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1721, 04-05 (Le Nouveau Mercure), 1721, 06-07 (Le Mercure), partie 1
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557
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John
Bigelow
tothe
357
Century
Association



.
ชุ
LE
NOUVEAU
MERCURE
AVRIL 1721 .
Le prix eft de vingt - cinq foks
A PARIS.
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais:
La Veuve de PIERRE RIBOU, Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis.
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue
S. Jacques , à la Fleur-de-Lys d'Or,
M DCC. XXI. -
Avec Approbation & Privilege du Roy
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY AVIS.
ASTOR , NOX AD
TILDEN RINDATA
N prie ceux qui adreſferont
des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercu
re , d'en affranchir le port ,
fans quoy ils resteront au rebut.
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur Bu CHET , Cloitre
S. Germain l'Auxerrois.
On trouve chez A. D. Rogiffart , Libraire
à la Haye , tous les Mercures de
Paris. On prie les perfonnes qui voudront
lui addreffer des Paquets de France à la
Haye , de les envoyer auparavant , affranchis
de ports , à M. Buchet Auteur du
Mercure , qui les fera tenir au Sieur Rogiflart.
De Pimprimerie de C. L- THIBOUST ,
Place de Cambray
LE
NOUVEAU
MERCURE.
Nous avons fait tous nos efforts pour recouvrer
la fuite defonge d'Alcibiade ; mais après
bien des recherches , nous avons découvert que
la defeription du chemin de la vertu s'eft égarée
par quelque hazard ; mais nous ne defefperons
point que le même hazard ne nous faffe
tomber ce petit chef- d'auvre entre les mains
Ous arrivâmes infenfiblement
au lieu où accouroient
rous ceux qui étoient fortis
du fpectacle : nous traverfâmes
, en fuivant la foule
des cours fpacieuſes & magnifiques
nous paffames fous des portiques
fuperbes , apuyez fur une infinité de
colonnes de marbre de Paros ; enfin , nous
entrâmes dans des jardins delicieux : je me
crus tranfporté dans ceux d'Alcinous . La
A ij
4 LE MERCURE
nature y produit en tout tems des fleurs
nouvelles ; les arbres qui en forment les
allées , y confervent toujours leurs ornemens
; le gazon naiffant & la rofe vermeille
, y annoncent fans ceffe la preſence
du Printems ; Flore y brille toujours d'un
même éclat , le zephyre y regne tranquillement
avec elle , & la diligente Aurore
ne précede le Soleil tous les matins , que
pour répandre fes pleurs fur l'émail des
parterres , & pour entretenir la fraîcheur
des gazons & des feuillages .
Nous découvrions à chaque pas de nouvelles
merveilles. Au bout d'un parterre
où l'art & la nature arrêtoient également
nos yeux, une mer de cryftal s'offrit à
nous ; les myrrhes & les orangers qui la
bordoient, & qui s'élevoient fur des lits
de gazon , fembloient ne fe mirer dans
les eaux que pour ſe difputer l'avantage.
L'empreffement que j'avois de gagner
une grande allée qui n'étoit pas loin , m'empêcha
de m'arrêter : la foule du peuple qui
la rempliffoit, redoubloit ma curiofité ; elle
étoit fuperbe par la beauté des arbres qui
la formoient : Mais le principal fujet de
mon admiration , étoit , que des feuilles
toutes feules fiffent la beauté de ces jardins...
Ceffez de vous étonner, me dit Socrate ; c'eſt
le goût de ce païs - cy que de faire éclater
de luxe dans les chofes qui ne font d'aucun
D'AVRIL.
1
afage , la parfaite inutilité en fait le merite ;
c'eft avec foin qu'on y cultive la ſterilité ,
& les rofiers de Paft y feroient mépriſez ,
fi les pommiers de Phæace n'en étoient
bannis. Vous ne voyez point ici la vigne'
mariée à l'ormeaur, ni le figuier proteger
la vigne de fon ombre contre les ardeurs
du Lion. La terre ne donne fon fue que
pour ce qui eft agreable , & l'on defavoueroit
la fécondité , fi elle l'employoit à quel--
que chofe d'utile. Ce ne font de tous côtez
que Platanes chargez de feuilles , que Buis , '
dont l'ombre eft mortelle à ceux qui s'y'
arrêtent, que myrthes confacrés aux amours ; '
Pomone eft chaffée de l'Empire de Flore ,
& Priape n'a dans ces lieux que le foin
de le garder lui- même. ·
Mais Alcibiade , tournez vos yeux , confiderez
cette affluence de peuple dans cette
grande allée . Quel pompeux affemblage de
Fun & de l'autre fexe ! Quel éclat dans
ces femmes Quel goût dans leur ajuftement
! Quel air ailé dans leur action ! II
femble que c'eft Venus elle - même qui leur
apprend à plaire , & que tous leurs mouvemens
font menagez par les Graces.Voyez
quelle foule couvre les bancs des petites
allées , & remarquez tout ce tumulte. On
appelle fe promener , que de fe heurter en
paffant , que de s'oppofer à ceux qui arrivent
, que d'être pouffé par ceux qui
A iij .
LE MERCURE
fuivent , & de fe fentir preffez de tous
côtez .
Quel bonheur , Alcibiade , fi la vertu
formoit cette nombreuſe affemblée , & fi
elle uniffoit les efprits & les coeurs de tout
ce grand peuple ! Mais l'ambition , la
haine & l'envie les agitent & les divifént
fans ceffe ; il femble qu'ils ne fe donnent
rendez- vous dans ces jardins , que pour le
critiquer & pour te déchirer tour à tour..
Vous voyez- là peu d'hommes & de femmes
qui n'ayent des reffentimens fecrets
les uns contre les autres , & ceux qui
femblent fe plaire davantage enfemble ,
font bien fouvent ceux qui fe haïffent le
plus.
>
Cette mauvaife difpofition où ils font
les uns contre les autres eft caufe qu'ils
ne fe pardonnent rien , & qu'ils fe rendent
ridicules quand ils ne peuvent fe rendrecoupables.
On parcourt avec une maligne
attention tous les defauts du corps , comme
fi l'on devoit être blâmé des fautes de
la nature. Des defauts de la perfonne , on
paffe à ceux de l'efprit , & l'on a une
affectation de fe nuire , qui ne s'exerce pas .
moins à diflimuler le bien , qu'à exagerer
le mal.
Celle qui fe plaint en fecret d'être malfaite
, découvre des defauts dans celle dont
la taille eft avantageufe . On déprime
D'AVRIL.

l'efprit de celle dont on n'ofe déprimer la
beauté : on dit que celle ci feroit aimable
fi elle étoit moins affectée ; & que celle- là ›
ne pouvant briller par fes agrémens naturels
, cherche à briller par l'artifice qui paroît
fur fon vilage. On attaque les moeurs
& les manieres , quand on ne peut critiquer
la figure. Remarquez , dit- on , celle'
qui marche fi fierement fous , des étoffes
d'or , & la tête couverte d'ornemens , elle
ne brilleroit pas tant aujourd'hui , fi elle
n'avoit difparu dans la derniere fête avec
le vieux Cyneas. Une Pigmée tourne Andromaque
en ridicule , & celle qui pour"
n'avoir pû fe faire des Amans , fe donne
pour une Penelope , affire que toutes les
femmes font des Helenes
Les hommes ne font pas plus à couvert
de la critique que les femmes. Qu'il
faut , dit- on , peu de tems - en ce fiecle- ci
pour amaffer des grands biens ! Voyez-
Vous cet homme qui fe promene à Fas
lents , avec tant de diamans à fes doigts ,
qui rejette negligemment fon manteau
derriere fes épaules ; c'eft Mopfus , un'
homme de rien. Sans la fameufe Phrygné
qui l'a annobli par fes faveurs , il feroit
encore confondu dans la lie du peuple.
Qui ce vilage affreux plein de coutures.
Quy , cette horrible figure , c'eſt un
Achille !.
A. iiij
LE
MERCURE
Voyez - vous cet autre à qui l'on fait
place , devant qui tout le monde s'arrête ,
& qui fe fait fuivre par tant d'Efclaves ??
Silence ,
doucement ! c'eft
Arpocrate , rangeons-
nous ; il lui faut plus d'espace qu'à
un autre ; l'air & le terrain qu'on lui laiffe
libres , ne fuffifent pas encore à fon orgueil
, il n'étoit autrefois lui- même qu'un
Efclave ,
maintenant il difpofe du fort dès
humains . O fortune , fortune , tes jeux :
font des miracles !
C'est par tous ces endroits , Alcibiade,.
que les
hommes attaquent leurs propres
moeurs ce n'eft point pour le corriger ,,
d'eft pour le détruite qu'ils fe
reprennent';.
cette inaxime n'eft point une digue à oppo
fer au
débordement des vices : celui qui
ne
defaprouve la conduite d'autrui que par
un fond de malignité , ne fonge point às
regler la fienne ; car ce feroit par là qu'il
commenceroit à devenir meilleur : il n'a
les yeux ouverts que fur ce qui fe paffe
hors de lui , & il ne voit pas que dans le
tems qu'il répand fon fiel fur le genre humain
, il meriteroit lui- même d'en être fé
paré par des moeurs plus mauvaiſes que
celles qu'il defaprouve . Quand eft - ce que
les hommes fe reprendront fans s'offenfer ,
& qu'ils ne feront
reciproquement occupez
de leurs défauts , que pour fe conduire à
la perfection !
D'AVRIL.
Finterrompis Socrate , pour lui demander
le nom d'un jeune homme qui venoit
à nous. Il marchoit des bras & des épaules ;
fon habillement ,, quoi que magnifique ,.
avoit un air de defordre tout étoit dérangé
dans fa perfonne jufqu'à fon action.
Il interrogeoit tous ceux qui fe trouvoient
à fon paffage fans les regarder ; il tournoit
la tête de tous côtez , il ne faluoit que
legerement ; il parloit d'un ton élevé , &
n'écoutoit qu'à moitié ceux qui lui par
loient.
1
Que je loue votre remarque , me dit
Socrate , ce jeune homme eft de ces fortes
de gens que vous ne fçauriez éviter avec
trop de précaution . Votre jeuneffe , votre
naiffance , & peut- être même votre penchant
naturel , vous font prefque toucher
à leurs moeurs ; & peut- être n'y a- t'il point:
d'autre obftacle que moy qui vous en fepare.
Vous verrez ici beaucoup de perfonnes
de leur caractere ; ils n'ont pour tout
titre des libertez qu'ils fe donnent , que
leur naiffance élevée , les vertus de leurs .
ancêtres , & l'impetuofité de leur jeuneffe.
Ils s'imaginent être au deffus des regles de
la bienséance , & fe difpenfent fort fouvent
de celles de l'honneur. Leurs débauches .
ne leur feroient point agréables , ſi elles .
n'étoient publiques ; ils ne s'y abandonnent
pas tant par le plaifir qu'ils y trouvent ,
ΤΟ LE MERCURE
que pour en faire vanité. Comme ils y
mettent toute leur gloire , ils ne fe vantent
pas feulement des vices qu'ils ont , mais
encore de ceux qu'ils n'ont pas . L'ambition
des honnêtes gens eft de parvenir
toujours à quelque nouveau degré de me--
rite ; la leur eft de fe fignaler par quelque)
nouveau degré de déreglement . Ceux qui
rencheriffent en cela fur les autres , font
les plus recommandables : l'émulation par
mi eux n'eft que pour le vice ; la honte
confifte dans le mediocre ; il n'y a que
Fexcès qui les honore , & qui leur donne
du relief... C'eft le bon air de paroître
dans le même jour à tous les fpectacles &
à toutes les promenades , d'être inquiet &
impatient par tout où l'on eft , & de vouloir
toujours être où l'on n'eft pas ; de fo
tirer à l'écart avec un air de myftere ;:
d'affecter des rendez - vous avec des femmes
auxquelles ils n'ont jamais parlé , & de
fouper tous les jours dans des lieux où leshonnêtes
gens ne fçauroient aller fans fe
croire deshonorez. La pieté envers les pa
rens , la Religion envers les Dieux , fonts
un frein qui retient quelquefois les hommes
; pour eux rien ne les arrête ; la dés
fenfe eft une raifon de faillir , & leurs cri
mes font infipides , s'ils ne choquent la
Religion ou la nature . Les plus grands
ennemis qu'ils ayent , font ceux qui leur
D' A VRI L.
ont donné la naiffance , parce qu'ils combattent
leur indépendance. Leur defordre
ne leur plaît que par le danger qu'ils y
trouvent , & l'idée de leur perte eft ce qui
releve davantage, le prix de leurs plaifirs
A voir leurs dépenfes prodigieufes , on
diroit qu'ils difpofent d'une mine d'or , &
ils trouvent le fecret de fe ruiner , avant
que de jouir du bien qu'ils doivent avoir.
Il regne pourtant une forte de difcipline
au milieu de leur defordre ; leur chef
n'eft point élû au hazard ; il faut pour me
riter de l'être , qu'il ait donne des preuves
de débauche , foit par l'excès , foit par lerafinement
des plaifirs . Alors , les autres
fe rangent fous fa loy ; & ils n'ont de
l'émulation que pour l'imiter ; c'eft de là
que ces chefs font nommez dans le monde ,
les Maîtres & les Princes de la jeuneffe ;
mais ils meriteroient bien mieux les noms.
de vils & honteux efclaves de la Volupté.
Gardez - vous de tels Précepteurs , fi vous.
voulez être heureux : leurs maximes font
oppofées à celles que l'honneur & la probité
vous prefcrivent : ils ne font touchez
ni de l'amitié ni de l'approbation des hommes
; ils font infociables avec les gens fages ,
& moderez ; & comme ils ne fe conduifent
que par l'impreffion des fens , ils perdent
infenfiblement le goût de l'efprit , &
leurs corps font ufez par la débauche avant
12 LE MERCURE
que d'être vieillis ... A mefure que nous
parlions , nous nous feparâmes de la foule,
& nous nous trouvâmes par hazard dans
un espacé où venoient fe rendre plufieurs
allées. La ftatuë de Mercure , couronnée
de fleurs nouvelles , étoit placée au mi-
Hieu : elle nous montroit du doigt le chemin
pour arriver dans un petit bois encore plus ·
reculé. Le foleil étoit déja defcendu dans le
fein des ondes , & le filence & l'obſcurité
regnoient dans le bois. Nous entrâmes
dans ces petites allées fi celebrées par les
Poëtes Liriques , & par les avantures qui
s'y paffent. Des ombres paroiffoient y errer
devant nous ; il me fembloit d'un côté
voir Apollon pourſuivre Daphné , Jupirer ·
Califto , des Satires tourmenter des Nymphes
, & Pan fuivre Sirinx dans les plus
épais bocages ; de l'autre , des femmes enlever
des hommes , & les conduire dans ›
lés lieux les plus fombres... C'eft , -me
dit Socrate , pour leur vendre des plaiſirs
qu'ils mépriferoient en plein jour , & qu'ils
achetent fouvent plus cher qu'ils ne s'imaginent
d'abord. Mais comme ces plaifirs
qui leur font offerts dans l'obfcurité ,
ont un air de myftere & de débauche particuliere
, parce que ce font les femmes .
qui prient les hommes , elles en trouvent
plufieurs qui fe laiffent entraîner.
$
Le fleuve Cayfter ne fait point tant de tours
j
D'AVRIL. 13
& de detours , que l'on en voit dans ce lieu
fatal , dont l'iffue eft fi difficile à trouver.
Voicy pour vous , Alcibiade , une vive image,
des difficultés que l'Amour oppofe à la liberté
des hommes , quand il les tient dans
dans fes fers , & des tenebres qu'il répand
dans leur efprit. Le Monftre qui devoroit
tous ceux que l'on enfermoit dans le Labirinthe
de Crete , n'étoit
n'étoit pas fi redoutable
que les Ombres qui errent dans celui - cy ,
& que vous devés regarder comme autant
de Pafiphaës. C'est donc à moy maintenant
à vous fervir de Dédale : fuivés - moy &
quittons ces lieux.
Après mille circuits & mille detours
nous nous trouvâmes enfin auprès de cette
grande piece d'eau , qui avoit fait en en .
trant le fujet de mon admiration . Nous
nous affimes fur l'herbe tendre qui la couronnoit
, & le hazard nous plaça au milieu
d'une infinité de jeunes garçons & de jeunes
filles qui s'entretenoient de leurs amours
Socrate interrompit adroitement l'attention
que je commençois à leur donner , pour me
faire remarquer des pelotons d'hommes qui
fe parloient avec la même chaleur , que
s'ils s'étoient querellés entr'eux . Ces pelotons
fe groffiffoient tout à coup , & tout à
coup fe feparoient pour s'aller former ailleurs
, ou pour en aller groffir d'autres ... Ne
craignés rien , me dit Socrate ils n'en
14
LE MERCURE
"
viendront point aux mains : ce font -là
ces politiques qui veulent penetrer dans
les fecrets des Republiques ; qui fe piquent
de connoître à fond les interefts des Princes,
& qui décident fans autorité du fort
des peuples & des Royaumes ; chacun a ſa
faction differente. Ils marquent toujours
les nouvelles qu'ils debitent , de quelque
verité apparente , ou de quelque grave autorité
; ils affurent aujourd'hui que les Lef
biens ont rompu leur Traité avec nous ,
pour prendre le parti des Mitileniens ; demain
ils diront tout le contraire . Rien n'eft
plus fûr , felon leurs nouvelles , que
la
mort de notre Cleon , qui a été tué dans le
même combat , où Brazidas General des
Ennemis a perdu la vie. Il faut les entendre
difcourir für Palliance nouvelle des Atheniens
avec les Lacedemoniens , & fur ce que
ces deux Puiffances unies vont executer ....
Faffent les Dieux , Alcibiade , que ces deux
fuperbes Rivales , qui jufqu'à prefent ont
tout fait pour le détruire , demeurent à
jamais unies : il n'y a que trop longtems
que l'amour de la gloire les fepare , & que
leur propre grandeur leur fait ombrage.
Si nous rapellons dans notre fouvenir les
noms de tous les grands hommes qui ont
peri de
& d'autre dans les combats ,
part
nous avouerons que les vainqueurs n'ont
été gueres moins à plaindre que les vainD'A
VRIL.
cus. Que l'Afie vers laquelle nous marchons
maintenant , foit deformais le theatre
de nos victoires ! que lemême intereft qui
nous unit & qui nous anime , la foumerte
à jamais au Nom Grec ! Que jamais aucune
Puiffance de la terre ne s'arme contre
l'une de ces deux Nations , que l'autre ne
prenne fa défenfe ; que leurs conquêtes &
leurs triomphes foient l'ouvrage de leurs
Troupes reconciliées ; & que leur gloire
& leur valeur toujours infeparable , rendent
leurs noms redoutables par tout où le
foleil répand fa lumiere , & faffe durer
l'Empire autant que le monde !
Revenons , Alcibiade , à cette multitude
de femmes qui nous environne , & laiffons
cette oifive troupe de mauvais Politiques.
Je veux vous entretenir fur le plus puif-
Tant & fur le plus dangereux Miniftre de
la volupté , qui eft l'Amour. On lui donneà
lui-même le nom de Volupté , parce qu'en
quelque façon il comprend toutes les voluptez
, & conduit à toutes . Mais afin que
vous entendiez plus ailément tout ce que
j'ai à vous developer au fujet de l'amour ,
je vais commencer par fon origine,
Nous avons dés notre naiffance , je ne ›
fçai quel pouvoir inviſible , je ne fçai quel
penchant inevitable , qui nous porte & qui
nous entraîne malgré nous à l'amour. Non
feulement l'homme eft foumis à ce pous
16
LE MERCURE
voir , que nous pouvons apeller une forte
neceffité; mais les animaux & les plantes
les reffentent ; & ce qui eft un prodige
continuel , c'eft que les pierres même le
connoiffent : c'eft cet amour qui a concilié
entr'eux les élemens oppofez , en les affociant
par un fage temperament dans tous
les eftres dont ils forment la compofition;
c'est lui qui leur a donné des rapports mutuels,
malgré leurs qualitez ennemies; qui a
fait dans tous les corps un rare affemblage
des choſes même que la nature fembloit
avoir éternellement feparées..... Qui voudroit
bannir l'amour de l'Univers , ne le
pourroit fans détruire l'Univers même.
L'homme n'eft qu'un eftre deſtiné pour la
focieté ; & cette focieté n'eft autre choſe
qu'aimer & être aimé: ainfi le même amour
qui lie & qui affortit dans nous-mêmes toutes
les parties qui nous compofent , nous lie
& nous affortit entre nous ainſi le même.
amour, qui eft comme l'efprit & l'harmonie
qui reconcilie dans tous les êtres les qualitez
qui les font fuivre & qui les font mouvoir,
eft auffi comme l'efprit & l'harmonie
qui les affocie entr'eux , & qui les fait tendre
les uns aux autres .... Nous fommes
donc le chef- d'oeuvre de l'amour ; notre
naiffance , notre vie & notre confervation
le
font fes
ouvrages . C'eſt par
lui que
Monde est éternel , c'est le principe de
toutes
D'AVRIL. 17
toutes chofes ; c'est l'ame de l'Univers , &
ce feroit un facrilege d'en douter... Je refpecte
autant cet amour , que j'abhorre celui
dont je vais vous faire le portrait.
Il marche tout nud , fans pudeur ; il eft
aveugle , parce qu'il n'a égard ni au vice
ni à la vertu ; il les employe indifferemment
pour le fatisfaire rien ne le raffure
contre fes craintes , rien ne le perfuade :
contre les doutes ; il ne fauroit aimer fans
offenfer ce qu'il aime , parce qu'il n'aime ;
jamais fans foupçon & fans défianée. Soûmis
, tendre , refpectueux , avant que d'être
heureux méprifant , ingrat , infolent , dés
qu'il n'a plus rien à defirer ; fincere , conftant
, empreffé , quand il veut attendrir un
coeurfourbe : parjure , infidele , fitôt qu'il
eft affuré d'être aimé. De quels dangers
ne font point menacez , quels précipices ne
doivent pas craindre , ceux qui fuivent un
tel guide ? Chaque pas avec lui doit être
une chûte. Laiffons fes defauts apparens ;
examinons quelle eft fa nature. Qui pouroit
foutenir qu'une chofe dépourvûë de
raifon , foit un bien ? Et qui peut attribuer
de la raifon à l'amour ? Nulle borne ne
l'enferme , nulle loy ne le retient , nul principe
ne le conduit ; il n'a pour toute loy que
fes defirs : cependant fans raifon , fans pru_ *
dence , il gouverne tout le monde , & tou
le monde quitte la raifon & la prudence
Bb
18 LE MERCURE
pour n'être gouverné que par lui .
Voyez , Alcibiade , combien vous avez
de monftres à furmonter , pour refifter à ce
Tyran. Hercules en avoit moins à combat--
tre , & ils n'étoient pas fi redoutablès ......
Ajoutez à la puiffance de l'Amour , celle
des femmes , dont on ne peut être que que les
miferables efclaves , dés qu'elles font ellesmêmes
fous fon Empire . Que ne faut--
il point tenter pour leur obéir ? Il faut
monter aux aftres , & voler le feu du Soleils.
il faut aller forcer les enfers , & en ramener
Cerbere. Ce n'eſt point les aimer , que de
ne pas s'expofer aux perils les plus évidens ::
ce n'eft point leur prouver fa fidelité , que
de ne pas fervir leurs haines aux dépens de
fon innocence .
Comme l'ambition & le luxe font les
Compagnes de l'amour , il ne fuffit pas .
d'aimer pour être heureux ; il faut facrifier
fon bien à celle qu'on aime ; les Harpies
ne font point fi attentives à leur proye
Scilla ne fut jamais fi infatiable , ni les Sirennes
plus feduifantes . Quelles rufes ne
mettent-elles pas en ufage , pour attirer &
pour égorger leur proye? Ulyffe eft prefque
le feul capable de la fermeté qu'il faut
avoir ; aufli a- t- elle fait toute fa gloire.
Est - ce un mediocre tourment que de
craindre & de defirer fans ceffe , que
d'effoyer l'indifference , le mepris , les re-
<
D'AVRIL.
19
fus , tous les caprices affectez d'une femme
qui ne fe défend que pour irriter votre
paffion , & pour vous traiter en eſelave ,
aprés vous avoir enflammé. Il fe trouve
neanmoins des Amans qui méprifent les vitoires
aitées , & qui ne s'eftimeroient point
heureux , s'ils n'avoient été prés du defef--
poir. Ils aiment les mépris , les querelles ,
les excufes , les ruptures , les racommodemens
& jufqu'aux perfidies de leurs Maîtreffes.
Celles qui trouvent des Amans de
ce caractere , fe plaignent , pleurent , gemiffent
avec eux , quand il le faut ; puis
fe confolent avec d'autres , quand elles le
peuvent , & ces premiers font la fable du
Public.

%
Mais je fuppofe , Alcibiade , que vous
foyez affez heureux pour arriver fans obftacle
au bien que vous defirez : quel fera
votre fort ? Vous aurez ceffé d'être hom--
me , en devenant voluptueux ; la volupté
en general nous égale , fans nous faire tort , »
à la nature des brutes ; mais ce dernier
genre de volupté nous rabaiffe audeffousd'elles
, en nous fermant le chemin de la
vertu , & étouffant en nous toutes les lu
mieres que nous tenons du premier Eftre.
Comment fe peut il après cela , que l'on
mette la volupté au rang du fouverain bien ?
Un bien ne peut être bien , qu'en tant qu'il
eft utile & honnefte.Eft- ce une chofe utile :
.
·
A
Bij,
230
LE MERCURE
que de ruiner fa fanté par la debauche? E
ce une chofe honnefte d'être forcé de fe repentir
d'une action ? Un honnefte homme
peut -il s'expofer aux remords d'avoir obtenu
ce qu'il ne devoit pas defirer , & peuril
deſirer de nouveau ce qui lui a coûté un
repentir ? Le fouverain bien , Alcibiade , eft
immortel , il eft & fubfiftera toujours fans
alteration. La volupté perit , & l'inſtant
du plaifir touche celui de la douleur : la
vertu feule fubfifte dans nous ; elle eft
exemte des viciffitudes de la fortune . Darrs
nos voyages , c'eſt notre compagne dans
nos maux , c'eft notre remede ; & dans ,
notre profperité, elle acheve notre bonheur ::
elle eft prefente à toutes nos actions ; elle
les regle avec fûreté , &' il ne dépend que
de nous, de nous la rendre immuable. Mars
pour la volupté , ce qui la fait naître , la
détruit ; fon commencement eft preſque
confondu avec fa fin ; elle eft route entiere
dans le plaifir & dans le degoûts toute entiere
dans la joye & dans le repentir ; &
le même inftant la voit naître , & la voit
expirer : c'eft la nature que de hâter la fin,
& de tendre avidement à ce qui la doit
anéantir. Mais ne croyez- vous pas , Alcibiade
, que les peines qu'elle a caufées ,,
périffent avec elle ? elles lui furvivent toujours
; elle tourmente encore fes victimés ,
ou par le fouvenir de les douceurs, ou pour.
DAVRIL.. 21!
"
la honte de ce qu'on a fait pour les obtenir.
Toutes les voluptez , les paffées & les
futures , font également cruelles . Qui peut
affurer un Amant que celle qui a été perfide
en fa faveur , ne le fera pas enfaveur
d'un autre ? Dans l'Empire de Venus , il
eft encore plus difficile de garder ſes conquêtes
, que de les faire. Les femmes ont
cela de commun avec la fortune , qu'elle's
aiment fans choix , qu'elles haïffent fans
raifon , & qu'elles quittent fans regret ce
qu'elles ont recherché avec fureur. Que
refte-t'il à celui qui vient d'éprouver tous ,
ces mouvemens ? le degoût & la douleur.
Rien n'eft -fi naturel que l'image de cette
verité dans le Tableau qu'un Peintre vient.
de dédier à Minerve, Ceft Venus für fon
char , que des moineaux enlevent dans les
airs ; elle fuit , elle fe perd dans les nuës ,
& laiffe fur la terre les Remords & la Trifteffe
, qui crient après elle , qui déchirent
leurs vetemens , qui s'arrachent les cheveux,
& qui fe frappent la poitrine. Quelle image
et plus vive & plus fenfible ? La Volupté
s'évanouit , & laiffe en proye à ces deux
Vautours ceux qui fe font abandonnez à
elle . Ce n'est point parce que la rofe eft
teinte du fang de Venus , qu'elle lui a été
confacrée ; mais parce que cette fleur eft
rendre & de peu de durée , de même que
la Volupté , & qu'elle ne laiffe après fa .
2$22 LE MERCURE
chute que des épines cruelles.
La vertu & la volupté font irréconci
liables ; il ne peut y avoir de commerce
entr'elles ; l'une eft douce , heureuſe , égale ,
tranquille ; l'autre toujours inquiete &
inégale , paffe fans ceffe de l'agitation au
degoût , & du degoût au repentir : l'uneeft
ferme , élevée , invincible & infatigable
; l'autre foible , rempante , & toujours ›
efclave. La vertu habite dans les Temples ,
préfide dans le Barreau , & marche en
plein jour. La Volupté n'ofe approcher des
lieux où l'on révere fon Ennemie ; elle fej
mafque toujours en public , & ne fe dévoile
que dans les tenebres . Enfin , Alcibiade ,
de tous les poifons , c'eft le plus dangereux.
pour l'homme. Cependant le peuple aveugle
appelle heureux ceux qu'elle tient fous
fon empire. Peutêtre êtes vous prevenu
comme le peuple . Sufpendez votre juge
ment. Vifitons enfemble le Temple doré
de l'éternelle Verité. Je m'affure que loin
d'énvier la felicité de ce fejour , vous aurez
pitié de ces infenfez que la Volupté
y tient enchantez .
·
Je vous avoue , grand Periclès , quer
fans Socrate je me ferois égaré comune
eux. Eh ! qui n'auroit pas été charmé de
ce que je voyois , & quel coeur eft capable
de refifter à tout ce qui m'étoit offert !
Je trouvois de la douceur à me rendre, & ja
D'AVRIL. 2
mais il ne m'à tant coûté que de renoncer
aux apparences d'une fi grande felicité.
Nous nous retirions , quand nous trou
vâmes une troupe de jeunes filles qui me
faifoient figne de les aller joindre : elles me
montroient un lieu écarté. Un penchant
fecret , & prefque invincible m'entraînoit
de leur côté , mais je le furmontai encore ,
& pour mon excufe je leur montrai du
bout du doigt Socrate , qui me forçoit de
le fuivre elles comprirent ma contraintes
par mes geftes , & je connus par le mouvement
de leurs levres , qu'elles vomif
foient des injures contre Socrate..
Après avoir marché affez longrens , nous
nous trouvâmes enfin à cet endroit dont la
pente m'avoit paru & douce en entrant :
elle me fembla auffi rude à monter , qu'elle.
avoit été facile à defcendre. Je rampois
pour furmonter la difficulté , & à tout moment
Socrate me relevoit de mes chutes.
Je vois bien , me difoit- il , que ce n'eſt
qu'avec regret que vous abandonnez ce
lieu : votre ame fe laiffe feduire ; mais courage
, Alcibiade ! que les peines ne vous
étonnent point. Suivez- moi , rappellez votre
conftance , & la fageffe vous recompenfera
bien tôt de tous vos travaux .
Je ramaffai toute ma vertu , & j'arrivai
enfin à la porte où étoit cette belle femme
qui m'avoit offert à boire en entrant,
24
LE MERCURE
Son vilage changea à notre vûë , elle releva
fes fourcils , & me menaçant de la
main , elle me fit ce terrible adieu :
e
Il faut que tu te fuyes toi- même , Alčibiade
, fi tu veux m'éviter. Ces tendres
amours que tu méprises , & qui auroient
employé tous leurs charmes pour te plaire ,
teferont unjour éprouver toute leur rigueur.
Ton infenfibilité ne m'allarme point ; je te
verrai bientôt revenir à moi ; ta faite n'eft
qu'un effet de ta jenneffe encore timide
pen fenfible. Je te laiffe , fans crainte que
tu mechappes. Va , tous tes efforts feront
inutiles : je te ferai, malgré toi , paller dans's
mes fers..
MEMOIRE
D'AVRI L. 25
MEMOIRE
où il est question de la Peinture des
Turcs & des Perfans , de la façon
dont les Turcs meublent leurs apartemens
, & principalement de la
richeffe des apartemens du Sérail
du grand - Seigneur : Par Monfieur
Bourguignon d'Anville , Geogra
phe du Roi.
L
·
Es Turcs n'ont peint ni Mahomet
ni leurs Emperenrs. Le profond
refpect qu'ils leur portent , ne les
a pas difpenfés de l'exacte obfervance d'un
de leurs préceptes , qui défend la repreſentation
des chofes animées. Je ne fuis
pas en état de citer ici à ce ſujet , ni l'Alcoran
, ni quelques uns de fes Comentaires.
Il me fuffira de remarquer , que
cête Loy eft une de celles que l'Alcoran
a emprunté du Judaïíme. Moïfe l'a écrite
en piufieurs endroits : au vingtiéme chapitre
de l'Exode , verfet quatriéme ; Non
facies tibi fculptile , neque omnem fimilitudinem
, quæ eft in cælo' deſuper , ¿ qua in
terrâ deorfum , nec eorum quæ funt in aquis
"
C
26 LE MERCURE
funt terrâ au vingt- fixiéme chapitre du
Levitique , prémier verfet ; Non facietis
vobis idolum & fculptile , nec titulos erigetis
, nec infignem lapidem ponetis in terrâ
veftra , ut adoretis eum : & au cinquiéme
chapitre du Deuteronome , verfet huitiéme;
Non facies tibi fculprile , nec fimilitudinem
omnium , quæ funt in calo defuper,
& quæ in terrâ deorfum , & que verfantur
in aquis fub terrâ.
.
En conféquence.de ce commandement ,
les Turcs difent , qu'il n'appartient qu'à
Dieu de faire des figures , puifqu'il leur
donne l'ame , & qu'il y a de l'impieté à
vouloir l'imiter dans la compofition des
figures. Thevenot ajoute , ( a ) qu'ils penfent
, que ces figures viendront au jour du
Jugement demander leur ame à celui qui
les aura faites. J'ai lû ailleurs , ( b ) qu'ils
trouvent quelque chofe de fatal dans les
images , & qu'ils eftiment que figurer Pimage
d'un homme pendant fa vie , c'eft
vouloir avancer fa mort. Ils nous croyent
même Idolâtres , parce qu'ils en rencontrent
dans nos Eglifes & dans nos maifons,
Il ne faut pas s'étonner après cela , s'ils
ont mutilé les ftatues , s'ils ont gâté les
peintures en tous les lieux de leur domi-

( a ) Voyage au Levant ; chap. 39 , P 98.
(b ) Etat préfent de la Turquie , par Michel
Febvie; chap. 1 , art. 15 , p. 198 .
D' AVRIL. 27
nation. J'auray occafion d'en rapporter ici
plufieurs éxemples. De là vient , qu'ils n'ont
ni Peintres ni Sculpteurs ; ils ne fçavent
(4 ) que deffigner fur les murailles d'une
chambre quelque fleurs ou quelque feüillages
, & tracer fur les portes & fur les
fenêtres certains linéamens groffiers , &
quelque morefques. La plupart même des
femmes qui brodent , ( b ) ne font les fleurs
que d'une feule couleur , fans y obſerver
ni les ombres ni les nuances. Il eft vrai ,
(c) que quelques Chretiens le mêlent de
copier des images : mais , ils réuffiffent mal
dans leurs tableaux , & la plûpart de ceux
de leurs Eglifes font venus de notre Europe.
Les Perfans , fectateurs d'Ali , & moins
fcrupuleux en tout que les Turcs , peignent
des vifages & des figures. Chardin ( d ) a
parlé avec circonftance de leur peinture.
Elle n'eft pas affés parfaite , pour qu'on
puiffe les excufer d'avoir enfraint la Loi ,
qui leur en interdit l'ufage. Leurs figures ,
même celles des animaux , font mal deffinées
, parce - qu'ils ne sçavent pas le faire
d'après nature ; & leurs reprefentations
font autfi fales , que défectueufes du côté
( 4 ) page 197 . .
( b ) page 205.
( c ) page 198.
( d) Voyage
205.
Perfe; tom. II , p. 204 . &
C ij
28 LE MERCURE
de l'art . Leurs portraits ne font que de
profil ou de trois quarts , n'entendant point
la diftribution des ombres , pour former un
vifage en plein. Mais en échange , ils excellent
dans les morefques , & à la fleur , qu'ils
ne peignent prefque point à l'huile , mais
en migniature. Ils travaillent fur du vélin
qui eft admirable ; c'eft un carton plus
mince qu'aucun des nôtres , dur , ferme ,
fec & licé: leur pinceau eft délicat , leurs
couleurs vives & long-tems éclatantes , ce
qui eft un effet de la fechereffe de l'air du
pays . La Perfpective'y feroit moins ignorée,
s'ils étudioient ceux d'entr'eux qui en ont
écrit. Chardin dit en ayoir lû un Traité
en Perfan , extrait d'un Auteur Arabe ,
nomé Ebn- Huffein. Quant à la Sculpture,
ils n'ont plus ni Statuaires ni Fondeurs ,
quoi qu'on puiffe préfumer , à la vûë des
anciens monumens qu'on retrouve en Perfe
, qu'ils ont été excellens Sculpteurs , &
peut- être les prémiers habiles.
Au- refte , la Religion n'eft pas la feule
chofe , qui s'oppofe au progrès de la Peinture
dans l'Orient. La moleffe Afiatique
eft contraire à l'étude & à l'application ,
qu'exige la perfection des Sciences & des
Arts : clle ne permet à ces Peuples , qu'autant
de foin qu'il en faut , pour aquerir
les chofes comunes , & dont l'home ne
peut le paffer, рес
D'AVRIL . 19
Suivant ce principe , ils n'ont preſque
point égard à l'ornement dans la conftrution
de leurs maifons , & dans les meubles
de leurs apartemens. Thevenot ( a )
nous reprefente les Sérails ou Hôtels des
Grands à Conftantinople , environnez de
hautes murailles , come des Monafteres .
Les Turcs prémierement veulent en cacher'
l'interieur , & fecondement ils craignent'
que la magnificence au dehors ne donât
de la jaloufie au grand - Seigneur. Leurs'
chambres ne font pas fort éclairées : ils n'y
pratiquent que peu de fenêtres , encore '
n'ouvrent-ils que fur le dêriere de leurs
maisons , dans l'envie que chacun a de
dérober fes femmes à la vue des autres
homes. Les plus riches plat fonds font
peints en or & en azur :les planchers cou--
verts de tapis. Les murailles ne font le plus
fouvent que bien blanches , & fans ornemens
elles font quelque fois revétuës de
careaux de porcelaine ; ils y peignent auffi
des fleurs, & y écrivent en or avec les
caracteres Arabes , des Sentences , tirées de
l'Alcoran , ou de leurs plus-fameux Docteurs.
Toutes les fales & toutes les chambres
ont une façon d'eftrade , élevée d'un
pied au plus , revétuë d'un tapis plus riche
que celui du plancher : contre le mur , il y'
a des couffins ou careaux de belles étoffes
(a ) chap. 19 , p. 48.
C iij
30 LE MERCURE
.
brodées , qui regnent en toute la longueur
de l'eftrade , & qui vont jufqu'à hauteur
de ceinture . On ne trouvera en outre chez
eux , ni chaifes , ni table , ni guéridons ,,
ni tapifferies , ni miroirs ; en un mot , rien
de ce que nous emploions à la comodité
& à la décoration de nos apartemens. I
entre encore moins d'art , s'il eft poffible
dans la façon de leurs jardins : ( a ) les
arbres fruitiers & autres y font plantés.
fans ordre , & comme dans une forêt.
Je vais maintenant parler de la magnificence
des apartemens du Sérail
grand- Seigneur,
du
L'enclos du Sérail forme un triangle ,
dont l'un des côtés eft apuié de la têre
& touche la. Ville ; les deux autres fontbatus
de la mer, & du canal profond d'une
riviere qui s'y jette . Ce triangle eft inégal
& fi on le divife en huit parties , le côté
de la têre en emporte trois , les cinq au--
tres font pour ce qui eft maritime . Son
circuit eft d'environ trois mille d'Italie , ou
d'une de nos grandes lieuës. Ce têrain...
eft, celui de l'ancienne Bizance , & d'Acropolis
ou Ville - de- la- pointe . Il eft encore
habité d'affés de monde , pour compofer:
une Ville , & pour la rendre enfuite nom .
breufe & peuplée.
(a ) Etat préfent de la Turquie , par Michel
Febvre ; chap. 1 , art. 16 , p . 296,
D'AVRIL.
Le Sérail eft fermé de hautes & fortes
murailles , flanquées le long de la mer de
Tours carées , dans une affez grande
diſtance les unes des autres , & vers la
Ville , de tours rondes , qui font plus voifines.
Il s'en faut beaucoup que les Bâti
mens contenus dans cette enceinte , foient
comparables aux Maitons Royales de nos
Souverains. On n'a contulté en les élevant
aucun ordre d'architecture réguliere ; on
n'a oblervé ni fimetrie , ni propofition : ce
font quantité de corps de logis inégaux ,
ifolés en forme de pavillons , & élevés
la plupart fur de grandes arcades. La plus
belle façade de ce Palais , c'eſt- à- dire ce
qui fe voit de Galata , a été deflignée , &
parfaitement bien gravée : cette figure eft
une de celles , qui font inferées dans le
Voyage de Conftantinople de Grelot. On
y trouve auffi un deffein de la grande Porte
du Sérail : ( a) cête porte eft un gros
pavillon caré , percé de quelque fenêtres
, & qui ne reffemble pas mal à l'entrée
de quelque vieux Monaftere éloigné des
Villes.
Mais , fi les bâtinrens du Sérail , ne font
pas fort recomandables par eux- mêmes ,
il faut avouer que leur fituation eft peutêtre
la plus belle de l'Univers. Ils regar
dent le Soleil levant , & ils occupent un
(a ) p. 94.
C
32 LE
MERCURE
lieu élevé , nomé autrefois le Tertre de
Saint Démitre , dont la pente , qui va juſ
qu'à la mer , eft plantée de jardins. On y
découvre, à main droite, la mer de Marmara
& fes Ifles , & à main gauche, tout Galata
& Pera , bâtis fur des colines . On a devant
foi le Port de
Conftantinople , qui
eft un des plus beaux du monde , le Bofphore
, & le païfage de l'Afie au- tour de
Scutaret & de Calcédoine.
Ce que je viens de dirè eft emprunté
d'un grand nombre de Voyages , parce
que l'exterieur du Sérail eft expofé à la
vie de tout le monde . Il s'agit prélentement
de ce qu'il peut y avoir de magnifique
dans l'interieur , que perfonne
ne penetre. C'eft pour cela , que ce qui
fuit ne fera pas compofé de faits difperfés
: je les tiens prefque tous du même
lieu. La raifon eft , qu'entre les Voyageurs
de notre Europe , qui ont parlé du
Sérail , un feul nous en a dit plus qu'il
.n'en a vû.
Tavernier dédia au feu Roi , & publia
Pan 1675. une Relation de l'interieur du
Sérail. Il y déclare d'abord tenir la meilleure
partie de ce qui y eft écrit , de deux
homes intelligens , qui avoient ocupé
long- tems de beaux emplois dans le Sérail.
L'un étoit Sicilien , élevé à la charge
de Chafnadar-Bachi , ou Chef- du- TréD'AVRIL.
33
for , qui après cinquante - cinq ans de fervice
dans le Sérail , fut pour une legére
faute , relegué auprès de Burfe , d'où il
fe fauva dans les Indes. L'autre , né à,
Paris , nomé de Viêne , & l'un des Pa-.
ges du Tréfor , fut auffi chaffé , pour avoir
entretenu une correfpondance avec le Sicilien
difgracié , après avoir demeuré quinze
ans dans le Sérail . Tavernier dit les avoir."
tenu long-tems auprès de lui , l'un à Ifpaham
, & l'autre aux Indes , & que leurs
mémoires le font trouvés conformes.
La defcription de ce Voyageur eft fuivie:
il n'y a rien omis de ce qui étoit parvenu
à la conoiffance. Je n'adiétrai ici que ,
ce qu'il a écrit de la richeffe des apartemens
du Sérail.

Il conoiffoit par lui - même tout ce
qu'un étranger peut conoître du Sérail ,
c'eft à dire , qu'il étoit arivé jusqu'à la
troifiéme Cour , ayant fuivi M. de Marche .
ville Ambaffadeur de France , à l'Audiance
du grand - Seigneur. (a) dit que ce qu'il Il
en a vû n'a rien de fort magnifique : qu'on
a employé à la verité le marbre & le porphire
; mais, que ces apartemens font con
fus , que tout y eft irrégulier , que la plûpart
ne reçoivent que peu de jour : que.
tout leur ornement confifte en tapis affés
riches , en careaux de brocard d'or & d'ar
(a) chap. 1 , p. 6.0.-
34 LE MERCURE
gent , dont quelques uns font relevés d'une
broderie de perles. Ainfi , on peut préfu
mer , qu'ils n'ont , ni la richeffe ni l'air'
riant des Palais de France & d'Italie , &
qu'ils n'ofrent point de quoi' amúfer longtems
la vue d'un curieux .
(b) La feconde Cour du Sérail reffemble
à un Cloître , parce-que des quatre côtés
regnent des portiques , foutenus par dés
colones de marbre. Les Janiffaires foar
rangés le long de ces portiques , lors que
pour l'Audiance de quelque Ambaffadeur ,
ils doivent paroître leftes & bien armez.
(c) La Sale du Divan apartient à cête
Cour , fur la gauche . Elle eft baffe , couverte
de plomb , & lambriffée au dedans
avec quelques dorures , dont elle reçoit
peu d'ornement. Le bas eft couvert d'un
grand rapis , & il y a des bancs pour les
Oficiers ; qui compofent le Confeil .
7
(d ) Je paffe à la troifiéme Cour. Elle'
n'a pas la regularité de la feconde , & les
bâtimens qu'elle enferme font voir , qu'on
a négligé l'ordre dans leur difpofition . ( e) A
la porte de cête Cour , on a en face un
petit apartement ifolé. C'est là qu'eft la
Sale d'Audiance , & c'est ici que je dois
témoigner mon regret de n'avoir pas vu le vûle
( b ) chap. 3, P. 74 .
( c ) chap . 4 , p . 84.
-
( d ) chap, 6 , p . 108. ( e) p. 1097
D'AVRIL.
35
Tableau , que M. Defaleurs a fait voir au
ROI. Voici ce que j'ai trouvé pour décrire
cette Sale.
A l'entrée de l'apartement , & de chaque
côté , fort de la muraille une fontaine,?
dont l'eau eft reçue dans un baffin. La
Sale eft ouverte de toutes parts c'est une
affés pelle voûte fur des piliers de marbre .
Le milieu eft occupé par un baffin , qui
reçoit un jet-d'eau & dans le fond eft
pofé le Trône du grand Seigneur. Ricaut ,
Anglois , Sécrétaire du Comte de Winchelfei
, Ambaffadeur d'Angleterre à la Porre
dit : ( e ) que vers l'entrée , il pend au platfond
une boule d'or , ornée de piêres précieuſes,
& environée de chaînes de perles
: que le plancher eft couvert de riches
tapis de veloux eramoiſi , brodé d'or & de
femences de perles : que le Trône , peu
élevé de têre , eſt ombragé d'un dais richement
doré , d'où pendent des boules , qui
paroiffent d'or , & foutenu de quatre colonnes
revétues de lames d'or. Selon Ta--
vernier (f) , ce Trône eft une maniere
d'autel , & n'eft dans la Sále que les jours
d'Audiance, & lorf- qu'un Kam de la petites
Tartarie nouvellement èlû , vient prendre
Pinveftiture de fon Royaume , & prêter le
ferment acoutumé. Le dêriere du Trône
(e ). Liv. 1 , chap . 19 ..
(£) . P. 109,
36
LE
MERCURE
touche un mur d'appui , qui ne le furpaffe
que d'un demi pied , & qui retient les
Couffins pofés dêriere le grand- Seigneur,
(g ) La couverture de ce Trône touche la
têre par- devant , à droite & à gauche . Elle
eft plus ou moins riche fuivant la confidération
que le grand - Seigneur a pour le
Souverain dont il reçoit l'Ambaffade , & it
mefure alors fa magnificence à celle du Prin
ce qu'il veut honorer. Il y a huit couvertu→
res refervées pour cet ufage dans le Tréfor
du Sérail. La plus riche et d'un veloux
noir , en broderie de groffes perles
longues ou en boutons : une autre , de veloux
blanc, eft relevée de broderie de rubis
& d'émeraudes , la plupart dans des chatons
: la troifiéme eft un veloux violet-fon
cé , brodé de turquoifes & de perles : les
trois qui fuivent , font pareillement en veloux
de divertes couleurs , mais brodées
feulement en or ; & les deux dernieres font
de brocard d'or.
Ce qui fuit du Sérail , n'eft plus de ce
qui peut être connu de nos Européens , &
je n'aurai plus égard à la fituation récipro
que des apartemens.
(b) Dans le quartier des Bains , il y a
deux Sales , dont l'ornement eefſtt remarquable.
Le pavé de l'une eft de marbre blanc
( g ) p . 110.
( b) chap, 7 , P. 123
D'Á VRI L. 37
& noir les murailles font incruftées de
cateaux blancs & bleus ; dans chacun eft
une fleur en relief, peinte au naturel , &
femblable à un ouvrage d'émail ; de petites
lames d'or cachent les jointures des careaux:
la voûte eft percée , pour éclairer le lieu ,
de plufieurs trous ronds , qui ont leurs vítres
de glaces de Veniſe faites en cloche ,
afin de cacher ce qui fe paffe dans le Bain ,
à ceux , que la curiofitépouroit conduire
fur la voûte. ( i ) Le bas de l'autre Sale eft
une marqueterie de petites piêres , pofées
de façon , que le pied , qui eft mouillé au
fortir du Bain , n'y peut gliffer : elle eft revétue
de careaux , chargés de fleurs en-relief,
couvertes d'or & d'azur.
Je n'ométrai point une autre Sale ( 7 ) ,
qui joint la porte du Haz-oda ou de la
Chambre des quarante Ich - oglans ou Pages
du grand- Seigneur, Elle eft careléè de marbre
blanc & noir: le haut eft un dôme ,
ouvert de quelque fenêtres, pour y recevoir
le jour : une peinture affez fimple fait tout
l'ornement de les murailles . Dans le milieu,
fort d'un baffin de marbre de diverſes couleurs
, un jet d'eau , qui s'éleve à la hauteur
de quatre ou cinq pieds , & qui eft reçue
dans un fecond baffin fait en coquille , d'où
elle retombe enfin dans un troifiéme plus
grand que les autres.
( i ) p. 126. ( 1 ) chap. 15 , p . 2092.
38
LE
MERCURE
Le, Sérail contient plufieurs Galeries.
( m )Celle, que l'on paffe pour aller au Tréfor
, a trente pas de longueur fur neuf à
dix de largeur. On peut juger qu'elle a été
ouverte des deux côtés , l'étant encore fur
la cour. Elle eft foutenue par fix gros piliers
de quinze pieds de hauteur. Ils font
tous de marbres de diverfes couleurs ; l'un
eft d'un beau verd , & les Turcs en font
grand cas . On marche dans cête Galerie
fur de grands careaux de marbre ; & le
plat-fond , décoré de peintures à la Moſaïque
, & qui reprefentent divers perfonages
, eft un monument des Empereurs
Grecs. Mais, les Turcs , par principe de Religion
, n'ont pu s'empêcher d'éfacer les
têtes de ces figures.
( n) L'apartement des Pages de la Fau
conerie eft fuivi d'une longue Galerie ,
qui n'eft ouverte que d'un côté , & qui va
en montant. Elle eft portée fur dix piliers
de marbre de diverfes couleurs , & carelée
de même le plat- fond eft peint de quelque
fleurs affés fimplement.
Mais , la Galerie vis- à- vis du Haz- oda eſt
d'une ftructure finguliere. ( 6 ) Ceux quiy
paffent ne fe voyent pas à fix pas
l'un de
Pautre , parce qu'elle ferpente. On l'a où-
(m) chap. 8 , P. 129.
(n) chap. 14 , P. 201.
(0) chap. 15 , p. 206.
D'AVRI L..
39
verte de toutes parts , & foutenue dans une
affés grande longueur de colones de marbre
blanc. (p) On n'y marche que fur de riches
tapis. Il ne s'y voit aucune peinture ,
& les murailles n'ont d'autre ornement que
la blancheur du marbre , dont elles font.
revétues : ( q ) on a feulement fufpendu en
plufieurs endroits, des Infcriptions en caracteres
Arabes , tirées des livres qui contiennent
la Loi , & que l'on a enchaffées dans
des bordures dorées.
Je paffe à la defcription de quelque
apartemens qu'ocupent plufieurs Officiers
qui aprochent de fort près la perfone du
grand- Seigneur.
:
(a ) Les deux chambres que tient le Dogangi-
Bachi ou grand - Fauconier , ont
quelque chofe d'affés magnifique , & font
auffi richement meublées qu'aucune autre
du Sérail. La prémiere eft la plus petite
, & fert d'anti - chambre fon plancher
eft de marbre blanc & noir ; fon platfond
eft femé de fleurs peintes & dorées.
Mais , celui de la feconde chambre le
fur- paffe ce font de grandes fleurs de
relief , chacune dans fon caré , & toutes
couvertes d'or. La muraille eft revétue
d'un bel ouvrage de menuiferie , où l'or
(p ) p. 207..
(9 ) P 208 .
(a) chap. 14, p. 198 .
40 LE MERCURE
n'a point auffi été épargné. Des croilées
ouvertes de part & d'autre rendent ce
lieu parfaitement éclairé. Les careaux de
marbre blanc & noir , dont eft le plancher
, font cachés par un tapis de foye ,
fur le quel au tour de la chambre font
rangés plufieurs matelas , larges de deux
à trois pieds , & de quatre pouces d'épaiffeur.
Les uns font couverts de veloux
ou de fatin de diverfes couleurs , les autres
de brocard d'or , & chacun eſt acompagné
de fon coullin de même étofe,
long de trois à quatre pieds , & de deux
ou environ de hauteur.
(4) Une partie de la chambre du seligdar-
Aga ou Porte- épée , eft couverte
de tapis : l'autre eft une eftrade , relevée
de trois pieds , où l'on monte par autant
de dégrés de marbre blanc , en la longueur
de quatre pieds , le refte étant
fermé d'une baluftrade : fur l'eftrade font
(6 ) de riches tapis de foye , & tout- autour
, tant du côté du mur , que de la
baluftrade , il y a de riches couffins en
brocard d'or & d'argent les murailles
font dorées , & ans de juftes eſpaces on
y a peint plufieurs pots de fleurs. Le seligdar-
Aga s'affied au coin de l'eftrade',
qui eft à la droite , & au-deffus de fa
( a) p . 201 .
( b) p. 202.
tête
D'AVRIL. 42
tête pendent les Epées , qui fervent au
grand- Seigneur , & qu'il porte après fa
Hauteffe , quand Elle fort du Sérail .
(4) Le logement du Chokadar- Aga ou
Porte-manteau , & celui du Riquabdar
Aga ou Oficier- de- l'Etrier , font fort obfcurs
, parce- qu'on n'a pû pratiquer qu'u
ne fenêtre dans chacun. Mais d'ailleurs ' ,
ils font affés bien meublés à la mode du
Pays : ( b) on n'y marche que fur des tapis
de foye , les careaux de brocard d'or
& en broderie n'y manquent pas , & les
murailles incruftées de marbre blanc
ofrent de plus à la vûë des pots de fleurs
en plate- peinture , où l'or & l'azur ont
été apliqués.
Me voici parvenu à ce que je dois dire
de l'Apartement du grand Seigneur .
(c ) Une affés-belle façade de trois por--
tes de porphire y done entrée par celle:
du milieu. ( d) Ce quartier comence
par une Sale affés- grande , & la beauté
du de-dans répond à celle du de- hors . C'eſt
une incruftation de marbre de diverfes
couleurs , & le bas eft couvert de grands
tapis de laine , venus de Perfe., plus riches
& plus eftimés que les tapis de foye
(a) chap. 1 , page 217.
bj p . 218.
(c) p . 217.
(a) p. 218,
42 MERCURE LE
Au-tour de la fale , en la largeur de cinq
pieds , font étendues des couvertures de
foye à fond blanc , piquées & en bro--
derie , & fur les couvertures de riches
couffins , de quatre pieds de longueur , &.
de deux à trois de largeur..
J
(a) La Chambre que le grand- Seigneur
habite quelque fois en hyver ; eft une des
plus belles du Sérail. Sa voute eft une
confufion de petites voutes en triangle ,.
diftinguéés par deux filets d'or , qu'ûne
raye verte partage dans le milieu , & de
chaque angle il fort un cul de lampe dòré.
Quoi que les murailles foient revétues de :
marbre blanc , un bel ouvrage de menuiferie
regne tout- au- tour , jufqu'à hauteur:
de ceinture. De riches tapis couvrent fur
le plancher de grands careaux de marbre
de diverfes couleurs ; & de plufieurs couffins
, qui bordent les murailles , les uns
font en broderie de perlés & de piêreries
, & pour la parade feulement , les autres
pour le fervice , font de brocard d'or
& d'argent ou autres riches étofes. Aún
des coins de la chambre , il y a un petit
lit de camp ,
haut de deux pieds , tout enbroderie
, couverture , couffins & matelas ;
& cête broderie eft toute de perles , de
rubis & d'émeraudes. (b) Il eft vrai que
(4) p. 2100
(4 ) P. 2556
D'AVRIL.
43
quand le grand- Seigneur veut repofer fur
ce lit , on le garnit d'une couverture & de
couffins de veloux ou de fatin piqué. ( a)
Vers le pied du lit , on a pratiqué dans le
mur une efpece de niche , où eft placé un
petit cofre d'ébene d'un demi - pied en
caré , le- quel contient le Cachet de Mahomet,
en chaffé dans un cryftal , avecune
bordure d'ivoire , le tout enfemble ayant
quatre pouces de longueur & trois de largeur.
(6) Auprès , il y a un autre cofre de
moyenne grandeur , couvert d'un tapis de
veloux verd, orné d'une frange d'or &
d'argent , où fe conferve la Hirka de Mahomet.
C'est une robe à grandes manchesde
camelot blanc de poil de chevre , que
les Turcs refpectent auffi come une
grande relique..
( c) L'apartement le plus ordinaire au
grand - Seigneur , eft précédé d'une espece
de Galerie , d'environ cinquante pas de longueur
, fur douze pieds de largeur. Le pavé
eft de marbre blanc & noir. Elle va aboutir
à un grand bâtiment , où le marbre feul
eft employé , & l'on a en vue une porte
de moyenne grandeur , dont le deffein eft
une maniere de voûte plate. Et la voûte
& la porte ont pour ornement des fleurs.
(a) p. 211 .
(b) p. 223 .
(c) P. 221 .
Dij
44 LE MERCURE
en relief , & entre ces fleurs des devifes
taillées dans le marbre , le tour curieufement
doré. ( a) De cête porte , après avoir
fait cinq ou fix pas , on vient à une autre ,
qui ne lui cêde point en beauté , & qui eſt
celle de la Chambre du grand-Seigneur .
Sa voûte eft femblable à celle de la Chambre
d'hyver , à cela près , que les culs de
lampe font dans celle- ci autant de groffes
boules de cristal de roche , taillé à façêtes
avec quelque piêres de diverfes couleurs ,
dont le mêlange doit produire un bel éfet.
Cête Chambre eft grande , & come on a
voulu en faire un fejour d'été , elle eſt
percée de trois côtés., & de grandes fenêtres
y fourniffent un fort grand jour..
Les tapis y font les plus riches, & il en
eft de même des matelas , des couvertu
res & des couffins , ce meuble étant rehauffé
d'une broderie de perles . . Pour ce
qui eft du coucher , le grand- Seigneur fuit
en cela la coutume du pays , ou plûtôt
celle de tout l'Orient . On ne dreffe point.
de bois de lit ; mais ,fur le foir , les Pages.
étendent trois matelas l'un fur l'autre
(b) & atachent au- deflus un riche pavil-
⚫lon de toile d'or , brodée de perles. A main
droite en entrant , une armoire pratiquée
dans le mur , enferme le Bajarac ou Eten-
(a) P.. 222.
(b) p. 22.30
D'A VR IL.
45
dart de Mahomet , qui a pour devife , Nafrum
min Allah , l'aide eft de Dieu .
(a)Le Revan-Kouchki eft un Bel - védér ,.
que Sultan Amurath fit conftruire à fon
retour de la guêre de Perfe. Ce cabinet
eft pofé fur une roche efcarpée . C'eſt une
voûte portée par des piliers , & les mu
railles, qui ne montert que jufqu'à hauteur
d'apui , font de marbre blanc , fur le-quel
on a gravé en or des vers Arabes. Les ja
loufies qui regnent au-tour, empêchent que
l'on ne foit vû de de- hors , & Îaiffent libre
à ceux du de-dans le plus bel afpect du
monde , qui eft celui dont le Sérail jouit
C'est ici qu'il faut parler du Kiofc , que
Sultan Soliman fit bâtir fur le bord de la
mer , & hors de l'enclos du Sérail , vis-àvis
Galata . Grelot (b) a écrit du Salon de
ce petit bâtiment détaché , come d'un.
lieu , que le marbre , les colones , les jetsd'eau
, les tapis precieux , les galeries & la
vûe rendent charmant.
On n'atend pas , qu'il puiffe être icis
queftion de la partie du Sérail , qui eſt.
habitée que par les fames & par les
Eunuques noirs. Ainfi , il eft tems que je
raporte , ce que Tavernier nous a apris des
Jardins , que tous les Voyageurs mêtent
fort au- deffous de nos Jardins de France &
d'Italie.
(#). p. 219. (b), p . 87
A
LE
MERCURE
Si j'avois fuivi la fituation des apartemens
, j'aurois rencontré dans le quartier
du grand Seigneur (4) plufieurs petits Jardins
à fleurs , qui n'ont rien de remarqua
ble. Le grand Jardin environe le Sérail
prefque entierement. C'eft pour fon entretien
que le Botangi - Bachi comande à
deux mille Jardiniers. Cependant il n'eft
compofé que de grandes- alées , plantées de
cyprès , de lauriers , & d'autres arbres toujours
verds , qui peuvent dérober à la vûë
les Sultanes , qui s'y promenent . Ces alées
font négligées : on y laiffe croître les broçailles
par tour , fi ce n'eft dans les en--
droits , où le grand- Seigneur doit fe promener.
Les efpaces entre ces alées font
autant de potagers , qui rendent d'affez bons
fruits , des fraifes & des framboifes, en
abondance , des melons , ( b ) & princip le
ment des concombres , dont les Lévantins
font leurs délices.
(+) Ces Jardins font ornés de quelque
Fontaines , dont les baffins font de marbre
de diverfes couleurs. Leurs eaux ne jouent
que pour le grand- Seigneur , qui en done
le divertiffement aux Sultanes de fa compagnie
, & pour qu'il y foit comodément
chaque fontaine a un petit échafaut , que
l'on couvre de tapis & de careaux.-
(a) chap.. 19 , p. 263. ·
(b) P. 264. (c) P. 2.67.
D'AVRIL. 47
(a) Au milieu de la grande Alée , qui va
du Sétail à la Porte de la mer , vis - à- vis
Scutaret , s'éleve fur un pied d'eftal caré ,
& que quatre homes ne pouroient embraffer
, une colone affés femblable à celle
de Trajan , qui eft à Rome ; car , elle eſt
chargée de figures : mais, les Turcs en ont
brifé les têtes ; on peut même juger à
quelque veftiges , qu'ils ont brifé une
ftatue élevée autre fois fur cête colone .
.
.
Je finis cête Defcription par celle du
Trefor du grand- Seigneur . Les richeffés de
ce Tréfor fourniffent à la pompe des
actions publiques & folemnelles , au paye-
Pment des Soldats , & généralement à tous
lès befoins de l'Empire & du Sérail. Il eft
naturel que Tavernier en ait été inftruit
avec détail , par deux homes , dont l'un
avoit été Intendant , & l'autre Page du
Tréfor.
A
Ce Tréfor ( b ) ocupe quatre chambres ,
& même cinq. La prémiere contient une
grande quantité de flêches , d'arbalêtes ,
de moufquets , ( c ) de fufils , de fabres ,
& d'autres pareilles armes , qui font tout
autant de chef- d'euvres , dont on a fait
préfent aux Sultans . Ces armes font ou
pendues au plancher , ou atachées contre
la muraille , mais en très mauvais état ,
( a ) p . 266.
(4) chap. 8 , p. 140. ( c) P. 1326
LE MERCURE
*
parce- qu'on préfente tous les jours . atr
grand - Seigneur de nouvelles armes , qui
lui font oublier les vieilles ; outre que les
Turs ne font guéres état des curiofités, que
dans le moment qu'elles leur viennent .
La feconde chambre eft mieux entretenuë
que la prémiere . Elle eft remplie de
grands cofres. Dans les fix .cofres només
Ambar, qui ont chacun douze pieds de
longueur , fur fix de largeur & de hauteur,
font renfermés toutes fortes d'habits fervans
au grand - Seigneur , des veftes , .deriches
fourures , des turbans magnifiques ,
& des couffins en broderie de perles . ( a )
Dans huit autres cofres , longs de huit
pieds , & larges de quatre , on tient les
pièces d'écarlate , les draps fins , les veloux
, les brocards d'or & d'argent , les
couvertures de lit en broderie , & autres .
richeffes de cête nature. Plus , les brides &
les felles de cheval , couvertes de piêre
ries , repofent fur des bias , qui fortent de.
la muraille.
La troifiéme chambre eft fort grande
Elle contient d'abord un grand cofre , divifé
en trois parties : celle du fond eft deftinée
à fêrer les huit couvertures du Trône ::
celle du milieu renferme les houffes enti
chies de broderies , & quelques - unes or--
nées de perles & de piêreries, Celle de
(a) p . 132.
deffús
D' AVRI L. 43
deffus eft ocupée par les brides , poitrails ,
croupieres & étriers ; le tout enrichi de
diamans , ( a ) de rubis , d'émeraudes , de
perles , & principalement de turquoiſes
bien apliquées . Il y a dans ce lieu un
grand nombre d'autres cofres , les uns
pour des épées & des fabres garnis de piêreries
, les autres pour contenir ( b) des
horloges & montres , ouvrage d'Allemagne,
des coûteaux & écritoires à la Turque ,
ornés de piêres précieuſes. D'autres cofres
( c ) font remplis d'aromates & de drogues
, d'ambre gris , de mufc , de ſandal
de bois d'aloés , valant jufqu'à mille écus
la livrede piêres de bezoard , ( d ) &
d'un certain maftic , qui rend l'haleine bone
& les dents nêtes . On y garde auffi des
bougies , (e ) longues de deux pieds & plus ;
chacune revient à près de cent écus ; elles
font d'une compoſition grifâtre , ſemblable
à la cire , & venuë d'Ethiopie. C'eft auffi
dans céte chambre (f) qu'eft renfermée
une grande quantité de vaiffelle d'or &
d'argent , qui ne fert jainais : car , la vaiffelle
d'ufage ordinaire eft dans le Kilar ou
(a )Page 133.
(b) Page 137.
(c) Page 137.
(d) Page 13 5.
(e) Page 137.
(f) Page 136.
E
LE MERCURE
Echanfonerie. Mais ce qui fe trouve ici
de plus curieux eft tenu dans un cofre, (a)
d'un pied & demi ou environ en caré :
revêtu d'un premier cofre qui eft de fer
c'eft une espece d'écrain ou baguier d'orfé--
vre , où font rangées des bagues de grand
prix ,, des diamans , des rubis , des émeraudes
, grand nombre de belles topafes ,
& quatre yeux- de - chat , dont on ne peut
affés eftimer la beauté. Ce premier fond
levé découvre de petites layétes , remplies
de divers joyaux , de rofes de diamans , de
rofes de rubis & d'émeraudes , de pendans
d'oreilles , de tours & de chaînes , de per-
Fes & de braffelers . Il y a féparément une
cafféte , où font les Sorgouges ou portefaits
come
aigrettes du grand - Seigneur ,
de petits manches , & en façon de tulipes ,
couverts des plus belles piêres , les uns plus
grands , & les autres plus petits, pour fervir
à la Ville ou à la Campagne , jufqu'au nombre
de plus de cent cinquante. (b) Contre
le mur , couvert d'une étofe écarlate ,
font plufieurs armes à la Turque , belles
& bien entretenues , des arcs , des fêches ,
des rondaches , & des marteaux d'armes.
( c ) Le milieu de la même chambre eft
ocupé par un échafaut de neuf à dix pieds
( a ) Page 138 .
(b) Page 137.
(c) Page 142 .
r
D'AVRIL..
én caré couvert entierement d'une ta
pifferie d'or & de foye , fur laquelle eft
reprefenté en relief l'Empereur Charles
quint , affis fur un Trône , tenant d'une
main un monde , & de l'autre une épée ,
environné des Grands de l'Empire , qui
lui font homage : au bas eft une infcrip
tion de quelque vers en caracteres Goti
ques . ( 4) Sur l'échafaut font quantité de
livres Latins , François , Italiens , Ale
mans , Anglois , & en d'autres langues
de notre Europe : il y en a pour la navigation
, qui font accompagnés de deux
Globes , celefte & têreftre , & de quel-
Cartes- Geographiques , deffignées fur
du vélin ; ce qui done lieu de croire ,
que le tout a été pris fur mer par un
Corfaite Turc qui en a fait préfent au
grand- Seigneur. Mais , la pouffiere à tout
gâté,
que
La quatrième chambre ne reçoit de
jour que par une petite lucarne , garnie
de trois fortes grilles. Elle eft pleine de
cofres de deux ( 6 ) pieds de longueur ,
larges & hauts à proportion , renforcés
de bandes de fer , & fermés chacun de
deux cadenas. Le nombre de ces cofres
n'eft pas toujours le même , par- ce - qual
l'argent va & vient dans cête chambre
C
#
(a) Page 143.
(b) Page 145.
E ij
LE MERCURE
& qu'on lés en tire felon le befoin , pour
le payement des Janiffaires & autres dépenfes.
(c) C'est dans ce lieu reculé qu'eſt une
porte , garnie de lames & de bares de
fer , qui ouvre le prémier paffage au réduit
, qui cache depuis long- tems le Tréfor-
fecret (d) ou l'épargne des Monarques
Otomans. Il n'y entre que de l'or , que
le grand- Seigneur lui- même y porte.
Le premier jour d'Avril , 1721 ,
(c) Chap. 9 , p . 148 .
( d) Page 149.
DIALOGUE.
Mercure , un Amour Volontaire.
L'AMOUR VOLONTAIRE.
Eigneur Mercure , j'ay des reproches
à vous faire au nom de notre
Republique ; vous avez mis
dans unde vos Journaux certaine *
Elegie où l'on nous peint avec de fort vilaines
couleurs.
L'Elegie qui fe trouve dans le Dialogue du
Mercure de Fevrier , & qui eft contre les Amours
du tems.
D'AVRIL
. I
MERCURE
Pardon , je n'ay pû m'en difpenfer , &
c'eſt un inconvénient du métier. J'aime à
faire plaifir à tout le monde , & je ne
prens parti pour perfonne , mais je fuis
Hiftorien par état , je dois rapporter exacte
ment ce qui fe paffe , foit au Parnaffe , foit
à Cithere , & je fuis obligé de faire part
au Public de tous les ouvrages qui peuvent
l'intereffer ou le réjouir : ainfi prenez
vous-en à Apollon de qui je tiens la piece ,
& juftifiez- vous par une Apologie , j'en
inftruirai ce même Public , & il vous
jugera .
L'AMOUR VOLONTAIRE .
C'eſt à quoi nous avons déja travaillé.
Voilà une Lettre adreffée au Dieu des
Vers , elle nous fervira de juftification ,
& nous prétendons la faire afficher dans
tous les Carrefours de Paphos. Vous pou
vez la lire , & en groffir votre Recueil.
Mercure lit.
LA REPUBLIQUE DE CITHERE,
à Apollon Souverain du Parnaſſe.
Nous venons d'apprendre que notre ennemi
s'étoit refugié fur vos terres , où il
a reçû tous les honneurs qu'il croit meriter.
Nous n'en fommes point jaloux ; il
ne pouvoit choisir un azile plus convenable
, & il eft digne de votre amitié. Le
Parnaffe a été de tout tems le fejour des
E iij
54 LE MERCURE
malheureux , & la conformité qui le trouve
entre vous doit naturellement vous uħir.
Il est le tyran des coeurs , & vous êtes le
tyran des efprits : il a les tourmens &
vous avez vos gênes . La trifteffe vous fuit
P'un & l'autre , & vos états comme les
fiens , pour parodier un de vos favoris , *

Ne font que de belles prifons
Pleines d'illuftres miferables .
A leur air fombre & rêveur on confond
Vos Sujets & fes Efclaves , jufques-là que
Fon prend fouvent un Poëte pour un
Amant tranff , & un Amant tranfi pour
un Poëte : l'Amour eft ennemi des focierez
& , vous êtes le fléau des Compagnies :
Vous recherchez tous deux la folitude
& vous faites profeffion de Milantropic
0
2 :L'infatigable Ecbo répond à vas nerens , 33
Et vous apostrophes les rochers innocens ;
Les oifeauxfont témoins de votre extravagance,
Et vous metter les bois dans votre confidence .
Nous n'avons garde de vous reffembler,
& c'eft affez pour notre apologie. On va
Voir que le contrafte eft parfait : Nous ne
pouvons fouffrir l'efprit de tirannie , &
Cithere eft maintenant un païs de liberté :
on n'y parle plus de fers ni de chaînes
dont notre rival chargeoit fes adorateurs
Mainard,
D'AVRIL.
33
nous ne fongeons qu'à rendre les hommes
indépendans , & qu'à leur procurer des
jours heureux .
Ici notre Senatfait regner les plaifirs ,
Les pleurs qu'on yrépandfont des larmes de joye,
Ses Arrêts ont profcrit l'uſage des foupirs ,
Et banni de Paphos l'ennui qu'il vous renvoye.
Nous n'avons retenu de la fuite de l'Amour
que les Jeux & les Ris qui languiffoient
dans fa Cour , & qui murmuroient
contre lui : On n'entend plus perfonne fe
plaindre , & dire d'un ton pleureur :
Trifteffe , ennui , chagrin , langueur , mélancolie,
Troublerez- vous toujours le repos de ma wie ?
C'eſt un cortege que nous lui avons laiffé :
os parrifans chantent au contraire ,
Fenx badins , volages Amours ,
Amusez- nous toujours.
Comme ils font gais & contents , ils ont
le tein vermeil , l'oeil riant , & le vifage
épanouii.
Nous aimons le grand monde , & nous
fommes liants & fociables.
De converfer nous cherchons le plaifir ,
Et cheriffons le libre dialogue ;
Nous savons peu feuls nous entretenir ,
Et vous laiffons l'enn yeux monologue.
En un mot nous ignorons l'art d'extravaguer
férieuſement & de deffein préme
E iiij
56 LE MERCURE
dité ; on ne voit plus à Cithere de fous
mélancoliques , nous nous livrons joyeuſement
à la folie , & nous nous écartons de
la raiſon fans la perdre de vûë.
Après cela il n'eft pas furprenant que
vous ayés pris les interêts de notre ennemi ;
vous foutenés vos droits en deffendant les
fiens : vous êtes décredité comme lui , &
nous fommes à la mode. La preférence que
nous avons donnée aux bruns fur les blonds ,
peut auffi vous avoir déterminé à vous
declarer contre nous . Nous avons vû la
tendre Elegie où vous nous faites doucereuſement
notre procès ; mais tous vos
efforts font inutiles , notre empire eft trop
bien établi , vous ne fçauriés le détruire.
Nous avons pour nous tous les honnêtes
gens , & il n'y a plus que des Milantropes
qui ofent fuivre vos miferables drapeaux. "
Vos. fatires ne nous font point de peur ,
nous fommes en état d'y répondre , &
nous avons nos Poëtes auffi bien que vous.
Comme le plaifir les anime , leurs productions
feront peut-être plus agréables
que celles de la plupart de vos Eleves que
le chagrin fait écrire , & ils pourront met
tre les rieurs de notre côté.
Vous donnés pour boiffon à tous vos favoris
La froide liqueur d'Hipocrene ,
Dont fe reffentent leurs Ecrits ;
D'AVRIL.: 37
Et Comus rarement daigne échauffer leur veine's
Mais un rimeur de nous chéri
De l'eau n'affronte point la glace,
Et n'a jamais d'autre Parnaſſe
Que les côteaux de Silberi.
Ses vers dont il accouche à table
Al'esprit du lecteur communiquent toujours
La chaleur agréable
Du nectar fecourable
Que lui verfent les Amours.
Nous mêlons exprès notre Profe de Vers,
pour vous montrer que nous fçaurons nous
fervir de votre art contre vous- même , &
vous battre de vos propres armes. Nous
citerons même quelquefois les Vers de vos
propres difciples pour vous mieux confondre.
Puifque vous nous avez attaqués
nous fommes refolus de nous deffendre ,
& nous allons nous juſtifier du mal que
vous & l'Amour avez dit de nous , &
le faire retomber fur l'un & fur l'autre.
Vous nous accufez d'abord d'inconftance
& de libertinage , loin de nous deffendre
de la premiere , nous prétendons nous en
faire honneur ; elle peut feule rendre les
Amans heureux. Leur coeur eft né pour le
changement ; on le gêne , on l'arrache à
lui-même , en voulant le fixer. Il eſt de
la nature du papillon , & ne doit , pour
ainfi dire , que voltiger autour des objets
38 LE
MERCURE
qui l'environnent. Dès qu'il s'attache trop
fortement à quelqu'un en particulier , iltombe
dans la langueur , & de la langueur
dans la melancólie..
Faloux de notre indépendance ,
Imitons les Zephirs ;
Laiffons à l'inconftance
Promener nos defirs i
Craignons la longue joüiffance ,
Et n'efleurons que les plaifirs.
Les Poëtes eux-mêmes font naturellement
legers , & ne font conftans que par
caprice , témoin l'Auteur de ces Vers que
yous avés rapportés contre nous.
Les pigeons les tourterelles
Sgavent fe plaire & fe charmer
Vit on un Ovide pour elle
Qui fit jamais un art d'aimer¿c?
Le même a été long - tems de nos amis,
auffi bien que du vin d'Ahi , & il a com
polé une Ode à l'honneur de l'Inconftance.
En voici quatre vers qu'on peut oppofer
aux premiers avec d'autant plus de juſteſſe ,
qu'il y entre aufli de la tourterelle..
La plus tendre tourtereile
Change vingt fois en un an
Et le coq le plus fidelle
De cent poules eft l'amant.
>
Vous me dirés fans doute que ce ne font
D'AVRIL. T
pas là les meilleurs Vers qu'il ait faits
que la rime n'eft pas riche , que l'épithete
de fidelle ne convient pas au coq qui eft
le plus galant de tous les animaux , & que
les poules ne font pas fupportables
dans
une Ode ; mais vous êtes pointilleux
, &
nous revenons à notre fujet. C'est pour
tourmenter les humains que l'amour leur a
fait une loy inviolable d'être conftants ; il a
trouvé jufqu'ici des dévots fuperftitieux
qui fe font roidis contre les rigueurs , ou
qui n'ont ofé croire leurs dégoûts , & qui
fe font fait un devoir impertinent
de fouffric
& de languir , mais à la fin nous leur
avons decillé les yeux , la raifon elle- même
nous a prêté fon flambeau dont nous les
avons éclairez , & nous avons brifé le
joug ridicule qu'ils adoroient. Notre An
tagonite a eu beau crier à la nouveauté
à l'herefie ; on a reconnu qu'il étoit luimême
un Fanatique , dont la doctrine
n'étoit pas moins pernicieufe qu'extravagante.
Chacun s'eft empreffé d'abjurer la
conftance
pour embraffer
la galanterie
.
L'Amour auſſi bien que la Poële doit être
un amuſement agréable plutôt qu'un attachement
ferieux ; & s'il faut fe picquer
d'être fidele , ce n'est qu'en amitié : c'eft
une paffion douce & tranquille qui forme
le lien de la focieté , on peut s'y livrer
avec confiance. Loin de la méprifer com
60 LE MERCURE
me vous faites vous & notre frere , nous
fommes fes partifans , & nous donnons ce
quatrain pour maxime.
Qui veut fans esclavage
Eftre heureusement lié ,
En amour est volage,
Et conftant en amitié.
Vous lui preferés un bon mot , & il la
facrifie à une folle ardeur , tandis que nous
la mettons de toutes nos parties , & qu'elle
prefide à nos fêtes.
1
Pour le prétendu libertinage dont vous
nous faites un crime , il eſt ailé de nous
en juftifier ; il eft vrai que nous aimons la
joye à l'excès , & que nos lectateurs ne
font occupés que du foin , de fe réjouir ş
mais n'eft- ce pas là la vraie fageffe , & la
raiſon ne ſemble- t'elle pas leur dire ,
Obéiffez à vos defirs ,
Et fur les traces d'Epicure
Suivez doucement la nature
Qui vous porte aux plaifirs .
Meffieurs les beaux efprits paffent pour
libertins à plus jufte titre, puifqu'ils le font
par reflexions & par principes , qu'ils fe
font un art malheureux de corrompre les
autres , & qu'ils font les Orateurs du vice.
Notre frere ne vaut pas mieux , c'eſt un
franc hypocrite , c'est- à- dire un fcelerat
8
D'AVRIL.
Se
es
ce.
rat
accompli . Malgré nos airs bruyants , nous
nous contentons fouvent des plus legeres
faveurs , mais il n'en eft pas ainfi de lui ,
il veut être Poffeffeur à quelque prix que
ce foit , & fon faux refpect n'elt qu'un
panneau qu'il tend à l'innocence. Quand
tous les artifices n'ont pû réuffir , il paffe
de la douceur à la cruauté , & quand il
trouve des obftacles , poiſon , affaffinat ,
rien ne lui coûte , & Melpomene lui a
obligation de bien des Tragedies .
nous
Vous nous reprochez enfin d'être malins
& fourbes , mais nous le fommes
fans confequence . Premierement ,
n'avons pas de malice noire , nous aimons
feulement à rire, & prefque toujours aux
dépens des fots ; nous leur faifons ouver
tement la guerre , & nos armes ordinaires
font la raillerie ; nous ne décochons point
de traits en tapinois , nous n'avons pas le
talent de médire de fang froid , ni de
compofer des fatires ; nous n'étudions pas
le mal que nous avons à faire , & nous
fçavons encore moins apprêter la calomnie
, & défigurer le merite par de faux
portraits , c'eſt un art qui vous appartient.
Si du manteau de la vertu
Par vous fouvent le vice aft revêtu ;
Souvent auſſi votre malin caprice
Habille la vertu de la couleur du vice.
62
LE MERCURE
Quoique notre ennemi prenne un ais
d'ingenuité , c'est un fournois qui n'en eft
que plus dangereux , & quoi qu'il le pique.
de guinder les heros aux grands fentimens ,
il ne le fait pas moins un jeu cruel de les
deshonorer.
C'est lui qui des grands Rois avilis la mémoire
Qui détourne leurs pas du fentier de la gloires
Il égara jadis les plus fameux guerriers ,
Et fes mirthes toujours ont flétri leurs lauriers.
De l'Univers entier il les rend la rifée ,
Dans d'obfcures prifons il fit languir Thefee ,
Et fur les yeux d'Alcide attachantfon bandeau
Arma fes fortes mains d'un indigne fuſeau ;
Ceffez de nous vanter fon empire ſervile ,
Pour un Heros qu'il fait , il en dégrade mille.

Nous avons plus d'égard pour les grands
hommes, nous nous contentons de les
délaffer de leurs travaux par des fêtes galantes
, fans vouloir les retenir par des
liens honteux , quand la gloire les rappelle,
& nous ne refpectons pas toujours les
lauriers qui leur couvrent le front , c'eſt
plutôt pour nous vanger de l'himen‹ qui
trouble nos plaifirs , que pour les rendre
ridicules.
Notre fourberie eft encore plus innocente
que notre malice , l'artifice eft permis
en galanterie , on doit la regarder comme.
un badinage où l'on fe promet tout
D'AVRI L.
45
pour ne fe rien tenir ; & c'eft là le beau
du jeu : la bonne foi y feroit déplacée , &
tant pis pour qui s'y laiffe tromper ; c'eft
prendre des jettons pour du bon argent."
Un homme du monde n'en eft pas la duppe,
il le fouvient de ces Vers dans l'occafion
:
Dieux qu'Iris ce foir est belle !
Son coeur eft , dit elle , à moyi
Paffons la nuit avec elle ,
Et comptons peu fur fa foy.
Ce quatrain eft encore de l'Auteur ami
de la tourterelle , ce qui montre qu'un
Poëte eft fujer à fe contredire , qu'il a
plus d'un langage , & qu'on ne doit pas
plus croire à ce qu'il écrit qu'aux difcours
d'une coquette ; cela ne doit pas furprendre
: vous l'inftruifés dès fa plus tendre
jeuneffe dans la fcience de mentir & de
fromper adroitement , que vous poffedés fi
bien :
De vos fureurs un Poëte agité ,
Sur les couleurs du vraifouvent paffe l'éponge ,
Et donne un air de verité
Au plus, groffier mensonge.
Vous avez fi fort déguifé l'un & l'au
tre , qu'on rifque à tout moment de s'y
méprendre ; vos jeunes nourriffons y font
pris les premiers , ils font éblouis de tou64
LE MERCURE
tes les brillantes fables dont vous repaiſſez
leurs efprits , & courant après la gloire
chimerique dont ils font Alatrés , ils s'écartent
du chemin de la fortune , & tombent
dans la difgrace , comme ils s'en plaignent
eux mêmes , quand l'âgé a rompu le charme
qui les abufoit : l'un qui a bonne opinion
de foy dit franchement ,
Pegafe eft un cheval qui porte
Les grands hommes à l'Hôpital.
L'autre s'écrie plus modeftement ,
1
O! trifte employ que celui de la rime.
L'Amour n'eft pas moins trompeur , il
nourrit d'abord un coeur qu'il veut féduire
de l'efpoir des biens les plus doux , & dès
qu'il eft à lui , il lui fait fouffrir les plus
cruelles peines on connoît fa noirceur
& nous voulons bien encore avoir recours
à un de vos Eleves pour la mettre dans
tour fon jour , & finir par là notre Apologie
: Voici comme il en parle :
D'un foible enfant il a le front timides
Dans fes yeux brille une douceur perfide :
Nouveau Prothée , à toute heure , en tous lieux
Sous un faux mafque il abuse nos yeux ;
D'abord voilé d'une crainte ingenuë ,
Humble captif, il rampe , il s'infinuë ,
Puis tout à coup , imperieux vainqueur
Porte le trouble & l'effroy dans le coeur ;
Les
D'A V RI- L.. 65
• Les trahisons , la noire tirannie
Le defefpoir , la peur , l'ignominie ,
Et le tumulte au regard éfaré
Suivent fon char de foupçons entouré.
Le voilà bien caracterifé. C'est lui ,
on ne sçauroit le méconnoître. Nous attendons
vôtre réponſe , & nous fommes
difpofés au combat. Comme Mercure eft
relté neutre , & qu'il eft d'ailleurs un Dieu
obligeant & commode dont nous avons à
faire , nous voulons bien l'épargner , &
ne point l'envelopper dans nôtre démêlé,
MERCURE aprés avoir lû.
Je vous fuis obligé , & vous me faites
honneur ; elle aura fa place dans mon
Journal. Au refte , fi vous m'aviés compris
dans la querelle , j'avois la vangean
ce dans ma poche , & je vous aurois lû
malgré vous une Ode à la mélancolie ,
qui vous auroit imprimé la trifteffe jufques
au fond de l'ame. Cependant , fi
vous m'en croyés , vous ne poufferés pas
la chofe plus loin , & je vous reconcilierai
avec mon frere.
·
L'AMOUR VOLONTAIRE.
Non , non , il nous a
offenfés trop
fenfiblement pour cn demeurer-là , nous
aurions pû lui pardonner les mauvais vers
qu'il a répandus contre nous. Mais il a
* On verra certe Ode à la fin du Dialogue.
F
66 C LE MERCURE
、ད
reçu , pour nous mieux braver , notre
ennemi dans fa Cour, Nous l'en ferons
repentir , & nous le tournerons fi bien
en ridicule que.... Je n'en dis pas davantage.
MERCURE.
Vous ne devés pas lui en vouloir de
mal . I ne l'a fait que par un fentiment
de pitié , il fe fouvient d'avoir été autrefois
profcrit & banni comme lui , & s'il
a écrit contre vous , c'eſt un jeu d'efprit
où le coeur n'a point de part. Il a fait
vôtre fatire , vous verrés qu'il fera au
premier jour vôtre éloge , cela ne lui coute
1
rien.
L'AMOUR VOLONTAIRE.
Il est vrai qu'il écrit pour & contre
felon les occafions , comme nous le lui
avons reproché dans nôtre Lettre ; mais
il n'en eft pas moins blamable , & nous
nous brouillerons plutôt avec vous , que de
nous racommoder avec lui.
MERCURE .
2107
Quand vôtre grand feu fera paffé , vous
ferés plus traitable . Parlons d'autre chofe
, n'auriés vous rien à m'apprendre dont
je puiffe égayer mon Livre ?
L'AMOUR VOLONTAIRE.
Quoique vous ne le meritiés point , je
vais vous faire part d'une petite avanttire
dont vous connoiſſés déja les Actetis.
D'AVRI LAY
C'eft Erafte , Damon & Dorimene dont
il est encore queſtion.
Erafte perdit ces jours paffés au trictrac
cent piftoles que Dorimene lui avoit prêtées
pour le donner un habit , & Damon
les lui gagna , qui pis eft. En fortant du
jeu , il entra chez la veuve, de l'air dont
le joueur de Renard entre fur le ſcene ,
débraillé , pâle , défait , la perruque de
travers , l'oeil hagard & le né barboüille
de tabac. Elle vit bien dequoi il s'agil
foit , & le lui témoigna. Ouii , Madame
dit-il , j'ai perdu mon argent ou plutôt
le vôtre , & ce qu'il y a de plus piquant
pour moi , mon rival me l'a gagné. Je
ne le regrette pas tant , parce que j'en
avois befoin , qu'à caufe que je le tenois
de vous. Voilà des fentimens bien tendres
, repliqua la veuve en riant , & je
fuis fâchée de n'en avoir pas d'autre à
vous offrir. Il ne répondit à ce compliment
que par un profond foupir , & un
Que je fuis un grand chien ! Confolezvous
, mon cher , reprit nôtre veuve »
que j'infpirai dans ce moment. J'imagine
un moyen qui nous réuffira , ou je feray
bien trompée le tour eft un peu filou ,
mais la fuite me juftifiera. Si cela eit ,
interrompit Erafte , j'auray pour vous ,
ma charmante veuve , un redoublement
de rendreffe qui fera continue tout le reste
de ma vie.. Fij
:
68 LE MERCURE
Damon , continua- t'elle , ne manquera
pas de venir demain ici l'après - midi , &
vous fçavez que j'ai une affaire au Parlement.
Il faut que vous écriviez une
Lettre que vous m'enverrez comme venant
de la part de mon Procureur , juftement
dans le tems qu'il y fera , & que
vous me marquiez que faute d'argent ,
je rifque de perdre mon procès. Je la
lirai devant lui , & je me plaindraï de la
rareté de l'argent , il m'en offrira fans
doute , & je lui ferai mon billet.
Erafte la crut , & la choſe tourna comme
elle l'avoit prévûë. Damon alla voir
Dorimene le lendemain , & la Lettre arriva
demi heure après qu'il fut entré.
Elle la prit & la lut. C'eft apparemment
quelque billet doux , dit Damon en rougiffant.
Oui , répondit- elle , c'eft un bil
let doux de la façon de mon Procureur ,
le ftile en est tout - à- fait galant , & afin
que vous n'en douțiez point , le voilà ,
lifés. Il lut tout haut la Lettre qui étoit
exprimée en ces termes :
Madame, je n'ai plus dequoi nourrir
votre procés , & faute d'aliment , c'eſt- àdire
, fi vous n'avés la bonté d'envoyer
cent piftoles , pour le conduire à fa maturité
, & lui donner le tour qu'il lui faut ,'
pour être jugé en vôtre faveur , vous le
perdrés infailliblement , c'est l'avis que
D'AVRIL. 69
vous donne le plus défintereffé des Procuyears..
PLUMEAU.
Eh bien , Monfieur , reprit - elle ' , ce
billet n'eft- il pas bien tendre ? & Monfieur
Plumeau n'eft- il pas bien obligeant?
Ce qui m'embaraffe le plus , c'eft que
je n'ai pas le fou. Voilà cent piſtoles ,
dit alors Damon en lui prefentant fa
bourſe , je vous prie de les accepter ,
c'eft la premiere faveur que vous m'aurez
faite. Elle fit quelques façons , il la
preffa avec plus d'inftance , & elle les
prit , en lui répondant qu'il offroit fi
obligeamment qu'on ne pouvoit lui refufer
, & qu'elle fentoit pour lui en ce
moment ce qu'elle n'avoit jamais fenti.
Puis elle lui fit fon billet , mais il s'en
offenfa : & n'en voulut point.
.
A peine fut- il forti , qu'Erafte arriva
du plus loin qu'elle le vit , elle fit fonner
l'or qui étoit dans la bourſe , en criant,
vous le voyez , je fuis femme de parole.
A cette douce nouvelle Erafte l'embraffa
-tendrement. Il voulut s'emparer de l'argent
, mais elle s'y oppofa , & lui fit
entendre qu'il feroit plus furement entre
fes mains , & qu'elle fe chargeoit du foin
de faire faire fon habit,
La premiere fois qu'il le mit, je repris
70
MERCURE LE
གྲྭ
la figure de mon frere , & je choisis le
tems qu'il étoit chez Dorimene pour y
conduire Damon . Comme il alloit entrer
, il s'entendit nommer , ce qui l'obligea
d'écouter à la porte. Je n'ai pas regret
aux cent piftoles que Damon m'a
prêtées , difoit Dorimene à nôtre brun ,
elles ne pouvoient être mieux employées ,
je fuis enchantée de vôtre habit , & vous
devez le porter avec plaifir , c'eft un trophée
pour vous , qui doit flatter vôtre
vanité. A ces mots je pouffai la porte ,
Damon entra , & s'addreffant à la veuve
lui parla de la forte : Ingrate ! c'eft done
ainfi que vous me jouez mais Eraſte
m'en fera raifon , & je ne l'aurai pas ha
billé impunément , j'étois à la porte &
j'ai tout entendu. Erafte revenant de fa
furprife , repartit en fouriant , que Dorimene
n'avoit fait que reprendre pour quel
ques jours l'argent qu'il lui avoit gagné.
Enfuite prenant un air plus ferieux , il
ajouta qu'il étoit prêt de lui en faire fon
billet , s'il n'aimoit mieux le rejouer.
Non , interrompit brufquement Damon ,
je ne veux point faire d'autre partie avec
vous que celle de nous couper la gorge
enfemble , & je ne veux point de vôtre
biller , s'il n'eft figné de vôtre fang. Ce
la eft un peu fort , repliqua Erafte fans
Témouvoir, & fe couper la gorge n'eft
DAVRIL 75
phis du bel ufage. Adieu , je vous laifle,
demain vous entendrez mieux raifon. Damon
voulut le fuivre , mais nous Parrêtames
Dorimene & moi : Après que fes
premiers tranfports furent calmez , elle
ouvrit la porte , & lui dit qu'il étoit libre,
qu'il pouvoit fortir quand il voudroit.
Perfide , s'écria- t'il , continuez à
m'infulter. C'eft peu d'avoir fait un fa
crifice de mon argent à l'indigne rival
que vous me preferez ; dépêchez vous de
lui en faire un autre de ma vie . Percez
ce coeur qui vous adore , & puniffez- le
de fa foibleffe. Voilà bien du bruit , répondit
elle , pour cent miferables piſtoles .
Allez , vous êtes un fat & un vilain ; on
vous rendra vôtre argent , ne nous étourdiffez
pas davantage de vôtre verbiage
ridicule. Je le vois bien , reprit il , il
vous faut un amant brutal qui vous prou
ve fon amour par des injures ; un amant
refpectueux & plein de tendres fenti
mens attire vos mèpris. Adieu , je fçai
le moyen de vous punir , & je ferai vangé
dans peu.
Il n'eut pas menti , il rencontra le len
demain Erafte dans la rue , & l'abordant
avec colere , lui dit , vous êtes bien har
di de porter un habit que j'ai payé : &
Vous êtes fort plaifant de me le dire ,
repartit Erafte, voyons , l'épée à la main
72 LE MERCURE
à qui il demeurera. J'avois prévu cette fee
ne , & comme je ne fuis pas fanguinaire
de mon naturel , j'amenai là deux honnêtes
gens de leur connoiffance dans le tems
qu'ils alloient en venir aux mains . On
les fépara , & on obligea Damon de vuider
le different par les cartes , qui furent
plus favorables à mon ami , que n'avoient
été les dez.

Ainfi finit la Comedie.
MERCURE.
L'avanture cft un peu friponne , &
vous avez eu l'honneur de la conduite ;
prenez-garde que vôtre ennemi ne l'exagere
dans le monde à vôtre défavantage ,
& qu'il ne vous faffe paffer pour un petit
filou.
L'AMOUR VOLONTAIRE..
Si je racroche des bourfes , je fuis du
moins de bonne foi , je ne prens que dans le
deffein de rendre , & je n'égorge perfonne
en tout cas je me recommande à vous , il
eft de vôtre interêt de prendre mon par
ti , on fçait que vous protegez les fi
loux.

MERC1URE.
Je fuis preffé de partir. Adieu , fans
rancune.
Óde
D'A VRIL. 71
P
O DE
A LA MELANCOLIE
Arle , jufques à quand , fombre Melancolie,
" poiſon des ennuis veux- tu nourrir mon coeur ? Du
Faudra- t- il voir ma triſte vie
·Se confumer dans la langueur ?
Je fçai bien que la joye ici-bas paſſagere
Nous annonce toujours le chagrin qui la fuit ;
Comme, d'une fuite legere ,
Le jour nous annonce la nuit.
Ne pense pas auffi que , mortel indocile ,
Je vienne murmurer contre les Dieux jaloux ,
Qui d'un bonheur™ pur & tranquile
Ont vonlu nous exclure tous.
Je meplains juftement que le Sort implacable
Ait condamné mes jours à d'éternels foucis :
Jamais par l'espoir agréable
Mes maux ne furent adoucis.
Qu'ai je fait, jufte Ciel ! vainement je t'implore,
Ai-je ravi tonfeu , nouveau fils de Japet ?
Non , le vautour qui me devore
N'eft pas le fruit de mon forfait.
G
74
LE MERCURE
Ceffe de m'affliger , & deviens moins fevere;
Je t'ai beni toujours , &je t'ai reſpecté.
Ne crains -tu pas que ta colere
Ne faffe tort à ta bonté?
Comment puniras -tu le crime qui t'offenfet
Et quels feront les traits dont tu l'accableras ?
Si l'on voit fouffrir l'innocence
Que ta rigueur n'épargne pas .

Rien nepeut écarter l'ennui qui m'accompagne
Tous les étez pour moy ne font que des bivers.
Je vois la plus belle campagne ,
Comme je vois d'afreux deſerts.
Si je porte ma mainfur des roses naiffantes ,
Mon il n'est point touché de leur vive couleur ; -
Je fens leurs épines piquantes ,
Senfible à la feule douleur.
`Mais que dis-je , des fleurs ? un objet adorable
Eftpeur moyfans attraits,au printems de mes jours,
Et par un deftin déplorable
Je hais les Ris les Amours.
Bacchus même , Bacchus , pere de l'allegreſſe ,
Si j'ai recours à lui , redouble mon chagrin.
Qui pourra vaincre ma tristeffe ,
Quand elle triomphe , du vint
D'A VRI L.
F'efpere que la nuit ſoulagera ma peine,
Dans les bras du fommeil je cherche le repos.
Mais des foins la troupe inhumaine
Me fuit au milieu des pavots.
A l'envi contre moi la fortune
conspire;
La cruelle qui m'a toujours
perfecuté,
Semble , trop conftante à me nuire ,
Démentir fa
legereté.
Je t'invoque
aujourd'hui , puiſſant Dieu du
Parnaffe :
Tes accords peuventſeuls charmer mon deſeſpoir.
Quelle eft & ta force &sa grace !
Qui peut ignorer ton pouvoir?
Tes éleves ont vu dans un fiecle
ſauvage
Les tigres
attendris ſe ranger à leurs pieds ,
Et tout leur rendre un juſte
hommage ;
Jufqu'aux lions humiliez.
Ils ont vupar ton art les arbres en cadence
Autrefois dans la Thrace applaudir à leurs chants:
Et les enfers fans
refiftance
S'ouvrir à leurs premiers accens.
La nature attentive écoutoit leurs merveilles ,
Des fleuves enchantez ils
ſuſpendoient le cours ,
Et fembloient donner des oreilles
Aux antres mêmes les plus fours.
G
ij
LE MERCURE
Echauffe mon efprit , je verrai difparoître
Taus les foins dévorans qui viennent m'aſſaillir ;
Les feules fleurs que tu fais naitre ,
.2 'Sont celles que j'aime à cueillir.
§ . II I.
AVIS AUX GEOGRAPHES
& inftructions pour faire des Cartes
correctes.
N Geographe doit entendre
parfaitement la ſcience dont il
fait profeffion , & connoître
à fond tous ceux qui ont voyagé
dans toutes les parties du monde ; car
n'est- ce pas un grand ridicule de fe donner
pour Geographe , fans poffeder la Géographie
?
Celui qui fait des Cartes ne doit pas
premierement adopter toutes celles qui
paroiffent au jour , ou conclure que les
plus nouvelles font toujours les meilleures ,
mais il doit fe donner la peine de les examiner
fur les obfervations des meilleurs
Voyageurs , d'une maniere à en connoître
la bonté ou les defauts , & il doit corriger
les defauts , s'il y en trouve , fur les
Ď’AVRIL. X 77
Cartes qu'il fe propoſe de faire : fur tout
en expofant dans quelque coin de la Carte
les railons qu'il a euës de faire de telles corrections
; autrement il paroîtroit en vouloir
impofer , parce que tous les Copiftes.
font fujets à ces fortes d'altérations , pour
perfuader qu'ils ont corrigé ou amelioré
les originaux.
On peut foupçonner nos faifeurs de
Cartes d'avoir leur interêt en vûë , plutôt
que celui du Public , ce qui eft peut- être,
une des raifons pour lefquelles leurs Cartes
ne font que des copies des anciennes &
faites fans foin ; cependant s'ils confide-,
roient bien l'état de la choſe , l'avantage,
du Public feroit le leur , & au lieu de vendre
quelques Cartes par ci par là , ils en
vendroient une grande quantité , fi elles
étoient correctes ; car ceux qui les recherchent
tant pour l'ufage que pour l'ornement
, ne manqueroient pas de les acheter.
L'ufage de fe fervir de differens Meridiens
eft une fingularité fort vaine qu'affectent
les Faifeurs de Cartes , l'un comptant
la longitude du Meridien de l'Ile de
Corvo , un autre de l'Ifle Teneriffe., un
autre de l'Ile de Fer , d'autres de Londres
& autres lieux . Bien plus , il y en a qui
ne pouvant fe contenter d'un feul Meridien
, en employent deux ou trois , & il
arrive fouvent que celui qui fe fert de telles
Gij
78 MERCURE LE
Cartes, ne fçait comment connoître d'oùl'on
compte la longitude , faute d'être marquée.
N'est-ce pas une chofe facile à nos Geographes
de fixer entre eux un certain Meridien
, d'où l'on commenceroit toujours à
compter la longitude ? Que le Meridien de
Paris , par exemple , foit le premier Meridien
, parce qu'il convient mieux à la
France dé favoir les diftances de tous les
lieux de fon propre pays , que d'un autre :
& il s'agit plus volontiers de favoir combien
telle place elt éloignée de Paris , que
de l'Ifle de Teneriffe ou de l'Ifle de Fer ,
dont on ne peut pas avoir une idée ſi nette ,
ou même point du tout. Si l'on étoit une
fois d'accord là- deffus , on découvriroit
plus facilement la difference d'une Carte à
Pautre , & leurs erreurs.
Un Geographe doit avoir foin , lorſqu'il
deffine une Carte d'un même pays , en ,
grand ou en petit , en entier ou en partie,
de ne changer jamais la fituation des lieux
par rapport à la longitude & à la latitude ,
& que les frontieres des pays qui fe trouvent
dans la même feuille , ayent la même
fituation que dans les Cartes qui leur font
particulieres. Les limites , par exemple , de
PAllemagne & de la France doivent couper
les mêmes degrez de longitude & de laritude
dans la Carte particuliere de chacun
de ces pays ; & tout ce qui entrera de la
D'AVRIL.
79
France dans la Carte d'Allemagne , doit
ayoir à tous égards la même fituation , que
dans celle qui lui eft particuliere. Cela feroit
facile à faire , fi le Geographe fé donnoit
la peine d'ajuster l'étendue & les limites
des pays à leurs veritables longitudes & latitudes
, en formant de grandes Cartes de
chaque pays , qui contiendroient juf
qu'aux moindres remarques des Voyageurs
; & de celles - là ils en forme
roient d'autres de toutes fortes ' de grandeurs
, en difpofant les places dans la copie
felon la longitude & la latitude que l'on
trouveroit dans l'original ; pour cet effet il
feroit tres -neceffaire d'avoir des tables de
tous les lieux , dont on a trouvé la longi
tude & la latitude par obfervation , parce
qu'il eft plus facile de les y trouver tres
exactement , que dans les Cartes de PEchelle
la plus grande .
2
C'eft une chofe indifpenfable que de mar
quer les grands chemins dans les Cartes
fans quoi un Geographe ne peut jamais les
rendre fort utiles aux Voyageurs ou à ceux
qui étudient la Geographie ; tout y paroît
en confufion , & l'oeil va ça & là , comme
dans l'obfcurité , fans favoir où s'arrêter ;
au lieu que c'eft un plaifir , autant qu'une
inftruction , de fuivre la route d'une place à
une autre , & de connoître les differens
grands chemins qui menent d'une ville
G iiij
Во LE MERCURE

d'importance à une autre , & les endroits
que l'on rencontre entre les deux. Qutre .
cela ils font du plus grand ufage que l'on
puiffe imaginer pour corriger les Cartes , &
empêcher qu'elles ne foient alterées par les
Copiftes ; car les grands chemins y étant
marquez , cela fait voir le foin que l'on
a eu de bien placer les lieux , & tient le Copifte
en bride , qui fe trouve contraint par
çe moyen de fuivre ce qui lui fert d'exemple
de bien plus près , que fi les lieux euffent
été difpofez fans méthode . Il y en a même
quelques- uns qui dans leurs copies ont omis
les grands chemins , depeur que l'on ne
s'aperçût facilement de l'erreur des corrections
qu'ils avoient faites.
Les grands chemins font abfolument neceffaires
dans les Cartes pour faire voir la
communication d'un lieu à un autre ; &
une Carte fans cela ne peut être appellée
la veritable repréſentation d'un pays , parce
qu'elle fuppofe qu'il n'y en a point. Par
le moyen des grands chemins , on place
regulierement les lieux , & le Geographe
ayant la latitude de deux Villes confiderables
, peut , en y apportant les foins , pla-.
cer l'une des deux plus bas proche de fa
vraye longitude , par rapport à l'autre :
mais au cas que leurs latitudes ne foient
point connues , leur pofition cependant &
celle des lieux qui fe trouvent entre lesdeux ,
D'AVRIL. &f
fera paffablement exacte par rapport à la
diſtance.
Mais on perdra beaucoup de l'ufage des
grands chemins , fi l'on n'exprime pas les
diftances des Places par des chiffres , comme
on l'a dit ci-devant ; parce qu'on ne
peut autrement favoir fi les lieux font pofez
exactement ou non : fila Carte eft bien
faite , c'eſt un credit pour l'Auteur , que
d'y mettre les diftances , parce que l'onconnoît
par là l'exactitude de fon ouvrage ;
& il doit donner cette fatisfaction au Public
, qui n'eft pas obligé de s'arrêter à
fa détermination pour la fituation des Pla
ces. Les Cartes font fufceptibles d'une
quantité d'ameliorations , & chaque nouvelle
découverte fait appercevoir, quelque
faute dans ce que l'on croioit en être
exemt auparavant .
Les grands chemins avec les diftances
marquées font d'une fi grande importance
dans les Cartes , que s'il arrivoit que
l'on perdît les Journaux qui les ont fournis
, on en conferveroit quelque chofe
par ce moyen là , & ils fe oient de quelque
ufage dans un autre fiécle. Si Ptolemée
avoit obfervé cette methode . fes Cartes
auroient été d'un bien plus grand uſage
, & nous aurions été en état nonfeulement
de les rectifier , mais d'ameliorer
les modernes par leur moyen ; par82
LE MERCURE
ce que cela nous auroit conduits avec
quelque certitude à la découverte des anciens
noms des lieux , & auroit prévenu
beaucoup de confufion & de doute , que
l'on trouve à cet égard dans la Geogra
phie.
Dans les Cartes des Païs éloignez , &
qui nous font peu connus , il eſt neceffaire
de citer avec les diftances , l'Auteur
duquel on les a tirées , pour une plus
grande confirmation d'exactitude ; & la
citation d'une telle Carte a autant de validité
que le livre même. On en verra
un exemple dans le chap. 14 de la Con-
Aruction des Cartes.
J'ajoûterai de plus , par rapport aux
grands chemins & aux diftances , qu'une
Carte , quelque exacte qu'elle puiffe être,
paroît avec peu davantage & d'autorité
au deffus d'une mauvaife , fans cette qualité
neceffaire , parce qu'un chacun n'eft
pas capable de faire une telle diftinction
, ou n'a pas les Livres neceffaires
pour l'examiner.
Les Plans & les Vûës de Villes , que
l'on met quelquefois autour des Cartes ,
font fort utiles & ornent beaucoup . Fuller
en parlant de l'utilité des Cartes obferve
fort bien , que l'ail en apprendra
plus en une heure qu'il obfervera , que
Poreille à entendre un difcours d'une -
D'AVRIL. 83
journée. Eft - il poffible de donner avec.
tous les mots du monde une idée de la
Cathedrale de faint Paul , pareille à celle
que donne le Deffein ? L'on peut reprefenter
une Place par la Vûë , mais il eſt
impoffible d'en deffiner la Vûë par la
Defcription. Enfin un Deffein fait voir
tout à la fois ce que plufieurs paroles ne
peuvent pas exprimer , & qui ne fournitoient
au plus habile qu'une idée confuſe.
S'il y a auffi quelque Vûë particuliere
d'un Havre ou d'une Côte , il eſt à propos
de l'y faire entrer ; mais fur- tout la
latitude & la longitude & de tous les lieux
que l'on a prife par les Obfervations celeftes
, afin que le Lecteur , en connoiffant
ces Places , dont les fituations font
déterminées , puiffe mieux juger de l'exa-
Atitude du refte , & que le Copiſte ne
s'avile pas de corriger ce qui n'a pas be
foin de correction . Ceci feroit un bon
moyen pour prévenir la corruption des
Cartes.
Le Faiſeur de Cartes peut rendre fes
Cartes agréables aux Curieux & amufantes
, en y deffinant les divertiffemens
ou les actes Religieux des gens du Païs ,
& la pompe de leurs Rois ; les fruits
les animaux , les oifeaux & chofes pareilles
; ce qui donneroit tout à la fois , &
84 LE MERCURE
comme dans un Tableau , la Geographie
& l'Hiftoire d'un Païs.
1 Un Geographe ne doit jamais admettré
aucune Place dont la fituation foit
incertaine , ou dont la diftance de quelque
Ville remarquable n'ait point été obfervée
par quelque Auteur ; il vaut mieux
que la Carte foit avec peu de noms , que
d'en être remplie fans raifon . Celui qui
voudra faire des Cartes d'Afie & d'Afrique
ne le pourra jamais bien fans confulter
les Anciens , car il trouvera fouvent
qu'ils font d'un grand fecours dans
les endroits où les Modernes errent . Nous
n'avons pas la même commodité d'être
informez de la plus grande partie des
Pais Orientaux , que les Romains , qui
avoient fous leur domination les contrées,
dont les Barbares font aujourd'huy en
poffeffion , & chez qui il eft très - dangereux
de voyager ; & c'eft ce qui fait que
les Geographies & les Cartes anciennes ,
par rapport à certaines parties de l'Afie
& de l'Afrique , donnent une liste d'un ,
plus grand nombre de Places que les
modernes .
Un Geographe doit avoir un foin particulier
, que fa Projection foit faite exa-
&tement , car bien que les lieux foient
pofez parfaitement felon leur longitude
& latitude , fi les Meridiens & les PaD'AVRI
L. 85
ralleles ne font pas deffinez juftement ,
tout eft de travers , & ne conviendra ni
dans les veritables dimenfions , ni dans
l'aire de vent & la diftance. Quant à la
Projection , il eft indifferent de quelle
methode on fe ferve pour les Cartes generales
, de qui on ne peut gueres attendre
d'avantage , que de voir de quelle
maniere plufieurs Royaumes font fituez
P'un par rapport à l'autre, leur figure ,
leurs frontieres & chofes pareilles . On
doit prendre garde feulement de ne fe
point fervir de la Projection Polaire , s'il
le trouve une partie qui s'étende au - delà
de l'Equateur. Mais pour les Cartes par
ticulieres , fur - tout fi elles ne contiennent
que dix ou vingt degrez de latitude
, la meilleure methode dont on puiffe
fe fervir , eft celle qui eft décrite dans le
chap. dix-huit de la Conſtruction des Cartes
, & qui n'eft point fujette aux inconveniens
qu'on rencontre dans les autres.
Je fçai qu'une Collection de Voyages ,
telle qu'un Geographe en a befoin , coûte
extremement , & que plufieurs ne fe
trouvent que dans les Bibliotheques des
Particuliers ; c'est ce qui fait que quel-
- ques-uns de ceux qui fe donneroient volontiers
les peines neceffaires , manquent
de moyens , & que d'autres qui ont
fait tout ce qu'ils ont pû , ont erré : C'est
>
86
LE MERCURE
pourquoi j'ai deffein dans quelque tems ,
pour la commodité des Geographes , &
des Voyageurs , de publier un Livre de
toutes les routes connues dans diverſes
parties de l'afie , de l'Afrique & de l'Amerique
, avec les Cartes neceffaires , felon
la methode que j'ai déja recommandée
; ce fera une Collection des Journaux
de plufieurs centaines de Voyageurs ,
écrits en differentes Langues.
§. IV.
Remarques fur nos Livres modernes , qui
traitent de la Geographie , où l'on fait
voir en quoi ils errent principalement.
Si nous devions juger de l'ancienne
Geographie par la moderne , certainement
il en eft bien peu paffé jufqu'à nous , ou
même rien , en comparaifon de ce qui
étoit connu aux Anciens . Nos Livres de
Geographie , ainſi que les Cartes , font en
general très défectueux ; & dans ceux qui
font les plus complets , on n'y traite pas
du fait de la Geographie comme cela fe
doit , ce font plutôt des Defcriptions Hiftoriques
que Geographiques . Outre cela
le peu de Remarques Geographiques
que l'on y trouve eft rarement pris des
Voyageurs , mais emprunté l'un de l'auou
pris des Cartes. C'eſt une choſe
tre ,
D'AVRIL. 87
fort étrange , que de s'affujettir plutôt
aux Cartes , qu'aux obfervations fur lefquelles
elles ont été faites , ou bien ont
dù être faites. Si les Voyages étoient
perdus , comment conferveroit- on la Geographie
& la tranſmettroit- on à la Pofterité
Les Cartes font generalement
fauffes , & nos Livres de Geographie
contiennent uniquement quelques obfervations
qui en font tirées,
Nous trouvons fouvent de nouveaux
Geographes qui citent les vieux pour la
dimenfion d'un Païs ; ils nous difent , je
ne fçai pour quelle raifon , de quelle
étendue Cluvier & Heylin l'ont donnée
l'avoient- ils mefuré , pour qu'on doive
embraffer fi religieufement leur autorité ?
Non , ils n'avoient pas de meilleurs fecours
que les Cartes de leurs tems , qui
étoient pleines d'erreurs : Et quel profit
retire- t'on de fçavoir les fauffes dimenfions
d'un endroit ?
On donne auffi les divifions d'un Païs,
felon differens Auteurs , comme Sanfon ,
Luits & autres ; mais que cela fignifiet'il
au Lecteur , s'ils n'en font pas voir
les autoritez ? Ce font les Voyageurs qu'il
faut confulter fur cela , & fuivre celui
qui paroît le plus exact. Bohun dans ſon
Dictionaire Geographique écrit que la
Suede a vingt journées à cheval de lar
88 LE MERCURE
geur , que peut- on entendre par cela ?
Le Lecteur eft auffi fçavant qu'auparavant
, puifque l'on n'a pas encore fixé la
journée d'un voyage à cheval."
C'eft aufli une chofe ordinaire dans la
Deſcription d'une Ville , d'en donner la
longitude & la latitude , felon deux , trois
ou quatre differens Geographes ; comme
Sanfon , Blaeu , de Wit , Moll , fans faire
connoître lequel femble le plus exact.
Comment le Lecteur en peut-il juger , à
moins qu'il ne prenne la peine , que le
Geographe devoit prendre , qui eft de
confulter les Voyageurs , pour le fatisfaire
lui-même ?
Il y a encore une chofe plus ridicule ,
c'eft que dans les endroits où la latitude
& la longitude ont été déterminées par
Obſervation , on trouve differens calculs
d'autres Auteurs , qui n'ont pû être tirés
que de quelques Cartes ou Tables ; comme
files Faifeurs de Cartes étoient euxmêmes
dans l'incertitude des quels calculs
on doit dépendre , ou qu'ils puffent s'imaginer
que tous ceux qui ont fait des
Cartes ou des Tables Geographiques , ont
eux mêmes obſervé la longitude & la latitude
de tous les endroits qu'ils ont pofés,
& qu'ils doivent être d'une autorité égale
, laiffant toujours la liberté au Lecteur
de chercher celui qui a droit.
C'eft
D'AVRIL. 89
C'est ainsi que les Geographies s'accordent
rarement , ou même point du tout,
avec toutes les differentes Collections de
Cartes , pas même avec celles qui leur
appartiennent , excepté celle de Morden ,
qui eft , à ce que je croi , le feul Geogra
phe Anglois qui ait fait des Cartes pour
fon Livre & les y a adaptées particulierement
Car il paroît aujourd'hui que l'af
faire d'un Faifeur de Cartes & celle d'un
Geographe font deux differentes chofes.
La Geographie Moderne étant fi mal
traitée que devons nous attendre de
l'Ancienne ? qui faute d'art & de foin , ou
faute de tous les deux , dans celui qui en a
fait la Collection , eft generalement très
confufe & imparfaite : il est bien vrai qu'ils
fe donnent rarement la peine de confulter
les Auteurs mêmes , & l'empruntent
des extraits des autres . Il faut avouer
qu'il n'y a pas moins de difficulté à concilier
les Anciens Geographes avec euxmêmes
, qu'avec les Modernes ; ils diffetent
fouvent autant les uns que les autres
dans les noms & les fituations des lieux.
De plufieurs milliers d'endroits dont Ptolemée
fait mention , on en trouve trèspeu
dans Strabon & les autres Auteurs ,
qui aïent les mêmes noms ; la raifon en eft
peut- être , que toutes les fois que le gouvernement
changeoit , on changeoit aufle
H
go
LE MERCURE
C
les noms des Villes , & les noms & les
limites des Provinces , & qu'alors les Geographes
prenoient feulement le foin de
faire mention de l'ufage de leur tems.
Il faut remarquer qu'on ne doit point
compter fur la latitude & la longitude des
lieux que les anciens Géographes ont
données. Par exemple , on ne doit pas faire
fond fur Ptolemée pour la latitude d'aucune
Place , ( excepté d'Alexandrie , où
il vivoit , & que M. Greaves a trouvé
être affez exacte ) comme il le paroît lors
qu'il met Byzance ( ou Conftantinople ) deux
degtez plus au Nord que cette Ville ne
doit être , & par confequent la conformité
de fituation d'une Ville ancienne avec une
moderne , par rapport à la latitude , ou
fouvent la distance de quelqu'autre Place
connuë , n'eft pas une regle pour conclure
que c'est la même Ville ; on ne doit pas.
non plus faire fonds fur les anciennes Relations
de la fource & du cours des Rivieres
, elles different un peu plus que celles
des Modernes , comme on le voit dans
Strabon & dans Pline touchant l'Euphrate.
Quant à la partie hiftorique de nos
Géographies , les derniers ont coutume de
la tirer de ceux qui les ont précédés , ou
bien ce fera une traduction de quelque
Géographie étrangere , fi bien que Fon
nous regale avec des relations ufées depuis
D'AVRIL. 91
un ou deux fiecles. Morden & Gorden font
les feuls , à ce que je croy , qui ayent
pris la peine de tirer leurs obfervations des
Voyageurs modernes , avant la derniere
Edition de Moll & de Heylin ; & il faut
avouer qu'il y a quelques Rélations modernes
qui l'emportent fur les anciennes
par rapport à l'Hiftoire , peut-être même
à la Géographie.
Il fe trouve toujours quelques defauts
dans nos Livres de ce genre là. Quelquesuns
, qui font affez étendus , manquent de
methode , & ceux qui ont de la methode
font trop abregez ; il y en a d'autres encore
qui n'ont ni methode ni proportion
& font ou trop étendus ou trop abregeź .
La Géographie d'Eachard eft fort judicieufe
, c'eft une piece methodique pour
un Abregé , & s'accorde fort bien avec les
Cartes de Devvit , auxquelles elle eft
adaptée. Je fouhaiterois en pouvoir dire
autant à la louange d'un Livre intitulé ,
Le court chemin pour connoître le Monde ;
la moitié de la Géographie de l'Afie , de
Afrique & de l'Amerique est toute remplie
de queftions , & le refte eft fec &,
froid.
Celle de Morden peut fervir à donner
une affez bonne notion de la Géographie,
moderne , & de l'hiftoire des Pais. -
Celle de Gorden feroit une piece aches
Hij
92 LE MERCURE
vée , fi on y avoit joint la Topographie.
L'Atlas Géographique eft un vrai chaos ;
il y a de fort bons matériaux , mais ils
ont befoin de forme , & l'on y a mis mal
à propos par voye de fupplément des defcriptions
de chofes & de lieux , qui font
beaucoup plus grandes , que celles que l'on
a données d'abord ; & je croi que cela ne
vient que de ce que l'Autheur a été contraint
d'en hâter la publication , pour pouvoir
fournir tous les mois ce qu'il en avoit
promis.
Heylin a été corrigé dans la derniere
Edition , tant dans la méthode que dans
la Géographie ou l'Hiftoire , excepté la
Chronologie , & c'eft cependant un Livre
eftimable.
Mais celle qui paroît fous le nom de
Moll , eft le morceau le plus parfait qui
ait paru jufqu'ici en quelque langue que
ce foit , & que l'on peut encore rendre
meilleur ; ainfi quoique tout le monde
foit rempli de Livres de Géographie , il
n'y en a pas encore un de parfait.
Je ne dois pas paffer fous filence une
grande faute que l'on trouve dans les Géographies
, c'est que la Topographie &
PHiftoire de l'Afie , l'Afrique & l' Amerique
eft rarement proportionnée à celle de l'Europe
, & que les Géographes prennent le
moins de foin de nous inftruire de ce que
D'AVRIL. ༡༣
nous avons plus befoin de fçavoir. Je fçai
bien que l'on objectera que ces endroits
ne font pas fi parfaitement connus , mais
ce n'eſt pas une raiſon qui doit obliger les
Géographes à les particularifer davantage ::
Au lieu de cela ils ont grand foin de donner
une Topographie complette de l'Europe
, pendant qu'ils omettent plufieurs
endroits remarquables dans les trois autres
parties de la Terre , qu'ils donnent des
defcriptions fort minces de quelques autres
, qu'ils en trouveroient d'exactes dans
les Voyageurs , s'ils le donnoient la peine
de les confulter.
§. V.
Avis aux Géographes & inftructions neceffaires
pour rectifier leurs Syftemes , &
leurs Dictionnaires Géographiques.
C'est une folie à un homme de prétendre
écrire la Géographie d'un païs avec
exactitude , fans avoir premierement pris
la peine d'en dreffer une Carte fur les ob
fervations des meilleurs Voyageurs , à
moins qu'il n'en trouve une toute faite
pour lui, & qui foit conforme à ces obfervations
, puifque c'eft une chofe abfolument
neceffaire pour la Géographie que
de s'accorder avec les Cartes qui y appar
tiennent. Car quoi de plus abfurde que
94 LE MERCURE

de les voir fe contredire l'une l'autre , ou
pour la Géographie de ne s'accorder avec
aucune des Collections que l'on a faites ? ce
qui eft le cas où font tombez la plupart
des Géographes.
C'eft de ces Cartes ainfi faites qu'on
doit prendre les dimenſions des païs , la
latitude & la longitude des lieux qui n'ont
point été déterminée par les obfervations,
& non d'aucune autre Carte ou Geogra
phie Le Lecteur n'a nullement affaire des
fauffes dimenfions de Cluvier , ou de quelque
fituation que ce foit , fi elle n'eft conforme
à la verité , cela ne fert qu'à embarraffer
l'Histoire & la rendre confuſe .
Quand on trouve une latitude obfervée
par Olearins , Della Valle , ou autres Auteurs
fur le calcul defquels on peut
compter ( car il y en a beaucoup qui donnent
la latitude & la longitude des Places ,
mais il y en a peu qui l'ayent obfervée ; )
on n'y en doit point mettre d'autre , à
moins qu'elle ne paroiffe être anfli une
obſervation.
Un Géographe doit être très- exact en
donnant la defcription de fa Carte , puifque
comme une Carte eft , ou doit être
la veritable reprefentation d'un Païs dans
un deffein ou figure Géographique ; ainf
la Géographie , prife précisément , eft uniquement
pour décrire cette Carte d'une
D'AVRI L...
95
maniere exacte & méthodique.
Un Géographe ne peut jamais rendre
fon Livre , non plus que fa Carte , utile à
unVoyageur fans une defcription desgrands
chemirs autant qu'ils font connus ; & il
n'y a point d'autre maniere pour tranſmettre
la Géographie d'un fiecle entier à un
autre , & de pouvoir être d'un uſage confiderable
à la pofterité . Si Ptolemée avoit
pris cette methode , au lieu de celle qu'il a
choiſie , il n'auroit pas laiffé la Géographie
de fon tems fi obfcure. Et comment ferions-
nous s'il ne nous étoit rien refté de
la Géographie de l'Afrique , de l'Afie , &
particulierement de la Tartarie, que les Tables
de longitude & de latitude tirées de
quelques anciennes Cartes de Mercator
ou de Sanfon ? nous ferions contraints de
prendre la fituation des Places de la maniere
dont ils les avoient difpofées , fans
pouvoir être en état de les redreffer faute
de Journaux.
En compofant un tel ouvrage , on ne
doit point inferer de remarques , fans citer
fon Autheur , afin que le Lecteur puiffe
mieux juger des peines que le Géographe
s'eft données , & quel crédit on doit donner
à tout ce qui eft rapporté.
.
Mais ce n'eft pas tout , car il eft aifé ,
ayant les Livres devant foy , d'en extraire
se qui a rapport à la chofe ; mais c'eſt
96 LE MERCURE
peine perdue , fi on ne le fait avec juge
ment & methodiquement ; car c'eft l'ame
d'un ouvrage de cette nature , qui doit
être uniforme & regulier, comme le Monde
qu'il décrit.
Il est impoffible de bien traiter un tel
fujer , fans réduire fa matiere fous certains
chefs , comme M. Eachard a fait dans
fon exact Abregé , & fous chacun defquels
il faut mettre ce que chaque Autheur
, tant ancien que moderne , a écrit
au fujet propofé : Par exemple ,
Dans la defcription des limites & divifions
d'un païs , on fera premierement
voir quelles elles étoient dans les anciens
tems ; comment les ont données Strabon ,
Ptolemée & autres ; enfuite on donnera
celles qui ont été caufées par les diverſes
revolutions qui arrivent dans les Etats ,
jufqu'au tems prefent , autant que l'on
pourra les recueillir de plufieurs Voyageurs
qui ont écrit en differens tems .
Dans ce qui regarde les grands chemins , il
faut y introduire uniquement les diſtances
d'une Place à l'autre , tirées des Autheurs ,.
fans en omettre aucun qui ait fait quelque
obfervation de ce genre , ou dans lequel on
trouve la moindre remarque qui puiffe.
fervir en quelque maniere que ce foit à
confirmer ou illuftrer leur firuation.
Dans la defcription de chaque Ville &
Place
D'AVRIL.
97
1
Place , on doit auffi recueillir des Autheurs
anciens & modernes tout ce qu'il y a de
plus important. On doit obferver la même
chofe par rapport aux Rivieres , Lacs ,
Montagnes , Coutumes des Habitans , &c.
fous leurs propres Chefs , felon la methode
que l'on donnera cy- après pour faire une
collection de voyages.
Quoique le Geographe puiffe fe partager
avec l'Hiftoire , il ne doit pas négliger.
de mettre dans la Defcription de chaque
partie , les obfervations mathematiques que
l'on trouve ça & là dans differens livres
de Voyages , & qui y ont relation , afin de
préfenter tout d'un coup au Lecteur une
vûe des découvertes & des corrections qui
ont été faites dans chaque tems. En un
mot , une Geographie complette doit contenir
toutes ces obfervations qui font neceffaires
pour corriger les Cartes , & en
faire ; fans quoy on ne peut lui donner le
nom de Systême de Geographie , quelque
complette qu'elle puiffe être, par rapport à
l'Hiftoire .
Il paroît bien par ceci , que je ne fuis pas
du fentiment de nos Geographes , qui font
plus attachez à compofer la partie Hiſtorique
, que la Geographique. Mais ils different
des Anciens , qui , comme il le paroît
par leurs Ecrits , fe font beaucoup plus
attachez à la Geographie , s'appercevant
I
:
98 LE MERCURE
bien qu'elle feroit d'un plus grand ufage
à pofterité.
Ptolemée , quoiqu'il n'ait pas recueilli la
Geographie de fon tems felon la methode
-moderne , s'eft fervi d'un expedient qui
fait bien voir le defir qu'il avoit de la
tranfmettre à la pofterité , en réduifant
toutes les villes , places , fources de rivieres
, bayes , caps , montagnes &c. de chaque
pays en Tables de longitude & de
latitude , fe contentant lui -même de nommer
les lieux & le peuple , & y ajoûtant
trés peu de leur hiftoire ou de defcription,
Les petits Geographes Grecs , l'Itineraire
d'Antonin & les Tables de Peutinger
quoiqu'imparfaits , rendent témoignage de
Peftime fuperieure que les Anciens faifoient
de la Geographie , & combien ils
concevoient qu'elle feroit utile à la poſterité
, en lui laiffant les Journaux des Voyages
qui ont été faits dans leur tems ; &
fi l'on confidere feulement les Geographes
Perfans & Arabes , on trouvera qu'ils fe:
font plus attachez à décrire la Terre , que
fés Habitans , particulierement celui de
Nubie , qui contient tres-peu de chofe
outre les divifions des pays , & leurs grands
chemins ; ouvrage tres citimable , & d'un
grand ufage pour ceux qui voudroient faire
des Cartes ou des Defcriptions du Monde
ancien, fur-tout de l'Afie & de l'Afrique .
D'AVRI L 99
Mais , pour fe rapprocher de notre
tems , quels foins ne fe font pas donnez
les premiers Voyageurs pour découvrir les
Andes Orientales & Occidentales , le dedans
du pays , auffibien que les côtes , afin
de pouvoir à leur retour communiquer au
Public les Journaux exacts de leurs Voyages
? Quand ils ont manqué de le faire ,
ils en ont été cenfurez par les curieux du
Pays. C'eft ainfi que Ramufio blâme les
Efpagnols d'avoir compilé un grand nombre
de volumes pleins de leurs conquêtes
& de l'hiftoire naturelle des Indes , & d'avoir
négligé ce qui regardoit la Géogra
phie.
Pour prouver ceci , je n'ai qu'à faire voir
les peines que fe donnent les Savans pour
accorder la Geographie moderne avec l'ancienne
, & combien ils font entêtez de
faire des découvertes de ce côté- là. Minadoi
, Auteur Italien , a fait un Traité
particulier pour prouver que Tauris en Perfe
étoit l'ancienne Ecbatane ; & M. Caffini
fameux Aftronome François , en a fait un
autre pour prouver que les Iles Maldives
étoient la Taprobana de Ptolemée ; & quan
tité d'autres.
Voila tout ce qu'il eft neceffaire que
je dife fur ce fujet , parce que M. Eachard
a donné dans le Supplément de fon Abregé
des regles & des inftructions pour faire
i ij.
προ LE MERCURE
un corps complet de la Geographic ascienne
& moderne ; mais ayant de finir cer
article , il faut que je dife quelque chofe
touchant les Dictionnaires Géographiques.
1.LesDictionnaires Geographiques perdent
la moitié de leur ufage par leur mauvaiſe
connexion : je crois qu'il eft neceffaire qu'il
y en ait une entre chaque Pays & ſes par
ties, & que pour trouver une Place dans
un Royaume , il ne loit pas neceffaire d'en
favoir le nom auparavant , comme cela fe
trouve dans tous les livres de ce genre que
l'on a publiés jufqu'ici.Pour executer cela ,
voici la methode qu'il faut fuivre. Premierement
, l'hiftoire de chaque Royaume ,
Pays ou Ifle , étant placée fous fon nom
propre, ne mettez fimplement que le nom
des Provinces , ou de fes parties , comme
auffi les principales Rivieres , Lacs , Mon,
tagnes , &c.
2. Sous le nom de chaque Province
après avoir marqué à quel Royaume elle
appartient , faites une defcription de fes
frontieres , & faites voir , s'il y a occafion
la difference du terroir & des habitans de
ceux d'une autre Province; faites- en enfuite
une fubdivifion , & un rapport des princi
pales Places (ou d'autant que vous ayez
envie d'en mettre dans votre Dictionnaire)
de chaque fubdivifion , comme auffi des
Rivieres , Lacs , Montagnes , & Curiofitez
A
D'AVRIL. ΤΟΥ
naturelles ou artificielles , qui lui font particulieres
.
3. Sous le nom de chaque Ville , Bourg ,
ou Village , mettez dans quel Royaume
quelle Province , & quel Territoire elle eft;
dans la defcription donnez la latitude & la
longitude , ayant foin de diftinguer fi elle
eft tirée d'une obfervation actuelle , ou des
Cartes. Que fa diftance de quelques Places
remarquables, foit tirée des meilleurs Voyageurs
; & ayez foin de citer votre Auteur
à chaque remarque que vous infererez .
4. Sous le nom d'une Riviere , fpecifiiez
dans quel Royaume , Province , Diſtrict ,
Montagne ( fr elle eft connue ) , elle prend
fa fource , quelles Rivieres plus petites
Faugmentent , & quelles Places elle bafe
gne dans fon cours à la mer ; il faut décrire
quel Havre elle y forine , fes avantages
ou fes defavantages pour le Conimerce.
Obfervez la même chofe dans la defcription
des Montagnes , des Lacs & de toutes
les autres chofes . De cette maniere il y aura
une communication infeparable entre chaque
partie d'un Pays , de forte qu'en fuivant
feulement les Places , celui qui ne fçait
pas le nom d'une Ville , peut promptement
avoir une vûe de tout ce qui eft content
dans le Dictionnaire par rapport à chaque
Royaume , aufli parfaite que dans un livre
de Geographie ; ce qui eft une qualité que
I- iij
102 LE MERCURE
n'ont point les Dictionnaires qui ont paru
jufqu'à prefent , dans lefquels on ne peut
tout au plus fuivre que les Provinces avec .
leurs Capitales , & encore pas toujours .
L'AUTHEUR DES REFLEXIONS
fur la maniere de Prêcher.
I
A l'Autheur de la Réponse.
L feroit trop long de refuter toutes les
propofitions contenues dans la Réponte
aux Réflexions fur la maniere de Prêcher
, cela dégenereroit en difpute , où il
arrive fouvent que plus on parle , moins
on s'entend , ce que doivent éviter ceuxqui
n'écrivent que pour l'intereft de la
verité ; c'est pourquoi pour ne pas multiplier
les queftions , & ne pas perdre la
question principale de vûë , on ne s'arrêtera
qu'à la conclufion qui eft conçue ens
ces termes..
» Les enfans profitent au Catechifme ,
» & les hommes ne profitent pas au Sermon
, ce n'eft pas que la méthode du
» Catechifme foit plus propre que celle du
» Sermon , mais cela vient de ce que les
» hommes font paflionnés , & par confe-
» quent moins propres à recevoir les inftru
aa tions & à en profiter.... 22
D'AVRIL.
103
Voilà donc la queftion bien établie ,
puifque les deux parties conviennent que'
les hommes profitent moins au Sermon
que les enfans ne profitent au Catechifine ;
point important , puifqu'il s'agit de l'inftruction
, & par confequent du falut des
hommes: il eft donc.d'une extrême confequence
d'en découvrir la caufe fur la
quelle les fentimens font differens.
L'Autheur des Reflexions croit que lai
caufe eft toute naturelle, & phyfique dans
la manière de prêcher ; l'Autheur de la
Réponte prétend au contraire qu'il n'y a
rien de phyfique , que c'eft une caufe morale
qui procede de la corruption du coeur
de l'homme . Si le defaut eft dans la maniere
de prêcher , il fera facile d'y reme
dier: ti le defaut eft dans le coeur , le maleft
fans reffource de la part des hommes ,
P'Auditeur & le Predicateur n'y peuvent
rien. Il n'appartient qu'à Dieu feul , qui
tient les coeurs dans fa main , de les difpofer
comme il lui plaît : il feroit donc à
fouhaiter que la caufe d'un fi grand mal
ne für que dans la maniere de prêcher ,
puis qu'outre les fecours de la grace ,
ily
auroit des moyens humains pour y remedier
, au lieu que s'il n'y a d'autre caufe
que la corruption du coeur , tous les
hommes qui ne profitent point au Sermon ,
vont tomber dans le découragement , pour
I iiij
104
LE MERCURE
ne pas dire dans le defefpoir. Ils regarde
ront comme un figne de réprobation , ce
qui n'est peut être que le defaut d'intelligence
, ou plutôt de la compofition du
Sermon.
L'Autheur de la Réponſe prétend que
les hommes font plus paffionnés & ont le
coeur plus corrompu que les enfans.
De quels enfans entend- il parler ? fi
c'eft des enfans du premier âge juſques à
dix ans , il a raifon , ils ont certainement
le coeur moins corrompu , quoi qu'ils ne
foient pas moins agités de paflions , &
peut-être plus que les hommes ; car l'expérience
fait voir qu'il n'y a rien de plus
paffionné que les enfans du premier âge.
tous leurs mouvemens font impétueux ,
ils font ardens dans leurs defirs , outrés
dans leur colere , vains , envieux , jaloux,
inquiets , impatiens plus que dans aucun
âge. Avec beaucoup plus de defauts , on
convient pourtant qu'ils font moins vicieux.
que les hommes , parce que c'eft la machine
qui fait prefque tout , la raifon qui
eft embarraffée de tenebres ne s'eft point
fait encore entendre , auffi ne croit-on pas.
que ce foit de ces petits enfans dont l'Autheur
veuille propofer l'exemple aux hommes
, puifque leurs organes mal développés
n'ont pas encore donné d'entrée à
l'éducation,
DAVRIL.
105
Ce font donc les enfans du fecond âge
depuis dix ans jufques à vingt dont il fe
fert pour faire leçon aux hommes : or les
enfans de cet âge ne font-ils pas déja femblables
aux hommes ; ne font ce pas les
mêmes principes qui les font agir , les mêmes
paffions qui les remuent , les mêmes.
fentimens qui les déterminent ; les plaifirs,
les amuſemens , la parure , les diftinctions,
les honneurs , ont- ils moins d'empire fur
les jeunes gens que fur les hommes : net
font-ils pas , n'en déplaiſe à la jeuneſſe ,
menteurs , fourbes , querelleurs & vindicatifs
autant & plus que dans aucun âge ?
Après cela quelle difference mettra-t'on entre
leurs paffions & les nôtres ? s'il y a quel
que difference , ce n'eft que dans l'objet &
dans les moyens de l'acquerir qui font diffetens
fuivant les differens âges. Au reſte
c'eſt le même fond de cupidité & la même
malice ; car quoi qu'ils ayent la raifon
moins formée que les hommes , ils en ont
affez pour fçavoir qu'ils font mal , il ne.
faut donc pas croire qu'ils foient dans le
premier & dans le fecond âge plus parfaits
qu'ils ne le feront dans les âges fuivans..
Il est vrai qu'il femble avoir pour eux.
le témoignage de l'Evangile , qui déclare
*
Matth. chap. 18. n. 3. chap. 19. n. 14.-
Marc. chap. 1o. n. 14.
Luc, chap. 18. m. 16.
1:06 LE MERCURE
de
que les hommes n'entreront point dans le
Royaume des Cieux , s'ils ne deviennent
comme de petits enfans ; mais la reffemblance
que l'Evangile demande aux hom
mes n'eſt point une reffemblance entiere qui
comprenne auffi les defauts des enfans , ce
n'eft qu'une reffemblance d'amour
foy & d'humiliation , c'est- à - dire que les
hommes doivent aimer Dieu , & croire en
Dieu , comme les petits enfans aiment leur
pere , & croyent en leur pere ; qu'ils doi
vent s'humilier & s'aneantir devant Dieu,
comme les enfans font humbles & petits/
devant leur pere. Voilà ce que l'Ecriture
demande aux hommes , ce qui ne fauve
aucun ies defauts des enfans .
Quand nonobftant l'experience contraire ,
on fuppoferoit le coeur des hommes plus
corrompu que celui des enfans , & que´
cette corruption eft l'unique caufe qui fait
que les enfans profitent au Carechifine , &
que les hommes ne profitent point au Sermon
, il s'enfuivront deux chofes :
La premiere , que les enfans devroient
profiter , à caufe de la pureté de leur coeur ,
aurant au Sermon , qu'ils profitent au Catechifme
.
La feconde , que les hommes à caufe de
la corruption du coeur ne profiteront pas
plus au Catechifme qu'au Sermon .
C'est une épreuve bien facile à faire ,
D' AVRIL. 107
il n'y a qu'à mener les enfans au Sermon , &
on verra que tel enfant qui a parfaitement
entendu le Catechifme , n'entendra rien au-
Sermon même du plus habile Predicateur .
D'un autre côté , tel homme qui va inutilement
au Sermon , qu'il fe donne la
peine d'aller au Catechifme , & il verra
qu'il ne perdra pas un mot du Catechiline,
pendant qu'il n'a rien retenu du Sermon .
Vanité à part , il n'y a perfonne de
quelque âge , de quelque fexe , de quelque
condition qu'elle foit , qui ne convienne
qu'elle et plus à portée du Catechilme
que du Sermon ; car ôtez quelques
gens de Lettres qui fe font rendus attentifs
par une longue habitude , il y en a
peu qui foient en état de fuivre le Predi
Gateur depuis le texte jufqu'à la bénédiction
, peut être n'y en a- t'il pas tant qu'il
y a de pilliers autour de la Chaire ; ce
n'eft pas non plus pour les Auditeurs choifis
que les Sermons font fondez , ils font
en état de puiſer eux mêmes dans les trefors
des Livres Saints , & la meditation fur
les chofes de la Religion doit leur en ap
prendre plus que les Prédicateurs n'en
peuvent dire : Auffi ne vont- ils au Sermon,
que comme on va au Spectacle pour
juger du Prédicateur , & non pour s'inftruire
& le juger eux-mêmes . Or ce n'eft
pas de ces fortes d'Auditeurs , ou plutôt
108 MERCURE
·
LE
-
de ces fortes de Juges que le Prédicateur
doit s'embarraffer ; dans la place qu'il
tient , il ne doit envifager que Dieu feul
pour fon Juge , & le commun de fes Au
diteurs pour l'objet de fon zele dans les
inftructions qu'il leur donne.
1
Tout auditoire en quelque endroit qu'on
le place , foit à la Cour , foit à la Ville,
foit à la Campagne , eft une affemblée de
perfonnes qui aux manieres près font tous
femblables pour le fond du coeur & de
Befprit , c'eft- à dire attachez à leurs interêts
& diffipez dans leur penfée : Pea
d'hommes font capables de raifonner de
fuite , encore moins de fuivre le raiſonnement
d'un autre , s'il eft long. L'attention
prend congé du Prédicateur prefque auffitôt
qu'il commence ; on a beau avoir recours
à la tabatiere , au flacón , on s'endort
; d'autres qui ne dorment pas , écoutent
le Prédicateur , comme les enfans - le
fon des cloches ; avec des yeux ouverts ,
des oreilles ouvertes , ils ont l'efprit bouché
& comme en extafe : d'autres battent
la campagne & s'occupent de leurs
foins ordinaires ; le Courtifan fonge à ſes
intrigues ; la femme de Cour aux grandeurs
& vanités ; l'homme de robe à les
affaires ; le Marchand à fon commerce ;
la Bourgeoife à fon ménage ; le Labou
reur à payer la taille : chacun fonge pra
D' AVRIL.
1:09
fondément à fes affaires , pendant que le
Prédicateur s'échauffe & s'évertuë pour
debiter un Sermon que perfonne n'entend.
On dit d'un Prédicateur à qui la mémoire
manqua en chaire un jour celebre dans
une grande affemblée , qu'il demanda à
fon auditoire le dernier mot qu'il avoit
prononcé pour reprendre la fuite du dif
cours , & qu'il ne fe trouva pas une feule
perfonne dans toute l'affemblée qui l'eut
entendu ; ce qui fit que le Prédicateur
fut obligé de fortir de chaire fans achever.
Dira-t'on que c'eft la corruption du
coeur qui fait cela ? point du tout ; ce n'eft
pas le dégoût des chofes faintes : Demandez-
le à la plûpart , cela arrive malgré
foy , & à de très honnêtes gens qui aiment
la parole de Dieu , qui font de leur mieux
pour en profiter , & qui n'y vont que pour
cela ce n'eft pas même faute d'efprit ; il
y en a qui railonnent fort bien , qui entendent
parfaitement ce qu'ils lifent , capables
même d'écrire & de méditer , & qui
ne peuvent pas entendre un Sermon ; c'eſt
que pour le Sermon il faut une contention
d'efprit plus grande que pour la converfation
, la lecture , la méditation & la compofition
; il faudroit pour bien entendre
un Sermon , avoir un talent qui eft bien
1
c'eft de fufpendre l'impreffion des
fens , fixer l'imagination , impoſer filence
110 LE MERCURE
à toutes les facultez de l'ame pendant l'efpace
d'une heure , pour n'exercer que celles
de l'entendement ; avec ce fecret les Sermons
pourront faire leur ' fruit , comme
toute parole de Dieu , mais fans ce fecret
c'eft du temps & de la peine perduë que
de monter en chaire pour les réciter , les
meilleurs Sermons ne font bons qu'à lire.
Il n'en eft pas de même du Catechisme ,
c'est une instruction plus familiere , c'eſt
une espece de converfation fur les chofes
faintes entre le Maître & le Difciple ; le
Sermon eft un tour trop gros qui ne fçauroit
entrer tout enſemble dans la tête de
PAuditeur , au lieu que le Catechifme qui
eft coupé par petites parties , fe comprend
plus ailément d'où il s'enfuit que la méthode
du Catechifme eft plus utile que
celle du Sermon pour toutes fortes de
fujets & toute forte de perfonnes.
D'AVRIL. III

ஓரு ஓருருரு
ELOGE DU R. P. FRANCOIS
Pagi , de l'Ordre de FF. Mineurs
Conventuel.
Par M. Jean Frederic Guib Docteur,
és Droits.
un ufage établi dans la Re-
Cpublique des Lettres , que lorfqu'il
meurt quelque Sçavant , qui s'eft diftingué
par fon mérite & par fon érudition ,
on en fait part au Public , pour fuivre
cet ufage qui a été , ce me femble , établi
avec tant de juftice & d'équité ; j'aurai
l'honneur de vous dire , Monfieur
que le 21 du mois de Janvier dernier ,
nous eumes le malheur de perdre le Pere
François Pagi de l'Ordre des Freres Mi-.
neurs Conventuel. Il s'eft rendu fi celebre
dans l'Europe fçavante par les excellens
ouvrages qu'il a mis au jour , que je
éroirois manquer à ce que je vous dois
& à la bienveillance dont il m'honoroit
fi je ne vous faifois un petit détail des rares
qualitez dont il étoit doté.
Ce fçavant Religieux naquit à Lambefc
le feptiéme jour du mois de Septembre
de l'année mil fix cent cinquan
712 LE MERCURE
1
te- quatre , & comme il fit paroître dès
fa plus tendre enfance un grand penchant
pour les belles Lettres , fes parens jugerent
à propos de l'envoyer à Toulon chez
les Peres de l'Oratoire. Il y fit en peu
de teins de très- grands progrès , ce qui engagea
fon Oncle le Pere Antoine Pagi
à le faire venir auprès de lui en la Ville
d'Aix , où il faifoit ordinairement fa réfidence
, afin qu'il pût avec plus de facilité
le perfectionner dans l'étude des
Sciences. Le feul nom d'Antoine Pagi
porte avec lui fon Eloge ; car dés qu'on
nomme cet Illuftre Religieux , on ſe ref
Louvient d'abord que c'eft le même qui
a publié la Critique des Annales de Baronius
; & par confequent , on ne fera
point furpris fi étant fous la conduite
d'un fi grand homme il acquit avec une
rapidité furprenante des lumieres qui le
rendirent capable à l'âge de vingt & un
an d'exercer avec un applaudiffement univerfel
la Charge de Profeffeur en Philofophie
dans diverfes Couvens des Freres
Mineurs , parmi lesquels il avoit été reçu
Religieux quelque- temps auparavant. Cependant
le tendre attachement qu'il avoit
toujours confervé pour ce cher Oncle , lui
fit fouhaiter avec paffion de pouvoir retourner
à Aix , & en ayant obtenu la
permiffion de fes Superieurs , il ne ceffa
point
D'AVRIL. 113
point pendant plufieurs années d'être trèsaffidu
auprès de lui . Ce fut alors que le
Pere Antoine Pagi acheva de lui découvrir
toutes les beautez les plus cachées
de l'Hiftoire Sacrée & Prophane , & qu'il
lui fit connoître en quoy confiftoit la belle
Critique qui a brillé avec tant d'éclat dans
tous les ouvrages qu'il a depuis donnez
au Public.
+
Ces connoiffances mirent le Père Fran
çois Pagi en état de le foulager très- utilement
dans la Critique des Annales' de'
Baronius , à laquelle il travailloit en ce
tems-là , & dont même il avoir fait imprimer
le premier Tome en l'année il
fix cent quatre- vingt cinq ; mais comme
il n'eut pas le tems d'achever ce grand
ouvrage , étant mert au mois de Juin de
Fannée mil fix cent quatre- vingt dix-neuf;
fon Neveu s'y attacha , & le finit heureufement
quelques années après ; cette
Critique fur imprimée en mil fept cent
cinq , & contient quatre Volumes in fo--
Lio.
Comme il poffedoit parfaitement l'Hi
ftoire Ecclefiaftique , il forma après cela
le deffein de donner au Public un abregé
Hiftorique , Chronologique Critique de
Phiftoire des Papes , dont le premier &
fecond Volumes parurent en mil fept cent
dix - fepp , & le traifiéme en mil fept cons
dix-huit.
K
¥ 14 LE MERCURE
Je ne doute pas , Monfieur , que cette
Hiftoire ne fut aujourd'hui entierement
achevée fans une chute qu'il fit au mois .
de Mars de l'année mil fept cent douze ,
& qui lui a fait fouffrir le refte de fes
jours de grandes douleurs : En effet , il
eft fort difficile qu'un homme qui eft:
eftropié , & qui d'ailleurs n'a pas une
fanté ferme & vigoureufe , puiffe s'occuper
long- tems à un travail auffi pénible
que celui- là , fur tout lorfqu'il faut qu'il
crive lui- même tout ce qu'il compofe
& qu'il ne s'eft point accoûtumé à fe
fervir de Copiſte.. Il a laiffé plufieurs Ma
nufcrits à fon Neveu le Pere Antoine Pagi
du même Ordre , qui donnera bientôt
au Public le quatrième Tome de cet
Ouvrage On y verra à la tête une Differtation
fur faint Denis Evêque de Paris
, qui fera , à mon avis , fort goutée de
tous les Sçavans ; il y démontre par un
grand nombre de preuves que ce n'étoit
point l'Areopagite.
Enfin le Pere François Pagi ne s'eft
pas feulement rendu recommandable , en
travaillant fi utilement pour l'avancement
des Sciences , il s'eft encore rendu celebre
dans tout fon Ordre par fon mérite
& par fa vertu , on avoit une eftime fi
particuliere pour fa perfonne , qu'on l'a
honoré en divers tems de plufieurs Em-
(
D'AVRIL.
115

plois & Charges importantes , qu'il feroit
inutile de marquer , il me fuffira de vous
dire , Monfieur , qu'il a été trois fois Provincial
, & que pendant tout le tems qu'il
a eu foin de la Province , on a toujours
vu dans toute fa conduite une droiture
de coeur , & un défintereffement digne
d'un veritable Religieux. Il avoit un genie
& une penetration fi judicieufe , qu'il
faifoit toujours remplir les Emplois de fon'
Ordre par les perfonnes qui en étoient
les plus capables . Ses moeurs étoient pures
, fa pieté fincere , fans aucune de fes
oftentations qui en ôtent fouvent le prix.
Vous dirai-je encore ? Monfieur , que j'ai
eu l'avantage de le voir affez fouvent depuis
le mois d'Avril dernier qu'il arriva
dans cette Ville , & que j'ai fouvent admiré
fa memoire prodigieufe qui lui fourniffoit
dans l'occafion des paffages entiers,
foit des Peres de l'Eglife , foit des Hiftosiens
Prophanes ; mais cela fi à propos,
qu'on avoit de la peine à décider lequel
- méritoit plus de louanges ou de lui , ou
de l'Auteur qu'il alleguoit ? Sa converfation
étoit fçavante & inftructive , lorf
qu'il étoit avec des perfonnes d'érudition ,
autrement elle étoit aifée & enjouée
mais pourtant digne de fon caractere :
En un mot , il poffedoit un talent qui eft
affez rare parmi les gens de Lettres , qui
Kij
116 LE MERCURE
étoit d'accommoder toujours fa converfation
à la portée de ceux avec. lefquels it
parloit..
PRATIQUE UNIVERSELLE
Des Sciences les plus neceffaires dans le
Commerce , à la Vie civile , & aux Perfonnes
qui afpirent aux premieres Places.
dans les Bureaux ; enrichie de plus de
cent foixante Pieces de Gravure. Par
NICOLAS DUVAL , l'un des Secre
taires de S. A. S. Monfeigneur L'E DUC`
DU MAINE , & Expert - Juré Ecrivain
Arithmeticien. Trois Volumes in-folio..
Tous les differens avantages que le Publie
peut retirer de la Pratique Univerſelledes
Sciences , font fuffisamment détailléz
dans l'Avis préliminaire que nous en·
donnons , pour nous contenter de dire que
cet Ouvrage doit être anffi curieux que
neceffaire . L'Auteur , qui ne pense qu'à
le varier à le perfectionner , a cru devoir
encore avertir le Public , que l'on
trouvera dans le troisieme Volume an
Traité particulier fur le Toifé , PArpentage,
les Fortifications, avec des notions.
generales fur les Parties- Doubles
D'AVRIL..
PROJET DE SOUSCRIPTION
Et des Matieres contenues dans ce Livre…
ET Ouvrage fera imprimé une
partie en Planches gravées en
cuivre , il y en a déja cent Plan--
ches gravées & tirées à mille
shacune : les Caracteres de lettres feront
de fonte neuve..
L'impreffion des trois Volumes in folio
complets , fera en état au commencement
d'Aouft 1722: & pour répondre à l'empreffement
du Public , l'on a refolu de le don
ner par Soufcription , Volume à Volume.;
ce qui fe peut d'autant mieux , que chaque
Volume contient des matieres feparées , &
aura par ce moyen fa perfection.
Le premier Volume fera en état au mois
d'Octobre 1711 : le ſecond au mois de Fevrier
1722 ; & le troifiéme au mois d'Aouft
de la même année. On doit compter fur
l'exactitude de l'Auteur...
Ce premier Volume contiendra l'Art de
toutes les Ecritures ufitées dans le Royau
me , démontré par leurs principes...
180 Modeles gravez fur les Originaux de
L'Auteur de tous les grands & differens
morceaux d'Ecritures Konde & Bâtarde,
J.
118 LE MERCURE
ufitées dans les Emplois , comme Etats ,
Bordereaux , Comptes , Recepiffez fur la
Finance , avec des Inftructions fur chaque
chofe , qui enfeignent la maniere de s'y
conduire , dans l'ordre & l'arrangement
qui en font l'unique perfection ; un Ditionnaire
de Finance & Banque , pour
l'étimologie des mots .
Modeles d'Arrefts du Confeil , de Procez
verbaux fur plufieurs matieres , de Lettres
Miffives fur les Negociations & le Commerce
, & des Actes fous fignature privée.
Il y aura plufieurs Modeles gravez en Ecriture
d'Expeditions fur ces Articles.
Le fecond Volume contiendra Comptes ,
Etats , Bordereaux, Ordre , Recepiffez , Tables
fur la Marine , Inventaire d'Artillerie ,
ordre de Bataille , difpofition d'Armée ,
Etat malor ; le tout gravé , avec plufieurs
Modeles fur l'Extraordinaire des Guerres ,
& des Inftructions fur chaque chofe ; &
un Dictionnaire de Marine , Artillerie &
Guerre.
Le troifiéme Volume contiendra un Trai
té d'Arithmetique d'une nouvelle maniere ,
trés- abregée , par Demandes & Réponſes ,
en forme de Leçons , en trois Chapitres.
Le premier fera Addition , Souftraction ,
Multiplication & Division ; Regle de trois ,
& Regle de Compagnie. Le fecond , les
mêmes Regles par fractions. Le troifiéme ,
D'AVRIL.
les Racines Carrées & Cubes , Alliage
Regle de Change , d'Efcompte & Tarre ,
& les Aleages d'or & d'argent.
La Geometrie en dix Chapitres : le premier
contiendra les Définitions ; le fecond
les principes appellez Notions , qui font
des veritez évidemment connues par elles--
mêmes , ou par démonftrations inconteftables
: le troifiéme , la pratique des Lignes
& des Angles , & fait décrire les figures
des Plans : le quatrième , la transfiguration
de ces mêmes Plans , c'est - à- dire le
moyen de leur donner de nouvelles figures
, fans en diminuer ni augmenter le
contenu: le cinquiéme , les Divifions des
Plans : le fixiéme , comment il faut les
affe mbler , & comment on peut les augmenter
ou diminuer de grandeur felon
quelque quantité propofée : le feptiéme
enfeigne à les mefurer : le huitiéme la
Trigonometrie , ou la Doctrine des Trian
gles par le Calcul : le neuviéme , les So--
lides , particulierement leur Toilé : les di
xieme , la Pratique pour le Terrain , où
P'on découvre l'art de lever les Plans , &
de les tracer , & où l'on montre les di--
mentions inacceflibles , avec un Diction
naire.
2
La Geographie Aftronomique , Naturelle.
& Hiftorique , où l'on trouvera le rapport
que toutes les Parties des Continents &
120 LE MERCURE
des Mers ont avec les Cieux , entr'elles
& avec l'Hiftoire.
La premiere Partie indiquera les Scien
ces dont la Geographie tire fes principes ;
fera voir les differentes manieres dont
cette Science eft repréfentée ; expliquera
la Sphere de la Geographie Naturelle , de .
la Geographie Hiftorique ; donnera une
Explication de l'ufage des Cartes...
2
La feconde Partie diftribuera dans fon
Titre la furface du Globe Terreftre en neuf
differentes manieres : la premiere , par les
Regions ou Plages ; 2. en plufieurs fortes
d'Hemifpheres ; en Zones ; 4 par
less
Ombres ; par les Pofitions des Antipodes
, des Ant- Æciens & des Peri-Æciens;
6 par les Climats & la durée des jours ;
felon la Longitude & la Latitude ; 3
par les Mefures ; 9 par la figure & la
couleur des hommes.
Le fecond Titre de la feconde. Partie
donnera les Divifions de la Terre en Con--
tinents & Ifles ; les Continents en leurs
grandes parties fous- divifez en prefqu'Ifles
attachées à la Terre- ferme par des Ifthmes;
en Terres Mediterranées & Coftes ; l'Eau
en Mer , dite . Ocean autour de notre
Continent ; Mers près le nouveau Continent
fous- divifées en grande partie ; less
Mers particulieres diftinguées en la haute
Mer , le rivage où font les Golfes , & less
Détroits
4
"
D'AVRI L.
Détroits , les Lacs & les Rivieres.
Le troifiéine Titre montrera l'étendue des
Etats fouverains , foit Empires , Royaumes,
Républiques ou Peuples , & celles des Religions
reparties en Sectes & Branches , &
celles des principales Langues generales &
particulieres : les Tables & Cartes gravées,
avec le Dictionnaire .
La maniere de deffiner & écrire les Car
tes proprement .
Le tout tiré des Memoires fournis à l'Auteur
par les plus celebres en chaque Science
, & gravez par les plus habiles de l'Art.
Ce Livre eft d'une grande utilité pour le
Public , qui s'y trouve intereffé par l'importance
& l'étendue des matieres qu'il renferme
, & par la beauté de la Gravûre &
de l'Impreffion , qui rendra l'ouvrage magnifique.
L'Auteur n'a épargné ni foins ,
ni travaux , ni dépenfes pour y parvenir.
On commencera à recevoir les Soufcriptions
à la fin de Mars prefent mois 1721 ,
jufqu'au dernier Aouft de la prefente année,
fi PAuteur ne s'en trouve pas trop chargé.
Les Soufcripteurs payeront quatre- vingts
livres pour les trois Volumes en feuilles ,
fçavoir trente livres à prefent , vingt livres
quand ils prendront le premier Volume ,
& en prenant le fécond Volume vingt autres
livres , & en retirant le troifiéme Vojume
ils payeront dix livres . Ceux qui
L
122 LE MERCURE
n'auront point foufcrit pendant ledit tems
prefcrit par l'Avis , payeront cent trente
Tivres pour les trois Volumes complets fans
être reliez , & fans diminution.
Les Libraires donneront une Reconnoiffance
numerotée , gravée , imprimée , fignée
& paraphée de l'Auteur , portant promeffe
de fournir lefdits Volumes dans le
tems ci -deffus marqué.
On foufcrira chez l'Auteur en fa Maiſon
à lui appartenante , où fon Magazin fera ,
rué de Grenelle , au coin de celle des deux
Ecus , quartier S. Euftache ; & chez les
Libraires ci-après nommez.
CAVELIER , Fue S. Jacques , à la Fleurde
Lys.
MONTALANT , Quay des Auguftins prés
le Pont S. Michel .
HUET , au Palais , vis - à - vis la Sainte-
Chapelle.
PRAULT, à l'entrée du Quay de Gefvres
GIFFART , rue Saint-Jacques , à Sainte
Therefe.
D'AVRIL.
JOURNAL
De ce qui s'est paſſé à la mort , &
depuis la mort de N. T. S. P.
le Pape Clement X1. &c.
L
Undi matin 17 Mars , le Pape dit
la Meffe dans fa Chapelle particuliere
, & donna enfuite quelques
audiences ; mais fur le midi il fut obligé
de fe mettre au lit , à caufe d'un friffon
extraordinaire , fuivi d'un violent accès de
fiévre qui lui caula pendant la nuit le
tranſport.
Le Mardi matin 18 , la fiévre & la toux
augmenterent ſi fort , que le Medecin declara
aux Cardinaux Paulucci & Albani ,
le danger où le trouvoit S. S. Ils firent
appeller le Pere Selleri , Maître du facré
Palais , & Confeffeur du Pape , qui après
s'être confeffé , fe fit mettre le Rechet ,
la Mozette & l'Etolle , & reçut ainſi le
faint Viatique fur les deux heures après
midi .
Le Saint Pere fit venir enfuite fes peveux
, le Cardinal Albani , & Don Carlo,
& leur dit que s'il avoit été ſi
peu liberal
Ï ij
24 LE MERCURE
à leur égard , c'étoit uniquement par principe
de confcience : qu'ils penfaffent à devenir
Saints ; que c'étoit là la grande affaire
& à laquelle toutes les autres devoient fe
rapporter. Il leur donna fa bénédiction ,
après quoi il les congedia.
Le Cardinal Paulucci reçut incontinent
après les derniers adieux du Pape , qui lui
témoigna d'une maniere très tendre l'eftime
qu'il avoit toujours faite de lui . Pourménager
les derniers momens de fa vie ,
qu'il vouloit tous employer à fe diſpoſer
à la mort , il chargea le Pere Selleri fon
Confeffeur , de voir tous ceux qu'il avoit
particulierement aimez & eftimez , & de
les affurer de la continuation de fes fentimens
à leur égard . Il ordonna au même
Pere Selleri de l'affifter à l'agonie , conjointement
avec le fieur Olivieri fon coufin
( il étoit fon Sacriftain ) & ce fut lui
qui adminiftra au Pape l'Extrême - Onction
fur les neuf heures du foir , en preſence
du Curé , de quelques Generaux d'Ordres
& des Penitenciers de Saint Pierre.
Les Cardinaux fe rendirent au Palais
le Mardi , & refterent tous dans l'antichambre
de S. S. afin d'être prêts à recevoir
les ordres ; mais Elle n'en fit appeller
aucun .
Le Pape paffa la nuit & le Mercredi
matin fuivant , affez tranquillement , &
D'AVRI L.
125
dans les fentimens d'une grande pieté ; mais
fur le midi il lui prit un redoublement de
fiévre qui le fit entrer en agonie. A midi
trois quarts il mourut , âgé de 71 ans ,
7 mois , 27 jours , le 19 Mars , jour &
fête de Saint Jofeph , Patron des Agonifans
, en l'honneur duquel Clement XI .
avoit compofé l'Office propre de cê S. Patriarche.
Le même jour 19 Mars , fur les cinq
heures du foir , le Cardinal Albani , en
qualité de Camerlingue , accompagné des
Clercs de Chambre , affifta à la reconnoiffance
qui fe fit du corps du feu Pape par
le Notaire Secretaire de la Chambre ; enfuite
de quoi le fieur , Rafponi , faifant les
fonctions de Maître de Chambre , configna
au Cardinal Albani l'anneau du Pêcheur
pour être par lui remis auxCardinaux affembléz
dans la premiere Congregation qui fe
devoit tenir.Lecture faite du Procès verbal ,
S.Eminence ſe retira, defcendit par l'escalier
Royal , & monta dans fon caroffe , accompagnée
defdits Prélats , & précedée de la
Garde Suiffe , qui l'efcorta jufqu'à fon
Palais.
Cette ceremonie finie , on annonça à toute
la Ville la mort du Saint Pere par le fon
de la cloche du Capitole : Les Prifons furent
ouvertes , & les Prifonniers qui n'étoient
point coupables de grands crimes ,
L iij
126. LE MERCURE
relâchez ; les autres avoient été transferez
la nuit précedente au Château S. Ange .
Le Jeudi 20 , fur les trois heures après
midi , ou environ , on fit l'ouverture du
corps. Le même jour fur le foir on l'expofa
dans la Salle où l'on a coutume de tenir
le Confiftoire au Palais de Montecavallo.
Le corps n'étoit revêtu que d'une Soutanne
& d'un Camail , qui eft l'habit ordinaire
de la Chambre , dit habit Domeftique.
Autour du corps étoient les Penitenciers
de Saint Pierre , récitant des prieres. A huit
heures du foir on mit le corps , tel qu'il
étoit revêtu , fans étole & fans croix ,
dans une littiere , ayant feulement de plus
un chapeau fur la tête , & en cet état on
le porta à la Chapelle du Vatican : Un
des Maîtres de Cérémonies à cheval , avec
deux Chevaux- Legers , deux Tambours
en fourdine , & le Capitaine des Gardes
Suiffes au milieu de fa Garde , précedoir
la marche tous les Domestiques de livrée
du feu Pape accompagnoient la littiere ,
autour de laquelle étoient les Pénitenciers
de Saint Pierre , portant en main une torche
ardente. Immediatement après la littiere
, fuivoient fept canons , ayant la bouche
à rebours , traînés par des chevaux .
Le fieur Del Giudice , Major- Domme ,
dans fon carroffe , la Compagnie des Chevaux-
Legers & celle des Cuirasiers , avec
·
D'AVRIL. 1177
leurs Tambours & Tymballes en fourdine,
fermoient la marche.
Dès
que le corps
du feu Pape
fut dépofé
dans
la Chapelle
du Vatican
, les Peniten-
>
ciers
lui ôterent
les habits
de chambre
,
& le revêtirent
des
habits
Pontificaux
,
ayant
une
mitre
de toille
d'or
en tête , &
aux pieds
les deux
chapeaux
Pontificaux
de velours
rouge
( ce font
les
mêmes
que
portent
deux
Cameriers
fecrets
dans
les
fonctions
publiques
. )
Le corps ainfi revêtu , fut mis fur un
brancard portatif, en forme de lit de parade
, entouré de torches ardentes , & enſuite
placé au milieu de ladite Chapelle ,
les Penitenciers reftant toujours autour du
corps , & récitant des Prieres .
Les Cardinaux affemblez au Vatican
dans la Salle des ornemens , y tenoient
leur premiere Congregation , où l'on commença
par rompre l'Anneau du Pêcheur
& le Sceau de plomb de la Chancellerie.
Dans cette même Congregation , le fieur
Falconieri fut d'une commune voix con.
firmé Gouverneur de Rome : on declara
enfuite le fieur Rufpoli Gouverneur du
Conclave ou du Bourg. On élut auffi pour
Sur-intendans de la conſtruction du Čonclave
, les Cardinaux Barberini , Corfini ,
Altieri & Albani ; enfin l'on chargea le
fieur Lucchesini de faire l'Oraiſon funebre
L iiij
128: LE MERCURE
du feu Pape , & le fieur Mari, du diſcours
pour l'élection d un nouveau Pontife. -
La Congregation finie , les Cardinaux
qui avoient reçû le chapeau du feu Pape
& qu'on appelle pour cela fes Creatures ,
fe rendirent à la Chapelle où étoit tout
le Clergé de Saint Pierre , ayant en main
des torches ardentes : Et après qu'on eut
chanté le Libera , le fieur Ricci Chanoine
de Saint Pierre , revêtu d'une chape , fit
l'Abfoute. Le corps du feu Pape fut enfuite
porté par les Beneficiers de Saint Pierre,
dans cette Bafilique , dont la croix étoit
portée à la tête du Clergé qui marchoit
proceffionellement , & qui précedoit le
corps entouré des Pénitenciers , & fuiyide
la Garde Suiffe , au milieu de laquelle'
les Cardinaux marchoient fuivant leur
rang. Le Brancard fur lequel le corps étoit
porté , fut placé au milieu de l'Eglife ,
environné de torches ardentes , & entouré
d'un rang de bancs pour affeoir les Cardinaux.
Après qu'on eut chanté le Libera,
le fieur Nicolaï , Archevêque de Mira ,
& Vicaire de Saint Pierre , habillé Pontificalement
, fit l'Abfoute.
Le même jour du decès du Pape , le Cardinal
Paracciani Vicaire de Rome , fit publier
une Ordonnance par laquelle il enjoint
, 1 ° , Que le Lundi fuivant , à dix
heures du matin , pendant une demiD'
A VR IL. 129
heure toutes les cloches des Eglifes de
Rome fonnaffent pour mort. 2 ° . Qu'en
chaque Eglife on celebrât à commodité
les obtéques du feu Pape , exhortant tous
les Prêtres à dire une Meffe , & les Fideles
à faire des prieres. 3. De dire à la Meffe
la Collecte Pro Pontifice eligendo , pendant
toute la vacance du Siege .
Le même foir , chez le Cardinal Camerlingue
les Clercs de la Chambre Apoftolique
s'affemblerent , pour pourvoir
aux Charges & Offices qui les concernent
; ce qui fe fait en cette maniere.
A mesure que le Cardinal Camerlingue
tire un nom des Clercs de la Chambre .
le Doyen d'iceux tire le nom de l'un def
dits Offices , afin que par ce moyen ils
foyent diftribuez au fort.
>
Le Vendredy matin 21 les Cardinaux
s'affemblerent dans la fale des ornemens
où l'on fit lecture des Conftitutions de
Jule II , de Pie IV , de Gregoire XV &
& d'Urbain VIII . concernant l'élection
du Pape. Les Cardinaux firent ferment
de les obferver , & fe rendirent enfuite à
S. Pierre , pour accompagner le Corps
du Pape , qui fut porté fur le même
Brancard dans la Chapelle du S. Sacrement
, & placé de maniere , que l'extrêmité
des pieds paffoit au travers de la
grille de fer qui ferme la Chapelle ; ce
130 LE MERCURE
qui fe pratique pour fatisfaire la dévotion
du peuple. Le Corps reſte ainfi exposé
pendant trois jours.
Le même jour 21 , les Cardinaux Tanara
, Sacripante & Pamphili , comme
Chefs des trois Ordres du Sacré College ,
avec le Cardinal Albani en qualité de Camerlingue
, tinrent leur premiere Congregation
particuliere pour le bon ordre
de la Ville , & autres affaires d'Etat ; ce
qu'ils font tous les jours jufqu'à l'entrée
du Conclave.
}
Le Samedi matin 22 , les Cardinaux
fe rendirent à S. Pierre dans leurs Caroffes
avec tout leur Cortege. Il eſt à remarquer
que pendant cet Inter- regne , on
porte devant eux les Maffes renversées ;
qu'ils font feuls dans le fond de leur Caroffe
, fans pouvoir placer à leur gauche
quelque perfonne que ce foit ; qu'ils font
toujours , & chez eux & dehors , en habit
violet , garni de boutons & boutonnieres
rouges , avec la Mofette fur le Rochet.
Les Cardinaux , creatures du feu
Pape , pour marque de plus grand deuil ,
ont le Rochet uni & fans dentelle , & ne
portent à leurs habits que des boutons &
boutonnieres violettes . Ce fut ce jour- là
qu'on celebra le premier Service pour le
Pape défunt. La Meffe fut chantée dans
la Chapelle du Choeur des Chanoines par
D' AVRI L.
rfr
le Cardinal Paulucci grand Penitencier.
Tous les Prélats y affifterent avec les
marques de deuil , qui font la Soutanne'
& la Mantelette noire , le Rocher uni &
fans dentelle ; mais les Auditeurs de Rote
ne laiffent pas de porter fur le Rocher
le Mantellon violet ; les Avocats Confiftoriaux
font auffi dans l'ufage de gar
der leurs Cappes violettes .
A
Pendant les 9 jours que dure la ceremonie
des obféques , l'on voit au milieu
du Choeur de la Chapelle des Chanoines,
où fe chante la Meffe , une reprefentation
entourée de torches ardentes , autour de
laquelle font les Chevaux Legers avec
leurs Cafaques rouges ordinaires ; mais
pour marque de deuil , ils ont encore
un manteau noir , & un cierge allumé
à la men ; les Maffiers y font pareillement
avec des Cafaques violettes , portant
leurs Maffes d'argent renversées.
Après le Libera , le Cardinal celebrant
fait l'Abfoute à l'Autel ; les Cardinaux
occupent les places des Chanoines , leur
Caudataire tenant en main une torche
allumée Les Prélats occupent celles des .
Beneficiers , & tiennent à la main une
torche de deux livres . Toute la cire qu'on
brûle en cette fonction , eft jaune .
Le Dimanche 23 , le Cardinal Corfini,
comme premiere Creature du feu Pape ,
132 MERCURE LE
chanta la Meffe , où l'on obferva les mê.
mes ceremonies. Après la Meffe les Cardinaux
s'affemblerent pour la troiſième
fois , & élurent dans cette troifiéme
Congregation le Pere Allegri de l'Ordre
des Servites , pour Confeffeur du Conclave.
L'Evêque de Sifteron , Miniftre de
France , fut admis à l'Audience de leurs
Eminences , & fit au nom du Roi , & de
S. A. R. Monfeigneur le Regent , le compliment
fuivant.
Difcours prononcé par M. PFvéque de
Sifteron , en prefence du Sacré College ,
le 23 Mars 1721 .
MESSEIGNEURS ,
C'eſt dans les fentimens de la plus vive
douleur que je fuis obligé de déplorer
ici la perte d'un Pape qui m'honoroit de
la confiance ; & l'unique confolation que
je puiffe donner au Roy mon Maitre , &
à S. A. R. Monfeigneur le Regent , c'eſt
de leur apprendre , que vous concertez
déja les moyens de remettre fur le Thrône
de S. Pierre les mêmes vertus que
nous regrettons , & de vous fixer au choix
d'un fuier qui les faffe revivre dans fa
propre perfonne
En attendant qu'il plaife à Dieu d'acD'AVRIL.
133
corder cette grace ſignalée à fon Eglite
je viens en qualité de Miniftre du Roi
très Chretien , pour rappeller à l'efprit
de Vos Eminences , que les fentimens d'eftime
, de refpect & de veneration que
S. M. fait éclater en faveur de ce S.
Siege , font veritablement dignes d'un fils
aîné de l'Eglife ; & pour leur déclarer en
même-tems qu'elle confacrera toute l'autorité
de fa Couronne au foin de proteger
les loix fondamentales de l'Eglife ,
d'affurer le repos du Conclave , & de
garentir la liberté des fuffrages dans une
Election qui doit être l'ouvrage du Saint
Elprit .
Mais il eft à préfumer que la profonde
fageffe de Vos Eminences n'aura befoin
que du fecours de Dieu feul pour
couronner nos voeux. De mon côté , je
leur promets d'y concourir dans un efprit
de paix en tout ce qui dépendra de mon
miniftere ; & je les fupplie de vouloir
bien m'accorder un libre accès , toutes
les fois que je me prefenteray pour en
remplir les devoirs ; de fe reffouvenir pour
lors que mes repreſentations auront été
formées dans toute la majeſté du Trône;
d'y donner par confequent toute leur , attention
, & d'agréer ici les nouvelles affurances
de mon profond reſpect.
Le même jour 23 fur les fix heures
134

LE MERCURE
du foir , les Cardinaux , au nombre de
16 , fe rendirent dans la Sacriftie de faint
Pierte , tous en Rochet , pour affiſter à
la fepulture du corps du feu Pape. Il fut
apporté par les Confreres du S. Sacrement
, de la Chapelle où il avoit été expofé
pendant trois jours , dans celle du
Choeur des Chanoines : Les Clercs & Beneficiers
de S. Pierre marchoient devant
avec la Croix , ayant chacun une torche
ardente en main. Le Corps fut reçû dans
la Chapelle du Cheur par les Chanoines
de S. Pierre , qui avoient pareillement
une torche ardente à la main . Auffi tôt
on avertit les Cardinaux qui vinrent de
file , & felon leur rang dans ladite Chapelle.
Après qu'on eut chanté ces paroles
: In Paradifum deducant te Angeli s
in tuo adventu fufcipiant te Martyres , ¿
perducant te in Civitatem fan&am Jerufa-
Lem , le fieur Nicolaï , Archevêque de
Mira , & Vicaire de S. Pierre , en habits
Pontificaux , benit la caiffe de cédre , fit
les afperfions & encenfemens ; après quoion
chanta ces autres paroles : Ingrediar
in locum tabernaculi admirabilis ufque ad
montem Dei , avec le Pfeaume , Quemadmodum
defiderat cervus.
Cela fait , des Prêtres en furplis prirent
le corps du feu Pape , & le mirent
dans la caiffe de cedre , couvert & vêtu
D'AVRIL. 1135
>
des mêmes ornemens avec lefquels il
avoit été expolé en public pendant trois
jours. Au fond de cette caiffe étoit un
tapis rouge femé de larmes d'or , doublé
de fatin cramoil , & bordé d'une frange
d'or qui débordoit de toute part : enſuite
le Cardinal Albani , comme Neveu du
feu Pape , après lui avoir baifé les pieds
& la main , mit fur le vifage du défunt
un mouchoir blanc de lin , le fieur Del-
Giudice , en qualité de Major Domme ,
lui en mit un autre de lin fur le corps , &
deux de fatin blanc , & aux pieds trois
bourfes de velours cramoifi , brodées d'or,
dans l'une defquelles êtoient vingt Médailles
d'or , dans l'autre vingt Médailles
d'argent ; dans la troifiéme vingt Médailles
de métal ; chacune reprefentant d'un
côté l'empreinte du feu Pape , & de l'autre
, ce qu'il a fait de plus remarquable
pendant chaque année des vingt années
de fon Pontificat : enfin , après qu'on eut
encore mis à fes pieds les deux Chapeaux
Pontificaux de velours rouge , le tout fut
couvert d'un grand drap de foye rouge,
& tout ce qui débordoit du deffus & du
deffous , remis en dedans , enfuite on cloua
la caiffe.
Trois Notaires , celui du Capitole , celui
du Palais Apoftolique & celui de la
Chambre , prefens à cette fonction , dref
2136
LE
MERCURE
ferent le procès verbal en prefence des
Cardinaux , qui confignerent le corps aux
Chanoines de S. Pierre , pour être mis au
même endroit où repofoit celui d'Alexandre
VIII , & à la charge de le repreſenter
, quand ils en feroient requis . Cette
caiffe de cédre fut mife dans une autre de
plomb , fur laquelle eft gravée l'Infcription
fuivante.
D. O. M.
Clemens Undecimus
Pontifex Maximus
antea
Joannes Francifcus Albanus
Vrbinas
obiit die XIX. Martii
Feria quarta
anno Domini M D CC XXI.
Vixit annos LXXI . Menfes VII.
dies XXVII.
Sedit in Pontificatu
annos XX.
Menfes III . dies XXVI .
Lundi 24 , le Cardinal
Acquaviva
celebra
la Meffe
avec
les Ceremonies
ordinaires
, après
laquelle
les Cardinaux
s'étant
affemblez
, ils élurent
pour
Medecins
du Conclave
les fieurs
Pauli
& Nuccarini
,
&
D'AVRIL.
137
& pour Chirurgien le fieur Mafini.
Le Cardinal Paracciani , Vicaire de Rome
, ordonna dés le 22 des prieres de
quarante heures dans plufieurs Eglifes de
Rome , pour implorer l'affiftance du faint
Efprit en l'élection d'un nouveau Pape.
Le même jour 22 le fieur Rufpoli Legat,
député du Sacré College , fit publier un
Ban , portant défenfe , fous de trés groffes
peines , de jouer à aucun jeu , foit en
public , foit en particulier.
Autre Ban du même Prélat & de même
datte pour le Gouvernement du Bourg,
faifant défenfes à toutes perfonnes de
s'affembler , de porter des armes & de fe
quereller , & aux Marchands d'alterer le
prix & le poids des chofes comestibles .
Le 24 les Cardinaux Chefs d'Ordres
firent publier un Ban aux fins d'empêcher
que pendant le Siege vacant , on ne
fit aucune grace , & qu'on n'accommodât
aucunes affaires & autres chofes femblables
, enjoignant aux Medecins & Chirurgiens
, & autres gens panfant les blefſez
, d'en donner fur le champ avis au Gouverneur
de Rome.
Le même jour 24 le fieur Falconieri
Gouverneur & Vice Camerlingue de Rome
, fit publier & afficher un Bin contre
tous médifans , foit par difcours ou par
écrit , fous peine de galere ; même peine
M
138
LE
MERCURE
contre les joueurs ; & à l'égard des fem
mes débauchées , il leur défend d'aller en
caroffe dans la Ville & hors la Ville , fi:
ce n'eſt par delà deux milles , foit de jour
ou de nuit , fous peine de galere pour
ceux qui les conduiront , & pour elles ,
fous peine du foüet & du banniffement.
+ Autre Ban du même jour dudit fieur
Gouverneur , portant défenfes à toutes
perfonnes , de quelque état & condition
qu'elles puiffent être , qui fe trouveront
à Rome , & dans les Fauxbourgs à la diftance
de sooo , fans exercice actuel de
fervice ou de métier , ou de toute autre
profeffion à gagner fa vie , de refter dans
ladite Ville ou aux environs , leur enjoi- ›
gnant d'en fortit dans deux jours , fous.
peine de cinq ans de galeres , & pour
ceux qui prouveront n'avoir point vingt
ans , fous peine du foüet & du banniffement.
- Autre Ban du même Prélat & de mê..
me datte , faifant défenfes de porter des
armes à feu , & revoquant toutes permiffions
données à cet effet par le Cardinal
Camerlingue , par les Confervateurs de
Rome , par lui -même Gouverneur & autres
; défendant en outre aux Curez &
autres Religieux de donner fepulture à
ceux qui auront été tuez ou trouvez morts,
fans en donner préalablement avis au Gou
D'A VRIL.
verneur ; mêmes ordres aux Medecins
Chirurgiens , & autres Officiers des Hôpitaux
pour tous les bleffez .
Les Cardinaux Acquaviva chargé des
affaires d'Espagne , Gualteri , de celles du
Prétendant , Conti Protecteur de Portugal
, à Albani Protecteur de Pologne , fi
rent à differens jours leurs complimens de
condoleance au Sacré College affemblé
dans la Sacriftic de S. Pierre pendant le
tems des obféques.
Le Mardi 25 le Cardinal Paracciani
auffi creature du feu Pape , celebra la
Meffe avec les Ceremonies accoutumées :
aprés laquelle les Cardinaux tinrent Congregation
( c'étoit la cinquiéme depuis
la mort du Pape ) on y nomma un Apotiquaire
pour le Conclave , avec deux Barbiers
& deux Garçons pour les aider.
Le Mercredi 26 , la Meffe fut chantée par
le Cardinal Fabroni . Le Cardinal Buſſi Evêque
d'Ancone , qui étoit arrivé à Rome le
jour precedent , y affifta avec les autres
Cardinaux ; & dans la fixiéme Congregation
qui ſe tint enfuite , le fieur de Mellode-
Caftro , Ambaffadeur du Roy de Portugal
, complimenta en Italien le facré Col
lege. Dans la même Congregation on fe
pourvut de troifiémes Conclaviftes pour le
fervice des Cardinaux qui fe trouveroient!
indifpofez ou trés-avancez en âge. On don
Mij
140 LE MERCURE
na en même tems commiffion aux Cardinaux
Paulucci & Imperiali , de faire choix
de 24 hommes de fervice pour les gros
ouvrages du Conclave. Dans la même Con-"
gregation, le Cardinal Olivieri dernier Diacre,
tira au fort les Cellules du Conclave, qui
font toutes marquées par chifres , depuis 1
jufqu'à 68 , nombre des Cardinaux vivans ,
dont voici la Lifte. Le chiffre qui eſt à côté
marque la Cellule que chaque Cardinal doit
occi per.
LISTE DES CARDIN AUX
Qui vivent au commencement de l'année
1721. avec lear Titre , & le tems
de lear Creation.
1672 , 22 Fev. Vincent-Marie Urfini
de Gravina , Jacobin , Napolitain , Sous-
Doyen du Sacré College , Cellule 2
1675 , 27 May. Nicolas Marefcotti , Romain
, premier Prêtre , 57
1681 , 1 Septembre. Benoît Pamfili, Romain
, premier Diacre. 19
1689 , 7 Nov. Pierre Ottoboni , Venitien
, Cardinal Diacre du Tire de S. I aurent
in Damafo ; il fut nommé à l'Abbaye
de S. Paul de Verdun en Fevrier 1716. 65
1690, 13 Fev. François Giudice , Napolitain
, ci- devant Cardinal Evêque de Pa
lestrine , opta le 3 Mars 1721 , le Titre de
D'AVRIL. 141
Frafcati, abandonné par le Cardinal Tanara,
Doyen. $ 3
-Jofeph- René Imperiali , Genois ,
Cardinal Diacre du Titre de Saint George
in velabro. 28
12 Nov. François Barberini , Romain
, ci - devant Cardinal Prêtre du Titre
de Sainte Praxede , eut le 3 Mars 1711 , le
Titre de Paleftrine fur la demiffion du Cardinal
Del - Giudice . 49
1690 , 12 Nov. Launai Altieri , Romain
, Cardinal Diacre du Titre de Sainte
Agate. 64
1695 , 12 Dec. Sebaftien- Antoine Tanara
, Bolonois , ci - devant Cardinal Evêque
de Frascati , élû Doyen le 28 Fev . 1721 ;
à prefent Evêque d'Oftie , auquel celui de
Voletri eft uni , comme Doyen . 63
Jacques Boncompagni , Bolonois
, Cardinal Prefire du Titre de Sainte
Marie in via. 33
Jofeph Sacripanti deNarni dans
les Etats du Pape , ci - devant Cardinal Prêtre
du Titre de Sainte - Marie Tranfpontine ; le
8 Mars 1721 , il a pris le Titre de Sainte
Praxede fur la demiffion du Cardinal Barberini
. 34
1697 , 22 Juillet . Jacques Cornaro
Venitien , Evêque de Padoue , Cardinal
Prêtre du Titre des douze Apoftres . 43
Fabricio Paulucci , de Forli dans
142 LE MERCURE
les Etats du Pape , Evêque d'Albano. 48
1698 , 19 Decembre. Louis- Antoine de
Noailles , François , Cardinal Prêtre du
Titre de Sainte Marie de la Minerve , Archevêque
de Paris. 18
1703 , 17 Dec. François Pignatelli , Napolitain
, Evêque de Sabine , & Archevêque
de Naples. 1
1706 , 17 May. Corfini, Florentin , Car.
dinal Prêtre du Titre de Saint Pierre aux
liens. 37
Fiefchi , Genois , Cardinal Prê
tre du Titre de Sainte Marie de la Paix. 27
Acquaviva , Napolitain , Car
dinal Prêtre du Tit e de Sainte Cecile..
1706 , 17 May. Ruffo , Napolitain , Cardinal
Prêtre du Titre de Sainte Marie in
Traſtevere. 60
Spada , Luquois , Cardinal Prêtre
du titre de Saint Onufre . 54
Gualtieri , d'Orviete dans les
Etats du Pape , Cardinal Prê :re du titre
de Saint- Crifogone ; il a l'Abbaye de Saint
Victor de Paris par la nomination aux
Benefices du mois de Fevrier 1716. 40
Chriftian Saffonia , Prince Alleman
, Cardinal Prêtre , premier des Cardinaux
de l'Empire , & premier Commiffaire
à Ratisbonne . jo
Paracciani , Romain , Cardinal
Prêtre du titre de Sainte Anaftafie. 23
E
D'AVRIL. 143
Fabroni de Piftoie en Tofcane
Cardinal Prêtre du titre de S. Auguftin . 29
Colonna , Romain , Cardinal Prêtre
du titre de ....
3
Priuli , Venitien , Cardinal Pretre
du titre de S. Marc . 44
Vallemani , de Fabriano dans les
Etats du Pape , Cardinal Prêtre du litrė
de Sainte Marie des Anges. 21
1707 , 7 Juin. Conti , Romain , Сар
dial Prêtre du titre de S. Quirico de fainte
Julite. 26
1709 , 15 Avril. Gozzadini , Bolonois ,
Cardinal Prêtre du titre de Sainte Croix en
Jerufalem. 4
1711 , 23 Octobre . Albani , d'Urbain ,
né en 1687. Cardinal Diacre du titre de
Sainte Marie in Cofmedin ; Camerlingue
de la Sainte Eglife , & Préfet de la Fabrique
de S. Pierre. 61
1712 , 18 May. Davia , Bolonois , Cardinal
Preftre du titre de S. Calixte. 8
Cufani , Milanois , Cardinal Prefre
du titre de Sainte Marie del Popolo ,
Evêque de Pavie ; il a cedé cet Evêché en
Mars 1721 , au Pere Pertufati , Abbé Regulier
d'un Monaftere de Benedictins de la
Congregation du Mont Olivet. 66
Piazza , de Forli dans les Etats du
Pape , Cardinal Preftre du titre de faint
Laurent inpane & perna. 14
144 LE MERCURE
Zondadari , Siennois , Cardinal
Preftre du titre de fainte Balbine . 56
De Rohan , François , Cardinal
Preftre , Evêque de Strasbourg , & Prince
de l'Empire . 59
D'Acunha , Portugais, Cardinal. 7
De Scrotembac , Alleman , Cardiwal
Preftre du titre de faint Marcel , Vicerai
de Naples. 12
Tolomei , de Piſtoie en Toſcane
Cardinal Prefte du titre de ſant Eftienne
le Rond. 47
Pico , de la Mirandolle , Cardinal
Prêtre du titre de S. Silveftre in capite. 67
1712 , 18 May . Buffi , de Viterbe dans
les Etats du Pape , Cardinal Preftre , du
titre de fainte Marie d'Araceli . 62
Corradini , de Sezza dans les
Etats du Pape , Cardinal Preftre du titre
de faint Jean Porte - Latine . 32
Origho , Romain , Cardinal
Diacre du titre de faint Eustache . 46
De Polignac , François , Cardinal
Diacre. Si
1713,30 Janv. Odeſchalcho , Milanois,
Cardinal Preftre du titre de faint Merée
faint Achilée. 22
1715 , 6 May. De Schonborn , Alleman,
Cardinal Diacre , Archevêque de Colocza
en Hongrie. 41
Olivieri , de Pefaro dans les Etats
du
D'AVRIL.
145
du Pape , Cardinal Diacre du titre de faint
Vit & faint Modefte. 11
Innico
Carraccioli ,
Napolitain ,
Cardinal Preftre du titre de faint Thomas .
in
Parione . $ 5
Scotti , Milanois , Cardinal
Preftre du titre de faint Pierre in Montorio
; il étoit Vicegerent. 24
Marini , Genois , Cardinal Diacre
du titre de fainte Marie in Aquiro ; il
étoit Maiftre de la Chambre de Sa Sainteté.
45
1715 , 29 May. De Biffi , François ,
Cardinal Preftre , Evêque de Meaux , &
Abbé de Saint Germain des Prez. 1-3 .
1715 , 16 Dec. Nicolo Carracioli , Napolitain
, Cardinal Preftre du titre de faint
Martin du Mont ; il eft Evêque d'Averfa
. 58.
Patrizi , Şiennois , Cardinal Preftre
du titre des SS. Quatre ; il étoit Tréforier
de la Chambre Apoftolique . 31
Nicolo Spinola , Genois , Cardinal
Preftre du titre de faint Sixte. 10
"
1717 , 15 Mars. Boromeo , Milanois ,
Cardinal Preftre du titre de S. Alexis . 35
Czaki , Hongrois , Cardinal Prefre.
so
Alberoni , de Plaifance , Cardi-.
nal Diacre , nominé à l'Archevêché de Seville
, mais il n'en a point obtenù les Bul
les.
36
N
246 MERCURE LE
1719, 29 Nov. De Potier, François , Car
dinal Preftre , Archevêque de Bourges. 16
De Mailli , François , Cardinal
Preftre , Archevêque de Reims. 25
Giorgio Spinola , Génois , Cardinal
Preftre du titre de Sainte Agnès hors
les murs. 68
Bentivoglio , Ferrarois , Cardinal
Preftre dutitre de faint Jerome des Efclavens
, 38
D'Alfazia , Flaman , Cardinal
Preftre , Archevêque de Malines. 52
1719, 19 Nov. De Belluga , Efpagnol ,
Cardinal Prêtre. 20
De Pereira , Portugais , Cardis
mal Prestre. 39
D'Althan , Alleman , Cardinal
Preftre du titre de fainte Sabine ; il eſt
Grand- Croix de Malthe. 6
Salerno , de Coſenza au Royaume
de Naples , Cardinal Preftre du titre
de fainte Prifque. 30
Barbarigo , Venitien , Cardinal
Prestre du titre de faint Pierre & de faint
Marcellin; il eft auffi Evêque de Bréfcia. 17
De Borgia , Efpagnol , Cardinal
Preftre. 9
De Cinfuegos , Efpagnol , Cardinal
Preftre ; il eft Evêque de Catane en
Sicile . 15
D'AVRI L.
Le foin de conftruire les Cellules , a été
147
confié aux fieurs Barigioni & Specchi Architectes
Le Jeudi 27 , la Meffe fut chantée
le Cardinal Priuli.
par
Le Vendredi 28. le Cardinal Zondadari
officia . La Meffe finie , les Maiftres
des
Ceremonies
conduifirent à l'Autel les
Cardinaux Tanara , Del Giudice , Paulucci
& Barberini , tous quatre de l'Ordre des
Evêques : & étant revétus de chappes de
brocard violettes , avec la Mitre de damas
blanc ,
enfemble avec le
Celebrant , precedez
de la Croix ,
fortirent de la Chapelle
du Choeur , pour fe rendre au
Catafalque
dreffé au milieu de l'Eglife de S. Pierre , &
vis - à - vis la Chapelle du faint Sacrement.
Pendant que le Celebrant faifoit
les cinq Abloutes , ces quatre
Cardinaux
étoient affis aux quatre coins du Catafal
que ,
conformément au Pontifical Romain .
Ce
Catafalque étoit de figure octogone
avec quatre gradins. Aux quatre coins
étoient quatre pieds d'eftaux ornez de figures
, avec les éloges & les Armes du feu
Pape. Les Inferiptions latines font des fieurs
Bontanini , Camerier
d'honneur, & Bortoni
, Chapellain fecret . Au milieu du Catafalque
étoit une Urne quarrée , dont le
couvercle fervoit de pied à une
Piramide
qui s'élevoir , & qui
terminoit cette pom-
Nij
948 LE MERCURE
pe
funebre. Deux Renommées foutenoient
le Portrait de Clement XI. d'où pendoit
une banderolle de brocard d'or avec fes
Armes & fon nom.
Onfera exac à donner les fuites,
EPISTRE A MONSIEUR ***
Par Monfieur de V ***
Almable Abbé, dans Paris autrefois
La volupté daigna fuivre tes loix ,
Les Ris badins , les Graces enjoüées ,
A te fervir dès long -temps dévouées
Te prodiguoient leurs faveurs liberales ,
Et de leurs mains marquoient dans leurs annales
En lettres d'or mots & Contes joyeux ;
De ton efprit enfans capricieux .
doux plaifirs , amis de l'innocence !
Pla firs goûtez au sein de l'indolence ,
Et cependant des Devots inconnus ;
O ! jours heureux qu'êtes vous devenus !
Helas! j'ay vi les Graces éplorées ,
Le fein meurtri , pâles , deſeſperées.
Fay vû les Ris tristes & confternez ,
Fetter les fleurs dont ils étoient ornez:
Les yeux en pleurs , foupirant leurs peines
Els fuivoient tous le chemin de Vincennes i
D'AVRIL. 149
Et regardant ce Château malheureux ,
Aux beaux efprits , helas ! fi dangereux
Redemandoient aux deftins en colere ,
Deffunt Abbé qui leur fervoit de pere.
N'imite point leur fombre defefpoir ;
Et puisqu'enfin tu ne peux plus revoir
Le Prince aimable , à qui tu plais , qui t'aime
"Ofe aujourd'huy te fuffire à toy-même :
Ón ne vit point au donjon comme ici ,
Le deftin change , il faut changer auffi :
Au fel attique , au riant badinage ,
Il faut mêler la force & le courage 3
A fon état mefurant fes defirs ,
Selon les tems fe faire des plaiſirs ,
Et fuivre enfin conduit par la nature
Tantôt Socrate , & tantôt Epicure,
Tel dant Jon art un Pilote aſſuré ;
Maître des fois d'nt il eft entouré,
Sous un ciel pur où brille les étoiles ,
Au venit propice abandonne fes voiles :
Mais quand la mer a foulevé fes flots ,
Dans la tempête il trouvé le repos .
D'une anchre füre il fend la molle arene ,
Trompe des vents l'impetueuse haleine ,
Et du Trident bravant les rudes coups ,
Tranquille & fier rit des Dieux en courroux
Fu peux , Abbé, du fort jadis propice ,
Par ta vertu corriger l'injuftice :
Tu peux changer ce donjon detefté ,
N- iij
Ijo
LE MERCURE
En un Palais par Minerve habité.
Le froid ennui , la fombre inquietude ,
Monftres affreux nez dans la folitude ,
De ta prifon vont bientôt s'exiler.
Vois dans tes bras de toutes parts voler
L'oubly des maux , le fommeil defirable ,
L'indifference au coeur inalterable ,
Qui dédaignant les outrages du fort,
Voit d'un même oeil & la vie & la mort .
La paix tranquille & la conftance altiere,
Au front d'airain , à la démarche fiere ,
A qui jamais ni les Rois ni les Dieux ,
La foure en main , n'ont fait baisfer les yeux.
Divinité des fages adorée ,
Que chez les Grands vous êtes ignorée !
Le fol amour , l'orgueil présomptueux ,
Des vains plaifirs l'eſſain tumultueux
Troupe volage à l'erreur confacrée ,
>
De leurs Palais vous deffendent l'entrée.
Mais la retraite a pour vous des appas ,
Dans nos malheurs vous nous tendez les bras.
Des paffions la troupe confonduë ,
A votre afpect diffa oit éperduës
Par vous heureux au milieu des revers ,
Le Philofophe eft libre dans les fers ..
Ainfi Fouquet , dont Thémis fut le guide ,
Du vray merite apuy ferme & folide ,
Tant regretté , tant pleuré des neuf Soeurs ,
Le grand Fouquet au comble des malheurs ,
D'A VRI L. 251
Frappé des coups d'une main rigoureufe ,
Fut plus content dans fa demeure affreuse ,
Accompagné de fa feule vertu ,
Que quand jadis de ſplendeur revêm
D'adulateurs une Cour importune
Venoit en foale adorer fa fortune.
Suis donc , Abbé , ce Heros malheureux.
Mais ne vas point triftement vertueux ,
Sous le beau nom de ta Philofophie ,
Sacrifier à la melancolie ,
Et par chagrin plus que par fermeté
T'abandonner à la calamité.
Ne paſſons point les bornes xaifonwables ,
Dans tes beauxjours , quand les Dieux favorables
Prenoient plaisir à combler tes foubaits ,
Nous t'avons vû meritant leurs bienfaits,
Voluptueux avec delicateſſe ,
Dans les plaifirs refpecter la fageffe :
Par le deftin aujourd'huy maltraité
Dans ta fageffe aime la volupté.
D'un efprit fain, d'un coeur toujos tranquille ,
Attends qu'un jour de ten noir domicile
On te rappelle au fejour bienheureux ,
Que les plaifirs, les Grates , & les Jeux ,
Quand dans Paris ils te verront paroître ,
Puiffent fans peine encor te reconnoitre.
Sois tel alors que tu fus autrefois ,
Et cependant que Silly quelquefois
Dans ton Château vienne par fa prefence ,
Niiij
2352
LE MERCURE
-
ނ
Contre le fort ermir ta confiance.
Rien n'eft plus doux après la liberté-
Qu'un tel ami dans la captivité.
1l eft connu chez le Dieu du Permeffe ,
Grand fans fierté , fimple & doux fans baſſeffe
Peu Courtisan , partant homme de foy ,
Et digne enfia d'un Oncle tel que toy.
ERato
Eloge de Cocotte..
Rato petite Marmotte ,
Sors au plus vite de ta grotte ,
Vien t'en me fervir de Pilotte ,
Amafle force rime en otte ,
Et fur ce ton qu'on me rabote
Des vers pour l'aimable Cocotte..
L'Amour qui contre nous complotte »
Dans fes beaux yeux fe dorlotte ,
Et de- là nous pouſſe la botte ,
Le Guerrier y devient paignotte ,
Et devant fes appas tremblotte :
Nos coeurs en font à la compotte
Elle les tourne les ballotte ,
Comme on feroit une pelotte ,
D'un feul regard les escamotte ,
Elle les lie & les garotte ,
/ Et quand un pauvre Amant fanglotte,
D' AVRIL 353
4
-
Elle s'en rit s'en fagotte ,
Dit qu'il lui faut une marotte 5
D'Amants on lui voit une flotte,
Et depuis l'âge où l'on fabotte ,
Jufqu'à celui de la calotte ,
>
Tout vient rendre hommage à Cocotte.
Près d'elle le bon fens radotte
Contre l'ennui c'est l'antidote ,
Quel plaifir quand elle jabotte !
Qu'elle raconte Dom Quixotte ,
Qu'elle dispute , qu'elle ergotte
Comme un Difciple d'Ariftote ,
Qu'elle nous danse la gavotte ,
Sur un clavier qu'elle tricotte
Ou qu'elle chante fur la notte ,
Le Roffignol ni la Linotte:
Chantent moins jufte que Cocotte.
Mais voyés la plaisante hotte
Qu'a pardevant cette belotte
C'est là- dedans qu'elle emmaillotte
Deux Poires non de bergamotte 3.
Que d'attraits quand elle riotte ,
Trop heureufe la Gelinotte
Que la belle blanche quenotte
Dans un repas croque & grignottez:
Mais fur tout fa belle menette
Certaines beautés nous denotte
Ah! tout beau done , petite fotte
154 LE MERCURE
Garre qu'elle ne vous tapotte , ·
Que fa belle main ne vous froste
Soyés fage auprès de Cocotte.
Qu'elle life ou qu'elle tricotte
Jamais la belle ne s'accotte ,
Quand par le chemin elle trotte
Proprement de peur de la crotte,
Elle tient à deux mains fa cotte s
Quoiqu'elle ait plus d'une Favotte
Qui la nettoye la décrotteX
Tous les foirs la main de Marotte
Met fon chignon en papillotte :
Elle n'eft point du tout bigotte ,
Tracaffiere ni cagoite ,
Et n'attend point la Pentecote
Afin de paroître devote .
C'en eft affés , car je grelotte,
Et je m'y pers & jeragotte ;
Je rentre au plus vite en ma grotte
Il faut n'être point tant manchotte
Pour faire un portrait de Cocot: e.
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé , étoit la Bongie ; & celui de la feconde
, l'ombre du Cadran.
D'A V RIL.
155
ENIGM E.
N'En déplaiſe à qui dit que cela ne peut être ,
Je donne ce queje n'aypas ;
Quand le Deftin m'afait un Maître,
Je quitte rarement fes pas.
L'on me recherche aux Champs encor plus qu'à la
Ville ,
Aux uns très -neceffaire , aux autres inutile ,
Selon le Maitre que je fers
Mes ajustemens font divers.
L'un m'accorde toujours quelque faveur nouvelle ,
L'autre moins attentif n'est pas fi genereux ;
N'importe , je les fers également tous deux ,
Jusqu'à fouvent épouser leur querelle.
Qui mieux que moy fit jamais fan devoir?
Pour finir , j'ai des yeux , & je ne sçaurois voir.
AUTRE.
F.Ay part à ces exploits qui ravagent la Terre ,
Comme aux amuſemens , images de la Guerre.
Par fois , & même affés fouvent ,
Le Solitaire , le Sçavant
Me veulent auprès d'eux , m'approchent de leur couche
;
Mais qu'on ne craigne rien four moy ,
I56
LE MERCURE
1
Seule avec eux la nuit , j'y fuis comme une
Et n'en ay ༣ pas le moindre effroy.
Souch
Aleur empreſſement je ſçay ne pas répondre ,
Ils onttous beau me tourmenter ,
Je trompe leurs defirs jufqu'à les dépiter
Plusje les vois après moy fe morfondre.
L'avare dans fon coffrefort
Ne ferre pas fi bien écus , fols & piftole ,
Que je cache , deffens le bien que l'on me vole-3
Mais à la fin je cede à leur effort.
Ce qu'on m'enleve eft un bienfecourable ;
Quoique communil est pourtani fi precienx ,
Que fi l'on veut croire la Fable ,
La Terre le ravit aux Cieux.
CHANSON.
L'Air eft de M. Mourette .
CEfut dans un repas où le Dieu de la Treille
Répandoit à grands flots fa charmante liqueur
Que Lucas enyoré jura fur fa bouteille
De brûler pour Iris d'une immortelle ardeur ;
Mais malgrédes attraits fi dignes de lui plaire ,
Il en perdit bien-tôt le fouvenir :
Un Buveurfut toujours diſpenſé de tenir
Lesfermens amoureux que Bachus luifitfaire.
"
repandoit
.
enivré ju .
d'une
immor.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
5 .
q
G.
L
идел
Jo
D'AVRIL.
157
MONUMENT DECOUVERT.
UN
Ne Lettre de Nancy du 12 de ce mois,
porte que l'on a trouvé depuis peu
à une lieue au deffus la Ville de Pont à
Mouffon en Lorraine , un monument d'antiquité
qui paroît digne de quelque confideration.
On voit ce monument dans une
carriere abondante , & où l'on trouve des
pierres fort belles à bâtir. Il est compofé
d'une feule pierre que l'on croit avoir ſervi
" un Autel à facrifice dans un Camp ou
uelques Legions Romaines étoient ailemées.
Sur l'une des faces de cette pierre , qui
tornée haut & bas de quelques moulures
ornemens de Sculpture ruftique , on y
l'infcription fuivante en lettres Romaifort
lifibles :
I. O. M. ET. HERCVLI.
SAXA- SACRV M
2. TALPIDIVS CLEMENS.
G. VIII. AVG. CVM. MIL.
LEG. EIVS . V. S. L. L. M.
a ne croit pas fe tromper en l'interpretant
ainfi
Jovi Optimo , Maximo , &
Herculi , faxa - facrum
158 LE
MERCURE
Publius Talpidius Clemens
Legionis octave Auguſti
Cum militibus legionis ejus
Votum folvic libenter meritò
Sur une autre face l'on voit fculptée la
maffuë d'Hercule , qui eft attachée à deux
anneaux auffi fculptez en pierre. Sur les
deux autres faces il n'y a rien du tour. Sur
la furface du deffus de ce monument , où il
y a une concavité de figure ronde ; les uns
croyent qu'on a voulu figurer une coupe
dettinée aux libations des anciens facrifices;
les autres eftiment que ce n'étoit que le
foyer où l'on allumoit le feu du facrifice.
BENEFICES DONNEZ.
U 22 Mars , la Coadjutorerie de
l'Abbaye de Saint Pierre des Chafes ,
Ordre de Cluny , Dioceſe de Saint Flour ,
a été donnée à Madame Elifabeth Henriette
de Beauvergier- Montgon , Religieufe de
ladite Abbaye.
Du 23 Mars , le Prieuré Commandataire
de Bonvaux , Dioceſe de Langres ,
a été donné , fur la démillion de M. Zau
charie Efpiard de Vernot , à M. François
Bernard Elpiard de Vernot , Clerc Tonfuré.
DAVRIL.
159
Du méme jour le Doyenné de l'Eglife
Royale & Collegiale de Saint Furry de
Peronne , qui a vacqué par le decès de M.
Veſtier , à M. Porcelet de Maulny , Docteur
de Sorbonne.
Du même jour le Prieuré Commandataire
du Château- l'Hermitage , Dioceſe du
Mans , qui a vaqué par le decès de M.
l'Abbé de Bouflers , à M. l'Abbé de Crecy.
Du 19 Avril , le Prieuré fimple & Commandataire
de Saint Denis Leftrée , Ordre
de Saint Benoit , a été donné fur la démiffion
de M. l'Abbé de Meſmes , à M.
le Bailly de Meſmes.
Le même jour le Roy a nommé à l'Ab.
baye de Chateaux , Ordre de S. Benoît ,
dans la Ville de Lyon , vacante par la
mort de Madame de Roltaing , Dame
Marguerite de Silvecane , dite de Saint
Conftans , Prieure de ce Monaftere. Elle
eft fille de feu M. Conftans de Silvecane
Confeiller du Roy en fes Confeils , Prefident
en la Cour des Monnoyes , Com-`
miffaire General en icelle au Département
de Lyon & autres Provinces , aneien Prevôt
des Marchands de la Ville de Lyon.
Elle avoit un frere M. Conftans de Si vecane
, auffi Prefident en la Cour des Monnoyes
de Paris , mort en 1719 à la Martinique
, où il étoit Intendant.
Du même jour le Prieuré Regulier &
760
LE MERCURE
Conventuel du Val- Croiffant , de l'Ordre
du Val des Choux , Dioceſe d'Autun ,
qui a vaqué par la mort de Dom de Bretagne
, a été donné à M. Henry Beaudet
de Beaumont , Clerc Tonfuré , à la charge
d'une penſion de livres
1500
pour M. de
la Chauffe , Chevalier de Saint Lazare.
Madame Victoire de Beringhen , fille de
M. le Premier , Religieufe en l'Abbaye de
Fare- Montier , a été nommée à la Coadjutorerie
de cette Abbaye , pour fucceder
à Madame de Beringhen fa Tante.
AAAAAAAAAAA
CHAPITRE
Tenu chés les RR. PP. Carmes-
Billettes .
E 31 Mars Monfeigneur le Duc de
Chartres, Premier Prince du Sang ,
Grand Maître des Ordres Royaux Militaires
& Hofpitaliers de Notre - Dame du
Mont- Carmel & de Saint Lazare de Jerufalem
, vint recevoir l'obédience des
Chevaliers , & tenir Chapitre chez les
Reverends Peres Carmes Billettes .
Le Prince revêtu de l'habit de ceremo-*
nie de l'Ordre , qui eft de Damas noir ,
avec une grande Croix brodée d'or fur
le
D' AVRIL. 161
le jufte au-corps & le manteau aux émaux
de l'Ordre , & ayant le grand cordon de
foye rannée amarenthe pendant au col ,
arriva au fon.des Tambours & des Trompettes
à la porte du Cloître : les Chevaliers
qui l'y attendoient , le conduifirent dans
la grand' Salle du Chapitre , où il fut complimenté
par Monfieur Bofe Chancelier
de l'Ordre , Secretaire de la Chambre &
du Cabinet du Roy , & Procureur General
de la Cour des Aydes , dans la ma
niere qui füit.
MONSEIGNEUR ,
Diſpenſez- nous dans un jour de gloire &
de triomphe pour l'Ordre , de recourir
aux termes de l'Art pour vous exprimer
notte joye , & vous marquer combien
nous reffentons notre bonheur ."
"
L'Eloquence doit ceder aujourd'huy à
l'empreffement que nous avons de joiiir
d'un bien fr ardemment defiré . Venez--
done , MONSEIGNEUR , recevoir les fermens
d'obéiffance & de fidelité que vonsdoivent
tant de Chevaliers dont vous avezo
déjà les coeurs.-
Quelle fatisfaction n'aurai - je pas' , -
MONSEIGNEUR , fi étant le dépofitaire de
leurs fentimens, je puis vous faire connoître
les miens particuliers pour votre Augutes
Perfonne ?
162 LE MERCURE
De là les Chevaliers marchant en ordre
fe rendirent à l'Eglife , où Monfieur le
Due de Chartres but reçû & complimenté
le Prieur de la Maon , à la tête de
La Communauté , en ces termes :
par
MONSEIGNEUR ,
Voici le plus beau jour qu'ayent jamais
vû les Ordres de Notre -Dame du Mont-
Carmel & de Saint Lazare je paffe leur
grandeur , je publie leurs avantages ; ils
ont l'honneur d'avoir pour Grand Maître
le Premier Prince du Sang ; bonheur accompli
, gloire confomniće.
Heureux fruit du difcernement & de la
justice d'un Prince dépofitaire naturel de
l'autorité Royale ; Prince que la valeur
anime , que la fageffe éclaire , que la prudence
regle , que la magnificence accompagne
, & qui a plus voulu donner à ces
deux Ordres un gage de bonté , qu'à votre
Alteffe une marque de diftinction. Privilegié
par la naiffance , plus encore par le
merite ; élevé fans effort , folide fans orgueil
, populaire fans dégradation ; grave
avec douceur , infinuant avec majefté , fous
quelle face éclatante , dans quel appareil
de gloire paroifiez- vous à la tête de ces
deux Ordres illuftres ? Vous faites les délices
de la Cour qui vous aime , comment
D'AVRIL. 153
me feriez vous pas la felicité de ces Nobles
Chevaliers qui vous obéiffent ? Votre
Grandeur relevera leur Nobleffe ; votre
pieté animera leur Religion ; votre genes
rofité excitera leur reconnoiffance. Mille
traits intereffants que l'on faifit dans votre
Alteffe , & dont on eft mutuellement ſaiſi §
cet heureux affortiffeinent de qualitez ref
pectables & brillantes qui vous rendent
également aimable , fans qu'on fçache la
quelle admirer de plus ; cette delicateſſe
d'honneur dont vous puifez les vives impreilions
dans votre fang ; ce fond intariffable
de bonté qui fert de relief à la
grandeur , & qui fait votre caractere de
diftinction ; cette vivacité d'efprit qui s'unit
en vous à la droiture du coeur , tout annonce
dans votre Alteffe l'honneur & la
profperité , tout préfage une moiffon precicule
de felicité & de gloire ; gloire ,
felicité , MONSEIGNEUR , qui rejailliffent
jufques fur nous , & qui forment le plus
profond refpect dans nos efprits , le plus
folide attachement dans nos coeurs : Nous
nous flattons dans ce jour de l'honneur de
votre protection , & affurons très conftamment
votre Alteffe de la continuation de
nos prieres.
Enfuite le Prince fe plaça fur un prie-
Dieu qui lui avoit été preparé au milieu
O ij
1642 LE MERCURE
de l'Eglife , ayant à fes côtez les grands
Officiers & les Chevaliers de l'Ordre
L'Office commença par le Veni Creator 5.
à l'Evangile les Chevaliers, comme défenfeurs
de la Religion , & fuivant leur ufage
ordinaire , tinrent en main . leurs épées.
nuës : après l'Evangile le Prince affis dans
un fauteuil proche l'Autel , reçut Pobédience
& la foumiffion des Chevaliers
qui fe mettant à genoux , lui baiferent la.
main ; Monfieur le Grand- Maître & tous
les Chevaliers allerent à l'Offrande : La
grande Meffe finie , Monfieur le Grand- Maître
retourna fe placer dans le Sanctuaire,
où il fit la reception de fept Chevaliers .
La ceremonie fe termina par le Te Deum ,
après lequel les Chevaliers conduisirent
le Prince dans la Salle , où il tint Cha
pitre.
Cette cerémonie fut magnifique ,. fen
Alteffe Royale Madame la Ducheffe d'Orleans
, l'honora de fa prefence , & plu-.
heurs perfonnes de grande diftinction y
affifterent.
D'AVRIL.
165
JOURNAL DE PARIS..
E 28 de l'autre mois , M. Coypel
pere prefenta au Regent VĒL
quiffe du Tableau qu'il doit pein
dre , & fur lequel on fera aux
Gobelins , une . Tapifferie qui reprefentera
l'Audiance de l'Ambaffadeur . du Grand
Seigneur..
Le 30 du paffé , le fieur Philidor donna
au Roy fur la Terraffe un Concert come
pofé de violons , de haut - bois , d'une tim
bale , & fur- tour d'un petit tambour , qui
étoit frappé avec tant de jufteffe par un
Suiffe , que pendant tout le Concert il ne
perdit pas une mefure ni une note ce
qui attira l'admiration . de S. M. & de':
tous les Courtifans .
Le premier de ce mois , M. le Cardinal
de Biffi , après avoir pris congé du Roy ,
& du Regent , partit en pofte pour
Rome , où il doit aflifter au Conclave .
Cette . Eminence étoit fuivie de M. l'Abbé
Tancin, fon Conclavifte . L'un & l'autre
ont pris la route d'Allemagne pour s'y
rendre .
M. Parteville , Garde du Corps du Roy
dans la, ompagnie de Noailles , a été fait
Garde de la Manche
166 LE MERCURE
Le fieur Juftinar a obtenu la permiffion
de l'Ambaffadeur Turc de tirer fon por
trait .
M. l'Abbé Bignon fe rendit ces jours
paffés chez l'Ambaffadeur Turc pour lui
faire vifite. Comme l'Ambaffadeur en ren
doit une alors par amitié à M. le Chevalier
Surton Ambaffadeur d'Angleterre en cette
Cour , le fils de Son Excellence reçut fort
civilement M. l'Abbé Bignon. L'An bal
fadeur étant rentré , la converfation d'entre
lui & M. l'Abbé Bignon , roulla fur les
Sciences & les Arts qui font les plus à
remarquer en France , & finit par bien
des raifonncmeus fur la difference de la
Mufique Orientale , & de celle de France
& d'Italie. L'Ambaffadeur fort inftruit de
la fienne , avoua que notre maniere de noter
, lui paro floit plus commode , & témoigna
affez d'envie de la fçavoir accommoder
à leurs airs . M. l'Abbé Bignon promit
à l'Ambaffadeur de lui faire noter en
fa prefence tel air Turc qu'il voudroit ,
pourvû qu'on le chantât deux fois feule
ment , après quoy il le feroit fur le champ
executer par telles voix ou tels inftrumens
que S. Excellence fouhaiteroit , & s'offrit
même de n'employer à cette épreuve que
quelqu'un de fes Muficiens. A la fin de la
vifite , l'Ambaffadeur remit à M. l'Abbé
Bignon une. Liturgie Grecque & deux auD'AVRI
L. 167
.
tres Armeniennes , dont M. le Marquis de
Bonnac l'avoit chargé pour la Biblioteque
du Roy , avec un Manufcrit qui eft une
Traduction Grecque de Boëce , faite par
Planude.
Le 5. M. Boivin , Garde de la Biblioteque
du Roy , Profeffeur Royal , & de
l'Academie des Infcriptions & belles
Lettres , fut reçû dans l'Academie Francoife
, à la place vacante par le decez de
M. Huet ancien Evêque d'Avranches. If
fit un très-beau difcours, auquel M. l'Abbé
Dubos , Chancelier de l'Academie , répondit
avec éloquence.
Le Roy a accordé à M. le Marquis de
Beringhen Chevalier des Ordres , Premier
Ecuyer de S. M. & Gouverneur de la Citadelle
& des Forts de Marteille , la furvivance
de fa Charge & de fon Gouvernement
en faveur de M. le Marquis de Beringhenfon
fils aîné , Maréchal des Camps
& Armées du Roy,
Lez , le Roy alla pour la premiere fois
dans les plaines de Vincennes tirer à la
volée . La chaffe finie , S. M. remplit la
bourſe qu'on lui preſenta , pour tous les
gens du Vol.
Le Roy a donné une penfion de 1000 liv.
à M. le Chevalier de Boiffieu fur l'Abbaye
de S. Germain d'Auxerre , dont M. l'Abbé
des Halles s'eft démis en faveur de M. fon
neveu.
1
168
LE MERCURE
Le 8 , l'entablement en faillie du Portaill
des Enfans Trouvez tomba en plein jour,
& écfafa un homme & une femme.

La Cour toujours attentive aux befoins"
preffans de l'Etat , a donné des ordres à
Meffieurs Pâris d'envoyer deux millions en
Provence , pour foulager les Villes qui font
afligées de la Pefte.
M. le Duc d'Orleans , qui faifoit une
penfion de 6000 liv . à feu M. de Longe--
pierre , en a gratifié de 3000 M.de Fonte--
nelles..
Le Roy a nommé M. de Nion , Che--
valier de Saint Louis, premier Exent François
de laCompagnie des Cent- Suiffes- Gardes
du Corps.ordinaires du Rey , ci - devant
Ingenieur & Commandant en chef à Pontichery
, Colonie Françoife fur la côte du
Mogol , où il a reſté dix- huit années ; Gouverneur
& Commandant en chef dans l'Ile
de France, ci - devant appellée l'Ile de Saint
Maurice , appartenante à la France ,
telecom once in awer
och Cette Ifle eft dans la mer des gramdes
Indes Orientales , au nord - eft de l'Iffe
de Madagaſcar , au fud des Ifles Maldives.
Sa Majesté a accordé à M. de Nion un Bre
vet de Lieutenant Colonel , 18000 livres
d'appointement, & 2000 livres de penfion,
qui en cas de mort pafferont fur la tête
de
D'AVRIL.
169
de fon fils , qui eft encore au berceau. De
plus , Sa Majesté l'ayant difpenfé du fervice
actuel de fa Charge d'Exemt des Cent-
Suffes , lui a fait expedier un brevet par
lequel il est maintenu dans la perception &
jouiffance des gages , folde & autres droits
de charge , comme s'il étoit prefent. Il
partit le 12 Avril pour le Port-Louis , où
il doit s'embarquer avec 200 foldats , manouvriers
Suiffes, & un Ingenieur , & faire
voile par le Cap de bonne Eſperance , à la
dite Ile de France.
On a établi depuis peu quatre Corps de
Gardes dans quatre Quartiers differens Ils
font placés aux Echopes que l'on nomme
Barrieres des Sergens. Chacun de ces
Corps- de- Gardes elt compofé d'un Sergent
, d'un Caporal & de huit Archers.
Chaque Brigade refte tout le jour dans fon
Corps- de- Garde , pour être à portée de
mettre ordre aux émotions populaires .
Le 9 , le Roy accompagné de M. le
Maréchal Duc de Villeroy , & de l'ancien
Evêque de Frejus , alla à la nouvelle Eglite
des Theatins , où il affifta à l'Office des
Tenébres , qui furent chantées par la Mu
fique.
Le 10 , Jeudy Saint , S. M. entendit le .
Sermon de la Cene , de M. l'Abbé de
Lamothe- Lamyre , après quoy M. l'Archevêque
d'Alby fit l'Abfoute . Enfuite le Roy
P
179 LE MERCURE
lava les pieds à douze Pauvres & les fervit
à table. M. le Duc de Bourbon , Grand-
Maître de la Maifon de S. M. à la tête
des Maîtres d'Hôtel , precedoit le fervice.
Les plats furent portés par M. le Duc
d'Orleans , M. le Duc de Chartres , M.
le Comte de Charolois , M. le Comte de
Clermont , M. le Prince de Conti , & par
les principaux Officiers de S. M. Aprés
cette ceremonie , le Roy , accompagné de
M. le Maréchal de Villeroy fon Gouver
neur alla à l'Eglife des Capucins de la
Rue S. Honoré , où S. M. entendit la
Grande- Meffe chantée par fa Mufique , &
Elle affifta enfuite à la Proceffion.
3
Le feur Poiffon pere , & le fieur la To
rilliere , Comediens , ayant eu le bonheur
de divertir le Roy , & de lui plaire dans
differentes reprefentations faites pendant
les années 17.20 & 1721 , ont obtenu de
S. M, une penfion de 40 écus chacun.
*
Le mariage qui avoit été fait depuis
long- temps entre M. le Duc de Sully, &
Madame la Comteffe de Vaux , vient d'être
declaré.
M. le Comte de Gergy , qui a refidé
fept ou huit ans à la Diette de Ratisbonne,
en qualité d'Envoyé Extraordinaire de
France , a été nommé par le Roi Ambaffadeur
à Venife.
M. l'Abbé de Beringhen vient d'obteD'AVRIL
173
nir l'Archidiaconné de l'Eglife Collegiale
de Melun Diocele de Sens.
Le 13 jour de Pâques , le Roi fe confeffa
à M. l'Abbé Fleury fon Confeffeur
S. M. entendit enfuite la grande Meffe
celebrée Pontificalement par M. l'Arche
vêque d'Alby , & chantée par fa Mufi
que. L'après-midi , le Roi affifta à tout
le Service divin.
Le même jour , le Roi fit rendre les
Pains benis à S. Germain l'Auxerrois
Paroiffe du Louvre , avec les cérémonies
accoûtumées .
Le 14 le Roi alla. au Monaſtere des
Religieufes de l'Affomption , où il affifta
au Salut & à la benediction du S. Sam
crement ; enfuite S. M. alla à la grille ,
où Elle fe recommanda aux prieres des
Religieufes , & les affura de fa prote
&tion.
Le Roi a confervé de la penfion de
60 mille livres qu'il faifoit à feu M. Char
millart , celle de 20000 livres à fa veuve
, une autre de 6000 liv. à Madame
la Marquife de Dreux fa fille , & celle
de 4000 lív . à M. le Marquis de la Su
ze-Cany fon petit fils .
M. le Duc d'Antin, a obtenu la furvie
vance du Gouvernement de l'Orleannois
, ainsi que la Sur intendance des Bây
timens , pour M. le Marquis de Gon
Pij
172 LE MERCURE
drin fon petit-fils . Le Roi a accordé une
penfion de 10000 liv. à Madame la Marquife
de Gondrin , mere de M. de Gondrin
, fur la Sur- intendance des Bâtimens .
M. Fontaine Evêque de Nevers , a ob
tenu la réunion à ſon Evêché de l'Abbaye
de S. Cyran , qui eft dans fon Diocele .
Cette Abbaye vaut 8000 liv. de rente ;
elle eft trés bien bâtie , & eft ornée d'une
fort belle Bibliotheque.
On a eu avis que trois Vaiffeaux de
la Compagnie des Indes de so pieces de
Canons , & richement chargez , étoient
entrez dans un Port de fureté , aprés avoir
foutenu un combat fort opiniâtre contre
des Forbans. L'un de ces Vaiffeaux rappor
te quinze cens mille Piaftres .
Le 16 on nomma cinq Economes de la
nouvelle Compagnie , pour entendre les
comptes des anciens Directeurs ; fçavoir
M. Moreau Deputé du Commerce de Saint-
Malo , M. Blanpignon gros Negotiant dė
cette même Ville , M. du Moulin fameux
Banquier de Paris, M. Begon , & M. Duché,
ci- devant Directeur de la Compagnie des
Indes .
Le 21 , l'Ambaffadeur Turc vifita M. le
Maréchal de Villeroy ,à qui cette Excellence
rémit une Lettre du Grand- Vifir , qui étoit
enveloppée dans un fac , fuivant l'ufage
Ordinaire . Le z 2, M. le Maréchal de VilleD'AVRI
L. 173
roy , accompagné de toute fa famille , rendit
cette vifite à l'Ambaffadeur.
Le 23 , le Roy entendit la Meffe chantée
parfa Mufique
, aprés laquelle M. le Comte
de la Marche , Prince du Sang , fils de
Louis -Armand
Prince de Conti , reçut les
ceremonies
du Batême , ayant le Roy pour
Parain , & Madame
pour Maraine
, & il
fut nommé
Louis. M. le Duc d'Orleans
&
toute la Cour affifterent
à cette ceremonie
, qui fut faite par M. l'Evêque
de Metz ,
premier
Aumonier
, en prefence
du Curé
de faint Germain
l'Auxerrois
.
Le 21 & le 22 , tous les équipages de
M. le Duc fe mirent en chemin pour la
Bourgogne. Le 23 , quatre Gentilshommes,
au nombre defquels eft M. Millin , Secretaire
de M. le Duc pour les Etats , les fuivirent.
Le 26 , M. le Duc revint de Chantilly
, pour ſe di pofer à prendre la route de
Dijon le 2 ou le 3 du mois de May prochain.
Tous les Vaiffeaux venants du Levant ont
ordre de faire la quarantaine au Port du
Havre , de Saint - Malo & de Nantes.
Le Roy a donné la Grand'Croix de l'Ordre
de Saint Louis de feu M. de Maupertuis
, à M. le Comte de Muret , & M. Defcluzelles
, Cornette de la Compagnie des
Moufquetaires gris , a obtenu le Cordonrouge
de M. le Comte de Muret.
Le 24 Madame vint prendre congé du
P iij
174 LE MERCURE
Roy fur les onzes heures , & partit pour
Saint-Cloud , où elle restera tout l'Efté.
Le Gouvernement d'Amiens étant vacant
par la mort de M. le Marquis de Mezieres
, le Roy en a gratifié M. de Cannillat
Capitaine Lieutenant de la feconde Compagnie
des Moufquetaires , & le Gouvernement
de Prefcow , qui eft une Tour audeffus
d'Agde , dont M. de Cannillac étoit pourvu
, a été conferé par S. M. à M. de Legal
Lieutenant General des Arinées du Roy.
L'Ambaffadeur Turc alla le 19 rendre viſi
te à M. le Marechal de Villeroy , qui le
reçut avec toutes les marques de diftintion
imaginables. Ce Seigneur lui fit fervit
une collation magnifique , pendant laquelle
le Roy entra chez M. le Maréchal fans fe
faire annoncer , pour ne point contraindre
l'Ambaffadeur. Cette Excellence alla enfuite
au Fauxbourg Saint Martin vifiter le
Jardin d'un curieux Florifte ; aprés quoy
Elle revint à l'Hôtel des Ambaffadeurs , où
M. de la Lande , Sur Intendant de la Mu
fique du Roy , lui donna un Concert de
morceaux choifis dans les Symphonies de
M. de Lully. Le fieur Alarius , Muficien
de chez le Roy , & Viole de la Chambre ,
joua enfuite des Pieces tendres de fa coinpofition
, qui charmerent l'Ambaffadeur.
L'Ambaffadeur Turc a prefentement dans
fon Hôtel deux attelages de fix chevaux ,
D'AVRIL. 173

avec deux Caroffes , P'un aux Armes de
France en plein , & l'autre à chiffre. Cette
Excellence s'en fert quand elle veut fortir.
Outre un Officier Commandant , il y a
fix Cavaliers de la Maréchauffée qui viennent
deux fois par jour deinander l'ordre
à l'Ambaffadeur , pour l'efcorter où il a
deffein d'aller.
M. Fribert d'Andrefy, ci- devant Officier
des Suffes de feu M. le Duc de Berry , a
acheté la Charge d'Exemt Suiffe du Quartier
de Janvier des Cent - Suiffes du Roy,
vacante au cafuel de M. de Courtenvauk
Capitaine de ladite Compagnie , par la
mort de M. Moran , qui fut affaffiné l'hyver
dernier dans la Place du Palais Royal ,
à la fortie de la Comedie Françoife.
M. Suger a auffi acheté de Monfieur Du
chêne , la Charge d'Exemt François des
Cent-Suiffes du Roy du quartier d'Avril .
M. Bidaud , Vater de Chambre Barbier
du Roy , étant mort au commencement de
ce mois , M. Bidaud fon fils , frere cadet de
celui qui mourut l'année paffée , a obtenu
la Charge de fon pere.
La conteftation entre les Gentilshommes
ordinaires du Roy , & les Introducteurs
des Ambaffadeurs , au fujet de la conduité
de l'Ambaffadeur Turc , dans les lieux publics
, hors les Audiances du Roy , a été
reglée à l'avantage de ces premiers.
Piiij
#76 LE MERCURE
Le Dimanche 17 Avril les Députez
des Etats d'Artois eurent Audiance du
Roy , l'Abbé Regulier de Clairmatais en
Artois portant la parole, prefenta au Roy le
Cahier ; ils furent prefentez par M. le Duc
d'Elbeuf, Gouverneur de la Province, conduits
par M. de Maurepas , Secretaire d'Etat
, & M. des Granges , Maiſtre des Ceremonies.
M. le Comte de Beringhen , préta le
même jour ferment de fidelité entre les
mains de Sa. Majefté , pour la furvivance
de la Charge de premier Ecuyer du Roy ,
que poffede M ,le Marquis de Beringhen
fon pere.
Le même jour le Roy fit quarante-fept
Chevaliers de Saint-Louis , tous Officiers
d'Infanterie.
NOUVELLES ETRANGERES.
L
A Vvarfovie , le 10 Avril 1721.
E Grand General de l'Armée de la
Couronne s'eft rendu à Gnefne , pour
y travailler avec l'Archevêque Primat à
preparer toutes les affaires qui doivent être
portées devant la Diette Generale : la Diette
particuliere du Palatinat de Mazovie tenuë
D' AVRIL. 177
en cette Ville s'eft terminée affés tranquillement
, & on y a pris entre autres refolutions
celle de prier le Roy de donner des
contre- ordres aux Commiffaires qu'il a
chargés de s'emparer en fon nom de l'adminiſtration
de la Fortereffe de Dubno
afin de faire finir leurs pourfuites , & d'en
éviter les fuites , la Nobleffe des environs
étant prête à monter à cheval pour la défenfe
des interêts du Prince Zangursko ;
on elpere que Sa Majesté fera icy dans
peu , & on a eu nouvelle de fon départ
de Drefde ; le bruit court auffi que le Roy
ne reftera en cette Ville que jufqu'à la feparation
de la prochaine Diette generale ,
& qu'il ira enfuite aux bains de Carelsbade
en Boheme. Il y a apparence que les refolutions
de la prochaine Diette feront favo
rables aux interêts du Czar , car outre les
Deputez qui font affectionnez à ce Prince,
il a encore un Corps confiderable de
troupes fur les frontieres de la Pologne ,
qui n'ont fait juſqu'à cette heure aucun
mouvement pour en fortir. Les Turcs continuent
leurs preparatifs de guerre , & font
venir continuellement des troupes du côté
de la fortereffe de Choczim , on croit même
qu'ils ont deffein d'y faire bâtir un
Pont fur le Nieſter , puifqu'il leur eft arrivé
depuis peu une grande quantité de
bois de charpente , & un nombre confiderable
d'ouvriers .
178 LE MERCURE
L
A Stokholm le 12 Avril 1721 .
Es preparatifs de guerre & les differens
mouvemens que le Czar fait faire
à fes troupes , obligent le Roy à donner
les ordres neceffaires & à faire les armemens
qui conviennent pour s'opposer aux
entreprifes des Mofcovites ; on doit faire
paffer une Efcadre du côté de la Pomeranie
pour mettre cette Province & la Ville
de Stralfund en état de défenfe. On doit
auffi faire dans l'Ifle de Rugen un Camp de
nouvelles troupes qu'on leve avec fuccès
dans la Pomeranie , & par ordre de Sa Majefté
le feur Lagerfpare premier Commiffaire
de l'Amirauté de ce Royaume , partit ily
a quelque tems pour Nort- Koping, Colmar,
Wefterwich & autres Places Maritimes
afin d'y preffer la conftruction des Galeres
& autres Bâtimens plats qu'on y conſtruit
& dont on doit former au Printems prochain
une Efcadre , foutenue des Vaiffeaux
de guerre qui fervirent l'année derniere ;
le Miniftre d'Angleterre affura auffi Sa
Majefté il y a trois ſemaines que le Roy
de la Grande Bretagne avoit réiteré les ordres
, pour que la Flote Angloife deftinée
pour la Mer Baltique y put arriver au commencement
du mois de May prochain.
Toutes ces difpofitions pour la Campagne

D 'A VRIL.
179
prochaine n'empêchent pas qu'on ne pente
auffi à la fufpenfion d'armes propolée avec
le Czar ; le Comte de Lelienſtedt , &
le Baron de Stromfeld que Sa Majeſte
a nommés fes Plenipotentiaires à la Conference
de Nystad en Finlande , partirent
le 23 du mois dernier pour s'y rendre , &
ils y feroient déja arrivez , fi le Navire qui
les tranfporte n'avoit été arrêté par les
glaces à Griefelhau.On doit tenir inceffamment
en cette Ville une affemblée des Etats
du Royaume , dans laquelle le Roy doit
expofer les befoins preflans de l'Etat , &
deinander les fubfides neceffaires pour y
fubvenir. Le Roy qui étoit allé à Swarrabrok
au- devant du Prince Georges de
Heffe- Caffel fon frere , revint avec lui le
20 de ce mois , & il fe prepare à partir dans
quelques jours pour Gevalie , afin de viſiter
les Poftes des environs , & de donner les
ordres neceffaires pour la fûreté des Côres.
A Coppenhague le 20 Avril 1721 .
I A Reine , aprés une maladie de plus
Lde quatre mois , mourut enfin le 15 quatre
du mois dernier dans la cinquante - quatriéme
année de fon âge , étant née le 28
Aouft 1667 , elle fe nommoit Louife de
Mekelbourg - Guftraw : elle étoit fille de
Guſtave Adolphe Duc de Meckelbourg180
LE MERCURE
Guftraw & de Madelaine- Sibille Ducheffe
de Holſtein- Gottorp fille du Duc Frederic
de ce Nom : elle avoit été mariée le S
Decembre 1695 à Frederic IV. Roy de
Dannemarck & de Norwege à prefent re- .
gnant , auquel elle a donné cinq enfans ,
dont il ne reste que Chriftian Frederick
Prince Royal de Dannemarc , né le 9 Decembre
1699 , & la Princeffe Charlotte-
Emilie née le 6 Octobre 1706. Le corps
de cette Reine après avoir été expofé pendant
trois jours fur un lit de parade dans
fon appartement , fut mis en dépôt dans
la Chapelle du Palais jufqu'au 2 de ce
mois qu'il fut tranfporté fur les onze heures
du foir à Rotheild , fepulture ordinaire de
la famille Royale : deux jours après ces
funerailles le Roy declara pour fon épouse
la Comteffe de Reventlau fille du Grand
Chancelier de ce Royaume , à laquelle il
donna en 1712 le titre de Ducheffe de slefwich,
& dont il a eu une fille naturelle nommée
Fredericque - Sophie née à Gottorp en
1709. Mylord Polwart Ambaffadeur du
Roy d'Angleterre en cette Cour , & nom .
mé par Sa Majesté Britanique fon Ambaffadeur
Plenipotentiaire au futur Congrez
de Cambray , partit d'icy le 6 de ce mois
pour s'y rendre.
D'AVRIL. 181
L
A Vienne le 16 Avril 1721.
Es levées de troupes qu'on avoit ordonnées
, le font faites avec tant de
fuccès , que les Etats de la Baffe Autriche
ont été de bonne heure en état de fournir
des dix mille hommes de contingent que
l'Empereur leur avoit demandez dans leur
derniere affemblée. Les preparatifs que les
Turcs font encore à Nizza &-à Nicopolis,
caufent beaucoup d'inquiétude , on craint
qu'ils n'ayent deffein de faire quelques
irruptions à l'ouverture de la Campagne
prochaine , & quoiqu'ils ayent fait affurer
que leur armement ne deyoit point caufer
d'ombrage à l'Empereur , Sa Majesté Imperiale
a envoyé de nouveaux ordres aux
Commandans des frontieres de vifiter les
Places , d'en reparer les Fortifications , &
´de faire la revue des troupes qui y font
en quartier ou en garnifon. Le Confeil
de l'Empereur travaille auffi fort ferieufement
à trouver des moyens efficaces pour
pacifier tous les differens des Princes de
Pempire au fujet des affaires de Religion ,
pour ne pas donner par la mefintelligence
qui regne entre eux , une occafion favorable
aux Turcs de recommencer la guerre
avec avantage ; c'eft auffi pour parvenir
à un accommodement plus prompt que
18,2 LE MERCURE
>.
l'Empereur a formé le deffein de fe tranf
porter en períonne à Ratisbone , après
qu'il aura accompagné l'Imperatrice aux
bains de Carelsbadt en Boheme , où elle
doit aller inceffamment . Sur la nouvelle
de la mort du Pape , qui fut apportée icy
par deux Couriers confecutifs du Cardinal
d'Althan , l'Empereur a envoyé les inftructions
aux Cardinaux de Saxe Zeitz .
Schomborn , Schrottembach , Czaki &
Cinfuegos , dont les quatre derniers doivent
s'être déja Lendus à Rome ; à l'égard
du Cardinal de Saxe Zeitz on a jugé depuis
que la prefence étoit plus neceffaire
à Katisbonne , où il eft premier Commiffaire
de l'Empereur à la Diette qui s'y
tient.
·
A Hambourg le 14 April 1721.
E Duc d'Holftein partit de Breslau le
Lz
2 du mois dernier , & arriva le 12 à
Dantzic , où il refta quelques jours , il
prit enfuite la route de Mittau Capitale
de la Curlande ; il y fut reçû en arrivant
avec toutes les marques de diftinction dues
à fa naiffance , & enfin le 26 du même
mois ce Prince fe rendit à Riga , où il at -
tend le Czar qui y doit arriver dans peu .
Les lettres de Pofdam portent que le Roy
de Pruffe y étoit encore , & qu'il n'en
D'AVRIL. 183
partiroit pas auffi - tôt qu'on l'avoit cru ,
Sa Majefté continue à faire lever des troupes
, mais les Officiers chargez de ce fuin ,
ne trouvent des foldats qu'avec peine , &
quoique le Roy leur ait deffendu d'en
enroller de force , il leur fera difficile d'executer
les ordres à la lettre. On écrit
d'Hanover que les deux freres Behrens
Banquiers Juifs , qui avoient entre leurs
mains des fonds très conſiderables appartenans
aux perfonnes les plus confiderables
de la Cour , y avoient fait banqueroute
, & qu'ils avoient été arrêtez à Nett,
lingen dans le pays de Hildesheim en Baffe
Saxe , d'où on les a ramenez depuis
Hanover , où ils ont été mis aux arrêts
fous une garde de quatorze foldats, Suivant
les derniers avis de Drefde , le Roy de
Pologne après avoir accommodé quelques
differens furvenus entre les principaux du
Confeil de fon Electorat de Saxe , en étoit
parti le 25 du mois dernier, pour fe rendre
à Warlovie , après avoir paffé à Poſdam ,
où Sa Majesté doit s'aboucher avec le Roy
de Pruffe.
De Londres le 18 Avril 1721 .
LE Roy fe rendit le 3. de ce mois dans
la Chambre des Seigneurs , & Sa Ma
jefté donna fon confentement Royal à plu
184 LE MERCURE
Geurs Actes du Parlement , & entre autres
à celui qui incorpore dans les fonds de la
Banque & de la Compagnie des Indes
Orientales les dix -huit millions ſterlings
des dettes publiques dont la Compagnie de
la Mer du Sud étoit chargée ; à celui qui
a été paffé dans les deux Chambres pour
la défenſe de l'ufage des toilles peintes ,
& à celui qui a été dreffé pour punir les
mutins & les deferteurs. Il eft arrivé aux
Dunes trois Vaiffeaux richement chargez ,
appartenans à la Compagnie des Indes
Orientales , qui en ont laiffé deux autres
à l'entrée de la Manche ; auffi - tôt que ces
deux derniers feront entrez dans la Riviere
, on annoncera la vente publique
des marchandifes que ces cinq Vaiffeaux
ont apportées. L'efcadre deftinée pour la
Mer Baltique eft en état de mettre à la
voile ; elle eft compofée de vingt -un Vaiſfeaux
de Guerre , fçavoir , un du fecond
rang , huit du troifiéme , onze du quatriéme
, & un du cinquième , outre deux
Brulots , cinq Galiottes à bombes & deux
Aleges . Cette Efcadre porte en tout huit
mille deux cens cinquante- fix hommes
d'Equipage & treize cens trente- fix pieces
de canons. On attend à chaque inſtant
la nouvelle de l'heureufe délivrance de la
Princeffe de Galles ; les canons de la Tour
font tout prêts pour l'annoncer àu Peuple
par
D'AVRIL.
185
par une décharge generale . On affure
qu'auffi- tôt que cette Princeffe fera relevée
de fes couches , le Roy partira avec le
Prince de Galles pour Hamptoncourt , où
la Majesté paffera tout l'Eté prochain ,
ayant declaré qu'Elle n'iroit point cette
année dans fes Etats d'Allemagne .
MORTS DE PARIS.
Onficur de Malartie , Lieutenant de
MRoy de la Ville de Perpignan , Brigadier
d'Infanterie depuis le 30 Octobre
1706 , Commandeur de l'Ordre de Saint-
Louis , qui avoit été longtems Major du
Regiment de la Marine , mourut à Perpignan
le 25 Mars.
M. de la Combe, Brigadier & Lieutenant
Colonel du Regiment de Pons Infanterie ,
a été nommé Lieutenant de Roy de Perpignan
, & M. de Beauvais de Laurieres, Lieutenant
de Roy de la Ville de Cambray , a
eu le Cordon Rouge de M. de Malartie .
L
M. Soubeiran Darifar , Maréchal de
Camp depuis le 1 Fevrier 1719, ci - devant
Enfeigne de la premiere Compagnie des
Moufquetaires , mourut chez lui en Gevaudan
le Mars.
M.Courtade , Maréchal de Camp depuis
le 8 Mars 1718 , ci- devant Lieutenant Co786
LE MERCURE
lonel du Regiment de Melun Cavalerie ,
mourut à Paris le Mars.
?
M. de Selve , Maréchal de Camp & Gouverneur
de Saint- Venant mourut de
Mars. Il defcendoit de Jean de Selve , Premier
Prefident au Parlement de Paris en
1521. Il avoit fervi 55 ans dans le Regiment
de Picardie , en ayant été Lieutenant
Colonel durant plus de 25 ans. Le feu Roy
l'avoit créé Brigadier en 1704 , & il lui
confia la défente de Saint- Venant en - 1710,
dont il s'acquitta avec beaucoup de valeur ;
le chemin couvert de cette Place ayant été
pris , & les remparts ouverts de tous côtez,
il fit faire une fortie par deux endroits ; fes
troupes fe glifferent jufqu'à la queue de la
tranchée , qu'ils attaquerent , pendant que
d'un autre côté il attaquoit le front : les
ennemis pris des deux côtez perdirent bien
du monde , le chemin couvert fat recouvre,
& le lendemain manquant de poudres , il
battit la chamade , & fortit avec tous les
honneurs de la guerre , au lieu que fa garpifon
s'attendoit à être prifonniere de guervanre
ain
cier

D'AVRIL. 187
Salvo nee route jamaledigaeria Capitulovon
Rose carte datedeemeres. Lorsque
Saint-Venant eût éré rendu par la Paix , le
Roy lui en donna le Gouvernement . Ileft
mort à 82 ans , & il laiffe un fils & deux
filles tout jeunes , puiſqu'il n'y a que cinq
ans qu'il s'eft marié à une jeune Demoiselle
de 18 ans. Son Gouvernement a été donné
à M. Damas Comte de Ruffey , Lieutenant
General des Armées du Roy , Sous Gouverneur
de la Perfonne de Sa Majeſté , & Sous-
Lieutenant de la premiere Compagnie des
Moufquetaires.
Melfire Jacques Mallet, Seigneur de Dru
fy , Godonvilliers , Chanteloup , &c. Confeiller
honoraire de la Grand'Chambre du
Parlement , mourut le 30 Mars.
M. Hilaire Bernard de Requeleine , Ba
ron de Longepierre , Secretaire des Commandemens
de Monfeigneur le Duc de
Berry , mourut le 31 Mars .
Dame Marie Marguerite Boucher , épou
fe de Meffire François le Maiftre , Seigneur
de Perfac , Confeiller honoraire au Parle
-ment , mourut le 2 Avril.
Meflire Henri Dejean , Prefident , Trefo
rier de France au Bureau des Finances de la
Generalité de Paris , mourut Honoraire
le 4.Avril.
Dame Charlotte de Matignon , époule .
de Meffire Jacques de Matignon , Comte
Q_ij;
188 LE MERCURE
de Thorigny, Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General au Gouvernement de la
Baffe Normandie , &c. mourut le 4 Avril ,
en fa 64 annnée.
Meflire Jean- Baptifte Pierre de la Martelliere
, Chevalier , Comte de Fay , Seigneur
d'Amilly , d'Agny , &c. Maistre des Requettes
, mourut le 9 Avril .
Metfire Jacques Prevoft , Maistre des
Comptes , mourut le 1 i Avril.
Dame Marie Anne Quantin de Richebourg
, épouse de Meffire André d'Haroüis,
Seigneur de la Seilleraye , Maiftre des Requeftes
honoraire , mourut le 12 Avril .
Melfire Michel Chamillart , Miniftre
d'Etat , Commandeur des Ordres du Roy ,
ci - devant Secretaire d'Etat, & Controlleur
General des Finances , mourut le 14 Avril.
Damoitelle N. Por de Rhodes , mourut
le 17 Avril.
Melfire Louis de Melun , Chevalier , Seigneur
de Maupertuis , des Tournelles
Hautefeuille , &c. Lieutenant General des
Armées du Roy , Grand'Croix de l'Ordre
Militaire de Saint Louis, ci-devant Capitaine
Lieutenant de la premiere Compagnie
des Moufquetaires de la Garde du Roy , &
Gouverneur duToulois, mourut le 18 Avril ..
On remet au mois prochain la fui.e des
Morts avec l'Article des Charges & Digni
tex étrangeres.
D'AVRI L. 189

L
MARIAGE.
E 16 M. le Marquis de Romé de Fre
quienne , Confeiller au Parlement de
kouen , fils de M. le Marquis de Frequienne
, Pefident à Mortier au même
Parlement , époufa Mademoiſelle Bignon ,
* feconde fille de M. Bignon Confeiller d'Etat
ordinaire , Intendant de la Generalité
de Paris La cérémonie s'en fit chés M.
l'Abbé Bignon , dans la Chapelle de fon
Château fous Meulan . La famille de Romé
eft diftinguée depuis long- tems par des
Charges confiderables de Judicature , &
a toujours été comptée parmi l'ancienne
Nobleffe de Normandie.
LE
AVIS.
E Sieur Dominique- Antoine du Lis ,
Medecin de la Societé Royale & des
Hôpitaux du Saint Efprit , qui s'eft attaché
depuis quarante ans à la découverte
des faits conftans de Mathématique , donne
avis qu'il a enfin trouvé les Longitudes
fecretes fi recherchées de toutes les Nations
depuis plufieurs fiecles , & qu'il efpere inceffamment
en faire la démonftration en
prefence de M. l'Abbé Bignon , & devant
190 LE MERCURE
Meffieurs de l'Academie Royale des Sciences.
AUTRE AVIS.
Nous nous fommes déterminés , fur les
inftances de plufieurs perlonnes , à
tranfpofer l'article des Arrêts , & cela pour
deux raifons : La premiere eft , que le Lecteur
peut , s'il le juge à propos, les retrancher
du Mercure , & en faire une collection
: La feconde eft fenfible pour ceux
que les Arrêts n'intereffent point . Quoique
l'on n'ait pas fourni dans le Mercure de
Mars les Edits & c . qui peuvent avoir été
publiés pendant le mois , & que les matieres
intereffantes qui font furvenues à
l'Auteur pendant celui-ci , l'aient empêché
de donner l'extrait des Arrêts d'Avril ; on
promet de les donner tous exactement dans
le Mercure de May prochain
O
ERRATA .
N s'eft trompé page 138 du Mercure
de Mars, lorfqu'on a dit que M. l'Evêque
de Frejus , Precepteur du Roy étoit fur
PEftrade lors de l'Audience de l'Ambaffadeur
du Grand Seigneur , puifque M. de
: Frejus étoit à côté du Roy.
D'AVRIL. 191
Il eſt pareillement faux page 145 du Mercure
de Mars , que M. le Marquis de Nangis
ait été nommé par Sa Majefté Inspecteur
General de l'Infanterie , à la place de M. le
Marquis de Biron ; on fçait au contraire
que M. le Marquis de Biron eft toujours.
chargé en chef du détail de l'Infanterie , &
que M. le Marquis de Nangis n'a été nommé
que Directeur Infpecteur d'Infanterie.
Ce n'eft point M. de Gifart , Gouverneur
de la Citadelle de Cambray , qui a eu le
Cordon Rouge de M. de Malartie ; mais
bien M. de Laurieres Lieutenant de Roy de
la Citadelle de Cambray.
to our L
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
Le Mercure pour le mois d'Avril 1721 ,
& j'ay cru qu'on pouvoit en permettre l'impreffion.
A Paris ce 30 Avril 1721.
HARDION.
Svite
TABLE .
3 Vite & fin du Songe d'Alcibiade.
Memoire où il est question de la Peinture
des Turcs des Perfans , &c.
Par M. Bourguignon d'Anville , Géographe
du Roy.
23
192
Dialogue entre Mercure & un Amour volontaire.
Ode à la mélancolie.
52
73
76
IPI
Avis aux Géographes , & inſtructions pour
faire des Cartes corvettes.
Eloge du R. P. François Pagi , de l'Ordre
des FF. Mineurs Conventuel.
Pratique univerfelle des sciences , &c . 116
Journal de ce qui s'eft paffé à la mort , ¿
depuis la mort de N. T. S. P. le Pape
Clement XI, &c.
Epitre à M *** Par M. V ***
123
Eloge de Cocotte.
Enigmes.
Chanson.
Monument découvert.
Benefices donnez.
148
1152
155
156
157
158
Chapitre tenu chés les RR. PP. Carmes
Billettes,
Journal de Paris.
Nouvelles Etrangeres.
Moit!.
Mariage.
Avis.
Autre Avis.
гбо
165
176
185
189
ibid.
190
faite ,
n en tr
uelles P
in autre
de l'ut
lanchit ,
Marais.
nftructio
la ruë
SUR
AUD
THE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
.
ASTON
, LENOX
, AND
TILDEN
FOUNDATIONS
C
1
LE
NOUVEAU
MERCURE
MAY
1721.
Le prix eft de vingt - cinq fols.
A PARIS.
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Pa'ais.
La Veuve de PIERRE RIBOU, Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis .
Et GUILLAUME CAVELIER , Fils , rue
S. Jacques , à la Fleur-de-Lys d'Or.-
ן ; ר
IM DCC. XXI.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
THE !
AVIS.
PUBLIC LIPA
ASTOR , LOX
TILDEN FOURCATIO
100
N prie ceux qui adrefferont
des Paquets ou
Lettres à l'Auteur du Mercure
, d'en affranchir le port ,
ils resteront fans au requoy
but.
J
L'Adreffe de l'Auteur , eft.
A Monfieur Ba CHET , Cloître
S. Germain l'Auxerrois.
On trouve chez A. D. Rogiſfart , Libraire
à la Haye , tous les Mercures de
Paris. On prie les perfonnes qui voudront
lui addreffer des Paquets de France à la
Haye , de les envoyer auparavant , affranchis
de ports , à M. Buchet Auteur du
Mercure , qui les fera tenir au Sieur Rogiffart.
De l'Imprimerie de C. L. THIBOUST ,
Place de Cambray
LE
NOUVEAU
MERCURE.
§. VI.
Quelques Remarques fur les Voyageurs,
où l'on fait voir leur négligence &
leurs defauts dans les Relations
qu'ils nous donnent , avec un Catalogue
des meilleurs qui ont traité
des parties de l'Afie , de l'Afrique ,
& de
l'Amerique.
Es Voyages font uriles ou préju
diciables felon la difpofition ou
la capacité de celui qui les enreprend
; on devroit laiffer cer
emploi uniquement à des gens bien élevez
& curieux , qui réuffiffent dans la connoiffance
des chofes pour lefquelles ils
voyagent. De telles perfonnes reffentent
A ij
LE MERCURE
cent fois plus de plaifir a la vue des nouveaux
objets , que celles qui les apperçoivent
fans y faire de reflexions ; elles trouvent
dans chaque chofe des agrémens affez
grands pour adoucir les fatigues du voyage.
Il nous refte très peu de chofe des anciens
voyages , fi ce n'eft ce que l'on trouve répandu
çà & là dans les Hiftoriens : pendant
plufieurs fecles les peuples fe contentoient
de demeurer chez eux , & de
vifiter leur propre terrain , fans que la curiofité
les excitât d'aller voir celui de leurs
voifins ; ce grand genie de voyager reparut
enfin il y a environ deux cens ans ,
& vint pour ainfi dire ranimer toutes les
Nations maritimes de l'Europe . Avant cela
la moitié du monde nous étoit inconnu ,
& tout le commerce que les anciens avoient
eu dans les païs Orientaux étoit rompu :
mais Colomb , par un exemple fans pareil ,
ayant montré la maniere de chercher de
nouveaux mondes , & découvert l'Amerique
, la découverte entiere de ce continent
fut continuée par Americ Vefpine , Pizarro,
& d'autres , au profit de l'Efpagne. Les
Portugais après avoir doublé le Cap de
Bonne Esperance , porterent leurs armes
jufques dans les Indes , & firent la conquête
de plufieurs Royaumes , Côtes &
Ifles , fous la conduite de leurs fameux
Generaux Vafco de Gama & Albuquerque ;
DE MAY.
les Anglois & les Hollandois fuivirent peu
après , & firent diverfes découvertes au
Nord & au Nord- Eft , & c . Toutes ces expeditions
fe faifoient par mer , mais ces
mêmes principes genereux de curiofité les
engagerent à vifiter les païs étrangers par
terre , & les firent pénetrer dans les régions
les plus obfcures de l'Afrique , de l'a
Perfe , de l'inde , de la Chine , & de la
Tartarie , qui étoient entierement inconnuës
aux Modernes ; & c'eft à ces premieres
découvertes que nous devons la plus
grande partie de ce que nous connoiffons
aujourd'hui de ces quartiers- là . Enfin il y
avoit alors fort peu de gens de condition
qui n'euffent fait leur voyage des Indes
Orientales ou Occidentales , ou de quelques
autres païs éloignez , fans parler de
ces pélerinages qui fe faifoient tous les
jours à la Terre Sainte . Mais prefentement
ce noble efprit eft preſque entierement
perdu , & l'on peut appliquer à notre
tems ce que Pline difoit du fien ; que
prefentement les hommes font devenus
pareffeux & énervez , que le but de la
Navigation eft negligé , & que le defir de
chercher de nouveaux mondes & de nouveaux
païs eft entierement éteint.
La négligence des Géographes en général
ne reçoit point d'excufe de ce que le
Voyageur n'a point fait les obſervations
)
A iij
LE MERCURE
1
requifes ,> parce que ceux qui ne confultent
point du tout ce Voyageur , peuvent
mettre fur lui la faute de leur peu d'exactitude
, & les Curieux font dans un grand
embarras par rapport à leur negligence ,
& à tant de differens defauts.
La plûpart des Voyageurs font remplis
de quantité de particularitez dans la partie
hiftorique , mais dans ce qui regarde
la Géographique & leurs Itineraires , ils
font generalement très defectueux . Quelques
uns croyent qu'il fuffit de faire men-:
tion des relais de chaque journée , & peut
être de donner les diftances en milles ou
heures de l'un à l'autre. D'autres ont voyagé
pendant vingt jours tout de fuite , & n'ont
fait que quelques pitoyables remarques
fur la bonne ou mauvaife qualité de la
route , y ajoutant cependant quelque hiftoriette
pour remplir le vuide ; & c'eſt une
chole ordinaire de fauter tout d'un coup
d'un Pais ou d'une Ville capitale à une
autre , fans donner connoiffance à perfonne
de la maniere dont ils y ont été.
Les Journaux de certains font rompus
& imparfaits , ne faifant point mention de
toutes les Places où ils ont paffé , & n'obfervant
pas toujours les diftances d'entre
elles ; en forte qu'il eft impoffible d'en
marquer avec quelque certitude la fituation
dans une Carte. Je me fuis fouvent
3
DE MAY.
1
étonné que le Chevalier Wheeler n'ait pas
été plus exact à décrire la route d'entre
Bourfe & Smyrne en Natolie.
Cela ne peut que faire de la peine aux
Curieux , en lifant les voyages , de trouver
les fituations de quantité de Places
d'une grande importance à la Géographie
indéterminées , lors qu'il étoit facile à
l'Autheur de l'avoir fait . C'eft ainfi que
Gemelli nous dit qu'étant à Erzerum en
Armenie , il n'étoit qu'à fix heures de la
fource de l'Euphrate. Nous n'en fommes
pas plus fçavans , au contraire il nous eft
très fâcheux d'apprendre qu'il ait negligé
Poccafion d'y aller , puis qu'il faudra faire
un voyage de fi longue haleine , pour
fçavoir certainement ce qu'il pouvoit f
aifément déterminer . C'eft avec auffi peu
d'utilité que le P. Avril nous dit qu'il a
été à Gangea en perfe , lors qu'il ne nous
dit rien de fa fituation ; mais en verité les
Voyageurs en général confiderent fi peu
ce qui doit rendre leurs Remarques acceptables
ou utiles au Public , qu'ils ne portent
pas avec eux d'inftrument pour faire
une obſervation , ni même une bouffoile
'pour prendre l'aire de vent . Ces fortes de
negligences auxquelles les Voyageurs font
fujets , obligent fouvent les Curieux à
écrire de grands Commentaires , quelquefois
des Livres entiers pour déterminer la
A iiij
LE MERCURE
en eût douté.
fituation d'un lieu , ce que les premiers
pouvoient facilement faire , fans que l'on
D'un autre côté ceux qui font le plus
chargez de particularitez , difcordent fi
étrangement entr'eux , que l'on ne peut
point compter fur eux. Que l'on compare ,
par exemple , la route entre Ardebil ou
Tauris & fpahan , ou entre Ifpahan &
Schitas & Gamron en Perfe , tirée de Tavernier
, Olearius , Fryer , Gemelli , &c.
*
Il y a eu peu de Voyageurs jufqu'ici qui
ayent été affez curieux pour obferver la
Latitude des Places ; ils les empruntent
generalement les uns des autres , ou des
Cartes , car il ne faut nullement douter
qu'ils ne nous donnent beaucoup de chofes
qui font uniquement des extraits des
autres , quoiqu'ils ne le veulent pas avoüer .
Qui ne voit pas que le voyage de Strays,
eft un extrait d'Olearins , & d'autres ? Et
quoi qu'il ne foit pas toujours fi facile de
fuivre les vols des Auteurs en fait d'Hiftoire
, où l'on tombe fouvent dans la neceffité
de rapporter les mêmes chofes qui
ont été dites auparavant , & que l'on peut
deguifer à la faveur du ftyle ; cependant
leur abondance de ce côté- là , & leur fe-
* On ne doit nullement compter fur les Tables
de Latitude & de Longitude qui fe trouvent
dans Tavernier.
DE MA Y.
و
לכ
de cuchereffe
du côté des obfervations Géographiques
, les rend fort fujets à caution.
Le Chevalier Chardin traite mal ces
derniers Voyageurs , pour n'avoir pas fait
mention du Lac Deria Shirin ou Kiagar
Counifon au Nord d'Eriven ; » C'eſt une
» chofe étrange , dit- il , que parmi tous
» nos Voyageurs en Perfe , perfonne n'ait
» fait mention de ce Lac , « ( quoi qu'avec
fa permiffion Tavernier Peut fait avant
» lui , ) d'où l'on peut juger du peu
» riofité qu'ont les Auteurs pour les raretez
des païs au travers defquels ils paffent
; témoin lui- même, qui un peu devant
qu'il faffe cette obfervation , nous apprend
qu'il a paffé par plufieurs Villes & Villages
, & ne nous en dit pas feulement le
noin . Remarquez encore la curiofité de ce
Voyageur , quand un Seigneur Perlan ,
homme d'efprit , lui montra plufieurs Cartes
d'une Province de Perfe , & lui en promit
des copies , & de s'en revenir fans
cela. Je me reffouviens que le Blanc nous
dit en quelque endroit dans fes voyages ,
qu'il rencontra dans les Indes urr Peintre ,
qui lui fit prefent de Cartes curieuſes , &
des vûës de Villes ; mais voilà tout ce que
l'on en trouve.
Je ne trouve rien de plus neceffaire dans
les voyages , après des Cartes exactes , que
des plans ou vûes de Villes , & les figu .
10 LE MERCURE
res des Habitans , oifeaux , quadrupedes ,
poiffons , plantes , & chofes pareilles ,
parce qu'elles forment d'elles - mêmes une
efpece d'Hiftoire , & il s'en trouve peu
qui fe donnent la peine d'en embe lir leurs
Relations , de la façon dont cela doit être
fait ; car cet embelliffement ne confifte
pas dans le nombre des planches , mais
bien dans le choix. Quant aux Cartes , il eft
bien vrai qu'il y a quelques Livres qui ont
eet avantage ; comme Wheelevven , qui
en a donné une fort curieuſe d'une partie
de la Grece , de la Loubere , de Siam , &
fon voyage fur le Menan ; Paul Lucas ,
fon voyage fur le Nil, jufqu'aux Cataractes ;
Olearius fur la Wolga ; mais on ne doit
compter fur la Carte de Perfe , & fur celle
de la Tartarie d'Ilsbrand Ides , que dans les
endroits où ils ont voyagé. La Carte de
Perfe par Herbert , qu'on a jugé à propos
de mettre dans la Navigan: ium atque Itinerantium
Bibliotheca , eft très fauffe auffi .
Pour les Cartes qui font dans les voyages
du Docteur Fryer , elles ne font point
d'accord avec les Journaux.
Un autre obftacle à une connoiffance
plus étendue des lieux inconnus , eft que
les Voyageurs prennent rarement d'autres
routes pour ces païs , que celles qui ont été
frequentées fouvent auparavant. Il est bien
vrai qu'il s'en trouve quelques- uns qui ont
DE MAY. 13
voyagé , ou le prétendent au moins , dans
les païs étrangers , par des chemins qui
n'avoient pas été frequentez par des Voyageurs
précedens ; mais cela nous eft inutile
quand ils ne nous en donnent point de
Relation , & l'on doit obferver que ces
routes qu'ils ont le plus particularitées, ont
été très bien décrites auparavant , au lieu
que quand il leur arrive de prendre quelque
nouveau chemin , & qu'ils y auroient
pû faire des découvertes utiles , ils gardent
le filence. Nous trouvons que Tavernier,
quoi qu'affez generalement curieux dans
les autres endroits de fon Journal , ne nous
donne point la Relation de fon voyage
d'Ifpahan au Kerman , ni celle de Goa à
Golconda, non plus que Beritus ou Navarette
, qui y a été depuis lui ; peut-être
étoit- ce par la même raifon , qui pouvoit
avoir excité Tavernier à en agir ainfi ,
c'eft à - dire parce que ceux qui avoient
fait le même chemin auparavant eux , n'en
avoient point donné de Relation , C'eft
ainfi que le P. Avril décrit fon voyage
d'Alexandrette à Alep , & enfuite de Bir
à Diarbekir ; mais quand il vient à la route
entre Betlis & Erzerum , & delà à Gangea
& à Schamachy , dont nous n'avons point
de defcription ; il n'en dit pas plus que ce
que l'on en pourroit extraire de Chardin,
Tavernier & Rubriquis ; les deux premiers.

12 LE MERCURE
décrivent l'étendue du Lac près duquel il
a paffé , & les deux derniers font mention
en paffant de Gangea , comme d'une belle
Ville fituée dans un païs agréable ; cela
donne fujet aux Critiques de mettre en
queſtion fi c'étoit un fujet propre à faire
des découvertes de routes inconnuës , puis
qu'il en fait la deſcription ſi mal , & concluent
que le Public n'a pas fait une grande
perte, en ce qu'il n'a pû executer fon voyage
de Tartarie.
On doit fort foupçonner un Voyageur
qui ne donne la defcription que de ce qui
a été décrit auparavant ; mais les Millionnaires
ont eu l'adreffe depuis peu de forger
des voyages ( comme Hennepin ) &
peut- être auffr des obfervations aftronomiques.
Il n'y a qu'à fe retirer dans un
Royaume voilin , & vous pouvez dire que
vous êtes où vous voudrez être , & écrire
ce qu'il vous plaira à votre retour. Il eſt
très facile de faire un Livre de Voyages ,
tiré de plufieurs Auteurs , & file Compilateur
à feulement l'adreffe de rapporter
quelques hiftoires incroyables pour amuler
le peuple , cela levera certainement le
foupçon , & le fera paffer pour veritable .
Strays eft un de ces Auteurs r'habillez ,
auffi bien que Du Mont , felon le jugement
de plufieurs , fans parler de ces anciens
conteurs d'hiftoires, le Blanc, Mendez Pinto ,
Lithgovu , &c.
DE MAY.
13
Quelques-uns prétendent excufer leur
negligence , en difant qu'il n'y avoit rien
à remarquer dans les endroits où ils ont
voyagé ; mais un Curieux ne manquera
point l'occafion de faire des obfervations ,
& il n'y a point de defert , fi fterile qu'il
foit , où n'employe fa curiofité , témoin
·Texeira , dans ſon voyage au travers des
Deferts d'Arabie .
En parlant de Texeira , cela me remet
en la penſée une choſe que j'ai obſervée ,
par rapport aux Voyageurs , fçavoir , que
les plus anciens font generalement les plus
exacts , fur- tout dans leurs Journaux , &
que les plus nouveaux manquent beaucoup
de ce côté-là. Je ne trouve aucun
Moderne qui ait fait la defcription de ſes
voyages avec une plus grande exactitude
que Ranvvolf & Gaſper Balbi , fur tout
le dernier , qui fut aux Indes par l'Euphrate
& le Tigre en 1580 , & en a donné le
détail le plus particularifé , que qui que ce
foit n'a fait à beaucoup près de lui.
Le voyage de Don Juan de Caftro dans
la Mer Rouge juſqu'à Suez en 1540 , &
par confequent plus ancien que ceux dont
nous venons de parler , eft un Journal des
plus complets & des plus curieux , & la
meilleure , je dois même dire l'unique
bonne Relation que nous ayons de cette
Mer , en quelque Langue que ce foit ; car
14 LE MERCURE
il obferve la Latitude , la Diſtance &
l'Aire de vent ( qui font les principales
chofes qu'un Voyageur doit obferver ) de
tous les Ports & Villes où il toucha le
long de la Côte , fur- rour celle d'Afrique :
Ce qu'il y a encore de plus furprenant ,
c'est qu'il n'eft cité par aucun Géographe
que je puiffe trouver , ni confulté par cux
dans leurs Cartes ( fi ce n'eft par Monfieur
de l'Ile depuis peu ) quoiqu'il n'y ait riende
plus fautif que la reprefentation qu'ils
donnent de ces quartiers là , fur- tout vers
Suez , que les Cartes font finir en une large
Baye de 40 à 50 milles de large au moins ,
ce qui a embarraffé quelques Théologiens,
qui comptant fur de telles Cartes , s'égaroient
dans leurs conjectures touchant le
paffage des Ifraëlites au travers de la Mer
Rouge, concluant qu'il étoit impotlible
qu'une telle multitude pût traverfer à pié
en une nuit de tems , une fi grande largeur
, au lieu que fi on eut dreffé des Cartes
felon le Journal de Don Juan , qui n'en
fait la traverfe que de neuf milles au plus ,
& de trois milles en un endroit à vingthuit
lieues de diftance de Suez , cela auroit
ôté la difficulté.
Les voyages de Biddulph dans la syrie
& la Terre- Sainte , & de Finch dans les
Indes Orientales , font autant particulariſez
qu'il s'en trouve , fans parler de Sandys ,
DE MAY.
IS
Herbert , Della Valle , & Clearius , qui
font des premiers & des meilleurs du fiecle
paffé , fur tout les deux derniers , qui méritent
la preference , parce qu'ils ont obtervé
la Latitude des principales Places où ils
ont été, & le font attachez particulierement
à marquer la diftance des Places..
"
Thevenot , Tavernier , Fryer & Chardin ,
dans le milieu du fiecle , font les plus remarquables
, fur tout le premier , qui
étoit un Voyageur fidele & judicieux ,
avec beaucoup de modeftie & de fçavoir ;
on a beaucoup perdu de ce qu'il eſt mort
en revenant chez lui , ce qui eſt cauſe que
fes voyages des Indes & de Perfe ne font
pas auffi complets qu'ils l'auroient eté ,
s'il les avoit publiés lui -même. Tavernier
écrit en galant homme , il divertit en
inftruifant , & demande une place dans le
premier rang des Voyageurs.
Il faut neanmoins rendre juftice à Gemelli
, & avouer que les voyages au tour
du Monde , qui font les plus nouveaux ,
font auffi curieux & auffi complets qu'au
cuns qui ayent été publiez ; & ce qui
augmente leur valeur , c'est la route de
Schiras à Bender- Congo en Perfe , & celle
de Goa à Galgala dans l'Inde , ce qu'aucun
Voyageur que je fçache n'avoit décrit
avant lui , & qui font autant exactes qu'au
cunes des routes des plus frequentées de
la Perfe , &c.
16. LE
MERCURE
Ce feroit un ouvrage fans fin de particularifer
tous ceux qui ont publié des
Relations de leurs voyages ; mais afin
que les Curieux puiffent apprendre ceux
dont il peuvent faire choix , je vais parler
des meilleurs qui exiftent & traitent de
quelque partie d'Afie , d'Afrique & ďAmerique
, ceux de l'Europe étant trop connus
pour en parler.
Pour commencer par la Turquie en Afie;
pour la Natolie , Wheeler , Thevenot , le
Bruyn & Gemelli , où eft décrite la route de
Bourſe à Smyrne ; pour les routes de ces deux
dernieres Villes à Erzerum en Arménie , &
de là en Perfe, confultez Bufbeck, Nevvbery,
de la Boulaye , de la Gonz & Tavernier. Le
Docteur Thomas Smith & le Chevalier Ricaut
ont donné deux Relations exactes de
l'état des fept Eglifes de l'Afie Mineure.
Pour la Syrie , la Terre Sainte , le Mont
Sinaï & l'Egypte , il y en a beaucoup , les
meilleures font Breidenbach , Baumgarten ,
Chriftophle Furer , Belloni , ( tous les quatre
font fort mal abregez dans Purchas , ) de
Vitry , Brocard Cotovius , Weiffemberg
Huen , Baftavus , Ben -Jonas , Medina ,
Meggen , Rauvvalf, Reijner , Villamont &c.
qui ont écrit avant l'année 1600 , après lefquels
font venus Saundorfon , Nevvbery
Biddulph , Timberly , Moriffon , Sandys ,
Baglioni, Frameynfperg, Hefe , Mantegazza,
Quaresmius ,
DE MA Y. 17
Quarefmius , Radzevill , Zuallárt & autres .
Enfuite ont paru Berdini , Philippus , Surius
, Monconys , Leo , Dapper , Caftillo
Andriez , Juftinen , Rochetta , Bremond ,
Thevenot , le Bruyn , Gemelli , Maundrel ,
Dandini , qui a été au Mont Liban , &
Vanfleb en Egypte feulement.
Pour les Deferts de l'Arabie & de la Méfopotamie
, il y a della Valle , Texeira` &
Thevenot. On n'a point de Relations de
l'interieur de l'Arabie Heureufe , que ce
qu'en donne le Géographe de Nubie , & les
routes des Pelerins du Caire & de Baffora à
la Mecque , que l'on trouve dans Thevenot ,,
& le voyage qu'à fait le Chevalier Middle
ton de Mocca à Zenan, fans parler des voya
ges de Vertoman ou Barthema , comme l'appelle
Ramufius.
"
Les Relations de Ravvolf, de Gaſper Balbi
& de Nevvbery ne feroient pas les feules
que l'on eut de la defcente de l'Euphrate
jufqu'à Bagdat , fi Purchas avoit fait plus de
juſtice à Cufar Frederic , Eldred , Fitch
Cartuuright , & au Chevalier Sherly qu'à
Balbi , qui paroiffent tous avoir fait leur
voyage , mais dont il ne rapporte aucunes
particularitez : ils donnent de bonnes Relations
des ruines de Babylone , fur- tout les
deux premiers ; mais della Valle dans fon
voyage de Bagdat à Hella , femble tres cu
rieux.. Il y a le Géographe de Nubie , The-
B
18 LE MERCURE
1
venot & Tavernier pour la route au travers
de la Méfopotamie & de Moful fur le Tigre à
Bagdat , d'où le voyage à Baffora & aux Indes
par eau eft particularifé par Tavernier
,.
Eldred , de la Boulaye , de la Goux , mais
fut tout par Balbi , & de Baffora par Thevenot.
Les Voyageurs qui donnent les meilleures
Relations de la Perfe font Joannes de
Perfia , Barbarus , Contarini, Figuera , Herbert
, della valle , Heens , Olearius , Mandeflo
, Philippus , Suvaert, Tavernier , Thevenot
, Chardin , Sanfon , Fryer , Gemelli ,
& autres. Della Valle a écrit une Relation
de la Géorgie , de la Mingrelie , &c.comme
auffi Archangelo Lamberti, & George Herfan.
Chardin du Royaume d'Imirette & de
la Mengrelie , & Olearins de la Circaffie ;
comme ont fait auffi Bronjof, Ananias , le
Baron d'Herberstein , Jean de Luques , So- .
renzo & un certain Auteur anonyme qui fe
trouve à la fin des Voyages de Tavernier ,
qui tous ont traité de ces Pays ..
Pour l'inde , les meilleurs font Finch
Terry , Linſchoten , Jarrit , Sanutus , Maffei
, le Chevalier Rovv , Herbert , della
Valle , Mandefo , Boulaye , de Gouz , Ber
nier , Tavernier , Tvvift , Toffi , Nevvhof,
Thevenor , Ogleby, Fryer , Ovington , Gemelli
, & autres ; la Lonbere , de Chaument,
de Choifi , Tachard , & les lx Jeſuites pour
DE MA Y. 19'
Siam ;; Borri
pour
la
Cochinchine
, Balbi
pour
le Pegu , Tavernier
pour
le
Tunquin
. ,
Pour
la Chine
, les
meilleures
font
Magaillans
, Ogleby
, le Comte
, Navarette
, Gemelli
, &c.
On trouve dans Purchas , pour la Tartarie
, Marc Paul , Guillaume de Rubriquis ,
les Relations de divers Tarrares , le voyage
Jenkinfon à Boghar, & celui de Bronovius
dans la Tartarie Crimée ; il y a auffi les
Voyages de Gruber & Dorville , de la Chine
dans l'Inde en paſſant
paffant par le Tanzut : les
Voyages du Prince Tartare , d'Herat en
Perfe au Cathai , que l'on trouve dans la
Collection de Thevenot ; Verbi eft dans la
Tartarie orientale , Jacovvitz Eoicovv de
Moscou à la Chine au travers des Mogol ; le
P. Avril & les derniers Voyages d'Isbrand
Ides
Ambaffadeur du Czar de Moscovie à
l'Empereur de la Chine , & d'Adam Brand
Secretaire de l'Ambaffade ; ces deux dernieres
pieces font les meilleures Relations que
l'on ait jufqu'à preſent de ce vafte Pays , &
l'on attend que M. Witzen qui a publié une
Carte de ce Pays- là , veuille bien faire plai
fir au public d'en donner l'Hiftoire , à laquelle
ce Magiftrat travaille depuis zo ans,
comme le rapporte M. Luyts ; outre cela les
derniers Plans que les Miffionnaires à la
Chine ont levez dans cet Empire là & dans
la Tartarie, nous éclairciront de quantité
Bij
20 LE MERCURE
de chofes , quand ils paroîtront en Europe..
Quant aux Ifles de l'Afie , il y a Scnox ,
Ribuero & Baldaus pour Ceylan ; la Conquête
des Philippines , & Gemelli pour ces
Ifles ; Candidins & Pfalmanazar pour cellede
Formofa , Argentola pour les Molucques;
Pyrard de Laval pour les Maldives . On
trouve quantité de Relations des Ifles de
Borneo , Java , Sumatra & autres de moindre
importance dans les Voyages des Indes.
Orientales.
L'Afrique n'eft ni fi bien connue , ni fifrequentée
que l'Afie ; les Hiftoriens generaux
font Leo , Marmel , Metellus , Gramaye
, Livio Sanato , Dapper que l'on com
pte pour le meilleur aujourd'hui , & fon abbreviateur
Ogleby. On a déja parlé de ceux
qui ont voyagé fur le Nil , l'interieur de la
Barbarie , du Zaara , du Biledulgerid & del'Ethiopie
inferieure , font prefque entierement
inconnus .
Quant à l'Abyfinie ou l'Ethiopie fuperieure
, il y a les Voyages du Patriarche-
Bermuda , Almeida , Pierre Pays , les lettres
des Jefuites , Ludolfe , le Voyage de Paul
Lucas aux Cataractes , Poncet & autres ;
mais la Relation la plus complette que nous.
en ayons eft Hiftoria del Etropiaper Telles ,
qui eft une collection de tous les Auteurs
dont nous avons parlé , à un ou deux près ;
la traduction en vient de paroître dans un
DE MA Y. 21
des deux volumes de voyages in 4 ° . que l'on
a publié il n'y a pas long-temps .
Pour le Maroc il y a Moquet . Movett , S.
Olon , & l'Etat des Royaumes de Barbarie ;
Frejus pour la Mauritanie , Janequin pour
la Lybie , &c.
Il y a quantité de differens Voyages au
Cap verd & à fes Ifles ; le Voyage de Job-.
fon à la Riviere de Gambie , pour la décou
verte du commerce de l'or : la defcription
de la Guinée par Bofman eft une des meilleu--
res pour ce Pays-là,
Pigafetta , Michael Angelo , & Denis
Carli ; Meralla da Sorrenta , Guarini , Almandini
, &c. pour le Congo..
La meilleure Relation du Cap de Bonne-
Efperance eft celle de Ten Rein .
Ily a l'Hiftoire de Madagascar par Fla--
court : ce feroit un ouvrage infini que dedonner
un catalogue de toutes les Relations
que nous avons des Pays Maritimes ,
les uns & les autres étant touchés ou re-.
connus par la plupart des Vaiffeaux qui
vont aux Indes Orientales , ou qui en reviennent
.
L'Amerique étant pour la plus grande
partie en poffeffion des Européens eft paffablement
bien connues ; les Hiftoriens généraux
font Lopez , d'Acofta , Herrera , de
Laet , &c.
Quant aux acquifitions que les Efpar
22
LE
MERCURE
gnols y ont faites , il y a la Conquête du Mex
que , Gage Relation des Indes Occidentales
appartenant à l'Espagne , las Gafas & autres
; la Conquéte du Perou par Auguſtin de
Zorata , Vega , Cieza , Acarete , &c. la
Defcription de ce Pays ; le Voyage d'Antoine
Seppé & de Nicolas del Techo au Paragay
;l'Hhiftoire du Chili , d'Alonfo de
Ovales , & plufieurs encore.
Les Anglois qui ont de grandes poffeffions
en Amerique ont plufieurs Relations
de leurs premieres plantations en Virginie
pat Smith & autres ; la découverte de Lederer
depuis la Virginie jufqu'à l'Ouest de
la Caroline , l'état prefent de la Virginie
Relations de la découverte & des premiers
établiffemens dans la Nouvelie Angleterre ,
la Nouvelle Yorck , le Mary-land , la Pen-
Sylvanie , la Terre- neuve , &c. le Voyage de
Darien , ceux de Dampier , l'Hiſtoire des
Barbades par Ligon , celles de la Jamaique ,
des Illes Caribes , les divers Voyages de
Colomb , du Chevalier Ravvleigh , de Candish
, de Hudjon , de Davies , de Sparrey :
de Monk & autres.
Pour les établiffemens des François , il y
a une Relation des premiers Voyages François
à l'Amerique Septentrionale , Champlain
, Geuxius & Mont à la Nouvelle
France ou Canada ; Fernand Soto & NavaDE
MAY. 23
rez à la Floride ; de la Salle , de la Hontan
& Hennepin au Nord de cette derniere.
Il y a Nevvhoffpour les acquifitions des
Portugais & des Hollandois dans le Brefil ,
& peu de chofe davantage .
Outre cela il y a beaucoup de Voyages
à la Mer Pacifique , comme ceux de Magellan
, de Sebald de Vvert , Spilbergen ,
Cornelifon , &c. ceux qui ont été au Détroit
de Magellan font ,le Chevalier Narborough
, Cook, Vvood , & autres.
Voyant le monde fi bien rempli de Livres
de cette efpece , n'eft- il pas étonnant
que la Géographie n'en ait pas été plus
ameliorée ? mais le général s'attache uniquement
à l'Hiftoire naturelle & morale ;
& Miffon dit dans la Préface de fon Voyage
, que les nouvelles découvertes d'un fiecle
entier , pourroient à peine remplir un
fort petit volume ; car tous ces voyages de
la Terre Sainte , de la Perfe , de l'Inde & de
la Chine ; ne font que des reperitions pèrpetuelles
de ce que l'on nous a donné aupas
ravant.
24 LE MERCURE
SENTIMENT SUR VILLON
&für Desportes.
Ous voulez fçavoir mon fentiment
fur Villon & fur Defportes
, le voici , avec un extrait
de leurs Poëfies que vous
m'avez auffi demandé.
Le genie aifé qui paroît dans les ou--
vrages de Corbueil , dit Villon , me fait
regretter que fon expreffion foit fi Gauloife
: c'eft qui a créé , pour ainfi dire
notre ancienne Poëfie , en la tirant du.
cahos où elle étoit avant lui ; ce qui a fait
dire à Defpreaux ,
Villon fçut le premier dans les fiecles groffiers
Débrouiller l'art confus de nos vieux romanciers .
Il a mis la Balade en vogue , & il a ébauché
l'art de badiner élegamment , que Marot
a perfectionné. Sa naïveté & fon enjouement
percent , & fe font fentir à travers
fon vieux langage ; c'eft dommage
qu'il foit fans élevation , & qu'il ne forte:
jamais de la fphere de Vaurien , où il eft.
toujours renfermé.
* L'efpritfefent toujours des baßeffes du coeur..
L'épitaphe qu'il a faite de lui même
Boileau.
quand
DE MA Y.
quand il fe vit à la veille d'être pendu ,
montre qu'il meritoit bien le fobriquet de
Villon , qui veut dire en bon François
Maître fripon ,
Je fuis François , dont ce me poife ,
Né de Paris , emprès Pontoise :
Or d'une corde d'une toife ,
Scaura mon col que mon cul poife.
Il n'y a qu'un coquin déterminé qui puiffe
plaifanter fur un fi vilain fujet; on peut parler
de lui , comme le bon Clement parloit
de fon valet :
Sentant la hart de cent pas à la ronde,
Au demeurant le meilleur fils du monde.
Il rime fort richement , en quoi tous
nos anciens Poëtes l'ont imité. Voici quelques
lambeaux de fes Poëfies que j'ay
trouvé les plus François.
Vers tirés d'une Balade contre l'Amour.
Pour ce , aimez tant que vous voudrez »
Suivez affemblées & fêtes ,
En la fin ja mieux n'en vaudrez,
Et fi n'y romprez que vos têtes ,
bêtes :
Folles amours font les gens
Salomon en idolatria ,
Samfon en perdit fes lunettes ,
Bienheureux eft qui rien n'y a.
C
28 LE MERCURE
David ly Roi Prophete
Crainte de Dieu en oublia ,
Voyant laver femme bien faite ,
Bienheureux eft qui rien n'y a.
Herodes (pas ne font formettes )
Saint Jean- Baptifte en decola ,
Pour danfes , fauts & chanfonnettes ,
Bienheureux eft qui rien n'y a.
-Vers extraits d'une Balade fur la mort
1 Jade Maître Jean Cotard .
Pere Noé qui plantâtes la vigne ,
Vous auffi Loth qui bûtes au rocher ,
*
Par tel parti , qu'Amour qui gens engigne ,
De vos filles fi vous fit approcher ;
Pas ne le dy pour vous le reprocher. ) .·
Prince , il n'eût fçûjuſqu'à terre cracher,
Toujours crioit , haro la gorge mard ,
Et fi ne fut onc la foif étancher ,
L'ame du bon feu Maître Jean Cotard.
Ce Vers, toujours crioit, baro la gorge mard,
a été employé par la Fontaine dans le
conte du Paifan qui avoit offenſé ſon
Seigneur.
* C'eſt à dire qui a les gens par engins ou
par adreffe.
DE MATY. $27
Bref il en fut à grand peine au douzième
Que s'écriant , bara la gorge mard.
Vers extraits d'une Balade fur fon appel
au Parlement.
Cuidez- vous que fous mon capel
N'y eut tant de Philofophie ,
Comme de dire , j'en appel' ,
Si avoit , je vous certifie ,
Combien que point trop ne m'y fie.
Qand on me dit , prefent Notaire ,
Pendu ferez , je vous affie ,
Etoit- il lors tems de me taire.
Prince , ft j'euffe eu la pepie ,
Pieça je fuſſe où eft Clotaire ,
Aux champs debout comme un gé pie
Etoit - il pas tems de me taire. •
Vers extraits d'une Balade qui a pour titre,
la Requête que Villon bailla à
Monſeigneur de Bourbon.
Le mien Seigneur & Prince redouté ,
Fleuron de lys , Royale geniture ,
François Villon , que travail a domté ,
Vous fupplie par cette humble écriture
Que lui fuffiez quelque gracieux prêt ,
Si ne doutez que bien ne vous contente ,
Sans y avoir dommage ne interêt ,
Vous n'y perdrez feulement que l'attente.
C ij
18 MERCURE LE
7
Marot a trouvé ces derniers Vers fi
jolis , qu'il a bien youlu les adopter dans
l'Epitre à un fien ami fur le propos qu'il
avoit été dérobé , & qu'il avoit écrit au
Roy pour lui emprunter de l'argent.
Prifque le Roy a defir de me faire
Ace befoin quelque gracieux prêt ,
F'en fuis content : car j'en ai bien à faire ,
Et de figner ne fus onques fi prêt.
Par quoi vous prie , fçavoir de combien c'eft
Qu'il veut cedule , afin qu'il fe contente ,
Je la ferai tant fûre , fi Dieu plaît ,
Qu'il n'y perdra que l'argent & l'attente.
On voit par là que le Plagiairilme
parmi nos Poëtes eft auffi ancien que notre
poëfie ; Au refte Marot a été reconnoiffant
, & s'il ne l'a pas épargné ſur les
moeurs , il a fait l'éloge de fon efprit par
ces Vers :
Prou de Villons pour decevoir ,
Peu de Villons en bon fçavoir.
Defportes eft un grand Poëte , felon
moi , & s'il a été bien payé de fes Vers ,
*
* Il eut du Roi Henri III. qu'il accompagna
huit cens écus d'or , & trente mille livres pour
mettre les ouvrages au jour. L'Amiral de Joyeufe
, beaufrere de ce Prince , lui donna une
Abbaye de dix mille écus de rente pour un Sonnet .
DE MA Y. 29
il l'a bien merité ; car il en a fait qui
font les plus beaux du monde en verité
on ne doit pas y avoir de regret. Je m'étonne
qu'il foit fi fort tombé dans l'oubli ,
& je fuis fàché que Defpreaux , quia tant
loué Malherbe , n'ait parlé de lui qu'en
paffant , & qu'il ait dit feulement à
de Ronfard :
propos
Ce Poëte orgueil'eux trebuché de fi hant,
Rendit plus retenus Deportes & Bertaut.
Je vous dirois bien à l'oreille l'inclina
tion particuliere que j'ai pour ce Poëte , &
je vous apprendrois qu'il a frayé le chemin
que Malherbe a tenu , qu'il a trouvé le
premier le moule des beaux vers , Villon ,
Marot & Saint Gelais , qui l'avoient precedé
, n'en ayant fait que de jolis , & que
la Langue lui a plus d'obligation qu'on
ne penſe ; j'oferois même ôter quelques
feuilles des lauriers qui couvrent la tête
de l'un , pour en orner le front de l'autre ,
mais vous en parleriez dans le monde , &
cela me broüilleroit avec les partiſans de
Malherbe : j'ajouterai pourtant , quoi qu'il
en puiffe arriver , que Delportes eft prefque
auffi François que lui dans bien de
fes ouvrages , & qu'il eft par- tout plus ingenieux
, & fouvent plus raisonnable
qu'il eft non feulement verfificateur , mais
qu'il merite encore le nom de Poëte
C iij
LE MERCURE
qu'il eft varié , délicat , doux , facile &
tendre , quoi qu'il dife un peu de mal des
femmes , & qu'il a beaucoup de fentiment
& d'élevation ; mais ce que j'en aime le
mieux , il ne fe loue jamais , & tous les
écrits font marquez au coin de l'honnête
homme : auffi l'étoit- il , comme il le paroît
par la réponſe qu'il fit à ceux qui avoient
compolé un Livre contre lui , intitulé La
conformité des Mules Italiennes & Françoites.
Il leur dit que s'il avoit fçû qu'ils
euffent eu deffein d'écrire contre lui , il
leur auroit fourni des Memoires , & qu'il:
avoir beaucoup plus pris chez les Italiens
qu'ils ne lui reprochoient. On ne peut rien
de plus galant pour un Poëte . Comme
j'aime Defportes , & qu'il eft peu lû au¬
jourd'hui , je vais en donner un extrait
affez long : les Vers auront en quelque
façon l'agrément de la nouveauté , & en
vaudront bien d'autres .
Commençons par fes Stances contre le
mariage ; elles me paroiffent toutes fi
belles & fi pleines de traits , que je ne
fçaurois en omettre une feule , quoi qu'el
les foient au nombre de vingt-cinq : furtout
je les trouve , très purement écrites
pour le tems où il vivoit , à quelques mots
près , que j'ai eu foin de fouligner , & quelques
tranfpofitions qu'il faut lui paffer.
DE MAY. I 31
STANCES
DU MARIAGE.
DE
I.
E toutes les fureurs dont nous fommés preffez a
De tout ce que les Cieux ardemment courrouffez ,
Peuvent darder fur nous de tonnerre & d'orage ›
D'angoiffeufes langueurs , de meurtre enfanglanté,
De foucis , de travaux , de faim , de pauvreté,
Rien n'approche en rigueur la loy de mariage.
I I.
Dure & fauvage Loy , nos plaiſirs meurtriſſant :
Quifertile a produit un hydre renaiſſant ;
De mépris , de chagrin , de rancune & d'envie :
Du repos des humains l'inhumaine poifon ,
des efprits la cruelle prifon ,
Lafource des malheurs , le fiel de notre vie.
Des corps
III.
On dit que Jupiter ayant pour fon peché,
Sur le dos d'un rocher Promethée attaché ,
Qui fervoit de pâture à l'Aigle infatiable.
N'eut le coeur aſſouvi de tant de cruauté ;
Mais voulut , pour montrer qu'il étoit irrité ,
Rendre le genre humain de tout point miserable.
IV.
Il envoya
* la femme aux mortels ici-bas ,
Ayant dedans les yeux mille amoureux appas ,
Et portant en fa main une boëte feconde ,
Desfemences du mal , les procès , le difcord ,
Le fouci , la douleur , la vieilleſſe & la mort ;
Pour douaire elle avoit tout le malheur du monde.
C iiij Pandore .
LE MERCURE
V.
;
Venus deffus fon front mille beautez fema ,
Pithon d'autant d'attraits fa parole anima ,
Vulcan forgenfon coeur , Mars lui donna l'audace
Bref le Ciel rigoureux fi bien la déguifa ,
Que l'homme épris de flamme auffi tôt l'épousa ,
Plongeant dans fon malheur toute l'humaine ráce.
V I.
De là le mariage eut fon commencement ,
"
Tyran injurieux , plein de commandement ,
Que la liberté fuit comme fon adverfaire :
Plaisant à l'abordée , à l'oeil doux & riant ;
Mais quijous beau femblant , traître, nous va liant
D'un lien que la mort ſeulement peut défaire.
VII.
Il tient deffous fes pieds le repos abbatu ,
De cordages fers fon corps eft revêtu ,
Le foin est à côté , le travail le regarde ;
la jalousie , & le mal inconnu ,
La peur,
Mal par opinion .
Puis vient le repentir chef de l'arriere garde.
VIII.
>
Le deuil le courroux après le vontfuivant ,
Amourfuit , le voyant , leger comme le vent ,
Bien que le nom d'Amour mafquefa tyrannies
Car ce puiffant vainqueur , & des Dieux & des
Rois ;
Magiftratfouverain , ) n'eſt pointſujet aux Loix,
Et de toutefa cour la contrainte eft bannie.
DE MA Y. 33
IX.
·Hélas !grand Jupiter , fi l'homme avoit erré ,
Tu devois le punir d'un mal plus moderé,
Et plutôt l'affommer d'un éclat de tonnerre ,
Que le faire languir durement enchaîné,
Hôte de mille ennuis , au deuil abandonné ,
Travaillant fon efprit d'une immortelle guerre.
X.
On parle des enfers où les maux font punis s
Un cruel magasin de tourmens infinis ;
Du chien toujours béant , des Soeurs pleines de rage ,
Des douleurs de Titye & des autres efprits ;
Mais je ne puis penfer que ce foit rien auprix ,
Ni qu'il y ait enfer ſi grand que mariage.
XI .
Languir toute fa vie en obfcure prison ,
Paffer mille travaux , nourrir en fa maison
Une femme bien laide & coucher auprès d'elle :`
En avoir une belle , & en être jaloux ,
Craindre tout , l'épier , fe gêner de courroux
ra-t-il quelque peine en enfer plus cruelle ?
XII.
>

Je tais tant de regrets 1 , de foucis & d'ennuis ,
Tant de jours ennuyeux , tant de fâcheuſes nuits
Tant de rapports femés , tant de plaintes ameres ?
Qui les penfe nombrer , aura plutôt conté
Les fleurettes de May , les moiſſons de l'été ,
Et des plaines du Ciel les flambeaux ordinaires .
34 LE MERCURE
XIII.
Hé quoi ! parmi ces maux que n'avons - nous des
yeux
Pour connoître en autrui la veangeance des Dieux›
Evitant fagement notre perte affurée ?
Mais au fort du fer l nous nous allons ruer ,
Nousforgeons , malheureux , le fer pour nous tuer ,
Et buvons la poiſon par nos mains preparée.

XIV.
Ss d'unfommeil defer nos yeux n'étoient preffés ,
La nopce feulement nous apprendroit affés
Quel beur & quel repos fon lien nous apprête :
Lefon des tambourins , les flambeaux allumés
L'appareil , la rumeur , les bruits accoutumés,
Sont un préſage für de prochaine tempête.
XV.
Ecoutes ma parole, & mortels égarés ,
Qui dans la fervitude aveuglément courés ,
Et voyés quellefemme au moins vous devés prendres
Si vous l'épousés riche , il fe faut préparer
>
De fervir , de fouffrir , de n'ofer murmurer
Aveugle en tous fes faits , &fourd pour ne l'entendre.
XVI.
Dédaigneufe & fuperbe elle croit tout fçavoir ,
Son mari n'est qu'un fot , trop heureux de l'avoir ≈
En ce qu'il entreprend elle eſt toujours contraire ,
Ses propos font cuifans , hautains & rigoureux :
DE MA Y. I
35
Le forçat miferable est beaucoup plus heureux
A la rame& auxfers d'un outrageux Corfaire.
XVII.
Si vous la prenés pauvre , avec la pauvreté
Vous épousés auffi mainte incommodité:
La charge des enfans , la peine & l'infortune ,
Le mépris d'un chacun vous fait baiffer les yeux ›
Le foin rend vos efprits chagrins foucieux ,
Avec la pauvreté toute choſe importune.
XVIII.
Si vous l'époufés belle , affures- vous auffi
De n'être jamais franc de crainte & defouci ;
L'ail de votre voifin comme vous la¯ regarde ,
Un chacun la defire , & vouloir l'empêcher ,
C'est égaler sifiphe& monter fon rocher's
Une beauté parfaite eft de mauvaiſe gardo, L
XIX.
Si vous la prenés laide , à dieu toute amitié , \
L'esprit tenant du corps eft plein de mauvaiſtié ;
Vous aurés la maison pour prifon ténébreufe ,
Le Soleil déformais à vos yeux ne Asira :
Bref, on peut bien penfer s'elle vous déplaira ,
Quandla plus bellefemme en trois jours eftfachenfe
X X.
Celui n'avoit jamais les nopces éprouvé,
Qui dit qu'aucunfecours contre amour n'eſt trouvé
Depuis qu'en nos efprits il a fait fa racine ;
Car lorsqu'une beauté vient nos coeurs embråſer ,
36
LE
MERCURE
La voulons - nous baïr , il la faut épousers
Qui veut guérir d'amour , c'en est la médecine.
X X I.
*
Mille fois Jupiter d'amour tout égaré ,
Pour les yeux defa feeur a plaint & foupiré ;
Toutes fis il la bait dès qu'il l'a épousée ,
Et lui déplait fi fort , que pour s'en étranger ,
En bête en oiſeau nefeint de fe changer ,
Ne trouvant rienficheux pour la rendre abuſée.
XXII.
C'eft un étrange cas , que le Palais des Dieux
Ne s'eft pu garantir des débats furi ux
Naiffans dumariage , auteur de toutes plaintes ,
Et que ce Jupiter que tout l'Univers craint ,
Epié de Junon , cent fois s'eft vis contraint
De couvrir fa grandeur fous mille étranges feintes.
XXIH.
La nopce eft unfardean fifâcheux à porter,
Qu'elle afait à un Dieu fon empire quitter.
Elle lui rend le Ciel un enfer de trifteffe ,
Et trouve en fes liens tant d'infelicité ,
Qu'il aime mieux ſervir en terre une beauté „
Que jouir dans le ciel d'une épouse Déeſſe.
XXIV.
A l'exemple de lui qui doit être fuiivi ,
Tout homme qui fe trouve en fes lags afſervi ,
Doit par mille plaiſirs alleger fon martire ,
* C'eſt-à dire , éloigner.
DE 37
1
MA Y.
7
Aimer en tous endroits , fans captiver fon coeur
Et chaffer loin de lui toute jalouſe peur .
Plus un homme eft jaloux , plus fa femme on defire
X XV.
O fuplice infernal en la terre tranfmis
Pour gêner les humains , gêne mes ennemis
Qu'ils foient chargés de fers , de tourmens ¿ dè
flames ?
>
>
Mais fui de ma maison , n'approche point de moi ,
Je hais plus que la mort ta rigoureuſe loi
Aimant mieux épouſer un tombeau qu'une femme.
A ce langage on reconnoît un bel efprit
qui foutient l'honneur du célibat.
Vers extraits d'une Elegie du même Auteur.
Contre les Femmes.
Source de tous malheurs , fuperbes déguisées ,
D'orgueil , d'ire , de rage & d'envie embraſées ,
Qui portés dans le coeur l'inconftance pour loi,
Sans amour ,fans raison , fans confeil &fans foi ,
Pleines de trahisons , temeraires , cruelles ,
Et des triftes humains les pèrtes éternelles.....
Vers tirés d'une autre Elegie .
La bouche étoit du coeur l'affuré témoignage,
On ne s'amufoit point à farderfon langage ,
Ses yeux , fa contenance , &fans diſſimuler ,
Quiplus avoit d'amour , mieux en fçavoit parler.
LE MERCURE
Labeauté , la douceur , le merite & l'adreſſe
Etaient les feules efforts pour vaincre une maîtreffe,
Simple&fans art fice , & qui nefçavoit pas
Vfer felon les tems de rigueurs ou d'appas ,
Façonner unfouris , compoferfes oeillades ,
Pour rendre, enfe jouant , les jeunes coeurs malades.
Mais qui plus eft auffi , l'or n'avoit aucun prix ,
Carquans , perles , rubis n'euſſent mû les efprits
De la moindreBergere , & l'amitiéprisée ,
Sur, toute autre richeſſe étoit autorisée ;
Mais comme peu à peu le vice s'avança .
Et que cette faifon en une autre paſſa ,
Et que l'or jauniffant fe mit en evidence ,
Et que la fermeté fit place à l'inconftance ,
Qu'on fçut fe déguifer & qu'on fçut finement
Au poids de la richeſſe estimer un amant ,
Qu'on pût de cent façons couvrir la fantaiſie ,
Et du beau nom d'honneur maſquer l'hipocrisie.
Amour tout étonné , ¿c.
A.M
SONNE T.
•Mour trie & choifis les plus beaux de ces vers,
Et raye
à
ton plaifir ceux de moindre merite :
Qu'à ce triste labeur ta louange t'excite ,
C'eft deffous ton beau nom qu'ils vont par l'vniversi
Ils font nés de ta flamme des tourmens divers
Dont tu me fis prefent quand je vins à rafuite ;
DE MAY. 39
:
Ma prife & ta victoire au vrai s'y voit décrite ,
C'eft le papierjournal des maux que j'aisoufferts.
Ceux qui ne t'ont connu , finən par oui dire ,
Ne doivent , curieux , s'arrêter à les lire ;
Aux feuls vrais amoureux ce livre eft refervé ,
Les autres ne croiroient tant d'étranges allarmes.
Las !fi n'ai-je rien dit que je n'aye éprouvé,
Et chacun de ces vers me coûte mille larmes.
AUTRE SONNET.
M Ari jaloux , qui me défend la vûe
De la beauté fi bien peinte en mon coeur
De tes fureurs mon defir prend vigueur ,
Et mon amour plus forte continue .
Plus une place eft cherement tenue ,
Plus elle acquiert de louange au vainqueur:
Plus tu feras vers moi plein de rigueur ,
Plus tu rendras ma conftance connue.
Quand on ne peut un coeur froid allumer
Il faut fans plus lui défendre d'aimer :
Tout auffi-tôt le voila plein deflamme :
Donc fi tu veux vivre bien affuré,
Ferme les yeux , ne gardé point tafemme ,
Le bien permis eft le moins defiré.
Vous me permettrés de mettre ici quelques
ftrophes choifies d'une des plus bel
les Odes de Malherbe , afin que vous
*
*
C'eft l'Ode prefentée à Sa Majestéà six l'année
1600.
40 LE MERCUREcompariés
fes vers avec ceux de Defportes ,
& que vous jugiés li j'ai eu toit d'avancer
que ce dernier étoit prefqu'auffi François
que lui , par- tout plus ingénieux , & lowvent
plus raifonnable.
Aujourd'hui nous eft amenée
Cette Princeffe , que la foi
D'amour enfemble & d'himenée
Deftine au lit de fon Roi ;
La voici la belle Marie ,
Belle merveille d'Etrurie ,
Qui fait confeffer au Soleil ,
Quoique l'âge paſſé raconte ,
Que du Ciel depuis qu'il y monte ,
Ne vint jamais rien de pareil.
Le fceptre que porte fa race ,
Où l'heur aux merites eft joint ,
Lai met le refpect en la face ,
Mais il ne l'enorgueillit point s
Nulle vanité ne la touche :
Les graces parlent par fa bouche ,
Et fon front , témoin aſſuré
Qu'au vice elle eft inacceffible ,
Ne peut que d'un coeur infenfible ,
Etre vú fans être adoré.
Quantesfois lorfque fur les ondes
Ce nouveau miracle flottoit ,
Neptune
DE MAY .
Neptune en fes caves profondes
Plaignoit il le feu qu'il fentoit ?
Et quantesfois en la pensée ,
De vives atteintes bleffée ,
Sans l'honneur de la Royauté
Qui lui fit celer fon martire ,
Eut-il voulu de fon empire
Faire échange à ſa beauté?
La voici , peuples , qui nous montre
Tout ce que la gloire a de prix :
Les fleurs naiffent à fa rencontre
Dans les coeurs & dans les efprits
Et la prefence des merveilles
Qu'en oyoient dire nos oreilles ,
Accufe la temerité
De ceux qui nous l'avoient décrite,
D'avoir figuré fon merite
Moindre que n'eſt la verité.
O toute parfaite Princeffe ,
L'étonnement de l'Univers >
Aftre par qui vont avoir ceſſe
Nos tenebres & nos byvers
Exemple fans autres exemples
Future image de nos temples
Quoi que notre faible pouvoir
En votre accueil ofe entreprendre ,
9
D
LE MERCURE
Dût il' efperer de vous rendre`
Ce que nous vous allons devoir.
C
Ce fera vous qui de nos villes
Ferés la beauté refleurir ,
Vous qui de nos baines civiles
Ferés la racine mourir :
Et par vous la paix affurée
N'aura pas la courte durée
Qu'efperent infidellement ,
Non laffés de notre fouffrance,
Ces François qui n'ont de la France
Que la langue l'habillement .
Par vous un Dauphin nous va naître ,
Que vous-même verrés un jour -
De la terre entiere le maître ,
Ou par armes ou par amour ,
Et ne tarderont fes conquêtes
Dans les Oracles déja prêtes ,
Qu'autant que
le
premier caton
Qui de jeuneffe eft le Meffage,
Tardera d'être en fon visage ,
Et de faire ombre à fon menton.
O combien lors aura de veuves
La gent qui porte le turban
Que de fang rougira les ferves
Qui lavent les pieds du Liban!:
DE MAY.
Que le Bofphore en fes deux rives
Aura de Sultanes captives !
Et que de meres à Memphis ,
En pleurant diront la vaillance
De fon courage & de fa lance
Aux funerailles de leurs fils.
SUITE
De ce qui s'eft paffé à Rome depuis la
mort de N. T. S. P. le Pape
Clement X I.
OUR être mieux au fait de ce:
qui nous refte à dire fur cè qui
s'eft paffé à Rome depuis la mort. /
de N. T. S. P.. le Pape Clement
XI , il eft à propos de recourir à ce que
nous en avons donné dans le Mercure
précedent.
Le Vendredy 28 Mars , jour auquel le
Cardinal Zondodari officia , le Sieur Cornaro
Ambaffadeur de la Republique de
Venile , accompagné d'un nombreux correge
, fe rendit à Saint Pierre ; il fit au
facré College qui y étoit affemblé dans la
Sacriftie , les complimens de condoleance
fur la mort du feu Pape , de la part de
La Republique..
Dij
44 LE MERCURE
Le lendemain matin Samedy 29 , le
Cardinal Scotti celebrà la Meffe avec les
ceremonies ordinaires , après laquelle les
quatre plus anciens Cardinaux Prêtres ,
de ceux qui étoient prefens , revêtus des
habits Pontificaux , allerent proceffionnellement
avec le Celebrant au catafalque
que nous avons dit être au milieu de l'Eglife
de Saint Pierre , & vis- àvis la Chapelle
du Saint Sacrement : on a compté
jufques à 1024 tant flambeaux que cierges
, fervant à l'illumination du catafalque.
Sur les gradins étoient les Chevaux - Legers,
avec leurs cafaques rouges & leurs manteaux
noirs , tenant en main une torche
ardente , ainſi qu'ils étoient les jours précedens
autour de la reprefentation dans la
Chapelle du Choeur des Chanoines .
Ces quatre Cardinaux , conjointement
avec le Celebrant , firent l'un après l'autre
les cinq abfoutes , conformément au ceremonial
Romain , dit majoris potentiæ ;
chaque Prêtre en faifant une.
Le même jour le Cardinal d'Althan ,
chargé des affaires de l'Empereur , complimenta
au nom de S. M. I. le Sacré
College , fur la mort du feu Pape ; & dans
fon difcours il infifta principalement , fus
les ordres qu'il avoit reçûs , d'affurer les
Cardinaux , de la part de fon Maître ,
d'une protection particuliere pour les
DE MAY.
45
maintenir dans la liberté où ils doivent
être pour l'élection d'un Souverain Pontife.
Sur le foir arriva à Rome le Cardinal
Spada , Evêque d'Ofimo , il alla loger
chez le Marquis Botini.
Le Dimanche 30 l'on celebra la der-.
niere Meffe de Requiem à l'ordinaire , &
toujours dans la Chapelle du Choeur des
Chanoines de Saint Pierre . Le Cardinal-
Spinola officia , & les Cardinaux Fabroni ,
Priuli , Conti & Buffi , firent l'abfoute
conjointement avec le Celebrant , & de la
même maniere que le jour précedent.
Enfuite de quoi le fieur Lucchesini , Camerier
d'honneur , & Secretaire des Let
tres Latines , prononça l'Oraiſon funebre
en prefence du Sacré College. Le Chevalier
de Saint Georges y affifta avec fon
Epoule , dans une Tribune qu'on leur
avoit preparée à cet effet , de même que
pour toutes les autres fonctions dont nous.
avons parlé.
Lundi 3 1 les obfeques du feu Pape étant
finies , les Cardinaux s'affemblerent dans.
la même Chapelle du Choeur des Chanoines
de Saint Pierre , où le Cardinal Tanara
, Doyen , chanta la Meffe du Saint
Efprit , pour l'ouverture du Conclave :.
toute la Prelature y affifta. A la tête étoit
le fieur Rufpoli , en qualité de Gouver46
LE
MERCURE
neur du Conclave . La Meffe dite le Celebrant
entonna le Veni , Sante Spiritus ;
enfuite il fe deshabilla , & dès qu'il eut
pris fa place , le fieur Mari Evêque d'Aleria
monta en chaire , & fit l'exhortation
Latine pour l'élection du Souverain Pontife
. Il avoit le Rochet , la Chappe rouge ,
& la Mitre de toile blanche..
Le Difcours fini , les Muficiens de la
Chapelle du Pape entonnerent le Veni
Creator ; cependant les Cardinaux marchoient
deux à deux & fe rendirent proceffionnellement
à la Chapelle du Vatican ,
dite Pauline , où après que le Veni Creator
fut achevé , le Cardinal Doyen dir l'Oraifon
Dens qui corda Fidelium , &' c . l'on
fit auffi - tôt fortir le monde qui avoit fuivi
en foule , & la Chapelle fermée , on y lut
les Bulles & les Conftitutions Apoftoliques
, que tous les Cardinaux jurerent
d'obferver ; après quoi quelques - uns re-
' tournerent chez eux , les autres entrerent
au Conclave .
3
Après le diné le Prince Chigi , Marêchal
du Conclave , fe rendit en grand cortege
à l'appartement qui lui eft deftiné à
Saint Pierre , attenant la porte du Conclave
, dont il a la garde , pour la faire
ouvrir & fermer felon le befoin.
Heft à remarquer que dès qu'il arrive
à Rome un Cardinal de dehors , la Com
DE MAY.
47
pagnie des cent hommes que le Marêchal
leve à fes dépens , le range en ordre deyant
la porte de fon Palais en Place Co
lonna , où il fait fa refidence ordinaire.
Le même jour on donna tous les ordres
necellaires pour le bon gouvernement de
la Ville , où l'on voit diftribués en diffe-,
rens quartiers des poftes & des fentinelles ..
Le feur Rutpoli pour mieux contenir la
populace , fit dreffer au milieu de la Place
de Saint Pierre un poteau avec la corde ,
& une potence.
Environ les cinq heures du foir les
Proto Notaires Apoftoliques , les Patriarches
, les Archevêques , les Evêques , les
Auditeurs de Rote , le Maître du Sacré
Palais , les Clercs de Chambre , les Votans
de fignature , le premier Confervateur
, & autres qui ont la garde des * Tours.
du Conclave , prêterent le ferment d'obferver
les Conſtitutions Apoftoliques touchant
les obligations de l'emploi qu'on
leur confie.
Vers le foir les Ambaffadeurs & Miniftres
des Couronnes & Princes Etrangers,
les Princes & Seigneurs Romains ,
fe rendirent en grand cortege au Vatican .
pour yfaluer les Cardinaux . Cette fonction
* Ces Tours fervent à paffer le diné & le foupé
des Cardinaux , & les autres chofes dont ils
pourciem avoir beſoin.
48 LE MERCURE
7
dura jufqu'à environ minuit qu'on ferma
·les portes
.
Tous les Cardinaux qui en étoient fortis
s'y trouverent rentrez , à l'exception
du Cardinal Marefcotti , qui ne s'y réndra
, dit - on , que des derniers , à caufe
de fon grand âge , & du Cardinal Scotti ,
qui fe trouvoit extrémnement enrhumé.
Le même foir le Cardinal de Rohan
arriva à Rome , il alla defcendre aut
Palais d'Altemps. Le Cardinal Bentivoglio
, Legat de Romagne , y arriva le même
foir.
Le Mardi matin premier Avril , commencerent
les Proceffions tant des Paroiffes
que des Maifons Religieufes elles
vont toutes à Saint Pierre. Ces Proceffions
fe font depuis l'ouverture du Conclave
jufqu'à l'élection du nouveau Pape ,
une le matin & l'autre le foir , pour demander
à Dieu fon aſſiſtance dans l'élection
du Souverain Pontife. Les Muficiens de la
Chapelle Papale chantent tous les jours
la Meffe du Saint Efprit dans une Chapelle
que l'on a fait dreffer exprès fur
l'efcalier du Conclave ; ils fe rendent enfuite
à l'appartement du fieur Rufpoli ,
qui leur fait preparer des rafraichiffemens .
Le même jour commencerent auffi les
Proceffions des Confrairies qui vont vifiter
les Eglifes où eft expofé le Saint Sacrement
DE MAY. 49
crement elles y vont tour à tour , l'une
le matin , & l'autre le foir. "
Le 31 Mars le Cardinal Pico de la Mirandole
, Evêque de Siniglagle , arriva à
Rome , & le lendemain premier Avril les
Cardinaux de Rohan & de Bentivoglio
entrerent dans le Conclave ; le premier le
fervit des carroffes de l'Ambaffadeur de
Portugal , qui lui envoya fa Maiſon pour
lui faire cortege .
Le Cardinal Paracciani Vicaire de Rome,
pour éviter toute occafion d'émeutes
& d'affemblées populaires , a du conſentement
des Cardinaux Chefs d'Ordres
défendu qu'à l'occafion des Fêtes , Proceffions,
& autres fonctions , on ne fît aucun
feu d'artifice , qu'on ne tirât aucunes boë
tes , ni qu'on ne fe fervit d'aucunes armes
à feu , fous peine pour les Seculiers de
vingt- cinq écus d'amende ; à l'égard des
Ecclefiaftiques contrevenans , la peine eſt
reſervée à la difcretion du fieur Cardinal
Vicaire.
Jeudi au matin le Cardinal Spada ,
Evêque d'Ofimo , entra au Conclave , &
le foir le Cardinal Pico de la Mirandole.
Le même jour les Cardinaux Buoncompagni
Archevêque de Boulogne , & le
Cardinal Patrice , Legat de Ferrare , arriverent
à Rome , & le lendemain Vendredi
4, ils entrerent au Conclave avec le Car
E.
So
LE MERCURE
dinal Orighi , qui étoit arrivé le même
jour de la Legation de Boulogne .
Par les foins & la vigilance du fieur
Falconieri Gouverneur de Rome , tout y
eft dans une parfaite tranquillité.
On a avis que le Cardinal Fiefcho , Atchevêque
de Genes , âgé de 79 ans , ne
Le rendra point au Conclave à caufe de
fon grand âge.
Le rhume du Cardinal Scorti , qui l'avoit
empêché d'entrer au Conclave , ett
tourné en goute , ce qui l'empêche encore
pour le prefent de pouvoir s'y rendre .
Samedi Avril , le Cardinal Ruffo ,
S
Evêque de Ferrare , & le Cardinal Gozzadini
d'Immola , arriverent à Rome ; le
premier s'arrêta à Villa Pinciana , ( c'eſt
une maifon de plaifance du Prince Borghefe
toute proche de Rome , ) le fecond
alla defcendre aux Religieux Carmes de
la Tranfpontine , & le lendemain Dimanche
6 , ils fe rendirent tous deux au
Conclave fur les 5 heures du foir ; ils y
furent reçus à l'entrée , & à l'endroit où eft
la ftatue de Conftantin , par le fieur Rufpoli
Gouverneur du Conclave , accompagné
de fon Maître de Chambre , de fes
quatre Malliers portant leurs maffes d'argent
& leurs cafaques violettes , & de fa
garde d'Archers , il les conduifit ainfi jufqu'à
la porte du Conclave ; ce cérémonial
DE MAY.
Sar
s'obferve à l'égard de tous les Cardinaux
qui y entrent.
Le même jour Dimanche fur le foir ,
le Cardinal Barbadigo , Evêque de . Brefcia
, arriva à Rome , & alla defcendre au
Monaftere de S. Romuald , & le lendemain
Lundi fur les 5 heures du foir il- fe .
rendit à S. Pierre pour entrer au Conclave
, où il fut reçu avec les cérémonies ordinaires.
Le Lundi 7 , fur les 5 heures du foir ,
le Cardinal Alberoni arriva à Rome ; il
alla defcendre chés le Sieur Ferrari fon
Agent ; le lendemain 8 il entra au Conclave.
Le Cardinal Piazza , Evêque de
Faenza , y entra auffi fur les 8 heures du
foir ; il étoit arrivé le même jour à Rome.
Ledit jour 8 au matin , l'Ambaffadeur
de Venife fe porta avec tout fon cortege
au Vatican , pour avoir audience des
Chefs d'ordres. Les Cardinaux Paulucci
Acquaviva & Imperiali en faifoient les fonctions
; car il eft à remarquer que pendant
le Conclave , les Cardinaux , felon
leur rang , & felon l'ordre où ils font
font chacun à leur tour les fonctions de
Chefs d'ordres : les audiences fe donnent à
la porte dont le Marêchal a la garde.
L'on compte jufqu'à prefent 40 Cardinaux
renfermés dans le Conclave , & ainſi
pour faire un Pape , il faut 27 fuffrages ,
E ij
字串MERCURE LE
par ce que pour l'élection il en faut les 2
1
tiers & un de plus. Ce font les Cardi- naux fuivans
.
Cardinaux Evêques,
Tanara , Giudice , Paulucci , Barberini,
Cardinaux Prêtres.
Buoncompagni , Sacripanti , Corfini ,
Acquaviva , Ruffo , Spada , Gualtieri ,
Vallemani , Paracciani , Fabroni , Priuli ,
Conti , Gozzadini , Pico , Piazza , Zondadari
, Buffi , Corradini , Rohan , Tolomei
, Patrizzi , Nicolo Spinola , S. Agnefe
, Bentivoglio , Barbadigo , d'Althan ,
Salerno.
Cardinaux Diacres.
Pamfili , Otthoboni , Imperiali , Altieri
, Colonna , Albani , Orighi , Olivieri ,
Alberoni .
Le Cardinal Albani Camerlingue ayant
eu avis que les Laboureurs , & autre gens
faifant valoir les terres de la campagne
de Rome & des autres territoires de l'Etat
Ecclefiaftique , n'avoient point femé
la quantité de grains neceffaires , à cauſe
de la thortalité des bêtes de labour , fit ›
DE M.A Y.
53
i

publier un Edit en datte du z Avril
par lequel il ordonna expreffément à tous
ceux qui font valoir des terres , foit par
eux-mêmes ou autrement de rapporter
dans dix jours , pardevant le Sieur Prefet
de l'Annona pour les tenanciers de la
campagne de Rome , & dans zo jours
pour les tenanciers des autres territoires ,
pardevant les differens Gouverneurs Ecclefiaftiques
, un état des femences qu'ils
ont faites pour la recolte prochaine , &
de celles qu'ils doivent faire pour la récolte
de 172 , avec fermens de dire la
verité , le tout afin de pourvoir aux befoins
prefens & à venir.
Le 25 du même mois , il fit publier
des détentes à toutes perfonnes , de quelque
état & condition qu'elles foient , de
rien enlever de tout ce qui eft dans le
Conclave , foit devant , foit après l'élection
du Pape , rottamment de ce qui fe
trouvera dans la Cellule du Cardinal qui
fera élû Fait pareillement défenſes de
rien détourner de ce qui peut appartenir
à la Chambre Apoftolique.
Dès le 4 Avril , les Confervateurs de
Rome avoient ordonné aux Caporaux de
leur Milice , de leur rendre compte tous
les jours de ce qu'ils auront vû & obfervé
, foit de jour foit de nuit , dans la ville,
en y faifant leur ronde .
E iij .
54
LE MERCURE
Le vendredi 11 au foir , le Cardinal
Borromeo arriva à Rome , & alla defcendre
au Palais du Duc Rufpiglofi .
Le Samedi matin 12 , le fieur Falconiesi
Gouverneur de Rome, alla pour la premiere
fois , depuis le rétabliffement de la fanté,
au Vatican , pour y rendre compte au
Sacré College de l'état de la Ville & de .
tout ce qui s'y fait . On affure n'avoir jamais
vu de Conclave fe pafier d'une inaniere
plus tranquille. Il fut reçû au Tour
qui eft à l'escalier de Conftantin , &
dont le premier Confervateur de Rome
a la garde ce fut- là que les Cardinaux
Barberini , Ruffo & Altieri qui étoient
Chefs d'ordres ce jour- là , conjointement
avec le Cardinal Albani Carmerlingue ,
donnerent audiance au Sieur Falconieri..
Le même foir , environ les 7 heures , le
Cardinal Scotti , qui fe trouve remis de
fon indifpofition , entra au Conclave.
Pendant tous les jours de la femaine
Sainte , les Cardinaux n'ont pas difcontinué
d'aller au Scrutin ; ils y ont même
été le jour de Pâques.
Le Lundi 14 Avril , le Cardinal Saler
no le trouvant attaqué d'un mal de poitrine
, forțit du Conclave par l'avis des
Médecins.
Le même jour après le difner ,. l'ont
montra au peuple , dans l'Eglife de Saint
A
DE MAY.
Pierre , les Reliques à la maniere accoutumée
; ce qu'on omettoit pourtant de
faire pendant la vacance du Siege , pour
éviter le trop grand concours de peuple
qui s'y rend ; mais le bon ordre & la bonne
police d'aujourd'hui eft caufe qu'on n'a
point ufé de cette précaution .
Le même jour fur les 7 heures du foir,
le Cardinal Borromeo entra au Conclave
où il fut accompagné d'un nombreux cortege.
Ce Cardinal remplaçant le Cardi-
Hal Salerno qui en eft forti , il s'y trouve
actuellement 41 Cardinaux.
"
"
Le Mardi au foir 1 , avril , le Cardinal
Odefcalchi , Archevêque de Milan
arriva à Rome , fon frere le Duc de Bracciano
alla au devant de lui , & le conduifit
en fon Palais.
Depuis le jour des Rameaux jufqu'à ce
lui de Pâques , les cérémonies de la Chapelle
ont été faites au Vatican par le fieur
Olivieri Sacriftain du fea Pape ; ce fur lui
qui porta le S. Sacrement dans la Cha
pelle Pauline tous les Cardinaux affiftérent
à la Proceffion ayant chacun un cierge
à la main. De tous les Cardinaux , aucun
n'eft tombé malade au Conclave
que le Cardinal Salerno , le fieur Chiapponi
premier Maître des cérémonies , qui
y étoit entré incommodé , fut obligé d'en.
fortir ; il mourut la nuit de la feconde
E iiij
36
LE
MERCURE
fête de Pâques ; un Conclavifte du Cardinal
Orthoboni eft auffi tombé malade. Le
Cardinal Buffi vient de s'y trouver attaqué
d'un erefipclle .
Le Mercredi 16 , le Cardinal Odeſcalchi
, Milanois , du titre de S. Alexis , &
Archevêque de Milan , entra au Conclave.
Le Jeudi 17 , le Cardinal Caraccioli ,
Evêque d'Averfa , arriva à Rome dans les
carolles du Prince de Caferte , & alla defcendre
au Palais du Cardinal Imperiali .
,
Le Vendredi 18 au matin , le Cardinal
Orfini , Religieux de l'Ordre des Prefcheurs
, Sous-doyen du Sacré College
& Archevêque de Benevent , arriva à Rome
, & après avoir dit la Meffe à l'Eglife
de S. Philippe de Nery , il fe rendit au
Palais de l'Inquifition proche le Vatioù
s'étant habillé il alla droit à
Saint Pierre , pour y faire fa priere à la
Chapelle du S. Sacrement , à celle de la.
Vierge & à celle des Apôtres , & tout de.
fuite fur le tombeau du feu Pape Cle
ment XI , après quoi il prit le chemin
du Conclave , accompagné d'un nombreux.
cortege & d'une grande foule de peuples
qui l'avoit fuivi. Il fut reçû à l'entrée du
Conclave par le Sieur Rufpoli à la maniere
accoutumée , & au dedans par tous
les Cardinaux qui vinrent au devant de
lui pour l'embraffer..
DE MA Y. 57
Le même jour fur le foir , le Cardinal
Cienfuegos , Jefuite , arriva à Rome dans
les caroffes du Cardinal Althan , il alla
deſcendre au Palais du Marquis Aftalli ,
où il reçut fur le champ la vifite du Prince
Borghefe Viceroy de Naples , tout récemment
nommé à la place duCardinal Schrattembach
, qui doit fe rendre au Conclave
: Le Prince Borgheſe partit le même
foir pour aller le recevoir au paffage à fa
maifon de Frascati.
Le même jour le Cardinal Cornaro ,
Evêque de Padouë , arriva à Rome dans
les équipages de l'Ambaffadeur de Venife.
Le Sieur Folcari , Venitien , Auditeur de
Rote , avoit auffi envoyé au devant de
lui ; il alla defcendre au Palais de Saint-
Marc..
Le Samedy 19 du courant le Prince
Borghese nommé par interim Viceroy de
Naples , à la place du Cardinal Schrat
sembach , qui venoit au Conclave , partit
de Rome après avoir été voir les filles qui
font Religieufes au Monaftere des SS.
Dominique & Sixte , & rencontra en chemin
proche de Velletri , fur les fix heures
du foir, le Cardinal Schratrembach : ils defcendirent
tous deux de carroffe , & après.
les complimens ordinaires , ayant quelque
temps conferé enfemble , ils fe feparerent :
le Prince de Borgheſe continua fon che
33 LE MERCURE
min vers Naples , & le Cardinal s'achemina
vers Frefcati , où s'étant arrêté tout
le Dimanche 20 , il fe rendit à Rome le
lendemain avec trois carroffes à fix chevaux
, grand nombre de caléches & de
chariots de bagage , & un gros de Cavahers
qui l'accompagnoient. Il alla defcen--
dre directement chez l'Abbé Battiſtini fon
Agent , proche du Palais Farnéfe ; où il
reçut le même jour des complimens de la
part de tous les Cardinaux & des Princes
Monfieur Falconieri Gouverneur de Rome
alla le complimenter en perfonne , ce que
firent auffi plufieurs autres Prelats .
Le Cardinal Inigo Caraccioli , Evêquet .
'd'Averfe; entra au Conclave le Samedy 19
fur les fix heures du for.
Le même jour 19 le Cardinal Cornaro
arriva à Rome entre une & deux après
midi , & alla defcendre au Palais de Saint
Marc chez le Seigneur André Cornaro ,
Ambaffadeur de Venife , qui lui donna un
dîner fplendide. Son Eminence envoya
auffi -tôt l'Abbé Brtitti , Secretaire des Memoriaux
de l'Ambaffadeur , donner avis
de fon arrivée aux trois Cardinaux Chefs
d'Ordre , qui fe trouverent être ce jour- là
les Cardinaux Paulucci , Vallemanni ,
Orighi , & au Prince Chigi Maréchal du
Conclave fur les fept heures du foir elle
Le rendit au Conclave dans les carroffes
:
DE MAY.
رو
de l'Ambaffadeur , & y fut reçûe avec les
ceremonies ordinaires .
Le Cardinal Alvaro Cienfuegos , Evêque
de Catane , arrivé de Vienne à Rome le
Vendredi 18 , entra le Dimanche 20 au
Conclave.
Le Sacre College ayant fait prier l'Ambaffadeur
de Veniſe de ſe rendre à la porte
du Conclave pour quelques affaires importantes
qu'on avoit à lui communiquer ,
fon Excellence s'y rendit en grand équipage
le Lundi 21. Le Maréchal du Conclave
ayant ouvert la petite fenêtre par
laquelle les Cardinaux donnent audience ,
l'Ambaffadeur trouva les Cardinaux Chefs
d'Ordre qui l'attendoient : il complimenta
plufieurs Cardinaux , & entre autres les
Cardinal de Rohan , à qui il fit fon compliment
en François .
Le même jour deux Nobles Venitiens ,
qui vont joindre l'armée de la Republique
à Corfou par la voye d'Otrante , arriverent
à Rome & allerent defcendre au Par
lais de Saint Marc , où l'Ambaſſadeur de
la Republique les retint , voulant les loger
& les défrayer pendant leur fejour..
Le Cardinal Auguftin Cufani Milanois ,
du titre de Sainte Marie Del Popolo , &
Evêque de Pavie , étant arrivé le même
jour fort tard à la porte del Popolo , qu'il
trouva fermée , fut obligé de s'y arrêter
60 LE MERCURE
jufqu'à ce qu'on eût apporté les clefs ;
de forte qu'il étoit près de minuit quand
il entra dans Rome , il alla defcendre chez
le Marquis Lanci , à la place Colonne .
Le Dimanche 20 d'Avril on expofa
dans l'Eglife des Peres Capucins le corps
de la Ducheffe Bonelli de la Maifon de
Gonzague , morte à l'âge de 96 ans .
La Ducheffe Salviati eft accouchée d'un
fils , ce qui a caufé une grande joie à toute
fa Maifon.
Le Mercredy 23 d'Avril , M. M. Falconieri
Gouverneur de Rome , Cibo Auditeur
General de la Chambre Apoftolique
, Colligola Treforier General , & autres
Miniltres , allerent à l'audience du
Sacré College , & à la Rote des Seigneurs
Confervateurs .
Le même jour fur le midi arriva à Rome
le Cardinal Jean Antoine Davia Bolonois
, du titre de Saint Calixte , Evêque
de Rimini : il alla defcendre chez les Peres
Carmes de la Tranfpontine , d'où le
même jour fur les fix heures du foir , aprèsavoir
été à l'Eglife de Saint Pierre ,
entra dans le Conclave.
Il fut fuivi peu de temps après du Cardinal
de Schrattembach Alemand , du
titre de Saint Marcel , Evêque & Prince
d'Olmitz..
Le lendemain Jeudi le Cardinal AuDE
MAY . 61
guſtin Cufani , du titre de Sainte Marie
del Popolo , Evêque de Pavie , entra auſſi
au Conclave , & ce jour- là il fe trouva 49
Cardinaux prélens
auConclave, deforte que
pour faire un Pape il falloit 33 fuffrages.
L'Evêque de Cifteron , Miniftre de la
France à Rome , ayant fçû que quelquesuns
de fes
domeftiques avoient reçû quelque
gratification , trouva moyen d'en tirer
l'aveu d'eux - mêmes , fous pretexte de
vouloir remercier ceux à qui ils en avoient
l'obligation , & après leur avoir fait une
fevere reprimande fur cela, avec une défenfe
abſoluë de rien recevoir de perfonne , il
les obligea à rendre ce qu'ils avoient reçû.
Cependant quelques jours après il les
dé lommagea amplement de ce qu'il leur
avoit fait rendre , en leur donnant à chacun
un quadruple d'or , ce qui étoit plus
que ce qu'ils avoient reçû.
Le Jeudi 24 , les Seigneurs Confervateurs
du peuple Romain ayant commencé
leur marche par le Cours , firent leur
tournée par les rues de Rome avec une
fuite de neuf Caroffes precedez de leurs
Officiers . Le Chef des Connétables avec
les autres Capitaines eſcortoit le premier
Caroffe avec la Milice du Capitole , qui
accompagnoit les Caroffes fur deux files ,
le fufil fur Pépaule , & ayant leurs Officiers
à leur tête .
"
Il y avoit dans le premier Caroffe avec
LE MERCURE
le Seigneur Pierre Vitelaſchi Prieur des
Chefs de quartier , les Seigneurs Tiberio
Cenci , Ferdinand Bolognetti , & Camille
Capranica, tous Cavaliers tirez du nombre
des Quarante, & dans les autres les Seigneurs
Fontana , Tomafi , Alfaroli , Polidori
, Incoronati , Moroni , Gaballini &
plufieurs autres , deftinez à la garde de la
Ville.
Le 25 au matin M. Cervini Archevêque
de Thebes , & Vicegerent , celebra
dans l'Eglife Collegiale de S. Marc , une
Meffe baffe , après quoi s'étant revétu des
habits pontificaux , il alla de cette Eglife
à celle de S. Pierre avec la Proceffion de
tout le Clergé Seculier & Regulier , qui a
coutume de fe faire tous les ans. La Proceffion
paffa par les Cours du Vatican ,
dans l'une defquelles le Vicegerent s'étant
arrêté avec le Chapitre de Saint Jean de
Latran , fe mit à genoux , & entonna
le Veni Creator. Etant de là defcendu à
Saint Pierre , un Acolythe de cette Bafilique
donna le Benitier à un Diacre qui
affiftoit en dalmatique le Vicegerent , &
qui après s'être donné de l'Eau -benite à
lui- même , en donna au Chapitre de S.
Pierre & à tout le peuple.
Le Samedi 26 , arriverent à Rome les
Seigneurs Gradenigo Procurateur de Saint
Marc , & Capello , Nobles Venitiens , qui
Allerent defcendre chez l'Ambaffadeur de
DE MAY. 63
la République . Comme ils arriverent fort
tard , ils furent obligez d'attendre qu'on
eût été prendre au Conclave les clefs de
Ja Porte del popolo , qui ne fuft ouverte
qu'à minuit, Ces Seigneurs s'arrêteront à
Rome jufqu'à l'exaltation du nouveau
Pape , afin de fe trouver prefens à cette.
Ceremonie.
Le Dimanche 27 au matin partit de Rome
pour Naples avec l'agrément des Cardinaux
de Schrattembach . & d'Althan , le
Seigneur Hector Caraffe Duc d'Andrie fur
la nouvelle qu'il avoit reçue de la maladię
de la Ducheffe fa mere.
Le même jour fur les cinq heures du foir
arriva à Rome le Cardinal de Biffi , François
, Evêque de Meaux , qui prit fon logeinent
chez les Seigneurs d'Angeli proche
l'Eglife de l'Ange Gardien.
Le Comte François Ferdinand de Kinski
Confeiller d'Etat de Sa Majefté Imperiale ,
& Chancelier de Boheme , arriva le même
foir à Rome avec le caractere d'Ambaffadeur
extraordinaire de l'Empereur auprés
du Sacré College. Le Cardinal d'Althan
avoit envoyé les Caroffes audevant de lui.
Comme le feu Pape Clement XI d'heureufe
memoire s'êtoit aggregé dès le tems
qu'il étoit Chanoine de S. Pierre , à la Con.
frerie des Cent Preftres de Saint Michel)
proche le Seminaire de S. Pierre ; l'Abbé
64 LE MERCURE
Oward Chanoine de S. Pierre , fe tronvant
Prieur de cette Confrerie , lui fit
faire le lundi 28 un Service magnifique
avec une tres-belle mufique , & une reprefentation
fuperbe. M. Cenini Vicegerent
de Rome & Archevêque de Thebes ,
officia pontificalement à cette ceremonie.
Le même jour , après le Scrutin du matin,
le Cardinal Paracciani du titre de Saint
Anaſtaſe , & Vicaire de Rome , s'étant
trouvé indiſpoſé fortit du Conclave avec
fes Conclaviftes ; mais fon indipofition n'a
pas eu de fuite.
Le mardy 29 d'Avril le Cardinal de Biffi
entra au Conclave fur les fix heures du
foir, ayant été accompagné jufqu'à la porte
par un grand nombre de Prelats & de Nobleffe
Françoife.
Le Cardinal Sacripante fe trouvant dans
la Cellule num . 34. où eft la fameuſe Chapelle
de S. Pierre Martyr , fit orner magnifiquement
cette Chapelle le mardi 29
jour auquel l'Eglife honore fa memoire.
Tous les Cardinaux y vinrent faire leurs
ftations , & quelques-uns y dirent la Meffe.
Le même jour en l'honneur du même
Saint , les Confulteurs du Saint Office affifterent
dans l'Eglife de Sainte Marie fur la
Minerve à la Meffe , qui fut celebrée par
le R. P. Louis Lucini Commiffaire du
Saint Office.
Le
DE
65
MAY.
Le 30 , les Cardinaux Urfini , Priuli &
Pamphili finirent leurs fonctions de Chefs
d'ordre , & le lendemain les Cardinaux
Giudice , Conti & Outhoboni entrerent en
leur place .
Noms & âges de tous les Cardinaux
aujourd'hui vivans.
Noms
Ager
EVEQUES
Tanara 71
Orfini 73
Giudice 74
Paulucci 70
Pignatelli
70
Barberini
59
PRESTRES
Marefcotti 94
Buoncompagui
Sacripante
80
Cornaro
༦༣
Noailles 70
Corfini
69 .
Fieſchi 79
Acquaviva
56.
Ruffo
58
Spada 62
Gualtieri
62
Vallemani 73
Saffonia
553
66 • LE MERCURE
Noms
Paracciani
Fabroni
Priuli
Ages
75
70
53
Conti 66
Gozzadini 71
Pico
$ 3
Davia
61
Cufani 66
Piazza
59
Zondadari
56
Buffi
64
Corradini
Rohan
De Cunha
Schrattembach.
Tolomei
63
47
56
61
68
Odescalco 42
De Biffi
Innico Carraccioli .
Scotto
Nicolo Carracioli
64
79
65
63
Patrizi
63
Nicolo Spinola
63
Borromei
so
Cfacki 43
Potier de Gefvres.
64
De Mailli
63
Giorgio Spinola 54
Bentivoglio
De Bouffu de Chimay
54
45
67
DE MA Y.
Barbadigo
63
Belluga
58 Pereira
D'Althan
59
3.9
Salerno
SL
Borgia
$ 8 Cienfuegos S
DIACRES.
Pamfili 68
Otthoboni
54
Imperiali 70
Altieri
So
Colonna
Albani
Origo
Polignac
Schonborn
Olivieri
Marini
Alberoni
Nombre des fuffrages neceffaires pour l'Election
d'un Pape , en ſuppoſant le nombre
des Cardinaux entrez au Conclave,,
depuis foixante- neuf, juſqu'à quarantę.
Ee tiers de:
Jont
Election a
47
$ 6.
3.9'
6.5
60
45
63:
55
57
69
68
67
-66
65
235
2:2
22
2.2.
2.1
46
4.5
45:*
44-
انم
Fij
68 LE MERCURE
Le tiers de font
Election d
64
21
43
63
21 42
62
20 42
Gr 20
41
$99 19
40
58
19 39
57.
19
39 $6
1.8:
38:
55
18
37
54
18
37
53 17
36
.
$2
17 35 S
17 3155
16.
3:4 49
1.6
48
3-35
16
3.3
47
15% 3.2.
46
31. 45.
75 3914
44. 14 30
431 14 29
42. 14
2.93
41 137 28
40 13:
27
.DE MA Y. 69%
Lettre de M. Laurifol de de Laures ,
Medecin à Sainte Luirade d'Agenois
, écrite à M. Charbel ancien
officier de Marine , fur la Pefte ,
&fur les moyens de s'en preferver.
UELQUE envie que j'aye ,,
Monfieur , de faire tout ce que
vous fouhaités de moy , il n'eſt
pas en mon pouvoir de vous
fatisfaire , fur la maladie contagieufe qui:
fait de fi cruels ravages en Provence , &
qui allarme toute l'Europe . Comme je n'en
fuis informé que par les bruits vagues &
confus qui font parvenus jufqu'ici , je vous
prie d'attendre que des relations detaillées .
& exactes m'ayent mis en état d'en porter
un jugement ; en attendant , je vais vous :
dire ce que je penfe de la pefte en general,,
& vous indiquer les prefervatifs dont on
fe peut fervir pour n'être point attaqué
d'une auffi cruelle maladie.
1
La Pefte eft une maladie Epidemique ,
contagieufe & accompagnée d'un nombre .:
infin dé fymptômes , comme * bubons ,
charbons , & parotides , laquelle emporte
* Caractères de la peſte.
70 LE MERCURE
ceux qu'elle attaque en un , deux , ou trois
jours , morbus epidemicus eft , & contagiofus
innumeris fyniptomatis , bubone nempè ,
carbunculo , nec non parotide comitatus , omnes
penes jugulando , curriculumfuum primo,
vel fecundo , vel tertio die ad fummum terminans
. L'on ne diftingue la pefte de la
fievre peftilencielle , & la fievre peftilencielle
de la fievre maligne , qu'en ce qu'il
en meurt plus de la moitié de la fievre
peftilencielle , moins de la fievre maligne ,
& que de ceux qui font frappés de la
pefte , it en meurt plus des trois quarts.
elle
Vous aurés peut- être oir dire , Monfieur
, que la pefte vient ou de la malignité
d'un air infecté , ou par la communication
que l'on a avec des corps dans lequels
des molecules contagieux fe font nichés.
Dans l'un ou l'autre de ces deux cas ,
ne fe fait pas moins fentir par tour ou
elle eft repanduë ; cependant dans le dernier
, elle
peut ne pas s'étendre loin ; ainfi
on l'a vue fouvent terminer la violence
dans une contrée , quelquefois même net
pas fortir de l'enceinte d'une Ville *: il en
eft autrement quand le Seminaire peftilenciel
fe forme dans l'air , des exhalaifons
de la terre , ou qu'il y eft porté par les
vents des minieres d'arfenic ou de vitriol
alors il eſt très rare qu'il ne le répando:
Vuillis c. de peft
DE MAY. 70
dans les lieux circonvoilins , & de ceux là
plus avant , jufqu'à infecter des Provinces
& des Royaumes entiers , fans qu'on puiffe
Parrêter. Toutefois de quelque maniere
que ce malfi redoutable nous vienne , il
n'eft pernicieux au genre humain , & aux
animaux de toutes les efpeces , que par la
coagulation abfoluë , ou par la diffolution
entiere , dans l'une defquelles le fang tombe
; alors infailliblement l'effet du venin
eft de faire crouler le liquide , de conſumer
le feu central ou de l'étouffer , & de porter
le cangrenifine dans les folides d'ou
s'enfuit la mort.
*
En effet , le fang dans un état de dége
neration , devient ou plus fluide ou plus
épais ; & dans le cas de poifon , tel qu'eft
le germe peftiferé , il fe diffout ou fe
coagule abfolument à fon approche , fans
pouvoir l'éviter ; & par des effets ainfi
oppofés , il eft certain qu'on ne put juger
de la nature de la pefte ni de la caule
que par la coagulation ou la diffolution du
liquide ; mais on peut toujours vous dire
que le germe peftilentiel étant un poifon,
il . eft certainement ( pour caufer ces deux
effets formellement oppofés ) ou arfenical
ou vitriolique alkoolize , & qu'ainfi different
en efpeces , fous quelque regne qu'il
*La caufe de la pefte eft arfenicale ou vitrio
lique.
Y
72. LE MERCURE
puiffe paroître , il imprime dans une action
univoque au fang , ce caractere mortel de
diffolution ou de coagulation .
II eft donc plus d'une cauſe , & fçavoir
quelle des deux à prefent agit en Provence
avec tant d'empire , pour prendre les juſtes
mefures dans l'application des remedes , &
pour le fervir avec fuccès des prefervatifs ;
vous êtes hors de peine , du moment que
vous regardés que c'eft l'efprit arfenical
ou vitriolique alkoolize , qui caufe la degradation
entiere du fang dans ce tems de
calamité ; on en peut fi peu douter , ( 4 )
qu'une vapeur arfenicale paffant par la ref
piration , porte dans le fang. l'incendie ,
& les funeftes effets d'une totale diffolution
, dans le tems que le vitriol cohobé
& rectifié , pouffé dans les veines , ou
refpiré dans des lieux ( 6 ) profonds & glacans
, vous fuffoque fur l'heure par la fixarion
entiere de la maffe liquide. Fondé fur
des principes fi folidement établis , vous
n'auiés plus de difficulté dans le parti que
vous aurés à prendre , mais auparavant que
d'en venir là , vous exigerés de moy que
je m'explique tant au fujet de la pefte para
Lettre de M. Labroffe fur la fièvre maligne
dans le Merc. Gal. Novembre 1695 .
b Relation au fujet d'un accident`arrivé aur
Fauxbourgs de fainte Sabine de Troyes, dans le
Merc. Gal . de Mars 1694.
ticuliere
DE MA Y.
ticuliere que generale, comme quoi ſouvent
elle ne fort pas de l'enceinte d'une Ville
d'une contrée , que d'autres fois elle s'étend
loin ; & qu'enfin , ce qui est très fin-"
gulier , elle peut nous être portée des païs
étrangers ; je vay vous fatisfaire fur tous
ces points.
Pour commencer , je dis , ( que la peſte
(a) nous foit portée ou non ) qu'il peut
fe nicher dans des ballots , ou s'accrocher
aux habits & dans des hardes , ( de même
que la pouffiere ) des corpufcules arſenicaux
ou vitrioliques , extraordinairement
rafinez , qui ſuivant le caractere mal faifant
d'un air difpofé à les revigorer, fe
lancent brufquement , & font fentir à ceux
qui les reçoivent par la refpiration , les
brufques & mortelles attaques d'un venin
conſommé ; mais de quelque maniere qu'il
en foit , que le feminaire peftilenciel s'eleve
des entrailles de la terre , ou qu'il foit
pouffé par les vents , des minieres d'arfenic
ou de vitriol , il ne manque jamais
d'agir ou comme ferment particulier , ou
comme ferment univerfel ; & par là devenant
une caufe particuliere ou une.
caufe generale , fait que la pefte s'arreſte
en certains endroits , comme dans fon
centre , ou qu'elle fe répand par tout ; &
voici comme cela fe fait.
* La peſte eſt generale ou particuliere.
G
74 LE MERCURE
Suppofons , comme il eft vrai , qu'une
infinité de colonnes d'air pelent de concert
fur une ville , fur quelque autre endroit
; que ces colonnes foient inflexibles
par rapport à celles qui les avoifinent , &
ne plient que par rapport à elles- mêmes :
cela polé , je dis , foit qu'il s'eleve du ſein
de la terre des fels & des fouphres differemment
combinez , pour prendre une
tournure à diffoudre ou à coaguler ; ou que
ces corpufcules , ces embrionemens foient
portés par les vents ou par des marchandifes
ou autres effets ; que les colonnes d'air
ne donnant point ſur les voiſines , & l'atmosphere
fe trouvant dans le calme , les
exhalaifons des fels & des fouphres font
fous leur pefanteur , alors infiniment plus
elaftiques , comme dans un feu de reverbere
, qui par des cohobations & des calcinations
les afine & les fpiritualife : cohobations
& calcinations à la verité tres- in/enfibles
par rapport à nous ; mais en revanche
tres fenfibles & tres - vives , par raport aux
feminaires peftilenciels , à l'occafion de
quoi il est plus alkoolifé , par cet endroit
rendu plus fel , plus mineral , & plus en
état de tout fracaffer. De là il n'est pas
furprenant que ceux d'une ville , d'une
contrée , periffent fubitement . On eft entre
deux fers , & le venin plus ferré & plus
* Raifon de la pefte particuliere.
DE MAY. 73
preffé par la ſtabilité des colonnes d'air ,
eft plus feur dans fon action , vis unitafit
fortior.
Mais du moment le calme ceffé , que les
* colonnes d'air perdent leur concert par
les fecouffes d'un vent impetueux , la dé
bande prévaut , les colonnes voifines ce
dent , le germe peftiferé enfile les vuides
& fuit le penchant. Voila pourquoi le mai
fe communique d'un lieu à un autre , plus
avant , felon qu'il trouve plus ou moins de
refiftance , par le plus ou le moins de fer
meté de la part des colonnes d'air qu'il
rencontre fur fon chemin ; & laiſſant ainfi
par tout les funeftes effets de la contagion,
devient une pefte gènerale.
J'en aurois pour longtems , Monfieur ,
fi je fuivois cette idée ; mais pour ne pas
paffer les bornes que je me preferis toujours
dans mes lettres , je me tais fur bien
des chofes , pour ne plus vous entretenir
que des moyens d'éviter cet épouvantable
mal ;& pour y réuffir avec plus de fuccès ,
comme tout est équivoque dans tout ce
qu'on prétend devoir préſager la peſte , &
(b) quan ne peut rien affurer fut de tels
fignes, puifqu'on les voit tous arriver les
uns après les autres , ou plufieurs enfem
ble, fans être fuivis de mauvais évenemenr,
Raifon dela pefte generale.
• Point de fignes affures four préfager la pefte,
Gij
76 LE MERCURE
il faudroit fur-tout fçavoir quel eft l'état
du fang fous ce fleau , chaque degeneration
demandant une maniere particuliere de
pratique qui lui eft convenable , foit pour
l'éviter , ou pour le vaincre , dès qu'on fe
trouve pris dans cette vûe , je dis que fi
le fang tombe dans la diffolution , qui eft
l'effet univoque d'une vapeur arfenicale
répandue dans l'air , on doit employer les
(4) rafraichiffans pour guerir , ou pour être
préfervé ; au lieu que fi l'acide coagulateur
tient le Bureau , le fang prenant alors une
degradation oppofée , on ne peut fe difpenfer
d'ufer de volatiles & de fondans , pour
prevenir le mal , ou pour l'affujettir , pour
s'en garantir , ou pour s'en délivrer.
Et pour faire les chofes avec methode &
felon ma connoiffance , voici le point décifif
dans tous les cas , fur lequel tout doit
rouler ; c'eft fur le ( 6) pouls , qui eft la
bouffole pour nous conduire à bon port ,
& fans le perdre de vûe , foit dans la diffolution
, foit dans coagulation ; il eſt mauvais
& mortel dans la coagulation (c) , ſitôt
qu'il devient petit & preffé , de même que
dans la diffolution , du moment qu'il eſt
plein & vigour ux ; car comme le pouls
bien cadencé , fort & ſemblable à celui de
a Idée pour la pratique.
b Le point decifif pour la vie ou pour la mort.
Signes pour faire ou ne pas faire des remedes.
DE MAY. ブラ
l'état ſain , eſt un figne d'un entier atter
rement de forces dans la diffolution , le
pouls petit & preffé dans la coagulation eft
une marque infaillible d'une prompte morts
& de fait , fi dans la diffolution , la cadence
du pouls prouve l'épaiffiffement du
fang débaumé ; fa petiteffe & fon abaiffement
dans la coagulation nous eft d'une
preuve que la maffe liquide eft dans une
fonte achevée ; ainſi qu'on le voit dans le
lait caillé à l'excès , qui paffe tout enſerum,
effets tres- funeftes dans tous les cas toujours
devancés par une mortelle indiffe
rence & une infenfibilité pour toutes choſes
de la part des malades ; ce qui doit faire
fentir qu'il n'eft point de remedes (4) à
faire que dans des cas oppofés ; c'eft pourquoi
dés les premiers momens , les forces
étant bonnes dans la diffolution , on ne
fauroit manquer , fi on fe fert d'une ou
de deux fortes faignées au bras (b) , toujours
foutenues par des juleps rafraichiffans
, & des tifanes incraffantes priſes à
grands verres ; alors il n'eft pas queſtion
de purger , moins encore de pouffer par
vomiffement ; on ne le doit faire qu'aprés
le danger , qui eft ce tems qu'on appelle
l'état de la maladie ; autrement ce feroit le
le
a Pratique la plus conforme à la raifon & la
plus affurée.
Sydenham. c. de peſt.
G iij
78 LE MERCURE
veritable endroit de confumer dans le fang
un refte de feu centrique, & d'anéantir l'efprit
de régeneration ; il n'en eft pas de
même dans le tems de coagulation , file.
pouls eft plein , les forces ne font pas abfolument
diffipées , & dans le moment on
doit faigner au pied , s'il ne paroift ni vomiffement
, ni cours de ventre ( car alors
il n'est point de remede ) & appuyer fur
le champ cette operation par l'émetique
doux & moderé , ou par le purgatif , fuivant
le befoin , foutenant le tout par des
verres de potions cordiales , abforbantes
& attenuantes , & non à cuillerées , occafio
praceps ; & felon le bon effet de ces remedes
, repurger ou émetifer , ou longues
tifanes laxatives , fuivant que l'occurrence
du tems le demande.
Mais ce n'eft pas fur quoi il faut le
plus fe fonder , il eft queftion de ne pas
tomber entre les mains du Médecin , &
de fe prémunir contre un mal fi dangereux
vous le ferés utilement , fi tous
les matins dans le cas de diffolution , vous
prenés un grand * verre de Limonade à
deux heures après midi , un fecond & un
troifiéme en vous couchant ; il s'agit de
bien cimenter le fang , & de le tenir dans
une étroite tiffure ; les amandes , les avenats
, l'ufage des citrons , dans tout ce
* Preſervatif dans le cas de diſſolution.
DE MAY.
que l'on mange ; les grofeilles , le vin d'u
ne bonne confiftence , & en general tous
les acides moderés , font dans cette rencontre
de fort bon aloi. De plus , il faut
ne fe communiquer que rarement , fe re

jouir & être réglé dans le manger ; ne
faire aucun exercice violent ; ne pas làcher
la bride à fes pathuns , & fur-tout
ne pas craindre ; loin de nous cette terreur
panique , fi ordinaire dans cette occaſion:
d'en avoir , c'est être à demi batu ; * enfin
, il eft bon de fe parfumer , & le lieu'
oùl'on eft , avec du fouphre ou de la pou
dre à canon , & flairer fouvent de l'efprit
de vitriol , d'alun , de fouphre ou du vi
naigre.

Il n'en eft pas de même dans le tems
de coagulation ; ce qui eft excellent dans
le cas precedent , joueroit dans celui - ci de
mauvais tours ; & par là au lieu d'incraf
fans on doit mettre en ufage les délayans
pour cet effet , il faut prendre
tous les matins une forte prife de Theriaque
avec un verre de Quinquinna
infufé dans l'eau de chardon benit ; une
heure avant le difner , un bon gobelet de
caffé bien chargé ; aprés le difner, un fe
cond , & au coucher , une groffe doſe d'extrait
des bayes de genevrier , & fouvent
*
Vuillis c. de peſt.
Prefervatif dans le cas de coagulation.
G iiij
80 LE MERCURE
une taffe de chocolat . Au refte , point de
viandes groffieres ; s'abften: r de boire à la
glace ; prendre de tems en tems les orges
narcotiques , pour empêcher le relâ
chement des premieres voyes dont les fucs
n'ont pour l'ordinaire que trop de penchant
dans le cas de coagulation . Aprés
aela , il eft bon pardeffus le tout , de parfumer
toutes les avenues des apartemens
& aux fenêtres , avec de l'encens , de
l'eftorax , d'aloës , de benjoin , de mirrhe
, tantôt de l'un , tantôt de l'autre , &
avec des branches de genevrier qu'il faut
faire brûler devant les portes des maiſons
& fous les cheminées ; & au défaut , on
employe toutes les autres plantes odorife
rantes flairer fouvent de l'efprit volatile
de fel armoniac ; & à l'alternative , de
baume du Pérou & de l'Eau de la Reine
d'Hongrie.
Ce n'eft pas que je ne puffe encore
vous faire part à ce fujet d'une eau antipeftilencielle
, que je tiens de bon endroit
, experimentée en bien des occafions
avec un heureux fuccés , fur-tout dans la
neceffité où l'on fe trouve ſouvent de fe
produire pour vaquer à fes affaires ; je me
reſerve, à vous en apprendre la compofition
à notre premiere vûë , pour ne pas
vous laffer davantage par la lecture d'une
lettre qui vous paroît déja trop longue ,
quoique trés fuccincte .
DE MAY.
Aprés cela , que me refte t-il à vous
dire , que je ne vous aye dit ? je me ſuis
enfermé dans mon cabinet ; j'y ai veillé ;
j'ai ouvert & fermé mes livres , pour tra
vailler à la confervation de votre vie , qui
m'eft plus chere que la mienne : Je fouhaiterois
être plus habile , afin de vous
donner des confeils plus falutaires , & qui
puffent égaler l'attachement fincere avec
lequel je fuis :
RENTRE'E DES
VOTRE , & c.
ACADEMIES.
E 22 Mars 1721 l'Academie des Inf-
Lipt
criptions & Belles Lettres , fit la rentrée
, dans laquelle le P. Dom Bernard de
Montfaucon prefida . M. de Boze Secretaire
perpetuel de cette Academic , & de
l'Academie Françoife , y lut deux éloges :
le premier fut celui de feu M. l'Abbé Renaudot
, celebre par fa grande érudition
dans les Langues Orientales : le fecond
éloge roula fur le merite & la capacité de
feu M. Foucault Confeiller d'Etat , Intendant
à Montauban , puis à Pau , & enfin
à Caën.
Monfieur Lancelot lut une Differtation
fur les fept merveilles du Dauphiné. L'Auteur
après en avoir fait des deſcriptions
82 LE
MERCURE
exactes , prouva dans' ſa Diffettation qu'elles
ne font rien moins que des merveilles.
M. Racine fit enfuite lecture d'une
Differtation fur la Poëfie ; dans laquelle il
prouva que l'enthouſiaſme eft de l'effence
de la Poëfie , & que ce que les Anciens
regardoient comme une infpiration des
Mufes , n'étoit autre chofe qu'un mouvement
fubit & violent des efprits animaux
excitez par les paffions d'amour , de gloire ,
de colere , & c .
>
Le 23 l'Academie des Sciences fit fa
rentrée , M. de Fontenelles y lut un Eloge
de feu M. le Marquis de Dangeau , dans
lequel il fit beaucoup valoir le caractere
galant & poli de ce Seigneur , fur- tout
fon talent pour le jeu , & fon Algebre naturelle
qui lui faifoit faifir les inftans heureux
de la fortune , pour l'empêcher de
jouer en dupe , quoi qu'il jouât en honnête
homme. Après cet Eloge , M. de Fontenelles
lut celui de M. des Billettes , affocié
Mechanicien. C'éroit , dit M. de Fontenelles
, un excellent Inventeur de Machi-'
pes. Un feul jour de la vie de M. des
Billettes étoit femblable à tous les autres
par fa pieté , fa grande fimplicité , & par
fon amour extrême pour le bien public.
M. Helvetius fils , lut enfuire une Differtation
Anatomique fur les trois membranes
des inteftins.
DE MAY.
T
DISSERTATION
de M. Petit , fur les luxations on
déplacemen's de quelques membres.
Es os démis ou caffez font un
genre de maladie Chirurgicale ,
anquel on a remedié de tout
temps ; mais ce n'a pas été avec
le même fuccès , les Chirurgiens d'apreſent
ont porté leur Art fi loin , qu'ils pour
roient reprocher au public fa prévention
pour les Bailleurs , fi les perfonnes capables
de juger fainement ne leur rendoient
justice . Ces Juges. éclairez font perfuadez
que par ignorance , ou par malice , les Renoueurs
Charlatans font paffer pour fracture
de fimples contufions , & les moindres
detorfes pour des os démis , & que
c'eft par là qu'ils fe font acquis cette frau-'
duleuſe reputation qu'on ne détruira jamais
, puifque leur mauvaiſe foi lui a
donné naiffance , & que l'ignorance & la
credulité du peuple l'entretiennent .
La Chirurgie qui fe pratique fur les
os , ne demande pas moins de fcience que'
celle qui fe pratique fur les chairs , il faut
fçavoir parfaitement l'Anatomie , & avoir'
du moins une teinture des Mechaniques'
$4 LE MERCURE
pour entreprendre de remettre les os fracturez
ou démis ; cette opération s'execute
par trois mouvemens qui font l'Extenſion ,
la contre- Extenfion , & la Gonformation.
Pour faire l'Extenfion on tire le membre
démis en l'éloignant du corps.
Pour faire la contre-Extenfion il faut
tenir fixes le corps & la partie d'où l'os
eft forti.
La confirmation eft le mouvement qui
conduit l'os démis dans fon lieu naturel ;
on ne le fait que lors que l'Extenfion &
la contre- Extenfion font achevées , & l'on
n'eft pas toujours obligé de le faire , parce
que les deux premieres operations étant
bien faites , l'os fe replace fouvent comme
de lui même par la feule contraction des
muſcles.
Pour executer les deux premieres ope
rations , les mains de plufieurs perfonnes
placées ( comme il convient ) font quel
quefois fuffifantes , &-tirent affez ; d'autrefois
on applique des liens , dont on multiplie
les branches pour multiplier les :
mains , & par confequent les forces ; mais
comme il y a des fractures & des luxations
pour lesquelles les mains , les lacs
ou liens font infuffifans , on a eu recours
aux machines. Il y en a une dans les Memoires
que j'ay donnée en 1716 , mais .
depuis , l'experience m'a fait connoître plu.
-
DE MAY.
heurs defauts , & j'ay cru faire plaiſir au
Public en lui faifant part des corrections
que j'y ay faites. Je l'ay rendue plus portative
, plus facile à manoeuvrer , & plus
propre à executer les opérations auxquelles
elle eſt deſtinée .
Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on a inventé
des Machines pour la reduction des
os.Nous avons l'Ambi & le Banc d'Hippos
crate , dont on s'eft fervi pendant plufieurs
fiecles , & qui ont été perfectionnez par
une infinité de grands Chirurgiens ; feu
Monfieur Michau avoit mieux réuffi qu'au
cun , mais fa machine ne rempliffoit pas
encore toutes les intentions qu'on peut
avoir.
En 1701 je travaillay à corriger le
Banc d'Hippocrate , avec quelque fuccès ,
malgré cette correction j'y reconnus tant
de defauts dans l'épreuve que j'en fis fur
une luxation de la cuiffe ; que je me déterminay
à conftruire une nouvelle Machine
; je la donnay au Public en 1705 ,
avec un Traité des maladies des os . Dans
un Cours public que je fis à Saint Cofme en
1706 , j'expofay cette Machine que j'avois
corrigée pour la feconde fois , elle m'a fervi
avec fuccès pendant plufieurs années ,
mais les reflexions fur une pratique continuelle
my firent faire nombre d'obfervations
, & je la croyois à ſon dernier
86 LE MERCURE
degré de perfection , lorfqu'en 17 : 0 une
luxation du bras , ancienne de fix mois ,
me refifta , je connus la caufe de cette
refiftance , j'ajoutay une piece qui me fit
réullir le lendemain .
En 1716 je la donnay à l'Academie ,
elle eft dans les Memoires de cette année ,
je m'en fuis fervi avec fatisfaction juſqu'à
ce que de nouvelles difficultez le foient
prefentées dans des cas que je n'avois pû
prévoir , ce qui m'a fait faire de nouvelles
corrections dans celle que je préfente
aujourd'hui , elle raffemble les proprietez
de la premiere , & beaucoup d'autres que
je détailleray dans la démonſtration que
j'en vais faire fur le fujet même..
Toutes ces corrections fucceffives font
bien voir qu'il faur paffer par des degrez
pour arriver à la perfection , & que le
parfait dans les ouvrages des hommes
n'eft qu'une chofe relative : je ne liray
point la Defcription , de peur d'ennuyer .
Cette Machine n'a point les defauts du
Banc d'Hippocrate , elle eft portative , &
le Banc d'Hippocrate fait la charge de deux
hommes ; le malade n'eft point effrayé
par un bruit de ferraille dont le Banc
d'Hippocrate eft conftruit ; celle - ci a
bien plus de force , & l'on le rend maître
de cette force par une rouë à rochet
ou dentelée , qui femble en mesurer les
DE MAY. 87
degrez cerre force agit & fe partage
également tant pour tirer l'os démis , que
pour retenir ou répouffer la cavité d'où
Pos eft forti , & on peut la proportionner
à la force ou à la foiblefle des fujets , &
à celle des muscles ou tendons des parties
que l'on veut remettre. Elle fert aux
fractures & luxations , à celles où les
membres font allongez , comme à celles
où ils le trouvent racourcis .
40
Extrait de la Differtation de M.
Delifle premier Géographe du
Roy , fur l'expedition du jeune
Cyrus , contre fon frere Artaxerxés
, & fur la retraite des
dix mille.
Lue à l'Académie le 23. Avril.
E Roy dans le progrès de fes
études étant arrivé à la lecture
de Xenophon , les perfonnes illuftres
qui ont foin de l'édu
cation de Sa Majefté ayant demandé à
M. Delifle une Carte où l'on pût fuivre
cer Historien plus exactement que fur les
Cartes ordinaires, il a eu l'honneur d'en
63 LE MERCURE
prefenter au Roy une de fa façon qui n'a
pas encore été publiée , & dont il donne
un précis à l'Académie , accompagné des
raiſons qui l'ont determiné à s'éloigner de
l'opinion commune.
Xenophon qui nous à décrit l'expedition
de Cyrus étant du nombre des dix
mille Grecs qui fervirent ce Prince contre
fon frere Artaxerxés , & étant même devenu
un de leurs premiers Chefs fur la
fin de leur retraite , on ne peut pas raifonnablement
revoquer en doute l'exactitude
de ce qu'il rapporte fur les diftances
des routes que l'armée a parcourues
ni fur l'étendue des Pays qu'il a traverſez,
d'autant plus que fes defcriptions font trés
bien circonftanciées. Il marque avec foin
la nature du pays , il décrit les plaines ,
les montagnes , les deferts & ce qui s'y
trouve ; il marque les Villes , les Châteaux
& les moindres villages dont il fpecifie toutes
les particularitez : Il donne même la largeur
des rivieres , & les diftances d'un
lieu à l'autre , non feulement par le tems
que l'armée avoit employé à s'y tranſporter
, mais auffi en fpecifiant ces diſtances
en ftades , qui étoient la meſure des Grecs
& en parafanges qui étoient & qui font
encore les lieues de Perfe. D'ailleurs les
diſtances totales qu'il donne des endroits
les plus éloignez , s'accordent fi bien avec
>
les
DE MA Y. 89
les diftances particulieres de fes journées,
qu'on ne doit pas le foupçonner d'erreur.
M. Delifle trouve auffi ces diſtances
proportionnées à l'étendue de ces Pays
Orientaux determinées par les obfervations
Aftronomiques .
Il rapporte ces obſervations , dont la
plûpart font de feu M. Chazelle de l'Académie
Royale des Sciences , qui eut en
1693 un ordre du Roy de paffer au Levant
pour y faire les obfervations neceffaires
, pour perfectionner en même-tems.
P'Aftronomie & la Géographie. Il obſerva
la hauteur du Pole d'Alexandrete , & donna
le moyen d'en déterminer la longitude
fi effentielle à la Géographie & à la Navigation
, cette ville étant fituée à la partie.
la plus orientale de la mediterrannée . Il
détermina aufi la hauteur du Pole de
Khodes , la longitude & la latitude de
Conftantinople.
M. Delifle rapporte auffi les Obfervations
du P. Feuillée faites à Smyrne , &
celles du P. Beze à Trebizonde , les unes
pour la longitude de cette premiere ville,
& les autres pour la latitude de la derniere.
C'eft par la comparaiſon que M. Deliſle
a faite de toutes les obfervations avec la
route des dix mille décrite par Xenophon,
qu'il a reconnu la conformité de
H
90 LE MERCURE
lear réfultat avec les diftances rapportées
par cet Auteur ; car il trouve que la
diftance d'Ephefe , lieu du départ de l'armée
, jufqu'aux portes de Syrie , eft égale,
fuivant Xenophon , à celle de ces portes
jufqu'à Babylone , & il trouve auffi par les
Obfervations de l'Académie , autant de
distance entre Smyrne près d'Ephefe &
Alexandrete près des portes de Syrie ,
qu'il y en a entre cette derniere ville &
Bagdad , fituée dans le voifinage de Babylone.
Il eft vrai que nous n'avons d'obfervations
en cette ville que la latitude obfervée
par les Aftronomes Arabes ; mais
Texeira premier Géographe du Roy de
Portugal , y tuplée par la route qu'il a
faite & qu'il décrit exactement depuis
Bagdad jufqu'à l'extremité de la Syrie.
Il en eft de même de la route des dix
mille après la mort de Cyrus ; car M.
Delifle trouve que les diftances particulieres
de cette fameufe retraite fe rapportent
, eu égard aux détours du chemin ,
aux latitudes obfervées de Bagdad & de
Trébifonde , cette derniere place étant
fans difficulté l'ancienne Trapezus , la
premiere Colonie Grecque que l'armée
trouva en fortant des terres ennemies.
Il reste une grande difficulté qui confifte
en ce que ces distances comparées avec
DE MAY.
l'on a
les obfervations éxigent un rapport avec
le degré très éloigné de celui que
fuppofé jufqu'à prefent.
Mais M. Delifle leve la difficulté , en
fuppofant que les anciennes mefures des
ftades & des parafanges étoient beaucoup
plus petites dans la haute antiquité , que
du tems des Romains.
Il
appuye fon opinion par la meſure
de la Terre donnée par Ariftote , qui vivoit
300 ans avant l'Ere, Chrétienne , & qui
fe rapporte
à fa fuppofition
.
M. Duval , Géographe du Roy , avoit
publié en 1653 , une Carte de l'expedi
tion de Cyrus , mais il avoit étendu les
Pays foumis à l'Empire des Perfes au double
de la grandeur qui refulte de ces obfervations.
Suivant cet Auteur , l'armée
auroit fait 500 lieuës plus qu'elle n'en a
fait effectivement , & l'Afie mineure contiendroit
1500 lieues quarrées au lieu de
600 qu'elle doit avoir par les Obſerva .
tions faites à Conftantinople , à Trebifonde
, à Smyrne & à Alexandrete qui
font aux 4 extremités du Pays.
Nos critiques trouvent auffi beaucoup
de difficulté à décrire exactement les environs
du lieu où s'eft donnée la bataille
dans laquelle Cyrus fut tué.
En effet , il eft d'autant plus difficile
de fe former une jufte idée de la fitua-
Hij
22 LE MERCURE
tion du foffé que le Roy Artaxerxés avoit
fait creufer exprés pour arrêter l'armée de
Cyrus , des murs de Medie qui avoient été
conftruits pour mettre les Babyloniens à
couvert des infultes des Medes , dans le
tems que ces deux peuples étoient ennemis
, & des 4 canaux tirés du Tigre ; que
ces fortes d'ouvrages étant fujets au changement
, on en trouve rarement des traces
dans les tems pofterieurs .
Mais M. Delifle en ayant trouvé des
veftiges dans ce que Zozime & Ammian
Marcellin rapportent à l'occafion de l'expedition
de Julien l'Apoftat dans les mêmes
endroits .
Il s'eft trouvé en état par ces recherches
& par celles qu'il a faites dans les
Auteurs Arabes , d'expliquer à la lettre la
route de Cyrus dans ces endroits , ce qu'on
n'avoit pû faire jufqu'ici ,
Une autre difficulté roule fur les rivieres
principales que l'armée Grecque trouva
fur la route. Car fuivant les notions que
nous avons euës jufqu'à prefent des fources
& du cours de l'Eufrate , du Tigre & du
Phafis , il auroit fallu , en fuivant Xenophon
, que les dix mille euffent été chercher
la fource du Tigre au deffus d'Amide,
nommée aujourd'hui Diarbekir , de là
celle de l'Eufrate prés d'Erzerom ; de là
enfin la riviere de Phafis en Colchide.
DE MA Y
93
C'eft ainfi que M. Duval a exprimé cette
route fur fa Carte ; mais cette explication
eft non feulement hors d'apparence , mais
tout à fait contraire aux diftances & aux
autres particularitez rapportées par Xenophon.
Car les dix mille ne pouvoient aller de
l'entrée des Carduques , qui font les Curdes
d'aujourd'hui , jufqu'à ces fources du
Tigre , qu'ils ne tournaffent vers l'occident ;
au lieu que Xenophon les mene au feptentrion
; & des fources de l'Eufrate pour
gagner les Colonies Grecques fituées fur
les bords du Pont Euxin , ils n'avoient pas
befoin d'aller en Colchide chercher le Phafis
, pour aller attraper la ville de Trebifonde
, d'autant plus qu'il leur auroit fallu revenir
fur leurs pas .
M. Delifle ayant examiné dans les Auteurs
anterieurs & pofterieurs à Xenophon ,
pour voir s'il n'y avoit rien d'équivoque
fur les fources & fur le cours de ces Rivieres
, a trouvé que Ptolemée dans fa defcription
de l'Armenie décrit une branche
de l'Eufrate autre que celles que nous
connoiffons près d'Erzerom , & dont il met
la fource éloignée d'environ so lieues des
premieres vers l'orient d'hyver. C'est cette
derniere fource qui lui paroît être celle
dont il s'agit dans Xenophon , d'autant plus
qu'elle eft au feptentrion des Carduques ,
comme cet Auteur l'indique.
94 LE MERCURE
·
M. Delifle prouve par Herodote , liv . s .
qu'il en eft de même du Tigre , dont la
fource que nous connoiffons ne convient
pas non plus à la route des dix mille. Car
cet Auteur décrivant la route de Sardes à
Safe , Capitale de l'Empire des Perfes , dit
qu'on paffe l'Eufrate , au lieu où il fepare
la Cilicie de l'Armenie. Qu'aprés cela traverfant
l'Armenie , le premier fleuve que
l'on paffe eft le Tigre ; que le fecond &
le troifiéme portent aufli le nom de Tigte ,
quoiqu'ils ne foient pas les mêmes , &
qu'ils ne viennent pas d'une même fource.
M. Delifle a reconnu ces deux dernieres
branches du Tigre dans le Geographe
de Nubie , quoique fous d'autres noms , &
le plus oriental de ces trois Tigres lui a
paru être celui dont Xenophon nous parle
d'autant plus qu'il eft précisément fitué à
l'endroit où il eft defigné par la route de
l'Armée .
L'impoffibilité d'expliquer la même
route par le Phafis de Colch de a engagé
pareillement M. Delifte de chercher une
feconde Riviere de Phafis. Il croit l'avoir
trouvée dans Procope & dans les oeuvres de
l'Empereur Conftantin Porphyrogenete.
En effet, ce Prince rapporte que le Phafis
coule dans le voisinage de la ville de Theodofiopolis.
Or comme Procope met cette ville à 42
DE MAY
95
ftades où une grande lieue au midy des
fources de l'Eufrate , & que l'Empereur
Conſtantin ajoute que le Phafis fervoit de
bornes entre fon Empire & l'Iberie ; que
d'ailleurs ce fleuve portoit auffi le nom
d'Erax ; la proximité de ce nom avec celui
d'Araxe , & les autres particularitez rapportées
par ces deux Auteurs , dont aucune
ne convient au Phifis de Colch de qui
tombe dans la Mer Noire , détermine M.
Delifle à croire que le fleuve Araxe qui
tombe dans la Mer Cafpiene , eft la même
Riviere que Xenophon appelle Phafis ,
d'autant plus que ce paffage fi difficile à
entendre dans cet Auteur , s'explique par
là à la lettre , & que dans le voisinage
de la même Riviere , les Grecs en pafferent
une autre nommée Harpafus , que nos
Voyageurs connoiffent encore aujourd'huy
fous le nom d'Harpafou , & qui fepare les
Terres du Grand Seigneur de celles du Roy'
de Perſe .
M. Delifle prouvé enfuite la fituation
des autres Rivieres , comme de celle de
Zabatus , où les Capitaines de l'Armée
Grecque furent maffacrez par la trahiſon
de Tiffaphernés , celle de l'Araxe de Mefoporamie
, & celle de la Riviere de Chalus
fur les bords de laquelle étoient fituez les
Villages appartenans à la Reine Paryfatis
mere de Cyrus.
96
LE MERCURE
fe
Il paffe de là aux autres difficultez qui
trouvent dans Xenophon fur la fituation
des Pays que les Grecs ont traverfés , fçavoir
de la Phenicie , de la Syrie ; de l'Arabie
, du defert d'Arabie , de la Colchide &
de la Paphlagonie .
Il parle enfuite des peuples aufquels
l'Armée Grecque eut affaire , & en determine
la fituation par la route des dix mille
entr'autres celle des Carduques , qui furent
ceux qui leur firent le plus de peine , quoiqu'indépendans
& ennemis des Perles ,
celle des Tibarenes qui font nommez dans
la diftribution que Darius fit de fon Empire
en 20 Satrapies ou Gouvernemens , &
celle des Chalybes , que Xenophon dit être
les plus braves de tous les Barbares qu'ils
virent.
Enfin il finit par les recherches qu'il a
faites fur la fituation de la Ville Royale
d'Ecbatane , d'où le frere naturel de Cyrus
amena des troupes au fecours du Roy , &
fut rencontré par les Grecs prés de la Ville
d'Opis .
L'opinion commune eft que la ville d'Ecbatane
répond à celle de Tauris , qui eſt
aujourd'hui fi confiderable en Perfe. Nos
plus exacts Voyageurs , Chardin , Olearius
, Herbert & autres , font de cette opi- :
nion , qui a été auffi adoptée par les plus celebres
Geographes. M. Delifle prouve:
qu'elle
DE MA Y. 97
1
tout ce que
qu'elle ne peut fubſiſter , ſi l'on a égard à
les Anciens nous ont dit fur la
fituation de la Medie , & aux diſtances
qu'ils nous ont données de cette Capitale
aux autres Villes de ce pays . D'ailleurs , fi
Ecbatane avoit été à la partie feptentrionale
de la Medie , comme eft la ville de
Tauris , elle n'auroit pas été à portée d'envoyer
du fecours à Babylone , comme le
dit Xenophon , & auroit auffi été trop
éloignée vers le nord , pour avoir été fur la
route d'Alexandre , qui alloit d'Opis aux
Portes Calpiennes , comme il paroit par
les Hiftoriens qui ont décrit les Expeditions
de ce Prince. Ces particularitez reviennent
parfaitement à la fituation de la ville d'Amadan
, qui eft aujourd'hui la feconde ville
de Perfe pour la grandeur ; ce qui eft d'au
tant plus vraisemblable , que lorfque l'Ecriture
Sainte parle d'Ecbatane , la verſion
Syriaque rend le nom de cette Ville par le
nom d'Amathan , très-approchant du nom
d'Amadan.
D'ailleurs Ptolemée met Ecbatane au
milieu de la Medie , ce qui ne peut convenir
qu'à Amadan ; & il marque dans la
partie feptentrionale de ce pays une ville
nommée Gabris , qui convient fort bien à
la fituation de Tauris , que les Arabes appellent
Tabris , nom derivé de celui de
Gabris.
98 LE MERCURE
O
N vend chez Jacques Etienne , Libraire
rue Saint Jacques , à la Vertu ,
une Traduction nouvelle du Traité de
Natura Deorum , qui eft un des plus beaux
ouvrages de Ciceron . Cette Traduction
eft de M. l'Abbé d'Olivet , connu cydevant
fous le nom d'Abbé Thoulié , de
qui nous avons déja la Traduction des
Catilinaires de Ciceron , & des Philippiques
de Demofthéne , qui furent fi bien
reçues du Public , lorfqu'il les donna il y
a plufieurs années fous le nom de feu
Monfieur de Maucroix ; il les revendique
aujourd'hui comme il paroît par fa Lettre
à M. le Prefident Bouhier , où il promet
d'en donner bien -tôt une nouvelle édition,
Comme le Traité de Natura Deorum contient
trois livres , le Traducteur a partagé
cet ouvrage en trois Volumes in 12 , qui
contiennent chacun un des trois livres. Il
a intitulé l'ouvrage , Entretiens de Ciceron
fur la Nature des Dieux , parce qu'effectivement
la difpute fe fait par forme d'en
tretiens. On a mis dans cette édition la
traduction Françoiſe tout de fuite , avec
des Notes au bas des pages pour les endroits
qui demandent de l'explication . Le
Texte de Ciceron vient après , & eft faivi
de Remarques de M. le Prefident Bouhier
DE MAY.
fur le texte Latin , qui étant pleines de
recherches très fçavantes & très curieufes ,
ne feront pas d'un petit relief pour tout
l'ouvrage. Outre les remarques abregées
que le Traducteur a miſes au bas des
pa
ges , il a encore donné à la fin du troifiéme
Volume des Remarques plus étendues
fur la Theologie des Philofophes
Grecs , par rapport à l'ouvrage de Ciceron,
à l'explication duquel il fe borne préciſément
dans ce qu'il dit de cette Theologie.
On peut dire en general de tout cet ou
vrage que la Traduction en eft nette &
élegante , que les Notes en font élegament
fçavantes & judicieuſes , menagées à propos
& fans affectation d'érudition ; de
forte qu'il y a tout lieu d'efperer que ce
Livre qui eft d'ailleurs imprimé avec beaucoup
de foin , fera bien reçu du Public.
A Petersbourg le 23 Fevrier 1721 .
E Prince de Moldavie vient de mettre
La derniere mainaux importans ouvrala
ges auxquels il a travaillé plufieurs années
: l'un a pour titre Incrementa & Decrementa
Imperii Ottomanici ; & l'autre
Dacia vetus & nova . Tout eſt déja écrit
au net , de maniere que ces deux ouvrages
pourroient être mis fous la preffe dès à
prefent.
I ij
336125
100 LE MERCURE
Pour la compofition du premier ouvra
ge , le Prince s'eft fervi de quelques Manufcrits
Turcs les plus accreditez à Conftantinople
: il y a ajouté ex propriâ ¿
certâ fcientiâ , la Religion , la Politique
, toutes les Charges de la Cour , du
Miniftere , & de la Guerre , tout ce qui
s'eft paffé de remarquable dans ce vaſte
Empire , & avec les Etats voisins ; coinme
auffi les anecdotes du Serail & du Divan.
Il a ajouté à l'Hiftoire de chaque Sultan
leurs portraits tirez fidelement fur les originaux
du Cabinet de Sa Hauteffe , leurs
qualitez perfonnelles , mariages , fucceffions
, exploits , &c.
Dans la Preface le Prince donne l'ori
gine veritable du nom & du peuple Turc ,
& en particulier de la famille qui regne
à prefent , comme auffi la comparaiſon de
leur chronologie avec la chretienne contre
Leonclave , Ricciol & autres Auteurs de
l'hiftoire Turque , qui ayant travaillé fur
des Memoires que les Sçavans en Turquie
regardent comme fabuleux , peu exacts ,
& peu fideles , out commis des fautes infignes.
Au Traité de Daciâ veteri & nova , fon
Alteffe a fait une Carte très exacte , elle a
fait outre cela fur les lieux mêmes des découvertes
dans le pays , tant pour
que pour le moderne , leſquelles juſqu'ici
l'ancien
DE MA Y.
n'ont été connues à perfonne.
Le Reglement de la Marine , imprimé
ici in 8º , en Langue Ruffe & Hollandoife
, a été diftribué parmi les Mariniers .
On affure que Sa Majefté Czarienne l'a
compofé elle- même , & tiré le plus neceffaire
des quatre Puiffances maritimes .
On rapporte dans les deux Prefaces mifes
à la tête de ce livre les raifons pourquoi
la navigation a été fi long- tems negligée
en Ruffie . On examine fi en 861
on peut avoir eu des Bâtimens à Novogorad
ou fur la mer Baltique en Kuffie , &
à quelle occafion l'inclination pour la Marine
eft venue à Sa Majesté Czarienne , &
ce qu'elle a fait depuis 26 ans pour arriver
à l'état floriffant où fa flotte le trouve
aujourd'huy.
On examine auffi quels peuvent avoir
été les voiles ou bâtimens que Zonaras
& les autres Grecs appellent Maxoni ,
avec lefquels les Ruffes & les habitans de
PUkraine naviguerent fur la Mer Noire ,
& firent le Siege de Conftantinople , d'où
ils furent repouffez tant par les vents contraires
que par la refiftance de l'Empereur
Roman. Quelques-uns difent que ce fut
l'an 907. D'autres 941 , 959. Vid. Joh.
Cluver. hift. pag. 141 , qu'on a cité dans
la même Preface , où l'on dit enfuite que
pendant les tems malheureux où la Ruffic
I iij
102 LE MERCURE
a été agitée & tourmentée par les Tartares
& les faux Demetrius , tout a été dans
un fi grand defordre , qu'on n'a pas eu le
loifir de fonger à la Marine .
Que le Czar Alexius Michaelowitz ,
grand pere de Sa Majesté Czarienne d'à
prefent , avoit fait venir de Hollande pluhieurs
conftructeurs de Vaiffeaux , & commencé
en 1669 avec leur afſiſtance la navigation
fur la Mer Cafpienne ; mais que
les Cofaques rebelles du Pon fous Stephan
Raczin , avoient brûlé ces Bâtimens , tué
ou chaffé les Mainiers Ruffes jufqu'en
Perfe ; de maniere que la navigation qui
n'avoit jamais été bien établie en Ruffie ,'
avoit été refervée aux glorieux foins du
-Czar Pierre.
Qu'après les deux voyages que Sa Majefté
Czarienne avoit faits à Archangel en
1693 & 1694 , & la prife d'Afoph en
1696 , elle avoit fait venir de la Grece ,
de Venife , & de Hollande à Archangel &
à Veronitz des Conſtructeurs de Vaiffeaux ,
Machiniftes , Mariniers , & autres ouvriers
pour fa Flotte fur la Mer Blanche & Noire,
& enfin que Sa Majesté Czarienne s'étoit
perfectionnée elle- même en 1698 , tant en
Hollande qu'en Angleteree , en mettant
elle-même la main à l'oeuvre dans les
Chantiers des Amirautez . Ces Prefaces &
les Ordonnances contiennent des chofes
DE MAY.
103
fort particulieres qu'on ne trouve pas ailleurs.
Le menu peuple en Ruffie accoutumé
d'appeller les Images des SS. leurs Bogi
ou Dieux , & de leur rendre plus de culte
que n'en veut l'Eglife Grecque & Latine ,
n'eſt pas fort content du nouveau Catechifine
Ruffe , publié par le P. Theophan
Procopowitz Archevêque de Plefcow
fort eftimé en Cour à caufe de fon érudition.
Il condamne ces abus & fuperftitions
, & fait connoître fort amplement
le bon ufage des Images des SS. & qu'il.
a été pratiqué dans la primitive Eglife ,
& autorifé par les SS . Peres.
LA PRUDE DE MAS QUE E
& Coquette reconnuë.
Nfin Belife , dont on vous a tant
parlé , vient d'être démaſquée.
La voilà coquette reconnue. Il
n'y a pas juſqu'à ſon mary qui ne
foit obligé de la tenir pour telle . C'eſt une
Comedie dont il faut que je vous regale :
Elle vous réjoüita d'autant plus qu'elle
n'eft pas longue : Elle n'a que cinq Scenes,
dont la moindre vaut bien un Acte . Il eft
bon d'abord de vous faire connoître les
I iiij.
104 LE MERCURE
Acteurs de la piece .
Commençons par
Belife qui en eft l'heroïne , & qui amienne
neceffairement tous les autres. Elle est
belle , & n'a que vingt ans. Tous les
dehors font pour elle : Elle ne met point
de rouge , & en verité ce feroit confcience ,
car la nature lui a donné des couleurs plus
vives que tout le vermillon d'Efpagne.
Son vilage eft fi doux , ſon air elt ſi modefte
, & l'exterieur de fa conduite fi re
gulier , que fi on pouvoit fagement répondre
de la vertu d'une femme fur la phifionomie
& fur les apparences ; on feroit
volontiers caution pour la fienne : mais
elle n'eft rien moins que ce qu'elle paroît
être , & elle n'eft fi lelle qu'aux bienféances.
Elle a voulu cacher fa vie coquette fous
un voile de pruderie , mais on a reconnu
la fourberie : elle a juftifié la regle generale
, & malgré toute fon adrefle elle n'a
pû couvrir. fon jeu un an entier. Il n'y a
que dix mois qu'elle eft mariée , & chacun
fçait aujourd'hui qu'elle a eu trois Amans
fur fon compte en même tems , Damis ,
Dorante & Philinte , fans parler de Clitandre
fon mary , qui à la rigueur auroit
pû faire le quatriéme , puifqu'il a la fotife
de filer le parfait amour avec la femme.
Notre prude coquette conduifoit fi
adroitement fon intrigue , que chacun de
nos Amans le croyoit aimé ou en chemin
DE MA Y.
105
de l'être , & ne penfoit pas même avoir
un rival . Son air de vertu leur impofoit
de façon qu'ils n'ofoient brûler qu'en fecret
, & qu'ils s'eftimoient heureux de
la moindre faveur.
Damis eft un Magiftrat furanné , à qui
elle avoit permis de lui témoigner ſa paſfion
refpectueufe par des prefens difcreteinent
donnez .
Dorante eft un bel efprit de qui elle
daignoit recevoir des Vers , des Chanfons
& des Lettres galantes qu'elle lifoit , quand
elle ne pouvoit pas gouter les folides converfations
de Philinte , qui eft un fort
aimable Cavalier qu'elle favorifoit tête à
tête.

Pour Clitandre , il étoit fi prévenu de
fa prétendue fageffe , que je doute qu'il
foit encore bien defabulé après tout ce qui
s'eft paffé , & il l'aimoit fi follement qu'il
ne pouvoit fe raffaffier du plaifir de la voir,
& qu'il la quittoit rarement . Un amour
fi hors de faifon étoit à charge à la Dame,
& la gênoit fi fort qu'elle auroit voulu
de bon coeur en être haïe ; cependant elle
feignoit fi bien, qu'on auroit dit, à la voir,
qu'elle étoit pleine de tendreffe pour lui ,
& qu'elle étoit charmée de tous les foins
impertinents qu'ils lui rendoient : c'est cet
empreffement ridicule qui a donné occafion
aux deux premieres Scenes , & qui
2
106 LE MERCURE
a preparé le dénouement , comme vous
allez voir.
Damis avoit envoyé un colier de perles
très fines à Belife , par l'entremile d'une
Revendeufe à la toilette , avec de trèshumbles
prieres de ne point éconduire
fon amoureux Client , ou qu'il regarderoit
fon refus comme un Arrêt qui lui donneroit
la mort. Elle fe montra pitoïable ,
& après quelques façons elle prit le colier ,
pour ne pas , dit- elle , faire mourir ce pauvre
homme de douleur. Son époux entra
comme elle l'avoit entre les mains , & lui
demanda d'où lui venoit ce colier ? c'eft ,
répondit- elle , fans paroître déconcertée ,
un colier de hazard qu'on vient de m'apporter
, & que j'ay voulu garder pour
vous le faire voir , les pertes en font d'une
fort belle eau , & fi l'argent avoit été
moins rare , le bon marché me l'auroit
fait prendre. Peut on en fçavoir le prix ,
dit alors Clitandre ? le prix eft de cent
piftoles , repliqua - t'elle ; les voilà , reprit
le genereux mari , en lui donnant la bourſe,
c'est une galanterie qu'il faut que je vous
faffe. Il ne fçavoit pas qu'il ne faifoit que
payer ce qu'un autre avoit déja donné.
Peu de jours après , Dorante écrivit à
notre fauffe prude. A peine avoit elle lù
La Lettre , qu'elle fut encore furpriſe par
fon époux éternel , qui rodoit toujours
DE MAY. 107
autour d'elle , & qui lui dit fort reſpectueufement
; peut on fçavoir , Madame
ce que vous lifez - là ? Mon petit mari ,
repliqua-t'elle , avec fon fang troid & la
prefence d'efprit ordinaire , vous ne le
devinericz jamais : Je lis un billet doux
qu'on m'envoye par gageure. Dorante
voulut hier parier dix Louis contre moy
que je n'aurois pas le courage de vous
montrer un poulet de fa façon , où il
dauberoit un peu les maris , s'il s'aviſoit
de me l'écrire. Moi , dont je crois que
la vertu vous eft connuë , & qui connois
auffi vos fentimens pour ceux d'un galant
homme , je ne balançai point , j'acceptai
le pari. Voilà le poulet en queſtion , liſez.
Clitandre le prit , & dans le tems qu'il
en faifoit la lecture , elle fe tourna vers
le porteur , qui attendoit la réponſe , avec
ces paroles allez dire à votre Maître
qu'il apprenne à l'avenir qu'on ne gagne
rien à parier contre moy. Le porteur s'en
alla , riant tout bas de l'artifice de Belife ,
& difant tout haut : Voilà qui eft fort
bien , Madame.
Clitandre donna une feconde fois dans
le panneau , mais il ne fut pas content du
ftile de Dorante , il fut très mal édifié de
la façon cavaliere dont il traitoit les maris
dans fa Lettre , qui étoit conçuë en
ces termes.
108 LE MERCURE
ور
» Il est bien cruel , Madame , de ne
" pouvoir vous témoigner ce qu'on fent
» pour vous que par écrit : Vous me direz
» que c'elt une faveur dont bien d'autres
fe contenteroient. Cela eft vrai , mais
à ne vous point mentir , j'enrage de
voir que la paflion incommode de vo-
» tre mari empêche les honnêtes gens de
faire mieux , & qu'il vous obfede à tel
» point qu'on ne trouve jamais l'occaſion
» de vous parler , il ne convient pas à un
´» mari d'aimer ainfi fa femme , & li j'é-
» tois à votre place , je ferois un amant
» pour le panir , mais un amant favorité.
"Vous me répondres encore que je ne
dos pas le fouhaiter , que votre choix
pourroit tomber fur tour autre que fur
moi , & que je ne ferois que changer
» de rival : n'importe , j'en veux bien cou-
» rir les rifques , & rival pour rival , j'ai-
» me mieux un amant qu'un mari.
DORANTE.
Clitandre déchira la lettre , & pria fa
chafte moitié par tout l'amour qu'il avoit
pour elle , de n'en plus recevoir de pareilles
, fous quelque pretexte que ce fut.
Belife répondit qu'elle n'auroit jamais crù
qu'il eut pû foubçonner une femme comme
elle , ni fe défier d'une galanterie dont
elle l'avoit fait confident , & qu'elle avoit
regardé cela comme un jeu , mais que
DE MA Y. 102
puifqu'il le prenoit férieufement , elle fe
roit à l'avenir fi, bien fur fes gardes , qu'il
n'auroit rien à dire : elle accompagna ce
difcours de quelques larmes . Son mari en
fut fi touché, qu'il le jetta à fes genoux
& qu'il lui demanda pardon en l'aſſurant
qu'il rendoit juftice à la vertu , & qu'il
n'y avoit que la façon d'écrire de Dorante
qui lui avoit déplû.
Belife qui avoit le coeur pris ailleurs ,
& qui fit attention que ce dernier n'avoit
que du papier à gâter pour elle , réfolut
dès ce moment de rompre tout commerce
avec lui , & de ne plus recevoir
de fes billets qui pourroient lui nuire , &
qui ne fçauroient lui profiter ; ce qu'elle
executa . Dorante en fut piqué , & comme
il avoit toute la folie d'un Poete , &
qu'il étoit naturellement malin & rancunier
quand on l'avoit offenfé , il ne fut
pas long tems fans marquer fon reffentiment
à notre prude : il commença par
étudier fa conduite , & découvrit à la fin
que Belife fouffroit les preſens de Damis ,
& qu'elle voyoit fecrettement Philinte
chés Dircé. Le chagrin d'avoir des rivaux
qui lui étoient preferés , le portérent à le
venger au plutôt en vers & en proſe ; il
répandit contre elle une fatire libre qui
avoit pour titre le nom de Belife même.
Vous ferés peut- être bien aife de la voir;
110
LE MERCURE
elle eft courte & raisonnablement pi
quante.
BELISE ,
Ou la Prude Coquette.
DEfiés - vous de cet oeil hipocrite
Où l'on croit lire la vertu ;
Penetrés jufqu'à l'ame & percés la conduite ,
Vous y verrés la fourberie écrite.
Sous un front innocent de pudeur revêtu ,
Et fous un air de Penelope ,
Vous trouverés le coeur d'une Rodope ,
Qui fçavante dans l'art de cacher finement
Une intrigue fecrete ,
Paroit prude publiquement ,
Pour êtrefurement coquette.
Dorante n'en demeura pas là , il fe dé
chaîna contre Belife dans toutes les mai
fons où il fréquentoit , & fes difcours firent
bientôt juger que l'ouvrage venoit
de lui , fur tout un jour qu'il étoit dans
un cercle où Damis fe trouva , on reconnut
à la malignité de fa profe tout le venin
de fes vers. Če Magiftrat zelé pour les interefts
de Belife , dit que l'Auteur de cette
Piece meritoit la peine dûe aux calomniateurs
, & que c'étoit noircir la vertu mê
me que d'attaquer des moeurs autfi pures
que celles de cette Dame. On voit bien,
DE MAY.
rep'iqua brufquement Dorante , que vous
étes couché tur l'état des Amants clandeftins
de Belile , & qu'elle vous a donné
permiffion de vous ruiner pour elle , toutesfois
fans éclat , & avec la difcretion
qu'éxige une femme de fon caractere , &
qui convient à un homme de votre profellion
& de votre âge ; fans cela , vous
ne prendriés pas fon parti avec tant de
chaleur , & vous avoueriés avec moi qu'il
y a plus d'art que de fageffe dans fa conduite
; je ne veux qu'un trait pour en convaincre
la compagnie. A ce propos il conta
la fcene du billet qu'il avoit fçûe du por
teur à qui il l'avoit donné , enfuite il ajou
ta , en s'addreffant à notre homme de robe :
Vous voyés bien par là , Monfieur , que
vous n'êtes pas le feul de qui elle daigne
écouter les voeux ; mes vers & mes poulets
ont été auffi bien reçûs que vos bijoux
: cette beauté fevere s'eft même quelquefois
humanifée jufqu'à y répondre &
jufqu'à m'appeller fon épiftolier favori &
fon aimable chanfonnier ; mais j'ai démêlé
fon caractere , & à travers la pruderie
j'ai vù tout le rafinement d'une coquette
qui trompoit l'amant comme le mari , &
j'ai découvert qu'elle ouvroit non ſeulement
la main à vos prefens , mais encore
l'oreille aux fleurettes de Philinte , &
qu'elle le voyoit en tapinois chés Dircé!
II 2 LE MERCURE
Piqué de me voir ainſi joué , j'ai pris la
réfolution de la faire connoître à toute la
terre pour ce qu'elle eft , de vanger la
vertu à qui elle fait affront , en me vengeant
moi-même , & je la timpaniſetai ſi
bien, que je veux qu'on la montre par- tout
au doigt.
La maligne éloquence de notre bel efprit
embaraffa d'abord la gravité de Damis
, puis elle le perfuada , & il fut fi
honteux d'avoir été la duppe d'une femme
, qu'il apprit à tout le cercle la ſcene
du colier , qu'il tenoit de Belife même.
Tandis que l'hypocrifie de notre fauffe
Prude commençoit ainfi à être dévoilée ,
Dorante qui étoit toujours alerte fur fes
demarches & fur les allûres de fon Favori ,
apprit qu'elle étoit partie pour la campagne
, & que Philinte n'étoit pas chez lui .
Il fe douta d'abord que le galant l'y avoit
fuivie , & pour mettre le dernier trait, à
fa vengeance , il fut trouver Clitandre
qu'une affaire retenoit à la ville , & le harangua
de la forte : Je fçai , Monſieur ,
que vous êtes un parfaitement honnête
homme ; c'est ce qui m'oblige de venir
ici , pour vous apprendre que vous avez
une femme indigne de vous ; vous la
croyez fidelle & pleine de vertu , deſabufez-
vous : depuis dix mois que vous vivez
enfemble , elle a eu de ma connoiffance
trois
DE MA Y.
113
trois Amans cachez qu'elle a mis à differens
ufages. Si vous fouhaitez fçavoir qui
ils font , c'eft Damis , Philinte , & moi
qui vous parle. Car j'ai eu l'honneur de
faire quelque tems le troifiéme . Damis eſt
pour l'utile , & c'eft lui qui avoit fait prefent
à votre moitié du collier que vous
eûtes la generofité de payer cent piftoles.
Philinte eft pour l'agréable ; & ce beau Cavalier
eft occupé au moment que je vous
entretiens , à defennuier votre femme à la
campagne , & à la confoler de votre abfence.
Pour moi j'étois fon pis- aller ; elle
me regardoit fans confequence , me donnoit
les heures perdues , & lifoit alors les
billets doux que je lui écrivois , non pas par
gagûre , mais parce qu'elle le vouloit bien ;
quelquefois même y faifoit réponſe , témoin
ce billet que je vous laiffe , & dont vous
ferez la lecture , fi bon vous ſemble . Adieu,
j'ai dit.
Clitandre fut fi étonné d'une visite fi
extraordinaire , & d'un difcours fi inoui ,
qu'il fut prés d'un quart d'heure fans mouvement
; puis il prit d'une main tremblante
le billet que Dorante lui avoit laiſſé , &
y lut ces mots avec précipitation .
J'aime vos vers votre profe , ſur- tout
quand vous dites du mal des maris. Il eft
bien fâcheux d'être obligée à leur être fidelle.
Si l'on m'étoit retenue par le devoir &par la
K
114
LE MERCURE
vertu dont on fait profeffion , en verité je
ne fçai ce que l'on feroit.
Il fut fi frappé de ce billet , qu'il prit
fur le champ le chemin de fa maifon de
campagne ; il entra dans le jardin , &
les premiers objets qui s'offrirent à fes
yeux furent Belife & Philinte , qui étoient
affis dans un Berceau * fait comme celui
qu'ont celebré Bachaumont & Chapelle.
Il friffonna à cette vûe , puis il s'avança
d'un pas chancelant vers le Berceau fatal , &
il entendit qu'ils fe parloient ainfi tous les
deux ; Qu'il eft doux de s'aimer en cachette.
Ce duo lui déplut infiniment ;
mais ce qui le perça jufqu'au fond du
coeur , il aperçut en entrant Philinte qui
baifoit amoureufement la main de fa
femme.
J'en connois à qui il auroit pris une
envie Efpagnole de les poignarder l'un &
Pautre ; mais Clitandre étoit trop bon pour
faire mal à perfonne ; il fe contenta de
dire à fa femme: Je vois bien , Madame ,
que vous ne m'attendiez pas. Nos deux
Amans étoient fi occupez de leur rendreffe,
qu'ils ne virent Clitandre que lorfqu'il eut
parlé. Belife parut d'abord un peu embaraffée
, mais elle reprit bientôt fes efprits ,
Sous co Berceau qu'Amour exprès
Fis pour bleffer quelque inhumaine.
Voyage de Bachaumont & de Chapelle
DE MA Y.
FIS
& dit à fon mari d'un air à le lui faire
croire : C'est ainsi que vous furprenez les
gens ! Ne foyez pas fcandalifé de ce que
vous venez de voir ; c'eſt une Scene de Comedie
que nous repetions tous deux pour
nous defennuier ; vous fçavez qu'on eft
defoeuvré à la campagne & qu'on s'amufe
de tout. Si cela eft , répartit Clitandre ,
il faut avouer que vous jouez bien naturellement
, & que je n'ai jamais vu de
meilleurs acteurs. Cependant voyons file
baifer eft de la Piece , ajouta -t- il en ſe ſaififfant
d'un petit livre qui étoit à côté de
Belife . Il vit en l'ouvrant ce titre , Satire
contre les Maris . Il eſt vrai , reprit- il , en
rougiffant de colere , je n'en faurois dou
ter , vous jouez la Comedie , mais c'eſt à
mes dépens , & c'est moi qui reçois ici
toutes les nazardes . Vous m'en ferez raiſon,
perfide , continua t'il en apoftrophant fa
femme , je vois à prefent toutes vos fourberies
, & je vous punirai comme vous le
meritez. Il pria en même tems Philinte de
fortir au plûtôt de chez lui . Cela eſt trop
jufte , répondit ce dernier en s'en allant ,
mon rôle eft fini , & je n'ai que faire où
vous êtes.
Dès qu'il fe vit feul avec l'hypocrite ,
il exhala toute fa bile , il lui reprocha fa
perfidie , il lui fit entendre qu'il étoit
inftruit de l'avanture du collier , & de
Kij
116 LE MERCURE
celle du poulet ; que l'un étoit un préfent ,
& que l'autre n'étoit rien moins qu'une gagûre
, & qu'il avoit entre fes mains un écrit
qui la convaincroit de fa coquetterie. Belife
nia le tout effrontément , & dit que
Dorante étoit un fcelerat qui lui avoit ourdi
cette piece , offenfé du mépris qu'elle lui
avoit toujours témoigné ; que le Biller étoit
contrefait , & que puifqu'elle étoit injuſtement
foupçonnée , elle étoit réfolue de fe
retirer dans un Couvent. Non , non , Madame
, repliqua fon époux , vous n'aurez
pas d'autre Couvent que cette maiſon- ci ;
je prétens y vivre folitaire avec vous , juſqu'à
ce que le tems ait éclairci toutes
chofes. Clitandre a tenu fa parole juſqu'ici ,
il est toujours feul à la campagne avec elle ,
&fa paffion au defaut de fon efprit a trouvé
le plus cruel fupplice dont on puiffe punir
une Coquette.
De l'ancienneté de la Charge de Capitaine
des Gardes de la Porte du Roy.
UN
N Auteur moderne dans fa nouvelle
Deſcription de la France , parlant
de la Charge de Capitaine des Gardes
de la Porte du Roy , dit » que l'on prétend
» que cette Charge eſt une des plus ancien
* M. Piganiol.
DE MA Y. 117
» nes de la Maiſon du Roy , & que même
» l'on ajoute qu'elle a été poffedée par un.
» Beaufrere du Roy Charles le Chauve ;
» mais , continue-t-il , on n'en rapporte
» point que je fache la preuve.
Parler ainfi , c'eſt dire à peu près que la
chofe doit paffer pour fauffe , & que c'est
une tradition mal fondée ; car il s'agit ici
d'un fait , & d'un fait tres- ancien , qui ne
doit être reçu qu'autant qu'il eft appuyé.
fur de bons témoignages de l'antiquité.
L'Auteur pouvoit prévoir qu'une telle propofition
blefferoit les perfonnes qui peuvent
avoir interêt à maintenir l'honneur
de cette Charge ; on fe contentera d'indiquer
les preuves de l'ancienneté de cette
Charge, qu'on tirera du témoignage des
anciens Auteurs de notre Hiftoire .
Il eft certain que nos anciens Rois ont
eu une Garde ; c'eſt une chofe qu'on ne
peut contefter. Cette Garde étoit pour la
fureté & pour la dignité de leurs perfonnes
, felon l'ufage de toutes les nations qui
s'étoient donné un Souverain. La fonction
de ces Gardes étoit de les accompagner ,
quand ils fortoient du Palais , & de les
garder quand ils y étoient.
Une partie de cette Garde au moins étoit
à la Porte du Palais , pour en empêcher
l'entrée à ceux dont on pouvoit fe défier.
C'étoit le pofte le plus important , & il l'a
118
LE MERCURE
toujours été pour la fureté de la Perſonne
du Prince.
Ces Gardes avoient leurs Officiers &
leurs Chefs , & c'étoit leur Capitaine qu'on
a appellé depuis Capitaine des Gardes de
la Porte , & ce qui a fait dire & exprimer
dans les Lettres Patentes que ces Gardes ont
touchant leurs rangs , que les Gardes de
• notre Porte font les plus anciens Gardes de
notre Maijon.
J'ai dit que le Chef de cette Garde eft
aujourd'hui appellé Capitaine des Gardes
de la Porte ; je dis plus , & j'ajoute qu'il
avoit ce titre dés ce tems-là ; que ces Gardes
s'appelloient deflors en latin Oftiarii ,
qui fignifie en François Portiers , & qui
étant donné à des Gardes du Roy , ne peut
être bien traduit que par le nom de Gardes
de la Porte .
Le nom d'Oftiarius eft donné à ces Gardes
par Gregoire de Tours , liv. 8. chap.
11. & liv. 9 chap . 9. & même le titre de
Portier leur a été donné de tout tems , &
on le leur donne encore dans les Etats des
Treforiers de la Maiſon du Roy.
Dans les Annales d'Eginart * Secretaire de
Charlemagne , leur Capitaine eft qualifié
de Maître des Gardes de la Porte, » Après
» la Diete d'Attigny , dit cet Auteur , l'Empereur
Louis le Debonnaire vint chaffer
* Eginart ad annum 822,
DE MAY. 119
» dans la Foreft d'Ardenne , & envoya fon
» fils Lotaire en Italie avec le Moine Vala
» fon parent, & frere de l'Abbé Adelar, &
» Geronge * Maître des Gardes de la Porte ,
»afin qu'ils l'aidaffent de leurs confeils dans
ssle gouvernement de fa Maifon & de
» l'Etat.
Les Annales de S. Bertin s'expriment de
la même maniere , en parlant du même
voyage du Prince Lotaire en Italie. Enfin ,
cette Charge étoit fi confiderable , que
P'Empereur Charles le Chauve ne la crut
point au deffous du Duc Bozon fon beaufrere
, & frere de l'Imperatice , auquel il
la confera avec celle de Chambellan ou de
Chambrier. C'eſt Aymoin * qui le raporte
en ces termés , Carolus autem Bozonem fra
trem uxoris ejus Camerarium, & Oftiariorum
Magiftrum inftituit.
On ne peut pas mieux prouver l'ancienneté
de cette Charge & de cette Garde de
nos Rois , qu'en les montrant auffi clairement
marquées dans nos Hiftoires de la
premiere & de la feconde Race . On ne
trouve mulle part qu'elle ait jamais été ni
fupprimée ni rétablie ; & comme la Charge
fubfifte encore avec les prérogatives & dans
l'exercice actuel de la Garde de la Porte du
Palais du Roy , on peut affurer qu'elle a
* Gerungum Oftiariorum Magiftrum.
Aymoinus lib. s . cap. 27. P • 31 %
120 LE MERCURE
toujours été fur pied depuis fon inftitution ;
& que c'eft avec raifon & verité que nos
Rois dans les lettres Patentes dont on a
déja parlé , difent » que les Gardes de la
» Porte font les plus anciens Gardes de la
» Maifon du Roy. Le Roy leur donne la
qualité d'Ecuyer , & les exemte des taxes
de francfiefs pour les biens nobles qu'ils
peuvent avoir.
La Charge de Capitaine des Gardes de la
Porte a toujours été poffedée par des perfonnes
de naiffance , comme l'ont toujours
été tous les Commandans des Corps de
la Maifon du Roy , & entre autres en 1617
François de la Grange d'Arquien , Seigneur
de Montigny , Marêchal de France ,
& Chevalier des Ordres du Roy , étoit à
la tête de cette Compagnie.
Enfin , les provifions du Capitaine des
Gardes de la Porte , font dans la même
forme , que celles des autres grandes Charges
de la Maifon du Roy , en ce qu'on y
fait le denombrement des fervices qu'il a
rendus à l'Etat , parce qu'étant pour la
garde du Prince , cela fuppofe dans le
Chef de la Garde la valeur & la prudence
que demande une fi importante fonction.
Provifions
DE MAY.
AAAAAAAAAAA
PROVISIONS
De Colonel General de l'Infanterie
Françoife & Estrangere , pour Mon-
Seigneur le Duc de Chartres.
L
OUIS par la grace de Dieu , Roy
de France & de Navarre: A tous ceux
qui ces prefentes Lettres verront , Salut.
Depuis notre avenement à la Couronne ,
Nous avons à l'exemple des Rois nos predeccff
: urs , regardé le Corps de notre Infanterie
comme le foutien le plus folide de
cette Monarchie , & pour ne rien negliger
de tout ce qui pouvoit en relever la force ,
Nous avons toujours eu une attention finguliere
à y maintenir l'ordre & la difcipline
; mais aprés avoir rendu plufieurs
Ordonnances dans lefquelles Nous avons
raffemblé tout ce qui Nous a paru le plus
convenable pour remplir un objet autfi important
, Nous avons remarqué que le
moyen le plus fûr pour y parvenir , étoit
de réunir le Commandement de ce Corps
fous un Chef , qui joignant l'autorité à
une naiffance & dès qualitez fuperieures ,
eût un caractere tel qu'il convient pour y
conferver le concert & la fubordination ,
L
112 LE MERCURE
& qui pût par une application fuivie &
connoître le merite , les talens & les fervices
des Sujets dont il eft compofé , Nous
mettre en état de leur diftabuer les gracesdans
un efprit de juftice & d'équité , fans lequel
Pexperience ne fait que trop connoître
que l'émulation ne peut pas fe foute
nir. Les avantages que notre Cavalerie ,
nos Dragons , & les Suiffes & Grifons employez
à notre fervice , ont retirés jufqu'à
prefent de l'établiffement des Colonels Ge
neraux aufquels ils font fubordonnez , font
même une preuve fenfible de la neceffité
dont il eft d'en établir un fur notredite Infanterie
. Après avoir meurement examiné
fur qui nous pouvions nous repofer de l'exercice
d'un Emploi auffi important , Nous
nous fommes determinez en faveur de notre
tres- cher & tres- amé Oncle le Duc de
Chartres , perfuadez que les liens de parenté
qui l'attachent à notre Perfonne , l'affection
finguliere que fa naiffance lui inſpi
re pour le bien de PEtat , & la valeur & le
courage hereditaire dans le Sang dont il a
Phonneur d'être iffu , font de feurs garans
de la conduite que Nous lui pouvons
defirer dans les fonctions dont Nous
jageons à propos de le charger, Sçavoir
faifons que pour ces caufes & autres bonnes
confiderations à ce Nous mouvans , de
Favis de notre tres- cher & tres amé Oncle
DE MAY 429
le Duc d'Orleans Regent , & de notre plei
ne puiffance & autorité Royale , Nous avons
par ces Prefentes fignées de notre main,
fait , conftitué , ordonné & établi notredit
Onele le Duc de Chartres , faifons , con
ftituons , ordonnons & établiſſons Colonel
General de tous les Regimens & Compagnies
de gens de pied , François & Eftrangers,
étant de prelent & qui feront ci - après
à notre folde , à l'exception toutefois du Regiment
de nos Gardes Françoifes , qui con
Tinuera d'être commandé directement lous
notre autorité par le Colonel qui en eft
actuellement pourvû , à l'égard duquel
Nous n'entendons rien innover , ſoit dans
les lieux de notre ſéjour , ou dans ceux où
il pourroit être en quartier. Voulons ce
pendant que lorfque notredit Oncle le Duc
de Chartres fe trouvera dans nos Armées ,
dedit Regiment ou les Bataillons détachez
d'icelui , qui autont ordre d'y fervir , luy
foient fans difficulté fubordonnez . N'en-
Tendons pareillement rien innover à l'autorité
du Colonel General des Suiffes & Grifons
entretenus à notre ſervice , lequel
continuera de l'exercer, ainfi & de la même
maniere que par le paffé . Avons donné &
donnons à notredit Oncle plein pouvoit
& autorité fpeciale pour conduire & exploiter
en notre nom lefdits Regimens &
Compagnies , commander aux Chefs , Ca
Lij
124 LE MERCURE
pitaines, Lieutenans , Enfeignes & autres
Officiers & Soldats d'iceux , ce qu'il jugera
convenable pour notre Service ; Nous readre
compte des Sujets' qu'il croira les plus
propres à remplir ceux defdits Emplois qui
de trouveront vacans , pour fur fon avis y
être par Nous pourvû , ainfi que Nous le
jugerons à propos ; Nous prefenter des
Etats & Memoires de ceux à qui il conviendra
d'accorder des Congez , Reliefs ou
Recompenfes , foit utiles ou honorables ;
& generalement Nous propofer ce qu'il
eftimera utile & neceffaire pour le plus
grand avantage dudit Corps d'Infanterie ,
&pour le bien de notre Service, Voulons
que tous les Officiers generalement & fans
exception , qui ont été jufqu'à prefent , ou
qui feront à l'avenir pourvûs de quelque
Charge que ce foit dans notredite Infan
serie , foient tenus de prendre des Lettres
d'attache de notredit Oncle , pour eftre en
vertu d'icelles reconnus à l'avenir en leurs
qualitez dans les Regimens où ils font employez.
Youlons pareillement qu'à commencer
de ce jourd'huy , les Colonels defdits
Regimens , comme fubordonnez au Co.
lonel General , ne prennent plus d'autre
qualité que celle de Mestre de Camp ; que
la Compagnie Colonelle de chaque Regiment
foit appellée Compagnie Meftre de
Camp ; qu'elle ne foit reputée que la fee ce
DE MAY.
F25
dée par
onde Compagnie , & que celle comman
le Lieutenant Colonel devienne la
premiere ; que le Drapeau blanc y foit atta
ché , & qu'elle continue à être commandée
par ledit Lieutenant Colonel fous les ordres
de notredit Oncle , que Nous voulons être,
reconnu comme Chef & premier Capitaine
de toutes lesdites Compagnies Colonelles ,
fans cependant qu'il foit rien innové à l'é
gard du Commandement defdits Regimens,
lefquels en l'absence de notredit Oncle feront
commandez comme par le paffé par les
Meftres de Camp , & à leur defaut feulement
par lefdits Lieutenans- Colonels , le
( four tant qu'il Nous plaira , & fans que
fous pretexte des Prefentes , il puiffe être
tien changé dans la Juftice Militaire , qui
continuera d'être rendue en notre nom , &
en la forme & maniere prefcrites par nos
Ordonnances. Si donnons en Mandément
à nos tres chers & bien-amez Coufins les
Marêchaux de France , comme auffi à tous
Gouverneurs & nos Lieutenans Genéraux
en nos Provinces & Armées , & à tous autres
qu'il appartiendra, que, notredit Oncle
le Duc de Chartres , duquel Nous avons
pris & reçu le ferment requis de Coloner
General de notre Infanterie Françoise &
Etrangere , ils faffent , fouffrent & laiffent
jouir & ufer pleinement & pailiblement
des honneurs, autoritez, prérogatives, pré-
Liij
LE MERCURE
minences & facultez fufdites , & à tous
Meftres de Camp , Lieutenans Colonels ,›
Capitaines , Lieutenans , Chefs & Condu
&eurs de nofdits Gens de Guerre , & autres
que befoin fera , qu'ils ayent à lui
obéir & entendre bien diligemment ès chofes
concernant les fonctions de Colonel
General , comme ils feroient à notre propre
Perfonne : Car tel eft notre plaifir . En témoin
de quoy Nous avons fait mettre notre
Scel à cefdites Prefentes. Donné à Pa
ris le 11 jour de May l'an 1721. & de
notre Regne le fixiéme. Signé LOUIS.
& plus bas : Par le Roy , le Duc dOrleans
Regent prefent. LE BLANCJ.
La Sageffe neceffaire dans un Souverain.
ODE.
A Monfieur le Maréchal de Villeroy
O vels srnies , quolle magnificance
Offre à nos yeux la Majefé !
Son pouvoir , feu judépendance :
Imitent la Divinitás.
Mais le Sceptre , ni la Couronne.
Ni V'éclat qui les environne ,
N'ont rien qui puiſſe me flatter ,
DE MAY.
Si je ne vois un Prince Jage
De qui la vertu nous engage
Au refpect qu'il fçait meriter.
C'eft fur vos pas , Sageffe aimables
Que doit marcher le Souverains
Sans vous il devient intraitable
Avec vous il fe rend humain :
Quand vous relevés fa foibleſſe ,
Il vit dans la paix fans moleſſes
Il combat fans ambitions
Cefferés vous de le conduire ?
Bientôt il ira fe détruire
Par fa vaine présomption
Quelque grand qu'un ¿ éros puiffé bere.j
s'il n'a la vertu pour ſoutien
La valeur qu'il ford paroître,
Ne fera pour lui qu'un faux bien.
in Roy ne peut rien de lui- même ;
Sans cette fageffe Suprême ,
En vain croit il fe maintenir i
Que fert le poids d'une Couronne
Si la même main qui la donne
N'aide pas à la foutenir.
J'aime à voir Titus débonnaire
Toujours prudent ' en fes projets ,
Rendre chaque jour tributaire
Des biens qu'il donne à fes fufersa
Liiij
128 MERCURE LE
Humain , genereux , équitable ,
Il devint par là respectable
A ceux qui connurent fa voix
Et ce pere de la patrie
Fit que cette fille chérie ,
Après lui regreta ſes Loix.
2.
Mais Céfar que le peuple vante ,
Et qu'un crime beureux couronna
Malgré fa valeur éclatante ,
N'eft qu'un autre Catilina :
L'ambition le follicite,
Son fuperbe démon l'agite ,
Il remp'it fes villes d'horreur ;
Ce n'est que meurtres , que carnages »
A-t'il affés fait de ravages &
Jufqu'ils doit aller ſa fureur ?
14 bar , Prince fanguinaire,
On t'eût érigé des autels ,
Si ton ame moins meurtriere
Tu fait moins hair des mortels :
Quittant cette humeur indocile ,
Tu rendois la route facile
Pour attirer les coeurs à toy ;
Et dans le temple de la gloire ,
En éternifant ta memoire ,
On t'auroit reconnu pour Roy.
L'heroïſme , co bien fi vare,
DE MA Y.
119
Qu'avec peine on fçait acquerir ,
Ne provient pas d'un fort bizarre
Qu'un foudain revers fait périrs
Mais les paffions étouffées
Elevent d'éternels trophées
1
A ceux que la fageffe inftruit :
Un Roy qui s'eft vainca lui même,
Attache un prix au diadême ,
Que le temps n'a jamais détruit.
Loin d'ici l'aveugle vulgaire
Dont les préjugés toujours faux ,
Dans un Prince auquel il vent plaire
Encenfent jusqu'à fes défauts ;
Ckés lui tout paroît legitime 5.
Dans fon efprit le plus grand'crime
Souvent prendra l'air d'équitéz
Il fait canonifer le vice ,
Rarement dans fon fier caprice
Apperçut-on la verité,
Fille du Ciel , fage Minerve,
Vous rendés les héros parfaits
Votreprudence leur reſerve
Le prix qui couronne leurs faits =
Vous parlés , tout leur eft facile
Votre experience fubtile
Fait trouver les périls legers.
Avec vous le fils de Laërtes
*
Ulylle.
# LE MERCURE
Voyageant fur les mers défertes
Evita les plus grands dangers .
Toi , qu'une prudence achevée
Guida vers l'austere vertu ,
VILLEROY , dont l'ame élevée
Fait rougir le vice abbatu :
MENTOR du nouveau TELEMAQUE,
De ta fageffe notre 【THA QUE
Va tirer fa felicité ,
Et les fentimens qu'on voit naitre
Dans le Monarque notre Maître,
Taffurent l'immortalité
278
ELOGE DE MITONNETTE ,
Chienne de Madame ***
Amais bête ne fut mieux faite
Que la charmante Mitonnette,
Pour vous chanter , belle Lewrerve
Je ne veux point d'une trompettes
Mais je vais prendre ma muſette.
Quel est l'Auteur ou le Poète,
Qui fût trouver une épitete
Pour vanter votre bancar folentey
Votre petit nés de belett
Avec votre mine doucette
DE MAY.
*31
Avec votre taille finet ,
Si vous aviés une cornette ,
Fous vaudriés une fillette :
Il feroit plus d'une Lifette
Qui voudroit être auffi parfaite.
Non , ce n'eft point une forvette,
Wous defcendés en ligne droite
De cette immortalle planette
Qu'on lorgne avec une lunette,
Quoi que vous fayés la cadette ,
Certes , je crois que la pauvrette
Troqueroit bien à l'aveuglette
Contre fa celefte togette ,
Votre petite maiſonnette:
Oni, je le dis «& le repete,
Jamais bête ne: fit mieuxfaise
Que la charmante Mitonnotte.
Ni plus ni moins qu'une Civette ,
Par tout elle répand l'ambrøste :
Au loin fa petite chambreste
N'exhale que la violette ;
Toujours belle , toujours properte ,
Ne mange jamais fans förviette ,
Et toujours deffus une affette
Biſcuit , macaron ·tartelette ;
Tous autres krets elle rejette.
Lorsqu'on veut live la gazette ,
En perfonne fage & difcrete
,
83.2 LE MERCURE
.
Se tait , étoupe fa fonne,
O trop heureufe Mitonnette!
Que votre fortune eft: complette !
Be Philis vous êtes fujette ,

Quand pour lui fervir d'amufette ,
1
Tout de même qu'une chevrette ,
Vous faites des bonds à courbette.
Quand vous nichés dans fa pochette ,
Et que de fa main blanche & nette
Elle vous peigne & Dous Vergette ,
Qu'elle vous baise en godinettes
Qui ne voudroit être Levrette &
Qu'un Doguin d'humeur indifcrette
Ne te trouve jamais feulette
Et ne fouille point ta couchette,
C'est ce que pour soi je ſouhaite :
Or , voila ma befagne faite , ..
Tu dois en être fatisfaite.
Four récompenfe, épie & guette
Şi mon rival vient en cachetter
Voir ta maîtresse à fai roil tte:
Frens bien ton omsy fur lui to jette i
Mords-le, déchire fa manchette ,
Ne fouffre point qu'il la muguette.
Si tu me vois , deviens muette ,
Qu'on n'entende point ta clochettes
Quand je lui conterai fleurette ,
Sers moi près d'elle d'interprette
DE MAY. 433
Dis lui qu'une flamme fecrette
Me brûle comme une allumette ,
Et que fans ceffe je regrette
Ces doux momens aù fur l'herbette ,
Par quelque tendre chanfonnette ,
Je lui contois mon amourette .
Le mot de la premiere Enigme du mois
paffé étoit la Canne, & celui de la feconde ,
la Pierre àfufil
ENIGM E.
PReſqu'anſſitôt que je ſuis née ,
Je cours le monde me vois deftinée
A paffer ma jeuneffe entre les mains d'autrui.
Pour m'y faire valoir , j'ai votre fçavoirfaire ,
Coquettes , qu'on voit aujourd'hui
1
Si fçavantes en l'art d'amuser & de plaire.
Je cours à l'artifice, & m'en pare fi bien ,
Quefous ce faux dehors , & piquante & jolie,
Je fuis de mille gens , comme vous , accueillie ;
Mais pour moi tous ces gens nefentiroient plus rien ,
Le croirés-vous , fi toute nue
Je m'offrois feulement un inflant à leur vue,
AUTRE.
FAy de mon nom plufieurs parens ,
Mais nos emplois font differens :
134.
LE MERCURE
Ici ma voix égale à celle du tonnerre
Effraye au réjouit la terre.

pour
donner à la beauté
la santé . Et la fraicheur
D'un infinuant petit frere
F'emprunte le doux miniftere:
Pour l'embellir , ou pour sa guérison,
alfaut que le rafé la prenne en trahison .
Autrefois j'étois à la mode ;
Il n'étoit ni Baron , ni Cemte , ni Marquis
.
Qui fans moi put être bien mis ,
Mais on m'a planté là comme trop incommode.
Lorfque les buveurs font en train ,
Dans un repas mon bachique refrain
Celebre les faveurs du charmant Dieu du vin :
Mais changeant de ton & de mode ,
5 Et de maxime & de méthode ,
Je deviens grave & férieux ,
Et c'eft de mes emplois tout le plus glorieux .
CHANSON.
Menuer.
I.
Laffé des rigueurs de ma belle ,
Mon coeur jura qu'il ne l'aimeroit plus ;
Pour être à fonforment fidelle ;
Je fus d'abord me youër à Bacchus
Leurs
ou..
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS

DE MA Y.
135
I I.
Le Dieu qui fait aux coeurs la guerre
Scut mon doffein , il dovança mes pas ;
Le traitre empoisonnant mon verre,
Va , me dit il, bois tant que tu voudras.
III.
Ce fier défi me piqua l'ame ,
Je courus boire , & je ne bus pas feus
Je crus éteindre ainfi ma flame,
Mais chaque coup étoit un trait de fem.
IV.
Que de ce Dieu l'ame eft cruelle !
Je brûle, j'aime , hélas ! plus que jamais.
Quand on veut rompre avec ja belle ,
Au traitre Amour cachou de tels projets.
BENEFICES DONNEZ.
Avril Abbaye Commcnda-
Deaire d'Aunay, Ordre de Cireaux ,
Diocefe de Bayeux , qui a vaqué par le
decès de M. Huet , ancien Evêque d'Avranches
, a été donnée à Meffire René-
François de Froullay de Teffé , fils du Maréchal
de ce nom , Chevalier de l'Ordre
de Saint Jean de Jerufalem , Clerc Tonfuré
du Diocefe de Paris.
Du8 May , l'Abbaye de Saint Sulpice
136 LE MERCURE
de Rennes , Ordre de Saint Benoît , qui a
vaqué par le decès de Madame de la Foreft
Darmaillé , a été donnée à Dame Olive'de
Leſqueu de la Villemeneue, Religieufe profeffe
du même Ordre..
Dudit jour l'Abbaye . Commendataire.
d'Ambie , Ordre de Saint Benoît , Diocefe
de Coutance , vacante par le decès
de M. l'Abbé de Melmes , à Meffire Ni
colas Joffe le Pelletier de la Houffaye ,
Clerc Tonfuré du Diocefe de Paris.
Du 17 May , PEvêché d'Elne où de
Perpignan , vacant par le decès de Meffire
Jean Hervieu Bazan de Flamenville ,
à Meffire Antoine Jerôme de Boyvin du
Vauroüy , Prêtre du Diocefe de Paris.
L'Abbaye Reguliere de Saint Michel
de Cuixa , Ordre de Saint Benoît , Diocefe
de Perpignan , à Dom Sauveur de
Copons , Religieux profès du même
Ordre.
L'Abbaye fecularifée de la Real , dans
la Ville de Perpignan , à Meffire Antoine
Jerôme du Vauroüy , nommé à l'Evêché
de Perpignan.
.
JOURNAL
DE MAY.
857%
JOURNAL DE PARIS.
L
E 28 du mois dernier , la Diligence
de Lyon fut arrêtée dans le Morvan,
Province du Bourbonnois , dans la
Foreft d'Empogne , voifine du Bourg de
Saulieu , par fix Cavaliers mafquez. Le
Poftillon , qui voulut faire d'abord quelque
refiftance , fut le feul maltraité. Ces
Cavaliers firent defcendre ceux qui étoient
dans le caroffe les uns après les autres ,
& leur ayant volé argent , montrés , ta→
batieres & épées , ils leur firent mettre
enfuite ventre à terre , quatre d'entr'euxles
obfervant le piftolet à la main , pendant
que deux autres cherchoient l'or porté
fur la feuille du Cocher. Ils ont enleve
44000 livres en or , & 12000 livres que
l'un des Voyageurs avoit autour de lui
dans une ceinture ; ainfi on compte qu'ils
peuvent avoir volé 20000 écus , y compris
les differentes nippes des Particuliers
Le 29 M. le Vicomte de Tavannes
vint prendre congé du Roy , pour pren
dre enfuite la route de Bourgogne , & y
tenir les Etats en l'abfence de M. le Duc..
Le premier May 1721 , les nouveaux
Drapeaux des Regimens des Gardes Fran
M
438 LE MERCURE
coifes & Suiffes , & Suiffes furent po tez par les portez
Soldats vêtus de neuf , precedés de leurs
Officiers , à l'Eglife Metropolitaine , où
ils furent benis iurvant la coutume par
M. le Cardinal de Noailles , Archevêque
de Paris .
Le même jour , le Roy donna le Bie
yet de Colonel à
Gardes du Corps ;
comte de Suzi ,
quatre Exempts des
çavoir , à M. le Vi-
M. de Champéron ,
de la Compagnie de Noalles ; à M. le
Marquis de Caviere de la Compagnie de
Villeroy , & à M. le Marquis de Vertrieux
, de la Compagnie de Charoft .
Lé 3. le Roy accompagné de Monfieur
le Duc d'Orleans , de M. le Duc de.
Chartres , & de M. le Maréchal Duc de
Villeroy , Gouverneur de Sa Majeſté , fit
dans la Plaine des Sablons la Revûë des .
Gardes Françoifes & Suiffes.. Le Roy
monta à cheval , paffa dans les rangs , &
vit enfuite défiler toutes ces Troupes.
M. Hrfan , Maître de la Garde Robedu
Roy d'Elpagne , pour les habits Frango's
, étant mort , Sa Majefté Catholique
a accordé la furvivance de cette Chargeà
M. He fan fon fils.
Le 7 on arrêta à Verfailles le fieur
Guillaume Law , frere du. fieur Law qui
eft à Venfe , d'où il fut conduit à la
Baftille. Quelques jours après il fut trans-
"
DE MAY: 139
feré à Verfailles , pour être prefent à la
levée du fcellé que l'on a mis fur fes
effers.
4
Madame Law eft prefentement logée
dans l'Hôtel de Luynes , rue du Colom
bier , Faubourg Saint Germain : Elle s'eft
reduite à une femme de chambre & à un -
faquais. M. le Duc de Mazarin doit venit
occuper à la Saint Jean prochain la mai
fon cu demeuroit le lieur Law.
Le département des Routes & campes
mens des Troupes qu'avoit M. de Puilegar
, Lieutenant Genéral des Armées du
Roy , & Inspecteur d'Infanterie , a été
donné à M. le Blanc Miniftre de la
Guerre.
M. de la Jarrie , Lieutenant de Roy
des Invalides , étant inort ; M. de Baujeu ,
ancien Officier , a été nommé pour le
remplacer , & a obtenu un Brevet de
furvivance de Gouverneur de cet Hôtel
Royal , en cas de mort de M. de Beauveau
, qui eft actuellement en Exercice
de cette Charge . Le Cordon rouge de
M. de la Jarrie , de 3000 livres de renté,,
a été donné à M. de la Billarderie l'aîné,
Lieutenant des Gardes du Corps. -
M. le Cardinal de Noailles a donné le
Sacrement de Confirmation à quatre cens
Invalides , dont il y en avoit un âgé de
87 ans.
Mij
140 MERCURE LE
Le 9 l'Ambaffadeur Turc alla rendre
vifite à M. le Marquis de Cannillac
Capitaine - Lieutenant des Moufquetaires
Noirs. Madame de Cannillac , qui avoit
époufé en premieres. nôces M. Girardin ,
Ambaffadeur de France à Conftantinople,
reçur cette Excellence à la maniere des
Turcs. On lui jerta d'abord en entrant
le voile de MouTeline , & on le parfuma :
Enfuite on fervit à l'Ambaffadeur une
collation & des rafraîchiffemens à la mode
du pais , après quoy. fon Excellence fe
retica fort fatisfaite de toutes ces attentions.
Le 10 l'Ambaffadeur Turc allifta aux
Intermedes du Ballet du Roy : Cette
Excellence vir reprefenter dans la Salle
des Machines la Comedie de Dom Japhet
Armenie, Le Roy ne daufa point dans
les Intermedes , mais feulement un certain
nombre de jeunes Seigneurs de la
Cour. Tout le monde fçait le malheur
qui arriva avant la reprefentation de ce
Baller , à M. le Chevalier de Fenelon ,
Sous- Lieutenant dans le Regiment des
Gardes Françoiles . Ce jeune Officier ayant
voulu paffer d'une loge dans l'enceinte ou
fe mer le Roy & la Cour , le pied lui
manqua , & il tomba fur les fiches de fes
de cette enceinte : Une de ces fiches lui
entra dans l'aîne , & lui perça la veine
DE MA Y. 141,
eave ; l'autre lui entra dans le côté droit ,
d'où le fang fortoir à gros bouillons . On
n'eut que le tems de le porter chez um
Chirurgien, où il expira deux heures après.
Le i3 M. Fremin , Sculpteur du Roy
partit avec la permilion de Sa Majefté
pour Madrid , où il fera quelques ouvras
ges pour le Roy d'Elpagne.
Le Gouvernement de Ham en Picardie ,.
de 15000 livres, de rente , vacant par la,
mort de M. le Comte de Serignan , a paffé,
à M. le Comte de Grammont , qui en
avoit la furvivance.
Le 1.3. les Chambres du Parlement s'étant
affemblées au fujet de M.. Bergeron de la
Goupillere , Confeiller au Parlement , qui
par une alienation d'efprit s'étoit donné
le 1.2 un coup de piftolet dans la tête , il
fut decidé qu'il feroit inhumé..
par
Le 14 M. le Comte de Bielke , Envoyé
extraordinaire du Roy. de Suede , eut fon
audience de congé du Roy.
Monfieur l'Abbé de Mongault a été
nommé Secretaire des Commandemens de:
M. le Duc de Chartres , & en même tems
Secretaire de ce Prince pour les Artaches.
des Emplois de l'Infanterie M. Alexandre.
a été choisi pour occuper la place de premier
Commis des Bureaux de M. le Duc
de Chartres..
M. le Bailly de Memes, a prefenté au
142 LE MERCURE
Roy les oifeaux de chaffe dont le Grand
Mitre de Malte a accourumé de faire
prefent à S. M. chaque année .
M. l'Abbé de Vertor , qui travail'e à
Phitoire de Malte , a obtenu de M. le
Bailly de Memes une penfion de 1000..
livres fur fon Prieuré de Saint Denis de
l'Eitrées.
Le 15 après midi , le Roy eut avis par
un Courier extraordinaire que le & de ce
mois le Cardinal Comi avoit été élu Pape ,
avec le concours & à la fatisfaction de
tout le Sacré College & de toutes les
Couronnes. Il a pris le nom d'innocent
XIII. Le Cardinal Conti eft le feizréme
Cardinal , & le quatriéme Pape de fa famille.
Le Canonicat de M. du Vauroy , nomimé
à l'Evêché de Perpignan , a été donné à
M. l'Abbé le Maure, Chapelain du Roy; &
Sacristain de la Chapelle du Louvre.
M. le Camus , Premier Prefident de la
Cour des Aydes , s'eft accommodé avec
M. de Breteuil Maître des Requêtes , &
Intendant à Limoges , de la Charge de
Prevôt & Maitre des ceremonies de l'Ordre
du Saint Efprit , moyennant une for
me de 30 mille livres , dont M. de Breteuil
payera le riers dans deux ans , & les
deux autres tiers de deux ans en deux ans ;
mais comine le Cordon de M..le Camus
DE MAY. 143
doit paffer auparavant fur la tête de M.
le Pelletier de la Houffaye , Controlleur
General des Finances , ce Miniltre obtint
le 18 l'agrément de la Majelté de le porter..
Le Vicaire de Saint Cyr a preſenté au
Roy un Globe avec tous les refforts , qui
marquent les heures des jours & des nuits.
dans tout l'Univers .. Il y a un réveil qui
y eft attaché. Un Singe tire un pritoler.
& allume la bougie à l'heure que l'on
veut fe réveiller . La. machine a été trou
vée très jufte & fort ingenieufe ..
M. le Marquis de Fervaques , qui garde
fe Gouvernement du Maine , s'eft accommodé
avec M. le Chevalier de Bullion:
fon frere , de la furvivancè de la Charge:
de Prevôt de la Ville de Paris..
Le Roy a accordé des Lettres de Con--
feiller d'honneur au Parlement à M. Se---
guin du Breuil.
Le Mercredy z1 May , PAmbaffadeur
Turc vint dîner chez M.le Maréchal de
Villeroy , dans l'Appartement qu'il a an
Palais des Tuilleries. H le conduifit aupa
ravant dans l'Appartement du Roy , ou
il eut l'honneur de faluer Sa Majefté , qui
cut la bonté de le conduire elle mêine dans
la Galerie où elle lui avoit donné ci devant:
Audience publique , & lui fit remarquer
dans les belles Tapiteries des Gobelins qui
y font tendues , les principaux traits de
#44 LE MERCURE
1 *
Phiftoire du feu Roy Louis XIV. que l'Am
baffadeur admira , & dit qu'il efperoit que
dans quelques années la vie du Roy fourni
toit des fujets à faire encore de plus belles
Tapifleries. Enfuite le Royle fit paffer dans
fon Cabinet , où il admira plufieurs , cu
riofitez , qu'il eut la bonté de lui faire voir.
Enfuite ayant pris congé de Sa Majeſté
il paffa dans l'Appartement de M. le Marechal
de Villeroy , où il fe mit à table
avec les perfonnes fuiyantes en cet ordre :
L'Ambaffadeur contre la cheminée entre
Meldames les Marquifes de Villeroy &
d'Alincourt , l'Interprete à la droite ; enfuite
M. le Marechal de Villeroy Madame la
Ducheffe de Ventadour , Madame la Ducheffe
de la Ferté , Madame la Marechale
de BouЯers , M. l'Evêque de Frejus , M.
Hop Ambaffadeur d'Hollande , M. le Ma
rechal de Tallard , M. le Duc de Lauzun :
à la gauche de l'Ambaffadeur , M. fon fils,
M. le Marquis.de Biron , M. le Chevalier
d'Asfelt , M. le Prince de Tingry , M. de
Cely.Confeiller d'Etat , & le Gentilhomme
ordinaire attaché auprès de l'Ambaffadeur
Le repas fut fervi magnifiquement à plufieurs
fervices ; l'Ambaffadeur y mangea de
tout fort proprement à la maniere Françoi
fe ; il ne but que du Cidre , & fon fils de la
Biere , à la fanté de toute la compagnie en
particulier. Après le repas , fes Officiers
Lui
DE MAY.
141
lui laverent les mains & les favonerent à
Pulage des Turcs , qui en font un point de
Religion. Après avoir fumé , il paffa dans le
Cabinet de M. le Marechal de Villeroy, où
le fieur Rondet Jouaillier de la Couronne ,
avoit étalé fur une grande table tous les diamans
de la Couronne , qui par leur quantité
& leur beauté charmerent à tel point
l'Ambaffadeur , qu'il avoua que le Grand-
Seigneur, fon Maître , n'en avoit pas de
plus beaux : de là il fut conduit par M.
le Chevalier d'Asfelt , Directeur General
des Plans & Fortifications , dans la grande
Gallerie des Plans où Sa Majeſté ſe trouva,
& voulut elle-même lui faire remarquer
les Plans de toutes les Villes fortes de
fon Royaume , & des conquêtes du fen
Roy ; après quoi ayant pris congé de Sa
Majefté , il s'en retourna à fon Hôtel très
rempli & reconnoiffant de l'accueil honorable
qu'il avoit reçû en cette occafion ,
où Sa Majefté , par égard à fon feul mérite
perfonnel , avoit bien voulu paffer fur
le ceremonial toujours obſervé à l'égard
des. Ambaffadeurs Orientaux , qui ne
voyent jamais le Roy qu'aux Audiences
publiques.
N
$146 LE MERCURE
PENSIONS ACCORDE'ES.
Onfieur le Duc de Lorges a obtenu
Mune Penfion de 6000 liv . fur ceile de
feu M. Chamillart.
Madame la Marquife de Mezieres , une
de 4000 liv. qui paffera après la mort
ftir la tête de fes enfans .
: M. le Chevalier de Conflans , Enfeigne
de Vaiffeau , une de 1200 livres fur
P'Evêché Dupuis , auquel M. l'Abbé de
Conftans fon frere a été nommé.
Le Roy a confervé à Me de Maupertuis
la Penfion de 8oco liv. que S. M.
faifoit à feu M. de Maupertuis , cy-devant
Capitaine Lieutenant de la premiere
Compagnie des Moufquetaires.
M. le Chevalier de Briffac , frere de
-M . le Duc de Briffac , qui avoit une Penfion
de 8000 liv . vient d'obtenir du Roy
une augmentation de 4000 liv .
Le Roy a accordé à M. le Marquis de
Maillebois une Penfion de 8000 liv. une
autre de 4000 livres à M. le Baron de
Châteauneuf fon frere , & une de 4000
liv. à M. le Chevalier Defmarets .
M. d'Harrouis , Maître des Requêtes
honoraire , a obtenu une Penfion de
Good liv.
DE MAY.
$47
Me la Marquife de Louvois , une autre
de 6000 liv.
Meffieurs d'Argenfon , une de 9000 liv .
chacun , & Me de Colandre qui en avoit
déja une de 4000 livres , une autre de
5000 liv.
NOUVELLES ETRANGERES
A Varsovie le 10 May 1721.
L
E Roy qui partit de Drefde le 25 du
mois de Mars arriva en cette Ville le
2 Avril dernier , & Sa Majefté fut reçue
avec les ceremonics ordinaires ; elle avoit
indiqué la tenue du Confeil des Senateurs
au 15 du mois dernier , & quoiqu'ils
ayent reçu de fa de fa part deux Lettres Circufaires
pour les inviter à s'y rendre , plufieurs
d'entre eux refufent de partir , &
le Grand General de l'Armée de la Cou
fonne mécontent de n'avoir point encore
obtenu la fatisfaction qu'il demandoit au
fujet du Commandement des Troupes
Etrangeres , dont le Comte de Flemming
a été revêtu jufqu'à prefent , ne veut point
affifter à ce Confeil ; ce qui a fait prendre
au Roy la refolution de ne l'affembler
qu'au mois de Septembre prochain ; il y a
Nij
148 LE MERCURE
efperance que dans ce tems les efprits des
principaux de ce Royaume feront plus
difpofez à fe prêter aux propofitions que
Sa Majefté pourra leur faire pour le bien
de l'Etat , puifqu'Elle les a contentez depuis
quelques jours au fujet du Commandement
des Troupes Etrangeres , qu'Elle a
partagé entre le Prince de Lubomirski &
le Comte de Denfof ; il y a auſſi lieu de
croire que Sa Majesté aura quelque égard
aux reprefentations que quelques- uns des
Palatinats de ce Royaume lui ont faites
au fujet de l'affaire du Prince de Zanguesko
, & qu'Elle pourra donner à ce
Seigneur un équivalent raifonnable pour
la Fortereffe de Dubno , dont il s'eft emparé,
en cas qu'il ne veuille pas attendre
que les Troupes de la Couronne la lui
faffe abandonner. L'Evêque de Neutra ,
Ambaffadeur de l'Empereur en cette Cour,
tomba en apoplexie le 20 du mois de
Mars dernier , le bruit qui avoit couru
de fa mort s'eft trouvé faux , fans cependant
qu'on ait encore de nouvelles certaines
que ce Miniftre foit tout- à- fait hors
de danger. Il avoit hazardé il y a quelques
mois d'avancer des propofitions au (ujet
du mariage de la Ducheffe Douairiere de
Curlande niéce du Czar , avec le Prince
Alexandre de Wirtemberg , actuellement
Gouverneur deBelgrade, & S.M.Czarienne
I
DE MAY. 147
auroit fouhaitté d'appuyer du confentement
de la Nation Polonoife le deffein
qu'il a de mettre fa niéce en poffeffion
paiſible du Duché de Curlande ; mais les
Staroftes & les Magnates de cette Pro
vince ayant trouvé extraordinaire què
l'Ambaffadeur de l'Empereur fe chargeât
d'une femblable negociation , ce Miniſtre
prit le parti de n'en plus parler , & de
laiffer agir fur cette affaire ceux qui font
chargez des pouvoirs de Sa Majefté Cza→
rienne ; mais le Roy depuis fon retour a
dépêché un Courier à Riga , avec des
Lettres très-preffantes au Czar , pour l'engager
à la reftitution du Duché de Curlande
, & à ordonner l'entiere évacuation
desTroupes Mofcovites qui y font encore. ›
LE
A Riga , le 26 Avril 172.1 .
E Czar partit le 27 du mois dernier de
Petersbourg , & arriva en cette Ville le
30 du même mois , il fut reçû au bruit
d'une falve generale d'artillerie › par la
Bourgeoifie fous les armes depuis la porte
de la Ville jufqu'au Palais que Sa Majefté
a fait marquer pour fon logement. La
Czarine n'arriva que le 3 de ce mois , accompagnée
de la Ducheffe Doüairiere de
Curlande & du Duc d'Holftein, qui étoient
allez au-devant d'elle jufqu'à deux lieuës
N iij
450 LE MERCURE
hors de la Ville , elle fit encore une entrée
plus magnifique que celle du Czar
fon époux ; le Duc d'Holftein lui donna
la main à la defcente de fon carofie , &
la conduifit jufques dans fon appartement,
où il reſtajuſqu'après le fouper. Ce Prince
reçoit icy tous les honneurs imaginables ,
Je Czar lui donne le titre d'Alteffe Royale,
& a nommé un de fes Officiers des Gre
nadiers avec quarante Cavaliers pour fa
garde . Cer accueil favorable femble con ,
firmer les bruits qui ont courru du futur
mariage de ce Prince avec la Princeffe
Anne Petrowina fille de leurs Majeftez
Czariennes , & l'on ajoûte que les ceremonies
s'en doivent faire à la fin de la
Campagne prochaine pour laquelle le
Czar n'a point encore abandonné les projets
, malgré la Conference, indiquée à
Nystadt pour la fufpenfion d'armes avec
le Roy de Suede : la flotte Mofcovite qui
doit mettre à la voile dans peu , fera compolée
de vingt fept Vaiffeaux du premier
& fecond rang , de dix- fept du troifiéme ,
de deux cens huit Galeres , & de trois
cens Barques à voile les Vaiffeaux de
guerre feront commandez par le Prince
Menzicof, & les Galleres & Barques par
Amiral Apraxin . On veut même que le
Czar foit dans le deffein de monter luis
même cette Flotte , & que pendant qu'il.
DE MA Y. IS IT
fera en Mer , la Czarine fon époufe , la
Princeffe Doüairiere de Curlande & le
Duc d'Holstein iront à Revel pour y attendre
le fuccès de la Campagne.
L
A Stokholm le 12 May 1721 .
E Comte de Lelienftedt & le Baron
de Stromfeld Plenipotentiaires de S. '
M. à la Conference de Nystadt , qui
avoient été retenus par les glaces à Griefelhom
, arriverent à Abo en Finlande le
ro du mois dernier , & ils Y refteront
jufqu'à ce que la Cour ait reçû des nouvelies
certaines du départ des Plenipotentiaires
que le Czar a nommés pour la même
Conference. S. M. prend toutes les
précautions neceffaires pour s'oppofer aux
entrepriſes des Mofcovites : Dans l'incertitude
où l'on eft ici fur ce que le Czar a
deffein d'entreprendre pendant la Campagne
prochaine , la Cour a réfolu de former
un Camp de trente mille hommes aux
environs de cette Ville , mais comine le
tems ne permet pas encore aux Troupes
de pouvoir camper , on a fait entrer ici
quinze mille hommes d'Infanterie , &
quoique les Bourgeois foient obligés de
les loger , pas un d'eux ne murmure de
l'embaras que ces logemens leur cauſent ,
parce qu'ils font perfuadés que la proxi
Ń iiij
252
LE MERCURE
mité de ces Troupes eft neceffaire pour
leur propre feureté. A l'égard de la Flotte
tous les ordres font donnés pour qu'elle
puiffe être en Mer à- peu -près dans le
même-tems que l'Efcadre Angloife fera
entrée dans la Mer Baltique : on a mis fur
les Galeres les meilleurs Rameurs qu'on a
pû ramaffer , & l'on a envoyé des ordres
du Roy dans toutes les Places Maritimes
de ce Royaume & dans les Ports Etrangers
, pour raffembler le plus grand nombre
de Matelots qu'il fera poflible . Sept
Vaiffeaux de Guerre qui étoient à Carelfcron
font fortis de ce Port pour aller cou
rir l'Ile de Bornholm , dans laquelle il y
a lieu de craindre que les Moſcovites
n'ayent deffein de faire une defcente à
P'ouverture de la Campagne. D'autres Vaiffeaux
de Guerre qui ont hyverné aux environs
de cette Ville , doivent appareiller
dans peu pour aller croifer fur les Vaiffeaux
des Mofcovites à la hauteur de Danzick
, ou pour les obferver quand its feront
en Mer.
A Coppenhague le 20 May 1721 .
A cérémonie du Mariage du Roi avec
la Ducheffe de Slewich fut celebrée le
du mois dernier par le Docteur Claaſſen ,
Sur-Intendant general des Ecclefiaftiques
DEMA Y.
du Holtein : il y eut enfuite un magnifique
feftin où le trouva la Famille Royale .
L'anniverfaire de la naiffance de la nouvelle
Epouſe du Roi occafionna le 16 du
même mois de nouveaux divertiffemens à
Frederisberg où la Cour étoit , & le Roi
lui fit preſent d'un bel attelage de Chevaux
blancs , avec lequel elle alla fe
promener en Caleche pour fe faire voir
au Peuple : Le Roi fignala auffi fa joye
par une creation de dix nouveaux Chevaliers
de l'Ordre de Dannebroc on a
rendu public l'Etat des Troupes que S.
M.aencore fur pied , tant dans ce Royaume
, que dans celui de Norwegue & dans
le Holſtein , & cet Etat monte à foixante-
huit mille fept cens quarante- cinq hommes
, fans compter treize Compagnies
d'Artillerie , & un Corps particulier de
neuf cens hommes d'Infanterie , qui eft
en quartier dans le Nort Jutland. Les
Officiers de ces Troupes ont reçû ordre
de joindre leurs Regimens ; l'Ordonnance
que
S. M. a renduë à cette occafion s'exe
cute à la rigueur , & ceux d'entre eux
qui s'abfentent plus de tems que ne le
porte leur congé , perdent la moitié de
leurs appointemens. S. M. a remis entre
les mains du Prince Charles & à la
Princeffe Sophie Hedwige fes frere &
foeur les biens que la feuë Reine leur a
>
154 LE MER CURE
·
laillés par fon teftament , & leurs Alteffes
Royales qui fe font retirées de la tab'e
du Roi depuis fon mariage , iront faire
leur réfidence à Charletembourg , le Roi
leur ayant accordé une penfion de douze
mille Rifdalles pour leur table,
L
A Vienne le 10 May 1721 .
'Empereur , l'Imperatrice & les jeunes
Archiducheffes partirent le
25 du
mois dernier pour Laxembourg , ou l'Im
peratrice restera jufqu'au 15 de ce mois
qu'elle doit partir pour les Bains de Caresbalft
en Boheme , avec les Comtes de
Çolovrat , de Werzel , de Trantmanſdorf
& de Harac , qui ont été nommés pour
accompagner S. M. en qualité de Gentilshommes
de fa Chambre. On n'a point
encore difcontinué la levée des Soldats
neceffaires à recruter les Regimens qu'on
deftine à la défenfe des Frontieres , en>
cas que les Turcs ayent deffein de faire
quelques entreprifes fur les Terres de S.
M. Imperiale & les Gouverneurs des
Places de Hongrie & de Servie font travailler
en diligence aux réparations des
Fortifications qui n'avoient point été rétablies
depuis la derniere Paix de Paffarowitz
. On attend ici un Aga Turc que
le. Grand Seigneur a dépêché en cette
Cour , pour affures l'Empereur que tousi
DE MAY. I
'
les préparatifs de la Porte ne regar
dent point S. M. Imperiale , & qu'elle
n'en doit prendre aucun ombrage. On
prétend que le Duc de Mekelbourg n'eft
plus dans les difpofitions de fe confor
mer au Decret Imperial , & que dans
Pattente où il eft d'un corps confiderable
de Troupes Mofcovites , il vient de res
futer à la Nobleffe de fon Païs de tenir
Paffemblée dont on étoit convenu , &
dans laquelle on devoit travailler ferieufe
ment à rétablir la tranquillité dans ce
Duché.
De Londres le 20 May 1721
' Efcadre que S. M. Britannique a fait
L'équiper cette année pour la Mer
Baltique , partit de la Buoy du Nore le
25 du mois dernier , avec un vent favo
rable , & on a reçû avis qu'elle eftoit ar
rivée à la rade de Coppenhague le huir
de ce mois. On a mis dépuis trois femaines
neuf Vaiffeaux de guerre en Commiffion
pour garder les côtes de ce Royaume
; fçavoir , deux à Plymouth , trois à
Portsmouth , trois à Chatan & un à
Sheernff outre ces Navires on a fait
encore équipper une petite Efcadre compolée
d'un Vaiffeau de quatre- vingts pieces
de Canon , de cinq de foixante - dix ,
d'un de foixante , & de deux de cinquante, .
7
316 LE MERCURE
fur lefquels on doit faire monter trois
mille fix cens vingt- cinq hommes d'équipage
; mais on n'a point encore rendu
publique leur destination . Le Roi a donné
ordre au Grand Chancelierde ce Royau
me de faire faire par les Juges de Middlefex
& de Weftmeinſter des recherches
très-exactes contre quelques jeunes gens
de cette Ville qui ont formé depuis quelque
tems des focietés , dans lefquelles ils
attaquent les plus facrés myfteres de la
Religion , & le Lord de Brok fit ces
jours paffés un diſcours à la Chambre des
Seigneurs à ce fujet , & propofa enſuite
un Bill pour reprimer l'irreligion de ces
Societés , ce Bill qui fut lu pour la premiere
fois , & dont la feconde lecture
fut ordonnée , porte entre autres choſes
que ceux qui feront trouvés coupables de
crimes dont on va faire la recherche , feront
mis en priſon , & qu'ils y refteront
jufqu'à ce qu'ils ayent prononcé & figné
la Declaration fuivante : Je confeſſe ſolemnellement
, & je crois fincerement qu'il n'y
a qu'un feul & veritable Dien , & que
dans l'unité de ce Dien , il y a trois perfonnes
d'une même Eſſence , de même pou
voir de même éternité , le Pere , le Fils

le faint Efprit , & je reconnois que les
Ecrits du vieux & du nouveau Teftament
font divinement infpirés . Ce Bill paroil
DE MA Y.
857
foit fort neceffaire pour reprimer l'impie
té qui regne aujourd'hui dans ce Païs ;
cependant à la pluralité de foixante voix
contre trente-une , on en a renvoyé l'examen
au mois de Juin prochain.
A Cadiz le 21 Avril 1711.
Latriva icy le 20 un Navire d'Avis
de la Nouvelle Efpagne , par lequel
on a appris que tous les Navires de la
Flotte du General Chacon étoient arrivés
à la Vera-Crux le 26 Octobre 1720 , &
que le Vaiffeau de Diego Sanchés y étoit
pareillement arrivé peu de jours avant le
départ du Navice d'Avis. Que le Viceroy
du Mexique avoit voulu tenir la Foire des
Marchandifes de la Flote dans la Ville de
Jalapa , au lieu de le faire à la Vera- Crux ;
mais que les Deputez du Commerce des
Indes & ceux d'Efpagne n'ayant pû con
venir de leurs faits , il avoit été decidé
que chacun tiendroit une Foire en fon
particulier, Le General Ferdinand Chacon
avoit fait publier qu'il devoit partic
pour l'Espagne le 15 Avril 1721. Le Navire
d'Avis apporte un million d'effets
en soo barils de cochenilles & jalap , &
200 mille piaftres en argent , & autres
Marchandiſes.
y a des nouvelles de Lima du 20
158
LE MERCURE
Aour 1720 , qui nous apprennent que
l'Inquifiteur Don Gomez , & Don Jean-
Baptifte Urueta , Alcade de Corte , y
étoient morts au commencement de ce
mois. Que depuis Buenos- Aires juſqu'à
la Ville del Cufco , il y avoit eu une maladie
épidemique dans les naturels du
Pays , qui en avoit enlevé plus de 150
mille . Que dans les environs de la Ville
de Zania dans le Perou , il y étoit tombé
une pluye fi abondante durant 15 jours ,
fuivie d'éclairs & de tonnerre , que la riviere
étant fortie de fon lit plus d'une
demi-lieuë de chaque côté , elle avoit entraîné
la Ville entiere , avec quantité de
beftiaux qui étoient à la campagne. On
fait monter cette perte à plufieurs millions
de piaftres. Que le Viceroy du Ferou
faifoit preparer un Navire d'Avis , dont
on devoit donn: r le commandement à un
nommé Girardin François , pour porter
300 mille piaftres au Roy d'Efpagne , &
que ce Navire devoit partir au mois
d'Octobre 1720. On devoit auffi armer
un Navire pour tranfporter le Prince de
Santo- Bono au Port de Capulco,
A Rome le 10 May 1721.
Na appris par un Courier extraordinaire
dépêché de Rome , & qui
DE MA YA 439
arriva icy le 27 de ce mois , les nouvelles
fuivantes. Le Cardinal Paracciani eft mort
le 9 vay , lendemain du jour de l'élection
du nouveau Pape. Le S. Pere a fait Secretaire
d'Etat le Cardinal Georges Spinola
; le Cardinal Corradini , Dataire ; le
Cardinal Orighi , Prefer de la Congregation
du Concile ; le Cardinal Ruffo , Legat
de Boulogne ; le Cardinal Paulucci , Vicaire
de Rome ; le Cardinal Olivieri , Secretaire
des Brefs ; l'Evêque de Terraffine,
frere du S. Pere , Grand Penitencier ;
l'Abbé Maréfofchi , Auditeur du Pape 3
l'Abbé Riviera , Secretaire des Chiffres 3
l'Avocat Coramboni , Soùdataire ; l'Abbé
Rufpoli , Secretaire des Memoriaux ;
l'Abbé Paffionnei , Secretaire des Lettres
Latines aux Princes ; l'Abbé Doria
Maître de Chambre ; l'Abbé Scaglioni ,
Secretaire des Brefs aux Princes ; M. Falconieri
, Gouverneur de Rome ; M. Col
ligola , Treforier de la Chambre ; l'Abbé
del Giudicé , Major-d'Homme du Pape.
Le S. Pere a accordé à Don Charles Albani
, neveu du feu Pape , les traitemens
de Prince du solio.
160 LE MERCURE
MORTS DE PARIS.
Ame Henriette- Marguerite le Breton
Dde Villandry , époufe de Meffire Louis
François Comte d'Aubigné , Maréchal de
Camp , Infpecteur general de l'Infanterie,
& Gouverneur du Saumurois , mourut le
15 Avril , âgée de 32 ans.
Dame Louite le Goulx- Maillard , épouse
de Meflire Marc-Antoine Turgot , Maître
des Requêtes , & Intendant de la Generalité
de Soiffons , mourut le 16 Avril.
Dame Judith de Cocherel de Bourdonné,
veuve de Meffire Philippe de Fouilleuſe ,
Marquis de Flavacourt , Lieutenant General
des Arinées du Roy , & Gouverneur de
Gravelines , mourut le 22 Avril , âgée de
$8 ans .
Melfire Eugene- Marie de Bethify , Marquis
de Mezieres , Lieutenant General des
Armées du Roy , & Gouverneur des Villes
& Citadelle d'Amiens & de Corbie , &
grand Bailly dudit Amiens , mourut le 24
Avril.
Meffire Pierre Mufnier , Seigneur de
Mauroy & de Saint Auguftin ancien Cor.
recteur des Comptes , mourut le premier
May.
Meffire
DE MAY.
161
~ Meffire Armand-Charles de Bonigalle ,
Maître des Comptes honoraire , mourut
le 3 May.
Meffire Nicolas Defmarets , Marquis de
Majllebois , de Blevy , de Rouvray , Baron
de Châteauneuf- en - Thimerais , Seigneur
& Baron de Bourbonne - les- Bains , Seigneur
de Couvron , Sors , Urfel , & c. Miniftre
d'Etat & Commandeur des Ordres
du Roy , qui avoit été nommé Controlleur
General des Finances en Fevrier 1708 ,
mourut le 4 May en ſa 73 année.
Melfire Henry de Mefines de la Valroy
& de Hambie , mourut le 6 May.
F
Meffire Marc-René de Voyer de Paulmy
, Marquis d'Argenfon , l'un des Quarante
de l'Académie Françoife , mourut à .
Paris le 8 May 1721 , dans la foixanteneuvième
année de fon âge. La fupério
rité & la délicateffe de fon génie l'ont
fait admirer dans les differentes Charges
& emplois qu'il a toujours remplis avec
diftinction. Le feu Roy récompenfa les
fervices qu'il lui avoit rendus dans la
Charge de Lieutenant de Police , en le
nommant Confeiller d'Etat ; & Monfieur
le Regent le plaça à la tête des Finances ,
le nonma: Garde des Sceaux de France le
28 Janvier 1718 , & lui donna la Char
geode Chancelier Garde des Sceaux de
Fordre Royal Militaire de S. Louis
O
J
152 LE MERCURE
Le Roy a donné cette derniere Charge à
Meffire Pierre- Marc- René de Voyer de
Paulmy , Comte d'Argenfon , fecond fils
du défunt , Maître des Requêtes , cy devant
Lieutenant de Police , & Intendant
à Tours , & S. M. en a accordé les honneurs
à M. le Marquis d'Argenfon l'aîné
Confeiller d'Etat & Intendant de Maubeuge.
Le 18 , M. le Marquis d'Argenfen
prêta ferment de fidelité entre les
mains du Roy , en prefence de Monfieur
le Duc d'Orleans , pour la Charge de
Ghancelier - Garde des Sceaux de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis .
Meffire Guillaume de Lort , Comte de
Serignan , Chevalier de l'Ordre de Saint.
Louis , Marêchal de Camp , ancien Lieutenant
Aide -Major des Gardes du Corps.
du Roy, & Gouverneur des Ville & Cha
teau de Ham , mourut le 8 May, âgé de
93 ans.
Meffire Michel- François le Tellier,
Marquis de Courtenvaux , de Villequier
& de Creuzy , Comte, de Tonnerre & de:
la Ferté - Gaucher , Baron de Montmirel,
d'Ancy- le-Franc , &c. Capitaine- Colonel.
de la Compagnie des cent Suiffes de la Garde
ordinaire du Corps du Roy , mourut le.
12 Mayen fa 58 année , à Ancy-le, Franc,
d'une attaque d'apoplexie . Par fa more.
M. le Marquis de Montmirel fon petit- fils,
3 DE MAY. I +65
âgé feulement de trois ans , lui fuccede
dans cette Charge , par la furvivance qu'il
en avoit eue l'an paffé à la mort de M. le
Marquis de Louvois fon pere ; mais attendu
fon enfance , il a été decidé par Sa Majeſté
que pendant la minorité le Commandement
fur la Compagnie & les Officiers ,
leur nomination en cas de mort ou de vente,
la preftation de leur ferment , & l'ordre
de la bouche du Roy immediatement, ainſi
que faifoit M. le Marquis de Courtenvaux,
eft deferé de droit à M. de Bogue , Lieu
tenant François de la Compagnie,
Meffire René de Mornay de Montchevreuil
, nommé à l'Archevêché de Befançon
, & cy- devant Ambaffadeur en Portugal
, mourut le May.
Dame Benigne de Maux du Fouilloux ,
veuve de Meffire Paul d'Efcoubleau , Mar
quis d'Alluye & de Sourdis , Gouverneur
de l'Orleanois , Pays Chartrain & Blaifois
, mourut le 14 May , dans un âge
fort avancé..
Meffire Charles- Denis de Bullion , Marquis
de Galardon , Bonnelles , Efclimont,
&c. Prevôt de Paris , Gouverneur du Maine
, Perche & Comté de Laval , mourut
le 20 May.
o ij
164 LE MERCURE
MORTS ETRANGERE S.
E 25 Mars dernier mourut à Gironne
Don Michel-Jean Taverner & Ruby,
Archevêque de Tarragone , âgé de 74 ans
& demi. C'étoit un Prelat recommandable
par fa vertu. Il avoit été long- tems Premier
Prefident du Confeil Souverain de Barcelonne
, qu'on appelle Chancelier de Catalogne
; & dans cet employ il avoit
ſignalé fa fidelité & fon zele pour le Roy
d'Efpagne , qui le pourvur de l'Evêché
de Gironne , qu'il a gouverné durant près
de 21 ans. Il n'y avoit que quatre mois
qu'il avoit eu fes Bulles pour Tarragone ,
dont il fit prendre poffeffion par Procureur
le 20 Mars , étant refté à Gironne
pour y facrer fon neveu & fucceffeur en
cet Evêché. Don Jofeph Taverner eft
d'Ardennes. Il en devoit faire la ceremonie
le 27 Avril.
Henry de Polham , oncle du Duc de Neu
caſtle , mourut à Londres le 12 Avril .
N. Chiapponi , premier Maître des
Ceremonies du Conclave , y étant tombé
malade , mourut le Avril , peu de
temps après en être forty.
Leopold Charles Comte de Cauriani ,
DE MAY. 168
Seigneur de Walterftorff & de Seiberftorff,
Chambellan de l'Empereur , mourut le
15 Avril , âgé de cinquante quatre
ans.
N. Prince d'Anhalt Bernbourg , mourut
le 22 Avril.
Jean- Eftienne Grunwald , Agent du
Confeil Imperial Aulique de Guerre ,
mourut à Vienne le 22 Avril , âgé de
73 ans.
Dom Alonſo Carnero , Doyen du Confeil
Suprême des Indes , mourut à Madrid
le Avril , âgé de quatre- vingts treize
ans.
Dom Louis de Valdes , Confeiller du
Confeil des Finances , mourut à Madrid
le Avril , en fa foixante - quatriéme année.
Dom Bernard de Portugal , fils unique
de Dom Louis de Portugal de Gama
mourut à Lisbonne le Avril , en fa
deuxième année.
Robert Trockmorton , Baronet d'Angleterre
, Chef de fa maifon , Seigneur de
Coughton , Overfley , Wefton , &c. man-
Lut Catholique le Avril..
NAISSANCE.
Le 26 Avril la Princeffe de Galles accou
< sha à Londres d'un Prince..
W 1
}
166
LE MERCURE
MARIAGE.
Wolfgand Sigifmond des Urfins , Comte
de Rosemberg , Gentilhomme de la Chambre
de l'Empereur , & Maître d'Hôtel he- :
reditaire du Duché de Carinthie , époufa
le 23 Avril Marie-Anne Comteffe de
Hohenfeld , Dame de l'Imperatrice.
f
CHARGES ET DIGNITEZ.`
LE
E Avril , le Roy d'Angleterre nom-.
ma le Sieur Robert Walpole , premier
Commiffaire de la Treforerie , à la place
du Comte de Sunderland , & Chancelier
de l'Echiquier à la place du Sieur Aiflabies
N. Pelham frere du Duc de Neucaftle ,
fut nommé fecond Commiffaire de la Tréforerie
, à la place dudit Sieur Aiflabie.
Horace Walpole, frere dudit St Walpole,
fut nommé Secretaire de la Trésorerie , à
la place du Sieur Charles Stanhope , qui
fut nommé Tréforier de la Chambre.
Le fils du Vicomte de Townshend ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , fut nommé
Cornette du Regiment de Cavalerie du
Major General Wade.
Sa M, donna auffi au Lord Charmichael
fils du Comte de Hindfort la Lieutenance
DE MAYY 167
de la Compagnie des Grenadiers à Cheval:
de fa Garde.
Le Comte de March fut fait Guidon de
la même Compagnie.
Quelques jours après , Sa M. donna le
Gouvernement de l'Ifle des Barbades , vacant
par la mort de N. Ingrant Lord Irwin,
qui étoit aufli Colonel d'un Regiment
de Cavalerie , au Lord Belhavan , Gentile ,
homme de la Chambre du Prince de
Gálles.
Et le Regiment de Cavalerie au Lord ›
Cobham }
Le Comte de Lifla frere du Duc d'Argile,
fut nommé Garde du petit Sceau du Royaume
d'Ecoffe.
Le Avril le Roy de Dannemarck
donna le Gouvernement general de Nor - I
wegeà N. Gabert , Confeiller d'Etat ;
Et au Sieur Gabel , fon Chambellan , la
Charge de Commiffaire general de la Marine
, avec celle de Directeur general de
tous les Arfenaux & Fortereffes , la premiere
defquelles vaquoit par la démiffion
du Baron de Rantzau
Le Avril , l'Empereur nomma à l'Evêché
de Neustadt , vacant par la mort de
N. Baron de Rovera , N. Comte de Sinzendorff,
fils du grand Chancelier de Sa
Maiefté.
Et donna le titre de Comte de l'Empire
2TUZJAN
I
168 LE MERCURE
à N. Baron de Mikofch.
Le 21 Avril , le Marquis de Lede prie
poffeffion de la Grandeffe d'Efpagne de la
premiere claffe , en fe couvrant devant le
Roy avec les cérémonies ordinaires.
Quelques jours après , S. M. Catholique
accorda les honneurs du Conſeil Royal
de Caſtille , avec l'ancienneté de cette place
, à Dom Thomas de Sola , Fiſcal du
Confeil des Indes ;
Donna la Préfidence de la Chancellerie
de Valladolid , à Dom Juan de Valcarcel ,
qui en étoit Fiſcal
• La Charge de Fifcal de la Chancellerle
de Valladolid à Dom Pierre Afan- de- Ribera
, Regent du Confeil de Navarre.
La Charge de Confeiller du Confeil des
Finances , à Dom Barthelemy de Badaran.
Et la Charge de Maréchal des Logis
de la Cour , à Dom Jean - Antoine de
Oviedo.
ARRESTS,
DE MAŸ. 169
ARRESTS , EDITS
A
Declarations .
୨ RREST du Confeil du 9 Fevrier 1721 ,
par lequel S. M. remet aux Actionnaires
de la Compagnie des Indes , qui
n'ont pas fourni l'Emprunt par Action , ordonné
par les Arrêts des , 7 Novembre & 9 Janvier
derniers , la peine de nullité de leurs Actions
, portée par lefdits Arrêts : Permet S. M.
à ladite Compagnie de continuer ledit Emprunt
, ainfi & de la : maniere qu'elle jugera la
plus convenable Et fous la peine feulement
de la privation d'une ou plufieurs années des
Dividendes des Actions , de ceux defdits Actionnaires
, par lefquels ledit Emprunt n'aura pas
été fourni dans le délai qui aura été fixé par
ladite Compagnie.
:
ARREST du Confeil du 13 Fevrier 1721 ,
par lequel S. M. ordonne qu'il fera delivré à
chaque Compagnie de Traitans Generaux d'affaires
extraordinaires , en avance envers S. M.
une Ordonnance de Remboursement des fommes
portées par les Eftats finaux de leurs Comptes
dont le Payement fera fait par le Garde
du Trefor Royal en Exercice , fur la fimple
Quittance du Traitant , fous le nom duquel
le Reſultat a été arrêté au Confeil , viſée de
deux Cautions du Traité nommez à cet effet
par Déliberation expreffe de la Compagnie ;
Sçavoir en leurs Billets folidaires retirez par
2
P
170
LE MERCURE
le Garde du Trelor Royal, & le furplus en
une Quittance de Finance au nom dudit Traitant
, portant interêt au Denier Cinquante ,
dont le fonds fera fait auunellement dans les
eftats des Finances de S. M. de laquelle Quittance
de Finance , ledit Traitant fera tenu de
faire fa declaration au profit de chacun des
Cautions du Traité , à proportion de fon interêt
, fuivant la repartition qui en fera faite
entr'eux en la maniere accoutumée , defquels
Payemens mention fera faite par les Secretaires
du Confeil , & autres dépofitaires defdits Comptes
, fur les Minutes & doubles d'iceux : Et en
rapportant par le Garde da Trefor Royal les
Quittances defdits Traitans , les Eftats finaux
de leurs Compres Copie collationnée de la
mention qui fera faite defdits Payemens , il en
demeurera bien & valablement quitte & décharge
: Et en cas qu'il furvienne quelque conteftation
au fujet du prefent Arrêt , circonftances
& dépendances catre lefdits Traitaus generaux
& autres , S. M. en a attribué la connoiffance
aufdits Sieurs Commiffaires Generaux
nommez par l'Arrêt du 2 Novembre 1717 , &
icelle interdite à toutes les autres Cours & Juges
.
>
ARREST du Confeil du 14 Fevrier 1721 ,
par lequel S. M. fans s'arrêter aux Requêtes &
demandes de quelques Négocians de la Ville
de Lyon , declare que les Billets & promeffes ,
paflés par Marchands au profit de Particuliers
non Négocians , ne font point affujettis à être
payés en Ecritures en Banque , conformément
aux Arrêts des 26 Juillet , 26 Decembre 1720 ,
& 23 Janvier dernier.
ARREST du Confeil du 28 Fevrier 1721. ,
par lequel S. M. ordonne que les Bordereaux
DE MAY . 171
qui doivent être fournis fuivant l'Article III
de l'Arrêt du Confeil du 26 Janvier dernier
par les Porteurs & Proprietaires des Effets qui
feront reprefentez , tant à Paris devant les
Sieurs Commiffaires de fon Confeil , que dans
les Provinces devant les Sieurs Intendans
Commiffaires départis & leurs Subdeleguez ,
Enfemble les Memoires qu'il eft Enjoint par
Article IV du même Arrêt aufdits Porteurs
& Proprietaires d'Effets d'y joindre , pour declarer
ou indiquer à quel titre ils poffedent
lefdits effets , quelle valeur ils en ont fonrnie,
& d'où provenoient les deniers qu'ils ont employez
à leur acquifition , feront fur du Papier
fimple & non timbré : Permet S. M. aux Notaires
de certifier au pied defdits Bordereaux &
Memoires , & d'y faire les mentions qui feront
necellaires pour ceux des Proprietaires & Porteurs
d'Effets qui auront declaré ne fçavoir
écrire ni figner , dérogeant S. M. pour cet
effet feulement à tous Edits , Declarations &
Reglemens concernant la formale , lefquels Elle
veut être au furplus executez felon leur forme
& teneur & fans tirer à confequence.
·
ARREST du Confeil du 4 Mars 1721 concernant
les Comptes en Banque de la Ville de
Lyon , par lequel S. M. ordonne que les Bulletins
qui pour le payement des Lettres de
Change , Billets de Commerce & ventes de
marchandifes en gros , montant à la fomme de
cinq cens livres & au deffus , ont été donnez
entre Marchands & Négocians par les Debiteurs
à leurs Creanciers , qui les ont acceptez
avant la publication de l'Arrêt du 26 Decembre
dernier , feront écrits & virez , fi fait n'a
été , fur les Livres des Comptes en Banque de
adite Ville , après que lefdits Bulletins auront
été paraphés par le Prevôt des Marchands , Or-
P ij
172
LE MERCURE
..
donne auffi S. M. que les Viremens cy- devant
faits par anticipation , ou pour dettes autres
que celles énoncées dans l'Arrêt du 14 Fevrier
dernier , feront & demeureront nuls , & qu'ils
feront incellamment rétablis au Crédit des Débiteurs
, fi ce n'eft que les Créanciers n'ayent
accepté lesdits Viremens , & remis à leurs Debiteurs
leurs Titres de Créance . Ordonne en
confequence S. M. que les Livres des Comptes
en Banque qui ont été dépofez en l'Hôtelde
Ville , feront remis és mains des Directeurs
des Comptes en Banque , pour être lesdits Viremens
faits & parachevez en prefence dudit
Prevot des Marchands , ou en fon abfence ,
d'un des Echevins de ladite Ville de Lyon ,
dans le délai le plus court que faire fe pourra
, & au plus tard dans trois femaines à compter
du jour de la publication du prefent Arrêt,
& qu'aprés ledit terme paffé & la délivrance
faite des Certificats aux Proprietaires des Comptes
en Banque , les Livres & autres Papiers
concernant lefdits Comptes en Banque feront
batonnés & remis és Archives de l'Hôtel de
Ville , pour y avoir recours en cas de befoin,
ARREST du Confeil du 14 Mars 1721 , par
lequel S. M. ordonne que les Arreſts de fon Confeil
d'Etat des 26 Decembre 1720 , & 23 Janvier
1721 , feront executez felon leur forme & teneur:
fait Sa Majefté tres expreffes inhibitions & défenfes
à toutes perfonnes de quelque qualité & condition
qu'elles foient , d'y contrevenir , fous
quelque pretexte & à quelque occafion que ce
foit , foit par l'envoi & fignature de Memoires
de la nature de ceux ci -deffus énoncez ou autrement
, fous peine de defobeiffance , même d'être
procedé extraordinairement contre ceux qui
pourroient à l'avenir ufer de telles voyess
5
DE MAY T
Extrrit des Regiftres du Confeil d'Etat .
E ROY s'étant fair reprefenter en for
Confeil l'Arrêt rendu en icelui le 23 Janvier
dernier , par lequel S. M. auroit ordonné
que tous les Recepiffez y énoncez , faits par les
Directeurs des Monnoyes des Provinces ou leurs
Commis , feroient convertis en Rentes fur les
Aydes & Gabelles avant le premier du prefent
mois : Et S. M. étant informée que cette operation
a été fufpendue , faute de connoître au
Trefor Royal les differentes fignatures defdits
Billets Enforte qu'il eft neceffaire de proroger
le délai , pour affeurer par un Vifa des Sie
Intendans & Commiffaires départis dans lefdites
Provinces la qualité & quantité desdits Billets
même de renvoyer devant lefdits Sieurs Intendans
la connoillance & & le Jugement de quelques
Procés intentez contre lefdits Directeurs
& leurs Commis pour le payement de Recepif
fez ou Billets , lefquels les Porteurs pretendent
avoir été faits à l'occafion d'affaires particulieres :
A quoi voulant pourvoir : Oui le Rapport , &c.
Sa Majesté étant en fon Confeil , de l'avis de
Monfieur le Duc d'Orleans Regent , a Prero-
Ke & proroge jufqu'au premier jour du mois
de May prochain le délai porté par l'Arrêt da
13 Janvier dernier pour la Converfion en Renres
fur les Aydes & Gabelles des Recepiffez &
Billets des Directeurs des Monnoyes ou de leurs
Commis , mentionnez audit Arrêt. Veut S. M.
qu'il n'en puiffe être reçû dorefnavant aucun
des Monnoyes des Provinces au Trefor Royal ,
qu'aprés avoir été vifé par le Sieur Intendant
de la Province ou Generalité dans laquelle il a
été fait Et que les conteftations mûës ou à
mouvoir entré les Particuliers & lefdits Dire
&eurs ou Commis des Monnoyes fur la quali-

P jij
274
LE MERCURE
x
té defdits Recepiffez &, Billets , foient portées
devant lefdits Sieurs Intendans pour étre ordonné
ce qu'il appartiendra , S. M. leur en
attribuant à cet effet toute Jurifdiction & connoiffance
, l'interdifant à tous autres Juges
sufquels Elle deffend d'en connoître , à peine
de nullité des Jugemens & de dommages &
interêts des Parties . Fait au Confeil d'Etat du
Roy, Sa Majefté y étant , tenu à Paris le dixhuitième
jour de Mars mil fept cens vingt un
Signé , PHB LEPS AUX.
Extrait des Regiffres du Confeil d'Etator
Du 18 Mars 1721 .
EROY s'étant fait reprefenter les Arrefts
rendus en fon Confeil les 26 Janvier & 16x
Fevrier de la prefente année, par le premier def-,
quels S. M. a entre autres chofes ordonné que
dans deux mois du jour de fa publication , tous.
fes Contrats , Papiers & autres effets qui y font
mentionnez , feront reprefentez ; fçavoir à Paris.
devant les fieurs Commiffaires deputez à cet effet .
& dans les Provinces & Generalitez pardevant
les fieurs Intendans & Commiffaires départis pour
L'execution de fes ordres , & leurs Subdeleguez s
Et qu'aprés ledit delai de deux mois expiré ,
tous les effets qui n'auroient pas été représentez ,
demeureroient nuls , éteints & fupprimez , fans.
qu'on en pût prétendre ni repeter dans la fuite;
aucune valeur : Et par le fecond S. M. auroit plus
particulierement expliqué fes intentions , fur . la
forme en laquelle la reprefentation , examen &
Verification defdits Effets doivent eftre faits devant
les fieurs Commiffaires de fon Confeil à CA
commis par l'Arreft du so Janvier precedent
Et Sa Majesté étant informée que quelques di
Egences qui ayent été faites pour arranger ce
DE MA Y. 17
travail , iln'a cependant pas été poffible d'ouvrir
à Paris les Bureaux àce deftinez avant le 10 da' -
prefent mois de Mars , en forte qu'on n'a pu encore
expedier qu'un petit nombre de Parties qui
fe font prefentées ; & Sa Majefté deftrant accor
der aux Proprietaires defdits Effets un remps .
fuffifant pour les reprefenter , en forte qu'ils ne
puiffent imputer qu'à leur negligence l'extinction
defdits effets , dans laquelle ils tomberoiene ;
faute d'avoir fatisfait à ladite reprefentation dans
cenouveau delai : & voulant auffi S. M. abreger
le travail en difpenfant les proprietaires des Bil-
Jets de la Banque Royale , de certifier au dos de
chacun de ces Billets qu'ils leur appartiennent ,
& d'en rappeller les Numero dans les Bordereaux
qu'ils doiventjoindre à leurs effers ; Ouy le Ran
port du ficur le Pelletier de la Houffaye , Cenfeit
Jer d'Etat ordinaire & au Confeil de Regence
pour les Finances , Controlleur General des Fi-
Mances Sa Majeſté étant en fon Confeil , de Pavis
de Monfieur le Duc d'Orleans Regent , a pro
rogé & proroge jufqu'au 26 May de la prefente
année le delay de deux mois indiqué par PArticle
VI de l'Arreft du 26 Janvier dernier , pour la
reprefentation qui doit être faite , tant à Paris
devant les fieurs Commillaires de fon Confeil à
ce deputez , que dans les Provinces & Genera
litez du Royaume devant les fieurs Intendans &
Commiffaires départis & leurs Subdeleguez , des
Contrats , Papiers , & autres Effets mentionnez
aufdies Arrests : Paflé lequel temps , Ordonné
S. M. fans efperance de nouveau delay , que tous
ceux defdits. Effets qui n'auront pas été repres
fentez , demeureront nuls , éteints & fupprimez ,
fans que fous quelque pretexte que ce foit , on
en puifle pretendre ni repeter aucune valeur.
Difpenfe S M. les Proprietaires ou Porteurs des
-Billers de la Banque Royale de certifier au dos
de chacun de ces Billets , qu'ils leur appartien-
P iiij
176 LE MERCURE
.
;
nent , & de les detailler par Numero dans les
Bordereaux qu'ils joindront aux Effets par eux
reprefentez à la charge neanmoins que lesdits
Billes de la Banque Royale feront enliaffez par
paquets avec des lacets dont les deux bouts feront
cachetez par l'un des fieurs Commillaires ,
qu'il fera mis fur chacun defdits paquets un
Bordereau contenant feulement le nombre defdits
Billets , & la fomme totale à laquelle ils monteront
, lequel Bordereau fera paraphé par l'un
defdits fieurs Commiffaires. Ordonne en outre Sa
Majefté, que la liquidation qui doit eltre faite
des Effers reprefentez , ne poura l'eftre que fui-,
vant l'ordre des Numero infcrits fur la Note
imprimée & paraphée , qui fera delivrée aux
Porteurs defdits Efts , laquelle Note chacun
defdits Porteurs fera tenu de reprefenter conjointement
avec lefdits Effets , à peine de demeurer
déchûs de la liquidation defdits Effets .
Ordonne au furplus Sa Majesté que lesdits : Arrefts
des 26 Janvier & 16 Fevrier dernier feront
executez fuivant leur forme & teneur .
ARREST du Confeil du 29 Mars 1721. Regiftré
en la Cour des Aydes les Avril , portant
rétabliffement du Droit.annuel fur les Vendans
vin & autres Boiffons dans la Ville & Fauxbourgs
de Paris .
ARREST du Parlement du 2 Avril 172.1 , qui
homologue l'avis de la Communauté des Maîtres
Graveurs , au fujet du nombre des Maîtres qui
doivent être appellés aux Affemblées generales ,
& aux Elections de Syndic & Jurés .
ARREST du Confeil du 7 Avril 1721 , par
lequel le Roy , fans s'arrêter au défaveu formé
par la Compagnie des Indes le 27 Fevrier dernier
, de tout ce que fes Directeurs ont pû faiDE
MAY.
177
re au préjudice de la Déliberation du 22 Fevrier
1720 : Et fans avoir égard à l'oppofition
formée par ladite Compagnie à l'execution de
l'Arrêt du 26 Janvier dernier dont S. M. l'a
déboutée , a Ordonné & ordonne que l'Arrêt du
24 Fevrier 1720 datté par erreur du 23 Fevrier
dans les Exemplaires imprimez , enfemble
ledit Arrêt du 26 Janvier dernier , feront exccutez
felon leur forme & teneur : Ce faifant que
dans un mois pour toute préfixion & delay , ladite
Compagnie des Indes en la perfonne de fes
Directeurs fera tenuë de compter par Eftat au
vray au Confeil de la Recette & Dépenfe , tane
de ladite Compagnie , que de la Banque y jointe
finon & à faute de ce faire dans ledit tems,
& icelui paffé , lefdits Directeurs y feront contraints
à la pourfuite de Maitre Tartel Controleur
General des Reftes , que S. M. a Commis
pour cet effet ; le tout fans préjudice des prétentions
de ladite Compagnie pour les trois
parties de deux cens foixante feize Millions , de
vingt neuf Millions trois cens quatre vingt- dixhuit
mille cent trente fix livres neuf fols : Et
de deux Millions fept cens mille livres , concernant
l'achat & les négociations d'Actions ;
lefquelles trois parties feulement elle pourra
employer dans la Dépenfe dudit Etat au vray ,
fauf le débat , pour y être pourvû par S. M. en
ftatuant fur ledit Etat au vray , ainfi qu'il ap
partiendra.
>
ARREST du Confeil du 7 Avril 1721 , par
lequel S. M. ordonné que par les fieurs Trudaine,
Fagon , Ferrand & de Machault Confeillers d'Etat
, conjointement ou féparément , il fera dreffé
procès verbal , & fait inventaire des Regiftres
, Papiers & Effets de ladite Compagnie &
Banque y jointe , dont les Sieurs Deshayes &
Bourgeois Caiffiers de ladite Compagnie &
178 LE MERCURE
Banque demeureront chargez comme dépofitaires
& gardiens : Et en feront leurs foumiffions,
pour être enfuite les Effets de ladite Compagnie
regis & adminiftrez par des perfonnes experimentées
au fait du Commerce , qui feront inceffamment
commis & propofez par S. M. pour
eet effet , jufqu'à ce que fur la connoiffance
plus exacte que S. M. aura de l'état des affaires
de Indice Compagnie , & de l'impoffibilité où
elle fe trouvera d'acquiter fon debet , S. M. puif
fe pourvoir à la feureté & à l'interêt defdics
Actionnaires légitimes , par l'Etabliffement d'une
nouvelle Compagnie dans la forme qui fera jugée:
Ta plus convenable : Veut & Entend S. M. que ce
qui fera ordonné par lefdits ficuts Commillaires
pour l'execution du prefent Arrêt , circonstan
ces & dépendances , foit executé nonobſtant oppofitions
ou empêchemens quelconques , pour
lefquels ne fera differé , & dont fi aucuns interviennent
, S. M. s'en referve la connoiſſance & à
fon Confeil , & icelle interdit à toutes fes Cours
& autres Juges..
DELIBERATION DE MESSIEUR $ .
les Fermiers Generaux.
Du kuitiéme Avril 17217/
LA Compagnie par fa Déliberation du 14
Fevrier 1721 , concernant le partage des
Captures , Confifcations & Amendes des Gabelles
, a accordé differentes gratifications aux Employez
des Fermes , par lefquels lefdites Captu
res feroient faites .
Mais ayant été informaée que quelques Maré
chauffées avoient fait des Captures , Elle leur
a accordé des gratifications : Et voulant regler
la manière dont il en fera ufé avec les MaréDE
MA Y.. 179
chauffées qui en feront à l'avenir pour les engager
à fe porter au Service des Fermes , & à le
favorifer en toute occafion ; Elle a arrêté , que
lors qu'une Maréchauffée fera feule une captu
re , toutes les rétributions accordées aux Émployez
des Fermes par les Articles 1
2 , 3 ,
4, 5 , & 8 , de fa Déliberation du 12 Fevrier
1721 feront payées à la Maréchauffée ; & dans
les Captures qui feront faites par les Maréchauf
fées , conjointement avec les Employez defdites
Fermes , toutes les gratifications mentionnées aux
Articles cy deffus , feront partagées par tefte entre
les Maréchauffées & les Employez : Et outre
ce partage , la Compagnie accorde aux Maréchauffées
deux parts dans les trois qu'elle s'eft
refervées par les Articles I & V de ladite Délibes
ration ; & dans ces cas , ce qui lui devroit reve→
nir , fera réduit à une part , à condition neanmoins
qu'il lui fera toujours compté du tout ;
& qu'au furplus la Déliberation du 12 Fevrier
1721 , fera execurée. Signé , des Vieur , Malo,
Hocquart , de Salins , Caze , le Monnier , Ma
zade , Bergeret , la Live , du Vaucel , de Beau
fort , le Riche & Grimod Dufort.
ARREST du Confeil du 9 Avril 1721 , par
lequel S. M. ordonne , que jufqu'au premier du
mois de Juin prochain , les Certificats ordonnez
par l'Arrêt dudit jour 14 Fevrier dernier,
fignez , viſez , certifiez , & redigez dans la
forme portée par ledit Arrêt , pourront être
délivrez aux Particuliers qui étoient Proprie
taites d'Ecritures en Comptes en Banque le
16 de Janvier dernier , pour être lesdits Certificats
reçus pour les Emplois indiquez par les
Arrêts desdits jours 26 Decembre 1720 , & 23:
Janvier 1721. Fait S. M. défenfes aux Directeurs
des Comptes en Banque , tant de la Ville de
Paris , que des autres Villes du Royaume ,, à
180 LE MERCUREcommencer
du jour de la publication du pre
fent Arrêt , de faire aucun Virement fous quelque
prétexte , & fous quelque nom que ce foit ,
même en confequence de Jugemens ou Sentences
rendues & obtenues avant ledit jour de la
publication du prefent Arrêt : Et qui n'ont
point été executées , ou qui pourroient être
rendues par la fuite , à peine contre lesdits Directeurs
d'en répondre en leur propre & privé
Dom.
ARREST du Confeil du 8 Avril 1721 , qui
défend aux Procureurs poftulans , & autres faifant
la fonction de Procureurs , de faire aucunes
pourfuites ni procedures , avant de s'être
prefenté fur le Registre des Préfentations , &
de prefenter aucuns Placets pour les caufes qui
doivent être mifes au Rôle , & aux Greffiers de
les enregistrer , que les Exploits & la prefentation
n'y foient dattés ; le tout à peine d'inter
diction , & de 300 livres d'amende pour chacune
contravention : Défend pareil ement aux
Greffiers d'expedier & délivrer aucuns Arrêts ,
Sentences ou Jugemens , qu'il ne leur foit ap
paru de la préſentation fur les mêmes peines ,
& aux Procureurs de retirer , & aux Greffiers
de rendre aux Procureurs les Placets for lef
quels les Caufes auront été appellées , à peine
de pareille amende de 300 liv . & condamne plufieurs
Procureurs & Greffiers chacun en 300
liv. d'amende , pour chacune des contraventions
par eux commiſes.
ARREST du Confeil du 22 Avril 1721 , qui
ordonne que dans le dernier May 1721 , fans
efperance d'aucun autre délai , tant les anciens
Adjudicataires des Courtiers Jaugeurs , qui
n'ont point reçû de Billets de Jacques l'Heritier
, que les porteurs defdits Billets , feront
DE MA Y. 181
tenus de recevoir leur payement en Billets de
Banque.
ARREST du Confeil du 27 Avril , portant
que les Proprietaires ou Acquereurs des Rentes,
foit perpetuelles , viageres ou fur les Tailles ,
pourront comprendre dans leurs Declarations
les rentes pour l'acquifition defquelles ils ont
remis des effets au Trefor Royal , & ce , quoique
les Contrats & Quittances de Finance n'en
foient pas encore expediés : Et qu'il ne fera
payé à l'Hôtel de Ville aucuns arrerages deſdites
rentes , qu'après que les Proprietaires auront
reprefenté lesdits Contrats vifés,
ORDONNANCE
DUROY ,
Portant Réduction de fes Troupes , tant
d'Infanterie , que de Cavalerie &
de Dragons.
DE PAR LE ROY.
A MAJESTE ayant réfolu , de l'avis
de Monfieur le Duc d'Orleans Regent ,
de faire une diminution dans la plus
grande partie de fes Troupes , & jugeant
neceffaire d'expliquer fes intentions
fur le pied qu'elles feront entretenues à
l'avenir , S. Majeſté a ordonné & ordonne ce qui
fait.
ART. I. Qu'à commencer du premier jour du
mois de May prochain , les Compagnies du Re
giment de fes Gardes Françoifes , à la referve
182 LE MERCURE
de celles des Grenadiers , feront réduites de
nombre de cent cinquante hommes dont elles
font prefentement compofées , à celui de cent
vingt-fix : Les trois Compagnies des Grenadiers
dudit Regiment devant refter à cent dix hommes
chacune comme elles font.
II. Que tous les Bataillons d'Infanterie Francoife
, à commencer du jour que la réduction
aura été faite ( non compris les cinq du Regiment
Royal Artillerie demeureront à neuf
Compagnies chacun , en réduifant les huit Compagnies
ordinaires du nombre de quatre vingtun
hommes à celui de foixante - neuf , en conformité
de l'Ordonnance du 6 Avril 1718 : Ét
que les Compagnies de Grenadiers defdits Regimens
refteront fur le pied de cinquante hommes
: L'intention de S. M. étant que les Dire-
Ateurs & Infpecteurs Generaux en faisant cette
réduction , diftribuent les Soldats qui fe trouveront
furnumeraires dans les autres Compagnies
des mêmes Regimens qui en auront befoin
, ou dans celles des Bataillons de la Garnifon
, ou des Places les plus voisines , pour y
être incorporez dans les Compagnies où il en
manquera, & y fervir à l'avenir , avec défenfes
de les quitter fans Congé , fur peine d'être traitez
comme déferteurs.
III. Comme par cette diftribution les Compagnies
feront rendues complettes fans que les
Capitaines faffent aucune dépenfe pour les Recrues
, S. M. ne fe trouve plus obligée de faiire
les fonds qu'Elle avoit accordés pour tenir
lieu d'Eftappe aufdices Recrues pour l'année derniere
1720.
IV. S. M. voulant indemnifer les Capitaines
des Compagnies qui auront fourni des hommes
furnumeraires aux autres Compagnies , a ordon-
Iné & ordonne que par les ordies des Directeurs
& Inſpecteurs Generaux il leur fera donné la
DE MAY. 183
fomme de trente liv. pour chacun defdits hommes
, par les Capitaines des Compagnies où ils
feront entrez : Et en outre, ce que lesdits Dire-
Ateurs ou Infpecteurs auront reglé pou l'habillement
& armement de chacun defdits hommes,
fuivant l'état où ils fe trouveront.
V. A l'égard des Regimens d'Infanterie Etrangere
, S. M. ordonne qu'à commencer du jour
que la réduction aura été faite , les Compagnies
des Regimens Suiffes de Villars , Brendlé , Cafellas
, Helly , Daffry , Dhemel , Diesbac &
Courten , qui font de deux cens hommes , feront
réduites à cent foixante hommes chacune,
les Officiers compris , en confervant aux Ca
pitaines les mêmes avantages qu'ils ont reçûs
lorfqu'ils ont eu leurs Compagnies complettes :
Entendant S. M. que les Soldats furnumeraires
foient congediez pour retourner en leurs Païs ,
au moyen d'un mois de leur folde qui leur fera
payé des fonds de l'Extraordinaire des Guer
& marcheront fut les Routes qui leur fe
ront délivrées , pour que le fimple logement
leur foit fourni.
res ,
VI. Que les Compagnies des deux Bataillons
du Regiment d'Infanterie Allemande d'Alface ,
& celles des Regimens de Saxe cy devant Sparre
, Lamarck , Lenck & Royal Baviere qui font
compofées de cent hommes chacune , feront réduites
à quatre vingt .
VII. Que les douze Compagnies du Regiment
Royal d'Infanterie Italienne qui font de foixante-
fept hommes , feront réduites à cinquante .
VIII. Quant aux Troupes de Cavalerie & de
Dragons , S. M. ordonne que du jour que la
réduction aura été faite , toutes les Compagnies
de Cavalerie , même celles des Carabiniers &
des Regimens Huffarts , feront compofées de
vingt- cinq Maîtres chacune , compris deux Brigadiers
, le Trompette & le Timbalier où il
134 LE MERCURE
en a , lefquels Cavaliers feront choifis par les
Directeurs & Infpecteurs Generaux entre ceux
qui feront le plus en état de fervir , avec les
meilleurs Chevaux qu'il y aura dans les Regimens
, obfervant de faire remplacer dans les
Compagnies les Cavaliers & Chevaux qui y
manqueront , par ceux qui feront furnumeraires
dans les autres Compagnies : Et de faire donner
par les Capitaines de celles où ils entreront la
fomme de cent cinquante liv. fixée pour le dédommagement
dû au Capitaine qui fournira le
Cavalier & le Cheval ; le furplus des Chevaux
de la Compagnie devant refter à la difpofition
du Capitaine pour lui tenir lieu de la remonte
de l'année derniere 1720 , à l'exception
neanmoins des fix Chevaux de remonte que S.
M. a fait fournir par Compagnie aux cinq Brigades
de fon Regiment , de Carabiniers , & à
plufieurs autres Regimens de fa Cavalerie , lefquels
les Capitaines feront tenus de payer à
raifon de trois cens cinquante liv, pour chaque
Cheval , pour les égaler à ceux qui n'ont
point eu lefdits fix Chevaux de remonte : Vou-
Jant S. M. qu'après que toutes les Compagnies
feront rendues complettes de vingt - cinq Maîtres
bien montez & équipez , les Cavaliers quí
feront furnumeraires foient congediez avec leurs
habits , ceinturons & épées feulement , laiffant
leurs autres armes pour être remifes par les
foins des Commiffaires des Guerres dans les
Magazins des Places.
Que le décompte foit fait aufdits Cavalier's
congediez de tout ce qui leur fera dû de leur
folde , en prefence du Commiffaire des Guerres :
Et qu'il leur foit delivré à chacun , du fonds
de l'Extraordinaire des Guerres , la fomme de
dix livres pour leur donner moyen de retourner
chez eux,
IX, A l'égard des Regimens de Dragons , S.
M
DE MA Y. 185
M entend que toutes les Compagnies defdits
Regimens foient lmifes à vingt - un Dragons
montez , & vingt à pied , compris deux Brigadiers
& un Tambour : Et que pour cet effet
les Directeurs & Infpecteurs Generaux de la Cavalerie
s'employent , chacun dans leurs Départemens
, à ce qui leur eft prefcrit par l'Inftru
tion particuliere que S. M. leur a fair expedier
pour ce qui concerne lefdits Regimens de Dragons
: Et qu'après que les Chevaux neceffaires
pour monter les troifiémes Escadrons auront
été tirez , le furplus des Chevaux qui le trouveront
dans les Compagnies au delà du nombre
de vingt un , reftent à la difpofition des
Capitaines pour leur tenir lieu de remonte de
l'année 1720.
Mande & Ordonne S. M. aux Gouverneurs
& fes Lieutenans Generaux en fes Provinces ,
aux Gouverneurs & Commandans dans fes Villes
& Places , aux Intendans, en fefdites Provinces
& fur fes Frontieres , aux Directeurs &
Infpecteurs Generaux fur fes Troupes , aux
Commiffaires de fes Guerres & à tous autres
fes Officiers qu'il appartiendra , de tenir la
main à l'Execution de la Prefente . Fait à Paris
le vingt - huitième jour d'Avril mil fept cens
vingt- un . Signé LOUIS. Et plus bas , LE BLANC.
ARREST du Confeil du 30 Avril 1721 , pas
lequel S. M. ordonne , qu'à commencer du jour
de la publication du prefent Arrêt les menues
Efpeces feront réduites dans tout le Royaume
aux prix cy-après ; Sçavoir , les fols de Cuivre
à dix- huit deniers au lieu de vingt deniers , les
dentis & quarts defdits fols à proportion : Les
Pieces dites de fix deniers à neuf deniers au lieu
de dix , & les Liards de France à quatre deniers
& demi au lieu de cinq , fur lequel pied lefdites
Efpeces continueront d'avoir cours jufqu'
186 LE MERCURE
Ce qu'il en foit autrement ordonné par S, M.
ARREST du Confeil du 30 Avril 1721 , par
lequel S. M. interpretant en tant que befoin eft,.
ou feroit , l'Arrêt du Confeil du 8 du prefent
mois d'Avril , a declaré & declare que les dé
Kuls portées par icelui de faire aucun Virement
de Comptes en Banque , se regardent que
les Débiteurs qui fe prefenteroient , à l'effet
d'en faire faire pour le compte de leurs Creanciers
en vertu de Sentences des Juges & Gonfuls
qui auroient declaré les offres en Comptess
en Banque faites par lefdits Débiteurs , bonnes
valables .. Ordonne S. M.. aux Directeurs des
Compres en Banque , tant de la Ville de Paris
, que des autres Villes du Royaume , de faire
à la requifition des Débiteurs , Proprietaires
de Comptes en Banque , des Viremens de Par
ties au nom de leurs Creanciers , lorfque lef
dits Débiteurs feront porteurs de Jugemens def
dits fieurs Commiffaires du Confeil qui l'aurons :
ainfi ordonné.
a ARREST du Confeil du 8 May 1721 , par
léquel S. M. ordonne que le fieur Nicolas Di
recteur du Bureau des Dépôts rendra aux Pro--
prietaires , tant les Actions non remplies que :
less Actions remplies qui ont été déposées en ›
execution defdits Arrêts , & fera mention fug:
chacune defdites Actions non remplies , qu'ellea
été délivrée du dépôt volontaire fans être
convertie , & fignera les Actions nouvelles ,
dives remplies , feellées d'un Sceau , avec mention
du nom du Proprietaire & du Numero, &.
Folio du Regiftre où elles font infcrites , pour
tenir lieu du fécond Sceau qui y devroit être.:
appofé pour juftifier du dépôt deĺdites Actions : -
Ordonne en outre S. M. que le feur Bille rendia
aux Proprietaires les fept cens quatre vingeDEMA
Y. 187
&
dix- neuf Actions non remplies , & les huit cens
trente - huit Soufcriptions faites en execution des
Arrêts des 31 Juillet & 14 Aouft 1720 ,
fera mention que l'Action ou la Soufcription
fui a été déposée pour être convertic , & qu'elle
a été rendue en exécution du prefent Arrét ::
Au moyen dequoi lefdits Effets énoncez ci def
fas pourront être vifez par les Commiffaires qui
ont été nommez par l'Arrêt du 30 -Janvier , &
celui du 23 Fevrier dernier ..
J
30*
ARREST du Confeil du 18 May 1721 , par
Tequel S. M. proroge jufqu'au dernier du mois
de Juin prochain inclufivement le délai qu'Elle
avoit accordé par ledit Arrêt du 18 Mars dernier
, pour la Reprefentation qui doit être fai
te , tant à Paris devant les fieurs Commiflaires à
ce deputez par les Arrêts de fon Confeil des
Janvier & 23 Fevrier derniers , que dans les
Provinces & Generalitez du Royaume devant les
fieurs Intendans & Commiflaires départis & leurs
Subdeleguez , des Contracts , Papiers & autres
Effers mentionnez dans les Arrêts des 26 Janvier
& 16 Fevrier de la prefente anné , & conformément
à celui du 18 Mars dernier : Paffé lequel
tems , & à compter du premier de Juillet prochain
, ordonne S. M. que ceux defdits Effets
qui n'auront pas été ainfi reprefentez ; feront & -
demeureront reduits , en vertu du prefent Arrêt
aux deux Tiers de la valeur qu'ils pouvoient
avoir avant ledit jour premier Juillet : Et ne
pourront même être reprefentez & vifez fur le
pied de cette Reduction d'un Tiers , que jufques
& compris le 15 dudit mois de Juillet : Et qu'à
commencer du 16 dudit mois de Juillet , ceuxdefdits
Effets qui n'auront pas été reprefentez ,
ferent & demeureront diminuez des deux Tiers :
Enforte qu'ils ne pourront être reprefentez & vi--
fez pendant les 16 derniers jours de Juillet,que-
9
Qij
188 LE MERCURE
fur le pied du Ties de la valeur qu'ils pouvoient
avoir avant ledit jour premier Juillet
Veut S. M. qu'au premier d'Aouft prochain
tous ceux defdits Effets qui n'auront pas été .
reprefentez à Paris aufdits fieurs Commiffaires
de fon Confeil , & dans les Provinces aux feurs
Intendans & Commiffaines départis ou à leurs
Subdeleguez , demeurent nuls , éteints & fupprimez
fans efperance d'aucun autre délai , & fans
que l'on puiffe en pretendre ni repeter dans la
fuite aucune valeur.
Avertissement pour les Maladies de l'ail.
Onfieur de Woolhoufe ( Gentilhomme
Anglois , & Oculifte de Pere en Fils depuis
qatre Generations ) continue ( depuis plus
de 30 années ) fes Cours de Pathologie , & de
Chirurgie Ocalaire , avec fes Revues & Demonftrations
generales , d'environ de 230 diverfes
maladies de l'oeil fur des Sujets vivans . Il enfeigne
( aux Errangers plus de 15 differentes
Operations Ophthalmiques , auffi aifées qu'utiles
, & feures , pour la guerifon Radicale des
maux de la veue , aufquels les foi - difans Oculiftes
employent ( mal à propos ) certaines Eaux,
Poudres , Fumigations , & autres petits fecrets
hazardez , des Coureurs , Empiriques Femmelettes
, & c. qui minent , fappent , fondent ou
corrodent la tiffure compacte & ferrée de l'oeil
par la fuite du tems en penetrant , gonflant ,
relachant & affoibliffant les partics faines de ce
tendre Organe , fans difcernement , ni diftintion
specifique d'avec fes parties déja alterées ;
de forte que ces maladies deviennent incurables
à la fin , tant par rapport à ces Remedes
impropres , qu'eu égard à la perte irreparable
DE MAY. 189
du tems : mais les Inftrumens délicats portez
fur la partie de l'oeil avec l'adreffe & experience
d'un habile Oculifte , ne fçauroient produire
femblables défordres & ravages .
Monfieur de Woolhoufe emporte toutes les
Taches , Nuages , Tayes , Perles , Toiles Mailles
, Cicatrices , Onglets , & le refte des Ulceres
& d'Abfcès , mauvaifes Empreintes de la
petite Verole , de la Rougeole , & d'inflammations
inveterées ; ou des Efcrouelles , des Coups,
du Feu & des Corps Etrangers ( qui ont bleffé
la Vifiere ) en quinze jours d'efpace , pourveu
qu'on ne les ait pas abbreuvées & imbues de
liqueurs Etrangeres d'une vertu Cauftique &
Brulante , ai touché avec le feu potentiel ce
qui les rend incurables à jamais , en Cauterifant
la tranfparence du Miroir , comme on voit
ici à Paris arriver tous les jours à des perfonnes
mal adreflées .
Monfieur de Woolhoufe declare à veue d'oeil
la nature du mal en question , & s'il eft gue.
riffable , en combien de tems , & par quels
Remedes ou Operations. Il entreprend meine de
les guerirà forfait par des Medicamens prompts,
feurs & doux , quand fa Chirurgie ſpecifique n'y
pas abfolument neceffaire. eft
"
Mais comme la Cataracte adherante ( interieurement
à l'Iris ) du côté de la Temple , a
toujours éludé la pointe de l'aiguille qu'on paffe
précisément de ce côté de la Prunelle , il a
découvert nouvellement un expédient certain
& aifé pour vaincre cette difficulté , qu'on étoit
obligé ci- devant d'abandonner comme infurmontable
en forte qu'en huit jours d'efpace ledit
fieur de Woolhoufe garentit ( fans retour ) toutes
fortes de Cataractes fimples .
Et quant à la vraie Fiftule Lacrymale ( avec
Caric ou Callocité , qu'il eft impoffible de guetir
par les injections ou d'applications des Medi1909
LE MERCURE
caments Topiques , ) Monfieur de Woolhoufe a
guerit (fans récidive ) par une methode à lui
particuliere qui ne lui a jamais manqué depuis
plus de vingt années qu'il l'a pratiquée , faus fe
fervir du feu : comme on a annoncé dans le
Journal des Sçavans du Lundy 22 Fevrier 1712 .
Depuis 32 années que Monfieur de Woolhouse
pratique dans ce Royaume , il a porté les reveues
generales , fes recherches & découvertes
Oculaires à tel point de perfection , qu'on y
peut apprendre da lui dans une feule journée, plus
qu'on ne fauroit autrement approfondir pendant
le cours ordinaire de la vie d'un homme.
Les differentes efpeces de Gouttes Sereinnes
des Cataractes, de Glaucomes du Cristalin , & de
la Vitrée , des Chancres & d'Ulceres de la Cornée
, des Fiftules Lacrymales fimples & compliquées
, des Obſtructions des points lacrymaux,
du. Conduit nazal & de la Hernie du Sac , de
Longlet & Taye de 1 ceil' , d'avec l'Eneanthis &
la Pannicule , de l'albugo ou perle incurable ,
d'avec les Taches, Mailles & Cicatrices queriffables
, & beaucoup d autres Maladies qu'aucun
Auteur n'a pas encore bien démêlez , "s'y demontrent
très évidemment.
Le Grand Duc de Tofcane , les Rois de Pruffe
& d'Angleterre , & bien d'autres Puiflances de
l'Europe ont chargé Monfieur de Woolheufe
de leur former de içavans Eleves pour le fou
lagement de leurs Peuples ; & S. M. Czarience
lui fit l'honneur de lui voir faire l'operation
de la Cataracte , laquelle maladie a fufcité une
vive dispute parmi les Sçavans depuis l'année
1706 , qui n'a été decidée que par la publica--
tion (en François & en Latin ) d'un ouvrage
de Monfieur de Woolhouse fur ce fujer , doat
le Journal des Sçavans du Lundy quatrième
Mars 1720 a douné un Extrait , comme les
Ephemerides d'Allemagne de l'année 1717 , &
DE MAY 191
Te Mercure Galant du mois de Novembre 1718
ont fait mention des diverfes Operations fubtiles
que Monfieur de Woelhoute enfeigne &
pratiques fursless--yeux. Les Euvieux ont fait
courir differens faux bruits touchant la mort 9"
l'aveuglement & l'abandon prétendu que Monfieur
de Woolhoufe a fat : de fa . Profethion d'O
dulifte , & ils font même appofter des Gens pour
détourner ( par des fupercheries & des médi
fances ) les Errangers qui viennent de toutes less
Parties de l'Europe ici a Paris pour le confulter.
(
On le trouvera conftamment dans l'Hôpital
Royal des Quinze Vingts , à la Porte Cochere
de la grande Aumofner e , à côté de Monfieur
Roffignol , fameux Maiftre Ecrivain.
i
J
APPROBATION.
Ay lû par ordre de Monfeigneur le Chancesfier
Le Mercure pour le mois de May 1721 ,
jay cius qu'on pouvoit en permettre l'Im
preffion . A Paris ce 25 May 1721 .
HARDION.
VI
TABLE...
Velques Remarques fur les Voyageurs
,
defaut dans les Relations qu'ils nous donnent
avec un Catalogue des meilleurs qui ont traité
des parties de l'Afie , de l'Afrique , & de l'Amerique.
Sentiment fur Villon & fur Defportes.
35
24.
192
Suite de ce qui s'eft passé à Rome depuis la mort de
N. T.S. P le Pape Clement XI. 43
Lettre de M. Laurifol de de Laures , Medecin à
Sainte Luirade d'Agenois , écrite à M. Charbel
ancien Officier de Marine , fur la Peste , &fur
les moyens de s'en preſerver.
Rentrée des Academies.
69
& r
83 Differtation de M. Petit , fur les luxations ou déplacemens
de quelques membres,
Extrait de la Diflertation de M. Delife , premier
Geographe du Roy , fur l'expedition dujeune Cy-
TUS , contre
fon
frere
Artaxerxés
, &fur la retraite
des dix
mille
.
A Petersbourg le 23 Fevrier 1721 .
La Prune demafquée & coquette reconnuë.
87
99
103
De l'ancienneté de la Charge de Capitaine des
Gardes de la Porte du Roy.
116
Provifions du Colonel General de infanterie
Etrangere Frangife , pour M. le Duc de
Chartres. 121
Ode à M. le Maréchal de Villeroy.
126
Eloge de Mitonnette, chienne de Mactame *** 130
Enigmes. 133
Chanfon.
134
Benefices donnez. 135
Journal de Paris . 137
Penfions accordées. 146
Nouvelles Etrangeres. 147
Morts de taris . 160
Morts Etrangeres.
Naissance.
Mariage.
164
765
166 .
Charges Dignitez.
Arrests , Edits & Declarations.
Avertissement pour les maladies de l'oeil. 183
ibid .
169
FIN
LE
MERCURE
DE
JUIN & JUILLET.
Deux Volumes . 40 fols.
PREMIERE PARTIE.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME CAVELIER , au Palais.
La Veuve de PIERRE RIBOU , Quay des
Auguftins , à l'Image S. Louis .
GUILLAUME CAVELIER , Fils , ruë
S. Jacques , à la Fleur-de- Lys d'Or.
ANDRE CAILLEAU , à l'Image Saint
André , Place de Sorbonne.
M DC C. X X 1.
Avec Approbation & Privilege du Roy.
HE NEW YORK
UBLIC LIBRARY
ASTOR, LENOX AND
AVIS,
TILDEN FOUNDANoprie ceux qui adrefferont des Lettres
on Paquets d'en affranchir le Port ,
comme cela s'est toujours pratiqué , fans quoi
on ne les recevra point.
L'Adreffe generale pour toutes chofes fera
à Monfieur Moreau , Commis au Mercure,
chez Manfieur le Commiffaire le Comte
vis-à- vis la Comedie Françoife , à Paris,
Ceux qui pour leur commodité , voudront
remettre leurs Paquets cachetez aux
Libraires qui vendent le Mercure à Paris
, pourront fe fervir de cette voye pour
les faire tenir en adreſſant toujours à
M. Morean .
L'abondance des Matieres nous a obligés
de faire deux Volumes de ces deux mois .
A l'avenir le Mercure paroîtra les premier
de chaque mois, en un Volume , au prix ordinaire
de 25 fols.
On donne avis que le fonds des Mercures
de feu M. Buchet , fe trouve a&tuellement
chez Mrs. Buchet fes freres , Cloitre
S. Germain l'Auxerrois , où ils continueront
de les vendre , en gros ou en détail , avec
Abregé de la Vie du Czar,
PRIVILEGE DU Ror.
L
OUIS par la grace de Dien Roy de France & de
Navarre : A nos amez & feaux Confeillers les Gens
renans nos ( ours de Pariemens , Maitres des Requeftes
ordinaires de notre Hotel , Grand Confeil de Paris ,
Baillifs , Senechaux , leurs Lieutenans Civils & autres
nos justiciers qu'il appartiendĩa, SALUT. Nos bien an ez
les Sieurs Du FRENY , DE LA ROQUE , & FUSELLIER ་
Nous ont fait remontrer qu'ils fouhaitoient faire imprimer
& donner au Public tous les mois un Ouvrage qui a
pour titre , Le Mercure , s'il Nous plai oit leur accoider
nos Lettres de Privilege fur ce neсcebaire ; A CES CAUSES
voulant favorablement traiter lefdis Sieurs Expofans ,
Nous leur avens permis & permettons par ces Prefentes
de faire imprimer ledit Livre en tels volumes , forme
marge , caractere , conjointement ou feparément , &
autant de fois que bon leur femblera & de le faire
vendre & debiter par tout notre Royaume pendant
le temps de douze années confecutives à compter
(
du jour de la datte defdites Preturites , à condition neanmoins
que chaqua Volume porte a fon Approbation expreffe
de l'Examinateur qui aura été commis à cet ffet ,
& que 1 fdits Sieurs Expofans ne pourront ceder ni
transporter u'entre eux , & non à d autres le prefent
Privilege , lequel en cas de decès d'aucun d'iceux ap
partie dra en entier au farvivant. Faifons deffenfes &
toutes fortes de perfonnes de quelque qualité & condition
qu'elles foient d'en introduire d'impreflion érrangere
dans aucun lieu de notre obé ffance ; comme aufli
à tous Libraires Imprimeurs & autres d'imprimer , faire
imprimer , vendre , faire vendre , debiter ni contrefar
ledit Livre cy deffus expofé en tout ou en partie ,
ni d'en faire aucuns Extraits fous quelque pretexte que
ce foit , d'augmentation , correction , changement de
titre ou autrement , fans la permition expreſſe & par
écrit defd es fieurs Expofans , ou de ceux qui auront
droit d'eux , à peine de confifcation des Exemplaires
contrefaits de trois mille Ivies d'amande contre
chacun des contrevenans . dont un tiers à Nous , un
tiers à l'Hotel Dieu de Paris , l'autre tiers aufits
Sieurs Expofans , ou de ceux qui auront droit d' uv ,
& de tous dépens , dommages & intereſts . à la charge
que ces Prefentes feront enregistrées tout au long fur
les Reg ftres de la Communauté des Libraires & Imprimeurs
de Paris , & ce dans trois mois de la datte

á ij
d'icelles que l'impreffion de ce Livre fera fai e dans
notre Royaume & non ailleurs en bon papier & en
beaux caracteres , conformément aux Reglemens de la
Librairie ; & qu'avant de l'expofer en vine , le Manufcrit
ou Imprimé qui aura fervi de Copie à l'impreffion
dudit Livre fera remis dans le même état où les
Approbations y auront été données , és mains de notre
trés cher & feal Chevalier Chancelier de France le
Sieur Dagueffeau , & qu'il en fera enfuite remis deux
Exemplaires de chacun dans notre Biblio: éque publique ,
un dans celle de notre Château du Louvre , & un
dans celle de notredit trés - cher & feal Chancelier de
France le Sieur Dagueffeau , le tout à peine de nullité
des Prefentes ; du contenu defquelles vous enjoi nons
de faire joüir lefdits fieurs Expofans , ou leurs ayans
caufe , pleinement & paisiblement , fans fouffrir qu'il
leurfoit fait aucun trouble & empêchement. VOULONS
que la Copie defdites Prefentes qui fera imprimée
tout au long au commencement ou à la fin dudit Livre
foit tenue pour dûement fignifiée , & qu'aux Copies
collationnées par l'un de nos amez & feaux Con eillers
Secretaires foy foit aoûtée comme à l' . riginal .
MANDONS au premier notre Huiffier ou Sergent de
faire pour l'execution d'ic iles tous Actes requis &
neceflaires , fans demander autre permiffion &
nonobftant Clameur de Haro , Charte Normande &
Lettres à ce contraires : CAR tel eft notre plaifir.
DONNE' à aris le troifiéme jour du nois de Juillet
l'An de grace mil fept cenr vingt- un , & de notre
Regne le cinquiéme . Signé , Par le Roy en fon Confeil,
DE SAINT - HILAIRE.
Et à côté eft écrit :
OM-
"
Ileft ordonné par l'Edit du Roy du mois d'Aouſt 1686 &Atreft
de fon Confeil , que les Livres dont l'impreſſion fi permet
par Privilege de Sa Majeffé , ne pourront etre vendus
par un Libraire ou un Imprimeur.
que
Regiftré fur le Registre quatrième de la Communauté
des Libraires Imprimeurs de Paris , page 748 , No 811
conformément aux Arrests & Reglemens , & x.1a nment à
Arrest du Confeil du 13 Aouft 1703. A Paris le 4 luillet
1721. Signé , DELAULNE , Syndic.
+
N
AVERTISSEMENT.
Ous annonçons au Public que plus
d'un Auteur eft à prefent chargé de
la compofition du Mercure . Il n'eft pas
de ces Livres qui ne doivent abfolument
être redigés que par la même plume : il
peut raffembler autant d'Ecrivains qu'il
raffemble de matieres elles font fi indépendantes
les unes des autres & fi oppofées
, que loin d'exiger de l'égalité dans le
ftile , elles y demandent un contrafte perpetuel.
Ainfi on gardera la forme des dermiers
Mercures , qui , dégagée des liaiſons,
paroît la plus convenable à un Recueil.
Cette forme eft d'autant plus fenfée qu'elle
admet une commode diftribution de travail
, ce que chacun , en fuivant la route
differente qui lui eft deftinée , fe trouve
fans embaras & fans conteftation au bout
de la carriere.
Le choix des tranfitions fouvent abfurdes
, prefque toujours forcées dans un ouvrage
qu'on n'a jamais le loifir de limer ,
n'eft qu'une delicateffe inutile qu'il faut
rejetter entierement du Mercure , auffibien
que le ftile épiftolaire qu'il a fi longtems
affecté . Ce ftile répandroit trop d'uniformité
dans notre Journal , & y amenea
iii
vj.
roit infailliblement toutes les phraſes faftidieufes
que le compliment traîne à ſa
fuite. La lecture d'un Recueil diverfifié
par les expreffions comme il l'eft par les
matieres, fera plus amufante que celle d'un
Livre qui viendroit tous les mois repeter
au Public le même langage. Il eft refervé
à bien peu d'Auteurs de faire fouvent imprimer
fans y perdre. Pour nous fi nous
ennuyons ce ne fera pas tout - à fait notre
faute. Non- feulement nous avons refolu
de preferer tous les Ouvrages qu'on nous.
envoiera au nôtre , & de leur deferer les
honneurs de l'impreffion ; mais encore
nous ne nous en raporterons pas toujours
à notre jugement dans le choix que nous
ferons des Piéces dignes d'être mifes au
jour. Nous avons des amis fçavans , judicieux
, éclairés qui veulent bien nous.
foulager dans un emploi plus pénible que
brillant , & qui occupe plus le difcernement
que le génie ; leur fecours nous aidera
dans l'examen de cette multitude prodigieufe
de Manufcrits que l'on envoye
de la Ville & des Provinces aux Auteurs
du Mercure.
Nous prions tous les gens de Lettres
avec qui nous ne fommes pas encore liés ,
de nous accorder leurs confeils & leurs
Productions. Il n'eft pas neceffaire d'avertir
que nous ne recevrons point toutes
-
vij
les Piéces qui feront envenimées par la
jalousie & la haine. L'émulation doit
feule exciter les Auteurs ; une critique
amere & offenfante décrie plus celui qui la
produit , que celui qu'elle attaque , ce qui
choque l'honneur de l'Ecrivain centuré
ne prouve pas la méchanceté de fon Ouvrage
des injures ne font pas des Démonstrations.
Nous aurions tort d'exhorter les Auteurs
à moderer leurs paffions , fi nous
nous abandonnions aux nôtres . Nous regardons
le Mercure comme un Cirque
que nous fommes obligés d'ouviir fans
preference aux Athletes ingenicux , qui
cherchent à fe diftinguer par des combats
Litteraires : nous nous contenterons
d'être les témoins de leurs Exploits , nous
n'en feront jamais les Juges. Le Mercure
doit être toujours neutre , & ne jamais
entrer dans les confederations de la cabale.
Quelle honte pour luy , lorfqu'il époufe
des querelles mal foutenues , & lorſqu '
aprés avoir avancé temerairement fa décifion
, elle fe trouve démentie par le Public
équitable ! L'impartialité fera le premier
de nos devoirs : Si nous les remphiffons,
nous nous Batons que notre Journai
fera bien reçu de tou es les Nations
differentes de la Répub ique des Lettres.
Les doctes Sectateurs de l'Antiquité ne
wiij
nous accuferont pas de n'être que la trom
pe.te des talens modernes , mais auffi
nous efperons que leur équité nous per
mettra d'admirer quelquefois des beautés
qui ne feront pas copiées d'aprés celles
d'Homere , & de fentir des graces qui ne
feront pas nées d'Anacreon & de Catulle ;
nous elperons même qu'ils daigneront
nous enrichir de leurs veilles , & mêler les
fruits meurs de leur profonde érudition
aux fleurs naiffantes des nouveaux génies .
On ne rougira pas d'être loué par le
Mercure , dès qu'il ne louera pas également
les Virgiles & les Bavius on
lui pardonnera fes procès critiques , dès
qu'il en fera le Rapporteur & non l'Avocat.
Que les Auteurs ne fe laffent pas de
plaider , le patrimoine de Minerve n'y
perd rien, leurs chicanes mêmes font utiles
à l'efprit , & quelquefois à la raifon. Quant
à nous nous ne deffendrons que notre
caufe & c'eft affez entreprendre : nousavons
à combattre des Cenfeurs opiniâtres ,
qui regardent F'ennuy & le dégoût comme
les attributs inconteftables du Mercure ;
ne voudront- ils jamais rien rabattre de cette
opinion ? Il en eft même qui s'obſtineat
encore à lui compter pour un défaat
la varieté qui conftitue fon caractere .
Ignorent -ils que ce Journal eft fait pour
tout le monde , & qu'il doit des mets à
,
iz
tous les goûts Effectivement le Mercure
n'eft - il pas le Secretaire perpetuel des
Arts & de Sciences ? Les morceaux de
Litterature qu'il peut raffembler font lûs
par les Partifans de l'érudition ; n'eft il
pas le Confident des Mufes ? & n'a- t'l
pas droit en cette qualité de divertir ceux
qui ne cherchent dans la lecture que les
agrémens de la Poëfie , ou les preftiges
du Roman ? N'eft- il pas fur- tout l'Agent
infatigable de l'Hiftoire ? . Ne va - t'il pas
pour elle à la recherche des évenemens ?
Il eſt vrai qu'il ne fert pas les Nouvelles
dans la primeur peut-être y gagne t'il ?
Les Nouvelles debitées précipitament font
rarement exactes , & quand le fonds en
appartient à la verité , l'erreur fe faifit du
moins des circonftances : le temps feud
diffipe les nuages de la prévention , & nous.
apprend à trier les détails qui peuvent fatisfaire
cette curiofité fage , plus avide de
la certitude des faits que de leur nouveauté.
Nous ne fuprimerons pas cependant
avec une feverité trop fcrupuleufe
toutes les Nouvelles qui nous paroîtront
controuvées ; les plus graves Hiftoriens
même ont recueilli quelquefois les bruits
publics. Tacite n'a pas rejetté de íes Annales
les prodiges , enfans de la credulité
de la populace Romaine , & le fincere
Mezerai n'a pas banni de fon Hiftoire tour
X
e qu'il a trouvé d'apocriple dans les Archives
de la France .
>
Les Arts qui n'ont pas encore paru dans
les anciens Mercures feront très bien reçûs
dans le nôtre. Journalistes de la Poëfie &
de l'Eloquence , nous le ferons auffi de la
Mufique & de la Peinture ; nous tâcherons
d'inftruire le Public de tout ce qui
pourra contenter fon goût. On lui annoncera
tous les Livres nouveaux , les Tableaux
des bons Maîtres , les Eftampes
des plus habiles Graveurs les Statues
des Sculpteurs diftingués , enfin les Fabriques
des plus fameux Architectes . Nous
rendrons un compte fidele des ouvertures
des Academies & de leurs travaux . Nous
n'oublirons pas les Programes des Profeffeurs
, & les Théfes choifies des quatre
Facultés . Les efprits les plus delicats ne
refulent pas de jetter les yeux fur ces fortes
d'ouvrages , depuis que Descartes a
conduit la raiſon dans les Colleges .
A l'égard des Théatres , nous ne vanterons
que les Ouvrages applaudis. Chronologiftes
finceres du fuccès & des chûtes
de Melpomene & de Thalie , nous ne
tromperons pas les Provinces & les Pays
Etrangers en leur exagerant l'excellence &
la richeffe des Poëmes Dramatiques qui
n'auront fait qu'une fortune mediocre ;
les louanges prodiguées deshonorent le

xj
Panegirifte , fans illuftrer ceux qui les reçoivent
, & qui fouvent les mandient. Le
Mercure ſe fait fifler lorſqu'il contredit le
Parterre.
Voilà quel eft notre plan general. Nous
joindrons aux Piéces differentes qui nous
feront confiées , les Nouvelles Galantes ,
Politiques & Litteraires. Chacun dans le
Mercure apprendra les mouvemens de la
phere qui l'intereffe . Celui qui n'aime que
le bien de fa Patrie s'inftruira de fa deftinée
dans la fuite des Nouvelles Etrangeres
& Politiques ; celui qui n'aime que fon
propre bien , connoîtra l'état de les affaires
par l'ordre fuivi des Edits , Arrefts &
Declarations le Sçavant & le Curieux
découvriront le progrès des Lettres & des
Arts dans les Differtations , les titres &
fujets des Livres qui s'impriment journellement
, & les defcriptions des Ouvrages
nouveaux des Peintres , Sculpteurs , &
Architectes ; l'Amant verra peut-être dans
les Poëfies & les Hiftoriettes Modernes
la décadence de l'empire de l'Amour,
?
1
Nous ne pouvons mieux finir qu'en
aprenant au Public la plus glorieufe prérogative
du Mercure ; il a l'honneur d'être
lu au Roy. Ce jeune Monarque , formé
les Sciences mêmes, veut bien examiner
tous les mois dans le Mercure les effais
de leurs Eleves. Quelle gloire pour les
par
xij
Sçavans d'avoir occupé les premiers regards
de cet aimable Prince !
L'ordre que nous nous prescrivons dans
Parrangement des matieres , dont ce Livre
fera compofé , c'est d'en reduire quelques -
unes à certains chefs , & de les diviſer par
articles. A l'égard des Piéces détachées &
fugitives d'une juſtegrandeur , qui nepourront
être rangées fous aucun des articles
fuivans , & qui regarderont les Sciences&
les belles Lettres , elles feront toujours mifes
au commencement , telles que celles qu'on
va lire.
LE
MERCURE
LA
DE
JUIN & JUILLET.
PORTE OTHOMANE.
Explication de ce terme , par Monfieur
de la R
***
OUS avez raifon , Mon-
SIEUR , de vous plaindre
des Voyageurs du Levant
qui dans leurs Relations fi
fort multipliées , ont cependant
omis plufieurs chofes dignes de leur
attention , & de notre curiofité : Telle eft
la fignification , & l'origine du terme dont
vous me demandez l'explication , à l'occafion
de l'Ambaffadeur du Grand Seigneur
, qui eft actuellement à la Cour de
France. Vous pouvez comprendre dans
A
MERCURE DE
votre plainte les Editeurs * du Dictionnaire
Hiftorique, & l'Autheur de la Bibliotheque
Orientiale , dont vous n'avez pas
l'ouvrage , & que vous me priez de confulter
fur ce terme ; il ne nous apprend
rien là deffus ; car ce n'eft rien apprendre
de ce que vous voulez fçavoir que de dire ,
» comme a fait M. d'Herbelot . Porte dans
» tout l'Orient fignifie la Cour d'un Prin-
» ce , le feuil même de la porre le prend
» pour la même chofe ; on y ajoûte fou-
» vent quelque epithete de nobleffe , de
» hauteur , ou de bonheur,
*
Je ne fçay même , MONSIEUR , fi
on peut paffer à l'Autheur que la Porte
fignifie dans tout l'Orient la Cour d'un
Prince ; car je ne trouve point cela dans
tout ce que j'ay lû touchant les Indes , la
Tarterie , &c. On ne le trouve pas non
plus dans tous les Memoires , qui font
venus à ma connoiffance , qui regardent
la Cour des Princes des autres parties de
l'Afie , à l'exception ſeulement de celle du
Roy de Perfe , dont nous parlerons plus bas,
Le Palais où le Roy d'Iemen tient fa
Les Editeurs du Dictionnaire de Morery fe
font contentez de nous dire que Porte, elon l'idée
que les Turcs attachent à ce terme , fignifie la
Cour du Grand Seigneur , paroles dignes de remarque,
& qui inftruifcnt beaucoup un Lectour.
JUIN & JUILLET. 3
Cour , s'appelle , comme je l'ay rapporté
* ailleurs , le Palais des Dons & des Graces :
l'Empereur , ou le Roy d'Ethiopie , celui
de Maroc , & les autres Puiffances d'Affri- -
que , n'ont jamais donné à leur Cour le
nom de Porte .
Porte enfin , que les Arabes appellent
Bab , les Turcs Capi , & les Perfans Der ,
ne fignifie prefque autre chofe hors de fon
fens propre dans tout l'Orient qu'une entrée
, un paffage , un détroit , une ouverture
: c'eft en ce fens que les premiers appellent
le Détroit de la Mer rouge Bab al
Mondoub , le Détroit des pleurs ; & que
les Turcs nomment l'ouverture du Mont
Caucafe , qui eft fur le bord de la Mer Cafpienne
, Demir Capi , la Porte de fer ; les
Perfans lui donnent le nom de Derbend ,
qui fignifie porte clofe , ou paffage fermé.
C'est ce que les Européens ont nommé
après les Anciens les Portes Cafpiennes.
Quoi qu'il en foit , il eft certain ,
MONSIEUR , que nous fommes en poffeffion
d'appeller la Porte la Cour du Grand
Seigneur , fans en fçavoir autrement la raifon
, & que cette poffeffion nous vient des
Turcs mêmes , qui nomment ainfi la Cour
de leur Empereur , les Sultans eux- mêmes .
fe fervant de ce terme dans les Expeditions
les plus importantes , & fur tout dans les
* Voyage de l'Arabic Heureufe.
A ij
MERCURE DE
Lettres , qui font envoyées de leur part
aux autres Puiffances.
Soliman II. écrivant à François Premier
les deux Lettres que vous avez vûës
dans mon cabinet , dont l'une eft l'original
Turc , dit à ce grand Prince , Vôtre
Majefté fçaura que nous ayant fait connoître
par l'Ambaffadeur que vous avez
cy-devant envoyé à nôtre Porte de felicité ,
&c. terme que je trouve encore employé ,
avec d'autres epithetes plus fortes , dans
deux Traitez que j'ay auffi entre les mains ,
le premier fait entre le Roy Henri IV. &
le Sultan Achmet I. Empereur des Turcs ,
du mois de May 1604 , & le fecond entre
le feu Roy de glorieufe memoire , &
le Sultan Mehemet IV . du mois d'Avril
1673. A la fin de ce dernier Traité il y a
deux Lettres écrites au Roy fur le même
fujet , la premiere du Sultan , qui fe fert
de ces termes, » Vôtre Majefté fçaura que
» le Marquis de Nointel , que vous avez
» envoyé pour refider à nôtre fublime &
» inébranlable Porte , & c. & la feconde du
Grand Vizir, qui dit au Roy , » Le très-
» puiffant & invincible Empereur, le Grand
» Seigneur mon Maître , a reçu la Lettre
que vous avez envoyée à fa Haute , Sublime
, Heureufe , Puiffante & Imperiale
» Porte, & c.
"
Il s'agit donc feulement de fçavoir l'ori
JUIN & JUILLET. 3
gine de cette expreffion . Si nous en croyons
Monfieur Pitton de Tournefort , ( a ) l'un
de nos plus habiles Voyageurs , & des
plus modernes , c'eft de la Porte qui fait
la principale entrée du Serrail de Conftantinople
, que l'Empire Othoman a pris
fon nom. C'eft ainfi qu'il en parle à M. de
Pontchartrain , dans la x11. Lettre de font
Recueil. Il eſt d'autant plus furprenant
qu'un homme auffi éclairé ait pris le change
en cette occafion , qu'après avoir décrit
eerte principale entrée , il affure lui - même
qu'elle reffemble plutôt à un Corps de
Garde , qu'à l'entrée du principal Palais
de l'un des plus grands Princes du Monde..
Un autre habile Voyageur , ( b ) qui a
même donné un deffein de la grande Porte
du Serrail, dont il eft ici queſtion , avoit déja
dit , » cette Porte eft un gros pavillon carré ,
percé de quelques fenêtres , & qui net
effemble pas mal à l'entrée de quelque:
» vieux Monaftere éloigné des Villes.
»
Quelques Voyageurs ont dit , mais affez
gratuitement , qu'il y a une certaine Porte
dans l'interieur du Serrail , ou l'on s'arrête
pour prefenter les Requêtes & les Placers ,
& où on vient les recevoir avec leur réponfe
; & que c'eft de cette Porte que tout
( a ) Relation d'un Voyage fait au Levant par
ordre du Roy , &c . imprimé à Paris en 1717.
(b ) Grelor. Voyage de Conftantinople.
A ij
MERCURE DE
le Palais , ou la Cour du Sultan a pris for
nom : ce qui ne fe trouve point vrai , car
nos meilleures relations de Conftantinople ,
& celles qui parlent le mieux du Serrail, ne
difent rien de cette Porte , & on fçait
d'ailleurs que les Requêtes ne le donnent
que de deux manieres , ou au Sultan lui- même
quand il le fait voir en public , & fur
tout les Vendredis en allant à la Moſquée ,
ou aux Miniftres qui compofent le Divan
où l'on rend journellement la Juftice .
Je vous avoue , MONSIEUR , que je
n'ay rien appris là- deffus de particulier
dans mon voyage du Levant ; mais votre
curiofité vient d'exciter la mienne ; & après
quelques reflexions , & quelques recherches
, voici ce qu'il me femble qu'on peut
conjecturer avec quelque fondement.
Tout le monde fçait jufqu'à quel point
de grandeur & de puiffance les Califes ,
fucceffeurs de Mahomet , ont porté leur
domination , & quelle a été la vafte étenduë
de leur Empire : on n'ignore pas non
plus quel a éré l'orgueil faftueux de la plûpart
de ces Monarques , qui joignoient en
leur perfonne la double qualité de Pontifes
& d'Empereurs , ou de Souverains Chefs
de la Religion & de l'Empire des Muſulmans
, ce qui exigeoit des Peuples qui leur
*
Calife, dans le langage des Mahometans , fig.
nifie Vicaire de Dieu , & fucceffeur de Mahomet,
JUIN & JUILLÉT. 7
étoient foumis , des refpects exceffifs . La
Politique de ces Princes qui trouvoit fon
compte à fe faire , pour ainfi dire , adorer
par leurs Sujers , croyoit ne pouvoir
jamais rien outrer à cet égard.
Moſtadhem , ou Moftazem , le dernier
Calife de la race des Abbaffides , de la premiere
Dynaſtie , les furpaffa tous fur cette
matiere : il fut le plus riche , le plus puiffant
& le plus refpecté de tous les Califes
de fa Maiton , quoique fa fin ait été extremément
tragique. Les Hiftoriens Orientaux
rapportent que lors que ce Prince
fortoit de fon Palais de Bagdet , où étoit
le fiege de fon Empire , il portoit un voile
fur fon vifage , pour s'attirer un plus grand
refpect des peuples qu'il n'eftimoit pas
dignes de le regarder , & dont la foule étoit
pourtant fi grande que les rues & les places
étoient trop étroites , & que l'on leüoit
fort cherement les fenêtres & les balcons
des maifons qui étoient fur le chemin par
où il devoit paffer. Ces Auteurs ajoûtent
que fur le feuil de la principale porte de
ce Palais il avoit fait enchaffer un morceau
de la fameufe pierre noire du temple de
*
* Cette pierre , felon les Mohometans , fût
envoyée du Ciel à Abraham , comme il bâtiffoit
la Maifon de Dieu , ou le fameux fanctuaire de
la Mecque : elle eft devenuë noire , difent ils
de blanche qu'elle étoit , par le péché des hom-
*mes , & c.
A iiij
MERCURE DE
la Mecque , pour rendre cette Porte plus
refpectable à tous fes Sujets . Ce feüil étoit
aflés élevé , & on n'entroit qu'à genoux ,
ou profterné , après avoir plufieurs fois
appliqué le front & la bouche fur cette
pierre prétendue facrée.
De plus au Fronton , ou au lieu le
plus éminent de cette Porte , il y avoit
une piece de velours noir attachée , qui
pendoit prefque jufqu'à terre , à laquelle
les plus grands de l'Empire , & tous les
Seigneurs de la Cour rendoient tous les
jours , auffi bien qu'à la pierre noire ,
des
honneurs exceffifs , fe frottant les yeux
fur l'une & fur l'autre , & les baiſant avec
le plus profond refpect : & lors même
qu'on n'avoit aucune affaire au Palais , on
venoit exprès à cette porte pour y rendre
les honneurs que nous venons de dire &
faire par là leur Cour au Calife. La Porte
s'appelloit la Porte du Calife , & la piece
de velours n'avoit point d'autre nom que
la Manche du Calife.
Je vous laiffe à juger , MONSIEUR ,
fi une Porte fi venerable , & fi respectée ,
n'a pas dû être auffi appellée la Porte par
excellence , & par ce nom feul faire entendre
, dans l'uſage ordinaire , le Palais ,
la Cour , la demeure du Prince en faveur
de qui fe faifoient toutes les ceremonies.
C'eſt de quoi je ne crois pas qu'on doive
JUIN & JUILLET.
douter , quand les Hiftoriens contemporains
ne l'infinueroient pas. Je ne doute
pas non plus que d'autres Princes Mahometans
, inferieurs en dignité & en puiffan
ce , mais auffi ambitieux que les Califes ,
n'ayent affecté la même expreffion & le
même ufage , en parlant de leur Palais ou
de leur Cour.
J'en fuis , dis - je , tout- à-fait perfuadé à
l'égard des Sultans Turcs , lefquels , après
de foibles commencemens
, fuivis de fuccès
heureux , & rapides ; Ont enfin , comme
vous fçavés , détrôné ces Monarques Pon
tifes , & ont ainfi fuccedé à toute leur
puiffante autorité fpirituelle & temporelle ,,
en fondant un grand Empire du debris de
celui des Califes , & par l'extinction de
I'Empire Romain dans l'Orient . Cette fucceffion
n'eft proprement arrivée que fous
les Empereurs de la Maifon Othomane ,
& lors que Selim premier , Fere du Grand
Soliman , après avoir ébranlé la puiffance
des Rois de Perfe , & après avoir tout- àfait
détruit celle des Sultans d'Egypte & de-
Syrie , par la conquête de ces Royaumes,
retourna triomphant à Conftantinople , *
emmenant avec lui le dernier des Califes
lequel tenoit fon fiege au grand Caire , où
les Sultans d'Egypte ne lui laiffoient déja.
plus qu'une ombre d'autorité temporelle ,
* An 1516.
"
10 MERCURE DE
le reconnoiffant feulement pour Chef fou
verain de la Religion Mufulmane .
C'eft cette derniere qualité fi éminente,
& fi refpectable aux Mahometans , jointe
à une vaste puiffance temporelle , que les
Sultans Othomans fe font depuis toujours
attribuée , & qui eft reconnuë en eux par
tous les Mahometans Sunnites , ou prétendus
Orthodoxes , qualité qui n'a fervi
qu'à augmenter le fafte de ces Sultans ,
affectant dans toutes leurs manieres , &
fur tout dans les expreffions qui regardent
leur perfonne , & leur Palais , d'imiter les
Califes , qu'ils croyent reprefenter.
Au reste , MONSIEUR , les Empereurs
Turcs ne font pas les feuls Monarques
Orientaux , qui à l'imitation des Califes
ont donné à leur Cour le nom de
Porte; les Rois de Perfe fe fervent encore
de ce terme dans la même fignification.
Vous fçavez que leur Monarchie eft encore
une portion confiderable de l'Empire des
Califes , à la dignité defquels ils prétendent
aufli avoir fuccedé , & à meilleur titre
que les Sultans Turcs , qu'ils traitent d'ufurpateurs
, comme n'étant point iffus de
* Ce font ceux qui outre le texte de l'Alcoran
, reçoivent encore la Sunna , ou le corps
des traditions des faits , & dits de Mahomet ;
on les appelle Sunnites , ou Traditionnaires ,
ils compofent le plus grand nombre dans le
Mahometifme , & fe difent les Orthodoxes.
JUIN & JUILLET.
11
la Maiſon de leur Profete.
De plus il y a affez près du Palais de ces
Rois , à Hifpaham , une fameufe Porte
nommée la Porte d'Aly, laquelle peut avoir
donné lieu à cet ufage : Voici ce que c'eft
que cette Porte , felon M. Thevenot, Voyageur
également exact , & intelligent.
»
» Un peu plus loin , dit- il , en conti-
» nuant fa Deſcription d'Ifpaham , eft la
» Porte d'Aly , nommée Aly Capy , qui eſt
une grande porte toute fimple , au deffus
» de laquelle il y a un beau & grand Di-
» van ; le Roy vient fouvent prendre le
frais en cet endroit . Entrant par cette
» Porte l'on va par une grande allée à une
>> autre grande Porte , qui a pour ſeüil un
» pas de pierre , auquel les Perfans portent
» grand respect , & c'eft cela qu'on appelle
» proprement la Porte d'Aly. Tout crimi-
" nel qui peut fe fauver dans une cour
» qui eft au delà , eſt en un azile inviolable.
Perfonne n'oferoit mettre le pied
» fur ce pas , que plufieurs baiſent par de-
» votion , & cette Porte eft gardée par
» des Sofis , ou Religieux Perfans , dont
» il y en a toujours grand nombre . On
» entre par la Cour qui eft au delà , dans
» la Maifon du Roy , & c.
»
"
Vous ( çavez , MONSIEUR , que tous
les Perfans en general font les Sectateurs
d'Aly , coufin & gendre de Mahomet ,
Vi MERCURE DE
qu'ils rendent à ce perfonnage des hon
neurs prefque divins , & qu'ils font traités
de fchifmatiques & d'heretiques par
les autres Mahometans qui fe difent Örthodoxes.
Ce n'eft pas ici le lieu de vous
expliquer en quoi confifte precifément ce
fchifme & cette herefie , laquelle partage
tout le Mahometifine en deux fectes principales
, chacune fubdivifée en d'autres
fectes particulieres : mais le fujet que je
traite m'engage d'oblerver que cette fameu
fe Porte eft d'autant plus refpectable aux
Perfans , que la famille Royale , qui regne
aujourd'hui en Perfe , defcend en droite
ligne du grand Schah Ifmael , furnommé
Sefi ou Sofi , lequel felon les Perfans
defcendoit d'Aly par la branche de Houffain
fon fecond fils , qui avoit pour mere ,
auffi bien que Haffan fon aîné , Fatime
fille unique de Mahomet , & d'Aiſchah.
Il est même vrai - femblable que cette
Porte n'a été bâtie , & n'a été ainfi nom-
* C'eft ce furnom de Sofi , mal entendu par
les Européens , qui a fait appeller le Roy de
Perfe par plufieurs de nos Ecrivains , le Sophy
de Perfe , ou le grand Sophy. Ce furnom fut
donné à Schah Ifmaël , parce que fon Pere &
fon Ayeul faifoient profeffion d'être de la Sete
des Sofis ou Religieux mystiques , & contemplatifs
, & qu'Ifmaël lui même fe fervit heureufement
de ce nom pour monter fur le trône do
Perfe,
JUIN & JUILLET. 19
mée que fous les Rois de la Dynaſtie , dont
Schah Ifmael eft le fondateur , pour honorer
la memoire du fameux Aly leur Ayeul ,
& peut- être auffi pour oppofer au faſte
orgueilleux des Califes Abbaffides , dont
les Perfans ont toujours contefté la ſucceſ-
Lion & l'autorité , n'en reconnoiffant point
de legitime , hors de la Maifon d'Aly ,
lefquels Califes faifoient rendre à la Porte
de leurs Palais les honneurs exceffifs dont
nous avons parlé. Quoiqu'il en foit , j'ay
vû une Lettre de Schah Huffein , Roy de
Perſe , aujourd'hui regnant , écrite au Roy
Louis XIV , laquelle confirme prefque
tout ce que nous venons de dire à
l'égard des Perfans. La Lettre commence
ainfi.
* IL EST
Le Royaume eft à Dieu.
Le Roy mon Pere dont Dieu illumine
le tombeau.
Dieu eft ma confiance.
Le ferviteur du Roy de la Sainteté
Huffein 1112.
Il fuit quatre Vers Perfans , dont le fens
litteralement rendu , eft:
Il eft. Ces deux premiers mots s'entendent
de Dicu.
14
MERCURE DE
Quiconque n'eft pas dans le party d'Aly :
Quel qu'il puiffe être je ne l'aime point ;
Quiconque n'est pas comme la terre devant fa
Porte ;
Quand ce feroit un Ange , que la terre foit
fur fa tête .
L'ordre Royal eft & c. Ecrit pendant
la premiere Lune de Zilcadé , l'année
1112 ( a ) de l'Hegire de Mahomet , & c.
Dans cette Lettre , qui n'eſt que de ceremonie
, & de complimens , le Roy de
Perfe en parlant de fa Cour , l'appelle tou
jours la Porte ( b ) &c.
Voilà donc , MONSIEUR , l'ufage du
mot de Porte bien établi chez les deux
principales Puiffances de l'Orient , pour
fignifier le lieu où elles tiennent leur Cour :
Voilà auffi ce qu'il me femble qu'on peut
dire de plus plaufible fur l'origine , & fur
la fignification de ce terme , qui convient
d'ailleurs au genie des Orientaux , fécond
en expreffions figurées , & metaforiques.
J'ajouteray en finiffant que ce genie a introduit
un autre terme dans le Levant ,
qui revient à celui dont nous venons de
parler , & dont on fe fert pour fignifier le
Palais d'un moindre Prince , ou de quelque
( a ) C'est l'année 1700 de notre Epoque.
(b ) Les Perfans ajoutent ordinairement cette
formule , Porte fur laquelle roule tout l'Univers,
JUIN & JUILLET. 15
perfonne de qualité : les Inferieurs qui leur
parlent , ou qui leur écrivent , font obligez
de leur dire , je fuis venu à votre Etrier pour
vous rendre mes refpects , ou pour vous
demander une telle grace , ou pour une
telle affaire. Cette formule s'exprime par
ces deux mots Ricab humayou. Ricab eft
un mot Arabe , qui fignifie non feulement
un Etrier ; mais encore un bane de pierre ,
& toute autre chofe , qui fert à monter
à cheval commodément , & qu'on ne
manque jamais de trouver à la porte des
Palais , & de la plupart des Maitons diſtinguées
dans l'Orient,
Je fuis , MONSIEUR , &C,
26 MERCURE DE
REFLEXIONS
9 Sur une propofition de Statique, où l'on
démontre qu'il n'y a point deprécifion
dans la maniere dont onfe fert
ordinairement pour corriger les Balances
qui ne font point jußtes.
ON ne propofe point cecy comme une
nouvelle decouverte , & l'on ne répond
pas qu'il n'en foit parlé dans quelque
Traité de Mecanique ou de Statique ; mais
comme ces fortes de Traitez ne font lûs
que de fort peu de perfonnes , on a crû
pouvoir inferer cette remarque dans un
Ouvrage comme celui- cy , qui peut tom
ber entre les mains.de tout le monde , afin
qu'elle puiffe venir à la connoiffance de
ceux qui ne l'ont jamais faite , & les détromper
peut-être d'une fauffe verité capable
de féduire les perfonnes du meilleur
efprit.
Tout le monde fçait que , fi aux deux
extremitez d'une balance horizontale on
applique deux poids qui foient entr'eux
reciproquement comme leurs diftances du
point d'appuy , ils feront en équilibre.
Par
JUIN & JUILLET. 1-7
Par exemple :
foit la balance
AB divifée au
point d'appuy
C, en forte que
B
AC foit triple
de BC ; fi l'or D
applique à l'ex-
E
tremité A le poids D , & à l'extremité B le
poids E , & que le poids E foit triple du
poids D ; ces deux poids feront en équi
libre.
Delà il fuit ::
1 °. Qu'une balance horizontale étant di--
vifée en deux parties inégales au point d'ap
puy , fil'on applique à l'extremité du bras
le plus court un poids quelconque , il ne:
fera en équilibre qu'avec un moindre poids
appliqué à l'autre extremité.
20. Que fi deux poids appliquez aux:
extremitez d'une balance , divifée comme
l'on voudra au point d'appuy , font en
équilibre , ils y feront encore en leur adjoutant
de nouveaux poids , pourvû que:
les derniers ayent entr'eux le inême rap--
port que les premiers & non autrement ::
mais il faut que le plus grand foit adjouté
au plus grand , & le plus petit au pluss
petit.
Ce principe eft fi connu dans la Statique:
& par l'experience , & les confequences
B
18
MERCURE DE
que l'on vient d'en tirer font fi évidentes,
que l'on le croit difpenfé d'en donner icy
la demonftration .
Cela fuppofé , il eft aifé de concevoir
comment une balance chargée de fes baffins
peut être fauffe , quoiqu'elle foit en
équilibre étant vuide. Il n'y a qu'à faire
que les deux bras de la balance foient
inégaux , & que les poids des baffins avec
leurs cordes foient entr'eux reciproquement
comme les longueurs des bras ; car
il est évident par le principe qu'on a établi
, que ces baffins feront en équilibre
étant vuides , & par le fecond corollaire
qu'ils y feront encore étant chargez de
poids inégaux qui foient entr'eux comme
les poids des baffins .
Il eft clair par le premier corollaire que
fi unMarchand qui vend au poids mettoit la
marchandiſe dans le baffin qui pend à l'extremité
du bras le plus long , il y auroit du
profit pour lui ; & qu'il yperdroit au contraire
s'il mettoit la marchandiſe dans le
baffin qui pend à l'extremité du bras le
plus court
Voicy le moyen dont on fe fert affez
communément pour fauver au Marchand
& à l'acheteur la perte qu'ils pourroient
faire s'il y avoit une quantité confiderable
de marchandiſe à pefer , fur tour f
s'étoit une marchandile de prix. Onpar
JUIN & JUILLÉT. 19
tage la pefée totale en differentes pelées
égales en nombre pair , & l'on change alternativement
de baffin le poids & la marchandiſe
.
Je ne fçay s'il n'eft pas naturel de croire
que par ce changement alternatif il fe fait
une exacte compenfation de la perte &
du gain , & que par ce moyen la marchandiſe
eft toujours livrée à l'acheteur à
jufte poids .
1
On fe tromperoit ; car cela n'arrive ja
mais. Et ce qui eft à remarquer , c'eſt que
la perte eft toujours pour celui qui livre
la marchandiſe.
Onne prétend point blâmer ici une pratique
qui eft d'un fi grand ufage dans le
negoce , pour fupléer au defaut d'une balance
qui peut n'être pas parfaitement jufte ;
car il eft certain que fi l'on n'arrive jamais
par là à l'exacte préciſion , du moins or
en approche beaucoup , & l'on fçait bien
que la lezion ne fçauroit être confiderable,
à moins que les deux bras de la balance
ne fuffent fort inégaux : or cette inégalité
fe reconnoîtroit aifément , & il eft à croire
que l'on ne fe ferviroit pas d'une Balance
qui auroit un defaut fi remarquable ; mais
la principale utilité de cette reflexion eft
de faire connoître qu'il y a des choles que
P'on croit voir avec évidence , & qui ne
font point telles qu'on les croit.
Bij
20
DE
MERCURE
*
Il faut donc démontrer que plufieurs
pefées égales & alternatives en nombre
pair équivalentes à la pefée totale , n'empêchent
pas qu'il n'y ait toujours de la perte,
pour le Marchand.
Soit la Balan-
се АВ , divifée
au point d'appuy
C en deux
parties inegales
AC , CB .
B
foient deux
D
ballins D & G
G
.
fufpendus aux deux extremitez A & B ,
en forte que les poids de ces baffins avec
leurs cordes foient entr'eux reciproquement
comme leurs diftances du point de
fufpenfion C , c'eſt- à - dire que le poids du
baffin D foit au poids du baffin G comme
CB à AC ; il eft clair par le principe que
l'on a établi , que ces deux baffins feront
en equilibre.
Maintenant fi l'on propoſe de peſer avec
cette balance une certaine quantité de marchandile
: foit nommé 2P le poids
poids que
l'on
demande de cette marchandise ; foit partagée
la pefée totale en deux pefées égales ;
le poids P fera celui avec lequel on fera
chacune de ces deux pefées. Mettant donc
d'abord le poids P dans le baffin D , & la
marchandiſe dans l'autre & faiſant : comme
JUIN & JUILLET.
21

CB à AC ; ainfi P à ACP ; cette quantité
CB
АС
CB
CB
B*P
AC
(ACP) fera , par le principe & le fecond :
corollaire , l'expreffion du poids de la mar--
chandiſe que donnera la premiere pelée..
Enfuite changeant de baffin le poids P & la
marchandiſe , & faifant ; comme AC à CB';
ainfi P à CB P
AC ; cette quantité (CP).
exprimera le poids de la marchandiſe que
donnera la feconde pefée. Le refultat des
deux pefées fera donc (ACP +CP ) & cette:
quantité qui exprime le poids de la mar
chandife livrée eft plus grande que 2P ,
qui eft le poids que l'on demande ; ce.
qu'il eft ailé de connoître en comparant
ces deux grandeurs ; car en les reduifant à
même dénomination , & divifant tout par
P ( ce qui ne change point leur rapport )
on aura AC¹ † CB² au lieu de ( CC )
& 2AC CB , au lieu de 2P . Or AC †CB²;
qui eft la fomme des quarrez de deux
grandeurs inegales eft plus grande que
2 ACCB, qui eft la fomme des deux rectangles
de ces mêmes grandeurs. Donc
(ACPCP) eft plus grand que 2P . Ce
qu'il falloit démontrer .
CP
CB AC
Cette verité fe reduit à une autre
tres-fimple , qui eft : Que la fomme de
deux fractions qui ont les mêmes termes,
mais dont l'une a pour numerateur le denominateur
de l'autre , eft toujours plus
22 MERCURE DE
4 grande que le nombre 2. Ainfi &
font , qui furpaffe z de la quantité
De mêine & font 89
4 ° , qui furpaffe z
de la quantité & ainfi des autres.
Si l'on retranche 2P de la quantité
( ACPCB ) le refte (
CB⭑P AC » -- 2 AC* CB CB ✩ ✩P
AC CB
fera l'expreffion generale de la perte que
fat le Marchand. C'eft à- dire , qu'il faur
multiplier la moitié du poids que l'on demande
, par une fraction qui ait pour numerateur
le quarré de la difference des
deux parties AC , CB , de la balance , &
pour dominateur le rectangle de ces deux
parties.
Pour verifier tout cecy par quelques
exemples :
Soit AC à CB , & le poids du baffin G
au poids du baffin D , comme 2 à 1 , &
qu'il faille pefer avec la balance AB , 100
livres de marchandife ; la premiere pelée
donnera 100 livres , & la feconde 25
livres cela fait en tout 125 livres ; ainti
ce font 25 livres que le Marchand perd.
Si AC eft à CB , & le poids du bathin
Gà celui du baffin D, comme 9 à 8 , &
qu'il faille pefer too livres de marchan
dife ; on aura par la premiere pefée 56 livres
, & la feconde pefée donner 44
livres . Cela fait pour la pefée totale 100
livres & . Ainfi ce font de livre que
le Marchand donne de trop.
3
JUIN & JUILLET.
23
Ce feroit la même choſe fi , au lieu
de partager la pefée totale en deux pefées
feulement , on la partageoit en un plus
grand nombre de pelées , pourvû qu'elles
fuffent alternatives & en nombre pair
comme on l'a dit , fçavoir , 4 , 6 , 8 , &c.
& l'on auroit toujours le même reſultat .
LES VOYAGES DE ZULMA ,
DANS LE PAYS DES FEES.
J&
PREFACE.
E denmande grace au Lecteur en faveur
de mon âge , je n'ai pas encore vingt
ans , mon état & ma condition ne me
mettent point à portée de vivre dans cette
forte de monde qui polit la jeuneffe , &
qui donne à la converfation un tour libre
qui la rend plus agreable , j'ay évité par
cette raifon de m'étendre dans celles que
j'ai été obligé de faire , je me fuis attaché
fimplement aux avantures que j'ai renduës
plus frequentes , parce que l'imagination
me manque moins que le ftile.
Je ne fçaurois donner de raifon pour
avoir fait les Fées filles du Deftin & de la
Terre , ce n'est pas que je ne fçache bien
24 MERCURE DE
que les Payens croioioient le Deftin fils.
de la Terre , comme l'on peut tout hazarder
dans un ouvrage tel que celui - ci , j'ay.
fuivi mon idée fans fcrupule.
J'ay crû que je pouvois mêler la Cabale
avec la Feerie , il m'a paru naturel que les
Feez cuffent autorité fur les efprits élementaires
, je n'ay point voulu entrer fur cela
dans une explication trop fçavante ou trop
longue pour les femmes qui ordinairement
font plus curieufes que les hommes de ces
fortes de contes .
Il me reste à dire pour quelle raifon j'ai
mis au milieu de mon Livre une efpece de
nouvelle qui ne tient rien de merveilleux ..
J'ai fenti que de pareilles hiftoires délaffent
le Lecteur dans Dom Guichotte & le Roman
Comique , dont l'un n'eft que Chevaleries
ridicules , & l'autre une plaifanterie
continuelle ; ce n'eft pas que je fois affés
vain pour m'imaginer que l'on peut faire
une comparaifon qui foit jufte des contes
que je donne au Public , & que je foumets
avec humilité à fa cenfure , à deux Livres
qui font parfaits dans leur genre ; je lui
rends feulement un compte naïfde ce qui
m'a paffé dans l'efprit , je me corrigerai
dans la fuite de cet ouvrage , fi je trouve
que le même Public qui ne me connoît
point , & qui en portera un jugement plus
naturel, par cette . raifon juge que cette
hiftoires
JUIN & JUILLET. 63
PARODIE
SUR LES CARACTERES
de la Danſe.
Ier Dans fon
Temple un jour
L'Amour
Vint dire aux mortels
Qui lui dreffoient des Autels ,
Formez des voeux ,
Je veux
Voir fi votre ame inconftante
Sera contente ,
Profités , Amants , jeunes beautez
Des dons qui vous font prefentés,
COURANTE.
Amour
Malgré le froid de l'âge ,
Dans ce fejour
Je viens vous rendre homage
Je fens vos feux ;
Une jeune beauté m'engage
Et je fuis joyeux ,
Quoique je fois bien vieux .
Mon coeur
Pour fes beaux yeux foupire ,
F
66 MERCURE DE
De mon ardeur
Elle ne fait que rires .
Sans la charmer ,
Amour de toi je ne defire
Que de croire aimer.
MENUET.
ze A peine j'ay douze ans ,
Et je reffens
Mille confus mouvements ;
Quel bonheur fi les plaifirs
Répondent aux defirs !
Petit Amour ,
Fais fi bien en ce jour
Que ma méchante Maman
S'endorme un petit moment
Quand viendra mon Amant .
BOURE E.
4 Pour moy fans danger
Je vois mon Berger ,
Mais helas !
Jay beau faire il ne m'entend pas ::
Dieu propice aux Amans
Peins luy mes tourments ;
Dis luy , redis luy tout ce que je fens :
En vain mes yeux
Montrent mes feux ;
JUIN & JUILLET.
67.
En vain deffus l'herbette
Je fais de mon mieux ,
Il ne voit pas fa conquête
Epargne à mon coeur ,
Dicu vainqueur ,
L'aveu d'une ardeur
Qu'il devoit tâcher
Du moins de m'arracher ;
Avec des traits charmans
Peins luy mes tourments ,
Dis lux, & redis luy tout ce que je féns, -
CHACONNE.
Se Je fuis beau , bien fait ,
Jay de l'efprit & du caquet ;
Je fuis beau , bien fait ,
Je fuis badin , je fuis follet ,
J'affecte des airs étourdis ,
Mes habits font tout des mieux choifis
Je fuis bien poudré ,
Je fais fouvent l'homme d'affaires
Pourtant par envie
On dit
Que de moy l'on rit
En tous lieux ::
Quoique je publie
On ne me croit pas toujours heureux-
Bij
68
MERCURE DE
e
J'ay de beaux yeux
Bleus ;
J'ay des talents
Grands
Et des dents
Et la treffe brune ;
Cependant
Je fuis fans bonne fortune.
Amour ,
Mets donc mes attraits au jour ,
Je fuis content
Sans les coeurs
Et les faveurs ,
Pourvû
Qu'on me croie bien reçu.
SARABANDE
.
Ha ! malgré moi , Je vois bien
Que Themire eft parjure ;
Helas ! tout m'en affure ,
Et quand elle veut , je n'en crois rien.
Dieux de ma credulité
Faut-il qu'elle jouiffe !
Qu'elle ait moins d'artifice ,
Amour , ou qu'elle ait moins de beauté,
JUIN & JUILLET
до
GIGUE.
Je ris , je danfe , je chante ,
Je fuis contente ,
Je faute toujours ,
Je vais , je cours ;
De nouveaux fujets , Dieu d'Amour
Chaque jour
Je groffis ta Cour ;
Dans les plaifirs & dans les fêtes
Je fais des conquêtes ;
Ma vivacité
Range tous les coeurs de mon côté :
Puiffant Dieu , fois - moy favorable
Qu'un Berger aimable
Sans trop fe laffer,
Puiffe auffi long tems que moi danfer
RIGAU DO N.
૨૦ Moi je fuis tres- content ,
Pour mon argent
Jetrouve des beautez à choifir ,
Sans foupirer ni fans languir :
Et c'est mon plaifir ,
Mon feul defir,
C'eſt un Abbé qui les fait trop rencherirs
Amour , par ton moyen trompé ,
Qu'il foit attrapé.
70 MERCURE DE
PASSE PIED.
Depuis que mon Amant .
Connoit mon tourment
Il est moins tendre :
"
Mes foupirs fe font entendre
Vainement,
Tres-fouvent je le voi
Sous une autre loi ;-
J'ai beau m'en plaindre ;
Amour , j'ai befoin de feindre .
Aide - moi..
Il faut un auffi bon foutien
Que le tien ,
Pour feindre un moment
Pour voir fon changement
D'un oeil indifferent.
Mais peutêtre ma froideur
Rallumera fon ardeur.
GAVOT E.
Doe J'ai perdu tous mes plaifirs ; ›
Ah ! que de foupirs
M'a couté Philéne !
Quelle peine !
Je l'ai forcé de fuir ce fejour ,
Craignant fon amour.
Quand je penſe.
A la longue abfence,
JUIN & JUILLET .
7%
Ce fouvenir
Me fait mourir.
Fais que plein des mêmes feux
Philéne amoureux
Loin de moi s'afflige.
Mais que dis je ?
Non , qu'il ne fouffre pas le tourment:
Que mon coeur reffent .
Qu'il revienne en ces lieux ,
LIC
Ce font tous mes voeux.
LOURE.
J'aime à boire ,
Fais , Dieu des amours
Par ton fecours ,
Que je boive toujours ;
lly va de ta gloire ;.
Bien fouvent
L'Amour vient en bûvant.
120
MUSETTE.
Mon Amant:
Eft tendre & conftant ;
Les plaines ,
Les bois , les fontaines ,
Les oifeaux heureux ,
Tout retrace mes feux..
Charmé
72 MERCURE DE
Du plaifir d'être aimé ,
Themire
Poffede un Empire
Plus beau que celui des Rois ;
Les coeurs font fous fes loix .
Dans tous les lieux
Ce Berger fuit mes traces.
Je ne viens point faire ici de voeux ;
Je viens te rendre graces ;
J'ai fçu me faire aimer ,
Quels voeux puis je former
Les noirs foupçons ,
Les trahifons ,;
Les plaintes ,
Les troubles & les craintes ,
Les triftes
regrets
Habitent les Palais :
Mais dans nos bois , '
Quand une fois
L'on aime
Quel bonheur extrême !
Jamais un Berger
1
Ne crût qu'on qu'on pût changer.
SUR
JUIN & JUILLET. 75
RKARKARIACTARÁ CADREECAS
SUR DES VAPEURS
d'une trés aimable Dame qui n'a pas
toujours été heureuſe.
T Emeraires mortels , profanes jugés mieux
De l'état où Phillis fe trouve ;
Non , ce n'eft point l'effet des vapeurs qu'elle
éprouve ;
C'eft un fommeil divin , elle eft avec les Dieux.
L'éclat de fa beauté m'annonce leur preſence ,
Et doit de vos fraieurs calmer tous les tranfports,
Dans ces momens facrés leur jufte complaifance
Des vertus à fes yeux ouvre tous les tresors .
C'est là qu'elle a puifé ce fuperbe courage
Qui du fort fi long - temps a foutenu l'outrage ,
Et chaque jour s'éleve aux plus nobles efforts .
Ciel de quels dons brillans au printemps de fon
âge
Ta main voulut en elle honorer ton ouvrage ,
L'Amour lui -même admirant tant d'attraits ,
Dépofa dans fes mains fa puiſſance & fes traits ,
Mais quel Demon jaloux en a conduit l'uſage,
Et vint troubler des jours alors purs & ferains.
Que dis - je refpectons les décrets fouverains
Dans les divers malheurs au milieu des alarmes
Dont le coeur de Phillis fe trouva combattu ,
Les Dieux n'éprouvoient fa vertu
Qge pour l'égaler à fes charmes.
G
74
MERCURE DE
ENIGM E.
Si vous n'enténdés par mon nom
Que ce que les Sçavans m'ont fait par leur caprice;
Quoique je fois une maison ,
Je ne fuis pas un édifice.
Si par mon nom vous entendez ,
Ce que je fuis par ma nature ,
Quoique fans tête, j'ai , bras, mains de bon augure:
Atelpour qui par l'or mes cordeaux font bandés,
AUTRE ENIGME.
DE Ceres &Thetis je prens ma nourriture ,
J'étale mes trésors dans le fein de la Cour ,
Mais je ne puis entrer dans ce pompeux fejour
Qu'en payant le tribut qu'on doit à la nature.
Si je tiens un haut rang la mort me le procure ,
Infenfible j'infpire & la crainte & l'amour ,
Je nais dans la baffeffe & je regne à mon tour ,
Je monte fur le Trône après ma fepulture.
La vertu la plus belle a pour moi tant d'appas ,
Que pour la conferver je cherche le trépas ,
Sans qu'un noble martyre honnore ma conftance.
Je cheris tendrement l'ombre qui l'obscurcit ,
J'en couronne ma gloire , & ma pure innocence
Niclate jamais mieux que quand on la noircit.
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JUIN & JUILLET. 75
AIR A BOIRE.
L'Amour foumet par vous les coeurs les plus
rebelles ,
Chaque jour de Bachus j'augmente les honneurs
Iris , vous triomphés des Belles ,
Et je triomphe des Buveurs.
Il ne tient plus qu'à vous d'achever la victoire
Des Dieux dont nos exploits embeliſſent la Cour ;
Vous manqués à Bachus & je manque à l'amour •
Jefuis tout prêt d'aimer , étes vous prête à boire ?
:
CHANSON NOUVELLE,
IRIS , que vos yeux doux & fins ,
Sont fignalés par leurs larcins ,
Non , je ne fçaurois plus m'en taire.
Jamais la mere
Des Amours,
Ne fit de fi bons tours.
Gij
76 MERCURE DE
Ces beaux & dangereux Voleurs ,
Chaque jour dérobent cent coeurs ,
Et la raifon n'y fçait que faire.
Jamais la Mere
Des Amours ,
Ne fit de fi bons tours.
Aux coeurs vous ne vous bornés pas ,
Prés de vous on perd fes appas ,
Yous en dépouillés la plus fiere.
Jamais la Mere
Des Amours ,
Ne fit de fi bons tours.
Dans certain Bofquet l'autre jour ,
Venus paffant avec la Cour ,
Yous lui volâtes l'art de plaire,
Ah ! qu'à la Mere
Des Amours
Yous faites de bons tours !
On dit que fans fes ris charmans
Sa Ceinture & Les Agrémens ,
Elle retourna dans Cithere .
Ah ! qu'à la Mere
Des Amours
Vous faites de bons tours !
JUIN & JUILLET. 77.
Contre vous Mars tout- auffi - tôt
Se députa comme Prévôt ,
Mais Mars lui-méme ne tint guere .
Ah ! qu'à la Mere
Des Amours
Vous faites de bons tours !
Rendès vite à chacun fon bien ,
Que vos beaux yeux ne gardent rien
Que le vol qu'ils m'ont daigné faire.
Et de la Mere
Des Amours
N'imités pas les tours
G iij
79 MERCURE
DE
ARTICLE DES
NOUVELLES LITTERAIRES
ET DES BEAUX ARTS.
OUS parlerons dans cet Article
des Livres nouveaux d'une cerne
espece , en general comme
ces Livres ne viennentquetard
à la connoiffance du public , par le moyen
des Journaux , qui demandent du temps
pour en compofer les extraits , nous les annonçons
dans notre Mercure , pour fatisfaire
la premiere curiofité des Lecteurs. Nous
commencerons par un Projet qui doit intereffer
tous les Gens de Lettres , & qui s'execute
altuellement . Nous le donnons en fon
entier, & tel que l'Autheur a bien voula
nous le communiquer .
Hiftoire de Polybe , mife en François
par D. Vincent Thuillier , Religieux Benedictin
de la Congregation de Saint Maur ,
avec des Remarques & des Notes Critiques
, Politiques, Hiftoriques & Militaires ,
où l'on a joint les Plans gravez des ordres
des Batailles , des Combats , des Marches ,
des Evolutions , de l'attaque & de la déJUIN
& JUILLET. 79
fenfe des Plases , des machines des Anciens
dans les differentes actions de la Guerre.
Et de plus , des Obfervations fur chaque
ordre de Bataille , des Eclairciffemens fur
la Milice des Anciens , & le Suplément de
cette Milice : Par le Sieur de Folard , Chelier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis ,
Colonel d'Infanterie . A Paris , chez François
Fournier , Libraire, rue Saint jacques,
aux Armes de la Ville . 1721 .
Il est moralement impotlible que les
hommes , faits comme ils font , vivent
longtems enfemble fans fe faire la guerre.
Ainfi , quelque tunefte que foit cette fcience
, qui confifte en partie à fe détruire les
uns les autres , c'eft un mal néceffaire ; &
un Royaume , où elle n'est pas cultivée ,
devient tôt ou tard la proye de les volfins.

La Guerre peut s'apprendre en deux manicres
, par la Théorie ou par la Pratique.
Celle-là eft feche & rebutante ; celle- ci ,
outre qu'elle eft pénible & périlleufe , il
s'en faut bien qu'elle fuffife. De la differente
fituation des lieux , du genie de la
Nation que l'on commande & de celle
contre laquelle on fe bat , & de mille autres
circonstances , naît une varieté preſque
infinie d'ordres de batailles , de marches
& de ftratagêmes , que la plus longue expérience
ne peut épuifer. Ne vouloir apprendre
la Guerre qu'en la faifant , c'eft
Giiiij
80 DE MERCURE
s'expofer à ne la faire jamais bien. La
Théorie & la Pratique fe prêtent des fecours
mutuels : la premiere forme le Capitaine
, & l'autre le perfectionne .
Ces deux Méthodes prifes feparément
étant imparfaites , n'y en auroit- il pas une
troifiéme , qui , fans les dégouts de l'une
& les dangers de l'autre , auroit les avanta
ges de toutes les deux jointes enfemble ?
Elle fe préfente naturellement : c'est de
joindre à la lecture des actions militaires ,
des réflexions qui en faffent connoître les
motifs , & d'en tirer des préceptes. Par ce
moyen , la Théorie ne devient plus que
l'agréable découverte des vûës , que les
grands Capitaines ont fuivies dans les différentes
parties de la Guerre ; & la Pratique
n'a plus rien d'effrayant , parce que ce font
d'autres que nous qui en courent les rifques
; fans Copter que cette Méthode
fupplée à la briéveté de la vie , en nous
donnant , par une étude de peu d'années ,
l'expérience de plufieurs fiecles.
Pour cela , il faut lire les Hiftoriens ;
mais fur tout , faire choix d'un , qui fçachant
lui-même la Guerre à fond , ait écrit
une hiftoire , où l'importance des faits pique
la curiofité & foutienne l'attention ,
& où des Generaux fameux ayent deployé
toute leur habileté.
Entre tous les Hiftoriens Grecs & Latins,
JUIN & JUILLET.
31
il n'y en a point qui méritent plus la préférence
que Polybe . Né d'un fang illuſtre,
élevé avec un foin digne de fa naiffance ;
exercé dans les affaires d'Etat ; ami , confeiller
& compagnon inféparable du fameux
Deftructeur de Carthage , éclairé fur les
intérêts de prefque tous les Peuples , Capitaine
eftimé , prudent Politique , fubtil
& judicieux Négociateur ; rien ne lui manquoit
pour écrire parfaitement l'Hiftoire.
"
La maniere dont Tite - Live commence
le récit de la feconde Guerre Punique ,
fait voir combien ce morceau d'Hiftoire ,
que Polybe , témoin oculaire , a décrit ,
eft curieux & intéreffant . » Au commen-
» cement d'une des parties de mon Ouvra◄
» ge , dit cet Auteur , je peux avancer ce
» que la plupart des Hiftoriens mettent à
» la tête d'un Ouvrage entier , que la
» Guerre que les Carthaginois , fous la con-
» duite d'Annibal , ont eue avec les Ro-
» mains , & que je vais raconter , eſt la
» Guerre la plus mémorable qui ait jamais
» été faite. Jamais Républiques & Nations
plus puiffantes ne prirent les armes l'une
» contre l'autre ; & dans ces deux Etats
" mêmes , jamais les forces n'avoient été
و د
"
" fi redoutables. Quoique chacun des deux
» partis connût parfairement les rufes de
» Guerre du parti oppofé , & qu'elles euf-
»fent déja été mifes en ufage dans la pre
82 MERCURE DE
» miere Guerre Punique , la fortune ba-
» lança tellement & les fuccès furent par-
» tagez de telle forte , que ceux qui eurent
» le deffus , furent le plus proche de leur
» perte. On peut même dire que la Guerre
fe faifoit de part & d'autre avec encore
» plus de haine que de forces : les Romains
» étant outrez que des vaincus olaffent atta-
» quer leurs vainqueurs , & les Carthaginois
ne pouvant fouffrir la hauteur &
» l'avarice avec laquelle on leur avoit fait
la loy.
Les Scipions , les Amilcars , les Annibals
& les autres Capitaines , dont Polybe rapporte
les exploits , font d'excellens modeles
de valeur & de conduite. Leurs fautes &
leurs belles actions font. prefque d'une
égale utilité pour l'étude de la Guerre , &
cet Auteur , en cenfurant les unes & en
louant les autres , nous montre qu'il étoit
autant homme de Guerre qu'équitable
Hiftorien .
La Traduction qu'en a faite M. du Rier ,
a été trop peu travaillée , pour que l'on
dût s'en rapporter à elle . Il ne feroit pas
honnête de remuer ici les cendres de ce
laborieux & infatigable Traducteur . H
étoit habile , chacun lui rend cette juftice ;
mais vivant du travail de fon efprit & de
fes mains , l'honneur d'être bien entré dans
le fens de fon Original , n'étoit pas ce qui
JUIN & JUILLET.
83
Pevoit plus le toucher. Quand les befoins
du corps le font fentir , il eft un peu pardonnable
à l'efprit de ne fe donner pas tout
le loifir d'être exact.
Dom Vincent Thuillier s'eft chargé de
faire une Traduction nouvelle . Il fe fert
non feulement du Texte que nous ont
donné les derniers Editeurs , & qui eſt,
défectueux en plufieurs endroits , mais
encore des Manufcrits de France & des
autres Royaumes , d'où on lui fera tenic
les differentes leçons.
Il promet plus. Comme Polybe avoit
compris dans fon Hiftoire tout ce qui s'étoit
paffé de confiderable dans le monde ,
depuis le commencement de la feconde
Guerre Punique , jufqu'à la ruine entiere
de la Monarchie Macedonienne , c'eſt-àdire
, pendant l'efpace de cinquante ans ;;
& que des trente-huit Livres qui con enoient
ces grands évenemens , il ne nous.
en refte plus que trois entiers ; Dom Thuillier
veut en quelque forte nous confoler
de cette perte , en rempliffant les vuides ,.
que le naufrage des tems a faits dans Polybe
, par les autres Auteurs Grecs & Latins ,
chez qui les mêmes hiftoires fe trouvent.
Ces Supplémens feront diftinguez , par
des crochets , du Texte même de Polybe ,
& fur les monumens qui nous reftent
de ces tems - là , on continuëra l'Hiftoire
84
MERCURE
DE
jufqu'où cet Auteur l'avoit pouffée .
Ce fera donc comme un corps d'Hiftoi
re de cinquante ans , dans lequel , outre
les affaires de l'Empire Romain , l'on verra
tout ce que les Anciens nous ont appris
des intereſts des Rois de Syrie , d'Egypte ,
de Macedoine , du Pont , de Cappadoce ,
de la Perfe , & de toutes les autres Dynafties
de Grece , qui , pendant cet eſpace de
temps , ont eu quelque chofe à démêler
avec les Romains .
Venons maintenant au Commentaire.
Quoique Polybe ait parlé de la Guerre
avec plus de connoiffance qu'aucun autre
Hiftorien , & qu'il foit entré , en homme
du métier , dans toutes les parties ; cependant
comme elles étoient connues de fon
rems , il n'en approfondit aucune , & ne
fait fouvent mention de certaines coutumes
qu'en paffant. D'ailleurs , les defcriptions
qu'il fait des Batailles , des Sieges ,
&c. font fouvent obfcures pour ceux qui
n'ont aucune teinture de la Guerre. Et quel
dommage qu'un Auteur fi propre à nous
donner de fçavantes leçons fur cette fcience
, fût négligé , faute d'être entendu !
Pour l'éclaircir , M. de Folard répandra
fur tous les endroits où le Lecteur pouroit
être arrêté , toutes les lumieres qu'une étude
ferieufe des Principes militaires , la leature
réfléchie des Hiftoriens anciens &
JUIN & JUILLET. 85
modernes , & l'expérience de trente-fix
ans de fervice, lui ont données fur la Guerre.
On expliquera dans des Obſervations
chaque ordre de bataille , & lorfqu'il manquera
quelque chofe dans la defcription
de l'Auteur , on y fuppléera par des conjectures
tirées de l'experience & de la Milice
des Anciens . Il y aura des Plans gravez
de tous ces Ordres ; Plans exacts , faits
dans les regles de la Guerre , travaillez par
les Maîtres les plus renommez , & l'on ofe
avancer qu'ils feront infiniment audeffus
de ceux des Commentaires de Cefar de
Londres, Les Plans repréſenteront l'ordre
& la difpofition des deux Armées. Ils feront
fuivis du combat , choſe pour connoître
les fautes ou la bonne conduite des
Generaux , à quoi l'on doit attribuer leur
victoire ou leur défaite.
Après viendront des reflexions militaires
fur les fautes de part & d'autre , fur
la difpofition des deux Armées , fur le caractere
des Generaux. Enfin , l'on fera
comme l'analyfe de chaque Bataille ; &
lorfqu'on trouvera des exemples paralleles
dans les Anciens ou dans les Modernes , on
ne les laiffera pas échaper.
Sur la fin de chaque Obſervation , l'on
s'étendra fur les matieres qu'elle renferme,
& on tâchera de les traiter avec methode ,
&fur des principes tout nouveaux . Quand
86 MERCURE DE
les chofes en vaudront la peine , on ajoutera
un Plan de l'ordre de bataille , felon
le ſyſtême du Commentateur , & ce Plan
fera tiré fur la defcription du terrain &
des lieux où l'action s'eft paflée.
On parlera des differens ordres de bataille
des Anciens , felon les differentes fortes
de terrain ; de la maniere de fe former ,
des changemens ou mouvemens qu'on peut
faire avant & pendant le combat, & en prefence
de l'Ennemi , des retraites d'Armées ,
des furpriſes & des ftratagêmes .
Aux endroits où l'Auteur dit quelque
chofe de la Marche des Armées , on fera
des Obfervations fur cette importante matiere
, & on la réduira en Methode & en
Principes.
Les mouvemens des Armées des Anciens,
ou les grandes révolutions , feront expliquées
par des Plans qui les mettront à la
portée de tout le monde.
Le Commentateur donnera fes découwertes
dans la Tactique , ou l'Art de ranger
les Armées en bataille , & une Methode
toute nouvelle , fondée cependant ſur l'antiquité
, & fur quelques actions des plus
grands Capitaines de ces derniers temps.
On s'étendra fur la Méthode dont les
Anciens fe fervoient pour attaquer & défendre
les Places. On donnera leurs Machines
, toutes differentes de celles que les
JUIN & JUILLET.
87
Antiquaires modernes ont imaginées. De
peur que Pon ne donnât auffi que fes imaginations
, on n'a voulu s'en fier qu'à
T'experience. La Catapulte , par exemple ,
une des principales Machines , a été éprouvée
devant un grand nombre de Sçavans &
de Géometres. On découvrira par des figures
les forces mouvantes de la Baliſte ,
du Belier non fufpendu , des Tours mouvantes
.
On expliquera les Batteries des Anciens,
leurs approches , les comblemens de foffez ,
les Cavaliers , les Mines , les Galeries , les
Affauts , les Efcalades , les Lignes de cir
convallation & de contrevallation , les
Ponts , leurs Machines de Batailles , leurs
Retranchemens , leurs Forts de Campagne,
leurs Campemens. Enfin , l'on fera voir
que l'invention de la Poudre n'a rien
changé dans la façon de faire la Guerre ,
finon dans les Sieges , dans la maniere de
fortifier les Places , & dans la Marine ; que
tout ce qu'il y a de bon dans notre maniere
, nous l'avons tiré des Anciens ,
que ce qui vient purement de nous , ne
nous fait pas beaucoup d'honneur.
&
La Difcipline Militaire , cette partie de
la Guerre que l'on regarde avec railon comme
le fondement de toutes les autres , fera
traitée dans toute fon étendue. On fera
le Supplément de la Milice des Romains ,
8 : MERCURE DE
lequel eft perdu . On parlera de celle des
Grecs , de la Tactique de ces deux Peuples
, de celle des Egyptiens & des Peuples
de l'Afie.
Toutes ces matieres , & beaucoup d'autres
, dont le détail feroit trop long , comme
la Politique des differens Peuples ,
leurs Loix Civiles & Militaires , les châtimens
de la Milice , &c. feront répandues
çà & là. On ne fuivra d'autre ordre
que celui où l'Auteur en parle. Cette liberté
rendra l'Ouvrage plus varié. Et pour
le rendre plus commode & plus utile ,
on a jugé à propos de divifer les Livres
de Polybe en Chapitres , un Sommaire à
la tête de chacun . Ce qui ne demandera
pas de longs éclairciffemens , fera mis en
Note dans la marge inferieure , & accompagnera
le Texte. Les Obfervations , qui
doivent occuper plus de place , on les
mettra à la fin de chaque Chapitre. De cette
maniere , les Regles & les Exemples fe
joindront enſemble dans l'efprit fans confufion.
Le jeune Guerrier n'aura pas été
plûtôt frappé de quelque fait, qu'il apprendra
ce qu'il en faut penfer ; & après la leture
d'un Chapitre , il fera tel qu'il devra
être au moment d'une action militaire ,
où l'on n'eft prudemment hardi , qu'autant
qu'on le voit autorifé ou par les Regles
feules , ou tout enſemble par les exem- ·
ples & par les regles.
JUIN & JUILLET. 89
Il y aura des Cartes de tous les Païs
dont l'Auteur fait mention ; une Italie,
une Sicile , une Efpagne , une Afrique ;
une Carte de la marche d'Annibal en Italie
; les Plans des Sieges de Syracufe , de
Lilybée , l'Escalade de Carthagene ; les
paffages de Rivieres , les habillemens Militaires
, les Armes des Anciens , les Machines
& les Vaiffeaux de toute efpéce ; en
forte que le nombre des Planches montera
à plus de deux cens.
On auroit fouhaité même en donner une
plus grande quantité. La plupart des
Actions Militaires ont befoin de figures
pour être conçues facilement. Elles s'impriment
plus avant dans la mémoire , lorfqu'on
les y a fait paffer par les yeux. On
fe fent tranfporté , on croit être foi- même
dans la mêlée , lorſqu'on voit deux Arméés
, l'épée à la main , s'acharner l'une
contre l'autre. La vûe de ces grands mouvemens
fait une impreffion , qui loin de
s'effacer , fe renouvelle dans toutes les occafions
, & ce renouvellement fait partie
de l'experience . Mais cette dépenſe auroit
trop hauffé le prix de l'Ouvrage. Cependant
les Héros de nos jours pourroient
procurer ce plaifir au Public fans qu'il fût
furchargé : ils n'auroient qu'à fournir des
Planches. On leur en feroit affez honneur ,
par la comparaifon que l'on fera des Com
H
90 MERCURE DE
bats qu'ils ont donnés avec ceux des Anciens
: car on doit rendre cette juftice à
notre fiecle , qu'on y a vù des Actions auffi
bien conduites qu'aucune autre de l'Antiquité
, & des Generaux qui ne cedent cn.
rien aux plus celebres des vieux tems :
Mais outre cela , on mettra leurs Aimes
dans la Planche , afin que le Public fçache
à qui il en eft redevable.
Toutes les Notes feront foutenues de
témoignages & d'exemples anciens & modernes.
Pour les fentimens , on n'en prendra
aucun , qu'autant qu'il paroîtra bien
fondé. Sans égard pour la fimple autorité ,,
ni pour l'événement, qui ftultorum megiſter
eft , on n'établira de Regles que fur la raifon
& fur la fcience. L'Art de la Guerren'eſt
point un Art arbitraire . Il varie felon
les differentes circonftances : mais cette varieté
n'eft que dans l'execution , & non pas.
dans les principes , qui font fixes & immuables..
Comme dans ce grand nombre de Matieres
que l'on traite , il y en a aufquelles on
ne pourroit pas donner dans de fimples
Notes l'étendue qu'elles méritent , on en
fera des Differtations particulieres. Il y en
aura donc une fur chacun de ces Points :
Sur nos Batailles , & fur celles des Anciens..
Sur leurs Armes , & fur les nôtres.
JUIN & JUILLET . 21
t
Sur leur maniere d'attaquer & de défendre
leurs Places , & fur celle dont nous
faifons l'un & l'autre.
Sur la Colonne , la maniere de la former,
& de combattre dans cet ordre.
Sur les Machines de Guerre des Anciens.
Sur la Difcipline Militaire .
Sur la Tactique ou l'art de mettre leurs
armées en bataille.
Sur leur Guerre de Mer & leur Naviga
tion.
Sur la marche d'Annibal en Italie.
Sur les Marches d'Armées des Anciens
Sur leurs paffages de Rivieres .
Tout cet Ouvrage fera en trois Volumes.
in -folio, où l'on n'épargnera rien , pour que
la beauté de l'Impreflion réponde à l'importance
des Matieres . Et parce qu'ùn fii
grand deffein ne peut s'executer , fans une
dépenfe confiderable, on eft obligé d'avoir
recours aux Soufcriptions ..
Le prix de l'Ouvrage compler fera , pour
ceux qui auront foufcrit , deux cens livres,
& trois cens livres pour ceux qui n'aurone
pas foufcrit.
Les Soufcrivans payeront à deux fois ,
moitié en foufcrivant , & moitié lorfqu'on
leur delivrera P'Ouvrage ; ce qui fera , au
plus tard , au commencement de l'année
1723. Terme court , fi l'on fait attention
au nombre & à la beauté des Planches.
Hij
92
MERCURE DE
Pour le payement des Soufcriptions ;
on prendra la peine de s'adreffer à Monfieur
Ballot , Notaire à Paris , rue S. Honoré ,
vis-à-vis la rue Traverfine,près les Quinze
Vingt.
Memoires hiftoriques de la Province de
Champagne , contenant fon état avant &
depuis l'établiffement de la Monarchie
Françoife , &c. par Mr Baugier. A Paris
chés Caillau , Quai des Auguſtins 1721 ,
8°. 2. vol.
Dans la defcription de la Ville de Chaalons
, à qui l'Auteur veut bien donner le
titre de Capitale de la Champagne , il parle
d'un établiffement fingulier , qui fubfiftoit
» de nos jours , dit - il , dans le fecond Faux-
» bourg de Marne , près le Pont Rupé.
» C'étoit une efpece de Communauté de
" Moines mariez , dont les femmes de-
»voient avoir l'âge de cinquante ans pour
» y être reçues avec leurs maris. Ces
» Moines portoient des robes grifes , &
» bien qu'ils euffent de bons yeux , ils ne
» laiffoient pas d'être appellez les Aveu-
» gles ou Aveulas , & avec cet habit &
» une fonnette en main , ils avoient la
per-
» miffion de quêter par la Ville. Ils alloient
" aux Proceffions generales , aux Enterre
» mens , & enfeveliffoient les Morts. Ils
» étoient obligez de fe marier fix femaines
JUIN & JUILLET. 93
1
» aprés la mort de leurs femmes , à peine
» d'être mis hors de la Maifon. Ils étoient
» au nombre de douze , dont l'un portoit
´›› le titre de Prieur. On ne ſçait par qui ,
» ni en quel tems ce Couvent avoit été
» fondé l'Eglife fous le nom de Sainte
» Pudentienne , & une partie des bâtimens
»fubfifte encore aujourd'huy. Feu Mr
Vialart , à qui cet établiffement ne plaifoit
pas , le fuprima en 1641 .
On vient d'imprimer à Geneve un Traité
de la Peſte en Latin , par Isbran de Diembroch
, in 40. 1721. C'eſt une nouvelle
édition, & un des meilleurs Ouvrages qu'il
y ait fur cette importante matiere . Le grand
art de fe preferver de la Pefte , felon cet
Auteur , confifte à fe tenir l'efprit tranquile
dans le peril , & quand on fe fent quelque
mouvement de peur , boire fur le champ
trois ou quatre coups de vin pur , qui fûrement
réjouit le coeur , dit- il : au furplus fe
priver de toutes les viandes de difficile
digeftion , comme le poiffon & la chair
falée ; s'entretenir le ventre mediocrement
libre en prenant 2 ou 3 fois la femaine avant
de fe coucher , une ou deux pilules , compofées
avec les racines de petafires , de
carline , de dictame , d'angelique , d'helenium
, de gentiane , de rhubarbe avec
Pagaric , le fcordium , la petite centaurée,
94
MERCURE DE
la rue , le chardon benit , les feurs de
ftocas , la graine de citron , d'orange , de
zedoire , & avec l'aloës & la myrrhe , le
tout réduit en poudre & dofé avec pioportion
, puis maceré dans du vin blanc ,
& enfuite coulé par le papier gris , & évaporé
après jufqu'à l'épaiffent requiſe pour
en faire de pilules . On peut dans les occafions
dangereuſes mettre dans fa bouche
quelques grains de petit cardainoine pour
mâcher. Quand on fe leve de grand matin,
& qu'on eft obligé de frequenter des lieux.
infectez , il eft bon après cette premiere
operation , d'avaler vers les fix heures un
peu de theriaque , ou de diafcordium
quelquefois manger un peu d'orange confite
, ou quelque morceau de conferve
d'helenium . Déjeûner legerement vers les
huit heures , & prendre quelquefois une
heure après un verre de vin d'abfinthe ;
& fumer une pipe de tabac quelque tems
après en fumier deux ou trois après le
repas , & reiterer la fumée du tabac dans
quelque tems de la journée que ce foit
quand on fe fent incommodé par la mauvaife
odeur. Notre Auteur dit n'avoir point
trouvé de meilleur prefervatif contre la
Pefte que le tabac..
Dans la feconde Partie de fon Ouvrage ,.
Mr Diemerbroch donne un Recücil d'ob
fervations de Medecine , dont il rapporte
JUIN & JUILLET. 95
un fait aſſez fingulier d'un enfant de cinq
ans , qui fe plaignoit depuis plufieurs mois.
d'une douleur dans le ventre ; il n'avoit
point de fiévre, il mangeoit bien, le ventre
étoit bien reglé , mais un peu élevé , le
corps deffechoit de jour en jour ,. l'enfant
fe frotoit fans ceffe le nez , il dormoit
peul
& faifoit des fonges inquiets , dans lefquels
il s'éveilloit de tems en tems. L'Auteur
fut appellé pour traiter cet enfant ; il
crut d'abord que la maladie venoit de vers,
& dans cette penſée il ordonna plufieurs remedes
vermifuges , qui furent tous inutiles;
les douleurs de ventre augmenterent à un
point qu'on craignit qu'elles ne caufaffent
une defcente à l'enfant , parce qu'il ne faifoit
que crier jour & nuit .. On tâta avec
foin le ventre du malade & l'on fentic
les tegumens entre l'ombilic & le pubis.
un peu à gauche quelque chofe de pointu
& de folide , qui perçoit prefque la peau ;
on crut que c'étoit quelque petit os que
Penfant avoit avalé ; mais on fut bien furpris
lorfqu'après avoir coupé la peau en cet:
endroit avec des cifeaux , on apperçut non:
un os , mais une affez groffe alaine de
Cordonnier avec un peu de poix & de fill
du côté où avoit tenu le manche : on tira
proprement l'alaine , & l'enfant fe porta
bien depuis . M. Diemerbroch , après bien
des reflexions fur ce fait, dit que c'eft affuré
96
MERCURE
DE
ment le Demon qui a mis cette alaine dans
le corps de l'enfant , car , ajoûte- t'il , cet
inftrument n'auroit pû parvenir à la peau
fans percer les inteftins , le peritoine &
les muſcles de l'abdomen , s'il étoit vray
que l'enfant l'eut avalé naturellement.
Entretiens de Ciceron fur la nature des
Dieux. A Paris chez Jacques Etienne , ruë
S. Jacques, à la Vertu 1721. 3 vol. in 12 ,
par M. l'Abbé d'Olivet , Auteur du Recueil
imprimé à Paris en 1710 , fous le titre
d'Oeuvres poftumes de M. de Mancroix.
Cantates , petits Motets à une , deux &
trois voix , & un Cantique nouveau à deux
cheurs & fimphonie ajoûtée , propre particulierement
pour la Fête de Pâques , à
P'ufage des Eglifes Cathedrales,&c. A Paris
chez Pierre Witte ruë S. Jacques , à l'Ange
Gardien , & à Rouen chez Ph. G. Cabut
ruë du Bec 1721 , 52 pages in folio , par
M. l'Amy , Maitre de la Mufique de la
Cathedrale de Rouen.
On trouve dans cet Ouvrage une
grande varieté de fujets à plufieurs morceaux
, dont le plus confiderable eſt le
Cantique pour le jour de Pâques . On y
introduit les Anges , les Fideles , Jefus
Chrift même reffufcité ; & felon la remar
que de l'Auteur , ce Cantique eft dans le
facré
r
JUIN & JUILLET. 9 .
facré , ce qu'un Opera eft dans le profane.
Avis de précaution contre la Pefte. Par
Mr Peftaloffi Medecin , imprimé à Lyon ,
CA 172 12 %
Novitius , feu , Dictionarium , Latino-
Gallicum , & c. on , Dictionaire Latin-
François fuivant la methode de Schrevelius.
Qui renferme les mots des anciens Latins,
facrez & profanes , avec les étymologies ,
les mots fynonymes & leurs oppofez . Les
termes d'Hiftoire, de Geographie, de Droit,
de Medecine , de Botanique , de Mathematique
, & des autres Arts , & c. Les in-
Alexions des mots qui font dans les Auteurs
Latins , pour
donner en peu de tems
à toutes fortes de perfonnes l'intelligence
de la Langue Latine , Par M. Magniez
ancien Profeffeur & Cenfeur des Maitres
ès Arts. 2 vol . in 4 ° . à Paris chez Charles
Huguier , Imprimeur- Libraire , rue S. Jacques
, à la Sageffe , & André Cailleau ,
Quai des Auguftins , à S. André.
L'Auteur voulant defigner ce Livre par
un feul mot , a choifi le titre modefte.de
Novitius. On y trouvera des corrections,
des additions , & nne grande facilité pour
entendre les Auteurs Latins . On a corrigé
un grand nombre de fautes , qui fe trouvent
dans les Dictionaires imprimez juſ-
I
98
MERCURE
DE
qu'à prefent , fans même en excepter le
Threfor de Robert Etienne , corrigé par
Henry Etienne. Par exemple , on a traduit
(a) compofitė ambulare de Columelle , ſe promener
avec gravité. Cependant c'eft un
boeuf dont Columelle parle. Compofitis.
gradibus. Virg. ayant compofé fa démarche
, & il s'agit d'un cheval . Copula canum
dans Ovide , ne fignifie pas une couple de
chiens , mais une longe à laquelle on les
attache. (b) Inconfultus , fignifie imprudent,
& non pas , qu'on n'a point conjeillé , à qui
on n'a point donné confeil,
Outre les mots des Auteurs Claffiques,
on a ajoûté tous les mots de la Bible , du
Breviaire , & des Auteurs Ecclefiaftiques ;
les noms de Villes , de Provinces , de petits
lieux ; les termes de Philofophie , de
Theologie ; ce qui regarde l'Hiftoire & la
Fable ; les noms des Grands Hommes >
des Dieux , des Déeffes , & des Heros de
l'antiquité ; les noms des Conciles , des
Herefies & des Herefiarques ; les noms
des Evêchez , le tems de leur érection ,
des Abbayes , des Prieurez , des Monaſteres
, &c. & enfin plus de dix mille mots
qui ne font point dans nos Dictionaires.
Pour faciliter l'intelligence de la Lanaux
perfonnes
gue Latine aux enfans
(a) L 6. ch . 2 .
(b) Virg. Æneid. § .
JUIN & JUILLET. 99
avancées , aux Dames mêmes ; on a levé
dans ce Dictionaire toutes les difficultez
qui pourroient ' arrêter les commençans ,
en mettant toutes les terminaiſons des
Noms , des Pronoms & des Verbes ; celles
* au moins qui fe trouvent dans les Auteurs
, & qui peuvent faire quelque peine.
Il n'eft pas aifé de rappeller ces mots à
leur fource , à ceux qui fe fervent des
Dictionaires ordinaires , à moins que d'avoir
étudié deux ou trois ans. En bien
moins de tems , par le fecours du Novitins,
on fçaura tous les mots Latins.
Outre ces avantages , on trouvera des
Obfervations fur les endroits difficiles ; fur
la difference ou le rapport qui fe trouve
entre certains termes : avec des éclairciffemens
fur les ufages des anciens Romains ;
fur leur Police , leurs Magiftrats , leurs
Elections , leurs Loix.
Par le moyen de ce Dictionaire , on peut
donner à traduire un Auteur Latin à un
commençant , dès qu'il fçait lire , & faire
ufage de fa raiſon , pour peu de connoiffance
qu'il ait des Declinaiſons & des Conjugaifons
. On a ajoûté la quantité . Les
perfonnes avancées trouveront dans ce Livre
des chofes qu'ils n'ont peut- être jamais
aprifes , ou qu'ils ont oubliées , qui leur feront
plaifir. Ceux qui compofent en Latin ,
feront bien aife d'y trouver des fynonymes,
I ij
660
100 MERCURE DE
qui ne fe prefentent pas toujours à l'efprit.
Le Spectateur François . A Paris chez
F. Fournier rue S. Jacques , aux Armes de
la Ville, 1721. C'est une petite brochure
de quinze pages d'impreffion , qui vient de
paroître tout nouvellement. On en fair
efperer une parcille toutes les femaines.
L'Auteur declare d'abord qu'il n'eft point
Auteur : & il donne à fes Lecteurs les raifons
pourquoi il ne left point. Je ferois
fort embarraffé dele devenir , dit- il , Quoy !
donner la torture à fox efprit pour en tirer
des reflexions qu'on n'auroit point , fi l'on
ne s'avifoit d'y tâcher : cela me paſſe , je ne
fai point créer , je fçai feulement furprendre
en moy les pensées que le hazard me
fait naître , & je ferois fâché d'y mettre
rien du mien. Je n'examine pas fi celle cy
eft fine , fi celle- ci l'eft moins , car mon def-
Sein n'eft de penfer ni bien ni mal , mais
fimplement de recueillir fidellement ce qui
me vient d'aprés le tour d'imagination , que
me donnent les choses que je vois ou que
j'entends ; & c'eſt de ce tour d'imagination,
on pour mieux dire de ce qu'il produit ,
que je voudrois que les hommes rendiffent
compte quand les objets les frapent.
Je viens de voir un homme , continuë le
Spectateur , qui attendoit nu grand Seigneur
dans fa Salle ; je l'examinois , parce
JUIN & JUILLET.
FOT
que je lui trouvois un air de probité , mêlé
d'une trifteffe timide fa phyfionomie &les
chagrins que je lui fuppofais, m'intereffoient
en fa faveur. Helas ! disje en moi - même ,
Phonnéte homme eft prefque toujours trifte .
prefque toujours fans bien , prefque toujours
humilié ; il n'a point d'amis , parce que for
amitié n'est bonne à rien . On dit de lui ,
c'est un honnête homme ; mais ceux qui le
difent , le fuyent , le dédaignent , le mépri
fent , rougiffent même de fe trouver avec lui ,
& pourquoi ? c'est qu'il n'est qu'estimable.
En faisant cette reflexion , je voyois dans
la même Salle des hommes d'une phyfionomie
Libre hardie , d'une démarche ferme
d'un regard brufque & ailé , je leur de
vinois un coeur dur à travers l'air tranquile
& fatisfait de leur v ſage : il n'y avoit pas
jusqu'à leur embonpoint qui ne me choquât.
Celui -cy , difois- je , eft vêtu fimplement
mais dans un goût defimplicité , garand de
Jon opulence; & l'on voit à fon habit que
Son équipage , & ſes valts l'attendent à la
porte.
و د
Tout ce Livret eft rempli de femblables
reflexions . Jefuis né de maniere , dit notre
Spectateur , que tout me devient matiere de
reflexion ; c'est comme une philoſophie de
temperament que j'ai reçû , que le moindre
objet met en exercice , & c . Si j'ay de l'esprit,
je crois en verité que perfonne ne le fait
Liij
102 DE MERCURE
car je n'ay jamais pris la peine de foutenir
une converſation , ni de défendre mes opinions
, & cela par une pareſſe infurmontable.
D'ailleurs mon âge avancé , mes voyages,
la longue habitude de ne vivre que pour
voir& que pour entendre , & l'experience
que j'ay acquife ont émoussé mon amour
propre fur mille petits plaifirs de vanité ,
qui peuvent amuſer les autres hommes. De
forte que fi mes amis venoient me dire que
je paffe pour bel efprit , je ne fens pas en
verité que je fuffe plus content de moi- même.
L'Auteur finit fon portrait & fon Ouvrage
par dire qu'il eft né le plus humain de tous
les hommes & que les aftuces qu'il découvrit
dans une perfonne aimable dont il
étoit amoureux , & qu'il croyoit très - naturelle
, firent naître en lui la mifantropie,
qui ne l'a jamais quitté.
>
La belle édition des Vies de Plutarque,
traduités en François par M. Dacier de
l'Academie Françoiſe , avec des Notes , &c .
paroît en 8 vol. in 4° . avec les teftes gravies
d'après les antiques du Cabinet du
Roy.
9 L'éducation des Enfans traduite de
l'Anglois de M. Locke , par M. Cofte ,
in 8. confiderablement augmentée , fe
vend à Amfterdam chez Steenhourrer , Libraire.
JUIN & JUILLET. 103
Le Voyage & les Avantures des trois
Princes de Sarendip , traduit du Perfan ,
in 12. avec figures , chez le même Libraire
à Amfterdam .
L'Academie de Bordeaux accordera le
premier May 172 2 le prix ordinaire d'une
Medaille d'or , à celui qui donnera l'hipothefe
la plus probable fur la caufe & la
nature de la Pefte , & qui expliquera de la
maniere la plus vrai- femblable fes principaux
phenomenes. Les Differtations ne ſeront
reçues que jufqu'au premier Janvier
1722. On doit les adreffer à Meffieurs de
l'Academie Royale de Bordeaux , ou au
feur Brun Imprimeur de cette Compagnie.
L'Academie Royale de l'Hiftoire à Lisbonne
, a fait imprimer le Refultat de fes
principales Conferences . Dans celle du 18
Mars dernier , à laquelle le Marquis d'Abrantes
prefidoit , les Cenfeurs fe chargerent
de reduire en deux volumes la Defcription
de toutes les Médailles & Monnoyes
qui ont été frapées depuis l'établif- ´
ment de ce Royaume , & de donner un
Recueil des meilleures Infcriptions qui fe
trouveront dans les differens monumens .
Dans celle du premier Avril , dont le
Marquis d'Allegrette étoit Prefident , le
P. André de Barros , Jefuire , rapporta plu-
I iiij
104
MERCURE DE
fieurs Memoires curieux concernant l'Evê
· ché des Algarves , & fit la lecture d'une
Differtation très recherchée fur la vie de
Saint Jacques d'Efpagne , dans laquelle il
refute ce que le Cardinal Baronius en a
écrit . Le P. Antoine Gaetano de Souza
Clerc Regulier de la Providence , fit part à
l'Academie de les recherches fur les Eglifes
du Brefil & des Indes Orientales , qui ont
été fondées par les Rois de Portugal , &
fur leurs Archevêques & Evêques , dont
il a fait imprimer un Catalogue hiftorique.
Le Pere Antoine Dos - Reys , de la Congrégation
de l'Oratoite , promit l'hiftoire
de l'Evêché de Lamego , & des Evêques
qui l'ont gouverné depuis fa fondation.
Le P. Antoine Simon , Jefuite , donna l'ex--
trait de fon hiftoire de l'Archevêché d'Evora.
Le P. Bernard de Caftello - Branco , de
P'Ordre de Cifter , grand Chronologiſte ,
promit de donner dans peu une histoire
complette des regnes de Pierre I. & de Don
Ferdinand ..
Dans l'Affemblée du 16 du même mois. ,.
le Docteur Barthelemy Laurent de Gufman,
rapporta quelques Memoires concernant
Phiftoire Ecclefiaftique de l'Evêché de
Porto, dans lefquels fon principal objet étoit
de prouver que Saint Bafile en a été le piemier
Evêque , &c. L'hiftoire du Regne de
Don Sebaftien , avant la proclamation du
JUIN & JUILLET. 105
Roy Don Juan IV , dont le Docteur Jacques
Barbofa Machado avoit promis de
donner des éclairciffemens , fera d'une
difficile execution , parce qu'il n'a pû encore
affembler aucuns Memoires certains.
fur la vie de ce Prince. A l'égard de l'hiſtoire
des Regnes de Don Sanche II . & d'Alfonfe
III , le Vicomte d'Affeca qui y travaille
, lut dans l'Affemblée ce qu'il a déja
écrit fur le commencement du Regne du
premier de ces Princes , jufqu'au mariageavec
Dona Meffia Lopes de Haro ,
Dans la Conference de la même Academie
du 30 Avril dernier , que le Roy
honora de fa prefence , & à laquelle le
Comte d'Ericeira prefidoit , le Comte de
Mouranto rapporta les découvertes qu'il
ayoit faites fur l'Hiftoire de l'Evêché de
Portalegre. François - Denis d'Almeda fut
chargé de travailler à l'hiftoire du Roy
Don Manuel , & declara qu'il avoit deffein
de fuivre le plan fur lequel Damien de
Goes avoit commencé de décrire les expeditions
de ce Prince en Afrique & en Afie..
Le Beneficier François Leytaon Ferreira ,
nommé pour faire l'hiftoire de l'Evêché
de Coimbre , promit de publier inceffam--
ment deux volumes d'Annotations curieufes
fur l'hiftoire Ecclefiaftique & Seculiere
decet Evêché. Le P. Jerôme Caftilho , Je
t
106 DE MERCURE
fuite , devoit auffi communiquer à l'Aca-
- demie quelques Differtations fur l'hiftoire
du même Evêché , & fur celui de l'Evêché
de Guarda , mais il s'en excufa , ayant
été détourné d'y travailler par un voyage
qu'il avoit été obligé de faire à Golegen
par ordre de fes Superieurs. Le P. Don
Jerôme Contador de Argote , Clerc Regulier
de la Divine Providence , dit qu'il
avoit.remis au Secretaire de l'Academie
ce qu'il avoit écrit touchant l'Archevêché
de Braga ; mais que cet ouvrage n'étant
pas dans l'ordre prefcrit par l'Academie
depuis fon établiftement , il le retireroit
pour lui donner une nouvelle forme : il
rapporta feulement de vive voix ce qu'il
avoit écrit en particulier pour prouver
que Saint Jacques a prêché l'Evangile en
Efpagne , tirant fa preuve de cette nouvelle
opinion d'un paffage de Saint Jerôme,
auquel il parut donner une interpretation
vrai- femblable. Jerôme Godinho , Cheva.
lier de l'Ordre de Chriſt , Grand Officier
de la Secretairerie des Graces & Recompenfes
, qui eft chargé d'écrire en Portugais
l'hiftoire de la defcente des Maures
du tems du Comte Don Henriques , declara
qu'il lui feroit plus facile de décrire
leur embarquement lors qu'ils furent chaffez
, que leur defcente & leurs exploirs ,
parce que les Auteurs qui en avoient écrit
JUIN & JUILLET
107
l'avoient fait d'une maniere fi peu vraifemblable
, qu'ils avoient donné lieu à un
grand nombre de critiques fur lefquelles
il n'y avoit encore aucun fond à faire ;
ce qu'il fit voir par une critique très ingenieufe
qu'il a faite contre ces critiques
mêmes. La féance finit par l'élection du
Docteur Henrique - François Henriques ,
Chanoine de Sé de Elvas , à la place d'Academicien
Provincial.
Dans la Conference du 13 May , Ignace
de Carvalho de Souza , nommé pour travailler
à l'hiſtoire du Regne de D. Jean II.
& à celle de l'Evêché d'Elvas , remit au
Secretaire un abregé hiftorique & chronologique
des Evêques qui en ont été titulaires
, & on ordonna qu'il feroit imprimé
dans le Recueil des Memoires de
l'Academie. Jean Conceiro de Abreu de
Caftro , Garde Major des Archives Royales
de la Tour de Tombo , promit de donner
dans quelque tems l'hiftoire de l'Evêché
de cette Ville , où l'on trouvera les Bulles ,
Brefs , Conceffions de Privileges , & Décifions
Pontificales , & c. Le P. Jofeph Barbofa
, Clerc Regulier de la Providence
Chronologifte de la Maifon de Bragance,
chargé d'écrire l'hiftoire & gouvernement
du Comte D. Henriquez , & du Regne du
Roy D. Alfonfe Henriquez , qui ont duré
89 ans , declara qu'il n'avoit rien pê décou-
>
108
MERCURE
DE
vrir de plus particulier que ce qu'en avoient
déja écrit deux hiftoriens qu'il cita , mais
il promit de mettre leur hiſtoire dans un
meilleur ordre. Jofeph Cantador de Argote
dit auffi qu'il le contenteroit de rediger
les Memoires trop diffus des Hiftoriens
qui ont écrit les évenemens du Regne
de Don Jean III. à l'égard de l'hiftoire des
Rois Don Denis & Don Alfonſe I. Jofeph
de Coſto Pertana , qui en eft chargé ,
n'attend pour la publier que la communication
des Archives neceffaires pour veri
fier ce qu'il en a déja écrit . D. Jofeph
Suarez de Silva , malgré les Notes qu'il a
extraites de plus de cent Auteurs contemporains
du Roy Jean I. declara qu'il no
commenceroit l'hiftoire de ce Prince ,
qu'après qu'il auroit comparé les faits rapportez
par cette multitude d'Ecrivains ,
afin d'en compofer un tout qui eut cette
vrai -femblance. Les ordres que le Roy a
donnez pour le progrès de cette Academie ,
s'executent avec zele par les Sçavans de
fon Royaume. Ils ont déja envoyé au Sc
cretaire plufieurs infcriptions des anciens
monumens qui font difperfez dans les Pro
vinces , & des copies des anciennes infcriptions
, dont on doit donner inceffam
ment un Recueil au Public..
Cette Academie de beaux efprits , qui
ont pris d'abord le titre d'Anonimes , &
(
JUIN & JUILLET. 109
enfuite de Los Illuftrados , fut établie à
Lisbonne en 1716 : on en fit l'ouverture
au mois de Decembre de la même année ,
par un Difcours que le P. Simon de Sainte
Catherine , de l'Ordre de Saint Jerôme ,
qui en étoit Prefident , prononça . Il expliqua
les matieres des Conferences Academiques
, dans lefquelles il doit être traité
de l'Art Poëtique , des Regles du Poëme
Epique , pour le rendre plus parfaic ; de
la maniere de décrire P'Hiftoire du Stile
Epiftolaire , des Penfèes ingenieufes , &
des Jeux d'efprit . On tient les Conferences
tous les Dimanches au foir,
M. l'Abbé *** doit publier inceffamment
, la Traduction Françoife du Traité
de Ciceron , qui a pour titre De finibus
bonorum malorum . C'eft la premiere traduction
qui en aura paru en notre Langue.
La vie de l'Abbé Suger , Abbé de Saint
Denis en France, Principal Miniftre d'Etat,
& Regent du Royaume fous Louis VII ,
dit le Jeune , paroîtra bientôt . Elle eft
écrite par l'Auteur de la vie d'Abailard,
Le Negoce d'Amfterdam , qui traite à
fond du Commerce dans toutes les Villes
du Monde , avec divers Tarifs : Par le
Moine de L'Epine , in 4 .. nouvelle Edirion,
110 MER CURE DE
corrigée & augmentée de plus de la moitié :
Par Monfieur Richard le fils , 1721. à
Amfterdam , chez Etienne Lucas .
Le méme Libraire imprime la Relation
d'un Voyage du Pole Arctique au Pole
Antarctique , par le centre du Monde ,
in 8. avec figures.
Le premier Volume de la nouvelle Collection
des Lettres des Papes , entrepriſe
par le R. P. Dom Pierre Couftan , Religieux
de Saint Germain des Prez , paroît
depuis quelque tems. Les Sçavans , & furtout
les amateurs de l'antiquité Ecclefiaftique
, font un grand cas de cet Ouvrage ,
qui eft precede d'une docte Preface . Le
P. Couftan avoit déja donné d'autres Ouvrages
qui intereffent la Religion : entre
autres une belle Edition des Oeuvres de
Saint Hilaire.
Le R. P. Dom Julien Garnier , Religieux
de la même Abbaye , vient auffi de faire
paroître un premier volume de la nouvelle
Edition qu'il a entrepriſe des Oeuvres de
Saint Bafile le Grand . C'eft Coignard qui
imprime cet important ouvrage.
JUIN & JUILLET. 111
EXTRAIT D'UNE LETTRE
écrite de Noyon au sujet d'une These
de Theologie , dédiée à Madame
D'ORLEANS Abbeffe de Chelles.
E reçois toujours Mr. avec beaucoup de
plaifir les nouvelles Litteraires dont il
vous plaît de nous faire part , & fur- tout
celles qui intereffent la Religion . Comme
je fçai que vous étes dans le même goût ,
vous ferez fans doute bien- aife d'être inftruit
de ce qui vient de fe paffer en cette
Ville fur un fujet de cette efpece.
Les RR . PP . Benedictins de l'Abbaye
de Saint Eloy unie à l'Abbaye de Chelles ,
ont fait ſoutenir le 2 & le 3 de ce mois
une Theſe de Theologie , dédiée à Madame
d'Orleans Abbeffe de Chelles. Voici
le fens du Titre & de la Dédicace de cette
Theſe .
Thefes de Theologie & d'Hiftoire concernant
l'Eglife , dédiées à Trés - Chrétienne
Princeffe Louife - Adelaide , Fille de Philippes
de France , Duc d'Orleans , Regent du
Royaume , trés-digne Abbeße de l'Abbaye
Royale de Chelles › par les Religieux de
PAbbaye de Saint Eloy de Noyon , de la
Congrégation de Saint Maur , comme à leur
Augufte Protectrice.
112 MERCURE DE
Cette Thefe , dont l'Eglife eft le fujet ,
contient quatre parties. La premiere expofe
la formation de l'Eglife , la feconde
en défigne les proprietés & les marla
troifiéme fait voir à quelle focieté
conviennent particulierement les marques
de cette Eglife , & la quatrième en
établit les fondemens & les principes.
ques ,
Toute cette grande & importante matiere
eft renfermée dans un petit in 4 ° dont
le commencement eft orné du Portrait de
la Princeffe parfaitement bien gravé , par
M. Drevet , d'aprés un autre portrait ori
ginal peint par M. Gobert. On lit les vers
fuivans au bas du portrait.
Adelaïde en Dieu fixant fon efperance ,
A quitté les grandeurs pour chercher le vrai bien.
Le rang où l'élevoit fon Augufte Naiffance
Ne fut pour l'arrêter qu'un impuiffant lien.
A qui contemple un Etre immenſe ,
Ce vafte Monde n'eft plus rien .
La Thefe a été partagée en deux Aces
& foutenue l'après- dinée de deux jours
confecutifs , dans l'Eglife de l'Abbaye de
Saint Eloy , difpofée pour la ceremonie avec
une noble & religieufe fimplicité. On avoit
élevé dans un lieu convenable une espece
de Throne , qui étoit couvert d'un grand
dais , fous lequel étoit le portrait en grand
de la Princeffe.
Le
JUIN & JUILLET.
113-
Ee K. P. de Sainte Marthe Superieur general
des Benedictins de laCongregation de
Saint Maur , accompagné du Vifiteur de
la Province , de plufieurs Superieurs des
Monafteres , a affitté à ces deux Actes. Vous
jugez bien , Monfieur , que tous les Corps
de la Ville invités , & plufieurs perfonnes
de qualité & de diftinction ont rendu cette
Affemblée nombreule & refpectable.
Les Doyen & Chapitre de l'Eglife Ca--
thedrale , en l'abfence de M. l'Evêque de
Noyon , avoient déliberé que tous les Cha--
noines y aflifteroient en Surplis & Aumuffe
, ce qui a été regulierement executé
Quelques uns de ces Meffieurs , qui font
Docteurs de Sorbonne , ont propofé des :
argumens.
L'ouverture de la Thefe a été faite par le
R.P. Dom Jean Thiroux ancien Profeffeur :
en Theologie , Religieux de l'Abbaye de
S. Germain des Prez . Il commença parun
compliment adreffé à Madame d'Orleans
Abbeffe de Chelles , qui fut fort aplaudi.-
Je me difpente de vous parler de l'ordre &
du détail de la difpute , laquelle n'a fervi
qu'à affermir la verité & à faire paroitre l'érudition
, & la folidité de la doctrine des
Auteurs de la Thele, pour vous affurer en fi-
Hiffant, que toute cette ceremonie s'eft patie
d'une maniere digne d'un fi grand fujet .
A Noyon le 4 Juillet 1721 .
K
114 MERCURE DE
André Cailleau Libraire à Paris & fes
Affociés impriment enfin la veritable Hiftoire
de Tamerlan , fi long- temps attenduë ;
compofée en Perfan par un Auteur contemporain
& celebre parmi les Orientaux ,
traduite en François par feu M. Petit de
la Croix , Interprete du Roy , & Profef
feur en Arabe au College Royal .
On affure que l'Academie Françoife a
adjugé le prix de Poefie à une Ode faite
par M. de Saint Didier , qui remporta
encore le dernier qui a été donné.
On dit que le Cardinal de Biffi établit une
nouvelle Ecole de Philofophie & de Theologie
, en la place de celle de M. Durieux
qui finit. C'eſt celle qui étoit connue ſous
le nom des Gilotins.
7
<
JUIN & JUILLET 115
LES BEAUX ARTS.
D
ANS cette feconde Partie des Nonvelles
Litteraires qui regardent les
Beaux Arts , nous renfermerons ce
qui viendra à notre connoiffance fur les
inventions ingenienfes & les nouvelles dé-
Couvertes. Nous parlerons des Arts`,

Deffein , de la Mécanique , &c.
Plufieurs perfonnes venues d'Angleterre
depuis peu de temps parlent d'un habile
Peintre nommé le Blond , qui a imaginé
& trouvé l'Art admirable d'imprimer des
portraits & des tableaux peints à l'huile ,
avec la même précifion , la même regularité
, la même exactitude que s'ils étoient
faits au pinceau. On voit publiquement
à Londres plufieurs peintures de cette efpece
qui font grand honneur au genie du
fieur le Blond ; entre autres le Portrait du
Roy d'Angleterre , & du Prince Frede--
ric ; deux Tableaux d'Aprés Frederic Baroche
, la Sainte Vierge avec l'Enfant- Jefus
, & un Saint Jean Baptifte ; un autre
d'aprés le Correge , c'eft une Madelaine ,
une Suzanne , une Ariadne dormante , & c.
·
Kij
1-6 MERCURE DE
Le premier Effai de l'Auteur c'eft le petit
portrait de Jesus- Chrift de la Sainte Veronique.
On dit qu'il fe propofe de don.
ner en douze pieces une anatomie complette.
Il eft aifé de concevoir là grandeutilité
qu'on peut tirer de ce nouvel art par
rapport à l'Anatomie. On pourra de même
en faire un trés-bon ufage pour reprefen.
ter bien au vrai les Plantes , les Animaux
&c. Et on ne doute pas qu'on ne puiffe
l'appliquer aux étoffes & aux tapifferies.
Nous ferons attentifs pour apprendre au
Public la nouvelle maniere d'operer dede
Peintre , fans le fecours du pinceau ..
Eloge funebe de M. Coyfevox Sculp
eur du Roy , prononcé à l'Academie par
M .. Fermel'huis , Docteur en Medecine ,
de l'Univerfité de Paris , Confeiller ho
noraire de l'Academie Royale de Peintu
re & Sculpture. A Paris chez J. Colombat
Imprimeur du . Roy & de l'Academie:
Royale , rue Saint Jacques au Pelican .
EXTRAIT.
Antoine Coylevox , Efpagnol d'origi
e , naquit à Lyon en 1640. La nature
jetta les premiers fondemens de ce genie:
fuperieur par l'heureux affemblage du caractere
de la noble gravité des Espagnols ,
& de la vivacité & des graces de la Nation
Françoife..
JUIN & JUILLET.
117
Son efprit ne fut pas long- temps à fe
déveloper , dit M. Fermel'huis . Il donna
dès fon enfance des marques des grands .
talens par lefquels il devoit acquerir dans .
la fuite une reputation qui pafferoit à la
pofterité la plus reculée.
Ses jeux furent une étude fi folide des
principies de la Sculpture , qu'à l'âge de 17
ans , il fur en état de quitter le lieu de fa
naiffance pour venir travailler à Paris fous
la conduite du fameux M.l'Eramber , &
d'autres Maiftres qui étoient alors les plus
en reputations
A l'âge de 27 ans le Cardinal de Fuftem
berg le fit paffer en Allemagne , par une
diftinction honorable , pour lui confier les
ouvrages dont il vouloit décorer fon fu
perbe Palais de Saverne . On auroit peine .
à croire fans d'affurés témoignages , qu'en
quatre années de temps , il eut laiffé à Saverne
tant de monumens de fa grande capacité
& de fa diligence dans le travail.
On peut y voir la Corniche de Stuc qu'ik
compofa pour le grand Salon , laquelle ter
mine le plafond où font les figures d'A
pollon & des neuf Mufes qu'il y a repre-..
fentées .. Il orna le même lieu de Termes :
& d'autres figures magnifiques. L'efcalier :
du même Palais est décoré de quatre grands :
trophées & autres ornemens de fa façon ,
aulli-bien que les Jardins qui font encore :
118 MERCURE
DE
dépofitaires de huit figures & de vingt
quatre Termes en pierre de grais .
De refour en France en 1671 , il s'ouvrit
une brillante carriere à la faveur de la
reputation qu'il avoit acquite avec les
Etrangers. Il entra en lice avec les plus
habiles Sculpteurs de fon temps ; & on
reconnut par fes ouvrages qu'il poffedoit
toutes les parties de fon art , tant celles que
doit fournir la beauté du genie , que de la
dexterité dans l'execution. Outre l'exactitude
de fon deffein, fes compofitions étoient
heureuſes dans fes bas - reliefs , qui raſſemblent
l'art de la Peinture & de la Sculpture.
La naiveté regnoit toujours dans fes expreflions
, repandant des graces proportionées
aux fujets qu'il traitoit , ne faifant
jamais paffer à l'un ce qui appartenoit à
l'autre , en forte que les beautés repandues
dans fes ouvrages , ne devenoient
point de chofes vagues , mais de veritables
caracteres. Il paroiffoit toujours nouveau
dans chaque compofition , parce qu'il
s'afujettiffoit fans ceffe à imiter la riche
yarieté de la nature. Quelle ame il mettoit
dans fes tétes & dans les attitudes ! Il
femble qu'on entend fortir la parole de la
bouche de fes figures. Toujours cette admirable
unité d'action qui ne laiffe point
d'équivoque. Toujours noble dans les ob
jets qui demandoient de la dignité , &
JUIN & JUILLET.
119
fier dans les occations où il falloit exprimer
la force , par le choix des caracteres,
celui des parties & des mouvemens des
muſcles , qu'il rendoit toujours veritables
par une étude exacte de l'anatomie : la
délicateffe & l'enjouement regnoient dans
les fujets où il les devoit faire fentir ; enfin
il a rendu fes chairs fi tendres & fi
flexibles que l'on oublie qu'il les tire du
marbre ou du bronze . Qui a jamais pouffé
plus loin que lui l'exacte reffemblance dans
les portraits ? Sans le fecours de la couleur
mais par un feul jeu de la lumiere , il a
fçu reprefenter fenfiblement les traits de
l'ame & du corps . Il a même fouvent donné
le change à la Peinture en l'imitant ,
& tirant d'elle des reffemblances parfaites
en ronde boffe qu'il ifoloit de tous côtez .
On peut dire qu'il a été le Vandeik de
la Sculpture.
Comme il avoit étudié l'Antique , pour
profiter des découvertes & de l'experience
des premiers Maitres de l'art , fans s'affujetir
à quelques negligences qu'on y peut
trouver , il a tâché de les imiter fans fortir
des bornes de l'excellence des anciens
monumens que les temps ont refpectés ,
ni fans les alterer ; mais il a effayé de
fupléer en les copiant , à ce qu'il a cru
qui manquoit à leur perfection . C'eſt ce
que l'on peut remarquer dans la Venus
3201 MERCURE DE
accroupie , & la Nymphe à la Coquille
qu'il a copiées en marbre : mais il a rendu
exactement la Venus de Medicis , & la
Groupe de Caftor & Pollux que l'on
peut voir dans l'étendue du Fer à Cheval
à Verfailles .
Lorfqu'il entreprit la Statue Equeftre en
bronze du Roy Louis XIV. qui lui fut
ordonnée en 1689 pour les Etats de Pretagne
, il eut attention non- feulement de
"fe faire amener quinze ou vingt des plus
beaux chevaux de la Grande Ecurie , pour
réunir dans le fien les beautez qui fe trouvoient
difperfées entr'eux ; mais plufieurs.
des plus habiles Ecuyers ont rendu témoi
gnage qu'il les avoit confultés plufieurs fois
Il pouffa plus loin cette étude , par la dif
fection de plufieurs parties de chevaux ,
pour y déveloper les refforts des os & des
muſcles , afin de ne rien produire qui ne
fut fondé fur des principes certains. Cette
Statue a quinze pieds de haur , & fait un
effet admirable fur fon pié- d'eftal , qui eft
orné de deux magnifiques bas- reliefs , dont
Bun reprefente la France qui conduit le
char de Neptune , & l'autre l'Audience
donnée par le Roy à l'Ambaffadeur do
Siam . Dans le dernier on voit les portraits
reffemblans de tous les Seigneurs de la
Cour & des Miniitres , on y voit aufli
celui de l'Auteur ; mais ce qu'il y a de plus
fingulier
JUIN & JUILLET. 121
, fingulier encore c'est la repreſentation
d'un tableau , qui étoit dans la Salle de
cette augufte affemblée , où l'on voit le
mariage de Louis XII , avec Anne de Bretagne
, qui fit paffer cette Province fous
la domination de la France.
1
Il fut reçu unanimement à l'Academie
en 1676 , & fût placé d'abord entre les
Profeffeurs : il parvint enfuite à toutes les
Charges les plus confiderables, de Recteur,
de Directeur , & enfin de Chancelier Perpetuel
de cette celebre Academie. Il joignit
à fon habileté une juftice admirable envers
les autres , louant le bien par tout où
il le connoiffoit ; poli , agréable , & für
dans la focieté ; il s'acquit la bienveillance
de tout le monde , Louis le Grand même
l'honora de la fienne , auffi - bien que les
Princes , les Miniftres , le Peuple , & fes
Confreres.
-Avant qu'il eût fini la Statue Equeftre
pour la Bretagne , il fut choifi pour en faire
une Pedeſtre du Roy en bronze qu'on a
placée dans la cour de l'Hôtel de Ville de
Paris , avec les Portraits en Médaillons
des Prevôt des Marchands & Echevins.
Capable des plus grandes entrepriſes il
fut chargé de faire le tombeau de M. Colbert
polé à S. Euftache , où il a rep efen:é
ce Miniftre à genoux dans une parfaite
reffemblance , en une attitude noble , re-
L
122 MERCURE DE
vêtu des ornemens de l'Ordre du Saint,
Elprit.
Dans l'Eglife du College des Quatre-
Nations , de la fondation du Cardinal Mazarin
, on y voit fon tombeau , où M.
Coylevox a reprefenté cette Eminence
avec les marques fenfible de fon caractere
qu'il conferva jufqu'à la mort . Le Tombeau
de Ferdinand de Furftemberg en l'Abbaye
de S. Germain des Prez , eft encore
ele fa façon , auffi- bien que celui de Madame
la Chanceliere d'Aligre à Sainte Pclagie.
On voit avec admiration à l'Abbaye de
Royaumont le Tombeau de Henry de
Lorraine Comte d'Harcourt, Grand Ecuyer
de France. La Figure mourante eft couchée
entre les bras de la Victoire.
Il y a fur la Terraffe des Thuilleries trois
Groupes de lui en marbre. C'est un Faune
jouant de la Aute traverGere ; une Amadtiade
qui l'écoute avec admiration , &
une Flore. On voit une gradation de caracteres
trés- differens dans ces trois fujets,
L'excellent Ouvrier, a exprimé dans le
Faune la vigueur & la force d'un homme
champêtre fa phifionomie répond au
choix du caractere des parties & de l'action
des muſcles ; mais il a fi bien imité la maniere
dont on peut tirer des fons agreables
de l'inftrument dont il jouë,que l'on pour.
JUIN & JUILLET.
123
Toit croire qu'il nous manque quelque
chofe pour l'entendre , d'autant plus que
l'Amadriade qui en eft proche , femble
enchantée en l'écoutant, Celle - cy marque
au contraire toute la delicateffe de fon fexe ;
máis avec toute fa beauté , on nelaiffe pas
de découvrir quelque air de Satyre dans
fa bouche , fans lui en faire perdre les gra.
ces. La Flore , belle & tranquille avec
fes attributs , paroît avec la ferenité d'une
Déeffe , qui n'eft occupée que des avantatages
qu'elle poffede dans l'Empire des
Fleurs , cherchant de l'oeil Zephire , &c.
Sans fortir de ce fuperbe Jardin on
peut voir au bout du Fer-à- Cheval les
deux prodigieux groupes en marbre de
Chevaux ailez , qui furent faits pour Marly
en 1707. L'un porte la Renommée , qui
embouche la trompette & l'autre un Mercure.
Ces deux morceaux de Sculpture
font comparables à ce qui nous refte de
meilleur de la fçavante Antiquité. Ce qui
prouve que nos Modernes ont fçû profiter
des découvertes des Anciens , & ont
acquis une pratique facile dans l'execution ,
car l'ouvrage dont nous parlons , qui auroit
pû occuper toute la vie de ces premiers
Maîtres de l'Art , n'a coûté que
deux ans de tems à M. Coylevox .
Il fe rencontre de certaines difpofitions
du Ciel & de la lumiere, qui font paro
Lÿ
124
DE MERCURE
tre ces Chevaux veritablement en l'air ,
foûtenus par la force de leurs aîles , dont
les plumes font fi legeres , qu'elles paroilfent
s'y noyer,
Celui de la Renommée eft libre & vole
fans rênes , pour nous montrer que rien
n'eft capable de l'arrêter , & qu'elle ne
tandis que
, tient aucune route certaine
celui de Mercure eft guidé par fa bride ,
pour nous faire comprendre qu'il doit être
conduit par des principes , & c.
Chacun de ces groupes eft d'un ſeul
bloc de marbre de douze pieds de haut ,
fans qu'on ait été obligé de rien ajouter ,
même pour la trompette de la Renommée,
qui a été épargnée avec une attention infinie
, fans être endommagée. Nous n'entrerons
point dans le reproche qu'on a fait
à PAuteur de ces Ouvrages , d'avoir donné
des Chevaux aîlez à la Renommée , à qui
les Poëtes ont donné des aîles , & à Mercure
qui a auffi un vol & des talonnieres ;
la Peinture & la Sculpture ont leurs licences
comme la Poëfie , & ces licences font
très-permiſes lorſqu'elles contribuënt à lạ
perfection d'un ouvrage , & qu'elles lui
donnent du brillant.
Mais ce qui a acquis le plus de repu
tation au celebre Artifan , dont M, Fermel'huys
fait élégamment l'éloge , ce font les
quatre groupes pofez aux deux bouts de
JUIN & JUILLET . 125
la Riviere de Marly ; deux au haut , & les
deux autres en bas . Et afin de fatisfaire
aux regles de l'optique , les figures d'en
haut font debout , & les autres accroupies
, quoiqu'elles foient d'une égale proportion
, qui eft environ de huit pieds.
La premiere , eft une figure d'homme
reprefentant le Fleuve de la Seine , qui
tient un aviron . Elle eft accompagnée
d'un enfant qui montre les Armes du Roy.
La Marne ſe voit de l'autre côté fous la
figure d'une femme ; un enfant eft au- devant
d'elle , qui tient une urne renversée ,
d'où il tombe de l'eau , & un autre derriere
qui porte des raifins , avec un troifiéme
qui verfe auffi de l'eau dans fon urne,
pour marquer que cette Riviere fe répand'
en differens endroits , après avoir pris nailfance
dans un pays de vignoble.
Celles d'en bas font admirables par leur
vivacité & par leur contrafte. Amphitrite
eft d'un côté , affife fur une coquille, avec
un enfant devant elle qui tient une corne
d'abondance , remplie des richeffes de la
Mer , dont il lui rend hommage. La Déeffe
y paroît contente & jouïflant des avantages
de la Divinité , pendant que deux autres
enfans fe difputent, derriere elle un
poiffon que l'un des deux veut arracher
avec violence des mains de l'autre , ce qui
fait mieux fentir la nobleffe de la principale
figure. Liij
126 MERCURE DE
De l'autre côté eft Neptune irrité com
me par la prefence de quelque monftre ,
qui épouvante le cheval fur lequel ce Dieu,
eft monté les crins de ce cheval font heriffez
, & il femble jetter le feu par Les yeux
& par fes nazeaux. Un Triton qui termine
le derriere de ce groupe anime l'action par
le bruit d'une conque marine dans laquelle
il foufle. La tête de Neptune eft d'un grand
caractere , & fa colere n'a rien de feroce ;
elle marque feulement fa puiffance . C'eft
dans ces groupes où M. Coylevox a raf-
Semblé le beau choix des caracteres , la
force & la correction du deffein ; les ex-.
preffions nobles & vrayes , felon la difference
& la dignité des perfonnes qu'il a
voulu reprefenter.
> Ces immenfes travaux dont nous ne
rapportons qu'une partie , ne l'ont point.
empêché de donner fes foins à former d'excellens
Eleves. C'eft dans ce penible exer- -
cice que Mrs Coufton , fes neveux , ont
cultivé les plus heureux talens que nous.
ayons aujourd'huy pour ce bel Art.
Il y a déja quelque tems que le fieur Surague
, habile Graveur à Paris , grave par
foufcription le grand Elcalier du Château
de Vería lles , peint par M. le Brun en vingt
quatre Planches. Il y en a prefque la moitié
de faites , que les Curieux pourront
JUIN & JUILLET. 727
voir chez le fieur du Change à Paris , où
fe font les foufcriptions. On payera vingteinq
livres pour les vingt quatre Eftampes ;
la moitié en foufcrivant , & Pautre moitié
à la fin. Cet ouvrage fera fini au comment
cement de l'année prochaine. L'Escalier
feul contiendra vingt Planches , & les quaere
autres pour trois Plafonds , fçavoir ,
celui du veſtibule & des deux paffages , &
les compartimens de marbre des deux Paliers
, au haut des degrez.
>
Nous aprenons de la Haye que le fieur
Jean Hugtenburg Hollandois fameux
Peintre de Batailles , a fait graver toutes
celles qu'il a peintes , & que le Prince
Eugene de Savoye a gagnées , avec des explications
de M. Dumont , Confeiller &
Hiftoriographe de S. M. Imperiale. Elles
font dediées au Prince Eugene' , & copiées
fur les Tableaux peints en grand par l'or
dre de ce Prince.
Les Tapifferies du Roy , qui ont été
renduës cette année pour la Fête - Dieu ,
dans la Manufacture Royale des Gobelins,
ont entierement fatisfait la curiofité du
Public. Elles confiftoient en une fuite de
piéces qui reprefentent des chaffes. On
Homme cette tenture les Chaffes de Guife.
Quatre Piéces des Elémens d'après les
Liiij
T128 MERCURE DE
Tableaux de M. le Brun.
Une fuite de l'Hiftoire de Pfiché , d'après
les deffeins de Raphaël & de Jules
Romain fon Difciple. Ces piéces font d'une
excellente beauté ; la richeffe s'en diftingue
jufques dans les bordures , qui font à fond
d'or , & d'une execution admirable. Huit
piéces d'Arabefque d'après Raphael. On
appelle Arabesques les peintures & orne .
mens où il n'y a point de figures humaines .
La tenture des Tapifferies des Indes ; ces
piéces font trés- curieufes , par la diverfité
des animaux , des oifeaux , des fruits , &
des plantes ; le tout ayant été fait d'après
nature.
La tenture des Grotefques à fonds rouges
, d'après Raph ël.
Les douze mois de l'année , d'après les
deffeins de Lucas de Layde , ancien Peintre
Hollandois , contemporain de Raphaël .
Une grande piéce qui reprefente le Parnaffe
, d'après M. Mignard.
Quatorze piéces des Conquêtes de Louis
XIV. d'après le Brun & Vandermeule.
Deux pièces , dont l'une reprefente la
Madelaine chez le Pharifien , & l'autre
Notre- Seigneur chaffant les Marchands du
Temple , d'aprés les Tableaux de M. Jou
venet , executées par M. le Févre .
Six piéces reprefentant des fujets de
l'Ancien Teftament , d'après les Tableaux
JUIN & JUILLET.
129
de M. Coypel , Premier Peintre du Roy ,
executées par M. Jans.
Un Dais en tapiflerie de la même Manufacture
, d'après les deffeins de M. Fontenay
, Peintre de Fleurs , d'une trés - belle
execution.
M. Framin habile Sculpteur François ,
eft parti de Paris pour aller travailler à Madrid.
Le Roy d'Efpagne lui donne 4000 .
livres de penfion .
Le Dimanche 20 Juillet

fils de l'Ambaffadeur de la Porte , fe rendit
chez M. Coypel Peintre de l'Academie ,
& fils de M. Coypel Premier Peintre du
Roy & de Monfieur le Duc d'Orleans Regent
, où il vit avec plaifir les Tableaux
reprefentans les Avantures du fameux
Sancho Panfa , Ecuyer du redoutable Don
Quichotte . M. Coypel fils , Auteur de ces
Tableaux comiques & divertiffans , a fi
bien mis en pratique les fineffes de fon
Art , & fi bien exprimé toutes les parties
de fon fujet , qu'on croit entendre moralifer
le maigreChevalier de la Trifte- Figure,
& lâcher des Proverbes à fon credule
Confident . On y reconnoît la douloureufe
Princeffe de Micomicon , le Bachelier
Sanfon Carafco , le Curé , le Barbier,
enfin le décharné Roffinante , & le cher
130 MERCURE DE
grifon de Sancho. L'habile Artifte , déja
connu par d'autres ouvrages plus ferieux,
travaille actuellement à un grand Tableau
qui reprefente l'Audience folemnelle du
Roy accordée à Mehemet Effendi Ambaffadeur
de la Porte Othomane . C'eſt par
erreur que l'Auteur des precedens Mereures
a mis dans celui du mois d'Avril
dernier , fur le compte de M. Coypel pere,
l'efquiffe de ce Tableau. Quand il fera fini
on l'executera en tapifferie aux Gobelins.
On travaille déja dans cette celebre Manufacture
aux Avantures réjouiffantes de
Sancho Paufa.
JUIN & JUILLET. 131
ÄAAAAAAAAAA
ARTICLE DES
NOUVELLES DRAMATIQUES
DES SPECTACLES.
1 E goûtgeneral que l'on a pour les Piecer
de Theatre , & l'entpreſſement fi marqué
d'en voir les reprefentations , nous perfuadent
que cet Article fera intereſſant , &
que le Public nous fçaura quelque gré de nos
fains , fi nous lui donnons des extraits fideles
des Poëmes Dramatiques , à mesure qu'ils
paroîtront , qui puiffent le mettre en état de
former un jugement équitable , ce qui ne
lui eft pas toujours aifé de faire ; carfans
parler de l'inégalité des lumieres des spectatears,
n'est- ce pas le plus fouvent la cabale
& l'entêtement qui decident du fort d'une
Piece ? Serace für des garants ſi ſuſpects
qu'on pourra juger ſainement des Ouvrages
nouveaux? Il feroit à fouhaitter qu'il parut
fouvent des Differtations exactes , qui dévelopaffent
l'art , les beautez, & les defauts d'une
Piece , qu'un Spectateur ne peut pas toujours
faifir dans la reprefentation. C'eft d'ardiraire
par des critiques fages & éclairées
qu'on trouve le chemin de la perfection.
Quoy que le Theatre François ait de grands
132 MERCURE
DE
avantages fur ceux de nos Voifins , on ne
Scauroit nier cependant qu'il n'y ait bien
des defauts à corriger , ce qui ne ſe peut
faire qu'en marquant les écueils de ce genre
d'écrire. Il y a lieu de croire qué l'article
des Theatres , un peu étendu & circonftancié
fera plaifir , fur - tout dans les Provinces ,
dédommagera en quelque maniere bien
des gens de goût , amateurs des Spectacles ,
d'être privez de ceux de Paris . Il n'y a pas
lien de douter qu'il ne faffe le même effet
dans les Pays étrangers . Nous voudrions
bien que bornez à une lecture , ce que nous
leur mettrons fons les yeux , tint affez du
Spectacle pour les amuſer agréablement.
Cette efpece de Journal comprendra les
Fêtes , Balets , Divertiffemens & Spectacles
qu'on donne au Roy. Les nouveautés de la
Comedie Françoiſe , de l'Opera , de la Comedie
Italienne , les Pieces de Theatre &
Jeux des Colleges , & les autres Spectacles
populaires qu'on donne dans les tems des
Foires fous le nom d'Opera Comique , avec
des fauts perilleux , des Danfeurs de corde
des Voltigeurs.
On pourra parler auffi dans cet Article
des divers fpectacles qu'on voit dans les Provinces
du Royaume & dans les Pays étrangers
. Ce Journal commencera du jour de
l'ouverture des Theâtres , après la Quaſimɔdo
de cette année.
JUIN & JUILLET. 133
REPRESENTATIONS
DONNE'ES AU LOUVRE.
10º.
DOM
OM JAPHET D'ARMENIE , Co-
May inedie de Scaron , réduite en trois
Actes , avec des Intermedes , des Chants
& des Danles , reprefentée devant le Ray
fur le Theatre de la grande Salle des Machines
du Louvre L'Ambaſſadeur de la
Porte Othomane y a affifté avec toute fa
fuite .
6. Juin. GREGOIRE , ou les incommoditez
de la Grandeur. Drame Heroïque ;
Par le P. D. C. J. reprefenté devant SA
MAJESTE' par les petits Penfionnaires
du College de Louis le Grand , fur un
nouveau Theâtre , dreffé dans la Gallerie
des Ambaffadeurs du Château des Thuilleries
. Cette Piece avoit déja été reprefentée
par les mêmes Acteurs & dans le
même College le huitiéme May.
P
ARGUMENT.
HILIPPE , furnommé le Bon , Duc
de Bourgogne , ayant un jour apperçu ,
en entrant dans fon Palais , un homme
$34 MERCURE DE
yvre endermi fur le pavé , le fit tranf
porter en cet état dans un de les appartemens
, où après lui avoir perfuadé à fon
réveil qu'il étoit Duc de Bourgogne , &
lui avoir fait goûter pendant un jour ce
que la grandeur a d'agréable & de fâcheux,
il le fit reporter endormi dans le lieu même
où il l'avoit pris.
On reprefente ici cette avanture comme
un divertiffement inftructif que Philippe
voulut donner à fon fils , pour lui faire
connoître les incommoditez & le peu de
durée des Grandeurs du fiecle.
Les Comediens Italiens de l'Hôtel
de Bourgogne , ont joué une Tragi-
Comedie Italienne en cinq Actes , le jour
des Cendres dixième Fevrier 1717 , où le
mêne fujet eft traité , fous le titre de
La vie est un fonge , tiré d'une Piece Ef
pagnole intitulée , La vida es fněno. Au
lieu du Duc de Bourgogne , c'eft Bafilio
Roy de Pologne , & fon fils Sigifmond.
PERSONNAGES ET NOMS
des Acteurs.
PHILIPPE , Duc de Bourgogne.
CHARLES ARMAND DE LA TREMOILLE .
LE COMTE DE CHAROLOIS , fils du
Duc.
PAUL-LOUIS DE MORTEMAR
JUIN & JUILLET 135
GREGOIRE , Païlap , faux Duc de
Bourgogne.
JEAN- ETIENNE DE BLANES, de Perpignan.
ORONT E , confident du Duc de
Bourgogne.
AYMARD- JEAN DE NICOLAI.
CLEON, Confident du Comte de Charolois,
ARMAND LOUIS DE BETHUNE CHAROST.
VALERE , Officier des Troupes du Duc
JEAN - B . FLEURIAU D'ARMENONVILLE.
TIMANTE , Introducteur des Ambaffadeurs
& Treforier,
·
JEAN VICTOR DE ROCHECHOUART
DE MORTEMAR .
URANIE , Aſtrologue. TELAMPE , Medecin
.
VICTOR MELIAND , de Paris.
ADRASTE, Député. FADIUS , Sçavant.
JEAN DE TOURMONT , de Paris.
*
LUBIN , Païfan , ami de Gregoire.
FRANÇOIS DE PARIS , de Paris.
CARMAGNOLE , Valet de Valere.
JEAN - GABRIEL DE RIQUET
DE BONBEPOs , de Toulouze.
La Scene eft dans une Ville Maritime de
Flandres
136 MERCURE
DE
EXTRAIT DE LA PIECE
PREMIER ACTE.
Lfanterie trouve à fournir la Compa-
A difficulté que Valere Capitaine d'Ingnie
, donne lieu à un entretien agréable
entre lui & Carmagnole fon Valet , fur les
avantages & les defagremens de la guerre.
PREMIERE SCENE.
VALERE.
Le métier eft pourtant d'affez belle aparence ;
On vit dans les plaifirs , la joye & la licence.
CARMAGNOLE.
Belle licence Oh oui ! d'aller dans les combats
Se faire fans raiſon caffer jambes & bras.
Puis le jarret crochu , courbé fur deux potences,
Venir éloquemment faire fes doleances.
Proner ce qu'on a fait pour le bien de l'Etat ,
Et dire , ayez pitié du pauvre eftropiat, &c.
VALERE.
Tu fais le raifonneur , mais , répons , je te prie ;
N'est- ce rien de fe voir l'apui de fa Patrie ;
De voir fes interêts entre nos mains remis ,
Pour aller par le fer dompter fes ennemis !
CARMAGNOLE.
Rien n'eft plus beau Monfieur .
VALERE
JUIN & JUILLET. 137
VALERE.
Quel honneur ! Quelle gloire
De revenir chargé des fruits de la victoire.
64
CARMAGNOLE.
C'est à dire chargé de coups d'eftramaçon ,
Encor pour le retour je voudrois caution . & c .
VALERE .
Tu crains donc bien la mort ? Ne meurt- on qu'à
la guerre ?
Mon pauvre Carmagnole, on meurt par toute terre,
On a beau fe choyer pour fe mieux conferver ,
La mort lorfqu'il faudra fçaura bien nous trouver
CARMAGNOLE .
Mais elle n'attend pas qu'on devienne malade.
Elle vint brufquement vous faire une incartade
Lorfqu'on le croit le moins ; tout d'un coup gro
& gras ,
On paffe d'un plein faut de la vie au trépas.
Monfieur, penſez y bien , cela n'eſt point commode.
Encore dans un lit on meurt avec methode ;
On trouve du fecours , on s'aide , on ſe défend
On a des Medecins , on efpere , &c.
VALERE.
C'eft en quoi ta raifon s'abuſe lourdement.
On ne fçauroit jamais mourir trop promptement,
Et mourant tout d'un coup comme on fait à la
guerre ,
On n'a point le regret d'un homme qui s'enterrce
M
138
DE
MERCURE
Qui couché dans un lit , malgré de ains fecours,
Voit la mort pas à pas venir trancher les jours .
Tandis qu'environné d'une trifte famille ,
Il verra fondre en pleurs , femme , enfans , fils ,
& fille.
Spectacle mille fois plus cruel que la mort.
Al'armée, croi moi, on trouve un meilleur fort .
Tu ne fera jamais qu'un faquin .
CARMAGNOLE.
Hé bien paffe ;
Il faut s'en confoler , peur de pire difgrace.
Tous vos dictons font beaux & bien étudiez ,
Mais je vous foutiens , moi , qu'un faquin fur fes
pieds ,
Vaut cent fois mieux, felon ma petite lumiere ,
Que dix fameuxHeros couchés fur la pouffiere & e.
Un Payfan nommé Gregoire venant à
paffer proche d'eux , Carmagnole fe détache
pour l'aller enrôler ; ce qu'il fait durant
un entretien qu'Oronte a avec Va
lere fur la fituation prefente de la Cour
SCENE IE
ORONTE.
Ne laiffez pas toujours de témoigner grand zele
A rendre votre Troupe & bien complette & belle.
Du Prince fur cela vous connaiſlez, l'ardeur s
JUIN & JUILLET. 139
Ilfe plaint tous les jours qu'on a trop de lenteur:
Pour plaire à fes defleins & flatter fon courage ,
Faites bien l'empreffé fans faire grand ouvrage.
Voilà le train , mon cher , qu'il faut fuivre à la
Cour ;
C'eft un pays couvert où tout va par détour.
Il faut cacher fa marche, & faire belle montre ;
Paroitre qu'on eft pour ,tandis que l'on eft contre
&c.
Vous fçavez comme mei la carte du pays ;
Vous connoiffez le Duc & le Prince fon Fils :
Voilà les grands objets . L'un d'eux eft notre mai
tre
L'autre un jour le fera , peutmême bien tot l'êtres
Ils demandent tous deux des foins d'autant pluss
grands ,
Qu'ils font de caractere en tone fort differents.
L'un n'aime que la paix, & l'autre que la guerre ,
Lun d'eux tranquille , égal ; l'autre un foudre ,
un tonnerre; & c.
VALERE.
Le Prince , j'en conviens, brufque dans fes bu
meurs ,
Quand il fuit fon genie a d'étranges Hauteurs
I eft fier , emporté , prompt à fe fatisfaire s
Entreprenant , hardí , violent , temeraires
Mais enfin cos défauts conviennent à fon rang y
Ence font les vveerrttuuss propres d'un Conquerancs-
MiD
140 MERCURE DE
ORONTE.
Dangereufes vertus pour un Prince , Valere.
Ces vertus des Sujets font toujours la mifere .
Croyez moi , la fageffe & la faine raifon ,
En quelque rang qu'on foit , font toujours de
faifon.
Mais s'il les faut en ceux qui des autres dependent,
It les faut encor plus aux Princes qui comman
dent , &c.
1
Carmagnole les interrompt venant apprendre
à fon Maitre que le Duc de Bourgogne
a fait enlever dans le Palais , le Payfan
qu'il venoit d'enroler , & qui s'étoit
enfuite endormi dans la Place. Le Duc
arrivant fur cela , inſtruit Oronte du diver
tiffement qu'il veut fe donner en faifant
traiter en Duc de Bourgogne le Paysan
qu'il avoit fait enlever.
SCENE I V.
LE DUC.
1
Je veux bien te le dire ici confidemment.
Voyant ce malheureux dormir paisiblement
Dans la rue exposé , fans rifque pour la vie ,
Je n'ai pu m'empêcher de lui porter envie.
Cet yvrogne , ai - je dis , couché fur le pavé
Attend paifiblement que fon vin foit cuvé ,
Et d'un profond fommeil fans trouble & fans allarmes
,
1
JUIN & JUILLET. 141
Quand il veut , comme il veut , il peut goûter les
charmes.
Et moi qui regne ici loin d'un bonheur pareil ,
Il faut qu'au poids de l'or j'achette le fommeil ;
Et fi la nuit ma garde autour de moi rangée ,
En armes pour moi feul à veiller obligée ,
Ne m'affure un répos qu'il trouve à peu de frais ,
Je n'ofe fermer l'oeil au fond de mon Palais.
Cette reflexion dans mon ame tracée
M'a fur ce malheureux fait naiftre une penſée.
Je mefuis dans mon coeur fait un plaifir malin
De troubler un bonheur où j'aſpirois en vain .
Je veux en le chargeant du poids de ma Couronne
Luy faire reffentir les foucis qu'elle donne ,
le rendre enfin miferable à fon tour , Et pour
Luy prêter ma grandeur & mon nom pour un jours
& c.
ORONTE.
Seigneur , on voit en tout briller votre fageffe ,
Et jufqu'en vos plaifirs , elle vous fuit fans ceffe ,
& c.
Sur ce que le Comte de Charolois vient.
fe plaindre avec trop de chaleur de la
nonchalance des Officiers , par raport. à la
levée des Troupes . Le Duc prend occafion
de lui donner des leçons de moderation
en ces termes.
SCENE V.
Voilà donc le fujet, mon fils, qui vous allarme,
14:2 MERCURE DE
Mais moi ce n'eft pas là ce qui fait mes frayeursa
Plûtôt que de vous voir dans d'indignes fureurs
Vous livrer aux tranfports de votre ame enflamée,
Jaimerois mieux , mon fils , perdre toute une armée.
LE COMTE.
Quand de vos volontés on fait fi peu de cas ,
Peut-on le voir , Seigneur , & ne s'emporter pas ?
LE DUC.
Un Prince à qui le Ciel deftine un Diademe ,
Doir commencer , mon fils , par regner fur for--
même .
Comment à fes Sujets donnera t'il la loi ,
Sil ne fçait pas lui - même être maitre de foi ?
Mon fils,je vous l'ai dit ,des Sujets font àplaindre,
Korfque le Souverain ne fçait pas fe contraindre ;
Et quand à fes fureurs en efclave livré
Il faitun vain orgueil dont il eft enyvré.
Il faut toujours qu'un Prince ait la raison pour
guide ,
Qu'à tous les mouvemens fa juftice préfides
Et fi dans ce haut rang , il peut tout ce qu'il veut,
Ilne doit pas toujours vouloir tout ce qu'il peut, -
LE COMTE.
Four apprendre à regner ,. Seigneur , j'ai votre
exemples
C'eft lui feal fur cela qu'il faut que je contemple
LE DUC.m
D'autres vous apprendront à donner des combats,,
JUIN & JUILLET. 145
Mon hiftoire , mon fils , ne vous l'aprendra pas.
Amateur de la paix , j'ai mis toute ma gloire
A mépriser l'éclat d'une vaine victoire ,
A traiter mes Sujets comme mes vrais enfans ,
A les rendre plûtôt heareux que triomphans.
Que ce foinfoit toujours celui qui vous occupe ,.
D'un chimerique honneur ne foyez point la dupe.
C'estce que je voudrois pouvoir vous enfeigner.
L'art de vaincre n'eft pas toujours l'art de regner.-
LE COMTE.
Mais après tout , Seigneur , défendez- vous aux
Princes
La noble ambition d'étendre leurs Provinces ?
Voulez-vous que bornez aux douceurs de la paix,..
Ils languiffent obfcurs à l'ombre d'un Palais ;
Et quelque fois enfin , ne peut on pas fans blâme,
Suivre les mouvemens qu'infpire unegrande ame.
LE DUC.
Cette grande ame un jour est ce qui vous perdra
Jamais dans vos deffeins rien ne vous retiendra ,.
Et la moindre lueur d'une conquete offerte
Vous fera tout d'abord courir à votre perte.
Mon fils , la grandeur d'ame eft un don precieux ,
Mais , c'eftfans la prudence un don pernicieux,
Et fi fur ces projets la raiſon ne domine ,
Bien fouvent d'un Etat i caufe la ruine
LE COMTE.
نم
On ne peut pas , Seigneur , répondre des fuccès,
144 LE MERCURE DE
Mais l'honneur pour un Prince a de puiſſants
attraits.
Et c'est à ce beau feu, fi l'on en croit l'hiftoire,
Que le grand Alexandre a dû toute fa gloire.
LE DUC.
Qui , je fçai que l'hiſtoire a vanté ſes exploits ;
Mais , mon fils , fon exemple a perdu bien des Rois ;
Et malgré tout l'éclat de fa gloire immortelle ,
Pour un Prince Alexandre eft un mauvais modele.
LE COMTE,
Mais quand des ennemis fe liguent contre nous ,
11 faut bien s'empreffer de repouffer leurs coups.
Aux fureurs de l'envie on ne peut fe fouftraire ,
Et la guerre eft un mal quelquefois neceffaire.
LE DUC .
Vous dites vrai , mon fils , & je ne prétends pas ,
Qu'on laiffe impunément ravager fes Etats.
C'eſt alors qu'à la gloire il faut être ſenſible ,
Et les armes en main rendre fon nom terrible.
Et moi - même , mon fils , je vous defavoüerois ,
Si je vous fçavois lent à foutenir vos droits , &c.
LE COMTE.
Je ne fuis point furpris avec cette fageffe ,
Si de tous vos Sujets vous avez la tendreffe.
LE DUC.
Et c'eft le premier bien que je veux vous laiffer,
Puiffiés - vous en cela même me furpaffer .
Le Ciel fait choix de nous pour gouverner des
hommes ;
Songeons
JUIN & JUILLET.
743
Songeons en gouvernant qu'ils font ce que nous
fommes ,
Et mêlant la douceur avec la majeſté ,
D'une auftere grandeur temperons la fierté , &c.
Le Duc parle enfuite à fon fils d'un divertiffement
qu'il veut lui procurer , en
difant , fans s'expliquer davantage , qu'il
fera également inftructif & agreable.
ACTE SECOND.
PREMIERE SCENE.
LE DUC.
Au fardeau de l'Etat qui nous fait fuccomber ,
Sans honte quelquefois , on peut fe dérober ,
Er du fuprême rang , la Majefté fevere ,
Ne nous interdit point un plaifir neceffaire.
Mais un Prince doit être en reglant fes defirs
Et fage & moderé jufques dans fes plaifirs.
Les grands éclats de Cour , & les fuperbes fêtes
Sont fouvent pour cacher de fâcheufes tempêtes s
Et ces lieux où l'on voit un Prince triompher ,
Marquent de grands chagrins que l'on veut
étouffer.
De fes bruyants fracas la dépenfe inutile ,
Ne laiffe bien fouvent qu'un repentir ſterile
Il faut tirer du fruit d'un plaifir innocent ,
Et chercher à s'inftruire en ſe divertiffant , C
N
245 MERCURE
DE
Pendant que le Duc s'entretient ainfi avec
le Prince fon fils , fur le divertiffement
qu'on lui prepare , on apporte dans un
fauteuil Gregoire endormi , lequel eft fort
furpris à fon réveil de fe voir revêtu d'habits
magnifiques . Mais fa furprife augmente
quand il s'entend traiter d'Alteffe. Il reçoit
en cette qualité les complimens du vrai
Duc de Bourgogne , & du Comte de Charolois
, qu'on fait paffer pour les Officiers.
A peine commence- t'il à fe réjouir de fa
nouvelle grandeur , qu'un des Courtifans
contrefaifant l'Ambaffadeur de l'Empereur
de la Chine , lui parle en ces termes.
CINQUIEME SCENE.
Mon Maître qui vous parle en ces lieux par ma
voix ,
Contraint de maintenir fa puiffance & fes droits ,
M'envoye ici , Seigneur , vous declarer la guerres
GREGOIRE.
Declarez lui que moi je ne veux point la faire.
·
Quelle demangeaifon lui prend de ferrailler ?
Et pourquoi fans raifon fur rien nous chamailler
L'AMBASSADEUR.
Mon Maître voudroit bien ne point prendre les
armes ;
Les troubles de la guerre ont pour lui peu de
charmes ,
JUIN & JUILLET. 147
Mais des raifons d'Etat l'y forcent malgré lui .
GREGOIRE .
Belles raifons d'Etat d'incommoder autruy.
L'AMBASSADEUR.
Yous tenez deux Châteaux qui font de fon
domaine ;
Il vous les redemande .
GREGOIRE.
He bien , qu'il les reprenne ,
S'il n'eft content , j'en baille encore un des plus
beaux ,
Et qu'il me laiffe ici fans troubler mon repos .
LE DUC.
Seigneur , confiderés ce que vous allez faire ,
Il ne faut pas aller ſi vîte en cette affaire.
LE COMTE.
Non, crainte de la guerre , un Prince ne doit pas
Laiffer mal à propos démembrer fes Etats.
GREGOIRE.
Ce font les miens , Meffieurs , ce ne font
vôtres :
pas
len
Vous avez vos raifons, & pour moi j'en ai d'autres
J'irois pour une Ville ou bien pour un Châtiau ,
Me faire fortement bailler fur le mufiau ?
Non , non , mes chers Meffieurs , je ne fuis pas
fi bêre ;
Je ne veux point tâter d'une pareille fète .
Les Villes & les Châtiaux font faits pour nou s
loger
Nij
248
MERCURE DE
Et non point pour fervir à nous entremanger, & c,
LE DUC .
Pour un Roy genereux la gloire a des appas ,
Et leporte fouvent à chercher les combats.
GREGOIRE.
Qu'il en cherche autre part s'il en a tant d'envie i
Je ne me mêle point dans pareille folie.
Monfieur l'Ambaffadeur , dites à votre Roy ,
Qu'il a tout à fait tort de s'attaquer à moi .
S'il lui demange tant , & s'il faut qu'il bataille ,
Qu'il fe batte tout feul , ou contre la muraille.
Je me garderay bien d'aller l'en empêcher.
Du.refte que chacun vive fous fon clocher.
Prendre le bien d'autrui n'eft pas de la juftice :
Je vous baife les mains , & que Dieu vous beniſſe.
SCENE SIXIE M E.
LE DUC.
Vous l'avez là , Seigneur , repaffé comme il faut
GREGOIRE.
Il me prenoit , je penfe , ici pour un nigaut,
Dame, ç'a part de là , vous en verrez bien d'autres ,
Et je fçavons un peu plus que nos patepotres,
LE DUC.
On le voit bien , Seigneur, vous en fçavez
beaucoup .
GREGOIRE,
S'il ne m'eut pas fâché, je l'eus fait boire un coup.
JUIN & JUILLET. 149 .
Oui , certes , du meilleur , & vous pouvez m'en
croire.
On ſçait vivre entre amis ; mais à propos de boire,
Compere , dites moi , là ne pourroit - on pas ,
Attendant le dîner , humecter le lampas.
LE DUC.
Seigneur , y fongez- vous ?
GREGOIRE.
Comment donc fi j'y penfe !
LE DUC .
Eft- il de votre rang & de la bienséance .
GREGOIRE.
La bienféance ! oh bon , vraiment nous y voilà
ORONTE.
Voici des Députez .
SCENE SEPTIE ME
GREGOIRE.
Que veulent ces gens- là
ORONTE.
Is voudroient bien , Seigneur , haranguer votre
Alteffe.
GREGOIRE .
Haranguer !
ORONTE.
Oui , Seigneur.
GREGOIRE.
Allons donc , qu'on fe preffe.
Niij
150
MER CURE DE
Hé bien , haranguez donc .
HUITIEME SCENE..
LE DEPUTE .
Monfeigneur , nous apportons aux pieds
de votre Alteffe les coeurs de toute une:
Province.
GREGOIR E.
Où font ils ?
Ce Deputé le fâche par fon compliment.
long & ennuyeux , & Valere qui l'avoir
fait enrôler, venant lui demander juſtice ,
le jette dans un nouvel embarras.
VALERE.
Seigneur , je viens ici vous demander juſtice ,
Centre un coquin qu'il faut condamner au
fupplice.
NEUVIE' ME SCENE.
GREGOIR E.
A- t'l tué quelqu'un ?
VALERE.
Non , il a deferté,
C'eft un crime à punir avec feverité.
I eft d'autant plus grand , qu'aujourd'huy
P'Angleterre
Par un Ambaffadeur vous declare la guerre.
GREGOIRE.
Il a donc deferté , dites - vous ?-
JUIN & JUILLET. 1ST
CARMAGNOLE .
Oui , Seigneur ,
Jen fuis témoin moi même , & j'étois l'enrôleur
GREGOIRE.
Hé bien , mon Chambrelan , qu'est- ce qu'il faut
lui faire ?
LE DU C.
Seigneur, un deferteur , on le pend d'ordinaire .
GREGOIRE.
Hé! qu'on le pende donc.
CARMAGNOLE .
11 le merite bien.
VALERE.
Je vous le garantis pour être un franc vaurient
CARMAGNOLE.
Un yvrogue parfait & toûjours prêt à boire.
GREGOIRE.
Et comment , s'il vous plaît , le nommez vous ?/
CARMAGNOLE
.
Gregoise
GREGOIRE
bas..
Ah , ah ! c'eft moy . Cela merite d'y penfer.
VALERE .
C'est un fripon , il faut vous en débarraſſer .
GREGOIRE bas.
Attendez je vous prie , ... avec toute ma gloire,
Je puis peut être un jour redevenir Gregoire ,
Et je ferois fâché d'aller danfer fur rien..
Niiij
152
MERCURE DE
VALER E.
On le pendra , Seigneur , & vous le voulez bien
GREGOIRE .
Ecoutez ; je fuis bon , & j'aime la clemence
Il faut avec les gens avoir quelque indulgence..
VALER E.
Mais , Seigneur , vos Soldats , s'en vont tous dé
ferter.
GREGOIRE.
Ah ! vous m'importunez , & c'eſt trop caqueter
VALERE.
Qu'on lui coupe le nez pour le moins.
GREGOIRE, bas.
Je n'ai garde.
Mais d'où vient que toujours ce drole me regarde
Camagnole trouvant qu'il reffemble fort
au prétendu déferteur , augmente fa peine .
Gregoire pour l'engager à fe taire , le fart
fon Miniftre d'Etat.
Fin du fecond Acte.
Nous fommes obligés d'interrompre ici
cet extrait , non pas que nous craignions
qu'on le trouve trop long , les folides beautez
que l'ingenieux Auteur a fçu_mettre
dans fon ouvrage, le feront fans doute trouver
trop court , mais preffez par l'abon
dance des matieres , fur- tout dans cet article
des fpectacles , nous fommes conJUIN
& JUILLET. 753
trains de renvoyer la fuite de cette piece
au mois prochain.
ATHALI E
Tragedie de M. de Racine .
Repreſentée devant la Cour le 10 Juin par
les Comediens du Roy , en preſence de SA
MAJESTE
L
I've des cette
y a gens qui prétendent que cette
Piece eft le triomphe de fon Autent.
Les mêmes Comediens l'avoient repreſentée
il y a 4 ans . Alors elle n'avoit jamais
paru en public. Les Demoiselles de Saint
Cyr , pour qui elle avoit été faite , en
avoient donné diverfes réprefentations.
dans l'interieur de leur Maifon , en prefence
du feu Roy. Les Comediens en ont
retranché la plus grande parrie des Choeurs
& tout le Chant.
Perfonnages & Noms des Alteurs.
JOAS,
ATHALIE ,
JOAD Grand Prêtre ,
LE Sr. DANGEVILLE,
LA Dlle DUCLOS
LEST BARO N.
JOS ABET Femme du Grand Prêtre ,
LA Dlle DANGEVILLE.
ZACHARIE , fils du Grand Prêtre & de Jofaber ,
La Dame DESHAYES,
754
MERCURE DE
ABNER , Le Sr Poisson fils,
MATHAN , Sacrificateur de Baal ,
Le Sr LE GRAND: & c.
Parmi ces Acteurs & Actrices qui tous
ont joué de leur mieux , le Sieur Baron s'eft
extremement diftingué , par la nobleſſe ,
l'intelligence & le pathetique de fa déclamation
& de fes geftes . Le Sieur Baubourg
avoit joué ce Rôle quand on mic
cette Tragedie au Theatre en 1717. Mademoiſelle
Delmares jouoit celui d'Athalie.
LE THEATRE FRANCOIS.
3
21. Es Comediens du Roy ont ou-
Avril yert leur Theatre , qui avoit été
fermé pendant trois ſemaines , à cauſe de
la folemnité de la Fate de Pâques , par la
Tragedie des Macchabées , Piéce nouvelle
qu'on avoit jouée pendant le Carême , &
qui avoit eu du fuccez . On en peut voir
un Extrait fort étendu dans le Mercure
du mois d'Avril..
M. de la Mothe s'eft enfin déclaré l'Auteur
de cette Tragedie. Il travaille à une
nouvelle fous le titre de Romulus.
Les principaux Rôles des Macchabées
ont été diftribuez en cette maniere :
JUIN & JUILLET .
LA MERE DES MACCHABE'ES.
la Dlle. Duclos .
ANTIGONE Amante de Mifael ,
la Dlle Defmares.
ANTIOCHUS , Amoureux d'Antigone ,
le fieur Poiffon fils..
MISAEL ,
le fieur Baron.
Dans cette repriſe la Dlle, le Coureur
a joué le Rôle d'Antigone , à la place dela
Dlle Delmares , qui vient de quitter le
Theatre , au grand regret de tout le Public,.
qui ne fe confolera de long -tems de cette
perte , à laquelle il ne s'attendoit point ;
la celebre Actrice dont nous parlons étant
au plus âgée de 38 ans . Elle excelloit dans
les deux genres , Tragique & Comique ,
d'une maniere à n'être jamais oubliée des
Spectateurs de bon goût. On n'avoit point
encore vû fur aucun Theatre une perfonne
auffi bien faite & auffi gracieuſe , réunit
tant de talens pour la Declamation & pour
le jeu de la Reprefentation ...
On a reprefenté le même jour à la fuite
de cette Tragedie la Comedie nouvelleen
vers & en trois Actes de M. du Frefni ,.
intitulée , le faux Damis , ou , le Mariage
fait & rompu , qu'on voit fur le Theatre
& toujours avec le même plaifir , depuis le
9
MERCURE DE
commencement du mois de Fevrier. Il y
en a un Extrait dans les Mercures precedens.
Diftribution des principaux Rôles.
DAMIS ,
Le fieur Quinaut.
GLACIGNAC , Gafcon de fang froid
le fieur Poiffon fils.
LE PRESIDENT ,
te fieur d'Angeville.
LA PRESIDENTE ,
la Dlle. Chanvalon.
L'HOTESSE ,
la Dame des Hayes d'Anconr.
Ces Acteurs & les autres qui ont joué
eette Piéce ont été fort aplaudis , le fieur
Quinaut fur- tout qui a manié fon Rôle
avec toute la legereté & la fineffe imaginable.
La Dile Chanvalon s'y eft diftinguée
dans fon caractere de vieille Prude & Co
quette , la Dame des Hayes d'Ancour dans
celui de l'Hôteffe , & le fieur Poiſſon eſt
parfaitement entré dans celui du froid
Galcon.
Le 22 Avril , le Chevalier à la Mode ,
Comedie en profe en s. Acte , dont le Pu
JUIN & JUILLET. 157
blic a vu la reprefentation avec plaifir.
On ne l'avoit pas jouée depuis la mort du
fieur de Villiers , excellent Comedien , qui
y jouoit le principal rôle . Le fieur Quinaut
qui le remplace nous confole de fa
perte à cet égard. La Dlle. Gautier a été
goutée dans le rôle de Madame Patin
quoiqu'on l'ait vû joiier excellemment par
Mile. Desbroffes , qui a quitté la Comedie
y a quatre ans ; c'étoit un ſujet admirable
pour ces caracteres de vieilles Coquettes.
La Dile. Quinaut a joüé le Rôle de la jeune
Lucile , Amoureufe du Chevalier , avec
toutes les graces & l'intelligence imma
ginable.
il
Cette Piéce fut fuivie de la petite Comedie
de la Coupe enchantée , le fieur
Quinaut y joua le rôle du jeune Ecolièr
Ignorant qui n'a jamais rien vû , où il fut
auffi aplaudi que dans le rôle d'un caractere
entierement oppofé qu'il venoit de
joüer.
Le 26 Avril , le Flateur , Comedie en
cinq Actes en profe de M. Rouffeau. Le
fieur Quinaut qui y a joué le principal
rôle y a été très- aplaudi. Le fieur du Chemin
y a auffi fort bien joué celui de Chri
Lante,
#58 MERCURE DE
ESTHER.
Tragedie de M. de Racine.
Noms des Perſonnages & des Alteurs.
ASSUERUS , Roy de Perſe ,
le fieur Baron.
ESTHER , Reine de Perfe
la Dlle. Duclos .
MARDOCHÉ'E , oncle d'Efther
le fieur le Grand.
AMAN , Favori d'Affuerus ,
lefieur Quinaut Dufresne.
ZARE'S , Femme d'Aman
la Dlle. le Couvreur .
&c.
8 .
May.
C

Ette Piéce paroît fur le Theatre
François pour la premiere fois.
Tout le monde fçait que l'Auteur la fit
pour les Demoiſelles de S. Cyr , qui la
reprefenterent plufieurs fois devant le feu
Roy , & les Grands de fa Cour , fur un
Theatre dreffé dans une Salle de la maifon
de S. Cyr . Elle étoit alors en cinq Actes,
avec des choeurs & des chants liez avec
l'action principale de la Tragedie. Les
JUIN & JUILLET. $ 59
Comediens Pont jouée en trois Actes , en
ont fuprimé tout le haut , & n'ont contervé
que bien peu des choeurs. Le Public en a
vi les reprefentations avec grand plaifir ,
& quelques Connoiffeurs ont remarqué
que les vers de ce Poëme font des plus
beaux de fon illuftre Auteur.
Au refte , il n'eft pas le feul Poëte de
notre Nation qui ait traité ce fujet ; en
1644 Du Rier a fait uneTragedie d'Efther,
& en 1588 Pierre Mathieu Lionnois
contemporain de Garnier , qui felon un
vieux Sonnet , étoit l'Euripide de fon tems,
a fait deux Tragedies , l'une fous le titre
de Vafthi repudiée , & l'autre d'Aman
Dans la premiere , un Courtifan d'Affuerus
lui parle en ces termes :
III. ACTE.
Montrez , Sire , montrez la vertu d'un grand
Roy ;
Exercez fur Vaſthi la rigueur de la Loy ;
Banniflez -la d'icy , & que l'aube emperlée
Plongeant fon limonier dedans l'onde falée ,
Ne la trouve au Palais couchée en votre lit :
Un Edit publiera l'horreur de fon délit.
Il faut pour vous' pourvoir d'une autre , qu'on
ordonne ,
Ou'une plus humble emporte & aye fa Couronne,
Ex &c.
750 MERCURE DE
1
Affuerus déterminé à repudier Vaſthi ,
n'écoute point la juftification , & lui dit :
Ta parole affectée en mille faux apas
Ne changera l'Edit ; non , non , tu ne peux pas
Charmer ma volonté : ce pleurer crocodile ,
Ces fards de paffion dans le feu jettent l'huile.
Va- t'en avant qu'ici apparoiffe la nuit ,
Ton langager babil ne me donne qu'ennuy.
Vafthi , aprés avoir employé en vain les
difcours les plus tendres , vomit un torrent
d'injures , qu'elle termine ainſi :
Voyez fi feulement il me cliguera l'oeil ;
Voyez fi feulement il s'émeut de mon deüil.
Dieux , qui tenez le foin du loyal mariage
De vos bras vangereux puniffez cet outrage.
Cet Acte eft terminé par un choeur ;
'dont voici deux ftrofes.
Vafthi reffemble un vaiffeau
Qui fans voile ni cordage ,
Sur le roide fil de l'eau
Se precipite au naufrage.
Sa Grandeur , fa Majefté ,
Son port , fa beauté , fa grace ,
Comme une fleur en Eté
Se fanit , fe perd , fe paffe,
JUIN & JUILLET.
16T
Au quatriéme Acte , Affuerus charmé
'des graces & de la douceur d'Efther , lai
découvre fon amour , & le deffein qu'il a
de l'époufer.
ASSUERUS.
C'eſt à toy , mon Efther , que tout mon coeur je
vouë ,
Je baife les ceillets vermeillonnans ta jouë ,
Aux loix de ton devoir mon coeur est arrêté ,
J'admire les rayons de cette majesté
Qui brille fur ton front , & qui ores t'égale
A l'heur bien merité d'une grandeur Royale, &c
Les Princes de la Cour d'Affuerus, après
divers complimens adreffent ces fouhaits
à Efther :
La concorde toujours habite votre lit ;
Loin de vous puiffe aller l'ennuy & le dépit:
Que toujours puiffiez -vous triompher de votre
aile ,
Que le bonheur , de vous repouffe tour mail
aife , &c.
Si ces fragmens , que nous ne raportons,
que pour faire voir la grande difference:
des tems pour le ftile , ne déplaifent pourt,,
nous donnerons le mois prochain un petit
Extrait de la Tragedie d'Aman du mênte162
DE MERCURE
Auteur , qui a encore plus de rapport que·
celle - cy , à la Tragedie d'Efther , qui a
donné lieu à cette digreffion.
Le Roy de Cocagne , Comedie du fieur le
Grand Comedien , en Vers en trois Actes ,
avec des intermedes , des chants , & des
danfes , & un Prologue qu'on a retranché.
Cette Piéce a été jouée à la fuite d'Efther ,.
& le Public l'a revue avec beaucoup de
plaifir. Elle fut reprefentée pour la premiere
fois le 31 Decembre 1718. Elle
n'eut pas un grand fuccés . A la verité , elle
eft un peu dans le goût de la Farce , mais
du refte elle est très- ingenieufement ima---
ginée , & les plaifanteries qui font en grand
nombre , excitent à chaque bout de champ
des éclats de rire . Quelques couplets de
Chanfon font très -jolis , & la Mufique qui :
eft du fieur Quinaut , fait beaucoup de
plaifir. Le fieur Poiffon y joue le principal
rôle d'une maniere inimitable . Le fieur.
Dufrefne & la Dlle . Quinaut fa foeur y danfent
une Mufette avec beaucoup de graces...
25 May.. Le Grondeur. Et la petite :
Comedie de la Foire S. Laurens. Son Excellence
l'Ambaffadeur du Grand Seigneur,
affita à ces deux Pieces avec toute fa fuite,
qu'on avoit placée aux deux premiers
rangs de l'Amphitheatre , ce qui faifoit.un
JUIN & JUILLET. 163

fpectacle nouveau & fort agreable à voir.
L'Ambaffadeur occupoit la Loge du Roy
avec fon fils , M. de la Baume Gentilhomme
ordinaire , qui ne l'a point quitté
depuis qu'il eft en France , & le fieur le
Noir Interprete de l'Ambaffade. Dans la
Loge attenint étoient les principaux de la
fuite de l'Ambaſſadeur.
13 Juin. Pandore , petite Comedie nouvelle
, reprefentée pour la premiere fois , à
la fuite de la Tragedie de Mithridate . -
Par un Officier de Cavalerie , qui n'a pas
vingt ans. Cette Piéce , le premier ouvrage
de ce jeune Auteur , a été fort bien reçuë
du Public .
EXTRAIT.-
+
"4
La Scene eft à Lemnos , dans l'apartement
de Venus. Elle est ouverte par ces´
deux fameux fils de Japhet , Promethée
& Epimethée. Le dernier aprend à fon
frere qu'il veut fe marier , mais que pour
prevenir les injures du mariage , ila prié.
Vulcain de lui faire une Statue que Jupiter
animera , & qu'il époufera enfuite.-
Je crois , dit-il , qu'avec cette jeune per
fonne , je n'auray pas à redouter le fort
de Vulcain & de les Confreres . Elle ne
fçaura que ce que je voudrai bien qu'elle.
164
MERCURE DE
>:
fçache , & faifant recevoir à ſon coeur
encore neuf les prejugez dont il me
conviendra qu'il fe rempliffe , je le fermeray
aux tendres inftructions que donne
l'ufage du monde , qui feul rend les femmes
coquettes. Promethée lui répond que
la Coqueterie eft dans le fang , & que l'us
fage du monde ne fert qu'à faire appliquer
à des objets particuliers ces leçons generales
de la Nature , qui parle au coeur d'une
jeune beauté , dès qu'elle eft en âge de fe
fentir. L'Amour , dit - il , eft une idée innée
que les objets reveillent , il eft vrai , mais
qu'ils ne font point naître. En vain à l'ombre
des autels on croit dérober une jeune
perfonne aux mouvemens de fon coeur ;
rempli de defirs , ce jeune coeur ' cherche
par tout des objets qui les lui expliquent
jufques aux figures inanimées des peintures
dont on orne les temples , l'inftruiſent :
elle voit dans un tableau la naiffance du
monde , l'Amour voltige au milieu du
cahos qui commence à fe débrouiller , fon
flambeau anime tour , allie tout ; les parties
qui fe conviennent s'uniffent dans
un éloignement , un mortel & une mortelle
fe donnent la main , la divine flame
du flambeau de l'Amour brille dans les
regards qu'ils fe jettent ; ma foy, alors notre
Prêtreffe medire & commente amoureuſe
ment fur cette union , tandis que fa pieufe
:
+6
JUIN & JUILLET. 165
mere n'admire que l'ordre de la Nature.
Epimethée , que les beaux difcours de
fon frere ne perfuadent point , le laiffe
avec Venus , qui entre fur la Scene . Elle
apprend à Promethée que la Statuë que fon
frere a demandée à Vulcain , eft faite , &
que Vulcain veut l'époufer , & fe faire feparer
d'elle , pour avoir une femme tout
à fait novice, après en avoir eu une ſi fçavante.
Promethée rit avec Venus de la
bonté de Vulcain & d'Epimethée , qui
font honneur à l'ufage du monde d'une
fcience , dont la Nature feule fait tous less
frais . Ecoutez , dit il , quelques Vers qu'on
m'a appris à ce fujet
La Nature en förmant la femme ,,
Voulut répandre dans fon ame
Ce doux penchant à coqueter..
En vain au monde , à fon ufage
Un mary voudroit l'imputer .
Si c'étoit une mode , un defir de paffage ,.
On l'eut vu commencer
On le verroit paffer ,
La femme eft fi volage !!
97
, Oui , pourfuit Promethée une jeune
fille élevée dans un bois éloigné du commerce
de tout mortel , fi elle fe trouve
auprès d'une Fontaine , elle s'y regardera
avec plaifir , elle fe dira des douceurs , elle
166 MERCURE DE
ira cueillir des fleurs pour s'en faire prefen
à elle - même , enfuite le defir viendra de
recevoir d'une autre main ce que la fienne
lui prefente , d'entendre d'une autre bouche
ce que la fienne lui dit ; de ce defir
naîtra l'idée d'un Amant , idée confufe à
la verité , mais qu'un rien peut débroüiller .
Venus qui voit paroître Jupiter & Vulcain
prie Promethée de fe retirer.
Vulcain , aprés un détail affez étendu de
la maniere dont Venus partage les momens,
prie Jupiter de confentir qu'il fe fepare
de cette Déeffe , & qu'il époufe , lorfqu'elle
fera animée , la Statue qu'Epimethée
l'a prié de faire. Jupiter , au lieu
d'y confentir , lui dit qu'il veut fe vanger
de l'oubli des mortels , & que pour rendre
leur châtiment plus fenfible à Promethée
qui les a formez , il veut que de fa
famille même forte le Miniftre de fa vengeance.
Après qu'Epimethée , dit- il , aura
époufé cette Statue que je vais animer
, tous les Dieux lui feront des prefens
, & le mien fera cette boëte fatale ,
où feront renfermez tous les anaux . Il.
touche de fon Sceptre en fortant la Statuë.
qui s'anime. Vulcain refte feul avec elle.
L'étonnement, & les premiers fentimens
d'une aimable perfonne , que Jupiter fait
naitre dans un age nubile , offre un fujetz
bien riant pour remplir cette Scene ; par
JUIN & JUILLET. 167
'attention de Pandore , quand elle ſe voit
dans le miroir , par fon inquiétude fur
- tout ce qu'elle voit fur la toilette de Venus
, qui eft dreffée vers le fond du Theatre
, & enfin par tout ce qu'elle fait à cette
toilette. L'Auteur foutient fort bien le ſentiment
qu'il veut établir , que la Nature .
feule forme & conduit le coeur vers l'Amour.
Si la Piéce n'a point été faite pour
cette Scene , il eft toujours certain que
c'eft la Scene de fituation de la Piece : elle
eft terminée par ces mots de Vulcain : -
Ah ! Nature , Nature ! Ma foy , voilà ma
femme toute faite ; va , je te cede volon
tiers à qui voudra te prendre..
Promethée & Epimethée viennent voir
ce que Vulcain a refolu de faire de la Sta
tue. Par les reponfes ingenieufes que Pandore
fait à Promethée , elle lui marquequ'elle
le voit favorablement ; lui de fon
côté la trouve charmante , fans cependant:
vouloir accepter la propofition que Vulcain
lui fait de l'époufer. Epimethée confent de :
tout fon coeur à la prendre pour la femme, -
mais Pandore fe défend de l'être ; elle :
le trouve trop laid . Epimerhée eft votre
fait , lui dit Vulcain , époufez- le , & ne
penfez plus à Promethée qui vous tromperoit.
Hé bien , il me trompera , lui ré--
pond Pandore , mais au moins pour me
tromper , faudra t'il qu'il me foit quelque
choſe..
2.
168 MERCURE DE
Dans la fixiéme Scene , Venus vient
pour apuyer les deffeins de Jupiter , elle
entend le refus que fait Pandore d'époufer
Epimethée. Laiffez - moi feule avec
elle , dit Venus à ſon mari , je fçaurai bien
la reduire.
Quelques- uns ont trouvé ces deux dernieres
Scenes trop courtes , & que l'Auteur
, par un détail coupé de demandes &
de réponfes , auroit pû marquer mille jolies
chofes qui font confondues & qui ne
fe font pas affez fentir , car l'une & l'autre
de ces deux Scenes , fourniffent d'ellesmêmes
quelque chofe d'affez agreable. La
premiere, par la furpriſe & l'émotion d'une
jeune perfonne qui voit un homme aimable
pour la premiere fois , & qui lui dit
qu'il l'aime. La feconde , par la curiofité
avec laquelle cette jeune perfonne , qui
eft vêtue fort fimplement , examine tous
les ornemens qu'elle voit fur les habits de
Venus .
Cette Déeffe reftée feule avec Pandore,.
lui fait entendre la difference qu'il y a entre
un mari & un amant ; que dans ce dernier
on doit chercher la figure , mais que dans
l'autre le principal eft de trouver une humeur
complaifante , & c. Je vous prêche
d'exemple , ajoute- t'elle , j'ai époufé Vulcain
, tandis que j'avois à choisir parmi
tous les Dieux : l'ay- je époulé pour mom
plaifir ? & c . Epimether
JUIN & JUILLET. 169
Epimethée vient voir fi les inftructions
de Venus ont difpofé Pandore à l'époufer ;
il trouve qu'elles ont eu tout l'effet qu'il
en pouvoit attendre. Pandore reçoit fa
main. Momus qui attendoit ce moment
pour faire à Pandore les prefens dont les
Dieux l'ont chargé , dit au nouvel époux
qu'il a des ordres de Jupiter à communiquer
à fa femme , & qu'il les laiffe feuls.
Venus & Epimethée fe retirent . Junon ,
lui dit Momus , vous donne la fierté .
PANDORE.
La fierté ! Je la remercie.
MOM US..
Prenés toujours. Minerve vous donne la Prudence
PANDORE.
Quels triftes prefens de noce !
MOM US.
Venus vous donne cet air piquant qui charme
tous les coeurs.
PANDORE.
Ah ! Venus... où eft elle ? que je l'embraffe.
MOM US.
Et moy , je vous donne l'art de fournir à la converfation
; la medifance.
Momus inftruit enfuite Pandore , & lui
apprend comment elle doit modifier tous
les prefens qu'il vient de lui faire. Il referve
celui de Jupiter pour le dernier . Venez,
P
£ 70 MERCURE DE
Pandore , dit- il , recevez cette boëte , mais
ne l'ouvrez pas ; Jupiter le défend. Il fe
retire.
On conçoit que tous les mouvemens
qu'infpire la curiofité rempliffent ce Monologue.
Enfin Pandore après avoir bien
combattu n'y peut plus refifter ; elle ouvre
la boëte fatale . Dès qu'elle a vi ce qu'elle
renferme , elle la jette de frayeur & s'enfuit
. Le tonnerre gronde , & plufieurs
Acteurs bizarement habillez , figurent les
maux dans le fonds du Theâtre.
A la douziéme Scene , qui eft la derniere
de la Piece , Jupiter fuivi de tous les
Dieux , paroît , & dit que les maux répandus
fur la terre , vont le vanger de l'oubli
des mortels ; mais qu'il veut bien cependant
leur laiffer l'efperance pour les confoler.
L'ESPERANCE chante,
Mortels accourez tous ,
Celebrez ma puiffance ;
C'eft de moi ; c'eft de l'Esperance
Que naiffent vos biens les plus doux,
Mon pouvoir femble ne s'étendre
Qu'à donner des defirs ;
Ce font de vrais plaifirs ,
Puis qu'ils enfont attendre,
Mortels , &c.
JUIN & JUIL LET. 177
Quatre Plaisirs danfent. Promethée ,
Momus & l'Esperance chantent des couplets
dont le refrain eft , Perdra- t'il l'Efperance.
Premier couplet.
I.
Avec ces vieilles financieres ,
Guerriers menagez les inftans ;
Ce font troupes auxiliaires ,
Qu'Amour donne à Mars tous les ans-g
Lors que la Campagne commence ,
Quoi que tout manque à leurs Amans ,
Perdront-ils l'Efperance ?
II.
Flus d'un favori de Cithere ,
Ferd fes foins auprès de Philis
Deviendra- t'elle moins fevere ,
Pour cet amant à cheveux gris ??
Mais il elt homme de finance ,
Et Philis joue au Biribis ,
Perdra t'il l'Efperance?
III.
Que le Parterre eft redoutable ,
Quand il eft juge de rigueur !`
Le naufrage eft inévitable
Devant un fi jufte cenfeur ;
Mais s'il veut bien par` indulgence ,
Encourager un jeune Auteur ,.
Berdra t'il l'Efperance ?
Pij
$72 MERCURE DE
Cette Piece a été interrompuë. par la
maladie de la Demoiſelle Quinaut , qui y
joue le rôle de Pandore , avec beaucoup
d'agrément . On ne doute pas que le Public
n'en revoye les reprefentations avec plaifir
, après les tableaux ingenieux & les traits
qu'il y a remarqués. La Mufique eft du fieur
Quinaut l'aîné , qui joue le rôle de Promethée
dans la Piece.
15 Juin. Britannicas , Tragedie de M. de
Racine. La Damoiſelle Aubert , qui a été
reçûë depuis peu dans la Troupe des Comediens
du Roy , y a joué le rôle d'Agrip
pine.
19 Juin. Eſope à la Cour , Comedie de
Monfieur Bourfault ; c'eft fon dernier ouvrage
, qui n'a paru qu'après fa mort , &
qui fut reprefenté pour la premiere fois
en 1701 , avec beaucoup d'applaudiffement.
Cette Piece n'avoit pas été reprefentée
depuis que le fieur Dancour s'eft
retiré. Il y jouoit le rôle d'Efope . Il ne
paroîtra point furprenant que le fieur de
la Torilliere , qui s'en eft chargé , ait été
beaucoup applaudi .
29. Juin Les Horaces , Tragedie de P.
Corneille . La Damoiſelle Dauflis de Mo-
Lancour , y a joué le rôle de Camille. Elle
JUIN & JUILLET. 173-
eft jeune & bien faite . Sa déclamation &
fon jeu font efperer qu'elle deviendra bon--
ne. Actrice. C'eft pour la troifiéme fois
qu'elle monte fur le Theâtre à Paris . Elle
y joua lè rôle d'Athalide dans Bajazet , &
celui de Monime dans Mithridate , il y a
quelques années. Elle avoit déja paru en
1708, étant encore très jeune , dans
une petite Piece intitulée le Diable Boiteux,
fous le nom de Sonchette ..
8 Juillet. Bajazet , Tragedie de M. de
Racine. La Damoitelle Dauflís y a joué lé´
rôle de Roxane. Le freur Baron a paru
dans la mêine Piece,au grand contentement /
du Public , dans le rôle d'Acomat , qui lui
convient parfaitement. Et la Damoiselle
Lecouvreur y a joué fon rôle favori d'A--
thalide , dans lequel , felon l'expreffion du
Partere , elle a enchanté les yeux & dechiré
le coeur. On ne fut pas peu furpris cess
jours paffez de lui voir jouer le rôle d'Her--
mione dans Andromaque , qu'on croyoit
convenir fi peu à fa douceur par les traits
emportez dont il eft renpli : Elle fit tout
fentir , & dans la delicateffe de fon jeu ,
elle marqua d'une maniere fenfible tous
les effets de la jaloufie & du defefpoir: La
Demoiselle Duclos , dont les graces & less
talens pour les grands rôles Tragiques ,
font connus de tout le monde , joüa dans
2
Piii
174
MERCURE DE
la même Piece celui d'Andromaque
18 Juillet. Scevole , Tragedie de Pierre
Du Ryer , Parifien , Hiftoriographe du
Roy , de l'Academie Françoiſe , mort en
1656 , âgé de 53 ans .
PERSONNAGES ET ACTEURS.
TARQUIN , Roy des Romains.
Le fieur Foiffon fils.
PORSENNE , Roy d'Etrurie.
Le fieur le Grand.
ARONS , fils de Porfenne amoureu
de Junie.
Le fieur Q. Dufresne.
JUNIE, fille de Brute , amante de Scevole.
•La Demoiselle Duclos.
SCEVOLE , amoureux de Junie.
Le fieur Baron.
Malgré l'air gothique de cette Piece ,
les expreffions furanées & les jeux de mots ,
tout- à fait hors d'ufage , elle n'a pas laiffé
d'être goûtée , & de faire plaifir. Les fentimens
élevez & la grandeur Romaine
s'y font fentir à chaque inftant . C'eft!
dommage que l'action principale & le
fond du fujet foit un affaffinat. Le quatriéme
Acte a extremement plu . Se fieur
Σ
JUIN & JUILLET. 175
Baron , qui déclame avec beaucoup d'éner
gie , peint dans un recit du fecond Acte ,
Rome affligée & réduite aux derniers abois
par la famine , qui a été fort applaudi.
Il parle à Junie.
Tarquin ne combat plus pour une Ville entiere ,
Il combat maintenant pour un grand cimetiere ,
Tant le deftin de Rome eft trifte & malheureux !
La famine y produit tout ce qu'elle a d'affreux ;
Il n'eft rien de funefte en toure la nature ,
Que la neceffité n'y change en nourriture :
Bref, le peuple Romain employe à fe nourrir ,
Tout ce qui peut aider à le faire mourir.
Auffi voit on par tout des images Tragiques ,
Et de malheurs publics & de maux domestiques.
Là le fils chancellant de foibleffe & d'ennuy ,
Mettant fon
Ici l'enfant fe meurt d'une mort trifte & lente ,
en terre
pere y
tombe avecque
lui :
Sur le fein épuifé de fa mere mourante ;
Et la mere qui voit ce fpectacle inhumain ,
Se meurt en même- tems de douleur & de faim.
Enfin, on voit par tout la mort ou fon image ,
Chacun la porte au coeur ou deffus fon viſage ,
Et telle eft ta patrie en cette extremité
Qu'elle femble un fejour de ípecties habité.
Mais cette extremité féconde en tant de peine,
Eft encore au deffous de la vertu Romaine ;
176 MER CURE DE
Même le peuple fouffre avecque fermeté 3
Il veut le monument ou bien la liberté.
Chacun follicité d'une noble - coleres
Semble avoir herité des vertus de ton pere ,
Et veut montrer queRome au defaut d'autres bien
N'a pas moins de Heros, qu'elle a de Citoyens.
On a vû des vieillards languiffans & debiles ,,
Et que l'âge arendus à la guerre inutiles ,
On les a vûs pouffez d'un vifreffentiment ,.
Aux plus jeunes Guerriers s'offrir pour aliment ;
Comme s'ils cfperoient changez en leur
ſubſtance ,
Bftre encore de Rome & l'ame & la défenfe..
fût
:
Cette Piece fut reprefentéé dáns fa:
nouveauté en 1646 par la Troupe Royale
de l'Hôtel de Bourgogne , & eut un fuccès
prodigieux . On nous affure que les
quatre principaux rôles étoient remplis
alors par Bellefleur , Blandimare , Beau-
Soleil , & Bellerofe , ( qui joüoit Sce--
vole ) & celui de Junie , par une Come .
dienne en reputation pour les grands rôles
Tragiques , nommée. Duclos , grand .
mere de celle qui foutient encore aujour
d'hui cette réputation avec tant d'éclat
fur la Scene Françoife. Dans des tens plus .
avancez ce dernier rôle fut rempli par la
Demoiselle Beauval ,, morte depuis deux
JUIN & JUILLET. 177
ans. Celui de Tarquin , par la Torilliere
le pere. Celui de Porfenne , par Chammêlé.
Et celui de Scevole par le fieur
Baron , qui le joue encore aujourd'hui
avec beaucoup d'applaudiffement.
Comme les Pieces de Theâtre de cet
Auteur font fort difperfées , & que perfonne
n'a jamais pris foin de les recueillir
pour en former un corps d'ouvrage , je
crois qu'on ne fera pas fâché d'en trouver
ici un Catalogue.
En 1630. A genis & Poliarque , premiere
journée. Tragedie.
Argenis , deuxième journée . Tragedie .
1632. Lyfandre & Caliſte , Tragedie.
1636. Acimedon , Tragedie.
idem. Cleomedon , Tragedie.
idem. Les Vendanges de Surefne , Comedie.
1638. Lucrece , Tragedie.
1644. Efther , Tragedie.
1646. Scevole , Tragedie.
1650. Nitocris , Reine de Babylone ;
Tragedie.
1653. Dynamis , Reine de Carie , Tra
gedie.
Clarigene , Tragedie.
378
MERCURE
DE
Alcionée , ou le combat de l'honneur
& de l'amour , Tragedie
Saul , Tragedie.
Themiftoele , Tragedie.
Amarillis , Tragedie.
Aretophile , Tragedie.
Berenice , Tragi- Comedie en profe
Alexandre , Tragedie .
Tarquin , Tragedie.
Les Captifs , Comedie.
Anaxandre , fa derniere Piece
Cleophon & Lucipe , Tragedie.
Clitophon , Tragedie .
Ces deux dernieres. Pieces n'ont pas
vû le jour.
Au reste quoi que Richelet ait dit , &
que cela foit vrai en quelque façon , que
Du Rier travailloit pour du pain , nous ne
laifferons pas de remarquer que c'eft un
des Poëtes Dramatiques du fiecle paſſć ,
qui a le plus travaillé , & fur les terres
duquel nos Auteurs modernes ont le plusfourragé.
Pour s'en convaincre , par un
exemple au moins , on n'a qu'à comparer
la Tragedie de Themistocle de cet Auteur,
avec la Tragedie moderne d'Alcibiade, on
trouvera que c'eft prefque la même chofe
JUIN & JUILLET. €79
non feulement pour la conduite totale ,
mais même pour quantité de Vers copiez
tout de fuite. Monfieur Baillet dit que Du
Rier avoit du talent pour la Poëfie Dramatique
, mais qu'il devoit venir fur le
Theâtre dans un autre tems que Corneille ,
pour n'en être pas effacé. Sa Tragedie de
Scevole eft une de fes meilleures Pieces ,
& la feule qui fe foit conſervée au Theâtre,
où elle n'avoit cependant paru depuis très
long- tems .
On a joué à la fuite de cette Tragedie
la petite Comedie de Pandore , que le Public
a été bien aiſe de revoir.
J
APPROBATION.
'Ay lâ par ordre de Monfeigneur le Chancelier
Le Mercure des mois de Juin & Juillet
1721 , & j'ay cru qu'on pouvoit en permettre
l'impreffion, A Paris ce Août 1721.
L
HARDION.
TABLE.
***
A Porte Orthomane. Explication de ce terme,
par Monfieur de la R page I
Reflexions fur une propofition de Statique , où ,
l'on démontre qu'il n'y a point de précifion.
dans la maniere dont on fe fert pour corriger
Jes Balances qui ne font pas juftes. 16
Les Voyages de Zulma dans le Pays des Fées. 23
Hiftoire des Fées & de leur origine. 43
Poëfies & Mufique. Dialogue entre Apollon &
Diane , au fujet de S. A. S. Monſeigneur le
Prince de CONTI , qui fe promene quelquefois .
fur le Parnaffe .
Eloge funebre de Madame *** par
60
fon fils. 62
Parodie fur les caracteres de la Danfe.
Vers fur des vapeurs d'une très -aimable Dame
qui n'a pas toujours été heureuſe.
Enigmes.
Air à boire .
Chanfon nouvelle
Nouvelles Litteraires & des beaux Arts.
73
74
75
idem.
78
Extrait d'une Lettre écrite de Noyon , au fujer
d'une Thefe de Theologie , dédiée à Madame
D'ORLEANS Abbeffe de Chelles .
Les beaux Arts.
Articles des nouvelles Dramatiques des Specta-.
cles.
Reprefentations données au Louvre.
131
133
Athalie , Tragedie de M de Racine , reprefentée
devant la Cour le 10 Juin , par les Comedieas
du Roy , en prefence de SA MAJESTE'.
Le Theatre François.
Efther , Tragedie de M. de Racine,
Scevole , Pandore , & c.
153
154
158
174
Fin de la premiere Partie.
De l'Imprimerie de C, L. THIBOUST .
Place de Cambray.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le