin dernier il y eut à Lisbonne
une conference dans l'Academiè
Royale de l'Hiftoire , à laquelle le Roy fe
trouva incognito: le Comte d'Ericeyra y prononça
un difcours très éloquent fur l'ExalDAOUS
T
50
tation & les grandes qualitez d'Innocent
XIII. Cette Academie n'ayant pas paru
fuffifante pour occuper le grand nombre
de Sçavans de ce Royaume , Sa Majeſté
a encore accordé depuis peu des Lettres
Patentes pour l'érection d'une nouvelle
Academie Problematique : elle ne doit
s'affembler que le dernier de chaque mois ;
& comme toutes les queftions Problematiques
, à la referve des Problemes de
Geometric font de fon reffort , la premiere
Conference qui y fút tenuë le 30 du mois
de May dernier , fut employée à determiner
, lequel étoit le plus grand d'Alexandre
qui a conquis le monde , & de Diogene qui
le méprifoit. Le Docteur Clement Rodriguez
Montanha , Frere Conventuel de
P'Ordre de Saint Jacques , & Commiffaire
de l'Inquifition , difputa pour le Conquérant
, & le Docteur Paul Soares de Gama ,
un des grands Jurifconfultes du Royaume ,
-deffendit le Philofophe : l'un & l'autre fe
fervirent d'argumens fi forts & fi convaincants
, que la queftion demeura indecife
comme auparavant , ce qui fait affez voir
que ces Academiciens veulent apparemment
fe renfermer fcrupuleufement dans
les bornes prefcrites par leur inftitution .
Le rèfte de la feance fe paffa à rèciter plufieurs
Pieces de Poëfie Latine & Portugaife ,
qui font les deux feules Langues admifes
60 LE MERCURÈ
31
dans cette Academie , & à lire les Statuts
qui en reglent la difcipline. Avant que de
finir la feance , Don Etienne de Lis- Velho,
Secretaire perpetuel , tira au fort les non's
des Orateurs de la Conference du
Juin , & on leur donna pour Probleme
cette question de Politique , s'il étoit plus
utile à l'Empire Romain de conferver la
Ville de Carthage , que de la détruire , &
pour fujet d'un Poëme Heroïque , l'Exaltion
du Cardinal Conti an Pontificat.
Le Mercredy 6 Août l'Academie Royale
des Sciences à Paris , fit élection à la maniere
accoutumée de plufieurs Academiciens
pour remplir les places vacantes par
mort ou par mutations.
M. l'Evêque de Frejus , Precepteur du
Roy , de l'Academie Françoife , fut élu
honoraire à la place vacante par la mort
de M. le Marquis Dangeau.
M. de Valincourt Secretaire general de
la Marine , de l'Academie Françoiſe , fat
auffi élu honoraire à la place vacante par
la mort de M. le Chevalier Renau.
M. Bénard de Rezé , à celle d'Affocié
libre , vacante par la mort de M. de Montmort.
M. d'Anty d'Ifnard eft monté à la place
d'Affocié Chimifte , vacante depuis que
M. Lemeri eft monté à la place de Penfonnaire
Chimiſte
D'A O UST.
M. de Beaufort à celle d'Adjoint Geometre
, vacante depuis que M. l'Abbé
Terraffon eft monté à celle d'Affocié Geomettre
.
M. l'Abbé Moullier à celle d'Adjoint
Mechanicien , vacante par la mort de M.
Marius.
Tous ces nouveaux Academiciens ont
ptis feance le Mercredy 13 Août .
Le Lundy 18 Août , M, Languet de
Gergy Evêque de Soiffons , fut reçu à
l'Academie Françoife , à la place de M.,
d'Argenfon Garde des Sceaux ; il fit un
difcours fort éloquent , auquel M. Mallet
Directeur de cette Academie répondit,
L'affemblée étoit fort nombreufe , & honorée
de la prefence des plus grands Seigneurs
de la Cour. M. de la Motte y lut
deux Poemes qu'il a compofés pour la
convalefcence du Roy , dont l'un eft une
traduction du Te Deum. M. Danchet teranina
la féance par une Idylle fur le même
fujet , qui fut extrémement aplaudie.
N
De Paris.
Ous avons parlé dans le precedent
Mercure des Memoires de la Province
de Champagne , &c . par M. Baugier
, imprimez à Chalons chez Bouchard
, & qui fe vendent à Paris chez
612 LE MERCURE
Cailleau en 2. vol. in 8. mais nous n'avons
parcouru que le premier volume, dans
lequel même nous avons negligé une fingularité
remarquable , qui , felon l'Auteur,
ne peut paroître fabulenfe qu'à ceux qui
n'ont point été à Troyes , ou quiy ayant été
n'ont point fait attention à cette merveillez
c'est qu'il n'entre point de mouches dans la
Boucherie. Elle eft neanmoins fort grande,
Oil y a dans la faiſon une trés grande
quantité de Mouches aux environs de ce
bâtiment.
attribuent
ques-uns , dit M. Baugier
,
ce prodige à un Talisman , d'au
tres aux prieres de l'Evêque S. Loup.
Dans la feconde partie , en parlant de
l'Abbaye de S. Nicaife de Reims , l'Auteur
remarque une autre fingularité qui
vaut bien celle des mouches , dont l'entrée
eft interdite dans la Boucherie de
Troyes. C'est à l'égard d'un des pilliers ,
ou arc boutans , des plus gros de l'Eglife
de cette Abbaye , qui aide à foutenir le
clocher , on voit diftin &ement , dit-il , ce
pilier trembler au fon d'une des cloches :
maisfi elles fonnent toutes enſemble le pilier ,
ne tremble point.
Au fujet de l'Abbaye de Clairvaux , le
plus confiderable des 160 Monafteres que
S. Bernard ait fondés , l'Auteur dit que
lorfque l'Abbé vient à mourir , l'Office
Divin ceffe jufqu'à l'élection d'un autre
D'A O UST.
635
•
Abbé mais que pour n'être pas privés ,
d'entendre la Meffe , on fait venir des
Religieux de Citeaux pour la celebrer. 11 ,
remarque encore que chaque Religieux
Prêtre de Clervaux a . fon Autel particu
lier pour la dire , n'étant pas permis à,
deux Prêtres , de dire dans un même jour,
la Meffe fur un même Autel ; & on prétend
qu'on fuit en cela l'ancienne Difcipline
de l'Eglife .
La feconde Edition des Lettres d'Heloïfe,
& d'Abailard , mifes en Vers François
par M. de Beauchamp , paroît augmentée
d'une Lettre d'Heloife , & de.
quelques autres ouvrages . Elle fe vend.
chez Collombat , rue S. Jacques au Pelican.
L'Auteur dit dans fa Preface qu'il avoit
deffein de donner l'Hiftoire d'Abailard &
d'Heloife , & d'y inferer leurs Lettres.
Le Libelle qui en porte le titre , dit-il , ne
m'en auroit point empêché ; il eft fi mat
écrit plein de tant defauffetés , groffierement
tiflues , que je n'aurois rien rifqué de
travailler après un pitoyable Ecrivain. Ily
auroit même en de la justice de vanger, ces
illuftres malheureux ; mais malheureufement
pour le Public , M. de Beauchamp
n'a pas affez bonne opinion de fa plume,
& il s'en tient aux Lettres , qu'il donne
64
LE MERCURE
comme un coup d'effai. Si cet avertiffement
eft bien fincere , P'Auteur ne fe
donne pas un petit éloge. Il n'a point
fuivi l'original Latin , parce , dit- il , qu'en
1687. M. le Comte de Buffi , & en 1695
M.... ne s'y font point affujettis , &
qu'ils s'en font bien trouvés .
"
Dans une Lettre écrite à l'Auteur
immediatement après la Preface , on fe
plaint de la critique d'aujourd'hui , c'eſt
à dire , de cette critique fans régle &Sans
mesure qui s'étend indiftinctement fur
tous les Ouvrages qui paroiffent , bons on
mauvais . C'est un livre nouveau ; à Dien
ne plaife qu'on le life ; on n'y trouveroit
ni ftile , ni pensées , ni fentimens. C'eſt
une nouvelle -Piece "
on ne veut point la
voir , ou l'on n'y va que dans le deffein de
la fifler dès la premiere fois. On traite de
gens de l'autre monde ceux qui l'écoutent &
qui veulent la connoître avant que d'enjuger.
C'est un tel qui l'a faite , cela fuffit ,
elle ne vaut rien. C'est aujourd'hui veritablement
que perſonne n'a d'esprit que nous
nos amis . Un autre écueil d'autant plus
dangereux qu'il eft preſque inévitable , c'eft
la tropgrande complaiſance . Un jeune homme
entre dans le monde , il a de l'imagination
, du génie même ; on applaudit à
fes premieres faillies , & qui fonvent ?
des perfonnes plus capables de juger de fa
bonne
D'A OUS T. 65
bonne mine , que de fes ouvrages ; fi la raifon
ne vient à fon fecours , fon efprit eft la
dupe de fa vanité : il a cherché à plaire ,
on le flate qu'il a réuſſi ; le voila perdu .
Il paffe rapidement de la Chanfonnette à la
Tragedie. Cette Lettre contient encore l'éloge
de feu M. l'Abbé de Chaulieu , fi
connu par fes excellentes Peëfies . Venons
à notre Extrait.
Une Lettre qu'Abailard écrivoit à un
de fes amis , dans laquelle il lui faifoit le
detail de fes malheurs , tomba entre les
les mains d'Heloïfe , & lui donna occafion
de faire des reproches à Abailard de
fon infenfibilité , & de fe plaindre qu'il
préferoit les droits de l'amitié à ceux de
l'amour. C'eſt à peu près le fujet de la
premiere Lettre & des deux autres qui la
fuivent.
Premiere Lettre d'Heloïfe
Deviez - vous pour calmer des difgraces legeres,
Faire un fi long recit de toutes nos miferes ?
Non ; vous portez trop loin le zele & l'amitié 5
Cruel , & l'amour feul vous trouve fans pitié
Quelles reflexions vinrent troubler mon amo
Je fentis tout à coup reffufciter ma flame . · ´´
Ces tranfports fi long- tems retenus dans mon
coeur
F
66 LE MERCURE
&
Plus forts que ma vertu ,reprirent leur vigueur.
Dans mes yeux agitez on lifoit ma tendreffe ;
Toutes mes actions annonçoient ma foibleſſe.
Même au pied des Autels trop pleine de mes feux,
De profanes foupirs fe mêloient à mes voeux.
Un portrait de l'abfence adoucit la rigueur ,
Sa douce illufion paffe des yeux au coeur ;
Et l'amour dans fes traits renouvelle fans ceffe
La Maîtreffe à l'Amant , l'Amant à la Maîtreffe ,
De cette erreur flateufe on aime à s'occuper ,
Et fans ofer fe plaindre, un coeur fe fent tromper,
Mais bientôtle retour détruit cette impofture
Ce phantôme charmant , cette aimable peinture,
Quand l'objet de nos voeux vient finir nos dou
leurs ,
N'eft plus qu'un peu de toile & qu'un peu
couleurs.
de
Une lettre plus vive & toujours animée
Nous découvre le coeur de la perfonne aimée :
Elle parles on y voit fes moindres mouvemens
Ses craintes , fes defirs , & fes empreffemens.
Interprete éloquente , une lettre raſſemble
Tout ce qui fe diroit fi l'on étoit enfemble ;
Quelquefois plus hardie , elle fert mieux nos
YOCUX
It l'aultere pudeur y contraint moins nos feux.
D'AOUS T. UST.
Heritieres d'Adam , coupables comme lui ,
Notre coeur à befoin de fecours & d'appui :
Et nous cachons , helas ! fexe foible & fragile ,
Un trouble dévorant fous un dehors tranquile ;
Tantôt enfans de hajne , & tantôt de l'amour ,
La grace & le peché triomphent tour à tour.
Lorfque je vous perdis , je n'avois que vingt ans
Je recevois par tout des voeux & de l'encens
J'avois de la beauté ; la jeuneffe riante
Répandoit für mon téint une fraîcheur naiſſanté
Un naturel heureux , un efprit cultivé,
1
Des biens, de la naiffance , un coeur grand , élevés
J'étois telle en un mot qu'il faut être pour plaire,
Et je pouvois changer fans paroître legere ;
Cependant vous fçavez que fidelle à ma foi ,
De votre volonté je me fis une lois
On me vit aux Autels victime obeiffante
Confacrer ma jeuneffe , & remplir votre attente,
Fourquoi libre vous même, eûtes -vous la rigueur
De difpofer de moi ? Doutiez vous de mon coeur ?
Craigniez vous qu'un rival plus tendre & plus
aimable
N'allumat dans mon fein une flame coupable ?
C'eft ainfi que penfoit mon Oncle furieux ,
Quand il ofa tramer fon complot odieux
Fij
68 MERCURE LE
Il crut que de mon ſexe imitant la foibleffe ,
Le vôtre étoit l'objet de toute ma tendreffe .
Ton crime eft inutile , Oncle denaturé ;
En vain , Barbare , en vain tu l'as defiguré ;
Abailard dans dans mon coeur fera toujours le
même ;
{
Ce que j'aimois en lui , c'eft encor ce que j'aime ,
Et mon amour plus fort que ta ferocité ,
Me vange de ta haine & de ta cruauté.
Quel obftacle fatal s'oppose à cet effort !
Abailard dans mon coeur eft encor le plus fort
Je ne fuis plus à moi . Quel defordre
trouble !
quel
Mon feu fe renouvelle , & ma peine redouble.
Impitoyable amour ! j'oublie en ce moment
Que je dois pour jamais oublier mon Amant. "
Je ne vois plus que lui , ma vertu m'abandonne.
Je m'égare & me perds , je pâlis , je friſſonne :
N'eft- il point de remede à des maux fi preffans ?
Et peut on fans mourir fentir ce que je fens ?
Nous pourrons donner le mais prochain un
Exrait des deux autres Lettres .
L'édition nouvelle des Jugemens des
Sçavans fur les principaux Ouvrages des
Auteurs , paroîtra bientôt , en fept volumes
in 4º. elle fera confiderablement aug
'D'AOUS T. 6
mentée. C'eſt M. de la M. qui en eſt l'Editeur.
Nous n'avons point d'Ouvrage en
notre langue plus étendu pour l'hiftoire
des Sçavans , & de leurs Ecrits. Il n'y en
a pas de plus propre à infpirer le goût &
l'amour des belles Lettres . L'utilité & la
rareté de ce livre ont engagé les Sieurs
Moette , le Clerc , Moricet , Prault &
Coutelier , Libraires à Paris , à en donner
une nouvelle édition..
·
On imprimne en deux Volumes in folio ,
chez Urbain Coutelier , l'Hiftoire Naturelle
de Pline en Latin. On n'a rien oublié
pour rendre cette nouvelle édition plusparfaite
& plus commode que les precedentes.
Le P. Hardoin a ajouté un grand nombre
d'obfervations à celles qu'il avoit déja
faites fur cet Auteur ; on y verra gravéesplus
de 2co Medailles , que l'Auteur explique
à l'occafion de quelques paffages de
Pline. Le premier volume eft bien avancé
on efpere que ce livre paroîtra à la fin de
l'année.
Traité des Cloches , & de la fainteté de
Foffrande du pain & du vin aux Meffes des
Morts , non confondue avec le pain & le
vin qu'on offroit fur les Tombeaux : par
M. Tiers , Docteur en Theologie , Curé
de Vibraic. A Paris , chez Jean de Nully,
90 LE MERCURĚ
Saint-Jacques , à l'Imagé Saint-Pierre ,
1721. in 12. de 270. pages.
rue
C'est ici un Ouvrage poftume de M.
Tiers , qui a été communiqué au Libraire
par fon Neveu s & entre ceux que nous
avons de cet Auteur , il n'eft pas un des
moins finguliers. On y traite de l'origine
des Cloches & de leur ufage , &c.
Rapfodies , Billevefées , Balivernes , Rá
gotons. Vol. in 12. fe vend à Paris 1721 .
Cé Livre nous étant tombé entre les mains,
nous l'avons parcouru avec avidité , nous
paroiffint tout-à - fait du reffort du Mercu
re, & croiant d'y trouver quelques morceaux
propres à amufer : mais l'Auteur a fi
exactement tenu parole , & s'eft tellement
renfermé dans le titre de fon Livre , que
nous aurions cru abuſer de la patience de
nos Lecteurs , d'en donner un Extrait .
Il vient de paroître une brochure in 4
imprimée chez Coignard , de 31 pages ,
contenant les Difcours prononcez dans
l'Academie Françoite , à la reception de
M. l'Evêque de Soiffons , & deux Pieces
de Poëfies , dont nous avons cru devoir
faire part au Public.
L
Extrait du Difcours
E nonvel Academicien commença fon
diſcours d'une maniere bien modefter
D'A O UST. 71
"
1
L'Academie de Soiffons , dont je m'honorois
d'être membre , dit -il , avoit jufqu'ici
borné mon ambition ; mais cette élpece
d'alliance qui m'approchoit de vous ,
m'aprit bien tôt combien j'en étois éloigné .
Plus je méditois vos ouvrages , plus je
fentois la difference qui fe trouve entre
des Maîtres & leurs Eleves , & c. Telles
étoient mes penfées , lors que j'apris que
vos fuffrages in'accordeient ce que je n'ofois
demander , ni prefque defirer . Aprés
fes remercimens à l'Academie , M. l'Evêque
de Soiffons fait l'éloge du Cardinal
de Richelieu , du Chancelier seguier.
Il met enfuite dans un beau jour les grandes
& éminentes qualitez de Louis XIV. Il
dit au fujet de M. le Regent , Les Princes
protegent quelquefois les Sciences , fans
les goûter , fans prefque les connoître :
celui- ci les connoît , il les goûte , il les
perfectionne , il les enrichit par fes recherches
, & par la multitude de fes connoiffances
; il réunit dans fa perfonne , ce qui
dans les fiecles paffez auroit donné de la
renommée à plufieurs perſonnages.
# J
Je laiffe aux Guerriers qui font parmi
vous , dit-il en parlant de Louis le Grand
à peindre en lui le victorieux , aux fages
Politiques à reprefenter le Legiflateur.
Pour moi , je ne voudrois louer que cette
Religion fincere , qui ne fut ni abattuë
7% LE MERCURE
dans les malheurs , ni oubliée dans les
triomphes , ni éteinte dans les plaiſirs , ni
déconcertée à la mort.
Au fujet de Monfieur d'Argenson , l'Orateur
dit , que Paris , cette Ville immenfe,
étoit maintenue dans l'abondance & dans
la paix , par l'austere vigilance du Lieure .
nant de Police . On auroit cru que cette
populace auffi tranquille que nombreuſe,
n'étoit qu'une feule famille , dont il pacifioit
les querelles , dont il jugeoit les
differends , dont il regloit les occupations ,
dont il procuroit la nouriture. A voir
comme il s'occupoit de tous ces détails ,
& la nuit & le jour , fouvent aux dépens
de fes repas & de fon fommeil , on cût
dit qu'il n'avoit point de corps. A voir
comment il fçavoit tout , il pourvoyoit à
rout , il étoit par tout ; on eut dit qu'il
en avoit plufieurs au moins auroit - on
cru que plufieurs Magiftrats paitageoient
le travail dont il fe chargeoit feul . Tranquille
au milieu de fes audiences.tumul
tueufes , il répondoit à tout fans confu
fion ; il moderoit tout fans inquietude ,
fans s'émouvoir , prefque fans parler. Un
inftant lui fuffifoit pour expedier à la fois
plufieurs affaires differentes. Son regard
prononçoit une Sentence , tandis que la
bouche en dictoit une autre , & que fa
main en traçoit une troifiéme. Cependant
:
il
D'AOUST. 75.
il fe faifoit un jeu de ces occupations multipliées
, & fon efprit au milieu d'elles ne ,
perdoit rien de fon enjoüement & de fa
delicateffe . On difoit communément qu'il
y avoit en lui deux perfonnes differentes ,
dont l'une fous un oeil effrayant , & un
vifage fevere confondoit le crime , & faifoit
pâlir la fraude & la violence : Dans,
Pautre l'auftere d'Argenfon n'avoit plus,
rien
que de gay
&
d'aimable
dans
les ma
nieres
, dans
les
difcours
, & prefque
dans
la phifionomie
.
Les éloges pour le Roy , dans lefquels
P'Orateur fait entrer Madame la Ducheffe
de Ventadour font tendres , nobles , &
affectueux. On voit dans ce Prince , dit- il,
de la compaffion pour les malheureux ;
elle nous annonce la tendreffe qu'il aura
pour fon peuple. Je vois près de lui , d'un
côté la fageffe , la valeur , la grandeur , la
magnificence , la bonté , la probiré ſous
l'exterieur d'un Maréchal de France ; (a) de
l'autre , c'eft la Religion même , qui fous
la forme d'un Evêque , ( b ) exerce ce coeur
docile aux devoirs de la pieté. Qu'aper
çois- je encore près du jeune Monarque ?
(c) la Verité , qui approche fi rarement
du thrône des Rois , je la vois qui preſide
(a ) Le Maréchal de Villeroy.
(b ) M. l'Evêque de Frejus .
( c) $ . A. S. Monfieur le Duc.
G
74 LE MERCURE
à l'éducation de celui- ci dans la perfonne·
d'un Prince dont la fincerité fait le
premier
caractere , & qui hait fouverainement
la duplicité & l'artifice .
1
M. l'Evêque de Soiffons termine fon difcours
par ces traits : Et vous , MESSIEURS ,
preparez dès ce jour les éloges que vous
donnerés à ce Roy , bon , jufte , clement
& religieux , puis qu'il fe prepare dès à
prefent à les meriter. Hâtez- vous d'amaffer
des couronnes dignes de lui : Qu'il le fçache
, & que leur vûe excite dans fon coeur
le defir de les acquerir. Que fçai - je s'il
'épuifera pas par fes vertus les éloges dis
à un Roy pacifique , comme fon Bifayeul
déconcerta plufieurs fois par la rapidité de
fes conquêtes , les louanges que vous prepariez
à fes victoires.
Monfieur Maler , Directeur de l'Academic
, répondit à M. l'Evêque de Soiffons,
& lui dir , MONSIEUR , il regne dans
toutes les parties de votre Difcours une
diction pure & polie , une imagination
vive & feconde , un genie noble & élevé,
Ces talens font hereditaires dans votre famille
, & l'on y trouve également dequoi
former l'accord harmonieux de l'Eloquence
,& celui de la Politique. Plus vous avez
de talens , plus vous contractez d'obligations.
Affujetti à nos loix & à norre difcipline
, fouvenez - vous , toutes libres
D'AOUS T.
75
qu'elles font , que vous êtes prefentement
chargé d'une portion du travail commun.
Vous avez fait , MONSIEUR , un ſi beau
portrait des vertus de Louis XIV , & vous
avez expliqué avec tant d'éloquence la protection
dont il honora l'Academie , en l'aprochant
de fon Thrône , & en la croyant
neceffaire à la gloire de la Nation , que je
me contenterai de dire que fi Louis fût par
fa naiffance le plus grand des Rois , fest
exploits , fa justice & fa pieté l'ont rendu
le plus grand des hommes.
VERSprononcer au Royfurfa convalescence
Pør M. DE LA MOTTE de l'Academię
Françoife.
Qu'un U'un feul jour enfante d'allarmes
Tes maux naifoient déja les larmes
Couloient de tous les yeux François ,
Cher PRINCE , une crainte mortelle
Defoloit ce peuple fidelle ,
Fameux par l'amour de fes Rois.
Mais le Ciel fatisfait des premieres menaces
Fait luire les momens heureux ;
Et par ce prompt fecours nos actions de graces
Se confondent avec nos voeux.
Jouis de cette longue joye
Qu'à l'envi- ton peuple déploye ,
Après de fi vives douleurs ;
Er du zele qui le ſignale
ļ
Gij
78 LE MERCURE
Reconnois une épreuve égale
Et dans fa joye & dans fes pleurs.
Pour nous , dans le danger qui menaçoit ta vie ,
Plus de plaifirs , plus de repos ;
Dès qu'elle t'eft rendue au gré de notre envie
Nous ne connoiffons plus de maux.
Quelle voix fidelle s'empreffe
A te conter notre allegreffe ,
Victorieufe du fommeil ?
Qui te peindra ces nuits brillantes ,
Où nos fêtes étincelantes
Trompent l'abfence du ſoleil ?
Avec affez d'ardeur quelle bouche t'exprime
La tendreſſe de nos diſcours ,
Et ces cris enflammez que fans ceffe ranime
Le feul interêt de tes jours ?
Ainfi du bonheur de la France
Fonde en toi l'heureuſe affurance
Tu recueilles déja le prix ;
Ainfi lors que ton peuple efpere ,
Qu'en toi tu lui formes un pere ,
Il a pour toi le coeur d'un fils.
Acheve de former ce Souverain Augufte .
Qu'en toi tous les yeux ont pleuré ;
Acheve de former ce Roy fenfible & juſte
Que notre joye a celebré,
D'AOUS T.
77 .
LA NAYADE DES THUILLERIES ,
Sur l'heureux Rétablissement de la
Santé du ROT.
Par M. DANCHET , de l'Academie Royale
des Infcriptions des Belles Lettres , &
l'un des Quarante de l'Academie Franfoife.
LE Fleuve dont les eaux tranquilles
Embelliffent le fein de la Reine des Villes ,
Avoit quitté fa fource , & vifitoit fes bords :
Il arrive : il entend mille cris d'allegreffe ,
Et voit tout Paris qui s'empreffe
A faire de ſa joye éclater les tranſports.
Surpris il s'arréte ; il appelle
Du Palais de nos Rois la Nayade fidelles
Nymphe , qui par le choix des Dieux ,
Partageant les honneurs de Zephire & de Flore ,
De ces jardins delicieux ,
Baignez les jeunes fleurs & les preffez d'eclore ,
Parlez , de quels concerts retentit ce fejour ?
Quels feux , transformez en étoiles ,
Dans l'absence du Dieu du jour ,
Ont de la nuit obfcure écarté tous les voiles
D'où naiffent ces plaifirs , ces danfes , ces feftias?
Dieu de ces bord's , dit- elle , à quels torrens de
larmes
G iij
LE MERCURE
Succedent ces ris & ces jeux !
Helas ! vous êtes trop heureux
D'avoir ignoré nos allarmes !
Notre Roy,notre eſpoir , nos plus cheres amours,
Ce refte precieux du plus grand des Monarques ,
Ce Prince .... j'en fremis , nous avons vu ces
jours
Menacez du cizeau des Parques !
Yous fremiffez vous - même , ah ! quels troubles
affreux
Agitoient fon Peuple fidelle ,
Auxmomens qu'une ardeur cruelle
our cette tendre fleur faifoit craindre fes feux
Tel qu'un Lis , la gloire de Flore ,
Qu'en naiffant l'Aurore embelit ,
Bitôt que du Midi la chaleur le devore,
Perd fon éclat & s'affoiblit :
Déja fa tige languillante
Succombe fous le poids de ſa tête mourante &
Tel , ce Prince charmant , digue prefent des
Dieux ,
Perdoit tous les attraits dont il brille à nos yeux
Je ne vous dirai point la douleur répanduë ,
La terreur portée en tous lieux ,
Les pleurs d'une Cour éperdue :
Eh! de quelles couleurs peindrois - je Villeroy
Plus languiffant encor , plus mourant que fon
Roy ?
D'A O UST. 72
La valeur du Guerrier , ni la raifon du Sage
Ne parent point de fi grands coups ,
Il croit voir les Deftins jaloux
Prêts à lui ravir fon ouvrage.
Un régard , un foupir de fon Prince accable
Penetre fon ame ſenſible !
Il fe trouble , il pâlic à ce péril terrible ,
Le feul ou fon coeur ait tremblé.
Ff toy (a ) , qui nous a fait admirer ta prudence ,
Lorfque de notre Roy tu cultivois l'enfance ,
Et preparois fon jeune coeur
A ce qui doit un jour fonder notre bonheur.
Quelle mere jamais livrée à la triſteffe ,
Voyant dans fon effroy , le bucher preparé
Pour un fils expirant , feul fruit de fa tendreffe ,
Sentit de plus de traits tout fon fein dechiré
Mais pourquoy rapeller ces images cruelles ?
Des horreurs du trépas notre Roy fort vainqueur,
Il a déja repris ces graces naturelles
Qui lui fçavent ouvrir tous les chemins du coeur,
Chantez, Mufes, chantez, il aime à vous entendre
(b) Le plus cher de vos Favoris ,
Soigneux de le former dès l'âge le plus tendre ,
Lui fait de vos talens connoître tout le prix.
Vous le verrez bien - tôt fur cette heureuſe rive !
A la douceur de vos Chanfons
Madame la Ducheffe de Ventadour.
M'Evêque de Frejusj
Giiij
LE MERCURE
Prêter une oreille attentive ;
Excitez tous vos nourriffons :
Qu'à lui plaire chacun s'empreſſe ,
Mais ne l'occupez point par de frivoles fons ,
Sous l'attrait du plaifir montrez -lui la Sageffe ,
Et jufques dans ces jeux tracez - lui des leçons.
Peignez les vifs tranfports que la France deploye,
Et lui faifant voir notre amour ,
Source unique de notre joye ,
Dites- lui , qu'il nous doit le plus tendre retour.
Ce n'eft point la magnificence ,
Ni la gloire des grands exploits ,
C'est l'amour mutuel des Peuples & des Rois
Qui d'un Thrône éclatant affermit la puiffance :
Qu'à regner dans les coeurs il borne fes projets ;
Nous l'aimons , notre amour efpere
Qu'il gouvernera fes Sujets
Moins comme Roy , que comme Pere.
Nymphe , n'en doutez point : il comblera nos
voeux ,
S'écrie à ce recit , le Fleuve de la Seine ,
Favorables Deftins , Puiffance Souveraine ,
Qu'il vive feulement & nous fommes heureux.
Vous , Nymphe , marquez votre zéle ,
Raffemblez à fes yeux les innocens plaiſirs ,
Le Ciel fe rend à nos defirs ,
Je cours au Dieu des Mers en porter la nouvelle
D'AOUST.
LES BEAUX ARTS.
L
Es beaux Arts ont fait une grande
perte vers la fin du mois dernier en
la perfonne du fieur Watteau , Profeffeur
de l'Academie Royale de Peinture , qui eft
mort d'une maladie du poumon, feulement
âgé de 37 ans , âge fatal à la Peinture. Le
fameux Raphaël d'Urbin , & Euftache le
Sueur font morts à cet âge- là .
Le gracieux & élegant Peintre dont nous
annonçons la mort
dans fa Profeffion
›
› étoit fort diftingué
& fa memoire fera
toujours chere aux vrais amateurs de la
Peinture. Rien ne le prouve mieux que le
prix exceffif auquel font aujourd'hui fes
Tableaux de Chevalet en petites figures.
Il n'en a fait que de cette elpéce , dans le
goût Flamand , mais dont le coloris aproche
fort de celui de Rubens . Il avoit beaucoup
étudié cette l'Ecole. Il a laiffé fes
Deffeins & fes Etudes à M. l'Abbé Harancher,
fon ami , Chanoine de S. Germain
l'Auxerrois , qui aime les bons Tableaux ,
& qui en a des meilleurs Maîtres dans fon
Cabinet.
M. Watteau étoit natif de Valenciennes,
& d'une très- honnête famille. D'un na
1.
$2 LE MERCURE
-
turel doux & affable , fes moeurs furent
toujouts amples , & fa probité égala fon
merite. Exact obfervateur de la Nature ,
il s'ouvrit par elle un nouveau ſentier
pour arriver aux perfections les plus delicates
& les plus piquantes de fon Art.
On fait tout à la fois fon éloge & celui
de l'Academie Royale de Peinture , en racontant
de quelle maniere il y fut agregé.
Watteau , fans être connu , ni protegé de
perfonne , fir un Tableau pour être prefenté
aux Academiciens , dans l'intention
feulement d'obtenir d'eux leurs fuffrages ,
pour aller fous leurs aufpices étudier à
Rome dans l'Academie que le Roy y entretient
pour former de jeunes Eléves , fur
les grandes compofuions des plus celebres
Peintres Sur ce même Tableau , Watteau
qui ignoroit feul fon talent & fa capacité,
obtint bien plus qu'il ne demandoit : Il fut
reçû Profeffeur de l'Academie Royale de'
Peinture à Paris . Quel merite ce trait
de fa vie ne prouve t'il pas en lui ?
Et quelles lumieres & quelle équité ne
nous montre- t'il pas dans les membres
qui compofent cette celebre Compagnie ?
Le Génie de cet habile Artifte le porroit
à compofer de petits fujets galants ;
Nôces champêtres , Bals , Mafcarades ,
Fêtes Marines , &c. La varieté des drapesies
, des ornemens de tête , & des habille
D'AOUST.
mens , font fur-tout grand plaifir dans fes
compofitions. On y voit un agréable mêlange
du ferieux , du grotefque & des
caprices de la mode Françoife ancienne &
moderne. Sur-tout le precieux talent de la
grace dans les airs de têtes, principalement
dans les femmes & les enfans qui fe fait
fentir par tout. Sa touche & la vagnezze
de fes payfages font charmantes. Sa cou
leur eft pure & vraye , fes figures ont
toute la delicateffe & toute la précifion
qu'on pourroit fouhaiter, Les ciels de fes
Tableaux font tendres , legers & variez ,
les arbres font feuillés , difpofés & placés
avec art , les fites de fes payfages font admirables,&
fes terraffes d'une verité naïve,
auffibien que les animaux & les fleurs
La carnation de fes figures eft animée &
douillette , les étoffes de fes draperies font
plus fimples que riches , mais elles font
moëlleufes , avec de beaux plis , & des
couleurs vives & vrayes.
Il avoit été Eleve de M. Gilot , de
PAcademie de Peinture , ce génie fécond
& fingulier , qui manie avec tant d'Art le
Pinceau & le Burin.
LE MERCURE
1
י ו
Suite de l'Extrait de la Piéce intitulée,
Les incommoditez de la Grandeur.
C
ACTE III.
LEON , Confident du Comte de
Charolo's , qu'on avoit chargé de contrefaire
l'Ambaffaieur , ravi du fuccès de
fon entreprise , fe diſpoſe à une ſeconde Ambaffade
porr embaraffer encore davantage
Gregoire , dont l'inquiétude augmente à la
nouvelle de la Guerre qu'un des Princes
Les voisins eft fur le point de lni declarer.
Scene premiere.
LE COMTE.
Il écorche fouvent & les noms & les verbes ,
Et dans tous fes propos il eft riche en proverbes
Mais dans fes quolibets qu'il prodigue à foifon ,
L'on découvre toujours certain fond de raifon
&c.
On affemble le Confeil pour deliberer fur
le parti qu'il y a à prendre. Les differens
avis de fes Confeillers , dont les uns font
pour la Paix , les autres pour la Guerre ,
D'AOUST.
se font qu'augmenter ſa peine , ne fçachant
à quoi fe déterminer. Au fortir du Confeil
il fe trouve affiegé par une troupe de demandeurs
qui lui prefentent des Placets :
mais fur-tout un Sçavrnt ridicule , qui fe
plaint du peu d'égards qu'on a de fon me
rite,
GREGOIRE.
Viens , hé! Cafaquin Noir , qu'eft ce donc que
tu veux ?
Scene III..
FADIUS.
Je viens me plaindre ici du Deftin malheureux,
Où l'on voit les Sçavans reduits dans la Province,
Eloignez de la Cour & des bienfaits du Prince,
J'ay fçû d'un bout à l'autre Ariftote & Platon ,
Euripide , Pindare , Homere & Lycophron ;
Car je ne parle point de Virgile & d'Horace ,
Tous ces Auteurs Latius font des grimauds de
Claffe.
Jefçay le Siriaque & l'Arabe & l'Hebreux,
Le Caldéen , le Caphte ....
GREGOIRE
Oh ne jure pas Dieu !
FADIUS.
J'ay fait depuis vingt ans plus de vingt Commen.
taires ,
De mes Livres fameux j'accable les Libraires.
Il ne s'eft rien paffé de grand dans tout l'Etag
86 LE MERCURE
Qui n'ait reçu de moy quelque nouvel éclat
Et le Prince jamais n'a gagné la victoire
Dont ma plume auffi tôt n'ait celebré la gloire.
Je ne dis rien de faux & pour en faire foy ,
Voici les Vers encor que je porte fur moy.
Ce n'eft pas comme on voit fur rien que je me
fonde ,
Et je les donne à faire aux plus fçavans du monde;
Et lorfque pour les fruits de mes productions ,
On devroit voir fur moy pleuvoir des penfions ,
La Cour, l'ingrate Cour, pour prix de ma fcience,
Me laiffe injuftement languir dans l'indigence.
GREGOIRE.
Ecoute, jette au feu ce vain tas de papier ,
Et fi tu m'en veux croire , aprends un bon metior,
Avec ton Hebrieu je te dirai qu'en fomme ,
Un métier ne vaut rien , s'il ne nourrit fon homme
.
Retiens bien cet avis , & du refte bon foir.
FADIUS.
Ah Ciel + traiter ainfi des gens de mon fçavoir !
O trop injufte Cour ! fejour de l'ignorance !
Voila quels font les fruits de ta reconnoiffance
Va , tu reffentiras mon indignation ;
Je te donne aujourd'huy ma malediction ,
Et pour me bien vanger , & par un trait celebre ,
Ne puiffe tu fçavoir ni l'Hebreu ni l'Algebre ,
&c.
Gregoire revient un peu du chagrin que
D'AOUS T. 87
lui avoient caufé tous ces Placets , par la
vue de fes Trefors qu'on lui mentre ; mais
Ja joye n'eft pas de longue durée , car en
un moment cet argent eft employé à payer
fes Officiers , fans qu'il lui refte rien ; ce
qui l'oblige à dire
Si tout va de la forte , un Prince eft malheureux
Et de tous les Sujets fe trouve le plus gucax.
Il a de grands trefors , mais ils font au pillage,
Oh! je veux cependant mieux regler mon menage,
Je fuis votre valer , & je prétens d'abord ,
Garder à l'avenir la clef du Coffre-fort.
Scene V.
LE DU C.
Mais , Seigneur , Votre Alteffe
GREGOIRE .
Ah ! point tant de paroles.
Belle Alteffe , ma foi , qui n'a pas deux oboles,
Je vois dans ce pays que chacun fonge à foy
Mais je veux, s'il vous plaît, être maître chez moi,
Scene VI.
Bon.... autre dudit jour , dans fa robe de cham
bre ,
Et qui s'en vient fourre comme au mois de Decembre.
C'est un Aftrologue qui fe prefente à
Lui , & qui l'épouvante par de fâcheufes
prédictions. On lui fait entendre un Concert
pour calmer fon efprit ; aprés lequet
88 LE MERCURE
on le conduit par la ville , en attendang
le dîner.
PAROLES DU CONCERT.
Premier Muficien.
Heureux qui fur le Trône & craint & reveré ,
Dans le fein des grandeurs peut voir couler fa
vie.
Second Muficien.
Heureux qui loin du monde & des yeux de l'envie
Dans le fein du repos peut vivre retiré.
I.
Quelle folitude!
2.
Quel embarras !
I.
A vivre dans l'oubli trouvez-vous des appas a
2 .
En trouvez- vous à vivre avec inquietude
I.
Peut- on dans cet état contenter fes defirs ?
2.
On cft toujours exemt de defir & de crainte
I.
On vit fans plaifirs.
2.
On vit fans contrainte,
707
31
D'AOUST,
En Dus,
I.
Non , non , la grandeur
Ne peut trop nous plaire
Non , non , la grandeur
Doit toucher un coeur.
Elle fçait nous faire
Un parfait bonheur.
Non , non , &c.
La Mufique eft de la compofition de Ma
du Tartre
ACTE I V.
Scene premiere.
Gregoire s'étant échapé des Courtisans
qui l'obfedoient , repaffe dans fon efprit
tout ce qui lui eft arrivé depuis qu'il eft
Duc. Il s'exprime ainsi .
Enfin me voila feul , ne vois - je là perfonne ?
Non. Eh ! pargoi , Meffieurs , vous me la baillez
bonne.
Ils m'avoient plus promís de beurre que de pain ?
Je fuis Altefle & Duc , & fi je meurs de faim.
Quel pefte de métier ! & le moyen d'y vivre !
Je ne puis faire un pas , qu'ils ne viennent me
fuivre ;
6
Il faut me fauver d'eux pour être en liberté ,
Et j'ai toujours cent gens pendus à mon côté
Il me faut effuier un Harangueur mauffade :
Et ce vilain braillard avec fon ambaffade !
H
LE MERCURE
Je vois un coffreplein d'argent, & c'eſt fort beaus
Mais les drôles entr'eux partagent le gâteau.
Chacun d'eux fans façon fe nantit à fa guife ,
Et je me trouve moi gueux comme un ra
d'Eglife .
Au lieu d'un bon dîné dont j'aurois grand befoin
A de vaines chanfons ils bornent tout leur foin.
Ma foy l'on ne vit pas de danfe' & de mufique ;
A mener ce beau train on deviendroit étique.
Si c'est là ètre Duc , pargoi point de quartier ,
Je me declare net , je renonce au métier.
Comment ? j'aimetois mieux cent fois être à la
chaine.
Scene II.
LE DUC.
Seigneur , toute la Cour étoit de vous en peine 3
Je vous cherchois.
·
GREGOIRE..
Et moi je ne vous cherchois pas.
ft -ce done que fans vous je ne puis faire un pas
Je me laffe bientôt de tout ce tripotage ,
Et je ne prétends pas qu'il dure davantage..
LE DUC.
Mais vous êtes le Maître , & pouvez ordonner,
GREGOIRE.
Eh bien j'ordonne donc qu'on me faffe dîner.
Voyez vous , je me fens les dents longues d'uno
aune ;
J'en reviens toujours là , c'eft le but de mon
proue.,
1
D'AOUS T.
3
LE DUC.
On eft après , & fi l'on femble reculer ,
Cen'eft qu'afin, Seigneur , de vous mieuxregaler ,
GREGOIRE.
Mon Dieu , je ne veux point tant de ceremonie
Pourvû que j'aie enfin la panfe bien remplic ,
Que m'importe comment ? un bon flacon de vin
Quelque morceau de lard , du fromage du pain a
C'est tout ce qu'il me faut.
LE DU C.
Mais un repas fi mincer
Ne paroit pas, Seigneur, affez digne d'un Prince
Il faut avoir égard à votre dignité.
GREGOIRE .
Compere , ayons égard à la neceffité. -
Carmagnole l'appaise en l'aſſurant que
fon diné fera bientôt prêt. Sur ces entre~
faites un Officier tout effrayé lui apporte
la nouvelle du debarquement de l'Empereur
de la Chine , avec une Armée de dix
mille hommes. L'Ambaſſadeur qui lui avoit
declaré la guerre, lui offre de la part de
Sou Maistre de terminer leur differend par
un duel.
Scene V.
CLEON.
Congez à vous , Seigneur , mon Maître commo
un foudre ,
Hij
LE MERCURE
Tombant fur vos états peut les reduire en
poudre , & e.
Mais le Roy qui connoît qu'en ces combats.
fanglans ,
Les Petits bien fouvent font punis pour les
Grands ,
Par un trait qui fied bien aux ames magnanimes ,
Noudroit bien épargner le nombre des victimes ,
Et je viens en ces lieux vous offrir un parti ,
Dont il ne craindra point de fe voir démenti :
C'eft que vous choififfiez une de ces épées ,
Pour être dans le fang l'un de l'autre trempées s
Il voudroit bien avoir , éprouvant de vos coups,
L'honneur de fe couper la gorge avecque vous.
GREGOIRE.
Quel chien de compliment celui-là vient -il faire ?
Il faut m'aller couper la gorge pour lui plaire.
Pefte du compliment ! voyez le bel honneur ?
CLEON.
Il vous a toujours pris pour un Prince de coeur.
· ; ·
Puis que vous refuſez un parti fi louable ,
Du fang qu'on répandra vous ferez reſponſable. į
Songez que vous pouvez ailément prévenir
Des maux que votre mort pourra feule finir .
GREGOIRE.
Ce maudit Envoyé vient d'échauffer ma bile ;
Au moins qu'on ferme bien les portes de la Ville:
D' A O UST. 93
Pargoi je ne vis pas , pefte foit du mêtier :
Il commence déja bien fort à m'ennuyer .
LE DUC.
Le danger eft preffant ; il eft bon qu'on obferve...
Scene V I.
ORONTE.
Servira t'on , Seigneur ?
GREGOIR E.
Vite , vite, qu'on ferve.
LE DUC.
Mais, Seigneur, l'Ennemi contre nous déchaîné ...
GREGOIRE.
L'Ennemi , l'Ennemi , peut- être a bien dîné.
Dînons à notre tour , point de ceremonie ;
Tout en va beaucoup mieux quand la panfe eft
garnic.
Après tant attendu nous dinerons enfin,
Quel eft cet homme - là ?
Scene VII.
ORONTE. '
C'eft vatre Medecin,
GREGOIRE.
Mon Medecin ! pourquoi ? je ne fuis pas malade.
Ça ça , donnons d'abord deffus cette falade.
Compere , pourquoi donc eft- ce que vous l'ôtez?
LE MEDECIN avec une baguette
dont il touche les plats pour les faire ôter.
Les herbes , Monfeigneur , cauſent des cruditez
94
LE
MERCURE
Et comme mon devoir veut que je m'intereſſe
A conferver toujours en fanté votre Alteſſe ,
Je ne dois point du tout fouffrir qu'on ferve ici
Aucuns mets malfaifants & tel que celui - ci.
GREGOIRE.
Ces Canards que je vois ont affez bonne mine ,
Et me feront grand bien jettez dans ma poitrine.
On te le plat
Encore ! eft-ce pour rire & me faire enrager.
LE MEDECIN..
Monfeigneur, cette viande eft un mauvais manger.
Nous avons condamnétoutes ces chairs noirâtres,
Dures à l'eftomac & trop opiniâtress;
Car ce n'eft pas le tout, Monfeigneur , d'ingerer,
Il faut encore fonger à pouvoir digerer.
Je vous interdis donc ces oifeaux aquatiques ,
Lefquels rendent d'ailleurs les gens melancoliques .
GREGOIRE.
J'aperçois un rágoût là - bas de bonne odeur ;
Ellayons.en.
LE MEDECIN.
Non pas s'il vous plaît , Monſeigueur,
GREGOIRE.
Et pourquoy ?
LE MEDECIN.
Monfeigneur , toutes les fricaffées☀
Tous ces mets de haut goût, ces viandes épicées
Mettent dans l'eftomac un feu tout devorant
Irritent trop la foif par ce feu confumant;
D'A OUST.
T$
Or
Or qui boit trop , éteint cette humeur radicale ,
Qui feule foutient l'homme & la vie animale.
GREGOIRE..
Les fruits du moins , ami , pourront me rafraîchir
Et.
LE MEDECIN.
Non , certes , Monſeigneur, je ne le puis fouffrir ;
Je fçais trop mon devoir , il y va de ma vie.
GREGOIRE..
Ils me femblent fort beaux , & me font grande
envie. 2
LE MEDECIN.
Refrenez , Monfeigneur , cette cupidité ,
Ces fruits font dangereux & pleins d'humidité.
C'eft un fuc flatueux trifte , fluxionnaire ,
Hipocrate en cent lieux que j'ai pris» ſoin d'exe
traire ,,
Par de fortes raifons le prouve évidemment ,,
je fuis en cela fort de fon fentiment.
Mais
GREGOIRE.
que voulez-vous donc , s'il vous plaift, que
je mange ?:
LE MEDECIN.
Vous prendrez , Monfeigneur , cette écorce
d'orange ,
Avec une douzaine environ de cornets ;
Nous pourrez prendre encore une couple d'oeufs
frais
96
MERCURE LE
Et fi vous le voulez cette petite pêche ,
Mettant fur tout cela deux grands verres d'eau
fraîche.
GREGOIRE.
Ah! traître , empoisonneur , fcelerat inhumain ,
Tu me veux donc ainfi faire mourir de faim ?
Le coquin a bien fait d'éviter ma vengence .
Il faut chaffer d'icy cette maudite engence .
Or mangeons maintenant , je fuis en liberté ;
Vangeons - nous en donnant d'abord- fur ce pâté.
Enfin une conſpiration contre sa vie , dont
on lui apprend la nouvelle , joint aux autres
incommoditez qu'il vient d'éprouver, lui fait
prendre la refolution de renoncer à fa now
velle dignité. Il pourſuit ,
Scene IX.
Et dequoi me guerit tout ce fracas de Prince ,
Ces honneurs , ces refpects , & cet éclat nouveau ,
S'il ne m'eft pas permis de manger un morceau ?
Quoy !toujours en danger du fer on de la
faim ,dit-il ?
Parlons fans barguigner , je m'appelle Gregoire ,
Et ne fuis point né Duc fi j'ay bonne memoire.
A mon reveil tantôt je me le fuis trouvé ,
Et je penfe à mon dam , mais Dieu m'a prefervé,
Voilà donc cet état , & ce bonheur de vie ,
Voilà ce qu'on regarde avec des yeux d'envie ,
Et
D'AOUST.
Et pourquoi l'on s'expoſe à cent fortes de maux .
Helas ! par la morgoy , les hommes font bien
fots , &c.
Le Duc ordonne à un de fes Officiers de
lui donner un breavage pour l'endormir ,
de le faire reporter avec ſes premiers.
habits dans l'endroit où on l'avoit pris.
Scene XI.
LE DUC .
Que voulés-vous , mon fils , de plus pour vous
inftruire ?
Cet exemple nous dit tout ce qu'il nous faut dire.
LE COMTE .
Je le comprens , Seigneur , je le fens & je vois
Que de notre grandeur nous fentons mal le poids,
L'habitude nous trompe , & la rend ſuportable :
L'agrément en eft vain , la peine veritable ;
Et fans un fort grand Art en ce poſte orageux ,
Dans le fein de la gloire on ſe voit malheureux .
LE DUC.
Oui , mon fils , notre rang eft plein d'inquiétude,
L'Etat d'un Souverain eft une ſervitude.
Avec ce grand pouvoir dont on eſt fi jaloux ,
Nous dépendons de ceux qui dépendent de nous,
& C,
98 LE MERCURE
ACTE V.
Les ordres du Duc ayant été executez , -
Gregoire eft fort ſurpris en ſe réveillant de
fe trouver dépouillé de toute fa grandeur 5
& croyant que tout ce qui lui eft arrivé n'a
été qu'un fonge , il en fait le recit à Lubin ,
autre Payfan defes amis , qui l'avoit éveillé.
Carmagnole , qui l'obſervoit , s'en farfit
comme d'un defertenr . Gregoire tâche defe
Sauver : mais il eft arrêté par le Capitaine
Valere , qui lui declare l'ordre qu'il a reçû
du Duc de le faire punir dans toute la ri
gueur des Loix , pour fervir d'exemple aux
autres, Le Duc furvient, Gregoire est ſurpris
de revoir fon Chambellan dans celui qu'on
dit être le Duc de Bourgogne , & de trouver
fes prétendus Officiers dans les Courtisans
qui accompagnent ce Prince . Enfin après
bien des frayeurs il obtient fa grace , & le
Due le retient à fon service.
SCENE DERNIERE.
LE COMTE.
Il est divertiffant , & d'une humeur plaifante,
LE DUC.
Daus fon état , mon fils , il a l'ame contente.
Sa grandeur , il cft vrai , n'a pas duré longtems ,
Mais de même en eft-il du deftin des plus Grands.
Le rang que nous tenons paroît digne d'envie
D'A O UST . 99
Mais il le faut , mon fils , quitter avec la vie.
Cette vaine grandeur ne doit point nous enfler ;
C'est un torrent qui paffe, & qu'on voit s'écouler .
Nous qui fommes ici les Princes & les Maîtres ;
Quand la mort nous aura rejoints à nos ancêtres ,
Nous paroîtrons , mon fils , avec tous nos defauts ,
Et nos derniers Sujets deviendront nos égaux .
De nos fameux exploits il faudra rendre
Notre gloire fera peutêtre notre honte.
Pour éviter , mon fils , un fi cruel retour
Regnez en Souverain qui doit mourir un jour.
Honorez la vertu , cultivez la juſtice ;
Puniffez le méchant , & reprimez le vice :
Cheriffez vos Sujets , pour être cheri d'eux,
Et mettez votre gloire à faire des heureux .
FIN.
compte,
>
On travaille à un Ballet pour reprefenter
après la Touffaints devant le Roy au
Palais des Tuilleries. Les paroles ſont de
M. Roy , & la mufique de M. Deftouches ,
Sur-Intendant de la Mufique du Roy ,
reçu en furvivance de la Charge de M. de
la Lande , & Infpecteur de l'Academie
Royale de Mufique. Il eft intitulé les Elemens
, difpofé en quatre Entrées , avec un
Prologue , dont le fujet eft le Cahos .
ssches
I ij
LE MERCURE
LE THEATRE FRANCOIS.
3
E 27 Juillet. La Mere Coquette ou
les Amans brouillez , Comedie de M.
Quinault , qui n'avoit été reprefentée depuis
long- tems; C'eft une excellente Piece,
fi bonne , au dire des connoiffeurs , qu'il
n'y en a pas quatre des meilleures de Moliere
qu'on doive lui preferer. Elle a été
parfaitement bien jouée par les Acteurs
fuivans. Ifmene coquette , la Dile. Chanyalon.
Ifabelle , fille d'Ifmene , la Dlle. d'Angeville.
Laurette , fervante d'Ifmene , la
Dame Deshayes d'Ancourt. Acante
Amant d'ifabelle , le fieur Quinaut. Champagne
, valet d'Acante , le fieur de la
Torilliere. Le Marquis , confin d'Acante ,
le fieur Poiffon. Cremante pere d'Acante ,
de fieur Delavoye.
Cette Piece fut reprefentée en 1664.
fur le Theâtre de l'Hôtel de Bourgogne.
Poiffon l'ancien , cet excellent Comique ,
qui vit encore en la perfonne de fon fils ,
heritier de tous fes talens , y joüoit le rôle
du Marquis . C'eft le premier perfonnage
idicule de cette efpece qu'on ait mis au
Theatre François, '
6. Août. IPHIGENIE, Tragedie de M.
de Racine , fur le Theâtre du Palais Royal,
D'AQUST. 181
4
où la Dlle . Labat , jeune perfonne d'environ
16 ans , & actuellement danfeufe
de l'Opera de Paris , a paru pour la troifiéme
fois dans le rôle d'Iphigenie. Elle a
été extremement goûtée , & le Public, qui
l'a beaucoup aplaudie fur le Theâtre de
l'Hôtel des Comediens & ici , efpere beaucoup
de fes talens : Elle a des graces naturelles
& un air animé qui préviennent en
fa faveur : Outre le merite de la danfe &
de la jeuneffe , elle a encore celui de chanter
fort agreablement . Sa vivacité fait
croire qu'elle réuffira fort bien dans le
Comique La Dlle. le Couvreur a joüé
dans la même Piece , le rôle d'Eriphile ,
dans lequel elle n'avoit point encore paru .
Cette Actrice eft fi fort au goût du Public ,
qu'elle eft fûre de plaire & de toucher ,
dans tous les perfonnages qu'elle entreprend
de reprefenter. La Demoiſelle Duclos
a joué d'une maniere raviffante le rôle
de Clitemnestre.
13. Août. BAJAZET, au Palais Royal ;
la Dile, Labat y a joué le rôle d'Athalide, &
la Dlle. le Couvreur celui de Roxane
qu'elle n'avoit jamais joué. Cette premiere
Actrice chanta & danfa dans la petite Comedie
du Port de Mer, & fut très aplaudie.
Les Comediens du Roy ont commencé
à faire paroître leur zele pour le rétabliſſement
de la fanté de Sa Majefté , le Lundi
I iij
ΤΟΣ LE MERCURE
*
quatriéme Août, par un grand feu devant
leur Hôtel ; ils en firent un femblable le
Mercredy fixième , jour du Te Deum , qui'
fut chanté à Notre- Dame par ordre du
Roy ; & le Vendredy huitiéme Août ils ſe
fignalerent en fomptuofitez de la maniere
qu'on le va voir .
Après avoir annoncé fur leur Theâtre &
affiché la Piece Comique du BOURGEOIS
GENTILHOMME , ornée de chants, de danfes
& de la ceremonie Turque ; ils la reprefenterent
Gratis . La moitié des places
étoient déja occupées avant midi , & en
moins de deux heures après perfonne ne
put plus trouver à fe placer. On avoit ob
fervé dès le commencement de laiffer entrer
aux Loges , au Theâtre & à l'Amphiteâtre
les femmes , les enfans & les hommes
âgez & incommodez , renvoyant au
Parterre les jeunes gens & le bas peuple.
Cette précaution fit que le fpectacle , quoi
que prodigieufement rempli , ( car on a
compté jufqu'à quatorze perfonnes dans
une feule Loge , fut très tranquille , fans
la moindre conteftation ni le moindre accident.
Et ce qu'il y a de particulier , c'est
que cette populace affemblée , fut non
feulement attentive pendant toute la reprefentation
, mais encore elle aplaudit très
jufte & très fenfément aux meilleurs endroits
de la Piece. Une acclamation de
D'AOUS T. 101
Vive le Roy , entre autres fe fit entendre
de bien loin ; elle partit fi fubitement
& avec tant de vehemence
, que
le plafond
& toute la falle en retentirent
long- tems. Ce fut à l'endroit
où M. Jourdain
donne un regal à fa maîtreffe
, &
boit à fa fanté. Le fieur Poiffon , qui joue
ce perfonnage
, but à la fanté du Roy , en
s'adreffant à l'affemblée , laquelle répondit
preftement
& unaniment
par les cris percans
dont nous parlons.
Cette affemblée n'étoit ni brillante ni
augufte,, ppaarr la parure ni par la qualité
des perfonnes qui la compofoient , mais
on peut dire qu'elle étoit fort finguliere ,
& en quelque maniere refpectable , par
les bonnes gens qu'on y voyoit livrés à la
joye , & par le plaifir de la furprife qu'on
temarquoit en eux. Cette diverfité d'expreffions
répandue fur tous les vifages ,
pour fignifier la même chofe , étoit veritablement
digne de la curiofité des meilleurs
efprits.
Au refte , cette Piéce fut jouée par les
meilleurs Acteurs & parfaitement bien
reprefentée. Pour ne pas faire languir la
nombreufe affemblée , on avança l'heure
ordinaire du Spectacle de deux heures ,
en forte qu'il finit à fix heures & demie
auffi tranquillement qu'il avoit commencé.
Depuis deux jours les Comediens faifoient
I iiij
104 LE MERCURE
travailler à la décoration de la façade de
leur Hôtel , pour l'illumination & le feu de
joye qui devoient terminer la fête . L'Hôtel
des Comediens du Roy eft fitué dans la
Rue des Foffés S. Germain , qui eſt une
des plus grandes de Paris. Il eft bâti fur dix
toifes de terrain , & fon élevation eſt de
fix toifes , depuis le rez de chauffée jufqu'au
cordon ou corniche de l'entablement.
Toute la façade eft de pierres de taille à
deux étages de fix croifées chacun , &
d'une architecture fimple ; elle eſt couronnée
d'un fronton triangulaire , foutenu
par des boffages au lieu de pilaftres , dont
le timpan eft orné d'une belle figure de
Minerve en demi relief ; perpendiculairement
au- deffous les Armes du Roy en demy
relief , & plus bas dans l'autre paneau du
milieu , un cartouche orné de feftons , où
eft cette infcription en lettres d'or fur un
marbre noir : HOSTEL DES COMEDIENS
DU ROY , ENTRETENUS PAR
SA MAJESTE'. Un grand balcon de fer
de quatre pieds de faillie regne fur toute
la longueur de la façade, au bas des grandes
croifées du premier étage. Sous ce balcon
font quatre portes quarrées de mêmes
portions , qui font finetrie entr'elles .
pro-
A l'entrée de la nuit toute cette façade
parut illuminée de plus de cinq mille lampions
diftribuez en cet ordre. Toute la
D'AOUS T.
105
rampe du balcon étoit revêtue de voliges
ou planches de fapin fort déliées , & toutes
couverres de lampions difpofez en lozenges.
On avoit laiffé une place au milieu ,
où des lampions formoient en groffes lettres
majufcules de 18 pouces de proportion
, VIVE LEROY , & immediatement
au-deffus on lifoit ces paroles ingenieuſes
très - convenables au fujer , fur un vélin
tranfparent , au-deffous d'une ruche , qui
eft la devife des Comediens , & le type
de leurs jettons : REGE INCOLUMI
OMNIA TUTA. Imitation de Virgile ,
au 4. Liv. des Georgiques.
Trois piramides de lamperons , dans la
même difpofition que ceux du balcon s'élevoient
du bas des croifées du premier
étage jufques vers la corniche de l'édifice .
Celle du milieu qui dominoit für les deux
autres étoit furmontée d'un Soleil rayonnant
, & les deux autres par une Fleur de
Lis. Les deux pilaftres dont nous avons
parlé & les panneaux entre les croisées
étoient illuminez dans la même fimetrie
& à toutes les croifées il y avoit de faux
chambranles appliquez avec des bordures
de lampions. Cette brillante illumination
étoit terminée par deux cens falots rangez
près à près fur la corniche & fur la
cimaife du fronton . Le plus élevé étoit une
groffe terrine , pareille aux fix qu'on avoit
100 LE MERCURE
placées fur les fix lucarnes du toit briſé à
la manfarde.
Le feu d'artifice étoit compofé de douze
douzaines de fufées volantes , de douze
douzaines de lances à feu , placées fur
l'apuy du balcon , & de vingt - quatre
gerbes fur la même ligne , mais un peu
plus élevées . Trois Soleils tournans & un
Soleil fixe , étoient placez vers le bas du
balcon.
Quand tout fut achevé d'allumer , un
bruit de trompettes & de timbales fe fit
entendre & donna le fignal pour mettre
le feu à un grand bucher dreffé devant
PHôtel , les acclamations du peuple fe mêlerent
au bruit des fanfarres , & dans les
intervalles de cette mufique bruyante &
des cris redoublez de Vive le Roy , on entendoit
une fymphonie de hautbois trèsagreables.
On commença à neuf heures à tirer les
fix douzaines de fufées volantes , apellées
des Partemens , on tira enfuite les fix douzaines
, apellées doubles Marquifes , qui
firent le plus bel effet du monde. Après
cela tout le balcon & toute la façade de
l'Hôtel parurent en feu par les gerbes &
les larices à feu , les trois Soleils tournans
leur fuccederent , & ce magnifique Specta
cle finit par le Soleil fixe , dont l'artifice
furprit & charma tous les Spectateurs.
'DA O US T. 107
L'Aca
L'OPERA.
'Academie Royale de Mufique continue
les repreſentations du Balet des
FESTES VENITIENNES , avec le
même fuccès. Le fieur de Chaffé , jeune
homme de Bretagne , parfaitement bien)
fait de fa perfonne , & qui a la plus belle ,
baffe- taille qu'on fçauroit entendre , a
chanté plufieurs fois le rôle du fieur The
venard dans la premiere Entrée ; il a été
extremement aplaudi . On lui trouve l'air"
noble , le vifage agreable , & toutes les
difpofitions neceffaires pour devenir un
excellent Acteur.
Le fieur Muraire a doublé le rôle du
Maître à chanter que le fieur Mantienne
a toujours joué dans l'Entrée du Bal : Ila
parfaitement réuffi dans le chant & dans
les expreffions de ce caractere. L'air Italien
a fur tout été fort aplaudi : cette nouveauté
a attiré bien des fpectateurs qui ne
fe font pas repentis de leur curiofité.
Le Samedy neuviéme Août , l'Academie
Royale de Mufique a donné au Public une
reprefentation du même Opera , gratis ,
pour celebrer la convalefcence du Roy. Il
y eut le foir illumination & feux d'artifice
'208
MERCURE
LE
à la porte
de cette
Academie
. Les ordres
étoient
fi bien donnez
par M. de Francines
,
que tout le paffa
avec beaucoup
de tranquillité
& de plaifir
de la part des fpectateurs,
qui aplaudiffoient
aux beaux
endroits
par des cris de Vive
le Roy. On voyoit
au Parterre
autant
de coëffes
que de chapeaux.
Le 24 Août. La Demoiſelle Dimanche ,
qui danſoit dans les Balets , a chanté dans
le même Opera des Fêtes Venitiennes , une
Cantate & un air Italien , qui lui ont
attiré beaucoup d'applaudiffemens .
COMEDIENS ITALIENS.
A nuit du 6 au 7 de ce mois les Co-
La nusu
mediens Italiens de S. A. R. Monfeigneur
le Duc d'Orleans Regent, ont donné
le Bal gratis , fur leur Theâtre du Fauxbourg
Saint Laurent , dans l'intention de
contribuer par quelque endroit à l'allegreffe
publique pour le rétabliffement de
la fanté du Roy. On n'a rien épargné pour
orner la Salle , & la rendre brillante . La
machine eft bien inventée ; on la trouve
même plus fimple que celles de l'Opera &
de la Comedie Françoife ; par le moyen
de quatre groffes vis , fix hommes la levent
en moins d'un quart d'heure.
Ils avoient reprefenté deux jours aupa
'D' A O UST.
209
ravant fur le Theâtre du Palais Royal une
Piece nouvelle en trois Actes , toute Italienne
, intitulée , Pantalon & Arlequin
Cocus fans femmes . La premiere Scene promettoit
quelque chofe de bon, mais le refte
de la Piece n'a pas répondu au commencement.
Le Dimanche 17 Août la Damoiſelle
la Lande , Actrice nouvelle , a joué les
rôles de Colombine & de Junon dans la
Comedie de Danaé. Dans une espece de
perit Prologue difpofé exprès pour l'introduire
fur la Scene , on a fait la ceremonie
de fa reception dans la Troupe. Cette
Comedienne , quoi que Françoife , parle
affez bien Italien ; elle a été fórt aplaudie
& on efpere qu'elle réuffira fur ce Theâtre.
Nous avions promis l'extrait de cette
derniere Piece ; nous allons en dire un
mot , car comme le Public ne l'a pas generalement
goûtée , il pourroit ne nous pas
fçavoir bon gré de nous y arrêter trop longtemps.
La ferme du Prologue reprefente
la façade de l'Hôtel de Bourgogne , avec
cette Infcription , HOTEL A LOUER
Trivelin répond à la Mufe de la Foire ,
qui l'interroge au fujet de fa trifteffe, qu'il
eft à louer , auffi bien que leur Hôtel. La
Comedie Italienne paroît , la Muſe de la
Foire ne la reconnoît pas d'abord , à cauſe
de fa maigreur , & lui dit ironiquement
LE MERCURE
Madame , foyez la bien venue , il y a
long- tems que vous devriez être ici. Élle
fe retire peu de tems après , pour aller
raffurer les Acteurs, qui craignent l'arrivée
des Italiens , & c. La Comedie Italienne
prefente toute la Troupe au Parterre , &
demande fa protection . Le Prologue finit
par un divertiffement que Flaminia &
Silvia terminent par une danfe qui a été
fort applaudie.
Dans le premier Acte Jupiter amoureux
de Danaé , cherche avec Mercure des expediens
pour tromper la Gouvernante de.
cette Princeffe ; Arlequin confulté leur
conteille de prendre les avis des gens à
bonnes fortunes , & c. Mercure fuivi d'un
homme de robbe , d'un petit Maître , &
d'un nouveau Parvenu , leur dit que fon
Maître eft un Seigneur Etranger qui demande
à les confulter fur l'embarras où
le reduit la vigilance importune d'une fe
vere gouvernante , qui obfede fans ceffe
la beauté qu'il adore , enfermée dans une
tour où perfonne n'a la liberté d'entrer.
L'homme de robbe qui n'a , dit-il , jamais
trouvé de cruelles , ne fçait quel confeil
donner , & dit en s'en allant , preffé par
un émiffaire amoureux qui vient le chercher
, qu'il eft de l'avis de ces Meffieurs.
Le petit Maître dit à peu près la même
chole , & enfin le Parvenu conſeille de ›
DA O UST. III
gagner la Gouvernante par
des liberalitez,
Sans peine
à vos defirs la Vicille ſe rendras
Faites pleuvoir de l'or , & la Tour s'ouvrira.
Jupiter goûte les confeils du Parvenu ,
fe découvre à lui , & pour le recompenfer
le recommande à la Fortune , dont le Pa-
Jais paroît à l'inftant. Certe decoration eſt
très magnifique ; on voit la Déeffe fur un
piedeſtal au deffus de fa roue. Douze colonnes
torfes canellées , rehauffées d'or ,
forment un riche vestibule ; elles tournent
continuellement entre leurs bafes, & leurs
chapiteaux fymbolifent l'inftabilité de la
Fortune , & jettent un grand brillant. La
Fortune répond par un figne de tête ,
quand Jupiter lui recommande le Parvenu
& Arlequin. Après quoi la Décffe defcend
& forme des danfes caracterifées avec les
differentes Nations qui lui font leur cour,
Dans le fecond Acte Jupiter apprend
avec dépit l'amour du Prince de Mycenę
pour Danaé. Il donne toute fa puiffance
à Arlequin , pour épouventer & outrager
fon rival , fans qu'il puiffe en être offenſé,
Arlequin refté feul , veut éprouver s'il
a veritablement tout le pouvoir de Jupiter ,
il trace une grande raye fur le Theatre
& dit qu'il veut que tous ceux qui pafferont
cette marque deviennent fous , &
qu'en la repaffant ils recouvrent leur bon
#12 LE MERCURE
fens. Le Prince de Mycene au defeſpoir
de ne pouvoir delivrer Danać , fe plaint à
Pantalon , &c. mais il paffe la marque , &
jl extravague à l'inftant Pantalon furpris ,
yeut le confoler & le faire revenir , mais
paffant la ligne il perd l'efprit à fon tour,
chante , danfe , & c. Enfuite Arlequin effa
ce la raye , & prend la figure de Danać ;
il dit au Prince qu'il s'eft échapé de la
tour , & difparoît un moment après, &c.
Danaé paroît enfin , Colombine lui apprend
qu'un grand Prince veut l'époufer
l'inftruit & la fait fortir de cet état d'ignorance
dans lequel on l'a toujours tenuë, &c.
Au troifiéme Acte un poftillon fur un
colimaçon conduit Arlequin habillé en
Ambaffadeur , & monté fur une tortue,
Il s'adreffe à la Gouvernante , & lui dit
que fon Maître le Roi de Lydie , dont Jupiter
a pris la figure , eft amoureux de la
Princeffe , &c. Elle reçoit des prefens , &
Jupiter preft d'entrer dans la Tour , apprend
l'arrivée de Junon , qui paroît outrée
de la perfidie de fon époux ; Arlequin
qui veut faire le plaifant , eft changé
par la Déeffe , ce qui lui fait dire
cette efpece de bon mot , On eft étonné
de voir un âne parler comme un homme ,
& l'on voit tous les jours des hommes parler
comme des ânes. Junon apprend au
Prince de Mycene ce qu'il doit craindre
en âne
de
D'AOUS T. 113
de Jupiter , auffi - tôt la pluye d'or tombe ,
& Junon excite une furieufe tempête que
Jupiter calme. Il fe montre dans fa gloire ,
& promet une heureufe abondance , &c.
La Piece finit par des danfes & des chanfons
, dont la Mufique a été fort goûtée ;
elle eft du fieur Mouret.
FOIRE S. LAURENT.
E Jeudy 31 Juillet , la Troupe de
Francifque arrivée depuis peu d'Hollande
, a ouvert fon Theâtre fitué dans le
Preau de la Foire S. Laurent , vis - à - vís
des Comediens Italiens. ་
La gracieuse Olivette & le Pierrot ,
dont tout Paris aime tant le jeu , fe font
joints à Francifque , & ils ont débuté par
deux petites Piéces d'un Acte chacune
precedées d'un Prologue intitulé la Fauſfe
Foire , qui roule fur la malheureuſe fituation
de leurs affaires. Ils y apprennent au
Public qu'il leur eft deffendu de chanter
& de danfer & annoncent leurs deux
petites Piéces qu'un des Acteurs tire de fa
poche un de fes camarades lui demande
le nom de l'Auteur ; oh ! lui répond
l'Acteur , l'Auteur ne veut pas être connu ,
YA
K
114
LE MERCURE
Pefte , interrompt le queftionneur , voil
un incognito qui devient furieufement. à
la mode cependant il ne réuffit pas toujours.
Pendant cette converfation une fymphonie
lugubre. fe fait entendre , un tombeau
s'ouvre , la Foire en fort & prédit
une chûte prochaine à la Fauffe Foire , quí
étoit venue brufquement quereller Francifque.
L'ombre de la veritable Foire difparoît
après cette prophetie, le tombeau fe
referme , la difpute des Acteurs & de la
Fauffe Foire continue ; Thalie arrive ,
qui chaffe la Fauffe Foire , & qui promet
à Francifque fa protection .
La Boëte de Pandore , qui a fait le fujer
du premier Acte, eft unTableau de la Naiffance
des Vices & de l'Innocence des
Moeurs qui a precedé leur origine. Pour
mettre dans un vrai jour un fi grand contrafte
, & raffembler dans un feul groupe
prefque toutes les paffions , on a choifi'le
jour d'une nôce, Avant l'ouverture de la
Boëte de Pandore c'eft une union parfaite
dans la famille. Mercure , qui par ordre
de Jupiter eft refté fur la terre pour
obferver
quel ufage fera Pandore de la Boëte
fatale remplie des maux & des vices , s'eft
infinué parmi ces bonnes gens fous le
nom & la figure d'Arlequin. Il eft le témoin
& l'admirateur de leur candeur &
de leur fimplicité !
D'A O UST.
Mafoy , dit-il , ce fera grand dommage
fi Pandore s'avife d'ouvrir fa Boëte. Quelles
nôces nous venons de voir ! une , Mere qui
n'eft point intereffée ! une Tante qui ne minaude
pas pour effacer fa niéce un Marié
fans jalousie une Mariée qui n'eft point
en mafque de modeftie ! un Vieillard qui fe
fait une raiſon fur fon amour , & qui offre
fon bien à fon Rival heureux fans aucun
intereft de galanterie une Aſſemblée de
Parens qui ne fe querellent point ! voilà ce
qu'on ne verra plus . La prédiction de Mercure
s'accomplit un moment après . Pandore
furvient avec la Boëte. Elle petille
de l'ouvrir , continuë Mercure , elle eft innocente
& cependant curieuſe ; il faut donc
que la curiofité ne foit point un mal , puifqu'elle
n'eft point renfermée avec les Vices
Enfin Pandore fe figurant que la Boëtte
que Jupiter lui a donnée eft pleine de
beaux prefens , elle les deftine à la Mariće
fon amie , & ouvre la funefte Boëtte
l'Innocence & la Bonnefoy s'envolent
les Vices & les Maladies s'échapent à la
fois de la prifon qui les contenoit , & fe
répandent fur la Terre. La nôce ſe raffemble
, mais la décoration eft changée
& ce ne font plus les mêmes Acteurs
du moins ce ne font plus les mêmes Rôles
La Mariée devient ambitieufe , fa Mere
intereffée , fa Tante coquette , le Marié
Kij
116 LE MERCURE
>
inconſtant , le vieux Rival jaloux & de
plus fluxionaire . Le trouble naît fubite
ment dans cette famille , fi unie avant
l'ouverture de la Boëtte. Les paffions naiffantes
font naître de nouvelles fituations
dans la Piéce les mariages commencés
ne s'achevent pas , on en projette & on
en termine d'autres. Coridon riche Laboureur
du pays paroît fous le nom de
Monfieur de la Coridoniere , & s'empare
de la Seigneurie du Village ; il falloit bien
que l'ambition joüât gros jeu dans une
Comedie qui reprefente le progrès fubit
des Vices . Mercure prefent à leur fortie
les qualifie à mefure qu'ils paroiffent , &
débite tous les traits femés dans la Piéce.
Elle devoit finir par des danfes caracterifées
qui auroient puni les Vices qui n'avoient
pas paru dans les Scenes , & pour
montrer que l'Ivrognerie n'étoit pas reftée
au fond de la Boette de Pandore , l'agile
Antoni auroit danfé l'Ivrogne , mais il
n'eft pas permis à cette Troupe d'avoir
des agrémens à la fin de fes Pieces.
La feconde petite Comedie eft intitulée ,
la Tête - Noire ; c'eft un Vaudeville retourné.
La Tête de Mort qui a tant occupé
les Chantres de la Samaritaine cft le sujet
déguifé de cette Piéce. Voicy comme il eft
touré . M. Jacinte riche Negociant de
D'AOUST. 117
la Martinique , en a amené une Niéce orpheline
fort riche , dont il eft le Tuteur ,
il a envie de garder le bien de fa pupille ,
cela eft dans les régles ordinaires . Pour
parvenir à fon but , il renferme fa Niéce ,
& produit en arrivant à fa famille une
parente fuppofée , qui par un caprice
de la Nature a la tête noire . C'eft Arlequin
, Valet gagné par les promeffes du
Vieillard , qui joue le perfonnage de la
niéce Noire. Toute la famille eft effrayée
en la voyant. Mais Madame Candi veuve
d'un Confifeur & foeur de M. Jacinte ,
s'oppose à la volonté qu'il a de faire leur
niéce Religieufe & s'obstine à la marier
; elle publie fon deffein dans tous les
quartiers de la Ville , le bruit fe répand
auffi-tôt qu'une Demoiſelle très- riche &
qui a la tête noire eft à marier. Les époufeurs
accourent , & font rebutés de la laideur
de la fille. Après quelques Scenes
épifodiques , d'un Clerc de Procureur ,
d'un Peintre , d'un Mitron , d'un Suiffe,
& d'un Gascon qui viennent tenter l'aventure
, Leandre ancien Maître d'Arlequin
& Gentilhomme mal aifé fe prefente;
Arlequin le découvre à lui , & lui dit
tout bas de dire qu'il veut bien l'époufer.
Leandre averti perfevere à demander la
Tête noire en mariage , cela déconcerte
M. Jacinte , Madame Candi appuye les
tra
LE MERCURE
.
prétentions de Leandre , & enfin Marinette
trahit le Tuteur fourbe , & amene
la veritable Niéce qui fe trouve trés- jolie ,
Leandre l'époufe de l'aveu de Madame
Candi " & Arlequin époufe Marinette.
Cette Comedie devoit auffi avoir un Divertiffement.
Les Acteurs retenus par la
crainte des Procès verbaux , fe font contentés
de reciter les couplets du Vaudeville
, que l'on trouvera noté à la fuite
de la Chanfon à boire , page 56.
Le Lundi 18 Aouft , le Theâtre de
Francifque à la Foire S. Laurent fut fermé
par un ordre Superieur , & le Vendredi
fuivant il fut r'ouvert par un autre ordre
Superieur. Ce jour même le Privilege exclufif
de l'Opera Comique fut accordé à
la Troupe de Francifque , & celle de la
Lauze qui l'avoit obtenu , n'en jouira que
jufqu'à la fin de la prefente Foire.
On peut ajoûter à cet Article deſtiné
aux Spectacles & aux Fêtes , ce qu'on
écrit de Drefde , qu'au commencement de
l'autre mois , le Roy de Pologne avoit
fait acheter un Champ de bled d'un Payfan
à Bilnitz afin de donner à la Cour le
divertiffement d'une Fête de Campagne.
Les Seigneurs & les Dames feront habillées
en Payfans & Payfanes pour en
,
D'A OUST 119
faire toutes les fonctions . Les Dames faucheront
le bled , les Cavaliers le lieront
& le mettront en gerbes , & le Roy les
conduira à la Grange , & c. Après quoi ces
illuftres Moiffonneurs feront regález comme
les Payfans ; Le Roy a fait preparer
une grande quantité de lits à la façon des
Payfans ; en forte que pendant un jour &
une nuit , ils éprouveront toutes les fatigues
de la vie Ruftique. On dit que la
Cour continuera à fe divertir pendant 1
jours à Bilnitz , & qu'il y aura des Comedies
, des Concerts de Mufique & toutes
fortes de Jeux , entre autres une grande
Chaffe , & une Comedie Françoife , reprefentée
par quelques Seigneurs & Dames
de la Cour..
120 LE MERCURE
EDITS , DECLARATIONS
Arrêts .
ARREST du Confeil d'Etat du Roy , pour
l'établissement de dix Enfans de Langues ,
au College des Jefuites à Paris.
LR
E ROY étant en fon Confeil , s'étant fait
reprefenter les Arrefts rendus en icelui les
18 Novembre 1669 , 31 Octobre 1670 , & 7
Juin 1718 , par le premier defquels il a été
ordonné que pendant trois ans il feroit envoyé
fix jeunes garçons nez François , par chacune
defdites années , aux Couvents des Peres Capucins
à Conftantinople & à Smirne , pour être
inftruits dans la connoiffance des Langues Orientales
, & fe rendre capables de fervir de Drogmans
près des Confuls & Vice - Confuls de la
Nation Françoife , dans les Echelles de Levant
& de Barbarie : par le fecond , qu'il ne feroit
plus envoyé que fix jeunes garçons pour cet
effet dans lefdits Couvents , de trois en trois ans ;
& par le troifiéme , le nombre de ces Enfans de
Langue entretenus & inftruits dans le Couvent
des Capucins de Conftantinople a été fixé à douze
, & la penfion de chacun à trois cens cinquante
livres , qui feroient payées par la Chambre
du Commerce de Marfeille , ainfi que par
le paffé , & par avance de quartier en quartier ,
compter du jour de leur entrée dans ladite Maifon
jufqu'au jour de leur fortie , de même que
les cent vingt livres accoutumez pour l'habillemcnt
de chacun , pour une fois feulement ,
à
lor
D'AOUS T. 12R
lors de ladite entrée : Et Sa Majesté étant informée
que quelques uns de ces Enfans de Lan .
gue envoyez audit Couvent des Capucins de
Conftantinople , ne s'étant pas trouvé avoir les
difpofitions naturelles & neceffaires pour bien
apprendre les Langues Orientales , & fe rendre
affez capables de fervir utilement dans les Emplois
qui leur font deftinez , tant pour fon fervice
près de fes Ambaffadeurs , que pour celui
de fes Sujets qui font leur Commerce dans les
Echelles de Levant & de Barbarie , on a été
obligé après une longue inftruction de les renvoyer
en France ; & que la dépenſe qui a été
faite fur les fonds du Trefor Royal depuis l'année
1700 , & continuée jufqu'à preſent par fa
Majesté pour élever & enfeigner douze jeunes
Orientaux dans le College des Jefuites à Paris ,
n'ayant pas produit l'effet que la pieté du feuz
Roy fon Bifayeul s'en étoit promis pour le bien
de la Religion en Levant , feroit mieux appliquée
& plus utile , en y faifant inftruire dans
les Langues Latine , Turque & Arabe , le nombre
de dix Enfans François : Elle a eftimé à
propos d'y apporter le changement neceſſaire .
Vu l'avis du Sieur Marquis de Bonnac Ambaffadeur
de France à Conftantinople : Oui le Rapport
, & tout confideré , SA MAJESTE
étant en fon Confeil , de l'avis de Monfieur le
Duc d'Orleans , Regent , a ordonné & ordonne
qu'à l'avenir il fera élevé dans le College des
Jefuites à Paris , au lieu de douze jeunes Ŏrientaux
, dix jeunes enfans François de l'âge de
huit ans ou environ , qui feront par Elle nommez
& pris alternativement de familles de fes
Sujets habitans dans le Royaume , & de celles
des Negocians , Drogmans ou autres François
établis dans les Echelles de Levant , lefquels y
ferent inftruits & enfeignez dans la Langue La-
•
L
122 LE MERCURE
tiné à l'ordinaire , jufque & compris la Rheto
rique , & en même tems dans celles Turque &
Arabe , par deux Maiftres de ces Langues , qui
iront les leur montrer dans ledit College aux
jours & heures qui feront reglez , pour être
enfuite lefdits Enfans de Langue envoyez aux
College des Capucins de Conftantinople, pour fe
perfectionner dans les Langues Orientales , & être
deftinez aux Emplois de Drogmaus ; Voulant
Sa Majefté qu'il ne foit plus reçu dans ledit
College des Jefuites aucun defdits Orientaux ,
& que pareillement il ne foit plus reçu defdits .
Enfans de Langue dans ledit College des Capucins
de Conftantinople , que ceux qui auront
fait leurs Etudes dans celui des Jefuites à Paris ,
& fur fes ordres exprès ; & que fi pendant le
cours defdites Etudes à Paris , le Principal du
College & les Maiftres des Langues Turque &
Arabe connoiffent qu'il y en ait quelques - uns
qui ne foient pas propres à leur destination ,
ils en rendent compre au Confeil de Marine ,
qui prendra les ordres de Sa Majefté , pour les
faire fortir du College , & pourvoir a leur remplacement
: Ordonne que la dépenfe , tant des
penfions des dix Enfans de Langue aux Jefuites
, que les appointemens qui feront reglez aux
deux Maitres de Langues Orientales feront
payez par Sa Majefté des fonds de fon Trefor
Royal , de la même maniere que l'étoient les
penfions des Orientaux audit College ; Et celles
defdits Enfans de Langue au College des Capucins
de Conftantinople , par la Chambre du
Commerce de Marfeille , ainfi qu'il eft accoutymé.
Permet neanmoins Sa Majefté que ceux des
Orientaux qui font actuellement aux Jefuites , y
reftent jufqu'à ce qu'ils ayent achevé leurs étu
des , pour être enfuite renvoyez dans leur pays.
Seront au furplus lefdits Arrefts des 18 NovemD'
A OUS T.
123
3
bre 1669 , 31 Octobre 1670 , & 7 Juia 1718 ,
executez felon leur forme & teneur . Mande audit
Sieur Marquis de Bonnac , & au Sieur Le Bret
Confeiller en fes Confeils , Premier Prefident du
Parlement de Provence , & Intendant du Commerce
de Levant , de tenir chacun en droit føy .
la main à leur execution & à celle du prefent
Arreft. Fait au Confeil d'Etat du Roy , Sa Majefté
y eftant , tenu à Paris le vingtième jour de
Juillet 1721. Signé FLEURIAU .
ARREST du Parlement du 23 Juillet , en
forme de Reglement , concernant le Paturage ,
rendu contre la Communauté des Bouchers de
Nogent fur Seine & autres , qui ordonne aux
Bouchers de ladite Ville de fe retirer pardevant
le Lieutenant General de Nogent fur Seine, lequel
fera affembler les habitans de ladite Ville , à
l'effet d'indiquer aufdits Bouchers un certain
Canton pour mener paître les bêtes à laine neceffaire
à leur commerce , & enjoint aux habitans
de ladite Ville qui ont des bêtes à laine
de les réduire à proportion des Terres qu'ils exploitent
, & c . On trouvera ledit Arrest chez
Louis - Denis de la Tour Pierre Simon , Impri- !
meurs du Parlement & de la Cour des Aydes ,
rue de la Harpe , aux Trois Rois .
ARREST du Confeil du s Aouft , pour
la diminution des Efpeces de cuivre , qui ordonne
qu'à commencer du jour de la publication '
du prefent Arreft , les Efpeces de cuivre feront
réduites dans tout le Royame , fçavoir les Sols '
de cuivre à feize deniers piece , les demis & quarts
defdits Sols à proportion ; les pieces dites de
fix deniers , à huit deniers ; les Liards de France à
quatre deniers , & les Phenins dans la Province
d'Alface à quatre deniers & demi , les demis à
Lij
124 LE MERCURE
Proportion. fur lequel pied lefdites Efpeces
continueront d'avoir cours jufqu'à ce qu'il en
foit autrement ordonné par Sa Majefté , laquelle
fait défenfes à toutes perfonnes d'expofer ni recevoir
aucunes Efpeces étrangeres , fous les
peines portées par les Reglemens .
ARREST du Confeil du 10 Aouft , qui
ordonne que conformément aux Arrefts de fon
Confeil des 18 & 20 du mois de May dernier
les Effets dont la Reprefentation & le Vifa ont
été ordonnez par les Arrefts des 26 Janvier ,
16 Fevrier , 18 Mars , 27 Avril & 20 May de la
prefente année , & qui n'ont pas été reprefentez
& vilez en la forme prefcrite par lefdits Arreſts
& dans les delais accordez par ceux des 18 & 20
dudit mois de May , ne pourront être mis dans
le Commerce pour quelque caufe & fous quelque
pretexte que ce puiffe eftre. Voulant Sa Majesté
que lesdits Effets non vifez demeurent nuls ,
éteints & fupprimez , fans que les Proprietaires
ou Porteurs d'iceux en puiffent jamais prétendre
ni repeter aucune valeur ; Fait Sa Majefté tresexpreffes
défenfes & inhibitions à toutes perfonnes
de les expofer, vendre ou faire vendre, échanger
ou autrement negocier , à peine de trois
mille livres d'amende , & même de plus grande
peine fuivant l'exigence des cas .
à
ARREST du Confeil d'Etat du 2 Aouft ,
qui ordonne que dans un mois , compter du
jour de la publication du prefent Arreft , les
Creauciers proprietaires des augmentations de
Gages , qui auront fait faire fur les Quittances
de Finances d'icelles , les mentions ordonnées
par ledit Arreft du 25 Aouft dernier pour la
reduction au denier Cinquante , feront tenus de
reprefenter leurs Quittances de Finance desdites
D'A O UST. 125
augmentations de Gages , Sçavoir en cette Ville
de Paris pardevant le fieur de Gaumont Confeiller
d'Eftat & Commiffaire des Finances ; & dans
les Provinces & Generalitez du Royaume , par
devant les fieurs Intendans & Commiffaires départis
, qui enregistreront lefdites Quittances
de Finance , avec diftinction des Cours ou autres
Compagnies [fur lefquelles elles font
créées , après avoir mis leur vû fur chacune
defdites Quittances , dont après ledit tems d'un
mois , ils envoyeront les Etats d'eux fignez au
Sieur le Pelletier de la Houffaye , Confeiller
d'Etat ordinaire , & au Confeil de Regence pour
les Finances , Controlleur General des Financés ,
pour eſtre enfuite fait fonds par Sa Majesté pour
le payement annuel defdites augmentations de
Gages , à commencer pour
l'année 1720 .
ARREST du Confeil d'Etat du ro Aouft ,
qui ordonne que les Commiffionnaires tant de
la Ville de Paris , que des autres Villes de
Royaume , qui doivent en execution de l'Arreſt
du Confeil du 24 Juin dernier , delivrer des
Certificars des Marchandifes & Effets qu'ils expedient
par les Rouliers & autres Voituriers ,
feront tenus , à commencer du jour de la publication
du prefent Arreft , de faire vifer lefdits
Certificats par les Officiers Municipaux des
Villes & Lieux d'où ils ferent enlever lefdites
Marchandifes & Effets , Défend Sa Majeſté tresexpreffément
aufdits Rouliers & autres Voituriers
de fe charger à l'avenir d'aucunes Marchandifes
& Effets , s'ils ne font accompagnez
defdits Certificats ainfi vifez par lefdits Officiers
Municipaux ; le tout fous les mêmes peines
portées par ledit Arreft du 24 Juin dernier,
tant à l'égard defdits Commiffionnaires , que des
Rouliers & Voituriers en cas de contravention.
L iij
126
LE MERCURE
Veut au furplus Sa Majefté que ledit Areft du
24 Juin dernier foit executé felon fa forme &
teneur . Enjoint au fieur Lieutenant General de
'Police à Paris , & aux Sieurs In endans & Commiffaires
départis dans les Provinces & Generalitez
du Royaume , de tenir la main chacun - en
droir foi à l'execution du prefent Arrelt , qui
fera lû , publié & affiché partout où beſoin fera ,
à ce que perfonne n'en ignore , & executé nonobftant
oppofitions ou autres empéchemens ,
pour lefquels ne fera differé , & dont fi aucuns
interviennent , Sa Majefté s'eft refervé & à fon
Confeil la connoiflance , icelle interdifant à tou .
tes fes Cours & autres Juges .
ARREST du Confeil d'Etat , du 24 Aout.
E ROY voulant prevenir les fuites danqui
munication de la maladie contagieufe , dont quel-
' ques lieux du Gevaudan , ainfi que de la Provence
fe trouvent affligez , fi l'on donnoit une
entiere liberté aux Maîtres des Caroffes , Meffagers
, Rouliers , Voituriers , & autres venants du
haut & bas Languedoc à Paris , ou allant de Paris
dans le haut & bas Languedoc , de fuivre
& faire fuivre indiftinctement par leurs chevaux
& voitures , les Routes qu'ils voudroient choifir
: A réfolu pour la plus grande fureté des
Villes & Lieux par où ils doivent paffer , pour
obvier aux inconveniens qui pourroient arriver
du choix de Routes detournées ou moins
connues , & pour empêcher , s'il eſt poſſible ,
toute communication du mauvais air , de fixer
les chemins & routes les plus feûres , les plus
commodes & les plus éloignées des lieux infetez
; il ordonne ce qui enfuir.
ART. I. Tous Maiftres de Caroffes & autres
Voitures publiques , Meflagers , Rouliers , Voi-
Turiers & autres conduifants des perfonnnes, harD'AOUS
T. 127
des , équipages , & marchandifes de toutes fortes,
feront tenus pour aller de Paris dans le bas Languedoc
, & venir du bas Languedoc à Paris ,
de fuivre & faire fuivre par leurs chevaux & voitures
, l'une des deux Routes ci - après marquées
pour aller de Paris à Montpellier , & venir de
Montpellier à Paris ; fçavoir , l'une par Lyon ,
& l'autre par Clermont en Auvergne ; de 12-
quelle Ville de Clermont il fera libre pour fe
rendre à Montpellier , de prendre la route par
le Rouergue ou par le Velay , qui font tous
deux également convenables pour la commodité
& feureté du transport.
II. Seront pareillement lefdits Maiftres de Caroffes
& autres Voitures publiques , Meffagers ,
Rouliers,Voituriers & autres conduifans des perfonnes
, hardes , équipages & marchandifes de
toutes fortes , tenus pour aller de Paris dans le
haut Languedoc , & venir du haut Languedoc
à Paris , de fuivre & faire fuivre par leurs chevaux
& voitures , la Route de Paris à Toulouſe
paffant par Limoge , telle qu'elle eft ci - après
marquée ; Sa Majesté laiffant au refte la liberté
de fe fervir de la Route qui conduit du haut
Languedoc par Touloufe à Bordeaux par la
Garonne , ainfi qu'il s'eft toujours pratiqué jufqu'à
prefent.
III. Declare S. M. toutes autres Routes pour ,
aller de Paris en Languedoc , & venir de Languedoc
à Paris , & pour aller & venir de Languedoc
à Bordeaux , Routes obliques & prohíbées
, faifant défenfes de s'en fervir , à peine
de trois mille livres d'amende contre les contrevenans
, & de plus grande peine , s'il y échet :
Le tout en fe conformant aux Arrefts des I-I
Fevrier & 24 Juin 1721. pour les précautions à
prendre pour le tranfport des Balles , Caifles &
Balots de Marchandifes.
Liiij
28 LE MERCURE
Premiere Route pour le bas Languedot.
De Paris à Villeneuve S , Georges , à Melun , à
Montreau , à Sens , à Joigny, à Auxerre , à Vermenton
, à Cuffy les Forges , à Saulieu , à Arnay
le Duc , à Chagny ,à Châlon , à Tournus ,
à Mâcon , à Villefranche , à Lyon , à Vienne ,
à Rouffillon , à Thain * , à Tournou , à la Voute,
Viviers , à Bagnols , à Nifmes , à Montpellier.
Deuxieme Route pour le bas Languedoc .
De Paris à Effone, à Fontainebleau , à Nemours
, à Montargis, à la Buffiere , à Briare , à
Neuvy , à Cofne , à la Charité , à Nevers , à
Saint Pierre le Moutier , à Moulins , à Beffay ,
à Saint Pourcin , à Gannat, à Riom, à Clermont.
Route de Clermont à Montpelier
Par le Rouergue. De Clermont à Iloire , à
Landes , à Maffiat , à Saint- Flour , à Murat , à
Laguyolle , à Efpation , à Pomas , à Millau " ,
à l'Efpitalet , au Cailar , du Cailar à Montpai-
Toux, à Saint Paul , à Montpellier.
Par le Velay. De Clermont à Veyre , à Saint
Germain Lambron , à Brioude , à Poliaguet , à
Fix , au Puy , à Pradelles , à Chambon , aux
Vens , à Alais , à Ledignan , de Ledignan à Sommieres
, à Montpellier.
Route pour le haut Languedoc.
De Paris au Bourg - la - Reine , à Lonjumeau , à
Eftampes , à Angerville , à Toury , à Artenay , à
Orleans , à la Ferté , à Châteauvieux , à Romorentin
, à Vatan , à Châteauroux , à Argenton ,
à S. Benoift du Saut , à Arnac , à Rafés , à Limoges
, à Pierre Buffiere , à Uferches , à Brives ,
à Souillac , à Fraiffinet , à Cahors , à Caftelnau-
Montratier , à Montauban , à Toulouſe .
* De Thain à Tournon on Paffe le Rhône.
** NOTA Cette Route par Millau eft bonne pour les
Dioceſes d'Alby & la Vauge
D' A O UST.
MORT S
DES PATS ETRANGERS.
E fieur Zicgenbalg Miniftre Lutherien
Danois, eft mort aux Indes Orien- LE
tales.
Le fieur Alphonfe Ellincini de Modene
eft mort Evêque de Cagli dans le Duché
d'Urbin , le ...
La Comteffe de Northampton , veuve
du Lord de ce nom , fille du feu Chevalier
Mycady Pierpoint & Coufin germain
du Duc de Newcastle , eft morte à Londres
Juillet.
le
Le fieur Theodore Baillizi Catholique
Romain , eft mort à Londres âgé de qua
tre-vingts onze ans. Il avoit fervi fous les
Regnes de Charles I. & Charles II . &c.
& étoit Echanfon fous le Regne de la
Reine Anne.
?
Le fieur Adrien Vander-Goés , Grand
Veneur , eft mort à la Haye le Juillet.
Le fils unique du Duc de Bornelli eft
Juillet , & fon corps
fut porté dans l'Eglife de Sainte Marie de
la Minerve , où eft la fepulture de la Maimort
à Rome le
730 LE MERCURE
fon de Bornelli. le Convoy fut
pompeux.
Ce jeune Seigneur n'avoit que près de
vingt-un an ; fa mere eft de l'illuftre famille
Anguillara
.
Giuseppe Riganti Evêque de Teramo ,
eft mort le
Giuſeppe Crifpini Evéque d'Amelie ,
qui avoit été Evêque de Bisceglia dans le
Royaume de Naples , eft mort le
Gio-Battifta Giberti da S. Ginnefio Evêque
de Fano , eft mort le ... Il avoit encore
été Evêque della Cana.
Le Lord Vicomte Hatton eft mort le
Juillet à la maifon de Campagne de la
Province de Northampton.
Le Comte de Jerſey eft mort dans une
de fes Terres le 24 Juillet.
L'époufe de Milord Molefworth eft decedée
à Londres le Juillet.
Le Chevalier Jonathan Trelawney Evêque
de Wincheſter , eft mort le 30 de
Juillet , âgé de près de foixanre & onze
ans. Il étoit Prelat de l'Ordre de la Jarretiere
, & l'un des Gouverneurs de la Maifon
des Chartreux .
Le Marquis de Malagon Grand d'Efpagne
de la premiere Claffe , eft mort à
Madrid le 13 Juillet dans la trente-feptiéme
année de fan âge .
" Le Duc de Naxera Lieutenant General
des Armées du Roy d'Espagne , cft mort
D' A OU S. T.. 737
à Madrid , âgé de trente- neuf ans .
Don François Faxardo Confeiller au
Confeil des Finances , eft auffi mort à
Madrid , âgé de cinquante- neuf ans.
Le Comte de Salm Soûdoyen du Chapitre
de Cologne , y eft mort le 20 Juillet.
La Comteffe Marie - Anne de Staremberg
, époufe du Comte François - Jacques
de Brandis , Chambellan Imperial , Confeiller
& Regent de la Baffe Autriche , eſt
morte à Vienne le 16 Juillet , âgé de 38
ans.
Le Comte Louis de Rabatta , Chambellan
Imperial , eft mort de la petite verole
le 26 Juin à Carelftadt en Croatie. Il étoit
fils unique du Comte Jofeph de Rabatta ,
Confeiller d'Etat ordinaire , & Colonel
General de Croatie . Il étoit marié depuis
un an à la Comteffe Marie- Anne de Harrach
, fille du Comte de Harrach Grand
Maréchal de la Baffe Autriche.
Le* fieur Thomas Newton Contrôleur
de la Douane dans la Nouvelle Anglererre
, eft mort le
Juin.
: Le Lord Vicomte de Lisburn Lieutenant
de Roy du Comté de Cardigan , eft
mort en Angleterre le 8 Juillet .
LE MERCURE
DIGNITEZ ET CHARGES
Etrangeres.
LE
E Roy de Dannemarck a accordé une
penfion de trois cens cinquante-deux
Rifdales fur les Poftes à la veuve du fieur
Zicgenbalg Miniftre Lutherien , mort aux
Indes.
L'Empereur a donné l'Evêché de Neufladt
, fuffragant de Salsbourg , au Comte
de Blankenheim , Chanoine de Cologne
& de Strasbourg.
Le Duc de Saint - Michel a été fair
Grand d'Efpagne de la premiere Claffe.
Le Duc de Poli , frere du Pape , a été
declaré par lui Gentilhomme de la Chambre.
Le Pere Frederic Bonaventure Barberini
Capucin , a été nommé par Sa Sainteté
Predicateur ordinaire du Palais Apoftolique.
Le fieur Jean-François Leonini Romani
a été nommé Evêque de Cagli dans le
Duché d'Urbin .
Le fieur Pierre de Carolis a obtenu du
Pape le Gouvernement d'Aſcoli.
Le fieur André de Giuftiniani Romani a
cu le Gouvernement de Macerata .
Le fieur Jean-Batifte Barni a eu le Gou-
Vernement de Peroufe.
D'AOUS T. 1.3
Le fieur Jacques Oddi celui de Viterbe.
Le fieur Louis Anguifciola , celui de
Frosinone.
Le fieur d'Arragona , celui de Civitavecchia.
Le fieur d'Acquaviva , celui d'Anconę,
Le fieur Imperiale , celui de Fermo .
Le fieur Marufcelli , celui d'Afcoli .
Le fieur Efcaloni , celui de Fabriano.
Le fieur Martiani , celui de Spolette .
Le fieur Rezzonico , celui de Fano .
Le fieur Ferniani , celui d'Orviette .
Le fieur Ceva , celui de San - Sevetino.
Le ficur Sciriman , celui de Sabine . Tous
Gouvernemens donnés par Sa Sainteté.
Le fieur Tempi a eu la Vice-Legation
de Boulogne.
Le fieur Cerrini a été rétabli dans fa
Charge d'Infpecteur des Monafteres de
Rome.
Don Carlo Conti , l'aîné des neveux du
Pape , a été reçû Chevalier de Malte ;
il attend la Croix que le Grand - Maître
de cet Ordre envoye dans de femblables
occafions.
C Le fieur Guillaume Hoofs Bourguemaistre
Regent de la Ville de Delfs , a
obtenu des Etats de Hollande la Charge
de Grand Veneur.
Le fieur Berkenfien Gentilhomme de la
Chambre du Roy de Dannemarck , eft
134
LE MERCURE
Envoyé Extraordinaire à la Cour de Suede.
Le fieur Reiffen eft Secretaire de cette Ambaffade.
Le fieur Mario Bolognetti a été mis de
la Congregation d'Avignon par le Pape ,
& fait Clerc de la Chambre. Cette Charge
vaquoit par la promotion de Don Aleſſandro
Albani au Cardinalat.
Le 16 Juillet le Pape propofa pour l'Evêché
de Teramo l'Abbé Franceſco Maria
Tanfi , Doyen de l'Eglife Metropolitaine
de Matera , & Vicaire Apoftolique d'Aquilée.
L'Abbé Giuseppe Renzoli Aretino , né
dans le Diocéfe de Viterbe , Archiprêtre
de la Cathedrale de Viterbe , pour l'Evêché
d'Amelie.
L'Abbé Aleſſandro Dolfi , Grand Vicaire
de Boulogne , pour l'Evêché de Fano dans
l'Ombrie.
L'Abbé Felice Solazzi , Auditeur du
Cardinal Tanara Doyen du Sacré College,
pour l'Evêché de Bifignano , qui releve
immediatement du S. Siege.
Don Thomas de Aguero , Chanoine de
Seville , pour l'Evêché de Céuta en Affrique.
Le fieur Paffionei nommé à la Nonciature
de Suiffe , pour l'Archevêché titulaire
d'Ephefe .
Le Pere Michel Stella Minime , fut proD'A
O UST.
135
rofé par le Cardinal Acquaviva pour l'Evêché
de Jaca en Arragon,
Le fieur Jean Trelawney fuccede par..
la mort de fon pere au titre de Chevalier
Baronet d'Angleterre ,
Le Docteur Trimnell Evêque de Norwich
paffe à l'Evêché de Wincheſter , qui
eft de fept mille livres fterlin de revenu,
Le Docteur Green , Archidiacre de
Cantorbery , & Recteur de Saint Martin
des Champs , a été fait Evêque de Norwich.
I
Le Docteur Wilcox Chapelain des jeunes
Princeffes filles du Prince de Galles ,
& Prebendier de l'Abbaye de Weſtminſter,
a été nommé Vicaire de Saint -Martin .
. M. Matthieu Grawford Miniftre Ecoffois
, aa été fait Profeffeur de l'Hiftoire :
Ecclefiaftique dans le College d'Edim--
bourg.
Le Colonel Huske a obtenu le Gouyernement
du Château de Hurft dans le Comté
de Southampton.
Le fieur Guillaume Pullenie a été fait
Infpecteur des Maifons Royales dans le
Comté de Northumberland.
Le Capitaine Williams a pris dans le
troifiéme Regiment des Gardes la place
du Capitaine Wel .
Le fieur Jaques Chace a obtenu la place .
d'Apoticaire du Roy d'Angleterre,
136 LE MERCURE
A
Le Marquis d'Ariza a été declaré Grand
d'Efpagne de la premiere Claffe , & cet
honneur tombera fur fes defcendans.
Le Duc de Saint- Michel a obtenu la
même dignité pour lui & fes defcendans .
Le Baron de Montbel , qui a fervi en
Pologne & en Suede avec diftinction , a
été fait par le Roy de Portugal Major
General de fes Troupes. Outre les apointemens
de 2000 florins par an , le Roy
l'a gratifié de 3200 florins.
Le Marquis de Léde a été fait par le
Roy d'Espagne Capitaine General de l'Andaloufie.
Don François Baftarde de Cineros a obtenu
du Roy d'Efpagne , pour recompenfe
de fes longs fervices , la Charge de Sénéchal
de la Ville de Huefca.
Don Antonio d'Albukerque a été nommé
Gouverneur d'Angola par le Roy de
Portugal , & doit s'embarquer fur la Flote
de Fernanbouc .
Don Tibere Caraffa , Lieutenant General
, a obtenu dn Roy d'Efpagne le Gouvernement
de Tarragone.
Don Philippe Dupuy , Maréchal de
Camp , a obtenu celui de Ciudad Rodrigo.
Don François Jofeph de Emparan , auffi
Maréchal de Camp , a obtenu la Lieutenance
de Roy de Ceuta.
Don Bernard de Nava y Norona , Capitaine
D'A O UST. 137
taine de Grenadiers , a eu le Gouvernement
de Grao , fitué dans le Royaume do
Valence .
Don Manuel Lorera a été fait Sergent
Major d'Alicante..
Mehemet Bacha , dernier Grand Viſir ,
qui avoit été fait Gouverneur de Candie
depuis fa difgrace , doit paffer au Gou
vernement d'Egipte.
•
Le Baron de Palaki a été fait par P'Empereur
Evêque de Fagaras en Tranfilvanie ,
nouveau Siége Epifcopal érigé en fa faveur.
Guillaume Pofomby , Jaques d'Arcy &
Jean Bligh Ecuyer , ont éte creés Barons
d'Irlande .
Le Lord Vicomte Lisburn a été nommé
par le Roy d'Angletérre Lieutenant de
Roy du Comté de Cardigan .
Le fieur George Phenney a été nommé
#Gouverneur de l'Ile de Bahama.
Le Colonel Jean Haske a été élu Mem→
bre du Parlement d'Angleterre pour la
Communauté de Nieuport dans l'Ile de
Wight.
Le fieur Guillaume Lambert a été nommé
Contrôleur de la Douane dans la
Nouvelle Angleterre .
M
$ 38
LE MERCURE
D
Mariages des Pays Etrangers.
On Marc Antonio Conti , fecond
neveu du Pape , doit époufer inceffamment
la fille du Duc de Paganica
Mathei .
Le Comte de Monrath Irlandois, épouſe
Madame Diane Newport , fille du Comte
de Bradford .
Le Prince Royal de Dannemarck a
époufé la Princeffe Brandebourg - Culmbach
au Château de Prefch , où refide
la Reine Electrice . La Margrave de Culmbach
mere de la Princeffe , le Velt Maréchal
Comte de Flemming , & M. de
Leipziger Prefident du premier Confiftoire
Ecclefiaftique , affifterent à la nôce.
D'A O UST. 139
AAAAAAAAAAA
NOUVELLES E'TRANGERES.
·De Stokholm le 16 Juillet.
O
Na celebré à Carelsberg la fête
du nom de la Reine , les Senateurs
& les Miniftres étrangers
lui firent les complimens ordinaires
: le Bal qu'on devoit donner dans
P'Orangerie fut fufpendu par l'indifpofition
de Sa Majefté , qui fur le foir fe trouva
mal. L'Amiral Norris eft arrivé avec un
Exprès de Neuftad , qui fuivant l'opinion
commune apporte une declaration du Czar,
portant promeffe de reftituer aux Livoniens
qui font ici tous les biens qu'ils poffedent
dans la Livonie , & accorde un ter
me de deux ans pour vendre leurs effets
à ceux qui voudront refter fous la domination
de la Suede . Le Roy eft entierement
remis de fa dernière indifpofition . On fait
fraper ici des médailles d'or pour donner
aux Plenipotentiaires du Czar , cela pronoftique
un heureux fuccès aux conferences
de Neuftad . On affure que le dernier
Courier y a porté les refolutions du
Roy au fujer des limites de feparation de
la Finlande. Cet article avoit retardé juf-
4
Mij
140 LE MERCURE
qu'à prefent la fignature du Traité. Le
fieur Derkentiern , Envoyé extraordinaire
du Roy de Dannemark , eft arrivé ici de
Coppenhague le 28 Juillet.
De Petersbourg le 29 Juillet.
E Prince Galiczin qui commande en
Finlande , ayant détaché le Lieutenant
general Lefli avec une eſcadre de Galeres
chargée de cinq mille hommes de Troupes
reglées , & trois cens foixante & dix Cofaques
; cette Flotte partit d'Ahland le 27
May , & arriva fur la côte de Suede le
jour fuivant les Troupes débarquées près
de Genel ont marché d'abord le long de la
côte vers Suderham & Lekyviksholm , &
enfuite percé jufqu'à Uma, cela fait plus de
cent lieuës Suedoifes. Les Mofcovites ont
trouvé peu
de refiftance ; ils ont pris &
brûlé fix nouvelles Galeres, deux Vaiffeaux
Marchands, & vingt- cinq autres Bâtimens
où l'on a trouvé près de quatre mille aulnes
de toile , & près de cinq, cens moufquets.
Ils ont détruit & pillé plufieurs
lieux confiderables , des forges , des moulins
, & quelques magazins de munitions
& d'armes . Ce fuccès fut celebré à Petersbourg
le Juillet , anniverfaire du couronnement
du Czar ; on joignit les deux
fêtes , & l'on chanta le Te Deum au bruit
D'A O UST. 14
d'une triple falve d'Artillerie de la Ville
de la Citadelle & des Galeres , & l'après
midi les Senateurs , les Generaux , & les
Miniftres étrangers fuivirent le Czar à
Catharin , maiſon de campagne de S. M.
Czarienne , où elle les retint fort avant
dans la nuit , par un grand repas & d'autres
divertiffemens.
Le 8 Juillet a été auffi confacré aux
plaifirs ; on celebra avec éclat l'anniverfaire
de la bataille de Pultowa , gagnée
par le Czar , les falves d'artillerie & de
moufqueterie furent fouvent repetées , le
Te Deum fut chanté dans une tente dreffée
exprès , & le Czar parut à cette fête revêtu
des mêmes habits qu'il avoit à la bataille
de Pultowa.
De Varfovie le 8 Juillet.
LE
E Roy a écrit de Drefde à toutes les
Puiffances
qui ont des Miniftres à
Conftantinople
, pour les prier de porter
fa Hauteffe à regler à l'amiable les differentes
pretentions
qu'elle croit avoir fur
la Pologne. Les Habitans des environs de
Kaminieck
fe retirent avec leurs effets &
leurs beftiaux dans les Places fortifiées . Le
grand General de l'armée de la Couronne
a fait couvrir les frontieres de la Podolie
par quelques Regimens de Cavalerie & de
" 142 LE MERCURE
Dragons, La Bulle du Jubilé univerfel a
été envoyée au fieur Grimaldi , Nonce de
Sa Sainteté en cette Cour ; il en a d'abord
fait tenir des copies autentiques à tous les
Archevêques & Evêques du Royaume
qu'il va quitter inceffamment pour aller
remplir la Nonciature de Vienne. On écrit
de Petersbourg que le Czar continuë fes
preparatifs de guerre ; la Ville de Dantzich
en eft fort allarmée , & craint que ce Prince
ne forme quelques deffeins contre elle.
Le grand General de l'armée de la Couronne
a donné ordre par des lettres circulaires
à tous les Palatinats de tenir les Troupes
en état de marcher contre les Tartares
s'ils font quelque invafion . Des Lettres de
Podolie apprennent qu'ils y ont déja fait
des courfes , pillé deux Villages , & enlevé
les Habitans ; cela fait appréhender
une guerre ouverte avec les Turcs , cette
hoftilité s'étant commife depuis que le
Bacha de Choczin a reçu de la Porte des
ordres de rendre aux Polonois les beftiaux
& les chevaux qui leur ont été pris . Le
Commandant de Varfovie refufe d'executer
les ordres du grand General de l'armée
de la Couronne.
' D'A O UST. B43
De Coppenhague.
Lderiesberg , fit fon entrée publique à
E16 Juillet la Reine venant de Fre-
Coppenhague , où Sa Majefté Danoiſe fut
reçûe avec une magnificence digne d'un
fi beau jour , & au bruit d'une triple falve
de toute l'artillerie des remparts . Voici
Fordre de la marche. On voyoit à la tête
deux Fouriers de la Cour à cheval , fuivis
par un Timbalier & fix Trompettes . Enfuire
le Colonel Nummer commandoit
PEſcadron des Chevaux Noirs , Les Confeillers
de Justice & les Lieutenans - Colonels
à cheval marchoient fur leurs pas :
on comptoit après une longue file de vingtquatre
carroffes à fix chevaux , occupés
par les Miniftres d'Etat , les Generaux &
les Chevaliers des Ordres de Danebroc &
de l'Elephant. A la fuite de ces carroffes
paroiffoient douze Pages & les Maîtres
'Hôtel du Roy. Le fieur Hartman grand
Maître du Menege , précedoit douze carroffes
du Roy , remplis des Dames de la
Cour , dans la parure la plus brillante. Ces
équipages galants étoient fuivis par les
Generaux , les Amiraux , les Confeillers
d'Etat & les Colonels. Le fieur Viereck
Ecuyer , marchoit à leur tête. Seize Valets
de pied de la Reine alloient deux à
144
LE MERCURE
deux devant le fieur Holft , Grand Mai
tre de la Maifon de Sa Majefté , qui jettoit
de l'argent au Peuple. Enfin on remar
quoit la Reine dans un fuperbe carroffe à
huit chevaux , accompagnée de la Princeffe
Royale affife à fa gauche. Les Comtes
de Rantfau , Knuth & Wedel Chambellans
eſcortoient à cheval le carroffe de
Sa Majeſté , & douze Gardes à pied l'entouroient.
La marche fe fermoit par trois
Efcadrons des Gardes . La Reine étant arrivée
au Palais , le Roy lui donna la main
& la conduifit dans la Salle où étoit dreffée
la table du feftin. La Comteffe de
Holft portoit la queue de la robe de Sa
Majefté , & la Comteffe de Reventlau
exerçoit la même fonction près de la Princeffe
Royale. La table étoit de quatrevingt
quatre couverts. On comptoit encore
à d'autres tables près de deux cens
perfonnes. Le foir leurs Majeftez , ac- .
compagnées de yingt - quatre Seigneurs &
Dames de leur Cour , allerent fouper au
Palais de la Reine , & retournerent enfuite
à Fredericsberg , où le Prince Charles & la
Princeffe Sophie Edwige , frere & foeur
du Roy , fe rendirent le 21 Juillet , &
dinerent avec leurs Majeftez. Le 24 le
Roy , la Reine , & la Princeffe Royale:
étant partis pour le Holftein , ils font arrivez
à Coldingue le 26 au foir par la route
de
D'A O UST.
145
de Judtland ; ils doivent de là fe rendre
à Gottorp , où l'on croit que la Cour Danoife
paffera l'hyver . La Chancellerie &
tous les Officiers qui en dépendent , ont
ordre de s'y trouver. On mande que le
Lord Glenarchi , Ambaffadeur du Roy.
d'Angleterre , a reçu le 28 Juillet un Exprès
de l'Amiral Norris , qui le prie de
préparer des rafraîchiffemens à la Flotte
Angloife qui doit paffer inceffamment à
Coppenhague , & de là retourner en Angleterre.
Le Roy a cedé à la Reine fon
epouſe le produit de la pefche des perles
en Norwege , ainfi que la Reine défunte
en joüiffoit. On doit bâtir ici un Hôtel
pour les Cadets qui fervent dans les Trou
pes de Terre & dans la Marine.
+2
De Vienne le 13 Juillet.
E 6 de Juillet , jour de la Tranflation
Lde
de l'Image miraculeufe de Notre-Dame
le Bocz , l'Empereur tint Chapelle dans
'Eglife Cathedrale de Saint Etienne. Quoi
que les Lettres du Sieur Dierling Secreaire
de S. M. I. à la Porte , difent pofivement
que le Grand Seigneur promet
'obſerver avec exactitude le Traité de
affarowits , les avis venus de Nizza por
nt que les Turcs fous prétexte de quelues
differends furvenus entre les Janiffai-
N
1.46. LE MERCURE
res & les Saphis , font avancer des Troupes
affez nombreuſes pour devoir inquieter;
On écrit même qu'ils ont jetté deux ponts
fur le Danube , & qu'ils paroiffent difpofez
à le paffer. Sur ces nouvelles on a
retardé la reforme ordonnée , & l'on a
chargé le Prince Alexandre de Wirtemberg
d'affembler promptement un Corps
d'Armée , & de couvrir la Tranfilvanie.
On a deliberé en prefence de S. M. I.
fur le projet de l'établiffement d'une Compagnie
a Oftende ; on ignore encore ce
qui a été refolu. On mande de Conftantinople
qu'il y avoit eu un grand tremblement
de terre aux environs de cette capitale
de la Turquie , & que le dominage.
caufé par ce funefte accident avoit été
confiderable. On a enfin expedié fur les
inftances du Roy d'Angleterre , comme
Electeur de Brunswick Lunebourg , un
Mandement Imperial pour la tenuë d'une
Diette dans le Duché de Meklenbourg.
Le Comte Etienne de Kinscki eſt parti
pour fon ambaffade de Petersbourg , & le
même jour le General Comte de Mercy
eft parti pour fon Commandement de
Temeswar, L'Empereur a refolu de mettre
le Duc de Meckelbourg au Ban de l'Empire,
s'il ne prévient fa condamnation en
envoyant fes Députez à la Diete qui doit
être convoquée dans les Etats. On preD'A
O UST. 147
tend à Vienne qu'il rende une juftice provifionelle
à la Ñobleffe de fon pays , qui
peut avoir contre lui de juftes fujets de
plaintes.
De Londres le 21 Juillet.
LBurrington ,
E fieur Jean Allen & le Capitaine
accufés par le Chevalier
Guillaume Thompſon , d'avoir infulté
M. Nicolas Philpot, Membre de la Chambre
des Communes , ont été mis fous la
garde du Sergent d'Armes. On doit envoier
en Hollande un Yacht eſcorté d'un
Vaiffeau de guerre pour tranſporter ici le
Prince Royal de Dannemarck , qui à ce
qu'on pretend vient y demander en mariage
la Princeffe Anne , l'aînée des filles
du Prince de Galles. Après bien des de
bats & des Comitez fur le meffage du
Roy , à l'occafion des dettes de la Lifte
Civile , les Communes ont enfin delibere
que Sa Majesté Britannique feroit autorisée
d'emprunter 500 mille livres fterlings fur
les revenus de la Lifte Civile , à cinq pour
cent d'intereſt par an. Enfuite on propofa
de mettre une taxe de fix fols par livres
fterlings fur les gages & penfions de la Lifte
Civile , pour payer l'intereft de cette fomme
de soo mille livres fterlings : Après
quelques repreſentations il fut refolu à la
Nij
148 LE , MERCURE
·
-pluralité des voix que la taxe feroit de 12.f.
par livres fterlings , dont la moitié feroit
employée à payer les interefts de la fomme
de 500 mille liv . fterlings empruntée par
le Roy , & l'autre moitié à acquitter chaque
année une partie du capital . Le Colonel
Montgomery & le Capitaine Cumin ,
après une querelle formée au jeu , le font
battus & bleffez tous les deux. On efpere
toujours un Acte de grace , où feront compris
le Duc d'Ormond , le Comte de Marr
& le Lord Bullinbrook. L'Ambaffadeur
d'Efpagne a fait chanter le Te Deum dans
fa Chapelle , au fujet du dernier Traité
conclu entre les deux Couronnes d'Angleterre
& d'Espagne , dont la ratification a
été apportée de Madrid par un Meffager
d'Etat le 11 Juillet . On compte que le
Marquis de Pozzobueno Miniftre d'Efpagne
à Londres , y prendra bien-tôt le
caractere d'Ambaffadeur extraordinaire.
L'Imprimeur Mift , qui eft prifonnier à
Newgate par ordre de la Chambre des
Communes , eft accufé de grands crimes &
de malverfations. La Princeffe Anne a eu
la rougeole fans fievre ; on a vû avec joye
le. prompt rétabliffement de fa fanté. La
Princeffe Amelie & la Princeffe Caroline
font attaquées du même mal , qui ne fera
pas plus dangereux que la maladie de leus
foeur aîn.c.
D'AOUST. 149
Le 12 Juillet jour de l'anniverſaire de..
l'avenement du Roy à la Couronne , il y
eut le foir au Palais de Saint James un
grand concours des Ambaffadeurs des
Puiffances étrangeres & des Seigneurs du
Royaume ; l'Etendard Royal fur arboré ,
le canon fut tiré tant à la Tour qu'au Pàlais
, & la fête fut complette. Les Priſonniers
qui étoient renfermez par ordre de:
la derniere féance du Parlement , ont été.
élargis ; & même l'Imprimeur Mift & le.
fieur Wilkinſon fortirent fous caution , de
la prifon de Newgate .
De Venife.
LeNoelle fut
E Nonce a fait fon Entrée publique
e ... elle fut pompeuſe & fatisfit .
extrêmement les regards des fpectateurs .
Le Cardinal Czacki arriva le & Juillet à
Venife , & après y avoir vû tout ce qui
pouvoit occuper fa curiofité , il en partit
le 9 pour fon Evêché de Colocza en Hongrie
, avec une fuite nombreuſe ; l'Ambaffadeur
de l'Empereur l'a regalé ici
magnifiquement pendant fon fejour . Le
Comte de Sculembourg General des Armées
de la Republique a fait voile pour
Corfou fur un Vaiffeau armé en guerre .
Le Cardinal Barbarigo attend fon train &
Les équipages à Breſcia , où il garde l'in-
Niij
150 LE MERCURE
cognito. On a apris par des Lettres de
Porto-Ferraio , qu'un magafin à poudres
de Brefcia étoit fauté en l'air , & c'eft un
orage terrible qui a caufé ce funefte accident
: quatre bombes ont crevé en même
temps , leurs éclats ont volé par toute la
Ville , M. Mafetti Provediteur , en a vû
tomber un de dix- neuf livres pefant dans
fa chambre fans en être bleffé. Ce qu'il y
à de plus fingulier dans cette aventure ,
c'eft qu'il n'a péri perfonne de tous ceux
qui s'empreffoient pour éteindre un incendie
fi dangereux , quoi que les grenades
fautaffent de tous côrez.
On a bien-tôt achevé dans l'Arſenal de
Venife les préparatifs que l'on difpofoit
pour douze gros Vaiffeaux de Ligne. Des
Lettres de Modene difent que le Prince
& la Princeffe vont inceffamment partic
pour Boulogne , & qu'ils vifiteront auffi
quelques Places de la Tofcane .
Les dernieres nouvelles de Tunis font ,
qu'il y eft arrivé deux Capigi Bachas ( ce
font les Envoyez du Grand Seigneur ) le
premier portoit des ordres de fa Hauteffe
à cette Regence , à celle d'Alger & de Tripoli
, de faire la paix avec les Venitiens ,
& le fecond étoit chargé de déterminer
les Chefs du Gouvernement de Tunis &
d'Alger de donner du fecours au Bey de
Tripoli , pour l'aider à chaffer du Royaume
D'AOUST. 151
le rebelle Jeanum Codgea , qui a été démis
de fon Gouvernement.
;
Il y a des Lettres de Tripoli du 26 Juillet
, qui marquent que Jeanum Codgea
a pris la fuite qu'il étoit venu à Zouas
avec la Galere & quatre petits Bâtimens ,
dans l'efperance d'y joindre fon Camp ,
& les Mores qui étoient de fon parti , pour
Y faire une defcente ; qu'après avoir attendu
huit jours fans les voir paroître , il
avoit jugé qu'il avoit été trahi , & avoit
remis à la voile , fans qu'on fçache de
quel côté il eft allé.
I
De Madrid , du
Is Failler.
Ambaffadeur de Malthe a reçu la
confirmation de la Victoire remportée
par le Vaiffeau de la Religion fur les
Corfaires d'Alger & de Tunis . L'on mande
de Portugal qu'il eft arrivé à Lisbone un
Miniftre du Roy de Sardaigne , chargé de
conclure le mariage du Prince de Piemont
avec l'Infante Dona Francifca foeur unique
du Roy de Portugal . Ce Miniftre eft le
Marquis de Cantadour. Il a prefenté à la
Princeffe le Portrait du Prince de Piémont
, l'Infante l'a accepté du confentement
du Roy & de la Reine ; ainfi l'on
regarde ce mariage comme abfolument
arrêté.
N iiij
5152 LE MERCURE
Sa Majefté Catholique , la Reine & le
Prince des Afturies font toujours à l'Efcurial.
Il y eut Chapelle publique le jour de
la Fête de Sainte Anne. Le fieur Holfendorf
Secretaire du Colonel Stanhope est
revenu de Londres avec la ratification de
la Convention arrêtée entre les deux Couronnes
d'Agleterre & d'Efpagne. On écrit
de Naples du 22 Juillet , qu'un détachement
Efpagnol du Régiment de la Marine
qui venoit de Manfredonia pour paffer en
Hongrie , étant arrivé à la Montagne de
Troya , voulut executer pendant une halte
le deffein qu'il avoit formé de maſſacrer
les Officiers & de deferter enfuite.
Ce projet criminel ne put être achevé ,
le Commandant qui repofoit , réveillé par
le bruit & les meurtres des mutins , ménagea
les efprits de quelques -uns des vieux
foldats avec tant de prudence & de feraneté
, qu'il les engagea à le foutenir , &
à remettre les Rebelles dans leur devoir.
On en arrêta 36 , qui furent punis diverfement
à proportion des degrez de leur
crime.
De Rome.
E 8 de Juillet , le Pape , de qui la
fanté eft rétablie , alla vifiter l'Eglife
de S. Laurent des Clercs Mineurs Réguliers
; la Calvacade fut belle & nombreuſe.
D'AOUST. 153
C'étoit ce jour-là qu'on celebroit la Fête
de Sainte Lucine. Sa Sainteté affſiſta à la
Meffe avec un grand nombre de Cardinaux
, qui l'avoient devancée dans cette
Eglife. La Ducheffe d'Aquafparta , la Princeffe
Rufpoli & la Ducheffe de Gravina
parentes du Pape furent admiſes à lui
baifer les pieds , ainfi que le General de
l'Ordre des Clercs Mineurs Réguliers Gio
Batifta Bafalotti , avec les Religieux. Cette
Cavalcade réjouit infiniment toute la Ville
de Rome , qui depuis quelques jours étoit
fort inquiete au fujet de la fanté du Saint
Pere. Le Cardinal Spada eft retourné à
fon Evêché d'ofimo. La Princeffe Borghefe
eft partie avec fes fils pour aller s'embarquer
à Nettuno fur les Galeres de Naples,
qui doivent la tranſporter auprès du Prince
fon époux ; cette Princeffe en paffant à
Ariccia a été regalée par le Prince Chigi
Seigneur d'Albano . Le Cardinal d'Althan
l'accompagna une partie du chemin . Le
Cardinal Acquaviva dans une longue audiance
qu'il a obtenue du Pape , lui a prefenté
de la part du Roy d'Espagne une
Lettre de felicitation fur for exaltation au
Souverain Pontificat.
Le Comte Kinski reçut le même jour
fon audience de congé , avec les ceremonies
ufitées dans de pareilles occafions . Le
Mercredi 16 Juillet , le Pape tint Confi
354
LE MERCURE
ftoire fecret , il y fit la formalité de fermer
& d'ouvrir la bouche au Cardinal
Conti , & lui donna l'Anneau de Cardinal
& le titre de S. Bernard des Termes . Ce
fut dans le même Confiftoire qu'il créa
deux nouveaux Cardinaux , l'Archevêque
Duc de Cambray , de l'Ordre des Prêtres ,
& de l'Ordre des Diacres Don Alexandre
Albani neveu du deffunt Pontife . Cette
nouvelle promotion fut celebrée dans
Rome par des illuminations & des fêtes
dans toutes les rues . L'Ordre du Diaconat
de l'Abbé Coetlogon a été declaré nul par
la Congregation du Concile. Celle du
Saint Office n'a pas encore ftatué fur la
difpenfe que demande le Duc de Bracciano ,
pour épouter la jeune Princeffe Borghese,
foeur de fa deffunte femme. L'Abbé Malatesta
Napolitain eft forti du Château
Saint Ange pleinement juftifié. On l'accufoit
de quelques Pafquinades. Le Cardinal
Gofladini eft parti la nuit du Mardi
8 Juillet pour fon Evêché d'Imola. Les
Cardinaux Allemands & les Cardinaux
François fe regalent alternativement avec
une grande magnificence. Le Cardinal
d'Althan chargé des affaires de l'Empereur,
confere fouvent avec les Cardinaux Conti
& de Sainte Agnés au fujet de la reftitutión
de Comacchio . On attend un heureux
fuccès de ces Conferences.
D'A O UST.
La Compagnie de Jefus a fefté à Rome
l'exaltation du Saint Pere avec une diftinction
qui a un trés- legitime fondement,
le nouveau Pontife ayant été élevé dès fa
plus tendre jeuneffe au College Romain.
Cette Ceremonie s'eft paffée dans l'Eglife
de Saint Ignace , qui avoit été difpofée &
parées exprès. Elle fut illuftrée par la prefence
de vingt- neuf Cardinaux & de près
de cent Prelats , avec un concours prodigieux
d'Ecclefiaftiques & de Religieux
de tous les Ordres. On commença la fête
par un beau Concert d'inftrumens , compofé
de plus de trente Muficiens des plus
habiles . Enfuite le Pere Antonio Caftni
Profeffeur de Rhétorique au College Romain
recita le Panegirique du S.Pere divifé
en deux parties , & démontra que le Pape
réuniffoit en lui la fainteté du Sacerdoce
& la majefté d'un Potentat.
La jeune fille de Don Carlo Albani
Prince de Soriano a été prefentée au Bap
tême par l'Ambaffadeur de Portugal au nom
du Roy fon Maître. Il lui donna le nom
d'Anne - Marie-Jofephine , & lui fit prefent
d'une Croix de diamans de la valeur de fix
mille écus Romains . Cette fainte Ceremanie
fe paffa dans le Palais Albani . L'Abbé
Don Stephano Conti , qui a été fait Pro- ,
tonotaire Apoftolique , eft prefentement
logé au Palais de Sa Sainteté , qui après
•
156
LE MERCURE
avoir éprouvé fes talens & reconnu fo.
merite , l'honore de fa confiance. Le 27
Juillet , le Cardinal Conti prit féanc
pour la premiere fois dans la Congrega
tion du Saint Office.
MORTS DE FRANCE..
E Comte de Thuri de Harcour eſt
LEnort le S Aouft , âgé de 62 ans il
avoit été Colonel du Regiment du Maine
Infanterie , & étoit Brigadier des Armées
du Roy.
Dame Marie-Anne Voifin , Veuve de
Meffire Denis Feydeau , Chevalier Seigneur
de Brou & autres lieux , Confeiller
du Roy en fes Confeils , Maistre des
Requeftes honoraire de fon Hotel , & Préfident
au Grand Confeil , eft morte le 31
Aouft . M. de Brou Intendant en Bretagne
eft fon fils .
M.de Maulnoury Confeiller à la Cour
des Aydes , eit mort le 2 Aouft.
Dame Marguerite de Gaudon époufe de
Meflire Nicolas de Vauquelin , Marquis de
Saify , eft morte à Bercy le 16 Aouft.
Dame Catherine - Jeanne de Garot de
Boifemont , épouse de Meffire Louis- François
de Blair , Chevalier Seigneur de Cer
D'A O UST. 157
nay , Courtemanche & autres lieux , Confeiller
au Parlement , eft morte le 17 Aouft.
Dame Marie-Henriete Valtelet , épouse
de Gafpard de Cafe , Ecuyer , Confeiller
du Roy , Tréforier General des Poftes de
France , & Fermier General , eft morte le
16 Aquft.
Dame Catherine Canterel époufe de M.
Durand Confeiller du Roy , Correcteur
ordinaire en fa Chambre des Comptes , eft
morte le 21 Aouft.
Dame Elifabeth d'Epinoy , veuve de
Meffire Jean- Baptifte de Ribaudon , Chevalier
, Seigneur de Monceau & autres
ieux , Conſeiller du Roy en fa Cour de
Parlement , eft morte le 7 Aouft.
Dame Marie - Anne Bertelot , veuve de
Meffire Jofeph Simon de Laiftre , Coneiller
du Roy en fes Confeils , Secretaire
rdinaire du Confeil d'Etat & Direction
les Finances de Sa Majefté , eft morte le
s Aouft , âgée de cinquante ans.
Meffire Jean-Baptifte de Mahuet , Chealier
, Baron du Saint Empire , & de
Drouville , Confeiller de S. A. R. de Lor
ine en fes Confeils d'Etat & Privé , prenier
Préſident de fa Cour Souveraine , &
on Envoyé extraordinaire à la Cour de
rance , eft mort à Paris le 26 Aouft , âgé
e foixante & treize ans.
Demoiſelle Marie Charlotte fille de M,
158
LE MERCURE
le Duc de Luynes eft morte âgée de deux
ans.
M. de Maulnier , Chevalier de S. Louis,
Sous - Lieutenant aux Gardes Françoiſes ,
eft mort à Marſeille le mois paffé d'une
feconde attaque d'apoplexie , âgé de 48
ans . Par cette mort M. Foy de S. Maurice
, le plus ancien Enfeigne à Efponton ,
eft monté à la Sous-Lieutenance.
M. Dutot , Chevalier de Saint- Louis ,
Lieutenant aux Gardes Françoifes , eft
mort à Paris. "
MARIAGES.
Onfieur le Marquis de Villars , fils
Munique du Maréchal de ce nom ,
époufa le 6 Aouft Mademoiſelle de Noailles
, feconde fille du Duc de Noailles. La
ceremonie de ce Mariage fe fit à l'Hôtel de
Noailles. M. le Maréchal de Villars eft
Duc & Pair , Prince de Martigues , Vicomte
de Melun , Marquis de la Melle ,
Comte de la Rochemilay , Chevalier des
Ordres du Roy , & de la Toifon d'or ,
Gouverneur & Lieutenant General du Pays
& Comté de Provence , Marſeille , Arles
& Terres adjacentes Ville , Tours &
Forts de Toulon , Ville & Citadelle de
Saint- Tropes . Il a été Gouverneur de Fribourg
en Brifgau , Generaliffime des Ar-
爨
D'AOUST.
mées du Roy, Ambaffadeur Extraordinai.
& Plenipotentiaire de France à la Paix de
Raftadt , Chef de l'Ambaffade à la Paix
generale de Bade ; enfin il eft Confeiller
au Confeil de Regence , & l'un des Quarante
de l'Academie Françoife. Il avoit
épousé en Dame Angelique Roque
de Varangeville, M.le Duc de Noailles ,
pere de la mariée , eft Grand d'Espagne ,
Chevalier de la Toifon d'or , premier Capitaine
des Gardes du Corps du Roy, Gou
verneur des Vigueries & Comté de Rouffillon
, Conflans & Cerdaigne , & des Ville ,
Château & Citadelle de Perpignan , Gouverneur
& Capitaine des Chaffes de Saint-
Germain , & Confeiller au Confeil de Re
gence. Il avoit épousé en Dame Françoile
Charlote Amable d'Aubigné.
Meffire Philippe- Augufte Comte de Volnire
de Ruffec , fils de M. le Comte de
Ruffec Dubois de la Roche , & de Dame
Elifabeth de Baux de Sainte -Fritte , a
épousé le 17 Aouft Demoiſelle Rebeque
de Malliere de Chaffonville , fille mineure
de M. le Comte de Chaffonville , Gentilhomme
de laChambre de leurs Alteffes Se
reniffimes Electorales de Baviere & de Cologne
, Maréchal de Camp de leur Armée
& de celles du Roy , Colonel d'un Regi
ment de Dragons , & de Dame Marie
Adrienne de Glimet de Brabant.
ノ
LE MERCURE
DIGNITEZ ET CHARGES.
Onfieur le Comte de Morville
Ambaffadeur ordinaire du Roy
près les Etats Generaux des Provinces
Unies , & Plenipotentiaire de Sa Majesté
au Congrès de Cambray , a obtenu du Roy
la furvivance de la Charge de Secretaire
d'Etat , dont eft revêtu M. d'Armenonville
fon pere. LesLettres font du 25 Aouft.
M. le Comte de Combourg Mestre de
Camp de Cavalerie , a obtenu du Roy le
31 Juillet la furvivance du Gouvernement
de la Ville de Saint- Malo
poffede M. le Marquis de Coefquen.
› que
M. le Marquis de Bouzols a obtenu du
Roy le premier Aouft la Charge de Châtelain
de la Châtelenie d'Uffon , que poffedoit
feu M. le Comte de Bouzols fon
pere.
M. le Marquis de Choifeul- Beaupré
Capitaine dans le Regiment d'Orleans
fils de M. le Comte de Choifeul Lieutenant
General des Armêes de Sa Majefté ,
& de Dame Anne Barillon petite - fille de
M. le Chancelier Boucherat , a obtenu du
Roy la furvivance de fon pere qui eft
Lieutenant General au Gouvernement de
Champagne.
M. de Saconai Chevalier de S. Louis ,
Enfeigne
D'AOUST. 161
Enfeigne Suiffe de la Compagnie des Cent
Suiffes Gardes du Corps du Roy , a obtenu
l'agrément de la furvivance de fa Charge
pour M. Glaffon de la Chataigneraye
auffi Chevalier de S. Louis , Exemt Suiffe
de la même Compagnie , lequel a cedé fa
Charge d'Exempt à M. de la Chataigneraye
fon fils , qui fervoit en qualité de Cadet
dans le Regiment des Gardes Suiffes .
BENEFICES.
Rreurs du Mercure de Juin & Juillet ,
Article des Benefices , page 126 du
fecond volume , à l'article de la promotion
de M. l'Archevêque de Cambray au Cardinalat
, il faut mettre l'Abbaye de Cercamps
, au lieu d'Orcamps.
Page 128 , à l'article ,de M. l'Abbé de
S. Albin , il faut mettre de l'Evêque Duc
de Laon , au lieu de Comte .
Du 10 Aouft , le Roy a donné l'Evêché
d'Arras, fur la démiffion de Meffire Guy
de Séve de Rochechouart , à M. l'Abbé
de Séve Docteur de Sorbone , qui en
étoit déja Coadjuteur.
L'Abbaye de Beaupré Ordre de Cifteaux
Diocéfe de Beauvais , à l'Abbé de Pézé .
L'Abbaye du Mont S. Michel, Diocéfe
d'Avranches , à l'Abbé de Broglio .
L'Evêché de Glandeyes , à l'Abbé de
Berton de Grillon . O
762 LE MERCURE
Le fieur. Jean- Baptifte Neret , Soudiacre
du Diocéfe de Paris , a obtenu le
To Aout l'Abbaye Commandataire de .
Saint -Etienne de Vaux , Ordre de Saint
Benoift , Diocéfe de Saintes.
Le fieur Jean - Philippes Waroquier ,
Prêtre du Dioceſe de Paris , a obtenu le
même jour la Chapelle perpetuelle de
Saint Louis , en la baffe Chapelle de
Paris.
le
Il y a erreur dans le dernier Mercure
à l'Article des Penfions accordées par
Roy fur l'Abbaye de Chailly ; le nom du
Precepteur de M. le Comte de Clermont
eft l'Abbé de Guijon , fa penfion eft de
2000 livres , & non de 1500 livres. M.
l'Abbé de Fortia n'a point de penſion , il
n'y a pas méme d'Abbé de ce nom .. M. le
Comte Dauteuil , Ecuyer de M. le Duc
de Bourbon , Chevalier de l'Ordre de S.
Lazare , a eu en cette qualité une penſion
de 200 liv. fur la même Abbaye.
D'A OUS T.
163
JOURNAL DE PARIS.
E Pape a donné au Pete Quinquer
d'Evêque
"
polis ; c'est un Evêché in partibus qui le
rendra fuffragant de l'Archevêché de Cambray
, où il ira refider.. La reputation du
Pere Quinquet eft affez étendue , & difpenfe
de parler ici de fes talens pour la
Prédication.
On ne doute plus que M. Maffei ne
refte ici Nonce ordinaire.
Le Prince de Montauban s'est démis
Vépaule en montant dans fa chaife de Pofte
On dit qu'un Marbrier de Paris , nommé
Prince , a trouvé le fecret de plier les
glaces fans les caffer. L'hiftoire nous raconte
qu'un pareil fecret avoit été décou
vert autrefois à Rome par un fameux Ouvrier
qui avoit fçu rendre le cryftal & le
verre malleables.
On dit encore qu'un Hollandois a inventé
une Porcelaine qui ne fe caffe point
& qu'il en a fait un fervice entier pour le
Roy d'Angleterre.
Le Roy a fait au Cardinal de Polignac
Oij
$64
LE MERCURE
un don de cinq cens mille livres à percevoir
en plufieurs années fur fes Domaines.
Il a auffi accordé à M. d'Avernes un
Brevet de retenuë de vingt- cinq mille écus
fur fon Gouvernement de Navarrins.
On affure que le Roy de Pologne a
nommé l'Abbé de Preaux au Cardinalat ,
pour la premiere promotion des Couronnes.
Un Chanoine de Gournay trop fincere,
ayant confié à un de fes voifins qu'il avoit
chez lui de l'argent vieux ; ce méchant
voifin conçut le projet d'affaffiner le Chanoine
thefaurifeur , & de lui dérober fes
Efpeces. L'occafion s'en prefenta bien- tôt ;
äl fut invité à fouper par l'Ecclefiaftique
imprudent , qui fut tué avec la fervante
fur la fin du repas. Quand l'affaffin eut fait
le coup , il vola le mort , & par un rafinement
de fcelerateffe , il porta le cadavre
de la fervante dans le lit du malheureux
Chanoine , & mit enfuite le feu à la maiſon ,
fe flattant que les flames confommeroient
les preuves de fa noirceur : mais on éteignit
l'incendie , on arrêta l'incendiaire , qui
eft à prefent dans la prifon de Rouen , où
il attend le Jugement de fon procès , &
la peine de fes crimes.
M. de Tarouca Ambaffadeur Plenipotentiaire
du Roy de Portugal au Congrès
D'A O UST. 165
'de Cambray , n'ayant point trouvé de mai
fon affez heureufement difpofée pour la
fefte magnifique qu'il prepare aux Dames ,
il a fait conftruire en Hollande un édifice
propre à fon deffein. Cette maiſon ambulante
doit être apportée à Cambray fur des
charettes ; les premieres font déja arrivées
chargées des gros bois. On ne peut pouffer
la galanterie plus loin. On lit bien que
quelques Romains faifoient venir des pays
lesplus reculez les viandes les plus delicates,
& les poiffons les plus exquis ; mais ils
ne s'avifoient pas de faire bâtir en Afrique
la Salle du feftin qui devoit être donné
en Italie.
•
Le 3 Aouft , M. l'Abbé d'Argouges
nommé par le Roy à l'Evêché de Perigueux
, a été facré dans l'Egliſe des Minimes
de la Place Royalle .
Le même jour trois Aouft , Celebi Mehemet
Effendi Ambaffadeur de la Porte
eft parti avec regret pour retourner à Conftantinople.
Ce Miniftre Oriental a fait
briller dans toutes les demarches & tous
fes difcours un goût Européen. Il a vifité
tous les lieux que cherche la curiofité éclairée
; il a parcouru les Cabinets rares , &
feuilleté les Biblioteques choifies. Enfin
il eftimoit fort les moeurs & les manieres
de notre nation : elle a rendu juftice à fon
merite , & lui a prouvé qu'elle ne juge
166 LE MERCURE
1
pas toujours des hommes par le climat &
par les habits.
Il n'eft pas étonnant que l'Ambaffadeur
Ture quitte la France avec regret ; M. le
Duc de Bourbon l'avoit reçu à Chantilli
peu de jours avant fon départ avec un
agrément qui doit lui rendre la route bien
ennuieufe. Ce fut le mardi 29 Juillet que
cette Excellence. arriva fur les fix heures
du foir dans le fuperbe Château de Chantilli
. Le Chevalier de Dampiere premier
Ecuier de M. le Duc de Bourbon fe trouva
fur le Perron à l'arrivée de l'Ambaffa
deur Ottoman , & le conduifit dans le
grand. Appartement , où il fouhaita être
feul un quart d'heure. Après s'y être repofé
, il defcendit , & trouva dans la grande
Salle une Collation préparée avec goût &
avec choix ; Son Excellence fe mit à table
avec fon . Fils & fon Medecin mangea du
fruit & des compotes , but du Sorbec , de
la Limonade & autres liqueurs fraîches
délicieufement compofées ; Elle fut de là
conduite par le Pont de la Voliere à des
Caleches galamment peintes & dorées.
L'Ambaffadeur en occupa une avec fon Fils,
fon Medecin & le Chevalier de Dampiere,
qui étoit chargé de faire les honneurs de
fa reception : les autres Caleches furent
remplies des Seigneurs invitez à la fefte.
Ces brillans équipages. volerent à la McD'A
OUS T.
167
"
.
8
nagerie ; on s'y amufa deux heures ; pendant
cet intervalle M. le Duc de Bourbon
qui étoit à la Chaffe en revint , & fut trouver
l'Ambaffadeur à la Menagerie ; ils
.monterent enſemble dans une Caleche , &
reprirent le chemin du Château par la tête
du Canal , le Miniftre de la Porte fut
mené dans l'Appartement du . Taffe , qu'il
prefera au grand Appartement. La compagnie
refta avec fon Excellence jufqu'à
neuf heures paffées.. On fervit une Table
de vingt couverts dans la Salle du Taſſe ,
où M. le Duc de Bourbon plaça l'Ambaſſadeur
à fa droite ; deux autres Tables de
quinze couverts chacune furent fervies en
même tems , & occupées par toutes les
perfonnes de diftinction qui fe rencontroient
à Chantilli ; le repas fut long &
toujours gay.
3
9
Le mercredi à fix heures du matin ,
l'Ambaffadeur après avoir pris fon Caffé ,
fortit en Caleche dans le petit Parc , & fut
-conduit à Silvie , c'eft un des plus gracieux.
reduits de Chantilli. A fon retour le dîner
fut fervi dans la Salle de Voute dans le même
ordre que le fouper de la veille : après
le repas on alla au rendez -vous de Chaffe à
la Table : près de là le Cerf fut lancé ;
l'Ambaffadeur fuivit la Chaffe en Caleche ,,
& fon fils à cheval , ce jeune Ture pique:
parfaitement bien..Le Cerf (e laiffa.
prens
168 LE MERCURE
dre aux Etangs on en courut un fecond ,
qui fut pris à la porte de la Menagerie.
En repaffant par la Table les Chaffeurs
trouverent une belle Collation , où l'on
prodigua les liqueurs & les eaux glacées.
Cette agreable Chaffe fut fuivie d'une promenade
le long du Canal jufqu'au fouper,
qui ne démentit point les repas precedens ;
on entendit un Concett avant de fe mettre
à table ; la Mufique continua pendant
qu'on mangeoit , & fe termina par des
Chanfons réjouiffantes , qu'on expliquoit à
l'Ambaffadeur , & qu'il applaudiffoit du
gefte & des yeux . Toutes les fenêtres de
La Salle du feftin étoient bien fermées , &
ce n'étoit pas fans fujet , on ménageoit à
Son Excellence une furprife agreable &
une fin brillante aux plaiſirs de la journée.
L'Ambaffadeur en fortant de table à plus
de minuit , entra dans fön Apartement , &
fut frapédu jour nouveau qui éclairoit les
Jardins , le grand & le petit Parterre , le
tour du foffé & des Baffins étoient enticrement
illuminez. Vingt- quatre pieces de
Canon firent d'abord trois falves , & annoncerent
un tres- beau feu d'artifice , qui
reprefentoit un Soleil & un Croiffant . Ce
fpectacle occupa jufqu'à trois heures du
matin Son Excellence , qui prit alors congé
de M. le Duc de Bourbon , s'alla repofer ,
& monta en Caroffe à huit heures , conduit
par
D' A O UST. 169
par le Chevalier de Dampierre. On lui
prefenta du caffé au moment de fon départ.
Six Turcs qu'il avoit amenez à Chantilly
furent auffi regalez ; de maniere qu'il en
fera furement fait mention plus d'une fois
à Conftantinople.
La nuit du 3 au 4 Août M. le Duc de
Chartres fut attaqué d'une fiévre qui l'obli
gea le lendemain de fe faire faigner du
pied ; heureufement cette indifpofition n'a
pas été longue , & fa fanté eft entiere¬
ment rétablie.
Le 17 le Roy entendit la Meffe chantée
par la Mufique , & l'Evêque d'Orange
prêta ferment de fidelité entre les mains
de Sa Majesté, en prefence de Monfieur
le Duc d'Orleans .
M. le Duc de Boufflers , fils du feu Mas
réchal de ce nom , doit époufer Mademoiſelle
de Villeroy , fille de M. le Duc
de Villeroy , Capitaine des Gardes du
Corps de Sa Majefté , & petite fille de
M. le Maréchal Duc de Villeroy , Gouver
neur du Roy.
Le 11 Aouft M. le Duc du Maine fit
près de Montrouge la Revûe des deux
premieres Compagnies du Regiment des
Gardes Suiffes. M. de Surbec Capitaine de
la Colonelle , qui a une maison de campagne
à Bagneux , village voifin de Montrouge
, y donna un fouper magnifique .&
Р
170 LE MERCURE
delicat à M. le Duc du Maine . Madame
la Ducheffe du Maine , le Prince de Dom- ,
bes & le Comte d'Eu , fe trouverent à ce
repas : Pour rendre la fête generale , on
avoit donné des rafraîchiffemens aux Offi.
ciers Suiffes de la Revûë , & on avoit
fait défoncer quelques tonneaux de vin aux
Soldats , qui n'eurent pas befoin de Troupes
auxiliaires pout vuider cette affaire
d'honneur. Aux cris de Vive le Roy que
repeteremt cent & cent fois ces deux Compagnies
, ont eût dit que tout le Regiment
complet étoit-là.
Le 15 jour de l'Affomption Mlle Antier
premiere Actrice de l'Academie Royale
de Mufique pour fignaler particulierement
fa joye au retour de la fanté du Roy,
donna le Bal fur le bord de la Seine dans
la prairie d'Auteuil : les faules furent illuminez
; on y danfa jufques au matin , &
cette falle ruftique fut peuplée fur les
deux heures de la nuit de mafques de
diftinction que Paris lui envoya. On peut
dire de ce Bal champêtre qui fe renouvelle
tous les ans , tantôt par un Particulier ,
tantôt par un autre , qu'on y voit prefque
depuis le fceptre jufqu'à la houlette .
On a emballé à Rome tous les Tableaux
qui appartenoient jadis à la Reine de Suede
, Monfieur le Duc d'Orleans qui les a
achetez , en laiffe les bordures au Duc de
D'A OUST.
་ ་
Bracciano , heritier de Don Livio Odeſcalchi.
M. le Prince de Conti a fait preſent atr
Roy de cent perdreaux rouges vivants ,
qu'on a portez à la Muette.
Le Roy a donné les Entrées au Duc de
Boufflers , au Dus de Montmorenci , & au
Comte de Ligni.
M. de la Boiffiere , fils du Lieutenant de
Roy de la Ville de Dieppe , épouſe Mademoiſelle
de Boulainvilliers. Le Roy en faveur
de ce mariage donne la furvivance de
la Charge de Lieutenant de Roy de Dieppe
au marié.
Le Roi a donné, au Comte de Morville
Plenipotentiaire au Congrès de Cambray ,
un Brevet de retenue de quatre cens mille
livres fur la Charge de Secretaire d'Etat ,
dont il a la furvivance.
Le 22 il arriva au Port Louis trois
Vaiffeaux de la Compagnie des Indes ,
nommeż le Solide , l'Amphitrite , & la
Vierge de Grace , * richement chargez ; ils
reviennent de Pontichery & de Bengale
dans les Indes Orientales .
Le 24 l'Evêque du Puy prêta ferment
de fidelité pendant la Meffe du Roy entre
les mains de Sa Majefté , en preſence de
Monfieur le Duc d'Orleans .
* Le Solide arriva le 22 , les deux autres ne
parurent que le 24 ,
P ij
172. LE MERCURE
Le 26 le Roy entendit le Salut dans
l'Eglife de Saint Louis en l'Ifle , édifice
qui n'eft pas achevé , dont le feu Roy de
glorieufe mémoire pofa la premiere pierre
le premier Octobre de l'année 1664 : le
Curé de cette Parroiffe fit au Roy un difcours
édifiant , où il rappella cette circonftance
pour infinuer à Sa Majeſté le
deffein d'achever un bâtiment commencé
par fon augufte Bifayeul. La mufique du
Motet , ainfi que celle du Te Deum qu'on
avoit chanté le matin , étoit de la compofition
du fieur de la Ferrieres , Prêtre de la
Parroiffe.
Le 24 M. le Marquis de Maillebois ,
Lieutenant General de Languedoc prefenta
au Roy les Députés des Etats de
cette Province , conjointement avec M. le
Marquis de la Vrilliere Secretaire d'Etat ;
le fieur des Granges Maître des ceremonies
les conduifit : la députation étoit compofée
de l'Evêque de Lavaur pour le Clergé ,
( ce fut lui qui porta la parole ) de M. le
Marquis de Calviffon pour la Nobleſſe ,
des fieurs Matthieu & Pafferot pour le
Tiers Etat ; & enfin du fieur Montferrier
Sindic general de la Province ; ils eurent
audiance le même jour & les fuivans de
Madame à Saint Cloud , de Monfieur le
Duc d'Orleans & de Madame la Ducheffe
d'Orleans au Palais Royal , avec les cereD'A
O UST. 173
monies pratiquées dans femblables , occafions.
Le 25 la fête de Saint Louis fut cele
brée à l'ordinaire par l'Academie Françoife
dans la Chapelle du Louvre , M. l'Evêque
de Soiffons nouvel Academicien y dit la
Meffe ; on y chanta un Pleaume en Mufique
de la compofition du fieur du Bouffet.
L'Abbé Citeri fit avec applaudiffement
le Panegirique du Saint. Le foir l'Academie
donna le prix de Poëfie au Chevalier
de Saint Difdier , celui d'Eloquence fut
refervé pour l'année prochaine . Ou les
Cicerons deviennent rares , ou ils ne veulent
pas compromettre leur Rhétorique.
M. Bailly & le Moine ; Medecins de la
Faculté de Paris , envoyez par la Cour en
Provence , y ont été attaquez l'une après
l'autre de la pefte , & fe font gueris mutuellement.
Cette confiance reciproque &
heurcufe , doit honorer leur capacité , &
encourager leurs malades.
Piij
174
LE MERCURE
JOURNAL
De la maladie du Roy & de toutes les
fêtes qu'on a celebrées à l'occafion
du rétablissement defafanté.
O
Na cru devoir affembler dans
un feul article tout ce qui concerne
un fait auffi intereffant
que la maladie du Roy , les fêtes
innombrables qui ont fuivi le rétabliffement
de fa fanté , prouvent clairement
qu'il eft impoffible de peindre la douleur
qui les a precedées : Ainſi qu'on ne s'attende
pas à de longs détails , ce feroit une
temerité inexcufable de tenter la peinture
: des tranfports François dans cette occafion
: les fentimens vifs ne peuvent jamais
être exprimez qu'imparfaitement ; le coeur
parle toujours infiniment mieux que l'éloquence
même , elle n'eft que fon écoliere.
.
Le Jeudy 31 de Juillet , jour de la fête
de faint Germain l'Auxerrois , Parroiffe
du Louvre , le Roy entendant` la Meffe
dans fa Chapelle , fe fentit incommodé ;
on fit ceffer la Mufique pour abreger
l'Office Divin , que Sa Majefté ne voulut
point quitter. Dès qu'Elle fut rentrée dans
D'A OU ST. 7475
*
1
fon cabinet , elle demanda du feu , qui
fut allumé dans le moment.
M. le Maréchal de Villeroy , & M. le
Duc de Mortemart, premier Gentilhomme
de la Chambre , envoyerent dire aux Officiers
de la Bouche & du Gobelet , que le
Roy ne dîneroit point à fon grand couvert
: Sa Majefté fe coucha fur les trois
heures après midy , attaquée d'un grand
friffon , fuivi d'une fiévre affez forte qui
augmenta pendant la nuit. On mandala
maladie du Roy à M. le Duc de Bourbon ,
qui étoit à Chantilly , auffi - tôt il fut au
Louvre , & paffa la nuit dans la chambre
de Sa Majefté avec M. le Maréchal de
Villeroy qui y couche ordinairement ; M.
le Duc de Mortemart & M. le Duc de la
Rocheguion Grand Maître de la Garderobbe
y refterent auffi , M. Dodart premier
Medecin , & M. Bachelier premier
Valer de Chambre , veillerent pareillement
le Roy , accompagnés de deux Garçons de
la Chambre.
Le Vendredi matin premier Aouft , M.
Dodard premier Medecin , M. Boudin ,
Medecin ordinaire du Roy , M. Helvetius ,
Survivancier de M. Boudin , M. Thevet
Medecin du Roy & de Madame , & M.
Falconet le pere delibererent dans une confultation
que l'on faigneroit le Roy à quatre
heures & demie du foir , M. Marechal
P iiij
176 LE MERCURE
1
t
premier Chirurgien de Sa Majeſté , fit cette
opération avec l'habileté qu'on lui connoit,
& tira deux petites paletes de fang , qui
ne diminuerent que très peu la fievre . Ce
malheureux fuccès obligea M. les Medecins
à fe raffembler fur les dix heures du
foir dans la Galerie , en prefence de M.
le Duc de Bourbon , de M. le Marechal
de Villeroy & de Madame la Ducheffe de
Ventadour ; M. Marechal premier Chirurgien
du Roy , & M. de la Peronie Survivancier
de M. Marechal , affifterent à la
confultation. Cette favante affemblée où
préfidoit le zele circonfpect mais actif ,
opina fagement qu'il falloit faigner au plûtôt
le Roy du pied pour arrêter l'embaras
qui fe formoit dans la tête. Cette ordonnance
fut executéé une heure après par
M. Marechal. L'effet de cette feconde
faignée fut prompt , heureux , & promit
au Roy une nuit plus tranquile que la precedente
: la promeffe ne fut pas vaine ; M.
le Prince de Turenne grand Chambelan en
furvivance de M. le Duc d'Albret fon pere,
M. de Maillebois Maître de la Garderobe ,
M. Bachelier premier Valet de chambre ,
M. le premier Medecin accompagné d'un
⚫autre Medecin & d'un Apoticaire ont gardé
le Roy pendant cette feconde nuit.
.
(
•
Le Samedi 2 Aouft , la ficvre s'appaifa,
⚫ le Roy fut extrémement foulagé , & la
D'A O UST. 177
joye rappellée à la Cour & dans la Ville
en bannit les funeftes allarmes qui dechiroient
tous les coeurs. On fit une troifiéme
confultation plus nombreuſe , & auffi
éclairée que les deux premieres. On joignit
à Meffieurs les Medecins du Roy appellez
, M. Burlet Gendre de M. Dodart ,
& Medecin de Madame la Princeffe de
Conti Douairieré , M. Falconer le fils , M..
du Moulin & M. Silva. Il fut réfolu qu'on
feroit prendre une medecine au Roy ; fur
les huit heures du matin, on lui donna de la
manne , & quelque tems après deux grains
de Tartré émetique . Ce remede réuflit au-
- tant qu'on le fouhaitoit , & plus infiniment
qu'on ne l'avoit efperé. A fept heures du
foir le pouls du Roy fe trouva très - calme.
Cependant comme une fanté fi préticule
& chere ne fauroit exiger trop de foins
& de précautions , les Medecins confultans
furent affemblés dans la Galerie pour
la quatrième fois ; M. le Duc de Bourbon ,
-M. le Prince de Conti , M. le Marechal de
Villeroy & Madame la Ducheffe de Ventadour
furent preſens à cette confultation ;
on y détermina les alimens & la boiffon
du Roy pendant le refte de la maladie . La
nuit fuivante fut parfaitement bonne , le
Roy dormit depuis neuf heures du foir
jufqu'au lendemain cinq heures du matin ,
qu'il prit un bouillon .
178
LE
MERCURE
Le Dimanche 3 Aouft, fa fanté s'affermit,
fon pouls eut un mouvement reglé & tranquile
; M. le Duc de Mortemart premier
Gentilhomme de la Chambre fit entrer
plufieurs perfonnes de diftinction qui eurent
l'honneur de voir Sa Majefté. Sur les
onze heures , M. le Premier Prefident &
Meffieurs du Parlement vinrent voir le
Roy , & entendirent la Meffe dans fa
chambre. La journée fe paffa tres- heureuſement.
M. le Duc de Bourbon, M. le Comte
de Clermont , M. le Comte de Toulouſe ,
M. le Prince de Turenne , & M. de Maillebois
affis autour du lit de Sa Majesté l'amuferent
par des tours de cartes . La nuit
qui fuivit cette heureuſe journée , en confirma
les agréables préfages ; le Roy dortuit
paisiblement depuis neuf heures du
foir jufqu'à fix heures du matin.
Le Lundi 4 Aouft , il prit une ſeconde
medecine fi bien ordonnée & fi falutaire ,
que l'après- midi Sa Majesté fut en état de
recevoir les felicitations des Cours Superieures
fur le rétabliffement de fa fanté.
M. le Duc d'Orleans a vu regulierement
le Roy tous les jours pendant la maladie ,
& a couché au Louvre dans l'appartement
de Madame la Ducheffe , où il doit à prefent
demeurer. Tous les Princes & toutes
les Princeffes de la Maifon de Bourbon ont
eu le même empreffement & la même
D'A O UST. 6179
exactitude. M. le Duc de Bourbon qui n'a
pas quitté le Roi un feul inſtant , avoit ordonné
une table foir & matin dans la Galerie
pour les Medecins , le premier Valet
de chambre & les Apoticaires de quartier.
Voici les noms des perfonnes qui pendant
la maladie de Sa Majefté n'ont pas abandonné
fa chambre. M. le Comte de Saumery
& M. le Marquis de Ruffé , Sous-
Gouverneurs du Roy , M. de Saumery le
fils , Madame la Nourrice , les quatre premiers
Valets de Chambre , qui font Meffieurs
Bontemps , de Niert , de Chanſenay,
& Bachelier actuellement en quartier , les
quatre Apoticaires , Meffieurs Biette , de
la Serre , Boldue & Boulogne ; & enfin
les fix Garçons de la Chambre. Les Officiers
de la Bouche & du Gobelet ont paffé
les nuits chacun à leur tour dans la Galerie.
Le Roy a foutenu fon mal avec une fermeté
qui honoreroit même un Prince d'un âge
plus avancé l'impatience & la crainte
n'ont pas augmenté fes douleurs , & l'on
n'a pu en connoître la nature que par les
fymptomes, que la patience & le courage
ne fauroient cacher à la penetration & à
l'experience de la Medecine.
Tandis que les Grands & le peuple trembloient
pour le Roy , l'Eglife imploroit
pour lui le fecours du Ciel . M. le Cardi--
nal de Noailles ordonna le 2 Aquft lcs
180 LE MERCURE
Prieres de Quarante heures , qui furent
commencées à Notre-Dame : & le Parlement
imitant le zele & la pieté de fon Pre-
'lat , rendit un Arreſt pour découvrir
pendant
neuf jours la Châffe de Sainte Genevieve.
L'Abbé de cette Communauté
donna fon Mandement en confequence.
L'Arreft & le Mandement furent executez
à la vue d'un concours prodigieux de peuple
inquiet pour la fanté de fon Prince. La
grande Meffe & les Vêpres furent celebrées
folennellement pendant la Neuvaine , &
& il yeut jour & nuit dans le Choeur deux
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
en prieres pour le rétabliſſement de la fanté
du Roy. I eft impoffible de détailler tous
les voeux que l'on fit pour Sa Majeſtć.
M. le Prince de Conti fut des premiers à
Sainte Genevieve, & entendit-le Dimanche
3 Aouft une Meffe baffe , qui fut dite par
M. l'Abbé de Roquette..
A
Le même jour le Curé de S. Germain
l'Auxerrois Paroiffe du Roy , publia au
Prone que Sa Majefté fe portoit mieux ,
& fit une prière.pour en rendre graces à
Dieu.
M. le Marechal de Villeroy accompa
gné de M. le Duc de Villeroy fon fils , du
Marquis de Villeroy & du Marquis d'Alincourt
fes petits - fils , entendit pendant les
Prieres de Quarante heures le Salut à NoD'A
OUS T. 181
tre-Dame , où M. le Cardinal de Noailles.
officia chaque jour.
M. le Marquis de Tonay Charente fils
de M. le Duc de Mortemart , dès le premier
indice de la convaleſcence du Roy fignala
fa joye par un feu d'artifice , que
- conduifit M. le Fevre , Intendant des menus
plaifirs de Sa Majesté.
Les , les Ambaffadeurs & Miniftres.
étrangers eurent l'honneur de faluer le
Roy , qui jouiffant le fix d'une fanté parfaite
, fe leva & s'habilla à l'ordinaire. Lá
joye du rétabliffement de cette précieuſe
fanté fut univerfelle , & on ne peut que
la peindre mal : cette joye fi fincere n'eft
- pas affoiblie par la longueur de fa durée
& elle conferve encore toute la vivacité
de fon premier mouvement.
Ne parlons plus de cet évenement funefte
, & que les fêtes qui l'ont fuivi le
rapellent feules dans la mémoire des peuples
. Dès que le Roy fe trouva gueri , fa
premiere penſée fut d'en remercier le Confervateur
de les jours. Il en écrivit à M. le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris ,
& voici ſa Lettre dictée par la pieté & la
reconnoiffance.
MON COUSIN ,
Je viens de recevoir une nouvelle
marque de la protection de Dien dans la
* 82
LE MERCURE
maladie courte mais dangereuse , dont fa
providence m'a tiré , j'ai fenti dans cette
occafion & fon pouvoir & fa bonté : l'un
& l'autre m'engagent à lui témoigner ma
foumiffion & ma reconnoiffance ; c'est par
d'humbles actions de graces que je dois
m'acquitter de ces juftes devoirs; & les
tendres, témoignages que j'ai reçus de l'amour
de mes Sujets , m'aſſurant qu'ils ſeconderont
avec zele mes fentimens : Je vous
fais cette Lettre de l'avis de mon Oncle le
Duc d'Orleans Regent , pour vous dire de
faire chanter le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de ma bonne Ville de Paris
au jour & à l'heure que le Grand- Maître
on le Maître des Ceremonies vous dira de
ma part ; je lui ordonne d'y convier mes
Cours & ceux qui ont coutume d'y affifter.
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin , en fa fainte garde. Ecrit à Paris
le 4 Aouft 1721. Signé LOUIS. Et plus
bas PHELYPEAUX .
>
Le 6. le Te Deum ordonné par cette
Lettre fut chanté dans l'Eglife Metropolitaine
, en Mufique de la compofition du
fieur de l'Alouette illuftre Maître de'
Mufique de cette Eglife ; le Cardinal de
Noailles y officia Pontificalement : Monfieur
le Duc d'Orleans , le Duc de Bourbon,
le Comte de Charolois , le Prince
D'AQUS T. 183
de Conti & le Comte de Touloufe s'y
rendirent avec une fuite diftinguée & nombreuſe
: le Chancelier de France y parut ›
accompagné d'un très-grand nombre de
Confeillers d'Etat & de Maiftres des Requeftes.
Le fieur des Granges invita à ce
Te Deum le Clergé , le Parlement, la Chambre
des Comptes , la Cour des Aydes &
le Corps de Ville qui avoient déja prévenu
ces Actions de graces publiques en faifant
dès le 4 chanter des Te Deum tant à la
Sainte Chapelle , où l'Abbé de Champigny
Treforier officia Pontificalement
qu'à l'Hopital du Saint - Efprit. Le Grand
Confeil fit chanter le 5 un Te Deum dans
fa Chapelle , & les Treforiers de France
firent éclater leur zéle le même jour à la
Sainte Chapelle.
·
Les Officiers de la Maifon du Roy ont
fçu faire diftinguer leur joye particuliere
malgré le jufte excès des réjouiffances publiques
; fur tout le zéle ingenieux de
Meffieurs les premiers Gentilshommes de
la Chambre a fort diverti le Roy. Ils firent
tirer un feu d'artifice dans le parterre
des Tuilleries , qui fut des plus brillans
; deux chaloupes peintes & decorées
en dragons combatirent fur le grand baffin ,
& vomiffant par une gueule enflamée des
torrens de ferpenteaux réjouirent très
long- temps la vue des fpectateurs. La
184 . LE MERCURE
nuit qui fe trouvoit heureufement fans
Lune , rehauffoit par fon ombre l'éclat de
ce tableau .
Le jour du Te Deum public , il y eur
des feux allumés devant toutes les portes ,
& des illuminations fur toutes les fenêtres.
Monfieur le Duc d'Orleans fit éclairer-
en flambeaux de cire blanche la façade
du Palais Royal. Tous les Princes & toutes
les Princeffes du Sang donnerent de
magnifiques fêtes dans leurs Palais , les
lampions difpofés avec fimetrie imitoient
& découvroient tous les morceaux d'architecture
où ils étoient arrangés. Le vin
fut prodigué au Peuple , qui n'a jamais bû
copieufement avec plus de juftice que dans
ces fêtes , où il s'alteroit fans ceffe à force
de crier , Vive le Roy.
Les Poiffonnieres de la Halle fe font
fignalées par le prefent qu'elles ont fait
au Roy le Vendredy 8 Aouft , d'un Efturgeon
de fept pieds quatre pouces de long
& pefant trois cens cinquante livres. Ce
rare poiffon leur avoit coûté cent piſtoles,
on l'avoit amené d'Elbeuf , & il n'étoit
mort qu'à dix-huit lieues de Paris. On
l'avoit orné de rubans bleus , & on lui
ayoit preparé une trés-belle couronne de
fleurs d'orange. Ces genereufes Poiffonnieres
refuferent l'argent qu'on voulut leur
donner de la part du Roy ; les douze principales
D'A OUST -2851
cipales eurent l'honneur de lui baifer la
main , elles pleurerent en la baifant , ce
fur là leur harangue . Madame la Ducheffe
de Ventadour aplaudir à leur zéle , quel
éloge ? & M. le Maréchal de Villeroy les
régala de liqueurs dans fon apartement.
>
Depuis le Te Deum chanté à la Metropolitaine
, toutes les Eglifes & Couvens ,
toutes les Communautés Laïques , tous
les Corps de Metiers , toutes les Confreries
enfin toutes les Compagnies dans
P'Epée , dans la Robe & dans la Finance
ont fait chanter auffi des Te Deum & des
Grandes Meffes pour l'heureux rétabliffement
de la fanté du Roy ; le Clergé , la
Nobleffe & le Tiers Etat feparés par leur
naiffance & leurs employs fe font trouvés
confondus par leurs fentimens , & quelquesfois
par les hommages de leur zéle.
Il faut obferver qu'à chacune de ces
Actions de graces non-feulement les Eglifes
où on les rendoit , mais encore les maifons
de tous les Particuliers de la Communauté
qui donnoît la fête étoient liberalement
illuminées . Chacun ſenſible à la
felicité publique oublioit fes propres malheurs
dés qu'il s'eft agi de dépenfer
pour marquer la joye de l'heureux rétabliffement
de la fanté du Roy , il ne s'eft
plus trouvé de pauvres. Il eft impoffibie
de décrire icy tous les divertiffemens qu'a
186 LE MERCURE
1
occafionnés cette heureufe convalefcence :
les tranfports de la Nation produifoient
à tout moment de nouveaux fpectacles
dans Paris.
Les Aouft fur les huit heures du foir,
on vit des fenêtres du Louvre fur la Riviere
un feu de joye fort fingulier : il étoit
allumé au milieu d'un grand batteau ; des
Blanchiffeurs & Blanchiffeufes danfoient
au tour au fon de quelques inftrumens affis
à la poupe du bateau ; ce bâtiment fuivoit
le fil de l'eau , il paffa le Pont Royal,
& alla difparoître du côté d'Auteuil.
Les Bouquetieres habillées de blanc &
'couvertes de fleurs fe font promenées dans
la Ville avec des violons : on eut dit d'une
fête de Flore.. Ainfi le Peuple divifé par
troupes parées de rubans & portant les
fimboles de leur métier ornés de même
parcouroit les rues , precedé par des tambours
, des hautbois , des trompettes & dès.
timbales on a vu reparoître le Boeuf
gras , fon cortege & fa fimphonie ; enfin.
on a formé dans la Canicule un fecond
Carnaval.
La plus grande partie des Te Deum s'eſt
chantée en Mufique de la compofition des
meilleurs Maîtres. Le fieur de la Lande
Surintendant de la Mufique du Roy , a
fait executer le fien dans la Chapelle du
Louvre. Le fieur Gervais Intendant de la
D'A OUST.i 187
Mufique de Monfieur le Duc d'Orleans
a fait chanter un Te Deum pour les Directeurs
de la Manufacture des Gobelins
dans l'Eglife de Saint Hippolite leur Paroiffe
.
Le fieur du Bouffet Compofiteur de
Mufique de l'Academie . Françoife , de
celles des Belles Lettres & des Sciences ,
a fait fentir la grace de fes chants dans
les fêtes que ces celebres & 1çavantes Societés
ont données pour marquer leur zéle
à leur augufte Protecteur.
L'Academie de Peinture & Sculpture,
la Sorbonne & l'Univerfité ont fait écla
ter les mêmes démonſtrations de joye.
"
Le fieur Campra Maître de Mufique
du College de Louis le Grand a donné
plus de fix fois en differentes Eglifes de
la Mufique qui ne peut être trop repetée ;
le 11 Aouft fon Te Deum fut chanté au
College de Louis le Grand , & fuivi de
l'Exaudiat ; le foir on tira dans la grande
cour un feu d'artifice , qui dura longtems
& fut fort beau ; la cour fut entierement
illuminée , toute vafte qu'elle eſt ,
ainfi que toute la façade du bâtiment qui
donne fur la Rue S. Jacques , qui eft
d'une grande étendue. Au fond de la cour
on lifoit diftinctement en lettres d'or fur
une toile tranſparente cette infcription ::
•Reftitutam falutens publicam Ludovico de
>
Qij
188 LE MERCURE
/
cimo quinto gratulatur Collegium Ludovici
Magni. On diftribua au Peuple du Vin
en très-grande abondance. Plufieurs jeunes
Seigneurs Penfionnaires du College fe font
diftingués par des illuminations qu'ils ont
faites à leurs fenêtres , fur tout M. de Tonnay-
Charente , de Vaffé , de Nicolai , de
Rochechouard & de Leon .
Deux jours avant les réjouiffances qui
ont été faites au College de Louis le Grand ,
où étudie M.. le Duc de la Tremoille
Premier. Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté ce jeune Seigneur chagrin de
ne pas rencontrer chés les Artificiers ce
qu'il fouhaittoit pour exprimer la joye
extréme dont il a été penetré à 1 heureux
retour de la fanté du Roy , écrivit du
College une Lettre à M. le Maréchal de
Villeroy fur la rareté des artifices , &
joignit à cette Lettre ces Vers également
naïfs & fins.
LA
AU ROY.
A Poudre eft plus rare à prefent.
Mille fois que l'or & l'argent':
Pour faire feu joyeux & mainte petarade,
J'ay couru tour Paris en cherchant pots à feu ,
Trompes , gerbes , foleils , j'en ay rouvé bien
peu ,
•
Et fuis très fatigué de cette promenade ;
Eh ! de grace , LOUIS , ne foyés plus malade .
D'AOUS T. 1.89
Cette plainte parut mal fondée le jour
du feu d'artifice qu'il fit tirer dans la cour
du College fur un échafaut élevé de trois
pieds. Sur cet échafaut trois colones de
feuillage portoient un fronton auffi de
feuillage , le tout bien garni de fufées &
de fauciffons . Sur la colone du milieu
paroiffoient les armes de M. le Duc de la
Tremoille , aux deux côtés du feu il y
avoit deux tonneaux de vin qui étoit verfé
au Peuple avec de grandes cueilleres par
deux hommes vétus en Satires , qui ne
s'oublioient pas eux - mêmes dans cette
diſtribution . Aux fenêtres de la Chambre
de ce jeune Duc fix hautbois ', des trompettes
& des timballes tous excellens
jonerent les airs les plus gais pendant toute
la fête ; on fervit dans cette chambre un
ambigu accompagné de toutes fortes de
vins & de liqueurs.
Des Lettres de Guyenne nous apprennent
que le 11 Août le Parlement de
Bordeaux fit chanter au Palais un Te Deum
en Mufique ; toutes les Chambres y affifte
rent en Robes Rouges. Le foir il y eut
dans toute la Ville des feux & des illuminations.
Le 12 Août Madame d'Orleans , premiere
Princeffe du Sang , Abbeffe & Dame
de Chelles , a fait chanter le Te Deum
tant à l'Abbaye que dans les deux Parroiffe
rgo LE MERCURE
du Bourg de Chelles ; le clocher & le
jardin de l'Abbaye furent illuminez avec
goût. On voyoit de tous côtez des fleurs
de lys & des Vive le Roy en lampions. Le
feu d'artifice fe tira dans le jardin , qui
fut ouvert à tout le monde , auffi bien
que toutes les cours de l'Abbaye ; le peuple
danfa au fen des inftrumens , le vin
lui fut prodigué , & des concerts de Mufique
celebrerent & embellirent cette
agreable journée .
Le Lundy 11 M. le Marquis de Nefle
eut l'honneur d'avoir le Roy même pour
témoin de la fête qu'il lui confacra. L'Hôtel
de Mailly où loge ce Seigneur , eft
heureufement fitué au bout du Pont Royal,
én face du Pavillon des Tuilleries. Lors
que le Roy parut dans l'appartement de
M. l'Evêque de Frejus , l'artifice commença
: toute la Terraffe du Jardin de M.
le Marquis de Nefle étoit ornée d'une colonade
de lumiere compofée de quinze
arcades brillantes ; celle du milieu plus
haute que les autres , étoit remplie de
rrois fleurs de lys illuminées ; fur cette
lumineufe arcade , un très grand foleil
répandoit une vive clarté. Sous les autres
arcades on avoit pofé alternativement des
luftres de cristal & des pyramides de lampions.
Aux deux bouts de la Terraffe let
vin couloit & ne tomboit point à terre,
D'AOUS T.
191
""
Le même jour le College des Quatre
Nations , peu éloigné de l'Hôtel de Mailly ,
& fitué fur le même Quay , augmenta
les plaifirs de ce quartier- là par fes fulées
& fes illuminations .
Dans ce jour confacré par plus d'une
fête , ainsi que tous ceux qui l'avoient
precedé, & tous ceux qui le fuivirent , les.
Fermiers Generaux firent celebrer une
Meffe folemnelle & chanter un Te Deum
dans l'Eglife des Jacobins de la ruë faint
Honoré , & le 13 au foir les Receveurs.
Generaux des Finances firent pareillement
chanter le Te Deum dans l'Eglife de la
Maiſon Profeffe des Jéfuites , fuperbement
illuminée par les foins du fieur Berrin
Deffinateur ordinaire du Roy ; le portail
de cette Eglife , qui eft fort haut & fort
chargé d'architecture , étoit auffi magnifiquement
illuminé. Le Cardinal de Polignac
, & plus de vingt Evêques , le Maréchal
de Villeroy , Madame la Ducheffe
de Ventadour , M. de la Houffaye Con- *
trolleur general des Finances , & plus de
cent perfonnes de diftinction affifterent à
cette ceremonie. Le Bureau de la Caiffe.
commune ruë faint Antoine , fut auffi illu
miné.
Le 14 veille de l'Affomption de la fainte
Vierge , le Roy entendit les premieres
Vêpres chantées fa. Mufique dans la
par
192 LE MERCURE
*
Chapelle des Tuileries .
Le 15 jour de la fête le Roy entendit
la Meffe , après s'être confeffé à M. l'Abbé
Fleury fon Confeffeur ; l'après midy Sa
Majefté affifta aux Vêpres & à la Proceffion
.
Le Samedy. 16 Août le Roy fur fur
les onze heures du matin à l'Eglife Métropolitaine
rendre à Dieu de publiques
actions de graces du parfait rétabliſſement
de fa fanté. Il fortit du Louvre dans un
carroffe à deux chevaux chargé devant &
derriere des Pages de la grande & de la
petite Ecurie, c'est l'ufage du grand cere
monial . Sa Majefté étoit accompagnée de
Monfieur le Duc d'Orleans , du Duc de
Chartres, du Duc de Bourbon , du Cointe
de Clermont , du Prince de Conti , & du
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouverneur.
Les Gardes de la Prevôté & les
Cent Suiffes leur étendard deployé &
tambour battant , commandez par le fieur
de Bogue Lieutenant François de cette
Compagnie , précedoient le carroffe qui
étoit entouré par les Gardes du Corps à
pied & leurs Officiers. Le Roy fur reçû
par le Chapitre , & le Cardinal de Noailles
qui étoit à la tête complimenta Sa Majeſté,
qui enfuite s'alla placer fur un Prie- Dieu
devant la Chapelle , de la Sainte Vierge ;
l'Abbé Châtelain , Chapelain du Roy de
quartier
D'A O UST. 193
quartier y dit la Meffe , & on y, chanta un
Motet , executé par la Mufique de Notre-
Dame , & compofé par le feur de Lallouette
, Maître de Mufique du Chapitre.
Dès que la Meffe fut achevée , le Roy
entra dans le Choeur , y fit fá priere , fut
enfin reconduit comme il avoit été reçû
& les acclamations du priple le fuivirent
jufqu'au Louvre.
Le 18 le Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aydes , la Cour
des Monnoyes , * & le Corps de Ville , haranguerent
le Roy fur fon heureufe conva
lefcence. Sa Majefté leur donna audience
dans la gallerie , affife fur fon fauteuil
environnée par Monfieur le Duc d'Or
leans , le Duc de Chartres , le Duc de
Bourbon , le Prince de Conti , le Maréchal
de Villeroy , le Duc de Mortemart
premier Gentilhomme de la Chambre , le
Marquis de Maillebois Maître de la Garde
robe , & autres Seigneurs de fa Cour.
Le lendemain le Grand Confeil & l'Acade
mie Françoife s'acquitterent de ce devoir
ainsi que l'Univerfité , conduite par le
fieur Gibert fon Recteur , Profeffeur de
Rhétorique au College Mazarin , & Auteur
de la Continuation des Jugemens des
Sçavans de M. Baillet. Le même jour le
fieur Maboul Avocat General des Requêres
de l'Hôtel , vint avec le Corps de Ville
R
&
匣
194 LE MERCURE
prefenter le ferutin au Roy , & les fieurs
Rouffel & Sautereau nouveaux Echevins,
prêterent entre les mains de Sa Majefté ,
en prefence de Monfieur le Duc d'Orleans,
de ferment de fidelité ordinaire. Toutes ces
Compagnies furent préfentées au Roy par
le Comte de Maurepas Secretaire d'Etat ,
& conduits par le fieur Defgranges Maître
des Ceremonies,
Le 19 le fieur Danchet de l'Academie
Françoife , eut l'honneur de reciter au Roy
Idille qu'il a compofée fur le retour de
fa fanté, ouvrage qui avoit été fort aplaudi
de jour de la reception de M. l'Evêque de
Soiffons à l'Academie , par une Affemblée
très capable de juger compétemment fur
toutes les matieres de la Litterature,
Le même jour les Pages de la grande
Ecurie firent chanter un Te Deum aux Capucins
de la rue faint Honoré , fuivi d'une
décharge de boettes . Le foir ils firent tirer
un feu d'artifice dans le manége découvert,
qui étoit illuminé. Grand bruit de boëttes
ayant le feu , & grand bruit de boëttes
après , égal du moins par les cris du peuple
qui vuidoit avec empreffement un gros
tonneau de vin livré à fà foif éternelle, par
nos Pages zelez . Sur les onze heures un
Bal fort bien ordonné commença , dont
cette brillante jeuneffe fit très poliment
les honneurs ; on y fetvit une collation
D'AQUS T.
195
variée avec goût , & les liqueurs n'y furent
pas menagées .
Le 20 M. l'Evêque de Beauvais official
dans l'Eglife des Auguftins Déchauffez de
la Place des Victoires , qui firent chanter
un Te Deum & un Exaudiat par plus de
cent Muficiens choifis , & donnerent le
foir au Public le régal de deux décharges.
de boëttes , & d'un beau feu d'artifice
dreffé dans leur cour. La cérémonie commença
par un concert en Dialogue de fimphonie
meflé de Trompettes , Hautbois ,
Flutes & Violons . Dès qu'elle fut terminée
le fieur Campra qui donnoit cette Mufique
fans retribution , crut ne pouvoir mieux
couronner une fi belle fête qu'en rendant
au fameux Lulli , enterré dans l'Eglife où
on la celebroit , un faint hommage que
lui doivent tous les habiles Compofiteurs
de Mufique ; il fit chanter un De profuedis
, fuivi de l'abfoute fur le tombeau de
cet Orphée moderne , genie heureux ,
Maître de l'Art & Difciple de la Nature ,
qui tiroit fes Notes du fonds du coeur
quand il faifoit chanter les paffions .
Le Roy partit le même jour après la
Meffe pour aller dîner à la Muette ; le
Comte de Clermont & le Maréchal de
Villeroy l'y accompagnerent. L'aprés midy
Sa Majesté alla chaffer , & tua près de
trente pieces de gibier. Au retour de la
Rij
196 LE MERCURE
chaffe le Roy trouva dans la plaine des
Sablons les deux Regimens des Gardes
Françoiſes & Suiffes , qui pour exprimer
leur joye de la convalefcence de Sa Majefté
, firent trois falves de Moufqueterie.
Avant l'arrivée du Roy ces Troupes
avoient fait chanter le Te Deum fous une
tente par l'Abbé le Comte , Aumônier des
Gardes Françoiles .
&
Le Vendredy 22 , le Roy partit à dix
heures du matin pour aller entendre la
Meffe à Sainte Genevieve , en nouvelles
actions de graces du rétabliffement parfait
de fa fanté. Il fe mit dans un Caroffe à
huit chevaux , avec M. le Duc d'Orleans
le Comte de Clermont , & le Maréchal
de Villeroy. Sa Garde le fuivit . Toutes les
rues de fon paffage étoient bordées de Soldats
du Regiment des Gardes Françoiles
& Suiffes. l'Abbé de Sainte - Genevieve
avec la Croix & tous fes Chanoines Reguliers
reçut le Roy à la porte de l'Eglife ,
& lui fit un difcours pieux & touchant fur
l'évenement qui l'amenoit aux pieds des
Autels ; enfuite il conduifit Sa Majeſté
dans le Choeur , où on avoit préparé un
Prie- Dieu devant le grand Autel. La
Châffe de la fainte Patrone de Paris étoit
entierement découverte & environnée
d'une trés - grande quantité de cierges.
Après la Meffe qui fut dite par l'Abbé de
D'A OUS T 397
Varennes Chapelain du Roy , de quartier,
Sa Majefté fut reconduite jufqu'à la porte
de l'Eglife par l'Abbé & les Chanoines
Reguliers de Sainte Genevieve , & s'en
retourna au Louvre avec les mêmes acclamations
de Vive le Roy qu'il avoit entendues
le jour qu'il revint de l'Eglife Metropolitaine.
Tandis que tout Paris rétentiffoit des
feftes qu'on y celebroit chaque jour , les
Villes , Bourgs & Villages de la Banlieue
marchoient fidellement fur les traces de la
Capitale du Royaume.
Le 18 au foir , M. le Duc de Noailles
Gouverneur de Saint- Germain en Laye
fit chanter un Te Deum dans la Paroifle
Royalle ; une grande partie de la Mufique
du Roy s'y trouva ; la compofition du Te
Deum étoit du Sieur Bernier favant Compofiteur
de Mufique de la Sainte Chapelle
du Palais. M. le Duc de Noailles fut accompagné
dans cette pieufe ceremonie par
toure fa famille & ungrand nombre d'Officiers
du Roy. Après le Te Deum l'Artillerie
, les boëttes & le feu d'artifice furent
tirez ; on avoit pofté le canon fur la grande
Terraffe ; l'illumination fut très belle : il
y eut bien des tables & bien fervies , &
des fontaines de vin pour le peuple .
Madame la Ducheffe d'Orleans Regente
regala tout Bagnolet un Dimanche les
R iij
198
LE MERCURE
Païfans rencontroient par tout des fources
de vin , & on y diftribua de la viande conme
aux nôces de Gamache , fi vantées
Sancho Panfa , & le foir, il y eur de l'artifice
avec la même profufion.
par
M. le Marquis de Bellefonds Gouverneur
de Vincennes , fit auffi une fort belle:
fête , que l'on ne décrira point ici pour
éviter la monotonie.
Les Provinces ont fuivi de près l'exemiple
de la Capitale . La Ville de Lyon , qui
a pour Gouverneur le Gouverneur même
du Roy , guidée par un zele ardent qui fe
foutient toujours , a répondu parfaitement
aux defirs de M. le Maréchal de Villeroy
dans les témoignages éclatans qu'elle donna
de fa joye , lors qu'elle fut informée du
rétabliffement de la fanté du Roy. Cette
heureufe nouvelle fut bien -tôt divulguée
& aplaudie par les acclamations du Peuple.
M. Cholier , digne Prevôt des Marchands
d'une Ville fi fidelle , alla trouver
M. l'Archevêque de Lyon , qui charmé de
reconnoître dans tous les coeurs les fentimens
qui animoient le fien , refolut avec
lui de fatisfaire le vif empreffement du
peuple , & de hâter le jour des réjouiffan
ces publiques. Les fêtes brufquement preparées
font toujours les plus finceres . Le
10 toutes les cloches annoncerent dès le
matin le commencement de la fête : l'arD'A
OUST. 199
tillerie les feconda auffi bien que la moufqueterie
des Compagnies de la Ville rangécs
fous les armes dans les differentes
Places avec une partie des Pennonages.
L'Archevêque s'étant rendu fur les fix heures
du foir à la Cathedrale , y
officia pontificalement
au Te Deum qui fut chanté
folemnellement ; tous les Corps de la Ville
y affifterent en habits de ceremonie : Partillerie
& les acclamations de Vive le Roy
retentiffoient continuellement pendant ces
Adions de graces. Le Prevôt des Marchands
qui a dans cette occafion fignalé
extremément fon zele & fon goût , avoit
fait préparer un feu d'artifice fur le Pont
de pierre , & dans les Places publiques
toutes illuminées , ainfi que toutes les
rues & les montagnes . M. Poulletier Intendant
de Lyon a fait paroître les mêmes
marques de fon attachement refpectueux
pour la perfonne de Sa Majesté.
Le vin couloit de toutes parts , & le peuple
le payoit par des Vive le Roy redoublez
, monnoye très chere à ceux
qui ouvroient leurs tonneaux . On n'a
pas pû douter dans ce jour-là que le
Gouvernement & le Palais Archiepifcopal
ne fuffent des demeures des Villeroys.
Le lendemain le Château de Neuville
illuminé par les ordres de M. l'Archevê-
Riiij
200 LE MERCURE
que de Lyon , repeta dans la Campagne
les plaifirs de la Ville.
La petite Ville de Montéreau - Faut –
Yonne s'eft acquitée galamment de ce que
fon zéle devoit au Roy. Après un Te Deum
folemnellement chanté , il y a eu un feu
de joye allumé par Madame Chineaufemme
du Lieutenant General , & Madame
Je Breton fenime du Maire , qui toutes
deux vêtues & armées en Amazones &
parées de Cocardes uniformes conduifoient
une troupes d'Habitans Nobles & Bourgeois
tant de la Ville que de la Campagne,
proprement habillés. Après cette joyeuſe
ceremonie nos deux Commandantes
marcherent avec leur fuite vers le Pont
au bruit des tambours & des trompettes ,
& là il fut danfé & chanté une Chanfon
compofée par ces deux Dames à l'honneur
de l'aimable Prince pour qui fe faifoit une
i jolie fête.
>
On referve pour le mois prochain la
continuation du détail des Réjouiffances
faites au fujet de la Convalefcence du
Roy. On va finir ce Journal par un article
de Paris , que les Provinces demanderoient
icy s'il y manquoit ; c'eft la defcription
du Feu d'artifice tiré dans le Jar
din des Tuilleries le 25 jour de la Fête de
Saint Louis , Ayeul & Patron de Sa Majesté.
[
D'AOUST. Lof
L'Academie Royale de Mufique eft en
poffeffion depuis long -temps de donner
chaque année au Roy pour Bouquet un
Concert d'inftrumens executé dans le Jar
din des Thuilleries : les vingt- quatre violons
de Sa Majefté , les trompettes & les
timbales de fa Chambre s'uniffent pour
cette Fête aux fimphonies de l'Academie
de Mufique. Cet affemblage compofe le
plus nombreux & le plus parfait orcheſtre
qu'il y ait en Europe.
Depuis que le Roy habite le Louvre
ce Concert annuel eſt ſuivi d'un Feu d'arvifice
; mais jamais on n'en a tiré un pareil
à celui que l'on va décrire. Ce Feu
fuperbe ordonné par M. le Duc de Morremart
Premier Gentilhomme de la Chambre
du Roy , & conduit par M. le Févre
Intendant des Menus Plaifirs de Sa Majefté
, offrit au Public un des plus nobles
& des plus brillans Spectacles qui l'ait jamois
occupé. L'édifice élevé de cent pieds
fur une largeur proportionnée & fitué entre
le baffin du Parterre & la grande Allée
, regardoit le veftibule du Château .
Sa décoration reprefentoit le Palais de
Vulcain bâti fur des roches. Ce grand
morceau d'Architecture d'un goût nou?
veau , fingulier & parfaitement caracterifé
eft de l'invention du fieur de Vaffé . L'execution
a répondu au deffein. Le fieur Per
202 LE MERCURE
Fot excellent Peintre de l'Academie pour
le Theatre & la perſpective , a raffemblé
dans cet ouvrage la précifion & la verité .
Ce Palais du Forgeron des Dieux ouvert
par cinq Portiques qui fe repetoient dans
la face opofée laiffoit voir l'horifon de toutes
parts. Les trois arcades du milieu préfentoient
un avant - corps fur un plan circulaire
en forme de rotonde . Aux deux
aîles de ce bâtiment deux cavernes trèsbrutes
fembloient s'y communiquer par
deux portes. Ces cavernes pratiquées dans
des rochers efcarpés & fteriles , & fermées
par des grilles de fer , paroiffoient plutôt
ébauchées par le caprice de la Nature ' ,
que conftruites par les régles de l'Art.
A travers de leurs grilles de fer on découvroit
huit Ciclopes naturels qui frapoient
l'enclume dans ces ateliers ruftiques.
L'avant-corps du Palais étoit decoré
par un ordre Tolcan ; huit grands canons
de bronze couplés y fervans de colones ,
avoient pour piedeftaux des mortiers à
bombes , & foutenoient un entablement
du même ordre.. Les quatre colones qui
accompagnoient la principale entrée étoient
couronnées par un fronton , qui au milieu
étoit orné d'un trophée chargé d'une tête
de Médule. Le Dieu Mars affis fur ce fronton
occupoit la droite du trophée , & la
Déeffe Pallas en occupoit la gauche dans
D'A O UST. 203
la même pofture. L'interieur du Palais
éclatoit du feu & des étincelles des Forges
, la fumée en fortoit par le portique ?
& c'étoit à travers de ces flames & de
cette fumée qu'on remarquoit quatre ciclopes
autour d'une enclume où ils entaffoient
confufément des carquois , des arcs,
des filets & des fléches à mesure qu'ils
étoient fabriqués. Sur le devant du portique
Vulcain tenant fon marteau & la
tête haute écoutoit Diane , qui deſcendant
à fa droite fur un nuage venoit lui
commander des arines de chaffe pour le
Roy. L'idée du feu d'artifice fe renfermoit
dans ce tableau. On a voulu celebrer le
goût naiffant que Sa Majefté montre pour
la chaffe , pénible jeu , vive image de la
+
Guerre.
Sur cet avant - corps d'ordre Tofcan s'élevoit
un grand dôme auffi percé à jour,
& decoré par des pilaftres couplés ou
Cariatides,figurant desCiclopes de bronze..
Ces Thermes portoient l'entablement &
foutenoient la coupole du dôme terminé
en vafe d'amortiffement par un globe fervant
de baze à un Jupiter armé du foudre.
A l'entrée de la nuit l'amphithéatre dreffé
pour la Mufique & adoffe fuivant la cou
tume contre la principale Porte du Châ--
teau du Louvre dans le Jardin , fut éclairé
$04 LE MERCURE
,
infiniment mieux qu'à l'ordinaire par unle
belle illumination ingenieufement ordonnée:
au milieu du fond de cet amphithéatre
quarré , dont les coins étoient marqués
par quatre piramides , regnoît le Chiffre
du Roy , furmonté d'une Couronne &
accompagné d'autres ornemens , le tout
figuré par des lampions qui garniffoient
auffi les quatre côtés de l'amphithéatre , &
formoient une bordure éclatante à ce tableau
lumineux. Les croifées des deux terraffes
étoient éclairées par des flambeaux
de cire blanche & toutes ces lumieres
reflechiffant fur les pierreries des Dames
qui rempliffoient les terraffes & les fenê◄
tres du Château , procuroient aux innombrables
Spectateurs répandus dans le Jardin
le plus brillant point de vue qu'on
puiffe imaginer.
›
Après le fouper du Roy , Sa Majesté
vint fur la terraffe voifine de fon Apartement
, & fe plaça fous un dais magnifique
; d'abord qu'elle parut , mille cris
redoublez de Vive le Roy celebrerent fa
prefence.
La Mufique ramena le calme , on debuta
par l'ouverture du Triomphe de l'Amour ,
qui fut fuivie par un des Choeurs chantez
l'hiver paffé au Ballet du Roy. On executa
auffi le fecond Choeur de l'Opera d'Amadis,
Que le Ciel annonce à la terre &
D'AOUST . 205
& le troifiéme de l'Opera d'Atis , Que
devant vous tout s'abaiſſe & tout tremble
&c. D'excellentes fimphonies continuerent
le Concert , qui fut interrompu par les
falves des Boëtes & du Canon ; le Canon
pointé vers la Riviere fur le Quay de la
Conference étoit rangé près du Corps de
Garde le long du parapet , & les Boëtes
étoient alignées fur le même Quay au pied
de la grande Terraffe du Jardin des Tuilleries.
Le fignal pour tirer le feu d'artifice fut
donné par une gerbe allumée à la Garderobe
du Roy. Dans ce moment une Diane
éclatante parut en l'air du côté de la Seine,
& fe tranfporta depuis la cime des Maroniers
d'Inde de la grande Terraffe jufqu'au
Palais de Vulcain , oùì à fon arrivée le travail
des Ciclopes fe fit entendre . Toutes
les forges peintes parurent de veritables
forges ; un artifice continuel y copioit naïvement
les flammes diverſement colorées
que produit le charbon de terre . On fera
curieux de fçavoir quelle machine a voituré
Diane dans les airs. C'étoit une corde
attachée par un bout aux arbres de la
grande Terraffe , & par l'autre à la charpente
du feu; & l'éclat de la Déeffe ve- -
noit d'une toile tranfparente , fur quoi on
l'avoit peinte , qui étoit illuminée par
derriere , & qui de plus étoit chargée de
deux cens lançes à feu ,
206 LE MERCURE
Après le vol de Diane , quatre douzaines
de groffes fufées volantes appellées fufées
d'honneur , préparerent le public au plus
brillant artifice qu'on ait jamais executé : il
partoit à la fois des quarante douzaines
de fufées qui envoyoient au Ciel de nouvelles
étoiles .
Voici en quoy confiftoit l'artifice du
Palais de Vulcain. 250 douzaines de
fufées nommées doubles Marquifes par les
gens du métier , rempliffoient so Caiffes
difpofées au pied de l'Edifice ; cinquante
douzaines plus groffes que ces premieres
étoient difperfées fur le même terrain.
Le premier plancher portoit trois Caiffes
de cent fufées chacune. Quatre Caifles
contenant chacune cent trente , fufées ,
garniffoient le troifiéme plancher . On
avoit diftribué de toutes parts quatre
mille pots à feu de differentes grandeurs ,
pleins de Lardons , Fougades , Dauphins &
autres efpeces d'artifices . Ce feu fuperbe
fut terminé par un grad Soleil fixe qui ramena
le jour pendant une demi - heure ; ce
Soleil étoit placé fur la principale entrée
du Palais de Vulcain.
On vit fur le Baflin le combat amufant
de deux Dragons d'une grandeur démefurée.
Ces deux monftres que la rage paroiffoit
infpirer , avançoient l'un contre
l'autre , & vomiffoient de leur gueule
D'AQUS T. 207
énorme des torrens de flâmes. Ces deux
terribles Dragons étoient deux chaloupes
décorées qui manoeuvrant avec agilité imitoient
tous les mouvemens d'un combat.
Ces monftres peints étoient couverts de
trois mille lances à feu qui leur formoient
des écailles refplendiffantes . Il fortit de
leur gueule béante 30 Caiffes d'artifice ,
300 pors à feu , 20 Balons d'eau , feux
Gregeois qui plongeoient en ferpentant
dans l'eau du Baffin , & en fortoient fans
s'éteindre ; 20 gerbes ou Aigrettes jettanţ
le feu de 25 pieds au loin fervoient de
langues ferpentines aux deux Dragons
combattans.
Le Concert de fimphonie & de chant
recommença après le feu d'artifice. Le
Roy fe retira de la Terraffe d'où il avoit
vû tout Paris dans fon Jardin. Les accla
mations retentirent longtems même après
fon départ , & l'on fortit des Tuilleries
fans confufion & fans peril , tant les or-.
dres avoient été fagement donnez aux
Corps de- Gardes & aux Sentinelles confignez
pour empêcher le tumulte .
Depuis cette fefte celebre , les Bâteliers
de la Seine en differentes troupes & à
differens jours ont eu l'honneur de tirer
l'Oye en prefence du Roy. Le Dimanche
31 Aouft , Sa Majesté placée au petit Pavillon
fitué à l'extremité de la Galerie ,
I
208
LE
MERCURE
après le dernier Guichet , vit les Joûtes
des conducteurs de petits bateaux qui paffent
du Quay du Louvre à celui du College
Mazarin. Ces jeux furent fingulariſez
par des amuſemens nouveaux fur la Riviere.
On y vit des Danfeurs de corde &
des Voltigeurs exercer leurs perilleux talens.
La corde pour la danſe étoit tendue
fur un grand batteau de Rouen , & la corde
à voltiger étoit attachée aux mats de deux
batteaux . Avant de tirer l'Oye , on jetta
dans l'eau des canards liez avec des chats ;
les chats pour ne fe pas noyer fe cramponoient
fur le dos des canards ; & les canards
pour
fe tirer de leur griffes plon
geoient & forçoient les chats de fe mouiller.
D'autres canards lâchez dans la Seine
ètoient pourfuivis par une trentaine de petits
nageurs, & divertirent le Roy par cette
chaffe badine .
SUPPLEMENT.
E
,
Tienne Ganeau Libraire à Paris , &
Directeur de l'Imprimerie de la Souveraineté
de Dombes , vient d'achever
l'édition du Théatre de la Foire en trois
volumes in 12 enrichis d'Eſtampes avec les
airs notes. On n'en donnera point icy
d'autre
D'A O UST. 209
d'autre Extrait que l'Aprobation de M.
Danchet Cenfeur Royal des Livres , qui
caracterife ce Recueil ; la voici. J'ay lú, "
c. le Théatre de la Foire , ou , l'Opera
Comique. Cet ouvrage est un Recueil d'Epigrammes
en Vaudevilles , genre d'écrire
qui a toujours été particulier aux François,
& qui a fait naître une forte de Spectacle
inconnu jufqu'à prefent. Il est plein de traits
piquants , mais propres à exciter l'émulation
dans les autres Théatres ,&c. .. Cette Edition
fera miſe en vente dans huit jours au
plus tard. Nous en parlerons plus ample
ment dans le Mercure prochain .
On aprend par les dernieres Lettres de
Provence , qu'on fit le 20 Aouft l'ouverture
des Eglifes à Marſeille .
Le même jour les Confuls de Toulon
ont fait publier qu'à commencer le lendemain
21 , il feroit permis aux Habitans
de fortir de la Ville pour aller à leurs
Baſtides , & à ceux qui font à la Cam
pagne de rentrer dans la Ville , pour avoir
la liberté les uns & les autres de difpofer
toutes chofes pour leurs Vendanges .
ARREST du 24 Aoust 1721. Qui
ordonne que dans un mois , pour toute:
prefixion & délay , les Traitans Generaux
d'Affaires extraordinaires feront tenus de:
$
210 LE MERCURE
fournir au Garde du Trefor Royal la va
leur de leurs Billets folidaires acquittés.
par Sa Majefté , en leurs Quittances comptables
fur & tant moins des fommes dont
ils font en avance par les Etats finaux de
leurs Comptes ; finon & ledit tems palfé
, Ordonne S. M. qu'à la requête de
François- Nicolas Veron , qu'Elle a commis
à cet effet , ils feront contraints à ce
payement defdits Billets par les voyes.
aufquelles ils étoient obligez envers les
Porteurs d'iceux . Et s'il furvient quelque
conteftation au fujet du prefent Arreſt
Sa Majesté l'a évoquée à Elle , & en a
renvoyé la connoiffance aux fieurs Commiffaires
nominés pour l'examen des.
Comptes & Payement des Billets des Trai--
tans Generaux pour les juger en dernier
Reffort..
ORDONNANCE DU ROT ; du 28:
Aout 1721. Sa Majefté ayant été infor
mée que la plupart des Officiers de fes
Troupes , tant d'infanterie que de Cavalerie
& de Dragons , qui font prefentement
employées à la Garde des paffages.
en Dauphiné , Provence , Languedoc &
Auvergne , & dans les Generalitez de Bordeaux
& de Montauban , ou qui ont or
dre de s'y rendre , en font abfens au préjudice
de leur devoir Et confiderant:
२.
D'A OUS T. 211
combien il importe qu'il foient prefens à ,
leurs Charges pour la feûreté des Poftes
qui leur font confiés , & empêcher la
communication de la maladie contagieufe ,
dont quelques - unes defdites Provinces.
font affligées ; SA MAJESTE ' , de l'Avis
de Monfieur le Duc d'Orleans Regent ,
a Ordonné & ordonne , & Enjoint trèsexpreffément
aux Officiers defdites Troupes
, même à ceux qui ont obtenu des
Cong , de fe rendre à leurs Compagnies
dans le courant du mois de Septembreprochain
pour tout délay , à peine à ceuxqui
y manqueront d'être caffez & privez
de leurs Charges. MANDE & Ordonne
Sa Majesté aux Gouverneurs & à fes Lieu--
tenans Generaux en fes Provinces , & ài
ceux qui y commandent en leur abfence ,,
aux Gouverneurs de fes Villes & Places,
aux Intendans en fefdites Provinces , aux:
Directeurs & Infpecteurs Generaux de fes
Troupes , & aux Commiffaires de fest
Guertes , de tenir la main à l'Execution
de la Prefente , &c.
Declaration du Roy du 12 Acût 1721 ,
portant fuppreffion des droits de fix fols
pour livre attribuez aux Economes fequeftres
, & attribuë deux fols pour livre
aux Préposez à la Regie des Economats
; fçavoir , qu'à commencer du pie
Sij
212 MERCURE LE
mier du mois de Juillet 1721 les droits
de fix fols pour livre qui avoient été
attribuez aux Offices d'Economes fequeftres
, & de leurs Controlleurs , par
les Edits de création defdits Offices , &
par l'Arreft de notre Confeil rendu en
confequence le 2 Octobre 1708 , & qui
avoient été reſervez par l'Edit du mois de
Novembre 1714. foient & demeurent
éteints & fupprimez , comme Nous les
avons éteints & fupprimez , éteignons &
fupprimons par ces Prefentes ; & qu'au
lieu defdits droits , il foit feulement levé
& perçu à l'avenir par les Commis &
Prépofez aux fonctions des Economes fupprimez
, un droit de remiſe de deux fols
fols pour livre fur tous les deniers de
leur recette , lequel droit de remile Nous
feur avons accordé & accordons pour tous
appointemens , gratifications & frais de
Legie..
L'après midy du 25 Aouft , jour de la
Fête de S. Louis , après la diftribution
des Prix , on lut à l'Academie Françoile
une Paraphraſe en Vers fur un Pleaume,
envoyée par l'Academie de Soiffons , pour
fatisfaire à l'engagement où elle eft d'envoyer
tous les ans une pièce d'Eloquence
ou de Poelieà l'Academie , ainfi
que tou
aes les Academies du Royaume..
D'AOUST. 213
>
Le même jour les Academies des Infcriptions
& Belles Lettres , & celle des
Sciences affifterent en Corps dans l'Eglife
des PP. de l'Oratoire , au Panegirique
de S. Louis , prononcé par M.l'Abbé
de la Roche , & à la Meffe celebrée par
M. l'Evêque de Blois , pendant laquelle
le fieur du Bouffet fit chanter un Motet
de fa compofition.
Le Docteur Davach de la Riviere , Medecin
ordinaire de feu S. A. S. M. le Prince
de Condé , dont les experiences font connuës
depuis long - temps , guerit toutes
fortes de maladies par la vertu des Simples.
Il eft Auteur du Miroir des Urines ,
du Trefor de la Medecine , dedié à S. A. R.
Monfieur le Duc d'Orleans Regent du
Royanme , & du Traité des Fiévres , tant
Malignes que Peftilentielles . Il a des remedes
pour les guerir de quelque efpece
qu'elles foient , même la Pefte , pour
preferver, & pour purifier l'air contagieux ,
par la vertu des Simples , & des efprits.
qui en font tirez : de même que les ma-.
ladies fecretes , fans mercure ni flux de
bouche , & fans ceffer de vaquer à fes
affaires . Pour guerir les retentions d'urine,
fortifier les vaiffeaux & rétablir la virilité
offenſée , guerir les vapeurs , les maladies
des yeux , fortifier & conferver la vue ,
s'en
214
LE MERCURE
& enfin pour diffoudre la pierre. Le tout
peut fe tranſporter par Mer & par Terre
fans s'alterer . M.- Davach de la Riviere
demeure à Paris , rue Chapon , près Saint-
Nicolas des Champs.
AP PROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chance--
Hier Le Mercure pour le mois d'Août , & j'ay
Ciû qu'on pouvoit en permettre l'impreffion.
A Paris le 3 Septembre 1721 .
L
HARDIO N.
TABL E.
Ettre écrite par Monfieur de la R *** à
M Rigord , Subdelegué de M. l'Intendant
de Provence à Marseille , au sujet d'une
Infcription Grecque trouvée dans cette Ville. 3
Lettre de M. Piganiol de la Force , à Mondeur
D *** fur l'ancienneté de la Charge de Capitaine
des Gardes de la Porte du Roy . 12
Suite des Voyages de Zulma dans le Pays des
Fées. Hiftoire de la Princeffe des Tartares ,
& du Genie Mahoufmaha.
Hiftoire d'Ormoſa Prince des Tartares .
Hiftoire d'Almanfine , d'Athalide , du Vifir
Amulaki & d'Acmet fon fils .
13.
26
36
Poëties , Enigmes , Chanfons . La toilette de Venus
, Cantare.
A Madame la Comteffe de *** Epitre .
Sur uae jaloufic..
49.
52
533
1
TABLE.
Enigmes,
Air à boire.
Vaudeville de la Tête Noire .
56
579
Nouvelles Litteraires & des beaux Arts.
Vers prononcez au Roy fur fa convalefcence :
Par Monfieur de la Motte , de l'Academie :
Françoife. 75
La Nayade: des Tuilleries , fur l'heureux rétabliffement
de la fanté du Roy , par M. Ban--
chet.
Les beaux Arts.
77'
81
Suite de l'Extrait de la Piéce intitulée , Les
incommoditez de la Grandeur.
Le Theâtre François.
L'Opera.
Comediens Italiens .
84
100
107
Foire Saint Laurent.
Edits , Declarations , Arrêts .
Morts des Pays Etrangers.
Dignitez & Charges Etrangeres .
Mariages des Pays Etrangers .
Nouvelles Etrangeres.
Morts de France.
Mariages .
Dignitez & Charges.
Benefices .
Journal de Paris ..
108
1239
120
129 '
132
1385
139
156
1580
160
161
163
Journal de la maladie du Roy , & de toutes les
Fêtes qu'on a celebrées à l'occafion du rétabliffement
de fa fanté .
Supplément.
174
2083
FIN,.
(
LE
MERCURE
DE SEPTEMBRE.
Le prix eft de 25
fols.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftias , à l'Image S. Louis.
GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue
S. Jacques , à la Fleur-de-Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne.
M DCC. XXI.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
$30120
ASTOR, LENOX, AND
TILDEN FOUNDATIONS
AVIS.
SN prie ceux qui adrefferont des Lettres ou
Paquets d'en affranchir le Port , comme
cela s'eft toujours pratiqué , fans quoi on
ne les recevra point.
L'Adreffe generale pour toutes choſes ſera à
Monfieur MOREAU , Commis au Mercure , chez
Monfieur le Commiffaire le Comte , vis à - vis la
Comedie Françoiſe , à Paris .
Ceux qui pour leur commodité , voudront
remettre leurs Paquets cachetez aux Libraires
qui vendent le Mercure à Paris , pourront ſe ſervir
de cette voye ponr les faire tenir , en adreſfant
toujours à M. Moreau .
On donne avis que le fonds des Mercures de
feu M. Buchet , fe trouve actuellement chez Mrs
Buchet fes freres , Cloître S. Germain l'Auxerrois
, où ils continueront de les vendre , en gros
ou en détail , avec l'Abregé de la Vie du Czar.
On trouve le prefent Mercure à Lyon , chez
Plaignard .
A Nantes , chez Julien Maillard , dans la
grande rue.
A Tours , chez Gripon.
Amiens , chez le François.
Abbeville , chez Dumefnil .
Bordeaux , chez la veuve Labottiere , & Fils.
Châlons , chez Seneufe.
Bayonne , chez Etienne Labottiere.
! Rennes , chez Vattar , près la Pompe.
Montpellier , chez les freres Faures.
Caen , chez Cavelier.
Rouen , chez P. le Boucher.
LE
MERCURE
DE SEPTEMBRE.
INSTRUCTIONS NECESS AIRES
aux Voyageurs pour faire leurs obfervations
; avec une adreffe aux Marchands
& aux Miffionnaires qui fe trouvent dans
les païs Etrangers , & qui peuvent rendre
des fervices confidérables à la Geographie.
1
ZONSIEUR Boyle , dans
fon Livre intitulé, l'Hiftoire
naturelle d'un Païs , a
donné des regles pour ceux
qui voyagent dans les païs
étrangers ; de même que
Leigh, dans la Differtation fur les Voyages ,
écrite en Anglois , & plufieurs autres qu'il
cite, comme Hovvel , Hall , Palmer , Jones,
Gerbier , Negebaverns , Loyzins , Sorbiere ,
A ij Zeilerus
4 LE MERCURE
Zeilerus & autres . Mr. Miffon l'a fait ,
Eachard auffi . Il y a des inftructions très
curieufes , fur - tout par rapport à l'Afie ,
dans l'Introduction à la derniere grande
Collection de voyages que Churchill a imprimée
, & qui paroîtra en peu de tems en
François ; mais comme toutes ces Pieces
ne contiennent pour la plupart que des
segles pour la conduite des Voyageurs dans
les païs étrangers , ou pour faire leurs
remarques fur l'Hiftoire tant Naturelle que
Morale & Politique des lieux , je vais en
donner quelques - unes qui ferviront à faire
des obfervations Geographiques .
Il eft abfolument neceffaire qu'un Voyageur
fçache la Geographie , le Deffein ,
& autant d'Aftronomie qu'il en faut pour
prendre la latitude des lieux , & leur longitude
par les Eclipfes,
Il ne doit point voyager en Courier
mais aller çà & là dans le voisinage des
endroits , & obferver ce que l'on y trouve
de curieux .
il
Il doit faire une exacte defcription des
Routes , & pour un tel Itineraire ,
doit obferver ce qui fuit.
1 °. D'avoir une bonne montre mise à
Pheure du jour de l'endroit d'où il va
partir fur le champ , & obferver la diffeience
de l'heure à la premiere place remarquable
où il arrivera , & continuer
ainſi,
4
DE SEPTEMBRE.
S
aïnfi , ce qui peut aider à déterminer à
peu près la différence de longitude de
deux endroits. L'on n'a pas encore ,mis
ceci en pratique.
zo. Le Voyageur doit s'affocier avec
quelqu'un de la compagnie ou caravane
qui ait déja fait le même chemin , afin de
s'informer des curiofitez que l'on trouve
fur la route & aux environs ; quelles Places
il y a de côté & d'autre ; quand on trouve
des routes qui tombent dans celle que l'an
fait , & à quels endroits remarquables
elles conduifent . C'eft ce qu'a fait M.
Thevenot , de quoi font foi les deux pele-
Finages du Caire & de Bafford à la Mecque ,
dont il n'a pu avoir connoiffance que par
information , comme il a fait aufli pour
la fource du Nil. Finch , que l'on trouve
dans la collection de Purchas , a fait fa
même chofe.
3 °. Il doit s'informer très- exactement
de la diftance d'un lieu à un autre , & păr
la maniere dont il voyagera , il pourra
juger quel fera le compte le plus exact ;
car il trouvera differens rapports des diftances
dans les païs étrangers , comme dans
le fien. Ceux qui s'y font attachez le plus
exactement , font Finch , Texeira , Della
Valle , Fryer , Tavernier , Chardin , Thevenot
& Gemelli .
4°. Le Voyageur doit obferver avec
A iij la
6 LE MERCURE
la bouffolle le cours de fon voyage , ou
les aires de vent des lieux de l'un par rapport
à l'autre ; ce qu'il eft aifé d'executer
dans les routes que l'on fait dans des plaines
ou deſerts , & dans les endroits d'où
l'on peut découvrir plufieurs lieues de
païs à l'entour . Wheeler l'a fait ainſi dans
la Grece. Texeira , Della Valle , Olearius
& Thenenot , font les principaux qui ayent
obfervé la fituation des lieux par rapport
à l'aire de vent.
5. Il ne doit paffer aucun fleuve ou
ruiffeau , fans faire mention de fon nom ,
fans obferver de quel côté eft fon cours ,
& fans s'informer d'où il vient , à quelle
Ville il fe rend , & dans quel fleuve il
tombe. Della Valle , Olearius & Thevenot
font très exacts à cet égard .
6. Il aura foin de prendre les vûës des
Villes , Places , Forts , Bâtimens , Ruines,
& des Curiofitez de l'Art & de la Nature ,
fans quoi l'on ne peut pas avoir une parfaite
idée des chofes. Sandys , Herbert ,
Tavernier , Wheeler &c. excellent en cela ,
mais fur tout Nevvhoff, Baldans , & le
Bruyn.
7°. Un Voyageur doit prendre la latitude
des lieux , & rien n'eft plus aifé de
la prendre avec un inftrument de poche ,
à dix minutes près au pis aller. Si l'on
faifoit cela , on pourroit prefque determiner
DE SEPTEMBRE.
ner la difference de longitude & l'aire de
vent des lieux , avec le fecours des diftances
comptées , que l'on adapteroit avec
difcretion , fur- tout lors que le voyage fe
fait vers l'Orient ou l'Occident . Parmi
les Voyageurs de terre , il n'y a que Della
Valle , Olearins & Wheeler , qui ayent.obfervé
la latitude des lieux , & Isbrand Ides,
fur qui on puiffe compter.
8. Il doit fur le champ faire une Carte
de fon voyage , & qui peut la mieux faire
que l'Autheur ? On parlera dans la fuite
des Autheurs qui les ont faites.
9°. Lorfqu'un Voyageur eft dans la
capitale d'un Royaume , il doit confulter
les Géographes , & leurs Cartes , s'ils en
ont : Il eft fort furprenant que Della Valle,
Olearius & Thevenot ne l'ayent pas fait
eux qui étoient fi curieux & capables de
le faire. Chardin promet dans fon prémier
volume une defcription de la Perſe , tirée
des Géographes & Hiftoriens Perfans , ce
qui feroit très- excellent .
10°. Il doit obſerver les Eclipfes de la
Lune & des Satellites de Jupiter , autant
qu'il le pourra. Les Jefuites dans leur
voyage de Siam , determinérent par ce
moyen la longitude de plufieurs endroits
dans les Indes .
Il feroit à fouhaiter que les jeunes Marchands
, les Facteurs & autres qui vont
A iiij voyager
的
MERCURE
LE
voyager le pourvuffent d'un peu de cette
fcience , cela rendroit leur voyage plus
agreable & utile au Public à leur retour.
Celui qui a voyagé bien loin , doit reffentir
une grande peine , lorfqu'il fait reflexion
fur les occafions de faire des decouvertes
extraordinaires qu'il a perduës
faute d'une connoiffance des matiéres qu'il
auroit pû acquerir en très- peu de tems .
L'on n'a pas befoin de Kelations hiſtoriques
, il y en a déja affez ; & il eſt bien
certain qu'il y a eu beaucoup de Voyageurs
, qui dans leurs Relations ont fupprimé
les obfervations qu'ils avoient faites,
ne les croyant pas dignes d'être publiées.
Il feroit à fouhaitter que nos Voyageurs
modernes aux Indes Occidentales & Orientales
euffent la même ardeur que les premiers
Voyageurs . Si l'on fuivoit leur
exemple , & les regles que j'ay marquées
ci- devant , nous aurions une connoiffance
plus exacte de ces païs éloignez que frequentent
les Européens.
Il feroit très- aifé aux Miffionnaires qui
fe font établis lointains , & fur tout dans
l'Orient , de nous en envoyer des Relations.
Ils en ont à la verité envoyé quelques-
unes qui ont été imprimnées ; on les
lit avec impatience d'y trouver que l'ou
fafle mention de lieux confiderables dont
à peine on a entendu parler en Europe;
Y
ces
4
DE SEPTEMBRE.
ces lieux leur font très - connus par la refidence
qu'ils y font , & ils ne difent cependant
rien du tout de leur fituation.
Les defauts de nos grandes Collections de
Voyages ; avec des regles pour en faire
une complette de tous les voyages qui
exiftent en quelque langue que ce soit ,
& qui ne comprendra que peu de volumes .
ON
pas
N conviendra avec moi que le général
des Livres de Voyages n'étant
exact , comme on l'a obfervé , eſt une maurvaiſe
choſe , mais c'en eft encore une plus
mauvaiſe quand ceux qui ont entrepris
d'en faire des Collections , ont rendu par
leurs abregez infideles , ceux qui étoient
méchants plus imparfaits , & ceux qui
étoient auparavant plus complets plus inu
rilès.
Purchas particulierement en abregeant
le Voyage de Balbi lorfqu'il a defcen duz
l'Euphrate , l'a entierement gâté , & du plus
curieux qu'il y eut pour la defcription de
cette route & des Places fituées fur ce Fleu
ve , il en a fait le plus imparfait , quand
on le compare avec l'original que l'on trouve
dans la collection latine des De Bry: Ila
fait auſſi la même injuſtice aux Voyages de
Furrer , Breidembach , Bellonins , & autres
dans
ΤΟ LE MERCURE
dans la Terre- Sainte ; comme auffi aux Extraits
qu'il a faits du Geographe de Nubie ;
de forte qu'il ne faut pas compter fur lui
dans les endroits où il ne donne pas l'Auteur
entier.
On a publié depuis pen en Angleterre
ane grande collection de Voyages en deux
volumes in folio , qui a les mêmes défauts ;
le deffein en étoit bon , mais il n'a pas réufli
faute d'habiles abbreviateurs . Les Itineraires
font coupez fi court , qu'ils ne peuvent
prefque fervir de rien ; on a fait encore
pis que Purchas , & les Autheurs qu'il a
maltraitez , l'ont encore été davantage ,
comme il le paroît par le Voyage de Balbi
qui y eft réduit en peu de lignes. Les Voyages
de Finch y font abregez deux fois , la
Premiere contenant huit pages , & la feconde
n'en rempliffant pas une fous le titre
de Voyages de Smith ; quoique dans Purchas
il y ait 14 grandes pages in folio.
La route de Smyrne par la Natolie tirée
de Tavernier eft jointe à une route differente
de plus de 1000 milles hors du chemin
; car de Tocat en Natolie l'on faute au
Kerman en Perfe , comme ſi la diſtance n'étoit
que d'une journée de caravanne.Theve .
not, qui eft une des plus curieufes Collections
, y eft abregé en partie & fort à fon
defavantage, enfin le tout eft très - mauvais.
Je n'accuferai pas de pareilles fautes celui
qui
DE SEPTEMBRE. Tr
qui a entrepris la Bibliotheca Navigantium
atque Itinerantium , mais je dirai que pour
abreger des Auteurs , il ne faut employer
que des gens qui fçavent diftinguer la
fubftance de l'ombre , & que l'on ne doit
rien retrancher de ce qui regarde la Geo
graphie ou l'Hiftoire.
Le premier deffein que l'on a eu lorfque
F'on a fait ces Collections de Voyages , a
été pour conferver les meilleurs Traitez de
cette matiere , en les imprimant enſemble
dans un ou plufieurs Volumes . Jean &
Theodore de Bry ont été les premiers qui
ayent fait un Recueil de Voyages en fix
petits Volumes in folio, trois pour l'Orient,
& trois pour l'Occident . Il a été imprimé
à Francfort, & contient tous les meilleurs
morceaux qui ayent été publiez avant leur
tems ; il eft plein d'eftampes & trèseftimé.
Ramufio publia environ dans ce tems -là
à Venise en trois Volumes in folio unegrande
Collection de Voyages en Italien ,
que l'on regarde comme l'ouvrage le plus
complet de cette matiere , mais il n'a pas
Pavantage des eftampes de celui des de
Bry.
Hackluit eft bien éloigné de ces deux
premiers : c'est une Collection en Anglois .
de tout ce qui lui eft venu dans les mains
bon & mauvais ; & il a rempli fes Livres
de:
12
LE MERCURE
de Chartres , de Lettres Patentes & autres
chofes femblables.
Purchas auroit été plus loin qu'aucun
pour un Recueil de Voyages , s'il n'avoit
pas imité fon Predeceffeur , en y'inferant
des Chartres , & c. & s'il n'avoit pas gâté
fes meilleurs Auteurs en les abregeant mal.
Il eft cependant à eftimer pour un grand
nombre de Piéces curieufes , qu'il a fauvées
de l'oubli.
Thevenot fameux par fes propres Voyages
, a fait un Recueil en François des
meilleurs Voyages jufqu'à fon tems , dont
une grande partie eft traduite de Purchas :
la derniere Edition eft en deux Volumies
in folio avec figures .
Ogleby a orné fes Ouvrages de beaucoup
de figures , & eft plus eftimable qu'on ne
le croit. Son Afrique , eft à ce que je penfe,
une traduction du Dapper en François ;
& que l'Auteur de l'introduction aux
Voyages de Churchill dit être la meilleure
qui exifte.
On publia en 1704 en Anglois quatre
Volumes de Voyages , que l'on eftime ,
parce que ce font prefque toutes Traductions
d'Auteurs Etrangers; mais ils ont
le même défaut que les autres Collections
en Anglois , c'est d'être remplis de quantité
de chofes hors de leurs places . Il y a des
Chapitres entiers dans Navarette, Baldens.
Niewoff
DE SEPTEMBRE.
13
Niewhoff & quantité d'autres morceaux
qu'on auroit mieux fait de laiffer , auffibien
que tout ce qui regarde les Monions
qui contient près d'un Volume entier , &
qui ne font nullement placez à propos.
C'eft un bien au refte que les Auteurs n'y
font point abregez ; car fi on en jugeoit
par les Voyages de Jacovitz Boifcour de
Mofcow à la Chine , qui ont été traduits
de Thevenot , les plus entiers ne font faits
que très-groffierement.
Ce Recueil appellé Navigantium atque
Itinerantium Bibliotheca , a paru à peu près
dans le même tems ; il eft auffi fameux
pour les retranchemens qu'on y a faits
que le precedent l'eft pour les agrandif
femens que l'on y a inferez : malgré cela
celui- cy n'eft pas certainement fans fuperfluitez
, comme le Voyage de la Boulaye
aux Indes Orientales , les Boucaniers d'Amerique
, les Voyages d'Espagne de Madame
, &c.
L'on a outre cela la Collection d'Eden
& de Wills in 4°. imprimée en 1577 ;
celle de Biddulph & autres Voyages aux
Indes recueillies par Lavender in 4 .
1609. J'ai vu un petit Recueil Italien de
trois Volumes in douze , qui eſt un Extrait
d'Olearius della Valle , Chardin
& autres.
?
Il y a auffi une Collection de Voyages
de
14
LE MERCURE
de deux Volumes in 4 ° . qui a paru par
mois on y trouve plufieurs bons Recüeils
, fur-tout l'Hiftoire de Maroc , celle
de l'Ethiopie , le Journal de Texeira , &
autres . Si le reste avoit été auffi- bien choifi,
& qu'au lieu des conquêtes des Moluques,
de la Caroline , & c . l'Auteur eût fait une
Collection de ce qui fe trouve de bon
dans les de Bry , Ramufio , Thevenot , &
même Purchas, cela auroit eté mieux reçû.
Toutes ces anciennes Collections étoient
complettes pour leur tems , mais elles deviennent
aujourd'hui defectueules par raport
aux nouvelles découvertes . Outre
cela il y a plufieurs grands & longs Voyages
que l'on n'eftime plus tant , que lorfque
ces endroits étoient peu connus. Enfin
les Collections publiées jufqu'aujourd'huy
contiennent beaucoup de Volumes ,
& n'en font pas toutes enſemble une complette.
Le deffein de celle qui a pour titre Bibliotheca
étoit très- bon , mais pour répondre
au deffein , il manquera toujours
une Collection complette de Voyages ,
'parce qu'il y a trop de Livres fur le fujet ,
outre ceux qui font en Anglois , à la Collection
defquels l'Auteur femble s'être
borné , excepté deux ou trois traductions
qui y font inferées : l'on peut faire une
Collection de la maniere que je propoſe.
rai
DE SEPTEMBRE.
rai , qui ne fera pas beaucoup plus grande
que celle de la Bibliotheca , & qui contiendra
la fubftance de tous les Voyages
qui exiftent en toutes fortes de Langues
ce qui fera plufieurs centaines de plus que
ce qu'on a déja recueilli.
Dans une telle Collection il ne faut
mettre d'un Auteur que la Topographie &
PHiftoire , en retranchant les avantures &
les circonstances dans un ouvrage de cette
nature , où l'on veut reduire plufieurs
Auteurs en moins d'efpace que l'on peut.
Là où il y a plufieurs Voyages d'un
même Pays il faut qu'une Collection
generale de leurs obfervations puiffe fer
vir pour tous. Par exemple : Suppofant
que j'euffe à faire une Collection des
Voyages de Herbert , della Valle , Olearius
, Tavernier , Thevenot , Fryer & Gemelli
, qui ont voyagé dans les mêmes
quartiers ; je choifirois le plus conplet ,
comme Olearius , & j'y ajoûterois les obfervations
des autres , qui font en petit
nombre de plus ; & tous ces Auteurs
abregez , comme il faut , ne tiendront pas
tant de place qu'un d'eux tout ſeul .
On ne doit pas mettre les Journaux de
Voyages qui doivent preceder l'Hiſtoire ,
P'un après l'autre , mais les entremêler
felon les routes : Par exemple , les differentes
routes en Perfe dans Tavernier ,
fçavoir
G LE MERCURE
fçavoir de Tauris , Moful & Bagdat à
Ifpahan ; & d'Ifpahan à Gomron & Canda.
har, ne doivent pas être miles enſemble ,
avant que l'on n'ait pris un autre Auteur ;
mais chaque route , comme de Tauris à
1fpahan, doit être décrite la premiere felon
les differens Auteurs qui en parlent ; enfuite
de Moful à fpahan , & ainſi du
refte ; le Lecteur aura de cette maniere
tout à la fois fous les yeux tous les Journaux
des Voyageurs entre deux lieux remarquables
, & l'on préviendra ainfi quantité
de bévues qui arriveroient, fi l'on mettoit
le Journal de chaque Auteur à part.
Lorique l'on fait une Collection de
Journaux de cette façon , il faut commencer
par le plus exact , & extraire des autres
la defcription des Places que l'on
trouve fur la route ; il faut mettre à la
marge le nom de l'Auteur dont on prend
ce que l'on ajoûte , & inferer le reste en
ordre , avec les differentes obfervations de
la diftance & de la fituation des lieux , &
autres incidens , afin de pouvoir mieux
voir la difference de plufieurs Auteurs.
Celui qui fait la Collection ne doit rien
omettre de ce qui regarde la Geographie
ou l'Hiftoire , on doit avoir particulierement
cette précaution dans les itineraires ,
par raport à l'Hiftoire , afin que s'il y arrivoit
une omiflion , on pût la recouvrer facilement
2
DE SEPTEMBRE. 17
cilement , lorfque les fiècles ne permettront
pas de recouvrer la perte d'un Journal
curieux , & fur-tout quand on confidere
que de ce grand nombre d'Ecrivains , il
y en a bien peu qui fe donnent le foin de
nous laiffer des Journaux exacts de leurs
Voyages.
Celui qui fait une telle Collection doit
eftimer les anciens Voyages , & fouvent
les preferer aux nouveaux ; parce que ceux
qui ont été écrits il y a cent ans , font nonfeulement
les meilleurs , mais ce font les
dernieres Relations que nous ayons des
endroits qu'ils décrivent. La perte des anciens
Journaux eft fans doute une raiſon
pourquoi nous trouvons plus de noms de
lieux dans les anciennes Cartes que dans
les nouvelles : & dans quel état verroit-on
la Geographie de l'Afie , fi l'on avoit perdu.
les anciens Journaux du Voyage de Jean
de Caftro dans la Mer Rouge , de Rauwolf
& de Balbi pour l'Euphrate & le Tigre , de
Texeira , de Finch & autres ?
Ce feroit un Ouvrage fans fin de faire
une Collection de tous les Côtiers que l'on
publie tous les jours ; il fuffit de faire
mention de leur finglage , des places où ils
ont , abordé leurs obfervations fur les
Côtes , les Villes & les Peuples , cela .
convient mieux dans la defcription de chaque
Pays en particulier.
:
B Lorfque
18 LE MERCURE
Lorfque plufieurs Pays produifent les
mêmes espéces d'animaux , arbres, fruits ,
plantes , oifeaux , poiffons , & c . on en doit
faire la Collection par ordre alphabetique.
Quant à la methode , il faut que chachaque
Volume contienne une partie du
Monde ; que cette partie foit divifée par
Royaumes & Pays , comme dans les Livres
de Géographie , fous chacun defquels
on recueillera de tous les Voyages exiftans
, ce qui conviendra à un chacun .
Par exemple pour la Perfe , ou les Indes,
il ne faut tirer des Journaux de Tavernier,
Thevenor , Gemelli , &c. que ce qui a rapport
au Pays feulement , laiffant le refte
pour être difpofé dans les Pays que Pon
confiderera enfuite ; & ainfi chaque Royaume
aura une Collection complette de
Voyages en particulier.
Comme un telle Collection demande
beaucoup de tems & de peines , il n'en
faut pas donner l'execution à gens qui regardent
à leur interêt particulier ; & il faudroit
fi cela étoit poilible , que ce ne fût
qu'une feule perfonne , ou une focieté de
gens également capables , diligens , & amateurs
de la Geographie..
L'ufage d'une Collection de Voyages
faite de cette maniere feroit bien grand ,
1. Cela conferveroit un nombre de morceaux
precieux que l'on pourroit perdre ,
&
DE SEPTEMBRE. 19
& en rendroit communs quantité qui font
très-rares. 20. Cela épargneroit la dépense
d'acheter & la peine de feuilleter un fi
grand nombre de Volumes que l'on doit
confulter & comparer ; ce qui fe peut
faire fur le champ , en trouvant le lieu
demandé , où l'on trouve tout d'un coup
ce que chaque Auteur y a obfervé. 30. Cela.
feroit du plus grand ufage qu'on puiffe
imaginer pour les Voyageurs , qui font
obligez de ne fe point charger de tant de
Livres , & ne peuvent être informez fuffifamment
de tous les lieux avec une petite
quantité. 4° . Les Geographes en tireroient
un grand avantage , & cela feroit
de la derniere importance pour corriger
& augmenter les Cartes de Géographie ..
fo. Ce feroit la Géographie la plus complette
que l'on pourroit faire , puifqu'elle
contiendroit toutes les découvertes faites
en tous les tems pour la Géographie &
l'Hiftoire. 6. On pourroit en faire le
Dictionaire Géographique le plus complet,
en faisant une Table pour les endroits
décrits dans la Collection comme des
Citez , Villes , Villages , Châteaux , Rivieres
, Lacs, Montagnes , Vallées , Plaines ,
Forêts , Bois , Deferts , Ruines , & c.
>
Ceux qui examineront le Livre de M.
Reland , qui a pour titre Hadriani Relandi
Paleftina ex monumentis veteribus illuftrata,,
Bij 3 tomes
20 LE MERCURE
3 tomes in 4°. trouveront que
c'eft un
des morceaux de Géographie le mieux travaillé
qui ait paru jufqu'à prefent. L'Auteur
paroît être l'unique qui ait attrapé la
veritable maniere de faire une Collection
Géographique , ou au moins qui fe foit
donné la peine de la faire comme cela fe
doit car c'eft comme un Livre de lieux
communs , où l'on trouve fous leurs prapres
chefs , avec des Cartes faites exprès,.
toutes les obfervations Géographiques qui
fe trouvent dans les Ecrits des Anciens par
rapport à ce Pays.
ذ
REPONSE
DE SEPTEMBRE. TR
REPONSE DE M. D...
Ala Lettre de M. Piganiol de la Force
fur l'ancienneté de la Charge de Capitaine
des Gardes de la Porte dis
Roy , inferée dans le Mercure d'Août
dernier.
Ou´s ne trouvez pas qu'on
vous donne , MONSIEUR,
preuves claires & convain
cantes pour vous determiner
des
fur la veritable ancienneté de la Charge de
Capitaine des Gardes de là Porte du Roy;
quoique je n'aie pas l'avantage de vous connoître
, ni l'Autheur du Memoire inferé au
Mercure de May dernier , à qui vous les demandez
, mon intention eft cependant de
rendre un fervice égal à l'un & à l'autre , à
vous, M'O'N SIE UK , en vous arrachant à
cette tranquillité d'incertitude qui fied peu à
un Historien quia , comme vous , un attachement
à la verité , incompatible avec
Pincertitude où vous voulez qu'on vous.
laiffe. A l'égard de l'Autheur du Memoire
je ne deffendray point fa dialectique aux
dépens de la vôtre , fur tout dans les fcrupules
1.2 MERCURE LE
pules qu'il voudroit vous infpirer d'avoir
bleffé la charité chretienne : Je vous fçai
bon gré de la bonne opinion que vous
avez de l'humanité , & vous prie d'y perfifter
; je ne feray donc que fournir un
fuplément de preuves qui ont échapé à
cet Autheur , & qui m'ont paru decifives
pour fixer le jugement fur le fait dont il
eft queſtion.
Le point eft de donner un fens vrai &
litteral à ce paffage d'Aymonius Monachus,
au Chapitre 27 du se.Livre de fon Hiftoire:
Carolus autem Bozonem fratrem uxoris ejus
Camerarium & Oftiariorum Magiftrum inftituit.
L'Autheur du Memoire l'a traduit
ainfi ; Charles le Chauve confera à Bozon,
frere de fa femme , la Charge de Chambrier
, & celle de Maître des Portiets , laquelle
il interprete être celle qu'on nomme
aujourd'hui Capitaine des Gardes de la
Porte ; & vous , MONSIEUR , VOUS
voulez que ces mots fignifient feulement
que Charles le Chauve en donnant à Bozon
la Charge de Chambrier , lui avoit
donné le commandement des Huiffiers de
fa Maiſon.
, Permettez - moi , MONSIEUR , de
vous dire qu'en faitant la fimple conſtruction
grammairienne de cette phrafe , vous
ne trouverez jamais le fens que vous lui
voulez donner ; fi le litteral y manque ,
Yoyons
DE SEPTEMBRE. 23
voyons file vrai s'y rencontre . Vous convenez
& avez avancé vous - même que nos
Rois de la rere & 2 Race en formant leurs
Maiſons imiterent les Empereurs Romains,
& eurent comme eux un Chambrier
dont les fonctions étoient entre autres de
commander aux Huiffiers , internas mu
nire fores , il avoit , dites - vous , avec Corripus
Africanus, que vous citez , beaucoup
d'autres fonctions & plus confiderables
, comme de fanctum intrare cubile
& veftes parare ; eet Officier étoit nommé
Camerarius , & n'a jamais joint d'autres
titres à celui-là pour defigner des fonctions
particulieres. Pourquoi donc voulez - vous
qu'Aymoin en donnant le titre de Chambrier
à Bozon , y ait voulu ajouter la circonftance
particuliere que cette Charge de
Chambrier lui donnoit commandement fur
les Huiffiers , qui devoit être fous- entendue
: & pourquoi de gayeté de coeur chargez-
vous Aymoin d'un tel pleonasme ? n'eft.
il pas plus naturel de croire que cet Autheur
a defigné deux Charges differentes:
& trés- compatibles fur une même tête ;.
fçavoir , celle de Chambrier , & celle de
Maître des Portiers , lefquelles avoient été
precedemment poffedées par differentes
perfonnes feparément ? Eginard , Chancelier
de Charlemagne , avoit dit avant Ay.
moin , en écrivant la vie de Louis le
Debonaire ,
24 LE MERCURE
Debonaire , pere de Charles le Chauve ,
que ce Prince envoyant fon fils Lothaire
en Italie , cum eo Valachum propinquum
fuum & Gerungum Oftiariorum Magiftrum
unà mifit , il le fit accompagner par le
Moine Valach fon parent , & pat Geronge
Maître des Portiers ; or ce Geronge n'étoit
certainement pas Chambrier , car outre
qu'en cette qualité il n'eſt pas vraifemblable
qu'il eût pû quitter la Perfonne
du Roy, auprès de qui fes fonctions l'auroient
étroitement attaché , Eginard Chan
celier n'auroit pas manqué de le nommer
par le nom connu & ufité de Camerarius ,
fi effectivement il l'eut été , comme Aymoin
depuis le donna à Bozon , qui lui
fucceda fans douté à celle de Maître des
Portiers.
Nous trouvons dans Duchefne , au tome
2 page 712. deux Lettres écrites par
Flotaire Evêque de Toul , à ce même
Getonge , elles font ainfi adreffées , Illuftriffimo
, Nobiliffimo , Excellentiffimo , celfoque
honore digniffimo viro D. Gerungo ,
Lacri Palatii Oftiario , grand Portier du
facré Palais ; Flotaire le nommoit ainsi ,
attendu qu'effectivement il avoit le com→
mandement fur les Portiers du Palais , car
il y avoit , & y a toujours eu une difference
entre les Huiffiers de l'interieur des
Appartemens du Palais , & les Portiers
du
DE SEPTEMBRE. 25
•
du Palais. Le Poëte Latin que vous avez
cité , MONSIEUR , n'employé le mot
internas fores que pour defigner plus expreffément
les Huilliers interieurs , & les
diftinguer des Oftiarii qui gardoient les
portes extérieures du Palais , qui font nommez
Oftia ; vous avez dû en lifant Guillaume
Marcel , dans fes preuves du neug
viéme fiecle de fon Hiftoire de France ,
dans lefquels vous avez trouvé ces deux
Vers latins de Corripus Africanus , voir
que les Huiffiers fur lefquels le Camerarins
avoit commandement , étoient appellez
Silentiarii , parce qu'ils commandoient
le filence , & vous n'y avez pas lû qu'ils
fuffent nommez Oftiarii ; le mot de Magifter
ajouté à celui d'Oftiariorum , caracte
rife particulierement le Capitaine des Gardes
de la Porte , parce que le mot Ma •
giffer étoit un mot confacré chez les Romains
, dont nos Rois ont été les imitateurs
, pour exprimer le Chef d'une troupe
de Soldats. On voit ce mot de Magifter
militum fouvent employé dans les Loix
Romaines , Leg. ult. dé ordine facri Palatii
, ainfi il éft évident que ce titre de
Magifter donné au Chef des Portiers du
Palais par Eginard Chancelier de Charlemagne
, qui fe fervoit du ftile Romain ,
étant lui- même Cæfarea Majeftas Empereur
des Romains , prouve autentiquement
C que
26 LE MERCURE
que dès lors les Portiers du Palais des
Rois de France étoient une Troupe de
Gardes difciplinez , & faifant fentinelle
fous les armes aux portes du Palais , com
me le font aujourd'hui ces mêmes Por
tiers , qui ne font autres que les Gardes
de la Porte,
Mais pour ne laiffer aucun doute fur
cette fignification , appuyons-la des té
moignages de nos celebres Annaliſtes &
Hiftoriens François , & entre autres de
celui de François de Belleforeft Annaliſte
du Roy , dans les grandes Annales ou̟
Hiftoire generale de France , imprimée à
Paris en 1579 ; voici comme il parle aux
pages 219 & 220.
» Louis le Debonaire dépêcha fon fils
» aîné Lothaire , qu'il avoit fait fon affocié
» à l'Empire , pour l'envoyer en Italie
» prendre poffeffion d'icelle , & y rece-
» voir la benediction du Pape , lui donnant
pour compagnie & confeil Valach
» Moine , & fon parent , lequel avoit été
» prifonnier pour le fait de Bernard Roi
» d'Italie , & encore lui donna- t- il un Sei-
» gneur appellé Geronge ou Geronde , Ca-
» pitaine des Gardes , car ainfi tourné- je
» en notre langue celui qui eft dit par
» Aymoin Magifter Oftiariorum, Maître des
» Portiers , afin qu'il fit tout par l'avis & le
confeil de ces Seigneurs , tant en ce qui
» concernoit
DE
SEPTEMBRE.
27
> concernoit l'état de fa Maiſon , que ce
qui touchoit le
gouvernement du Royaume,
& par là vous voyez combien
faillent ceux qui ont voulu ôter, aux premiers
Rois les Gardes de leurs Corps ,
étant ailé à prouver que jamais ils ne
furent fans en ayoir , vâ que non fans
raifon ce Maître des Portiers étoit en
" Office , & icelui très - confiderable &
» très- honorable , des plus refpectez des
» Rois , & falloit que ces Portiers fuffent
› en grand nombre , & qu'ils fuffent ho
norez de titres de Soldats , & par confequent
ils n'étoient autres que ceux
» qui ores ont la Charge de la Garde du
Roy, foit qu'ils fe tiennent à la
porte
» du Palais Royal , ou à la porte de la
» chambre du Prince , ou qu'ils le pre-
» cedent avec leurs armes quand il marche
"2 par les rues ; auth fçait- on que de
» tout teins & en tout pays les Rois ont
» eu ces Gardes , non pour doute de leurs
perfonnes , ainfi qu'un tiran de Sicile ,
» ains pour leur grandeur, & montrer
que toujours ils font prêts à deffendre
» leur peuple.
""
Joignons à ce témoignage authentique.
ceux de nos autres graves Hiftoriens françois
, qui tous ont diftingué dans Bozon
les deux Charges que Charles le Chauve
lui avoit données , fçavoir celle de Cham-
Cij
brier
28
MERCURE
LE
brier ou Chambellan , & celle de Maître
des Portiers .
Le même Belleforeſt en la page 278 de
fa même Hiftoire , dit : » Charles le Chauve
fit Bozon Chambellan , & outre ce lui
» donna l'état de Capitaine des Gardes ,
Magiftrum Oftiariorum.
....
Cordemoy dans fon Hiftoire de France,
Tome 2e. Page 294 , dit : » Bozon avoit
as les Titres de Chambellan & de Maître
» des Portiers ; il eut outre ces Charges
» toutes celles qui furent ôtées à Gerard.
Dupleix dans fon Hiftoire de France ,
tom . 1. pag. 485 , dit » Bozon fut fait
par la faveur de Richilde Imperatrice
fa four Chambellan , & Maître des
» Portiers du Palais Royal.
››
Fauchet dans fes Antiquitez Françoifes
Liv. 10. ch. 3. pag. 368. diftingue pareillement
ces deux Charges.
Enfin Mezeray dans fon Hiftoire generale
de France , tome 1. pag. 272 dit :
» Bozon fut enrichi des plus grandes
Charges de la Couronne ; & dans .fon
Abregé Hiftorique tom . 3. pag. 393 , il dit
que » Bozon fut fait Grand - Maître des
95
Portiers Princeps Oftiariorum ; il avoit
» dit auparavant dans fon Livre 1. ch . 7.
ɔ que ce mot Princeps s'entendoit de Com-
» mandant de Troupes Militaires .
Mais pour
fermer la bouche à toute incertitude
DE SEPTEMBRE. ' 25
certitude fur la difference des Huiffiers ,
& des Portiers , ouvrons les anciens Manufcrits
concernans les Etats de nos Rois
de la feconde Race , conſervez dans la Biblioteque
du Roy , en l'Etat de l'Hôtel du
Roy S. Louis en 1261 au Manufcrit N °
255 pag. 7 , on lit en Articles feparez ,
" Huiffiers , chacun 1111 f. par jour ,
» C. f. pour Robe par an , 2 Valets man-
« geans à Cour , une torche
par 1 .
& VIII petites chandelles.
» Portiers, chacun une Provende de 1x d.
» par jour , pour Robe xL . fois par an ,
» un Valet mangeant à Cour, ne deformais
prendront poignes , & auront vii pe
" tites chandelles .
IX
&
» Valets de Porte pour Robe & pour
loyer 1x. f. & feront deformais mis par
» le Roy.
Tous les autres Etats des Rois poſte
rieurs y diftinguent par tout les Huilliers,
des Portiers , ce qu'on peut voir dans la
Biblioteque du Roy , on y trouvera auffi
cette. Ordonnance de Police du Roy Philippe
le Long en 1314 dont voici les
propres termes :
Les Huiffiers de Salle , fitôt que l'on
" aura crié aux Queux , feront vuider la
Salle de toutes gens , fors de ceux qui y
» doivent manger , & les doivent livrer à
» l'huis de la Salle aux Valets de Porte ,
Cij
>> les
J
3.0 LE MERCURE
» les Valets de Porte aux Portiers , & Tes
" Portiers doivent tenir la Cour mette
» d'iceux , & les livrer au Roy des Ri-
" baux , qui doit garder qu'ils n'entrent.
→ plus .....
Ce Reglement diftingue clairement les
fonctions des Huiffiers de celles des Portiers
, preuves preuves inconteftables que chacuns .
avoient leurs Chefs & Commandans fe-.
parez , les Huiffiers obéiffoient au Chambellan
& les Portiers depuis appellez
Gardes de la Porte obéiffoient à leur Ca
pitaine
Je fuis , Monfieur , &car
L'abondance des matieres ne nous permes
pas de donner d'Hiftoriette ce mois-cy.
?
ROESIES
DE SEPTEMBRE .. 3r
POESIES , ENIGMES , CHANSON .
EGLOGUE
du R. P. COUPERET Jefuite ;
fur le rétabliſſement de la fanté
du Roy
DAPHNIS . PALEMON.
DAPHNIS.
Que vienescher Palemon , cette fombre
Uel fujet inconnu t'afflige & t'intereffe ?
trifteffe ?
>
Tes yeux de quelques pleurs paroiffent arrofez ›
Apprends-moi tes chagrins , & qui les a caufez.
PALEMON.
Quand je penfe , Daphnis , à ce grand coup de
foudre.
Qui fembloit déja prêt de nous reduire en poudre ,
Puis - je rendre le calme à mes fens agitez ,
Et me livrer fi - tôt à nos profperitez ?
Mais toi, qui me parois tranquille & fans allarmes
,
Ne fçais -tu pas encor le fajet de nos larmes
Ne partages tu pas nos peines , nos dangers ?
Et nos malheurs pour toi font-ils donc étrangers?
Ciiij DAPH
32 LE MERCURE
DAPHNIS.
Eloigné de ces lieux par un deftin fevere ,
Comment aurois - je pû fçavoir votre mifere ?
Mais c'est trop irriter mes defirs empreffez ,
Berger, raconte - moi tes déplaifirs paffez.
PALEMON..
Ecoute , & tu verras fi de fi juftes craintes
N'ont pas bien merité nos foupirs & nos plaintes,
Ce Prince jeune & fage iffu du fang des Dieux ,
Ce Roy de leurs boutez le gage precieux ,
Nous l'avons penfé perdre , & la cruelle Parque
Eût frappé fans refpect cet augufte Monarque ,.
Si quelque Dieu paiffant par un heureux fecours.
Dans un fi grand péril n'eût défendu les jours.
DAPHNIS.
'Ah Berger, que dis tu ! ce Roy qui dès l'enfance
Fut de tous fes Sujets l'amour & l'efperance ,.
LOUIS , a qui Mopfus . a prédit tant de fois
Quil feroit le plus jufte & le plus grand des Rois,
Eût fubi la rigueur de cette Loy commune ,
Qui de tous les humains égale la fortune ; '
Ainfi donc cet efprit qu'il a reçu des Cieux ,
Ce coeur , cette bonté , cet accueil gracieux ,
Ce courage élevé , ces graces raviffantes ,
Tant d'attraits enchanteurs , tant de vertus naiffantes
,
Qui des Peuples charmez font l'efpoir le plus
doux ,
Tour
DE SEPTEMBRE. 33
Tout par un coup fatal étoit perdu pour nous !
Ne fuffifoit - il pas à la Parque homicide
D'avoir tranché les jours de notre grand Alcide !
De nous avoir ravi nos Princes , nos Heros ,
Qui devoient imiter fes glorieux travaux :
GrandsDieux, dont le pouvoir regle nos deftinées ;
N'étes- vous pas contens des pleurs de tant d'années
?
Ne pourrons -nous jamais fléchir votre couroux ??
Et nos malheurs paffez vous femblent - ils trop
doux .
PALEMON.
Nous euffions plus perdu que tu ne fçaurois
croire ,
Si tu fçavois , Daphnis, notre nouvelle gloire !
O Dieux ,quelle bonté ! cet aimable Heros
Envoya l'autre jour vifiter nos hameaux ,
De ces Bergers , dit il , raffurez la tendreffe ,
Je fçais combien pour moy fear amour s'intereffe ,
Qu'ils calment leur douleur & ne s'allarment plus,,
Le peril eft paffé , leurs pleurs font fuperflus.
DAPHNI S.
Berger, que ton recit eft pour moi plein de char--
mes!
Finiffons nos regrets , banniffons nos allarmes
Que chacun pour fon Roy fignale fon amour ,
Qu'au milieu de la nuit on rallume le jour ,
Pour celebrer LOUIS que tous fe réuniffent ,
de nos concerts les échos retentiffent .
Et que
PALEMON
*34*
LE MERCURE
PALEMON.
Tel eft nôtre deffein , déja dans nos forests
D'une fi belle fête on a fait les apprêts ,
Tu verras dès ce foir toute notre jeuneſſe
Par des fignes certains marquer fon allegreffe ,
Tu verras Coridon , Licidas & Moeris ,
Bergers de LOUIS même , & connus & cheris ,
Etaler à nos yeux une magnificence
Qui témoigne leur zele & leur reconnoiſſance ,
Reparer par des feux l'abfence du foleil ,
Et nous faire oublier les douceurs du fommeil :
Tu verras dans la nuit de nouvelles étoiles
Qui d'un rapide effor perçant fes fombres voiles ,
Par l'effet furprenant d'un art induſtrieux ,
Sembleront fe confondre avec celles des Cieux.
DAPHNIS..
Le foleil a bien-tôt terminé fa carriere ,
Et dans le fein des eaux va plonger fa lumiere ,
En attendant la nuit , Berger , que ferons nous?:
PALEMON.
Chantons , je ne vois point d'amuſemens plus
doux ,
Mais à nôtre Roy feul confacrons notre lire ,
Que pour le feul LOUIS dans le jour on foupire,
Choifir d'autres fujets ce feroit l'offenfer .
DAPHNI S.
L'amour m'infpirera , tu n'as qu'à commencer.
* Les Penfionnaires du College de Louis le Grand.
PALEMON.
DE SEPTEMBRE. 35
PALEMON.
Calmez,Nimphes , calmez vos frayeurs inquiertes ,
Danfez fur l'herbe tendre au fon de nos mufettes,
Des plus brillantes fleurs couronnez vos cheveux,
LOUIS vit, & les Dieux one exaucé vos voeux.
DAPHNIS.
Bergers,qui vous livrez à des douleurs mortelles ,
Dillipez vos chagrins & vos peines cruelles ,
Ceffez de redouter les deftins ennemis :
Tous vos maux font paffez , le. Ciel , vous rend
LOUIS
PALEMON.
Je vis ces jours paſſez au pied de ces montagnes
Un lis jeune & brillant , l'honneur de nos cam
pagnes,
Je le revis hier languiffant , deffeché ཧཿ
Un orage cruel l'avoit prefque arraché ,
Mon coeur en foupira , le Berger Philaminte
Me vit , me demanda le fujet de ma plainte ,
Je lui dis , ce beau lis que tu vois fe ternir ,
Rappelle à mon efprit un trifte fouvenir..
DAPHNIS..
Fortunez habitans de nos fombres bocages ,
En faveur de LOUIS redoublez vos ramages .
Si vous fûtes témoins de nos triftes . foupirs ,
Soyez en ce moment témoins de nos plaifirs ;
Joignez vous à nos chants ,› partagez notre joye,,
Etchantez le bonheur que le Ciel nous envoye..
PALEMON..
33
LE
MERCURE
PALEMON.
Nos bois & nos jardins étoient fans ornement ,
Nos ruiffeaux tariffoient, & couloient triftement,
Mais nos bois ont repris leur aimable verdure ,
Nos jardins leur éclat , nos ruiffeaux leur murmure
;
Il n'en faut point douter , LOUIS , le feul
LOUIS ,
A caufé parmi nous ces effets inouis .
DAPHNI S.
Le fougueux Aquilon qui par fa violence
Ravage nos moiffons , détruit notre esperance ;
Nous allarme encor moins que le dernier malheur
Qui detous nos Bergers a caufé la douleur.
PALEMON.
Le gracieux zephir qui foufflant dans la plaine
Du moiffonneur brûlant vient foulager la peine ,
A des charmes bien doux , mais moins que le
bonheur
Qui de tous nos Bergers a calmé la douleur.
DAPHNI S.
Ainfi qu'un calme heureux precedé par l'orage
Paroît beaucoup plus doux & plaît bien davan
tage ,
Ainfi que de la nuit la fombre obfcurité
Du beau jour qui la fuit releve la clarté ;
Ainfi notre douleur dont l'image eft récente ,.
Rend de notre bonheur la douceur plus touchante.
PALEMON
DE SEPTEMBRE.
37,
PALEMON.
Paillez tranquillement, paiſſez , tendres moutons,
Rien ne pourra troubler la paix de ces cantons ,
Vous n'entendrez jamais les bruiantes trompettes,
Le fceptre de LOUIS bien mieux que nos houlettes
•
Eloignera de vous l'ennemi dangereux ,
Et vous ne craindrez rien fous fon empire heureux
DAPHNI S.
Nourriffons de Phoebus , troupe jeune & fidelle ,
Ce Prince près de lui quelquefois vous appelle ;
Quel préfage pour vous ! déja dans fon loifir
Il affifte à vos jeux * & s'en fait un plaifir ,
Pour chanter fes bontez , fes vertus heroïques ,
Mufes, préparez lui des concerts magnifiques .
PALEMON .
Tel que par fon éclat brillant & radieux
Vefper femble effacer tous les aftres des cieux ,
Tel par ſa majeſté , fon efprit , ſa ſageffe ,
LOUIS brille au milieu d'une aimable jeuneffe ,
DAPHNIS,
Tel qu'un chefne élevé bravant les Aquilons ,
Surpaffe l'arbriffeau caché dans les vallons ;
Tel glorieux un jour dans la paix , dans la guerre,
LOUIS furpaffera tous les Rois de la terre .
* Les incommoditez de la Grandeur , petite Piece reprefentée
au Louvre , en prefence de Sa Maj ft , par
quelques Penfionnaires du College de Louis le Grand,
PALEMON
38
LE
MERCURE
PALEMON.
N'efperons pas, Berger, par nos foibles effa's
De l'aimable LOUIS exprimer tous les traits ;
Retirons - nous , déja le jour paroît plus fombre ,
Le crepufcule obfcur nous couvre de fon ombre.
DAPHNI'S.
Qu'entends - je ? un bruit confus de flutes , de
hautbois ,
Quels cris ?
PALEMON.
De nos Bergers je reconnois la voix ,
Marchons vers le côteau, que rien ne nous arrête,
Celebrons avec eux une fi belle fête ;
Chantons un Prince aimable, un Prince genereux,
Un Roy dont les bontez nous rendront tous
heureux.
LA
DE SEPTEMBRE. 39
LA RELIGION.
Sur le parfait Rétabliſſement de la Santé
du ROY.
A
Sfis prés d'un ruiffeau qui bordé de cyprès
Joignoit un bruit lugubre à mes triſtes regrets
;
Je pleurois nos malheurs, & ne trouvois de charmes
Qu'au plaifir que l'on goufte à répandre des
larmes.
O Ciel ! juſques à quand nos jours infortunez
A de plus triftes jours feront- ils enchaînez ?
Helas ! fi jeune encor , un Roy quite revere ,
A-t-il pû meriter les coups de ta colere ?
Precieux rejetton du Sang de tant de Rois
N'a- t- il donc vû le jour , que pour perdre à la
fois
Et fa Mere , & fon Roy , fon Ayeul & fon Pere ,
Et lui-même en mourant nous combler de mifere!
Orphelin fur fon trêne il fe voit condamné
A perir au moment que tu l'as couronné.
Ses Charmes , fa Douceur , fes Vertus , fon En
fance ,
Sont- ils donc devenus des objets de vengeance ?
Helas que bien en vain comptant fur tes bontez
Nous
40 LE MERCURE
Nous fondions noftre efpoir fur fes profperitezt
Son Air , fa Majeſté , tout en lui nous rappelle
Le Roy qui fi long - temps fut des Rois le modelle
Mais triſte ſouvenir ! plus il en a les traits ,
Plus fa perte à nos coeurs va caufer de regrets .
Ah ! pluftoft de nos jours reçois le facrifice ;
S'il ne peut qu'à ce prix défarmer ta Juſtice ,
Trop heureux de mourir , nous nous offrons à toi,
Frappe fur les Sujets, & fauve au moins le Roy.
A ces mots la trifteffe augmentant fes atteintes,
Mes pleurs en difoient plus que ma voix par fes
plaintes ;
Quand la Religion paroiffant dans les airs
A mes triftes regards fait briller mille éclairs.
J'admirois ce ſpectacle , & mon ame charmée
D'un celefte tranfport fe fentoit animée ;
Alors d'un air ferein tournant fur moi les yeux ,
Allez , dit elle , allez rendre graces aux Cieux ;
Du Roy que j'ay formé dès la plus rendre enfance
J'ay confacré les jours au bonheur de la France.
A peine de fa vie il commença le cours ,
Que de la Pieté j'implorai le fecours ;
Elle vint fous les traits d'une illuftre Mortelle , a
lui chaque inftant renouvella fon zéle ;
Occupée à fa garde elle fent tour à tour ,
Et pour
Et la crainte , & l'efpoir , & la joye , & l'amour ;
La mere pourfon fils a bien moins de tendreffe ;
a Madame de Ventadour,
Et
DE SEPTEMBRE.
41
Et comme elle à fes jours ma gloire m'intereffe ,
Auz horreurs du trépas je l'enleve aujourd'hui ,
Et fouftiens tout l'Etat chancelant avec lui .
Sur ce Soleil naiffant jay fouffert ce nuage ,
Et de voſtre bonheur j'en tire le prefage.
Il a vu par vos pleurs jufqu'où va voftre amour,.
Il fçait jufqu'où pour vous doit aller fon retour.
Mais après le danger,quand la crainte eft bannie,,
Tous femblent avec lui reprendre une autre vie
Et par leur allegreffe il apprend encor mieux ,
Comme ils vivent pour lui, qu'il doit regner pour
eux.
Peuples , vous n'aurez plus au Ciel de voeux à
faire ,
Il vous rend en LOUIS moins un Maistre qu'un
Pere.
Le Docte & faint Prelat qui l'inftruit de mes
droits , a
Dont j'anime le coeur , & j'emprunte la voix ,
Et qui formant le Prince acheve mon Ouvrage ,
D'un heureux avenir peut feul eftre le gages,
Sur lui , fur fes confeils on doit s'en affurers
Le Prince fur fes pas ne fçauroit s'égarer.
Desja du plus faint Roy retraçant les exemples,
Il n'afpire après lui qu'à l'honneur de mes Temples
,
Et portant fur le Trône & fon Nom & fa Foi ,,
M. l'Evêque de Frejus,
D II .
LE MERCURE
Il fonde comme lui fa grandeur fur ma Loi ..
Avec la même ardeur je fçaurai le défendre ,,
Et l'orner de l'éclat qu'il a foin de me rendre.
Rappellez-vous ce jour , où proche du trépass
Son Bifayeul mourant le prit entre fes bras ,.
Et le coeur embrafé d'une celefte flamme ,
Lui tranfmit fon efprit en rendant fa grande.ames:
Regnez, dit- il , mon Fils , égalez - vos- Ayeux ,
Et foyez , s'il fe peut ,, plus Saint & plus Grandi
qu'eux ::
Que la Religion fait tousjours voſtre guide ;
Si la paix avec elle à vos confeils préfide ,
Mes voeux font accomplis ; je laiffe à mes Sujets-
Un Roy qui des bons Rois aura . feul tous les
traits.
Il dit , & de fes bras l'Enfant que je retire ,
M'eft offert par ce Roy qui dans les miens expires .
Alors pour cet Enfant redoublant mon ardeur,
Jeregle fon efprit , je lui forme le coeur ;
Pour feconder mes foins un Conducteur fidelle , 4:
Fait veiller l'Equité , la Prudence , le Zele ,
Et toutes les Vertus que fon Pere autrefois
Confultoit pour former le plus Grand de nos Rois
Sous les yeux de ce Guide il marche en affue
rance ,,
In Vice loin de lui fait place à l'Innocence ,,
AbbydeVilleroys.
Dans
DE SEPTEMBRE.. 43 .
Dans fa noble carriere il apprend à dompter
Ce que peut craindre un Roy , ce qui peut l'arrefter.
Desja des feducteurs il perce l'artifice ,
Et des lâches flateurs démafque l'injuftice:
L'indomptable fierté qui des Rois eft l'écueil ,
Auprés de fa douceur vient brifer fon orgueil.
Le triomphe des coeurs feul a pour lui des char*
mes ,
Et la feule bonté lui met en mains fes armes .
S'il permet à fa Cour les plaifirs & les jeux ,
Le feul Amour du Peuple y paroifavec eux :
Quoy qu'il faffe, il ne met l'honneur du Diadême
Qu'en l'art d'aimer fon Peuple & d'eftre aimé de -
même.
Mais de fon Regne heureux fi des voiſins ja--
loux ,
Par une injufte guerre irritoient fon courroux ;
Je vois à fes côtez un Prince de fa Race ,
Des Heros fes Ayeux le mener fur la trace ,
Et d'un Roy pacifique en faire un Conquerant.
Le nom feul deBourbon lui promet ce haut Rang
Cependant le Heros qui lui fervant de Pere, b
De fon pouvoir fuprême eft feul dépofitaire ,
Qui fait naiftre la paix du milieu des combats ,
Et calme l'Univers en calmant fes Eftats ::
M. le Duc.
b.M. le Regent ›
Dij Philippe
44.
LE MERCURE
Philippe de fon Roy fera mettre la gloire
A donner aux vaincus la Paix par la Victoire ,.
Et montrer à fon Peuple en lui fon Bifayeul ,
Qui feul contre l'Europe en fçut triompher feul s
Et malgré les lauriers qui couvrirent fa tefte ,
Fit du bonheur public fa plus belle conquefte .
Ainfi fur ces Confeils LOUIS reglant fes droits
Fera de fes bontez la regle de fes Loix.;.
Il n'aura de plaifir qu'en celui que j'infpire :
De fixer le féjour des Arts en fon Empire ,
De reformer les moeurs , confondre les abus ,
Et faire forhengdu regne des Vertus..
Pomceltrois fois heureux , qui né pour eftre:
Mailtre ,
Par l'amour des Sujets a commencé de l'eftre :.
Qui toûjours équitable ,, amateur de la paix ,
Regnera fur les cours conquis par fes bienfaits ::
Implacable ennemi de l'erreur & du vice ,
De la Religion fouftiendra l'édifice ,
Et dans tous fes projets fera feul le portrait
D'un Chreftien , d'un Heros , d'un Monarque:
parfait.
C'eft moy de mon amour qui lui donne ce gage ,.
C'est la Religion qui lui fait ce préfage,
Elle dit , puis fend l'air , s'élève vers les cieux,
Et reftant dans mon coeur , elle échappe à mes
yeux.
- 1
Bar le Pere de BLAINVILLE , Jefuite..
PLAINTE
DE SEPTEMBRE..
PLAINTE de la Province à la ville de
Paris , à l'occafion de la convalescence
NE
du
Roy
OD E.
E crois
pas , fiere Rivale ,
Que jalouſe de tes droits,
Une ambition fatale
Anime aujourd'hui ma voix .
Une plus douce victoire
Flatte mon amour vainqueur :
Je viens te ravir la gloires
Et l'avantage du coeur.
Je puis te ceder fans peine
Les charmes dont tu jouïs :
Mais pourquoi faire la vaine
De ton amour pour LOUIS
Cet amour tendre & fidele.
Prétend l'emporter fur moy ::
N'eft- ce pas affez , cruelle ,,
Que tu poffedes mon Roy ?
Quand d'une fi chere tête
Tu vis le fort menacé ,
A l'afpect de la tempête
Mon coeur fut- il moins glacé
19.
love.
Dans :
LE MERCURE
Dans ma frayeur défolante ,,
Impitoyables momens ,
1
Que votre courſe trop lente (a))
Multiplia mes tourmens !
Un inftant calma l'orage,
Et dillipa ta pâleur .
Ah ! tureprenois courage ,
Et je fechois de douleur .
J'avois du fein de nos Villess
Chaffé les Jeux éperdus ,
Et déja dans tes azyles
Les cruels s'étoient rendus..
Déja les Graces parées-
Revoloient fous tes lambris
Et les Mufes raffurées
Avoient ramené les Ris.
Tandis qu'alors chancelante
Je crains un bien fuborneur ,.
Et que mon ame tremblante :
Doute encor de fon bonheur.
(b) D'une pompe qui te flate
Tu repaiffois ta fierté.
Le vin coule , l'or éclatte , (e),
La nuit fe change en clarté.
[4] Dans l'attente des nouvelles de la fanté du Roy.
[b] Les Fettes publiques.
[ L'argent diftribué par M. le maréchal de Villeroy
Eft - ceDE
SEPTEMBRE.. 47
Eft ce l'amour qui fe pique
De cette vaine grandeur ?
Le nôtre eft moins magnifique ,
En a-t-il moins de candeur ?
Chez toy les Mufes touchantes-
Fixant leur fejour heureux ,
Par leurs chanfons - élegantes
Stavent embellir les voeux .
Faux éclat , frivole adreffe ,,
Sans penfer fi finement ,
L'amour malgré la radeffe;
Parle affèz élegamment.
C'en eft trop, Rivale auguftes,
Pardonne un combat fi doux ::
Ah ! pour un fujet ſi jufte ,
Il est beau d'être jaloux.
Aimons toujours l'une & l'autres
L'e cher Espoir de nos Lis :
Que ton amour & le nôtre
Difpute toujours le prix !
Daigne le Ciel , que j'implores ,
Favorifant nos defirs ,
Sans- nous allarmer encore ,
Ezernifer nos plaiſirs !
TTO MT
48 LE MERCURE
Toy , qu'attache à notre Prince
Le coeur plus que les bienfaits , (d)
Des plaintes de la Province
Reçois ces heureux effets. t
S'ils expriment mal qu'on l'aime ,
Tu peux les ravir au jour :
Mais rien ne pourra de même
Enfevelir notre amour.
[ d] renfion du Roy au p. de Tournemine.
Du P. BRUMAI , Jefuire
> L'ode Latine qu'on va lire eft la premiere
Piece qu'on ait présentée au Roy , fur le
rétablissement de la Santé.
REGI
Ob reftitutam valetudinem .
O D'E
Sunt votis fua
præmia ,
Nec femper Populus Numen inutili
Supplex follicitat prece.
Vivit R EX ; abeant præteriti metus ,
Hos quamquam pietas benè
Excufat : nimis ah ! vel fpatio brevi ,
Suprema
DE SEPTEMBRE.
Suprema horruimus mala ,
Febris cùm immodicis carperet ignibus
Regis Membra tenelluli ,
Et fpes vifa tuas vertere , Gallia.
Non fic fulmen ab æthere
Lapfum præcipiti , quos femel occupar ,
Percellit neque tam ftupent ,
Si quos forbet hians fub pedibus folum
Ut nos attonuit , novi
Circumquàque ftrepens fama periculi.
Quod fi Te abftulerat femel ,
O PRINCEPS , & idem funus erat Tuis
Condendi & tumulo fimul.
Quæ tum cura fuit ? qui dolor omnium !
Quis non fe bonus obtulit ,
Ut pro Te indomitam vim lueret mali ;
Ipsâ in morte vicarius ?
Ardens follicitis excipere auribus
Morbi & principia & modos ;
Si fortè inciderat trifte aliquod bonumvc
Omen , difpicere inquies :
Vidiffes variâ pro febre , civis ut
Vultus indueret novos ,
Lætus forte fuâ , cùm benè erat Tibi
Moftus , fi audierat malum,
At vivis nihil eft quod metuat fuper ,
Te falvo , tua Gallia :
Et , credo , placidis nos oculis Deus
E Refpexit
కం
LE MERCURE
Refpexit miferans , citò
Dum mortis rabidos contudit impetus ,
-
Febrifque horribiles minas ,
Ne tantus fubitò mos premeret dolor ,
Quanto non fuimus pares .
Hinc feftis refonant compita plaufibus ,
Sacris Templaque Canticis :
Hinc Natalitio par propè claruit
Primus qui incolumem dies
Te vidit , LODOIX ; ipfaque tum fuo
Vicit lumine nox diem.
Quod nafcenti igitur Gallia voverat ,
Nunc optat valido Tibi ;
Hinc & ducere amat quæ Tibi tempora
Regnanti Deus annuet ,
Fortunata utinam longaque tempora.
Quæ laudum feges , aſpice :
Nam feu Te ſtimulis gloria bellicis
Punxit , rumpere idoneum
Æratas acies , vertere & oppida ;
Seu Te pax melior capit ,
Pax illa ingenuis quæ comes artibus
Regemque & Populos beat ;
Num factis pateat latior area , aut
Quâ Te BOR BONIDEM magis
Oftentes ? Valeas Tu modò ; cætera
Virtus expediet , boni
Quam cultus , patriis in penetralibus
Hauftam
DE SEPTEMBRE
Hauftam , fortiùs excitant.
Tuque ô fancte SINEX , cui benè Francici
Pignus creditur Imperi ,
Curas accumula , fi potes ; & diù
Serves innocuum caput ,
Quo languente vides omnia ut horreant ,
Quo fano pariter vigent ,
Quo, quid plura ? Salus publica vertitur
LUDOVICus MARIN ;
Humanitatis Profeſſor ,
in Collegio Sorbona- Pleffao.
J.
REGI ,
OB RECUPERATAM VALETUDINEM.
SOLoriens ,faufto recreas qui lumine mundum
,
Ah ! utinam curfus fit mora longa tui ?
Dum tu penè cadis ; fubitis immerſa tenebris ,
Credidit antiquum terra redire cahos.
Nunquam lætitiæ major , te fofpite ; nunquam
Extincto , major caufa doloris erit.
Dii , victi lacrymis , quem non fervaftis in uno!
Afferta eft falvo publica Rege falus.
1
N. BAUDIN .
E ij
LA
25
LE MERCURE
LA NIM PHE
DE LA SEINE.
IDILLE
Par M. Demoncrif, Receveur general
du Domaine d'Auch.
R Evenez doux plaifirs , fuyez triſtes regrets ,
Le Ciel nous rend un Roy l'amour de fes Sujets,
De la faveur des Dieux , quel plus cher témoignage
?
Jouiffons du repos qui fuccede à l'orage .
Revenez doux plaifirs , fuyez triftes regrets .
Le Ciel nous rend un Roy l'amour de fes Sujets.
Tout s'embelit fous ces heureux rivages ,
L'allegreffe fe peint par mille objets divers ,
En vain l'obfcure nuit étale fes nages ,
Des fpectacles brillans volent au ſein des airs ;
D'un Regne fortuné que d'affurez prefages,
Tout flatte nos tendres voeux ,
D'un fi beau jour chantons les charmes ,
Aprés de cruelles allarmes
Suivons les ris & les jeux.
Mufes
DE SEPTEMBRE .
53
Mufes , raffèmblez vous & mêlez votre homage
Aux voeux ardens de l'Univers
Formez les plus tendres Concerts ,
Vos coeurs charmez n'ont point d'autre langage;
Mufes,raffemblez vous & mêlez votre hommage
Aux voeux ardens de l'Univers .
Qu'Apollon vous difpenfe
Mille talens nouveaux
Le foin d'amufer les Heros
Aux Arts à donner la naiffance.
Qu'entens - je ? Quels tranfports ? Quelles douces
clameurs
Les Bergers ont quitté leur raftique retraite ,
Jufques au pied du Trône on entend la mu fette,
On voit dans tous les yeux & la joye & les pleurs
Le plaifir de marquer fon zele
Egale en ce beau jour & les rangs & les coeurs ,
Le Siecle de Saturne enfin fe renouvelle .
Brillés , reprenez vos attraits ,
Plaifirs, hâtez- vous de renaître)
Amufez notre aimable Maitre ,
Volez , ne le quittez jamais.
Que fon pouvoir au gré de nos fouhaits
Rempliffe un jour la Terre & l'Onde ,
Un Roy qu'adorent fes Sujets
Merite l'Empire du Monde,
Brillés, &c.
E iij
Minerve
54
LE MERCURE
Minerve, tu cheris notre jeune Monarque ,
Puifles tu de fon Regne éternifer le cours,
S'il ne faut que payer un tribut à la Parque ,
Qu'elle difpofe de nos jours.
Chantons , melons nos voix ,
Le deftin nous promet fous de charmantes Loix
Mille douceurs parfaites ,
Chantons dans ces belles retraites ,
Que les Hautbois ,
Que les Mulettes
Celebrent à jamais le plus cheri des Rois .
LE SOLEIL.
CANTATE ALLEGORIQUE
Sur le Rétabliffement de la Santé
du Roy .
Mife en Mufique par M. Clerambaut
, Organifte de faint Sulpice & de
Saint Cyr.
Les Paroles font de M. D. B. l . d. g. d. l . p.
L
ES Perfans raffemblez dans leurs vaftes cam
pagnes ,
Au lever du Soleil qui doroit les montagnes ,
Se promettoient le plus beau jour ,
Leurs yeux goûtoient déja les fruits de fa prefence,
Saps
DE
SEPTEMBRE,
33
Sans ceffe ils beniffoient l'inftant de fa naiffance
Et leurs coeurs par les chants exprimoient 1.ur
amour.
Pourfuis ta brillante carriere ,
Regne divin Soleil , regne fur les mortels ,
Les biens que répand ta lumiere
Dans tous les coeurs t'élevent des Autels.
C'eft peu que d'éclairer le monde ,
Ton cours utile & glorieux
Dément une fource feconde
De mille tréfors précieux.
Pourfuis , & c.
Mais le jour s'obfcurcit ; Dieux , quels nuages
fombres
Dérobent tout à coup la fplendeur qui nous luit?
Le plus noir Aquilon que la terre ait produit
Répand par - tout d'épaiffes ombres ,
Et fait ceder le jour aux horreurs de la nuit.
Arrête, Deftin redoutable ,
Sufpends la rigueur de tes coups ,
Rends nous cet objet adorable
Qui feul fait nos biens les plus doux .
Veux-tu nous punir de nos crimes ?
Que ces monts renverfez fur nous
De la terre ouvrent les abymes ,
Frape , nous t'offrons tes victimes ,
E iiij Epuife
LE MERCURE
•
(
Epuife fur nous ton courroux.
Arrête , &c.
Nos voeux font exaucez , goutons en les préfages
Par l'éclat lumineux qui brille dans les airs ,
•
Des traits de feu diffipent les nuages ,
Et fes rayons par tout s'ouvrant , mille paffages
Vont le rendre plus pur aux yeux de l'Univers ,
*
Préparons d'éclatantes Fêtes ,
Formons les plus aimables jeux ,
De feftons couronnons nos têtes ,
Chantons , chantons ce jour heureux,.
11 rend le Soleil à nos voeux .
Il fait le deftin de la terre ,
De lui dépendent nos beaux jours ,
Que rien ne trouble plus fon cours ,
Qu'aux monftres déclarant la guerre ,,
Il regne , il triomphe toujours.
Préparons , &c..
Cette Cantate a été chantée à la Cour
par Melle Antier , Penfionnaire de la Mufique
de la Chambre du Roy , & premiere
Actrice de l'Academie Royale de Mufique,,
elle a eu un aplaudiffement univerfel.
SUR
DE SEPTEMBRE.
SUR LA CONVALESCENCE
DU ROY.
MUSE, fortez enfin de votre obfcurité ,
Paroiffez au grand jour , votre timidité
Ne peutêtre à prefent une excufe réelle.
Il faut pour votre Roy fignaler votre zele .
Helas frapé fubitement 1
Par les frequens accès d'une fievie en furie ,
Ce Prince voit déja le monument :
Bt la Parque , qui tient le fatal inftrument ,
Va couper le fil de fa vie..
Arrête , cruelle Atropos ,
Lorfque le Ciel accorde à ce jeune Heros
Un Siécle , pour remplir fes hautes deftinées ,
A deux luftres veux - tu terminer les années ?
Fuis . Mais ne craignons plus fon pouvoir inhu
main ,
Nos cris ont fait tomber les cifeaux de fa main ..
Ciel avec quelle promptitude
Calmez-vous notre inquietude !
Seche tes pleurs , confole- toy ,
France , viens voir ton jeune Roy ;*
Ranimer tout par fa prefence ,
Et même en fa convalefceuce
donner
58
LE
MERCURE
+
Donner plus d'éclat à fa Cour
Qu'à Paphos n'en donne l'Amour.
Viens voir les coeurs voler fur fon paffage ,
Lay renouveller leur hommage ,
Et ce Prince , par fes regards ,
Les raffemblant de toutes parts ,
En ce point l'emporter encore
Sur la Divinité qu'à Cythere on adore.
Mais les graces de votre corps ,
SIRE , ne caufent pas l'excès de nos tranfperts .
Vos vertus font notre allegreſſe
Et produifoient helas ! toute notre triſteſſe.
Lorfque fur les humains déployant fon couroux ,
Le Ciel nous enleva le Prince votre Pere :
Par ces rares vertus il fit juger à tous
Qu'il étoit trop parfait pour habiter la terre.
Si cette regle avoit lieu pour vos jours,
Que le Ciel de bonne heure en borneroit le cours!
Mais , non , SIRE , nous ofons croire
Que Dieu ne nous a pas chaffés de fa memoire .
Ce Prince glorieux qui regne dans fon fein ,
De fa pofterité confervera le reſte :
Et , flechiffant pour nous la colere celefte ,
Vous aurez fes vertus fans avoir ſon deſtin ;
CHANSON
DE SEPTEMBRE.
59
71117
CHANSON
IMPROMPTU.
Sur ce que le Roy eut la bonté d'envoyer dire au
College de Louis le Grand , des nouvelles de
Ja fanté , qui furent reçues au moment qu'on
s'habilloit pour la Tragedie.
Où un Payfan chanta¸auffitôt.
A foy j'avons fujet de rire ,
LOUIS eft en bonne fanté ;
Il vien de nous l'envoyer dire ,
Voyez un peu quelle bonté !
i
Il n'a pas fait cela fans caufe ,
Il fçait comme je l'aimons tous .
Que je l'aimions , c'eft peu de chofe
Qu'il le fçache , c'eſt tout pour nous .
Il faut lui payer fon meſſage
Par une chanfon impromptu ,
Du coeur parlons -lui le langage ,
L'amour parle mieux que Phoebu .
Que les Ris chaffent la Trifteffe ;
Venez tous chanter avec moy ,
Et difons dans notre allegreffe ,
Notre Roy vit , Vive le Roy.
*
ENVOY
60 LE MERCURE
ENVOY Sur la premiere Enigme
du mois d'Aouft.
UI d'un pere brillant peut tirer fa naiſſance ?
Eftre fombre, volage habitante des airs ?
Qui peut mouiller des yeux aux plaifirs feuls
ouverts ?
Qui peut chez les Rois même exercer fa puiſſance?
Accompagner par- tout un des quatre élemens
Eftre fouvent haïe , eftre par fois aimée ?
Du ragoût le meilleur ôter les agrémens ?
Qui peut faire cela ? fi ce n'eft la Fumée ?
AUTRE ENVOY ,
Sur la feconde Enigme du Mercure du même
mois.
Ous devez , dites - vous , votre merite aux
Dames , Vous
Vous êtes des freres jumeaux ;
Et par fois les plus laides femmes
Ont trouvé le moyen de vous faire trés - beaux ;
Vous n'avez point de foeurs , vous n'avez point"
de pere;
Et cependant dites vous , votre mere
Souvent a de l'Hymen fubi le joug fâcheux ;*
Vous n'ayez pas une longue durée ;
Votre mere eft fouvent par vous mêmes parée
Et fts galans : vous êtes donc les Nouds .
Premiere
DE SEPTEMBRE. 61
anananana
PREMIERE ENIGME.
E fuis le plus grand corps qui foit dans l'Uni-
JE vers ;
Mon Empire s'étend en cent climats divers ,
Vous chercherez en vain ma grandeur , ma naiffance
,
Mon âge , mon pays , & par quelle puiffance ,
Sans fortir d'où je fuis , vous me voyez mouvoir.
Aucun des Elemens n'a fur moy de pouvoir ,
Le temps même , le temps fatal à la nature ,
Refpectera toujours mon être & ma figure ;
Je ne changerai point ; pour avoir mes trefors ,
Les hommes tous les jours font de nouveaux
efforts ;
L'entrée en mes Etats à chacun eft ouverte ;
Tel croit de s'enrichir , qui vient chercher fa
perte :
Je porte dans mon fein l'épouvante & l'horreur ;
Le moindre de mes bras , quand je fuis en fureur,
Des hommes les plus fiers fait pâlir le vifage :
Il n'eft contre mes coups ni force ni courage ;
De tout l'effort humain je m'embaraffe peu , }
Et je ne crains enfin ni le fer ni le feu .
SECONDE ENIGME.
D
Es plantes que l'on voit en cent climats divers
,
Je fuis la plus connue & la plus neceffaire ;
04
62 LE MERCURE
On me trouve en deça comme en delà des mers ;
Pline n'en a rien dit : quel eft donc le myftere ?
Le Fabricateur fouverain ,
Pour accomplir fon grand deffein ,
En me formant fit deux jumelles ,
Qu'on ne peut feparer , fans des douleurs mortelles
.
ה ס
CHANSON A BOIRE.
Lorfque le jour
commence .
C'eſt à Bacchus que j'adreffe mes voeux ,
Et le verre à la main je chante la puiffance
Du Nectar qui me rend heureux.
A conter fes bienfaits ma voix ne peut
fuffire ;
C'est encor à Bacchus que j'adreſſe mes voeux;
Lorfque le jour expire.
Quand la nuit répand- fes pavots ,
Je verfe le jus de la Treille ;
Jamais je ne fommeille,
Si le vin ne me livre aux douceurs du repos.
C'eit Bacchus qui m'endort ; c'eft Bacchus qui
-m'éveille.
NOUVELLES
Air.
F
Lors que lejour comence
mainje chante la puissa.
Χ
...ter Ses bienfaits
mai
2
ceurs du re....pos;
veille , Cest Baccus quir
C'est Baccus qr gr .
THE NEW YORK
PUBLIC
LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND✨
TILDEN FOUNDATIONS,
DE SEPTEMBRE. 63
NOUVELLES LITTERAIRES,
ET DES BEAUX ARTS .
Es RR. PP. Benedictins de l'Abbaye
Leaint Germaindes prés, viennentde LE
,
publier une feuille volante au fujet de la
nouvelle Edition qu'ils préparent du Gloffaire
latin de M. du Cange. Nous croyons
qu'on nous fçaura , gré de trouver ici la
traduction d'une Piece qui annonce un
ouvrage fi important à la Republique des
Lettres.
» Il y a déja long-temps que le Public
» attend une nouvelle Edition du Gloffaire
» pour entendre les Ecrivans de la moyenne
» & de la baffe latinité. Un de nos Confre-
»res l'avoit entreprife , dans le temps qu'il
» joüiffoit d'une fanté parfaite : on peut
» dire qu'il étoit très capable de ce tra-
» vail , & que la promeffe qu'il fit alors
» au Public de lui donner en peu de tems
Pouvrage entier confiderablement au-
» gmenté , n'étoit pas tout- à- fait vaine .
» Il est vrai cependant que fe trouvant
» dans la fuite accablé d'infirmités & dans
» un âge fort avancé , il n'a plus été en
Le R. P. Dom Claude Gainić,
"
›› état
64
LE MERCURE
» état de tenir la parole, Dans ces fâcheufes
circonftances , & dans le doute fi
» l'Auteur acheveroit fon entrepriſe ,
,, les chofes ont traîné en longueur ;
و د
c'est ce qui a donné lieu aux plaintes
»de plufieurs perfonnes qui avoient pris
» des foufcriptions pour tout l'ouvrage ;
» mais nous les prions de confiderer que
>> celui qui a promis n'a pû compter d'être
» fidele à fes promeffes , qu'autant qu'il
» auroit la fanté neceffaire , & qu'il ne
» nous eft pas permis , lorfque nous entreprenons
de fi grands travaux , de
» traiter , pour ainfi dire avec Dieu , &
» de ftipuler qu'il nous confervera la fanté
» juſqu'à la fin de la carriere .
"
و د »Cependant,commecelaarrivefou-
» vent , il y a tout lieu d'efperer que cet
» ouvrage , fi long- tems attendu , n'en de-
» viendra que meilleur par l'attente même
: car le très R. Pere Dom Denis de
Sainte Marthe , Superieur General de
» notre Congregation , dont la profonde
» érudition eft affés connue par quantité
» de beaux ouvrages , voyant que le docte
» vieillard , notre Confrere , Auteur de
» l'entrepriſe , étoit tellement épuifé, qu'il
: ne pouvoit plus en aucune façon s'occu-
» per d'un fi grand travail , a fait choix
,, de deux autres Religieux , capables par
leur âge , & par leur fanté , de mettre
55
>
» la »
DE SEPTEMBRE.
65
» la main efficacement à cet ouvrage. Les
» nouveaux ouvriers travaillent déja très
affidument à augmenter , à corriger , à
enrichir le Gloffaire , & ils ne cefferont
point de s'y appliquer jufqu'à ce qu'un
» Livre fi neceffaire foit en état d'être rendu
public : la celerité de leur travail ſera
» neanmoins telle qui convient à des Editeurs
, qui exercent leur induftrie non pas
» pour s'acquitter fimplement de la tâche
» qui leur eft impofée , mais avec toute
» Pattention que demande l'importance
» du fujet.
» Au refte ce Gloffaire , ouvrage du :
grand homme , qui en fon temps fuc
» l'un des ornemens de la France , eft de
» telle nature qu'il peut être augmenté
» preſque à l'infini , ce que M. du Cange
❞ a reconnu lui-même dans fa Preface ...
Or comine depuis qu'il a été publié
» pour la premiere fois , il a paru un très-
» grand nombre d'ouvrages anecdotes ,
» qui font du temps de la moyenne & de
la baffe latinité , ceux qui font chargés
» de cette nouvelle Edition , les examinent
» avec toute la diligence poffible. Mais :
» parce que dans plufieurs Chartres , fur
» tout de celles qui n'ont jamais été im
primées , il fe trouve beaucoup de ter
mes de l'efpece de ceux dont il s'agit
» dans le Gloffaire ; On a auffs pourvû à¹
و ر
F 9) CC
66 LE MERCURE
"
*
» ce que ces Chartres , qui fe trouvent
>> dans quelques Monafteres , foient lûës
» par des perfonnes intelligentes , qui
»› nous feront part des termes par eux re-
» marqués , & qui ne fe trouvent point
ailleurs , pour les inferer chacun en fa
» place dans la nouvelle Edition ; enforte
» qu'on peut efperer qu'on aura enfin un
p Gloffaire extremement augmenté &
» beaucoup plus parfait que le premier ;
» car la matiere de ce Livre eft telle que
?
plufieurs perfonnes peuvent y travailler
» en même temps . C'est pourquoi fi quel-
» ques gens de Lettres ont des exemplai-
» res du premier Gloffaire , avec des addi-
» tions manuſcrites , nous les fupplions de
» ne pas les tenir plus long- temps dans
» l'obſcurité , & de vouloir bien nous
23 les communiquer ; ils doivent eftre allu-
» rés de notre reconnoiffance , & que nous
92 ferons connoître à nos Lecteurs toutes
» les perfonnes auxquelles nous ferons re-
» devables de ces additions."
» Il nous refte à dire qu'on ne recevra
» aucune fouſcription que le Gloffaire ne
» foit effectivement fous la preffe , de peur
» que s'il falloit employer un peu plus de
Le R. P. General a fait écrire la defius
ine Lettre circulaire à tous les Superieurs des
Monafteres de la Congregation , & c. datée da
21 Juillet 1723,
»temps
DE SEPTEMBRE. 67
temps qu'on ne s'eft proposé pour la
» perfection de l'ouvrage , les Soufcrip-
» teurs ne priffent de là occafion de fe
» plaindre , quoique nous allions appor-
» ter une telle diligence, que nous eſperons
du moins fatisfaire là-deffus toutes les
perfonnes fentées . Au refte la condition
» de ceux qui ont déja foufcrit eft affuré
» ment meilleure que celle des autres ;
» car outre qu'ils ont bien placé leur ar-
» gent , ils recevront enfin un Livre beau-
» coup plus augmenté & corrigé qu'on
>> ne l'efperoit lors des premieres fouf-
» criptions , & même à un moindre prix
» que celui qui fera payé par les nouveaux
Soufcripteurs.
"
Gloffarium ad Scriptores mediæ & infimæ
latinitatis , in quo latina vocabula novatæ
fignificationis , aut ufûs ravioris , Barbara
Exotica explicantur , eorum Notisnes &
Originationes reteguntur : Complures ævi
medii Ritus & Mores , Legum , Confuetudinum
municipalium , & Juriſprudentiæ
recentioris Formula , & obfoleta voces :
Utriufque Ordinis , Ecclefiaftici & Laici ,
Dignitates & Officia , & quamplurima alia.
obfervatione digna recenfentur, enucleantur,
illuftrantur. E Libris editis , ineditis , aliifque
monumentis , cùm publicis , tum privatis.
Autore Carolo Dufrefne Domino du,
Fij Cange
1
68 LE MERCURE
Cange , Regi à Confiliis , & Franciæ apud
Ambianos Quaftore. Editio nova , quartâ
parte locupletior & au &tior . Operâ & Studio
Monachorum Ordinis S. Benedicti è Congre
gatione Santi Mauri. Quatuor magnis
voluminibus in folie comprehenfa. Proftabit
Parifiis , fub Oliva . Caroli Ofmont Filii ,
via Jacobaâ.
Quoique les Lettres d'Heloïfe & d'Abailard
ne foient pas une nouveauté , le
Public a fi bien reçu l'extrait que nous
avons donné le mois paffé de la premiere
de ces Lettres , que nous fommes perfuas
dez qu'il ne nous fçaura pas mauvais gré
de lui faire part de la feconde & de la
troifiéme. On ne les a vûës jufqu'ici qu'en
profe ; inais la Poëfie ; qui eft en quelque
forte la langue de l'amour , paroît plus
propre à bien rendre les fentimens dont
elles font remplies , & à foutenir les graces
de l'original. Il feroit à fouhaiter que
quelque plume delicate eûr voulu donner
Phiftoire de ces deux amants , & vanger,
comme dit Monfieur de Beauchamps , ces
illuftres malheureux des fauffetez & des
injures dont elle a été defigurée par la
negligence ou l'incapacité de ceux qui fe
font mêlez de l'écrire . Monfieur de Beauchamps
, comme il eft aifé de le voir ,
feroit auffi capable que perfonne de renplis.
DE SEPTEMBRE.
1
*
*
2
plir ce deffein , & de donner une jufte idée
de l'efprit & de la tendreffe d'Abailard
des fentimens & de la vivacité d'Heloïfe
de leurs foibleffes & de leur penitence
mais il a mieux aimé renoncer à la qualité
d'Hiftorien , & s'en tenir à celle de Poëte-
& de Traducteur. C'eft , dit - il , mon
coup d'effai ; fi j'ai réuffi , le Lecteur en
decidera. Lui demander grace , ce n'eft'
plus la mode , &c . Il n'avoit rien à rifquer
là- deffus. La juftice qu'il merite , ne
doit pas être regardée comme une grace!
On en peut juger par les extraits que nous
donnons de fon ouvrage.
**On voit une vie d'Abailard & d'Heloïfe
imprimée à Paris l'année paffée en 2. vol . in 1 2
Réponse d'Abailard à Heloife..
Nutile raifon ! chimerique devoir !
Rien ne peut de l'amour balancer le pouvoir ,
Dans un Temple brifé trouves tu des delices ,
Dieu cruel ! cherche ailleurs de plus doux facrifices.:
Regne fur les vivans ; qu'ils fentent tes tranf
ports ,
Mais ceffe de vouloir les infpirer aux morts :
Affez & trop long tems foumis à ton Empire,
Tay vêcu fous tes Loix , fouffre que je refpire ,.
20 LE MERCURE
• •
Et vous , qui me nommez votre Epoux , votre
Maître ,
Chere Heloïfe , helas ! meritois je de l'être ?
Je vous montrois le crime ; & lâche ſeducteur
D'un profane fçavoir j'infectai votre coeur.
De vos charmes naiffans je ne pus me défendre ,
Pour ne vous point aimer j'avois le coeur trop
tendre.
C'étoit peu : je voulus vous inſpirer mes feux.
Je réuffis trop bien , vous comblâtes mes voeux.
Bleffez des mêmes traits , & charmez l'un de
l'autre ,
Vous faifiez mon bonheur, & je faifois le vôtre ;
Et votre oncle lui même entrant dans nos projets
Sembloit faciliter nos entretiens fecrets.
Bien tôt il m'en punit. Heureux fi ma difgrace
De mes fens dans mon coeur eut fait paſſer la
glace !
La grace n'a pour nous que de fombres lumieres
Nos voeux les plus facrez font de foibles barrieres.
Nous reprenons nos droits , nous difpofons de
nous.
Vous parlez en Amante , & je parle en Epoux.
Vous
DE SEPTEMBRE. 78
Vous foupirez pour moy , vous ofez me le dire ;
Je foupire pour vous, & j'ofé vous l'écrire .
Quel monftre ! quelle horreu ! que diront nos
neveux ?
Qu'ils ignorent plutôt nos facrileges feux !
Qu'un éternel oubli les couvre & les efface.
Noyons- en dans nos pleurs jufqu'à la moindre
trace !
·
Que peuvent contre moi ton crime & tanoirceur,
Oncle injufte ! as tu crû détruire notre ardeur ?
Tu devois tout d'un coup me priver de la vie
Tu m'as laiffé mon coeur ; ta fureur eſt trahie .
Mais , que dis je , infenfé ! tes voeux font fatisfaits
,
Ma mort n'eût point rempli tes barbares fouhaits ;
Tu voulois à loifir te baigner dans mes larmes ,
Et voir de jour en jour augmenter mes allarmes ,
Ingenieux Boureau , tu fçavois qu'un Amant
Privé de ce qu'il aime , expire à tout moment,
Tu triomphes , perfide , en proye à ma triſteſſe ,
Je ne puis arracher mon ame à fa tendreffe .
Mon amour & mes maux s'irritent tour à tour
Et de mes maux , helas ! le plus grand c'eft l'amour.
Ne me demandez point par quelle deſtinée
Dans
72 LE MERCURE
Dans un Cloître avant moi vous fûtes confinée .
Que vous dire ? j'étois malheureux & jaloux ,'
Et je voulois que Dieu me répondit de vous .
Qu'un motif fi bizarre , & ſi plein d'injuſtice
Vous faffe de mes feux connoître le caprice.
Et fivous ne pouvez vous guerir par raifon ,
Employez le dépit à votre guerifon.
Seconde Lettre d'Heloise à Abailard.
Q
Ue fais je dans ces lieux ! malheureufe &
coupable ,
J'aigris d'un Dieu vengeur le courroux redou
tabler
J'amaffe des trésors de crimes & d'horreurs ,
Chaque jour , chaque inftant ajoute à mes fu
reurs .
Je ne fuis plus , helas ! cette Epoufe facile ,
Qui baiffoit fous le joug une tête docile.
Victime de mes feux , je cede à mes tranſports ,
Et ne conferve plus d'inutiles dehors .
C'eft trop jouer le Ciel fous un mafque hypocrite , -
Si mon coeur eft à vous , tout le refte l'irrite.
Du Té -je vous offrir un objet odieux ,
Rien ne peut m'empêcher de paroître à vos yeux
Vous ne me fuirez point : au fecours de mes charmes
,
At:
DE SEPTEMBRE. 73
Au fecours de mes feux j'apellerai mes larmes ;
Mes foupirs , mes fanglots fléchiront votre
coeur ,
Vous me regarderez avec moins de rigueur ;
Et loin de condamner l'excès où je me livre ,
Peut être que fans moy vous ne voudrez plus
vivre.
Non , cruel , non , jamais tu ne fçus bien aimer ;
Tu n'étois que fenfible au pouvoir de charmer.
J'offris à tes defirs un triomphe agreable ;
J'aimois. C'en fut affez pour te paroître aimables
Eh pourquoi pouvant plaire à mille autres
objets
Vins tu troubler mon coeur, en arracher la paix
Talens pernicieux ! efprit que je derefte :
Prefent , que m'avoit fait la colere celefte ,
C'est par vous que l'amour , feduifant ma railon]
Répandit dans mes fens fon funefte poifon.
Vains defirs de fçavoir ! dangereufes lectures !
Mon coeur ne s'eft rempli que de vos impoftu
res ;
J'en perdis l'innocence , & bien- tôt ma pudeur .
Fit place aux noirs tranfports d'une coupable ardeur.
G Foible
74 MERCURE LE
Foible Heloïfe ! en vain je fens que je le dois,
Mes coupables defirs s'échapent malgré moi,
La raifon veut regner & parle en fouveraine ,
La foibleffe refifte & triomphe fans peine ;
Toujours livrée au trouble , aux regrets , a
dépit ,
Cent fois en un moment mon coeur fe contredit,
Je veux , je ne veux pas , j'hefifte , je chancelle ,
Quand la grace m'attire , Abailard me rappelle;
Et toujours plus puiſſant après de vains efforts ,
C'eft le funefte amour qui caufe mes tranſports ;
Soupirs impetueux, ceffez de vous contraindre ,
Eclatcz , mes fureurs , je n'ay plus rien à craindre;
L'ingrat qui vous fait naître a ceffé de m'aimer :
Il me fuit , il me craint . , . mais puis - je l'en blâ,
mer ?
Ouy. Cruel , ta vertu me confond & m'accable,
Coupable , je voudrois que tu fuffes coupable.
&c.
On eft redevable à Pierre Abailard &
à Heloïfe fon époufe de l'établiffement de
P'Abbaye du Paraclet , Ordre de S. Benoiſt,
au Diocéle de Troyes. C'eft une Abbaye
de Filles qui jouit de 1 5000 liv. de rente,
dont Heloïle fut la premiere Abeffe.
Comme elle étoit fort fçavante , elle faifoit
chanter la Meffe en Grec dans ce Monaftere
ce qui s'obferye ¿ encore tous les
ans
DE SEPTEMBRE.
75
ans le jour de la Pentecôte. Abailard
mourut dans l'Abbaye de S. Marcel à
Châlons -fur-Saône le 21 Avril 1142.
Heloïfe demanda le corps de fon cher
époux à l'Abbé de Cluny , ce qui lui fûr
accordé elle le fit mettre dans le caveau
de l'Eglife du Paraclet , en attendant
qu'elle l'y allât joindre , ce qui n'arriva
que 21 ans après . La Chronique de cette
Abbaye affure , au raport de plufieurs Hif
toriens , & de M. Baugier , qui vient de
donner les Memoires Hiftoriques de
Champagne , qu'à l'ouverture du tom
beau , le corps d'Abailard ſe trouva dans
fon entier ; mais ce qui parut de plus extraordinaire
, c'eft qu'à mesure qu'on defcendoit
le corps de fon épouſe , Abailard
lui tendit les bras , & l'embraffa étroitement.
Voici les termes de la Chronique :
Et fic defun&tâ ad tumulum apertum depor
tatâ , maritus ejus elevatis brachiis illam
recepit , & ita eam complexatus brachiafua
ftrinxit.
Parmi les Piéces de Poëfie qui compoſent
la moitié du Volume que M. de
Beauchamps donne au Public , il y en a
qui font un extréme plaifir à lire . Le
Lecteur en pourra juger par un fragment
de cette Epitre à M ....
Gij
Toi
76
LE MERCURE
Toi ,qui fans prendre un ton de Maître,
Nous foûmets à ton jugement ,
>
Et qui fans vouloir le parêtre ,
Sçavant comme un fage doit l'être ,
Ne t'exprimes que fimplement.
Efprit agreable & folide ,
Qui grave & badin tour à tour
Des lieux où la Vertu refide
De ceux qù Minerve préfide ,
Connois jufqu'au moindre détour,
Ou qui prenant Venus pour guide ,
Des gentilleffes de l'Amour ,
Parles plus galamment qu'Ovide :
Ami , que ne puis - je en ce jour ,
Moins amateur de ma pareffe ,
Sur les bords fleuris du Permeffe
Faire encore aux Mufes ma Cour ?
Peut-être que fous tes aufpices
Je pourrois , non comme Boileau ,
Du ridicule de nos vices
Faire un fatirique tableau.
Mais fur un tendre chalumeau
Chanter l'Amour & fes caprices ,
Qui peut mieux peindre fes rigueurs ?
Eternel objet de fa haine ,
J'éprouve toutes fes fureurs
L
DE
74
SEPTEMBRE.
Idolâtre d'une inhumaine ,
Je paffe mes jours dans les pleurs ,
Et le cruel à mes malheurs
Ajoû e le poids d'une chaîne ,
1
Qui met le comble à mes douleurs.
De là cette amere trifteffe *
Qui de mes fens toujours maîtreffe,
Me rend à moi même odieux ;
De- là ce dégoût pour la vie
Qui fe fait lire dans mes yeux
De - là cette mylantropie
Qu'avec moi je porte en tous lieux , &c .
GRAMMAIRE FRANÇOISE raifonnée , què
enfeigne la pureté & la delicateſſe de la Langue
, avec l'Ortographe, & qui fert de clefair
Latin, & aux autres Langues , que l'on peut
aprendre fans le fecours d'aucun Maître ,
quand on poffede la Langue par principes ,
comme on l'enseigne dans cette Methode.
Par M. de Vallange . A Paris chez Claude
Jombert, André Cailleau , & c . 1721. vo!
in 16. pp. 340. On verra quantité de
nouveautez dans ce Livre , que les Grammairiens
trouveront fans doute hazardées
& qui peut- être ne feront pas fortune .
CICERON DE LA NATURE DES DIEUX ,
Latin & François , avec des Remarques Cri
tiques & Hiftoriques . Par M. l'Abbé le
Giij Maflon
58 LE MERCURE
"
1
Maffon , 3 vol . in 12. 1721. A Paris chez
Claude Jombert , ruë S. Jacques. Cet Auteur
eft déja connu dans le monde Litteraire
par plufieurs bons Ouvrages. La derniere
Traduction de Salufte eft de lui . On va la
reimprimerpour la troifiéme fois , & l'on y
trouvera generalement tous les Ouvrages
de cet Auteur , avec des Notes . Il fe prepare
auffi à donner inceffamment une Traduction
de la premiere Decade de Tite-
Live , avec des Notes .
TRAITE des PartiesDoubles , ou , Methode
mifée pour aprendre à tenir en Parties Donbles
les Livres du Commerce & des inances.
A Paris , chez Nyon Libraire , fur le Quay
des Quatre- Nations , in 4° . 1721. Le même
Auteur promet un autre Ouvrage in
zitulé , l'Ecole des Banquiers.
MEMOIRE Concernant les Tailles , & les
moyens de faire ceffer les abus qui fe commettent
dans fon impofition. Par M. Auber
, cy- devant Receveur des Tailles de
P'Election de Caudebec , & Commiſſaire
pour l'établiſſement de la Taille Prepor.
tionnelle en l'Election de Beauvais. A Paxis
, des nouveaux Caracteres , & de l'Imprimerie
de Jacques Colombat , 1721 .
Brochure in 4. de 78 pages.
Ger Ouvrage , dedié à S. A. R. Monfeigneur
DE SEPTEMBRE. 79
feigneur, le Duc d'Orleans , contient des
moyens prompts , fimples & faciles, pour
anéantir l'Impofition & la Répartition Ar
bitraire de la Taille , & pour l'établir proportionnelle
à la portée des Generalitez &
des Elections , & confequemment aux biens
& facultez de chacun des contribuables .
La force de la verité nous engage à
donner icy de juftes éloges au fieur Colombat
fur fes nouveaux Caracteres , qui
ont toute la beauté de la gravure , fans en
avoir l'incommodité ; cet habille Maître
marche fur les pas des Etiennes , des Plantins
, des Vafcolans & des Elzeviers .
>
TRAITE' de la Conftruction des Chemins,
où il est parlé de ceux des Romains ,
de ceux des Modernes , fuivant qu'on les
pratique en France ; de leursfigures, de leurs
matieres , &c. Nouvelle Edition , revie
corrigée & augmentée. Par le fieur H. Gaultier
, Ingenieur , & Infpecteur des Grands
Chemins , Pont & Chauffées du Royaume.
A Paris , chez André Cailleau , Place de
Sorbonne , 1721.80.
DISSERTATIO de Peftifera contagionis ,
&c . Differtation fur la nature de la Pefte
& fur les Remedes propres à la prévenir.
Par Richard Mead , Docteur en Medecine
traduite de l'Anglois en Latin. A la Haye ,
Giiij chez
30 LE MERCURE
chez Ifaac Vaillant , 1721. in 8. pp: 42+
Non-feulement cet Auteur approuve la
Quarantaine ordinaire pour les hommes &
les marchandifes , mais il veut qu'au bout
du tems preferit, s'il y a quelque notorieté,
ou qu'il puiffe y avoir quelque femence de
contagion , on tire les perfonnes faines
'd'avec les malades , faifant brûler leurs habits
, leur en donnant d'autres , & aprés
leur avoir lavé & rafé tout le corps , qu'on
les conduife à une Infirmerie particuliere ,'
pour y paffer 30 ou 40 jours . Car, dit- il ,
um Peftiferé , quoique gueri & convalefcent
, peut encore conferver en lui quel
ques femences de la matiere contagieufe
long- tems après la guerifon , & les communiquer
à d'autres. On doit faire confumer
les hardes par le feu , avec d'autant
plus de raifon qu'elles font plus propres à
Le charger ou à s'imbiber de ce que le venin
peftilentiel a de plus fultil. Les marchandifes
les plus capables de receler les corpufcules
contagieux font le Cotton , le Chanre
, le Lin , la Laine , le Papier , la Soye ,
& c.
Rien ne rend les corps plus fufceptibles
de la Contagion , que la crainte , le découragement
, le defefpoir & l'ennui d'une vie
fedentaire , & rien ne contribue davantage,
felon M. Mead , à fomenter le venin peftilentiel
, & à le répandre , que ces maifons
fermées
DE SEPTEMBRE. 3 F
fermées & condamnées : ce font , dit- il ,
autant de pepinieres de pefte , où cette
maladie acquiert de jour en jour de nouvelles
forces , & fe communique par la
voye des fenêtres dans les rues & dans les
maifons voifines.
Pour purifier l'air, notre Auteur prefere
la methode des Medecins Arabes , qui font
prefque toujours dans le cas de la Pefte , à
toutes les autres. Elle confifte à purifier l'air
en le rafraichiffant. Ils ont coûtume de faire
laver les maifons avec l'eau & le vinaigre ,
& de les joncher d'herbes & de fleurs ra
fraichiffantes , telles que les rofes , les vio
lettes , le nenuphar , &c. Methode fort differente
de celles que propofent la plupart
des Modernes , & qui fe réduit à parfumer
les logemens avec le benjoin , l'encens ,
l'affa fætida, le ftorax , & c. fumigations en
faveur defquelles l'Auteur paroît peu prévenu
, à l'exception de celle du fouffre ,
à caufe de l'efprit acide dont il abonde y
& qui rabat puiffamment les grandes fermentations.
Quand au regime prefervatif , il faut fenourrir
de bons alimens , capables de fortifier
, retrancher les jeûnes , les veilles ,
les fatigues exceffives : affranchir l'efprit
non feulement de la crainte, mais de toutes
les autres pallions immoderées ; faire un
ulage frequent des fruits acides , tels que
les
LE MERCURE
les grenades , les oranges , les limons , les
pommes aigres , & c. fur-tout du vinaigre ,
où l'on aura fait infufer la gentiane , le
galanga , la zodoaire , les bayes de geniévre
, &c. & fetenir en garde contre l'abus
des drogues aromatiques , qui portent fouvent
trop d'ardeur & de vivacité dans le
fang , & le rendent par- là plus fufceptible
du venin peftilentiel.
A l'égard de ceux qui , par le devoir de
leur Profeffion font obligez de vifiter les
Peftiferez , ils doivent , felon M. Mead ,
tant qu'ils font auprés d'eux , ne point avaler
leur falive, & même retenir leur haleine
s'ils font dans la neceffité d'aprocher de
fort près les malades , ou tout au moins ils
doivent fe boucher le nez avec une éponge
imbibée de vinaigre .
OEUVRES de Racine , nouvelle édition,
augmentée de Remarques & de quelques au
tres Piéces , 2. vol. in 12. chez Jean Ber◄
nard Libraire à Amfterdam.
LES Oeuvres de M.Bourfault, à Amfterdam
, chez Duvillard & Chauguion, 1721 .
2 vol. in 12. nouvelle Edition , contenant
Germanicus , Tragedie. Marie Stuart ,
Reine d'Ecoffe , Trag. La Comedie fans
titre. Phaeton , Comedie en Vers libres.
Meleagre , Trag. Les Fables d'Efope ,
Comedie.
DE SEPTEMBRE. 8%
>
Comedie. Elope à la Cour , Comedie Heroique.
Le Jaloux Prifonnier , ou les Cadenats
, Comedie , & la Satyre des Satyres,
Comedie , contre M. Defpreaux
L'Editeur ne paroît pas informé des
principaux faits qui regardent la vie de
cet Auteur , & il s'en faut bien qu'il n'ait
eu connoiffance de toutes les Piéces de
Theâtre , puifqu'il ne dit rien de fa Comedie
du Mort vivant , fa premiere Piéce ,
repreſentée en 1653 par les Comediens du
Marais ; non plus que de celle des Mots
à la mode qui eft une Satyre fine & plaifante
des modes nouvelles , & des manieres
affectées de parler & de s'habiller ;
Des Nicandres , ou les Menteurs qui ne
mentent point , Comedie , du Medecin
volant , Petite Piece ; du portrait du
Peintre , ou la Critique de la Critique de
PEcole des Femmes , Comedie , contre
Moliere , jouée en 1663 à l'Hôtel de
Bourgogne. La Metamorphofe des yeux
de Philis changez en Aftre, Faftorale , auroit
encore pû trouver place dans le Recueil
qu'on vient d'imprimer , auffi bien
que la Fefte de la Seine , Divertiffement
en Mufique. M. Edme Bourfault étoit
natif de Muffy - Levefque , petite Ville
de Champagne , il mourut à Paris en 1707
âgé de 63 ans.
Differtation
54 LE MERCURE
DISSERTATION Hiftorique fur les Duels,
& fur les ordres de Chevalerie ; par M. B.
à Amfterdam , chez Pierre Brunel..
d'Hollande , que le
Nous aprenons d'Hollande
fieur Gravelande Profeffeur à Leyde eft
allé exprès à Caffel , pour examiner
la famcufe Machine , qui eft en depôt
dans le Cabinet du Land- Grave. Ce fçavant
Mathematicien , ainfi que le Baron
Fifcher Anglois , font l'un & l'autre perfuadés
que cette Machine eft le Mouve
ment perpetuel , cherché depuis fi longtemps.
Le premier en doit écrire fon fentiment
au Chevalier Newton , Prefident
de la Societé Royale de Londres : le fecond
en a envoyé la defcription exterieure
au Docteur Defaguilliers , Demonftrateur
des experiences de Phyfique de la
même Societé. La Machine confiſte principalement
en une roue de douze pieds
de diamettre , couverte d'une toile cirée
pour en cacher la conftruction interieure :
elle tourne fur fon axe d'une fi grande
viteffe , qu'elle fait 26 tours complets ea
une minute. A chacun de ces tours , on
entend le bruit de fept ou huit poids qui
tombent du côté que la roue tourne : lorfqu'on
arrête fon mouvement rapide avec
la main , & qu'on ne lui fait faire que cinq
ou fix tours dans la même minute elle ,
reprend
DE SEPTEMBRE.
reprend d'elle -même peu à peu à peu fa premiere
viteffe. Son mouvement ordinaire examiné
fcrupuleufement avec la pendule à fecondes
, eft toujours le même de 26 tours par
minute. Toutes les experiences particu
lieres qu'on en a faites , ont toujours fair
voir la même regularité & la même force
de la Machine à regagner fa viteffe , au
lieu de la perdre. Si c'eft là le mouvement
perpetuel , comme le fieur Gravefande en
paroît perfuadé , on peut affurer que la découverte
en fera très - utile pour l'Horlo
gerie & pour d'autres Arts . Le Land - Grave
n'a encore voulu faire aucun ufage de cette
Machine , de crainte qu'on n'en découvre
de fecret , ce Prince fouhaitant que l'Aureur
puiffe auparavant recevoir des Pays ,
Etrangers la recompenfe d'une fi belle découverte,
en cas que par l'examen , auquel
il fe foumet , fa Machine puiffe meriter le
nom de Mouvement perpetuel,
C ON a fait à Amfterdam une nouvelle
Edition , augmentée de Figures, Des Avantures
de Gilblas de Santillane. Par M. le
Sage , 2. vol. in 12 .
LA
CHARLATANERIE DES SCAVANS ,
Par M. Mensken , avec des Remarques
Critiques de differens Auteurs. 1721 .
A la Haye , chez Van- Duren, in 8º,
>
Les
BG LE MERCURE
LES Oeuvres Poftumes de M. Hooke,
publiées par M. Richard Walter , Secretaire
de la Societé Royale de Londres. Livre
Anglois imprimé à Londres par Samuel
Smith , &c.
Il y a dans cet Ouvrage quantité de recherches
curieufes , & d'obfervations fingulieres.
Le calcul des idées eft affez de
cette efpece ; il est tiré des Leçons fur la
Lumiere , page 143. Je fupole , dit l'Auteur
, que l'ame à chaque moment , ſoit par
fa propre puiffance , foit par le moyen des
impreffions fenfibles , forme les idées. Ce
que j'appelle moment , peut être plus long
ou plus court, felon que l'ame eft plus ou
moins active , & que les fibres du cerveau
qui reçoivent les traces, font plus ou moins
fouples. Un homme de conftiturion ordinaire
de corps & d'ame eft dans le degré
moyen entre celui qui eft le plus actif&
celui qui eft le plus pefant. On peut fuppofer
que pour former une idée diſtincte,
il n'employe qu'une ſeconde , c'eſt- à- dire,
la foixantiéme partie d'une minute , fuppofons
qu'il vive cent ans. Suppofition
qui n'est que pour la facilité du calcul ,
car on peut parier que dans le nombre de
cent mille hommes , il n'y en a pas mille
qui arrivent à l'âge de cent ans.
Or cent ans contiennent 36525 jours
36525 jours contiennent 876600 heures ;
qui
DE SEPTEMBRE, 営業
qui contiennent 3155760000 fecondes .
Donnant donc à chaque idée une feconde ,
une ame doit former 3600 idées dans une
heure , donc en cent ans elle en forme
3155760000. Par la raifon du fommeil
où l'ame ceffe de former les idées , ou les
forme affez imparfaitement , il faut rabattre
le tiers de ce nombre , ainfi il ne nous
refte que 2103840000 , ou en nombre
rond 21 fois cent millions.
Si l'on confidere tout le tems que l'on
perd dans l'enfance & dans la vieilleffe ,
celui que nous occupent les maladies &
l'inattention , on verra qu'il faut rabattre
encore plus des deux tiers du dernier nombre
, & qu'ainfi il ne nous reftera que fept
cens millions. Si prefentement on choifit
de ce nombre d'idées , celles qui font les
plus claires , les plus diftinctes , & que
nous aimons à garder , tout ce qui nous
refte en cent ans de vie fe reduir tout au
plus à cent millions d'idées ; par confequent
chaque année l'une portant l'autre,
nous ne formons qu'un million d'idées
diftinctes , & qu'on peut ranger en pro
greffion,
ON mande de Londres que les. Medecins
de cette Ville ayant reprefenté au Roy
que pour éviter les fuites fâcheuſes de la
petite Verole , il conviendroit de mettre en
ufage
88 LE MERCURE
ufage le moyen dont les Turcs fe fervent
depuis plus de quarante ans à Conftantinople
, pour la communiquer à leurs enfans
, parce que de cette maniere , la maladie
dont nous parlons , n'a point de
fimptomes fâcheux , qu'elle ne laiffe ni cicatrice
ni marque , & que même elle ne
revient jamais. Le Roy leur permit d'en
faire des experiences fur des Sujets de peu
d'importance , tels que les malfaiteurs qui
étoient dans la Prifon de Newgate . * On
choifit pour faire cette operation , un jeune
garçon de bon temperament , qui ne foit
point infecté d'aucune autre maladie , &
qui ait actuellement une petiteVerole, dont
les grains foient bien feparés les uns des autres:
on perce le 12 ou le 13e jour de la maladie
quelques- uns des grains de la jambe
ou du bras avec une aiguille : on recueille la
liqueur épaiffe qui en fort , dans un petit
Aacon bien net , que l'on conſerve chaudement.
Celui qui fait Poperation va trouver
le fujet qui fe foumet à l'infertion, il lui fcarifie
ou lui pique fimplement le poignet
avec une éguille en deux ou trois endroits,
jufqu'à ce qu'il en forte une goute de fang :
il verfe far fes ouvertures & mêle avec ce
fang la liqueur qu'il a aportée ; enfuite il
*Le Roy d'Angleterre figna au commencement du mois
un Ordre pour faire fortir de Prifon les fix malfaiteurs
fur lefquels on a fait l'experience de l'infertian de la
perite Verole.
recouvre
DE SEPTEMBRE. 89
1
recouvre la playe de quelque chofe de
concave ,afin que le frottement des habits
n'empêche pas l'effet de la liqueur qui doit
exciter la fermentation : le futur malade
fuit un regime de vie exact & moderé.
La petite Verole fort plutôt ou plus tard
fuivant la force du temperament , mais
communément elle paroît le feptiéme jour
de l'infertion . Elle eft fortie ainfi à quatre
malfaiteurs de Londres , fur qui on en a
fait l'experience , & qui , en font parfaitement
gueris on a remarqué que l'infer
tion n'a rien produit fur un cinquiéme qui
avoit déja eu la petite Verole . Comme
cette operation paroît être fans aucun inconvenient
, on pourra prendre le parti de
communiquer cette maladie aux enfans ,
afin d'éviter les fuites fâcheufes & fouvent
mortelles qu'ils éprouvent lorfqu'ils en
font attaquez naturellement .
Iet
On apprend de Lisbonne que l'Academie
des Rhetoriciens s'affembla le 15 Juil
pour la derniere fois , dans le College
de Saint Antoine. Le P. Jofeph Leyte:
Jefuite , qui quittoit fon employ de Directeur
, prit congé des Academiciens part
un long difcours & par une belle Elegi
Latine , fur laquelle il reçut , fuivant la
coutume beaucoup de complimens . Le
refte de la feance fe paffa à difputer für
H diverfes
༡༠
LE MERCURE
diverfes queftions de Philofophie , mêlées
de recherches curieufes & divertiffantes
où chacun tâcha de briller par de fines
allegories . *
Le 27 Juin l'Academie Royale de
Hiftoire s'étoit affemblée , & le Marquis
qui y prefidoit , fit à la place du Marquis
d'Abrantes , qui étoit abfent , la diftribution
des Refultats imprimez des precedentes
Conferences. Enfuite Laurent Botelho
de Soutomayor , Gentilhomme de la Maifon
du Roy, & Chevalier de l'Ordre de
Christ , choisi pour ramaffer des Memoires
utiles à l'hiftoire du Royaume de Portugal,
depuis le commencement du monde ,
jufqu'à l'entrée des Romains , avoua fincerement
que ce temps eft trop reculé ,
pour que la verité n'en foit pas alterée :
que d'ailleurs le Portugal avoit eu autrefois
fi peu de commerce avec les autres
Nations, que prefque aucun Auteur étranger
n'en avoit écrit . Il ajoûta qu'il avoit
feuilleté plufieurs Manufcrits anonimes ,
confus & pleins de lacunes ; que les Auteurs
Grecs & Latins qu'il avoit parcourus,
ne l'avoient pas inftruit davantage , les premiers
affectant plutôt de briller par le tour
& l'arrangement des mots , que par la verité
: les autres prévenus pour la gloire de
leur Nation , n'ayant écrit que pour en
conferver la memoire à la pofterité , plutôt
DE SEPTEMBRE.
91
tôt que pour inftruite de l'Hiftoire particuliere
des Etats qu'ils avoient conquis
qu'ainfi on ne devoit pas s'attendre d'en
tirer rien d'utile aux deffeins de l'Académie.
Il promit cependant de continuer fes
Memoires , fauf au Lecteur à n'y ajoûter
foy qu'avec difcretion .
Manuel de Azevedo Fontés , auffi Gentilhom
ne de la Maifon du Roy , Chevalier
de l'Ordre de Chrift , Brigadier d'armée
& grand Ingenieur , chargé de rectifier
les Cartes modernes de la Geographic
du Royaume , avec le P. Manuel de Campos
Jefuite , Profeffeur de Mathematiques
dans le College de Saint Antoine , eft
occupé prefentement à comparer les Cartes
des anciens Geographes avec la Catte
generale du Royaume de Texeira-, qu'on
a regardée jufqu'à prefent comme la plus
correcte , mais qu'il a reconnu fi defectueufe
en quelques endroits , qu'il a refolu de
faire un choix des Ingenieurs les plus ha
biles pour en corriger les erreurs fur les
lieux , afin d'être en état de dreffer de nou
velles Cartes Cofmographiques qui puiffent
fervir à l'hiftoire des Provinces.
Le Docteur Manuel Pereira de Silva-
Leal , de l'Univerfité de Coimbre qui fait
l'hiftoire de l'Evêché de Guarda , a reconnu
par la lecture de plus de cent Auteurs,
& par l'examen critique qu'il a fait de
Hij vingt92
LE MERCURE
vingt - deux Infcriptions tres anciennes ,
que les Romains ont fondé une Colonie
dans cette Ville , ce qui prouve la faufferé
de l'hiftoire de Flavio Dectro . Il pretend
auffi que le Frere Bernard de Brito , qui
dans fa Chronique a cité un prétendu Concile
de Bracharenfe , s'eft trompé groffiement
, puis qu'il n'y a rien de certain touchant
la fondation de cet Evêché avant le
Concile Provincial qui fut tenu en 569-
dans la Ville de Lugo en Galice.
Le P. Manuel de Rocha Bernardin , qui
s'eft chargé de l'hiftoire de Portugal dans
le temps que les Goths en étoient les Maîtres
, ne donnera rien de bien curieux ni
de certain fur cette matiere , parce que pendant
que les Arabes ou Maures ont regné
dans ce pays , tous les écrits qui pourroient
fervir à l'inftruire , ont été pillez
ou brûlez : il a remarqué cependant dans
quelques vieux Manufcrits , que les Goths
s'appelloient Francs .
Le Pere Manuel de Toja & Silva , a
déja difpofé dans un ordre chronologique
Tout ce qu'il a tiré de plus particulier des
Archives , & qui peut fervir à l'hiſtoire
du Royaume , depuis la proclamation du
Roy Dom Jean IV. jufqu'à prefent : if
regarde fon travail comme le plus difficile
de tous ceux qui ont été diftribués à fes
Coufreres : les grands fuccès de ce Prince
&
DE SEPTEMBRE. 93
il
& les évenemens remarquables des Regnes
de ceux qui lui ont fuccedé , font à la verité
des Epoques certaines ; mais comme
le détail fimple lai en paroît trop fec ,
fouhaitteroit de le rendre interreffant , en
publiant ce qui s'eft paffé de fecret dans
le cabinet des Miniftres , & il y fupplera
par des anecdotes de Politique , reffource
ordinaire des Hiftoriens . La féance finit
par la lecture d'une Differtation critiqueque
le Pere Michel de Sainte Marie , Auguftin
Déchauffé, a faite fur la vie de Saint
Jacques d'Espagne , dans laquelle il prouve
par de fortes raifons que ce Saint n'y
a jamais mis le pied.
Le 5 Août le Comte d'Ericera , l'un
des Prefidens de l'Academie Royale de
Hiftoire , prononça un difcours Academique
fur l'Exaltation d'Innocent XIII .
au Pontificat . Dans la conference que cette
Academie tint le 17 Juiller , le P. Michel
de Sainte Marie , Religieux Hermite Déchauffé
de Saint Auguftin , illuftre Chro
nologifte des évenemens memorables de
fon Ordre , parla d'une Differtation qu'il
avoit faite fur la vie de Saint Jacquesd'Efpagne
, il indiqua feulement les Auteurs
qui lui avoient fourni de preuves
de fon opinion particuliere de l'existence:
de ce Saint.
Le P. Pierre Monteire , Religieux Dominicain,
96 LE MERCURE
fentimens tendres & refpectueux pour
faire chanter le Te Deum dans tous les
Colleges par les Maîtres & les Ecoliers ,
Penfionnaires , Bourfiers ou Externes , ce
qui fait environ foixante Te Deum ; car
il n'y a pas moins de Colleges , en comptant
les grands & les petits .
Dans fon fecond Mandement du 12 .
'Aouft M. le Recteur declare que fon intention
étant que les jeunes gens appren
nent de leurs Maîtres à prier Dieu pour
le Roy , ainfi qu'il eft porté par les Statuts
de l'Univerfité , il ordonne une Proceffion
generale de routes les Compagnies & de
tous les Maîtres , afin de les réunir , &
rendre graces à Dieu tous enſemble du rérabliffement
de la fanté du Roy. Il faut
donner dans cette occafion folemnelle ,
dit il , les marques les plus éclatantes de
notre joye ; c'eft la chofe du monde qui
intereffe le plus tout le Royaume.
Cette Proceffion alla le 16 Août des
Mathurins , où les fept Compagnies qui
compoſent l'Univerfité ; fçavoir , la Faculté
de Theologie , celle des Droits ,
celle de Medecine , & les quatre Nations
de France , de Picardie , de Normandie ,.
'& d'Allemagne , qui forment la Faculté
des Arts , s'affemblerent , à l'Eglife des
Grands A g tins , où la Meffe , le Te
Deum & l'Exandiat furent chantez avec
une
DE
SEPTEMBRE.
97
une décence & une pieté digne de ce grand.
Corps , après quoi on revint aux Mathurins
avec la même folemnité. La Proceffion
marchoit en cet ordre.
La croix étoit portée à l'ordinaire par
un Religieux Auguftin , accompagné de
deux Religieux du même Ordre , portants
chandeliers .
Marchoient enfuite
Les Cordeliers , les Auguftins , les Carmes
, les Jacobins.
Les Maîtres ès Arts en robe noire , avec
le petit chaperon fans fourure.
Six Religieux Benedictins du Prieuré
Royal de Saint Martin des Champs , en
Aubes & Chappes , précedez de quelques
autres Religieux avec l'habit de leur Ordre
, &jde quelques Ecclefiaftiques en furplis
& chappes , ce qui formoit un choeur.
Les Bacheliers en Medecine en robe
noire , avec un chaperon herminé , précedés
du fecond Maffier de la Faculté , en
robe noire.
Les Bacheliers en Theologie , en robe
-noire & fourrure , précedés du fecond
Appariteur de la Faculté , en robe noire.
Les Docteurs Regens en la Faculté des
Arts en robe ou chappe rouge , avec l'épitoge
ou chaperon doublé de fourure.
Les quatre Procureurs des Nations en
robes rouges herminées blanc & gris ,
I
comme
98
MERCURE LE
comme celles des Electeurs de l'Empire ,
précedez chacun du fecond Maffier de leur
Nation.
Les Docteurs en Medecine , auffi en
robes & chapes rouges avec l'épitoge ,
précedés de leur premier Maffier , vêtu
d'une robe bleue fourrée de blanc,
Les Docteurs de la Faculté des Droits ,
en robes rouges , avec leur chaperon herminé
, précedés de leur Maffier , habillé
de violet.
Les Docteurs en Theologie , pareillement
en fourrure & robe noire ou violette
, avec un bonnet de même , précedés
de leur premier Apariteur , qui porte une
robe de drap violet fourrée de blanc .
M. le Recteur en robe violette & mantelet
Royal , avec la bourſe ou efcarcelle
de velours violet , garnie de glands & de
galons d'or , & le bonnet noir , accompagné
du Doyen de Theologie , auffi en
robe violette & fourrure , precedé des
quatre premiers Maffiers des quatre Nations
de la Faculté des Arts.
Immediatement aprés M. le Recteur
Les Sindic , Greffier & Receveur de
l'Univerfité , en roube rouge & fourrure.
Les Libraires-Imprimeurs Jurez de l'Univerfité.
Les Papetiers .
Les Parcheminiers.
Les
DE SEPTEMBRE
Les Ecrivains .
Les Relieurs.
Les Enlumineurs.
par
les.
Enfin la Proceffion étoit fermée
Grands Meffagers Jurez de l'Univerfité ,
précedés de leur Clerc , portant une robe
couleur de roſe feche , & une tunique fur
laquelle font les Armes de l'Univerfité ,
en forme d'un Heraut d'Armes , ayant un
bâton Royal d'azur , femé de fleurs de lis
d'or.
Le 19 Août le Recteur en grande ceremonie
, accompagné des Députez des
Compagnies , & des Officiers de l'Univerfité
, eut l'honneur de complimenter le
Roy. Son Difcours fut fort goûté & aplaudi
de toute la Cour.
La Lettre que l'Academie Royale des
Sciences a reçue , en donnant une grande
idée de cette celebre Societé , donne auffi
une grande idée de l'amour que l'illuftre
Prince qui l'écrit a pour la perfection des
Sciences & des Arts. En voici la tradudion
; l'original eft en Latin. Elle fut préfentée
le 3 de ce mois à l'Academie par le
Bibliothecaire dan Sa Majesté Czarienne
introduit par M. de l'ifle Geographe du
Roy. Aprés que M. de Fontenelle , Secretaire
de l'Academie , en ent fait la ledure ,
Le Marquis de Groiffi , qui préfidoit , re-
I ij
mercia
886129
100 LE MERCURE
mercia Sa Majesté Czarienne au nom
de l'Academie , en des termes tres refpe-
&neux , & il fut ordonné que la Carte de
la Mer Cafpienne envoyée par ordre du
Czar , feroit confervée dans les Archives
de l'Academie.
PAR
AR LA GRACE DE DIEU , NOUS
PIERRE I. fils d'Alexis , Grand
Duc , Autocrateur , Czar & Monarque de
toute la grande , petite & blanche Ruffie ,
Moſcovie , Kiovie , Wolodomerie , Neagerod
, Czar de Cazan , Czar d'Aftracan ,
Czar de Siberie , Seigneur de Pleskow ,
Grand Duc de Sinolenico , Tewer , Inhor ,
Perin , Velquie , Bulgarie & autres ; Seigneur
& grand Duc de Novogrod inferieure
de Tzernigovie , Reffens , Koftof , Jeroflaw
, Bielejezor , Udor , Obdor , Condomir;
Dominateur de tous les quartiers du
Nord , Seigneur d'Iberie , Czar de Cartalinie
, Grazine , Duc de Cabardin , & Duc
des Ducs de Circaffie & Georgie , & par
fücceflion de fon pere & de fes ancêtres ,
Prince Souverain de plufieurs autres Terres
& Domaines dans l'Orient , l'Occident
& le Septentrion , &c . SALUONS gracieufement
l'Academie Royale des Sciences
à Paris.
Il n'a pû nous être que fort agreable ,
que vous Nous ayez éù pour membre de
yotro
DE SEPTEMBRE. ΙΘΙ
votre focieté. Nous n'avons non plus voulu
manquer de vous en temoigner notre
reconnoiffance par la prefente , & de vous
affurer que nous acceptons avec beaucoup
de contentement la place que vous Nous
prefentez , & que Nous ne fouhaitons
rien plus que de pouvoir meriter le titre de
membre de votre Societé , par le zele que
Nous aurons de faire mieux fleurir les
Sciences. Nous avons donné ordre à notre
premier Medecin Blumentroft , de vous
communiquer de tems en tems ce qu'il y
aura dans nos pays de nouveau & digne du
Jugement de l'Academie ; & Nous ferons
bien ailes , fi vous voulez entretenir commerce
de lettres avec lui , & lui communiquer
de même les découvertes qui feront
faites par l'Academie. Jufqu'à prefent on
n'avoit point de Carte exacte de la Mer
Cafpienne : pour cette raiſon , Nous avons
commandé à quelques- uns des plus experimentez
Mariniers d'aller voir ladite Mer ,
& d'en faire une Carte veritable & jufte ;
ce qu'ils ont executé par un travail de deux
ans , felon les regles de l'Hydrographie ,
autant qu'il leur a été poflible de le faire
fur l'eau. Laquelle Carte Nous envoio s
ici à l'Academie pour notre bon fouvenir ,
dans l'efperance qu'étant nouvelle & veritable
, elle vous agréera . Pour le refte , nous
nous en rapportons à ce que vous diront
1
1 iij plus
102 LE MERCURE
plus au long notre premier Medecin pat
écrit , & le Porteur de la prefente , notre
Bibliothecaire , de vive voix.
Votre bien affectionné
PIERRE
Terit à Petersbourg le 11 Fevrier 172.1 .
Le P. d'Avril Jefuite , qui a écrit un
Voyage de Mofcovie , dit qu'on eſt ſi formalifte
à la Cour de Mofcou , que non
feulement il faut . fpecifier toutes les qualitez
& tous les titres qu'on vient de lire au
haut de cette Lettre , lorfqu'on écrit au
Czar , mais encore dans les harangues
qu'on leur fait en public , toutes les fois
qu'on prononce fon nom : de forte que
pour peu que la memoire vienne à manquer
à un Ambaffadeur dans l'énumeration
de ces titres pompeux , il court rifque de
recevoir un affront de la part des Miniftres,
qui aimeroient mieux , dit ce Pere , qu'on
enlevât une Province à l'Etat , que de fouffrir
qu'on ravit à leur Maiftre la moindre
de ces qualitez , qu'ils confiderent comme
autant d'appanages de la Couronne.
Le Roi de France traite le Grand Duc
'de Mofcovie de Majefté , & l'appelle Tres
haut , Tres- excellent , Tres- puiffant , &
Tres- magnanime Prince , notie tres- cher
Frere & parfait Ami.
La
DE SEPTEMBRE.
103
La Republique des Lettres a fait une
perte confiderable le du mois dernier
par la mort du Pere Jacques le Long , âgé
de 56 ans , frere de pere de M. le Long ,
Maistre des Comptes . Il entra fort jeune
dans l'Ordre de Malthe. Il fe trouva dans
cette Ile pendant qu'elle étoit affligée de
la pefte , & ayant fuivi de loin le convoi
d'un peftiferé , le Confeil de fanté fit murer
la maiſon où il demeuroit . Cette précaution
cruelle lui fauva peutêtre la vie ;
tous ceux de la maifon voifine moururent
& aucuns de ceux avec qui il demeuroit ne
furent attaquez de la maladie . La dureté
& le peu de politeffe de celui qui étoit
prépolé à l'éducation des jeunes Novices
le dégouta de l'Ordre de Malthe , il revinc
en France , pour y reſpirer l'air natal . A fon
retour il acheva fes études , & entra peu
aprés dans la Congregation de l'Oratoire ;
il fut ordonné Prêtre à l'âge de 25 ans , &
après avoir rempli divers poftes , & parcouru
plufieurs Maifons , fes Superieurs ,
qui reconnurent fon goût & fon talent
pour l'étude & la grande connoiffance
qu'il avoit des Livres , l'appellerent de la
Maifon de Notre-Dame des Vertus à celle
de S. Honoré , pour y avoir foin de la Biblioteque
, qui eft , comme l'on fçait , une
des plus confiderables de Paris , tant pour
la quantité & le choix des Livres , que
I iiij pour
104 LE MERCURE
pour le grand nombre de Manufcrits Hebreux
qu'elle poffede. Le P. le Long étoit
né pour un tel pofte ; jamais homme n'eut
en un degré plus éminent la fcience des
Livres & de la Librairie. Le Public lui eft
redevable de plufieurs bons Ouvrages . En
1708 il fit imprimer in 8 ° . chez Colombat
la Methode Hebraïque du feu P. Renou
Prêtre de l'Oratoire . L'année ſuivante
il donna au Public la premiere partie de fa
Bibliotheque Sacrée , qui comprend toutes
les Editions du Texte & des Verfions de
l'Ecriture fous ce titre : Bibliotheca Sacra ,
feu Syllabus omnium fermè Sacra Scripture
Editionum ac Verftonum , en deux volumes
in 8 ° . à Paris , chez Pralard . La feconde
partie , qui comprendun catalogue exact &
le plus ample qui ait jamais paru de tous les
Commentateurs de l'Ecriture , foit qu'ils
ayent expliqué tout le Texte facré , ou un
ou plufieurs livres , & même quelques
Verfets , ou compofé des differtations fur
des fujets qui ont rapport à quelques parties
de ce divin Texte ; cette feconde par
tie , dis-je, étoit deflors prête à voir le jour;
mais l'Auteur qui vouloit fonder le goût
du Public , ne jugea pas alors à propos de
la publier. Cette premiere partie fut trésbien
reçue , & on en fit une feconde Edition
à Leipfick chez Gleditfch la même
année , par les foins de M. Chreftien Frederic
DE SEPTEMBRE. 1ος
X
deric Boerner Docteur en Theologie , &
Profeffeur des Belles Lettres en l'Academie
de Leipfick , qui y ajouta quelques éditions
& quelques Manufcrits d'Allemagne , qui
n'avoient pû venir à la connoiffance du P.
le Long. Ĉe Pere fit imprimer en 1713 ,
in 12. chez Pralard , l'Hiftoire des Bibles
Polyglottes , & particulierement de la Bible
de M. le Jay ; & en 1718 , chez Barois ,
l'Hiftoire des Demêlez du Pape Boniface
VIII avec Philippe le Bel Roy de France ,
Ouvrage poftume du fçavans & laborieux.
M. Adrien Baillet , auquel il joignit vingtdeux
Pieces ou Extraits pour fervir de
preuves aux faits rapportez dans cette Hiftoire.
L'année fuivante il fit paroître fa
Bibliotheque Hiftorique de la France , contenant
le Catalogue de tous les Ouvrages
tant imprimez que manufcrits , qui traitent
de l'Hiftoire de ce Royaume , ou qui y ont
rapport , avec des Notes Critiques & Hiforiques
, in fol . chez Ofmont & Martin.
Cet Ouvrage fut reçu avec les applaudiffemens
qu'il meritoit. Le Pere le Long faifoit
imprimer in fol. chez Coutelier fa Bibliotheque
facrée augmentée du Catalogue des
Commentateurs de l'Ecriture , Jorfqu'il fut
attaqué de la maladie dont il eft mort ; ce
qui a fufpendu pour quelque tems l'impreffion
de cet Ouvrage , auquel il ne manque
que quelques Tables pour le rendre
parfait
106 LE MERCURE
parfait. Ces Ouvrages , & fur tout fon hu
meur douce & bienfaifante avoient procuré
au P. le Long la connoiffance de plufieurs
Sçavans qui l'honoroient de leur etti.
me & de leur bienveillance , avec lesquels
il étoit en commerce de lettres , entr'autres
feu M. de Leibnitz , M. le Preſident Bohier
, Mrs. Papillon , Oftius, Chaberlaine
Anglois , &c. On peut dire en general
qu'il étoit eftimé & aimé de tous les Scavans
de Paris. Ce fçavant Bibliothecaire eft
mort d'une maladie de poitrine qui avoit
duré près d'un an , chez M. Ogier Receveur
general du Clergé , dans la Paroille
de S. Louisin l'Ifle ; il fut enterré aux Peres
de l'Oratoire de la rue S. Honoré , le
14 Aouſt 1721 .
Le P. Pierre- Nicolas Defmolez , Prêtre
de l'Oratoire de la même Maiſon luia fuccedé
en l'emploi de Bibliothecaire ; ce
Pere , à qui le feu Pere le Long a laiffé
le foin de l'Edition de fa Bibliotheque facrée
, & fes Additions & Corrections fur
la Bibliotheque Hiftorique de la France ,
prie les Sçavans qui auroient découvert
de nouvelles éditions de Bibles , ou des
Manufcrits des Bibles ou des Commentateurs
, ou des Pieces foit manufcrites
foit imprimées qui peuvent avoir rapport
à l'Hiftoire de France , dont ils n'auroient
point encore fait part au Pere le Long , de
vouloir
DE SEPTEMBRE . · 107
vouloir bien lui en envoyer la Notice , il
s'engage de fa part à leur en témoigner fa
reconnoiffance tant en public qu'en parti
culier.
Urbain Coutelier Libraire à Paris fur le
Quay des Auguftins , propofe des Soufcriptions
pour la nouvelle édition qu'il
fait de la Bibliotheque Sacrée du P. le Long,
qui vient de mourir. C'est ici une troifiéme
édition : la premiere fut faite à Paris en
1708 , en 2 vol . in 80. & la feconde en
1709, à Leipfic , en z vol . auffi in 8 °,
Cette nouvelle édition aura l'avantage
d'être beaucoup plus commode que les
précedentes ; elle fera infiniment plus ample
, non feulement d'un grand nombre de
Textes & de Verfions de la fainte Ecriture,
qui avoient échapé dans les autres Editions ,
mais encore d'une feconde partie qui remplit
la moitié du Volume in folio , & qui
contient un Catalogue exact de tous les
Auteurs anciens & modernes qui ont travaillé
fur la fainte Ecriture , même de
ceux qui ont donné des Grammaires ou
Dictionnaires des Langues fçavantes par
rapport au Texte facré.
L'Ouvrage contiendra environ 250
feuilles in folio , du Caractere nommé
Saint- Auguftin. Il eft imprimé fur trois
fortes de papier. Les Exemplaires en grand
papier , dont on n'a fait tirer que cent ,
coûteront
108 MERCURE LE
coûteront 36 liv. aux Soufcripteurs ; fça
voir 20 liv. comptant , & 16 liv. en recevant
le Livre en blanc.
Pour le Papier fin on payera 20 liv. &
ro livres : & pour le Papier ordinaire 15
livres , & 7 livres 10 fols .
Les Soufcriptions feront reçues jufqu'au
premier Novembre prochain , après lequel
tems paffé les Exemplaires en grand papier
coûteront 45 livres en blanc , &c .
à
Le même Libraire s'engage , s'il fe trou
ve par la fuite des Additions propres
entrer dans une nouvelle Edition , de les
y inferer par forme de Supplement à la
fin du volume , & promet de faire imprimer
à part le Supplement , & d'en délivrer
à ceux qui auront des Exemplaires
de cette prefente Edition .
LES
DE
SEPTEMBRE.
109
47672 ho
LES
BEAUX ARTS.
N
Ous apprenons de Rome , que
la Statue Equeftre de Charlemagne
, faite depuis peu par
le fameux Cornochi Florentin
, doit être placée devant celle de Conftantin
le Grand , du celebre Cavalier Ber
nier .
,
Il paroît dans la même Ville un in folio,
contenant 75 Planches , avec des Explications
intitulé Pitture antiche delle
grotte di Roma è de Sepolcro de Nafoni ,
difegnate è intagliate alla fimilitudine degliantichi
originali . Da Pietro Santi Bartoli
, è Francefco Bartoli fuo figlivolo , def
crite è illuftrate da Gio Pietro Bellori è Michel
Angelo de la Chauffe.
On regarde cet Ouvrage comme nouveau
, quoiqu'il fut fait & publié il y a
14 ans ; mais pour des raifons particulieres
on n'en tira alors qu'une trentaine d'exemplaires
. Meffieurs Bartoli fe font attachez
reprefenter bien exactement ce qui nous
refte des anciennes Peintures , fans rien
ajoûter du leur ; & Meffieurs Bellori & de
La Chauffe à expliquer au jufte , ce que
quel
TID LE MERCURE
de Louis XIV. comparées à celles des He-
Fos de l'Antiquité Sainte , qu'on y voit
repreſentez. Sa M. a reçu favorablement
ces deux Ouvrages , qui peuvent à tout
inftant lui mettre fous les yeux les Actions,
Faits & Dits memorables de fon Bifayeul.
La defcription qu'on va lire peut tenir le
premier rang entre les plus grands & les
plus brillans Spectacles.
FESTE donnée au Roy par S.A. S.
Monfeigneur le Duc en fon Château
de Vanvre , le Lundi 8 Septembre
1721 .
N récit que M. le Duc fit au Roy
UNau retour de fon dernier voyage de
Chantilli , a donné lieu à cette Fête. Il
propofa à S. M. une chaffe au chevreuil
dans le Parc de Vanvre.
Entre le nombre infini de Châteaux &
de Maifons de Campagne fuperbes & magnifiques
dont la Ville de Paris eft environnée
, on peut dire qu'il n'y en a point
dont la fituation foit plus heureuſe que
celle du Château de Vanvre.
M. de Montargis le fit conftruire en
1698,
DE SEPTEMBRE. 113
1698. fur les déffeins de M. Manfard. Il
eft bâti fur le haut de la montagne dans
un lieu trés inculte , & prefque inacceffible
, mais dont le terrain a été ménagé
avec tant d'art , que ce qui faifoit une defectuofité
le trouve heureufement changé
en magnifiques terraffes , plantées d'arbres
& d'arbustes toujours verts , difpofez
de maniere qu'ils ne nuifent point à la
vue du Château , avec des rampes douces
qui fervent de communication aux jardins
& aux boccages.
Le Château , qui eft la Seigneurie du
Village , eft entierement ifolé , il confifte
dans un grand corps de Logis double , de
14 toifes de face,fur huit de côté, la grande
façade percée de fept croifées , & quatre
de côté. Il eft fans aucun ordre d'archi
tecture , tout bâti de pierres de taille par
affifes égales , mais d'une ftructure & belle
& fi fimple , qu'on n'y defire aucun des
ornemens dont on auroit pû l'enrichir.
On entre d'aboid dans un beau veſtibule
du côté de la cour , élevé fur cinq
marches qui conduit à un magnifique
Salon , d'où l'on parvient à la Chambre à
coucher & au grand Cabinet de M. le
Duc , & c. Les autres appartemens du rez
de chauffée confiftent en une Salle à manla
piece du Billard ', & c.
La vue de cette Maifon n'a pour bornes ,
ger ,
K de
714
LE
MERCURE
de quelque côté que ce foit , que celles
qui lui font données par un horifon tréséloigné.
Les yeux font agréablement occupez
de la vuë de Paris du côté d'Orient,
d'où ils parcourent en fe tournant à gauche
la Butte Montmartre , les Champs Elizées,
Auteuil, le Bois de Boulogne & le Château
de Madrid ; la vuë fe promene enfuite dans
les Jardins & les Parcs de S. Cloud , de
Meudon & d'Iffi . On voit le large Canal
de la Riviere de Seine ferpenter majeſtueufement
, & rouler fes eaux fecondes au milieu
du plus beau payfage , & de la plus
siche Campagne de l'Univers.
On arrive au Château par une avenue de
200 toifes de longueur fur 16 de large ,
formée par quatre rangées d'ormes .
Au tour du Bâtiment , à niveau de la
sour , regne une terraffe de 216 toiles de
long fur 20 de large , ornée de parterres
de gazon d'une égale fimetrie.
Une terraffe en amphiteatre de 36 pieds
de large regne au deffous de cette premiere
, bordée ainsi que l'autre de toutes
fortes d'arbres & d'arbustes . Elle communique
à deux rampes qui font en face du
Château , qui fe terminent en fer à cheval,
& conduisent en pente douce dans les
Bois pui font au deffous , par deux belles
allées de maronniers
Dans le plus bas terrain eft un grand
baffin ,
DE SEPTEMBRE.
baffin , à 200 toifes du Château , dont
on voit le Jet d'eau au travers du veſtibule
en entrant par la porte de la cours
& comme le Parc s'étend fort loin des
deux côtez , & qu'il eft traverfé d'allées
& d'arbres de haute futaye , on a interrompu
la fuite des allées , pour conferver
ce point de vue au Château . C'est en effet
la plus belle perfpective qu'on fçauroit
voir la hauteur & la groffeur du Jer
d'eau paroiffant au travers des allées interrompues.
Ce baflin eft accompagné de deux au◄
tres , moindres en grandeur , aux extremi
rez qui font face aux deux allées qui defcendent
, & un autre encore dans une Salle
de marroniers , qui forme un bofquet magnifique
, regulierement percé de huic
allées qui aboutiffent à ce baffin .
Quoique le Parc ne foit pas d'une grande
étendue , il répond parfaitement à la magnificence
des Jardins , par la varieté des
ornemens , & des beautez de la Nature &
de l'Art qu'on y a confervées & pratiquées
beaux bofquets , grandes allées de
300 & 400 toifes de long , plufieurs piéces
d'eau,arbres d'une hauteur prodigieule, & c .
Monfeigneur le Duc de Bourbon , qui a
acheté Vanvre de M. de Montargis Commandeur
& Secretaire des Ordres du Roy ,
Four lui fervir deMaifon de plaifance depuis
К.Н que
116 LE MERCURE
*
que la Surintendance de l'éducation du
Roy ne lui permet pas de longs fejours à
Chantilli , y a fait quantité d'embeliffemens.
Le Roy partit des Tuilleries à quatre
heures après midi , accompagné de S. A.
S. M. le Duc , de M. le Maréchal de Villeroy,
de M. le Prince Charles , de Mellieurs
les Maréchaux d'Eftrées , d'Uxelles & de
Talard , & autres Princes & Seigneurs de
la Cour , avec le cortege ordinaire . Sa Majefté
arriva à Vanvre avant cinq heures.
S. A. S. Madame la Ducheffe , accompagnée
d'un nombre choifi de Dames , vint
au Caroffe du Roy , & le conduifit dans le
grand Appartement du rez de chauffée.
On avoit eu la précaution de jetter dans
le Parc quelques jeunes Chevreuils pris
dans la Forêt de Chantilli , de même que
des Faifandeaux , &c. Aprés que le Roy
fe fut repolé quelque tems , M. le Duc
vint prendre les ordres pour commencer la
Chaffe. S. M. monta à cheval , on découpla
les chiens de fa Meute au bruit des cors ,
& plufieurs Chevreuils furent lancez dans
fes routes du Parc . Cette chaffe , qui fit
beaucoup de plaifir au Roy , dura une
heure , jufqu'à ce que Sa Majesté ayant
deman lé un fafil , Elle tira fur un Chevreuil
avec toute l'adreffe poflible , & le
rua. On en pourfuivit un autre , que les
chiens pritent.
Toure
DE SEPTEMBRE. IIT
4
Toute la Cour , & tous ceux qui avoient
fuivi la Chaffe du Roy trouverent des rafraichiffemens
fur plufieurs' tables qu'on'
avoit dreffées dans le Parc , & qui fe trouverent
couvertes de Jambons , de Pâtez de
gibier , de Langues , &c. & de toutes fortes
de fruits & de bifcuits. Aux deux .bouts
des tables on avoit placé des Cantines ,
avec du Vin de Bourgogne , de Champagne,
des Vins de liqueurs , du Cidre , de
la Biere , de la Limonade , & quantité d'autres
liqueurs , & d'eaux fraîches & glacées,
que des garçons proprement habillez diftribuoient
fans confufion à tous ceux qui fe
préfentoient.
Deux autres tables furent dreffées à une
petite diftance l'une de l'autre , au milieu
du Jardin , fous deux grandes tentes , l'une
defquelles étoit couverte d'un ambigu magnfique
& délicat , où les Pefches & les
plus beaux fruits de la faifon étoient en
grande abondance ; & l'autre étoit garnie
de plufieurs Cabarers , où l'on fervoit du
Thé , du Caffé , du Chocolat , & toutes
fortes de Sorbets & d'Eaux glacées . Entre
ces deux Tables s'élevoit un grand Buffet
garni de toutes fortes de Vaiffelle de verre
& de porcelaine , pour le fervice de ces
deux Tables , aut tous ceux qui fe préfentoient
n'avoient pas le tems de defirer ,
par l'attention des Officiers de M. le Duc
qui
118 LE MERCURE
qui étoient chargez de ce foin , & par les
Garçons d'office qui executoient leurs ordres.
Le pourtour de toutes ces Tables étoit
orné de feftons & de guirlandes de fleurs ,
& l'approche n'en étoit interdite à perſonne;
les Gentilhommes & les Officiers de
S. A. S. prioient même poliment ceux
qui paroiffoient avoir befoin de cette ce-
•
remonie.
Le Roy , après avoir pris fon fecond
Chevreuil , paffa dans le fecond Parc , &
tua fort adroitement quelques Faifans ,
Perdrix , Lievres & Lapins. Après la Chal
fe, S. M. fit fa collation ; Elle fut fervie
fur les lieux par les Officiers de fon Gobelet
, & le Coureur de vin , qui l'avoient
apportée à l'ordinaire .
Sur la fin du jour le Roy monta dans une
des Caleches qui avoient été préparées ,
avec S. A. S. Madame la Ducheffe , &
Madame la Princeffe de Carignan ; toute
la Cour fuivit le Roy , qui fe rendit dans
le grand Salon , pour entendre le magnifique
Concert dont on va parler , exccuté
par les Muficiens de S. A. S. tres. proprement
habillez des couleurs de Condé , avec
un galon d'argent fur toutes les coutures.
M. Danchet de l'Academie Françoiſe ,
Auteur de ce Poëme , n'a pas eu beaucoup
de tems pour y travailler , ayant été compofé
, mis en mufique & executé en moins
de
DE SEPTEMBRE. TI
de fept jours ; mais de quelle ardeur net
fe fent- on pas animé , quand on prépare
une fefte pour le Roy , & qu'on execute
les ordres de M. le Duc ? On peut dire que
se Divertiffement ne fe fent de la précipi
tation avec laquelle il a été fair , que par
ce naturel heureux qu'ont toujours les ouvrages
qui coulent de fource : on y trouve:
de plus tout l'art & tout l'efprit de la Poëfie
Lyrique.
Le fieur Bourgeois eft Auteur de la Mu
fique vocale , & le fieur Aubert de la Symphonie
. Ils ont grande part l'un & l'autre
à l'honneur de cette Fête.-
DIAN E
Divertiſſement en Muſique.
SCENE PREMIERE.
Une Nimphe de Diane ;
Troupe de Bergers & de Bergeres de Vanvre
& des Hameaux voisins.
LA NIMPHE DE DIANE.
SORTEZ.de
ORTEZ de vos Hameaux, Bergers , raſſemblez.
vous ,
Entrez dans ce féjour , Diane doit s'y rendre s
Venez , vous y jcüirez tous
120 LE MERCURE
·
Du plaifir le plus doúx
Que vous puiffiez jamais attendre ..
DEUX BERGERES.
Quel plaifir imprévû doit y combler nos voeux ?
LA NIMPHE.
Menagez des moments heureux,
Preparez vos Mufettes ,
Par des accords touchants celebrez ce beau jour
Dans vos aimables Chanfonnettes ,
Au timide refpect joignez un tendre amour.
CHOEUR.
Preparons nos Mufettes ,
Par des accords touchants celebrons ce beau jours
Dans nos aimables Chanfonnettes ,
Au timide refpect joignons un tendre amour.
On entend un bruit de Cors."
LA NIMPHE. 1
?
Ces Concerts éclatants annoncent la Déeſſe.
UN BERGER.
Qui conduit elle fur fes pas ?
Eft ce l'Amour qu'elle carefle
UNE BERGERE.
Son auftere fierté ne s'en allarme pas !
*
Tous deux enfemble.
Sans êre armé de traits , qu'il fait briller d'appas !
SCENE
DE SEPTEMBRE.
121
SCENE
DEUXIE'ME.
DIANE.
Chaurs de Bergers & de Bergeres .
DIANE .
Je viens recompenfer le zele ,
Qui dans votre bonheur intereffe les Cieux :
Un Peuple pour fes Rois fi tendre & fi fidelle ,
Merite les faveurs des Dieux.
Vous avez reffenti les plus vives allarmes ,
Pour ce Prince charmant que j'amene en ces
fieux ;
Venez le voir , & que vos yeux
Reçoivent le prix de vos larmes .
Un BERGER & une BERGERE.
Touché des voeux ardents que nous t'avons
offerts ,
Ciel, tu nous rends en lui notre unique efperance;
糖Un feul inſtant de fa preſence
)
Repare tous les maux que nous avons foufferts.;
UNE BERGERE.
Les Ris , les Graces
Sont fur fes traces
L'Amour n'a pas
De plus tendres appas.
L Naiffez
122
LE MERCURE
Naiflez , belles fleurs
Volez , zephire ,
Que Flore l'admire ,
Il charme , il attire
Les yeux & les coeurs.
Les Ris , &c .
DIANE.
Chantez , confacrez la memoire
Du jour qui comble vos defirs ;
De votre feul bonheur LOUIS fera fa gloire ,
Faites vos foins de ſes plaifirs.
CHOEUR DE BERGERS,
Que le Deftin favorable
Réponde à tous fes voeux ,
Qu'il regne , qu'il foit heureux
Autant qu'il eft aimable.
On entend un bruit de Timbales & de
Trompettes.
CHOEUR DE BERGERS.
Quel bruit ! c'eft le Dieu des Combats !
On entend une Symphonie de Flûtes
& de Violons.
DIANE.
Bergers , raffurez- vous , Apollon fuit fes pas.
C
SCENE
DE
SEPTEMBRE,
123
SCENE
TROISIE'ME.
DIANE , MARS , APOLLON ,
les CHO UR S.
MARS & APOLLON.
Nous aimons votre Roy d'une égale tendreffe ,
Nous rendrons tour à tour fon Regne glorieux ;
Il fe fait un plaifir dès fa tendre jeuneſſe ,;
De nous avoir devant fes yeux.
MARS.
Ne craignez pas que je l'engage
A former d'injuftes projets :
Je n'animerai fon courage
Que pour défendre fes Sujets,
APOLLON.
A tout l'éclat de la Victoire ' .
Il fçaura préferer les charmes de la Paix :
Beaux Arts , reprenez votre gloire ,
Vos utiles travaux ont pour lui des attraits.
MARS & APOLLON.
Soyons d'intelligence
Pour affermir toujours la gloire & ſa puiſſance,
DIANE.
Je n'afpire qu'au foin d'offrir à fes defirs
Des jeux & d'innocens plaifirs .
Fortunez Habitans de ces belles retraites ,
Pour lui plaire , uniffons nos voix.
Lij
DIANE
134 LE MERCURE
DIANE les CHOEURS.
Timbales & Trompettes ,
Mêlez vos fons guerriers aux doux fons des
Mufettes :
Chantons un Roy charmant, repettons mille fois,
Que nous fommes heureux de vivre fous fes
Joix !
Cette Piéce plut fort au Roy. , & fut
generalement applaudie de toute la Cour ;
elle dura environ trois quarts d'heure. Les
Diles. Antier , de Larnane , Turquois &
Aubert , ainfi que les Srs . Bourgeois &
Dun firent briller leurs belles voix .
Pendant le Concert grand nombre d'Ouvriers
étoient occupez à l'illumination, qui
fut entierement achevée lorsque la Mufique
finit.
Le Lecteur doit s'attendre dans le recit
de ce fuperbe Spectacle , à quatre differentes
décorations , toutes plus brillantes
les unes que les autres , par les feux d'artifice
& les illuminations , en ne comptant
les quatre faces & la cour du Château que
pour une.
Tous les chambranles des croifées du
premier & du fecond étage , des quatre
côtez de l'édifice , étoient garnis d'un double
rang de lampions , de même que les
Flintes entre les étages , & toute la Manfarde
DE SEPTEMBRE. 127
farde profilée de falots ; dont les croilées
qui font le troifiéme étage , étoient éclairées
en plein , avec des terrines fur des
tablettes , les cheminées bordées & furmontées
chacune d'une piramide de même.
Après que le Roy eut fait quelques
tours fur la terraffe pour joüir de cette illumination
, il fut conduit dans le Cabinet
de M. le Duc , d'où il vit toute la lon
gueur des allées dont nous avons parlé ,
marquées par quatre rangées de falots
chaque If planté entre les arbres , -portant
une terrine allumée. L'efpace du mi.
lieu étoit terminée par une grande pira
mide de plus de 40 pieds de haut , ayant
à fon fommet un Soleil rayonnant .
Après que Sa Majefté eut goûté affez
long- temps le plaifir de ce beau point de
vue , Elle paffa dans l'appartement du
côté oppofé , pour voir le Feu d'artifice
qui étoit en face , à quarante toiles du
Château . C'étoit un Arc de triomphe de
so pieds de haut dont tous les profils
étoient marquez par des lumieres . On
voyoit au milieu de l'arcade un piédeſtal
en forme de fontaine , qui fupportoit un
grand Medaillon , où ces vers Latins , de
la compofition de M. Danchet , fe lifoient
en lettres tranfparentes :
"
Qui nunc in lufus Cælum circumvolat ignis ,
Si tibi erunt hoftes , Gallia , fulmen erit.
Traduction L iij
#26 LE MERCURE
Traduction par M ...
France , fi ton bonheur bleffant tes envicux
A s'armer contre toi peut jamais les refoudre ,
Ces feux , dont tout l'éclat n'eſt que pour plaire
aux yeux ,
Dans les mains de ton Roy fe changeront en
foudre .
Quantité de fufées d'honneur furent
d'abord tirées deux à deux : après quoi les
fens furent furpris de voir fe former ſubitement
une allée de gerbes ou fontaines
de feu , qui placées dans l'intervalle de chaque
arbre , & s'élevant à la hauteur de plus
de quarante pieds , furpaffoient de beaucoup
le fommet des arbres de l'allée ; à la
quelle fucceda une feconde allée en berceau,
& enfin une troifiéme après celle- cy, pareille
à la premiere. Alors la fontaine de l'Arc
de triomphe forma deux napes de feu
& l'on vit la bordure du diftique , lancer
à plus de quarante pieds , tout au tour un
nombre infini de rayons étincelans. Enfuite
on fit jouer les pots à feu & les
caiffes en très grande quantité. Ce premier
feu fe termina par une girande * des
plus magnifiques .
·
* On apelle girande , un amas prodigieux de toutes
fortes d'artifices.
N'oublions
DE SEPTEMBRE. 127
N'oublions pas les deux Ifs , qui terminoient
les côtez de l'Arc de triomphe ,
élevez de plus de trente pieds , & figurez
par des lampions & des terrines , où aboutiffoient
les deux contrallées d'arbres , entre
lesquels on avoit fufpendu fur toute la
longueur , des groffes lampes , qui formoient
des espéces de girandoles.
Le Roy vint enfuite avec toute la Cour
dans le veftibule , pour voir ce qui devoit
fe paffer dans les jardins bas , à la tête du
grand baifin. Le fauteuil de S. M. étoit'
placé fous la principale Porte du Château .'
Cette fuperbe & ingenieufe décoration
confiftoit dans un grand Portique , formé
par cinq arcades , dont celle du milieu dominoit
fur les autres ; elles étoient ſeparées
par des pilaftres , terminez par une
corniche , fur laquelle on voyoit des girandoles
d'illumination , precifément audeffus
de chaque pilaftre. Cinq piramides
occupoient les intervalles fous les arcades,
les quatre des côtez étoient dormantes à
l'ordinaire , mais celle du milieu avoit toutes
les dimenfions d'un cône , fes lumieres.
étoient difpofées en ligne fpirale , elle
tournoit continuellement fur un pivot , &
fembloit faire fortir une clarté des plus
brillantes de la terre , qui fe perdoit dans
les airs . Tout ce Portique étoit éclairé
par des falots.
L iiij U₁
128 LE MIERCURE
Un double rang de terrines formait
une allée depuis le Château jufqu'au grand
baffin , lequel en étoit auffi bordé par un
double rang. Il étoit encore entouré de
groffes gerbes de feu qui s'éleverent tout
d'un coup , dans le moment que le Roy
parut. Enfuite on fit jouer une très grande
quantité d'artifice d'eau , qui fe mêloit
avec celle du baffin , & qui fembloit en
fortir avec plus de force & de vehemence.
Pour dernier Spectacle on avoit placé
entre le Château & le baffin une aigrette.
d'artifice , compofée de pots à feu , qui
partirent tout à la fois , & firent place à
une très-grande giran le plus forte encore
que celle du dernier feu , qui termina
cette fuperbe Fête.
Elle a été deffinée & conduite par M.
Berin , Deffinateur ordinaire du Cabinet
& de la Chambre du Roy. Tout l'artifice
a été executé fous les ordres par le fieur
Morel , Artificier du Roy.
Le Roy n'a jamais paru fi content ni
fi charmé ; I le témoigna à pluſieurs
repriſes à M. le Duc da Bourbon . Sa
Majefté s'amufa encore environ trois
quarts d'heure à jouer au Pharaon ,
avec les Princes , Princeffes , Seigneurs &
Dames de la Cour. Le Marquis d'Entrague
tailloit. Aprés le jeu le Roy tira quel
ques poignées de Louis d'or qu'il Îaiſſa
fuc
DE SEPTEMBRE 1.29
fur la table pour les Cartes ; & ayant
encore voulu fe promener pour voir l'illumination
, dont il ne pouvoit fe laffer ,
S. M. s'en retourna un quart d'heure après,
avec tout fon cortege, reconduite par M. le
Duc de Bourbon , qui d'abord que le Roy
fut rentré au Palais des Thuilleries , monta
dans une Chaife de Pofte pour revenir à
Vanvre , où il devoit y avoir un grand
fouper . En effet , deux tables de 20 souverts
chacune y furent fervies avec toute
la delicateffe imaginable . Madame la
Ducheffe faifoit les honneurs de la
premiere
, & M. le Duc de la feconde . C'étoient
les mêmes tables fous les tentes ,
avec le grand buffet entre deux , qui
avoient fervi aux collations dans le Jardin .
Depuis Farrivée du Roy jufqu'à ſon
départ , on ſervit encore plufieurs tables ,
outre celles des Princes & des Seigneurs ,
pour les Pages , les Gardes du Roy , &
pour les Gens de l'Equipage de S. M.
Après les Feux d'artifice les yeux ne
furent plus occupez qu'à voir la regularité
ingenieufe & brillante de l'illumination
du Bâtiment & des Jardins , qui faifoit
un effet merveilleux pendant la plus
belle nuit du monde : elle éclairoit le
Dôme des Invalides & toute la plaine de
Grenelle , qui étoit prefque couverte de
caroffes & éblouiffoit les yeux de plu-
"
fieurs
130 LE MERCURE
fieurs milliers de perfonnes accouruës de
toutes parts & répandues aux environs.
M. d'Eftin Contrôleur des Mailon &
'Affaires de M. le Duc de Bourbon , étoit
chargé generalement de tout le détail immenfe
de ce fuperbe Regal , où le bon
goût , la delicateffe & la profufion ont
également regné , fans qu'il loit arrivé la
moindre confufion , ni le moindre accident.
AAAAAAAAAAA
LE THEATRE FRANCOIS.
3 .
E 23 Aonft. LE MEDISANT , Comedie
en Vers en cinq Actes , par
M. Deftouches , remife au Theatre , qui a
été fort bien reprefentée .
•
Le 30. NICOMEDE , Tragedie de P.
Corneille où le fieur Baron a joué le
principal rôle , & la Dlle. Lecouvreur celui
de Laodice.
Le premier Septembre , la Tragedie de
MITHRIDATE , où la Dlle. Labatte a rempli
le rôle de Monime , & a augmenté les
efperances qu'elle a déja données de devenir
une bonne Actrice.
Le 19 Sept. LA MORT DE POMPEE' ,
Tragedie de Corneille , où le fieur Baron
DE SEPTEMBRE.
131
a joué le rôle de Cefar , & la Dlle. Lecouvreur
celui de Cornelie.
On a donné enfuite la premiere reprefentation
de la Rivale d'elle même , petite
Piece en profe d'un Acte ; elle eft de M.
de B. jeune Auteur , qui n'avoit encore rien
fait pour le Theatre. Le fujet n'en eft pas
nouveau au Theatre ni dans les Livres de
Nouvelles. C'eſt une femme dont le caractere
eft trés- eftimable , elle aime fon mari
de bonne foy.Celui - ci l'aime paffionément ,
mais c'eft quand il la prend pour une autre
, la trouvant dans un Bal deguifée en
Venitienne . Les fieurs de la Torilliere &
Quinaut & la Dlle. Quinaut la four y
jouënt les premiers rôles , & la petite Dlle.
Lavoye , âgée d'onze ans , y joue le perfonnage
d'une petite fille madrée , qui a
fait beaucoup de plaifir.
Les Comediens François ont reçu quatre
Tragedies & une Comedie , pour être
joüées cet hyver , en cet ordre , fçavoir ;
EGISTE , par M ...
ROMULUS , par M. de la Motte.
ARTAXERXES , par M. Defchamps ,
Auteur de Caton d'Utique .
CORIOLAN , par M. de la Plaine.
L'AMOUR VANGE' , Comedie Par M.
Joly.
L'OPERA.
132
LE MERCURE
L'OPER A.
L'ies reprefentations du Balet des Fêtes
Venitiennes depuis le 29 Août , pour reprendre
THESE'E , qu'on avoit déja joué
en Decembre de l'année derniere . Cec
ancien Opera de Lully , dont le Poëme
eft de Quinaut , eft le feul parmi ceux de
ces deux grands Auteurs qui puiffe le difputer
à Armide , qui a toujours paffé pour
le Coriphée de tous les Opera. Thefée finit
froidement par un divertiffement , auquel
les Spectateurs qui restent ne font pas toujours
fort attentifs.
'Academie Royale de Mufique a ceffé
Cette Piéce , la quatriéme des Opera de
Lully fut reprefentée en grand pompe
pour la premiere fois à S. Germain en
Laye devant toute la Cour en 1675 par
les Muficiens du Roy & par ceux de l'Academie
.
Les endroits qui font le plus de plaific
& qui font adimirez de tout le monde font
la premiere Scene du 2. A &te ,.
Doux repos , innocente paix , &c.
A la 3e. Scene du ze. A&te ,
Princeffe , fçavez- vous ce que peut ma colere
, &c.
A
DE SEPTEMBRE. 133.
Alapremiere & à la ze. du 4e Atte ,
Cruelle , ne voulés - vous pas , &c.
Et
Faut-il voir contre moy tous les Enfers armez
, &c.
A la se. du 4e. A&te ,
Eglé ne m'aime plus , & n'a rien à me dire ,
& c.
Ala premiere du se Atte ,
Ah ! faut il me vanger
En perdant ce que j'aime , &c.
La Scene de Medée qui exhorte le Roy
à empoisonner Thefée , la reconnoiffance
de ce fils & de fon pere ; la fuite de Medée ;
Eglé cedée au jeune Heros , & c. le rôle de
Medée en general eft merveilleux ; celui de
la Grande Prêtreffe au premier Acte
Prions , prions la Déeffe , &c. eft fcientifique
& fort eftimé des gens du métier
mais il eft froid & ne fait pas beaucoup
de plaifir à la multitude.
>
Le fieur Thevenard y a joué le rôle d'Egée
, le fieur Muraire celui de Thefée , la
Dile Antier celui de Medée , & la Dlle.
Tulou celui d'Eglé ; dans cette derniere
repriſe le fieur Chaffé , dont il eft parlé dans
le dernier Mercure , y a doublé le rôle d'Egée
, & la Dlle. Lifarde cy-devant Danfeufe
à l'Opera , a chanté pour la premiere
fois le rôle d'Eglé,
134
LE MERCURE
Le 23 Septembre , le Balet des Fêtes Venitiennes
, avec une quatriéme entrée ,
qui a pour titre l'Opera . La Dlle. Antier y
chante un air Italien de la compofition
de M. Campra , & la Dlle. Hermans chante
une Cantate Françoiſe du même Auteur ,
à la fin de l'Acte du Bal.
COMEDIE
L&
ITALIENNE.
E 24 Aonft, BELPHEGOR ou la deſcente
d'Arlequin aux Enfers , Comedie
nouvelle en trois Actes , avec des agrémens.
Elle eft en François , & s'il en
faut juger par les ris des Spectateurs ,
elle a fort réuffi . On n'a pas cru à propos
d'y introduire Madame Honefta ; en effet
fa fageffe & fa pruderie auroient bien pû
ennuyer. Les Demoniaques ne tombent
point dans de grands excès , leur caractere
eft fort adouci par le chant. Au reste
les Vaudevilles des Intermedes font trèsagréables
& très-bien faits. On en va
juger.
FESTE CHAMPESTRE
Premier Divertiſſement,
Vive Jacquet , vive Colette ,
Et yive Colette & Jacquet &
Colette
DE SEPTEMBRE. 135
Colette quitte la Mufette ,
Pour écouter le flageolet ;
Jacquet déniche la fauvette ;
Qu'un autre attend au trébuchet.
Vive Jacquet , &c.
Parmi la grandeur inquiette ,
L'Amour ne regne qu'à regret ,
Il aime mieux notre retraite ,
Il y goûte un plaifir parfait. ›
Vive Jacquet , & c.
Avec la Bergere folette ,
Ce Dieu va cueillir le muguet ,
Il fait un trait de fa houlette ,
Un bandeau de fon bavolet.
Vive Jacquet , &c.
VAUDEVILLE.
Colette je reffens pour
toi
1
Plus que de la tendreſſe ,
Un trouble , une ardeur qui me preffe ,
Qui me fera mourir je croy.
Ah ! c'eſt un certain , je ne fçai qu'est- ce ;
Ah ! c'eft un certain , je ne fçai quoi.
Jacquet , quoi qu'un autre ait ma foy ,
Laiffe moy faire , laiffe ,
* On a blámé l'expreffion, je ne fçai qu'eft- ce , comme
' étant pas Frangoife
I¢
1:36 LE MERCURE
Je me reprocherois fans ceffe ,
Que quelque amant fut mort pour moi ,
Faute d'un certain , je ne fçai qu'eſt-ce ,
Faute d'un certain , je ne fçai quoi.
La beauté ne sçauroit de foy
Attirer ma tendreffe ;
L'efprit & la delicateſſe ,
Peuvent encore moins fur moi ;
Il faut un certain , & c.
En vain tu voudrois tout pour toi ,
Importune fageffe ;
Quand l'amour de fes traits nous bleſſe ,
L'occafion enfraint fa loy.
On cede à certain , &c.
Pour attirer la dupe à foy ,
Iris fait la tigreffe :
Montrer d'abord trop de tendreffe ,
C'eſt faire mal valoir l'employ.
Il faut , &c.
Que le Public de bonne foy
Aplaudiffe une Piéce ,
Le fâcheux critique ne ceffe
D'exercer toujours fon employ :
Il trouve un certain , je ne fçai qu'eft- ce ;
Il blâme un certain , je ne fçai quoi.
FESTE
DE SEPTEMBRE. 437
FESTE INFERNALE.
Deuxieme Divertiſſement.
Je fuis une ombre du vieux tems ,
Qui jadis fus aimable & belle ,
Rebutant toujours mes amants ;
Je fuis enfin morte pucelle ,
Pucelle à l'âge de trente ans ;
Si des Dieux la bonté fupréme
Me rapelloit de mon tombeau ,
En ferois -je de même ?
Diable zot.
Je fais l'ombre d'un vieux Créfus ,
Qui me plaignois le neceffaire ;
J'amaffois écus fur écus ,
Pour faire un neveu legataire ,
Qui joue & fonds & revenus :
Si je repaffois l'onde noire ,
Mourrois je auprès de mon magot ,
Faute de manger & de boire ?
Diable zot.
Je fuis l'ombre d'une beauté ,
Femme d'un vieux jaloux fans bornes
Il étoit brutal , emporté ,.
Son front meritoit bien des cornes ;
Pourtant il n'en a pas porté :
Si j'avois encor la puiffance ,
M Echaperoit138
LE
MERCURE
Echaperoit il d'être for ?
Aurois- je autant de patience ?
Diable zot.
ARLEQUIN.
Que je veux bien à mon retour
A Belphegor chanter fa gamme ;
Quoi m'envoyer dans ce fejour
Pour m'y faire trouver ma femme ?
C'eft me jouer d'un vilain tour ,
Lors que là- haut il fuit la fienne ;
Pourroit-il me croire affez for
Pour tirer d'ici - bas la mienne ?
Diable zot .
Vous voyez l'ombre, d'un cocu ,
Qui fut toujours d'humeur jalouſe ;
Je méprifai le revenu
De la beauté de mon épouſe ,
Et fus gueux tant que j'ai vécus
Mais à prefent que c'est la mode
Que l'époux partage au gâteau ,
Voudrois je n'être pas commode ,
Diable zot.
Aux ombres, s'il étoit permis
De prendre là- haut leurs volées ,
Combien de morts feroient furpris
De your leurs veuves confolées
Fat
DE SEPTEMBRE. 139
Par leurs Clercs ou par leurs Commis :
Près d'un mourant on fe defole ,
Jurant de le fuivre au tombeau :
Après la mort tient - on parole ?
Diable zot.
VAUDEVILLE du 3. Divertiſſement,
LE BAL.
Il n'eſt qu'un certain temps pour plaires
Iris , vendez cher aux amans
Vos beaux ans g
Vers la fin de votre carriere
Vous payerés à votre tour
A l'Amour
Tous les frais qu'il aura pû faire.
Lors.que dans l'hymen on s'engage ,
Tout plaît , parce qu'il eft nouveau ,
C eft le beau ;
Mais deux jours après on enrage
Du mauvais marché qu'on a fait
C'eft le laid :
On n'a plus d'espoir qu'au veuvage,
Femme trop fage me defole ,
Et fa vertu fait er p de bruit ,
Jour & nuit ,
J'aime mieux une jeune folle ,
Mij Ec
140 LE MERCURE
Et je fuis d'être . Cocu:
Convaincu ;
Nombre que je vois m'en confole.
Amant, que rien, ne vous étonne ,
Quoi qu'on oppofe à vos raiſons
Des Chanfons ;,
Lots que l'horloge carillonne
L'heure du Berger n'eſt pas loin 3
Ayés foin
De faifir l'inftant qu'elle fonne..
Arlequin au Partere..
Si l'on vous demande à la porte ,.
Belphegor a t il réjoui ,
Dites oui :
Si quelqu'un parle d'autre forte ,,
Et veur par contradiction .
Dire non ::
Dites .... que le Diable l'emporte..
L'Auteur de cette Piéce ne s'eft point
nommé..
Le 10 Septembre , Les Comediens Itafiens
ont donné le Bal fur leur Theâtre
de l'Hôtel de Bourgogne , où ils n'ont
pas, eu plus de monde qu'à ceux qu'ils:
ont donnés au Fauxbourg Saint Laurent..
Ils
DE
SEPTEMBRE.
141
Ils ont obtenu la permiffion d'en donner
deux par femaine , la nuit du Dimanche
& du Mercredy , jufqu'aux Avents..
Le 12 Septembre , Le Fleuve d'oubli
petite Piéce Françoife en un Acte , aver
des agrémens & un Vaudeville à la fin.
On la croit du même Auteur que Belphegor
, qui eft fans doute d'un caractere
our d'une profeffion qui ne lui permet pas
de fe découvrir.
Le 23 Septembre , Les Amours Aquatiques
, & les Terres Auftrales , deux
petites Piéces nouvelles.
FOIRE S.
LAURENT .
L
A Troupe de Francifque , qui a obtenu
pour neuf ans le Privilege de
P'Opera Comique, en a commencé la jouïffance
le premier Septembre , par la reprefentation
de trois petites Piéces d'un Acte
chacune . Les deux premieres liées pour le
fujet mettent en action fur le Theatre les
frequens démêlés de la Foire avec les deux
Comedies ; & la protection defintereffée
de l'Opera. La premiere eft intitulée , les
Fanerailles de la Foire , & la feconde , te
Rappel
142 LE MERCURE
募
Rappel de la Foire à la vie ; toutes ces co
miques fituations fe trouvent rendues par
des Vaudevilles choifis , & par des Parodies
heureuſement apliquées . On ne donnera
point ici d'Extrait de ces Piéces . Elles
font imprimées dans le troifiéme Volume
du Theatre de la Foire , qui fe debite
actuellement chés Ganeau Ruë S. Jacques,
aux Armes de Dombes.
A l'égard de la troifiéme Comedie intitulée
le Regiment de la Calotte , & tiffuë de
Scenes épifodiques feulement , c'eſt un
fujet qui malgré fon fuccès , n'eft pas fi
theatral que
les autres , & cela vient de ce
que le redoutable Regiment de la Calotte
n'eft pas auffi connu du Public que des
agreables Officiers qui l'ont formé. Il faut
en crayonner une idée legere ; Cette nombreuſe
Troupe a été levée fans Commiffion
par d'enjoüés Eleves de Momus , qui compolent
l'Etat Major du Regiment. Tout
Superieurs qu'ils font , ils ne dédaignent
pas d'enrôler eux mêmes leurs Soldats . Ce
font generalement tous les Particuliers Nobles
& Roturiers qui paroiffent fe diſtinguer
par quelque folie marquée , ou par
quelque fait ridicule. On devine affez que
les engagemens de ces Soldats ne font
point volontaires , & que prefque tous les
Calotins font enrôlez par force. On ne
follicite ni les Emplois ni les Penſions dans
cet
DE SEPTEMBRE. 143
cet équitable Corps. Tout s'accorde au
feul merite & rien à la faveur. Les Brevers
font diftribués gratis , tant en vers
qu'en profe ; les Secretaires du Regiment
n'y pourroient pas fuffire , fi des Poëtes
auxiliaires ne leur prétoient des ſecours
genereux , en travaillant incognito à l'ex
pedition de ces Brevets. Ils pouffent même
leur zéle plus loin pour la gloire du Regiment
, ils lui fourniffent des hommes
qu'il ne leur demande pas , & font de leur
propre autorité des Recrues de gens qui
deshonoreroient le Corps par leur merite
& par leur fageffe , fi le Commiffaire les
paffoit aux Capitaines. Au refte , ce nombreux
Regiment eft toujours complet . On
n'a jamais pû réuffir à y faire de reforme,
pas même à la Foire.
Quant à la petite Comedie du Theatre
de Francifque , on ne fçait fi les Auteurs
de l'Opera Comique ignoroient les anecdotes
du Regiment , ou s'ils ont voulu les
ignorer. Il eft certain que loin de mettre
fur la Scene rien qui pût s'appliquer
aux Particuliers dignes de ménagement ,
qui fe trouvent Calotins malgré eux.
Tous les portraits y font vagues &
indéterminés. Voici le précis de la Piéce .
Momus fait une querelle à la Folie , fur
ce qu'elle enrôle dans le Regiment tout ce….
qui
144 LE MERCURE
qui ſe preſente , & dit qu'il veut faire une
promte Revue de cette nouvelle Milice.
Son projet s'execute auffi-tôt. Les recipiendaires
paroiffent l'un après l'autre ,
& l'Acte finit par la reception d'une
Troupe de Comediens Etrangers dans le
Regiment . Il eft faux qu'un ordre Superieur
ait retranché une Scene de Poëte
de cette Comedie , ainfi que l'écrivent les
Faifeurs de Gazetins.
Le 16 Septembre, la Troupe de la Lauze,
qui avoit cy-devant le Privilege de l'Opera
Comique , a joué le Jugement d'Apollon &
de Pan par Midas , & la Reforme du Regiment
de la Calotte , Piéces nouvelles ,
precedées d'un Prologue intitulé , la Décadence
de l'Opera Comique l'aîné .
StjbJbstjbJtjbjbjbjbttsb:Jb
MORTS ET MARIAGES
des Pays Etrangers .
M
Gerbrand Pancras Michiels Baron
de Wefterdykshorn , l'un des vingtquatre
Bourguemeftres Regens de la Ville
d'Amfterdam , y eft mort le 26 Aouft.
La Marquife Cevi morte à Rome , y fut
portée au tombeau de fes Ancêtres dans
La Bafilique de S. Jean de Latran , par
les
DE SEPTEMBRE.
143
les Freres de l'Archiconfraternité des Sacrés
Stigmates .
M. Aleffandro Organo da Feraro , en
Tofcane , Evêque de San Severino , eſt
mort dans fon Diocéſe , âgé de foixantelept
ans.
Don Emilio Altieri , Prince de Monterano
, eft mort à Rome le 6 Août , dans
la cinquante & uniéme année de fon âge ,
fort eftimé & fort regretté. On a porté
fon corps à la fepulture de fes Ancêtres
dans leur fameufe Chapelle de Sainte Marie
de la Minerve.
Le Pere Galois , qui a été Aſſiſtant du
General des Auguftins , & Prieur du
grand Couvent de cet Ordre à Paris , eft
mort à Rome la nuit du 22 au 23 Août.
Le Comte de Szembeck Archevêque
de Gnefne , Primat du Royaume de Pologne
, eft mort le trois Août dans fon
Château de Scuirniewits ; fon corps a été
transporté à Gnetne , & inhumé avec les
ceremonies dues à fa naiffance & à fon
rang.
M.Zavizen , qui a été Maréchal de la
derniere Diette de Pologne , eft mort à
Bordizeno.
Don François Riomol de Quiroga , l'un
des Membres du Confeil de Caftille , eft
mort à Madrid le 24 Août dans fa quatrevingt-
huitième année .
N Le
246 LE MERCURE
•
Le Comte de Warvick & Holland Gentilhomme
de la Chambre du Roy d'Angleterre
, eft mort à Londres le 28 Aouſt ,
âgé feulement de vingt- trois ans . M. Rich
Gentilhomme du Prince de Galles , herite
de fes Titres.
Le Chevalier Mathieu Dudley , Commiffaire
de la Doüane , eft mort à Londres
le ...
Le Chevalier David Hamilton , Medecin
du Prince & de la Princeffe de Galles ,
& fort renommé pour les Accouchemens ,
eft mort à Kinſington le 8 Septembre .
L
Mariages.
E jeune Prince Sapieha Polonois , doit
époufer à Petersbourg la fille aînée du
Prince Menzikof.
Le Comte Jean Jofeph de Breuner ,
Chambellan Hereditaire de la Baſſe Autriché
, & Chambellan de l'Empereur , a
époufé à Vienne la Comteffe Françoiſe
d'Avefperg , Daine de Chambre de l'Imperatrice
, le 18 Aouſt.
Le Prince Philippe Lubkowits a époufé
le 25 Août à Vienne la Comteffe Guillelmine
d'Althan. Leurs Majeſtez ont honoré
la Ceremonie de leur prefence , auffi - bien
que l'Imperatrice Amelie & les Archiducheffes.
La Benediction Nuptiale fut donnée
par l'Evêque de cette Ville .
CHARGES
DE SEPTEMBRE. 147
CHARGES ET DIGNITEZ
des Pays Etrangers.
E Cardinal Conti , frere de Sa Sainteté
, a été nommé Elle
par
LECardinalConti, frere de Grand Per
>
nitencier , à la place du Cardinal Paulucci,
qui eft à prefent Vicaire de Rome. Cette
Charge de Grand Penitencier étoit poffedée
par le Cardinal Colloredo quand il
vivoit.
M. Leonini a été nommé par Sa Sainteté
Evêque de San Severino.
Et l'Abbé Billetti , qui étoit Grand
Vicaire de Veroli , & auparavant Grand
Vicaire de Terracine , dont étoit Evêque
-le Cardinal Conti , a obtenu l'Evêché de
Cagli.
་
L'Abbé Torrigiani a été pourvû par le
Pape du Gouvernement de Rietti.
L'Abbé Nicolini a obtenu celui deTerni ;
- & l'Abbé Corfi celui de Tivoli.
:
2
Don François Jofeph de Emparan , Maréchal
de Camp des Armées du Roy d'Elpagne
, a obtenu de Sa Majefté Catholique
le Gouvernement de Fontarabie.
. Don Diego de Noriega , Marquis de
Hermofilla , a obtenu du Roy d'Eſpagne
le Gouvernement d'Occana .
Don Lucas Marc , qui étoit Gouverneur
de la Greye de Valence , a été gratifié
Nij par
148 MERCURE LE
par le Roy d'Efpagne d'un Brevet de Colonel
, & de la Lieutenance de Roy de la
Ville de Cartagene dans les Indes .
Don François de Balanca , Grand Commandeur
de Caftille , & Maréchal des
Camps & Armées de Sa Majefté Catholique
en a obtenu une place d'Enfeigne dans
fes Gardes du Corps.
Le Comte de Butte , l'un des feize Pairs
d'Ecoffe , a été nommé par le Roy d'Angleterre
Gentilhomme de fa Chambre
à la place du Lord Carteret , qui a reſigné
cet Employ.
Le Duc de Rutland , fils aîné du Lord
Cornwallis a été auffi fait Gentilhomme
de la Chambre par le Roy d'Angleterre ,
à la place du Comte de Warvick & Holland.
Le Chevalier Jean Evely a été nommé
Commiffaire de la Douane , à la place du
Chevalier Dudley.
Le Lord Clinton a obtenu du Roy d'Angleterre
la Charge de Lord Lieutenant &
Gardes des Archives du Comté de Devon
& de la Ville d'Excefter , fur la demiffion
volontaire du Lord Carteret.
Le Vicomte de Grandifon a été créé
Comte d'Irlande .
L'Evêque de Winchefter a été inftalé
Prélat de l'Ordre de la Jarretiere dans le
Chapitre tenu le 3 Septembre . Cette
Dignité
DE SEPTEMBRE. 149*
Dignité eft attachée à fon Diocéfe .
Le fils du Chevalier Sawnderfon , Huiffer
de l'Ordre , auffi - bien qu'à Verge
Noire , fut le même jour declaré Subftitut
de fon pere.
Le Duc de Chandois a été nommé
par
le Roy d'Angleterre Lieutenant Gouverneur
& Cuftos Rotulorum du Comté de
Hereford , à la place du Comte de Ko
nisgby.
Le Lord Harcourt a été créé Vicomte
de la Grande Bretagne.
Et le fieur Lechmere Baron de la Grande
Bretagne.
aruunive
NOUVELLES E'TRANGERES.
De Petersbourg le 4 Août.
E3 Août leurs Majeftez Cz. accom-
Lpagnéesdu Ducde Hotéis, alcent
par eau à Caterine Hoff , d'où elles revinrent
ici fur les onze heures du foir. Le
Conte Golofskin doit le régaler demain
magnifiquement avec tous les Miniftres
étrangers . On ne fçait rien encore de pofitif
des negociations de Neuftad . Le 6 on
celebra les deux victoires navales remporréés
fur les Suedois , l'une le 6 Août 1714 ,
& Pautre le 6 Août 1720 : on chanta le
Niij Te
150
LE MERCURE
Te Deum à l'Eglife de la Trinité. Le Czar
y affifta avec les Senateurs & Generaux .
Après la ceremonie S. M. Cz . fit lancer à
Peau deux nouveaux Bâtimens de 60 pieces
de canon , l'un nommé le Pantelemon ,
l'autre la Victoire. Le Czar partit le 10
avec le Duc de Holftein pour prendre à
Cronflot le Vice- Amiral Wilfter , qui a
quitté le fervice de Suede , eft arrivé à
Petersbourg avec les deux fils. Il a été
reçu avec une extrême confideration . Le
Tréfor doit lui payer l'équivalent des biens
qu'il a laiffez dans fa Patrie ; il doit fervir
fur la grande Flotte , & fes deux fils y
commanderont deux Vaiffeaux de guerre.
Le Czar eft revenu le 22 avec fa fuite :
Sa Majesté qui avoit regalé le Duc d'Holftein
, les Senateurs & les Generaux qui
l'avoient accompagné dans toutes fes Maifons
de plaifance, leur adonné à fon retour
le divertiffement d'un combat naval tant
des Galeres que des Vaiſſeaux de guerre.
I
De Varsovie le 12 Août.
'Evêque de Plosko qui s'étoit rendu
à Varfovie , fur la nouvelle de la mort
de l'Archevêque de Gnefne , pour folliciter
cette importante dignité , eft tombé
en apoplexie le 8 Août , le danger n'a
pas été long , il fe porte mieux ; il a
pour concurrens dans fa demande les Evêques
DE SEPTEMBRE. 151
ques d'Ermeland & de Cracovie. Le Grand
Vific a écrit au Hofpodar de Walaquie ,
pour l'inviter de fe rendre à Conftantinople
, où l'on doit faire inceffamment la
Circoncifion des Princes Ottomans Sultan
Mehemet , Sultan Soliman , & Sultan
Bajazet. C'eft en qualité de Prince Tributaire
de la Porte , que le Hofpodar de Wa
laquie eft appellé à cette fête . Le Nonce du
Pape doit partir le 15 pour fe rendre à
Winvifobo , où il recevra le Comte Archinto
, qui vient le relever. On a reçu
de Drefde de nouveaux ordres du Roy
pour arrêter les fuites fâcheufes des courfes
des Tartares . Les Compagnies Polonoifes
& les Regimens de Dragons doivent
s'affembler inceffamment
vrir les frontieres du Royaume , par les
foins du Grand General de la Couronne .
Les dernieres Lettres de Kaminiek difent
que les Turcs continuent avec activité
leurs préparatifs de guerre. On apprend :
qu'ils achettent tous les cuirs propres à
faire des Pontons . On affure que douze
Regimens Saxons doivent marcher vers
les frontieres de Podolie . Un efpion arrivé
depuis peu de Turquie , rapporte qu'on
avoit fait partir de Conftantinople un
grand nombre de Canons nouvellement
fondus , pour les mettre dans les Magafins
d'Azof & de Choczin .
pour cou-
N iiij De
52
LE MERCURE
L
De Stokholm le 13 Aonft.
E Comte de Degenfelt eft retourné à
Caffel ; il eft parti de cette Ville le r0-
Le même jour l'Amiral Norris manda par
un Exprès qu'un Païfan l'avoit averti que
la Flotte du Czar avoit paru dans la Riviere
de Carpo , fur les côtes de Finlande ,
vers l'Ifle d'Ahland ; cet avis ne s'eſt pas
Trouvé jufte , & les Officiers generaux
commis pour le rectifier ont rapporté à
Stokolm qu'on n'avoit découvert en mer
que quelques Galeres Rulliennes ſeulement.
Ilgft arrivé deux Exprès de Neuftad
le 14 & le 15 , dont les dépêches ont
été tenues fort fecretes . Les Couriers que
T'on a renvoyés en confequence , portent
des ordres aux Plenipoientiaires Suedois ,
qui font efperer une Paix prochaine . Le-
Comte Lewenhaut a près de 30 Officiers
relâchés par le Czar , qui s'étoient embarqués
à Revel fur un Brigantin , font arrivés
à bord de la Flotte Suedoiſe , fuivant
les Lettres de l'Amiral Sparte. Le 14 le
le Roy foupa à Homelgarde , & le repas
fut fuivi d'un grand Bal. Le 15 Sa Majesté
eut un leger accès de fiévre qui n'a eu
aucune fuite dangereufe. Les deux mois .
de la fufpenfion d'armes convenuë entre
le Czar & Sa Majesté Polonoife , font expirés
;
DE SEPTEMBRE.
pirés ; ainfi comme il n'y a rien d'arrêté
à Neuftad , les Troupes a qui on a confié
la garde des côtes efteront dans leurs
poftes jufqu'à nouvel ordre ; on a revoqué
la permiffion d'entrer en quartier qui leur
avoit été accordée . Les deux Flottes unies
renforcées de mille hommes d'élite , font
dans une fituation avantageufe pour s'oppofer
aux nouvelles defcentes , fi l'on en
tentoit encore.. Les allarmes font pourtant
preſque appailées , par la nouvelle qu'on
a reçûë depuis peu qu'on étoit prêt de
figner à Neuftad les préliminaires de la
Paix , & qu'il ne reftoit à lever que quelques
legeres difficultés au fujet de la féparation
de la Finlande . La tranquilité s'eft
affermie quand on a fçu que les Vaiffeaux
& Galeres Mofcovites avoient quitté l'Ifle,
d'Ahland , pour ſe rendre dans leurs Ports..
De Coppenhague le 19 Aouſt..
E Roy a nommé des Commiffaires
Lou reglerPétat des dommagesque
les Troupes ont caufés depuis 1713 dans
les differens quartiers qu'elles ont occupés .
Sa Majesté D. veut bien donner des dé
dommagemens aux Bourgeois & aux Payfans
qui en ont été incommodez. Le Baron
de Bothmar , Miniftre du Roy d'Angleterre
pour la Cour de Brunswick , eft
parti
154 LE MERCURÈ
parti le 17 pour le Holftein , où cette
Cour eft actuellement. Le Vice Amiral
Bille qui eft revenu de Petersbourg ,
a rendu compte de les négociations. Le
Roy & la Reine font allez à Gottorp . On
a fait à Coppenhague de grands préparatifs
pour y recevoir le Prince Royal & la
Princeffe fon époufe. Les fix Vaiffeaux
Anglois chargés de provifions pour la
Flotte Angloife , font fortis de ce Port le
8 Août. Ils n'ont payé aucun péage en
paffant le Détroit du Sund ; ils vont joindre
à Stokolm l'Amiral Norris . On doit faire
le
4 Septembre l'inauguration du Roy , en
qualité de Duc de Sleswick , dans la capitale
de ce Duché , où le Prince Royal
& la Princeffe fon époufe firent leur Entrée
publique le 28 Août. Le Roy les y
reçut avec toutes les marques de tendreffe
les plus vives & les plus finceres . Toute
la Nobleffe de la Cour & de ce Duché
qui s'y étoit renduë , complimenta S. A. R.
fur fon heureux mariage.
De Vienne , le 16 Août.
N croyoit que le Cardinal de Schonborn
fuccederoit au Cardinal d'Altan
dans l'Ambaffade de Rome , inais comme
il eft chargé de faire executer les Mande .
mens ¡mperiaux au fujet des Griefs de Religion
DE SEPTEMBRE.
ISS
ligion de la Ville de Spire , il ne paroit
pas qu'il puiffe s'en éloigner jufqu'à la
conclufion de cette affaire . Les Proteftans
de Hongrie follicitent l'execution des Ordres
favorables donnés par S. M. I. en
faveur de leurs Eglifes & de leurs Ecoles.
On prétend que les Turcs fortifient Widin ,
Nizza & autres Places fur le Danube , &
qu'ils ont envoyé de nouvelles Troupes
vers le Dnieper. Le Comte de Zinzendorf
Grand Chancelier , qui étoit allé conferer
avec l'Evêque de Paffau à Konigſtette au
fujet de l'érection de l'Evêché de Vienne
en Archevêché , eft revenu le 14 , fans
avoir pû tien obtenir de ce Prelat , qui
refuſe de confentir au démembrement de
fon Evêché , quoiqu'on lui offre un équi .
valent. Il reprefente que le hapitre n'y
veut pas confentir ; armé de ce pretexte
il fe défend avec fermeté. La Daterie de
Rome n'a point encore envoyé le Pallium
du nouvel Archevêque . Elle demande
trente mille florins pour le prix de fes
Bulles. Le Comte Etienne de Kinski,frere
de l'Ambaffadeur Imperial à Rome , eft
tombé malade à Prague en allant à Petersbourg.
Milord Forbes qui commande.
les Troupes Navales de l'Empereur , preffe
vivement pour faire élargir le Port de Comacchio
, & pour établir avec folidité la
navigation du Levant . Le 15 , on tint un
grand
756 LE MERCURE
grand Confeil au Palais de la Favorite
fur les affaires des Pays- Bas Autrichiens ,
& fur celles de l'Italie . Six Regimens de
Cavalerie ont ordre de s'y rendre. Le 27
Août l'Empereur , l'Imperatrice & les Archiducheffes
fe rendirent à Ort , Maifon
de plaifance éloignée de Vienne de quatre
lieuës , là leurs Ma eftez prirent le divertiffement
de la chaffe du Cerf , & retournerent
le foir au Château de la Favorite.
Le 28 l'anniverfaire de la naiffance de
P'Imperatrice fut celebré au Palais . Cette
Princeffe entroit ce jour là dans la trente
& uniéme année de fon âge. Leurs Majeftez
Imperiales dînerent en Public , &
l'après midi on reprefenta devant Elle un
Opera nouveau , intitulé Meride & Se
linunte. Le Prince Eugene doit aller pour
quelques jours à fon Ifle fituée en Hongrie,
avec le Prince de Lichtenftein & quelques
autres Miniftres.
L
De Londres , le 29 Aoust..
E Duc de Grafton , Viceroy d'Irlande,
eft partit pour aller convoquer le Parlement
de ce Royaume- là , qui doit s'affembler
le huit Septembre. Le Comte de
Cadogan fit le 26 dans Hydeparc la revuë
des trois Regimens des Gardes Infanterie.
Le Roy eft toujours à Kinfington en parfaite
DE SEPTEMBRE.
EST
faite fanté. Leurs Alteffes Royales le Prince
& la Princeffe de Galles font auil à leur
Maifon de Plaifance de Richemont. La
Comteffe Douairiere de Stanhoppe açcoucha
le 30 Août d'un fils & d'une fille ;
la même fecondité lui arriva il y a fept ans.
L'on mande de la Barbade que la recolte
du Sucre a fort diminué cette année , &
que les Plantations qui rapportoient cent
barriques de fucre par an , n'en ont pas
rendu dix. Le Capitaine Stuart Plenipotentiaire
de S. M. Britanique auprès da
Roy de Maroc , a terminé heureuſement
fes negociations. Il eft revenu de Miquenés
à Tetuan , avec un grand nombre
d'Efclaves Anglois qui lui ont été rendus .
Le s de Septembre on publia la proclamation
Royale pour faire affembler le
Parlement le 31 Octobre prochain. Les
Seigneurs de la Chambre Haute & les
Membres des Communes doivent s'y trouver
tous pour deliberer fur des affaires
importantes. Les Directeurs de la Compagnie
de la Mer du Sud font charger le
Vaiffeau le Royal Georges de toutes les
marchandifes propres au commerce des
Indes Efpagnoles ; & la Compagnie des
Indes Orientales a reçu avis qu'il étoit
arrivé aux Dunes trois de fes Vaiffeaux.
·le Carnarvan ; le Bridwater , & le Duc de
Torck
De
158 LE MERCURE
De Madrid , le 12 Août.
A Cour qui étoit à Balfaïm eft retour-
Lnée à l'Elcurial , & y a celebré la Fête
de S. Laurent. Le Marquis de Lede eft
parti le 9 pour vifiter la Catalogne , l'Andaloufie
, l'Arragon , Valence , Biſcaye , &
y faire la Revue des Troupes. On ignore
s'il fera la Reforme , & fi le dernier plan
arrêté fera fuivi exactement. Une Tartane
venue des Ifles Canaries aprend que
les Galions partis le 21 Juin dernier des
Côtes d'Espagne , avoient paffé le 29 du
même mois à la vûe de ces Ifles , & pourfuivoient
leur route vers les Indes avec la
faveur des vents. Les Maures rebutés par
les grandes chaleurs ont levé le blocus de
Ceuta , & fe font retirés dans leurs quar
tiers. On mande de Cadix que le Vice-
Amiral de Somelfdick doit remettre à la
voile le 13 Août avec deux Vaiffeaux de
fon Efcadre , qui feront fuivis par les autes
, dès qu'ils feront radoubés. Le 25,
jour de la Fête de S. Louis , dont le Prince
des Afturies porte le nom , il y eut au Pa-
Jais un grand concours de Miniftres Etrangers
& de Seigneurs de la Cour. On complimenta
le Prince au fujet du jour de fa
Fête , qui eft aufli celui de fa naiffance. Le
même jour le Marquis d'Ariza prit pa
icfion
DE SEPTEMBRE 159
feffion de la Grandeffe que S. M. C. lui a
accordée : le Duc de Medina Sidonia qu'il
avoit choisi pour fon Parrain dans cette
Ceremonie , y avoit invité tous les Grands
du Royaume , qui fe trouverent alors à
Madrid , & les regala enfuite magnifiquement.
L
De Rome , le 2 Août.
E Samedi 26 Juiller, l'Archevêque de
Trani batila dans Sainte Marie de la
Minerve une fille de la Marquiſe Gionanna
Gomez Doria , qui fut tenuë fur les Fonts
par le Cardinal Spinola , & fut nominée
Anna Maria Franceſca Lucretia Simforefar
Le Dimanche fuivant , le Cardinal Tanara
Doyen du Sacré College , fit dans l'Eglife
de S. Ignace la ceremonie du Sacre de l'Evêque
de Bifignanon fon Auditeur. Il fut
affifté dans cette fainte fonction par l'Archevêque
di Damafco Secretaire des Evêques
& des Reguliers , & par l'Evêque
de Boiano Vicegerent. Le même jour
l'Evêque de Fano fut facré dans l'Eglife.
de S. André della Valle par le Cardinal
Buon Compagnoni Archevêque de Bou
logne affifté de M. Criftofaro Batelli ,
Archevêque d'Amafie , & de M. Tomaſſo
Cervini Archevêque de Nicomedie. Le
Lundi au foir le Cardinal de Rohan donna
dans fon Palais une Fête à une Affemblée
>
choifie
бо LE MERCURE
choifie de Cardinaux & autres Perfonnes
de grande diſtinction. Le fouper fut magnifique
, & precedé d'une Muſique exquite.
Ony chanta une Cantare compofée exprès
pour le fujet. Le Mardi matin le Cardinal
d'Altan eut fa premiere audiance du Pape
en qualité d'Ambaffadeur de Sa Majesté
Imperiale. Cinq Prelats l'accompagnerent
dans fon Caroffe,l'Archevêque di Damasco,
l'Archevêque de Lariffa , l'Archevêque de
Trani , l'Evêque de Lipari , & l'Evêque
de Sarfina. Dans la même matinée M. Mario
Bolognetti nouveau Clerc de Chambre,
prêta ferment pour cette Charge entre les
mains du Cardinal Albano Camerlingue
de la Sainte Eglife. Le trois Août , jour
de S. Ignace , la Maifon Profeffe de la
Compagnie de Jefus , qui poffede le corps
de fon Fondateur , celebra pompeufement
la folemnité de la Fête , qui avoit été
commencée la veille par les premieres Vêpres
& par les fanfares des Trompettes
& le bruit des Timbales. Plufieurs Cardinaux
vinrent dire la Meffe dans cette
Eglife , le Pape s'y rendit lui -même ; le
Cardinal Corradini & le Cardinal Olivieri
Secretaire des Brefs étoient dans le Caroffe
de Sa Sainteté , & le Connestable Colone
à cheval l'accompagnoit fuivi de plus de
quarante Cavaliers. Sa Sainteté fut reçue
à la Porte de l'Eglife par vingt-lept Car-
8 dinaux
DE SEPTEMBRE. 161 .
dinaux & par le R. Pere Tamburrini General
des Jefuites , qui eut l'honneur d'entretenir
fort long temps le Pape. Après la
Grande - Meffe le R. Pere Vincenfo Caravita
Napolitain , & Religieux de la Compagnie
de Jefus , prononça le Panegirique de S.
Ignace , avec l'applaudiffement de fon illuftre
auditoire. Le Cardinal Conti s'eſt
rendu le même jour à S. Pierre pour prendre
poffeflion de fa Charge de Grand Penitencier
, il y fut reçu par quatre Chanoines
& quatre Beneficiers , qui après la :
Priere faite , le conduifirent au Tombeau
des Saints Apôtres , où il étoit attendu
par tous les Officiers de fon Tribunal
qu'il occupa pour la premiere fois.
-
Le Pape alla le fix au Monaftere des
Religieufes de S. Sixte de l'Ordre de Saint
Dominique , où vingt - trois Cardinaux le
reçûrent , les Religieufes lui báiferent les
pieds , & lui prefenterent un Portrait de
Saint Pie , exécuté par une fille illuftrë
dans la miniature ; ce tableau étoit orné
d'une très belle bordure dans le goût des
Indes. La R, M. Suor Maria Ifabella Rufpoli
, petite niéce de Sa Sainteté , & fillè
du Prince de Cerveteri Rafpoli , eft Religieufe
dans ce Couvent. Le Pape accorda :
auffi la " permiffion de lui baifer les pieds
à la Ducheffe d'Acquasparta fa fceur , à la
Ducheffe de Sforce , à la Princeffe Rufpolf,
0 .
162 LE MERCURE
à la Princeffe Barberini la mere , à la Do
cheffe de Gravina Urfini , à la Comteffe
Borromei la mere , à la Princeffe de Fiano,
auffi-bien qu'à D.Vittoria Sfoffa, fille duDuc
de ce nom , & à D. Vittoria Rufpoli , qui
eft élevée par les Religieufes de S. Sixte .
5
Le 10 Août , le Conneftable Colone
donna une très - belle ferenade à la Pilora,
fur l'un des deux ponts qui joignent fon
Palais à fes Jardins . Il fe trouva dans le
bel appartement voilin du concert une af
femblée des plus qualifiées & des plus
brillantes , qui fut regalée de rafraichiffemens
& de confitures. La fête fe termina
par un beau feu d'artifice mais elle fur
interrompue par un trifte accident. Deux
Eftafiers d'un Cardinal invité s'étant que
rellés firent du bruit , qui attira fur un
balcon une partie de l'affemblée . Le balcon
trop chargé fondit auffi - tôt , & écrafa un
Domeftique du Cardinal Prisli , qui dormoit
auprès. Le Marquis Gabrielli fe rome
pit un bras & une jambe , le Baron Mantona
Ecuyer du Cardinal Priuli , s'eft frapé
fi rudement la poitrine dans fa chûte, qu'il
en eft mort deux jours après. Don Aleffandre
Colone Carboniano n'a point été
bleffé , étant tombé fur les deux autres.
L'Abbé Copelli & l'Abbé Caneftra ont été
quelques jours en danger de la vie . M.
Cinftiniani , Receveur de Malthe , a prefente
DE SEPTEMBRE 163
fenté le 19 Août une Croix de cet Ordre
à Don Camille Cibo Patriarche de Conftantinople
, & Auditeur General de la
Chambre Apoftolique. Cette Croix eft
garnie de diamans , & a été envoyée par
le Grand Maître , qui en a envoyé une pareille
à Don Carlo Conti ; on croit qu'il
ne la portera que quand quelque Commanderie
fera vacante. Le Grand Duc de
Tofcane a envoyé à Don Mario Antonio
Conti neveu de Sa Sainteté , la Croix de
l'Ordre de S. Eftienne. Le malheur arrivé
à la fête donnée par le Connêtable Colone
a fait prendre les précautions les plus fûreş
dans celle donnée le 14 par le Cardinal
Ottoboni. Son Palais fur magnifiquement
illuminé ; un choeur nombreux d'excellentes
voix & d'habiles Simphonistes executa
une Cantate de la compofition de ce
Cardinal . Cette Cantate étoit intitulée
Rome joyeuse pour l'Exaltation de fon trés-
Saint Pasteur Prince & Citoyen. Ces Vers
exprimoient les fentimens de cet illuftre
Poëte & ceux de tous les Sujets de Sa
Sainteté. Le Concert fut fuivi d'un feu
d'artifice ; la décoration du feu reprefen
toit le Temple de Minerve, & les quatre
parties du Monde qui venoient y prefen
ter leurs offrandes. Le Duc de Bracciano
a obtenu enfin la difpenfe qu'il follicitoir
& il va époufer la Princeffe Borghese ,
O ij
*
foeur
164.
MERCURE LE
foeur de fa premiere femme.
Le 19 , le Cardinal de Rohan reçut la
nouvelle de la maladie du Roy Très - Chrétien
, fes allarmes ne furent pas longues ,
un fecond Courier lui aprit le 22 l'heu
reufe convalefcence de Sa Majesté . Il
annonça cette nouvelle au Pape dans une
audience particuliere qu'il en obtint le 23 .
Le 25 , jour de la Fête de S. Louis Roy de.
France , fut celebré dans l'Eglife de la
Nation Françoiſe avec une plus grande.
folemnité qu'à l'ordinaire. Trente - neuf.
Cardinaux invités par le Cardinal de
Rohan formerent une augufte affemblée ,
qui reçut Sa Sainteté dans cette Eglife ,
où Elle vint prendre part à la joye de lá
Nation , & mêler fes Prieres aux Prieres
publiques cette Ceremonie fut fuperbe ,
01 les Domestiques duCardinal de Rohan
étoient vêtus d'habits neufs , & on compra
dans fon cortege dix de fes caroffes magniquement
dorés. Le Pape fit éclater une
entre ffe particuliere pour Sa Majesté
Très -Chrétienne dans les deux audiences
qu'il accorda ce même jour au Cardinal
de Rohan. Le foir , prefque toutes les
rues de Rome furent illuminées ; tous
les François fignalerent leur zéle & leut
joye par les démonftrations les plus vives,
& furent fecondés par le Cardinal Aquaviva
, & les Miniftres de Sardaigne , de
0.15
Baviere .
DE SEPTEMBRE.. 165
Baviere , de Lorraine , de Parme , & autres
Miniftres Etrangers , qui diftinguerent
leurs Palais par des illuminations .
MORTS DE FRANCE.
MLouis ,
. de Gifars , Chevalier de Saint
Louis , Gouverneur de la Citadelle
de Cambray eft mort fubitement le premier
Septembre.
M. de Planipouin , Chevalier de Saint
Louis , Gouverneur de Valence en Dauphiné
, eft mort le Aouft.
M. de Savalu , Ayde Major d'Arras ,
eft mort le C
M. de Croiffy , Capitaine des Portes à
Douay, y eft mort le
eft mort le "Aouft .
M. Du Fort , Chevalier de Saint Louis ,
Brigadier de Dragons , & Gouverneur du
Fort de la Scarpe près de Douay , eft
mort le
M. des Rives , Ayde- Major & Capiraine
des Portes du Fort Blin près Salins ,
eft mort le
Dame Marie Franquin eft morte , & a
été enterrée le 22 Septembre à l'âge de
65 ans. Elle étoit veuve de M. Martin
de Marcara Avanchini Gentilhomme Perfan
, Confeiller au Confeil Souverain de
Pille Dauphine ; & Directeur de la Compagnic
166 LE MERCURE
pagnie des Indes Orientales de Perfe &
des Pays du Sud . Son corps a été tranfporté
aux Capucines.
Dame Gabrielle Angelique Bigres , époufe
de M. Berenger Philip. Ecuyer Baron
de Rye , ancien Confeiller- Secretaire du
Roy , eft morte le dernier Aouft .
M. Thierry Avocat au Confeil , Confeiller
Secretaire & Interprete de Sa
Majesté , eft mort le 5 Septembre.
-
Dame Marie de May, Nourice de S. M.
C. le Roy d'Efpagne , veuve de M. Ronlié
, Valet de Chambre de S. M. C. eſt
morte le 17 Septembre.
- M. Jean Gaisdon Irlandois , Maréchal
des Camps & Armées du Roy , eft mort
le 11 Septembre , âgé de 62 ans .
M. du Verger & de la Chaye , Ayde des
Camps & Armées du Roy , eft mort le
23 Septembre.
Dame Marie Hortence le Haquais ,
veuve de M. de Boiffet , Maitre d'Hôtel
ordinaire du Roy , eft morte à Port
Royal à Paris , le 9 Septembre , âgée de
82 ans.
Dame Catherine Renée Olier , époule
de M. le Comte de Troisvilles , Enteigne
de la premiere Compagnie des Moufquetaires
du Roy , en decedée à Paris le 18
Septembre , âgée de 24 ans .
Urbain le Goux de la Berchere , Chevalier
,
DE SEPTEMBRE. 167
1719.
*
valier , Confeiller du Roy en fes Conteils,
Maître des Requêtes honoraire 'de fon
Hôtel , eft decedé le 30 Août dernier
après une longue malade , âgé de 79 ans ;
il avoit été fucceffivement , Intendant de
Moulins , d'Auvergne , de Montauban , &
de Rouen ; il étoit frere de défunt M. Charles
le Goux de la Berchere Archevêque &
Primat de Narbonne , decedé le 2 Juin
La famille de Mrs de la Berchere a
donné plufieurs Premiers Prefidents , tant
au Parlement de Dijon , qu'au Parlement
de Grenoble , & fon ancienneté eft connue
avec honneur dans la Province de Bourgogne
. Défunt M. de la Berchere avoir
époulé Dame Antoinette le Févre d'Eaubonne
, decedée le 29 Decembre 1708 ,
de laquelle il a eu M. Louis le Goux de
la Berchere , Chevalier , Comte de la Ro
chepot , à prefent Confeiller d'Etat ordinaire
, marié au mois de Janvier 1706 à
Dame Magdelaine Charlotte Voyfin , fille
de défunt M. Voyfin , depuis Chancelier
de France.
François de Mailly , Cardinal Prêtre
Archevêque Duc de Reims , Premier Fair
de France , Abbé de Saint Etienne de
Caën & de Maffey , eft mort le 13 Sep
tembre à quatre heures du foir dans fon
Abbaye de Saint Thierry en Champagne,
étoit âgé de 63 ans : il étoit né le 4
Mars
4768 LE MERCURE
:
Mars 1658 il étoit fils de Louis Marquis
de Mailly & de Nefles , & de Dame Jeanne
de Monchy. Il fut nommé à l'Archevêché
d'Arles en 1697 : il fut Archevêque de
Reims en 1710 , & fut fait Cardinal paɛ
le Pape Clement XI. le 29 Novembre
1719 .
Marguetite Louife d'Orleans , petite
fille de France , Grande Ducheffe de Tofcane
, eft morte le 17 Septembre , âgée
de 77 ans , étant née le 28 Juillet 1645 : ·
Elle étoit fille de Monfieur Gafton Jean-
Baptifte de France , Duc d'Orléans , Frere
unique de Louis XIII . & de Marguerite
de Lorraine fa feconde feimine. Le . 19
Avril 166 elle époufa Cofme III . de
Médicis , Grand Due de Tofcane: Elle a
eu de ce mariage Anne - Marie- Louiſe de
Médicis, née le 11 Aouft 1667 , qui avoit
été mariée à Jean Guillaume dernier Electeur
Palatin , le 29 Avril 1691 , & Jean
Gafton de Médicis , Prince hereditaire de
Tofcane , né le 24 May 1671 , qui le z -
Juillet 1697 époufa Anne - Marie Fran
çoife , fille de Jules François Duc de Saxe
La vembourg , & veuve de Philippes Guillaume
Augufte Comte Palatin. Le corps
de Madame la Grande Ducheffe a été porté
fans aucune ceremonie le 19 au Couvent
des Religieufes de Picpus Fauxbourg Saint
Antoine , conformément à la derniere vo
lonté
DE SEPTEMBRE. - 169
lonté de cette Princeffe formellement
énoncée dans fon Teftament.
MARIAGES.
Faela Boidiere , fils de M. le Come de
Rançois de la Fontaine Solare , Comte
la Boiffiere , Chevalier de Saint Louis , &
Lieutenant de Roy de la Ville de Dieppe ,
& de Dame Marie Anne Bail d'Orcamps ,
a époulé à Saint Eustache le 14 Septembre
Damoiselle Marie- Anne- Henriette de
Boulainvilliers , fille de M. le Comte de
Boulainvilliers , diftingué par la litterature.
On avoit annoncé dans le Mercure de
Juin & Juillet le mariage arrêté entre
M. le Chevalier de Lorraine , & Mademoifelle
de Beauvau- Craon . On a fçû depuis
qu'il avoit été celebré à Luneville le
19 d'Août avec beaucoup de folemnité.
Jacques-Henry de Lorraine connu avant
fon mariage fous le nom de Chevalier de
Lorraine, eft né le 14 Mars 1698 de Charles
de Lorraine , & de Catherine - Therefe
de Matignon.
Charles de Lorraine 5. fils de Henry
Comte d'Harcourt , d'Armagnac , &c.
Grand Ecuyer de France , & de Marguerite-
Philippe du Cambout , né le 8 Avril 1648 ,
fut Comte de Marfan , Sire de Pons , Prince
de Mortagne , & c . Il eft mort le 13
No
vembre 1708.
PL
170 LE MERCURE
Le premier Mars 1683 , il époufa 1 ° .
Marie d'Albret , fille unique de Cefar-
Phebus d'Albret , Comte de Mioffens ,
Maréchal de France , & Veuve de Charles
d'Albret Sire de Pons , Prince de Mortagne
, morte fans enfans.
Il prit une feconde alliance avec Catherine-
Therefe de Matignon, Veuve de Jean-
Baptifte Colbert , Marquis de Seignelay ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , &c, de lalaquelle
il a eu ,
1º. Louis de Lorraine Prince de Pons ,
Comte de Marfan , &c, le 19 Novembre
1696. il a époufé le premier Mars 1714
Elizabeth de Roquelaure fille de Gaſton-
Jean -Baptifte- Antoine Duc de Roquelaure,
& de Marie de Laval.
20. Jacques- Henry de Lorraine , dont
il s'agit icy , premierement Chevalier de
Malthe , fous le nom de Chevalier de Lorraine
, & depuis fon mariage Prince de
Lixin , & Grand- Maître de Lorraine.
C'est tout ce qu'on peut dire de plus
abregé fur la branche de Lorraine , de
laquelle eft iffu le Prince de Lixin : mais
les bornes & la difpofition de cet Ouvrage
ne permettent pas de s'étendre plus loin
fur une Maifon dont perfonne ne peut
ignorer la grandeur,
On n'a pas deffein non plus d'entrer
dans le détail Genealogique de la Maiton
de
DE SEPTEMBRE. 171
de Beauvau Elle eft affez connue par ellemême
, par les grandes alliances qu'elle a
faites dans tous les tems , par le témoignage
des Hiftoriens qui l'ont toujours traitée
comme une Maifon des plus anciennes ,
& des plus illuftres , & enfin par les Génealogies
qui en ont été rendues publiques ,
aufquelles il ne feroit pas difficile d'ajoûter
plufieurs chofes que leurs Auteurs ont
omifes , fi l'on n'étoit point obligé de fe
borner à un fimple éclairciffement trésfuccinct
fur la branche qui vient de contracter
l'alliance dont il s'agit.
Anne - Marguerite de Beauvau - Craon ,
épouſe du Prince de Lixin eft fille puînée de
Marc de Beauvau Marquis de Craon , grand
Ecuyer de Lorraine , & d'Anne - Marguerite
de Ligniville , Dame d'Honneur de S.
A. R. Madame la Ducheffe de Lorraine.
Marc de Beauvaut Marquis de Craon , eft
fils du fecond lit de Louis Marquis de Beauyau,
mort Capitaine des Gardes du Corps
de Leopold I. Duc de Lorraine , & d'Anne
de Ligny. Il a eu de fon mariage avec
Anne -Marguerite de Ligniville plufieurs
enfans , dont ,
1. Elizabeth - Charlotte de Beauvau-
Craon , cy- devant Dame Chanoineffe de
Maubeuge , & aujourd'huy Coadjutrice de
l'Abbaye de Pouffay.
2. Anne Marguerite de Beauvau - Craon
Pij
PLR172
LE MERCURE
Princeffe de Lixin , qui donge lieu à cer
article..
3. N. de Beauvau-Craon , reçu en furvivance
de la Charge de Grand- Ecuyer.
Louis Marquis de Beauvau , pere du
Marquis de Craon , eut de fon premier
mariage avec Charlotte de Florainville
plufieurs enfans , dont l'aîné eft Jofeph-
Louis Marquis de Beauvau Maréchal de
Lorraine , & Barrois , Grand- Bailly d'Al,
lemagne , Marquis de Novian , Baron
d'Hargeville , Seigneur de Fleville , &c .,
lequel a eu auffi plufieurs enfans de fon
premier mariage avec Jeanne-Marie - Madelaine
de Ludres , après la mort de laquelle
il a pris une feconde alliance avec
N. d'Anglure.
C'eſt dans les perfonnes de Jofeph-
Louis Marquis de Beauvau , & de Marc
Marquis de Craon , que refide la branche
aînée de toute la Mailon .
Le premier des Seigneurs de cette bran
che qui paffa en Lorraine , fut Jean Baron
de Beauvau . Il avoit fuivi en ce pays - là
René d'Anjou Roy de Naples , de Sicile ,
& de Jerufalem , Duc de Lorraine , d'Anjou
, & de Bar , Comte de Provence , &c ,
Ily fixa fon établiffement par fon-mariage
avec Jeanne de Mannonville , unique heritiere
de la Maiſon de ce nom . Il fucceda
à fon frere Louis en la Charge -de
Sencchal
DE SEPTEMBRE. 171
Senechal d'Anjou > qu'il aiffa entre les
mains de Ferry de Lorraine , Comte de
Vaudemont, gendre du Roy René, & perę
de René II. Duc de Lorraine & de Bar.
Jean de Beauvau étoit fecond fils de
Pierre de Beauvau & de Jeanne de Craon .
Il vint au monde par le moyen de l'ope
ration Cefarienne . Il en coûta la vie àfa
mere , qui en confideration de ce facrifice
volontaire , exigea que lui & fes defcen
dans porteroient à l'avenir les Armes de
Beauvau écartelées de celles de Craon ;
condition qui a été inviolablement obfervée
.
En 1454 Louis de Beauvau fon frere
aîné, n'ayant point d'enfans mâles , reſerva
par le Contrat de Mariage de la fille Iſabelle
avec Jean de Bourbon Comte de
Vendôme , à fondit frere la Terre de Beauvau,
& autres qu'il avoit entre les Rivieres
de Loire & du Loir pour foutenir le nom >
& les Armes de fa Maiſon . Deux ans aprés
il confirma cette donation , à laquelle il
ajoûta quelques autres Terres qu'il poffedoit
en Provence ; & il les fubftitua toutes
au fils aîné dudit Jean , & à fes deſcendans
aînés , qui effectivement en ont jouï
affez long- tems .
On croit pouvoir faire remarquer au
fujet de cette grande alliance , que de toutes
les Maifons du Royaume qui ont l'hon-
P iij
neur
174
LE
MERCURE
neur d'être aliiées à la Maiſon Royale en
ligne directe , il n'y en a point qui le foit
fi proche que la Maifon de Beauvau . Pour
s'en éclaircir , il n'y a qu'à jetter les yeux
fur la petite Table fuivantë.
JEAN II. DE BOURBON
Comte de Vendôme ,
époufa
FRANÇOIS DE BOURBON
Ifabelle de Beauvau.
Marie deLuxembourg
CHARLES DE BOURBON ,
"
fon fils , époufa
Duc de Vendôme , fon Françoife d'Alençon.
fils , époufa
ANTOINE , Roy de Navarre
fon fis , époufa Jeanne d'Albret.
HENRY IV . Roy des
France & de Navarre
fon fils , époufa
Marie deMedicis ,& c.
Madame la Princeffe de Carignan eft
accouchée d'un fils le 25 Septembre , à
fept heures du matin , à l'Hôtel de Soilfons.
CHARGES , DIGNITEZ ,
Penfions.
Mtant General des Armées du Roy ,
. le Marquis de Chelader , Lieute
eft nommé
pour commander les lignes du
côté de Lyon.
M.
DE SEPTEMBRE. 175
M. Dagueffeau , fils de M. le Chancelier
, fe défait de fa Charge d'Avocat du
Roy au Châtelet , pour acheter celle d'Avocat
General du Parlement , fur la démif
fion volontaire de M. Joly de Fleury .
M. de Saint-Contest le fils achette la
Charge d'Avocat du Roy au Châtelet
que poffedoit M. Daguefleau.
*
Le fecond fils de M. le Chancelier a eu
une difpenfe d'âge pour être reçu Confeiller
au Parlement.
M. Boudin , cy - devant Premier Medecin
de feu Monfeigneur & de deffunte Madame
la Dauphine , & Medecin ordinaire
du Roy, a été nommé Prémier Medecin de
l'Infante d'Efpagne.
M. de la Forcade , Chevalier de S.Louis,
qui étoit Lieutenant de Roy de la Citadelle
de Cambray , en a obtenu le Gou
vernement le 2 Septembre.
Et M. de Bonafaux , Chevalier de Saint
Louis , qui en étoit Major , eft monté à la
Lieutenance de Roy.
Et M. Cornier cy- devant Major de Fontarabie
, a eu la Majorité.
. M. Praflon , Chevalier de S. Louis , a
obtenu le Commandement de Colmar
auffi le 2 Septembre.
Et M. de Chauvigny , Chevalier de
S. Louis , qui en étoit Gouverneur , eft
Lieutenant de Roy du Fort Louis du Rhin .
Piiij M.
176 LE MERCURE
M. d'Arnoult , Chevalier de S. Louis ,
cy- devant Lieutenant de Roy de la Citadelle
de Strasbourg, a obtenu la furvivance
du Commandement du Fort de S. Sauveur
de Lille...
M. Rabincq , Chevalier de S. Louis ,
Lieutenant Colonel reformé d'Infanterie ,
a obtenu le Commandement de Rodemaker
, auffi le 2 Septembre.
M. le Chevalier de Marcieu , Chevalier
de S. Louis , Meſtre de Camp du Regiment
Royal des Vaiffeaux , & Infpecteur Gene .
ral d'Infanterie , a obtenu le 10 Septembre
le Gouvernement de Valence en Dauphiné.
M. de Mianes , Chevalier de S. Louis ,
cy- devant Lieutenant de Roy du Châteaude
Nantes , a obtenu le premier Août le
Gouvernement de la Citadelle d'Arras ,
vacant par la démiffion de M. de Minon.
M. de Boujols a obtenu la Charge de
Châtelain de la Châtelenie d'Uffon en
Auvergne , par la mort de M. le Comte de
Boujols fon pere.
M. Savalu , Capitaine en fecond au
Regiment de Guyenne , a eu l'Ayde- Majorité
d'Arras.
M. de la Douaire , cy - devant Major
de S. Sebastien , a obtenu la Majorité
d'Arras , par la mort de M. le Chevalier
de Percy.
M. de la Motte Cleraut , Capitaine an
Regiment
DE SEPTEMBRE. 177
Regiment de Pons , a obtenu la Majorité
de fon pere , qui eft mort.
M. de la Morte , cy - devant Capitaine
des Portes à S. Sebaftien , a obtenu un
pareil Employ à Douay , par la mort de
M. de Croiffy qui le poffedoit.
M. de Buffy , Maréchal de Camps &
Armées du Roy , a obtenu le Gouvernement
du Fort de la Scarpe , prés Douay.
M. des Marais , Lieutenant des Grenadiers
au Regiment de Nivernois , a été fait
Ayde- Major & Capitaine des Portes du
Fort Blin , près Salins .
M. de Berville , Maréchal des Camps &
Armées du Roy, a une expectative de Commandant
de l'Ordre Militaire de S. Louis,
à 3000 liv. de penfion.
Le Roy a donné une penfion de 3000.
liv à M. de Gaufredy , Avocat General
du Parlement de Provence.
EVESCHEZ, ABBAYES ET BENEFICES.
M
P'Abbé le Blanc , frere de M. le
Blanc Secretaire d'Etat , chargé du
Département de la Guerre , & de M. PEvêque
d'Avranches , a été nommé à l'Evêché
de Sarlat , fur la démiffion volon-
Faire de M. l'Abbé de Valbelle , qui avoit
été nommé à cet Evêché.
Le Pere Polinier , Chanoine Regulier de
Sainte
178 LE MERCURE
Sainte Geneviève , a été élu Abbé par le
Chapitre General le 11 Septembre. II
avoit déja obtenu la même Dignité en
1715.
Il vaque deux Abbayes par la mort de
M. le Cardinal de Mailly.
L'Abbaye de S. Eftienne de Caën de
l'Ordre de S. Benoiſt , dans le Diocéfe
de Bayeux.
Et l'Abbaye de Maffay du même Ordre
, dans le Diocéte de Bourges .
Et le Prieuré de Souliers en Provence.
Le Roy a donné à M. Jofeph Alphonfe
de Valbelle , Aumônier du Roy , nommé
à l'Evêché de Sarlat , la Coadjutorerie de
l'Evêché de Saint Omer , dont M. de Valbelle
de Tourues fon oncle eft Evêque.
M. l'Abbé de Fortia , fils de M. de Fortia
, Confeiller d'Honneur du Parlement
& Chefdu Confeil de la Maifon de Condé,
a eu une penfion de 1 500 liv . fur l'Abbaye
de Chailly, conformément à ce quien a été
dit dans le Mercure de Juin & de Juillet.
Le Roy en qualité d'Abbé de l'Eglife
Royalle & Collegiale de Saint Martin de
Tours, a pourvû en Régale M. l'Abbé Vauquelin
, Prêtre du Diocéfe de Lifieux , de la
Prevôté d'Antony , dépendante de fon Abbaye
de S. Martin , le 7 Août 1721. Qa
donnera le mois prochain un Memoire fur
unDroit fiparticulier , qui eft fort curieux .
JOURNAL
DE SEPTEMBRE. 175
JOURNAL DE PARIS.
PRE's avoir ébauché dans le
precedent. Mercure le Tableau
des Fêtes celebrées à Paris , au
fujet de l'heureufe convalefcence
du Roy, il eft jufte de donner auffi
un crayon de la joye des Provinces dans
cette occafion fignalée par l'amour des
Peuples pour leur aimable Prince. Si on a
trouvé impoffible de détailler exactement
ce qui s'eft paffé dans la Capitale , on trou
ve encore moins faiſable de compter & de
décrire toutes les réjouiffances du Royaume.
Chaque Ville a paru le fejour de Sa
Majefté , & a cru l'avoir pour témoin de
fon zele & de ſes tranfports. On ne fuivra
point d'autre ordre dans ce récit que
la
reception des Lettres qui en contiennent
les détails , & que l'on va lire ainfi qu'elles
ont été écrites , pour ne pas alterer les
fentimens qui les ont dictées .
A Marennes ce 27 Août 1721.
Thamaladie de notre digne Monarque , a
Oute la France juftement allarmée de
fait des prieres à Dieu pour fa confervation,
qu'il
280
LE MERCURE
qu'il lui a plû d'exaucer ; les Peuples ont
à l'envi manifefté leur joye fur l'heureux
retour de fa précieufe fanté , & le moindre
Hameau a donné en cette occafion des
marques de fon zele . Ce lieu qui n'eſt
qu'un Bourg a fait tout ce qu'on pouvoit
attendre des grandes Villes : la Milice du
Païs , tant Dragons qu'Infanterie , fut fous
les armes tout le jour 24 de ce mois , le
Te Deum fut chanté à la Parroiffe , enfuite
grand feu à la Place publique , illuminations
à toutes les fenêtres , artifice en campagne
de toutes parts , & feu devant chaque
maifon ; tout cela a continué pendant
trois jours , & on a propoté de recommencer
, dans le repas qui le fit à cette occafion
le 24 , duquel étoit M. de la Chauvrie ,
Lieutenant de Roy de la Ville & Gouvernement
de Brouage ; M. Binaud Procureur
du Roy , de cette Election , & Docteur en
Medecine , fit impromptu la Chanfon qui
fuit.
SUR L'AIR DU MENUET
Regne Amour dans ce beau fejour.
Ç'a qu'on verfe par tour du vin ,
Que la trifteffe
Cede à l'allegreffe ;
Ç'a qu'on verfe par tout du vin ,
Quand il eft bon
C'est l'ame du feftis. Beuvons
DE SEPTEMBRE. 18#
Beuvons à la fanté d'un Roy ,
Qu'éleve pour nous Villeroy ,
Heureux mille fois vous & moy
De vivre & de mourir fous fa loy ;
De la France
La réjoüiffance
Fait voir chaque jour
Qu'il regne par amour .
De Pezenas le 4 Septembre.
LEst
Es réjoiiiffances qui ont été faites dang
notre Ville à l'occafion de la convalefcence
du Roy , ont été accompagnées de
démonſtrations de joye fi éclatantes , & la
plupart des Habitans s'y font fi fort diſtingués
, que vous me fçauriés mauvais gré
de ne vous en avoir pas informé. Vous
connoiffés l'heureufe fituation de cette
Ville , & fes avantages fur toutes celles
du Languedoc , par la fécondité de fon territoire
, la richeffe de ſes eaux , & la bonté
de fon climat ; il eſt juſte que vous connoiffiez
le zele qui l'anime , quand il s'agit
de l'intereft de Sa Majefté. Mrs les
nouveaux Confuls n'eurent pas plutôt reçû
les ordres pour faire des réjouiffances publiques
, qu'ils donnerent les leurs aux
Prevôts des Arts & Métiers, qui fe rendirent
à l'Hôtel de Ville avec leurs Dra
peaux
282 LE MERCURE
peaux & Tambours le Dimanche 24 Aout ;
le Te Deum fut chanté à l'iffuë de V
Vêpres
par M. les Doyen & Chanoines de l'Eglife
Collegiale de cette Ville , M. de Boudoul
Capitaine Châtelain de la Ville , & Subdelegué
à l'Intendance , y -affifta avec Mrs
les Echevins , & une grande affluence de
peuple. L'on avoit préparé au bout du
Quay dans l'Esplanade un bûcher magnifique
; M. Aftanieres premier Conful ,
auffi diftingué par fon merite perfonnel ,
que par l'exercice de fa Charge , avoit eu
la fage précaution d'ordonner que les portes
fuffent fermées de fort bonne heure ,
pour ne pas déranger les mefures que l'on
prend pour la garde , à caufe de la contagion
; les Prevolts des Arts & Métiers à la
tête des Artifans , fe rendirent dans la
Place de l'Hôtel de Ville avec leurs Tambours
& Fifres , & commencerent la marche
vers les huit heures du foir , pour aller
allumer le feu. Il ne faut pas omettre de
vous parler de la fameule machine du
Poulain , qui précedoit pour écarter la fouon
la faifoit jouer avec un mouvement
& une adreffe inconcevable ; vous auriez
été ravi de la revoir , elle vous auroit
rappellé le fouvenir des plaifirs innocens
que nous goûtions enfemble au College ,
& avec combien de furprife nous regardions
autrefois cette reprefentation , qui
le ;
au
DE SEPTEMBRE. 183
au mouvement près , par fa groffeur , &
les gens qu'elle renferme , reffemble en
quelque façon au cheval de Troye . Cette
machine étoit fuivie par les Valets de Ville,
avec leurs habits & leurs pertuifanes , &
ceux - ci par d'autres Valets qui portoient
des flambeaux de cire blanche , pour allumer
le feu de joye , M. le Châtelain &
les Confuls venoient enfuite revêtus de
leurs robbes , le bruit des Trompettes &
Tambours uni aux acclamations du peuple,
produifoit une vive joye dans les coeurs
des fpectateurs. Les Dames & les perfonnes
de diftinction occupoient les balcons
& les fenêtres des maifons qui font fur le
Quay , cette promenade fi agreable : toute
la Ville fut illuminée. M. de Requefol ,
Capitaine au Regiment de Louvigny , fit
remarquer fa maiſon par le nombre des
lumieres & leur arrangement. Le feu fut
mis au bucher à huit heures du foir ; les
décharges des boëttes & les acclamations
du peuple , dont le Quay & la Place étoient
remplis , accompagnerent la ceremonie.
Po
A Compiegne ces Septembre.
Ourfatisfaire , Monfieur , l'envie que
vous avés de fçavoir les rejoüiffances
faites pour le rétabliffement de la fanté du
Roy dans notre Ville,je vous diray qu'elles
n'ont
184 LE MERCURE
.
n'ont pas commencé fitôt qu'on l'auroit
fouhaité , à caufe de l'utage où l'on eft
d'attendre les ordres du Gouverneur de la
Province & de l'Evêque , pour pouvoir
affembler le Clergé. Dès que M. le Gouverneur
eut envoyé les fiens , on écrivit à
M. l'Evêque de Soiffons : cependant le
II d'Aouft M. de Chambodon Avocat
en Parlement , & Subdelegué de M. l'Intendant
, invita à fouper chés lui toute fa
famille , & une partie des Officiers de la
Garnifon ; il fit faire devant fa porte un
grand feu , illumina fa maiſon , diftribua
du vin à fes voifins , & donna un grand
Bal qui dura toute la nuit. Le Samedy
16 on reçut réponſe de M. l'Evêque de
Soiffons , & auffi - tôt Mrs les Gouver
neurs Attournés ayant choifi pour la folemnité
le Lundi 18 , le firent annoncer dans
toute la Ville par les Tambours , Trompettes
; Violons & Hautbois , ordonnerent
de tenir ce jour là les Boutiques fermées
, de faire des feux , d'illuminer les
maifons , & d'obéir aux Capitaines des
Quartiers qui avoient ordre de mettre la
Bourgeoifie fous les armes. Le Dimanche .
fur les cinq heures du foir Mrs les Gouverneurs
Attournés fitent faire une feconde
publication comme le jour precedent.
Sur les fix heures ils allerent à la defcente
J
des Coches d'eau des Rivieres d'Oife &
d'Aifne ,
DE SEPTEMBRE. 185
3
2
d'Aifne , qui après s'être réunies à une
demie lieue de cette Ville , en viennent
battre les murs , ils firent boire à la fanté
du Roy tous ceux qui fe trouvèrent dans
ces Voitures , pendant que les Tambours,
Trompettes , Violons & Hautbois , qui
étoient le long de la Riviere , joüoient
des fanfares. Sur les huit heures toutes
les cloches de la Ville , la cloche de Triomphe
de l'Hôtel de Ville , & trois décharges
du canon des remparts annoncerent le
Te Deum pour le lendemain . Ce même
jour plufieurs perfonnes illuminerent leuc.
maiſon , ſouperent à leur porte ,
& firent
boire les paffans à la fanté du Roy. Le
Lundy à la pointe du jour le canon recommença
, & l'on n'entendit plus que le
bruit des Tambours , Trompettes , Violons
& Hautbois , chaque Compagnie
Bourgeoife fe mit fous les armes à lá
porte de fon Capitaine. Les Chevaliers de
l'Arquebufe , de l'Arbalêtre & de l'Arc
s'affemblerent à leurs jeux , & toutes enfuite
fe vinrent , ranger en bataille fur la
grande Place , vis - à- vis l'Hôtel de Ville ,
qui étoit orné de riches tapis & du portrait
du Roy , placé entre quatre Deviles
compofées pour la fête.
Dans la première , pour faire voir la terreur
qu'avoit jettée dans les efprits la maladie
de Sa Majefté , on avoit peint un
foleil
186 LE MERCURE
foleil éclipfé & une terre dans les tenebres ,
avec cette Legende , Deliquium tellus patifur
tecum.
La feconde , pour montrer la joye qu'a•
voit caufée fa guerifon , reprefentoit un
foleil qui fe dégage des te ebres qui l'obfcurciffent
, avec cette Infcription , Que
tibi , lux redit orbi.
La troiſième , pour exprimer la promp
titude de fa guerifon reprefentoit un fleuve
qui après s'être precipité fous terre , en
fort peu après plus tranquille & plus pur
autour étoient ces mots , Pulcrior exurgit..
La quatrième , pour marquer que rien
ne devoit moins allarmer les Peuples que
la delicateffe de fon temperament , étoit
un jeune chefne qui croît & fe fortifie
le foufle des vents qui l'agitent , avec
ces mots , Sic robora crefcunt.
par
Sous le portrait du Roy étoit cette In,
fcription :
Reftitutam Regi fanitatem ,,
Affertam Gallia [alutem.
Gratulatur
Civitas Compendienfis.
Sur les quatre heures , temps marqué
pour
le Te Deum , les Compagnies Bourgeoiles
ayant formé une double haye de
puis la porte de l'Hôtel de Ville jufqu'au
Portail
DE SEPTEMBRE.
187:
1
Portail de Saint Corneille, la marche commença
par les Compagnies des Chevaliers.
de l'Arc & de l'Arbalètre , après eux marchoient
les Tambours , Trompettes , Violons
& Hautbois , les Valets de Ville ent
Cafaques , les Gardes de M. le Comte d'Evreux
, Gouverneur de la Province ; ceux
du Duc d'Humieres , Gouverneur de la
Ville & du Château ; M. de Gaya Com--
mandant de la Place ; Mrs de Ville , en
habits de ceremonie , & les Chevaliers de
l'Arquebufe. Les trois Compagnies , dont
deux commençoient la marche , la troifiéme
la terminoit , étoient vêtuës d'habitsuniformes
& magnifiques. Au retour du
Te Deum Mrs les Gouverneurs Attournés -
donnerent un grand repas aux trois Com--
pagnies & aux Officiers des Quartiers..
M. Conftant, l'un des Gouverneurs Attournés
, jetta en differentes fois de l'argent au
peuple. Sur les huit heures toutes les Com
pagnies s'étant rendues à leur pofte autour
du feu , vis- à- vis de l'Hôtel de Ville , Mrs
les Gouverneurs Attournés , précedés de
M. de Gaya , allumerent le feu au fon de :
toutes les cloches de la Ville , au bruite
des décharges de la moufqueterie & du
canon . Dans ce moment toute la façade
de l'Hôtel de Ville , toute remplie de pors
à feu parut enflammée jufqu'au haut du
Beffroy, Ce jour là la fête finit par un
Qij grand
288
MERCURE LE
grand Bal , qui dura toute la nuit dans
la grande Salle de l'Hôtel de Ville.
Les Bourgeois engagés par l'exemple des
Mrs de Ville , & encore plus par le zele &
l'affection refpectueule qu'ils ont pour le
Roy, non feulement ne manquerent en rien
aux ordres qui leur étoient donnés , mais
encore y ajouterent beaucoup. Les femines
même voulurent montrer leur zele , on en
vit plufieurs habillées en Amazones , le mê
ler parmi les Compagnies Bourgeoifes , &
faire retentir toute la Ville des coups de
moufquet qu'elles tiroient continuellement.
Le foir auffi-tôt que le feu de la Ville fut
allumé , on ne vit dans toutes les ruës que
tables dreffées , on n'entendit plus que le
bruit des moufquets & celui des canons.
Le lendemain les Chevaliers de l'Arquebule
, qui avoient fait tout préparer pour
leur Te Deum dans l'Eglife Paroitiale de
Saint Jacques , où eft leuri Chapelle , fe
rendirent dans cette Eglife fur les onze.
heures du matin , précedés des Tambours ,
Trompettes , Violons & Hautbois , & entendirent
une grande Meffe , qui fut accom
pagnée de décharges de moufqueterie , &
fuivie de l'Exaudiat. Le foir fur les cinq
heures ils fe rendirent dans la même Eglife
& dans le même ordre , avec le Corps de
Ville & le Commandant à leur tête ; on
chanta le Te Deum en musique , au bruit
dc
DE SEPTEMBRE. 189-
#
de l'artillerie & de la moniqueterie . Ce
jour là les divertiffemens recommencerent,
on dreffa des tables , & les maifons furent
illuminées comme la veille . Il faut dire à la
louange des Gouverneurs Attournés , qu'ils
montrerent l'exemple par leurs liberalitez
. Mrs de Beauval , le Caron, Levesque,
& Conftant , l'on emporté fur les autres
par leurs illuminations . Les Chevaliers de
l'Arc firent chanter leur Te Deum dans
l'Abbaye de Saint Corneille ; les Jefuites ,.
les Minimes , les Capucins , & les Dames
Chanoineffes de Saint Nicolas , celebreient
la même fête avec le même zele. M. le
Parquet , Curé de la Paroiffe de Saint Jac-'
ques , fe diftingua par une grande folemnité
; il fit chanter dans fon Eglife , Matines
, grande Meffe , Vêpres , Salut , &
pendant le Salut le Te Deum en Mufique..
Les Pelerins de Saint Jacques , les Officiers
du Bailliage , le Doyen de la Collegiale de
Saint Maurice ; enfin tous les Corps de la
Ville s'acquitterent avec empreffement de
ce devoir.
Ma
De Châlons , ce G Septembre.
ael
. l'Abbé le Maître de Paradis , Abbé
de l'Abbaye de Touffaint dans l'ifle
de Châlons en Champagne , Chanoine
de la Cathedrale de la même Ville , & Vicaire
170 LE MERCURE
caire General du Diocéfe , voulant donner
des marques publiques de la joye qu'il a
reffentie du Rétabliffement de la Santé du
Roy, fir chanter le Te Deum en Mufique
dans l'Eglife de fon Abbaye , le 24 Août
dernier , veille de la Fête de S. Louis , à.
fept heures du foir.
İl invita à cette ceremonie les Officiers du
Confeil de la Ville , qui y affifterent en
Corps, precedés & fuivis de leurs Archers;
M. l'Abbé le Maître y officia , & aprés que
les Prieres furent finies , & qu'il ent quitté
les habits de l'Eglife , il vint en long manreau
fe mettre à la tête du Confeil de
Ville , dont il eft Prefident en la qualité
d'Abbé de Touffaint , qui le rend auffi
Seigneur de la Ville , il alla avec ces Melfieurs
allumer un feu de joye qu'il avoit
fait élever dans la Place devant le Portail
de l'Eglife , les Bourgeois fes Vaffaux .
étant fous les armes.
Il entra enfuite avec Meffieurs du Con--
feil de Ville dans fon Palais Abbatial , où
il leur donna un fouper compoté de deux
grandes tables qui furent fervies avec toute
P'abondance , la delicateffe & la propreté
les plus recherchées.
Tout le contour exterieur de l'Eglife de
l'Abbaye étoit illuminé par une grande:
quantité de pots à feu.
Les façades du Palais Abbatial & tous .
les.
DE SEPTEMBRE. 10%
les murs de clôture , qui font d'une vaite
étendue , étoient pareillement illuminées.
Pendant le Te Deum & le Repas on fit.
dans les Jardins de l'Abbaye plufieurs falves
de canon & de boëtes , & il y en eut
une particuliere annoncée par les tambours .
lorfque M. l'Abbé le Maître porta la Santé
1 du Roy , qui fut buë , chacun étant debout
& découvert , avec de grandes acclama→
tions de Vive le Roy.
A l'iffue du fouper fur les onze heures
du foir , M. l'Abbé pour rendre la fête
complette , fit tirer au fond du jardin un
Feu d'artifice fur un theatre preparé à cet
effet.
Ce theatre de quatre toifes en quarré
étoit élevé au niveau des murs du jardin,
faifant face au Palais Abbatial d'un côté,.
& des autres côtés aux Ports & aux diffe
rens Quais qui regnent le long de la Ri-.
viere de Marne , dont les eaux paffent au
bas des murs de l'Abbaye.
On avoit conftruit fur ce theatre une
bâtiment de deux toifes en quarré , qui
formoit quatre grands portiques , ornés de
peintures des chiffres du Roy & d'em
blêmes..
Sur ces portiques regnoit une gallerie ,,
qui étoit bordée de petites gerbes & de :
lances à feu. ;, on voyoit aux quatre en--
cognures
192 LE MERCURE
Cognures huit Statues qui embrasfoient de
groffes gerbes de feu.
Au deffus paroiffoit une Piramide à huit
faces de quinze pieds de haut , pofée fur
fon piédeltal , garnie d'une infinité de lampions
, & terminée par un Soleil de feu ,
& le piédeftal garni de quatre grandes
roues de feu aux quatre faces.
·
Tout ce Feu d'artifice fut tiré avec beaucoup
d'ordre & d'adreffe , & produifit un
fpectacle très brillant ; aprés quoi M,
l'Abbé le Maître fit tirer dans un coin du
jardin une prodigieufe quantité de fufées ,
qui amuferent le Peuple une partie de la
nuit.
Les Dames de la Ville , qui étoient en
grand nombre dans les appartemens , & les
jardins de l'Abbaye , firent ufage des beaux
fruits & des rafraichiffemens que M. l'Ab
bé leur fit prefenter .
Les Chevaliers de l'Arquebuſe de Châlons
s'étant affemblez le 9 d'Août refolu
rent de faire chanter le Te Deum , & priérent
les Chevaliers de Reims , qui étoient
arrivez à Châlons pour un défi , de vouloir
bien les accompagner dans cette Ceremonie.
Le Dimanche fur les quatre heures
après midy , les deux Compagnies fe mirent
en marche , Meffieurs les Chevaliers
de Reims à la tête , & fe rendirent aux
RR. PP. Auguftins . Le Te Deum y fur
chanté
DE SEPTEMBRE. 193
chanté en Mufique au bruit des tambours
& d'une décharge continuelle d'artillerie.
Enfuite les deux Compagnies retournerent
à l'Hôtel des Arquebufiers de Châlons ,
où on voyoit fur la Porte un Tableau ,
reprefentant le Génie Tutelaire de la
France , qui d'une main couvre le Roy
d'un bouclier , pendant que de l'autre il
menace & repouffe la Parque Atropos ,
tenant fes cifeaux à la main. Le Dieu ELculape
, ou le Génie de la Santé prend le
jeune Prince entre les bras , & femble le
tirer hors du lit , auprès duquel Minerve
veille à fa confervation ; la France eft aux
pieds de ce lit , & par fon attitude exprime
fa joye , & les Actions de Graces qu'elle
rend à Dieu pour le Rétabliſſement de la
Santé de fon Roy. Ce Tableau étoit entouré
de lampions & de pots à feu , ainfi que
toutes les autres Portes & murailles du
jardin. Là fe fit ungrand repas , ou Mrs. les
Chevaliers de Reims avoient été invités ,
avec le Grand-Bailly de Châlons , & unebonne
partie de la Nobleffe. Ce Repas fur
precedé d'une décharge d'artillerie , & d'un
Feu d'artifice . L'on y but à la Santé dư
Roy au bruit des violons , des tambours
& des acclamations de Vive le Roy.
Dès que le Rétabliſſement de la Santé
du Roy fut fçû dans les Provinces , Madame
de Gaillarbois Marcouville , Prieure
R dat
194 LE MERCURE
du Prieuré Royal de l'Hôpital S. Jacques
du Petit- Andely en Normandie , fit prier
M. le Lieutenant General de cette Ville ,
avec toutes les Dames les plus diftinguées ,
de fe trouver au Te Deum qu'elle fit chanter
dans fa Maifon , qui fut fuivi d'un trèsgrand
feu devant la Porte du Couvent ,
& de quelques tonneaux de Vin pour le
Peuple.
Fête particuliere an ſujet du Rétabliſſement
de la Santé du Roy.
A
Leuquétot , petit Village du Pays de
Caux , relevant de M. le Marquis du
Becde Fréquienne, Confeiller au Parlement
deRouen, il fut donné le 31 d'Août dernier
par Madame de Villemont , qui y poffede
une petite Terre , une Fête des plus galantes.
Cette belle zélée , tendre & fidele
Sujete du Roy , quoique née Hollandoife,
d'une des plus Nobles familles de la Province
de Gueldre , fit ordonner au Havre
de Grace , voifin du lieu , grand nombre
de futées volantes , avec plus de quatreyingt
boëtes , qui furent tirées par un Canonier
qu'elle avoit fait venir exprès . Entre
8 à 9 heures du foir elie mit elle -même
le feu au bucher preparé pour la tête.
Tous les Paytans de a Patoffe , & quanrité
d'autres des lieux circonve tins , s'y
BLOUVC.Ent
DE SEPTEMBRE. 195
trouverent en armes. La façade de fa mai
ſon , qui eſt aſſez reguliere & à la moderne
, étoit entierement illuminée , ainfi que
la cime des jeunes fapins qui en forment
l'avenue. Les Payfans fient fans relâche
des décharges de moufqueterie , en criant
de bon coeur & à pleine tête , Vive &
vive le Roy quatre violons , deux baffes ,
plufieurs tambours contribuérent à l'agrément
de la fête ; les fufées volantes firent
un très bel effet , & le bruit des boëtes au
milieu de la nuit , retentiffoit à plus d'une
lieuë à la ronde. Cette petite contrée qui
eft fur une éminence , fembloit être tout
en feu. Outre la table de la Maîtreffe >
où elle avoit invité plufieurs , perfonnes de
merite & de confideration , tous les Payfans
furent regalés à part ; & quelque
nombreufe que fut l'affemblée ,perfonne ne
s'en retourna avec la foif. Cette petite
Fête champêtre , où les Payfans & les Payfannes
danferent toute la nuit , avec des
acclamations prefqué continuelles de Vive
Le Roy, fe termina au point du jour. Alors
chacun fe retira chez foy fort content. Il
eft bon de remarquer que cette Dame
pour ne rien oublier de tout ce qui pou.
voit contribuer à marquer fon zéle , avoit
fait mettre en grands caracteres fur le
fronton de fa maifon les . Vers fuivans
qui lui avoient été envoyés quelques jours
kij. auparavant
>
196 LE MERCURE
auparavant par fon mary :
Que de larmes auroient coulé !
Helas ! fi la cruelle Parque
Avoit à fa fureur pour jamais immolé
Notre auguſte & charmant Monarque.
Du Seigneur Toutpuiffant qui le rend à nos
voeux ,
Obtenons par des facrifices
Qu'étant dés à prefent l'objet de nos delices ,
Il vive affez pour l'être encore de nos neveux,
Lejo
A Saint-Omer ,ce 7. septembre,
Er du mois paffé , on fit de grandes
réjouïffances dans la Ville de Saint-
Omer en Artois , au fujet de la convalefcence
de Sa Majeſté, L'on chanta dans
PEglife Cathedrale le Te Deum de Lully ,
qui futexcellemment executé ; cette Eglife
étoit très-bien illuminée , la decoration
magnifique , les Devifes , les Emblé
mes & les Cronographes étoient des plus
heureux , & avoient été imaginez par M.
PAbbé Charlet , Licentié de la Faculté de
Paris, & Chanoine de la Cathedrale . Après
le Te Deum , auquel affifterent tous les
Corps de la Ville , le Magiftrat fit tirer
fur la grande Place un fort beau Feu d'aɛrifice
, qui fut fuivi d'un grand repas ,
pendant
DE SEPTEMBRE. 197
pendant lequel on fit trois falves de boetes
& de l'artillerie de la Ville , du Château
& des remparts. On n'oublia point à ce
repas de boire à la Santé de Sa Majesté ;
les Habitans de la Ville marquerent leur
joye par des illuminations aux fenêtres ;
des feftins dans les rues , & des danfes qui
durerent jufqu'au jour le Cloître de
Mrs. du Chapitre fut auffi trés bien illus
miné ; on trouva l'illumination de cette
partie de la Ville des plus brillantes &
des mieux entendues , celle fur- tout du
Doyenné merita l'attention du Public .
O
A Lyon le 7 Septembre.
N s'eft trompé lorſqu'on a mis dans
le precedent Mercure que l'Acade
mie des beaux Arts de Lyon , qui eft ſous
la protection de M. le Maréchal Duc de
Villeroy , & dont il eft le Chef, a donné
une Fête à Madame Poullettier , Intendante
de cette Ville. C'eft la feconde Academie
qui l'a donnée , laquelle a été établie depuis
peu d'années fous la protection , &
les foins de Madame l'Intendante , &
plufieurs années après l'établiffement de "
la premiere , qui commença en 1713 .
M. le Maréchal de Villeroy , Gouverneur
de cette Province , étant venu à Lyon en
1714, honora non feulement cette premiere
Riij Academie
par
198
LE MERCURE
Academie de fa prefence & de fa protection
, mais encore il voulut que fon
nom parut dans la Lifte des Academiciens .
Il fouhaita auffi que l'on fit des Reglemens
pour rendre cet établiffement plus
folide , qu'il eut la bonté de figner. Cette
Affemblée a lenom d'Academie des beaux
Arts , qu'elle a merité par plufieurs Piéces
de Poëfie & de Mutique qui s'y font
faites , quoique fes exercices les plus frequens
ayent pour objet la Mufique , qui
y eft exercée d'une maniere également
noble & agreable. Cette premiere Academie
eft compofée de perfonnes choilies de
P'un & l'autre fexe , parmi lesquelles il y a
plufieurs Mrs. & Dames de la Cour des
Monnoyes , qui forment un magnifique
concert chaque femaine , dans lequel l'on
n'admet pour Auditeurs que quelques
Etrangers en petit nombre , & la compagnie
d'une feule perfonne de la Ville
avec chaque Damne de l'Academie. M.
l'Archevêque a honoré l'Affemblée dès
qu'il a été Archevêque de Lyon des mêmes
faveurs que M. le Maréchal fon
pere lui avoit faites . Cette Academie
n'a pû retenir fa joye fur la convalefcence
du Roy. Elle en a voulu donner des marques
par un Te Deum qu'elle a chanté à
huis clos aux Carmelites , dont le Montere
eft fondé par la Maifon de Villeroy , &
où
DE SEPTEMBRE. 199
où Madame de Villeroy , fille de M. le Maréchal
, eft Superieure. L'Academie s'y rendit
en Corps le matin duDimanche 17 Août,
ce fut avec un empreffement fimgulier , &
chacun fe fit un devoir de n'y pas manquer.
Le Concert fut compofé de quatrevingt
- dix perfonnes , outre les Academiciens
honoraires , parmi lefquels étoient
M. le Premier Prefident de la Cour des
Monnoyes , & M. le Prevôt des Marchands
, comme Membres de l'Academie.
La Melle tut celebrée par M. l'Abbé
de la Croix Obéancier de Saint Juft ,
P'un des Academiciens on chanta un
tres - beau Motet de la compofition de
M. l'Archevêque , après quoi le Te Deum
compoté par Monticur Bernier , fut
chanté dans tout fon luftre , & fans prévention
avec une execution digne de fa
beauté. Le Te Deum fut precedé &
fuivi des falves ordinaires de la Ville
& de celles de la moufqueterie de plufieurs
Quartiers de la Bourgeoifie, qui s'y étoient
rendus fous les armes , dont les Capitaines
font Academiciens . Au fortir M. l'Archevêque
retint toute l'Affemblée pour la regaler
d'un fuperbe ambigu , qu'il avoit fait
preparer d'une maniere digne de fa Grandeur
& de fa generofité. Le foir , les
Academiciens s'affemblerent dans leurs
Salles pour celebrer la Santé du Roy par
R iiij
un
200 LE MERCURE
un magnifique fouper , pendant lequel on
entendit un bruit d'artillerie & de moufquetterie
des mêmes Quartiers , qui s'étoient
trouvés le matin devant les Carmelites
, & qui fe rendirent le foir fur le
Quay devant l'Academie , pour empêcher
la confufion du Peuple , qui y étoit
accouru . Ce bruit fut accompagné de
plufieurs acclamations de Vive le Roy , formées
par les Academiciens , & par le
Peuple qui y répondit avec une joye finguliere.
M. l'Archevêque honora de fa prefence
l'Affemblée fur la fin du Repas , pour
partager avec l'Academie la joie qu'elle reffentoit.
La façade de la Maifon de l'Academie
étoit illuminée d'une façon trèsbrillante
, & tout le Quay de S. Clair l'étoit
auffi par nombre de pots à feu. Le
fouper fut fuivi d'un Feu d'artifice , après
lequel M. l'Archevêque s'étant retiré , on
commença un très- beau bal , qui ne finit
qu'au jour , où quantité de perfonnes diftinguées
de la Ville fe rendirent , & où
les rafraichiffemens furent fervis à profufion
à toute l'Affemblée,
Le Dimanche fuivant , la feconde Academie
, qui eft la même qui avoit donné
fur la Riviere la brillante Fête à Madame
Poulettier Intendante , chanta à fon tour
dans la Chapelle des Dames Religieufes
de
DE SEPTEMBRE. 201
de Blie , le Te Deum , à portes ouvertes ,
fuivant la coutume.
A
A Orleans le 7 Septembre .
Prefent que je croy Mercure un
peu delaffé d'un travail qui lui a fait
& fera toujours plaifir , lors qu'il s'agira
de parler de notre Roy ; je le prie d'annoncer
à toute la terre que la Ville d'Orleans
a été des premieres à fignaler fon
zele , & même qu'elle a furpaffé les autres
Villes par les voeux finceres , ardents ,
tendres & refpectueux qu'elle a pouffés
au Ciel pour la confervation de la fanté
de fon Maître. Les feux & les illuminations
n'ont pas manqué , & pour échantillon
j'auray l'honneur de vous dire ce
qu'a fait un quartier fous la protection de
Saint Jacques , dont pour cette raiſon les
Habitans font nommez Coquillards . Le
17 Août ils annoncerent leur fête au Public,
par un carillon de cloches magnifique
, & firent chanter un Te Deum par
les meilleurs Muficiens de la Ville , qui
fut executé dans leur Chapelle avec tout
le fuccès & l'aplaudiffement poffible . M.
leur Paſteur & fon nombreux Clergé y
affifterent avec grande devotion. Quand
on eut remercié Dieu de bon coeur , il
fallut aller boire & fe réjouir auffi de bon
coeur :
202 LE MERCURE
coeur : Vous connoiffez , Seigneur Mercure
, l'Orleanois là deffus , & de peur
d'être fatigué par l'affluence du peuple &
par la chaleur , Meffieurs les Coquillards,
gens agiffans avec prudence , gagnerent
la Riviere. Quelle joye pour eux , quand
ils aborderent un grand bâtiment couvert,
illuminé par un grand nombre de lampions
& de bougies , au milieu defquelles
paroiffoit le portrait du Roy. La Mufique
entonna une feconde fois unDominefalvum
fac Regem, & les affiftans celebrerent enfuite
cette fête par plufieurs razades , accompagnées
des cris de Vive le Roy , qui turent
redoublez pendant le repas , où le
peuple accourut en plufieurs batteaux , &
où le vin ne lui fut pas épargné. Enfin
la fête finit par deux feux d'artifice , l'un
fur le fable de la Riviere , & l'autre fur
la Riviere même. Jugez , Monfieur Mercure
, fi pour des Coquillards on peut
mieux témoigner fa joye pour une fanté
auffi précieufe que celle de leur Maître‣
Toute la Ville en a fait de même.
A Bordeaux ce 8 Septembre.
LEs
Jo
Es Jefuites du College de Bourdeaux ,
pour témoigner la part finguliere qu'ils
prenoient au rétabliffement de la fanté
du Roy , donnerent la nuit du 31 dư
mois
DE SEPTEMBRE. 203
X
mois d'Aouft un fpectacle des mieux entendus
, & dont la noble & agréable ſimplicité
charma tous les fpectateurs , qui
avouerent n'avoir jamais vu un coup
d'oeil fi beau & fi frappant.
Ce fut l'illumination de la cour de
leurs Claffes elle donne fur la plus belle
& la plus large ruë de la Ville ; l'entrée
en eft magnifique , les corniches & frontons
du frontispice , élevé de quatre étages
, furent illuminez , comme pour inviter
le monde à entrer dans la cour : elle
eft des plus longues & des plus larges ,
entourée de trois corps de logis , où il y
a plus de cinquante fenêtres à niveau les
unes des autres, à differens étages ; elles
furent toutes garnies de lumieres , & la
plupart à deux rangs élevez l'un -fur l'autre
; tous les toits en étoient auffi bordez,
& le comble du corps de logis du fond
de la cour , fur lequel on avoit mis un
autre rang de lumieres , conduifoit infenfiblement
l'ail à un autre corps de logis
qui le domine...
Sur le bord du toit de ce dernier corps de
logis , & fur le comble , étoient pofez a
égale diftance 6o pots enflâmez , qui jettoient
auloin une clarté ébloüiffante ; ainfi
voyoit d'abord en entrant , comme un am→
phiteatre de neuf rangs de lumieres , què
paroiffoienɛ
204 LE MERCURE
paroiffoient être preſque à égales diſtances
les unes des autres.
L'illumination des deux Corps de Logis
des côtez de la cour , étoient comme ter
minez par l'illumination de deux pavillons
à fix étages , qui font aux extremitez du
dernier corps de logis ; les bords de ces
pavillons , les quatre diagonales ou arrêtiers
, étoient éclairez jufqu'aux deux
éguilles , du milieu defquelles fortoit de
chaque côté une grande flamme furmontée
par des fanaux qu'on avoit attachés au
haut des quatre girouettes , qui pouvoient
être vûs de plus de dix lieuës.
Sur le toit de ce grand Corps de logis ,
étoit attaché au milieu un grand cartou
che couronné, & tout refplendiffant de
lumiere , avec ces mots , Vive le Roy , en
fi gros caractere qu'on pouvoit les lire de
toute la Ville ; les mêmes mots étoient
écrits en moindres caracteres dans une infinité
d'autres endroits , & on les lifoit
ailément du bas de la cour.
De derriere le grand Cartouche , au
bruit des Trompettes , de la moufqueterie
, & de plufieurs petits canons de bronze,
on jetta pendant une heute & demie une
multitude de fufées de toutes efpeces , qui
s'éleverent d'une hauteur prodigieufe , &
amuferent agreablement une multitude in
finic
DE SEPTEMBRE.
205
finie de peuple , & de gens de qualité ,
que le fpectacle avoit attirés.
Au milieu du Corps de logis du fond de
la cour eft un dôme de charpente appliqué
à la muraille , il êtoit environné de lumieres
, & autour étoient artiſtement rangés
plufieurs rouës , lances à feu, carrelets , &c,
Sur les onze heures on alluma le feu d'artifice
, qui eut tout l'effet qu'on pouvoit
fouhaitter : la nuit fut très tranquille , &
Pillumination qui avoit commencé à huit
heures & demie , dura en grande partie
jufqu'à une heure après minuit.
La Ville de Bordeaux a , je croi, ſurpaffé
toutes les autres Provinces par les fêtes
trois & quatre fois réiterées ; le Parlement
fit dreffer dans la grande Salle un Autel ,
où le chanta le Te Deum de la Mufique du
Sieur Abeille , le concours y fut prodigieux
; toutes les Chambres y affifterent en
robes rouges , chacun fit enfuite des illuminations
; ce fut le prélude de toutes celles
qui ont fuivi avec autant de magnificence
que de joye pour le fujet qui les a caufées ;
chaque Corps des autres Cours ont fuivi
cet exemple , comme la Cour des Aydes ,
la Monnoye , les Treforiers , l'Amirauté ,
& fur- tout l'Univerfité qui fit tirer fon feu
d'artifice fur le clocher des Carmes , fituez
fur les foffez de la Maifon de Ville , avec
un
206 LE MERCURE
un aplaudiffement univerfel qui dura toute
la nuit par un feu continuel d'artillerie ,
futées , & au fon des Trompettes qui jouërent
tout le tems , aux cris redoublez des
Vive le Roy. M. d'Albeffar Lieutenant General
au Senechal de Guyenne , & Recteur
de ladite Univerfité , fit le matin chanter
le Te Deum , affifté de tous les Docteurs
& Profeffeurs , revêtus des marques de leur
Doctorat, à l'iffuë de la Meffe ; fon merite
fingulier demanderoit des éloges que tout
le monde lui donne , à la tête de fon illuftre
Corps ; il fait chaque jour paroître
des lumieres dans ces decifions, qui ne font
dûës qu'à lui ; fon zele pour Sa Majesté
s'eft manifefté particulierement dans trois
jours de fêtes qu'il a données.
Le Parlement redoubla fes réjoüiffances
lors du Te Deum chanté dans la Cathedrale,
où il alla en robes rouges , fuivi de toutes
les Cours ; il fe fit le foir des feux par toute
la Ville , avec des illuminations , & à toutes
les Places des feux d'artifice , décharges
d'artillerie & fontaines de vin. Les
Vaiffeaux furent illuminez auffi , & firent
des décharges de leur artillerie .
Л
DE SEPTEMBRE. 207
V
A Montpelier le 8 Septembre.
Ous ferez bien aife , MONSIEUR , de
fçavoir ce qui s'eft paffé dans la Province
du Languedoc , & fur tout dans la
Ville de Montpellier , où tout à retenti de
joye & d'acclamations fur le rétabliſſement
de la fanté du Roy.
Meffieurs les Treforiers de France de
la Generalité de Montpellier, & Intendant
des Gabelles du Languedoc , le 16 du
mois , fête de Saint Roch , firent dire une
Meffe dans leur Chapelle ; ils s'y rendirent
avec leurs robes de ceremonie , la Meffe
finie il fut chanté un Te Deum magnifique ,
par la Mufique de la Cathedrale , qu'on
peut dire une des meilleures dé France ,
étant compofée des meilleures voix de la
Mufique des Etats de la Province ; la
cour du Bureau , qui eft affez vafte , avoit
peine à contenir les fpectateurs. On avoit
donné des ordres pour placer les perfonnes
de diftinction .
M. de Reverffat , Prefident du Bureau
des Finances , qui loge dans la Maiſon du
Roy , voulut donner des marques en particulier
de fon z le pour le retour de la ſanté
de S. M. Il fit faite un feu & une illumina.
tion fur une grande Terraffe qui regne
fur l'Efplanade , de laquelle on d.couvre
la
208 LE MERCURE
la Mer à perte de vûë. Cette illumination
â
qui fut la feule ce jour - là , parut à l'entrée
de la nuit la plus calme & la plus obſcure
du monde , dans le temps que prefque
toute la Ville étoit à la promenade Yinterieur
du Bureau étoit éclairé de même.
Enfin on fit renaître le jour au milieu des
tenebres ; les Hautbois & les Trompettes
faifoient entendre des fanfares réiterées
fur cette Terraffe , où la plupart des Dames
du voisinage fe rendirent avec les
Officiers , pour y danfer. Cette illumination
& le bruit des inftruments attira la
jeuneffe ; le Bal dura bien avant dans la
nuit, & fut varié par toutes fortes de danſes
du païs , fans defordre ni confufion ; on
donna des rafraîchiffements y , &c.
M. l'Evêque de Montpellier voulant
donner en fon particulier des marques de
fon attachement & de fon zele pour la
fanté du Roy , pria les Compagnies de
vouloir affifter le Dimanche dix-feptiéme
à un Te Deum qu'on chanta dans la Cathedrale
: Toutes les Compagnies s'y rendirent
en robe de ceremonie ; il y eut le
foir des feux & des illuminations par toute
la Ville ; la Terraffe & le Bureau des Finances
ne fut pas moins éclairé que la premiere
fois.
M. le Duc de Roquelaure , Commandant
en chef dans la Province , reçut la
Lettre
DE SEPTEMBRE. ་ 209
Lettre du Roy pour le re Deum , dans
le temps qu'il étoit dans le Gevaudan avec
M. l'Intendant où il donne fes ordres avec
des attentions extraordinaires pour empê
cher les progrès du mal contagieux ; à fon
retour on chanta le 3 1 d'Aouſt un Te Deum
dans la Cathedrale , où toutes les Compagnies
affifterent en ceremonie ; le foir on
fit des feux & des illuminations par toute
la Ville ; M. le Duc de Roquelaure fie
illuminer fon Hôtel d'une maniere fuperbe;
il donna au public un feu d'artifice très
beau , & qui réuffit parfaitement. Prefque
toutes les Dames de la Ville furent priées
à ce fpectacle , auffi bien qu'à un magnifique
fouper , où il y eur nombre de tables
fervies également , pour les Dames &
pour les gens de diftinction qui s'y trouverent
en grand nombre. Le Bureau des
Finances fit ce jour- là une troifiéme illumination.
Le corps de la Marine de Breft fit chanter
le 14 d'Aouft dans la Chapelle du Roy
un Te Deum pour le rétabliffement de la
fanté de S. M. Après le Te Deum les Compagnies
de la Marine de ce Port frrent
trois décharges de moufqueterie , qui fu
rént fuivies de celles des boettes & de
tous les canons du Port & de la Rade.
Il y eut le foir une magnifique illumination
à l'Intendance , un grand louper >
$ &
210
LE MERCURE
& un Bal qui dura jufqu'au jour. Le len
demain jour de la fête du Roy , les Offi
ciers de Marine , qui font de l'Ordre de
Saint Louis , firent chanter le Te Deum
fuivant la coutume , & fe rendirent enfuite
chez le Commandant de la Marine ,
qui leur donna un grand repas.
On fçait que toutes les Villes du Royaume
n'ont pas manqué de fignaler auffi leur joye au
fujet du rétabliſſement de la Santé du Roy ,
mais on n'a pû parler icy que d'un petit nombre
, refervant au mois prochain celles qui n'ont
pas pû trouver place dans ce Journal."
Le 12 Aouft , les Chevaliers Voyageurs &
Palmiers de la Confrerie du Saint Sepulcre de
Jerufalem , firent chanter dans leur Chapelle de
I'Eglife des RR . PP. Cordeliers du grand Cou
vent de Paris , une Meffe folemnelle , qui fut
celebrée par M. l'Evêque de Perigueux ; il entonna
enfuite l'Exaudiat & le Te Deum pour
l'heureux Rétabliffement de la Santé du Roy.
Le lendemain le fieur du Val Adminiftrateur
le fieur Etienne Sindic , les fieurs de la Val &
du Plain , Anciens ; les fleurs de Raye , Petit
Vifiteurs ; Jarry , Guillain , Bernard & Laurent,
Deputez , furent prefentez à Sa Majesté par M. le
Maréchal de Villeroy. Le fieur Louis Polycarpe
Jarry, Marchand Epicier Juré Contrôleur de la
Marchandife de Foin porta la parole au Roy
au nom de fes Confreres , & lui demanda fa
protection, pour la Confrerie , à l'imitation des
Roi fes predeceffeurs : Sa Majefté la lui promit
, & Elle agréa la Palme qui lui fut prefentée
par le fieur du Val
Dans
DE SEPTEMBRE 21I
Dans le tems que tout Paris retentifoit de la
Mufique des Te Deum & du bruit des boëtes
& des fulées tirées par toutes les Paroiffes &
Communautés de la Ville , M. le Curé de S. Benoift
s'eft diftingué par une dépenfe finguliere .
Il dit à tous fes Paroiffiens qu'il falloit pour
fignaler leur zéle au fujet de la Convalescence
de Sa Majefté faire une contribution un peu
forte. Chacun ne fe fit pas exhorter long tems ,
la recolte fut ample. Quand M le Curé de S.
Benoist eut ramaffe toutes les fommes qu'on lui
apporta pour affembler un grand Choeur de Mu
fique , & pour fournir aux frais d'un brillant artifice
, il partagea d'abord cet argent entre tous
les Pauvres de fa Paroiffe . Nouvelle forte de
fête dont l'idée n'eſt point pillée .
Il faut ajouter icy la Relation qu'on nous a
écrite de celle qu'a donnée l'Ambaſſadeur de
Portugal pour le méme fujer. La voicy.
Dom Louis Dacunha Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire de Portugal au Congrès
de Cambray , & chargé depuis 25 ans des
plus importantes negociations par la Cour de
Lisbonne a fignalé fes fentimens pour le Roy
le jour de S. Louis , dans un dîner qu'il a donné
dans fon Hôtel , rue de Charonne au Faubourg
S. Antoine .
"
Cet Hôtel bâti aux Portes de la Ville , offre
par fa fituation & fon jardin , prefque tous les
agrémens de la Campagne,
la
L'heureufe difpofition des appartemens ,
richeffe des meubles , & le goût des livrées ,
qui paroiffoient pour la premiere fois à cette
fete , y ajoûterent un ornement confiderable.
Son Excellence , par une galanterie qui reçut
un nouveau merite , de la façon dont Elle s'en
expliqua , avoit fubftitué fous le dais au por
Sij
tra
LE MERCURE
trait de Sa M. Portugaife , celui de Louis XV.
original du fameux Gobert , Elle dit que le Roy
fon Maître cedoit fa place au jeune Monarque,
à qui tous les honneurs de cette journée devoient
être confacrez.
M. l'Ambaffadeur ajouta qu'il n'avoit jamais
mieux entré dans les intentions de Jean V. qu'en
faifant éclater en cette occafion l'inclination &
l'amitié veritable dont il eft penetré à l'égard
de Louis XV. Son Excellence avoit fait inviter
les principaux Miniftres Etrangers , plufieurs
de ceux de S. M. T. C. fon illuftre Gouverneur ,
& les perfonnes de fa famille qu'il voudroit
amener. Le Repas fut fervi dans un Salon trèsorné
& fait d'après celui de Marly ; on y arrivoit
par une Antichambre & une Sale , où étoit
dreffe un buffer auffi galant que magnifique ; ce
Salon communiquoir enfuite à plufieurs chambres
de formes & d'afpects differens , dont celle
du Dais , une joignante , & fon Cabinet , étoient
deftinées à la converfation ; dans la troifiére
étoit preparé le fervice du Caffé & des Liqueurs.
La délicateffe des Mets l'emporta fur l'abon
dance , il y a un merite à éviter celle- cy en de
pareilles rencontres , où l'art confifte à piquer
toujours l'apetit .
Le plaifir qu'infpiroit le fujet de la fête , le
choix des perfonnes conviées , & la fineffe de
tous les vins , rendit ce Feftin un de ces Repas
de focictez aimables qu'une chere delicate affai
fonne , fans en être le premier agrément.
La ceremonie ne parut que fous la forme d'une
politeffe fine & enjoliće ; perfonne n'eft plus propre
à acrediter cette forte de ceremonie que M.
l'Ambaffadeur. La Santé du Roy , celles de M. le
Maréchal de Villeroy & de Son Excellence futent
bues folemnellement , mais avec autant de
joye que de folemnité. Le projet & l'execution
des
DE SEPTEMBRE. 214
t
des fervices attirerent des aplaudiffemens aus
fieurs Soullé Me d'Hôtel , & a Veillame Chefde
Cuifine.
Un Amour en Caramel prefenta au fruit un
papier découpé , où l'on lifoit ces Vers .
Rien ne pouroit celebrer mieux
Une augufte Convalescence ,
Que ceux dont l'illuftre preſence
Vient honorer le Maître de ces lieux ;
Et du jeune LOUIS rien n'eft plus à la gloire ,
Que de voir l'amour aujourd'huy
Vous exciter fur nouveaux frais à boire,
A la ſanté d'un Roy plus aimable que lui.
On a oublié le mois paffé dans l'article de
Paris , que le Samedy 30 Août M. de Vendôme
donna une fête à Mgr le Duc d'Orleans ;
il y cut grand repas , illumination brillante &
Mufique compofée exprès par M. de Lully ,
Surintendant de la Mufique de Sa Majesté. Cette
fefte fe pafla ruë de Varenne Fauxbourg Saint
Germain , dans l'Hotel de M. de Vendôme , &
le goût s'y trouva avce la magnificence.
Le 31 Août le Roy alla à l'Obfervatoire ,
où M. de Maraldi de l'Academie des Sciences ,
fit voir à Sa Majesté tout ce qui merite d'être
obfervé dans le Difque de la Lune .
M. Collin de Blamont , Surintendant de la
Mufique du Roy , qui avoit donné à Sa Majesté
le jour de fa fête un concert de fimphonies de
fa compofition , executé par les vingt - quatre ,
a eu l'honneur de lui faire entendre encore de◄
puis à fon dîner une Idille compofée au fujet de
fa convalefcence , qui fut executée par la Mufique
de Sa Majefté. Mlle Antier y chanta un
Rôlle.
04
€14 LE MERCURE
On mande de Cambray du premier Septent
bre , que le même jour à dix heures du matin,
il avoit paru autour du foleil un grand cercle
lumineux varié par des couleurs, & qu'aux côtés
de ce grand cercle on en avoit vú trois autres
blancs qui formpient par leur arrangement une
efpece de triangle. On mande auffi que la Maifou
portative de M. le Comte de Tarouca ,
Plenipotentiaire de Portugal au Congrès , eft
enfin arrivée par charrois. On a déja poſé quatre
fenêtres.
Les Habitans du Village de Miré près de Blois,
ayant obtenu de leur Seigneur la permiflion de
prendre du bois dans fa foreſt pour faire un
feu au fujet de la convalefcence du Roy ; Ces
bonnes gens éleverent un fi grand bûcher , qu'ils
penferent embrafer toute la foreft , où le feu
fut porté par le vent ; mais ils apporterent euxmêmes
le remede au mal qu'ils avoient fait , &
l'incendie fut éteint par leur activité.
Le 30 Aouft le Roy entendit dans fa Chapell●
des Tuilleries la Meffe de Requiem qui fut chantée
par la Mufique , pour l'Anniverfaire du Roy
Louis XIV . '
. Le premier de Septembre on celebra aufli dans
l'Abbaye Royale de S. Denis un Service pour le
repos de l'ame du même Roy : l'Evêque de Perigueux
y officia ; le Comte de Toulouse & plufieurs
perfonnes de confideration y affiftérent ;
les Religieux Communiérent fous les deux Efpeces
.
" Mehemet Effendi grand Tréforier de l'Empire
Ottoman & Ambasadeur Extraordinaire du
Grand Seigneur à la Cour de France , arriva à
Lyon le 20 u mois dernier , après avoir reçu
dans toutes les Villes qu'il a trouvées fur la routa
DE SEPTEMBRE . 213
te , les honneurs dûs à fon caractere & à fon
merite perfonnel . Voici la Relation de ce qui
s'eft paffé à Lyon pendant le féjour de ce Miniftre
, telle qu'on nous l'a envoyée de la Province.
Si Mehemet Effendy Ambafladeur de la Porte
Ottomane a eu lieu de fe louer des manieres gracieufes
& polies qu'il a trouvées à Paris , il n'a
pas eu moins lieu d'eftre content de la reception
qu'on lui a faite à Lyon , des honneurs qu'on lui
a rendus , & des plaifirs qu'on a tâché de lui
procurer. Le jour qu'il fit fon entrée dans cette
Ville , toute la jeuneffe fuperbement montée &
vêtue magnifiquement fut au devant de fon Excellence
, à une lieuë de la Ville , formant un
cortege auffi nombreux que galant. Depuis la
porte où il entra jufques à l'Hoftel qui lui avoit
efté deftine , les rues étoient bordées des deux
côtez par des Bourgeois fous les armes ; on en
avoit raffemblé l'élite , & foit par leur air , foit
par la magnificence de leurs habis , ils ne firent
point perdre à l'Ambaffadeur Turc l'idée avan
sageufe qu'il a conçue des Troupes Françoifes.
Le même jour M. le Prevolt des Marchands &
les Echevins furent le complimenter , & lui
portérent leurs préfens ; il les reçut avec tout
Faccueillimaginable , & ces Mrs fe retirerent très
fatisfaits de fa politefle . Le lendemain M. l'Ar
chevêque de Lyon le fut vifiter ; il fit çonnoiftre
à ce Prélat l'eftime & la confideration qu'il avoit
fon illuftree Pere , & fut enfuite fouper chez
le Prélat qui lui donna un repas magnifique où
toutes les Dames & les principaux de la Ville
avoienc efté invitez Après le fouper l'on fit paffer
Ambaffadeur fur une terraffe qi -donge fur
la riviere , où.fes yeux furent également furpris
de voir tous les deux Quays illuminés , & fes
oreilles d'entendre un Concert aufli doux que ,
mélodieux qui étoit dans le même Temple d'A
pour
pollon
216 LE MERCURE
pollon qui avoit fervi à la fête de Madame l'Ins
tendante. Plufieurs feux d'artifices qui parurent
tout d'un coup fur la riviere ; deux cens petits
batteaux tout illuminés qui voguoient fur ce
paisible canal , ne fervirent pas peu à rendre la
fête complette. Après avoir fatisfait également
& fes yeux & fes oreilles , il fe retira dans le carolle
de Monfieur l'Archevêque , & arriva dans
fon Hoftel qui étoit vis à vis celui de la Villes
il fut agréablement furpris de voir toute la façade
de cet Hoftel galamment illuminée ; un feu d'artifice
au milieu de cette Place finit la fête qui
Jui avoit été deftinée . Le lendemain il fut voir
tout ce qui eft digne d'eftre vû dans cette grande
Ville ; ilfut à la Biblioteque des Jefuites dont il
paru content , auffi bien que des Manufactures
de draps d'or & d'argent que Mrs de la Ville lui
firent voir ; il fut le foir à un Bal que la Ville lui
donna dans la Salle de la Comédie , felon le modele
de celui de l'Opera de Paris ; le plaifir qu'il
parut y prendre fit que l'on lui en donna un fe
cond ; tous les rafraichiliemens de la faifon y
étoient diftribués en abondance ; les Dames
étoient magnifiquement mafquées , & fou Excellence
a été très fatisfaite & de leur beauté & de
leur agrément . La veille de fon départ , l'Ambaſfadeur
fut dîner chez M. l'Intendant , & on lui
donna l'après - midy fur l'eau une fête galante 3
Madame Poulletier le mena dans un Concert qui
a été formé par fes foins , & où elle eft la principale
Académicienne ; on y chanta l'Acte Turc de
l'Europe galante que fon fils avoit demandé , il
fut très fatisfait & de la fymphonie & des belles
voix qui le compofcnt ; enfin il eft parti ne pon
want fe laffer de fe louer des attentions poties des
Lyonno's.
La Ville de Tauris en Perſe a été abimée pa
un tremblement de terre. On compte qu'il a péri
dans
DE SEPTEMBRE. 217
dans ce funefte accident plus de deux cens cinquante
mille perfonnes. Cela eft arrivé le neuf
Avril entre neuf à dix heures du matin .
. M. d'Aligre doit prefider à 1 Chambre des
Vacations . La Declaration de R ›y qui l'établit
a été enregistrée au Parlement le 30. Aouft.
Le huit Septembre , jour de la Nativité de la
Sainte Vierge , le Roy entendit dans la Chapelle
du Louvre la Meffe chantée par fa Mufique ,
& l'après-midy affifta à Vêpres dans la même
Chapelle.
L'Archevêque de Narbonne a prêté ferment de
fidelité entre les mains du Roy , en prefence de
Monfieur le Duc d'Orleans le 24 Août.
Le 11 Septembre il arriva un accident funefte
chez M. Crozat le cadet , rue de Richelieu . Le
premier & le fecond étage d'une galerie de fa
maifon s'écroulerent tout d'un coup , avec la
moitié d'un pavillon qui joignoit cute galerie,
Les ruines écraférent deux Couvreurs , & blefferent
dangereufement quatre Maffons. On dit
que M. Crozat a donne 10 o liv de penſion à
chaque Veuve des Ouvriers qui ont été tués dans
cette chûte , & des fommes aux bleffés .
qui la
>
des
par
L'Abbé Paffarini Camerier d'honneur du Pape,
arriva le 12 Septembre à Paris avec la Barette
de M. le Cardinal Dubois >
reçut
mains du Roy le Dimanche 21 el e fut pre
fentée à Sa Majesté vers la fin de la Mefle
ce Camerier dans un grand baffin d'or . Sa Majefté
la prit & la m't fur la tête du Cardinal ,
vêtu de violet , en Rocher & Camail , & qui étoit
placé du côté de l'Evangile , près du Prie Dieu)
du Roy. L'Abbé Paffa in avoit remis d'abord
entre les mains du Cardinal le Bref de Sa Sainteté.
Dès que le Roy fortit de la Chapelle le
Cardinal Dubois alla dans la Sacriftie prendre
les habits de fa nouvelle Dignité , & enfuite re
T mercier
218 MERCURE LE
mercier le Roy dans fon Cabinet . M. Remond
Introducteur des Ambaſſadeurs , Pavo t été piendre
au Palais Royal dans les Carolles de Sa Majefté
, & M. des Granges Maître des Ceremonies,
L'avoit reçu a la Porte de la Chapelle . Le 25 ,
Son Eminence eur à S. Cloud audience de Madame.
Il y fut conduit dans les Caroffes de
Madame par M. de Marpré , Introducteur des
Ambaffadeurs auprès de Monfieur le Duc d'Orleans.
On écrit de Marfellle que la fanté alloit toujours
de mieux en mieux , & que perfonne n'y
étoit tombé malade depuis plufieurs mois , que
ceux qui inconfiderément & par une cupidité
outrée ont amaffé des hardes peftiferées . On
apprend auffi que Toulon étoit tout à fait bien ,
de même que la Ville d'Aix , & qu'à Atles il
n'y mouroit prefque plus perfonne .
Les mêmes Lettres difent qu'on fe préparoit
fort à Marseille pour faire des réjouillances au
fujet de la convalefcence du Roy. L'Abbaye de
Saint Victor , dont M. de Matignon , aucien
Evêque de Condom eft Abbé , fit chanter un
Te Deum folemnel par fa Mufi que le 7 du prefent
mois , où ce zélé & pieux Abbé officia pontificalement
; il y cu: le foir une fort belle illumination
& des feux de joye aux portes de
l'Abbaye .
Nous avons reçu par la même voye la traduction
de la Lettre que le Grand Maitre de
Malte écrit à M. le Commandeur de Langeron,
Maréchal de Camp des Armées du Roy , Chef
d'Ffcadre des Galeres , Commandant à Marieille.
L'original de la Lettre eft en Latin .
VE
Au Venerable Bailly de Langeron .
Enerable très cher & bien amé Religieux ,
la maniere genereufe avec laquelle vous
vo us
DE SEPTEMBRE. 219
vous êtes expolé au milieu de tous les périls à
l'occasion du mal contagieux qui a affligè la
Ville de Marſeille , & le bon ordre que vous y
avez fait obferver , après que la Cour vous en
a confié le commandement , a merité l'applaudiflement
de tout le monde , & nous en notre
particulier nous en avons un fingulier plaifir ,
comme nous vous l'avons témoigné par nos precedentes
, comme auifi lors qu'elle vous a con
feré l'Abbaye de Bolbone ; étant une marque du
merite que vous vous etes acquis ; nous ne nous
fommes pas arrêtés -là , nous avons voulu donner
un témoignage public de notre fatisfaction ,
en voyant renouveller en votre perfonne ce zele
de nos glorieux anteceffeus , & afin qu'en vûë
de la reconnoiffance que nous en avons , vos
Collegues nos très chers Religieux ayent le
bonheur de vous imiter , en fecondant l'exemple
que vous leur avez donné ; nous avons
fupplié de notre pur mouvement avec toute
1'ardeur poffible notre Saint Pere le Pape , d'accorder
à nos très humbles remontrances un Bref
de grande Croix en votre faveur , Sa Sainteté a
écouté benignement nos inftances , & l'ayant
reçu nous l'avons tout auffi tôt mis en execution ,
comme vous verrés par l'extrait cy joint , vous
donnant pouvoir de porter publiquement cette
marque de diftinction , afin que tout le monde
foit informé que nous avons voulu à votre infçu
faire éclater votre merite ; joüiffez tranquillement
de cette dignité qui vous eft fi bien acquiſe,
tandis que nous prierons le Seigneur qu'il vous
conferre , & qu'il tienne votre venerable perfonne
en fa fante & digne garde . A Malte le
10 Aouft 1721. Signé , ZONDADARI .
On peut placer ici la generofité d'an Confeiller
au Parlement d'Aix , nommé Henry de
Tij Thomas ,
220 LE MERCURE
Thomas , Chevalier Marquis de Villeneuve , &
defcendu des anciens Rois d'Arragon : ce charitable
Magiftrat a donné aux Pauvres de fa
Ville plus de quarante mille francs . Il les recevoit
chés lui , les exhortoit à la patience , &
les raffuroit par fon exemple contre la crainte
de la contagion . Enfin il ne fe contentoit pas
de répandre fes biens , il prodiguoit encore fa
vie , en s'expofant aux périls d'une communication
peftife ée .
On mande de Rome que M. le Cardinal de
Bfly en partira le premier Octobre , qu'il fe
ren ira a Turin , où la Cour de Savoye l'a fait
inviter de fe repofer quelques jours , pour de
là paffer en France avec une eſcorte qui le
conduira jufqu'à Ly n.
Le Roy a donné les premieres entrées au
Prince de Tonay Charente , fils aîné de M. le
Duc de Mortemart , premier Gentilhomme de
la Chambre du Roy.
On a enregistré au Parlement des Lettres Patentes
données par le Roy pour la démolition
du petit Châtelet , & l'emplacement eft donné
à l'Hôtel - Dieu On parle de démolir aufli les
deux pavillons du College Mazarin .
M. l'Abbé de Saint Albin a été ordonné Prêt
tre à Verfailles le 20 Septembre , en vertu
d'une difpenfe accordée par le Pape . M. l'Evêque
de Viviers a fait cette Ordination.
Le mariage du Roy avec Marie - Anne Victoire
Infante d'Espagne , eft conclu . Cette Princeffe
eft âgée de trois ans & demy ; on doit l'amener
à la Cour de France au mois de Mars prochain,
pour y eftre élevée aux manieres Françoifes.
Madame la Ducheffe de Vantadour , qui a été
nommée fa Gouvernante , l'ira recevoir fur la
frontiere.
M. le Duc de Saint Simon , Pair de France ,
a été
DE SEPTEMBRE: 221
a été nommé pour aller auprès de Sa Majelté
Catholique , en qualité d'Ambaffadeur extraor
dinaire , demander cette Infante au nom du Roy.
La Lettre que le Roy d'Efpagne a écrite au
Roy fur cette alliance , ne peut que finir heureufement
ce Journal.
LETTRE DU ROT D'ESPAGNE,
écrite au Roy de France à l'Efcurial
le troifiéme Septembre 1721 .
Cerand bonheurpour moi que la premiere Let-
' Eft un grand plaifir & en même temps un
tre que j'écris à V. M. de ma main , foit fi conforme
aux liens du Sang qui nous uniffent , & à la
tendre inclination de mon coeur pour Elle. Les
fentimens conformes à ma naiffance que j'y ai
confervés , & les paroles pleines de fageffe & de
bonté que le feu Roy mon Grand Pere me dit dans
le temps de notre feparation , & qui y font demeurez
profondément gravez , auffi bien que
dans mon efprit , me font fouhaiter avec ardeur
de voir affermir & fortifier par de nouveaux
líens l'union étroite & l'amitié qui doit toujours
fubfifter dans notre Maiſon . Dieu femblant donc
en avoir preparé les moyens , en me donnant
une fille dont l'âge eft proportionné à celui de
V. M. je croy remplir les deffeins du feu Roy
mon Grand- pere, & même ceux de la Providence,
& fatisfaire en même temps aux mouvemens de
ma tendre amitié pour Elle , en lui propofant ,
comme je fais aujourd'hui , d'allurer dès à
prefent
fon mariage avec l'Infante ma fille , & de la
faire paffer en France pour y eftre élevée & formée
dans les principes conformes à l'état où Elle fera
appellée , & qui puiffe remplir les voeux finceres
que je feray toujours pour le bonheur de V. M.
Tiij &
222 LE MERCURE
& pour les avantages d'un Royaume où j'ay pris
la naiflance , & qui a taut contribué à me maintenir
fur le throne où Dieu m'a appellé. J'efpere
que V. M. recevra avec plaifir une propofition
fi conforme à notre proximité & à l'amitié parfaire
qui doit être entre nous , & qui me comblera
de joye par le defir que j'ay de lui marquer
Boute la fincerité de mes fentimens pour Elle .
Signé , PHILIPPES , Roy d'Espagne.
DECLARATIONS , ARRETS, &c.
A
RREST du Confeil d'Etat du 21 Juin
1721 , pour la liquidation des 160 Offices
de Mouleurs de bois de la Ville & Fauxbourgs
de Paris .
Declaration du Roy du premier Aouft , portant
Reglement general pour le Tabac .
Declaration &c. dus Aoust , portant que les
Procez pour raifon des faillites & banqueroutes
feront portez devant les Juges Confuls , jufqu'au
premier Juillet 1722.
Arreft du Confeil du 30 Aouft , qui ordonne .
que pendant fix mois les Beftiaux venant d'Aliemagne
& de Flandres feront exemts & déchargez
de tous droits à l'entrée du Royaume.
Arreft du Confeil du 5 Septembre , en faveur
des pauvres des Paroiffes de la Ville & Fauxbourgs
de Paris .
Arreft du Confeil du 11 Septembre , qui fixe
les Routes de Paris en Languedoc , & de Languedoc
à Paris .
Arreft du 14 Septembre , concernant le Commerce
des Marchandifes de Levant.
Arreſt du 14 Septembre , portant que tous les
Notaires & Tabellions eront tenus de fournir
dans un mois des extraits de tous les Contrats ,
sant
DE SEPTEMBRE. 223
;
tant d'acquifitions que de conftitutions , & autres
actes tranflatifs de proprieté , ou conftitu.
tifs de creances , ou qui portent quittances &
décharges , paffez depuis le premier Juillet 1719,
jufqu'au dernier Decembre 1720 , à l'exception
neanmoins des Contrats de mariage , Teftamens ,
Inventaires , Partages , Avis de Parens , & autres
énoncez audit Arreft .
Declaration du 14 Septembre , concernant les
Subftitutions de Franche - Comté .
Arreft du 16 Septembre , concernant les ancicanes
efpeces & matieres d'or & d'argent.
On voit par la groffeur de ce Livre , que nous
avons été furchargez de matieres , dont nous
avons renvoyé une partie au mois prochain. Ainfi
nous prions ceux qui s'attendoient à voir paroître
les Pieces qu'ils nous ont envoyées , de vouloir
´bien fe donner un peu de patience.
SUPPLEMENT
.
E 24 de ce mois , le Comte de Sperling
LChambellan du Roy de Suede , abjura pu
bliquement les erreurs du Lutheranifme dans
l'Eglife des nouvelles Catholiques .
Le Roy a nommé à l'Evêché de Sarlat Mi
l'Abbé le Blanc , frere de M. l'Evêque d'Avranches.
I
Le 28 , le Roy aprés avoir entendu la Meffe
chantée par fa Mufique , alla diner au Chafteau
de la muerte , accompagé du Comte de Clef
mont , & du Maréchal de Villeroy for Gouver
heur. L'après midi 9. PM. prit te divertiffement
de la chaffe , & tua plufieurs picées de gibier.
Le 29, un Expres dépêché de Madrid a appor
té des Lettres du Royd Espagne au Roy & à M.
le Duc d'Orleans , par lefquelles S. M. C. propole
224 LE MERCURE
pofe le Mariage du Prince des Afturies âgé de
14 ans , avec Mademoiſelle de Montpenfier
âgée de 12 ans , troifiéme fille de M le Regent;
& la propofition de S. M. C a été acceptée
par Sa Majesté , à qui M. le Cardinal Dubois
montra le portrait du Prince des Afturies , peint
à Madrid par le fieur Hoüaffe .
Le premier Octobre , Madame la Ducheffe
d'Orleans accompagnée de Madame la Maréchale
de Rochefort , de Madame de Chiverny, de
Madame de Simiane , de Madame d'Epinay , &c .
prefenta au Roy Madame la Princeſſe des Afturies
, qui l'embraffa .
M. de la Fare , Capitaine des Gardes de M.
le Duc d'Orleans , eft nommé pour aller à Madrid
complimenter le Roy d'Efpagne , la Reine
& le Prince des Afturies fur ce Mariage.
•
AVIS très -falutaire aux Dames pour accoucher
beureufement& promtemeni , & pour prévenir
les fuites dangereufes de leurs T couches.
Omme la plupart des maladies qui arrivent
Comme maladiesqui
caufées que par la retention , de ce qui doit les
fuivre , comme auffi par les ravages du lait , le
fieur Lecrom , Privilegie du Roy , a trouve une
Poudre qui eft le meilleur Specifique qu'il y ait
eu jufques icy pour procurer les fuites de l'enfantement
, & en même tems pour faire perdre
le lait d'une maniere fenfible en très - peu de
jours , ce qui previent les accidens dont il eft
la caufe , en la pendant fimplement au col fans
rien prendre par la bouche , Cerre Poudre est
d'autant plus commodo qu'elle ne gâte point la
forge, & qu'elle eft exemte des inconveniens des
drogues dont on s'eft fervi jufques à prefent.
Celles qui font affligées d'un lait répandu , foot
gueries en très- peu de rems , elle ne manque jamais
DE SEPTEMBRE. 225
mais de le faire couler des parties où il s'eft
jetté fans aucun fecours de remedes ni de faignées
, qui ne fervent de rien en ce cas , ce que
Fexperience a fait connoître au fujet de plufieurs
perfonnes en danger de la vie , aufquelles
les formalitez ordinaires avoient été observées
inutilement , qui en ont été delivrées heureuſement
en moins de vingt quatre heures par le
feul ufage de cette Poudre,
Son ufage eft de mettre le paquet qui eft en
petit volume , dans un petit fac de peau de can.
nepin, ou de cuir de gand , & de le pendre au col ,
en forte qu'il foit placé entre les deux mamelles,
& cela immediatement après le travail , ce qui
empêche ou diminuë confiderablement la fiente
du lait , & les tranchées qui arrivent enfuite,
Il y en a qui le portent dès qu'elles fentent les
premieres douleurs de l'enfantement ; ce remede
en modere la violence , rend les tranchées plus
fupportables , & caufe un accouchement d'autant
plus heureux & plus prompt ; on ne rifque jamais
de faire ufage de cette Poudre , parce
qu'elle met en mouvement les fucs & les humeurs
étrangeres que la nature a amaſſés à deffein
de nous faire voir le jour. Elle ne produit jamais
que de très-bons effets dans les accouchemens
difficiles.
On garde le paquet huit jours plus ou moins ,
tant qu'il n'y ait plus rien à craindre . Il peut
fervir toute la vie d'une perfonne fans que fa vertu
foit alterée ; ce n'eft qu'après un grand nombre
d'experiences qu'on en a faites fur des perfonnes
de different temperament , tant à Paris que dans
les Provinces , même dans les Pays Etrangers ,
qu'on en fait part au Public.
PRESERVATIF CONTRE LA PESTE.
On a trouvé que cette Poudre eft très-fpecifi
que pour le preferver du mauvais air , en l'ap
pliquant
226
LE MERCURE
pliquant fur la région du coeur entre la vefte &
la chemife ; fa vertu penetrante deffend le coeur
qui eft le premier attaqué dans un tems de contagion
en maintenant le fang dans fa fluidité naturelle
; on peut encore en porter une autre paquer
dans fa poche , & fe le prefenter au nez de
tems en tems .
On avertir que les paquets de cette Poudre
feront cachetés pour éviter la furprife , & que le
feur Lecrom qui en eft l'inventeur , eft le feul
qui les diftribue à Paris , rue Philipeau , proche
le Temple , chez un Orfévre.
f Le prix eft de dix livres ; ceux qui les prêteront
font avertis de ne les préter qu'a des perfonnes
faines , à caufe des mauvaiſes qualitez
qu'ils pourroient contract r , & qu'ils communiqueroient
à d'autres enfuite.
On nommera des gens de probité qui en rendront
bon temoignage à ceux ou celles qui voudront
pren ire la peine de s'en informer.
On trouve chez ledit Sieur les meilleurs Prefervatifs
interleurs & exterieurs pour la Pefte , &
des Remedes fpecifiques pour les Hydrop fies ,
la Jauniffe , les Pâles couleurs & autres maladies
du fexe , & pour tous les maux d'eftomac.
NOUVELLE GRAMMAIRE Latine & Franço fe ,
dediée au Roy , Par M. Beaumont ; Bachelier
de Sorbonne , vol . in 4 ° . 172 1. Chez la Veuve le
Fevre , rue S. Severin , au Soleil d'Or.
Ce Livre fat annoncé dans le Mercure du mois
de Janvier dernier ; la quantité de gravures dont
il eft rempli , eft la caufe qu'il paroît fi tard . Ou
en compte 8 feuilles & 14 d'impreffion . Il y a
tout lieu de croire que cet Ouvrage fera utile aux
jeunes Etudians , & encore plus à ceux qui dans
un âge plus avancé , veulent aprendre le Latin ;
ils y trouveront en abregé tous les fecours répandus
dans plufieurs Volumes ; rien ne nous paDE
SEPTEMBRE. 227
roît devoir plus contribuer à l'avancement des
Ecoliers , que l'ordre & la facilité que l'Auteur
a imaginée dans ce Livre . Ce font les fentimens
des principaux Profeffeurs de l'Univerfité qui
l'ont approuvé.
L'ART DE TIRER DES ARMES , réduit en abregé
metho lique , dedié à M. le Maréchal de Villeroy.
Par M. de Bre , Maitre en Fait d'Armes.
1721. A Paris , chez Thibouft.
t
Le Corps de la Marine de Toulon fit chanter
le 16 Septembre à 5 heures après midy un Te
Deum dans l'Eglife des Jefuites pour la Convalefcence
du Roy , au bruit de plus de 200 boëtes
qu'on avoit portées dans le Champ de Bataille ,
d'une décharge de 33 pièces de canon , qu'on
avoit mis en batter e dans l'Arfenal , & de tous
les canons de l'Amiral . Le foir ou fit des illuminations
dans l'Arfenal , & on y tira un Feu d'artifice
, qui confiftoit en 700 fufées volantes , & en
3 bombes de carton , remplies de pluyes de feu,
de ferpenteaux & d'étoiles , qui réuffirent toutes
parfaitement. Pendant le Feu d'art fice les canons
de l'Arfenal & de l'Am'ral firent une triple
décharge La Galere l'Eclatante , qui eft dans
le Port de Toulon , étoit pareillement illuminée,
& avoit quatre rangs de lumieres.
APPROBATION.
'Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
Le Mercure pour le mois de Settembre , &
jay crû qu'on pouvoit en permettre l'impreffion.
A Paris le 4 Octobre 1721 .
HARDIO N.
TABLE .
I
Nftructions neceffaires aux Voyageurs pour
faire leurs obfervations , &c. Page 3
Réponse de M. D...à la Lettre de M. Piganiol
de la Force , fur l'ancienneté de la Charge de
Capitaine des Gardes de la Porte du Roy. 21
Poëfies , Enigmes , Chanfon , Eglogue , Idille ,
Cantate , &c . fur le rétabliſſement de la fanté
du Roy.
31
Envoy fur la prem, Enigme du mois d'Août .
Envoy fur la feconde Enigme du Mercure du
même mois .
Enigmes.
Chanfon à boire .
Nouvelles Litteraires & des beaux Arts.
Les beaux Arts .
ibid.
61
62
63
109
Fête donnée au Roy par S. A. S. Monfeigneur le
Duc , en fon Château de Vanvre , le Lundy 8
Septembre 1721.
Diane , divertiffement en Mufique.
L'Opera .
Le Theâtre François.
Comedie Italienne .
Foire Saint Laurent .
Morts & Mariages des païs Etrangers.
Charges & Dignitez des pays Etrangers,
Nouvelles Etrangeres.
Morts de France.
Mariages.
Charges , Dignitez , Penfions .
112
119
130
132
134
141
144
147
149
165
169
174
177
179
Evêchez , Abbayes & Benefices .
Journal
de Paris
Lettre du Roy d'Espagne , écrite au Roy de France
, à l'Efcurial le 3 Septembre 1721.
Declarations , Arrelts , &c.
221
222
Supplément.
223
Qualité de la reconnaissance optique de caractères